{"numero_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_sha256": "02b335a0263e98b533e78167fab2662429d4dd903731d838bcd0846d0aae4daa", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1876/06/01_01/bmtnabc_1876-06-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1876/06/01_01/bmtnabc_1876-06-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[201]", "page_fin": "211", "image_debut": 1, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.1", "titre_corps": "JEAN MONNET", "titre_sommaire": "JEAN MONNET", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[201]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 761, "texte": "(1\nE grand Monnet, comme l'appe-\nlaient quelques-uns, n'était pas seu-\nlement un heureux : c'était aussi\nun habile, bravant ou inquiétant la\nconcurrence, intriguant à la fois et\npour la direction de FOpéra et pour\nPexpulsion des Comédiens ita-\nliens (2). Au bout de dix florissantes\nannées, il avait fait fortune, et par\nle bon moyen :\n« Il ne s'est pas passé une année, di-\nsent les Spectacles de Paris, depuis que\nM. Monnet en a la direction, qu'il n'ait\ndonné un nouvel éclat à ce spectacle. Il a eu d'abord dans M. Vadé le poète\nqui a le plus de talent pour le genre d'ouvrage qu'on y représente. Ajoutez\n\nJEAN MONNET\n\n(1) Voir les numéros des i 5 mars et ler juin 1875.\n(2) « L'on parle de renvoyer en Italie notre troupe de comédiens italiens, écrit d'Ar-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3358, "texte": "à ce premier avantage, celui d'avoir trouvé un musicien excellent dans la\npersonne de M. d'Auvergne qui, dans les Troqiieurs, a fait voir un goût ex-\nquis, une connoissance parfaite de la bonne musique italienne. Je ne dis\nrien ni de la construction de la plus belle salie de spectacle qu'il y ait à Paris,\net des magnifiques ballets que l'habile directeur a fait exécuter avec l'applau-\ndissement général d'une foule prodigieuse et toujours soutenue de specta-\nteurs; poètes, musiciens, architectes, maîtres des ballets, décorateurs, ma-\nchinistes, etc., tous se sont réunis pour seconder ses vues, et il n'y en a au-\ncun qui n'ait excellé dans son genre. »\n<4... C'est au zèle actif de son habile directeur que l'Opéra-Comique doit\nson éclat et ses succès. M. Monnet a fait aux deux dernières foires des dépenses\nauxquelles la recette n'a pas toujours été proportionnée, surtout à la foire\nSaint-Laurent; il a plus songé à satisfaire le public qu'il n'a pensé à ses inté-\nrêts personnels dans la magnificence de ses ballets et de ses décorations, et\nquelque nombreuses que fussent ses assemblées, le produit suffisoit à peine\npour subvenir aux frais immenses de son spectacle. Tout le monde convient\nque ce théâtre n'a jamais été aussi brillant que depuis qu'il en a la direction;\net personne n'a fait voir plus de talent que lui pour des entreprises de cette\nnature. » (i)\n« MM. Vadé, d'Auvergne et Noverrc ont soutenu longtemps la gloire de\nl'Opéra-Comique sous la direction de M. Moneî. Le premier savoit animer\nses compositions par tout ce que la gaieté française a de plus enjoué. Le\nsecond en relevoit le mérite par des ariettes qui réunissoient les agréments de\nla musique italienne et de la nôtre. Le troisième y mêloit des ballets supé-\nrieurement dessinés et offroit le spectacle de plusieurs tableaux mouvants,\nque l'oeil considéroit avec autant de plaisir que de surprise. Tels étoient,\nmonsieur, les secours qu'employoit M. Moneî pour assurer la réussite de son\nthéâtre. Le poète, le musicien et le chorégraphe entroient avec lui en société\nde talents et sembloient se disputer la gloire d'amuser agréablement le\npublic. > (2)\nVers la fin de 1757, Monnet cédait l'Opéra-Comique, théâtre, maga-\nsin, décors et costumes, avec le temps qui restait à courir de son privilège,\naux sieurs Corby, Moët et compagnie (3), moyennant une somme de\ngenson en 1755; l'Opéra-Comique la remplacerait pendant les deux foires de Saint-\nGermain et de Saint-Laurent, avec d'autant plus de raison que les Italiens ne jouent\nquasi plus de pièces italiennes ou n'y ont personne... Brigue, cabale pour cela...\nLa demoiselle Favart et son mari se sont ligués avec Monnet pour cette opération.\nOn n'a fait représenter les Italiens qu'une seule fois à Fontainebleau, dégoût précur-\nseur de leur disgrâce, » « Il y a un grand appui à la Cour pour faire donner la\ndirection de l'Opéra au sieur Monnet, directeur;de l'Opéra-Comique; c'est un homme\ntrès-capable et qui entend merveilleusement cette sorte de direction. (Mémoires\nde d'Arçenson, T. VIII, 307 et 41S).\n\n(1) Spectacles de Paris pour 1766, p. 100.\n(2) L'Observateur littéraire, par l'abbé de Laporte (1759, p. 274 et 2y5).\n' (3) Colle', dans son Journal, nous renseigne sur cette combinaison financière : «Le\ngrand Monnet a quitté l'entreprise de l'Opéra-Comique en s'y réservant seulement"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.3", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "83,000 livres, beaux deniers pour l'époque. Malgré les 45,000 livres\nqu'il avait dépensées en constructions, il se retirait avec 6,000 livres de\nrente environ, du fait de sa direction.\n« Le sieur Monnet, disent Hurtaut et Magny dans leur Dictionnaire his-\ntorique de Paris, à l'article Opéra-Comique, a incontestablement l'honneur\nd'avoir brisé les tréteaux ': il a le premier donné à ce Spectacle la forme d'un\nthéâtre régulier. Le zèle, la vivacité et l'intelligence avec lesquels le sieur\nMonnet s'est conduit dans cette entreprise ont été suivis des succès les plus\nheureux, car, d'un côté, il a su plaire au public et, de l'autre, acquérir en\nmoins de six années de quoi pouvoir faire une retraite honnête. »>\nLes successeurs de Monnet n'avaient qu'à profiter de la vitesse ac-\nquise, et à se tenir dans la voie de progrès où tout Paris s'était engagé\navec lui.\n« Ils ont suivi le même plan qu'il avoit formé; ils ont cherché à améliorer\ncertaines parties de détail qu'il n'étoit pas possible que M. Monnet pût avoir\nseul. Connoître les talents au premier coup d'œil, se tromper rarement dans\nson choix, c'est un mérite qu on ne pouvoit pas lui refuser. Plaire à ses spec-\ntateurs, varier sans cesse leurs amusements, travailler avec soin à la mise\nbrillante de chaque Pièce, choisir des sujets d'un mérite reconnu, en appeler\nmême des pays étrangers, ne point regarder aux frais immenses qu'une\npareille recherche entraîne nécessairement après soi : voilà le plan qu'il a\nrempli avec la plus grande ardeur; c'est aussi le plan sur lequel se fixent ses\nsuccesseurs. Ramener le sexe effarouché par le style trop libre de quelques\nanciens Opéras-Comiques, c'est encore un objet dont ils paroissent s'être fait\nune loi indispensable. » (1)\nVIII\nLà ne s'arrête pas la vie active de Monnet. En 1760, un accès de spé-\nculation le reprit : il se rappela certain Mémoire sur l'Opéra qu'il avait\nprésenté à M. d'Argenson en 1745, dans lequel il avait ébauché un\nprojet de Waux-Hall, sous le nom de Bal champêtre, qui devait dé-\npendre de l'Académie de Musique, et dont Arnould, ingénieur et ma-\nune part de 14,000 livres: il y a six parts dépareillé somme dans le fond de cette\naffaire. Deshesses, le comédien italien, en a une; Corbie, cet écumeur de littérature,\nqui vole les manuscrits à droite et à gauche et qui a fait imprimer le Théâtre des\nBoulevards, en a aussi une; un nommé Moët, une autre. Favart n'a voulu qu'une\ndemi-part de 7,000 livres; mais on lui fait, sur la chose, 4,000 livres d'appointements\npar an. Ces nouveaux entrepreneurs vont entrer en jouissance au mois de février\nprochain , ils achèvent le reste du bail de Monnet, lequel a encore trois ans à\ncourir, à ce que je crois. » (Journal de Collét T . 11, p. 126, janvier i7.58\\\n\n(i) Spectacles de Paris rour i 750."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "chiniste du roi, avait dressé les plans. Il communiqua ses vues à Louis,\nl'architecte du roi de Pologne, qui lit les dessins d un Waux—Hall,\ndont remplacement fut fixé dans le bois de Boulogne, près la Croix de\nMortemart.\nLe 8 avril iy63,Favart écrit au comte deDurazzo pour lui en annoncer\nl'ouverture ; « Le sieur Monnet, ancien directeur de 1 Opera-Comique,\na imaginé le projet d'un bal public pour le bois de Boulogne. Ce pro-\njet a été agréé de Sa Majesté. Il sera exécuté le mois prochain. Le dé-\ntail de cette entreprise demanderait trop de temps ; je le remets à une\nautre fois. »\nMais Favart n'en reparle plus, la concession ayant été finalement\nrefusée.\nMonnet, qui avait Pamour-propre de ses inventions et qui les voyait\nplagier depuis lors par Ruggieri, aux Porcherons de la rue Saint-La-\nzare, et par Torré, au Waux-Hall de la rue de Bondy, a lait paiaitie\nen décembre 1769 son Projet de Waux-Hall, gravé en quatre planches,\ndont Fréron se montre fort satisfait :\n« Les dessins en furent vus dans le temps par des personnes de goût\nqui parurent les approuver. Seconde par une compagnie qui lui four-\nnissoit des fonds pour cette entreprise, M. Monnet en sollicita le pri-\nvilège, qui lui fut refusé. Il est certain que cette espèce de Waux-Hall\nou Bal champêtre, méritoit la préférence sur tous ceux qu'on a vus de-\npuis... La plus forte objection qu'on pouvoit faire contre ce Waux-\nHall étoit son éloignement de Paris; mais on recueilloit de cette posi-\ntion des avantages considérables : i° l'éloignement en auroit détourné\ntout le menu peuple, qui fait ordinairement la plus grande foule aux\nfêtes publiques et aux promenades dont les accès lui sont libres. 20 Ce\nWaux-Hall n'étant pas un bal perpétuel, mais une fête réservée poui\nl'été c'est-à-dire pour le temps où tous les spectacles sont moins fré-\nquentés que les promenades, il ne pouvait faire aucun tort à ces spec-\ntacles. M. Monnet, n'ayant pu faire exécuter son projet, vient, àla solli-\ncitation de ses amis et pour sa propre satisfaction, de le faire graver en\nquatre planches, d'après les dessins de M. Louis. La première offre une\nvue du bois de Boulogne, où remplacement du Waux-Hall est indiqué,\nla seconde présente un plan général du Waux-Hall; la troisième, la\ncoupe de l'édifice, et la quatrième son élévation. Ces quatre planches\nsupérieurement gravées par nos meilleurs maîtres, se trouvent à Paiis\nchez M. Monnet, rue de Cléry, près la rue Saint-Philippe, et chez Basan,\nmarchand d'estampes, rue du Foin-Saint-Jacques. Le prix est de six\nlivres. Vous serez enchanté de la beauté de l'architecture, de la variété"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.5", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "et du goût qu'on a répandus dans les jardins et dans les accessoires. » (1)\nLe Bal champêtre, de Monnet, est le point de départ de toutes les entre-\nprises du même genre : c'est lui qui a déchaîné cette fureur de Waux-\nHall et de Colisées qui se déclara dans Paris pendant le dernier tiers du\ndix-huitième siècle, et qui se répandit en province avec une telle inten-\nsité que M. Du Belloi, évêque de Marseille, dut lancer un mandement\ncontre les abbés détournés en masse des pratiques de la religion par le\nGolisée de Marseille.\nD'après Bachaumont, Monnet aurait participé en 1769 à l'entreprise\ndu Golisée de Paris, à la tête de laquelle étaient « le sieur Camus, archi-\ntecte de M. de Choiseul, le sieur Monnet, ancien directeur de l'Opéra-\nComique, et doué d'un talent particulier pour ces sortes de spectacles et\nd'inventions, le sieur Corbie, etc. » (2) Monnet a pu être entendu, à titre\nconsultatif, dans les conciliabules qui précédèrent la construction du\nGolisée; il était d'un bon conseil sur les matières en délibération; on a\npu chercher à s'entourer de ses lumières. Mais il était trop avisé pour\ns'engager avec des capitaux dans la commandite de ce singulier établis-\nsement, célèbre pour avoir englouti plusieurs millions à ses actionnaires,\net pour 's'être fait en quatre ans deux cent soixante créanciers princi-\npaux qui, après avoir plaidé à outrance, soit entre eux, soit contre les\npropriétaires, ne voyaient d'autre compensation à leurs pertes que la\ndestruction et la vente des matériaux du monument qu'ils avaient aidé\nà édifier (3).\nAprès un voyage de quelques mois à Londres, en 1766, Monnet\nétait de retour à Paris, bien décidé à ne plus jouir de la vie qu'en bour-\ngeois aisé. C'est pendant ce voyage, le troisième qu'il ait entrepris à\nLondres, qu'il publia un Projet pour rétablissement d'un opéra italien\ndans la ville de Londres (4), projet auquel il ne fut pas donné suite. Il\ny recherche les moyens de l'administrer. Il rêve grand. Il y expose ses\nidées sur le recrutement des artistes, sur les livrets et sur la musique qui\nconviennent au tempérament anglais. Il se montre très exigeant à l'égard\nde l'orchestre, qu'il veut excellent; il entend relever les exécutions avec\ndes chœurs expérimentés et des ballets conduits par un homme de génie\ndans la danse. Il descend dans les détails de l'exploitation; il appelle à\n\n(r) Fréron. Année littéraire de 1769, T. VIII, p. 276 et suivantes.\n(2) Mémoires secrets, T. IV, 17 juin 1769, p. 25<j.\n(3) Voir au sujet de cet édifice et de ses jardins, de forme et de destinée également\nbizarres, la Description du Cotisée élevé aux Champs Elysées sur les dessi)is de\nM. Le Camus, par le sieur Le Rouge, avec plan. (Paris, 1771, in-12 de 24 p.}.\n(4) Archives de l'Opéra, petit in-40, 8 pages."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "son aide Vigarani et Vaucanson pour les machines, et Servandoni pour\nles décorations. Il veut s'attacher aussi un habile dessinateur d'habits,\net insiste sur la nécessité de costumes exacts et de bon goût. Il va jus-\nqu'à donner l'adresse des fabricants d'étoffes d'or, d'argent, de soie, et\nen fleurs de Lyon auxquels il faudrait s'adresser. « Tous mes moyens\nsont évidents, et j'en crois l'exécution très-possible. Il ne s'agit point\nici de spéculation.... sans me piquer d'autre mérite que des notions\nqu'apporte le goût des arts, lorsqu'on ie cultive, et de quelque expé-\nrience formée du commerce que j'ai toujours eu avec tous les hommes\nde talent que j'ai pu connoître, s'il n'est pas défendu de sentir à quoi\nnotre génie nous appelle, il me semble que la conduite du spectacle dont\nj'ai fait le plan, pourroit réussir entre mes mains. 11 me siéroit mal de\nme prévaloir de cette activité, de cet esprit d'ordre, dont bien des per-\nsonnes ont la bonté de me faire honneur. Je m'en rapporte sur ce point\nau témoignage des honnêtes gens qui ont eu affaire à moi, et qui m'ont\nsuivi dans mes entreprises. »\nNous le rencontrons, le i 3 février 1770, dînant chez le graveur Basan\navec Georges Wille, autre graveur, le peintre Boucher, M. de Valois,\ncurieux, et des attachés de la maison de Choiseul (1). A trois ans de là,\nnous le retrouvons faisant office de cicerone auprès d'un royal étranger,\nle duc de Glocester, en expédition galante à Paris. C'est ce qu'on lit dans\nles Mémoires secrets du 7 décembre 1773 : « Le duc de Glocester, frère\ndu roi d'Angleterre, est ici depuis quelque temps dans le plus parfait\nincognito; ce qui l'empêche d'aller à la cour. C'est le sieur Monnet,\nancien directeur de spectacles, et fort répandu dans les filles de cette\ncapitale, qui s'est emparé de Son Altesse, et préside à ses plaisirs. Il a\ndemandé pour elle, aux différentes comédies, les pièces qu'elle désiroit,\net elle a été annoncée sur les affiches comme un personnage de la plus\ngrande distinction. » Puis, tout à coup, comme s'il eût arrangé toute sa\nvie en féerie, il disparaît par une trappe dans les dessous de cette scène\nbrillante sur laquelle il avait tenu tant de place.\nIl convient de ne pas trop se récrier sur le dernier rôle que Bachau-\nmont prête à Monnet. Monnet ne serait pas de son siècle, s'il n'eût été\ngrand coureur de guilledou : il donne la réplique au duc de Glocester.\nC'est le délit, en ce temps-là mal défini, de complaisance envers les\nprinces.\nD'autres imputations ont été portées contre Monnet, mais elles ne\nviennent pas d'une source immaculée. Dans son terrible Colporteur,\n\n(1) Mémoires et Journal de J.-G. Wille, graveur du roi. (Paris, Renouard, 1857,\nT. I, p. 424)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.7", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "Chevrier lui reproche d'avoir engagé la Beauménars, dite Gogo, alors\nqu'elle n'avait que quatorze ans, moyennant quatre louis par mois\nqu'elle lui payait pour se produire. Seulement le maladroit ajoute que\nMonnet le fît par reconnaissance pour lui, Chevrier, auquel il avait des\nobligations. Le même Chevrier, en humeur de venger la morale, ac-\ncuse tous les directeurs de l'Opéra-Comique et de l'Opéra de se faire\npayer une redevance sur le vice auquel ils donnent de la publicité.\nJe ne puis rapporter ici, malgré toutes les séductions du langage\nmythologique dont elle est entourée dans l'original, l'anecdote de\nFavart sur la discussion qui s'éleva un jour entre Monnet et Crébillon\nsur la prééminence de leurs avantages physiques. L'affaire fut jugée sur\npièces.\nA partir de 1772, Monnet n'occupera plus les feuilles publiques de\nsa personnalité que par les annonces qu'elles feront de ses Mémoires.\nIl va s'enfonçant dans une ombre grandissante qui nous dérobera sa\ntrace jusqu'à sa mort.\nD'après Fétis et d'autres auteurs, Monnet serait mort à Paris en\n1785 ; mais aucun ne cite le document sur lequel il s'appuie, et l'expé-\nrience apprend à se méfier des biographes. Ils ne se gênent pas pour\nassassiner à leur guise les gens qui ne se sont pas laissé mourir à heure\nfixe (1).\nSi Monnet n'eût pas été de nature voyageuse, il ne nous répugnerait\naucunement d'accepter la date et le lieu de sa mort, en 1785, à Paris,\nrue de Cléry, sur le chemin de cette'foire Saint-Laurent qu'il avait\nrendue si vivante, et qui agonissait, elle aussi ! Mais il aimait tant le\ndéplacement ! Nous avons sous les yeux un billet de lui, daté de Sois-\nsons, le 18 mars -1784, à l'adresse de Perregaux, banquier, rue du\nSentier (2).\nTout y trahit des préoccupations de rat niché dans son fromage de\nHollande. Il y parle d'une garniture de cheminée et d'une brochure\nqu'il attend de Londres pour Monsieur le fermier général Tronchin.\nIl a l'air de s'être retiré là, dans le Soissonnais, loin des fanfares du\nboulevard, loin des parades de Nicolet et des figures de cire deCurtius.\nSerait-il mort à Soissons? Je n'ai pu suivre cette piste jusque sur les\nregistres de l'état civil. Les archives de la ville ayant été incendiées en\n1814, aucun document municipal ne nous permet de la contrôler.\n\n(I)Le Dictionnaire de Chaudon et Delandine tue Monnet vers 1771.\n(2) Ce billet fait partie de la collection Sapin."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "IX\nBachaumont annonce, à la date du 18 février 1772, que Monnet est\nen train de proposer ses Mémoires par souscription pour paraître le\nicr avril suivant, qu'ils sont de sa plume et qu'ils contiendront les « mer-\nveilleuses, incroyables et véritables mystifications » du petit Poinsinet.\nIls y sont fort maltraités à la date du i 3 avril 1772. « Les Mémoires de\nMonnet se distribuent... C'est un véritable poisson d'avril que ce bateleur\nlittéraire a donné au public. » On s'attendait en effet, dans les cercles des\nhommes de lettres, à des révélations scandaleuses sur des personnages\nencore vivants. Les anciens amis de Poinsinet protestaient principalement\ncontre les Mystifications et invoquaient presque l'appui de la police\npour interdire un livre injurieux au souvenir du mort. On fut désillu-\nsionné par le ton peu agressif de ces Mémoires, où les noms propres\nsont volontiers remplacés par des pseudonymes, ou indiqués, dans les\npassages scabreux, parleurs premières syllabes. Mademoiselle B .., l'hé-\nroïne des épisodes court-vêtus de la tournée de Monnet en province, est\nla Beauménars, célèbre dans les alcôves sous le sobriquet de Gogo.\nViolentine, maîtresse de Monnet, s'appelait Agnès Doucet ; le nom\nn'était pas en harmonie avec le caractère.\nIl eut aussi Mesdemoiselles Villiers et Raton, actrices de FOpéra-Co-\nmique, et une demoiselle des Anges. J'en passe, et des pires.\nIl y a quelques scènes amusantes dans les Mystifications du petit P...,\nlisez Poinsinet. Mais on conviendra qu'il y a plus de sel et aussi plus\nd'humanité dans la dernière de nos charges d'atelier.\nC'est un problème incompréhensible que ce Poinsinet, qui avait en lui\ndeux natures, comme certains phénomènes qu'on exhibe ont deux têtes.\n« A la malice d'un singe, dit fort bien Monnet, il unissait l'imbécillité\nd'un oison. » Au théâtre, son esprit s'éveillait, il cousait des idées et\nnouait des intrigues ; mais à la ville, il montrait une telle crédulité que,\nsous l'influence de certains mauvais plaisants, ses facultés intellectuelles\net affectives s'atrophiaient. Palissot notamment avait le don singulier de\nle faire tomber en enfance : cruel passe-temps dont il abusait dans les\ncercles de gens de lettres. Au contact de Palissot, Poinsinet sentait son\ncrâne se vider. Cet homme, qui écrivait des pièces à succès pour la Co-\nmédie-Française, se laissait entraîner à écouter, du haut du Pont-Royal,\nles prophéties d'une carpe qui lui annonçait les plus hautes destinées ,\nce collaborateur applaudi de Philidor et de Duni, abjurait tour à tour et la\nfoi catholique et la foi protestante devant témoins, par complaisance pour la"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.9", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "galerie. On lâchait dans Paris ce parolier ingénieux et élégant, tout\noint d'une pommade jaunâtre qui avait la vertu de le rendre invisible,\npuis après l'avoir injurié, battu de verges, arrosé de vin, on renvoyait\nvoler l'argent enfermé dans le secrétaire de son père, sous les yeux\nmême de celui-ci, le tout à titre de fantôme. Voilà ce qu'on trouvait plai-\nsant dans la société de Palissot, les soirs où l'on se réunissait chez le\ntraiteur Lande].\nM. Jules Bonassies, dans son livre sur les Spectacles forains et la\nComédie-Française, est tenté de considérer les Mémoires de Monnet\ncomme apocryphes, sous le prétexte que l'ordonnance visant l'expulsion\ndes laquais de l'Opéra-Comique est postérieure à la direction Monner,\net que celui-ci n'a pu l'obtenir à son profit, ainsi qu'il le déclare, a L'or-\ndonnance dont il est question, dit-il, est évidemment celle du 21 jan-\nvier 1 et ce n'est pas Monnet qui put la faire rendre, puisqu'il n'était\nplus directeur à ce moment. » Notre savant confrère surprend Monnet en\ncontradiction avec la vérité, mais il passe à une conséquence trop ri-\ngoureuse en contestant l'authenticité de ces Mémoires (1), lesquels ne\nsont ni au-dessus ni au-dessous de ce dont il était capable.\nDivers nouvellistes, rédacteurs de mémoires et bibliographes, quali-\nfient Monnet d'auteur dramatique et veulent absolument qu'il ait fait en\n1737 la comédie du Fat puni, qui est de 1738 et de Pont-de-Veyle. Qué-\nrard indique comme étant de Monnet une petite comédie en un acte in-\ntitulée Vlnconséquente ou le Fat puni, représentée le lundi 20 août 1786\naux Variétés et annoncée par le Journal de Paris sous le titre de Y In-\nconséquente ou le Fat dupé, sans nom d'auteur. Il s'est laissé induire en\nerreur par la France littéraire de J. S. Ersch, qui mentionne cette\npièce à l'article : Monnet, mais avec un point d'interrogation, c'est-à-\n--dire de doute. D'ailleurs Ersch fait endosser à Jean Monnet tout le ba-\ngage dramatique d'un certain Monnet, auteur d'une quantité de petites\npièces jouées sur les théâtres secondaires pendant la Révolution, long-\ntemps après la mort de Monnet (2).\nIl n'y a également aucune raison pour ajouter foi à la Table des Mé-\nmoires secrets de Bachaumont, rédigée par Warée, et d'après laquelle il\nfaudrait attribuer à Monnet la musique d'un Prologue des Amours des\ndieux, fête sarmate, avec des paroles de Fuzelier, annoncée le 3o sep-\n\n(1) Il y a des exemplaires des Mémoires de Monnet qui ne portent que le dernier\ntitre, sans celui de Supplément, etc., et la date de 1777. C'est la même édition.\n(2) Entre autres, les Amants sans accord, comédie en un acte et en prose. Paris,\n1793. L'Orage, opéra villageois, en un acte, Paris, an VI. La Noce de Lucette,\nopéra en un acte, an VII, etc., etc."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "tembre 1767, par Bachaumont, comme devant passer sous peu de jours\nà l'Opéra.\nIl y a toutefois dans le répertoire oublié de l'Opéra-Comique, une\npièce à laquelle Monnet paraît n'avoir pas été étranger : c'est la Fausse\nTurque, opéra comique donné à la foire Saint-Laurent, le 3 juillet\n1761, musique de Gibert. Le 21 du mêmemois l'abbé de Voisenon écrit\nà Favartune lettre que voici et qui prête à cette hypothèse : « Madame\nGorbi me dit que l'Opéra-Comique fait des merveilles ; on lui a cepen-\ndant mandé qu'une pièce nouvelle dont elle ne sait pas le titre était\ntombée; je juge que c'est la Fausse Turque de Monnet. Toute\nautre autre pièce turque que celle du poëte aux gros yeux (Voisenon\nfait allusion à Favart, qui venait de donner au Théâtre-Italien Soli-\nman II ou les Sultanes, en avril 1761) sera la Fausse Turque ; il n'y\naura jamais que la sienne de véritable ; il ferait bien de ne perdre ni ses\nyeux ni son temps. » Le Nécrologe de 1773 dit, de son côté, que\nBrunet, qui avoua la Fausse Turque, avait un collaborateur. La pièce\ntomba si bas qu'elle fut retirée après une seule représentation.\nEn revanche, des bibliographes modernes lui font honneur de la\nparade du Chirurgien anglais, représentée en 1774, et faussement\nattribuée à Collé (1).\nCitons l'annonce de Gille, placée en tête de cette parade comme un\nspécimen des harangues facétieuses débitées aux badauds par les artistes\nen plein vent :\nGILLE. De tous les temps les grands seigneurs et les Gens du beau monde\nont fait et joué la parade. C'est ce qui m'autorise, messieurs et mesdames, à\ndemander de l'indulgenee pour celle que nous allons avoir l'honneur de vous\nreprésenter en personnes naturelles. 11 n'y a rien de si beau que la parade,\nde si sublime que la parade, et rien cependant de si ordinaire que la parade.\nLe soldat qui va au coup de fusil, ce n'est que pour la parade. Le grand-\nturc n'a un serrail que pour la parade; et beaucoup de gens parmi vous, mes-\nsieurs, ne portent un grand nez que pour la parade. Les petites maîtresses\nqui ont des vapeurs, la bouffante, le gros chignon et le caraco, ce n'est que\npour la parade. Les petits maîtres n'ont des chevaux de carosse anglois et\ndes demoiselles de l'Opéra que pour la parade. Si on a abandonné Molière\n\n(i) M. E. de Manne, dans son Nouveau Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseu-\ndonymes (Lyon, Scheuring, 1862, in-8°), la restitue formellement à Monnet. En\nvoici le titre, relevé sur l'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal. « LE CHI-\nRURGIEN ANGLOIS, parade par M... Prix, quinze sols. (A Londres, et se trouve à\nParis, chez la veuve Duchesne, et à Lyon, chez le sieur Cellier, libraire, au Ca-\nbinet littéraire, quai Saint Antoine. 1774, in-8.) Les attaches de Monnet, avec\nLondres et Lyon expliqueraient assez les dépôts faits dans ces deux villes."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.11", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "pour les Pièces larmoyantes et les Drames anglais, le Vaudeville pour\n1 Ariette, le Vin pour les Femmes, les Femmes pour les filles entretenues, la\ntable pour le luxe, tout cela n'est que pour la parade\nAllons, mesdames, voilà la bonne heure, prenez vos places ; voici le triomphe\nde la foire Saint-Germain, de la foire Saint-Laurent et de la foire Saint-Ovide;\nc est ici le grand Jeu, la troupe hollandaise, siamoise, danoise, bavaroise et\nsuédoise. C est nous qui faisons rire et sauter les filles et femmes de ce quar-\ntier. Nous avons l'entreprise des enfants faits et à faire dans toute l'étendue\nde cette province. Nous sommes les grands sauteurs et les plus grands\nsauteurs.\nQuant àla parade en elle-même , c'est une parade, et toute foraine.\nLéandre compte épouser Isabelle. Mais Cassandre a promis la main de\nsa fille à un chirurgien anglais, Cotouel, qu'il attend d'Angleterre. Gille,\nvalet de Léandre, jette à la traverse un de ses amis déguisé en Cotouel,\nqui, après avoir proposé des traitements féroces à Cassandre, le déclare\nincurable et le voue à une mort prochaine. Cassandre, pris de syncopes,\ndéfend à Isabelle Cotouel. Léandre guérit Cassandre à petits\ncoups de ratafia et épouse Isabelle : véritable intrigue de tréteaux.\nIl existe plusieurs portraits de Jean Monnet. On voit à Saint-Quentin,\npatrie de La 1 our, dans la salle d'étude de l'école gratuite de dessin,\nun magnifique pastel du maître exposé au salon de 1757 et représentant\nJean Monnet en habit noir, avec un gilet brodé d'or et un jabot de\ndentelle. C'est le Monnet officiel, Monnet à sa caisse : l'œil est d'un fin\nmatois. Saint-Aubin a gravé un autre portrait de Monnet d'après C. N.\nCochin : médaillon avec attributs de musique et emblèmes et la devise :\nMulcet, Movet, Monet. Il est placé en tête des Mémoires de Monnet.\nC est le Monnet épanoui, à la lèvre humide, au teint chaud, souriant\nà tous ses souvenirs de jeunesse. La bibliothèque de Lyon possède une\népreuve in-8, inachevée, d'un portrait de Monnet: médaillon sans le\nnom ni la devise du personnage, profil à gauche. C. N. Cochin delin.\nViguet sculpsit.\nAu cours de cette étude, j'ai trouvé et réuni sur le personnage qui\nen fait l'objet, des renseignements qui achèvent de le peindre. Ces docu-\nments complémentaires trouveront leur place dans le volume que nous\npréparons sous le titre de JEAN MONNET. Histoire d'un entrepreneur de\nspectacle au xvine siècle.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "212", "page_fin": "228", "image_debut": 12, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.2", "titre_corps": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "titre_sommaire": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "signature_source": "A. PRADINES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "0)\n( Suite.)\nXIX\nN sait que nous sommes en 1709.\nQuelques jours avant l'ouverture de la Foire, les\nsieurs Holtz et Godard, Suisses de la garde de feu le\nduc d'Orléans, se présentèrent à la police et deman-\ndèrent l'autorisation d'ouvrir chacun un spectacle. On\nla leur accorda immédiatement ; aussitôt ils se trans-\nportèrent chez Bertrand et lui dirent :\nC'est fait; nous avons l'autorisation que voilà, et qu'on nous a dé-\nlivrée sans la moindre difficulté.\nBertrand, transporté de joie, réunit ses confrères Dolet, Laplace et\nSelles.\nJ'avais trouvé un biais, leur dit-il, pour passer par-dessus les arrêts\n\nLA FOIRE SAINT-GERMAIN\nDEUXIEME PARTIE\nSTECTACLES DE LA FOIRE\n\n(i) Voir les numéros des ier décembre 187b, lel'1e1' et ib avril, lel'1e1' et i 5 mai 1876."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.13", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "du Parlement et narguer les comédiens du roi. Ce biais, je ne vous l'ai\np:s fait connaître, parce qu'avant de le divulguer, je voulais m'assurer\nde sa réussite. Maintenant qu'elle est certaine, le voici : Vous savez que\nles Suisses jouissent en France du privilège de faire valoir leur industrie\ndans plusieurs professions. Eh bien ! moi, Bertrand, qui possède deux\nloges dans le préau de la foire Saint-Germain, j'en ai fait une vente si-\nmulée aux sieurs Holtz et Godard, Suisses de la garde de feu le duc\nd'Orléans, et par ce moyen j'ai la certitude d'ouvrir la foire comme par\nle passé, c'est-à-dire avec de belles et bonnes pièces empruntées au ré-\npertoire des Italiens. J'ajoute que Holtz et Godard ont l'autorisation de\nla police pour ouvrir deux spectacles à la foire.\nTrès bien pour vous et Selles, répondit Dolet; mais moi et mon\nassocié Laplace, nous n avons pas Lie Suisses poui chaperon,\nNous ferons avec deux, repartit Bertrand, si vous voulez vous\njoindre à Selles et à moi, et consentir à cet arrangement : Holtz prendra\nvotre troupe à titre de gagiste, tandis que Godard s'arrangera de la nôtre.\nEst-ce convenu ? Qui ne dit mot consent. Il sera donc fait comme je\nviens de le dire.\nLe jour de l'ouverture de la foire arriva. Holtz et Godard avaient fait\nà la manière accoutumée l'annonce et l'affichage de leur spectacle; mais\nvoilà qu'aussitôt la cérémonie de l'ouverture terminée, on leur signifia\nun ordre de M. d'Argenson qui leur retirait l'autorisation.\nLes forains ne jouèrent pas moins.\nBien entendu qu'au préalable ils avaient envoyé les Suisses se\npourvoir contre le lieutenant de police, à la Prévôté de l'hôtel, où ils\navaient leurs causes commises en qualité de commensaux du duc d'Or-\nléans.\nM. de Noyon, qui présidait à cette juridiction, débouta les Suisses de\nleur opposition. La sentence est du 5 février. Immédiatement, Holtz et\nGodard en appellent au Grand Conseil et font assigner devant lui les co-\nmédiens qui, il va sans dire, s'empressent de décliner la compétence de\ncette juridiction, et de demander au Parlement 1 exécution de son aiièt\ndu 2 janvier, lequel portait : « Et le lieu où les forains font leurs repré-\nsentations, sera fermé et leur théâtre abattu et démoli. »\nAlors le public de la foire assista à une série de scènes qui, aujour-\nd'hui, ne nous paraissent que grotesques, mais qui, dans ce temps-là,\nimpressionnèrent singulièrement.\nDonc, le samedi 20 février, le spectacle étant fini et tout le monde\nsorti des loges, plusieurs escouades du guet à pied et à cheval, entou-\nrèrent la loge de Holtz en même temps. Quarante archers de la robe"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "courte, commandés par les exempts Le Roux et Panetier, qu'accom-\npagnaient les huissiers Rozeau et Girault, porteurs de l'arrêt du\nParlement, pénétrèrent dans la loge. Pelletier, menuisier de la Comé-\ndie-Française, escorté de garçons munis de haches, de scies, de mar-\nteaux, etc., etc., entra également. Holtz, qui avait été prévenu de cette\nvisite, reçut tout ce monde avec un flegme tout helvétique. 11 écouta de\nmême la lectuie de lanct, puis il fit un signe, et un personnage à\nl'allure solennelle fut introduit, lequel très gravement se mit à son tour\nà lire un second arrêt qui détruisait l'effet du premier.\nCe personnage était maître Hesselin, huissier du Grand Conseil.\nVive altercation entre les trois huissiers,\nDéfense est faite aux comédiens et aux forains de procéder en\nnulle autre juridiction que celle que je représente, disait Hesselin.\nNous ne connaissons d'autre juridiction que le Parlement, re-\npartirent Girault et Rozeau, pourquoi nous allons procéder à l'exé-\ncution.\nVous ne le ferez pas.\nNous le ferons.\nEh bien ! dans ce cas, moi, Hesselin, huissier du Grand Conseil,\nje déclare « que je vous prends à partie en vos propres et privés noms. »\nLes deux huissiers du Parlement se consultèrent du regard. Evi-\ndemment la prise à partie les avait fortement ébranlés. Ils sortirent delà\nloge d'un air qui disait clairement :\nNous ne voulons pas courir les risques de ce jeu-là ; allons nous\nprémunir contre toute éventualité fâcheuse.\nEt de fait, ayant laissé leur escorte, ils se transportèrent sous la porte\nde la Treille, précisément derrière la loge de Holtz, chez le procureur\nBurette. Là, ils trouvèrent Dancourt et Dufay, deux sociétaires de la\nComédie-Française, accompagnés du commissaire Chevalier. Les\nhuissiers leur firent part de l'intervention du Grand Conseil. Le pro-\ncureur et le commissaire opinèrent qu'il était prudent de se retirer.\nMais les comédiens, moitié en haine des forains, moitié pour s'épargner\nl'affront d'une reculade, après l'algarade odieuse et ridicule qu'ils\nvenaient de commettre, exigèrent qu'on passât outre l'arrêt du Grand\nConseil, et déclarèrent assumer toute la responsabilité de ce qui pouvait\narriver. En attendant, ils signèrent un engagement dans ce sens aux\ndeux huissiers du Parlement, qui alors retournèrent chez Holtz et\n« firent abattre une partie du théâtre et des loges, rompre les déco-\nrations et démolir les bancs du parquet. »\nIl va sans dire que Godard subit la même dévastation."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "Le lendemain, scène cTun nouveau genre.\nLes Suisses, à 10 heures du matin, firent afficher leurs spectacles,\ncomme si rien ne s'était passé la veille. La foule ne pouvait en croire\nses yeux.\nMais c'est impossible ! disait-on; hier, nous avons vu tout saccager,\nC'est vrai, répondaient les afficheurs; mais cette nuit on a tout\nréparé; et maintenant, on achève de mettre en place les décorations.\nTout Paris courut ce jour-là à la foire Saint-Germain pour s'assurer\nde la réalité du fait.\nNaturellement, les deux spectacles firent une recette énorme.\nLa rage des comédiens du roi ne connut plus de bornes. Elle grandit\nen proportion de son impuissance à s'assouvir; car, d'une part, ils n'a-\nvaient pas sous la main leurs hommes de la veille; et, d'autre part, le\nlendemain se trouvait être un dimanche. Mais ils se mirent en mesure\npour entreprendre une expédition décisive le lundi suivant, de très bon\nmatin. Ce qu'ils firent. Cette fois, ils ne se contentèrent pas de tout\ndétruire; ils laissèrent encore douze archers en garnison dans les loges,\navec ordre de se chauffer des débris. Pour le coup, impossible de passer\noutre; les représentations furent suspendues jusqu'à la décision du\nGrand Conseil.\nElle parut le 14 mars, et le 21 du même mois on la signifia aux\ncomédiens. La décision donnait droit aux Suisses, et condamnait les\ncomédiens en général à 6,000 livres de dommages et intérêts, et Dancourt\net Oufay, particulièrement, en 360 livres d'amende applicables, moitié\nau pain des prisonniers, et moitié à la chapelle du Grand Conseil.\nExaspération des comédiens qui ne voulurent pas satisfaire à cette\ndécision. Mais Hesselin était là pour les y contraindre; il se transporta\nen conséquence à leur théâtre, situé, comme chacun sait, rue des Fossés-\nSaint-Germain, à quelques pas de la foire, et opéra la saisie générale\nde tous leurs effets. Alors, seulement, les comédiens jugèrent à propos\nde s'exécuter. Le 28 mars, ils consignèrent les 6,000, plus les 360 livres,\nchez leur notaire Durand, firent opposition sur la vente, et appelèrent\nde la décision du Grand Conseil au Conseil privé du roi, lequel, par\narrêt du i 5 avril suivant, évoqua le procès et les procédures.\nPendant ce temps, les forains avaient réparé leurs loges et repris leurs\nspectacles à la grande joie du public, et à la non moins grande confusion\ndes comédiens du roi. Ni le peuple, ni les forains ne leur épargnèrent\nles quolibets et les nazardes. Hélas ! on ignorait qu'ils devaient avoir\nle dernier mot de l'affaire.\nEn effet, un arrêt du Conseil privé, en date du 17 mars 1710, donna"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "finalement gain de cause aux comédiens. Bertrand avait payé chèrement\nson fameux biais; aussi, rompit-il son association avec Selles, qui\nretourna en province. Lalauze entra dans la troupe d'Alard. Quant à\nDolet et à Laplace, faisant contre fortune bon cœur, ils se soumirent à\nne plus représenter que des pièces à la muette. Ce que les malheureux\nforains, pendant ces douze années de luttes, durent déployer d'intelli-\ngence, d'esprit et d'imagination, dépenser d'expédients, tant pour plaire\nau public que pour ne pas avoir l'air de narguer les sentences de jus-\ntice ou d'enfreindre les arrêts du Parlement, est bien certainement ini-\nmaginable. Pièces à scènes détachées, pièces-monologues, pièces à la\nmuette, pantomimes, imitations, que savons-nous encore ! ils essayèrent\nde tout. Les mémoires du temps racontent qu'ils contrefaisaient à la\nperfection les meilleurs acteurs de la Comédie-Française, et qu ils\nparodiaient leurs pièces de façon à les rendre si ridicules, que quelques-\nunes ne pouvaient plus supporter la représentation. C'est en pleine lutte\nque la troupe de Dolet donna les Poussins de Léda, parodie des Tyn-\ndarides, de Danchet; que Selles représenta la parodie d'Atrée et de\nThyeste. La première de ces parodies était de Le Noble, l'auteur des\nPasquinades.\nXX\nAlard et la veuve Maurice, grâce aux arrangements qu'ils avaient pris\navec l'Opéra, étaient restés tout le temps à l'abri des procès et des tribu-\nlations. Leurs spectacles, très suivis, avaient prospéré grandement. Celui\nde la veuve Maurice, surtout, tirait de la valeur de Dominique un sur-\ncroît de vogue. Ajoutons qu'elle avait fait de grands frais pour les\nmachines et décorations. Alard n'avait pas non plus négligé de tirer\nbon parti des ressources que le traité avec l'Opéra mettait à sa dispo-\nsition; mais il faut croire qu'il ne possédait pas les mêmes moyens que\nla veuve, puisque son spectacle ne venait qu'en seconde ligne.\nIl nous faut dire ici qu'Alard n'était plus associé avec la veuve Mau-\nrice depuis 1706, et que ce n'était que par pure complaisance que cette\ndernière le faisait bénéficier du traité avec Guyenet, qui lui appartenait\nen propre. N'importe ; la prospérité de son spectacle n'en était pas moins\nsérieuse, et tout ce qu'il pouvait espérer de mieux, c'est que les affaires\ncontinuassent à suivre le même train. Par malheur, il n'en fut pas ainsi.\nEn 1710, la veuve Maurice épousa un gentilhomme du nom de Marti-\nnengue, qu'elle avait sauvé d'une accusation capitale. Avant son mariage,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "par acte du 22 octobre 1709, elle céda les baux de diverses places ou\nmaisons qu'elle avait pris pour sept années, et aussi les bâtiments qu'elle\navait fait construire, y compris toutes les machines et décorations, à\nJean Levesque, sieur de Bellegarde, et Pierre-Eustache Desguerrois.\nPar cet acte, la veuve Maurice s'engageait, pour elle et pour ses deux\nfilles, à ne plus tenir ni faire tenir, directement ou indirectement, « aucuns\njeux. » Comme une de ses filles avait épousé le fils du célèbre comédien\nBaron (la seconde se maria avec le sieur de Mouy, directeur de la gabelle\nde Melun), les acquéreurs, pour mieux s'assurer sa renonciation, lui\ndonnèrent 4,000 livres « par forme de pot-de-vin. » Nous verrons plus\nloin qu'elle ne tint pas ses engagements.\nLes acquéreurs ayant mis leur spectacle sous le nom de Dominique,\nouvrirent la foire de l'année 1710 avec une pièce de cet acteur qui eut\nbeaucoup de succès (.Arlequin Atjrs). Malgré cet heureux début, ils\ncédèrent ou louèrent leur spectacle à Saint-Edme et à son épouse\nDuchemin.\nLorsque la veuve Maurice vendit, son traité avec l'Opéra était-il expiré\nou sur le point d'expirer, et Guyenet ne voulût-il pas le renouveler ?\nSe trouvait-il, au contraire, rompu par le seul fait de la vente ? C'est\nce qu'il ne nous a pas été possible de vérifier. Nous savons seulement\nqu'à la foire de 1710, les nouveaux acquéreurs s'en servirent; qu'Alard\nseul reçut défense « d'user de la permission de chanter et de danser sur\nson théâtre; » et, qu'enfin, les Saint-Edme, qui ouvrirent en 171 j,\nn'étaient pas plus autorisés qu'Alard.\nBref, après 1710, et pendant cinq ans, on ne joua sur les théâtres de\nla foire que des pièces à la muette. Pour se faire une légère idée de la\nfatigue, des difficultés, des prodigieux efforts de mimique que devaient\nsurmonter les acteurs afin d'amuser le public et se faire comprendre de\nlui, il nous suffira de dire que chacun avait dans sa poche droite un grand\ncarton roulé sur lequel était écrit son rôle en gros caractères, et qu'il\ndevait le déployer toutes les fois qu'il entrait en scène ou qu'il donnait\nla réplique.\nAinsi finit la seconde phase des spectacles forains.\nPassons à la troisième.\nXXI\nLes Saint-Edme, aux lieu et place de la veuve Maurice, le départ de\nDominique pour la province, les débuts de Raguenet et l'apparition"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "d'une nouvelle troupe formée par Nivelon, voilà les changements que\nnous avons à noter à l'ouverture de la foire Saint-Germain de l'année 1711.\nLe départ de Dominique fut occasionné par la défense faite aux forains\nde parler, chanter et danser sur la scène.\nNivelon était un danseur de premier ordre pour les danses pantomimes.\nLouis XIV le goûtait fort, paraît-il, et plusieurs fois il l'appela à Ver-\nsailles pour lui voir exécuter une danse dite Nivelon s'était\nassocié avec un maître pauimier du nom de Cerveau, qui demeurait\nFossés de l'Estrapade. Les deux s'étaient fait construire une loge au bout\nde la rue de Tournon, à côté de la porte de la foire.\nLes principaux sujets de la nouvelle troupe étaient un Anglais du nom\nde Baxter, Saurin, Maillard et sa femme; Génois et mademoiselle Bell.\nBaxter était un des plus beaux et des plus jolis hommes qu'on eût\njamais vus à la foire. Il était en plus d'une distinction achevée. Superbe\nsous le masque d'Arlequin, il était ravissant dans les rôles travestis en\nfemme. On dit qu'il copiait à la perfection l'inimitable demoiselle Pré-\nvost, de l'Opéra, dans la danse du Cet celle de la tempête\ncyone.\nSaurin était le frère du maître pauimier Cerveau. Il jouait très bien\nles rôles de Mezzetin et, comme son camarade et ami Baxter, il excellait\naussi dans les travestissements d'hommes en femme. Depuis quelques\nannées, l'usage s'était introduit dans les spectacles forains de débiter un\ncompliment en prose au commencement et à la fin de chaque foire.\nSaurin passe pour avoir élevé cette fonction à l'importance d'un rôle.\nMaillard s'était acquis de la réputation dans le rôle de Scaramouche ;\nsa femme était la meilleure Colombine qu'on eût encore vue. C'est pour\nelle que Lesage fit, en 1715, la pièce de Colombine arlequin.\nGénois était le Gille de la troupe. C'est le premier qui ait dansé sur la\ncorde avec des sabots.\nLa demoiselle Bell, fille d'un Volard qui montrait des animaux au\ncoin de la rue de Tournon, jouait les amoureuses.\nTandis que les Saint-Edme jouaient dans leur\nsalle du jeu de paume d'Orléans, Dolet et Laplace, dans leur loge du\npréau, représentaient les Aventures de Raguenet.\nCet auteur fit ses débuts à Paris, comme acteur, dans sa propre pièce.\nRaguenet était fils d'un maître chandelier de Paris qui fournissait à\nla Comédie-Française. Il avait fait d'excellentes études et longtemps\nvoyagé en Italie avant de s'engager dans une troupe de province.\nL'année 1711 est particulièrement marquée par la mort d Alard, sur-\nvenue à la suite d'une blessure qu'il s'était faite à la tête en exécutant"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.19", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "un saut périlleux à la foire Saint-Laurent. Le peuple, qu'il amusait de-\npuis si longtemps, déplora vivement sa perte. Les écrits du temps le re-\nprésentent comme un « sauteur de grand talent et un homme de probité\net de bonne conduite, mais peu fortuné. »\nQue devint sa troupe ? Elle passa en 1712 sous la direction d'Octave,\nfils de Constantini, acteur de l'ancien théâtre Italien et acteur lui-même,\nmais depuis une dizaine d'années retiré de la scène. A la mort d'Alard,\nil occupait encore l'emploi très productif d'inspecteur des barrières. Oc-\nlave ouvrit la foire Saint-Germain avec Arlequin empereur dans la\nlune, pièce du répertoire des Italiens, mise en couplets avec scènes nou-\nvelles, par Remi et Chaillot. Quels sont ces auteurs-là? nous demandera-\nt-on peut-être. Voici : Remi était l'ami de Chaillot et Chaillot était\n« aide à mouleur de bois. » Les mémoires du temps ne nous apprennent\nrien d'autre; mais ceux postérieurs d'une vingtaine d'années ajoutent :\n« Ils étaient des philosophes inconnus qui sont morts de même. »\nLa vérité est que Chaillot et Remi sont les inventeurs des pièces à\nécriteaux, d'où est sorti l'Opéra-Comique, et que\ndans la lune,est la première du genre. Or, par leur invention, aussi\ningénieuse qu'originale, les spectacles forains pouvaient enfin es-\nquiver la défense qui leur était faite de parler et de chanter sur la\nscène.\nVoici comment se jouaient les pièces à écriteaux: D'abord, elles étaient\nen couplets, sur des airs connus ; ensuite, les couplets que chaque acteur\ndevait censément chanter, étaient écrits très gros et très lisiblement,\navec le nom du rôle, sur du papier collé soit sur du carton fort épais, soit\nsur des planchettes. C'étaient les écriteaux. Lorsqu'un acteur, pour ex-\npliquer son jeu, devait chanter tel ou tel couplet, l'écriteau correspon-\ndant descendait du cintre et restait suspendu au-dessus de sa tête. Aus-\nsitôt l'orchestre jouait l'air connu, puis des individus gagés, placés au\nparterre et à l'amphithéâtre, chantaient le couplet que l'acteur mimait\nsur la scène.\nLe public goûta si fort ce spectacle, que peu de temps après son in-\nvention, lui-même chanta en choeur les couplets.\nDans le principe, les écriteaux descendaient du cintre au moyen de\nficelles. Un peu plus tard on les fît descendre par des petits enfants tout\nnus, affublés en amours ; ils devinrent ainsi un motif à décoration.\nOctave, durant l'année 1712, s'adjoignit l'acteur italien Romagnesi,\npetit-fils du fameux Cintio, et un certain Roland, dit le danseur de\nM. le duc de Mantoue,qui était inimitable, paraît-il, dans les Jjtis&s"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "de paysan « à visage découvert. » On raconte que ce Roland « savait\nvarier ses traits avec tant d'art, qu'il semblait en changer. »\nXXII\nEn même temps qu'Octave, nous voyons apparaître la Baron, cette\nfille de la veuve Maurice, qui avait épousé le fils du célèbre Baron de la\nComédie-Française, et que nous avons vue toucher 4,000 livres, à la\ncondition de ne tenir ni faire tenir aucune troupe à la foire. Elle débuta\navec la troupe de Nivelon, que ce sauteur avait laissée en plan, traqué\nqu'il était par ses créanciers.\nLe succès obtenu par Octave avec ses pièces à écriteaux fut si consi-\ndérable que les autres forains résolurent de l'imiter. Ils prirent leurs dis-\npositions en conséquence pour l'ouverture de la foire de 1713. Octave\nen prit-il ombrage, ou bien voulut-il tout simplement se procurer une\nbonne affaire? Le tout est que, sans rien dire à personne, il prit à loyer\ndes fermiers des revenus du cardinal d'Estrées, la totalité du préau de la\nfoire Saint-Germain, moyennant 40,000 livres.\nOn devine l'irritation et surtout l'embarras des forains qui avaient\nfait élever des loges dans ledit préau. Ils auraient bien voulu faire un\nprocès à quelqu'un, mais à qui ? Ils n'avaient aucun titre, car ils louaient\npar foire, et ce n'était que par pure tolérance qu'on ne les forçait pas à\ndémolir leurs loges après chaque fermeture. Le plus court pour eux était\nde s'entendre avec leur camarade, d'autant qu'il les avait mis en de-\nmeure de démolir leurs loges ou de les lui louer. Les pourparlers à ce\nsujet furent longs. A la fin, Octave traita avec les Saint-Edme et la Ba-\nron, qui s'étaient associés, moyennant 20,000 livres, c'est-à-dire moitié\nde la location totale. Pour Dolet, Laplace et Bertrand, ils se résignèrent\nà passer avec leur troupe sous la dépendance de l'heureux principal\nlocataire.\nPortons à l'actif de l'année 1713 les débuts du célèbre Le Sage comme\nauteur forain. Sa première pièce à écriteaux a pour titre Arlequin roi\nde Serendib. Elle fut jouée chez la Baron avec un succès qui nuisit à\ntous les autres spectacles, ceux d'Octave comme celui de Saint-Edme,\nqui pourtant avaient fait revenir à grands frais Dominique et engagé\nl'acteur italien Paghetti.\nNous ne trouvons aucune particularité bien intéressante à noter à la\nfoire Saint-Germain de 1714. Toutefois, nous mentionnerons, dans la"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "troupe d'Octave, les débuts de Mademoiselle Chateauneuf, nièce de la\nDuclos, de la Comédie-Française. Cette année encore, la Baron deve-\nnue veuve, se remaria avec un sieur de Baune, dont la fortune lui ser-\nvit à rendre plus brillant son théâtre.\nL'année 1715, par exemple, fait époque. Elle vit mourir Louis XIV\net naître officiellement l'Opéra-Comique. En effet, pour la première fois,\nle théâtre de la Baron (que nous n'appellerons désormais plus que la\nde Baune) et celui des Saint-Edme, prirent tous les deux !ce titre sur\nleurs affiches.\nIci une explication est nécessaire.\nAla fin de l'année 1714, les Saint-Edme, successeurs, comme on\nsait, de la veuve Maurice, firent agir de si puissants protecteurs auprès\ndes syndics et directeurs de l'Opéra, que ceux-ci consentirent à la fin à\nleur accorder pour une année la même autorisation dont avait joui\npendant quelques années leur devancière. Le nouveau traité fut signé\nle 26 décembre 1814. Les Saint-Edme annoncèrent cette bonne au-\nbaine à leur associée la de Baune et lui offrirent de la partager avec\neux, moyennant qu'elle payerait, bien entendu, la moitié du prix que\nleur coûterait l'autorisation. La de Baune n'eut garde de refuser, d'au-\ntant qu'en lui offrant de partager avec elle le bénéfice de l'autorisation,\nles Saint-Edme consentaient encore à laisser prendre à son spectacle\nle même titre qu'eux-mêmes avaient adopté, sans doute sous l'inspi-\nration de Le Sage, qui avait écrit à leur intention~et spécialement pour\nl'ouverture de la foire Saint-Germain, la parodie du Télémaque et la\nCeinture de Vénus.\nLa de Baune, qui était intéressée, pas du tout scrupuleuse et d'une\nprobité équivoque, avait déjà réfléchi, comme les événements ne vont\npas tarder à le prouver, que le titre était excellent et à lui seul une nou-\nveauté; qu'en acceptant les propositions de Saint-Edme, il le faisait\nsien, et que finalement pour le posséder seule il lui suffirait d'obtenir\nà son nom un traité de l'Opéra.\nEn attendant,elle tint la foireSaint-Germainavec la Foire de Guibray,\nArlequin Mahomet et le Tombeau de Nostradamus. Ces pièces, comme\ncelles de Saint-Edme, étaient en vaudevilles mêlés de prose. Aux deux\nspectacles, Gillier fit la musique des ballets et Dumoulin les régla.\nCette foire-là Octave fit pauvre figure avec Arlequin sultane favo-\nrite, pièce à écriteaux de Le Tellier.\nHamoche, le fameux Pierrot, débuta cette année chez les Saint-\nEdme.\nEtrange coïncidence : il n'y avait pas huit mois que l'Opéra-Comique"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "était né à la foire Saint-Germain, que le bruit du retour de l'ancienne\ntroupe italienne se répandit. Le Régent, disait-on, les avait autorisés\nà rouvrir leur théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Ce bruit ne tarda\npas à se vérifier. Les Italiens, en effet, firent leur début dans le courant\nde Tannée 1716.\nLa coïncidence porte sur cette particularité que ce sont ces mêmes\nacteurs italiens, dont personne n'espérait plus le retour, qui, un jour,\nraviront aux spectacles forains l'opéra-comique, c'est-à-dire leur meil-\nleur élément de vogue et de prospérité. Ainsi toujours le mal pousse à\ncôté du bien.\nMais avant qu'on ne songe à enlever l'opéra-comique à la foire, bien\ndes années s'écouleront encore. Et tout ce temps ne sera pour lui qu'une\ninterminable série de luttes, d'humiliations, de traverses, de proscrip-\ntions même, car des ennemispuissants ne cesseront jamais deconspirer sa\nmort, tantôt en voulant l'étouffer par l'étreinte de leurs privilèges, tan-\ntôt en essayant de le faire disparaître par l'intrigue et l'arbitraire. Heu-\nreusement, ce genre si éminemment français, était né robuste, fortement\nconstitué, précoce surtout, puisqu'il passa presque sans transition, au-\ntant dire du coup, de l'enfance à la virilité.\nLa naissance de l'opéra-comique à la foire Saint-Germain de l'année\n1715, clôt la troisième et dernière phase des spectacles forains.\nIl nous reste à parler maintenant des vicissitudes qui assaillirent la\ncréation de Le Sage, jusqu'au jour où, ayant atteint son complet déve-\nloppement, on l'enleva aux forains.\nAh ! si Le Sage avait été encore de ce monde lorsque la chose se fit,\ncomme il aurait protesté ! Mais il n'y était plus depuis quinze ans ; si\nbien que les Italiens firent leur, et sans conteste, cet opéra-comique n'v?\nson créateur avait défini ainsi dans sa Pénélope moderne :\nCe spectacle la divertira,\nA force de rire elle pleurera ;\nCe croustilleux genre d'opéra\nEst un pot-pourri qui toujours plaira :\nC'est du lyrique,\nC'est du comique,\nC'est du tragique,\nLes spectacles sont tous dans celui-là."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "XXIII\nPendant les cinq premières années, Topéra-comique n'étant pas in-\nquiété, marcha de succès en succès avec les pièces de Le Sage, Fuzelier et\nd'Orneval. Jamais la foire Saint-Germain ne fut plus brillante que du-\nrant cette période ; jamais aussi, par contre, la Comédie-Française ne fut\nplus délaissée. Du 3 février qu'ouvrait la Foire jusqu'à sa fermeture en\navril, les comédiens du roi jouaient bien des fois devant des loges et des\nbanquettes à peu près vides. La jalousie les mordit au cœur, et leur an-\ncienne haine pour les forains se réveilla d'autant plus féroce que ces der-\nniers, qui croyaient n'avoir rien à redouter de leurs atteintes, grâce à\nl'autorisation de l'Opéra, ne se faisaient pas faute de les narguer en ma-\nnière de représailles. C'était sans doute de bonne guerre; les forains\navaient payé assez cher le droit de rire de leurs ennemis. Convenons\ncependant que parfois ils les frappèrent trop dru, surtout aux endroits\nsensibles. Ainsi, par exemple, dans la Querelle des Théâtres, les\nforains étaient à leur tour féroces, en faisant dire à la Comédie-\nFrançaise :\n*\nMes yeux sont étonnés du monde que je voi\\\nPourquoi faut-il, hélas! qu'il ne soit pas che\\ moi.\nLes choses en arrivèrent à ce point que les comédiens du roi résolurent\nde faire supprimer l'Opéra-Comique, soit en agissant directement sur\nl'Opéra, soit en faisant agir auprès du Régent. L'entreprise ne laissait\npas que d'être malaisée, puisque, à tout prendre, les syndics de l'Aca-\ndémie royale de musique retiraient sans bourse délier d'assez beaux pro-\nfits de leur autorisation. Cependant les comédjens du roi n'hésitèrent pas\nà se mettre en campagne. Les circonstances les servirent à souhait.\nMieux encore : les forains les aidèrent inconsciemment à atteindre leur\nbut. L'artisan de cette équipée fut la de Beaune.\nNous avons vu qu'en qualité de leur associée, les Saint-Edme lui avaient\noffert de partager avec eux le bénéfice de l'autorisation de l'Opéra. L'an\nd'après, la de Beaune s'arrangea pour obtenir elle-même cette autori-\nsation. Comme les conditions de son association avec les Saint-Edme\nétaient qu'on partagerait les profits et pertes de chaque spectacle, la de\nBeaune ne crut pas prudent, quelque envie qu'elle en eût, de priver ses\nassociés du bénéfice de l'autorisation; seulement, elle leur fit acroire"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "qu'elle l'avait payée plus cher qu'eux. Les Saint-Edme, qui avaient déjà\neu occasion d'apprécier le peu de bonne foi de la de Beaune, ne lui firent\naucune objection. Seulement, avant d'accepter ses offres, ils exigèrent\nd'elle un engagement portant qu'à l'avenir celui des deux associés qui\nobtiendrait la permission de l'Opéra en ferait part à l'autre, pour un\nseul théâtre, moyennant moitié de la somme payée aux syndics, ladite\nsomme devant être dûment justifiée. Par le même acte, passé le 29 jan-\nvier 1716, la de Beaune et la Saint-Edme s'engageaient à ne s'enlever\nréciproquement aucun acteur, à peine par le contrevenant de payer à\nl'autre une somme de 6,000 livres. La de Beaune comprit la portée de\ncet engagement. Mais elle espérait bien rendre tout à fait illusoires les\nprécautions que les Saint-Edme prenaient contre elle. Du reste, la de\nBeaune travaillait déjà au moyen de duper ses associés. A la fin de 1716,\nen effet, elle avait si bien intrigué, que le Régent fit paraître l'arrêt sui-\nvant, en date du 26 novembre :\n« Sa Majesté, étant en son conseil, de l'avis de M. le duc d'Orléans,\nrégent, a cassé et annullé, casse et annule toutes les clauses et conven-\ntions que les entrepreneurs des spectacles populaires des foires Saint-\nGermain et Saint-Laurent peuvent avoir faites de se communiquer la\npermission qui aura été accordée à l'un d'eux : veut, Sa Majesté, que\ncelui auquel la concession en pourra être faite, en jouisse, en dispose\nseul, sans être tenu d'en faire part aux autres, si bon ne lui semble,\npour quelque cause et sous quelques prétextes que ce soit. Comme aussi,\nSa Majesté a cassé et annullé, casse et annulle tous les actes et engage-\nments passés jusqu'à ce jour entre lesdits entrepreneurs, leurs dits\nacteurs, actrices, danseurs, danseuses, symphonistes et compositeurs de\ndanse et musique. Permet, Sa Majesté, tant auxdits entrepreneurs qu'à\nleurs dits gagistes, de se pourvoir par de nouveaux engagements, ainsi\nque bon leur semblera. »\nEn même temps que la de Beaune obtenait cet arrêt, les syndics et le\ndirecteur de l'Académie royale de musique lui accordaient la permission\nexclusive des spectacles mêlés de chants, de danses et symphonies, sous\nle nom & opéra-comique, pour 1 5 ans et 2 mois, à commencer du ier jan-\nvier 1717. Le traité est du 28 novembre, c'est-à-dire de deux jours seu-\nlement postérieurs à l'arrêt. Il porte que la de Beaune payera 3 5,000 livres\npar année aux syndics de l'Académie royale de musique, et qu'en\ngarantie du payement, la contractante et son mari, quoique séparés de\nbiens, engagent tous leurs immeubles, notamment la terre de Saint-\nSauveur appartenant à la femme, et les terres de Presle, de Beaune et de"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "la Percherie, propriétés du mari a les deux déclarant tous ces biens\nfrancs et quittes de toutes dettes et hypothèques, à la réserve de\n100,000 livres qu'ils peuvent devoir. »\nLe tour était joué. La de Beaune, quoique pouvant avantager les\nSaint-Edme, s'y refusa net, déclara rompu rengagement passé avec eux,\net leur enleva Facteur Dominique, qu'elle convoitait depuis longtemps.\nAussitôt un procès assez scandaleux pour les de Baune s'engagea;\net, quoi qu'elle pût faire, sa mauvaise foi fut mise tellement en évi-\ndence, qu'on la condamna à payer i 5,000 livres aux Saint-Edme, à titre\nde dédommagement.\nVoilà donc la de Baune au comble de ses vœux. Par malheur, elle\navait trop convoité. Malgré le succès qu'obtint son spectacle à la foire\nde 1717, le bail était si onéreux qu'elle perdit énormément d'argent. A\nsa sollicitation, les syndics consentirent à résilier son traité; mais en\nmême temps ils lui signifièrent leur intention de tenir eux-mêmes à\nl'avenir l'Opéra-Gomique. Ils l'essayèrent effectivement à la foire Saint-\nGermain, avec les pièces intitulées le Réveillon des Dieux, les Animaux\nraisonnables et la Reine de Monomotapa, et ne réussirent pas. Il faut\ndire que Le Sage était contre eux ; qu'il avait repris les pièces à écriteaux\net décoché contre l'Opéra et l'Opéra-Gomique des syndics le Château\ndes Lutins, Arlequin-Orphée et Arlequin, valet de Merlin. Alors les\ncomédiens du roi intervinrent utilement. La besogne ténébreuse de la\nde Baune avait si fort avancé la leur, qu'ils n'eurent qu'à parler pour\ndécider la suppression de TOpéra-Comique, y compris celle de tous les\nspectacles à vaudevilles. Un ordre de la Cour parut dans ce sens à la fin\nde 1718.\nLa suppression dura pendant toute l'année 1719. Dans l'intervalle de\nces démêlés, qui furent si funestes aux forains, Octave avait cessé son\nspectacle et était allé offrir ses services aux Italiens. Dominique fit de\nmême après la suppression, et débuta à l'hôtel de Bourgogne dans les\nrôles de Pierrot, puis de Trivelin, le 11 octobre 1717. En fait d'acteurs\nnouveaux, on avait vu apparaître Toscano, beau-frère de Pascariel, la\nfameuse de Lisle, dont la réputation a été longtemps légendaire à la foire\nsous le nom d'Olivette; le célèbre sauteur, Francisque, avec toute sa\nfamille, composée de ses deux sœurs avec leurs maris, de sa femme et du\nfrère de sa femme, père d'une petite fille, alors de quatre ans, et qui\ndevait briller d'un si vif éclat à l'Opéra sous le nom de la Sallé (ses\ndébuts à l'Académie royale de musique datent de 1727. Elle dansa pour\nla première fois à la foire Saint-Germain, dans la Princesse de Carismé).\nEnfin, la d'Aigremont, surnommée la Camusou, élève d'Hamoche. Les"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "auteurs et musiciens nouveaux qui travaillèrent pour les spectacles\nforains pendant la même période, sont Aubert, La Font, La Coste.\nEn somme, voici le résultat final des démêlés :\nLes Saint-Edme revinrent aux spectacles primitifs. Pendant la foire\nSaint-Germain de 1718, leur affiche annonça, entre autres curiosités,\nun âne qui devait voler. Or, ce prétendu vol consistait à faire glisser la\nbête sur une corde tendue de haut en bas et d'un bout à l'autre de la\nsalle. On pense que ce manège ne dura pas longtemps ; cependant il\npermit à Le Sage de faire pour eux les trois pièces satiriques dont nous\navons parlé. Mais aprèsl'ordre delà Cour, les Saint-Edme nevoulant plus\nrien risquer, se retirèrent. Quant à la de Baune,, elle expia cruellement\nsa mauvaise foi. La suppression la trouva si affreusement engagée, que\nles créanciers s'emparèrent de ses biens et de ceux de son mari. Réduit à\nla misère, ce couple peu intéressant partit pour la Louisiane, où le sieur\nde Baune avait obtenu une place de procureur général. On raconte que\nrevenue en France après quatre années d'absence, la de Baune perdit son\nmari et fut réduite à accepter une place d'ouvreuse chez Honoré, dont il\nsera parlé plus loin.\nL'année même 1721, où la de Baune partait pour TAmérique, sa\nmère, jadis la veuve Maurice, mourait dans sa terre de Vineuf.\nXXIV\nL'Opéra-Comique ne reparut à la foire Saint-Germain qu'en 1725.\nLes autres spectacles, malgré l'interdit de la Cour, trouvèrent cependant\nmoyen de se sortir d'affaire. D'aucuns même obtinrent de très gros\nsuccès. Il est vrai de dire que le Régent donna des ordres pour qu'on\nusât avec eux de beaucoup de tolérance. Les marchands, directement in-\ntéressés à leur succès, s'étaient aussi fortement entremis. D'ailleurs, le duc\nd Orléans n'ignorait pas que c'étaient moins les bagatelles qui se ven-\ndaient à la foire que les spectacles qui attiraient la foule; et que sans di-\nvertissements, ou avec des spectacles trop démodés, le commerce forain\nserait inévitablement perdu. Il s'agissait donc de laisser faire. Restait à\nsavoir qui ? puisque les anciennes troupes n'existaient plus. C'était le\nmoins embarrassant. La véritable difficulté consistait à trouver des au-\ndacieux qui osassent attacher le grelot, c'est-à-dire ouvrir. Ils se trou-\nvèrent : Lalauze et Restier formèrent une troupe, Francisque en forma\nune autre, et toutes les deux apparurent bravement à la foire de 1720"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "avec des pièces moitié en prose, moitié en jargon, et presque entière-\nment conçues en monologues.\nCelles de Francisque étaient faites par d'Orneval (Vile de Googon,\nY Ombre de la foire, Arlequin roi des ogres ou les bottes de sept lieues,\nla Queue de vérité7 le Diable d'argent, allusion détournée à ce qui se\npassait rue Quincampoix) ; chez Lalauze, c'est Fuzelier qui faisait les\npièces (le Camp des amours, le Chartier du Diable, le Lourdaud\nca). Les deux troupes n'ayant pas été inquiétéesf reparurent en 1721 et\nfirent à peu près ce qu'elles voulurent. Ne fallait-il pas détourner l'at-\ntention de la déconfiture de Law. Francisque ne joua pour ainsi dire\nque des pièces en prose mêlées de vaudevilles (Arlequin Endymion, la\nForêt de Dodone, Margotin, Robinson, roman alors dans toute sa nou-\nveauté). Ces quatre pièces,dues à la collaboration de Le Sage et d'Orneval,\neurent un succès énorme. Le public applaudit beaucoup le prologue de\nla dernière, intitulé VOmbre d'Alard. Si la franchise fut grande cette\nannée-là, on peut en juger par ce petit bout de confidence que fait\nEndymion à son amoureuse de Montmartre.\n« La fière Junon m'a donné les principes premiers de la galanterie et\nDiane m'a achevé Aussi bien Jupiter m'a débarrassé de Junon ;et\nj'ai fait un trou à la lune. »\nLe couplet final a bien aussi sa saveur.\nDiane a enfin remarqué Endymion. Elle lui propose de l'épouser.\nJe ne dis pas non, répond Endymion ; mais quel sera mon emploi\ndans le ciel?\nLors Diane de lui chanter :\nNotre gloire sera commune,\ni\\otre emploi moins embarrassant :\nMoi je ferai la pleine lune\nEt toi tu feras le croissant.\nENDYMION.\nVoilà un véritable emploi de mari.\nEn 1718, lorsque Law changeait l'or en papier dans la rue Quincam-\npoix, la Cour aurait certainement trouvé à reprendre tout au moins à la\nforme d'Arlequin Endymion. Mais en 1721, le système avait fait\nfaillite ; le gouvernement appelait les fions fions à la rescousse. Tou-\njours la politique de Mazarin : le peuple chante, donc il paiera.\nEn 1722, les effets de la débâcle de Law s'étant un peu calmés, les ri-\ngueurs reparurent.\nFaute de pièces possibles, la troupe de Lalauze et Restier se débanda"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "et ne parut point à la foire Saint-Germain. Francisque était sur le point\nd'en faire autant lorsqu'un inconnu vint lui offrir deux pièces répondant\naux exigences de la situation (cette un acteur, à la fois seulement,\npouvait paraître sur la scènej; Tune était intitulée Arlequin-Deucalion\net l'autre XAntre de Trophonius. Cet inconnu, qui n'avait travaillé\njusque-là que pour les marionnettes, sous le nom de Maisonneuve, était\nnotre célèbre Piron.\nQue firent cette année-là Le Sage, d'Orneval et Fuzelier? Ils transfor-\nmèrent le préau de la foire Saint-Germain en Pactole. Là, en effet, can-\ntonnés dans une petite loge, ils firent représenter par des marionnettes,\nsous le nom de La Place, des pièces qui firent fureur. Le Régent lui-\nmême voulut les voir ; mais comme il craignait sans doute les mur-\nmures de la foule, il ne vint à la foire qu'après la fermeture, et se fit re-\nprésenter le spectacle à deux heures du matin. Il consistait en une seule\npièce avec prologue. La pièce portai pour titre Pierrot Romulus ou Le\nRavisseur poli ; c'est la parodie de la tragédie de La Motte, que repré-\nsentait la Comédie-Française. Le prologue était intitulé Y Ombre du\ncocher poète. Jamais les comédiens du roi ne furent plus vertement\nsanglés. C'est à ce propos que le comédien Legrand, prenant fait et\ncause pour tous ses camarades, écrivit les vers suivants :\nLe Sage et Fuzelier dédaignant du haut style\nLa beauté,\nPour le Polichinelle ont abandonné Gille)\nLa rareté!\nIl ne leur manque plus quà crier par la ville\nLa curiosité.\nIl faut croire que la visite du Régent à la foire de 1722 porta bon-\nheur à celles de 1723 et 1724, puisque ces années-là nous voyons se re-\nformer trois spectacles, savoir: celui de Restier, un deuxième de Dolet,\nassocié avec La Place, et un troisième tenu par Bienfait, gendre de Ber-\ntrand. Encore une fois, par une permission tacite, les forains purent\njouer des pièces en vaudevilles mêlés de prose. .\nLa Petitpas, fille d'un serrurier de Paris, débuta en 1723 chez Dolet,\ndans FAndriague. En janvier 1727, l'Opéra l'enleva aux spectacles de\nla foire pour lui faire jouer Thisbé. Son coup d'essai fut un coup de\nmaître. Depuis lors, la Petitpas compta parmi les étoiles de l'Académie\nroyale de musique.\n(La fin au prochain numéro.)\n\nA. PRADINES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c008", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "229", "page_fin": "234", "image_debut": 29, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.3", "titre_corps": "L'HISTOIRE EN CHANSONS", "titre_sommaire": "L'HISTOIRE EN CHANSONS", "signature_source": "J. B. WEKERLIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1385, "texte": "(0\nQ/lnnée iBys\nES Français sont le peuple qui raconte le plus volon-\ntiers en chansons, les grands et les petits événements\naccomplis chez lui. Nous ne parlons, bien entendu,\nque de ces pièces d'actualité, en dehors des chants\nrépublicains ou patriotiques. Ces cordes-là vibrent\ndans tous les pays, tant au nord qu'au sud; aussi,\nn'avons-nous pas été trop étonné devant l'avalanche des chants de\ntriomphe dont s'est gratifiée l'Allemagne depuis la guerre. Dans la plu-\npart de ces pièces, nous sommes suffisamment vilipendés, on peut nous\ncroire sur parole, car ce répertoire vantard a passé sous nos yeux en\ngrande partie, avant de prendre place dans notre\nsons. Si madame la censure l'avait permis, nous aurions pu soumettre\nà la curiosité des lecteurs de la Chron quelques traduc-\ntions, quelques échantillons de ces amabilités et affabilités prussiennes.\nEn 1875, la Muse chansonnière française con à verser ses flots\nde poésie sur la République, sujet qui a été traité à peu près par tous\nles jeunes et vieux poëtes qui aimeraient troquer leur modeste chambre\n(peu garnie) contre une stalle de député; mais cela arrive si rarement?\nL'Alsace n'est pas oubliée; c'est, en effet, une plaie vive qu'on ne\ncicatrise pas avec du nitrate d'argent, vulgairement appelé\n\nL'HISTOIRE EN CHANSONS\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juillet, 1\" août 1873, icr avril et ler mai 1874, i 5\nmars iSy5."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2026, "texte": "nale. Les chansons sur nos provinces perdues commencent ce catalogue.\nAlsace-Lorraine est un chœur anonyme paru à Nancy, plus méritoire\nd'intention que de poésie. Le Pasteur alsacien, de M. Moreau, a\nune partie de hautbois; nous regrettons que l'auteur ne se soit pas\nservi de cet instrument pour rappeler quelque thème populaire alsacien.\nLa Leçon de musique, par Villemer, H. Ryon et R. Pbnquette, aun\njoli frontispice de Lix, et même une dédicace à Madame Kœchlin-\nSchwartz; c'est un grand-père alsacien qui fait chanter des airs français\nà ses petits-enfants. Venepetits-enfants, A. Lefranc et F. Boissière.\nL'Orphelin de l'Alsace, R. Dutertre et R. Trémel. VAlsacienne,\nL. Ratisbonne et G. Spetz. —La Cocarde, P. Déroulède, L. Bordèse.\nLe clairon sonne, adieu cocarde,\nAdieu Chansons, et cependa?it,\n« Ah! si je l'avais, ce ruban! »\nAh! si je l'avais, la cocarde!\nEt je m'arrêtai tout tremblant.\nMais elle alors si simplement :\n« Tene%, dit-elle, et Dieu vous garde! »\nNous n'avons pu deviner, malgré notre application soutenue, si le\nVin de la Moselle, par Evrard et Collignon était un chant français ou\nun chant prussien. Voici le couplet final adressé aux envahisseurs :\nSoldats qui comprenez que la loi fraternelle\nDoit vers l'humanité nous guider à jamais,\nQuand son heure viendra, le vin de la Moselle\nVous sera de grand cœur versé par les Français.\nIl paraît que M. Joseph Arnoldi a appris un peu sur le tard que la\nFrance avait eu une guerre avec la Prusse, car il vient de mettre en\nmusique le Rhin allemand, de Musset; cela arrive comme « Mars en\ncalèche. »\nIl y a une petite série de chansons philosophico-républicaines : Les\nSoldats du progrès, Dracy et L. Benza. La, France qui travaille,\nSavaudy et Liébeau. L'Hymne au travail, de Jean Michaëli. Le Blason\ndes gueux, Evrard et Collignon.\nC'est ainsi que dotant la nation française,\nRouget de Lisle inspire un souffle glorieux ;\nC'est sous un ciel de feu qu il fit la Marseillaise.\nSon chant tient tout entier dans le blason des gueux."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "Nous observerons au poëte que Strasbourg n'est pas sous un ciel de\nfeuy nous l'avons habité, et nous en savons quelque chose, or, Stras-\nbourg est la patrie de la Marseillaise, qui eut pour parrain le patriotique\nmaire de la ville, Dietrich.\nPlace àla vérité, L. Çapet, E. Carel et A. d'Hack; ce nom de L. Capet\nnous tracasse bien un peu} ce n'est pas Louis Capet évidemment.\nSalut au Panthéon! Laroche, Duhem et H. Natif; on ne nomme que\nRousseau et Voltaire :\nTu les portas à l'immortalité\nAu nom de ceux pour qui leur beau génie\nFit naître une ère et nouvelle et bénie\nOù commença pour nous la liberté.\nCela manque un peu de ponctuation : ces imprimeurs n'en font jamais\nd'autres !\nLe Suffrage universel est de J. Michaëli, paroles et musique; mais\npourquoi mettre choeur ad libitum ? s il y au monde une situation où\nle choeur soit obligato, c'est bien dans le Suffrage universel. cet ad\nlibitum peut faire manquer tout l'effet du morceau. Sur l'image, le pot\nqui représente l'urne, est entouré de quatre muses habillées de blanc et\nde bleu, avec des casques de pompier en or*, c est d un très joli effet.\nL'Ange de la Patrie, de J.-B. Chauvin et W. Moreau, est dédié à\nMadame la comtesse de Chambord\", c est la seule pièce légitimiste, à\nmoins d'y ajouter la Marche royale de S. A. R. Don Carlos, par\nMadame Flora Conway, et la Marche royale de CharlesVll, par E. de\nPenaranda; cette dernière marche a pour frontispice un joli portrait de\nDon Carlos; la précédente est également rehaussée d'un portrait, mais\nc'est un Don Carlos qui a la figure d'un de ces hommes qu on n aimerait\npas à rencontrer dans le carrefour d'un bois à la nuit tombante.\nAu reste, le roi Alphonse X.II (chacun son tour) a eu aussi sa marche,\ncelle-ci est d'Avelino Valenti ; nous trouvons encore : le Vingt-trois jan-\nvier, chant royal à l'occasion de la fête de Sa Majesté Alphonse XII,\nroi d'Espagne, dédié à Sa Majesté Isabelle 11, paroles et musique de\nP. Courtois On ne peut l'être davantage.\nLe malheureux voyage aérien de M. Xissandier et de ses compagnons\nest chanté dans deux morceaux différents : le Zenith, par A. Perreau\net R. Planquette ; les Martyrs de la science, J. et\nV. Michel.\nL'Armée territoriale est mise en chanson par H. Corgeron et"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "A. Massagé. Le Volontaire d'un an est moins farouche, paroles et\nmusique de Madame Perronnet :\nVoilà comment, voilà comment\nAvec le meilleur caractère,\nLe garçon le moins volontaire\nDevient volontaire involontairement !\nC'est dommage que le dernier vers trébuche sur onze syllabes.\nVient une suite de chants républicains : Voici la liberté, hymne à la\nRépublique, H. Chatelin et A. Blangy; le Credo républicain, Jean\nMichaëli; la Muse de la France, J. Fauque, J. Jacob ; le Génie\nde la Liberté, chant national, paroles, musique et dessin par Cendrier\ndu Gué de la Chaîne... On ne dit pas si l'auteur va-t-en ville, car il est\nde plus l'éditeur de son œuvre, ainsi annotée, strophe par strophe :\nHommage solennel, salutation avec vénération ; Refrain proverbe,\navec satisfaction', Chant principal, avec fermeté et enthousiasme.—\nLes Volontaires de 17Q3, chant révolutionnaire de Philibert, Burani et\nL. Goudesone, nous paraissent une réédition. Le Vigneron patriote,\nJ. Fauque et Maubert. Vive la France! P. Deroulède et L. Bordèse.\nLe Chant des Vaincus, paroles et musique de Charles Lecocq, paru\nà Auch. UEnfant chanson patriotique, Villemer, Delor-\nmel et P. Henrion. La Franciade, chant patriotique, Mademoiselle\nLila Pichard, G. Schmitt.\nMême l'explosion du Magenta a été racontée en vers et en musique\npar A. Burion et L. Bénézit. Il y a également les Tramways, chanson\nà fond de train, avec cet élégant retrain tout nouveau :\npasser le tram, tram, tram,\nLe way, way, way,\nPasser le tramway!\nMilher et G. Michiels ont fait paraître un morceau intitulé : A Dé\"\nja\\et, la Chanson en deuil.\nLe militaire reste (heureusement) l'enfant chéri du peuple; aussi la\nchanson des Turcos, E. André et Ben Tayoux, a-t-elle fait les beaux\njours de l'Eldorado. A cette série se joignent Y Enfant du vieux sergent,\nVillemer, Delormel, et A. d'Hack ; le Vieux sergent, des mêmes au-\nteurs; Dernière illusion, M. Constantin et Maubert; On ri a pas\nd'ça dans Vrégiment, Beauvallet, Bouvier et Chautagne ; Le Dé-\npart, chant du conscrit, E. Besançon. Nos Vengeurs, A. Largent et\nV. Gry."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "Puis viennent les histoires touchantes et tristes, dont une des plus\nréussies est la Place de l'absent, Villemer, Ryon et d'Hack. —Le\nClairon, P. Deioulède, E. André, Tombés pour la patrie, A. Du—\nrancy, L. Ghelu. Les Bouts de Van de la patrie, Pericaud, Delormel\net d Hack. « Pourquoi tant d'horreurs sur la terre? H. Boutry.\nPauvre mère, E. Jay et Massagé. L'Apparition (de Jeanne d'Arc),\nCh. Bretagne et A. Grisy. L'Appel après le combat, Villemer, Fuchs\net Ch. Malo. Beaurepaire (qui se fit sauter la cervelle à Verdun\nquand on décida la reddition), Villemer, Delormel et d'Hack. Réveil\nde la France, F. Trémel, Ch. Marchai j il y a de jolis vers i\nLa brise, ouvrant son aile parfumée,\nA dissipé, sur le front pur des deux,\nLe crêpe noir qu'avait mis la fumée\nDes lourds canons, enfin silencieux.\nOn n'entend plus la Marseillaise ardente ;\nLe grillon seul chante dans le sentier ;\nLe renouveau dans l'espace fermente ;\nDans les buissons refleurit l'églantier.\nAllef, enfants, courir par les bruyères,\nDans les grands bois, les bois verts et touffus:\nAlleç cueillir les roses printanières,\nLes jours d'amour sont revenus!\nRuche du Chcneau-d Eau a eu des couplets, grâce à J. Chocas et\nJ. Jacob ; l'hommage est à MM. Parvillié et Ridet, sans doute les fonda-\nteurs de ce nouveau bazar.\nLes inondations ont trouvé de nombreux poètes et autant de musi-\nciens : Pour les inondés, merci (vendu au profit des inondés), Lamy et\nGei in. L Gabiliatid et Courtois. Les\nJ.-H. Bonin et J. Goden. Les Inonchant historique, J. Fauque.\net G. Lauiens. Les Inondés du Midi, Steenackers et Deransart.\nL Inonaation de 7 arn-et-Garonne,Bloch. Les Justin Bru.\nLes Inondations,H. Bonin et J. Goden. Le Fléau, J. Chocas et\nJ. Chabrut. L'lnondation, Villemer, Delormel et Ben-Tayoux.\nToulouse en pleurs, J. Domerc. Dans les Flots de la Garonne, Ch.\nMallet, E. Ouvier. —La Nu it de l épisode de 1875, aux\nsauveteurs oes inondés de Toulouse, paroles et musique de Félicie Ra-\nmeau. Toulouse, souvenir du 23 juin 1875, Détré et J. Jacob.\nDonnons pour les Inondés, Abarca. Secourons nos frères, Sylvain\nSaint-Etienne et A. Deslandres. M. Nuyts."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "Ici finit le relevé des pièces d'actualité ayant paru en 1875. On a dû\nremarquer, dans cette liste ou ce baromètre des préoccupations popu-\nlaires, que la politique, se traduisant par les chansons patriotiques ou\nrépublicaines, tenait le haut du pavé. Puis viennent les chants sur l'Al-\nsace et enfin les inondations. Quelques rêves socialistes, quoiqu'à l'eau\nde rose, ont montré le bout de 1 oreille par-ci par-là ; que la censure de-\nvienne un peu plus distraite et on en verra des pieds jusqu'à la tête.\nIl est probable que les allusions personnelles auront été prohibées, car\nnous n'avons trouvé aucune trace, aucune allusion ni citation sur le ma-\nréchal Mac-Mahon, sur M. Thiers, sur M. Gambetta, etc. La retraite du\nministère Buffet aurait eu sans doute aussi sa chanson, si l'autorité su-\npérieure n'y eût mis bon ordre.\n\nJ. B. WEKERLIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c012", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "235", "page_fin": "238", "image_debut": 35, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.4", "titre_corps": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME", "titre_sommaire": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "AUDITION\nDES ENVOIS DE ROME\n\nAUDITION annuelle des envois de Rome a eu lieu le\nmardi 23 mai, dans la grande salle du Conservatoire.\nJe ne reviendrai pas sur les mérites utiles et pratiques\nde cette excellente institution, j'ai déjà eu l'occasion\nde dire tout le bien que j'en pensais et les résultats\nqu'on en pouvait attendre. Le programme de cette\nannée comprenait trois envois : Nazareth, première partie de la Nati-\nvité, poème sacré en deux parties et un intermède de M. H. Maréchal,\ngrand prix de 1870; des Fragments symphoniques de M. Ehrhart,\ngrand prix de 1874, et un Stabat Mater, de M. Salvayre, grand prix\nde 1872.\nM. H. Maréchal nous avait fait entendre Tannée dernière la deuxième\npartie de sa Nativité ; il nous revient cette année avec la première partie\ndu même ouvrage. Cet envoi est loin de valoir le précédent. Certes\nBethléem notait qu\\in essai rudimentaire; mais cette ébauche encore\nfort incomplète nous avait paru pleine de vie, de jeunesse et de mouve»\nment; Nazareth est une composition vide, froide et décolorée. Je ne\nvois pas un seul morceau saillant, pas une seule scène complète dans\ncette suite décousue de préludes, d'airs, de duos et de chœurs. Seuls\nY intermède se tient tant bien que mal jusqu'à Y évocation, et encore je\ncrois que je préférerais les teintes grises et effacées de la première partie\naux tons violents et communs de cette longue scène, où Ton découvre\nd'énormes prétentions à l'effet, et bien peu de résultats acquis;"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2814, "texte": "Non-seulement cette première partie de la Nativité est bien intérieure\nà la deuxième que nous avons entendue Tannée dernière; mais de plus,\net c'est là surtout ce qui m'étonne, ces deux fragments d'un même\nouvrage sont d'une conception absolument différente et marquent un\nconflit évident entre deux systèmes fort disparates. J'en conclus que\nM. Maréchal cherche sa voie et ne sait pas bien encore ce qu'il veut\nfaire. Ces hésitations sont toutes naturelles chez un artiste qui débute,\net loin de moi la pensée d'en faire un crime à l'auteur de la\nMais il faut que l'artiste acquière rapidement une conviction et s'efforce\nde dégager au plus vite son accent personnel; il est indispensable qu il\nfixe une bonne fois ses idées dans un sens ou dans l'autre, peu importe\nlequel, pourvu, qu'après mûre délibération, il choisisse une direction\nconforme à ses tendances et à son tempérament, et qu'il s'y lance carré-\nment, sauf à l'abandonner plus tard, le jour où il reconnaîtrait qu'il a\nfait fausse route. Après s'être lancé tête baissée dans la carrière italienne,\nMeyerbeer s'arrêta net le jour où il reconnut que cette carrière n'était\npas conforme aux véritables aspirations de son génie ; il fit retour vers\nl'Allemagne, et Robert inaugura la seconde manière de l'auteur du\nCrociato; qui sait si VAfricaine n'était pas le point de départ d'une\nnouvelle transformation ?\nQue M. Maréchal se hâte donc de prendre un parti et n'hésite pas\nplus longtemps à donner un libre essor aux sérieuses qualités dont il a\ndéjà fait preuve. Il paraît doué d'une organisation fine et délicate, il a\ndu goût, il pourra acquérir facilement la grâce et l'élégance, pourvu\nqu'il prenne garde de verser dans la sensiblerie et la mignardise, et\nqu'il se défie de certaines tendances à l'uniformité sentimentale qu'on\na pu remarquer dans ses premières compositions. En outre, M. Maréchal\na un esprit juste : lorsqu'il a une situation à rendre, il ne la rend pas\ntoujours, mais du moins il n'est jamais à côté, C'est là une qualité pré-\ncieuse entre toutes, parce que c'est une qualité naturelle; l'étude ne la\ndonne pas, elle ne peut que la développer et l'amener à son plus haut\npoint de perfection, qui est le style. Enfin, on découvre chez lui une\nlouable préoccupation de ne pas faire comme tout le monde et d'éviter\nle poncif et le banal. M. Maréchal est donc bien doué, mais, qu'il ne\ns'y trompe pas,.il lui reste encore beaucoup à acquérir, surtout sous le\nrapport de la forme. Son instrumentation est tout à fait rudimentaire,\nson harmonie, plate, monotone, et sans aucun caractère. Ces deux points\ndevront faire l'objet d'une étude sérieuse. Une connaissance appro-\nfondie de l'orchestre est indispensable à quiconque veut arriver,\naujourd'hui surtout que la grande habileté de nos compositeurs modernes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.37", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "et l'audition journalière des chefs-d'œuvre de la musique instrumen-\ntale nous ont rendus beaucoup plus difficiles à cet égard. Je me résume :\nM, Maréchal possède un fond de qualités naturelles plus que suffisant\npour nous donner lieu d'espérer qu'il y a en lui l'avenir d'un musicien.\nCes qualités ont besoin d'être développées et complétées par un travail\nopiniâtre. Qu'il travaille donc, qu'il travaille beaucoup et ne se hâte\npas trop de produire. Son envoi de cette année est fort médiocre; mais\nnous n'en tenons aucun compte : M. Maréchal a fait mieux que de nous\nenvoyer un devoir d'école , il nous a donné son premier ouvrage dra-\nmatique, et cet heureux début confirme de tous points les espérances que\nnous fondons sur son jeune talent.\nC'était, lui aussi, un jeune talent plein d'espérances que l'auteur de\nces Fragments symphonique s, qu'on exécutait l'autre soir, à la suite de\nNazareth. Il avait obtenu le grand prix de Rome en 1874, et l'avenir\ns'ouvrait devant lui plein de promesses; la mort l'a frappé à 22 ans!\nVoici la première fois que nous avons l'occasion de parler de M. Ehrhart,\net c'est pour rendre un dernier hommage à su mémoire, et pour déplorer\nla fin prématurée qui l'a enlevé si jeune à Part et à ses nombreux amis !\n« Manibus date hlia pleins. » Pour nous, laissons là ces Fragments\nsymphoniques qui n'appartiennent plus à la critique, et passons à l'envoi\nde M. Salvayre.\nM. Salvayre n'a pas craint de s'attaquer tout d'abord à un sujet redou-\ntable; il se présente avec un Stabat MaAer, c'est-à-dire avec un genre\nde composition qui est la plus haute manifestation de l'art, quand on y\nréussit complètement. Voyons s'il y a réussi. L'ouvrage commence par\nun chœur fort bien écrit où se trouve encadré un quatuor d'une excellente\nfacture (Cujus animam)> dont je remarque surtout l'accompagnement\ndiscret et ingénieux. Le solo de soprano « quam tristis ! » me paraît\négalement digne d'estime. Le « Pro peecatis » est d'un style nerveux\net d'une belle sonorité, et le « Sancta mater », pour ténor, renferme de\njolis détails d'orchestration. Mais je n'aime pas du tout l'espèce de noc-\nturne à deux voix que M. Salvayre a écrit sur ce passage « Fac me vere\ntecum flere », non plus que le trio suivant : « Virgo virginum ». Ces\ndeux morceaux constituent une lourde erreur de style, de même que\nT « laflammatus », qui est un véritable appel aux armes. La péroraison\ndu ce Quando corpus morietur » rachète son défaut d'élévation par une\npuissance de sonorité et une plénitude d'effets vraiment très remar-\nquables.\nDans cette rapide analyse de l'ouvrage de M. Salvayre, j'ai eu souvent\nl'occasion de louer la forme et les qualités de facture, je n'ai jamais"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "parlé de l'idée, ni des qualités de style. C'est là en effet le point faible de\nM. Salvayre : son Stabat est fort réussi d'exécution, il est pauvre de\nconception. D'abord le caractère religieux y fait totalement défaut et\nmême certains morceaux, tels que le « » et F« »\nne me semblent nullement en harmonie avec les sentiments qu'ils doi-\nvent exprimer. En outre, je ne découvre pas dans tout cela une seule\nidée saillante et vraiment personnelle. Mais ce qu'il faut louer sans\nréserve chez M. Salvayre, ce sont les qualités de facture : sous ce rapport,\nil possède déjà une habileté peu commune. Tous ses morceaux de chant\nsont écrits avec une grande entente des voix et disposés avec un véritable\ninstinct de l'effet; son instrumentation est ferme, colorée, et trahit une\nmain déjà très expérimentée. En somme, ce premier essai, d'ailleurs\nfort bien accueilli par le public, dénote chez son auteur un tempérament\nmusical un peu sec, parfois un peu lourd, mais toujours vigoureux, et\nd'une grande franchise d'allures. Je ne sais si je me trompe, mais il me\nsemble que le talent de M. Salvayre offre beaucoup d'analogies avec celui\nde Bizet, tout en étant d'une nature moins fine et moins délicate. M. Sal-\nvayre arrivera peut-être à écrire Carmen,mais je doute qu'il fasse jamais\nr Artésienne.\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c016", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "239", "page_fin": "244", "image_debut": 39, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES", "signature_source": "R. DE SAINT-ARROMAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nTHÉATRE-NATIONAL-LYRIQUE : Les Erinnyes, tragédie-lyrique en deux parties, de\nM. Leconte de Lisle, musique de M- J. Massenet (reprise); Le Magnifique, opéra\ncomique en un acte, de M. Jules Barbier, musique de M. Jules Philippot (première\nreprésentation); Le Sourd, opéra comique en trois actes, de MM. de Leuven et\nLanglé, musique d'Adolphe Adam (vepr:se\\ OPÉRA-COMIQUE : Philémon et Baucis,\nopéra comique en deux actes, de MM. Jules Barbier et Michel Carré, musique de\nGounod (reprise). —THÊATRE-ITALIEN : Messe de Requiem, de Verdi (reprise),\nHÉATRE-LYRIQUE. Je me rappelle encore,\ncomme si eMe datait d'hier, l'impression que produisit\nà rOdéon, il y a trois ans, la tragédie que MM. Le-\nconte de Lisleet Massenet viennent de transporter sur\n■ a rive droite. 1 faut bien ravouer, ce soir-:à le pu-\nblic de rOdcon offrait un spectacle curieux. Deux\nsectes spéc:?]es et un'?s cccu nt le plus grand nombre des places.\nC'était le Parlasse étr:-\":em?nt mê'é eux jeunes musiciens de l'avenir.\nLes fanatiques de la r:me sans la raison y coudoyaient les prêtres ar-\ndents de la nouvelle école musicale celle qui dédaigne d'écrire pour\nle public et qui méprise la mélodie et l'inspiration. Poètes et musiciens\nétaient bien faits pour se comprendre. Il leur importait peu que le pu-\nblic égaré dans cet O'ympe comprît quelque chose aux vers et à la mu-\nsique qu'on allait entendre. Les Erinnyes étaient un plat de haut goût\nréservé à cette majorité de demi-dieux. Les simples mortels perdus dans\nrassemblée triée sur le volet, n'avaient point le palais assez fin pour\ngoûter à ce mets incomparable, ni pour le savourer. Les élus rayonnants\nsavaient la p:èce par cœur ou connaissaient le moins percc~iib'e ce"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "demi-soupirs de la partition. Aussi devant que les chandelles ne\nfussent allumées on se passait tout bas des exemples choisis parmi\nles audaces poétiques de M. Leconte de Lisle. Côté des musiciens, on\nn'entendait que murmures flatteurs à l'adresse de certain fa ou de\ncertain si bémol placé d une manière inattendue. Le groupe restreint du\nvrai public attendait, patient comme de coutume, pour juger avec le\nbon sens qui le caractérise le plus souvent.\nLa toile se leva sur un décor superbe (M. Duquesnel avait monté les\nErinnyes avec un soin digne de tout éloge) et le drame terrible et gran-\ndiose commença. On ne me pardonnerait pas de rappeler le sujet et les\npéripéties de cette tragédie. Son horrible beauté est présente à la mé-\nmoire de tous.\nCe fut un succès d'oeuvre et d'interprétation considérable. Le vrai\npublic fut enthousiasmé, au grand désappointement de la coterie qui\nvoulait être seule capable d'apprécier une œuvre de cette nature. Là, se\nplace un fait singulier. La coterie fut désespérée de voir son avis par-\ntagé par le bon public, et alors trouva le plat fade et presque indigeste.\nIl n'était pas admissible que des lettrés et des musiciens hors cadres\nfissent bon accueil à ce que le bon public avait admiré d'instinct. C'é-\ntait se commettre et s'abaisser. La musique surtout fut l'objet d'amères\ncritiques. Les adorables mélopées, sobres, discrètes, et cependant\npuissantes de Massenet parurent faibles. Ce n'est pas mal. Il faudra\nvoir. Voilà ce que pensaient et ce que disaient les enthousiastes d'a-\nvant la lettre.\nNous emportâmes de cette audition une admiration profonde.\nAvant et depuis les Erinnyes, rien ne nous a donné une émotion com-\nparable. La chaude et vigoureuse poésie de M. Leconte de Lisle et la\nmusique élevée de M. Massenet sont demeurées une œuvre de toute\nbeauté et unique.\nM. Vizentini vient de monter au Théâtre-Lyrique cette tragédie qui\nn'obtint pas à l'Odéon un succès d'argent. M. Massenet a ajouté àsa\npartition, une ouverture, des chœurs, des ballets et une marche. Les\nmélopées de la première manière ont fait place à des morceaux com-\nplets. A dire le vrai, je préférais le ton général de la première manière.\nLa couleur antique était plus respectée, l'œuvre était plus typique, plus\nhomogène. C'était plus grand, plus pur de lignes, plus sévère, plus\ngrec.\nLes pages nouvelles écrites par M. Massenet ont moins de charme\nque les anciennes; mais il y circule un souffle puissant et dramatique\nde premier ordre. L'ouverture, dont l'architecture originale est excel-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "lente, a plu beaucoup. Les airs de ballet sont distingués et délicats. Je\nsignalerai tout particulièrement un entr'acte plein de fraîcheur et de\ngrâce. La pensée de ce bijou symphonique est d'une finesse extrême et\nles détails sont ciselés avec un soin délicieux. Les chœurs sont obscurs.\nIls manquent d'air et de franchise, L'interprétation et la mise en scène\nsont plus que suffisantes.\nLe Magnifique est le premier ouvrage couronné, à la suite du Con-\ncours institué par le Ministre des Beaux-Arts en 1867.\nL'incendie du Théâtre-Lyrique a retardé son apparition, et c'est huit\nannées seulement après sa réception que le Magnifique a pu enfin être\nreprésenté. Cet incendie aurait bien dû, dans l'intérêt des auteurs,\nanéantir à tout jamais leur pièce.\nJe m'en voudrais si je parlais longuement de la musique de M. Jules\nPhilippot et du livret de M. Jules Barbier. En effet, la médiocrité de\ncette œuvre est telle, la pauvreté d'imagination du compositeur, et la\nbanalité réfléchie de ses accompagnements d'orchestre éclatent si bien\ndurant tout cet opéra, qu'elles désarment toute critique et rendent su-\nperflus les conseils qu'on croirait devoir adresser au musicien.\nLe livret est déplorable, quoique tiré d'un charmant conte de La\nFontaine par un poète en renom.\nL'interprétation de mademoiselle Marcus, MM. Grivot et Tissier,\nacteurs principaux, a été mauvaise.\nLe Juiy qui a cru devoir couronner cet opéra était composé de\nMM. Pasdeloup et Benoist, présidents, M. Eugène Gautier, secrétaire,\nMM. Alexandre Dumas fils, prince Poniatowski, Fr. Sarcey, Louis\nRoger et Mangin, membres. Ce n'est pas là toute la commission, mais\nce sont les membres onze sur dix-sept qui ont pris une part régu-\nlière à l'examen des pièces; les six autres s'étaient retirés.\nLe Sourd a eu, au contraire, un plein succès. La musique d'Adolphe\nAdam est sans prétention, et c'est son principal mérite. Elle chantonne\nelle jase, et accompagne d'une façon discrète l'amusante pièce de MM. de\nLeuven et Langlé. Disons seulement pour mémoire que les auteurs ont\nemprunté leur sujet à la pièce de Desforges : Le Sourd ou /'Auberge\npleine. Nous avons surtout remarque\"dans cette partition légère, la fa-\nmeuse chanson du Pont d'Avignon; elle est bien arrangée pour l'or-\nchestre et la voix, avec une imitation persistante du galoubet et du tam-\nbourin, les instruments préférés de la Provence. Les acteurs sont près-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "que tous les mêmes que ceux du Magnifique, et pourtant l'exécution est\nmeilleure. Grivot et Christian sont très drôles, mesdemoiselles Perret,\nMarcus, mesdames Cuinet et Legras, M. Habay ont tenu leurs rôles\nd'une façon convenable.\nLe Sourd en est à sa cinquième reprise. Représenté pour la pre-\nmière fois, le 3o septembre 1790 au théâtre Montansier, il a passé suc-\ncessivement en J 793 au théâtre de la République, en 1853 â l'Opéra-\nen i 856 au Théâtre-Lyrique et enfin le 24 mai dernier au\nîTiême Théâtre.\nOPÉRA-COMIQUE. Philémon et Baucis.— Quelle délicieuse lé-\ngende et quel délicieux tableau que celui de ces deux vieillards simples,\nbons et pauvres. Ils ont conservé sous les glaces de l'hiver toute la séve\net toutes les chaudes ardeurs du printemps. Ils ont vécu toujours unis,,\net si le maître des dieux leur offre une récompense, ils n'en demandent\npas d'autre que celle de mourir côte à côre, à la même minute.\nM. Perrin vient de nous donner une preuve de bon goût et d'intelli-\ngence administrative en remontant l'œuvre de Gounod. La chose mérite\nd'autant plus d'être notée que nous avions perdu l'habitude de constater\nà l'Opéra-Comique, des faits de ce genre. Il y avait trop longtemps que\nPhilémon et Baucis dormaient dans les cartons des pièces oubliées. Ce\nn'est pas à l'intention du poème maladroit de MM. Barbier et Michel\nCarré que je formule ce regret. Il s'adresse à la ravissante partition de\nGounod Le livret est aussi plat qu'au moment de sa première appari-\ntion, mais la musique en revanche est plus fraîche que jamais. Cet ou-\nvrage appartient à un genre qu'il serait malaisé de caractériser. La bouf-\nfonnerie y traverse le sentimentalisme qui se mêle à la mythologie.\nMalgré les péchés du livret dont ridée-mère est si touchante, 011 a écouté\nl'œuvre avec un plaisir infini. Gounod, d'ailleurs, a rarement prodigué\ndans ses partitions autant de grâce, de poésie et d'esprit que dans celle ci.\nSa mélodie est empreinte, durant ces deux actes, d'une pureté et d'une\nsérénité extrêmes. Pour peindre musicalement l'intérieur paisible et\nchaste des deux vieillards de la Fable, il fallait une inspiration soutenue\net délicate; il fallait cette morbidesse féminine dont Gounod a le secret.\nIl en a enveloppé l'œu > re qui est exquise.\nTout à coup, au milieu du calme profond qui règne dans la cabane\nde Philémon et Baucis, le bruit lointain des chansons audacieuses et\nfolles des Bacchantes, la cadence pressée de leurs danses échevelées, se"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.43", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "font entendre. Une lumière vive rayonne alors sur la partition et ce\ntourbillon joyeux et éclatant porte dans les cœurs timides et surpris des\ndeux époux, une crainte douce d'un charme inexprimable.\nAu second acte, la jeunesse est revenue, parée de ses riantes couleurs.\nBaucis est belle. Elle est femme de nouveau et coquette comme... une\nfemme. Le grand et irrésistible Jupiter admire sa beauté. Il aime Baucis\net, ce qui est plus grave, il le lui dit.\nN'est-ce pas une page adorable que ce duo chanté par mademoiselle\nChapuy avec un talent si complet! Elle a été dans ce morceau aussi\nétonnante que dans le duo du premier acte qu'elle avait interprété mer-\nveilleusement. La soirée n'a été qu'un triomphe. On a redemandé le\nchœur si mouvementé des Corybantes et l'entr'acte qui est un petit\nchef-d'œuvre.\nSi mademoiselle Chapuy n'a pas fait oublier madame Carvalho, elle\nl'a égalée. On l'a acclamée, bissée et rappelée avec fureur. C'était de\ntoute justice. Bouhy, qui toujours est en progrès et deviendra, j'en suis\ncertain, le successeur préféré de a chanté avec une méthode par-\nfaite. Nicot, dont on connaît la conscience artistique, est un Philémon\ncomme il serait difficile d'en trouver. Il a obtenu le plus franc et le\nplus légitime des succès. On l'a fêté3 applaudi sans restriction. Giraudet\na dit avec brio et autorité les couplets de Vulcain.\nReprésentation digne enfin du second Théâtre-Lyrique de notre beau\npays de France.\nTHEATRE-ITALIEN. Messe de Requiem de Verdi. Venta-\ndour n'a rien à envier à Favart. Le Théâtre-Italien possède dans son\nécrin le joyau que l'Opéra-Comique avait, le premier, fait scintiller de-\nvant les yeux des Parisiens éblouis.\nVerdi tenait le bâton. Le succès de sa magnifique Messe s'est en quel-\nque sorte vivifié à cette nouvelle audition, malgré les défaillances des\nchœurs.\nL'œuvre du Maître italien est un monument élevé à la mémoire d'un\nami. Elle sera sans doute classée comme l'une des productions musi-\ncales les plus grandioses de notre siècle et comme une expression fidèle\ndu génie puissant de son auteur. La renommée de celui pour qui Verdi\nl'a écrite ne sera pas non plus étrangère à l'immortalité de cette Messe.\nA Dieu ne plaise que je veuille en diminuer la valeur, mais, pour ne\npoint mentir, je crois qu'on trouverait en France d'aussi éclatantes\nt"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "• t • j - r\npages, si on se donnait la peine de les chercher, de les découvrir et de\nles taire interpréter. Quelque étrange que puisse paraître mon opinion,\n(ici les jugements sont personnels), j'estime que les raisons qui ont fait\nd'un seul coup l'immense réputation de la Messe de Verdi sont au\nnombre de deux. Verdi est un compositeur étranger à la France; voilà\nla première. L'interprétation est pleine de foi; voilà la seconde. Que la\nMesse de Verdi soit signée Massenet, Guiraud, Saint-Saëns, Lenepveu,\nDelibes, Sieg, Dubois ou toute autre de nos jeunes gloires musicales;\nque cette messe soit interprétée par les honorables nullités qui four-\nmillent dans nos théâtres lyriques... et vous m'en direz des nouvelles !\nLa valeur intrinsèque de l'œuvre n'en sera pas amoindrie, mais le\npublic sera loin de l'apprécier avec autant de bienveillance.\nMadame Waldman a chanté pour la première fois, à Paris, un solo\ncomposé pour elle. Elle la dit avec un style et une voix admirables. Le\nsuccès a commencé sa marche toujours ascendante à partir du Domine\nJesu. La fugue à deux chœurs du Sanctus a produit un effet considé-\nrable. L'Agnus Dei, établi par mesdames Stolz et Waldman et soutenu\npar les masses chorales et instrumentales, a été bissé. Un véritable\ntriomphe a été fait à la fugue du Libéra me qui a transporté le public.\nOn est sorti de l'Opéra-Comique en se demandant avec inquiétude, si\nl'orgueil d'un musicien pouvait résister à de telles secousses. On fait\nbien les choses en France.\n\nR. DE SAINT-ARROMAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "245", "page_fin": "248", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles\n\nCORRESPONDANCE\nA M. N***, rue Saint-Julien-le-Pauvre, au Mans.\n\nMonsieur,\nES questions que vous nous adressez étant d'intérêt gé-\nnéral, nous croyons devoir y répondre publiquement.\nVoici donc, et en attendant des listes plus complètes,\nun catalogue des ouvrages de littérature musicale, récem-\nment parus, ou en préparation déjà très avancée. Les\nderniers, selon toute probabilité, seront publiés vers la lin\nde l'année courante, au plus tard dans les premières se-\nmaines de 1877. Votre libraire pourra, dès-lors, les faire venir de Paris :\nDANIEL BERNARD : (Correspondance de Berlio\nGUSTAVE BERTRAND : Les Nationalités musicales étudiées dans le drame\nlyrique.\nJ. DE FILIPPI : Parallèle des théâtres modernes de l'Europe.\nA\nARTHUR HEULHARD : La Fourchette harmonique, histoire de cette société mu-\nsicale, littéraire et gastronomique.\nA. JULLIEN : Airs variés, histoire, critique, biographies musicales et drama-\ntiques.\nALBERT DE LASALLE : Mémorial du Théâtre-Lyrique ; Catalogue raisonné\ndes cent quatre-vingt-deux opéras qui y ont été représentés depuis sa\nfondation, jusqu'à l'incendie de sa salle de la place du Châtelet.\nARTHUR POUGIN : Biographie universelle des Musiciens: complément et sup-\nplément (de l'ouvrage de Fétis)."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "ER. THOINAN. : L'Entretien des musiciens, par le sieur Ganteq, etc... (réim-\npression, avec une préface et des notes, d'après l'édition rarissime\nd'Auxerre, 1643).\nF. DE VILLARS : Pergolèse.\nJ. B. WEKERLIN : Musiciana.\nEtc., etc.\nNous pourrions, en remontant à quelques années en arrière, vous indiquer\nencore : Y Histoire ecclésiastique de l'Orgue, par Gustave Bertrand ; le Guide\ndans les théâtres, par J. de Filippi ; Y Étude sur « Une Folie à Rome », opéra\nbouffe de F. Ricci, par Arthur Heulhard; les Treize salles de ïOpéra, par\nAlbert de Lasaile ; Y Histoire du Frejrschïitf, par Ed. Neukomm; Boïeldieu,\npar A. Pougin ; Maugars, célèbre joueur de vi01e..., par Er. Thoinan; Les\nIphigénies de Gluck, par F. de Villars, etc... Mais nous aimons à croire que\nces livres, précieux pour l'étude du passé et du présent de la musique, se\ntrouvent déjà dans votre bibliothèque, reliés comme il convient.\nAgréez, etc.\n\nO. Le Trioux.\n\nFAITS DIVERS\nA quatrième sous-commission du budget qui est présidée par\nM. Bardoux, s'est réunie la semaine dernière pour délibérer sur\nle budget des Beaux-Arts. Elle a successivement entendu les\nmembres du bureau de l'Association des Compositeurs de musique,\nMM. Camille Doucet et J. Barbier, ainsi que M. Vaucorbeil, commissaire du\nGouvernement, et M. Amédée de Beauplan, chef de la division des théâtres\nau ministère des Beaux-Arts. Les questions adressées par M. Bardoux, au\nnom de la sous-commission, ont porté :\ni° Sur la situation présente de l'Opéra-Comique;\n2° Sur le chiffre de l'indemnité au Théâtre-Lyrique;\n3® Sur les améliorations à introduire dans renseignement de l'art musical.\nL'affaire de l'Opéra-Comique est sur le point de recevoir une\npar la nomination de M. Carvalho aux fonctions de M. Perrin ne\ndevant pas rester au poste qu'il occupe seulement comme intérimaire; on ne\npeut souhaiter d'y voir à sa place quelqu'un dont l'expérience et le sens ar-\ntistique offrent plus de garanties que l'ancien directeur du Théâtre-Lyrique.\nL'Opéra-Comique fermera le iet juin pour rouvrir le ler septembre. M. Car-\nvalho aurait donc tout le temps de préparer une brillante saison, qui remet-\ntrait sérieusement l'Opéra-Comique dans sa voie normale. Nous pensons"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": "qu'on prendra quelques mesures dans l'intérêt du personnel, qui est pris au\ndépourvu par l'annonce d'une fermeture de trois mois.\nUne subvention de 200,000 francs sera demandée à la Chambre des Dé-\nputés par le rapporteur du budget des Beaux-Arts, M. d'Osmoy.\nM. Lucien Daùtresmes, député, a déposé l'amendement suivant au projet\nde loi portant fixation du budget des Beaux-Arts : « La subvention annuelle\naccordée au 1 héâtre-Lyrique est élevée de 100,000 fr. à 300,000 francs. »\nLa nouvelle commission des auteurs et compositeurs dramatiques s'est\nréunie le 20 mai pour nommer son bureau. Ont été élus : Président : M. Au-\nguste Maquet; Vice-Présidents : MM. Ferdinand Dugué, Jules Barbier,\nMichel Masson; Secrétaires : MM. Alfred Duru, Jules Claretie ; Archiviste :\nHenri de Bornier. Par suite de la compétition entre MM. Joncières et Mem-\nbrée, aucun musicien n'a été élu.\nLa plaque commémorative désignant la maison où est né Hérold, sera\nposée prochainement au numéro 3o de la rue des Vieux-Augustins (aujour-\nd'hui rue d'Argout), par les soins de la Société des Compositeurs de\nmusique.\nSur les huit concurrents au Grand Prix de Rome ( T six ont été\nreçus au concours d'essai : i° MM. Véronge de la Nux; 20 Rousseau; 3° H il—\nlemacher, tous les trois élèves de M. F. Bazin; 40 Dutacq, élève de M. Reber ;\n5\" Kœnig, élève de M. V. Massé; 6° Lévêque, élève de M. Reber.\nL'entrée en loges aura lieu le samedi 3 juin. La cantate choisie, intitulée\nJudith, est de M. Paul Alexandre.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. On répète activement le Freyschiit% qui accom-\npagnera le nouveau ballet Sylvia. Les principaux rôles du Freys-\nchiits seront remplis par mesdemoiselles de Reszké (Agathe), Dargm\n(Annette), et MM. Sylva (Max), Gailhard (Gaspard).\n—M. Lassalle a succédé,le 27 mai, àM. Faure dans le rôle de Charles VII\nde Jeanne d'Arc.\nThéâtre-Italien. Les représentations d)Aida doivent cesser àla fin du\nmois. Des auditions du Requiem de Verdi seront ensu'te données jusqu'au\n20 juin, époque fixée pour la clôture de la saison. Les solistes du Requiem\nseront, comme Tannée dernière, mesdames Stolz et Waldmann, MM. Masinij"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.48", "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 812, "texte": "Medini. Madame Waldmann chantera pour la première fois, à Paris, un\nmorceau que Verdi a écrit pour elle.\nRenaissance. Ce théâtre fermera ses portes le 3i mai, pour les rouvrir\nle i'r septembre avec la Petite Mariée. Berthelier est engagé pour jouer\nun des principaux rôles dans un nouvel ouvrage de Charles Lecocq.\nFolies Dramatiques. Madame Céline Montaland vient d'être engagée\npar M. Cantin, pour créer le principal rôle dans une opérette, en trois actes\nde M. Samuel David, paroles de MM. Clairville et Delacour.\nBouffes-Parisiens. Fermeture aussi le 3i mai. Réouverture le i*r sep-\ntembre avec la Princesse de Trébi\\onde.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c022", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "245", "page_fin": "246", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.6.2", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "O. Le Trioux", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.45", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "CORRESPONDANCE\nA M. N***, rue Saint-Julien-le-Pauvre, au Mans.\n\nMonsieur,\nES questions que vous nous adressez étant d'intérêt gé-\nnéral, nous croyons devoir y répondre publiquement.\nVoici donc, et en attendant des listes plus complètes,\nun catalogue des ouvrages de littérature musicale, récem-\nment parus, ou en préparation déjà très avancée. Les\nderniers, selon toute probabilité, seront publiés vers la lin\nde l'année courante, au plus tard dans les premières se-\nmaines de 1877. Votre libraire pourra, dès-lors, les faire venir de Paris :\nDANIEL BERNARD : (Correspondance de Berlio\nGUSTAVE BERTRAND : Les Nationalités musicales étudiées dans le drame\nlyrique.\nJ. DE FILIPPI : Parallèle des théâtres modernes de l'Europe.\nA\nARTHUR HEULHARD : La Fourchette harmonique, histoire de cette société mu-\nsicale, littéraire et gastronomique.\nA. JULLIEN : Airs variés, histoire, critique, biographies musicales et drama-\ntiques.\nALBERT DE LASALLE : Mémorial du Théâtre-Lyrique ; Catalogue raisonné\ndes cent quatre-vingt-deux opéras qui y ont été représentés depuis sa\nfondation, jusqu'à l'incendie de sa salle de la place du Châtelet.\nARTHUR POUGIN : Biographie universelle des Musiciens: complément et sup-\nplément (de l'ouvrage de Fétis)."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "ER. THOINAN. : L'Entretien des musiciens, par le sieur Ganteq, etc... (réim-\npression, avec une préface et des notes, d'après l'édition rarissime\nd'Auxerre, 1643).\nF. DE VILLARS : Pergolèse.\nJ. B. WEKERLIN : Musiciana.\nEtc., etc.\nNous pourrions, en remontant à quelques années en arrière, vous indiquer\nencore : Y Histoire ecclésiastique de l'Orgue, par Gustave Bertrand ; le Guide\ndans les théâtres, par J. de Filippi ; Y Étude sur « Une Folie à Rome », opéra\nbouffe de F. Ricci, par Arthur Heulhard; les Treize salles de ïOpéra, par\nAlbert de Lasaile ; Y Histoire du Frejrschïitf, par Ed. Neukomm; Boïeldieu,\npar A. Pougin ; Maugars, célèbre joueur de vi01e..., par Er. Thoinan; Les\nIphigénies de Gluck, par F. de Villars, etc... Mais nous aimons à croire que\nces livres, précieux pour l'étude du passé et du présent de la musique, se\ntrouvent déjà dans votre bibliothèque, reliés comme il convient.\nAgréez, etc.\n\nO. Le Trioux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "246", "page_fin": "247", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.6.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.46", "debut_caractere": 954, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "FAITS DIVERS\nA quatrième sous-commission du budget qui est présidée par\nM. Bardoux, s'est réunie la semaine dernière pour délibérer sur\nle budget des Beaux-Arts. Elle a successivement entendu les\nmembres du bureau de l'Association des Compositeurs de musique,\nMM. Camille Doucet et J. Barbier, ainsi que M. Vaucorbeil, commissaire du\nGouvernement, et M. Amédée de Beauplan, chef de la division des théâtres\nau ministère des Beaux-Arts. Les questions adressées par M. Bardoux, au\nnom de la sous-commission, ont porté :\ni° Sur la situation présente de l'Opéra-Comique;\n2° Sur le chiffre de l'indemnité au Théâtre-Lyrique;\n3® Sur les améliorations à introduire dans renseignement de l'art musical.\nL'affaire de l'Opéra-Comique est sur le point de recevoir une\npar la nomination de M. Carvalho aux fonctions de M. Perrin ne\ndevant pas rester au poste qu'il occupe seulement comme intérimaire; on ne\npeut souhaiter d'y voir à sa place quelqu'un dont l'expérience et le sens ar-\ntistique offrent plus de garanties que l'ancien directeur du Théâtre-Lyrique.\nL'Opéra-Comique fermera le iet juin pour rouvrir le ler septembre. M. Car-\nvalho aurait donc tout le temps de préparer une brillante saison, qui remet-\ntrait sérieusement l'Opéra-Comique dans sa voie normale. Nous pensons"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "qu'on prendra quelques mesures dans l'intérêt du personnel, qui est pris au\ndépourvu par l'annonce d'une fermeture de trois mois.\nUne subvention de 200,000 francs sera demandée à la Chambre des Dé-\nputés par le rapporteur du budget des Beaux-Arts, M. d'Osmoy.\nM. Lucien Daùtresmes, député, a déposé l'amendement suivant au projet\nde loi portant fixation du budget des Beaux-Arts : « La subvention annuelle\naccordée au 1 héâtre-Lyrique est élevée de 100,000 fr. à 300,000 francs. »\nLa nouvelle commission des auteurs et compositeurs dramatiques s'est\nréunie le 20 mai pour nommer son bureau. Ont été élus : Président : M. Au-\nguste Maquet; Vice-Présidents : MM. Ferdinand Dugué, Jules Barbier,\nMichel Masson; Secrétaires : MM. Alfred Duru, Jules Claretie ; Archiviste :\nHenri de Bornier. Par suite de la compétition entre MM. Joncières et Mem-\nbrée, aucun musicien n'a été élu.\nLa plaque commémorative désignant la maison où est né Hérold, sera\nposée prochainement au numéro 3o de la rue des Vieux-Augustins (aujour-\nd'hui rue d'Argout), par les soins de la Société des Compositeurs de\nmusique.\nSur les huit concurrents au Grand Prix de Rome ( T six ont été\nreçus au concours d'essai : i° MM. Véronge de la Nux; 20 Rousseau; 3° H il—\nlemacher, tous les trois élèves de M. F. Bazin; 40 Dutacq, élève de M. Reber ;\n5\" Kœnig, élève de M. V. Massé; 6° Lévêque, élève de M. Reber.\nL'entrée en loges aura lieu le samedi 3 juin. La cantate choisie, intitulée\nJudith, est de M. Paul Alexandre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1876-06-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1876-06-01_01#c026", "volume": "bmtnabc_1876-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "247", "page_fin": "248", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.2.6.4", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.47", "debut_caractere": 1493, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. On répète activement le Freyschiit% qui accom-\npagnera le nouveau ballet Sylvia. Les principaux rôles du Freys-\nchiits seront remplis par mesdemoiselles de Reszké (Agathe), Dargm\n(Annette), et MM. Sylva (Max), Gailhard (Gaspard).\n—M. Lassalle a succédé,le 27 mai, àM. Faure dans le rôle de Charles VII\nde Jeanne d'Arc.\nThéâtre-Italien. Les représentations d)Aida doivent cesser àla fin du\nmois. Des auditions du Requiem de Verdi seront ensu'te données jusqu'au\n20 juin, époque fixée pour la clôture de la saison. Les solistes du Requiem\nseront, comme Tannée dernière, mesdames Stolz et Waldmann, MM. Masinij"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.48", "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 812, "texte": "Medini. Madame Waldmann chantera pour la première fois, à Paris, un\nmorceau que Verdi a écrit pour elle.\nRenaissance. Ce théâtre fermera ses portes le 3i mai, pour les rouvrir\nle i'r septembre avec la Petite Mariée. Berthelier est engagé pour jouer\nun des principaux rôles dans un nouvel ouvrage de Charles Lecocq.\nFolies Dramatiques. Madame Céline Montaland vient d'être engagée\npar M. Cantin, pour créer le principal rôle dans une opérette, en trois actes\nde M. Samuel David, paroles de MM. Clairville et Delacour.\nBouffes-Parisiens. Fermeture aussi le 3i mai. Réouverture le i*r sep-\ntembre avec la Princesse de Trébi\\onde.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[201]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.1", "texte": "(1\nE grand Monnet, comme l'appe-\nlaient quelques-uns, n'était pas seu-\nlement un heureux : c'était aussi\nun habile, bravant ou inquiétant la\nconcurrence, intriguant à la fois et\npour la direction de FOpéra et pour\nPexpulsion des Comédiens ita-\nliens (2). Au bout de dix florissantes\nannées, il avait fait fortune, et par\nle bon moyen :\n« Il ne s'est pas passé une année, di-\nsent les Spectacles de Paris, depuis que\nM. Monnet en a la direction, qu'il n'ait\ndonné un nouvel éclat à ce spectacle. Il a eu d'abord dans M. Vadé le poète\nqui a le plus de talent pour le genre d'ouvrage qu'on y représente. Ajoutez\n\nJEAN MONNET\n\n(1) Voir les numéros des i 5 mars et ler juin 1875.\n(2) « L'on parle de renvoyer en Italie notre troupe de comédiens italiens, écrit d'Ar-\n\nXI.\nH"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà ce premier avantage, celui d'avoir trouvé un musicien excellent dans la\npersonne de M. d'Auvergne qui, dans les Troqiieurs, a fait voir un goût ex-\nquis, une connoissance parfaite de la bonne musique italienne. Je ne dis\nrien ni de la construction de la plus belle salie de spectacle qu'il y ait à Paris,\net des magnifiques ballets que l'habile directeur a fait exécuter avec l'applau-\ndissement général d'une foule prodigieuse et toujours soutenue de specta-\nteurs; poètes, musiciens, architectes, maîtres des ballets, décorateurs, ma-\nchinistes, etc., tous se sont réunis pour seconder ses vues, et il n'y en a au-\ncun qui n'ait excellé dans son genre. »\n<4... C'est au zèle actif de son habile directeur que l'Opéra-Comique doit\nson éclat et ses succès. M. Monnet a fait aux deux dernières foires des dépenses\nauxquelles la recette n'a pas toujours été proportionnée, surtout à la foire\nSaint-Laurent; il a plus songé à satisfaire le public qu'il n'a pensé à ses inté-\nrêts personnels dans la magnificence de ses ballets et de ses décorations, et\nquelque nombreuses que fussent ses assemblées, le produit suffisoit à peine\npour subvenir aux frais immenses de son spectacle. Tout le monde convient\nque ce théâtre n'a jamais été aussi brillant que depuis qu'il en a la direction;\net personne n'a fait voir plus de talent que lui pour des entreprises de cette\nnature. » (i)\n« MM. Vadé, d'Auvergne et Noverrc ont soutenu longtemps la gloire de\nl'Opéra-Comique sous la direction de M. Moneî. Le premier savoit animer\nses compositions par tout ce que la gaieté française a de plus enjoué. Le\nsecond en relevoit le mérite par des ariettes qui réunissoient les agréments de\nla musique italienne et de la nôtre. Le troisième y mêloit des ballets supé-\nrieurement dessinés et offroit le spectacle de plusieurs tableaux mouvants,\nque l'oeil considéroit avec autant de plaisir que de surprise. Tels étoient,\nmonsieur, les secours qu'employoit M. Moneî pour assurer la réussite de son\nthéâtre. Le poète, le musicien et le chorégraphe entroient avec lui en société\nde talents et sembloient se disputer la gloire d'amuser agréablement le\npublic. > (2)\nVers la fin de 1757, Monnet cédait l'Opéra-Comique, théâtre, maga-\nsin, décors et costumes, avec le temps qui restait à courir de son privilège,\naux sieurs Corby, Moët et compagnie (3), moyennant une somme de\ngenson en 1755; l'Opéra-Comique la remplacerait pendant les deux foires de Saint-\nGermain et de Saint-Laurent, avec d'autant plus de raison que les Italiens ne jouent\nquasi plus de pièces italiennes ou n'y ont personne... Brigue, cabale pour cela...\nLa demoiselle Favart et son mari se sont ligués avec Monnet pour cette opération.\nOn n'a fait représenter les Italiens qu'une seule fois à Fontainebleau, dégoût précur-\nseur de leur disgrâce, » « Il y a un grand appui à la Cour pour faire donner la\ndirection de l'Opéra au sieur Monnet, directeur;de l'Opéra-Comique; c'est un homme\ntrès-capable et qui entend merveilleusement cette sorte de direction. (Mémoires\nde d'Arçenson, T. VIII, 307 et 41S).\n\n(1) Spectacles de Paris pour 1766, p. 100.\n(2) L'Observateur littéraire, par l'abbé de Laporte (1759, p. 274 et 2y5).\n' (3) Colle', dans son Journal, nous renseigne sur cette combinaison financière : «Le\ngrand Monnet a quitté l'entreprise de l'Opéra-Comique en s'y réservant seulement"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.3", "texte": "JEAN MONNET\n\n83,000 livres, beaux deniers pour l'époque. Malgré les 45,000 livres\nqu'il avait dépensées en constructions, il se retirait avec 6,000 livres de\nrente environ, du fait de sa direction.\n« Le sieur Monnet, disent Hurtaut et Magny dans leur Dictionnaire his-\ntorique de Paris, à l'article Opéra-Comique, a incontestablement l'honneur\nd'avoir brisé les tréteaux ': il a le premier donné à ce Spectacle la forme d'un\nthéâtre régulier. Le zèle, la vivacité et l'intelligence avec lesquels le sieur\nMonnet s'est conduit dans cette entreprise ont été suivis des succès les plus\nheureux, car, d'un côté, il a su plaire au public et, de l'autre, acquérir en\nmoins de six années de quoi pouvoir faire une retraite honnête. »>\nLes successeurs de Monnet n'avaient qu'à profiter de la vitesse ac-\nquise, et à se tenir dans la voie de progrès où tout Paris s'était engagé\navec lui.\n« Ils ont suivi le même plan qu'il avoit formé; ils ont cherché à améliorer\ncertaines parties de détail qu'il n'étoit pas possible que M. Monnet pût avoir\nseul. Connoître les talents au premier coup d'œil, se tromper rarement dans\nson choix, c'est un mérite qu on ne pouvoit pas lui refuser. Plaire à ses spec-\ntateurs, varier sans cesse leurs amusements, travailler avec soin à la mise\nbrillante de chaque Pièce, choisir des sujets d'un mérite reconnu, en appeler\nmême des pays étrangers, ne point regarder aux frais immenses qu'une\npareille recherche entraîne nécessairement après soi : voilà le plan qu'il a\nrempli avec la plus grande ardeur; c'est aussi le plan sur lequel se fixent ses\nsuccesseurs. Ramener le sexe effarouché par le style trop libre de quelques\nanciens Opéras-Comiques, c'est encore un objet dont ils paroissent s'être fait\nune loi indispensable. » (1)\nVIII\nLà ne s'arrête pas la vie active de Monnet. En 1760, un accès de spé-\nculation le reprit : il se rappela certain Mémoire sur l'Opéra qu'il avait\nprésenté à M. d'Argenson en 1745, dans lequel il avait ébauché un\nprojet de Waux-Hall, sous le nom de Bal champêtre, qui devait dé-\npendre de l'Académie de Musique, et dont Arnould, ingénieur et ma-\nune part de 14,000 livres: il y a six parts dépareillé somme dans le fond de cette\naffaire. Deshesses, le comédien italien, en a une; Corbie, cet écumeur de littérature,\nqui vole les manuscrits à droite et à gauche et qui a fait imprimer le Théâtre des\nBoulevards, en a aussi une; un nommé Moët, une autre. Favart n'a voulu qu'une\ndemi-part de 7,000 livres; mais on lui fait, sur la chose, 4,000 livres d'appointements\npar an. Ces nouveaux entrepreneurs vont entrer en jouissance au mois de février\nprochain , ils achèvent le reste du bail de Monnet, lequel a encore trois ans à\ncourir, à ce que je crois. » (Journal de Collét T . 11, p. 126, janvier i7.58\\\n\n(i) Spectacles de Paris rour i 750."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nchiniste du roi, avait dressé les plans. Il communiqua ses vues à Louis,\nl'architecte du roi de Pologne, qui lit les dessins d un Waux—Hall,\ndont remplacement fut fixé dans le bois de Boulogne, près la Croix de\nMortemart.\nLe 8 avril iy63,Favart écrit au comte deDurazzo pour lui en annoncer\nl'ouverture ; « Le sieur Monnet, ancien directeur de 1 Opera-Comique,\na imaginé le projet d'un bal public pour le bois de Boulogne. Ce pro-\njet a été agréé de Sa Majesté. Il sera exécuté le mois prochain. Le dé-\ntail de cette entreprise demanderait trop de temps ; je le remets à une\nautre fois. »\nMais Favart n'en reparle plus, la concession ayant été finalement\nrefusée.\nMonnet, qui avait Pamour-propre de ses inventions et qui les voyait\nplagier depuis lors par Ruggieri, aux Porcherons de la rue Saint-La-\nzare, et par Torré, au Waux-Hall de la rue de Bondy, a lait paiaitie\nen décembre 1769 son Projet de Waux-Hall, gravé en quatre planches,\ndont Fréron se montre fort satisfait :\n« Les dessins en furent vus dans le temps par des personnes de goût\nqui parurent les approuver. Seconde par une compagnie qui lui four-\nnissoit des fonds pour cette entreprise, M. Monnet en sollicita le pri-\nvilège, qui lui fut refusé. Il est certain que cette espèce de Waux-Hall\nou Bal champêtre, méritoit la préférence sur tous ceux qu'on a vus de-\npuis... La plus forte objection qu'on pouvoit faire contre ce Waux-\nHall étoit son éloignement de Paris; mais on recueilloit de cette posi-\ntion des avantages considérables : i° l'éloignement en auroit détourné\ntout le menu peuple, qui fait ordinairement la plus grande foule aux\nfêtes publiques et aux promenades dont les accès lui sont libres. 20 Ce\nWaux-Hall n'étant pas un bal perpétuel, mais une fête réservée poui\nl'été c'est-à-dire pour le temps où tous les spectacles sont moins fré-\nquentés que les promenades, il ne pouvait faire aucun tort à ces spec-\ntacles. M. Monnet, n'ayant pu faire exécuter son projet, vient, àla solli-\ncitation de ses amis et pour sa propre satisfaction, de le faire graver en\nquatre planches, d'après les dessins de M. Louis. La première offre une\nvue du bois de Boulogne, où remplacement du Waux-Hall est indiqué,\nla seconde présente un plan général du Waux-Hall; la troisième, la\ncoupe de l'édifice, et la quatrième son élévation. Ces quatre planches\nsupérieurement gravées par nos meilleurs maîtres, se trouvent à Paiis\nchez M. Monnet, rue de Cléry, près la rue Saint-Philippe, et chez Basan,\nmarchand d'estampes, rue du Foin-Saint-Jacques. Le prix est de six\nlivres. Vous serez enchanté de la beauté de l'architecture, de la variété"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.5", "texte": "JEAN MONNET\n\net du goût qu'on a répandus dans les jardins et dans les accessoires. » (1)\nLe Bal champêtre, de Monnet, est le point de départ de toutes les entre-\nprises du même genre : c'est lui qui a déchaîné cette fureur de Waux-\nHall et de Colisées qui se déclara dans Paris pendant le dernier tiers du\ndix-huitième siècle, et qui se répandit en province avec une telle inten-\nsité que M. Du Belloi, évêque de Marseille, dut lancer un mandement\ncontre les abbés détournés en masse des pratiques de la religion par le\nGolisée de Marseille.\nD'après Bachaumont, Monnet aurait participé en 1769 à l'entreprise\ndu Golisée de Paris, à la tête de laquelle étaient « le sieur Camus, archi-\ntecte de M. de Choiseul, le sieur Monnet, ancien directeur de l'Opéra-\nComique, et doué d'un talent particulier pour ces sortes de spectacles et\nd'inventions, le sieur Corbie, etc. » (2) Monnet a pu être entendu, à titre\nconsultatif, dans les conciliabules qui précédèrent la construction du\nGolisée; il était d'un bon conseil sur les matières en délibération; on a\npu chercher à s'entourer de ses lumières. Mais il était trop avisé pour\ns'engager avec des capitaux dans la commandite de ce singulier établis-\nsement, célèbre pour avoir englouti plusieurs millions à ses actionnaires,\net pour 's'être fait en quatre ans deux cent soixante créanciers princi-\npaux qui, après avoir plaidé à outrance, soit entre eux, soit contre les\npropriétaires, ne voyaient d'autre compensation à leurs pertes que la\ndestruction et la vente des matériaux du monument qu'ils avaient aidé\nà édifier (3).\nAprès un voyage de quelques mois à Londres, en 1766, Monnet\nétait de retour à Paris, bien décidé à ne plus jouir de la vie qu'en bour-\ngeois aisé. C'est pendant ce voyage, le troisième qu'il ait entrepris à\nLondres, qu'il publia un Projet pour rétablissement d'un opéra italien\ndans la ville de Londres (4), projet auquel il ne fut pas donné suite. Il\ny recherche les moyens de l'administrer. Il rêve grand. Il y expose ses\nidées sur le recrutement des artistes, sur les livrets et sur la musique qui\nconviennent au tempérament anglais. Il se montre très exigeant à l'égard\nde l'orchestre, qu'il veut excellent; il entend relever les exécutions avec\ndes chœurs expérimentés et des ballets conduits par un homme de génie\ndans la danse. Il descend dans les détails de l'exploitation; il appelle à\n\n(r) Fréron. Année littéraire de 1769, T. VIII, p. 276 et suivantes.\n(2) Mémoires secrets, T. IV, 17 juin 1769, p. 25<j.\n(3) Voir au sujet de cet édifice et de ses jardins, de forme et de destinée également\nbizarres, la Description du Cotisée élevé aux Champs Elysées sur les dessi)is de\nM. Le Camus, par le sieur Le Rouge, avec plan. (Paris, 1771, in-12 de 24 p.}.\n(4) Archives de l'Opéra, petit in-40, 8 pages."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nson aide Vigarani et Vaucanson pour les machines, et Servandoni pour\nles décorations. Il veut s'attacher aussi un habile dessinateur d'habits,\net insiste sur la nécessité de costumes exacts et de bon goût. Il va jus-\nqu'à donner l'adresse des fabricants d'étoffes d'or, d'argent, de soie, et\nen fleurs de Lyon auxquels il faudrait s'adresser. « Tous mes moyens\nsont évidents, et j'en crois l'exécution très-possible. Il ne s'agit point\nici de spéculation.... sans me piquer d'autre mérite que des notions\nqu'apporte le goût des arts, lorsqu'on ie cultive, et de quelque expé-\nrience formée du commerce que j'ai toujours eu avec tous les hommes\nde talent que j'ai pu connoître, s'il n'est pas défendu de sentir à quoi\nnotre génie nous appelle, il me semble que la conduite du spectacle dont\nj'ai fait le plan, pourroit réussir entre mes mains. 11 me siéroit mal de\nme prévaloir de cette activité, de cet esprit d'ordre, dont bien des per-\nsonnes ont la bonté de me faire honneur. Je m'en rapporte sur ce point\nau témoignage des honnêtes gens qui ont eu affaire à moi, et qui m'ont\nsuivi dans mes entreprises. »\nNous le rencontrons, le i 3 février 1770, dînant chez le graveur Basan\navec Georges Wille, autre graveur, le peintre Boucher, M. de Valois,\ncurieux, et des attachés de la maison de Choiseul (1). A trois ans de là,\nnous le retrouvons faisant office de cicerone auprès d'un royal étranger,\nle duc de Glocester, en expédition galante à Paris. C'est ce qu'on lit dans\nles Mémoires secrets du 7 décembre 1773 : « Le duc de Glocester, frère\ndu roi d'Angleterre, est ici depuis quelque temps dans le plus parfait\nincognito; ce qui l'empêche d'aller à la cour. C'est le sieur Monnet,\nancien directeur de spectacles, et fort répandu dans les filles de cette\ncapitale, qui s'est emparé de Son Altesse, et préside à ses plaisirs. Il a\ndemandé pour elle, aux différentes comédies, les pièces qu'elle désiroit,\net elle a été annoncée sur les affiches comme un personnage de la plus\ngrande distinction. » Puis, tout à coup, comme s'il eût arrangé toute sa\nvie en féerie, il disparaît par une trappe dans les dessous de cette scène\nbrillante sur laquelle il avait tenu tant de place.\nIl convient de ne pas trop se récrier sur le dernier rôle que Bachau-\nmont prête à Monnet. Monnet ne serait pas de son siècle, s'il n'eût été\ngrand coureur de guilledou : il donne la réplique au duc de Glocester.\nC'est le délit, en ce temps-là mal défini, de complaisance envers les\nprinces.\nD'autres imputations ont été portées contre Monnet, mais elles ne\nviennent pas d'une source immaculée. Dans son terrible Colporteur,\n\n(1) Mémoires et Journal de J.-G. Wille, graveur du roi. (Paris, Renouard, 1857,\nT. I, p. 424)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.7", "texte": "JEAN MONNET\n\nChevrier lui reproche d'avoir engagé la Beauménars, dite Gogo, alors\nqu'elle n'avait que quatorze ans, moyennant quatre louis par mois\nqu'elle lui payait pour se produire. Seulement le maladroit ajoute que\nMonnet le fît par reconnaissance pour lui, Chevrier, auquel il avait des\nobligations. Le même Chevrier, en humeur de venger la morale, ac-\ncuse tous les directeurs de l'Opéra-Comique et de l'Opéra de se faire\npayer une redevance sur le vice auquel ils donnent de la publicité.\nJe ne puis rapporter ici, malgré toutes les séductions du langage\nmythologique dont elle est entourée dans l'original, l'anecdote de\nFavart sur la discussion qui s'éleva un jour entre Monnet et Crébillon\nsur la prééminence de leurs avantages physiques. L'affaire fut jugée sur\npièces.\nA partir de 1772, Monnet n'occupera plus les feuilles publiques de\nsa personnalité que par les annonces qu'elles feront de ses Mémoires.\nIl va s'enfonçant dans une ombre grandissante qui nous dérobera sa\ntrace jusqu'à sa mort.\nD'après Fétis et d'autres auteurs, Monnet serait mort à Paris en\n1785 ; mais aucun ne cite le document sur lequel il s'appuie, et l'expé-\nrience apprend à se méfier des biographes. Ils ne se gênent pas pour\nassassiner à leur guise les gens qui ne se sont pas laissé mourir à heure\nfixe (1).\nSi Monnet n'eût pas été de nature voyageuse, il ne nous répugnerait\naucunement d'accepter la date et le lieu de sa mort, en 1785, à Paris,\nrue de Cléry, sur le chemin de cette'foire Saint-Laurent qu'il avait\nrendue si vivante, et qui agonissait, elle aussi ! Mais il aimait tant le\ndéplacement ! Nous avons sous les yeux un billet de lui, daté de Sois-\nsons, le 18 mars -1784, à l'adresse de Perregaux, banquier, rue du\nSentier (2).\nTout y trahit des préoccupations de rat niché dans son fromage de\nHollande. Il y parle d'une garniture de cheminée et d'une brochure\nqu'il attend de Londres pour Monsieur le fermier général Tronchin.\nIl a l'air de s'être retiré là, dans le Soissonnais, loin des fanfares du\nboulevard, loin des parades de Nicolet et des figures de cire deCurtius.\nSerait-il mort à Soissons? Je n'ai pu suivre cette piste jusque sur les\nregistres de l'état civil. Les archives de la ville ayant été incendiées en\n1814, aucun document municipal ne nous permet de la contrôler.\n\n(I)Le Dictionnaire de Chaudon et Delandine tue Monnet vers 1771.\n(2) Ce billet fait partie de la collection Sapin."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIX\nBachaumont annonce, à la date du 18 février 1772, que Monnet est\nen train de proposer ses Mémoires par souscription pour paraître le\nicr avril suivant, qu'ils sont de sa plume et qu'ils contiendront les « mer-\nveilleuses, incroyables et véritables mystifications » du petit Poinsinet.\nIls y sont fort maltraités à la date du i 3 avril 1772. « Les Mémoires de\nMonnet se distribuent... C'est un véritable poisson d'avril que ce bateleur\nlittéraire a donné au public. » On s'attendait en effet, dans les cercles des\nhommes de lettres, à des révélations scandaleuses sur des personnages\nencore vivants. Les anciens amis de Poinsinet protestaient principalement\ncontre les Mystifications et invoquaient presque l'appui de la police\npour interdire un livre injurieux au souvenir du mort. On fut désillu-\nsionné par le ton peu agressif de ces Mémoires, où les noms propres\nsont volontiers remplacés par des pseudonymes, ou indiqués, dans les\npassages scabreux, parleurs premières syllabes. Mademoiselle B .., l'hé-\nroïne des épisodes court-vêtus de la tournée de Monnet en province, est\nla Beauménars, célèbre dans les alcôves sous le sobriquet de Gogo.\nViolentine, maîtresse de Monnet, s'appelait Agnès Doucet ; le nom\nn'était pas en harmonie avec le caractère.\nIl eut aussi Mesdemoiselles Villiers et Raton, actrices de FOpéra-Co-\nmique, et une demoiselle des Anges. J'en passe, et des pires.\nIl y a quelques scènes amusantes dans les Mystifications du petit P...,\nlisez Poinsinet. Mais on conviendra qu'il y a plus de sel et aussi plus\nd'humanité dans la dernière de nos charges d'atelier.\nC'est un problème incompréhensible que ce Poinsinet, qui avait en lui\ndeux natures, comme certains phénomènes qu'on exhibe ont deux têtes.\n« A la malice d'un singe, dit fort bien Monnet, il unissait l'imbécillité\nd'un oison. » Au théâtre, son esprit s'éveillait, il cousait des idées et\nnouait des intrigues ; mais à la ville, il montrait une telle crédulité que,\nsous l'influence de certains mauvais plaisants, ses facultés intellectuelles\net affectives s'atrophiaient. Palissot notamment avait le don singulier de\nle faire tomber en enfance : cruel passe-temps dont il abusait dans les\ncercles de gens de lettres. Au contact de Palissot, Poinsinet sentait son\ncrâne se vider. Cet homme, qui écrivait des pièces à succès pour la Co-\nmédie-Française, se laissait entraîner à écouter, du haut du Pont-Royal,\nles prophéties d'une carpe qui lui annonçait les plus hautes destinées ,\nce collaborateur applaudi de Philidor et de Duni, abjurait tour à tour et la\nfoi catholique et la foi protestante devant témoins, par complaisance pour la"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.9", "texte": "JEAN MONNET\n\ngalerie. On lâchait dans Paris ce parolier ingénieux et élégant, tout\noint d'une pommade jaunâtre qui avait la vertu de le rendre invisible,\npuis après l'avoir injurié, battu de verges, arrosé de vin, on renvoyait\nvoler l'argent enfermé dans le secrétaire de son père, sous les yeux\nmême de celui-ci, le tout à titre de fantôme. Voilà ce qu'on trouvait plai-\nsant dans la société de Palissot, les soirs où l'on se réunissait chez le\ntraiteur Lande].\nM. Jules Bonassies, dans son livre sur les Spectacles forains et la\nComédie-Française, est tenté de considérer les Mémoires de Monnet\ncomme apocryphes, sous le prétexte que l'ordonnance visant l'expulsion\ndes laquais de l'Opéra-Comique est postérieure à la direction Monner,\net que celui-ci n'a pu l'obtenir à son profit, ainsi qu'il le déclare, a L'or-\ndonnance dont il est question, dit-il, est évidemment celle du 21 jan-\nvier 1 et ce n'est pas Monnet qui put la faire rendre, puisqu'il n'était\nplus directeur à ce moment. » Notre savant confrère surprend Monnet en\ncontradiction avec la vérité, mais il passe à une conséquence trop ri-\ngoureuse en contestant l'authenticité de ces Mémoires (1), lesquels ne\nsont ni au-dessus ni au-dessous de ce dont il était capable.\nDivers nouvellistes, rédacteurs de mémoires et bibliographes, quali-\nfient Monnet d'auteur dramatique et veulent absolument qu'il ait fait en\n1737 la comédie du Fat puni, qui est de 1738 et de Pont-de-Veyle. Qué-\nrard indique comme étant de Monnet une petite comédie en un acte in-\ntitulée Vlnconséquente ou le Fat puni, représentée le lundi 20 août 1786\naux Variétés et annoncée par le Journal de Paris sous le titre de Y In-\nconséquente ou le Fat dupé, sans nom d'auteur. Il s'est laissé induire en\nerreur par la France littéraire de J. S. Ersch, qui mentionne cette\npièce à l'article : Monnet, mais avec un point d'interrogation, c'est-à-\n--dire de doute. D'ailleurs Ersch fait endosser à Jean Monnet tout le ba-\ngage dramatique d'un certain Monnet, auteur d'une quantité de petites\npièces jouées sur les théâtres secondaires pendant la Révolution, long-\ntemps après la mort de Monnet (2).\nIl n'y a également aucune raison pour ajouter foi à la Table des Mé-\nmoires secrets de Bachaumont, rédigée par Warée, et d'après laquelle il\nfaudrait attribuer à Monnet la musique d'un Prologue des Amours des\ndieux, fête sarmate, avec des paroles de Fuzelier, annoncée le 3o sep-\n\n(1) Il y a des exemplaires des Mémoires de Monnet qui ne portent que le dernier\ntitre, sans celui de Supplément, etc., et la date de 1777. C'est la même édition.\n(2) Entre autres, les Amants sans accord, comédie en un acte et en prose. Paris,\n1793. L'Orage, opéra villageois, en un acte, Paris, an VI. La Noce de Lucette,\nopéra en un acte, an VII, etc., etc."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntembre 1767, par Bachaumont, comme devant passer sous peu de jours\nà l'Opéra.\nIl y a toutefois dans le répertoire oublié de l'Opéra-Comique, une\npièce à laquelle Monnet paraît n'avoir pas été étranger : c'est la Fausse\nTurque, opéra comique donné à la foire Saint-Laurent, le 3 juillet\n1761, musique de Gibert. Le 21 du mêmemois l'abbé de Voisenon écrit\nà Favartune lettre que voici et qui prête à cette hypothèse : « Madame\nGorbi me dit que l'Opéra-Comique fait des merveilles ; on lui a cepen-\ndant mandé qu'une pièce nouvelle dont elle ne sait pas le titre était\ntombée; je juge que c'est la Fausse Turque de Monnet. Toute\nautre autre pièce turque que celle du poëte aux gros yeux (Voisenon\nfait allusion à Favart, qui venait de donner au Théâtre-Italien Soli-\nman II ou les Sultanes, en avril 1761) sera la Fausse Turque ; il n'y\naura jamais que la sienne de véritable ; il ferait bien de ne perdre ni ses\nyeux ni son temps. » Le Nécrologe de 1773 dit, de son côté, que\nBrunet, qui avoua la Fausse Turque, avait un collaborateur. La pièce\ntomba si bas qu'elle fut retirée après une seule représentation.\nEn revanche, des bibliographes modernes lui font honneur de la\nparade du Chirurgien anglais, représentée en 1774, et faussement\nattribuée à Collé (1).\nCitons l'annonce de Gille, placée en tête de cette parade comme un\nspécimen des harangues facétieuses débitées aux badauds par les artistes\nen plein vent :\nGILLE. De tous les temps les grands seigneurs et les Gens du beau monde\nont fait et joué la parade. C'est ce qui m'autorise, messieurs et mesdames, à\ndemander de l'indulgenee pour celle que nous allons avoir l'honneur de vous\nreprésenter en personnes naturelles. 11 n'y a rien de si beau que la parade,\nde si sublime que la parade, et rien cependant de si ordinaire que la parade.\nLe soldat qui va au coup de fusil, ce n'est que pour la parade. Le grand-\nturc n'a un serrail que pour la parade; et beaucoup de gens parmi vous, mes-\nsieurs, ne portent un grand nez que pour la parade. Les petites maîtresses\nqui ont des vapeurs, la bouffante, le gros chignon et le caraco, ce n'est que\npour la parade. Les petits maîtres n'ont des chevaux de carosse anglois et\ndes demoiselles de l'Opéra que pour la parade. Si on a abandonné Molière\n\n(i) M. E. de Manne, dans son Nouveau Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseu-\ndonymes (Lyon, Scheuring, 1862, in-8°), la restitue formellement à Monnet. En\nvoici le titre, relevé sur l'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal. « LE CHI-\nRURGIEN ANGLOIS, parade par M... Prix, quinze sols. (A Londres, et se trouve à\nParis, chez la veuve Duchesne, et à Lyon, chez le sieur Cellier, libraire, au Ca-\nbinet littéraire, quai Saint Antoine. 1774, in-8.) Les attaches de Monnet, avec\nLondres et Lyon expliqueraient assez les dépôts faits dans ces deux villes."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.11", "texte": "JEAN MONNET\n\npour les Pièces larmoyantes et les Drames anglais, le Vaudeville pour\n1 Ariette, le Vin pour les Femmes, les Femmes pour les filles entretenues, la\ntable pour le luxe, tout cela n'est que pour la parade\nAllons, mesdames, voilà la bonne heure, prenez vos places ; voici le triomphe\nde la foire Saint-Germain, de la foire Saint-Laurent et de la foire Saint-Ovide;\nc est ici le grand Jeu, la troupe hollandaise, siamoise, danoise, bavaroise et\nsuédoise. C est nous qui faisons rire et sauter les filles et femmes de ce quar-\ntier. Nous avons l'entreprise des enfants faits et à faire dans toute l'étendue\nde cette province. Nous sommes les grands sauteurs et les plus grands\nsauteurs.\nQuant àla parade en elle-même , c'est une parade, et toute foraine.\nLéandre compte épouser Isabelle. Mais Cassandre a promis la main de\nsa fille à un chirurgien anglais, Cotouel, qu'il attend d'Angleterre. Gille,\nvalet de Léandre, jette à la traverse un de ses amis déguisé en Cotouel,\nqui, après avoir proposé des traitements féroces à Cassandre, le déclare\nincurable et le voue à une mort prochaine. Cassandre, pris de syncopes,\ndéfend à Isabelle Cotouel. Léandre guérit Cassandre à petits\ncoups de ratafia et épouse Isabelle : véritable intrigue de tréteaux.\nIl existe plusieurs portraits de Jean Monnet. On voit à Saint-Quentin,\npatrie de La 1 our, dans la salle d'étude de l'école gratuite de dessin,\nun magnifique pastel du maître exposé au salon de 1757 et représentant\nJean Monnet en habit noir, avec un gilet brodé d'or et un jabot de\ndentelle. C'est le Monnet officiel, Monnet à sa caisse : l'œil est d'un fin\nmatois. Saint-Aubin a gravé un autre portrait de Monnet d'après C. N.\nCochin : médaillon avec attributs de musique et emblèmes et la devise :\nMulcet, Movet, Monet. Il est placé en tête des Mémoires de Monnet.\nC est le Monnet épanoui, à la lèvre humide, au teint chaud, souriant\nà tous ses souvenirs de jeunesse. La bibliothèque de Lyon possède une\népreuve in-8, inachevée, d'un portrait de Monnet: médaillon sans le\nnom ni la devise du personnage, profil à gauche. C. N. Cochin delin.\nViguet sculpsit.\nAu cours de cette étude, j'ai trouvé et réuni sur le personnage qui\nen fait l'objet, des renseignements qui achèvent de le peindre. Ces docu-\nments complémentaires trouveront leur place dans le volume que nous\npréparons sous le titre de JEAN MONNET. Histoire d'un entrepreneur de\nspectacle au xvine siècle.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.12", "texte": "0)\n( Suite.)\nXIX\nN sait que nous sommes en 1709.\nQuelques jours avant l'ouverture de la Foire, les\nsieurs Holtz et Godard, Suisses de la garde de feu le\nduc d'Orléans, se présentèrent à la police et deman-\ndèrent l'autorisation d'ouvrir chacun un spectacle. On\nla leur accorda immédiatement ; aussitôt ils se trans-\nportèrent chez Bertrand et lui dirent :\nC'est fait; nous avons l'autorisation que voilà, et qu'on nous a dé-\nlivrée sans la moindre difficulté.\nBertrand, transporté de joie, réunit ses confrères Dolet, Laplace et\nSelles.\nJ'avais trouvé un biais, leur dit-il, pour passer par-dessus les arrêts\n\nLA FOIRE SAINT-GERMAIN\nDEUXIEME PARTIE\nSTECTACLES DE LA FOIRE\n\n(i) Voir les numéros des ier décembre 187b, lel'1e1' et ib avril, lel'1e1' et i 5 mai 1876."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.13", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\ndu Parlement et narguer les comédiens du roi. Ce biais, je ne vous l'ai\np:s fait connaître, parce qu'avant de le divulguer, je voulais m'assurer\nde sa réussite. Maintenant qu'elle est certaine, le voici : Vous savez que\nles Suisses jouissent en France du privilège de faire valoir leur industrie\ndans plusieurs professions. Eh bien ! moi, Bertrand, qui possède deux\nloges dans le préau de la foire Saint-Germain, j'en ai fait une vente si-\nmulée aux sieurs Holtz et Godard, Suisses de la garde de feu le duc\nd'Orléans, et par ce moyen j'ai la certitude d'ouvrir la foire comme par\nle passé, c'est-à-dire avec de belles et bonnes pièces empruntées au ré-\npertoire des Italiens. J'ajoute que Holtz et Godard ont l'autorisation de\nla police pour ouvrir deux spectacles à la foire.\nTrès bien pour vous et Selles, répondit Dolet; mais moi et mon\nassocié Laplace, nous n avons pas Lie Suisses poui chaperon,\nNous ferons avec deux, repartit Bertrand, si vous voulez vous\njoindre à Selles et à moi, et consentir à cet arrangement : Holtz prendra\nvotre troupe à titre de gagiste, tandis que Godard s'arrangera de la nôtre.\nEst-ce convenu ? Qui ne dit mot consent. Il sera donc fait comme je\nviens de le dire.\nLe jour de l'ouverture de la foire arriva. Holtz et Godard avaient fait\nà la manière accoutumée l'annonce et l'affichage de leur spectacle; mais\nvoilà qu'aussitôt la cérémonie de l'ouverture terminée, on leur signifia\nun ordre de M. d'Argenson qui leur retirait l'autorisation.\nLes forains ne jouèrent pas moins.\nBien entendu qu'au préalable ils avaient envoyé les Suisses se\npourvoir contre le lieutenant de police, à la Prévôté de l'hôtel, où ils\navaient leurs causes commises en qualité de commensaux du duc d'Or-\nléans.\nM. de Noyon, qui présidait à cette juridiction, débouta les Suisses de\nleur opposition. La sentence est du 5 février. Immédiatement, Holtz et\nGodard en appellent au Grand Conseil et font assigner devant lui les co-\nmédiens qui, il va sans dire, s'empressent de décliner la compétence de\ncette juridiction, et de demander au Parlement 1 exécution de son aiièt\ndu 2 janvier, lequel portait : « Et le lieu où les forains font leurs repré-\nsentations, sera fermé et leur théâtre abattu et démoli. »\nAlors le public de la foire assista à une série de scènes qui, aujour-\nd'hui, ne nous paraissent que grotesques, mais qui, dans ce temps-là,\nimpressionnèrent singulièrement.\nDonc, le samedi 20 février, le spectacle étant fini et tout le monde\nsorti des loges, plusieurs escouades du guet à pied et à cheval, entou-\nrèrent la loge de Holtz en même temps. Quarante archers de la robe"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncourte, commandés par les exempts Le Roux et Panetier, qu'accom-\npagnaient les huissiers Rozeau et Girault, porteurs de l'arrêt du\nParlement, pénétrèrent dans la loge. Pelletier, menuisier de la Comé-\ndie-Française, escorté de garçons munis de haches, de scies, de mar-\nteaux, etc., etc., entra également. Holtz, qui avait été prévenu de cette\nvisite, reçut tout ce monde avec un flegme tout helvétique. 11 écouta de\nmême la lectuie de lanct, puis il fit un signe, et un personnage à\nl'allure solennelle fut introduit, lequel très gravement se mit à son tour\nà lire un second arrêt qui détruisait l'effet du premier.\nCe personnage était maître Hesselin, huissier du Grand Conseil.\nVive altercation entre les trois huissiers,\nDéfense est faite aux comédiens et aux forains de procéder en\nnulle autre juridiction que celle que je représente, disait Hesselin.\nNous ne connaissons d'autre juridiction que le Parlement, re-\npartirent Girault et Rozeau, pourquoi nous allons procéder à l'exé-\ncution.\nVous ne le ferez pas.\nNous le ferons.\nEh bien ! dans ce cas, moi, Hesselin, huissier du Grand Conseil,\nje déclare « que je vous prends à partie en vos propres et privés noms. »\nLes deux huissiers du Parlement se consultèrent du regard. Evi-\ndemment la prise à partie les avait fortement ébranlés. Ils sortirent delà\nloge d'un air qui disait clairement :\nNous ne voulons pas courir les risques de ce jeu-là ; allons nous\nprémunir contre toute éventualité fâcheuse.\nEt de fait, ayant laissé leur escorte, ils se transportèrent sous la porte\nde la Treille, précisément derrière la loge de Holtz, chez le procureur\nBurette. Là, ils trouvèrent Dancourt et Dufay, deux sociétaires de la\nComédie-Française, accompagnés du commissaire Chevalier. Les\nhuissiers leur firent part de l'intervention du Grand Conseil. Le pro-\ncureur et le commissaire opinèrent qu'il était prudent de se retirer.\nMais les comédiens, moitié en haine des forains, moitié pour s'épargner\nl'affront d'une reculade, après l'algarade odieuse et ridicule qu'ils\nvenaient de commettre, exigèrent qu'on passât outre l'arrêt du Grand\nConseil, et déclarèrent assumer toute la responsabilité de ce qui pouvait\narriver. En attendant, ils signèrent un engagement dans ce sens aux\ndeux huissiers du Parlement, qui alors retournèrent chez Holtz et\n« firent abattre une partie du théâtre et des loges, rompre les déco-\nrations et démolir les bancs du parquet. »\nIl va sans dire que Godard subit la même dévastation."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.15", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nLe lendemain, scène cTun nouveau genre.\nLes Suisses, à 10 heures du matin, firent afficher leurs spectacles,\ncomme si rien ne s'était passé la veille. La foule ne pouvait en croire\nses yeux.\nMais c'est impossible ! disait-on; hier, nous avons vu tout saccager,\nC'est vrai, répondaient les afficheurs; mais cette nuit on a tout\nréparé; et maintenant, on achève de mettre en place les décorations.\nTout Paris courut ce jour-là à la foire Saint-Germain pour s'assurer\nde la réalité du fait.\nNaturellement, les deux spectacles firent une recette énorme.\nLa rage des comédiens du roi ne connut plus de bornes. Elle grandit\nen proportion de son impuissance à s'assouvir; car, d'une part, ils n'a-\nvaient pas sous la main leurs hommes de la veille; et, d'autre part, le\nlendemain se trouvait être un dimanche. Mais ils se mirent en mesure\npour entreprendre une expédition décisive le lundi suivant, de très bon\nmatin. Ce qu'ils firent. Cette fois, ils ne se contentèrent pas de tout\ndétruire; ils laissèrent encore douze archers en garnison dans les loges,\navec ordre de se chauffer des débris. Pour le coup, impossible de passer\noutre; les représentations furent suspendues jusqu'à la décision du\nGrand Conseil.\nElle parut le 14 mars, et le 21 du même mois on la signifia aux\ncomédiens. La décision donnait droit aux Suisses, et condamnait les\ncomédiens en général à 6,000 livres de dommages et intérêts, et Dancourt\net Oufay, particulièrement, en 360 livres d'amende applicables, moitié\nau pain des prisonniers, et moitié à la chapelle du Grand Conseil.\nExaspération des comédiens qui ne voulurent pas satisfaire à cette\ndécision. Mais Hesselin était là pour les y contraindre; il se transporta\nen conséquence à leur théâtre, situé, comme chacun sait, rue des Fossés-\nSaint-Germain, à quelques pas de la foire, et opéra la saisie générale\nde tous leurs effets. Alors, seulement, les comédiens jugèrent à propos\nde s'exécuter. Le 28 mars, ils consignèrent les 6,000, plus les 360 livres,\nchez leur notaire Durand, firent opposition sur la vente, et appelèrent\nde la décision du Grand Conseil au Conseil privé du roi, lequel, par\narrêt du i 5 avril suivant, évoqua le procès et les procédures.\nPendant ce temps, les forains avaient réparé leurs loges et repris leurs\nspectacles à la grande joie du public, et à la non moins grande confusion\ndes comédiens du roi. Ni le peuple, ni les forains ne leur épargnèrent\nles quolibets et les nazardes. Hélas ! on ignorait qu'ils devaient avoir\nle dernier mot de l'affaire.\nEn effet, un arrêt du Conseil privé, en date du 17 mars 1710, donna"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfinalement gain de cause aux comédiens. Bertrand avait payé chèrement\nson fameux biais; aussi, rompit-il son association avec Selles, qui\nretourna en province. Lalauze entra dans la troupe d'Alard. Quant à\nDolet et à Laplace, faisant contre fortune bon cœur, ils se soumirent à\nne plus représenter que des pièces à la muette. Ce que les malheureux\nforains, pendant ces douze années de luttes, durent déployer d'intelli-\ngence, d'esprit et d'imagination, dépenser d'expédients, tant pour plaire\nau public que pour ne pas avoir l'air de narguer les sentences de jus-\ntice ou d'enfreindre les arrêts du Parlement, est bien certainement ini-\nmaginable. Pièces à scènes détachées, pièces-monologues, pièces à la\nmuette, pantomimes, imitations, que savons-nous encore ! ils essayèrent\nde tout. Les mémoires du temps racontent qu'ils contrefaisaient à la\nperfection les meilleurs acteurs de la Comédie-Française, et qu ils\nparodiaient leurs pièces de façon à les rendre si ridicules, que quelques-\nunes ne pouvaient plus supporter la représentation. C'est en pleine lutte\nque la troupe de Dolet donna les Poussins de Léda, parodie des Tyn-\ndarides, de Danchet; que Selles représenta la parodie d'Atrée et de\nThyeste. La première de ces parodies était de Le Noble, l'auteur des\nPasquinades.\nXX\nAlard et la veuve Maurice, grâce aux arrangements qu'ils avaient pris\navec l'Opéra, étaient restés tout le temps à l'abri des procès et des tribu-\nlations. Leurs spectacles, très suivis, avaient prospéré grandement. Celui\nde la veuve Maurice, surtout, tirait de la valeur de Dominique un sur-\ncroît de vogue. Ajoutons qu'elle avait fait de grands frais pour les\nmachines et décorations. Alard n'avait pas non plus négligé de tirer\nbon parti des ressources que le traité avec l'Opéra mettait à sa dispo-\nsition; mais il faut croire qu'il ne possédait pas les mêmes moyens que\nla veuve, puisque son spectacle ne venait qu'en seconde ligne.\nIl nous faut dire ici qu'Alard n'était plus associé avec la veuve Mau-\nrice depuis 1706, et que ce n'était que par pure complaisance que cette\ndernière le faisait bénéficier du traité avec Guyenet, qui lui appartenait\nen propre. N'importe ; la prospérité de son spectacle n'en était pas moins\nsérieuse, et tout ce qu'il pouvait espérer de mieux, c'est que les affaires\ncontinuassent à suivre le même train. Par malheur, il n'en fut pas ainsi.\nEn 1710, la veuve Maurice épousa un gentilhomme du nom de Marti-\nnengue, qu'elle avait sauvé d'une accusation capitale. Avant son mariage,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.17", "texte": "par acte du 22 octobre 1709, elle céda les baux de diverses places ou\nmaisons qu'elle avait pris pour sept années, et aussi les bâtiments qu'elle\navait fait construire, y compris toutes les machines et décorations, à\nJean Levesque, sieur de Bellegarde, et Pierre-Eustache Desguerrois.\nPar cet acte, la veuve Maurice s'engageait, pour elle et pour ses deux\nfilles, à ne plus tenir ni faire tenir, directement ou indirectement, « aucuns\njeux. » Comme une de ses filles avait épousé le fils du célèbre comédien\nBaron (la seconde se maria avec le sieur de Mouy, directeur de la gabelle\nde Melun), les acquéreurs, pour mieux s'assurer sa renonciation, lui\ndonnèrent 4,000 livres « par forme de pot-de-vin. » Nous verrons plus\nloin qu'elle ne tint pas ses engagements.\nLes acquéreurs ayant mis leur spectacle sous le nom de Dominique,\nouvrirent la foire de l'année 1710 avec une pièce de cet acteur qui eut\nbeaucoup de succès (.Arlequin Atjrs). Malgré cet heureux début, ils\ncédèrent ou louèrent leur spectacle à Saint-Edme et à son épouse\nDuchemin.\nLorsque la veuve Maurice vendit, son traité avec l'Opéra était-il expiré\nou sur le point d'expirer, et Guyenet ne voulût-il pas le renouveler ?\nSe trouvait-il, au contraire, rompu par le seul fait de la vente ? C'est\nce qu'il ne nous a pas été possible de vérifier. Nous savons seulement\nqu'à la foire de 1710, les nouveaux acquéreurs s'en servirent; qu'Alard\nseul reçut défense « d'user de la permission de chanter et de danser sur\nson théâtre; » et, qu'enfin, les Saint-Edme, qui ouvrirent en 171 j,\nn'étaient pas plus autorisés qu'Alard.\nBref, après 1710, et pendant cinq ans, on ne joua sur les théâtres de\nla foire que des pièces à la muette. Pour se faire une légère idée de la\nfatigue, des difficultés, des prodigieux efforts de mimique que devaient\nsurmonter les acteurs afin d'amuser le public et se faire comprendre de\nlui, il nous suffira de dire que chacun avait dans sa poche droite un grand\ncarton roulé sur lequel était écrit son rôle en gros caractères, et qu'il\ndevait le déployer toutes les fois qu'il entrait en scène ou qu'il donnait\nla réplique.\nAinsi finit la seconde phase des spectacles forains.\nPassons à la troisième.\nXXI\nLes Saint-Edme, aux lieu et place de la veuve Maurice, le départ de\nDominique pour la province, les débuts de Raguenet et l'apparition\n\nXI.\nLA FOIRE SAINT-GERMAIN\n15"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'une nouvelle troupe formée par Nivelon, voilà les changements que\nnous avons à noter à l'ouverture de la foire Saint-Germain de l'année 1711.\nLe départ de Dominique fut occasionné par la défense faite aux forains\nde parler, chanter et danser sur la scène.\nNivelon était un danseur de premier ordre pour les danses pantomimes.\nLouis XIV le goûtait fort, paraît-il, et plusieurs fois il l'appela à Ver-\nsailles pour lui voir exécuter une danse dite Nivelon s'était\nassocié avec un maître pauimier du nom de Cerveau, qui demeurait\nFossés de l'Estrapade. Les deux s'étaient fait construire une loge au bout\nde la rue de Tournon, à côté de la porte de la foire.\nLes principaux sujets de la nouvelle troupe étaient un Anglais du nom\nde Baxter, Saurin, Maillard et sa femme; Génois et mademoiselle Bell.\nBaxter était un des plus beaux et des plus jolis hommes qu'on eût\njamais vus à la foire. Il était en plus d'une distinction achevée. Superbe\nsous le masque d'Arlequin, il était ravissant dans les rôles travestis en\nfemme. On dit qu'il copiait à la perfection l'inimitable demoiselle Pré-\nvost, de l'Opéra, dans la danse du Cet celle de la tempête\ncyone.\nSaurin était le frère du maître pauimier Cerveau. Il jouait très bien\nles rôles de Mezzetin et, comme son camarade et ami Baxter, il excellait\naussi dans les travestissements d'hommes en femme. Depuis quelques\nannées, l'usage s'était introduit dans les spectacles forains de débiter un\ncompliment en prose au commencement et à la fin de chaque foire.\nSaurin passe pour avoir élevé cette fonction à l'importance d'un rôle.\nMaillard s'était acquis de la réputation dans le rôle de Scaramouche ;\nsa femme était la meilleure Colombine qu'on eût encore vue. C'est pour\nelle que Lesage fit, en 1715, la pièce de Colombine arlequin.\nGénois était le Gille de la troupe. C'est le premier qui ait dansé sur la\ncorde avec des sabots.\nLa demoiselle Bell, fille d'un Volard qui montrait des animaux au\ncoin de la rue de Tournon, jouait les amoureuses.\nTandis que les Saint-Edme jouaient dans leur\nsalle du jeu de paume d'Orléans, Dolet et Laplace, dans leur loge du\npréau, représentaient les Aventures de Raguenet.\nCet auteur fit ses débuts à Paris, comme acteur, dans sa propre pièce.\nRaguenet était fils d'un maître chandelier de Paris qui fournissait à\nla Comédie-Française. Il avait fait d'excellentes études et longtemps\nvoyagé en Italie avant de s'engager dans une troupe de province.\nL'année 1711 est particulièrement marquée par la mort d Alard, sur-\nvenue à la suite d'une blessure qu'il s'était faite à la tête en exécutant"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.19", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nun saut périlleux à la foire Saint-Laurent. Le peuple, qu'il amusait de-\npuis si longtemps, déplora vivement sa perte. Les écrits du temps le re-\nprésentent comme un « sauteur de grand talent et un homme de probité\net de bonne conduite, mais peu fortuné. »\nQue devint sa troupe ? Elle passa en 1712 sous la direction d'Octave,\nfils de Constantini, acteur de l'ancien théâtre Italien et acteur lui-même,\nmais depuis une dizaine d'années retiré de la scène. A la mort d'Alard,\nil occupait encore l'emploi très productif d'inspecteur des barrières. Oc-\nlave ouvrit la foire Saint-Germain avec Arlequin empereur dans la\nlune, pièce du répertoire des Italiens, mise en couplets avec scènes nou-\nvelles, par Remi et Chaillot. Quels sont ces auteurs-là? nous demandera-\nt-on peut-être. Voici : Remi était l'ami de Chaillot et Chaillot était\n« aide à mouleur de bois. » Les mémoires du temps ne nous apprennent\nrien d'autre; mais ceux postérieurs d'une vingtaine d'années ajoutent :\n« Ils étaient des philosophes inconnus qui sont morts de même. »\nLa vérité est que Chaillot et Remi sont les inventeurs des pièces à\nécriteaux, d'où est sorti l'Opéra-Comique, et que\ndans la lune,est la première du genre. Or, par leur invention, aussi\ningénieuse qu'originale, les spectacles forains pouvaient enfin es-\nquiver la défense qui leur était faite de parler et de chanter sur la\nscène.\nVoici comment se jouaient les pièces à écriteaux: D'abord, elles étaient\nen couplets, sur des airs connus ; ensuite, les couplets que chaque acteur\ndevait censément chanter, étaient écrits très gros et très lisiblement,\navec le nom du rôle, sur du papier collé soit sur du carton fort épais, soit\nsur des planchettes. C'étaient les écriteaux. Lorsqu'un acteur, pour ex-\npliquer son jeu, devait chanter tel ou tel couplet, l'écriteau correspon-\ndant descendait du cintre et restait suspendu au-dessus de sa tête. Aus-\nsitôt l'orchestre jouait l'air connu, puis des individus gagés, placés au\nparterre et à l'amphithéâtre, chantaient le couplet que l'acteur mimait\nsur la scène.\nLe public goûta si fort ce spectacle, que peu de temps après son in-\nvention, lui-même chanta en choeur les couplets.\nDans le principe, les écriteaux descendaient du cintre au moyen de\nficelles. Un peu plus tard on les fît descendre par des petits enfants tout\nnus, affublés en amours ; ils devinrent ainsi un motif à décoration.\nOctave, durant l'année 1712, s'adjoignit l'acteur italien Romagnesi,\npetit-fils du fameux Cintio, et un certain Roland, dit le danseur de\nM. le duc de Mantoue,qui était inimitable, paraît-il, dans les Jjtis&s"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde paysan « à visage découvert. » On raconte que ce Roland « savait\nvarier ses traits avec tant d'art, qu'il semblait en changer. »\nXXII\nEn même temps qu'Octave, nous voyons apparaître la Baron, cette\nfille de la veuve Maurice, qui avait épousé le fils du célèbre Baron de la\nComédie-Française, et que nous avons vue toucher 4,000 livres, à la\ncondition de ne tenir ni faire tenir aucune troupe à la foire. Elle débuta\navec la troupe de Nivelon, que ce sauteur avait laissée en plan, traqué\nqu'il était par ses créanciers.\nLe succès obtenu par Octave avec ses pièces à écriteaux fut si consi-\ndérable que les autres forains résolurent de l'imiter. Ils prirent leurs dis-\npositions en conséquence pour l'ouverture de la foire de 1713. Octave\nen prit-il ombrage, ou bien voulut-il tout simplement se procurer une\nbonne affaire? Le tout est que, sans rien dire à personne, il prit à loyer\ndes fermiers des revenus du cardinal d'Estrées, la totalité du préau de la\nfoire Saint-Germain, moyennant 40,000 livres.\nOn devine l'irritation et surtout l'embarras des forains qui avaient\nfait élever des loges dans ledit préau. Ils auraient bien voulu faire un\nprocès à quelqu'un, mais à qui ? Ils n'avaient aucun titre, car ils louaient\npar foire, et ce n'était que par pure tolérance qu'on ne les forçait pas à\ndémolir leurs loges après chaque fermeture. Le plus court pour eux était\nde s'entendre avec leur camarade, d'autant qu'il les avait mis en de-\nmeure de démolir leurs loges ou de les lui louer. Les pourparlers à ce\nsujet furent longs. A la fin, Octave traita avec les Saint-Edme et la Ba-\nron, qui s'étaient associés, moyennant 20,000 livres, c'est-à-dire moitié\nde la location totale. Pour Dolet, Laplace et Bertrand, ils se résignèrent\nà passer avec leur troupe sous la dépendance de l'heureux principal\nlocataire.\nPortons à l'actif de l'année 1713 les débuts du célèbre Le Sage comme\nauteur forain. Sa première pièce à écriteaux a pour titre Arlequin roi\nde Serendib. Elle fut jouée chez la Baron avec un succès qui nuisit à\ntous les autres spectacles, ceux d'Octave comme celui de Saint-Edme,\nqui pourtant avaient fait revenir à grands frais Dominique et engagé\nl'acteur italien Paghetti.\nNous ne trouvons aucune particularité bien intéressante à noter à la\nfoire Saint-Germain de 1714. Toutefois, nous mentionnerons, dans la"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.21", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\ntroupe d'Octave, les débuts de Mademoiselle Chateauneuf, nièce de la\nDuclos, de la Comédie-Française. Cette année encore, la Baron deve-\nnue veuve, se remaria avec un sieur de Baune, dont la fortune lui ser-\nvit à rendre plus brillant son théâtre.\nL'année 1715, par exemple, fait époque. Elle vit mourir Louis XIV\net naître officiellement l'Opéra-Comique. En effet, pour la première fois,\nle théâtre de la Baron (que nous n'appellerons désormais plus que la\nde Baune) et celui des Saint-Edme, prirent tous les deux !ce titre sur\nleurs affiches.\nIci une explication est nécessaire.\nAla fin de l'année 1714, les Saint-Edme, successeurs, comme on\nsait, de la veuve Maurice, firent agir de si puissants protecteurs auprès\ndes syndics et directeurs de l'Opéra, que ceux-ci consentirent à la fin à\nleur accorder pour une année la même autorisation dont avait joui\npendant quelques années leur devancière. Le nouveau traité fut signé\nle 26 décembre 1814. Les Saint-Edme annoncèrent cette bonne au-\nbaine à leur associée la de Baune et lui offrirent de la partager avec\neux, moyennant qu'elle payerait, bien entendu, la moitié du prix que\nleur coûterait l'autorisation. La de Baune n'eut garde de refuser, d'au-\ntant qu'en lui offrant de partager avec elle le bénéfice de l'autorisation,\nles Saint-Edme consentaient encore à laisser prendre à son spectacle\nle même titre qu'eux-mêmes avaient adopté, sans doute sous l'inspi-\nration de Le Sage, qui avait écrit à leur intention~et spécialement pour\nl'ouverture de la foire Saint-Germain, la parodie du Télémaque et la\nCeinture de Vénus.\nLa de Baune, qui était intéressée, pas du tout scrupuleuse et d'une\nprobité équivoque, avait déjà réfléchi, comme les événements ne vont\npas tarder à le prouver, que le titre était excellent et à lui seul une nou-\nveauté; qu'en acceptant les propositions de Saint-Edme, il le faisait\nsien, et que finalement pour le posséder seule il lui suffirait d'obtenir\nà son nom un traité de l'Opéra.\nEn attendant,elle tint la foireSaint-Germainavec la Foire de Guibray,\nArlequin Mahomet et le Tombeau de Nostradamus. Ces pièces, comme\ncelles de Saint-Edme, étaient en vaudevilles mêlés de prose. Aux deux\nspectacles, Gillier fit la musique des ballets et Dumoulin les régla.\nCette foire-là Octave fit pauvre figure avec Arlequin sultane favo-\nrite, pièce à écriteaux de Le Tellier.\nHamoche, le fameux Pierrot, débuta cette année chez les Saint-\nEdme.\nEtrange coïncidence : il n'y avait pas huit mois que l'Opéra-Comique"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nétait né à la foire Saint-Germain, que le bruit du retour de l'ancienne\ntroupe italienne se répandit. Le Régent, disait-on, les avait autorisés\nà rouvrir leur théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Ce bruit ne tarda\npas à se vérifier. Les Italiens, en effet, firent leur début dans le courant\nde Tannée 1716.\nLa coïncidence porte sur cette particularité que ce sont ces mêmes\nacteurs italiens, dont personne n'espérait plus le retour, qui, un jour,\nraviront aux spectacles forains l'opéra-comique, c'est-à-dire leur meil-\nleur élément de vogue et de prospérité. Ainsi toujours le mal pousse à\ncôté du bien.\nMais avant qu'on ne songe à enlever l'opéra-comique à la foire, bien\ndes années s'écouleront encore. Et tout ce temps ne sera pour lui qu'une\ninterminable série de luttes, d'humiliations, de traverses, de proscrip-\ntions même, car des ennemispuissants ne cesseront jamais deconspirer sa\nmort, tantôt en voulant l'étouffer par l'étreinte de leurs privilèges, tan-\ntôt en essayant de le faire disparaître par l'intrigue et l'arbitraire. Heu-\nreusement, ce genre si éminemment français, était né robuste, fortement\nconstitué, précoce surtout, puisqu'il passa presque sans transition, au-\ntant dire du coup, de l'enfance à la virilité.\nLa naissance de l'opéra-comique à la foire Saint-Germain de l'année\n1715, clôt la troisième et dernière phase des spectacles forains.\nIl nous reste à parler maintenant des vicissitudes qui assaillirent la\ncréation de Le Sage, jusqu'au jour où, ayant atteint son complet déve-\nloppement, on l'enleva aux forains.\nAh ! si Le Sage avait été encore de ce monde lorsque la chose se fit,\ncomme il aurait protesté ! Mais il n'y était plus depuis quinze ans ; si\nbien que les Italiens firent leur, et sans conteste, cet opéra-comique n'v?\nson créateur avait défini ainsi dans sa Pénélope moderne :\nCe spectacle la divertira,\nA force de rire elle pleurera ;\nCe croustilleux genre d'opéra\nEst un pot-pourri qui toujours plaira :\nC'est du lyrique,\nC'est du comique,\nC'est du tragique,\nLes spectacles sont tous dans celui-là."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.23", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nXXIII\nPendant les cinq premières années, Topéra-comique n'étant pas in-\nquiété, marcha de succès en succès avec les pièces de Le Sage, Fuzelier et\nd'Orneval. Jamais la foire Saint-Germain ne fut plus brillante que du-\nrant cette période ; jamais aussi, par contre, la Comédie-Française ne fut\nplus délaissée. Du 3 février qu'ouvrait la Foire jusqu'à sa fermeture en\navril, les comédiens du roi jouaient bien des fois devant des loges et des\nbanquettes à peu près vides. La jalousie les mordit au cœur, et leur an-\ncienne haine pour les forains se réveilla d'autant plus féroce que ces der-\nniers, qui croyaient n'avoir rien à redouter de leurs atteintes, grâce à\nl'autorisation de l'Opéra, ne se faisaient pas faute de les narguer en ma-\nnière de représailles. C'était sans doute de bonne guerre; les forains\navaient payé assez cher le droit de rire de leurs ennemis. Convenons\ncependant que parfois ils les frappèrent trop dru, surtout aux endroits\nsensibles. Ainsi, par exemple, dans la Querelle des Théâtres, les\nforains étaient à leur tour féroces, en faisant dire à la Comédie-\nFrançaise :\n*\nMes yeux sont étonnés du monde que je voi\\\nPourquoi faut-il, hélas! qu'il ne soit pas che\\ moi.\nLes choses en arrivèrent à ce point que les comédiens du roi résolurent\nde faire supprimer l'Opéra-Comique, soit en agissant directement sur\nl'Opéra, soit en faisant agir auprès du Régent. L'entreprise ne laissait\npas que d'être malaisée, puisque, à tout prendre, les syndics de l'Aca-\ndémie royale de musique retiraient sans bourse délier d'assez beaux pro-\nfits de leur autorisation. Cependant les comédjens du roi n'hésitèrent pas\nà se mettre en campagne. Les circonstances les servirent à souhait.\nMieux encore : les forains les aidèrent inconsciemment à atteindre leur\nbut. L'artisan de cette équipée fut la de Beaune.\nNous avons vu qu'en qualité de leur associée, les Saint-Edme lui avaient\noffert de partager avec eux le bénéfice de l'autorisation de l'Opéra. L'an\nd'après, la de Beaune s'arrangea pour obtenir elle-même cette autori-\nsation. Comme les conditions de son association avec les Saint-Edme\nétaient qu'on partagerait les profits et pertes de chaque spectacle, la de\nBeaune ne crut pas prudent, quelque envie qu'elle en eût, de priver ses\nassociés du bénéfice de l'autorisation; seulement, elle leur fit acroire"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu'elle l'avait payée plus cher qu'eux. Les Saint-Edme, qui avaient déjà\neu occasion d'apprécier le peu de bonne foi de la de Beaune, ne lui firent\naucune objection. Seulement, avant d'accepter ses offres, ils exigèrent\nd'elle un engagement portant qu'à l'avenir celui des deux associés qui\nobtiendrait la permission de l'Opéra en ferait part à l'autre, pour un\nseul théâtre, moyennant moitié de la somme payée aux syndics, ladite\nsomme devant être dûment justifiée. Par le même acte, passé le 29 jan-\nvier 1716, la de Beaune et la Saint-Edme s'engageaient à ne s'enlever\nréciproquement aucun acteur, à peine par le contrevenant de payer à\nl'autre une somme de 6,000 livres. La de Beaune comprit la portée de\ncet engagement. Mais elle espérait bien rendre tout à fait illusoires les\nprécautions que les Saint-Edme prenaient contre elle. Du reste, la de\nBeaune travaillait déjà au moyen de duper ses associés. A la fin de 1716,\nen effet, elle avait si bien intrigué, que le Régent fit paraître l'arrêt sui-\nvant, en date du 26 novembre :\n« Sa Majesté, étant en son conseil, de l'avis de M. le duc d'Orléans,\nrégent, a cassé et annullé, casse et annule toutes les clauses et conven-\ntions que les entrepreneurs des spectacles populaires des foires Saint-\nGermain et Saint-Laurent peuvent avoir faites de se communiquer la\npermission qui aura été accordée à l'un d'eux : veut, Sa Majesté, que\ncelui auquel la concession en pourra être faite, en jouisse, en dispose\nseul, sans être tenu d'en faire part aux autres, si bon ne lui semble,\npour quelque cause et sous quelques prétextes que ce soit. Comme aussi,\nSa Majesté a cassé et annullé, casse et annulle tous les actes et engage-\nments passés jusqu'à ce jour entre lesdits entrepreneurs, leurs dits\nacteurs, actrices, danseurs, danseuses, symphonistes et compositeurs de\ndanse et musique. Permet, Sa Majesté, tant auxdits entrepreneurs qu'à\nleurs dits gagistes, de se pourvoir par de nouveaux engagements, ainsi\nque bon leur semblera. »\nEn même temps que la de Beaune obtenait cet arrêt, les syndics et le\ndirecteur de l'Académie royale de musique lui accordaient la permission\nexclusive des spectacles mêlés de chants, de danses et symphonies, sous\nle nom & opéra-comique, pour 1 5 ans et 2 mois, à commencer du ier jan-\nvier 1717. Le traité est du 28 novembre, c'est-à-dire de deux jours seu-\nlement postérieurs à l'arrêt. Il porte que la de Beaune payera 3 5,000 livres\npar année aux syndics de l'Académie royale de musique, et qu'en\ngarantie du payement, la contractante et son mari, quoique séparés de\nbiens, engagent tous leurs immeubles, notamment la terre de Saint-\nSauveur appartenant à la femme, et les terres de Presle, de Beaune et de"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.25", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nla Percherie, propriétés du mari a les deux déclarant tous ces biens\nfrancs et quittes de toutes dettes et hypothèques, à la réserve de\n100,000 livres qu'ils peuvent devoir. »\nLe tour était joué. La de Beaune, quoique pouvant avantager les\nSaint-Edme, s'y refusa net, déclara rompu rengagement passé avec eux,\net leur enleva Facteur Dominique, qu'elle convoitait depuis longtemps.\nAussitôt un procès assez scandaleux pour les de Baune s'engagea;\net, quoi qu'elle pût faire, sa mauvaise foi fut mise tellement en évi-\ndence, qu'on la condamna à payer i 5,000 livres aux Saint-Edme, à titre\nde dédommagement.\nVoilà donc la de Baune au comble de ses vœux. Par malheur, elle\navait trop convoité. Malgré le succès qu'obtint son spectacle à la foire\nde 1717, le bail était si onéreux qu'elle perdit énormément d'argent. A\nsa sollicitation, les syndics consentirent à résilier son traité; mais en\nmême temps ils lui signifièrent leur intention de tenir eux-mêmes à\nl'avenir l'Opéra-Gomique. Ils l'essayèrent effectivement à la foire Saint-\nGermain, avec les pièces intitulées le Réveillon des Dieux, les Animaux\nraisonnables et la Reine de Monomotapa, et ne réussirent pas. Il faut\ndire que Le Sage était contre eux ; qu'il avait repris les pièces à écriteaux\net décoché contre l'Opéra et l'Opéra-Gomique des syndics le Château\ndes Lutins, Arlequin-Orphée et Arlequin, valet de Merlin. Alors les\ncomédiens du roi intervinrent utilement. La besogne ténébreuse de la\nde Baune avait si fort avancé la leur, qu'ils n'eurent qu'à parler pour\ndécider la suppression de TOpéra-Comique, y compris celle de tous les\nspectacles à vaudevilles. Un ordre de la Cour parut dans ce sens à la fin\nde 1718.\nLa suppression dura pendant toute l'année 1719. Dans l'intervalle de\nces démêlés, qui furent si funestes aux forains, Octave avait cessé son\nspectacle et était allé offrir ses services aux Italiens. Dominique fit de\nmême après la suppression, et débuta à l'hôtel de Bourgogne dans les\nrôles de Pierrot, puis de Trivelin, le 11 octobre 1717. En fait d'acteurs\nnouveaux, on avait vu apparaître Toscano, beau-frère de Pascariel, la\nfameuse de Lisle, dont la réputation a été longtemps légendaire à la foire\nsous le nom d'Olivette; le célèbre sauteur, Francisque, avec toute sa\nfamille, composée de ses deux sœurs avec leurs maris, de sa femme et du\nfrère de sa femme, père d'une petite fille, alors de quatre ans, et qui\ndevait briller d'un si vif éclat à l'Opéra sous le nom de la Sallé (ses\ndébuts à l'Académie royale de musique datent de 1727. Elle dansa pour\nla première fois à la foire Saint-Germain, dans la Princesse de Carismé).\nEnfin, la d'Aigremont, surnommée la Camusou, élève d'Hamoche. Les"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nauteurs et musiciens nouveaux qui travaillèrent pour les spectacles\nforains pendant la même période, sont Aubert, La Font, La Coste.\nEn somme, voici le résultat final des démêlés :\nLes Saint-Edme revinrent aux spectacles primitifs. Pendant la foire\nSaint-Germain de 1718, leur affiche annonça, entre autres curiosités,\nun âne qui devait voler. Or, ce prétendu vol consistait à faire glisser la\nbête sur une corde tendue de haut en bas et d'un bout à l'autre de la\nsalle. On pense que ce manège ne dura pas longtemps ; cependant il\npermit à Le Sage de faire pour eux les trois pièces satiriques dont nous\navons parlé. Mais aprèsl'ordre delà Cour, les Saint-Edme nevoulant plus\nrien risquer, se retirèrent. Quant à la de Baune,, elle expia cruellement\nsa mauvaise foi. La suppression la trouva si affreusement engagée, que\nles créanciers s'emparèrent de ses biens et de ceux de son mari. Réduit à\nla misère, ce couple peu intéressant partit pour la Louisiane, où le sieur\nde Baune avait obtenu une place de procureur général. On raconte que\nrevenue en France après quatre années d'absence, la de Baune perdit son\nmari et fut réduite à accepter une place d'ouvreuse chez Honoré, dont il\nsera parlé plus loin.\nL'année même 1721, où la de Baune partait pour TAmérique, sa\nmère, jadis la veuve Maurice, mourait dans sa terre de Vineuf.\nXXIV\nL'Opéra-Comique ne reparut à la foire Saint-Germain qu'en 1725.\nLes autres spectacles, malgré l'interdit de la Cour, trouvèrent cependant\nmoyen de se sortir d'affaire. D'aucuns même obtinrent de très gros\nsuccès. Il est vrai de dire que le Régent donna des ordres pour qu'on\nusât avec eux de beaucoup de tolérance. Les marchands, directement in-\ntéressés à leur succès, s'étaient aussi fortement entremis. D'ailleurs, le duc\nd Orléans n'ignorait pas que c'étaient moins les bagatelles qui se ven-\ndaient à la foire que les spectacles qui attiraient la foule; et que sans di-\nvertissements, ou avec des spectacles trop démodés, le commerce forain\nserait inévitablement perdu. Il s'agissait donc de laisser faire. Restait à\nsavoir qui ? puisque les anciennes troupes n'existaient plus. C'était le\nmoins embarrassant. La véritable difficulté consistait à trouver des au-\ndacieux qui osassent attacher le grelot, c'est-à-dire ouvrir. Ils se trou-\nvèrent : Lalauze et Restier formèrent une troupe, Francisque en forma\nune autre, et toutes les deux apparurent bravement à la foire de 1720"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.27", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\navec des pièces moitié en prose, moitié en jargon, et presque entière-\nment conçues en monologues.\nCelles de Francisque étaient faites par d'Orneval (Vile de Googon,\nY Ombre de la foire, Arlequin roi des ogres ou les bottes de sept lieues,\nla Queue de vérité7 le Diable d'argent, allusion détournée à ce qui se\npassait rue Quincampoix) ; chez Lalauze, c'est Fuzelier qui faisait les\npièces (le Camp des amours, le Chartier du Diable, le Lourdaud\nca). Les deux troupes n'ayant pas été inquiétéesf reparurent en 1721 et\nfirent à peu près ce qu'elles voulurent. Ne fallait-il pas détourner l'at-\ntention de la déconfiture de Law. Francisque ne joua pour ainsi dire\nque des pièces en prose mêlées de vaudevilles (Arlequin Endymion, la\nForêt de Dodone, Margotin, Robinson, roman alors dans toute sa nou-\nveauté). Ces quatre pièces,dues à la collaboration de Le Sage et d'Orneval,\neurent un succès énorme. Le public applaudit beaucoup le prologue de\nla dernière, intitulé VOmbre d'Alard. Si la franchise fut grande cette\nannée-là, on peut en juger par ce petit bout de confidence que fait\nEndymion à son amoureuse de Montmartre.\n« La fière Junon m'a donné les principes premiers de la galanterie et\nDiane m'a achevé Aussi bien Jupiter m'a débarrassé de Junon ;et\nj'ai fait un trou à la lune. »\nLe couplet final a bien aussi sa saveur.\nDiane a enfin remarqué Endymion. Elle lui propose de l'épouser.\nJe ne dis pas non, répond Endymion ; mais quel sera mon emploi\ndans le ciel?\nLors Diane de lui chanter :\nNotre gloire sera commune,\ni\\otre emploi moins embarrassant :\nMoi je ferai la pleine lune\nEt toi tu feras le croissant.\nENDYMION.\nVoilà un véritable emploi de mari.\nEn 1718, lorsque Law changeait l'or en papier dans la rue Quincam-\npoix, la Cour aurait certainement trouvé à reprendre tout au moins à la\nforme d'Arlequin Endymion. Mais en 1721, le système avait fait\nfaillite ; le gouvernement appelait les fions fions à la rescousse. Tou-\njours la politique de Mazarin : le peuple chante, donc il paiera.\nEn 1722, les effets de la débâcle de Law s'étant un peu calmés, les ri-\ngueurs reparurent.\nFaute de pièces possibles, la troupe de Lalauze et Restier se débanda"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\net ne parut point à la foire Saint-Germain. Francisque était sur le point\nd'en faire autant lorsqu'un inconnu vint lui offrir deux pièces répondant\naux exigences de la situation (cette un acteur, à la fois seulement,\npouvait paraître sur la scènej; Tune était intitulée Arlequin-Deucalion\net l'autre XAntre de Trophonius. Cet inconnu, qui n'avait travaillé\njusque-là que pour les marionnettes, sous le nom de Maisonneuve, était\nnotre célèbre Piron.\nQue firent cette année-là Le Sage, d'Orneval et Fuzelier? Ils transfor-\nmèrent le préau de la foire Saint-Germain en Pactole. Là, en effet, can-\ntonnés dans une petite loge, ils firent représenter par des marionnettes,\nsous le nom de La Place, des pièces qui firent fureur. Le Régent lui-\nmême voulut les voir ; mais comme il craignait sans doute les mur-\nmures de la foule, il ne vint à la foire qu'après la fermeture, et se fit re-\nprésenter le spectacle à deux heures du matin. Il consistait en une seule\npièce avec prologue. La pièce portai pour titre Pierrot Romulus ou Le\nRavisseur poli ; c'est la parodie de la tragédie de La Motte, que repré-\nsentait la Comédie-Française. Le prologue était intitulé Y Ombre du\ncocher poète. Jamais les comédiens du roi ne furent plus vertement\nsanglés. C'est à ce propos que le comédien Legrand, prenant fait et\ncause pour tous ses camarades, écrivit les vers suivants :\nLe Sage et Fuzelier dédaignant du haut style\nLa beauté,\nPour le Polichinelle ont abandonné Gille)\nLa rareté!\nIl ne leur manque plus quà crier par la ville\nLa curiosité.\nIl faut croire que la visite du Régent à la foire de 1722 porta bon-\nheur à celles de 1723 et 1724, puisque ces années-là nous voyons se re-\nformer trois spectacles, savoir: celui de Restier, un deuxième de Dolet,\nassocié avec La Place, et un troisième tenu par Bienfait, gendre de Ber-\ntrand. Encore une fois, par une permission tacite, les forains purent\njouer des pièces en vaudevilles mêlés de prose. .\nLa Petitpas, fille d'un serrurier de Paris, débuta en 1723 chez Dolet,\ndans FAndriague. En janvier 1727, l'Opéra l'enleva aux spectacles de\nla foire pour lui faire jouer Thisbé. Son coup d'essai fut un coup de\nmaître. Depuis lors, la Petitpas compta parmi les étoiles de l'Académie\nroyale de musique.\n(La fin au prochain numéro.)\n\nA. PRADINES."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.29", "texte": "(0\nQ/lnnée iBys\nES Français sont le peuple qui raconte le plus volon-\ntiers en chansons, les grands et les petits événements\naccomplis chez lui. Nous ne parlons, bien entendu,\nque de ces pièces d'actualité, en dehors des chants\nrépublicains ou patriotiques. Ces cordes-là vibrent\ndans tous les pays, tant au nord qu'au sud; aussi,\nn'avons-nous pas été trop étonné devant l'avalanche des chants de\ntriomphe dont s'est gratifiée l'Allemagne depuis la guerre. Dans la plu-\npart de ces pièces, nous sommes suffisamment vilipendés, on peut nous\ncroire sur parole, car ce répertoire vantard a passé sous nos yeux en\ngrande partie, avant de prendre place dans notre\nsons. Si madame la censure l'avait permis, nous aurions pu soumettre\nà la curiosité des lecteurs de la Chron quelques traduc-\ntions, quelques échantillons de ces amabilités et affabilités prussiennes.\nEn 1875, la Muse chansonnière française con à verser ses flots\nde poésie sur la République, sujet qui a été traité à peu près par tous\nles jeunes et vieux poëtes qui aimeraient troquer leur modeste chambre\n(peu garnie) contre une stalle de député; mais cela arrive si rarement?\nL'Alsace n'est pas oubliée; c'est, en effet, une plaie vive qu'on ne\ncicatrise pas avec du nitrate d'argent, vulgairement appelé\n\nL'HISTOIRE EN CHANSONS\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juillet, 1\" août 1873, icr avril et ler mai 1874, i 5\nmars iSy5."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnale. Les chansons sur nos provinces perdues commencent ce catalogue.\nAlsace-Lorraine est un chœur anonyme paru à Nancy, plus méritoire\nd'intention que de poésie. Le Pasteur alsacien, de M. Moreau, a\nune partie de hautbois; nous regrettons que l'auteur ne se soit pas\nservi de cet instrument pour rappeler quelque thème populaire alsacien.\nLa Leçon de musique, par Villemer, H. Ryon et R. Pbnquette, aun\njoli frontispice de Lix, et même une dédicace à Madame Kœchlin-\nSchwartz; c'est un grand-père alsacien qui fait chanter des airs français\nà ses petits-enfants. Venepetits-enfants, A. Lefranc et F. Boissière.\nL'Orphelin de l'Alsace, R. Dutertre et R. Trémel. VAlsacienne,\nL. Ratisbonne et G. Spetz. —La Cocarde, P. Déroulède, L. Bordèse.\nLe clairon sonne, adieu cocarde,\nAdieu Chansons, et cependa?it,\n« Ah! si je l'avais, ce ruban! »\nAh! si je l'avais, la cocarde!\nEt je m'arrêtai tout tremblant.\nMais elle alors si simplement :\n« Tene%, dit-elle, et Dieu vous garde! »\nNous n'avons pu deviner, malgré notre application soutenue, si le\nVin de la Moselle, par Evrard et Collignon était un chant français ou\nun chant prussien. Voici le couplet final adressé aux envahisseurs :\nSoldats qui comprenez que la loi fraternelle\nDoit vers l'humanité nous guider à jamais,\nQuand son heure viendra, le vin de la Moselle\nVous sera de grand cœur versé par les Français.\nIl paraît que M. Joseph Arnoldi a appris un peu sur le tard que la\nFrance avait eu une guerre avec la Prusse, car il vient de mettre en\nmusique le Rhin allemand, de Musset; cela arrive comme « Mars en\ncalèche. »\nIl y a une petite série de chansons philosophico-républicaines : Les\nSoldats du progrès, Dracy et L. Benza. La, France qui travaille,\nSavaudy et Liébeau. L'Hymne au travail, de Jean Michaëli. Le Blason\ndes gueux, Evrard et Collignon.\nC'est ainsi que dotant la nation française,\nRouget de Lisle inspire un souffle glorieux ;\nC'est sous un ciel de feu qu il fit la Marseillaise.\nSon chant tient tout entier dans le blason des gueux."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.31", "texte": "L'HISTOIRE EN CHANSONS\n\nNous observerons au poëte que Strasbourg n'est pas sous un ciel de\nfeuy nous l'avons habité, et nous en savons quelque chose, or, Stras-\nbourg est la patrie de la Marseillaise, qui eut pour parrain le patriotique\nmaire de la ville, Dietrich.\nPlace àla vérité, L. Çapet, E. Carel et A. d'Hack; ce nom de L. Capet\nnous tracasse bien un peu} ce n'est pas Louis Capet évidemment.\nSalut au Panthéon! Laroche, Duhem et H. Natif; on ne nomme que\nRousseau et Voltaire :\nTu les portas à l'immortalité\nAu nom de ceux pour qui leur beau génie\nFit naître une ère et nouvelle et bénie\nOù commença pour nous la liberté.\nCela manque un peu de ponctuation : ces imprimeurs n'en font jamais\nd'autres !\nLe Suffrage universel est de J. Michaëli, paroles et musique; mais\npourquoi mettre choeur ad libitum ? s il y au monde une situation où\nle choeur soit obligato, c'est bien dans le Suffrage universel. cet ad\nlibitum peut faire manquer tout l'effet du morceau. Sur l'image, le pot\nqui représente l'urne, est entouré de quatre muses habillées de blanc et\nde bleu, avec des casques de pompier en or*, c est d un très joli effet.\nL'Ange de la Patrie, de J.-B. Chauvin et W. Moreau, est dédié à\nMadame la comtesse de Chambord\", c est la seule pièce légitimiste, à\nmoins d'y ajouter la Marche royale de S. A. R. Don Carlos, par\nMadame Flora Conway, et la Marche royale de CharlesVll, par E. de\nPenaranda; cette dernière marche a pour frontispice un joli portrait de\nDon Carlos; la précédente est également rehaussée d'un portrait, mais\nc'est un Don Carlos qui a la figure d'un de ces hommes qu on n aimerait\npas à rencontrer dans le carrefour d'un bois à la nuit tombante.\nAu reste, le roi Alphonse X.II (chacun son tour) a eu aussi sa marche,\ncelle-ci est d'Avelino Valenti ; nous trouvons encore : le Vingt-trois jan-\nvier, chant royal à l'occasion de la fête de Sa Majesté Alphonse XII,\nroi d'Espagne, dédié à Sa Majesté Isabelle 11, paroles et musique de\nP. Courtois On ne peut l'être davantage.\nLe malheureux voyage aérien de M. Xissandier et de ses compagnons\nest chanté dans deux morceaux différents : le Zenith, par A. Perreau\net R. Planquette ; les Martyrs de la science, J. et\nV. Michel.\nL'Armée territoriale est mise en chanson par H. Corgeron et"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA. Massagé. Le Volontaire d'un an est moins farouche, paroles et\nmusique de Madame Perronnet :\nVoilà comment, voilà comment\nAvec le meilleur caractère,\nLe garçon le moins volontaire\nDevient volontaire involontairement !\nC'est dommage que le dernier vers trébuche sur onze syllabes.\nVient une suite de chants républicains : Voici la liberté, hymne à la\nRépublique, H. Chatelin et A. Blangy; le Credo républicain, Jean\nMichaëli; la Muse de la France, J. Fauque, J. Jacob ; le Génie\nde la Liberté, chant national, paroles, musique et dessin par Cendrier\ndu Gué de la Chaîne... On ne dit pas si l'auteur va-t-en ville, car il est\nde plus l'éditeur de son œuvre, ainsi annotée, strophe par strophe :\nHommage solennel, salutation avec vénération ; Refrain proverbe,\navec satisfaction', Chant principal, avec fermeté et enthousiasme.—\nLes Volontaires de 17Q3, chant révolutionnaire de Philibert, Burani et\nL. Goudesone, nous paraissent une réédition. Le Vigneron patriote,\nJ. Fauque et Maubert. Vive la France! P. Deroulède et L. Bordèse.\nLe Chant des Vaincus, paroles et musique de Charles Lecocq, paru\nà Auch. UEnfant chanson patriotique, Villemer, Delor-\nmel et P. Henrion. La Franciade, chant patriotique, Mademoiselle\nLila Pichard, G. Schmitt.\nMême l'explosion du Magenta a été racontée en vers et en musique\npar A. Burion et L. Bénézit. Il y a également les Tramways, chanson\nà fond de train, avec cet élégant retrain tout nouveau :\npasser le tram, tram, tram,\nLe way, way, way,\nPasser le tramway!\nMilher et G. Michiels ont fait paraître un morceau intitulé : A Dé\"\nja\\et, la Chanson en deuil.\nLe militaire reste (heureusement) l'enfant chéri du peuple; aussi la\nchanson des Turcos, E. André et Ben Tayoux, a-t-elle fait les beaux\njours de l'Eldorado. A cette série se joignent Y Enfant du vieux sergent,\nVillemer, Delormel, et A. d'Hack ; le Vieux sergent, des mêmes au-\nteurs; Dernière illusion, M. Constantin et Maubert; On ri a pas\nd'ça dans Vrégiment, Beauvallet, Bouvier et Chautagne ; Le Dé-\npart, chant du conscrit, E. Besançon. Nos Vengeurs, A. Largent et\nV. Gry."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.33", "texte": "Puis viennent les histoires touchantes et tristes, dont une des plus\nréussies est la Place de l'absent, Villemer, Ryon et d'Hack. —Le\nClairon, P. Deioulède, E. André, Tombés pour la patrie, A. Du—\nrancy, L. Ghelu. Les Bouts de Van de la patrie, Pericaud, Delormel\net d Hack. « Pourquoi tant d'horreurs sur la terre? H. Boutry.\nPauvre mère, E. Jay et Massagé. L'Apparition (de Jeanne d'Arc),\nCh. Bretagne et A. Grisy. L'Appel après le combat, Villemer, Fuchs\net Ch. Malo. Beaurepaire (qui se fit sauter la cervelle à Verdun\nquand on décida la reddition), Villemer, Delormel et d'Hack. Réveil\nde la France, F. Trémel, Ch. Marchai j il y a de jolis vers i\nLa brise, ouvrant son aile parfumée,\nA dissipé, sur le front pur des deux,\nLe crêpe noir qu'avait mis la fumée\nDes lourds canons, enfin silencieux.\nOn n'entend plus la Marseillaise ardente ;\nLe grillon seul chante dans le sentier ;\nLe renouveau dans l'espace fermente ;\nDans les buissons refleurit l'églantier.\nAllef, enfants, courir par les bruyères,\nDans les grands bois, les bois verts et touffus:\nAlleç cueillir les roses printanières,\nLes jours d'amour sont revenus!\nRuche du Chcneau-d Eau a eu des couplets, grâce à J. Chocas et\nJ. Jacob ; l'hommage est à MM. Parvillié et Ridet, sans doute les fonda-\nteurs de ce nouveau bazar.\nLes inondations ont trouvé de nombreux poètes et autant de musi-\nciens : Pour les inondés, merci (vendu au profit des inondés), Lamy et\nGei in. L Gabiliatid et Courtois. Les\nJ.-H. Bonin et J. Goden. Les Inonchant historique, J. Fauque.\net G. Lauiens. Les Inondés du Midi, Steenackers et Deransart.\nL Inonaation de 7 arn-et-Garonne,Bloch. Les Justin Bru.\nLes Inondations,H. Bonin et J. Goden. Le Fléau, J. Chocas et\nJ. Chabrut. L'lnondation, Villemer, Delormel et Ben-Tayoux.\nToulouse en pleurs, J. Domerc. Dans les Flots de la Garonne, Ch.\nMallet, E. Ouvier. —La Nu it de l épisode de 1875, aux\nsauveteurs oes inondés de Toulouse, paroles et musique de Félicie Ra-\nmeau. Toulouse, souvenir du 23 juin 1875, Détré et J. Jacob.\nDonnons pour les Inondés, Abarca. Secourons nos frères, Sylvain\nSaint-Etienne et A. Deslandres. M. Nuyts.\n\nXI.\nL'HISTOIRE EN CHANSONS\nI (J"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIci finit le relevé des pièces d'actualité ayant paru en 1875. On a dû\nremarquer, dans cette liste ou ce baromètre des préoccupations popu-\nlaires, que la politique, se traduisant par les chansons patriotiques ou\nrépublicaines, tenait le haut du pavé. Puis viennent les chants sur l'Al-\nsace et enfin les inondations. Quelques rêves socialistes, quoiqu'à l'eau\nde rose, ont montré le bout de 1 oreille par-ci par-là ; que la censure de-\nvienne un peu plus distraite et on en verra des pieds jusqu'à la tête.\nIl est probable que les allusions personnelles auront été prohibées, car\nnous n'avons trouvé aucune trace, aucune allusion ni citation sur le ma-\nréchal Mac-Mahon, sur M. Thiers, sur M. Gambetta, etc. La retraite du\nministère Buffet aurait eu sans doute aussi sa chanson, si l'autorité su-\npérieure n'y eût mis bon ordre.\n\nJ. B. WEKERLIN."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.35", "texte": "AUDITION\nDES ENVOIS DE ROME\n\nAUDITION annuelle des envois de Rome a eu lieu le\nmardi 23 mai, dans la grande salle du Conservatoire.\nJe ne reviendrai pas sur les mérites utiles et pratiques\nde cette excellente institution, j'ai déjà eu l'occasion\nde dire tout le bien que j'en pensais et les résultats\nqu'on en pouvait attendre. Le programme de cette\nannée comprenait trois envois : Nazareth, première partie de la Nati-\nvité, poème sacré en deux parties et un intermède de M. H. Maréchal,\ngrand prix de 1870; des Fragments symphoniques de M. Ehrhart,\ngrand prix de 1874, et un Stabat Mater, de M. Salvayre, grand prix\nde 1872.\nM. H. Maréchal nous avait fait entendre Tannée dernière la deuxième\npartie de sa Nativité ; il nous revient cette année avec la première partie\ndu même ouvrage. Cet envoi est loin de valoir le précédent. Certes\nBethléem notait qu\\in essai rudimentaire; mais cette ébauche encore\nfort incomplète nous avait paru pleine de vie, de jeunesse et de mouve»\nment; Nazareth est une composition vide, froide et décolorée. Je ne\nvois pas un seul morceau saillant, pas une seule scène complète dans\ncette suite décousue de préludes, d'airs, de duos et de chœurs. Seuls\nY intermède se tient tant bien que mal jusqu'à Y évocation, et encore je\ncrois que je préférerais les teintes grises et effacées de la première partie\naux tons violents et communs de cette longue scène, où Ton découvre\nd'énormes prétentions à l'effet, et bien peu de résultats acquis;"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNon-seulement cette première partie de la Nativité est bien intérieure\nà la deuxième que nous avons entendue Tannée dernière; mais de plus,\net c'est là surtout ce qui m'étonne, ces deux fragments d'un même\nouvrage sont d'une conception absolument différente et marquent un\nconflit évident entre deux systèmes fort disparates. J'en conclus que\nM. Maréchal cherche sa voie et ne sait pas bien encore ce qu'il veut\nfaire. Ces hésitations sont toutes naturelles chez un artiste qui débute,\net loin de moi la pensée d'en faire un crime à l'auteur de la\nMais il faut que l'artiste acquière rapidement une conviction et s'efforce\nde dégager au plus vite son accent personnel; il est indispensable qu il\nfixe une bonne fois ses idées dans un sens ou dans l'autre, peu importe\nlequel, pourvu, qu'après mûre délibération, il choisisse une direction\nconforme à ses tendances et à son tempérament, et qu'il s'y lance carré-\nment, sauf à l'abandonner plus tard, le jour où il reconnaîtrait qu'il a\nfait fausse route. Après s'être lancé tête baissée dans la carrière italienne,\nMeyerbeer s'arrêta net le jour où il reconnut que cette carrière n'était\npas conforme aux véritables aspirations de son génie ; il fit retour vers\nl'Allemagne, et Robert inaugura la seconde manière de l'auteur du\nCrociato; qui sait si VAfricaine n'était pas le point de départ d'une\nnouvelle transformation ?\nQue M. Maréchal se hâte donc de prendre un parti et n'hésite pas\nplus longtemps à donner un libre essor aux sérieuses qualités dont il a\ndéjà fait preuve. Il paraît doué d'une organisation fine et délicate, il a\ndu goût, il pourra acquérir facilement la grâce et l'élégance, pourvu\nqu'il prenne garde de verser dans la sensiblerie et la mignardise, et\nqu'il se défie de certaines tendances à l'uniformité sentimentale qu'on\na pu remarquer dans ses premières compositions. En outre, M. Maréchal\na un esprit juste : lorsqu'il a une situation à rendre, il ne la rend pas\ntoujours, mais du moins il n'est jamais à côté, C'est là une qualité pré-\ncieuse entre toutes, parce que c'est une qualité naturelle; l'étude ne la\ndonne pas, elle ne peut que la développer et l'amener à son plus haut\npoint de perfection, qui est le style. Enfin, on découvre chez lui une\nlouable préoccupation de ne pas faire comme tout le monde et d'éviter\nle poncif et le banal. M. Maréchal est donc bien doué, mais, qu'il ne\ns'y trompe pas,.il lui reste encore beaucoup à acquérir, surtout sous le\nrapport de la forme. Son instrumentation est tout à fait rudimentaire,\nson harmonie, plate, monotone, et sans aucun caractère. Ces deux points\ndevront faire l'objet d'une étude sérieuse. Une connaissance appro-\nfondie de l'orchestre est indispensable à quiconque veut arriver,\naujourd'hui surtout que la grande habileté de nos compositeurs modernes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.37", "texte": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME\n\net l'audition journalière des chefs-d'œuvre de la musique instrumen-\ntale nous ont rendus beaucoup plus difficiles à cet égard. Je me résume :\nM, Maréchal possède un fond de qualités naturelles plus que suffisant\npour nous donner lieu d'espérer qu'il y a en lui l'avenir d'un musicien.\nCes qualités ont besoin d'être développées et complétées par un travail\nopiniâtre. Qu'il travaille donc, qu'il travaille beaucoup et ne se hâte\npas trop de produire. Son envoi de cette année est fort médiocre; mais\nnous n'en tenons aucun compte : M. Maréchal a fait mieux que de nous\nenvoyer un devoir d'école , il nous a donné son premier ouvrage dra-\nmatique, et cet heureux début confirme de tous points les espérances que\nnous fondons sur son jeune talent.\nC'était, lui aussi, un jeune talent plein d'espérances que l'auteur de\nces Fragments symphonique s, qu'on exécutait l'autre soir, à la suite de\nNazareth. Il avait obtenu le grand prix de Rome en 1874, et l'avenir\ns'ouvrait devant lui plein de promesses; la mort l'a frappé à 22 ans!\nVoici la première fois que nous avons l'occasion de parler de M. Ehrhart,\net c'est pour rendre un dernier hommage à su mémoire, et pour déplorer\nla fin prématurée qui l'a enlevé si jeune à Part et à ses nombreux amis !\n« Manibus date hlia pleins. » Pour nous, laissons là ces Fragments\nsymphoniques qui n'appartiennent plus à la critique, et passons à l'envoi\nde M. Salvayre.\nM. Salvayre n'a pas craint de s'attaquer tout d'abord à un sujet redou-\ntable; il se présente avec un Stabat MaAer, c'est-à-dire avec un genre\nde composition qui est la plus haute manifestation de l'art, quand on y\nréussit complètement. Voyons s'il y a réussi. L'ouvrage commence par\nun chœur fort bien écrit où se trouve encadré un quatuor d'une excellente\nfacture (Cujus animam)> dont je remarque surtout l'accompagnement\ndiscret et ingénieux. Le solo de soprano « quam tristis ! » me paraît\négalement digne d'estime. Le « Pro peecatis » est d'un style nerveux\net d'une belle sonorité, et le « Sancta mater », pour ténor, renferme de\njolis détails d'orchestration. Mais je n'aime pas du tout l'espèce de noc-\nturne à deux voix que M. Salvayre a écrit sur ce passage « Fac me vere\ntecum flere », non plus que le trio suivant : « Virgo virginum ». Ces\ndeux morceaux constituent une lourde erreur de style, de même que\nT « laflammatus », qui est un véritable appel aux armes. La péroraison\ndu ce Quando corpus morietur » rachète son défaut d'élévation par une\npuissance de sonorité et une plénitude d'effets vraiment très remar-\nquables.\nDans cette rapide analyse de l'ouvrage de M. Salvayre, j'ai eu souvent\nl'occasion de louer la forme et les qualités de facture, je n'ai jamais"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nparlé de l'idée, ni des qualités de style. C'est là en effet le point faible de\nM. Salvayre : son Stabat est fort réussi d'exécution, il est pauvre de\nconception. D'abord le caractère religieux y fait totalement défaut et\nmême certains morceaux, tels que le « » et F« »\nne me semblent nullement en harmonie avec les sentiments qu'ils doi-\nvent exprimer. En outre, je ne découvre pas dans tout cela une seule\nidée saillante et vraiment personnelle. Mais ce qu'il faut louer sans\nréserve chez M. Salvayre, ce sont les qualités de facture : sous ce rapport,\nil possède déjà une habileté peu commune. Tous ses morceaux de chant\nsont écrits avec une grande entente des voix et disposés avec un véritable\ninstinct de l'effet; son instrumentation est ferme, colorée, et trahit une\nmain déjà très expérimentée. En somme, ce premier essai, d'ailleurs\nfort bien accueilli par le public, dénote chez son auteur un tempérament\nmusical un peu sec, parfois un peu lourd, mais toujours vigoureux, et\nd'une grande franchise d'allures. Je ne sais si je me trompe, mais il me\nsemble que le talent de M. Salvayre offre beaucoup d'analogies avec celui\nde Bizet, tout en étant d'une nature moins fine et moins délicate. M. Sal-\nvayre arrivera peut-être à écrire Carmen,mais je doute qu'il fasse jamais\nr Artésienne.\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.39", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nTHÉATRE-NATIONAL-LYRIQUE : Les Erinnyes, tragédie-lyrique en deux parties, de\nM. Leconte de Lisle, musique de M- J. Massenet (reprise); Le Magnifique, opéra\ncomique en un acte, de M. Jules Barbier, musique de M. Jules Philippot (première\nreprésentation); Le Sourd, opéra comique en trois actes, de MM. de Leuven et\nLanglé, musique d'Adolphe Adam (vepr:se\\ OPÉRA-COMIQUE : Philémon et Baucis,\nopéra comique en deux actes, de MM. Jules Barbier et Michel Carré, musique de\nGounod (reprise). —THÊATRE-ITALIEN : Messe de Requiem, de Verdi (reprise),\nHÉATRE-LYRIQUE. Je me rappelle encore,\ncomme si eMe datait d'hier, l'impression que produisit\nà rOdéon, il y a trois ans, la tragédie que MM. Le-\nconte de Lisleet Massenet viennent de transporter sur\n■ a rive droite. 1 faut bien ravouer, ce soir-:à le pu-\nblic de rOdcon offrait un spectacle curieux. Deux\nsectes spéc:?]es et un'?s cccu nt le plus grand nombre des places.\nC'était le Parlasse étr:-\":em?nt mê'é eux jeunes musiciens de l'avenir.\nLes fanatiques de la r:me sans la raison y coudoyaient les prêtres ar-\ndents de la nouvelle école musicale celle qui dédaigne d'écrire pour\nle public et qui méprise la mélodie et l'inspiration. Poètes et musiciens\nétaient bien faits pour se comprendre. Il leur importait peu que le pu-\nblic égaré dans cet O'ympe comprît quelque chose aux vers et à la mu-\nsique qu'on allait entendre. Les Erinnyes étaient un plat de haut goût\nréservé à cette majorité de demi-dieux. Les simples mortels perdus dans\nrassemblée triée sur le volet, n'avaient point le palais assez fin pour\ngoûter à ce mets incomparable, ni pour le savourer. Les élus rayonnants\nsavaient la p:èce par cœur ou connaissaient le moins percc~iib'e ce"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndemi-soupirs de la partition. Aussi devant que les chandelles ne\nfussent allumées on se passait tout bas des exemples choisis parmi\nles audaces poétiques de M. Leconte de Lisle. Côté des musiciens, on\nn'entendait que murmures flatteurs à l'adresse de certain fa ou de\ncertain si bémol placé d une manière inattendue. Le groupe restreint du\nvrai public attendait, patient comme de coutume, pour juger avec le\nbon sens qui le caractérise le plus souvent.\nLa toile se leva sur un décor superbe (M. Duquesnel avait monté les\nErinnyes avec un soin digne de tout éloge) et le drame terrible et gran-\ndiose commença. On ne me pardonnerait pas de rappeler le sujet et les\npéripéties de cette tragédie. Son horrible beauté est présente à la mé-\nmoire de tous.\nCe fut un succès d'oeuvre et d'interprétation considérable. Le vrai\npublic fut enthousiasmé, au grand désappointement de la coterie qui\nvoulait être seule capable d'apprécier une œuvre de cette nature. Là, se\nplace un fait singulier. La coterie fut désespérée de voir son avis par-\ntagé par le bon public, et alors trouva le plat fade et presque indigeste.\nIl n'était pas admissible que des lettrés et des musiciens hors cadres\nfissent bon accueil à ce que le bon public avait admiré d'instinct. C'é-\ntait se commettre et s'abaisser. La musique surtout fut l'objet d'amères\ncritiques. Les adorables mélopées, sobres, discrètes, et cependant\npuissantes de Massenet parurent faibles. Ce n'est pas mal. Il faudra\nvoir. Voilà ce que pensaient et ce que disaient les enthousiastes d'a-\nvant la lettre.\nNous emportâmes de cette audition une admiration profonde.\nAvant et depuis les Erinnyes, rien ne nous a donné une émotion com-\nparable. La chaude et vigoureuse poésie de M. Leconte de Lisle et la\nmusique élevée de M. Massenet sont demeurées une œuvre de toute\nbeauté et unique.\nM. Vizentini vient de monter au Théâtre-Lyrique cette tragédie qui\nn'obtint pas à l'Odéon un succès d'argent. M. Massenet a ajouté àsa\npartition, une ouverture, des chœurs, des ballets et une marche. Les\nmélopées de la première manière ont fait place à des morceaux com-\nplets. A dire le vrai, je préférais le ton général de la première manière.\nLa couleur antique était plus respectée, l'œuvre était plus typique, plus\nhomogène. C'était plus grand, plus pur de lignes, plus sévère, plus\ngrec.\nLes pages nouvelles écrites par M. Massenet ont moins de charme\nque les anciennes; mais il y circule un souffle puissant et dramatique\nde premier ordre. L'ouverture, dont l'architecture originale est excel-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.41", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nlente, a plu beaucoup. Les airs de ballet sont distingués et délicats. Je\nsignalerai tout particulièrement un entr'acte plein de fraîcheur et de\ngrâce. La pensée de ce bijou symphonique est d'une finesse extrême et\nles détails sont ciselés avec un soin délicieux. Les chœurs sont obscurs.\nIls manquent d'air et de franchise, L'interprétation et la mise en scène\nsont plus que suffisantes.\nLe Magnifique est le premier ouvrage couronné, à la suite du Con-\ncours institué par le Ministre des Beaux-Arts en 1867.\nL'incendie du Théâtre-Lyrique a retardé son apparition, et c'est huit\nannées seulement après sa réception que le Magnifique a pu enfin être\nreprésenté. Cet incendie aurait bien dû, dans l'intérêt des auteurs,\nanéantir à tout jamais leur pièce.\nJe m'en voudrais si je parlais longuement de la musique de M. Jules\nPhilippot et du livret de M. Jules Barbier. En effet, la médiocrité de\ncette œuvre est telle, la pauvreté d'imagination du compositeur, et la\nbanalité réfléchie de ses accompagnements d'orchestre éclatent si bien\ndurant tout cet opéra, qu'elles désarment toute critique et rendent su-\nperflus les conseils qu'on croirait devoir adresser au musicien.\nLe livret est déplorable, quoique tiré d'un charmant conte de La\nFontaine par un poète en renom.\nL'interprétation de mademoiselle Marcus, MM. Grivot et Tissier,\nacteurs principaux, a été mauvaise.\nLe Juiy qui a cru devoir couronner cet opéra était composé de\nMM. Pasdeloup et Benoist, présidents, M. Eugène Gautier, secrétaire,\nMM. Alexandre Dumas fils, prince Poniatowski, Fr. Sarcey, Louis\nRoger et Mangin, membres. Ce n'est pas là toute la commission, mais\nce sont les membres onze sur dix-sept qui ont pris une part régu-\nlière à l'examen des pièces; les six autres s'étaient retirés.\nLe Sourd a eu, au contraire, un plein succès. La musique d'Adolphe\nAdam est sans prétention, et c'est son principal mérite. Elle chantonne\nelle jase, et accompagne d'une façon discrète l'amusante pièce de MM. de\nLeuven et Langlé. Disons seulement pour mémoire que les auteurs ont\nemprunté leur sujet à la pièce de Desforges : Le Sourd ou /'Auberge\npleine. Nous avons surtout remarque\"dans cette partition légère, la fa-\nmeuse chanson du Pont d'Avignon; elle est bien arrangée pour l'or-\nchestre et la voix, avec une imitation persistante du galoubet et du tam-\nbourin, les instruments préférés de la Provence. Les acteurs sont près-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nque tous les mêmes que ceux du Magnifique, et pourtant l'exécution est\nmeilleure. Grivot et Christian sont très drôles, mesdemoiselles Perret,\nMarcus, mesdames Cuinet et Legras, M. Habay ont tenu leurs rôles\nd'une façon convenable.\nLe Sourd en est à sa cinquième reprise. Représenté pour la pre-\nmière fois, le 3o septembre 1790 au théâtre Montansier, il a passé suc-\ncessivement en J 793 au théâtre de la République, en 1853 â l'Opéra-\nen i 856 au Théâtre-Lyrique et enfin le 24 mai dernier au\nîTiême Théâtre.\nOPÉRA-COMIQUE. Philémon et Baucis.— Quelle délicieuse lé-\ngende et quel délicieux tableau que celui de ces deux vieillards simples,\nbons et pauvres. Ils ont conservé sous les glaces de l'hiver toute la séve\net toutes les chaudes ardeurs du printemps. Ils ont vécu toujours unis,,\net si le maître des dieux leur offre une récompense, ils n'en demandent\npas d'autre que celle de mourir côte à côre, à la même minute.\nM. Perrin vient de nous donner une preuve de bon goût et d'intelli-\ngence administrative en remontant l'œuvre de Gounod. La chose mérite\nd'autant plus d'être notée que nous avions perdu l'habitude de constater\nà l'Opéra-Comique, des faits de ce genre. Il y avait trop longtemps que\nPhilémon et Baucis dormaient dans les cartons des pièces oubliées. Ce\nn'est pas à l'intention du poème maladroit de MM. Barbier et Michel\nCarré que je formule ce regret. Il s'adresse à la ravissante partition de\nGounod Le livret est aussi plat qu'au moment de sa première appari-\ntion, mais la musique en revanche est plus fraîche que jamais. Cet ou-\nvrage appartient à un genre qu'il serait malaisé de caractériser. La bouf-\nfonnerie y traverse le sentimentalisme qui se mêle à la mythologie.\nMalgré les péchés du livret dont ridée-mère est si touchante, 011 a écouté\nl'œuvre avec un plaisir infini. Gounod, d'ailleurs, a rarement prodigué\ndans ses partitions autant de grâce, de poésie et d'esprit que dans celle ci.\nSa mélodie est empreinte, durant ces deux actes, d'une pureté et d'une\nsérénité extrêmes. Pour peindre musicalement l'intérieur paisible et\nchaste des deux vieillards de la Fable, il fallait une inspiration soutenue\net délicate; il fallait cette morbidesse féminine dont Gounod a le secret.\nIl en a enveloppé l'œu > re qui est exquise.\nTout à coup, au milieu du calme profond qui règne dans la cabane\nde Philémon et Baucis, le bruit lointain des chansons audacieuses et\nfolles des Bacchantes, la cadence pressée de leurs danses échevelées, se"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.43", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nfont entendre. Une lumière vive rayonne alors sur la partition et ce\ntourbillon joyeux et éclatant porte dans les cœurs timides et surpris des\ndeux époux, une crainte douce d'un charme inexprimable.\nAu second acte, la jeunesse est revenue, parée de ses riantes couleurs.\nBaucis est belle. Elle est femme de nouveau et coquette comme... une\nfemme. Le grand et irrésistible Jupiter admire sa beauté. Il aime Baucis\net, ce qui est plus grave, il le lui dit.\nN'est-ce pas une page adorable que ce duo chanté par mademoiselle\nChapuy avec un talent si complet! Elle a été dans ce morceau aussi\nétonnante que dans le duo du premier acte qu'elle avait interprété mer-\nveilleusement. La soirée n'a été qu'un triomphe. On a redemandé le\nchœur si mouvementé des Corybantes et l'entr'acte qui est un petit\nchef-d'œuvre.\nSi mademoiselle Chapuy n'a pas fait oublier madame Carvalho, elle\nl'a égalée. On l'a acclamée, bissée et rappelée avec fureur. C'était de\ntoute justice. Bouhy, qui toujours est en progrès et deviendra, j'en suis\ncertain, le successeur préféré de a chanté avec une méthode par-\nfaite. Nicot, dont on connaît la conscience artistique, est un Philémon\ncomme il serait difficile d'en trouver. Il a obtenu le plus franc et le\nplus légitime des succès. On l'a fêté3 applaudi sans restriction. Giraudet\na dit avec brio et autorité les couplets de Vulcain.\nReprésentation digne enfin du second Théâtre-Lyrique de notre beau\npays de France.\nTHEATRE-ITALIEN. Messe de Requiem de Verdi. Venta-\ndour n'a rien à envier à Favart. Le Théâtre-Italien possède dans son\nécrin le joyau que l'Opéra-Comique avait, le premier, fait scintiller de-\nvant les yeux des Parisiens éblouis.\nVerdi tenait le bâton. Le succès de sa magnifique Messe s'est en quel-\nque sorte vivifié à cette nouvelle audition, malgré les défaillances des\nchœurs.\nL'œuvre du Maître italien est un monument élevé à la mémoire d'un\nami. Elle sera sans doute classée comme l'une des productions musi-\ncales les plus grandioses de notre siècle et comme une expression fidèle\ndu génie puissant de son auteur. La renommée de celui pour qui Verdi\nl'a écrite ne sera pas non plus étrangère à l'immortalité de cette Messe.\nA Dieu ne plaise que je veuille en diminuer la valeur, mais, pour ne\npoint mentir, je crois qu'on trouverait en France d'aussi éclatantes\nt"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n• t • j - r\npages, si on se donnait la peine de les chercher, de les découvrir et de\nles taire interpréter. Quelque étrange que puisse paraître mon opinion,\n(ici les jugements sont personnels), j'estime que les raisons qui ont fait\nd'un seul coup l'immense réputation de la Messe de Verdi sont au\nnombre de deux. Verdi est un compositeur étranger à la France; voilà\nla première. L'interprétation est pleine de foi; voilà la seconde. Que la\nMesse de Verdi soit signée Massenet, Guiraud, Saint-Saëns, Lenepveu,\nDelibes, Sieg, Dubois ou toute autre de nos jeunes gloires musicales;\nque cette messe soit interprétée par les honorables nullités qui four-\nmillent dans nos théâtres lyriques... et vous m'en direz des nouvelles !\nLa valeur intrinsèque de l'œuvre n'en sera pas amoindrie, mais le\npublic sera loin de l'apprécier avec autant de bienveillance.\nMadame Waldman a chanté pour la première fois, à Paris, un solo\ncomposé pour elle. Elle la dit avec un style et une voix admirables. Le\nsuccès a commencé sa marche toujours ascendante à partir du Domine\nJesu. La fugue à deux chœurs du Sanctus a produit un effet considé-\nrable. L'Agnus Dei, établi par mesdames Stolz et Waldman et soutenu\npar les masses chorales et instrumentales, a été bissé. Un véritable\ntriomphe a été fait à la fugue du Libéra me qui a transporté le public.\nOn est sorti de l'Opéra-Comique en se demandant avec inquiétude, si\nl'orgueil d'un musicien pouvait résister à de telles secousses. On fait\nbien les choses en France.\n\nR. DE SAINT-ARROMAN."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.45", "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles\n\nCORRESPONDANCE\nA M. N***, rue Saint-Julien-le-Pauvre, au Mans.\n\nMonsieur,\nES questions que vous nous adressez étant d'intérêt gé-\nnéral, nous croyons devoir y répondre publiquement.\nVoici donc, et en attendant des listes plus complètes,\nun catalogue des ouvrages de littérature musicale, récem-\nment parus, ou en préparation déjà très avancée. Les\nderniers, selon toute probabilité, seront publiés vers la lin\nde l'année courante, au plus tard dans les premières se-\nmaines de 1877. Votre libraire pourra, dès-lors, les faire venir de Paris :\nDANIEL BERNARD : (Correspondance de Berlio\nGUSTAVE BERTRAND : Les Nationalités musicales étudiées dans le drame\nlyrique.\nJ. DE FILIPPI : Parallèle des théâtres modernes de l'Europe.\nA\nARTHUR HEULHARD : La Fourchette harmonique, histoire de cette société mu-\nsicale, littéraire et gastronomique.\nA. JULLIEN : Airs variés, histoire, critique, biographies musicales et drama-\ntiques.\nALBERT DE LASALLE : Mémorial du Théâtre-Lyrique ; Catalogue raisonné\ndes cent quatre-vingt-deux opéras qui y ont été représentés depuis sa\nfondation, jusqu'à l'incendie de sa salle de la place du Châtelet.\nARTHUR POUGIN : Biographie universelle des Musiciens: complément et sup-\nplément (de l'ouvrage de Fétis)."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nER. THOINAN. : L'Entretien des musiciens, par le sieur Ganteq, etc... (réim-\npression, avec une préface et des notes, d'après l'édition rarissime\nd'Auxerre, 1643).\nF. DE VILLARS : Pergolèse.\nJ. B. WEKERLIN : Musiciana.\nEtc., etc.\nNous pourrions, en remontant à quelques années en arrière, vous indiquer\nencore : Y Histoire ecclésiastique de l'Orgue, par Gustave Bertrand ; le Guide\ndans les théâtres, par J. de Filippi ; Y Étude sur « Une Folie à Rome », opéra\nbouffe de F. Ricci, par Arthur Heulhard; les Treize salles de ïOpéra, par\nAlbert de Lasaile ; Y Histoire du Frejrschïitf, par Ed. Neukomm; Boïeldieu,\npar A. Pougin ; Maugars, célèbre joueur de vi01e..., par Er. Thoinan; Les\nIphigénies de Gluck, par F. de Villars, etc... Mais nous aimons à croire que\nces livres, précieux pour l'étude du passé et du présent de la musique, se\ntrouvent déjà dans votre bibliothèque, reliés comme il convient.\nAgréez, etc.\n\nO. Le Trioux.\n\nFAITS DIVERS\nA quatrième sous-commission du budget qui est présidée par\nM. Bardoux, s'est réunie la semaine dernière pour délibérer sur\nle budget des Beaux-Arts. Elle a successivement entendu les\nmembres du bureau de l'Association des Compositeurs de musique,\nMM. Camille Doucet et J. Barbier, ainsi que M. Vaucorbeil, commissaire du\nGouvernement, et M. Amédée de Beauplan, chef de la division des théâtres\nau ministère des Beaux-Arts. Les questions adressées par M. Bardoux, au\nnom de la sous-commission, ont porté :\ni° Sur la situation présente de l'Opéra-Comique;\n2° Sur le chiffre de l'indemnité au Théâtre-Lyrique;\n3® Sur les améliorations à introduire dans renseignement de l'art musical.\nL'affaire de l'Opéra-Comique est sur le point de recevoir une\npar la nomination de M. Carvalho aux fonctions de M. Perrin ne\ndevant pas rester au poste qu'il occupe seulement comme intérimaire; on ne\npeut souhaiter d'y voir à sa place quelqu'un dont l'expérience et le sens ar-\ntistique offrent plus de garanties que l'ancien directeur du Théâtre-Lyrique.\nL'Opéra-Comique fermera le iet juin pour rouvrir le ler septembre. M. Car-\nvalho aurait donc tout le temps de préparer une brillante saison, qui remet-\ntrait sérieusement l'Opéra-Comique dans sa voie normale. Nous pensons"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nqu'on prendra quelques mesures dans l'intérêt du personnel, qui est pris au\ndépourvu par l'annonce d'une fermeture de trois mois.\nUne subvention de 200,000 francs sera demandée à la Chambre des Dé-\nputés par le rapporteur du budget des Beaux-Arts, M. d'Osmoy.\nM. Lucien Daùtresmes, député, a déposé l'amendement suivant au projet\nde loi portant fixation du budget des Beaux-Arts : « La subvention annuelle\naccordée au 1 héâtre-Lyrique est élevée de 100,000 fr. à 300,000 francs. »\nLa nouvelle commission des auteurs et compositeurs dramatiques s'est\nréunie le 20 mai pour nommer son bureau. Ont été élus : Président : M. Au-\nguste Maquet; Vice-Présidents : MM. Ferdinand Dugué, Jules Barbier,\nMichel Masson; Secrétaires : MM. Alfred Duru, Jules Claretie ; Archiviste :\nHenri de Bornier. Par suite de la compétition entre MM. Joncières et Mem-\nbrée, aucun musicien n'a été élu.\nLa plaque commémorative désignant la maison où est né Hérold, sera\nposée prochainement au numéro 3o de la rue des Vieux-Augustins (aujour-\nd'hui rue d'Argout), par les soins de la Société des Compositeurs de\nmusique.\nSur les huit concurrents au Grand Prix de Rome ( T six ont été\nreçus au concours d'essai : i° MM. Véronge de la Nux; 20 Rousseau; 3° H il—\nlemacher, tous les trois élèves de M. F. Bazin; 40 Dutacq, élève de M. Reber ;\n5\" Kœnig, élève de M. V. Massé; 6° Lévêque, élève de M. Reber.\nL'entrée en loges aura lieu le samedi 3 juin. La cantate choisie, intitulée\nJudith, est de M. Paul Alexandre.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. On répète activement le Freyschiit% qui accom-\npagnera le nouveau ballet Sylvia. Les principaux rôles du Freys-\nchiits seront remplis par mesdemoiselles de Reszké (Agathe), Dargm\n(Annette), et MM. Sylva (Max), Gailhard (Gaspard).\n—M. Lassalle a succédé,le 27 mai, àM. Faure dans le rôle de Charles VII\nde Jeanne d'Arc.\nThéâtre-Italien. Les représentations d)Aida doivent cesser àla fin du\nmois. Des auditions du Requiem de Verdi seront ensu'te données jusqu'au\n20 juin, époque fixée pour la clôture de la saison. Les solistes du Requiem\nseront, comme Tannée dernière, mesdames Stolz et Waldmann, MM. Masinij"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18760601-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis, Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Lafayette, 61.\nPropriétaire-Gérant: HEVLHoAcR^D»\n\nMedini. Madame Waldmann chantera pour la première fois, à Paris, un\nmorceau que Verdi a écrit pour elle.\nRenaissance. Ce théâtre fermera ses portes le 3i mai, pour les rouvrir\nle i'r septembre avec la Petite Mariée. Berthelier est engagé pour jouer\nun des principaux rôles dans un nouvel ouvrage de Charles Lecocq.\nFolies Dramatiques. Madame Céline Montaland vient d'être engagée\npar M. Cantin, pour créer le principal rôle dans une opérette, en trois actes\nde M. Samuel David, paroles de MM. Clairville et Delacour.\nBouffes-Parisiens. Fermeture aussi le 3i mai. Réouverture le i*r sep-\ntembre avec la Princesse de Trébi\\onde.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}