{"numero_id": "bm-bmtnabc-1876-05-01-01", "volume": "bmtnabc_1876-05-01_01", "ocr_sha256": "fed58ffa2a0e845689f603e9e3700e3a08a996ffcb0eb0a4c0878c6c26780431", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1876/05/01_01/bmtnabc_1876-05-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1876/05/01_01/bmtnabc_1876-05-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1876-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[105]", "page_fin": "112", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.2.1", "titre_corps": "MOLLUSQUES ET POISSONS MUSICIENS", "titre_sommaire": "MOLLUSQUES ET POISSONS MUSICIENS", "signature_source": "ADOLPHE BITARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[105]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.1", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "MOLLUSQUES ET POISSONS\nMUSICIENS\n\nUET comme un poisson !...\nComment se fait-il que cette formule\nmensongère, dont l'auteur a gardé l'a-\nnonyme, soit encore aujourd'hui d'un\nusage si fréquent, et qu'elle ait été à ce\npoint respectée que les plus hardis no-\nvateurs n'ont osé jusqu'à présent lui faire\nsubir que cette modification timide,\nmais surtout insuffisante :\nMuet comme une tanche?\nAristote, pourtant, n'est pas le seul\nqui se soit occupé de décrire les cris et\nsifflements des poissons; et il faut croire\nque ceux qui n'ont vu le poisson qu'au sortir d'un court-bouillon dû-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "ment aromatisé ou d'un bain abondant de friture, est plus grand qu'on\nne l'imagine.\nEh bien, j'en suis fâché, le poisson n'est pas muet et, singulièrement,\nla tanche parle,\nSi j'ose me servir de cette expression.\nOui, la tanche, et la cotte, et aussi le grondin, lequel réclame avec\nune grande vivacité de langage au moment de prendre une part active à\nla confection d'une bouillabaisse, selon les règles inhumaines qui le veu-\nlent faire « mourir dans J'huile, » essayant sans doute de poser ses con-\nditions au moment de payer de sa personne. L'huître elle-même n'est\npas sans tenter quelques timides observations au moment solennel où\nnotre œsophage se tend pour la recevoir vivante. Parmi tant d'autres,\nenfin, bornons-nous à dire que le poisson-volant parle, comme aussi le\nhareng.\nSincèrement, je ne puis assurer que le hareng s'exprime dans un lan-\ngage harmonieux et fleuri; mais lorsqu'on l'enlève à l'élément natal, le\nmalheureux ne laisse pas de protester contre cette violation du droit des\ngens, par un cri aigu bien connu des pêcheurs et qui, je crois, a donné\nnaissance au mot anglais squeak, prononcez sqouik et traduisez « cri\nperçant », qui n'est dans ce cas qu'une véritable onomatopée. De plus,\non a remarqué que les baies les plus remplies la veille encore de ce <r pain\nde la mer » en étaient le lendemain toutes et absolument vides, lorsque,\ndans la nuit intermédiaire, on avait entendu une sorte de détonation\nqui est, à n'en pas douter, le cri de ralliement des harengs en partance.\nNon seulement les poissons ne sont pas muets, mais il en est qui font\nde la musique.... vocale, cela va sans dire, et peut-être aussi instrumen-\ntale, à la façon des grillons et autres musiciens rustiques. Mais a n'anti-\ncipons pas ». J'ai une petite histoire de tanche parlante dont il faut que\nje me débarrasse auparavant.\nL'histoire est du docteur Schirlen Palmer, et voici comment le savant\nanglais la raconte :\n« Je reçus au printemps une couple de tanches tout trais pêchées, sor-\ntant de l'eau. Je les fis mettre dans un plat et elles furent ainsi placées,\nsans autre précaution, sur une tablette élevée de l'office qui est situé\nentre la salle à manger et la cuisine.\n« A minuit, tandis que j'écrivais dans la salle à manger, mon atten-\ntion fut tout à coup attirée par un gémissement profond, sourd, pro-\nlongé. Ce gémissement fut répété deux ou trois fois, et tous mes efforts\npour en découvrir la source demeurèrent infructueux. A la fin, mon"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.3", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "oreille fut frappée d'un bruit singulier, comme celui d'une large écla-\nboussure, suivi d'un gémissement plus profond et plus prolongé encore\nque ceux que j'avais précédemment entendus, le tout provenant évidem-\nment de l'office.\n« Je me rendis donc dans cette pièce, et le mystère me fut aussitôt\nexpliqué :\n« L'un de mes deux poissons s'était précipité de la tablette sur le car-\nreau, et gisait là la bouche ouverte et les nageoires pectorales et abdo-\nminales étendues, proférant les sons par lesquels mes travaux de minuit\navaient été troublés et interrompus. »\nM. Dufossé a présenté à l'Académie des sciences plusieurs mémoires\nrelatifs àce phénomène curieux de sons et de sons musicaux pro-\nduits par des poissons, qu'il attribue en grande partie au frotte-\nment de quelques-uns de leurs os, aux vibrations de certains de leurs\nmuscles et à la vessie aérienne dont ils sont pourvus et dont ils se ser-\nviraient comme de 1 outre d une cornemuse a skilled bagpiper et\ncomme un habile joueur de bas-breton.\nLes individus cités par M. Dufossé appartiennent principalement aux\nespèces : lyre, hyppocampe, malarmot et Maigre. Les facultés musicales\ndont ces poissons sont doués sont communes aux mâles et aux femelles\net atteignent une perfection singulière à l'époque des amours.\nCes animaux, principalement la Maigre ou ombrine commune, qui\nfoisonnent dans la Méditerranée, se réunissent alors en groupes nom-\nbreux et font entendre un bruit sourd et prolongé qu'on perçoit à tra-\nvers 120 pieds d'eau et qu'on entend encore plus distinctement, par un\neftet d acoustique qui n a pas besoin d'être expliqué, en appuyant\nl'oreille sur le plat-bord du bateau. Ce bruit sourd et prolongé ponctué\nde sifflements aigus qu'il suffit d'imiter, dit-on, pour attirer ces poissons,\nleur a valu le surnom d'orgues vivantes.\nLe lieutenant White, de la marine américaine, dans son Voyage to\nthe China seas, publié en raconte que son équipage et lui turent\ntrès surpris, lorsque se trouvant vers l'embouchure du Cambodia, ils\nentendirent tout à coup des sons indescriptibles semblant provenir du\nfond des eaux, dessous le vaisseau et tout autour.\n« Ces sons étaient comparables, dit l'officier américain, à ceux de la\nbasse profonde de l'orgue, accompagnés du chant guttural de la gre-\nnouille-taureau, du tintement des cloches, ainsi que d'un son aigu et\npénétrant que l'imagination pouvait aisément attribuer aux vibrations de\nquelque harpe gigantesque. » Tantôt cette musique mystérieuse paraissait\ns'élever au-dessus du bâtiment, tantôt elle se fondait en un chœur uni-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "versel qui l'enveloppait de toute part, et il résultait des vibrations mul-\ntiples déterminées par ce chœur innombrable une sensation d'ébranle-\nment nerveux chez tous les auditeurs saisis de surprise et d'admiration,\net peut-être aussi de peur.\n« Curieux de connaître la cause de ce concert inattendu, ajoute le\nlieutenant White, je descendis dans ma cabine, et je fus m'assurer que\ncette singulière musique provenait évidemment du fond du navire. Les\nimpressions que je ressentais en ce moment ressemblaient à celles que\nj'avais éprouvées en recevant les commotions delà torpille et de l'anguille\nélectrique. »\nA mesure que le navire remontait le fleuve, ces sons musicaux perdi-\nrent peu à peu de leur intensité et s'évanouirent bientôt tout à fait.\nHumboldt avait déjà été, lui aussi, témoin, dans les mers du Sud, d'un\nfait du même genre dont il ne paraît pas même avoir soupçonné la\ncause. Un soir, vers sept heures, l'équipage du navire qu'il montait fut\nvivement intrigué et même fort effrayé par un bruit étrange ressemblant\nassez à celui de tambours battant dans l'air, et qu'on attribua tout d'a-\nbord à des brisants dont on traversait le dangereux voisinage. Mais\nbientôt un bruit d'un autre genre s'entendit dans le vaisseau même,\nprincipalement vers la poupe. Ce bruit n'était pas sans ressemblance\navec celui d'une sorte d'ébullition, ou de la vapeur s'échappant avec\nforce d'une chaudière. On crut d'abord à une voie d'eau; mais on put\nbientôt s'assurer que le phénomène avait heureusement une autre cause\npar exemple une cause inexplicable.\nCes sons furent entendus de tout l'équipage d'une manière incessante\net ne s'éteignirent, en fin de compte, que vers neuf heures, sans qu'on\nen ait pénétré la cause.\nQuant aux concerts dont le lieutenant White nous a laissé le compte\nrendu, leur origine n'est pas douteuse. D'ailleurs l'interprète qui était à\nbord, ayant été interrogé à ce propos, affirma que cette musique était\nproduite par des poissons de forme ovale et aplatie, lesquels possèdent\nen outre la faculté d'adhérer à toute sorte de corps solides par leur\nbouche. Ce sont évidemment des sciènes, variété de la nombreuse fa-\nmille des maigres, et qu'on désigne communément sous le nom de pois-\nsons-tambours [drum-fishs), dont Schœff rapporte qu'ils se rassemblent\ncommunément autour de la quille des vaisseaux et s amusent ainsi à\ndonner des concerts aux équipages étonnés.\nDans un voyage d'exploration qu'il fit dans les torets du nord de Cey-\nlan, il y a une vingtaine d'années, sir Emerson Tennant, ayant entendu\nparler de sons musicaux provenant habituellement du fond d'un lac situé"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.5", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "près de Batticaloa, en divers endroits particuliers, toujours les mêmes,\nrésolut de faire à ce sujet des recherches sérieuses. On prétendait que ces\nsons se faisaient entendre la nuit, et avec une plus grande intensité à\nl'époque de la pleine lune \\ et on les lui avait décrits comme ressem-\nblant beaucoup aux notes plaintives d'une harpe éolienne.\nLes pêcheurs du lac, interrogés par lui-, confirmèrent absolument ces\nrapports et exprimèrent l'opinion que ces sons musicaux devaient prove-\nnir d'un coquillage connu dans le pays sous le nom tamil que je vous\nprie de bien vous rappeler de oorie-coolooroo-cradoo, ce qui veut\ndire, paraît-il, « coquille criarde » ou quelque chose d'approchant. On\nlui en montra des spécimens, qu'il reconnut pour appartenir à des ceri -\nthium palustre et à des littorina lœvis.\n« Dans la soirée, rapporte sir Emerson Tennant, la lune s'étant levée,\nje pris un bateau et accompagnai les pêcheurs sur les points connus où,\nà les en croire, des sons musicaux étaient entendus, s'élevant du fond\ndu lac et que les indigènes disaient provenir d'un mollusque ou poisson\nparticulier à la localité. J'entendis très distinctement les sons en ques-\ntion.\nd'une corde musicale ou les notes languissantes d'un verre de cristal dont\non frotte le bord extérieur avec un doigt mouillé.\n« Ce n'était pas une note soutenue, mais une multitude de sons grêles,\ns'élevant isolément, nets, clairs et distincts les uns des autres; la note\nla plus aiguë se mêlant, mais sans se confondre, avec la note la plus\ngrave.\na Si nous appliquions l'oreille au plat-bord du bateau, nous perce-\nvions ces sons avec une intensité fortement accrue.\n<c Ces sons musicaux variaient considérablement d'intensité sur notre\npassage, pendant que nous voguions sur le lac, comme si le nombre des\nanimaux qui les faisaient entendre étaient beaucoup plus grand en cer-\ntains endroits qu'en d'autres; puis les rames nous emportaient hors de\nportée de les entendre, jusqu'à ce que nous reparaissions sur le lieu\nd'émission originaire. »\nSceptique comme un savant, sir Emerson Tennant voulut, avant de\nconclure, s'assurer que ces sons musicaux ne pouvaient pas avoir d'autre\nsource que le fond du lac. « Mais ils provenaient bien évidemment, dit-\nil, des profondeurs des eaux; rien, dans les circonstances environnantes,\nne pouvait autorisera croire qu'ils eussent une autre origine, qu'ils\nfussent produits, par exemple, par des insectes de la côte, et propagés,\npar suite de leurs vibrations naturelles, sur la surface du lac qui les\nréfléchissait; car ils étaient précisément beaucoup plus intenses et plus"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "distincts-là où la nature du sol et la présence du fort hollandais qui com-\nmande le lac s'opposaient à la possibilité de cette propagation. »\nDes sons semblables, dont les voyageurs disent merveille, sont égale-\nment entendus sur divers points du voisinage des côtes baignées par la\nmer des Indes, et dans le port même de Bombay.\nTout près du débarcadère de Caldéra, port chilien de la mer du Sud,\ndes concerts sous-marins de même sorte ont lieu fréquemment. On as-\nsure que les sons produits par les musiciens qui y font leur partie sont\nd'une grande douceur et d'une délicatesse extrême, et semblent provenir\ndes cordes d'une multitude de harpes mises en vibration par les doigts\ndélicats et transparents de tout une bande de syrènes invisibles. Ces sons\ns'élèvent et s'abaissent de quatre notes.\nQuant aux animaux qui produisent de tels sons, il paraît que per-\nsonne ne s'est avisé de s'assurer de leur identité en tout cas le mystère\nde leur existence est inviolé. En conséquence,, l'imagination peut encore\nse donner carrière et le chant des syrènes redevenir à la mode.\nIl est vrai que les concerts du port de Caldera et ceux du lac de Batti-\ncaloa, ont beaucoup de ressemblance, ce qui autorise, jusqu'à un certain\npoint, à conclure à l'identité des artistes, dont une troupe vagabonde\npourrait s'être transportée d'un point sur l'autre. Mais ce n'est qu'une\ninduction.\nM. A. de Thoron, dans une lettre adressée à l'Académie des sciences,\nrend compte comme il suit de l'audition d'un concert du même genre,\ndont il fut régalé sur la plage de la baie du Pailon (République de\nl'Equateur).\n«... Un son étiange, extrêmement grave et prolongé, se produisit\nautour de moi. Un peu plus loin, j'entendis une multitude de voix di-\nverses qui s'harmonisaient et imitaient parfaitement les sons de l'orgue\nd'église.\n« C'est vers le coucher du soleil que les poissons commencent cette\nsorte de chant, et ils continuent pendant la nuit, imitant les tons graves\net moyens de l'orgue. La sensation éprouvée est semblable à celle que\ndétermine le jeu de cet instrument, non sous les voûtes, mais du dehors,\ncomme lorsqu'on est près de la porte d'une église. »\nM. le comte de Castelnau, dans sa Description des poissons recueil-\nlis dans iAmérique du Sud, ajoute la suivante à tant de relations\ncurieuses.\n« Nous étions un soir dans la partie de l'Araguayqui est obstruée par\ndes bas-fonds et des rapides, et le soleil venait de se coucher derrière\nl'épaisse végétation qui borde ce fleuve dans tout son parcours, lorsque"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.7", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "tout à coup un son étrange vint attirer notre attention. C était d'abord\nune plainte solitaire, puis d'autres voix lui répondirent; à chaque ins-\ntant le bruit devenait plus fort et plus discordant; bientôt ce fut un con-\ncert singulier de gémissements, de grognements bizarres, articulés sur\nles tons les plus disparates.\n« Au milieu de la profonde solitude du désert, il y avait quelque chose\nde surnaturel dans ce phénomène et je cherchais en vain à me l'expli-\nquer. Tout était calme autour de nous, et l'étouffante chaleur semblait\navoir endormi la nature entière; les singes fatigués avaient cessé de\ngambader dans les branches; les perruches s'étaient déjà retirées pour la\nnuit et avaient interrompu leurs cris discordants : c'était, en un mot,\ncet instant de la soirée des tropiques où les créatures du jour mettent fin\nà l'éclat de leurs cris, et où n'a pas encore commencé le concert sinistre\ndes animaux nocturnes. Je ne pouvais rien découvrir, et, malgré moi,\nune sorte de frisson parcourait mon être. A moitié endormi, je crus être\nsous le poids d'un songe, et mes yeux se portèrent sur les hommes de l'é-\nquipage; mais je vis qu'ils se regardaient les uns les autres, frappés aussi\nbien que moi d'une superstitieuse terreur.\n« Un vieillard, seul, plus habitué à la vie des bois, semblait rire de\nl'effroi général; puis il dirigea son bras vers le fleuve et annonça que le\nson venait du fond des eaux.\n«J'eus de la peine à admettre cette explication; mais, peu d'heures\naprès, il m'apportait un petit hypostome, long de quelques pouces au\nplus et dont des troupes nombreuses, garnissant les bas fonds, étaient\ncause de ce vacarme extraordinaire. »\nEn France nous n'avons encore, que je sache, rien fait de plus que de\ncolliger les récits des voyageurs témoins de ces phénomènes curieux,\nqu'il n'est pas nécessaire de faire quinze cents lieues pour contempler,\nje veux dire pour entendre. Quelques observations savantes, mais isolées,\nont eu lieu, il est vrai, et depuis Cuvier, je crois qu'en citant le nom de\nM. Dufossé, on aurait à peu près épuisé la liste des zoologistes qu'a\nattirés ce côté, beaucoup plus intéressant qu'on ne pense, de l'étude de\nl'ichthyologie, car il y a là évidemment une manifestation certaine de la\nvie de relation qui mérite d'être étudiée autrement que pour une vaine\nsatisfaction de curiosité.\nIl semble qu'on l'ait compris de l'autre côté du détroit mieux que de\ncelui-ci. Quand sir Emerson Tennant communiqua ses observations de\nBaiticaloa à la Société philosophique d'Edimbourg, il était assisté du\ndocteur Grant, qui se livra, devant la docte assemblée, à des expériences"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "concluantes sur un mollusque du genre triton qu'il avait plongé dans\nun vase de verre rempli d'eau de mer.\nCe vase fut placé sur la table centrale de la Wernerian Natural\nhistory Society d'Edimbourg, autour de laquelle siégeaient plusieurs\nmembres de la Société philosophique.\nPendant tout le temps que dura la réunion, une sorte de tintement\naigu, assez semblable à celui que produirait un fil d'acier frappant les\nflancs d'une bouteille vide, se produisait par intervalles irréguliers,\némanant indubitablement du vase renfermant le triton. Ce tintement\ns'entendait encore très distinctement à une distance de quatre mètres.\nCe triton se plaignait-il de la dure captivité où il était tenu ? Appe-\nlait-il à l'aide ?On ne l'a jamais su. Le fait est le point incontestable\ndémontré qu'il produisait volontairement des sons très perceptibles à\nl'ouïe grossière de l'homme, à l'oreille rebelle du savant, et que ces sons\nréunissaient toutes les conditions qu'il nous a plu d'imposer aux sons\nmusicaux distinction d'ailleurs peu importante ici.\nDonc, le poisson n'est pas muet....\nEt nous ajouterons que, dans la saison où les salles de concert, trans-\nformées en étuves, sont désertes, un mélomane, instruit par nous,\npourra satisfaire son goût pour la musique en se transportant sur l'un\nde ces points bénis du ciel_, où, à la fraîcheur de la brise nocturne,\npoissons et mollusques, Maigres' et Tritons, Hypostomes et Oorie-\nCoolooroo-Cradoos, font entendre leurs symphonies étranges, empreintes\nd'un charme inconnu aux abonnés de l'Opéra, et dont on peut jouir des\nprofondeurs d'une baignoire véritable.\n\nADOLPHE BITARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1876-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "113", "page_fin": "120", "image_debut": 9, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.2.2", "titre_corps": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "titre_sommaire": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "signature_source": "A. PRADINES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\n01\nDEUXIÈME PARTIE\nSTECT <2/1 CLES\nX\nA première Foire Saint-Germain fut établie incontesta-\nblement après les invasions des Normands, c'est-à-\n-dire en pleine féodalité. Or, en ce temps-là, au début\nsurtout, le commerce ne se faisait que par caravanes.\nLes marchands, méprisés, avilis, pillés par les puis-\nsants et tenus en suspicion profonde par le peuple,\nn'avançaient que par troupes et armés. Cette circonstance faisait\nqu'une foule de coureurs de grands chemins, parmi lesquels la nom-\nbreuse famille des histrions, qui est de toutes les époques, marchaient «X\nla suite de ces caravanes, autant pour être protégés que pour profiter\nde l'affluence de monde qu'elles rassemblaient aux lieux où elles s'ar-\nrêtaient pour déballer et vendre leurs marchandises.\nChemin faisant, pour subvenir à leur entretien, ces pauvres hères\nse hasardaient à faire quelques tours de leur métier dans les bourgs et\nautres petites localités traversés par les caravanes. D'abord, les popula-\ntions, qui les croyait chargés de maléfices, senfuiient à leur approche,\npuis, peu à peu, l'habitude de les voir aidant, elles s'apprivoisèrent,\n\n(i) Voir les numéros des iM décembre iBys, le' et i 5 avril 1876."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "pour ainsi dire, et se risquèrent à les approcher et à les entendre. Ces\npremiers pas faits, la confiance ne tarda pas à naître; ensuite le plaisir\nsuivit. Alors il arriva que les populations qui, en ce temps-là, ne\nconnaissaient pas les agréments de la société privée, notèrent soigneu-\nsement les époques des passages des caravanes et en attendirent impa-\ntiemment le retour. Lorsque cela fut, les routes devinrent plus sûres,\nles bourgs et les villages plus hospitaliers; enfin tout le monde y gagna :\nles populations, les histrions et surtout les marchands. C'est pourquoi\nces derniers, de tout temps bien avisés, ne se mirent désormais plus en\nroute sans s'être précautionnés de plusieurs troupes de bateleurs, de\njongleurs, de musiciens. Alors ceux-là firent partie intégrante de la\ncaravane; où elle s'arrêtait et déballait, eux dressaient leurs tentes\npour montrer leurs curiosités, jouer de leurs instruments, chanter,\nexécuter leurs exercices, etc., etc. Les marchands étaient Futile et le\nnécessaire des foires et marchés; les histrions, par leurs divertissements,\nen devinrent l'agréable. Vainement plusieurs de nos premiers rois les\nbannirent-ils comme corrupteurs des mœurs, toujours ils reparais-\nsaient. L'impossibilité d'en venir à bout fit qu'on les laissa tranquilles,\nà la condition de se conformer à quelques arrêtés de police dont les\nprincipaux, à Paris, leur enjoignaient d'habiter tous ensemble une\nmême rue et de ne point se livrer à leurs jeux les jours de fêtes et\ndimanches, aux heures des offices divins. On sait que tant les histrions\nqui étaient de passage que ceux établis à Paris, adoptèrent pour ré-\nsidence un coin du quartier Saint-Martin, et que la rue des Ménétriers,\ndite tour à tour des Joueurs, des Jugleurs et des Ménestrels, leur doit\nson origine. Les bateleurs ne tardèrent pas à former une corporation\npuissante et à obtenir le privilège exclusif des amusements publics et\nprivés de la capitale. C'est chez eux que rois, grands seigneurs et\nsimples particuliers, venaient louer leurs amuseurs lorsqu'il s'agissait de\ndonner quelque fête.\nIl est hors de doute que la première Foire Saint-Germain fut égayée\npar les histrions qui accompagnaient les caravanes des marchands ;\nquant à leurs jeux, nul ne saurait dire au juste de quoi ils se compo-\nsaient. Mais on suppose que les sauts périlleux, les danses, les tours de\ngobelets, les chants et les pantomimes, le tout joint à la montre de singes\net autres animaux savants, de monstres, de phénomènes vivants,etc.etc.,\nen composaient exclusivement le fond. De théâtre proprement dit, il\nn'en faut pas parler; il n'en existait d'aucune sorte à l'époque féodale.\nLes Confrères de la Passion, avec leurs mystères, n'apparurent que bien\nlongtemps après que cette première foire eut disparu."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.11", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "XI\nIl est probable qu'à ses débuts la seconde Foire ne connut pas d'autres\ndivertissements que ceux dont nous venons de parler. Et cependant le\nThéâtre était né.. La tragédie et la comédie vagissaient à l'hôtel de Bour-\ngogne et sur les tréteaux des Enfants-sans-Souci. Mais ni les Confrères,\nni le Prince-des-Sots n'abordèrent jamais la Foire. Si les religieux de\nSaint-Germain-des-Prés eurent recours aux divertissements pour attirer\nla foule, c'est dans la rue des Ménétriers qu'ils se les procurèrent ; ou\nbien ils avantagèrent les histrions qui couraient alors en grand nombre\nla province. Cela leur fut d'autant plus facile, qu'ils étaient seigneurs\nsur leurs terres et que leur Foire jouissait des franchises les plus\nétendues.\nCet état de chose dura jusqu'à la seconde moitié du seizième siècle,\nvers la fin du règne de Charles IX ou le commencement de celui de\nHenri 111.\nLorsque Jodelle, Jean de Baïf, La Péruse, Robert Garnier, eurent\nfait paraître leurs tragédies et leurs comédies sur le théâtre des maîtres\nde l'hôtel de Bourgogne, comme les privilèges desdits maîtres s'oppo-\nsaient à ce qu'aucun autre théâtre pût ouvrir dans Paris, il se forma\nbeaucoup de troupes de comédiens en province. Quelques-unes n'hési-\ntèrent pas à venir représenter à la Foire en vertu de ses franchises. Les\nmaîtres de Phôtel de Bourgogne n'y prirent d'abord pas garde ; mais par\nla suite ils finirent par aviser. Cela arriva en 1596. Cette année, en effet,\nnous les voyons se plaindre des acteurs forains et les assigner devant le\nlieutenant-civil. Ce magistrat jugea en faveur des maîtres. Les forains\nen rappelèrent, et le 5 février intervint une sentence déclarant que les\nprivilèges de l'hôtel de Bourgogne ne pouvaient pas être plus forts que\nles statuts des six corps des marchands et des arts et métiers de Paris,\ndont les effets étaient suspendus tout le temps que durait la Foire Saint-\nGermain. En conséquence, les acteurs de province furent autorisés à\ncontinuer leurs représentations, à la seule condition de jouer des sujets\nlicites et honnêtes, et de payer « par chacune année deux écus aux maî-\ntres de l'hôtel de Bourgogne. » Cette sentence ne nous fait pas connaître\ndepuis quand les comédiens forains représentaient; mais elle révèle ce\nfait que, après la décision du lieutenant-civil, le peuple, appréhendant\nde les perdre, forma de grands attroupements à la porte de l'hôtel de\nBourgogne et que même, à l'intérieur, en manière de représailles, il"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "troubla leurs représentations au point de les interrompre. Cela permet\nde supposer que les acteurs de province fréquentaient la Foire Saint-\nGermain au moins depuis un couple d'années. Disons que la sentence\nfut publiée à son de trompe dans les carrefours de Paris, et qu'elle sti-\npulait que bonne justice ayant été rendue, le peuple, à l'avenir, aurait à\ns'abstenir de toutes « insolences devant la porte du théâtre des maîtres et,\nà Tintérieur, de tirer poudre et pierres ».\nQuelle était la nature des pièces jouées par les acteurs forains?\nPuisque les comédiens de l'hôtel de Bourgogne en prirent ombrage, il\nfaut croire qu'elles allaient sur les brisées desleuis; et cependant il n'est\nfait mention d'aucune dans les chroniques et mémoires; des acteurs eux-\nmêmes il n'en est pas parlé ; si bien que lorsque, cinquante ans plus\ntard, l'obscurité cesse enfin sur les spectacles de la Foire, il est bien\nquestion de troupes de province, mais toutes sont désignées sous la dé-\nnomination de « danseurs de corde ».\nAinsi, en 1646, Daubray, lieutenant-civil, accorde une permission\n« à des danseurs de corde ». En 1657, autre permission du même à Da-\ntelin (( entrepreneur de danseurs de corde ». Évidemment ces gens-là\nne pouvaient avoir rien de commun avec les acteurs de province que\nvise la sentence du 5 février 1596, car jusqu'en 1678, sauteurs et dan-\nseurs de corde s'en tinrent purement et simplement à leurs exercices\ncorporels. Cela résulte de l'avertissement qui se trouve en tête d'une\nespèce de pièce qui fut jouée cette année à la Foire Saint-Germain,\nau jeu de paume d'Orléans, situé Cul-de-sac-de-la-Foire (rue des\nQuatre-Vents). Il y est dit que, quoique « plusieurs endroits qui envi-\nronnent la Foire Saint-Germain servent de théâtre à mille choses surpre-\nnantes que l'on admire tous les ans, rien n'approche de ce qui va\nparaître. # Qu'est-ce que c'était que cette merveille? La pièce en ques-\ntion, laquelle a pour titre les Forces de Vamour et de la magie et\npasse pour la première qui ait été représentée à la Foire. Malgré l'aver-\ntissement, nous sommes fondés à croire que cela n'est pas. Seulement,\nque sont devenues les autres? Pourquoi ne trouve-t-on rien qui marque\nau moins le passage à la Foire des rivaux ou des émules des comédiens\nde l'hôtel de Bourgogne ? Ce sont des questions que cette étude ne\npermet pas d'élucider.\nContentons-nous de dire que l'obscurité cesse à partir de l'an 1697.\nN'oublions pas encore d'ajouter que dans le laps de temps qui s'est\nécoulé entre l'apparition des acteurs de province et la première représen-\ntion des Forces de Vamour et de la magie, Brioché avait introduit son\njeux de marionnettes à la Foire, et qu'il avait eu beaucoup d'imitateurs."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.13", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "Moins heureux fut le théâtre des Bamboches. Il parut et disparut\nà la Foire de 1677.\nXII\nAinsi que nous l'avons dit plus haut, c'est à partir de 1697 clue u\"\nmière se fait sur les spectacles de la Foire. Et non pas une lumière gra-\nduée, une espèce d'aube; point : une lumière instantanée et tellement\néclatante qu'elle jette des lueurs sur plusieurs années antérieures.\nLe pourquoi de ce phénomène historique se déduit tout naturellement\nde ce fait, que, durant cette année 1697, 'e Théâtre Italien fut fermé\net aboli par ordre du roi Louis XIV. Du soir au lendemain la chose fut\nfaite. Des explications, pas une ne fut donnée aux comédiens, sinon que\n« tel était le bon plaisir de Sa Majesté?). Les gazetiersdu temps enregis-\ntrèrent la nouvelle, mais sans souffler mot des motifs. Ils le connaissaient\ntrès bien cependant, car la ville et la cour ne s'entretinrent que de cela\npendant une semaine. Voyez pourtant l'avantage des monarchies abso-\nlues! Elles peuvent tout se permettre sans que personne au monde autre\nque le monarque ait droit et pouvoir de contrôler leurs actes. Nous au-\nrions toujours ignoré pourquoi Louis XIV fit fermer le Théâtre Italien,\nsi, dans ses Lettres historiques et galantes, imprimées en Hollande,\nmadame du Noyer n'avait pas songé à écrire incidemment les trois\nlignes suivantes :\n(c Les comédiens italiens se sont ressentis de sa mauvaise humeur;\non les a chassés pour avoir joué la Fausse Prude, dans laquelle on\ndit que madame de Maintenon s'est reconnue. »\nDonc c'en était fini d'Arlequin, de Colombine, de Scaramouche et de\nMezzetin. Par bonheur, depuis près de cent ans que les Italiens avaient\nintroduit ces peisonnages de comédie en France, le peuple s'était pris\nd'une telle passion pour eux qu'il murmura beaucoup contre leur ban-\nnissement; si bien que, quelque peu endurant que fût le Roi-Soleil,\nil jugea prudent de compter avec lui.\nC'est ce qu'il fit de la façon la plus habile et sans paraître rien céder :\nil laissa tacitement libres les comédiens italiens de rester en France,\nmalgré son ordre de bannissement. Qui sait? peut-être lui-même fit-il\nsouffler au plus grand nombre l'idée d'entrer dans les troupes de la\nFoire. Ce qu'il y a de certain, c'est que les forains se considérèrent du\ncoup comme les héritiers des Italiens ; qu'ils donnèrent plusieurs frag-\nments de leurs pièces en adjoignant à leurs troupes des acteurs propres"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2288, "texte": "à les représenter; qu'on les laissa faire au moins la première année, et\nque le public satisfait vint les applaudir. Empressons-nous de noter,\nd après ce que racontent les contemporains, qu'on ne perdit pas trop au\nchange, car les Italiens avaient fait une foule d'excellents élèves qui\ncouraient la province en représentant les pièces de leur répertoire. On\npense s'ils accoururent vite à Paris à la première nouvelle de la disgrâce\nde leurs maîtres.\nComprend-on maintenant pourquoi l'année 1697 fit la lumière sur\nles spectacles de la Foire ? C'est que les Italiens morts, tout le monde\ns'occupa de leurs héritiers, et que, du premier coup, ces derniers justi-\nfièrent de leur droit à la succession.\nAinsi, voilà Arlequin, Colombine, Pierrot, Scaramouche, Mezzetin,\nGilles, etc., transportés de l'Hôtel de Bourgogne à la Foire Saint-\nGermain. Nous n'avons plus qu'à les suivre et à raconter leurs aventures\npassablement accidentées.\nNotons auparavant les troupes qui représentent à la Foire en 1697 et\nles principaux acteurs qui les composent.\nXIII\nIl y avait trois troupes principales, composées de danseurs de corde et\nde sauteurs.\nChaque troupe représentait dans une loge particulière.\nEn ce temps-là, les loges des comédiens n'étaient point du tout faites\nen forme de théâtre. C'étaient simplement des lieux fermés avec des\nplanches où l'on dressait des échafaudages pour les spectateurs, une\ncorde tendue pour les danseurs, et une estrade élevée d'un pied et demi\npour les sauteurs. Pas soupçon d'ornements ni de décorations. A la fin\nde chaque Foire, on enlevait échafaudage, corde, estrade.\nLes trois troupes avaient pour propriétaires et directeurs, par ordre de\nmérite : les frères Alard, Maurice Vondrebeck et Alexandre Bertrand.\nCe dernier tenait, de plus que les deux autres, un jeu de marionnettes.\nLes frères Alard étaient de Paris et fils d'un baigneur-étuviste du roi.\nL'aîné, grand, bien fait, passait pour le plus agile sauteur et le meilleur\npantomime de son temps. Il paraissait toujours sous l'habit de Scara-\nmouche et en exécutait supérieurement les danses. Le cadet n'avait ni\nla prestance, ni l'agilité, ni la renommée de son frère. Cependant il\npassait pour bon sauteur et n'était pas sans mérite dans le rôle d'Arle-\nqu'il avait adopté."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "Maurice Vondrebeck était d'origine allemande. Il eut pour maître\nAlard l'aîné, dont il faisait tous les exercices d'une façon très remar-\nquable. Jusqu'en 1697, Maurice Vondrebeck avait toujours travaillé\navec les frères Alard ; mais cette année il s'en sépara pour former une\ntroupe particulière, qui débuta à la Foire Saint-Germain. La mort l'en-\nleva en 1699, ma,is son spectacle lui survécut, grâce à sa femme, Jeanne\nGodefroy, célèbre dans les annales de la Foire sous le nom de veuve\nMaurice.\nAlexandre Bertrand était maître doreur à Paris, et en même temps\nfabricant de marionnettes. Il acquit une renommée dans ce genre de tra-\nvail qui rappela celle de Brioché. Tout le monde venait acheter chez lui.\nCe succès le grisa au point qu'il entreprit de conduire lui-même ses\nfigures. A cet effet, il s'associa avec son frère et loua une petite loge\ndans le cul-de-sac des Quatre-Vents.\nCela se passait en 1689. Bertrand réussit si bien, que l'an d'après, il\nfit bâtir une loge dans le préau et augmenta son jeu, non pas d'une\ntroupe de danseurs, mais d'une troupe de jeunes gens des deux sexes à\nqui il fit représenter des comédies. Malheureusement pour lui, les\nComédiens-Français intervinrent en vertu de leurs privilèges, et M. de\nla Reynie, lieutenant-général de police, à leur requête, rendit une sen-\ntence ordonnant la démolition de la loge. Rendue le 10 février 1690, la\nsentence fut exécutée le même jour. Alors Bertrand fit comme ses con-\nfrères, il s'adjoignit une troupe de sauteurs et de danseurs de corde, et\nson spectacle continua de la sorte jusqu'en 1697, où, piqué de nouveau\npar la tarentule de l'ambition, il s'avisa de louer la salle de l'hôtel de\nBourgogne, laissée vacante par le départ des Italiens. Huit jours ne s'é-\ntaient pas écoulés qu'un ordre du roi vint l'en chasser.\nParmi les acteurs forains en vogue, on citait alors les sauteurs et dan-\nseurs Jacobal et Languichard, Reistier père, fameux depuis dans le rôle\nde Gilles, Tiphaine, danseur, la Renaut, femme de ce dernier, joueuse\nde gobelets, Dubroc père et fils, Basques d'origine (le père passait pour\navoir fait le premier le saut du tremplein en tenant deux flambeaux à la\nmain), Marc, le premier Gilles français, Benville, autre Gilles dont\nquelques années plus tard la veuve épousa Alard aîné, Drouin le bossu,\nle premier qui ait joué les Gilles neveu, Renaud et Prin, deux acteurs-\npantomimes excellents dans le rôle à\"Arlequin, Roger, maître à danser\net parfait Pierrot, Babrou, fils de l'ouvreuse de loges de ce nom au\nThéâtre des Italiens, encore un remarquable Arlequin, Vieujot, fils\nd'un rôtisseur de la rue Dauphine, le meilleur des élèves d'Alard après"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "Maurice Vondrebeck, enfin une foule d'autres dont les noms ne nous\nsont pas parvenus.\nParmi les actrices en renom, nous ne trouvons à citer que la demoi-\nselle Bartolet. Elle était née à deux pas de la Foire, dans le quartier de\nla Croix-Rouge.\nLa Bartolet fut une des premières étoiles des spectacles forains. Chaque\ntroupe se la disputa et elle joua presque dans toutes. En 1724, elle avait\nencoie assez de vogue pour etre engagée par Honoré. Mais, hélas ! qu'on*\npayait maigrement alors les pauvres acteurs forains : un mémoire du\ntemps nous apprend que mademoiselle Bartolet débuta chez Bertrand,\nlequel « l'avait engagée pour jouer les amoureuses, à raison de 20\nsols par jour, appointements que cet entrepreneur donnait à tous ses\nacteurs. »\n(La suite au prochain numéro.)\n\nA. PRADINES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1876-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "121", "page_fin": "127", "image_debut": 17, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.2.3", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.17", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE. CONCERTS POPULAIRES. : Première audition du\nquiem de M. Gounod. Concert spirituel de l'Odéon. CONCERTS MODERNES :\nConcert spirituel. Concerts de M. Reucksel, de M. Galkine, de M. Alard.\nConcerts de mademoiselle Marguerite Benel, de M. Adolphe Fischer.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. - La saison mu-\nsicale est close et les deux programmes des quatre der-\nnières séances en ont été le brillant couronnement. Aux\nConcerts spirituels, le programme comprenait les chœurs\nd'lsraël en Egypte de Haendel, le Sta bat de Per-\ngolèse, le Credo de la messe en de Bach. Les\ndeux versets que Pergolèse a écrit pour deux voix de\nfemmes avec accompagnement de quatuor, sont très beaux et très expressifs;\nils ont été bien rendus par les choristes femmes. Bach, en revanche, n'a su\nque déplaire, et l'insuccès en doit être attribué aux chanteurs qui s'y sont\névertués de leur mieux, mais avec leur ignorance traditionnelle de cette\nmusique restée pour eux un mystère. On avait parlé d'exécuter en\nentier, comme on fait en Allemagne. Cela eût mieux valu que d'offrir au\npublic l'interprétation laborieuse des choeurs de Bach, dont longtemps encore\non méconnaîtra l'esprit à notre Conservatoire. L'ouverture de les\ndeux premiers fragments de la symphonie-cantate de Mendelssohn, et la\nsymphonie héroïque ont fourni aux deux séances la part spécialement or-\nchestrale. L'exécution a été irréprochable malgré je ne sais quel laisser-aller\ncoutumier aux séances des Concerts spirituels, et qui, cette fois, n'a fait\ndéfaut ni le vendredi-saint ni le jour de Pâques."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "La symphonie en fa de M. Th. Gouvy a eu les honneurs d'une double\naudition très chaudement applaudie au quinzième et au seizième concerts\nqui ont clos la saison. Le scherzo et l'andante ont été fort applaudis. Le\nrelief fait défaut à cette oeuvre et on y souhaiterait plus d'énergie et de puis-\nsance. Le style n'en est pas médiocre ni la conduite inhabile ; il faut louer\naussi chez l'auteur une aptitude mélodique qui se traduit souvent en passages\nintéressants et agréablement distribués. La profusion des motifs ne serait\npas un excès si M, Gouvy ne négligeait pas parfois de développer ses idées.\nIl en résulte un papillottement, un éparpillement de mélodies qu'on entend\nsourdre à l'oreille sans pouvoir bien les savourer.\nDans les fragments d'orchestre extraits du Songe d'une nuit d'Eté, que la\nSociété des concerts devrait bien exécuter en son entier, M. Taffanel a\nrecueilli, au scherzo, les applaudissements auxquels il est accoutumé. La\npartie chorale du concert se composait de deux chœurs archaïquement inté-\nressants. Le chœur tiré de l'oratorio la rappresentapone d?anima e di corpo\nd'Emilio del Cavalière, et celui de YArmideàe Lulli nous montrent combien\nle génie a de merveilleuses ressources pour se faire valoir dans tous les temps.\nLorsque madame de Sévigné raconte les délices du ciel que lui fait éprouver\nla musique de Lulli, elle semble, à nos modernes pédagogues, parler en\nfemme qu'éblouiraient mieux les complexités doctes de nos compositeurs à\ngrand tapage, et qui loue Lulli faute de connaître ce qui depuis a été inventé.\nN'en déplaise aux compositeurs contemporains que nous savons comprendre\net louer lorsqu'ils montrent du talent, Lulli est un admirable musicien. Sa\nmélodie est fine, déliée, piquante à la fois et suave, et la faveur de Louis XIV\nfut en toute justice accordée au maître florentin. Tout ce qu'on interprète\nde lui aux Concerts du Conservatoire : chœurs, ballets, airs et récitatifs,\nmérite bien réellement les éloges que Lulli récoltait à Versailles et auxquels\nl'envie a substitué d'indignes calomnies. Ces morceaux qu'au dix-septième\nsiècle on déclarait inimitables et divins, continuent aujourd'hui, pour celui\nqui les écoute sans parti-pris, à se distinguer par la grâce, la noblesse, et\npar une déclamation pleine de gout et logiquement rhythmée. Le public du\nConservatoire a ratifié le jugement favorable de madame de Sévigné. Aux con-\ncerts du Châtelet comme à ceux de M.Pasdeloup, les auditoires ont manifesté\nles mêmes sentiments. C'est la preuve irrécusable que Lulli eût du génie.\nC'est la preuve aussi que les programmes de la Société des concerts ont,\npour se rajeunir et se varier, tout le champ inexploré des œuvres des vieux\nmaîtres. Les tentatives qui ont été faites dans ce sens ont été nombreuses,\net l'on en. est encore à signaler une seule restitution d'un morceau, jadis\napplaudi, qui n'ait pas mérité d'être considéré comme une bonne fortune soit\npour les auditeurs, soit pour les interprètes, quand ils ont su reconstruire\ndans son style et dans son rhythme l'œuvre par eux exhumée et rendue\nà la vie.\nMaurice Cristal."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.19", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "CONCERTS POPULAIRES. Le concert spirituel du vendredi saint a\nété marqué par la première audition d'un Requiem inédit de M. Gounod.\nCette composition religieuse comprend dix morceaux : Introït et Kyrie\n(double chœur); Dies Irœ (chœur); Quid sum miser (quatuor); Quœrens me\nsedisti (chœur); Ingemisco (duo); Inter oves (chœur); Lacrymosa (chœur);\nSanctus (chœur); Pie Jesu (sextuor); Agnus Dei (chœur). Un onzième mor-\nceau, le chœur de /'Offertoire a été supprimé par Fauteur lui-même à l'une\ndes dernières répétitions.\nAprès une ritournelle de quelques mesures, les voix attaquent Vlntroït pia-\nnissimo; elles s'enflent peu à peu, soutenues par un crescendo d'orchestre\nqui aboutit à une brillante explosion des cuivres. Puis, au moyen d'un de-\ncrescendo habilement ménagé, les sonorités de l'orchestre et des voix « se\ncouvrent de cendres » et viennent s'éteindre dans un silence lugubre entre-\ncoupé par les Kyrie eleison ! Christe eleison! que le chœur jette d'une voix\nsourde comme le grondement lointain d'un glas funèbre. Sans manquer à la\nsévérité du style religieux, ce morceau atteint à une grande puissance\nd'expression et de coloris, et ce, par l'emploi des moyens les plus simples. Les\nappels de trompettes qui servent d'introduction au Dies Irœ, n'offrent rien\nde saillant, sauf quelques combinaisons harmoniques assez heureuses. Les\nchœurs entrent pianissimo et se développent sur une progression ascendante\ndu plus bel effet; la grosse caisse et les notes graves des trombones accentuent\nle rhythme sur chaque temps faible. Ce chœur est un des morceaux le plus\nlargement conçus de la partition. L'accent mélodique et l'expression touchante\ndu Quid sum miser ont vivement porté sur le public qui a redemandé le\nmorceau. Ce beau quatuor, dont le commencement rappelle le quatuor sans\naccompagnement du Stabat de Rossini, est une merveille de facture. Les\ndifférents épisodes qu'il renrerme, Rex tremendœ et Recordare sont par-\nfaitement indiqués et chacun d'eux est marqué de son caractère propre.\nQuant au style, il se tient constamment sur les confins de la musique drama-\ntique et de la musique religieuse ; à mon avis, il penche tout à fait du côté de\nla première. Le chœur Quœrens me est presque pittoresque bien qu'il ait la\nsimplicité d'accent qui convient à un morceau religieux.\nL'lngemisco, duo pour soprano et basse, et le chœur Inter oves se distin-\nguent surtout par dëminentes qualités de facture; notons, dans ce dernier,\nun passage d'un beau sentiment, Oro supplex, accompagné par le seul haut-\nbois. Le commencement du Lacrymosa reproduit le dessin mélodique du\nQiiid sum miser] la conclusion Huic ergo, soutenue parles harpes, en est\ntrès belle. Malgré la pompe d'une orchestration très brillante le Sanctus\nmanque de grandeur et d'enthousiasme. Le Pie Jesu est écrit de main de\nmaître et contient un grand nombre d'effets curieux et de combinaisons inté-\nressantes, que je recommande à l'attention des musiciens, et parmi lesquelles\nje signalerai particulièrement un fragment de gamme chromatique chanté\npar le chœur en mouvement descendant et complété par l'orchestre en mou-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "vement ascendant. L'œuvre se termine par un Agnus Dei d'un style large et\nd'une belle sonorité.\nOn peut se demander, à la suite de cette analyse très succincte, quel est le\ncaractère général du Requiem de M. Gounod : est-ce réellement une page de\nmusique religieuse ou bien le compositeur a-t-il cédé à cette tendance géné-\nrale qui entraîne les maîtres modernes vers la dramatisation de la musique\nsacrée? Avant de répondre à cette question, il faudrait commencer par dé-\nterminer avec précision les limites des deux genres et par s'entendre une fois\npour toutes sur le point de savoir où finit la musique religieuse et où com-\nmence la musique dramatique. La question est loin d'avoir été éclaircie. Les\nuns veulent confiner la musique religieuse dans les formes étroites du chant\nGrégorien; pour d'autres, elle s'arrête à Palestrina ; d'autres, enfin, poussent\njusqu'à Chérubini, Tôt capita, tôt census.\nJe n'ai ni le temps, ni l'espace nécessaire pour entrer ici dans cette intermi-\nnable discussion. Je me contenterai donc de dire en deux mots que l'esprit\net la pompe des cérémonies du culte catholique ne me semblent nullement\nincompatibles avec une certaine dramatisation de la musique sacrée. J'ajoute\nque l'introduction de l'orchestre à l'église pousse inévitablement à cette\nsécularisation. L'important, c'est de garder un juste milieu et de se tenir\négalement éloigné des extrêmes, c'est à dire de ne pas s'emprisonner dans\ndes formes surannées qui ne répondent plus au génie de notre époque, et\nd'éviter les excès où sont tombés Rossini, Donizetti et Verdi, pour ne citer\nque les plus illustres. Chérubini est, je crois, le maître qui a le mieux réussi\nà réaliser cette juste mesure, et ses œuvres peuvent être proposées comme le\nmodèle le plus parfait du style de musique religieuse qui convient à notre\ntemps.\nCeci posé, au point de vue du style, je classerais volontiers le Requiem de\nM. Gounod entre le Requiem de Mozart et celui de Chérubini, c'est dire\nque cette œuvre se tient constamment dans les limites de cette juste mesure\ndont je parlais tout à l'heure. Les mélodies sont simples et d'un rhythme\nnettement dessiné, les accompagnements sont écrits dans le même style large\net simple. Le compositeur n'a pas traité l'harmonie et l'instrumentation\ncomme il aurait pu le faire dans de la musique d'opéra ; les successions d'ac-\ncords parfaits s'y rencontrent fréquemment, mais elles sont distribuées avec\ntoute la liberté que donne la tonalité -usuelle. En outre, pas de contrastes\nviolents, pas d'effets en dehors; le style large, la simplicité sévère, la correc-\ntion un peu froide qui conviennent à l'expression des sentiments religieux.\nLe Requiem de M. Gounod est exactement le contrepied du Requiem de\nVerdi, c'est la prose sacrée mise en musique sans aucun commentaire. Il\nconvient donc de le considérer plutôt comme une œuvre de facture que\ncomme une œuvre d'imagination; envisagé sous ce point de vue spécial, c'est\nune composition du plus grand mérite, et l'on ne saurait trop admirer à"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.21", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "quelle plénitude d'effets M. Gounod a su atteindre avec une pareille simpli»\ncité de moyens.\nL'exécution, conduite par M, Gounod lui-même, a été très satisfaisante,\nH, Marcello.\nCONCERT SPIRITUEL DE L'ODÉON. Le Concert spirituel donné\nà l'Odéon, le soir du jeudi saint, n'a été complètement satisfaisant que\nsous le rapport de l'exécution. Outre l'orchestre de M. Ch. Constantin,\nla partie vocale a été parfaitement soutenue par mesdemoiselles Jenny Howe,\nBloch et Puisais, madame Brunet-Lafleur et MM. Auguez, Bouhy, Talazac\net Laffîtte. Mais le choix des compositions a beaucoup laissé à désirer.\nMadame de Grandval, dont je suis le sincère admirateur, comme j'ai si sou-\nvent eu l'occasion de- le témoigner dans la Chronique Musicale, ne m'a pas\nparu, dans Sainte Agnès, avoir été aussi heureusement inspirée qu'elle l'est\nd'habitude. Il est vrai qu'une partie de ce drame sacré a seule été chantée*\nPeut être faut-il l'ensemble de l'œuvre pour la bien juger; mais, à part l'in-\nvocation et une belle phrase du duo entre Agnès et Fulvius, le reste n'a\npas très vivement impressionné l'auditoire. Le soixante-dix-septième Psaume,\nmis en musique par M. Ch.-L. Hess, n'offre guère qu'un trio, et le Dies irœ\nde M. Georges Martin a manqué d'effet, malgré ses excellents interprètes,\nmesdemoiselles Howe et Bloch, et M. Auguez. Je n'en saurais citer que le\nItecordare, le Con fut atis et le Pie Jesu.\nCONCERTS MODERNES. Le concert spirituel des Concerts mo\ndernes, sous la direction de M. Henri Chollet, le seul auquel j'ai pu assister\ndes quatre concerts spirituels qui se sont donnés le soir du vendredi saint,\na fait entendre une superbe scène de M. Félicien David, intitulée le Jugement\ndernier. Quoique première audition, cette scène n'a pas, à ce qu'il paraît, été\nnouvellement écrite. C'est une symphonie avec chœurs, supérieurement ins-\ntrumentée et remplie de grands effets. Je ne citerai parmi les divers morceaux\ndont elle est composée, et qui sont tous liés entre eux, que le Réveil des\nmorts, où l'appel des trompettes est splendide, la Marche des trépassés, dans\nlaquelle un pizzicato de contrebasses persistant en crescendo depuis le pianis-\nsimo jusqu'au moment de l'explosion des cymbales et de la grosse caisse,\nproduit un effet sinistre et terrifiant, et l'Apothéose, qui est un chef-d'œuvre\nde grandeur et de solennité.\nCONCERTS..— Avant de parler des Concerts qui ont eu lieu pendant cette\nquinzaine, je dois solder mon arriéré. En conséquence, je dirai que, dans le\nconcert que l'habile violoncelliste, M. Reucksel, a donné le ier avril, il a fait\nentendre un concerto en la mineur de sn composition, où il a su varier la"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "forme de ce genre de composition. Son concerto a été très applaudi, et un\nessai de cette nature mérite d'être vivement encouragé, car la forme du\nconcerto, de même que celle de tous les morceaux symphoniques en général,\ncommence a être terriblement usée. Il en est comme de celle de la cavatine\nitalienne, dont Castil-Blaze disait plaisamment que la même se chante depuis\nquatre-vingts ans, avec de légères variantes.\nLe concert que M. Galkine, violoniste de Saint-Pétersbourg, a donné le\n5 avril, a mis en relief le beau talent sur le piano de M. Breitner, et fait con-\nnaître sa propie très grande virtuosité. M. Galkine a un jeu très pur, d'une\ngrande justesse, et son exécution est remplie de charme. M. Delsart a fait\nentendie; avec M. Breitner, une sonate en ré de Rubinstein. Comme dans\ntoutes les compositions de ce maître, il y a du vague, du confus et de l'in-\ncompréhensible , mais le second motif de l'allégro est ravissant de grâce et\nde mélodie, et ces deux excellents artistes l'ont parfaitement exécuté. M. Nicot\na tort bien chanté la belle romance de Mattei, « Non è ver. »\nM. Alaid, violoncelliste, et madame Alard-Guérette, cantatrice, ont donné\nun conceit le 6 avril. La voix de madame Alard-Guérette est puissante, dra-\nmatique et dun beau timbre. Sa méthode est excellente, et elle a produit\nbeaucoup d effet dans le fragment de Gallia et dans deux romances de\nM. Massenet. M. Alard tire un fort beau son de son instrument et a été\ncouvert d applaudissements dans le Désir, de Servais, et le Largo et la\nGavotte de Bach.\nMademoiselle Marguerite Benel et M. Adolphe Fischer ont tous deux\ndonné concert le 19 avril, la première dans la salle Pleyel et le second dans la\npetite salle Philippe Herz. Mademoiselle Benel est une très jeune artiste d'une\nbeauté remaïquable, et possesseur d'une voix de mezzo-soprano pure, sympa-\nthique et d une belle étendue. Son talent donne plus que des espérances et\n1 j\\enii est à elle. Elle a été fort applaudie dans l'air des Saisons, dans la ro-\nmance de la Juive, et dans cet adorable épanchement du cœur « Quand le\nbien aimé reviendra » de la Nina, de Dalayrac. M. Fischer, dont la belle qua-\nlité de son et le jeu élégant sont si généralement appréciés, a fait entendre un\ncnaimant nocturne de Chopin et un caprice de Popper, intitulé le Papillon-\nM. Diemer, M. Sarasate, M. Maton et mademoiselle Franche!li ont brillam-\nment concouru à 1 effet de ce concert. Mademoiselle Franchelli demande une\nmention spéciale. Cette jeune et charmante élève de M. Maton, douée\nd un soprano élevé et d'un beau timbre, s'est attaquée avec un égal succès\naux vocalises de la cavatine d'Ernani, à VAve Maria de Gounod (accompa-\ngnée par M. Sarasate) et à deux romances: Myrtho, de M. Delibes et"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.23", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "la Chanson de mai, de M. Diemer. On voit que son talent se prête à tous\nles genres.\nAvant que l'imprimeur de la Chronique mette sous presse, j'ai encore le\ntemps de rendre un compte rapide du magnifique concert donné, mercredi\ndernier, par madame la baronne de Caters, au bénéfice d'un artiste. L'élite\ndes artistes de chant, des instrumentistes et des artistes dramatiques de la\ncapitale, et je pourrai ajouter, l'élite de la société parisienne, s'étaient donné\nrendez-vous ce soir-là dans la salle Herz; l'affluence était si considérable\nqu'à mesure que des auditeurs quittaient leurs places, d'autres les rempla-\nçaient immédiatement, en sorte que la salle n'a jamais cessée d'être pleine\njusqu'au dernier moment. Madame de Caters, avec l'admirable méthode et la\nsplendide voix qu'on lui connaît, a chanté avec mademoiselle Armandi le duo\ndu Stabat, de Rossmi, et avec M. Gardoni un duo de M. Lucantoni, intitulé\nla Fuga. Mais c'est surtout dans le duo du Stabat, si large, si calme, si pro-\nfondément expressif, qu'on a pu apprécier la perfection du style de madame\nde Caters, à qui la célèbre ancienne école italienne a légué tous ses secrets.\nSa jeune et charmante partenaire, mademoiselle Armandi, l'a dignement se-\ncondée, et s'est montrée excellente cantatrice dans la romance de Mignon.\nM. Gardoni, M. Bouhy et mademoiselle Berthe Thibault, ont recueilli de\nnombreux applaudissements. Nommer MM. Marsick, Delsart, Saint-Saëns\net Diemer, c'est dire que la partie instrumentale du concert était absolument\nparfaite- Mademoiselle Reichemberg, madame Broizat, mesdemoiselles Hor-\ntense et Élise Damain et M. Delaunay ont de leur côté fait admirer toute la\nsouplesse de leur talent en jouant la Ligue des femmes et le premier acte des\nFemmes savantes, et en disant de charmantes poésies de Florian, d'Alfred de\nMusset et de M. Nadaud. J'allais oublier VHymne à la nuit, de M. Gounod,\nchanté par M. Bouhy, et accompagné par MM. Marsick et Delsart, très\napplaudi, le charmant Retour des promis, de Dessauer, par mademoiselle\nBerthe Thibault, et le quatuor de Rigoletto, par mesdames de Caters et Ar-\nmandi, et MM. Gardoni et Bouhy. Grâce à la généreuse initiative de ma-\ndame de Caters et à l'empressement qu'ont mis tous les artistesày répondre,\nle bénéficiaire a dû faire un belle soirée.\nHenry Cohen. j"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1876-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "128", "page_fin": "148", "image_debut": 24, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.2.4", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "R. de Saint-Arroman", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Piccolino, opéra comique en trois actes, paroles de MM. Sardou et\nNuitter, musique de M. Ernest Guiraud. THEATRE-ITALIEN : Aïda, grand opéra\nen quatre actes et sept tableaux, paroles de M. Ghislanzoni, musique de Verdi.\nTHÉÂTRE DES FOLIES DRAMATIQUES : Les Mirlitons, vaudeville revue en sept tableaux\nde MM. Duru et Chabrillat, musique de M. Cœdès. THÉÂTRE DES BOUFFES-PARI-\nSIENS : Le Moulin du Vert - Galant, opéra comique en trois actes, paroles de\nMM. Grangé et Bernard, musique de M. Serpette.\nPÉR A-COMIQUE.—C'est en 1861, au Gymnase, que\nle Piccolino de M. Sardou fut représenté pour la pre-\nmière fois, sous la forme de comédie. Victoria Lafon-\ntaine y créa le personnage principal. Quelques années\nplus tard, madame de Grandval composa, sur le même\nsujet, la musique d'un opéra italien, qui fut chanté à la\nsalle Ventadour, avec la Krauss dans le rôle du petit marchand de sta-\ntuettes. Enfin Piccolino subit une dernière transformation et devint,\ngrâce à la collaboration de M. Nuitter, pour les paroles, et de M. Gui-\nraud, pour la musique, l'opéra comique représenté à la salle Favart\nle mardi 11 avril 1876, Voici, en deux mots, le sujet de la pièce :\nUne jeune fille des environs de Lausanne a été séduite par un peintre\nfrançais, qui traversait la Suisse, en quête de points de vue et d'aven-\ntures galantes. L'artiste Ta aimée quelques jours, puis il est reparti, en\npromettant de revenir bientôt pour épouser celle qui s'était fiée à ses"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.25", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "serments et à sa loyauté. Plusieurs mois se sont écoulés, et la pauvre\nMarthe, réfugiée dans la famille du pasteur Tidmann qui l'a recueillie\ntout enfant, attend encore le retour de l'infidèle et commence à désespé-\nrer de le revoir jamais, lorsqu'elle apprend, par le récit de deux voya-\ngeurs, que son amant Frédéric est à Rome et qu'il n'est pas marié. Son\nparti est pris sur-le-champ : elle quittera sa paisible retraite pour aller\nrejoindre celui qui Ta perdue et qu'elle aime toujours.\nMarthe part; elle traverse l'ltalie vêtue en pifferaro et portant sur\nson épaule un petit étalage de statuettes en plâtre. Après de longues re-\ncherches, elle finit par rencontrer à Tivoli, au milieu d'une nombreuse\ncompagnie d'artistes, Frédéric, fort occupé de sa nouvelle passion pour\nune grande dame romaine, la princesse Elena Strozzi. Le peintre ne la\nreconnaît pas sous son déguisement; il ne voit en elle qu'un charmant\nenfant qu'il prend d'abord pour modèle et dont il finit par faire son\nélève. A partir de ce jour, Marthe, ou plutôt Piccolino, devient la pro-\nvidence de Frédéric. Elle le ramène au travail, elle le sauve du poignard\ndes assassins apostés contre lui par le marquis Strozzi, elle vit de\nl'ombre de sa vie, guettant dans ses yeux une larme de repentir, épiant\nsur ses lèvres un seul mot d'espérance pour se jeter dans ses bras et\ncueillir dans un baiser d'amour l'oubli des douleurs passées. Mais Fré-\ndéric s'abandonne tout entier à sa passion pour Elena, sans que ce re-\ngard brûlant qui rencontre le sien, sans que cette main qui touche\nparfois la sienne avec tant d'émotion, sans qu'un seul battement de son\ncœur lui révèle le secret d'une ressemblance qui Ta frappé tout d'abord,\nmais sans lui rappeler aucun souvenir précis.\nCette situation pourrait se prolonger longtemps, si un événement im-\nprévu n'y mettait fin brusquement. Elena vient un jour dans l'atelier\nde Frédéric, pour voir son amant; elle n'y rencontre que Piccolino,\nqui la chasse à la suite d'une longue scène de jalousie. Furieux, le\npeintre chasse à son tour Piccolino. Marthe reprend ses habits de femme,\nelle va partir, Frédéric se trouve sur son passage, il reconnaît enfin son\nancienne maîtresse, tombe à ses pieds et l'épouse.\nMêlez à cette action un joli tableau d'intérieur, la fête de Noël chez\nle pasteur Tidmann, une scène très amusante de touristes et de çien-\ndiants romains, avec bjn nombre de charges d'atelier et force plaisan-\nteries de rapins et vous aurez le Piccolino de M. Sardou, tel qu'il a été\narrangé pour la scène de TOpéra-Comique.\nLa critique s'est montrée généralement sévère pour M. Sardou : elle a\ndéclaré à la presque unanimité des voix que sa pièce était mauvaise et\nque le succès très réel obtenu par Piccolino était uniquement un succès"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "de musique. Je ne suis pas tout à fait de cette opinion et cela tient sans\ndoute à ce que je ne me place pas au même point de vue, S'il s'agissait\nd'une comédie ordinaire, d'une pièce écrite pour le Gymnase ou pour le\nVaudeville, je serais le premier à reconnaître que l'œuvre est absolu-\nment manquée. Sur trois actes, le premier est à peu près étranger au\nsujet principal, et, dans tous les cas, il est inutile au développement nor-\nmal de l'action. L'action, qui ne commence réellement qu'au second\nacte, se compose de deux intrigues parallèles : l'amour de Frédéric pour\nElena et l'amour de Marthe pour Frédéric. Ces deux intrigues se traî-\nnent jusqu'à la fin du troisième acte, sans avoir reçu le moindre déve-\nloppement, elles se dénouent par un coup de théâtre, aussi choquant au\npoint de vue de la logique pure qu'au point de vu des règles les plus\nélémentaires de l'art dramatique. Les amours d'Elena et de Frédéric,\ntraversés par les ténébreuses machinations d'un frère jaloux nous laisse\nabsolument froids et peu nous importe que l'auteur les ait traitées avec\nautant de négligence. Mais nous nous intéressons à Marthe, nous au-\nrions voulu la voir ramener peu à peu à elle le cœur de l'ingrat qui Ta\ndélaissée, nous aurions voulu voir Frédéric, troublé par cette ressem-\nblance extraordinaire dont il ne peut pénétrer le mystère, et aimant\ndans Piccolino le fantôme d'un amour passé, en attendant qu'il aime\ndans Marthe la femme qui lui a voué toute sa vie avec un si admirable\ndévouement. Au lieu de cela, M. Sardou se contente de créer une situa-\ntion étrange, qui pique vivement notre curiosité, et il n'en tire aucun\nparti. Voilà ce que j'aurais pu dire, si je m'étais trouvé en face d'une\nvraie comédie. Mais il s'agit ici d'un opéra comique, c'est à dire d'une\nœuvre destinée avant tout à fournir au compositeur un certain nombre\nde situations plus ou moins musicales. Ces situations seront reliées\nentre elles au moyen d'une action quelconque, la première venue,\npourvu toutefois qu'elle soit suffisamment attachante et qu'elle ne\nheurte pas trop lourdement le bon sens et la vraisemblance. L'étude\ndes caractères, le développement de l'intrigue et, en un mot tout ce qui\nconstitue les qualités organiques d'une œuvre dramatique s'efface ici au\nsecond plan : le point de vue se déplace, l'intérêt est ailleurs, il se con-\ncentre presque en entier sur la partie musicale. Dès lors, peu nous im-\nporte que M. Sardou ait laissé en suspens la double intrigue qu'il avait\nébauchée : l'essentiel était qu'il nous intéressât et qu'il nous tînt cons-\ntamment en haleine en faisant défiler sous nos yeux une série de scènes\naussi variées que divertissantes. Il nous donne le change, soit, il rem-\nplit la scène avec l'ombre d'une pièce, d'accord; mais encore une fois,\npourquoi irions-nous lui chercher noise, du moment qu'il nous inté-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.27", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "resse, du moment que ses personnages sont bien vivants, du moment\nque sa pièce est gaie, alerte et lestement conduite. Et, en fait, à part le\ndénoûment qui est vraiment d'un sans-façon par trop cavalier, Picco-\nlino me semble un opéra comique des plus acceptables et, s'il n'est pas\naussi absurde, il est au moins plus amusant que bon nombre d'opéras\ncomiques de Scribe, qui passent avec raison pour des modèles du\ngenre.\nVoilà pour la part de M. Sardou. Je rai faite plus large qu'en ne la\nfait d'habitude aux librettistes; c'est qu'aussi M. Sardou n'est pas un li-\nbrettiste ordinaire, pas plus, n'en déplaise à la critique, que Piccolino\nn'est un opéra-comique ordinaire. Arrivons maintenant à la musique,\net d'abord, quelques mots sur le musicien.\nBien qu'il ait trente-huit ans, et qu'il soit entré dans la carrière depuis\ntantôt dix-sept ans, M. Ernest Guiraud compte encore dans la classe de\nceux qu'on appelle les jeunes compositeurs. Il remporta le grand prix\nde composition musicale en 1859. Ses débuts au théâtre remontent à\n1864. Son premier ouvrage, Sylvie, représenté à l'Opéra-Comique, fut\ntrès remarqué : il était notablement supérieur à la plupart des petits actes\nque font jouer les prix de Rome à leur retour de la Villa Médicis. Quel-\nques années plus tard, M. Guiraud fit représenter au Théâtre-Lyrique\nun opéra-comique en un acte, En prison, qui n'a pas laissé de traces.\nPuis, il donna successivement à : l'Opéra-Comique, le Kobold, un acte\n(1870), à l'Athénée, Madame Turlupin, deux actes (1872), à l'Opéra,\nGretna-Green, ballet en un acte (1873). Une de ses compositions les\nplus remarquables est, sans contredit, la Suite d'orchestre jouée aux\nConcerts Populaires en 1872 et dont le brillant finale a été intercalé au\ntroisième acte de Piccolino. Une Ouverture de Concert, exécutée l'an-\nnée suivante par l'orchestre de M. Pasdeloup, fut accueillie froidement,\nbien qu'elle ne lût pas sans valeur, Les œuvres que je viens d'énumé-\nrer composent à peu près tout le bagage musical de l'auteur de Picco-\nlino; cinq actes d'opéra-comique, un acte de ballet et quelques pièces\nsymphoniques, voilà tout ce qu'un musicien de talent, prix de Rome,\nremarqué dès ses débuts, a trouvé le moyen de faire jouer dans un es-\npace de quinze années, et c'est à quarante ans seulement qu'il écrit son\npremier ouvrage en trois actes! Il y aurait là matière à des réflexions\nfort intéressantes sur la situation qui est faite à nos compositeurs en\nFrance; je laisse au lecteur le soin de les faire et je passe immédiatement\nà l'analyse de la partition de M. Guiraud.\nL'ouverture de Piccolino n'a aucune valeur symphonique. Elle est\ncomposée, comme la plupart des ouvertures d'opéra comique, de mo-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "tifs empruntés au corps de l'ouvrage. Chacun de ces motifs correspond\nà Tune des situations du drame et, malgré leur apparence de désordre, il\nest visible que le musicien a voulu les disposer de façon à nous tracer\nd'avance la ligne générale de l'action. Mais je doute fort que le public\npuisse démêler la moindre intention descriptive dans cette préface con-\nfuse et mal coordonnée d'une œuvre dont il ne connaît pas le sujet, et je\ncrois que M. Guiraud eût beaucoup mieux fait de s'en tenir à son in-\ntroduction en la majeur qui est excellente et de composer la seconde\npartie de son ouverture avec le développement symphonique du petit\nmotif de Saltarelle, proposé en fugato immédiatement après l'intro-\nduction.\nLe premier acte commence par un trio de femmes charmant, rempli\npar le babillage intarissable de madame Tidmann et de ses deux filles,\noccupées à dresser le couvert pour le repas du soir. L'entrée du veilleur\nVergaz, qui arrive chargé de cadeaux de Noël, donne lieu à un très joli\nquatuory finement écrit et d'une tournure fort élégante. La cavatine de\nMarthe «Il me disait, Marthe, je t'aime. » ne brille peut-être pas par\nune grande originalité, mais elle est simple, expressive et pose bien le\ncaractère du personnage. Mentionnons en passant ie Retour de Vécole,\nqui a fourni à MM. Sardou et Guiraud le sujet d'un petit tableau d'in-\ntérieur plein de naturel et de grâce. Rien de plus charmant que le com-\npliment du petit Jost et les ébats joyeux de ces trois jolies têtes blondes,\nqui sautent et babillent comme une nichée d'oiseaux.\nJ'arrive maintenant à la Grande scène de Noël. A l'occasion du\nrenouvellement de l'année, le village tout entier vient présenter ses\nhommages au pasteur Tidmann; des paysans portent la bûche de Noël,\nils sont suivis par le cortège des rois mages, représentés par trois\nenfants précédés d'un joueur de violon et portant des présents destinés\nau pasteur, M. Guiraud a fait de cette scène un grand morceau d'en-\nsemble tout à fait remarquable, et qui est, à mon sens, le morceau le\nplus complet et le plus musical de toute sa partition. La scène des\ntouristes vise au comique et à l'originalité; elle m'a paru fort agaçante,\net, si les couplets sur la Suisse sont élégants et lestement tournés, en\nrevanche la tenue des deux artistes français et leurs lazzis peu spirituels\nfrisent singulièrement l'inconvenance. Cette dernière critique est à\nl'adresse de M. Sardou. Nous trouvons dans le finale un arioso\nd'un beau caractère, chanté par Tidmann, et les Adieux de Marthe.\nPendant que la famille du pasteur célèbre joyeusement la Noël, Marthe\ndésolée s'apprête à quitter, pour toujours peut-être, la paisible retraite\noù s'est écoulée son enfance. Il y a là un contraste que le musicien a"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.29", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "bien saisi, mais qu'il n'a pas mis assez vigoureusement en saillie. L'à-\nparte de Marthe, « Adieu, je pars, » est d'une bonne couleur mélodique\net fort délicatement accompagné, cependant il paraît froid parce qu'il y\nmanque un cri vraiment mouillé de larmes de ce cœur si jeune et qui\na déjà tant souffert !\nLorsque le rideau se lève sur le second acte, nous nous trouvons en\npleine campagne romaine : à gauche, la villa du marquis Strozzi, à\ndroite, YOsteria de Marcassone, au fond, les cascades de Tivoli. Je\nn'aime pas beaucoup le début du Chœur des mendiants, mais le frag-\nment de Saltarelle et le petit mouvement de marche qui accompagnent\nl'entrée des Américains m'ont semblé bien réussis, ainsi que la seconde\npartie du chœur « La charité, seigneurs, » et l'unisson des Ciceroni\nqui composent une scène excellente et du meilleur comique, h'air d'en-\ntrée de Frédéric, coulé dans le moule classique des airs d'opéra-comique,\nn'en vaut pas mieux pour cela. Il est vrai qu'il est fort difficile de ne pas\nverser dans le ridicule quand on fait chanter à un monsieur en redin-\ngote noire :\nLes oiseaux chantaient dans l'espace\nTout rempli du parfum des fleurs,\nEt plus charmante était sa grâce\nQiie ces chansons et ces senteurs.\nLe duo entre Frédéric et Elena est distingué, sauf toutefois la péro-\nraison « O divine espérance, » et très finement ouvré, Outre une jolie\nritournelle, j'y remarque un accompagnement des premiers violons en\nsons tremblés, qui produit comme un frémissement d'ailes du plus\ncharmant effet. Vient ensuite une Sérénade, dont le musicien a fait\nune parodie fort spirituelle de la sérénade de Don Juan. Un baryton\nchante la mélodie pendant que trois hommes et trois femmes l'accom-\npagnent en imitant avec la voix les sons de la guitare. C'est le dessin\nd'orchestre en de la sérénade de Mozart, transporté du quatuor\ninstrumental au quatuor vocal ; l'effet était nouveau, il a eu beaucoup\nde succès. Ce morceau s'enchaîne immédiatement à un joli quintette,\nqui rappelle un peu trop le quatuor des rouets de Martha, et conduit à\nun morceau d'ensemble dialogué avec infiniment d'art, je veux parler\nde la scène du déjeuner sur l'herbe, long épisode plein de vie, de gaieté\net de jeunesse, que le compositeur a fait filer prestement sur un dessin\nd'orchestre fort bien développé. La Chanson de la brune, de la blonde\net de la chauve, encadrée dans cette scène, n'est qu'une chanson de\ntable, mais elle est bien dans le ton qui convenait à la situation."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "C'est ici que se place l'entrée de Marthe en pifferaro et la Chanson de\nPiccolino : « Sorrente, Sorrente ! » une vraie trouvaille, un pur rayon\nde poésie et de sentiment. On est toujours sûr d\"empoigner son public\nen reproduisant, par les artifices de l'art, le rhythme étrange et le coloris\nexotiques des chansons populaires italiennes ou espagnoles, aussi, nos\ncompositeurs modernes ont-ils usé largement de cette ressource. Carmen\navait sa Habanera,, le Passant, la Mandolinata; Y Amour Africain, la\nFiorentina, Piccolino a sa Sorrentine, et elle n'est pas moins réussie\nque les autres morceaux que je viens de citer.\nPendant que ses amis sont allés voir les cascades de Tivoli, Frédéric,\nresté seul avec Piccolino, propose à celui-ci de faire son portrait. C'est\nlà une des situations capitales de l'œuvre, une de celles qui se prêtaient\nle mieux à un développement musical important. D'un côté, l'artiste\ninsouciant et railleur, causant avec son modèle pour tromper les fatigues\nde la pose, de l'autre, la pauvre Marthe sentant ses dernières illusions\ns'évanouir une à une sous la froide ironie de ces propos inconscients qui\npercent son cœur comme autant de coups de poignard : « En femme,\nsais-tu que tu serais charmant, dit Frédéric. Pas si charmant que\ncelles qui riaient à Vinstant avec vous, soupire Marthe. Bah! les\ntrouves-tu donc si séduisantes?— Alors vous aime\\ aucune.—\nFi donc! et si f aimais un jour pour tout de bon... Ah! vous riave\\\njamais aimé pour tout de bon ? Non. Avant d'être homme on est\nartiste, etc... » Vous voyez la scène : rien de plus dramatique que\nce rire sans pitié qui insulte à la douleur, rien de plus propre à\ninspirer un musicien que le contraste si adroitement ménagé entre le\nbadinage de cet homme qui parle de ses amours sans que rien du cœur\nsorte de ses lèvres, et les à-parte de la femme trahie, dont chaque parole\nest le cri d'une âme brisée par le désespoir. M. Guiraud n'a pas tiré de\ncette belle scène tout le parti qu'on en pouvait attendre. Son duo est\nfroid, sec et tant soit peu décousu; la douleur de Marthe ne se traduit\npar aucun accent empreint d'une émotion vraie. Seule, la conclusion\n« Si près de lui » répond au sentiment juste de la situation.\nLe deuxième acte se termine par un finale très accidenté, dont les\ndifférents épisodes sont distribués avec beaucoup d'art. La Réception de\nPiccolino est une bonne charge d'atelier, Y Angélus est d'un joli senti-\nment, et la Tarentelle qui couronne le tout, compose à e'ie seule un\ntableau très monté de tons, auquel le brillant coloris de l'orchestre et la\nvariété chatoyante des modulations prêtent une grande intensité de\nmouvement et de lumière.\nLe troisième acte nous transporte dans l'atelier de Frédéric, à Rome,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.31", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "pendant les fêtes du carnaval. Après bon nombre de facéties de rapins\ntrès amusantes et un mélodrame d'une délicatesse exquise, nous y trou-\nvons un morceau remarquable. C'est Y air que chante Piccolino sur un\ndéveloppement symphonique de la chanson populaire « Il était une\nbergère. » Ce travail très habile fait le plus grand honneur àM. Guiraud,,\nLa musique de la pantomime des masques est empruntée à la suite cTor-\nchestre dont je parlais plus haut. M. Guiraud a saisi avec beaucoup\nd'à-propos l'occasion qui lui était offerte de replacer dans son véritable\ncadre ce délicieux Carnaval qui obtient toujours tant de succès dar s les\nconcerts de musique classique. Je ne puis guère que répéter, pour le duo\nde Piccolino et d'Elena, ce que j'ai déjà dit à propos du Duo du Portrait.\nLe morceau est bien fait, il est même mouvementé et rempli de dé-\ntails excellents ; il lui manque deux éléments essentiels : la sincérité de\nl'expression et la chaleur de la passion. Voici deux femmes qui se dispu-\ntent le cœur du même homme, le hasard les met en présence, et, de\ncette rencontre naît une situation à la fois très dramatique et très musi-\ncale., que le compositeur n'a pas accentuée d'une main assez ferme.\nM. Guiraud peut répliquer à cela qu'il fait de l'opéra comique, et que,\npar conséquent, il doit se tenir constamment dans les demi-teintes.\nSoit: mais, avant de tempérer l'expression des sentiments, qu'il songe\nd'abord à les exprimer, et c'est ce qu'il ne fait pas toujours. J'ai déjà dit\nque le dénoûment de M. Sardou était absolument mauvais, il ne pou-\nvait donc fournir rien qui vaille au compositeur, et, en effet, le duo\nfinal est manqué. Cependant; bien qu'ici je dégage tout à fait la respon-\nsabilité de M. Guiraud, je crois qu'il eut pu se dispenser de faire chanter\nà Frédéric un nocturne qui est un véritable non sens.\nIl résulte de cette analyse, que nous avons essayé de rendre aussi\nexacte que possible, que c'est dans les morceaux de style tempéré et\ndans les situations qui n'exigent ni les éclats pathétiques, ni les ten-\ndresses exquises d'un profond sentiment musical, que M. Guiraud a le\nmieux réussi à donner toute la mesure de son talent. Sa nouvelle parti-\ntion se recommande plutôt par l'élégance et la facilité générale du style\nque par des idées saillantes et vraiment originales. Le premier acte est\nfort bien fait. Maintenu à dessein dans les teintes grises pour mieux\nmettre en lumière l'acte suivant, il contient néanmoins la meilleure page\nde l'œuvre, cette belle Scène de la Noël, qui est à elle seule un\npetit poème musical. Le second acte, le plus riche des trois, pétille d'es-\nprit, de jeunesse et d'entrain; on y retrouve comme un reflet ensoleillé\ndu beau ciel d'ltalie dans la Sorrentine, d'une si jolie couleur mélo-\ndique, et dans le finale si plein de vie et de lumière. La chanson"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "« 11 était une bergère » et le Carnaval suffisent à remplir le troisième\nacte.\nPiccolino est un véritable opéra comique, un opéra comique à la\nfaçon d'Auber et d'Adam, et M. Guiraud nous semble visiblement\nappelé à recueillir la succession de ces deux maîtres, qui ont charmé\npendant près de quarante ans toute la génération qui nous a précédé.\nComme eux, c'est un de ces talents plus aimables que forts, plus légers\nque profonds, plus spirituels que passionnés, qui ne peignent guère que\nla surface de la vie et des sentiments.\nM. Guiraud n'a pas l'élégance de forme et la fécondité d'idées d'Auber,\nla sensibilité et la verve d'Adam, en revanche, on distingue chez lui un\ninstinct scénique très développé, un sentiment exact des proportions et\nune grande habileté de métier, qui laissent pressentir un maître futur\nde la scène où sont écloses les plus charmantes productions de l'école\nfrançaise.\nPiccolino a obtenu un succès très grand, et j'ajoute très mérité. L'exé-\ncution est aussi bonne que possible avec Je personnel fort médiocre dont\ndispose actuellement l'Opéra-Comique. Le rôle de Piccolino restera\npour madame Galli-Marié une de ces créations frappantes qu'elle a\nmarquées du sceau ineffaçable de son talent si fin et si original. Qui-\nconque l'a vue dans Lara, dans Mignon, dans Carmen, dans Piccolino,\nne l'oubliera jamais, quel que soit le talent des artistes qui pourront\nchanter après elle ces différents rôles. C'est qu'en effet, dans ces remar-\nquables créations, madame Galli-Marié est plus que l'interprète d'un\npersonnage, elle est ce personnage lui-même. M. Léon Achard, dont la\nvoix commence à être horriblement fatiguée, s'est tiré avec beaucoup\nde talent du rôle difficile de Frédéric, qui exige de véritables qualités\nde comédien. Des trois ténors à qui le rôle a été successivement destiné,\nc'est encore lui qui était le plus capable de le jouer convenablement.\nM. Barré est excellent dans le personnage de Musaraigne, excellent\nchanteur, excellent comédien. Madame Franck-Duvernoy se montre\nsuffisante dans le rôle un peu effacé d'Elena, et M. Ismaël donne beau-\ncoup de caractère à la figure sévère du pasteur Tidmann. MM. Potel et\nBarnolt sont amusants ; quant à mesdames Nadaud, Lina-Bell et Decroix,\nelles ont failli compromettre, par leur exécution molle et défectueuse,\nl'effet du charmant quatuor du premier acte. MM. Duvernoy, Bernard,\nDufriche et Teste complètent l'ensemble d'une manière assez satisfai-\nA\nsanté. Par exemple, ce qui est tout à fait pitoyable, ce sont les chœurs\net l'orchestre. Certes, M.Constantin est un excellent musicien et un\nhomme des plus sympathiques, mais il manque absolument d'autorité,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "et il n'a pas la main assez ferme pour maintenir un orchestre et des\nchœurs qui tombent littéralement en décomposition. Que nous sommes\nloin des beaux jours où l'orchestre de l'Opéra-Comique passait à juste\ntitre pour un des premiers orchestres de France 1 II est vrai que, dans\nce temps là, il était conduit par des artistes comme Tilmant.\nTHÉÂTRE ITALIEN. La Messe de Requiem et Y Aida marquent\nla date définitive de l'adhésion de Verdi aux procédés si dédaignés par\nles Italiens de la science musicale allemande. A ce titre, la nouvelle\nœuvre de l'auteur du Trouvère offre un grand intérêt, et M. Escudier\nqui nous l'a fait connaître a droit à toute notre gratitude.\nMélodiste a la façon de Donizetti, musicien passionné pour son art,\nhomme d'un génie incomplet, mais homme de génie, travailleur Infati-\ngable, amouieux de la gloire de son pays, Verdi a senti, comme tous\nles artistes, qu une tiansioimation radicale s opérait dans l'art à tous les\ndegrés. Il a voulu participer à la régénération que les musiciens actuels\ntentent avec tant de courage, avec tant de persistance, et, disons-le, avec\ndes résultats si imparfaits.\nLe maître Italien n a pas réussi à trouver la formule qui justifiera les\nefforts de notre temps, moins peut-être que ses devanciers ou ses contem-\nporains.\nCes efforts tendent, on le sait, à prouver que la science de l'orchestre\ndoit être en communion étroite avec l'idéalité de la mélodie, si l'on\nveut que la musique dramatique prenne sa place au rang des arts com-\nplets.\n• De même qu'en peinture un tableau n'est un chef-d'œuvre qu'à la\ncondition de posséder a la lois le dessin et la couleur, de même, en\nmusique, une œuvre ne peut être un chef-d'œuvre que si elle réunit au\ndessin de la pensée mélodique le coloris de l'instrumentation. C'est là\nce qui rend difficile la tâche de l'école progressiste. C'est cette union\nparfaite des éléments multiples qui fait les chefs-d'œuvre.\nMalgié leurs bonnes intentions, nos artistes manquent de la volonté\nsévere qui détache le créateur des préoccupations personnelles. Ils ne\npensent plus assez à l'œuvre elle-même. Le « Moi » domine. Chacun\nveut faire autrement que son voisin. Peu importe au combattant de\nsortir vainqueur de la lutte, pourvu qu'il y ait foule au tournoi et que\non dise :« Il s'est battu autrement que les autres. » Gloire facile à\nobtenir, gloire de courte durée."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "Quoi qu'il en soit, les tentatives ont toujours au moins l'intérêt de la\nlutte, et celle de M. Verdi est de celles-là.\nA prendre cet opéra comme sorti du cerveau d'un compositeur fran-\nçais, il pourrait être classé dans la catégorie des efforts louables, mais\nmédiocrement probants. Conçu, au contraire, par un maître Italien,\nson importance grandit. C'est une protestation en faveur des idées pré-\nsentes contre les idées du passé, et, bien plus, contre le passé d'un art\nmusical tout entier : de l'art musical Italien.\nCommandée dès le mois d'août 1870, pour inaugurer le théâtre du\nCaire ; représentée sur ce théâtre le 24 décembre 1871 ; montée splendi-\ndement, l'œuvre de Verdi lui rapporta, dit-on, i 50,000 francs d'hono-\nraires offerts par le vice-roi. 50,000 francs furent consacrés àla mise en\nscène.\nDepuis bientôt cinq ans, Aida court le monde. Jouée dans toute\nl'ltalie, applaudie naturellement, il lui fallait la consécration du public\nparisien. Elle l'a, mais avec des réserves.\nOn attribue à M. Vassali, conservateur du musée de Boulak, la\ndonnée première du poème. Il l'aurait même écrit en prose. M. Camille\ndu Locle l'aurait mis en vers, et M. Ghislanzoni l'aurait traduit en Ita-\nlien pour M. Verdi.\nEn voici le sujet :\nLe roi d'Egypte est en guerre avec son voisin Amonasro, roi d'Ethio-\npie. Dans une récente bataille, Aida, fille d'Amonasro, a été faite pri-\nsonnière, et elle est devenue l'esclave d'Amnéris, fille du Pharaon. Mais\nelle est du même coup devenue sa rivale, en s'éprenant du beau capi-\ntaine des gardes du roi, Radamès, pour lequel Amnéris brûlait d'une\nardente flamme.\nRadamès n'a pas balancé entre la blanche Amnéris et la noire Aida.\nIl a donné son cœur à celle-ci. Au moment où le rideau se lève, on ap-\nprend que l'Ethiopie prépare une revanche et se dispose à attaquer\nl'Egypte.\nRadamès est chargé par le roi de repousser 1 ennemi. Il se îend dans\nle temple de Phta pour y recevoir des mains du grand prêtre 1 épée con-\nsacrée, et il part en guerre sans savoir qu'il va combattre le père d Aida.\nLes prêtresses de Phta chantent des hymnes religeux, et on exécute des\ndanses sacrées pour le succès de la guerre.\nRadamès est vainqueur. On lui décerne les honneurs du triomphe."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.37", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "Le jour où il doit rentrer à Thèbes, Amnéris, parée pour la cérémonie,\nveut s'éclairer sur les sentiments d'Aïda, en qui elle a deviné une rivale.\nElle annonce à l'esclave que Radamès a été tué. Le désespoir de la\nnoire Ethiopienne ne peut lui laisser aucun doute. Dès lors, la fille du\nPharaon voue une haine profonde à Aïda.\nLe roi Amonasro fait partie des prisonniers Ethiopiens. Les Egyptiens\nne connaissent pas 1 împoi tance de leur capture, et Amonasro fait signe\nà Aida, folle de joie de le revoir, de ne pas le trahir.\nPour récompenser les services de Radamès, le roi d'Egypte lui offre la\nmain de sa fille Amnéris. Radamès refuse cet honneur suprême, mais\nil demande, sollicité par Aïda, la grâce des prisonniers, qui lui est\naccordée.\nAmonasro forme un plan audacieux : il veut reconquérir ses États,\ndélivrer sa fille et lui faire épouser Radamès qui viendra en Ethiopie.\nIl la conjure de seconder ses desseins. Elle résiste d'abord, puis elle\ncède. Elle supplie alors Radamès de lui confier le secret des opérations\nmilitaires qui se préparent encore contre son pays. Le général oublie\nses devoirs sacies ae patriote et de soldat, et trahit son pays par amour\npour Aïda.\nAmnéris qui veillait, surprend cette indigne action. Radamès est ar-\nrêté parles prêtres, et les gardes s'emparent d'Amonasro et d'Aïda.\nPendant qu on juge les coupables, Amnéris se désole d'avoir perdu\ncelui qu'elle aimait. Elle tente un dernier effort pour le sauver. Que\nRadamès consente a 1 épouser et le roi pardonnera au mari de sa fille.\nTout est inutile. Aïda vivante, Radamès ne veut qu'Aïda : peu lui im-\nportent les supplices.\nLe jugement est prononcé. Radamès est condamné à être enterré vi-\nvant dans un caveau sous le temple de Vulcain.\nAida parvient à s y introduire avant lui et les deux amants y meurent\nenlacés pendant que l'encens brûle aux pieds du Dieu.\nCe poëme ne manque ni de grandeur ni de passion. L'opposition des\ncaiactèies y est observée rigoureusement. La haine et l'amour se parta-\ngent 1 intérêt du spectateur et le tiennent souvent attentif. Je lui repro-\ncherai cependant de ressembler un peu trop à l'Africaine. Amonasro a\nune analogie trop directe avec Nélusko. Amnéris et Aïda se disputent le\ncœur de Radamès comme l'Africaine et Inès se disputent celui de Vasco\ndeGama. Les prêtres de Phtane sont-ils pas aussi parents des prêtres de\nVichnou et de Siva? Pour plaire sans doute au compositeur, le libret-\ntiste a traité des situations musicales que l'on a déjà entendues dans\nRigoletto ou dans le Trouvère. Ce n'est pas une faute bien grave. Mais"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "cela a rendu la tâche difficile à Verdi qui s'est fait une gloire légitime\navec l'un et l'autre de ces deux opéras.\nJe signalerai en outre une chose blessante pour la vraisemblance.\nC'est le duo final, qui se passe dans les entrailles de la terre, dans un\ncaveau hermétiquement clos où l'air manque et dans lequel on ne peut\nguère chanter, puisqu'on n'y peut vivre.\nM. Verdi a traité ce sujet avec un mélange étrange de bonheur et de\nmalechance. Il n'y a rien d'indifférent dans ces quatre actes. Un mor-\nceau est-il réussi? Il l'est complètement; s'il ne Test pas, il a tous les\ndéfauts de banalité bruyante si justement reprochée au maître italien.\nUn petit prélude fugué et exécuté pianissimo sert d'ouverture. L'idée\nde ce morceau est d'une expression aussi charmante que le travail har-\nmonique en est intéressant.\nLe récitatif de Radamès et la romance Céleste Aïda sont d'une excel-\nlente facture. Quand Verdi tient une romance, il en tire un parti mer-\nveilleux. Celle-ci est une des inspirations les meilleures du genre.\nLe trio qui suit traité à l'italienne, avec ces phrases entrecoupées qui\nsont familières à M. Verdi, n'a que du rhythme et peu d'inspiration.\nLe récit du roi accompagné de pizzicati de contrebasses est original.\nLe chœur Su! del Nilo al sacro lido est d'une grande sonorité, mais il\nrappelle trop les pas redoublés des musiques militaires.\nLes lamentations d'Aïda : Ritorna vincitor sont soutenues par une\nmarche de violons en sourdine terne et sans accent.\nPour le deuxième tableau de cet acte, le compositeur s?est servi des\ntonalités anciennes et, s'il fallait en croire les gazettes, il a reproduit des\nmélodies indigènes. Dans la coulisse on entend une mélopée bizarre dite\npar une voix solo et reprise par le chœur dont la progression est parti-\nculière aux modes du chant grégorien.\nA la suite de cet effort d'originalité arrive une danse dont l'orchestra-\ntion composée à l'aide de clarinettes, de bassons et de flûtes a la sono-\nrité archaïque qui convient.\nLe chœur de femmes qui ouvre le second acte est coupé par une\nphrase d'Amnéris, Ah! vieni, amor mio, qui revient trois fois de suite\npour servir de rentrée à la reprise du chœur et le terminer ensuite d'une\nmanière assez inattendue.\nLe duo d'Amnéris et d'Aïda est magnifique. Dès le début du canta-\nbile d'Amnéris, on voit que Verdi possède entièrement la situation. Les\ncaresses trompeuses d'Amnéris, la passion d'Aïda qui se révèle dans la"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.39", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "phrase pleine d'élan, Amoreamore, l'adagio pathétique Ah! pieta ti\nprenda del mio dolor, le cri haineux d'Amnéris qui triomphe de sa\nrivale et qui l'abandonne à son désespoir, la douleur d'Aïda si bien\nexprimée sur ces mots : Numi pieta, d'un bout à l'autre enfin, ce duo\nvous prend le cœur et le fait battre d'émotion réelle et puissante.\nLe second tableau, avec son déploiement vocal et instrumental, son\nballet, ses rhythmes accusés, ne contient qu'une belle phrase du roi :\nSalvator délia patria qui plane majestueusement sur un dessin ravis-\nsant des altos.\nQuand au finale proprement dit, j'y ai retrouvé toutes les exagérations\nitaliennes et tous les procédés usés de ce genre, unis au fracas d'une or-\nchestration prétentieuse et maladroite.\nLe troisième acte est infiniment supérieur au deux premiers.\nLa prière d'Aïda, attendant Radamès, est d'une mélancolie touchante.\nOn y retrouve à regret sur ces mots : Opatria mia, maipiù ti rivedro,\nle motif si connu du Trouvère, Non ti scordar, non ti scordar di me.\nLe duo entre Amonasro et sa fille est assurément une des plus belles\nchoses qui aient jamais été faites dans le répertoire italien.\nLa situation d'ailleurs est extrêmement dramatique. Il faut qu'Aïda\narrache à Radamès les secrets de l'État pour qu'elle puisse rendre la\npuissance à son père et la liberté à cette patrie chérie. Amonasro le lui\nchante avec une tendresse énergique.\nRivedrai le foreste imbalsamate,\nLe fresche valli, i nostri tempii d'or.\nlui dit-il, et la musique de Verdi traduit ces sentiments avec une force,\nune vérité, une passion saisissantes.\nAh! comme il est dans son élément, le maître, et comme il tient là, le\npublic haletant sous les richesses de son génie puissant! Ce duo est aussi\nbeau, aussi large, aussi fougueux, que le trio qui le suit manque d'éléva-\ntion et d'idée.\nJe ne vois guère à signaler dans le dernier acte qu'une marche de\ncontrebasses à l'unisson ponctuée par les accords stridents des cuivres.\nLa scène du jugement, les cris de Radamès, Radamès discolpasti, pous-\nsés par des voix tonnantes, pendant qu'Amnéris se désole, et répétés trois\nfois, montant chaque fois d'un demi-ton ne produisent pas d'effet. C'est\nl'architecture du Miserere du Trouvère, moins la voix du ténor et sur-\ntout moins le souffle.\nLe duo dans le caveau ne m'a pas frappé par des qualités très originales.\nIl sera difficile à.ceux qui avaient reproché à Verdi de ne pas savoir"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "l'harmonie, de lui adresser désormais ce reproche. Il a accumulé dans\nAïda toutes les ressources de la fugue et du contre-point. Malheureuse-\nment ses efforts sont loin d'être heureux la plupart du temps.\nAu milieu du souci visible de frapper l'imagination, par l'usage des\ncomplications scientifiques de l'orchestration, on sent toujours le carac-\ntère propre du mélodiste et du rhythmeur italien. Ces deux physonomies\ntrop distinctes font presque regretter les cantilènesà découvert du Verdi\nde la Traviata ou de Rigoletto.\nLe nouvel art musical, ou plutôt les applications nouvelles que les\nchercheurs actuels veulent en faire n'ont pas été suffisamment digérées\npar l'auteur à? Aïda. Le mélange des éléments mélodiques et harmoni-\nques n'est pas assez complet. Il s'ensuit que la mélodie est toujours ita-\nlienne de même que le rhythme, alors que l'orchestration est allemande.\nPréoccupé de prouver, Verdi a trop voulu prouver qu'il savait, par\nexemple, moduler à tout propos, et souvent hors de propos. Il y a des\nnatures que l'éducation et l'instruction transforment, mais qui gardent\ntoujours la marque d'origine.\nVerdi est une de ces natures. Dans toutes ses œuvres il s'élève aux\nsommets les plus élevés de la passion inspirée, de même qu'il se laisse\naller aux banalités les plus vulgaires.\nC'est, paraît-il, assez fréquent chez les hommes de génie.\nAïda a toutes les qualités de Verdi, Aïda en a tous les défauts, et souli-\ngnés cette fois, car on n'a plus le droit de dire : « Si ce morceau était soi-\ngneusement orchestré, il ferait une autre impression. »\nCette œuvre d'un homme de génie n'ajoutera rien à sa gloire. Mais, je\nl'ai dit au début, c'est une date précieuse à enregistrer.\nCe que Verdi n'a pas complètement réussi à faire, d'autres le feront.\nIl a apporté à la grande cause de la musique moderne les efforts d'un\nmaître, et cette action hardie pour un Italien portera ses fruits.\nVerdi méritait à tous égards l'hospitalité du public parisien, auquel il\na fait passer tant d'heures charmantes.\nM. Escudier a pris, en faisant représenterait, une initiative louable.\nAussi l'en remercions-nous.\nEt, puisque je parle ici de l'imprésario, je ne lui cacherai pas qu'on\nlui eût été bien plus reconnaissant, s'il avait apporté à la mise en scène\nà'Aïda tout le soin dont cette œuvre est digne.\nJe sais bien qu'il pourra répondre que l'art décoratif n'a rien à\nfaire avec l'art musical. Mais cette objection ne m'empêchra pas de re-\ngrette,1 que nos peintres-décorateurs, les Lavastre, les Desplechin, les\nRubi, etc., etc., n'aient pas concouru au succès de l'ensemble."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "Le mérite intrinsèque et musical de l'œuvre ny eût rien peidu, et les\nyeux y eussent assurément gagné.\nIl n'était pas besoin que le savant égyptologue Mariette-Bey ait\nappliqué ses connaissances archéologiques à restaurer, dans la mise en\nscène d\"Aida, les éléments de la vie Egyptienne au temps des Pha-\nraons, à reconstruire l'ancienne Thèbes, Memphis, le temple de Phta,\net à dessiner les costumes pour nous offrir à Paris, solennellement, un\nmélange de paillettes d'or et de toiles de papier peint qui offense terrible-\nment les yeux les plus indulgents et le goût le moins scrupuleux.\nC'est peut-être sévère pour le Théâtre-Italien, où il est de tradition\nde négliger la mise en scène, tant la mélodie absorbe l'attention, mais il\nest à noter que, cette fois, l'intérêt essentiel d'Aïda est d'être une œuvre\ncomplexe, une œuvre appartenant à la musique et non pas seulement à\nla musique italienne.\nL'interprétation d'Aida a été confiée à mesdames Waldmann et Stolz,\net à MM. Masini et Pandolfini. Je ne parle que des quatre principaux\nartistes.\nLe mérite particulier des chanteurs que je viens de nommer est d'être\nconvaincus. Ils semblent avoir la conviction d'interpréter un chef-\nd'œuvre, et peut-être l'ont-ils. Ils s'efforcent de faire passer dans l'âme\nde leurs auditeurs la foi qui les anime. Ils y réussissent souvent.\nMadame Waldmann est particulièrement remarquable. Elle serait par-\nfaite si elle n'accusait pas trop l'effet de ses belles notes graves.\nMadame Stolz manque de médium. Ses notes aiguës n'ont pas le\nmoelleux nécessaire, mais elle chante merveilleusement le duo du\ntroisième acte.\nM. Masini a une voix charmante dont il se sert avec beaucoup de\ngoût. Il nous a fait un grand plaisir, de même que M. Pandolfini qui\nest un excellent baryton.\nTHÉÂTRE DES FOLIES-DRAMATIQUES. - M.Cantin tient\nenfin un succès. Vous me direz peut-être que cela n'est pas étonnant\npuisque sept auteurs s'y sont mis, tant musiciens que paroliers. Mais\nje pense qu'ils ont eu, au contraire, beaucoup de mérite. Prendre\nsept pensées différentes, les mettre dans le même mortier et arriver à\nune mixture parfaite est un véritable tour de.force.\nMM. Duru, Chabrillat, Blum, Bocage (ces deux derniers se sont\nsoustraits à la proclamation de leurs noms), Cœdès,, Eugène Dugard et\nGenet (ces deux derniers ont été omis quand on a nommé les auteurs de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "la musique), ces sept complices, enfin, ont réalisé le problème posé plus\nhaut, et voici comment :\nLe président du Cercle des Mirlitons de Château-Thierry voit avec\népouvante s'approcher le terme de ses honneurs. Plein de la respectable\nambition d'être maintenu au pouvoir, il cherche le moyen de combattre\nles candidatures à sa. succession.\nIl veut faire un coup de maître. Il cherche, mais en vain, lorsqu'un\njournal lui tombe sous la main. Il y lit que le Cercle des Flageolets de\nSoissons va donner une représentation extraordinaire avec le concours\nd'artistes distingués de la capitale, au bénéfice d'une grande infortune.\n« Bravo ! s'écrie-t-il, la voilà mon idée !... »\nIl y aura une représentation.\nEt il se frotte les mains. Mais, à toute représentation, il faut un pré-\ntexte : une grande infortune, par exemple, comme celle que se propose\nde soulager le Cercle des Flageolets. Où trouver cette infortune? Le\nprésident se creuserait indéfiniment la tête si Picotin, le vieux garçon\ndu Cercle, ne venait lui raconter une horrible aventure qui lui est\narrivée.\nUn des gommeux de Château-Thierry Ta chargé de remettre à une\njolie femme échouée dans cette ville un bouquet et un collier de perles.\nPicotin a eu l'imprudence de laisser le bouquet et le collier à la portée\nde sa vache qui, sans vergogne, a tout avalé.\nHeureusement les perles du collier étaient fausses, de sorte que Picotin\nn'est pas autrement désolé; mais enfin l'accident n'en est pas moins très\ndésagréable.\n« Voilà mon infortune! » fait le président joyeux. Et alors il convoque\nles membres du Cercle auxquels il raconte dramatiquement les malheurs\nde Picotin.\n« Il faut, conclut-il, que les Mirlitons de Château-Thierry fassent\nautant de bruit que les Flageolets de Soissons. » On vote à l'unanimité\nla représentation au bénéfice de l'infortuné Picotin qui se laisse faire, et\nla fable des auteurs des Mirlitons prend les proportions les plus origi-\nnales et les plus diverses.\nCe cadre de revue prêtait à toute sorte d'exhibitions ;• MM. Duru,\nChabrillat, etc., etc., en ont profité avec esprit.\nEt c'est ainsi que successivement le spectateur assiste à un concert\nd'amateurs donné par le Cercle, qui est bien la chose la plus bouffonne\nqu'il soit possible de voir. Pour n'en citer qu'un exemple, je signalerai\nla romance des Dragons de Villars, dite par Vavasseur. On se tord\nvéritablement en entendant ce vieux pensionnaire des Folies, qui n'a"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.43", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "jamais pu articuler un son, chanter la musique de Maillart. Il y a aussi\ndans ce concert douze membres, conduits par Luco, qui exécutent, avec\ndes mirlitons et avec un sérieux imperturbable, le prélude du cinquième\nacte de VAfricaine, C'est véritablement amusant. Viennent ensuite la\nmusique militaire et la musique des cloches de la famille Tyler. Puis\nune autre famille anglaise, la famille Martini, se livre à l'exercice qui\nfait fureur en France depuis quelque temps, au skating sport.\nLa représentation des Mirlitons de Château-Thierry se termine par\nun défilé de pièces nouvelles, au milieu duquel Plet fait des imitations\nqu'il réussit à merveille presque toujours.\nLa pantomime, jouée par Milher et Luco, est, elle aussi, parfaitement\nréussie.\nIl y a enfin une apothéose. Ce qui domine le tout, c'est une gaieté\nvéritable et beaucoup d'esprit.\nLà-dessus et à tout propos, M. Cœdès a greffé une musique de cir-\nconstance, facile et enlevée, qui aide à la marche joyeuse de la pièce.\nMM. Dugard et Genet ont fait la musique de la pantomime. Elle a\nfait plaisir.\nLes artistes hommes et femmes rivalisent d'entrain. Milher et Luco,\nnotamment, brûlent littéralement les planches.\nTHÉÂTRE DES BOUFFES-PARISIENS. - Maître Gambillard\nest un gros homme, bon vivant, joufflu, possesseur du cabaret intitulé\nLe Moulin du Vert-Galant, et d'une délicieuse petite femme qu'il\nadore.\nLe cabaret est extrêmement bien achalandé. La cabaretière est cour-\ntisée par tous les clients, à l'exception cependant du seigneur du lieu,\nM. de Maillé. Gambillard voudrait obtenir de Louis le Bien-Aimé l'au-\ntorisation de mettre sur son enseigne les armes de France; c'est sa seule\nambition. Il est horriblement jaloux; c'est son seul défaut.\nSelon Shakespeare,—traduction de M. Alcide Cayrou, lorsque l'on\nest possédé du démon de la jalousie :\nLorsque l'on est sujet à cette frénésie,\nOn est jaloux de tout, jaloux hors de saison,\nJaloux rien que pour l'être, et sans nulle raison.\nLa jalousie!... ah! Dieu! ce monstre à face blême\nS'engendre, je le crois, naît et vit de lui-même.\nOr la femme de Gambillard s'est levée un beau matin dès l'aurore,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "pendant que son mari goûtait un repos réparateur. Elle s'est tout sim-\nplement rendue à l'invitation du chevalier de Maillé, envoyé en exil par\nLouis XV. Le chevalier lui a confié, avant de partir, des lettres compro-\nmettantes de la belle marquise de Pompadour, en la priant de les\nremettre au roi lui-même. C'est le seul moyen, peu délicat d'ailleurs,\nde rentrer en grâce auprès du roi.\nSi Gambillard connaissait ce secret, la pièce ne pourrait pas avoir\ntrois actes. (Elle y gagnerait peut-être.) C'est pour cela qu'à son retour\nde Paris, Toinette, interrogée par son mari, fait la sourde oreille. Pen-\ndant que Gambillard sent les nuages s'amonceler sur son front qu'il\ncroit menacé, la fiancée du maître-d'hôtel du roi, Jeanne, tombe en\nplein moulin du Vert-Galant. Elle supplie Toinette de la soustraire\naux recherches de son futur époux, Bonardel, qu'elle ne veut pas épou-\nser parce qu'elle aime le beau Fortuné.\nLa police doit être proche et Bonardel est furieux, car Jeanne s'est\nenfuie au moment même de la noce.\nC'est ici où la situation se corse et où il est difficile de débrouiller\nrécheveau prodigieusement enchevêtré de Faction du Moulin du Vert-\nGalant.\nMadame de Pompadour a appris que ses lettres d'amour ont été remises\npar M. de Maillé à Toinette. Elle a mis en campagne, pour s'en emparer,\nle chef de sa police, Tiphaine. Toinette, de son côté, ne sait quel moyen\nprendre pour accomplir sa mission, lorsqu'une idée lui pousse. Elle se\nsubstituera simplement à Jeanne et pourra voir le roi, puisque Bonardel\nfait partie de la maison de Louis XV.\nCela ne fait pas l'affaire de Gambillard qui ne comprend qu'une seule\nchose, c'est que sa femme le trompe. Il la suit. Il pénètre, à l'aide d'une\néchelle de jardinier, dans les appartements royaux.\nRevêtu d un brillant habit, à la faveur d'une obscurité presque com-\nplète, il se fait passer pour le roi, et Toinette, sa femme, abusée, lui\nremet les lettres de madame de Pompadour.\nIl se découvre alors. Explications, rage, désespoir. Gambillard com-\nprend de moins en moins, et Toinette garde son secret de plus en plus.\nMais on annonce le roi. C'est le vrai cette fois. Rends lés lettres,, dit\nToinette a son mari. Gambillard va le faire, malgré sa répugnance,\nlorsqu'il retrouve sur lui la pétition qu'il voulait faire parvenir à\nLouis XV au sujet du changement d'enseigne proposé pour son cabaret.\nIl donne ce placet au lieu des lettres, et il surveille, caché derrière une\nporte, 1 entrevue du roi et de madame Gambillard. Ce roi est encore un\nroi apocryphe. Il n'est autre que Bonardel à qui Tiphaine a suggéré"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.45", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "l'idée de se faire passer pour Louis XV, afin de prendre à Toinette les\nlettres de la marquise de Pompadour.\nToinette donne en effet ce qu'elle croit être les lettres et ce qui n'est\nque la pétition de son mari.\nBonardel va perdre sa place, et la marquise est furieuse, mais enfin\ntout s'explique, et tout ce monde de quiproquos finit par s'éclaircir à la\nsatisfaction de tous. La marquise reconquiert ses lettres, Gambillard\nmettra les armes de France sur son enseigne et ne sera plus jaloux,\nJeanne épousera Fortuné, et le chevalier de Maillé aura sa grâce.\nCette pièce est-elle absolument originale? peut-on la bien juger sur\nce rapide exposé? Non; mais MM. Orangé et Bernard ont été gais et\nsouvent spirituels, ce qui n'est pas un mince mérite.\nLeur pièce en vaut beaucoup d'autres, et j'avoue très sincèrement\navoir suivi avec intérêt les péripéties comiques qui composent leurs\ntrois actes, qui seraient absolument charmants s'ds étaient réduits à deux.\nM. Serpette a écrit une musique gracieuse sur ce livret qui procède\nde l'opéra comique et du vaudeville.\nIl a, sur ses rivaux compositeurs d'opérettes, l'avantage précieux de\nsavoir la musique. Parfois il manque de cette originalité baroque et\nbrutale commandée par les opéras bouffes. Aussi, le public n'a-t-il pas\npour lui les enthousiasmes qu'il exprime, sans les marchander, en écou-\ntant les Bu qui s'avance et autres rapsodies des maîtres du genre.\nLe jeune compositeur ne doit pas s'en plaindre. Car s'il est un public\npassionné pour le rhythme vulgaire, il en est un autre non moins nom-\nbreux pour lequel les détails d'une orchestration soignée ont quelque\nvaleur.\nIl y a beaucoup de qualités dans la partition de M. Serpette. Je citerai,\ndans le premier acte, la scène d'entrée, « Entre\\ » accom-\ngnée de dessins capricieux des hautbois, des clarinettes et des bassons,\net les couplets qui s'y enchaînent « dont l'or-\nchestration est infiniment piquante. Ces couplets, fort bien chantés par\nFugère, ont une allure excellente.\nEntre le premier et le second acte, M. Serpette a placé un petit menuet\nà la manière d'Haydn, qui est extrêmement intéressant.\nLe second acte contient, entre autres choses charmantes, des couplets\nchantés par madame Théo, « le Roi » et un trio «\nbruit » traités avec un égal bonheur.\nJ'aime aussi le mouvement du finale « Mes amis, quelle histoire. »\nC'est de la vraie musique de scène, qui va droit et vite son chemin.\nAu troisième acte, un petit duo nocturne « Comme moi, souviens-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "toii » et un chœur bouffon « Marchons au feu> sous les ordres d'un\ncordon-bleu, » sont les deux morceaux qui m'ont le plus particulière-\nment frappé.\nEn un mot, la partition de M. Serpette n'est pas une de ces choses qui\nfont époque, mais elle est une garantie de son talent et de son bon\ngoût.\nM. Daubray, digne successeur de Désiré, a des ahurissements, des\nexplosions, des tendresses d'une gaieté des plus communicatives. Il donne\nà Gambillard une physionomie Très plaisante.\nMadame Théo est la coquetterie, la mignardise mêmes. Sa mine futée\nest sa principale qualité.\nIl m'est pénible d'en dire ici ma façon de penser. Elle a l'air si mal-\nheureuse de forcer tout un public à l'entendre chanter, qu'elle mérite\nvraiment qu'on la traite avec des égards. Ce qui m'a le plus étonné,\nc'est qu'elle ait pu dire d'une façon presque artistique les couplets que\nje citais plus haut : « le Roi va venir. » Après en avoir cherché l'inexpli-\ncable raison, je me suis aperçu que madame Théo, dans ce passage, ne\nfaisait qu'imiter madame Judic. C'est à cela, sans doute, que tient l'im-\npression agréable que le public a ressentie.\nCette réserve faite, il m'est plus aisé de trouver inouï que la char-\nmante femme dont je parle s'illusionne au point de se croire capable de\ntenir un rôle d'opérette.\nCe sont là des erreurs, il esj vrai, que tous les grands esprits com-\nmettent.\nLes autres interprètes du Moulin du Vert-Galant tiennent convena-\nblement leurs rôles.\nLa mise en scène et les costumes sont beaucoup moins soignés que\nd'habitude. En résumé, la pièce aura, je pense, une belle carrière. Je la\nlui souhaite.\n\nR. de Saint-Arroman."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-01_01#c016", "volume": "bmtnabc_1876-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.2.4.3", "titre_corps": "MARIA WALDMANN.", "titre_sommaire": "MARIA WALDMANN.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 42, "texte": "MARIA WALDMANN.\nlmp. 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Del-\ndevez, la symphonie en ré majeur, la marche de la Flûte\nenchantée, de Mozart, et l'ouverture d'Obéron, de Weber.\nCet orchestre a accompagné aussi tous les solistes et les\nchœurs.\nDeux lauréats de piano et violoncelle, du dernier concours, mademoiselle\nDebillemont et M. Hillemacher ont exécuté deux fragments de la première\nsonate de Rubinstein.\nLa partie vocale se composait de :\nLes stances de la Sapho de Gounod, chantées par mademoiselle Lafont,\ndeuxième prix de l'année dernière, et l'air du grand-prêtre de la Flûte en-\nchantée, par M. Denoyé.\nUn fort ténor, M. Sellier, a chanté avec les chœurs la scène de la révolte\nde Fernand Corte^.\nM. Talazac a interprété 1 air classique de Joseph, de Mehul, « Vainement\nPharaon ».\nDans la deuxième partie, quatre fragments de l'Armide, de Gluck, ont été\nchantés par les solistes Richard et mademoiselle Puisais, accompagnés par\nles chœurs.\nEnfin pour terminer, orchestre et chœur ont entonné le superbe Alléluia\ndu Messie, de Haendel."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2992, "texte": "On étudie en ce moment, aux ministères des Beaux-Arts et du Com-\nmerce, deux combinaisons ayant pour but la création de différents théâtres\ndans 1 enceinte de la future Exposition universelle de 1878.\nA 1 occasion de 1 inauguration de la statue de Rameau, l'illustre compo-\nsiteur nommé à juste titre le père de la musique française, la ville de Dijon\nouvre, pour le io août prochain, un grand concours international d'orphéons\net de musiques, auquel sont conviées toutes les Sociétés françaises et étran-\ngères.\nOn vient de découvrir, dans les archives du théâtre de Raguse, l'origi-\nnal delà partition de la Norma, le chef-d'œuvre de Bellini, en quatre volumes\nde musique, écrits de la main de Bellini lui-même.\nCe manuscrit a été acheté 2,000 francs par le musée de la ville.\nUne nouvelle supplique va être adressée à la Chambre par les directeurs\nde théâtre, relativement au droit des pauvres. Cette demande, qui est signée\npar MM. Ritt et Larochelle, Plunkett, Victor Koning, Ch. Comte, Bertrand\net Raymond Deslandes, sera très vivement soutenue et par les membres de la\ndroite et par ceux de la gauche, tous d'accord pour réclamer l'annu-\nlation ou, tout au moins, une réforme importante de ce droit. MM. Tirard,\nRaouJ Du val, d'Osmoy, Janvier de la Motte, H. Lefèvre, etc., etc., doivent\nprendre la parole en faveur de MM. les directeurs.\nNotre collaborateur Arthur Pougin corrige en ce moment les épreuves\ndu premier volume du supplément de la Biographie universelle des Musi-\nciens. Ce premier volume, qui contiendra environ deux mille notices, paraî-\ntra à la librairie Firmin Didot dans le courant du mois de septembre prochain.\nVers la même époque, la librairie Charpentier mettra en vente un nouvel\nouvrage du même écrivain : Adolphe Adam, sa vie, sa carrière, ses Mé-\nmoires artistiques. Enfin, M. Pougin s'occupe aussi de la publication pro-\nchaine d un livre très intéressant et resté inédit depuis plus d'un siècle : nous\nvoulons parler d'une Histoire de ïAcadémie royale de musique, par les\nfrères Parfait, que notre collaborateur doit publier en l'accompagnant d'une\npréface et de notes nombreuses, d'après l'unique manuscrit connu de cet ou-\nvrage, qui existe à la Bibliothèque nationale.\nMardi dernier, 25 avril, le théâtre des Arts de Rouen a été réduit en\ncendres par un épouvantable incendie, qui n'a pas fait moins de vingt vic-\ntimes. Hamlet était annoncé pour la représentation du soir. Le feu allumé\ndans les frises par un jet de gaz, a éclaté une demi-heure environ avant le\nlever du rideau. Les artistes, les choristes, les figurants (ceux-ci composés en\ngrande partie des soldats de la garnison) s'habillaient dans leurs loges où la\ntumée et la flamme sont venues subitement les surprendre. Quelques-uns ont\npu se jeter par les fenêtres, sur des matelas apportés en hâte par les habi-\ntants : d'autres ont péri asphyxiés et carbonisés. Le contralto, mademoiselle\nBarbot et le baryton Guillemot sont les seuls premiers sujets qui aient été"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.49", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1779, "texte": "blessés. Le théâtre des Arts, actuellement dirigé par M. Lemoigne, a été inau-\nguré en 1776, au mois de juin, par une représentation du Cid. De nom-\nbreuses souscriptions s'ouvrent pour venir en aide aide aux familles des\nmorts. M. Halanzier a offert ses artistes à M. Lemoigne pour une représen-\ntion de la Favorite, qui aura lieu dans le même but de charité au Cirque de\nRouen.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Gueymard quitte définitivement l'Opéra\nde Paris, pour suivre la carrière italienne.\nOn pousse avec la plus grande activité les répétitions du ballet\nde M. Delibes, Sylvia, qui sera donné pour la rentrée de made-\nmoiselle Sangalli.\nEn même temps, on remonte Robert le Diable et le Prophète, dont les\ndécors sont prêts.\nThéâtre-Italien. M. Escudier vient d'engager madame Patti pour la\nsaison prochaine, à raison de 5,000 francs par soirée. Elle débutera dans\nla ciel Destino.\nlhéâtre National Lyrique. Voici la distribution complète de Dimitri)\ndont la première représentation est annoncé pour le 3 mai.\nDimitri MM. Duchesne\nLusace Lassalle (de l'Opéra)\nJob Mayan\nLe Prieur Comte\nLe Roi Lepers\nUn officier Watson\nUn tsigane Regraffe\nMarpha Mesdames Engalli\nMarina Zina Dalti\nWanda Belgirard\nAu troisième acte, grand ballet réglé par M. Justamant.\nOn prépare aussi le Sourd, d'Adolphe Adam. Cet ouvrage doit être joué\nen même temps que le Magnifique, l'opéra couronné au concours de 1869.\nOpéra-Comique. - Les répétitions de Philémon et Baucis, de Gounod,\nse poursuivent avec activité.\nL'opéra comique les Amoureux de Catherine, de M. J. Barbier, pour les\nparoles, et de M. Henri Maréchal, pour la musique, passera vers le 10 mai.\nLes répétitions sont très avancées.\nEnfin, il est question de monter la Clé d'or, l'opéra de MM. Octave Eeuillet\net Eugène Gautier."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.50", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 668, "texte": "Variétés. —La Boulangère a des écus, l'opérette bouffe de MM. Meilhac,\nHalévy et Offenbach, a été reprise.\nOn a fait quelques changements à cette pièce. Le rôle principal est inter-\nprété par Thérésa.\nFolies-Dramatiques. 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Del-\ndevez, la symphonie en ré majeur, la marche de la Flûte\nenchantée, de Mozart, et l'ouverture d'Obéron, de Weber.\nCet orchestre a accompagné aussi tous les solistes et les\nchœurs.\nDeux lauréats de piano et violoncelle, du dernier concours, mademoiselle\nDebillemont et M. Hillemacher ont exécuté deux fragments de la première\nsonate de Rubinstein.\nLa partie vocale se composait de :\nLes stances de la Sapho de Gounod, chantées par mademoiselle Lafont,\ndeuxième prix de l'année dernière, et l'air du grand-prêtre de la Flûte en-\nchantée, par M. Denoyé.\nUn fort ténor, M. Sellier, a chanté avec les chœurs la scène de la révolte\nde Fernand Corte^.\nM. Talazac a interprété 1 air classique de Joseph, de Mehul, « Vainement\nPharaon ».\nDans la deuxième partie, quatre fragments de l'Armide, de Gluck, ont été\nchantés par les solistes Richard et mademoiselle Puisais, accompagnés par\nles chœurs.\nEnfin pour terminer, orchestre et chœur ont entonné le superbe Alléluia\ndu Messie, de Haendel."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2992, "texte": "On étudie en ce moment, aux ministères des Beaux-Arts et du Com-\nmerce, deux combinaisons ayant pour but la création de différents théâtres\ndans 1 enceinte de la future Exposition universelle de 1878.\nA 1 occasion de 1 inauguration de la statue de Rameau, l'illustre compo-\nsiteur nommé à juste titre le père de la musique française, la ville de Dijon\nouvre, pour le io août prochain, un grand concours international d'orphéons\net de musiques, auquel sont conviées toutes les Sociétés françaises et étran-\ngères.\nOn vient de découvrir, dans les archives du théâtre de Raguse, l'origi-\nnal delà partition de la Norma, le chef-d'œuvre de Bellini, en quatre volumes\nde musique, écrits de la main de Bellini lui-même.\nCe manuscrit a été acheté 2,000 francs par le musée de la ville.\nUne nouvelle supplique va être adressée à la Chambre par les directeurs\nde théâtre, relativement au droit des pauvres. Cette demande, qui est signée\npar MM. Ritt et Larochelle, Plunkett, Victor Koning, Ch. Comte, Bertrand\net Raymond Deslandes, sera très vivement soutenue et par les membres de la\ndroite et par ceux de la gauche, tous d'accord pour réclamer l'annu-\nlation ou, tout au moins, une réforme importante de ce droit. MM. Tirard,\nRaouJ Du val, d'Osmoy, Janvier de la Motte, H. Lefèvre, etc., etc., doivent\nprendre la parole en faveur de MM. les directeurs.\nNotre collaborateur Arthur Pougin corrige en ce moment les épreuves\ndu premier volume du supplément de la Biographie universelle des Musi-\nciens. Ce premier volume, qui contiendra environ deux mille notices, paraî-\ntra à la librairie Firmin Didot dans le courant du mois de septembre prochain.\nVers la même époque, la librairie Charpentier mettra en vente un nouvel\nouvrage du même écrivain : Adolphe Adam, sa vie, sa carrière, ses Mé-\nmoires artistiques. Enfin, M. Pougin s'occupe aussi de la publication pro-\nchaine d un livre très intéressant et resté inédit depuis plus d'un siècle : nous\nvoulons parler d'une Histoire de ïAcadémie royale de musique, par les\nfrères Parfait, que notre collaborateur doit publier en l'accompagnant d'une\npréface et de notes nombreuses, d'après l'unique manuscrit connu de cet ou-\nvrage, qui existe à la Bibliothèque nationale.\nMardi dernier, 25 avril, le théâtre des Arts de Rouen a été réduit en\ncendres par un épouvantable incendie, qui n'a pas fait moins de vingt vic-\ntimes. Hamlet était annoncé pour la représentation du soir. Le feu allumé\ndans les frises par un jet de gaz, a éclaté une demi-heure environ avant le\nlever du rideau. Les artistes, les choristes, les figurants (ceux-ci composés en\ngrande partie des soldats de la garnison) s'habillaient dans leurs loges où la\ntumée et la flamme sont venues subitement les surprendre. Quelques-uns ont\npu se jeter par les fenêtres, sur des matelas apportés en hâte par les habi-\ntants : d'autres ont péri asphyxiés et carbonisés. Le contralto, mademoiselle\nBarbot et le baryton Guillemot sont les seuls premiers sujets qui aient été"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.49", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 386, "texte": "blessés. Le théâtre des Arts, actuellement dirigé par M. Lemoigne, a été inau-\nguré en 1776, au mois de juin, par une représentation du Cid. De nom-\nbreuses souscriptions s'ouvrent pour venir en aide aide aux familles des\nmorts. M. Halanzier a offert ses artistes à M. 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LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.49", "debut_caractere": 388, "fin_caractere_exclue": 1779, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Gueymard quitte définitivement l'Opéra\nde Paris, pour suivre la carrière italienne.\nOn pousse avec la plus grande activité les répétitions du ballet\nde M. Delibes, Sylvia, qui sera donné pour la rentrée de made-\nmoiselle Sangalli.\nEn même temps, on remonte Robert le Diable et le Prophète, dont les\ndécors sont prêts.\nThéâtre-Italien. M. Escudier vient d'engager madame Patti pour la\nsaison prochaine, à raison de 5,000 francs par soirée. Elle débutera dans\nla ciel Destino.\nlhéâtre National Lyrique. Voici la distribution complète de Dimitri)\ndont la première représentation est annoncé pour le 3 mai.\nDimitri MM. Duchesne\nLusace Lassalle (de l'Opéra)\nJob Mayan\nLe Prieur Comte\nLe Roi Lepers\nUn officier Watson\nUn tsigane Regraffe\nMarpha Mesdames Engalli\nMarina Zina Dalti\nWanda Belgirard\nAu troisième acte, grand ballet réglé par M. Justamant.\nOn prépare aussi le Sourd, d'Adolphe Adam. Cet ouvrage doit être joué\nen même temps que le Magnifique, l'opéra couronné au concours de 1869.\nOpéra-Comique. - Les répétitions de Philémon et Baucis, de Gounod,\nse poursuivent avec activité.\nL'opéra comique les Amoureux de Catherine, de M. J. Barbier, pour les\nparoles, et de M. Henri Maréchal, pour la musique, passera vers le 10 mai.\nLes répétitions sont très avancées.\nEnfin, il est question de monter la Clé d'or, l'opéra de MM. 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L'huître elle-même n'est\npas sans tenter quelques timides observations au moment solennel où\nnotre œsophage se tend pour la recevoir vivante. Parmi tant d'autres,\nenfin, bornons-nous à dire que le poisson-volant parle, comme aussi le\nhareng.\nSincèrement, je ne puis assurer que le hareng s'exprime dans un lan-\ngage harmonieux et fleuri; mais lorsqu'on l'enlève à l'élément natal, le\nmalheureux ne laisse pas de protester contre cette violation du droit des\ngens, par un cri aigu bien connu des pêcheurs et qui, je crois, a donné\nnaissance au mot anglais squeak, prononcez sqouik et traduisez « cri\nperçant », qui n'est dans ce cas qu'une véritable onomatopée. De plus,\non a remarqué que les baies les plus remplies la veille encore de ce <r pain\nde la mer » en étaient le lendemain toutes et absolument vides, lorsque,\ndans la nuit intermédiaire, on avait entendu une sorte de détonation\nqui est, à n'en pas douter, le cri de ralliement des harengs en partance.\nNon seulement les poissons ne sont pas muets, mais il en est qui font\nde la musique.... vocale, cela va sans dire, et peut-être aussi instrumen-\ntale, à la façon des grillons et autres musiciens rustiques. Mais a n'anti-\ncipons pas ». J'ai une petite histoire de tanche parlante dont il faut que\nje me débarrasse auparavant.\nL'histoire est du docteur Schirlen Palmer, et voici comment le savant\nanglais la raconte :\n« Je reçus au printemps une couple de tanches tout trais pêchées, sor-\ntant de l'eau. Je les fis mettre dans un plat et elles furent ainsi placées,\nsans autre précaution, sur une tablette élevée de l'office qui est situé\nentre la salle à manger et la cuisine.\n« A minuit, tandis que j'écrivais dans la salle à manger, mon atten-\ntion fut tout à coup attirée par un gémissement profond, sourd, pro-\nlongé. Ce gémissement fut répété deux ou trois fois, et tous mes efforts\npour en découvrir la source demeurèrent infructueux. A la fin, mon"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.3", "texte": "MOLLUSQUES ET POISSONS MUSICIENS\n\noreille fut frappée d'un bruit singulier, comme celui d'une large écla-\nboussure, suivi d'un gémissement plus profond et plus prolongé encore\nque ceux que j'avais précédemment entendus, le tout provenant évidem-\nment de l'office.\n« Je me rendis donc dans cette pièce, et le mystère me fut aussitôt\nexpliqué :\n« L'un de mes deux poissons s'était précipité de la tablette sur le car-\nreau, et gisait là la bouche ouverte et les nageoires pectorales et abdo-\nminales étendues, proférant les sons par lesquels mes travaux de minuit\navaient été troublés et interrompus. »\nM. Dufossé a présenté à l'Académie des sciences plusieurs mémoires\nrelatifs àce phénomène curieux de sons et de sons musicaux pro-\nduits par des poissons, qu'il attribue en grande partie au frotte-\nment de quelques-uns de leurs os, aux vibrations de certains de leurs\nmuscles et à la vessie aérienne dont ils sont pourvus et dont ils se ser-\nviraient comme de 1 outre d une cornemuse a skilled bagpiper et\ncomme un habile joueur de bas-breton.\nLes individus cités par M. Dufossé appartiennent principalement aux\nespèces : lyre, hyppocampe, malarmot et Maigre. Les facultés musicales\ndont ces poissons sont doués sont communes aux mâles et aux femelles\net atteignent une perfection singulière à l'époque des amours.\nCes animaux, principalement la Maigre ou ombrine commune, qui\nfoisonnent dans la Méditerranée, se réunissent alors en groupes nom-\nbreux et font entendre un bruit sourd et prolongé qu'on perçoit à tra-\nvers 120 pieds d'eau et qu'on entend encore plus distinctement, par un\neftet d acoustique qui n a pas besoin d'être expliqué, en appuyant\nl'oreille sur le plat-bord du bateau. Ce bruit sourd et prolongé ponctué\nde sifflements aigus qu'il suffit d'imiter, dit-on, pour attirer ces poissons,\nleur a valu le surnom d'orgues vivantes.\nLe lieutenant White, de la marine américaine, dans son Voyage to\nthe China seas, publié en raconte que son équipage et lui turent\ntrès surpris, lorsque se trouvant vers l'embouchure du Cambodia, ils\nentendirent tout à coup des sons indescriptibles semblant provenir du\nfond des eaux, dessous le vaisseau et tout autour.\n« Ces sons étaient comparables, dit l'officier américain, à ceux de la\nbasse profonde de l'orgue, accompagnés du chant guttural de la gre-\nnouille-taureau, du tintement des cloches, ainsi que d'un son aigu et\npénétrant que l'imagination pouvait aisément attribuer aux vibrations de\nquelque harpe gigantesque. » Tantôt cette musique mystérieuse paraissait\ns'élever au-dessus du bâtiment, tantôt elle se fondait en un chœur uni-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nversel qui l'enveloppait de toute part, et il résultait des vibrations mul-\ntiples déterminées par ce chœur innombrable une sensation d'ébranle-\nment nerveux chez tous les auditeurs saisis de surprise et d'admiration,\net peut-être aussi de peur.\n« Curieux de connaître la cause de ce concert inattendu, ajoute le\nlieutenant White, je descendis dans ma cabine, et je fus m'assurer que\ncette singulière musique provenait évidemment du fond du navire. Les\nimpressions que je ressentais en ce moment ressemblaient à celles que\nj'avais éprouvées en recevant les commotions delà torpille et de l'anguille\nélectrique. »\nA mesure que le navire remontait le fleuve, ces sons musicaux perdi-\nrent peu à peu de leur intensité et s'évanouirent bientôt tout à fait.\nHumboldt avait déjà été, lui aussi, témoin, dans les mers du Sud, d'un\nfait du même genre dont il ne paraît pas même avoir soupçonné la\ncause. Un soir, vers sept heures, l'équipage du navire qu'il montait fut\nvivement intrigué et même fort effrayé par un bruit étrange ressemblant\nassez à celui de tambours battant dans l'air, et qu'on attribua tout d'a-\nbord à des brisants dont on traversait le dangereux voisinage. Mais\nbientôt un bruit d'un autre genre s'entendit dans le vaisseau même,\nprincipalement vers la poupe. Ce bruit n'était pas sans ressemblance\navec celui d'une sorte d'ébullition, ou de la vapeur s'échappant avec\nforce d'une chaudière. On crut d'abord à une voie d'eau; mais on put\nbientôt s'assurer que le phénomène avait heureusement une autre cause\npar exemple une cause inexplicable.\nCes sons furent entendus de tout l'équipage d'une manière incessante\net ne s'éteignirent, en fin de compte, que vers neuf heures, sans qu'on\nen ait pénétré la cause.\nQuant aux concerts dont le lieutenant White nous a laissé le compte\nrendu, leur origine n'est pas douteuse. D'ailleurs l'interprète qui était à\nbord, ayant été interrogé à ce propos, affirma que cette musique était\nproduite par des poissons de forme ovale et aplatie, lesquels possèdent\nen outre la faculté d'adhérer à toute sorte de corps solides par leur\nbouche. Ce sont évidemment des sciènes, variété de la nombreuse fa-\nmille des maigres, et qu'on désigne communément sous le nom de pois-\nsons-tambours [drum-fishs), dont Schœff rapporte qu'ils se rassemblent\ncommunément autour de la quille des vaisseaux et s amusent ainsi à\ndonner des concerts aux équipages étonnés.\nDans un voyage d'exploration qu'il fit dans les torets du nord de Cey-\nlan, il y a une vingtaine d'années, sir Emerson Tennant, ayant entendu\nparler de sons musicaux provenant habituellement du fond d'un lac situé"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.5", "texte": "MOLLUSQUES ET POISSONS MUSICIENS\n\nprès de Batticaloa, en divers endroits particuliers, toujours les mêmes,\nrésolut de faire à ce sujet des recherches sérieuses. On prétendait que ces\nsons se faisaient entendre la nuit, et avec une plus grande intensité à\nl'époque de la pleine lune \\ et on les lui avait décrits comme ressem-\nblant beaucoup aux notes plaintives d'une harpe éolienne.\nLes pêcheurs du lac, interrogés par lui-, confirmèrent absolument ces\nrapports et exprimèrent l'opinion que ces sons musicaux devaient prove-\nnir d'un coquillage connu dans le pays sous le nom tamil que je vous\nprie de bien vous rappeler de oorie-coolooroo-cradoo, ce qui veut\ndire, paraît-il, « coquille criarde » ou quelque chose d'approchant. On\nlui en montra des spécimens, qu'il reconnut pour appartenir à des ceri -\nthium palustre et à des littorina lœvis.\n« Dans la soirée, rapporte sir Emerson Tennant, la lune s'étant levée,\nje pris un bateau et accompagnai les pêcheurs sur les points connus où,\nà les en croire, des sons musicaux étaient entendus, s'élevant du fond\ndu lac et que les indigènes disaient provenir d'un mollusque ou poisson\nparticulier à la localité. J'entendis très distinctement les sons en ques-\ntion.\nd'une corde musicale ou les notes languissantes d'un verre de cristal dont\non frotte le bord extérieur avec un doigt mouillé.\n« Ce n'était pas une note soutenue, mais une multitude de sons grêles,\ns'élevant isolément, nets, clairs et distincts les uns des autres; la note\nla plus aiguë se mêlant, mais sans se confondre, avec la note la plus\ngrave.\na Si nous appliquions l'oreille au plat-bord du bateau, nous perce-\nvions ces sons avec une intensité fortement accrue.\n<c Ces sons musicaux variaient considérablement d'intensité sur notre\npassage, pendant que nous voguions sur le lac, comme si le nombre des\nanimaux qui les faisaient entendre étaient beaucoup plus grand en cer-\ntains endroits qu'en d'autres; puis les rames nous emportaient hors de\nportée de les entendre, jusqu'à ce que nous reparaissions sur le lieu\nd'émission originaire. »\nSceptique comme un savant, sir Emerson Tennant voulut, avant de\nconclure, s'assurer que ces sons musicaux ne pouvaient pas avoir d'autre\nsource que le fond du lac. « Mais ils provenaient bien évidemment, dit-\nil, des profondeurs des eaux; rien, dans les circonstances environnantes,\nne pouvait autorisera croire qu'ils eussent une autre origine, qu'ils\nfussent produits, par exemple, par des insectes de la côte, et propagés,\npar suite de leurs vibrations naturelles, sur la surface du lac qui les\nréfléchissait; car ils étaient précisément beaucoup plus intenses et plus"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndistincts-là où la nature du sol et la présence du fort hollandais qui com-\nmande le lac s'opposaient à la possibilité de cette propagation. »\nDes sons semblables, dont les voyageurs disent merveille, sont égale-\nment entendus sur divers points du voisinage des côtes baignées par la\nmer des Indes, et dans le port même de Bombay.\nTout près du débarcadère de Caldéra, port chilien de la mer du Sud,\ndes concerts sous-marins de même sorte ont lieu fréquemment. On as-\nsure que les sons produits par les musiciens qui y font leur partie sont\nd'une grande douceur et d'une délicatesse extrême, et semblent provenir\ndes cordes d'une multitude de harpes mises en vibration par les doigts\ndélicats et transparents de tout une bande de syrènes invisibles. Ces sons\ns'élèvent et s'abaissent de quatre notes.\nQuant aux animaux qui produisent de tels sons, il paraît que per-\nsonne ne s'est avisé de s'assurer de leur identité en tout cas le mystère\nde leur existence est inviolé. En conséquence,, l'imagination peut encore\nse donner carrière et le chant des syrènes redevenir à la mode.\nIl est vrai que les concerts du port de Caldera et ceux du lac de Batti-\ncaloa, ont beaucoup de ressemblance, ce qui autorise, jusqu'à un certain\npoint, à conclure à l'identité des artistes, dont une troupe vagabonde\npourrait s'être transportée d'un point sur l'autre. Mais ce n'est qu'une\ninduction.\nM. A. de Thoron, dans une lettre adressée à l'Académie des sciences,\nrend compte comme il suit de l'audition d'un concert du même genre,\ndont il fut régalé sur la plage de la baie du Pailon (République de\nl'Equateur).\n«... Un son étiange, extrêmement grave et prolongé, se produisit\nautour de moi. Un peu plus loin, j'entendis une multitude de voix di-\nverses qui s'harmonisaient et imitaient parfaitement les sons de l'orgue\nd'église.\n« C'est vers le coucher du soleil que les poissons commencent cette\nsorte de chant, et ils continuent pendant la nuit, imitant les tons graves\net moyens de l'orgue. La sensation éprouvée est semblable à celle que\ndétermine le jeu de cet instrument, non sous les voûtes, mais du dehors,\ncomme lorsqu'on est près de la porte d'une église. »\nM. le comte de Castelnau, dans sa Description des poissons recueil-\nlis dans iAmérique du Sud, ajoute la suivante à tant de relations\ncurieuses.\n« Nous étions un soir dans la partie de l'Araguayqui est obstruée par\ndes bas-fonds et des rapides, et le soleil venait de se coucher derrière\nl'épaisse végétation qui borde ce fleuve dans tout son parcours, lorsque"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.7", "texte": "MOLLUSQUES ET POISSONS MUSICIENS\n\ntout à coup un son étrange vint attirer notre attention. C était d'abord\nune plainte solitaire, puis d'autres voix lui répondirent; à chaque ins-\ntant le bruit devenait plus fort et plus discordant; bientôt ce fut un con-\ncert singulier de gémissements, de grognements bizarres, articulés sur\nles tons les plus disparates.\n« Au milieu de la profonde solitude du désert, il y avait quelque chose\nde surnaturel dans ce phénomène et je cherchais en vain à me l'expli-\nquer. Tout était calme autour de nous, et l'étouffante chaleur semblait\navoir endormi la nature entière; les singes fatigués avaient cessé de\ngambader dans les branches; les perruches s'étaient déjà retirées pour la\nnuit et avaient interrompu leurs cris discordants : c'était, en un mot,\ncet instant de la soirée des tropiques où les créatures du jour mettent fin\nà l'éclat de leurs cris, et où n'a pas encore commencé le concert sinistre\ndes animaux nocturnes. Je ne pouvais rien découvrir, et, malgré moi,\nune sorte de frisson parcourait mon être. A moitié endormi, je crus être\nsous le poids d'un songe, et mes yeux se portèrent sur les hommes de l'é-\nquipage; mais je vis qu'ils se regardaient les uns les autres, frappés aussi\nbien que moi d'une superstitieuse terreur.\n« Un vieillard, seul, plus habitué à la vie des bois, semblait rire de\nl'effroi général; puis il dirigea son bras vers le fleuve et annonça que le\nson venait du fond des eaux.\n«J'eus de la peine à admettre cette explication; mais, peu d'heures\naprès, il m'apportait un petit hypostome, long de quelques pouces au\nplus et dont des troupes nombreuses, garnissant les bas fonds, étaient\ncause de ce vacarme extraordinaire. »\nEn France nous n'avons encore, que je sache, rien fait de plus que de\ncolliger les récits des voyageurs témoins de ces phénomènes curieux,\nqu'il n'est pas nécessaire de faire quinze cents lieues pour contempler,\nje veux dire pour entendre. Quelques observations savantes, mais isolées,\nont eu lieu, il est vrai, et depuis Cuvier, je crois qu'en citant le nom de\nM. Dufossé, on aurait à peu près épuisé la liste des zoologistes qu'a\nattirés ce côté, beaucoup plus intéressant qu'on ne pense, de l'étude de\nl'ichthyologie, car il y a là évidemment une manifestation certaine de la\nvie de relation qui mérite d'être étudiée autrement que pour une vaine\nsatisfaction de curiosité.\nIl semble qu'on l'ait compris de l'autre côté du détroit mieux que de\ncelui-ci. Quand sir Emerson Tennant communiqua ses observations de\nBaiticaloa à la Société philosophique d'Edimbourg, il était assisté du\ndocteur Grant, qui se livra, devant la docte assemblée, à des expériences"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nconcluantes sur un mollusque du genre triton qu'il avait plongé dans\nun vase de verre rempli d'eau de mer.\nCe vase fut placé sur la table centrale de la Wernerian Natural\nhistory Society d'Edimbourg, autour de laquelle siégeaient plusieurs\nmembres de la Société philosophique.\nPendant tout le temps que dura la réunion, une sorte de tintement\naigu, assez semblable à celui que produirait un fil d'acier frappant les\nflancs d'une bouteille vide, se produisait par intervalles irréguliers,\némanant indubitablement du vase renfermant le triton. Ce tintement\ns'entendait encore très distinctement à une distance de quatre mètres.\nCe triton se plaignait-il de la dure captivité où il était tenu ? Appe-\nlait-il à l'aide ?On ne l'a jamais su. Le fait est le point incontestable\ndémontré qu'il produisait volontairement des sons très perceptibles à\nl'ouïe grossière de l'homme, à l'oreille rebelle du savant, et que ces sons\nréunissaient toutes les conditions qu'il nous a plu d'imposer aux sons\nmusicaux distinction d'ailleurs peu importante ici.\nDonc, le poisson n'est pas muet....\nEt nous ajouterons que, dans la saison où les salles de concert, trans-\nformées en étuves, sont désertes, un mélomane, instruit par nous,\npourra satisfaire son goût pour la musique en se transportant sur l'un\nde ces points bénis du ciel_, où, à la fraîcheur de la brise nocturne,\npoissons et mollusques, Maigres' et Tritons, Hypostomes et Oorie-\nCoolooroo-Cradoos, font entendre leurs symphonies étranges, empreintes\nd'un charme inconnu aux abonnés de l'Opéra, et dont on peut jouir des\nprofondeurs d'une baignoire véritable.\n\nADOLPHE BITARD."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.9", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\n01\nDEUXIÈME PARTIE\nSTECT <2/1 CLES\nX\nA première Foire Saint-Germain fut établie incontesta-\nblement après les invasions des Normands, c'est-à-\n-dire en pleine féodalité. Or, en ce temps-là, au début\nsurtout, le commerce ne se faisait que par caravanes.\nLes marchands, méprisés, avilis, pillés par les puis-\nsants et tenus en suspicion profonde par le peuple,\nn'avançaient que par troupes et armés. Cette circonstance faisait\nqu'une foule de coureurs de grands chemins, parmi lesquels la nom-\nbreuse famille des histrions, qui est de toutes les époques, marchaient «X\nla suite de ces caravanes, autant pour être protégés que pour profiter\nde l'affluence de monde qu'elles rassemblaient aux lieux où elles s'ar-\nrêtaient pour déballer et vendre leurs marchandises.\nChemin faisant, pour subvenir à leur entretien, ces pauvres hères\nse hasardaient à faire quelques tours de leur métier dans les bourgs et\nautres petites localités traversés par les caravanes. D'abord, les popula-\ntions, qui les croyait chargés de maléfices, senfuiient à leur approche,\npuis, peu à peu, l'habitude de les voir aidant, elles s'apprivoisèrent,\n\n(i) Voir les numéros des iM décembre iBys, le' et i 5 avril 1876."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npour ainsi dire, et se risquèrent à les approcher et à les entendre. Ces\npremiers pas faits, la confiance ne tarda pas à naître; ensuite le plaisir\nsuivit. Alors il arriva que les populations qui, en ce temps-là, ne\nconnaissaient pas les agréments de la société privée, notèrent soigneu-\nsement les époques des passages des caravanes et en attendirent impa-\ntiemment le retour. Lorsque cela fut, les routes devinrent plus sûres,\nles bourgs et les villages plus hospitaliers; enfin tout le monde y gagna :\nles populations, les histrions et surtout les marchands. C'est pourquoi\nces derniers, de tout temps bien avisés, ne se mirent désormais plus en\nroute sans s'être précautionnés de plusieurs troupes de bateleurs, de\njongleurs, de musiciens. Alors ceux-là firent partie intégrante de la\ncaravane; où elle s'arrêtait et déballait, eux dressaient leurs tentes\npour montrer leurs curiosités, jouer de leurs instruments, chanter,\nexécuter leurs exercices, etc., etc. Les marchands étaient Futile et le\nnécessaire des foires et marchés; les histrions, par leurs divertissements,\nen devinrent l'agréable. Vainement plusieurs de nos premiers rois les\nbannirent-ils comme corrupteurs des mœurs, toujours ils reparais-\nsaient. L'impossibilité d'en venir à bout fit qu'on les laissa tranquilles,\nà la condition de se conformer à quelques arrêtés de police dont les\nprincipaux, à Paris, leur enjoignaient d'habiter tous ensemble une\nmême rue et de ne point se livrer à leurs jeux les jours de fêtes et\ndimanches, aux heures des offices divins. On sait que tant les histrions\nqui étaient de passage que ceux établis à Paris, adoptèrent pour ré-\nsidence un coin du quartier Saint-Martin, et que la rue des Ménétriers,\ndite tour à tour des Joueurs, des Jugleurs et des Ménestrels, leur doit\nson origine. Les bateleurs ne tardèrent pas à former une corporation\npuissante et à obtenir le privilège exclusif des amusements publics et\nprivés de la capitale. C'est chez eux que rois, grands seigneurs et\nsimples particuliers, venaient louer leurs amuseurs lorsqu'il s'agissait de\ndonner quelque fête.\nIl est hors de doute que la première Foire Saint-Germain fut égayée\npar les histrions qui accompagnaient les caravanes des marchands ;\nquant à leurs jeux, nul ne saurait dire au juste de quoi ils se compo-\nsaient. Mais on suppose que les sauts périlleux, les danses, les tours de\ngobelets, les chants et les pantomimes, le tout joint à la montre de singes\net autres animaux savants, de monstres, de phénomènes vivants,etc.etc.,\nen composaient exclusivement le fond. De théâtre proprement dit, il\nn'en faut pas parler; il n'en existait d'aucune sorte à l'époque féodale.\nLes Confrères de la Passion, avec leurs mystères, n'apparurent que bien\nlongtemps après que cette première foire eut disparu."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.11", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nXI\nIl est probable qu'à ses débuts la seconde Foire ne connut pas d'autres\ndivertissements que ceux dont nous venons de parler. Et cependant le\nThéâtre était né.. La tragédie et la comédie vagissaient à l'hôtel de Bour-\ngogne et sur les tréteaux des Enfants-sans-Souci. Mais ni les Confrères,\nni le Prince-des-Sots n'abordèrent jamais la Foire. Si les religieux de\nSaint-Germain-des-Prés eurent recours aux divertissements pour attirer\nla foule, c'est dans la rue des Ménétriers qu'ils se les procurèrent ; ou\nbien ils avantagèrent les histrions qui couraient alors en grand nombre\nla province. Cela leur fut d'autant plus facile, qu'ils étaient seigneurs\nsur leurs terres et que leur Foire jouissait des franchises les plus\nétendues.\nCet état de chose dura jusqu'à la seconde moitié du seizième siècle,\nvers la fin du règne de Charles IX ou le commencement de celui de\nHenri 111.\nLorsque Jodelle, Jean de Baïf, La Péruse, Robert Garnier, eurent\nfait paraître leurs tragédies et leurs comédies sur le théâtre des maîtres\nde l'hôtel de Bourgogne, comme les privilèges desdits maîtres s'oppo-\nsaient à ce qu'aucun autre théâtre pût ouvrir dans Paris, il se forma\nbeaucoup de troupes de comédiens en province. Quelques-unes n'hési-\ntèrent pas à venir représenter à la Foire en vertu de ses franchises. Les\nmaîtres de Phôtel de Bourgogne n'y prirent d'abord pas garde ; mais par\nla suite ils finirent par aviser. Cela arriva en 1596. Cette année, en effet,\nnous les voyons se plaindre des acteurs forains et les assigner devant le\nlieutenant-civil. Ce magistrat jugea en faveur des maîtres. Les forains\nen rappelèrent, et le 5 février intervint une sentence déclarant que les\nprivilèges de l'hôtel de Bourgogne ne pouvaient pas être plus forts que\nles statuts des six corps des marchands et des arts et métiers de Paris,\ndont les effets étaient suspendus tout le temps que durait la Foire Saint-\nGermain. En conséquence, les acteurs de province furent autorisés à\ncontinuer leurs représentations, à la seule condition de jouer des sujets\nlicites et honnêtes, et de payer « par chacune année deux écus aux maî-\ntres de l'hôtel de Bourgogne. » Cette sentence ne nous fait pas connaître\ndepuis quand les comédiens forains représentaient; mais elle révèle ce\nfait que, après la décision du lieutenant-civil, le peuple, appréhendant\nde les perdre, forma de grands attroupements à la porte de l'hôtel de\nBourgogne et que même, à l'intérieur, en manière de représailles, il"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntroubla leurs représentations au point de les interrompre. Cela permet\nde supposer que les acteurs de province fréquentaient la Foire Saint-\nGermain au moins depuis un couple d'années. Disons que la sentence\nfut publiée à son de trompe dans les carrefours de Paris, et qu'elle sti-\npulait que bonne justice ayant été rendue, le peuple, à l'avenir, aurait à\ns'abstenir de toutes « insolences devant la porte du théâtre des maîtres et,\nà Tintérieur, de tirer poudre et pierres ».\nQuelle était la nature des pièces jouées par les acteurs forains?\nPuisque les comédiens de l'hôtel de Bourgogne en prirent ombrage, il\nfaut croire qu'elles allaient sur les brisées desleuis; et cependant il n'est\nfait mention d'aucune dans les chroniques et mémoires; des acteurs eux-\nmêmes il n'en est pas parlé ; si bien que lorsque, cinquante ans plus\ntard, l'obscurité cesse enfin sur les spectacles de la Foire, il est bien\nquestion de troupes de province, mais toutes sont désignées sous la dé-\nnomination de « danseurs de corde ».\nAinsi, en 1646, Daubray, lieutenant-civil, accorde une permission\n« à des danseurs de corde ». En 1657, autre permission du même à Da-\ntelin (( entrepreneur de danseurs de corde ». Évidemment ces gens-là\nne pouvaient avoir rien de commun avec les acteurs de province que\nvise la sentence du 5 février 1596, car jusqu'en 1678, sauteurs et dan-\nseurs de corde s'en tinrent purement et simplement à leurs exercices\ncorporels. Cela résulte de l'avertissement qui se trouve en tête d'une\nespèce de pièce qui fut jouée cette année à la Foire Saint-Germain,\nau jeu de paume d'Orléans, situé Cul-de-sac-de-la-Foire (rue des\nQuatre-Vents). Il y est dit que, quoique « plusieurs endroits qui envi-\nronnent la Foire Saint-Germain servent de théâtre à mille choses surpre-\nnantes que l'on admire tous les ans, rien n'approche de ce qui va\nparaître. # Qu'est-ce que c'était que cette merveille? La pièce en ques-\ntion, laquelle a pour titre les Forces de Vamour et de la magie et\npasse pour la première qui ait été représentée à la Foire. Malgré l'aver-\ntissement, nous sommes fondés à croire que cela n'est pas. Seulement,\nque sont devenues les autres? Pourquoi ne trouve-t-on rien qui marque\nau moins le passage à la Foire des rivaux ou des émules des comédiens\nde l'hôtel de Bourgogne ? Ce sont des questions que cette étude ne\npermet pas d'élucider.\nContentons-nous de dire que l'obscurité cesse à partir de l'an 1697.\nN'oublions pas encore d'ajouter que dans le laps de temps qui s'est\nécoulé entre l'apparition des acteurs de province et la première représen-\ntion des Forces de Vamour et de la magie, Brioché avait introduit son\njeux de marionnettes à la Foire, et qu'il avait eu beaucoup d'imitateurs."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.13", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nMoins heureux fut le théâtre des Bamboches. Il parut et disparut\nà la Foire de 1677.\nXII\nAinsi que nous l'avons dit plus haut, c'est à partir de 1697 clue u\"\nmière se fait sur les spectacles de la Foire. Et non pas une lumière gra-\nduée, une espèce d'aube; point : une lumière instantanée et tellement\néclatante qu'elle jette des lueurs sur plusieurs années antérieures.\nLe pourquoi de ce phénomène historique se déduit tout naturellement\nde ce fait, que, durant cette année 1697, 'e Théâtre Italien fut fermé\net aboli par ordre du roi Louis XIV. Du soir au lendemain la chose fut\nfaite. Des explications, pas une ne fut donnée aux comédiens, sinon que\n« tel était le bon plaisir de Sa Majesté?). Les gazetiersdu temps enregis-\ntrèrent la nouvelle, mais sans souffler mot des motifs. Ils le connaissaient\ntrès bien cependant, car la ville et la cour ne s'entretinrent que de cela\npendant une semaine. Voyez pourtant l'avantage des monarchies abso-\nlues! Elles peuvent tout se permettre sans que personne au monde autre\nque le monarque ait droit et pouvoir de contrôler leurs actes. Nous au-\nrions toujours ignoré pourquoi Louis XIV fit fermer le Théâtre Italien,\nsi, dans ses Lettres historiques et galantes, imprimées en Hollande,\nmadame du Noyer n'avait pas songé à écrire incidemment les trois\nlignes suivantes :\n(c Les comédiens italiens se sont ressentis de sa mauvaise humeur;\non les a chassés pour avoir joué la Fausse Prude, dans laquelle on\ndit que madame de Maintenon s'est reconnue. »\nDonc c'en était fini d'Arlequin, de Colombine, de Scaramouche et de\nMezzetin. Par bonheur, depuis près de cent ans que les Italiens avaient\nintroduit ces peisonnages de comédie en France, le peuple s'était pris\nd'une telle passion pour eux qu'il murmura beaucoup contre leur ban-\nnissement; si bien que, quelque peu endurant que fût le Roi-Soleil,\nil jugea prudent de compter avec lui.\nC'est ce qu'il fit de la façon la plus habile et sans paraître rien céder :\nil laissa tacitement libres les comédiens italiens de rester en France,\nmalgré son ordre de bannissement. Qui sait? peut-être lui-même fit-il\nsouffler au plus grand nombre l'idée d'entrer dans les troupes de la\nFoire. Ce qu'il y a de certain, c'est que les forains se considérèrent du\ncoup comme les héritiers des Italiens ; qu'ils donnèrent plusieurs frag-\nments de leurs pièces en adjoignant à leurs troupes des acteurs propres"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà les représenter; qu'on les laissa faire au moins la première année, et\nque le public satisfait vint les applaudir. Empressons-nous de noter,\nd après ce que racontent les contemporains, qu'on ne perdit pas trop au\nchange, car les Italiens avaient fait une foule d'excellents élèves qui\ncouraient la province en représentant les pièces de leur répertoire. On\npense s'ils accoururent vite à Paris à la première nouvelle de la disgrâce\nde leurs maîtres.\nComprend-on maintenant pourquoi l'année 1697 fit la lumière sur\nles spectacles de la Foire ? C'est que les Italiens morts, tout le monde\ns'occupa de leurs héritiers, et que, du premier coup, ces derniers justi-\nfièrent de leur droit à la succession.\nAinsi, voilà Arlequin, Colombine, Pierrot, Scaramouche, Mezzetin,\nGilles, etc., transportés de l'Hôtel de Bourgogne à la Foire Saint-\nGermain. Nous n'avons plus qu'à les suivre et à raconter leurs aventures\npassablement accidentées.\nNotons auparavant les troupes qui représentent à la Foire en 1697 et\nles principaux acteurs qui les composent.\nXIII\nIl y avait trois troupes principales, composées de danseurs de corde et\nde sauteurs.\nChaque troupe représentait dans une loge particulière.\nEn ce temps-là, les loges des comédiens n'étaient point du tout faites\nen forme de théâtre. C'étaient simplement des lieux fermés avec des\nplanches où l'on dressait des échafaudages pour les spectateurs, une\ncorde tendue pour les danseurs, et une estrade élevée d'un pied et demi\npour les sauteurs. Pas soupçon d'ornements ni de décorations. A la fin\nde chaque Foire, on enlevait échafaudage, corde, estrade.\nLes trois troupes avaient pour propriétaires et directeurs, par ordre de\nmérite : les frères Alard, Maurice Vondrebeck et Alexandre Bertrand.\nCe dernier tenait, de plus que les deux autres, un jeu de marionnettes.\nLes frères Alard étaient de Paris et fils d'un baigneur-étuviste du roi.\nL'aîné, grand, bien fait, passait pour le plus agile sauteur et le meilleur\npantomime de son temps. Il paraissait toujours sous l'habit de Scara-\nmouche et en exécutait supérieurement les danses. Le cadet n'avait ni\nla prestance, ni l'agilité, ni la renommée de son frère. Cependant il\npassait pour bon sauteur et n'était pas sans mérite dans le rôle d'Arle-\nqu'il avait adopté."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.15", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nMaurice Vondrebeck était d'origine allemande. Il eut pour maître\nAlard l'aîné, dont il faisait tous les exercices d'une façon très remar-\nquable. Jusqu'en 1697, Maurice Vondrebeck avait toujours travaillé\navec les frères Alard ; mais cette année il s'en sépara pour former une\ntroupe particulière, qui débuta à la Foire Saint-Germain. La mort l'en-\nleva en 1699, ma,is son spectacle lui survécut, grâce à sa femme, Jeanne\nGodefroy, célèbre dans les annales de la Foire sous le nom de veuve\nMaurice.\nAlexandre Bertrand était maître doreur à Paris, et en même temps\nfabricant de marionnettes. Il acquit une renommée dans ce genre de tra-\nvail qui rappela celle de Brioché. Tout le monde venait acheter chez lui.\nCe succès le grisa au point qu'il entreprit de conduire lui-même ses\nfigures. A cet effet, il s'associa avec son frère et loua une petite loge\ndans le cul-de-sac des Quatre-Vents.\nCela se passait en 1689. Bertrand réussit si bien, que l'an d'après, il\nfit bâtir une loge dans le préau et augmenta son jeu, non pas d'une\ntroupe de danseurs, mais d'une troupe de jeunes gens des deux sexes à\nqui il fit représenter des comédies. Malheureusement pour lui, les\nComédiens-Français intervinrent en vertu de leurs privilèges, et M. de\nla Reynie, lieutenant-général de police, à leur requête, rendit une sen-\ntence ordonnant la démolition de la loge. Rendue le 10 février 1690, la\nsentence fut exécutée le même jour. Alors Bertrand fit comme ses con-\nfrères, il s'adjoignit une troupe de sauteurs et de danseurs de corde, et\nson spectacle continua de la sorte jusqu'en 1697, où, piqué de nouveau\npar la tarentule de l'ambition, il s'avisa de louer la salle de l'hôtel de\nBourgogne, laissée vacante par le départ des Italiens. Huit jours ne s'é-\ntaient pas écoulés qu'un ordre du roi vint l'en chasser.\nParmi les acteurs forains en vogue, on citait alors les sauteurs et dan-\nseurs Jacobal et Languichard, Reistier père, fameux depuis dans le rôle\nde Gilles, Tiphaine, danseur, la Renaut, femme de ce dernier, joueuse\nde gobelets, Dubroc père et fils, Basques d'origine (le père passait pour\navoir fait le premier le saut du tremplein en tenant deux flambeaux à la\nmain), Marc, le premier Gilles français, Benville, autre Gilles dont\nquelques années plus tard la veuve épousa Alard aîné, Drouin le bossu,\nle premier qui ait joué les Gilles neveu, Renaud et Prin, deux acteurs-\npantomimes excellents dans le rôle à\"Arlequin, Roger, maître à danser\net parfait Pierrot, Babrou, fils de l'ouvreuse de loges de ce nom au\nThéâtre des Italiens, encore un remarquable Arlequin, Vieujot, fils\nd'un rôtisseur de la rue Dauphine, le meilleur des élèves d'Alard après"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMaurice Vondrebeck, enfin une foule d'autres dont les noms ne nous\nsont pas parvenus.\nParmi les actrices en renom, nous ne trouvons à citer que la demoi-\nselle Bartolet. Elle était née à deux pas de la Foire, dans le quartier de\nla Croix-Rouge.\nLa Bartolet fut une des premières étoiles des spectacles forains. Chaque\ntroupe se la disputa et elle joua presque dans toutes. En 1724, elle avait\nencoie assez de vogue pour etre engagée par Honoré. Mais, hélas ! qu'on*\npayait maigrement alors les pauvres acteurs forains : un mémoire du\ntemps nous apprend que mademoiselle Bartolet débuta chez Bertrand,\nlequel « l'avait engagée pour jouer les amoureuses, à raison de 20\nsols par jour, appointements que cet entrepreneur donnait à tous ses\nacteurs. »\n(La suite au prochain numéro.)\n\nA. PRADINES."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.17", "texte": "XI.\n9\n\nREVUE DES CONCERTS\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE. CONCERTS POPULAIRES. : Première audition du\nquiem de M. Gounod. Concert spirituel de l'Odéon. CONCERTS MODERNES :\nConcert spirituel. Concerts de M. Reucksel, de M. Galkine, de M. Alard.\nConcerts de mademoiselle Marguerite Benel, de M. Adolphe Fischer.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. - La saison mu-\nsicale est close et les deux programmes des quatre der-\nnières séances en ont été le brillant couronnement. Aux\nConcerts spirituels, le programme comprenait les chœurs\nd'lsraël en Egypte de Haendel, le Sta bat de Per-\ngolèse, le Credo de la messe en de Bach. Les\ndeux versets que Pergolèse a écrit pour deux voix de\nfemmes avec accompagnement de quatuor, sont très beaux et très expressifs;\nils ont été bien rendus par les choristes femmes. Bach, en revanche, n'a su\nque déplaire, et l'insuccès en doit être attribué aux chanteurs qui s'y sont\névertués de leur mieux, mais avec leur ignorance traditionnelle de cette\nmusique restée pour eux un mystère. On avait parlé d'exécuter en\nentier, comme on fait en Allemagne. Cela eût mieux valu que d'offrir au\npublic l'interprétation laborieuse des choeurs de Bach, dont longtemps encore\non méconnaîtra l'esprit à notre Conservatoire. L'ouverture de les\ndeux premiers fragments de la symphonie-cantate de Mendelssohn, et la\nsymphonie héroïque ont fourni aux deux séances la part spécialement or-\nchestrale. L'exécution a été irréprochable malgré je ne sais quel laisser-aller\ncoutumier aux séances des Concerts spirituels, et qui, cette fois, n'a fait\ndéfaut ni le vendredi-saint ni le jour de Pâques."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa symphonie en fa de M. Th. Gouvy a eu les honneurs d'une double\naudition très chaudement applaudie au quinzième et au seizième concerts\nqui ont clos la saison. Le scherzo et l'andante ont été fort applaudis. Le\nrelief fait défaut à cette oeuvre et on y souhaiterait plus d'énergie et de puis-\nsance. Le style n'en est pas médiocre ni la conduite inhabile ; il faut louer\naussi chez l'auteur une aptitude mélodique qui se traduit souvent en passages\nintéressants et agréablement distribués. La profusion des motifs ne serait\npas un excès si M, Gouvy ne négligeait pas parfois de développer ses idées.\nIl en résulte un papillottement, un éparpillement de mélodies qu'on entend\nsourdre à l'oreille sans pouvoir bien les savourer.\nDans les fragments d'orchestre extraits du Songe d'une nuit d'Eté, que la\nSociété des concerts devrait bien exécuter en son entier, M. Taffanel a\nrecueilli, au scherzo, les applaudissements auxquels il est accoutumé. La\npartie chorale du concert se composait de deux chœurs archaïquement inté-\nressants. Le chœur tiré de l'oratorio la rappresentapone d?anima e di corpo\nd'Emilio del Cavalière, et celui de YArmideàe Lulli nous montrent combien\nle génie a de merveilleuses ressources pour se faire valoir dans tous les temps.\nLorsque madame de Sévigné raconte les délices du ciel que lui fait éprouver\nla musique de Lulli, elle semble, à nos modernes pédagogues, parler en\nfemme qu'éblouiraient mieux les complexités doctes de nos compositeurs à\ngrand tapage, et qui loue Lulli faute de connaître ce qui depuis a été inventé.\nN'en déplaise aux compositeurs contemporains que nous savons comprendre\net louer lorsqu'ils montrent du talent, Lulli est un admirable musicien. Sa\nmélodie est fine, déliée, piquante à la fois et suave, et la faveur de Louis XIV\nfut en toute justice accordée au maître florentin. Tout ce qu'on interprète\nde lui aux Concerts du Conservatoire : chœurs, ballets, airs et récitatifs,\nmérite bien réellement les éloges que Lulli récoltait à Versailles et auxquels\nl'envie a substitué d'indignes calomnies. Ces morceaux qu'au dix-septième\nsiècle on déclarait inimitables et divins, continuent aujourd'hui, pour celui\nqui les écoute sans parti-pris, à se distinguer par la grâce, la noblesse, et\npar une déclamation pleine de gout et logiquement rhythmée. Le public du\nConservatoire a ratifié le jugement favorable de madame de Sévigné. Aux con-\ncerts du Châtelet comme à ceux de M.Pasdeloup, les auditoires ont manifesté\nles mêmes sentiments. C'est la preuve irrécusable que Lulli eût du génie.\nC'est la preuve aussi que les programmes de la Société des concerts ont,\npour se rajeunir et se varier, tout le champ inexploré des œuvres des vieux\nmaîtres. Les tentatives qui ont été faites dans ce sens ont été nombreuses,\net l'on en. est encore à signaler une seule restitution d'un morceau, jadis\napplaudi, qui n'ait pas mérité d'être considéré comme une bonne fortune soit\npour les auditeurs, soit pour les interprètes, quand ils ont su reconstruire\ndans son style et dans son rhythme l'œuvre par eux exhumée et rendue\nà la vie.\nMaurice Cristal."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.19", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS POPULAIRES. Le concert spirituel du vendredi saint a\nété marqué par la première audition d'un Requiem inédit de M. Gounod.\nCette composition religieuse comprend dix morceaux : Introït et Kyrie\n(double chœur); Dies Irœ (chœur); Quid sum miser (quatuor); Quœrens me\nsedisti (chœur); Ingemisco (duo); Inter oves (chœur); Lacrymosa (chœur);\nSanctus (chœur); Pie Jesu (sextuor); Agnus Dei (chœur). Un onzième mor-\nceau, le chœur de /'Offertoire a été supprimé par Fauteur lui-même à l'une\ndes dernières répétitions.\nAprès une ritournelle de quelques mesures, les voix attaquent Vlntroït pia-\nnissimo; elles s'enflent peu à peu, soutenues par un crescendo d'orchestre\nqui aboutit à une brillante explosion des cuivres. Puis, au moyen d'un de-\ncrescendo habilement ménagé, les sonorités de l'orchestre et des voix « se\ncouvrent de cendres » et viennent s'éteindre dans un silence lugubre entre-\ncoupé par les Kyrie eleison ! Christe eleison! que le chœur jette d'une voix\nsourde comme le grondement lointain d'un glas funèbre. Sans manquer à la\nsévérité du style religieux, ce morceau atteint à une grande puissance\nd'expression et de coloris, et ce, par l'emploi des moyens les plus simples. Les\nappels de trompettes qui servent d'introduction au Dies Irœ, n'offrent rien\nde saillant, sauf quelques combinaisons harmoniques assez heureuses. Les\nchœurs entrent pianissimo et se développent sur une progression ascendante\ndu plus bel effet; la grosse caisse et les notes graves des trombones accentuent\nle rhythme sur chaque temps faible. Ce chœur est un des morceaux le plus\nlargement conçus de la partition. L'accent mélodique et l'expression touchante\ndu Quid sum miser ont vivement porté sur le public qui a redemandé le\nmorceau. Ce beau quatuor, dont le commencement rappelle le quatuor sans\naccompagnement du Stabat de Rossini, est une merveille de facture. Les\ndifférents épisodes qu'il renrerme, Rex tremendœ et Recordare sont par-\nfaitement indiqués et chacun d'eux est marqué de son caractère propre.\nQuant au style, il se tient constamment sur les confins de la musique drama-\ntique et de la musique religieuse ; à mon avis, il penche tout à fait du côté de\nla première. Le chœur Quœrens me est presque pittoresque bien qu'il ait la\nsimplicité d'accent qui convient à un morceau religieux.\nL'lngemisco, duo pour soprano et basse, et le chœur Inter oves se distin-\nguent surtout par dëminentes qualités de facture; notons, dans ce dernier,\nun passage d'un beau sentiment, Oro supplex, accompagné par le seul haut-\nbois. Le commencement du Lacrymosa reproduit le dessin mélodique du\nQiiid sum miser] la conclusion Huic ergo, soutenue parles harpes, en est\ntrès belle. Malgré la pompe d'une orchestration très brillante le Sanctus\nmanque de grandeur et d'enthousiasme. Le Pie Jesu est écrit de main de\nmaître et contient un grand nombre d'effets curieux et de combinaisons inté-\nressantes, que je recommande à l'attention des musiciens, et parmi lesquelles\nje signalerai particulièrement un fragment de gamme chromatique chanté\npar le chœur en mouvement descendant et complété par l'orchestre en mou-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvement ascendant. L'œuvre se termine par un Agnus Dei d'un style large et\nd'une belle sonorité.\nOn peut se demander, à la suite de cette analyse très succincte, quel est le\ncaractère général du Requiem de M. Gounod : est-ce réellement une page de\nmusique religieuse ou bien le compositeur a-t-il cédé à cette tendance géné-\nrale qui entraîne les maîtres modernes vers la dramatisation de la musique\nsacrée? Avant de répondre à cette question, il faudrait commencer par dé-\nterminer avec précision les limites des deux genres et par s'entendre une fois\npour toutes sur le point de savoir où finit la musique religieuse et où com-\nmence la musique dramatique. La question est loin d'avoir été éclaircie. Les\nuns veulent confiner la musique religieuse dans les formes étroites du chant\nGrégorien; pour d'autres, elle s'arrête à Palestrina ; d'autres, enfin, poussent\njusqu'à Chérubini, Tôt capita, tôt census.\nJe n'ai ni le temps, ni l'espace nécessaire pour entrer ici dans cette intermi-\nnable discussion. Je me contenterai donc de dire en deux mots que l'esprit\net la pompe des cérémonies du culte catholique ne me semblent nullement\nincompatibles avec une certaine dramatisation de la musique sacrée. J'ajoute\nque l'introduction de l'orchestre à l'église pousse inévitablement à cette\nsécularisation. L'important, c'est de garder un juste milieu et de se tenir\négalement éloigné des extrêmes, c'est à dire de ne pas s'emprisonner dans\ndes formes surannées qui ne répondent plus au génie de notre époque, et\nd'éviter les excès où sont tombés Rossini, Donizetti et Verdi, pour ne citer\nque les plus illustres. Chérubini est, je crois, le maître qui a le mieux réussi\nà réaliser cette juste mesure, et ses œuvres peuvent être proposées comme le\nmodèle le plus parfait du style de musique religieuse qui convient à notre\ntemps.\nCeci posé, au point de vue du style, je classerais volontiers le Requiem de\nM. Gounod entre le Requiem de Mozart et celui de Chérubini, c'est dire\nque cette œuvre se tient constamment dans les limites de cette juste mesure\ndont je parlais tout à l'heure. Les mélodies sont simples et d'un rhythme\nnettement dessiné, les accompagnements sont écrits dans le même style large\net simple. Le compositeur n'a pas traité l'harmonie et l'instrumentation\ncomme il aurait pu le faire dans de la musique d'opéra ; les successions d'ac-\ncords parfaits s'y rencontrent fréquemment, mais elles sont distribuées avec\ntoute la liberté que donne la tonalité -usuelle. En outre, pas de contrastes\nviolents, pas d'effets en dehors; le style large, la simplicité sévère, la correc-\ntion un peu froide qui conviennent à l'expression des sentiments religieux.\nLe Requiem de M. Gounod est exactement le contrepied du Requiem de\nVerdi, c'est la prose sacrée mise en musique sans aucun commentaire. Il\nconvient donc de le considérer plutôt comme une œuvre de facture que\ncomme une œuvre d'imagination; envisagé sous ce point de vue spécial, c'est\nune composition du plus grand mérite, et l'on ne saurait trop admirer à"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.21", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nquelle plénitude d'effets M. Gounod a su atteindre avec une pareille simpli»\ncité de moyens.\nL'exécution, conduite par M, Gounod lui-même, a été très satisfaisante,\nH, Marcello.\nCONCERT SPIRITUEL DE L'ODÉON. Le Concert spirituel donné\nà l'Odéon, le soir du jeudi saint, n'a été complètement satisfaisant que\nsous le rapport de l'exécution. Outre l'orchestre de M. Ch. Constantin,\nla partie vocale a été parfaitement soutenue par mesdemoiselles Jenny Howe,\nBloch et Puisais, madame Brunet-Lafleur et MM. Auguez, Bouhy, Talazac\net Laffîtte. Mais le choix des compositions a beaucoup laissé à désirer.\nMadame de Grandval, dont je suis le sincère admirateur, comme j'ai si sou-\nvent eu l'occasion de- le témoigner dans la Chronique Musicale, ne m'a pas\nparu, dans Sainte Agnès, avoir été aussi heureusement inspirée qu'elle l'est\nd'habitude. Il est vrai qu'une partie de ce drame sacré a seule été chantée*\nPeut être faut-il l'ensemble de l'œuvre pour la bien juger; mais, à part l'in-\nvocation et une belle phrase du duo entre Agnès et Fulvius, le reste n'a\npas très vivement impressionné l'auditoire. Le soixante-dix-septième Psaume,\nmis en musique par M. Ch.-L. Hess, n'offre guère qu'un trio, et le Dies irœ\nde M. Georges Martin a manqué d'effet, malgré ses excellents interprètes,\nmesdemoiselles Howe et Bloch, et M. Auguez. Je n'en saurais citer que le\nItecordare, le Con fut atis et le Pie Jesu.\nCONCERTS MODERNES. Le concert spirituel des Concerts mo\ndernes, sous la direction de M. Henri Chollet, le seul auquel j'ai pu assister\ndes quatre concerts spirituels qui se sont donnés le soir du vendredi saint,\na fait entendre une superbe scène de M. Félicien David, intitulée le Jugement\ndernier. Quoique première audition, cette scène n'a pas, à ce qu'il paraît, été\nnouvellement écrite. C'est une symphonie avec chœurs, supérieurement ins-\ntrumentée et remplie de grands effets. Je ne citerai parmi les divers morceaux\ndont elle est composée, et qui sont tous liés entre eux, que le Réveil des\nmorts, où l'appel des trompettes est splendide, la Marche des trépassés, dans\nlaquelle un pizzicato de contrebasses persistant en crescendo depuis le pianis-\nsimo jusqu'au moment de l'explosion des cymbales et de la grosse caisse,\nproduit un effet sinistre et terrifiant, et l'Apothéose, qui est un chef-d'œuvre\nde grandeur et de solennité.\nCONCERTS..— Avant de parler des Concerts qui ont eu lieu pendant cette\nquinzaine, je dois solder mon arriéré. En conséquence, je dirai que, dans le\nconcert que l'habile violoncelliste, M. Reucksel, a donné le ier avril, il a fait\nentendre un concerto en la mineur de sn composition, où il a su varier la"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nforme de ce genre de composition. Son concerto a été très applaudi, et un\nessai de cette nature mérite d'être vivement encouragé, car la forme du\nconcerto, de même que celle de tous les morceaux symphoniques en général,\ncommence a être terriblement usée. Il en est comme de celle de la cavatine\nitalienne, dont Castil-Blaze disait plaisamment que la même se chante depuis\nquatre-vingts ans, avec de légères variantes.\nLe concert que M. Galkine, violoniste de Saint-Pétersbourg, a donné le\n5 avril, a mis en relief le beau talent sur le piano de M. Breitner, et fait con-\nnaître sa propie très grande virtuosité. M. Galkine a un jeu très pur, d'une\ngrande justesse, et son exécution est remplie de charme. M. Delsart a fait\nentendie; avec M. Breitner, une sonate en ré de Rubinstein. Comme dans\ntoutes les compositions de ce maître, il y a du vague, du confus et de l'in-\ncompréhensible , mais le second motif de l'allégro est ravissant de grâce et\nde mélodie, et ces deux excellents artistes l'ont parfaitement exécuté. M. Nicot\na tort bien chanté la belle romance de Mattei, « Non è ver. »\nM. Alaid, violoncelliste, et madame Alard-Guérette, cantatrice, ont donné\nun conceit le 6 avril. La voix de madame Alard-Guérette est puissante, dra-\nmatique et dun beau timbre. Sa méthode est excellente, et elle a produit\nbeaucoup d effet dans le fragment de Gallia et dans deux romances de\nM. Massenet. M. Alard tire un fort beau son de son instrument et a été\ncouvert d applaudissements dans le Désir, de Servais, et le Largo et la\nGavotte de Bach.\nMademoiselle Marguerite Benel et M. Adolphe Fischer ont tous deux\ndonné concert le 19 avril, la première dans la salle Pleyel et le second dans la\npetite salle Philippe Herz. Mademoiselle Benel est une très jeune artiste d'une\nbeauté remaïquable, et possesseur d'une voix de mezzo-soprano pure, sympa-\nthique et d une belle étendue. Son talent donne plus que des espérances et\n1 j\\enii est à elle. Elle a été fort applaudie dans l'air des Saisons, dans la ro-\nmance de la Juive, et dans cet adorable épanchement du cœur « Quand le\nbien aimé reviendra » de la Nina, de Dalayrac. M. Fischer, dont la belle qua-\nlité de son et le jeu élégant sont si généralement appréciés, a fait entendre un\ncnaimant nocturne de Chopin et un caprice de Popper, intitulé le Papillon-\nM. Diemer, M. Sarasate, M. Maton et mademoiselle Franche!li ont brillam-\nment concouru à 1 effet de ce concert. Mademoiselle Franchelli demande une\nmention spéciale. Cette jeune et charmante élève de M. Maton, douée\nd un soprano élevé et d'un beau timbre, s'est attaquée avec un égal succès\naux vocalises de la cavatine d'Ernani, à VAve Maria de Gounod (accompa-\ngnée par M. Sarasate) et à deux romances: Myrtho, de M. Delibes et"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.23", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nla Chanson de mai, de M. Diemer. On voit que son talent se prête à tous\nles genres.\nAvant que l'imprimeur de la Chronique mette sous presse, j'ai encore le\ntemps de rendre un compte rapide du magnifique concert donné, mercredi\ndernier, par madame la baronne de Caters, au bénéfice d'un artiste. L'élite\ndes artistes de chant, des instrumentistes et des artistes dramatiques de la\ncapitale, et je pourrai ajouter, l'élite de la société parisienne, s'étaient donné\nrendez-vous ce soir-là dans la salle Herz; l'affluence était si considérable\nqu'à mesure que des auditeurs quittaient leurs places, d'autres les rempla-\nçaient immédiatement, en sorte que la salle n'a jamais cessée d'être pleine\njusqu'au dernier moment. Madame de Caters, avec l'admirable méthode et la\nsplendide voix qu'on lui connaît, a chanté avec mademoiselle Armandi le duo\ndu Stabat, de Rossmi, et avec M. Gardoni un duo de M. Lucantoni, intitulé\nla Fuga. Mais c'est surtout dans le duo du Stabat, si large, si calme, si pro-\nfondément expressif, qu'on a pu apprécier la perfection du style de madame\nde Caters, à qui la célèbre ancienne école italienne a légué tous ses secrets.\nSa jeune et charmante partenaire, mademoiselle Armandi, l'a dignement se-\ncondée, et s'est montrée excellente cantatrice dans la romance de Mignon.\nM. Gardoni, M. Bouhy et mademoiselle Berthe Thibault, ont recueilli de\nnombreux applaudissements. Nommer MM. Marsick, Delsart, Saint-Saëns\net Diemer, c'est dire que la partie instrumentale du concert était absolument\nparfaite- Mademoiselle Reichemberg, madame Broizat, mesdemoiselles Hor-\ntense et Élise Damain et M. Delaunay ont de leur côté fait admirer toute la\nsouplesse de leur talent en jouant la Ligue des femmes et le premier acte des\nFemmes savantes, et en disant de charmantes poésies de Florian, d'Alfred de\nMusset et de M. Nadaud. J'allais oublier VHymne à la nuit, de M. Gounod,\nchanté par M. Bouhy, et accompagné par MM. Marsick et Delsart, très\napplaudi, le charmant Retour des promis, de Dessauer, par mademoiselle\nBerthe Thibault, et le quatuor de Rigoletto, par mesdames de Caters et Ar-\nmandi, et MM. Gardoni et Bouhy. Grâce à la généreuse initiative de ma-\ndame de Caters et à l'empressement qu'ont mis tous les artistesày répondre,\nle bénéficiaire a dû faire un belle soirée.\nHenry Cohen. j"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.24", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Piccolino, opéra comique en trois actes, paroles de MM. Sardou et\nNuitter, musique de M. Ernest Guiraud. THEATRE-ITALIEN : Aïda, grand opéra\nen quatre actes et sept tableaux, paroles de M. Ghislanzoni, musique de Verdi.\nTHÉÂTRE DES FOLIES DRAMATIQUES : Les Mirlitons, vaudeville revue en sept tableaux\nde MM. Duru et Chabrillat, musique de M. Cœdès. THÉÂTRE DES BOUFFES-PARI-\nSIENS : Le Moulin du Vert - Galant, opéra comique en trois actes, paroles de\nMM. Grangé et Bernard, musique de M. Serpette.\nPÉR A-COMIQUE.—C'est en 1861, au Gymnase, que\nle Piccolino de M. Sardou fut représenté pour la pre-\nmière fois, sous la forme de comédie. Victoria Lafon-\ntaine y créa le personnage principal. Quelques années\nplus tard, madame de Grandval composa, sur le même\nsujet, la musique d'un opéra italien, qui fut chanté à la\nsalle Ventadour, avec la Krauss dans le rôle du petit marchand de sta-\ntuettes. Enfin Piccolino subit une dernière transformation et devint,\ngrâce à la collaboration de M. Nuitter, pour les paroles, et de M. Gui-\nraud, pour la musique, l'opéra comique représenté à la salle Favart\nle mardi 11 avril 1876, Voici, en deux mots, le sujet de la pièce :\nUne jeune fille des environs de Lausanne a été séduite par un peintre\nfrançais, qui traversait la Suisse, en quête de points de vue et d'aven-\ntures galantes. L'artiste Ta aimée quelques jours, puis il est reparti, en\npromettant de revenir bientôt pour épouser celle qui s'était fiée à ses"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.25", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nserments et à sa loyauté. Plusieurs mois se sont écoulés, et la pauvre\nMarthe, réfugiée dans la famille du pasteur Tidmann qui l'a recueillie\ntout enfant, attend encore le retour de l'infidèle et commence à désespé-\nrer de le revoir jamais, lorsqu'elle apprend, par le récit de deux voya-\ngeurs, que son amant Frédéric est à Rome et qu'il n'est pas marié. Son\nparti est pris sur-le-champ : elle quittera sa paisible retraite pour aller\nrejoindre celui qui Ta perdue et qu'elle aime toujours.\nMarthe part; elle traverse l'ltalie vêtue en pifferaro et portant sur\nson épaule un petit étalage de statuettes en plâtre. Après de longues re-\ncherches, elle finit par rencontrer à Tivoli, au milieu d'une nombreuse\ncompagnie d'artistes, Frédéric, fort occupé de sa nouvelle passion pour\nune grande dame romaine, la princesse Elena Strozzi. Le peintre ne la\nreconnaît pas sous son déguisement; il ne voit en elle qu'un charmant\nenfant qu'il prend d'abord pour modèle et dont il finit par faire son\nélève. A partir de ce jour, Marthe, ou plutôt Piccolino, devient la pro-\nvidence de Frédéric. Elle le ramène au travail, elle le sauve du poignard\ndes assassins apostés contre lui par le marquis Strozzi, elle vit de\nl'ombre de sa vie, guettant dans ses yeux une larme de repentir, épiant\nsur ses lèvres un seul mot d'espérance pour se jeter dans ses bras et\ncueillir dans un baiser d'amour l'oubli des douleurs passées. Mais Fré-\ndéric s'abandonne tout entier à sa passion pour Elena, sans que ce re-\ngard brûlant qui rencontre le sien, sans que cette main qui touche\nparfois la sienne avec tant d'émotion, sans qu'un seul battement de son\ncœur lui révèle le secret d'une ressemblance qui Ta frappé tout d'abord,\nmais sans lui rappeler aucun souvenir précis.\nCette situation pourrait se prolonger longtemps, si un événement im-\nprévu n'y mettait fin brusquement. Elena vient un jour dans l'atelier\nde Frédéric, pour voir son amant; elle n'y rencontre que Piccolino,\nqui la chasse à la suite d'une longue scène de jalousie. Furieux, le\npeintre chasse à son tour Piccolino. Marthe reprend ses habits de femme,\nelle va partir, Frédéric se trouve sur son passage, il reconnaît enfin son\nancienne maîtresse, tombe à ses pieds et l'épouse.\nMêlez à cette action un joli tableau d'intérieur, la fête de Noël chez\nle pasteur Tidmann, une scène très amusante de touristes et de çien-\ndiants romains, avec bjn nombre de charges d'atelier et force plaisan-\nteries de rapins et vous aurez le Piccolino de M. Sardou, tel qu'il a été\narrangé pour la scène de TOpéra-Comique.\nLa critique s'est montrée généralement sévère pour M. Sardou : elle a\ndéclaré à la presque unanimité des voix que sa pièce était mauvaise et\nque le succès très réel obtenu par Piccolino était uniquement un succès"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde musique. Je ne suis pas tout à fait de cette opinion et cela tient sans\ndoute à ce que je ne me place pas au même point de vue, S'il s'agissait\nd'une comédie ordinaire, d'une pièce écrite pour le Gymnase ou pour le\nVaudeville, je serais le premier à reconnaître que l'œuvre est absolu-\nment manquée. Sur trois actes, le premier est à peu près étranger au\nsujet principal, et, dans tous les cas, il est inutile au développement nor-\nmal de l'action. L'action, qui ne commence réellement qu'au second\nacte, se compose de deux intrigues parallèles : l'amour de Frédéric pour\nElena et l'amour de Marthe pour Frédéric. Ces deux intrigues se traî-\nnent jusqu'à la fin du troisième acte, sans avoir reçu le moindre déve-\nloppement, elles se dénouent par un coup de théâtre, aussi choquant au\npoint de vue de la logique pure qu'au point de vu des règles les plus\nélémentaires de l'art dramatique. Les amours d'Elena et de Frédéric,\ntraversés par les ténébreuses machinations d'un frère jaloux nous laisse\nabsolument froids et peu nous importe que l'auteur les ait traitées avec\nautant de négligence. Mais nous nous intéressons à Marthe, nous au-\nrions voulu la voir ramener peu à peu à elle le cœur de l'ingrat qui Ta\ndélaissée, nous aurions voulu voir Frédéric, troublé par cette ressem-\nblance extraordinaire dont il ne peut pénétrer le mystère, et aimant\ndans Piccolino le fantôme d'un amour passé, en attendant qu'il aime\ndans Marthe la femme qui lui a voué toute sa vie avec un si admirable\ndévouement. Au lieu de cela, M. Sardou se contente de créer une situa-\ntion étrange, qui pique vivement notre curiosité, et il n'en tire aucun\nparti. Voilà ce que j'aurais pu dire, si je m'étais trouvé en face d'une\nvraie comédie. Mais il s'agit ici d'un opéra comique, c'est à dire d'une\nœuvre destinée avant tout à fournir au compositeur un certain nombre\nde situations plus ou moins musicales. Ces situations seront reliées\nentre elles au moyen d'une action quelconque, la première venue,\npourvu toutefois qu'elle soit suffisamment attachante et qu'elle ne\nheurte pas trop lourdement le bon sens et la vraisemblance. L'étude\ndes caractères, le développement de l'intrigue et, en un mot tout ce qui\nconstitue les qualités organiques d'une œuvre dramatique s'efface ici au\nsecond plan : le point de vue se déplace, l'intérêt est ailleurs, il se con-\ncentre presque en entier sur la partie musicale. Dès lors, peu nous im-\nporte que M. Sardou ait laissé en suspens la double intrigue qu'il avait\nébauchée : l'essentiel était qu'il nous intéressât et qu'il nous tînt cons-\ntamment en haleine en faisant défiler sous nos yeux une série de scènes\naussi variées que divertissantes. Il nous donne le change, soit, il rem-\nplit la scène avec l'ombre d'une pièce, d'accord; mais encore une fois,\npourquoi irions-nous lui chercher noise, du moment qu'il nous inté-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.27", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nresse, du moment que ses personnages sont bien vivants, du moment\nque sa pièce est gaie, alerte et lestement conduite. Et, en fait, à part le\ndénoûment qui est vraiment d'un sans-façon par trop cavalier, Picco-\nlino me semble un opéra comique des plus acceptables et, s'il n'est pas\naussi absurde, il est au moins plus amusant que bon nombre d'opéras\ncomiques de Scribe, qui passent avec raison pour des modèles du\ngenre.\nVoilà pour la part de M. Sardou. Je rai faite plus large qu'en ne la\nfait d'habitude aux librettistes; c'est qu'aussi M. Sardou n'est pas un li-\nbrettiste ordinaire, pas plus, n'en déplaise à la critique, que Piccolino\nn'est un opéra-comique ordinaire. Arrivons maintenant à la musique,\net d'abord, quelques mots sur le musicien.\nBien qu'il ait trente-huit ans, et qu'il soit entré dans la carrière depuis\ntantôt dix-sept ans, M. Ernest Guiraud compte encore dans la classe de\nceux qu'on appelle les jeunes compositeurs. Il remporta le grand prix\nde composition musicale en 1859. Ses débuts au théâtre remontent à\n1864. Son premier ouvrage, Sylvie, représenté à l'Opéra-Comique, fut\ntrès remarqué : il était notablement supérieur à la plupart des petits actes\nque font jouer les prix de Rome à leur retour de la Villa Médicis. Quel-\nques années plus tard, M. Guiraud fit représenter au Théâtre-Lyrique\nun opéra-comique en un acte, En prison, qui n'a pas laissé de traces.\nPuis, il donna successivement à : l'Opéra-Comique, le Kobold, un acte\n(1870), à l'Athénée, Madame Turlupin, deux actes (1872), à l'Opéra,\nGretna-Green, ballet en un acte (1873). Une de ses compositions les\nplus remarquables est, sans contredit, la Suite d'orchestre jouée aux\nConcerts Populaires en 1872 et dont le brillant finale a été intercalé au\ntroisième acte de Piccolino. Une Ouverture de Concert, exécutée l'an-\nnée suivante par l'orchestre de M. Pasdeloup, fut accueillie froidement,\nbien qu'elle ne lût pas sans valeur, Les œuvres que je viens d'énumé-\nrer composent à peu près tout le bagage musical de l'auteur de Picco-\nlino; cinq actes d'opéra-comique, un acte de ballet et quelques pièces\nsymphoniques, voilà tout ce qu'un musicien de talent, prix de Rome,\nremarqué dès ses débuts, a trouvé le moyen de faire jouer dans un es-\npace de quinze années, et c'est à quarante ans seulement qu'il écrit son\npremier ouvrage en trois actes! Il y aurait là matière à des réflexions\nfort intéressantes sur la situation qui est faite à nos compositeurs en\nFrance; je laisse au lecteur le soin de les faire et je passe immédiatement\nà l'analyse de la partition de M. Guiraud.\nL'ouverture de Piccolino n'a aucune valeur symphonique. Elle est\ncomposée, comme la plupart des ouvertures d'opéra comique, de mo-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntifs empruntés au corps de l'ouvrage. Chacun de ces motifs correspond\nà Tune des situations du drame et, malgré leur apparence de désordre, il\nest visible que le musicien a voulu les disposer de façon à nous tracer\nd'avance la ligne générale de l'action. Mais je doute fort que le public\npuisse démêler la moindre intention descriptive dans cette préface con-\nfuse et mal coordonnée d'une œuvre dont il ne connaît pas le sujet, et je\ncrois que M. Guiraud eût beaucoup mieux fait de s'en tenir à son in-\ntroduction en la majeur qui est excellente et de composer la seconde\npartie de son ouverture avec le développement symphonique du petit\nmotif de Saltarelle, proposé en fugato immédiatement après l'intro-\nduction.\nLe premier acte commence par un trio de femmes charmant, rempli\npar le babillage intarissable de madame Tidmann et de ses deux filles,\noccupées à dresser le couvert pour le repas du soir. L'entrée du veilleur\nVergaz, qui arrive chargé de cadeaux de Noël, donne lieu à un très joli\nquatuory finement écrit et d'une tournure fort élégante. La cavatine de\nMarthe «Il me disait, Marthe, je t'aime. » ne brille peut-être pas par\nune grande originalité, mais elle est simple, expressive et pose bien le\ncaractère du personnage. Mentionnons en passant ie Retour de Vécole,\nqui a fourni à MM. Sardou et Guiraud le sujet d'un petit tableau d'in-\ntérieur plein de naturel et de grâce. Rien de plus charmant que le com-\npliment du petit Jost et les ébats joyeux de ces trois jolies têtes blondes,\nqui sautent et babillent comme une nichée d'oiseaux.\nJ'arrive maintenant à la Grande scène de Noël. A l'occasion du\nrenouvellement de l'année, le village tout entier vient présenter ses\nhommages au pasteur Tidmann; des paysans portent la bûche de Noël,\nils sont suivis par le cortège des rois mages, représentés par trois\nenfants précédés d'un joueur de violon et portant des présents destinés\nau pasteur, M. Guiraud a fait de cette scène un grand morceau d'en-\nsemble tout à fait remarquable, et qui est, à mon sens, le morceau le\nplus complet et le plus musical de toute sa partition. La scène des\ntouristes vise au comique et à l'originalité; elle m'a paru fort agaçante,\net, si les couplets sur la Suisse sont élégants et lestement tournés, en\nrevanche la tenue des deux artistes français et leurs lazzis peu spirituels\nfrisent singulièrement l'inconvenance. Cette dernière critique est à\nl'adresse de M. Sardou. Nous trouvons dans le finale un arioso\nd'un beau caractère, chanté par Tidmann, et les Adieux de Marthe.\nPendant que la famille du pasteur célèbre joyeusement la Noël, Marthe\ndésolée s'apprête à quitter, pour toujours peut-être, la paisible retraite\noù s'est écoulée son enfance. Il y a là un contraste que le musicien a"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.29", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nbien saisi, mais qu'il n'a pas mis assez vigoureusement en saillie. L'à-\nparte de Marthe, « Adieu, je pars, » est d'une bonne couleur mélodique\net fort délicatement accompagné, cependant il paraît froid parce qu'il y\nmanque un cri vraiment mouillé de larmes de ce cœur si jeune et qui\na déjà tant souffert !\nLorsque le rideau se lève sur le second acte, nous nous trouvons en\npleine campagne romaine : à gauche, la villa du marquis Strozzi, à\ndroite, YOsteria de Marcassone, au fond, les cascades de Tivoli. Je\nn'aime pas beaucoup le début du Chœur des mendiants, mais le frag-\nment de Saltarelle et le petit mouvement de marche qui accompagnent\nl'entrée des Américains m'ont semblé bien réussis, ainsi que la seconde\npartie du chœur « La charité, seigneurs, » et l'unisson des Ciceroni\nqui composent une scène excellente et du meilleur comique, h'air d'en-\ntrée de Frédéric, coulé dans le moule classique des airs d'opéra-comique,\nn'en vaut pas mieux pour cela. Il est vrai qu'il est fort difficile de ne pas\nverser dans le ridicule quand on fait chanter à un monsieur en redin-\ngote noire :\nLes oiseaux chantaient dans l'espace\nTout rempli du parfum des fleurs,\nEt plus charmante était sa grâce\nQiie ces chansons et ces senteurs.\nLe duo entre Frédéric et Elena est distingué, sauf toutefois la péro-\nraison « O divine espérance, » et très finement ouvré, Outre une jolie\nritournelle, j'y remarque un accompagnement des premiers violons en\nsons tremblés, qui produit comme un frémissement d'ailes du plus\ncharmant effet. Vient ensuite une Sérénade, dont le musicien a fait\nune parodie fort spirituelle de la sérénade de Don Juan. Un baryton\nchante la mélodie pendant que trois hommes et trois femmes l'accom-\npagnent en imitant avec la voix les sons de la guitare. C'est le dessin\nd'orchestre en de la sérénade de Mozart, transporté du quatuor\ninstrumental au quatuor vocal ; l'effet était nouveau, il a eu beaucoup\nde succès. Ce morceau s'enchaîne immédiatement à un joli quintette,\nqui rappelle un peu trop le quatuor des rouets de Martha, et conduit à\nun morceau d'ensemble dialogué avec infiniment d'art, je veux parler\nde la scène du déjeuner sur l'herbe, long épisode plein de vie, de gaieté\net de jeunesse, que le compositeur a fait filer prestement sur un dessin\nd'orchestre fort bien développé. La Chanson de la brune, de la blonde\net de la chauve, encadrée dans cette scène, n'est qu'une chanson de\ntable, mais elle est bien dans le ton qui convenait à la situation."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nC'est ici que se place l'entrée de Marthe en pifferaro et la Chanson de\nPiccolino : « Sorrente, Sorrente ! » une vraie trouvaille, un pur rayon\nde poésie et de sentiment. On est toujours sûr d\"empoigner son public\nen reproduisant, par les artifices de l'art, le rhythme étrange et le coloris\nexotiques des chansons populaires italiennes ou espagnoles, aussi, nos\ncompositeurs modernes ont-ils usé largement de cette ressource. Carmen\navait sa Habanera,, le Passant, la Mandolinata; Y Amour Africain, la\nFiorentina, Piccolino a sa Sorrentine, et elle n'est pas moins réussie\nque les autres morceaux que je viens de citer.\nPendant que ses amis sont allés voir les cascades de Tivoli, Frédéric,\nresté seul avec Piccolino, propose à celui-ci de faire son portrait. C'est\nlà une des situations capitales de l'œuvre, une de celles qui se prêtaient\nle mieux à un développement musical important. D'un côté, l'artiste\ninsouciant et railleur, causant avec son modèle pour tromper les fatigues\nde la pose, de l'autre, la pauvre Marthe sentant ses dernières illusions\ns'évanouir une à une sous la froide ironie de ces propos inconscients qui\npercent son cœur comme autant de coups de poignard : « En femme,\nsais-tu que tu serais charmant, dit Frédéric. Pas si charmant que\ncelles qui riaient à Vinstant avec vous, soupire Marthe. Bah! les\ntrouves-tu donc si séduisantes?— Alors vous aime\\ aucune.—\nFi donc! et si f aimais un jour pour tout de bon... Ah! vous riave\\\njamais aimé pour tout de bon ? Non. Avant d'être homme on est\nartiste, etc... » Vous voyez la scène : rien de plus dramatique que\nce rire sans pitié qui insulte à la douleur, rien de plus propre à\ninspirer un musicien que le contraste si adroitement ménagé entre le\nbadinage de cet homme qui parle de ses amours sans que rien du cœur\nsorte de ses lèvres, et les à-parte de la femme trahie, dont chaque parole\nest le cri d'une âme brisée par le désespoir. M. Guiraud n'a pas tiré de\ncette belle scène tout le parti qu'on en pouvait attendre. Son duo est\nfroid, sec et tant soit peu décousu; la douleur de Marthe ne se traduit\npar aucun accent empreint d'une émotion vraie. Seule, la conclusion\n« Si près de lui » répond au sentiment juste de la situation.\nLe deuxième acte se termine par un finale très accidenté, dont les\ndifférents épisodes sont distribués avec beaucoup d'art. La Réception de\nPiccolino est une bonne charge d'atelier, Y Angélus est d'un joli senti-\nment, et la Tarentelle qui couronne le tout, compose à e'ie seule un\ntableau très monté de tons, auquel le brillant coloris de l'orchestre et la\nvariété chatoyante des modulations prêtent une grande intensité de\nmouvement et de lumière.\nLe troisième acte nous transporte dans l'atelier de Frédéric, à Rome,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.31", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\npendant les fêtes du carnaval. Après bon nombre de facéties de rapins\ntrès amusantes et un mélodrame d'une délicatesse exquise, nous y trou-\nvons un morceau remarquable. C'est Y air que chante Piccolino sur un\ndéveloppement symphonique de la chanson populaire « Il était une\nbergère. » Ce travail très habile fait le plus grand honneur àM. Guiraud,,\nLa musique de la pantomime des masques est empruntée à la suite cTor-\nchestre dont je parlais plus haut. M. Guiraud a saisi avec beaucoup\nd'à-propos l'occasion qui lui était offerte de replacer dans son véritable\ncadre ce délicieux Carnaval qui obtient toujours tant de succès dar s les\nconcerts de musique classique. Je ne puis guère que répéter, pour le duo\nde Piccolino et d'Elena, ce que j'ai déjà dit à propos du Duo du Portrait.\nLe morceau est bien fait, il est même mouvementé et rempli de dé-\ntails excellents ; il lui manque deux éléments essentiels : la sincérité de\nl'expression et la chaleur de la passion. Voici deux femmes qui se dispu-\ntent le cœur du même homme, le hasard les met en présence, et, de\ncette rencontre naît une situation à la fois très dramatique et très musi-\ncale., que le compositeur n'a pas accentuée d'une main assez ferme.\nM. Guiraud peut répliquer à cela qu'il fait de l'opéra comique, et que,\npar conséquent, il doit se tenir constamment dans les demi-teintes.\nSoit: mais, avant de tempérer l'expression des sentiments, qu'il songe\nd'abord à les exprimer, et c'est ce qu'il ne fait pas toujours. J'ai déjà dit\nque le dénoûment de M. Sardou était absolument mauvais, il ne pou-\nvait donc fournir rien qui vaille au compositeur, et, en effet, le duo\nfinal est manqué. Cependant; bien qu'ici je dégage tout à fait la respon-\nsabilité de M. Guiraud, je crois qu'il eut pu se dispenser de faire chanter\nà Frédéric un nocturne qui est un véritable non sens.\nIl résulte de cette analyse, que nous avons essayé de rendre aussi\nexacte que possible, que c'est dans les morceaux de style tempéré et\ndans les situations qui n'exigent ni les éclats pathétiques, ni les ten-\ndresses exquises d'un profond sentiment musical, que M. Guiraud a le\nmieux réussi à donner toute la mesure de son talent. Sa nouvelle parti-\ntion se recommande plutôt par l'élégance et la facilité générale du style\nque par des idées saillantes et vraiment originales. Le premier acte est\nfort bien fait. Maintenu à dessein dans les teintes grises pour mieux\nmettre en lumière l'acte suivant, il contient néanmoins la meilleure page\nde l'œuvre, cette belle Scène de la Noël, qui est à elle seule un\npetit poème musical. Le second acte, le plus riche des trois, pétille d'es-\nprit, de jeunesse et d'entrain; on y retrouve comme un reflet ensoleillé\ndu beau ciel d'ltalie dans la Sorrentine, d'une si jolie couleur mélo-\ndique, et dans le finale si plein de vie et de lumière. La chanson"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« 11 était une bergère » et le Carnaval suffisent à remplir le troisième\nacte.\nPiccolino est un véritable opéra comique, un opéra comique à la\nfaçon d'Auber et d'Adam, et M. Guiraud nous semble visiblement\nappelé à recueillir la succession de ces deux maîtres, qui ont charmé\npendant près de quarante ans toute la génération qui nous a précédé.\nComme eux, c'est un de ces talents plus aimables que forts, plus légers\nque profonds, plus spirituels que passionnés, qui ne peignent guère que\nla surface de la vie et des sentiments.\nM. Guiraud n'a pas l'élégance de forme et la fécondité d'idées d'Auber,\nla sensibilité et la verve d'Adam, en revanche, on distingue chez lui un\ninstinct scénique très développé, un sentiment exact des proportions et\nune grande habileté de métier, qui laissent pressentir un maître futur\nde la scène où sont écloses les plus charmantes productions de l'école\nfrançaise.\nPiccolino a obtenu un succès très grand, et j'ajoute très mérité. L'exé-\ncution est aussi bonne que possible avec Je personnel fort médiocre dont\ndispose actuellement l'Opéra-Comique. Le rôle de Piccolino restera\npour madame Galli-Marié une de ces créations frappantes qu'elle a\nmarquées du sceau ineffaçable de son talent si fin et si original. Qui-\nconque l'a vue dans Lara, dans Mignon, dans Carmen, dans Piccolino,\nne l'oubliera jamais, quel que soit le talent des artistes qui pourront\nchanter après elle ces différents rôles. C'est qu'en effet, dans ces remar-\nquables créations, madame Galli-Marié est plus que l'interprète d'un\npersonnage, elle est ce personnage lui-même. M. Léon Achard, dont la\nvoix commence à être horriblement fatiguée, s'est tiré avec beaucoup\nde talent du rôle difficile de Frédéric, qui exige de véritables qualités\nde comédien. Des trois ténors à qui le rôle a été successivement destiné,\nc'est encore lui qui était le plus capable de le jouer convenablement.\nM. Barré est excellent dans le personnage de Musaraigne, excellent\nchanteur, excellent comédien. Madame Franck-Duvernoy se montre\nsuffisante dans le rôle un peu effacé d'Elena, et M. Ismaël donne beau-\ncoup de caractère à la figure sévère du pasteur Tidmann. MM. Potel et\nBarnolt sont amusants ; quant à mesdames Nadaud, Lina-Bell et Decroix,\nelles ont failli compromettre, par leur exécution molle et défectueuse,\nl'effet du charmant quatuor du premier acte. MM. Duvernoy, Bernard,\nDufriche et Teste complètent l'ensemble d'une manière assez satisfai-\nA\nsanté. Par exemple, ce qui est tout à fait pitoyable, ce sont les chœurs\net l'orchestre. Certes, M.Constantin est un excellent musicien et un\nhomme des plus sympathiques, mais il manque absolument d'autorité,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.33", "texte": "MARIA WALDMANN.\nlmp. Vve A. Codart, Paris."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.34", "texte": "TERESINA STOLZ."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.35", "texte": "et il n'a pas la main assez ferme pour maintenir un orchestre et des\nchœurs qui tombent littéralement en décomposition. Que nous sommes\nloin des beaux jours où l'orchestre de l'Opéra-Comique passait à juste\ntitre pour un des premiers orchestres de France 1 II est vrai que, dans\nce temps là, il était conduit par des artistes comme Tilmant.\nTHÉÂTRE ITALIEN. La Messe de Requiem et Y Aida marquent\nla date définitive de l'adhésion de Verdi aux procédés si dédaignés par\nles Italiens de la science musicale allemande. A ce titre, la nouvelle\nœuvre de l'auteur du Trouvère offre un grand intérêt, et M. Escudier\nqui nous l'a fait connaître a droit à toute notre gratitude.\nMélodiste a la façon de Donizetti, musicien passionné pour son art,\nhomme d'un génie incomplet, mais homme de génie, travailleur Infati-\ngable, amouieux de la gloire de son pays, Verdi a senti, comme tous\nles artistes, qu une tiansioimation radicale s opérait dans l'art à tous les\ndegrés. Il a voulu participer à la régénération que les musiciens actuels\ntentent avec tant de courage, avec tant de persistance, et, disons-le, avec\ndes résultats si imparfaits.\nLe maître Italien n a pas réussi à trouver la formule qui justifiera les\nefforts de notre temps, moins peut-être que ses devanciers ou ses contem-\nporains.\nCes efforts tendent, on le sait, à prouver que la science de l'orchestre\ndoit être en communion étroite avec l'idéalité de la mélodie, si l'on\nveut que la musique dramatique prenne sa place au rang des arts com-\nplets.\n• De même qu'en peinture un tableau n'est un chef-d'œuvre qu'à la\ncondition de posséder a la lois le dessin et la couleur, de même, en\nmusique, une œuvre ne peut être un chef-d'œuvre que si elle réunit au\ndessin de la pensée mélodique le coloris de l'instrumentation. C'est là\nce qui rend difficile la tâche de l'école progressiste. C'est cette union\nparfaite des éléments multiples qui fait les chefs-d'œuvre.\nMalgié leurs bonnes intentions, nos artistes manquent de la volonté\nsévere qui détache le créateur des préoccupations personnelles. Ils ne\npensent plus assez à l'œuvre elle-même. Le « Moi » domine. Chacun\nveut faire autrement que son voisin. Peu importe au combattant de\nsortir vainqueur de la lutte, pourvu qu'il y ait foule au tournoi et que\non dise :« Il s'est battu autrement que les autres. » Gloire facile à\nobtenir, gloire de courte durée.\n\nXI.\nREVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n10"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuoi qu'il en soit, les tentatives ont toujours au moins l'intérêt de la\nlutte, et celle de M. Verdi est de celles-là.\nA prendre cet opéra comme sorti du cerveau d'un compositeur fran-\nçais, il pourrait être classé dans la catégorie des efforts louables, mais\nmédiocrement probants. Conçu, au contraire, par un maître Italien,\nson importance grandit. C'est une protestation en faveur des idées pré-\nsentes contre les idées du passé, et, bien plus, contre le passé d'un art\nmusical tout entier : de l'art musical Italien.\nCommandée dès le mois d'août 1870, pour inaugurer le théâtre du\nCaire ; représentée sur ce théâtre le 24 décembre 1871 ; montée splendi-\ndement, l'œuvre de Verdi lui rapporta, dit-on, i 50,000 francs d'hono-\nraires offerts par le vice-roi. 50,000 francs furent consacrés àla mise en\nscène.\nDepuis bientôt cinq ans, Aida court le monde. Jouée dans toute\nl'ltalie, applaudie naturellement, il lui fallait la consécration du public\nparisien. Elle l'a, mais avec des réserves.\nOn attribue à M. Vassali, conservateur du musée de Boulak, la\ndonnée première du poème. Il l'aurait même écrit en prose. M. Camille\ndu Locle l'aurait mis en vers, et M. Ghislanzoni l'aurait traduit en Ita-\nlien pour M. Verdi.\nEn voici le sujet :\nLe roi d'Egypte est en guerre avec son voisin Amonasro, roi d'Ethio-\npie. Dans une récente bataille, Aida, fille d'Amonasro, a été faite pri-\nsonnière, et elle est devenue l'esclave d'Amnéris, fille du Pharaon. Mais\nelle est du même coup devenue sa rivale, en s'éprenant du beau capi-\ntaine des gardes du roi, Radamès, pour lequel Amnéris brûlait d'une\nardente flamme.\nRadamès n'a pas balancé entre la blanche Amnéris et la noire Aida.\nIl a donné son cœur à celle-ci. Au moment où le rideau se lève, on ap-\nprend que l'Ethiopie prépare une revanche et se dispose à attaquer\nl'Egypte.\nRadamès est chargé par le roi de repousser 1 ennemi. Il se îend dans\nle temple de Phta pour y recevoir des mains du grand prêtre 1 épée con-\nsacrée, et il part en guerre sans savoir qu'il va combattre le père d Aida.\nLes prêtresses de Phta chantent des hymnes religeux, et on exécute des\ndanses sacrées pour le succès de la guerre.\nRadamès est vainqueur. On lui décerne les honneurs du triomphe."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.37", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nLe jour où il doit rentrer à Thèbes, Amnéris, parée pour la cérémonie,\nveut s'éclairer sur les sentiments d'Aïda, en qui elle a deviné une rivale.\nElle annonce à l'esclave que Radamès a été tué. Le désespoir de la\nnoire Ethiopienne ne peut lui laisser aucun doute. Dès lors, la fille du\nPharaon voue une haine profonde à Aïda.\nLe roi Amonasro fait partie des prisonniers Ethiopiens. Les Egyptiens\nne connaissent pas 1 împoi tance de leur capture, et Amonasro fait signe\nà Aida, folle de joie de le revoir, de ne pas le trahir.\nPour récompenser les services de Radamès, le roi d'Egypte lui offre la\nmain de sa fille Amnéris. Radamès refuse cet honneur suprême, mais\nil demande, sollicité par Aïda, la grâce des prisonniers, qui lui est\naccordée.\nAmonasro forme un plan audacieux : il veut reconquérir ses États,\ndélivrer sa fille et lui faire épouser Radamès qui viendra en Ethiopie.\nIl la conjure de seconder ses desseins. Elle résiste d'abord, puis elle\ncède. Elle supplie alors Radamès de lui confier le secret des opérations\nmilitaires qui se préparent encore contre son pays. Le général oublie\nses devoirs sacies ae patriote et de soldat, et trahit son pays par amour\npour Aïda.\nAmnéris qui veillait, surprend cette indigne action. Radamès est ar-\nrêté parles prêtres, et les gardes s'emparent d'Amonasro et d'Aïda.\nPendant qu on juge les coupables, Amnéris se désole d'avoir perdu\ncelui qu'elle aimait. Elle tente un dernier effort pour le sauver. Que\nRadamès consente a 1 épouser et le roi pardonnera au mari de sa fille.\nTout est inutile. Aïda vivante, Radamès ne veut qu'Aïda : peu lui im-\nportent les supplices.\nLe jugement est prononcé. Radamès est condamné à être enterré vi-\nvant dans un caveau sous le temple de Vulcain.\nAida parvient à s y introduire avant lui et les deux amants y meurent\nenlacés pendant que l'encens brûle aux pieds du Dieu.\nCe poëme ne manque ni de grandeur ni de passion. L'opposition des\ncaiactèies y est observée rigoureusement. La haine et l'amour se parta-\ngent 1 intérêt du spectateur et le tiennent souvent attentif. Je lui repro-\ncherai cependant de ressembler un peu trop à l'Africaine. Amonasro a\nune analogie trop directe avec Nélusko. Amnéris et Aïda se disputent le\ncœur de Radamès comme l'Africaine et Inès se disputent celui de Vasco\ndeGama. Les prêtres de Phtane sont-ils pas aussi parents des prêtres de\nVichnou et de Siva? Pour plaire sans doute au compositeur, le libret-\ntiste a traité des situations musicales que l'on a déjà entendues dans\nRigoletto ou dans le Trouvère. Ce n'est pas une faute bien grave. Mais"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncela a rendu la tâche difficile à Verdi qui s'est fait une gloire légitime\navec l'un et l'autre de ces deux opéras.\nJe signalerai en outre une chose blessante pour la vraisemblance.\nC'est le duo final, qui se passe dans les entrailles de la terre, dans un\ncaveau hermétiquement clos où l'air manque et dans lequel on ne peut\nguère chanter, puisqu'on n'y peut vivre.\nM. Verdi a traité ce sujet avec un mélange étrange de bonheur et de\nmalechance. Il n'y a rien d'indifférent dans ces quatre actes. Un mor-\nceau est-il réussi? Il l'est complètement; s'il ne Test pas, il a tous les\ndéfauts de banalité bruyante si justement reprochée au maître italien.\nUn petit prélude fugué et exécuté pianissimo sert d'ouverture. L'idée\nde ce morceau est d'une expression aussi charmante que le travail har-\nmonique en est intéressant.\nLe récitatif de Radamès et la romance Céleste Aïda sont d'une excel-\nlente facture. Quand Verdi tient une romance, il en tire un parti mer-\nveilleux. Celle-ci est une des inspirations les meilleures du genre.\nLe trio qui suit traité à l'italienne, avec ces phrases entrecoupées qui\nsont familières à M. Verdi, n'a que du rhythme et peu d'inspiration.\nLe récit du roi accompagné de pizzicati de contrebasses est original.\nLe chœur Su! del Nilo al sacro lido est d'une grande sonorité, mais il\nrappelle trop les pas redoublés des musiques militaires.\nLes lamentations d'Aïda : Ritorna vincitor sont soutenues par une\nmarche de violons en sourdine terne et sans accent.\nPour le deuxième tableau de cet acte, le compositeur s?est servi des\ntonalités anciennes et, s'il fallait en croire les gazettes, il a reproduit des\nmélodies indigènes. Dans la coulisse on entend une mélopée bizarre dite\npar une voix solo et reprise par le chœur dont la progression est parti-\nculière aux modes du chant grégorien.\nA la suite de cet effort d'originalité arrive une danse dont l'orchestra-\ntion composée à l'aide de clarinettes, de bassons et de flûtes a la sono-\nrité archaïque qui convient.\nLe chœur de femmes qui ouvre le second acte est coupé par une\nphrase d'Amnéris, Ah! vieni, amor mio, qui revient trois fois de suite\npour servir de rentrée à la reprise du chœur et le terminer ensuite d'une\nmanière assez inattendue.\nLe duo d'Amnéris et d'Aïda est magnifique. Dès le début du canta-\nbile d'Amnéris, on voit que Verdi possède entièrement la situation. Les\ncaresses trompeuses d'Amnéris, la passion d'Aïda qui se révèle dans la"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.39", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nphrase pleine d'élan, Amoreamore, l'adagio pathétique Ah! pieta ti\nprenda del mio dolor, le cri haineux d'Amnéris qui triomphe de sa\nrivale et qui l'abandonne à son désespoir, la douleur d'Aïda si bien\nexprimée sur ces mots : Numi pieta, d'un bout à l'autre enfin, ce duo\nvous prend le cœur et le fait battre d'émotion réelle et puissante.\nLe second tableau, avec son déploiement vocal et instrumental, son\nballet, ses rhythmes accusés, ne contient qu'une belle phrase du roi :\nSalvator délia patria qui plane majestueusement sur un dessin ravis-\nsant des altos.\nQuand au finale proprement dit, j'y ai retrouvé toutes les exagérations\nitaliennes et tous les procédés usés de ce genre, unis au fracas d'une or-\nchestration prétentieuse et maladroite.\nLe troisième acte est infiniment supérieur au deux premiers.\nLa prière d'Aïda, attendant Radamès, est d'une mélancolie touchante.\nOn y retrouve à regret sur ces mots : Opatria mia, maipiù ti rivedro,\nle motif si connu du Trouvère, Non ti scordar, non ti scordar di me.\nLe duo entre Amonasro et sa fille est assurément une des plus belles\nchoses qui aient jamais été faites dans le répertoire italien.\nLa situation d'ailleurs est extrêmement dramatique. Il faut qu'Aïda\narrache à Radamès les secrets de l'État pour qu'elle puisse rendre la\npuissance à son père et la liberté à cette patrie chérie. Amonasro le lui\nchante avec une tendresse énergique.\nRivedrai le foreste imbalsamate,\nLe fresche valli, i nostri tempii d'or.\nlui dit-il, et la musique de Verdi traduit ces sentiments avec une force,\nune vérité, une passion saisissantes.\nAh! comme il est dans son élément, le maître, et comme il tient là, le\npublic haletant sous les richesses de son génie puissant! Ce duo est aussi\nbeau, aussi large, aussi fougueux, que le trio qui le suit manque d'éléva-\ntion et d'idée.\nJe ne vois guère à signaler dans le dernier acte qu'une marche de\ncontrebasses à l'unisson ponctuée par les accords stridents des cuivres.\nLa scène du jugement, les cris de Radamès, Radamès discolpasti, pous-\nsés par des voix tonnantes, pendant qu'Amnéris se désole, et répétés trois\nfois, montant chaque fois d'un demi-ton ne produisent pas d'effet. C'est\nl'architecture du Miserere du Trouvère, moins la voix du ténor et sur-\ntout moins le souffle.\nLe duo dans le caveau ne m'a pas frappé par des qualités très originales.\nIl sera difficile à.ceux qui avaient reproché à Verdi de ne pas savoir"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nl'harmonie, de lui adresser désormais ce reproche. Il a accumulé dans\nAïda toutes les ressources de la fugue et du contre-point. Malheureuse-\nment ses efforts sont loin d'être heureux la plupart du temps.\nAu milieu du souci visible de frapper l'imagination, par l'usage des\ncomplications scientifiques de l'orchestration, on sent toujours le carac-\ntère propre du mélodiste et du rhythmeur italien. Ces deux physonomies\ntrop distinctes font presque regretter les cantilènesà découvert du Verdi\nde la Traviata ou de Rigoletto.\nLe nouvel art musical, ou plutôt les applications nouvelles que les\nchercheurs actuels veulent en faire n'ont pas été suffisamment digérées\npar l'auteur à? Aïda. Le mélange des éléments mélodiques et harmoni-\nques n'est pas assez complet. Il s'ensuit que la mélodie est toujours ita-\nlienne de même que le rhythme, alors que l'orchestration est allemande.\nPréoccupé de prouver, Verdi a trop voulu prouver qu'il savait, par\nexemple, moduler à tout propos, et souvent hors de propos. Il y a des\nnatures que l'éducation et l'instruction transforment, mais qui gardent\ntoujours la marque d'origine.\nVerdi est une de ces natures. Dans toutes ses œuvres il s'élève aux\nsommets les plus élevés de la passion inspirée, de même qu'il se laisse\naller aux banalités les plus vulgaires.\nC'est, paraît-il, assez fréquent chez les hommes de génie.\nAïda a toutes les qualités de Verdi, Aïda en a tous les défauts, et souli-\ngnés cette fois, car on n'a plus le droit de dire : « Si ce morceau était soi-\ngneusement orchestré, il ferait une autre impression. »\nCette œuvre d'un homme de génie n'ajoutera rien à sa gloire. Mais, je\nl'ai dit au début, c'est une date précieuse à enregistrer.\nCe que Verdi n'a pas complètement réussi à faire, d'autres le feront.\nIl a apporté à la grande cause de la musique moderne les efforts d'un\nmaître, et cette action hardie pour un Italien portera ses fruits.\nVerdi méritait à tous égards l'hospitalité du public parisien, auquel il\na fait passer tant d'heures charmantes.\nM. Escudier a pris, en faisant représenterait, une initiative louable.\nAussi l'en remercions-nous.\nEt, puisque je parle ici de l'imprésario, je ne lui cacherai pas qu'on\nlui eût été bien plus reconnaissant, s'il avait apporté à la mise en scène\nà'Aïda tout le soin dont cette œuvre est digne.\nJe sais bien qu'il pourra répondre que l'art décoratif n'a rien à\nfaire avec l'art musical. Mais cette objection ne m'empêchra pas de re-\ngrette,1 que nos peintres-décorateurs, les Lavastre, les Desplechin, les\nRubi, etc., etc., n'aient pas concouru au succès de l'ensemble."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.41", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nLe mérite intrinsèque et musical de l'œuvre ny eût rien peidu, et les\nyeux y eussent assurément gagné.\nIl n'était pas besoin que le savant égyptologue Mariette-Bey ait\nappliqué ses connaissances archéologiques à restaurer, dans la mise en\nscène d\"Aida, les éléments de la vie Egyptienne au temps des Pha-\nraons, à reconstruire l'ancienne Thèbes, Memphis, le temple de Phta,\net à dessiner les costumes pour nous offrir à Paris, solennellement, un\nmélange de paillettes d'or et de toiles de papier peint qui offense terrible-\nment les yeux les plus indulgents et le goût le moins scrupuleux.\nC'est peut-être sévère pour le Théâtre-Italien, où il est de tradition\nde négliger la mise en scène, tant la mélodie absorbe l'attention, mais il\nest à noter que, cette fois, l'intérêt essentiel d'Aïda est d'être une œuvre\ncomplexe, une œuvre appartenant à la musique et non pas seulement à\nla musique italienne.\nL'interprétation d'Aida a été confiée à mesdames Waldmann et Stolz,\net à MM. Masini et Pandolfini. Je ne parle que des quatre principaux\nartistes.\nLe mérite particulier des chanteurs que je viens de nommer est d'être\nconvaincus. Ils semblent avoir la conviction d'interpréter un chef-\nd'œuvre, et peut-être l'ont-ils. Ils s'efforcent de faire passer dans l'âme\nde leurs auditeurs la foi qui les anime. Ils y réussissent souvent.\nMadame Waldmann est particulièrement remarquable. Elle serait par-\nfaite si elle n'accusait pas trop l'effet de ses belles notes graves.\nMadame Stolz manque de médium. Ses notes aiguës n'ont pas le\nmoelleux nécessaire, mais elle chante merveilleusement le duo du\ntroisième acte.\nM. Masini a une voix charmante dont il se sert avec beaucoup de\ngoût. Il nous a fait un grand plaisir, de même que M. Pandolfini qui\nest un excellent baryton.\nTHÉÂTRE DES FOLIES-DRAMATIQUES. - M.Cantin tient\nenfin un succès. Vous me direz peut-être que cela n'est pas étonnant\npuisque sept auteurs s'y sont mis, tant musiciens que paroliers. Mais\nje pense qu'ils ont eu, au contraire, beaucoup de mérite. Prendre\nsept pensées différentes, les mettre dans le même mortier et arriver à\nune mixture parfaite est un véritable tour de.force.\nMM. Duru, Chabrillat, Blum, Bocage (ces deux derniers se sont\nsoustraits à la proclamation de leurs noms), Cœdès,, Eugène Dugard et\nGenet (ces deux derniers ont été omis quand on a nommé les auteurs de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla musique), ces sept complices, enfin, ont réalisé le problème posé plus\nhaut, et voici comment :\nLe président du Cercle des Mirlitons de Château-Thierry voit avec\népouvante s'approcher le terme de ses honneurs. Plein de la respectable\nambition d'être maintenu au pouvoir, il cherche le moyen de combattre\nles candidatures à sa. succession.\nIl veut faire un coup de maître. Il cherche, mais en vain, lorsqu'un\njournal lui tombe sous la main. Il y lit que le Cercle des Flageolets de\nSoissons va donner une représentation extraordinaire avec le concours\nd'artistes distingués de la capitale, au bénéfice d'une grande infortune.\n« Bravo ! s'écrie-t-il, la voilà mon idée !... »\nIl y aura une représentation.\nEt il se frotte les mains. Mais, à toute représentation, il faut un pré-\ntexte : une grande infortune, par exemple, comme celle que se propose\nde soulager le Cercle des Flageolets. Où trouver cette infortune? Le\nprésident se creuserait indéfiniment la tête si Picotin, le vieux garçon\ndu Cercle, ne venait lui raconter une horrible aventure qui lui est\narrivée.\nUn des gommeux de Château-Thierry Ta chargé de remettre à une\njolie femme échouée dans cette ville un bouquet et un collier de perles.\nPicotin a eu l'imprudence de laisser le bouquet et le collier à la portée\nde sa vache qui, sans vergogne, a tout avalé.\nHeureusement les perles du collier étaient fausses, de sorte que Picotin\nn'est pas autrement désolé; mais enfin l'accident n'en est pas moins très\ndésagréable.\n« Voilà mon infortune! » fait le président joyeux. Et alors il convoque\nles membres du Cercle auxquels il raconte dramatiquement les malheurs\nde Picotin.\n« Il faut, conclut-il, que les Mirlitons de Château-Thierry fassent\nautant de bruit que les Flageolets de Soissons. » On vote à l'unanimité\nla représentation au bénéfice de l'infortuné Picotin qui se laisse faire, et\nla fable des auteurs des Mirlitons prend les proportions les plus origi-\nnales et les plus diverses.\nCe cadre de revue prêtait à toute sorte d'exhibitions ;• MM. Duru,\nChabrillat, etc., etc., en ont profité avec esprit.\nEt c'est ainsi que successivement le spectateur assiste à un concert\nd'amateurs donné par le Cercle, qui est bien la chose la plus bouffonne\nqu'il soit possible de voir. Pour n'en citer qu'un exemple, je signalerai\nla romance des Dragons de Villars, dite par Vavasseur. On se tord\nvéritablement en entendant ce vieux pensionnaire des Folies, qui n'a"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.43", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\njamais pu articuler un son, chanter la musique de Maillart. Il y a aussi\ndans ce concert douze membres, conduits par Luco, qui exécutent, avec\ndes mirlitons et avec un sérieux imperturbable, le prélude du cinquième\nacte de VAfricaine, C'est véritablement amusant. Viennent ensuite la\nmusique militaire et la musique des cloches de la famille Tyler. Puis\nune autre famille anglaise, la famille Martini, se livre à l'exercice qui\nfait fureur en France depuis quelque temps, au skating sport.\nLa représentation des Mirlitons de Château-Thierry se termine par\nun défilé de pièces nouvelles, au milieu duquel Plet fait des imitations\nqu'il réussit à merveille presque toujours.\nLa pantomime, jouée par Milher et Luco, est, elle aussi, parfaitement\nréussie.\nIl y a enfin une apothéose. Ce qui domine le tout, c'est une gaieté\nvéritable et beaucoup d'esprit.\nLà-dessus et à tout propos, M. Cœdès a greffé une musique de cir-\nconstance, facile et enlevée, qui aide à la marche joyeuse de la pièce.\nMM. Dugard et Genet ont fait la musique de la pantomime. Elle a\nfait plaisir.\nLes artistes hommes et femmes rivalisent d'entrain. Milher et Luco,\nnotamment, brûlent littéralement les planches.\nTHÉÂTRE DES BOUFFES-PARISIENS. - Maître Gambillard\nest un gros homme, bon vivant, joufflu, possesseur du cabaret intitulé\nLe Moulin du Vert-Galant, et d'une délicieuse petite femme qu'il\nadore.\nLe cabaret est extrêmement bien achalandé. La cabaretière est cour-\ntisée par tous les clients, à l'exception cependant du seigneur du lieu,\nM. de Maillé. Gambillard voudrait obtenir de Louis le Bien-Aimé l'au-\ntorisation de mettre sur son enseigne les armes de France; c'est sa seule\nambition. Il est horriblement jaloux; c'est son seul défaut.\nSelon Shakespeare,—traduction de M. Alcide Cayrou, lorsque l'on\nest possédé du démon de la jalousie :\nLorsque l'on est sujet à cette frénésie,\nOn est jaloux de tout, jaloux hors de saison,\nJaloux rien que pour l'être, et sans nulle raison.\nLa jalousie!... ah! Dieu! ce monstre à face blême\nS'engendre, je le crois, naît et vit de lui-même.\nOr la femme de Gambillard s'est levée un beau matin dès l'aurore,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npendant que son mari goûtait un repos réparateur. Elle s'est tout sim-\nplement rendue à l'invitation du chevalier de Maillé, envoyé en exil par\nLouis XV. Le chevalier lui a confié, avant de partir, des lettres compro-\nmettantes de la belle marquise de Pompadour, en la priant de les\nremettre au roi lui-même. C'est le seul moyen, peu délicat d'ailleurs,\nde rentrer en grâce auprès du roi.\nSi Gambillard connaissait ce secret, la pièce ne pourrait pas avoir\ntrois actes. (Elle y gagnerait peut-être.) C'est pour cela qu'à son retour\nde Paris, Toinette, interrogée par son mari, fait la sourde oreille. Pen-\ndant que Gambillard sent les nuages s'amonceler sur son front qu'il\ncroit menacé, la fiancée du maître-d'hôtel du roi, Jeanne, tombe en\nplein moulin du Vert-Galant. Elle supplie Toinette de la soustraire\naux recherches de son futur époux, Bonardel, qu'elle ne veut pas épou-\nser parce qu'elle aime le beau Fortuné.\nLa police doit être proche et Bonardel est furieux, car Jeanne s'est\nenfuie au moment même de la noce.\nC'est ici où la situation se corse et où il est difficile de débrouiller\nrécheveau prodigieusement enchevêtré de Faction du Moulin du Vert-\nGalant.\nMadame de Pompadour a appris que ses lettres d'amour ont été remises\npar M. de Maillé à Toinette. Elle a mis en campagne, pour s'en emparer,\nle chef de sa police, Tiphaine. Toinette, de son côté, ne sait quel moyen\nprendre pour accomplir sa mission, lorsqu'une idée lui pousse. Elle se\nsubstituera simplement à Jeanne et pourra voir le roi, puisque Bonardel\nfait partie de la maison de Louis XV.\nCela ne fait pas l'affaire de Gambillard qui ne comprend qu'une seule\nchose, c'est que sa femme le trompe. Il la suit. Il pénètre, à l'aide d'une\néchelle de jardinier, dans les appartements royaux.\nRevêtu d un brillant habit, à la faveur d'une obscurité presque com-\nplète, il se fait passer pour le roi, et Toinette, sa femme, abusée, lui\nremet les lettres de madame de Pompadour.\nIl se découvre alors. Explications, rage, désespoir. Gambillard com-\nprend de moins en moins, et Toinette garde son secret de plus en plus.\nMais on annonce le roi. C'est le vrai cette fois. Rends lés lettres,, dit\nToinette a son mari. Gambillard va le faire, malgré sa répugnance,\nlorsqu'il retrouve sur lui la pétition qu'il voulait faire parvenir à\nLouis XV au sujet du changement d'enseigne proposé pour son cabaret.\nIl donne ce placet au lieu des lettres, et il surveille, caché derrière une\nporte, 1 entrevue du roi et de madame Gambillard. Ce roi est encore un\nroi apocryphe. Il n'est autre que Bonardel à qui Tiphaine a suggéré"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.45", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nl'idée de se faire passer pour Louis XV, afin de prendre à Toinette les\nlettres de la marquise de Pompadour.\nToinette donne en effet ce qu'elle croit être les lettres et ce qui n'est\nque la pétition de son mari.\nBonardel va perdre sa place, et la marquise est furieuse, mais enfin\ntout s'explique, et tout ce monde de quiproquos finit par s'éclaircir à la\nsatisfaction de tous. La marquise reconquiert ses lettres, Gambillard\nmettra les armes de France sur son enseigne et ne sera plus jaloux,\nJeanne épousera Fortuné, et le chevalier de Maillé aura sa grâce.\nCette pièce est-elle absolument originale? peut-on la bien juger sur\nce rapide exposé? Non; mais MM. Orangé et Bernard ont été gais et\nsouvent spirituels, ce qui n'est pas un mince mérite.\nLeur pièce en vaut beaucoup d'autres, et j'avoue très sincèrement\navoir suivi avec intérêt les péripéties comiques qui composent leurs\ntrois actes, qui seraient absolument charmants s'ds étaient réduits à deux.\nM. Serpette a écrit une musique gracieuse sur ce livret qui procède\nde l'opéra comique et du vaudeville.\nIl a, sur ses rivaux compositeurs d'opérettes, l'avantage précieux de\nsavoir la musique. Parfois il manque de cette originalité baroque et\nbrutale commandée par les opéras bouffes. Aussi, le public n'a-t-il pas\npour lui les enthousiasmes qu'il exprime, sans les marchander, en écou-\ntant les Bu qui s'avance et autres rapsodies des maîtres du genre.\nLe jeune compositeur ne doit pas s'en plaindre. Car s'il est un public\npassionné pour le rhythme vulgaire, il en est un autre non moins nom-\nbreux pour lequel les détails d'une orchestration soignée ont quelque\nvaleur.\nIl y a beaucoup de qualités dans la partition de M. Serpette. Je citerai,\ndans le premier acte, la scène d'entrée, « Entre\\ » accom-\ngnée de dessins capricieux des hautbois, des clarinettes et des bassons,\net les couplets qui s'y enchaînent « dont l'or-\nchestration est infiniment piquante. Ces couplets, fort bien chantés par\nFugère, ont une allure excellente.\nEntre le premier et le second acte, M. Serpette a placé un petit menuet\nà la manière d'Haydn, qui est extrêmement intéressant.\nLe second acte contient, entre autres choses charmantes, des couplets\nchantés par madame Théo, « le Roi » et un trio «\nbruit » traités avec un égal bonheur.\nJ'aime aussi le mouvement du finale « Mes amis, quelle histoire. »\nC'est de la vraie musique de scène, qui va droit et vite son chemin.\nAu troisième acte, un petit duo nocturne « Comme moi, souviens-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntoii » et un chœur bouffon « Marchons au feu> sous les ordres d'un\ncordon-bleu, » sont les deux morceaux qui m'ont le plus particulière-\nment frappé.\nEn un mot, la partition de M. Serpette n'est pas une de ces choses qui\nfont époque, mais elle est une garantie de son talent et de son bon\ngoût.\nM. Daubray, digne successeur de Désiré, a des ahurissements, des\nexplosions, des tendresses d'une gaieté des plus communicatives. Il donne\nà Gambillard une physionomie Très plaisante.\nMadame Théo est la coquetterie, la mignardise mêmes. Sa mine futée\nest sa principale qualité.\nIl m'est pénible d'en dire ici ma façon de penser. Elle a l'air si mal-\nheureuse de forcer tout un public à l'entendre chanter, qu'elle mérite\nvraiment qu'on la traite avec des égards. Ce qui m'a le plus étonné,\nc'est qu'elle ait pu dire d'une façon presque artistique les couplets que\nje citais plus haut : « le Roi va venir. » Après en avoir cherché l'inexpli-\ncable raison, je me suis aperçu que madame Théo, dans ce passage, ne\nfaisait qu'imiter madame Judic. C'est à cela, sans doute, que tient l'im-\npression agréable que le public a ressentie.\nCette réserve faite, il m'est plus aisé de trouver inouï que la char-\nmante femme dont je parle s'illusionne au point de se croire capable de\ntenir un rôle d'opérette.\nCe sont là des erreurs, il esj vrai, que tous les grands esprits com-\nmettent.\nLes autres interprètes du Moulin du Vert-Galant tiennent convena-\nblement leurs rôles.\nLa mise en scène et les costumes sont beaucoup moins soignés que\nd'habitude. En résumé, la pièce aura, je pense, une belle carrière. Je la\nlui souhaite.\n\nR. de Saint-Arroman."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.47", "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS.\n'EXERCICE public des élèves du Conservatoire a eu lieu hier\navec le programme suivant :\nLes élèves instrumentistes, formant un orchestre très\nnombreux, ont fait entendre, sous la direction de M. Del-\ndevez, la symphonie en ré majeur, la marche de la Flûte\nenchantée, de Mozart, et l'ouverture d'Obéron, de Weber.\nCet orchestre a accompagné aussi tous les solistes et les\nchœurs.\nDeux lauréats de piano et violoncelle, du dernier concours, mademoiselle\nDebillemont et M. Hillemacher ont exécuté deux fragments de la première\nsonate de Rubinstein.\nLa partie vocale se composait de :\nLes stances de la Sapho de Gounod, chantées par mademoiselle Lafont,\ndeuxième prix de l'année dernière, et l'air du grand-prêtre de la Flûte en-\nchantée, par M. Denoyé.\nUn fort ténor, M. Sellier, a chanté avec les chœurs la scène de la révolte\nde Fernand Corte^.\nM. Talazac a interprété 1 air classique de Joseph, de Mehul, « Vainement\nPharaon ».\nDans la deuxième partie, quatre fragments de l'Armide, de Gluck, ont été\nchantés par les solistes Richard et mademoiselle Puisais, accompagnés par\nles chœurs.\nEnfin pour terminer, orchestre et chœur ont entonné le superbe Alléluia\ndu Messie, de Haendel."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOn étudie en ce moment, aux ministères des Beaux-Arts et du Com-\nmerce, deux combinaisons ayant pour but la création de différents théâtres\ndans 1 enceinte de la future Exposition universelle de 1878.\nA 1 occasion de 1 inauguration de la statue de Rameau, l'illustre compo-\nsiteur nommé à juste titre le père de la musique française, la ville de Dijon\nouvre, pour le io août prochain, un grand concours international d'orphéons\net de musiques, auquel sont conviées toutes les Sociétés françaises et étran-\ngères.\nOn vient de découvrir, dans les archives du théâtre de Raguse, l'origi-\nnal delà partition de la Norma, le chef-d'œuvre de Bellini, en quatre volumes\nde musique, écrits de la main de Bellini lui-même.\nCe manuscrit a été acheté 2,000 francs par le musée de la ville.\nUne nouvelle supplique va être adressée à la Chambre par les directeurs\nde théâtre, relativement au droit des pauvres. Cette demande, qui est signée\npar MM. Ritt et Larochelle, Plunkett, Victor Koning, Ch. Comte, Bertrand\net Raymond Deslandes, sera très vivement soutenue et par les membres de la\ndroite et par ceux de la gauche, tous d'accord pour réclamer l'annu-\nlation ou, tout au moins, une réforme importante de ce droit. MM. Tirard,\nRaouJ Du val, d'Osmoy, Janvier de la Motte, H. Lefèvre, etc., etc., doivent\nprendre la parole en faveur de MM. les directeurs.\nNotre collaborateur Arthur Pougin corrige en ce moment les épreuves\ndu premier volume du supplément de la Biographie universelle des Musi-\nciens. Ce premier volume, qui contiendra environ deux mille notices, paraî-\ntra à la librairie Firmin Didot dans le courant du mois de septembre prochain.\nVers la même époque, la librairie Charpentier mettra en vente un nouvel\nouvrage du même écrivain : Adolphe Adam, sa vie, sa carrière, ses Mé-\nmoires artistiques. Enfin, M. Pougin s'occupe aussi de la publication pro-\nchaine d un livre très intéressant et resté inédit depuis plus d'un siècle : nous\nvoulons parler d'une Histoire de ïAcadémie royale de musique, par les\nfrères Parfait, que notre collaborateur doit publier en l'accompagnant d'une\npréface et de notes nombreuses, d'après l'unique manuscrit connu de cet ou-\nvrage, qui existe à la Bibliothèque nationale.\nMardi dernier, 25 avril, le théâtre des Arts de Rouen a été réduit en\ncendres par un épouvantable incendie, qui n'a pas fait moins de vingt vic-\ntimes. Hamlet était annoncé pour la représentation du soir. Le feu allumé\ndans les frises par un jet de gaz, a éclaté une demi-heure environ avant le\nlever du rideau. Les artistes, les choristes, les figurants (ceux-ci composés en\ngrande partie des soldats de la garnison) s'habillaient dans leurs loges où la\ntumée et la flamme sont venues subitement les surprendre. Quelques-uns ont\npu se jeter par les fenêtres, sur des matelas apportés en hâte par les habi-\ntants : d'autres ont péri asphyxiés et carbonisés. Le contralto, mademoiselle\nBarbot et le baryton Guillemot sont les seuls premiers sujets qui aient été"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.49", "texte": "VARIA\n\nblessés. Le théâtre des Arts, actuellement dirigé par M. Lemoigne, a été inau-\nguré en 1776, au mois de juin, par une représentation du Cid. De nom-\nbreuses souscriptions s'ouvrent pour venir en aide aide aux familles des\nmorts. M. Halanzier a offert ses artistes à M. Lemoigne pour une représen-\ntion de la Favorite, qui aura lieu dans le même but de charité au Cirque de\nRouen.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Gueymard quitte définitivement l'Opéra\nde Paris, pour suivre la carrière italienne.\nOn pousse avec la plus grande activité les répétitions du ballet\nde M. Delibes, Sylvia, qui sera donné pour la rentrée de made-\nmoiselle Sangalli.\nEn même temps, on remonte Robert le Diable et le Prophète, dont les\ndécors sont prêts.\nThéâtre-Italien. M. Escudier vient d'engager madame Patti pour la\nsaison prochaine, à raison de 5,000 francs par soirée. Elle débutera dans\nla ciel Destino.\nlhéâtre National Lyrique. Voici la distribution complète de Dimitri)\ndont la première représentation est annoncé pour le 3 mai.\nDimitri MM. Duchesne\nLusace Lassalle (de l'Opéra)\nJob Mayan\nLe Prieur Comte\nLe Roi Lepers\nUn officier Watson\nUn tsigane Regraffe\nMarpha Mesdames Engalli\nMarina Zina Dalti\nWanda Belgirard\nAu troisième acte, grand ballet réglé par M. Justamant.\nOn prépare aussi le Sourd, d'Adolphe Adam. Cet ouvrage doit être joué\nen même temps que le Magnifique, l'opéra couronné au concours de 1869.\nOpéra-Comique. - Les répétitions de Philémon et Baucis, de Gounod,\nse poursuivent avec activité.\nL'opéra comique les Amoureux de Catherine, de M. J. Barbier, pour les\nparoles, et de M. Henri Maréchal, pour la musique, passera vers le 10 mai.\nLes répétitions sont très avancées.\nEnfin, il est question de monter la Clé d'or, l'opéra de MM. Octave Eeuillet\net Eugène Gautier."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760501-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis. Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Lafayette, 6i,\nPropriétaire-Gérant ; 041\\^THU HE ULHo/î Z).\n\nVariétés. —La Boulangère a des écus, l'opérette bouffe de MM. Meilhac,\nHalévy et Offenbach, a été reprise.\nOn a fait quelques changements à cette pièce. Le rôle principal est inter-\nprété par Thérésa.\nFolies-Dramatiques. Aux Mirlitons succédera une brillante reprise des\nCanotiers de la Seine, de notre collaborateur A. Dupeuty.\nConcerts-Besselièvre. La réouverture du concert des Champs-Elysées\nest annoncée pour le dimanche 3o avril.\nLes mardi et vendredi, grande fête.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}