{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_sha256": "f6b66b778afd38f9beaa8ce446021dca82ec20c62163fd507b6bde0546b42fc1", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/06/01_01/bmtnabh_1905-06-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/06/01_01/bmtnabh_1905-06-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.2", "titre_corps": "AU SOMMAIRE:", "titre_sommaire": "AU SOMMAIRE:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.1", "debut_caractere": 167, "fin_caractere_exclue": 251, "texte": "AU SOMMAIRE:\nLIONEL DE LA LAURENCIE\nARMANDE DE POLIGNAC\n'\ne - ■\nzroquis d'album inéd"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c004", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.4", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "SOMMAIRE\nJEAN MARNOLD Dialogues des Morts : L Mendelssohn,\nBrahms.\nARMANDE DE POLIGNAC.... Le Rythme.\nLIONEL DE LA LAURENCIÈ. . Un primiti\nCOLETTE WILLY Les Vrilles de la Vigne.\nLouis LALOY Le Drame musical moderne: IL Zola-\nBruneau.\nLÊANDRE album : Blanche S\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis LALOY Au Conserv\nWILLY Causette.\nLouis LALOY... Au Théâtre : Ch\nA. SORIANO Concerts Cortot.\nX. 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Eh bien ! mon pauvre Brahms, vous voilà\nencore tout seul, errant comme une âme en peine ! Venez donc\nfaire un tour avec moi.\nBRAHMS. En vérité, honoré Maître, si je ne vous avais pas,\nje serais bien malheureux ici. J'avoue que je ne m'attendais\nguère à un tel accueil de la part d'ombres augustes que j'ai tant\naimées et glorifiées, alors que je comptais au nombre des\nvivants, et des vivants admirés, si je l'ose dire de moi-même\nsans fausse modestie, car le fait est notoire. Le jour où j'arri-\nvai, après un mystérieux voyage que je ne m'explique pas très\nbien, ballotté dans une barque humide glissant sur un fleuve\nnoir et profond, je fus un peu surpris, je le confesse, de ne\ntrouver que vous, venu au devant de moi...\nMENDELSSOHN. Les grands hommes, vous savez, sont\npresque toujours un peu égoïstes; ils n'aiment pas se déranger.\nEt puis,... comment dirai-je ?... enfin, généralement, ils ne\nsont pas polis, polis. La plupart n'ont pas reçu beaucoup d'é-\nducation ; ils ne connaissent pas les usages. Il ne faut pas trop\nleur en vouloir.\nBRAHMS. —J'avais coiffé, en leur honneur, le laurier décerné\npar mes contemporains. Je m'apprêtais à m'en dépouiller sous\nleurs yeux, avant de me précipiter dans leurs bras ouverts et\nde les serrer dans les miens avec le respect et l'amour d'un fils\nreconnaissant, héritier et gardien fidèle des trésors de beauté\nlégués par le génie de ses ancêtres. Au lieu de cela, sans votre\n\nMENDELSSOHN, BRAHMS"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.3", "debut_caractere": 1504, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "4,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "aimable attention, j'eusse débarqué solitaire, perdu dans la\nsereine immensité de ces ombrages et ne sachant où diriger\nmes pas.\nMENDELSSOHN. —Je suis heureux de vous avoir évité cet\nennui par ma présence opportune, mais, d'ailleurs, il n'eût\npas duré bien longtemps. L'endroit n'est pas si vaste qu'il en\na l'air et on s'y rencontre assez facilement. Vous avez pu vous\nen apercevoir.\nBRAHMS. En effet. Bientôt nous avons croisé Beethoven,\net mon cœur bondissait dans ma poitrine en vous quittant pour\nl'aller saluer de mon hommage enthousiaste. Il ne daigna\nmême pas tourner la tête. Silencieux, maussade et pressé, son-\ndant d'un œil inquiet le crépuscule, il passa son chemin et me\nlaissa planté là tout déconfit.\nMENDELSSOHN. Il ne vous a pas entendu. Vous n'ignorez\npoint qu'il est sourd. Il n'avait pas son cornet acoustique. Il\nl'oublie volontiers depuis que Wagner est venu rejoindre Ber-\nlioz ici, car il semble redouter la société de ces deux esprits\néminents, lesquels, à vrai dire, rarement d'accord et également\nimpétueux, manifestent une propension peut-être excessive à\nle prendre pour arbitre de leurs discussions orageuses, en le\ncriblant à l'envi de louanges sans mesure et sans précaution.\nC'était probablement le sujet de son inquiétude. Au surplus, il\nmontre peu de goût pour la conversation.\nBRAHMS. Et Bach ! Sur votre affectueux conseil, je l'allai\nvisiter au bord des eaux stagnantes, en ce marais où il se plaît\nà résider et emploie ses loisirs éternels à fabriquer un orgue\navec des roseaux. Je le trouvai fort absorbé dans sa tâche, la\nperruque de travers et la mine peu engageante. Toutefois, il se\ndérida soudain, en me tendant un vieux couteau, tandis que\nson doigt impérieux désignait un jonc éloigné, dominant ses\nvoisins, vers le centre de la mare. J'y pateaugeai jusqu'à mi-\njambe et rapportai l'objet désiré. Puis, à genoux, tremblant\ncomme un bouleau au vent d'automne, je lui dis ma ferveur et\nme nommai. Il ne sourcilla point. Pour éveiller ses souvenirs,\nj'offris des deux mains en plateau mon Requiem allemand au\ngéant de la fugue. « Ah ! c'est vous», grogna-t-il, en feuilletant\nla partition. Ensuite il me tourna le dos et lança par-dessus\nson épaule : « C'est dommage qu'il soit noirci, mais il pourra\ntout de même servir à faire de la musique. » Alors je le vis qui\ndéchirait les pages et roulait le papier en forme de tuyaux...\nMENDELSSOHN. Je vous avais averti de sa franchise assez\ncrue. Il est un peu paysan du Danube : certains lui prêtent,\npar ses aïeux, une origine hongroise ; hypothèse, à la vérité,\ncontestée d'autres érudits."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "BRAHMS. —Je m'éloignai le cœur navré et les pieds humides\nquand, plus loin, je faillis choir sur le sol, trébuchant contre\nun obstacle imprévu. C'étaient les mollets allongés d'un\nhomme imposant, assis sous un cyprès, de quoi sa corpulence\nappuyée faisait courber le tronc. Je reconnus Haendel. Auprès\nde lui, étendu au milieu de registres maculés, quelqu'un addi-\ntionnait tout haut des chiffres, d'une voix enrouée et ardente.\nAma vive stupéfaction, ce calculateur avait les traits de Gluck\net n'était autre que lui-même en personne.\nMENDELSSOHN. Oui, ils se sont réconciliés ici. Ils passent\nleur temps à vérifier la comptabilité de Haymarket et de\nCovent Garden pour en comparer les recettes à celles de l'O-\npéra de Paris. Haendel est aveugle et ne fut jamais débrouillard\nen affaires, ni très ferré sur le Doit et Avoir. Le Chevalier\nlui est d'un grand secours, car c'est un assez long travail: ça va\nde 1719 à 1780 environ. Quand ils ont fini, ils recommencent.\nBRAHMS. Je balbutiai quelques excuses. « Who ist ? »\ninterrogea l'auteur du Messie. Son compagnon releva les pau-\npières et répondit « Den Koarl » Aussitôt, dun\ngeste empressé, je présentai mon Triumphlied, dont le chan*\ntre à'lphigénielut le titre à l'Homère de l'Oratorio. Hélas !ce\nne fut que trop un accès de rire homérique qui secoua l'abdo-\nmen puissant, avec ces mots entrecoupés : « Aoh ! old boy,\nregarde-le bien, mon garçon ! C'est celui-là qui a changé en\nplume le plomb de tes accompagnements. Et quel ironiste !\nOn cherchait du « plus lourd que l'air » : il a trouvé le « plus\nlourd que Gluck ». Ce vieux Sterne en fera une maladie ! »\nPuis, se tournant vers moi, le sourcil froncé tout à coup sur\nson regard absent : « C'est égal, tu aurais pu te priver d invo-\nquer mon patronage. Quand on veut m'imiter, mon gaillard, il\nne faut pas confondre pompeux avec pompier. »\nMENDELSSOHN. Il est d'humeur caustique et de caractère\nirascible. Aussi on le fréquente fort peu. Je ne suis pas sans\nm'étonner qu'il puisse s'entendre avec Gluck, qui n est pas\npatient. Il est vrai qu'une commune passion les rassemble,\noutre que celui-ci, sans doute, lui repondrait sur un ton tout\npareil. Mais vous-même, mon bon ami, vous ne vîntes pas\nparmi nous précédé d'une réputation d'inépuisable douceur.\nJe m'intéresse un peu aux choses de là-bas, et l'écho de vos\nboutades à l'emporte-pièce me parvint parfois jusqu'ici. En ne\nripostant point à l'algarade, vous fîtes preuve d un empile sui\nsoi et d'un tact, dont je me réjouis pour l'agrément de nos rela-\ntions futures. a\nBRAHMS. Ah !ne me louez pas trop, Maître indulgent,\nd'une modération faite surtout peut-être de stupeur. Vous avez"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "connu comme moi l'encens enivrant de la gloire terrestre.\nC'est une fumée dont on éternue sans se plaindre, encore\nqu'on s'applique à en afficher l'obsession. On n'a pas de mal à\ns'y accoutumer, et l'habitude est vite une seconde nature. La\nsecousse a été trop brusque. Je suis comme un pigeon tombé\nd'un nid d'aigle où il aurait perché sa vie durant. Je me\ndemande si je rêve. Je n'ose pas suspecter d'un tantet d'incon-\nsciente jalousie tous ces génies fameux dont j'ai suivi l'exemple.\nLeur art immortel fut le mien, et cependant ils me repoussent\nou me raillent. Je l'aurais compris de Wagner. C'est lui, pour-\ntant, qui m'accueillit le plus cordialement tout d'abord, à ma\nsincère joie, car je souhaitais faire ici la paix avec mon illustre\nrival. Il me questionna tout fiévreux sur le succès de ses\nouvrages et la prospérité de Bayreuth, s'enquit des santés de\nSiegfried et de Cosima, et manqua me sauter au cou lorsque\nje lui donnai l'exemplaire richement relié du premier opéra de\nson fils, que j'avais apporté à son intention. A la vérité, je\nreste encore abasourdi de l'affront qui fut ma récompense. A\npeine en eut-il parcouru quelques mesures, qu'il me lança la\npartition de Baerenhaeuterà la tête et s'enfuit comme un fou\nfurieux en me criant des gros mots. Mais, d'ailleurs, vous assis-\ntiez à l'aventure, honoré Maître. Qu'en pensez-vous?\nMENDELSSOHN. Je ne vous en aurais pas parlé de moi-\nmême ; j'espérais que vous l'aviez oubliée. Entre nous, cher\nami, ce fut un peu... la gaffe, comme disent les Français. Vous\nne remarquâtes pas les signes désespérés que Liszt vous adres-\nsait, derrière son gendre, afin de vous engager à vous abstenir.\nOn avait cru bon de cacher au père les exploits musicaux de\nson rejeton tardif et enfant gâté, d'aucuns estimant que celui-ci\ns'inspirait plutôt de votre manière que de celle de Tristan ou\ndes Maîtres Chanteurs ; et l'événement ne justifierait que trop\nla précaution. Depuis ce jour, Wagner ne dérage pas ; il vous\ntraite d'empoisonneur et d'autres noms qu'il vaut mieux ne\npas répéter. Au demeurant, un tel dépit est flatteur pour vous,\nen ce qu'il témoigne de l'influence exercée par votre talent et\nvos œuvres.\nBRAHMS. —J'en ressentirais mieux le légitime orgueil, si je\nn'étais troublé par les déceptions qui m'accablent. Ne fût-ce\nque pour mon troisième Quatuor et mon avec clari-\nnette, méritai-je pas mieux de Mozart que la phrase obscure à\npropos de quoi je voulais justement vous consulter? Je le\ndécouvris récemment sous un bosquet écarté, en train de faire\nune partie de dominos avec Haydn. Il avait à la bouche une\npipe de Hollande longue et mince ; quelques flacons vidés\ngisaient autour de lui. Haydn me reconnut d'emblée, se leva, fit"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "la révérence et tendit d'un geste menu une tabatière en ver-\nmeil ornée de diamants et de miniatures. Nous y puisâmes\ntour à tour. Puis, d'une experte chiquenaude époussetant son\njabot de dentelles, il me remercia, non sans quelque embarras\nvisible, d'avoir choisi de lui un thème indigne de tant d'hon-\nneur, pour y broder l'arabesque touffue de variations orches-\ntrales. « Nous les avons écoutées maintes fois par téléphone,\ncontinua le charmant vieillard, grâce au fil spécial assuré par la\nlibéralité de M. le baron Van Swieten à mon bien-aimé\nWolfgang... » «Et nous ne nous sommes jamais si bien\nrasés ! » ajouta Mozart entre deux bouffées, tandis qu'une\npourpre subite envahissait les joues de mon bienveillant inter-\nlocuteur. Je contemplai leurs mentons glabres selon la mode\nancienne, sans deviner le sens de cette interruption. Que vou-\nlut-il dire ? L'imaginez-vous ?\nMENDELSSOHN. Vaguement. Je ne saurais, néanmoins,\nvous en fournir à l'improviste une explication qui vous satis-\nfasse. Le terme est ambigu. Vous savez que Mozart habita\nquelque temps Paris. Jadis, il en écrivit pis que pendre;\naujourd'hui, il en paraît entiché à l'extrême. Il n'est de jour\noù son Allô ! Allô ! ne retentisse pour exiger une communica-\ntion immédiate. Il se tient ainsi au courant des transforma-\ntions d'un langage dont, désormais, il possède les nuances les\nplus subtiles. Aussi parle-t-il souventefois une sorte d'argot\nqui m'échappe, encore que, naguère, j'aie hanté moi-même\nles salons les plus distingués et les plus spirituels de la capi-\ntale gauloise.\nBRAHMS. Se peut-il que la profondeur d'un artiste alle-\nmand puisse prendre un semblable et obstiné plaisir à la futi-\nlité du peuple le plus superficiel qui soit au monde ? Mon\nœuvre n'y récolta que peu de connaisseurs, immigrés la plu-\npart. En tout cas, ce n'est point, sans doute, la musique qu'on\ny cultive qui séduit aussi puissamment notre divin Mozart en\nce milieu pervers.\nMENDELSSOHN. Détrompez-vous : c'est là précisément ce\nqui l'attire. Ce bon Haydn s'évertue en vain de le moraliser.\nIl lui répond : « La ferme !... » expression saugrenue qui lais-\nserait soupçonner quelque dérangement de l'esprit. Chaque soir\ndu méridien en question, il est pendu à ses récepteurs com-\nmuniquant avec théâtre ou concert. Certes, il n'est pas toujours\ncontent, et j'ai même observé qu'il use alors avec insistance\ndu mot qui vous déconcerta. Mais parfois son enthousiasme\natteint les bornes du délire. On en craignit dernièrement pour\nsa raison. Il s'agissait d'une pièce nouvelle, un « opéra-comi-\nque » intitulé probablement Pallasquoiqu'il prononce"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "ou quelque chose d'approchant, car son instruction fut som-\nmaire. Il en divaguait ; il proférait des paroles sans suite et\nfredonnait des motifs incohérents. Longtemps il en oublia\nsa pipe et son Moselwein.Haydn et le baron étaient con-\nsternés.\nBRAHMS. Pitoyable destin d'un génie radieux abusé par de\nvains simulacres jusqu'à sombrer dans la frivolité welche !\nNulle épreuve ne m'eût touché plus amère, en ce triste séjour,\nsans la blessure au cœur que me porta mon maître et ami vé-\nnéré, le malheureux Schumann. Vous savez qu'il m'invectiva,\nl'œil hagard, rétractant l'apologie dont la publication me prépara\nla gloire, dénigrant férocement tout mon œuvre, et reniant le\nmeilleur du sien. Le spectacle était lamentable.\nMENDELSSOHN. Il en fit autant pour moi quand j'allai tout\njoyeux le recevoir au débarcadère. Il me reprocha de 1 avoir\ntrompé, d'être cause qu'il gâcha sa vie dans un art fourvoyé,\nqu'il émacia sa verve et flétrit le de son inspi-\nration germaine, aux miasmes empoisonnés de la scolastique.\nIl faut lui pardonner, car sa démence est complète et sans re-\nmède, bien que les crises en soient devenues plus rares. Lorsque\nLiszt arriva ici, en abbé, il courut à sa rencontre, l'embrassa\nhumblement et déclara qu'il voulait se faire catholique. Liszt\neut quelque peine à l'en dissuader, lui affirmant qu'il n'avait pas\nles pouvoirs nécessaires. Depuis, l'infortuné s'isole ou rôde, opi-\nniâtre et farouche. Il semble nourrir un secret ressentiment\ncontre Bach et évite Beethoven. Quelquefois, il voit passer\nWagner ou Chopin ; alors il pleure comme un petit enfant. Liszt\nest très bien pour lui : il va le voir souvent, le distrait, le console.\nLiszt a décidément beaucoup gagné avec l'âge. C'est un homme\ndélicieux. On l'apprécie fort, d'ailleurs, pour le calme relatif où\nnous lui sommes redevables de couler dorénavant nos heures\ninfinies. Wagner et Berlioz ne se sont guère colletés que deux\nou trois fois, du jour de sa venue.\nBRAHMS. Hélas !je ne croyais pas, quand je quittai la\nvie, en retrouver ici, avec les pires misères, les vanités, les\nantagonismes et les querelles. Tout au plus eussé-je auguré une\ndiscrète polémique, d'où la chaleur des convictions n'eût point\nbanni l'urbanité, et j'osais espérer, des plus grands, quelque\nconsidération équitable pour mes efforts et leurs fruits... Mais\nquelle est cette rumeur lointaine ?\nMENDELSSOHN. Nous approchons du quartier des gens\nde lettres. Le bruit y cesse peu, car ils sont toujours en\neffervescence. Quand le vacarme y devient trop violent, Liszt\nse dévoue, et, comme il est polyglotte, son intervention est\nfort efficace. Il traduit en compliments les insultes ou les défis"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "en excuses, et tout le monde s'embrasse. Mais ça ne dure pas\nlongtemps. Au surplus, qu'ils s'accordent ou se chamaillent,\nle tapage est presque le même ; ils ont la faculté de discourir\navec fracas sans fatigue ostensible et la manie de parler tous\nensemble. Tournons de ce côté, vers le bois sacré des poètes.\nCe sentier nous y conduit. Le bocage où nous pénétrons est\nmitoyen aux deux domaines. Olympos y vient jouer de\nla flûte près de Terpandre, qui chante un hymne à Zeus\naux sons de la lyre à sept cordes. Ils discutent parfois des\nvertus de leurs instruments respectifs, mais sans aigreur appa-\nrente. La vallée qui s'étend plus loin est le lieu le plus pai-\nsible de ces demeures. Un épais gazon amortit les pas. La\nrivière que voici y trace des méandres limpides et trouble à\npeine le silence. Ce tertre la domine. Voulez-vous que nous\nnous reposions un instant ?\nBRAHMS. Volontiers... Mais voyez donc, là-bas, assis sur\nl'herbe de la berge, ces deux étranges personnages...\nMENDELSSOHN. lls ne bougent pas d'ici et sont inséparables,\nencore qu'ils ne se puissent entretenir commodément, car leurs\nlangues sont différentes. On n'est pas sûr, toutefois, s'ils se\ntaisent par ignorance.\nBRAHMS. L'un a retiré son pourpoint de velours ; ses pieds\nnus trempent dans l'eau courante où il semble guetter quelque\nchose.\nMENDELSSOHN. C'est son passe-temps favori, Il pêche des\ntruites et des murènes. Il confectionne avec dextérité des insectes\nressemblant si fort à la nature, que les poissons s'y mépren-\nnent aussi bien que les gens. D'autres fois, pourtant, il s'attable\ndevant un pot d'ale et reste à rêver longtemps, regardant de-\nvant soi quelque vision aperçue de lui seul. Mais jamais il ne\ndit un mot.\nBRAHMS. —Je ne distingue pas bien ce que fait l'autre. Les\nboucles échappées d'une perruque majestueuse couvrent son\nfront incliné ; ses doigts déroulent une sorte de lacet.\nMENDELSSOHN. Il prie. C'est son chapelet qu'en ce moment\nil récite. Il paraît dévot. Néanmoins, bien souvent, il rêve, lui\naussi. Je n'ai jamais entendu sa voix, car il ne parle qu'aux\nfemmes. Elles content qu'il est le plus doux et le plus séduisant\ndes hommes. Il apprivoisa jusqu'à Sapho. Assez fréquemment,\nle hasard amène en ces parages la fière poétesse. Elle forme avec\nlui un couple harmonieux et singulier, tandis qu'ils conversent\ntout bas dans l'antique dialecte éolien. Parfois, ils s'égarent\nau milieu des buissons d'asphodèles, et leur silhouette incer-\ntaine s'évanouit dans l'ombre embaumée. On le voit reparaître\nbientôt, l'œil brillant et confus ; il s'avance sans hâte ou lenteur"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 895, "texte": "aflectée, en égrénant son rosaire de buis ; son embarras garde\nde 1 élégance. Alors, couché sur le tapis des mousses, son com-\npagnon feint de dormir, et l'arrivant respecte son sommeil *,\ncai tous deux ont Pâme délicate et libre. Leur commerce muet\nrespire une inaltérable quiétude. Et c'est ainsi qu'ils vivent,\nsi le verbe est licite à leur propos et au nôtre.\nBRAHMS. Il me semble que je les ai vus déjà et que j'ai su\nleur nom , leur figure m'est familière. Les connaissez-vous?\nMENDELSSOHN. Certes, mais vous aussi : c'est Racine et\nShakespeare.\n\nJean Marnold.\n\nCROQUIS D'ALBUM\nNous avons le plaisir d'annoncer à nos lecteurs que l'illustre\ndessinateur Léandre a bien voulu\nset te de a oquis, lesquels, réunis en album, formeront comme le\nLivre d Or de la musique moderne. Qu'il nous soit permis de lui\nadresser ici tous nos remerciements\nment artistique générosité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c007", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.5.2", "titre_corps": "MENDELSSOHN, BRAHMS", "titre_sommaire": "MENDELSSOHN, BRAHMS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.3", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "I\nMENDELSSOHN. Eh bien ! mon pauvre Brahms, vous voilà\nencore tout seul, errant comme une âme en peine ! Venez donc\nfaire un tour avec moi.\nBRAHMS. En vérité, honoré Maître, si je ne vous avais pas,\nje serais bien malheureux ici. J'avoue que je ne m'attendais\nguère à un tel accueil de la part d'ombres augustes que j'ai tant\naimées et glorifiées, alors que je comptais au nombre des\nvivants, et des vivants admirés, si je l'ose dire de moi-même\nsans fausse modestie, car le fait est notoire. Le jour où j'arri-\nvai, après un mystérieux voyage que je ne m'explique pas très\nbien, ballotté dans une barque humide glissant sur un fleuve\nnoir et profond, je fus un peu surpris, je le confesse, de ne\ntrouver que vous, venu au devant de moi...\nMENDELSSOHN. Les grands hommes, vous savez, sont\npresque toujours un peu égoïstes; ils n'aiment pas se déranger.\nEt puis,... comment dirai-je ?... enfin, généralement, ils ne\nsont pas polis, polis. La plupart n'ont pas reçu beaucoup d'é-\nducation ; ils ne connaissent pas les usages. Il ne faut pas trop\nleur en vouloir.\nBRAHMS. —J'avais coiffé, en leur honneur, le laurier décerné\npar mes contemporains. Je m'apprêtais à m'en dépouiller sous\nleurs yeux, avant de me précipiter dans leurs bras ouverts et\nde les serrer dans les miens avec le respect et l'amour d'un fils\nreconnaissant, héritier et gardien fidèle des trésors de beauté\nlégués par le génie de ses ancêtres. Au lieu de cela, sans votre\n\nMENDELSSOHN, BRAHMS"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.3", "debut_caractere": 1504, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "4,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "aimable attention, j'eusse débarqué solitaire, perdu dans la\nsereine immensité de ces ombrages et ne sachant où diriger\nmes pas.\nMENDELSSOHN. —Je suis heureux de vous avoir évité cet\nennui par ma présence opportune, mais, d'ailleurs, il n'eût\npas duré bien longtemps. L'endroit n'est pas si vaste qu'il en\na l'air et on s'y rencontre assez facilement. Vous avez pu vous\nen apercevoir.\nBRAHMS. En effet. Bientôt nous avons croisé Beethoven,\net mon cœur bondissait dans ma poitrine en vous quittant pour\nl'aller saluer de mon hommage enthousiaste. Il ne daigna\nmême pas tourner la tête. Silencieux, maussade et pressé, son-\ndant d'un œil inquiet le crépuscule, il passa son chemin et me\nlaissa planté là tout déconfit.\nMENDELSSOHN. Il ne vous a pas entendu. Vous n'ignorez\npoint qu'il est sourd. Il n'avait pas son cornet acoustique. Il\nl'oublie volontiers depuis que Wagner est venu rejoindre Ber-\nlioz ici, car il semble redouter la société de ces deux esprits\néminents, lesquels, à vrai dire, rarement d'accord et également\nimpétueux, manifestent une propension peut-être excessive à\nle prendre pour arbitre de leurs discussions orageuses, en le\ncriblant à l'envi de louanges sans mesure et sans précaution.\nC'était probablement le sujet de son inquiétude. Au surplus, il\nmontre peu de goût pour la conversation.\nBRAHMS. Et Bach ! Sur votre affectueux conseil, je l'allai\nvisiter au bord des eaux stagnantes, en ce marais où il se plaît\nà résider et emploie ses loisirs éternels à fabriquer un orgue\navec des roseaux. Je le trouvai fort absorbé dans sa tâche, la\nperruque de travers et la mine peu engageante. Toutefois, il se\ndérida soudain, en me tendant un vieux couteau, tandis que\nson doigt impérieux désignait un jonc éloigné, dominant ses\nvoisins, vers le centre de la mare. J'y pateaugeai jusqu'à mi-\njambe et rapportai l'objet désiré. Puis, à genoux, tremblant\ncomme un bouleau au vent d'automne, je lui dis ma ferveur et\nme nommai. Il ne sourcilla point. Pour éveiller ses souvenirs,\nj'offris des deux mains en plateau mon Requiem allemand au\ngéant de la fugue. « Ah ! c'est vous», grogna-t-il, en feuilletant\nla partition. Ensuite il me tourna le dos et lança par-dessus\nson épaule : « C'est dommage qu'il soit noirci, mais il pourra\ntout de même servir à faire de la musique. » Alors je le vis qui\ndéchirait les pages et roulait le papier en forme de tuyaux...\nMENDELSSOHN. Je vous avais averti de sa franchise assez\ncrue. Il est un peu paysan du Danube : certains lui prêtent,\npar ses aïeux, une origine hongroise ; hypothèse, à la vérité,\ncontestée d'autres érudits."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "BRAHMS. —Je m'éloignai le cœur navré et les pieds humides\nquand, plus loin, je faillis choir sur le sol, trébuchant contre\nun obstacle imprévu. C'étaient les mollets allongés d'un\nhomme imposant, assis sous un cyprès, de quoi sa corpulence\nappuyée faisait courber le tronc. Je reconnus Haendel. Auprès\nde lui, étendu au milieu de registres maculés, quelqu'un addi-\ntionnait tout haut des chiffres, d'une voix enrouée et ardente.\nAma vive stupéfaction, ce calculateur avait les traits de Gluck\net n'était autre que lui-même en personne.\nMENDELSSOHN. Oui, ils se sont réconciliés ici. Ils passent\nleur temps à vérifier la comptabilité de Haymarket et de\nCovent Garden pour en comparer les recettes à celles de l'O-\npéra de Paris. Haendel est aveugle et ne fut jamais débrouillard\nen affaires, ni très ferré sur le Doit et Avoir. Le Chevalier\nlui est d'un grand secours, car c'est un assez long travail: ça va\nde 1719 à 1780 environ. Quand ils ont fini, ils recommencent.\nBRAHMS. Je balbutiai quelques excuses. « Who ist ? »\ninterrogea l'auteur du Messie. Son compagnon releva les pau-\npières et répondit « Den Koarl » Aussitôt, dun\ngeste empressé, je présentai mon Triumphlied, dont le chan*\ntre à'lphigénielut le titre à l'Homère de l'Oratorio. Hélas !ce\nne fut que trop un accès de rire homérique qui secoua l'abdo-\nmen puissant, avec ces mots entrecoupés : « Aoh ! old boy,\nregarde-le bien, mon garçon ! C'est celui-là qui a changé en\nplume le plomb de tes accompagnements. Et quel ironiste !\nOn cherchait du « plus lourd que l'air » : il a trouvé le « plus\nlourd que Gluck ». Ce vieux Sterne en fera une maladie ! »\nPuis, se tournant vers moi, le sourcil froncé tout à coup sur\nson regard absent : « C'est égal, tu aurais pu te priver d invo-\nquer mon patronage. Quand on veut m'imiter, mon gaillard, il\nne faut pas confondre pompeux avec pompier. »\nMENDELSSOHN. Il est d'humeur caustique et de caractère\nirascible. Aussi on le fréquente fort peu. Je ne suis pas sans\nm'étonner qu'il puisse s'entendre avec Gluck, qui n est pas\npatient. Il est vrai qu'une commune passion les rassemble,\noutre que celui-ci, sans doute, lui repondrait sur un ton tout\npareil. Mais vous-même, mon bon ami, vous ne vîntes pas\nparmi nous précédé d'une réputation d'inépuisable douceur.\nJe m'intéresse un peu aux choses de là-bas, et l'écho de vos\nboutades à l'emporte-pièce me parvint parfois jusqu'ici. En ne\nripostant point à l'algarade, vous fîtes preuve d un empile sui\nsoi et d'un tact, dont je me réjouis pour l'agrément de nos rela-\ntions futures. a\nBRAHMS. Ah !ne me louez pas trop, Maître indulgent,\nd'une modération faite surtout peut-être de stupeur. Vous avez"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "connu comme moi l'encens enivrant de la gloire terrestre.\nC'est une fumée dont on éternue sans se plaindre, encore\nqu'on s'applique à en afficher l'obsession. On n'a pas de mal à\ns'y accoutumer, et l'habitude est vite une seconde nature. La\nsecousse a été trop brusque. Je suis comme un pigeon tombé\nd'un nid d'aigle où il aurait perché sa vie durant. Je me\ndemande si je rêve. Je n'ose pas suspecter d'un tantet d'incon-\nsciente jalousie tous ces génies fameux dont j'ai suivi l'exemple.\nLeur art immortel fut le mien, et cependant ils me repoussent\nou me raillent. Je l'aurais compris de Wagner. C'est lui, pour-\ntant, qui m'accueillit le plus cordialement tout d'abord, à ma\nsincère joie, car je souhaitais faire ici la paix avec mon illustre\nrival. Il me questionna tout fiévreux sur le succès de ses\nouvrages et la prospérité de Bayreuth, s'enquit des santés de\nSiegfried et de Cosima, et manqua me sauter au cou lorsque\nje lui donnai l'exemplaire richement relié du premier opéra de\nson fils, que j'avais apporté à son intention. A la vérité, je\nreste encore abasourdi de l'affront qui fut ma récompense. A\npeine en eut-il parcouru quelques mesures, qu'il me lança la\npartition de Baerenhaeuterà la tête et s'enfuit comme un fou\nfurieux en me criant des gros mots. Mais, d'ailleurs, vous assis-\ntiez à l'aventure, honoré Maître. Qu'en pensez-vous?\nMENDELSSOHN. Je ne vous en aurais pas parlé de moi-\nmême ; j'espérais que vous l'aviez oubliée. Entre nous, cher\nami, ce fut un peu... la gaffe, comme disent les Français. Vous\nne remarquâtes pas les signes désespérés que Liszt vous adres-\nsait, derrière son gendre, afin de vous engager à vous abstenir.\nOn avait cru bon de cacher au père les exploits musicaux de\nson rejeton tardif et enfant gâté, d'aucuns estimant que celui-ci\ns'inspirait plutôt de votre manière que de celle de Tristan ou\ndes Maîtres Chanteurs ; et l'événement ne justifierait que trop\nla précaution. Depuis ce jour, Wagner ne dérage pas ; il vous\ntraite d'empoisonneur et d'autres noms qu'il vaut mieux ne\npas répéter. Au demeurant, un tel dépit est flatteur pour vous,\nen ce qu'il témoigne de l'influence exercée par votre talent et\nvos œuvres.\nBRAHMS. —J'en ressentirais mieux le légitime orgueil, si je\nn'étais troublé par les déceptions qui m'accablent. Ne fût-ce\nque pour mon troisième Quatuor et mon avec clari-\nnette, méritai-je pas mieux de Mozart que la phrase obscure à\npropos de quoi je voulais justement vous consulter? Je le\ndécouvris récemment sous un bosquet écarté, en train de faire\nune partie de dominos avec Haydn. Il avait à la bouche une\npipe de Hollande longue et mince ; quelques flacons vidés\ngisaient autour de lui. Haydn me reconnut d'emblée, se leva, fit"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "la révérence et tendit d'un geste menu une tabatière en ver-\nmeil ornée de diamants et de miniatures. Nous y puisâmes\ntour à tour. Puis, d'une experte chiquenaude époussetant son\njabot de dentelles, il me remercia, non sans quelque embarras\nvisible, d'avoir choisi de lui un thème indigne de tant d'hon-\nneur, pour y broder l'arabesque touffue de variations orches-\ntrales. « Nous les avons écoutées maintes fois par téléphone,\ncontinua le charmant vieillard, grâce au fil spécial assuré par la\nlibéralité de M. le baron Van Swieten à mon bien-aimé\nWolfgang... » «Et nous ne nous sommes jamais si bien\nrasés ! » ajouta Mozart entre deux bouffées, tandis qu'une\npourpre subite envahissait les joues de mon bienveillant inter-\nlocuteur. Je contemplai leurs mentons glabres selon la mode\nancienne, sans deviner le sens de cette interruption. Que vou-\nlut-il dire ? L'imaginez-vous ?\nMENDELSSOHN. Vaguement. Je ne saurais, néanmoins,\nvous en fournir à l'improviste une explication qui vous satis-\nfasse. Le terme est ambigu. Vous savez que Mozart habita\nquelque temps Paris. Jadis, il en écrivit pis que pendre;\naujourd'hui, il en paraît entiché à l'extrême. Il n'est de jour\noù son Allô ! Allô ! ne retentisse pour exiger une communica-\ntion immédiate. Il se tient ainsi au courant des transforma-\ntions d'un langage dont, désormais, il possède les nuances les\nplus subtiles. Aussi parle-t-il souventefois une sorte d'argot\nqui m'échappe, encore que, naguère, j'aie hanté moi-même\nles salons les plus distingués et les plus spirituels de la capi-\ntale gauloise.\nBRAHMS. Se peut-il que la profondeur d'un artiste alle-\nmand puisse prendre un semblable et obstiné plaisir à la futi-\nlité du peuple le plus superficiel qui soit au monde ? Mon\nœuvre n'y récolta que peu de connaisseurs, immigrés la plu-\npart. En tout cas, ce n'est point, sans doute, la musique qu'on\ny cultive qui séduit aussi puissamment notre divin Mozart en\nce milieu pervers.\nMENDELSSOHN. Détrompez-vous : c'est là précisément ce\nqui l'attire. Ce bon Haydn s'évertue en vain de le moraliser.\nIl lui répond : « La ferme !... » expression saugrenue qui lais-\nserait soupçonner quelque dérangement de l'esprit. Chaque soir\ndu méridien en question, il est pendu à ses récepteurs com-\nmuniquant avec théâtre ou concert. Certes, il n'est pas toujours\ncontent, et j'ai même observé qu'il use alors avec insistance\ndu mot qui vous déconcerta. Mais parfois son enthousiasme\natteint les bornes du délire. On en craignit dernièrement pour\nsa raison. Il s'agissait d'une pièce nouvelle, un « opéra-comi-\nque » intitulé probablement Pallasquoiqu'il prononce"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "ou quelque chose d'approchant, car son instruction fut som-\nmaire. Il en divaguait ; il proférait des paroles sans suite et\nfredonnait des motifs incohérents. Longtemps il en oublia\nsa pipe et son Moselwein.Haydn et le baron étaient con-\nsternés.\nBRAHMS. Pitoyable destin d'un génie radieux abusé par de\nvains simulacres jusqu'à sombrer dans la frivolité welche !\nNulle épreuve ne m'eût touché plus amère, en ce triste séjour,\nsans la blessure au cœur que me porta mon maître et ami vé-\nnéré, le malheureux Schumann. Vous savez qu'il m'invectiva,\nl'œil hagard, rétractant l'apologie dont la publication me prépara\nla gloire, dénigrant férocement tout mon œuvre, et reniant le\nmeilleur du sien. Le spectacle était lamentable.\nMENDELSSOHN. Il en fit autant pour moi quand j'allai tout\njoyeux le recevoir au débarcadère. Il me reprocha de 1 avoir\ntrompé, d'être cause qu'il gâcha sa vie dans un art fourvoyé,\nqu'il émacia sa verve et flétrit le de son inspi-\nration germaine, aux miasmes empoisonnés de la scolastique.\nIl faut lui pardonner, car sa démence est complète et sans re-\nmède, bien que les crises en soient devenues plus rares. Lorsque\nLiszt arriva ici, en abbé, il courut à sa rencontre, l'embrassa\nhumblement et déclara qu'il voulait se faire catholique. Liszt\neut quelque peine à l'en dissuader, lui affirmant qu'il n'avait pas\nles pouvoirs nécessaires. Depuis, l'infortuné s'isole ou rôde, opi-\nniâtre et farouche. Il semble nourrir un secret ressentiment\ncontre Bach et évite Beethoven. Quelquefois, il voit passer\nWagner ou Chopin ; alors il pleure comme un petit enfant. Liszt\nest très bien pour lui : il va le voir souvent, le distrait, le console.\nLiszt a décidément beaucoup gagné avec l'âge. C'est un homme\ndélicieux. On l'apprécie fort, d'ailleurs, pour le calme relatif où\nnous lui sommes redevables de couler dorénavant nos heures\ninfinies. Wagner et Berlioz ne se sont guère colletés que deux\nou trois fois, du jour de sa venue.\nBRAHMS. Hélas !je ne croyais pas, quand je quittai la\nvie, en retrouver ici, avec les pires misères, les vanités, les\nantagonismes et les querelles. Tout au plus eussé-je auguré une\ndiscrète polémique, d'où la chaleur des convictions n'eût point\nbanni l'urbanité, et j'osais espérer, des plus grands, quelque\nconsidération équitable pour mes efforts et leurs fruits... Mais\nquelle est cette rumeur lointaine ?\nMENDELSSOHN. Nous approchons du quartier des gens\nde lettres. Le bruit y cesse peu, car ils sont toujours en\neffervescence. Quand le vacarme y devient trop violent, Liszt\nse dévoue, et, comme il est polyglotte, son intervention est\nfort efficace. Il traduit en compliments les insultes ou les défis"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "en excuses, et tout le monde s'embrasse. Mais ça ne dure pas\nlongtemps. Au surplus, qu'ils s'accordent ou se chamaillent,\nle tapage est presque le même ; ils ont la faculté de discourir\navec fracas sans fatigue ostensible et la manie de parler tous\nensemble. Tournons de ce côté, vers le bois sacré des poètes.\nCe sentier nous y conduit. Le bocage où nous pénétrons est\nmitoyen aux deux domaines. Olympos y vient jouer de\nla flûte près de Terpandre, qui chante un hymne à Zeus\naux sons de la lyre à sept cordes. Ils discutent parfois des\nvertus de leurs instruments respectifs, mais sans aigreur appa-\nrente. La vallée qui s'étend plus loin est le lieu le plus pai-\nsible de ces demeures. Un épais gazon amortit les pas. La\nrivière que voici y trace des méandres limpides et trouble à\npeine le silence. Ce tertre la domine. Voulez-vous que nous\nnous reposions un instant ?\nBRAHMS. Volontiers... Mais voyez donc, là-bas, assis sur\nl'herbe de la berge, ces deux étranges personnages...\nMENDELSSOHN. lls ne bougent pas d'ici et sont inséparables,\nencore qu'ils ne se puissent entretenir commodément, car leurs\nlangues sont différentes. On n'est pas sûr, toutefois, s'ils se\ntaisent par ignorance.\nBRAHMS. L'un a retiré son pourpoint de velours ; ses pieds\nnus trempent dans l'eau courante où il semble guetter quelque\nchose.\nMENDELSSOHN. C'est son passe-temps favori, Il pêche des\ntruites et des murènes. Il confectionne avec dextérité des insectes\nressemblant si fort à la nature, que les poissons s'y mépren-\nnent aussi bien que les gens. D'autres fois, pourtant, il s'attable\ndevant un pot d'ale et reste à rêver longtemps, regardant de-\nvant soi quelque vision aperçue de lui seul. Mais jamais il ne\ndit un mot.\nBRAHMS. —Je ne distingue pas bien ce que fait l'autre. Les\nboucles échappées d'une perruque majestueuse couvrent son\nfront incliné ; ses doigts déroulent une sorte de lacet.\nMENDELSSOHN. Il prie. C'est son chapelet qu'en ce moment\nil récite. Il paraît dévot. Néanmoins, bien souvent, il rêve, lui\naussi. Je n'ai jamais entendu sa voix, car il ne parle qu'aux\nfemmes. Elles content qu'il est le plus doux et le plus séduisant\ndes hommes. Il apprivoisa jusqu'à Sapho. Assez fréquemment,\nle hasard amène en ces parages la fière poétesse. Elle forme avec\nlui un couple harmonieux et singulier, tandis qu'ils conversent\ntout bas dans l'antique dialecte éolien. Parfois, ils s'égarent\nau milieu des buissons d'asphodèles, et leur silhouette incer-\ntaine s'évanouit dans l'ombre embaumée. On le voit reparaître\nbientôt, l'œil brillant et confus ; il s'avance sans hâte ou lenteur"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 589, "texte": "aflectée, en égrénant son rosaire de buis ; son embarras garde\nde 1 élégance. Alors, couché sur le tapis des mousses, son com-\npagnon feint de dormir, et l'arrivant respecte son sommeil *,\ncai tous deux ont Pâme délicate et libre. Leur commerce muet\nrespire une inaltérable quiétude. Et c'est ainsi qu'ils vivent,\nsi le verbe est licite à leur propos et au nôtre.\nBRAHMS. Il me semble que je les ai vus déjà et que j'ai su\nleur nom , leur figure m'est familière. Les connaissez-vous?\nMENDELSSOHN. Certes, mais vous aussi : c'est Racine et\nShakespeare.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c009", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.5.3", "titre_corps": "CROQUIS D'ALBUM", "titre_sommaire": "CROQUIS D'ALBUM", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.10", "debut_caractere": 591, "fin_caractere_exclue": 895, "texte": "CROQUIS D'ALBUM\nNous avons le plaisir d'annoncer à nos lecteurs que l'illustre\ndessinateur Léandre a bien voulu\nset te de a oquis, lesquels, réunis en album, formeront comme le\nLivre d Or de la musique moderne. Qu'il nous soit permis de lui\nadresser ici tous nos remerciements\nment artistique générosité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c011", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.6", "titre_corps": "LE RYTHME", "titre_sommaire": "LE RYTHME", "signature_source": "Armamde de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 711, "texte": "LE RYTHME\n\nLe rythme est l'âme de la musique, et ce qui l'entoure est un\ncorps plein de faiblesses. C'est le rythme qui fait la personna-\nlité de la musique. Il nous rend un air plus familier que ne le\nfont les notes ou l'harmonie. Ainsi, par exemple,\nlune serait méconnaissable autrement rythmé, et au contraire\nest facilement évoqué avec les notes changées, mais le rythme\nconservé.\nNotes conservées :\nLe rythme est d'une essence plus vitale que la mélodie et\nl'harmonie, exposées toutes deux à devenir fades, à vieillir, à\nvarier selon les temps. Les effets harmoniques les plus osés\ns'usent, la monodie vient se confondre avec la parole. Au con-\ntraire, le rythme charme par la nouveauté et charme également"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2028, "texte": "par la familiarité ; il est précis, infini et indéfini. Il n'a ni com-\nmencement ni fin, il est l'harmonie de notre être. Il nous vient\ndu plus noble des arts, qui est la danse. Cet art n'est pas utilitaire,\nil ne vit que pour sa propre plastique ; son essence n'est soumise\nà aucune loi, il ne résulte d'aucune nécessité. C'est pourquoi il est\nle plus grand des arts, car si l'on mêle à l'art d'autres considé-\nrations que celle de la beauté pure, il est probable qu'il faudra,\nà un moment donné, faire des sacrifices.\nDanse : rythme fait chair. Doux bercement de la valse lente,\nrythme plein d'aise de la sarabande, menuet compassé et retenu,\naffairement modéré du rigaudon et de la bourrée, allure sei-\ngneurialement libertine de la mazurka, fougue élégante de la\npolonaise, tumulte troublant du boléro, volupté contrainte et\néchappée du csardas, grâce insouciante du passepied, tour-\nnoiement semi-hypnotique de l'Orient, balancements rythmi-\nques des charmeurs de serpents, et tous les rythmes qui sont\ndans le pas des bêtes, et toute l'harmonie qui vient de l'équi-\nlibre. Puis le charme du rythme sonore : glas sinistre du gong,\nlangoureux battement de mains qui accompagne les lentes évo-\nlutions des Ouled-Naïl, musique endiablée des castagnettes,\ngrisante monotonie des percussions lointaines.\nQue n'est-il sorti de tout cela une polyrythmie vivant par\nelle-même, ne reléguant pas le rythme aux combinaisons mé-\nlodiques, qu'il rend seul possibles d'ailleurs, les notes étant en\nsi petit nombre ?\nPeut-être viendra-t-il un temps où l'oreille, fatiguée de toutes\nles combinaisons mélodiques, de l'harmonie poussée jusqu'aux\nderniers confins de la cacophonie, demandera une grandiose\nsymphonie de rythmes dans laquelle des timbres éblouissants\nviendront remplacer nos crins-crins et nos souffleries. Et pour\nproduire ces sonorités, les matières les plus précieuses, de-\npuis la pierre et les métaux jusqu'aux bois, viendront parler le\nlangage musical inhérent à chaque chose.\n\nArmamde de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c014", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "28", "image_debut": 13, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.7", "titre_corps": "UN PRIMITIF FRANÇAIS DU VIOLON", "titre_sommaire": "UN PRIMITIF FRANÇAIS DU VIOLON", "signature_source": "Lionel de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1703, "texte": "UN PRIMITIF FRANÇAIS\nDU VIOLON\nFRANÇOIS DU VAL\n\nI\nA la première page d'un de ces « in-folio oblongs » que les\namateurs de musique ancienne connaissent bien, et que con-\nserve précieusement la Bibliothèque nationale, s'étale un élé-\ngant cartouche flanqué d'instruments de musique délicieuse-\nment surannés tels que la basse de viole et le théorbe.\nSurmonté d'un écusson fleurdelisé portant le lambel de la\nfamille d'Orléans, ce cartouche sert de frontispice au premier\nLivre cie Sonates à violon seul et basse continue composé en\n1704. par « le sieur Du Val, ordinaire de la musique du Roi ».\nLa gravure en est ferme et un peu sèche ; elle est l'œuvre de\nClaude Roussel, graveur en taille-douce, dont la fille devait\népouser le célèbre violoniste Jean-Marie Leclair l'aîné.\nQu est-ce donc que ce sieur Du Val de qui la musique se\nprésente ainsi à nous dans un décor si gracieusement symbo-\nlique ?Au cours de sa Description du Parnasse françois, le\nfervent lettré et le Mécène éclairé qui se nommait Titon du\nTillet cite François Du Val parmi les « fameux joueurs d'ins-\ntruments » qui brillèrent sous le règne de Louis XIV; il le\nrange au nombre des violonistes auxquels le grand Roi de-\nmandait d'occuper ses loisirs, et le place à côté de Rebel et de\nBaptiste. Mais François Du Val ne nous intéresse pas seule-\nment comme musicien de cour ; il possède des titres plus\nsérieux à notre attention, car le rôle qu'il joua dans la forma-\ntion de l'école française du violon apparaît des plus considé-\nrables, et, à ce point de vue, nous croyons nécessaire de sortir\nsa mémoire et son œuvre de l'oubli qui trop longtemps s'appe-\nsantit sur elles.\nOn peut lire dans les « Lettres » que Louis Daquin a consa-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "crées aux savants et aux artistes de son temps que Du Val fut\nle premier violon français qui ait osé composer dans le goût\nitalien (1). De cette assertion nous ne retiendrons, à l'actif de\nnotre musicien, que le fait d'avoir, le premier en France, publié\ndes sonates pour le violon ; nous chercherons plus loin à déter-\nminer la part que l'influence italienne occupe dans son œuvre.\nBornons-nous, pour le moment, à lui donner acte de son initia-\ntive, car, s'il est vrai, comme Boisgelou le laisse entendre, que\nles Sonates de Jean-Ferry Rebel aient été écrites dès 1695, il\nn'en demeure pas moins certain qu'elles ne parurent qu'en\n1705; Du Val peut donc revendiquer sans conteste la priorité à\ncet égard, puisque son ier Livre porte la date de 1704.\nLes historiens modernes de la musique ne nous renseignent\npas abondamment sur le compte de François Du Val. Fétis lui\noctroie six lignes ; Mendel et Eitner écourtent Fétis ; Riemann\net Grove restent muets. Seul M. Vidal, dans son très intéres-\nsant ouvrage sur les « Instruments à archet », a apporté quel-\nques documents précis à la biographie du musicien.\nDivers artistes des xvne et xvme siècles répondent au nom de\nDu Val; c'est ainsi qu'en 1625 nous relevons un Jehan Du\nVal, maître peintre, et en 1671 un Nicolas Du Val, maître\nsculpteur. Le danseur Duval déploie ses talents à l'Académie\nroyale de musique à partir de 1711, et figure encore dans les\nballets en 1747. Un homonyme de notre violoniste, un comé-\ndien du nom de François Du Val, meurt en 1722 à la prison\nde For-Lévêque, âgé de 68 ans (2). Enfin, parmi les musiciens\nfrançais qui étaient attachés à la reine Henriette-Marie de\nFrance, troisième fille d'Henri IV et de Marie de Médicis, il y a\nen 1633, à côté des sieurs de la Vare et Robert, un artiste\nappelé Du Val. Ce Du Val prend part à la représentation\ndonnée, cette année-là, à White-Hall, en présence de Charles ler,Ier,\nd'un ballet intitulé : le Triomphe de la Paix, dont la musique\nprovenait de la collaboration de Simon Yves, de Lawes et de\nLord Withelock (3). Peut-être faut-il voir, en ce personnage,\nle père de François Du Val, supposition qui semble d'autant\nplus plausible qu'à cette époque les professions se perpétuaient\ndans les familles, et que la plupart des musiciens du xvne siècle\nont appartenu à de véritables dynasties artistiques.\nQuoi qu'il en soit, nous ne savons rien du lieu et de la date\n\n(1) Daquin, Lettres sur les Hommes célèbres dans les Sciences, la Litté-\nrature et les Beaux-Arts, \\jS2 ,Lettre vi, t. I, p. 129.\n(2) Ces divers renseignements sont extraits des\ntistes français,par M. Herluison, et de de Durey de\nNoinville.\n(3) Vidal, Les Instruments à archet, t. 11, p. 76,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.15", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "de la naissance de François Du Val ; il a dû naître vers la\nseconde moitié du xvne siècle, et son nom figure pour la pre-\nmière fois sur un document d'archives en 1695, où il est con-\nservé dans les rôles de capitation de la communauté des maîtres\nà danser et joueurs d'instruments de la ville et des faubourgs\nde Paris (1).\nDu Val y est inscrit parmi les contribuables de la première\nclasse, ce qui indique qu'il jouissait d'une certaine aisance\ndont la conséquence fiscale s'exprimait par une contribution de\n10 livres. Tout porte à croire qu'il s'agit bien là de notre musi-\ncien, car son homonyme chorégraphe débute seulement 16 ans\naprès à l'Opéra, lors de la reprise de en 1711 (2).\nLe violoniste appartenait alors, selon l'expression du temps,\nau duc d'Orléans, grand amateur de musique qu'il s'ingéniait à\n« divertir », ainsi qu'il l'écrit lui-même (3), et auquel Hubert le\nBlanc prête d'amusantes manies : « Il honoroit, rapporte l'au-\nteur de la Défense de la Basse de les combats de l'harmo-\nnie françoise et italienne, et tenoit la porte lui-même pour ne\nlaisser passer que les amateurs insignes ou les exécutants\nd'élite. » A l'entrée de son cénacle, le cerbère princier montait\nbonne garde ; il fallait montrer carte blanche pour y pénétrer, si\nbien que Forqueray le père dut s'estimer fort heureux de voir\nl'Altesse royale lui ouvrir le passage.\nC'était l'époque où l'abbé Mathieu, curé de Saint-André-des-\nArts, donnait chez lui des concerts hebdomadaires et lançait à\nl >\nParis les œuvres du fameux Corelli; déjà le snobisme sévissait\net les « connaisseurs » ne manquaient pas de s'extasier devant\nles difficultés d'exécution que présentaient les compositions du\nmaître italien ; il s'agissait seulement de trouver des inter-\nprètes, chose malaisée ; mais le duc d'Orléans ne s'embarrassait\npas pour si peu, et, à en croire Michel Corrette, lorsque paru-\nrent les Sonates à violon seul et basse continue du maître de\nFusignano (œuvre V, 1700), l'enragé mélomane, faute de dis-\nposer de violonistes capables de les exécuter « et de jouer par\naccord », s'avisa tout simplement de les faire chanter par trois\nvoix ! (4).\nDu Val devait être le premier à se substituer aux chanteurs\nde son protecteur, et Daquin nous assure qu'il s'en acquitta à\nla satisfaction de tous.\n\n(i) Arch. nat. Z1 'h. 657.\n(2)Durey de Noinville, loc. cit.,p, ro6.\n(3) Lettre dédicatoire du ier Livre de Sonates (1704), adressée au duc\nd'Orléans.\n(4) Michel Corrette, Préface du Maître de clavecin pour l'accompagne*\nment, Paris, 1753."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2665, "texte": "Du reste, chacun travaillait jour et nuit à apprendre ces pas-\nsionnantes Sonates, et, à côté de notre violoniste, Châtillon et\nBaptiste parvinrent bientôt à triompher des obstacles résultant\nde l'emploi de la « double corde ».\nDu Val a dû entrer à la chapelle royale entre 1702 et 1704 ; il\nne figure pas au nombre des musiciens de cette compagnie en\n1702, mais sur son œuvre I, dédiée au duc d'Orléans, il s'inti-\ntule « Ordinaire de la chapelle et chambre du Roy (1) ». Il\navait été présenté à Louis XIV par un autre protecteur, le ma-\nréchal duc de Noailles, celui dont la fille, la future maréchale de\nGramont, travaillait la musique sous la direction de Lalande ;\n« être protégé par M. de Noailles, affirme Durey de Noinville,\nc'était acquérir le titre d'honnête homme (2) ». Notre musicien,\n« né avec des dispositions favorables et beaucoup de har-\ndiesse (3) », avait plu au roi, qui s'était empressé de l'attacher à\nsa musique. En 1707, il dédie au monarque son troisième Livre\nde Sonates, et se voit distinguer de la façon la plus flatteuse\nparmi les musiciens de la chambre ; c'est ainsi que Couperin,\ndans la préface de ses Concerts roycomposés pour les petits\nconcerts auxquels Louis XIV le mandait presque tous les di-\nmanches, rapporte qu'il y touchait du clavecin entouré de ses\npartenaires, Du Val, Philidor, Alcarius ou Hilaire Verloge le\njoueur de basse de viole et le bassonniste Dubois.\nL'année 1714 marque l'entrée de Du Val aux 24 violons où, le\n22 janvier, il remplace Pierre Joubert décédé (4), et les comptes\ndes Menus-Plaisirs nous le montrent à plusieurs reprises émar-\ngeant en tête des symphonistes. En 1717, il occupe la seconde\nplace parmi les musiciens payés par le trésorier des Menus et\ntouche 735 livres (5).\nL'Etat de la France de 1722 le qualifie de « dessus de vio-\nlon » et l'inscrit dans la bande des vingt-quatre, entre Louis\nFrancœur et Pierre Brunet (6); c'était la dernière fois qu'il y\ndevait figurer, car les registres du secrétariat de la Maison du\nRoi nous apprennent sa mort, survenue le 26 janvier 1723, et\n\n(1) Voir YEtat de la France pour 1702, t. I, p. 47.\n(2) «Je veux, écrit Du Val, dans sa dédicace au M. de Noailles, parler\nde la bonté que vous eûstes de me faire entendre au Roy qui ne refuse pas\nson approbation à ceux que vous favorisez de la vôtre. » 2e Livre de\nSonates, 1706. (B. n. Vm 7, II3I.)\n(3) Mercure. Juin 1738, p. 1114-1115. Extrait des Mémoires pour servir\nà L'Histoire de la musique vocale et instrumentale.\n(4) Retenue de l'un des 24 joueurs de violon pour François Du Val.\nArch. nat. O1 58, f® 16.\n(5) Arch. nat. 012846, f»s 22, 23.\n(6) Etat de la France pour 1722."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.17", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "son remplacement par Gabriel Besson (1). Une ordonnance\nroyale du même jour prescrivait à Gabriel Besson de payer\ncomptant, en prenant possession de sa charge, à la veuve du\nvioloniste, et, en cas de décès de celle-ci, à ses sœurs Marguerite\net Geneviève Du Val, la somme de i.500 livres.\nLes deux sœurs de Du Val que mentionne cette ordonnance\nparaissent n'avoir joué aucun rôle dans le monde artistique;\nla danseuse de ce nom est très probablement la sœur du danseur\nDuval, et les deux chanteuses signalées par Ab. Jacquot à la\ncour du roi Stanislas en 1762 portent d'autres prénoms que\nceux qui figurent sur l'ordonnance de 1723. Enfin la demoiselle\nDuval qui, sous les auspices du prince de Carignan, fit repré-\nsenter en 1736 le Ballet des Génous est donnée par les\nmémorialistes de l'époque comme une « toute jeune personne »\ndont l'âge fort tendre étonne les spectateurs, et ce détail em-\npêche qu'on puisse reconnaître en elle une des sœurs du mu-\nsicien (2).\nII\nFrançois Du Val n'a écrit que de la musique de violon. Son\nœuvre comprend 7 Livres de Sonates, dont 6 à violon seul avec\nla basse continue et 1 à 2 violons également avec la basse conti-\nnue. Voici les titres et les dates de ces diverses compositions :\nier Livre. Sonates et autres\nBasse (1704).\n2e Livre. Sonates à deux Violons et (1706).\n!3e Livre. Sonates pour Violon (1707).\n4e Livre. —Sonates pour Violon seul et la Basse (1708).\n5e Livre. Sonates à Violon se (1715 ).\n6e Livre. Amusements pour\navec la Basse (1718).\n7e Livre. Les Idées musiciennes.\n\\ la Basse (1720).\nDu Val est avec Jean-Ferry Rebel le premier à avoir intro-\nduit en France la Sonate de violon et basse continue. Si nous\nen croyons le Catalogue de Sébastien de Brossard,la Basse con-\ntinue, révélée vers 1619 aux Pays-Bas par les Cantiones sacrce\n\n(1) Arch. nat. 0*67, f° 38. Ordonnance du 26 janvier 1723, datée de\nVersailles.\n(2) Pourvoir en l'auteur des Génies la sœur de François Du Val, il fau-\ndrait en effet admettre que celle-ci fût née très peu de temps avant la\nmort de son frère, hypothèse peu vraisemblable. Parfait, 11, 329.\nLes deux demoiselles Duval qui figurent sur les États de paiement de\nl'Opéra, à partir de 1749 et de 1751, en qualité « d'ordinaire dans les\nchœurs », ne sont pas non plus les sœurs du violoniste. (Arch. de l'Opéra.)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "de l'organiste Petrus Svelingius (i), pénétrait bien en France\ndès cette époque, mais n'y était que froidement accueillie, puis-\nque Henri du Mont, dans la Préface de ses\nbasso continuo (i 652), déclare qu'on n'avait pas encore imprimé\ndans notre pays de cette sorte de musique avec basse continue.\nNos pièces instrumentales continuaient à employer 4 ou 5 ins-\ntruments à cordes, dont les registres respectifs se répartissaient\nde la même façon que ceux des compositions vocales, et mettaient\nà contribution la même échelle de clefs. L'œuvre de Du Val mar-\nque donc un moment très important de notre histoire musicale.\nElle ne suscita pas un grand enthousiasme, lors de son appa-\nrition; Daquin assure qu'on trouva fort médiocres les Sonates\nde Du Val, et Boisgelou les apprécie sans bienveillance : « Du\nVal, déclare-t-il, parvintmême à exécuter les Sonates de Corelli,\nmais il aurait dû s'en tenir là, et celles qu'il a données de sa\ncomposition sont mortes longtemps avant lui (2). » Néanmoins,\nce sévère censeur veut bien reconnaître que Du Val releva le\nviolon de l'état d'abaissement dans lequel il végétait. M. Vidal\nne craint pas de jeter lui aussi une pierre dans le jardin de notre\nmusicien, en soutenant que ses œuvres décèlent un etrès faible\nimitation du genre italien : « ce sont de petits airs portant pour\ntitres : le Papillon, la Cascade, la Girouette, la Salpêtre, le Phaë-\nton, etc. Quelques-uns de ces morceaux sont travaillés avec plus\nou moins de soin ; mais, en somme, toute cette musique est\nélémentaire, même pour l'époque où elle fut produite (3) ».\nSi on excepte les œuvres de Gorelli, il, est de toute justice de\nconvenir que celles des contemporains italiens et allemands de\nDu Val ne justifient qu'à moitié de semblables appréciations.\nLa Suite de Westhoff, publiée par M. Lavoix, d'après le Mer-\ncure de 1683 n'affirme point une musicalité supérieure à celle\ndes compositions du musicien français ; on peut en dire autant\nde la Sonate jouée par. ce célèbre violoniste devant Louis XIV,\nsonate dont le royal auditeur avait baptisé un des morceaux du\nnom de « La Guerre » ; voici le début de ce passage qui rap-\npelle tout à fait les « bruits de guerre », « airs en fanfare » et\nautres pièces descriptives si goûtées en ce temps-là :\n\n(ï) Jean Pieters Sweelinck, organiste de la« Vieille Eglise » d'Amsterdam,\n(2) Catalogue de Boisgelou. (Bibl. nat. Réserve.)\n(3) Vidal, loc.cit, 11, p. 372. ; -\n(4) La Sonate de WesthofF a paru dans le de décembre\n1682, pp. 386, 387, et la Suite du même auteur en janvier i 683, p. 147."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.20", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "Une observation analogue s'applique au célèbre recueil de\nWalther intitulé Hortulus chelicus(l), qui, tout en contenant\nassurément de grandes difficultés au point de vue de la technique\ndu violon, ne s'impose pas par des trouvailles musicales bien\nsensationnelles. En Allemagne, comme en France, on s'en tient\nà la pièce épisodique, amusante, pittoresque ; ce qui plaît\nsurtout c'est la virtuosité, et le sentiment de la difficulté vaincue\nou de l'imitation quelque peu enfantine des bruits naturels\nl'emporte sur celui de l'expression passionnelle. Walther inti-\ntule une de ses pièces : Scherzo et fait en-\ntendre, à travers un babillage puéril, l'appel du coucou sous les\nespèces d'un mouvement descendant de tierce ; ou encore dans\nses Galli e Galline, il imite le jacassement obstiné des poules\ntraversé par de victorieux cocoricos. Dans il for-\ncera le violon à donner l'illusion de l'orgue, de la trompette, du\ntambour et de la musette; tout cela ne diffère pas sensiblement\ndu Papillon ou de la Salpêtre de Du Val et ne relève pas d'une\nesthétique moins élémentaire.\nLe violoniste français s'est évidemment inspiré des Sonates\nde Corelli en composant les siennes, mais du modèle italien, il\na surtout retenu le cadre, conservant à son inspiration une allure\nbien personnelle. A Corelli, Du Val emprunte le type de Sonate\nà quatre compartiments avec alternance de vitesses dans les\nmorceaux dont la tonalité demeure d'ordinaire constante. Il dé-\nbute presque toujours par un préludeou une introductionlente,\naprès lequel s'échelonnent les mouvements constitutifs du\ntype corellien, mais il conserve la terminologie française ;\non ne rencontre jamais dans son œuvre les termes\nd'Adagio,de Vivace; il emploie exclusivement les qualifications\nsuivantes : Lent, Gay ou Vite, Sarabande ou Air, Gigue ou Gay,\nauxquelles il adjoint des indications propres à définir plus exac-\ntement le caractère des pièces, comme par exemple : « gracieu-\nsement », « un peu grave », ou destinées à préciser le style de\nl'exécution, comme « les croches égales » ou « les croches pi-\nquées». Il baptise aussi très souvent ses Sonates de noms carac-\ntéristiques. Dans son dernier livre, appelé\nnous le voyons adopter des titres descriptifs tels que :\nluth, les Tourbillons, la Guitare,ou bien des dénominations\npittoresques et géographiques comme :\ntaine, ou enfin psychologiques telles que :\ncieuse,etc.\nA première vue, la musique de Du Val semble un peu sèche\n\n(i) Hortulus chelicus, uni violino, duabus, tribus et quatuor subinde\nchordis simul sonantibus harmonice modulanti, Mayence, 1688.\n5"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "[22]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "et un peu étriquée ; la mélodie reste courte, emprisonnée très\nétroitement dans de trop fréquentes cadences ; elle tourne et re-\ntourne autour de la tonique et des deux dominantes, comme si\nelle craignait de ne pas retrouver sa route et d'égarer l'auditeur ;\non y sent trop l'air de danse encore raide et tout proche de ses\norigines.\nNéanmoins, elle affirme un des caractères les plus saillants de\nla musique française, à savoir la variété et la souplesse ryth-\nmiques, et ce caractère s'observe dans toutes les œuvres de nos\nmusiciens du xvii® siècle. Alors que les Italiens, une fois qu'ils\nont fait choix d'un schème, d'un cadre rythmiques, s'appliquent\nà y conserver la succession des valeurs qui le déterminent, les\nFrançais témoignent déplus d'ingéniosité et de moins de symé-\ntrie. A l'intérieur d'un type rythmique, comme la\npar exemple, dont le dispositif peut se représenter par la for-\nmule :\nils procèdent à de nombreuses combinaisons de valeurs dont\nils utilisent tout le clavier, soit qu'ils les alternent au gré d'une\namusante fantaisie, soit qu'ils substituent des groupes équiva-\nlents à des notes uniques sans déranger l'économie générale de\nl'ensemble. Il s'ensuit quelque chose de plus nuancé, de plus\nsculpté, peut-être aussi de plus précieux et de plus maniéré ; il\ns'ensuit des divisions singulières, parfois très inattendues. Voici,\npar exemple, un dispositif de valeurs que nous empruntons à\nune Courante de la collection Philidor (i) et qui nous semble\ncaractéristique à cet égard :\nDu Val opère de même; au lieu d'employer, dans les mouve-\nvements vifs, une même valeur métrique, croche ou double\ncroche, comme Corelli, valeur qui se distribue de façon con-\nstante dans toute la pièce en lui conférant un aspect un peu sco-\nlastique, il s'entend fort bien à intervertir et à échelonner les\ndiverses valeurs, à les opposer entre elles en contrastes ingé-\nnieux, en combinaisons spirituelles, alertes et vives dans les\nairs gais, expressives et langoureuses dans les airs lents. La\ncomparaison des deux schèmes rythmiques suivants en dira\n\n(i) Cette Gourante se trouve à la page 60 du ler volume de la collection\nPhilidor."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "[23]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.22", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "plus long que bien des commentaires ; ce sont ceux de deux Cou-\nrantes, l'une de Du Val, l'autre de Corelli :\n(1) Du Val :\n(2) Corelli :\nSouvent, en particulier dans les Sarabandes et les Airs, l'heu-\nreux choix des valeurs combiné avec les inflexions de la mélo-\ndie atteint à des effets expressifs qui, tout en annonçant la pro-\nchaine libération de celle-ci, traduisent de menus manèges,\ndes coquetteries subtiles. 11 y a dans nombre de ces morceaux\net aussi dans les Gigues et les Adans les\nsurtout, si variées et si multiformes, comme de petits\nmimodrames, comme de petites scènes que joueraient\ndes acteurs imaginaires, et, en signalant cette interprétation\nplastique de la musique du Du Val, nous ne faisons que\nsuivre les indications des titres que le violoniste donne à\nses pièces et qu'obéir aux tendances que manifestent ses\ncontemporains (3). Le génie français s'est toujours complu\nen de semblables interprétations dramatiques, et les nuances\nrythmiques de notre musique, correspondant à une manière\nde mimique, découlent très probablement des velléités que\nnous manifestons sans cesse à scruter les mystères du mouve-\nment et à exprimer le plus de vie possible.\nLa mélodie de Du Yal conserve précieusement les caractères\n4e noblesse et de naturel qui distinguent la mélodie française.\nOn y retrouve, pour parler comme Christophe Ballard, tout ce\nque « les airs français contiennent de plus parfait, dans le ten-\ndre et le naturel », qualité dont la lecture des Recueils d'airs à\nchanter et à danser, publiés par le célèbre imprimeur, fournit\nd'abondants exemples (4).\n\n(1) 3e Livre de Sonates. Sonate ix.\n(2) Sonate VII de l'œuvre -V. (Novello's. Violin Album.)\n(3) On peut consulter notamment une Parodie en vers des\nla Danse de Jean-Ferry Rebel, publiée par le Mercure de juin-juillet 1721,\ndans laquelle s'exposent de curieuses traductions scéniques de pièces ins-\ntrumentales .\n(4) Consulter en particulier le tome I du Recueil de Christophe Ballard\npublié en 1703 sous ce titre : Brunetes\net la basse continue , meslées de chansons"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "De ce goût français Du Val ne s'éloigne guère ; il pratique\nfréquemment un langoureux chromatisme ; il s'attarde et in-\nsiste sur les sensibles, génératrices assurées de ce qu'on appe-\nlait alors « le tendre ». Ses cadences présentent le dispositif\nhabituel et respirent une pompe majestueuse. Mais si notre\nauteur demeure fidèle au mode d'expression qui était cher à\nses contemporains, il ne craint pas cependant d'excursionner à\ntravers l'esthétique italienne. On a beaucoup écrit et beaucoup\ndiscuté de son temps sur le goût italien : « Dessein de chants\nbizarres, se promenant non seulement sur toutes les cordes du\nmode, mais encore sur toutes les étrangères, pièces roulant sur\ntous les tons et changeant de mode à chaque instant », basses\ntravaillées jusqu'à la recherche, profusion d'ornements et de\ntraits pétillants, voilà ce qu'on reprochait d'habitude aux com-\npositions d'outre-monts. La mélodie italienne franchissait aussi\nde grands intervalles, et cela n'allait pas sans offusquer le goût\nfrançais : « Nous avons peine à nous accoutumer, écrivait le\nMercure, aux intervalles bizarres de la musique italienne qui\npassent quelquefois l'étendue de l'octave (1). » Du Val s'entend\nà tirer un parti très expressif d'intervalles de cette nature, ce en\nquoi il subit certainement l'influence italienne ; il lui arrive\nmême de bâtir tout un morceau autour d'un intervalle carac-\ntéristique, et nous citerons, en particulier, le premier mouve-\nment de la 5e Sonate du 3e Livre qui retire de l'emploi répété\nd'une 7e diminuée de puissants moyens d'expression 5 cette\nbelle pièce le déroule d'une allure large et triste :\nParfois il use de procédés un peu scolastiques, comme, par\nexemple, de thèmes obligés ; dans le 2° mouvement de la 10e\nSonate du ier Livre, un motif de 6 notes, exposé successivement\nà la tonique et à la dominante, sonne alternativement au vio-\nlon et à la basse ; mais, au moyen de « doubles » présentés\navec deux types de valeurs différentes, il sait corriger ce que ce\nsystème de composition présente d'un peu guindé. Du Val\naffectionne aussi beaucoup la forme si française du\nsérie de couplets clos chacun par un refrain unique, forme qui.7\nsous sa main, se pare des couleurs les plus variées et conserve\ntoujours une charmante légèreté.\n\n(1) Mercure galant, novembre 1713, Dissertation sur la musique fran-\nçaise et italienne."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.24", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "Il emploie le style fugué dans ses « Sonates à trois », où il ma-\nnie fort habilement le dialogue des deux violons ; il l'emploie\nmême, à l'instar de Corelli et des Allemands, dans plusieurs\nsonates pour violon seul et écrit dès 1704 un Rondeau dont le\nfragment suivant témoigne d'un effort assurément très hono-\nrable pour l'époque qui le vit se produire :\nOn peut citer, dans le même ordre d'idées, le Gar de la 4e\nSonate du 4® Livre et le dernier mouvement intitulé : vitte de la\n7e Sonate du 5e Livre. A cet égard, François Du Val est bien\ncertainement le premier à avoir pratiqué en France l'usage\nsystématique de la double corde.\nSon harmonie est généralement riche, très modulante et peu\ncentrale. Sans doute, elle se tisse fréquemment d'accords de\nsixte, comme toute l'harmonie de ce temps, et revêt par là le\ncaractère sui generisde la musique du début du xvm® siècle ;\nsans doute, on y trouve à foison de ces suites de tierces entre-\nmêlées de sixtes dont les dillettanti faisaient leurs délices et\ndônt la saveur douceâtre enchantait les mélomanes. Mais, sou-\nvent aussi, sans parler du judicieux usage des 7e3 dont le beau\nmouvement lent à f de la Sonate 7 à 2 violons apporte un\nexcellent spécimen, des audaces surgissent qui surprennent par\nleur extrême modernisme. C'est ainsi qu'au cours du ier mou-\nvement de la 11e Sonate du ier Livre, on entend, dans la tona-\nlité de sol mineur, résonner un accord sous-dominante,\navec la 9e, ré,accord auquel succède brusquement un ré-\npété 2 fois :\nL'intervalle de triton de ré à bémol provoque une im-\npression avec laquelle la musique d'aujourd'hui nous a familiari-\nsés. Du Yal aime à moduler vers les sous-dominantes, et son\nharmonie, bien qu'appliquée à respecter le type binaire qui exige\nl'oscillation de la tonique à la dominante et de la dominante à\n\n(1) Le passage que nous citons se trouve dans le Rondeau de la Sonate v\ndu ler Livre (1704)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "la tonique, dessinant ainsi une formule de cadence parfaite,\ns'évade souvent fort loin de la zone que tracent autour de l'ho-\nrizon tonal les deux dominantes supérieure et inférieure.\nA notre musicien, les clavecinistes ont passé leur prédilec-\ntion pour certaines fioritures et certains artifices ornementaux\nauxquels les joueurs de viole attachaient d'ailleurs une grande\nattention, comme on peu s'en convaincre en parcourant les\ntraités de viole et les recueils de Marais et de De Machy. Nom-\nbre de pièces de Du Val se décorent de trilles, de notes redou-\nblées, de fines guirlandes délicatement ajourées dont la fantaisie\ndescriptive de l'auteur sème ses rossignols et ses cascades (i).\nSignalons encore l'amusant Rondeau tout brodé de triolets\ncorelliens de la Sonate 4e du 4e Livre, et les\ngoût delà trompette de ce même livre (2), variations construites\nsur basse contrainte et qui, avec leurs notes redoublées en\ndoubles croches et leurs trilles en tierces, révèlent une véri-\ntable virtuosité.\nIÌ\nSi nous parlons ici de la virtuosité de Du Val, c'est qu'à s'en\ntenir aux méthodes françaises de violon en usage de son temps,\nnotre musicien paraît avoir possédé une technique très supé-\nrieure à celle de ses contemporains. A ce point de vue, il est\nencore un précurseur, car le premier traité que nous possédions\npour l'enseignement du violon, traité dû à Montéclair et publié\nen 1712 (3), ne donne qu'une bien piètre idée des moyens alors\ndévolus aux exécutants. Montéclair ne dépasse pas la première\nposition, Yut sur la chanterelle, obtenu par l'extension du\npetit doigt, constituant la limite supérieure de l'échelle de l'ins-\ntrument. Il formule sur la conduite de l'archet quelques prin-\ncipes dont la naïveté fait sourire, et ne paraît pas en progrès\nsur ce qu'enseignait le violiste De Machy (41. « Il faut très bien\naccorder les deux mains ensemble, afin que l'archet n'aille ni\nplus vite ni plus lentement que les doigts de la main gauche,\ncar c'est en cela que consiste la beauté et la difficulté du vio-\nlon. » Il insiste copieusement sur et le de l'archet,\net spécifie avec une extrême minutie les cas dans lesquels il\n\n(1) Sonate in, 3e Livre.\n(2) Sonate VIII, 4E Livre.\n(3) Montéclair, Méthode facile pour apprendre à jouer du violon. Paris,\n1712.\n(4) De Machy, Pièces de viole(1685). Ce recueil contient un avertisse-\nment où se trouvent d'intéressantes considérations sur le style et les orne-\nments."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.26", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "convient de commencer en tirant ou en poussant, toutes près-\ncriptions qui indiquent un jeu d'archet menu, saccadé et dé-\npourvu de souplesse. Même observation à l'égard de la mé-\nthode publiée en 1718 par Dupont ; celle-ci n'est guère plus\nexplicite que celle de Montéclair ; elle reste muette sur les\npositions de la main gauche autres que la première, elle ne dit\nrien de l'emploi de la double corde qu'elle semble ignorer ;\ntoutes ses préoccupations vont au maniement raide et forma-\nliste de l'archet, maniement qu'elle enserre dans des règles\nrigides liées systématiquement à la mesure ; c'est ainsi qu'on\nvoit édicter une règle spéciale pour le coup d'archet de la\nmesure à 3 temps, par exemple. Et cependant, le médiocre\ntraité de Dupont dut avoir du succès, puisqu'une 2e édition en\nfut publiée en 1740 (1).\nAvec Du Val, nous sommes déjà loin de cet art rétréci, mo-\ndeste et ankylosé. Son œuvre nécessite une souplesse d'archet\nque ni Montéclair ni Dupont ne laissent supposer. Pour exécuter\nconvenablement ses Sarabandes, il faut de toute nécessité pos-\nséder une tenue d'archet accomplie et savoir correctement\n« filer un son ». Dans les mouvements vifs, l'exécution exige\nune grande netteté et une grande vélocité d'articulation. Enfin,\nDu Val et manie la double corde avec presque autant d'audace\nque Corelli. Les exemples suivants en font foi :\nA l'exemple du violoniste italien, il arpège fort habilement,\net les indications qu'il donne pour l'exécution des arpèges à 3\net à 4 notes révèlent déjà une grande dextérité et une extrême\nsouplesse d'archet :\n\n(1) Dupont, Principes de violon, par demandes et réponses, par lequel\ntoutes personnes pourront apprendre d* eux-mêmes à jouer dudit instrument.\nParis, 1718.\n(2) Sonate iv, 4e Livre.\n(3) Sonate v, 7e Livre : Sarabande.\n(4) Sonate vu, 5e Livre. Dernier mouvement : Vitte. Presque tout ce mou-\nvement est en arpèges."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1460, "texte": "Sans doute, et il serait puéril de ne pas le reconnaître, Du\nVal n'atteint pas à la virtuosité de Westhoff, qui exécute des\npassages en double corde avec une incontestable maîtrise pour\nl'époque; il ne saurait surtout se comparer, sous ce rapport,\navec Walther, dont YHortulus chelicus proclame l'évidente\nsupériorité de technique, car le violoniste allemand va jusqu'à\nimaginer l'accompagnement continu à cordes pincées, pendant\nque l'archet chante sur une autre corde, cherchant ainsi à pro-\nduire sur son instrument à la fois une mélodie et des effets de\nluth et de théorbe. Qu'il nous suffise, en rendant à César ce qui\nappartient à César, de restituer à François Du Val la place très\nenviable qui lui revient.\nLe jardin de musique qu'il a tracé est un jardin à la fran-\nçaise décoré de balustres et de marbres à l'italienne ; les gazons\ns'y déploient en tapis réguliers qu'encadre une bordure de\nbuis; on a taillé les ifs et muraillé les charmilles, mais, de\ntemps en temps, des souffles vifs et purs passent sur les par-\nterres symétriques et, à travers la charmille voisine, les rires\ns'égayent sonores. Nous croyons que ceux qui voudront s'aven-\nturer en ce jardin y goûteront le charme mélancolique et la\ngaieté bon enfant de notre art; ils ne regretteront certainement\npas leur promenade, non plus que l'hommage qu'ils auront\nrendu au vieux maître qui fut l'ancêtre d'une glorieuse lignée\nde musiciens.\n\nLionel de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c027", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "29", "page_fin": "30", "image_debut": 28, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.9", "titre_corps": "LES VRILLES DE LA VIGNE", "titre_sommaire": "LES VRILLES DE LA VIGNE", "signature_source": "Colette Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2006, "texte": "<■>\nClaudine me dit :\nMoi, je n'entends rien à la musique. Ou plutôt, je n'y en-\ntends que de la musique. Le gros Maugis m'est, au concert, un\nspectacle pénible, qui m'inspire une pitié nuancée de mépris.\nIl subit la musique comme un martyre compliqué et d'ailleurs\nvoluptueux. Il n'a pas une minute de repos. Les ondes sonores\nn'ont-elles point gravé son front de rides concentriques ? Et\nses yeux, qu'il porte un peu en avant, à la manière des lan-\ngoustes, ont dû sortir autrefois de sa figure, pour écouter\nmieux. Il a de larges et actives oreilles, qui remuent selon les\ncontractions de ses mâchoires, et ses paupières surveillent l'or-\nchestre, inclinées en abat-sons. Il écoute tout entier, il souffre.\nUn couac des cors lui arrache un discret hurlement. Des sévé-\nrités brusques dressent toute sa physionomie, il fouille d'un\nœil justicier la forêt instrumentale et semble demander : « Qu'est-\nce qui a fait ce bruit-là ? »\nEn somme, il n'y a guère que la mauvaise musique celle\nqu'il n'aime pas qui détende ce torturé critique. Il peut en\nsourire, rire, esquisser sur son siège une petite danse du\nventre, renverser son bords-plats sur sa nuque, crier tout bas :\n« Ah ! m... zut ! » Il peut hausser l'épaule vers Gaston Carraud\nson voisin, invoquer muettement le sourire las de Fauré, et la\ncolère divine...\nA Bayreuth, pendant les longs entr'actes, il s'installait à la Res-\ntauration entre un schinkenbrœdchen et une orangeade glacée, et\nc'étaient des patiapatia de portière, pis, d'ouvreuse ! sur\nle théâtre local, le panurgisme des peuples en pèlerinage, sur\nCosima et les chanteurs, la robe imprimée de Freïa, et\nsifal, donc, qu'est-ce qu'il en restait ! « J'en ai assez, criait\nMaugis tout rose et tout ruisselant, j'ai assez coupé dans le\nbateau wagnérien ; j'ai gémi comme les copains sous le genou\ndu titan, mais, bon Dieu, j'ensuis bien revenu ! » Une demi-\nheure après, il pleurait comme un faon, comme moi, comme\n\nLES VRILLES DE LA VIGNE\n\n(i) Suite. Voir le Mercure musical du i 5 mai."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "tout le monde, à l'Enchantement du Vendredi saint, dès que le\nhautbois se mettait à chanter... Il était repris.\nClaudine songea un instant, haussa les épaules et reprit :\n—Je bafute Maugis, mais fraternellement, et d'une ironie\ncompatissante. Il aime la musique comme j'aime l'amour. Sa\nvolupté spéciale ne lui est point clémente, et la mienne ne\nressemble pas au plaisir. A Maugis aussi, une main invisible\ntend un flacon fermé : « Ne le respire pas trop. Enivrë-toi rai-\nsonnablement. Crains sa vapeur quasi mortelle, crains l'em-\nportement et son mystérieux désespoir. Dose l'orgie... Sinon\nta tête tombera en arrière comme celle d'une femme qui meurt\net tu garderas, le charme dissipé, un triste visage égaré d'en-\nfant perdue... » Va te faire fiche ! On boit jusqu'au bout de son\nhaleine...\nVous voyez, conclut Claudine en s'étirant, je comprends très\nbien. Ce pauvre gros Maugis !... La musique, c'est son Renaud,\nà lui.\n(A suiv\n\nColette Willy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c029", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "31", "page_fin": "40", "image_debut": 30, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.10", "titre_corps": "LE DRAME MUSICAL MODERNE", "titre_sommaire": "LE DRAME MUSICAL MODERNE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\n\nW\nII\nLES VÉRISTES : ZOLA-BRUNEAU\nLes compositeurs de l'école vériste dédaignent la légende et\nfont la guerre aux « conventions ». Us prétendent arriver à\nune représentation directe, impartiale et totale de la réalité ;\net cela, en ne faisant appel qu'à l'émotion sincère qui les saisit\ndevant tous les spectacles de la vie. Le vérisme sévit en Italie\ndepuis une vingtaine d'années, avec des compositeurs tels que\nPuccini, Mascagni, Leoncavallo, Cilea, Giordano, et autres,\ndont la Société des grandes Auditions musicales a jugé néces-\nsaire de nous révéler la médiocrité en de belles manifestations\nantiartistiques (2). Mais il a aussi sa branche française, qui\nporte, comme des fruits jumeaux, l'œuvre amère d'Alfred Bru-\nneau et le drame affadi de Gustave Charpentier.\nIl y a plusieurs différences entre les véristes français et les\nitaliens. Ceux-ci prennent leurs sujets un peu partout : dans le\nroman et dans ce qu'ils appellent l'histoire aussi bien que dans\nl'anecdote familière : à côté d'un ou d'une\nrusticana, ils nous offrent un une une\nAdrienne Lecouvreur,une Siberia.Les véristes français, plus\nabsolus, ne veulent mettre en scène que le menu peuple con-\ntemporain. Leur seule joie est de nous montrer des ouvriers\nen bourgeron, des couturières à l'atelier, des marchands en leur\nboutique et des boulangers au fournil. Et par là, par cette\nprédilection pour ce que la vie offre de plus vulgaire, les musi-\nciens véristes s'affilient aux naturalistes de la littérature, et ce\nn'est pas sans raison'qu'une sorte de fraternité d'armes unit\nAlfred Bruneau à Emile Zola. Les uns et les autres appartien-\nnent aussi à un même parti politique : leur esthétique est, ou\nveut être, celle de la démocratie triomphante. Je n'examinerai\n\n(1) Suite. Voirie Mercure musical du i 5 mai.\n(2) Voir, dans le Mercure musical du 15 mai, le compte rendu de Siberia."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "point cette partie de la question. Je ne me demanderai point si\nAlfred Bruneau est vraiment un musicien de défense républi-\ncaine, ou si Gustave Charpentier a fait une œuvre de justice\net de rénovation sociale en couronnant sur les hauteurs de\nMontmartre une midinette un peu fautive. Je chercherai seule-\nment à découvrir si ces peintres de la vie ouvrière ont été\neux-mêmes, dans leurs divers travaux, de bons ouvriers.\nMais les œuvres ont beaucoup souffert d'avoir pour auteurs\ndes hommes aussi préoccupés des problèmes politiques et\nsociaux: elles en sont devenues symboliques. Les Italiens n'ont\npoint de parti pris ; ils ne crient ni à l'infamie du prêtre ni au\npouvoir corrupteur de l'argent ; ils ne s'évertuent à mettre en\nvaleur aucune idée, fût-elle aussi neuve et profonde que celles\nque je viens de dire ; leurs personnages ne représentent rien\nqu'eux-mêmes, ce sont leurs infortunes et leurs larmes qui\ndoivent nous émouvoir, sans que nous soyons invités à rien\nconclure. Les véristes français n'ont pas imité cette sagesse.\nWagner nous avait bien prévenus cependant que le symbole\nn'était à sa place qu'en un sujet légendaire, où les person-\nnages, flottant sur les limites du réel et de l'illusoire, peu-\nvent sans trop de difficulté laisser transparaître une idée.\nMais un homme habillé comme nous, qui vaque à ses menues\naffaires, que nous pouvons rencontrer dans la rue, et qui en\nmême temps incarne la Domination ou le Plaisir de Paris !\n.Rien cependant n'a pu arrêter les véristes français : ils ont\népanché dans leurs œuvres les fortes pensées si pesantes à\nleurs fronts : car chacun d'eux, pareil à l'auteur d'une lettre\ncélèbre, est un « penseur solitaire et silencieux ». Ajou-\ntons qu'ils sont fortement influencés par Wagner et le\ncomprennent mal ;il a fallu qu'à son exemple, et malgré son\nconseil, ils farcissent de symboles leurs drames à prétentions\nréalistes. Ils se sont faits les métaphysiciens de l'atelier, les\nvoyants de la rue, les philosophes de la Butte et les prophètes\nde la boulangerie-pâtisserie. C'est même à cet indigeste mélange\nd'une réalité platement quotidienne et d'un symbolisme décon-\ncertant que se reconnaissent de loin leurs œuvres ; par là aussi\ns'accuse leur ressemblance avec les romans de Zola.\nParmi les œuvres, aujourd'hui assez nombreuses, d'Alfred\nBruneau, c'est YOuragan que j'étudierai. Ce n'est point la\nplus récente : elle remonte à 1901, et depuis, un Enfant-Roi\nnous est né, qui agonise aujourd'hui dans les spectacles à prix"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.32", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "réduits, où Xavière,d'ailleurs, lui tient compagnie : c'est ainsi\nqu'une sage démocratie offre au bon peuple les spectacles dont\nnous ne voulons plus. L'Ouragan me paraît une œuvre supé-\nrieure à ce sentimental Enfant-Roi,en ce sens que l'auteur a\npu au moins y montrer certaines des qualités qui suppléent\nchez lui à l'inspiration musicale.\nC'est Emile Zola qui a écrit les paroles de 1 On\nsait qu'Alfred Bruneau s'est voué à Zola ; après lui avoir em-\nprunté ses sujets [le Rêve, VAttaque du Moulin), il lui a demandé\ndes livrets [Messidor, VOuragan, ; et la mort\nn'interrompra point cette collaboration. Il reste à orner de\nmusique deux livrets posthumes; après quoi, dit-on, Alfred\nBruneau lui-même mettra en dialogues dramatiques tous les\nRougon-Macquart. On ne vit jamais piété ni plus touchante ni\nplus funeste. Car il était impossible, je crois, de trouver de\nplus mauvais poèmes, ni de plus impropres à la musique, que\nceux que Zola a fournis.\nTout d'abord on n'en pouvait trouver de plus mal écrits.\nOn ne peut se faire une idée, quand on ne la connaît pas, de\ncette langue à la fois incolore et boursouflée, terne et décla-\nmatoire, dépourvue lamentablement de tout rythme et de tout\naccent, et surtout d'une fausseté de ton continue, soutenue,\nque l'on croirait appliquée et voulue, et que rend plus cho-\nquante encore la prétention sans cesse affirmée à l'exactitude\nla plus scientifique. Voici le début de\nPar les beaux temps, par les gros temps, les barques de Goël s'en vont à\nla pêche, pour les maigres hasards des filets, ô mer douce et mauvaise,\nexécrée, adorée.\nLes maigres hasards des filet A quelle école primaire,\nlaïque, et gratuite, espérons-le, les pauvres pêcheurs de Goël\nont-ils appris ce langage ? Et que penser de la fade antithèse\nqui suit ? Zola cependant trouve tout naturel de faire parler\nainsi des marins, et poursuit, imperturbable. Jeanine, femme\nde l'un de ces poètes, raccommode des filets, toute hâve et\ndéguenillée, et nous offre à son tour un petit morceau descrip-\ntif de haut goût :\nGoël ! Goël ! Ile farouche et solitaire, île de roc nu, vierge encore et\nsauvage après des mille années, gardée pure de tous côtés, au loin, par sa\nceinture de brisants, où les navires en voyage au moindre vent s'écrasent...\nArrêtons-nous ici, pour respirer, et admirer en passant\nmille années,et les navires en voyaet\nqui, très poétiquement, garde l'île La tirade\ncontinue cependant, toujours sur le même ton, et aligne au\npetit bonheur incorrections et maladresses, métaphores rebat-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "tues et gauches figures de rhétorique. Car on remarquera que\ncette langue n'a même point le mérite d'être simple et directe ;\nrien de plus cherché, au contraire, de plus savant, de plus\ntourmenté. C'est une prose qui, au rebours de celle de M. Jour-\ndain, veut être de belle prose, et qui s'applique, et qui\ns'efforce, et qui s'enfle et se travaille ; c'est l'écriture pesante de\nl'homme inculte dont les doigts se crispent sur la plume ; c'est\ndu style de terrassier ; c'est de la littérature d'illettré : c'est du\nZola. Il peut sembler que je parle en ce moment avec humeur.\nMais vraiment ce n'était pas la peine de faire flotter si haut la\nbannière de la Vérité, d'accabler d'un tel mépris les auteurs\nsuspects d'orner la nature ou de laisser de côté certaines lai-\ndeurs, de se proclamer orgueilleusement naturaliste, et de l'être\nen effet, par endroits, jusqu'à la scatologie, pour aboutir à un\nmensonge de l'expression aussi perpétuel et aussi déplaisant.\nIl y a là de quoi regretter jusqu'aux vers de Scribe, ces pauvres\nvers incolores et chargés de formules, qui au moins ne se\nfaisaient pas remarquer par des constructions insolites, des\népithètes inattendues et de provocants solécismes.\nLe drame, en soi, est assez bien construit et ne demande-\nrait pas mieux que de devenir émouvant. Deux femmes, deux\nsœurs, Jeanine et Marianne, aiment un homme, l'aventureux\nRichard, dont le cœur, un cœur de lion sans doute, appartient\ntout entier à Jeanine. C'est pourquoi Marianne, folle de jalou-\nsie, marie sa sœur à Landry, frère de Richard, et celui-ci\ns'exile pour toujours. Pour elle, elle restera seule dans la vie,\net se consolera de sa disgrâce.par la vue du malheur de sa sœur\net les pratiques d'une âpre avarice. Telles sont les données. Le\nretour imprévu de Landry va remettre en jeu toutes les pas-\nsions que l'on croyait éteintes ou calmées. Son amour pour\nJeanine se réveille presque aussitôt, et Jeanine y répond.\nMarianne et Landry s'unissent alors pour la vengeance, et au\nmoment où les deux amoureux vont s'enfuir, par une nuit de\ntempête, Landry surgit, le couteau à la main. C'est alors que\nMarianne, par un revirement dont Hermione avait donné le\ntragique exemple, se lève pour défendre celui qu'elle aime, et\ntue l'homme dont elle armait le bras. Jeanine est libre ; mais\nRichard ne peut ni l'emmener avec lui, ni rester auprès d'elle :\nelle est trop faible et lasse, il aime trop l'aventure, ils ont trop\nlongtemps vécu loin l'un de l'autre. Il reprend donc la mer,\ntandis que les deux sœurs pleurent leur double amour déçu,\net cette fin mélancolique était certes susceptible de beauté!\nLe drame repose tout entier, comme on le voit, sur un conflit\nde sentiments ; rien n'y arrive par hasard, et toute l'action\ndépend delà volonté des acteurs. Cette construction est celle de"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.34", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "la tragédie classique. Mais il résulte de là que tout l'intérêt de\nla pièce est dans la peinture des passions, et c'est ici que nous\nsommes bien déçus. Zola n'est pas un Racine, ni même un Qui-\nnault ou un Voltaire. Il ne saitpas tracer un caractère, exprimer\nun sentiment avec vivacité, trouver le mot significatif, le geste\nrévélateur. Ses personnages, au lieu de parler naïvement le lan-\ngage de leurs passions, ne sont occupés qu'à disserter et à se\ndéfinir. « J'ai besoin d'être aimée », répète Jeanine ; et sa sœur\nlui répond : « Je suis jalouse. » Jaloux aussi le brutal Landry,\nmais d'une jalousie un peu différente, parce qu'elle succède à\nla possession, et il choisit, pour expliquer cette différence, l'ins-\ntant le plus pathétique du drame, celui où se prépare le crime.\nG est ainsi que Zola caractérise ses héros, par de perpétuelles\nprofessions de foi qui rappellent les banderoles attachées aux\nlèvres des personnages de rébus. Et encore ce qu'on lit sur ces\nbandeioles, ce n est pas tant i aJe suis jalouse », que; « Je suis\nla Jalousie », ni : « J'ai besoin d'être aimée », que « : J'ai nom\nDésir. » tous ces personnages sont en même temps des\npersonnifications, et l'auteur, ne pouvant arriver à leur donner la\nvie, les a du moins élevés à la dignité de symboles. Ils ont\nd'ailleurs conscience de cette valeur symbolique et s'en entre-\ntiennent sans détour. Marianne dit à Jeanine, en un langage dont\non appréciera le naturel et la grâce :\nTu es le désir, la femme qui perd le monde, qui sème la démence et les\ncatastrophes.\nEt Jeanine riposte aussitôt, du tac au tac :\nEt toi, sœur despotique et farouche, sœur qui m'a (x) mise en larmes,\ntu es l'orgueil, l'éternel besoin de domination, et quand tu aimes, c'est la\njalousie qui ravage et qui tue.\nIl n'est pas jusqu'au beau Richard qui n'entre en scène accom-\npagné de son petit symbole familier, pareil à ces rois de l'ancien\nopéra, que suivent en tous lieux des gardes casqués et stupides.\nCe symbole, c'est Lulu, la petite sauvagesse, qui signifie le goût\ndu perpétuel changement, et dit d'elle-même avec simplicité :\n« Je suis son âme voyageuse. » Seul le brutal Landry reste un\nhomme et reste émouvant par cela même ; il souffre, et il meurt,\net je m'intéresse à lui, malgré tout l'effort de l'auteur pour le\nrendre antipathique :\nJe pleure, hélas ! sur ce pauvre Holopherne\nSi méchamment mis à mort par Judith.\n\n(i) Orthographe de la partition."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.35", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "Tous les autres, au moment même où nous croyons les recon-\nnaître et les comprendre un peu, nous glissent entre les doigts,,\ns'évanouissent en nous abandonnant leur semblant d'âme :\nce ne sont plus que de vains fantômes, de froides allégories,\nde pauvres abstractions qui n'ont pas forme humaine. Nous nous\ndétournons avec dépit.\nIl était possible, au bon vieux temps, d'écrire de bonne\nmusique sur un mauvais poème ; il existe même des chefs-\nd'œuvre, comme le Don Juan de Mozart, dont le livret est pro-\nprement inepte. Mais nous avons changé tout cela : la musique\ndoit épouser la forme de l'action et suivre le contour des pa-\nroles, dont elle enregistrera, comme un phonographe fidèle,\ntoutes les faiblesses. Et c'est pourquoi Alfred Bruneau, dont\nles premières œuvres n'étaient point méprisables, dont la\nPenthésilée, en particulier, renferme d'agréables effets, a reculé\nles bornes de la laideur musicale du moment où il s'est consacré\nà Zola, tel Décius se dévouant aux divinités des Enfers. Quel\nchant peut-on dégager en effet d'une prose aussi lourde et\ninforme ? En vain le compositeur s'épuise ; tantôt sa déclama-\ntion s'avance à pas égaux, avec la solennité lente d'un cortège\nfunèbre ; tantôt elle se précipite en triolets inutiles, et d'une\nfeinte vivacité. Avez-vous jamais vu un train de marchandises\nau départ ? la machine peine de tous ses muscles de fer, et la\nmasse ne s'ébranle pas ; puis, le régulateur grand ouvert, la\ncheminée haletante, les roues font quelques tours précipités,\nmais patinent sur les rails, et les wagons restent immobiles.\nAinsi la musique de Bruneau tantôt s'agite et tantôt se modère,\nsans que bougent jamais les paroles de plomb qu'elle remorque:\npas un accent, pas un rythme, pas un mouvement ne trahit la\nmoindre trace de vie ou d'émotion. Partout la morne désolation\nd'un chaos sans espoir. Je me trompe : il y a une mélodie vo-\ncale dans l'œuvre, une romance même ; c'est la berceuse que\nLulu chante à Jeanine au second acte. Elle est d'une terrible\nbanalité, et l'on en veut vraiment à l'auteur de n'avoir même\npas su colorer de quelques nuances exotiques cette pauvre mu-\nsique :\nCe n'est pas moi que tentera jamais une telle joie !"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.36", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "L'orchestre cependant fait entendre sans se lasser ses motifs\nconducteurs, comme il convient àun orchestre bien dressé à\nl'école de Wagner; car on ne saurait imaginer de disciples de\nWagner plus dociles ni plus maladroits que les véristes français.\nCes motifs se distinguent par une rare puissance inexpressive.\nEn voici un, tout au début, qui représente sans doute l'île de\nGoël :\nCet autre est le désir :\nEt voici, n'en doutons pas, l'inquiétude voyageuse :\nC'est le contexte qui nous donne ces indications ; je ne ver-\nrais nul inconvénient, pour ma part, à ce que le premier motif\ndésignât le départ pour l'aventure, que le second fût affecté\nà l'île, et le troisième au désir. Il en est ainsi de tous les autres\nmotifs : tous se promènent à travers le drame avec les visages\nsolennels et indifférents de personnages officiels dans quelque\ncérémonie ; et ils se ressemblent entre eux comme se ressemblent\nles fonctionnaires d'un même gouvernement. Parfois ils chan-\ngent de costume, je veux dire d'uniforme ; car leurs transforma-\ntions n'ont jamais rien d'imprévu ni de personnel ; toutes sortent\ndu même magasin d'accessoires. Ce sont les vieilles transfor-\nmations scolastiques du contrepoint, par diminution, ou par\nchangement de rythme, ou par mouvement contraire.\nVoici la diminution (premier motif) :\net le changement de rythme :\n\n6"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "et le mouvement contraire en plus :\nPourquoi ces modifications? Pour rien. Pour changer. Aucune\nn'est expressive ; toutes résultent de l'application brutale d'un\nprocédé. Ainsi échelonnés au long de la partition, avec leurs\ngestes arbitraires, les motifs conducteurs font penser aux bons\nsignaux qui échangent, au bord des routes, « des impressions\ntoutes mécaniques ».\nL'harmonie n'ajoute certes pas à leur grâce. On a beaucoup\nparlé de l'harmonie d'Alfred Bruneau, de sa hardiesse ou de sa\ndureté, de sa nouveauté ou de sa puissance. Je dirai simple-\nment qu'elle n'existe pas. Rien de plus rudimentaire que le\nsens harmonique chez Alfred Bruneau : Berlioz lui-même est\nun raffiné auprès de lui. Sorti de l'accord parfait de tonique et\nde l'accord de dominante, il ne sait où il va. Que fera-t-il donc\npour sortir de la banalité ? Il harmonisera volontairement à\nfaux, dira tonique pour dominante, dominante pour tonique,\nou combinera entre eux ces deux accords incompatibles. Ces\nviolences inutiles lui sembleront piquantes gentillesses. Voici\npar exemple un motif qui appelle des accords d\"ut et de /a,\nou de la et de ré :\nC'est pourquoi nous le ferons supporter tout entier (et il\ndure en tout huit mesures) par un accord de neuvième mineure\nde la dominante mi,arpégé de façon à choquer rudement\nson sol dièse contre le sol naturel de la mélodie :\nD'autres fois le contrepoint vient à la rescousse, et ajoute ses\ntortures à celles de l'harmonie. Voici une mélodie bien inoffen-\nsive encore, qui ne demanderait qu'à demeurer tranquille :"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.38", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "Nous allons la combiner avec sa propre image renversée :\nPuis, entre ces deux compagnons forcés de marcher du même\npas, nous introduirons ce qu'on appelle en harmonie une pé-\ndale, c'est-à-dire une note qui reste immobile, indifférente à\ntout ce qui se passe autour d'elle. Ou plutôt nous en mettrons\ndeux, un ut, dans le haut, et un mi au grave. Et voici le ré-\nsultat.\nEt je sais bien que le texte parle ici d'un homme qui « s'est\nbrisé le crâne ». Est-ce une raison pour briser le nôtre ? La\nviolence certes n'est point pour me déplaire. Mais ce perpétuel\nattentat à la musique, cette harmonie contre nature, ce contre-\npoint de garde-chiourme ! Alfred Bruneau est le bourreau des\nnotes * il les martyrise * je proteste.\nUn acte cependant produit, au théâtre, un certain effet: c'est\nl'acte de la tempête, où Marianne et Landry se concertent,\ndans la maison secouée par le vent, pour la mort du frère trop\naimé. Mais la musique n'y est pour rien : la situation, par elle-\nmême, est violente et tragique, et l'orchestre se borne à répéter\nindéfiniment un rvthme brutal :\n*/\nC'est un effet d'obsession, et pas autre chose. Sans doute, la\nCourse à l'abîme,dans la Damnat fait appel au\nmême moyen ; mais combien il y a là plus de musique !\nComme ce hautbois plaintif est éloquent, au-dessus de la som-\nbre galopade ! Ici le rythme s'accompagne seulement du motif\nde l'île, tour à tour droit et renversé, on ne sait pourquoi, et\nd'un autre motif, qui doit être, dit la partition, passionnément\nchanté, et ne renferme, hélas ! pas plus de passion que de\nchant :"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "Pourquoi tout cela, par Apollon ? Pourquoi ces notes et non\npas d'autres ? Nous ne le saurons jamais. Et quand on pense\nque tout, au long de toutes les partitions de Bruneau, est aussi\nindifférent, aussi factice et aussi vain, on ne peut que s'émer-\nveiller du labeur prodigieux qu'il a fallu pour aligner tant de\nnotes inutiles, tant de mélodies moroses, tant d'accords rebelles.\nChapelain lui-même, rimant malgré Minerve les 24 chants de\nsa Pucelle, n'eut peut-être pas une aussi implacable patience.\nEn résumé, si l'on entend par musique l'art d'associer les\nsons suivant leurs convenances réciproques et leurs affinités\nsecrètes, d'en former des mélodies vivantes qui elles-mêmes\nattirent d'autres mélodies, et des accords qui se combinent avec\nd'autres accords en des ensembles toujours plus vastes et plus\nriches, et si le génie musical est la faculté de saisir ces rapports\nmystérieux, de réaliser ces larges synthèses, de faire épanouir\nces luxuriantes floraisons, on pourra dire que ce qui manque\naux drames d'Alfred Bruneau, c'est la musique, et ce que\nl'avare nature a refusé à leur auteur, c'est le génie musical. Il\nnous montre au contraire une mémoire nourrie de toutes les\nrègles, formules et recettes de l'école. Rien de moins spontané,\nde moins naturel, de plus tendu, savant et pédant que cet art\nqui fait fi de la science et se prétend inspiré directement de la\nnature. Il en est de ce style exactement comme de celui de Zola:\non n'y trouve ni sincérité ni ombre de vraisemblance; partout\nles plus affligeants artifices et la plus désespérante conven-\ntion. Je n'insisterai pas sur l'ironie du spectacle que nous\ndonnent ces deux apôtres de la Vérité.\nL'abondance des matières nous contraint à remettre à notre\n/\nprochain numéro la suite de l'Etude de Jean Marnold sur les\nSons Inférieurs et la Théorie de M. Hugo Riemann.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c048", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "41", "page_fin": "52", "image_debut": 40, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nAU CONSERVATOIRE\nLouis Laloy.\nLe Concours de Rome. Une revision nécessaire.\nIl y avaitune fois, dansle Collège officiel de musique d'une grande capitale,\nun vieux professeur de composition. Comment était-il parvenu à cet em-\nploi ? On ne sait trop, car il ne s'était fait connaître que par des ouvrages\nd'une lamentable puérilité, dont l'un, consacré à une héroïne nationale,\nmorte jadis sur le bûcher, fut pour sa mémoire un nouveau supplice,\nplus raffiné que l'autre : le supplice du ridicule. Ce respectable vieillard\ndisait un jour à un de ses disciples qui lui soumettait une page d'or-\nchestre de sa façon : « Mais, mon jeune ami, voici une grosse erreur : vous\nvoulez un effet de douceur et vous employez les trombones. Mais, maî-\ntre, je les fais jouer pianissimo. Non, mon ami, pas de trombones, gar-\ndez-les pour les grands éclats. » Ainsi parlait le vieux maître, ignorant ce\nque savait Monteverdi dès le début du xvue siècle : que le timbre du trom-\nbone dans le pianissimo est plus mystérieux que celui du violon avec\nsourdine, et que rien ne peut le remplacer. Et il disait encore : « Pas\nd'arpèges à la flûte, ni à la clarinette, je vous en prie ; vous avez la harpe •\npourquoi ne pas vous en servir ? » Ainsi allait-il, prêchant sa courte science\net son enfantine sagesse. Mais les élèves qui affrontaient l'ennui de pa-\nreils conseils en étaient bien récompensés.\nVers le début du mois de mai 190 D s'ouvrait le concours préliminaire aux\népreuves du prix de Rome. Dix-neuf concurrents se présentaient ; ils ap-\npartenaient aux classes de MM. Fauré, Lenepveu et Widor. Le jury se\ncomposait de MM. Th. Dubois, Paladilhe, Massenet, Lenepveu et Reyer,\ntitulaires, et de MM. Leroux, Hillemacher et Duvernoy, suppléants. Le\nconcours a lieu, chacun écrit sa fugue, et se tire de son mieux du chœur\nque devaient inspirer les paroles de M. Guinand. Résultat : sont seuls reçus\nsix élèves de M. Lenepveu, .le seul professeur qui fût en même temps\nmembre du jury.\nParmi les candidats refusés se trouvaient M'ie Fleury, élève de M. Wi-\ndor, et M. Ravel, élève de M. G. Fauré, tous deux seconds prix de Rome\nà l'un des précédents concours. Je ne parle pas de leur talent, ni de leurs\nœuvres, pas même du Quatuor à cordes ou des Mélodies de Ravel. Je sais\nque le Conservatoire n'entre pas dans ces considérations-là et ne tient\ncompte que des diplômes. Comment se fait-il que deux seconds prix de\nRome ne soient même plus jugés dignes de concourir ?Et la constitution\ndu jury ne le rend-elle pas suspect ?Et le résultat du concours ne con-\nfirme-t-il pas ces soupçons, avec une sorte de candeur naïve et stup...é-\nfiante ? N'est-ce pas le cas, ou jamais, de reviser un jugement où se sourit\nà elle-même la plus béate iniquité ?"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3753, "texte": "CAUSETTE.\nWilly.\nJean Marnold, Félix Weingartner et Edouard Risler.\nDonc, en prétendant nous révéler Schumann, certains virtuoses d'outre-\nVosges viennent d'inspirer à Jean Marnold des pages d'affreuse amertume\nnationaliste, et d'ailleurs de gaillarde allure. Le patriotisme ombrageux de\nnotre collaborateur l'induit même en injustice. En son âpreté à bouter l'é-\ntranger hors de France, il oublie que, dans les quatre journées du Festival\nBeethoven qu'il stigmatise, les seules causes d'infériorité vinrent de nos\ncompatriotes assis aux pupitres de l'orchestre, alors que le chef teuton se\ndépensa en courageux mais vains efforts. Trop de remplaçants tenaient\nla place des instrumentistes titulaires retenus ailleurs. Les orchestres Che-\nvillard et Colonne sont des institutions diurnes : dès qu'ils fonctionnent après\nle coucher du soleil, ils se désagrègent pour cause d'Opéra-Comique et\nd'Opéra. Pourquoi en rendre responsable le capellmeister germanique ?\nJe crois que beaucoup de musiciens surent gré à Weingartnér de sa\nsobriété, de son mépris des effets faciles et de l'harmonieuse proportion de\nses mouvements. Une foi l'anime, ce n'est déjà pas si commun. 11 est pieux\net vérécondieux envers ces neuf monuments symphoniques que l'on se con-\ntente habituellement d'honorer d'un culte distant et lassé. Quanta sa gesti-\nculation, dix fois moins exubérante que celle de Colonne, elle dépasse\nmême en discrétion, parfois, la correction habituelle de Chevillard. Ses\naccès d'énergie sont brefs et durent peu, ses indications sont nerveuses\nmais rapides, et l'immobilité de son corps rend inutile le garde...chef que\nl'on a construit depuis un an autour des estrades de nos deux grands ca-\npellmeister français. Au geste des rapides avant-bras de Weingartner,\nBeethoven s'est dressé sans pompe et sans emphase, pur de lignes et rem-\npli d'une dignité d'ancêtre. S'il existe vraiment des amateurs fervents de\nclassicisme, ils doivent honorer Weingartner comme un prêtre fidèle.\nCelui-ci ne les trahira pas.\nD'autres l'ont fait. Ils l'ont fait avec une grâce exquise, mais ils l'ont fait.\nRisler, ne baissez pas les yeux, c'est de vous que je parle.\nCe merveilleux pianiste est un chercheur infatigable toujours en quête\nd'interprétations nouvelles et de sensations inédites. On n'a pas oublié ses\ntranscriptions wagnériennes de grandes pages d'orchestre et ses exécutions\nau pleyel de compositions d'orgue. On sait quelles sonorités imprévues\nil obtint alors de son clavier ahuri. Mais le voici déjà lassé de ces triom-\nphes, et nous le trouvons cette année aux prises avec Beethoven. Il y faut\nun certain courage. Toucher à Beethoven est, en musique, le pire des crimes,\ncelui qui ne se discute même pas, qui supprime un artiste de la circulation,\nqui le fait périr sous les coups des amateurs forcenés, incapables d'entendre\nla plaisanterie sur cette matière sacrée. Risler Ta fait pourtant. Il a porté\nsur la statue du dieu une main sacrilège ; main caresseuse et voluptueuse,\neffleurante et câline, soit, mais tout de même main sacrilège î C'est lèse-\nmajesté que chatouiller les dieux ! Heureusement pour lui, nul ne s'en\naperçut et, seuls, quelques incroyants remarquèrent avec une agréable sur-\nprise la nouvelle « manière » du pianiste autrefois impassible et glacé.\nRisler a lancé le Beethoven impressionniste. Il se complaît aujourd'hui\nà faire ruisseler la couleur dans les temples de marbre blanc qu'étaient les\nSonates. Voici des vitraux de feu, voici des velours, des soies et des pier-\nreries ! Voici des ors et des orfèvreries de décadence ! Quelle orgie de traits,\nquelles gammes fulgurantes ou estompées, quelles oppositions de nuances\net d'éclairage !Où sommes-nous? Nous joue-t-on Top. 53 ou Ylsle joyeuse ?"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.42", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3843, "texte": "AU THÉATRE\n\nChérubin, comédie chantée de Francis de Croisset et Henri Cain, musique de Massenet, à POpéra-\nComique (23 mai).\nDimanche passé nous disions un triste et triomphal adieu à Pelléas et\nMélisande. Jamais Jean Périer n'avait trouvé des accents plus tendres et\nplus doux ; jamais Mélisande n'était mieux apparue, au IVe acte, dans le\njardin sombre, toute tremblante de sa course et de son émoi; jamais\nGolaud, si rude et si bon, n'avait semblé plus à plaindre ; jamais Arkhel\nn'avait eu plus de pitié pour le cœur des hommes. Et je n'oublierai pas\nl'enthousiasme irrésistible, àla chute du rideau aulVe acte,ni ces acclama-\ntions unanimes, qui ne s'arrêtaient plus, et qui furent vraiment le cri de\ntous les cœurs. Or Pelléas était condamné à mort, MUeMary Garden devant,\ndepuis ce jour, se vouer tout entière aux répétitions du Chérubin de Mas-\nsenet.\nNous avons vu ce soir le meurtrier, et certes je n'attendais pas que nous\neussions gagné au change. Mais véritablement je ne croyais pas possible à\nla platitude, à l'afféterie et à la sottise musicale de s'étaler avec tant de\ncomplaisance. Je ne suis pas un ennemi juré de Massenet. Il y a de jolies\npages dans Werther et dans Manon ; il en est même d'assez dramatiques,\nmalgré une grande fadeur générale et une fâcheuse monotonie : il n'appar-\ntient qu'à Massenet de mettre tout en romances. Grisélidis et le Jongleur\nn'offraient plus aucune trace d'émotion, mais pouvaient plaire encore par\nun semblant de poésie, déjà factice et frelatée d'ailleurs. Ici nous ne trou-\nvons plus rien, qu'une perpétuelle recherche de l'effet, une prétention à la\ngrâce et à l'esprit qui fait pitié, car elle n'aboutit à rien. Rien de moins\nenjoué, rien de plus foncièrement triste et piteux que cette musique dont le\nsourire est la grimace d'un vieux pitre. Il faut en dire autant, d'ailleurs,\ndu poème, où l'on voit Chérubin plaire à toutes les femmes, hésiter entre\ntrois, et en épouser une quatrième. Et toutes les cinq minutes on nous rap-\npelle que Chérubin a dix-sept ans : grande merveille ! Et il faut voir la\nscène où la « Comtesse », la « Baronne » et 1' « Ensoleillad », réunies sous\nle toit de la même auberge, ouvrent leurs trois fenêtres à la même séré-\nnade : ces grossiers artifices nous reportent aux temps anciens de l'opéra-\ncomique, au Postillon de Longjumeau ou à la Double Echelle, du joyeux\nAmbroise Thomas. La versification également éveille ces souvenirs, et\nnon point celui d'Edmond Rostand, comme on s'est imaginé peut-être.\nLa musique ne vaut ni celle d'Adam ni celle de Thomas : cette musique\nment, elle ment avec impudence, et elle ment sans grâce. Ce ne sont que\nphrases de romance, avec des accents faussement émus, et de banales\ncadences, indéfiniment prolongées, pour faire naître des « ah !» : mutine-\nries fardées, caresses rétribuées, pâmoisons factices en des chambres aux\ntentures fanées, seules des images de cet ordre répondent à cette musique\nque je ne veux point qualifier, de crainte de dire une inconvenance. Ail-\nleurs ce sont des flonflons de cuivres et des coups de grosse caisse, dont\nla canaillerie est digne tout au plus d'une parade à la foire du Trône. Il n'y\na pas une page de Delmet ou de Claude Terrasse où il n'y ait plus de\nfraîcheur, d'inspiration mélodique et de vraie musique que dans dix pages\ndu Massenet de ce cru. Il n'y a pas un spectacle de l'Olympia ou des\nFolies-Bergère où l'on ne trouve plus d'entrain et d'agrément. Cela dit,\nremarquons que cette forme d'art convient peut-être à la clientèle quelque\npeu cosmopolite que le mois de mai fait refluer à Paris des bords de la\nRiviera : si l'Opéra-Comique a voulu nous donner un spectacle de music-\nhall rastaquouérisant, il a bien réussi. Les décors font, comme toujours, le\nplus grand honneur à la direction ; il y a surtout, au premier acte, des loin-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "tains pourpre et vieil or d'un effet charmant. Quant à Mlle Garden, elle\nexhibe, dans le rôle de Chérubin, une bouche tordue à l'anglaise et des\ngrâces de champion au foot-ball qui enthousiasmeront l'Amérique tout\nentière ; mais sa voix est trop pure et sonne mal en de telles fadaises.\nMme Carré et M. Fugère sont tous deux parfaits en leurs rôles.\nMais vraiment, ceci après cela, Chérubin après Pelléas, ah ! « la tristesse\nde tout ce que l'on voit » !\n\nLouis Laloy.\n\nCONCERTS CORTOT\n\nI 8 AVRIL. Très intéressant programme ; exécution médiocre, exception\nfaite pour certains passages de la Symphonie sur un thème montagnard, de\nV. d'lndy, que l'auteur conduisait lui-même avec beaucoup de sûreté, peut-\nêtre un peu trop de modestie et de sobriété. Le final de cette belle œuvre,\nqui honore rart symphonique contemporain, a été supérieurement joué. Le\njeune orchestre de M. Cortot affirme les remarquables qualités de souplesse\nque nous avions déjà constatées lors de l'exécution du Faust, de Liszt,\nM. Cortot a brillamment tenu la très importante partie de piano.\nLe Concerto brandebourgeois (en fa), de J.-S. Bach, qui devait être un des\nnuméros les plus attrayants du programme, nous a déçus par certains\ndétails de Yarrangement. Pourquoi dialoguer, à deux trompettes, avec de\nfâcheuses transpositions à l'octave, une partie écrite pour un instrument\nsolo (i)? Le programme nous annonce d'autre part qu'on restituera àl'œu-\nvre son caractère intime en ne la faisant accompagner que d'un quatuor à\ncordes réduit. Mais il ne faut pas confondre concertino et ripieno, et surtout\nil faut maintenir, dans l'un et l'autre cas, l'équilibre traditionnel entre\nbasses et dessus; il y avait là trop de basses pour le concertino, et pas assez\nde violons pour le ripieno.\nLes Vendanges de M. A. Roussel (ire audition) sont une très agréable\nerreur au point de vue orchestral. Etant donnée la saine musicalité de\nce compositeur, cette esquisse nous donne le sentiment d'un effort qui\nn'aboutit pas. On devine des clartés qui restent opaques, de généreux élans\narrêtés par des détails inopportuns. Beaucoup de traits déformants au qua-\ntuor, trop de mouchetures aux instruments à vent, une excessive et bien\nnuisible polyrythmie. Ça ne sonne pas... Il ne faut pas juger M. Roussel\nsur cet essai.\n18 MAI. Le Requiem allemand, de Brahms, ne mérite pas l'extraordi-\nnaire réputation qui le précède partout où il paraît. De bonnes pages, certes,\nmais combien d'autres imprégnées de la fade odeur du cantique protestant!\nM. Frohlich lui-même fait l'effet d'un pasteur suisse bien en voix. Des\ncadences arrondies, à la sonorité facile, un orchestre sans malice, généra»\nlement lourd, et creux quand il veut se faire souple, un quatuor qui se débat\nen d'inutiles subdivisions: du mauvais Schumann, correctement écrit.\nL'exécution a été, comme la partition elle-même, fort inégale : tour à tour\nvigoureuse ou poétique, et négligée ou monotone. L'orgue manquait beau-\n\n(i) Rappelons à ce propos qu'on a pu entendre à la Schola Cantorum des parties\naussi aiguës exécutées avec une justesse parfaite par un virtuose belge, sur un ins-\ntrument spécialement construit par M. Mahillon."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.44", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "coup au redoublement du seize-pieds ; il fallait alors augmenter le nombre\ndes contrebasses.\nLa Fantaisie en ré majeur, de J.-Guy Ropartz, en dernier numéro du\nprogramme, nous a paru une œuvre très intéressante, digne d'être travaillée\nà fond et entendue à une meilleure place.\nL'entreprise de M. Gortot nous paraît des plus dignes d'intérêt à tous\négards; sans le secours d'une tapageuse réclame, et avec un orchestre en-\ncore jeune et peu formé, il a réussi à nous donner la série de concerts la\nplus intéressante de la saison, en ce qui concerne les œuvres exécutées,\ntoutes considérables et trop rarement entendues en France. L'interpréta-\ntion aussi a été le plus souvent intéressante, vivante, vraiment artistique.\nSeule l'exécution matérielle laisse encore trop à désirer; mais ce défaut\nsera corrigé par le temps et l'expérience ; nous espérons n'avoir plus que\ndes éloges à faire à la saison prochaine.\n\nA. Soriano.\n\nLA SAISON DE LONDRES.\n\nEn guise de prélude.\nNonchalant et paradoxal, ponctuant de gestes dûment choisis ses phrases\nétudiées, Max Beerbohm parle :\n« La musique sérieuse ne me passionne point. Périssent demain en un\nsoudain holocauste tous les opéras déjà confectionnés et, avec eux, tous\nles gens capables de les reconstituer de mémoire !...ilne me manquera\nvraiment rien. Cependant, j'adore aller à Covent Garden. En juin et juillet,\nce n'est pas un des moins agréables moyens de tuer une heure entre le\ndîner et le souper.\n« En dépit de sasituation et deses proportions comparativement humbles,\nce théâtre, avec ses vestibules frais,ses colonnades et ses foyers,est l'endroit\nidéal pour une cigarette. Promenez-vous seulement dans le couloir des\nloges, et lisez les noms illustres gravés sur les portes, voilà un passe-temps\nqui remplirait de fierté un coeur même moins snob et moins impressionnable\nque le mien ! Il me semble respirer à chaque tour un rare ozone de distinc-\ntion. Nulle troublante nuit d'été ne pourrait me donner une ivresse com-\nparable à celle-ci : déambuler dans l'endroit de Londres le plus aristocra-\ntique. Je marche avec des pieds légers, et, bientôt, je me trouve dans l'état\nd'esprit convenable pour pénétrer dans la Salle. Gomme je descends l'un\ndes escaliers exigus qui conduisent à cet océan de têtes diamantées et de\ncoiffures emplumées : les fauteuils d'orchestre, un gros monsieur me barre\nle chemin. Je le reconnais, j'ai vu sa caricature dans le c'est un légis-\nlateur qui a, une fois, fait partie du ministère Gladstone. En passant, je lui\nmarche sur le pied pour avoir l'honneur de lui en demander pardon. Il\nsalue courtoisement. Je suis heureux.\n« Sur la vaste scène, quelque opéra se déroule, ou quelque autre ; les mu-\nsiciens jouent monotonement, pas assez haut pour couvrir le murmure des\nconversations; car autour de moi les spectateurs bavardent et jacassent,\nsinges élégants; des bribes de discussions et de flirts m'arriventpar bouf-\nfées, incessamment ; je vois des gestes gantés de chevreau blanc, des épaules\nqui n'ignorent point le blanc de perle, des gardénias, le scintillement des\naigrettes, des yeux qui brillent au-dessus de pommettes rosies, les feux"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "d'innombrables diamants, le mouvement rythmique de mille et un éven-\ntails.\n« Et la musique, la musique de scène, tout ce temps, continue. Je ne\npense pas que ce soit du Wagner. Wagner, d'habitude indiscret, ne sait pas\nse tenir à sa place ; il oublie la déférence due aux fauteuils et aux loges, et\nforce leurs occupants à crier du haut de la tête, s'ils veulent s'entendre\ncauser. Wagner, vulgairement, joue pour l'amphithéâtre et les habitués des\npetites places ! Mais, c'est vraiment un grand compositeur en ce sens qu'il a\nhumilié les chanteurs. Grâce à lui, le public ne passe plus toute une soirée\nprosterné devant une frima donna, les bouquets ne décrivent plus dans l'air\nleurs courbes parfumées ; et les pauvres chanteurs, avec leurs pierreries,\nleurs roulades et leurs rivalités, ne sont plus les favoris jadis tant encensés.\n<£ Cependant, les voici encore, ces poupées, frêles, inadéquates à cette scène\ngéante, simples points noirs, tels des personnages humains sur les plus\ngrandes toiles de Turner. Le voici, le petit homme en maillot, gras, em-\nperruqué de blond, suppliant, passionné, faisant rage, tout cela pour la\npetite dame en blanc, qui, les mains croisées sur ses seins, contemple les\nnécessaires étoiles!... Ces fragiles marionnettes, avec leurs grosses voix\nfaisant tant de bruit à propos de n'importe quoi, qu'elles me sont pathé-\ntiques et attendrissantes ! Symboles de notre vanité, de notre mesquinerie,\nde notre pompeuse inutilité sur la scène du monde !...\n« Voyez ! le minuscule ténor va se tuer avec une dague ! Non !la minus-\ncule soprano l'en empêche ! Intelligents, pleins d'intentions, dévoués à\ntoute leur énorme tâche (dont l'utilité m'échappe !), ils me font l'effet, ces\ndeux êtres, d'une paire de fourmis sur un sentier.\n« Attention ! ils s'engagent dans un duo orageux. Vraiment ils me fasci-\nnent ! Voici entrer toute une armée de fourmis en attitudes d'étonnement.\nL'homoncule comprime fiévreusement sa poitrine, la menue cantatrice\nbrise sur le sol une coupe précieuse. Je ne voudrais pas les déranger pour\ntout l'or du monde. Mais quelqu'un, moins aux petits soins que moi, fait\nretomber sur eux un grand rideau et on ne voit plus les fourmis.\n« Les spectateurs arrêtent leurs bavardages pour applaudir paresseuse-\nment. Les hommes se lèvent et vont, par la Fop's Alley, vers des visites et\ndes loges.\n« Et je songe qu'après tout, absurdes étaient les fourmis, qu'il fait plutôt\nchaud dans la salle et que, tout bien considéré, je ne resterai pas pour le\ndernier acte.\n« Ah ! Covent Garden !... »\nIl dit ces mots et, à dessein de prouver ses convictions, s'en fut retenir\nses places pour la série du Ring conduite par Richter.\n\nX.-Marcel Boulestin.\n\nCHRONIQUE DES CONCERTS\n\n6 MAI. Musiciens catalans. La Schola Cantorum a eu l'heureuse\ninitiative de donner une séance consacrée aux musiciens catalans. C'est la\npremière fois, croyons-nous, que l'on entendait à Paris, réunies sur un\nmême programme, les œuvres de ce groupe si intéressant des jeunes com-\npositeurs Barcelonais, et cette soirée a obtenu un trop beau succès pour\nque la Schola ne continue pas à faire, la saison prochaine, d'aussi intéres-\nsantes tentatives."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.46", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3692, "texte": "Au cours de cette séance, Blanche Selva interpréta, avec une admirable\nintelligence de la couleur, les Chants d'Espagne et l'impressionnante Vega\nd'Albaniz. Ricardo Vinès nous fit entendre, après deux délicieuses danses\nde Granador, la Tour vermeille et la Sevillane d'Albaniz, et l'on fit fête à ce\npianiste exquis,\nMme Marie Gay, dont la voix est toujours merveilleuse, chanta de fort\nbelles chansons populaires et des lieder charmants de J. Gay et de J. Civil,\nun jeune qui fera son chemin.\nEnfin le public de la Schola fit connaissance avec le guitariste Llobet. Il\nest impossible d'exprimer ici le charme, l'intensité et la diversité des sono-\nrités de cet instrument sous les doigts d'un tel artiste. C'est tout simple-\nment prodigieux et émotionnant au plus haut degré, et nous souhaitons\nvivement que le jeune Llobet fasse école, même en France. Ac. SEVER.\nI 2 MAI.— Salle Pleyel : MUe Zielinska.— Hélène Zielinska, har-\npiste de la harpe chromatique, joue avec un style excellent un agréable\nConcerto de Haendel, fort peu connu, que M. de Lacerda a remis\nen partition ; l'orchestre à cordes, sous la direction dudit, a beaucoup\nd'ensemble, d'équilibre et de précision. Les Danses de Cl. Debussy,\négalement pour harpe chromatique et orchestre à cordes, reçoivent enfin\nl'interprétation qu'elles méritent : rythmée, souple et plastique; chaque\nmouvement de la mélodie appelle un pas et un geste, et la musique,\ndélicate et pure de lignes, évoque des souvenirs d'art antique ; Mlle Zie-\nlinska et M. de Lacerda en comprennent admirablement le sens profond :\nce fut une révélation. Diverses pièces de Rameau, Paradies, Fauré et\nV. d Indy nous ont fait entendre la harpe chromatique en solo : MUe Zie-\nlinska joue en véritable musicienne cet instrument plein de ressources,\ncapable, sous ses doigts intelligents, de nuances infinies, et dont la sonorité\nest aujourd'hui en tout comparable à celle de la harpe à pédales. Succès\négalement pour Mlle Marguerite Zielinska, violoncelliste, dans YÉlégie\nde Fauré et le Concerto de Lalo : le son est ample et le mécanisme est\nsûr. L'orchestre avait commencé par l'Ouverture d' Agrippina de Haendel,\nbien rendue en sa solide architecture, et M. G. Loth, qui tenait l'orgue, a\ndonné une interprétation fort intéressante de la Sicilienne de la Sonate en\nfa de Martini. L. L.\n14 MAI. Schola Cantorum. —Le Couronnement de Poppèe, de Monte-\nverdi, triomphalement ressuscité cet hiver parla Schola Cantorum, est une\nœuvre admirable par la variété du ton et l'originalité de la forme. M. Gébe-\nlin est un Sénèque émouvant ; MUe Hugon a, dans le rôle d'Octavie, de cu-\nrieux mouvements rotatoires. La Cantate de Bach Weinen, klagen, inter-\nprétée avec l'intelligence que l'on est habitué à rencontrer en cette maison,\ncontient, entre autres beautés, un merveilleux chant de trompette. Enfin\nMU® Bréval chante deux scènes d'Armide en compagnie de M. David, Re-\nnaud quelque peu interdit devant une charmeuse aussi belle. J'aime certai-\nnement mieux deux scènes d'Armide que le « chef-d'œuvre » tout entier.\nA la répétition générale, le rôle d'Armide était tenu par M. Vincent d'lndy,\nqui y fut très remarqué ; je dois dire cependant que MUe Bréval a réuni plus\nde suffrages encore. Ce beau concert clôt dignement la saison si bien rem-\nplie de la Schola Cantormn. NÉZEU.\n15 MAI. Les Mathurins : Mme Camille Fourrier et M. Ricardo Vinès.\nUn fort beau programme réunissait les œuvres les plus significatives de\nla musique moderne française et russe. M. Laloy, dans une causerie applau-\ndie d'enthousiasme, montre qu'une musiqùe nouvelle nous est née, aussi\nlibre et spontanée que la musique classique était régulière et symétrique;"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "la Russie et la France sont les deux patries de cet art de lumière et de\nplein air. M. Ricardo Vinès fait ressortir tout le charme poétique d'un\npaysage de Déodat de Séverac (A cheval dans la Prairie), puis la grâce\nJeux d'Eaux de Ravel, et la joie capricieuse du Carillon d'Ar-\nmajjrtfe de Polignac. On lui redemande la danse petit-russienne de Mous-\nle Hopack,et si l'on n'en fait pas autant pour l'éblouissante\nmeyde Balakiref, c'est par discrétion pure. Enfin il nous fait retrouver la\nSarabande et la Toccata de Debussy, musiques divines qu'on ne peut\nqu'adorer. Il en est le digne interprète : c'est dire qu'il est le plus merveil-\nleux pianiste de notre temps. Enfin Mme Camille Fourrier chante avec une\nexpression juste et profonde, et une voix qui prend au cœur, trois des\nnouvelles mélodies de Balakiref, deux exquises mélodies de Ravel\ndifférent et la Flûte),deux mélodies d'Armande de Polignac, d'une distinc-\ntion suprême, et enfin le Jet d'Eau, De et deux des\nde Cl. Debussy, qu'elle a l'honneur de chanter en public pour la première\nfois. Remarquablement accompagnée par M. Delacroix, elle les interprète en\ngrande artiste, et doit répéter l'une d'elles, la qui dit tout le mystère\nd'une eau dormante où repose on ne sait quel passé. Ce concert, qui ne fut\npas fort long, est au nombre des cinq ou six concerts les plus intéressants\nde la saison, tant par le choix des œuvres que par la manière dont elles\nfurent mises en valeur.\n16 MAI. Salle de l'Union : Quatuor Excellente exécution des\nquatuors de Beethoven, précise, émue, religieusement respectueuse du sens\nde la musique. Aucun des quatuors d'outre-Rhin importés cet hiver par la\nSociété philharmonique ne s'est montré aussi digne du maître.\n17 MAI. Athénée : Œuvres de Lully, dirigées par M. Reynaldo JJahn.\nLully est quelque peu méconnu aujourd'hui, et on ne saurait trop féli-\nciter M. R. Hahn d'avoir tiré de leur tombeau des pages admirables, telles\nque la scène du sommeil (XAtys ,le trio des frileux d '/sis, ou les adieux de\nCadmus et d'Hermione. Les programmes ayant manqué, M. R. Hahn fait\nlui-même les annonces au public, avec une familiarité charmante et dont\non lui sait gré. Il corrige un faux départ de Mme Raunay et plusieurs autres\npetits accidents qui ne nuisent en rien à la finesse d'une interprétation\ntoute en nuances.\n17 MAI. Société J.-S. Bach. —M. Frohlich, quoique fort souffrant,\nchante la cantate Ich habe genug,et il la chante admirablement. Sa voix,\nd'abord un peu couverte, se dégage bientôt, et la berceuse où s'exprime la\nsoif mystique du repos est d'un effet saisissant. La cantate\nsollen essenest fort belle aussi, et fort bien interprétée par Mlle M. Piron-\nnay, Mme Marty, MM. Cornubert et Frohlich. L'orchestre est conduit par\nM. Gustave Bret, fondateur de la Société Bach, avec une souplesse et une\nintensité de vie qui sans doute n'auraient point déplu au vieux maître.\nCette jeune Société a déjà fait beaucoup pour l'œuvre de Bach; il lui reste\nencore bien des merveilles à nous faire connaître. Souhaitons-lui de lon-\ngues et heureuses années ! Au début du concert, Mme Jeanne Diot avait\nagréablement joué le Concerto pour violon en majeur et le\npour deux violons en ré mineur (avec M. Daniel Herrmann).\n18 MAI. Schola Cantorum : MLLE d'lndy,\nLa musique de piano de Vincent d'lndy est relativement peu connue,\nmalgré sa très grande beauté ; cela tient sans doute à ce que les pianistes\nse soucient, en général, fort peu d'exécuter des œuvres qui font appel à\nleur virtuosité, mais sans la mettre en relief, et exigent au contraire son"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.48", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3888, "texte": "effacement au profit de l'expression générale. Il faut donc savoir gré à l'in-\ncomparable pianiste qu'est Blanche Selva d'avoir donné àla Schola\nCantorum une audition des principales pièces de piano de M. Vincent\nd'lndy. Ces œuvres dont elle pénètre si profondément la pensée, elle les\nfait revivre et leur assigne la haute place qu'elles auraient dû occuper dans\nle répertoire du piano depuis longtemps déjà, car il ne faut pas oublier que\nle Poème des Montagnes est de iBBx, les Trois valses de 1882 et les\nTableaux de voyage de 1889. Ces pièces datent donc de la période pen-\ndant laquelle le talent de M. V. d'lndy s'est montré le plus directement\nimpressionné par la nature; elles en traduisent la poésie avec une mer-\nveilleuse intensité et diversité d'expression et aussi avec une très grande\nnouveauté de moyens pianistiques. A son tour, Mllc Selva, guidée par une\nsûre intuition, dégage de l'œuvre cette poésie de la nature qui crée le décor\net l'atmosphère dans lesquels s'expriment aveo- force des sentiments\nhumains, et, comble de l'art, elle parvient à faire oublier le piano, tant son\njeu se dépouille de toute virtuosité apparente pour devenir uniquement\névocateur et expressif.\nAprès ces œuvres déjà anciennes, il était intéressant d'entendre la plus\nrécente du maître, la Sonate en ut pour violon et piano. L'interprétation\nen a été en tous points remarquable tant de la part de M.Ue Selva que de\ncelle de son partenaire, M. Em. Chaumont. Ce jeune violoniste bruxellois,\ndéjà connu des musiciens pour d'excellentes interprétations d'œuvres\nmodernes, s'est révélé dans cette Sonate comme un violoniste de tout pre-\nmier ordre ; d'une rare intelligence musicale, il possède en outre une\nsûreté technique jointe à une chaleur, à une intensité de son, remarquables\nqualités qui ont fait à juste raison penser à son maître Isaye, quand il\nvenait lui aussi, tout jeune encore, interpréter les œuvres nouvelles de la\nmusique française. R. C.\n21 MAI. Collège Stanislas :M. Pierre de Bréville. —Ce n'est pas un\nconcert aujourd'hui, c'est une solennité plus grave et plus joyeuse àla fois\nqui nous réunit : le centenaire de cette maison illustre, qui vient de résis-\nter à de si terribles assauts. Du fond de l'orchestre où je suis placé, la salle\napparaît toute noire, avec les taches un peu plus éclairées que font les\ncentaines de visages attentifs ; aux murs, des drapeaux tricolores affirment\nla foi dans la Patrie plus durable que tous les régimes. Dehors, il y a foule\nencore ; on distingue des plumets de Saint-Cyriens, de frais chapeaux\nprintaniers, des oriflammes flottantes, et, plus loin, les murs d'une étude,\nd'un blanc atténué, paisible. M. Denys Cochin termine un vibrant discours\npar des accents d'une émotion si profonde et d'une si virile énergie que la\nsalle entière est transportée d'enthousiasme. L'orchestre a donné, au début\nde la cérémonie, VOuverture d'Egmont, l'un des plus beaux cris de\nrévolte contre l'oppression que l'homme ait jamais fait entendre. On\ncommence maintenant la Cantate du centenaire, dont la poésie est de\nM. Mithouard et la musique de M. P. de Bréville. C'est une œuvre fort dis-\ntinguée et bien venue ; il fallait, pour ces chœurs de jeunes garçons aux\ntuniques bombées, des mélodies assez simples ; elles n'en sont pas moins\nexpressives ; le solo, délicatement chanté par M. Stéphane Austin, est\nd'une grâce charmante ; l'orchestre a des sonorités fraîches et doucement\nlumineuses ; l'œuvre entière est d'une inspiration soutenue et d'une couleur\nlégèrement mélancolique, qui s'harmonise on ne peut mieux avec l'émotion\nunanime. Cette musique est excellente, et plus qu'excellente : poétique.\nPour terminer, M. Imbart de la Tour chante le récit du Graal de Lohen-\ngrin : c'est une voix claire, au timbre net et plein, capable de la plus\nextrême douceur comme des plus grands éclats, c'est un style large et"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "émouvant, qui déchaînent un délire d'acclamations. N'entendrons-nous\nplus jamais à Paris le créateur de Fervaal ?\nLes chœurs font le plus grand honneur à M. Pirro, qui les dirige. L'or-\nchestre était composé surtout des élèves de la Schola Cantorum. Je signale\ncependant à la vindicte des pouvoirs publics trois anciens fonctionnaires\nqui n'ont pas craint de prêter à cette fête le concours de leurs archets :un\nier violon, un violoncelle et la 2E contrebasse. Louis LALOY.\n22 MAI. Chdtelet : Jan Kubelik. L'enthousiasme s'empare du public\navant même que le prodige ait paru, et s'accroît après le final du Concerto\nen ré de Wieniawski, joué avec un emportement merveilleux. Trille du\nDiable, Ronde des Clochettes, Moïse, toutes les acrobaties se succèdent, et\nréussissent. Mais le Prélude de la Vle Sonate de Bach n'a pas été com-\npris : ce n'est pas tout que d'être un acrobate.\nTout autre est M. Edouard Bernard, dont l'interprétation simple, impec-\ncable, réfléchie et puissante, d'une Courante de Bach et de la Leggiere^a\nde Liszt mérite l'approbation de tous les musiciens.\n\nF. L.\n\nECHOS\n\nEN ITALIE. L'ltalie se fâche, l'ltalie bouge. Il paraît que nous ne\nfaisons pas encore assez bon accueil à ses comédiens, à ses chanteurs et à\nceux qu'elle nomme ses musiciens. Le Giornale d'italia publie une cor-\nrespondance de M. Louis Schisa où nous sommes tous accusés de malveil-\nlance et de mauvaise foi. Nous sommes jaloux de Mascagni, dont Masse-\nnet, dans la Navarraise, n'a été que le faible imitateur. Et c'est notre stéri-\nlité musicale qui nous rend si sévères aux Cilea et aux Giordano !\n« Peste ! dit à ce sujet M. Gaston Carraud, notre distingué collaborateur,\ndans la Liberté, il ne fait pas bon se permettre une opinion sur le génie des\ncompositeurs de lajeune école milanaise ! Pour avoir apprécié lesouvrages\nreprésentés jusqu'ici au théâtre Sarah-Bernhardt, avec Dieu sait, pourtant,\nquelle coupable bienveillance ! pour s'être laissé associer, avec à peine un\nsourire amusé, à ces manifestations de bonne couleur locale qui sont par-\ntie intégrante d'un opéra italien, comme la scène dans la salle est néces-\nsaire à toute revue qui se respecte, la critique parisienne s'est vue traînée\naux gémonies par la critique italienne. Nos voisins sont bien résolus à\nl'invasion. Et pour s'assurer qu'ils seront les plus forts, ils commencent\npar crier bien haut qu'ils le sont, que quiconque ne dit pas tout à fait\ncomme eux est vil menteur, et le paiera cher. Ils y emploient une outre-\ncuidance, une vanité, un défaut de scrupule et de foivraiment admirables ;\nce sont les Japonais de la musique. »\nTIMBALES CHROMATIQUES. On sait combien il serait à désirer que la\ntimbale devînt à son tour chromatique, c'est-à-dire capable de faire enten-\ndre tous les demi-tons de la gamme, et non pas, comme aujourd'hui, une\nnote seulement. M. G. Lyon, qui nous a déjà donné la harpe chromatique,\naura bientôt réalisé ce nouveau progrès. Ce sera une grande surprise pour\nles musiciens que cette timbale qui aura toutes les facultés d'accord d'un\ninstrument à cordes.\nTHÉÂTRE LYRIQUE. Les frères Isola ont le projet d'ouvrir à Paris un\nnouveau Théâtre lyrique, dont l'emplacement serait voisin de l'Olympia.\nIls se trouveraient donc là comme chez eux. Et que nous donneront-ils ?\nLa Juive, ou Messaline ?"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.50", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "UNE RECTIFICATION : BALAKIREF ET M. GUNSBOURG. M. Louis Laloy a\nreçu une lettre, écrite en anglais, dont voici la traduction :\n! - #\nLondres, 18 mai 1905.\nCher Monsieur,\nDans votre très intéressant « Mercur »\n(page 4A) que la mélodie religieuse et triste, « Chanson des bateliers de la\nVolga », que l'on entend au second acte de <( Siberia », a été empruntée par\nM. Giordano à un recueil de Balakiref.\nOr, CE N'EST PAS Balakiref qui est l'auteur de cette mélodie... mais bien\nM. Raoul Gunsbourg, directeur du th\ndéclarait lui-même ouvertement, le 42 de ce mois, àla première du « Théâ-\ntre Antoine », dans une loge de balcon, en présence de M. Henry Gaulhier-\nVillars ( Willy) et de plusieurs dames, parmi lesquelles l'une, aux cheveux\ncourt-frisés, me parut être Mademoiselle\nCroyez-moi ,cher Monsieur,\nSincèrement à vous.\nVIOLET KENT.\nMONDANITÉS. Samedi 20mai, a eu lieu, salle Lemoine, une excellente\nséance de musique de chambre, précédée d'une très intéressante causerie\nbiographique de Jean Chantavoine, et consacrée à Schumann.\nLe trio,en sol mineur, est joué par Mlles Bernard-Vérel, Faure et\nGabry, qui font ressortir avec une rare puissance l'accent de cette œuvre\npassionnée ;le scherzo de la sonate en mineur pour piano et violon,\nYallegro de la Sonate en sol mineur pour piano seul et du\ncerto pour violoncelle font apprécier le talent, le sérieux, la profonde mu-\nsicalité de ces remarquables artistes.\nMlle Aimée Gabry a détaillé avec une diction parfaite et une voix déli-\ncieuse trois mélodies peu connues mais exquises.\nAu THÉÂTRE DE L'AMBIGU, le 2 5 mai, remarquable exécution de de\nMassenet : cette cantate, aussi gracieuse quepeu biblique, était tout indiquée\npour l'œuvre au profit de laquelle on la donnait (Assistance des Mères et\ndes Nourrissons du XVIe arrondissement). L'orchestre, sous la direction\nde M. Danbé, et les chœurs de YEuterpeont été vigoureusement applau-\ndis par un public élégant et nombreux. Nous sommes heureux d'insister\nsur le vif et personnel succès qui fut fait à Mme Gandrey, la charmante ar-\ntiste dont le talent ne pouvait être plus exquisement dépensé que dans\ncette jolie partition et au profit d'une œuvre qu'elle vice-préside active-\nment, aux côtés de la généreuse Mme Périer.\nM. PALADILHE, membre du jury du concours pour le prix de Rome dont\nnous parlons plus haut, a déclaré à un de nos confrères quotidiens que\n« c'étaient là des criailleries sans importance de candidats malheureux ».\nEt il a ajouté : « Le ministère des beaux-arts s'est ému de ce jugement, pa-\nraît-il, moi je m'en moque absolument. » Du ministère ? ou du jugement?\nou du concours ? A défaut de talent musical, M. Paladilhe a reçu en par-\ntage une heureuse facilité d'ironie.\nL'ADMINISTRATION assure, de son côté, que tout s'est loyalement passé et\nque « l'lnstitut ne s'est nullement ému». Nous le croyons sans peine.\nKUBELIK se fera entendre de nouveau au Ghâtelet le 5 juin, à 9 heures du\nsoir."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.51", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "M. EUGÈNE GIGOUT a donné récemment une très intéressante audition\nd'élèves où l'on a particulièrement remarqué Mlle Ziegler, virtuose aussi\nparfaite au piano qu'à l'orgue. Remarquable exécution de la Sonate de\nGigout.\nL'ECOLE BEETHOVEN, dirigée par Balutet, a donné, le 21, à la salle\nPleyel, une matinée extrêmement intéressante.\nCitons parmi les exécutantes qui sont des artistes de valeur : Bous,\nquet, Costa, Dutrévis, Lissonde, qui ont joué la troisième Ballade de Cho-\npin, la Légende de saint François de Paale de Liszt, des de Chopin.\nTarentelle de Balutet, Prélude et Fugue en mi mineur à deux pianos de\nBach, etc. Les débutants et débutantes ont eu aussi une assurance remar-\nquable pour leur jeune âge. C'est un succès complet pour l'enseignement\nde MUe Balutet et des professeurs de son école.\nLA PRÉPARATION MILITAIRE. Il existe, sous ce nom, une Association qui\npropage parmi les jeunes gens « les sentiments de patriotisme républicain»,\nLa soirée de gala de son 5e anniversaire a eu lieu à l'Opéra, le 18 mai, et a\nfait entendre aux futurs soldats de la République le violoniste Mischa\nElman, venu spécialement de Londres, le 2E acte d'Armide, le Soldat de\ndemain, poème de circonstance débité par Roch, vêtue à la romaine,\net enfin deux actes de Faust, avec Farrar,de l'Opéra de Berlin, engagée\nspécialement pour cette soirée. Tel est le patriotique programme offert par\ncette Association « nationale ».\nNÉCROLOGIE. M. Rémy, professeur au Conservatoire, vient d'avoir la\ndouleur de perdre sa femme, Mme Rémy, décédée le 17 mai à la suite d'une\nbrève maladie.\nOn annonce la mort de M. E. Dardet, professeur de musique à l'école\nJ.-8.-Say, maître de chapelle à Notre-Dame de la Gare.\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nLIONEL DE LA LAURENCIE. Le goût\nmusical en France. Paris, Joanin.\nNous ne pouvons aujourd'hui que\nsignaler à nos lecteurs cet excellent\nouvrage, où l'information la plus\nsûre s'unit à l'intelligence la plus\nvive et la plus pénétrante, et que li-\nront avec autant d'agrément que de\nprofit tous les musiciens. Nous\nen parlerons avec plus de détail\ndans notre prochain numéro.\nJ.-M. LECLAIR. 6 sonates pour\npiano et violon. Paris, Demets.\nDÉODAT DE SÉVERAC. En Langue-\ndoc, suite pour piano. Paris, Edition\nmutuelle.\nRecueil d'un sentiment poétique\ndélicieux, d'une musicalité person-\nnelle et profonde, dont nous nous\nréjouissons de dire bientôt tout le\nbien que nous pensons.\nALBERT SCHWEITZER. Jean-Sébas-\ntien Bach, le musicien-poète. Leipzig,\nBreitkopf et Hsertel. Paris, Costallat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c050", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "41", "page_fin": "41", "image_debut": 40, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11.2", "titre_corps": "AU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "AU CONSERVATOIRE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "AU CONSERVATOIRE\nLouis Laloy.\nLe Concours de Rome. Une revision nécessaire.\nIl y avaitune fois, dansle Collège officiel de musique d'une grande capitale,\nun vieux professeur de composition. Comment était-il parvenu à cet em-\nploi ? On ne sait trop, car il ne s'était fait connaître que par des ouvrages\nd'une lamentable puérilité, dont l'un, consacré à une héroïne nationale,\nmorte jadis sur le bûcher, fut pour sa mémoire un nouveau supplice,\nplus raffiné que l'autre : le supplice du ridicule. Ce respectable vieillard\ndisait un jour à un de ses disciples qui lui soumettait une page d'or-\nchestre de sa façon : « Mais, mon jeune ami, voici une grosse erreur : vous\nvoulez un effet de douceur et vous employez les trombones. Mais, maî-\ntre, je les fais jouer pianissimo. Non, mon ami, pas de trombones, gar-\ndez-les pour les grands éclats. » Ainsi parlait le vieux maître, ignorant ce\nque savait Monteverdi dès le début du xvue siècle : que le timbre du trom-\nbone dans le pianissimo est plus mystérieux que celui du violon avec\nsourdine, et que rien ne peut le remplacer. Et il disait encore : « Pas\nd'arpèges à la flûte, ni à la clarinette, je vous en prie ; vous avez la harpe •\npourquoi ne pas vous en servir ? » Ainsi allait-il, prêchant sa courte science\net son enfantine sagesse. Mais les élèves qui affrontaient l'ennui de pa-\nreils conseils en étaient bien récompensés.\nVers le début du mois de mai 190 D s'ouvrait le concours préliminaire aux\népreuves du prix de Rome. Dix-neuf concurrents se présentaient ; ils ap-\npartenaient aux classes de MM. Fauré, Lenepveu et Widor. Le jury se\ncomposait de MM. Th. Dubois, Paladilhe, Massenet, Lenepveu et Reyer,\ntitulaires, et de MM. Leroux, Hillemacher et Duvernoy, suppléants. Le\nconcours a lieu, chacun écrit sa fugue, et se tire de son mieux du chœur\nque devaient inspirer les paroles de M. Guinand. Résultat : sont seuls reçus\nsix élèves de M. Lenepveu, .le seul professeur qui fût en même temps\nmembre du jury.\nParmi les candidats refusés se trouvaient M'ie Fleury, élève de M. Wi-\ndor, et M. Ravel, élève de M. G. Fauré, tous deux seconds prix de Rome\nà l'un des précédents concours. Je ne parle pas de leur talent, ni de leurs\nœuvres, pas même du Quatuor à cordes ou des Mélodies de Ravel. Je sais\nque le Conservatoire n'entre pas dans ces considérations-là et ne tient\ncompte que des diplômes. Comment se fait-il que deux seconds prix de\nRome ne soient même plus jugés dignes de concourir ?Et la constitution\ndu jury ne le rend-elle pas suspect ?Et le résultat du concours ne con-\nfirme-t-il pas ces soupçons, avec une sorte de candeur naïve et stup...é-\nfiante ? N'est-ce pas le cas, ou jamais, de reviser un jugement où se sourit\nà elle-même la plus béate iniquité ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c051", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "42", "page_fin": "42", "image_debut": 41, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11.3", "titre_corps": "CAUSETTE.", "titre_sommaire": "CAUSETTE.", "signature_source": "Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3753, "texte": "CAUSETTE.\nWilly.\nJean Marnold, Félix Weingartner et Edouard Risler.\nDonc, en prétendant nous révéler Schumann, certains virtuoses d'outre-\nVosges viennent d'inspirer à Jean Marnold des pages d'affreuse amertume\nnationaliste, et d'ailleurs de gaillarde allure. Le patriotisme ombrageux de\nnotre collaborateur l'induit même en injustice. En son âpreté à bouter l'é-\ntranger hors de France, il oublie que, dans les quatre journées du Festival\nBeethoven qu'il stigmatise, les seules causes d'infériorité vinrent de nos\ncompatriotes assis aux pupitres de l'orchestre, alors que le chef teuton se\ndépensa en courageux mais vains efforts. Trop de remplaçants tenaient\nla place des instrumentistes titulaires retenus ailleurs. Les orchestres Che-\nvillard et Colonne sont des institutions diurnes : dès qu'ils fonctionnent après\nle coucher du soleil, ils se désagrègent pour cause d'Opéra-Comique et\nd'Opéra. Pourquoi en rendre responsable le capellmeister germanique ?\nJe crois que beaucoup de musiciens surent gré à Weingartnér de sa\nsobriété, de son mépris des effets faciles et de l'harmonieuse proportion de\nses mouvements. Une foi l'anime, ce n'est déjà pas si commun. 11 est pieux\net vérécondieux envers ces neuf monuments symphoniques que l'on se con-\ntente habituellement d'honorer d'un culte distant et lassé. Quanta sa gesti-\nculation, dix fois moins exubérante que celle de Colonne, elle dépasse\nmême en discrétion, parfois, la correction habituelle de Chevillard. Ses\naccès d'énergie sont brefs et durent peu, ses indications sont nerveuses\nmais rapides, et l'immobilité de son corps rend inutile le garde...chef que\nl'on a construit depuis un an autour des estrades de nos deux grands ca-\npellmeister français. Au geste des rapides avant-bras de Weingartner,\nBeethoven s'est dressé sans pompe et sans emphase, pur de lignes et rem-\npli d'une dignité d'ancêtre. S'il existe vraiment des amateurs fervents de\nclassicisme, ils doivent honorer Weingartner comme un prêtre fidèle.\nCelui-ci ne les trahira pas.\nD'autres l'ont fait. Ils l'ont fait avec une grâce exquise, mais ils l'ont fait.\nRisler, ne baissez pas les yeux, c'est de vous que je parle.\nCe merveilleux pianiste est un chercheur infatigable toujours en quête\nd'interprétations nouvelles et de sensations inédites. On n'a pas oublié ses\ntranscriptions wagnériennes de grandes pages d'orchestre et ses exécutions\nau pleyel de compositions d'orgue. On sait quelles sonorités imprévues\nil obtint alors de son clavier ahuri. Mais le voici déjà lassé de ces triom-\nphes, et nous le trouvons cette année aux prises avec Beethoven. Il y faut\nun certain courage. Toucher à Beethoven est, en musique, le pire des crimes,\ncelui qui ne se discute même pas, qui supprime un artiste de la circulation,\nqui le fait périr sous les coups des amateurs forcenés, incapables d'entendre\nla plaisanterie sur cette matière sacrée. Risler Ta fait pourtant. Il a porté\nsur la statue du dieu une main sacrilège ; main caresseuse et voluptueuse,\neffleurante et câline, soit, mais tout de même main sacrilège î C'est lèse-\nmajesté que chatouiller les dieux ! Heureusement pour lui, nul ne s'en\naperçut et, seuls, quelques incroyants remarquèrent avec une agréable sur-\nprise la nouvelle « manière » du pianiste autrefois impassible et glacé.\nRisler a lancé le Beethoven impressionniste. Il se complaît aujourd'hui\nà faire ruisseler la couleur dans les temples de marbre blanc qu'étaient les\nSonates. Voici des vitraux de feu, voici des velours, des soies et des pier-\nreries ! Voici des ors et des orfèvreries de décadence ! Quelle orgie de traits,\nquelles gammes fulgurantes ou estompées, quelles oppositions de nuances\net d'éclairage !Où sommes-nous? Nous joue-t-on Top. 53 ou Ylsle joyeuse ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c052", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "43", "page_fin": "44", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11.4", "titre_corps": "AU THÉATRE", "titre_sommaire": "AU THÉATRE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.42", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3843, "texte": "AU THÉATRE\n\nChérubin, comédie chantée de Francis de Croisset et Henri Cain, musique de Massenet, à POpéra-\nComique (23 mai).\nDimanche passé nous disions un triste et triomphal adieu à Pelléas et\nMélisande. Jamais Jean Périer n'avait trouvé des accents plus tendres et\nplus doux ; jamais Mélisande n'était mieux apparue, au IVe acte, dans le\njardin sombre, toute tremblante de sa course et de son émoi; jamais\nGolaud, si rude et si bon, n'avait semblé plus à plaindre ; jamais Arkhel\nn'avait eu plus de pitié pour le cœur des hommes. Et je n'oublierai pas\nl'enthousiasme irrésistible, àla chute du rideau aulVe acte,ni ces acclama-\ntions unanimes, qui ne s'arrêtaient plus, et qui furent vraiment le cri de\ntous les cœurs. Or Pelléas était condamné à mort, MUeMary Garden devant,\ndepuis ce jour, se vouer tout entière aux répétitions du Chérubin de Mas-\nsenet.\nNous avons vu ce soir le meurtrier, et certes je n'attendais pas que nous\neussions gagné au change. Mais véritablement je ne croyais pas possible à\nla platitude, à l'afféterie et à la sottise musicale de s'étaler avec tant de\ncomplaisance. Je ne suis pas un ennemi juré de Massenet. Il y a de jolies\npages dans Werther et dans Manon ; il en est même d'assez dramatiques,\nmalgré une grande fadeur générale et une fâcheuse monotonie : il n'appar-\ntient qu'à Massenet de mettre tout en romances. Grisélidis et le Jongleur\nn'offraient plus aucune trace d'émotion, mais pouvaient plaire encore par\nun semblant de poésie, déjà factice et frelatée d'ailleurs. Ici nous ne trou-\nvons plus rien, qu'une perpétuelle recherche de l'effet, une prétention à la\ngrâce et à l'esprit qui fait pitié, car elle n'aboutit à rien. Rien de moins\nenjoué, rien de plus foncièrement triste et piteux que cette musique dont le\nsourire est la grimace d'un vieux pitre. Il faut en dire autant, d'ailleurs,\ndu poème, où l'on voit Chérubin plaire à toutes les femmes, hésiter entre\ntrois, et en épouser une quatrième. Et toutes les cinq minutes on nous rap-\npelle que Chérubin a dix-sept ans : grande merveille ! Et il faut voir la\nscène où la « Comtesse », la « Baronne » et 1' « Ensoleillad », réunies sous\nle toit de la même auberge, ouvrent leurs trois fenêtres à la même séré-\nnade : ces grossiers artifices nous reportent aux temps anciens de l'opéra-\ncomique, au Postillon de Longjumeau ou à la Double Echelle, du joyeux\nAmbroise Thomas. La versification également éveille ces souvenirs, et\nnon point celui d'Edmond Rostand, comme on s'est imaginé peut-être.\nLa musique ne vaut ni celle d'Adam ni celle de Thomas : cette musique\nment, elle ment avec impudence, et elle ment sans grâce. Ce ne sont que\nphrases de romance, avec des accents faussement émus, et de banales\ncadences, indéfiniment prolongées, pour faire naître des « ah !» : mutine-\nries fardées, caresses rétribuées, pâmoisons factices en des chambres aux\ntentures fanées, seules des images de cet ordre répondent à cette musique\nque je ne veux point qualifier, de crainte de dire une inconvenance. Ail-\nleurs ce sont des flonflons de cuivres et des coups de grosse caisse, dont\nla canaillerie est digne tout au plus d'une parade à la foire du Trône. Il n'y\na pas une page de Delmet ou de Claude Terrasse où il n'y ait plus de\nfraîcheur, d'inspiration mélodique et de vraie musique que dans dix pages\ndu Massenet de ce cru. Il n'y a pas un spectacle de l'Olympia ou des\nFolies-Bergère où l'on ne trouve plus d'entrain et d'agrément. Cela dit,\nremarquons que cette forme d'art convient peut-être à la clientèle quelque\npeu cosmopolite que le mois de mai fait refluer à Paris des bords de la\nRiviera : si l'Opéra-Comique a voulu nous donner un spectacle de music-\nhall rastaquouérisant, il a bien réussi. Les décors font, comme toujours, le\nplus grand honneur à la direction ; il y a surtout, au premier acte, des loin-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "tains pourpre et vieil or d'un effet charmant. Quant à Mlle Garden, elle\nexhibe, dans le rôle de Chérubin, une bouche tordue à l'anglaise et des\ngrâces de champion au foot-ball qui enthousiasmeront l'Amérique tout\nentière ; mais sa voix est trop pure et sonne mal en de telles fadaises.\nMme Carré et M. Fugère sont tous deux parfaits en leurs rôles.\nMais vraiment, ceci après cela, Chérubin après Pelléas, ah ! « la tristesse\nde tout ce que l'on voit » !\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c054", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "44", "page_fin": "45", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11.5", "titre_corps": "CONCERTS CORTOT", "titre_sommaire": "CONCERTS CORTOT", "signature_source": "A. Soriano", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.43", "debut_caractere": 493, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "CONCERTS CORTOT\n\nI 8 AVRIL. Très intéressant programme ; exécution médiocre, exception\nfaite pour certains passages de la Symphonie sur un thème montagnard, de\nV. d'lndy, que l'auteur conduisait lui-même avec beaucoup de sûreté, peut-\nêtre un peu trop de modestie et de sobriété. Le final de cette belle œuvre,\nqui honore rart symphonique contemporain, a été supérieurement joué. Le\njeune orchestre de M. Cortot affirme les remarquables qualités de souplesse\nque nous avions déjà constatées lors de l'exécution du Faust, de Liszt,\nM. Cortot a brillamment tenu la très importante partie de piano.\nLe Concerto brandebourgeois (en fa), de J.-S. Bach, qui devait être un des\nnuméros les plus attrayants du programme, nous a déçus par certains\ndétails de Yarrangement. Pourquoi dialoguer, à deux trompettes, avec de\nfâcheuses transpositions à l'octave, une partie écrite pour un instrument\nsolo (i)? Le programme nous annonce d'autre part qu'on restituera àl'œu-\nvre son caractère intime en ne la faisant accompagner que d'un quatuor à\ncordes réduit. Mais il ne faut pas confondre concertino et ripieno, et surtout\nil faut maintenir, dans l'un et l'autre cas, l'équilibre traditionnel entre\nbasses et dessus; il y avait là trop de basses pour le concertino, et pas assez\nde violons pour le ripieno.\nLes Vendanges de M. A. Roussel (ire audition) sont une très agréable\nerreur au point de vue orchestral. Etant donnée la saine musicalité de\nce compositeur, cette esquisse nous donne le sentiment d'un effort qui\nn'aboutit pas. On devine des clartés qui restent opaques, de généreux élans\narrêtés par des détails inopportuns. Beaucoup de traits déformants au qua-\ntuor, trop de mouchetures aux instruments à vent, une excessive et bien\nnuisible polyrythmie. Ça ne sonne pas... Il ne faut pas juger M. Roussel\nsur cet essai.\n18 MAI. Le Requiem allemand, de Brahms, ne mérite pas l'extraordi-\nnaire réputation qui le précède partout où il paraît. De bonnes pages, certes,\nmais combien d'autres imprégnées de la fade odeur du cantique protestant!\nM. Frohlich lui-même fait l'effet d'un pasteur suisse bien en voix. Des\ncadences arrondies, à la sonorité facile, un orchestre sans malice, généra»\nlement lourd, et creux quand il veut se faire souple, un quatuor qui se débat\nen d'inutiles subdivisions: du mauvais Schumann, correctement écrit.\nL'exécution a été, comme la partition elle-même, fort inégale : tour à tour\nvigoureuse ou poétique, et négligée ou monotone. L'orgue manquait beau-\n\n(i) Rappelons à ce propos qu'on a pu entendre à la Schola Cantorum des parties\naussi aiguës exécutées avec une justesse parfaite par un virtuose belge, sur un ins-\ntrument spécialement construit par M. Mahillon."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.44", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "coup au redoublement du seize-pieds ; il fallait alors augmenter le nombre\ndes contrebasses.\nLa Fantaisie en ré majeur, de J.-Guy Ropartz, en dernier numéro du\nprogramme, nous a paru une œuvre très intéressante, digne d'être travaillée\nà fond et entendue à une meilleure place.\nL'entreprise de M. Gortot nous paraît des plus dignes d'intérêt à tous\négards; sans le secours d'une tapageuse réclame, et avec un orchestre en-\ncore jeune et peu formé, il a réussi à nous donner la série de concerts la\nplus intéressante de la saison, en ce qui concerne les œuvres exécutées,\ntoutes considérables et trop rarement entendues en France. L'interpréta-\ntion aussi a été le plus souvent intéressante, vivante, vraiment artistique.\nSeule l'exécution matérielle laisse encore trop à désirer; mais ce défaut\nsera corrigé par le temps et l'expérience ; nous espérons n'avoir plus que\ndes éloges à faire à la saison prochaine.\n\nA. Soriano."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c056", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "45", "page_fin": "46", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11.6", "titre_corps": "LA SAISON DE LONDRES.", "titre_sommaire": "LA SAISON DE LONDRES.", "signature_source": "X.-Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.44", "debut_caractere": 952, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "LA SAISON DE LONDRES.\n\nEn guise de prélude.\nNonchalant et paradoxal, ponctuant de gestes dûment choisis ses phrases\nétudiées, Max Beerbohm parle :\n« La musique sérieuse ne me passionne point. Périssent demain en un\nsoudain holocauste tous les opéras déjà confectionnés et, avec eux, tous\nles gens capables de les reconstituer de mémoire !...ilne me manquera\nvraiment rien. Cependant, j'adore aller à Covent Garden. En juin et juillet,\nce n'est pas un des moins agréables moyens de tuer une heure entre le\ndîner et le souper.\n« En dépit de sasituation et deses proportions comparativement humbles,\nce théâtre, avec ses vestibules frais,ses colonnades et ses foyers,est l'endroit\nidéal pour une cigarette. Promenez-vous seulement dans le couloir des\nloges, et lisez les noms illustres gravés sur les portes, voilà un passe-temps\nqui remplirait de fierté un coeur même moins snob et moins impressionnable\nque le mien ! Il me semble respirer à chaque tour un rare ozone de distinc-\ntion. Nulle troublante nuit d'été ne pourrait me donner une ivresse com-\nparable à celle-ci : déambuler dans l'endroit de Londres le plus aristocra-\ntique. Je marche avec des pieds légers, et, bientôt, je me trouve dans l'état\nd'esprit convenable pour pénétrer dans la Salle. Gomme je descends l'un\ndes escaliers exigus qui conduisent à cet océan de têtes diamantées et de\ncoiffures emplumées : les fauteuils d'orchestre, un gros monsieur me barre\nle chemin. Je le reconnais, j'ai vu sa caricature dans le c'est un légis-\nlateur qui a, une fois, fait partie du ministère Gladstone. En passant, je lui\nmarche sur le pied pour avoir l'honneur de lui en demander pardon. Il\nsalue courtoisement. Je suis heureux.\n« Sur la vaste scène, quelque opéra se déroule, ou quelque autre ; les mu-\nsiciens jouent monotonement, pas assez haut pour couvrir le murmure des\nconversations; car autour de moi les spectateurs bavardent et jacassent,\nsinges élégants; des bribes de discussions et de flirts m'arriventpar bouf-\nfées, incessamment ; je vois des gestes gantés de chevreau blanc, des épaules\nqui n'ignorent point le blanc de perle, des gardénias, le scintillement des\naigrettes, des yeux qui brillent au-dessus de pommettes rosies, les feux"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "d'innombrables diamants, le mouvement rythmique de mille et un éven-\ntails.\n« Et la musique, la musique de scène, tout ce temps, continue. Je ne\npense pas que ce soit du Wagner. Wagner, d'habitude indiscret, ne sait pas\nse tenir à sa place ; il oublie la déférence due aux fauteuils et aux loges, et\nforce leurs occupants à crier du haut de la tête, s'ils veulent s'entendre\ncauser. Wagner, vulgairement, joue pour l'amphithéâtre et les habitués des\npetites places ! Mais, c'est vraiment un grand compositeur en ce sens qu'il a\nhumilié les chanteurs. Grâce à lui, le public ne passe plus toute une soirée\nprosterné devant une frima donna, les bouquets ne décrivent plus dans l'air\nleurs courbes parfumées ; et les pauvres chanteurs, avec leurs pierreries,\nleurs roulades et leurs rivalités, ne sont plus les favoris jadis tant encensés.\n<£ Cependant, les voici encore, ces poupées, frêles, inadéquates à cette scène\ngéante, simples points noirs, tels des personnages humains sur les plus\ngrandes toiles de Turner. Le voici, le petit homme en maillot, gras, em-\nperruqué de blond, suppliant, passionné, faisant rage, tout cela pour la\npetite dame en blanc, qui, les mains croisées sur ses seins, contemple les\nnécessaires étoiles!... Ces fragiles marionnettes, avec leurs grosses voix\nfaisant tant de bruit à propos de n'importe quoi, qu'elles me sont pathé-\ntiques et attendrissantes ! Symboles de notre vanité, de notre mesquinerie,\nde notre pompeuse inutilité sur la scène du monde !...\n« Voyez ! le minuscule ténor va se tuer avec une dague ! Non !la minus-\ncule soprano l'en empêche ! Intelligents, pleins d'intentions, dévoués à\ntoute leur énorme tâche (dont l'utilité m'échappe !), ils me font l'effet, ces\ndeux êtres, d'une paire de fourmis sur un sentier.\n« Attention ! ils s'engagent dans un duo orageux. Vraiment ils me fasci-\nnent ! Voici entrer toute une armée de fourmis en attitudes d'étonnement.\nL'homoncule comprime fiévreusement sa poitrine, la menue cantatrice\nbrise sur le sol une coupe précieuse. Je ne voudrais pas les déranger pour\ntout l'or du monde. Mais quelqu'un, moins aux petits soins que moi, fait\nretomber sur eux un grand rideau et on ne voit plus les fourmis.\n« Les spectateurs arrêtent leurs bavardages pour applaudir paresseuse-\nment. Les hommes se lèvent et vont, par la Fop's Alley, vers des visites et\ndes loges.\n« Et je songe qu'après tout, absurdes étaient les fourmis, qu'il fait plutôt\nchaud dans la salle et que, tout bien considéré, je ne resterai pas pour le\ndernier acte.\n« Ah ! Covent Garden !... »\nIl dit ces mots et, à dessein de prouver ses convictions, s'en fut retenir\nses places pour la série du Ring conduite par Richter.\n\nX.-Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c058", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "46", "page_fin": "50", "image_debut": 45, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11.7", "titre_corps": "CHRONIQUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "CHRONIQUE DES CONCERTS", "signature_source": "F. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.45", "debut_caractere": 2721, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "CHRONIQUE DES CONCERTS\n\n6 MAI. Musiciens catalans. La Schola Cantorum a eu l'heureuse\ninitiative de donner une séance consacrée aux musiciens catalans. C'est la\npremière fois, croyons-nous, que l'on entendait à Paris, réunies sur un\nmême programme, les œuvres de ce groupe si intéressant des jeunes com-\npositeurs Barcelonais, et cette soirée a obtenu un trop beau succès pour\nque la Schola ne continue pas à faire, la saison prochaine, d'aussi intéres-\nsantes tentatives."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.46", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3692, "texte": "Au cours de cette séance, Blanche Selva interpréta, avec une admirable\nintelligence de la couleur, les Chants d'Espagne et l'impressionnante Vega\nd'Albaniz. Ricardo Vinès nous fit entendre, après deux délicieuses danses\nde Granador, la Tour vermeille et la Sevillane d'Albaniz, et l'on fit fête à ce\npianiste exquis,\nMme Marie Gay, dont la voix est toujours merveilleuse, chanta de fort\nbelles chansons populaires et des lieder charmants de J. Gay et de J. Civil,\nun jeune qui fera son chemin.\nEnfin le public de la Schola fit connaissance avec le guitariste Llobet. Il\nest impossible d'exprimer ici le charme, l'intensité et la diversité des sono-\nrités de cet instrument sous les doigts d'un tel artiste. C'est tout simple-\nment prodigieux et émotionnant au plus haut degré, et nous souhaitons\nvivement que le jeune Llobet fasse école, même en France. Ac. SEVER.\nI 2 MAI.— Salle Pleyel : MUe Zielinska.— Hélène Zielinska, har-\npiste de la harpe chromatique, joue avec un style excellent un agréable\nConcerto de Haendel, fort peu connu, que M. de Lacerda a remis\nen partition ; l'orchestre à cordes, sous la direction dudit, a beaucoup\nd'ensemble, d'équilibre et de précision. Les Danses de Cl. Debussy,\négalement pour harpe chromatique et orchestre à cordes, reçoivent enfin\nl'interprétation qu'elles méritent : rythmée, souple et plastique; chaque\nmouvement de la mélodie appelle un pas et un geste, et la musique,\ndélicate et pure de lignes, évoque des souvenirs d'art antique ; Mlle Zie-\nlinska et M. de Lacerda en comprennent admirablement le sens profond :\nce fut une révélation. Diverses pièces de Rameau, Paradies, Fauré et\nV. d Indy nous ont fait entendre la harpe chromatique en solo : MUe Zie-\nlinska joue en véritable musicienne cet instrument plein de ressources,\ncapable, sous ses doigts intelligents, de nuances infinies, et dont la sonorité\nest aujourd'hui en tout comparable à celle de la harpe à pédales. Succès\négalement pour Mlle Marguerite Zielinska, violoncelliste, dans YÉlégie\nde Fauré et le Concerto de Lalo : le son est ample et le mécanisme est\nsûr. L'orchestre avait commencé par l'Ouverture d' Agrippina de Haendel,\nbien rendue en sa solide architecture, et M. G. Loth, qui tenait l'orgue, a\ndonné une interprétation fort intéressante de la Sicilienne de la Sonate en\nfa de Martini. L. L.\n14 MAI. Schola Cantorum. —Le Couronnement de Poppèe, de Monte-\nverdi, triomphalement ressuscité cet hiver parla Schola Cantorum, est une\nœuvre admirable par la variété du ton et l'originalité de la forme. M. Gébe-\nlin est un Sénèque émouvant ; MUe Hugon a, dans le rôle d'Octavie, de cu-\nrieux mouvements rotatoires. La Cantate de Bach Weinen, klagen, inter-\nprétée avec l'intelligence que l'on est habitué à rencontrer en cette maison,\ncontient, entre autres beautés, un merveilleux chant de trompette. Enfin\nMU® Bréval chante deux scènes d'Armide en compagnie de M. David, Re-\nnaud quelque peu interdit devant une charmeuse aussi belle. J'aime certai-\nnement mieux deux scènes d'Armide que le « chef-d'œuvre » tout entier.\nA la répétition générale, le rôle d'Armide était tenu par M. Vincent d'lndy,\nqui y fut très remarqué ; je dois dire cependant que MUe Bréval a réuni plus\nde suffrages encore. Ce beau concert clôt dignement la saison si bien rem-\nplie de la Schola Cantormn. NÉZEU.\n15 MAI. Les Mathurins : Mme Camille Fourrier et M. Ricardo Vinès.\nUn fort beau programme réunissait les œuvres les plus significatives de\nla musique moderne française et russe. M. Laloy, dans une causerie applau-\ndie d'enthousiasme, montre qu'une musiqùe nouvelle nous est née, aussi\nlibre et spontanée que la musique classique était régulière et symétrique;"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "la Russie et la France sont les deux patries de cet art de lumière et de\nplein air. M. Ricardo Vinès fait ressortir tout le charme poétique d'un\npaysage de Déodat de Séverac (A cheval dans la Prairie), puis la grâce\nJeux d'Eaux de Ravel, et la joie capricieuse du Carillon d'Ar-\nmajjrtfe de Polignac. On lui redemande la danse petit-russienne de Mous-\nle Hopack,et si l'on n'en fait pas autant pour l'éblouissante\nmeyde Balakiref, c'est par discrétion pure. Enfin il nous fait retrouver la\nSarabande et la Toccata de Debussy, musiques divines qu'on ne peut\nqu'adorer. Il en est le digne interprète : c'est dire qu'il est le plus merveil-\nleux pianiste de notre temps. Enfin Mme Camille Fourrier chante avec une\nexpression juste et profonde, et une voix qui prend au cœur, trois des\nnouvelles mélodies de Balakiref, deux exquises mélodies de Ravel\ndifférent et la Flûte),deux mélodies d'Armande de Polignac, d'une distinc-\ntion suprême, et enfin le Jet d'Eau, De et deux des\nde Cl. Debussy, qu'elle a l'honneur de chanter en public pour la première\nfois. Remarquablement accompagnée par M. Delacroix, elle les interprète en\ngrande artiste, et doit répéter l'une d'elles, la qui dit tout le mystère\nd'une eau dormante où repose on ne sait quel passé. Ce concert, qui ne fut\npas fort long, est au nombre des cinq ou six concerts les plus intéressants\nde la saison, tant par le choix des œuvres que par la manière dont elles\nfurent mises en valeur.\n16 MAI. Salle de l'Union : Quatuor Excellente exécution des\nquatuors de Beethoven, précise, émue, religieusement respectueuse du sens\nde la musique. Aucun des quatuors d'outre-Rhin importés cet hiver par la\nSociété philharmonique ne s'est montré aussi digne du maître.\n17 MAI. Athénée : Œuvres de Lully, dirigées par M. Reynaldo JJahn.\nLully est quelque peu méconnu aujourd'hui, et on ne saurait trop féli-\nciter M. R. Hahn d'avoir tiré de leur tombeau des pages admirables, telles\nque la scène du sommeil (XAtys ,le trio des frileux d '/sis, ou les adieux de\nCadmus et d'Hermione. Les programmes ayant manqué, M. R. Hahn fait\nlui-même les annonces au public, avec une familiarité charmante et dont\non lui sait gré. Il corrige un faux départ de Mme Raunay et plusieurs autres\npetits accidents qui ne nuisent en rien à la finesse d'une interprétation\ntoute en nuances.\n17 MAI. Société J.-S. Bach. —M. Frohlich, quoique fort souffrant,\nchante la cantate Ich habe genug,et il la chante admirablement. Sa voix,\nd'abord un peu couverte, se dégage bientôt, et la berceuse où s'exprime la\nsoif mystique du repos est d'un effet saisissant. La cantate\nsollen essenest fort belle aussi, et fort bien interprétée par Mlle M. Piron-\nnay, Mme Marty, MM. Cornubert et Frohlich. L'orchestre est conduit par\nM. Gustave Bret, fondateur de la Société Bach, avec une souplesse et une\nintensité de vie qui sans doute n'auraient point déplu au vieux maître.\nCette jeune Société a déjà fait beaucoup pour l'œuvre de Bach; il lui reste\nencore bien des merveilles à nous faire connaître. Souhaitons-lui de lon-\ngues et heureuses années ! Au début du concert, Mme Jeanne Diot avait\nagréablement joué le Concerto pour violon en majeur et le\npour deux violons en ré mineur (avec M. Daniel Herrmann).\n18 MAI. Schola Cantorum : MLLE d'lndy,\nLa musique de piano de Vincent d'lndy est relativement peu connue,\nmalgré sa très grande beauté ; cela tient sans doute à ce que les pianistes\nse soucient, en général, fort peu d'exécuter des œuvres qui font appel à\nleur virtuosité, mais sans la mettre en relief, et exigent au contraire son"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.48", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3888, "texte": "effacement au profit de l'expression générale. Il faut donc savoir gré à l'in-\ncomparable pianiste qu'est Blanche Selva d'avoir donné àla Schola\nCantorum une audition des principales pièces de piano de M. Vincent\nd'lndy. Ces œuvres dont elle pénètre si profondément la pensée, elle les\nfait revivre et leur assigne la haute place qu'elles auraient dû occuper dans\nle répertoire du piano depuis longtemps déjà, car il ne faut pas oublier que\nle Poème des Montagnes est de iBBx, les Trois valses de 1882 et les\nTableaux de voyage de 1889. Ces pièces datent donc de la période pen-\ndant laquelle le talent de M. V. d'lndy s'est montré le plus directement\nimpressionné par la nature; elles en traduisent la poésie avec une mer-\nveilleuse intensité et diversité d'expression et aussi avec une très grande\nnouveauté de moyens pianistiques. A son tour, Mllc Selva, guidée par une\nsûre intuition, dégage de l'œuvre cette poésie de la nature qui crée le décor\net l'atmosphère dans lesquels s'expriment aveo- force des sentiments\nhumains, et, comble de l'art, elle parvient à faire oublier le piano, tant son\njeu se dépouille de toute virtuosité apparente pour devenir uniquement\névocateur et expressif.\nAprès ces œuvres déjà anciennes, il était intéressant d'entendre la plus\nrécente du maître, la Sonate en ut pour violon et piano. L'interprétation\nen a été en tous points remarquable tant de la part de M.Ue Selva que de\ncelle de son partenaire, M. Em. Chaumont. Ce jeune violoniste bruxellois,\ndéjà connu des musiciens pour d'excellentes interprétations d'œuvres\nmodernes, s'est révélé dans cette Sonate comme un violoniste de tout pre-\nmier ordre ; d'une rare intelligence musicale, il possède en outre une\nsûreté technique jointe à une chaleur, à une intensité de son, remarquables\nqualités qui ont fait à juste raison penser à son maître Isaye, quand il\nvenait lui aussi, tout jeune encore, interpréter les œuvres nouvelles de la\nmusique française. R. C.\n21 MAI. Collège Stanislas :M. Pierre de Bréville. —Ce n'est pas un\nconcert aujourd'hui, c'est une solennité plus grave et plus joyeuse àla fois\nqui nous réunit : le centenaire de cette maison illustre, qui vient de résis-\nter à de si terribles assauts. Du fond de l'orchestre où je suis placé, la salle\napparaît toute noire, avec les taches un peu plus éclairées que font les\ncentaines de visages attentifs ; aux murs, des drapeaux tricolores affirment\nla foi dans la Patrie plus durable que tous les régimes. Dehors, il y a foule\nencore ; on distingue des plumets de Saint-Cyriens, de frais chapeaux\nprintaniers, des oriflammes flottantes, et, plus loin, les murs d'une étude,\nd'un blanc atténué, paisible. M. Denys Cochin termine un vibrant discours\npar des accents d'une émotion si profonde et d'une si virile énergie que la\nsalle entière est transportée d'enthousiasme. L'orchestre a donné, au début\nde la cérémonie, VOuverture d'Egmont, l'un des plus beaux cris de\nrévolte contre l'oppression que l'homme ait jamais fait entendre. On\ncommence maintenant la Cantate du centenaire, dont la poésie est de\nM. Mithouard et la musique de M. P. de Bréville. C'est une œuvre fort dis-\ntinguée et bien venue ; il fallait, pour ces chœurs de jeunes garçons aux\ntuniques bombées, des mélodies assez simples ; elles n'en sont pas moins\nexpressives ; le solo, délicatement chanté par M. Stéphane Austin, est\nd'une grâce charmante ; l'orchestre a des sonorités fraîches et doucement\nlumineuses ; l'œuvre entière est d'une inspiration soutenue et d'une couleur\nlégèrement mélancolique, qui s'harmonise on ne peut mieux avec l'émotion\nunanime. Cette musique est excellente, et plus qu'excellente : poétique.\nPour terminer, M. Imbart de la Tour chante le récit du Graal de Lohen-\ngrin : c'est une voix claire, au timbre net et plein, capable de la plus\nextrême douceur comme des plus grands éclats, c'est un style large et"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "émouvant, qui déchaînent un délire d'acclamations. N'entendrons-nous\nplus jamais à Paris le créateur de Fervaal ?\nLes chœurs font le plus grand honneur à M. Pirro, qui les dirige. L'or-\nchestre était composé surtout des élèves de la Schola Cantorum. Je signale\ncependant à la vindicte des pouvoirs publics trois anciens fonctionnaires\nqui n'ont pas craint de prêter à cette fête le concours de leurs archets :un\nier violon, un violoncelle et la 2E contrebasse. Louis LALOY.\n22 MAI. Chdtelet : Jan Kubelik. L'enthousiasme s'empare du public\navant même que le prodige ait paru, et s'accroît après le final du Concerto\nen ré de Wieniawski, joué avec un emportement merveilleux. Trille du\nDiable, Ronde des Clochettes, Moïse, toutes les acrobaties se succèdent, et\nréussissent. Mais le Prélude de la Vle Sonate de Bach n'a pas été com-\npris : ce n'est pas tout que d'être un acrobate.\nTout autre est M. Edouard Bernard, dont l'interprétation simple, impec-\ncable, réfléchie et puissante, d'une Courante de Bach et de la Leggiere^a\nde Liszt mérite l'approbation de tous les musiciens.\n\nF. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c060", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "50", "page_fin": "52", "image_debut": 49, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11.8", "titre_corps": "ECHOS", "titre_sommaire": "ECHOS", "signature_source": "Pan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.49", "debut_caractere": 1111, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "ECHOS\n\nEN ITALIE. L'ltalie se fâche, l'ltalie bouge. Il paraît que nous ne\nfaisons pas encore assez bon accueil à ses comédiens, à ses chanteurs et à\nceux qu'elle nomme ses musiciens. Le Giornale d'italia publie une cor-\nrespondance de M. Louis Schisa où nous sommes tous accusés de malveil-\nlance et de mauvaise foi. Nous sommes jaloux de Mascagni, dont Masse-\nnet, dans la Navarraise, n'a été que le faible imitateur. Et c'est notre stéri-\nlité musicale qui nous rend si sévères aux Cilea et aux Giordano !\n« Peste ! dit à ce sujet M. Gaston Carraud, notre distingué collaborateur,\ndans la Liberté, il ne fait pas bon se permettre une opinion sur le génie des\ncompositeurs de lajeune école milanaise ! Pour avoir apprécié lesouvrages\nreprésentés jusqu'ici au théâtre Sarah-Bernhardt, avec Dieu sait, pourtant,\nquelle coupable bienveillance ! pour s'être laissé associer, avec à peine un\nsourire amusé, à ces manifestations de bonne couleur locale qui sont par-\ntie intégrante d'un opéra italien, comme la scène dans la salle est néces-\nsaire à toute revue qui se respecte, la critique parisienne s'est vue traînée\naux gémonies par la critique italienne. Nos voisins sont bien résolus à\nl'invasion. Et pour s'assurer qu'ils seront les plus forts, ils commencent\npar crier bien haut qu'ils le sont, que quiconque ne dit pas tout à fait\ncomme eux est vil menteur, et le paiera cher. Ils y emploient une outre-\ncuidance, une vanité, un défaut de scrupule et de foivraiment admirables ;\nce sont les Japonais de la musique. »\nTIMBALES CHROMATIQUES. On sait combien il serait à désirer que la\ntimbale devînt à son tour chromatique, c'est-à-dire capable de faire enten-\ndre tous les demi-tons de la gamme, et non pas, comme aujourd'hui, une\nnote seulement. M. G. Lyon, qui nous a déjà donné la harpe chromatique,\naura bientôt réalisé ce nouveau progrès. Ce sera une grande surprise pour\nles musiciens que cette timbale qui aura toutes les facultés d'accord d'un\ninstrument à cordes.\nTHÉÂTRE LYRIQUE. Les frères Isola ont le projet d'ouvrir à Paris un\nnouveau Théâtre lyrique, dont l'emplacement serait voisin de l'Olympia.\nIls se trouveraient donc là comme chez eux. Et que nous donneront-ils ?\nLa Juive, ou Messaline ?"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.50", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "UNE RECTIFICATION : BALAKIREF ET M. GUNSBOURG. M. Louis Laloy a\nreçu une lettre, écrite en anglais, dont voici la traduction :\n! - #\nLondres, 18 mai 1905.\nCher Monsieur,\nDans votre très intéressant « Mercur »\n(page 4A) que la mélodie religieuse et triste, « Chanson des bateliers de la\nVolga », que l'on entend au second acte de <( Siberia », a été empruntée par\nM. Giordano à un recueil de Balakiref.\nOr, CE N'EST PAS Balakiref qui est l'auteur de cette mélodie... mais bien\nM. Raoul Gunsbourg, directeur du th\ndéclarait lui-même ouvertement, le 42 de ce mois, àla première du « Théâ-\ntre Antoine », dans une loge de balcon, en présence de M. Henry Gaulhier-\nVillars ( Willy) et de plusieurs dames, parmi lesquelles l'une, aux cheveux\ncourt-frisés, me parut être Mademoiselle\nCroyez-moi ,cher Monsieur,\nSincèrement à vous.\nVIOLET KENT.\nMONDANITÉS. Samedi 20mai, a eu lieu, salle Lemoine, une excellente\nséance de musique de chambre, précédée d'une très intéressante causerie\nbiographique de Jean Chantavoine, et consacrée à Schumann.\nLe trio,en sol mineur, est joué par Mlles Bernard-Vérel, Faure et\nGabry, qui font ressortir avec une rare puissance l'accent de cette œuvre\npassionnée ;le scherzo de la sonate en mineur pour piano et violon,\nYallegro de la Sonate en sol mineur pour piano seul et du\ncerto pour violoncelle font apprécier le talent, le sérieux, la profonde mu-\nsicalité de ces remarquables artistes.\nMlle Aimée Gabry a détaillé avec une diction parfaite et une voix déli-\ncieuse trois mélodies peu connues mais exquises.\nAu THÉÂTRE DE L'AMBIGU, le 2 5 mai, remarquable exécution de de\nMassenet : cette cantate, aussi gracieuse quepeu biblique, était tout indiquée\npour l'œuvre au profit de laquelle on la donnait (Assistance des Mères et\ndes Nourrissons du XVIe arrondissement). L'orchestre, sous la direction\nde M. Danbé, et les chœurs de YEuterpeont été vigoureusement applau-\ndis par un public élégant et nombreux. Nous sommes heureux d'insister\nsur le vif et personnel succès qui fut fait à Mme Gandrey, la charmante ar-\ntiste dont le talent ne pouvait être plus exquisement dépensé que dans\ncette jolie partition et au profit d'une œuvre qu'elle vice-préside active-\nment, aux côtés de la généreuse Mme Périer.\nM. PALADILHE, membre du jury du concours pour le prix de Rome dont\nnous parlons plus haut, a déclaré à un de nos confrères quotidiens que\n« c'étaient là des criailleries sans importance de candidats malheureux ».\nEt il a ajouté : « Le ministère des beaux-arts s'est ému de ce jugement, pa-\nraît-il, moi je m'en moque absolument. » Du ministère ? ou du jugement?\nou du concours ? A défaut de talent musical, M. Paladilhe a reçu en par-\ntage une heureuse facilité d'ironie.\nL'ADMINISTRATION assure, de son côté, que tout s'est loyalement passé et\nque « l'lnstitut ne s'est nullement ému». Nous le croyons sans peine.\nKUBELIK se fera entendre de nouveau au Ghâtelet le 5 juin, à 9 heures du\nsoir."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.51", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "M. EUGÈNE GIGOUT a donné récemment une très intéressante audition\nd'élèves où l'on a particulièrement remarqué Mlle Ziegler, virtuose aussi\nparfaite au piano qu'à l'orgue. Remarquable exécution de la Sonate de\nGigout.\nL'ECOLE BEETHOVEN, dirigée par Balutet, a donné, le 21, à la salle\nPleyel, une matinée extrêmement intéressante.\nCitons parmi les exécutantes qui sont des artistes de valeur : Bous,\nquet, Costa, Dutrévis, Lissonde, qui ont joué la troisième Ballade de Cho-\npin, la Légende de saint François de Paale de Liszt, des de Chopin.\nTarentelle de Balutet, Prélude et Fugue en mi mineur à deux pianos de\nBach, etc. Les débutants et débutantes ont eu aussi une assurance remar-\nquable pour leur jeune âge. C'est un succès complet pour l'enseignement\nde MUe Balutet et des professeurs de son école.\nLA PRÉPARATION MILITAIRE. Il existe, sous ce nom, une Association qui\npropage parmi les jeunes gens « les sentiments de patriotisme républicain»,\nLa soirée de gala de son 5e anniversaire a eu lieu à l'Opéra, le 18 mai, et a\nfait entendre aux futurs soldats de la République le violoniste Mischa\nElman, venu spécialement de Londres, le 2E acte d'Armide, le Soldat de\ndemain, poème de circonstance débité par Roch, vêtue à la romaine,\net enfin deux actes de Faust, avec Farrar,de l'Opéra de Berlin, engagée\nspécialement pour cette soirée. Tel est le patriotique programme offert par\ncette Association « nationale ».\nNÉCROLOGIE. M. Rémy, professeur au Conservatoire, vient d'avoir la\ndouleur de perdre sa femme, Mme Rémy, décédée le 17 mai à la suite d'une\nbrève maladie.\nOn annonce la mort de M. E. Dardet, professeur de musique à l'école\nJ.-8.-Say, maître de chapelle à Notre-Dame de la Gare.\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c062", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "52", "page_fin": "52", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.11.9", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.51", "debut_caractere": 1823, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES\nLIONEL DE LA LAURENCIE. Le goût\nmusical en France. Paris, Joanin.\nNous ne pouvons aujourd'hui que\nsignaler à nos lecteurs cet excellent\nouvrage, où l'information la plus\nsûre s'unit à l'intelligence la plus\nvive et la plus pénétrante, et que li-\nront avec autant d'agrément que de\nprofit tous les musiciens. Nous\nen parlerons avec plus de détail\ndans notre prochain numéro.\nJ.-M. LECLAIR. 6 sonates pour\npiano et violon. Paris, Demets.\nDÉODAT DE SÉVERAC. En Langue-\ndoc, suite pour piano. Paris, Edition\nmutuelle.\nRecueil d'un sentiment poétique\ndélicieux, d'une musicalité person-\nnelle et profonde, dont nous nous\nréjouissons de dire bientôt tout le\nbien que nous pensons.\nALBERT SCHWEITZER. Jean-Sébas-\ntien Bach, le musicien-poète. Leipzig,\nBreitkopf et Hsertel. Paris, Costallat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-01-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-01_01#c063", "volume": "bmtnabh_1905-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.2.12", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.2", "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\nG. DUPONT. Les Effarés, Mélodie pour chant et piano. ... 2 fr. »\nLe Jour des Morts, ... 1 fr. 70\nM. RAVEL. D'Anne jouant de l'Espinette, ... l fr.7o\nD'Anne qui me jecta de la neige, ... 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano. 3 fr. 35\nPour aider à la diffusion des œuvres musicales, la maison\nE. Demets offre à MM. les Composit\nd'éditer et de lancer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs ouvrages musicaux, tout en leur\nréservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\n■\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nflgenee de la Société flationale de IKttsïque\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.1", "texte": "ire Année. N9 2- ler1er juin 1905.\nParaît le 1e\" et te 15 de chaque mois\nPRIX DU NUMÉRO : Cinquante centimes.\ny*\\\n2. hue ae Louvois\n—Metag—BMMII iin m mi ii\nPARIS HE\n\nAU SOMMAIRE:\nLIONEL DE LA LAURENCIE\nARMANDE DE POLIGNAC\n'\ne - ■\nzroquis d'album inéd"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.2", "texte": "SOMMAIRE\nJEAN MARNOLD Dialogues des Morts : L Mendelssohn,\nBrahms.\nARMANDE DE POLIGNAC.... Le Rythme.\nLIONEL DE LA LAURENCIÈ. . Un primiti\nCOLETTE WILLY Les Vrilles de la Vigne.\nLouis LALOY Le Drame musical moderne: IL Zola-\nBruneau.\nLÊANDRE album : Blanche S\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis LALOY Au Conserv\nWILLY Causette.\nLouis LALOY... Au Théâtre : Ch\nA. SORIANO Concerts Cortot.\nX. MARCEL BOULESTIN La Saison de Londres.\nDIVERS Chronique des Concerts.\n'publications\n\nABONNEMENTS :\nUn an. Six mois.\nPARIS ET DÉPARTEMENTS . * ........ 12 fr. 6 fr.\nÉTRANGER . 15 fr. 7 fr. 50\n■\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nLE NUMÉRO : 0.50\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\nG. DUPONT. Les Effarés, Mélodie pour chant et piano. ... 2 fr. »\nLe Jour des Morts, ... 1 fr. 70\nM. RAVEL. D'Anne jouant de l'Espinette, ... l fr.7o\nD'Anne qui me jecta de la neige, ... 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano. 3 fr. 35\nPour aider à la diffusion des œuvres musicales, la maison\nE. Demets offre à MM. les Composit\nd'éditer et de lancer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs ouvrages musicaux, tout en leur\nréservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\n■\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nflgenee de la Société flationale de IKttsïque\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.3", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n\nI\nMENDELSSOHN. Eh bien ! mon pauvre Brahms, vous voilà\nencore tout seul, errant comme une âme en peine ! Venez donc\nfaire un tour avec moi.\nBRAHMS. En vérité, honoré Maître, si je ne vous avais pas,\nje serais bien malheureux ici. J'avoue que je ne m'attendais\nguère à un tel accueil de la part d'ombres augustes que j'ai tant\naimées et glorifiées, alors que je comptais au nombre des\nvivants, et des vivants admirés, si je l'ose dire de moi-même\nsans fausse modestie, car le fait est notoire. Le jour où j'arri-\nvai, après un mystérieux voyage que je ne m'explique pas très\nbien, ballotté dans une barque humide glissant sur un fleuve\nnoir et profond, je fus un peu surpris, je le confesse, de ne\ntrouver que vous, venu au devant de moi...\nMENDELSSOHN. Les grands hommes, vous savez, sont\npresque toujours un peu égoïstes; ils n'aiment pas se déranger.\nEt puis,... comment dirai-je ?... enfin, généralement, ils ne\nsont pas polis, polis. La plupart n'ont pas reçu beaucoup d'é-\nducation ; ils ne connaissent pas les usages. Il ne faut pas trop\nleur en vouloir.\nBRAHMS. —J'avais coiffé, en leur honneur, le laurier décerné\npar mes contemporains. Je m'apprêtais à m'en dépouiller sous\nleurs yeux, avant de me précipiter dans leurs bras ouverts et\nde les serrer dans les miens avec le respect et l'amour d'un fils\nreconnaissant, héritier et gardien fidèle des trésors de beauté\nlégués par le génie de ses ancêtres. Au lieu de cela, sans votre\n\nMENDELSSOHN, BRAHMS\n\nt.E MERCURE MUSICAL\n\n4,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.4", "texte": "50\nLE MERCURE MUSICAL\n\naimable attention, j'eusse débarqué solitaire, perdu dans la\nsereine immensité de ces ombrages et ne sachant où diriger\nmes pas.\nMENDELSSOHN. —Je suis heureux de vous avoir évité cet\nennui par ma présence opportune, mais, d'ailleurs, il n'eût\npas duré bien longtemps. L'endroit n'est pas si vaste qu'il en\na l'air et on s'y rencontre assez facilement. Vous avez pu vous\nen apercevoir.\nBRAHMS. En effet. Bientôt nous avons croisé Beethoven,\net mon cœur bondissait dans ma poitrine en vous quittant pour\nl'aller saluer de mon hommage enthousiaste. Il ne daigna\nmême pas tourner la tête. Silencieux, maussade et pressé, son-\ndant d'un œil inquiet le crépuscule, il passa son chemin et me\nlaissa planté là tout déconfit.\nMENDELSSOHN. Il ne vous a pas entendu. Vous n'ignorez\npoint qu'il est sourd. Il n'avait pas son cornet acoustique. Il\nl'oublie volontiers depuis que Wagner est venu rejoindre Ber-\nlioz ici, car il semble redouter la société de ces deux esprits\néminents, lesquels, à vrai dire, rarement d'accord et également\nimpétueux, manifestent une propension peut-être excessive à\nle prendre pour arbitre de leurs discussions orageuses, en le\ncriblant à l'envi de louanges sans mesure et sans précaution.\nC'était probablement le sujet de son inquiétude. Au surplus, il\nmontre peu de goût pour la conversation.\nBRAHMS. Et Bach ! Sur votre affectueux conseil, je l'allai\nvisiter au bord des eaux stagnantes, en ce marais où il se plaît\nà résider et emploie ses loisirs éternels à fabriquer un orgue\navec des roseaux. Je le trouvai fort absorbé dans sa tâche, la\nperruque de travers et la mine peu engageante. Toutefois, il se\ndérida soudain, en me tendant un vieux couteau, tandis que\nson doigt impérieux désignait un jonc éloigné, dominant ses\nvoisins, vers le centre de la mare. J'y pateaugeai jusqu'à mi-\njambe et rapportai l'objet désiré. Puis, à genoux, tremblant\ncomme un bouleau au vent d'automne, je lui dis ma ferveur et\nme nommai. Il ne sourcilla point. Pour éveiller ses souvenirs,\nj'offris des deux mains en plateau mon Requiem allemand au\ngéant de la fugue. « Ah ! c'est vous», grogna-t-il, en feuilletant\nla partition. Ensuite il me tourna le dos et lança par-dessus\nson épaule : « C'est dommage qu'il soit noirci, mais il pourra\ntout de même servir à faire de la musique. » Alors je le vis qui\ndéchirait les pages et roulait le papier en forme de tuyaux...\nMENDELSSOHN. Je vous avais averti de sa franchise assez\ncrue. Il est un peu paysan du Danube : certains lui prêtent,\npar ses aïeux, une origine hongroise ; hypothèse, à la vérité,\ncontestée d'autres érudits."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.5", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n5i\n\nBRAHMS. —Je m'éloignai le cœur navré et les pieds humides\nquand, plus loin, je faillis choir sur le sol, trébuchant contre\nun obstacle imprévu. C'étaient les mollets allongés d'un\nhomme imposant, assis sous un cyprès, de quoi sa corpulence\nappuyée faisait courber le tronc. Je reconnus Haendel. Auprès\nde lui, étendu au milieu de registres maculés, quelqu'un addi-\ntionnait tout haut des chiffres, d'une voix enrouée et ardente.\nAma vive stupéfaction, ce calculateur avait les traits de Gluck\net n'était autre que lui-même en personne.\nMENDELSSOHN. Oui, ils se sont réconciliés ici. Ils passent\nleur temps à vérifier la comptabilité de Haymarket et de\nCovent Garden pour en comparer les recettes à celles de l'O-\npéra de Paris. Haendel est aveugle et ne fut jamais débrouillard\nen affaires, ni très ferré sur le Doit et Avoir. Le Chevalier\nlui est d'un grand secours, car c'est un assez long travail: ça va\nde 1719 à 1780 environ. Quand ils ont fini, ils recommencent.\nBRAHMS. Je balbutiai quelques excuses. « Who ist ? »\ninterrogea l'auteur du Messie. Son compagnon releva les pau-\npières et répondit « Den Koarl » Aussitôt, dun\ngeste empressé, je présentai mon Triumphlied, dont le chan*\ntre à'lphigénielut le titre à l'Homère de l'Oratorio. Hélas !ce\nne fut que trop un accès de rire homérique qui secoua l'abdo-\nmen puissant, avec ces mots entrecoupés : « Aoh ! old boy,\nregarde-le bien, mon garçon ! C'est celui-là qui a changé en\nplume le plomb de tes accompagnements. Et quel ironiste !\nOn cherchait du « plus lourd que l'air » : il a trouvé le « plus\nlourd que Gluck ». Ce vieux Sterne en fera une maladie ! »\nPuis, se tournant vers moi, le sourcil froncé tout à coup sur\nson regard absent : « C'est égal, tu aurais pu te priver d invo-\nquer mon patronage. Quand on veut m'imiter, mon gaillard, il\nne faut pas confondre pompeux avec pompier. »\nMENDELSSOHN. Il est d'humeur caustique et de caractère\nirascible. Aussi on le fréquente fort peu. Je ne suis pas sans\nm'étonner qu'il puisse s'entendre avec Gluck, qui n est pas\npatient. Il est vrai qu'une commune passion les rassemble,\noutre que celui-ci, sans doute, lui repondrait sur un ton tout\npareil. Mais vous-même, mon bon ami, vous ne vîntes pas\nparmi nous précédé d'une réputation d'inépuisable douceur.\nJe m'intéresse un peu aux choses de là-bas, et l'écho de vos\nboutades à l'emporte-pièce me parvint parfois jusqu'ici. En ne\nripostant point à l'algarade, vous fîtes preuve d un empile sui\nsoi et d'un tact, dont je me réjouis pour l'agrément de nos rela-\ntions futures. a\nBRAHMS. Ah !ne me louez pas trop, Maître indulgent,\nd'une modération faite surtout peut-être de stupeur. Vous avez"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.6", "texte": "52\nLE MERCURE MUSICAL\n\nconnu comme moi l'encens enivrant de la gloire terrestre.\nC'est une fumée dont on éternue sans se plaindre, encore\nqu'on s'applique à en afficher l'obsession. On n'a pas de mal à\ns'y accoutumer, et l'habitude est vite une seconde nature. La\nsecousse a été trop brusque. Je suis comme un pigeon tombé\nd'un nid d'aigle où il aurait perché sa vie durant. Je me\ndemande si je rêve. Je n'ose pas suspecter d'un tantet d'incon-\nsciente jalousie tous ces génies fameux dont j'ai suivi l'exemple.\nLeur art immortel fut le mien, et cependant ils me repoussent\nou me raillent. Je l'aurais compris de Wagner. C'est lui, pour-\ntant, qui m'accueillit le plus cordialement tout d'abord, à ma\nsincère joie, car je souhaitais faire ici la paix avec mon illustre\nrival. Il me questionna tout fiévreux sur le succès de ses\nouvrages et la prospérité de Bayreuth, s'enquit des santés de\nSiegfried et de Cosima, et manqua me sauter au cou lorsque\nje lui donnai l'exemplaire richement relié du premier opéra de\nson fils, que j'avais apporté à son intention. A la vérité, je\nreste encore abasourdi de l'affront qui fut ma récompense. A\npeine en eut-il parcouru quelques mesures, qu'il me lança la\npartition de Baerenhaeuterà la tête et s'enfuit comme un fou\nfurieux en me criant des gros mots. Mais, d'ailleurs, vous assis-\ntiez à l'aventure, honoré Maître. Qu'en pensez-vous?\nMENDELSSOHN. Je ne vous en aurais pas parlé de moi-\nmême ; j'espérais que vous l'aviez oubliée. Entre nous, cher\nami, ce fut un peu... la gaffe, comme disent les Français. Vous\nne remarquâtes pas les signes désespérés que Liszt vous adres-\nsait, derrière son gendre, afin de vous engager à vous abstenir.\nOn avait cru bon de cacher au père les exploits musicaux de\nson rejeton tardif et enfant gâté, d'aucuns estimant que celui-ci\ns'inspirait plutôt de votre manière que de celle de Tristan ou\ndes Maîtres Chanteurs ; et l'événement ne justifierait que trop\nla précaution. Depuis ce jour, Wagner ne dérage pas ; il vous\ntraite d'empoisonneur et d'autres noms qu'il vaut mieux ne\npas répéter. Au demeurant, un tel dépit est flatteur pour vous,\nen ce qu'il témoigne de l'influence exercée par votre talent et\nvos œuvres.\nBRAHMS. —J'en ressentirais mieux le légitime orgueil, si je\nn'étais troublé par les déceptions qui m'accablent. Ne fût-ce\nque pour mon troisième Quatuor et mon avec clari-\nnette, méritai-je pas mieux de Mozart que la phrase obscure à\npropos de quoi je voulais justement vous consulter? Je le\ndécouvris récemment sous un bosquet écarté, en train de faire\nune partie de dominos avec Haydn. Il avait à la bouche une\npipe de Hollande longue et mince ; quelques flacons vidés\ngisaient autour de lui. Haydn me reconnut d'emblée, se leva, fit"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.7", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n55\n\nla révérence et tendit d'un geste menu une tabatière en ver-\nmeil ornée de diamants et de miniatures. Nous y puisâmes\ntour à tour. Puis, d'une experte chiquenaude époussetant son\njabot de dentelles, il me remercia, non sans quelque embarras\nvisible, d'avoir choisi de lui un thème indigne de tant d'hon-\nneur, pour y broder l'arabesque touffue de variations orches-\ntrales. « Nous les avons écoutées maintes fois par téléphone,\ncontinua le charmant vieillard, grâce au fil spécial assuré par la\nlibéralité de M. le baron Van Swieten à mon bien-aimé\nWolfgang... » «Et nous ne nous sommes jamais si bien\nrasés ! » ajouta Mozart entre deux bouffées, tandis qu'une\npourpre subite envahissait les joues de mon bienveillant inter-\nlocuteur. Je contemplai leurs mentons glabres selon la mode\nancienne, sans deviner le sens de cette interruption. Que vou-\nlut-il dire ? L'imaginez-vous ?\nMENDELSSOHN. Vaguement. Je ne saurais, néanmoins,\nvous en fournir à l'improviste une explication qui vous satis-\nfasse. Le terme est ambigu. Vous savez que Mozart habita\nquelque temps Paris. Jadis, il en écrivit pis que pendre;\naujourd'hui, il en paraît entiché à l'extrême. Il n'est de jour\noù son Allô ! Allô ! ne retentisse pour exiger une communica-\ntion immédiate. Il se tient ainsi au courant des transforma-\ntions d'un langage dont, désormais, il possède les nuances les\nplus subtiles. Aussi parle-t-il souventefois une sorte d'argot\nqui m'échappe, encore que, naguère, j'aie hanté moi-même\nles salons les plus distingués et les plus spirituels de la capi-\ntale gauloise.\nBRAHMS. Se peut-il que la profondeur d'un artiste alle-\nmand puisse prendre un semblable et obstiné plaisir à la futi-\nlité du peuple le plus superficiel qui soit au monde ? Mon\nœuvre n'y récolta que peu de connaisseurs, immigrés la plu-\npart. En tout cas, ce n'est point, sans doute, la musique qu'on\ny cultive qui séduit aussi puissamment notre divin Mozart en\nce milieu pervers.\nMENDELSSOHN. Détrompez-vous : c'est là précisément ce\nqui l'attire. Ce bon Haydn s'évertue en vain de le moraliser.\nIl lui répond : « La ferme !... » expression saugrenue qui lais-\nserait soupçonner quelque dérangement de l'esprit. Chaque soir\ndu méridien en question, il est pendu à ses récepteurs com-\nmuniquant avec théâtre ou concert. Certes, il n'est pas toujours\ncontent, et j'ai même observé qu'il use alors avec insistance\ndu mot qui vous déconcerta. Mais parfois son enthousiasme\natteint les bornes du délire. On en craignit dernièrement pour\nsa raison. Il s'agissait d'une pièce nouvelle, un « opéra-comi-\nque » intitulé probablement Pallasquoiqu'il prononce"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.8", "texte": "54\nI,E MERCURE MUSICAL\n\nou quelque chose d'approchant, car son instruction fut som-\nmaire. Il en divaguait ; il proférait des paroles sans suite et\nfredonnait des motifs incohérents. Longtemps il en oublia\nsa pipe et son Moselwein.Haydn et le baron étaient con-\nsternés.\nBRAHMS. Pitoyable destin d'un génie radieux abusé par de\nvains simulacres jusqu'à sombrer dans la frivolité welche !\nNulle épreuve ne m'eût touché plus amère, en ce triste séjour,\nsans la blessure au cœur que me porta mon maître et ami vé-\nnéré, le malheureux Schumann. Vous savez qu'il m'invectiva,\nl'œil hagard, rétractant l'apologie dont la publication me prépara\nla gloire, dénigrant férocement tout mon œuvre, et reniant le\nmeilleur du sien. Le spectacle était lamentable.\nMENDELSSOHN. Il en fit autant pour moi quand j'allai tout\njoyeux le recevoir au débarcadère. Il me reprocha de 1 avoir\ntrompé, d'être cause qu'il gâcha sa vie dans un art fourvoyé,\nqu'il émacia sa verve et flétrit le de son inspi-\nration germaine, aux miasmes empoisonnés de la scolastique.\nIl faut lui pardonner, car sa démence est complète et sans re-\nmède, bien que les crises en soient devenues plus rares. Lorsque\nLiszt arriva ici, en abbé, il courut à sa rencontre, l'embrassa\nhumblement et déclara qu'il voulait se faire catholique. Liszt\neut quelque peine à l'en dissuader, lui affirmant qu'il n'avait pas\nles pouvoirs nécessaires. Depuis, l'infortuné s'isole ou rôde, opi-\nniâtre et farouche. Il semble nourrir un secret ressentiment\ncontre Bach et évite Beethoven. Quelquefois, il voit passer\nWagner ou Chopin ; alors il pleure comme un petit enfant. Liszt\nest très bien pour lui : il va le voir souvent, le distrait, le console.\nLiszt a décidément beaucoup gagné avec l'âge. C'est un homme\ndélicieux. On l'apprécie fort, d'ailleurs, pour le calme relatif où\nnous lui sommes redevables de couler dorénavant nos heures\ninfinies. Wagner et Berlioz ne se sont guère colletés que deux\nou trois fois, du jour de sa venue.\nBRAHMS. Hélas !je ne croyais pas, quand je quittai la\nvie, en retrouver ici, avec les pires misères, les vanités, les\nantagonismes et les querelles. Tout au plus eussé-je auguré une\ndiscrète polémique, d'où la chaleur des convictions n'eût point\nbanni l'urbanité, et j'osais espérer, des plus grands, quelque\nconsidération équitable pour mes efforts et leurs fruits... Mais\nquelle est cette rumeur lointaine ?\nMENDELSSOHN. Nous approchons du quartier des gens\nde lettres. Le bruit y cesse peu, car ils sont toujours en\neffervescence. Quand le vacarme y devient trop violent, Liszt\nse dévoue, et, comme il est polyglotte, son intervention est\nfort efficace. Il traduit en compliments les insultes ou les défis"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.9", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n55\n\nen excuses, et tout le monde s'embrasse. Mais ça ne dure pas\nlongtemps. Au surplus, qu'ils s'accordent ou se chamaillent,\nle tapage est presque le même ; ils ont la faculté de discourir\navec fracas sans fatigue ostensible et la manie de parler tous\nensemble. Tournons de ce côté, vers le bois sacré des poètes.\nCe sentier nous y conduit. Le bocage où nous pénétrons est\nmitoyen aux deux domaines. Olympos y vient jouer de\nla flûte près de Terpandre, qui chante un hymne à Zeus\naux sons de la lyre à sept cordes. Ils discutent parfois des\nvertus de leurs instruments respectifs, mais sans aigreur appa-\nrente. La vallée qui s'étend plus loin est le lieu le plus pai-\nsible de ces demeures. Un épais gazon amortit les pas. La\nrivière que voici y trace des méandres limpides et trouble à\npeine le silence. Ce tertre la domine. Voulez-vous que nous\nnous reposions un instant ?\nBRAHMS. Volontiers... Mais voyez donc, là-bas, assis sur\nl'herbe de la berge, ces deux étranges personnages...\nMENDELSSOHN. lls ne bougent pas d'ici et sont inséparables,\nencore qu'ils ne se puissent entretenir commodément, car leurs\nlangues sont différentes. On n'est pas sûr, toutefois, s'ils se\ntaisent par ignorance.\nBRAHMS. L'un a retiré son pourpoint de velours ; ses pieds\nnus trempent dans l'eau courante où il semble guetter quelque\nchose.\nMENDELSSOHN. C'est son passe-temps favori, Il pêche des\ntruites et des murènes. Il confectionne avec dextérité des insectes\nressemblant si fort à la nature, que les poissons s'y mépren-\nnent aussi bien que les gens. D'autres fois, pourtant, il s'attable\ndevant un pot d'ale et reste à rêver longtemps, regardant de-\nvant soi quelque vision aperçue de lui seul. Mais jamais il ne\ndit un mot.\nBRAHMS. —Je ne distingue pas bien ce que fait l'autre. Les\nboucles échappées d'une perruque majestueuse couvrent son\nfront incliné ; ses doigts déroulent une sorte de lacet.\nMENDELSSOHN. Il prie. C'est son chapelet qu'en ce moment\nil récite. Il paraît dévot. Néanmoins, bien souvent, il rêve, lui\naussi. Je n'ai jamais entendu sa voix, car il ne parle qu'aux\nfemmes. Elles content qu'il est le plus doux et le plus séduisant\ndes hommes. Il apprivoisa jusqu'à Sapho. Assez fréquemment,\nle hasard amène en ces parages la fière poétesse. Elle forme avec\nlui un couple harmonieux et singulier, tandis qu'ils conversent\ntout bas dans l'antique dialecte éolien. Parfois, ils s'égarent\nau milieu des buissons d'asphodèles, et leur silhouette incer-\ntaine s'évanouit dans l'ombre embaumée. On le voit reparaître\nbientôt, l'œil brillant et confus ; il s'avance sans hâte ou lenteur"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.10", "texte": "56\nLE MERCURE MUSICAL\n\naflectée, en égrénant son rosaire de buis ; son embarras garde\nde 1 élégance. Alors, couché sur le tapis des mousses, son com-\npagnon feint de dormir, et l'arrivant respecte son sommeil *,\ncai tous deux ont Pâme délicate et libre. Leur commerce muet\nrespire une inaltérable quiétude. Et c'est ainsi qu'ils vivent,\nsi le verbe est licite à leur propos et au nôtre.\nBRAHMS. Il me semble que je les ai vus déjà et que j'ai su\nleur nom , leur figure m'est familière. Les connaissez-vous?\nMENDELSSOHN. Certes, mais vous aussi : c'est Racine et\nShakespeare.\n\nJean Marnold.\n\nCROQUIS D'ALBUM\nNous avons le plaisir d'annoncer à nos lecteurs que l'illustre\ndessinateur Léandre a bien voulu\nset te de a oquis, lesquels, réunis en album, formeront comme le\nLivre d Or de la musique moderne. Qu'il nous soit permis de lui\nadresser ici tous nos remerciements\nment artistique générosité."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.11", "texte": "LE RYTHME\n\nLe rythme est l'âme de la musique, et ce qui l'entoure est un\ncorps plein de faiblesses. C'est le rythme qui fait la personna-\nlité de la musique. Il nous rend un air plus familier que ne le\nfont les notes ou l'harmonie. Ainsi, par exemple,\nlune serait méconnaissable autrement rythmé, et au contraire\nest facilement évoqué avec les notes changées, mais le rythme\nconservé.\nNotes conservées :\nLe rythme est d'une essence plus vitale que la mélodie et\nl'harmonie, exposées toutes deux à devenir fades, à vieillir, à\nvarier selon les temps. Les effets harmoniques les plus osés\ns'usent, la monodie vient se confondre avec la parole. Au con-\ntraire, le rythme charme par la nouveauté et charme également"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.12", "texte": "58\nLE MERCURE MUSICAL\n\npar la familiarité ; il est précis, infini et indéfini. Il n'a ni com-\nmencement ni fin, il est l'harmonie de notre être. Il nous vient\ndu plus noble des arts, qui est la danse. Cet art n'est pas utilitaire,\nil ne vit que pour sa propre plastique ; son essence n'est soumise\nà aucune loi, il ne résulte d'aucune nécessité. C'est pourquoi il est\nle plus grand des arts, car si l'on mêle à l'art d'autres considé-\nrations que celle de la beauté pure, il est probable qu'il faudra,\nà un moment donné, faire des sacrifices.\nDanse : rythme fait chair. Doux bercement de la valse lente,\nrythme plein d'aise de la sarabande, menuet compassé et retenu,\naffairement modéré du rigaudon et de la bourrée, allure sei-\ngneurialement libertine de la mazurka, fougue élégante de la\npolonaise, tumulte troublant du boléro, volupté contrainte et\néchappée du csardas, grâce insouciante du passepied, tour-\nnoiement semi-hypnotique de l'Orient, balancements rythmi-\nques des charmeurs de serpents, et tous les rythmes qui sont\ndans le pas des bêtes, et toute l'harmonie qui vient de l'équi-\nlibre. Puis le charme du rythme sonore : glas sinistre du gong,\nlangoureux battement de mains qui accompagne les lentes évo-\nlutions des Ouled-Naïl, musique endiablée des castagnettes,\ngrisante monotonie des percussions lointaines.\nQue n'est-il sorti de tout cela une polyrythmie vivant par\nelle-même, ne reléguant pas le rythme aux combinaisons mé-\nlodiques, qu'il rend seul possibles d'ailleurs, les notes étant en\nsi petit nombre ?\nPeut-être viendra-t-il un temps où l'oreille, fatiguée de toutes\nles combinaisons mélodiques, de l'harmonie poussée jusqu'aux\nderniers confins de la cacophonie, demandera une grandiose\nsymphonie de rythmes dans laquelle des timbres éblouissants\nviendront remplacer nos crins-crins et nos souffleries. Et pour\nproduire ces sonorités, les matières les plus précieuses, de-\npuis la pierre et les métaux jusqu'aux bois, viendront parler le\nlangage musical inhérent à chaque chose.\n\nArmamde de Polignac."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.13", "texte": "UN PRIMITIF FRANÇAIS\nDU VIOLON\nFRANÇOIS DU VAL\n\nI\nA la première page d'un de ces « in-folio oblongs » que les\namateurs de musique ancienne connaissent bien, et que con-\nserve précieusement la Bibliothèque nationale, s'étale un élé-\ngant cartouche flanqué d'instruments de musique délicieuse-\nment surannés tels que la basse de viole et le théorbe.\nSurmonté d'un écusson fleurdelisé portant le lambel de la\nfamille d'Orléans, ce cartouche sert de frontispice au premier\nLivre cie Sonates à violon seul et basse continue composé en\n1704. par « le sieur Du Val, ordinaire de la musique du Roi ».\nLa gravure en est ferme et un peu sèche ; elle est l'œuvre de\nClaude Roussel, graveur en taille-douce, dont la fille devait\népouser le célèbre violoniste Jean-Marie Leclair l'aîné.\nQu est-ce donc que ce sieur Du Val de qui la musique se\nprésente ainsi à nous dans un décor si gracieusement symbo-\nlique ?Au cours de sa Description du Parnasse françois, le\nfervent lettré et le Mécène éclairé qui se nommait Titon du\nTillet cite François Du Val parmi les « fameux joueurs d'ins-\ntruments » qui brillèrent sous le règne de Louis XIV; il le\nrange au nombre des violonistes auxquels le grand Roi de-\nmandait d'occuper ses loisirs, et le place à côté de Rebel et de\nBaptiste. Mais François Du Val ne nous intéresse pas seule-\nment comme musicien de cour ; il possède des titres plus\nsérieux à notre attention, car le rôle qu'il joua dans la forma-\ntion de l'école française du violon apparaît des plus considé-\nrables, et, à ce point de vue, nous croyons nécessaire de sortir\nsa mémoire et son œuvre de l'oubli qui trop longtemps s'appe-\nsantit sur elles.\nOn peut lire dans les « Lettres » que Louis Daquin a consa-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.14", "texte": "6o\nLE MERCURE MUSICAL\n\ncrées aux savants et aux artistes de son temps que Du Val fut\nle premier violon français qui ait osé composer dans le goût\nitalien (1). De cette assertion nous ne retiendrons, à l'actif de\nnotre musicien, que le fait d'avoir, le premier en France, publié\ndes sonates pour le violon ; nous chercherons plus loin à déter-\nminer la part que l'influence italienne occupe dans son œuvre.\nBornons-nous, pour le moment, à lui donner acte de son initia-\ntive, car, s'il est vrai, comme Boisgelou le laisse entendre, que\nles Sonates de Jean-Ferry Rebel aient été écrites dès 1695, il\nn'en demeure pas moins certain qu'elles ne parurent qu'en\n1705; Du Val peut donc revendiquer sans conteste la priorité à\ncet égard, puisque son ier Livre porte la date de 1704.\nLes historiens modernes de la musique ne nous renseignent\npas abondamment sur le compte de François Du Val. Fétis lui\noctroie six lignes ; Mendel et Eitner écourtent Fétis ; Riemann\net Grove restent muets. Seul M. Vidal, dans son très intéres-\nsant ouvrage sur les « Instruments à archet », a apporté quel-\nques documents précis à la biographie du musicien.\nDivers artistes des xvne et xvme siècles répondent au nom de\nDu Val; c'est ainsi qu'en 1625 nous relevons un Jehan Du\nVal, maître peintre, et en 1671 un Nicolas Du Val, maître\nsculpteur. Le danseur Duval déploie ses talents à l'Académie\nroyale de musique à partir de 1711, et figure encore dans les\nballets en 1747. Un homonyme de notre violoniste, un comé-\ndien du nom de François Du Val, meurt en 1722 à la prison\nde For-Lévêque, âgé de 68 ans (2). Enfin, parmi les musiciens\nfrançais qui étaient attachés à la reine Henriette-Marie de\nFrance, troisième fille d'Henri IV et de Marie de Médicis, il y a\nen 1633, à côté des sieurs de la Vare et Robert, un artiste\nappelé Du Val. Ce Du Val prend part à la représentation\ndonnée, cette année-là, à White-Hall, en présence de Charles ler,Ier,\nd'un ballet intitulé : le Triomphe de la Paix, dont la musique\nprovenait de la collaboration de Simon Yves, de Lawes et de\nLord Withelock (3). Peut-être faut-il voir, en ce personnage,\nle père de François Du Val, supposition qui semble d'autant\nplus plausible qu'à cette époque les professions se perpétuaient\ndans les familles, et que la plupart des musiciens du xvne siècle\nont appartenu à de véritables dynasties artistiques.\nQuoi qu'il en soit, nous ne savons rien du lieu et de la date\n\n(1) Daquin, Lettres sur les Hommes célèbres dans les Sciences, la Litté-\nrature et les Beaux-Arts, \\jS2 ,Lettre vi, t. I, p. 129.\n(2) Ces divers renseignements sont extraits des\ntistes français,par M. Herluison, et de de Durey de\nNoinville.\n(3) Vidal, Les Instruments à archet, t. 11, p. 76,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.15", "texte": "UN PRIMITIF DU VIOLON\n6i\n\nde la naissance de François Du Val ; il a dû naître vers la\nseconde moitié du xvne siècle, et son nom figure pour la pre-\nmière fois sur un document d'archives en 1695, où il est con-\nservé dans les rôles de capitation de la communauté des maîtres\nà danser et joueurs d'instruments de la ville et des faubourgs\nde Paris (1).\nDu Val y est inscrit parmi les contribuables de la première\nclasse, ce qui indique qu'il jouissait d'une certaine aisance\ndont la conséquence fiscale s'exprimait par une contribution de\n10 livres. Tout porte à croire qu'il s'agit bien là de notre musi-\ncien, car son homonyme chorégraphe débute seulement 16 ans\naprès à l'Opéra, lors de la reprise de en 1711 (2).\nLe violoniste appartenait alors, selon l'expression du temps,\nau duc d'Orléans, grand amateur de musique qu'il s'ingéniait à\n« divertir », ainsi qu'il l'écrit lui-même (3), et auquel Hubert le\nBlanc prête d'amusantes manies : « Il honoroit, rapporte l'au-\nteur de la Défense de la Basse de les combats de l'harmo-\nnie françoise et italienne, et tenoit la porte lui-même pour ne\nlaisser passer que les amateurs insignes ou les exécutants\nd'élite. » A l'entrée de son cénacle, le cerbère princier montait\nbonne garde ; il fallait montrer carte blanche pour y pénétrer, si\nbien que Forqueray le père dut s'estimer fort heureux de voir\nl'Altesse royale lui ouvrir le passage.\nC'était l'époque où l'abbé Mathieu, curé de Saint-André-des-\nArts, donnait chez lui des concerts hebdomadaires et lançait à\nl >\nParis les œuvres du fameux Corelli; déjà le snobisme sévissait\net les « connaisseurs » ne manquaient pas de s'extasier devant\nles difficultés d'exécution que présentaient les compositions du\nmaître italien ; il s'agissait seulement de trouver des inter-\nprètes, chose malaisée ; mais le duc d'Orléans ne s'embarrassait\npas pour si peu, et, à en croire Michel Corrette, lorsque paru-\nrent les Sonates à violon seul et basse continue du maître de\nFusignano (œuvre V, 1700), l'enragé mélomane, faute de dis-\nposer de violonistes capables de les exécuter « et de jouer par\naccord », s'avisa tout simplement de les faire chanter par trois\nvoix ! (4).\nDu Val devait être le premier à se substituer aux chanteurs\nde son protecteur, et Daquin nous assure qu'il s'en acquitta à\nla satisfaction de tous.\n\n(i) Arch. nat. Z1 'h. 657.\n(2)Durey de Noinville, loc. cit.,p, ro6.\n(3) Lettre dédicatoire du ier Livre de Sonates (1704), adressée au duc\nd'Orléans.\n(4) Michel Corrette, Préface du Maître de clavecin pour l'accompagne*\nment, Paris, 1753."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.16", "texte": "02\nLE MERCURE MUSICAL\n\nDu reste, chacun travaillait jour et nuit à apprendre ces pas-\nsionnantes Sonates, et, à côté de notre violoniste, Châtillon et\nBaptiste parvinrent bientôt à triompher des obstacles résultant\nde l'emploi de la « double corde ».\nDu Val a dû entrer à la chapelle royale entre 1702 et 1704 ; il\nne figure pas au nombre des musiciens de cette compagnie en\n1702, mais sur son œuvre I, dédiée au duc d'Orléans, il s'inti-\ntule « Ordinaire de la chapelle et chambre du Roy (1) ». Il\navait été présenté à Louis XIV par un autre protecteur, le ma-\nréchal duc de Noailles, celui dont la fille, la future maréchale de\nGramont, travaillait la musique sous la direction de Lalande ;\n« être protégé par M. de Noailles, affirme Durey de Noinville,\nc'était acquérir le titre d'honnête homme (2) ». Notre musicien,\n« né avec des dispositions favorables et beaucoup de har-\ndiesse (3) », avait plu au roi, qui s'était empressé de l'attacher à\nsa musique. En 1707, il dédie au monarque son troisième Livre\nde Sonates, et se voit distinguer de la façon la plus flatteuse\nparmi les musiciens de la chambre ; c'est ainsi que Couperin,\ndans la préface de ses Concerts roycomposés pour les petits\nconcerts auxquels Louis XIV le mandait presque tous les di-\nmanches, rapporte qu'il y touchait du clavecin entouré de ses\npartenaires, Du Val, Philidor, Alcarius ou Hilaire Verloge le\njoueur de basse de viole et le bassonniste Dubois.\nL'année 1714 marque l'entrée de Du Val aux 24 violons où, le\n22 janvier, il remplace Pierre Joubert décédé (4), et les comptes\ndes Menus-Plaisirs nous le montrent à plusieurs reprises émar-\ngeant en tête des symphonistes. En 1717, il occupe la seconde\nplace parmi les musiciens payés par le trésorier des Menus et\ntouche 735 livres (5).\nL'Etat de la France de 1722 le qualifie de « dessus de vio-\nlon » et l'inscrit dans la bande des vingt-quatre, entre Louis\nFrancœur et Pierre Brunet (6); c'était la dernière fois qu'il y\ndevait figurer, car les registres du secrétariat de la Maison du\nRoi nous apprennent sa mort, survenue le 26 janvier 1723, et\n\n(1) Voir YEtat de la France pour 1702, t. I, p. 47.\n(2) «Je veux, écrit Du Val, dans sa dédicace au M. de Noailles, parler\nde la bonté que vous eûstes de me faire entendre au Roy qui ne refuse pas\nson approbation à ceux que vous favorisez de la vôtre. » 2e Livre de\nSonates, 1706. (B. n. Vm 7, II3I.)\n(3) Mercure. Juin 1738, p. 1114-1115. Extrait des Mémoires pour servir\nà L'Histoire de la musique vocale et instrumentale.\n(4) Retenue de l'un des 24 joueurs de violon pour François Du Val.\nArch. nat. O1 58, f® 16.\n(5) Arch. nat. 012846, f»s 22, 23.\n(6) Etat de la France pour 1722."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.17", "texte": "UN PRIMITIF DU VIOLON\n63\n\nson remplacement par Gabriel Besson (1). Une ordonnance\nroyale du même jour prescrivait à Gabriel Besson de payer\ncomptant, en prenant possession de sa charge, à la veuve du\nvioloniste, et, en cas de décès de celle-ci, à ses sœurs Marguerite\net Geneviève Du Val, la somme de i.500 livres.\nLes deux sœurs de Du Val que mentionne cette ordonnance\nparaissent n'avoir joué aucun rôle dans le monde artistique;\nla danseuse de ce nom est très probablement la sœur du danseur\nDuval, et les deux chanteuses signalées par Ab. Jacquot à la\ncour du roi Stanislas en 1762 portent d'autres prénoms que\nceux qui figurent sur l'ordonnance de 1723. Enfin la demoiselle\nDuval qui, sous les auspices du prince de Carignan, fit repré-\nsenter en 1736 le Ballet des Génous est donnée par les\nmémorialistes de l'époque comme une « toute jeune personne »\ndont l'âge fort tendre étonne les spectateurs, et ce détail em-\npêche qu'on puisse reconnaître en elle une des sœurs du mu-\nsicien (2).\nII\nFrançois Du Val n'a écrit que de la musique de violon. Son\nœuvre comprend 7 Livres de Sonates, dont 6 à violon seul avec\nla basse continue et 1 à 2 violons également avec la basse conti-\nnue. Voici les titres et les dates de ces diverses compositions :\nier Livre. Sonates et autres\nBasse (1704).\n2e Livre. Sonates à deux Violons et (1706).\n!3e Livre. Sonates pour Violon (1707).\n4e Livre. —Sonates pour Violon seul et la Basse (1708).\n5e Livre. Sonates à Violon se (1715 ).\n6e Livre. Amusements pour\navec la Basse (1718).\n7e Livre. Les Idées musiciennes.\n\\ la Basse (1720).\nDu Val est avec Jean-Ferry Rebel le premier à avoir intro-\nduit en France la Sonate de violon et basse continue. Si nous\nen croyons le Catalogue de Sébastien de Brossard,la Basse con-\ntinue, révélée vers 1619 aux Pays-Bas par les Cantiones sacrce\n\n(1) Arch. nat. 0*67, f° 38. Ordonnance du 26 janvier 1723, datée de\nVersailles.\n(2) Pourvoir en l'auteur des Génies la sœur de François Du Val, il fau-\ndrait en effet admettre que celle-ci fût née très peu de temps avant la\nmort de son frère, hypothèse peu vraisemblable. Parfait, 11, 329.\nLes deux demoiselles Duval qui figurent sur les États de paiement de\nl'Opéra, à partir de 1749 et de 1751, en qualité « d'ordinaire dans les\nchœurs », ne sont pas non plus les sœurs du violoniste. (Arch. de l'Opéra.)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.18", "texte": "64\nLE MERCURE MUSICAL\n\nde l'organiste Petrus Svelingius (i), pénétrait bien en France\ndès cette époque, mais n'y était que froidement accueillie, puis-\nque Henri du Mont, dans la Préface de ses\nbasso continuo (i 652), déclare qu'on n'avait pas encore imprimé\ndans notre pays de cette sorte de musique avec basse continue.\nNos pièces instrumentales continuaient à employer 4 ou 5 ins-\ntruments à cordes, dont les registres respectifs se répartissaient\nde la même façon que ceux des compositions vocales, et mettaient\nà contribution la même échelle de clefs. L'œuvre de Du Val mar-\nque donc un moment très important de notre histoire musicale.\nElle ne suscita pas un grand enthousiasme, lors de son appa-\nrition; Daquin assure qu'on trouva fort médiocres les Sonates\nde Du Val, et Boisgelou les apprécie sans bienveillance : « Du\nVal, déclare-t-il, parvintmême à exécuter les Sonates de Corelli,\nmais il aurait dû s'en tenir là, et celles qu'il a données de sa\ncomposition sont mortes longtemps avant lui (2). » Néanmoins,\nce sévère censeur veut bien reconnaître que Du Val releva le\nviolon de l'état d'abaissement dans lequel il végétait. M. Vidal\nne craint pas de jeter lui aussi une pierre dans le jardin de notre\nmusicien, en soutenant que ses œuvres décèlent un etrès faible\nimitation du genre italien : « ce sont de petits airs portant pour\ntitres : le Papillon, la Cascade, la Girouette, la Salpêtre, le Phaë-\nton, etc. Quelques-uns de ces morceaux sont travaillés avec plus\nou moins de soin ; mais, en somme, toute cette musique est\nélémentaire, même pour l'époque où elle fut produite (3) ».\nSi on excepte les œuvres de Gorelli, il, est de toute justice de\nconvenir que celles des contemporains italiens et allemands de\nDu Val ne justifient qu'à moitié de semblables appréciations.\nLa Suite de Westhoff, publiée par M. Lavoix, d'après le Mer-\ncure de 1683 n'affirme point une musicalité supérieure à celle\ndes compositions du musicien français ; on peut en dire autant\nde la Sonate jouée par. ce célèbre violoniste devant Louis XIV,\nsonate dont le royal auditeur avait baptisé un des morceaux du\nnom de « La Guerre » ; voici le début de ce passage qui rap-\npelle tout à fait les « bruits de guerre », « airs en fanfare » et\nautres pièces descriptives si goûtées en ce temps-là :\n\n(ï) Jean Pieters Sweelinck, organiste de la« Vieille Eglise » d'Amsterdam,\n(2) Catalogue de Boisgelou. (Bibl. nat. Réserve.)\n(3) Vidal, loc.cit, 11, p. 372. ; -\n(4) La Sonate de WesthofF a paru dans le de décembre\n1682, pp. 386, 387, et la Suite du même auteur en janvier i 683, p. 147."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.20", "texte": "UN PRIMITIF DU VIOLON\n65\nLE MERCURE MUSICAL\n\nUne observation analogue s'applique au célèbre recueil de\nWalther intitulé Hortulus chelicus(l), qui, tout en contenant\nassurément de grandes difficultés au point de vue de la technique\ndu violon, ne s'impose pas par des trouvailles musicales bien\nsensationnelles. En Allemagne, comme en France, on s'en tient\nà la pièce épisodique, amusante, pittoresque ; ce qui plaît\nsurtout c'est la virtuosité, et le sentiment de la difficulté vaincue\nou de l'imitation quelque peu enfantine des bruits naturels\nl'emporte sur celui de l'expression passionnelle. Walther inti-\ntule une de ses pièces : Scherzo et fait en-\ntendre, à travers un babillage puéril, l'appel du coucou sous les\nespèces d'un mouvement descendant de tierce ; ou encore dans\nses Galli e Galline, il imite le jacassement obstiné des poules\ntraversé par de victorieux cocoricos. Dans il for-\ncera le violon à donner l'illusion de l'orgue, de la trompette, du\ntambour et de la musette; tout cela ne diffère pas sensiblement\ndu Papillon ou de la Salpêtre de Du Val et ne relève pas d'une\nesthétique moins élémentaire.\nLe violoniste français s'est évidemment inspiré des Sonates\nde Corelli en composant les siennes, mais du modèle italien, il\na surtout retenu le cadre, conservant à son inspiration une allure\nbien personnelle. A Corelli, Du Val emprunte le type de Sonate\nà quatre compartiments avec alternance de vitesses dans les\nmorceaux dont la tonalité demeure d'ordinaire constante. Il dé-\nbute presque toujours par un préludeou une introductionlente,\naprès lequel s'échelonnent les mouvements constitutifs du\ntype corellien, mais il conserve la terminologie française ;\non ne rencontre jamais dans son œuvre les termes\nd'Adagio,de Vivace; il emploie exclusivement les qualifications\nsuivantes : Lent, Gay ou Vite, Sarabande ou Air, Gigue ou Gay,\nauxquelles il adjoint des indications propres à définir plus exac-\ntement le caractère des pièces, comme par exemple : « gracieu-\nsement », « un peu grave », ou destinées à préciser le style de\nl'exécution, comme « les croches égales » ou « les croches pi-\nquées». Il baptise aussi très souvent ses Sonates de noms carac-\ntéristiques. Dans son dernier livre, appelé\nnous le voyons adopter des titres descriptifs tels que :\nluth, les Tourbillons, la Guitare,ou bien des dénominations\npittoresques et géographiques comme :\ntaine, ou enfin psychologiques telles que :\ncieuse,etc.\nA première vue, la musique de Du Val semble un peu sèche\n\n(i) Hortulus chelicus, uni violino, duabus, tribus et quatuor subinde\nchordis simul sonantibus harmonice modulanti, Mayence, 1688.\n5"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "[22]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.21", "texte": "66\nLE MERCURE MUSICAL\n\net un peu étriquée ; la mélodie reste courte, emprisonnée très\nétroitement dans de trop fréquentes cadences ; elle tourne et re-\ntourne autour de la tonique et des deux dominantes, comme si\nelle craignait de ne pas retrouver sa route et d'égarer l'auditeur ;\non y sent trop l'air de danse encore raide et tout proche de ses\norigines.\nNéanmoins, elle affirme un des caractères les plus saillants de\nla musique française, à savoir la variété et la souplesse ryth-\nmiques, et ce caractère s'observe dans toutes les œuvres de nos\nmusiciens du xvii® siècle. Alors que les Italiens, une fois qu'ils\nont fait choix d'un schème, d'un cadre rythmiques, s'appliquent\nà y conserver la succession des valeurs qui le déterminent, les\nFrançais témoignent déplus d'ingéniosité et de moins de symé-\ntrie. A l'intérieur d'un type rythmique, comme la\npar exemple, dont le dispositif peut se représenter par la for-\nmule :\nils procèdent à de nombreuses combinaisons de valeurs dont\nils utilisent tout le clavier, soit qu'ils les alternent au gré d'une\namusante fantaisie, soit qu'ils substituent des groupes équiva-\nlents à des notes uniques sans déranger l'économie générale de\nl'ensemble. Il s'ensuit quelque chose de plus nuancé, de plus\nsculpté, peut-être aussi de plus précieux et de plus maniéré ; il\ns'ensuit des divisions singulières, parfois très inattendues. Voici,\npar exemple, un dispositif de valeurs que nous empruntons à\nune Courante de la collection Philidor (i) et qui nous semble\ncaractéristique à cet égard :\nDu Val opère de même; au lieu d'employer, dans les mouve-\nvements vifs, une même valeur métrique, croche ou double\ncroche, comme Corelli, valeur qui se distribue de façon con-\nstante dans toute la pièce en lui conférant un aspect un peu sco-\nlastique, il s'entend fort bien à intervertir et à échelonner les\ndiverses valeurs, à les opposer entre elles en contrastes ingé-\nnieux, en combinaisons spirituelles, alertes et vives dans les\nairs gais, expressives et langoureuses dans les airs lents. La\ncomparaison des deux schèmes rythmiques suivants en dira\n\n(i) Cette Gourante se trouve à la page 60 du ler volume de la collection\nPhilidor."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "[23]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.22", "texte": "UN PRIMITIF DU VIOLON\n67\n\nplus long que bien des commentaires ; ce sont ceux de deux Cou-\nrantes, l'une de Du Val, l'autre de Corelli :\n(1) Du Val :\n(2) Corelli :\nSouvent, en particulier dans les Sarabandes et les Airs, l'heu-\nreux choix des valeurs combiné avec les inflexions de la mélo-\ndie atteint à des effets expressifs qui, tout en annonçant la pro-\nchaine libération de celle-ci, traduisent de menus manèges,\ndes coquetteries subtiles. 11 y a dans nombre de ces morceaux\net aussi dans les Gigues et les Adans les\nsurtout, si variées et si multiformes, comme de petits\nmimodrames, comme de petites scènes que joueraient\ndes acteurs imaginaires, et, en signalant cette interprétation\nplastique de la musique du Du Val, nous ne faisons que\nsuivre les indications des titres que le violoniste donne à\nses pièces et qu'obéir aux tendances que manifestent ses\ncontemporains (3). Le génie français s'est toujours complu\nen de semblables interprétations dramatiques, et les nuances\nrythmiques de notre musique, correspondant à une manière\nde mimique, découlent très probablement des velléités que\nnous manifestons sans cesse à scruter les mystères du mouve-\nment et à exprimer le plus de vie possible.\nLa mélodie de Du Yal conserve précieusement les caractères\n4e noblesse et de naturel qui distinguent la mélodie française.\nOn y retrouve, pour parler comme Christophe Ballard, tout ce\nque « les airs français contiennent de plus parfait, dans le ten-\ndre et le naturel », qualité dont la lecture des Recueils d'airs à\nchanter et à danser, publiés par le célèbre imprimeur, fournit\nd'abondants exemples (4).\n\n(1) 3e Livre de Sonates. Sonate ix.\n(2) Sonate VII de l'œuvre -V. (Novello's. Violin Album.)\n(3) On peut consulter notamment une Parodie en vers des\nla Danse de Jean-Ferry Rebel, publiée par le Mercure de juin-juillet 1721,\ndans laquelle s'exposent de curieuses traductions scéniques de pièces ins-\ntrumentales .\n(4) Consulter en particulier le tome I du Recueil de Christophe Ballard\npublié en 1703 sous ce titre : Brunetes\net la basse continue , meslées de chansons"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.23", "texte": "68\nLE MERCURE MUSICAL\n\nDe ce goût français Du Val ne s'éloigne guère ; il pratique\nfréquemment un langoureux chromatisme ; il s'attarde et in-\nsiste sur les sensibles, génératrices assurées de ce qu'on appe-\nlait alors « le tendre ». Ses cadences présentent le dispositif\nhabituel et respirent une pompe majestueuse. Mais si notre\nauteur demeure fidèle au mode d'expression qui était cher à\nses contemporains, il ne craint pas cependant d'excursionner à\ntravers l'esthétique italienne. On a beaucoup écrit et beaucoup\ndiscuté de son temps sur le goût italien : « Dessein de chants\nbizarres, se promenant non seulement sur toutes les cordes du\nmode, mais encore sur toutes les étrangères, pièces roulant sur\ntous les tons et changeant de mode à chaque instant », basses\ntravaillées jusqu'à la recherche, profusion d'ornements et de\ntraits pétillants, voilà ce qu'on reprochait d'habitude aux com-\npositions d'outre-monts. La mélodie italienne franchissait aussi\nde grands intervalles, et cela n'allait pas sans offusquer le goût\nfrançais : « Nous avons peine à nous accoutumer, écrivait le\nMercure, aux intervalles bizarres de la musique italienne qui\npassent quelquefois l'étendue de l'octave (1). » Du Val s'entend\nà tirer un parti très expressif d'intervalles de cette nature, ce en\nquoi il subit certainement l'influence italienne ; il lui arrive\nmême de bâtir tout un morceau autour d'un intervalle carac-\ntéristique, et nous citerons, en particulier, le premier mouve-\nment de la 5e Sonate du 3e Livre qui retire de l'emploi répété\nd'une 7e diminuée de puissants moyens d'expression 5 cette\nbelle pièce le déroule d'une allure large et triste :\nParfois il use de procédés un peu scolastiques, comme, par\nexemple, de thèmes obligés ; dans le 2° mouvement de la 10e\nSonate du ier Livre, un motif de 6 notes, exposé successivement\nà la tonique et à la dominante, sonne alternativement au vio-\nlon et à la basse ; mais, au moyen de « doubles » présentés\navec deux types de valeurs différentes, il sait corriger ce que ce\nsystème de composition présente d'un peu guindé. Du Val\naffectionne aussi beaucoup la forme si française du\nsérie de couplets clos chacun par un refrain unique, forme qui.7\nsous sa main, se pare des couleurs les plus variées et conserve\ntoujours une charmante légèreté.\n\n(1) Mercure galant, novembre 1713, Dissertation sur la musique fran-\nçaise et italienne."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.24", "texte": "UN PRIMITIF DU VIOLON\n69\n\nIl emploie le style fugué dans ses « Sonates à trois », où il ma-\nnie fort habilement le dialogue des deux violons ; il l'emploie\nmême, à l'instar de Corelli et des Allemands, dans plusieurs\nsonates pour violon seul et écrit dès 1704 un Rondeau dont le\nfragment suivant témoigne d'un effort assurément très hono-\nrable pour l'époque qui le vit se produire :\nOn peut citer, dans le même ordre d'idées, le Gar de la 4e\nSonate du 4® Livre et le dernier mouvement intitulé : vitte de la\n7e Sonate du 5e Livre. A cet égard, François Du Val est bien\ncertainement le premier à avoir pratiqué en France l'usage\nsystématique de la double corde.\nSon harmonie est généralement riche, très modulante et peu\ncentrale. Sans doute, elle se tisse fréquemment d'accords de\nsixte, comme toute l'harmonie de ce temps, et revêt par là le\ncaractère sui generisde la musique du début du xvm® siècle ;\nsans doute, on y trouve à foison de ces suites de tierces entre-\nmêlées de sixtes dont les dillettanti faisaient leurs délices et\ndônt la saveur douceâtre enchantait les mélomanes. Mais, sou-\nvent aussi, sans parler du judicieux usage des 7e3 dont le beau\nmouvement lent à f de la Sonate 7 à 2 violons apporte un\nexcellent spécimen, des audaces surgissent qui surprennent par\nleur extrême modernisme. C'est ainsi qu'au cours du ier mou-\nvement de la 11e Sonate du ier Livre, on entend, dans la tona-\nlité de sol mineur, résonner un accord sous-dominante,\navec la 9e, ré,accord auquel succède brusquement un ré-\npété 2 fois :\nL'intervalle de triton de ré à bémol provoque une im-\npression avec laquelle la musique d'aujourd'hui nous a familiari-\nsés. Du Yal aime à moduler vers les sous-dominantes, et son\nharmonie, bien qu'appliquée à respecter le type binaire qui exige\nl'oscillation de la tonique à la dominante et de la dominante à\n\n(1) Le passage que nous citons se trouve dans le Rondeau de la Sonate v\ndu ler Livre (1704)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.25", "texte": "70\nLE MERCURE MUSICAL\n\nla tonique, dessinant ainsi une formule de cadence parfaite,\ns'évade souvent fort loin de la zone que tracent autour de l'ho-\nrizon tonal les deux dominantes supérieure et inférieure.\nA notre musicien, les clavecinistes ont passé leur prédilec-\ntion pour certaines fioritures et certains artifices ornementaux\nauxquels les joueurs de viole attachaient d'ailleurs une grande\nattention, comme on peu s'en convaincre en parcourant les\ntraités de viole et les recueils de Marais et de De Machy. Nom-\nbre de pièces de Du Val se décorent de trilles, de notes redou-\nblées, de fines guirlandes délicatement ajourées dont la fantaisie\ndescriptive de l'auteur sème ses rossignols et ses cascades (i).\nSignalons encore l'amusant Rondeau tout brodé de triolets\ncorelliens de la Sonate 4e du 4e Livre, et les\ngoût delà trompette de ce même livre (2), variations construites\nsur basse contrainte et qui, avec leurs notes redoublées en\ndoubles croches et leurs trilles en tierces, révèlent une véri-\ntable virtuosité.\nIÌ\nSi nous parlons ici de la virtuosité de Du Val, c'est qu'à s'en\ntenir aux méthodes françaises de violon en usage de son temps,\nnotre musicien paraît avoir possédé une technique très supé-\nrieure à celle de ses contemporains. A ce point de vue, il est\nencore un précurseur, car le premier traité que nous possédions\npour l'enseignement du violon, traité dû à Montéclair et publié\nen 1712 (3), ne donne qu'une bien piètre idée des moyens alors\ndévolus aux exécutants. Montéclair ne dépasse pas la première\nposition, Yut sur la chanterelle, obtenu par l'extension du\npetit doigt, constituant la limite supérieure de l'échelle de l'ins-\ntrument. Il formule sur la conduite de l'archet quelques prin-\ncipes dont la naïveté fait sourire, et ne paraît pas en progrès\nsur ce qu'enseignait le violiste De Machy (41. « Il faut très bien\naccorder les deux mains ensemble, afin que l'archet n'aille ni\nplus vite ni plus lentement que les doigts de la main gauche,\ncar c'est en cela que consiste la beauté et la difficulté du vio-\nlon. » Il insiste copieusement sur et le de l'archet,\net spécifie avec une extrême minutie les cas dans lesquels il\n\n(1) Sonate in, 3e Livre.\n(2) Sonate VIII, 4E Livre.\n(3) Montéclair, Méthode facile pour apprendre à jouer du violon. Paris,\n1712.\n(4) De Machy, Pièces de viole(1685). Ce recueil contient un avertisse-\nment où se trouvent d'intéressantes considérations sur le style et les orne-\nments."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.26", "texte": "UN PRIMITIF DU VIOLON\n71\n\nconvient de commencer en tirant ou en poussant, toutes près-\ncriptions qui indiquent un jeu d'archet menu, saccadé et dé-\npourvu de souplesse. Même observation à l'égard de la mé-\nthode publiée en 1718 par Dupont ; celle-ci n'est guère plus\nexplicite que celle de Montéclair ; elle reste muette sur les\npositions de la main gauche autres que la première, elle ne dit\nrien de l'emploi de la double corde qu'elle semble ignorer ;\ntoutes ses préoccupations vont au maniement raide et forma-\nliste de l'archet, maniement qu'elle enserre dans des règles\nrigides liées systématiquement à la mesure ; c'est ainsi qu'on\nvoit édicter une règle spéciale pour le coup d'archet de la\nmesure à 3 temps, par exemple. Et cependant, le médiocre\ntraité de Dupont dut avoir du succès, puisqu'une 2e édition en\nfut publiée en 1740 (1).\nAvec Du Val, nous sommes déjà loin de cet art rétréci, mo-\ndeste et ankylosé. Son œuvre nécessite une souplesse d'archet\nque ni Montéclair ni Dupont ne laissent supposer. Pour exécuter\nconvenablement ses Sarabandes, il faut de toute nécessité pos-\nséder une tenue d'archet accomplie et savoir correctement\n« filer un son ». Dans les mouvements vifs, l'exécution exige\nune grande netteté et une grande vélocité d'articulation. Enfin,\nDu Val et manie la double corde avec presque autant d'audace\nque Corelli. Les exemples suivants en font foi :\nA l'exemple du violoniste italien, il arpège fort habilement,\net les indications qu'il donne pour l'exécution des arpèges à 3\net à 4 notes révèlent déjà une grande dextérité et une extrême\nsouplesse d'archet :\n\n(1) Dupont, Principes de violon, par demandes et réponses, par lequel\ntoutes personnes pourront apprendre d* eux-mêmes à jouer dudit instrument.\nParis, 1718.\n(2) Sonate iv, 4e Livre.\n(3) Sonate v, 7e Livre : Sarabande.\n(4) Sonate vu, 5e Livre. Dernier mouvement : Vitte. Presque tout ce mou-\nvement est en arpèges."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.27", "texte": "72\nLE MERCURE MUSICAL\n\nSans doute, et il serait puéril de ne pas le reconnaître, Du\nVal n'atteint pas à la virtuosité de Westhoff, qui exécute des\npassages en double corde avec une incontestable maîtrise pour\nl'époque; il ne saurait surtout se comparer, sous ce rapport,\navec Walther, dont YHortulus chelicus proclame l'évidente\nsupériorité de technique, car le violoniste allemand va jusqu'à\nimaginer l'accompagnement continu à cordes pincées, pendant\nque l'archet chante sur une autre corde, cherchant ainsi à pro-\nduire sur son instrument à la fois une mélodie et des effets de\nluth et de théorbe. Qu'il nous suffise, en rendant à César ce qui\nappartient à César, de restituer à François Du Val la place très\nenviable qui lui revient.\nLe jardin de musique qu'il a tracé est un jardin à la fran-\nçaise décoré de balustres et de marbres à l'italienne ; les gazons\ns'y déploient en tapis réguliers qu'encadre une bordure de\nbuis; on a taillé les ifs et muraillé les charmilles, mais, de\ntemps en temps, des souffles vifs et purs passent sur les par-\nterres symétriques et, à travers la charmille voisine, les rires\ns'égayent sonores. Nous croyons que ceux qui voudront s'aven-\nturer en ce jardin y goûteront le charme mélancolique et la\ngaieté bon enfant de notre art; ils ne regretteront certainement\npas leur promenade, non plus que l'hommage qu'ils auront\nrendu au vieux maître qui fut l'ancêtre d'une glorieuse lignée\nde musiciens.\n\nLionel de la Laurencie."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.28", "texte": "<■>\nClaudine me dit :\nMoi, je n'entends rien à la musique. Ou plutôt, je n'y en-\ntends que de la musique. Le gros Maugis m'est, au concert, un\nspectacle pénible, qui m'inspire une pitié nuancée de mépris.\nIl subit la musique comme un martyre compliqué et d'ailleurs\nvoluptueux. Il n'a pas une minute de repos. Les ondes sonores\nn'ont-elles point gravé son front de rides concentriques ? Et\nses yeux, qu'il porte un peu en avant, à la manière des lan-\ngoustes, ont dû sortir autrefois de sa figure, pour écouter\nmieux. Il a de larges et actives oreilles, qui remuent selon les\ncontractions de ses mâchoires, et ses paupières surveillent l'or-\nchestre, inclinées en abat-sons. Il écoute tout entier, il souffre.\nUn couac des cors lui arrache un discret hurlement. Des sévé-\nrités brusques dressent toute sa physionomie, il fouille d'un\nœil justicier la forêt instrumentale et semble demander : « Qu'est-\nce qui a fait ce bruit-là ? »\nEn somme, il n'y a guère que la mauvaise musique celle\nqu'il n'aime pas qui détende ce torturé critique. Il peut en\nsourire, rire, esquisser sur son siège une petite danse du\nventre, renverser son bords-plats sur sa nuque, crier tout bas :\n« Ah ! m... zut ! » Il peut hausser l'épaule vers Gaston Carraud\nson voisin, invoquer muettement le sourire las de Fauré, et la\ncolère divine...\nA Bayreuth, pendant les longs entr'actes, il s'installait à la Res-\ntauration entre un schinkenbrœdchen et une orangeade glacée, et\nc'étaient des patiapatia de portière, pis, d'ouvreuse ! sur\nle théâtre local, le panurgisme des peuples en pèlerinage, sur\nCosima et les chanteurs, la robe imprimée de Freïa, et\nsifal, donc, qu'est-ce qu'il en restait ! « J'en ai assez, criait\nMaugis tout rose et tout ruisselant, j'ai assez coupé dans le\nbateau wagnérien ; j'ai gémi comme les copains sous le genou\ndu titan, mais, bon Dieu, j'ensuis bien revenu ! » Une demi-\nheure après, il pleurait comme un faon, comme moi, comme\n\nLES VRILLES DE LA VIGNE\n\n(i) Suite. Voir le Mercure musical du i 5 mai."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.29", "texte": "74\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntout le monde, à l'Enchantement du Vendredi saint, dès que le\nhautbois se mettait à chanter... Il était repris.\nClaudine songea un instant, haussa les épaules et reprit :\n—Je bafute Maugis, mais fraternellement, et d'une ironie\ncompatissante. Il aime la musique comme j'aime l'amour. Sa\nvolupté spéciale ne lui est point clémente, et la mienne ne\nressemble pas au plaisir. A Maugis aussi, une main invisible\ntend un flacon fermé : « Ne le respire pas trop. Enivrë-toi rai-\nsonnablement. Crains sa vapeur quasi mortelle, crains l'em-\nportement et son mystérieux désespoir. Dose l'orgie... Sinon\nta tête tombera en arrière comme celle d'une femme qui meurt\net tu garderas, le charme dissipé, un triste visage égaré d'en-\nfant perdue... » Va te faire fiche ! On boit jusqu'au bout de son\nhaleine...\nVous voyez, conclut Claudine en s'étirant, je comprends très\nbien. Ce pauvre gros Maugis !... La musique, c'est son Renaud,\nà lui.\n(A suiv\n\nColette Willy."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.30", "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\n\nW\nII\nLES VÉRISTES : ZOLA-BRUNEAU\nLes compositeurs de l'école vériste dédaignent la légende et\nfont la guerre aux « conventions ». Us prétendent arriver à\nune représentation directe, impartiale et totale de la réalité ;\net cela, en ne faisant appel qu'à l'émotion sincère qui les saisit\ndevant tous les spectacles de la vie. Le vérisme sévit en Italie\ndepuis une vingtaine d'années, avec des compositeurs tels que\nPuccini, Mascagni, Leoncavallo, Cilea, Giordano, et autres,\ndont la Société des grandes Auditions musicales a jugé néces-\nsaire de nous révéler la médiocrité en de belles manifestations\nantiartistiques (2). Mais il a aussi sa branche française, qui\nporte, comme des fruits jumeaux, l'œuvre amère d'Alfred Bru-\nneau et le drame affadi de Gustave Charpentier.\nIl y a plusieurs différences entre les véristes français et les\nitaliens. Ceux-ci prennent leurs sujets un peu partout : dans le\nroman et dans ce qu'ils appellent l'histoire aussi bien que dans\nl'anecdote familière : à côté d'un ou d'une\nrusticana, ils nous offrent un une une\nAdrienne Lecouvreur,une Siberia.Les véristes français, plus\nabsolus, ne veulent mettre en scène que le menu peuple con-\ntemporain. Leur seule joie est de nous montrer des ouvriers\nen bourgeron, des couturières à l'atelier, des marchands en leur\nboutique et des boulangers au fournil. Et par là, par cette\nprédilection pour ce que la vie offre de plus vulgaire, les musi-\nciens véristes s'affilient aux naturalistes de la littérature, et ce\nn'est pas sans raison'qu'une sorte de fraternité d'armes unit\nAlfred Bruneau à Emile Zola. Les uns et les autres appartien-\nnent aussi à un même parti politique : leur esthétique est, ou\nveut être, celle de la démocratie triomphante. Je n'examinerai\n\n(1) Suite. Voirie Mercure musical du i 5 mai.\n(2) Voir, dans le Mercure musical du 15 mai, le compte rendu de Siberia."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.31", "texte": "7 6\nLE MERCURE MUSICAL\n\npoint cette partie de la question. Je ne me demanderai point si\nAlfred Bruneau est vraiment un musicien de défense républi-\ncaine, ou si Gustave Charpentier a fait une œuvre de justice\net de rénovation sociale en couronnant sur les hauteurs de\nMontmartre une midinette un peu fautive. Je chercherai seule-\nment à découvrir si ces peintres de la vie ouvrière ont été\neux-mêmes, dans leurs divers travaux, de bons ouvriers.\nMais les œuvres ont beaucoup souffert d'avoir pour auteurs\ndes hommes aussi préoccupés des problèmes politiques et\nsociaux: elles en sont devenues symboliques. Les Italiens n'ont\npoint de parti pris ; ils ne crient ni à l'infamie du prêtre ni au\npouvoir corrupteur de l'argent ; ils ne s'évertuent à mettre en\nvaleur aucune idée, fût-elle aussi neuve et profonde que celles\nque je viens de dire ; leurs personnages ne représentent rien\nqu'eux-mêmes, ce sont leurs infortunes et leurs larmes qui\ndoivent nous émouvoir, sans que nous soyons invités à rien\nconclure. Les véristes français n'ont pas imité cette sagesse.\nWagner nous avait bien prévenus cependant que le symbole\nn'était à sa place qu'en un sujet légendaire, où les person-\nnages, flottant sur les limites du réel et de l'illusoire, peu-\nvent sans trop de difficulté laisser transparaître une idée.\nMais un homme habillé comme nous, qui vaque à ses menues\naffaires, que nous pouvons rencontrer dans la rue, et qui en\nmême temps incarne la Domination ou le Plaisir de Paris !\n.Rien cependant n'a pu arrêter les véristes français : ils ont\népanché dans leurs œuvres les fortes pensées si pesantes à\nleurs fronts : car chacun d'eux, pareil à l'auteur d'une lettre\ncélèbre, est un « penseur solitaire et silencieux ». Ajou-\ntons qu'ils sont fortement influencés par Wagner et le\ncomprennent mal ;il a fallu qu'à son exemple, et malgré son\nconseil, ils farcissent de symboles leurs drames à prétentions\nréalistes. Ils se sont faits les métaphysiciens de l'atelier, les\nvoyants de la rue, les philosophes de la Butte et les prophètes\nde la boulangerie-pâtisserie. C'est même à cet indigeste mélange\nd'une réalité platement quotidienne et d'un symbolisme décon-\ncertant que se reconnaissent de loin leurs œuvres ; par là aussi\ns'accuse leur ressemblance avec les romans de Zola.\nParmi les œuvres, aujourd'hui assez nombreuses, d'Alfred\nBruneau, c'est YOuragan que j'étudierai. Ce n'est point la\nplus récente : elle remonte à 1901, et depuis, un Enfant-Roi\nnous est né, qui agonise aujourd'hui dans les spectacles à prix"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.32", "texte": "ZOLA-BRUNEAU\n77\n\nréduits, où Xavière,d'ailleurs, lui tient compagnie : c'est ainsi\nqu'une sage démocratie offre au bon peuple les spectacles dont\nnous ne voulons plus. L'Ouragan me paraît une œuvre supé-\nrieure à ce sentimental Enfant-Roi,en ce sens que l'auteur a\npu au moins y montrer certaines des qualités qui suppléent\nchez lui à l'inspiration musicale.\nC'est Emile Zola qui a écrit les paroles de 1 On\nsait qu'Alfred Bruneau s'est voué à Zola ; après lui avoir em-\nprunté ses sujets [le Rêve, VAttaque du Moulin), il lui a demandé\ndes livrets [Messidor, VOuragan, ; et la mort\nn'interrompra point cette collaboration. Il reste à orner de\nmusique deux livrets posthumes; après quoi, dit-on, Alfred\nBruneau lui-même mettra en dialogues dramatiques tous les\nRougon-Macquart. On ne vit jamais piété ni plus touchante ni\nplus funeste. Car il était impossible, je crois, de trouver de\nplus mauvais poèmes, ni de plus impropres à la musique, que\nceux que Zola a fournis.\nTout d'abord on n'en pouvait trouver de plus mal écrits.\nOn ne peut se faire une idée, quand on ne la connaît pas, de\ncette langue à la fois incolore et boursouflée, terne et décla-\nmatoire, dépourvue lamentablement de tout rythme et de tout\naccent, et surtout d'une fausseté de ton continue, soutenue,\nque l'on croirait appliquée et voulue, et que rend plus cho-\nquante encore la prétention sans cesse affirmée à l'exactitude\nla plus scientifique. Voici le début de\nPar les beaux temps, par les gros temps, les barques de Goël s'en vont à\nla pêche, pour les maigres hasards des filets, ô mer douce et mauvaise,\nexécrée, adorée.\nLes maigres hasards des filet A quelle école primaire,\nlaïque, et gratuite, espérons-le, les pauvres pêcheurs de Goël\nont-ils appris ce langage ? Et que penser de la fade antithèse\nqui suit ? Zola cependant trouve tout naturel de faire parler\nainsi des marins, et poursuit, imperturbable. Jeanine, femme\nde l'un de ces poètes, raccommode des filets, toute hâve et\ndéguenillée, et nous offre à son tour un petit morceau descrip-\ntif de haut goût :\nGoël ! Goël ! Ile farouche et solitaire, île de roc nu, vierge encore et\nsauvage après des mille années, gardée pure de tous côtés, au loin, par sa\nceinture de brisants, où les navires en voyage au moindre vent s'écrasent...\nArrêtons-nous ici, pour respirer, et admirer en passant\nmille années,et les navires en voyaet\nqui, très poétiquement, garde l'île La tirade\ncontinue cependant, toujours sur le même ton, et aligne au\npetit bonheur incorrections et maladresses, métaphores rebat-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.33", "texte": "78\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntues et gauches figures de rhétorique. Car on remarquera que\ncette langue n'a même point le mérite d'être simple et directe ;\nrien de plus cherché, au contraire, de plus savant, de plus\ntourmenté. C'est une prose qui, au rebours de celle de M. Jour-\ndain, veut être de belle prose, et qui s'applique, et qui\ns'efforce, et qui s'enfle et se travaille ; c'est l'écriture pesante de\nl'homme inculte dont les doigts se crispent sur la plume ; c'est\ndu style de terrassier ; c'est de la littérature d'illettré : c'est du\nZola. Il peut sembler que je parle en ce moment avec humeur.\nMais vraiment ce n'était pas la peine de faire flotter si haut la\nbannière de la Vérité, d'accabler d'un tel mépris les auteurs\nsuspects d'orner la nature ou de laisser de côté certaines lai-\ndeurs, de se proclamer orgueilleusement naturaliste, et de l'être\nen effet, par endroits, jusqu'à la scatologie, pour aboutir à un\nmensonge de l'expression aussi perpétuel et aussi déplaisant.\nIl y a là de quoi regretter jusqu'aux vers de Scribe, ces pauvres\nvers incolores et chargés de formules, qui au moins ne se\nfaisaient pas remarquer par des constructions insolites, des\népithètes inattendues et de provocants solécismes.\nLe drame, en soi, est assez bien construit et ne demande-\nrait pas mieux que de devenir émouvant. Deux femmes, deux\nsœurs, Jeanine et Marianne, aiment un homme, l'aventureux\nRichard, dont le cœur, un cœur de lion sans doute, appartient\ntout entier à Jeanine. C'est pourquoi Marianne, folle de jalou-\nsie, marie sa sœur à Landry, frère de Richard, et celui-ci\ns'exile pour toujours. Pour elle, elle restera seule dans la vie,\net se consolera de sa disgrâce.par la vue du malheur de sa sœur\net les pratiques d'une âpre avarice. Telles sont les données. Le\nretour imprévu de Landry va remettre en jeu toutes les pas-\nsions que l'on croyait éteintes ou calmées. Son amour pour\nJeanine se réveille presque aussitôt, et Jeanine y répond.\nMarianne et Landry s'unissent alors pour la vengeance, et au\nmoment où les deux amoureux vont s'enfuir, par une nuit de\ntempête, Landry surgit, le couteau à la main. C'est alors que\nMarianne, par un revirement dont Hermione avait donné le\ntragique exemple, se lève pour défendre celui qu'elle aime, et\ntue l'homme dont elle armait le bras. Jeanine est libre ; mais\nRichard ne peut ni l'emmener avec lui, ni rester auprès d'elle :\nelle est trop faible et lasse, il aime trop l'aventure, ils ont trop\nlongtemps vécu loin l'un de l'autre. Il reprend donc la mer,\ntandis que les deux sœurs pleurent leur double amour déçu,\net cette fin mélancolique était certes susceptible de beauté!\nLe drame repose tout entier, comme on le voit, sur un conflit\nde sentiments ; rien n'y arrive par hasard, et toute l'action\ndépend delà volonté des acteurs. Cette construction est celle de"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.34", "texte": "ZOLA-BRUNEAU\n79\n\nla tragédie classique. Mais il résulte de là que tout l'intérêt de\nla pièce est dans la peinture des passions, et c'est ici que nous\nsommes bien déçus. Zola n'est pas un Racine, ni même un Qui-\nnault ou un Voltaire. Il ne saitpas tracer un caractère, exprimer\nun sentiment avec vivacité, trouver le mot significatif, le geste\nrévélateur. Ses personnages, au lieu de parler naïvement le lan-\ngage de leurs passions, ne sont occupés qu'à disserter et à se\ndéfinir. « J'ai besoin d'être aimée », répète Jeanine ; et sa sœur\nlui répond : « Je suis jalouse. » Jaloux aussi le brutal Landry,\nmais d'une jalousie un peu différente, parce qu'elle succède à\nla possession, et il choisit, pour expliquer cette différence, l'ins-\ntant le plus pathétique du drame, celui où se prépare le crime.\nG est ainsi que Zola caractérise ses héros, par de perpétuelles\nprofessions de foi qui rappellent les banderoles attachées aux\nlèvres des personnages de rébus. Et encore ce qu'on lit sur ces\nbandeioles, ce n est pas tant i aJe suis jalouse », que; « Je suis\nla Jalousie », ni : « J'ai besoin d'être aimée », que « : J'ai nom\nDésir. » tous ces personnages sont en même temps des\npersonnifications, et l'auteur, ne pouvant arriver à leur donner la\nvie, les a du moins élevés à la dignité de symboles. Ils ont\nd'ailleurs conscience de cette valeur symbolique et s'en entre-\ntiennent sans détour. Marianne dit à Jeanine, en un langage dont\non appréciera le naturel et la grâce :\nTu es le désir, la femme qui perd le monde, qui sème la démence et les\ncatastrophes.\nEt Jeanine riposte aussitôt, du tac au tac :\nEt toi, sœur despotique et farouche, sœur qui m'a (x) mise en larmes,\ntu es l'orgueil, l'éternel besoin de domination, et quand tu aimes, c'est la\njalousie qui ravage et qui tue.\nIl n'est pas jusqu'au beau Richard qui n'entre en scène accom-\npagné de son petit symbole familier, pareil à ces rois de l'ancien\nopéra, que suivent en tous lieux des gardes casqués et stupides.\nCe symbole, c'est Lulu, la petite sauvagesse, qui signifie le goût\ndu perpétuel changement, et dit d'elle-même avec simplicité :\n« Je suis son âme voyageuse. » Seul le brutal Landry reste un\nhomme et reste émouvant par cela même ; il souffre, et il meurt,\net je m'intéresse à lui, malgré tout l'effort de l'auteur pour le\nrendre antipathique :\nJe pleure, hélas ! sur ce pauvre Holopherne\nSi méchamment mis à mort par Judith.\n\n(i) Orthographe de la partition."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.35", "texte": "80\nLE MERCURE MUSICAL\n\nTous les autres, au moment même où nous croyons les recon-\nnaître et les comprendre un peu, nous glissent entre les doigts,,\ns'évanouissent en nous abandonnant leur semblant d'âme :\nce ne sont plus que de vains fantômes, de froides allégories,\nde pauvres abstractions qui n'ont pas forme humaine. Nous nous\ndétournons avec dépit.\nIl était possible, au bon vieux temps, d'écrire de bonne\nmusique sur un mauvais poème ; il existe même des chefs-\nd'œuvre, comme le Don Juan de Mozart, dont le livret est pro-\nprement inepte. Mais nous avons changé tout cela : la musique\ndoit épouser la forme de l'action et suivre le contour des pa-\nroles, dont elle enregistrera, comme un phonographe fidèle,\ntoutes les faiblesses. Et c'est pourquoi Alfred Bruneau, dont\nles premières œuvres n'étaient point méprisables, dont la\nPenthésilée, en particulier, renferme d'agréables effets, a reculé\nles bornes de la laideur musicale du moment où il s'est consacré\nà Zola, tel Décius se dévouant aux divinités des Enfers. Quel\nchant peut-on dégager en effet d'une prose aussi lourde et\ninforme ? En vain le compositeur s'épuise ; tantôt sa déclama-\ntion s'avance à pas égaux, avec la solennité lente d'un cortège\nfunèbre ; tantôt elle se précipite en triolets inutiles, et d'une\nfeinte vivacité. Avez-vous jamais vu un train de marchandises\nau départ ? la machine peine de tous ses muscles de fer, et la\nmasse ne s'ébranle pas ; puis, le régulateur grand ouvert, la\ncheminée haletante, les roues font quelques tours précipités,\nmais patinent sur les rails, et les wagons restent immobiles.\nAinsi la musique de Bruneau tantôt s'agite et tantôt se modère,\nsans que bougent jamais les paroles de plomb qu'elle remorque:\npas un accent, pas un rythme, pas un mouvement ne trahit la\nmoindre trace de vie ou d'émotion. Partout la morne désolation\nd'un chaos sans espoir. Je me trompe : il y a une mélodie vo-\ncale dans l'œuvre, une romance même ; c'est la berceuse que\nLulu chante à Jeanine au second acte. Elle est d'une terrible\nbanalité, et l'on en veut vraiment à l'auteur de n'avoir même\npas su colorer de quelques nuances exotiques cette pauvre mu-\nsique :\nCe n'est pas moi que tentera jamais une telle joie !"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.36", "texte": "ZOLA-BRUNEAU\n81\nLE MERCURE MUSICAL\n\nL'orchestre cependant fait entendre sans se lasser ses motifs\nconducteurs, comme il convient àun orchestre bien dressé à\nl'école de Wagner; car on ne saurait imaginer de disciples de\nWagner plus dociles ni plus maladroits que les véristes français.\nCes motifs se distinguent par une rare puissance inexpressive.\nEn voici un, tout au début, qui représente sans doute l'île de\nGoël :\nCet autre est le désir :\nEt voici, n'en doutons pas, l'inquiétude voyageuse :\nC'est le contexte qui nous donne ces indications ; je ne ver-\nrais nul inconvénient, pour ma part, à ce que le premier motif\ndésignât le départ pour l'aventure, que le second fût affecté\nà l'île, et le troisième au désir. Il en est ainsi de tous les autres\nmotifs : tous se promènent à travers le drame avec les visages\nsolennels et indifférents de personnages officiels dans quelque\ncérémonie ; et ils se ressemblent entre eux comme se ressemblent\nles fonctionnaires d'un même gouvernement. Parfois ils chan-\ngent de costume, je veux dire d'uniforme ; car leurs transforma-\ntions n'ont jamais rien d'imprévu ni de personnel ; toutes sortent\ndu même magasin d'accessoires. Ce sont les vieilles transfor-\nmations scolastiques du contrepoint, par diminution, ou par\nchangement de rythme, ou par mouvement contraire.\nVoici la diminution (premier motif) :\net le changement de rythme :\n\n6"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.37", "texte": "82\nLE MERCURE MUSICAL\n\net le mouvement contraire en plus :\nPourquoi ces modifications? Pour rien. Pour changer. Aucune\nn'est expressive ; toutes résultent de l'application brutale d'un\nprocédé. Ainsi échelonnés au long de la partition, avec leurs\ngestes arbitraires, les motifs conducteurs font penser aux bons\nsignaux qui échangent, au bord des routes, « des impressions\ntoutes mécaniques ».\nL'harmonie n'ajoute certes pas à leur grâce. On a beaucoup\nparlé de l'harmonie d'Alfred Bruneau, de sa hardiesse ou de sa\ndureté, de sa nouveauté ou de sa puissance. Je dirai simple-\nment qu'elle n'existe pas. Rien de plus rudimentaire que le\nsens harmonique chez Alfred Bruneau : Berlioz lui-même est\nun raffiné auprès de lui. Sorti de l'accord parfait de tonique et\nde l'accord de dominante, il ne sait où il va. Que fera-t-il donc\npour sortir de la banalité ? Il harmonisera volontairement à\nfaux, dira tonique pour dominante, dominante pour tonique,\nou combinera entre eux ces deux accords incompatibles. Ces\nviolences inutiles lui sembleront piquantes gentillesses. Voici\npar exemple un motif qui appelle des accords d\"ut et de /a,\nou de la et de ré :\nC'est pourquoi nous le ferons supporter tout entier (et il\ndure en tout huit mesures) par un accord de neuvième mineure\nde la dominante mi,arpégé de façon à choquer rudement\nson sol dièse contre le sol naturel de la mélodie :\nD'autres fois le contrepoint vient à la rescousse, et ajoute ses\ntortures à celles de l'harmonie. Voici une mélodie bien inoffen-\nsive encore, qui ne demanderait qu'à demeurer tranquille :"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.38", "texte": "ZOLA-BRUNEAU\n83\n\nNous allons la combiner avec sa propre image renversée :\nPuis, entre ces deux compagnons forcés de marcher du même\npas, nous introduirons ce qu'on appelle en harmonie une pé-\ndale, c'est-à-dire une note qui reste immobile, indifférente à\ntout ce qui se passe autour d'elle. Ou plutôt nous en mettrons\ndeux, un ut, dans le haut, et un mi au grave. Et voici le ré-\nsultat.\nEt je sais bien que le texte parle ici d'un homme qui « s'est\nbrisé le crâne ». Est-ce une raison pour briser le nôtre ? La\nviolence certes n'est point pour me déplaire. Mais ce perpétuel\nattentat à la musique, cette harmonie contre nature, ce contre-\npoint de garde-chiourme ! Alfred Bruneau est le bourreau des\nnotes * il les martyrise * je proteste.\nUn acte cependant produit, au théâtre, un certain effet: c'est\nl'acte de la tempête, où Marianne et Landry se concertent,\ndans la maison secouée par le vent, pour la mort du frère trop\naimé. Mais la musique n'y est pour rien : la situation, par elle-\nmême, est violente et tragique, et l'orchestre se borne à répéter\nindéfiniment un rvthme brutal :\n*/\nC'est un effet d'obsession, et pas autre chose. Sans doute, la\nCourse à l'abîme,dans la Damnat fait appel au\nmême moyen ; mais combien il y a là plus de musique !\nComme ce hautbois plaintif est éloquent, au-dessus de la som-\nbre galopade ! Ici le rythme s'accompagne seulement du motif\nde l'île, tour à tour droit et renversé, on ne sait pourquoi, et\nd'un autre motif, qui doit être, dit la partition, passionnément\nchanté, et ne renferme, hélas ! pas plus de passion que de\nchant :"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.39", "texte": "84\nLE MERCURE MUSICAL\n\nPourquoi tout cela, par Apollon ? Pourquoi ces notes et non\npas d'autres ? Nous ne le saurons jamais. Et quand on pense\nque tout, au long de toutes les partitions de Bruneau, est aussi\nindifférent, aussi factice et aussi vain, on ne peut que s'émer-\nveiller du labeur prodigieux qu'il a fallu pour aligner tant de\nnotes inutiles, tant de mélodies moroses, tant d'accords rebelles.\nChapelain lui-même, rimant malgré Minerve les 24 chants de\nsa Pucelle, n'eut peut-être pas une aussi implacable patience.\nEn résumé, si l'on entend par musique l'art d'associer les\nsons suivant leurs convenances réciproques et leurs affinités\nsecrètes, d'en former des mélodies vivantes qui elles-mêmes\nattirent d'autres mélodies, et des accords qui se combinent avec\nd'autres accords en des ensembles toujours plus vastes et plus\nriches, et si le génie musical est la faculté de saisir ces rapports\nmystérieux, de réaliser ces larges synthèses, de faire épanouir\nces luxuriantes floraisons, on pourra dire que ce qui manque\naux drames d'Alfred Bruneau, c'est la musique, et ce que\nl'avare nature a refusé à leur auteur, c'est le génie musical. Il\nnous montre au contraire une mémoire nourrie de toutes les\nrègles, formules et recettes de l'école. Rien de moins spontané,\nde moins naturel, de plus tendu, savant et pédant que cet art\nqui fait fi de la science et se prétend inspiré directement de la\nnature. Il en est de ce style exactement comme de celui de Zola:\non n'y trouve ni sincérité ni ombre de vraisemblance; partout\nles plus affligeants artifices et la plus désespérante conven-\ntion. Je n'insisterai pas sur l'ironie du spectacle que nous\ndonnent ces deux apôtres de la Vérité.\nL'abondance des matières nous contraint à remettre à notre\n/\nprochain numéro la suite de l'Etude de Jean Marnold sur les\nSons Inférieurs et la Théorie de M. Hugo Riemann.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nAU CONSERVATOIRE\nLouis Laloy.\nLe Concours de Rome. Une revision nécessaire.\nIl y avaitune fois, dansle Collège officiel de musique d'une grande capitale,\nun vieux professeur de composition. Comment était-il parvenu à cet em-\nploi ? On ne sait trop, car il ne s'était fait connaître que par des ouvrages\nd'une lamentable puérilité, dont l'un, consacré à une héroïne nationale,\nmorte jadis sur le bûcher, fut pour sa mémoire un nouveau supplice,\nplus raffiné que l'autre : le supplice du ridicule. Ce respectable vieillard\ndisait un jour à un de ses disciples qui lui soumettait une page d'or-\nchestre de sa façon : « Mais, mon jeune ami, voici une grosse erreur : vous\nvoulez un effet de douceur et vous employez les trombones. Mais, maî-\ntre, je les fais jouer pianissimo. Non, mon ami, pas de trombones, gar-\ndez-les pour les grands éclats. » Ainsi parlait le vieux maître, ignorant ce\nque savait Monteverdi dès le début du xvue siècle : que le timbre du trom-\nbone dans le pianissimo est plus mystérieux que celui du violon avec\nsourdine, et que rien ne peut le remplacer. Et il disait encore : « Pas\nd'arpèges à la flûte, ni à la clarinette, je vous en prie ; vous avez la harpe •\npourquoi ne pas vous en servir ? » Ainsi allait-il, prêchant sa courte science\net son enfantine sagesse. Mais les élèves qui affrontaient l'ennui de pa-\nreils conseils en étaient bien récompensés.\nVers le début du mois de mai 190 D s'ouvrait le concours préliminaire aux\népreuves du prix de Rome. Dix-neuf concurrents se présentaient ; ils ap-\npartenaient aux classes de MM. Fauré, Lenepveu et Widor. Le jury se\ncomposait de MM. Th. Dubois, Paladilhe, Massenet, Lenepveu et Reyer,\ntitulaires, et de MM. Leroux, Hillemacher et Duvernoy, suppléants. Le\nconcours a lieu, chacun écrit sa fugue, et se tire de son mieux du chœur\nque devaient inspirer les paroles de M. Guinand. Résultat : sont seuls reçus\nsix élèves de M. Lenepveu, .le seul professeur qui fût en même temps\nmembre du jury.\nParmi les candidats refusés se trouvaient M'ie Fleury, élève de M. Wi-\ndor, et M. Ravel, élève de M. G. Fauré, tous deux seconds prix de Rome\nà l'un des précédents concours. Je ne parle pas de leur talent, ni de leurs\nœuvres, pas même du Quatuor à cordes ou des Mélodies de Ravel. Je sais\nque le Conservatoire n'entre pas dans ces considérations-là et ne tient\ncompte que des diplômes. Comment se fait-il que deux seconds prix de\nRome ne soient même plus jugés dignes de concourir ?Et la constitution\ndu jury ne le rend-elle pas suspect ?Et le résultat du concours ne con-\nfirme-t-il pas ces soupçons, avec une sorte de candeur naïve et stup...é-\nfiante ? N'est-ce pas le cas, ou jamais, de reviser un jugement où se sourit\nà elle-même la plus béate iniquité ?"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.41", "texte": "86\nLE MERCURE MUSICAL\n\nCAUSETTE.\nWilly.\nJean Marnold, Félix Weingartner et Edouard Risler.\nDonc, en prétendant nous révéler Schumann, certains virtuoses d'outre-\nVosges viennent d'inspirer à Jean Marnold des pages d'affreuse amertume\nnationaliste, et d'ailleurs de gaillarde allure. Le patriotisme ombrageux de\nnotre collaborateur l'induit même en injustice. En son âpreté à bouter l'é-\ntranger hors de France, il oublie que, dans les quatre journées du Festival\nBeethoven qu'il stigmatise, les seules causes d'infériorité vinrent de nos\ncompatriotes assis aux pupitres de l'orchestre, alors que le chef teuton se\ndépensa en courageux mais vains efforts. Trop de remplaçants tenaient\nla place des instrumentistes titulaires retenus ailleurs. Les orchestres Che-\nvillard et Colonne sont des institutions diurnes : dès qu'ils fonctionnent après\nle coucher du soleil, ils se désagrègent pour cause d'Opéra-Comique et\nd'Opéra. Pourquoi en rendre responsable le capellmeister germanique ?\nJe crois que beaucoup de musiciens surent gré à Weingartnér de sa\nsobriété, de son mépris des effets faciles et de l'harmonieuse proportion de\nses mouvements. Une foi l'anime, ce n'est déjà pas si commun. 11 est pieux\net vérécondieux envers ces neuf monuments symphoniques que l'on se con-\ntente habituellement d'honorer d'un culte distant et lassé. Quanta sa gesti-\nculation, dix fois moins exubérante que celle de Colonne, elle dépasse\nmême en discrétion, parfois, la correction habituelle de Chevillard. Ses\naccès d'énergie sont brefs et durent peu, ses indications sont nerveuses\nmais rapides, et l'immobilité de son corps rend inutile le garde...chef que\nl'on a construit depuis un an autour des estrades de nos deux grands ca-\npellmeister français. Au geste des rapides avant-bras de Weingartner,\nBeethoven s'est dressé sans pompe et sans emphase, pur de lignes et rem-\npli d'une dignité d'ancêtre. S'il existe vraiment des amateurs fervents de\nclassicisme, ils doivent honorer Weingartner comme un prêtre fidèle.\nCelui-ci ne les trahira pas.\nD'autres l'ont fait. Ils l'ont fait avec une grâce exquise, mais ils l'ont fait.\nRisler, ne baissez pas les yeux, c'est de vous que je parle.\nCe merveilleux pianiste est un chercheur infatigable toujours en quête\nd'interprétations nouvelles et de sensations inédites. On n'a pas oublié ses\ntranscriptions wagnériennes de grandes pages d'orchestre et ses exécutions\nau pleyel de compositions d'orgue. On sait quelles sonorités imprévues\nil obtint alors de son clavier ahuri. Mais le voici déjà lassé de ces triom-\nphes, et nous le trouvons cette année aux prises avec Beethoven. Il y faut\nun certain courage. Toucher à Beethoven est, en musique, le pire des crimes,\ncelui qui ne se discute même pas, qui supprime un artiste de la circulation,\nqui le fait périr sous les coups des amateurs forcenés, incapables d'entendre\nla plaisanterie sur cette matière sacrée. Risler Ta fait pourtant. Il a porté\nsur la statue du dieu une main sacrilège ; main caresseuse et voluptueuse,\neffleurante et câline, soit, mais tout de même main sacrilège î C'est lèse-\nmajesté que chatouiller les dieux ! Heureusement pour lui, nul ne s'en\naperçut et, seuls, quelques incroyants remarquèrent avec une agréable sur-\nprise la nouvelle « manière » du pianiste autrefois impassible et glacé.\nRisler a lancé le Beethoven impressionniste. Il se complaît aujourd'hui\nà faire ruisseler la couleur dans les temples de marbre blanc qu'étaient les\nSonates. Voici des vitraux de feu, voici des velours, des soies et des pier-\nreries ! Voici des ors et des orfèvreries de décadence ! Quelle orgie de traits,\nquelles gammes fulgurantes ou estompées, quelles oppositions de nuances\net d'éclairage !Où sommes-nous? Nous joue-t-on Top. 53 ou Ylsle joyeuse ?"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n87\n\nAU THÉATRE\n\nChérubin, comédie chantée de Francis de Croisset et Henri Cain, musique de Massenet, à POpéra-\nComique (23 mai).\nDimanche passé nous disions un triste et triomphal adieu à Pelléas et\nMélisande. Jamais Jean Périer n'avait trouvé des accents plus tendres et\nplus doux ; jamais Mélisande n'était mieux apparue, au IVe acte, dans le\njardin sombre, toute tremblante de sa course et de son émoi; jamais\nGolaud, si rude et si bon, n'avait semblé plus à plaindre ; jamais Arkhel\nn'avait eu plus de pitié pour le cœur des hommes. Et je n'oublierai pas\nl'enthousiasme irrésistible, àla chute du rideau aulVe acte,ni ces acclama-\ntions unanimes, qui ne s'arrêtaient plus, et qui furent vraiment le cri de\ntous les cœurs. Or Pelléas était condamné à mort, MUeMary Garden devant,\ndepuis ce jour, se vouer tout entière aux répétitions du Chérubin de Mas-\nsenet.\nNous avons vu ce soir le meurtrier, et certes je n'attendais pas que nous\neussions gagné au change. Mais véritablement je ne croyais pas possible à\nla platitude, à l'afféterie et à la sottise musicale de s'étaler avec tant de\ncomplaisance. Je ne suis pas un ennemi juré de Massenet. Il y a de jolies\npages dans Werther et dans Manon ; il en est même d'assez dramatiques,\nmalgré une grande fadeur générale et une fâcheuse monotonie : il n'appar-\ntient qu'à Massenet de mettre tout en romances. Grisélidis et le Jongleur\nn'offraient plus aucune trace d'émotion, mais pouvaient plaire encore par\nun semblant de poésie, déjà factice et frelatée d'ailleurs. Ici nous ne trou-\nvons plus rien, qu'une perpétuelle recherche de l'effet, une prétention à la\ngrâce et à l'esprit qui fait pitié, car elle n'aboutit à rien. Rien de moins\nenjoué, rien de plus foncièrement triste et piteux que cette musique dont le\nsourire est la grimace d'un vieux pitre. Il faut en dire autant, d'ailleurs,\ndu poème, où l'on voit Chérubin plaire à toutes les femmes, hésiter entre\ntrois, et en épouser une quatrième. Et toutes les cinq minutes on nous rap-\npelle que Chérubin a dix-sept ans : grande merveille ! Et il faut voir la\nscène où la « Comtesse », la « Baronne » et 1' « Ensoleillad », réunies sous\nle toit de la même auberge, ouvrent leurs trois fenêtres à la même séré-\nnade : ces grossiers artifices nous reportent aux temps anciens de l'opéra-\ncomique, au Postillon de Longjumeau ou à la Double Echelle, du joyeux\nAmbroise Thomas. La versification également éveille ces souvenirs, et\nnon point celui d'Edmond Rostand, comme on s'est imaginé peut-être.\nLa musique ne vaut ni celle d'Adam ni celle de Thomas : cette musique\nment, elle ment avec impudence, et elle ment sans grâce. Ce ne sont que\nphrases de romance, avec des accents faussement émus, et de banales\ncadences, indéfiniment prolongées, pour faire naître des « ah !» : mutine-\nries fardées, caresses rétribuées, pâmoisons factices en des chambres aux\ntentures fanées, seules des images de cet ordre répondent à cette musique\nque je ne veux point qualifier, de crainte de dire une inconvenance. Ail-\nleurs ce sont des flonflons de cuivres et des coups de grosse caisse, dont\nla canaillerie est digne tout au plus d'une parade à la foire du Trône. Il n'y\na pas une page de Delmet ou de Claude Terrasse où il n'y ait plus de\nfraîcheur, d'inspiration mélodique et de vraie musique que dans dix pages\ndu Massenet de ce cru. Il n'y a pas un spectacle de l'Olympia ou des\nFolies-Bergère où l'on ne trouve plus d'entrain et d'agrément. Cela dit,\nremarquons que cette forme d'art convient peut-être à la clientèle quelque\npeu cosmopolite que le mois de mai fait refluer à Paris des bords de la\nRiviera : si l'Opéra-Comique a voulu nous donner un spectacle de music-\nhall rastaquouérisant, il a bien réussi. Les décors font, comme toujours, le\nplus grand honneur à la direction ; il y a surtout, au premier acte, des loin-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.43", "texte": "88\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntains pourpre et vieil or d'un effet charmant. Quant à Mlle Garden, elle\nexhibe, dans le rôle de Chérubin, une bouche tordue à l'anglaise et des\ngrâces de champion au foot-ball qui enthousiasmeront l'Amérique tout\nentière ; mais sa voix est trop pure et sonne mal en de telles fadaises.\nMme Carré et M. Fugère sont tous deux parfaits en leurs rôles.\nMais vraiment, ceci après cela, Chérubin après Pelléas, ah ! « la tristesse\nde tout ce que l'on voit » !\n\nLouis Laloy.\n\nCONCERTS CORTOT\n\nI 8 AVRIL. Très intéressant programme ; exécution médiocre, exception\nfaite pour certains passages de la Symphonie sur un thème montagnard, de\nV. d'lndy, que l'auteur conduisait lui-même avec beaucoup de sûreté, peut-\nêtre un peu trop de modestie et de sobriété. Le final de cette belle œuvre,\nqui honore rart symphonique contemporain, a été supérieurement joué. Le\njeune orchestre de M. Cortot affirme les remarquables qualités de souplesse\nque nous avions déjà constatées lors de l'exécution du Faust, de Liszt,\nM. Cortot a brillamment tenu la très importante partie de piano.\nLe Concerto brandebourgeois (en fa), de J.-S. Bach, qui devait être un des\nnuméros les plus attrayants du programme, nous a déçus par certains\ndétails de Yarrangement. Pourquoi dialoguer, à deux trompettes, avec de\nfâcheuses transpositions à l'octave, une partie écrite pour un instrument\nsolo (i)? Le programme nous annonce d'autre part qu'on restituera àl'œu-\nvre son caractère intime en ne la faisant accompagner que d'un quatuor à\ncordes réduit. Mais il ne faut pas confondre concertino et ripieno, et surtout\nil faut maintenir, dans l'un et l'autre cas, l'équilibre traditionnel entre\nbasses et dessus; il y avait là trop de basses pour le concertino, et pas assez\nde violons pour le ripieno.\nLes Vendanges de M. A. Roussel (ire audition) sont une très agréable\nerreur au point de vue orchestral. Etant donnée la saine musicalité de\nce compositeur, cette esquisse nous donne le sentiment d'un effort qui\nn'aboutit pas. On devine des clartés qui restent opaques, de généreux élans\narrêtés par des détails inopportuns. Beaucoup de traits déformants au qua-\ntuor, trop de mouchetures aux instruments à vent, une excessive et bien\nnuisible polyrythmie. Ça ne sonne pas... Il ne faut pas juger M. Roussel\nsur cet essai.\n18 MAI. Le Requiem allemand, de Brahms, ne mérite pas l'extraordi-\nnaire réputation qui le précède partout où il paraît. De bonnes pages, certes,\nmais combien d'autres imprégnées de la fade odeur du cantique protestant!\nM. Frohlich lui-même fait l'effet d'un pasteur suisse bien en voix. Des\ncadences arrondies, à la sonorité facile, un orchestre sans malice, généra»\nlement lourd, et creux quand il veut se faire souple, un quatuor qui se débat\nen d'inutiles subdivisions: du mauvais Schumann, correctement écrit.\nL'exécution a été, comme la partition elle-même, fort inégale : tour à tour\nvigoureuse ou poétique, et négligée ou monotone. L'orgue manquait beau-\n\n(i) Rappelons à ce propos qu'on a pu entendre à la Schola Cantorum des parties\naussi aiguës exécutées avec une justesse parfaite par un virtuose belge, sur un ins-\ntrument spécialement construit par M. Mahillon."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.44", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n89\n\ncoup au redoublement du seize-pieds ; il fallait alors augmenter le nombre\ndes contrebasses.\nLa Fantaisie en ré majeur, de J.-Guy Ropartz, en dernier numéro du\nprogramme, nous a paru une œuvre très intéressante, digne d'être travaillée\nà fond et entendue à une meilleure place.\nL'entreprise de M. Gortot nous paraît des plus dignes d'intérêt à tous\négards; sans le secours d'une tapageuse réclame, et avec un orchestre en-\ncore jeune et peu formé, il a réussi à nous donner la série de concerts la\nplus intéressante de la saison, en ce qui concerne les œuvres exécutées,\ntoutes considérables et trop rarement entendues en France. L'interpréta-\ntion aussi a été le plus souvent intéressante, vivante, vraiment artistique.\nSeule l'exécution matérielle laisse encore trop à désirer; mais ce défaut\nsera corrigé par le temps et l'expérience ; nous espérons n'avoir plus que\ndes éloges à faire à la saison prochaine.\n\nA. Soriano.\n\nLA SAISON DE LONDRES.\n\nEn guise de prélude.\nNonchalant et paradoxal, ponctuant de gestes dûment choisis ses phrases\nétudiées, Max Beerbohm parle :\n« La musique sérieuse ne me passionne point. Périssent demain en un\nsoudain holocauste tous les opéras déjà confectionnés et, avec eux, tous\nles gens capables de les reconstituer de mémoire !...ilne me manquera\nvraiment rien. Cependant, j'adore aller à Covent Garden. En juin et juillet,\nce n'est pas un des moins agréables moyens de tuer une heure entre le\ndîner et le souper.\n« En dépit de sasituation et deses proportions comparativement humbles,\nce théâtre, avec ses vestibules frais,ses colonnades et ses foyers,est l'endroit\nidéal pour une cigarette. Promenez-vous seulement dans le couloir des\nloges, et lisez les noms illustres gravés sur les portes, voilà un passe-temps\nqui remplirait de fierté un coeur même moins snob et moins impressionnable\nque le mien ! Il me semble respirer à chaque tour un rare ozone de distinc-\ntion. Nulle troublante nuit d'été ne pourrait me donner une ivresse com-\nparable à celle-ci : déambuler dans l'endroit de Londres le plus aristocra-\ntique. Je marche avec des pieds légers, et, bientôt, je me trouve dans l'état\nd'esprit convenable pour pénétrer dans la Salle. Gomme je descends l'un\ndes escaliers exigus qui conduisent à cet océan de têtes diamantées et de\ncoiffures emplumées : les fauteuils d'orchestre, un gros monsieur me barre\nle chemin. Je le reconnais, j'ai vu sa caricature dans le c'est un légis-\nlateur qui a, une fois, fait partie du ministère Gladstone. En passant, je lui\nmarche sur le pied pour avoir l'honneur de lui en demander pardon. Il\nsalue courtoisement. Je suis heureux.\n« Sur la vaste scène, quelque opéra se déroule, ou quelque autre ; les mu-\nsiciens jouent monotonement, pas assez haut pour couvrir le murmure des\nconversations; car autour de moi les spectateurs bavardent et jacassent,\nsinges élégants; des bribes de discussions et de flirts m'arriventpar bouf-\nfées, incessamment ; je vois des gestes gantés de chevreau blanc, des épaules\nqui n'ignorent point le blanc de perle, des gardénias, le scintillement des\naigrettes, des yeux qui brillent au-dessus de pommettes rosies, les feux"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.45", "texte": "90\nLE MERCURE MUSICAL\n\nd'innombrables diamants, le mouvement rythmique de mille et un éven-\ntails.\n« Et la musique, la musique de scène, tout ce temps, continue. Je ne\npense pas que ce soit du Wagner. Wagner, d'habitude indiscret, ne sait pas\nse tenir à sa place ; il oublie la déférence due aux fauteuils et aux loges, et\nforce leurs occupants à crier du haut de la tête, s'ils veulent s'entendre\ncauser. Wagner, vulgairement, joue pour l'amphithéâtre et les habitués des\npetites places ! Mais, c'est vraiment un grand compositeur en ce sens qu'il a\nhumilié les chanteurs. Grâce à lui, le public ne passe plus toute une soirée\nprosterné devant une frima donna, les bouquets ne décrivent plus dans l'air\nleurs courbes parfumées ; et les pauvres chanteurs, avec leurs pierreries,\nleurs roulades et leurs rivalités, ne sont plus les favoris jadis tant encensés.\n<£ Cependant, les voici encore, ces poupées, frêles, inadéquates à cette scène\ngéante, simples points noirs, tels des personnages humains sur les plus\ngrandes toiles de Turner. Le voici, le petit homme en maillot, gras, em-\nperruqué de blond, suppliant, passionné, faisant rage, tout cela pour la\npetite dame en blanc, qui, les mains croisées sur ses seins, contemple les\nnécessaires étoiles!... Ces fragiles marionnettes, avec leurs grosses voix\nfaisant tant de bruit à propos de n'importe quoi, qu'elles me sont pathé-\ntiques et attendrissantes ! Symboles de notre vanité, de notre mesquinerie,\nde notre pompeuse inutilité sur la scène du monde !...\n« Voyez ! le minuscule ténor va se tuer avec une dague ! Non !la minus-\ncule soprano l'en empêche ! Intelligents, pleins d'intentions, dévoués à\ntoute leur énorme tâche (dont l'utilité m'échappe !), ils me font l'effet, ces\ndeux êtres, d'une paire de fourmis sur un sentier.\n« Attention ! ils s'engagent dans un duo orageux. Vraiment ils me fasci-\nnent ! Voici entrer toute une armée de fourmis en attitudes d'étonnement.\nL'homoncule comprime fiévreusement sa poitrine, la menue cantatrice\nbrise sur le sol une coupe précieuse. Je ne voudrais pas les déranger pour\ntout l'or du monde. Mais quelqu'un, moins aux petits soins que moi, fait\nretomber sur eux un grand rideau et on ne voit plus les fourmis.\n« Les spectateurs arrêtent leurs bavardages pour applaudir paresseuse-\nment. Les hommes se lèvent et vont, par la Fop's Alley, vers des visites et\ndes loges.\n« Et je songe qu'après tout, absurdes étaient les fourmis, qu'il fait plutôt\nchaud dans la salle et que, tout bien considéré, je ne resterai pas pour le\ndernier acte.\n« Ah ! Covent Garden !... »\nIl dit ces mots et, à dessein de prouver ses convictions, s'en fut retenir\nses places pour la série du Ring conduite par Richter.\n\nX.-Marcel Boulestin.\n\nCHRONIQUE DES CONCERTS\n\n6 MAI. Musiciens catalans. La Schola Cantorum a eu l'heureuse\ninitiative de donner une séance consacrée aux musiciens catalans. C'est la\npremière fois, croyons-nous, que l'on entendait à Paris, réunies sur un\nmême programme, les œuvres de ce groupe si intéressant des jeunes com-\npositeurs Barcelonais, et cette soirée a obtenu un trop beau succès pour\nque la Schola ne continue pas à faire, la saison prochaine, d'aussi intéres-\nsantes tentatives."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.46", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n91\n\nAu cours de cette séance, Blanche Selva interpréta, avec une admirable\nintelligence de la couleur, les Chants d'Espagne et l'impressionnante Vega\nd'Albaniz. Ricardo Vinès nous fit entendre, après deux délicieuses danses\nde Granador, la Tour vermeille et la Sevillane d'Albaniz, et l'on fit fête à ce\npianiste exquis,\nMme Marie Gay, dont la voix est toujours merveilleuse, chanta de fort\nbelles chansons populaires et des lieder charmants de J. Gay et de J. Civil,\nun jeune qui fera son chemin.\nEnfin le public de la Schola fit connaissance avec le guitariste Llobet. Il\nest impossible d'exprimer ici le charme, l'intensité et la diversité des sono-\nrités de cet instrument sous les doigts d'un tel artiste. C'est tout simple-\nment prodigieux et émotionnant au plus haut degré, et nous souhaitons\nvivement que le jeune Llobet fasse école, même en France. Ac. SEVER.\nI 2 MAI.— Salle Pleyel : MUe Zielinska.— Hélène Zielinska, har-\npiste de la harpe chromatique, joue avec un style excellent un agréable\nConcerto de Haendel, fort peu connu, que M. de Lacerda a remis\nen partition ; l'orchestre à cordes, sous la direction dudit, a beaucoup\nd'ensemble, d'équilibre et de précision. Les Danses de Cl. Debussy,\négalement pour harpe chromatique et orchestre à cordes, reçoivent enfin\nl'interprétation qu'elles méritent : rythmée, souple et plastique; chaque\nmouvement de la mélodie appelle un pas et un geste, et la musique,\ndélicate et pure de lignes, évoque des souvenirs d'art antique ; Mlle Zie-\nlinska et M. de Lacerda en comprennent admirablement le sens profond :\nce fut une révélation. Diverses pièces de Rameau, Paradies, Fauré et\nV. d Indy nous ont fait entendre la harpe chromatique en solo : MUe Zie-\nlinska joue en véritable musicienne cet instrument plein de ressources,\ncapable, sous ses doigts intelligents, de nuances infinies, et dont la sonorité\nest aujourd'hui en tout comparable à celle de la harpe à pédales. Succès\négalement pour Mlle Marguerite Zielinska, violoncelliste, dans YÉlégie\nde Fauré et le Concerto de Lalo : le son est ample et le mécanisme est\nsûr. L'orchestre avait commencé par l'Ouverture d' Agrippina de Haendel,\nbien rendue en sa solide architecture, et M. G. Loth, qui tenait l'orgue, a\ndonné une interprétation fort intéressante de la Sicilienne de la Sonate en\nfa de Martini. L. L.\n14 MAI. Schola Cantorum. —Le Couronnement de Poppèe, de Monte-\nverdi, triomphalement ressuscité cet hiver parla Schola Cantorum, est une\nœuvre admirable par la variété du ton et l'originalité de la forme. M. Gébe-\nlin est un Sénèque émouvant ; MUe Hugon a, dans le rôle d'Octavie, de cu-\nrieux mouvements rotatoires. La Cantate de Bach Weinen, klagen, inter-\nprétée avec l'intelligence que l'on est habitué à rencontrer en cette maison,\ncontient, entre autres beautés, un merveilleux chant de trompette. Enfin\nMU® Bréval chante deux scènes d'Armide en compagnie de M. David, Re-\nnaud quelque peu interdit devant une charmeuse aussi belle. J'aime certai-\nnement mieux deux scènes d'Armide que le « chef-d'œuvre » tout entier.\nA la répétition générale, le rôle d'Armide était tenu par M. Vincent d'lndy,\nqui y fut très remarqué ; je dois dire cependant que MUe Bréval a réuni plus\nde suffrages encore. Ce beau concert clôt dignement la saison si bien rem-\nplie de la Schola Cantormn. NÉZEU.\n15 MAI. Les Mathurins : Mme Camille Fourrier et M. Ricardo Vinès.\nUn fort beau programme réunissait les œuvres les plus significatives de\nla musique moderne française et russe. M. Laloy, dans une causerie applau-\ndie d'enthousiasme, montre qu'une musiqùe nouvelle nous est née, aussi\nlibre et spontanée que la musique classique était régulière et symétrique;"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.47", "texte": "92\nLE MERCURE MUSICAL\n\nla Russie et la France sont les deux patries de cet art de lumière et de\nplein air. M. Ricardo Vinès fait ressortir tout le charme poétique d'un\npaysage de Déodat de Séverac (A cheval dans la Prairie), puis la grâce\nJeux d'Eaux de Ravel, et la joie capricieuse du Carillon d'Ar-\nmajjrtfe de Polignac. On lui redemande la danse petit-russienne de Mous-\nle Hopack,et si l'on n'en fait pas autant pour l'éblouissante\nmeyde Balakiref, c'est par discrétion pure. Enfin il nous fait retrouver la\nSarabande et la Toccata de Debussy, musiques divines qu'on ne peut\nqu'adorer. Il en est le digne interprète : c'est dire qu'il est le plus merveil-\nleux pianiste de notre temps. Enfin Mme Camille Fourrier chante avec une\nexpression juste et profonde, et une voix qui prend au cœur, trois des\nnouvelles mélodies de Balakiref, deux exquises mélodies de Ravel\ndifférent et la Flûte),deux mélodies d'Armande de Polignac, d'une distinc-\ntion suprême, et enfin le Jet d'Eau, De et deux des\nde Cl. Debussy, qu'elle a l'honneur de chanter en public pour la première\nfois. Remarquablement accompagnée par M. Delacroix, elle les interprète en\ngrande artiste, et doit répéter l'une d'elles, la qui dit tout le mystère\nd'une eau dormante où repose on ne sait quel passé. Ce concert, qui ne fut\npas fort long, est au nombre des cinq ou six concerts les plus intéressants\nde la saison, tant par le choix des œuvres que par la manière dont elles\nfurent mises en valeur.\n16 MAI. Salle de l'Union : Quatuor Excellente exécution des\nquatuors de Beethoven, précise, émue, religieusement respectueuse du sens\nde la musique. Aucun des quatuors d'outre-Rhin importés cet hiver par la\nSociété philharmonique ne s'est montré aussi digne du maître.\n17 MAI. Athénée : Œuvres de Lully, dirigées par M. Reynaldo JJahn.\nLully est quelque peu méconnu aujourd'hui, et on ne saurait trop féli-\nciter M. R. Hahn d'avoir tiré de leur tombeau des pages admirables, telles\nque la scène du sommeil (XAtys ,le trio des frileux d '/sis, ou les adieux de\nCadmus et d'Hermione. Les programmes ayant manqué, M. R. Hahn fait\nlui-même les annonces au public, avec une familiarité charmante et dont\non lui sait gré. Il corrige un faux départ de Mme Raunay et plusieurs autres\npetits accidents qui ne nuisent en rien à la finesse d'une interprétation\ntoute en nuances.\n17 MAI. Société J.-S. Bach. —M. Frohlich, quoique fort souffrant,\nchante la cantate Ich habe genug,et il la chante admirablement. Sa voix,\nd'abord un peu couverte, se dégage bientôt, et la berceuse où s'exprime la\nsoif mystique du repos est d'un effet saisissant. La cantate\nsollen essenest fort belle aussi, et fort bien interprétée par Mlle M. Piron-\nnay, Mme Marty, MM. Cornubert et Frohlich. L'orchestre est conduit par\nM. Gustave Bret, fondateur de la Société Bach, avec une souplesse et une\nintensité de vie qui sans doute n'auraient point déplu au vieux maître.\nCette jeune Société a déjà fait beaucoup pour l'œuvre de Bach; il lui reste\nencore bien des merveilles à nous faire connaître. Souhaitons-lui de lon-\ngues et heureuses années ! Au début du concert, Mme Jeanne Diot avait\nagréablement joué le Concerto pour violon en majeur et le\npour deux violons en ré mineur (avec M. Daniel Herrmann).\n18 MAI. Schola Cantorum : MLLE d'lndy,\nLa musique de piano de Vincent d'lndy est relativement peu connue,\nmalgré sa très grande beauté ; cela tient sans doute à ce que les pianistes\nse soucient, en général, fort peu d'exécuter des œuvres qui font appel à\nleur virtuosité, mais sans la mettre en relief, et exigent au contraire son"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.48", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n93\n\neffacement au profit de l'expression générale. Il faut donc savoir gré à l'in-\ncomparable pianiste qu'est Blanche Selva d'avoir donné àla Schola\nCantorum une audition des principales pièces de piano de M. Vincent\nd'lndy. Ces œuvres dont elle pénètre si profondément la pensée, elle les\nfait revivre et leur assigne la haute place qu'elles auraient dû occuper dans\nle répertoire du piano depuis longtemps déjà, car il ne faut pas oublier que\nle Poème des Montagnes est de iBBx, les Trois valses de 1882 et les\nTableaux de voyage de 1889. Ces pièces datent donc de la période pen-\ndant laquelle le talent de M. V. d'lndy s'est montré le plus directement\nimpressionné par la nature; elles en traduisent la poésie avec une mer-\nveilleuse intensité et diversité d'expression et aussi avec une très grande\nnouveauté de moyens pianistiques. A son tour, Mllc Selva, guidée par une\nsûre intuition, dégage de l'œuvre cette poésie de la nature qui crée le décor\net l'atmosphère dans lesquels s'expriment aveo- force des sentiments\nhumains, et, comble de l'art, elle parvient à faire oublier le piano, tant son\njeu se dépouille de toute virtuosité apparente pour devenir uniquement\névocateur et expressif.\nAprès ces œuvres déjà anciennes, il était intéressant d'entendre la plus\nrécente du maître, la Sonate en ut pour violon et piano. L'interprétation\nen a été en tous points remarquable tant de la part de M.Ue Selva que de\ncelle de son partenaire, M. Em. Chaumont. Ce jeune violoniste bruxellois,\ndéjà connu des musiciens pour d'excellentes interprétations d'œuvres\nmodernes, s'est révélé dans cette Sonate comme un violoniste de tout pre-\nmier ordre ; d'une rare intelligence musicale, il possède en outre une\nsûreté technique jointe à une chaleur, à une intensité de son, remarquables\nqualités qui ont fait à juste raison penser à son maître Isaye, quand il\nvenait lui aussi, tout jeune encore, interpréter les œuvres nouvelles de la\nmusique française. R. C.\n21 MAI. Collège Stanislas :M. Pierre de Bréville. —Ce n'est pas un\nconcert aujourd'hui, c'est une solennité plus grave et plus joyeuse àla fois\nqui nous réunit : le centenaire de cette maison illustre, qui vient de résis-\nter à de si terribles assauts. Du fond de l'orchestre où je suis placé, la salle\napparaît toute noire, avec les taches un peu plus éclairées que font les\ncentaines de visages attentifs ; aux murs, des drapeaux tricolores affirment\nla foi dans la Patrie plus durable que tous les régimes. Dehors, il y a foule\nencore ; on distingue des plumets de Saint-Cyriens, de frais chapeaux\nprintaniers, des oriflammes flottantes, et, plus loin, les murs d'une étude,\nd'un blanc atténué, paisible. M. Denys Cochin termine un vibrant discours\npar des accents d'une émotion si profonde et d'une si virile énergie que la\nsalle entière est transportée d'enthousiasme. L'orchestre a donné, au début\nde la cérémonie, VOuverture d'Egmont, l'un des plus beaux cris de\nrévolte contre l'oppression que l'homme ait jamais fait entendre. On\ncommence maintenant la Cantate du centenaire, dont la poésie est de\nM. Mithouard et la musique de M. P. de Bréville. C'est une œuvre fort dis-\ntinguée et bien venue ; il fallait, pour ces chœurs de jeunes garçons aux\ntuniques bombées, des mélodies assez simples ; elles n'en sont pas moins\nexpressives ; le solo, délicatement chanté par M. Stéphane Austin, est\nd'une grâce charmante ; l'orchestre a des sonorités fraîches et doucement\nlumineuses ; l'œuvre entière est d'une inspiration soutenue et d'une couleur\nlégèrement mélancolique, qui s'harmonise on ne peut mieux avec l'émotion\nunanime. Cette musique est excellente, et plus qu'excellente : poétique.\nPour terminer, M. Imbart de la Tour chante le récit du Graal de Lohen-\ngrin : c'est une voix claire, au timbre net et plein, capable de la plus\nextrême douceur comme des plus grands éclats, c'est un style large et"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.49", "texte": "94\nLE MERCURE MUSICAL\n\némouvant, qui déchaînent un délire d'acclamations. N'entendrons-nous\nplus jamais à Paris le créateur de Fervaal ?\nLes chœurs font le plus grand honneur à M. Pirro, qui les dirige. L'or-\nchestre était composé surtout des élèves de la Schola Cantorum. Je signale\ncependant à la vindicte des pouvoirs publics trois anciens fonctionnaires\nqui n'ont pas craint de prêter à cette fête le concours de leurs archets :un\nier violon, un violoncelle et la 2E contrebasse. Louis LALOY.\n22 MAI. Chdtelet : Jan Kubelik. L'enthousiasme s'empare du public\navant même que le prodige ait paru, et s'accroît après le final du Concerto\nen ré de Wieniawski, joué avec un emportement merveilleux. Trille du\nDiable, Ronde des Clochettes, Moïse, toutes les acrobaties se succèdent, et\nréussissent. Mais le Prélude de la Vle Sonate de Bach n'a pas été com-\npris : ce n'est pas tout que d'être un acrobate.\nTout autre est M. Edouard Bernard, dont l'interprétation simple, impec-\ncable, réfléchie et puissante, d'une Courante de Bach et de la Leggiere^a\nde Liszt mérite l'approbation de tous les musiciens.\n\nF. L.\n\nECHOS\n\nEN ITALIE. L'ltalie se fâche, l'ltalie bouge. Il paraît que nous ne\nfaisons pas encore assez bon accueil à ses comédiens, à ses chanteurs et à\nceux qu'elle nomme ses musiciens. Le Giornale d'italia publie une cor-\nrespondance de M. Louis Schisa où nous sommes tous accusés de malveil-\nlance et de mauvaise foi. Nous sommes jaloux de Mascagni, dont Masse-\nnet, dans la Navarraise, n'a été que le faible imitateur. Et c'est notre stéri-\nlité musicale qui nous rend si sévères aux Cilea et aux Giordano !\n« Peste ! dit à ce sujet M. Gaston Carraud, notre distingué collaborateur,\ndans la Liberté, il ne fait pas bon se permettre une opinion sur le génie des\ncompositeurs de lajeune école milanaise ! Pour avoir apprécié lesouvrages\nreprésentés jusqu'ici au théâtre Sarah-Bernhardt, avec Dieu sait, pourtant,\nquelle coupable bienveillance ! pour s'être laissé associer, avec à peine un\nsourire amusé, à ces manifestations de bonne couleur locale qui sont par-\ntie intégrante d'un opéra italien, comme la scène dans la salle est néces-\nsaire à toute revue qui se respecte, la critique parisienne s'est vue traînée\naux gémonies par la critique italienne. Nos voisins sont bien résolus à\nl'invasion. Et pour s'assurer qu'ils seront les plus forts, ils commencent\npar crier bien haut qu'ils le sont, que quiconque ne dit pas tout à fait\ncomme eux est vil menteur, et le paiera cher. Ils y emploient une outre-\ncuidance, une vanité, un défaut de scrupule et de foivraiment admirables ;\nce sont les Japonais de la musique. »\nTIMBALES CHROMATIQUES. On sait combien il serait à désirer que la\ntimbale devînt à son tour chromatique, c'est-à-dire capable de faire enten-\ndre tous les demi-tons de la gamme, et non pas, comme aujourd'hui, une\nnote seulement. M. G. Lyon, qui nous a déjà donné la harpe chromatique,\naura bientôt réalisé ce nouveau progrès. Ce sera une grande surprise pour\nles musiciens que cette timbale qui aura toutes les facultés d'accord d'un\ninstrument à cordes.\nTHÉÂTRE LYRIQUE. Les frères Isola ont le projet d'ouvrir à Paris un\nnouveau Théâtre lyrique, dont l'emplacement serait voisin de l'Olympia.\nIls se trouveraient donc là comme chez eux. Et que nous donneront-ils ?\nLa Juive, ou Messaline ?"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.50", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n95\n\nUNE RECTIFICATION : BALAKIREF ET M. GUNSBOURG. M. Louis Laloy a\nreçu une lettre, écrite en anglais, dont voici la traduction :\n! - #\nLondres, 18 mai 1905.\nCher Monsieur,\nDans votre très intéressant « Mercur »\n(page 4A) que la mélodie religieuse et triste, « Chanson des bateliers de la\nVolga », que l'on entend au second acte de <( Siberia », a été empruntée par\nM. Giordano à un recueil de Balakiref.\nOr, CE N'EST PAS Balakiref qui est l'auteur de cette mélodie... mais bien\nM. Raoul Gunsbourg, directeur du th\ndéclarait lui-même ouvertement, le 42 de ce mois, àla première du « Théâ-\ntre Antoine », dans une loge de balcon, en présence de M. Henry Gaulhier-\nVillars ( Willy) et de plusieurs dames, parmi lesquelles l'une, aux cheveux\ncourt-frisés, me parut être Mademoiselle\nCroyez-moi ,cher Monsieur,\nSincèrement à vous.\nVIOLET KENT.\nMONDANITÉS. Samedi 20mai, a eu lieu, salle Lemoine, une excellente\nséance de musique de chambre, précédée d'une très intéressante causerie\nbiographique de Jean Chantavoine, et consacrée à Schumann.\nLe trio,en sol mineur, est joué par Mlles Bernard-Vérel, Faure et\nGabry, qui font ressortir avec une rare puissance l'accent de cette œuvre\npassionnée ;le scherzo de la sonate en mineur pour piano et violon,\nYallegro de la Sonate en sol mineur pour piano seul et du\ncerto pour violoncelle font apprécier le talent, le sérieux, la profonde mu-\nsicalité de ces remarquables artistes.\nMlle Aimée Gabry a détaillé avec une diction parfaite et une voix déli-\ncieuse trois mélodies peu connues mais exquises.\nAu THÉÂTRE DE L'AMBIGU, le 2 5 mai, remarquable exécution de de\nMassenet : cette cantate, aussi gracieuse quepeu biblique, était tout indiquée\npour l'œuvre au profit de laquelle on la donnait (Assistance des Mères et\ndes Nourrissons du XVIe arrondissement). L'orchestre, sous la direction\nde M. Danbé, et les chœurs de YEuterpeont été vigoureusement applau-\ndis par un public élégant et nombreux. Nous sommes heureux d'insister\nsur le vif et personnel succès qui fut fait à Mme Gandrey, la charmante ar-\ntiste dont le talent ne pouvait être plus exquisement dépensé que dans\ncette jolie partition et au profit d'une œuvre qu'elle vice-préside active-\nment, aux côtés de la généreuse Mme Périer.\nM. PALADILHE, membre du jury du concours pour le prix de Rome dont\nnous parlons plus haut, a déclaré à un de nos confrères quotidiens que\n« c'étaient là des criailleries sans importance de candidats malheureux ».\nEt il a ajouté : « Le ministère des beaux-arts s'est ému de ce jugement, pa-\nraît-il, moi je m'en moque absolument. » Du ministère ? ou du jugement?\nou du concours ? A défaut de talent musical, M. Paladilhe a reçu en par-\ntage une heureuse facilité d'ironie.\nL'ADMINISTRATION assure, de son côté, que tout s'est loyalement passé et\nque « l'lnstitut ne s'est nullement ému». Nous le croyons sans peine.\nKUBELIK se fera entendre de nouveau au Ghâtelet le 5 juin, à 9 heures du\nsoir."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050601-01.1.51", "texte": "96\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de/Librairie.\n\nM. EUGÈNE GIGOUT a donné récemment une très intéressante audition\nd'élèves où l'on a particulièrement remarqué Mlle Ziegler, virtuose aussi\nparfaite au piano qu'à l'orgue. Remarquable exécution de la Sonate de\nGigout.\nL'ECOLE BEETHOVEN, dirigée par Balutet, a donné, le 21, à la salle\nPleyel, une matinée extrêmement intéressante.\nCitons parmi les exécutantes qui sont des artistes de valeur : Bous,\nquet, Costa, Dutrévis, Lissonde, qui ont joué la troisième Ballade de Cho-\npin, la Légende de saint François de Paale de Liszt, des de Chopin.\nTarentelle de Balutet, Prélude et Fugue en mi mineur à deux pianos de\nBach, etc. Les débutants et débutantes ont eu aussi une assurance remar-\nquable pour leur jeune âge. C'est un succès complet pour l'enseignement\nde MUe Balutet et des professeurs de son école.\nLA PRÉPARATION MILITAIRE. Il existe, sous ce nom, une Association qui\npropage parmi les jeunes gens « les sentiments de patriotisme républicain»,\nLa soirée de gala de son 5e anniversaire a eu lieu à l'Opéra, le 18 mai, et a\nfait entendre aux futurs soldats de la République le violoniste Mischa\nElman, venu spécialement de Londres, le 2E acte d'Armide, le Soldat de\ndemain, poème de circonstance débité par Roch, vêtue à la romaine,\net enfin deux actes de Faust, avec Farrar,de l'Opéra de Berlin, engagée\nspécialement pour cette soirée. Tel est le patriotique programme offert par\ncette Association « nationale ».\nNÉCROLOGIE. M. Rémy, professeur au Conservatoire, vient d'avoir la\ndouleur de perdre sa femme, Mme Rémy, décédée le 17 mai à la suite d'une\nbrève maladie.\nOn annonce la mort de M. E. Dardet, professeur de musique à l'école\nJ.-8.-Say, maître de chapelle à Notre-Dame de la Gare.\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nLIONEL DE LA LAURENCIE. Le goût\nmusical en France. Paris, Joanin.\nNous ne pouvons aujourd'hui que\nsignaler à nos lecteurs cet excellent\nouvrage, où l'information la plus\nsûre s'unit à l'intelligence la plus\nvive et la plus pénétrante, et que li-\nront avec autant d'agrément que de\nprofit tous les musiciens. Nous\nen parlerons avec plus de détail\ndans notre prochain numéro.\nJ.-M. LECLAIR. 6 sonates pour\npiano et violon. Paris, Demets.\nDÉODAT DE SÉVERAC. En Langue-\ndoc, suite pour piano. Paris, Edition\nmutuelle.\nRecueil d'un sentiment poétique\ndélicieux, d'une musicalité person-\nnelle et profonde, dont nous nous\nréjouissons de dire bientôt tout le\nbien que nous pensons.\nALBERT SCHWEITZER. Jean-Sébas-\ntien Bach, le musicien-poète. Leipzig,\nBreitkopf et Hsertel. Paris, Costallat."}]}