{"numero_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_sha256": "25fda1def0544effebe7ee0f82f3c695c253c4327a73bb4ef7a960428f2ed580", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1876/04/01_01/bmtnabc_1876-04-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1876/04/01_01/bmtnabc_1876-04-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[5]", "page_fin": "11", "image_debut": 1, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.1", "titre_corps": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE", "titre_sommaire": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 626, "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\nLES SAULNIER\n\nI\nE corps de ballet de l'Opéra compta,\nà la fin du siècle dernier, deux dan-\nseuses du nom de Saulnier, mais ces\ndeux sœurs, dont Tune était sensible-\nment plus âgée que l'autre et avait\nbeaucoup moins de talent, ne dan-\nsèrent jamais ensemble : l'une était\ndéjà retirée du théâtre lorsque l'autre\nfut en âge d'y débuter. Mademoiselle\nSaulnier aînée était entrée comme sur-\nnuméraire, dans le courant de 1775,\net était devenue figurante l'année\nsuivante, aux modiques appointements de 500 livres, qui s'élevèrent\npar la suite à 800. Vers 1780 elle est portée sur les états sous le nom"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "de Saulnier l'aînée, sans doute pour la distinguer de sa toute jeune\nsœur qui devait entrer à cette époque dans les classes de danse ou,\ncomme on disait alors, au magasin. Deux ou trois ans après, la première\ndes Saulnier abandonnait la carrière chorégraphique pour se consacrer\nexclusivement à la galanterie. Elle n'avait jamais pu jouer que les uti-\nlités au théâtre; elle continua de les jouer dans la vie privée, auprès de\nsa sœur cadette, avec qui elle demeurait rue de la Lune, et qui était une\ndes élèves favorites de Maximilien Gardel.\nMademoiselle Victoire Saulnier n'avait pas encore quinze ans, lors-\nqu'elle fut jugée digne d'un début officiel, et le jeudi 11 mars 1784, elle\ndansa pour la première fois dans le ballet du second acte de la Caravane\ndu Caire : sa jeunesse, sa grâce et sa légèreté lui valurent un beau\nsuccès et un succès de bon aloi.\nDès le lendemain, le rédacteur du Journal de Paris dit qu'il y a bien\nlongtemps qu'un sujet ne s'est présenté avec des avantages aussi réels et\naussi brillants; puis, après l'avoir revue une seconde fois, il ajoute :\n« Une figure intéressante, jointe à une taille noble et majestueuse, la\nrend propre au genre grave qu'elle paraît avoir adopté. On a remarqué\nde la souplesse dans ses mouvements, de la grâce dans ses attitudes, et\nen général un air imposant : toutes ces qualités la font regarder comme\nun sujet delà plus belle espérance. » Le Mercure décerne à la débutante\ndes éloges encore plus chaleureux sur sa personne comme sur son talent,\net termine en faisant vibrer la corde patriotique : « Nous ne doutons\npas qu'elle ne cultive, par le travail, des dispositions si heureuses, et\nque les leçons de M. Gardel l'aîné, à qui nous devons les progrès qu'elle\na déjà faits, ne la mettent bientôt en état de nous consoler de la perte que\nnous regrettons encore, dans un genre de danse si difficile (le genre\nnoble), si intéressant et d'autant plus précieux, que c'est un genre na-\ntional, et dans lequel les danseurs de notre école n'ont point eu encore\nde rivaux. »\nA la suite de ce brillant début, mademoiselle Saulnier fut classée\nd'emblée parmi les premiers sujets, à côté de mademoiselle Guimard,\npremière danseuse de demi-caractère. Outre son talent, les circonstances\nl'avaient singulièrement servie. Elle avait eu le rare bonheur de venir\nà un moment où l'administration de l'Opéra était fort embarrassée\nde pourvoir à deux places de premier sujet dans le genre sérieux et le\ngenre comique, car la première était déjà sans titulaire et l'autre allait\nvaquer par la retraite de mademoiselle Peslin. En effet, certain Etat de\ntous les sujets du chant et des chœurs de VAcadémie royale de mu-\nsique, avec un précis sur leurs talents et leurs services, état dressé peu"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.3", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "avant Pâques 1784 et écrit presque en entier de la main de La Ferté,\nporte la note suivante pour mademoiselle Peslin, première danseuse\ncomique : « Elle est hors de combat, ce n'est que par complaisance pour\nmesdemoiselles Saint-Huberti et Guimard qu'on l'a conservée depuis\ndeux ans, mais elle est prévenue qu'elle doit se retirer à Pasques pro-\nchain (1), )>\nNous lisons dans la même pièce les deux notes qui suivent :\n« Mademoiselle Dupré, danseuse de demi-caractère. L'on a fait venir cette\ndanseuse de Naples, où elle occupoit la première place ; elle a beaucoup réussi\nà l'Opéra, mais sa taille n'est pas très avantageuse pour la première place du\ngenre sérieux où elle prétend ; on décidera à Pasques de son sort, mais\nil seroit à désirer que l'on ne disposât pas encore de la première place et que\nl'on attendît à l'année suivante, pour voir s'il ne présenteroit pas quelques\nsujets qui auroient plus de dispositions pour remplir cette place. »\n« Mademoiselle Gervais\\ danseuse comique. La place de mademoiselle\nPeslin lui est assurée pour Pasques, et c'est justice ; cette danseuse est remplie\nde zèle, elle est infatigable, ne se refuse à rien et danse, au besoin, tout ce\nque l'on veut, et même plusieurs actes dans un opéra. »\nIl fut fait selon l'avis du surintendant des menus. A Pâques 1784,\nmademoiselle Gervais, ayant épousé un second violon de l'orchestre,\nPérignon remplaça sous ce nouveau nom mademoiselle Peslin comme\npremier sujet comique; et moins d'un an après mademoiselle Saulnier,\ncoupant l'herbe sous le pied à mademoiselle Dupré, était nommée pre-\nmière danseuse dans le genre sérieux : le grand trio chorégraphique se\ntrouvait ainsi complet avec mademoiselle Guimard,\nMademoiselle Saulnier sut bientôt, paraît-il, conquérir les bonnes\ngrâces du ministre, le baron de Breteuil, dont la piotection ne pouvait\n\n(1) Archives nationales. Ancien régime. Or. 630. Voici, concernant mademoi-\nselle Peslin, deux anecdotes extraites du cuirassé : « Mademoiselle Allard\nayant eu de grosses paroles avec mademoiselle Pélin, sa rivale pour la danse, a\nimaginé dans un ballet boufon de lui détacher quelques coups de pied assez adroi-\ntement pour ne pas être vue par le public; Pélin n'ayant pas eu l'adresse de les lui\nrendre, a riposté d'une croquignole à poing fermé, qui a indigné tous les specta-\nteurs : Trial, le Breton (Berton) et Joliveau, qui sont juges nés de l'Opéra, ont\ncondamné les deux amazones à faire le service de tout le tribunal, l'une pendant\nsix mois, l'autre pendant un an. » « Le prince de Cont... ayant vu que l'Opéra\nle trompait et que ses pensionnaires lui étaient toutes infidelles, en a fait rayer\ndouze de l'état de sa dépense : au moyen de cet arrangement, le sieur Guérin,\nchargé de son casuel, pourvoira extraordinairement aux besoins de ce prince, qui\ns'est restreint à mademoiselle Pélin et à deux figurantes. » Et l'écrivain ajoute en\nnote : « Le prince a eu effectivement la magnificence d'avoir douze pensionnaires à\nl'Opéra, ce qui l'avait décidé à renoncer à sa musique et à ses grands soupers pour\nsoutenir cette dépense, dont il s'est enfin soulagé comme de tout le reste. «"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "lui être inutile, bien qu'elle fût déjà parvenue au premier rang. Cepen-\ndant un conflit s'étant élevé entre elle et mademoiselle Dorlé, ce ministre\nfut assez équitable pour maintenir la stricte application des règlements\nde l'Opéra contre la danseuse qu'il avait distinguée. Mademoiselle\nDorlé, qui n'était que premier remplacement, s'étant trouvée indisposée,\navait été remplacée par mademoiselle Saulnier dans Ipliigénie, et celle-\nci se fondait sur ce remplacement pour conserver désormais ce pas et\nrefusait de le rendre à sa camarade qui se retrouvait en état de danser.\nLa Ferté, fort embarrassé de résoudre ce différent, le soumet au ministre\nqui se prononce en faveur de mademoiselle Dorlé, dans sa lettre du 26 fé-\nvrier 1785. « Vous voudrez donc bien dire à la demoiselle Saulnier que\nmon intention est qu'elle renonce à la prétention de danser lundi pro-\nchain le pas de la première danseuse dans l'opéra à'lphigénie et qu'elle\nle laisse danser à la demoiselle Dorlé, dont la réclamation est fondée. »\nA quelque temps de là, mademoiselle Dorlé souleva à son tour de ja-\nlouses prétentions contre sa camarade, et adressa un mémoire au mi-\nnistre pour être promue au rang de premier sujet dans le genre sérieux,\nà l'égal de mademoiselle Saulnier. Le Comité, réuni en assemblée ordi-\nnaire, le 11 juillet 1785, fit observer à ce sujet au ministre que « les\npremières places de la danse étant fixées au nombre de trois, sçavoir : la\npremière pour le genre sérieux, la deuxième pour le demi-caractère, et la\ntroisième pour le comique, il ne pouvait s'écarter du règlement, ni\nadmettre la demande de mademoiselle Dorlé, attendu que mademoiselle\nSaulnier occupait la place de première danseuse dans le genre sérieux. »\nFort de cet avis donné par le Comité en parfaite connaissance de cause,\nle ministre fit signifier à mademoiselle Dorlé, dans une note assez sèche,\n« qu'elle eut à reprendre son service en qualité de remplacement de pre-\nmière danseuse pour le genre sérieux, qu'elle avait mal à propos inter-\nrompu depuis plusieurs mois et notamment depuis l'ouverture du\nthéâtre. » Il ordonnait, en cas de refus, de la rayer de l'état des appoin-\ntements de l'Opéra et aussi de celui des ballets du roi (1). La danseuse\nfit d'abord un coup de tête et décida de quitter l'Opéra; elle donna\nmême sa démission pour prévenir le renvoi dont on la menaçait; mais\nelle s'avisa tout aussitôt qu'elle avait trop demandé en voulant partager\nle premier rang avec une camarade honorée des faveurs du ministre,\nelle fit humblement amende honorable et conserva, par grâce, sa place\nde premier remplacement (2).\n\n(1-2) Archives nationales. Ancien régime. Or. 632. Rapports des 11 juillet et\n2 septembre 1785. Ces froissements d'amour-propre et ces disputes de priorité"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.5", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "Francœur relate dans son journal différents traits qui, pour se rappor-\nter à une époque postérieure de la carrière de mademoiselle Saulnier, ne\nsont pas moins curieux à noter. « 26 mai 1788. Mademoiselle Saulnier,\ndanseuse; M. Prieur retiendra ses appointements, à compter du ier mai,\npour cause de grossesse. » Puis en addition : « Mais il en fut ordonné\nautrement et il ne lui fut rien retenu. » A rapprocher de ce paragraphe\ncelui-ci, postérieur d'un an, qui explique au moins la rectification et\ncette atteinte portée au règlement. « 18 mars 1789, Ce jour M. Dau-\nvergne fit part à l'assemblée d'une lettre qu'il avait reçue de monseigneur\nle duc d'Orléans, en date du i 5, par laquelle il demande une prolon-\ngation d'un mois de plus sur le congé accordé, au comité du 23 fé-\nvrier, à mademoiselle Saulnier pour son voyage de Londres. M. Dau-\nvergne n'a pu se refuser à cette demande. » La jolie protégée de Son\nAltesse pouvait prendre autant de congés et faire autant d'enfants qu'elle\nvoulait, sans encourir ces retenues de traitements qu'on infligeait vers\nle même temps à ses camarades, mesdemoiselles Zacharie, Du Closet et\nLanglois, pour indisposition finale de neuf mois, comme dit si agréa-\nblement Francœur (1).\nDespréaux, juge compétent en la matière et qui devait doublement\nconnaître les annales chorégraphiques de l'Opéra, puisqu'il y avait dansé\nlui-même et qu'il avait épousé la Guimard, apprécie ainsi le talent de la\ncélèbre ballerine dans son poëme sur VArt de danser.\n\nrenaissaient presque à chaque jour parmi les artistes chantants et dansants de\nl'Opéra, Le rapport du comité du 23 septembre de la même année signale encore\nun conflit du même genre. « Le comité a l'honneur de représenter au ministre que\nla dame Pérignon, avant sa grossesse, dansait en pas seul l'air cosaque d'lphigénie\nen Aulide? qui fut réglé en pas de deux pour la demoiselle Langlois et le sieur\nVestris, lorsque la dame Pérignon se trouva hors d'état de danser et absente du\nthéâtre pendant près de huit mois, qu'il ne lui a été fait aucune retenue d'appointe-\nmens. La dame Pérignon a, depuis sa rentrée au théâtre, demandé à reprendre son\npas; il lui a été observé qu'il serait malhonnête de proposer au sieur Vestris et à la\ndemoiselle Langlois de ne plus danser leur pas de deux. A la dernière représenta-\ntion d'lphigénie, la demoiselle Langlois étant, pour cause de maladie, hors d'état\nde danser, on fit avertir madame Pérignon de reprendre son pas, elle refusa de le\ndanser, quoi qu'elle n'eut d'autre raison que sa mauvaise volonté. Cette conduite\nrépréhensible paraît au comité être dans le cas de l'amende prescrite par le règle-\nment du Roy : le ministre est supplié de se prononcer. » Le ministre se prononça,\net écrivit en marge: Approuve Vamende, sans remarquer que cette décision était\nabsolument contraire à celle prise dans la contestation absolument identique de\nmesdemoiselles Saulnier et Dorlé.\n(i) Journal manuscrit de Francœur, conservé aux archives de l'Opéra. On y\ntrouve aussi mention de séances du comité (23 février et 2 mars 1789), dans les-\nquelles congé avec suppression d'appointements, du ier mars au i 5 may, est accordé\nà mademoiselle Saulnier et à M. Nivelon, pour aller danser à Londres."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "Et vous que la nature a faits pour le comique,\nNe vous montre% jamais dans le genre héroïque,\nA la belle Saulnier, à la svelte Miller\nLaisse% ces pas savans que commande un grand air>\nLa danse de Despréaux devait valoir mieux que ses vers, mais il\nprend au moins soin de justifier son appréciation par la note suivante :\nt Mademoiselle Saulnier débuta à l'Opéra en 1785. Elle joignait à une\nsuperbe figure, une taille majestueuse. Ce fut elle qui joua la première\nle rôle de Calypso dans le charmant ballet de Télémaque, et celui de Vé-\nnus dans Psyché et dans Paris : elle ne laissait rien à désirer. Ma-\ndemoiselle Saulnier se retira du théâtre en 1794 (1). »\nCe furent là trois des plus grands succès de mademoiselle Saulnier.\nLe premier de ces ballets, Télémaque dans Vîle de Calypso, de Pierre\nGardelet Miller, fut joué le 23 février 1790. Calypso se changea en Psy-\nché pour danser, le 14 décembre de la même année, la Psyché des\nmêmes auteurs ? à laquelle on avait ajouté la célèbre ouverture de Démo-\nphon, de Vogel, et qui obtint une vogue assez grande pour être donnée\nplus de neuf cents fois sans lasser le public. Le 5 mars 1793, enfin,\nl'Opéra faisait trêve à ses opéras apologétiques sur la Révolution et la\nLiberté pour jouer un grand ballet nouveau de Pierre Gardel et Méhul,\nle Jugement de Paris, qui fut la dernière victoire remportée par Vic-\ntoire Saulnier. Elle représentait Pallas à côté de mesdemoiselles Aubry\net Clotilde, Junon et Vénus, de mesdemoiselles Chevigny (Œnone),\nDelisle, un Amour aussi malin que gracieux, de mesdemoiselles Coulon,\nDuchemin, Colomb, Saint-Romain, Aimée, etc. Quant au berger\nPâris, c'était le grand, l'unique, l'incomparable Auguste Vestris.\nSi applaudie que fût tour à tour Calypso, Psyché ou Pallas, ces écla-\ntants triomphes ne devaient pas effacer, pour mademoiselle Saulnier, le\nsouvenir de son premier succès, alors qu'un délicieux pas de quatre,\ndansé par elle avec Vestris, Gardel et mademoiselle Langlois, faisait la\nfortune de ce misérable opéra-bouffe, Panurge dans Vîle des Lanternes,\ndû à la collaboration du comte de Provence et de Morel de Chedeville :\nla musique de Grétry n'y ajoutait pas grand charme. Il y avait déjà\nlongtemps de cela, car cet opéra datait de janvier 1785 et suivit de près\nle périlleux voyage effectué par les aéronautes Blanchard et Jefferies au-\n\n(1) Dauvergne juge la danseuse avec un mauvais vouloir évident quand il dit sim-\nplement, dans son rapport secret à M. de Villedeuil, que nous avons mis au\njour : « Mademoiselle Saulnier. Belle femme, mais médiocre danseuse, pour ne\nrien dire de plus. » Voir notre brochure: L'Opéra en 1788, documents inédits\nextraits des archives de l'Etat (in-B°, chez Baur)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.7", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 372, "texte": "dessus du Pas-le-Calais. D'où le quatrain suivant, entre autres mille\népigrammes, caricatures et chansons qui plurent sur Morel et son\nPanurge.\nVoyeq à quoi tient le succès !\nUn rien peut élever comme un rien peut abattre,\nBlanchard était perdu sans le Pas de Calais,\nEt Morel sans le pas de quatre.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "12", "page_fin": "19", "image_debut": 8, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.2", "titre_corps": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "titre_sommaire": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "signature_source": "A. PRADINES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\n!\"\nRANCOis lèrIèr courut plusieurs fois le guilledou àla Foire.\nHenri II et Catherine de Médicis y venaient sou-\nvent. De même Marguerite de Valois, leur tante;\nMarie Stuart, reine et dauphine, y fit tinter son rire\ngracieux. Le morose Charles IX se surprit plus d'une\nfois le sourire sur les lèvres en traversant le préau pour\naller visiter les loges. Son successeur, Henri 111, fut un des familiers de\nla Foire. Bien des fois, sur les quatre heures, on vit un batelet se détacher\ndu quai du Louvre, traverser la Seine et venir amarrer, ayant cinq ou six\npersonnes à son bord, au Petit-Pré-aux-Clercs. C'était le dernier Valois\net ses mignons qui allaient à la Foire. Par malheur, la nullité et les\ndébauches de Henri 111 l'avaient fait plus mépriser que haïr des Pari-\nsiens, pourquoi un jour mal lui prit de sa promenade à cette Foire\nqu'on appelait déjà en langage imagé « le grenier à sel ».\nC'était le 4 février 079. Henri 111 et ses mignons traversaient le\npréau, lorsqu'une foule de gamins se mit à les gouailler en criant à tout\nrompre :\nA la fraise on reconnaît le veau ! à la fraise on reconnaît le veau !\nOn se figure la figure du roi. Sa Majesté exigea qu'on châtiât les\ncoupables, ce que promirent de faire les religieux, hauts-justiciers de la\nFoire ; mais ils s'en gardèrent bien, et pour cause : à deux pas des fossés\n\n(ij Voir le numéro du rr décembre 1875."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "de leur abbaye, là où s'ouvrit plus tard la rue Guisarde, un superbe\nhôtel s'était élevé, et dans cet hôtel habitait la duchesse de Montpensier,\nla sœur du duc de Guise, la même qui, dit-on, mit un peu plus tard le\npoignard dans les mains du moine Jacques Clément pour assassiner à\nSaint-Cloud le même Henri 111.\nOr, pour venger le roi, c'est là, dans cet hôtel, qu'il aurait fallu aller\nprendre la véritable coupable. On pense que les bons moines n'étaient\npas disposés à risquer leur seigneurie à ce jeu-là. Les Guises n'étaient-ils\npas autrement puissants que Henri 111 en ce temps-là?\nDe Phumeur dont était Henri IV, on pense bien que la Foire devait\nl'attirer. Et de fait, en 1597, le Vert-Galant vint s'y promener avec la\nbelle Gabrielle d'Estrées. Ils avaient avec eux leur fils César Monsieur,\ndepuis duc de Vendôme, alors âgé de quatre ans. Le roi marchanda une\nbague de 800 écus pour en faire présent à sa maîtresse ; mais, la trou-\nvant trop chère, il n'en voulut point. Il acheta seulement pour le jeune\nprince, qui, soit dit en passant, faillit devenir Dauphin, un dragon en\nargent sur lequel étaient gravés les douze signes du zodiaque.\nNous avons vu qu'en 1607 Henri IV avait fait prolonger la Foire.\nVeut-on savoir pourquoi ? Les chroniqueurs vont nous l'apprendre :\npour avoir le loisir de s'y promener plus longtemps ». On raconte\nmême que la prolongation lui coûta très cher, car, enragé joueur, il joua\net perdit tout le temps. Le dernier jour, entre autres, il se fit râfler 700\nécus par M. de Villars, pourquoi il n'acheta qu'un « chapelet de\n300 écus » encore à une maîtresse, la comtesse de Moret, qu'il pro-\nmenait ce jour-là.\nLouis XIII, l'ennuyé, s'arrêtait toujours à la Foire lorsqu'il allait voir\nson favori, le maréchal d'Ancre, rue de Tournon où il demeurait. Soit\ndit en passant, son hôtel est devenu la caserne de gardes municipaux\nqu'on voit encore aujourd'hui.\nBref, plus ou moins, tous les rois et toutes les reines de France, depuis\nCharles VIII et Anne de Bretagne jusqu'à Louis XVI et Marie-An-\ntoinette inclusivement, se faisaient fête de fréquenter la Foire Saint-\nGermain.\nDes anecdotes des grandes dames et des grands seigneurs, nous n'en\nciterons aucune parce qu'elles sont trop nombreuses. Contentons-nous\nde dire que ces hauts personnages ou leurs suites furent parfois les\ntrouble-fêtes de la Foire. « Le duc de Guise et Vitri, dit l'Etoile, y\ncoururent les rues avec dix mille insolences. » En 1597, le duc de\nNemours et le comte d'Auvergne, racontent d'autres mémoires, « s'a-\nmusèrent à cette Foire en y commettant une foule d'indécences. Un"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "avocat y perdit son chapeau et fut bien battu par les gens du comte\nd'Auvergne. » Enfin, en i6os_, les laquais, les pages, les soldats aux\nGardes et les écoliers se battirent à cette Foire à plusieurs reprises. Un\nlaquais coupa les deux oreilles à un écolier et les lui mit ensuite dans la\npoche; les écoliers mutinés s'attroupèrent, poursuivirent tous les laquais\nqu'ils rencontrèrent, en tuèrent et en blessèrent plusieurs. Les soldats\naux Gardes étaient du parti des écoliers; un de ces militaires ayant reçu,\nen sortant de la Foire, plusieurs coups de bâton de la main des laquais,\nse défendit avec tant de vigueur qu'il en tua deux et jeta leurs cadavres\ndans les fossés de l'abbaye.\nAutre dispute en 1729, mais celle-ci moins sérieuse. Elle eut lieu\nentre les pages du roi et les pages des princes dans la salle de l'Opéra-\nComique. On jouait le Corsaire de Salé. Après quelques torgnoles\ndonnées, reçues et rendues, le holà venait d'être mis parmi les petits\ntapageurs, lorsqu'un cri d'effroi retentit parmi les spectateurs. Qu'était-\nce ? C'était un petit page de dix ans qui, à la dernière période du\ncombat, venait d'être culbuté de sa loge et dégringolait sur les ban-\nquettes. On croyait qu'il s'était tout au moins rompu quelque membre,\nquand on le vit se relever prestement une perruque à la main et la\nprésenter gracieusement à un bon bourgeois à lamine refrognée,au chef\nentièrement dénudé, lequel lui dit pour tout remerciement :\nEh î morbleu î mon petit bonhomme, prenez donc garde à ce que\nvous faites quand vous tombez.\nLors le page de lui répondre espièglement :\nJe vous demande pardon, monsieur, je ne l'ai pas fait exprès.\nPour prévenir les rixes sanglantes, on édicta plusieurs règlements de\npolice très sévères, notamment celui de i 635, qui faisait défense, sous\npeine de la hart, à tous pages, laquais et hommes des champs de porter\népéeou bâton. De même à propos des jeux. Ils avaient pris de telles\nproportions, qu'en 1608, le mercredi 3o janvier, quelques jours avant\nl'ouverture de la Foire, le procureur général du roi fit afficher un arrêté\npour défendre « à nouveau les jeux de hasard, à peine de 100 sols parisis\nd'amende pour chaque contrevenant, de la prison et d'une punition\ncorporelle. * Cet arrêté rappelait que les jeux de dés, cartes, quilles et\nautres « jeux de brelan » avaient été plusieurs fois défendus, mais en\nvain, puisque « les officiers des religieux de Saint Germain-des-Prés les\npermettaient », et que même ils en avaient laissé s'introduire un autre\ntout nouveau « que l'on appelle le Tourniquet, où se débauchent plu-\nsieurs jeunes gens et compagnons de métiers »."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.11", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "Cet arrêté produisit exactement l'effet des précédents. Il en fut de\nmême de ceux qui suivirent jusqu'en l'an 1674, où la juridiction tempo-\nrelle fut enlevée aux seigneurs et propriétaires de la Foire, c'est-à-dire\nles religieux et l'abbé de Saint-Germain-des-Prés.\nHâtons-nous de constater cependant qu'après la police ne prêta guère\nmieux la main à l'exécution de ses arrêtés. Et la cause en est que si la\ntolérance presque absolue des moines avait pour mobile le gain qu'elle\nleur rapportait, celle de la police reposait sur des raisons encore plus\nsérieuses et maintes fois avouées : la tranquillité de Paris et la paix\ndans l'État. Le peuple chante, donc il paiera, disait Mazarin. Après lui\nles gouvernants dirent : le peuple s'amuse, donc il supportera tout sans\nsonger à se plaindre et moins encore à se révolter I Tranchons le mot :\nla Foire Saint-Germain fut pendant longtemps un moyen de gouverne-\nment.\nVI\nTant que l'abbé de Saint-Germain-des-Prés resta régulier, lui et ses\nreligieux furent conjointement seigneurs et propriétaires de la Foire ;\nà frais communs ils l'avaient fait construire, à frais communs ils l'entre-\ntenaient « de grosses et menues réparations ». Cela changea vers le\ncommencement du dix-septième siècle.\nEn exécution d'un concordat, les biens de l'abbaye furent alors par-\ntagés entre les religieux et l'abbé. La Foire échut à ce dernier, et son\naspect ne tarda pas à changer par la vente ou la transformation des\nterrains contigus. Ajoutons qu'à la même époque, le quartier de Saint-\nGermain-des-Prés, que nous avons vu si solitaire, s'était considérable-\nment peuplé; que les chemins étaient devenus des rues; qu'on en avait\nracé d'autres sur lesquels on bâtissait; que de tous côtés s'élevaient de\nsomptueux hôtels, de superbes maisons ; que Marie de Médicis s'apprê-\ntait à jeter les fondations du palais du Luxembourg; que le prince de\nCondé faisait disparaître le Clos Bruneau et le remplaçait par une admi-\nrable résidence; enfin, qu'une ville entière était sortie de terre comme\npar enchantement. Encore quelques années, et l'on abattra portes et\nenceinte, on comblera les fossés, et le quartier de Saint-Germain-des-\nPrés éclipsera le vieux Paris. Déjà à la fin du règne d'Henri IV, il était\ngrand comme quatre des anciens quartiers ; à la fin du règne de son"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "successeur, en 1642, les plus grandes familles de France l'habiteront,\net il deviendra le caravansérail de tous les étrangers de distinction qui\nviendront s'instruire ou se divertir à Paris.\nC'est pour cela qu'un étranger écrira, en 1723 : « Le quartier Saint-\nGermain est sans contredit le plus beau et le plus grand à cause de son\nétendue, du nombre de ses belles maisons, de la quantité de peuple qui\ns'y trouve; ce qui fait qu'on peut le comparer à quelques grandes villes\nqui font du bruit en Europe, selon même le sentiment des étrangers à\nqui la demeure en paraît si agréable qu'ils l'ont préféré à toutes les autres\nvilles. Ce n'est pas sans raison, puisque toutes les commodités y abondent\net que l'air y est très pur, les maisons étant séparées par plusieurs jardins.\nOn y trouve six académies ou manèges. Il n'est peut-être aucune ville\nau monde qui en compte autant. La plupart sont remplies de tout ce\nqu'il y a d'illustre jeunesse en France et en Allemagne. Là s'apprennent\ntoutes les choses qui rendent un gentilhomme accompli et capable d'ac-\nquérir de la réputation dans le monde. Dans ce quartier, on a quelque-\nfois compté dans un hiver douze princes étrangers, trois cents comtes ou\nbarons, et un bien plus grand nombre de simples gentilshommes. Tous\nviennent y apprendre la langue et faire des exercices qu'on ne leur\nenseigne pas chez eux..... Les six académies portent les noms des\nprincipaux écuyers qui s'y montrent : Coulon, proche de Saint-Sulpice ;\nBernardi, proche l'hôtel Condé ; Longprest, rue Sainte-Marguerite ; Van-\ndeuil, rue de Seine, etc., etc. » Et telle était l'admiration de cet étranger\npour ce quartier, qu'il le décrit dans ses plus petits détails; qu'il chiffre\nle nombre des cafés, des billards, des jeux de paume, des auberges, des\nhôtels garnis ; qu'il raconte la vie qu'on y mène ; qu'il explique comment\non y loge, comment on y mange, comment on y aime. Et même il donne\ndes conseils pour y faire tout cela au plus juste prix. « Il y a, dit-il, rue\nde Tournon, l'hôtel d'Antragues, mais ses appartements sont à haut\nprix. Si quelqu'un a envie de payer un écu par repas, il peut aussi y\nmanger. Pourtant cet hôtel n'est que pour les évêques et pour les princes.\nL'hôtel Tréville, en face, est mieux pour les bourses moyennes. Au de-\nmeurant, les appartements sont moins chers dans la ville que dans le\nquartier Saint-Germain. » Dans certaines rues et certains hôtels qu'il\ndésigne, notre étranger nous montre de belles dames qui y sont logées,\nde magnifiques comtesses, de superbes marquises ; pourtant il faut s'en\ndéfier, dit-il, car, pour la plupart, ce ne sont que « grisettes entre-\ntenues ».\nIl parle delà salle à manger où l'on était continuellement harcelé « par\nles moines, qui viennent quêter avec une assiette en offrant un plat de"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.13", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "salade, par des filles qui vendent des bouquets de fleursf des friandises,\ndes oranges, des huîtres, des fruits ». Il nous introduit dans quelques\nuns des cafés célèbres, celui de la veuve Laurent, rue Dauphine, et celui\nde Poincelet, à la descente du Pont-Neuf. Après nous avoir appris\nque le premier était le « café des Beaux que présidait jadis Gri-\nmarest, le fameux maître de langues, » l'étranger nous donne en quelques\ntraits la physionomie de tous les cafés : « Ce sont des endroits où, autour\nde tables de bois nues, sans tapis et éclairées par quelques chandelles,\nsont des personnes qui s'entretiennent des nouvelles du jour, car on n'y\njoue ni aux cartes, ni aux dés, mais parfois seulement aux échecs. En\nplus du café, dont c'est la mode presque générale de prendre une tasse\naprès dîner, on y trouve toutes sortes de liqueurs. On n'y fume pas\ncomme on fait en Hollande et en Allemagne, parce qu'il y a peu de per-\nsonnes de condition en France qui aiment le tabac à fumer. Les cafés\nne tiennent pas non plus les Gazettes ; on va les lire aux petites boutiques\ndu quai des Augustins, ou bien, si on en veut une, on l'achète des por-\nteurs qui courent les rues. » Que les temps sont changés!\nC'est cet étranger, J.-C. Nemeitz, un grave personnage, s'il vous\nplaît, puisqu'il était conseiller de S. A. le prince de Waldeck, qui tout\nà l'heure sera notre cicerone à la Foire Saint-Germain.\nAvant de lui donner la parole, il convient que nous en finissions avec\nles considérations historiques et autres menus détails.\nVII\nNous avons dit que, lors du partage des biens de l'abbaye, la Foire\néchut à l'abbé, et que, vu les constructions qui s'élevèrent autour, elle\nne tarda pas à changer d'aspect. En effet, en 1647, nous la trouvons\nenclavée dans un pâté de maisons circonscrit par les rues du Cœur-\nVolant, du Petit-Lion, du Petit-Bourbon, des Prêtres, Guisarde, du\nFour et des Boucheries.\nLa rue du Cœur-Volant existe toujours sous le nom de Grégoire-de-\nTours. C'est la partie de cette rue comprise entre la rue de l'Ecole-de-\nMédecine et la rue des Quatre-Vents.\nLes rues du Petit-Lion, du Petit-Bourbon et des Prêtres ou des Aveu-\ngles, subsistent également encore, mais ne forment plus qu'une seule\nrue sous la dénomination de Saint-Sulpice."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "Les rues Guisarde et du Fotfr sont toujours debout avec leurs appel-\nlations primitives.\nQuant à la rue des Boucheries, son nom seul a changé : c'est la partie\nde la rue de l'Ecole-de-Médecine comprise entre les rues du Four et de\nl'Ancienne-Comédie,\nEn 1647, la rue du Petit-Lion s'appelait la Ruelle de la Foire, de\nmême que la rue des Quatre-Vents, qui n'était alors qu'un cul-de-sac,\ns'appelait Cul-de-sac de la Foire, et la rue de Tournon, rue du Champ\nde la Foire.\nCe que nous venons de dire permet de se rendre compte assez exacte-\nment de la superficie qu'occupait la Foire Saint-Germain.\nElle était la même que celle occupée aujourd'hui par le marché Saint-\nGermain, plus l'emplacement des maisons qui le bordent du côté de la\nrue Félibien. George Deshayes nous apprend, dans son Guide de Paris\nimprimé en 1647, qu'on pénétrait par quatre portes dans le champ de\nla Foire, savoir : une située rue de Tournon, l'autre rue des Boucheries,\nla troisième rue du Four (elle a servi d'amorce à la rue Mabillon),\nenfin, la quatrième rue Guisarde. Complétons ces renseignements en\ndisant qu'on entrait dans les halles par sept portes, dont quatre faisaient\nface, deux par deux, à celle des rues Guisarde et Tournon.\nEn 1726, la contenance de la Foire fut diminuée sensiblement par le\nCardinal de Bissi, abbé de Saint-Germain, qui affecta une forte partie du\npréau à un marché. Dès lors, la porte de la rue des Boucheries servit\nexclusivement au nouveau marché. Il est vrai de dire qu'on avait mé-\nnagé, à droite en entrant, une voie de communication entre la Foire et\nle marché. La porte de la rue des Boucheries ouvrait à l'angle de la mai-\nson du greffier dont nous avons parlé, pourquoi on l'appelait Porte\nGreffière. Elle prit ensuite le nom de Passage de la Treille. Aujour-\nd'hui c'est la rue Montfaucon.\nUne conséquence capitale de la cession de la Foire aux abbés, c'est\nque ces derniers s'en défirent peu à peu. Ainsi, en 1614, elle fut aliénée,\npour 3djOOO livres, à plusieurs marchands, par la princesse de Conti,\nveuve de ce prince, lequel avait joui du bénéfice abbatial jusqu'à sa\nmort sous les noms de Percheron et de Louis Buisson. En 1690, le\ncardinal abbé de Furstemberg voulut rentrer dans cette possession,\nmais le Parlement et le Grand-Conseil, qui voyaient nombre de familles\nvivre de la Foire, précisément à cause de cette aliénation, s'opposa for-\nmellement à la reprise de possession entière, et, après huit années de\nprocédure, le préau seul fut réuni à la mense abbatiale, et les marchands"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 747, "texte": "maintenus dans les halles, moyennant trente autres mille livres qu'ils\ncomptèrent au cardinal de Furstemberg.\nEn fin de compte, au commencement du dix-huitième siècle, il ne\nrestait plus à l'abbé de Saint-Germain que la seigneurie de la Foire, six\ndeniers de cens, trois livres de rente sur chaque loge, plus les « lods », les\nventes et autres charges de peu de conséquence que ses devanciers s'é-\ntaient réservés.\nUne particularité mentionnée par Sauvai : « Comme à Paris, écrit-il,\non ne laisse point de place inutile, dans le temps que la Foire ne tient\npas, le concierge en loue les rues à des selliers qui y mettent leurs\ncarrosses à couvert depuis Pâques jusqu'au 22 janvier. »\n(La suite prochainement*)\n\nA. PRADINES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "22", "image_debut": 16, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.3", "titre_corps": "HABENECK", "titre_sommaire": "HABENECK", "signature_source": "O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "HABENECK\n\nA Chronique musicale reproduit aujourd'hui un por-\ntrait, frappant de ressemblance, du célèbre fondateur\nde la Société des concerts du Conservatoire, et une\ncharge de Dantan, montrant le grand artiste vu... de\ndos, à la tête de son orchestre.\nNous n'avons pas aujourd'hui l'espace nécessaire\npour tracer une biographie détaillée d'Habeneck. Aussi serons-nous\nsobre de dates et de menus faits, et nous contenterons-nous de rap-\npeler en peu de mots le grand rôle qu'il a joué, pendant une période\nparticulièrement brillante de l'histoire de la musique en France.\nNé à Mézières, le ier juin 1781, Habeneck mourut à Paris le 8 février\n1849, et l'on peut dire que cette vie de soixante-sept années a été singu-\nlièrement utile, laborieuse et agissante. D'abord élève de son père, mu-\nsicien de régiment né en Allemagne et qui avait pris du service en\nFrance, il fit des progrès tellement rapides dans l'étude du violon que,\ndès l'âge de dix ans, il se faisait entendre en public avec succès. Fixé\ndans ses plus jeunes années à Brest, il y travailla solitairement, sans\nmodèle et sans maître, et avec une telle ardeur qu'il écrivit, sans autre\nguide que son instinct, plusieurs concertos de violon et même, dit-on,\nquelques opéras. Il avait déjà vingt ans lorsqu'il se décida à venir à Pa-\nris et se présenta au Conservatoire. Admis dans la classe de Baillot, il y\nremporta d'emblée, en 1804, un magnifique premier prix, et fut aussitôt\nnommé répétiteur de la classe de son maître.\nIci commence véritablement sa vie artistique. L'usage était alors, au\nConservatoire, que le premier prix de violon conduisît l'orchestre aux"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.19", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "exercices de la saison suivante. C'était un excellent moyen auquel,\nnaturellement, on a renoncé d'expérimenter et de former de bons\nconducteurs pour nos scènes lyriques. Or, Habeneck, on peut le dire,\nétait né chef d'orchestre, et sa supériorité se révéla à ce point, du pre-\nmier coup, que sur le rapport des trois inspecteurs, Chérubini, Méhul\net Gossec, le directeur Sarrette décida qu'à l'avenir Habeneck serait seul\nchargé de la direction des exercices. Il remplit, en effet, ces fonctions\nhonorifiques jusqu'en 1815, époque de la transformation et de l'amoin-\ndrissement de l'école.\nDéjà, après avoir passé un instant à TOpéra-Comique, il était entré à\nl'orchestre de l'Opéra, où il avait été adjoint à Rodolphe Kreutzer,\ncomme violon-solo. L'administration de ce théâtre eut la bonne pensée\nde lui confier la direction et l'organisation des admirables concerts spi-\nrituels qu'elle donnait chaque année pendant la quinzaine de Pâques.\nHabeneck, qui avait étudié les œuvres de Beethoven et s'était passionné\npour elles, à une époque où l'immortel artiste était absolument inconnu\nde l'immense majorité des musiciens français, et qui avait déjà fait exé-\ncuter au Conservatoire sa première symphonie (en ut majeur), fit jouer,\ndans un de ces concerts, la seconde (en ré); mais ce ne fut point sans\ncombat qu'il put obtenir de son orchestre l'obéissance à ses volontés, et\nil dut même substituer à l'andante de cette symphonie, que les musiciens\ndéclaraient impossible, celui de la symphonie en la. Ceci, du resce, ne\nfut pas le plus fâcheux pour Beethoven, car cet andante obuni un te\nsuccès qu'il fallut le bisser à l'exécution.\nLes concerts de l'Opéra eurent tellement d'éclat sous l'impulsion\nd'Habeneck, qu'à la retraite de Viotti, en 1821, il fut nommé directeur\nde ce théâtre, alors placé sous la surveillance immédiate du gouverne-\nment. Il conserva cette situation jusqu'en 1824, époque où Duplantys\nétant devenu directeur, Habeneck fut placé à la tête de l'orchestre en\npartage avec Valentino. A partir de 1831, Valentino s'étant retiré,\nHabeneck conserva seul la direction de l'orchestre jusqu'en 1847. Pen-\ndant cette période de seize années, il eut la gloire de diriger l'exécution\nde tous ces ouvrages : le Philtre, Robert le Diable, le Serment,\nGustave 111, Ali-Baba, la Juive, les Huguenots, Guido et Ginevra,\nle Lac des Fées, les Martyrs, la Favorite, la Reine de Chypre,\nCharles VI, Lucie de Lammermoor, etc.\nMais la véritable gloire d'Habeneck est la création de la Société des\nconcerts du Conservatoire. C'est là surtout qu'il a donné carrière à son\nadmirable talent de chef d'orchestre, qu'il a déployé toutes ses facultés\nen ce genre, et c'est là surtout qu'il a rendu à l'art un immense service"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "en faisant connaître à la France, en dépit de tous les obstacles qu'il ren-\ncontrait sur son chemin, les œuvres immortelles de Beethoven. On ne\nsaura jamais assez au prix de quelles luttes, de quels combats, de quelles\nruses il dut de vaincre en ces circonstances l'ignorance, l'inertie et la\nmauvaise volonté de musiciens qui cependant avaient en lui une\nextrême confiance, mais qui s'obstinaient à ne point comprendre les\nincomparables beautés répandues dans ces chefs-d'œuvre. Malgré tout,\nHabeneck vint à bout de son entreprise,, et, en dehors de l'énergie dont\nil y fit preuve sous ce rapport, son talent merveilleux de conducteur\ndonna bientôt à l'orchestre du Conservatoire une renommée européenne,\net fit dire à l'Allemagne elle-même que nulle part on n'exécutait comme\nà Paris les symphonies de Beethoven.\nNon seulement Habeneck s'était donné une forte éducation, non\nseulement il était, comme on dit, musicien jusqu'au bout des ongles,\nmais il possédait toutes les facultés naturelles et toutes les qualités\nacquises qui constituent le grand chef d'orchestre. Il avait l'autorité,\nl'énergie qui savent réprimer les écarts, la flamme, l'élan qui savent\nenlever une phalange instrumentale et lui communiquer l'enthousiasme ;\navec cela, l'œil sûr, le bras ferme et hardi, l'oreille d'une finesse inouïe,\nsachant discerner la moindre faute de quelque côté qu'elle se produisît,\net enfin la compréhension vaste qui permet à un chef de saisir le style\nparticulier à chaque œuvre, et de la faire exécuter comme il convient.\nComme chef d'orchestre, il faut le dire, Habeneck n'a pas encore été\nremplacé, et depuis trente ans qu'il a disparu il n'a pas encore trouvé\nde digne successeur.\nDans sa classe du Conservatoire, Habeneck a formé de nombreux et\nexcellents élèves, parmi lesquels nous citerons seulement MM. de Cu-\nvillon, Alard_, Léonard, Masset, Clapisson, Eugène Gautier, Horace\nPoussard, Adrien Béron, Altès, etc. Comme compositeur pour son\ninstrument, on lui ck>it un certain nombre d'œuvres extrêmement\ndistinguées, parmi lesquelles plusieurs concertos, trois caprices en forme\nd'études, un recueil de duos et quelques airs variés.\n\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c012", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.3.3", "titre_corps": "A.Masson, del et sculp.", "titre_sommaire": "A.Masson, del et sculp.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 56, "texte": "A.Masson, del et sculp.\nImp. 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Lasserre. Allegro symphonique de M. Lalo. M. Maurel.\nOuverture symphonique de M. Paul Lacombe. Début de mademoiselle Pom-\nmereul. Offertoire pour orchestre de M. Gounod. CONCERTS A L'ORCHESTRE.—\nCONCERTS AIJ PIANO.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. Jamais, depuis\nquarante-neuf ans que la Société existe, les programmes\nn'avaient été aussi chargés d'œuvres nouvelles. On a\ndonné le Manfred de Schumann en entier, et sur les pu-\npitres on a placé la symphonie en ré mineur de Beetho-\nven, une symphonie de Deldevez, un fragment d'opéra\nde Reyer, une composition de Saint-Saëns, des scènes\nde Berlioz, Raff, Brahms, Wagner sont annoncées pour la fin de la saison.\nEn conséquence, Bach, Hœndel, Haydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn,\nse trouvent sacrifiés. Les abonnés protestent et, pour aujourd'hui, il nous\nsuffira de signaler cette légitime protestation qui a pour but, ou de suppri-\nmer tous les compositeurs nouveaux dans les exécutions du Conservatoire,\nou d'augmenter le nombre des concerts, et de donner par exemple une séance\ntous les dimanches sans interruption, en devançant et retardant la saison.\nDoubler le nombre des concerts serait le procédé le meilleur ; on ne pourra\nguère l'éviter et il satisfait à toutes les réclamations.\nManfred a conquis sa place définitive dans les programmes classiques de"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "[24]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "la société, qui devrait bien en même temps nous faire connaître les sympho-\nnies de Schumann et aussi les œuvres instrumentales de Schubert, admises\npar toutes les Sociétés symphoniques en Europe et provoquant partout d'u-\nnanimes sympathies. Quant à 1 exécution de l'œuvre de Schumann, elle a été\nirréprochable au point de vue de la virtuosité; mais bien évidemment 011 n'a\npas encore le secret de charme et de poésie de cette musique, à la fois déli-\ncate et véhémente, et ce n est pas en espaçant l'exécution de ces œuvres\n\\astes et difficiles, qu on arrivera à en deviner l'âme secrète, le rhythme, le\nmystérieux enchantement.\nLa symphonie en ré mineur de Beethoven est restée longtemps d'impos-\nsible accès, même à 1 orchestre de la Société. Habeneck qui, semblablement\nc\\ Vianesi, était,, par souveraineté de nature, la maîtrisante intelligence dans\nson armée sonnante, s'attaqua plusieurs fois à la terrible symphonie avant\nde la comprendre et de « la tenir dans sa main. » Il la dirigea plusieurs fois\nà contre-sens, transformant les mouvements, falsifiant le sens, l'idée, le\nrhythme, les vigueurs ou les suavités de l'œuvre. C'est en la relisant à satiété\ndans son for intérieur, en se la récitant, se la déclamant à lui-même qu'il\narriva àse l'assimiler. On la répétait sans trêve, et quand on croyait avoir\nsaisi un fragment, on le jouait en public. Peu à peu, l'œuvre se dévoila et elle\nest aujourd'hui, dans tout l'opulent programme de la Société, l'œuvre la\nmieux sentie, la plus fidèlement interprétée.\nSchumann, comme Beethoven, se révélera à son heure, si on l'étudié avec\nsincérité, avec passion, avec constance. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que\nManfred est écrit pour le théâtre, et que cette musique, scéniquement mor-\ncelée et décorativement composée, peut manquer d'effet au concert, si on ne\nlui restitue pas, au moins en partie, le prestige et le relief du spectacle. Pour\nmettre dans son vrai jour la musique du maître de Dusseldorf, il faudrait\ndonc suppléer au cadre vivace et mouvant des planches animées, illuminées\net décorées, et accompagner la musique avec un texte reliant les différentes\nparties de l'œuvre et qu'un récitant exposerait devant l'auditoire. Les pro-\ngrammes pourraient en outre contenir le texte chanté et un sommaire du\nlivret.\nLorsque 1 Athalie de Mendelssohn a été exécutée, il y a plusieurs années,\nau Conservatoire, un récitant fut interposé dans l'œuvre musicale, dont les\nfragments se suivirent ainsi avec ordre et progression ; l'effet fut merveil-\nleux.\nNous émettons ici ces remarques, parce qu'il convient qu'à la Société des\nconcerts tout ressorte en perfection; mais nous ferons remarquer aussi, et\ncette fois avec satisfaction, que presque tous les assistants se trouvent, dans\nces séances, préparés à l'audition publique par une méditation préventive de\nla musique qui doit êcre exécutée, et par une étude particulière qui n'est pas\ntoujours sans profondeur et sans érudition. Ce sagace public du Conserva-\ntoire est recruté parmi les plus rares intelligences du monde entier, et les"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.23", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3169, "texte": "auditeurs les plus compréhensifs ne sont pas certainement ceux que Ton\ncroit. Ces bavards de la presse, ces docteurs du professorat, ces discuteurs,\nces péroreurs, ces pédants risibles qui font la leçon à Wagner, à Saint-Saëns,\nà Rubinstein, à Brahms, à Raff, à Meyerbeer, à Verdi, ne songent pas que\ndans ce public qu'ils dédaignent sont les seuls vrais connaisseurs, les seuls\nvrais musiciens, les seuls vrais juges dont le verdict soit équilibré, raisonnable,\nadmissible et admis. Vadius n'aime pas Verdi, Trissotin consent à reconnaître\nqu'il y a pourtant un Wagner de la bonne manière. Tel sot bafoue Rossini\net tel maître fat discute Meyerbeer; Robert le Diable a vieilli et le\nProphète est mal écrit. Quant à Rubinstein, on sait qu'il existe un groupe\nde musiciens très forts qui vous prouvent par a -f- h que « ce monsieur-là ne\nsait pas un mot de musique. » On s'applaudit que Rubinstein ait l'honneur\nde leur déplaire. Soyez sûr que le public, lorsqu'il apprend ces fadaises, les\njuge sévèrement et, ce qui est mieux, qu'il les dédaigne comme il convient.\nUne glorieuse réparation se prépare pour Schubert, dont les symphonies\nvont reparaître à la fois chez Pasdeloup, chez Colonne et aux concerts du\nConservatoire. Nous sommes heureux d'être les premiers à annoncer cette\nbonne nouvelle. Schubert est mort et il est classique, il a écrit des sympho-\nnies; il est de toute nécessité que nos orchestres nous les fassent connaître\nprécisément parce que ses symphonies sont une innovation dans le genre et\ntout à fait autre chose que la musique instrumentale de Haydn, de Mozart,\nde Beethoven. On reprochait dans les commencements à Mendelssohn de\nne pas imiter ces maîtres reconnus; s'il les eût imités, on ne jouerait plus\nMendelssohn qui, chaque jour, gagne des sympathies plus chaudes. Schu-\nbert, dans ses symphonies, reste fidèle à son individualité. Pourquoi serions-\nnous privés d'entendre ces œuvres caractéristiques que l'on applaudit en\nSuisse, en Russie, à Dublin, à Édimbourg, à Londres, dans toute la Scan-\ndinavie. Quand nous voyons essayer tant d'œuvres pauvres et incolore?,\nnous réclamons qu'une place soit faite pour Schubert, qui a écrit de ravis-\nsants pastels symphoniques. Nous ferons bon marché des épopées drama-\ntiques qu'on étale devant nous avec tant de prétention musicale. Nous\nn'acceptons ces copieuses machines que lorsqu'elles se résolvent en chef-\nd'œuvre, et la moindre chanson de talent, en revanche, nous ébranle. Dans\nles Ruines d'Athènes, Beethoven ne s'est-il pas complu à restreindre son\ncadre? Quelques mesures et tout est dit; mais le génie a parlé et nous avons\nvibré à son accent. Dans sa symphonie en la mineur, Mendelssohn a placé,\nà la seconde partie, une simple romance de son pays. On l'a néanmoins\nbissée au Conservatoire et il est de tradition qu'on bisse ce court morceau\nchez Pasdeloup, chez Colonne, partout; parce que le public, en l'écoutant,\nest ému, transporté.\nSchubert, qui a tenté des voies nouvelles dans la symphonie, doit donc ne\npas être écarté. D'une main pieuse, les chefs de nos orchestres symphoni-\nques, Deldevez, Pasdeloup, Colonne, doivent ouvrir les feuilles symphoni-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "ques que Schubert, affamé, écrivait dans ses heures sans fin d'inconsolable\ndétresse, espérant qu'après sa mort justice serait rendue à son génie. Nos\nauditoires les demandent et veulent que cette satisfaction lui soit accordée.\nLors de la maladie qui devait emporter Beethoven après cinq mois de\nsouffrance, son activité habituelle ne pouvant plus le satisfaire, il fallut lui\ntrôuver des distractions en rapport avec son génie et ses goûts. On lui pré-\nsenta un jour une collection d'environ soixante lieder de Schubert; ce fut\npour lui une grande distraction, il en oubliait sa maladie. Quand il apprit\nqu'il existait plus de six cents lieder, son admiration redoubla. On lui dit\nalors que le maître avait en outre composé des symphonies, des opéras ;le\nnombre, la valeur de ces oeuvres frappaient Beethoven d'étonnement ; il ne\npouvait s'arracher à la lecture de ces partitions, il restait des heures entières\nà méditer sur cette musique, il en louait le travail original, la variété.\n« Ah! disait-il, que n'ai-je connu Schubert! maintenant je vais mourir et je\nne pourrai pas dire à tout le monde combien cet homme est grand et puis-\nsant; »et il ajoutait : «Je jure qu'il y a dans Schubert l'étincelle divine. »\nLa musique de Schubert brille par son absence dans notre musée classique\nde symphonie, aux concerts du Conservatoire. Nous apprenons que M. Del-\ndevez s'occupe à « combler cette lacune », et qu'une symphonie est à l'étude.\nC'est, nous dit-on, la première en ut majeur; des huit symphonies de Schu-\nbert, c'est la plus importante. Elle fut exécutée à Leipzick, en 1839, sous la\ndirection de Mendelssohn et d'après les indications de Schumann. Elle obtint\nun succès d'enthousiasme qu'elle retrouvera à nos concerts du Conserva-\ntoire.\nQuel programme que celui où Ton trouve une œuvre comme l'ouverture\nde Coriolan, la symphonie romaine (la majeur) de Mendelssohn, et, comme\npremière audition, une symphonie de M. Deldevez!\nJamais la symphonie de Mendelssohn n'avait reçu un si chaleureux accueil.\nQuant aux critiques, ils lui reprochent comme toujours de ne rappeler ni\nHaydn, ni Beethoven, ni Mozart. Il est vrai que lorsque Haydn écrivait ses\nsymphonies, d'autres critiques aussi sagaces que ceux que nous voyons aujour-\nd'hui reprochaient à Haydn d'être confus, de manquer de clarté, d'avoir un\norchestre compliqué, une incompréhensible modulation, etc. Il en sera tou-\njours ainsi. Toujours l'honnête artiste trouvera devant lui un pleutre calom-\nniateur, et aura tort de se plaindre, car enfin, la critique n'est-elle pas dans\nson droit quand elle bafoue tour à tour les grands hommes, puisqu'en\nrevanche elle glorifie tant de petits drôles ?\nL'andante de la symphonie en la a été bissé comme toujours. On sait que\ncet andante est une chanson du crû dont les paroles ont pour but de présenter\nl'orient aux rêves d'un voyageur que ses malheurs chassent de la patrie : c'est\nen quelque sorte la chanson de Wagner, mais en aspiration et non plus en.\nregret. Mendelssohn l'a introduite dans sa symphonie romaine comme pour\ndire : moi, l'homme du Nord qui ai visité le Midi et l'ai tant aimé, je vais"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.25", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3218, "texte": "le chanter ici et mettre au premier plan le refrain languissant de nos\némigrants, lorsqu'ils quittent nos montagnes boisees et s aventurent aux\ncontrées d'où le soleil nous dit bonjour dès le matin.\nDans cette symphonie il y a un scherzo avec une belle phrase de cors. C'est\nun caprice d'un tour fin, d'an travail délicat comme toujours le fait Mendels-\nsohn. Il y a aussi une jolie tarentelle tournant et évoluant en brillantes spirales\nqui intéressent le musicien et rappellent involontairement la tarentelle de\nRossini, qui est une fête de soleil. Tout cela est d'un faire habile et témoigne\nde la loyauté soigneuse du compositeur. Mais la page intéressante de l'oeuvre\nest la chanson du pays, la chanson que Mendelssohn nous répète à sa façon,\navec une douleur si ornée, un si touchant regret de quitter le sol accoutumé\noù la famille reste, et aussi avec une aspiration si émue vers ce ciel inconnu\noù la destinée le pousse. Cette chanson est toujours bissée, et l'auditeur reste\ntout attristé de ces accents lamentables, de ces cris plaintifs qui semblent\ns'échapper d'un cœur épuisé à se contenir pendant que le pèlerin pousse un\npied après l'autre et tente de mêler les sourires de l'espérance aux larmes du\nregret.\nCette symphonie intitulée romaine, est la contre partie de la symphonie\ndite écossaise. L'auteur n'était guère admis d'abord aux séances du Con-\nservatoire : désormais on l'écoute avec ravissement et plus d'un auditeur jadis\nrebelle se sent aujourd'hui pénétré. C'est que Mendelssohn a une origi-\nnalité vibrante et des instincts de race qui ne peuvent nous laisser indiffé-\nrents. La nature lui avait parlé dans ses voyages, et il a redit le sentiment\nqu'elle lui inspirait dans la Grotte de Fingal, dans le Songe d'une nuit d'éte\\\ndans la Symphonie écossaise et dans cette Symphonie romaine où s'accuse si\ncaractéristiquement le tempérament particulier de ce maître à la fois reli-\ngieux, railleur, élégant, dédaigneux, passionné et promis fatalement à une\nmort précoce. Ossian tout entier respire dans la grotte de Fingal. Dans la\nsymphonie écossaise, on sent que Walter Scott a passé par là. Puis, tout à\ncoup, il renonce à sa musique naturaliste, à ses évocations féeriques. Alors\nl'homme mystique apparaît seul. La fatalité a parlé et l'artiste sent qu'il faut\nqu'il donne jour aux accents d'éternelle aspiration qui sont en lui. Alors\nMendelssohn écrit Elie, Paulus, où se trouve le chœur qu'on redit sans\ncesse au Conservatoire et qu'on y écoute toujours avec un sentiment d'écra-\nsement et d'adoration, qui sans doute inspira à l'auteur cette ineffable page\nde prière et de lamentation. A trente-sept ans Mendelssohn devait mourir,\nil voulait laisser de lui un souvenir immortel et il se hâtait, il se concentrait.\nDans la première partie de notre existence, nous nous donnons tout entiers\nà tout le monde, aux bons comme aux méchants, aux gens de cœur comme\naux faquins. C'est la loi de la vie et personne n'y peut échapper. Celui qui\ns'absorbe dans le bonheur, dans l'étude, dans le foyer, est horriblement rap-\npelé à la commune destinée, par l'abandon, par la pauvreté ou par les in-\nconsolables deuils. On est bien contraint alors Je se restituer à la publique"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "banalité; mais quand soi-même on doit mourir, on éprouve le be<\ns'isoler, de se mettre d'accord avec sa conscience et de jouir de sa p\nnalité qu'on va dépouiller et qu'on sent tomber lambeau par lambeau\nce qu'éprouvèrent Mozart, Chopin, Weber, Hérold et Mendelssohn ai\nsentiment de leur mort prématurée. Ils voyaient bien que dans ce co:\nallait périr, leur esprit était vivace, et avant que l'outil défaillant fûi\nterre, ils en tiraient tout son suprême emploi et y mettaient tout\nleur esprit pouvait donner de noble, de grand, de sacré.\nIl a été écrit et débité bien des compliments dédaigneux à propo:\nsymphonie de M. Deldevez. Mais puisque Trissotin trouve médiocr\nmusique composée avec tant de soin et de réflexion par un homme d\ntalent est reconnu et la science incontestée, soyez sûr qu'elle n'a\ndémérité les applaudissements que le public lui a décernés dans deu:\ntions attentives.\nL'exécution de la Damnation de Faust fera époque dans les séanc<\nSociété. On n'en a donné que les deux premières parties, ce qui est\ntable; mais l'interprétation, sauf les solos, a été irréprochable et l'ai:\ns'est retiré émerveillé.\nIl n'est point de compositeur contemporain qui, traitant la symj\nn'imagine qu'il procède de Beethoven, qu'il n'en continue la tradit\nmême qu'il en rajeunit et renouvelle la créatrice ingéniosité. Berlic\ncette prétention. Ce qui vaut mieux, il est resté lui-même. Il accus\nses œuvres, une personnalité qui ne se confond avec aucune aut\nmême, et cela en aucun point, avec Mendelssohn, dans les sujets e:x\nques qu'ils ont traités : stryges, farfadets, évocations démoniaques, da\nsylphes, etc.\nLorsqu'on exécute la musique de nos contemporains, prétendus ré\nteurs de la formule Beethovénienne, et lorsqu'on la compare par e\nà ce qu'a écrit Berlioz, on sent aussitôt la distance qui sépare le go\nstanciel, l'énergique conviction, de tout ce qui est apprêt académiq\nnement érudit, convention scolaire et formule professorale.\nEntre le Songe dune Nuit d*Eté de Mendelssohn, et la Damna\nFaust de Berlioz, des assimilations ont été faites. On a discuté pour\nsi leur musique était à la hauteur de Shakespeare et de Gœthe, et si\nétait au-dessus de Mendelssohn. Heureusement, il n'est pas nécessai\nleur gloire que ces comparaisons soient justes. Il y a quelque analogi\nleur manière d'opérer, mais cette analogie existe beaucoup plus dans\ngénéral qu'ils ont choisi pour y adapter leur musique, que dans le ce\nde leur talent. Mendelssohn est resté un curieux, un raffiné, un gen\nBerlioz est convaincu, il croit, et les sonorités qu'il imagine pour rer\nfantasmagories, il les a entendues, son cerveau en est rempli, son imag\nen est enivrée, et il a su construire ses harmonies et ses sonorités\nnière à nous faire palper l'incarnation musicale de son rêve. Mende"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.27", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "dans ces musiques d'élégante diablerie, ne nous ravit pas à nous-mêmes.\nIl nous laisse notre sang-froid et la libre possession de nous-même, de ma-\nnière qu'à chaque instant, nous pouvons remarquer combien son style fleuri,\nciselé, curieux, s'adapte bien au sujet bizarre qu'il s'est imposé. Lui, Ber-\nlioz, il a comme musicien, dans ces mêmes sujets, un mérite tout particulier,\nun mérite original et qui ne consiste pas simplement à se servir d'une\nlangue déjà perfectionnée, mais qui arrive même à fixer un langage encore\nflottant, indécis, à se créer une langue, cette langue curieuse, moirée, ma-\ngique par moment, et où tous les pillards viendront a leur tour puiser des\nformules, des tournures, des accents qu'ils s'attribueront en triomphe\ncomme le geai de la fable lorsqu'il se pare des plumes du paon. Dès la\npremière note, on est introduit, enfermé dans le cercle enchanté. Berlioz\na, en effet, ce Coup-d'Etat du génie qui dispose d'autorité les choses pour\nl'auditeur et les impose à son cerveau. Il a si bien ménagé, si bien ordonné\nses instruments, il les a si bien appropriés à la scène, qu'il est impossible de\nse soustraire au charme. Si ce charme opère invinciblement, c'est que Ber-\nlioz a compté sur l'esprit des autres et les a supposés de la même famille\nque lui. Il ne s'est pas trompé. Le public a trouvé tout très net, très clair,\ntrès compréhensible, et, comme toujours, s'est demandé pourquoi les direc-\nteurs de les chefs d'orchestre, les comités organisateurs des pro-\ngrammes avaient toujours écarté les œuvres générales. Est-ce parce qu'ils\nsont inintelligents ? est-ce parce qu'ils se défient de l'intelligence du public,\nce qui est une nouvelle sottise et aussi une insolence ? est-ce parce que l'envie\nles ronge et qu'il leur déplaît de rendre à l'homme de talent l'hommage qui\nlui est dû? On peut leur attribuer sans injustice tous les habiles raisonne-\nments de l'envie déloyale. Ce qui reste prouvé, c'est que le public n'est pas\nréfractaire aux nouveautés créatrices. Ce sont les directeurs de théâtre, les\nchefs d'orchestre et les intrigues des piètres artistes dont le journalisme se\nfait trop souvent l'écho, qui sont la cause première du mauvais accueil fait\nà des œuvres qui sont déjà discréditées lorsqu'elles arrivent devant le\npublic, si toutefois cet honneur leur est accordé.\nMaurice Cristal.\nCONCERTS POPULAIRES. Harold en Italie, de Berlioz. «Un\njour, raconte Berlioz dans ses Mémoires, Paganini vint me voir. « J'ai un\nalto merveilleux, me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je\nvoudrais en jouer en public. Mais je n'ai pas de musique ad hoc. Voulez-\nvous écrire un solo d'alto? je n'ai confiance qu'en vous pour ce travail. »\nJ'essayai, pour plaire à l'illustre virtuose, d'écrire un solo d'alto, mais un\nsolo combiné avec l'orchestre, de manière à ne rien enlever de son action à\nla masse instrumentale. Cette esquisse symphonique ne plut guère à Paga-\nnini, et, quelques jours après l'avoir entendue, déjà souffrant de l'affection"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "du larynx dont il devait mourir, il partit pour Nice, d'où il revint seulement\ntrois ans plus tard. Reconnaissant alors que mon plan de composition ne\npouvait lui convenir, je m'appliquai à l'exécuter dans une autre intention et\nsans plus m'inquiéter des moyens de faire briller l'alto principal. J'imaginai\nd'écrire pour l'orchestre une suite de scènes auxquelles l'alto-solo se trouve-\nrait mêlé comme un personnage plus ou moins actif, conservant toujours son\ncaractère propre. Je voulus faire de l'alto, en le plaçant au milieu des poé-\ntiques souvenirs que m'avaient laissés mes périgrinations dans les Abruzzes,\nune sorte de rêveur mélancolique dans le genre de Child-Harold de Byron.\nDe là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Sympho-\nnie fantastique, un thème principal (le premier chant de l'alto) se reproduit\ndans l'œuvre entière, mais avec cette différence que le thème de la Svmpho-\nnie fantastique, Vidée fixe, s'interpose obstinément comme une idée passion-\nnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait\ndiversion, tandis que le chant d'Harold se superpose aux autres chants de\nl'orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère,\nsans en interrompre le développement. Malgré la complexité de son tissu\nharmonique, je mis aussi peu de temps à composer cette symphonie que j*en\nai mis en général à écrire mes autres ouvrages; j'employai aussi un temps con-\nsidérable à la retoucher. Dans la Marche des Pèlerins même, que j'avais\nimprovisée en deux heures en rêvant un soir au coin de mon feu, j'ai, pen-\ndant plus de six ans, introduit des modifications de détail qui, je le crois,\nl'ont beaucoup améliorée. Telle qu'elle était alors, elle obtint un succès\ncomplet lors de sa première exécution à mon concert du 23 novembre 1834,\nau Conservatoire. »\nHarold en Italie n'est pas, à proprement parler, une symphonie dans le\nsens que nous attachons communément à cette expression. On n'y retrouve\nrien qui rappelle, de près ou de loin, le plan, la ligne et les divisions ordi-\nnaires de ce genre de composition essentiellement classique. C'est plutôt une\nsérie d'impressions musicales, une suite de tableaux renfermés dans un cadré\nde convention. Le personnage imaginaire d;Harold, représenté par l'alto\nprincipal, n'a de commun avec le héros de Byron que son caractère sombre\net fatal, son esprit mélancolique et rêveur. On s'est plu à voir dans l'Harold\nde Byron comme une incarnation du poète anglais; à ce compte, l'Harold de\nBerlioz pourrait bien n'être autre que Berlioz lui-même et le véritable titre\nde l'œuvre serait plus exactement : Berlio% en Italie. Il est,certain, dans tous\nles cas, que, de même que la Symphonie fantastique, Harold renferme l'ex-\npression des sentiments les plus intimes de Berlioz, et que cette\ncomme là précédente, porte le cachet frappant de la personnalité si originale\ndu maître. Le canevas en est des plus simples. Imaginez un poète, un rêveur\npromenant par un soir d'été sa mélancolie un peu sombre à travers un site\nsauvage des Abruzzes, et faites défiler sous ses yeux une série de tableaux\nretraçant dans un vivant résumé les mœurs pittoresques de la campagne"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.29", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "romaine, ce curieux mélange de poésie, d'amour, de religion et de brigan-\ndage. Voici par exemple une procession de pèlerins attardés ; ils marchent en\ncolonnes serrées et suivent, en chantant des litanies, ces longues lignes de\nmadones qui couronnent les hautes collines. Jetez sur leur passage une\ntroupe de ragaçp, réunis pour donner une sérénade à quelque aux\nnoirs cheveux, à la peau brune, au rire éclatant. Le tintement mélancolique\nde la campanella d'un couvent voisin se mêle au ronflement joyeux des\nçampogne et des pifferi, et les dernières notes de l'hymne des pèlerins se\nconfondent avec les gais refrains des montagnards. Puis, à ces accents em-\npreints d'une poésie pastorale pleine de charme et de sérénité, qui montent\ndans l'air calme du soir comme ces colonnes de fumée qu'on voit s'élever\ndiaphanes sur l'horizon doucement estompé daiïs la poussière d'or d'un beau\ncoucher de soleil, faites succéder les éclats stridents d'une orgie de brigands,\ngrondant au fond d'un souterrain empourpré par les reflets ardents des feux\nde bivouac. Telle est, dans son ensemble, la symphonie de Berlioz. Exami-\nnons-la maintenant avec quelque détail.\nHarold se divise en quatre parties ; en tête de chaque partie est inscrit le\nprogramme d'une scène complète. No i. Harold aux montagnes (scènes\nde mélancolie, de bonheur et de joie). —N° 2. Marche des Pèlerins chantant\nla prière du soir. N° 3. Sérénade d'un paysan des àsa maî-\ntresse. N° 4. Orgie de brigands (souvenirs des scènes précédentes).\nN° 1. Harold aux montagnes. Une belle introduction, d'un style large et\nsévère et d'une couleur un peu sombre, pose en quelque sorte le décor, où\nvont se dérouler les scènes imaginées par le musicien. Au premier plan, un\nsite sauvage avec de fantastiques amoncellements de rochers couronnés par\ndes grands bois de châtaigners au sombre feuillage ; au fond la vallée éclairée\npar les derniers rayons du soleil couchant. C'est dans cette mystérieuse soli-\ntude qu'Harold vient errer seul, à l'écart. Il exhale sa mélancolie dans une\nadmirable cantilène, chantée d'abord par l'alto solo avec accompagnement de\nharpe et reprise ensuite par l'orchestre dans un tutti d'un effet grandiose.\nToute cette première partie (adagio) est d'un beau sentiment mélodique et\nd'un grand style. L'allegro qui suit (scènes de bonheur et de joie) rappelle par\ncertains côtés la manière de Mendelssohn. Malheureusement l'idée fondamen-\ntale est courte et manque d'haleine; elle tient tout entière dans une simple\nphrase de quelques mesures et ne fournit qu'un développement confus,\ndécousu, désordonné et complètement dépourvu de ces épisodes variés et\ninattendus, bien qu'intimement liés au sujet principal, qui donnent au déve-\nloppement de Beethoven ou de Mendelssohn tant d'ampleur et de richesse*\nMalgré la vigoureuse péroraison du presto final, ce morceau, qui constitue là\nseule partie vraiment symphonique de l'œuvre, est faible et me paraît de\nbeaucoup inférieur aux morceaux suivants qui appartiennent tous au style\npittoresque. Berlioz possédait sans doute d'éminentes qualités, mais ne lui"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "demandez pas de prendre une idée et d'en tirer toutes les conséquences qu elle\nrenferme, de la transformer, de l'élargir et de l'amener progressivement à la\nforme la p!us vaste et la plus étendue qu'elle soit susceptible de revêtir ; il n'a\npas le génie symphonique. Vous le verrez parfois tracer un espace immense\net ne savoir comment le remplir. Il tourne sur lui-même, il se répète à\nsatiété, en un mot il ignore le grand art de n'être jamais embarrassé de ses\nidées. Il avait voulu forcer son talent dans ce premier allegro de symphonie,\nil a échoué mais, à partir du morceau suivant, il redevient lui-même et nous\nle retrouvons tout entier avec son incontestable supériorité.\nLa Marche des Pèlerins (n°2) est un petit chef-d'œuvre. Rien de plus pit-\ntoresque que cette page qui n'est au fond qu'une suite d'adorables modula-\ntions échafaudées sur un rhythme piquant, dont M. F. David s'est assez\nheureusement servi pour sa marche du Désert. C'est là un tableau achevé et\nd'une intensité de couleurs que les plus grands coloristes, les Meyerbeer, les\nDecamps, les Théophile Gautier n'ont jamais surpassée.\nNous trouvons le digne pendant de cette scène dans la Serénade (n° 3) ,\ncharmant souvenir de quelque concert rustique plein de naïveté et de carac-\ntère entendu dans une ruelle obscure d'Alatri ou de Subiaco. Après une\njoyeuse ritournelle des musettes et des hautbois qui l'accompagnent, le chan-\nteur, représenté par un cor anglais, entonne un chant grave et doux. Ce\nchant se répète dans une succession monotone de petits couplets entremêlés\nde silences que vient remplir l'harmonie bizarre des pifferari. Toute cette\npetite scène, d'un sentiment exquis et d'une délicatesse de touche merveil-\nleuse, exhale un parfum de poésie agreste qui fait songer à quelque bucolique\nde Virgile :\nlentus in timbra\nForrnosatn resonare doces Amarylhda sylvas.\nRemarquons en passant la conclusion de ce morceau, un des exemples les\nplus propres à donner toute la mesure du talent extraordinaire de Beilioz\ncomme coloriste. Après une dernière ritournelle, les chanteurs se retirent, la\nflûte soupire un fragment de mélodie, auquel l'alto solo répond par quelques\nnotes qui s'envolent dans les ténèbres comme un cri d'oiseau de nuit. C est\nla dernière lueur du crépuscule qui s'éteint dans la nuit, le dernier bruit\nde la journée qui s'évanouit dans le silence du grand repos où s endort la\nnature.\nA ces deux paysages, si remarquables par la douceur harmonieuse du\ncoloris, la tranquillité des lignes et le sentiment vrai de la nature, succède\nune toile colossale, dans laquelle l'imagination fougueuse du maître s est\nabandonnée sans retenue à toutes les hardiesses du crayon, à tous les excès\ndu pinceau. Placez un Delacroix, aussi vaste que les Noces de Cana à côté\nde deux Claude Lorrain, et vous pourrez vous faire une idée de ce contraste.\nJe n'entreprendrai pas de vous rendre par la parole ce gigantesque final\nd 1 Harold en Italie, cette furibonde orgie de brigands, où concertent ensem-*"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.39", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "Ble les ivresses du vin, du sang, de la joie et de la rage, où le rhythme paraît\ntantôt trébucher, tantôt courir avec furie, où les bouches de cuivre semblent\nvomir des imprécations et répondre par le blasphème à des voix suppliantes,\noù 1 on rit, boit, frappe, brise, tue et viole, où l'on s'amuse enfin. Dans cette\nscène de brigands, véritable scène de Shakespeare, où le terrible le dispute au\ngrotesque, 1 orchestre est devenu une sorte de pandœmonium ; dans ce chef-\nd œuvre de coloris instrumental éclatent des sonorités étranges que vous\nn avez jamais entendues ailleurs : violons, basses, trombones, timbales et\ncymbales, tout chante, bondit, rugit dans un concert diabolique, pendant\nque l'alto solo, le rêveur Harold, fuyant épouvanté, fait encore entendre au\nloin quelques notes tremblantes de son hymne du soir.\nQue dire de cette vaste composition; faut-il la considérer comme un trans-\nport de folie ou comme un transport de génie? Je vous préviens que l'une et\n1 autre de ces manières de voir, la première comptent de nombreux\npartisans. Gardons-nous avant tout des opinions extrêmes; les classiques\npurs, ceux qui se sont pétrifiés dans l'admiration exclusive d'Haydn et de Mo-\nzart, ceux qui trouvent Beethoven hardi, Mendelssohn obcur et Schumann\ninintelligible, ne comprendront rien à ces bizarres combinaisons de timbres,\nà ces harmonies féroces, à ces témérités de mètre et de rhythme. Ils ne ver-\nront dans le final d'Harold que du bruit, du désordre et le produit d'une\nexaltation maladive et fébrile, et à la vérité cet art, surchargé et monté de\ntons, n'est pas fait pour eux. Il leur faut avant tout la ligne : la ligne n'y est\npas ; plus de contours, plus de style ; au lieu de cela, des fouillis et des empâ-\ntements merveilleux, une exubérance de palette et une fougue de pinceau\nextraordinaires. Ils s'y perdent absolument; c'est le chaos, c'est l'absurde!\nMais les esprits jeunes et ardents qu'un beau morceau, fût-il conçu en dehors\ndes règles d'Aristote, transporte d'enthousiasme, ceux qui savent préférer\nquelquefois l'étincelante fantaisie à la correction académique, les orgies de la\ncouleur et le désordre du mouvement à la froide inflexibilité de la ligne, ceux-\nlà, dis-je, l'imagination du musicien les emportera dans son vol audacieux\nvers ces régions ardentes où le feu du ciel brûle le cerveau et volatilise la\nraison, ceux-là se laisseront enlever par cet ouragan qui déracine tout sur son\npassage, logique, raisonnement, réflexion, tout sauf le parti pris, ils délireront\navec le poète, j'ai écrit le mot et je ne le retire pas, car le final d'Harold est\nun transport de délire, un transport de ce délire sacré qui ne troubla jamais\nles cerveaux médiocres et dont l'exaltation conduit à cette variété peu com-\nmune de folie, qu'on appelle le génie!\nC'est beau sans doute le classique, pourtant il y a des jours où on se sent\nlas d'applaudir le Cid et Britannicus et où l'on se prend d'un fol enthousiasme\npour Hernani et Marion Delorme! Certes, je ne proposerai jamais le final\nà'Harold comme modèle à un compositeur, mais j'avoue jque ce final m'a\nprofondément remué, remué comme peu de compositions musicales l'avaient\nfait jusqu'ici. Erreur, si l'on veut, mais à coup sûr c'est une erreur de génie."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "On trouve aussi de ces égarements sublimes dans ceitaincs œu\\ies où Bee-\nthoven a tenté de créer une langue nouvelle et de reculer les bornes de l'ex-\npression musicale. Harold n'est autre chose que du Beethoven arrivé à sa\nquinzième symphonie ou à son trentième quatuor, et rien ne mai que mieux,\nà mon sens, où pouvait conduire l'exagération du système de musique absolue,\ninauguré par le grand maître dans ses dernières compositions, avec cette dif-\nférence essentielle que Beethoven reste idéaliste là ou Berlioz est et demeure\nconstamment matérialiste et descriptif.\nOn sait du reste que, dès le premier jour, Berlioz s'était lancé à corps perdu\ndans la nouvelle direction entrevue par Beethoven et indiquée par lui dans\nles dernières œuvres de sa troisième manière. C'est là qu'il a puisé en grande\npartie cette inspiration souvent confuse dont il a traduit îes élans pai des\ncoups de plume d'une hardiesse inouie. Doué d'une imigination ardente que\nne préoccupa jamais l'imitation des œuvres d'autrui, il chercha à exprimer en\nmusique les rêves magnifiques de son cerveau surexcité, et, poui anivei à les\ncommuniquer à la foule d'une manière précise et saisissable, il déploya une\nscience merveilleuse et atteignit à une puissance d'expression qu'on n'avait\njamais soupçonnée avant lui. L'orchestre de Berlioz est l'une des plus éton-\nnantes merveilles de l'art musical. Inférieur aux grands maîtres par la correc-\ntion du style et la pureté du contour, nul n a poussé plus loin que I auteur\nd'Harold cet art des brillantes décadences qui consiste à serrer de près la rea-\nlité et à en extraire tout ce qu'elle peut rendre en fait de tons, de foi mes et\nde détails. Son style, si personnel et si original, est unj mélange bizarre d'a-\npreté sauvage et de grâce; son expression a tour à tour le chai me dun ciel\npur et la terreur de l'orage ', enfin sa puissance d exécution est telle que, mal-\ngré soi, on est entraîné avec lui dans le tourbillon de ses pensées, sans avoii\nle temps de regretter le défaut d'ordre et l'irrégularité de son essoi. Berlioz\nfut donc un grand musicien. Ce n'est pas un grand maître, c est-à-dire un\nde ces génies d'une perfection toute idéale, dont les chefs-d'œuvre seront éter-\nnellement proposés à l'admiration des siècles futurs et serviront de modèles à\nla postérité. Chez lui, les procédés matériels sont seuls à imiter, le reste ne\ndoit pas faire école. Berlioz est et doit rester une exception, je diiais volon-\ntiers un point singulier, en empruntant au langage mathématique une expres-\nsion qui rend bien exactement toute ma pensée.\nJusqu'ici, on s'était fait à la douce habitude de vilipender l'auteur d Ha-\nrold et de le traiter de factieux, d'échevelé, de tranche-montagnes ! Aujoui-\nd'hui, une réaction salutaire semble se produire. Le public marque déjà\nquelques velléités de réhabiliter ce grand nom ; on voit même poindie cei-\ntaines tendances à l'exalter outre mesure. Les belles restaurations de l'Enfance\ndu Christ et de Roméo et Juliette, tentées avec succès pai M. Colonne, au-\nront été pour beaucoup dans ce revirement d'opinion. Pourtant, je dois a\nla vérité de constater que l'audition d'Harold n a obtenu qu un succès tiès\nmodéré auprès du public des Concerts populaires, et si Beilioz était encore"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.41", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2916, "texte": "de ce monde, je ne serais nullement étonné d'apprendre qu'il eût reçu cette\nfois-ci, comme au lendemain de l'apparition de son œuvre, quelque lettre\nanonyme dans laquelle, après des plaisanteries spirituelles de ce genre :\nha! ha! haro! haro ! harold, un abonné grincheux lui reprochât d'être assez\ndépourvu de courage pour ne pas se brûler la cervelle !\nLe plus grand défaut de Berlioz, c'est d'être venu cinquante ans trop tôt.\nEnfin ! nous arriverons peut-être àle comprendre.... quand nous ne com-\nprendrons plus Auber ni Offenbach !\nL exécution de cette partition hérissée de difficultés fait le plus grand hon-\nneut à M. Pasdeloup et a son orchestre. M. Sivori a joué d'une manière très\nremarquable la partie d'alto principal.\nCinquième concert. On se souvient de mademoiselle de Bellocca, qui\ndébuta en 1874 au Théâtre-Italien, et dont les débuts, habilement exploités\npar des lanceurs émérites, firent quelque bruit dans le monde musical. La\njeune fille était charmante, elle plut beaucoup; la voix était magnifique, elle\nfut remarquée ; le talent était encore peu développé, il fut surfait. Deux ans\nse sont écoulés : la femme a beaucoup gagné dans cet intervalle, l'artiste n'a\nfait aucun progrès. Mademoiselle de Bellocca nous a chanté deux morceaux:\nun air d'Eçio d'Haendel, très ingrat comme morceau de chant et sans grande\nvaleur comme œuvre musicale, et la Sérénade de M. Gounod, une agréable\nromance de salon, absolument déplacée dans un concert de musique classique.\nElle a déployé dans ces deux morceaux toutes les richesses de son magnifique\norgane; malheureusement, elle ne possède ni l'ampleur et la maestria qu'exige\nle style d Haendel, ni le charme et la morbidesse qui conviennent à la mu-\nsique de M. Gounod.\nSixième concert. M. Lasserre a exécuté le concerto pour violoncelle\n(op. 29) Schumann. Ce concerto est peu connu en France ;il ne compte\npas au nombre des meilleures œuvres de Schumann. C'est une composition\ntrès inégale, d'une conception pénible et souvent obscure, d'un style confus\net tourmenté. On y rencontre çà et là quelques bons morceaux, tels que la\nbelle phrase du Cantabile en 6/8, et quelques parties du final,\nmais le décousu de l'ensemble rend fort pénible l'intelligence de cette œuvre,\nproduit d'une imagination fantasque et désordonnée, qui n'a plus conscience\nde la liaison des idées. Le concerto de Schumann mérite néanmoins de\npiendte rang dans le répertoire du violoncelle, en raison de l'extrême pau-\nvreté de ce répertoire ; tout incomplet qu'il puisse être, les vrais musiciens le\npréféreront toujours à n'importe quelle fantaisie de Servais.\nSeptième concert. Nous avons eu au septième concert la première au-\ndition d'un allegro symphonique, tiré d'une sonate pour piano et violoncelle\net arrangé pour l'orchestre par M. Lalo. Le début de cet allegro est d'une\nallure spiendide. Dès les premières mesures, l idée éclate avec une énergie"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "superbe, elle se précipite sur un rhythme nerveux et s'élève en quelques\ninstants à une très grande hauteur. Malheureusement elle ne se soutient pas\nlongtemps dans ces hautes régions, le souffle lui manque, elle s'affaisse rapi-\ndement et ne tarde pas à se perdre dans les enchevêtrements compliqués d'un\nstyle trop tumultueux, et à travers les mille détails d'une instrumentation\ntrop chargée de petits effets de sonorité. Quoi qu'il en soit, cette page vigou-\nreuse trahit la main d'un maître. On y retrouve la manière magistrale et la\nriche facture de M. Lalo ; on voudrait y retrouver aussi cette régularité de\ndéveloppement, cette pureté de contours et cette sage économie d'effets, qui\nfont du Concerto pour violon et de la Symphonie espagnole des compositions\ndignes de figurer sans désavantage à côté des plus belles œuvres du répertoire\nclassique.\nM. Maurel, qui est venu chanter deux morceaux dans cette même séance,\nn'est pas tout à fait un inconnu pour le public parisien. Les habitués de\nl'Opéra se souviennent peut-être d'avoir entendu le jeune baryton dans les\nquelques représentations où il eut l'occasion de doubler les doublures de\nl'endroit ; ceci remonte à 1868, si mes souvenirs sont exacts. A la suite de ce\ncourt passage à l'Académie de musique, M. Maurel se remit quelque temps\nà Pétude et finit par embrasser définitivement la carrière italienne. Depuis\n1870, il a chanté sur les principales scènes de la Péninsule; aujourd'hui, il est\nen possession d'une brillante renommée et tous les ans son nom figure en\ntête des artistes les plus célèbres engagés pour la saison italienne de Londres.\nC'est dans ces conditions qu'il a voulu faire sa rentrée sur cette grande scène\nparisienne où il passa jadis complètement inaperçu. La voix de M. Maurel\nest un baryton élevé, d'un timbre délicieux. Cette voix chaude, pleine de\ncharme et de flexibilité, rayonne facilement et vibre sans effort ; l'artiste la\nconduit avec une méthode sûre et un goût parfait; il a de l'accent, de la sen-\nsibilité et, ce qui est plus rare, une grande tenue dans le style. On l'a fort\napplaudi dans Y air d'église de Stradella, et dans l'invocation à la nature de la\nDamnation de Faust. Une simple remarque en terminant : M. Maurel vient\nse faire entendre à Paris juste au moment où il est question plus que jamais\ndu départ de M. Faure. Cette coïncidence est significative ; elle fera réfléchir\nM. Faure sur les dangers de la concurrence, et nous vaudra, sans aucun\ndoute, une nouvelle rentrée de l'illustre baryton, qui thnt le premier rang\nà Paris où il règne sans partage, qui confine au second rang à Londres, lors-\nqu'il chante aux côtés de M. Maurel. Conclusion : M. Maurel n'entrera pas\nà l'Opéra et M. Faure restera l'incomparable virtuose que le monde nous\nenvie et le plus bel ornement de notre première scène lyrique.\nTROISIÈME SÉRIE. —Deuxième Concert. Le programme de cette séance est\nparticulièrement attrayant, il nous offre tout à la fois une œuvre nouvelle et\nun début; sous ce double rapport, nous n'avons guère été gâtés depuis le\ncommencement de la saison. L'œuvre nouvelle est une ouverture symphoni-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.43", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "que de M. Paul Lacombe. Elle débute par un tempo di marcia maestoso très\ncrâne d'allures et d'une belle sonorité; vient ensuite un adagio de quelques\nmesures, conçu dans la manière de Wagner, suivi d'un allegro symphonique\nassez bien conduit, quoique construit sur une phrase un peu courte et sans\nbeaucoup de caractère. A mon sens, cet allegro pèche de deux façons : le dé-\nveloppement est pauvre, il est irrégulier. Le développement est pauvre, l'idée\nmanque de souffle ; c'est qu'en effet il ne suffît pas de trouver une idée et de\nl'exprimer purement et simplement, sans phrases, sans amplifications d'au-\ncune sorte. Une idée n'acquiert toute sa valeur que par le développement\nqu'on lui donne ; c'est là un principe aussi vrai en littérature qu'en musique.\nIl peut souffrir quelques exceptions dans les lettres. Dans la musique, et\nsurtout dans la musique symphonique, il n'en comporte aucune; il est es-\nsentiel; sans l'art du développement, pas de musique symphonique. On peut\ncomposer une symphonie achevée sur un thème insignifiant, tandis que la\nplus sublime inspiration ne sera d'aucune portée si le musicien ignore l'art\nde l'étendre, de l'élargir, de la transformer au moyen dès mille ressources\nque lui fournissent et la science et sa propre imagination. Une fois son sujet\nproposé, on sent que M. P3 Lacombe se trouve assez embarrassé pour le\ntraiter à fond; la fécondité et l'aisance du développement lui font défaut; il\ncroit y suppléer par une abondance exagérée de modulations, sans songer que\nl'excès des modulations est précisément la conséquence et l'indice certain de\nla pauvreté du développement. Je dis en outre que le développement est irré-\ngulier et manque d'unité. Ainsi, après avoir lancé son allegro, M. Lacombe\nen interrompt brusquement le cours pour ramener quelques mesures de son\npremier adagio; il le reprend ensuite en fugato pour le couper de nouveau\npar un thème complètement étranger au développement normal, thème pro-\nposé par le cor et continué par les instruments à vent. Ce système de mor-\ncellement peut convenir, à la rigueur, aux ouvertures dramatiques, telles que\nnous avons l'habitude de les concevoir, et encore, bien qu'il soit à peu près\nadmis, ce n'en est pas moins un système faux qui nous a conduits à cet\ninforme mélange qu'on a fort justement appelé Y ouverture-salade. Mais cette\nforme capricieuse ne convient nullement à l'ouverture symphonique. Une\nintroduction et un allegro, voilà le plan de ce genre de composition; tels\nsont les plus beaux modèles Que nous ont laissés Beethoven et Mendelssohn,\ntel est le système qu'ont suivi Mozart et Wagner dans quelques unes de leurs\npréfaces dramatiques, MM. Massenet et Reyer dans leurs belles ouvertures\nde Phèdre et de Sigurd. Cette critique de l'ouverture de M. Paul Lacombe\npeut paraître sévère, mais j'ai tenu à discuter consciencieusement cette œuvre\nsérieusement conçue, sobrement écrite, et qui porte la marque d'un vrai\ntalent. M. Lacombe est un musicien d'avenir, il s'est déjà fait connaître par\ndes compositions de musique de chambre très remarquées; il débute dans la\nmusique symphonique et ses premières œuvres sont de celles auxquelles on\ndoit l'honneur d'une discussion sérieuse et d'un examen approfondi.\nJe résumerai en deux mots le début de mademoiselle Pommereul. Made-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "moiselle Pommereul a dix-sept ans à peine, elle est élève d'Alard et a obtenu\nle premier prix de violon au dernier concours du Conservatoire. Beaucoup\nde talent, beaucoup d'avenir.\nQUATRIÈME CONCERT, Première audition d\\in offertoire pour orchestre\nde M. Gounod. Aucun thème, aucun chant, aucun motif, un simple dessin\ninstrumental, une série de marches harmoniques d'une sonorité exquise et\nd'une pureté de lignes idéale, tel est Yoffertoire de M. Gounod. Remarquez\nque je n'ai pas dit : aucune mélodie, car, à mon sens, Y offertoire de M. Gou-\nnod est une œuvre absolument mélodique, bien qu'il ne repose sur aucun\nmotif nettement caractérisé. C'est là une proposition que je me contente d'é-\nnoncer aujourd'hui, je la développerai en d'autres temps. Cette œuvre remar-\nquable, sans tomber dans les formes hiératiques du chant grégorien, formes\nqui excluent à la fois le rhythme, l'accent et l'unité tonale, marque une réac-\ntion très accentuée contre les tendances dramatiques de la musique religieuse\nmoderne et un retour réfléchi vers le système de Palestrina et les traditions\nde son école. M. Gounod part de ce principe que le but essentiel de la mu-\nsique religieuse, c'est moins de frapper l'esprit et de toucher le cœur que\nd'inviter l'âme à ce recueillement, à ce demi-sommeil mystique qui nous\ntransporte dans ces régions sereines de la méditation et de l'extase, où la\ncontemplation de Dieu nous détache du monde des corps et nous élève, ne fût-\nce qu'un instant, au-dessus du néant des choses humaines. Conçu dans cette\nidée, qui nous paraît absolument juste, son offertoire n'est, à proprement\nparler, ni une prière, ni un chant d'église, ni une méditation religieuse, c'est\nun silence harmonieux, si j'ose m'exprimer ainsi, ou, si vous le préférez, un\nmurmure discret qui berce lame et l'invite au recueillement et à la prière.\nL'idée mélodique glisse, en l'effleurant à peine, sur un tissu harmonique très\nserré et en estompe légèrement les contours indécis, semblable à cette lumière\ndouce et tranquille qui inonde d'un demi-jour mystérieux les profondeurs de\nnos cathédrales, sans donner aux objets qu'elle éclaire aucune forme arrêtée.\nJe le répète, c'est là une œuvre très remarquable et profondément empreinte\nde cette simplicité, pleine de calme et de force, que le catholicisme commu-\nnique à tous les arts qui s'éclairent de sa lumière.\nH. Marcello.\nCONCERTS A L'ORCHESTRE. La direction de la Chronique mu-\nsicale ayant interrompu la publication de ce journal pendant trois mois, par\nsuite des changements et des améliorations qu'elle se proposait d'y apporter,\nje bornerai aujourd'hui le compte-rendu de la portion des concerts qui m'est\ndévolue à un résumé de tout ce qui a été exécuté de plus saillant dans les\ndifférentes salles affectées à la musique, depuis le commencement de la sai-\nson d'hiver. Et pour plus de clarté, je diviserai les concerts en concerts à l'or-\nchestre et en concerts au piano, sans les entremêler selon l'ordre des dates où\nils ont eu lieu."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.45", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "A. CONCERT DU CHATELET.\nLe concert du dimanche 16 janvier a donné une intéressante nouveauté,\nsavoir le début d'un jeune compositeur qui affrontait pour la première fois le\nfeu de l'orchestre et a conquis du premier coup les sympathies du public.\nM. A. Coquard, élève de M. César Franck, inspiré par la Fille de Roland,\nde M. Henri Bornier, en a extrait la ballade du Chant des épées, et l'a revêtue\nd'une musique toujours parfaitement appropriée aux paroles et qui souvent\nprend les allures les plus élevées. L'instrumentation en est excellente. Je\nciterai notamment l'effet d'orchestre qui accompagne le vers : « Elle (L'épée\nde Roland) est captive encore et la France la pleure. » Le Chant des épées\nest une musique chaude et M. Lassalle (de l'Opéra) qui l'a interprétée, en a\nmerveilleusement fait ressortir toutes les qualités. Le succès en a été très\ngrand.\nAu concert du 3o janvier, un compositeur dont le nom n'était pas plus\nconnu que le nom de M. Coquart, avant le très heureux début de celui-ci,\nM. de Maupeou, a fait entendre une cantate ou un poème lyrique sous le\ntitre d'Ariane. En tout temps, les malheurs d'Ariane, abandonnée après avoir\nété séduite par Thésée, ont eu le privilège d'inspirer maints compositeurs\nitaliens, français, anglais et allemands, mais aucun n'a jamais réussi. C'est\nque la musique dramatique ne se complaît pas dans la solitude. Un seul mu-\nsicien du siècle dernier, Edelmann, a su se faire applaudir dans un acte\nintitulé Ariane à Naxos, représenté à l'Opéra en 1782, grâce à l'admirable\ntalent de mademoiselle Saint-Huberti et à un air de la plus grande beauté que\nrenferme la partition, et encore ce succès ne put-il se soutenir, une fois la\nbrûlante interprète retirée du théâtre. L'Ariane de M. de Maupeou n'est\nqu'une symphonie entremêlée de récitatif et de mélopée, que ne traversent\njamais une phrase de chant ni un franc motif. Mal écrite pour la voix, ce\nn'est que dans les notes les plus élevées que l'auteur a cherché ses effets, et\nmadame Brunet-Lafleur a dû déployer encore plus de talent que d'habitude\npour tirer parti de cette ingrate musique ; ce que du reste le public a bien\nsenti en lui prodiguant ses plus bruyants applaudissements après la fin de la\ncantate (après la chute du rideau, allais-je dire). Le chœur final seul fait\nexception à la monotonie de cette composition, conçue dans le style moderne\nle plus renforcé. Il est joli et rhythmé, mais qui est-ce qui ne réussit pas\nquelquefois dans un chœur?\nConcert du 6 février. Fragments des Héroïques, drame lyrique en trois\nactes, paroles de mademoiselle Antonine Perry-Biagioli, musique de M. Perry-\nBiagioli. Je n'ai pas grand'chose àen dire, sinon qu'ils ont été chantés par\ntrois artistes de talent, madame Fursch-Madier, M. Bouhy et M. Stéphane ;\nque le rôle de madame Fursch contient une romance où se trouve une mélo-\ndie pleine de charme, et que la partition est assez bien instrumentée en gé-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "néral. La seule nouveauté offerte au public dans le concert du 20 février\nconsiste en des Fragments symphoniques, par M. A. Duvernoy, composés\nd'une romance et d'un scherzo. La romance renferme des phrases mélodiques\nqui ont été fort goûtées, et le scherzo est d'une grande originalité, peut-\nêtre un peu trop grande.\nLe Déluge, poème biblique de M. Louis Gallet, musique de M. Camille\nSaint-Saens, a fait les principaux frais du concert du 5 mars. C'est comme\nœuvre symphonique qu'il faut juger le Déluge, car la partie vocale se borne\nà des chœurs, plus, une espèce de quatuor vers la fin de la troisième partie,\net à un éternel récitatif écrit dans le genre de celui de la Passion selon saint\nMatthieu d'ennuyeuse mémoire, et où Bach, selon la mode de son temps à\nlaquelle s'est cependant soustrait l'illustre Haendel, a confié toute la poésie\nà des récitants. Je n'aurai donc à signaler dans la première et la troisième\npartie que l'introduction symphonique du commencement, qui a été très\napplaudie. Mais la seconde partie, celle qui est consacrée au Déluge, est une\nœuvre capitale et que dans l'intérêt de cette composition, il faudrait détacher\ndu reste et exécuter seule. On a dit et j'ai répété que la mélodie est un don\ndu ciel et que l'instrumentation s'apprend. Mais arriver à des effets d'or-\nchestre aussi terrifiants, aussi splendides que ceux que M. Saint-Saèns a\ntrouvés dans le Déluge, cela ne s'apprend pas, cela est aussi un don du ciel,\ncela est du génie. On écoute le bruit sourd et sinistre de l'eau qui monte peu\nà peu. On la voit tout envahir. On entend les palais, les cités qui croulent ;\nles plaintes des femmes, les cris des hommes, les rugissements désespérés\ndes fauves. On est haletant; l'angoisse prend à la gorge et 11e s'arrête que\nlorsqu'on sent que « tout ce qui avait vie est détruit. » L'orchestre a été\nadmirable, les chœurs ont soutenu vigoureusement cette violente conception,\net M. Colonne, malgré d'inqualifiables sifflets, mêlés à des applaudissements\nenthousiastes, est resté impassible comme le capitaine de vaisseau au milieu\nde la tempête, et a donné le signal du bis. Je mentionnerai comme ayant\nconcouru à la bonne exécution du Déluge mademoiselle Vergin, madame\nNivet-Grenier et MM. Bouhy et Furst, mais il faut avouer qu'ils ont eu peu à\nse louer du compositeur.\nLe concert du 19 mars a été rempli en partie par un envoi de Rome de\nla composition de M. Salvayre, sous le titre de la Résurrection, symphonie\nbiblique. « Aimez-vous le biblique? On en a mis partout. » C'étaient d'abord\ndes drames bibliques (autrement et mieux dits oratorios), puis des poèmes\nbibliques. Aujourd'hui nous avons des symphonies bibliques, ce qui ne\nsignifie rien du tout, car, là où il n'y a point de paroles, il ne peut rien y avoir\nde biblique, à moins que le nom seul ne serve d'enseigne, et en ce cas là, ne\nme serait-il pas permis à moi de composer un quadrille biblique, ou plutôt\névangélique, intitulé les Noces de Cana, puisque les noces de Cana ne datent\npas du temps de la Bible?\nOr donc, les fragments de la Résurrection de M. Salvayre qui on\" été"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.47", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2911, "texte": "exécutés, se bornent au Paradis et au Dies irce. Le Paradis —ou tout autre\nnom qu'il aurait plu de lui donner est un morceau plein de mélodies ralmes,\nd'un style fort religieux du reste, large et d'un beau caractère. C'est sans\ndoute cette partie de la symphonie qui a motivé le jugement très favorable\nque l'lnstitut a porté sur toute l'œuvre. Quant au Dics irce. il est bien instru-\nmenté ; mais vouloir composer un morceau tout entier sur le chant lugubre\net si connu du Dies irce, c'est chercher un succès facile et que l'auteur cette\nfois-ci a manqué. De plus, c'est à mon avis une profanation que de développer\nce motif dans un mouvement de contredanse.\nB. CONCERTS MODERNES, ET AUTRES CONCERTS A ORCHESTRE.\nAu concert moderne du 11 janvier, mademoiselle Boulanger, premier prix\nde violon au concours du Conservatoire de l'année passée, s'est fait entendre\ndans l'allégro du 24e concerto de Viotti. Justesse irréprochable, jeu sûr et\nvigoureux, phrasé large, sentiment, expression, infiniment de grâce et de\ncharme dans le maintien, voilà l'actif de mademoiselle Boulanger. Quant au\npassif, je ne lui en connais pas. Cette toute jeune et excellente artiste a joué\nde nouveau au concert du 20 janvier la Fantaisie caprice de Vieuxtemps et\na été couverte d'applaudissements. A cette même séance, l'ouverture du Juge-\nment de Dieu de M. Lefebvre, Y Introduction et Gavotte, de M. Broustet, et\nla Danse des Aimées, de M, Pessard, ont obtenu beaucoup de succès.\nLe Concert-Frascati du 17 février a été splendide. Arban a été acclamé\npar la salle tout entière après ses deux fantaisies avec chœurs, l'une sur les\nHuguenots et l'autre sur des motifs de Faust. Mademoiselle Ida Milton a été\nbissée dans l'air de la Flûte enchantée, et M. Boutmy, le clarinettiste, a\nobtenu un grand succès dans la fantaisie de Wuile. La société des Enfants\nde Lutèce a également été très applaudie dans le choeur des Martyrs aux\narènes.\nM. Danbé, qui cet hiver b'est malheureusement vu dépossédé de sa salle,\nmais que nous retrouverons bientôt à la tête de l'orchestre du 1 héâtre-\nLyrique, a monté un concert le 18 janvier au profit de la veuve de M. Van\nCauvelaert, artiste distingué de son ancien orchestre. Dans ce concert se sont\nfait entendre madame Montigny-Rémaury, M. Saint-Saëns, et mademoiselle\nMarie Bier, cantatrice charmante, dont le seul tort est de paraître trop rare-\nment en public. Son succès a été complet dans l'air du Billet de Loterie, qu'elle\na vocalisé d'une manière ravissante. M. Danbé a encore conduit le concert\nque mademoiselle Jeanne Monduit a donné le ier février. Cette jeune artiste\na fait preuve de talent dans son exécution du concerto en mi bémol de\nBeethoven, mais dans la sonate en ut dièse mineur du même maître, dont\nelle a joué de suite les trois morceaux sans une minute de répit, elle a trop\nsouvent manqué de style. Enfin, M. Henry Ketten a fait entendre le 25 jan-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "er5 dans la salle Pleyel, plusieurs de ses compositions avec l'aide d'un\nnombreux orchestre conduit par M. Colonne. Comme pianiste, M. Henry\nKetten possède de brillantes qualités ; comme compositeur, je me récuse et\nne puis porter de jugement. M. Ketten est un musicien de l'avenir.\nCONCERTS AU PIAiNO. Sans m astreindre à l'ordre chronologique,\nje débute par le plus important de ceux donnés pendant ces trois derniers\nmois, et qui est sans contredit celui de la séance annuelle de la Société cho-\nrale d amateurs, dirigée par M. Guillot de Sainbris. Ce qu'il faut louer sur-\ntout, et sans restriction, dans cette solennité, c'est l'ensemble parfait, la jus-\ntesse et la délicatesse des nuances qui se sont fait remarquer dans l'exécution\nues chœurs par cette réunion de dames, de demoiselles et de jeunes gens du\nmeilleur monde qui, franchement, au cœur du carnaval, car c'est le 17 fé-\nvrier que ce concert a eu lieu, auraient pu, sans encourir de blâme, s'oc-\ncupei d auti e chose que d aller répéter des chœurs du Salomon, de Hcendel de\nla 1 as si on, de Laisiello, et du Jugement dernier, de notre sympathique We-\nkerlin. Le court résumé qu'il m'est recommandé de faire ne me permet que de\nsignalei le grand succès du chœur des élus, du Jugement dernier ; celui de\nlaiiette avec chœur d Hippolyte et Aricie, de Rameau, chanté par madame\nH. F... avec la virtuosité d'une artiste consommée ;de la cantilène de Sapho,\nde M. Gounod, que la splendide voix de madame C... a fait bisser; et enfin\ndu finale du premier acte de Loreley, de Mendelssohn, et de la Chanson de\nMai, de M. Charles Lefèvre. L'habile direction de M. Guillot de Sainbris et\nle talent d accompagnateur de M. Maton ont été universellement appréciés.\nM. et madame Lacombe ont donné deux concerts dans la salle Érard. Je\n11 ai pu assister qu'au second, qui a eu lieu le 8 février. Les deux morceaux\ncapitaux de celui-ci étaient : i° « Au pied d'un crucifix », quatrain de Victor\nHugo, composé par M. Lacombe et chanté par madame Lacombe. Cette\nscène ou cantate, rehaussée par les chœurs de la Société Amand-Chevé, est\nd un effet des plus grandioses; aussi a-t-elle été bissée à l'unanimité. La mé-\nlodie et 1 harmonie y coulent à pleins bords, et l'admirable voix de madame\nLacombe lui donne un éclat tout particulier. 20 Le trio pour piano, violon\n( M. Armingaud) et violoncelle (M. Jacquard), dont le finale est rempli de\nverve et de vigueur. 3° Le Renard et la Cigogne et la mélodie sur Tragalda-\nbas, que madame Lacombe a détaillés d'une manière charmante.\nLe concert donné par M. et madame Jaëll, le 10 février, a mis en relief le\ntalent de ces deux artistes hors ligne. Quant à son agrément, il a été amu-\nsant tout juste, comme le sont les concerts sans chant ni orchestre. Madame\nJaëll a eu un succès étourdissant dans la fantaisie sur la Muette de Portici, de\nLiszt. Quant au Davidsbundler, de Schumann, auquel personne n'a rien com-\npris, ni moi tout le premier, il a fait un très joli fiasco.\nMademoiselle Marie de Verginy, excellente pianiste, a donné le 21 févrirr\ndans la salle Érard un concert des plus variés et des plus attrayants. Entourée"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.49", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "t «I\nd'artistes très aimés du public, tels que mademoiselle Ida Milton, M. Pena-\nvaire, M. Reuksel et M. Georges Piter, et contribuant elle-même pour une\nbelle part à l'effet de la soirée par son style large et sa brillante exécution, son\n\"succès a été complet.\nJe terminerai cette longue, mais très abrégée revue des principaux concerts\ncar il s'en consomme, des concerts, pendant trois mois d'hiver à Paris\npar l'audition des œuvres nouvelles de M. Wekerlin, qui a eu lieu le i 5 mars.\nUn Ave Maria, quatuor chanté par mesdemoiselles Richard et Puisais, MM.\nPellin et Queulain, d'un beau sentiment religieux; un second quatuor chanté\npar les mêmes et intitulé Minuit, d'un effet ravissant; une berceuse et une\nromance du nom de Nina et de Au bois joli, très bien chantées par mademoi-\nselle Thorcy ; enfin le Chant du coq, fort originale mélodie, interprétée par\nM. Queulain, telles sont, entre autres, les nouvelles compositions de M. We-\nkerlin, qui toutes ont été fort bien reçues du public. M. Lavignac, l'éminent\npianiste, s'est également fait applaudir à cette soirée intéressante et presque\nde famille, puisque compositeur, exécutant et chanteurs sont tous du Con-\nservatoire, y compris les trois charmantes demoiselles sus-nommées.\n\nHenry Cohen."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c019", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.5", "titre_corps": "CHANT PROVENÇAL Poésie de MICHEL CARRÉ à Madame MICHEL CARRÉ.", "titre_sommaire": "CHANT PROVENÇAL Poésie de MICHEL CARRÉ à Madame MICHEL CARRÉ.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 61, "texte": "CHANT PROVENÇAL\nPoésie de MICHEL CARRÉ\nà Madame MICHEL CARRÉ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.6", "titre_corps": "n°.3. 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Fleur de Baiser. —THÉÂTRE TAITBOUT :\nLa petite Comtesse.\nr\nPERA. 3o Décembre 1875. Mademoiselle Co-\nlombier est une toute jeune fille dont on avait beaucoup\nparlé avant son début.\nSelon les uns elle était parfaite. Elle était totale-\nment dépourvue de qualités selon les autres.\nLa vérité est que la jeune ballerine ne méritait ni\nl'excès d'éloges des uns, ni l'excès de critique des autres. Elle a dansé\npour la première fois sur la scène de l'Opéra, dans un divertissement\nintercalé pour elle au deuxième acte de la Favorite.\nLa physionomie de la débutante est extrêmement intelligente et son\ntalent de danseuse promet assurément beaucoup plus qu'il n'a tenu.\nMademoiselle Colombier avait une peur affreuse qui paralysait l'agilité\nde ses jambes. Elle ne manque ni de grâce ni de vivacité. On est en\ndroit de lui demander une souplesse plus grande et un abandon plus\ncomplet. Lorsque mademoiselle Colombier sera débarrassée des émotions\ninséparables d'un début, elle prendra une très honorable place au second\nrang en attendant qu'elle soit digne du premier."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.51", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "20 Février 1876. A côté de Faure chantant Nevers, un ancien\nélève du Conservatoire de Marseille, M. Boudouresque, vient de débuter\ndans le rôle de Marcel des Huguenots.\nLe nouveau pensionnaire de M. Halanzier est bien plus une basse\nchantante qu'une basse profonde; son succès a été médiocre. Mais il n'y\na pas lieu d'établir un jugement définitif après cette seule audition.\nA part les notes graves qui lui manquent, la voix de M. Boudouresque\nest de bonne qualité. C'est, nous le pensons, un chanteur d'avenir dont\nle jeu est déjà fort satisfaisant.\nTHÉÂTRE DE LA RENAISSANCE. - 22 Décembre 1876.\nCette fois encore des amis trop zélés et une claque admirablement dis-\nciplinée ont failli compromettre le succès de la nouvelle pièce de\nM. Lecocq.\nOn a bissé le premier acte, on a bissé le second, on a bissé le\ntroisième; mais il s'en est fallu de peu qu'on ne sifflât toute la pièce.\nAprès la chute éclatante du Pompon, aux Folies-Dramatiques, l'au-\nteur de la Fille Angot ambitionnait un triomphe. On le lui a pré-\nparé avec une sollicitude particulière. Il le tient et il le gardera.\nMM. Leterrier et Vanloo ont fait Giroflé-Girofla il n'y a pas long-\ntemps. Leur mémoire est encore pleine de cette création et la Petite\nMariées subit l'influence. Les auteurs nous ont, à diverses reprises,\nservi le même poisson accommodé à une sauce différente, plus épicée peut-\nêtre, plus comique parfois et peut-être aussi plus propre à être traduite\nen musique.\nLe podestat de Bergame a été trompé par son favori, San Carlo. Il lui\na pardonné mais il lui chante :\n« Je rirai bien quand tu te marieras,\n« Car je te tromperai avec ta femme, comme tu m?as trompé avec la\nmienne. »\nOn comprend aisément que San Carlo cache son union avec la jolie\nGraziella. Lorsqu'il est obligé de la présenter à la cour, il la fait passer\npour la femme du seigneur Montefiasco.\nLe podestat n'en devient pas moins amoureux de Graziella et San\nCarlo le confident des amours du prince.\nDe complications en complications, San Carlo finit par croire que\nGraziella le trompe avec le podestat. Mais celui-ci s'est borné à laisser\ncroire à cet accident, sans consommer le crime."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "Il a la vengeance assez douce, comme on voit. C'est là une simple\nleçon qu'il donne à San Carlo auquel, à la fin de la pièce, il rend Gra-\nziella plus pure que jamais et sa faveur complète.\nLa musique du célèbre monsieur Lecocq a rarement profité des oc-\ncasions successives offertes à sa verve. Elle n'a qu'une médiocre couleur\net le rhythme. que Ton avait tant apprécié dans Madame Angot, est boi-\nteux et banal.\nLe moule dans lequel M. Lecocq laisse couler sa musique commence\nà perdre sa forme, par cette raison qu'il la conserve. —Sans l'interpréta-\ntion remarquable de cecte partition, je me demande le sort qu'elle aurait\npu avoir.\nIl y a toutefois, au premier acte, un rondeau d'une allure aimable,\nque M. Vauthier chante avec un brio entraînant. Il faut citer aussi les\ncouplets del'épée, au second acte, qui sont originaux.\nMademoiselle Granier a dit avec une grâce exquise la Légende, du\nRossignol, qu'elle détaille délicieusement.\nAu troisième acte, les couplets du podestat enlevés par Vauthier sem-\nblent être le seul point musical intéressant decette partie de la partition.\nM. Vauthier est en progrès absolu. Il a une excellente voix et, dès\nqu'il ne la force pas, il en tire un parti très agréable. Il a un talent de\ncomédien remarquable et il compose ses rôles avec un soin scrupuleux\net heureux.\nMademoiselle Granier, toujours un peu maniérée, petite,, mignonne\net toute charmante artiste, dit avec un entrain diabolique les grivoiseries\nles moins gazées.\nMadame Alphonsine, dans un rôle sacrifié, M. Calixte, père noble,\net M. Puget, le ténor léger amoureux de mademoiselle Granier,\ncomplètent un ensemble excellent encadré dans des décors superbes et\nchatoyants. Les costumes sQnt d'une richesse et d'un goût parfaits. Bonne\ninauguration, en somme, de la direction Koning.\nTHÉÂTRE DES FOLIES-DRAMATIQUES. 3i Décembre\n1875. Quand il commandait un des régiments de dragons de Sa\nMajesté très catholique Louis XV, le jeune et brillant colonel Baron de\nChampagnol était prompt à la guerre comme à l'amour.\nUn jour, à la tête de son régiment, le baron passe dans un village du\nmidi de la France. Toutes les têtes des femmes de ce beau pays tournent\nfollement et, un an après, la population se trouve sensiblement augmen-\ntée. Les dragons ne traversent pas impunément un pays. Ils avaient\nlaissé des souvenirs dans chaque chaumière."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.53", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "Le colonel, lui, avait reçu l'hospitalité chez madame la marquise de\nMontanbrèche. 11 y avait passé la nuit, et de ce séjour rapide était né un\nbébé, mis en nourrice et enlevé quelques jours après la pièce ne dit\npas par qui.\nDepuis vingt ans, ceci est le début de la pièce, la marquise cherche en\nvain le fruit de sa dragonnade. Elle invente les moyens les plus extrava-\ngants, elle fouille la contrée entière, rien ne réussit.\nParmi les nombreux enfants nés du passage des dragons, le village où\nmadame de Montanbrèche habite pendant la belle saison en possède\ndeux également intéressants et d'un sexe différent. L'un, Poulette, dite\n« la Belle Poule », est une fraîche, jolie et joyeuse fille; l'autre, Poulet,\nest un aimable et naïf villageois.\nPoulet n a pas un sou vaillant et il veut épouser Poulette qui n'a pas\nune dot meilleure. Comme cent écus sont indispensables pour réaliser\nles vœux ardents des deux amants, Poulet ira chercher fortune à Paris.\nLA il est accaparé par une danseuse de l'Opéra, Fœdora, qui a remarqué\nsa belle mine et qui le présente dans le monde sous les espèces d'un\nprince espagnol. Mais Poulette, inquiète d'attendre et folle de Poulet,\nvient à Paris pour le rejoindre et le punir s'il l'a trompée.\nA son tour la Belle Poule est absorbée par le baron de Campagnol qui\nla produit comme une princesse polonaise. Naturellement le faux espa-\ngnol et la princesse de contrebande se rencontrent bientôt. C'est dans le\nsalon du baron de Campagnol que le hasard les réunit.\nIl y a alors une débauche de querelles, de soufflets, de tendresses, de\ncoups de pieds, d'explications et de complications qui se termine au\ntroisième acte par la découverte sur le bras de Poulet d'un signe certain\nqui révèle l'origine de sa naissance.\nPoulet est bien et dûment l'enfant enlevé en nourrice que l'on cherche\ndepuis vingt ans. Il est le nls du baron de Campagnol et delà marquise\nde Montanbrèche.\nLe dénouement? vous l'avez deviné. Poulet épouse Poulette et Cam-\npagnol offre son nom à la marquise.\nCette pièce à laquelle on peut reprocher quelques points de ressem-\nblance avec l CEil Cvcvc, Ici Belle Parfumeuse et beaucoup d'autres\nopérettes plus ou moins Louis XV, est loin d'être ennuyeuse. Quelques\nscènes sont écrites avec infiniment d esprit et je signale particulièrement\ncelle où le baron de Campagnol et la marquise de Montanbrèche se ren-\ncontrent pour la première fois, vingt ans après la nuit de généreuse hos-\npitalité. D'un commun accord et avec une finesse toute gauloise la\nmarquise et le baron prêtent leur aventure à d'autres personnages ; la"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "marquise en rend responsable une sœur morte et le baron fait d'un\nfrère qui n'a jamais existé le héros de cette nuit d'amour.\nC'est charmant, comique, de bon goût et traité en haute comédie.\nMilher et mesdames loudouse - Vauthier jouent cela en artistes\nconsommés.\nM. Hervé est le propriétaire d'une muse dont la prodigalité facile lui\nsemble être une originalité inspirée et féconde. La nouvelle partition de\nl'auteur de VŒU Crevé est d'une grande pauvreté. On a cependant ap-\nplaudi la Légende du Dragon du roi, une lettre qui rappelle la célèbre\nlettre de la Périchole, une valse, puis une chanson en patois bordelais\nsentant son terroir. Ces quatre morceaux méritent quelque attention. Le\nreste est décousu et vulgaire. Les trombones, les tambours, la grosse\ncaisse surgissent tout à coup, on ne sait pourquoi, sur les dessins des\ninstruments à cordes, dont l'harmonie criarde rappelle l'orchestre des\nbaraques foraines.\nOn était en droit d'attendre une revanche d'^4lice de Nevcrs. M. Hervé\nne l'a pas prise. C'est à recommencer.\nCette représentation n'avait pas seulement l'attrait habituel des pre-\nmières représentations. Quelque chose d'étrange, d'inaccoutumé se pas-\nsait aux Folies-Dramatiques. Hortense Schneider, la diva de l'opérette,\nla prophétesse d'Offenbach, la Grande Duchesse, Boulotte, la Périchole,\ndébutait à ce théâtre.\nMadame Schneider a eu beaucoup de succès, sa voix a perdu cepen-\ndant et ses formes se sont épaissies. Mais elle a toujours cette mine fû-\ntée, cette gaillardise, cette vivacité spirituelle qui ont tait sa réputation\ndans le passé, la maintiennent dans le présent et la consacreront dans\nl'avenir comme un des côtés bizarres de la période particulière que nous\ntraversons. Ce rôle de la Belle Poule, proche parent de Boulotte, est\nd'une brutalité campagnarde, d'une jalousie franche, d'une cordialité et\nd'une tendresse qui mettent en relief toutes les qualités de l'artiste. De\nson côté, celle-ci interprète ce rôle aussi originalement qu'il peut l'être;\nM. Max Simon (Poulet) a une petite voix dont il se sert avec goût.\nMilher et Luco ont fait valoir de leur mieux des rôles incolores, si\nbien qu'on les a applaudis.\nMadame Prelly a comme toujours brillé grâce à sa beauté. Échappée\ndu grand monde, l'artiste se fait difficilement à la liberté d'allure de\nl'opérette; il serait toutefois injuste de ne pas constater qu'elle est en\nprogrès.\nTHÉÂTRE TAITBOUT. -20 Février 1876. Il y a dans cette"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.55", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "œuvre étrange un comte qui épouse une fille de noble maison et qui\nemprunte les habits d'un ouvrier, afin de savoir s'il se pourra faire\naimer pour lui-même. La femme du comte est charmante, mais d'un\ncaractère, les personnages le disent et cela est nécessaire, car on ne le\ndevinerait pas, d'un caractère insupportable.\nUn maître verrier, un intendant rapace, se débattent dans un sem-\nblant d'action qui rie commence pas, qui ne se poursuit pas, qui finit\nplatement... que sais-je enfin?\nPuis on admire encore un capitaine des gardes, le comique de la\nsituation, on remarque surtout sa grande épée. Et voilà je crois en\nraccourci et en décousu, le récit fidèle du livret de la Petite Comtesse.\nJe ne ferai pas à M. Gaston Escudier la mauvaise plaisanterie de char-\nger sa conscience d'auteur de la responsabilité de cette pièce.\nNotre confrère s'est borné à une adaption à la scène française, d'une\ndétestable farce italienne. Il a mal choisi, voilà tout.\nQuant à la musique. Je pense que si elle ne nuit pas au poème, elle\n11e lui sert pas non plus.\nOn n'avait pas entendu depuis longtemps une pareille enfilade de mé-\nlodies insipides. C'est d'une banalité absolue. Il est vrai, disons-le comme\natténuation, que la pièce date de 1828, si la mémoire ne nous manque\npas.\nMademoiselle Breton, MM. Sotto, Emmanuel et Galabertont été inu-\ntilement héroïques. Ils étaient étouffés sous le poids de cette indigeste\nproduction.\nM. Nazet était forcé de jouer cette pièce, épave de la direction précé-\ndente, Je suis bien convaincu qu'il n'acceptera plus les engagements\npris par d'autres que lui et je souhaite au Roi d'Yvetot un succès qui\neffacera jusqu'au souvenir de cette désastreuse Petite Comtesse.\nTHÉÂTRE DES FOLIES-DRAMATIQUES. 24 Février\n1876. M. Alexandre est miroitier, inventeur ou propagateur de\nglaces qu'il vend nues ou encadrées. C'est un aimable homme et c'est un\ndes plus joyeux négociants du faubourg Saint-Antoine. Les lauriers des\nfaiseurs d'opérettes l'empêchaient de dormir. Un beau matin il se leva\nrésolu. Il lut avec une attention scrupuleuse le Chapeau de paille\nd'ltalie, la Mariée du mardi gras, les Saltimbanques, quelques féeries,\nles Visitandines, toutes œuvres qu'il adore, puis, le soir venu, il se\ncoucha heureux car il n'avait pas perdu sa journée. Le sommeil de\nM. Alexandre fut plus troublé que jamais. Ce qu'il avait lu tourbillon-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.56", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1873, "texte": "naitdans son cerveau, se mélangeait, s'arrondissait, et formait un tout\nsingulier et nouveau.\nA l'aurore, M. Alexandre prit une plume et se mit à écrire avec rage.\nDeux mois après, sa pièce Fleur de Baiser passait de son cerveau\ndans le cabinet de M. Cantin où elle était lue, approuvée et finalement\nmontée.\nM. Cœdès était chargé de la musique.\nLa pièce, née de lectures et de souvenirs, s'en est ressentie au point de\nvue de l'invention et de l'originalité.\nIl s'agit d'une jeune fille que doit épouser un homme qu'elle n'aime\npas. Au moment où le mariage va être consommé, le cousin de la jeune\nfille, officier de marine,, arrive de Madagascar. Il aime Fleur de Baiser\net celle-ci l'adore. Par conséquent il l'enlève, à l'aide de son fidèle ga-\nbier, au nez de toute la noce qui se met à la poursuite des ravisseurs.\nCela dure trois actes. Il y a des courses folles, des meubles qui mar-\nchent, des marins qui se déguisent en nonnes, et par dessus tout une\ngaieté au gros sel qui ne supporte pas l'analyse, mais que l'on subit\navec plaisir si l'on a bien dîné.\nC'est drôle, brutalement gai et vieux comme le monde.\nM. Cœdès a écrit quelques polkas et quelques quadrilles pour ce vau-\ndeville.\nOn attaque cette musique avec une sévérité qu'il est difficile de com-\nprendre quand on a vu la pièce. Il n'était guère possible de faire chanter\ndes matelots et des marchands forains, comme s'ils étaient des ducs et\ndes princes. Et si la pièce est gaie et bruyante, la musique l'est aussi.\nAssurément, M. Cœdès ne comptait pas asseoir sa réputation avec\ncette partition de vaudeville. Il n'y a rien gagné, mais il n'y a rien\nperdu.\nMademoiselle Jane May, madame Tassilly et MM. Milher, Luco et\nHaymé ont interprété avec une conscience dont on doit les féliciter la\npièce de M. Alexandre.\nMilher et Luco surtout sont désopilants.\n\nRAOUL DE SAINT-ARROMAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c025", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "51", "page_fin": "56", "image_debut": 57, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.8", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1618, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nNOUVELLES\nE lecteur trouvera dans la Chronologie qui paraîtra le 15\njuin la nomenclature des faits qui ont été omis dans les\nVaria. Le but de cette Chronologie est de combler les la-\ncunes inévitables de nos Faits divers et Nouvelles.\nAprès des lenteurs bien justifiées par l'examen des\npartitions de cinquante-quatre concurrents, le jury a dé-\ncerné le prix Cressent à M. William Chaumet, bordelais de naissance et pa-\nrisien d'adoption. Le lauréat a 3o ans. Il manifestait dès son enfance une\nvéritable passion pour Part qui vient de lui donner une première récompense-\nSachant à peine la gamme d'ut, il composa une poésie du Sire de Joinville,\nune petite bluette qui dénotait de véritables qualités.\nPlus tard, étant au collège, pendant qu'il suivait un cours de solfège, il\nréussissait, à force d'économies et à 1 insu de sa famille, à prendre des leçons\nd'harmonie et de contrepoint avec un vieil alsacien, élève de Reicha.\nIl publia à vingt ans, sous des pseudonymes divers, plusieurs morceaux qui\nsont disséminés aujourd'hui, mais dont un lied signé Athenoven, édité chez\nFlaxland, a une valeur réelle. Ce morceau extrêmement intéressant est écrit\npour piano et violon. L'influence de Schumann y est évidente, mais on y sent\naussi un caractère de fraîcheur et de poésie tout personnel.\nIl y a trois ans, sous la direction de M. Jules Ruelle, à l'Athénée, M. Chau-\nmet a fait représenter un opéra-comique en un acte, le Pèche de Géronte,\ndont le succès ne fut pas grand. On reconnaît cependant un certain mérite\nà cette petite pièce sans importance d'ailleurs."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.58", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "Quelques temps après, M. Chaumet fit représenter à Bordeaux une\npièce fantastique, Idéct, qui eut beaucoup de succès et atteignit trente repré-\nsentations.\nDepuis, son talent a grandi et nous aurons bientôt l'occasion de l'applau-\ndir quand on représentera la pièce du concours, BatJiyle, due pour les paroles\nà M. Blau.\nDans la revue générale de la musique en 1875, que M. Adolphe Jullien\nvient de publier à la Revue de France, comme il fait depuis quatre ans à la\nfin de décembre, notre collaborateur s'exprime en ces termes sur les trois\ndeuils qui ont frappé l'école française au courant de l'année dernière :\n« M. Léon Erharth, le dernier prix de Rome couronné, meurt en Italie,\nà l'aurore de la vie, avant vingt-deux ans, laissant à peine quelques pages\nébauchées; Bizet succombe à trente-sept ans, dans la force de l'âge, comme\nson talent arrivait à complète maturité, au moment précis où il semblait\ndevoir recueillir les fruits d'un travail opiniâtre. Enfin, madame Farrenc\ndisparaît après soixante-dix ans, à la fin d'une longue carrière, laborieuse-\nment et glorieusement remplie, et dont le souvenir ira grandissant à mesure\nque les sérieuses compositions de musique instrumentale seront mieux ap-\npréciées du public, dont le goût se forme et dont les préférences s'épurent\nde jour en jour. Et par une coïncidence frappante, tous trois : l'adolescent,\nl'homme et le vieillard furent enlevés comme par un coup de foudre. S'il\ns'était fait, dans ces derniers temps, un silence immérité autour de madame\nFarrenc parce qu'elle répugnait à suivre la route des succès faciles et qu'elle\navait trop le culte de son art pour l'avilir par des œuvres futiles; si le gros\npublic ignorait ses ouvrages et jusqu'à son nom, les plus grands artistes les\nconnaissaient bien et lui accordaient toute leur estime. Schumann, notam-\ntamment,qui jugeait les moindres créations de la musique avec un rigorisme\nbien légitime, avait distingué dès le début le rare talent de cette femme hors\nligne :\n« Si un jeune compositeur, écrivait-il en i 836, me présentait des varia-\ntions semblables à celles de L. Farrenc fop. 17), je lui ferais tous mes com-\npliments sur ses heureuses dispositions et sur la solide éducation dont ses\nmorceaux témoignent à chaque page. Je ne fais que d'apprendre la situation\ndu musicien ou plutôt de la musicienne, qui est la femme du célèbre éditeur\nde musique de Paris, et je crains dès lors que ces lignes ne parviennent dif-\nficilement àsa connaissance. Il s'agit de petites études vives et piquantes,\nterminées peut-être encore sous l'œil du maître, et qui pourtant sont si\nfermes de contour, si sages d'exécution, si achevées, en un mot, qu'elles\nvous tiennent sous le charme, d'autant mieux qu'il s'en dégage un léger par-\nfum sans artifice. On sait que les thèmes qui se prêtent aux imitations sont\nparticulièrement propres à être variés, de façon que la musicienne a pu se\nrépandre enjeux de toutes sortes et en canons pleins d'élégance. Il n'y a pas\njusqu'à une fugue exacte avec sujet, contre-sujet, etc., qu'elle n'ait réussi à\nsouhait et où l'on ne distingue partout une grande légèreté de main et une\nheureuse veine mélodique. » De combien de compositeurs français Schu-\nmann en aurait-il pu dire autant? »"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.59", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "Le ministère des Beaux-Arts vient de faire remettre quelques subsides à\ntitre d'encouragement à cinq sociétés de musique :\nA la Société des Compositeurs, pour ses prix de concours 400 fr.\nAux concerts du Châtelet. 2.000 »\nAla Société de Quatuor de M. Maurin 400 »\nAla Société de Quatuor de M. Lelong 400 »\nAla Société de Quatuor de M. Tandon 400 »\nVoilà qui va engager ces messieurs à donner à la musique classique une\nnouvelle impulsion.\nJeudi 23 mars ont eu lieu, en l'église de la Madeleine, les obsèques de Léon\nEhrharth, le jeune pensionnaire de l'Académie de France à Rome, enlevé dans\nsa vingt et unième année à son art, qu'il promettait d'illustrer, quand une\nmort imprévue est venue le frapper loin de son pays et loin de ses parents.\nLes restes mortels de Léon Ehrharth, décédé à Poretta, près Florence, ont\nété transportés en France par les soins et aux frais du ministère des Beaux-\nArts. La maîtrise de la Madeleine, sous la direction de M. Th. Dubois a fait\nentendre un Kyrie et un Benedictus du jeune maître que l'on pleurait. Le\nKyrie surtout a paru fort remarquable. Un grand nombre de musiciens em-\nplissaient la nef. MM. Ambroise Thomas, Gounod, Weber, Jules Cohen, de\nLaborde, Heyberger, Massenet, Marmontel, étaient venus rendre hommage\nau jeune compositeur.\nNous annonçons la mort de M. Alexis Azevedo, qui, pendant de\nlongues années, a joué un rôle important dans la critique musicale.\nM. Azevedo était né à Bordeaux, le 18 mars 1813, l'année où fut joué\npour la première fois le Nouveau Seigneur de Village.\nRoger de Beauvoir, dans son roman le Chevalier de Saint-Georges, met\nen scène le chanteur Azevedo, ami du célèbre Garat, en compagnie duquel\nil chantait àla cour de Marie-Antoinette. Cet artiste était cousin du grand-\npère de notre confrère.\nAlexis Azevedo étudia successivement le violon et la flûte, mais il opta\npour ce dernier instrument et entra, en i 832, à la classe de Tulou au Con-\nservatoire de Paris. Bientôt il sembla renoncer à la musique pour s'adonner\naux affaires, sans pourtant perdre de vue son art de prédilection, car nous\nle retrouvons peu de temps après se livrant à la littérature musicale dans\ndivers journaux tels que le Siècle et la France Musicale. Vers 1846, il est\nrédacteur en chef du journal la Critique Musicale. En ißsßet 1859, il donne\ndes articles-variétés à la Presse. Enfin, le i€r septembre 1869, il prend\npossession du feuilleton musical de l'Opinion Nationale, et le garde jusqu'à\nla guerre de 1870. Membre honoraire de la Société chorale Galin-Paris-\nChevé, il est un des plus ardents propagateurs de la nouvelle méthode d en-\nseignement musical. Les polémiques d'Azevedo pour l'adoption de cette\nméthode, celles qu'il a soutenues contre Fétis (Origines de la Gamme,\nPaternité de Vair de la Marseillaise), contre Halévy (Question des Alliances),\net contre Scudo ont été remarquées. On se souvient aussi de ses campagnes\ncontre Halévy, Gounod, Meyerbeer et Wagner. Mais, en dépit des objections"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.60", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "et des ripostes, Azevedo tint bon et ne modifia rien sur un genre de musique\nqu'il qualifie plaisamment d'Ecole du civet sans lièvre.\nAzevedo travaillait depuis vingt ans à un livre intitulé Philosophie de la\nMusique.\nIl laisse quelques ouvrages dont, voici les titres :\nSur le livre intitulé Critique et littérature musicale, de M. P. Scudo\n(Paris, 1852, in-12).\nFélicien David, sa vie et son œuvre (Paris, Heugel, 18637 1 vol. gr.\nin-8n, portrait lithographié, deux autographes).\nG. Rossini, sa vie et ses œuvres (Paris, Heugel, 1865, 1 vol. gr. in-8\\\nautographes et trois portraits dont un est la reproduction du médaillon en\nmarbre d'H. Chevalier, à l'Opéra).\nSur un nouveau signe proposé pour remplacer les trois clefs de la\nnotation musicale (Paris, Escudier et Girod, 1868, in-8). Conférence faite à la\nSociété des compositeurs de musique.\nDictionnaire musico-humoristique, par le docteur Aldo, membre de la\nfourchette harmonique et de plusieurs autres Sociétés savantes, précédé d'un\navertissement par Alexis Azevedo (Paris, Gérard, 1870, in-12).\nIl est évident que le nom d'Aldo est un pseudonyme d'Azevedo, composé\ndes deux premières lettres du prénom et des deux dernières du nom.\nAprès la guerre, Azevedo rédigeait seul un petit pamphlet périodique sous\nforme de Lanterne intitulé : les Doubles-croches malades, et qui ne vécut\npoint.\nNous apprenons une triste nouvelle : madame Mélanie Reboux vient de\nmourir d'une péritonite, qui l'a enlevée en quatre jours.\nC'était une artiste pleine de volonté, et qui serait certainement parvenue à\noccuper la situation qu'elle était en droit d'espérer.\nElle était âgée d'une trentaine d'années. Elle débuta, au sortir du Conser-\nvatoire, à l'Opéra, dans le rôle du pâtre de Tannhœuser, en 1861. Puis elle\nparcourut l'ltalie, l'Espagne, l'Angleterre et l'Amérique, où elle obtint de\ngrands succès, dans l'emploi des Falcon, Elle fit, à son retour à Paris, une\nnouvelle et courte apparition à l'Opéra, à la suite de laquelle, changeant\nbrusquement de genre, elle alla chanter la Fille de madame Angot aux Fo-\nlies-Dramatiques. Elle créa l'année suivante, le rôle principal de la Belle au\nBois-Dormant, de LitolfF, au Châtelet, où elle retourna, lors de la tentative\nd'opéra populaire, pour jouer les Amours du Diable. Elle y fut très vivement\nappréciée.\nVoici, dit M. F. Oswald du Gaulois, le bilan des nouveautés théâtrales\nen province durant l'année 1875; il prouvera à nos lecteurs que la décentra-\nlisation tant prônée est plus difficile à réaliser qu'on ne le pense : A Toulon :\nGheisa, de M. Paul Aube ; à Lille, Jeanne Maillotte, de M. Raymond; à\nRouen, la Cure merveilleuse de M. Hep, et la Halte du roi, de M. A. Boiel-\ndieu; à Marseille, Fatma, de M, Fligin, et le Barbier du roi, de M. Gigou;à\nPerpignan, Guillaume de Babertany, de M. Coït; à Angers, la Branche de\ngenêt, de M. Febvre, et à Alger, la Marguerite, de M. Dermineur."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.61", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "FAITS DIVERS.\n\nARIS. Opéra. Jeudi dernier a eu lieu la répétition générale de\nJeanne d'Arc, l'opéra de M. Mermet. La première représentation\nsera donnée probablement lundi prochain. Nous pouvons dire dès\naujourd'hui que la mise en scène et les costumes sont remarqua-\nBles, et en tous points dignes de notre première scène lyrique.\nVoici comment les rôles sont distribués :\nJeanne d'Arc Mmes Krauss\nAgnès Sorel . Daram\nLe Roi MM. Faure\nGaston de Metz Salomon\nRichard Gailhard\nAmbroise de Loré, capitaine Gaspard\nUn astrologue Caron\nUn sergent de bandes Bataille\nLe Bar de Bue Galli\n/ Sapin\nTrois truands ) Auguez\n( Gresse\nJacques d'Arc Menu\nM. Faure, qui était indisposé, a été remplacé à la répétition générale par\nM. Manoury, mais il reprendra son rôle le jour de la première représen-\ntation.\"\nThéâtre-Lyrique. On répète activement Dimitri. M. Vizentini a engagé\nun jeune ténor, M. Richard, premier prix de chant du Conservatoire en\n1870, engagé d'abord à l'Opéra, où il a chanté la Favorite, en 1872. Le\nbaryton Boyer et madame Engalli ont aussi signé un engagement.\nOpéra-Comique. M. du Locle a quitté la direction de l'Opéra-Comique;\nil a été remplacé provisoirement par M. Perrin, directeur du Théâtre-\nFrançais. Le premier acte du nouveau directeur a été d'engager M. Léon\nAchard, qui a débuté le 22 mars dans la Dame Blanche. M. Achard chantera\nle rôle principal de Piccolino, primitivement distribué à M. Duchesne.\nM. Jules Barbier a lu, la semaine dernière, aux artistes de l'Opéra-\nComique le poème des Amoureux de Catherine, musique de M. Henri\nMaréchal, prix de Rome. Les rôles ont été distribués à mesdames Chapuy\net Decroix, et MM. Nicot et Thierry.\nLes répétitions vont être menées très activement.\nThéâtre-Italien. Verdi est arrivé à Paris. Il commence aujourd'hui les\nrépétitions $ Aida."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.62", "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "Rénaissance. Avant-hier, 3o mars, centième représentation de la Petite\nMariée.\nFolies-Dramatiques. A Fleur de Baiser vient de succéder une reprise\nde Y Œil crevé.\nVariétés. Jeudi dernier, première représentation de le Roi dort, féerie\nde MM. Labiche et Delacour.\nThéâtre-Taitbout. Lundi prochain, première représentation du Roi\nd'Yvetot, opéra-bouffe en trois actes, paroles de MM. Chabrillat et Hemery,\nmusique de M. L. Vasseur, interprété par MM. Bonnet, Gobin, Laurent,\nGalabert, mesdames Prelly, Desclauzas, Toudouze, Tassilly et Debreux.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c027", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "51", "page_fin": "54", "image_debut": 57, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.8.2", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.57", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1618, "texte": "NOUVELLES\nE lecteur trouvera dans la Chronologie qui paraîtra le 15\njuin la nomenclature des faits qui ont été omis dans les\nVaria. Le but de cette Chronologie est de combler les la-\ncunes inévitables de nos Faits divers et Nouvelles.\nAprès des lenteurs bien justifiées par l'examen des\npartitions de cinquante-quatre concurrents, le jury a dé-\ncerné le prix Cressent à M. William Chaumet, bordelais de naissance et pa-\nrisien d'adoption. Le lauréat a 3o ans. Il manifestait dès son enfance une\nvéritable passion pour Part qui vient de lui donner une première récompense-\nSachant à peine la gamme d'ut, il composa une poésie du Sire de Joinville,\nune petite bluette qui dénotait de véritables qualités.\nPlus tard, étant au collège, pendant qu'il suivait un cours de solfège, il\nréussissait, à force d'économies et à 1 insu de sa famille, à prendre des leçons\nd'harmonie et de contrepoint avec un vieil alsacien, élève de Reicha.\nIl publia à vingt ans, sous des pseudonymes divers, plusieurs morceaux qui\nsont disséminés aujourd'hui, mais dont un lied signé Athenoven, édité chez\nFlaxland, a une valeur réelle. Ce morceau extrêmement intéressant est écrit\npour piano et violon. L'influence de Schumann y est évidente, mais on y sent\naussi un caractère de fraîcheur et de poésie tout personnel.\nIl y a trois ans, sous la direction de M. Jules Ruelle, à l'Athénée, M. Chau-\nmet a fait représenter un opéra-comique en un acte, le Pèche de Géronte,\ndont le succès ne fut pas grand. On reconnaît cependant un certain mérite\nà cette petite pièce sans importance d'ailleurs."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.58", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "Quelques temps après, M. Chaumet fit représenter à Bordeaux une\npièce fantastique, Idéct, qui eut beaucoup de succès et atteignit trente repré-\nsentations.\nDepuis, son talent a grandi et nous aurons bientôt l'occasion de l'applau-\ndir quand on représentera la pièce du concours, BatJiyle, due pour les paroles\nà M. Blau.\nDans la revue générale de la musique en 1875, que M. Adolphe Jullien\nvient de publier à la Revue de France, comme il fait depuis quatre ans à la\nfin de décembre, notre collaborateur s'exprime en ces termes sur les trois\ndeuils qui ont frappé l'école française au courant de l'année dernière :\n« M. Léon Erharth, le dernier prix de Rome couronné, meurt en Italie,\nà l'aurore de la vie, avant vingt-deux ans, laissant à peine quelques pages\nébauchées; Bizet succombe à trente-sept ans, dans la force de l'âge, comme\nson talent arrivait à complète maturité, au moment précis où il semblait\ndevoir recueillir les fruits d'un travail opiniâtre. Enfin, madame Farrenc\ndisparaît après soixante-dix ans, à la fin d'une longue carrière, laborieuse-\nment et glorieusement remplie, et dont le souvenir ira grandissant à mesure\nque les sérieuses compositions de musique instrumentale seront mieux ap-\npréciées du public, dont le goût se forme et dont les préférences s'épurent\nde jour en jour. Et par une coïncidence frappante, tous trois : l'adolescent,\nl'homme et le vieillard furent enlevés comme par un coup de foudre. S'il\ns'était fait, dans ces derniers temps, un silence immérité autour de madame\nFarrenc parce qu'elle répugnait à suivre la route des succès faciles et qu'elle\navait trop le culte de son art pour l'avilir par des œuvres futiles; si le gros\npublic ignorait ses ouvrages et jusqu'à son nom, les plus grands artistes les\nconnaissaient bien et lui accordaient toute leur estime. Schumann, notam-\ntamment,qui jugeait les moindres créations de la musique avec un rigorisme\nbien légitime, avait distingué dès le début le rare talent de cette femme hors\nligne :\n« Si un jeune compositeur, écrivait-il en i 836, me présentait des varia-\ntions semblables à celles de L. Farrenc fop. 17), je lui ferais tous mes com-\npliments sur ses heureuses dispositions et sur la solide éducation dont ses\nmorceaux témoignent à chaque page. Je ne fais que d'apprendre la situation\ndu musicien ou plutôt de la musicienne, qui est la femme du célèbre éditeur\nde musique de Paris, et je crains dès lors que ces lignes ne parviennent dif-\nficilement àsa connaissance. Il s'agit de petites études vives et piquantes,\nterminées peut-être encore sous l'œil du maître, et qui pourtant sont si\nfermes de contour, si sages d'exécution, si achevées, en un mot, qu'elles\nvous tiennent sous le charme, d'autant mieux qu'il s'en dégage un léger par-\nfum sans artifice. On sait que les thèmes qui se prêtent aux imitations sont\nparticulièrement propres à être variés, de façon que la musicienne a pu se\nrépandre enjeux de toutes sortes et en canons pleins d'élégance. Il n'y a pas\njusqu'à une fugue exacte avec sujet, contre-sujet, etc., qu'elle n'ait réussi à\nsouhait et où l'on ne distingue partout une grande légèreté de main et une\nheureuse veine mélodique. » De combien de compositeurs français Schu-\nmann en aurait-il pu dire autant? »"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.59", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "Le ministère des Beaux-Arts vient de faire remettre quelques subsides à\ntitre d'encouragement à cinq sociétés de musique :\nA la Société des Compositeurs, pour ses prix de concours 400 fr.\nAux concerts du Châtelet. 2.000 »\nAla Société de Quatuor de M. Maurin 400 »\nAla Société de Quatuor de M. Lelong 400 »\nAla Société de Quatuor de M. Tandon 400 »\nVoilà qui va engager ces messieurs à donner à la musique classique une\nnouvelle impulsion.\nJeudi 23 mars ont eu lieu, en l'église de la Madeleine, les obsèques de Léon\nEhrharth, le jeune pensionnaire de l'Académie de France à Rome, enlevé dans\nsa vingt et unième année à son art, qu'il promettait d'illustrer, quand une\nmort imprévue est venue le frapper loin de son pays et loin de ses parents.\nLes restes mortels de Léon Ehrharth, décédé à Poretta, près Florence, ont\nété transportés en France par les soins et aux frais du ministère des Beaux-\nArts. La maîtrise de la Madeleine, sous la direction de M. Th. Dubois a fait\nentendre un Kyrie et un Benedictus du jeune maître que l'on pleurait. Le\nKyrie surtout a paru fort remarquable. Un grand nombre de musiciens em-\nplissaient la nef. MM. Ambroise Thomas, Gounod, Weber, Jules Cohen, de\nLaborde, Heyberger, Massenet, Marmontel, étaient venus rendre hommage\nau jeune compositeur.\nNous annonçons la mort de M. Alexis Azevedo, qui, pendant de\nlongues années, a joué un rôle important dans la critique musicale.\nM. Azevedo était né à Bordeaux, le 18 mars 1813, l'année où fut joué\npour la première fois le Nouveau Seigneur de Village.\nRoger de Beauvoir, dans son roman le Chevalier de Saint-Georges, met\nen scène le chanteur Azevedo, ami du célèbre Garat, en compagnie duquel\nil chantait àla cour de Marie-Antoinette. Cet artiste était cousin du grand-\npère de notre confrère.\nAlexis Azevedo étudia successivement le violon et la flûte, mais il opta\npour ce dernier instrument et entra, en i 832, à la classe de Tulou au Con-\nservatoire de Paris. Bientôt il sembla renoncer à la musique pour s'adonner\naux affaires, sans pourtant perdre de vue son art de prédilection, car nous\nle retrouvons peu de temps après se livrant à la littérature musicale dans\ndivers journaux tels que le Siècle et la France Musicale. Vers 1846, il est\nrédacteur en chef du journal la Critique Musicale. En ißsßet 1859, il donne\ndes articles-variétés à la Presse. Enfin, le i€r septembre 1869, il prend\npossession du feuilleton musical de l'Opinion Nationale, et le garde jusqu'à\nla guerre de 1870. Membre honoraire de la Société chorale Galin-Paris-\nChevé, il est un des plus ardents propagateurs de la nouvelle méthode d en-\nseignement musical. Les polémiques d'Azevedo pour l'adoption de cette\nméthode, celles qu'il a soutenues contre Fétis (Origines de la Gamme,\nPaternité de Vair de la Marseillaise), contre Halévy (Question des Alliances),\net contre Scudo ont été remarquées. On se souvient aussi de ses campagnes\ncontre Halévy, Gounod, Meyerbeer et Wagner. Mais, en dépit des objections"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.60", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "et des ripostes, Azevedo tint bon et ne modifia rien sur un genre de musique\nqu'il qualifie plaisamment d'Ecole du civet sans lièvre.\nAzevedo travaillait depuis vingt ans à un livre intitulé Philosophie de la\nMusique.\nIl laisse quelques ouvrages dont, voici les titres :\nSur le livre intitulé Critique et littérature musicale, de M. P. Scudo\n(Paris, 1852, in-12).\nFélicien David, sa vie et son œuvre (Paris, Heugel, 18637 1 vol. gr.\nin-8n, portrait lithographié, deux autographes).\nG. Rossini, sa vie et ses œuvres (Paris, Heugel, 1865, 1 vol. gr. in-8\\\nautographes et trois portraits dont un est la reproduction du médaillon en\nmarbre d'H. Chevalier, à l'Opéra).\nSur un nouveau signe proposé pour remplacer les trois clefs de la\nnotation musicale (Paris, Escudier et Girod, 1868, in-8). Conférence faite à la\nSociété des compositeurs de musique.\nDictionnaire musico-humoristique, par le docteur Aldo, membre de la\nfourchette harmonique et de plusieurs autres Sociétés savantes, précédé d'un\navertissement par Alexis Azevedo (Paris, Gérard, 1870, in-12).\nIl est évident que le nom d'Aldo est un pseudonyme d'Azevedo, composé\ndes deux premières lettres du prénom et des deux dernières du nom.\nAprès la guerre, Azevedo rédigeait seul un petit pamphlet périodique sous\nforme de Lanterne intitulé : les Doubles-croches malades, et qui ne vécut\npoint.\nNous apprenons une triste nouvelle : madame Mélanie Reboux vient de\nmourir d'une péritonite, qui l'a enlevée en quatre jours.\nC'était une artiste pleine de volonté, et qui serait certainement parvenue à\noccuper la situation qu'elle était en droit d'espérer.\nElle était âgée d'une trentaine d'années. Elle débuta, au sortir du Conser-\nvatoire, à l'Opéra, dans le rôle du pâtre de Tannhœuser, en 1861. Puis elle\nparcourut l'ltalie, l'Espagne, l'Angleterre et l'Amérique, où elle obtint de\ngrands succès, dans l'emploi des Falcon, Elle fit, à son retour à Paris, une\nnouvelle et courte apparition à l'Opéra, à la suite de laquelle, changeant\nbrusquement de genre, elle alla chanter la Fille de madame Angot aux Fo-\nlies-Dramatiques. Elle créa l'année suivante, le rôle principal de la Belle au\nBois-Dormant, de LitolfF, au Châtelet, où elle retourna, lors de la tentative\nd'opéra populaire, pour jouer les Amours du Diable. Elle y fut très vivement\nappréciée.\nVoici, dit M. F. Oswald du Gaulois, le bilan des nouveautés théâtrales\nen province durant l'année 1875; il prouvera à nos lecteurs que la décentra-\nlisation tant prônée est plus difficile à réaliser qu'on ne le pense : A Toulon :\nGheisa, de M. Paul Aube ; à Lille, Jeanne Maillotte, de M. Raymond; à\nRouen, la Cure merveilleuse de M. Hep, et la Halte du roi, de M. A. Boiel-\ndieu; à Marseille, Fatma, de M, Fligin, et le Barbier du roi, de M. Gigou;à\nPerpignan, Guillaume de Babertany, de M. Coït; à Angers, la Branche de\ngenêt, de M. Febvre, et à Alger, la Marguerite, de M. Dermineur."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-01_01#c029", "volume": "bmtnabc_1876-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "55", "page_fin": "56", "image_debut": 61, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.2.8.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS.", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS.", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.61", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "FAITS DIVERS.\n\nARIS. Opéra. Jeudi dernier a eu lieu la répétition générale de\nJeanne d'Arc, l'opéra de M. Mermet. La première représentation\nsera donnée probablement lundi prochain. Nous pouvons dire dès\naujourd'hui que la mise en scène et les costumes sont remarqua-\nBles, et en tous points dignes de notre première scène lyrique.\nVoici comment les rôles sont distribués :\nJeanne d'Arc Mmes Krauss\nAgnès Sorel . Daram\nLe Roi MM. Faure\nGaston de Metz Salomon\nRichard Gailhard\nAmbroise de Loré, capitaine Gaspard\nUn astrologue Caron\nUn sergent de bandes Bataille\nLe Bar de Bue Galli\n/ Sapin\nTrois truands ) Auguez\n( Gresse\nJacques d'Arc Menu\nM. Faure, qui était indisposé, a été remplacé à la répétition générale par\nM. Manoury, mais il reprendra son rôle le jour de la première représen-\ntation.\"\nThéâtre-Lyrique. On répète activement Dimitri. M. Vizentini a engagé\nun jeune ténor, M. Richard, premier prix de chant du Conservatoire en\n1870, engagé d'abord à l'Opéra, où il a chanté la Favorite, en 1872. Le\nbaryton Boyer et madame Engalli ont aussi signé un engagement.\nOpéra-Comique. M. du Locle a quitté la direction de l'Opéra-Comique;\nil a été remplacé provisoirement par M. Perrin, directeur du Théâtre-\nFrançais. Le premier acte du nouveau directeur a été d'engager M. Léon\nAchard, qui a débuté le 22 mars dans la Dame Blanche. M. Achard chantera\nle rôle principal de Piccolino, primitivement distribué à M. Duchesne.\nM. Jules Barbier a lu, la semaine dernière, aux artistes de l'Opéra-\nComique le poème des Amoureux de Catherine, musique de M. Henri\nMaréchal, prix de Rome. Les rôles ont été distribués à mesdames Chapuy\net Decroix, et MM. Nicot et Thierry.\nLes répétitions vont être menées très activement.\nThéâtre-Italien. Verdi est arrivé à Paris. Il commence aujourd'hui les\nrépétitions $ Aida."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.62", "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "Rénaissance. Avant-hier, 3o mars, centième représentation de la Petite\nMariée.\nFolies-Dramatiques. A Fleur de Baiser vient de succéder une reprise\nde Y Œil crevé.\nVariétés. Jeudi dernier, première représentation de le Roi dort, féerie\nde MM. Labiche et Delacour.\nThéâtre-Taitbout. Lundi prochain, première représentation du Roi\nd'Yvetot, opéra-bouffe en trois actes, paroles de MM. Chabrillat et Hemery,\nmusique de M. L. Vasseur, interprété par MM. Bonnet, Gobin, Laurent,\nGalabert, mesdames Prelly, Desclauzas, Toudouze, Tassilly et Debreux.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.1", "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\nLES SAULNIER\n\nI\nE corps de ballet de l'Opéra compta,\nà la fin du siècle dernier, deux dan-\nseuses du nom de Saulnier, mais ces\ndeux sœurs, dont Tune était sensible-\nment plus âgée que l'autre et avait\nbeaucoup moins de talent, ne dan-\nsèrent jamais ensemble : l'une était\ndéjà retirée du théâtre lorsque l'autre\nfut en âge d'y débuter. Mademoiselle\nSaulnier aînée était entrée comme sur-\nnuméraire, dans le courant de 1775,\net était devenue figurante l'année\nsuivante, aux modiques appointements de 500 livres, qui s'élevèrent\npar la suite à 800. Vers 1780 elle est portée sur les états sous le nom"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde Saulnier l'aînée, sans doute pour la distinguer de sa toute jeune\nsœur qui devait entrer à cette époque dans les classes de danse ou,\ncomme on disait alors, au magasin. Deux ou trois ans après, la première\ndes Saulnier abandonnait la carrière chorégraphique pour se consacrer\nexclusivement à la galanterie. Elle n'avait jamais pu jouer que les uti-\nlités au théâtre; elle continua de les jouer dans la vie privée, auprès de\nsa sœur cadette, avec qui elle demeurait rue de la Lune, et qui était une\ndes élèves favorites de Maximilien Gardel.\nMademoiselle Victoire Saulnier n'avait pas encore quinze ans, lors-\nqu'elle fut jugée digne d'un début officiel, et le jeudi 11 mars 1784, elle\ndansa pour la première fois dans le ballet du second acte de la Caravane\ndu Caire : sa jeunesse, sa grâce et sa légèreté lui valurent un beau\nsuccès et un succès de bon aloi.\nDès le lendemain, le rédacteur du Journal de Paris dit qu'il y a bien\nlongtemps qu'un sujet ne s'est présenté avec des avantages aussi réels et\naussi brillants; puis, après l'avoir revue une seconde fois, il ajoute :\n« Une figure intéressante, jointe à une taille noble et majestueuse, la\nrend propre au genre grave qu'elle paraît avoir adopté. On a remarqué\nde la souplesse dans ses mouvements, de la grâce dans ses attitudes, et\nen général un air imposant : toutes ces qualités la font regarder comme\nun sujet delà plus belle espérance. » Le Mercure décerne à la débutante\ndes éloges encore plus chaleureux sur sa personne comme sur son talent,\net termine en faisant vibrer la corde patriotique : « Nous ne doutons\npas qu'elle ne cultive, par le travail, des dispositions si heureuses, et\nque les leçons de M. Gardel l'aîné, à qui nous devons les progrès qu'elle\na déjà faits, ne la mettent bientôt en état de nous consoler de la perte que\nnous regrettons encore, dans un genre de danse si difficile (le genre\nnoble), si intéressant et d'autant plus précieux, que c'est un genre na-\ntional, et dans lequel les danseurs de notre école n'ont point eu encore\nde rivaux. »\nA la suite de ce brillant début, mademoiselle Saulnier fut classée\nd'emblée parmi les premiers sujets, à côté de mademoiselle Guimard,\npremière danseuse de demi-caractère. Outre son talent, les circonstances\nl'avaient singulièrement servie. Elle avait eu le rare bonheur de venir\nà un moment où l'administration de l'Opéra était fort embarrassée\nde pourvoir à deux places de premier sujet dans le genre sérieux et le\ngenre comique, car la première était déjà sans titulaire et l'autre allait\nvaquer par la retraite de mademoiselle Peslin. En effet, certain Etat de\ntous les sujets du chant et des chœurs de VAcadémie royale de mu-\nsique, avec un précis sur leurs talents et leurs services, état dressé peu"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.3", "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\n\navant Pâques 1784 et écrit presque en entier de la main de La Ferté,\nporte la note suivante pour mademoiselle Peslin, première danseuse\ncomique : « Elle est hors de combat, ce n'est que par complaisance pour\nmesdemoiselles Saint-Huberti et Guimard qu'on l'a conservée depuis\ndeux ans, mais elle est prévenue qu'elle doit se retirer à Pasques pro-\nchain (1), )>\nNous lisons dans la même pièce les deux notes qui suivent :\n« Mademoiselle Dupré, danseuse de demi-caractère. L'on a fait venir cette\ndanseuse de Naples, où elle occupoit la première place ; elle a beaucoup réussi\nà l'Opéra, mais sa taille n'est pas très avantageuse pour la première place du\ngenre sérieux où elle prétend ; on décidera à Pasques de son sort, mais\nil seroit à désirer que l'on ne disposât pas encore de la première place et que\nl'on attendît à l'année suivante, pour voir s'il ne présenteroit pas quelques\nsujets qui auroient plus de dispositions pour remplir cette place. »\n« Mademoiselle Gervais\\ danseuse comique. La place de mademoiselle\nPeslin lui est assurée pour Pasques, et c'est justice ; cette danseuse est remplie\nde zèle, elle est infatigable, ne se refuse à rien et danse, au besoin, tout ce\nque l'on veut, et même plusieurs actes dans un opéra. »\nIl fut fait selon l'avis du surintendant des menus. A Pâques 1784,\nmademoiselle Gervais, ayant épousé un second violon de l'orchestre,\nPérignon remplaça sous ce nouveau nom mademoiselle Peslin comme\npremier sujet comique; et moins d'un an après mademoiselle Saulnier,\ncoupant l'herbe sous le pied à mademoiselle Dupré, était nommée pre-\nmière danseuse dans le genre sérieux : le grand trio chorégraphique se\ntrouvait ainsi complet avec mademoiselle Guimard,\nMademoiselle Saulnier sut bientôt, paraît-il, conquérir les bonnes\ngrâces du ministre, le baron de Breteuil, dont la piotection ne pouvait\n\n(1) Archives nationales. Ancien régime. Or. 630. Voici, concernant mademoi-\nselle Peslin, deux anecdotes extraites du cuirassé : « Mademoiselle Allard\nayant eu de grosses paroles avec mademoiselle Pélin, sa rivale pour la danse, a\nimaginé dans un ballet boufon de lui détacher quelques coups de pied assez adroi-\ntement pour ne pas être vue par le public; Pélin n'ayant pas eu l'adresse de les lui\nrendre, a riposté d'une croquignole à poing fermé, qui a indigné tous les specta-\nteurs : Trial, le Breton (Berton) et Joliveau, qui sont juges nés de l'Opéra, ont\ncondamné les deux amazones à faire le service de tout le tribunal, l'une pendant\nsix mois, l'autre pendant un an. » « Le prince de Cont... ayant vu que l'Opéra\nle trompait et que ses pensionnaires lui étaient toutes infidelles, en a fait rayer\ndouze de l'état de sa dépense : au moyen de cet arrangement, le sieur Guérin,\nchargé de son casuel, pourvoira extraordinairement aux besoins de ce prince, qui\ns'est restreint à mademoiselle Pélin et à deux figurantes. » Et l'écrivain ajoute en\nnote : « Le prince a eu effectivement la magnificence d'avoir douze pensionnaires à\nl'Opéra, ce qui l'avait décidé à renoncer à sa musique et à ses grands soupers pour\nsoutenir cette dépense, dont il s'est enfin soulagé comme de tout le reste. «"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlui être inutile, bien qu'elle fût déjà parvenue au premier rang. Cepen-\ndant un conflit s'étant élevé entre elle et mademoiselle Dorlé, ce ministre\nfut assez équitable pour maintenir la stricte application des règlements\nde l'Opéra contre la danseuse qu'il avait distinguée. Mademoiselle\nDorlé, qui n'était que premier remplacement, s'étant trouvée indisposée,\navait été remplacée par mademoiselle Saulnier dans Ipliigénie, et celle-\nci se fondait sur ce remplacement pour conserver désormais ce pas et\nrefusait de le rendre à sa camarade qui se retrouvait en état de danser.\nLa Ferté, fort embarrassé de résoudre ce différent, le soumet au ministre\nqui se prononce en faveur de mademoiselle Dorlé, dans sa lettre du 26 fé-\nvrier 1785. « Vous voudrez donc bien dire à la demoiselle Saulnier que\nmon intention est qu'elle renonce à la prétention de danser lundi pro-\nchain le pas de la première danseuse dans l'opéra à'lphigénie et qu'elle\nle laisse danser à la demoiselle Dorlé, dont la réclamation est fondée. »\nA quelque temps de là, mademoiselle Dorlé souleva à son tour de ja-\nlouses prétentions contre sa camarade, et adressa un mémoire au mi-\nnistre pour être promue au rang de premier sujet dans le genre sérieux,\nà l'égal de mademoiselle Saulnier. Le Comité, réuni en assemblée ordi-\nnaire, le 11 juillet 1785, fit observer à ce sujet au ministre que « les\npremières places de la danse étant fixées au nombre de trois, sçavoir : la\npremière pour le genre sérieux, la deuxième pour le demi-caractère, et la\ntroisième pour le comique, il ne pouvait s'écarter du règlement, ni\nadmettre la demande de mademoiselle Dorlé, attendu que mademoiselle\nSaulnier occupait la place de première danseuse dans le genre sérieux. »\nFort de cet avis donné par le Comité en parfaite connaissance de cause,\nle ministre fit signifier à mademoiselle Dorlé, dans une note assez sèche,\n« qu'elle eut à reprendre son service en qualité de remplacement de pre-\nmière danseuse pour le genre sérieux, qu'elle avait mal à propos inter-\nrompu depuis plusieurs mois et notamment depuis l'ouverture du\nthéâtre. » Il ordonnait, en cas de refus, de la rayer de l'état des appoin-\ntements de l'Opéra et aussi de celui des ballets du roi (1). La danseuse\nfit d'abord un coup de tête et décida de quitter l'Opéra; elle donna\nmême sa démission pour prévenir le renvoi dont on la menaçait; mais\nelle s'avisa tout aussitôt qu'elle avait trop demandé en voulant partager\nle premier rang avec une camarade honorée des faveurs du ministre,\nelle fit humblement amende honorable et conserva, par grâce, sa place\nde premier remplacement (2).\n\n(1-2) Archives nationales. Ancien régime. Or. 632. Rapports des 11 juillet et\n2 septembre 1785. Ces froissements d'amour-propre et ces disputes de priorité"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.5", "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\n\nFrancœur relate dans son journal différents traits qui, pour se rappor-\nter à une époque postérieure de la carrière de mademoiselle Saulnier, ne\nsont pas moins curieux à noter. « 26 mai 1788. Mademoiselle Saulnier,\ndanseuse; M. Prieur retiendra ses appointements, à compter du ier mai,\npour cause de grossesse. » Puis en addition : « Mais il en fut ordonné\nautrement et il ne lui fut rien retenu. » A rapprocher de ce paragraphe\ncelui-ci, postérieur d'un an, qui explique au moins la rectification et\ncette atteinte portée au règlement. « 18 mars 1789, Ce jour M. Dau-\nvergne fit part à l'assemblée d'une lettre qu'il avait reçue de monseigneur\nle duc d'Orléans, en date du i 5, par laquelle il demande une prolon-\ngation d'un mois de plus sur le congé accordé, au comité du 23 fé-\nvrier, à mademoiselle Saulnier pour son voyage de Londres. M. Dau-\nvergne n'a pu se refuser à cette demande. » La jolie protégée de Son\nAltesse pouvait prendre autant de congés et faire autant d'enfants qu'elle\nvoulait, sans encourir ces retenues de traitements qu'on infligeait vers\nle même temps à ses camarades, mesdemoiselles Zacharie, Du Closet et\nLanglois, pour indisposition finale de neuf mois, comme dit si agréa-\nblement Francœur (1).\nDespréaux, juge compétent en la matière et qui devait doublement\nconnaître les annales chorégraphiques de l'Opéra, puisqu'il y avait dansé\nlui-même et qu'il avait épousé la Guimard, apprécie ainsi le talent de la\ncélèbre ballerine dans son poëme sur VArt de danser.\n\nrenaissaient presque à chaque jour parmi les artistes chantants et dansants de\nl'Opéra, Le rapport du comité du 23 septembre de la même année signale encore\nun conflit du même genre. « Le comité a l'honneur de représenter au ministre que\nla dame Pérignon, avant sa grossesse, dansait en pas seul l'air cosaque d'lphigénie\nen Aulide? qui fut réglé en pas de deux pour la demoiselle Langlois et le sieur\nVestris, lorsque la dame Pérignon se trouva hors d'état de danser et absente du\nthéâtre pendant près de huit mois, qu'il ne lui a été fait aucune retenue d'appointe-\nmens. La dame Pérignon a, depuis sa rentrée au théâtre, demandé à reprendre son\npas; il lui a été observé qu'il serait malhonnête de proposer au sieur Vestris et à la\ndemoiselle Langlois de ne plus danser leur pas de deux. A la dernière représenta-\ntion d'lphigénie, la demoiselle Langlois étant, pour cause de maladie, hors d'état\nde danser, on fit avertir madame Pérignon de reprendre son pas, elle refusa de le\ndanser, quoi qu'elle n'eut d'autre raison que sa mauvaise volonté. Cette conduite\nrépréhensible paraît au comité être dans le cas de l'amende prescrite par le règle-\nment du Roy : le ministre est supplié de se prononcer. » Le ministre se prononça,\net écrivit en marge: Approuve Vamende, sans remarquer que cette décision était\nabsolument contraire à celle prise dans la contestation absolument identique de\nmesdemoiselles Saulnier et Dorlé.\n(i) Journal manuscrit de Francœur, conservé aux archives de l'Opéra. On y\ntrouve aussi mention de séances du comité (23 février et 2 mars 1789), dans les-\nquelles congé avec suppression d'appointements, du ier mars au i 5 may, est accordé\nà mademoiselle Saulnier et à M. Nivelon, pour aller danser à Londres."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEt vous que la nature a faits pour le comique,\nNe vous montre% jamais dans le genre héroïque,\nA la belle Saulnier, à la svelte Miller\nLaisse% ces pas savans que commande un grand air>\nLa danse de Despréaux devait valoir mieux que ses vers, mais il\nprend au moins soin de justifier son appréciation par la note suivante :\nt Mademoiselle Saulnier débuta à l'Opéra en 1785. Elle joignait à une\nsuperbe figure, une taille majestueuse. Ce fut elle qui joua la première\nle rôle de Calypso dans le charmant ballet de Télémaque, et celui de Vé-\nnus dans Psyché et dans Paris : elle ne laissait rien à désirer. Ma-\ndemoiselle Saulnier se retira du théâtre en 1794 (1). »\nCe furent là trois des plus grands succès de mademoiselle Saulnier.\nLe premier de ces ballets, Télémaque dans Vîle de Calypso, de Pierre\nGardelet Miller, fut joué le 23 février 1790. Calypso se changea en Psy-\nché pour danser, le 14 décembre de la même année, la Psyché des\nmêmes auteurs ? à laquelle on avait ajouté la célèbre ouverture de Démo-\nphon, de Vogel, et qui obtint une vogue assez grande pour être donnée\nplus de neuf cents fois sans lasser le public. Le 5 mars 1793, enfin,\nl'Opéra faisait trêve à ses opéras apologétiques sur la Révolution et la\nLiberté pour jouer un grand ballet nouveau de Pierre Gardel et Méhul,\nle Jugement de Paris, qui fut la dernière victoire remportée par Vic-\ntoire Saulnier. Elle représentait Pallas à côté de mesdemoiselles Aubry\net Clotilde, Junon et Vénus, de mesdemoiselles Chevigny (Œnone),\nDelisle, un Amour aussi malin que gracieux, de mesdemoiselles Coulon,\nDuchemin, Colomb, Saint-Romain, Aimée, etc. Quant au berger\nPâris, c'était le grand, l'unique, l'incomparable Auguste Vestris.\nSi applaudie que fût tour à tour Calypso, Psyché ou Pallas, ces écla-\ntants triomphes ne devaient pas effacer, pour mademoiselle Saulnier, le\nsouvenir de son premier succès, alors qu'un délicieux pas de quatre,\ndansé par elle avec Vestris, Gardel et mademoiselle Langlois, faisait la\nfortune de ce misérable opéra-bouffe, Panurge dans Vîle des Lanternes,\ndû à la collaboration du comte de Provence et de Morel de Chedeville :\nla musique de Grétry n'y ajoutait pas grand charme. Il y avait déjà\nlongtemps de cela, car cet opéra datait de janvier 1785 et suivit de près\nle périlleux voyage effectué par les aéronautes Blanchard et Jefferies au-\n\n(1) Dauvergne juge la danseuse avec un mauvais vouloir évident quand il dit sim-\nplement, dans son rapport secret à M. de Villedeuil, que nous avons mis au\njour : « Mademoiselle Saulnier. Belle femme, mais médiocre danseuse, pour ne\nrien dire de plus. » Voir notre brochure: L'Opéra en 1788, documents inédits\nextraits des archives de l'Etat (in-B°, chez Baur)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.7", "texte": "UNE DYNASTIE CHOREGRAPHIQUE\n\ndessus du Pas-le-Calais. D'où le quatrain suivant, entre autres mille\népigrammes, caricatures et chansons qui plurent sur Morel et son\nPanurge.\nVoyeq à quoi tient le succès !\nUn rien peut élever comme un rien peut abattre,\nBlanchard était perdu sans le Pas de Calais,\nEt Morel sans le pas de quatre.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.8", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\n!\"\nRANCOis lèrIèr courut plusieurs fois le guilledou àla Foire.\nHenri II et Catherine de Médicis y venaient sou-\nvent. De même Marguerite de Valois, leur tante;\nMarie Stuart, reine et dauphine, y fit tinter son rire\ngracieux. Le morose Charles IX se surprit plus d'une\nfois le sourire sur les lèvres en traversant le préau pour\naller visiter les loges. Son successeur, Henri 111, fut un des familiers de\nla Foire. Bien des fois, sur les quatre heures, on vit un batelet se détacher\ndu quai du Louvre, traverser la Seine et venir amarrer, ayant cinq ou six\npersonnes à son bord, au Petit-Pré-aux-Clercs. C'était le dernier Valois\net ses mignons qui allaient à la Foire. Par malheur, la nullité et les\ndébauches de Henri 111 l'avaient fait plus mépriser que haïr des Pari-\nsiens, pourquoi un jour mal lui prit de sa promenade à cette Foire\nqu'on appelait déjà en langage imagé « le grenier à sel ».\nC'était le 4 février 079. Henri 111 et ses mignons traversaient le\npréau, lorsqu'une foule de gamins se mit à les gouailler en criant à tout\nrompre :\nA la fraise on reconnaît le veau ! à la fraise on reconnaît le veau !\nOn se figure la figure du roi. Sa Majesté exigea qu'on châtiât les\ncoupables, ce que promirent de faire les religieux, hauts-justiciers de la\nFoire ; mais ils s'en gardèrent bien, et pour cause : à deux pas des fossés\n\n(ij Voir le numéro du rr décembre 1875."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.9", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nde leur abbaye, là où s'ouvrit plus tard la rue Guisarde, un superbe\nhôtel s'était élevé, et dans cet hôtel habitait la duchesse de Montpensier,\nla sœur du duc de Guise, la même qui, dit-on, mit un peu plus tard le\npoignard dans les mains du moine Jacques Clément pour assassiner à\nSaint-Cloud le même Henri 111.\nOr, pour venger le roi, c'est là, dans cet hôtel, qu'il aurait fallu aller\nprendre la véritable coupable. On pense que les bons moines n'étaient\npas disposés à risquer leur seigneurie à ce jeu-là. Les Guises n'étaient-ils\npas autrement puissants que Henri 111 en ce temps-là?\nDe Phumeur dont était Henri IV, on pense bien que la Foire devait\nl'attirer. Et de fait, en 1597, le Vert-Galant vint s'y promener avec la\nbelle Gabrielle d'Estrées. Ils avaient avec eux leur fils César Monsieur,\ndepuis duc de Vendôme, alors âgé de quatre ans. Le roi marchanda une\nbague de 800 écus pour en faire présent à sa maîtresse ; mais, la trou-\nvant trop chère, il n'en voulut point. Il acheta seulement pour le jeune\nprince, qui, soit dit en passant, faillit devenir Dauphin, un dragon en\nargent sur lequel étaient gravés les douze signes du zodiaque.\nNous avons vu qu'en 1607 Henri IV avait fait prolonger la Foire.\nVeut-on savoir pourquoi ? Les chroniqueurs vont nous l'apprendre :\npour avoir le loisir de s'y promener plus longtemps ». On raconte\nmême que la prolongation lui coûta très cher, car, enragé joueur, il joua\net perdit tout le temps. Le dernier jour, entre autres, il se fit râfler 700\nécus par M. de Villars, pourquoi il n'acheta qu'un « chapelet de\n300 écus » encore à une maîtresse, la comtesse de Moret, qu'il pro-\nmenait ce jour-là.\nLouis XIII, l'ennuyé, s'arrêtait toujours à la Foire lorsqu'il allait voir\nson favori, le maréchal d'Ancre, rue de Tournon où il demeurait. Soit\ndit en passant, son hôtel est devenu la caserne de gardes municipaux\nqu'on voit encore aujourd'hui.\nBref, plus ou moins, tous les rois et toutes les reines de France, depuis\nCharles VIII et Anne de Bretagne jusqu'à Louis XVI et Marie-An-\ntoinette inclusivement, se faisaient fête de fréquenter la Foire Saint-\nGermain.\nDes anecdotes des grandes dames et des grands seigneurs, nous n'en\nciterons aucune parce qu'elles sont trop nombreuses. Contentons-nous\nde dire que ces hauts personnages ou leurs suites furent parfois les\ntrouble-fêtes de la Foire. « Le duc de Guise et Vitri, dit l'Etoile, y\ncoururent les rues avec dix mille insolences. » En 1597, le duc de\nNemours et le comte d'Auvergne, racontent d'autres mémoires, « s'a-\nmusèrent à cette Foire en y commettant une foule d'indécences. Un"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\navocat y perdit son chapeau et fut bien battu par les gens du comte\nd'Auvergne. » Enfin, en i6os_, les laquais, les pages, les soldats aux\nGardes et les écoliers se battirent à cette Foire à plusieurs reprises. Un\nlaquais coupa les deux oreilles à un écolier et les lui mit ensuite dans la\npoche; les écoliers mutinés s'attroupèrent, poursuivirent tous les laquais\nqu'ils rencontrèrent, en tuèrent et en blessèrent plusieurs. Les soldats\naux Gardes étaient du parti des écoliers; un de ces militaires ayant reçu,\nen sortant de la Foire, plusieurs coups de bâton de la main des laquais,\nse défendit avec tant de vigueur qu'il en tua deux et jeta leurs cadavres\ndans les fossés de l'abbaye.\nAutre dispute en 1729, mais celle-ci moins sérieuse. Elle eut lieu\nentre les pages du roi et les pages des princes dans la salle de l'Opéra-\nComique. On jouait le Corsaire de Salé. Après quelques torgnoles\ndonnées, reçues et rendues, le holà venait d'être mis parmi les petits\ntapageurs, lorsqu'un cri d'effroi retentit parmi les spectateurs. Qu'était-\nce ? C'était un petit page de dix ans qui, à la dernière période du\ncombat, venait d'être culbuté de sa loge et dégringolait sur les ban-\nquettes. On croyait qu'il s'était tout au moins rompu quelque membre,\nquand on le vit se relever prestement une perruque à la main et la\nprésenter gracieusement à un bon bourgeois à lamine refrognée,au chef\nentièrement dénudé, lequel lui dit pour tout remerciement :\nEh î morbleu î mon petit bonhomme, prenez donc garde à ce que\nvous faites quand vous tombez.\nLors le page de lui répondre espièglement :\nJe vous demande pardon, monsieur, je ne l'ai pas fait exprès.\nPour prévenir les rixes sanglantes, on édicta plusieurs règlements de\npolice très sévères, notamment celui de i 635, qui faisait défense, sous\npeine de la hart, à tous pages, laquais et hommes des champs de porter\népéeou bâton. De même à propos des jeux. Ils avaient pris de telles\nproportions, qu'en 1608, le mercredi 3o janvier, quelques jours avant\nl'ouverture de la Foire, le procureur général du roi fit afficher un arrêté\npour défendre « à nouveau les jeux de hasard, à peine de 100 sols parisis\nd'amende pour chaque contrevenant, de la prison et d'une punition\ncorporelle. * Cet arrêté rappelait que les jeux de dés, cartes, quilles et\nautres « jeux de brelan » avaient été plusieurs fois défendus, mais en\nvain, puisque « les officiers des religieux de Saint Germain-des-Prés les\npermettaient », et que même ils en avaient laissé s'introduire un autre\ntout nouveau « que l'on appelle le Tourniquet, où se débauchent plu-\nsieurs jeunes gens et compagnons de métiers »."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.11", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nCet arrêté produisit exactement l'effet des précédents. Il en fut de\nmême de ceux qui suivirent jusqu'en l'an 1674, où la juridiction tempo-\nrelle fut enlevée aux seigneurs et propriétaires de la Foire, c'est-à-dire\nles religieux et l'abbé de Saint-Germain-des-Prés.\nHâtons-nous de constater cependant qu'après la police ne prêta guère\nmieux la main à l'exécution de ses arrêtés. Et la cause en est que si la\ntolérance presque absolue des moines avait pour mobile le gain qu'elle\nleur rapportait, celle de la police reposait sur des raisons encore plus\nsérieuses et maintes fois avouées : la tranquillité de Paris et la paix\ndans l'État. Le peuple chante, donc il paiera, disait Mazarin. Après lui\nles gouvernants dirent : le peuple s'amuse, donc il supportera tout sans\nsonger à se plaindre et moins encore à se révolter I Tranchons le mot :\nla Foire Saint-Germain fut pendant longtemps un moyen de gouverne-\nment.\nVI\nTant que l'abbé de Saint-Germain-des-Prés resta régulier, lui et ses\nreligieux furent conjointement seigneurs et propriétaires de la Foire ;\nà frais communs ils l'avaient fait construire, à frais communs ils l'entre-\ntenaient « de grosses et menues réparations ». Cela changea vers le\ncommencement du dix-septième siècle.\nEn exécution d'un concordat, les biens de l'abbaye furent alors par-\ntagés entre les religieux et l'abbé. La Foire échut à ce dernier, et son\naspect ne tarda pas à changer par la vente ou la transformation des\nterrains contigus. Ajoutons qu'à la même époque, le quartier de Saint-\nGermain-des-Prés, que nous avons vu si solitaire, s'était considérable-\nment peuplé; que les chemins étaient devenus des rues; qu'on en avait\nracé d'autres sur lesquels on bâtissait; que de tous côtés s'élevaient de\nsomptueux hôtels, de superbes maisons ; que Marie de Médicis s'apprê-\ntait à jeter les fondations du palais du Luxembourg; que le prince de\nCondé faisait disparaître le Clos Bruneau et le remplaçait par une admi-\nrable résidence; enfin, qu'une ville entière était sortie de terre comme\npar enchantement. Encore quelques années, et l'on abattra portes et\nenceinte, on comblera les fossés, et le quartier de Saint-Germain-des-\nPrés éclipsera le vieux Paris. Déjà à la fin du règne d'Henri IV, il était\ngrand comme quatre des anciens quartiers ; à la fin du règne de son"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsuccesseur, en 1642, les plus grandes familles de France l'habiteront,\net il deviendra le caravansérail de tous les étrangers de distinction qui\nviendront s'instruire ou se divertir à Paris.\nC'est pour cela qu'un étranger écrira, en 1723 : « Le quartier Saint-\nGermain est sans contredit le plus beau et le plus grand à cause de son\nétendue, du nombre de ses belles maisons, de la quantité de peuple qui\ns'y trouve; ce qui fait qu'on peut le comparer à quelques grandes villes\nqui font du bruit en Europe, selon même le sentiment des étrangers à\nqui la demeure en paraît si agréable qu'ils l'ont préféré à toutes les autres\nvilles. Ce n'est pas sans raison, puisque toutes les commodités y abondent\net que l'air y est très pur, les maisons étant séparées par plusieurs jardins.\nOn y trouve six académies ou manèges. Il n'est peut-être aucune ville\nau monde qui en compte autant. La plupart sont remplies de tout ce\nqu'il y a d'illustre jeunesse en France et en Allemagne. Là s'apprennent\ntoutes les choses qui rendent un gentilhomme accompli et capable d'ac-\nquérir de la réputation dans le monde. Dans ce quartier, on a quelque-\nfois compté dans un hiver douze princes étrangers, trois cents comtes ou\nbarons, et un bien plus grand nombre de simples gentilshommes. Tous\nviennent y apprendre la langue et faire des exercices qu'on ne leur\nenseigne pas chez eux..... Les six académies portent les noms des\nprincipaux écuyers qui s'y montrent : Coulon, proche de Saint-Sulpice ;\nBernardi, proche l'hôtel Condé ; Longprest, rue Sainte-Marguerite ; Van-\ndeuil, rue de Seine, etc., etc. » Et telle était l'admiration de cet étranger\npour ce quartier, qu'il le décrit dans ses plus petits détails; qu'il chiffre\nle nombre des cafés, des billards, des jeux de paume, des auberges, des\nhôtels garnis ; qu'il raconte la vie qu'on y mène ; qu'il explique comment\non y loge, comment on y mange, comment on y aime. Et même il donne\ndes conseils pour y faire tout cela au plus juste prix. « Il y a, dit-il, rue\nde Tournon, l'hôtel d'Antragues, mais ses appartements sont à haut\nprix. Si quelqu'un a envie de payer un écu par repas, il peut aussi y\nmanger. Pourtant cet hôtel n'est que pour les évêques et pour les princes.\nL'hôtel Tréville, en face, est mieux pour les bourses moyennes. Au de-\nmeurant, les appartements sont moins chers dans la ville que dans le\nquartier Saint-Germain. » Dans certaines rues et certains hôtels qu'il\ndésigne, notre étranger nous montre de belles dames qui y sont logées,\nde magnifiques comtesses, de superbes marquises ; pourtant il faut s'en\ndéfier, dit-il, car, pour la plupart, ce ne sont que « grisettes entre-\ntenues ».\nIl parle delà salle à manger où l'on était continuellement harcelé « par\nles moines, qui viennent quêter avec une assiette en offrant un plat de"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.13", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\nXI.\n2\n\nsalade, par des filles qui vendent des bouquets de fleursf des friandises,\ndes oranges, des huîtres, des fruits ». Il nous introduit dans quelques\nuns des cafés célèbres, celui de la veuve Laurent, rue Dauphine, et celui\nde Poincelet, à la descente du Pont-Neuf. Après nous avoir appris\nque le premier était le « café des Beaux que présidait jadis Gri-\nmarest, le fameux maître de langues, » l'étranger nous donne en quelques\ntraits la physionomie de tous les cafés : « Ce sont des endroits où, autour\nde tables de bois nues, sans tapis et éclairées par quelques chandelles,\nsont des personnes qui s'entretiennent des nouvelles du jour, car on n'y\njoue ni aux cartes, ni aux dés, mais parfois seulement aux échecs. En\nplus du café, dont c'est la mode presque générale de prendre une tasse\naprès dîner, on y trouve toutes sortes de liqueurs. On n'y fume pas\ncomme on fait en Hollande et en Allemagne, parce qu'il y a peu de per-\nsonnes de condition en France qui aiment le tabac à fumer. Les cafés\nne tiennent pas non plus les Gazettes ; on va les lire aux petites boutiques\ndu quai des Augustins, ou bien, si on en veut une, on l'achète des por-\nteurs qui courent les rues. » Que les temps sont changés!\nC'est cet étranger, J.-C. Nemeitz, un grave personnage, s'il vous\nplaît, puisqu'il était conseiller de S. A. le prince de Waldeck, qui tout\nà l'heure sera notre cicerone à la Foire Saint-Germain.\nAvant de lui donner la parole, il convient que nous en finissions avec\nles considérations historiques et autres menus détails.\nVII\nNous avons dit que, lors du partage des biens de l'abbaye, la Foire\néchut à l'abbé, et que, vu les constructions qui s'élevèrent autour, elle\nne tarda pas à changer d'aspect. En effet, en 1647, nous la trouvons\nenclavée dans un pâté de maisons circonscrit par les rues du Cœur-\nVolant, du Petit-Lion, du Petit-Bourbon, des Prêtres, Guisarde, du\nFour et des Boucheries.\nLa rue du Cœur-Volant existe toujours sous le nom de Grégoire-de-\nTours. C'est la partie de cette rue comprise entre la rue de l'Ecole-de-\nMédecine et la rue des Quatre-Vents.\nLes rues du Petit-Lion, du Petit-Bourbon et des Prêtres ou des Aveu-\ngles, subsistent également encore, mais ne forment plus qu'une seule\nrue sous la dénomination de Saint-Sulpice."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes rues Guisarde et du Fotfr sont toujours debout avec leurs appel-\nlations primitives.\nQuant à la rue des Boucheries, son nom seul a changé : c'est la partie\nde la rue de l'Ecole-de-Médecine comprise entre les rues du Four et de\nl'Ancienne-Comédie,\nEn 1647, la rue du Petit-Lion s'appelait la Ruelle de la Foire, de\nmême que la rue des Quatre-Vents, qui n'était alors qu'un cul-de-sac,\ns'appelait Cul-de-sac de la Foire, et la rue de Tournon, rue du Champ\nde la Foire.\nCe que nous venons de dire permet de se rendre compte assez exacte-\nment de la superficie qu'occupait la Foire Saint-Germain.\nElle était la même que celle occupée aujourd'hui par le marché Saint-\nGermain, plus l'emplacement des maisons qui le bordent du côté de la\nrue Félibien. George Deshayes nous apprend, dans son Guide de Paris\nimprimé en 1647, qu'on pénétrait par quatre portes dans le champ de\nla Foire, savoir : une située rue de Tournon, l'autre rue des Boucheries,\nla troisième rue du Four (elle a servi d'amorce à la rue Mabillon),\nenfin, la quatrième rue Guisarde. Complétons ces renseignements en\ndisant qu'on entrait dans les halles par sept portes, dont quatre faisaient\nface, deux par deux, à celle des rues Guisarde et Tournon.\nEn 1726, la contenance de la Foire fut diminuée sensiblement par le\nCardinal de Bissi, abbé de Saint-Germain, qui affecta une forte partie du\npréau à un marché. Dès lors, la porte de la rue des Boucheries servit\nexclusivement au nouveau marché. Il est vrai de dire qu'on avait mé-\nnagé, à droite en entrant, une voie de communication entre la Foire et\nle marché. La porte de la rue des Boucheries ouvrait à l'angle de la mai-\nson du greffier dont nous avons parlé, pourquoi on l'appelait Porte\nGreffière. Elle prit ensuite le nom de Passage de la Treille. Aujour-\nd'hui c'est la rue Montfaucon.\nUne conséquence capitale de la cession de la Foire aux abbés, c'est\nque ces derniers s'en défirent peu à peu. Ainsi, en 1614, elle fut aliénée,\npour 3djOOO livres, à plusieurs marchands, par la princesse de Conti,\nveuve de ce prince, lequel avait joui du bénéfice abbatial jusqu'à sa\nmort sous les noms de Percheron et de Louis Buisson. En 1690, le\ncardinal abbé de Furstemberg voulut rentrer dans cette possession,\nmais le Parlement et le Grand-Conseil, qui voyaient nombre de familles\nvivre de la Foire, précisément à cause de cette aliénation, s'opposa for-\nmellement à la reprise de possession entière, et, après huit années de\nprocédure, le préau seul fut réuni à la mense abbatiale, et les marchands"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.15", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nmaintenus dans les halles, moyennant trente autres mille livres qu'ils\ncomptèrent au cardinal de Furstemberg.\nEn fin de compte, au commencement du dix-huitième siècle, il ne\nrestait plus à l'abbé de Saint-Germain que la seigneurie de la Foire, six\ndeniers de cens, trois livres de rente sur chaque loge, plus les « lods », les\nventes et autres charges de peu de conséquence que ses devanciers s'é-\ntaient réservés.\nUne particularité mentionnée par Sauvai : « Comme à Paris, écrit-il,\non ne laisse point de place inutile, dans le temps que la Foire ne tient\npas, le concierge en loue les rues à des selliers qui y mettent leurs\ncarrosses à couvert depuis Pâques jusqu'au 22 janvier. »\n(La suite prochainement*)\n\nA. PRADINES."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.16", "texte": "HABENECK\n\nA Chronique musicale reproduit aujourd'hui un por-\ntrait, frappant de ressemblance, du célèbre fondateur\nde la Société des concerts du Conservatoire, et une\ncharge de Dantan, montrant le grand artiste vu... de\ndos, à la tête de son orchestre.\nNous n'avons pas aujourd'hui l'espace nécessaire\npour tracer une biographie détaillée d'Habeneck. Aussi serons-nous\nsobre de dates et de menus faits, et nous contenterons-nous de rap-\npeler en peu de mots le grand rôle qu'il a joué, pendant une période\nparticulièrement brillante de l'histoire de la musique en France.\nNé à Mézières, le ier juin 1781, Habeneck mourut à Paris le 8 février\n1849, et l'on peut dire que cette vie de soixante-sept années a été singu-\nlièrement utile, laborieuse et agissante. D'abord élève de son père, mu-\nsicien de régiment né en Allemagne et qui avait pris du service en\nFrance, il fit des progrès tellement rapides dans l'étude du violon que,\ndès l'âge de dix ans, il se faisait entendre en public avec succès. Fixé\ndans ses plus jeunes années à Brest, il y travailla solitairement, sans\nmodèle et sans maître, et avec une telle ardeur qu'il écrivit, sans autre\nguide que son instinct, plusieurs concertos de violon et même, dit-on,\nquelques opéras. Il avait déjà vingt ans lorsqu'il se décida à venir à Pa-\nris et se présenta au Conservatoire. Admis dans la classe de Baillot, il y\nremporta d'emblée, en 1804, un magnifique premier prix, et fut aussitôt\nnommé répétiteur de la classe de son maître.\nIci commence véritablement sa vie artistique. L'usage était alors, au\nConservatoire, que le premier prix de violon conduisît l'orchestre aux"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.17", "texte": "A.Masson, del et sculp.\nImp. Vve A.Cadart,Paris\nHABENECK"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.19", "texte": "HABENECK\n\nexercices de la saison suivante. C'était un excellent moyen auquel,\nnaturellement, on a renoncé d'expérimenter et de former de bons\nconducteurs pour nos scènes lyriques. Or, Habeneck, on peut le dire,\nétait né chef d'orchestre, et sa supériorité se révéla à ce point, du pre-\nmier coup, que sur le rapport des trois inspecteurs, Chérubini, Méhul\net Gossec, le directeur Sarrette décida qu'à l'avenir Habeneck serait seul\nchargé de la direction des exercices. Il remplit, en effet, ces fonctions\nhonorifiques jusqu'en 1815, époque de la transformation et de l'amoin-\ndrissement de l'école.\nDéjà, après avoir passé un instant à TOpéra-Comique, il était entré à\nl'orchestre de l'Opéra, où il avait été adjoint à Rodolphe Kreutzer,\ncomme violon-solo. L'administration de ce théâtre eut la bonne pensée\nde lui confier la direction et l'organisation des admirables concerts spi-\nrituels qu'elle donnait chaque année pendant la quinzaine de Pâques.\nHabeneck, qui avait étudié les œuvres de Beethoven et s'était passionné\npour elles, à une époque où l'immortel artiste était absolument inconnu\nde l'immense majorité des musiciens français, et qui avait déjà fait exé-\ncuter au Conservatoire sa première symphonie (en ut majeur), fit jouer,\ndans un de ces concerts, la seconde (en ré); mais ce ne fut point sans\ncombat qu'il put obtenir de son orchestre l'obéissance à ses volontés, et\nil dut même substituer à l'andante de cette symphonie, que les musiciens\ndéclaraient impossible, celui de la symphonie en la. Ceci, du resce, ne\nfut pas le plus fâcheux pour Beethoven, car cet andante obuni un te\nsuccès qu'il fallut le bisser à l'exécution.\nLes concerts de l'Opéra eurent tellement d'éclat sous l'impulsion\nd'Habeneck, qu'à la retraite de Viotti, en 1821, il fut nommé directeur\nde ce théâtre, alors placé sous la surveillance immédiate du gouverne-\nment. Il conserva cette situation jusqu'en 1824, époque où Duplantys\nétant devenu directeur, Habeneck fut placé à la tête de l'orchestre en\npartage avec Valentino. A partir de 1831, Valentino s'étant retiré,\nHabeneck conserva seul la direction de l'orchestre jusqu'en 1847. Pen-\ndant cette période de seize années, il eut la gloire de diriger l'exécution\nde tous ces ouvrages : le Philtre, Robert le Diable, le Serment,\nGustave 111, Ali-Baba, la Juive, les Huguenots, Guido et Ginevra,\nle Lac des Fées, les Martyrs, la Favorite, la Reine de Chypre,\nCharles VI, Lucie de Lammermoor, etc.\nMais la véritable gloire d'Habeneck est la création de la Société des\nconcerts du Conservatoire. C'est là surtout qu'il a donné carrière à son\nadmirable talent de chef d'orchestre, qu'il a déployé toutes ses facultés\nen ce genre, et c'est là surtout qu'il a rendu à l'art un immense service"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nen faisant connaître à la France, en dépit de tous les obstacles qu'il ren-\ncontrait sur son chemin, les œuvres immortelles de Beethoven. On ne\nsaura jamais assez au prix de quelles luttes, de quels combats, de quelles\nruses il dut de vaincre en ces circonstances l'ignorance, l'inertie et la\nmauvaise volonté de musiciens qui cependant avaient en lui une\nextrême confiance, mais qui s'obstinaient à ne point comprendre les\nincomparables beautés répandues dans ces chefs-d'œuvre. Malgré tout,\nHabeneck vint à bout de son entreprise,, et, en dehors de l'énergie dont\nil y fit preuve sous ce rapport, son talent merveilleux de conducteur\ndonna bientôt à l'orchestre du Conservatoire une renommée européenne,\net fit dire à l'Allemagne elle-même que nulle part on n'exécutait comme\nà Paris les symphonies de Beethoven.\nNon seulement Habeneck s'était donné une forte éducation, non\nseulement il était, comme on dit, musicien jusqu'au bout des ongles,\nmais il possédait toutes les facultés naturelles et toutes les qualités\nacquises qui constituent le grand chef d'orchestre. Il avait l'autorité,\nl'énergie qui savent réprimer les écarts, la flamme, l'élan qui savent\nenlever une phalange instrumentale et lui communiquer l'enthousiasme ;\navec cela, l'œil sûr, le bras ferme et hardi, l'oreille d'une finesse inouïe,\nsachant discerner la moindre faute de quelque côté qu'elle se produisît,\net enfin la compréhension vaste qui permet à un chef de saisir le style\nparticulier à chaque œuvre, et de la faire exécuter comme il convient.\nComme chef d'orchestre, il faut le dire, Habeneck n'a pas encore été\nremplacé, et depuis trente ans qu'il a disparu il n'a pas encore trouvé\nde digne successeur.\nDans sa classe du Conservatoire, Habeneck a formé de nombreux et\nexcellents élèves, parmi lesquels nous citerons seulement MM. de Cu-\nvillon, Alard_, Léonard, Masset, Clapisson, Eugène Gautier, Horace\nPoussard, Adrien Béron, Altès, etc. Comme compositeur pour son\ninstrument, on lui ck>it un certain nombre d'œuvres extrêmement\ndistinguées, parmi lesquelles plusieurs concertos, trois caprices en forme\nd'études, un recueil de duos et quelques airs variés.\n\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "[23]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.21", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE.—CONCERTS POPULAIRES : Harold en Italie, symphonie\nen quatre parties de Berlioz.— Mademoiselle de Belloca.— Concerto pour violon-\ncelle de Schuman; M. Lasserre. Allegro symphonique de M. Lalo. M. Maurel.\nOuverture symphonique de M. Paul Lacombe. Début de mademoiselle Pom-\nmereul. Offertoire pour orchestre de M. Gounod. CONCERTS A L'ORCHESTRE.—\nCONCERTS AIJ PIANO.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. Jamais, depuis\nquarante-neuf ans que la Société existe, les programmes\nn'avaient été aussi chargés d'œuvres nouvelles. On a\ndonné le Manfred de Schumann en entier, et sur les pu-\npitres on a placé la symphonie en ré mineur de Beetho-\nven, une symphonie de Deldevez, un fragment d'opéra\nde Reyer, une composition de Saint-Saëns, des scènes\nde Berlioz, Raff, Brahms, Wagner sont annoncées pour la fin de la saison.\nEn conséquence, Bach, Hœndel, Haydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn,\nse trouvent sacrifiés. Les abonnés protestent et, pour aujourd'hui, il nous\nsuffira de signaler cette légitime protestation qui a pour but, ou de suppri-\nmer tous les compositeurs nouveaux dans les exécutions du Conservatoire,\nou d'augmenter le nombre des concerts, et de donner par exemple une séance\ntous les dimanches sans interruption, en devançant et retardant la saison.\nDoubler le nombre des concerts serait le procédé le meilleur ; on ne pourra\nguère l'éviter et il satisfait à toutes les réclamations.\nManfred a conquis sa place définitive dans les programmes classiques de"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "[24]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla société, qui devrait bien en même temps nous faire connaître les sympho-\nnies de Schumann et aussi les œuvres instrumentales de Schubert, admises\npar toutes les Sociétés symphoniques en Europe et provoquant partout d'u-\nnanimes sympathies. Quant à 1 exécution de l'œuvre de Schumann, elle a été\nirréprochable au point de vue de la virtuosité; mais bien évidemment 011 n'a\npas encore le secret de charme et de poésie de cette musique, à la fois déli-\ncate et véhémente, et ce n est pas en espaçant l'exécution de ces œuvres\n\\astes et difficiles, qu on arrivera à en deviner l'âme secrète, le rhythme, le\nmystérieux enchantement.\nLa symphonie en ré mineur de Beethoven est restée longtemps d'impos-\nsible accès, même à 1 orchestre de la Société. Habeneck qui, semblablement\nc\\ Vianesi, était,, par souveraineté de nature, la maîtrisante intelligence dans\nson armée sonnante, s'attaqua plusieurs fois à la terrible symphonie avant\nde la comprendre et de « la tenir dans sa main. » Il la dirigea plusieurs fois\nà contre-sens, transformant les mouvements, falsifiant le sens, l'idée, le\nrhythme, les vigueurs ou les suavités de l'œuvre. C'est en la relisant à satiété\ndans son for intérieur, en se la récitant, se la déclamant à lui-même qu'il\narriva àse l'assimiler. On la répétait sans trêve, et quand on croyait avoir\nsaisi un fragment, on le jouait en public. Peu à peu, l'œuvre se dévoila et elle\nest aujourd'hui, dans tout l'opulent programme de la Société, l'œuvre la\nmieux sentie, la plus fidèlement interprétée.\nSchumann, comme Beethoven, se révélera à son heure, si on l'étudié avec\nsincérité, avec passion, avec constance. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que\nManfred est écrit pour le théâtre, et que cette musique, scéniquement mor-\ncelée et décorativement composée, peut manquer d'effet au concert, si on ne\nlui restitue pas, au moins en partie, le prestige et le relief du spectacle. Pour\nmettre dans son vrai jour la musique du maître de Dusseldorf, il faudrait\ndonc suppléer au cadre vivace et mouvant des planches animées, illuminées\net décorées, et accompagner la musique avec un texte reliant les différentes\nparties de l'œuvre et qu'un récitant exposerait devant l'auditoire. Les pro-\ngrammes pourraient en outre contenir le texte chanté et un sommaire du\nlivret.\nLorsque 1 Athalie de Mendelssohn a été exécutée, il y a plusieurs années,\nau Conservatoire, un récitant fut interposé dans l'œuvre musicale, dont les\nfragments se suivirent ainsi avec ordre et progression ; l'effet fut merveil-\nleux.\nNous émettons ici ces remarques, parce qu'il convient qu'à la Société des\nconcerts tout ressorte en perfection; mais nous ferons remarquer aussi, et\ncette fois avec satisfaction, que presque tous les assistants se trouvent, dans\nces séances, préparés à l'audition publique par une méditation préventive de\nla musique qui doit êcre exécutée, et par une étude particulière qui n'est pas\ntoujours sans profondeur et sans érudition. Ce sagace public du Conserva-\ntoire est recruté parmi les plus rares intelligences du monde entier, et les"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.23", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nauditeurs les plus compréhensifs ne sont pas certainement ceux que Ton\ncroit. Ces bavards de la presse, ces docteurs du professorat, ces discuteurs,\nces péroreurs, ces pédants risibles qui font la leçon à Wagner, à Saint-Saëns,\nà Rubinstein, à Brahms, à Raff, à Meyerbeer, à Verdi, ne songent pas que\ndans ce public qu'ils dédaignent sont les seuls vrais connaisseurs, les seuls\nvrais musiciens, les seuls vrais juges dont le verdict soit équilibré, raisonnable,\nadmissible et admis. Vadius n'aime pas Verdi, Trissotin consent à reconnaître\nqu'il y a pourtant un Wagner de la bonne manière. Tel sot bafoue Rossini\net tel maître fat discute Meyerbeer; Robert le Diable a vieilli et le\nProphète est mal écrit. Quant à Rubinstein, on sait qu'il existe un groupe\nde musiciens très forts qui vous prouvent par a -f- h que « ce monsieur-là ne\nsait pas un mot de musique. » On s'applaudit que Rubinstein ait l'honneur\nde leur déplaire. Soyez sûr que le public, lorsqu'il apprend ces fadaises, les\njuge sévèrement et, ce qui est mieux, qu'il les dédaigne comme il convient.\nUne glorieuse réparation se prépare pour Schubert, dont les symphonies\nvont reparaître à la fois chez Pasdeloup, chez Colonne et aux concerts du\nConservatoire. Nous sommes heureux d'être les premiers à annoncer cette\nbonne nouvelle. Schubert est mort et il est classique, il a écrit des sympho-\nnies; il est de toute nécessité que nos orchestres nous les fassent connaître\nprécisément parce que ses symphonies sont une innovation dans le genre et\ntout à fait autre chose que la musique instrumentale de Haydn, de Mozart,\nde Beethoven. On reprochait dans les commencements à Mendelssohn de\nne pas imiter ces maîtres reconnus; s'il les eût imités, on ne jouerait plus\nMendelssohn qui, chaque jour, gagne des sympathies plus chaudes. Schu-\nbert, dans ses symphonies, reste fidèle à son individualité. Pourquoi serions-\nnous privés d'entendre ces œuvres caractéristiques que l'on applaudit en\nSuisse, en Russie, à Dublin, à Édimbourg, à Londres, dans toute la Scan-\ndinavie. Quand nous voyons essayer tant d'œuvres pauvres et incolore?,\nnous réclamons qu'une place soit faite pour Schubert, qui a écrit de ravis-\nsants pastels symphoniques. Nous ferons bon marché des épopées drama-\ntiques qu'on étale devant nous avec tant de prétention musicale. Nous\nn'acceptons ces copieuses machines que lorsqu'elles se résolvent en chef-\nd'œuvre, et la moindre chanson de talent, en revanche, nous ébranle. Dans\nles Ruines d'Athènes, Beethoven ne s'est-il pas complu à restreindre son\ncadre? Quelques mesures et tout est dit; mais le génie a parlé et nous avons\nvibré à son accent. Dans sa symphonie en la mineur, Mendelssohn a placé,\nà la seconde partie, une simple romance de son pays. On l'a néanmoins\nbissée au Conservatoire et il est de tradition qu'on bisse ce court morceau\nchez Pasdeloup, chez Colonne, partout; parce que le public, en l'écoutant,\nest ému, transporté.\nSchubert, qui a tenté des voies nouvelles dans la symphonie, doit donc ne\npas être écarté. D'une main pieuse, les chefs de nos orchestres symphoni-\nques, Deldevez, Pasdeloup, Colonne, doivent ouvrir les feuilles symphoni-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nques que Schubert, affamé, écrivait dans ses heures sans fin d'inconsolable\ndétresse, espérant qu'après sa mort justice serait rendue à son génie. Nos\nauditoires les demandent et veulent que cette satisfaction lui soit accordée.\nLors de la maladie qui devait emporter Beethoven après cinq mois de\nsouffrance, son activité habituelle ne pouvant plus le satisfaire, il fallut lui\ntrôuver des distractions en rapport avec son génie et ses goûts. On lui pré-\nsenta un jour une collection d'environ soixante lieder de Schubert; ce fut\npour lui une grande distraction, il en oubliait sa maladie. Quand il apprit\nqu'il existait plus de six cents lieder, son admiration redoubla. On lui dit\nalors que le maître avait en outre composé des symphonies, des opéras ;le\nnombre, la valeur de ces oeuvres frappaient Beethoven d'étonnement ; il ne\npouvait s'arracher à la lecture de ces partitions, il restait des heures entières\nà méditer sur cette musique, il en louait le travail original, la variété.\n« Ah! disait-il, que n'ai-je connu Schubert! maintenant je vais mourir et je\nne pourrai pas dire à tout le monde combien cet homme est grand et puis-\nsant; »et il ajoutait : «Je jure qu'il y a dans Schubert l'étincelle divine. »\nLa musique de Schubert brille par son absence dans notre musée classique\nde symphonie, aux concerts du Conservatoire. Nous apprenons que M. Del-\ndevez s'occupe à « combler cette lacune », et qu'une symphonie est à l'étude.\nC'est, nous dit-on, la première en ut majeur; des huit symphonies de Schu-\nbert, c'est la plus importante. Elle fut exécutée à Leipzick, en 1839, sous la\ndirection de Mendelssohn et d'après les indications de Schumann. Elle obtint\nun succès d'enthousiasme qu'elle retrouvera à nos concerts du Conserva-\ntoire.\nQuel programme que celui où Ton trouve une œuvre comme l'ouverture\nde Coriolan, la symphonie romaine (la majeur) de Mendelssohn, et, comme\npremière audition, une symphonie de M. Deldevez!\nJamais la symphonie de Mendelssohn n'avait reçu un si chaleureux accueil.\nQuant aux critiques, ils lui reprochent comme toujours de ne rappeler ni\nHaydn, ni Beethoven, ni Mozart. Il est vrai que lorsque Haydn écrivait ses\nsymphonies, d'autres critiques aussi sagaces que ceux que nous voyons aujour-\nd'hui reprochaient à Haydn d'être confus, de manquer de clarté, d'avoir un\norchestre compliqué, une incompréhensible modulation, etc. Il en sera tou-\njours ainsi. Toujours l'honnête artiste trouvera devant lui un pleutre calom-\nniateur, et aura tort de se plaindre, car enfin, la critique n'est-elle pas dans\nson droit quand elle bafoue tour à tour les grands hommes, puisqu'en\nrevanche elle glorifie tant de petits drôles ?\nL'andante de la symphonie en la a été bissé comme toujours. On sait que\ncet andante est une chanson du crû dont les paroles ont pour but de présenter\nl'orient aux rêves d'un voyageur que ses malheurs chassent de la patrie : c'est\nen quelque sorte la chanson de Wagner, mais en aspiration et non plus en.\nregret. Mendelssohn l'a introduite dans sa symphonie romaine comme pour\ndire : moi, l'homme du Nord qui ai visité le Midi et l'ai tant aimé, je vais"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.25", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nle chanter ici et mettre au premier plan le refrain languissant de nos\némigrants, lorsqu'ils quittent nos montagnes boisees et s aventurent aux\ncontrées d'où le soleil nous dit bonjour dès le matin.\nDans cette symphonie il y a un scherzo avec une belle phrase de cors. C'est\nun caprice d'un tour fin, d'an travail délicat comme toujours le fait Mendels-\nsohn. Il y a aussi une jolie tarentelle tournant et évoluant en brillantes spirales\nqui intéressent le musicien et rappellent involontairement la tarentelle de\nRossini, qui est une fête de soleil. Tout cela est d'un faire habile et témoigne\nde la loyauté soigneuse du compositeur. Mais la page intéressante de l'oeuvre\nest la chanson du pays, la chanson que Mendelssohn nous répète à sa façon,\navec une douleur si ornée, un si touchant regret de quitter le sol accoutumé\noù la famille reste, et aussi avec une aspiration si émue vers ce ciel inconnu\noù la destinée le pousse. Cette chanson est toujours bissée, et l'auditeur reste\ntout attristé de ces accents lamentables, de ces cris plaintifs qui semblent\ns'échapper d'un cœur épuisé à se contenir pendant que le pèlerin pousse un\npied après l'autre et tente de mêler les sourires de l'espérance aux larmes du\nregret.\nCette symphonie intitulée romaine, est la contre partie de la symphonie\ndite écossaise. L'auteur n'était guère admis d'abord aux séances du Con-\nservatoire : désormais on l'écoute avec ravissement et plus d'un auditeur jadis\nrebelle se sent aujourd'hui pénétré. C'est que Mendelssohn a une origi-\nnalité vibrante et des instincts de race qui ne peuvent nous laisser indiffé-\nrents. La nature lui avait parlé dans ses voyages, et il a redit le sentiment\nqu'elle lui inspirait dans la Grotte de Fingal, dans le Songe d'une nuit d'éte\\\ndans la Symphonie écossaise et dans cette Symphonie romaine où s'accuse si\ncaractéristiquement le tempérament particulier de ce maître à la fois reli-\ngieux, railleur, élégant, dédaigneux, passionné et promis fatalement à une\nmort précoce. Ossian tout entier respire dans la grotte de Fingal. Dans la\nsymphonie écossaise, on sent que Walter Scott a passé par là. Puis, tout à\ncoup, il renonce à sa musique naturaliste, à ses évocations féeriques. Alors\nl'homme mystique apparaît seul. La fatalité a parlé et l'artiste sent qu'il faut\nqu'il donne jour aux accents d'éternelle aspiration qui sont en lui. Alors\nMendelssohn écrit Elie, Paulus, où se trouve le chœur qu'on redit sans\ncesse au Conservatoire et qu'on y écoute toujours avec un sentiment d'écra-\nsement et d'adoration, qui sans doute inspira à l'auteur cette ineffable page\nde prière et de lamentation. A trente-sept ans Mendelssohn devait mourir,\nil voulait laisser de lui un souvenir immortel et il se hâtait, il se concentrait.\nDans la première partie de notre existence, nous nous donnons tout entiers\nà tout le monde, aux bons comme aux méchants, aux gens de cœur comme\naux faquins. C'est la loi de la vie et personne n'y peut échapper. Celui qui\ns'absorbe dans le bonheur, dans l'étude, dans le foyer, est horriblement rap-\npelé à la commune destinée, par l'abandon, par la pauvreté ou par les in-\nconsolables deuils. On est bien contraint alors Je se restituer à la publique"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nbanalité; mais quand soi-même on doit mourir, on éprouve le be<\ns'isoler, de se mettre d'accord avec sa conscience et de jouir de sa p\nnalité qu'on va dépouiller et qu'on sent tomber lambeau par lambeau\nce qu'éprouvèrent Mozart, Chopin, Weber, Hérold et Mendelssohn ai\nsentiment de leur mort prématurée. Ils voyaient bien que dans ce co:\nallait périr, leur esprit était vivace, et avant que l'outil défaillant fûi\nterre, ils en tiraient tout son suprême emploi et y mettaient tout\nleur esprit pouvait donner de noble, de grand, de sacré.\nIl a été écrit et débité bien des compliments dédaigneux à propo:\nsymphonie de M. Deldevez. Mais puisque Trissotin trouve médiocr\nmusique composée avec tant de soin et de réflexion par un homme d\ntalent est reconnu et la science incontestée, soyez sûr qu'elle n'a\ndémérité les applaudissements que le public lui a décernés dans deu:\ntions attentives.\nL'exécution de la Damnation de Faust fera époque dans les séanc<\nSociété. On n'en a donné que les deux premières parties, ce qui est\ntable; mais l'interprétation, sauf les solos, a été irréprochable et l'ai:\ns'est retiré émerveillé.\nIl n'est point de compositeur contemporain qui, traitant la symj\nn'imagine qu'il procède de Beethoven, qu'il n'en continue la tradit\nmême qu'il en rajeunit et renouvelle la créatrice ingéniosité. Berlic\ncette prétention. Ce qui vaut mieux, il est resté lui-même. Il accus\nses œuvres, une personnalité qui ne se confond avec aucune aut\nmême, et cela en aucun point, avec Mendelssohn, dans les sujets e:x\nques qu'ils ont traités : stryges, farfadets, évocations démoniaques, da\nsylphes, etc.\nLorsqu'on exécute la musique de nos contemporains, prétendus ré\nteurs de la formule Beethovénienne, et lorsqu'on la compare par e\nà ce qu'a écrit Berlioz, on sent aussitôt la distance qui sépare le go\nstanciel, l'énergique conviction, de tout ce qui est apprêt académiq\nnement érudit, convention scolaire et formule professorale.\nEntre le Songe dune Nuit d*Eté de Mendelssohn, et la Damna\nFaust de Berlioz, des assimilations ont été faites. On a discuté pour\nsi leur musique était à la hauteur de Shakespeare et de Gœthe, et si\nétait au-dessus de Mendelssohn. Heureusement, il n'est pas nécessai\nleur gloire que ces comparaisons soient justes. Il y a quelque analogi\nleur manière d'opérer, mais cette analogie existe beaucoup plus dans\ngénéral qu'ils ont choisi pour y adapter leur musique, que dans le ce\nde leur talent. Mendelssohn est resté un curieux, un raffiné, un gen\nBerlioz est convaincu, il croit, et les sonorités qu'il imagine pour rer\nfantasmagories, il les a entendues, son cerveau en est rempli, son imag\nen est enivrée, et il a su construire ses harmonies et ses sonorités\nnière à nous faire palper l'incarnation musicale de son rêve. Mende"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.27", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ndans ces musiques d'élégante diablerie, ne nous ravit pas à nous-mêmes.\nIl nous laisse notre sang-froid et la libre possession de nous-même, de ma-\nnière qu'à chaque instant, nous pouvons remarquer combien son style fleuri,\nciselé, curieux, s'adapte bien au sujet bizarre qu'il s'est imposé. Lui, Ber-\nlioz, il a comme musicien, dans ces mêmes sujets, un mérite tout particulier,\nun mérite original et qui ne consiste pas simplement à se servir d'une\nlangue déjà perfectionnée, mais qui arrive même à fixer un langage encore\nflottant, indécis, à se créer une langue, cette langue curieuse, moirée, ma-\ngique par moment, et où tous les pillards viendront a leur tour puiser des\nformules, des tournures, des accents qu'ils s'attribueront en triomphe\ncomme le geai de la fable lorsqu'il se pare des plumes du paon. Dès la\npremière note, on est introduit, enfermé dans le cercle enchanté. Berlioz\na, en effet, ce Coup-d'Etat du génie qui dispose d'autorité les choses pour\nl'auditeur et les impose à son cerveau. Il a si bien ménagé, si bien ordonné\nses instruments, il les a si bien appropriés à la scène, qu'il est impossible de\nse soustraire au charme. Si ce charme opère invinciblement, c'est que Ber-\nlioz a compté sur l'esprit des autres et les a supposés de la même famille\nque lui. Il ne s'est pas trompé. Le public a trouvé tout très net, très clair,\ntrès compréhensible, et, comme toujours, s'est demandé pourquoi les direc-\nteurs de les chefs d'orchestre, les comités organisateurs des pro-\ngrammes avaient toujours écarté les œuvres générales. Est-ce parce qu'ils\nsont inintelligents ? est-ce parce qu'ils se défient de l'intelligence du public,\nce qui est une nouvelle sottise et aussi une insolence ? est-ce parce que l'envie\nles ronge et qu'il leur déplaît de rendre à l'homme de talent l'hommage qui\nlui est dû? On peut leur attribuer sans injustice tous les habiles raisonne-\nments de l'envie déloyale. Ce qui reste prouvé, c'est que le public n'est pas\nréfractaire aux nouveautés créatrices. Ce sont les directeurs de théâtre, les\nchefs d'orchestre et les intrigues des piètres artistes dont le journalisme se\nfait trop souvent l'écho, qui sont la cause première du mauvais accueil fait\nà des œuvres qui sont déjà discréditées lorsqu'elles arrivent devant le\npublic, si toutefois cet honneur leur est accordé.\nMaurice Cristal.\nCONCERTS POPULAIRES. Harold en Italie, de Berlioz. «Un\njour, raconte Berlioz dans ses Mémoires, Paganini vint me voir. « J'ai un\nalto merveilleux, me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je\nvoudrais en jouer en public. Mais je n'ai pas de musique ad hoc. Voulez-\nvous écrire un solo d'alto? je n'ai confiance qu'en vous pour ce travail. »\nJ'essayai, pour plaire à l'illustre virtuose, d'écrire un solo d'alto, mais un\nsolo combiné avec l'orchestre, de manière à ne rien enlever de son action à\nla masse instrumentale. Cette esquisse symphonique ne plut guère à Paga-\nnini, et, quelques jours après l'avoir entendue, déjà souffrant de l'affection"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndu larynx dont il devait mourir, il partit pour Nice, d'où il revint seulement\ntrois ans plus tard. Reconnaissant alors que mon plan de composition ne\npouvait lui convenir, je m'appliquai à l'exécuter dans une autre intention et\nsans plus m'inquiéter des moyens de faire briller l'alto principal. J'imaginai\nd'écrire pour l'orchestre une suite de scènes auxquelles l'alto-solo se trouve-\nrait mêlé comme un personnage plus ou moins actif, conservant toujours son\ncaractère propre. Je voulus faire de l'alto, en le plaçant au milieu des poé-\ntiques souvenirs que m'avaient laissés mes périgrinations dans les Abruzzes,\nune sorte de rêveur mélancolique dans le genre de Child-Harold de Byron.\nDe là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Sympho-\nnie fantastique, un thème principal (le premier chant de l'alto) se reproduit\ndans l'œuvre entière, mais avec cette différence que le thème de la Svmpho-\nnie fantastique, Vidée fixe, s'interpose obstinément comme une idée passion-\nnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait\ndiversion, tandis que le chant d'Harold se superpose aux autres chants de\nl'orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère,\nsans en interrompre le développement. Malgré la complexité de son tissu\nharmonique, je mis aussi peu de temps à composer cette symphonie que j*en\nai mis en général à écrire mes autres ouvrages; j'employai aussi un temps con-\nsidérable à la retoucher. Dans la Marche des Pèlerins même, que j'avais\nimprovisée en deux heures en rêvant un soir au coin de mon feu, j'ai, pen-\ndant plus de six ans, introduit des modifications de détail qui, je le crois,\nl'ont beaucoup améliorée. Telle qu'elle était alors, elle obtint un succès\ncomplet lors de sa première exécution à mon concert du 23 novembre 1834,\nau Conservatoire. »\nHarold en Italie n'est pas, à proprement parler, une symphonie dans le\nsens que nous attachons communément à cette expression. On n'y retrouve\nrien qui rappelle, de près ou de loin, le plan, la ligne et les divisions ordi-\nnaires de ce genre de composition essentiellement classique. C'est plutôt une\nsérie d'impressions musicales, une suite de tableaux renfermés dans un cadré\nde convention. Le personnage imaginaire d;Harold, représenté par l'alto\nprincipal, n'a de commun avec le héros de Byron que son caractère sombre\net fatal, son esprit mélancolique et rêveur. On s'est plu à voir dans l'Harold\nde Byron comme une incarnation du poète anglais; à ce compte, l'Harold de\nBerlioz pourrait bien n'être autre que Berlioz lui-même et le véritable titre\nde l'œuvre serait plus exactement : Berlio% en Italie. Il est,certain, dans tous\nles cas, que, de même que la Symphonie fantastique, Harold renferme l'ex-\npression des sentiments les plus intimes de Berlioz, et que cette\ncomme là précédente, porte le cachet frappant de la personnalité si originale\ndu maître. Le canevas en est des plus simples. Imaginez un poète, un rêveur\npromenant par un soir d'été sa mélancolie un peu sombre à travers un site\nsauvage des Abruzzes, et faites défiler sous ses yeux une série de tableaux\nretraçant dans un vivant résumé les mœurs pittoresques de la campagne"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nromaine, ce curieux mélange de poésie, d'amour, de religion et de brigan-\ndage. Voici par exemple une procession de pèlerins attardés ; ils marchent en\ncolonnes serrées et suivent, en chantant des litanies, ces longues lignes de\nmadones qui couronnent les hautes collines. Jetez sur leur passage une\ntroupe de ragaçp, réunis pour donner une sérénade à quelque aux\nnoirs cheveux, à la peau brune, au rire éclatant. Le tintement mélancolique\nde la campanella d'un couvent voisin se mêle au ronflement joyeux des\nçampogne et des pifferi, et les dernières notes de l'hymne des pèlerins se\nconfondent avec les gais refrains des montagnards. Puis, à ces accents em-\npreints d'une poésie pastorale pleine de charme et de sérénité, qui montent\ndans l'air calme du soir comme ces colonnes de fumée qu'on voit s'élever\ndiaphanes sur l'horizon doucement estompé daiïs la poussière d'or d'un beau\ncoucher de soleil, faites succéder les éclats stridents d'une orgie de brigands,\ngrondant au fond d'un souterrain empourpré par les reflets ardents des feux\nde bivouac. Telle est, dans son ensemble, la symphonie de Berlioz. Exami-\nnons-la maintenant avec quelque détail.\nHarold se divise en quatre parties ; en tête de chaque partie est inscrit le\nprogramme d'une scène complète. No i. Harold aux montagnes (scènes\nde mélancolie, de bonheur et de joie). —N° 2. Marche des Pèlerins chantant\nla prière du soir. N° 3. Sérénade d'un paysan des àsa maî-\ntresse. N° 4. Orgie de brigands (souvenirs des scènes précédentes).\nN° 1. Harold aux montagnes. Une belle introduction, d'un style large et\nsévère et d'une couleur un peu sombre, pose en quelque sorte le décor, où\nvont se dérouler les scènes imaginées par le musicien. Au premier plan, un\nsite sauvage avec de fantastiques amoncellements de rochers couronnés par\ndes grands bois de châtaigners au sombre feuillage ; au fond la vallée éclairée\npar les derniers rayons du soleil couchant. C'est dans cette mystérieuse soli-\ntude qu'Harold vient errer seul, à l'écart. Il exhale sa mélancolie dans une\nadmirable cantilène, chantée d'abord par l'alto solo avec accompagnement de\nharpe et reprise ensuite par l'orchestre dans un tutti d'un effet grandiose.\nToute cette première partie (adagio) est d'un beau sentiment mélodique et\nd'un grand style. L'allegro qui suit (scènes de bonheur et de joie) rappelle par\ncertains côtés la manière de Mendelssohn. Malheureusement l'idée fondamen-\ntale est courte et manque d'haleine; elle tient tout entière dans une simple\nphrase de quelques mesures et ne fournit qu'un développement confus,\ndécousu, désordonné et complètement dépourvu de ces épisodes variés et\ninattendus, bien qu'intimement liés au sujet principal, qui donnent au déve-\nloppement de Beethoven ou de Mendelssohn tant d'ampleur et de richesse*\nMalgré la vigoureuse péroraison du presto final, ce morceau, qui constitue là\nseule partie vraiment symphonique de l'œuvre, est faible et me paraît de\nbeaucoup inférieur aux morceaux suivants qui appartiennent tous au style\npittoresque. Berlioz possédait sans doute d'éminentes qualités, mais ne lui"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndemandez pas de prendre une idée et d'en tirer toutes les conséquences qu elle\nrenferme, de la transformer, de l'élargir et de l'amener progressivement à la\nforme la p!us vaste et la plus étendue qu'elle soit susceptible de revêtir ; il n'a\npas le génie symphonique. Vous le verrez parfois tracer un espace immense\net ne savoir comment le remplir. Il tourne sur lui-même, il se répète à\nsatiété, en un mot il ignore le grand art de n'être jamais embarrassé de ses\nidées. Il avait voulu forcer son talent dans ce premier allegro de symphonie,\nil a échoué mais, à partir du morceau suivant, il redevient lui-même et nous\nle retrouvons tout entier avec son incontestable supériorité.\nLa Marche des Pèlerins (n°2) est un petit chef-d'œuvre. Rien de plus pit-\ntoresque que cette page qui n'est au fond qu'une suite d'adorables modula-\ntions échafaudées sur un rhythme piquant, dont M. F. David s'est assez\nheureusement servi pour sa marche du Désert. C'est là un tableau achevé et\nd'une intensité de couleurs que les plus grands coloristes, les Meyerbeer, les\nDecamps, les Théophile Gautier n'ont jamais surpassée.\nNous trouvons le digne pendant de cette scène dans la Serénade (n° 3) ,\ncharmant souvenir de quelque concert rustique plein de naïveté et de carac-\ntère entendu dans une ruelle obscure d'Alatri ou de Subiaco. Après une\njoyeuse ritournelle des musettes et des hautbois qui l'accompagnent, le chan-\nteur, représenté par un cor anglais, entonne un chant grave et doux. Ce\nchant se répète dans une succession monotone de petits couplets entremêlés\nde silences que vient remplir l'harmonie bizarre des pifferari. Toute cette\npetite scène, d'un sentiment exquis et d'une délicatesse de touche merveil-\nleuse, exhale un parfum de poésie agreste qui fait songer à quelque bucolique\nde Virgile :\nlentus in timbra\nForrnosatn resonare doces Amarylhda sylvas.\nRemarquons en passant la conclusion de ce morceau, un des exemples les\nplus propres à donner toute la mesure du talent extraordinaire de Beilioz\ncomme coloriste. Après une dernière ritournelle, les chanteurs se retirent, la\nflûte soupire un fragment de mélodie, auquel l'alto solo répond par quelques\nnotes qui s'envolent dans les ténèbres comme un cri d'oiseau de nuit. C est\nla dernière lueur du crépuscule qui s'éteint dans la nuit, le dernier bruit\nde la journée qui s'évanouit dans le silence du grand repos où s endort la\nnature.\nA ces deux paysages, si remarquables par la douceur harmonieuse du\ncoloris, la tranquillité des lignes et le sentiment vrai de la nature, succède\nune toile colossale, dans laquelle l'imagination fougueuse du maître s est\nabandonnée sans retenue à toutes les hardiesses du crayon, à tous les excès\ndu pinceau. Placez un Delacroix, aussi vaste que les Noces de Cana à côté\nde deux Claude Lorrain, et vous pourrez vous faire une idée de ce contraste.\nJe n'entreprendrai pas de vous rendre par la parole ce gigantesque final\nd 1 Harold en Italie, cette furibonde orgie de brigands, où concertent ensem-*"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.31", "texte": "CHANT PROVENÇAL\nPoésie de MICHEL CARRÉ\nà Madame MICHEL CARRÉ."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.34", "texte": "n°.3.\nBADINAGE\n12 PETITES PIÈCÈS.\nTh : Dubois.\nTWANN(iligible image) Ed: 19 Boult de la /Madeleine.\nG.H.696(3)"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.35", "texte": "G.H.696(3)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.36", "texte": "G.H.696(3)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.37", "texte": "G.H.696(3)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.38", "texte": "G.H.696(3)\nParis ,Imp: Arouy. Fouquet ST rue du Delta, 26."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.39", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nXI.\n3\n\nBle les ivresses du vin, du sang, de la joie et de la rage, où le rhythme paraît\ntantôt trébucher, tantôt courir avec furie, où les bouches de cuivre semblent\nvomir des imprécations et répondre par le blasphème à des voix suppliantes,\noù 1 on rit, boit, frappe, brise, tue et viole, où l'on s'amuse enfin. Dans cette\nscène de brigands, véritable scène de Shakespeare, où le terrible le dispute au\ngrotesque, 1 orchestre est devenu une sorte de pandœmonium ; dans ce chef-\nd œuvre de coloris instrumental éclatent des sonorités étranges que vous\nn avez jamais entendues ailleurs : violons, basses, trombones, timbales et\ncymbales, tout chante, bondit, rugit dans un concert diabolique, pendant\nque l'alto solo, le rêveur Harold, fuyant épouvanté, fait encore entendre au\nloin quelques notes tremblantes de son hymne du soir.\nQue dire de cette vaste composition; faut-il la considérer comme un trans-\nport de folie ou comme un transport de génie? Je vous préviens que l'une et\n1 autre de ces manières de voir, la première comptent de nombreux\npartisans. Gardons-nous avant tout des opinions extrêmes; les classiques\npurs, ceux qui se sont pétrifiés dans l'admiration exclusive d'Haydn et de Mo-\nzart, ceux qui trouvent Beethoven hardi, Mendelssohn obcur et Schumann\ninintelligible, ne comprendront rien à ces bizarres combinaisons de timbres,\nà ces harmonies féroces, à ces témérités de mètre et de rhythme. Ils ne ver-\nront dans le final d'Harold que du bruit, du désordre et le produit d'une\nexaltation maladive et fébrile, et à la vérité cet art, surchargé et monté de\ntons, n'est pas fait pour eux. Il leur faut avant tout la ligne : la ligne n'y est\npas ; plus de contours, plus de style ; au lieu de cela, des fouillis et des empâ-\ntements merveilleux, une exubérance de palette et une fougue de pinceau\nextraordinaires. Ils s'y perdent absolument; c'est le chaos, c'est l'absurde!\nMais les esprits jeunes et ardents qu'un beau morceau, fût-il conçu en dehors\ndes règles d'Aristote, transporte d'enthousiasme, ceux qui savent préférer\nquelquefois l'étincelante fantaisie à la correction académique, les orgies de la\ncouleur et le désordre du mouvement à la froide inflexibilité de la ligne, ceux-\nlà, dis-je, l'imagination du musicien les emportera dans son vol audacieux\nvers ces régions ardentes où le feu du ciel brûle le cerveau et volatilise la\nraison, ceux-là se laisseront enlever par cet ouragan qui déracine tout sur son\npassage, logique, raisonnement, réflexion, tout sauf le parti pris, ils délireront\navec le poète, j'ai écrit le mot et je ne le retire pas, car le final d'Harold est\nun transport de délire, un transport de ce délire sacré qui ne troubla jamais\nles cerveaux médiocres et dont l'exaltation conduit à cette variété peu com-\nmune de folie, qu'on appelle le génie!\nC'est beau sans doute le classique, pourtant il y a des jours où on se sent\nlas d'applaudir le Cid et Britannicus et où l'on se prend d'un fol enthousiasme\npour Hernani et Marion Delorme! Certes, je ne proposerai jamais le final\nà'Harold comme modèle à un compositeur, mais j'avoue jque ce final m'a\nprofondément remué, remué comme peu de compositions musicales l'avaient\nfait jusqu'ici. Erreur, si l'on veut, mais à coup sûr c'est une erreur de génie."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOn trouve aussi de ces égarements sublimes dans ceitaincs œu\\ies où Bee-\nthoven a tenté de créer une langue nouvelle et de reculer les bornes de l'ex-\npression musicale. Harold n'est autre chose que du Beethoven arrivé à sa\nquinzième symphonie ou à son trentième quatuor, et rien ne mai que mieux,\nà mon sens, où pouvait conduire l'exagération du système de musique absolue,\ninauguré par le grand maître dans ses dernières compositions, avec cette dif-\nférence essentielle que Beethoven reste idéaliste là ou Berlioz est et demeure\nconstamment matérialiste et descriptif.\nOn sait du reste que, dès le premier jour, Berlioz s'était lancé à corps perdu\ndans la nouvelle direction entrevue par Beethoven et indiquée par lui dans\nles dernières œuvres de sa troisième manière. C'est là qu'il a puisé en grande\npartie cette inspiration souvent confuse dont il a traduit îes élans pai des\ncoups de plume d'une hardiesse inouie. Doué d'une imigination ardente que\nne préoccupa jamais l'imitation des œuvres d'autrui, il chercha à exprimer en\nmusique les rêves magnifiques de son cerveau surexcité, et, poui anivei à les\ncommuniquer à la foule d'une manière précise et saisissable, il déploya une\nscience merveilleuse et atteignit à une puissance d'expression qu'on n'avait\njamais soupçonnée avant lui. L'orchestre de Berlioz est l'une des plus éton-\nnantes merveilles de l'art musical. Inférieur aux grands maîtres par la correc-\ntion du style et la pureté du contour, nul n a poussé plus loin que I auteur\nd'Harold cet art des brillantes décadences qui consiste à serrer de près la rea-\nlité et à en extraire tout ce qu'elle peut rendre en fait de tons, de foi mes et\nde détails. Son style, si personnel et si original, est unj mélange bizarre d'a-\npreté sauvage et de grâce; son expression a tour à tour le chai me dun ciel\npur et la terreur de l'orage ', enfin sa puissance d exécution est telle que, mal-\ngré soi, on est entraîné avec lui dans le tourbillon de ses pensées, sans avoii\nle temps de regretter le défaut d'ordre et l'irrégularité de son essoi. Berlioz\nfut donc un grand musicien. Ce n'est pas un grand maître, c est-à-dire un\nde ces génies d'une perfection toute idéale, dont les chefs-d'œuvre seront éter-\nnellement proposés à l'admiration des siècles futurs et serviront de modèles à\nla postérité. Chez lui, les procédés matériels sont seuls à imiter, le reste ne\ndoit pas faire école. Berlioz est et doit rester une exception, je diiais volon-\ntiers un point singulier, en empruntant au langage mathématique une expres-\nsion qui rend bien exactement toute ma pensée.\nJusqu'ici, on s'était fait à la douce habitude de vilipender l'auteur d Ha-\nrold et de le traiter de factieux, d'échevelé, de tranche-montagnes ! Aujoui-\nd'hui, une réaction salutaire semble se produire. Le public marque déjà\nquelques velléités de réhabiliter ce grand nom ; on voit même poindie cei-\ntaines tendances à l'exalter outre mesure. Les belles restaurations de l'Enfance\ndu Christ et de Roméo et Juliette, tentées avec succès pai M. Colonne, au-\nront été pour beaucoup dans ce revirement d'opinion. Pourtant, je dois a\nla vérité de constater que l'audition d'Harold n a obtenu qu un succès tiès\nmodéré auprès du public des Concerts populaires, et si Beilioz était encore"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.41", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nde ce monde, je ne serais nullement étonné d'apprendre qu'il eût reçu cette\nfois-ci, comme au lendemain de l'apparition de son œuvre, quelque lettre\nanonyme dans laquelle, après des plaisanteries spirituelles de ce genre :\nha! ha! haro! haro ! harold, un abonné grincheux lui reprochât d'être assez\ndépourvu de courage pour ne pas se brûler la cervelle !\nLe plus grand défaut de Berlioz, c'est d'être venu cinquante ans trop tôt.\nEnfin ! nous arriverons peut-être àle comprendre.... quand nous ne com-\nprendrons plus Auber ni Offenbach !\nL exécution de cette partition hérissée de difficultés fait le plus grand hon-\nneut à M. Pasdeloup et a son orchestre. M. Sivori a joué d'une manière très\nremarquable la partie d'alto principal.\nCinquième concert. On se souvient de mademoiselle de Bellocca, qui\ndébuta en 1874 au Théâtre-Italien, et dont les débuts, habilement exploités\npar des lanceurs émérites, firent quelque bruit dans le monde musical. La\njeune fille était charmante, elle plut beaucoup; la voix était magnifique, elle\nfut remarquée ; le talent était encore peu développé, il fut surfait. Deux ans\nse sont écoulés : la femme a beaucoup gagné dans cet intervalle, l'artiste n'a\nfait aucun progrès. Mademoiselle de Bellocca nous a chanté deux morceaux:\nun air d'Eçio d'Haendel, très ingrat comme morceau de chant et sans grande\nvaleur comme œuvre musicale, et la Sérénade de M. Gounod, une agréable\nromance de salon, absolument déplacée dans un concert de musique classique.\nElle a déployé dans ces deux morceaux toutes les richesses de son magnifique\norgane; malheureusement, elle ne possède ni l'ampleur et la maestria qu'exige\nle style d Haendel, ni le charme et la morbidesse qui conviennent à la mu-\nsique de M. Gounod.\nSixième concert. M. Lasserre a exécuté le concerto pour violoncelle\n(op. 29) Schumann. Ce concerto est peu connu en France ;il ne compte\npas au nombre des meilleures œuvres de Schumann. C'est une composition\ntrès inégale, d'une conception pénible et souvent obscure, d'un style confus\net tourmenté. On y rencontre çà et là quelques bons morceaux, tels que la\nbelle phrase du Cantabile en 6/8, et quelques parties du final,\nmais le décousu de l'ensemble rend fort pénible l'intelligence de cette œuvre,\nproduit d'une imagination fantasque et désordonnée, qui n'a plus conscience\nde la liaison des idées. Le concerto de Schumann mérite néanmoins de\npiendte rang dans le répertoire du violoncelle, en raison de l'extrême pau-\nvreté de ce répertoire ; tout incomplet qu'il puisse être, les vrais musiciens le\npréféreront toujours à n'importe quelle fantaisie de Servais.\nSeptième concert. Nous avons eu au septième concert la première au-\ndition d'un allegro symphonique, tiré d'une sonate pour piano et violoncelle\net arrangé pour l'orchestre par M. Lalo. Le début de cet allegro est d'une\nallure spiendide. Dès les premières mesures, l idée éclate avec une énergie"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsuperbe, elle se précipite sur un rhythme nerveux et s'élève en quelques\ninstants à une très grande hauteur. Malheureusement elle ne se soutient pas\nlongtemps dans ces hautes régions, le souffle lui manque, elle s'affaisse rapi-\ndement et ne tarde pas à se perdre dans les enchevêtrements compliqués d'un\nstyle trop tumultueux, et à travers les mille détails d'une instrumentation\ntrop chargée de petits effets de sonorité. Quoi qu'il en soit, cette page vigou-\nreuse trahit la main d'un maître. On y retrouve la manière magistrale et la\nriche facture de M. Lalo ; on voudrait y retrouver aussi cette régularité de\ndéveloppement, cette pureté de contours et cette sage économie d'effets, qui\nfont du Concerto pour violon et de la Symphonie espagnole des compositions\ndignes de figurer sans désavantage à côté des plus belles œuvres du répertoire\nclassique.\nM. Maurel, qui est venu chanter deux morceaux dans cette même séance,\nn'est pas tout à fait un inconnu pour le public parisien. Les habitués de\nl'Opéra se souviennent peut-être d'avoir entendu le jeune baryton dans les\nquelques représentations où il eut l'occasion de doubler les doublures de\nl'endroit ; ceci remonte à 1868, si mes souvenirs sont exacts. A la suite de ce\ncourt passage à l'Académie de musique, M. Maurel se remit quelque temps\nà Pétude et finit par embrasser définitivement la carrière italienne. Depuis\n1870, il a chanté sur les principales scènes de la Péninsule; aujourd'hui, il est\nen possession d'une brillante renommée et tous les ans son nom figure en\ntête des artistes les plus célèbres engagés pour la saison italienne de Londres.\nC'est dans ces conditions qu'il a voulu faire sa rentrée sur cette grande scène\nparisienne où il passa jadis complètement inaperçu. La voix de M. Maurel\nest un baryton élevé, d'un timbre délicieux. Cette voix chaude, pleine de\ncharme et de flexibilité, rayonne facilement et vibre sans effort ; l'artiste la\nconduit avec une méthode sûre et un goût parfait; il a de l'accent, de la sen-\nsibilité et, ce qui est plus rare, une grande tenue dans le style. On l'a fort\napplaudi dans Y air d'église de Stradella, et dans l'invocation à la nature de la\nDamnation de Faust. Une simple remarque en terminant : M. Maurel vient\nse faire entendre à Paris juste au moment où il est question plus que jamais\ndu départ de M. Faure. Cette coïncidence est significative ; elle fera réfléchir\nM. Faure sur les dangers de la concurrence, et nous vaudra, sans aucun\ndoute, une nouvelle rentrée de l'illustre baryton, qui thnt le premier rang\nà Paris où il règne sans partage, qui confine au second rang à Londres, lors-\nqu'il chante aux côtés de M. Maurel. Conclusion : M. Maurel n'entrera pas\nà l'Opéra et M. Faure restera l'incomparable virtuose que le monde nous\nenvie et le plus bel ornement de notre première scène lyrique.\nTROISIÈME SÉRIE. —Deuxième Concert. Le programme de cette séance est\nparticulièrement attrayant, il nous offre tout à la fois une œuvre nouvelle et\nun début; sous ce double rapport, nous n'avons guère été gâtés depuis le\ncommencement de la saison. L'œuvre nouvelle est une ouverture symphoni-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.43", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nque de M. Paul Lacombe. Elle débute par un tempo di marcia maestoso très\ncrâne d'allures et d'une belle sonorité; vient ensuite un adagio de quelques\nmesures, conçu dans la manière de Wagner, suivi d'un allegro symphonique\nassez bien conduit, quoique construit sur une phrase un peu courte et sans\nbeaucoup de caractère. A mon sens, cet allegro pèche de deux façons : le dé-\nveloppement est pauvre, il est irrégulier. Le développement est pauvre, l'idée\nmanque de souffle ; c'est qu'en effet il ne suffît pas de trouver une idée et de\nl'exprimer purement et simplement, sans phrases, sans amplifications d'au-\ncune sorte. Une idée n'acquiert toute sa valeur que par le développement\nqu'on lui donne ; c'est là un principe aussi vrai en littérature qu'en musique.\nIl peut souffrir quelques exceptions dans les lettres. Dans la musique, et\nsurtout dans la musique symphonique, il n'en comporte aucune; il est es-\nsentiel; sans l'art du développement, pas de musique symphonique. On peut\ncomposer une symphonie achevée sur un thème insignifiant, tandis que la\nplus sublime inspiration ne sera d'aucune portée si le musicien ignore l'art\nde l'étendre, de l'élargir, de la transformer au moyen dès mille ressources\nque lui fournissent et la science et sa propre imagination. Une fois son sujet\nproposé, on sent que M. P3 Lacombe se trouve assez embarrassé pour le\ntraiter à fond; la fécondité et l'aisance du développement lui font défaut; il\ncroit y suppléer par une abondance exagérée de modulations, sans songer que\nl'excès des modulations est précisément la conséquence et l'indice certain de\nla pauvreté du développement. Je dis en outre que le développement est irré-\ngulier et manque d'unité. Ainsi, après avoir lancé son allegro, M. Lacombe\nen interrompt brusquement le cours pour ramener quelques mesures de son\npremier adagio; il le reprend ensuite en fugato pour le couper de nouveau\npar un thème complètement étranger au développement normal, thème pro-\nposé par le cor et continué par les instruments à vent. Ce système de mor-\ncellement peut convenir, à la rigueur, aux ouvertures dramatiques, telles que\nnous avons l'habitude de les concevoir, et encore, bien qu'il soit à peu près\nadmis, ce n'en est pas moins un système faux qui nous a conduits à cet\ninforme mélange qu'on a fort justement appelé Y ouverture-salade. Mais cette\nforme capricieuse ne convient nullement à l'ouverture symphonique. Une\nintroduction et un allegro, voilà le plan de ce genre de composition; tels\nsont les plus beaux modèles Que nous ont laissés Beethoven et Mendelssohn,\ntel est le système qu'ont suivi Mozart et Wagner dans quelques unes de leurs\npréfaces dramatiques, MM. Massenet et Reyer dans leurs belles ouvertures\nde Phèdre et de Sigurd. Cette critique de l'ouverture de M. Paul Lacombe\npeut paraître sévère, mais j'ai tenu à discuter consciencieusement cette œuvre\nsérieusement conçue, sobrement écrite, et qui porte la marque d'un vrai\ntalent. M. Lacombe est un musicien d'avenir, il s'est déjà fait connaître par\ndes compositions de musique de chambre très remarquées; il débute dans la\nmusique symphonique et ses premières œuvres sont de celles auxquelles on\ndoit l'honneur d'une discussion sérieuse et d'un examen approfondi.\nJe résumerai en deux mots le début de mademoiselle Pommereul. Made-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmoiselle Pommereul a dix-sept ans à peine, elle est élève d'Alard et a obtenu\nle premier prix de violon au dernier concours du Conservatoire. Beaucoup\nde talent, beaucoup d'avenir.\nQUATRIÈME CONCERT, Première audition d\\in offertoire pour orchestre\nde M. Gounod. Aucun thème, aucun chant, aucun motif, un simple dessin\ninstrumental, une série de marches harmoniques d'une sonorité exquise et\nd'une pureté de lignes idéale, tel est Yoffertoire de M. Gounod. Remarquez\nque je n'ai pas dit : aucune mélodie, car, à mon sens, Y offertoire de M. Gou-\nnod est une œuvre absolument mélodique, bien qu'il ne repose sur aucun\nmotif nettement caractérisé. C'est là une proposition que je me contente d'é-\nnoncer aujourd'hui, je la développerai en d'autres temps. Cette œuvre remar-\nquable, sans tomber dans les formes hiératiques du chant grégorien, formes\nqui excluent à la fois le rhythme, l'accent et l'unité tonale, marque une réac-\ntion très accentuée contre les tendances dramatiques de la musique religieuse\nmoderne et un retour réfléchi vers le système de Palestrina et les traditions\nde son école. M. Gounod part de ce principe que le but essentiel de la mu-\nsique religieuse, c'est moins de frapper l'esprit et de toucher le cœur que\nd'inviter l'âme à ce recueillement, à ce demi-sommeil mystique qui nous\ntransporte dans ces régions sereines de la méditation et de l'extase, où la\ncontemplation de Dieu nous détache du monde des corps et nous élève, ne fût-\nce qu'un instant, au-dessus du néant des choses humaines. Conçu dans cette\nidée, qui nous paraît absolument juste, son offertoire n'est, à proprement\nparler, ni une prière, ni un chant d'église, ni une méditation religieuse, c'est\nun silence harmonieux, si j'ose m'exprimer ainsi, ou, si vous le préférez, un\nmurmure discret qui berce lame et l'invite au recueillement et à la prière.\nL'idée mélodique glisse, en l'effleurant à peine, sur un tissu harmonique très\nserré et en estompe légèrement les contours indécis, semblable à cette lumière\ndouce et tranquille qui inonde d'un demi-jour mystérieux les profondeurs de\nnos cathédrales, sans donner aux objets qu'elle éclaire aucune forme arrêtée.\nJe le répète, c'est là une œuvre très remarquable et profondément empreinte\nde cette simplicité, pleine de calme et de force, que le catholicisme commu-\nnique à tous les arts qui s'éclairent de sa lumière.\nH. Marcello.\nCONCERTS A L'ORCHESTRE. La direction de la Chronique mu-\nsicale ayant interrompu la publication de ce journal pendant trois mois, par\nsuite des changements et des améliorations qu'elle se proposait d'y apporter,\nje bornerai aujourd'hui le compte-rendu de la portion des concerts qui m'est\ndévolue à un résumé de tout ce qui a été exécuté de plus saillant dans les\ndifférentes salles affectées à la musique, depuis le commencement de la sai-\nson d'hiver. Et pour plus de clarté, je diviserai les concerts en concerts à l'or-\nchestre et en concerts au piano, sans les entremêler selon l'ordre des dates où\nils ont eu lieu."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.45", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nA. CONCERT DU CHATELET.\nLe concert du dimanche 16 janvier a donné une intéressante nouveauté,\nsavoir le début d'un jeune compositeur qui affrontait pour la première fois le\nfeu de l'orchestre et a conquis du premier coup les sympathies du public.\nM. A. Coquard, élève de M. César Franck, inspiré par la Fille de Roland,\nde M. Henri Bornier, en a extrait la ballade du Chant des épées, et l'a revêtue\nd'une musique toujours parfaitement appropriée aux paroles et qui souvent\nprend les allures les plus élevées. L'instrumentation en est excellente. Je\nciterai notamment l'effet d'orchestre qui accompagne le vers : « Elle (L'épée\nde Roland) est captive encore et la France la pleure. » Le Chant des épées\nest une musique chaude et M. Lassalle (de l'Opéra) qui l'a interprétée, en a\nmerveilleusement fait ressortir toutes les qualités. Le succès en a été très\ngrand.\nAu concert du 3o janvier, un compositeur dont le nom n'était pas plus\nconnu que le nom de M. Coquart, avant le très heureux début de celui-ci,\nM. de Maupeou, a fait entendre une cantate ou un poème lyrique sous le\ntitre d'Ariane. En tout temps, les malheurs d'Ariane, abandonnée après avoir\nété séduite par Thésée, ont eu le privilège d'inspirer maints compositeurs\nitaliens, français, anglais et allemands, mais aucun n'a jamais réussi. C'est\nque la musique dramatique ne se complaît pas dans la solitude. Un seul mu-\nsicien du siècle dernier, Edelmann, a su se faire applaudir dans un acte\nintitulé Ariane à Naxos, représenté à l'Opéra en 1782, grâce à l'admirable\ntalent de mademoiselle Saint-Huberti et à un air de la plus grande beauté que\nrenferme la partition, et encore ce succès ne put-il se soutenir, une fois la\nbrûlante interprète retirée du théâtre. L'Ariane de M. de Maupeou n'est\nqu'une symphonie entremêlée de récitatif et de mélopée, que ne traversent\njamais une phrase de chant ni un franc motif. Mal écrite pour la voix, ce\nn'est que dans les notes les plus élevées que l'auteur a cherché ses effets, et\nmadame Brunet-Lafleur a dû déployer encore plus de talent que d'habitude\npour tirer parti de cette ingrate musique ; ce que du reste le public a bien\nsenti en lui prodiguant ses plus bruyants applaudissements après la fin de la\ncantate (après la chute du rideau, allais-je dire). Le chœur final seul fait\nexception à la monotonie de cette composition, conçue dans le style moderne\nle plus renforcé. Il est joli et rhythmé, mais qui est-ce qui ne réussit pas\nquelquefois dans un chœur?\nConcert du 6 février. Fragments des Héroïques, drame lyrique en trois\nactes, paroles de mademoiselle Antonine Perry-Biagioli, musique de M. Perry-\nBiagioli. Je n'ai pas grand'chose àen dire, sinon qu'ils ont été chantés par\ntrois artistes de talent, madame Fursch-Madier, M. Bouhy et M. Stéphane ;\nque le rôle de madame Fursch contient une romance où se trouve une mélo-\ndie pleine de charme, et que la partition est assez bien instrumentée en gé-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnéral. La seule nouveauté offerte au public dans le concert du 20 février\nconsiste en des Fragments symphoniques, par M. A. Duvernoy, composés\nd'une romance et d'un scherzo. La romance renferme des phrases mélodiques\nqui ont été fort goûtées, et le scherzo est d'une grande originalité, peut-\nêtre un peu trop grande.\nLe Déluge, poème biblique de M. Louis Gallet, musique de M. Camille\nSaint-Saens, a fait les principaux frais du concert du 5 mars. C'est comme\nœuvre symphonique qu'il faut juger le Déluge, car la partie vocale se borne\nà des chœurs, plus, une espèce de quatuor vers la fin de la troisième partie,\net à un éternel récitatif écrit dans le genre de celui de la Passion selon saint\nMatthieu d'ennuyeuse mémoire, et où Bach, selon la mode de son temps à\nlaquelle s'est cependant soustrait l'illustre Haendel, a confié toute la poésie\nà des récitants. Je n'aurai donc à signaler dans la première et la troisième\npartie que l'introduction symphonique du commencement, qui a été très\napplaudie. Mais la seconde partie, celle qui est consacrée au Déluge, est une\nœuvre capitale et que dans l'intérêt de cette composition, il faudrait détacher\ndu reste et exécuter seule. On a dit et j'ai répété que la mélodie est un don\ndu ciel et que l'instrumentation s'apprend. Mais arriver à des effets d'or-\nchestre aussi terrifiants, aussi splendides que ceux que M. Saint-Saèns a\ntrouvés dans le Déluge, cela ne s'apprend pas, cela est aussi un don du ciel,\ncela est du génie. On écoute le bruit sourd et sinistre de l'eau qui monte peu\nà peu. On la voit tout envahir. On entend les palais, les cités qui croulent ;\nles plaintes des femmes, les cris des hommes, les rugissements désespérés\ndes fauves. On est haletant; l'angoisse prend à la gorge et 11e s'arrête que\nlorsqu'on sent que « tout ce qui avait vie est détruit. » L'orchestre a été\nadmirable, les chœurs ont soutenu vigoureusement cette violente conception,\net M. Colonne, malgré d'inqualifiables sifflets, mêlés à des applaudissements\nenthousiastes, est resté impassible comme le capitaine de vaisseau au milieu\nde la tempête, et a donné le signal du bis. Je mentionnerai comme ayant\nconcouru à la bonne exécution du Déluge mademoiselle Vergin, madame\nNivet-Grenier et MM. Bouhy et Furst, mais il faut avouer qu'ils ont eu peu à\nse louer du compositeur.\nLe concert du 19 mars a été rempli en partie par un envoi de Rome de\nla composition de M. Salvayre, sous le titre de la Résurrection, symphonie\nbiblique. « Aimez-vous le biblique? On en a mis partout. » C'étaient d'abord\ndes drames bibliques (autrement et mieux dits oratorios), puis des poèmes\nbibliques. Aujourd'hui nous avons des symphonies bibliques, ce qui ne\nsignifie rien du tout, car, là où il n'y a point de paroles, il ne peut rien y avoir\nde biblique, à moins que le nom seul ne serve d'enseigne, et en ce cas là, ne\nme serait-il pas permis à moi de composer un quadrille biblique, ou plutôt\névangélique, intitulé les Noces de Cana, puisque les noces de Cana ne datent\npas du temps de la Bible?\nOr donc, les fragments de la Résurrection de M. Salvayre qui on\" été"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.47", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nexécutés, se bornent au Paradis et au Dies irce. Le Paradis —ou tout autre\nnom qu'il aurait plu de lui donner est un morceau plein de mélodies ralmes,\nd'un style fort religieux du reste, large et d'un beau caractère. C'est sans\ndoute cette partie de la symphonie qui a motivé le jugement très favorable\nque l'lnstitut a porté sur toute l'œuvre. Quant au Dics irce. il est bien instru-\nmenté ; mais vouloir composer un morceau tout entier sur le chant lugubre\net si connu du Dies irce, c'est chercher un succès facile et que l'auteur cette\nfois-ci a manqué. De plus, c'est à mon avis une profanation que de développer\nce motif dans un mouvement de contredanse.\nB. CONCERTS MODERNES, ET AUTRES CONCERTS A ORCHESTRE.\nAu concert moderne du 11 janvier, mademoiselle Boulanger, premier prix\nde violon au concours du Conservatoire de l'année passée, s'est fait entendre\ndans l'allégro du 24e concerto de Viotti. Justesse irréprochable, jeu sûr et\nvigoureux, phrasé large, sentiment, expression, infiniment de grâce et de\ncharme dans le maintien, voilà l'actif de mademoiselle Boulanger. Quant au\npassif, je ne lui en connais pas. Cette toute jeune et excellente artiste a joué\nde nouveau au concert du 20 janvier la Fantaisie caprice de Vieuxtemps et\na été couverte d'applaudissements. A cette même séance, l'ouverture du Juge-\nment de Dieu de M. Lefebvre, Y Introduction et Gavotte, de M. Broustet, et\nla Danse des Aimées, de M, Pessard, ont obtenu beaucoup de succès.\nLe Concert-Frascati du 17 février a été splendide. Arban a été acclamé\npar la salle tout entière après ses deux fantaisies avec chœurs, l'une sur les\nHuguenots et l'autre sur des motifs de Faust. Mademoiselle Ida Milton a été\nbissée dans l'air de la Flûte enchantée, et M. Boutmy, le clarinettiste, a\nobtenu un grand succès dans la fantaisie de Wuile. La société des Enfants\nde Lutèce a également été très applaudie dans le choeur des Martyrs aux\narènes.\nM. Danbé, qui cet hiver b'est malheureusement vu dépossédé de sa salle,\nmais que nous retrouverons bientôt à la tête de l'orchestre du 1 héâtre-\nLyrique, a monté un concert le 18 janvier au profit de la veuve de M. Van\nCauvelaert, artiste distingué de son ancien orchestre. Dans ce concert se sont\nfait entendre madame Montigny-Rémaury, M. Saint-Saëns, et mademoiselle\nMarie Bier, cantatrice charmante, dont le seul tort est de paraître trop rare-\nment en public. Son succès a été complet dans l'air du Billet de Loterie, qu'elle\na vocalisé d'une manière ravissante. M. Danbé a encore conduit le concert\nque mademoiselle Jeanne Monduit a donné le ier février. Cette jeune artiste\na fait preuve de talent dans son exécution du concerto en mi bémol de\nBeethoven, mais dans la sonate en ut dièse mineur du même maître, dont\nelle a joué de suite les trois morceaux sans une minute de répit, elle a trop\nsouvent manqué de style. Enfin, M. Henry Ketten a fait entendre le 25 jan-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ner5 dans la salle Pleyel, plusieurs de ses compositions avec l'aide d'un\nnombreux orchestre conduit par M. Colonne. Comme pianiste, M. Henry\nKetten possède de brillantes qualités ; comme compositeur, je me récuse et\nne puis porter de jugement. M. Ketten est un musicien de l'avenir.\nCONCERTS AU PIAiNO. Sans m astreindre à l'ordre chronologique,\nje débute par le plus important de ceux donnés pendant ces trois derniers\nmois, et qui est sans contredit celui de la séance annuelle de la Société cho-\nrale d amateurs, dirigée par M. Guillot de Sainbris. Ce qu'il faut louer sur-\ntout, et sans restriction, dans cette solennité, c'est l'ensemble parfait, la jus-\ntesse et la délicatesse des nuances qui se sont fait remarquer dans l'exécution\nues chœurs par cette réunion de dames, de demoiselles et de jeunes gens du\nmeilleur monde qui, franchement, au cœur du carnaval, car c'est le 17 fé-\nvrier que ce concert a eu lieu, auraient pu, sans encourir de blâme, s'oc-\ncupei d auti e chose que d aller répéter des chœurs du Salomon, de Hcendel de\nla 1 as si on, de Laisiello, et du Jugement dernier, de notre sympathique We-\nkerlin. Le court résumé qu'il m'est recommandé de faire ne me permet que de\nsignalei le grand succès du chœur des élus, du Jugement dernier ; celui de\nlaiiette avec chœur d Hippolyte et Aricie, de Rameau, chanté par madame\nH. F... avec la virtuosité d'une artiste consommée ;de la cantilène de Sapho,\nde M. Gounod, que la splendide voix de madame C... a fait bisser; et enfin\ndu finale du premier acte de Loreley, de Mendelssohn, et de la Chanson de\nMai, de M. Charles Lefèvre. L'habile direction de M. Guillot de Sainbris et\nle talent d accompagnateur de M. Maton ont été universellement appréciés.\nM. et madame Lacombe ont donné deux concerts dans la salle Érard. Je\n11 ai pu assister qu'au second, qui a eu lieu le 8 février. Les deux morceaux\ncapitaux de celui-ci étaient : i° « Au pied d'un crucifix », quatrain de Victor\nHugo, composé par M. Lacombe et chanté par madame Lacombe. Cette\nscène ou cantate, rehaussée par les chœurs de la Société Amand-Chevé, est\nd un effet des plus grandioses; aussi a-t-elle été bissée à l'unanimité. La mé-\nlodie et 1 harmonie y coulent à pleins bords, et l'admirable voix de madame\nLacombe lui donne un éclat tout particulier. 20 Le trio pour piano, violon\n( M. Armingaud) et violoncelle (M. Jacquard), dont le finale est rempli de\nverve et de vigueur. 3° Le Renard et la Cigogne et la mélodie sur Tragalda-\nbas, que madame Lacombe a détaillés d'une manière charmante.\nLe concert donné par M. et madame Jaëll, le 10 février, a mis en relief le\ntalent de ces deux artistes hors ligne. Quant à son agrément, il a été amu-\nsant tout juste, comme le sont les concerts sans chant ni orchestre. Madame\nJaëll a eu un succès étourdissant dans la fantaisie sur la Muette de Portici, de\nLiszt. Quant au Davidsbundler, de Schumann, auquel personne n'a rien com-\npris, ni moi tout le premier, il a fait un très joli fiasco.\nMademoiselle Marie de Verginy, excellente pianiste, a donné le 21 févrirr\ndans la salle Érard un concert des plus variés et des plus attrayants. Entourée"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.49", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nt «I\nd'artistes très aimés du public, tels que mademoiselle Ida Milton, M. Pena-\nvaire, M. Reuksel et M. Georges Piter, et contribuant elle-même pour une\nbelle part à l'effet de la soirée par son style large et sa brillante exécution, son\n\"succès a été complet.\nJe terminerai cette longue, mais très abrégée revue des principaux concerts\ncar il s'en consomme, des concerts, pendant trois mois d'hiver à Paris\npar l'audition des œuvres nouvelles de M. Wekerlin, qui a eu lieu le i 5 mars.\nUn Ave Maria, quatuor chanté par mesdemoiselles Richard et Puisais, MM.\nPellin et Queulain, d'un beau sentiment religieux; un second quatuor chanté\npar les mêmes et intitulé Minuit, d'un effet ravissant; une berceuse et une\nromance du nom de Nina et de Au bois joli, très bien chantées par mademoi-\nselle Thorcy ; enfin le Chant du coq, fort originale mélodie, interprétée par\nM. Queulain, telles sont, entre autres, les nouvelles compositions de M. We-\nkerlin, qui toutes ont été fort bien reçues du public. M. Lavignac, l'éminent\npianiste, s'est également fait applaudir à cette soirée intéressante et presque\nde famille, puisque compositeur, exécutant et chanteurs sont tous du Con-\nservatoire, y compris les trois charmantes demoiselles sus-nommées.\n\nHenry Cohen."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.50", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Mademoiselle Colombier.—THÉÂTßE DE LA RENAISSANCE: La petite Mariée.\nFOLIES-DRAMATIQUES : La Belle Poule. Fleur de Baiser. —THÉÂTRE TAITBOUT :\nLa petite Comtesse.\nr\nPERA. 3o Décembre 1875. Mademoiselle Co-\nlombier est une toute jeune fille dont on avait beaucoup\nparlé avant son début.\nSelon les uns elle était parfaite. Elle était totale-\nment dépourvue de qualités selon les autres.\nLa vérité est que la jeune ballerine ne méritait ni\nl'excès d'éloges des uns, ni l'excès de critique des autres. Elle a dansé\npour la première fois sur la scène de l'Opéra, dans un divertissement\nintercalé pour elle au deuxième acte de la Favorite.\nLa physionomie de la débutante est extrêmement intelligente et son\ntalent de danseuse promet assurément beaucoup plus qu'il n'a tenu.\nMademoiselle Colombier avait une peur affreuse qui paralysait l'agilité\nde ses jambes. Elle ne manque ni de grâce ni de vivacité. On est en\ndroit de lui demander une souplesse plus grande et un abandon plus\ncomplet. Lorsque mademoiselle Colombier sera débarrassée des émotions\ninséparables d'un début, elle prendra une très honorable place au second\nrang en attendant qu'elle soit digne du premier."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.51", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\n20 Février 1876. A côté de Faure chantant Nevers, un ancien\nélève du Conservatoire de Marseille, M. Boudouresque, vient de débuter\ndans le rôle de Marcel des Huguenots.\nLe nouveau pensionnaire de M. Halanzier est bien plus une basse\nchantante qu'une basse profonde; son succès a été médiocre. Mais il n'y\na pas lieu d'établir un jugement définitif après cette seule audition.\nA part les notes graves qui lui manquent, la voix de M. Boudouresque\nest de bonne qualité. C'est, nous le pensons, un chanteur d'avenir dont\nle jeu est déjà fort satisfaisant.\nTHÉÂTRE DE LA RENAISSANCE. - 22 Décembre 1876.\nCette fois encore des amis trop zélés et une claque admirablement dis-\nciplinée ont failli compromettre le succès de la nouvelle pièce de\nM. Lecocq.\nOn a bissé le premier acte, on a bissé le second, on a bissé le\ntroisième; mais il s'en est fallu de peu qu'on ne sifflât toute la pièce.\nAprès la chute éclatante du Pompon, aux Folies-Dramatiques, l'au-\nteur de la Fille Angot ambitionnait un triomphe. On le lui a pré-\nparé avec une sollicitude particulière. Il le tient et il le gardera.\nMM. Leterrier et Vanloo ont fait Giroflé-Girofla il n'y a pas long-\ntemps. Leur mémoire est encore pleine de cette création et la Petite\nMariées subit l'influence. Les auteurs nous ont, à diverses reprises,\nservi le même poisson accommodé à une sauce différente, plus épicée peut-\nêtre, plus comique parfois et peut-être aussi plus propre à être traduite\nen musique.\nLe podestat de Bergame a été trompé par son favori, San Carlo. Il lui\na pardonné mais il lui chante :\n« Je rirai bien quand tu te marieras,\n« Car je te tromperai avec ta femme, comme tu m?as trompé avec la\nmienne. »\nOn comprend aisément que San Carlo cache son union avec la jolie\nGraziella. Lorsqu'il est obligé de la présenter à la cour, il la fait passer\npour la femme du seigneur Montefiasco.\nLe podestat n'en devient pas moins amoureux de Graziella et San\nCarlo le confident des amours du prince.\nDe complications en complications, San Carlo finit par croire que\nGraziella le trompe avec le podestat. Mais celui-ci s'est borné à laisser\ncroire à cet accident, sans consommer le crime."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIl a la vengeance assez douce, comme on voit. C'est là une simple\nleçon qu'il donne à San Carlo auquel, à la fin de la pièce, il rend Gra-\nziella plus pure que jamais et sa faveur complète.\nLa musique du célèbre monsieur Lecocq a rarement profité des oc-\ncasions successives offertes à sa verve. Elle n'a qu'une médiocre couleur\net le rhythme. que Ton avait tant apprécié dans Madame Angot, est boi-\nteux et banal.\nLe moule dans lequel M. Lecocq laisse couler sa musique commence\nà perdre sa forme, par cette raison qu'il la conserve. —Sans l'interpréta-\ntion remarquable de cecte partition, je me demande le sort qu'elle aurait\npu avoir.\nIl y a toutefois, au premier acte, un rondeau d'une allure aimable,\nque M. Vauthier chante avec un brio entraînant. Il faut citer aussi les\ncouplets del'épée, au second acte, qui sont originaux.\nMademoiselle Granier a dit avec une grâce exquise la Légende, du\nRossignol, qu'elle détaille délicieusement.\nAu troisième acte, les couplets du podestat enlevés par Vauthier sem-\nblent être le seul point musical intéressant decette partie de la partition.\nM. Vauthier est en progrès absolu. Il a une excellente voix et, dès\nqu'il ne la force pas, il en tire un parti très agréable. Il a un talent de\ncomédien remarquable et il compose ses rôles avec un soin scrupuleux\net heureux.\nMademoiselle Granier, toujours un peu maniérée, petite,, mignonne\net toute charmante artiste, dit avec un entrain diabolique les grivoiseries\nles moins gazées.\nMadame Alphonsine, dans un rôle sacrifié, M. Calixte, père noble,\net M. Puget, le ténor léger amoureux de mademoiselle Granier,\ncomplètent un ensemble excellent encadré dans des décors superbes et\nchatoyants. Les costumes sQnt d'une richesse et d'un goût parfaits. Bonne\ninauguration, en somme, de la direction Koning.\nTHÉÂTRE DES FOLIES-DRAMATIQUES. 3i Décembre\n1875. Quand il commandait un des régiments de dragons de Sa\nMajesté très catholique Louis XV, le jeune et brillant colonel Baron de\nChampagnol était prompt à la guerre comme à l'amour.\nUn jour, à la tête de son régiment, le baron passe dans un village du\nmidi de la France. Toutes les têtes des femmes de ce beau pays tournent\nfollement et, un an après, la population se trouve sensiblement augmen-\ntée. Les dragons ne traversent pas impunément un pays. Ils avaient\nlaissé des souvenirs dans chaque chaumière."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.53", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nLe colonel, lui, avait reçu l'hospitalité chez madame la marquise de\nMontanbrèche. 11 y avait passé la nuit, et de ce séjour rapide était né un\nbébé, mis en nourrice et enlevé quelques jours après la pièce ne dit\npas par qui.\nDepuis vingt ans, ceci est le début de la pièce, la marquise cherche en\nvain le fruit de sa dragonnade. Elle invente les moyens les plus extrava-\ngants, elle fouille la contrée entière, rien ne réussit.\nParmi les nombreux enfants nés du passage des dragons, le village où\nmadame de Montanbrèche habite pendant la belle saison en possède\ndeux également intéressants et d'un sexe différent. L'un, Poulette, dite\n« la Belle Poule », est une fraîche, jolie et joyeuse fille; l'autre, Poulet,\nest un aimable et naïf villageois.\nPoulet n a pas un sou vaillant et il veut épouser Poulette qui n'a pas\nune dot meilleure. Comme cent écus sont indispensables pour réaliser\nles vœux ardents des deux amants, Poulet ira chercher fortune à Paris.\nLA il est accaparé par une danseuse de l'Opéra, Fœdora, qui a remarqué\nsa belle mine et qui le présente dans le monde sous les espèces d'un\nprince espagnol. Mais Poulette, inquiète d'attendre et folle de Poulet,\nvient à Paris pour le rejoindre et le punir s'il l'a trompée.\nA son tour la Belle Poule est absorbée par le baron de Campagnol qui\nla produit comme une princesse polonaise. Naturellement le faux espa-\ngnol et la princesse de contrebande se rencontrent bientôt. C'est dans le\nsalon du baron de Campagnol que le hasard les réunit.\nIl y a alors une débauche de querelles, de soufflets, de tendresses, de\ncoups de pieds, d'explications et de complications qui se termine au\ntroisième acte par la découverte sur le bras de Poulet d'un signe certain\nqui révèle l'origine de sa naissance.\nPoulet est bien et dûment l'enfant enlevé en nourrice que l'on cherche\ndepuis vingt ans. Il est le nls du baron de Campagnol et delà marquise\nde Montanbrèche.\nLe dénouement? vous l'avez deviné. Poulet épouse Poulette et Cam-\npagnol offre son nom à la marquise.\nCette pièce à laquelle on peut reprocher quelques points de ressem-\nblance avec l CEil Cvcvc, Ici Belle Parfumeuse et beaucoup d'autres\nopérettes plus ou moins Louis XV, est loin d'être ennuyeuse. Quelques\nscènes sont écrites avec infiniment d esprit et je signale particulièrement\ncelle où le baron de Campagnol et la marquise de Montanbrèche se ren-\ncontrent pour la première fois, vingt ans après la nuit de généreuse hos-\npitalité. D'un commun accord et avec une finesse toute gauloise la\nmarquise et le baron prêtent leur aventure à d'autres personnages ; la"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmarquise en rend responsable une sœur morte et le baron fait d'un\nfrère qui n'a jamais existé le héros de cette nuit d'amour.\nC'est charmant, comique, de bon goût et traité en haute comédie.\nMilher et mesdames loudouse - Vauthier jouent cela en artistes\nconsommés.\nM. Hervé est le propriétaire d'une muse dont la prodigalité facile lui\nsemble être une originalité inspirée et féconde. La nouvelle partition de\nl'auteur de VŒU Crevé est d'une grande pauvreté. On a cependant ap-\nplaudi la Légende du Dragon du roi, une lettre qui rappelle la célèbre\nlettre de la Périchole, une valse, puis une chanson en patois bordelais\nsentant son terroir. Ces quatre morceaux méritent quelque attention. Le\nreste est décousu et vulgaire. Les trombones, les tambours, la grosse\ncaisse surgissent tout à coup, on ne sait pourquoi, sur les dessins des\ninstruments à cordes, dont l'harmonie criarde rappelle l'orchestre des\nbaraques foraines.\nOn était en droit d'attendre une revanche d'^4lice de Nevcrs. M. Hervé\nne l'a pas prise. C'est à recommencer.\nCette représentation n'avait pas seulement l'attrait habituel des pre-\nmières représentations. Quelque chose d'étrange, d'inaccoutumé se pas-\nsait aux Folies-Dramatiques. Hortense Schneider, la diva de l'opérette,\nla prophétesse d'Offenbach, la Grande Duchesse, Boulotte, la Périchole,\ndébutait à ce théâtre.\nMadame Schneider a eu beaucoup de succès, sa voix a perdu cepen-\ndant et ses formes se sont épaissies. Mais elle a toujours cette mine fû-\ntée, cette gaillardise, cette vivacité spirituelle qui ont tait sa réputation\ndans le passé, la maintiennent dans le présent et la consacreront dans\nl'avenir comme un des côtés bizarres de la période particulière que nous\ntraversons. Ce rôle de la Belle Poule, proche parent de Boulotte, est\nd'une brutalité campagnarde, d'une jalousie franche, d'une cordialité et\nd'une tendresse qui mettent en relief toutes les qualités de l'artiste. De\nson côté, celle-ci interprète ce rôle aussi originalement qu'il peut l'être;\nM. Max Simon (Poulet) a une petite voix dont il se sert avec goût.\nMilher et Luco ont fait valoir de leur mieux des rôles incolores, si\nbien qu'on les a applaudis.\nMadame Prelly a comme toujours brillé grâce à sa beauté. Échappée\ndu grand monde, l'artiste se fait difficilement à la liberté d'allure de\nl'opérette; il serait toutefois injuste de ne pas constater qu'elle est en\nprogrès.\nTHÉÂTRE TAITBOUT. -20 Février 1876. Il y a dans cette"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.55", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\nXI.\n4\n\nœuvre étrange un comte qui épouse une fille de noble maison et qui\nemprunte les habits d'un ouvrier, afin de savoir s'il se pourra faire\naimer pour lui-même. La femme du comte est charmante, mais d'un\ncaractère, les personnages le disent et cela est nécessaire, car on ne le\ndevinerait pas, d'un caractère insupportable.\nUn maître verrier, un intendant rapace, se débattent dans un sem-\nblant d'action qui rie commence pas, qui ne se poursuit pas, qui finit\nplatement... que sais-je enfin?\nPuis on admire encore un capitaine des gardes, le comique de la\nsituation, on remarque surtout sa grande épée. Et voilà je crois en\nraccourci et en décousu, le récit fidèle du livret de la Petite Comtesse.\nJe ne ferai pas à M. Gaston Escudier la mauvaise plaisanterie de char-\nger sa conscience d'auteur de la responsabilité de cette pièce.\nNotre confrère s'est borné à une adaption à la scène française, d'une\ndétestable farce italienne. Il a mal choisi, voilà tout.\nQuant à la musique. Je pense que si elle ne nuit pas au poème, elle\n11e lui sert pas non plus.\nOn n'avait pas entendu depuis longtemps une pareille enfilade de mé-\nlodies insipides. C'est d'une banalité absolue. Il est vrai, disons-le comme\natténuation, que la pièce date de 1828, si la mémoire ne nous manque\npas.\nMademoiselle Breton, MM. Sotto, Emmanuel et Galabertont été inu-\ntilement héroïques. Ils étaient étouffés sous le poids de cette indigeste\nproduction.\nM. Nazet était forcé de jouer cette pièce, épave de la direction précé-\ndente, Je suis bien convaincu qu'il n'acceptera plus les engagements\npris par d'autres que lui et je souhaite au Roi d'Yvetot un succès qui\neffacera jusqu'au souvenir de cette désastreuse Petite Comtesse.\nTHÉÂTRE DES FOLIES-DRAMATIQUES. 24 Février\n1876. M. Alexandre est miroitier, inventeur ou propagateur de\nglaces qu'il vend nues ou encadrées. C'est un aimable homme et c'est un\ndes plus joyeux négociants du faubourg Saint-Antoine. Les lauriers des\nfaiseurs d'opérettes l'empêchaient de dormir. Un beau matin il se leva\nrésolu. Il lut avec une attention scrupuleuse le Chapeau de paille\nd'ltalie, la Mariée du mardi gras, les Saltimbanques, quelques féeries,\nles Visitandines, toutes œuvres qu'il adore, puis, le soir venu, il se\ncoucha heureux car il n'avait pas perdu sa journée. Le sommeil de\nM. Alexandre fut plus troublé que jamais. Ce qu'il avait lu tourbillon-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.56", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnaitdans son cerveau, se mélangeait, s'arrondissait, et formait un tout\nsingulier et nouveau.\nA l'aurore, M. Alexandre prit une plume et se mit à écrire avec rage.\nDeux mois après, sa pièce Fleur de Baiser passait de son cerveau\ndans le cabinet de M. Cantin où elle était lue, approuvée et finalement\nmontée.\nM. Cœdès était chargé de la musique.\nLa pièce, née de lectures et de souvenirs, s'en est ressentie au point de\nvue de l'invention et de l'originalité.\nIl s'agit d'une jeune fille que doit épouser un homme qu'elle n'aime\npas. Au moment où le mariage va être consommé, le cousin de la jeune\nfille, officier de marine,, arrive de Madagascar. Il aime Fleur de Baiser\net celle-ci l'adore. Par conséquent il l'enlève, à l'aide de son fidèle ga-\nbier, au nez de toute la noce qui se met à la poursuite des ravisseurs.\nCela dure trois actes. Il y a des courses folles, des meubles qui mar-\nchent, des marins qui se déguisent en nonnes, et par dessus tout une\ngaieté au gros sel qui ne supporte pas l'analyse, mais que l'on subit\navec plaisir si l'on a bien dîné.\nC'est drôle, brutalement gai et vieux comme le monde.\nM. Cœdès a écrit quelques polkas et quelques quadrilles pour ce vau-\ndeville.\nOn attaque cette musique avec une sévérité qu'il est difficile de com-\nprendre quand on a vu la pièce. Il n'était guère possible de faire chanter\ndes matelots et des marchands forains, comme s'ils étaient des ducs et\ndes princes. Et si la pièce est gaie et bruyante, la musique l'est aussi.\nAssurément, M. Cœdès ne comptait pas asseoir sa réputation avec\ncette partition de vaudeville. Il n'y a rien gagné, mais il n'y a rien\nperdu.\nMademoiselle Jane May, madame Tassilly et MM. Milher, Luco et\nHaymé ont interprété avec une conscience dont on doit les féliciter la\npièce de M. Alexandre.\nMilher et Luco surtout sont désopilants.\n\nRAOUL DE SAINT-ARROMAN."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.57", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nNOUVELLES\nE lecteur trouvera dans la Chronologie qui paraîtra le 15\njuin la nomenclature des faits qui ont été omis dans les\nVaria. Le but de cette Chronologie est de combler les la-\ncunes inévitables de nos Faits divers et Nouvelles.\nAprès des lenteurs bien justifiées par l'examen des\npartitions de cinquante-quatre concurrents, le jury a dé-\ncerné le prix Cressent à M. William Chaumet, bordelais de naissance et pa-\nrisien d'adoption. Le lauréat a 3o ans. Il manifestait dès son enfance une\nvéritable passion pour Part qui vient de lui donner une première récompense-\nSachant à peine la gamme d'ut, il composa une poésie du Sire de Joinville,\nune petite bluette qui dénotait de véritables qualités.\nPlus tard, étant au collège, pendant qu'il suivait un cours de solfège, il\nréussissait, à force d'économies et à 1 insu de sa famille, à prendre des leçons\nd'harmonie et de contrepoint avec un vieil alsacien, élève de Reicha.\nIl publia à vingt ans, sous des pseudonymes divers, plusieurs morceaux qui\nsont disséminés aujourd'hui, mais dont un lied signé Athenoven, édité chez\nFlaxland, a une valeur réelle. Ce morceau extrêmement intéressant est écrit\npour piano et violon. L'influence de Schumann y est évidente, mais on y sent\naussi un caractère de fraîcheur et de poésie tout personnel.\nIl y a trois ans, sous la direction de M. Jules Ruelle, à l'Athénée, M. Chau-\nmet a fait représenter un opéra-comique en un acte, le Pèche de Géronte,\ndont le succès ne fut pas grand. On reconnaît cependant un certain mérite\nà cette petite pièce sans importance d'ailleurs."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.58", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuelques temps après, M. Chaumet fit représenter à Bordeaux une\npièce fantastique, Idéct, qui eut beaucoup de succès et atteignit trente repré-\nsentations.\nDepuis, son talent a grandi et nous aurons bientôt l'occasion de l'applau-\ndir quand on représentera la pièce du concours, BatJiyle, due pour les paroles\nà M. Blau.\nDans la revue générale de la musique en 1875, que M. Adolphe Jullien\nvient de publier à la Revue de France, comme il fait depuis quatre ans à la\nfin de décembre, notre collaborateur s'exprime en ces termes sur les trois\ndeuils qui ont frappé l'école française au courant de l'année dernière :\n« M. Léon Erharth, le dernier prix de Rome couronné, meurt en Italie,\nà l'aurore de la vie, avant vingt-deux ans, laissant à peine quelques pages\nébauchées; Bizet succombe à trente-sept ans, dans la force de l'âge, comme\nson talent arrivait à complète maturité, au moment précis où il semblait\ndevoir recueillir les fruits d'un travail opiniâtre. Enfin, madame Farrenc\ndisparaît après soixante-dix ans, à la fin d'une longue carrière, laborieuse-\nment et glorieusement remplie, et dont le souvenir ira grandissant à mesure\nque les sérieuses compositions de musique instrumentale seront mieux ap-\npréciées du public, dont le goût se forme et dont les préférences s'épurent\nde jour en jour. Et par une coïncidence frappante, tous trois : l'adolescent,\nl'homme et le vieillard furent enlevés comme par un coup de foudre. S'il\ns'était fait, dans ces derniers temps, un silence immérité autour de madame\nFarrenc parce qu'elle répugnait à suivre la route des succès faciles et qu'elle\navait trop le culte de son art pour l'avilir par des œuvres futiles; si le gros\npublic ignorait ses ouvrages et jusqu'à son nom, les plus grands artistes les\nconnaissaient bien et lui accordaient toute leur estime. Schumann, notam-\ntamment,qui jugeait les moindres créations de la musique avec un rigorisme\nbien légitime, avait distingué dès le début le rare talent de cette femme hors\nligne :\n« Si un jeune compositeur, écrivait-il en i 836, me présentait des varia-\ntions semblables à celles de L. Farrenc fop. 17), je lui ferais tous mes com-\npliments sur ses heureuses dispositions et sur la solide éducation dont ses\nmorceaux témoignent à chaque page. Je ne fais que d'apprendre la situation\ndu musicien ou plutôt de la musicienne, qui est la femme du célèbre éditeur\nde musique de Paris, et je crains dès lors que ces lignes ne parviennent dif-\nficilement àsa connaissance. Il s'agit de petites études vives et piquantes,\nterminées peut-être encore sous l'œil du maître, et qui pourtant sont si\nfermes de contour, si sages d'exécution, si achevées, en un mot, qu'elles\nvous tiennent sous le charme, d'autant mieux qu'il s'en dégage un léger par-\nfum sans artifice. On sait que les thèmes qui se prêtent aux imitations sont\nparticulièrement propres à être variés, de façon que la musicienne a pu se\nrépandre enjeux de toutes sortes et en canons pleins d'élégance. Il n'y a pas\njusqu'à une fugue exacte avec sujet, contre-sujet, etc., qu'elle n'ait réussi à\nsouhait et où l'on ne distingue partout une grande légèreté de main et une\nheureuse veine mélodique. » De combien de compositeurs français Schu-\nmann en aurait-il pu dire autant? »"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.59", "texte": "VARIA\n\nLe ministère des Beaux-Arts vient de faire remettre quelques subsides à\ntitre d'encouragement à cinq sociétés de musique :\nA la Société des Compositeurs, pour ses prix de concours 400 fr.\nAux concerts du Châtelet. 2.000 »\nAla Société de Quatuor de M. Maurin 400 »\nAla Société de Quatuor de M. Lelong 400 »\nAla Société de Quatuor de M. Tandon 400 »\nVoilà qui va engager ces messieurs à donner à la musique classique une\nnouvelle impulsion.\nJeudi 23 mars ont eu lieu, en l'église de la Madeleine, les obsèques de Léon\nEhrharth, le jeune pensionnaire de l'Académie de France à Rome, enlevé dans\nsa vingt et unième année à son art, qu'il promettait d'illustrer, quand une\nmort imprévue est venue le frapper loin de son pays et loin de ses parents.\nLes restes mortels de Léon Ehrharth, décédé à Poretta, près Florence, ont\nété transportés en France par les soins et aux frais du ministère des Beaux-\nArts. La maîtrise de la Madeleine, sous la direction de M. Th. Dubois a fait\nentendre un Kyrie et un Benedictus du jeune maître que l'on pleurait. Le\nKyrie surtout a paru fort remarquable. Un grand nombre de musiciens em-\nplissaient la nef. MM. Ambroise Thomas, Gounod, Weber, Jules Cohen, de\nLaborde, Heyberger, Massenet, Marmontel, étaient venus rendre hommage\nau jeune compositeur.\nNous annonçons la mort de M. Alexis Azevedo, qui, pendant de\nlongues années, a joué un rôle important dans la critique musicale.\nM. Azevedo était né à Bordeaux, le 18 mars 1813, l'année où fut joué\npour la première fois le Nouveau Seigneur de Village.\nRoger de Beauvoir, dans son roman le Chevalier de Saint-Georges, met\nen scène le chanteur Azevedo, ami du célèbre Garat, en compagnie duquel\nil chantait àla cour de Marie-Antoinette. Cet artiste était cousin du grand-\npère de notre confrère.\nAlexis Azevedo étudia successivement le violon et la flûte, mais il opta\npour ce dernier instrument et entra, en i 832, à la classe de Tulou au Con-\nservatoire de Paris. Bientôt il sembla renoncer à la musique pour s'adonner\naux affaires, sans pourtant perdre de vue son art de prédilection, car nous\nle retrouvons peu de temps après se livrant à la littérature musicale dans\ndivers journaux tels que le Siècle et la France Musicale. Vers 1846, il est\nrédacteur en chef du journal la Critique Musicale. En ißsßet 1859, il donne\ndes articles-variétés à la Presse. Enfin, le i€r septembre 1869, il prend\npossession du feuilleton musical de l'Opinion Nationale, et le garde jusqu'à\nla guerre de 1870. Membre honoraire de la Société chorale Galin-Paris-\nChevé, il est un des plus ardents propagateurs de la nouvelle méthode d en-\nseignement musical. Les polémiques d'Azevedo pour l'adoption de cette\nméthode, celles qu'il a soutenues contre Fétis (Origines de la Gamme,\nPaternité de Vair de la Marseillaise), contre Halévy (Question des Alliances),\net contre Scudo ont été remarquées. On se souvient aussi de ses campagnes\ncontre Halévy, Gounod, Meyerbeer et Wagner. Mais, en dépit des objections"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.60", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\net des ripostes, Azevedo tint bon et ne modifia rien sur un genre de musique\nqu'il qualifie plaisamment d'Ecole du civet sans lièvre.\nAzevedo travaillait depuis vingt ans à un livre intitulé Philosophie de la\nMusique.\nIl laisse quelques ouvrages dont, voici les titres :\nSur le livre intitulé Critique et littérature musicale, de M. P. Scudo\n(Paris, 1852, in-12).\nFélicien David, sa vie et son œuvre (Paris, Heugel, 18637 1 vol. gr.\nin-8n, portrait lithographié, deux autographes).\nG. Rossini, sa vie et ses œuvres (Paris, Heugel, 1865, 1 vol. gr. in-8\\\nautographes et trois portraits dont un est la reproduction du médaillon en\nmarbre d'H. Chevalier, à l'Opéra).\nSur un nouveau signe proposé pour remplacer les trois clefs de la\nnotation musicale (Paris, Escudier et Girod, 1868, in-8). Conférence faite à la\nSociété des compositeurs de musique.\nDictionnaire musico-humoristique, par le docteur Aldo, membre de la\nfourchette harmonique et de plusieurs autres Sociétés savantes, précédé d'un\navertissement par Alexis Azevedo (Paris, Gérard, 1870, in-12).\nIl est évident que le nom d'Aldo est un pseudonyme d'Azevedo, composé\ndes deux premières lettres du prénom et des deux dernières du nom.\nAprès la guerre, Azevedo rédigeait seul un petit pamphlet périodique sous\nforme de Lanterne intitulé : les Doubles-croches malades, et qui ne vécut\npoint.\nNous apprenons une triste nouvelle : madame Mélanie Reboux vient de\nmourir d'une péritonite, qui l'a enlevée en quatre jours.\nC'était une artiste pleine de volonté, et qui serait certainement parvenue à\noccuper la situation qu'elle était en droit d'espérer.\nElle était âgée d'une trentaine d'années. Elle débuta, au sortir du Conser-\nvatoire, à l'Opéra, dans le rôle du pâtre de Tannhœuser, en 1861. Puis elle\nparcourut l'ltalie, l'Espagne, l'Angleterre et l'Amérique, où elle obtint de\ngrands succès, dans l'emploi des Falcon, Elle fit, à son retour à Paris, une\nnouvelle et courte apparition à l'Opéra, à la suite de laquelle, changeant\nbrusquement de genre, elle alla chanter la Fille de madame Angot aux Fo-\nlies-Dramatiques. Elle créa l'année suivante, le rôle principal de la Belle au\nBois-Dormant, de LitolfF, au Châtelet, où elle retourna, lors de la tentative\nd'opéra populaire, pour jouer les Amours du Diable. Elle y fut très vivement\nappréciée.\nVoici, dit M. F. Oswald du Gaulois, le bilan des nouveautés théâtrales\nen province durant l'année 1875; il prouvera à nos lecteurs que la décentra-\nlisation tant prônée est plus difficile à réaliser qu'on ne le pense : A Toulon :\nGheisa, de M. Paul Aube ; à Lille, Jeanne Maillotte, de M. Raymond; à\nRouen, la Cure merveilleuse de M. Hep, et la Halte du roi, de M. A. Boiel-\ndieu; à Marseille, Fatma, de M, Fligin, et le Barbier du roi, de M. Gigou;à\nPerpignan, Guillaume de Babertany, de M. Coït; à Angers, la Branche de\ngenêt, de M. Febvre, et à Alger, la Marguerite, de M. Dermineur."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.61", "texte": "VARIA\n\nFAITS DIVERS.\n\nARIS. Opéra. Jeudi dernier a eu lieu la répétition générale de\nJeanne d'Arc, l'opéra de M. Mermet. La première représentation\nsera donnée probablement lundi prochain. Nous pouvons dire dès\naujourd'hui que la mise en scène et les costumes sont remarqua-\nBles, et en tous points dignes de notre première scène lyrique.\nVoici comment les rôles sont distribués :\nJeanne d'Arc Mmes Krauss\nAgnès Sorel . Daram\nLe Roi MM. Faure\nGaston de Metz Salomon\nRichard Gailhard\nAmbroise de Loré, capitaine Gaspard\nUn astrologue Caron\nUn sergent de bandes Bataille\nLe Bar de Bue Galli\n/ Sapin\nTrois truands ) Auguez\n( Gresse\nJacques d'Arc Menu\nM. Faure, qui était indisposé, a été remplacé à la répétition générale par\nM. Manoury, mais il reprendra son rôle le jour de la première représen-\ntation.\"\nThéâtre-Lyrique. On répète activement Dimitri. M. Vizentini a engagé\nun jeune ténor, M. Richard, premier prix de chant du Conservatoire en\n1870, engagé d'abord à l'Opéra, où il a chanté la Favorite, en 1872. Le\nbaryton Boyer et madame Engalli ont aussi signé un engagement.\nOpéra-Comique. M. du Locle a quitté la direction de l'Opéra-Comique;\nil a été remplacé provisoirement par M. Perrin, directeur du Théâtre-\nFrançais. Le premier acte du nouveau directeur a été d'engager M. Léon\nAchard, qui a débuté le 22 mars dans la Dame Blanche. M. Achard chantera\nle rôle principal de Piccolino, primitivement distribué à M. Duchesne.\nM. Jules Barbier a lu, la semaine dernière, aux artistes de l'Opéra-\nComique le poème des Amoureux de Catherine, musique de M. Henri\nMaréchal, prix de Rome. Les rôles ont été distribués à mesdames Chapuy\net Decroix, et MM. Nicot et Thierry.\nLes répétitions vont être menées très activement.\nThéâtre-Italien. Verdi est arrivé à Paris. Il commence aujourd'hui les\nrépétitions $ Aida."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760401-01.1.62", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPropriétaire-Gérant ; oA CRJTHUHE ULHorf\nParis. —Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Lafayette, 6r.\n\nRénaissance. Avant-hier, 3o mars, centième représentation de la Petite\nMariée.\nFolies-Dramatiques. A Fleur de Baiser vient de succéder une reprise\nde Y Œil crevé.\nVariétés. Jeudi dernier, première représentation de le Roi dort, féerie\nde MM. Labiche et Delacour.\nThéâtre-Taitbout. Lundi prochain, première représentation du Roi\nd'Yvetot, opéra-bouffe en trois actes, paroles de MM. Chabrillat et Hemery,\nmusique de M. L. Vasseur, interprété par MM. Bonnet, Gobin, Laurent,\nGalabert, mesdames Prelly, Desclauzas, Toudouze, Tassilly et Debreux.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}