{"numero_id": "bm-bmtnabc-1876-04-15-01", "volume": "bmtnabc_1876-04-15_01", "ocr_sha256": "5abbdb2055138309783bd49301baaccce3d895d8e8fa0b718037036e412958df", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1876/04/15_01/bmtnabc_1876-04-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1876/04/15_01/bmtnabc_1876-04-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1876-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[57]", "page_fin": "63", "image_debut": 1, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.2.1", "titre_corps": "A. MERMET", "titre_sommaire": "A. MERMET", "signature_source": "ADOLPHE DUPEUTY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[57]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.1", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 579, "texte": "A. MERMET\n\n( NOTES INTIMES)\nE nouvel opéra, Jeanne Darc, paroles\net musique de M. Mermet, étant l'ac-\ntualité artistique de cette quinzaine, le\nRédacteur en chef de la Chronique\nmusicale, tout en réservant à qui de\ndroit la critique du poëme et de la par-\ntition, a pensé qu'il y avait tout à la\nfois intérêt et impartialité à dégager\nla personnalité du compositeur et me\ncharge de présenter Y homme aux lec-\nteurs de ce recueil.\nCe n'est pas besogne facile. Déjà, aux jours de la victoire de Roland à\nRoncevaux, maints essais biographiques ont été tentés. Mais ce ne sont"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "pour la plupart que des racontars de petites légendes, quand ce ne sont\npas des erreurs complètes.\nAinsi Auguste Mermet n'est pas plus breton qu'il n'est étranger,\ncomme on l'a imprimé çà et là.\nIl est né à Bruxelles, c'est vrai, mais alors la Belgique était française.\nLe père du compositeur, M. Antoine Mermet (un enfant de Béfort !),\nmort depuis colonel (et non pas général; on a encore confondu avec son\noncle le général tué à Lonato), tenait garnison à Bruxelles en qualité\nde chef d'escadron des chasseurs de la garde impériale.\nMermet, né au régiment, est donc tout ce qu'il y a de plus Français ;\nce détail précis a l'inconvénient de révéler l'âge de celui que Yon a ap-\npelé le compositeur veinard! mais en bonne conscience, devant ce\nchiffre : la soixantaine! et en songeant à quarante années de travail in-\ncessant, on pardonnera peut-être à Mermet d'avoir été assez veinard\npour avoir pu livrer deux grands combats sur la scène de l'Opéra.\nSon enfance fut celle d'un fils de famille, riche et considérée; choyé\npar sa mère et sa sœur —qui vivent encore; quand vint l'âge des études,\non le mit au lycée de Versailles où sa nature indépendante commença à\nse révéler. Ses notes étaient régulièrement ainsi conçues : « Travail\nexcellent, conduite détestable; » il chansonnait ou bien il caricaturait\nses professeurs et organisait très fréquemment des révoltes en musique....\navec force chœurs, pour lesquels, à son grand désespoir, il ne pouvait\nrecruter d'autre basse que celle de son condisciple M. Lemoine Monti-\ngny, actuellement directeur du Gymnase. Enfin un jour qu'il venait de\nlire une histoire de Guillaume Tell, il se sauva à pied du collège de Ver-\nsailles et ne fut rattrapé que dans la forêt de Fontainebleau où il fit aux\nquestions de la gendarmerie cette seule réponse : qu'il allait en Suisse\nentendre en pleine montagne le Ranz des vaches.\nCela lui valut d'être mis à Paris, dans une prison plus étroite, la\ngrande institution tenue par M. Goubaux, l'un des auteurs de Trente\nans ou la vie d'un joueur ; et comme son oncle, le contre-amiral, voulait\nqu'il entrât à l'École polytechnique, il se jeta avec son ardeur habituelle\ndans les mathématiques; mais, un jour de sortie, on le conduisit au\nthéâtre Feydeau, à une représentation du Ma\\aniello de Carafa. Trans-\nporté d'enthousiasme, il s'écria : je serai musicien! et, au lieu de rentrer\nà la pension, il se réfugia chez un ancien camarade, Mazhar, parce que\ncelui-ci qui, par parenthèse, est devenu plus tard Mazhar-Bey, en\nEgypte, mais n'était alors qu'un élève de Leplus ou de Tulou, avait un\nassortiment de flûtes.\nC'est sur la petite flûte qu'il lui emprunta, et qui est encore accrochée"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.3", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "dans son cabinet de travail, que Mermet s'apprit ses premières notes, en\nessayant de recomposer Pair de bravoure qu'avait chanté le père Pon-\nchard-Mazaniello.\nPuis un autre jeune ami, Fromenthal qui devait rendre plus tard si\nillustre le nom d Halévy, lui enseigna tout ce qu'il savait de grammaire\nmusicale.\nAlois commence la vie du lutteur! Les vivres étaient coupés; le\ntravail seul, un travail acharné, le sauva; élève le matin, il professait le\nsoir à de plus ignorants que lui. Fétis lui procura quelques copies de\nmusique; il chantait dans les salons ses premières romances, car il avait\nune jolie voix; qui sen douterait maintenant? Mais que de longs jours\nde misère! que de mois de souffrances! d'autant que l'homme était d'un\ncaractère droit, franc, ennemi de toutes concessions; bref, son mobilier\nse composait d un canapé et d'une cruche, quand, dans un jour béni,\narriva dans sa mansarde une invitation de mademoiselle Duchesnois.\nLa célèbre tragédienne du Théâtre-Français avait alors, rue de la\nTour-des-Dames, un des salons les plus fréquentés de Paris. Llle avait\neu occasion d'entendre Mermet, et, un jour, elle obtint de son amie,\nmadame Damoreau, qu'elle voulût bien chanter un morceau de son\njeune protégé. Mais justement Mermet n'avait, à ce moment, de nouveau\nqu'un duo pour ténor et soprano; impossible de penser à un artiste\nde l'Opéra ! Un ami qui avait une charmante voix, M. Dartigues, eut\ncette audace et ce dévouement de donner la réplique à la prima*donna\nde rOpéra-Comique.\nQuant à l'accompagnateur, c'était tout simplement Listz.\nCe duo, qui est l'origine du charmant andante du violon solo dans le\nballet de Roland à Roncevaux, eut un tel succès qu'un des habitués de\nla maison, le poète Alexandre Soumet, confia sur le champ à Mermet la\nmusique d'une cantate qu'il venait d'achever.\nPuis, quelques jours après, il voulut le présenter à son ami Lesueur\nde l'lnstitut, qui, irappé des dispositions du jeune Compositeur, en fit\nson élève favori.\nCar Mermet, quoi qu'il ait été imprimé, n'a jamais eu d'autre maître\nque l'auteur de la Caverne et des Bardes.\nEntre temps, et au milieu de ses sérieuses études, il composait toujours\net c'est à cette époque (1845) qu'il donna au théâtre de Versailles sa\npremière pièce, la Bannière du Roi, dont les paroles étaient de Car-\nmouche et de Félicien Malefille, le futur auteur des Sept Enfants dù\nLara, des Mères repenties, etc.\nCurieux souvenir! Dans cette pièce inspirée par le roman de Walter"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "Scott; Richard Cœur-de-Lion, le rôle du ténor fut créé par.... Palianti,\nvous vous rappelez ce brave auvergnat de Palianti, l'amusant brigand\nde Fra-Diavolo.\nAlexandre Soumet travaillait à ce moment à un Roi Saiil. Comptant\nsur son jeune compositeur, il se mit en rapport avec Malefille, et la tra-\ngédie devint le Roi David, dont la partition fut bientôt terminée et\nrésolument présentée à M. Léon Pillet, alors directeur de l'Académie\nroyale de musique.\nIci, il faut faire justice d'une légende que Jules Lecomte, de Y Indé-\npendance Belge, a mise en circulation. Beaucoup d'autres après lui ont\nraconté qu'un jour, M. Léon Pillet étant à la fenêtre chez madame Stoltz,\ndans son appartement de la rue Chauchat, entendit par hasard un voisin\nqui, à un étage supérieur, chantait à pleine voix un morceau très origi-\nnal et absolument inconnu de lui, On ajoutait que, vivement intrigué,\nil était monté avec madame Stoltz sonner à la porte du chanteur, qui\nn'était autre que M. Mermet, et, séance tenante, après avoir entendu\ndix autres morceaux, avait reçu cette partition qui lui tombait du ciel.\nLa vérité est presque plus jolie que cette légende, la voici : J'ai dit\nque M. Léon Pillet avait gardé la partition du Roi David, présentée par\nM. Mermet, et comme il ne faisait rien sans consulter madame Stoltz, il\nla lui avait soumise. Le lendemain une lecture à huis clos fut ménagée\ngrâce à une petite conspiration de l'excellente mademoiselle Nau qui en\nprévint amicalement l'auteur, lui promettant de lui faire part au plus tôt\ndu résultat. Mais Mermet ne put attendre, et, dès huit heures, il s'était\nblotti &ous une porte coçhère en face des fenêtres ouvertes de madame\nStoltz. Au bout d'un siècle d'attente, il entendit l'accompagnateur Fichel\nqui se mettait au piano, puis l'admirable voix de Rosine Stoltz qui don-\nnait à pleine volée, puis les vocalises de mademoiselle Nau, puis la basse\npuissante de Brémond; mais la partie de ténor! rien! rien! Gardoni\nn'avait pu venir. Alors Mermet n'y tient plus, il traverse la rue, monte\nl'escalier, et se précipite dans le salon de madame Stoltz en entonnant la\npartie du ténor; M. Léon Pillet, après un moment de surprise, a re-\nconnu l'auteur qu'il présente à la grande artiste et quand, à la fin de la\nsoirée, Mermet se retire, après mille excuses, madame Stoltz lui dit :\n« Vous oubliez quelque chose, monsieur...\ncc Quoi donc, madame?\ncc Votre bulletin de répétition pour demain.\nOn sait les suites; malgré un très franc succès, le Roi David îVeut qu'un\npetit nombre de réprésentations par suite du départ subit de madame\nStoltz pour l'ltalie, où elle obtint de Rossini son dernier opéra, Robert"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.5", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "Bruce ; à son retour elle répéta encore une fois son rôle du berger Da-\nvid, mais c'était le moment de la cabale qu'elle avait soulevée en haut\nlieu; depuis le jour d'un certain bouquet foulé aux pieds, elle ne pouvait\nparaître sans soulever d'indignes protestations; ce fut même à cette re-\nprésentation dernière du Roi David qu'après ses ce adieux à la Harpe, »\nelle fut sifflée et rentra dans la coulisse en disant avec sa grande loyauté\nd'artiste, à l'auteur consterné : ce Ah! vous savez, M. Mermet, ce n'est\nque pour moi ces sifflets ! »\nA partir de cette époque, (1846), la vie de misère et de souffrances\ncesse pour Mermet. La famille ne combat plus, elle soutient cette voca-\ntion que le succès a confirmée ; de nombreuses et illustres amitiés qui\nne se sont jamais démenties se groupent autour de lui : c'est Léon de\nMaleville, c'est Orfila, puis que sais-je? Lireux, Laurent - Pichat,\nDucuing, Laurent Jan, d'Ortigues, Lacombe, Barbereau, Chenavard,\nEmile Augier, Duclerc, Latour-Saint-Ybars, Blaze de Bury, etc. etc. Le\ndivan Le Peletier, où se faisaient et se défaisaient alors les réputations,\nl'acclame. Mais si la vie de misère a cessé, la vie de lutte continue plus\nque jamais.\nEntre le Roi David (1846) et Roland à Roncevaux (1864), il va\ns'écouler dix-huit années!\nEt cependant, au lendemain de son premier succès à l'Opéra, au lieu\nd'en profiter, comme tant d'autres, pour écouler ci et là son solde d'an-\nciens travaux, au lieu de rechercher ces succès faciles qui finissent par\namener l'opérette, et que son esprit très humoristique eut aisément ren-\ncontrés, Mermet avait jeté au plus profond de son armoire toutes ses\nœuvres de jeunesse. Et lui, fils de soldat, patriote de tout cœur, il se fit\nimmédiatement un programme auquel il voulait consacrer son talent\net sa vie: c'était la glorification sur nos scènes lyriques des libérateurs de\nla patrie.\nAprès de longs travaux, son choix s'arrêta sur trois grandes figures :\ni° Roland ; 20 Jeanne d'Arc ; 3° Un des héros de la Révolution Fran-\nçaise.\nOn sait le succès de sa première tentative, mais ce que l'on ne peut\nque soupçonner, ce sont les traverses par lesquelles passa l'œuvre une\nfois terminée. Le directeur actuel, Roqueplan, rendit le manuscrit avec\nquelques mots de son esprit habituel, en se disant ce Mermet rira, il sera\ndésarmé. » Le Seigneur Crosnier ne le lut même pas, tout occupé de la\nSanta Cliiara du duc de Saxe-Cobourg-Gotha, lequel avait une croix\nde commandeur à offrir. Alphonse Royer, mis au pied du mur, criait\nce mot si vrai : « Est-ce que Ton joue ses amis ? »"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "C'est dans un de ses jours de découragement que Mermet, cédant à\nla misanthropie sans repentir d'un célèbre artiste-écrivain, prit un\ninstant la résolution de mourir avec lui. Arrivés sous le pont d'Asnières,\nlieu choisi pour le suicide, son ami lui dit :\n« Jette-toi le premier à l'eau,\n« Pourquoi ?\n« C est que je sais nager, et, comme témoin de ton duel avec la\nmort, si tu renâcles, je pourrai te sauver.\n« Eh bien, répliqua doucement Mermet, puisqu'il s'agit d'un duel,\ntémoin, je te propose de déjeuner plutôt avant qu'après. »\nAprès déjeuner, l'eau parut fade.\nEnfin, M. Emile Perrin vint, et malgré les luttes intestines qui se\nproduisent à 1 Opéra avant chaque nouvel ouvrage, la première repré-\nsentation de Roland à Roncevaux eut lieu le 4 octobre 1864.\nLes souvenirs de cet ouvrage qui, non seulement fit à Paris de si\nbelles recettes à la création et à la reprise, mais a réussi non moins\nbrillamment à Lyon, Marseille, Bordeaux, etc., sont trop récents pour\nque nous rappelions le succès du poème et de la musique, ainsi que des\ninterprètes : Gueymard, Belval, Warot, Cazeaux, Bonnesseur, mesdames\nGueymard, De Maesen, Levielli, et les deux premières danseuses Ange-\nline Fioretti et Laure Fonta*\nLa jolie mademoiselle Hamakers avait aussi un air très applaudi\nà la répétition générale et qui fut supprimé, de même que le trio des\nTruands de Jeanne Darc, qui, àla répétition générale fut le morceau\npeut-être le plus remarqué, a disparu à la première.\nArrivons à Jeanne Darc :\nIl ne s était écoulé que huit années entre le Roi David et Roland.\nCalculez la distance qui sépare Roland (1864) de Jeanne Darc (1876).\nEt cependant, dès 1866, le livret était terminé. L'auteur du poème\naprès avoir lu tout ce qui a été publié sur son héroïne, depuis les vieux\nMémoires jusqu'à Michelet, Firmin Didot et M. Wallon, après avoir\nconsciencieusement été en Lorraine pour visiter la maison Darc à\nDomrémy, puis à Chinon, puis à Reims pour préparer sa scène delà\ncathédrale qu'il voyait bien autrement que nous ne l'avons vue, après\navoir reconstitué lentement les fortifications d'Orléans à cette époque,\npour ne pas faire la moindre erreur historique, l'auteur du poème avait\nfait place au compositeur qui se cacha pendant tout un été dans un\ncoin des bois de la Jonchère, en compagnie seule de son ami dévoué\n1 accompagnateur Alphonse Duvernoy, et enfin l'œuvre terminée fut\nsoumise à M. Emile Perrin."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.7", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "Le directeur de l'Opéra reçut avec joie l'œuvre nouvelle de celui qui\nlui avait donné déjà un grand succès. Mademoiselle Sasset Faure étaient\nles protogonistes principaux indiqués par lui quand la guerre arriva.\nLorsque M. Halanzier prit la direction, il accepta dans l'héritage de\nM. Perrin la Jeanne Darc, qu'il destina successivement à mademoi-\nselle Devriès, puis à mademoiselle J. Hisson, puis à mademoiselle Da-\nnieri, et qui est enfin devenu la création à jamais mémorable de la vail-\nlante et grande artiste qui a nom Krauss.\nIci je m'arrête, n'ayant pas mission de dire ce que je pense du poète\net du compositeur.\nQuant à l'homme, après cette biographie si écourtée, je n'ai pas besoin\nde vous le présenter. La belle gravure qui figure dans ce recueil, d'après\nla photographie de M. Truchelut, est le portrait vivant de Mermet.\nPour les curieux d'intérieur, j'ajouterai que Mermet occupe au cin-\nquième étage, mais au boulevard des Italiens, un modeste logement où\nl'on voit dès l'entrée le portrait de son père et dans tous les coins les\ntableaux et souvenirs de ses amis. Il n'y a pas un coin de vide.\nSi l'on me demande qu'elles sont ses préférences musicales, je puis ré-\npondre : Gluck et Spontini, puis Rossini avec Guillaume et Moïse,\nWeber avec FreyschutQuant à l'école moderne, il s'exprime à ce\nsujet avec une indulgence et une réserve courtoises, dont bien peu de ses\njeunes confrères viennent de lui rendre la monnaie.\nMaintenant, au lendemain de Jeanne Darc, que va faire Mermet? Je\nsais qu'il a déjà renoncé à tenter sa troisième épopée lyrique, rêvée à\npropos de la Révolution française; je sais aussi qu'il songe à un grand\ntravail sur un magnifique sujet antique, pour lequel le secret est de-\nmandé à ses intimes, mais je ne serais pas étonné non plus si, d'un jour\nà l'autre, il prenait fantaisie à l'auteur de Roland et de Jeanne Darc de\nreprendre dans ses cartons et de présenter à l'Opéra-Comique et au pu-\nblic, un Pierrot pendu) paroles et musique de A. Mermet.\n\nADOLPHE DUPEUTY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1876-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "64", "page_fin": "72", "image_debut": 8, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.2.2", "titre_corps": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "titre_sommaire": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "signature_source": "A. PRADINES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\n1\"\nVIII\nu début, à l'exception des armes, des livres, des draps\nd'or, d'argent et de soie, on vendait de tout à la Foire.\nLorsque Yon eut construit autour, la vente du bétail\nseule fut supprimée.\nNous avons dit que la Foire était franche; en\neffet, non seulement tous les marchands du dehors\npouvaient y venir, mais encore il était loisible aux ouvriers non maîtres\nd'y étaler sans crainte d'être inquiétés par les jurés de la ville. Parmi les\nmarchands provinciaux qui fréquentaient le plus assidûment la Foire\nSaint-Germain, on remarquait ceux d'Amiens, de Beaumont, de Reims,\nde Nogent et d'Orléans ; parmi les étrangers, les marchands allemands,\narméniens et turcs. Mais ces derniers, pour la majeure partie, étaient\nfaux teint,Sous le costume oriental et soigneusement grimées, les La\nReynie et les d'Argenson comptaient les plus fines mouches de leur\npolice secrète. De même, messieurs les filous ; comme ils savaient leur\nmétier non moins bien que les lieutenants de police le leur, ils ne se\nfaisaient pas faute d'affubler du même costume nombre de compères des\n\n(i) Voir les numéros des i®r décembre 1875 et ier avril 1876."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "deux sexes, ce qui permettait aux marquises de la Papelardière et aux\nmarquis de Gourdinvilliers, coqueluches de la rue Sainte-Avoye, de\nnouer de bonnes intrigues à la Foire, et surtout de faire montres,\nbourses, tabatières, mouchoirs, enfin tout ce qui se met dans les poches\net les goussets.\nQuant à énumérer le tout ce qui se vendait à la Foire, on comprend\nque c'est un travail que nous n'avons même pas essayé d'entreprendre.\nSeulement, de ci, de là, nous avons noté quelques objets qui caracté-\nrisent plus particulièrement ce que les simples et naïves gens appellent\ntoujours le bon vieux temps. Par exemple, nous citerons sans ordre, ni\ngradation, ni qualité, ni genre, ni espèce : à la fortune de la plume, si\nnous pouvons nous exprimer ainsi (et pourquoi pas, puisqu'on dit à la\nfortune du pot}). Si bien que tout porte à croire que la nomenclature\nsera une véritable macédoine.\nDonc, on vendait à la Foire Saint-Germain : Coffrets, tours de gorge,\nmiroirs d'écaillé de tortue, engageantes, savonnettes de crème de savon,\nessences de Rome, de Gênes, de eau de fleurs d'oranger, essence\npour les cheveux, essences pour les tabacs, eaux d'Ange odoriférantes,\nmanchons, palatines, cassolettes, colifichets, c'est-à-dire jouets d'enfants\nen étoffes, en plomb, en cartes; essence de beauté, cuir à repasser les\nrasoirs, pommade Ninon de Lenclos, poudre de fleurs dentifrique, eau\ndes mille fleurs, pain d'épices, cervelas, lait d'Amarante, essence d'ambre\net de musc, lait virginal, thé. café, rossolio, vespetro, montres, tabatières,\nlaques, faïences de toute forme, bijoux en or et en argent, chapelets,\neau d'anis, eau clairette, draps ou autres étoffes de laine, ou mêlées de\nsoie ou de laine, ou de fil et de laine; orgeat, bonnets à la bénéficiaire,\nétoffes de la Chine, déshabillés à bonne fortune, mastic pour les trous à\npetite vérole, baume de Perse, cordons de chapeau, cannes, eau de sen-\nteur de Constantinople, nœuds d'épée, confitures, rubans d'or, vin de\nSaint-Laurent, des Canaries, écharpes, tabliers, fichus, ratafia, robes de\nchambre de Marseille, chemises de toile de Hollande, robes de chambre\nà la mode, bonnets à la siamoise, fromage de Milan, vins d'ltalie, de\nGrèce, de Malvoisie, ratons « tout chauds, à deux liard, » oranges delà\nChine, peignes, couteaux, étuis, ciseaux, indienne à la mode, couver-\ntures de Marseille, olives de Vérone, cornettes, engageantes de Flandre,\ncolliers de verre, instruments de musique, corsets, jupons de Marseille,\ntableaux de grands prix, et, pour finir, chocolat. Ce précieux produit\nbien entendu lorsqu'il est fabriqué selon la formule: cacao, sucre et\ncanelle réduits en pâte fit sa première apparition à la Foire Saint-\nGermain de l'année 1659. Un sieur David Chaliou, de Toulouse, l'avait"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "expédié, parce que investi du privilège exclusif, pendant 29 ans, de\n« faire vendre et débiter dans toutes les villes et autres lieux du royaume,\nune composition qui se nomme chocolat, soit en liqueur ou pastilles,\nen boîte ou telle autre manière qui lui plaira. » Ainsi s'expriment les\nlettres-patentes de ce privilège datées du 29 novembre i 658.\nLà nomenclature que nous venons de faire est en grande partie\njustifiée, comme suit, par la Gazette en vers de Loret, du 22 février\n1664 :\nJe n'ai point vu encore la Foire,\nMais j'ai su de gens qu'on doit croire,\nQu'on y voit de tous les côtés\nCent plaisantes diversités ;\nCar outre les orfèvreries,\nOutre les riches pierreries,\nQiiantité de bijoux fort beaux,\nQui brillent le soir aux flambeaux ;\nOutre mainte bellt marchande,\nOutre les toiles de Hollande,\nLes beaux rubans, les fins mouchoirs,\nLes porcelaines, les miroirs,\nLes tableaux et les antiquailles,\nQin ne sont pas pour des canailles ;\nLes confitures et douceurs,\nMarionnettes et danseurs;\nOutre les animaux sauvages;\nOutre cent et cent batelages,\nLes Fagotins et les Guenons,\nLes mignonnes et les mignons,\nOn voit un certain habile homme\n[Je ne sais pas comme on le nomme)\nDont le travail industrieux\nFait voir à tous les curieux,\nNon pas la figure d'Hérode,\nMais du grand colosse de Rhode\nQu'à faire on a bien du temps mis;\nLe haut mur de S émir amis,\nOû cette reine fait la ronde;\nBref les sept merveilles du monde,\nDont très bien des yeux sont surpris\nEt que Von voit à histe prix.\n1 s'agit maintenant de pénétrer dans l'intérieur de la Foire. Pour ce\nfaire, nous avons dit que nous accompagnerions le grave conseiller de\nS, A. le prince de Waldeck. Suivons-le donc en répétant avec Scarron :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.11", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "Sangle au dos, bâton à la main,\nPorte-chaises que Von s'ajuste;\nC'est pour la Foire Saint-Germain.\nPrenez garde à marcher bien juste.\nN'oublie\\ rien, montrez-moi tout ;\nJe veux la voir de bout en bout.\nIX\nLa Foire Saint-Germain, raconte J.-C. Nemeitz, est un des plus\ngrands plaisirs de Paris. Elle est environnée d'un clos d'ais et couverte\npour y être garantie de la pluie. L'on y trouve les plus belles denrées,\nles plus riches effets et toutes les choses des manufactures de Paris.\nLe gros de ces marchandises consiste en galanteries, en confitures et\nen café.\nLa plus grande affluence du monde ne commence que sur les huit\nheures du soir, quand les spectacles et les danses de corde sont finis.\nToutes les boutiques sont illuminées de chandelles très bien rangées,\net la presse est si grande qu'on a peine à la fendre.\nTout y est pêle-mêle, les maîtres avec les valets et laquais, les filous\navec les honnêtes gens.\nLes courtisans les plus raffinés, les plus jolies filles, les filous les plus\nsubtils sont comme entrelacés ensemble.\nToute la Foire fourmille de monde depuis l'entrée jusqu'au bout.\nCeux qui n'ont point de compagnon ni d'autre occupation, se portent\ndans une boutique d'où ils font la revue des passants. Mais d'autres, qui\nsont en compagnie, principalement avec des dames, s'asseoient dans\nune boutique et y achètent quelque chose de quoi jouer. Chacun y con-\ntribue. Celui qui gagne la chose mise au jeu la retient ou il en fait quel-\nquefois présent à une des dames. Il faut faire ses emplettes de jour, car\nle soir on ne saurait marchander à cause de la grande multitude\nd'hommes. Il y a encore des boutiques où on ne fait que jouer aux dés ;\nc'est le grand divertissement des Français. Le maître de la boutique en\ntire le plus de profit.\nLes dix heures étant sonnées, chacun se retire et on ferme les bou-\ntiques.\nLes plus grands divertissements de la Foire sont les troupes de dan-\nseurs de corde. Il yen a quelquefois jusqu'à quatre ou cinq de diverses\nsortes, qui ont dressé leurs théâtres en partie dans la cour de la Foire,\nen partie au dehors."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "L'affluence du monde est indicible, puisque les personnes de qualité\nsont alors de retour en ville des maisons de plaisance, et que nombre\nd'officiers sont revenus de l'armée, sans parler de tant d'autres gens\ndes provinces que des procès ou d'autres raisons ont attirés à Paris.\nNon seulement les quatre ou cinq troupes, mais encore l'Opéra et les\ncomédies ordinaires, sont pleins de monde.\nLa troupe qui a gagné le dessus est la plus recherchée. On se jette sur\nsa tente comme si on allait l'emporter d'assaut.\nLa danse sur la corde n'est pas de si grande considération que la\ncomédie que l'on joue après.\n11 y a dans ces bandes quelques-uns qui avaient appartenu à l'ancien\nThéâtre-Italien, fermé par Louis XIV, mais rétabli par le Régent. Or, il\nest constant que le reliquat des Italiens s'est établi à la Foire sous le pré-\ntexte de danser sur la corde. Au commencement, ils représentaient leurs\npièces simplement, par des signes et des postures, n'ayant pas la permis-\nsion de chanter ni de parler. Puis ils les chantèrent moyennant une\ngratification à l'Opéra. Les pièces représentées sont prises pour la plu-\npart du théâtre italien de Ghirardi. Ces messieurs sont capables de jouer\nquelquefois la même pièce quinze jours de suite, selon l'approbation\nqu'elle trouve.\nLes troupes de la Foire se portent envie Tune à l'autre, remuant ciel\net terre pour attirêr le plus de spectateurs. Celle qui a le meilleur arle-\nquin l'emporte sur les autres.\nLes mots bas, burlesques et quelquefois des gestes assez impudents, ne\ndiminuent rien du prix d'une action. J'ai vu souvent avec étonnement\nque, même des dames de considération, entendaient et voyaient ces\nsaletés sans rougir de honte : que dis-je ! elles ne pouvaient cacher le\ncontentement qu'elles en ressentaient, puisqu'elles en riaient de\nbon cœur. Mais, qu'importe ! c'est la grande mode de Paris. Plus\nune drôlerie est naturelle et grotesque, plus on s'en divertit. Tout est\npermis à Arlequin et à Colombine, ces deux bons enfants.\nOutre les danseurs de corde, il y a des joueurs de marionnettes. Ces\ngens font un terrible vacarme quand on passe. L'un veut mettre son\nvoisin au sac avec toutes ses pièces.\nIl y a quelques ans (1714) qu'un de ces aventuriers fut si heureux,\nque le maréchal de Villars, étant un soir à la Foire, eut la curiosité\nd'entrer dans sa boutique de marionnettes où l'on représentait la\nVictoire de Demain. Tout le monde suivit l'exemple; et comme la\nboutique 11e le pouvait contenir à la fois, le maître des marionnettes fut"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.13", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "obligé de répéter la pièce six fois le même soir, pendant que les autres\nne pouvaient attraper un seul spectateur.\nPolichinelle est assez grossier et massif, mais cela n'empêche pas que,\nmême des dames de qualité, ne viennent souvent voir cette sorte de\nspectacle : les marionnettes.\nVoici ce que j'ai vu de rare à la Foire la dernière année que j'étais à\nParis :\nLe Scaramouche d'une troupe de danseurs de corde non seulement\ndansa et se tourna sur la ligne sans contrepoids, mais il joua aussi fort\nhabilement la Folie dCEspagne d'un violon qu'il tenait tantôt derrière\nle dos, tantôt sous le bras et tantôt au-dessus de la tête.\nQuelques volligeurs non pareils, parmi lesquels un Anglais, se signala\ndes autres par son adresse.\nUn homme, dansant sur l'échelle, fit des caprioles surprenantes, et\nnéanmoins il sut toujours se tenir en balance.\nUne tourneuse Anglaise, âgée de quelque vingt ans, qui demeura\nprès d'une demie heure sur le même point, en se tournant comme un\nsabot avec une grande rapidité, pendant qu'elle prit souvent le change\ntantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, et que tenant six épées nues\ndans ses mains, les pointes tournées vers le corps, elle en mit une à la\ngorge, l'autre à l'œil, une autre sur l'estomac, etc., etc. Elle les changea\nmême souvent de place pendant qu'elle tournait sans cesse. Au bout de\nla pièce, elle ramassa les six épées et les mit sous un bras avec une rapi-\ndité inconcevable, Métier très dangereux.\nUn Anglais, pareillement de quelque vingt ans, fit des contorsions\net des mouvements de corps extraordinaires. Les membres lui étaient\ncomme disloqués et rompus.\nUn enfant à quatre bras et d'autres monstres de toute sorte.\nUn lion d'une grosseur peu commune.\nUn singe habillé premièrement en mousquetaire, puis en demoiselle,\nensuite en arlequin. Cet animal salua la compagnie, ôta lui-même son\npetit chapeau et se le remit; s'assit sur une chaise faite exprès pour lui,\ncomme ferait un homme; il fit avec son petit mousquet tous les exer-\ncices d'un fantassin, tira un coup de pistolet, dansa un menuet, fît plu-\nsieurs tours dans le cercle monté sur un chien dressé exprès pour cela,\ntenant un drapeau de sa patte. On disait que le maître avait gagné plus\nde 5,000 livres pendant le temps de la Foire.\nUn lièvre qui battait la caisse et fumait du tabac.\nUne prétendue Académie de pigeons. Il y avait quelques pigeons\nqu'un certain homme avait appris à tirer un petit chariot, comme font"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "les chevaux, à tourner la broche à laquelle on avait mis de la chair à\nrôtir, à passer par dessus la baguette, comme des chiens, à courir\nreprendre ce qu'on leur avait jeté et à exécuter plusieurs autres tours de\nsouplesse.\nUn petit chariot à deux chevaux attelés (le tout travaillé en bois), qui\nfaisait des tours en charriant sur la table, et qui retournait de lui-même\nquand il était au bout. Tout cela c'était l'effet de quelque ressort\nqu'on avait pratiqué au dedans du chariot et qui le mouvait.\nUne autre invention mécanique de papier, qui représentait le théâtie\nde l'Opéra. Une certaine machine y faisait entrer et sortir les person-\nnages; un homme à l'orchestre battait la mesure, et, à la fin, on y voyait\nparaître l'Enfer avec toutes les peines que les poètes lui ont attribuées.\nUn autre homme avait le mobile perpétuel.\nC'était une sphère qui roulait sans discontinuer dans une certaine\nmachine faite de fil d'acier, et qu'un certain ressort relançait en haut\nquand elle touchait le fond de la machine. Et cela allait ainsi sans cesse\net sans répit.\nUn autre montrait un char de triomphe artistement travaillé en du\npapier.\nEnfin, un autre faisait voir des oiseaux rares de diverses sortes.\nEt qui peut nommer les bagatelles qu'il y eut à cette Foire, ainsi que\nle nombre infini de bateleurs et de joueurs de gobelets.\nLe grave conseiller Nemeitz nous apprend encore que les marchands\npayaient beaucoup pour les places, les tentes et les boutiques, «ce qui\nfaisait qu'ils étaient très chers. » Il nous dit que les boutiques ouvraient\ntous les jours, les dimanches exceptés, et que l'usage était, après avoir\npromené dans les allées, d'entrer dans quelque ce boutique de café. »En\ncicerone consciencieux et honnête, il termine par des conseils à l'usage\nde vertueuse et noble jeunesee allemande.\nPrenez garde à vos poches, lui dit-il: « les montres, les tabatières, les\nmouchoirs et cent autres bagatelles sont en péril à la Foire. Que si\nvous entendez crier : Gardez vos poches I défiez-vous des crieurs. Lors-\nque, le soir, vous entrerez dans quelque boutique de café, ayez bien\nsoin de ne manger trop de ce poisson apprêté en salade et qu'on ap-\npelle le thon, ni de boire trop de ces vins qui échauffent, tels que le Saint-\nLaurent, le muscat, le Frontignan, etc., etc., qui sont alors en grande\nvogue 5 ni de surcharger votre estomac de marrons glacés, de pistaches\nendragées (quelques uns disent moustaches enragées), de truffes et\nd'autres semblables confitures. »\nVisitez les théâtres des danseurs dê corde? poursuit-il; jouissez de la"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "vue des décorations ce des hommes qui prennent la figure des bêtes sau-\nvages en se couvrant de leurs peaux, mais ne prêtez pas trop l'oreille\naux brocards, turlupinades et vilenies qui se disent et se font. Les\npostures lascives, indécentes, des filles qui dansent choquent la raison et\nla pudeur. » N'oubliez pas que « les charlatans qui'agissent publique-\nment dans la cour de la Foire, ne sont que pour la canaille. » Evitez\nsurtout « les boutiques à café qui sont dans les petites allées des côtés\nde la Foire; ce ne sont que de francs , et les appartements dressés\nau second étage sont pour les amateurs de la partie carrée. » Enfin, gar-\ndez-vous de vous laisser duper. Tel forain se vante de vous montrer un\n« crocodile tout vif, » qui, lorsque vous êtes entré dans sa tente, ne vous\nmontre de cet amphibie <c que la peau farcie. »\nFaut-il dire que, bien avant Nemeitz, notre jovial Scarron avait dit\nen vers burlesques :\nTout ce qui brille n'est pas or\nEn ce pays de piperie.\nOu bien :\nFoire, l'élément des coquets,\nDes filous et des tire-laine ;\nFoire, où Von voit moins d'affiquets\nQue l'on ne vend de chair humaine;\nSous le prétexte de bijoux,\nQue Von fait de marchés che% vous,\nQiu ne se font rien qu'à la brune!\nQue de gens che\\ vous sont déçus !\nQue che% vous se perdent d'écus!\nQue che\\ vous c'est chose commune\nDe voir converser sans rancune\nLes galants avec les\nEt encore :\nLe bruit des pénétrants sifflets,\nDes flûtes et des flageolets,\nDes cornets, hautbois et musettes}\nDes vendeurs et des acheteurs\nSe mêlant à celui des sauteurs\nEt des Tambourins à sonnettes.\nDe joueurs de marionnettes\nQue le peuple croit enchanteurs-."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "Voilà, à peu près, ce que fut la Foire Saint-Germain tout le temps\nqu'elle exista. A l'exception des trois ou quatre dernières années, où sa\nvogue baissa sensiblement à cause des préoccupations politiques qui\ns'étaient emparées de tous les esprits, du peuple comme de la bour-\ngeoisie, de la noblesse et de la royauté, la Foire fut, répétons-le, la\nplus joyeuse, la plus bruyante, la plus pittoresquement originale, la\nplus gauloise enfin des kermesses.\nParlons maintenant des spectacles.\n(La suite prochainement.)\n\nA. PRADINES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1876-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "73", "page_fin": "81", "image_debut": 17, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.2.3", "titre_corps": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE", "titre_sommaire": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE", "signature_source": "MAURICE CRISTAL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\n10\nOSSINI, qui était un excellent chef, aimait peu à diriger\nles répétitions de ses ouvrages. On sait qu'il avait une\nirréprochable mémoire. Il composait son œuvre dans\ntout l'ensemble et la complexité de la partition, sans\nen écrire une note; il l'élaborait dans sa tête, et quand\nl'œuvre tout entière, distribuée en chœurs, soli,\nscènes, duos, trios, détails d'orchestre, rhythmes, effets, fioritures et va-\nriantes, était terminée et classée dans sa tête, alors seulement il prenait\nla plume et écrivait tout d'une traite, comme un copiste. Guillaume\nTell, ainsi écrit au milieu des visites, des conversations, émerveillait\nles dilettantes qui accouraient dans le salon du maître pour assister à la\nnaissance du chef-d'œuvre et n'imaginaient pas, ce qui eût été plus rai-\nsonnable, que Rossini se bornait à transcrire la partition tout entière\nformulée dans son cerveau. Cette œuvre si bien aménagée dans ses\nombres et ses lumières, si bien tissée, et si une dans sa variété, lorsqu'elle\narrive à l'orchestre, il est rare qu'elle réclame, pour être comprise, de\ngrands efforts de la part des instrumentistes ou du chef d'orchestre.\n« Cela marche tout seul, » disent-ils, et c'est ce qui fait que Rossini\nn'aimait pas à se préoccuper des répétitions. Il était d'avis que l'œuvre\ns'imposait d'elle-même ainsi que l'allure et l'accent. En effet, en Italie,\nen Espagne, dans le midi de la France, le midi oriental, le versant mé-\nditerranéen, l'interprétation n'a jamais été fautive. Tout change à Paris.\n\n(i) Voir le numéro du i décembre."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "C'est une traduction du style italien, ce n'est plus le style italien.\nUn accent nouveau, une verve différemment caractérisée s'impri-\nment à cette musique qui, dès lors, n'a plus son cachet, sa personnalité,\net ne peut plus être aussi nettement comprise. Écoutez chez Pasdeloup,\nmême chez Colonne, l'ouverture de Sémiramide, par exemple, elle vous\nintéresse mais ne vous enlève pas. Que Vianesi la fasse exécuter par son\norchestre, aussitôt vous avez comme un sens nouveau, une perception\ninattendue, et l'élan, le brio, la verve italienne vous saisissent, vous en-\ntraînent. C'est que Vianesi a l'ingegno, l'âme, le feu italien, il a tait\nexprimer à Rossini sa véritable pensée, son originale création, et non\nune pâle imitation, une copie française de la composition générale.\nConfiez la même ouverture de Sémiramide ou d'// Barbiere àun\nkapell-meister de Berlin, de Munich, à un professeur de Copenhague,\nà un musicastre de Londres, le mal s'envenime. Ils dirigent ces œuvres\nlégèrement ouvrées, travaillées dans lor et la lumière \\ avec la loui-\ndeur compassée, la complexe concordance que réclament les combi-\nnaisons instrumentales du Nord; ils pèsent des fines toiles d'idéales\naraignées, des fils de la Vierge dans des balances de plomb, et ils s'é-\ntonnent que l'œuvre reste pour eux et pour le public incompréhen-\nsible et sans intérêt.\nRenversez les termes \\ mettez une partition allemande de Gade, de\nWagner, de Brahms, entre les mains d'un chef d'orchestre et d instru-\nmentistes accoutumés aux rhythmes, aux allures de Rossini, de Verdi,\nc'est toute une révolution. Orchestre et public s'étonnent qu'une œuvie,\nqu'on leur a vantée et qui mérite tous les éloges, leur paraisse diffuse,\nsans idée, et ces défauts lui viennent non d'elle-même mais de la ma-\nladroite interprétation qui en est laite.\nCe n'est qu'à la longue que l'équilibre s'étaolit et que les musiques de\ngéographie différente se pénètrent, se marient, pendant que la lutte de\nl'art dans les deux mêmes contrées divergentes, s'opère sur un autre ter-\nrain. Boccherini commence à s'introduire dans la musique de chambre\ndes pays germaniques, après avoir ete discuté, blâmé, nié, Haendel,\nBach, Gade, en revanche, sont admis depuis quelque temps en Italie\net surtout en Espagne, où les dilettantes bien instruits ont toujours sur\nleur piano Berlioz, Schumann, Wagner à côté de Verdi, de Rossini, de\nDonizetti, comme ils ont Shakespeare en anglais, Schiller et Gœthe en\nallemand, Pouchskine et Tourgueniet en russe, Dante, Alfieri, Fasse en\nitalien, Camoens en portugais, à côté de leur Cervantès, de leur Larra,\nde leur Zorilia, de leur Esproncéda, impartialement placés côte à côte\ndans leur bibliothèque."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.19", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "Mendelssohn,qui eut de si louables qualités, méconnut pendant toute\nsa vie le génie de Rossini et de Berlioz. Pour Berlioz, il y avait antipa-\nthie personnelle : mais pour Rossini c'était incompatibilité de vues, in-\nfirmité d éducation et rivalité inconsciente. Lorsqu'il fut nommé chef\nd orchestre à Leipzig, il éleva sa charge à une» hauteur inconnue\njusque-là. Or l'orchestre qu'il avait à diriger et le public qu'il avait à\nsatisfaire étaient composés de musiciens instruits et presque tous aussi\naptes à exécuter qu'à composer, si la faculté créatrice leur avait été\ndonnée. Les auditeurs étaient préparés par ces réunions fameuses, con-\nnues sous le nom de Concert du Gewand-Haus, et surtout par les séances\nincomparables qui avaient lieu à l'église de Saint-Thomas, séances où des\njeunes gens, des étudiants, réunis autour de l'orgue, s'exerçaient deux\nfois par semaine devant un public composé de simples passants, d'ama-\nteurs, à conserver vivantes les grandes traditions de l'art musical alle-\nmand, à se montrer les dignes successeurs de ce Sébastien Bach dont ils\ninterprétaient si dignement les œuvres et qui semblait revivre dans leurs\nchœurs. C'est ainsi que se formait un auditoire de choix, fidèle, bon\njuge et d'autant plus difficile qu'il écoutait en conscience et pour l'édifi-\ncation de son intelligence et de son âme. Mendelssohn fut digne de ses ins-\ntrumentistes et de ses auditeurs. Peines, travaux, sacrifices, il ne ménagea\nrien ; il répondit à toutes les exigences, suffit à tous les travaux, à tous les\nsuccès. Pai ses dons supérieurs, il domina complètement son auditoire\net exerça sur ses élèves comme sur son orchestre un ascendant dont la\nmémoire n'est pas encore perdue. Tous respectaient en lui l'union d'un\ngrand talent et d'un grand caractère. Ils trouvaient ces qualités déjà si\n1 ares lelevées et mises en lumière par ia noblesse invariable de son main-\ntien et par des allures d'homme de compagnie presque introuvables dans\nle personnel musical, qu'il tienne la plume, qu'il écrive ou qu'il com-\npose. Personne ne se posséda mieux, ne se montra plus naturellement\ndoué du talent de s'observer et de se contenir. Ce sang-froid vraiment\nadmirable ne l'abandonnait jamais, bien qu'il fût de son naturel impa-\ntient et prompt à la réplique. La négligence d'autrui le contrariait et\nil souffrait amèrement lorsque des musiciens arrivaient trop tard à leur\nposte ou troublaient les répétitions par leurs chuchotements ou par leurs\nlires. D ordinaire, en paieil cas, il fixait sur les coupables ses yeux sé-\nvères et le bruit cessait. Seulement, un jour voyant que rires et conver-\nsations ne discontinuaient pas, il frappa à petits coups sur le pupitre et\nle silence obtenu, il dit sèchement.\ncommunications; je ne voudrais pas les interrompre. Dehors vous serez"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "plus libres. Ici nous sommes réunis pour étudier et pour travailler avec\nsoin et conscience et nous pourrions vous gêner. »\nOn se le tint pour dit. reste, il prêchait d'exemple, et le respect\nqu'il portait à son art, il le communiqua ainsi à tous ceux qui collabo-\nrèrent à ces belles «exécutions du Gewand-Haus, sur lesquelles, grâce\naux biographes compulsés par nous, nous pouvons dire ici toute la\nvérité, louange et critique.\nQuand il se dirigeait vers son pupitre, Mendelssohn portait sur sa\nfigure et dans tout son maintien le calme religieux, la sérénité, cet\namour à la fois respectueux et passionné qui anime l'artiste pénétré de\nce qu'il y a de divin ici-bas dans toutes les manifestations de la pensée,\net qui lui défend d'en prolaner le culte par une attitude indifférente ou\nsimplement négligée. A son pupitre, il se recueillait un moment. On eût\ndit un fidèle dont les lèvres vont s'ouvrir pour louer Dieu. Tous les\nintrumentistes attentifs, se tenaient prêts, aussi recueillis que lui-même,\npuis, sur un signe, tous partaient. Lui, sans agitation fébrile, sans\ndéclamatoire battement, sans gymnase exubérant, il menait sa petite\ntroupe intelligente et docile. Son visage s'éclairait, ses yeux rayonnaient,\nil animait l'orchestre, et l'auditeur ravi ne pouvait détacher ses regards\nde ces traits où toute émotion, jusqu'à la plus fugitive, marquait sa\ntrace, où le passage de l'émotion précédente annonçait celle qui allait\nlui succéder.\nNéanmoins, ces exécutions n'ont pas été impeccables, et voici la con-\ntre-partie des éloges que nous venons de donner au mérite de Mendels-\nsohn et de son orchestre. Avant Mendelssohn, les morceaux de musique\nclassique joués au Gewand-Haus subissaient les fantaisies personnelles\ndes chefs d'orchestre; on en agissait avec les morceaux classiques comme\navec les ouvertures de mélodrames ou les morceaux d'entr'actes. Fous les\nhivers, régulièrement, on reprenait des morceaux classiques choisis par-\nmi ceux qui ne présentent pas d'insurmontables difficultés, L'exécution\nétait facile, sans incertitude ni hésitation, et le public accueillait tou-\njours avec un plaisir nouveau cette musique de prédilection, avec la-\nquelle il s'était familiarisé, et que l'orchestre jouait comme une mécanique.\nPar amour-propre, par dignité, ils abordaient aussi la neuvième sym-\nphonie de Beethoven, et la pierre de scandale entre les conservateurs et\nles novateurs, » en l'attaquant tous les ans et en se préoccupant peu de\nla mal exécuter. Beethoven n'était pas le Jupiter musical qu a révélé\nHabeneck à nos concerts du Conservatoire; on le raillait assez commu-\nnément, on le disait diflus, incompréhensible, barbare, sans mélodie,"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "sans harmonie, sans rhythme et sans idée. En le daubant ainsi, on trai-\ntait Beethoven comme M. Sarasate s'est permis dernièrement de traiter\nRubinstein. Le plus sublime des sublimes violonistes ouvre, chez Saint'\nSaëns, une partition de Rubinstein; il la feuillette en éventail et la\nreferme en disant : « Rien qu'à voir le grimoire, on imagine sans peine\nque cela ne vaut pas le diable ! »\nLa réponse de Saint-Saëns ne s'est pas fait attendre, et elle a été\njuste ce qu'elle devait être, sans doute, car voilà Sarasate et Saint-Saëns\nbrouillés et irréconciliables, quoi qu'ait tenté Rubinstein,\nBeethoven vivant était donc méconnu, et l'on disait pis que pendre\nde ses compositions. En conséquence, on les exécutait un peu à la\nlégère, et l'impression qui en était le résultat était la confusion. Tantôt\non la prenait trop vite, d'autres fois trop lentement, et tous les rhythmes\nà contre sens, puis les exécutants se disaient mutuellement des compli-\nments, et finissaient par déclarer que Beethoven était, lorsqu'il composa\nsa symphonie en ré mineur, ou imbécile ou enragé.\nMendelssohn vint tout changer, mais il avait son défaut qui était la\nprécipitation. On remarquait qu'il s'emparait çà et là d'un détail, qu'il\nle travaillait avec obstination et réussissait si bien à le mettre en relief,\nque le reste de l'œuvre s'en trouvait comme effacé. Il eût mieux valu\nqu'il portât ses soins à tout faire valoir avec la même attention, le même\nsoin. Le résultat des exécutions dirigées par Mendelssohn était donc la\nregrettable uniformité apportée dans les œuvres les plus animées et le\nchoix fantaisiste d'un détail habilement ressorti. La précipitation était\nl'autre défaut, et celui-ci on le retrouvait avec une telle persistance dans\nles orchestres dirigés par Mendelssohn, que les observateurs ne tardaient\npas à en conclure que cette course rapide avait quelque secret motif.\nCe motif on le connaît, Mendelssohn ne l'a pas tout entier dévoilé :\nil disait, à propos de la conduite des orchestres, qu'un rhythme trop lent\na presque toujours des inconvénients, qu'il préférait, lui, aller un peu\ntrop vite; qu'une exécution irréprochable est rare et même impos-\nsible; que la rapidité permet d'escamoter les difficultés; que pour\nvoiler les les taches, les imperfections, il faut glisser, ne pas ap-\npuyer, éviter les pauses, presser l'allégro et en faire un presto qui ter-\nmine bien les choses; tenir l'orchestre dans le mezzo-forte, s'écarter\ntoujours du vrai forte et toujours aussi du vrai piano, etc.\nMendelssohn a fait école : mais il procédait lui-même d'une tradition\nqui bien avant lui s'était établie dans un grand nombre d'orchestres\nallemands, français, russes, italiens, anglais. C'est en Angleterre que"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "cette tradition s'était le plus triomphalement épanouie. A Londres, la\nSociété philharmonique procédait à ses exécutions comme à un steeple-\nchase. On y exécutait un nombre prodigieux de musique instrumen-\ntale, car on sait que les Anglais ont l'appétit aussi voraceque copieux, et\nl'on ne consacrait à chaque morceau qu'une répétition. L'orchestre\npartait à fond de train et arrivait comme l'express. On avait entendu un\nfourmillement de notes et de sons, on avait commencé, on avait fini, on\nrecommençait pour terminer de nouveau au plus vite et, après s'être\nainsi dépêché sur une vingtaine de pièces musicales, chacun s'en retour-\nnait chez soi ravi, ayant dans son oreille le nombre de notes voulu pour\nque l'argent dépensé ne se trouvât pas perdu.\nLes compositeurs en étaient venus à ne pas écrire d'andante ou à les\nsupprimer. Quand un essai de meilleur goût était tenté, le public, sou-\ndain étonné, et savourant des jouissances plus pures, applaudissait; mais\nalors les critiques faisaient tant de déclamations, rappelaient si éloquem-\nment les lois nationales des traditions anglaises, qu'il fallait vite\nretourner aux chevaux de poste et, fouette cocher! donne de l'éperon\njockey, le prix delà course est au premier arrivé!\nMendelssohn, qui dirigea les concerts de la Société, trouva commode\nce procédé expéditif; il s'y plia et devint à son tour un si bon cocher\nque tous les chevaux (pardon, les instrumentistes) arrivaient fourbus à\nla fin du concert. C'était un spectacle tout nouveau pour les Anglais et\nqui répondait aux souhaits de leur cœur. Ils applaudirent, et Mendels-\nsohn reste pour eux le modèle des chefs d'orchestre.\nEn France, grâce aux concerts du Conservatoire, quand le chef se\ntrompe, c'est l'orchestre qui conduit, car Habeneck Ta stylé à la per-\nection; mais là se trouve encore un écueil,\nLa rénovation musicale a commencé, et cela dans toute l'Europe,\npar les dirigés ce qui est bizarre et non par les dirigeants. Elle\nn'est pas descendue d'en haut, des professeurs, des chefs d'orchestre, des\nmaîtres de chapelle. Elle s'est au contraire élevée d'en bas de la masse\ninstrumentale. Ce sont les musiciens eux-mêmes, les exécutants, qui\nont eu l'initiative des réformes profitables, des rajeunissements désirés.\nLa virtuosité technique a été développée et l'instruction musicale s'est\nfortifiée; les instrumentistes devenus habiles à rendre les idées par\nune expression appropriée, sont en même temps devenus plus com-\npréhensifs, et ils ont fait ressortir toutes les beautés que, jusqu'à eux, on\navait gâtées ou mises à l'ombre. De ce concours de virtuosités nouvelles,\nun orchestre plus vif, plus intelligent, est sorti; et si la rétorme complète\ndes orchestres n'en a pas été le premier résultat, c'est que les chefs d'or-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "chestre, choisis parmi les plus incapables, les plus routiniers, parmi ceux\nqu'on pouvait le moins utiliser comme virtuoses, ne se trouvant plus à\nla hauteur de leur mandat et trouvant bonne une place honorable et\nqu'ils ne voulaient plus abandonner, ont laissé libre chaque instrumen-\ntiste d'aller à sa guise : en sorte que les soldats n'ont pu bien faire parce\nqu'ils avaient un mauvais général, tandis que le général n'a pas tout à\nfait compromis la bataille, parce que ses soldats, excellents, ont multi-\nplié les merveilles.\n■\nQu'on juge du résultat tout autre si d'aussi vaillants soldats eussent\nété commandés par un chef habile, si un magistral musicien eût rassem-\nblé en faisceau ces virtuosités dispersées, de telle sorte que la collec-\ntion de sonorités qui forme l'orchestre, devenue un seul instrument,\nle chef d'orchestre en eût été le réel instrumentiste. Vianesi, diri-\ngeant l'ouverture de S émir ami de, semble en réalité le Briarée aux cent\nbras de la musique instrumentale, se donnant à lui-même la volupté\nd'exécuter à son gré la délicieuse musique du maître» De même pour\nHabeneck. Lorsqu'il tenait son orchestre sous sa main, il devenait un\nvirtuose et il jouait un morceau par l'intermédiaire de ses fidèles et sûrs\ncollaborateurs de la Société des concerts. Il se jouait un air, une mé-\nlodie, et cette mélodie, cet air, c'était, par exemple, la neuvième sym-\nphonie de Beethoven.\nLorsque nous eûmes entendu les diverses symphonies de Beethoven,\nen ré, en la, en fa, en si bémol et ut mineur, l'héroïque et le pastoral, il\nnous sembla que nous connaissions tout Beethoven, mais que le maître\nn'avait pas dit son dernier mot. Nous eûmes alors la partition d'orchestre\nde la symphonie en ré mineur, et nous n'eûmes dès lors qu'un rêve, nous\nvoulûmes entendre à l'orchestre cette symphonie qui ne s était révélée à\nnous que dans les lectures méditées. La lumière se fit complètement\nlorsque nous entendîmes cet ouvrage, dans lequel se révèle toute l'im-\nportance du rôle de l'orchestre, exécuté par la Société des concerts du\nConservatoire de Paris. Une chose se révéla alors à nous, c'est que si\ncette œuvre si vaste, si complexe, si multiple et si variée, était, dans\ncette exécution, la clarté et l'ordre même, la raison en était que chaque\ninstrumentiste pour sa part, et tout l'orchestre dans son ensemble,\navaient appris à apprécier et à mettre en relief, dans chaque mesure,\ndans chaque phrase, dans chaque fragment, dans l'œuvre tout entière,\nla mélodie vaste, variée, profonde, une et sublime que Beethoven a\nécrite en cinq parties, sous le nom de symphonie en ré mineur. Cette"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "mélodie, Habeneck, Tilmant, Deldevez, Lamoureux, aidés de leur\norchestre, la chantent dans son rhythme et dans son accent, absolu-\nment comme un bédouin sur son mehari, quand il traverse le désert,\ncharme sa solitude en chantant sous le ciel bleu la mélodie où il a mis\ntoute son âme et tous ses rêves.\nVoilà le secret. Habeneck, à qui revient le suprême honneur de cette\nexécution incomparable, après avoir fait répéter pendant tout un hiver\ncette symphonie, n'avait compris qu'alors cette musique inintelligible\npour lui au début. Cela devait suffire pour le déterminer à consacrer une\nseconde, une troisième année à déchiffrer cette œuvre de sphynx et à ne\npas lâcher prise avant que la mélodie de Beethoven ne fût bien pénétrée\npar lui et par chacun des musiciens ; comme tous ces musiciens étaient\ndoués d un sentiment vrai de l'exécution mélodique, ils ne pouvaient\nmanquer de la bien rendre. Quant à Habeneck, de par son génie diri-\ngeant, il les maîtrisait tous et eux savaient qu'il était bien qu'ils\nfussent dociles à celui qui les ferait si bien valoir dans la révélation su-\nblime d'un sublime chef-d'œuvre.\nSi on se demande, par quelle voie ces musiciens de Paris étaient arri-\nvés à une solution aussi précise de ce problème difficile, on acquiert\nl'évidence que c'est par le labeur caractéristique de musiciens qui, en\nprésence de ce qu'ils n'ont pas encore compris, se sentent humbles et\ninquiets et cherchent à attaquer les difficultés par les côtés techniques\nsur lequels ils se sentent à l'aise et sur leur terrain.\nL'influence exercée sur nos musiciens français par les traditions ita-\nliennes et françaises de l'Opéra, a eu ceci de bon que la musique ne\nleur devient accessible qu'à travers le chant. Bien jouer, c'est pour eux\nbien faire chanter leur instrument. Quand ils ont exécuté la neuvième\nsymphonie, ils ont eu pour but de la bien chanter, et ils y ont réussi\ncomme avec génie; mais pour la chanter convenablement, il leur avait\nfallu découvrir les rhythmes exacts. Habeneck avait trouvé le véritable\nrhythme en amenant son orchestre, grâce à un travail persévérant, à\nsaisir la mélodie de la symphonie. Seule l'intuition de la mélodie donne\nle rhythme réel. Ces deux éléments sont inséparables, et si les œuvres\nsymphoniques ou théâtrales sont défectueusement rendues, soyez sûr\nque la principale raison en est que les chefs d'orchestre n'ont pas\nsaisi le rhythme, parce qu'ils n'en ont pas saisi la mélodie, et qu'ils\nseraient incapables d'en indiquer le chant. La musique n'est pas de\nla grammaire, de l'arithmétique ou de la gymnastique; avec un sem-\nblable enseignement, on peut devenir un suffisant pédagogue dans\nun conservatoire ou dans un établissement quelconque de gymnas-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "tique musicale, on peut aussi devenir un de ces cuistres de la critique\nmusicale qu'on voit quelquefois en France et si souvent en Allemagne;\nmais on est incapable d'infuser l'âme et la vie à une composition musi-\ncale. On est un musicien chef d'orchestre, et avec les meilleuis instru-\nmentistes, on n'arrive qu'à des exécutions déplorables.\nNous bornons ici ces observations. Cette dernière page en forme la\nmorale bien trouvée, nous pouvons l'affirmer, car elle n'est pas de nous,\nmais de Wagner lui-même, et nous n'avons guère eu qu'à la reproduire\nsans la modifier. Il nous semble que ceux qui veulent s'instruire trou-\nveront là une profitable leçon.\n\nMAURICE CRISTAL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1876-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "82", "page_fin": "89", "image_debut": 26, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.2.4", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "Henri Cohen", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS POPULAIRES. Fragments d'Armide, opéra en cinq actes, poème de Qui-\nnault, musique de Gluck. Symphonie avec chœurs de Beethoven.— SALLE HERZ :\n[ Première audition de Ici Sulamite, pastorale biblique avec chœurs, de M. Edmond\nAudran. CONCERTS MODERNES. CONCERTS de Mlle Majdrowicz, de M. Albert\nSowinski et de M. Ferraris. SALLE PHILIPPE HERZ : CONCERT de madame Albert\nCuveller Marie Secretain). - SALLE PLEYEL : CONCERTS de mademoiselle Armandi\net de mademoiselle Laure Donne.\nONGERTS POPULAIRES. La première représenta-\ntion à7Armide eut lieu à l'Académie royale de musique\nle 2 3 septembre 1777- Legros et mademoiselle Levasseur\ncréèrent les rôles de Renaud et d'Armide, mademoiselle\nDurancy et madame Saint-Huberti, ceux de la Haine et\nde Mélisse ; Gelin représenta Hidraot, et Lainez, qui venait\nd'obtenir un grand succès en remplaçant Legros dans\nAlceste, reçut la partie du chevalier Danois. La célèbre basse Larrivée con-\nsentit à se charger du personnage d'Ubalde. « Ce n'est point un rôle que je\nvous offre, lui avait dit Gluck, il n'y a qu'un vers, qu'un mot, mais j ai besoin\nde vous pour le dire, toute la pièce est dans ce mot. » Larrivée accepta, il fu\nadmirable et électrisa l'auditoire en lançant le fameux « Notre général nous\nappelle. »\nGluck comptait frapper un grand coup avec Armide, bien qu'il eût tout à\nredouter des intrigues de la cabale qui s'était déjà formée contre lui. « Jai\nachevé VArmide, écrivait-il à du Rollet, et j'en ai fait la musique de manière\nqu'elle ne vieillira pas de si tôt. L'ensemble en est si différent de celui d Al-\nceste que vous croiriez presque que les deux opéras ne sont pas du même\ncompositeur. J'ai tâché d'y être plus peintre et plu.; poète que musicien,\nenfin vous en jugerez si on veut l'entendre. Je vous coniesse qu avec cet\nopéra, j'aimerais à finir ma carrière. Il est vrai que pour le public, il faudra"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.27", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3175, "texte": "au moins autant de temps pour le comprendre qu'il lui en a fallu pour com-\nprendre YAlceste. Il y a une espèce de délicatesse dans YArmide qui n'est\npas dans Y Alceste, car j'ai trouvé le moyen de faire parler les personnages de\nmanière que vous connaîtrez d'abord, à leur façon de s'exprimer, quand ce\nsera Armide qui parlera ou une suivante Je tremble presque qu'on\nveuille comparer YArmide et Y Alceste, poèmes si différents, dont l'un doit\nfaire pleurer et l'autre faire éprouver une voluptueuse sensation. Si cela\narrive, je n'aurai pas d'autre ressource que de faire prier Dieu que la bonne\nville de Paris retrouve son bon sens. »\nOn le voit, malgré les justes défiances que lui inspiraient les préventions et\nl'instinct musical peu développé du public parisien, Gluck croyait fermement\nà la victoire. A la reine, qui lui demandait s'il était satisfait de sa partition,\nil répondait avec la fière conviction du génie : « Madame, ce sera superbe ! »\nEt que lui importaient après tout les menées et les intrigues de ses adver-\nsaires?... Si le présent leur appartenait, l'avenir était à lui, la postérité\nsaurait lui rendre justice, il avait créé une œuvre impérissable !\nArmide parut sur la scène et n'obtint qu'un succès douteux. On applaudit\nle premier acte et une partie du cinquième ; les autres furent très froidement\nreçus. Une cabale formidable s'organisa pour la deuxième représentation :\nles Lullistes demandèrent la reprise de YArmide de Lulli, et le parti de la\nmusique italienne fît jouer à la Comédie-Italienne Y Olympiade de Sacchini,\nque Gluck eut la faiblesse de faire interdire après la quatrième représenta-\ntion, tandis qu'on pressait avec plus d'ardeur que jamais la mise à l'étude du\nRoland de Piccini, qui fut représenté trois mois plus tard avec un immense\nsuccès. La Harpe, Marmontel, Guingené, Framery, d'Alembert et tous les\nPiccinistes d'une part, de l'autre Suard et les Gliickistes commencèrent une\nguerre acharnée à coup de pamphlets, de lettres et d'épigrammes. Quelques\npièces de cette longue poJémique méritent seules d'être signalées, entre\nautres un article de La Harpe dans son Journal de Littérature du 5 octobre\n1777, auquel Gltick lui-même riposta par une lettre extrêmement mordante\net spirituelle, des couplets du même La Harpe qui attirèrent à leur auteur\nune épigramme très vive de Suard (l'Anonyme de Vaugirard), et enfin la\nlettre si ingénieuse de Mathurin Guillot.\nUn siècle s'est écoulé depuis cette lutte mémorable : les médiocrités jalouses\net les beaux esprits ont disparu sous la poussière des âges, le génie est resté\ndebout et brille encore d'un vif éclat. Les Gliickistes et les Piccinistes ne\nsont plus et pourtant la lutte dure toujours, les adversaires ont changé de\nnom, les causes primordiales n'ont pas varié ; c'est la lutte éternelle du vrai\ncontre le faux, du progrès contre la routine.\nLes trois fragments d'Armide exécutés par M. Pasdeloup représentent\npresque un tiers de la partition. C'est d'abord l'ouverture, simple avant-\npropos sans caractère et bien inférieur à cette magnifique préface à'lphigénie\nçn Tauride, qui est restée l'une des formes les plus parfaites de l'ouverture,"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3032, "texte": "Gluck l'a empruntée à son opéra italien de Telemacco, en se contentant de l'en-\nrichir d'un thème épisodique (i). Le premier fragment se compose du chœur\n« Armide est encore plus aimable » d'un style si large et d'une si belle sono-\nrité, de l'admirable récit d'Aronte : « O ciel, 6 disgrâce cruelle, » et du cé-\nlèbre finale du premier acte : « Poursuivons jusqu'au trépas, » une des plus\nbelles pages de Gluck et l'une de celles dont la forme se rapproche le plus\ndu style de l'opéra moderne. On remarquera que l'allégro de ce finale n'est\npas sans analogie avec la strette du premier finale de Don Juan.\nLe second fragment commence par le grand duo « Esprits de haine et de\nrage, » chanté par Armide et Hidraot, et construit avec un air de cette\nmême partition de Telemacco, que Gluck a presque entièrement dépouillée\nau profit de ses opéras français. Les trombones qu'on entend dans l'accom-\npagnement ne figuraient pas dans la partition originale, ils ont été ajoutés\npar Meyerbeer. A ce duo succède un des plus beaux airs qui existent au\nthéâtre, un pur chef-d'œuvre, l'air de Renaud, « Plus j'observe ces lieux, »\nqui reproduit le dessin du même air dans l'opéra de Lulli, mais avec un\ncoloris et un développement musical que ce maître ne pouvait pas connaître.\nCes deux morceaux, ainsi que le joli rondo de la naïade « On s'étonnerait\nmoins, y> appartiennent au deuxième acte. Le chœur « Jamais dans ces beaux\nlieux » et la musette en fa qui viennent ensuite sont empruntés au quatrième\nacte, enfin le chœur « C'est ïamour » qui termine le second fragment est\ntiré du cinquième acte. Cet assemblage forme un tout parfaitement homogène;\nil rapproche des scènes ayant toutes le même caractère de voluptueuse lan-\ngueur et se prête merveilleusement à nous faire sentir l'unité de conception\net de couleurs qui règne dans cet admirable chef-d'œuvre.\nLe troisième fragment comprend presque tout le troisième acte, sauf un\ntrio et les pantomimes. Quelle vaste conception, quel tableau magnifique\nque cet acte de la Haine! Jamais le drame lyrique n'a dépassé ces hauteurs\nsublimes, jamais l'inspiration du plus grand maître de la musique dramatique\nn'avait atteint à ce degré d'élévation, à cette puissance d'expression! L'évo-\ncation furieuse d'Armide, les hésitations et les angoisses de la magicienne,\nlorsque, après avoir appelé la Haine à son secours, elle tremble de voir son\nœuvre s'accomplir, enfin, la conclusion de cet acte « O ciel, quelle horrible\nmenace, » improvisée, paroles et musique, par Gluck au sortir d'une répéti-\ntion, sont certainement tout ce que l'esprit humain peut concevoir de plus\ngrand, et, en présence de beautés d'un ordre si supérieur, on ne peut\nque s'écrier avec Berlioz : « Immense, immense est lé génie créateur d'une\npareille scène ! »\nSignalons rapidement quelques particularités curieuses de cette vaste com-\nposition.\n\n(i) Je parle de l'ouverture ô'Armide et non pas de l'ouverture d'lpliigénie en Au-\nlide que M. Pasdeloup lui a substituée je ne sais trop pourquoi."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.29", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "Le premier air de la Haine avec chœurs « Amour sois pour jamais, » n'est\nautre que l'air de Circé dans Telemacco, et le second « Suis Vamour puisque\ntu le veux », l'air chanté par Pallas et sa suite dans Paride ed Elena. On\nremarque en outre, dans la conclusion « O ciel, quelle horrible menace ! »\nune sorte de trémolo intermittent des seconds violons, sous lequel les basses\ndéroulent une longue phrase chromatique. Ce passage étant sur le ré bas\ndes seconds violons,' Meyerbeer eut l'idée de le faire jouer sur deux cordes à\nl'unisson (le ré à vide et le ré sur la quatrième corde). Il en résulte que le\nnombre des seconds violons semble subitement doublé, et, en outre, remploi\nsimultané de ces deux cordes produit une résonnance particulière du plus\nheureux effet. Berlioz, qui rapporte cette modification, l'approuve de toutes\nses forces. Il est juste d'ajouter qu'il revint dans la suite sur cette manière de\nvoir, et qu'il blâma vigoureusement « ces inqualifiables outrages au génie des\nmaîtres. »\nL'exécution d'Armide a été d'une grande faiblesse. Madame Fursch-Madier\net M. Bouhy sont des artistes de talent, mesdames Nivet-Grenier, Soubre et\nM. Clodio ne manquent pas de bonne volonté, mais aucun d'eux ne possède\nle style grandiose et l'accent pathétique qui conviennent à la musique de\nGluck.\nLes chœurs se sont montrés mous et insuffisants. Nous n'en savons pas\nmoins le plus grand gré à M. Pasdeloup de nous avoir restitué des fragments\naussi importants d'un chef-d'œuvre qu'on n'avait pas entendu en France\ndepuis 1837. Armide n'aurait jamais dû quitter le répertoire de l'Opéra.\nC'est l'ouvrage le plus mélodique et le plus varié de tons et d'incidents\nqu'ait écrit Gluck, c'est aussi celui qui, par !a nature du sujet et le carac-\ntère de la musique, semble se rapprocher le plus des goûts de notre\ntemps.\nLes longs développements que j'ai dû donner au compte rendu d'Armide,\nle véritable événement de cette quinzaine, ne me permettent pas de parler\navec détails de la Symphonie avec chœurs qui a été exécutée dans la même\nséance. J'entreprendrai cette étude la première fois que M. Pasdeloup nous\nfera entendre ce vaste poème musical, splendide apothéose du génie de\nBeethoven, qui semble devoir rester le dernier mot de la musique sym-\nphonique.\nH. Marcello.\nSALLE HERZ.— Première audition de la Sulamite.— Le dernier concert\ndu Châtelet n'ayant offert pour toutes nouveautés que deux courts morceaux\nsymphoniques, le désir daller, entendre les fragments à! Armide qui ont été\nchantés au Cirque-dHiver Font emporté en moi sur celui d'assister au con-\ncert de l'Association artistique. Je ne puis donc rien dire de ces deux mor-\nceaux. Et le compte rendu des Concerts populaires appartenant de droit à"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "mon collègue, M. Marcello, c'est de la Sulamite que j'ai à entretenir les lec-\nteurs de la Chronique musicale.\nLa Sulamite, pastorale biblique en trois parties avec chœurs et orchestre,\nmusique de M. Edmond Audran, fils de l'ancien ténor de l'Opéra-Comique,\ndont la carrière a eu de l'éclat, m'a semblé l'œuvre vocale la plus considé-\nrable, la plus complète sous tous les rapports, qui depuis bien des années ait\nété entendue à Paris. La partie symphonique est bien traitée; elle est suffi-\nsante, et n'est jamais envahissante. L'instrumentation est limpide, variée\ndans ses effets, pleine de sonorité, mais elle ne couvre jamais les voix qui\nchantent solo. Les voix enfin sont écrites dans leurs moyens, sans efforts,\nsans difficultés d'intonation, et l'entente de la scène se fait jour à tous mo-\nments dans cette remarquable partition.\nLa première partie débute par une ouverture qui, par le charme et la dou-\nceur de son instrumention, a tout d'abord bien disposé le public. Suit un\nchœur de femmes et d'esclaves auquel succèdent des strophes chantées par\nmadame Brunet-Lafleur. Ces strophes sont nobles, le motif en ; est beau et\narge, et la voix de l'éminente artiste a pu s'y déployer à l'aise. Un baryton,\ndont le programme n'a pas donné le nom, a chanté ensuite avec une voix\npure et un excellent sentiment un air très mélodique. Un ensemble final\ntermine la première partie. Cet ensemble bien chantant, bien chanté, et dont\nla péroraison est grande, brillante et chaude, a produit beaucoup d'effet. Dès\nlors, l'œuvre de M. Audran était jugée et son succès assuré.\nLa seconde partie se compose d'une romance, d'un chœur, d'un duo et\nd'un trio final. La romance, pour ténor, a été chantée d'une façon plus que\nsatisfaisante par M. Rodeville. Elle est pleine de mélodie, mais comme la\nmélodie coule de source dans tout le courant de la Sulamite, je n'ai pas à\nm'y arrêter. Le chœur s'appelle la Chanson du printemps ; il est animé, bril-\nlant, rempli de séve et de verve. Un orage survient, après lequel des stances\nen duo où l'on sent la passion, et un superbe trio final.\nDans la troisième partie tout est à louer. Une invocation d'une grande\nbeauté, admirablement chantée par madame Brunet-Lafleur et qui a fourni\nà la grande artiste l'occasion de se montrer dramatique au suprême degré;\nun air de baryton très-remarquable; un air de contralto grave et solennel,\nauquel la belle voix et le large style de mademoiselle Bernard-Desportes ont\ndonné un grand relief; enfin un cantique à Jéhovah, du plus haut style reli-\ngieux, lequel a couronné l'œuvre. Je me suis élevé peut-être avec un peu\ntrop de sarcasme contre l'abus des compositions bibliques dans le dernier\nnuméro de la Chronique,. Mais qu'on donne souvent du biblique comme la\nSulamite, et personne je crois ne s'en plaindra. J'ajouterai pour finir que\nc'est M. Audran lui-même qui a conduit l'orchestre et les chœurs et qu'il\ns'en est parfaitement acquitté.\nLa majeure partie des concerts qui se sont donnés dans la salle Herz pendant\ncette dernière quinzaine étaient avec orchestre. Celui de mademoiselle Amélie"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.31", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2846, "texte": "Majdrowicz, du 26 mars, a été très remarquable sous tous les rapports. Tout\nle monde artiste connaît le grand talent de mademoiselle Majdrowicz. Le con-\ncerto en ré mineur de Mozart et celui en ut mineur de Beethoven ont été\nexécuté par cette artiste hors ligne avec toute la largeur de style, le brillant\net la verve qu'exigent ces vastes conceptions. Et en même temps que la fan-\ntaisie de Listz sur Don Carlos faisait valoir ses éminentes qualités d'exécu-\ntante, le Chant du matin, de Boscowitz, a été bissé pour la grâce et le fini\navec lesquels il a été rendu. Enfin le Morceau de la main gauche, de ma-\ndame Tresvauxde la Roselaye, très original et très bien fait, a été fort goûté\ndu public. Une superbe ouverture de M. Sowinski, celle de Jean 111 So-\nbieski, qui se distingue par de belles mélodies et une brillante instrumenta-\ntion, a été fort applaudie. C'est M. Portehaut qui dirigeait l'orchestre.\nLes Concerts modernes, transplantés du Cirque-Fernando dans la salle\nHerz, ont donné une belle matinée le 3o mars. Pour ne citer que les premières\nauditions, M. Henri Chollet, le sympathique chef d'orchestre et compositeur,\na fait entendre un Entracte et air pour soprano, de sa composition, dont la\nvoix puissante et harmonieuse et la belle déclamation de mademoiselle\nHustache, de l'Opéra? ont bien fait valoir tout le mérite. Le Sommeil de\nJésus, prélude par M. Henri Maréchal, et l'lntermezzo de M. Hillemacher,\nn'ont pas produit une grande sensation.\nLe même soir, M. Théodore Gouvy faisait exécuter son Requiem, que je\nregrette de n'avoir pu entendre, engagé que j'étais ailleurs, et deux autres\nmorceaux de sa composition. Symphoniste avant tout, M. Gouvy a plus mis\nde déclamation que de mélodie dans la Religieuse, scène dramatique chantée\npar madame Fursch-Madier. Cependant il s'y trouve à la fin un motif très\nexpressif et admirablement dit par cette éminente cantatrice. VHymne et\nMarche étant un morceau symphonique, M. Gouvy s'y est trouvé plus à\nTaise. L'Hymne est long et froid, mais la Marche est d'une mélodie et d'une\ninstrumentation grandiose.\nJ'ai encore à signaler deux concerts donnés dans la salle Herz, mais sans\norchestre : celui de M. Albert Sowinski, le doyen des pianistes de Paris, et\ncelui de M. Ferraris.\nM. Sowinski, qui n'a rien perdu de son exécution ni de sa verve, a com-\nposé une ouverture intitulée qu'il a arrangée pour deux pianos et\nhuit mains. Ce morceau, exécuté dans la perfection par l'auteur, mademoi-\nselle Amélie Majdrowicz, M. Francis Thomé et mademoiselle Boudon, son\nélève, est d'une très grande beauté et doit être d'un effet splendide à l'or-\nchestre. Mademoiselle Marie Majdrowicz, dont ce concert était le premier\ndébut, a chanté deux romances polonaises de M. Sowinski, avec une voix\ndes plus sympathiques, et a été très applaudie. M. Léonce Valdec, M. Le*"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "bouc, mesdemoiselles Lewine, M. Michiels et la Société chorale du Louvre\nont dignement secondé M. Sowinski.\nM. Ferraris, aussi bon compositeur que grand pianiste, a fait entendre des\nmorceaux de sa composition de beaucoup de valeur, entre autres l'andante\net le finale d'une sonate en ré mineur, une fantaisie sur le Sardanapale de\nM. Joncières, un morceau fugué à deux pianos sur un thème de Don Juan,\net la tarentelle de Henri Herz, arrangée avec beaucoup de talent pour deux\npianos. La tarentelle et le morceau fugué ont été exécutés avec beaucoup\nd'ensemble par M. Ferraris et mademoiselle Anna Meyer, et l'allégro\nappassionato de Mendelssohn, joué par M. Ferraris, a soulevé des applau-\ndissements frénétiques.\nSALLE PHILIPPE HERZ.— Madame AlbertCuvelier (mademoiselle MarieSecre-\ntain) a donné son concert annuel le 2 5 mars. Au milieu de tous les morceaux\noù elle s'est fait applaudir comme elle en a depuis longtemps l'habitude, je\ndois mettre en première ligne sa fantaisie sur la Fille du Régiment. Il n'est\npoint de pianiste, je crois, qui sache aussi bien que madame Cuvelier tirer\nparti des motifs d'un opéra, les enchaîner d'une manière brillante et en faire\nun tout où rien ne laisse à désirer comme effet. Secondée par les belles voix\nde madame Armande Dalli et M. Leconte, et par les talents si sympathiques\nde MM. Musin et Delsart, le concert de madame Cuvelier avait attiré une\naffluence extraordinaire.\nSALLE PLEYEL. - Mademoiselle Augusta Armandi a donné une charmante\nmatinée musicale, le 26 mars. Madame la baronne de Caters, dont la voix\nsplendide et le superbe talent font revivre la renommée de son illustre père,\nLablache, avait prêté son concours à mademoiselle Armandi, ainsi que\nMM. Hermann-Léon, Villanova-Tolentino, Maton, Lack, Sauzay, made-\nmoiselle Damain, et M. Plet, du Gymnase. Vous voyez d'ici le beau con-\ncert. Mademoiselle Armandi a chanté d'une manière irréprochable la dra-\nmatique romance du Val d'Andorre, et le duo du Stabat de Rossini avec\nmadame de Caters, Ce duo était la perfection même. M. Hermann-Léon a\négalement obtenu un grand succès dans le duo de Mireille, avec madame de\nCaters, et dans le Nautonnier de Schubert. M. Lack a fait entendre une\ncharmante polka de sa composition, sous le nom des Farfadets, et le qua-\ntuor de Rigoletto a brillamment clos la partie musicale de cette matinée.\nMademoiselle Laure Donne, pianiste au talent classique, brillant et gra-\ncieux, a donné son concert dans la même salle, le 28 mars, avec l'orchestre\nde M. Colonne. Je signalerai comme ayant produit le plus d'effet le triple"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 430, "texte": "concerto de Bach, pour piano, flûte et violoncelle, le concerto en mi bémol\nde Beethoven, et, en fait de musique vocale, la Sicilienne de Pergolèse, et\nair de Rinaldo de Haendel, chantés avec une voix pénétrante et un style\nmagistral par madame Barré-Sabati.\nJe remets au prochain numéro, qui sera sans doute moins chargé, le\ncompte rendu des concerts de madame Alard-Guérette et de MM. Breitner,\nGalkine et Reuksel.\n\nHenri Cohen."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1876-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "90", "page_fin": "97", "image_debut": 34, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\nOPÉRA : Jeanne Darc, opéra en quatre \"actes et six tableaux, poème et musique e\nM. Mermet. THÉÂTRE DES VARIÉTÉS : Le Roi dort, féerie-vaudeville en trois actes\net huit tableaux de MM. Labiche et Delacour, musique de M. Marius Boulart.\nTHÉÂTRE TAITBOUT : Le Roi d'Yvetot, opéra bouffe en trois actes, de MM. Cha-\nbiillat et Hémery, musique de M. Léon Vasseur.\n/\nPERA. Le sujet de Jeanne Darc n'a guère été fa-\nvorable jusqu'ici aux différents auteurs qui s'en sont\ninspirés, mais jamais il n'avait servi de prétexte à une\nœuvre aussi médiocre que l'opéra de M. Mermet, re-\nprésenté sur notre première scène lyrique le mercredi\n5 avril 1876.\nDans son drame de Henri Vl.f Shakespeare nous représente Jeanne\nDarc comme une femme inspirée d'abord par le ciel et corrompue en-\nsuite par le démon de l'ambition; il l'a jugée en Anglais, il ne l'a pas\ncomprise en poète. Chapelain a immortalisé sa nullité dans un poème\nen vingt-quatre chants intitulé la Pucelle d'Orléans, et Voltaire nous a\nlaissé, sous le même titre, une polissonnerie soi-disant burlesque, indigne\nde son génie et qui doit être réprouvée par tous les hommes de goût. La\nJeanne Darc de Schiller renferme des beautés de premier ordre; mal-\nheureusement l'héroïne de cette Tragédie ultra-romantique n'est vraie,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.35", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "ni au point de vue de l'histoire, ni au point de vue de la légende. Ma-\ndame de Staël l'a dit avec beaucoup de raison : « Lorsque la poésie veut\najouter à l'éclat d'un personnage historique, il faut du moins qu'elle lui\nconserve la physionomie qui le caractérise, car la grandeur n'est vrai-\nment frappante que lorsqu'on sait lui donner l'air naturel. Or, dans\nle sujet de Jeanne Darc, c'est le fait véritable qui, non-seulement a plus\nde naturel, mais de grandeur que la fiction. » Je mentionnerai encore,\npour mémoire seulement, les poèmes de C. Delavigne et Ozaneaux et\nla tragédie de Soumet, toutes compositions aussi ennuyeuses qu'acadé-\nmiques.\nEn musique, la vierge de Domrémy a inspiré jusqu'à douze composi-\nteurs, tant Français, qu'Allemands et Italiens. Le plus illustre de tous,\nWeber, a écrit des intermèdes pour la tragédie de Schiller. Avant lui, la\nComédie-Italienne avait joué, en 1790, une de Kreutzer,\nl'auteur justement oublié de Lodoïska. 1821 vit éclore sur la scène de\nl'Opéra-Comique une autre Jeanne Darc, non moins éphémère que la\nprécédente; Carafa en avait composé la musique. L'ltalie compte plu-\nsieurs Jeanne Darc : d'abord celle de Vaccaï, représentée en 1827, une\nautre de Pacini (i83o), enfin la Giovanna Darco, de Verdi, représentée\npour la première fois à la Scala de Milan, au mois de février 184.5 et\nexécutée à Paris le 2 avril 1868. Cet opéra avait fait un fiasco complet\nen Italie, il n'eut aucun succès chez nous, bien que mademoiselle Patti\nsî fût chargée du rôle principal. Caprice d'enfant gâté. Lasse de mi-\nnaude! sous la mantille de R.osina ou sous le cotillon made-\nmoiselle Patti avait imaginé de se montrer à ses nombreux adorateurs\nsous l'armure de l'héroïne française. Nous passerons rapidement sur les\nJeanne Darc de Balfe (Londres, 1839) et de G. Duprez (Paris, 1865),\npour nous arrêter un moment sur celle de MM. Barbier et Gounod,\nreprésentée au théâtre de la Gaîté, au mois de novembre 1873. Les\nquatre premiers actes étaient médiocres et le public les avait assez froi-\ndement accueillis, le cinquième décida brillamment de la victoire, et la\npièce eut près de cent-cinquante représentations. La majeure partie de\nce succès revient à M. Gounod, qui avait écrit pour le drame de M. Bar-\nbier une partition complète avec intermèdes, chœurs, soli et musique\nde danse.\nArrivons enfin à M. Mermet. Pour le gros du public, M. Mermet est\nun talent méconnu, un malheureux musicien victime des coups du sort\net de la tyrannie toute-puissante des directeurs d'opéra. M. Mermet a\npassé sa'vie à travailler, à espérer et àne pas se faire jouer. M. Mermet\na été abreuvé d'amertumes et de déceptions, et c'est à cinquante ans"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "seulement qu'il est parvenu à faire entendre « cette grande et fière mu-\nsique de Roland à Roncevaux, pleine d'accents inspirés et de pages\nsublimes, qui réveilla en nous (ceci a été écrit en toutes lettres), qui\nréveilla en nous cette fibre patriotique, qu'aucun compositeur, depuis\nSpontini et son bouillant Corteç, n'avait certainement fait vibrer avec\nautant de force. » Le succès de Roland ouvrait à M. Mermet les portes\nsi longtemps fermées de l 1 Académie de musique et assurait à son nom\nune juste popularité; désormais les voies étaient aplanies et la renommée\nsemblait tendre une main complaisante au favori du jour. Hélas!\nM. Mermet était né sous une mauvaise étoile et il était écrit que rien ne\nlui réussirait. Après avoir vaincu la mauvaise volonté des hommes, il\nlui restait encore à lutter contre les persécutions de la fatalité! Jeanne\nDarc était prête et voici que la guerre de 1870 éclaté. Jeanne Dai c\nallait être représentée, nouveau contre temps : l'incendie détruit l'Opéra\net réduit en cendres décors, costumes et accessoires. Enfin Jeanne Dai c\nest jouée; mais voyez jusqu'où peut aller la malechance de M. Mermet .\nM. Mermet avait triomphé des hommes et du sort, il n'a pu triompher\nde lui-même, et tous ses efforts n'ont abouti qu à une louide chute, une\nde ces chutes dont on ne se relève jamais. On dit que M. Mermet est un\ncompositeur malheureux et pourtant il est parvenu à faiie jouer tiois\ngrands ouvrages sur notre première scène lyrique : David, tiois actes de\nSoumet et Mallefille (1846), Roland à Roncevaux (1864) et Jeanne\nDarc (1876). Le même public qui avait accueilli froidement Gounod et\nVerdi à leurs débuts, bafoué Berlioz et vilipendé Wagner, décerna du\npremier coup à M. Mermet un brevet de compositeur illustre pour une\nfanfare et un chœur d'orphéon. Alors que tant de musiciens dun\nvrai talent se morfondent à la porte de l'Opéra, M. Mermet obtint 1 in-\nsigne honneur d'inaugurer le palais construit par Charles Garnier.\nJeanne Darc fut attendue avec non moins d'impatience que les Hu-\nguenots ou l'Africaine, Jeanne Darc tut montée avec ce luxe d'in-\nterprétation et ces richesses de mise en scène qu'on tient en réseï ve pour\nles seuls chefs-d'œuvre. M. Mermet est un heureux parmi les pius\nheureux, et je ne connais qu'un jour néfaste dans sa longue cairièie,\nc'est celui où un ami trop zélé eut la malencontreuse idée de sauver de\nl'incendie sa dernière partition.\nN'attendez pas de moi un discussion approfondie de Jeanne Darc.\nL'ouvrage de M. Mermet est de ceux qui échappent complètement à 1 a-\nnalyse et qu'on résume d'un seul mot : RIEN.— Il ny a pas un air, pas\nun morceau d'ensemble, pas même une phrase ou une simple ritour-\nnelle à signaler."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.37", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "Le ballet est au-dessous de tout ce qu'on peut imaginer de plus mau-\nvais. L'orchestration est d'une puérilité qui laisse bien loin derrière\nelle les premiers monuments de l'enfance de Fart. Seuls les décors et\nl'interprétation méritent des éloges sans restriction. Les décors sont su-\nperbes, notamment celui du deuxième acte : la terrasse du château de\nChinon, et le deuxième tableau du troisième acte: les bords de la Loire\net le camp des Français sous les murs de Blois. La cathédrale n'a rien\nde remarquable. L'apparition du bûcher est assez mal réglée et ne\nproduit aucun effet. Les costumes sont d'une grande richesse et le cor-\ntège du sacre rappelle toutes les splendeurs du défilé qui termine le\npremier acte de la Juive.\nParmi les artistes chargés de l'interprétation, il convient de mettre\nabsolument hors de pairs mademoiselle Krauss et M. Faure. Mademoi-\nselle Krauss soutient avec un courage digne d'un meilleur sort les\ncharges écrasantes d'un rôle long, fatigant et horriblement mal écrit.\nC'est pitié que de voir une artiste de cette valeur condamnée à crier pen-\ndant quatre actes d'interminables lambeaux de phrases qui n'ont aucun\nsens musical, qui n'ont même pas ce mérite vulgaire, qu'on ne saurait\nrefuser àla dernière cabalette du répertoire italien, d'être des morceaux\nde chant proprement écrits. Que mademoiselle Krauss prenne garde, sa\nvoix a besoin des plus grands ménagements et pourrait bien ne pas\nrésister longtemps à ce jeu meurtrier. M. Faure a chanté le rôle du roi\nen artiste consommé. Grâce à sa virtuosité peu commune, il a réussi\nparfois à nous donner le change et à prêter une apparence de tournure\naux choses les plus insignifiantes. Mademoiselle Daram est charmante\nen Agnès Sorel, mais je remarque chez elle une tendance à forcer sa jolie\nvoix. Malgré tout son talent, M. Gailhard est demeuré impuissant à\ndonner une physionomie au traître Richard, et M. Salomon a paru faible\ndans le rôle de Gaston de Metz; mais aussi que pourrait-on tirer d'un\naussi triste personnage? MM. Caron, Battaille, Menu et Gaspard com-\nplètent cet ensemble remarquable.\nLe sentiment que nous avons tous rapporté de cette soirée néfaste est\nun sentiment de profonde tristesse. Il nous est pénible de voir un direc-\nteur de l'Opéra gaspiller les deniers de l'Etat en des entreprises qui n'ont\nrien de commun avec la mission artistique dont il est chargé, et nous\nnous sentons profondément humiliés devoir! École française représentée\npar une production de cette espèce, lorsque, dans quelques semaines, un\ngrand maître italien va remporter sur une de nos scènes parisiennes un\nsuccès mérité, lorsque l'Allemagne prépare avec recueillement, pour un"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "avenir très prochain, une de ces solennités musicales qui font époque\ndans l'histoire de lart.\nO. Le Trioux.\nTHÉÂTRE DES VARIÉTÉS. — Deux maîtres du théâtre contem-\nporain qui ont semé leurs saillies dans vingt pièces plus amusantes, plus\nspirituelles, plus vécues, les unes que les autres, s'étaient réunis pour\nécrire une féerie, et le public s'attendait à une véritable joute d'esprit.\nLa pièce de MM. Labiche et Delacour n'est, hélas! qu'un chef-d'œuvre\nde nullité.\nSingulières aventures que celles des auteurs patentés, et combien\nsont étranges les aberrations des hommes les plus experts dans leur art.\nHier c'était M. Gondinet avec le Dada, avant lui M. Émile Augier,\nau Palais-Royal. Aux Folies-Dramatiques, MM. Duru et Chivot; au\nGymnase, M. Davyl; aux Français, Dumas fils, etc., etc.\nVoici le sujet de la féerie des Variétés.\nLe Roi-des-Songes a reçu un soufflet du gentil et coquet Rêve-d'A-\nmour. Il assemble son tribunal qui exile le coupable sur la terre. La\npeine de Rêve-d Amour ne sera levée que s'il arrive à se faire épouser\ndu prince terrestre Alzéador et à se faire giffler par lui.\nRêve-d'Amour descend sur la terre et se trouve en présence d'Alzéa-\ndor, lequel ne peut plus dormir parce qu'un jour, se trouvant éloi-\ngné de son palais et n'ayant rien à mettre sous la dent, il a tué, fait cuire\net mangé un oiseau de nuit enchanté.\nOr cet oiseau, après avoir élu par force domicile dans l'estomac du\ns est imaginé de chanter à tout propos. On a consulté des savants\ndocteurs, des professeurs illustres, ils ont déclaré que pour apaiser les\ninstincts de cet oiseau qui est un mâle, il fallait lui donner une com-\npagne. L ordonnance a été exécutée, Mais ce n'est plus un solo, depuis\nce jour là, c est un duo d amoureux perpétuel et... comme le printemps\ns avance, il est à craindre que le pauvre Alzéador, converti en cage, ne\nrenferme bientôt dans son estomac une nichée complète d'oiseaux en-\nchanteurs et chanteurs. Ce sera un inimaginable concert.\nCe malheureux prince Alzéador ne peut plus dormir. Les chants de\nses locataires intimes le tiennent constamment éveillé. On a cherché\ntous les moyens de les rendre muets, pas un n'a réussi. Ce qui est en-\ncore plus terrible, c'est qu'Alzéador doit épouser la haute et puissante\nfille du roi Flic-Flac, Romboïde. Cette péripétie pourrait empêcher"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.39", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "Rêve-d'Amour de se faire épouser par Alzéador si, en vertu de son pou-\nvoir féerique, le songe exilé ne rendait le sommeil au prince, contre une\npromesse formelle d'union.\nLe roi dort enfin. Quand il se réveille il tient sa promesse et par un\nquiproquo assez mal présenté il giffle Romboïde à la place de Rêve-\nd'Amour ce qui force celui-ci à demeurer sur la terre et à avoir proba-\nblement beaucoup d'enfants.\nIl y a dans cette féerie quelques tentatives d'esprit qui avortent avec le\nsans façon des allumettes de la régie.\nUn tableau représentant un duel réduction Colas a été fort ap-\nprécié. Vus à travers un rideau de gaze, les quatre témoins Lilliputiens, le\ndocteur de la même taille, les combattants ejusdem farinœ et un gen-\ndarme géant survenant après le duel, qui a lieu d'abord en France à l'é-\npée, puis en Belgique, au pistolet, donnent lieu à une scène amusante\net réussie.\nM. Marius Boulart, chef d'orchestre des Variétés et musicien aimable,\nn'avait guère matière à écrire des choses transcendantes sur cette don-\nnée plate et terne. Il a été d'une sagesse dont on doit lui savoir gré. Il\na brodé quelques airs rhythmés avec soin. C'est tout ce qu'il pouvait\nfaire de mieux.\nLes couplets de Léonce, Je ne suis plus bon à rien, le finale du pre-\nmier acte et le Roi dort, couplets chantés par Berthe Legrand et repris\nen chœur, sont les trois points à signaler dans cette partition modeste et\nalerte.\nDupuis, Berthelier, Baron, Léonce, Berthe Legrand et Aline Duval\nont essayé de sauver cette pièce mauvaise. Malgré tout leur talent, leurs\nefforts n'ont pas abouti.\nTHÉÂTRE TAITBOUT. C'est une pièce retour de Belgique_,\nque M. Nazet a montée pour remplacer une pièce retour d'ltalie. En\ntoute vérité, le Roi d'Yvetot ne remplace pas la Petite Comtesse; il y\ntait suite. Et cela est fâcheux pour la sympathique direction du théâtre\nTaitbout.\nLa pièce de MM. Chabrillat et Hémery a eu de nombreuses aven-\ntures avant d'être représentée à Paris. Son titre primitif, fort ai-\nmable d'ailleurs, était : Jeanne, Jeannette et Jeanneton. En le lisant sur\nl'affiche on se fût rappelé avec plaisir la chanson célèbre où un coq vil-\nlageois mis en demeure de choisir entre trois futures, s'écrie :\nA moi seul que ne donne-t-on\nJeanne, Jeannette et Jeanneton."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "C'est un peu la situation de M. Arthur de la Bouille, qui cherche\nfemme et prend Jeannette pour Jeanne, ou Jeanne pour Jeannette et\nJeanneton pour toutes les deux.\nIl est vrai que Jeanneton veut se faire bien venir du roi et que celui-\nci tente la conquête de mademoiselle delà Bouille, et qu'un garde-cham-\npêtre commis à la sévère surveillance des mœurs, que le printemps\nrelâche d une manière très vive, ne réussi à prendre en flagrant délit que\nlui-même.\nOr cette pièce dont je viens, sans le vouloir, de raconter l'idée princi-\npale idée d'autant plus principale qu'elle est unique —, devait être\njouée aux Folies-Dramatiques. M. Gantin la conserva précieusement\ndans ses tiroirs, d'où elle ne sortit que pour aller échouer à Bruxelles.\nA la suite de 1 insuccès de la Petite Comtesse, le directeur du théâtre\nTaitbout se laissa entraîner et mit en répétition le four belge qu'un\nhomme de talent, m'assure-t-on, M. Jaime se chargea de transformer en\nune pièce vive, enlevée et d'un succès certain.\nOn n a pas nommé M. Jaime à la suite de la première représentation\net son nom n'a pas été mis sur l'affiche. Ce sont donc MM. Chabrillat et\nHémery qui demeurent seuls les auteurs responsables.\nSous le mauvais prétexte qu'on n'a jamais su pourquoi Yvetot était\nun royaume et pourquoi ses seigneurs portaient le titre de roi dès le\nquinzième siècle, ils se sont rués à fond de train et avec une gaieté gla-\ncialement préméditée sur un amoncellement de charges qui ne se justi-\nfient pas et dont on ne saisit pas plus le point de départ que le point d'ar-\nrivée. Imaginez une balle retombant sur des raquettes qui la renvoient\nsuccessivement et sans relâche sur une quantité de points différents, sans\nlaisser le temps au spectateur de comprendre le jeu et l'habileté des\njoueurs.\nLa balle disparaît enfin, lancée on ne sait où, sans provoquer chez\npersonne le désir de s'enquérir du lieu où elle est tombée pour ne plus\nse relever,\nCe qui a constitué jusqu'ici le succès de l'opérette, c'est généralement\nla franche extravagance des situations qui amènent forcément l'extrava-\ngante drôlerie du dialogue.\nMais dans chacune des idées fondamentales des opérettes à succès, il\ny avait toujours un ridicule critiqué.\nC était le général incapable dans la Grande Duchess^, l'exagération\nmythologique dans Orphée aux Enfers, le mari trompé et content dans\nla Belle Hélène, etc., etc.\nDans le Roi d'Yveiot, je ne vois de ridicule que la pièce elle-même,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "97", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1144, "texte": "parce qu'elle a été conçue froidement dans les proportions les plus exa-\ngérées de la fantaisie.\nIl n'y a pas de faits, pas de types, et encore moins d'action. 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Il écrit, il écrit et il écrit encore des\nnotes sans se préoccuper apparemment du résultat qu'elles peuvent\navoir auprès de ceux qui les écoutent.\nSa partition n'a aucune originalité, ce n'est qu'un bavardage de com-\nmères mal éduquées.\nJe citerai, parmi les moins fades idées de l'auteur de la Timbale, le,\nchœur de la Nuit et un duo-valse chanté par mesdames Prelly et\nDebreux.\nMadame Desclauzas a été aussi dévergondée et aussi enjouée que\npossible dans le rôle extra-léger de Jeannette qu'elle interprète avec\ntalent.\nMadame Prelly chante trop.\nUn rôle de queue-rouge a été dévolu à Gobin qui ne s'en tire pas\ntrop mal.\nBonnet n'avait rien à faire ; il en a profité.\nLa pièce est montée avec soin, mais les intérêts du théâtre réclament\nimpérieusement qu'on la remplace au plus tôt.\nRaoul de Saint-Arroman."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1876-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "98", "page_fin": "104", "image_debut": 42, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nNOUVELLES\nA commission spéciale des encouragements aux compo-\nsiteurs de musique s'est réunie cette semaine, sous ia\nprésidence de M. le Préfet de la Seine. 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Consultez plutôt le tableau\nci-jointj qui établit l'état progressif des choses depuis vingt ans :\nPRIX DES FAUTEUILS D'ORCHESTRE :\nEn 1856 En 1876\nOpéra 8 » i 3\nFrançais 5 » 6\nOpéra-Comique 6 » 7\nOdéon 2 50 6\nItaliens 10 » 20 •\nVaudeville 5 » g\nVariétés 5 » 5\nGymnase 5 » 7\nPalais-Royal 5 » 5\nPorte-Saint-Martin 3 * 5\nGaîté 4 » 8\nAmbigu 3 » 5\nFolies-Dramatiques 1 5o 8\n« Ce qui revient à dire qu'il y a vingt ans une tournée dans les principaux\nthéâtres de Paris coûtait soixante-trois francs, et qu'aujourd'hui elle repré-\nsente une dépense de près du double, soit cent six francs. »\nLes Dijonnais viennent de châtier comme il le mérite un ténorino belge,\nle nommé Thiriard, qui s'était permis d'insulter la France dans un café de\nla ville.\nVoici es faits :\nEn plein café, il a tenu, ces jours-ci, le propos suivants :\n« Les Français sont des lâches \\ vous avez étés roulés par les Prussiens, et\nje vous donne six mille ans pour vous régénérer. »\nUoe cabale est montée contre lui, et chaque fois qu'il paraît en scène il\nest hué.\nEn présence de ces faits, M. le maire de Dijon a pris l'arrêté suivant :\n« Nous, maire de la ville de Dijon,\n« Vu le rapport de M. le commissaire central de police, reiatif aux dé-\nsordres qui ont marqué la représentation de samedi au Grand-Théâtre de\nDijon ;\n« Vu l'article 18 du traité de concession de la direction du théâtre, en date\ndu 9 juin 1875 ;\n« Considérant que les désordres qui ont eu lieu sont motivés par les pro-\npos tenus dans un lieu public par le nommé Thiriard, propos de nature à\noffenser gravement les habitants de la ville de Dijon;"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "(( Considérant qu'il y a lieu de craindre que de nouvelles scènes de désordre\nn'aient lieu à chaque représentation et ne prennent un caractère plus grave;\n« Arrêtons :\n« Article premier. M. Angelot, directeur du Grand-Théâtre, interdira la\nscène au sieur Thiriard.\n« Art. 2. M. le commissaire central sera chargé de l'exécution du pré-\nsent arrêté.\n« Fait à Dijon, en mairie, le 2 avril 1876.\n« Le maire,\n« ENFER. »\nPar arrêté du ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, sont\nnommés membres des Comités d'examen des études du Conservatoire :\nOrgue et composition. M. Jules Massenet, en remplacement de M. Bizet.\nPiano. M. Henri Fissot, en remplacement de M. Bizet.\nInstruments à vent. M. Rose, première clarinette à l'Opéra; M. Taffa-\nnel, première flûte à l'Opéra, en remplacement de MM. Joncourt et Dau-\nverné.\nUn opéra-comique en un acte, Cocornero, paroles de M. C. Barthélémy,\nun des-collaborateurs de la Chronique Musicale, musique de M. A. Tourey,\nchef d'orchestre du théâtre de Versailles, a été représenté pour la première\nfois le 25 mars dernier, sur la scène de la rue des Réservoirs.\nLe succès a été vif et mérité ; la seconde audition a confirmé, en l'augmen-\ntant la faveur, avec laquelle cet ouvrage avait été accueilli dès la première\nsoirée.\nLe libretto nous transporte à Naples, en 1776, et nous fait assister aux\ntribulations vaniteuses d'un artiste capillaire, Cocornero; mais tout finit pour\nle mieux : c'est une bluette où le parolier a eu pour souci principal de fournir\nau musicien des situations heureuses et piquantes.\nLa musique est ravissante ; l'accent mélodique y domine, rien de plus\nchantant, sans être vulgaire cependant, comme ces six morceaux,\nchœurs, duette, rondo, grand air, couplets, etc.\nTrois personnages principaux, un baryton, un second ténor, une Duga-\nzon; deux rôles secondaires et le chœur complètent un ensemble facile à\nréaliser.\nOn le sait, les opéras comiques en un acte n'abondent pas au répertoire\ncourant. Lorsqu'on a passé en revue le Chalet, les Noces de Jeannette, Bon-\nsoir voisin, les Rendez-vous bourgeois, quoi encore ? on est, comme on dit\nvulgairement, au bout du rouleau.\nUn éditeur intelligent ferait une bonne affaire en publiant cette jolie par-\ntition dont le succès est assuré, et qui, très probablement, l'hiver prochain,\nà Versailles, deviendra un des meilleurs ouvrages du répertoire."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "Voici, d'après il Trovatore et par ordre de date, le tableau des opéras\njoués sur les Théâtres italiens dans le courant de l'année 1875 :\nDATES : TITRES : AUTEURS : VILLES :\n21 janvier, Elena in Troja D'Allessio, Naples.\nColomba Fava, Bologne.\n28 Il pipistrello De Giosa, Naples,\n7 février, Gustavo Wasa Marchetti, Milan.\nAmore e vendetta Marchio, Reggio.\n*— Corinna Rebora, Naples.\n14 Amore a suo tempo Tofano, Bologne.\n16 Don Luigi di Toledo Ceriani, Vercelli.\n20 Selvaggia Schira, Venise.\n23 Dolores Auteri-Manzocchi, Florence.\n28 mars, Scomburga Pellegrmi, Brescia.\n29 Luigi XI Fumagalli, Florence.\nLa rosa del Gadore Pedrazzi, Alexandrie.\nLe tre zie Giacomelli, Livourne.\n11 avril, Il ritorno del coscritto Tolomei, Sienne.\n17 _ Lafata Miceli, Naples\n21 Don Bizzaro Mugnone,\nFilippo « Cressimanno, Florence.\n22 Una burla Parisini, Bologne.\nLe rivali senz'amante Greco Filoteo, . Naples.\n1 mai, Isabella Orsini Rossi Isidoro, Pavie.\n3 Benvenuto Cellini Orsini, Naples.\n13 Maria e Fernanda Ferruccio, Bologne.\n25 Guidetta Sarria, Naples.\n5 juin, I quattro rustici Moscuzza, Florence.\nIl cacciatore Canavasso, Milan.\n9 Un matrimonio sotto la Repu^\nblica Podesta,\nSi e no Panico, Naples.\nLa vendetta d'un folletto Mililotti, Rome.\nI viaggi D'Arienzo, Milan.\n3 juillet, La falce Catalani,\nI due Metastasiani Antolisei, Cingoli.\nIl bersagliere di Palestro ..... Vinci P., Catane.\nLisetta Antolisei, Gingoli.\n14 Marchionn di gamb avert .... Bernardi, Milan.\nIl castello fantasma Bozzelli etTanara, Turin.\n26 La mamma a Costantinopoli.. Mugnone, Naples.\n3 août, Il perdono Maggi, Milan.\n17 La figlia di Domenico Alberti, Naples.\n18 septembre, Rosa di Firenze Biletta, Florence.\n25 La campanadell'eremitaggio. . Sarria, Naples.\n6 octobre, Merlino da Patone Calderoni, Roveredo.\n15 Sogno nella luna frères Mililotti, Rome."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "6 novembre, Ettore Fieramosca Dall'Olio, Bologne.\n13 Wanda Wogritsch, Florence.\n23 Atahualpa Pasta, Gênes.\n2 5 Luce Gobatti, Bologne.\n27 —■ Diana di Chaverny Sangiorgi, Rome.\nZelinda da Verona (?) Palerme.\n14 décembre, Rita Guercia, Naples.\nTotal, 5o ouvrages.\n\nFAITS DIVERS.\n\naris. Opéra. La deuxième représentation de Jeanne d'Arc\nn'a pu avoir lieu le jour indiqué, par suite d'une indisposition de\nmademoiselle Krauss.\nLes études de Sylvia recommencent avec une nouvelle activité à\n1 Opéra. On espère pouvoir représenter ce ballet vers la fin du mois.\nNous apprenons que le rôle de Jeanne d'Arc, chanté par mademoiselle\nKrauss, va être appris en double.\nOpéra-Comique. Le 4 mai, nous aurons une intéressante séance musi-\ncale à l'Opéra-Comique. Les Héroïques, drame lyrique en trois parties par\nmademoiselle Antonine Perrez-Biagoli) seront exécutés àce théâtre.\nEn voici la distribution :\nKhorama Mlle Vergin.\nVercingétorix MM. Stéphanne.\nLucter Bouhy.\n11 est question de reprendre à l'Opéra-Gomique Don Mucarade, de\nM E. Boulanger.\nThéâtre Lyrique. M. vient de signer l'engagement de made-\nmoiselle Zina Dalti de TOpéra-Comique. On parle aussi de l'engagement de\nmadame de Stucklé, du Grand-Théâtre de Bordeaux, et de celui de M. de\nGraeve, basse au théâtre d'Angers»\nMademoiselle N. Marcus, la princesse du Voyage dans la Lune, fait aussi\npartie de la nouvelle troupe.\nOn répète activement les Erynnies, de MM. Lecontede Lisle et Massenet,\nThéâtre-Italien. La première représentation d'Aïda est fixée au 20 avril.\nL'opéra de Verdi sera interprété par :"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1890, "texte": "Aïda, esclave éthiopienne, Mma Teresina Stolz.\nAmnéris, fils du roi, i\\l'le Maria Waldmann.\nRadamès, capitaine des gardes, MM. Angelo Masini.\nAmonasro, roi d'Ethiopie et père d'Aïda, Franc. Pandolfini.\nRamfis, grand-prêtre, Paolo Medini.\nLe Roi • Edoardo de Rezské.\nUn Messager . Rosario.\n_ Prêtre, prêtresses, ministres, capitaines, soldats, esclaves et prisonniers\nEthiopiens, peuple Égyptien.1\nL'action se passe a Memphis et à Thèbes, à l'époque de la puissance des\nPharaons.\nAu premier acte, ballet des Prêtresses; au second, ballet des Esclaves\nmaures et des Bayadères.\nLes sept décors dont se compose la mise en scène d sont de M. Ca-\npelli.\nBouffes-Parisiens. Voici la distribution de An Vert-Galant, opérette en\ntrois actes, de M. G. Serpette, dont la première représentation a eu lieu le\n12 avril :\nGambillard MM. Daubray\nCamusot Fugère\nBonardel Pescheux\nThiphème Scipion\nToinette - Mesdames Théo\nJeanne Luce\nFortuné 81. Méry\nRenaissance. Un procès serait sur le point d'éclater entre M. Koning,\ndirecteur de la Renaissance, et une de ses pensionnaires, madame Peschard,\nau. sujet d'un petit acte, la Savoisienne, qui sert de lever de rideau àla Petite\nmariée depuis quelques jours, et dans lequel madame Peschard n'aurait pas\nconsenti à doubler madame Tony.\nFolies-Dramatiques. Ce soir, première représentation de les Mirlitons\nvaudeville-revue en sept tableaux.\nANGERS. Le directeur du Grand-Théâtre, M» Marck, qui, récemment, a\ndonné une preuve de son zèle et de son habileté en montant, non sans succès\nRosita, opéra comique en trois actes dû àun compositeur alsacien, M.Weber,\nvient de faire représenter une autre pièce inédite, le Paludier du Bourg de\nBat Cet opéra comique, en deux actes, fait honneur au pseudonyme\nTanguy, auteur du livret, et montre dans le compositeur, M. Fèvre, contre-\nbasse au théâtre, une véritable science musicale et surtout une habileté re-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.48", "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "marquable d'orchestration. La fin de l'année théâtrale n'a pas permis de\ndonner plus de deux représentations de cet ouvrage.\nBOULOGNE-SUR-MER. — On nous écrit de Boulogne-sur-Mer que samedi,\ndans une représentation au bénéfice de M. Bottreau, chef d'orchestre du\nthéâtre, on a joué un opéra comique inédit intitulé le Précepteur, qui a\nobtenu un incontestable succès. La musique de cet ouvrage, dont on nous\ndit le plus grand bien, est de M. Sauvage-Trudin, dont nous avons applaudi\nles Deux Cousines à la Renaissance.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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Consultez plutôt le tableau\nci-jointj qui établit l'état progressif des choses depuis vingt ans :\nPRIX DES FAUTEUILS D'ORCHESTRE :\nEn 1856 En 1876\nOpéra 8 » i 3\nFrançais 5 » 6\nOpéra-Comique 6 » 7\nOdéon 2 50 6\nItaliens 10 » 20 •\nVaudeville 5 » g\nVariétés 5 » 5\nGymnase 5 » 7\nPalais-Royal 5 » 5\nPorte-Saint-Martin 3 * 5\nGaîté 4 » 8\nAmbigu 3 » 5\nFolies-Dramatiques 1 5o 8\n« Ce qui revient à dire qu'il y a vingt ans une tournée dans les principaux\nthéâtres de Paris coûtait soixante-trois francs, et qu'aujourd'hui elle repré-\nsente une dépense de près du double, soit cent six francs. »\nLes Dijonnais viennent de châtier comme il le mérite un ténorino belge,\nle nommé Thiriard, qui s'était permis d'insulter la France dans un café de\nla ville.\nVoici es faits :\nEn plein café, il a tenu, ces jours-ci, le propos suivants :\n« Les Français sont des lâches \\ vous avez étés roulés par les Prussiens, et\nje vous donne six mille ans pour vous régénérer. »\nUoe cabale est montée contre lui, et chaque fois qu'il paraît en scène il\nest hué.\nEn présence de ces faits, M. le maire de Dijon a pris l'arrêté suivant :\n« Nous, maire de la ville de Dijon,\n« Vu le rapport de M. le commissaire central de police, reiatif aux dé-\nsordres qui ont marqué la représentation de samedi au Grand-Théâtre de\nDijon ;\n« Vu l'article 18 du traité de concession de la direction du théâtre, en date\ndu 9 juin 1875 ;\n« Considérant que les désordres qui ont eu lieu sont motivés par les pro-\npos tenus dans un lieu public par le nommé Thiriard, propos de nature à\noffenser gravement les habitants de la ville de Dijon;"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "(( Considérant qu'il y a lieu de craindre que de nouvelles scènes de désordre\nn'aient lieu à chaque représentation et ne prennent un caractère plus grave;\n« Arrêtons :\n« Article premier. M. Angelot, directeur du Grand-Théâtre, interdira la\nscène au sieur Thiriard.\n« Art. 2. M. le commissaire central sera chargé de l'exécution du pré-\nsent arrêté.\n« Fait à Dijon, en mairie, le 2 avril 1876.\n« Le maire,\n« ENFER. »\nPar arrêté du ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, sont\nnommés membres des Comités d'examen des études du Conservatoire :\nOrgue et composition. M. Jules Massenet, en remplacement de M. Bizet.\nPiano. M. Henri Fissot, en remplacement de M. Bizet.\nInstruments à vent. M. Rose, première clarinette à l'Opéra; M. Taffa-\nnel, première flûte à l'Opéra, en remplacement de MM. Joncourt et Dau-\nverné.\nUn opéra-comique en un acte, Cocornero, paroles de M. C. Barthélémy,\nun des-collaborateurs de la Chronique Musicale, musique de M. A. Tourey,\nchef d'orchestre du théâtre de Versailles, a été représenté pour la première\nfois le 25 mars dernier, sur la scène de la rue des Réservoirs.\nLe succès a été vif et mérité ; la seconde audition a confirmé, en l'augmen-\ntant la faveur, avec laquelle cet ouvrage avait été accueilli dès la première\nsoirée.\nLe libretto nous transporte à Naples, en 1776, et nous fait assister aux\ntribulations vaniteuses d'un artiste capillaire, Cocornero; mais tout finit pour\nle mieux : c'est une bluette où le parolier a eu pour souci principal de fournir\nau musicien des situations heureuses et piquantes.\nLa musique est ravissante ; l'accent mélodique y domine, rien de plus\nchantant, sans être vulgaire cependant, comme ces six morceaux,\nchœurs, duette, rondo, grand air, couplets, etc.\nTrois personnages principaux, un baryton, un second ténor, une Duga-\nzon; deux rôles secondaires et le chœur complètent un ensemble facile à\nréaliser.\nOn le sait, les opéras comiques en un acte n'abondent pas au répertoire\ncourant. Lorsqu'on a passé en revue le Chalet, les Noces de Jeannette, Bon-\nsoir voisin, les Rendez-vous bourgeois, quoi encore ? on est, comme on dit\nvulgairement, au bout du rouleau.\nUn éditeur intelligent ferait une bonne affaire en publiant cette jolie par-\ntition dont le succès est assuré, et qui, très probablement, l'hiver prochain,\nà Versailles, deviendra un des meilleurs ouvrages du répertoire."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "Voici, d'après il Trovatore et par ordre de date, le tableau des opéras\njoués sur les Théâtres italiens dans le courant de l'année 1875 :\nDATES : TITRES : AUTEURS : VILLES :\n21 janvier, Elena in Troja D'Allessio, Naples.\nColomba Fava, Bologne.\n28 Il pipistrello De Giosa, Naples,\n7 février, Gustavo Wasa Marchetti, Milan.\nAmore e vendetta Marchio, Reggio.\n*— Corinna Rebora, Naples.\n14 Amore a suo tempo Tofano, Bologne.\n16 Don Luigi di Toledo Ceriani, Vercelli.\n20 Selvaggia Schira, Venise.\n23 Dolores Auteri-Manzocchi, Florence.\n28 mars, Scomburga Pellegrmi, Brescia.\n29 Luigi XI Fumagalli, Florence.\nLa rosa del Gadore Pedrazzi, Alexandrie.\nLe tre zie Giacomelli, Livourne.\n11 avril, Il ritorno del coscritto Tolomei, Sienne.\n17 _ Lafata Miceli, Naples\n21 Don Bizzaro Mugnone,\nFilippo « Cressimanno, Florence.\n22 Una burla Parisini, Bologne.\nLe rivali senz'amante Greco Filoteo, . Naples.\n1 mai, Isabella Orsini Rossi Isidoro, Pavie.\n3 Benvenuto Cellini Orsini, Naples.\n13 Maria e Fernanda Ferruccio, Bologne.\n25 Guidetta Sarria, Naples.\n5 juin, I quattro rustici Moscuzza, Florence.\nIl cacciatore Canavasso, Milan.\n9 Un matrimonio sotto la Repu^\nblica Podesta,\nSi e no Panico, Naples.\nLa vendetta d'un folletto Mililotti, Rome.\nI viaggi D'Arienzo, Milan.\n3 juillet, La falce Catalani,\nI due Metastasiani Antolisei, Cingoli.\nIl bersagliere di Palestro ..... Vinci P., Catane.\nLisetta Antolisei, Gingoli.\n14 Marchionn di gamb avert .... Bernardi, Milan.\nIl castello fantasma Bozzelli etTanara, Turin.\n26 La mamma a Costantinopoli.. Mugnone, Naples.\n3 août, Il perdono Maggi, Milan.\n17 La figlia di Domenico Alberti, Naples.\n18 septembre, Rosa di Firenze Biletta, Florence.\n25 La campanadell'eremitaggio. . Sarria, Naples.\n6 octobre, Merlino da Patone Calderoni, Roveredo.\n15 Sogno nella luna frères Mililotti, Rome."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 283, "texte": "6 novembre, Ettore Fieramosca Dall'Olio, Bologne.\n13 Wanda Wogritsch, Florence.\n23 Atahualpa Pasta, Gênes.\n2 5 Luce Gobatti, Bologne.\n27 —■ Diana di Chaverny Sangiorgi, Rome.\nZelinda da Verona (?) Palerme.\n14 décembre, Rita Guercia, Naples.\nTotal, 5o ouvrages."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-04-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-04-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1876-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "102", "page_fin": "104", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.2.6.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS.", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS.", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.46", "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "FAITS DIVERS.\n\naris. Opéra. La deuxième représentation de Jeanne d'Arc\nn'a pu avoir lieu le jour indiqué, par suite d'une indisposition de\nmademoiselle Krauss.\nLes études de Sylvia recommencent avec une nouvelle activité à\n1 Opéra. On espère pouvoir représenter ce ballet vers la fin du mois.\nNous apprenons que le rôle de Jeanne d'Arc, chanté par mademoiselle\nKrauss, va être appris en double.\nOpéra-Comique. Le 4 mai, nous aurons une intéressante séance musi-\ncale à l'Opéra-Comique. Les Héroïques, drame lyrique en trois parties par\nmademoiselle Antonine Perrez-Biagoli) seront exécutés àce théâtre.\nEn voici la distribution :\nKhorama Mlle Vergin.\nVercingétorix MM. Stéphanne.\nLucter Bouhy.\n11 est question de reprendre à l'Opéra-Gomique Don Mucarade, de\nM E. Boulanger.\nThéâtre Lyrique. M. vient de signer l'engagement de made-\nmoiselle Zina Dalti de TOpéra-Comique. On parle aussi de l'engagement de\nmadame de Stucklé, du Grand-Théâtre de Bordeaux, et de celui de M. de\nGraeve, basse au théâtre d'Angers»\nMademoiselle N. Marcus, la princesse du Voyage dans la Lune, fait aussi\npartie de la nouvelle troupe.\nOn répète activement les Erynnies, de MM. Lecontede Lisle et Massenet,\nThéâtre-Italien. La première représentation d'Aïda est fixée au 20 avril.\nL'opéra de Verdi sera interprété par :"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1890, "texte": "Aïda, esclave éthiopienne, Mma Teresina Stolz.\nAmnéris, fils du roi, i\\l'le Maria Waldmann.\nRadamès, capitaine des gardes, MM. Angelo Masini.\nAmonasro, roi d'Ethiopie et père d'Aïda, Franc. Pandolfini.\nRamfis, grand-prêtre, Paolo Medini.\nLe Roi • Edoardo de Rezské.\nUn Messager . Rosario.\n_ Prêtre, prêtresses, ministres, capitaines, soldats, esclaves et prisonniers\nEthiopiens, peuple Égyptien.1\nL'action se passe a Memphis et à Thèbes, à l'époque de la puissance des\nPharaons.\nAu premier acte, ballet des Prêtresses; au second, ballet des Esclaves\nmaures et des Bayadères.\nLes sept décors dont se compose la mise en scène d sont de M. Ca-\npelli.\nBouffes-Parisiens. Voici la distribution de An Vert-Galant, opérette en\ntrois actes, de M. G. Serpette, dont la première représentation a eu lieu le\n12 avril :\nGambillard MM. Daubray\nCamusot Fugère\nBonardel Pescheux\nThiphème Scipion\nToinette - Mesdames Théo\nJeanne Luce\nFortuné 81. Méry\nRenaissance. Un procès serait sur le point d'éclater entre M. Koning,\ndirecteur de la Renaissance, et une de ses pensionnaires, madame Peschard,\nau. sujet d'un petit acte, la Savoisienne, qui sert de lever de rideau àla Petite\nmariée depuis quelques jours, et dans lequel madame Peschard n'aurait pas\nconsenti à doubler madame Tony.\nFolies-Dramatiques. Ce soir, première représentation de les Mirlitons\nvaudeville-revue en sept tableaux.\nANGERS. Le directeur du Grand-Théâtre, M» Marck, qui, récemment, a\ndonné une preuve de son zèle et de son habileté en montant, non sans succès\nRosita, opéra comique en trois actes dû àun compositeur alsacien, M.Weber,\nvient de faire représenter une autre pièce inédite, le Paludier du Bourg de\nBat Cet opéra comique, en deux actes, fait honneur au pseudonyme\nTanguy, auteur du livret, et montre dans le compositeur, M. Fèvre, contre-\nbasse au théâtre, une véritable science musicale et surtout une habileté re-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.48", "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "marquable d'orchestration. La fin de l'année théâtrale n'a pas permis de\ndonner plus de deux représentations de cet ouvrage.\nBOULOGNE-SUR-MER. — On nous écrit de Boulogne-sur-Mer que samedi,\ndans une représentation au bénéfice de M. Bottreau, chef d'orchestre du\nthéâtre, on a joué un opéra comique inédit intitulé le Précepteur, qui a\nobtenu un incontestable succès. La musique de cet ouvrage, dont on nous\ndit le plus grand bien, est de M. Sauvage-Trudin, dont nous avons applaudi\nles Deux Cousines à la Renaissance.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[57]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.1", "texte": "XI.\n5\n\nA. MERMET\n\n( NOTES INTIMES)\nE nouvel opéra, Jeanne Darc, paroles\net musique de M. Mermet, étant l'ac-\ntualité artistique de cette quinzaine, le\nRédacteur en chef de la Chronique\nmusicale, tout en réservant à qui de\ndroit la critique du poëme et de la par-\ntition, a pensé qu'il y avait tout à la\nfois intérêt et impartialité à dégager\nla personnalité du compositeur et me\ncharge de présenter Y homme aux lec-\nteurs de ce recueil.\nCe n'est pas besogne facile. Déjà, aux jours de la victoire de Roland à\nRoncevaux, maints essais biographiques ont été tentés. Mais ce ne sont"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npour la plupart que des racontars de petites légendes, quand ce ne sont\npas des erreurs complètes.\nAinsi Auguste Mermet n'est pas plus breton qu'il n'est étranger,\ncomme on l'a imprimé çà et là.\nIl est né à Bruxelles, c'est vrai, mais alors la Belgique était française.\nLe père du compositeur, M. Antoine Mermet (un enfant de Béfort !),\nmort depuis colonel (et non pas général; on a encore confondu avec son\noncle le général tué à Lonato), tenait garnison à Bruxelles en qualité\nde chef d'escadron des chasseurs de la garde impériale.\nMermet, né au régiment, est donc tout ce qu'il y a de plus Français ;\nce détail précis a l'inconvénient de révéler l'âge de celui que Yon a ap-\npelé le compositeur veinard! mais en bonne conscience, devant ce\nchiffre : la soixantaine! et en songeant à quarante années de travail in-\ncessant, on pardonnera peut-être à Mermet d'avoir été assez veinard\npour avoir pu livrer deux grands combats sur la scène de l'Opéra.\nSon enfance fut celle d'un fils de famille, riche et considérée; choyé\npar sa mère et sa sœur —qui vivent encore; quand vint l'âge des études,\non le mit au lycée de Versailles où sa nature indépendante commença à\nse révéler. Ses notes étaient régulièrement ainsi conçues : « Travail\nexcellent, conduite détestable; » il chansonnait ou bien il caricaturait\nses professeurs et organisait très fréquemment des révoltes en musique....\navec force chœurs, pour lesquels, à son grand désespoir, il ne pouvait\nrecruter d'autre basse que celle de son condisciple M. Lemoine Monti-\ngny, actuellement directeur du Gymnase. Enfin un jour qu'il venait de\nlire une histoire de Guillaume Tell, il se sauva à pied du collège de Ver-\nsailles et ne fut rattrapé que dans la forêt de Fontainebleau où il fit aux\nquestions de la gendarmerie cette seule réponse : qu'il allait en Suisse\nentendre en pleine montagne le Ranz des vaches.\nCela lui valut d'être mis à Paris, dans une prison plus étroite, la\ngrande institution tenue par M. Goubaux, l'un des auteurs de Trente\nans ou la vie d'un joueur ; et comme son oncle, le contre-amiral, voulait\nqu'il entrât à l'École polytechnique, il se jeta avec son ardeur habituelle\ndans les mathématiques; mais, un jour de sortie, on le conduisit au\nthéâtre Feydeau, à une représentation du Ma\\aniello de Carafa. Trans-\nporté d'enthousiasme, il s'écria : je serai musicien! et, au lieu de rentrer\nà la pension, il se réfugia chez un ancien camarade, Mazhar, parce que\ncelui-ci qui, par parenthèse, est devenu plus tard Mazhar-Bey, en\nEgypte, mais n'était alors qu'un élève de Leplus ou de Tulou, avait un\nassortiment de flûtes.\nC'est sur la petite flûte qu'il lui emprunta, et qui est encore accrochée"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.3", "texte": "A. MERMET\n\ndans son cabinet de travail, que Mermet s'apprit ses premières notes, en\nessayant de recomposer Pair de bravoure qu'avait chanté le père Pon-\nchard-Mazaniello.\nPuis un autre jeune ami, Fromenthal qui devait rendre plus tard si\nillustre le nom d Halévy, lui enseigna tout ce qu'il savait de grammaire\nmusicale.\nAlois commence la vie du lutteur! Les vivres étaient coupés; le\ntravail seul, un travail acharné, le sauva; élève le matin, il professait le\nsoir à de plus ignorants que lui. Fétis lui procura quelques copies de\nmusique; il chantait dans les salons ses premières romances, car il avait\nune jolie voix; qui sen douterait maintenant? Mais que de longs jours\nde misère! que de mois de souffrances! d'autant que l'homme était d'un\ncaractère droit, franc, ennemi de toutes concessions; bref, son mobilier\nse composait d un canapé et d'une cruche, quand, dans un jour béni,\narriva dans sa mansarde une invitation de mademoiselle Duchesnois.\nLa célèbre tragédienne du Théâtre-Français avait alors, rue de la\nTour-des-Dames, un des salons les plus fréquentés de Paris. Llle avait\neu occasion d'entendre Mermet, et, un jour, elle obtint de son amie,\nmadame Damoreau, qu'elle voulût bien chanter un morceau de son\njeune protégé. Mais justement Mermet n'avait, à ce moment, de nouveau\nqu'un duo pour ténor et soprano; impossible de penser à un artiste\nde l'Opéra ! Un ami qui avait une charmante voix, M. Dartigues, eut\ncette audace et ce dévouement de donner la réplique à la prima*donna\nde rOpéra-Comique.\nQuant à l'accompagnateur, c'était tout simplement Listz.\nCe duo, qui est l'origine du charmant andante du violon solo dans le\nballet de Roland à Roncevaux, eut un tel succès qu'un des habitués de\nla maison, le poète Alexandre Soumet, confia sur le champ à Mermet la\nmusique d'une cantate qu'il venait d'achever.\nPuis, quelques jours après, il voulut le présenter à son ami Lesueur\nde l'lnstitut, qui, irappé des dispositions du jeune Compositeur, en fit\nson élève favori.\nCar Mermet, quoi qu'il ait été imprimé, n'a jamais eu d'autre maître\nque l'auteur de la Caverne et des Bardes.\nEntre temps, et au milieu de ses sérieuses études, il composait toujours\net c'est à cette époque (1845) qu'il donna au théâtre de Versailles sa\npremière pièce, la Bannière du Roi, dont les paroles étaient de Car-\nmouche et de Félicien Malefille, le futur auteur des Sept Enfants dù\nLara, des Mères repenties, etc.\nCurieux souvenir! Dans cette pièce inspirée par le roman de Walter"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nScott; Richard Cœur-de-Lion, le rôle du ténor fut créé par.... Palianti,\nvous vous rappelez ce brave auvergnat de Palianti, l'amusant brigand\nde Fra-Diavolo.\nAlexandre Soumet travaillait à ce moment à un Roi Saiil. Comptant\nsur son jeune compositeur, il se mit en rapport avec Malefille, et la tra-\ngédie devint le Roi David, dont la partition fut bientôt terminée et\nrésolument présentée à M. Léon Pillet, alors directeur de l'Académie\nroyale de musique.\nIci, il faut faire justice d'une légende que Jules Lecomte, de Y Indé-\npendance Belge, a mise en circulation. Beaucoup d'autres après lui ont\nraconté qu'un jour, M. Léon Pillet étant à la fenêtre chez madame Stoltz,\ndans son appartement de la rue Chauchat, entendit par hasard un voisin\nqui, à un étage supérieur, chantait à pleine voix un morceau très origi-\nnal et absolument inconnu de lui, On ajoutait que, vivement intrigué,\nil était monté avec madame Stoltz sonner à la porte du chanteur, qui\nn'était autre que M. Mermet, et, séance tenante, après avoir entendu\ndix autres morceaux, avait reçu cette partition qui lui tombait du ciel.\nLa vérité est presque plus jolie que cette légende, la voici : J'ai dit\nque M. Léon Pillet avait gardé la partition du Roi David, présentée par\nM. Mermet, et comme il ne faisait rien sans consulter madame Stoltz, il\nla lui avait soumise. Le lendemain une lecture à huis clos fut ménagée\ngrâce à une petite conspiration de l'excellente mademoiselle Nau qui en\nprévint amicalement l'auteur, lui promettant de lui faire part au plus tôt\ndu résultat. Mais Mermet ne put attendre, et, dès huit heures, il s'était\nblotti &ous une porte coçhère en face des fenêtres ouvertes de madame\nStoltz. Au bout d'un siècle d'attente, il entendit l'accompagnateur Fichel\nqui se mettait au piano, puis l'admirable voix de Rosine Stoltz qui don-\nnait à pleine volée, puis les vocalises de mademoiselle Nau, puis la basse\npuissante de Brémond; mais la partie de ténor! rien! rien! Gardoni\nn'avait pu venir. Alors Mermet n'y tient plus, il traverse la rue, monte\nl'escalier, et se précipite dans le salon de madame Stoltz en entonnant la\npartie du ténor; M. Léon Pillet, après un moment de surprise, a re-\nconnu l'auteur qu'il présente à la grande artiste et quand, à la fin de la\nsoirée, Mermet se retire, après mille excuses, madame Stoltz lui dit :\n« Vous oubliez quelque chose, monsieur...\ncc Quoi donc, madame?\ncc Votre bulletin de répétition pour demain.\nOn sait les suites; malgré un très franc succès, le Roi David îVeut qu'un\npetit nombre de réprésentations par suite du départ subit de madame\nStoltz pour l'ltalie, où elle obtint de Rossini son dernier opéra, Robert"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.5", "texte": "A. MERMET\n\nBruce ; à son retour elle répéta encore une fois son rôle du berger Da-\nvid, mais c'était le moment de la cabale qu'elle avait soulevée en haut\nlieu; depuis le jour d'un certain bouquet foulé aux pieds, elle ne pouvait\nparaître sans soulever d'indignes protestations; ce fut même à cette re-\nprésentation dernière du Roi David qu'après ses ce adieux à la Harpe, »\nelle fut sifflée et rentra dans la coulisse en disant avec sa grande loyauté\nd'artiste, à l'auteur consterné : ce Ah! vous savez, M. Mermet, ce n'est\nque pour moi ces sifflets ! »\nA partir de cette époque, (1846), la vie de misère et de souffrances\ncesse pour Mermet. La famille ne combat plus, elle soutient cette voca-\ntion que le succès a confirmée ; de nombreuses et illustres amitiés qui\nne se sont jamais démenties se groupent autour de lui : c'est Léon de\nMaleville, c'est Orfila, puis que sais-je? Lireux, Laurent - Pichat,\nDucuing, Laurent Jan, d'Ortigues, Lacombe, Barbereau, Chenavard,\nEmile Augier, Duclerc, Latour-Saint-Ybars, Blaze de Bury, etc. etc. Le\ndivan Le Peletier, où se faisaient et se défaisaient alors les réputations,\nl'acclame. Mais si la vie de misère a cessé, la vie de lutte continue plus\nque jamais.\nEntre le Roi David (1846) et Roland à Roncevaux (1864), il va\ns'écouler dix-huit années!\nEt cependant, au lendemain de son premier succès à l'Opéra, au lieu\nd'en profiter, comme tant d'autres, pour écouler ci et là son solde d'an-\nciens travaux, au lieu de rechercher ces succès faciles qui finissent par\namener l'opérette, et que son esprit très humoristique eut aisément ren-\ncontrés, Mermet avait jeté au plus profond de son armoire toutes ses\nœuvres de jeunesse. Et lui, fils de soldat, patriote de tout cœur, il se fit\nimmédiatement un programme auquel il voulait consacrer son talent\net sa vie: c'était la glorification sur nos scènes lyriques des libérateurs de\nla patrie.\nAprès de longs travaux, son choix s'arrêta sur trois grandes figures :\ni° Roland ; 20 Jeanne d'Arc ; 3° Un des héros de la Révolution Fran-\nçaise.\nOn sait le succès de sa première tentative, mais ce que l'on ne peut\nque soupçonner, ce sont les traverses par lesquelles passa l'œuvre une\nfois terminée. Le directeur actuel, Roqueplan, rendit le manuscrit avec\nquelques mots de son esprit habituel, en se disant ce Mermet rira, il sera\ndésarmé. » Le Seigneur Crosnier ne le lut même pas, tout occupé de la\nSanta Cliiara du duc de Saxe-Cobourg-Gotha, lequel avait une croix\nde commandeur à offrir. Alphonse Royer, mis au pied du mur, criait\nce mot si vrai : « Est-ce que Ton joue ses amis ? »"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nC'est dans un de ses jours de découragement que Mermet, cédant à\nla misanthropie sans repentir d'un célèbre artiste-écrivain, prit un\ninstant la résolution de mourir avec lui. Arrivés sous le pont d'Asnières,\nlieu choisi pour le suicide, son ami lui dit :\n« Jette-toi le premier à l'eau,\n« Pourquoi ?\n« C est que je sais nager, et, comme témoin de ton duel avec la\nmort, si tu renâcles, je pourrai te sauver.\n« Eh bien, répliqua doucement Mermet, puisqu'il s'agit d'un duel,\ntémoin, je te propose de déjeuner plutôt avant qu'après. »\nAprès déjeuner, l'eau parut fade.\nEnfin, M. Emile Perrin vint, et malgré les luttes intestines qui se\nproduisent à 1 Opéra avant chaque nouvel ouvrage, la première repré-\nsentation de Roland à Roncevaux eut lieu le 4 octobre 1864.\nLes souvenirs de cet ouvrage qui, non seulement fit à Paris de si\nbelles recettes à la création et à la reprise, mais a réussi non moins\nbrillamment à Lyon, Marseille, Bordeaux, etc., sont trop récents pour\nque nous rappelions le succès du poème et de la musique, ainsi que des\ninterprètes : Gueymard, Belval, Warot, Cazeaux, Bonnesseur, mesdames\nGueymard, De Maesen, Levielli, et les deux premières danseuses Ange-\nline Fioretti et Laure Fonta*\nLa jolie mademoiselle Hamakers avait aussi un air très applaudi\nà la répétition générale et qui fut supprimé, de même que le trio des\nTruands de Jeanne Darc, qui, àla répétition générale fut le morceau\npeut-être le plus remarqué, a disparu à la première.\nArrivons à Jeanne Darc :\nIl ne s était écoulé que huit années entre le Roi David et Roland.\nCalculez la distance qui sépare Roland (1864) de Jeanne Darc (1876).\nEt cependant, dès 1866, le livret était terminé. L'auteur du poème\naprès avoir lu tout ce qui a été publié sur son héroïne, depuis les vieux\nMémoires jusqu'à Michelet, Firmin Didot et M. Wallon, après avoir\nconsciencieusement été en Lorraine pour visiter la maison Darc à\nDomrémy, puis à Chinon, puis à Reims pour préparer sa scène delà\ncathédrale qu'il voyait bien autrement que nous ne l'avons vue, après\navoir reconstitué lentement les fortifications d'Orléans à cette époque,\npour ne pas faire la moindre erreur historique, l'auteur du poème avait\nfait place au compositeur qui se cacha pendant tout un été dans un\ncoin des bois de la Jonchère, en compagnie seule de son ami dévoué\n1 accompagnateur Alphonse Duvernoy, et enfin l'œuvre terminée fut\nsoumise à M. Emile Perrin."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.7", "texte": "A. MERMET\n\nLe directeur de l'Opéra reçut avec joie l'œuvre nouvelle de celui qui\nlui avait donné déjà un grand succès. Mademoiselle Sasset Faure étaient\nles protogonistes principaux indiqués par lui quand la guerre arriva.\nLorsque M. Halanzier prit la direction, il accepta dans l'héritage de\nM. Perrin la Jeanne Darc, qu'il destina successivement à mademoi-\nselle Devriès, puis à mademoiselle J. Hisson, puis à mademoiselle Da-\nnieri, et qui est enfin devenu la création à jamais mémorable de la vail-\nlante et grande artiste qui a nom Krauss.\nIci je m'arrête, n'ayant pas mission de dire ce que je pense du poète\net du compositeur.\nQuant à l'homme, après cette biographie si écourtée, je n'ai pas besoin\nde vous le présenter. La belle gravure qui figure dans ce recueil, d'après\nla photographie de M. Truchelut, est le portrait vivant de Mermet.\nPour les curieux d'intérieur, j'ajouterai que Mermet occupe au cin-\nquième étage, mais au boulevard des Italiens, un modeste logement où\nl'on voit dès l'entrée le portrait de son père et dans tous les coins les\ntableaux et souvenirs de ses amis. Il n'y a pas un coin de vide.\nSi l'on me demande qu'elles sont ses préférences musicales, je puis ré-\npondre : Gluck et Spontini, puis Rossini avec Guillaume et Moïse,\nWeber avec FreyschutQuant à l'école moderne, il s'exprime à ce\nsujet avec une indulgence et une réserve courtoises, dont bien peu de ses\njeunes confrères viennent de lui rendre la monnaie.\nMaintenant, au lendemain de Jeanne Darc, que va faire Mermet? Je\nsais qu'il a déjà renoncé à tenter sa troisième épopée lyrique, rêvée à\npropos de la Révolution française; je sais aussi qu'il songe à un grand\ntravail sur un magnifique sujet antique, pour lequel le secret est de-\nmandé à ses intimes, mais je ne serais pas étonné non plus si, d'un jour\nà l'autre, il prenait fantaisie à l'auteur de Roland et de Jeanne Darc de\nreprendre dans ses cartons et de présenter à l'Opéra-Comique et au pu-\nblic, un Pierrot pendu) paroles et musique de A. Mermet.\n\nADOLPHE DUPEUTY."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.8", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\n1\"\nVIII\nu début, à l'exception des armes, des livres, des draps\nd'or, d'argent et de soie, on vendait de tout à la Foire.\nLorsque Yon eut construit autour, la vente du bétail\nseule fut supprimée.\nNous avons dit que la Foire était franche; en\neffet, non seulement tous les marchands du dehors\npouvaient y venir, mais encore il était loisible aux ouvriers non maîtres\nd'y étaler sans crainte d'être inquiétés par les jurés de la ville. Parmi les\nmarchands provinciaux qui fréquentaient le plus assidûment la Foire\nSaint-Germain, on remarquait ceux d'Amiens, de Beaumont, de Reims,\nde Nogent et d'Orléans ; parmi les étrangers, les marchands allemands,\narméniens et turcs. Mais ces derniers, pour la majeure partie, étaient\nfaux teint,Sous le costume oriental et soigneusement grimées, les La\nReynie et les d'Argenson comptaient les plus fines mouches de leur\npolice secrète. De même, messieurs les filous ; comme ils savaient leur\nmétier non moins bien que les lieutenants de police le leur, ils ne se\nfaisaient pas faute d'affubler du même costume nombre de compères des\n\n(i) Voir les numéros des i®r décembre 1875 et ier avril 1876."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.9", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\ndeux sexes, ce qui permettait aux marquises de la Papelardière et aux\nmarquis de Gourdinvilliers, coqueluches de la rue Sainte-Avoye, de\nnouer de bonnes intrigues à la Foire, et surtout de faire montres,\nbourses, tabatières, mouchoirs, enfin tout ce qui se met dans les poches\net les goussets.\nQuant à énumérer le tout ce qui se vendait à la Foire, on comprend\nque c'est un travail que nous n'avons même pas essayé d'entreprendre.\nSeulement, de ci, de là, nous avons noté quelques objets qui caracté-\nrisent plus particulièrement ce que les simples et naïves gens appellent\ntoujours le bon vieux temps. Par exemple, nous citerons sans ordre, ni\ngradation, ni qualité, ni genre, ni espèce : à la fortune de la plume, si\nnous pouvons nous exprimer ainsi (et pourquoi pas, puisqu'on dit à la\nfortune du pot}). Si bien que tout porte à croire que la nomenclature\nsera une véritable macédoine.\nDonc, on vendait à la Foire Saint-Germain : Coffrets, tours de gorge,\nmiroirs d'écaillé de tortue, engageantes, savonnettes de crème de savon,\nessences de Rome, de Gênes, de eau de fleurs d'oranger, essence\npour les cheveux, essences pour les tabacs, eaux d'Ange odoriférantes,\nmanchons, palatines, cassolettes, colifichets, c'est-à-dire jouets d'enfants\nen étoffes, en plomb, en cartes; essence de beauté, cuir à repasser les\nrasoirs, pommade Ninon de Lenclos, poudre de fleurs dentifrique, eau\ndes mille fleurs, pain d'épices, cervelas, lait d'Amarante, essence d'ambre\net de musc, lait virginal, thé. café, rossolio, vespetro, montres, tabatières,\nlaques, faïences de toute forme, bijoux en or et en argent, chapelets,\neau d'anis, eau clairette, draps ou autres étoffes de laine, ou mêlées de\nsoie ou de laine, ou de fil et de laine; orgeat, bonnets à la bénéficiaire,\nétoffes de la Chine, déshabillés à bonne fortune, mastic pour les trous à\npetite vérole, baume de Perse, cordons de chapeau, cannes, eau de sen-\nteur de Constantinople, nœuds d'épée, confitures, rubans d'or, vin de\nSaint-Laurent, des Canaries, écharpes, tabliers, fichus, ratafia, robes de\nchambre de Marseille, chemises de toile de Hollande, robes de chambre\nà la mode, bonnets à la siamoise, fromage de Milan, vins d'ltalie, de\nGrèce, de Malvoisie, ratons « tout chauds, à deux liard, » oranges delà\nChine, peignes, couteaux, étuis, ciseaux, indienne à la mode, couver-\ntures de Marseille, olives de Vérone, cornettes, engageantes de Flandre,\ncolliers de verre, instruments de musique, corsets, jupons de Marseille,\ntableaux de grands prix, et, pour finir, chocolat. Ce précieux produit\nbien entendu lorsqu'il est fabriqué selon la formule: cacao, sucre et\ncanelle réduits en pâte fit sa première apparition à la Foire Saint-\nGermain de l'année 1659. Un sieur David Chaliou, de Toulouse, l'avait"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nexpédié, parce que investi du privilège exclusif, pendant 29 ans, de\n« faire vendre et débiter dans toutes les villes et autres lieux du royaume,\nune composition qui se nomme chocolat, soit en liqueur ou pastilles,\nen boîte ou telle autre manière qui lui plaira. » Ainsi s'expriment les\nlettres-patentes de ce privilège datées du 29 novembre i 658.\nLà nomenclature que nous venons de faire est en grande partie\njustifiée, comme suit, par la Gazette en vers de Loret, du 22 février\n1664 :\nJe n'ai point vu encore la Foire,\nMais j'ai su de gens qu'on doit croire,\nQu'on y voit de tous les côtés\nCent plaisantes diversités ;\nCar outre les orfèvreries,\nOutre les riches pierreries,\nQiiantité de bijoux fort beaux,\nQui brillent le soir aux flambeaux ;\nOutre mainte bellt marchande,\nOutre les toiles de Hollande,\nLes beaux rubans, les fins mouchoirs,\nLes porcelaines, les miroirs,\nLes tableaux et les antiquailles,\nQin ne sont pas pour des canailles ;\nLes confitures et douceurs,\nMarionnettes et danseurs;\nOutre les animaux sauvages;\nOutre cent et cent batelages,\nLes Fagotins et les Guenons,\nLes mignonnes et les mignons,\nOn voit un certain habile homme\n[Je ne sais pas comme on le nomme)\nDont le travail industrieux\nFait voir à tous les curieux,\nNon pas la figure d'Hérode,\nMais du grand colosse de Rhode\nQu'à faire on a bien du temps mis;\nLe haut mur de S émir amis,\nOû cette reine fait la ronde;\nBref les sept merveilles du monde,\nDont très bien des yeux sont surpris\nEt que Von voit à histe prix.\n1 s'agit maintenant de pénétrer dans l'intérieur de la Foire. Pour ce\nfaire, nous avons dit que nous accompagnerions le grave conseiller de\nS, A. le prince de Waldeck. Suivons-le donc en répétant avec Scarron :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.11", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nSangle au dos, bâton à la main,\nPorte-chaises que Von s'ajuste;\nC'est pour la Foire Saint-Germain.\nPrenez garde à marcher bien juste.\nN'oublie\\ rien, montrez-moi tout ;\nJe veux la voir de bout en bout.\nIX\nLa Foire Saint-Germain, raconte J.-C. Nemeitz, est un des plus\ngrands plaisirs de Paris. Elle est environnée d'un clos d'ais et couverte\npour y être garantie de la pluie. L'on y trouve les plus belles denrées,\nles plus riches effets et toutes les choses des manufactures de Paris.\nLe gros de ces marchandises consiste en galanteries, en confitures et\nen café.\nLa plus grande affluence du monde ne commence que sur les huit\nheures du soir, quand les spectacles et les danses de corde sont finis.\nToutes les boutiques sont illuminées de chandelles très bien rangées,\net la presse est si grande qu'on a peine à la fendre.\nTout y est pêle-mêle, les maîtres avec les valets et laquais, les filous\navec les honnêtes gens.\nLes courtisans les plus raffinés, les plus jolies filles, les filous les plus\nsubtils sont comme entrelacés ensemble.\nToute la Foire fourmille de monde depuis l'entrée jusqu'au bout.\nCeux qui n'ont point de compagnon ni d'autre occupation, se portent\ndans une boutique d'où ils font la revue des passants. Mais d'autres, qui\nsont en compagnie, principalement avec des dames, s'asseoient dans\nune boutique et y achètent quelque chose de quoi jouer. Chacun y con-\ntribue. Celui qui gagne la chose mise au jeu la retient ou il en fait quel-\nquefois présent à une des dames. Il faut faire ses emplettes de jour, car\nle soir on ne saurait marchander à cause de la grande multitude\nd'hommes. Il y a encore des boutiques où on ne fait que jouer aux dés ;\nc'est le grand divertissement des Français. Le maître de la boutique en\ntire le plus de profit.\nLes dix heures étant sonnées, chacun se retire et on ferme les bou-\ntiques.\nLes plus grands divertissements de la Foire sont les troupes de dan-\nseurs de corde. Il yen a quelquefois jusqu'à quatre ou cinq de diverses\nsortes, qui ont dressé leurs théâtres en partie dans la cour de la Foire,\nen partie au dehors."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nL'affluence du monde est indicible, puisque les personnes de qualité\nsont alors de retour en ville des maisons de plaisance, et que nombre\nd'officiers sont revenus de l'armée, sans parler de tant d'autres gens\ndes provinces que des procès ou d'autres raisons ont attirés à Paris.\nNon seulement les quatre ou cinq troupes, mais encore l'Opéra et les\ncomédies ordinaires, sont pleins de monde.\nLa troupe qui a gagné le dessus est la plus recherchée. On se jette sur\nsa tente comme si on allait l'emporter d'assaut.\nLa danse sur la corde n'est pas de si grande considération que la\ncomédie que l'on joue après.\n11 y a dans ces bandes quelques-uns qui avaient appartenu à l'ancien\nThéâtre-Italien, fermé par Louis XIV, mais rétabli par le Régent. Or, il\nest constant que le reliquat des Italiens s'est établi à la Foire sous le pré-\ntexte de danser sur la corde. Au commencement, ils représentaient leurs\npièces simplement, par des signes et des postures, n'ayant pas la permis-\nsion de chanter ni de parler. Puis ils les chantèrent moyennant une\ngratification à l'Opéra. Les pièces représentées sont prises pour la plu-\npart du théâtre italien de Ghirardi. Ces messieurs sont capables de jouer\nquelquefois la même pièce quinze jours de suite, selon l'approbation\nqu'elle trouve.\nLes troupes de la Foire se portent envie Tune à l'autre, remuant ciel\net terre pour attirêr le plus de spectateurs. Celle qui a le meilleur arle-\nquin l'emporte sur les autres.\nLes mots bas, burlesques et quelquefois des gestes assez impudents, ne\ndiminuent rien du prix d'une action. J'ai vu souvent avec étonnement\nque, même des dames de considération, entendaient et voyaient ces\nsaletés sans rougir de honte : que dis-je ! elles ne pouvaient cacher le\ncontentement qu'elles en ressentaient, puisqu'elles en riaient de\nbon cœur. Mais, qu'importe ! c'est la grande mode de Paris. Plus\nune drôlerie est naturelle et grotesque, plus on s'en divertit. Tout est\npermis à Arlequin et à Colombine, ces deux bons enfants.\nOutre les danseurs de corde, il y a des joueurs de marionnettes. Ces\ngens font un terrible vacarme quand on passe. L'un veut mettre son\nvoisin au sac avec toutes ses pièces.\nIl y a quelques ans (1714) qu'un de ces aventuriers fut si heureux,\nque le maréchal de Villars, étant un soir à la Foire, eut la curiosité\nd'entrer dans sa boutique de marionnettes où l'on représentait la\nVictoire de Demain. Tout le monde suivit l'exemple; et comme la\nboutique 11e le pouvait contenir à la fois, le maître des marionnettes fut"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.13", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nobligé de répéter la pièce six fois le même soir, pendant que les autres\nne pouvaient attraper un seul spectateur.\nPolichinelle est assez grossier et massif, mais cela n'empêche pas que,\nmême des dames de qualité, ne viennent souvent voir cette sorte de\nspectacle : les marionnettes.\nVoici ce que j'ai vu de rare à la Foire la dernière année que j'étais à\nParis :\nLe Scaramouche d'une troupe de danseurs de corde non seulement\ndansa et se tourna sur la ligne sans contrepoids, mais il joua aussi fort\nhabilement la Folie dCEspagne d'un violon qu'il tenait tantôt derrière\nle dos, tantôt sous le bras et tantôt au-dessus de la tête.\nQuelques volligeurs non pareils, parmi lesquels un Anglais, se signala\ndes autres par son adresse.\nUn homme, dansant sur l'échelle, fit des caprioles surprenantes, et\nnéanmoins il sut toujours se tenir en balance.\nUne tourneuse Anglaise, âgée de quelque vingt ans, qui demeura\nprès d'une demie heure sur le même point, en se tournant comme un\nsabot avec une grande rapidité, pendant qu'elle prit souvent le change\ntantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, et que tenant six épées nues\ndans ses mains, les pointes tournées vers le corps, elle en mit une à la\ngorge, l'autre à l'œil, une autre sur l'estomac, etc., etc. Elle les changea\nmême souvent de place pendant qu'elle tournait sans cesse. Au bout de\nla pièce, elle ramassa les six épées et les mit sous un bras avec une rapi-\ndité inconcevable, Métier très dangereux.\nUn Anglais, pareillement de quelque vingt ans, fit des contorsions\net des mouvements de corps extraordinaires. Les membres lui étaient\ncomme disloqués et rompus.\nUn enfant à quatre bras et d'autres monstres de toute sorte.\nUn lion d'une grosseur peu commune.\nUn singe habillé premièrement en mousquetaire, puis en demoiselle,\nensuite en arlequin. Cet animal salua la compagnie, ôta lui-même son\npetit chapeau et se le remit; s'assit sur une chaise faite exprès pour lui,\ncomme ferait un homme; il fit avec son petit mousquet tous les exer-\ncices d'un fantassin, tira un coup de pistolet, dansa un menuet, fît plu-\nsieurs tours dans le cercle monté sur un chien dressé exprès pour cela,\ntenant un drapeau de sa patte. On disait que le maître avait gagné plus\nde 5,000 livres pendant le temps de la Foire.\nUn lièvre qui battait la caisse et fumait du tabac.\nUne prétendue Académie de pigeons. Il y avait quelques pigeons\nqu'un certain homme avait appris à tirer un petit chariot, comme font"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles chevaux, à tourner la broche à laquelle on avait mis de la chair à\nrôtir, à passer par dessus la baguette, comme des chiens, à courir\nreprendre ce qu'on leur avait jeté et à exécuter plusieurs autres tours de\nsouplesse.\nUn petit chariot à deux chevaux attelés (le tout travaillé en bois), qui\nfaisait des tours en charriant sur la table, et qui retournait de lui-même\nquand il était au bout. Tout cela c'était l'effet de quelque ressort\nqu'on avait pratiqué au dedans du chariot et qui le mouvait.\nUne autre invention mécanique de papier, qui représentait le théâtie\nde l'Opéra. Une certaine machine y faisait entrer et sortir les person-\nnages; un homme à l'orchestre battait la mesure, et, à la fin, on y voyait\nparaître l'Enfer avec toutes les peines que les poètes lui ont attribuées.\nUn autre homme avait le mobile perpétuel.\nC'était une sphère qui roulait sans discontinuer dans une certaine\nmachine faite de fil d'acier, et qu'un certain ressort relançait en haut\nquand elle touchait le fond de la machine. Et cela allait ainsi sans cesse\net sans répit.\nUn autre montrait un char de triomphe artistement travaillé en du\npapier.\nEnfin, un autre faisait voir des oiseaux rares de diverses sortes.\nEt qui peut nommer les bagatelles qu'il y eut à cette Foire, ainsi que\nle nombre infini de bateleurs et de joueurs de gobelets.\nLe grave conseiller Nemeitz nous apprend encore que les marchands\npayaient beaucoup pour les places, les tentes et les boutiques, «ce qui\nfaisait qu'ils étaient très chers. » Il nous dit que les boutiques ouvraient\ntous les jours, les dimanches exceptés, et que l'usage était, après avoir\npromené dans les allées, d'entrer dans quelque ce boutique de café. »En\ncicerone consciencieux et honnête, il termine par des conseils à l'usage\nde vertueuse et noble jeunesee allemande.\nPrenez garde à vos poches, lui dit-il: « les montres, les tabatières, les\nmouchoirs et cent autres bagatelles sont en péril à la Foire. Que si\nvous entendez crier : Gardez vos poches I défiez-vous des crieurs. Lors-\nque, le soir, vous entrerez dans quelque boutique de café, ayez bien\nsoin de ne manger trop de ce poisson apprêté en salade et qu'on ap-\npelle le thon, ni de boire trop de ces vins qui échauffent, tels que le Saint-\nLaurent, le muscat, le Frontignan, etc., etc., qui sont alors en grande\nvogue 5 ni de surcharger votre estomac de marrons glacés, de pistaches\nendragées (quelques uns disent moustaches enragées), de truffes et\nd'autres semblables confitures. »\nVisitez les théâtres des danseurs dê corde? poursuit-il; jouissez de la"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.15", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nvue des décorations ce des hommes qui prennent la figure des bêtes sau-\nvages en se couvrant de leurs peaux, mais ne prêtez pas trop l'oreille\naux brocards, turlupinades et vilenies qui se disent et se font. Les\npostures lascives, indécentes, des filles qui dansent choquent la raison et\nla pudeur. » N'oubliez pas que « les charlatans qui'agissent publique-\nment dans la cour de la Foire, ne sont que pour la canaille. » Evitez\nsurtout « les boutiques à café qui sont dans les petites allées des côtés\nde la Foire; ce ne sont que de francs , et les appartements dressés\nau second étage sont pour les amateurs de la partie carrée. » Enfin, gar-\ndez-vous de vous laisser duper. Tel forain se vante de vous montrer un\n« crocodile tout vif, » qui, lorsque vous êtes entré dans sa tente, ne vous\nmontre de cet amphibie <c que la peau farcie. »\nFaut-il dire que, bien avant Nemeitz, notre jovial Scarron avait dit\nen vers burlesques :\nTout ce qui brille n'est pas or\nEn ce pays de piperie.\nOu bien :\nFoire, l'élément des coquets,\nDes filous et des tire-laine ;\nFoire, où Von voit moins d'affiquets\nQue l'on ne vend de chair humaine;\nSous le prétexte de bijoux,\nQue Von fait de marchés che% vous,\nQiu ne se font rien qu'à la brune!\nQue de gens che\\ vous sont déçus !\nQue che% vous se perdent d'écus!\nQue che\\ vous c'est chose commune\nDe voir converser sans rancune\nLes galants avec les\nEt encore :\nLe bruit des pénétrants sifflets,\nDes flûtes et des flageolets,\nDes cornets, hautbois et musettes}\nDes vendeurs et des acheteurs\nSe mêlant à celui des sauteurs\nEt des Tambourins à sonnettes.\nDe joueurs de marionnettes\nQue le peuple croit enchanteurs-."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVoilà, à peu près, ce que fut la Foire Saint-Germain tout le temps\nqu'elle exista. A l'exception des trois ou quatre dernières années, où sa\nvogue baissa sensiblement à cause des préoccupations politiques qui\ns'étaient emparées de tous les esprits, du peuple comme de la bour-\ngeoisie, de la noblesse et de la royauté, la Foire fut, répétons-le, la\nplus joyeuse, la plus bruyante, la plus pittoresquement originale, la\nplus gauloise enfin des kermesses.\nParlons maintenant des spectacles.\n(La suite prochainement.)\n\nA. PRADINES."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.17", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\n10\nOSSINI, qui était un excellent chef, aimait peu à diriger\nles répétitions de ses ouvrages. On sait qu'il avait une\nirréprochable mémoire. Il composait son œuvre dans\ntout l'ensemble et la complexité de la partition, sans\nen écrire une note; il l'élaborait dans sa tête, et quand\nl'œuvre tout entière, distribuée en chœurs, soli,\nscènes, duos, trios, détails d'orchestre, rhythmes, effets, fioritures et va-\nriantes, était terminée et classée dans sa tête, alors seulement il prenait\nla plume et écrivait tout d'une traite, comme un copiste. Guillaume\nTell, ainsi écrit au milieu des visites, des conversations, émerveillait\nles dilettantes qui accouraient dans le salon du maître pour assister à la\nnaissance du chef-d'œuvre et n'imaginaient pas, ce qui eût été plus rai-\nsonnable, que Rossini se bornait à transcrire la partition tout entière\nformulée dans son cerveau. Cette œuvre si bien aménagée dans ses\nombres et ses lumières, si bien tissée, et si une dans sa variété, lorsqu'elle\narrive à l'orchestre, il est rare qu'elle réclame, pour être comprise, de\ngrands efforts de la part des instrumentistes ou du chef d'orchestre.\n« Cela marche tout seul, » disent-ils, et c'est ce qui fait que Rossini\nn'aimait pas à se préoccuper des répétitions. Il était d'avis que l'œuvre\ns'imposait d'elle-même ainsi que l'allure et l'accent. En effet, en Italie,\nen Espagne, dans le midi de la France, le midi oriental, le versant mé-\nditerranéen, l'interprétation n'a jamais été fautive. Tout change à Paris.\n\n(i) Voir le numéro du i décembre.\n\nXI.\n6"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nC'est une traduction du style italien, ce n'est plus le style italien.\nUn accent nouveau, une verve différemment caractérisée s'impri-\nment à cette musique qui, dès lors, n'a plus son cachet, sa personnalité,\net ne peut plus être aussi nettement comprise. Écoutez chez Pasdeloup,\nmême chez Colonne, l'ouverture de Sémiramide, par exemple, elle vous\nintéresse mais ne vous enlève pas. Que Vianesi la fasse exécuter par son\norchestre, aussitôt vous avez comme un sens nouveau, une perception\ninattendue, et l'élan, le brio, la verve italienne vous saisissent, vous en-\ntraînent. C'est que Vianesi a l'ingegno, l'âme, le feu italien, il a tait\nexprimer à Rossini sa véritable pensée, son originale création, et non\nune pâle imitation, une copie française de la composition générale.\nConfiez la même ouverture de Sémiramide ou d'// Barbiere àun\nkapell-meister de Berlin, de Munich, à un professeur de Copenhague,\nà un musicastre de Londres, le mal s'envenime. Ils dirigent ces œuvres\nlégèrement ouvrées, travaillées dans lor et la lumière \\ avec la loui-\ndeur compassée, la complexe concordance que réclament les combi-\nnaisons instrumentales du Nord; ils pèsent des fines toiles d'idéales\naraignées, des fils de la Vierge dans des balances de plomb, et ils s'é-\ntonnent que l'œuvre reste pour eux et pour le public incompréhen-\nsible et sans intérêt.\nRenversez les termes \\ mettez une partition allemande de Gade, de\nWagner, de Brahms, entre les mains d'un chef d'orchestre et d instru-\nmentistes accoutumés aux rhythmes, aux allures de Rossini, de Verdi,\nc'est toute une révolution. Orchestre et public s'étonnent qu'une œuvie,\nqu'on leur a vantée et qui mérite tous les éloges, leur paraisse diffuse,\nsans idée, et ces défauts lui viennent non d'elle-même mais de la ma-\nladroite interprétation qui en est laite.\nCe n'est qu'à la longue que l'équilibre s'étaolit et que les musiques de\ngéographie différente se pénètrent, se marient, pendant que la lutte de\nl'art dans les deux mêmes contrées divergentes, s'opère sur un autre ter-\nrain. Boccherini commence à s'introduire dans la musique de chambre\ndes pays germaniques, après avoir ete discuté, blâmé, nié, Haendel,\nBach, Gade, en revanche, sont admis depuis quelque temps en Italie\net surtout en Espagne, où les dilettantes bien instruits ont toujours sur\nleur piano Berlioz, Schumann, Wagner à côté de Verdi, de Rossini, de\nDonizetti, comme ils ont Shakespeare en anglais, Schiller et Gœthe en\nallemand, Pouchskine et Tourgueniet en russe, Dante, Alfieri, Fasse en\nitalien, Camoens en portugais, à côté de leur Cervantès, de leur Larra,\nde leur Zorilia, de leur Esproncéda, impartialement placés côte à côte\ndans leur bibliothèque."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.19", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\nMendelssohn,qui eut de si louables qualités, méconnut pendant toute\nsa vie le génie de Rossini et de Berlioz. Pour Berlioz, il y avait antipa-\nthie personnelle : mais pour Rossini c'était incompatibilité de vues, in-\nfirmité d éducation et rivalité inconsciente. Lorsqu'il fut nommé chef\nd orchestre à Leipzig, il éleva sa charge à une» hauteur inconnue\njusque-là. Or l'orchestre qu'il avait à diriger et le public qu'il avait à\nsatisfaire étaient composés de musiciens instruits et presque tous aussi\naptes à exécuter qu'à composer, si la faculté créatrice leur avait été\ndonnée. Les auditeurs étaient préparés par ces réunions fameuses, con-\nnues sous le nom de Concert du Gewand-Haus, et surtout par les séances\nincomparables qui avaient lieu à l'église de Saint-Thomas, séances où des\njeunes gens, des étudiants, réunis autour de l'orgue, s'exerçaient deux\nfois par semaine devant un public composé de simples passants, d'ama-\nteurs, à conserver vivantes les grandes traditions de l'art musical alle-\nmand, à se montrer les dignes successeurs de ce Sébastien Bach dont ils\ninterprétaient si dignement les œuvres et qui semblait revivre dans leurs\nchœurs. C'est ainsi que se formait un auditoire de choix, fidèle, bon\njuge et d'autant plus difficile qu'il écoutait en conscience et pour l'édifi-\ncation de son intelligence et de son âme. Mendelssohn fut digne de ses ins-\ntrumentistes et de ses auditeurs. Peines, travaux, sacrifices, il ne ménagea\nrien ; il répondit à toutes les exigences, suffit à tous les travaux, à tous les\nsuccès. Pai ses dons supérieurs, il domina complètement son auditoire\net exerça sur ses élèves comme sur son orchestre un ascendant dont la\nmémoire n'est pas encore perdue. Tous respectaient en lui l'union d'un\ngrand talent et d'un grand caractère. Ils trouvaient ces qualités déjà si\n1 ares lelevées et mises en lumière par ia noblesse invariable de son main-\ntien et par des allures d'homme de compagnie presque introuvables dans\nle personnel musical, qu'il tienne la plume, qu'il écrive ou qu'il com-\npose. Personne ne se posséda mieux, ne se montra plus naturellement\ndoué du talent de s'observer et de se contenir. Ce sang-froid vraiment\nadmirable ne l'abandonnait jamais, bien qu'il fût de son naturel impa-\ntient et prompt à la réplique. La négligence d'autrui le contrariait et\nil souffrait amèrement lorsque des musiciens arrivaient trop tard à leur\nposte ou troublaient les répétitions par leurs chuchotements ou par leurs\nlires. D ordinaire, en paieil cas, il fixait sur les coupables ses yeux sé-\nvères et le bruit cessait. Seulement, un jour voyant que rires et conver-\nsations ne discontinuaient pas, il frappa à petits coups sur le pupitre et\nle silence obtenu, il dit sèchement.\ncommunications; je ne voudrais pas les interrompre. Dehors vous serez"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nplus libres. Ici nous sommes réunis pour étudier et pour travailler avec\nsoin et conscience et nous pourrions vous gêner. »\nOn se le tint pour dit. reste, il prêchait d'exemple, et le respect\nqu'il portait à son art, il le communiqua ainsi à tous ceux qui collabo-\nrèrent à ces belles «exécutions du Gewand-Haus, sur lesquelles, grâce\naux biographes compulsés par nous, nous pouvons dire ici toute la\nvérité, louange et critique.\nQuand il se dirigeait vers son pupitre, Mendelssohn portait sur sa\nfigure et dans tout son maintien le calme religieux, la sérénité, cet\namour à la fois respectueux et passionné qui anime l'artiste pénétré de\nce qu'il y a de divin ici-bas dans toutes les manifestations de la pensée,\net qui lui défend d'en prolaner le culte par une attitude indifférente ou\nsimplement négligée. A son pupitre, il se recueillait un moment. On eût\ndit un fidèle dont les lèvres vont s'ouvrir pour louer Dieu. Tous les\nintrumentistes attentifs, se tenaient prêts, aussi recueillis que lui-même,\npuis, sur un signe, tous partaient. Lui, sans agitation fébrile, sans\ndéclamatoire battement, sans gymnase exubérant, il menait sa petite\ntroupe intelligente et docile. Son visage s'éclairait, ses yeux rayonnaient,\nil animait l'orchestre, et l'auditeur ravi ne pouvait détacher ses regards\nde ces traits où toute émotion, jusqu'à la plus fugitive, marquait sa\ntrace, où le passage de l'émotion précédente annonçait celle qui allait\nlui succéder.\nNéanmoins, ces exécutions n'ont pas été impeccables, et voici la con-\ntre-partie des éloges que nous venons de donner au mérite de Mendels-\nsohn et de son orchestre. Avant Mendelssohn, les morceaux de musique\nclassique joués au Gewand-Haus subissaient les fantaisies personnelles\ndes chefs d'orchestre; on en agissait avec les morceaux classiques comme\navec les ouvertures de mélodrames ou les morceaux d'entr'actes. Fous les\nhivers, régulièrement, on reprenait des morceaux classiques choisis par-\nmi ceux qui ne présentent pas d'insurmontables difficultés, L'exécution\nétait facile, sans incertitude ni hésitation, et le public accueillait tou-\njours avec un plaisir nouveau cette musique de prédilection, avec la-\nquelle il s'était familiarisé, et que l'orchestre jouait comme une mécanique.\nPar amour-propre, par dignité, ils abordaient aussi la neuvième sym-\nphonie de Beethoven, et la pierre de scandale entre les conservateurs et\nles novateurs, » en l'attaquant tous les ans et en se préoccupant peu de\nla mal exécuter. Beethoven n'était pas le Jupiter musical qu a révélé\nHabeneck à nos concerts du Conservatoire; on le raillait assez commu-\nnément, on le disait diflus, incompréhensible, barbare, sans mélodie,"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.21", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\nsans harmonie, sans rhythme et sans idée. En le daubant ainsi, on trai-\ntait Beethoven comme M. Sarasate s'est permis dernièrement de traiter\nRubinstein. Le plus sublime des sublimes violonistes ouvre, chez Saint'\nSaëns, une partition de Rubinstein; il la feuillette en éventail et la\nreferme en disant : « Rien qu'à voir le grimoire, on imagine sans peine\nque cela ne vaut pas le diable ! »\nLa réponse de Saint-Saëns ne s'est pas fait attendre, et elle a été\njuste ce qu'elle devait être, sans doute, car voilà Sarasate et Saint-Saëns\nbrouillés et irréconciliables, quoi qu'ait tenté Rubinstein,\nBeethoven vivant était donc méconnu, et l'on disait pis que pendre\nde ses compositions. En conséquence, on les exécutait un peu à la\nlégère, et l'impression qui en était le résultat était la confusion. Tantôt\non la prenait trop vite, d'autres fois trop lentement, et tous les rhythmes\nà contre sens, puis les exécutants se disaient mutuellement des compli-\nments, et finissaient par déclarer que Beethoven était, lorsqu'il composa\nsa symphonie en ré mineur, ou imbécile ou enragé.\nMendelssohn vint tout changer, mais il avait son défaut qui était la\nprécipitation. On remarquait qu'il s'emparait çà et là d'un détail, qu'il\nle travaillait avec obstination et réussissait si bien à le mettre en relief,\nque le reste de l'œuvre s'en trouvait comme effacé. Il eût mieux valu\nqu'il portât ses soins à tout faire valoir avec la même attention, le même\nsoin. Le résultat des exécutions dirigées par Mendelssohn était donc la\nregrettable uniformité apportée dans les œuvres les plus animées et le\nchoix fantaisiste d'un détail habilement ressorti. La précipitation était\nl'autre défaut, et celui-ci on le retrouvait avec une telle persistance dans\nles orchestres dirigés par Mendelssohn, que les observateurs ne tardaient\npas à en conclure que cette course rapide avait quelque secret motif.\nCe motif on le connaît, Mendelssohn ne l'a pas tout entier dévoilé :\nil disait, à propos de la conduite des orchestres, qu'un rhythme trop lent\na presque toujours des inconvénients, qu'il préférait, lui, aller un peu\ntrop vite; qu'une exécution irréprochable est rare et même impos-\nsible; que la rapidité permet d'escamoter les difficultés; que pour\nvoiler les les taches, les imperfections, il faut glisser, ne pas ap-\npuyer, éviter les pauses, presser l'allégro et en faire un presto qui ter-\nmine bien les choses; tenir l'orchestre dans le mezzo-forte, s'écarter\ntoujours du vrai forte et toujours aussi du vrai piano, etc.\nMendelssohn a fait école : mais il procédait lui-même d'une tradition\nqui bien avant lui s'était établie dans un grand nombre d'orchestres\nallemands, français, russes, italiens, anglais. C'est en Angleterre que"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncette tradition s'était le plus triomphalement épanouie. A Londres, la\nSociété philharmonique procédait à ses exécutions comme à un steeple-\nchase. On y exécutait un nombre prodigieux de musique instrumen-\ntale, car on sait que les Anglais ont l'appétit aussi voraceque copieux, et\nl'on ne consacrait à chaque morceau qu'une répétition. L'orchestre\npartait à fond de train et arrivait comme l'express. On avait entendu un\nfourmillement de notes et de sons, on avait commencé, on avait fini, on\nrecommençait pour terminer de nouveau au plus vite et, après s'être\nainsi dépêché sur une vingtaine de pièces musicales, chacun s'en retour-\nnait chez soi ravi, ayant dans son oreille le nombre de notes voulu pour\nque l'argent dépensé ne se trouvât pas perdu.\nLes compositeurs en étaient venus à ne pas écrire d'andante ou à les\nsupprimer. Quand un essai de meilleur goût était tenté, le public, sou-\ndain étonné, et savourant des jouissances plus pures, applaudissait; mais\nalors les critiques faisaient tant de déclamations, rappelaient si éloquem-\nment les lois nationales des traditions anglaises, qu'il fallait vite\nretourner aux chevaux de poste et, fouette cocher! donne de l'éperon\njockey, le prix delà course est au premier arrivé!\nMendelssohn, qui dirigea les concerts de la Société, trouva commode\nce procédé expéditif; il s'y plia et devint à son tour un si bon cocher\nque tous les chevaux (pardon, les instrumentistes) arrivaient fourbus à\nla fin du concert. C'était un spectacle tout nouveau pour les Anglais et\nqui répondait aux souhaits de leur cœur. Ils applaudirent, et Mendels-\nsohn reste pour eux le modèle des chefs d'orchestre.\nEn France, grâce aux concerts du Conservatoire, quand le chef se\ntrompe, c'est l'orchestre qui conduit, car Habeneck Ta stylé à la per-\nection; mais là se trouve encore un écueil,\nLa rénovation musicale a commencé, et cela dans toute l'Europe,\npar les dirigés ce qui est bizarre et non par les dirigeants. Elle\nn'est pas descendue d'en haut, des professeurs, des chefs d'orchestre, des\nmaîtres de chapelle. Elle s'est au contraire élevée d'en bas de la masse\ninstrumentale. Ce sont les musiciens eux-mêmes, les exécutants, qui\nont eu l'initiative des réformes profitables, des rajeunissements désirés.\nLa virtuosité technique a été développée et l'instruction musicale s'est\nfortifiée; les instrumentistes devenus habiles à rendre les idées par\nune expression appropriée, sont en même temps devenus plus com-\npréhensifs, et ils ont fait ressortir toutes les beautés que, jusqu'à eux, on\navait gâtées ou mises à l'ombre. De ce concours de virtuosités nouvelles,\nun orchestre plus vif, plus intelligent, est sorti; et si la rétorme complète\ndes orchestres n'en a pas été le premier résultat, c'est que les chefs d'or-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.23", "texte": "L'ECOLE DE L'ORCHESTRE\n\nchestre, choisis parmi les plus incapables, les plus routiniers, parmi ceux\nqu'on pouvait le moins utiliser comme virtuoses, ne se trouvant plus à\nla hauteur de leur mandat et trouvant bonne une place honorable et\nqu'ils ne voulaient plus abandonner, ont laissé libre chaque instrumen-\ntiste d'aller à sa guise : en sorte que les soldats n'ont pu bien faire parce\nqu'ils avaient un mauvais général, tandis que le général n'a pas tout à\nfait compromis la bataille, parce que ses soldats, excellents, ont multi-\nplié les merveilles.\n■\nQu'on juge du résultat tout autre si d'aussi vaillants soldats eussent\nété commandés par un chef habile, si un magistral musicien eût rassem-\nblé en faisceau ces virtuosités dispersées, de telle sorte que la collec-\ntion de sonorités qui forme l'orchestre, devenue un seul instrument,\nle chef d'orchestre en eût été le réel instrumentiste. Vianesi, diri-\ngeant l'ouverture de S émir ami de, semble en réalité le Briarée aux cent\nbras de la musique instrumentale, se donnant à lui-même la volupté\nd'exécuter à son gré la délicieuse musique du maître» De même pour\nHabeneck. Lorsqu'il tenait son orchestre sous sa main, il devenait un\nvirtuose et il jouait un morceau par l'intermédiaire de ses fidèles et sûrs\ncollaborateurs de la Société des concerts. Il se jouait un air, une mé-\nlodie, et cette mélodie, cet air, c'était, par exemple, la neuvième sym-\nphonie de Beethoven.\nLorsque nous eûmes entendu les diverses symphonies de Beethoven,\nen ré, en la, en fa, en si bémol et ut mineur, l'héroïque et le pastoral, il\nnous sembla que nous connaissions tout Beethoven, mais que le maître\nn'avait pas dit son dernier mot. Nous eûmes alors la partition d'orchestre\nde la symphonie en ré mineur, et nous n'eûmes dès lors qu'un rêve, nous\nvoulûmes entendre à l'orchestre cette symphonie qui ne s était révélée à\nnous que dans les lectures méditées. La lumière se fit complètement\nlorsque nous entendîmes cet ouvrage, dans lequel se révèle toute l'im-\nportance du rôle de l'orchestre, exécuté par la Société des concerts du\nConservatoire de Paris. Une chose se révéla alors à nous, c'est que si\ncette œuvre si vaste, si complexe, si multiple et si variée, était, dans\ncette exécution, la clarté et l'ordre même, la raison en était que chaque\ninstrumentiste pour sa part, et tout l'orchestre dans son ensemble,\navaient appris à apprécier et à mettre en relief, dans chaque mesure,\ndans chaque phrase, dans chaque fragment, dans l'œuvre tout entière,\nla mélodie vaste, variée, profonde, une et sublime que Beethoven a\nécrite en cinq parties, sous le nom de symphonie en ré mineur. Cette"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmélodie, Habeneck, Tilmant, Deldevez, Lamoureux, aidés de leur\norchestre, la chantent dans son rhythme et dans son accent, absolu-\nment comme un bédouin sur son mehari, quand il traverse le désert,\ncharme sa solitude en chantant sous le ciel bleu la mélodie où il a mis\ntoute son âme et tous ses rêves.\nVoilà le secret. Habeneck, à qui revient le suprême honneur de cette\nexécution incomparable, après avoir fait répéter pendant tout un hiver\ncette symphonie, n'avait compris qu'alors cette musique inintelligible\npour lui au début. Cela devait suffire pour le déterminer à consacrer une\nseconde, une troisième année à déchiffrer cette œuvre de sphynx et à ne\npas lâcher prise avant que la mélodie de Beethoven ne fût bien pénétrée\npar lui et par chacun des musiciens ; comme tous ces musiciens étaient\ndoués d un sentiment vrai de l'exécution mélodique, ils ne pouvaient\nmanquer de la bien rendre. Quant à Habeneck, de par son génie diri-\ngeant, il les maîtrisait tous et eux savaient qu'il était bien qu'ils\nfussent dociles à celui qui les ferait si bien valoir dans la révélation su-\nblime d'un sublime chef-d'œuvre.\nSi on se demande, par quelle voie ces musiciens de Paris étaient arri-\nvés à une solution aussi précise de ce problème difficile, on acquiert\nl'évidence que c'est par le labeur caractéristique de musiciens qui, en\nprésence de ce qu'ils n'ont pas encore compris, se sentent humbles et\ninquiets et cherchent à attaquer les difficultés par les côtés techniques\nsur lequels ils se sentent à l'aise et sur leur terrain.\nL'influence exercée sur nos musiciens français par les traditions ita-\nliennes et françaises de l'Opéra, a eu ceci de bon que la musique ne\nleur devient accessible qu'à travers le chant. Bien jouer, c'est pour eux\nbien faire chanter leur instrument. Quand ils ont exécuté la neuvième\nsymphonie, ils ont eu pour but de la bien chanter, et ils y ont réussi\ncomme avec génie; mais pour la chanter convenablement, il leur avait\nfallu découvrir les rhythmes exacts. Habeneck avait trouvé le véritable\nrhythme en amenant son orchestre, grâce à un travail persévérant, à\nsaisir la mélodie de la symphonie. Seule l'intuition de la mélodie donne\nle rhythme réel. Ces deux éléments sont inséparables, et si les œuvres\nsymphoniques ou théâtrales sont défectueusement rendues, soyez sûr\nque la principale raison en est que les chefs d'orchestre n'ont pas\nsaisi le rhythme, parce qu'ils n'en ont pas saisi la mélodie, et qu'ils\nseraient incapables d'en indiquer le chant. La musique n'est pas de\nla grammaire, de l'arithmétique ou de la gymnastique; avec un sem-\nblable enseignement, on peut devenir un suffisant pédagogue dans\nun conservatoire ou dans un établissement quelconque de gymnas-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.25", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\ntique musicale, on peut aussi devenir un de ces cuistres de la critique\nmusicale qu'on voit quelquefois en France et si souvent en Allemagne;\nmais on est incapable d'infuser l'âme et la vie à une composition musi-\ncale. On est un musicien chef d'orchestre, et avec les meilleuis instru-\nmentistes, on n'arrive qu'à des exécutions déplorables.\nNous bornons ici ces observations. Cette dernière page en forme la\nmorale bien trouvée, nous pouvons l'affirmer, car elle n'est pas de nous,\nmais de Wagner lui-même, et nous n'avons guère eu qu'à la reproduire\nsans la modifier. Il nous semble que ceux qui veulent s'instruire trou-\nveront là une profitable leçon.\n\nMAURICE CRISTAL."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.26", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS POPULAIRES. Fragments d'Armide, opéra en cinq actes, poème de Qui-\nnault, musique de Gluck. Symphonie avec chœurs de Beethoven.— SALLE HERZ :\n[ Première audition de Ici Sulamite, pastorale biblique avec chœurs, de M. Edmond\nAudran. CONCERTS MODERNES. CONCERTS de Mlle Majdrowicz, de M. Albert\nSowinski et de M. Ferraris. SALLE PHILIPPE HERZ : CONCERT de madame Albert\nCuveller Marie Secretain). - SALLE PLEYEL : CONCERTS de mademoiselle Armandi\net de mademoiselle Laure Donne.\nONGERTS POPULAIRES. La première représenta-\ntion à7Armide eut lieu à l'Académie royale de musique\nle 2 3 septembre 1777- Legros et mademoiselle Levasseur\ncréèrent les rôles de Renaud et d'Armide, mademoiselle\nDurancy et madame Saint-Huberti, ceux de la Haine et\nde Mélisse ; Gelin représenta Hidraot, et Lainez, qui venait\nd'obtenir un grand succès en remplaçant Legros dans\nAlceste, reçut la partie du chevalier Danois. La célèbre basse Larrivée con-\nsentit à se charger du personnage d'Ubalde. « Ce n'est point un rôle que je\nvous offre, lui avait dit Gluck, il n'y a qu'un vers, qu'un mot, mais j ai besoin\nde vous pour le dire, toute la pièce est dans ce mot. » Larrivée accepta, il fu\nadmirable et électrisa l'auditoire en lançant le fameux « Notre général nous\nappelle. »\nGluck comptait frapper un grand coup avec Armide, bien qu'il eût tout à\nredouter des intrigues de la cabale qui s'était déjà formée contre lui. « Jai\nachevé VArmide, écrivait-il à du Rollet, et j'en ai fait la musique de manière\nqu'elle ne vieillira pas de si tôt. L'ensemble en est si différent de celui d Al-\nceste que vous croiriez presque que les deux opéras ne sont pas du même\ncompositeur. J'ai tâché d'y être plus peintre et plu.; poète que musicien,\nenfin vous en jugerez si on veut l'entendre. Je vous coniesse qu avec cet\nopéra, j'aimerais à finir ma carrière. Il est vrai que pour le public, il faudra"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.27", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nau moins autant de temps pour le comprendre qu'il lui en a fallu pour com-\nprendre YAlceste. Il y a une espèce de délicatesse dans YArmide qui n'est\npas dans Y Alceste, car j'ai trouvé le moyen de faire parler les personnages de\nmanière que vous connaîtrez d'abord, à leur façon de s'exprimer, quand ce\nsera Armide qui parlera ou une suivante Je tremble presque qu'on\nveuille comparer YArmide et Y Alceste, poèmes si différents, dont l'un doit\nfaire pleurer et l'autre faire éprouver une voluptueuse sensation. Si cela\narrive, je n'aurai pas d'autre ressource que de faire prier Dieu que la bonne\nville de Paris retrouve son bon sens. »\nOn le voit, malgré les justes défiances que lui inspiraient les préventions et\nl'instinct musical peu développé du public parisien, Gluck croyait fermement\nà la victoire. A la reine, qui lui demandait s'il était satisfait de sa partition,\nil répondait avec la fière conviction du génie : « Madame, ce sera superbe ! »\nEt que lui importaient après tout les menées et les intrigues de ses adver-\nsaires?... Si le présent leur appartenait, l'avenir était à lui, la postérité\nsaurait lui rendre justice, il avait créé une œuvre impérissable !\nArmide parut sur la scène et n'obtint qu'un succès douteux. On applaudit\nle premier acte et une partie du cinquième ; les autres furent très froidement\nreçus. Une cabale formidable s'organisa pour la deuxième représentation :\nles Lullistes demandèrent la reprise de YArmide de Lulli, et le parti de la\nmusique italienne fît jouer à la Comédie-Italienne Y Olympiade de Sacchini,\nque Gluck eut la faiblesse de faire interdire après la quatrième représenta-\ntion, tandis qu'on pressait avec plus d'ardeur que jamais la mise à l'étude du\nRoland de Piccini, qui fut représenté trois mois plus tard avec un immense\nsuccès. La Harpe, Marmontel, Guingené, Framery, d'Alembert et tous les\nPiccinistes d'une part, de l'autre Suard et les Gliickistes commencèrent une\nguerre acharnée à coup de pamphlets, de lettres et d'épigrammes. Quelques\npièces de cette longue poJémique méritent seules d'être signalées, entre\nautres un article de La Harpe dans son Journal de Littérature du 5 octobre\n1777, auquel Gltick lui-même riposta par une lettre extrêmement mordante\net spirituelle, des couplets du même La Harpe qui attirèrent à leur auteur\nune épigramme très vive de Suard (l'Anonyme de Vaugirard), et enfin la\nlettre si ingénieuse de Mathurin Guillot.\nUn siècle s'est écoulé depuis cette lutte mémorable : les médiocrités jalouses\net les beaux esprits ont disparu sous la poussière des âges, le génie est resté\ndebout et brille encore d'un vif éclat. Les Gliickistes et les Piccinistes ne\nsont plus et pourtant la lutte dure toujours, les adversaires ont changé de\nnom, les causes primordiales n'ont pas varié ; c'est la lutte éternelle du vrai\ncontre le faux, du progrès contre la routine.\nLes trois fragments d'Armide exécutés par M. Pasdeloup représentent\npresque un tiers de la partition. C'est d'abord l'ouverture, simple avant-\npropos sans caractère et bien inférieur à cette magnifique préface à'lphigénie\nçn Tauride, qui est restée l'une des formes les plus parfaites de l'ouverture,"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nGluck l'a empruntée à son opéra italien de Telemacco, en se contentant de l'en-\nrichir d'un thème épisodique (i). Le premier fragment se compose du chœur\n« Armide est encore plus aimable » d'un style si large et d'une si belle sono-\nrité, de l'admirable récit d'Aronte : « O ciel, 6 disgrâce cruelle, » et du cé-\nlèbre finale du premier acte : « Poursuivons jusqu'au trépas, » une des plus\nbelles pages de Gluck et l'une de celles dont la forme se rapproche le plus\ndu style de l'opéra moderne. On remarquera que l'allégro de ce finale n'est\npas sans analogie avec la strette du premier finale de Don Juan.\nLe second fragment commence par le grand duo « Esprits de haine et de\nrage, » chanté par Armide et Hidraot, et construit avec un air de cette\nmême partition de Telemacco, que Gluck a presque entièrement dépouillée\nau profit de ses opéras français. Les trombones qu'on entend dans l'accom-\npagnement ne figuraient pas dans la partition originale, ils ont été ajoutés\npar Meyerbeer. A ce duo succède un des plus beaux airs qui existent au\nthéâtre, un pur chef-d'œuvre, l'air de Renaud, « Plus j'observe ces lieux, »\nqui reproduit le dessin du même air dans l'opéra de Lulli, mais avec un\ncoloris et un développement musical que ce maître ne pouvait pas connaître.\nCes deux morceaux, ainsi que le joli rondo de la naïade « On s'étonnerait\nmoins, y> appartiennent au deuxième acte. Le chœur « Jamais dans ces beaux\nlieux » et la musette en fa qui viennent ensuite sont empruntés au quatrième\nacte, enfin le chœur « C'est ïamour » qui termine le second fragment est\ntiré du cinquième acte. Cet assemblage forme un tout parfaitement homogène;\nil rapproche des scènes ayant toutes le même caractère de voluptueuse lan-\ngueur et se prête merveilleusement à nous faire sentir l'unité de conception\net de couleurs qui règne dans cet admirable chef-d'œuvre.\nLe troisième fragment comprend presque tout le troisième acte, sauf un\ntrio et les pantomimes. Quelle vaste conception, quel tableau magnifique\nque cet acte de la Haine! Jamais le drame lyrique n'a dépassé ces hauteurs\nsublimes, jamais l'inspiration du plus grand maître de la musique dramatique\nn'avait atteint à ce degré d'élévation, à cette puissance d'expression! L'évo-\ncation furieuse d'Armide, les hésitations et les angoisses de la magicienne,\nlorsque, après avoir appelé la Haine à son secours, elle tremble de voir son\nœuvre s'accomplir, enfin, la conclusion de cet acte « O ciel, quelle horrible\nmenace, » improvisée, paroles et musique, par Gluck au sortir d'une répéti-\ntion, sont certainement tout ce que l'esprit humain peut concevoir de plus\ngrand, et, en présence de beautés d'un ordre si supérieur, on ne peut\nque s'écrier avec Berlioz : « Immense, immense est lé génie créateur d'une\npareille scène ! »\nSignalons rapidement quelques particularités curieuses de cette vaste com-\nposition.\n\n(i) Je parle de l'ouverture ô'Armide et non pas de l'ouverture d'lpliigénie en Au-\nlide que M. Pasdeloup lui a substituée je ne sais trop pourquoi."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nLe premier air de la Haine avec chœurs « Amour sois pour jamais, » n'est\nautre que l'air de Circé dans Telemacco, et le second « Suis Vamour puisque\ntu le veux », l'air chanté par Pallas et sa suite dans Paride ed Elena. On\nremarque en outre, dans la conclusion « O ciel, quelle horrible menace ! »\nune sorte de trémolo intermittent des seconds violons, sous lequel les basses\ndéroulent une longue phrase chromatique. Ce passage étant sur le ré bas\ndes seconds violons,' Meyerbeer eut l'idée de le faire jouer sur deux cordes à\nl'unisson (le ré à vide et le ré sur la quatrième corde). Il en résulte que le\nnombre des seconds violons semble subitement doublé, et, en outre, remploi\nsimultané de ces deux cordes produit une résonnance particulière du plus\nheureux effet. Berlioz, qui rapporte cette modification, l'approuve de toutes\nses forces. Il est juste d'ajouter qu'il revint dans la suite sur cette manière de\nvoir, et qu'il blâma vigoureusement « ces inqualifiables outrages au génie des\nmaîtres. »\nL'exécution d'Armide a été d'une grande faiblesse. Madame Fursch-Madier\net M. Bouhy sont des artistes de talent, mesdames Nivet-Grenier, Soubre et\nM. Clodio ne manquent pas de bonne volonté, mais aucun d'eux ne possède\nle style grandiose et l'accent pathétique qui conviennent à la musique de\nGluck.\nLes chœurs se sont montrés mous et insuffisants. Nous n'en savons pas\nmoins le plus grand gré à M. Pasdeloup de nous avoir restitué des fragments\naussi importants d'un chef-d'œuvre qu'on n'avait pas entendu en France\ndepuis 1837. Armide n'aurait jamais dû quitter le répertoire de l'Opéra.\nC'est l'ouvrage le plus mélodique et le plus varié de tons et d'incidents\nqu'ait écrit Gluck, c'est aussi celui qui, par !a nature du sujet et le carac-\ntère de la musique, semble se rapprocher le plus des goûts de notre\ntemps.\nLes longs développements que j'ai dû donner au compte rendu d'Armide,\nle véritable événement de cette quinzaine, ne me permettent pas de parler\navec détails de la Symphonie avec chœurs qui a été exécutée dans la même\nséance. J'entreprendrai cette étude la première fois que M. Pasdeloup nous\nfera entendre ce vaste poème musical, splendide apothéose du génie de\nBeethoven, qui semble devoir rester le dernier mot de la musique sym-\nphonique.\nH. Marcello.\nSALLE HERZ.— Première audition de la Sulamite.— Le dernier concert\ndu Châtelet n'ayant offert pour toutes nouveautés que deux courts morceaux\nsymphoniques, le désir daller, entendre les fragments à! Armide qui ont été\nchantés au Cirque-dHiver Font emporté en moi sur celui d'assister au con-\ncert de l'Association artistique. Je ne puis donc rien dire de ces deux mor-\nceaux. Et le compte rendu des Concerts populaires appartenant de droit à"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmon collègue, M. Marcello, c'est de la Sulamite que j'ai à entretenir les lec-\nteurs de la Chronique musicale.\nLa Sulamite, pastorale biblique en trois parties avec chœurs et orchestre,\nmusique de M. Edmond Audran, fils de l'ancien ténor de l'Opéra-Comique,\ndont la carrière a eu de l'éclat, m'a semblé l'œuvre vocale la plus considé-\nrable, la plus complète sous tous les rapports, qui depuis bien des années ait\nété entendue à Paris. La partie symphonique est bien traitée; elle est suffi-\nsante, et n'est jamais envahissante. L'instrumentation est limpide, variée\ndans ses effets, pleine de sonorité, mais elle ne couvre jamais les voix qui\nchantent solo. Les voix enfin sont écrites dans leurs moyens, sans efforts,\nsans difficultés d'intonation, et l'entente de la scène se fait jour à tous mo-\nments dans cette remarquable partition.\nLa première partie débute par une ouverture qui, par le charme et la dou-\nceur de son instrumention, a tout d'abord bien disposé le public. Suit un\nchœur de femmes et d'esclaves auquel succèdent des strophes chantées par\nmadame Brunet-Lafleur. Ces strophes sont nobles, le motif en ; est beau et\narge, et la voix de l'éminente artiste a pu s'y déployer à l'aise. Un baryton,\ndont le programme n'a pas donné le nom, a chanté ensuite avec une voix\npure et un excellent sentiment un air très mélodique. Un ensemble final\ntermine la première partie. Cet ensemble bien chantant, bien chanté, et dont\nla péroraison est grande, brillante et chaude, a produit beaucoup d'effet. Dès\nlors, l'œuvre de M. Audran était jugée et son succès assuré.\nLa seconde partie se compose d'une romance, d'un chœur, d'un duo et\nd'un trio final. La romance, pour ténor, a été chantée d'une façon plus que\nsatisfaisante par M. Rodeville. Elle est pleine de mélodie, mais comme la\nmélodie coule de source dans tout le courant de la Sulamite, je n'ai pas à\nm'y arrêter. Le chœur s'appelle la Chanson du printemps ; il est animé, bril-\nlant, rempli de séve et de verve. Un orage survient, après lequel des stances\nen duo où l'on sent la passion, et un superbe trio final.\nDans la troisième partie tout est à louer. Une invocation d'une grande\nbeauté, admirablement chantée par madame Brunet-Lafleur et qui a fourni\nà la grande artiste l'occasion de se montrer dramatique au suprême degré;\nun air de baryton très-remarquable; un air de contralto grave et solennel,\nauquel la belle voix et le large style de mademoiselle Bernard-Desportes ont\ndonné un grand relief; enfin un cantique à Jéhovah, du plus haut style reli-\ngieux, lequel a couronné l'œuvre. Je me suis élevé peut-être avec un peu\ntrop de sarcasme contre l'abus des compositions bibliques dans le dernier\nnuméro de la Chronique,. Mais qu'on donne souvent du biblique comme la\nSulamite, et personne je crois ne s'en plaindra. J'ajouterai pour finir que\nc'est M. Audran lui-même qui a conduit l'orchestre et les chœurs et qu'il\ns'en est parfaitement acquitté.\nLa majeure partie des concerts qui se sont donnés dans la salle Herz pendant\ncette dernière quinzaine étaient avec orchestre. Celui de mademoiselle Amélie"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.31", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nMajdrowicz, du 26 mars, a été très remarquable sous tous les rapports. Tout\nle monde artiste connaît le grand talent de mademoiselle Majdrowicz. Le con-\ncerto en ré mineur de Mozart et celui en ut mineur de Beethoven ont été\nexécuté par cette artiste hors ligne avec toute la largeur de style, le brillant\net la verve qu'exigent ces vastes conceptions. Et en même temps que la fan-\ntaisie de Listz sur Don Carlos faisait valoir ses éminentes qualités d'exécu-\ntante, le Chant du matin, de Boscowitz, a été bissé pour la grâce et le fini\navec lesquels il a été rendu. Enfin le Morceau de la main gauche, de ma-\ndame Tresvauxde la Roselaye, très original et très bien fait, a été fort goûté\ndu public. Une superbe ouverture de M. Sowinski, celle de Jean 111 So-\nbieski, qui se distingue par de belles mélodies et une brillante instrumenta-\ntion, a été fort applaudie. C'est M. Portehaut qui dirigeait l'orchestre.\nLes Concerts modernes, transplantés du Cirque-Fernando dans la salle\nHerz, ont donné une belle matinée le 3o mars. Pour ne citer que les premières\nauditions, M. Henri Chollet, le sympathique chef d'orchestre et compositeur,\na fait entendre un Entracte et air pour soprano, de sa composition, dont la\nvoix puissante et harmonieuse et la belle déclamation de mademoiselle\nHustache, de l'Opéra? ont bien fait valoir tout le mérite. Le Sommeil de\nJésus, prélude par M. Henri Maréchal, et l'lntermezzo de M. Hillemacher,\nn'ont pas produit une grande sensation.\nLe même soir, M. Théodore Gouvy faisait exécuter son Requiem, que je\nregrette de n'avoir pu entendre, engagé que j'étais ailleurs, et deux autres\nmorceaux de sa composition. Symphoniste avant tout, M. Gouvy a plus mis\nde déclamation que de mélodie dans la Religieuse, scène dramatique chantée\npar madame Fursch-Madier. Cependant il s'y trouve à la fin un motif très\nexpressif et admirablement dit par cette éminente cantatrice. VHymne et\nMarche étant un morceau symphonique, M. Gouvy s'y est trouvé plus à\nTaise. L'Hymne est long et froid, mais la Marche est d'une mélodie et d'une\ninstrumentation grandiose.\nJ'ai encore à signaler deux concerts donnés dans la salle Herz, mais sans\norchestre : celui de M. Albert Sowinski, le doyen des pianistes de Paris, et\ncelui de M. Ferraris.\nM. Sowinski, qui n'a rien perdu de son exécution ni de sa verve, a com-\nposé une ouverture intitulée qu'il a arrangée pour deux pianos et\nhuit mains. Ce morceau, exécuté dans la perfection par l'auteur, mademoi-\nselle Amélie Majdrowicz, M. Francis Thomé et mademoiselle Boudon, son\nélève, est d'une très grande beauté et doit être d'un effet splendide à l'or-\nchestre. Mademoiselle Marie Majdrowicz, dont ce concert était le premier\ndébut, a chanté deux romances polonaises de M. Sowinski, avec une voix\ndes plus sympathiques, et a été très applaudie. M. Léonce Valdec, M. Le*"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nbouc, mesdemoiselles Lewine, M. Michiels et la Société chorale du Louvre\nont dignement secondé M. Sowinski.\nM. Ferraris, aussi bon compositeur que grand pianiste, a fait entendre des\nmorceaux de sa composition de beaucoup de valeur, entre autres l'andante\net le finale d'une sonate en ré mineur, une fantaisie sur le Sardanapale de\nM. Joncières, un morceau fugué à deux pianos sur un thème de Don Juan,\net la tarentelle de Henri Herz, arrangée avec beaucoup de talent pour deux\npianos. La tarentelle et le morceau fugué ont été exécutés avec beaucoup\nd'ensemble par M. Ferraris et mademoiselle Anna Meyer, et l'allégro\nappassionato de Mendelssohn, joué par M. Ferraris, a soulevé des applau-\ndissements frénétiques.\nSALLE PHILIPPE HERZ.— Madame AlbertCuvelier (mademoiselle MarieSecre-\ntain) a donné son concert annuel le 2 5 mars. Au milieu de tous les morceaux\noù elle s'est fait applaudir comme elle en a depuis longtemps l'habitude, je\ndois mettre en première ligne sa fantaisie sur la Fille du Régiment. Il n'est\npoint de pianiste, je crois, qui sache aussi bien que madame Cuvelier tirer\nparti des motifs d'un opéra, les enchaîner d'une manière brillante et en faire\nun tout où rien ne laisse à désirer comme effet. Secondée par les belles voix\nde madame Armande Dalli et M. Leconte, et par les talents si sympathiques\nde MM. Musin et Delsart, le concert de madame Cuvelier avait attiré une\naffluence extraordinaire.\nSALLE PLEYEL. - Mademoiselle Augusta Armandi a donné une charmante\nmatinée musicale, le 26 mars. Madame la baronne de Caters, dont la voix\nsplendide et le superbe talent font revivre la renommée de son illustre père,\nLablache, avait prêté son concours à mademoiselle Armandi, ainsi que\nMM. Hermann-Léon, Villanova-Tolentino, Maton, Lack, Sauzay, made-\nmoiselle Damain, et M. Plet, du Gymnase. Vous voyez d'ici le beau con-\ncert. Mademoiselle Armandi a chanté d'une manière irréprochable la dra-\nmatique romance du Val d'Andorre, et le duo du Stabat de Rossini avec\nmadame de Caters, Ce duo était la perfection même. M. Hermann-Léon a\négalement obtenu un grand succès dans le duo de Mireille, avec madame de\nCaters, et dans le Nautonnier de Schubert. M. Lack a fait entendre une\ncharmante polka de sa composition, sous le nom des Farfadets, et le qua-\ntuor de Rigoletto a brillamment clos la partie musicale de cette matinée.\nMademoiselle Laure Donne, pianiste au talent classique, brillant et gra-\ncieux, a donné son concert dans la même salle, le 28 mars, avec l'orchestre\nde M. Colonne. Je signalerai comme ayant produit le plus d'effet le triple"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.33", "texte": "concerto de Bach, pour piano, flûte et violoncelle, le concerto en mi bémol\nde Beethoven, et, en fait de musique vocale, la Sicilienne de Pergolèse, et\nair de Rinaldo de Haendel, chantés avec une voix pénétrante et un style\nmagistral par madame Barré-Sabati.\nJe remets au prochain numéro, qui sera sans doute moins chargé, le\ncompte rendu des concerts de madame Alard-Guérette et de MM. Breitner,\nGalkine et Reuksel.\n\nHenri Cohen.\n\nxi.\nREVUE DES CONCERTS\nr*"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.34", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\nOPÉRA : Jeanne Darc, opéra en quatre \"actes et six tableaux, poème et musique e\nM. Mermet. THÉÂTRE DES VARIÉTÉS : Le Roi dort, féerie-vaudeville en trois actes\net huit tableaux de MM. Labiche et Delacour, musique de M. Marius Boulart.\nTHÉÂTRE TAITBOUT : Le Roi d'Yvetot, opéra bouffe en trois actes, de MM. Cha-\nbiillat et Hémery, musique de M. Léon Vasseur.\n/\nPERA. Le sujet de Jeanne Darc n'a guère été fa-\nvorable jusqu'ici aux différents auteurs qui s'en sont\ninspirés, mais jamais il n'avait servi de prétexte à une\nœuvre aussi médiocre que l'opéra de M. Mermet, re-\nprésenté sur notre première scène lyrique le mercredi\n5 avril 1876.\nDans son drame de Henri Vl.f Shakespeare nous représente Jeanne\nDarc comme une femme inspirée d'abord par le ciel et corrompue en-\nsuite par le démon de l'ambition; il l'a jugée en Anglais, il ne l'a pas\ncomprise en poète. Chapelain a immortalisé sa nullité dans un poème\nen vingt-quatre chants intitulé la Pucelle d'Orléans, et Voltaire nous a\nlaissé, sous le même titre, une polissonnerie soi-disant burlesque, indigne\nde son génie et qui doit être réprouvée par tous les hommes de goût. La\nJeanne Darc de Schiller renferme des beautés de premier ordre; mal-\nheureusement l'héroïne de cette Tragédie ultra-romantique n'est vraie,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.35", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nni au point de vue de l'histoire, ni au point de vue de la légende. Ma-\ndame de Staël l'a dit avec beaucoup de raison : « Lorsque la poésie veut\najouter à l'éclat d'un personnage historique, il faut du moins qu'elle lui\nconserve la physionomie qui le caractérise, car la grandeur n'est vrai-\nment frappante que lorsqu'on sait lui donner l'air naturel. Or, dans\nle sujet de Jeanne Darc, c'est le fait véritable qui, non-seulement a plus\nde naturel, mais de grandeur que la fiction. » Je mentionnerai encore,\npour mémoire seulement, les poèmes de C. Delavigne et Ozaneaux et\nla tragédie de Soumet, toutes compositions aussi ennuyeuses qu'acadé-\nmiques.\nEn musique, la vierge de Domrémy a inspiré jusqu'à douze composi-\nteurs, tant Français, qu'Allemands et Italiens. Le plus illustre de tous,\nWeber, a écrit des intermèdes pour la tragédie de Schiller. Avant lui, la\nComédie-Italienne avait joué, en 1790, une de Kreutzer,\nl'auteur justement oublié de Lodoïska. 1821 vit éclore sur la scène de\nl'Opéra-Comique une autre Jeanne Darc, non moins éphémère que la\nprécédente; Carafa en avait composé la musique. L'ltalie compte plu-\nsieurs Jeanne Darc : d'abord celle de Vaccaï, représentée en 1827, une\nautre de Pacini (i83o), enfin la Giovanna Darco, de Verdi, représentée\npour la première fois à la Scala de Milan, au mois de février 184.5 et\nexécutée à Paris le 2 avril 1868. Cet opéra avait fait un fiasco complet\nen Italie, il n'eut aucun succès chez nous, bien que mademoiselle Patti\nsî fût chargée du rôle principal. Caprice d'enfant gâté. Lasse de mi-\nnaude! sous la mantille de R.osina ou sous le cotillon made-\nmoiselle Patti avait imaginé de se montrer à ses nombreux adorateurs\nsous l'armure de l'héroïne française. Nous passerons rapidement sur les\nJeanne Darc de Balfe (Londres, 1839) et de G. Duprez (Paris, 1865),\npour nous arrêter un moment sur celle de MM. Barbier et Gounod,\nreprésentée au théâtre de la Gaîté, au mois de novembre 1873. Les\nquatre premiers actes étaient médiocres et le public les avait assez froi-\ndement accueillis, le cinquième décida brillamment de la victoire, et la\npièce eut près de cent-cinquante représentations. La majeure partie de\nce succès revient à M. Gounod, qui avait écrit pour le drame de M. Bar-\nbier une partition complète avec intermèdes, chœurs, soli et musique\nde danse.\nArrivons enfin à M. Mermet. Pour le gros du public, M. Mermet est\nun talent méconnu, un malheureux musicien victime des coups du sort\net de la tyrannie toute-puissante des directeurs d'opéra. M. Mermet a\npassé sa'vie à travailler, à espérer et àne pas se faire jouer. M. Mermet\na été abreuvé d'amertumes et de déceptions, et c'est à cinquante ans"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nseulement qu'il est parvenu à faire entendre « cette grande et fière mu-\nsique de Roland à Roncevaux, pleine d'accents inspirés et de pages\nsublimes, qui réveilla en nous (ceci a été écrit en toutes lettres), qui\nréveilla en nous cette fibre patriotique, qu'aucun compositeur, depuis\nSpontini et son bouillant Corteç, n'avait certainement fait vibrer avec\nautant de force. » Le succès de Roland ouvrait à M. Mermet les portes\nsi longtemps fermées de l 1 Académie de musique et assurait à son nom\nune juste popularité; désormais les voies étaient aplanies et la renommée\nsemblait tendre une main complaisante au favori du jour. Hélas!\nM. Mermet était né sous une mauvaise étoile et il était écrit que rien ne\nlui réussirait. Après avoir vaincu la mauvaise volonté des hommes, il\nlui restait encore à lutter contre les persécutions de la fatalité! Jeanne\nDarc était prête et voici que la guerre de 1870 éclaté. Jeanne Dai c\nallait être représentée, nouveau contre temps : l'incendie détruit l'Opéra\net réduit en cendres décors, costumes et accessoires. Enfin Jeanne Dai c\nest jouée; mais voyez jusqu'où peut aller la malechance de M. Mermet .\nM. Mermet avait triomphé des hommes et du sort, il n'a pu triompher\nde lui-même, et tous ses efforts n'ont abouti qu à une louide chute, une\nde ces chutes dont on ne se relève jamais. On dit que M. Mermet est un\ncompositeur malheureux et pourtant il est parvenu à faiie jouer tiois\ngrands ouvrages sur notre première scène lyrique : David, tiois actes de\nSoumet et Mallefille (1846), Roland à Roncevaux (1864) et Jeanne\nDarc (1876). Le même public qui avait accueilli froidement Gounod et\nVerdi à leurs débuts, bafoué Berlioz et vilipendé Wagner, décerna du\npremier coup à M. Mermet un brevet de compositeur illustre pour une\nfanfare et un chœur d'orphéon. Alors que tant de musiciens dun\nvrai talent se morfondent à la porte de l'Opéra, M. Mermet obtint 1 in-\nsigne honneur d'inaugurer le palais construit par Charles Garnier.\nJeanne Darc fut attendue avec non moins d'impatience que les Hu-\nguenots ou l'Africaine, Jeanne Darc tut montée avec ce luxe d'in-\nterprétation et ces richesses de mise en scène qu'on tient en réseï ve pour\nles seuls chefs-d'œuvre. M. Mermet est un heureux parmi les pius\nheureux, et je ne connais qu'un jour néfaste dans sa longue cairièie,\nc'est celui où un ami trop zélé eut la malencontreuse idée de sauver de\nl'incendie sa dernière partition.\nN'attendez pas de moi un discussion approfondie de Jeanne Darc.\nL'ouvrage de M. Mermet est de ceux qui échappent complètement à 1 a-\nnalyse et qu'on résume d'un seul mot : RIEN.— Il ny a pas un air, pas\nun morceau d'ensemble, pas même une phrase ou une simple ritour-\nnelle à signaler."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.37", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nLe ballet est au-dessous de tout ce qu'on peut imaginer de plus mau-\nvais. L'orchestration est d'une puérilité qui laisse bien loin derrière\nelle les premiers monuments de l'enfance de Fart. Seuls les décors et\nl'interprétation méritent des éloges sans restriction. Les décors sont su-\nperbes, notamment celui du deuxième acte : la terrasse du château de\nChinon, et le deuxième tableau du troisième acte: les bords de la Loire\net le camp des Français sous les murs de Blois. La cathédrale n'a rien\nde remarquable. L'apparition du bûcher est assez mal réglée et ne\nproduit aucun effet. Les costumes sont d'une grande richesse et le cor-\ntège du sacre rappelle toutes les splendeurs du défilé qui termine le\npremier acte de la Juive.\nParmi les artistes chargés de l'interprétation, il convient de mettre\nabsolument hors de pairs mademoiselle Krauss et M. Faure. Mademoi-\nselle Krauss soutient avec un courage digne d'un meilleur sort les\ncharges écrasantes d'un rôle long, fatigant et horriblement mal écrit.\nC'est pitié que de voir une artiste de cette valeur condamnée à crier pen-\ndant quatre actes d'interminables lambeaux de phrases qui n'ont aucun\nsens musical, qui n'ont même pas ce mérite vulgaire, qu'on ne saurait\nrefuser àla dernière cabalette du répertoire italien, d'être des morceaux\nde chant proprement écrits. Que mademoiselle Krauss prenne garde, sa\nvoix a besoin des plus grands ménagements et pourrait bien ne pas\nrésister longtemps à ce jeu meurtrier. M. Faure a chanté le rôle du roi\nen artiste consommé. Grâce à sa virtuosité peu commune, il a réussi\nparfois à nous donner le change et à prêter une apparence de tournure\naux choses les plus insignifiantes. Mademoiselle Daram est charmante\nen Agnès Sorel, mais je remarque chez elle une tendance à forcer sa jolie\nvoix. Malgré tout son talent, M. Gailhard est demeuré impuissant à\ndonner une physionomie au traître Richard, et M. Salomon a paru faible\ndans le rôle de Gaston de Metz; mais aussi que pourrait-on tirer d'un\naussi triste personnage? MM. Caron, Battaille, Menu et Gaspard com-\nplètent cet ensemble remarquable.\nLe sentiment que nous avons tous rapporté de cette soirée néfaste est\nun sentiment de profonde tristesse. Il nous est pénible de voir un direc-\nteur de l'Opéra gaspiller les deniers de l'Etat en des entreprises qui n'ont\nrien de commun avec la mission artistique dont il est chargé, et nous\nnous sentons profondément humiliés devoir! École française représentée\npar une production de cette espèce, lorsque, dans quelques semaines, un\ngrand maître italien va remporter sur une de nos scènes parisiennes un\nsuccès mérité, lorsque l'Allemagne prépare avec recueillement, pour un"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\navenir très prochain, une de ces solennités musicales qui font époque\ndans l'histoire de lart.\nO. Le Trioux.\nTHÉÂTRE DES VARIÉTÉS. — Deux maîtres du théâtre contem-\nporain qui ont semé leurs saillies dans vingt pièces plus amusantes, plus\nspirituelles, plus vécues, les unes que les autres, s'étaient réunis pour\nécrire une féerie, et le public s'attendait à une véritable joute d'esprit.\nLa pièce de MM. Labiche et Delacour n'est, hélas! qu'un chef-d'œuvre\nde nullité.\nSingulières aventures que celles des auteurs patentés, et combien\nsont étranges les aberrations des hommes les plus experts dans leur art.\nHier c'était M. Gondinet avec le Dada, avant lui M. Émile Augier,\nau Palais-Royal. Aux Folies-Dramatiques, MM. Duru et Chivot; au\nGymnase, M. Davyl; aux Français, Dumas fils, etc., etc.\nVoici le sujet de la féerie des Variétés.\nLe Roi-des-Songes a reçu un soufflet du gentil et coquet Rêve-d'A-\nmour. Il assemble son tribunal qui exile le coupable sur la terre. La\npeine de Rêve-d Amour ne sera levée que s'il arrive à se faire épouser\ndu prince terrestre Alzéador et à se faire giffler par lui.\nRêve-d'Amour descend sur la terre et se trouve en présence d'Alzéa-\ndor, lequel ne peut plus dormir parce qu'un jour, se trouvant éloi-\ngné de son palais et n'ayant rien à mettre sous la dent, il a tué, fait cuire\net mangé un oiseau de nuit enchanté.\nOr cet oiseau, après avoir élu par force domicile dans l'estomac du\ns est imaginé de chanter à tout propos. On a consulté des savants\ndocteurs, des professeurs illustres, ils ont déclaré que pour apaiser les\ninstincts de cet oiseau qui est un mâle, il fallait lui donner une com-\npagne. L ordonnance a été exécutée, Mais ce n'est plus un solo, depuis\nce jour là, c est un duo d amoureux perpétuel et... comme le printemps\ns avance, il est à craindre que le pauvre Alzéador, converti en cage, ne\nrenferme bientôt dans son estomac une nichée complète d'oiseaux en-\nchanteurs et chanteurs. Ce sera un inimaginable concert.\nCe malheureux prince Alzéador ne peut plus dormir. Les chants de\nses locataires intimes le tiennent constamment éveillé. On a cherché\ntous les moyens de les rendre muets, pas un n'a réussi. Ce qui est en-\ncore plus terrible, c'est qu'Alzéador doit épouser la haute et puissante\nfille du roi Flic-Flac, Romboïde. Cette péripétie pourrait empêcher"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.39", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nRêve-d'Amour de se faire épouser par Alzéador si, en vertu de son pou-\nvoir féerique, le songe exilé ne rendait le sommeil au prince, contre une\npromesse formelle d'union.\nLe roi dort enfin. Quand il se réveille il tient sa promesse et par un\nquiproquo assez mal présenté il giffle Romboïde à la place de Rêve-\nd'Amour ce qui force celui-ci à demeurer sur la terre et à avoir proba-\nblement beaucoup d'enfants.\nIl y a dans cette féerie quelques tentatives d'esprit qui avortent avec le\nsans façon des allumettes de la régie.\nUn tableau représentant un duel réduction Colas a été fort ap-\nprécié. Vus à travers un rideau de gaze, les quatre témoins Lilliputiens, le\ndocteur de la même taille, les combattants ejusdem farinœ et un gen-\ndarme géant survenant après le duel, qui a lieu d'abord en France à l'é-\npée, puis en Belgique, au pistolet, donnent lieu à une scène amusante\net réussie.\nM. Marius Boulart, chef d'orchestre des Variétés et musicien aimable,\nn'avait guère matière à écrire des choses transcendantes sur cette don-\nnée plate et terne. Il a été d'une sagesse dont on doit lui savoir gré. Il\na brodé quelques airs rhythmés avec soin. C'est tout ce qu'il pouvait\nfaire de mieux.\nLes couplets de Léonce, Je ne suis plus bon à rien, le finale du pre-\nmier acte et le Roi dort, couplets chantés par Berthe Legrand et repris\nen chœur, sont les trois points à signaler dans cette partition modeste et\nalerte.\nDupuis, Berthelier, Baron, Léonce, Berthe Legrand et Aline Duval\nont essayé de sauver cette pièce mauvaise. Malgré tout leur talent, leurs\nefforts n'ont pas abouti.\nTHÉÂTRE TAITBOUT. C'est une pièce retour de Belgique_,\nque M. Nazet a montée pour remplacer une pièce retour d'ltalie. En\ntoute vérité, le Roi d'Yvetot ne remplace pas la Petite Comtesse; il y\ntait suite. Et cela est fâcheux pour la sympathique direction du théâtre\nTaitbout.\nLa pièce de MM. Chabrillat et Hémery a eu de nombreuses aven-\ntures avant d'être représentée à Paris. Son titre primitif, fort ai-\nmable d'ailleurs, était : Jeanne, Jeannette et Jeanneton. En le lisant sur\nl'affiche on se fût rappelé avec plaisir la chanson célèbre où un coq vil-\nlageois mis en demeure de choisir entre trois futures, s'écrie :\nA moi seul que ne donne-t-on\nJeanne, Jeannette et Jeanneton."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nC'est un peu la situation de M. Arthur de la Bouille, qui cherche\nfemme et prend Jeannette pour Jeanne, ou Jeanne pour Jeannette et\nJeanneton pour toutes les deux.\nIl est vrai que Jeanneton veut se faire bien venir du roi et que celui-\nci tente la conquête de mademoiselle delà Bouille, et qu'un garde-cham-\npêtre commis à la sévère surveillance des mœurs, que le printemps\nrelâche d une manière très vive, ne réussi à prendre en flagrant délit que\nlui-même.\nOr cette pièce dont je viens, sans le vouloir, de raconter l'idée princi-\npale idée d'autant plus principale qu'elle est unique —, devait être\njouée aux Folies-Dramatiques. M. Gantin la conserva précieusement\ndans ses tiroirs, d'où elle ne sortit que pour aller échouer à Bruxelles.\nA la suite de 1 insuccès de la Petite Comtesse, le directeur du théâtre\nTaitbout se laissa entraîner et mit en répétition le four belge qu'un\nhomme de talent, m'assure-t-on, M. Jaime se chargea de transformer en\nune pièce vive, enlevée et d'un succès certain.\nOn n a pas nommé M. Jaime à la suite de la première représentation\net son nom n'a pas été mis sur l'affiche. Ce sont donc MM. Chabrillat et\nHémery qui demeurent seuls les auteurs responsables.\nSous le mauvais prétexte qu'on n'a jamais su pourquoi Yvetot était\nun royaume et pourquoi ses seigneurs portaient le titre de roi dès le\nquinzième siècle, ils se sont rués à fond de train et avec une gaieté gla-\ncialement préméditée sur un amoncellement de charges qui ne se justi-\nfient pas et dont on ne saisit pas plus le point de départ que le point d'ar-\nrivée. Imaginez une balle retombant sur des raquettes qui la renvoient\nsuccessivement et sans relâche sur une quantité de points différents, sans\nlaisser le temps au spectateur de comprendre le jeu et l'habileté des\njoueurs.\nLa balle disparaît enfin, lancée on ne sait où, sans provoquer chez\npersonne le désir de s'enquérir du lieu où elle est tombée pour ne plus\nse relever,\nCe qui a constitué jusqu'ici le succès de l'opérette, c'est généralement\nla franche extravagance des situations qui amènent forcément l'extrava-\ngante drôlerie du dialogue.\nMais dans chacune des idées fondamentales des opérettes à succès, il\ny avait toujours un ridicule critiqué.\nC était le général incapable dans la Grande Duchess^, l'exagération\nmythologique dans Orphée aux Enfers, le mari trompé et content dans\nla Belle Hélène, etc., etc.\nDans le Roi d'Yveiot, je ne vois de ridicule que la pièce elle-même,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "97", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.41", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nparce qu'elle a été conçue froidement dans les proportions les plus exa-\ngérées de la fantaisie.\nIl n'y a pas de faits, pas de types, et encore moins d'action. Il était\ndifficile de remplacer tout cela par un dialogue spirituel. Aussi les\nauteurs n'y sont-ils pas arrivés.\nM. Vasseur a tous les courages. Il écrit, il écrit et il écrit encore des\nnotes sans se préoccuper apparemment du résultat qu'elles peuvent\navoir auprès de ceux qui les écoutent.\nSa partition n'a aucune originalité, ce n'est qu'un bavardage de com-\nmères mal éduquées.\nJe citerai, parmi les moins fades idées de l'auteur de la Timbale, le,\nchœur de la Nuit et un duo-valse chanté par mesdames Prelly et\nDebreux.\nMadame Desclauzas a été aussi dévergondée et aussi enjouée que\npossible dans le rôle extra-léger de Jeannette qu'elle interprète avec\ntalent.\nMadame Prelly chante trop.\nUn rôle de queue-rouge a été dévolu à Gobin qui ne s'en tire pas\ntrop mal.\nBonnet n'avait rien à faire ; il en a profité.\nLa pièce est montée avec soin, mais les intérêts du théâtre réclament\nimpérieusement qu'on la remplace au plus tôt.\nRaoul de Saint-Arroman."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.42", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nNOUVELLES\nA commission spéciale des encouragements aux compo-\nsiteurs de musique s'est réunie cette semaine, sous ia\nprésidence de M. le Préfet de la Seine. Elle a décidé\nla somme de 10,000 francs votée par le Conseil mu-\nnicipal serait affectée au concours d'une ode-symphonie\navec soli et chœurs.\nUne sous-commission, chargée d'étudier les conditions\nde ce concours, a été nommée à l'élection, séance tenante.\nMembres élus :\nM. Félicien David, de l'lnstitut ;\nM. F. Bazin, de l'lnstitut;\nM. Emile Perrin, administrateur de la Comédie-Française;\nM. Vaucorbeil, président de la Société des compositeurs de musique;\nM. Gastinel, vice-président de la Société des compositeurs de musique.\nLes élèves du Conservatoire seront prochainement appelés à faire preuve\ndes progrès accomplis par eux cet hiver, dans un exercice public dont l'inté-\nressant programme est arrêté par M. ]e Directeur du Conservatoire* Cette\npetite solennité aura lieu le dimanche 2 3 ou au plus tard le dimanche\n3o avril, avec orchestre d'élèves dirigé par M, Deldevez.\nLa ville de Paris, voulant honorer la mémoire de M. Ehrhart, le jeune\ncompositeur, dont les obsèques ont eu lieu à la Madeleine, vient de décider\nqu'un terrain serait donné à perpétuité, au Père-Lachaise, aux restes mor-\ntels du pensionnaire de l'Académie de France à Rome."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.43", "texte": "VARIA\n\nNotre collaborateur Albert de Lasalle publie dans le Charivari une\nstatistique très intéressante :\n« On sait, dit-il, que la Société des auteurs dramatiques a relevé pour\nl'année iBys un total de recettes de plus de vingt-cinq millions dans les\nthéâtres de son obédience.\n« Il y a, sur les époques antérieures, plus-value dans le nombre des spec-\ntateurs, nonobstant l'élévation du prix des places. Consultez plutôt le tableau\nci-jointj qui établit l'état progressif des choses depuis vingt ans :\nPRIX DES FAUTEUILS D'ORCHESTRE :\nEn 1856 En 1876\nOpéra 8 » i 3\nFrançais 5 » 6\nOpéra-Comique 6 » 7\nOdéon 2 50 6\nItaliens 10 » 20 •\nVaudeville 5 » g\nVariétés 5 » 5\nGymnase 5 » 7\nPalais-Royal 5 » 5\nPorte-Saint-Martin 3 * 5\nGaîté 4 » 8\nAmbigu 3 » 5\nFolies-Dramatiques 1 5o 8\n« Ce qui revient à dire qu'il y a vingt ans une tournée dans les principaux\nthéâtres de Paris coûtait soixante-trois francs, et qu'aujourd'hui elle repré-\nsente une dépense de près du double, soit cent six francs. »\nLes Dijonnais viennent de châtier comme il le mérite un ténorino belge,\nle nommé Thiriard, qui s'était permis d'insulter la France dans un café de\nla ville.\nVoici es faits :\nEn plein café, il a tenu, ces jours-ci, le propos suivants :\n« Les Français sont des lâches \\ vous avez étés roulés par les Prussiens, et\nje vous donne six mille ans pour vous régénérer. »\nUoe cabale est montée contre lui, et chaque fois qu'il paraît en scène il\nest hué.\nEn présence de ces faits, M. le maire de Dijon a pris l'arrêté suivant :\n« Nous, maire de la ville de Dijon,\n« Vu le rapport de M. le commissaire central de police, reiatif aux dé-\nsordres qui ont marqué la représentation de samedi au Grand-Théâtre de\nDijon ;\n« Vu l'article 18 du traité de concession de la direction du théâtre, en date\ndu 9 juin 1875 ;\n« Considérant que les désordres qui ont eu lieu sont motivés par les pro-\npos tenus dans un lieu public par le nommé Thiriard, propos de nature à\noffenser gravement les habitants de la ville de Dijon;"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n(( Considérant qu'il y a lieu de craindre que de nouvelles scènes de désordre\nn'aient lieu à chaque représentation et ne prennent un caractère plus grave;\n« Arrêtons :\n« Article premier. M. Angelot, directeur du Grand-Théâtre, interdira la\nscène au sieur Thiriard.\n« Art. 2. M. le commissaire central sera chargé de l'exécution du pré-\nsent arrêté.\n« Fait à Dijon, en mairie, le 2 avril 1876.\n« Le maire,\n« ENFER. »\nPar arrêté du ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, sont\nnommés membres des Comités d'examen des études du Conservatoire :\nOrgue et composition. M. Jules Massenet, en remplacement de M. Bizet.\nPiano. M. Henri Fissot, en remplacement de M. Bizet.\nInstruments à vent. M. Rose, première clarinette à l'Opéra; M. Taffa-\nnel, première flûte à l'Opéra, en remplacement de MM. Joncourt et Dau-\nverné.\nUn opéra-comique en un acte, Cocornero, paroles de M. C. Barthélémy,\nun des-collaborateurs de la Chronique Musicale, musique de M. A. Tourey,\nchef d'orchestre du théâtre de Versailles, a été représenté pour la première\nfois le 25 mars dernier, sur la scène de la rue des Réservoirs.\nLe succès a été vif et mérité ; la seconde audition a confirmé, en l'augmen-\ntant la faveur, avec laquelle cet ouvrage avait été accueilli dès la première\nsoirée.\nLe libretto nous transporte à Naples, en 1776, et nous fait assister aux\ntribulations vaniteuses d'un artiste capillaire, Cocornero; mais tout finit pour\nle mieux : c'est une bluette où le parolier a eu pour souci principal de fournir\nau musicien des situations heureuses et piquantes.\nLa musique est ravissante ; l'accent mélodique y domine, rien de plus\nchantant, sans être vulgaire cependant, comme ces six morceaux,\nchœurs, duette, rondo, grand air, couplets, etc.\nTrois personnages principaux, un baryton, un second ténor, une Duga-\nzon; deux rôles secondaires et le chœur complètent un ensemble facile à\nréaliser.\nOn le sait, les opéras comiques en un acte n'abondent pas au répertoire\ncourant. Lorsqu'on a passé en revue le Chalet, les Noces de Jeannette, Bon-\nsoir voisin, les Rendez-vous bourgeois, quoi encore ? on est, comme on dit\nvulgairement, au bout du rouleau.\nUn éditeur intelligent ferait une bonne affaire en publiant cette jolie par-\ntition dont le succès est assuré, et qui, très probablement, l'hiver prochain,\nà Versailles, deviendra un des meilleurs ouvrages du répertoire."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nVoici, d'après il Trovatore et par ordre de date, le tableau des opéras\njoués sur les Théâtres italiens dans le courant de l'année 1875 :\nDATES : TITRES : AUTEURS : VILLES :\n21 janvier, Elena in Troja D'Allessio, Naples.\nColomba Fava, Bologne.\n28 Il pipistrello De Giosa, Naples,\n7 février, Gustavo Wasa Marchetti, Milan.\nAmore e vendetta Marchio, Reggio.\n*— Corinna Rebora, Naples.\n14 Amore a suo tempo Tofano, Bologne.\n16 Don Luigi di Toledo Ceriani, Vercelli.\n20 Selvaggia Schira, Venise.\n23 Dolores Auteri-Manzocchi, Florence.\n28 mars, Scomburga Pellegrmi, Brescia.\n29 Luigi XI Fumagalli, Florence.\nLa rosa del Gadore Pedrazzi, Alexandrie.\nLe tre zie Giacomelli, Livourne.\n11 avril, Il ritorno del coscritto Tolomei, Sienne.\n17 _ Lafata Miceli, Naples\n21 Don Bizzaro Mugnone,\nFilippo « Cressimanno, Florence.\n22 Una burla Parisini, Bologne.\nLe rivali senz'amante Greco Filoteo, . Naples.\n1 mai, Isabella Orsini Rossi Isidoro, Pavie.\n3 Benvenuto Cellini Orsini, Naples.\n13 Maria e Fernanda Ferruccio, Bologne.\n25 Guidetta Sarria, Naples.\n5 juin, I quattro rustici Moscuzza, Florence.\nIl cacciatore Canavasso, Milan.\n9 Un matrimonio sotto la Repu^\nblica Podesta,\nSi e no Panico, Naples.\nLa vendetta d'un folletto Mililotti, Rome.\nI viaggi D'Arienzo, Milan.\n3 juillet, La falce Catalani,\nI due Metastasiani Antolisei, Cingoli.\nIl bersagliere di Palestro ..... Vinci P., Catane.\nLisetta Antolisei, Gingoli.\n14 Marchionn di gamb avert .... Bernardi, Milan.\nIl castello fantasma Bozzelli etTanara, Turin.\n26 La mamma a Costantinopoli.. Mugnone, Naples.\n3 août, Il perdono Maggi, Milan.\n17 La figlia di Domenico Alberti, Naples.\n18 septembre, Rosa di Firenze Biletta, Florence.\n25 La campanadell'eremitaggio. . Sarria, Naples.\n6 octobre, Merlino da Patone Calderoni, Roveredo.\n15 Sogno nella luna frères Mililotti, Rome."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n6 novembre, Ettore Fieramosca Dall'Olio, Bologne.\n13 Wanda Wogritsch, Florence.\n23 Atahualpa Pasta, Gênes.\n2 5 Luce Gobatti, Bologne.\n27 —■ Diana di Chaverny Sangiorgi, Rome.\nZelinda da Verona (?) Palerme.\n14 décembre, Rita Guercia, Naples.\nTotal, 5o ouvrages.\n\nFAITS DIVERS.\n\naris. Opéra. La deuxième représentation de Jeanne d'Arc\nn'a pu avoir lieu le jour indiqué, par suite d'une indisposition de\nmademoiselle Krauss.\nLes études de Sylvia recommencent avec une nouvelle activité à\n1 Opéra. On espère pouvoir représenter ce ballet vers la fin du mois.\nNous apprenons que le rôle de Jeanne d'Arc, chanté par mademoiselle\nKrauss, va être appris en double.\nOpéra-Comique. Le 4 mai, nous aurons une intéressante séance musi-\ncale à l'Opéra-Comique. Les Héroïques, drame lyrique en trois parties par\nmademoiselle Antonine Perrez-Biagoli) seront exécutés àce théâtre.\nEn voici la distribution :\nKhorama Mlle Vergin.\nVercingétorix MM. Stéphanne.\nLucter Bouhy.\n11 est question de reprendre à l'Opéra-Gomique Don Mucarade, de\nM E. Boulanger.\nThéâtre Lyrique. M. vient de signer l'engagement de made-\nmoiselle Zina Dalti de TOpéra-Comique. On parle aussi de l'engagement de\nmadame de Stucklé, du Grand-Théâtre de Bordeaux, et de celui de M. de\nGraeve, basse au théâtre d'Angers»\nMademoiselle N. Marcus, la princesse du Voyage dans la Lune, fait aussi\npartie de la nouvelle troupe.\nOn répète activement les Erynnies, de MM. Lecontede Lisle et Massenet,\nThéâtre-Italien. La première représentation d'Aïda est fixée au 20 avril.\nL'opéra de Verdi sera interprété par :"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nAïda, esclave éthiopienne, Mma Teresina Stolz.\nAmnéris, fils du roi, i\\l'le Maria Waldmann.\nRadamès, capitaine des gardes, MM. Angelo Masini.\nAmonasro, roi d'Ethiopie et père d'Aïda, Franc. Pandolfini.\nRamfis, grand-prêtre, Paolo Medini.\nLe Roi • Edoardo de Rezské.\nUn Messager . Rosario.\n_ Prêtre, prêtresses, ministres, capitaines, soldats, esclaves et prisonniers\nEthiopiens, peuple Égyptien.1\nL'action se passe a Memphis et à Thèbes, à l'époque de la puissance des\nPharaons.\nAu premier acte, ballet des Prêtresses; au second, ballet des Esclaves\nmaures et des Bayadères.\nLes sept décors dont se compose la mise en scène d sont de M. Ca-\npelli.\nBouffes-Parisiens. Voici la distribution de An Vert-Galant, opérette en\ntrois actes, de M. G. Serpette, dont la première représentation a eu lieu le\n12 avril :\nGambillard MM. Daubray\nCamusot Fugère\nBonardel Pescheux\nThiphème Scipion\nToinette - Mesdames Théo\nJeanne Luce\nFortuné 81. Méry\nRenaissance. Un procès serait sur le point d'éclater entre M. Koning,\ndirecteur de la Renaissance, et une de ses pensionnaires, madame Peschard,\nau. sujet d'un petit acte, la Savoisienne, qui sert de lever de rideau àla Petite\nmariée depuis quelques jours, et dans lequel madame Peschard n'aurait pas\nconsenti à doubler madame Tony.\nFolies-Dramatiques. Ce soir, première représentation de les Mirlitons\nvaudeville-revue en sept tableaux.\nANGERS. Le directeur du Grand-Théâtre, M» Marck, qui, récemment, a\ndonné une preuve de son zèle et de son habileté en montant, non sans succès\nRosita, opéra comique en trois actes dû àun compositeur alsacien, M.Weber,\nvient de faire représenter une autre pièce inédite, le Paludier du Bourg de\nBat Cet opéra comique, en deux actes, fait honneur au pseudonyme\nTanguy, auteur du livret, et montre dans le compositeur, M. Fèvre, contre-\nbasse au théâtre, une véritable science musicale et surtout une habileté re-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760415-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n»\nParis. « Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Lafàyette, 61.\nPropriétaire-Gérant ; <24 I^THU HE ULHQ4 CEJD.\n\nmarquable d'orchestration. La fin de l'année théâtrale n'a pas permis de\ndonner plus de deux représentations de cet ouvrage.\nBOULOGNE-SUR-MER. — On nous écrit de Boulogne-sur-Mer que samedi,\ndans une représentation au bénéfice de M. Bottreau, chef d'orchestre du\nthéâtre, on a joué un opéra comique inédit intitulé le Précepteur, qui a\nobtenu un incontestable succès. La musique de cet ouvrage, dont on nous\ndit le plus grand bien, est de M. Sauvage-Trudin, dont nous avons applaudi\nles Deux Cousines à la Renaissance.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}