{"numero_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_sha256": "c8bf35300f065bfe43e4cff05d1a410f72bd44a3ef7088bf761803f4fdcaffdb", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1876/05/15_01/bmtnabc_1876-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1876/05/15_01/bmtnabc_1876-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[153]", "page_fin": "162", "image_debut": 1, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.2.1", "titre_corps": "LE COMPÈRE DE LA MORT", "titre_sommaire": "LE COMPÈRE DE LA MORT", "signature_source": "CHARLES DEULIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[153]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 596, "texte": "LE COMPÈRE DE LA MORT\n\n(i)\nI\nu temps jadis, il y avait un gros\ncensier, nommé Jean-Philippe, qui\ndemeurait au hameau du Quesne-\nRaoult, à quatre portées de fronde\nde Condé-sur-TEscaut.\nIl ne faut point confondre le\nQuesne-Raoult avec la Queue-de-\nl'Agache : tous les deux dépendent\nde Macou, mais l'un est à gauche\net l'autre à droite de la grand'route\nde Gane.\nJean-Philippe avait une femme\net douze gars, forts comme des\narches de moulin ; lui-même, quoique grisonnant, était encore aussi\ndroit qu'un peuplier.\n\n(1) On se rappelle qu'il y a deux ans, dans son Histoire de quelques Contes bleus>"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "Or) il arriva que, pour ses étrennes, sa femme lui fit cadeau d'un\ntreizième garçon qui ne promettait point de ressembler à ses frètes.\n- Tu es maigrelot comme un chat de mai, mon pauvre petit, dit\nJean-Philippe, et, de plus, tu os le numéro treize, qui est un mauvais\nnuméro. Tu n'as pas de chance, mais je sais un bon moyen de conjurer\nle sort, c'est de te donner un homme juste pour parrain. Il ne sera point\nmalaisé de le trouver parmi les voisins.\nJean-Philippe les passa tous en revue : par malheur l'un avait essayé\nde lui voler six verges de terres, un autre lui avait tué ses poules, un\ntroisième trichait en jouant aux cartes, le dimanche après vêpres, au ca-\nbaret du Coq-Hardy.\n« Bah! j'en dénicherai bien un à Macou! » se dit Jean-Philippe. Il\npesa dans sa balance les gens de Macou, puis de Condé, et les rejeta\ntous, qui pour une raison, qui pour une autre. M. le juge de paix et\nM. le curé de Condé lui-même ne trouvèrent point grâce à ses yeux.\nEn ce temps là, M. le juge de paix, pour aller plus vite, apportait à\nl'audience ses jugements tout faits; et, au catéchisme, M. le curé donnait\nla première place au fils de M. le bourgmestre, qui, sauf votre respect,\nétait un âne.\nLe gros censier se gratta la tête.\n« Ce n'est point aussi facile que je le cioyais, se dit-il; tenons\nconseil. »\nIl réunit sa femme et ses fils, et leur exposa le cas.\nAprès mûre délibération, il fut décidé que, puisqu'on n'avait pu dé-\ncouvrir un homme juste en Flandre, on irait en chercher un en Bel-\ngique.\nLes Belges, qui sont gens de commerce, parlent trop souvent d'hon-\nnêteté et de justice pour n'en point avoir bonne provision.\nLe lendemain donc, de grand matin, Jean-Philippe boucla ses guêtres,\nprit sa crosse et se mit en route. Il marcha trois jours et trois nuits,\ns'enquérant partout; mais nulle part il ne rencontra la justice : il n'en\nvit que l'apparence.\n\nnotre collaborateur Charles Deulin a raconté que son Compère de la Mort était la\nversion flamande du Crispino e la Comare. A ce titre, ce conte ne peut manquer\nd'intéresser vivement nos lecteurs.\nLa librairie Dentu va mettre en vente la huitième édition, revue et corrigée, des\nContes d'un Buveur de bière. Nous en profitons pour donner le Compère de la\nMort comme échantillon de ce charmant volume, dont Sainte-Beuve a fait un si grand\néloge."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.3", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "Les Belges les plus délicats avaient tous quelque peccadille sur la\nconscience. Peut-être aussi Jean-Philippe était-il trop difficile.\nEnfin il arriva dans la ville de Bruxelles en Brabant. Comme il se\npromenait par les rues, il avisa une grande et belle maison sur laquelle\nces mots étaient écrits : Palais de JusJean-Philippe remercia le ciel\nde savoir lire et sentit son cœur soulagé.\né\n« Je n'ai point perdu mes pas, se dit-il. Il ne faut mie se demander si\nle maître de céans est un homme juste. Entrons. »\nIl entra et vit beaucoup de monde rassemblé dans une vaste salle.\nAu fond étaient assis en demi-cercle plusieurs personnages à l'air\ngrave, vêtus de longues robes noires et coiffés de toques. En face d'eux,\nun vieil homme à grande barbe se promenait de long en large, comme un\nours en cage.\nTout à coup, celui qui semblait être le président, vu qu'il avait un\ngalon d'argent à son bonnet, dit à voix haute :\nL'audience est ouverte. Gendarmes, faites asseoir l'accusé, savez-\nvous.\nLes gendarmes voulurent obéir, mais comme poussé par une force su-\npérieure, l'homme les renversa par terre et continua sa promenade. Les\ngendarmes se tinrent prudemment à l'écart.\nVotre nom? dit le président.\nL'accusé, d'une voix chevrotante, répondit sur un air bien connu :\nIsaac Laquedem\nPour nom me fut donné r\nNé à Jérusalem,\nVille bien renommée ;\nOui, c'est moi, mes enfants,\nÇhii suis le Juif errant.\nVotre âge?\nLa vieillesse me gène,\nJ'ai bien dix huit cents ans\nChose sûre et certaine,\nJe passe encore ans :\nJ'avais douje ans pas sés\nQiiand Jésus-Christ est né.\nQuels sont vos moyens d'existence?\n--Je n'ai point de ressource,\nEn maison ni en bien;"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "J'ai cinq sous dans ma bourse,\nVoilà tout mon moyen;\nEn tout lieu, en tout temps\nJ'en ai toujours autant.\n« Vous avez été trouvé celle nuit en état de vagabondage. Qu'avez-\nvous à dire pour votre défense?\nMessieurs y je vous proteste\nQue j'ai bien du malheur ;\nJamais je ne m'arrête,\nNi ici, ni ailleurs :\nPar beau ou mauvais temps\nJe marche incessamment.\nC est tout ce que vous avez à répondre?... Gendarmes, conduisez-\nle en prison, savez-vous.\nL'étemel marcheur suivit les gendarmes en souriant dans sa grande\nbarbe.\nJean-Philippe s'éloigna tout songeur.\n« Voilà donc comme on rend la justice dans son palais ! se dit-il. Dieu\na condamné cet homme à marcher jusqu'au jugement dernier et on le\ncondamne à s'arrêter. On met les lois humaines au-dessus de la loi di-\nvine. Non, ce n est point dans le Palais de Justice de Bruxelles que je\npourrai trouver mon homme! »\nIl sortit de la ville. Le soir tombait. Jean—Philippe entendit des pas\nderiière lui. 11 se îetourna, et, à la rapidité de la marche, il reconnut le\nJuif errant. Il s'approcha de lui et dit :\nBon homme ! vous qui marchez depuis dix-huit cents ans, n'avez-\nvous jamais rencontré un homme juste?\nJe n'en ai jamais rencontré qu'un seul, répondit Isaac, et on l'a\ncrucifié. Encore cet homme était-il un Dieu!\nII\nIl n'y avait donc jamais eu un seul homme juste sous le ciel! Jean-\nPhilippe était désolé. 11 reprit le chemin du Quesne-Raoult.\nVers minuit, à l'entrée de la forêt Beaudour, il éprouva le besoin de\numer une pipe. Il chercha sa blague; elle avait disparu. C'était une\nbelle blague en cuivre jaune, comme son étui, et dont il se servait depuis\nplus de trente ans."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.5", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "Le censierse rappela qu'au Palais de Justice il avait cru sentir une\nmain furtive se glisser dans sa poche. Il comprit pourquoi la Justice\navait une si grande maison : elle ne devait point y chômer de besogne.\nPar bonheur, il vit venir à lui un homme qui, au clair des étoiles, lui\nparut haut comme une perche à houblon. Cet homme portait une faux\naussi longue que sa personne. Jean-Philippe l'arrêta :\nQui que vous soyez, l'homme de Dieu, lui dit-il ne pourriez-vous\nme faire 1 amitié d une pipe de tabac ? On m'a volé ma blague dans le\nPalais de Justice de Bruxelles.\nLe faucheur, sans mot dire, tira sa blague et la présenta à Jean-Phi-\nlippe. Le gros censier bourra sa pipe et battit le briquet. Ce faisant, il\neut le temps d'examiner l'inconnu.\nLe crâne chauve et luisant, les yeux petits et enfoncés sous l'orbite,\nle nez plat, la bouche démesurément grande et garnie de quelques dents\njaunes, les joues creuses, la peau desséchée, on eût dit un squelette\néchappé du cimetière. L'étranger paraissait encore plus vieux que le\nJuif-Errant, et, à chacun de ses mouvements, ses membres claquaient\ncomme les chandelles de bois que le vent ballotte à la montre des\népiciers.\nMerci, grand-père, lui dit Jean-Philippe en lui rendant sa blague.\nM'est avis que les faucheurs ne gagnent point gros par ici.\nPourquoi ça?\nParce qu'à vous voir on dirait qu'ils ne mangent mie tout leur\nsoûl Vous voilà maigre comme un chapon de rente. Soignez-vous, c'est\nmoi qui vous le conseille, ou vous ne ferez point de vieux os.\nSois sans inquiétude, fieu : mes os enterreront les tiens.\nEt les petits yeux du vieillard pétillèrent comme une pincée de sel dans\nle feu. 11 reprit :\nQue fais-tu par ici, à cette heure ?\nMa femme m'a étrenné d'un treizième garçon, et le pauvre culot\nest gros comme une ablette. Voulant conjurer le mauvais sort, je me suis\nmis en idée de lui chercher un homme juste pour parrain... Voilà trois\njours et trois nuits que je marche.\nEt tu n'as rien trouvé ?\nRien. Je n'aurais jamais cru que le compère fût si rare.\nL'inconnu fit une grimace qui avait l'air d'un sourire.\nI' Veux-tu de moi ?\nToi !... Est-ce que tu serais un homme juste?... Au fait, tues bien\nassez maigre pour cela. Comment t'appelles-tu ?\nJe m'appelle La Mort."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "La Mort!... Diable ! Ainsi, c'est vous qui?..\nOui fieu, c'est moi qui...\nAh !... Eh bien! vous avez raison. La Mort est juste : sa faux\nmoissonne indistinctement le riche et le pauvre. Tope, compère, et nous\nboirons canette. Je vous promets un baptême qui sera digne du parrain.\nA quand le baptême ?\nA dimanche, au Quesne-Raoult, à quatre portées de crosse de\nCondé. Vous demanderez Jean-Philippe, le gros censier.\nC'est dit. Bonsoir, compère.\nBonne nuit, la Mort.\nLes nouveaux amis se séparèrent.\nIII\nJean-Philippe rentra, le cœur et le pied légers, au Quesne-Raoult.\nFemme, dit-il à la censière, j'ai trouvé un fameux parrain, et s'il\nprotège notre petit fïeu, le gars ne mourra point en nourrice.\nComme les femmes s'effrayent de tout, il ne s'expliqua point da-\nvantage.\nAu jour convenu, pour faire fête à son compère, Jean-Philippe mit sa\nculotte de velours vert-bouteille, ses souliers à boucles d'argent, sa veste\nde bouracan. Sa femme, ses fils, ainsi que la marraine, avaient aussi re-\nvêtu leurs habits de gala.\nLe parrain arriva paré d'une grande houppelande qui flottait autour\nde sa personne comme un voile le long d'un mât, lorsque le vent vient à\nchoir. Il fut généralement trouvé maigre, mais on avoua qu'il avait\nl'air cossu.\nLe baptême se fit à Condé, car, à cette époque, il n'y avait point\nencore de chapelle à Macou, et grand-père Jacob joua l'air du Roi\nDagobert sur le carillon de la collégiale.\nLe dîner, servi par madame Jean-Philippe, fut si splendide qu'on s'en\nsouvient encore dans le pays. La censière avait tué son cochon pour cette\nsolennité.\nElle mit d'abord sur la table une soupe au petit salé, si épaisse que la\ncuiller s'y tenait debout; puis, comme hors-d'œuvre, elle apporta des\nsaucisses, du boudin, du saucisson et des andouilles. Les entrées con-\nsistaient en côtelettes de cochon, pieds de cochon panés et rognons de"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.7", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "cochon sautés. Pour le deuxième service, on vit apparaître une épinée\nde cochon et un rôti d'osons .. je yeux dire d'oisons d'Hergnies, farcis\nde chair à saucisses et flanqués de deux canards; puis un plat de choux\nde Bruxelles au lard et une purée de haricots au lard. Au milieu de la\ntable se prélassait un superbe cochon de lait.\nLe tout fut arrosé d'.un nombre incalculable de pots de vieille bière\nbrune. Au dessert, pour varier, on but un brassin de bière blanche. Le\ndessert offrait un beau coup d'œil. On y voyait une énorme goyère et\nune tarte aux pommes large comme la lune : toutes deux accompagnées\nd'assiettes de cailloux de cauchie, de couques sucrées et de carrés de\nLille.\n/\nC'était le dimanche de l'Epiphanie, ef la veille, au marché de Gondé,\nmadame Jean-Philippe avait acheté chez Rousseli pour un sou de billets\nde Rois. On fit donc d'une pierre deux coups : après le bénédicité-, on\nmêla les billets dans le chapeau du parrain, et on tira les Rois.\nC'est la Mort qui fut le roi, et Jean-Philippe le fou. On cria : « Roi\nboit! « chaque fois que la Mort vida son verre.\nIl fut crié, tout compte fait, cent quatre-vingt-dix-neuf fois.\nC'était plaisir de voir manger la Mort. Il mangeait autant à lui seul\nque ses quinze convives, tous Flamands. Jean-Philippe se frottait les\nmains d'aise et pensait tout bas qu'on n'a mie tort de dire que la Mort\nengloutit tout. Il ne pouvait pourtant s'empêcher d'envier un peu son\nappétit.\nQuand on en vint au café, sa gaieté fut au comble, et, d'une voix\naussi forte que la voix d'un bœuf, il chanta la Flûte à Mathurin avec\nune fausseté remarquable. Il aurait volontiers tapé sur le ventre de son\ncompère, mais par malheur son compère n'avait point de ventre.\nComme il n'est si belle fête qui ne finisse, à dix heures du soir, lors-\nque le couvre-feu sonna à Condé, on but le verre de l'étrier, et, après\navoir embrassé sa commère et fait risette à son filleul, la Mort prit congé\nde la famille. Jean-Philippe voulut reconduire son compère un bout de\nchemin. Ils partirent bras dessus, bras dessous, en chantonnant.\nDe temps en temps on s'arrêtait pour réciter une prière, comme on\ndit chez nous, dans les chapelles de la route, ce qui signifie pour boire\nune pinte, et allumer une pipe dans les cabarets où l'on voyait de la\nlumière.\nLes chapelles brillaient dans la nuit aussi nombreuses que les étoiles,\ncar tout le monde tirait les Rois, y compris les gardes champêtres.\nAh ça, compère, dit le gros censier en devisant de choses et d'au-\ntres, vous devez avoir une rude besogne tout de même, et votre métier"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "est plus dur que celui de fermier. Je ne m'étonne plus que vous soyez\nsi maigre, bien que vous mangiez dru. Combien fauchez-vous de têtes\npar jour, en moyenne ?\nEn moyenne, soixante mille.\nEt combien en avez-vous fauché ce matin?\nPas une.\nEh bien! voilà soixante mille chrétiens qui me doivent une fière\nchandelle.\nOh! fieu, je n'avais point d'ouvrage aujourd'hui ! J'ai comme cela\ntrois ou quatre jours de chômage par an,\nMais comment pouvez-vous savoir quand sonne l'heure de chaque\nmortel?\nViens jusque chez nous, tu le verras de tes yeux.\nChez vous ! oh ! c'est trop loin.\nNous n'en sommes plus qu'à trois portées de flèche.\nIls approchaient, en effet, de la forêt de Beaudour. De chapelle en\nchapelle, Jean-Philippe avait marché six heures sans s'en douter. Il\ns'aperçut qu'il. chancelait un peu, quand on arriva à la maison du\nparrain.\nIV\nLa maison du parrain était une pauvre hutte où 1 011 voyait, pour\ntout ornement, la grande faux qui, aux rayons de la lune, luisait comme\nune faux d'argent.\nPour un maître ouvrier tel que vous, dit le gros censier, il faut\navouer que vous n'êtes pas très bien logé.\nBah! ce n'est mie l'habit qui fait le moine, ni le pot qui fait la\nbière ! lui dit la Mort ; et d'ailleurs je suis garçon. Descendons.\nIl prit sa faux, son marteau, sa pierre et souleva une trappe. Jean-\nPhilippe le suivit. Ils descendirent, descendirent, descendirent tant,\nqu'il sembla au gros censier qu'ils étaient parvenus au centre du\nmonde.\nL'escalier était très roide et fort obscur, et Jean-Philippe manqua\nplusieurs fois d'haleine; mais la curiosité le soutint.\nIls s'arrêtèrent enfin devant une porte de fer. La Mort prit une grosse\nclet à sa ceinture et l'ouvrit. Soudain ils furent inondés de lumière.\nJean-Philippe, ébloui, ferma les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, il vit devant"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.9", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "lui une longue enfilade d'immenses galeries où brillaient des milliards\nde lampes.\nIl y avait des lampes d'or, des lampes de vermeil, des lampes d'argent,\ndes lampes de cuivre, des lampes d'airain, des lampes de blanc fer;\nbref, des lampes de tout métal, depuis le plus précieux jusqu'au plus\nvil.\nElles étaient pendues à la voûte, accrochées aux murs, étagées sur\ndes gradins de porphyre, et, chose singulière, leurs clartés ne se con-\nfondaient point : on distinguait sans peine le rayonnement de chaque\nlampe.\nQu'est-ce que cela, Jésus, myn God ? fit Jean-Philippe.\nTu vois les lampes de tous les mortels. Ceci est le grand lampadaire\nde la vie. Quand une de ces lumières vient à mourir, c'est qu'un être\ndoit s'éteindre là-haut.\nAh! que c'est curieux! Ainsi les lampes d'or?...\nSont les lampes des rois ; les lampes de vermeil, des princes ; les\nlampes d'argent, des ducs ; les lampes de cuivre, des comtes ; et ainsi de\nsuite jusqu'aux lampes de fer, qui sont les lampes du menu peuple.\nLe gros censier se promena quelque temps avec ravissement. Il re-\nmarqua les lampes de plusieurs très hauts et très orgueilleux seigneurs\nqu'on aurait crues pleines d'huile et dont les lumignons commençaient\nà rougir. En général, c'étaient les plus riches qui donnaient le moins\nde clarté.\nCelle de toutes qui, sans contredit, brillait de l'éclat le plus vif, était\nun vieux et misérable crassetde forme antique. Jean-Philippe reconnut\nla lampe d'lsaac Laquedem.\nQuand ses yeux eurent assez joui de ce spectacle :\nMon compère, dit-il, je voudrais bien voir les lampes des gens du\nQuesne-Raoult,\nPremière galerie, troisième section, à gauche.\nEt la Mort se mit à rabattre sa faux.\nLes coups de marteau se succédaient en cadence, et, de temps à autre,\nune exclamation de surprise ou un éclat de rire retentissait dans la pre-\nmière galerie. C'était le résultat des découvertes de Jean-Philippe.\nSoudain il reparut tout effaré.\nCompère, fit-il mystérieusement, je viens vous prévenir que ma\nlampe baisse.\nJe le sais bien, fieu, dit la Mort sans se déranger.\nAh!... fit le gros censier, surpris de sa tranquillité. C'est-il un\nsigne que je vais bientôt?..."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1713, "texte": "Parbleu !\nMais ce n'est point pour moi que vous?,..\nSi, fieu.\nEt la Mort continua de rabattre sa faux.\nDiable !... fit Jean-Philippe. Il poussa le faucheur du coude, et,\nen clignant de l'œil, lui glissa ces mots dans l'oreille :\nDites donc, mon compère, est-ce que nous ne pourrions mie, là,\nentre nous, y remettre un peu d'nuile? Ça me rendrait un fier service.\nY remettre de l'huile ! Qu'est ce que tu me demandes là?\n- Bah ! nous sommes seuls et le bon Dieu n'y verra que du feu.\nPour qui me prends-tu? Dis tes patenôtres, fieu.\nEntre amis !\n- Amis tant que tu voudras, mais dis tes patenôtres.\n■— Rien qu'un tout petit peu!\nAllons, pas tant de contes !\nJe ne demande qu'à aller jusqu'au mercredi des cendres : histoire\nde faire carnaval ensemble. Je vous invite pour le mardi gras. Vous\nverrez quelle noce! nous boirons plus de deux cents chopes chacun.\nNous nous masquerons en bossus et nous irons nous faire sabouler à\nCondé.\nVoilà que j ai fini; je t'en préviens.\nSi peu que point!... Vous en prendrez dans la grosse lampe de\nM. le Curé de Condé, qui déborde et qui luit si mal.\nDésolé, mon camarade, mais ça m'est impossible.\nQu'est-ce que ça peut vous faire? M. le curé est un saint homme,\nil n'en ira qu'un peu plus vite en paradis!\nNon, fieu, non, il faut sauter le pas. Quand tu étais en quête d'un\nhomme juste, personne, pas même le juge de paix de Condé,\nn'avait à tes yeux la conscience assez nette; et tu n'as pas plutôt trouvé\nton homme que tu veux le corrompre en lui payant des chopes. Tu es\nencore un drôle de chrétien, toi!\nJean-Philippe allait répondre, mais tout à coup on entendit un pé-\ntillement dans la première galerie.\nSa lampe s'était éteinte.\n\nCHARLES DEULIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "163", "page_fin": "172", "image_debut": 11, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.2.2", "titre_corps": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE", "titre_sommaire": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1261, "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\nLES SAULNIER\n\n(i)\nII\nADEMOISELLE Saulnier cessa de danser aux vacances de\nPâques 1794, pour employer le vieux style admis\navant la Révolution. Elle avait, au moment de sa re-\ntraite, un traitement de 10,000 ir. ainsi répartis :\n3,000 fixes, 4,000 de gratification annuelle, et 3,000\nde gratifications trimestrielles ; depuis le jour de sa ré-\nception comme première danseuse noble jusqu'à l'année qui précéda\nson départ, ses appointements étaient restés fixés à 7,000 livres, mais il\ny avait eu alors une augmentation générale sur tous les traitements,\nmotivée sans doute par renchérissement de toutes choses. Depuis 1789,\nelle partageait la place de premier sujet dans le genre sérieux avec une\nnouvelle venue qui avait débuté en septembre 1786, mademoiselle Rose\nMiller, qui devint par la suite madame Gardel et qui avait juste\nles mêmes émoluments. La remplaçante de mademoiselle Saulnier fut\nune jeune et jolie personne engagée seulement de l'année précédente,\ncharmante danseuse et femme plus séduisante encore, la belle Clotilde\nque Boïeldieu épousera, pour son malheur, en un jour de délire pas-\nsionnel, et qui est restée aussi célèbre par ses succès d'artiste que par\nses exploits amoureux.\n\n(1) Voir le numéro du ler avril."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "LesSaulnier formèrent une véritable tribu dansante à l'Académie de\nmusique depuis le milieu du siècle dernier jusqu'au commencement du\nnôtre. Outre ces deux sœurs, les états d'appointements et autres docu-\nments des archives de l'Opéra prouvent encore l'existence d'au moins\ndeux danseurs et deux danseuses de ce nom. Il serait assez difficile d'éta-\nblir la parenté exacte de tous ces Saulnier entre eux, cette dynastie\ndurant près d'un siècle, mais il est curieux de relever les états de ser-\nvice de chacun d'eux, de façon à connaître leur talent d'après la carrière\nqu'ils ont parcourue et à distinguer la parenté, vraie ou artistique, qu'ils\navaient les uns avec les autres. Ce petit travail généalogique est rédigé\nd'après les états d'appointements ou d'émargements, registres adminis-\ntratifs et correspondances ministérielles que M. Nuitter a bien voulu\nmettre à notre disposition.\nLe premier Saulnier dont nous ayons connaissance n'était certaine-\nment pas le premier qui dansât à l'Opéra, car il est marqué sous le nom\nde Saulnier fils, ce qui indique suffisamment que son père ou sa mère\nl'avait précédé dans la carrière chorégraphique. Voici l'état exact de ses\nservices, d'après le Manuscrit Amelot (i) : « Saulnier fils. Danseur\nfigurant. Entré à l'Opéra en avril 1746, aux appointements de 200 livres,\na quitté en 1747. Rentré en 1749, à raison de 300 livres. A Pâques\n1750, il lui a été accordé 100 livres d'augmentation d'appointements, et\nà Pâques 1752., 100 livres de gratification annuelle. Supprimé au mois\nde juin 1752. » Il fut en effet rayé des états pour être parti sans permis-\nsion en mai 1752.\nViennent ensuite les deux sœurs Saulnier, dont il a été assez parlé\npour qu'il soit superflu de revenir sur leur compte. Je rappellerai seule-\nment que l'aînée resta à l'Opéra, dans un rang inférieur, de 1775 à 1783\nou 84; et que la cadette, Victoire, qui illustra le nom de Saulnier par\nses triomphes, y demeura juste dix ans, de 1784 à 1794.\nA partir de 1786, un Saulnier est porté sur les états comme « danseur\nfigurant » à 600 livres d'appointements : était-ce un frère, oncle ou cou-\nsin des précédentes. Voici quelques extraits du Journal de Francœur\nqui le concernent: « 12 novembre 1787. Comité. Convenu que les ap-\npointements des personnes cy-après ne seront payés que jusqu'au i 5 du\n\n(i) Ce manuscrit est habituellement désigné sous ce titre parce qu'il provient de\npapiers ayant appartenu au ministre de la maison du roi, Amelot. L'original du\nmanuscrit, qui faisait partie des précieux papiers de Beffara, a été détruit dans l'in-\ncendie de L'Hôtel de Ville; mais M. Nuitter Lavait fait copier, et cette copie se\ntrouve actuellement aux archives de l'Opéra, comme tous les papiers, lettres et\narrêts cités ou résumés dans notre article."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "présent mois, leur congé pour Londres commençant le 12. MM. Vestris,\nJacotot, Saulnier, Coullon, et mesdemoiselles Coullon, Hilisberg\nVanloo et Méziêre l'ainéequi tous ont partie ledit jour 12 novembre. »\nseur, resté à Londres sans congé, sera supprimé des éiats. » —Ainsi\nfut fait sur les états de l'année 1788-89: ce danseur ne passa donc à\nl'Opéra que deux à trois ans.\nAprès les deux sœurs susnommées, deux autres parurent à l'Opéra\nqui sont certainement leurs parentes, sans qu'on puisse dire à quel de-\ngré. L'aînée débuta à 1 Opéra, en germinal ou floréal an IV (1796), par\nle rôle de Calypso, créé et illustré par mademoiselle Victoire Saulnier,\ndans le ballet de Télémaque, puis par celui de Vénus, de Psyché. Cette\njeune fille, qui n'avait que dix-sept printemps, s'appelait Marie-Jeanne\nSaulnier et répondait à l'abréviation familière de Mimi; elle fut reçue\nen qualité de première double et conserva ce rang pendant Pan V et l'an\nVI, aux appointements de 3,800 livres, dont 800 de gratification, qui\nfurent réduits à moitié.\nAu mois de floréal an VI (mai 1798), la citoyenne Saulnier adressait\ndeux lettres, Tune aux citoyens administrateurs composant Je comité du\nthéâtre des Arts, l'autre au citoyen ministre de l'lntérieur, Letourneux,\npour réclamer une augmentation de traitement et réparation de toutes\nles injustices qu'elle avait subies et qui l'auraient décidée à partir pour\nl'Espagne, disait-elle, si le citoyen Bénézech, alors ministre, ne l'en\navait empêchée en lui promettant de faire cesser « l'état de nullité » dans\nlequel on la laissait. « Après des sacrifices énormes et un travail pénible\nde dix ans, disait-elle, je suis parvenue à débuter au théâtre de la Ré-\npublique et des Arts, il y a plus de deux ans, dans le genre sérieux, tant\ndans la danse que dans la pantomime. Les applaudissements soutenus\nque j'ai obtenus et les éloges que les papiers publics ont fait de moi ont\ndû me faire croire que j'avais été assez heureuse pour plaire générale-\nment; d'abord mes appointements furent modiques, je n'eus pas l'agré-\nment de paraître aussi souvent que je l'aurais désiré, mais l'espoir de\nvoir réparer un jour ces deux injustices (que je devais à un règlement,\nqui aurait dû disparaître comme tous les abus dont les administrations\nfrançaises étaient infestées) n'abattirent point mon courage, etc... »\nLe résultat presque immédiat de cette double réclamation fut la rédac-\ntion d'un nouveau traité, en date du 11 frimaire an VI (ier décembre\n1798), par lequel « Marie-Jeanne Saulnier, âgée de 19 ans, née à Paris,\ndemeurant rue de Louvois, deuxième arrondissement, entrée en Tan IV\nen qualité d'artiste de danse et ayant servi trois ans sans discontinuité,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "renouvelait son engagement au titre de double, au prix annuel de 5,000\nfrancs, dont moitié fixe et moitié variable. »\nSix mois n'étaient pas écoulés depuis la signature de ce traité, que ma-\ndemoiselle Saulnier, demeurant rue de Louvois, maison Benoist, adres-\nsait au ministre une lettre, datée du 21 floréal an VII (10 mai 1790),\npour renouveler ses plaintes sur la modicité de ses appointements et\nl'humilité de sa situation. Réclamer sert toujours à quelque chose, car\npresque immédiatement après cette nouvelle requête, la danseuse obtint\nla place de premier remplacement pour le genre sérieux, avec 3,500\nfrancs d'appointements et 36 de feux. Elle est ainsi marquée sur les états\npour Tan VIII, mais dès l'année suivante, son traitement fut porté à\n5,500 avec 18 francs de feux.\nPeu après parut sur la scène de l'Opéra une nouvelle Saulnier, nom-\nmée Victoire et sœur cadette de Marie-Jeanne : elle était née en 1784,\nl'année même où la première Victoire Saulnier débutait à l'Opéra. Cette\ndernière venue était encore une élève de Gardel : l'hérédité du prénom\nde Victoire et le soin qu'elle eut, comme sa sœur, de choisir pour débu-\nter le même rôle de Calypso, créé avec éclat par la grande Victoire Saul-\nnier, montrent bien qu'il y avait une assez proche parenté entre toutes\nces danseuses, Pierre Gardel adressa une requête à M. de Luçay, premier\npréfet du palais, afin d'obtenir une autorisation de début pour son éco-\nlière, qu'il avait eu déjà l'honneur de lui présenter. « Sa belle taille, sa\nfigure plus belle encore, son amour pour son talent pouvaient faire\nespérer que le public accorderait à mademoiselle Saulnier l'indulgence\nà laquelle ont droit tous les débutants. » Elle se préparait à tenir l'em-\nploi de la première danseuse noble, mademoiselle Clotilde, « qui lui\navait très honnêtement permis de jouer le rôle de Calypso dans le ballet\nde Télémaque et Vénus dans celui de Paris. » La permission de début\nfut accordée sous cette condition expresse que la jeune danseuse était\nprête à danser au moins trois rôles : l'autorisation est datée du 5 vendé-\nmiaire an XIII (27 septembre 1804), et quinze jours après, mademoi-\nselle Victoire Saulnier effectuait son premier début, le jeudi 9 oc-\ntobre 1804.\n« Mademoiselle Saulnier cadette, dit le Journal de Paris, qui débuta\nhier dans le ballet du troisième acte de Dardannus, et qui remplit en-\nsuite le rôle de Calypso dans celui de Télémaque, est une jeune et très\nbelle personne, qui paraît avoir d'assez bons principes ; mais dont on ne\nsauroit encore juger le talent. Elle n'a dansé qu'un seul pas, et il ne fal-\nloit, pour y réussir, qu'une belle représentation et quelque aplomb.\nComme pantomime, cette débutante laisse encore à désirer; ses gestes"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.15", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "sont faciles, ses développements gracieux, mais elle ne les varie pas en-\ncore assez et l'on y reconnaît un peu trop la leçon du maître. Quoi qu'il\nen soit, ce début donne des espérances. » Elle parut ensuite, le jeudi 11,\ndans le second acte d'lphigénie en Aulide, puis le jeudi 28, dans le se-\ncond acte de la Caravane du Caire, tout en dansant toujours Calypso à\ncôté de Télémaque-Vestris, dans le ballet de ce nom.\nUn nouvel ordre du préfet du palais, en date du 10 floréal an XIII\n(3o avril i8o5), permettait ou plutôt ordonnait à mademoiselle\nSaulnier de danser différents pas de l'emploi de mademoiselle Clo-\ntilde, pour mieux faire juger de son talent purement chorégraphique,\ndanse, pantomimes. Elle avait déjà subi cette épreuve à plusieurs fois, et\npour lui épargner ce nouveau stage, Gardel adressa une très longue lettre\nau directeur Bonnet de Treiches, où il plaidait chaleureusement la cause\nde son élève, où il énumérait tous les rôles qu'elle avait déjà joués ou\nmimés à la satisfaction générale. Le directeur transmit ces observations\nau ministre en les approuvant, et celui-ci rendit alors un arrêté par lequel\n« les débuts de mademoiselle Saulnier comme mime et comme danseuse\nétant terminés, e)le était admise en qualité de double. » Elle figure\nen effet sur les états de l'année suivante, an XIV (1806), comme la der-\nnière des doubles, appointée à 2,400 francs.\nLorsqu'en 1807, Noverre publia la seconde édition de ses Lettres sur\nles arts imitateurs, il y ajouta un chapitre pour apprécier le talent des\ndanseuses alors présentes à FOpéra, et il juge ainsi le talent des deux\nsœurs, de celle qui était presque au premier rang et de celle qui venait\nseulement de débuter : a Mademoiselle Saulnier est grande et bien faite,\nelle danse agréablement et montre des dispositions pour la pantomime;\nmais il faut qu'elle se pénètre plus vivement des passions qu'elle doit\nexprimer. Les gestes n'ont d'autre éloquence que celle que leur donne\nla physionomie, et tous leurs mouvements sont insignifiants si les yeux\net les traits du visage ne leur prêtent, pour ainsi dire, la parole...\nLorsque mademoiselle Saulnier se pénétrera de cette vérité, elle pourra\ndevenir excellente pantomime, talent très-rare à l'Opéra. Mademoi-\nselle Victoire Saulnier est d'une taille élégante, elle est belle comme\nVénus; mais les grâces, les ris, les jeux et les passions ne sont pas à sa\nsuite. Je lui conseille de les appeler et d'invoquer Therpsicore. Avec de\nl'application et du zèle, elle acquerra tout ce qui lui manque. »\nNous allons, à partir d'ici, suivre séparément la carrière des deux\nsœurs, en commençant naturellement par l'aînée, afin d'éviter toute\nerreur et de rendre toute confusion impossible."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "Au iev janvier 1808, le directeur prévint mademoiselle Saulnier l'aînée\nqu'elle était comprise parmi les artistes réformées pour l'année qui com-\nmençait, en vue d'économies à faire. Réclamation de la danseuse auprès\ndu conseil, et réponse du directeur lui signifiant que rien ne peut être\nchangé aux dispositions prises pour cette année. La danseuse ne se tint\npas pour battue et manœuvra si bien qu'elle fit révoquer cet arrêté irré-\nvocable, ou du moins qu'elle en fit suspendre l'exécution « provisoire-\nment et jusqu'à nouvel ordre, » disait le texte de la lettre; « indéfini-\nment » pensait-elle non sans raison. Elle avait, paraît-il, de puissants\nprotecteurs, car voici ce que M. de Rémusat écrivait, sans trop préciser,\nà Picard, le ier août :« Il faut, mon cher directeur, suspendre l'exécu-\ntion de l'arrêté qui réforme mademoiselle Marie Saulnier; des considé-\nrations très puissantes nous en font une obligation; d'ailleurs, son\nabsence du théâtre pourrait nuire en ce moment au répertoire. Prenez\nla mesure que vous croirez la plus convenable dans votre sagesse pour\nl'exécution de ce nouvel arrangement, qui, du reste, ne change rien au\nrenvoi des autres personnes dont la retraite a été prononcée, et qui, par\nconséquent, doivent se retirer. »\nMademoiselle Saulnier le prit dès lors de haut. Non-seulement elle se\nfit rétablir dans la totalité des appointements qui avaient couru\ndant les six mois de suspension, mais elle prétendit jouir de tous ses\ndroits : étant premier remplacement, elle voulut doubler seule made-\nmoiselle Clotilde « sans être assujettie à un second partage avec deux\ncamarades subalternes telles que mademoiselle Victoire et mademoiselle\nGailet. » Elle formulait nettement ses prétentions moins de huit jours\naprès sa réinstallation, et le directeur lui répondait, par les termes\nmêmes de sa lettre, qu'elle avait pleinement raison et « que sa réinté-\ngration serait en effet illusoire si elle était obligée de partager son\nemploy avec des danseuses inférieures. »\nTel était alors le crédit de mademoiselle Saulnier que l'arrêté rétrac-\ntant sa mise en réforme contenait un article spécifiant les points sui-\nvants : non-seulement on devait dresser pour elle seule un état particulier\nd'appointements, mais dans le cas où le montant de la dépense de cet\nétat particulier ferait sortir la partie de la danse hors, des limites pres-\ncrites par le budget, l'administrateur en devait faire un chapitre particu-\nlier dans son compte et motiver ainsi cette dépense. Quel pouvait donc\nbien être le protecteur de mademoiselle Saulnier pour qu'on la traitât\navec tant de faveur ?\nLe 23 juin 1810, le directeur adressait une lettre à mademoiselle\nSaulnier pour la remercier d'avoir appris la veille et joué sur-le-champ"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "le rôle de Canope, dans le ballet de Persée et Andromède: « C'est par\ndes actes d'un pareil dévouement que des artistes acquièrentdes droits à\nla bienveillance ; » et il lui accordait effectivement une gratification de\n3go francs. Ces bontés de la direction ne furent pas de longue durée.\nPar arrêté du lerIer juillet 1812, les appointements de la danseuse étaient\nportés à 6,000 francs ( il est vrai que ses ieux avaient été supprimés au\ncommencement de Tannée) ; mais six mois ne s'étaient pas écoulés\nqu'elle retombait en disgrâce.\nLe 3i décembre 1812, elle reçut avis que le surintendant des spec-\ntacles avait donné ordre de la reléguer au rang des doubles, parce que la\nplace de premier remplacement, qu'elle occupait depuis plus de dix ans,\nlui donnait des droits nuisibles au service en empêchant de faire paraître\ndaiis les pas de son emploi les artistes qui donnaient des espérances.\nElle fut en effet portée sur les états, pour 1813, comme première des\ndoubles, sa jeune sœur redescendait ainsi au troisième rang mais\nelle ne quitta pas effectivement sa place. A ce que nous apprend le\ncomte de Rémusat, par lettre à elle adressée le 6 janvier ißi3, elle pro-\nposa des « arrangemens qui pouvaient concilier son intérêt particulier\navec les vues de l'administration, sans que celle-ci parût se faire tort à\nelle-meme en revenant sur sa décision. 9 Elle signa, en effet, quatre\njours après, la déclaration suivante,qui devait singulièrement l'humilier :\n« Je consens, quoique premier remplacement du genre sérieux, à céder\nmes pas et rôles sur la demande de M. le surintendant ou de M, Picard,\ntoutes les fois qu'ils le jugeront convenable. »\nCette soumission exemplaire aux ordres plus ou moins justes de l'au-\ntorité ne devait pas garantir longtemps mademoiselle Saulnier d'une\ndisgrâce complète. Un an s'était à peine écoulé que le directeur lui noti-\nfiait, comme la concernant, un arrêté du surintendant des spectacles en\ndate du 3i décembre 18 r3, qui prescrivait de suspendre, à partir du\nicl août suivant, le service des sujets dont les moyens ne suffisaient plus\nà 1 exécution des ouvrages. Mademoiselle Saulnier se révolta contre\ncette décision « qui la privait de ses appointements pendant le peu de\ntemps qu'il lui restait à faire pour atteindre sa pension. » Il était, en\neffet, assez injuste d'interrompre subitement le service d'une artiste et\nde la payer seulement sur le pied de sa retraite future depuis le jour de\nsa suspension jusqu'au jour sù elle atteindrait et par 1 âge (40 ans) et\npai le temps de service (20 ans), l'époque fixée pour le règlement de sa\npension : la danseuse éprouvait, pendant cette période intermédiaire,\nune diminution sensible et absolument imprévue.\nMademoiselle Saulnier mit en jeu toutes les protections qu elle pou-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "vait avoir ; elle écrivit lettres sur lettres, forte de la justice de sa cause,\net, contestant même, d'après les règlements, à M. de Rémusat le droit de\nsuspendre, par simple arrêté, son service et ses appointements avant\nl'époque de sa pension, ce surtout, dit-elle, quand je suis encore dans\ntoute la force de mon talent, et vous avez pu, monsieur, vous en con-\nvaincre hier, dans le beau pas de trois du dernier acte de Trajan. » Elle\nsoutenait que M. de Rémusat ne pouvait pas prendre cet arrêté sans\nune autorisation du conseil d'administration, sanctionnée par le conseil\nd'Etat. On lui fit bien voir le contraire, et on coupa court à ses récla-\nmations par la note suivante : « L'arrêté de M. de Rémusat relativement\nà mademoiselle Saulnier aînée ne peut être rapporté ; cette mesure a été\nnécessitée par l'économie demandée, La réforme de mademoiselle Sau'-\nnier avait été prononcée il y a sept ans, et si elle n'a pas eu son effet,\nmademoiselle Saulnier doit cela à des raisons particulières. » Ces raisons\nparticulières avaient bien décidément cessé d'exister, car mademoiselle\nSaulnier fut rayée des contrôles pour l'année i Sls :il s'en fallait d'un\nan qu'elle eût le temps de service fixé pour la retraite, et de cinq qu'elle\neût l'âge nécessaire.\nRevenons à la sœur cadette, Victoire Saulnier, que nous avons laissée\nsimple double en 1807. Comme elle était loin d'avoir le talent de sa\nsœur et qu'elle resta toujours au second plan, son dossier ne présente\npas, tant s'en faut, le même intérêt, et Fon y trouve surtout quantité de\ndemandes d'augmentation ou de gratification, et nombre de plaintes\npour passe-droits plus ou moins avérés. En 1810, mademoiselle Victoire\nSaulnier arriva à être la seconde des doubles, n'ayant plus devant elle\nque sa camarade Félicité : elle touchait alors 3,000 francs, qui furent\naugmentés de 300 l'année suivante, puis de 300 encore en 1813. Elle\nparvint enfin au premier rang des doubles pour 1815, et reçut une\ngratification de 400 francs au mois de janvier.\nC'est à cette époque précise que sa sœur aînée était mise en retrait\nd'emploi. Mademoiselle Victoire adressa immédiatement une demande\nau directeur de l'Opéra pour obtenir les billets que son aînée avait\nquand elle était au théâtre, ce Je sais bien, dit-elle, que c'est une faveur\nque je sollicite, puisque je n'ai point sa place ; mais comme je la remplis\net que je fais tout ce qui dépend de moi pour me rendre utile, j'ose\nespérer, monsieur, que vous me serez favorable. Monsieur Gardel, quia\neu la bonté de vous demander quelquefois des billets pour moi, m'a\nenhardie à /ous faire cette réclamation, bien sûr que vous aurez la bonté\nde me l'accorder. » Elle ne s'en tint pas là d'ailleurs, et demanda aussi\nà être augmentée en s'appuyant sur ce que cc la retraite du premier rem-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.19", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "placement laissait des fonds à la disposition de l'administration et une\nplace a laquelle elle aurait peut-être le droit de prétendre par son zèle et\nle travail qu'elle ne cesse de faire; car elle saisit, dit-elle, toutes les\noccasions qui se piésentent pour se rendre utile, et ses chefs pourront\nassurer que chaque fois qu'ils ont besoin de ses faibles talens, ils ont\ntrouvé en elle tout le zèle qu'ils avaient le droit d'en attendre. » Elle ne\nmanquait vraiment pas d assurance pour se vanter ainsi, car deux ans au-\nparavant elle avait été suspendue de service et d'appointements pendant\nun mois, exilee meme de 1 Opéra, pour avoir fait une scène scandaleuse\nau premier maître de ballet dans le foyer de la danse (j 5 juillet 1811).\nConduite d autant plus blâmable de sa part que Gardel avait favorisé ses\ndébuts, 1 avait soutenue dans toutes ses réclamations et 1 avait poussée\ntrès vite aussi haut que le comportaient ses talents; c'était une singulière\nfaçon de lui prouver sa reconnaissance que de l'injurier devant toutes\nses camarades. Du îcste, ladouble réclamation de mademoiselle Saulnier\nlors de la retraite de sa sœur fut non avenue ; elle n'eut certainement\npas d'augmentation et probablement pas de billets de faveur.\nMademoiselle Victoire Saulnier n était pas moins puissamment pro-\ntégée que sa sœur, de l'aveu même du surintendant des Menus-Plaisirs.\nAla fin de ißis, elle crut avoir à se plaindre d'un passe-droit qu'on lui\nauiait fait en faveur de mademoiselle Gaillet, la double qui venait\nimmédiatement après elle, et M. de la Ferté écrivait aussitôt au direc-\nteur (n novembre) : « Mon cher monsieur, mademoiselle Victoire\nSaulnier vient de me faire une réclamation qui me paraît fort juste, au\nsujet du îôle de Calypso, que mademoiselle Gaillet a joué, dit-elle, la\ndernière fois que mademoiselle Clotilde a quitté ce rôle. Veuillez donc\nbien avoir la complaisance de vérifier ce fait sur les registres de l'Aca-\ndémie i ovale, et si, en effet, mademoiselle Victoire n'a pas éié employée\ndans cet ouvrage, ayez la complaisance de lui donner l'ordre de paraître\ndemain, parce que ce sera son tour. Vous connaissez, mon cher monsieur,\nles motifs qui me font prendre un peu d'intérêt à mademoiselle Victoire.'\nMonsieur le duc de 8... ne manquerait pas de se fâcher s'il lui était fait\nle plus léger passe-droit. »\nM algie toute 1 influence du duc, mademoiselle Saulnier attendit en-\ncore assez longtemps avant d'être augmentée et son traitement ne fut\nporté à 4,000 francs que pour l'année 1818, avec ce mot en regard de\nson nom : pantomime.Cette simple mention, qui semble être à l'avan-\ntage de la danseuse, devait au contraire amener bientôt sa disgrâce, cai'\nC'est sur cette infériorité au point de vue chorégraphique qu'on s'ap-\npuya pour la mettre en retrait d'emploi, Lorsqu'elle reçut cette fâcheuse"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "nouvelle, en janvier 1820, elle écrivit au surintendant des Menus une\nlettre presque touchante par son sincère élan d'indignation. En voici le\ndébut.\n« Monsieur le comte, vous serez sans doute bien étonné que je ne\nréponde qu'aujourd'hui à la lettre que j'ai reçue de M. le comte de Pra-\ndel, mais le coup m'a été si sensible et si peu attendu, qu'il m'aurait été\nimpossible de vous écrire plus tôt et mes esprits étaient tellement agités\nque je n'aurais pu vous exprimer mes pensées et me plaindre d'une\ninjustice qui n'a pas d'exemple. Je vous prie, monsieur le comte, d'avoir\nla bonté de porter mes plaintes et mes réclamations au ministre et de\nlui dire que je n'accepte point de quart ni de demi-pension, parce que\nje suis en état de la gagner tout entière. Intendant, administrateur et\nmaîtres de ballets n'ont rien à me reprocher ; j'ai toujours fait mon de-\nvoir tel qu'il m'a été tracé par vous et l'administration ; vous m'avez\nordonné de céder mes pas et de me conserver mes rôles, j'ai obéi à tous\nvos ordres, ainsi vous ne pouvez me reprocher de ne pas danser : vos\nécrits font foi et je les produirai, lorsqu'il en sera temps ; si vous me refu-\nsez la justice que j'attends de vous, monsieur le comte, je la réclamerai\npartout, j'irai même, s'il le faut, jusqu'au roi qui ne la refuse à personne\net surtout à une femme qui est malheureuse par l'injustice »\nLa réponse de l'autorité supérieure est écrite sur la requête même de\nla danseuse :«M.de La Ferté a remis la lettre. M. le comte de Pra-\ndel maintient sa décision. Les maîtres de ballet ne la vouloient\nque pour la pantomime, ce ne peut être un genre séparé de celui\nde danser. » L'exécution de cet arrêt fut cependant retardée de deux ans :\nle duc de 8... protégeait-il encore mademoiselle Saulnierou alla-t-elle\nréclamer jusqu'aux pieds du roi, toujours est-il qu'elle resta à l'Opéra\n• usqu'en 1822 : elle fut seulement rayée des états entre juin et juillet de\ncette année.\nUn dernier membre de la famille Saulnier: celui-là était donneur de\ncontremarques au parterre, aux appointements de 600 livres. Il était né\nen 1731, était entré à l'Opéra en Pan Xet le quitta au courant de 1808 ♦\nCe respectable vieillard, qui avait pu voir défiler toute cette dynastie\ndansante, était sans doute le plus obscur, mais non le moins honorable\nreprésentant du beau nom de Saulnier.\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "173", "page_fin": "181", "image_debut": 21, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.2.3", "titre_corps": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "titre_sommaire": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "signature_source": "A. PRADINES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\nDEUXIÈME PARTIE\nSPECTACLES DE LA FOIRE\n\n(<)\n( Suite.)\nXIV\nES forains ayant résolu de continuer le théâtre des Ita-\nliens, les loges primitives devenaient insuffisantes.\nC'est pourquoi, dès 1698, ils se firent construire de\nvéritables salles, toujours en planches, il est vrai, mais\navec une scène, un orchestre, un parquet ou parterre,\net même des loges. En même temps, ils firent venir\ndes acteurs de province et les engagèrent à « titre de gagistes. »\nSi Ton veut bien se rappeler que la troupe avec laquelle notre grand\nMolière débuta à Paris s'était formée en province; quelle fit son coup\nd'essai devant le roi, le 24 octobre i 658, sur un théâtre dressé pour\nl'occasion dans la salle des Gardes du vieux Louvre, avec le Nice-\nmède de Corneille, et que cette tragédie fut jouée par elle comme ja-\nmais ne l'avaient fait les comédiens privilégiés, on se convaincra facile-\nment qu'à l'époque dont nous parlons, les acteurs de province n'étaient\npas sans mérite. Nous dirons plus : beaucoup morts inconnus, auraient\npu rivaliser avec n'importe lequel des Comédiens-Français. Et la raison\n\n(1) Voir les numéros des lERIER décembre iBys, lER,IER, I 5 avril et lERIER mai 1876,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "que nous donnerons nous semble péremptoire : c'est que les acteurs de\npiovince ne lestaient pas en province parce que médiocres, mais parce\nq -ie les privilèges des Comédiens-Français leur défendaient de se faire\nentendre à Paris. Il n est pas impossible que ces considérations autant\nque l'amour intéressé, jaloux, tenace, de ces derniers pour leurs privilèges\nles ait jetés dans la voie de plaintes, de procès, de dépit où nous allons\nles voir entrer contre les forains, et qui les diminua si singulièrement\ndans 1 estime du public d'alors. Au reste, acteurs et auteurs de la Foire\nleur rendirent bien la monnaie de leur pièce; et les rieurs ne furent pas\ntoujours du côté des Comédiens du roi, tant s'en faut. Les drapa-t-on\nas-ez, mon Dieu ! sous l'appellation ironique de\nXV\nAvant d entamer le récit des luttes qui vont suivre, il importe que\nnous précisions la situation des forains à la fin de l'année 1697.\nAucune autie troupe ne s était formée, mais beaucoup d'acteurs de\nprovince étaient accourus. Parmi ces derniers, il y en avait un assez\ngrand nombre qui s'étaient formés chez les trois directeurs de troupes\ndont nous avons parlé et chez les Italiens. Bien entendu, nous ne citel\nrons que les principaux, et encore plus particulièrement ceux que les\névénements doivent mettre en vedette ou en scène.\nDe ce nombre sont: Lalauze et sa femme, sœur du célèbre Antoni\ndit de Sceaux, le plus fameux danseur de corde de son temps (Lalauze\nétait élève dAlard aîné; il jouait les rôles d Arlequin et sa femme ceux\nde Colombine); Christophe de Selles dit Laplace, Dolet, Bel-\nloni, Dominique, Desgranges, Tamponet, Francassani, Crépin, Billard,\nBaiily, Maillot, la Lambert (femme de Dolet), la Babrou (sœur de\nBabrou déjà nommé), Bréon le Normand, Rochefort, Tiquet, Restier le\ncadet, Lavigne, Marianne (femme de Dominique), Saint-Edme et sa\nfemme Duchemin.\n_ Arrétons-nous là.\nChristophe de Selles était élève de Maurice.\nLaplace était fils d un limonadier de Paris. Il se forma en fréquentant\nles Italiens, puis en entrant dans la troupe de Pascariel, un acteur du\nthéâtie supprimé à qui Louis XIV avait accordé le privilège de jouer\ndans toute la France à la condition de se tenir toujours à trente lieues\nde Paris. Laplace jouait les Pierrot. Ildemandaà épouser Marianne, fille\nde Pascariel, excellente Colombine, mais elle préféra donner sa main"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "à Dominique, qui l'aimait aussi. Le mariage se célébra à Toulouse. A\nParis, Laplace quitta les rôles de Pierrot pour ceux de Scaramouche et\ny fut très goûté.\nDolet avait joué aux Italiens. A la dispersion de ces derniers, il suivit\nMezzetin en Italie, mais il revint en France presque aussitôt.\nBelloni était un acteur italien. A l'hôtel de Bourgogne, il jouait avec\nun égal succès les rôles de Trivelin et de Scaramouche.\nDominique était fils et élève du fameux Dominique du Théâtre-\nItalien. Il avait suivi pendant deux années la fortune de Pascariel.\nAprès Thomassin et Carlin, nul mieux que lui ne joua le rôle d'Arle-\nquin. Dominique fut aussi auteur et fit des pièces pour les théâtres de\nla Foire.\nDesgranges était un actear de province, natif de Carcassonne. Il sor-\ntait de la troupe de Pascariel lorsqu'il vint à Paris.\nTamponet était un comique hors ligne. Dans le rôle de Tremblotin,\nil fit le succès, à la Foire Saint-Germain de 1701, de la pièce intitulée\nles Amours de Tremblotin et de Marinette. Sur la fin de sa carrière, il\neut des démêlés fâcheux avec la police qui le transporta aux îles.\nFrancassani était le fils et l'élève du fameux Polichinelle de ce nom\nau Théâtre-Italien.\nCrepin, Billard et Bailly étaient de bons acteurs de province et en\nmême temps de remarquables danseurs de corde.\nMaillot, autre acteur de province, était cousin de Maurice.\nLa Lambert, femme de Dolet, jouait très bien les amoureuses. Malgré\ncela, en 1709, elle quitta le théâtre et se fit tour à tour marchande de\nmodes et limonadière à la Foire. Elle ne réussit dans aucun de ces com-\nmerces et mourut en 1744. A cette époque, raconte un mémoire du\ntemps, « elle tenait la pièce à l'Opéra-Comique. »\nBréon, natif de Vire, en basse Normandie, excellait dans .e rôle de\nPierrot.\nRochefort, acteur de province, s'était fait une réputation comme\nArlequin.\nTiquet était un joueur de marionnettes.\nReistier le cadet jouait à la perfection les Gilles.\nLavigne était un excellent Scaramouche et un parfait danseur. Sur la\ncorde, il dansait sans balancier et jouait « d'un violon qu'il tenait tantôt\nsur la tête, tantôt entre ses jambes et tantôt sur le dos. »\nSaint-Edme et sa femme ont eu de la réputation surtout comme direc-\nteurs de troupe.\nPar ce court aperçu, on voit que les spectacles de la Foire s'étaient"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "singulièrement renforcés pendant l'année 1697 et celles qui suivirent,\njusqu'en 1709.\nIl nous faut maintenant mentionner quelques arrangements très im-\nportants survenus entre les forains pendant la même période de temps.\nNous avons dit que Maurice Vonderbeck mourut dans le courant de\n1 année 1699, et que sa veuve, remarquable, paraît-il, par sa beauté et\nson esprit, prit la suite de ses affaires.\nA cet effet, elle proposa une association à Alard aîné, qui l'accepta.\nL'acte fut passé devant les notaires Lange et Levasseur, le 24 décembre.\nEn 1701, de Selles dit Colbiche ouvrit à son compte un nouveau\nspectacle et menaça un moment celui de Bertrand. Heureusement celui-\nci eut la bonne fortune de mettre la main sur Fuzelier, alors auteur\ninconnu, qui lui fit un succès de vogue avec sa première pièce Thésce\nou la défaite des Amazones.\nEn 1702, Bertrand et Selles s'associent et louent une loge dans le\npréau de la Foire à Blancpignon, receveur des revenus de l'abbaye\nSainl-Germain-des-Prés. Fuzelier continua à travailler pour eux.\ntroupe.\nEn 1707, encore association entre Dolet et Laplace; et toujours\ntroupe nouvelle.\nSi nous ajoutons à ces détails que Fuzelier avait encore donné à Ber-\ntrand une pièce à succès, le Ravissement d'Hélène et Vembrasement de\nTroie; que Bellaveine avait écrit pour la veuve Maurice une pièce en\ntrois actes, Sanclio Panca, et que nombre d'auteurs ou travaillaient\npour les autres troupes, ou témoignaient du désir de le Taire, il sera aisé\nde comprendre que les comédiens du roi ne pouvaient voir tout cela\nd un bon œil; aussi, en vertu de leurs privilèges, résolurent-ils de cou-\nper court au développement des forains. C'est ce que nous allons leur\nvoir entreprendre.\nXVI\nLes Comédiens-Français commencèrent les hostilités au début de la\nFoire Saint-Germain de l'année 1698, en présentant une requête au\nlieutenant-général de police dans laquelle ils disaient que les danseurs\net sauteurs, bornés autrefois à leurs simples exercices, s'étaient « licen-\nciés » au point de faire construire « des salles de spectacles pour y repré-\nsenter des pièces de théâtre avec le concours de différents acteurs de"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "province pris à titre de gagistes j » que cela « portait atteinte à leurs\nprivilèges exclusifs. » Ils concluaient en demandant la démolition des\nsalles et « des dommages et intérêts. »\nLorsque cette requête leur fut signifiée, les forains délibérèrent en-\nsemble sur la conduite à tenir. Bertrand rappela son aventure du 8 fé-\nvrier 1690. Les autres firent valoir la sentence du 5 février 1596 et tous\ndécidèrent de passer outre et de se pourvoir devant le Parlement. Ainsi\nfut fait; et la Foire ne perdit rien de ses divertissements, au contraire.\nLes mêmes intimidations se renouvelèrent en 1699. Cette fois les Comé-\ndiens-Français obtinrent coup sur coup, les 20 et 27 février, deux sen-\ntences de M. d'Argenson, lieutenant général de police, «portant défense\nà tous particuliers de représenter aucune comédie ni farce ; » et pour y\navoir contrevenu condamne solidairement tous les acteurs forains à\n« i,500 livres de dommages et intérêts envers les comédiens du roi. »\nUne fois encore Alard, Maurice Vonderbeck et Bertrand firent appel au\nParlement et continuèrent déplus belle à jouer le répertoire des Italiens.\nLes années 1700 et 1701 s'écoulèrent de même. La seule particularité\nque nous ayons à noter c'est, en 1701, la location que fit la veuve Mau-\nrice du jeu de paume d'Orléans, au coin de la rue des Quatre-Vents,\npour y installer sa troupe. Le bail était de cinq ans et le prix de location\nde 500 francs par an. L'acte fut passé le 6 avril, peu après la fermeture\nde la Foire. En 1702 les comédiens du roi harcelèrent de plus belle les\nforains\", dépités qu'ils étaient de voir ces derniers les braver impuné-\nment. Ils étaient en outre frappés à deux endroits bien sensibles, l'amour-\npropre et 1a... caisse. Tout le temps, en effet, que durait la Foire, ils ne\nfaisaient que peu ou point de recettes. Dancourt, en qualité d'auteur et\nd'acteur de la Comédie-Française, rageait doublement et poussait ses ca-\nmarades aux extrêmes, ce qui fit qu'ils demandèrent et obtinrent encore\ndeux sentences de M. dArgenson. Toujours impassibles, les forains con-\ntinuèrent à n'en tenir aucun compte et à répondre froidement à toutes\nles injonctions : Notre affaire est pendante au Parlement ; passez votre\nchemin ; nous ne vous écoutons pas.\nEnfin, le 26 juin 1703, le Parlement rendit un arrêt qui confirma\npurement et simplement les quatre sentences de police.\nLes Comédiens du roi triomphaient ils le croyaient du moins en\nquoi ils se trompaient, et voici comme : L'arrêt ne pouvait rien sur la\nFoire Saint-Germain de cette année, puisqu'elle était close depuis le\nmois d'avril ; quant à la prochaine, on avait tout le temps d'aviser.\nLes forains avisèrent si bien, en effet, qu'à l'ouverture de la Foire de\n1704, ils avaient dressé leurs salles comme avant et qu'ils y jouèrent de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "même. Seulement, au lieu de pièces complètes, ils ne représentaient que\ndes scènes détachées; mais l'ensemble du spectacle était si spirituellement\narrangé, que le public tripla leur vogue. Vite les comédiens du roi de re-\ncourir à M. d'Argenson, d'obtenir de lui de nouvelles sentences et de les\nsignifier à leurs adversaires. C'était un second procès; les forains n'hésitè-\nrent pas à le soutenir. Que risquaient-ils, d'ailleurs ? Leur mort était\npeut-être au terme de leur lutte ; mais en subissant passivement la loi des\nComédiens-Français, ils auraient disparu du coup, car le peuple qui avait\npris un grand goût aux nouveaux spectacles delà Foire auraittrès certai-\nnement déserté les anciens. Les Forains firent donc appel au Parlement et\ncontinuèrent à jouer leurs scènes détachées arrangées de manière à former\nun tout. Ils parvinrent ainsi à se soutenir tout le temps des foires de 1704\net 1705. L'année 1706 fut plus terrible à passer. Le 19 février et le 5\nmars intervinrent deux sentences exécutoires qui condamnaient la veuve\nMaurice, Alexandre Bertrand, Selles, Tiquet et « autres farceurs » en\n300 livres de dommages et intérêts chacun pour les comédiens du roi,\n20 livres d'amende pour le roi et aux dépens. En cas de nouvelles con-\ntraventions, il était dit que pleins pouvoirs étaient donnés aux comédiens\n« de faire abattre les théâtres, avec injonction aux commissaires et tous\nofficiers de police de tenir la main à l'exécution qui sera lue et affichée».\nEtait-ce la mort, cette fois? Point. « Les\npar appel le receveur de l'abbaye Saint-Germain, le sieur Frénoy. Celui-\nci allégua que ces sentences causaient grand préjudice au cardinal d'Es-\ntrée, abbé, auquel appartenait le terrain des loges. De son côté, le cardi-\nnal-abbé intervint pour soutenir les libertés et franchises de la Foire.\nEn même temps, la veuve Maurice, Bertrand, Tiquet, etc., etc., don-\nnèrent une requête d'intervention.\nLà-dessus on attendit la décision du Parlement. Elle intervint le 22\nfévrier 1707. Les Romains triomphaient encore. Appellation mise au\nnéant et condamnation des appelants à l'amende et aux dépens, tel fut le\nrésultat.\nQue faire désormais? Comment achever la foire? Le public, qui sui-\nvait attentivement cette lutte et dont toute la sympathie était pour les\nforains, croyait la partie définitivement perdue pour eux, lorsqu'on vit\nla troupe de Dolet et de Laplace afficher Arlequin écolier ignorant et\nScaramouchepédant scrupuleux. C'était une pièce en monologues dans\nlaquelle un seul acteur parlait, tandis que les autres faisaient des signes.\nComptant peu sur l'issue du procès, Dolet et Laplace s'étaient précau-\ntionnés de cette pièce à tout événement. Ils en furent récompensés par"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "un succès énorme. Quant aux autres troupes, elles reprirent les anciens\nexercices et perdirent, ou à peu près, complètement leur Foire,\nXVII\nL'audace de Dolet et de Laplace porta au comble l'exaspération des\ncomédiens du roi, qui croyaient bien cette fois en avoir fini avec les fo\"\nrâins. Sans perdre un instant, ils dépêchèrent le commissaire Cailly pour\ndresser un procès-verbal en forme de la représentation annoncée et\nl'adressèrent à M. d'Argenson en même temps qu'une requête des plus\npressantes à laquelle le lieutenant-général de police fit droit incontinent\nen lançant une sentence terrible. Malheureusement pour les comédiens\ndu roi, elle n'était exécutoire que dans le cas où Dolet et Laplace ne se\npourvoiraient pas promptement au Parlement, et on pense que ces di-\nrecteurs de troupe notaient pas hommes à leur donner cette satisfaction.\nDonc appel et troisième procès. Cette fois les deux parties s'invectivèrent\nà qui mieux mieux dans des mémoires que la cour et la ville dévorèrent.\nLa palme des invectives revient pourtant de droit à messieurs de la Co-\nmédie-Française. « C'est une chose triste et même criante, disaient-ils\ndans un des leurs, d'être forcés de se plaindre deux fois régulièrement\npar année contre des particuliers, gens sans aveu, sans établissement,\nqui ne sont connus que par leur désobéissance continuelle aux\nlois, etc., etc. »\nIl est à peine besoin de dire que l'arrêt qui intervint le 21 mars de\nl'année suivante condamna les forains. Dolet et Laplace tentèrent un\nnouvel effort : ils nièrent tout ce qui était contenu dans la requête et\ndans le procès-verbal de leurs adversaires et se rendirent opposants par\ndéfaut à l'arrêt qui les frappait. Par ce moyen, ils pensaient pouvoir\ngagner du temps et ouvrir leur théâtre avec les nouvelles pièces à la\nFoire Saint-Germain de 1709. Mais le Parlement les prévint par un ar-\nrêt du 2 janvier qui les criblait d'amendes et de dommages et inté-\nrêts, etc., et de plus les livrait à la discrétion des comédiens. Ils étaient\ndonc réduits à commencer la Foire avec les simples jeux de marion-\nnettes agrémentés d'exercices de souplesse, de pantomimes et de danses\nsur la corde. Ah ! c'était bien dur, bien dur pour leurs intérêts d'abord\net pour leur amour-propre ensuite, car jusqu'au dernier moment ils\navaient nourri l'espoir d'humilier les comédiens en faisant prévaloir les\nprivilèges et franchises de la Foire. Que faire d'autre cependant? Les\nforains ruminaient sur ce terrible point d'interrogation, lorsque Ber-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "trand se frappant le front dit : Les Romains ne nous tiennent pas\nencore ; j'ai trouvé un biais pour leur échapper et peut-être pour les\nbattre.\nQuel était ce biais ? Avant de le révéler, il importe que nous revenions\nun peu en arrière pour savoir ce que sont devenus Alàrd, la veuve\nMaurice et les autres troupes. En outre, nous avons parlé d'un procès-\nverbal à propos des pièces-monologues, et c'est un document trop pré-\ncieux pour que nous négligions de le reproduire.\nXVIII\nLe voici :\nOn sait qu'il a été dressé par le commissaire Cailly, le 2 3 ou le 24 fé-\nvrier 1707.\n« Ayant pris place dans une loge, nous avons observé qu'après que les\nmarionnettes ont été jouées sur le théâtre il a paru un Scaramouche et\nplusieurs acteurs, au nombre de sept, qui ont représenté une comédie\nen trois actes ayant pour titre : Arlequin ignorant et Scaramouche pé-\ndant scrupuleux ; que presque à toutes les scènes, l'acteur qui avait\nparlé se retirait dans la coulisse et revenait dans l'instant sur le théâtre,\net l'acteur qui était resté parlait à son tour et formait ainsi une espèce\nde dialogue; que les mêmes acreurs se parlaient et se répondaient parles\ncoulisses ; que d'autres fois Facteur répétait tout haut ce que son cama-\nrade lui avait dit tout bas; que la pièce a fini par trois danses diffé-\nrentes et une chanson chantée par un acteur, après quoi l'un des mêmes\nacteurs a annoncé pour le lendemain la pièce intitulée la Fille savante\nou Isabelle, Fille capitaine. »\nMaintenant que nous voilà renseignés sur la manière dont les acteurs\nde Dolet et Laplace jouaient les pièces-monologues, disons ce que sont\ndevenus les autres forains.\nNous avons vu que l'arrêt du Parlement du 22 février 1707 les rédui-\nsit aux anciens et qu'à l'exception de Dolet, Laplace et Ber-\ntrand, tous eurent Tair de s'y soumettre.\nAlard aîné et la veuve Maurice, qui, quoique associés, avaient deux\ntroupes parfaitement distinctes, ne jugèrent pas à propos de se joindre à\nDolet et à Laplace. Comme cependant il y allait de leur existence à\ntenir des spectacles semblables à ceux du passé, ils eurent l'ingénieuse\nidée de prendre des arrangements avec Guyenet, directeur de l'Opéra, et\nmoyennant finances, d'obtenir de lui la permission de faire usage de"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1420, "texte": "chargements de décoration, de chanteurs dans les divertissements et de\ndanseurs dans les ballets. Guyenet signa, vers la fin de l'année 1707, un\ntraité dans ce sens, valable pour plusieurs années.\nC'est ainsi que la veuve Maurice et Alard, sans se soumettre à la vo-\nlonté des Comédiens du roi, s'étaient mis à couvert de leurs atteintes et\navaient créé un nouveau genre de spectacle. Ils rouvrirent à la Foire\nSaint-Germain 1708 et eurent beaucoup de succès, tant ils surent tirer\nbon parti des agréments que ce traité mettait à leur disposition en les\nintercalant dans leurs pantomimes.\nLes autres forains, faute de pouvoir mieux, marchèrent sur les traces\nde Dolet et de Laplace.\nLorsqu'intervint l'arrêt du 2r mars, Tiquet et Rochefort rompirent\nleur association ; le premier reprit ses marionnettes et le second repartit\npour la province où il resta jusqu'en 1713.\nQuant à Bertrand et à Selles, nous allons trouver leurs deux troupes\nplus intimement liées que jamais avec celle de Dolet et de Laplace dans\nla lutte suprême qu'ils vont engager contre les comédiens du roi et dont\nnous avons dit qu'ils espéraient sortir vainqueurs au moyen d;un biais\nque nous n'avons pas indiqué, mais que voici : il s'agissait, en deux\nmots, d'opposer privilège à privilège, c'est-à-dire celui de la Comédie-\nFrançaise avec celui... des Suisses.\nExpliquons-nous.\n(La suite au prochain numéro.)\n\nA. PRADINES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "182", "page_fin": "184", "image_debut": 30, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.2.4", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONSERVATOIRE : Exercices annuels des élèves. OPÉRA-COMIQUE : Les Héroïques,\ndrame lyrique en trois parties, paroles de mademoiselle Antonine Perry-Biagioli,\nmusique de M. Henri Perry-Biagioli. SALLE HERZ : Concert de M. Charles\nDancla.\nE Conservatoire a donné, le 3o avril, un exercice des\nélèves, ou plutôt un concert des élèves, puisqu'aucun de\nce genre d'exercices, qui ont tant d'attrait pour le public,\nn'a eu lieu, j'entends les actes ou scènes d'opéras. Tout\ns'est borné à l'ouverture d'Obéron et à la symphonie en ré\nmajeur, de Mozart, qui n'offre d'autre mérite qu'une\ngrande difficulté d'exécution, et à quelques morceaux de\nchant dont il sera question tout à l'heure. Une soixantaine d'élèves ont pris\npart à l'ouverture et à la symphonie, et la précision de leur exécution a -été\nparfaite. On ne pourrait leur reprocher qu'un peu trop de force, défaut dont\nil leur sera facile de se corriger. L'allegretto et le finale de la première sonate\npour piano et violoncelle, de M. Rubinstein, ont été fort bien joués par mesde-\nmoiselles Debillemont et Hillemacher, premier prix de violoncelle au dernier\nconcours. Le public leur a fait une ovation. Malgré une peur affreuse qui la\ndominait, mademoiselle Lafont a mis beaucoup de sensibilité, et même, vers\nla fin du morceau, de l'éclat dans les stances de Sapho, de M. Gounod.\nM. Denoyé a chanté avec un très beau timbre de basse l'air qui suit la marche\nde la Flûte enchantée. Plusieurs personnes lui ont fait le reproche de n'avoir\npas assez de mordant dans les sons graves; mais elles n'ont sans doute pas\nréfléchi que cet air est d'une gravité exceptionnelle, et qu'il est bien plus\ndifficile de se maintenir constamment dans l'octave inférieure de la voix de\nbasse que de donner accidentellement un fa et même un mi. M. Talazac\nconnaît déjà toutes les ressources de l'art : il a chanté d'une manière remar-\nquable l'air de Joseph.\nJ'arrive aux deux principales attractions de l'exercice : la scène de la révolte\nde Fernand Cor tef et les fragments d'Armide. Dans la sublime scène de"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.31", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "Spontini, M. Sellier, chargé de la difficile partie de Cortez,a déployé une voix\nde ténor puissante, juste, d'un beau timbre, et il la conduit bien. Si la scène\navait été prolongée jusqu'au célèbre chant guerrier « Suivez-moi, Castillans ! »\nnul doute que M. Sellier y eût fait preuve de beaucoup de chaleur. Les\nchœurs Font vigoureusement secondé. J'ai été bien moins content des frag-\nments d'Armide* C'est un parti pris aujourd'hui, parmi les professeurs et les\nchefs d'orchestre, de vouloir que tous les morceaux doux et gracieux de\nl'ancien répertoire français soient chantés comme des cantiques ou des lita-\nnies. Mademoiselle Soubre, au concert populaire, et mademoiselle Puisais,\nà l'exercice du Conservatoire, ont toutes deux pris beaucoup trop lentement,\nmalgré elles, j'en suis sûr, l'air de la Naïade, en Y embellissant par des sons\nfilés et des ralentissements qui, jamais, n'entrèrent dans le cerveau de Gluck.\nBaissé d'un ton, par-dessus le marché, il a revêtu un air grave et solennel, au\nlieu de léger, voluptueux et un peu ironique qu'il doit avoir. Le chœur « Au\ntemps heureux où l'on sait plaire » a été également trop lent de moitié.\nCelui « C'est l'amour qui retient, » dont le mouvement est plus modéré, a été\nun peu mieux chanté, mais encore trop lentement. Enfin, si jamais on re-\nprend Armide, comme il en est question depuis plusieurs années, et qu'on\ns'obstine à chanter adagio ce qui est allegretto et moderato, je le dis à regret,\nArmide, le chef-d'œuvre de l'ancien répertoire, tombera à plat.\nL'alleluia du Messie a été chaleureusement exécuté par tous les élèves, et\nchaleureusement applaudi.\nOPÉRA-COMIQUE. Les Héroïques, drame lyrique en trois parties, de\nmademoiselle Antonine Perry-Biagioli, musique de M. Henri Perry-Biagioli,\nexécuté au théâtre de l'Opéra-Comique, le jeudi 4 de ce mois, ont été\nchantés en partie l'hiver dernier aux concerts du Châtelet, et j'en ai rendu\nun compte sommaire dans le numéro 61 de la Chronique Musicale. Le sujet,\nemprunté à la guerre de Jules César et de Vercingétorix, est très intéressant\net respire un souffle ardent et patriotique. A part quelques négligences, la\npoésie en est fort remarquable, et il s'y rencontre quantité de beaux vers\nremplis d'énergie. La musique, dans bien des endroits, accuse chez M. Henri\nPerry une entente très marquée de l'effet scénique. Tels sont le finale de la\npremière partie et la scène d'adieu qui s'enchaîne avec le finale de la seconde\npar le retour du motif du chœur, et que coupent les strophes du barde. Un\nmorceau qui a été très applaudi est la romance de Kiomara, chantée par\nmademoiselle Vergin, dont la terminaison de chaque couplet est douce, mé-\nlancolique et mélodieuse. Malheureusement, M. Henri Perry donne dans\ntous les travers de l'école moderne, qui foule aux pieds toutes les règles de\nl'harmonie, abolit le rhythme et ne se plaît que dans les modulations tour-\nmentées et dans les intonations les plus invraisemblables. J'ai signalé chez ce\njeune artiste une belle phrase musicale et d'heureuses tendances dramatiques.\nQue son horreur pour la banalité ne le lance pas dans les extravagances"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "de la musique de l'avenir! Qu'il étudie les anciens maîtres pour apprendre\nd'eux la mélodie et le rhythme, et qu'il s'astreigne au travail du contrepoint et\ndu style rigoureux pour apprendre à bien écrire pour les voix! Bien doué,\ncomme il paraît l'être, d'après l'ensemble des Héroïques, M. Henri Perry mé-\nrite à tous égards d'être encouragé.\nHenry Cohen.\nSALLE HERZ. La place nous manquait, dans le précédent numéro,\npour rendre compte, comme il convient, du magnifique concert à orchestre\ndonné à la salle Herz le mardi 18 avril dernier, par M. Charles Dancla. Il n'est\npas besoin de présenter aux lecteurs de la Chronique musicale M. Charles\nDancla, professeur de violon au Conservatoire, et l'un des plus célèbres vir-\ntuoses de ce temps-ci. C'est un artiste éclectique plein de goût qui , à toute\nla pureté classique de son maître Baillot, joint toutes les hardiesses de l'école\nromantique moderne. Par la sage harmonie qu'il a su établir entre ces deux\nstyles, M. Dancla s'est fait une manière originale qui lui est propre et qui le\nmet au rang des plus grands violonistes. Aussi, n'est-ce point pour augmenter\nson renom d'artiste qu'il a organisé le concert du 18 avril, mais bien pour\ns'imposer comme compositeur à l'estime générale. Il y est parvenu de prime-\nsaut, et il n'y a pas un morceau de son riche programme qui n'ait été chaleu-\nreusement applaudi. MM. Dancla lui-même et C. de Groot ont tour à tour\ndirigé l'orchestre.\nDans la symphonie concertante pour deux violons et orchestre, qui a été\nexécutée à quatre, MM. Léopold Dancla, Boisseau et Montardon prêtaient à\nCharles Dancla le concours de leur talent. Cette composition est d'un beau\ncaractère; elle a porté sur le public dans toute la plénitude de ses effets.\nL'idée qu'a eue M. Dancla d'en doubler les parties de violon devait néces-\nsairement lui prêter un relief plus puissant. La Fantaisie originale pour\nviolon principal a infiniment plu : l'auteur l'a jouée avec une verve et un\nbrio incomparables. Mademoiselle Valérie Tuai, ancienne pensionnaire de\nl'Opéra-Comique, a chanté de la façon que l'on sait, un Ave Maria très inspiré.\nLe succès est allé grandissant avec les Extraits de la scène dramatique de\nChristophe Colomb, qui contiennent deux pages magnifiques : la Prière, et\nsurtout Y Air de danse suivi d'un boléro d'un parfum exotique saisissant. Là\ns'est manifesté pleinement le talent de M. Dancla, nourri de fortes études de\ncomposition faites autrefois avec Halévy et Barbereau. Nous regretterions que\nM. Dancla ne songeât pas à nous faire entendre en entier ce Christophe\nColomb, dont les fragments nous ont si vivement intéressé. Enfin, le concert\ns'est terminé par une Marche extraite d'une scène dramatique de Charles-\nQuint, pour laquelle nous formons le même vœu que pour Christophe\nColomb.\nO. L. T."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "185", "page_fin": "192", "image_debut": 33, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.33", "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\nTHÉATRE-NATIONAL-LYRIQUE : Dimitri, grand opéra en cinq actes et sept tableaux, de\nMM. Henri de Bornier et Armand Sylvestre, musique de M. Victorin Joncières.\nOPÉRA-COMIQUE : Les Amoureux de Catherine, opéra comique en un acte, paroles\nde M. Jules Barbier, musique de M. Henri Maréchal.\nHÉATRE NATIONAL-LYRIQUE. —Le nom du\nhéros de l'Opéra qui ouvre la nouvelle série du Théâtre-\nLyrique, rappelle de bien vieux souvenirs. En creu-\nsant un peu la généalogie des Démétrius, on remon-\nterait au déluge. Sans aller aussi loin, il vous souvient\nassurément des trois cent soixante statues que le\npeuple Athénien reconnaissant éleva, trois cent quarante-cinq ans avant\nJésus-Christ, au grand homme d'Etat, à l'orateur insigne qui s'appelait\nDémétrius de Phalère. Il fut dépossédé et renversé par un autre Démé-\ntrius, fils d'Antigone, l'un des généraux d'Alexandre, qui portait le sur-\nnom significatif de Poliorcète c'est-à-dire preneur de villes.\nDémétrius 11, roi de Macédoine; Démétrius, deuxième fils du roi de\nMacédoine Philippe 111 et frère de Persée; Démétrius ler,Ier, Soter, le Sau-\nveur, roi de Syrie; Démétrius 11, Nicator, Vainqueur, qui eut quelques\ndifficultés avec Cléopâtre, son épouse; Démétrius 111, Eucœrus, l Heu-\nreux; Démétrius de Pharos, gouverneur de Corcyre; Démétrius Pépa-\ngomène, médecin grec; Démétrius Cantacuzène; Démétrius Cantemir\nnous amènent enfin à cinq Démétrius, souverains russes, et à quatre\nfaux Démétrius qui se donnèrent tour à tour pour Démétrius V\nIwanovitch."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "Parmi tous ces les auteurs de Dimitri ont choisi l'un des\nquatre faux, celui que l'histoire appelle Griska Otrépief. C'était\nun moine de l'ordre de saint Bazile. Il sortit de son couvent de\nTschoudof en i 603, prétendit avoir échappé au fer de Boris Godunof,\nl'assassin du fils d'lvan 11, Démétrius V, reçut les secours des Lithua-\nniens et des Polonais, et se fit proclamer Tzar, à Moscou, en i 605. Ce\nGriska Otrépief fut cruel; il méprisa les coutumes nationales, se maria\navec une catholique et finit par devenir la victime d'un complot. Il\navait régné onze mois.\nMM. de Bornier et Sylvestre attirés par cette légende, l'ont revue, cor-\nrigée, diminuée et augmentée tout à la fois pour en faire un opéra dont\nles cinq actes et les sept tableaux défient l'analyse, tant la suite des idées\ny est obscure.\nDimitri raconte, au lever du rideau, qu'il adore la douce Marina et que\nsans elle il ne peut vivre. Le prieur du couvent, devant lequel se passe la\nscène, l'engage à être fort et à se consoler de l'absence de celle qu'il aime,\nlorsque le comte de Lusace, botté et éperonné, vient faire à ce prieur\ndes révélations importantes. Il lui rappelle que quinze années se sont\npassées depuis le jour où un enfant a été confié à la garde du couvent.\nCet enfant n'est autre que Dimitri, seul héritier légitime du trône\nde Russie. Il le vient chercher. 11 faudra qu'il marche sur Moscou,\nqu'il détrône Boris, l'usurpateur, et qu'il prenne le rang suprême au-\nquel il a droit. Dimitri apprend avec joie cette nouvelle inattendue et\npromet à Marina, qui arrive là on ne sait trop comment, qu'elle sera\nTzarine. Ce n'est pas l'avis du comte de Lusace, et ce n'est pas non plus\nl'avis de Wanda, fille du roi de Pologne, qui veut épouser Dimitri. Il\nfaut avouer que cette Wanda est une singulière personne. Pourquoi\nveut-elle épouser Dimitri qu'elle ne connaît pas et qu'elle ne peut aimer?\nPourquoi le comte de Lusace s'intéresse-t-il autant à ce mariage? Est-il\nfrère, cousin, ou amant de Wanda? Wanda et lui ont-ils basé sur cette\nrestauration de Dimitri tout un avenir de richesse et d'honneurs? Le\nJivret répond difficilement à ces diverses questions que le spectateur est\nsuccessivement forcé d'adresser aux auteurs. Il y a cependant quelques\nréflexions du comte de Lusace qui semblent indiquer qu'il est ambitieux,\nqu'il aime la bonne chère et les plaisirs faciles, mais c'est tout, et cela\nn'est pas assez. Peut-être, d'ailleurs, ai—je mal compris. Toujours est-il\nque Dimitri conserve son amour à Marina, dédaigne les avances de\nWanda et les paroles du comte de Lusace, qu'ii finit par frapper d'un\ncoup de poignard à la suite d'audacieuses menaces.\nPourquoi l'avoir frappé, dit alors Marpha, la mère de Dimitri, mère"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.35", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "qui n'a d'autres preuves de sa maternité que les affirmations du comte\nde Lusace ? Parce que, répond Dimitri, le comte prétendait que je n'étais\npas votre fils. Marpha est extrêmement embarrassée, Elle interroge la\nvoix du sang qui garde un silence prudent. Mais elle finit par persuader\nà Dimitri et à elle-même qu'il est né d'elle et qu'il est décidément l'héri-\ntier d'lwanovitch. Rien ne s'oppose au couronnement de Dimitri. Les\nnotables de Moscou sont venus lui apporter sur un plateau d'argent les\nclefs de la ville dont il faisait le siège. La cérémonie va s'accomplir.\nMarina, qu'on n'avait pas revue depuis le premier acte, si ce n'est un\ninstant, au troisième, se retrouve sur le balcon du palais des Tzars, dans\nles bras de celui qu'elle aime. L'heure définitive a sonné. Le cortège s'a-\nvance et Dimitri le suit. Mais il y a Wanda qui a ressuscité par un\nprocédé inexpliqué le comte de Lusace. A eux deux ils ont semé de tels\ndoutes dans l'esprit du peuple, que le clergé demande solennellement î\n/\nMarpha, aux pieds de l'Eglise, si elle peut jurer que Dimitri est son fils.\nCette situation du Prophète renversée se termineraitévidemment pa-\nun oui de Marpha, si Lusace, du balcon où tout à l'heure Dimitri rou-\ncoulait avec Marina, ne l'arquebusait et ne le tuait raide.\nCe que je viens de raconter en m'efforçant de fixer mes souvenirs est,\nà bien peu de choses près, le squelette de Dimitri.\nEn le revoyant ainsi sans l'attrait musical et sans le mouvement scé-\nnique, je m'explique encore moins comment M. de Bornier, un aca-\ndémicien, et M. Sylvestre, un poète habile et souvent inspiré,\nn'ont pas tenté de donner une forme plus accusée à leur pensée. Cette\nsuite de scènes mal reliées fait surgir à chaque pas un trouble qui amène\nla fatigue. L'action est lourde, hésitante et par cela même pi-esque insai-\nsissable. Et si j'insiste sur les fautes de ce poème étrangement énig-\nmatique, c'est qu'il est l'œuvre de deux hommes auxquels il n'est pas\npermis de commettre d'aussi grosses erreurs. On dit même que M. Car-\nvalho a prêté à ces Messieurs le concours de son expérience scénique.\nQue n'en ont-ils profité !\nDimitri serait l'œuvre d'un débutant, qu'il serait toujours un mauvais\nlivret: mais on lui accordeiait les circonstances atténuantes de l'inex-\npérience dont le tribunal le plus impartial ne peut faire bénéficier\nMM. de Boinier et Sylvestre.\nL'auteur de la musique en est à sa troisième grande partition : et il\nfaut s'empresser d'ajouter que chacune d'elles a marqué des efforts nou-\nveaux et donné des résultats meilleurs. Avec M. Joncières\navait fait preuve d'instinct et de volonté. Le Dernier jour de Pompéi\nrenfermait d'excellentes pages plus savamment écrites et plus heureuse-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "ment conçues. Dimitri, enfin, affirme les qualités, qui étaient pour la\nplupart à l'état embryonnaire dans les œuvres précédentes, et dénote chez\nle compositeur un travail persistant et un véritable tempérament musical\narrivé presque à la maturité. La préoccupation visible de M. Joncières,\npréoccupation du reste dont il faut lui savoir gré, est d'éviter la\nbanalité. Il fouille scrupuleusement l'idée mélodique et s'efforce de la\nciseler avec originalité. C'est le propre des travailleurs, des hommes de\naient et même des hommes de génie. Ce qui distingue ces derniers, c'est\npeut-être qu'ils n'ont pas besoin de chercher la distinction; elle vient à\neux toute seule, toute fraîche et toute grande. L'auteur de Dimitri n'est\npas encore à classer parmi eux; mais il compte désormais au milieu du\ngroupe de nos excellents musiciens, et, pour peu qu'il continue, il s'y fera\nune large place. Une chose frappe surtout dans cette partition : c'est la\nsûreté avec laquelle le compositeur lait mouvoir les masses chorales et\nl'orchestre, dont la sonorité est toujours excellente. La pensée de l'auteur\nest généralement nette et se dégage avec une clarté extrême. Dès le début\nà l'ouverture, dont le caractère est large et soutenu, on ressent vivement\ncette impression qui se confirme à chaque acte. Le chœur sans accompa-\ngnement qui précède la péroraison de l'ouverture et qui se chante der-\nrière la toile, est d'un effet excellent. Un chant des guerriers cosaques :\nBuvons au fleuve sombre\nQui trempe Vacier et les cœurs\nest écrit avec une fermeté saisissante, et un rhythme d'une allure fière qui\nenlève.\nJ'aime peu la romance de Dimitri, Une Femme, dont l'idée est\ntrop cherchée. Le récitatif et le duo qui s'y rattache manquent aussi\nd'inspiration. Le chœur des Tziganes, annoncé par une délicieuse\nphrase de hautbois, est d'une sonorité charmante. L'air de Marina, dont\nune phrase reprise par le cor Vassili mon seul amour est d'une\ngrande douceur; le duo de Marina et de Dimitri C'est toi que j'adore\nont un mérite de facture qui ne leur ôte pas un défaut de monotonie\nauquel le livret n'est pas étranger.\nLe récit-ballade du comte de Lusace Cet enfant, dit-il, que je\nt'amène est original. Une invocation de Marina à la nature, à\nl'amour, pleine de poésie, de tendresse, termine cet acte de la façon la plus\ngracieuse.\nAvant le lever du rideau du second acte, une phrase de cor, prenant\nun nouveau caractère en passant du hautbois à la clarinette et de la cla-\ntirnette à la flûte, soutenue et développée par les réponses de violon et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.37", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "d'alto, fait grand plaisir. La scène du comte de Lusace Vanda, tout\nest il prêt a une excellente couleur. Les couplets de Lusace J'ai\npour toute philosophie sont d'une élégance bizarre, qui fait mieux\nressortir une romance Depuis quinze ans dont le style est vieux,\nmais dont l'idée principale est charmante. Tout l'intérêt du duo entre\nDimitri et Lusace est dans l'orchestre, qui est traité avec une grande\nhabileté. La polonaise chantée qui le suit est une des plus jolies choses\nde la partition, au double point de vue de l'idée et du travail harmo-\nnique.\nAu troisième acte, l'intention énergique du duo de Marpha et de\nJob est plus heureusement conçue que réalisée. Mais il y a à la suite une\nvéritable page de maître; c'est l'air de Marpha Mon fils, il est mon\nfils l Le compositeur a traduit avec bonheur une situation grande et\nbelle. Marpha croit avoir retrouvé son fils, et elle se le redit avec une\njoie maternelle et avec une profonde reconnaissance pour le créateur.\nCes sentiments sont admirablement rendus par un style d'une largeur\nremarquable et par une délicatesse d'instrumentation particulière.\nTout le deuxième tableau du troisième acte est réussi à merveille.\nLe chant de Dimitri :\nMoscou! voici la ville sainte,\nC'est là que dorment mes dieux\nest d'un sentiment exquis et d'une orchestration habile et fine. La mélodie,\ndégagée complètement, est soulignée à la fin des phrases par les violons,\npendant que Ton entend le tintement des cloches de Moscou, rendues\navec une vérité extrême par deux notes obstinées de la harpe et du cor.\nL'association de ces deux timbres a déjà été employée, mais c'est un pro-\ncédé ingénieux qu'on aime à retrouver. Le ballet qui fait partie de ce\ntableau a été l'objet d'un soin particulier. Si la polka-mazurka du pas\nde quatre n'est pas extrêmement distinguée, le reste, en revanche, est\nd'un goût excellent. Le compositeur a librement donné carrière à sa\nfacilité et àsa sûreté d'instrumentation. Il a jonglé avec toutes les voix\nde l'orchestre, il les a disposées avec art et leur a demandé la grâce et la\nvariété. Ce divertissement est un des plus aimables et des plus piquants\nque nous ayons entendu depuis longtemps.\nLa chanson à boire de Lusace, son duo avec Dimitri, la ballade qui\ns'en détache, le duo entre Marpha et Dimitri, le quatrième acte enfin ne\nm'a que médiocrement plu, à l'exception de la phrase de Dimitri,\nSi Dieu, Marpha, qui nous compte les heures\ndont le sentiment largement développé est bien mis en lumière."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "Le duo du dernier acte,\nVoici Je jour, ma fiancée\nrappelle comme situation le duo de Roméo et n'en est pas moins une\ncharmante inspiration. 11 est d'une douceur et d'une tendresse discrète,\nqui fera mieux tout à l'heure ressorlir les éclats de la fête du couronne-\nment. Sur des dessins de harpe, des pizzicati de contrebasses, accompa-\ngnées par le murmure des violons en sourdine, s'élèvent les paroles\nd'amour de Dimitri et de Marina.\nLe jour va paraître; la fraîcheur parfumée du matin est enivrante, et\nle soleil ne dore pas encore les murailles du Kremlin. Il y a quelque\nchose de mystérieux et de prédestiné dans cette caresse matinale,\ndans cet échange exquis de tendresses chastes. Il semble que Dimitri, si\nprès du moment où il va être investi solennellement de la puissance, a\n1-e pressentiment inconscient de la chute de son bonheur. Il n'a qu'une\nminute à vivre encore, et il 1 emploie à épancher son âme tout entière\ndans un embrassement suprême. Toute cette partie de la scène du bal-\ncon est traitée avec une grâce exquise. Je regrette que M. Joncières n'ait\npas profité davantage de l'oppositiou superbe qu'aurait pu donner la\ndouleur et le désir de vengeance de Wanda, qui assiste à ce duo d'amour.\nLe compositeur n'a fait qu'indiquer ces sentiments. Il a écrit un duo\nlà où il aurait pu nous donner un trio magnifique.\nJe ne cite que pour mémoire la marche bien rhythmée qui précède la\nmort de Dimitri.\nJe n'ai pas marchandé mes éloges au courant de cet article; aussi,\nDuis-je maintenant faire quelques critiques.\nDimitri est une partition d'une valeur incontestable,, mais qui a le\ntort grave de manquer de personnalité. On peut attribuer tel morceau à\nl'influence de tel maître. On a jadis reproché à M. Joncières d'être trop\nwagnérien. Il s'est ému probablement de cette accusation, et il a voulu\nprouver que Wagner n'était pas son seul maître. C'est à cela que\ntiennent sans doute les réminiscences de sa partition. On jurerait, à cer-\ntains moments, que l'idée mélodique du morceau que l'on entend est\nempruntée à Donizetti ou à quelque autre maître italien; à certains au-\ntres, on retrouve les rhythmes favoris de Meyerbeer, ou la couleur de\nGounod, ou bien les procédés et le style indéfini de Wagner. Au milieu\nde cette variété de réminiscences, on cherche presque toujours sans suc-\ncès du pur Joncières. Maintenant que l'auteur de Dimitri est arrivé à\nla connaissance parfaite de son art, il devra s'attacher à être davantage\nlui-même et à bien définir le caractère personnel de ses inspirations,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.39", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "M. Lasalle, prêté pendant quelques jours par l'Opéra au Théâtre-\nLyrique, joue et chante avec un talent remarquable le comte de Lusace.\nMadame Engalli, un peu inexpérimentée au point de vue du jeu, chante\navec une voix magnifique le rôle de Marpha, Mademoiselle Dalti est\nconvenable dans Marina. M. Duchesne est inégal dans Dimitri, mais\ns'il a quelques faiblesses, il a également d'excellents moments.\nLes autres interprètes sont suffisants. Je ne pense pas qu'on en puisse\ndire beaucoup plus. L'orchestre et les chœurs, conduits avec autorité\npar M. Danbé, sont bons. La mise en scène est extrêmement soignée.\nC'est une excellente inauguration du Théâtre National-Lyrique, qui\nnous fait espérer beaucoup pour nos jeunes compositeurs et pour l'art\nmusical français.\nRaoul de Saint-Arroman.\n\\\nOPÉRA-COMIQUE. L'Opéra-Comique a donné les Amoureux\nde Catherine, opéra comique en un acte, que M. Jules Barbier a tiré\nd'une nouvelle d'Erkmann-Chatrian, et que M. Henri Maréchal, prix\nde Rome, a illustré de sa musique. On ne peut pas dire que cette épreuve\nait été décisive pour le compositeur, et qu'elle ait fait concevoir de son\ntalent une idée très exacte; mais elle n'a pas non plus tourné à son désa-\nvantage. C'est toujours une difficulté, pour un débutant, de se heurter à\nun scénario dépourvu d'intrigue, et qui n'est, en réalité, que le dévelop-\npement théâtral d'un sentiment unique : il ne rencontre aucun point\nd'appui dans les scènes épisodiques, qui sont éludées, parce qu'elles alour-\ndiraient l'action, et se trouve placé face à face avec le plus grand obstacle\nqu'il soit donné à la musique de vaincre : la monotonie de la situation,\nM. Maréchal a fait tout ce qu'il a pu pour ne pas tomber dans le piège\nqui lui était tendu ; du moins il n'y est pas resté tout entier.\nSon ouverture entre assez crânement dans le sujet, mais elle se perd\ndans des détails d'orchestration qui en dépassent le but et l'importance.\nSes chœurs dialogués sonneraient mieux, s'ils étaient moins papillo-\ntants : ils sont clairs, mais la lumière y danse trop. Le livret de M. Jules\nBarbier, mal coupé, ne met presque jamais que deux personnages\nen scène; M. Maréchal s'est vu dans la nécessité, toujours cruelle, d'é-\ncrire plusieurs duos consécutifs, dans lesquels il eut fallu jeter une\ngrande variété de procédés, qualité qu'on n'était guère en droit d'exiger\nd'un débutant, puisqu'elle est généralement la résultante d'une longue\nexpérience scénique. On a justement remarqué, dans un duo d'amour"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "d'une proportion exagérée, des élans d'une bonne veine mélodique, et\nle public a bissé une jolie chanson d'Alsace, dont le refrain, repris à\npleine voix par le chœnr, ne manque pas de chaleur communicative.\nL'interprétation a plu, particulièrement du côté de mademoiselle Cha-\npuy, qui se hisse lentement, mais sûrement à la hauteur d'une étoile.\nCette artiste, dont la valeur a longtemps été méconnue ou plutôt mal\nappréciée, apporte une sensibilité extrêmement noble à tout ce qu'elle\nchante et à tout ce qu'elle dit. Nicot a fait accepter, sans moustaches et\nsans bottes, un rôle un peu réaliste pour un ténor d'opéra comique : il\nfait un maître d'école, pauvre et dédaigné. Thierry et madame Decroix,\nl'un avec sa basse un peu lourde, l'autre avec son fausset un peu grêle,\nont donné de la physionomie à deux personnages secondaires.\nO, L. T."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "193", "page_fin": "200", "image_debut": 41, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "193", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1486, "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles\n\nFAITS DIVERS.\nes concours de symphonie et de quatuor ouverts en 1875\npar la Société des compositeurs de musique viennent d'être\njugés.\nConcours de symphonie. Jury : Président, M. Am-\nbroise Thomas, de l'lnstitut; MM. Reber, de l'lnstitut;\nVaucorbeil, président de la Société des compositeurs ;\nBourgault-Ducoudray, Chérouvrier, Colonne, Samuel Da-\nvid, Deffès, Théodore Dubois, Guilmant, Membrée, Ortolan, Wekerlin. Se-\ncrétaire-rapporteur, M. Guillot de Sainbris.\nPrix unique : une médaille d'or de 500 francs, décernée à M. André\nMessager, disciple de l'école Niedermeyer, organiste à l'orgue du chœur de\nSaint-Sulpice.\nMentions honorables : Les symphonies portant pour épigraphes : ire Men-\ntion, D'un souffle l'Aquilon écarte les nuages, auteur M. A. L. Dessanne;\n2e Mention, Excelsior de M. Koszul, de Roubaix.\nConcours de quatuor. Jury: Président, H. Gounod, de l'lnstitut;\nMM. François Bazin, de l'lnstitut; Vaucorbeil, président de la Société des\ncompositeurs; Barbereau, Adolphe Blanc, de Boisdeffre, Gastinel, Gouvy,\nGuilmant. Secrétaire-rapporteur, M. Adolphe Nibelle.\nPrix unique : médaille d'or de 300 francs, décernée au quatuor portant\npour épigraphe : Science et mélodie, sœurs inséparables. L'enveloppe sur\nlaquelle était inscrite cette épigraphe contenait un feuillet blanc, sans nom\nd'auteur. Mention honorable : épigraphe, Nuit étoilée. L'auteur connu au-\njourd'hui est M. Charles Dancla, professeur au Conservatoire."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "Conformément au règlement de ces concours, les plis renfermant les noms\ndes auteurs qui ont obtenu des mentions ne seront ouverts qu'avec 1 assenti-\nment de ces concurrents. Vingt-cinq symphonies et dix-huit quatuors ont\npassé sous les yeux des jurys.\nDes fêtes en l'honneur de Rameau sont annoncées à Dijon, vitte natale\nde l'auteur de Dardanus, pour le mois d'août, à l'occasion de l'érection de sa\nstatue. Le Comité qui s'est constitué à Paris, dans le même but, a décidé\nqu'une solennité religieuse et musicale aurait lieu dans l'église Saint-Eusta-\nche, le 8 juin, et inaugurerait les fêtes que l'on doit donner en l'honneur de\nl'illustre compositeur. On y entendra trois œuvres de Rameau et la deuxième\nmesse avec chœurs, soli et orchestre, de M. Léon Gastinel. A l'offertoire, les\nSociétés chorales : les Enfants de Lutèce, l'Odéon, le Louvre, le Choral de\nBelleville, le Temple, la Cécilia, le Choral de l'Observatoire et le Bon-Mar-\nché, chanteront un chœur sans accompagnement, de Rameau. M. Deldevez\ndirigera l'ensemble de l'exécution.\nLes opérations du concours de Rome pour le grand prix de composition\nmusicale viennent d'être réglées de la façon suivante : Pour le concours\nd'essai de la composition, l'entrée en loges aura lieu le samedi i 3 mai, a dix\nheures du matin, au Conservatoire; lay sortie le 19 mai, à midi. Le jugement\nsera rendu le samedi 20. Pour le concours définitif : entrée en loges, le ven-\ndredi 27 mai, à dix heures du matin; sortie le 20 juin, à dix heures du soir.\nJugement préparatoire, au Conservatoire, le vendredi 3o juin ; jugement dé-\nfinitif, le samedi ier juillet, à Flnstitut. Dans l'intervalle des deux concours\naura probablement lieu au Conservatoire l'exécution des envois de Rome,\nlesquels comprennent cette année des œuvres de MM. Salvayre, Maréchal et\nfeu Ehrhart.\nNous extrayons d'un remarquable feuilleton de la République française\ndu 22 octobre 1875, qui est de notre confrère Baudouin, les passages suivants\ntendant à prouver que la musique dite religieuse ne forme point un genre\nspécial ayant son caractère propre :\n« Les Grecs ayant vainement essayé d'introduire l'art musical dans la civili-\nsation latine, nous arrivons naturellement aux commencements de 1 ère chré-\ntienne. I/Église a emprunté aux religions païennes la majeure partie des\npompes et des formes de son culte; elle va adopter leurs chants. Aux Hé-\nbreux elle prend tout d'abord les psaumes de David, et bon nombre de mélo-\ndies hébraïques deviennent des cantiques chrétiens. Ce n'est pas tout ; les\nrhythmes indécis et peu variés de la musique grecque paraissant particuliè-\nrement lui convenir, elle puise à ces sources ( la Préface de la messe, assure-\nt-on, est l'un des derniers vestiges de la musique grecque) , et si amplement,\nque bientôt saint Ambroise, chef de l'église de Milan, en compose le plain-\nchant. Quatre des anciens modes grecs, le Dorien; le Phrygien, YEolien et le\nMixolidien, sont choisis par lui et prennent le nom de tons authentiques.\nDeux siècles plus tard, le pape Grégoire-le Grand complète l'œuvre commen-\ncée en ajoutant quatre nouveaux modes, les tons plagaux, aux modes am-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "broisiens. Pendant ce temps, le christianisme, persécute d abord, de\\enait\npersécuteur à son tour. Les temples des anciennes divinités révérées se fei-\nmaient peu à peu ; on en chassait le s prêtres; et les hymnes antiques depuis\nlongtemps mutilés tombaient définitivement dans l'oubli. Dès lors, le chant,\ngrégorien, ainsi qu'on l'appelle encore maintenant, demeura le seul maître,\nou à peu près, de l'empire musical. Et cela dura ainsi, sans altération, sans\nperfectionnement aucun, pendant près de cinq cents ans !\nFaits caractéristiques et pleins d'enseignements î Née à peine, l'Eglise affir-\nmait déjà la nature étouffante de sa domination ; elle montrait jusqu'à quel\npoint tout mouvement lui faisait horreur. Ah ! c'est que le mouvement,\nc'était la vie, c'était l'action, c'était le progrès peut-être : pour l'Eglise, c'était\nle danger. Ce qu'il lui fallait à elle pour régner , c'est le calme désolé, l'im-\nmobilité stagnante, glacée. Aussi ne néglige-t-elle aucune arme pour tenir\nl'humanité en respect. Voyez plutôt comment elle combat à cette époque ;\nl'interdit est lancé sur tout ce qui pense, sur tout ce qui aime, sur tout ce\nqui chante librement. L'anathème est partout; partout est la terreur. Adieu\ndonc chants d'amour , joyeuses chansons à boire, danses naïves ou folâtres,\non vous proscrit, on vous chasse ! et la haine implacable qui vous poursuit\nvous atteint non-seulement dans le temple, ce qui se comprendrait encore,\nmais sur la place publique, dans la rue ou sur le chemin, jusqu'au coin du\nfoyer !\nMais quoique la vie fût comme arrêtée, au milieu de ces âges d'épouvante,\nil arrivait parfois que le peuple se réveillait et sortait tout à coup de sa tor-\npeur. Lorsqu'il n'allait pas à la révolte, affamé de mouvement et de liberté,\non le voyait quelquefois courir, hurler sans que rien semblât devoir i arrêter\ndans sa course insensée. Le temple ou la rue, tout endroit lui était bon\npourvu qu'il pût dépenser en quelques heures une activité depuis longtemps\namassée. Où allait-il ainsi, ce pauvre peuple? Hélas ! il célébrait tout simple-\nment la Fête de l'âne ou des fous, ou bien quelque sottie du même ordre ; et\nsa courte ivresse dissipée, il retombait plus endolori que jamais dans le som-\nbre néant où il traînait sa vie.\nVoici tout ce qu'a été l'art musical jusqu'au dixième siècle environ. D'un\ncôté , une musique d'église, composée de débris, nue et froide, parce qu'elle\nest traditionnelle, et que, d'ailleurs, on la veut ainsi ; une musique que l'on\ndéclare immuable; une musique enfin qui ne doit la continuation de son\nexistence qu'à la force terrible qui l'impose aux nations. De l'autre , un pro-\nfond sentiment artistique cherchant à se faire jour par tous les moyens possi-\nbles, mais que l'esprit implacable de l'Eglise refoule sans cesse en le déclarant\nimpie. Déjà l'harmonie, sortant peu à peu de ses langes, essaie de balbutier\nses premiers accords en accompagnant le monotone unisson du plain-chant\npar des suites de quartes, de quintes ou d'octaves ; les conciles fulminent con-\ntre ces innovations pourtant bien innocentes, et les pauvres déchanteurs se\nvoient réduits au silence. Cependant le rhythme se développe malgré tout\ndans les chants populaires ; mais là encore les précautions de l'Eglise sont si\nbien prises, qu'il n'en reste aucune trace écrite ; la tradition seule nous ap-\nprend qu'ils ont existé. Quant aux premiers essais de musique dramatique ,\nçelle des Mystères, des Moralités et des Sotties, ils sont si bien surveillés par"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "le clergé, au point de vue des thèmes et de l'exécution, que la musique y est\nidentique à celle de l'Eglise.\nOù est 1 art religieux véritable dans tout cela? Où distingue-t-on cette in-\nspiration spéciale qui doit caractériser, dit-on, les œuvres religieuses? Les\nmanifestations de 1 art musical au dixième siècle sont de même nature qu'au\ncommencement de l'ère chrétienne, et à cette époque on n'avait pas songé à\nleur prêter un caractère religieux ; on les déclarait simplement propres aux\ncérémonies de l'Eglise. Le temps aurait-il changé tout cela? aurait-il donné\nà ces œuvres une qualité nouvelle, un principe qu'elles ne possédaient pas\nencore ? Cela ne peut être accepté. Mais si le dixième siècle ne compte pas\nencore de musique dite religieuse, nous allons reconnaître plus loin que\nl'existence de l'art musical, en dehors de l'Eglise, va donner lieu à cette\nappellation sans fondement. La séparation, de plus en plus grande, de la mu-\nsique et de l'Eglise ne se fera certainement pas sans luttes, sans déchire-\nments, mais, quoique cette lutte dure encore à l'heure présente, la liberté est\ndésormais assurée à l'art.\nVers la fin du dixième siècle, Guido d'Arezzo donnait une vigoureuse im-\npulsion à l'art musical, en inventant un procédé nouveau pour faciliter l'étude\ndu plain-chant. Il prenait parmi les huit tons en usage deux tonalités types,\net il y rapportait les six autres. Peu à peu, ces deux types étant les seuls em-\nployés par les musiciens, ils reçurent le nom de gamme majeure et de gamme\nmineure. C'est là ce que l'on appelle, improprement d'ailleurs, l'invention de\nla gamme. Malgré les résistances de l'Eglise, qui continue à proscrire les\nnouvelles formes musicales, mais qui était alors moins obéie qu'auparavant,\nles progrès sont rapides; la régularisation et le développement de la rhyth-\nmique produisent la mesure et le temps ,• l'harmonie, le contre-point pren-\nnent une extension considérable ; la fugue et le canon sont inventés. Mais\npar un retour étrange , à mesure que la science progressait, le peu de senti-\nment que comportaient la musique et l'époque disparaissait complètement. On\ntenait si peu de compte du sens des paroles sur lesquelles on composait, que\nlon en était arrivé à adapter celle du Credo, par exemple, à l'air d'une\nchanson grivoise. C'est ainsi que furent composées la Messe de Vénus la belle,\nde Y Ami Baudichon, la messe d'Adieu mes amours, etc., qui furent exécutées\nnon sans succès, dans les églises.\nCependant les choses marchent ainsi jusqu'à heure de la Réforme. Luther\nparut. « La musique était née! » s'écrie Michelet. Michelet a raison. La\nscience musicale existait avant Luther, cela ne fait pas de doute; mais, outre\nqu'elle n était pas répandue dans le peuple, elle ne prit le caractère de l'art\ngrandiose que nous connaissons aujourd'hui qu'à partir de cette époque.\nAlors tout le monde chanta. Protestants ou catholiques, chaque voix s'éleva\npour répondre au cri sublime de liberté, de fierté et d'amour poussé par\nLuther. Ebranlée jusque dans ses fondements, l'Église de Rome, qui était\nsur le point de proscrire à tout jamais la musique de ses églises, à cause des\ndésordres que nous avons cités plus haut, comprit qu'elle ne devait pas laisser\nun aussi puissant moyen d'attraction dans les seules mains des protestants. Le\nConcile de Trente, éclairé par le retentissement des Psaumes de Goudimel,\ndisciple de Luther et maître de Palestrina, chargea ce dernier de reconstituer"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3424, "texte": "la musique des églises. Palestrina s'acquitta de sa tâche avec le succès que\nchacun connaît; mais son plus grand mérite à nos yeux est d'avoir introduit\nle premier dans la musique l'expression et cette admirable science des nuan-\nces encore inconnue avant lui.\nCette conquête du style expressif par la musique est la dernière transfor-\nmation notable qu ait subie l'art musical. Depuis Palestrina jusqu'à nos jours,\ncet art a pu se développer de mille manières, se plier aux exigences des diffé-\nrentes écoles, satisfaire aux nombreuses mutations du goût; il est resté le\nmême dans son essence.\nN ayant plus de changements profonds à signaler, il ne nous reste plus qu'à\nrésumer les enseignements qui nous sont donnés par les faits sur la question\nde savoir si la musique religieuse existe réellement ou non.\nQue voyons-nous dans cet ensemble, depuis la dernière période (dixième\nsiècle) ? Ce qui trappe d abord, c'est le fait curieux d'un art se développant\ndans 1 Église et par 1 Église, malgré l'Église ; la musique enserrée dans un\ncadre étroit dans lequel elle étouffe, embrasée par l'esprit fécond de la Re-\nnaissance, voulant tout célébrer, tout exprimer, et luttant pour conquérir\nson indépendance. D'un côté, un besoin immense de mouvement et de vie,\nde 1 autre, une inertie voulue tendant à tout immobiliser. De là cet antago-\nnisme croissant entre l'art et l'Église, antagonisme que l'on peut remarquer\npartout. Évidemment, il sera fait des concessions de l'une et de l'autre part ;\nsans cela, comment s'accorder? La musique se résignera à prendre comme\nthème de ses travaux les mélodies sans rhythmes et sans couleur que lui four-\nnit ia liturgie, et, moyennant ce sacrifice, l'Église consentira peu à peu à ce\nqu'elle se livre aux inspirations de sa fantaisie. L'ornementation fouillée et\npoussée a 1 extrême, les combinaisons ingénieuses ou savantes, les formes les\nplus multiples, tout cela lui sera permis, pourvu que le fond soit pris dans les\nformules adoptées par l'Église.\nQue résulte-t-il forcément de ce compromis ? Les œuvres élaborées de cette\nmanièie ne présenteront-elles pas les caractères de deux époques, et n'auront-\npas, par conséquent, une certaine saveur de vétusté ? Ce point ne nous\nparaît pas contestable. Eh bien ! là est tout le secret du style dit religieux.\nEvidemment, ce style subira encore des modifications suivant le goût ou la\nmode : l'action du temps pourra élargir le sens qu'on y attache ; mais l'ori-\ngine, le fond demeure toujours dans le compromis entre l'Église et l'art,\ncompromis que nous venons de décrire.\nIl ne faiu pas oublier que vers la même époque l'art musical s'agitait aussis\nau dehors. Échappé de l'Église et débarrassé de ses entraves, il pouvait\nétendre à loisir le domaine de ses manifestations. S'inspirant de tout, il deve-\nnait univeisel ; dès lors, il était laïque. Ce sont ces productions de la libre\npensée musicale que 1 on s est plu à désigner sous le nom de musique profane.\nEncore en est-il un certain nombre parmi elles qui, regardées d'abord comme\nnon religieuses, ont été admises comme telles seulement plus tard. Pur effet\nde l'action du temps ! Le temps n'agit pas, il est vrai, sur les œuvres elles-\nmêmes, mais il exerce une influence sur les hommes qui les jugent. L'expres-\nsion des sentiments changeant au fur et à mesure que les âges se succèdent,\nles œuvres paraissent vieillir, et cette saveur particulière de vétusté donne à"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "certaines d'entre elles le caractère soi-disant religieux qui leur était refusé\nprimitivement.\nD'abord, quel est donc l'homme de génie qui, s'abandonnant à sa seule\ninspiration, et laissant de côté les formules classées ou leurs dérivés, peut se\ntarguer d'avoir donné naissance à une œuvre reconnue comme religieuse par\nses contemporains? Est-ce Palestrina ? Mais il faisait toujours intervenir une\nphrase consacrée quelconque dans ses compositions. A part cela, il ne tenait\naucun compte du sens des paroles. Est-ce Marcello ? Celui-ci passait pour\nmondain. Est-ce Haendel? Hœndel ne fit pas, à proprement parler, de musi-\nque religieuse , mais de la musique sacrée. Ne pouvant se produire par le\nthéâtre, à cause du puritanisme qui avait bien vite envahi l'Eglise protestante,\nil mit en honneur Y oratorio, qui convenait d'ailleurs fort bien à la nature de\nson génie. Son genre est sévère, grandiose, mais, nous le répétons, il n'est\npas accepté comme religieux. Est-ce Sébastien Bach ? Le génie de Bach est\ntout spécial et devance de beaucoup son siècle. La plupart des ouvrages de\nBach sont, il est vrai, composés sur des textes religieux ; mais, si l'on com-\npare la nature propre de ses idées et sa façon de les traiter, dans des œuvres\ndiverses, profanes ou non, on reconnaîtra que sa manière est la même par-\ntout, si l'on en excepte naturellement les chorals, qui sont construits sur des\nphrases liturgiques.\nNous pourrions continuer pendant longtemps cet examen et passer en re-\nvue Haydn, Mozart, Beethoven, etc. Les réponses seraient toujours les mê-\nmes. L'art musical religieux n'existe pas. Il n'y a qu'un art laïque s'inspirant\ndans sa liberté des choses de la religion. Quant au caractère soi-disant reli-\ngieux, nous avons montré suffisamment, croyons-nous, à quel ordre il appar-\ntient. Il est le résultat d'une convention de l'esprit d'une part et, qu'on\nnous passe le mot, de la patine du temps.\nMaintenant, faut-il ajouter encore que le terme de v< musique religieuse »\nn'est presque jamais employé par les musiciens que dans le sens de musique\nd'église ? En somme, les romantiques en général et ceux qui parlent de l'art\nsans en connaître suffisamment l'histoire et les éléments, sont les seuls qui\nattachent à la musique religieuse une signification plus étendue et pour ainsi\ndire mystique.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Halanzier vient d'engager la basse-taille\nBerardi, ainsi que Mademoiselle de Stucklé, qui appartiendra à\nl'Opéra à partir du ier octobre prochain.\nL'engagement de M. Manoury, qui expire dans trois mois, n'a pas\nété renouvelé. M. Manoury prendrait la carrière italienne.\nLa première représentation du ballet Sylvia aura lieu vers le 2 5 mai.\nOpéra National-Lyrique. —Ce soir, première représentation des Erinnyes,\ndrame en vers de MM. Leconte de Lisle, musique de M. Jules Massenet."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "La nouvelle partition que J. Massenet a adaptée au drame de Leconte de\nLisle, comprend des chœurs pour voix de femmes (un entre autres, celui des\nChoëphores, qui ouvre le second acte) chœurs d'ensemble, ouverture,\nentracte, musique et scène, marche triomphale, etc.\nAu premier acte, ballet antique en trois parties. Madame Marie-Laurent\njouera le rôle de Clytemnestra, et Taillade celui d'Orestès, qu'ils ont créés avec\nsuccès au théâtre de l'Odéon, en 1873.\nLes autres rôles seront joués par Talien, Sicard, Monval, Mesdames Marie\nDefresne, Fossy et Ghéron, de la troupe de l'Odéon.\nMademoiselle Volsy débutera par le rôle d'Electra.\nLe principal interprète, Madame Marie-Laurent, étant engagée à la Porte-\nSaint-Martin à partir du 20 mai, les Erinnyés ne pourront avoir que trois\nreprésentations.\nM. Vizentini vient de signer avec Madame veuve Halévy un traité aux ter-\nmes duquel deux ouvrages fort importants de l'auteur de la Juive passent au\n7 héâtre-Lyrique. Ces deux ouvrages sont Charles VI et la Fée aux roses. Au\nmême théâtre, on annonce la réception d'un opéra comique en un acte, le\nSignal, de MM. William Busnach et Ernest Dubreuil.\nMademoiselle Marcus est choisie pour créer un rôle principal dans le Ma-\ngnifique.\nObéron sera donné vers le ieV juin avec la distribution suivante\nObéFon MM. Montaubry\nHuon Ch. Richard\n%\nSherasmin Lepers\nSadack Tissier\nAboulifar Grivot\nTezia Mesdemoiselles Salla\nFatime Sablairolles\nPuck M. Thomas\nLe bey MM. J. Vizentini\nUn pirate Chevalier\nChœurs et ballet.\nOpéra-Comique. - Demain, première représentation de Philémon et\nBauciSt En voici la distribution :\nPhilémon MM. Nicot\nJupiter Bouhy\nVulcain Giraudet.\nMadame Chapuy jouera Baucis jusqu'au 25 mai, époque de son départ pour\nLondres ; elle sera remplacée par Mademoiselle Lévy.\nVariétés. Fermeture le ie' juin. Réouverture en septembre avec une\nreprise de la Belle Hélène, avec Madame Judic dans le rôle créé par Made-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.48", "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": "moiselle Schneider. A Grenier succédera Baron dans le rôle de Çalchas, et\nLéonce jouera le rôle de Ménélas.\nPuis viendra une pièce en un acte de MM. Albert Wolf, Henri Bocage et\nJules Moineaux, intitulée : les Jeux de l'amour et du houçard.\nPrincipaux interprètes : MM. Dupuis, Pradeau, Hamburger, Daniel Bac et\nBourdeille. Quant aux dames : Mademoiselle Angèle et quelques figurantes.\nMadame Judic créera ensuite le rôle principal dans une pièce tirée d'un\nroman de M. Verne, par MM. Gille et Mortier, musique d'Offenbach.\nBouffes-Parisiens. Les Bouffes ont repris le 11 mai la Jolie Parfumeuse,\navec Madame Théo et Daubray.\nThéâtre-Taitbout. La clôture de l'année théâtrale a eu lieu le 6 mai.\nRéouverture en septembre.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-15_01#c023", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "193", "page_fin": "198", "image_debut": 41, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.2.6.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS.", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "193", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.41", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 1486, "texte": "FAITS DIVERS.\nes concours de symphonie et de quatuor ouverts en 1875\npar la Société des compositeurs de musique viennent d'être\njugés.\nConcours de symphonie. Jury : Président, M. Am-\nbroise Thomas, de l'lnstitut; MM. Reber, de l'lnstitut;\nVaucorbeil, président de la Société des compositeurs ;\nBourgault-Ducoudray, Chérouvrier, Colonne, Samuel Da-\nvid, Deffès, Théodore Dubois, Guilmant, Membrée, Ortolan, Wekerlin. Se-\ncrétaire-rapporteur, M. Guillot de Sainbris.\nPrix unique : une médaille d'or de 500 francs, décernée à M. André\nMessager, disciple de l'école Niedermeyer, organiste à l'orgue du chœur de\nSaint-Sulpice.\nMentions honorables : Les symphonies portant pour épigraphes : ire Men-\ntion, D'un souffle l'Aquilon écarte les nuages, auteur M. A. L. Dessanne;\n2e Mention, Excelsior de M. Koszul, de Roubaix.\nConcours de quatuor. Jury: Président, H. Gounod, de l'lnstitut;\nMM. François Bazin, de l'lnstitut; Vaucorbeil, président de la Société des\ncompositeurs; Barbereau, Adolphe Blanc, de Boisdeffre, Gastinel, Gouvy,\nGuilmant. Secrétaire-rapporteur, M. Adolphe Nibelle.\nPrix unique : médaille d'or de 300 francs, décernée au quatuor portant\npour épigraphe : Science et mélodie, sœurs inséparables. L'enveloppe sur\nlaquelle était inscrite cette épigraphe contenait un feuillet blanc, sans nom\nd'auteur. Mention honorable : épigraphe, Nuit étoilée. L'auteur connu au-\njourd'hui est M. Charles Dancla, professeur au Conservatoire."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "Conformément au règlement de ces concours, les plis renfermant les noms\ndes auteurs qui ont obtenu des mentions ne seront ouverts qu'avec 1 assenti-\nment de ces concurrents. Vingt-cinq symphonies et dix-huit quatuors ont\npassé sous les yeux des jurys.\nDes fêtes en l'honneur de Rameau sont annoncées à Dijon, vitte natale\nde l'auteur de Dardanus, pour le mois d'août, à l'occasion de l'érection de sa\nstatue. Le Comité qui s'est constitué à Paris, dans le même but, a décidé\nqu'une solennité religieuse et musicale aurait lieu dans l'église Saint-Eusta-\nche, le 8 juin, et inaugurerait les fêtes que l'on doit donner en l'honneur de\nl'illustre compositeur. On y entendra trois œuvres de Rameau et la deuxième\nmesse avec chœurs, soli et orchestre, de M. Léon Gastinel. A l'offertoire, les\nSociétés chorales : les Enfants de Lutèce, l'Odéon, le Louvre, le Choral de\nBelleville, le Temple, la Cécilia, le Choral de l'Observatoire et le Bon-Mar-\nché, chanteront un chœur sans accompagnement, de Rameau. M. Deldevez\ndirigera l'ensemble de l'exécution.\nLes opérations du concours de Rome pour le grand prix de composition\nmusicale viennent d'être réglées de la façon suivante : Pour le concours\nd'essai de la composition, l'entrée en loges aura lieu le samedi i 3 mai, a dix\nheures du matin, au Conservatoire; lay sortie le 19 mai, à midi. Le jugement\nsera rendu le samedi 20. Pour le concours définitif : entrée en loges, le ven-\ndredi 27 mai, à dix heures du matin; sortie le 20 juin, à dix heures du soir.\nJugement préparatoire, au Conservatoire, le vendredi 3o juin ; jugement dé-\nfinitif, le samedi ier juillet, à Flnstitut. Dans l'intervalle des deux concours\naura probablement lieu au Conservatoire l'exécution des envois de Rome,\nlesquels comprennent cette année des œuvres de MM. Salvayre, Maréchal et\nfeu Ehrhart.\nNous extrayons d'un remarquable feuilleton de la République française\ndu 22 octobre 1875, qui est de notre confrère Baudouin, les passages suivants\ntendant à prouver que la musique dite religieuse ne forme point un genre\nspécial ayant son caractère propre :\n« Les Grecs ayant vainement essayé d'introduire l'art musical dans la civili-\nsation latine, nous arrivons naturellement aux commencements de 1 ère chré-\ntienne. I/Église a emprunté aux religions païennes la majeure partie des\npompes et des formes de son culte; elle va adopter leurs chants. Aux Hé-\nbreux elle prend tout d'abord les psaumes de David, et bon nombre de mélo-\ndies hébraïques deviennent des cantiques chrétiens. Ce n'est pas tout ; les\nrhythmes indécis et peu variés de la musique grecque paraissant particuliè-\nrement lui convenir, elle puise à ces sources ( la Préface de la messe, assure-\nt-on, est l'un des derniers vestiges de la musique grecque) , et si amplement,\nque bientôt saint Ambroise, chef de l'église de Milan, en compose le plain-\nchant. Quatre des anciens modes grecs, le Dorien; le Phrygien, YEolien et le\nMixolidien, sont choisis par lui et prennent le nom de tons authentiques.\nDeux siècles plus tard, le pape Grégoire-le Grand complète l'œuvre commen-\ncée en ajoutant quatre nouveaux modes, les tons plagaux, aux modes am-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "broisiens. Pendant ce temps, le christianisme, persécute d abord, de\\enait\npersécuteur à son tour. Les temples des anciennes divinités révérées se fei-\nmaient peu à peu ; on en chassait le s prêtres; et les hymnes antiques depuis\nlongtemps mutilés tombaient définitivement dans l'oubli. Dès lors, le chant,\ngrégorien, ainsi qu'on l'appelle encore maintenant, demeura le seul maître,\nou à peu près, de l'empire musical. Et cela dura ainsi, sans altération, sans\nperfectionnement aucun, pendant près de cinq cents ans !\nFaits caractéristiques et pleins d'enseignements î Née à peine, l'Eglise affir-\nmait déjà la nature étouffante de sa domination ; elle montrait jusqu'à quel\npoint tout mouvement lui faisait horreur. Ah ! c'est que le mouvement,\nc'était la vie, c'était l'action, c'était le progrès peut-être : pour l'Eglise, c'était\nle danger. Ce qu'il lui fallait à elle pour régner , c'est le calme désolé, l'im-\nmobilité stagnante, glacée. Aussi ne néglige-t-elle aucune arme pour tenir\nl'humanité en respect. Voyez plutôt comment elle combat à cette époque ;\nl'interdit est lancé sur tout ce qui pense, sur tout ce qui aime, sur tout ce\nqui chante librement. L'anathème est partout; partout est la terreur. Adieu\ndonc chants d'amour , joyeuses chansons à boire, danses naïves ou folâtres,\non vous proscrit, on vous chasse ! et la haine implacable qui vous poursuit\nvous atteint non-seulement dans le temple, ce qui se comprendrait encore,\nmais sur la place publique, dans la rue ou sur le chemin, jusqu'au coin du\nfoyer !\nMais quoique la vie fût comme arrêtée, au milieu de ces âges d'épouvante,\nil arrivait parfois que le peuple se réveillait et sortait tout à coup de sa tor-\npeur. Lorsqu'il n'allait pas à la révolte, affamé de mouvement et de liberté,\non le voyait quelquefois courir, hurler sans que rien semblât devoir i arrêter\ndans sa course insensée. Le temple ou la rue, tout endroit lui était bon\npourvu qu'il pût dépenser en quelques heures une activité depuis longtemps\namassée. Où allait-il ainsi, ce pauvre peuple? Hélas ! il célébrait tout simple-\nment la Fête de l'âne ou des fous, ou bien quelque sottie du même ordre ; et\nsa courte ivresse dissipée, il retombait plus endolori que jamais dans le som-\nbre néant où il traînait sa vie.\nVoici tout ce qu'a été l'art musical jusqu'au dixième siècle environ. D'un\ncôté , une musique d'église, composée de débris, nue et froide, parce qu'elle\nest traditionnelle, et que, d'ailleurs, on la veut ainsi ; une musique que l'on\ndéclare immuable; une musique enfin qui ne doit la continuation de son\nexistence qu'à la force terrible qui l'impose aux nations. De l'autre , un pro-\nfond sentiment artistique cherchant à se faire jour par tous les moyens possi-\nbles, mais que l'esprit implacable de l'Eglise refoule sans cesse en le déclarant\nimpie. Déjà l'harmonie, sortant peu à peu de ses langes, essaie de balbutier\nses premiers accords en accompagnant le monotone unisson du plain-chant\npar des suites de quartes, de quintes ou d'octaves ; les conciles fulminent con-\ntre ces innovations pourtant bien innocentes, et les pauvres déchanteurs se\nvoient réduits au silence. Cependant le rhythme se développe malgré tout\ndans les chants populaires ; mais là encore les précautions de l'Eglise sont si\nbien prises, qu'il n'en reste aucune trace écrite ; la tradition seule nous ap-\nprend qu'ils ont existé. Quant aux premiers essais de musique dramatique ,\nçelle des Mystères, des Moralités et des Sotties, ils sont si bien surveillés par"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "le clergé, au point de vue des thèmes et de l'exécution, que la musique y est\nidentique à celle de l'Eglise.\nOù est 1 art religieux véritable dans tout cela? Où distingue-t-on cette in-\nspiration spéciale qui doit caractériser, dit-on, les œuvres religieuses? Les\nmanifestations de 1 art musical au dixième siècle sont de même nature qu'au\ncommencement de l'ère chrétienne, et à cette époque on n'avait pas songé à\nleur prêter un caractère religieux ; on les déclarait simplement propres aux\ncérémonies de l'Eglise. Le temps aurait-il changé tout cela? aurait-il donné\nà ces œuvres une qualité nouvelle, un principe qu'elles ne possédaient pas\nencore ? Cela ne peut être accepté. Mais si le dixième siècle ne compte pas\nencore de musique dite religieuse, nous allons reconnaître plus loin que\nl'existence de l'art musical, en dehors de l'Eglise, va donner lieu à cette\nappellation sans fondement. La séparation, de plus en plus grande, de la mu-\nsique et de l'Eglise ne se fera certainement pas sans luttes, sans déchire-\nments, mais, quoique cette lutte dure encore à l'heure présente, la liberté est\ndésormais assurée à l'art.\nVers la fin du dixième siècle, Guido d'Arezzo donnait une vigoureuse im-\npulsion à l'art musical, en inventant un procédé nouveau pour faciliter l'étude\ndu plain-chant. Il prenait parmi les huit tons en usage deux tonalités types,\net il y rapportait les six autres. Peu à peu, ces deux types étant les seuls em-\nployés par les musiciens, ils reçurent le nom de gamme majeure et de gamme\nmineure. C'est là ce que l'on appelle, improprement d'ailleurs, l'invention de\nla gamme. Malgré les résistances de l'Eglise, qui continue à proscrire les\nnouvelles formes musicales, mais qui était alors moins obéie qu'auparavant,\nles progrès sont rapides; la régularisation et le développement de la rhyth-\nmique produisent la mesure et le temps ,• l'harmonie, le contre-point pren-\nnent une extension considérable ; la fugue et le canon sont inventés. Mais\npar un retour étrange , à mesure que la science progressait, le peu de senti-\nment que comportaient la musique et l'époque disparaissait complètement. On\ntenait si peu de compte du sens des paroles sur lesquelles on composait, que\nlon en était arrivé à adapter celle du Credo, par exemple, à l'air d'une\nchanson grivoise. C'est ainsi que furent composées la Messe de Vénus la belle,\nde Y Ami Baudichon, la messe d'Adieu mes amours, etc., qui furent exécutées\nnon sans succès, dans les églises.\nCependant les choses marchent ainsi jusqu'à heure de la Réforme. Luther\nparut. « La musique était née! » s'écrie Michelet. Michelet a raison. La\nscience musicale existait avant Luther, cela ne fait pas de doute; mais, outre\nqu'elle n était pas répandue dans le peuple, elle ne prit le caractère de l'art\ngrandiose que nous connaissons aujourd'hui qu'à partir de cette époque.\nAlors tout le monde chanta. Protestants ou catholiques, chaque voix s'éleva\npour répondre au cri sublime de liberté, de fierté et d'amour poussé par\nLuther. Ebranlée jusque dans ses fondements, l'Église de Rome, qui était\nsur le point de proscrire à tout jamais la musique de ses églises, à cause des\ndésordres que nous avons cités plus haut, comprit qu'elle ne devait pas laisser\nun aussi puissant moyen d'attraction dans les seules mains des protestants. Le\nConcile de Trente, éclairé par le retentissement des Psaumes de Goudimel,\ndisciple de Luther et maître de Palestrina, chargea ce dernier de reconstituer"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3424, "texte": "la musique des églises. Palestrina s'acquitta de sa tâche avec le succès que\nchacun connaît; mais son plus grand mérite à nos yeux est d'avoir introduit\nle premier dans la musique l'expression et cette admirable science des nuan-\nces encore inconnue avant lui.\nCette conquête du style expressif par la musique est la dernière transfor-\nmation notable qu ait subie l'art musical. Depuis Palestrina jusqu'à nos jours,\ncet art a pu se développer de mille manières, se plier aux exigences des diffé-\nrentes écoles, satisfaire aux nombreuses mutations du goût; il est resté le\nmême dans son essence.\nN ayant plus de changements profonds à signaler, il ne nous reste plus qu'à\nrésumer les enseignements qui nous sont donnés par les faits sur la question\nde savoir si la musique religieuse existe réellement ou non.\nQue voyons-nous dans cet ensemble, depuis la dernière période (dixième\nsiècle) ? Ce qui trappe d abord, c'est le fait curieux d'un art se développant\ndans 1 Église et par 1 Église, malgré l'Église ; la musique enserrée dans un\ncadre étroit dans lequel elle étouffe, embrasée par l'esprit fécond de la Re-\nnaissance, voulant tout célébrer, tout exprimer, et luttant pour conquérir\nson indépendance. D'un côté, un besoin immense de mouvement et de vie,\nde 1 autre, une inertie voulue tendant à tout immobiliser. De là cet antago-\nnisme croissant entre l'art et l'Église, antagonisme que l'on peut remarquer\npartout. Évidemment, il sera fait des concessions de l'une et de l'autre part ;\nsans cela, comment s'accorder? La musique se résignera à prendre comme\nthème de ses travaux les mélodies sans rhythmes et sans couleur que lui four-\nnit ia liturgie, et, moyennant ce sacrifice, l'Église consentira peu à peu à ce\nqu'elle se livre aux inspirations de sa fantaisie. L'ornementation fouillée et\npoussée a 1 extrême, les combinaisons ingénieuses ou savantes, les formes les\nplus multiples, tout cela lui sera permis, pourvu que le fond soit pris dans les\nformules adoptées par l'Église.\nQue résulte-t-il forcément de ce compromis ? Les œuvres élaborées de cette\nmanièie ne présenteront-elles pas les caractères de deux époques, et n'auront-\npas, par conséquent, une certaine saveur de vétusté ? Ce point ne nous\nparaît pas contestable. Eh bien ! là est tout le secret du style dit religieux.\nEvidemment, ce style subira encore des modifications suivant le goût ou la\nmode : l'action du temps pourra élargir le sens qu'on y attache ; mais l'ori-\ngine, le fond demeure toujours dans le compromis entre l'Église et l'art,\ncompromis que nous venons de décrire.\nIl ne faiu pas oublier que vers la même époque l'art musical s'agitait aussis\nau dehors. Échappé de l'Église et débarrassé de ses entraves, il pouvait\nétendre à loisir le domaine de ses manifestations. S'inspirant de tout, il deve-\nnait univeisel ; dès lors, il était laïque. Ce sont ces productions de la libre\npensée musicale que 1 on s est plu à désigner sous le nom de musique profane.\nEncore en est-il un certain nombre parmi elles qui, regardées d'abord comme\nnon religieuses, ont été admises comme telles seulement plus tard. Pur effet\nde l'action du temps ! Le temps n'agit pas, il est vrai, sur les œuvres elles-\nmêmes, mais il exerce une influence sur les hommes qui les jugent. L'expres-\nsion des sentiments changeant au fur et à mesure que les âges se succèdent,\nles œuvres paraissent vieillir, et cette saveur particulière de vétusté donne à"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "certaines d'entre elles le caractère soi-disant religieux qui leur était refusé\nprimitivement.\nD'abord, quel est donc l'homme de génie qui, s'abandonnant à sa seule\ninspiration, et laissant de côté les formules classées ou leurs dérivés, peut se\ntarguer d'avoir donné naissance à une œuvre reconnue comme religieuse par\nses contemporains? Est-ce Palestrina ? Mais il faisait toujours intervenir une\nphrase consacrée quelconque dans ses compositions. A part cela, il ne tenait\naucun compte du sens des paroles. Est-ce Marcello ? Celui-ci passait pour\nmondain. Est-ce Haendel? Hœndel ne fit pas, à proprement parler, de musi-\nque religieuse , mais de la musique sacrée. Ne pouvant se produire par le\nthéâtre, à cause du puritanisme qui avait bien vite envahi l'Eglise protestante,\nil mit en honneur Y oratorio, qui convenait d'ailleurs fort bien à la nature de\nson génie. Son genre est sévère, grandiose, mais, nous le répétons, il n'est\npas accepté comme religieux. Est-ce Sébastien Bach ? Le génie de Bach est\ntout spécial et devance de beaucoup son siècle. La plupart des ouvrages de\nBach sont, il est vrai, composés sur des textes religieux ; mais, si l'on com-\npare la nature propre de ses idées et sa façon de les traiter, dans des œuvres\ndiverses, profanes ou non, on reconnaîtra que sa manière est la même par-\ntout, si l'on en excepte naturellement les chorals, qui sont construits sur des\nphrases liturgiques.\nNous pourrions continuer pendant longtemps cet examen et passer en re-\nvue Haydn, Mozart, Beethoven, etc. Les réponses seraient toujours les mê-\nmes. L'art musical religieux n'existe pas. Il n'y a qu'un art laïque s'inspirant\ndans sa liberté des choses de la religion. Quant au caractère soi-disant reli-\ngieux, nous avons montré suffisamment, croyons-nous, à quel ordre il appar-\ntient. Il est le résultat d'une convention de l'esprit d'une part et, qu'on\nnous passe le mot, de la patine du temps.\nMaintenant, faut-il ajouter encore que le terme de v< musique religieuse »\nn'est presque jamais employé par les musiciens que dans le sens de musique\nd'église ? En somme, les romantiques en général et ceux qui parlent de l'art\nsans en connaître suffisamment l'histoire et les éléments, sont les seuls qui\nattachent à la musique religieuse une signification plus étendue et pour ainsi\ndire mystique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-05-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-05-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1876-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "198", "page_fin": "200", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.2.6.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.46", "debut_caractere": 2340, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Halanzier vient d'engager la basse-taille\nBerardi, ainsi que Mademoiselle de Stucklé, qui appartiendra à\nl'Opéra à partir du ier octobre prochain.\nL'engagement de M. Manoury, qui expire dans trois mois, n'a pas\nété renouvelé. M. Manoury prendrait la carrière italienne.\nLa première représentation du ballet Sylvia aura lieu vers le 2 5 mai.\nOpéra National-Lyrique. —Ce soir, première représentation des Erinnyes,\ndrame en vers de MM. Leconte de Lisle, musique de M. Jules Massenet."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "La nouvelle partition que J. Massenet a adaptée au drame de Leconte de\nLisle, comprend des chœurs pour voix de femmes (un entre autres, celui des\nChoëphores, qui ouvre le second acte) chœurs d'ensemble, ouverture,\nentracte, musique et scène, marche triomphale, etc.\nAu premier acte, ballet antique en trois parties. Madame Marie-Laurent\njouera le rôle de Clytemnestra, et Taillade celui d'Orestès, qu'ils ont créés avec\nsuccès au théâtre de l'Odéon, en 1873.\nLes autres rôles seront joués par Talien, Sicard, Monval, Mesdames Marie\nDefresne, Fossy et Ghéron, de la troupe de l'Odéon.\nMademoiselle Volsy débutera par le rôle d'Electra.\nLe principal interprète, Madame Marie-Laurent, étant engagée à la Porte-\nSaint-Martin à partir du 20 mai, les Erinnyés ne pourront avoir que trois\nreprésentations.\nM. Vizentini vient de signer avec Madame veuve Halévy un traité aux ter-\nmes duquel deux ouvrages fort importants de l'auteur de la Juive passent au\n7 héâtre-Lyrique. Ces deux ouvrages sont Charles VI et la Fée aux roses. Au\nmême théâtre, on annonce la réception d'un opéra comique en un acte, le\nSignal, de MM. William Busnach et Ernest Dubreuil.\nMademoiselle Marcus est choisie pour créer un rôle principal dans le Ma-\ngnifique.\nObéron sera donné vers le ieV juin avec la distribution suivante\nObéFon MM. Montaubry\nHuon Ch. Richard\n%\nSherasmin Lepers\nSadack Tissier\nAboulifar Grivot\nTezia Mesdemoiselles Salla\nFatime Sablairolles\nPuck M. Thomas\nLe bey MM. J. Vizentini\nUn pirate Chevalier\nChœurs et ballet.\nOpéra-Comique. - Demain, première représentation de Philémon et\nBauciSt En voici la distribution :\nPhilémon MM. Nicot\nJupiter Bouhy\nVulcain Giraudet.\nMadame Chapuy jouera Baucis jusqu'au 25 mai, époque de son départ pour\nLondres ; elle sera remplacée par Mademoiselle Lévy.\nVariétés. Fermeture le ie' juin. Réouverture en septembre avec une\nreprise de la Belle Hélène, avec Madame Judic dans le rôle créé par Made-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.48", "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": "moiselle Schneider. A Grenier succédera Baron dans le rôle de Çalchas, et\nLéonce jouera le rôle de Ménélas.\nPuis viendra une pièce en un acte de MM. Albert Wolf, Henri Bocage et\nJules Moineaux, intitulée : les Jeux de l'amour et du houçard.\nPrincipaux interprètes : MM. Dupuis, Pradeau, Hamburger, Daniel Bac et\nBourdeille. Quant aux dames : Mademoiselle Angèle et quelques figurantes.\nMadame Judic créera ensuite le rôle principal dans une pièce tirée d'un\nroman de M. Verne, par MM. Gille et Mortier, musique d'Offenbach.\nBouffes-Parisiens. Les Bouffes ont repris le 11 mai la Jolie Parfumeuse,\navec Madame Théo et Daubray.\nThéâtre-Taitbout. La clôture de l'année théâtrale a eu lieu le 6 mai.\nRéouverture en septembre.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[153]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.1", "texte": "LE COMPÈRE DE LA MORT\n\n(i)\nI\nu temps jadis, il y avait un gros\ncensier, nommé Jean-Philippe, qui\ndemeurait au hameau du Quesne-\nRaoult, à quatre portées de fronde\nde Condé-sur-TEscaut.\nIl ne faut point confondre le\nQuesne-Raoult avec la Queue-de-\nl'Agache : tous les deux dépendent\nde Macou, mais l'un est à gauche\net l'autre à droite de la grand'route\nde Gane.\nJean-Philippe avait une femme\net douze gars, forts comme des\narches de moulin ; lui-même, quoique grisonnant, était encore aussi\ndroit qu'un peuplier.\n\n(1) On se rappelle qu'il y a deux ans, dans son Histoire de quelques Contes bleus>\n\nXI.\ni i"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOr) il arriva que, pour ses étrennes, sa femme lui fit cadeau d'un\ntreizième garçon qui ne promettait point de ressembler à ses frètes.\n- Tu es maigrelot comme un chat de mai, mon pauvre petit, dit\nJean-Philippe, et, de plus, tu os le numéro treize, qui est un mauvais\nnuméro. Tu n'as pas de chance, mais je sais un bon moyen de conjurer\nle sort, c'est de te donner un homme juste pour parrain. Il ne sera point\nmalaisé de le trouver parmi les voisins.\nJean-Philippe les passa tous en revue : par malheur l'un avait essayé\nde lui voler six verges de terres, un autre lui avait tué ses poules, un\ntroisième trichait en jouant aux cartes, le dimanche après vêpres, au ca-\nbaret du Coq-Hardy.\n« Bah! j'en dénicherai bien un à Macou! » se dit Jean-Philippe. Il\npesa dans sa balance les gens de Macou, puis de Condé, et les rejeta\ntous, qui pour une raison, qui pour une autre. M. le juge de paix et\nM. le curé de Condé lui-même ne trouvèrent point grâce à ses yeux.\nEn ce temps là, M. le juge de paix, pour aller plus vite, apportait à\nl'audience ses jugements tout faits; et, au catéchisme, M. le curé donnait\nla première place au fils de M. le bourgmestre, qui, sauf votre respect,\nétait un âne.\nLe gros censier se gratta la tête.\n« Ce n'est point aussi facile que je le cioyais, se dit-il; tenons\nconseil. »\nIl réunit sa femme et ses fils, et leur exposa le cas.\nAprès mûre délibération, il fut décidé que, puisqu'on n'avait pu dé-\ncouvrir un homme juste en Flandre, on irait en chercher un en Bel-\ngique.\nLes Belges, qui sont gens de commerce, parlent trop souvent d'hon-\nnêteté et de justice pour n'en point avoir bonne provision.\nLe lendemain donc, de grand matin, Jean-Philippe boucla ses guêtres,\nprit sa crosse et se mit en route. Il marcha trois jours et trois nuits,\ns'enquérant partout; mais nulle part il ne rencontra la justice : il n'en\nvit que l'apparence.\n\nnotre collaborateur Charles Deulin a raconté que son Compère de la Mort était la\nversion flamande du Crispino e la Comare. A ce titre, ce conte ne peut manquer\nd'intéresser vivement nos lecteurs.\nLa librairie Dentu va mettre en vente la huitième édition, revue et corrigée, des\nContes d'un Buveur de bière. Nous en profitons pour donner le Compère de la\nMort comme échantillon de ce charmant volume, dont Sainte-Beuve a fait un si grand\néloge."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.3", "texte": "LE COMPÈRE DE LA MORT\n\nLes Belges les plus délicats avaient tous quelque peccadille sur la\nconscience. Peut-être aussi Jean-Philippe était-il trop difficile.\nEnfin il arriva dans la ville de Bruxelles en Brabant. Comme il se\npromenait par les rues, il avisa une grande et belle maison sur laquelle\nces mots étaient écrits : Palais de JusJean-Philippe remercia le ciel\nde savoir lire et sentit son cœur soulagé.\né\n« Je n'ai point perdu mes pas, se dit-il. Il ne faut mie se demander si\nle maître de céans est un homme juste. Entrons. »\nIl entra et vit beaucoup de monde rassemblé dans une vaste salle.\nAu fond étaient assis en demi-cercle plusieurs personnages à l'air\ngrave, vêtus de longues robes noires et coiffés de toques. En face d'eux,\nun vieil homme à grande barbe se promenait de long en large, comme un\nours en cage.\nTout à coup, celui qui semblait être le président, vu qu'il avait un\ngalon d'argent à son bonnet, dit à voix haute :\nL'audience est ouverte. Gendarmes, faites asseoir l'accusé, savez-\nvous.\nLes gendarmes voulurent obéir, mais comme poussé par une force su-\npérieure, l'homme les renversa par terre et continua sa promenade. Les\ngendarmes se tinrent prudemment à l'écart.\nVotre nom? dit le président.\nL'accusé, d'une voix chevrotante, répondit sur un air bien connu :\nIsaac Laquedem\nPour nom me fut donné r\nNé à Jérusalem,\nVille bien renommée ;\nOui, c'est moi, mes enfants,\nÇhii suis le Juif errant.\nVotre âge?\nLa vieillesse me gène,\nJ'ai bien dix huit cents ans\nChose sûre et certaine,\nJe passe encore ans :\nJ'avais douje ans pas sés\nQiiand Jésus-Christ est né.\nQuels sont vos moyens d'existence?\n--Je n'ai point de ressource,\nEn maison ni en bien;"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJ'ai cinq sous dans ma bourse,\nVoilà tout mon moyen;\nEn tout lieu, en tout temps\nJ'en ai toujours autant.\n« Vous avez été trouvé celle nuit en état de vagabondage. Qu'avez-\nvous à dire pour votre défense?\nMessieurs y je vous proteste\nQue j'ai bien du malheur ;\nJamais je ne m'arrête,\nNi ici, ni ailleurs :\nPar beau ou mauvais temps\nJe marche incessamment.\nC est tout ce que vous avez à répondre?... Gendarmes, conduisez-\nle en prison, savez-vous.\nL'étemel marcheur suivit les gendarmes en souriant dans sa grande\nbarbe.\nJean-Philippe s'éloigna tout songeur.\n« Voilà donc comme on rend la justice dans son palais ! se dit-il. Dieu\na condamné cet homme à marcher jusqu'au jugement dernier et on le\ncondamne à s'arrêter. On met les lois humaines au-dessus de la loi di-\nvine. Non, ce n est point dans le Palais de Justice de Bruxelles que je\npourrai trouver mon homme! »\nIl sortit de la ville. Le soir tombait. Jean—Philippe entendit des pas\nderiière lui. 11 se îetourna, et, à la rapidité de la marche, il reconnut le\nJuif errant. Il s'approcha de lui et dit :\nBon homme ! vous qui marchez depuis dix-huit cents ans, n'avez-\nvous jamais rencontré un homme juste?\nJe n'en ai jamais rencontré qu'un seul, répondit Isaac, et on l'a\ncrucifié. Encore cet homme était-il un Dieu!\nII\nIl n'y avait donc jamais eu un seul homme juste sous le ciel! Jean-\nPhilippe était désolé. 11 reprit le chemin du Quesne-Raoult.\nVers minuit, à l'entrée de la forêt Beaudour, il éprouva le besoin de\numer une pipe. Il chercha sa blague; elle avait disparu. C'était une\nbelle blague en cuivre jaune, comme son étui, et dont il se servait depuis\nplus de trente ans."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.5", "texte": "LE COMPERE DE LA MORT\n\nLe censierse rappela qu'au Palais de Justice il avait cru sentir une\nmain furtive se glisser dans sa poche. Il comprit pourquoi la Justice\navait une si grande maison : elle ne devait point y chômer de besogne.\nPar bonheur, il vit venir à lui un homme qui, au clair des étoiles, lui\nparut haut comme une perche à houblon. Cet homme portait une faux\naussi longue que sa personne. Jean-Philippe l'arrêta :\nQui que vous soyez, l'homme de Dieu, lui dit-il ne pourriez-vous\nme faire 1 amitié d une pipe de tabac ? On m'a volé ma blague dans le\nPalais de Justice de Bruxelles.\nLe faucheur, sans mot dire, tira sa blague et la présenta à Jean-Phi-\nlippe. Le gros censier bourra sa pipe et battit le briquet. Ce faisant, il\neut le temps d'examiner l'inconnu.\nLe crâne chauve et luisant, les yeux petits et enfoncés sous l'orbite,\nle nez plat, la bouche démesurément grande et garnie de quelques dents\njaunes, les joues creuses, la peau desséchée, on eût dit un squelette\néchappé du cimetière. L'étranger paraissait encore plus vieux que le\nJuif-Errant, et, à chacun de ses mouvements, ses membres claquaient\ncomme les chandelles de bois que le vent ballotte à la montre des\népiciers.\nMerci, grand-père, lui dit Jean-Philippe en lui rendant sa blague.\nM'est avis que les faucheurs ne gagnent point gros par ici.\nPourquoi ça?\nParce qu'à vous voir on dirait qu'ils ne mangent mie tout leur\nsoûl Vous voilà maigre comme un chapon de rente. Soignez-vous, c'est\nmoi qui vous le conseille, ou vous ne ferez point de vieux os.\nSois sans inquiétude, fieu : mes os enterreront les tiens.\nEt les petits yeux du vieillard pétillèrent comme une pincée de sel dans\nle feu. 11 reprit :\nQue fais-tu par ici, à cette heure ?\nMa femme m'a étrenné d'un treizième garçon, et le pauvre culot\nest gros comme une ablette. Voulant conjurer le mauvais sort, je me suis\nmis en idée de lui chercher un homme juste pour parrain... Voilà trois\njours et trois nuits que je marche.\nEt tu n'as rien trouvé ?\nRien. Je n'aurais jamais cru que le compère fût si rare.\nL'inconnu fit une grimace qui avait l'air d'un sourire.\nI' Veux-tu de moi ?\nToi !... Est-ce que tu serais un homme juste?... Au fait, tues bien\nassez maigre pour cela. Comment t'appelles-tu ?\nJe m'appelle La Mort."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa Mort!... Diable ! Ainsi, c'est vous qui?..\nOui fieu, c'est moi qui...\nAh !... Eh bien! vous avez raison. La Mort est juste : sa faux\nmoissonne indistinctement le riche et le pauvre. Tope, compère, et nous\nboirons canette. Je vous promets un baptême qui sera digne du parrain.\nA quand le baptême ?\nA dimanche, au Quesne-Raoult, à quatre portées de crosse de\nCondé. Vous demanderez Jean-Philippe, le gros censier.\nC'est dit. Bonsoir, compère.\nBonne nuit, la Mort.\nLes nouveaux amis se séparèrent.\nIII\nJean-Philippe rentra, le cœur et le pied légers, au Quesne-Raoult.\nFemme, dit-il à la censière, j'ai trouvé un fameux parrain, et s'il\nprotège notre petit fïeu, le gars ne mourra point en nourrice.\nComme les femmes s'effrayent de tout, il ne s'expliqua point da-\nvantage.\nAu jour convenu, pour faire fête à son compère, Jean-Philippe mit sa\nculotte de velours vert-bouteille, ses souliers à boucles d'argent, sa veste\nde bouracan. Sa femme, ses fils, ainsi que la marraine, avaient aussi re-\nvêtu leurs habits de gala.\nLe parrain arriva paré d'une grande houppelande qui flottait autour\nde sa personne comme un voile le long d'un mât, lorsque le vent vient à\nchoir. Il fut généralement trouvé maigre, mais on avoua qu'il avait\nl'air cossu.\nLe baptême se fit à Condé, car, à cette époque, il n'y avait point\nencore de chapelle à Macou, et grand-père Jacob joua l'air du Roi\nDagobert sur le carillon de la collégiale.\nLe dîner, servi par madame Jean-Philippe, fut si splendide qu'on s'en\nsouvient encore dans le pays. La censière avait tué son cochon pour cette\nsolennité.\nElle mit d'abord sur la table une soupe au petit salé, si épaisse que la\ncuiller s'y tenait debout; puis, comme hors-d'œuvre, elle apporta des\nsaucisses, du boudin, du saucisson et des andouilles. Les entrées con-\nsistaient en côtelettes de cochon, pieds de cochon panés et rognons de"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.7", "texte": "LE COMPÈRE DE LA MORT\n\ncochon sautés. Pour le deuxième service, on vit apparaître une épinée\nde cochon et un rôti d'osons .. je yeux dire d'oisons d'Hergnies, farcis\nde chair à saucisses et flanqués de deux canards; puis un plat de choux\nde Bruxelles au lard et une purée de haricots au lard. Au milieu de la\ntable se prélassait un superbe cochon de lait.\nLe tout fut arrosé d'.un nombre incalculable de pots de vieille bière\nbrune. Au dessert, pour varier, on but un brassin de bière blanche. Le\ndessert offrait un beau coup d'œil. On y voyait une énorme goyère et\nune tarte aux pommes large comme la lune : toutes deux accompagnées\nd'assiettes de cailloux de cauchie, de couques sucrées et de carrés de\nLille.\n/\nC'était le dimanche de l'Epiphanie, ef la veille, au marché de Gondé,\nmadame Jean-Philippe avait acheté chez Rousseli pour un sou de billets\nde Rois. On fit donc d'une pierre deux coups : après le bénédicité-, on\nmêla les billets dans le chapeau du parrain, et on tira les Rois.\nC'est la Mort qui fut le roi, et Jean-Philippe le fou. On cria : « Roi\nboit! « chaque fois que la Mort vida son verre.\nIl fut crié, tout compte fait, cent quatre-vingt-dix-neuf fois.\nC'était plaisir de voir manger la Mort. Il mangeait autant à lui seul\nque ses quinze convives, tous Flamands. Jean-Philippe se frottait les\nmains d'aise et pensait tout bas qu'on n'a mie tort de dire que la Mort\nengloutit tout. Il ne pouvait pourtant s'empêcher d'envier un peu son\nappétit.\nQuand on en vint au café, sa gaieté fut au comble, et, d'une voix\naussi forte que la voix d'un bœuf, il chanta la Flûte à Mathurin avec\nune fausseté remarquable. Il aurait volontiers tapé sur le ventre de son\ncompère, mais par malheur son compère n'avait point de ventre.\nComme il n'est si belle fête qui ne finisse, à dix heures du soir, lors-\nque le couvre-feu sonna à Condé, on but le verre de l'étrier, et, après\navoir embrassé sa commère et fait risette à son filleul, la Mort prit congé\nde la famille. Jean-Philippe voulut reconduire son compère un bout de\nchemin. Ils partirent bras dessus, bras dessous, en chantonnant.\nDe temps en temps on s'arrêtait pour réciter une prière, comme on\ndit chez nous, dans les chapelles de la route, ce qui signifie pour boire\nune pinte, et allumer une pipe dans les cabarets où l'on voyait de la\nlumière.\nLes chapelles brillaient dans la nuit aussi nombreuses que les étoiles,\ncar tout le monde tirait les Rois, y compris les gardes champêtres.\nAh ça, compère, dit le gros censier en devisant de choses et d'au-\ntres, vous devez avoir une rude besogne tout de même, et votre métier"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nest plus dur que celui de fermier. Je ne m'étonne plus que vous soyez\nsi maigre, bien que vous mangiez dru. Combien fauchez-vous de têtes\npar jour, en moyenne ?\nEn moyenne, soixante mille.\nEt combien en avez-vous fauché ce matin?\nPas une.\nEh bien! voilà soixante mille chrétiens qui me doivent une fière\nchandelle.\nOh! fieu, je n'avais point d'ouvrage aujourd'hui ! J'ai comme cela\ntrois ou quatre jours de chômage par an,\nMais comment pouvez-vous savoir quand sonne l'heure de chaque\nmortel?\nViens jusque chez nous, tu le verras de tes yeux.\nChez vous ! oh ! c'est trop loin.\nNous n'en sommes plus qu'à trois portées de flèche.\nIls approchaient, en effet, de la forêt de Beaudour. De chapelle en\nchapelle, Jean-Philippe avait marché six heures sans s'en douter. Il\ns'aperçut qu'il. chancelait un peu, quand on arriva à la maison du\nparrain.\nIV\nLa maison du parrain était une pauvre hutte où 1 011 voyait, pour\ntout ornement, la grande faux qui, aux rayons de la lune, luisait comme\nune faux d'argent.\nPour un maître ouvrier tel que vous, dit le gros censier, il faut\navouer que vous n'êtes pas très bien logé.\nBah! ce n'est mie l'habit qui fait le moine, ni le pot qui fait la\nbière ! lui dit la Mort ; et d'ailleurs je suis garçon. Descendons.\nIl prit sa faux, son marteau, sa pierre et souleva une trappe. Jean-\nPhilippe le suivit. Ils descendirent, descendirent, descendirent tant,\nqu'il sembla au gros censier qu'ils étaient parvenus au centre du\nmonde.\nL'escalier était très roide et fort obscur, et Jean-Philippe manqua\nplusieurs fois d'haleine; mais la curiosité le soutint.\nIls s'arrêtèrent enfin devant une porte de fer. La Mort prit une grosse\nclet à sa ceinture et l'ouvrit. Soudain ils furent inondés de lumière.\nJean-Philippe, ébloui, ferma les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, il vit devant"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.9", "texte": "LE COMPÈRE DE LA MORT\n\nlui une longue enfilade d'immenses galeries où brillaient des milliards\nde lampes.\nIl y avait des lampes d'or, des lampes de vermeil, des lampes d'argent,\ndes lampes de cuivre, des lampes d'airain, des lampes de blanc fer;\nbref, des lampes de tout métal, depuis le plus précieux jusqu'au plus\nvil.\nElles étaient pendues à la voûte, accrochées aux murs, étagées sur\ndes gradins de porphyre, et, chose singulière, leurs clartés ne se con-\nfondaient point : on distinguait sans peine le rayonnement de chaque\nlampe.\nQu'est-ce que cela, Jésus, myn God ? fit Jean-Philippe.\nTu vois les lampes de tous les mortels. Ceci est le grand lampadaire\nde la vie. Quand une de ces lumières vient à mourir, c'est qu'un être\ndoit s'éteindre là-haut.\nAh! que c'est curieux! Ainsi les lampes d'or?...\nSont les lampes des rois ; les lampes de vermeil, des princes ; les\nlampes d'argent, des ducs ; les lampes de cuivre, des comtes ; et ainsi de\nsuite jusqu'aux lampes de fer, qui sont les lampes du menu peuple.\nLe gros censier se promena quelque temps avec ravissement. Il re-\nmarqua les lampes de plusieurs très hauts et très orgueilleux seigneurs\nqu'on aurait crues pleines d'huile et dont les lumignons commençaient\nà rougir. En général, c'étaient les plus riches qui donnaient le moins\nde clarté.\nCelle de toutes qui, sans contredit, brillait de l'éclat le plus vif, était\nun vieux et misérable crassetde forme antique. Jean-Philippe reconnut\nla lampe d'lsaac Laquedem.\nQuand ses yeux eurent assez joui de ce spectacle :\nMon compère, dit-il, je voudrais bien voir les lampes des gens du\nQuesne-Raoult,\nPremière galerie, troisième section, à gauche.\nEt la Mort se mit à rabattre sa faux.\nLes coups de marteau se succédaient en cadence, et, de temps à autre,\nune exclamation de surprise ou un éclat de rire retentissait dans la pre-\nmière galerie. C'était le résultat des découvertes de Jean-Philippe.\nSoudain il reparut tout effaré.\nCompère, fit-il mystérieusement, je viens vous prévenir que ma\nlampe baisse.\nJe le sais bien, fieu, dit la Mort sans se déranger.\nAh!... fit le gros censier, surpris de sa tranquillité. C'est-il un\nsigne que je vais bientôt?..."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nParbleu !\nMais ce n'est point pour moi que vous?,..\nSi, fieu.\nEt la Mort continua de rabattre sa faux.\nDiable !... fit Jean-Philippe. Il poussa le faucheur du coude, et,\nen clignant de l'œil, lui glissa ces mots dans l'oreille :\nDites donc, mon compère, est-ce que nous ne pourrions mie, là,\nentre nous, y remettre un peu d'nuile? Ça me rendrait un fier service.\nY remettre de l'huile ! Qu'est ce que tu me demandes là?\n- Bah ! nous sommes seuls et le bon Dieu n'y verra que du feu.\nPour qui me prends-tu? Dis tes patenôtres, fieu.\nEntre amis !\n- Amis tant que tu voudras, mais dis tes patenôtres.\n■— Rien qu'un tout petit peu!\nAllons, pas tant de contes !\nJe ne demande qu'à aller jusqu'au mercredi des cendres : histoire\nde faire carnaval ensemble. Je vous invite pour le mardi gras. Vous\nverrez quelle noce! nous boirons plus de deux cents chopes chacun.\nNous nous masquerons en bossus et nous irons nous faire sabouler à\nCondé.\nVoilà que j ai fini; je t'en préviens.\nSi peu que point!... Vous en prendrez dans la grosse lampe de\nM. le Curé de Condé, qui déborde et qui luit si mal.\nDésolé, mon camarade, mais ça m'est impossible.\nQu'est-ce que ça peut vous faire? M. le curé est un saint homme,\nil n'en ira qu'un peu plus vite en paradis!\nNon, fieu, non, il faut sauter le pas. Quand tu étais en quête d'un\nhomme juste, personne, pas même le juge de paix de Condé,\nn'avait à tes yeux la conscience assez nette; et tu n'as pas plutôt trouvé\nton homme que tu veux le corrompre en lui payant des chopes. Tu es\nencore un drôle de chrétien, toi!\nJean-Philippe allait répondre, mais tout à coup on entendit un pé-\ntillement dans la première galerie.\nSa lampe s'était éteinte.\n\nCHARLES DEULIN."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.11", "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\nLES SAULNIER\n\n(i)\nII\nADEMOISELLE Saulnier cessa de danser aux vacances de\nPâques 1794, pour employer le vieux style admis\navant la Révolution. Elle avait, au moment de sa re-\ntraite, un traitement de 10,000 ir. ainsi répartis :\n3,000 fixes, 4,000 de gratification annuelle, et 3,000\nde gratifications trimestrielles ; depuis le jour de sa ré-\nception comme première danseuse noble jusqu'à l'année qui précéda\nson départ, ses appointements étaient restés fixés à 7,000 livres, mais il\ny avait eu alors une augmentation générale sur tous les traitements,\nmotivée sans doute par renchérissement de toutes choses. Depuis 1789,\nelle partageait la place de premier sujet dans le genre sérieux avec une\nnouvelle venue qui avait débuté en septembre 1786, mademoiselle Rose\nMiller, qui devint par la suite madame Gardel et qui avait juste\nles mêmes émoluments. La remplaçante de mademoiselle Saulnier fut\nune jeune et jolie personne engagée seulement de l'année précédente,\ncharmante danseuse et femme plus séduisante encore, la belle Clotilde\nque Boïeldieu épousera, pour son malheur, en un jour de délire pas-\nsionnel, et qui est restée aussi célèbre par ses succès d'artiste que par\nses exploits amoureux.\n\n(1) Voir le numéro du ler avril."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLesSaulnier formèrent une véritable tribu dansante à l'Académie de\nmusique depuis le milieu du siècle dernier jusqu'au commencement du\nnôtre. Outre ces deux sœurs, les états d'appointements et autres docu-\nments des archives de l'Opéra prouvent encore l'existence d'au moins\ndeux danseurs et deux danseuses de ce nom. Il serait assez difficile d'éta-\nblir la parenté exacte de tous ces Saulnier entre eux, cette dynastie\ndurant près d'un siècle, mais il est curieux de relever les états de ser-\nvice de chacun d'eux, de façon à connaître leur talent d'après la carrière\nqu'ils ont parcourue et à distinguer la parenté, vraie ou artistique, qu'ils\navaient les uns avec les autres. Ce petit travail généalogique est rédigé\nd'après les états d'appointements ou d'émargements, registres adminis-\ntratifs et correspondances ministérielles que M. Nuitter a bien voulu\nmettre à notre disposition.\nLe premier Saulnier dont nous ayons connaissance n'était certaine-\nment pas le premier qui dansât à l'Opéra, car il est marqué sous le nom\nde Saulnier fils, ce qui indique suffisamment que son père ou sa mère\nl'avait précédé dans la carrière chorégraphique. Voici l'état exact de ses\nservices, d'après le Manuscrit Amelot (i) : « Saulnier fils. Danseur\nfigurant. Entré à l'Opéra en avril 1746, aux appointements de 200 livres,\na quitté en 1747. Rentré en 1749, à raison de 300 livres. A Pâques\n1750, il lui a été accordé 100 livres d'augmentation d'appointements, et\nà Pâques 1752., 100 livres de gratification annuelle. Supprimé au mois\nde juin 1752. » Il fut en effet rayé des états pour être parti sans permis-\nsion en mai 1752.\nViennent ensuite les deux sœurs Saulnier, dont il a été assez parlé\npour qu'il soit superflu de revenir sur leur compte. Je rappellerai seule-\nment que l'aînée resta à l'Opéra, dans un rang inférieur, de 1775 à 1783\nou 84; et que la cadette, Victoire, qui illustra le nom de Saulnier par\nses triomphes, y demeura juste dix ans, de 1784 à 1794.\nA partir de 1786, un Saulnier est porté sur les états comme « danseur\nfigurant » à 600 livres d'appointements : était-ce un frère, oncle ou cou-\nsin des précédentes. Voici quelques extraits du Journal de Francœur\nqui le concernent: « 12 novembre 1787. Comité. Convenu que les ap-\npointements des personnes cy-après ne seront payés que jusqu'au i 5 du\n\n(i) Ce manuscrit est habituellement désigné sous ce titre parce qu'il provient de\npapiers ayant appartenu au ministre de la maison du roi, Amelot. L'original du\nmanuscrit, qui faisait partie des précieux papiers de Beffara, a été détruit dans l'in-\ncendie de L'Hôtel de Ville; mais M. Nuitter Lavait fait copier, et cette copie se\ntrouve actuellement aux archives de l'Opéra, comme tous les papiers, lettres et\narrêts cités ou résumés dans notre article."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.13", "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\n\nprésent mois, leur congé pour Londres commençant le 12. MM. Vestris,\nJacotot, Saulnier, Coullon, et mesdemoiselles Coullon, Hilisberg\nVanloo et Méziêre l'ainéequi tous ont partie ledit jour 12 novembre. »\nseur, resté à Londres sans congé, sera supprimé des éiats. » —Ainsi\nfut fait sur les états de l'année 1788-89: ce danseur ne passa donc à\nl'Opéra que deux à trois ans.\nAprès les deux sœurs susnommées, deux autres parurent à l'Opéra\nqui sont certainement leurs parentes, sans qu'on puisse dire à quel de-\ngré. L'aînée débuta à 1 Opéra, en germinal ou floréal an IV (1796), par\nle rôle de Calypso, créé et illustré par mademoiselle Victoire Saulnier,\ndans le ballet de Télémaque, puis par celui de Vénus, de Psyché. Cette\njeune fille, qui n'avait que dix-sept printemps, s'appelait Marie-Jeanne\nSaulnier et répondait à l'abréviation familière de Mimi; elle fut reçue\nen qualité de première double et conserva ce rang pendant Pan V et l'an\nVI, aux appointements de 3,800 livres, dont 800 de gratification, qui\nfurent réduits à moitié.\nAu mois de floréal an VI (mai 1798), la citoyenne Saulnier adressait\ndeux lettres, Tune aux citoyens administrateurs composant Je comité du\nthéâtre des Arts, l'autre au citoyen ministre de l'lntérieur, Letourneux,\npour réclamer une augmentation de traitement et réparation de toutes\nles injustices qu'elle avait subies et qui l'auraient décidée à partir pour\nl'Espagne, disait-elle, si le citoyen Bénézech, alors ministre, ne l'en\navait empêchée en lui promettant de faire cesser « l'état de nullité » dans\nlequel on la laissait. « Après des sacrifices énormes et un travail pénible\nde dix ans, disait-elle, je suis parvenue à débuter au théâtre de la Ré-\npublique et des Arts, il y a plus de deux ans, dans le genre sérieux, tant\ndans la danse que dans la pantomime. Les applaudissements soutenus\nque j'ai obtenus et les éloges que les papiers publics ont fait de moi ont\ndû me faire croire que j'avais été assez heureuse pour plaire générale-\nment; d'abord mes appointements furent modiques, je n'eus pas l'agré-\nment de paraître aussi souvent que je l'aurais désiré, mais l'espoir de\nvoir réparer un jour ces deux injustices (que je devais à un règlement,\nqui aurait dû disparaître comme tous les abus dont les administrations\nfrançaises étaient infestées) n'abattirent point mon courage, etc... »\nLe résultat presque immédiat de cette double réclamation fut la rédac-\ntion d'un nouveau traité, en date du 11 frimaire an VI (ier décembre\n1798), par lequel « Marie-Jeanne Saulnier, âgée de 19 ans, née à Paris,\ndemeurant rue de Louvois, deuxième arrondissement, entrée en Tan IV\nen qualité d'artiste de danse et ayant servi trois ans sans discontinuité,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nrenouvelait son engagement au titre de double, au prix annuel de 5,000\nfrancs, dont moitié fixe et moitié variable. »\nSix mois n'étaient pas écoulés depuis la signature de ce traité, que ma-\ndemoiselle Saulnier, demeurant rue de Louvois, maison Benoist, adres-\nsait au ministre une lettre, datée du 21 floréal an VII (10 mai 1790),\npour renouveler ses plaintes sur la modicité de ses appointements et\nl'humilité de sa situation. Réclamer sert toujours à quelque chose, car\npresque immédiatement après cette nouvelle requête, la danseuse obtint\nla place de premier remplacement pour le genre sérieux, avec 3,500\nfrancs d'appointements et 36 de feux. Elle est ainsi marquée sur les états\npour Tan VIII, mais dès l'année suivante, son traitement fut porté à\n5,500 avec 18 francs de feux.\nPeu après parut sur la scène de l'Opéra une nouvelle Saulnier, nom-\nmée Victoire et sœur cadette de Marie-Jeanne : elle était née en 1784,\nl'année même où la première Victoire Saulnier débutait à l'Opéra. Cette\ndernière venue était encore une élève de Gardel : l'hérédité du prénom\nde Victoire et le soin qu'elle eut, comme sa sœur, de choisir pour débu-\nter le même rôle de Calypso, créé avec éclat par la grande Victoire Saul-\nnier, montrent bien qu'il y avait une assez proche parenté entre toutes\nces danseuses, Pierre Gardel adressa une requête à M. de Luçay, premier\npréfet du palais, afin d'obtenir une autorisation de début pour son éco-\nlière, qu'il avait eu déjà l'honneur de lui présenter. « Sa belle taille, sa\nfigure plus belle encore, son amour pour son talent pouvaient faire\nespérer que le public accorderait à mademoiselle Saulnier l'indulgence\nà laquelle ont droit tous les débutants. » Elle se préparait à tenir l'em-\nploi de la première danseuse noble, mademoiselle Clotilde, « qui lui\navait très honnêtement permis de jouer le rôle de Calypso dans le ballet\nde Télémaque et Vénus dans celui de Paris. » La permission de début\nfut accordée sous cette condition expresse que la jeune danseuse était\nprête à danser au moins trois rôles : l'autorisation est datée du 5 vendé-\nmiaire an XIII (27 septembre 1804), et quinze jours après, mademoi-\nselle Victoire Saulnier effectuait son premier début, le jeudi 9 oc-\ntobre 1804.\n« Mademoiselle Saulnier cadette, dit le Journal de Paris, qui débuta\nhier dans le ballet du troisième acte de Dardannus, et qui remplit en-\nsuite le rôle de Calypso dans celui de Télémaque, est une jeune et très\nbelle personne, qui paraît avoir d'assez bons principes ; mais dont on ne\nsauroit encore juger le talent. Elle n'a dansé qu'un seul pas, et il ne fal-\nloit, pour y réussir, qu'une belle représentation et quelque aplomb.\nComme pantomime, cette débutante laisse encore à désirer; ses gestes"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.15", "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\n\nsont faciles, ses développements gracieux, mais elle ne les varie pas en-\ncore assez et l'on y reconnaît un peu trop la leçon du maître. Quoi qu'il\nen soit, ce début donne des espérances. » Elle parut ensuite, le jeudi 11,\ndans le second acte d'lphigénie en Aulide, puis le jeudi 28, dans le se-\ncond acte de la Caravane du Caire, tout en dansant toujours Calypso à\ncôté de Télémaque-Vestris, dans le ballet de ce nom.\nUn nouvel ordre du préfet du palais, en date du 10 floréal an XIII\n(3o avril i8o5), permettait ou plutôt ordonnait à mademoiselle\nSaulnier de danser différents pas de l'emploi de mademoiselle Clo-\ntilde, pour mieux faire juger de son talent purement chorégraphique,\ndanse, pantomimes. Elle avait déjà subi cette épreuve à plusieurs fois, et\npour lui épargner ce nouveau stage, Gardel adressa une très longue lettre\nau directeur Bonnet de Treiches, où il plaidait chaleureusement la cause\nde son élève, où il énumérait tous les rôles qu'elle avait déjà joués ou\nmimés à la satisfaction générale. Le directeur transmit ces observations\nau ministre en les approuvant, et celui-ci rendit alors un arrêté par lequel\n« les débuts de mademoiselle Saulnier comme mime et comme danseuse\nétant terminés, e)le était admise en qualité de double. » Elle figure\nen effet sur les états de l'année suivante, an XIV (1806), comme la der-\nnière des doubles, appointée à 2,400 francs.\nLorsqu'en 1807, Noverre publia la seconde édition de ses Lettres sur\nles arts imitateurs, il y ajouta un chapitre pour apprécier le talent des\ndanseuses alors présentes à FOpéra, et il juge ainsi le talent des deux\nsœurs, de celle qui était presque au premier rang et de celle qui venait\nseulement de débuter : a Mademoiselle Saulnier est grande et bien faite,\nelle danse agréablement et montre des dispositions pour la pantomime;\nmais il faut qu'elle se pénètre plus vivement des passions qu'elle doit\nexprimer. Les gestes n'ont d'autre éloquence que celle que leur donne\nla physionomie, et tous leurs mouvements sont insignifiants si les yeux\net les traits du visage ne leur prêtent, pour ainsi dire, la parole...\nLorsque mademoiselle Saulnier se pénétrera de cette vérité, elle pourra\ndevenir excellente pantomime, talent très-rare à l'Opéra. Mademoi-\nselle Victoire Saulnier est d'une taille élégante, elle est belle comme\nVénus; mais les grâces, les ris, les jeux et les passions ne sont pas à sa\nsuite. Je lui conseille de les appeler et d'invoquer Therpsicore. Avec de\nl'application et du zèle, elle acquerra tout ce qui lui manque. »\nNous allons, à partir d'ici, suivre séparément la carrière des deux\nsœurs, en commençant naturellement par l'aînée, afin d'éviter toute\nerreur et de rendre toute confusion impossible."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nAu iev janvier 1808, le directeur prévint mademoiselle Saulnier l'aînée\nqu'elle était comprise parmi les artistes réformées pour l'année qui com-\nmençait, en vue d'économies à faire. Réclamation de la danseuse auprès\ndu conseil, et réponse du directeur lui signifiant que rien ne peut être\nchangé aux dispositions prises pour cette année. La danseuse ne se tint\npas pour battue et manœuvra si bien qu'elle fit révoquer cet arrêté irré-\nvocable, ou du moins qu'elle en fit suspendre l'exécution « provisoire-\nment et jusqu'à nouvel ordre, » disait le texte de la lettre; « indéfini-\nment » pensait-elle non sans raison. Elle avait, paraît-il, de puissants\nprotecteurs, car voici ce que M. de Rémusat écrivait, sans trop préciser,\nà Picard, le ier août :« Il faut, mon cher directeur, suspendre l'exécu-\ntion de l'arrêté qui réforme mademoiselle Marie Saulnier; des considé-\nrations très puissantes nous en font une obligation; d'ailleurs, son\nabsence du théâtre pourrait nuire en ce moment au répertoire. Prenez\nla mesure que vous croirez la plus convenable dans votre sagesse pour\nl'exécution de ce nouvel arrangement, qui, du reste, ne change rien au\nrenvoi des autres personnes dont la retraite a été prononcée, et qui, par\nconséquent, doivent se retirer. »\nMademoiselle Saulnier le prit dès lors de haut. Non-seulement elle se\nfit rétablir dans la totalité des appointements qui avaient couru\ndant les six mois de suspension, mais elle prétendit jouir de tous ses\ndroits : étant premier remplacement, elle voulut doubler seule made-\nmoiselle Clotilde « sans être assujettie à un second partage avec deux\ncamarades subalternes telles que mademoiselle Victoire et mademoiselle\nGailet. » Elle formulait nettement ses prétentions moins de huit jours\naprès sa réinstallation, et le directeur lui répondait, par les termes\nmêmes de sa lettre, qu'elle avait pleinement raison et « que sa réinté-\ngration serait en effet illusoire si elle était obligée de partager son\nemploy avec des danseuses inférieures. »\nTel était alors le crédit de mademoiselle Saulnier que l'arrêté rétrac-\ntant sa mise en réforme contenait un article spécifiant les points sui-\nvants : non-seulement on devait dresser pour elle seule un état particulier\nd'appointements, mais dans le cas où le montant de la dépense de cet\nétat particulier ferait sortir la partie de la danse hors, des limites pres-\ncrites par le budget, l'administrateur en devait faire un chapitre particu-\nlier dans son compte et motiver ainsi cette dépense. Quel pouvait donc\nbien être le protecteur de mademoiselle Saulnier pour qu'on la traitât\navec tant de faveur ?\nLe 23 juin 1810, le directeur adressait une lettre à mademoiselle\nSaulnier pour la remercier d'avoir appris la veille et joué sur-le-champ"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.17", "texte": "le rôle de Canope, dans le ballet de Persée et Andromède: « C'est par\ndes actes d'un pareil dévouement que des artistes acquièrentdes droits à\nla bienveillance ; » et il lui accordait effectivement une gratification de\n3go francs. Ces bontés de la direction ne furent pas de longue durée.\nPar arrêté du lerIer juillet 1812, les appointements de la danseuse étaient\nportés à 6,000 francs ( il est vrai que ses ieux avaient été supprimés au\ncommencement de Tannée) ; mais six mois ne s'étaient pas écoulés\nqu'elle retombait en disgrâce.\nLe 3i décembre 1812, elle reçut avis que le surintendant des spec-\ntacles avait donné ordre de la reléguer au rang des doubles, parce que la\nplace de premier remplacement, qu'elle occupait depuis plus de dix ans,\nlui donnait des droits nuisibles au service en empêchant de faire paraître\ndaiis les pas de son emploi les artistes qui donnaient des espérances.\nElle fut en effet portée sur les états, pour 1813, comme première des\ndoubles, sa jeune sœur redescendait ainsi au troisième rang mais\nelle ne quitta pas effectivement sa place. A ce que nous apprend le\ncomte de Rémusat, par lettre à elle adressée le 6 janvier ißi3, elle pro-\nposa des « arrangemens qui pouvaient concilier son intérêt particulier\navec les vues de l'administration, sans que celle-ci parût se faire tort à\nelle-meme en revenant sur sa décision. 9 Elle signa, en effet, quatre\njours après, la déclaration suivante,qui devait singulièrement l'humilier :\n« Je consens, quoique premier remplacement du genre sérieux, à céder\nmes pas et rôles sur la demande de M. le surintendant ou de M, Picard,\ntoutes les fois qu'ils le jugeront convenable. »\nCette soumission exemplaire aux ordres plus ou moins justes de l'au-\ntorité ne devait pas garantir longtemps mademoiselle Saulnier d'une\ndisgrâce complète. Un an s'était à peine écoulé que le directeur lui noti-\nfiait, comme la concernant, un arrêté du surintendant des spectacles en\ndate du 3i décembre 18 r3, qui prescrivait de suspendre, à partir du\nicl août suivant, le service des sujets dont les moyens ne suffisaient plus\nà 1 exécution des ouvrages. Mademoiselle Saulnier se révolta contre\ncette décision « qui la privait de ses appointements pendant le peu de\ntemps qu'il lui restait à faire pour atteindre sa pension. » Il était, en\neffet, assez injuste d'interrompre subitement le service d'une artiste et\nde la payer seulement sur le pied de sa retraite future depuis le jour de\nsa suspension jusqu'au jour sù elle atteindrait et par 1 âge (40 ans) et\npai le temps de service (20 ans), l'époque fixée pour le règlement de sa\npension : la danseuse éprouvait, pendant cette période intermédiaire,\nune diminution sensible et absolument imprévue.\nMademoiselle Saulnier mit en jeu toutes les protections qu elle pou-\n\nXI.\nUNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\nx r\nI 2"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvait avoir ; elle écrivit lettres sur lettres, forte de la justice de sa cause,\net, contestant même, d'après les règlements, à M. de Rémusat le droit de\nsuspendre, par simple arrêté, son service et ses appointements avant\nl'époque de sa pension, ce surtout, dit-elle, quand je suis encore dans\ntoute la force de mon talent, et vous avez pu, monsieur, vous en con-\nvaincre hier, dans le beau pas de trois du dernier acte de Trajan. » Elle\nsoutenait que M. de Rémusat ne pouvait pas prendre cet arrêté sans\nune autorisation du conseil d'administration, sanctionnée par le conseil\nd'Etat. On lui fit bien voir le contraire, et on coupa court à ses récla-\nmations par la note suivante : « L'arrêté de M. de Rémusat relativement\nà mademoiselle Saulnier aînée ne peut être rapporté ; cette mesure a été\nnécessitée par l'économie demandée, La réforme de mademoiselle Sau'-\nnier avait été prononcée il y a sept ans, et si elle n'a pas eu son effet,\nmademoiselle Saulnier doit cela à des raisons particulières. » Ces raisons\nparticulières avaient bien décidément cessé d'exister, car mademoiselle\nSaulnier fut rayée des contrôles pour l'année i Sls :il s'en fallait d'un\nan qu'elle eût le temps de service fixé pour la retraite, et de cinq qu'elle\neût l'âge nécessaire.\nRevenons à la sœur cadette, Victoire Saulnier, que nous avons laissée\nsimple double en 1807. Comme elle était loin d'avoir le talent de sa\nsœur et qu'elle resta toujours au second plan, son dossier ne présente\npas, tant s'en faut, le même intérêt, et Fon y trouve surtout quantité de\ndemandes d'augmentation ou de gratification, et nombre de plaintes\npour passe-droits plus ou moins avérés. En 1810, mademoiselle Victoire\nSaulnier arriva à être la seconde des doubles, n'ayant plus devant elle\nque sa camarade Félicité : elle touchait alors 3,000 francs, qui furent\naugmentés de 300 l'année suivante, puis de 300 encore en 1813. Elle\nparvint enfin au premier rang des doubles pour 1815, et reçut une\ngratification de 400 francs au mois de janvier.\nC'est à cette époque précise que sa sœur aînée était mise en retrait\nd'emploi. Mademoiselle Victoire adressa immédiatement une demande\nau directeur de l'Opéra pour obtenir les billets que son aînée avait\nquand elle était au théâtre, ce Je sais bien, dit-elle, que c'est une faveur\nque je sollicite, puisque je n'ai point sa place ; mais comme je la remplis\net que je fais tout ce qui dépend de moi pour me rendre utile, j'ose\nespérer, monsieur, que vous me serez favorable. Monsieur Gardel, quia\neu la bonté de vous demander quelquefois des billets pour moi, m'a\nenhardie à /ous faire cette réclamation, bien sûr que vous aurez la bonté\nde me l'accorder. » Elle ne s'en tint pas là d'ailleurs, et demanda aussi\nà être augmentée en s'appuyant sur ce que cc la retraite du premier rem-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.19", "texte": "UNE DYNASTIE CHORÉGRAPHIQUE\n\nplacement laissait des fonds à la disposition de l'administration et une\nplace a laquelle elle aurait peut-être le droit de prétendre par son zèle et\nle travail qu'elle ne cesse de faire; car elle saisit, dit-elle, toutes les\noccasions qui se piésentent pour se rendre utile, et ses chefs pourront\nassurer que chaque fois qu'ils ont besoin de ses faibles talens, ils ont\ntrouvé en elle tout le zèle qu'ils avaient le droit d'en attendre. » Elle ne\nmanquait vraiment pas d assurance pour se vanter ainsi, car deux ans au-\nparavant elle avait été suspendue de service et d'appointements pendant\nun mois, exilee meme de 1 Opéra, pour avoir fait une scène scandaleuse\nau premier maître de ballet dans le foyer de la danse (j 5 juillet 1811).\nConduite d autant plus blâmable de sa part que Gardel avait favorisé ses\ndébuts, 1 avait soutenue dans toutes ses réclamations et 1 avait poussée\ntrès vite aussi haut que le comportaient ses talents; c'était une singulière\nfaçon de lui prouver sa reconnaissance que de l'injurier devant toutes\nses camarades. Du îcste, ladouble réclamation de mademoiselle Saulnier\nlors de la retraite de sa sœur fut non avenue ; elle n'eut certainement\npas d'augmentation et probablement pas de billets de faveur.\nMademoiselle Victoire Saulnier n était pas moins puissamment pro-\ntégée que sa sœur, de l'aveu même du surintendant des Menus-Plaisirs.\nAla fin de ißis, elle crut avoir à se plaindre d'un passe-droit qu'on lui\nauiait fait en faveur de mademoiselle Gaillet, la double qui venait\nimmédiatement après elle, et M. de la Ferté écrivait aussitôt au direc-\nteur (n novembre) : « Mon cher monsieur, mademoiselle Victoire\nSaulnier vient de me faire une réclamation qui me paraît fort juste, au\nsujet du îôle de Calypso, que mademoiselle Gaillet a joué, dit-elle, la\ndernière fois que mademoiselle Clotilde a quitté ce rôle. Veuillez donc\nbien avoir la complaisance de vérifier ce fait sur les registres de l'Aca-\ndémie i ovale, et si, en effet, mademoiselle Victoire n'a pas éié employée\ndans cet ouvrage, ayez la complaisance de lui donner l'ordre de paraître\ndemain, parce que ce sera son tour. Vous connaissez, mon cher monsieur,\nles motifs qui me font prendre un peu d'intérêt à mademoiselle Victoire.'\nMonsieur le duc de 8... ne manquerait pas de se fâcher s'il lui était fait\nle plus léger passe-droit. »\nM algie toute 1 influence du duc, mademoiselle Saulnier attendit en-\ncore assez longtemps avant d'être augmentée et son traitement ne fut\nporté à 4,000 francs que pour l'année 1818, avec ce mot en regard de\nson nom : pantomime.Cette simple mention, qui semble être à l'avan-\ntage de la danseuse, devait au contraire amener bientôt sa disgrâce, cai'\nC'est sur cette infériorité au point de vue chorégraphique qu'on s'ap-\npuya pour la mettre en retrait d'emploi, Lorsqu'elle reçut cette fâcheuse"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnouvelle, en janvier 1820, elle écrivit au surintendant des Menus une\nlettre presque touchante par son sincère élan d'indignation. En voici le\ndébut.\n« Monsieur le comte, vous serez sans doute bien étonné que je ne\nréponde qu'aujourd'hui à la lettre que j'ai reçue de M. le comte de Pra-\ndel, mais le coup m'a été si sensible et si peu attendu, qu'il m'aurait été\nimpossible de vous écrire plus tôt et mes esprits étaient tellement agités\nque je n'aurais pu vous exprimer mes pensées et me plaindre d'une\ninjustice qui n'a pas d'exemple. Je vous prie, monsieur le comte, d'avoir\nla bonté de porter mes plaintes et mes réclamations au ministre et de\nlui dire que je n'accepte point de quart ni de demi-pension, parce que\nje suis en état de la gagner tout entière. Intendant, administrateur et\nmaîtres de ballets n'ont rien à me reprocher ; j'ai toujours fait mon de-\nvoir tel qu'il m'a été tracé par vous et l'administration ; vous m'avez\nordonné de céder mes pas et de me conserver mes rôles, j'ai obéi à tous\nvos ordres, ainsi vous ne pouvez me reprocher de ne pas danser : vos\nécrits font foi et je les produirai, lorsqu'il en sera temps ; si vous me refu-\nsez la justice que j'attends de vous, monsieur le comte, je la réclamerai\npartout, j'irai même, s'il le faut, jusqu'au roi qui ne la refuse à personne\net surtout à une femme qui est malheureuse par l'injustice »\nLa réponse de l'autorité supérieure est écrite sur la requête même de\nla danseuse :«M.de La Ferté a remis la lettre. M. le comte de Pra-\ndel maintient sa décision. Les maîtres de ballet ne la vouloient\nque pour la pantomime, ce ne peut être un genre séparé de celui\nde danser. » L'exécution de cet arrêt fut cependant retardée de deux ans :\nle duc de 8... protégeait-il encore mademoiselle Saulnierou alla-t-elle\nréclamer jusqu'aux pieds du roi, toujours est-il qu'elle resta à l'Opéra\n• usqu'en 1822 : elle fut seulement rayée des états entre juin et juillet de\ncette année.\nUn dernier membre de la famille Saulnier: celui-là était donneur de\ncontremarques au parterre, aux appointements de 600 livres. Il était né\nen 1731, était entré à l'Opéra en Pan Xet le quitta au courant de 1808 ♦\nCe respectable vieillard, qui avait pu voir défiler toute cette dynastie\ndansante, était sans doute le plus obscur, mais non le moins honorable\nreprésentant du beau nom de Saulnier.\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.21", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\nDEUXIÈME PARTIE\nSPECTACLES DE LA FOIRE\n\n(<)\n( Suite.)\nXIV\nES forains ayant résolu de continuer le théâtre des Ita-\nliens, les loges primitives devenaient insuffisantes.\nC'est pourquoi, dès 1698, ils se firent construire de\nvéritables salles, toujours en planches, il est vrai, mais\navec une scène, un orchestre, un parquet ou parterre,\net même des loges. En même temps, ils firent venir\ndes acteurs de province et les engagèrent à « titre de gagistes. »\nSi Ton veut bien se rappeler que la troupe avec laquelle notre grand\nMolière débuta à Paris s'était formée en province; quelle fit son coup\nd'essai devant le roi, le 24 octobre i 658, sur un théâtre dressé pour\nl'occasion dans la salle des Gardes du vieux Louvre, avec le Nice-\nmède de Corneille, et que cette tragédie fut jouée par elle comme ja-\nmais ne l'avaient fait les comédiens privilégiés, on se convaincra facile-\nment qu'à l'époque dont nous parlons, les acteurs de province n'étaient\npas sans mérite. Nous dirons plus : beaucoup morts inconnus, auraient\npu rivaliser avec n'importe lequel des Comédiens-Français. Et la raison\n\n(1) Voir les numéros des lERIER décembre iBys, lER,IER, I 5 avril et lERIER mai 1876,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nque nous donnerons nous semble péremptoire : c'est que les acteurs de\npiovince ne lestaient pas en province parce que médiocres, mais parce\nq -ie les privilèges des Comédiens-Français leur défendaient de se faire\nentendre à Paris. Il n est pas impossible que ces considérations autant\nque l'amour intéressé, jaloux, tenace, de ces derniers pour leurs privilèges\nles ait jetés dans la voie de plaintes, de procès, de dépit où nous allons\nles voir entrer contre les forains, et qui les diminua si singulièrement\ndans 1 estime du public d'alors. Au reste, acteurs et auteurs de la Foire\nleur rendirent bien la monnaie de leur pièce; et les rieurs ne furent pas\ntoujours du côté des Comédiens du roi, tant s'en faut. Les drapa-t-on\nas-ez, mon Dieu ! sous l'appellation ironique de\nXV\nAvant d entamer le récit des luttes qui vont suivre, il importe que\nnous précisions la situation des forains à la fin de l'année 1697.\nAucune autie troupe ne s était formée, mais beaucoup d'acteurs de\nprovince étaient accourus. Parmi ces derniers, il y en avait un assez\ngrand nombre qui s'étaient formés chez les trois directeurs de troupes\ndont nous avons parlé et chez les Italiens. Bien entendu, nous ne citel\nrons que les principaux, et encore plus particulièrement ceux que les\névénements doivent mettre en vedette ou en scène.\nDe ce nombre sont: Lalauze et sa femme, sœur du célèbre Antoni\ndit de Sceaux, le plus fameux danseur de corde de son temps (Lalauze\nétait élève dAlard aîné; il jouait les rôles d Arlequin et sa femme ceux\nde Colombine); Christophe de Selles dit Laplace, Dolet, Bel-\nloni, Dominique, Desgranges, Tamponet, Francassani, Crépin, Billard,\nBaiily, Maillot, la Lambert (femme de Dolet), la Babrou (sœur de\nBabrou déjà nommé), Bréon le Normand, Rochefort, Tiquet, Restier le\ncadet, Lavigne, Marianne (femme de Dominique), Saint-Edme et sa\nfemme Duchemin.\n_ Arrétons-nous là.\nChristophe de Selles était élève de Maurice.\nLaplace était fils d un limonadier de Paris. Il se forma en fréquentant\nles Italiens, puis en entrant dans la troupe de Pascariel, un acteur du\nthéâtie supprimé à qui Louis XIV avait accordé le privilège de jouer\ndans toute la France à la condition de se tenir toujours à trente lieues\nde Paris. Laplace jouait les Pierrot. Ildemandaà épouser Marianne, fille\nde Pascariel, excellente Colombine, mais elle préféra donner sa main"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.23", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nà Dominique, qui l'aimait aussi. Le mariage se célébra à Toulouse. A\nParis, Laplace quitta les rôles de Pierrot pour ceux de Scaramouche et\ny fut très goûté.\nDolet avait joué aux Italiens. A la dispersion de ces derniers, il suivit\nMezzetin en Italie, mais il revint en France presque aussitôt.\nBelloni était un acteur italien. A l'hôtel de Bourgogne, il jouait avec\nun égal succès les rôles de Trivelin et de Scaramouche.\nDominique était fils et élève du fameux Dominique du Théâtre-\nItalien. Il avait suivi pendant deux années la fortune de Pascariel.\nAprès Thomassin et Carlin, nul mieux que lui ne joua le rôle d'Arle-\nquin. Dominique fut aussi auteur et fit des pièces pour les théâtres de\nla Foire.\nDesgranges était un actear de province, natif de Carcassonne. Il sor-\ntait de la troupe de Pascariel lorsqu'il vint à Paris.\nTamponet était un comique hors ligne. Dans le rôle de Tremblotin,\nil fit le succès, à la Foire Saint-Germain de 1701, de la pièce intitulée\nles Amours de Tremblotin et de Marinette. Sur la fin de sa carrière, il\neut des démêlés fâcheux avec la police qui le transporta aux îles.\nFrancassani était le fils et l'élève du fameux Polichinelle de ce nom\nau Théâtre-Italien.\nCrepin, Billard et Bailly étaient de bons acteurs de province et en\nmême temps de remarquables danseurs de corde.\nMaillot, autre acteur de province, était cousin de Maurice.\nLa Lambert, femme de Dolet, jouait très bien les amoureuses. Malgré\ncela, en 1709, elle quitta le théâtre et se fit tour à tour marchande de\nmodes et limonadière à la Foire. Elle ne réussit dans aucun de ces com-\nmerces et mourut en 1744. A cette époque, raconte un mémoire du\ntemps, « elle tenait la pièce à l'Opéra-Comique. »\nBréon, natif de Vire, en basse Normandie, excellait dans .e rôle de\nPierrot.\nRochefort, acteur de province, s'était fait une réputation comme\nArlequin.\nTiquet était un joueur de marionnettes.\nReistier le cadet jouait à la perfection les Gilles.\nLavigne était un excellent Scaramouche et un parfait danseur. Sur la\ncorde, il dansait sans balancier et jouait « d'un violon qu'il tenait tantôt\nsur la tête, tantôt entre ses jambes et tantôt sur le dos. »\nSaint-Edme et sa femme ont eu de la réputation surtout comme direc-\nteurs de troupe.\nPar ce court aperçu, on voit que les spectacles de la Foire s'étaient"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsingulièrement renforcés pendant l'année 1697 et celles qui suivirent,\njusqu'en 1709.\nIl nous faut maintenant mentionner quelques arrangements très im-\nportants survenus entre les forains pendant la même période de temps.\nNous avons dit que Maurice Vonderbeck mourut dans le courant de\n1 année 1699, et que sa veuve, remarquable, paraît-il, par sa beauté et\nson esprit, prit la suite de ses affaires.\nA cet effet, elle proposa une association à Alard aîné, qui l'accepta.\nL'acte fut passé devant les notaires Lange et Levasseur, le 24 décembre.\nEn 1701, de Selles dit Colbiche ouvrit à son compte un nouveau\nspectacle et menaça un moment celui de Bertrand. Heureusement celui-\nci eut la bonne fortune de mettre la main sur Fuzelier, alors auteur\ninconnu, qui lui fit un succès de vogue avec sa première pièce Thésce\nou la défaite des Amazones.\nEn 1702, Bertrand et Selles s'associent et louent une loge dans le\npréau de la Foire à Blancpignon, receveur des revenus de l'abbaye\nSainl-Germain-des-Prés. Fuzelier continua à travailler pour eux.\ntroupe.\nEn 1707, encore association entre Dolet et Laplace; et toujours\ntroupe nouvelle.\nSi nous ajoutons à ces détails que Fuzelier avait encore donné à Ber-\ntrand une pièce à succès, le Ravissement d'Hélène et Vembrasement de\nTroie; que Bellaveine avait écrit pour la veuve Maurice une pièce en\ntrois actes, Sanclio Panca, et que nombre d'auteurs ou travaillaient\npour les autres troupes, ou témoignaient du désir de le Taire, il sera aisé\nde comprendre que les comédiens du roi ne pouvaient voir tout cela\nd un bon œil; aussi, en vertu de leurs privilèges, résolurent-ils de cou-\nper court au développement des forains. C'est ce que nous allons leur\nvoir entreprendre.\nXVI\nLes Comédiens-Français commencèrent les hostilités au début de la\nFoire Saint-Germain de l'année 1698, en présentant une requête au\nlieutenant-général de police dans laquelle ils disaient que les danseurs\net sauteurs, bornés autrefois à leurs simples exercices, s'étaient « licen-\nciés » au point de faire construire « des salles de spectacles pour y repré-\nsenter des pièces de théâtre avec le concours de différents acteurs de"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.25", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nprovince pris à titre de gagistes j » que cela « portait atteinte à leurs\nprivilèges exclusifs. » Ils concluaient en demandant la démolition des\nsalles et « des dommages et intérêts. »\nLorsque cette requête leur fut signifiée, les forains délibérèrent en-\nsemble sur la conduite à tenir. Bertrand rappela son aventure du 8 fé-\nvrier 1690. Les autres firent valoir la sentence du 5 février 1596 et tous\ndécidèrent de passer outre et de se pourvoir devant le Parlement. Ainsi\nfut fait; et la Foire ne perdit rien de ses divertissements, au contraire.\nLes mêmes intimidations se renouvelèrent en 1699. Cette fois les Comé-\ndiens-Français obtinrent coup sur coup, les 20 et 27 février, deux sen-\ntences de M. d'Argenson, lieutenant général de police, «portant défense\nà tous particuliers de représenter aucune comédie ni farce ; » et pour y\navoir contrevenu condamne solidairement tous les acteurs forains à\n« i,500 livres de dommages et intérêts envers les comédiens du roi. »\nUne fois encore Alard, Maurice Vonderbeck et Bertrand firent appel au\nParlement et continuèrent déplus belle à jouer le répertoire des Italiens.\nLes années 1700 et 1701 s'écoulèrent de même. La seule particularité\nque nous ayons à noter c'est, en 1701, la location que fit la veuve Mau-\nrice du jeu de paume d'Orléans, au coin de la rue des Quatre-Vents,\npour y installer sa troupe. Le bail était de cinq ans et le prix de location\nde 500 francs par an. L'acte fut passé le 6 avril, peu après la fermeture\nde la Foire. En 1702 les comédiens du roi harcelèrent de plus belle les\nforains\", dépités qu'ils étaient de voir ces derniers les braver impuné-\nment. Ils étaient en outre frappés à deux endroits bien sensibles, l'amour-\npropre et 1a... caisse. Tout le temps, en effet, que durait la Foire, ils ne\nfaisaient que peu ou point de recettes. Dancourt, en qualité d'auteur et\nd'acteur de la Comédie-Française, rageait doublement et poussait ses ca-\nmarades aux extrêmes, ce qui fit qu'ils demandèrent et obtinrent encore\ndeux sentences de M. dArgenson. Toujours impassibles, les forains con-\ntinuèrent à n'en tenir aucun compte et à répondre froidement à toutes\nles injonctions : Notre affaire est pendante au Parlement ; passez votre\nchemin ; nous ne vous écoutons pas.\nEnfin, le 26 juin 1703, le Parlement rendit un arrêt qui confirma\npurement et simplement les quatre sentences de police.\nLes Comédiens du roi triomphaient ils le croyaient du moins en\nquoi ils se trompaient, et voici comme : L'arrêt ne pouvait rien sur la\nFoire Saint-Germain de cette année, puisqu'elle était close depuis le\nmois d'avril ; quant à la prochaine, on avait tout le temps d'aviser.\nLes forains avisèrent si bien, en effet, qu'à l'ouverture de la Foire de\n1704, ils avaient dressé leurs salles comme avant et qu'ils y jouèrent de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmême. Seulement, au lieu de pièces complètes, ils ne représentaient que\ndes scènes détachées; mais l'ensemble du spectacle était si spirituellement\narrangé, que le public tripla leur vogue. Vite les comédiens du roi de re-\ncourir à M. d'Argenson, d'obtenir de lui de nouvelles sentences et de les\nsignifier à leurs adversaires. C'était un second procès; les forains n'hésitè-\nrent pas à le soutenir. Que risquaient-ils, d'ailleurs ? Leur mort était\npeut-être au terme de leur lutte ; mais en subissant passivement la loi des\nComédiens-Français, ils auraient disparu du coup, car le peuple qui avait\npris un grand goût aux nouveaux spectacles delà Foire auraittrès certai-\nnement déserté les anciens. Les Forains firent donc appel au Parlement et\ncontinuèrent à jouer leurs scènes détachées arrangées de manière à former\nun tout. Ils parvinrent ainsi à se soutenir tout le temps des foires de 1704\net 1705. L'année 1706 fut plus terrible à passer. Le 19 février et le 5\nmars intervinrent deux sentences exécutoires qui condamnaient la veuve\nMaurice, Alexandre Bertrand, Selles, Tiquet et « autres farceurs » en\n300 livres de dommages et intérêts chacun pour les comédiens du roi,\n20 livres d'amende pour le roi et aux dépens. En cas de nouvelles con-\ntraventions, il était dit que pleins pouvoirs étaient donnés aux comédiens\n« de faire abattre les théâtres, avec injonction aux commissaires et tous\nofficiers de police de tenir la main à l'exécution qui sera lue et affichée».\nEtait-ce la mort, cette fois? Point. « Les\npar appel le receveur de l'abbaye Saint-Germain, le sieur Frénoy. Celui-\nci allégua que ces sentences causaient grand préjudice au cardinal d'Es-\ntrée, abbé, auquel appartenait le terrain des loges. De son côté, le cardi-\nnal-abbé intervint pour soutenir les libertés et franchises de la Foire.\nEn même temps, la veuve Maurice, Bertrand, Tiquet, etc., etc., don-\nnèrent une requête d'intervention.\nLà-dessus on attendit la décision du Parlement. Elle intervint le 22\nfévrier 1707. Les Romains triomphaient encore. Appellation mise au\nnéant et condamnation des appelants à l'amende et aux dépens, tel fut le\nrésultat.\nQue faire désormais? Comment achever la foire? Le public, qui sui-\nvait attentivement cette lutte et dont toute la sympathie était pour les\nforains, croyait la partie définitivement perdue pour eux, lorsqu'on vit\nla troupe de Dolet et de Laplace afficher Arlequin écolier ignorant et\nScaramouchepédant scrupuleux. C'était une pièce en monologues dans\nlaquelle un seul acteur parlait, tandis que les autres faisaient des signes.\nComptant peu sur l'issue du procès, Dolet et Laplace s'étaient précau-\ntionnés de cette pièce à tout événement. Ils en furent récompensés par"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.27", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nun succès énorme. Quant aux autres troupes, elles reprirent les anciens\nexercices et perdirent, ou à peu près, complètement leur Foire,\nXVII\nL'audace de Dolet et de Laplace porta au comble l'exaspération des\ncomédiens du roi, qui croyaient bien cette fois en avoir fini avec les fo\"\nrâins. Sans perdre un instant, ils dépêchèrent le commissaire Cailly pour\ndresser un procès-verbal en forme de la représentation annoncée et\nl'adressèrent à M. d'Argenson en même temps qu'une requête des plus\npressantes à laquelle le lieutenant-général de police fit droit incontinent\nen lançant une sentence terrible. Malheureusement pour les comédiens\ndu roi, elle n'était exécutoire que dans le cas où Dolet et Laplace ne se\npourvoiraient pas promptement au Parlement, et on pense que ces di-\nrecteurs de troupe notaient pas hommes à leur donner cette satisfaction.\nDonc appel et troisième procès. Cette fois les deux parties s'invectivèrent\nà qui mieux mieux dans des mémoires que la cour et la ville dévorèrent.\nLa palme des invectives revient pourtant de droit à messieurs de la Co-\nmédie-Française. « C'est une chose triste et même criante, disaient-ils\ndans un des leurs, d'être forcés de se plaindre deux fois régulièrement\npar année contre des particuliers, gens sans aveu, sans établissement,\nqui ne sont connus que par leur désobéissance continuelle aux\nlois, etc., etc. »\nIl est à peine besoin de dire que l'arrêt qui intervint le 21 mars de\nl'année suivante condamna les forains. Dolet et Laplace tentèrent un\nnouvel effort : ils nièrent tout ce qui était contenu dans la requête et\ndans le procès-verbal de leurs adversaires et se rendirent opposants par\ndéfaut à l'arrêt qui les frappait. Par ce moyen, ils pensaient pouvoir\ngagner du temps et ouvrir leur théâtre avec les nouvelles pièces à la\nFoire Saint-Germain de 1709. Mais le Parlement les prévint par un ar-\nrêt du 2 janvier qui les criblait d'amendes et de dommages et inté-\nrêts, etc., et de plus les livrait à la discrétion des comédiens. Ils étaient\ndonc réduits à commencer la Foire avec les simples jeux de marion-\nnettes agrémentés d'exercices de souplesse, de pantomimes et de danses\nsur la corde. Ah ! c'était bien dur, bien dur pour leurs intérêts d'abord\net pour leur amour-propre ensuite, car jusqu'au dernier moment ils\navaient nourri l'espoir d'humilier les comédiens en faisant prévaloir les\nprivilèges et franchises de la Foire. Que faire d'autre cependant? Les\nforains ruminaient sur ce terrible point d'interrogation, lorsque Ber-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntrand se frappant le front dit : Les Romains ne nous tiennent pas\nencore ; j'ai trouvé un biais pour leur échapper et peut-être pour les\nbattre.\nQuel était ce biais ? Avant de le révéler, il importe que nous revenions\nun peu en arrière pour savoir ce que sont devenus Alàrd, la veuve\nMaurice et les autres troupes. En outre, nous avons parlé d'un procès-\nverbal à propos des pièces-monologues, et c'est un document trop pré-\ncieux pour que nous négligions de le reproduire.\nXVIII\nLe voici :\nOn sait qu'il a été dressé par le commissaire Cailly, le 2 3 ou le 24 fé-\nvrier 1707.\n« Ayant pris place dans une loge, nous avons observé qu'après que les\nmarionnettes ont été jouées sur le théâtre il a paru un Scaramouche et\nplusieurs acteurs, au nombre de sept, qui ont représenté une comédie\nen trois actes ayant pour titre : Arlequin ignorant et Scaramouche pé-\ndant scrupuleux ; que presque à toutes les scènes, l'acteur qui avait\nparlé se retirait dans la coulisse et revenait dans l'instant sur le théâtre,\net l'acteur qui était resté parlait à son tour et formait ainsi une espèce\nde dialogue; que les mêmes acreurs se parlaient et se répondaient parles\ncoulisses ; que d'autres fois Facteur répétait tout haut ce que son cama-\nrade lui avait dit tout bas; que la pièce a fini par trois danses diffé-\nrentes et une chanson chantée par un acteur, après quoi l'un des mêmes\nacteurs a annoncé pour le lendemain la pièce intitulée la Fille savante\nou Isabelle, Fille capitaine. »\nMaintenant que nous voilà renseignés sur la manière dont les acteurs\nde Dolet et Laplace jouaient les pièces-monologues, disons ce que sont\ndevenus les autres forains.\nNous avons vu que l'arrêt du Parlement du 22 février 1707 les rédui-\nsit aux anciens et qu'à l'exception de Dolet, Laplace et Ber-\ntrand, tous eurent Tair de s'y soumettre.\nAlard aîné et la veuve Maurice, qui, quoique associés, avaient deux\ntroupes parfaitement distinctes, ne jugèrent pas à propos de se joindre à\nDolet et à Laplace. Comme cependant il y allait de leur existence à\ntenir des spectacles semblables à ceux du passé, ils eurent l'ingénieuse\nidée de prendre des arrangements avec Guyenet, directeur de l'Opéra, et\nmoyennant finances, d'obtenir de lui la permission de faire usage de"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.29", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nchargements de décoration, de chanteurs dans les divertissements et de\ndanseurs dans les ballets. Guyenet signa, vers la fin de l'année 1707, un\ntraité dans ce sens, valable pour plusieurs années.\nC'est ainsi que la veuve Maurice et Alard, sans se soumettre à la vo-\nlonté des Comédiens du roi, s'étaient mis à couvert de leurs atteintes et\navaient créé un nouveau genre de spectacle. Ils rouvrirent à la Foire\nSaint-Germain 1708 et eurent beaucoup de succès, tant ils surent tirer\nbon parti des agréments que ce traité mettait à leur disposition en les\nintercalant dans leurs pantomimes.\nLes autres forains, faute de pouvoir mieux, marchèrent sur les traces\nde Dolet et de Laplace.\nLorsqu'intervint l'arrêt du 2r mars, Tiquet et Rochefort rompirent\nleur association ; le premier reprit ses marionnettes et le second repartit\npour la province où il resta jusqu'en 1713.\nQuant à Bertrand et à Selles, nous allons trouver leurs deux troupes\nplus intimement liées que jamais avec celle de Dolet et de Laplace dans\nla lutte suprême qu'ils vont engager contre les comédiens du roi et dont\nnous avons dit qu'ils espéraient sortir vainqueurs au moyen d;un biais\nque nous n'avons pas indiqué, mais que voici : il s'agissait, en deux\nmots, d'opposer privilège à privilège, c'est-à-dire celui de la Comédie-\nFrançaise avec celui... des Suisses.\nExpliquons-nous.\n(La suite au prochain numéro.)\n\nA. PRADINES."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.30", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONSERVATOIRE : Exercices annuels des élèves. OPÉRA-COMIQUE : Les Héroïques,\ndrame lyrique en trois parties, paroles de mademoiselle Antonine Perry-Biagioli,\nmusique de M. Henri Perry-Biagioli. SALLE HERZ : Concert de M. Charles\nDancla.\nE Conservatoire a donné, le 3o avril, un exercice des\nélèves, ou plutôt un concert des élèves, puisqu'aucun de\nce genre d'exercices, qui ont tant d'attrait pour le public,\nn'a eu lieu, j'entends les actes ou scènes d'opéras. Tout\ns'est borné à l'ouverture d'Obéron et à la symphonie en ré\nmajeur, de Mozart, qui n'offre d'autre mérite qu'une\ngrande difficulté d'exécution, et à quelques morceaux de\nchant dont il sera question tout à l'heure. Une soixantaine d'élèves ont pris\npart à l'ouverture et à la symphonie, et la précision de leur exécution a -été\nparfaite. On ne pourrait leur reprocher qu'un peu trop de force, défaut dont\nil leur sera facile de se corriger. L'allegretto et le finale de la première sonate\npour piano et violoncelle, de M. Rubinstein, ont été fort bien joués par mesde-\nmoiselles Debillemont et Hillemacher, premier prix de violoncelle au dernier\nconcours. Le public leur a fait une ovation. Malgré une peur affreuse qui la\ndominait, mademoiselle Lafont a mis beaucoup de sensibilité, et même, vers\nla fin du morceau, de l'éclat dans les stances de Sapho, de M. Gounod.\nM. Denoyé a chanté avec un très beau timbre de basse l'air qui suit la marche\nde la Flûte enchantée. Plusieurs personnes lui ont fait le reproche de n'avoir\npas assez de mordant dans les sons graves; mais elles n'ont sans doute pas\nréfléchi que cet air est d'une gravité exceptionnelle, et qu'il est bien plus\ndifficile de se maintenir constamment dans l'octave inférieure de la voix de\nbasse que de donner accidentellement un fa et même un mi. M. Talazac\nconnaît déjà toutes les ressources de l'art : il a chanté d'une manière remar-\nquable l'air de Joseph.\nJ'arrive aux deux principales attractions de l'exercice : la scène de la révolte\nde Fernand Cor tef et les fragments d'Armide. Dans la sublime scène de"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.31", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nSpontini, M. Sellier, chargé de la difficile partie de Cortez,a déployé une voix\nde ténor puissante, juste, d'un beau timbre, et il la conduit bien. Si la scène\navait été prolongée jusqu'au célèbre chant guerrier « Suivez-moi, Castillans ! »\nnul doute que M. Sellier y eût fait preuve de beaucoup de chaleur. Les\nchœurs Font vigoureusement secondé. J'ai été bien moins content des frag-\nments d'Armide* C'est un parti pris aujourd'hui, parmi les professeurs et les\nchefs d'orchestre, de vouloir que tous les morceaux doux et gracieux de\nl'ancien répertoire français soient chantés comme des cantiques ou des lita-\nnies. Mademoiselle Soubre, au concert populaire, et mademoiselle Puisais,\nà l'exercice du Conservatoire, ont toutes deux pris beaucoup trop lentement,\nmalgré elles, j'en suis sûr, l'air de la Naïade, en Y embellissant par des sons\nfilés et des ralentissements qui, jamais, n'entrèrent dans le cerveau de Gluck.\nBaissé d'un ton, par-dessus le marché, il a revêtu un air grave et solennel, au\nlieu de léger, voluptueux et un peu ironique qu'il doit avoir. Le chœur « Au\ntemps heureux où l'on sait plaire » a été également trop lent de moitié.\nCelui « C'est l'amour qui retient, » dont le mouvement est plus modéré, a été\nun peu mieux chanté, mais encore trop lentement. Enfin, si jamais on re-\nprend Armide, comme il en est question depuis plusieurs années, et qu'on\ns'obstine à chanter adagio ce qui est allegretto et moderato, je le dis à regret,\nArmide, le chef-d'œuvre de l'ancien répertoire, tombera à plat.\nL'alleluia du Messie a été chaleureusement exécuté par tous les élèves, et\nchaleureusement applaudi.\nOPÉRA-COMIQUE. Les Héroïques, drame lyrique en trois parties, de\nmademoiselle Antonine Perry-Biagioli, musique de M. Henri Perry-Biagioli,\nexécuté au théâtre de l'Opéra-Comique, le jeudi 4 de ce mois, ont été\nchantés en partie l'hiver dernier aux concerts du Châtelet, et j'en ai rendu\nun compte sommaire dans le numéro 61 de la Chronique Musicale. Le sujet,\nemprunté à la guerre de Jules César et de Vercingétorix, est très intéressant\net respire un souffle ardent et patriotique. A part quelques négligences, la\npoésie en est fort remarquable, et il s'y rencontre quantité de beaux vers\nremplis d'énergie. La musique, dans bien des endroits, accuse chez M. Henri\nPerry une entente très marquée de l'effet scénique. Tels sont le finale de la\npremière partie et la scène d'adieu qui s'enchaîne avec le finale de la seconde\npar le retour du motif du chœur, et que coupent les strophes du barde. Un\nmorceau qui a été très applaudi est la romance de Kiomara, chantée par\nmademoiselle Vergin, dont la terminaison de chaque couplet est douce, mé-\nlancolique et mélodieuse. Malheureusement, M. Henri Perry donne dans\ntous les travers de l'école moderne, qui foule aux pieds toutes les règles de\nl'harmonie, abolit le rhythme et ne se plaît que dans les modulations tour-\nmentées et dans les intonations les plus invraisemblables. J'ai signalé chez ce\njeune artiste une belle phrase musicale et d'heureuses tendances dramatiques.\nQue son horreur pour la banalité ne le lance pas dans les extravagances"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde la musique de l'avenir! Qu'il étudie les anciens maîtres pour apprendre\nd'eux la mélodie et le rhythme, et qu'il s'astreigne au travail du contrepoint et\ndu style rigoureux pour apprendre à bien écrire pour les voix! Bien doué,\ncomme il paraît l'être, d'après l'ensemble des Héroïques, M. Henri Perry mé-\nrite à tous égards d'être encouragé.\nHenry Cohen.\nSALLE HERZ. La place nous manquait, dans le précédent numéro,\npour rendre compte, comme il convient, du magnifique concert à orchestre\ndonné à la salle Herz le mardi 18 avril dernier, par M. Charles Dancla. Il n'est\npas besoin de présenter aux lecteurs de la Chronique musicale M. Charles\nDancla, professeur de violon au Conservatoire, et l'un des plus célèbres vir-\ntuoses de ce temps-ci. C'est un artiste éclectique plein de goût qui , à toute\nla pureté classique de son maître Baillot, joint toutes les hardiesses de l'école\nromantique moderne. Par la sage harmonie qu'il a su établir entre ces deux\nstyles, M. Dancla s'est fait une manière originale qui lui est propre et qui le\nmet au rang des plus grands violonistes. Aussi, n'est-ce point pour augmenter\nson renom d'artiste qu'il a organisé le concert du 18 avril, mais bien pour\ns'imposer comme compositeur à l'estime générale. Il y est parvenu de prime-\nsaut, et il n'y a pas un morceau de son riche programme qui n'ait été chaleu-\nreusement applaudi. MM. Dancla lui-même et C. de Groot ont tour à tour\ndirigé l'orchestre.\nDans la symphonie concertante pour deux violons et orchestre, qui a été\nexécutée à quatre, MM. Léopold Dancla, Boisseau et Montardon prêtaient à\nCharles Dancla le concours de leur talent. Cette composition est d'un beau\ncaractère; elle a porté sur le public dans toute la plénitude de ses effets.\nL'idée qu'a eue M. Dancla d'en doubler les parties de violon devait néces-\nsairement lui prêter un relief plus puissant. La Fantaisie originale pour\nviolon principal a infiniment plu : l'auteur l'a jouée avec une verve et un\nbrio incomparables. Mademoiselle Valérie Tuai, ancienne pensionnaire de\nl'Opéra-Comique, a chanté de la façon que l'on sait, un Ave Maria très inspiré.\nLe succès est allé grandissant avec les Extraits de la scène dramatique de\nChristophe Colomb, qui contiennent deux pages magnifiques : la Prière, et\nsurtout Y Air de danse suivi d'un boléro d'un parfum exotique saisissant. Là\ns'est manifesté pleinement le talent de M. Dancla, nourri de fortes études de\ncomposition faites autrefois avec Halévy et Barbereau. Nous regretterions que\nM. Dancla ne songeât pas à nous faire entendre en entier ce Christophe\nColomb, dont les fragments nous ont si vivement intéressé. Enfin, le concert\ns'est terminé par une Marche extraite d'une scène dramatique de Charles-\nQuint, pour laquelle nous formons le même vœu que pour Christophe\nColomb.\nO. L. T."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.33", "texte": "XI.\n13\n\nREVUE DES THEATRES LYRIQUES\nTHÉATRE-NATIONAL-LYRIQUE : Dimitri, grand opéra en cinq actes et sept tableaux, de\nMM. Henri de Bornier et Armand Sylvestre, musique de M. Victorin Joncières.\nOPÉRA-COMIQUE : Les Amoureux de Catherine, opéra comique en un acte, paroles\nde M. Jules Barbier, musique de M. Henri Maréchal.\nHÉATRE NATIONAL-LYRIQUE. —Le nom du\nhéros de l'Opéra qui ouvre la nouvelle série du Théâtre-\nLyrique, rappelle de bien vieux souvenirs. En creu-\nsant un peu la généalogie des Démétrius, on remon-\nterait au déluge. Sans aller aussi loin, il vous souvient\nassurément des trois cent soixante statues que le\npeuple Athénien reconnaissant éleva, trois cent quarante-cinq ans avant\nJésus-Christ, au grand homme d'Etat, à l'orateur insigne qui s'appelait\nDémétrius de Phalère. Il fut dépossédé et renversé par un autre Démé-\ntrius, fils d'Antigone, l'un des généraux d'Alexandre, qui portait le sur-\nnom significatif de Poliorcète c'est-à-dire preneur de villes.\nDémétrius 11, roi de Macédoine; Démétrius, deuxième fils du roi de\nMacédoine Philippe 111 et frère de Persée; Démétrius ler,Ier, Soter, le Sau-\nveur, roi de Syrie; Démétrius 11, Nicator, Vainqueur, qui eut quelques\ndifficultés avec Cléopâtre, son épouse; Démétrius 111, Eucœrus, l Heu-\nreux; Démétrius de Pharos, gouverneur de Corcyre; Démétrius Pépa-\ngomène, médecin grec; Démétrius Cantacuzène; Démétrius Cantemir\nnous amènent enfin à cinq Démétrius, souverains russes, et à quatre\nfaux Démétrius qui se donnèrent tour à tour pour Démétrius V\nIwanovitch."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nParmi tous ces les auteurs de Dimitri ont choisi l'un des\nquatre faux, celui que l'histoire appelle Griska Otrépief. C'était\nun moine de l'ordre de saint Bazile. Il sortit de son couvent de\nTschoudof en i 603, prétendit avoir échappé au fer de Boris Godunof,\nl'assassin du fils d'lvan 11, Démétrius V, reçut les secours des Lithua-\nniens et des Polonais, et se fit proclamer Tzar, à Moscou, en i 605. Ce\nGriska Otrépief fut cruel; il méprisa les coutumes nationales, se maria\navec une catholique et finit par devenir la victime d'un complot. Il\navait régné onze mois.\nMM. de Bornier et Sylvestre attirés par cette légende, l'ont revue, cor-\nrigée, diminuée et augmentée tout à la fois pour en faire un opéra dont\nles cinq actes et les sept tableaux défient l'analyse, tant la suite des idées\ny est obscure.\nDimitri raconte, au lever du rideau, qu'il adore la douce Marina et que\nsans elle il ne peut vivre. Le prieur du couvent, devant lequel se passe la\nscène, l'engage à être fort et à se consoler de l'absence de celle qu'il aime,\nlorsque le comte de Lusace, botté et éperonné, vient faire à ce prieur\ndes révélations importantes. Il lui rappelle que quinze années se sont\npassées depuis le jour où un enfant a été confié à la garde du couvent.\nCet enfant n'est autre que Dimitri, seul héritier légitime du trône\nde Russie. Il le vient chercher. 11 faudra qu'il marche sur Moscou,\nqu'il détrône Boris, l'usurpateur, et qu'il prenne le rang suprême au-\nquel il a droit. Dimitri apprend avec joie cette nouvelle inattendue et\npromet à Marina, qui arrive là on ne sait trop comment, qu'elle sera\nTzarine. Ce n'est pas l'avis du comte de Lusace, et ce n'est pas non plus\nl'avis de Wanda, fille du roi de Pologne, qui veut épouser Dimitri. Il\nfaut avouer que cette Wanda est une singulière personne. Pourquoi\nveut-elle épouser Dimitri qu'elle ne connaît pas et qu'elle ne peut aimer?\nPourquoi le comte de Lusace s'intéresse-t-il autant à ce mariage? Est-il\nfrère, cousin, ou amant de Wanda? Wanda et lui ont-ils basé sur cette\nrestauration de Dimitri tout un avenir de richesse et d'honneurs? Le\nJivret répond difficilement à ces diverses questions que le spectateur est\nsuccessivement forcé d'adresser aux auteurs. Il y a cependant quelques\nréflexions du comte de Lusace qui semblent indiquer qu'il est ambitieux,\nqu'il aime la bonne chère et les plaisirs faciles, mais c'est tout, et cela\nn'est pas assez. Peut-être, d'ailleurs, ai—je mal compris. Toujours est-il\nque Dimitri conserve son amour à Marina, dédaigne les avances de\nWanda et les paroles du comte de Lusace, qu'ii finit par frapper d'un\ncoup de poignard à la suite d'audacieuses menaces.\nPourquoi l'avoir frappé, dit alors Marpha, la mère de Dimitri, mère"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.35", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nqui n'a d'autres preuves de sa maternité que les affirmations du comte\nde Lusace ? Parce que, répond Dimitri, le comte prétendait que je n'étais\npas votre fils. Marpha est extrêmement embarrassée, Elle interroge la\nvoix du sang qui garde un silence prudent. Mais elle finit par persuader\nà Dimitri et à elle-même qu'il est né d'elle et qu'il est décidément l'héri-\ntier d'lwanovitch. Rien ne s'oppose au couronnement de Dimitri. Les\nnotables de Moscou sont venus lui apporter sur un plateau d'argent les\nclefs de la ville dont il faisait le siège. La cérémonie va s'accomplir.\nMarina, qu'on n'avait pas revue depuis le premier acte, si ce n'est un\ninstant, au troisième, se retrouve sur le balcon du palais des Tzars, dans\nles bras de celui qu'elle aime. L'heure définitive a sonné. Le cortège s'a-\nvance et Dimitri le suit. Mais il y a Wanda qui a ressuscité par un\nprocédé inexpliqué le comte de Lusace. A eux deux ils ont semé de tels\ndoutes dans l'esprit du peuple, que le clergé demande solennellement î\n/\nMarpha, aux pieds de l'Eglise, si elle peut jurer que Dimitri est son fils.\nCette situation du Prophète renversée se termineraitévidemment pa-\nun oui de Marpha, si Lusace, du balcon où tout à l'heure Dimitri rou-\ncoulait avec Marina, ne l'arquebusait et ne le tuait raide.\nCe que je viens de raconter en m'efforçant de fixer mes souvenirs est,\nà bien peu de choses près, le squelette de Dimitri.\nEn le revoyant ainsi sans l'attrait musical et sans le mouvement scé-\nnique, je m'explique encore moins comment M. de Bornier, un aca-\ndémicien, et M. Sylvestre, un poète habile et souvent inspiré,\nn'ont pas tenté de donner une forme plus accusée à leur pensée. Cette\nsuite de scènes mal reliées fait surgir à chaque pas un trouble qui amène\nla fatigue. L'action est lourde, hésitante et par cela même pi-esque insai-\nsissable. Et si j'insiste sur les fautes de ce poème étrangement énig-\nmatique, c'est qu'il est l'œuvre de deux hommes auxquels il n'est pas\npermis de commettre d'aussi grosses erreurs. On dit même que M. Car-\nvalho a prêté à ces Messieurs le concours de son expérience scénique.\nQue n'en ont-ils profité !\nDimitri serait l'œuvre d'un débutant, qu'il serait toujours un mauvais\nlivret: mais on lui accordeiait les circonstances atténuantes de l'inex-\npérience dont le tribunal le plus impartial ne peut faire bénéficier\nMM. de Boinier et Sylvestre.\nL'auteur de la musique en est à sa troisième grande partition : et il\nfaut s'empresser d'ajouter que chacune d'elles a marqué des efforts nou-\nveaux et donné des résultats meilleurs. Avec M. Joncières\navait fait preuve d'instinct et de volonté. Le Dernier jour de Pompéi\nrenfermait d'excellentes pages plus savamment écrites et plus heureuse-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment conçues. Dimitri, enfin, affirme les qualités, qui étaient pour la\nplupart à l'état embryonnaire dans les œuvres précédentes, et dénote chez\nle compositeur un travail persistant et un véritable tempérament musical\narrivé presque à la maturité. La préoccupation visible de M. Joncières,\npréoccupation du reste dont il faut lui savoir gré, est d'éviter la\nbanalité. Il fouille scrupuleusement l'idée mélodique et s'efforce de la\nciseler avec originalité. C'est le propre des travailleurs, des hommes de\naient et même des hommes de génie. Ce qui distingue ces derniers, c'est\npeut-être qu'ils n'ont pas besoin de chercher la distinction; elle vient à\neux toute seule, toute fraîche et toute grande. L'auteur de Dimitri n'est\npas encore à classer parmi eux; mais il compte désormais au milieu du\ngroupe de nos excellents musiciens, et, pour peu qu'il continue, il s'y fera\nune large place. Une chose frappe surtout dans cette partition : c'est la\nsûreté avec laquelle le compositeur lait mouvoir les masses chorales et\nl'orchestre, dont la sonorité est toujours excellente. La pensée de l'auteur\nest généralement nette et se dégage avec une clarté extrême. Dès le début\nà l'ouverture, dont le caractère est large et soutenu, on ressent vivement\ncette impression qui se confirme à chaque acte. Le chœur sans accompa-\ngnement qui précède la péroraison de l'ouverture et qui se chante der-\nrière la toile, est d'un effet excellent. Un chant des guerriers cosaques :\nBuvons au fleuve sombre\nQui trempe Vacier et les cœurs\nest écrit avec une fermeté saisissante, et un rhythme d'une allure fière qui\nenlève.\nJ'aime peu la romance de Dimitri, Une Femme, dont l'idée est\ntrop cherchée. Le récitatif et le duo qui s'y rattache manquent aussi\nd'inspiration. Le chœur des Tziganes, annoncé par une délicieuse\nphrase de hautbois, est d'une sonorité charmante. L'air de Marina, dont\nune phrase reprise par le cor Vassili mon seul amour est d'une\ngrande douceur; le duo de Marina et de Dimitri C'est toi que j'adore\nont un mérite de facture qui ne leur ôte pas un défaut de monotonie\nauquel le livret n'est pas étranger.\nLe récit-ballade du comte de Lusace Cet enfant, dit-il, que je\nt'amène est original. Une invocation de Marina à la nature, à\nl'amour, pleine de poésie, de tendresse, termine cet acte de la façon la plus\ngracieuse.\nAvant le lever du rideau du second acte, une phrase de cor, prenant\nun nouveau caractère en passant du hautbois à la clarinette et de la cla-\ntirnette à la flûte, soutenue et développée par les réponses de violon et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.37", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nd'alto, fait grand plaisir. La scène du comte de Lusace Vanda, tout\nest il prêt a une excellente couleur. Les couplets de Lusace J'ai\npour toute philosophie sont d'une élégance bizarre, qui fait mieux\nressortir une romance Depuis quinze ans dont le style est vieux,\nmais dont l'idée principale est charmante. Tout l'intérêt du duo entre\nDimitri et Lusace est dans l'orchestre, qui est traité avec une grande\nhabileté. La polonaise chantée qui le suit est une des plus jolies choses\nde la partition, au double point de vue de l'idée et du travail harmo-\nnique.\nAu troisième acte, l'intention énergique du duo de Marpha et de\nJob est plus heureusement conçue que réalisée. Mais il y a à la suite une\nvéritable page de maître; c'est l'air de Marpha Mon fils, il est mon\nfils l Le compositeur a traduit avec bonheur une situation grande et\nbelle. Marpha croit avoir retrouvé son fils, et elle se le redit avec une\njoie maternelle et avec une profonde reconnaissance pour le créateur.\nCes sentiments sont admirablement rendus par un style d'une largeur\nremarquable et par une délicatesse d'instrumentation particulière.\nTout le deuxième tableau du troisième acte est réussi à merveille.\nLe chant de Dimitri :\nMoscou! voici la ville sainte,\nC'est là que dorment mes dieux\nest d'un sentiment exquis et d'une orchestration habile et fine. La mélodie,\ndégagée complètement, est soulignée à la fin des phrases par les violons,\npendant que Ton entend le tintement des cloches de Moscou, rendues\navec une vérité extrême par deux notes obstinées de la harpe et du cor.\nL'association de ces deux timbres a déjà été employée, mais c'est un pro-\ncédé ingénieux qu'on aime à retrouver. Le ballet qui fait partie de ce\ntableau a été l'objet d'un soin particulier. Si la polka-mazurka du pas\nde quatre n'est pas extrêmement distinguée, le reste, en revanche, est\nd'un goût excellent. Le compositeur a librement donné carrière à sa\nfacilité et àsa sûreté d'instrumentation. Il a jonglé avec toutes les voix\nde l'orchestre, il les a disposées avec art et leur a demandé la grâce et la\nvariété. Ce divertissement est un des plus aimables et des plus piquants\nque nous ayons entendu depuis longtemps.\nLa chanson à boire de Lusace, son duo avec Dimitri, la ballade qui\ns'en détache, le duo entre Marpha et Dimitri, le quatrième acte enfin ne\nm'a que médiocrement plu, à l'exception de la phrase de Dimitri,\nSi Dieu, Marpha, qui nous compte les heures\ndont le sentiment largement développé est bien mis en lumière."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe duo du dernier acte,\nVoici Je jour, ma fiancée\nrappelle comme situation le duo de Roméo et n'en est pas moins une\ncharmante inspiration. 11 est d'une douceur et d'une tendresse discrète,\nqui fera mieux tout à l'heure ressorlir les éclats de la fête du couronne-\nment. Sur des dessins de harpe, des pizzicati de contrebasses, accompa-\ngnées par le murmure des violons en sourdine, s'élèvent les paroles\nd'amour de Dimitri et de Marina.\nLe jour va paraître; la fraîcheur parfumée du matin est enivrante, et\nle soleil ne dore pas encore les murailles du Kremlin. Il y a quelque\nchose de mystérieux et de prédestiné dans cette caresse matinale,\ndans cet échange exquis de tendresses chastes. Il semble que Dimitri, si\nprès du moment où il va être investi solennellement de la puissance, a\n1-e pressentiment inconscient de la chute de son bonheur. Il n'a qu'une\nminute à vivre encore, et il 1 emploie à épancher son âme tout entière\ndans un embrassement suprême. Toute cette partie de la scène du bal-\ncon est traitée avec une grâce exquise. Je regrette que M. Joncières n'ait\npas profité davantage de l'oppositiou superbe qu'aurait pu donner la\ndouleur et le désir de vengeance de Wanda, qui assiste à ce duo d'amour.\nLe compositeur n'a fait qu'indiquer ces sentiments. Il a écrit un duo\nlà où il aurait pu nous donner un trio magnifique.\nJe ne cite que pour mémoire la marche bien rhythmée qui précède la\nmort de Dimitri.\nJe n'ai pas marchandé mes éloges au courant de cet article; aussi,\nDuis-je maintenant faire quelques critiques.\nDimitri est une partition d'une valeur incontestable,, mais qui a le\ntort grave de manquer de personnalité. On peut attribuer tel morceau à\nl'influence de tel maître. On a jadis reproché à M. Joncières d'être trop\nwagnérien. Il s'est ému probablement de cette accusation, et il a voulu\nprouver que Wagner n'était pas son seul maître. C'est à cela que\ntiennent sans doute les réminiscences de sa partition. On jurerait, à cer-\ntains moments, que l'idée mélodique du morceau que l'on entend est\nempruntée à Donizetti ou à quelque autre maître italien; à certains au-\ntres, on retrouve les rhythmes favoris de Meyerbeer, ou la couleur de\nGounod, ou bien les procédés et le style indéfini de Wagner. Au milieu\nde cette variété de réminiscences, on cherche presque toujours sans suc-\ncès du pur Joncières. Maintenant que l'auteur de Dimitri est arrivé à\nla connaissance parfaite de son art, il devra s'attacher à être davantage\nlui-même et à bien définir le caractère personnel de ses inspirations,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.39", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nM. Lasalle, prêté pendant quelques jours par l'Opéra au Théâtre-\nLyrique, joue et chante avec un talent remarquable le comte de Lusace.\nMadame Engalli, un peu inexpérimentée au point de vue du jeu, chante\navec une voix magnifique le rôle de Marpha, Mademoiselle Dalti est\nconvenable dans Marina. M. Duchesne est inégal dans Dimitri, mais\ns'il a quelques faiblesses, il a également d'excellents moments.\nLes autres interprètes sont suffisants. Je ne pense pas qu'on en puisse\ndire beaucoup plus. L'orchestre et les chœurs, conduits avec autorité\npar M. Danbé, sont bons. La mise en scène est extrêmement soignée.\nC'est une excellente inauguration du Théâtre National-Lyrique, qui\nnous fait espérer beaucoup pour nos jeunes compositeurs et pour l'art\nmusical français.\nRaoul de Saint-Arroman.\n\\\nOPÉRA-COMIQUE. L'Opéra-Comique a donné les Amoureux\nde Catherine, opéra comique en un acte, que M. Jules Barbier a tiré\nd'une nouvelle d'Erkmann-Chatrian, et que M. Henri Maréchal, prix\nde Rome, a illustré de sa musique. On ne peut pas dire que cette épreuve\nait été décisive pour le compositeur, et qu'elle ait fait concevoir de son\ntalent une idée très exacte; mais elle n'a pas non plus tourné à son désa-\nvantage. C'est toujours une difficulté, pour un débutant, de se heurter à\nun scénario dépourvu d'intrigue, et qui n'est, en réalité, que le dévelop-\npement théâtral d'un sentiment unique : il ne rencontre aucun point\nd'appui dans les scènes épisodiques, qui sont éludées, parce qu'elles alour-\ndiraient l'action, et se trouve placé face à face avec le plus grand obstacle\nqu'il soit donné à la musique de vaincre : la monotonie de la situation,\nM. Maréchal a fait tout ce qu'il a pu pour ne pas tomber dans le piège\nqui lui était tendu ; du moins il n'y est pas resté tout entier.\nSon ouverture entre assez crânement dans le sujet, mais elle se perd\ndans des détails d'orchestration qui en dépassent le but et l'importance.\nSes chœurs dialogués sonneraient mieux, s'ils étaient moins papillo-\ntants : ils sont clairs, mais la lumière y danse trop. Le livret de M. Jules\nBarbier, mal coupé, ne met presque jamais que deux personnages\nen scène; M. Maréchal s'est vu dans la nécessité, toujours cruelle, d'é-\ncrire plusieurs duos consécutifs, dans lesquels il eut fallu jeter une\ngrande variété de procédés, qualité qu'on n'était guère en droit d'exiger\nd'un débutant, puisqu'elle est généralement la résultante d'une longue\nexpérience scénique. On a justement remarqué, dans un duo d'amour"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'une proportion exagérée, des élans d'une bonne veine mélodique, et\nle public a bissé une jolie chanson d'Alsace, dont le refrain, repris à\npleine voix par le chœnr, ne manque pas de chaleur communicative.\nL'interprétation a plu, particulièrement du côté de mademoiselle Cha-\npuy, qui se hisse lentement, mais sûrement à la hauteur d'une étoile.\nCette artiste, dont la valeur a longtemps été méconnue ou plutôt mal\nappréciée, apporte une sensibilité extrêmement noble à tout ce qu'elle\nchante et à tout ce qu'elle dit. Nicot a fait accepter, sans moustaches et\nsans bottes, un rôle un peu réaliste pour un ténor d'opéra comique : il\nfait un maître d'école, pauvre et dédaigné. Thierry et madame Decroix,\nl'un avec sa basse un peu lourde, l'autre avec son fausset un peu grêle,\nont donné de la physionomie à deux personnages secondaires.\nO, L. T."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "193", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.41", "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles\n\nFAITS DIVERS.\nes concours de symphonie et de quatuor ouverts en 1875\npar la Société des compositeurs de musique viennent d'être\njugés.\nConcours de symphonie. Jury : Président, M. Am-\nbroise Thomas, de l'lnstitut; MM. Reber, de l'lnstitut;\nVaucorbeil, président de la Société des compositeurs ;\nBourgault-Ducoudray, Chérouvrier, Colonne, Samuel Da-\nvid, Deffès, Théodore Dubois, Guilmant, Membrée, Ortolan, Wekerlin. Se-\ncrétaire-rapporteur, M. Guillot de Sainbris.\nPrix unique : une médaille d'or de 500 francs, décernée à M. André\nMessager, disciple de l'école Niedermeyer, organiste à l'orgue du chœur de\nSaint-Sulpice.\nMentions honorables : Les symphonies portant pour épigraphes : ire Men-\ntion, D'un souffle l'Aquilon écarte les nuages, auteur M. A. L. Dessanne;\n2e Mention, Excelsior de M. Koszul, de Roubaix.\nConcours de quatuor. Jury: Président, H. Gounod, de l'lnstitut;\nMM. François Bazin, de l'lnstitut; Vaucorbeil, président de la Société des\ncompositeurs; Barbereau, Adolphe Blanc, de Boisdeffre, Gastinel, Gouvy,\nGuilmant. Secrétaire-rapporteur, M. Adolphe Nibelle.\nPrix unique : médaille d'or de 300 francs, décernée au quatuor portant\npour épigraphe : Science et mélodie, sœurs inséparables. L'enveloppe sur\nlaquelle était inscrite cette épigraphe contenait un feuillet blanc, sans nom\nd'auteur. Mention honorable : épigraphe, Nuit étoilée. L'auteur connu au-\njourd'hui est M. Charles Dancla, professeur au Conservatoire."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nConformément au règlement de ces concours, les plis renfermant les noms\ndes auteurs qui ont obtenu des mentions ne seront ouverts qu'avec 1 assenti-\nment de ces concurrents. Vingt-cinq symphonies et dix-huit quatuors ont\npassé sous les yeux des jurys.\nDes fêtes en l'honneur de Rameau sont annoncées à Dijon, vitte natale\nde l'auteur de Dardanus, pour le mois d'août, à l'occasion de l'érection de sa\nstatue. Le Comité qui s'est constitué à Paris, dans le même but, a décidé\nqu'une solennité religieuse et musicale aurait lieu dans l'église Saint-Eusta-\nche, le 8 juin, et inaugurerait les fêtes que l'on doit donner en l'honneur de\nl'illustre compositeur. On y entendra trois œuvres de Rameau et la deuxième\nmesse avec chœurs, soli et orchestre, de M. Léon Gastinel. A l'offertoire, les\nSociétés chorales : les Enfants de Lutèce, l'Odéon, le Louvre, le Choral de\nBelleville, le Temple, la Cécilia, le Choral de l'Observatoire et le Bon-Mar-\nché, chanteront un chœur sans accompagnement, de Rameau. M. Deldevez\ndirigera l'ensemble de l'exécution.\nLes opérations du concours de Rome pour le grand prix de composition\nmusicale viennent d'être réglées de la façon suivante : Pour le concours\nd'essai de la composition, l'entrée en loges aura lieu le samedi i 3 mai, a dix\nheures du matin, au Conservatoire; lay sortie le 19 mai, à midi. Le jugement\nsera rendu le samedi 20. Pour le concours définitif : entrée en loges, le ven-\ndredi 27 mai, à dix heures du matin; sortie le 20 juin, à dix heures du soir.\nJugement préparatoire, au Conservatoire, le vendredi 3o juin ; jugement dé-\nfinitif, le samedi ier juillet, à Flnstitut. Dans l'intervalle des deux concours\naura probablement lieu au Conservatoire l'exécution des envois de Rome,\nlesquels comprennent cette année des œuvres de MM. Salvayre, Maréchal et\nfeu Ehrhart.\nNous extrayons d'un remarquable feuilleton de la République française\ndu 22 octobre 1875, qui est de notre confrère Baudouin, les passages suivants\ntendant à prouver que la musique dite religieuse ne forme point un genre\nspécial ayant son caractère propre :\n« Les Grecs ayant vainement essayé d'introduire l'art musical dans la civili-\nsation latine, nous arrivons naturellement aux commencements de 1 ère chré-\ntienne. I/Église a emprunté aux religions païennes la majeure partie des\npompes et des formes de son culte; elle va adopter leurs chants. Aux Hé-\nbreux elle prend tout d'abord les psaumes de David, et bon nombre de mélo-\ndies hébraïques deviennent des cantiques chrétiens. Ce n'est pas tout ; les\nrhythmes indécis et peu variés de la musique grecque paraissant particuliè-\nrement lui convenir, elle puise à ces sources ( la Préface de la messe, assure-\nt-on, est l'un des derniers vestiges de la musique grecque) , et si amplement,\nque bientôt saint Ambroise, chef de l'église de Milan, en compose le plain-\nchant. Quatre des anciens modes grecs, le Dorien; le Phrygien, YEolien et le\nMixolidien, sont choisis par lui et prennent le nom de tons authentiques.\nDeux siècles plus tard, le pape Grégoire-le Grand complète l'œuvre commen-\ncée en ajoutant quatre nouveaux modes, les tons plagaux, aux modes am-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.43", "texte": "VARIA\n\nbroisiens. Pendant ce temps, le christianisme, persécute d abord, de\\enait\npersécuteur à son tour. Les temples des anciennes divinités révérées se fei-\nmaient peu à peu ; on en chassait le s prêtres; et les hymnes antiques depuis\nlongtemps mutilés tombaient définitivement dans l'oubli. Dès lors, le chant,\ngrégorien, ainsi qu'on l'appelle encore maintenant, demeura le seul maître,\nou à peu près, de l'empire musical. Et cela dura ainsi, sans altération, sans\nperfectionnement aucun, pendant près de cinq cents ans !\nFaits caractéristiques et pleins d'enseignements î Née à peine, l'Eglise affir-\nmait déjà la nature étouffante de sa domination ; elle montrait jusqu'à quel\npoint tout mouvement lui faisait horreur. Ah ! c'est que le mouvement,\nc'était la vie, c'était l'action, c'était le progrès peut-être : pour l'Eglise, c'était\nle danger. Ce qu'il lui fallait à elle pour régner , c'est le calme désolé, l'im-\nmobilité stagnante, glacée. Aussi ne néglige-t-elle aucune arme pour tenir\nl'humanité en respect. Voyez plutôt comment elle combat à cette époque ;\nl'interdit est lancé sur tout ce qui pense, sur tout ce qui aime, sur tout ce\nqui chante librement. L'anathème est partout; partout est la terreur. Adieu\ndonc chants d'amour , joyeuses chansons à boire, danses naïves ou folâtres,\non vous proscrit, on vous chasse ! et la haine implacable qui vous poursuit\nvous atteint non-seulement dans le temple, ce qui se comprendrait encore,\nmais sur la place publique, dans la rue ou sur le chemin, jusqu'au coin du\nfoyer !\nMais quoique la vie fût comme arrêtée, au milieu de ces âges d'épouvante,\nil arrivait parfois que le peuple se réveillait et sortait tout à coup de sa tor-\npeur. Lorsqu'il n'allait pas à la révolte, affamé de mouvement et de liberté,\non le voyait quelquefois courir, hurler sans que rien semblât devoir i arrêter\ndans sa course insensée. Le temple ou la rue, tout endroit lui était bon\npourvu qu'il pût dépenser en quelques heures une activité depuis longtemps\namassée. Où allait-il ainsi, ce pauvre peuple? Hélas ! il célébrait tout simple-\nment la Fête de l'âne ou des fous, ou bien quelque sottie du même ordre ; et\nsa courte ivresse dissipée, il retombait plus endolori que jamais dans le som-\nbre néant où il traînait sa vie.\nVoici tout ce qu'a été l'art musical jusqu'au dixième siècle environ. D'un\ncôté , une musique d'église, composée de débris, nue et froide, parce qu'elle\nest traditionnelle, et que, d'ailleurs, on la veut ainsi ; une musique que l'on\ndéclare immuable; une musique enfin qui ne doit la continuation de son\nexistence qu'à la force terrible qui l'impose aux nations. De l'autre , un pro-\nfond sentiment artistique cherchant à se faire jour par tous les moyens possi-\nbles, mais que l'esprit implacable de l'Eglise refoule sans cesse en le déclarant\nimpie. Déjà l'harmonie, sortant peu à peu de ses langes, essaie de balbutier\nses premiers accords en accompagnant le monotone unisson du plain-chant\npar des suites de quartes, de quintes ou d'octaves ; les conciles fulminent con-\ntre ces innovations pourtant bien innocentes, et les pauvres déchanteurs se\nvoient réduits au silence. Cependant le rhythme se développe malgré tout\ndans les chants populaires ; mais là encore les précautions de l'Eglise sont si\nbien prises, qu'il n'en reste aucune trace écrite ; la tradition seule nous ap-\nprend qu'ils ont existé. Quant aux premiers essais de musique dramatique ,\nçelle des Mystères, des Moralités et des Sotties, ils sont si bien surveillés par"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle clergé, au point de vue des thèmes et de l'exécution, que la musique y est\nidentique à celle de l'Eglise.\nOù est 1 art religieux véritable dans tout cela? Où distingue-t-on cette in-\nspiration spéciale qui doit caractériser, dit-on, les œuvres religieuses? Les\nmanifestations de 1 art musical au dixième siècle sont de même nature qu'au\ncommencement de l'ère chrétienne, et à cette époque on n'avait pas songé à\nleur prêter un caractère religieux ; on les déclarait simplement propres aux\ncérémonies de l'Eglise. Le temps aurait-il changé tout cela? aurait-il donné\nà ces œuvres une qualité nouvelle, un principe qu'elles ne possédaient pas\nencore ? Cela ne peut être accepté. Mais si le dixième siècle ne compte pas\nencore de musique dite religieuse, nous allons reconnaître plus loin que\nl'existence de l'art musical, en dehors de l'Eglise, va donner lieu à cette\nappellation sans fondement. La séparation, de plus en plus grande, de la mu-\nsique et de l'Eglise ne se fera certainement pas sans luttes, sans déchire-\nments, mais, quoique cette lutte dure encore à l'heure présente, la liberté est\ndésormais assurée à l'art.\nVers la fin du dixième siècle, Guido d'Arezzo donnait une vigoureuse im-\npulsion à l'art musical, en inventant un procédé nouveau pour faciliter l'étude\ndu plain-chant. Il prenait parmi les huit tons en usage deux tonalités types,\net il y rapportait les six autres. Peu à peu, ces deux types étant les seuls em-\nployés par les musiciens, ils reçurent le nom de gamme majeure et de gamme\nmineure. C'est là ce que l'on appelle, improprement d'ailleurs, l'invention de\nla gamme. Malgré les résistances de l'Eglise, qui continue à proscrire les\nnouvelles formes musicales, mais qui était alors moins obéie qu'auparavant,\nles progrès sont rapides; la régularisation et le développement de la rhyth-\nmique produisent la mesure et le temps ,• l'harmonie, le contre-point pren-\nnent une extension considérable ; la fugue et le canon sont inventés. Mais\npar un retour étrange , à mesure que la science progressait, le peu de senti-\nment que comportaient la musique et l'époque disparaissait complètement. On\ntenait si peu de compte du sens des paroles sur lesquelles on composait, que\nlon en était arrivé à adapter celle du Credo, par exemple, à l'air d'une\nchanson grivoise. C'est ainsi que furent composées la Messe de Vénus la belle,\nde Y Ami Baudichon, la messe d'Adieu mes amours, etc., qui furent exécutées\nnon sans succès, dans les églises.\nCependant les choses marchent ainsi jusqu'à heure de la Réforme. Luther\nparut. « La musique était née! » s'écrie Michelet. Michelet a raison. La\nscience musicale existait avant Luther, cela ne fait pas de doute; mais, outre\nqu'elle n était pas répandue dans le peuple, elle ne prit le caractère de l'art\ngrandiose que nous connaissons aujourd'hui qu'à partir de cette époque.\nAlors tout le monde chanta. Protestants ou catholiques, chaque voix s'éleva\npour répondre au cri sublime de liberté, de fierté et d'amour poussé par\nLuther. Ebranlée jusque dans ses fondements, l'Église de Rome, qui était\nsur le point de proscrire à tout jamais la musique de ses églises, à cause des\ndésordres que nous avons cités plus haut, comprit qu'elle ne devait pas laisser\nun aussi puissant moyen d'attraction dans les seules mains des protestants. Le\nConcile de Trente, éclairé par le retentissement des Psaumes de Goudimel,\ndisciple de Luther et maître de Palestrina, chargea ce dernier de reconstituer"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nla musique des églises. Palestrina s'acquitta de sa tâche avec le succès que\nchacun connaît; mais son plus grand mérite à nos yeux est d'avoir introduit\nle premier dans la musique l'expression et cette admirable science des nuan-\nces encore inconnue avant lui.\nCette conquête du style expressif par la musique est la dernière transfor-\nmation notable qu ait subie l'art musical. Depuis Palestrina jusqu'à nos jours,\ncet art a pu se développer de mille manières, se plier aux exigences des diffé-\nrentes écoles, satisfaire aux nombreuses mutations du goût; il est resté le\nmême dans son essence.\nN ayant plus de changements profonds à signaler, il ne nous reste plus qu'à\nrésumer les enseignements qui nous sont donnés par les faits sur la question\nde savoir si la musique religieuse existe réellement ou non.\nQue voyons-nous dans cet ensemble, depuis la dernière période (dixième\nsiècle) ? Ce qui trappe d abord, c'est le fait curieux d'un art se développant\ndans 1 Église et par 1 Église, malgré l'Église ; la musique enserrée dans un\ncadre étroit dans lequel elle étouffe, embrasée par l'esprit fécond de la Re-\nnaissance, voulant tout célébrer, tout exprimer, et luttant pour conquérir\nson indépendance. D'un côté, un besoin immense de mouvement et de vie,\nde 1 autre, une inertie voulue tendant à tout immobiliser. De là cet antago-\nnisme croissant entre l'art et l'Église, antagonisme que l'on peut remarquer\npartout. Évidemment, il sera fait des concessions de l'une et de l'autre part ;\nsans cela, comment s'accorder? La musique se résignera à prendre comme\nthème de ses travaux les mélodies sans rhythmes et sans couleur que lui four-\nnit ia liturgie, et, moyennant ce sacrifice, l'Église consentira peu à peu à ce\nqu'elle se livre aux inspirations de sa fantaisie. L'ornementation fouillée et\npoussée a 1 extrême, les combinaisons ingénieuses ou savantes, les formes les\nplus multiples, tout cela lui sera permis, pourvu que le fond soit pris dans les\nformules adoptées par l'Église.\nQue résulte-t-il forcément de ce compromis ? Les œuvres élaborées de cette\nmanièie ne présenteront-elles pas les caractères de deux époques, et n'auront-\npas, par conséquent, une certaine saveur de vétusté ? Ce point ne nous\nparaît pas contestable. Eh bien ! là est tout le secret du style dit religieux.\nEvidemment, ce style subira encore des modifications suivant le goût ou la\nmode : l'action du temps pourra élargir le sens qu'on y attache ; mais l'ori-\ngine, le fond demeure toujours dans le compromis entre l'Église et l'art,\ncompromis que nous venons de décrire.\nIl ne faiu pas oublier que vers la même époque l'art musical s'agitait aussis\nau dehors. Échappé de l'Église et débarrassé de ses entraves, il pouvait\nétendre à loisir le domaine de ses manifestations. S'inspirant de tout, il deve-\nnait univeisel ; dès lors, il était laïque. Ce sont ces productions de la libre\npensée musicale que 1 on s est plu à désigner sous le nom de musique profane.\nEncore en est-il un certain nombre parmi elles qui, regardées d'abord comme\nnon religieuses, ont été admises comme telles seulement plus tard. Pur effet\nde l'action du temps ! Le temps n'agit pas, il est vrai, sur les œuvres elles-\nmêmes, mais il exerce une influence sur les hommes qui les jugent. L'expres-\nsion des sentiments changeant au fur et à mesure que les âges se succèdent,\nles œuvres paraissent vieillir, et cette saveur particulière de vétusté donne à"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncertaines d'entre elles le caractère soi-disant religieux qui leur était refusé\nprimitivement.\nD'abord, quel est donc l'homme de génie qui, s'abandonnant à sa seule\ninspiration, et laissant de côté les formules classées ou leurs dérivés, peut se\ntarguer d'avoir donné naissance à une œuvre reconnue comme religieuse par\nses contemporains? Est-ce Palestrina ? Mais il faisait toujours intervenir une\nphrase consacrée quelconque dans ses compositions. A part cela, il ne tenait\naucun compte du sens des paroles. Est-ce Marcello ? Celui-ci passait pour\nmondain. Est-ce Haendel? Hœndel ne fit pas, à proprement parler, de musi-\nque religieuse , mais de la musique sacrée. Ne pouvant se produire par le\nthéâtre, à cause du puritanisme qui avait bien vite envahi l'Eglise protestante,\nil mit en honneur Y oratorio, qui convenait d'ailleurs fort bien à la nature de\nson génie. Son genre est sévère, grandiose, mais, nous le répétons, il n'est\npas accepté comme religieux. Est-ce Sébastien Bach ? Le génie de Bach est\ntout spécial et devance de beaucoup son siècle. La plupart des ouvrages de\nBach sont, il est vrai, composés sur des textes religieux ; mais, si l'on com-\npare la nature propre de ses idées et sa façon de les traiter, dans des œuvres\ndiverses, profanes ou non, on reconnaîtra que sa manière est la même par-\ntout, si l'on en excepte naturellement les chorals, qui sont construits sur des\nphrases liturgiques.\nNous pourrions continuer pendant longtemps cet examen et passer en re-\nvue Haydn, Mozart, Beethoven, etc. Les réponses seraient toujours les mê-\nmes. L'art musical religieux n'existe pas. Il n'y a qu'un art laïque s'inspirant\ndans sa liberté des choses de la religion. Quant au caractère soi-disant reli-\ngieux, nous avons montré suffisamment, croyons-nous, à quel ordre il appar-\ntient. Il est le résultat d'une convention de l'esprit d'une part et, qu'on\nnous passe le mot, de la patine du temps.\nMaintenant, faut-il ajouter encore que le terme de v< musique religieuse »\nn'est presque jamais employé par les musiciens que dans le sens de musique\nd'église ? En somme, les romantiques en général et ceux qui parlent de l'art\nsans en connaître suffisamment l'histoire et les éléments, sont les seuls qui\nattachent à la musique religieuse une signification plus étendue et pour ainsi\ndire mystique.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Halanzier vient d'engager la basse-taille\nBerardi, ainsi que Mademoiselle de Stucklé, qui appartiendra à\nl'Opéra à partir du ier octobre prochain.\nL'engagement de M. Manoury, qui expire dans trois mois, n'a pas\nété renouvelé. M. Manoury prendrait la carrière italienne.\nLa première représentation du ballet Sylvia aura lieu vers le 2 5 mai.\nOpéra National-Lyrique. —Ce soir, première représentation des Erinnyes,\ndrame en vers de MM. Leconte de Lisle, musique de M. Jules Massenet."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nLa nouvelle partition que J. Massenet a adaptée au drame de Leconte de\nLisle, comprend des chœurs pour voix de femmes (un entre autres, celui des\nChoëphores, qui ouvre le second acte) chœurs d'ensemble, ouverture,\nentracte, musique et scène, marche triomphale, etc.\nAu premier acte, ballet antique en trois parties. Madame Marie-Laurent\njouera le rôle de Clytemnestra, et Taillade celui d'Orestès, qu'ils ont créés avec\nsuccès au théâtre de l'Odéon, en 1873.\nLes autres rôles seront joués par Talien, Sicard, Monval, Mesdames Marie\nDefresne, Fossy et Ghéron, de la troupe de l'Odéon.\nMademoiselle Volsy débutera par le rôle d'Electra.\nLe principal interprète, Madame Marie-Laurent, étant engagée à la Porte-\nSaint-Martin à partir du 20 mai, les Erinnyés ne pourront avoir que trois\nreprésentations.\nM. Vizentini vient de signer avec Madame veuve Halévy un traité aux ter-\nmes duquel deux ouvrages fort importants de l'auteur de la Juive passent au\n7 héâtre-Lyrique. Ces deux ouvrages sont Charles VI et la Fée aux roses. Au\nmême théâtre, on annonce la réception d'un opéra comique en un acte, le\nSignal, de MM. William Busnach et Ernest Dubreuil.\nMademoiselle Marcus est choisie pour créer un rôle principal dans le Ma-\ngnifique.\nObéron sera donné vers le ieV juin avec la distribution suivante\nObéFon MM. Montaubry\nHuon Ch. Richard\n%\nSherasmin Lepers\nSadack Tissier\nAboulifar Grivot\nTezia Mesdemoiselles Salla\nFatime Sablairolles\nPuck M. Thomas\nLe bey MM. J. Vizentini\nUn pirate Chevalier\nChœurs et ballet.\nOpéra-Comique. - Demain, première représentation de Philémon et\nBauciSt En voici la distribution :\nPhilémon MM. Nicot\nJupiter Bouhy\nVulcain Giraudet.\nMadame Chapuy jouera Baucis jusqu'au 25 mai, époque de son départ pour\nLondres ; elle sera remplacée par Mademoiselle Lévy.\nVariétés. Fermeture le ie' juin. Réouverture en septembre avec une\nreprise de la Belle Hélène, avec Madame Judic dans le rôle créé par Made-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760515-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis. Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Lafayette, 61.\nPi'opriétaire-Gérant : H E ULHoA cl{<rD,\n\nmoiselle Schneider. A Grenier succédera Baron dans le rôle de Çalchas, et\nLéonce jouera le rôle de Ménélas.\nPuis viendra une pièce en un acte de MM. Albert Wolf, Henri Bocage et\nJules Moineaux, intitulée : les Jeux de l'amour et du houçard.\nPrincipaux interprètes : MM. Dupuis, Pradeau, Hamburger, Daniel Bac et\nBourdeille. Quant aux dames : Mademoiselle Angèle et quelques figurantes.\nMadame Judic créera ensuite le rôle principal dans une pièce tirée d'un\nroman de M. Verne, par MM. Gille et Mortier, musique d'Offenbach.\nBouffes-Parisiens. Les Bouffes ont repris le 11 mai la Jolie Parfumeuse,\navec Madame Théo et Daubray.\nThéâtre-Taitbout. La clôture de l'année théâtrale a eu lieu le 6 mai.\nRéouverture en septembre.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}