{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_sha256": "f9a31aaf7fc517725d76ec71bfed88a3d59020344cda5e3a1f96f1b803f9f805", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/06/15_01/bmtnabh_1905-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/06/15_01/bmtnabh_1905-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.2", "titre_corps": "AU SOMMAIRE:", "titre_sommaire": "AU SOMMAIRE:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.1", "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 293, "texte": "AU SOMMAIRE:\nPIERRE ÂUBRY\nALBERT GROZ J\nLouis LÂLOY\nMARTIAL TENEO\nCOLETTE WÎLLY\n. i ■ ' . . . 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Au Turk\nCOLETTE WILLY Les Vrilles de la Vigne.\nMARTIAL TENEO Miettes histo\nguais\nJEAN MARNOLD .......... Les sons\nREVUE DE LA\nJEAN MÂRNOLD. ........... £,< G Sccindulc du Conservatoire„\nALBERT GROZ. Le Monument Beethoven»\nLouis LÀLOY Déodat de Séverac.\n■—- ... Livres et Musique.\n~ \" •,. Les Idées de M. Houdard.\np™ ~~ Chronique des\n. 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Les Russes\ny ont mis ordre, et le meilleur moyen pour se rendre sûrement\ndans la capitale de Tamerlan est encore de prendre un bon\nbillet de chemin de fer à la tête de ligne du Transcaspien, à\nKrasnovodsk, et de monter dans le train. Il faut dire qu'aujour-\nd'hui, pas plus que jadis les indigènes, les nouveaux maîtres\nne semblent désireux de faire à l'étranger les honneurs de\nleur domaine : on entrait autrefois au Turkestan avec toutes les\nchances de n'en point sortir, on est sûr à présent d'en sortir\nsain et sauf, il est plus malaisé d'y entrer. Le Turkestan est\nun territoire militaire russe : l'étranger n'y pénètre qu'avec une\nautorisation du ministère de la guerre, et cette autorisation est\nassez difficile à obtenir. A peine avions-nous débarqué du mau-\nvais vapeur qui nous amenait de Bakou, un matin de mai\n1901, et notre premier soin fut d'aller présenter au gouver-\nneur de Krasnovodsk, Volkovnikov, les lettres d'introduction\nque nous avions pour lui. Avant même d'en prendre connais-\nsance, les premières paroles de ce fonctionnaire furent pour\nnous demander si nous étions en règle : « Messieurs, faites-\nmoi l'amitié de déjeuner avec moi; mais je dois vous prévenir\nque si vous n'êtes point autorisés en haut lieu, je vous réem-\nbarque aussitôt après pour Bakou ! »\nHeureusement nos papiers étaient là.\nIl n'y a donc de difficultueux dans ce voyage, long à la vérité,\nque des rigueurs administratives. Encore sont-elles quelque-\nfois insurmontables! Du côté de l'indigène, c'est la placidité\nabsolue. On donne généralement le nom de Sartes aux habi-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.3", "debut_caractere": 1877, "fin_caractere_exclue": 1878, "texte": "7"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.4", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "îants des villes. Ils ne sont ni féroces, ni dangereux. Com-\nmerçants et bourgeois dans l'âme, ils considèrent assez volon-\ntiers que la paix des autres fait la leur, et c'est pourquoi,\ntandis qu'au Turkestan le nomade, Turkmène ou Kirghise, est\nsujet à des accès de férocité soudaine, les faubourgs de Samar-\ncande, de Tachkend, de Khohkand jouissent à toute heure du\njour et de la nuit d'une sécurité qu'ignorent et qu'envieraient\nnos capitales européennes.\nIl y a, en fait, comme une double existence: celle de la tente\net celle des villes. Nous n'avons point pratiqué la première. Au\ncontraire, notre séjour dans les principaux centres du Turkestan,\nqui ont gardé un caractère indigène très accentué, nous a permis\nde prendre quelques notes sur les habitudes musicales des habi-\ntants et de transcrire quelques mélodies.\nI\nENTRE AMIS.\nLa vie est douce dans la grande plaine kirghise, sur laquelle\nplane un ciel idéalement bleu le jour, étoilé la nuit. Depuis la\nconquête russe, l'indigène a senti un maître, et l'héroïsme des\nvieux âges n'est plus qu'un souvenir qui survit dans les récits\ndes chantres errants. Une existence sans secousse mène le Sarte\ncitadin du seuil de la vie à celui de la mort. Sa figure placide\net bouffie s'accommode mal des émotions violentes et ne reflète\nqu'une âme médiocrement ouverte à quelque idéal élevé. On\nsait que dans l'Orient musulman, la vie publique ne comporte\nguère l'admission de la femme aux divertissements des\nhommes. Aussi bien, dans les fêtes de famille, dans les réunions\nd'amis, les hommes seuls prennent du plaisir. Les femmes,\nparquées dans le coin de la maison qui leur est affecté, reçoi-\nvent seulement les reliefs du festin et quelques morceaux de\nmouton dans du riz pour améliorer leur ordinaire. Leur charme\nmême ne vaut pas dans les danses celui des jeunes\nbaladins du sexe mâle, dont le plus grand souci est de donner\nl'illusion de la femme : très appréciés, ils sont de toutes les\nfêtes et de tous les plaisirs.\nLa naissance d'un enfant n'est point chez les Sartes l'occasion\nde réjouissances particulières : vraisemblablement, parce qu'il\nserait difficile d'oublier que la femme y joue un rôle. Mais on\nse rattrape au jour de la circoncision de l'héritier mâle : inutile\nd'ajouter que le jeune seigneur est acteur dans la fête, c'est même"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.5", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "le seul des convives qui ne soit pas libre de refuser. Tous les\namis du père sont invités, et viennent en un grave défilé de tur-\nbans blancs, dont le développement indique l'homme de qualité.\nLes amis pauvres sont également conviés, et ceux-ci paient\nleur écot en chansons. Aux mariages, la cérémonie est sensible-\nment la même, seulement chacun reçoit en partant quelque\ncadeau, fruit ou gâteau ; il faut noter que la mariée ne paraît\npoint et reste dans la compagnie des femmes. Enfin nous\navons plusieurs fois assisté à des enterrements indigènes. C'est\nun cortège qui se déroule dans la direction du cimetière : le\nmort est porté sur une civière, le visage découvert, et l'assis-\ntance, qui suit, psalmodie sa lamentation sur un thème mono-\ntone.\nAu fond, ces cérémonies n'ont rien de très caractéristique :\nce qui est plus particulier à l'existence des populations séden-\ntaires du Turkestan et dérive du tempérament éminemment\nsociable des Sartes, ce sont des réunions d'amis, quasi rituelles\npar l'obligation où l'on se trouve de les accepter et d'en rendre\nla politesse, par le formulaire général qui s'y trouve observé,\npar l'époque où elles ont lieu, c'est-à-dire de l'entrée de l'hiver\nau commencement de Ramazan : il y a donc une season dans\nl'Asie centrale. Ces fêtes d'amis, que l'on appelle des gab, sans\ndoute parce que la langue se délie aisément, réunissent\nune trentaine de convives, formant un cercle assez fermé.\nLe plus élevé en fortune et en dignité offre la première réunion,\net chacun à tour de rôle est tenu de rendre un semblable gala.\nDans le salon de l'hôte, les convives, assis sur les beaux tapis\ndu pays, aiguisent leur appétit en goûtant à l'infinie variété\ndes pâtisseries locales. Nous avons fait connaissance avec tout\nce que l'imagination indigène peut inventer comme plats sucrés:\nnotre pauvre Occident ne s'en doute guère, et la mode n'en\nest heureusement point venue chez nous. Il nous est arrivé de\ncompter dans un seul déjeuner, que nous offrit le Kouch Beghi,\ngouverneur de Boukhara, jusqu'à trente-deux assiettes de pâtis-\nseries précédant le repas ! Bref, le festin commence et les pilaf\nsuccèdent au x pilaff. C'est le moment du recueillement; les\nplaisanteries cessent, chacun mange, et, tout en essuyant les\nmains grasses sur la barbe et sur les bottes alternativement pour\nfaire briller celles-ci et celle-là, on écoute les musiciens. Parfois,\nc'est un ami pauvre,dont on met le talent artistique à contribution\nen échange d'un repas, parfois aussi ce sont des musiciens de\nprofession, qui écoulent leur répertoire pendant que les con-\nvives mangent ou se reposent en fumant le kahan. Il arrive\nque, quand il veut faire grandement les choses, l'amphitryon\nconvie un virtuose plus distingué que les autres, qui n'accorde"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "sa présence que contre la promesse d'un riche cadeau, c'est\nle barhchi. Comme tous les grands artistes, le barhchi se fait\nprier, mais quand il a commencé, il ne se tait plus que lorsqu'il\nse trouve suffisamment rétribué, si bien que s'il chante jusqu'au\njour, les convives peuvent se dire que leur hôte a lésiné avec\nl'artiste et regardé à la dépense.\nEn été, il y a d'autres fêtes dans les jardins : la belle nature\ndes oasis du Turkestan fait un cadre incomparable. Le pays\nest un vaste verger ; il est peu de contrées qui produisent autant\nde fruits que le Ferganah ; raisins, melons d'eau, abricots,\npêches, poussent librement dans ce paradis de la gourmandise\nà bon marché. La vie y est trop facile pour que l'indigène\nestime le travail. Les artistes errants ont souvent l'occasion\nd'exercer leurs talents : tout est prétexte à fêtes, et, si nous\ndisons qu'aux fêtes indigènes les Russes ont superposé les\nleurs, on pourra se demander avec inquiétude combien dans\nune semaine il reste de jours ouvrables.\nII\nAU BAÏKABAK.\nDoit-on le dire et comment le dire?\nLe ba'ikabakest une institution que la civilisation russe a\nintroduite au Turkestan, à l'imitation de nos mœurs occiden-\ntales, et qui se réclame tout ensemble de la police, de l'hygiène\net de notre faible humanité.\nC'est aussi un conservatoire de musique et de danse : ajou-\ntons que Fénelon n'y eût pas conduit le Dauphin poury parfaire\nson éducation artistique ; mais l'étranger qui a poussé jusqu'à\nSamarcande sa curiosité de voyageur, n'a point tant de scru-\npules, et vraiment, le spectacle est bien fait pour le consoler des\nreproches de sa conscience.\nDeux mots au cocher : « Sarsky », et voilà la petite\nvoiture qui dévale au galop de ses chevaux vers la Samarcande\nindigène. Les lumières se font plus rares et, dans les ruelles dé-\nsertes de la cité des conquérants d'autrefois, on n'a bientôt plus\npour se guider que la clarté des étoiles. Une ombre se glisse de\ntemps à autre, inoffensive et silencieuse; on roule toujours, puis\nVisvostchik arrête ses deux petites bêtes en sueur devant une\nbâtisse à la porte entrouverte, par laquelle filtre une lueur mé-\ndiocre. Un inspecteur de la police se promène non loin. Sans un"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.7", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "mot, un vieux Sarte, qui en tout autre lieu aurait l'air respec-\ntable, vous achemine vers une échelle de meunier qui conduit à\nl'étage supérieur, dans une grande pièce vide, au plancher cou-\nvert de tapis. On s'accroupit comme on peut, et le noble vieil-\nlard offre le thé de l'amitié. Un jeune indigène allume quelques\nfuligineuses chandelles. Puis personne. Au dehors, le pas du\npolicier. La porte s'ouvre sans bruit : un misérable loqueteux\nparaît, puis un second, puis un autre, puis deux autres. Chacun\nd'eux porte un objet que, dans la demi-obscurité, nous ne dis-\ntinguons guère ; ils s'asseoient au fond de la pièce, dans l'ombre.\nNouveau silence. La porte s'ouvre encore, et voici que, dans\nune clarté plus vive, nous voyons entrer comme trois poupées\nvivantes, le visage maquillé, marchant souples dans leurs grandes\nrobes de soie aux couleurs vives, et l'une d'elles dont on m'a dit\nle nom, Aima, est vraiment belle. Le vénérable vieillard mar-\nche derrière et ferme la porte. Dans l'ombre, où les loqueteux\nde tout à l'heure se sont assis, des sons rythmés se font en-\ntendre : c'est un prélude instrumental. La nagara (i) marque\nle rythme sur lequel les petites poupées vont s'agiter. Mais\nune seule d'entre elles danse. Les autres sont assises près des\nmusiciens et égrènent leur chanson. Celle qui danse s'arrête,\nune de celles qui chantaient la remplace : c'est Aima, la plus\nbelle des djalap. Elle chante encore et danse tout ensemble.\nQuand elle se tait, elle continue à mimer. Elle avait ses bras\nderrière sa tête, derrière ses reins. Maintenant, elle les tend\nvers nous en manière de supplication ; ses hanches souples vont\nà droite, à gauche : elle fait l'offrande de son corps, puis\nelle s'agenouille et tombe. Elle se relève et, très gentiment,\nvient s'asseoir parmi nous, sans doute pour juger, la fine\nde la puissance de ses charmes et de son art.\nJe ne portais point sur moi, ce soir-là, de papier à musique,\net puis, il faut avouer que l'ouïe n'avait point tous les droits.\nJ'ai le lendemain noté quelques bribes mélodiques, qui chan-\ntaient dans ma mémoire. Les paroles, elles sont oubliées, et\npour cause.\n\n(i) La nagara est un tambour dont la peau est montée sur une poterie :\nc'est un instrument analogue à la derbodes Arabes. Au point de vue\nphilologique, il est peut-être intéressant de rapprocher le grec àvaxapa et\nle latin du moyen âge nacara.C'est un mot dont l'histoire serait à faire\net que déjà Du Gange croit emprunté au turc. Ancien français : nacaires."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1202, "texte": "Nous avons conservé cette autre petite phrase mélodique, que\nla djalapchantait avec sa grâce mutine, quand, après s'être\nofferte, elle feignait de se refuser :\nEt puis, quand les danses furent finies, les loqueteux qui\ngrattaient leur doutaravec une espèce de petit plectre et pro-\nmenaient leur archet grossier sur les trois cordes du ou\nsur les quatre cordes du tambour,terminèrent la séance par\nune danse sarte, qu'on nous a dit être très répandue et que\nnous avons notée depuis :\nTrès vite\nMais ce soir-là, nous ne lûmes pas plus loin! Les petites pou-\npées nous dirent adieu dans un sourire, nous reprîmes notre\nvoiture, et, tandis qu'au galop de ses deux bêtes notre isvostchik\nnous ramenait par les mêmes ruelles désertes, nous jouissions\nsous un ciel sans rides de la paix des nuits, que troublaient\nseuls les grands chiens jaunes, hurlant à la lune sur les terrasses\ndes maisons.\nIII.\nA BOUKHARA.\nDepuis que les Russes ont ouvert aux voyageurs d'Occident\nla curieuse cité de Boukhara, quele fanatisme musulman tenait\nobstinément fermée, on en a donné maintes fois des descriptions\npittoresques et vraies.\nIl est un chapitre pourtant qu'on ne s'est point avisé d'écrire."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.9", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "On ne sait guère aujourd'hui plus de choses qu'il y a cent ans\nsur les mœurs musicales des Boukhariotes.\nEt, de fait, quand on a séjourné quelque temps dans les\ncentres urbains du Turkestan, fréquenté chez les indigènes\nde Tachkend, de Margelan, de Samarcande et pénétré leur\nvie, on retrouve tout naturellement les mêmes usages, affinés\npeut-être, à Boukhara. Nous sentons une civilisation supé-\nrieure, confirmée par des siècles d'indépendance et de domi-\nnation, et l'on devine assez bien que la russification entamera\nmoins aisément cette partie de la conquête qu'elle l'a pu\nfaire en face de l'apathie indigène dans les villes du Ferghana,\nplus belles, mais plus amollies, plus riches et moins vaillantes :\nl'idée de patrie a germé quelquefois dans les cerveaux boukha-\nristes. Les habitants du khanat ont conscience d'une espèce\nd'individualisme social, auquel les Russes se gardent bien de\ntoucher, et qu'avec autant de soin d'ailleurs ils préservent de\nl'influence étrangère. Quand on a pénétré au Turkestan, ce\nn'est qu'avec une nouvelle autorisation qu'on accède à Boukhara :\naussi le Français, ami et allié, peut aujourd'hui circuler\ndans les ruelles couvertes de la ville, flâner dans le bazar,\ntourner autour du palais de l'émir, sans crainte d'une ren-\ncontre avec de ridicules Anglais, porteurs de ou de\nkodak : c'est un des rares coins du monde où Thom. Cookn'a\npoint encore réussi à promener ses caravanes.\nLe spectacle n'y perd rien, Dieu merci ! et, pour revenir à nos\nmoutons, expression très légitime du pays de\nc'est-à-dire à nos études sur la musique indigène, disons que\nnous avons pu à Boukhara prendre contact avec un art qu'au-\ncune influence européenne n'est encore venu altérer. On y\nperçoit des impressions uniques. Ainsi, après une journée de\nfatigues, la curiosité satisfaite, on se repose béatement sur la\nterrasse de la demeure qu'on occupe. La cité s'est tue, et la\nnuit vient. Le grand silence règne, qui nous envahit. On repose\nà demi, sans penser, tandis qu'un demi sommeil clôt les yeux.\nAlors, très loin, sans qu'on distingue nettement d'où vient le\nbruit, un son presque musical, qu'on dirait produit par une\nchanterelle de violon sur laquelle glisse un doigt malhabile, se\nfait entendre longuement. Un autre se juxtapose à la tierce.\nTous deux descendent et tous deux remontent au point de dé-\npart pour redescendre encore. Une troisième voix, car un\ninstrument ne donnerait pas cette impression de vie,— prend à\nl'octave inférieure et dessine un mouvement contraire, escala-\ndant par intervalles insensibles une gamme chromatique ascen-\ndante ; mais on sent qu'entre ces artistes invisibles il n'y a\npoint accord. Ils étaient trois, maintenant ils sont dix, dans"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "quelques minutes, ils seront cinquante, cent, à se faire en-\ntendre, et qu'entend-on ? D'un côté, il semble qu'on ouït de\nlongs accords dans un registre élevé; d'un autre, ce sont\ndes rythmes courts et brusquement interrompus, comme\ndes cris de colère. Puis tout se mêle. Aux quatre coins de la\nville, dans la nuit, qui est maintenant à peu près complète-\nment tombée, c'est une symphonie étourdissante, qui finit par\nnous tirer de notre torpeur. On ouvre les yeux ; et, où qu'on les\nporte, c'est pourvoir, au clair de la lune, de longues théories\nde chats gris et blancs, qui défilent et se promènent sur les\nterrasses désertes des maisons boukhariotes, qui chantent leurs\namours, leurs combats, leurs victoires ou leurs peines. La\nsymphonie des chats ne s'entend qu'à Boukhara, car ici les\nchats sont les maîtres de la ville. Quand personne n'a plus le\ndroit de circuler par les rues, eux, seuls, déambulent. C'est un\nsouvenir que l'oreille n'oublie point, mais dont la portée mu-\nsicale ne saurait fixer les finesses d'exécution.\nA Boukhara on voit encoreun spectacle bien particulier, plus\nfréquent que partout ailleurs : c'est la rencontre qu'à chaque\ninstant on est exposé à faire de derviches dans la rue. Le der-\nviche de Boukhara n'est point pareil à ceux que Constantinople,\npar exemple, offre en spectacle aux Européens. Ceux-ci sont\nde braves musulmans, qui ont des aptitudes spéciales pour\nhurler ou pour tourner ; leur commerce n'a rien de remarqua-\nblement désagréable. Mais leurs confrères de Boukharie sont\nde sinistres individus, à l'extérieur sauvage et qu'un fana-\ntisme imbécile et étroit désigne au respect de leurs compa-\ntriotes. Vêtus d'un khalat en loques, rapiécé avec des lambeaux\nd'étoffes multicolores, les yeux hagards, le cou nu, sortant,\nmaigre et sale, par l'entrebâillement de la chemise, les jambes\nnues, souvent couvertes de plaies, chaussés de babouches in-\nvraisemblables, coiffés de bonnets pointus et portant en sautoir\nune noix de coco ou une courge destinée à recevoir les dons\ndes fidèles, ils vont par les ruelles et parcourent les bazars,\narmés d'un long bâton, rançonnant tous ceux qu'ils rencon-\ntrent et chantant leurs bizarres mélopées. Nous étions tran-\nquilles dans la rue du bazar, ou s'achètent les belles broderies\net les étoffes de soie, quand, au loin, nous entendons une voix\nnasillarde et cassée, qui chantait en se rapprochant la mélodie\nque voici, telle que nous 1 avons notée après l'avoir entendue à\nnouveau dans une semblable rencontre."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.11", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "C'était un kalendar,un de ces derviches comme on en ren-\ncontre ici à chaque pas. Suivi de la foule, il vint vers nous et\nréclama notre obole. Les quelques kopecks qu'il reçut ne nous\nvalurent ni sa bénédiction, ni ses remerciements, encore qu'il\nfût heureux pour nous de n'avoir point eu à repousser quel-\nque grossièreté de cet énergumène, car il n'eût point fallu\nespérer trouver chez les indigènes une aide quelconque. La\nfolie de ces moines mendiants a pour eux quelque chose de\nsacré. Le kalendar disparut dans le bazar en traînant ses\nnippes, sa jambe et son bâton, tandis que sa chanson domi-\nnait encore le brouhaha de la foule.\nA quelques jours de là, nous en rencontrâmes un autre, non\nplus dans le bazar, mais sur cette délicieuse place publique,\nqui nous parut être la perle de Boukhara et résumer pour\nnous la vie indigène de la cité. Elle est ombragée d'ormes aux\nproportions colossales, et le centre en est occupé par un grand\nbassin carré, qu'alimente une fontaine sacrée, dont les eaux,\nstagnantes et verdâtres, servent à la fois pour les ablutions et\npour la boisson. « Le réservoir carré, assez profond, de cent\npieds de longueur sur quatre-vingts de largeur, est bordé de\nlarges dalles ; huit à dix degrés de pierre également descendent\nà fleur d'eau ; sur ces degrés circulent de nombreux Sartes aux\ncostumes multicolores. Les uns font leurs ablutions ; d'autres\nlavent du linge ou des fruits ; d'autres, marchands d'eau, rem-\nplissent des outres ; d'autres, enfin, puisent à même pour se\ndésaltérer (i). » Tout autour, sous l'ombre des grands ormes\nséculaires, que trouent par place des percées de soleil, la vie\nboukhariote étale son exotisme. Elle est là comme concentrée.\nIl y a tout autour les petites boutiques des barbiers, qui ton-\ndent au rasoir le crâne de leurs clients et qui, à l'occasion, font\nles opérations chirurgicales, celle de la en particulier.\nOn fait de la rôtisserie en plein air et on consomme sur place.\nCombien avons-nous dévoré de ces petites tranches de mouton,\nqui grillaient embrochées sur des tiges de bois et parfumées\nà toutes les herbes de l'oasis ! On vend de tout : il me souvient\nque là nous avons acheté des étoffes, de vieilles poteries aux\n\n(1) DURRIEUX (A.) et FAUVELLE (R.), Paris,\nPion, 1901, in-B°."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "reflets métalliques, des vases en cuivre repoussé... et même,\nun chat blanc. Des marchands de pastèques et de melons,\ninstallés sous des nattes mobiles, invitent à se rafraîchir, si\nmieux l'on n'aime les sorbets de glace pilée aux parfums du\npays. Enfin on entend les chanteurs populaires, qui s'accom-\npagnent de leurs instruments. Nous avons pu recueillir sur le\nvif quelques-uns de leurs chants, que, d'aiileurs, un officier\nrusse, grand amateur de musique indigène, le\nLeïssek, nous avait communiqués à Tachkend, transcrits par\nlui au cours d'une existence tout entière passée entre l'Oural et\nle Pamir, dans la steppe kirghise, où les distractions sont plutôt\nrares. Ce brave officier avait su s'en créer une. A titre docu-\nmentaire, voici deux de ces chansons populaires boukhafiotes.\nI.\nII.\nNous bornons nos exemples à ces deux mélodies. Ce serait\ninsuffisant si, d'aventure, nous avions dessein de rechercher les\nprincipes d'une théorie musicale pratiquée au Turkestan. Nous\nn'y saurions songer, car c'est au monde la chose dont les indi-\ngènes se préoccupent le moins. Chez les Tatars de Kasan, de"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.13", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "la Crimée et de la Sibérie, on trouve, à vrai dire, quelques\nrudiments de tonalité : mais l'influence russe a sans doute\ncontribué à former cette ébauche de doctrine musicale. Chez\nles Kirghises et chez les Sartes, rien de semblable : on est chan-\nteur d'instinct. Ajoutons que les artistes indigènes savent\ncependant leur métier : il n'y a qu'à les voir pour se rendre\ncompte qu'ils ne chantent pas comme vous et moi. La tech-\nnique diffère quelque peu, car les deux mains jouent un rôle\ndans l'exécution vocale : la gauche, d'ordinaire, fait office de\ncornet acoustique près de l'oreille correspondante, tandis que\nla main droite par des petits battements sur la pomme d'Adam\nsert à produire un trémolo artificiel aux endroits pathétiques.\nNous avons dit que l'influence russe ne se fait pas sentir\nsur la musique indigène de Turkestan. Il y a peut-être une\nexception : c'est la marche nationale de Boukhara. Est-elle\nglorieuse pour l'école russe moderne ? Y sent-on la patte des\nGlinka, des Rimski, des Balakirev ? Nous n'oserions l'affirmer.\nEn tout cas voici dans quelles circonstances il nous fut donné\nde l'entendre.\nComme nous voyagions munis de passeports diplomatiques\net en même temps chargés de mission musicale, le premier\nministre de l'émir, le Kouch-Beghi, avait imaginé de mettre\nau programme des honneurs qu'il se crut obligé de nous rendre\nune revue des troupes de Boukhara. Je priai mon camarade de\nroute de jouer le grand premier rôle dans la circonstance :\nce fut lui qui sur l'habit noir arbora le casque colonial, unit sur\nsa poitrine les palmes académiques au Dragon Vert de l'Annam,\net dans cet équipage passa gravement sur le front des troupes.\nIl apprécia les mouvements, fit quelques critiques, salua\nles étendards et complimenta les généraux et les officiers\nsupérieurs boukhariotes avec toute l'autorité qu'un archiviste\npaléographe apporte dans les questions militaires. Pour moi,\non pensa faciliter ma mission en me plaçant pendant ce temps\nà cinq ou six mètres de la musique militaire. Oh ! quel sou-\nvenir ! une heure durant, plus de cinquante petits fifres, ayant\nle timbre aigu d'une nouba algérienne, s'unirent pour me\nbriser le tympan. Et qu'entendre ? une marche guerrière, qui\ndu temps de Gengis-Khan peut-être a été, de génération en\ngénération, transmise jusqu'à nous (i) ? quelque farouche chant\n\n(1) Et pourtant il en est une. Nous tenons de M. Decourdemanche,\ndont on sait l'autorité dans les questions de langue et de littérature\nturques, qu'il a existé une poésie guerrière turco-mongole de Mir Ali Chir\nNavaï, qui vivait sous Hussein Baïkara, sultan d'Afghanistan, contemporain\nde Baber, c'est-à-dire au début du seizième siècle. Cette marche fut long-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "d'indépendance révélé dans une heure d'héroïsme ? Eh non !\ncela siérait mal à ces pacifistes de l'Asie centrale. A Boukhara,\nl'armée n'est faite que pour la paix, il ne faut pas la rendre\ntrop belliqueuse. On n'eut pas besoin d'un Tyrtée : quelque\nprofesseur de piano ou quelque chef de musique a dû com-\nmettre ce chef-d'œuvre. Nous le publions ici parce que c'est\nune curiosité, et qu'on ne le trouve certes point dans les\nrecueils d'airs nationaux de tous les pays : telle est notre\nunique raison.\nVeuille le lecteur excuser cette pauvre élucubration ! Nous\navons dit tout à l'heure que l'influence russe n'a point pénétré\ndans la musique indigène. Trouvons-nous dans cette impor-\ntation européenne une contradiction ? Non, certes, car ici la\npénétration s'est faite dans le genre officiel et non dans la\nmusique populaire, qui, elle, est restée ce qu'elle était, quel-\nque peu incohérente et sauvage, mais qui, au pays où tous\nles fruits de la terre poussent avec une exubérance inouïe,\njaillit spontanément et n'a cure des doctrinaires, des chefs\nd'école, des faiseurs de systèmes, autant que d'embarras.\n\nPierre Aubry.\n\ntemps en honneur a Boukh.ara, ou Hakki Bey, secrétaire d'lsmaïl-Pacha,\n1 entendit et la recueillit. Il 1 emporta en Egypte, ou elle fut mise au réper-\ntoire des troupes khédiviales. On la jouait encore en 1867."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c016", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.6", "titre_corps": "LES VRILLES DE LA VIGNE", "titre_sommaire": "LES VRILLES DE LA VIGNE", "signature_source": "Colette Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2024, "texte": "LES VRILLES DE LA VIGNE\n\n('»\nClaudine me dit encore :\nDans le temps que mon mari était amoureux d'une de ses\namies qui s'appelait Rézi... (Pourquoi me regardez-vous comme\nça ? Je n'ouvre pas des yeux quand vous commencez une his-\ntoire par : « Cette année-là, mon mari avait une grippe infec-\ntieuse... »). Je reprends. Donc, Renaud était amoureux de Rézi.\nIl n'y avait rien, en la circonstance, qui le singularisât, car bien\nd'autres que lui... Et mon cher grand gobeur voulait, comme\nles autres, découvrir en Rézi une femme nouvelle, voire l'y créer,\npour l'orgueil de se dire tout bas : « Moi, je suis un type dans\nle genre de Dieu le Père, j'ai animé l'argile inerte... » Et il\navait promu Rézi au rang enviable des musiciennes d'instinct.\nLa pauvre chère !\nLes commencements furent durs, mais Renaud montre par-\nfois une grande ténacité, un entêtement capricieux et féminin,\net puis l'aridité de la tâche ennoblissait le but.\nRézi suivitles grandsconcerts.Lesjournauxmondainsnotèrent\nsa présence, et jamais elle n'eut de plus jolis chapeaux. Elle se\npenchait avec Renaud sur des partitions d'orchestre qui lassaient\nses genoux fins et tachaient ses gants. On la vit griffonner des\nsignes mystérieux, mouiller à sa bouche étroite la pointe d'un\ncrayon d'or clouté de rubis... Sa blonde et courte figure de petit\nangora se renversait sur mon grand mari, dans la plus extatique\net la plus flatteuse attention... Pauvre petite !\nEncore ! Vous la plaigniez ?\nNon... je la blaguais. Je crois qu'elle m'a beaucoup méprisée.\nElle me disait : « Oh ! vous... » en haussant légèrement les\népaules, et j'entendais là-dessous : « Oh ! vous, Claudine, on ne\npeut pas vous sortir de votre chocolat sur le gril, de vos ba-\nnanes pourries, de votre Fanchette et de toutes vos manies DO-\ncagères... » Elle commença, vers cette époque, à parler musique,\net je ne me tins plus de joie. Une timidité charmante gouverna\nd'abord ses paroles, et quand le mot technique lui faisait dé-\n\n(i) Suite. Voir les numéros i et du 2 du Mercure musical."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "faut, elle y suppléait par une flexion de nuque, un tournoie-\nment javanais des poignets...\nL'assurance lui vint, —• trop tôt. Elle se sentit mûre pour le\npèlerinage de Bayreuth. Hélas ! la Fanfare de l'Or, au seuil du\ntemple de brique rose, sonna la fin du règne de Rézi. Renaud,\nrepris au sombre charme de la musique, perdit son zèle d'apôtre\net subit avec quelque impatience son élève, dont la loquacité à\nprésent s'étayait d'un guide-âmes (Renaud à l'usage\ndes mondaines en pèlerinage...\nUn jour qu'il avait perdu disons consacré une heure\ntrois quarts à la remorquer à travers la brillante forêt des\nmotifs de panoplie (thème de l'Epée, thème de la Lance, du\neaume, etc.), elle confondit l'arme de Parsifal avec celle de\nWotan, et toutes deux avec Nothßenaud ne dit mot, et\nregarda notre amie comme si, tout d'un coup, elle venait de\nvieillir de quinze ans.\nLeur flirt, un brin languissant, traîna jusqu'à l'hiver, et Paris\nrevit ensemble, aux concerts, mon mari et mon amie.\nUn soir, salle Pleyel, le programme annonçait :\ni° Chansons canadiennes(Vuillermoz).\n2° Fédia(Camille Erlanger).\n3° Sonate de Franck.\nEtc., etc.\nJe vois encore Rézi, ce soir-là. Couronnée d'olives noires et\nde feuilles vertes, elle blottissait dans son paletot de loutre un\nvisage patient et anxieux, le grave sourire d'une jeune prêtresse\nque le dieu va visiter. Comme le dieu tardait, elle se pencha\nsur le programme, tourna son sourire vers Renaud et demanda\nd'une claire voix chantante :\nPourquoi a-t-on la rage de jouer toujours cette troisième\nSonate de Franck et jamais les deux autres?\nJe crois me souvenir que Renaud abandonna Rézi le même\nsoir, en prétextant une course urgente dans le quartier, et que\nc'est depuis ce temps-là qu'elle se consacra plus spécialement à\nla littérature dramatique.\n\nColette Willy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.7", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nLE COMTE DE LAURAGUAIS ET SOPHIE ARNOULD\nAprès toutes les révélations faites sur la célèbre pensionnaire\nde l'Académie royale de Musique au xviii6 siècle, et sur son plus\nfidèle amant, le comte de Lauraguais ; après le livre des frères\nde Goncourt, considéré, par la majorité, comme un évangile\nhistorique, il paraîtra téméraire de toucher à un sujet qu'on a\ndit épuisé.\nPar fâcheuse faiblesse, on est porté plus que jamais, de nos\njours, à donner aveuglément de l'encensoir sur le nez des au-\nteurs ingénieux qui se spécialisèrent dans l'évocation du passé,\nen se mettant à l'abri des recherches difficiles, et nos « lettrés»\nmodernes surenchérissent volontiers sur des affirmations qu'au\nsurplus ils croiraient malséant de contredire.\nJe n'ai point ce scrupule immodéré. J'estime que l'Histoire\nne saurait s'embarrasser de fantaisie et que la moindre preuve\nest préférable à cent déductions habiles, tirées de faits douteux.\nC'est pourquoi je me permets, dans le seul but de servir la vé-\nrité, d'opposer au système anecdotique des frères de Goncourt\nquelques documents rares, en ce qui concerne la créatrice d\nphigénie en Aulide et le fils du duc de Villars-Brancas.\nEn citant une lettre de Sophie Arnould à Lauraguais, lettre\ndatée du 21 septembre 1799, les du « plus bel\nasthme qu'on ait entendu chanter» déclarent: « Cette lettre,\nc'est tout ce que nous avons des rapports de Sophie et de Lau-\nraguais, en cette dernière intimité de bonne amitié », ce qui\nrevient à dire : « Ne cherchez pas autre chose, vous ne trou-\nveriez rien ! » Or, voici une bien jolie missive expédiée le\n24 vendémiaire an IX, par le « berger » de Manicamp à la\n« fermière » de Luzarches :\nA Mademoiselle Arnould, le] 24 vendémiaire an IX.\nJe vous fais mon compliment, ma divine Sophie, d'avoir obtenu une\nreprésentation à l'Opéra, Si j'avais été comédien, je pourais prier mes\nCamarades de représenter pour moi, les jeux du hazard et de la fortune."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "Cette fixiontheatrale me vaudrait quelque chose, tandis que la réalité me\nruine sur le théâtre du monde. Moi presque pendu pour n'avoir point\némigré, je me trouve ruiné pour avoir ouvert les bras à deux émigrés\nauxquels le gouvernement ouvrait la France. L'un d'eux après avoir joué\navec moi le rôle de Crispin dans le La si bien arrangé mes af-\nfaires pour lui,que pour me forcer à tout lui abbandonner, il a mis ce que\nje possède dans le cas d'être saisi, et, vraisemblablement mon troupeau\nd Lspagne superbe cette annee, mayant donné 3o agneaux, sera vendu\npar le Receveur du Département de Laisne à l'écorcheur de Chauny. Le\ngouvernement n aurait pas seulement l'air de protéger la production des\nmoutons espagnols, s'il en défendait la saisie. Il serait bizarre que le\ngouvernement actuel employât les ventes forcées de ces troupeaux pré-\ncieux, comme un moyen de propagation, tandis que le Gt Provre qui\nse connaissait en destruction, fesait grâce, pour les conserver, à leurs\nchiens et à leurs propriétaires. J'étais fort tenté de parler de cela au\nMinistre Chaptal.mais je m'étais arrangé depuis si longtems, dans l'ancien\nRégime pour devenir républicain, quayant oublié cornent on parlait\naux ministres d'autrefois, je ne saurais apprendre cornent on parle à ceux\nd'aujourdhuy.\nVous qui en savés \"davantage, Madame Sophie, tachés de me conserver\nmes moutons ; et dans ce cas, votre vieux Pasteur, à leur tonte prochaine\nvous fera le présent pastoral de la dîme de leurs toisons.\nB. L.\nM. DE LAURAGUAIS (I).\nCe document est précieux, d'abord parce qu'il montre Lau-\nraguais sollicitant de sa vieille amie une aide morale, à une\népoque mystérieuse de leur existence commune, ensuite parce\nqu'il éclaire d'une vive couleur la physionomie du gentilhomme\noriginal qui, sous Louis XV, Louis XVI, la Révolution, le\nConsulat, l'Empire et la Restauration, fit de l'opposition, tou-\njours, partout et quand même.\nEn 1800, Sophie Arnould, dont la détresse grandissait, avait\ndonc tenté une démarche auprès de Lucien Bonaparte, alors\nministre de l'intérieur, afin d'obtenir une représentation à son\nprofit au Théâtre des Arts. Mais la situation déplorable dans\nlaquelle se trouvait pécuniairement parlant notre pre-\nmière scène lyrique à cette époque, et l'obligation imposée à la\nbénéficiaire de paraître en personne « à une telle représentation\npour l'obtenir » fit remettre à des temps « plus heureux » cet\nacte de justice et de charité.\nEn 1801, Chaptal, devenu ministre à son tour, en remplace-\nment au frere du F rentier Consul, écrit, en date du 18 ventôse,\n\n(0/ Lettre acquise par M. Charles iNuitter et destinée aux Archives de\n1 Opéia. Ce document inédit adu etre dicte par le comte ;il n'est pas\nde sa main."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.19", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "au citoyen Bonet, Commissaire du Gouvernement près le Théâ-\ntre des Arts, àla suite d'une requête de Sophie Arnould :\nJ'ai arrêté, Citoyen., qu'il seroit donné au Théâtre des Arts une repré-\nsentation au profit de Mademoiselle Arnould, connue par ses nombreux\nsuccès et les services constans qu'elle a rendus à ce Théâtre pendant plus\nde 20 années.\nSon âge et l'état de sa santé la dispensent naturellement de remplir les\nconditions imposées aux artistes retirés qui ont réclamé cette faveur. Il\nest impossible que Mne Arnould reparaisse aujourd'hui sur la scène, où\nsa présence ne rappelleroit que des regrets et des souvenirs inutiles.\nJe vous invite donc à faire donner le plus promptement possible, la re-\nprésentation dont il s'agit ; ce sera un gage public de la protection que le\nGouvernement accorde aux Arts, et un encouragement particulier pour\nceux qui consacrent leurs Talens au premier théâtre Lyrique de l'Eu-\nrope.\nJe vous salue.\nCHAPTAL (I).\nSix jours plus tard, Bonet (et non Cellerier, comme l'ont pré-\ntendu les de Goncourt, voir note page 240,\nrépond à Chaptal :\nCitoyen Ministre,\nJ'ai reçu votre lettre en date du Ï8 de ce mois, par laquelle vous accor-\ndez à la citoyenne Arnoult une représentation à son profit. Je suis prêt\nà exécuter vos ordres ; mais permettez-moi, de (sic) vous prie, de vous faire\nobserver que votre prédécesseur s'étoit en dernier lieu refusé à plusieurs\ndemande de ce genre ; qu'au milieu de vos grandes et nombreuses occu-\npations, il a pu vous échaper que le Règlement s'opposoit à accorder\nde semblables faveurs, parce qu'il a été reconnu qu'il en résultoit un\npréjudice très considérable pour les intérêts du Théâtre. En effet, une\nreprésentation de ce genre où l'on donne toujours la pièce et le Ballet,\nqui sont le plus en possession de plaire, et où le concours des spec-\ntateurs est très considérable par la certitude qu'il a que le spectacle sera\nbien soigné, anéantit toutes les recettes de la décade. Ces faits sont si\nconstans, que le Gouvernement a préféré d'accorder une Douzième des\nRecettes pour tenir lieu aux artistes d'une représentation par mois qu'il\nleur étoit passée pour leurs pensions.\nPermettez-moi, citoyen Ministre, de vous représenter que vous allez\nêtre assailli de Demandes de cette espèce dont plusieurs vous paraîtront\npeut-être plus fondées que celle de Mlle Arnoult, et qu'il vous seroit pos-\nsible de venir au secours de cet artiste qui a tant acquis de gloire sur ce\nthéâtre et qui a tant de droits à la bienveillance du Gouvernement par\ndes moyens qui entraîneroient moins d'inconvénients.\nJ'ai cru, Citoyen Ministre, m'acquitter de mon devoir et répondre à votre-\nconfiance en vous faisant ses observations. Je vous prie de me trans\n\n(i) Archives de l'Opéra. Document inédit.\n8"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.20", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "mettre vos ordres pour que je puisse les mettre sur le champ en exé-\ncution.\nSalut et respect.\nBONET (I).\nP. S. Mlle Arnoiilt que je viens de voir à l'instant demande Anacrèon\net la Dansomanie.\nCtaaptal, troublé par les hypocrites observations du commis-\nsaire, hésite et se laisse convaincre. Le 29 ventôse, il écrit à\nBonet :\nJe reconnais. On, la justesse des observations que vous m'avez adres-\nsées, sur la représentation promise à Mll© Arnoult.\nJe chercherai d'autres moyens de concilier l'intérêt du théâtre des Arts,\navec les besoins d'une femme célèbre, dont les longs services méritent\ndes égards, ne fût-ce que pour l'encouragement des artistes qui lui ont\nsuccédé.\nJe révoque, par cette lettre, la permission que je vous avais accordée\nde donner une représentation à son profit.\nJe vous salue (2).\nLe i 3 avril 1801, Sophie rappelle à Chaptal qu'il a promis\nde lui continuer ses bontés; elle y compte, « ».\nElle touche alors un secours de deux mille francs sur les six\nmille qui lui ont été accordés par Cellerier, l'administrateur de\nl'Opéra, en remplacement de sa représentation à bénéfice.\nMais le 14 brumaire an X (5 novembre 1901), poussée par le\nbesoin, elle écrit à Cellerier une longue lettre de reproches (voir\nSophie Arnould,par les de Goncourt, page 242), et comme\ncelui-ci ne répond pas favorablement, elle s'adresse au Bureau\ndes Théâtres, d'où part le rapport suivant présenté au Ministre\nde l'lntérieur :\nLe Ministre n'a pas oublié sans doute que Mlle Arnould, vieille, malade,\net presque abandonnée, n'ayant pour gage de son existence actuelle que\nle souvenir de celle qu'elle eut autrefois, attend de la Justice et de la\nbienveillance du Gouvernement le reste du secours pécuniaire qui lui\nfut promis, à la place de la Représentation qu'elle avoit obtenue. Je\nne sais pas trop sur quel titre elle a fondé l'espérance que ce secours\nseroit de 6.000 francs, mais si le Ministre n'a pas lui-même déterminée\ncette somme, je crois que le Cit. Cellerier l'a promise, en son nom,\npour engager Mlle Arnould à renoncer au bénéfice de sa Représentation;\nquoi qu'il en soit, elle n'a reçu jusqu'à ce jour que 2.000 francs et chaque\njour, elle réclame le reste de la somme qu'elle s'est flattée d'obtenir.\nJe ne doute pas que le Ministre n'ait égard àla situation de cette Ac-\ntrice longtems célèbre ; et quoique les services des Comédiens me parais-\n\n(1) Archives de l'Opéra. Document inédit.\n(2) Idem. Id."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.21", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "sent magnifiquement recompensés, surtout quand on les compare au sort\ndes hommes illustres, qui dans les Arts et dans les Lettres, ont honoré jadis\nou peuvent un jour honorer leur Pays, je pense que le Ministre doit\nremplir la promesse qu'il a faite, ou qu'on a faite, en son nom, à Mile Ar-\nnould. Je propose donc de lui faire payer, en deux payemens égaux, la\nsomme de 4.000 francs dont 2.000 aujourd'hui, et les autres 2.000, dans\ntrois mois.\nLe chef du Bau des Théâtres.\nE. (1).\nCette leçon donnée par un simple poète et gazetier indisposa\nChaptal sans nul doute.\nLe ministre écrivit simplement en marge de ce rapport :\n« Ajourné. »\nLa misère de Sophie dut être à son comble, car, le mois sui-\nvant, Chaptal recevait un autre rapport ainsi conçu et venant de\nla même source :\nLe Ministre se rappellera sans doute que Mlle Arnould ci-devant ire ar-\ntiste du théâtre des Arts, obtint dans le mois de Ventôse dernier\nune représentation à son profit. Cette faveur n'eut pas lieu. Cette an-\ncienne artiste, malade et presque abandonnée, expose qu'elle n'a touché\nde cette indemnité qu'une somme de 2.000, et sollicite avec les plus tou-\nchantes instances, le reste de îa somme qui lui a été promise.\nLe Ministre ne refusera pas sans doute sa bienveillance à l'âge, au\nmalheur, au souvenir d'un talent célèbre.\nJe lui propose, en conséquence, en attendant l'accomplissement de la\npromesse qui a été faite à Mlle Arnould, d'accorder à cette artiste intéres-\nsante, un secours dont il voudra bien fixer la valeur (2).\nChaptal s'est laissé toucher. Il signe un bon de 600 fr. qui\nest joint à l'état remis à la comptabilité le 5 frimaire an X, et\nquatre jours plus tard il reçoit de Sophie Arnould cette belle\nlettre de remercîment.\nParis, ce Nonidy 9 frimaire, an X.\nMue Arnould, Pensionnaire du gouvernement et du théâtre des arts.\nAu Citoyen Chaptal, Ministre de L'intérieur.\nCitoyen Ministre,\nRecevez, avec la même Bonté, qui vous a fait me rappeller à votre\nsouvenir, les assurances bien sincères de ma reconnaissance. Elle n'a,\ndans mon cœur, aucuns sentiments qui puisse l'égaller, que la haute es-\n\n(1) Archives de l'Opéra.— Document inédit de Joseph-Etienne Esmé-\nnard, courtisan de Bonaparte.\n(2) Archives de l'Opéra. Document inédit."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.22", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "time que sçait inspirer vos mérittes ; et la considération avec laquelle je\nsuis, Citoyen Ministre; Votre très dévouée concitoyenne,\nSOPHIE ARNOULD (I).\nTout le monde connaît la fin misérable de la célèbre chan-\nteuse, de celle qui avait tant brillé, jadis, dans la société pervertie\ndu prince d'Hénin, du riche Bertin, de M. de Monville, du duc\nde Fronsac, de Delisles de Sales, l'auteur d'un Théâtre d'amour\nêrotique (2). Je ne m'y arrêterai pas. La vieille artiste-courti-\nsane qui avait été tour à tour tribade et « mangeuse d'hommes »,\nl'ancienne soupeuse des petites maisons galantes, racheta son\npassé par de longues misères de corps et d'âme, et disparut en\n1802 (22 octobre), âgée de soixante-deux ans elle était née\nen 1740, et non en 1744, entourée de respect, de pitié et re-\ngrettée par son fidèle Dorval, comme elle aimait à désigner le\ncomte de Lauraguais.\nJ'arrive à un point historique des plus curieux. MM. de Gon-\ncourt ont affirmé, bien à la légère, en plaçant vers 1799 l'inci-\ndent dont je vais parler, que Lauraguais fournit une preuve de\nson assiduité auprès de la malade en écrivant à Barré, Radet et\nDesfontaines, auteurs d'un vaudeville en trois actes intitulé\nSophie Arnould, une lettre de protestation.\nLes fameux anecdotiers je dénie le titre d historiens aux\nfantaisistes thuriféraires de Marie-Antoinette ont commis là,\nparmi tant d'erreurs grossières, une erreur incroyable.\nLa lettre qu'ils ont crue écrite du vivant de Sophie ne le fut\nque deux ans après sa mort, en octobre 1804. Elle était adres-\nsée à M. Dubois, préfet de la police de Paris. Je la donne en\nentier, pour la première fois :\nCe 17 Vendémiaire an XIII, à Paris.\nJe commencerai, Monsieur, la Lettre que j'ai l'honneur de vous écrire,\nainsi que Cicéron finit une des siennes à Atticus.\nKixépwv ô <ptXoaocpôi; xov TcoXtxtxov Ttxov àa\"7ïàÇ£Tat....\nEt comme le dit encore Cicéron, vous pourriés fort bien, depuis que\nvous êtes en place, avoir mis, ainsi que Cassius, votre philosophie à la\ncuisine ; tua quidem (philosophie) in culinâ; et par conséquent avoir\noublié les humanités, à mesure que vous vous êtes occupé des affaires\nhumaines.\nVous serés bien aise qu'on vous dise que Cicéron devenu homme de\nLettres, saluait Atticus devenu homme\nson crédit; et sans vous citer toujours Cicéron, quoi qu'il ait tout dit et\ntout embelli, je vous dirai, Monsieur, que ceci nous est d'autant plus\n\n(1) Archives de l'Opéra. Document inédit.\n(2) Voiries Théâtres clandestins,par G. Capon et R. Yve-Plessis."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "applicable que je suis jurisconsulte, depuis que vous netes plus homme\nde loi, et qu'avant de défendre mes droits, je pense être dans le cas de\nréclamer celui que vous avés, de faire respecter les nôtres, en votre qua-\nlité de préfet de la police de Paris, et voici, Monsieur, l'occasion et l'objet\nde la prière que je vous adresse.\nLe Journal de Paris d'hier 16 vendémiaire : article nouvelles des sciences,\nannonce aussi, comme une nouvelle qu'on\ncessamment donner au Vaudeville : Les amans sans jambes ou Les amis\nde Mile Arnaud.Que ce titre n'eut convenu autrefois, qu'à la plus ignoble\nparade de la foire, et convienne maintenant, ou non, à l'état des lettres et\ndes arts ; ce n'est pas mon affaire, monsieur. Mais j'ai été l'amant ou\nl'ami de Mlle Arnould, toutte sa vie : rien n'est plus connu, comme de\nraison, encore plus au Vaudeville, qu'à la ville. Je ne sçaurais donc dou-\nter que l'auteur ou les auteurs des Amis de Af\"e Arnoud, ne me donnent\nsous un nom, sous une forme quelconque, un rôle dans cette pièce ; et,\nloin d'y consentir, je le veux si peu, que j'attaquerai en justice 1 horrible\nlicence de sa représentation, si elle est permise.\nJe pourrais, à l'occasion du parti que je vous annonce, et pour le jus-\ntifier, vous citer encore Gicéron, citant lui-même les Lois des Douze\ntables ; mais vous aimerés peut-être mieux que je vous parle d une autho-\nrité moderne. Je vais donc vous rapeller, ce que répondit, Mme la\nMaréchale Lefebvre, étant au cercle d'une Dame, qui la priait ae lui rac-\nconter une histoire, qui l'avait amusée, mais dont elle ne se ressouve-\nnait plus guère... : « tredame, je le croyons bien ; l'histoire est drôle;\nmais je ne voulons pas faire rire vos p» Ce mot me paraît excel-\nlent, et sans doute, il me sera permis d'en invoquer le sens et 1 éten-\ndue.\nJ'ai l'honneur, Monsieur, de vous saluer, très\nparfaitement.\nLAXJRAGUAIS (I).\nIl est de toute évidence que cette curieuse lettre de Blancas\nadressée au préfet de police en 1804 ne saurait avoir été en-\nvoyée en 1799 aux auteurs des Elle eut\npour effet d'apporter une modification au titre de la pièce, et l'on\npeut supposer que Baret, Radet et Desfontaines atténuèrent ce\nque leur vaudeville avait de trop satirique à l'endroit de Sophie\nArnould et de son amant préféré.\nLes erreurs que j'ai relevées dans les ouvrages biographiques\ndes frères de Concourt sont fort nombreuses, et j'aurai certaine-\nment l'occasion d'en redresser encore quelques-unes au cours\nde mes recherches.\nPresque toutes ces erreurs proviennent d'une mauvaise mé-\nthode de documentation. MM. de Concourt, par goût naturel,\nainsi que le prouve leur Journal, ont cultivé surtout les on-dit.\nC'est ainsi qu'ils ont « enrichi » leur Sophie Arnould à 1 aide de\n\n(1) Autographe acquis par M. Charles Nuitter et destiné aux Archives de\nl'Opéra."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.24", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 787, "texte": "YArnoldiana de Deville, annotée par l'antiquaire Millin. Or,\nl'ouvrage de Deville est une source de sottises et de mensonges,\net les notes du fameux Millin ne sont que propos de van-\ntard. La preuve de ceci ? dira-t-on. Elle existe dans un exem-\nplaire de VArnoldiana annoté en 1814 par Henri d'Espinchal,\nancien page de Louis XV, de Louis XVI et de Napoléon ler.Ier. Ce\npersonnage, qui fut mêlé à toutes les intrigues de la Cour et de\nla ville, se montre de bonne éducation dans ses dires, et sa dis-\ncrétion donne du crédit à ce qu'il affirme. Il est fort regrettable\nque MM. de Goncourt l'aient ignoré. Ses annotations les auraient\namenés à sacrifier quelques anecdotes graveleuses, à contrôler\nbien des faits et à serrer de plus près la vérité.\nMARTIAL TENEO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.8", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nEn concluant que « notre représentation des sons n'est pas\nsimple » alors qu'elle devrait l'être, M. Riemann nous avait\npromis « plus d'une raison » pour nous engager à partager son\nsssurance et admettre sa proposition. L'examen de son syllo-\naisme préliminaire permettrait mal d'estimer la précaution\nguperflue et, jusqu'ici, nous ne sommes guère autorisés à\naccorder à sa conclusion d'autre valeur que celle d'une hypo-\nthèse, à quoi fait encore défaut le moindre commencement de\npreuve. Nous éprouvons une autre satisfaction en abordant\nl'exposé de ces raisons attendues. Nous allons pouvoir nous\ndébarrasser d'une terminologie assurément savante, mais dont\nla profondeur abstraite et ambiguë semble idoine plutôt à\nréjouir un métaphysicien qu'à éclairer la pensée du flambeau\nd'une irrécusable précision.\nCe que M. Riemann, en effet, entend par « notre représen-\ntation des sons » ( Tonvorstellung), c'est tout bonnement le\nrésultat de ce qui se passe dans notre oreille. Inexistants dans\nl'onde sonore extérieure, les « sons inférieurs » seraient la con-\nséquence inéluctable de la construction de notre appareil auditif,\net trouveraient là les moyens de manifester une existence qu'on\naurait le droit de qualifier, jusqu'à un certain point, d'objective,\nchacun en devant constater la réalité, aussi bien dans l'oreille\nde son voisin que dans la sienne propre.\nAu fond, si nous savons fort bien que « nous entendons »,\nnous ne savons pas du tout comme « nous entendons ». On a\nélaboré, à propos du mécanisme de l'audition, un grand nombre\nde théories assez diverses et souvent contradictoires, dont le\nrésumé le plus superficiel nous entraînerait pour trop longtemps\nhors de notre sujet et serait d'ailleurs parfaitement inutile.\nPour posséder, à peu près toutes, la valeur sérieuse et l'autorité\nde « l'hypothèse scientifique », ces théories, et jusqu'aux plus\nrécentes, n'en demeurent pas moins encore aujourd'hui des\n\n(i) Suite. Voirie numéro i du Mercure musical."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2658, "texte": "« hypothèses ». Quand il écrivit sa en 1873,\nM. Riemann adopta la seconde hypothèse de Helmholtz, à\nlaquelle les observations de Hensen, en modifiant ses premières\nidées, avaient déterminé le grand physicien.\nBien que la théorie de Helmholtz ait été vivement combattue\ndepuis, et spécialement, chez nous, avec une incontestable\ncompétence, par M. P. Bonnier, nous ne risquons pas grand'chose\nà l'accepter comme « hypothèse », et nous y sommes même\nbien obligés si, de ce point de départ préalable, nous voulons\nsuivre le raisonnement de M. Riemann. Nous admettrons donc,\navec celui-ci, que « nous avons, dans notre oreille, une véri-\ntable harpe en miniature, constituée par les fibres de notre\nmembrane basilaire » (p. 8); que ces quelques milliers de fibres,\nde grandeur inégale et graduellement décroissante, correspon-\ndent respectivement à un son de hauteur différente ; et que,\nd'après la manière dont elles sont tendues, « chacune de ces\nfibres peut se comporter comme une corde vibrant librement\net entrer en vibration sous l'influence d'un son émis, corres-\npondant à son propre son » (p. 11).\nC'est le phénomène connu sous le nom de vibration par\ninfluence. « Si, dit Helmholtz, prenant deux diapasons sem-\nblables, ayant exactement la même durée de vibrations, on\nébranle l'un d'eux au moyen d'un archet, l'autre commence à\nvibrer par influence, même en un endroit éloigné, et on l'en-\ntend continuer de résonner, si on éteint les vibrations du pre-\nmier. » Il est nécessaire que les diapasons soient fixés sur des\ncaisses résonnantes et se trouvent tous deux dans la pièce même\noù on opère. C'est l'expérience la plus curieuse, et certes la\nplu-s surprenante pour la disproportion entre la cause et l'effet,\nsi on considère la masse d'acier mise en mouvement par des\nvibrations de l'air si faibles, qu'elles seraient impuissantes à\nébranler même une barbe de plume interposée. Mais tous les\ncorps sonores sont susceptibles, plus ou moins facilement, de\nvibrer par influence.\nQuand on émet un son correspondant à sa longueur totale,\nune corde tendue vibre totalement et donne le même son,\nlequel est et s'appelle « le son propre » de ladite corde.\nM. Riemann admet donc que les fibres de la membrane basi-\nlaire constituent une harpe en miniature, dont les cordes sont\naptes à vibrer par influence, comme toute corde tendue libre-\nment, par l'action du son correspondant à leur son propre. Ces\nprémisses posées et sous le bénéfice de ces hypothèses dont\naucune, en somme, n'est invraisemblable M. Riemann\ncontinue : « Enfin il n'a pas échappé à Helmholtz que, si c«-s\nfibres se comportent vraiment comme des c.ordes tendues"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.27", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "librement, elles doivent être capables non seulement de vibra-\ntions totales,mais aussi de vibrations et que, par\nconséquent, le nerf correspondant devrait subir « l'excitation »\nrésultant de vibrations partielles aussi bien que celle émanée\nde vibrations totales. » (P. 11.)\n«Toutefois, dans l'oreille, on ne remarque rien de sem-\nblable », déclare à cet égard Helmholtz cité par M. Riemann.\nNous verrons que celui-ci n'est pas embarrassé d'une telle\nréserve, ni gêné par cet autre avis, non cité, du même Helm-\nholtz ajoutant que « la formation de vibrations partielles est\nvraisemblablement entravée par les attaches de la membrane ba-\nsilaire ». Mais, avant d'examiner les conséquences qu'en déduit\nM. Riemann, il importe d'étudier cette nouvelle forme de divi-\nsion des cordes tendues, qui n'est pas l'un des moins merveilleux\naspects du phénomène de la « vibration par influence ».\nOuvrons le couvercle d'un piano, pour que le son résonne\nlibrement. Puis, abaissons doucement la touche d'une note\nquelconque, sans frapper la corde avec le marteau, mais de\nfaçon à soulever l'étouffoir. Supposons que cette note soit un\nDo(2), octave d'un Do(1) fondamental ; si, d'un coup fort et\nbref, en abandonnant aussitôt la touche, nous frappons ce\nDo(1), la corde du Do(2) vibrera immédiatement par influence,\nsa vibration sera totale,et nous entendrons le son propre de\ncette corde, c'est-à-dire le Do(2). Si, en montant toujours vers\nl'aigu, nous soulevons successivement, de la même manière,\nles étouffoirs des notes Sol(3), (4), (5), (6),\nmol (7), Do (8), Ré (9), mi (10), etc., c'est-à-dire la série des har-\nmoniques du Do(1) fondamental, quand nous frapperons ce\nDo (1), chacune de ces cordes, plusieurs ou toutes ensemble\nvibreront « totalement » par influence et feront entendre leur\n« son propre ».\nIl s'ensuit, d'une façon générale, que toute corde tendue li-\nlibrement, correspondant à l'un des harmoniques supérieurs\nd'un son fondamental, vibre par influence lorsque ce son fonda-\nmental est émis; la vibration de la corde influencée est et\nproduit le son propre de cette corde.\nCette seconde forme de vibration par influence se distingue\ndéjà de la précédente. Nous avons vu, tout à l'heure, un diapa-\nson ou des cordes produisant, sous l'influence d'un son émis,\nun son de même hauteur. Nous constatons, à présent, la pro-\nduction d'un son d'une hauteur différente de celle du son exci-\ntateur. Toutefois, dans les deux cas, la vibration par influence\nest totale,et chaque corde fait entendre son « son propre ».\nMaintenant, sur le même piano bien ouvert, faisons l'opéra-\ntion contraire. Appuyant doucement sur la touche, sans que le"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.28", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "marteau frappe la corde, soulevons l'étouffoir du Do (i) fonda-\nmental. Si, d'un coup fort et bref, nous frappons son octave, le\nDo(2), la corde du Do(1) vibrera aussitôt par influence. Mais,\npourvibrer ainsi, elle se divisera spontanément en deux parties,\nformant deux « ventres » séparés par un « nœud », et elle fera\nentendre, non pas son propre son, mais le son du Do (2) frappé.\nSi nous recommençons l'expérience, après avoir laissé retomber\net soulevé de nouveau pareillement l'étouffoir du (1), lors-\nque nous frapperons sa « douzième « ou (3), la corde du\nDo( 1 ) vibrera par influence en se divisant spontanément en trois\nventres séparés par deux nœuds, et fera entendre le son du\nSol (3) frappé. En continuant ainsi, sans oublier, chaque fois,\nd'abandonner la touche et de relever l'étouffoir du si\nnous frappons successivement, montant toujours vers l'aigu, le\nDo (4), le mi (5), le Sol (6), le SI bémol (7), le Do (8), le Ré (9), le\nmi(10), le fa dièse (11), le Sol(12), etc., la corde du (1) vi-\nbrera chaque fois par influence, en se divisant spontanément en\n4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11,12 parties et fera entendre successive-\nment tous ces sons divers. Ici la vibration par influence est dite\npartielle.\nQuand nous entendons tous ces sons différents, nous ne pou-\nvons douter qu'ils soient tous produits successivement par la\nseule corde du Do (1), puisque, après le coup bref, l'étouffoir\nest retombé sur la corde frappée et en éteint les vibrations ;\ntandis que nous entendons toujours le son correspondant aussi\nlongtemps que nous tenons abaissée la touche du (1), et que\nledit son cesse* aussitôt d'être entendu, dès que nous enlevons\nnotre doigt. On peut aussi s'assurer facilement que c'est bien\ncette corde du Do(1) qui vibre, en plaçant dessus des brins de\npaille ou des barbes de plume.\nIl s'ensuit que toute corde tendue librement vibre par in-\nfluence, lorsqu'on émet un son correspondant à l'un de ses\nharmoniques supérieurs ; la vibration de la corde influencée\nest alors partielle et produit le son de l'harmonique émis.\nMais il faut remarquer que, si les harmoniques frappés font\nrespectivement, pour un temps donné 3, 4, 5, 6, 7, 8... fois\nplus de vibrations quîe le Do (1) fondamental, celui-ci fait natu-\nrellement 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8... fois moins de vibrations, dans le\nmême temps, que chacun desdits harmoniques. Nous pouvons\ndonc recommencer l'expérience en frappant un son aigu, tou-\njours le même, qui fera vibrer par influence les cordes corres-\npondant à des sons faisant respectivement 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8...\nfois moins de vibrations pour un temps donné. Il suffira pour cela\nque ce même son aigu frappé soit successivement l'harmonique\nsupérieur 2, 3, 4, 5, 6... ou autre, des sons propres des cordes"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.29", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": "devant vibrer successivement par influence. Or, ces sons propres\ncorrespondent naturellement à un nombre de vibrations qui\nest 3, g, etc., du nombre de vibrations du son frappé, et\nconstitueraient donc, s'ils étaient entendus, la série des « sons\ninférieurs » de M. Riemann.\nEt en effet, si nous choisissons, vers l'aigu, un son faisant\n1 vibration pour un temps donné, soit Do(i), et que, descen-\ndant vers le grave, nous soulevions successivement les étouffoirs\ndes sons Do({), Fa(|), Do(|), la (|), etc., chaque\nfois que nous frapperons le Do (i ) aigu, toutes les cordes\ncorrespondantes vibreront successivement par influence, en se\ndivisant spontanément en 2, 3, 4, 5, 6, etc. parties, et feront\nentendre, toutes et exclusivement, le son (1) aigu frappé.\nCe phénomène est absolument identique à celui que nous\nvenons de constater tout à l'heure. Chacune de ces cordes vibre\npartiellement, par influence, sous l'action d'un de ses harmoni-\nques supérieurs, puisque Do (il est ici l'harmonique supérieur\n2de Do(|), l'harmonique 3de F(-=), l'harmonique 4de (] ;,\nl'harmonique sde la bémol (i),etc.\nLe tableau suivant résume ces expériences à l'égard d'un son\nmoyen, Do(1), émis ou frappé. Au-dessus de ce son frappé\n(S. frp.) on trouve, dans la première colonne, les cordes vibrant\ntotalement \\?ar influence (Cde v. t.), lesquelles correspondent aux\nsons que ce Do(1) A pour harmoniques supérieurs. Au-dessous,\nse trouvent les cordes vibrant partiellement par influence (Cde\nv. p.) et correspondant aux sons dont ce (1) EST successive-\nment l'harmonique supérieur. Dans la seconde colonne, on voit\nles sons produits (S. pr.) dans les deux cas, par les cordes vi-\nbrant par influence. Le tableau s'arrête au son 8, ou triple oc-\ntave supérieure ou inférieure du son moyen Do (1 ) frappé.\nCde v. t. —Do (8). ... S. pr. (8)\n» SI bémol(7). . » (7)\n» Sol(6). ... » • (6)\n» mi(5). ... » —mi (5)\n» —Do (4). » —Do (4)\nSol (3). . . . » Sol (3)\n» •Do (2). ... » —Do (2)\nS. frp. = Do (1)\nCJe v. p. Do(|). ... S. pr. —Do (1)\n» —Fa (i). » —Do (1)\n» —Do (ri ). . . . » —Do( 1 )\n» —la bémol (|) . » —Do (1)\n» Fa H).... » —Do(i)\n» RÉ . . . »\n» —Do (|). . . . » —Do (1)"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.30", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "Tel est le résultat de la vibration par influence des cordes ten-\ndues librement, auxquelles M. Riemann assimile les fibres de\nla membrane basilaire, située dans notre oreille interne ; et,\nque le son excitateur émis soit « complexe » (comme dans notre\nexpérience au piano), ou qu'il soit « simple », le résultat reste\ntoujours le même.\nIl est important de se rappeler, ici, la dernière observation de\nM. Riemann. « Si, dit-il, ces fibres se comportent vraiment\ncomme des cordes tendues librement, elles doivent être capables\nde vibrations par influence totales et partielles, et le nerf cor-\nrespondant devrait recevoir aussi bien l'excitation des vibra-\ntions partielles que celle des vibrations\n« Donc (i), continue M. Riemann (p. 12), sous l'influence\nd'un son Do(1) émis ou frappé, la fibre dont le son propre est\nl'octave inférieure, ou Do(|), devrait vibrer en se divisant en\ndeux ventres séparés par un nœud ; mais le nerf correspondant\nexcité devrait télégraphier un Do ({). » Pareillement, sous l'in-\nfluence du même Do(1), la fibre dont le son propre est la\ndouzième intérieure, ou Fa(|), devrait vibrer en se divisant en\ntrois ventres séparés par deux nœuds ', mais le nerf correspon-\ndant « télégraphierait » un Fa a Par conséquent, tout son\nsimple venant frapper l'oreille devrait être accompagné ainsi de\ntoute la série de ses sons inférieurs, par exemple, pour Do (1),\ndes sons Do(|), Fa ({), Do(j), la (|), (|), etc., perçus\navec une intensité graduellement décroissante, à mesure qu'on\ndescend vers le grave. »\nOn n'a pas été sans remarquer que M. Riemann introduit ici\nnégligemment une nouvelle hypothèse, où le « nerf correspon-\ndant » joue un rôle essentiel.\nQuand, sous l'influence d'un Do (1) plus aigu, émis ou\nfrappé, la corde de piano d'un Fa (£) plus grave vibre partiel-\nlement en trois ventres séparés par deux nœuds, cette corde\ntransmet à la table d'harmonie de l'instrument le Dp (1 ) aigu\nexcitateur, et c'est ce même son Do (1) que pour parler\ncomme M. Riemann la table d'harmonie « télégraphie » à\nnotre oreille. M. Riemann ne nous dit pas à qui ou à quoi le\n« nerf correspondant » envoie son télégramme afin de « provo-\nquer des vibrations cérébrales (Hirnschivingungen », p. 11) ;\nmais, tandis que la fibre, dont le son propre serait (g-), « se\ncomporte comme une corde tendue librement » sous l'influence\n\n(1) Je traduis textuellement le passage, en changeant seulement le nom\nde la note prise pour point de départ, et qui chez M. Riemann est un\nJe lui substitue le Do (1) du tableau précédent, afin qu'on puisse suivre\nplus commodément, sur ce tableau, les explications et déductions de\nM. Riemann."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.31", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "d'un Do (i) émis, se divise spontanément de la même manière\nque la corde de piano considérée, le nerf télégraphiste reçoit et\nexpédie non pas le son Do (i) correspondant à cette forme de\nvibration partielle, mais le Fa (§), son propre de la corde\ninfluencée, et correspondant à sa vibration totale.\nIl n'est pas absolument indispensable de posséder la méfiance\nde saint Thomas, pour reconnaître à ce mode de « télégraphi-\ncation » spéciale un caractère au moins hypothétique. On en\npourrait se sentir assez naturellement engagé à revenir un\ninstant sur ses pas, et, afin de se rendre compte du chemin par-\ncouru insensiblement en passant de l'une à l'autre, d'énumérer\nles hypothèses successives apportées, par M. Riemann, à l'appui\nde sa démonstration.\nNous allons les exposer à la file.\nire Hypothèse. Nous avons\nminiature, constituée par les fib\nlaire.\n2e Hypothèse. Ces fibres, de grandeur inégale et gra-\nduellement décroissante, correspondent\nférente.\n3e Hypothèse. Chacune de ces fibres est accordée à un\nson unique, de hauteur déterminée et invariable, qui est le « son\npropre » de la fibre.\n4e Hypothèse. Le mode d'attac\nla membrane basilaire permet de les assimiler à des cordes ten-\ndues librement.\n5' Hypothèse. —De même que les cordes tendues, ces fibres peu-\nvent vibrer totalement s> par influence, quand un son SIMPLE\nde même hauteur que leur « son propre » est émis ; et, dans ce cas,\npareillement aux cordes, ces fibres produisent leur a son propre »,\nque « télégraphie » le nerf corresp\n6e Hypothèse. Comme les\nvent vibrer aussi « partiellement » par influence, lorsque l'un de\nleurs harmoniques supérieurs est émis sous la forme d'un son\nSIMPLE.\n7® Hypothèse. Mais, quoique\nabsolument comme les cordes tendues, se divisent spontanément\npour réaliser la forme de vibration nodale adéquate au son de\nl'harmonique émis, le « nerf correspondant », au lieu de ce son de\nhauteur corrélative à la vibration « partielle » des cordes et des\nfibres, « télégraphie » le « sonpropre » de la fibre influencée, c'est-\nà-dire le son qui résulterait de la vibration « totale » de ladite\nfibre.\nEnfin les agissements de ce « nerf correspondant », incapable\nde « télégraphier » autre chose que le son propre de la fibre,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "quel que soit le mode de vibration par influence, nous acculent\nà cette\n8e Hypothèse. —Chacune des fibres delà membrane basilaire\naboutit à un nerf unique, lequel est son « nerf correspondant ».\nChacun de ces « nerfs correspondants »\nl 1 excitation provenant des vibrations d'une seule et même fibre,\net la réaction de ce nerf reste toujours immuablement identique,\nquelle que soit la forme de l'excitation.\nJe n'ajouterai pas la présomption à l'incompétence, pour\noser décider, ici, jusqu'à quel point cette 8e hypothèse peut\nêtre aventureuse. Constatons simplement que, d'après Hensen\net Helmholtz, M. Riemann estime le total des fibres de la\nmembrane basilaire à « environ S.ooo » (p. 11) ;et que, d'autre\npart, le même Hensen, cité par W. Preyer [Ueber die\nder Tonjvahrnehmung, p. 41), évalue à 16.400 le nombre des\nfibres terminales du nerf auditif dans le limaçon.\nMais l'ensemble des hypothèses de M. Riemann entraîne\nune autre et inévitable conséquence. Si les fibres de la mem-\nbrane basilaire vibrent par influence, à l'instar des cordes tendues\nlibrement, non seulement par vibration totale, quand leur son\npropre est émis ; mais par vibration lorsque c'est un\nde leurs harmoniques supérieurs qui est produit, ces fibres de-\nvront nécessairement aussi vibrer par influence, lorsque leur\nson propre sera l'un des harmoniques supérieurs du son exci-\ntateur émis. Leur vibration sera alors totale, et les « nerfs cor-\nrespondants », qui sont capables de transformer leur vibration\npartielle en totale,pour « télégraphier » la série des « sons infé-\nrieurs » du son émis, auront moins de peine encore à « télé-\ngraphier » le son propre de ces fibres, résultat de leur vibration\ntotale, et en même temps la série des c< harmoniques supé-\nrieurs s> du son excitateur émis. (Voir le tableau précédent.)\nIl nous faudrait donc conclure, en nous servant des mots\nmêmes que nous avons vu M. Riemann employer plus haut à\npropos des « sons inférieurs » :\n« Par conséquent, tout son venant frapper l'oreille\ndevrait être accompagné ainsi de toute la série de ses » harmo-\nniques supérieurs,\nDo (2), Sol (3), Do (4), mi (5), Sol (6), etc.\nintensité graduellement décroissante à mesure qu'on » monte\nvers l'aigu.\nMais, s'il en était ainsi, nous n'entendrions jamais de sons\n«simples», c'est-à-dire dépourvus d'harmoniques supérieurs.\nLes sons, produits par des diapasons et des résonateurs asso-\nciés, seraient une simple vue de l'esprit, et l'expérience de\nHelmholtz ressortirait à la niaiserie pure ou à la mystifica-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.33", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "tion. Les réponses recueillies par Preyer accuseraient la conni-\nvence ironique de musiciens concertés pour jouer une bonne\nfarce à l'interrogateur. Les « jeux de fourniture » de l'orgue\nseraient l'héritage fallacieux d'un passé ignorant ou barbare.\nLeur maintien apparaîtrait plus inconcevable même que leur\ninvention. Enfin nous n'aurions plus aucune raison de distin-\nguer les uns des autres le timbre de la flûte aux harmoniques\npeu nombreux et faibles, le timbre de la trompette aux har-\nmoniques forts et pénétrants, et celui de la clarinette à qui font\ndéfaut les sons partiels pairs.\nCependant, grâce à l'absence de ces harmoniques pairs, en\nentendant une mélodie exécutée simultanément par deux clari-\nnettes à un intervalle de double octave, nous ressentons l'im-\npression d'un timbre creux et nasillard. Nous appelons strident\nle timbre de la trompette. La douceur molle et plate de la flûte\nen arrive à nous exaspérer. La monotonie incaractérisée des\ngrands tuyaux bouchés de l'orgue déconcerte notre sensation ;\net, même avec l'aide des résonateurs, notre oreille est impuis-\nsante à percevoir des harmoniques dans les sons « simples »\nproduits par des diapasons associés à des tubes résonnants.\nEnfin, les observateurs interrogés par Preyer étaient, pour la\nplupart, inconnus les uns aux autres.\nIl est donc avéré que, si, encore aujourd'hui, notre oreille dis-\ntingue et isole malaisément les divers harmoniques d'un son\némis, même quand celui-ci en est réellement accompagné, en\ntout cas, elle ne les perçoit que là où ils sont, et n'en reçoit que\nl'impression strictement adéquate, correspondant à leur nom-\nbre, leur force ou leur faiblesse; bref, que notre sensation n'en\néprouve les effets que lorsque ces harmoniques existent objecti-\nvement « dans l'onde sonore venant frapper notre oreille ».\nNous sommes donc obligés, par ces faits autant que par les\nassertions précédentes de M. Riemann, d'admettre et de formu-\nler une\n9e Hypothèse. Cependant,\nbasilaire, aptes à vibrer comme des cordes tendues ; vibrant\n« totalement » par influence si un son SIMPLE, de même hauteur\"\nque leur son propre, est émis; vib «\npart, sous l'influence d'un son SIMPLE équivalent à un de leurs har-\nmoniques, tandis que le « nerf » un\nson de hauteur corrélative à leur vibration « totale »; ces fibres\nne vibrent pas lorsque leur son propre est l'un des harmoniques\ndu son SIMPLE excitateur émis, OM, du moins, « le nerf corres-\npondant » ne « télégraphie » alors RIEN DU TOUT.\nMais tout cela fait déjà pas mal d'hypothèses, dont quelques-\nunes frisent l'invraisemblance si j'ose dire au petit fer*."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.34", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 391, "texte": "Avec la meilleure des bonnes volontés, il n'est guère possible\nd'accorder que M. Riemann ait ainsi démontré « l'existence\nréelle des sons inférieurs », même simplement « dans notre\nsensation ».\n(A suivre.)\n(A suiv\nL abondance des matières nous\nprochain numéro la suite de l'Étude de Louis Laloy sur le\nDrame musical moderne (IÏI : Gustave Charpentier).\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "9\n\nREVUE DE LA QUINZAINE\n\nLE SCANDALE DU PRIX DE ROME\n\nIl faut battre le fer pendant qu'il est chaud eton ne le laissera pas refroi-\nne serait guère le moment, du reste,à l'heure où le soleil estival s'an-\nnonce enfin propice aux transpirations des mères, aux pâmoisons secou-\nrables des eleves et a la cuisine des vieux routiers matois manipulant des\njurys extenues, menu traditionnel des concours prochains et publics de\nnotre Conservatoire, sans compter les incidents orageux coutumiers dont\nle thermomètre a lui seul pourrait fournir l'excuse. Le récent jugement\n« préparatoire » au Prix de Rome a fait quelque potin dans notre Lander-\nneau musical ; le bruit en parvint, dit-on, jusqu'en haut lieu.Une curiosité\nlégitimé inciterait le plus indifférent des mélomanes au désir de tirer cette\naventure au clair. Pour se former une opinion impartiale, il faut savoir d'a-\nbord exactement de quoi il s'agit. Au fond, c'est ce qu'on connaît peu ou\nmal: En 1900, M. Constant Pierre a publié un énorme volume qui con-\ntient, outre une profusion de renseignements précieux, les textes et dé-\ncrets régissant la matière et, d'une façon générale, tout ce qui concerne ce-\nlui de nos établissements nationaux aujourd'hui plus couramment dénom-\nme « la Riaison Dubois ». « Tout Français ou naturalisé, n'ayant pas trente\nans accomplis au ler janvier de l'année où s'ouvre le concours », peut pos-\ntulei pour la Villa Médicis. Le lauréat reçoit de l'Etat une pension de 3.510\nfrancs pendant quatre années, lesquelles il lui est enjoint de partager en-\ntre 1 Italie, 1 Allemagne et l'Autriche, avec séjour loisible en France pour\nJa dermere. A partir de l'expiration de ce terme et grâce à la fondation\nri nette, une rente annuelle de 3.000 francs lui est servie durant un laps\négal. Assurément, ce n'est pas le Pérou ; du moins, cela suffit-il pour as-\nsurer, un peu strictement, huit années de vie modeste, mais indépendante\na un jeune artiste sincère, lui permettant de travailler à sa guise, d'attendre\ne succès de préparer peut-être la gloire. Il ne faut pas être trop exigeant\n« au jour d aujord hm », comme on dit à Grenelle. Un rapporteur de notre\nernier ouget nous dévoile, imprimé, le montant de notre prodigalité offi-\ncielle et démocratique, avec un total de .3 millions affectés à tous les Beaux-\nArts reunis. Ala trois cent quarante-sixième page de son livre, M. Cons-\nent Pierre nous apprend que, jadis, « avant 1789 », les tyrans qui nous\nppnmaient dépensaient « plus de 20 millions » mu-\nsique, entre la. Circoncision et la Saint-Sylvestre. Que les temps sont chan-\nfn! 1 pauvre !En tout cas, même en négligeant l'abaissement\nlormidable de la valeur de l'argent depuis plus d'un siècle, sans même évo-\nqaer a graduelle disparition des maîtrises, l'anxiété des organistes réduits"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3959, "texte": "à la portion congrue, la simple comparaison de ces chiffres établit le rôle\nvital d'une institution comme celle du Prix de Rome, pour l'avenir de\nnotre art sonore au milieu d'une société qu'un américanisme envahissant\nsemble détourner toujours plus des préoccupations désintéressées et\nhautes.\nLe « concours définitif» est précédé d'un « concours d'essai », lequel a\npourobjet la confection d'une « fugue vocale à quatre parties »et d'un\n« chœur à quatre voix, au moins, avec orchestre ». Naturellement, il n'est\npas question de faire un chef-d'œuvre. La chose doit être bâclée en six\njours et démontrer simplement la possession d'un certain « métier » ac-\nquis, nécessaire pour être admis utilement à l'épreuve subséquente et finale.\nAussi ne fut-on pas peu ahuri, cette année, d'avoir à constater l'échec de\ndeux des concurrents, ayant obtenu précédemment chacun un « second\nPrix de Rome», Mlle Fleury, élève de M. Widor,et M. Maurice Ravel, élève\nde M. Gabriel Fauré. Entre toutes les stupéfactions que nous réservait\ncet examen désormais célèbre, celle-ci, à coup sûr, était la plus déconcer-\ntante puisque, dans ce jury si sévère, la majorité des suffrages appartenait\naux mêmes et identiques membres de l'lnstitut qui, hier, avaient couronné\nles deux évincés d'aujourd'hui. Bien informé que, depuis leur demi-vic-\ntoire. ni l'un ni l'autre n'avait attrapé une fièvre typhoïde ou analogue et\npâti de ses conséquences, on en donnait de toutes parts au chat une langue\nunanime. Heureusement, les reporters n'ont pas raté si belle occasion d'in-\nterviewer quelques sous-immortels.Les réponses, àla vérité, furent un peu\nébouriffantes.\nD'un ton léger non moins que serein, M. Paladilhe assura tout d'abord\nsans ambages : « Ce sont des criailleries sans importance de candidats mal-\nheureux...» Qu'entendait-il par là î Voulut-il dire que les deux retoqués\nétalèrent une incapacité irrémédiable en présence du devoir imposé? Alors,\non pourrait demander à M. Paladilhe pourquoi lui et ses collègues avaient\noctroyé, la veille, à de tels cancres, une récompense qui les proclamait\npresque dignes d'habiter la Villa Médicis. Car on sait ce que vaut l'aune\nde la fugue enseignée et prisée dans notre Conservatoire. M.Théodore\nDubois en révéla quelques échantillons primés, dans son Traité sur la ma-\ntière et, même, ily joignit, à titre didactique, des fruits de son inspiration.\nLa puérilité de ce machinal exercice en ressortait si péremptoirement ma-\nnifeste que le cerveau le plus obtus ne saurait guère ne pas correctement\ns'en tirer selon la requise formule et que l'unique difficulté plausible appa-\nraissait d'y égaler la platitude directoriale. Mais M. Paladilhe ignore\nmoins que quiconque, aussi bien que ses consorts en l'espèce, que, si le\n« concours d'essai » ne peut être qu'une pure formalité réglementaire pour\nun postulant déjà pourvu d'un « second prix de Rome », ladite épreuve ne\nconstitue pas autre chose pour le plus grand nombre des inscrits. Tous sont\ndes élèves de la maison où le verdict est prononcé et se présentent géné-\nralement sur l'avis autorisé de leurs professeurs ; la plupart ont produit\net publié des ouvrages prouvant leur habileté d'écriture, quelquefois plus\net mieux qu'un métier remarquable. En fait, il n'y a pas de candidats,\nau sens strict du mot, dans la circonstance. 11 ne s'agit pas, pour ceux-ci,\nd'une sorte de composition d'examen pédagogique pouvant entraîner fata-\nlement l'exclusion de l'un d'eux d'après le seul contenu de la copie livrée,\nvoire pour insuffisance matérielle dans l'exécution de la tâche exigée par\nles règlements administratifs, M. Paladilhe le sait fort bien, puisqu'il fai-\nsait partie lui-même du jury « préparatoire » qui n'hésita pas naguère à\nadmettre au concours de Rome un autre élève de M. Lenepveu, M. Crocé-\nSpinelli, lequel, n'ayant pu terminer sa fugue dans les délais prescrits,\nl'avait remise inachevée. Décidément, il fait bon d'être élève de M. Le-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3967, "texte": "nepveu, rue Bergere , car on sait aussi que, cette fois, tous les « candi-\ndats » heureux sortaient de la classe de cet invraisemblable professeur et\nmembre de notre Institut pour la section musicale.\nM. Paladilhe n oserait pas, sans doute, essayer de nous faire accroire\nqu'un musicien de l'envergure de Maurice Ravel ne fut pas capable de\nvenir à bout du programme élémentaire de ce « concours d'essai ». Les\nœuvres éditées du recalé rendaient superflu d'invoquer son « second Prix\nde Rome», et le précédent de M. Crocé-Spinelli répondait surabondam-\nment à l'objection d'une défaillance accidentelle. Mais, M. Paladilhe aurait\npu répondre tout bonnement que, parmi les dix-sept concurrents, il devait\nforcément rester sur le carreau onze « candidats malheureux », car les\ntextes en vigueur que six élus. Il fallait donc choisir, même\nentre des talents d'équivalente apparence. Certes, on n'a pas le droit de\ndenier a ptiorique les « candidats » préférés ne soient doués des dons\nmusicaux les plus rares. Admettons cju ils aient tous du génie *, comme\naucun d'eux n'a publié jusqu'ici quelque production comparable au seul\nQuatuor à cordes de Maurice Ravel, on ne saurait refuser à celui-ci la fa-\nveur de la merne hypothèse. Si on n a aucune preuve positive de la supé—\nriOiite de ses vainqueurs, on posséderait plutôt le contraire de ce qui pour-\nrait laisser soupçonner 1 infériorité du « candidat malheureux ». Toutes\nchoses égalés, à tout le moins, Maurice Ravel mérite évidemment, autant\nque n'importe lequel de ses rivaux privilégiés, de concourir à un Prix de\nRome éventuel et à ses avantages. Or, né le 7 mars 1875, il avait atteint\ncette année la limite d'âge qui lui interdit désormais tout espoir à venir,\ntandis que son plus vieux concurrent, M. Dumas, vit le jour en 1877; un\nautre, Al. Gaubert, en 1579 î 1880, M. Gallois, et M. Marcel Rousseau\nen 1882 , a)ant ainsi respectivement 2, 4* sou 7 ans devant eux pour se\nprésenter de nouveau au « concours d'essai » et décrocher peut-être la\ntimbale consécutive. A défaut de toute autre considération, celle-ci était de\npoids assez légitime pour influer gravement surla sentence de M. Paladilhe\n■a l ugard d un ancien lauréat distingue par lui-meme. On pouvait supposer que\ncontraint de lui fermer à tout jamais les portes de la Villa Médicis au\nrisque de briser sa carrière, ce juge intègre en eût déploré l'obligation cruelle,\nne.essitee par 1 incommensurable suprématie d'adolescents triomphateurs.\nOn se serait non moins incommensurablement trompé. Loin d'éprouver\nquelque trouble secret ou d'exprimer quelque condoléance platonique, la\nsuite de son interview rapporte qu'il s'écria : « Le ministre des Beaux-Arts\ns est emu de ce jugement, paraît-il ; moi, je m'en moque absolument ! »\nL'exactitude des termes est généralement trop incertaine, en pareille es-\npèce, pour qu'on puisse reprocher à l'interrogé l'ambiguïté de la phrase\nainsi constiuite, m décider, sans savoir bien au juste de qui ou de quoi\nM. Paladilhe « se moque absolument », si l'interrogateur n'a pas atténué\npeut-être, en ces syllabes, l'énergie d'un épanchement moins académique.\nMais le mot, au surplus, ne changerait rien a la chose. Il demeure avéré que\nM. Paladilhe envisage d'un cœur tranquille, d'une âme satisfaite et prête à\ns en vanter, les résultats de son verdict. Que celui-ci ait provoqué les pro-\ntestations, non pas seulement des « candidats malheureux », mais de cer-\ntains professeurs renommés de notre Conservatoire, M. Paladilhe « s'en\nmoque absolument »; que sa proclamation ait spontanément indigné les\nesprits indépendants et mis en rumeur tout le monde musical,M. Paladilhe\n« sen moque » autant que de ce que peut penser son ministre ; il « s'en\nmoque » autant que du sort et de la qualité de ses victimes. De tout ce\nqu'on peut dire ou penser, de tout ce qui peut advenir, M. Paladilhe « s'en\nmoque » et s'en contremoque avec la désinvolture et la sérénité du papa\nde Claudine."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4040, "texte": "M. Paladilhe, en effet, est sûr de soi, car il a jugé en toute conscience.\nHélas ! on ne découvre pas la moindre raison d'en douter. Il a jugé selon\nson goût remorqué par sa compétence. La notoriété de celle-ci, toutefois,\nne s'atteste pas des plus répandues dans l'univers. Le génie de M. Paladilhe\nsemble afficher la modestie de la violette, sans s'être trahi jamais par quel-\nque bien flagrant parfum. On connaît surtout de lui l'accompagnement d'une\nmélodie populaire, la Mandolinata, rapportée d'outre-monts pour nos or-\ngues de Barbarie. Tous les ans, à l'occasion des concours conservatoriaux,\non se souvient qu'il existe en lisant son nom parmi ceux des jurés ; bien\ndes gens se demandent qui est ce M. Paladilhe et seraient fort surpris\nd'apprendre qu'il est de l'lnstitut. 11 n'apparaît donc pas surérogatoire de\nrecourir à l'érudition de M. Constant Pierre, pour exhumer et divulguer\nles titres en l'honneur de quoi cet illustre inconnu est appelé périodique-\nment à exercer une magistrature intéressant l'existence même et le dévelop-\npement de notre art musical. M. Paladilhe (Emile) naquit à Montpellier le\n3 juin 1844 et, sauf erreur d'impression, se dénonça d'abord enfant\nprodige incontestable, au témoignage de ces extraits des palmarès ; « Pia-\nno : 2e prix(ißs6) ; ler prix (1857). Contrepoint et fugue : ier accessit\n(i 856). Orgue :2e accessit ( 1858) ; ier accessit {lßsg) ; 2eprix (1860). Rome :\nmention honorable (1859) ; ier prix (1860). » Assurément, la liste de ces\nsuccès attesterait peut-être plus de persévérance que de génialité insigne.\nIl n'en est pas moins peu commun de remporter son premier laurier de\npianiste à douze ans, et le grand prix de Rome à seize. Entre temps, il\navait commis deux œuvres de jeunesse, le Chevalier Bernard (1858) et la\nReine Mathilde (1859), non représentés. Douze ans après son Prix de Rome,\nil fit jouer un acte, le Passant (1872), puis Suzanne, trois actes (1878). Cet\neffort lui valut bientôt la croix de chevalier de la Légion d'honneur\n(1881). Stimulé sans doute par cet encouragement imprévu, il produit les\ntrois actes de Diana (i 885) et les cinq de Patrie (1886). Enfin, en 1892, il\npubliait les Saintes Maries de la mer, et l'lnstitut lui offrait un fauteuil. Il\nsemble s'y être endormi depuis pour ne plus rêver qu'aux examens de Con-\nservatoire, encore que M. Constant Pierre note aussi une Messe solennelle\net une Symphonie en mi bémol sans en fixer la date. Mais M. Paladilhe\nest un homme heureux dont le sommeil est béni de la Providence. En 1897,\nune rosette y vint en tapinois remplacer le ruban qui rougissait sa\nboutonnière.\nLa quantité, dans ce bagage, est plutôt mince : elle est phénoménale au\nprix de sa qualité. Tout cela ne survit, pour l'intitulé, que par la charité de\nquelques dictionnaires ou gît dans Par'rière-boutique des infortunés édi-\nteurs. Son néant porterait ombrage à la suprême inanité d'un Lenepveu.\nOn apu reprendre Xavière durant trois ou quatre soirées : on n'oserait\npas annoncer un acte de Patrie. Il est assez piquant que, chargé d'apprécier\nles fugues du « concours d'essai » et s'y montrant aussi tranchant qu'im-\npitoyable, M. Paladilhe n'ait pu jadis obtenir mieux qu'un accessit en la\nmatière. Il est étrange jusqu'à l'inconcevable qu'une nullité de son acabit\nsoit investie du pouvoir de juger non pas seulement un Ravel, un Ducasse\nou Marcel Rousseau,mais le moins talentueux des jouvenceaux musicastres.\nIl est inouï qu'une impuissance aussi péremptoirement démontrée que la\nsienne puisse voisiner avec un Saint-Saëns, un Reyer ou même un Masse-\nnet dans des jurys, pour y décider sans appel de l'avenir d'un jeune artiste.\nMais M. Paladilhe « se moque absolument » de tout cela. Fier comme\nÂrtaban, il palabre, et son inconscience est désarmante. Il semble né coiffé ;\nd'ailleurs on l'a décoré deux fois pour ses fours ou pour ses beaux yeux ;\nil est de l'lnstitut... Mais, au fait, pourquoi donc en est-il ? MM. Dubois\net Lenepveu enseignaient au Conservatoire ; leur chaire et leur emploi hié-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "rarchisé pourraient passer pour un prétexte, à la rigueur. Mais lui, quelle\ncause obscure l'introduisit sous la Coupole ? Qui ou quoi l'y sut signaler,\ny soutint sa candidature ou l'imposa d'emblée? Je vais tâcher d'avoir des\nrenseignements sur rinstitulàrisation de M. Paladilhe, afin d'élucider cet\nexcitant mystère à l'intention des lecteurs intrigués. Si l'enquêté s'en émou-\nvait, j'oserais suivre son exemple et déclarer que « je m'en moque absolu-\nment ». En service de presse autant, j'espère, que de « concours prépara-\ntoire », le devoir professionnel avant tout !\n(A suivre.)\n\nJean Marnold.\n\nLE MONUMENT BEETHOVEN\n\nUn comité de patronage s'est formé en vue d'ériger un monument à\nBeethoven sur une des places de Paris, s'il en est une encore dépourvue\nde statue.\nDes fêtes plus ou moins musicales ont été données au Trocadéro, au\nthéâtre Sarah-Bernha'rdt, dans le but de réunir les fonds nécessaires.\nCe monument serait dû au ciseau d'un jeune sculpteur, M.José de Char-\nmoy, et serait actuellement en cours d'exécution.\nUn article élogieux, bien qu'avec quelques réticences, a paru dans la\nPlume ( ier mai 1905).\nDes reproductions photographiques ont été envoyées au journal Musica\n(numéro consacré à Beethoven). Ayant eu ridée de montrer ces reproduc-\ntions à l'un des membres, et non le moindre, je vous prie de le croire, du\nComité d'honneur, j'ai constaté avec stupeur qu'il ignorait totalement ce\nmonument, n'en connaissait ni une esquisse, ni une maquette, et que, ne\nl'avant convié à aucune séance d'examen, on n'avait en aucune manière sol-\nw 7\nlicité son approbation.\nTout cela n'est-il pas un peu suspect? Nous assistons, semble-t-il, à un\nlançage en règle, à une sorte si j'ose dire —• de montage de coup. Quel\nest le but poursuivi et qui donc se cache derrière ce Comité de patronage,\ndont la bonne foi, en raison des personnalités qui le composent, ne saurait\nêtre suspectée ?\nS'agirait-ii moins de la vieille gloire de Beethoven, assez bien établie,\nje pense, pour n'avoir pas besoin de recourir à l'équilibre douteux de\nquelques blocs mal taillés, que de la jeune et impatiente vanité de\nM. J. de Charmoy ?\nSur quelles œuvres antérieures, sur quelles garanties se fonde-t-on pour\naccorder à ce sculpteur une telle confiance, pour accepter de lui, les yeux\nfermés, une œuvre dont on ne connaît encore que des projets et des frag-\nments ?\nEt puisqu'on s'est décidé sur ces projets et ces fragments, j'ai le droit de\ndéclarer qu'à mon avis il n'y a là qu'une ébauche ridicule, d'un roman-\ntisme non moins grossier que prétentieux, nullement représentative, à aucun\ntitre, de Beethoven et de son génie.\nJe serais désolé de méconnaître un chef-d'œuvre, mais encore plus\ndésolé d'assister complice silencieux à une prétendue glorification\nde Beethoven, uniquement destinée à servir les visées ambitieuses de\nquelque petit arriviste sans scrupule. Beaucoup de musiciens, je le sais,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3044, "texte": "partagent mon sentiment. Tous les musiciens ont, en cette occasion, le de-\nvoir d'être inquiets, le droit d'être rassurés.\nIl faut que le Comité de patronage qui patronne M. de Charmoy sache bien\nque nous ne sommes pas d'humeur à nous laisser imposer sans protestation\nune injurieuse et grotesque effigie, en quoi il nous serait impossible de\nreconnaître l'image du maître telle que chacun de nous la porte en son\ncœur.\n\nAlbert Groz.\n\nDÉODAT DE SÉVERAC.\n\nLe concert du 25 mai, à la Schola Cantorum, consacré entièrement aux\nœuvres de ce jeune musicien, a comblé les espérances qu'avait fait naître,\nvoici deux ans, je crois, ce Chant de la Terre, où une finesse de lignes\ntoute méridionale s'alliait à une douceur émue et légèrement attristée.\nSelva nous a redit, pour commencer, ces Géorgiques musicales ; on\nsent, à l'entendre, qu'elle les aime et en comprend l'intime poésie. Parmi\nles mélodies qui vinrent ensuite, j'ai surtout aimé celles qu'a chantées\nMme Legrand : YÉveil de Pâques de Verhaeren, et le Rêve, d'Edgard Poë ;\nla première est d'une couleur charmante, et la seconde a des accents vrai-\nment émouvants. L'histoire du Petit soldat de plomb, pour piano à quatre\nmains, est une jolie espièglerie, où les thèmes connus de la Retraite, ou\nde YExtinction des feux, ou de la Marseillaise, se combinent avec la séré-\nnade ou la plainte du petit soldat en éveillant des harmonies exquises. La\nsuite intitulée En Languedoc, exécutée pour la première fois en entier à ce\nconcert par M. Vinès, avec l'ardeur intelligente et la virtuosité émue qu'on\nlui connaît, est la plus récente de toutes ces œuvres et aussi la plus accom-\nplie : le style est beaucoup plus net et plus personnel que dans le Chant\nde la Terre, et les souvenirs du chant grégorien, si chers à la Schola, ont\nfait place ici à l'imitation directe des voix de la nature. Déodat de Séverac\nappartient à cette race élue de musiciens qui savent écouter et traduire en\nnotes le murmure des eaux, le bruissement des feuilles, les soupirs du\ncrépuscule et les résonances des lointains Angélus. De là les couleurs si\nfraîches de ces tableaux pris sur le vif : Vers le Mas en Fête ; Sur VEtang\nle soir ;—A cheval dans la prairie ; Coin de cimetière au printemps ;\nLe jour de la Foire au Mas. Telle de ces pièces, comme la seconde, n'est\nconstruite que sur une seule idée, ou plutôt un seul accent mélodique, qui\nse répète, semble s'écouter lui-même et se refléter dans l'immobile nappe\nd'eau, monter avec les vapeurs qui s'exhalent, puis retomber et s'effacer\nlentement dans la nuit. Telle autre, comme la dernière, est une vaste com-\nposition, où s'agitent sous le soleil mulets secouant leurs sonnailles, char-\nretiers et commères, poules et pintades, dans un joyeux tournoiement de\npoussière, jusqu'à l'Angelus calme qui tinte. Toutes révèlent la sensibilité\nmusicale la plus fine, l'oreille la plus subtile et la plus ingénument délicate.\nVoici une ligne, une seule ligne, de la première pièce, vers la fin de l'épi-\nsode intitulé Halte à la Fontaine :"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "Quelle dureté, dira-t-on, et que de recherche ! Non point, la dureté n'est\nque dans l'écriture, et ce fa naturel choqué contre un fa dièse, puis cet\naccord de fa superposé à une septième de dominante de la bémol, sonnent\ndélicieusement à l'oreille, et lui chantent la chanson confuse de l'eau qui\ns'enfuit. Il faut voir d'ailleurs avec quel art consommé ces dissonances ont\nété préparées et comme ébauchées dans les mesures qui précèdent ; puis\navec quel ravissement le musicien en prolonge la caresse. Ici, comme à\npresque chaque ligne de ce recueil, on sent l'homme qui aime le son\npour lui-même, et en poursuit, chercheur infatigable, les mystères vo-\nluptueux. C'est le premier des dons, celui que rien ne remplace, et le\nplus rare aussi : tant de musiciens n'aiment que le papier à musique! Je\nne crois pas me tromper en comptant Déodat de Séverac parmi ceux qui\ndonneront à la musique des beautés nouvelles ; et de ceux-là, j'en vois trois\nou quatre au plus aujourd'hui II est vrai que c'est déjà beaucoup, et que\nnous pouvons avoir grande confiance en l'avenir.\n\nLouis Laloy.\n\nLIVRES ET MUSIQUE.\n\nLIONEL DE LA LAURENCIE. Le goût musical en France. Paris, Joanin.\nLe Beau absolu n'existe pas; l'impression de beauté est affaire de goût,\net le goût est chose éminemment variable et diverse. Chacun de nous trouve\nréalisé son idéal de vie dans une œuvre qui paraît à d'autres insignifiante\nou médiocre, parce qu'elle ne répond pointa leur manière de sentir. « Tous\n« ceux, dit excellemment M. de la Laurencie, qui apprécient et aiment l'œu-\n« vre d'un artiste appartiennent à sa famille intellectuelle en qualité de pa-\n(( rents pauvres. Ils sont, en quelque sorte, des réductions plus ou moins\na passives de la personnalité de Fauteur. »\nMais l'homme étant, depuis Aristote, et même depuis bien plus longtemps,\nun « animal social », ces variations individuelles tendent à se grouper en\nun certain nombre de types ; les esprits de la même famille s'attirent, se\nréunissent, et leurs tendances communes se fortifient et s'affirment par ce\nrapprochement. Il y aura donc un goût français et un goût allemand, un\ngoût bourgeois et un goût populaire, un goût du xvne et un goût du xvme siè-\ncle, pour les mêmes raisons qu'il y a une France, une Allemagne, des clas-\nses sociales, et des époques où tout, dans les mœurs, dans les arts, et jus-\nque dans le costume, porte la marque de certaines préoccupations domi-\nnantes. Une histoire du goût est ainsi possible; et ce sera en même temps\nune histoire de l'art, puisque chaque œuvre est faite, en réalité, pour un\ncertain public, un certain auditoire, si restreint soit-il, dont elle exprime\nles sentiments et détermine, de façon inespérée, les aspirations jusque-là\nconfuses.\nC'est cette histoire du goût que nous retrace M, de la Laurencie, en ce\nqui concerne l'art musical et le pays de France. Son livre nous fait accom-\nplir une promenade, au long des âges, dont le charme ne se dément pas un\ninstant : car le paysage se modifie sans cesse, et sans hâte cependant; on\na le loisir d'en savourer tous les détails, comme dans un de ces délicieux\nvoyages en voiture, chers à nos pères. Les citations, choisies, au milieu du\nvaste savoir de l'auteur, avec le plus heureux discernement, se succèdent\net s'éclairent de remarques pénétrantes, qui font comme des trouées de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4074, "texte": "lumière sous ces feuillages touffus. C'est d'abord le chant grégorien, avec\nses règles étroites, ses motifs imposés qui n'empêchent point cependant le\nsentiment de se faire jour, en quelques traits que leur discrétion même rend\nplus éloquents ; puis le parallélisme élémentaire de la chanson à danser ;\npuis les premiers essais d'association de voix différentes, et cet art du con-\ntrepoint, qui «réalise la tendance la plus intellectuelle de l'art musical, en\n« concentrant l'intérêt sur les mouvements des parties » ; car « ces parties,\n« associées en vue d'un but commun, cheminent chacune par une route dis-\n« tincte ; jalouses de leur indépendance, elles s'éloignent ou se rapprochent\n« tour à tour, comme mues par le secretdésir de se connaître et de se tâter,\n« mais sans jamais perdre conscience de leur individualité propre. Tels les\n<( ganglions nerveux dans le corps d'un invertébré, elles agissent chacune\n« pour leur compte, et ne relèvent point d'un organe prépondérant et cen-\n<( tralisateur. »\nLe contrepoint disparaît devant le chant pour voix unique accompagnée\ndès la première moitié du xvne siècle ; « il ne plaist guère, dit le P. Parran\n<( (1639), qu'aux Maîtres qui goûtent et jugent ce qui est d'artifice en la dis-\n« position et meslange d'accords bien observés et pressés ». Le luth,\nennemi de la polyphonie, le luth <( charme-souci » chanté par du Bartas et\nsi fort à la mode au xvu siècle, est le grand auxiliaire de cette transforma-\ntion du goût. « On fait dire au luth tout ce qu'on veut, et fait-on des audi-\n« teurs tout ce qu'on veut », écrit René François en 1621, et il nous peint,\nen un charmant tableau, les assistants suspendus aux cordes de l'instru-\nment enchanteur : « vous diriez que tous sont privés de sentiment hormis\n« l'ouye, comme si l'âme, ayant abandonné tous Les sens, se fût retirée au\nc< bord des aureilles, pour jouir plus à son aise de la puissante harmonie ».\nDans les chapitres suivants, M. de la Laurencie nous montre Fopéra ita-\nlien acclimaté en France, malgré les rébellions du rationalisme classique,\npar l'habileté de Lulli, type achevé de 1' « opportuniste musical ». Puis le\ngoût s'affine, le profond Rameau est compris par des esprits d'élite, au\nnombre desquels il ne faut pas compter les «philosophes », épris de vir-\ntuosité italienne, et c'est un plaisir de lire le commentaire si délicat et\nvraiment musical de Ghabanon (1779) sur certaines pages d\"Hippolyte et\nAricie. L'italianisme revient à la charge contre l'opéra de Gluck, et triom-\nphe avec la musique à succès de Rossini et de ses émules, ses mélodies tri-\nviales et chargées de colifichets, ses rythmes martelés, sa pauvre harmonie.\nTout cela plaît àun public plus mêlé et moins raffiné que celui du\nxvnie siècle, que le romantisme, en outre, porte à chercher l'excès en toute\nchose, et particulièrement dans l'emportement du geste et l'abondance du\nverbe. Cependant la musique allemande apparaît à l'horizon ; Weber et\nBeethoven rappellent les meilleurs d'entre nous au sentiment de la musi-\nque. Berlioz combat pour eux, et unit à une puissance d'expression toute\nromantique un grand respect des formes de la musique pure. Grand sym-\nphoniste, il libère définitivement le goût « de ses attaches anthropomor-\nphiques », c'est-à-dire qu'il fait parler, non pas la voix de l'homme, mais\nsurtout celle des instruments, interprètes de lunivers, et consomme ainsi\n« la musicalisation du monde extérieur ». Puis, tandis que la musique de\nthéâtre se dégrade de plus en plus dans la frivolité bourgeoise du second\nempire, Wagner nous est révélé à son tour, et son drame symphonique,\nchargé par Scudo de grotesques anathèmes, défendu par Reyer, Baudelaire\net Théophile Gautier, puis par une armée toujours grandissante de disci-\nples, est à son tour dépassé par la musique française contemporaine, reve-\nnue, par «une vigoureuse renaissance ethnique», à sa véritable source, qui\nest l'imitation directe de la nature et l'expression sans emphase de senti-\nments vrais. « Le sentiment de la rythmique s'est assoupli ; celui de la"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "« méiodicité s'évade des liens tyranniques d'une scolastique désuète ; chez\n« M. Debussy, par exemple, la mélodie n'appartient à aucune gamme, ne se\n« coule dans aucun moule préalable x>. Aucune musique, pas même celle\nde Costeley ou de Gouperia, ne fut aussi libre et aussi vivante que la musi-\nque française d'aujourd'hui, et l'on ne peut, en terminant le livre de M. de\nla Laurencie, assez remercier le guide si courtois, si profondément intelli-\ngent et si délicatement érudit, qui sut nous amener, par de séduisants\ndétours, jusqu'à un lieu de repos aussi délicieux.\nJ.-M. LECLAIR (1697-1764). —Premier livre de Sonates. Edité par les\nsoins de MM. Alexandre Guilmant et Joseph Debroux. Paris, E. Demets,\n1905.\nNous assistons aujourd'hui à une grande reconstruction du passé. Le\ntemps avait fait son travail, de larges périodes s'étaient effacées de nos\nmémoires, des maîtres illustres étaient tombés dans l'oubli; seuls quel-\nques noms avaient survécu, quelques œuvres se dressaient encore au mi-\nlieu des ruines, et leur isolement les faisait paraître plus hautes encore.\nMais aujourd'hui on redresse les pans de mur écroulés du glorieux édifice,\non rétablit les liaisons, les soutiens, les transitions, et les beautés que\nnous connaissions déjà s'expliquent mieux pour nous, aujourd'hui que\nnous les voyons préparées et entourées de tous côtés par des beautés qui\nleur ressemblent et parfois les égalent. Qui ne reconnaîtrait, par exemple,\nla manière de J.-S. Bach dans cet andante d'une sonate pour piano et\nviolon ?\nOr cet andante est de Leclair, et se trouve dans le recueil de 1723,\npieusement restauré par MM. Guilmant et Debroux. Et ce n'est pas là\nune coïncidence fortuite et isolée. Le style large du vieux maître français,\nl'ampleur de ses phrases et ses solides marches d'harmonie, répétées\ncomme des motifs d'architepture, lui assignent une place toute voisine de\ncelle où s'élève, monument impérissable, l'œuvre de J.-S. Bach. Et ce-\npendant il reste bien français, par l'élégance exquise de ses danses, comme\npar la grâce aisée et le demi-sourire qui' éclaire ses andantes et ses arias.\nFort bien écrites d'ailleurs pour l'instrument aimé dont elles utilisent toutes\nles ressources, ses Sonates méritent de prendre place, à côté de celles de\nBach, dans la bibliothèque de tous les violonistes.\nLe texte de l'édition actuelle reproduit exactement celui de 1723. La\nréalisation de la basse chiffrée, due à M. Guilmant, a été gravée en un\ncorps plus petit, de manière qu'on peut aussi en faire abstraction. Les in-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.44", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2861, "texte": "dications de nuances dont sont responsables les éditeurs modernes ont\nété mises entre crochets, et les signes d'agrément, traduits en notes par\nM. Debroux dans la partie de violon, ont été exactement reproduits dans\nla partition, à laquelle on pourra toujours se reporter en cas de litige. Il\nest impossible d'offrir au musicien plus de facilités d'exécution, ni de\nséparer plus nettement le texte ancien de ce que lui ajoute l'interpréta-\ntion moderne. Tous ceux qui connaissent les travaux de M. Guilmant sur\nles Maîtres de Vorgue ou qui ont entendu les belles exécutions de M. De-\nbroux ne seront pas surpris de ce zèle et de cette conscience. Ajoutons\nque l'édition, très nettement gravée, et ornée d'un joli frontispice dans le\ngoût du temps, inaugure fort agréablement la collection des Maîtres vio-\nlonistes de l École française.\nLÉON BRANCHET ET JOHANNES PLANTADIS. Chansons populaires du\nLimousin. Paris, Champion, 1905.\nCe recueil a obtenu un premier prix au concours de la Scliola Cantorum.\nIl contient i 5 chansons, toutes de la plus grande valeur, tant par le texte\nque par la musique, recueillie et notée avec beaucoup de soin et d'exacti-\ntude. Les amateurs de folk-lore s'intéresseront à la chanson d'étrennes\n(Lou Guilaneu), au noël (Nadalet) et àla version limousine du roi Renaud\n(Amant Vlnfant). Et je recommande aux musiciens la Rivière de Lissac?\net cette mélancolique Janeta :\nL'édition est soignée et bien imprimée, quoique le huit elzévir me pa-\nraisse un peu fin pour ce format.\n\nLouis Laloy.\n\nLES IDÉES DE M. HOUDARD\n\nM. Georges Houdarda lu mon livre sur Aristoxène de Tarente et la mu-\nsique de Vantiquité, et cette lecture lui a été si profitable que deux comptes\nrendus ont déjà porté à la connaissance du public les diverses réflexions\nque j'ai eu l'honneur de lui inspirer. Le premier paraissait, si je ne me\ntrompe, dans la Revue internationale de renseignement ; on m'y reprochait\nde graves erreurs en matière de dogme, je veux dire de rythme, erreurs\nque le charme du style rendait encore plus pernicieuses aux jeunes esprits.\nGomme je suis un mécréant, je pris assez allègrement mon parti de cette\nexcommunication majeure ; d'autant plus allègrement que M. Houdard,\nqui est le pape de sa religion, en est aussi, ou peu s'en faut, le seul fidèle.\nMais j'eus tort, paraît-il, de ne pas m'émouvoir, car un second article a\nparu, dans une revue que j'ignore et qui doit être méridionale :un très\nobligeant ami m'a envoyé les feuillets qui me concernent, et je l'en remercie,\ncar j'y ai appris bien des choses.\nD'abord, que « j'évolue tant au sein delà Société nationale, qu'au sein\ndelà Société bénédictine de la restauration du chant grégorien ». Et j'ai\nourdi avec ces deux associations un effroyable complot : il ne s'agit de rien\nmoins que de renverser les idées de M. Georges Houdard. Oui, les uns et"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "les autres, M. Vincent d'lndy par ses oeuvres, le R. P. Mocquereau par\nson interprétation du chant grégorien, et moi-même enfin par mon examen\ncritique de la doctrine d'Aristoxène, nous péchons contre cette loi sacro-\nsainte de l'équidistance des temps forts, qui ne reconnaît point de musi-\nque, sinon celle que jalonnent des appuis régulièrement espacés, comme\ndes poteaux télégraphiques le long d'une route départementale. Je ne\nsuivrai pas M. Houdard dans le détail de sa diatribe; il faut que son indi-\ngnation lui ait légèrement troublé l'esprit, puisqu'il va chercher l'idée fon-\ndamentale de mon livre dans une annonce de librairie, et qu'il m'oppose\ntriomphalement une opinion de M. Weil, <K l'éminent helléniste dont la\nparole fait autorité en ces matières », plus une appréciation de M. CH. C.,du\nGuide musical,sur l'œuvre de V. d'lndy. L'opinion de M. Weil est justement\ncelle que je combats, et avec d'autant plus d'entrain que l'éminent hellé-\nniste, etc., a toujours déclaré qu'il n'entendait rien à la musique. Et quant\nà notre honorable confrère belge, le voilà devenu, bien malgré lui sans\ndoute, une sorte de texte sacré, en qui toute Vérité repose ! J'en passe, et\nde meilleures. C'est ainsi que n'ayant pas trouvé de traduction d'Aristoxène\ndans mon ouvrage, puisque mon plan n'en comportait pas, et ne pouvant\ns'en passer, M. Houdard en a commandé une à « un normalien disert,,\nM. Rémon ». C'est ainsi encore que le chant grégorien « n'est pas pieux,\nà cause de sa virtuosité », que nous appartenons tous à une école\n« histérico-musicale (sic) », et qu'enfin je tente, « sous le couvert du titre\nde docteur, de lancer des idées fausses », qui ne sont point en effet celles\nde M. Georges Houdard. Ainsi, ce qui donne de la valeur à une idée,\nc'est le titre de celui qui l'émet ? O naïves superstitions, respect du par-\nchemin, culte de l'Université, si touchant chez des hommes qu'elle n'a\npoint comblés de ses diplômes !\nLe dirai-je ï Pas un instant, en écrivant mon livre, je n'ai songé à\nM. Houdard. Il me semble que ses idées se détruisent assez d'elles-mêmes\nsans qu'il soit besoin de les réfuter; qu'il s'épargne donc une colère\ninutile et dangereuse à son équilibre mental; je ne l'attaque pas; je n'ai\nrien à démêler avec lui. Paix aux idées de M, Houdard !\n\nLouis Laloy.\n\nCHRONIQUE DES CONCERTS\n\n26 MAI* Salle yEolian : Marthe Dron et M. Armand Parent. —-\nTrès belle interprétation de la Sonate, pour piano et violon, de Vincent.\nd'lndy : M. Armand Parent a le secret de ce jeu ému et simple à la fois,\nsans artifices, et immédiatement sympathique à l'auditeur. En outre, il\npossède des doigts impeccables et une rare ampleur de son. Combien je\npréfère cet artiste sérieux et vraiment musicien à tous les Kubelik du\nmonde ! Mlle Marthe Dron joue avec délicatesse le Poème des Montagnes\ndu même auteur, et en fait bien ressortir les intentions sentimentales ou\nironiques. La Sonate de Franck terminait ce beau concert.\n27 MAI. Salle de VUnion : M. Scholander. —M. Scholander, qui nous\narrive de Stockholm, est déjà célèbre en Suède et en Allemagne. Il joue\ndu luth, ce qui aujourd'hui n'est pas un mince mérite ; et, sur cet antique\ninstrument, aussi doux que la guitare, mais plus sonore, il accompagne"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.46", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "des chansons, qu'il réalise avec une verve, une justesse pittoresque de\ngeste et une force dans l'expression dont rien ne peut donner une idée.\nCertes nous avons en France de bons chansonniers; mais il y a dans\nla manière de M. Scholander plus d'ampleur et de sincérité, je dirais\npresque plus de bonté que chez tous ses confrères de Montmartre, et c'est\npar là qu'il leur est supérieur.\nSon répertoire est suédois, allemand et français. Parmi les chansons\nsuédoises, j'ai surtout goûté Y Enterrement de l'ivrogne Lundhohn, chant\nbachique et funèbre, où le luth balancé imite le son des cloches, et le\nRégiment en marche, où l'on entend et l'on voit successivement les tam-\nbours, la musique, le colonel bedonnant et bougonnant, les officiers raides\net pincés, les soldats et même la foule des spectateurs, tout cela dessiné\navec un art merveilleux. Il ne nous a pas été chanté de chansons allemandes,\net j'ai regretté ce chant de lansquenets, entendu le jeudi précédent àla\nSociété internationale de musique, d'une gaillardise naïve et légèrement\nsentimentale. En revanche, nous avons eu beaucoup de chansons françaises,\nles unes populaires, d'autres simplement anciennes : le Compère Guilleri,\nvrai petit drame qui peint le départ du chasseur, la branche qui casse, l'ar-\nrivée trottinante et émue des dames de l'hôpital, les galants remerciements\ndu bon compère ; Le roi a fait battre tambour, avec ses dialogues d'une\nvérité saisissante ; bien d'autres encore, dont nous ne soupçonnions pas\nle charme ou l'esprit. M. Scholander unit au talent d'un chanteur celui\nd'un mime exceptionnellement doué. Il a aussi, quand c'est l'occasion, une\némotion vraie, qui est profonde. La soirée s'est terminée par des chants\nnationaux suédois, graves et doux, auxquels le public s'est associé d'en-\nthousiasme. L'enthousiasme n'a cessé de régner, d'ailleurs, au cours de\ncette soirée, et l'on peut affirmer que M. Scholander retrouvera devant le\npublic parisien le succès magnifique que lui ont fait ses compatriotes.\n29 MAI. —La Symphonie de M. Scriabine. —Je savais, sur M. Scriabine,\ndes choses extraordinaires : qu'il avait réalisé en lui-même l'idéal de\nNietzsche, et que ce calme jeune homme blond, plein de précautions et\nd'égards pour lui-même, n'était autre qu'un surhomme en chair et en os ;\nque sadernière symphonie renfermait l'histoire, passée et à venir, de l'hu-\nmanité ; qu'elle serait jouée aux Indes, dans une salle de forme hémisphé-\nrique, entourée d'eau, pour que le reflet achevât la figure d'un globe ; et\nqu'après la révélation de ces beautés suprêmes, M. Scriabine mourrait, et\navec lui l'humanité tout entière. M. Scriabine n'est pas mort, et nous\nvivons encore, comme dit la chanson. Et c'est au Nouveau-Théâtre que\nM. Nikisch nous a fait entendre, non la symphonie réservée aux Hindous\n(sans les Anglais ?), mais une autre, déjà très suffisamment philosophique,\npuisque le programme nous parle delà Volonté individuelle, trop faible,\ntentée de s'abîmer dans le Panthéisme, et du sentiment du sublime qui aide\nà vaincre VEtat passif du moi humain.\nOn voit ce qu'il faut penser, au point de vue intellectuel, de M. Scria-\nbine : c'est une tête russe, assez inculte sans doute, mais exaltée, et\nbourrée de fatras philosophique à l'allemande. C'est le tchinovnik (1) quia\nlu Schopenhauer, et en est demeuré pédantesquement ivre. Excellent per-\nsonnage pour une comédie de 7 chekhof. Sa musique, hélas ! est à l'avenant.\nOn 11 y trouve aucune des qualités propres à sa race : la finesse d'impres-\nsions, la sensibilité raffinée, le sentiment de la couleur, ces qualités\nprécieuses, qui ont fait à la Russie une musique enchanteresse entre toutes.\nDes idées qui méritent à peine ce nom, qui manquent de caractère et\n\n(1) Ou plutôt encore le podiatchii, si j'ose dire."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3702, "texte": "n'évoquent pas plus la lutte que la volupté ou le Jeu divin ; un orchestre\nlourd et pâteux ; un développement monotone, une harmonie plate. Avec\ncela, l'intention, manifeste à tout instant, de retrouver des effets wagné-\nriens, des crescendo tristanesques ou des apaisements walkyriques. Mais\nla matière musicale faisant défaut, on n'aboutit qu'à des caricatures qui\nfont sourire. Du moment qu'on se mettait à l'école de l'Allemagne, on\npouvait au moins imiter Richard Strauss, et non Wagner, qui vraiment est\nentré dans l'histoire.\nLe cas de M. Scriabine est isolé, je veux l'espérer. Cependant je crois\nbien que certains jeunes compositeurs russes sont fortement inflùencés par\nl'Allemagne aujourd'hui. Il y a là un grand danger. Il ne faut pas que la\nRussie oublie que sa force est en elle-même : c'est son art populaire, et\nc'est l'art aristocratique et national d'un Balakiref ou d'un Rimski-Kor-\nsakof qui portent en eux l'avenir de la musique russe. Ce n'est pas devant\nles disciples de Brahms ou les héritiers de Wagner que les Russes doivent\ns'incliner, L'Allemagne n'a que mépris pour la race et l'esprit slaves. Que\nles musiciens russes lui répondent par un mépris égal* ou plus grand\nencore ; ils en ont le droit, au moins en musique, et ailleurs aussi.\n2 JUIN. Salle JEolian : Marthe Dron et M. Armand Parent.\nCette fois, c'est la Sonate de Vreuls* chaleureuse, fougueuse, un peu lourde\nparfois, mais où se révèle un tempérament musical ; puis la Sonate de\nMagnard, que je ne puis aimer. La mélodie s'y offre presque toujours à nu,\navec une audace qui n'est pas sans mérite. Mais cette mélodie ne me dit\nrien, et me fatigue plus que ne feraient les plus audacieuses recherches\nharmoniques. Car elle semble se fatiguer elle-même à se chercher, et\nl'image qu'elle évoque le mieux est celle d'un serpent qui se mord la queue\net se tord de douleur. M. Parent et M*le Dron font preuve non seulement\nd'un grand talent, mais d'un grand dévouement à la musique moderne, en\ninterprétant une œuvre où les artistes n'ont guère occasion de briller. lis lui\ndonnent toute la vie dont elle est susceptible, et ce n'est certes pas leur\nfaute si elle ne me plaît pas davantage. Mlle Dron joue avec une fougue toute\nromantique le Prélude, Aria et Finale de César Franck ; et son interpréta-\ntion, dont certains détails sont discutables peut-être, est toujours intéres-\nsante et personnelle.\n5 JUIN# _ Salons de Domange. Je ne connaissais pas ce Quatuor\npour piano et cordes de Mel-Bonis, que nous font entendre Mme Domange,\nMM. Duttenhoffer, Gaillard et Delaye. Il me plaît beaucoup : les idées\nen sont personnelles et bien venues, les développements intéressants, d'une\nécriture très sûre, et les sonorités toujours agréables. Point de recherche\napparente, une élégante simplicité qui laisse transparaître une émotion\ntoujours sincère. Musique limpide et douce, que l'on aime dès l'abord, et\nprofondément. La Chanson de la Bretagne, de Bourgault-Ducoudray, res-\npire l'amour de la nature et de ses beautés sans artifices. La mélodie, for-\nmée à l'école du chant populaire, en a souvent les accents puissants ; et\nl'accompagnement l'enveloppe sans la couvrir. Le Chant des nuages est une\nfort belle pièce, avec ses modulations brusques et sa mâle mélancolie,\ndigne des maîtres de la chanson russe, Balakiref ou Moussorgsky. Et la\nSone (complainte) est d'une grâce attristée et charmante. Mlle E. Blanc et\nM. L, Berton ont fort bien rendu ces expressives mélodies.\n6 JUIN.— Les vingt-quatre violons du Roi. Ressuscitée, pour une élite\nd'amis, par notre excellent collaborateur Lionel de la Laurencie, cette\nbande de musiciens nous a fait entendre des choses exquises. D'abord, une"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.48", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": "suite d'Airs de danse pour instruments à archets (1668), découverts à\nCassel et mis en partition par M. Écorcheviile : Branles, Courantes, Ga-\nvottes, Sarabande et Menuet, que peut-être dansa Louis XIV : rythmes\nnets et souples à la fois, mouvements d'une aisance et d'une grâce inimita-\nbles. La Sonate de Jean Ferry Rebel (1695) pour deux dessus de violon,\nbasse d'archet et clavecin (MM. de Saint-Foix, L. de la Laurencie, Laloy,\nÉcorcheviile), est une fort belle œuvre, où la pure musique abonde ; les\nAirs sont d'une émotion délicate et profonde, et qui n'insiste pas ; et les\nmouvements gais ont un enjouement qui ravit. Le Concert de Jean-Baptiste\nAnet (1730), mis en partition par M. Henri Quittard, ajoute deux flûtes et\nune musette au quatuor d'archets. C'est une petite suite à sujets, dans le genre\ndes compositions de François Couperin pour le clavecin : les Contrefeseurs\nde Musette, la sœur Cadette, VAmour adolescent, la petite Nanette, telles\nsont les gracieuses images que le musicien entend associer à ses airs. Il y\nalà beaucoup d'esprit et de charme, avec un goût plus raffiné que celui\nde l'époque précédente, Entre temps, M. Scholander, qui avait bien voulu\nprêter son concours à cette fête, avait chanté, en s'accompagnant du luth,\ntrois airs de cour du xvue siècle, dont il rend à merveille la sentimentalité\nélégante et quelque peu affectée. Ce fut là un vrai régal de délicats, digne\nen tout point de ce qu'annonçait un programme d'un exquis archaïsme,\noù les ornements et les caractères mêmes étaient de l'époque. M. de la\nLaurencie est un érudit d'une espèce rare, qui joint à la connaissance la\nplus approfondie du passé le pouvoir de le faire revivre.\n8 JUIN. A Versailles : Mme Camille Fourrier, MM. Ed. Bernard (pia-\nniste) et Liobet (guitariste). Très beau concert de musique moderne\nfrançaise, russe et espagnole, donné par ces trois excellents et vaillants\nartistes, bien connus déjà des lecteurs du Mercure musical.\n\nLouis Laloy.\n\nECHOS\n\nCeux qui ne sont pas au coin du quai. Un de nos confrères orne sa pre-\nmière page d'un avis en caractères d'affiche, où le lecteur est mis en garde\ncontre on ne sait quelle confusion qui pourrait se produire entre cette\nestimable revue et la nôtre. Nous estimons cette confusion impossible, et\nne sommes pas nos ennemis au point de la chercher.\nDe plus, il paraît que certains de nos exemplaires-spécimens ont touché,\net touché au vif, sans doute, des abonnés dudit confrère, qui s'en plaint en\ntermes peu courtois, mais d'une amertume bien flatteuse pour nous.\nA l'Opéra. Allant comme toujours au-devant de nos désirs, M. Gailhard\nnous promet, pour la saison prochaine, un opéra dont les paroles seront\nde M., Capoul et la musique de M. de Camondo. Aurait-il trouvé là un\nnouveau Fils de l'Étoile ?\nA I Opéra-Comique. Mne Aïno Ackté vient de signer son engagement\navec M. Albert Carré pour la saison prochaine.\nSociété symphonique. Il vient de se fonder à Lyon une Société artis-\ntique qui a p®ur objet la création de grands concerts symphoniques. Un\nsyndicat de garantie s'est fondé sur l'initiative de M. Witkowski, qui assure\nà ces concerts un revenu annuel de 10.000 francs pendant quinze ans. Cette\nsomme importante est versée chaque année par les membres fondateurs"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3783, "texte": "de la Société. Ce syndicat de garantie apour président d'honneur M. Edouard\nAynard, député du Rhône, pour président effectif M. le docteur Maurice\nValias, professeur à la Faculté de médecine, et pour vice-présidents\nMM. Maurice Isaac et le docteur Jamain. La Société ainsi formée a choisi\npour administrateur et directeur artistique M. Witkowski, qui dirigera les\nconcerts et qui, dès la saison prochaine, se consacrera entièrement à sa\nnouvelle tâche. Avec un orchestre permanent formé de musiciens profes-\nsionnels, il organisera d'abord une série de concerts purement symphôni-\nques, puis, en s'adjoignant les chœurs mixtes de la Schola cantorum, il\ndonnera des auditions de grandes œuvres telles que cantates, oratorios,\netc. L'entreprise prendra le titre de Société des grands concerts de Lyon.\nA signaler aussi la matinée des élèves de M. Henri Schickel (violon\net accompagnement), où fut acclamé un enfant de dix ans dans le Poème\nhongrois de Lederer. M. Fr. Gervais, violoncelliste, prêtait son concours\nà cette audition et a brillamment exécuté la Gavotte de Popper,\nMondanités. Le 29 mai, avait lieu, en l'hôtel de Mme la comtesse de\nBéarn, un fort beau concert de charité, où M. Marty dirigeait l'Ouverture\nde Léonore, M. Risler jouait le Concerto en sol de Beethoven, Mme Lit-\nvinne chantait le Finale d'Armide, et M. le prince Pierre de CaramanChimay,\ndontle talent de violoncelliste est connu, interprétait avec ampleur Yslëgie\nde Fauré, Grand succès pour tous, et bien mérité. Mais c'est avec une\nattention plus vive encore qu'on écoute une svelte jeune femme, en robe\nnoire simple et riche, chanter trois airs médiocres de Tirindelli, Puccini\net Boïto ; car on reconnaît, à son joli visage insignifiant, à sa bouche\nqu'abaisse un pli de fatigue plutôt que de dédain, celle que Paris nomme,\nà l'instar de l'ltalie, la Cavalieri. On se dit àl'oreille qu'elle refusait récem-\nment un cachet de cent cinquante louis, et que chez Mme de la R., elle\nportait pour plus d'un million de bijoux. Elle chante cependant, modeste,\nla voix un peu voilée, avec des trilles embarrassés et des traits approxi-\nmatifs ; elle chante, comme on récite une leçon, et fait exactement les\nnuances et les gestes aux endroits qu'on lui a indiqués. Pour une audition\nd'élèves, ce serait très gentil,\n—Le 6 juin, à l'audition très brillante des élèves de M. Paul Braud, on\na particulièrement remarqué la jolie interprétation de Mlle Gilberte Beau-\nlavon, dans des pièces de Liszt, Marmontel et Gabriel Pierné.\nUne troHvailie. Un hasard romanesque a fait tomber entre nos mains\nle curieux manuscrit que voici : nous le publions dans l'espoir de retrouver\nson légitime propriétaire, et aussi pour l'agrément de nos lecteurs :\n« Oui, j'ai lu les Egarements de M inné, oui, je les aime ; mais je ne l'a-\nvouerai pas, car, tout en admirant le talent de Willy (talent qu'il galvaude\nà plaisir, d'ailleurs), j'ai contre cet écrivain à succès la plus tenace des\nanimosités.\n« Depuis sa première « Claudine », je n'ai jamais pu fermer un de ses\nlivres sans grincer des dents, Car il m'a volé et a vulgarisé toute ma sen-\nsualité secrète et toute mon esthétique de la femme. Sa Claudine, qui pa-\nrut à tant de lecteurs une effarante créature d'exception, était depuis long-\ntemps mon idéale amie. Je ne l'avais pas autant précisée, elle n'était pas\naussi charmante, mais tout de même c'était une de ses sœurs. Cela paraît\nidiot, ce que je dis là, parce que je ne suis pas littérateur et que je\nne devrais pas prétendre à comparer mon imagination à la sienne, mais\nc'est pourtant la seule façon d'exprimer la vérité. Romanciers, poètes,\npeintres, musiciens ou confiseurs, nous sommes tous égaux devant le Sexe\nsouverain. Un sculpteur et un épicier pourront communier profondément"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.50", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "sous les espèces d'une forte fille blonde aux deux extrémités de l'Europe\net sé sentir plus réellement frères que deux artistes de la même école. C'est\nainsi que moi, humble musicien, j'ai pu penser en même temps que\nWilly et me reconnaître avec rage dans ses volumes successifs. Le phéno-\nmène n'est pas anormal. Claudine était dans l'air. On a pu le voir aussitôt\naprès le roman de Willy, les Claudine ont pullulé dans la littérature, dans\nles rues, même dans les brasseries, ce qui est tout bonnement sublime î Ce\nn'est pas le livre de l'homme au bord-plat qui a réformé ainsi toute la mo-\nralité et l'esthétique du commencement du xx® siècle, mais c'est lui qu'on\nattendait : il répondait à un besoin secret et impérieux, Willy a eu l'in-\ncroyable adresse de le deviner. J'étais de ceux qu'il ne surprit pas et qu'il\ncombla de rancunières délices. Et c'est bien la meilleure preuve que son\nlivre est un chef-d'œuvre.\n« Pelléas nous a fait le même coup en musique ! Debussy a cueilli dans l'air\ntoutes les successions de neuvièmes qu'osaient les jeunes musiciens dans\nle secret de leur piano. Il a concrétisé des tendances éparses et les a tra-\nduites d'une façon définitive, à notre joie désespérée. Car nous sommes\ncinquante qui retrouvons dans nos manuscrits anciens des harmonies que\nnous sommes obligés de déchirer parce que Debussy les a définitivement\nsignées à notre insu ! Et c'est pour cela aussi que Pelléas est un chef-\nd'œuvre !... »\nVingt-trois directeurs de théâtres arrêtés. Le tribunal de New-York\nayant décidé que les théâtres ne sont pas propriété privée, M. Conried,\ndirecteur de l'Opéra, et vingt-deux autres directeurs de théâtre ont été arrê-\ntés sous 1 inculpation d'avoir systématiquement refusé ses entrées au cri-\ntique dramatique du journal Life, M. Metcalfe.\nLes directeurs s'étaient ligués contre le journaliste, dont ils redoutaient-\nla malicieuse critique.\nLes accusés ont été remis en liberté sous caution, et l'affaire viendra en\njugement prochainement.\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÈCENTES\nALBERI ROUSSEL. Quatre Poemes de Henri de Régnier. Piano et chant.\nPai Lellon Ponscarme. irès intéressant recueil, dont nous parlerons\nbientôt avec plus de détail."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9.2", "titre_corps": "LE SCANDALE DU PRIX DE ROME", "titre_sommaire": "LE SCANDALE DU PRIX DE ROME", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "9"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.35", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "LE SCANDALE DU PRIX DE ROME\n\nIl faut battre le fer pendant qu'il est chaud eton ne le laissera pas refroi-\nne serait guère le moment, du reste,à l'heure où le soleil estival s'an-\nnonce enfin propice aux transpirations des mères, aux pâmoisons secou-\nrables des eleves et a la cuisine des vieux routiers matois manipulant des\njurys extenues, menu traditionnel des concours prochains et publics de\nnotre Conservatoire, sans compter les incidents orageux coutumiers dont\nle thermomètre a lui seul pourrait fournir l'excuse. Le récent jugement\n« préparatoire » au Prix de Rome a fait quelque potin dans notre Lander-\nneau musical ; le bruit en parvint, dit-on, jusqu'en haut lieu.Une curiosité\nlégitimé inciterait le plus indifférent des mélomanes au désir de tirer cette\naventure au clair. Pour se former une opinion impartiale, il faut savoir d'a-\nbord exactement de quoi il s'agit. Au fond, c'est ce qu'on connaît peu ou\nmal: En 1900, M. Constant Pierre a publié un énorme volume qui con-\ntient, outre une profusion de renseignements précieux, les textes et dé-\ncrets régissant la matière et, d'une façon générale, tout ce qui concerne ce-\nlui de nos établissements nationaux aujourd'hui plus couramment dénom-\nme « la Riaison Dubois ». « Tout Français ou naturalisé, n'ayant pas trente\nans accomplis au ler janvier de l'année où s'ouvre le concours », peut pos-\ntulei pour la Villa Médicis. Le lauréat reçoit de l'Etat une pension de 3.510\nfrancs pendant quatre années, lesquelles il lui est enjoint de partager en-\ntre 1 Italie, 1 Allemagne et l'Autriche, avec séjour loisible en France pour\nJa dermere. A partir de l'expiration de ce terme et grâce à la fondation\nri nette, une rente annuelle de 3.000 francs lui est servie durant un laps\négal. Assurément, ce n'est pas le Pérou ; du moins, cela suffit-il pour as-\nsurer, un peu strictement, huit années de vie modeste, mais indépendante\na un jeune artiste sincère, lui permettant de travailler à sa guise, d'attendre\ne succès de préparer peut-être la gloire. Il ne faut pas être trop exigeant\n« au jour d aujord hm », comme on dit à Grenelle. Un rapporteur de notre\nernier ouget nous dévoile, imprimé, le montant de notre prodigalité offi-\ncielle et démocratique, avec un total de .3 millions affectés à tous les Beaux-\nArts reunis. Ala trois cent quarante-sixième page de son livre, M. Cons-\nent Pierre nous apprend que, jadis, « avant 1789 », les tyrans qui nous\nppnmaient dépensaient « plus de 20 millions » mu-\nsique, entre la. Circoncision et la Saint-Sylvestre. Que les temps sont chan-\nfn! 1 pauvre !En tout cas, même en négligeant l'abaissement\nlormidable de la valeur de l'argent depuis plus d'un siècle, sans même évo-\nqaer a graduelle disparition des maîtrises, l'anxiété des organistes réduits"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3959, "texte": "à la portion congrue, la simple comparaison de ces chiffres établit le rôle\nvital d'une institution comme celle du Prix de Rome, pour l'avenir de\nnotre art sonore au milieu d'une société qu'un américanisme envahissant\nsemble détourner toujours plus des préoccupations désintéressées et\nhautes.\nLe « concours définitif» est précédé d'un « concours d'essai », lequel a\npourobjet la confection d'une « fugue vocale à quatre parties »et d'un\n« chœur à quatre voix, au moins, avec orchestre ». Naturellement, il n'est\npas question de faire un chef-d'œuvre. La chose doit être bâclée en six\njours et démontrer simplement la possession d'un certain « métier » ac-\nquis, nécessaire pour être admis utilement à l'épreuve subséquente et finale.\nAussi ne fut-on pas peu ahuri, cette année, d'avoir à constater l'échec de\ndeux des concurrents, ayant obtenu précédemment chacun un « second\nPrix de Rome», Mlle Fleury, élève de M. Widor,et M. Maurice Ravel, élève\nde M. Gabriel Fauré. Entre toutes les stupéfactions que nous réservait\ncet examen désormais célèbre, celle-ci, à coup sûr, était la plus déconcer-\ntante puisque, dans ce jury si sévère, la majorité des suffrages appartenait\naux mêmes et identiques membres de l'lnstitut qui, hier, avaient couronné\nles deux évincés d'aujourd'hui. Bien informé que, depuis leur demi-vic-\ntoire. ni l'un ni l'autre n'avait attrapé une fièvre typhoïde ou analogue et\npâti de ses conséquences, on en donnait de toutes parts au chat une langue\nunanime. Heureusement, les reporters n'ont pas raté si belle occasion d'in-\nterviewer quelques sous-immortels.Les réponses, àla vérité, furent un peu\nébouriffantes.\nD'un ton léger non moins que serein, M. Paladilhe assura tout d'abord\nsans ambages : « Ce sont des criailleries sans importance de candidats mal-\nheureux...» Qu'entendait-il par là î Voulut-il dire que les deux retoqués\nétalèrent une incapacité irrémédiable en présence du devoir imposé? Alors,\non pourrait demander à M. Paladilhe pourquoi lui et ses collègues avaient\noctroyé, la veille, à de tels cancres, une récompense qui les proclamait\npresque dignes d'habiter la Villa Médicis. Car on sait ce que vaut l'aune\nde la fugue enseignée et prisée dans notre Conservatoire. M.Théodore\nDubois en révéla quelques échantillons primés, dans son Traité sur la ma-\ntière et, même, ily joignit, à titre didactique, des fruits de son inspiration.\nLa puérilité de ce machinal exercice en ressortait si péremptoirement ma-\nnifeste que le cerveau le plus obtus ne saurait guère ne pas correctement\ns'en tirer selon la requise formule et que l'unique difficulté plausible appa-\nraissait d'y égaler la platitude directoriale. Mais M. Paladilhe ignore\nmoins que quiconque, aussi bien que ses consorts en l'espèce, que, si le\n« concours d'essai » ne peut être qu'une pure formalité réglementaire pour\nun postulant déjà pourvu d'un « second prix de Rome », ladite épreuve ne\nconstitue pas autre chose pour le plus grand nombre des inscrits. Tous sont\ndes élèves de la maison où le verdict est prononcé et se présentent géné-\nralement sur l'avis autorisé de leurs professeurs ; la plupart ont produit\net publié des ouvrages prouvant leur habileté d'écriture, quelquefois plus\net mieux qu'un métier remarquable. En fait, il n'y a pas de candidats,\nau sens strict du mot, dans la circonstance. 11 ne s'agit pas, pour ceux-ci,\nd'une sorte de composition d'examen pédagogique pouvant entraîner fata-\nlement l'exclusion de l'un d'eux d'après le seul contenu de la copie livrée,\nvoire pour insuffisance matérielle dans l'exécution de la tâche exigée par\nles règlements administratifs, M. Paladilhe le sait fort bien, puisqu'il fai-\nsait partie lui-même du jury « préparatoire » qui n'hésita pas naguère à\nadmettre au concours de Rome un autre élève de M. Lenepveu, M. Crocé-\nSpinelli, lequel, n'ayant pu terminer sa fugue dans les délais prescrits,\nl'avait remise inachevée. Décidément, il fait bon d'être élève de M. Le-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3967, "texte": "nepveu, rue Bergere , car on sait aussi que, cette fois, tous les « candi-\ndats » heureux sortaient de la classe de cet invraisemblable professeur et\nmembre de notre Institut pour la section musicale.\nM. Paladilhe n oserait pas, sans doute, essayer de nous faire accroire\nqu'un musicien de l'envergure de Maurice Ravel ne fut pas capable de\nvenir à bout du programme élémentaire de ce « concours d'essai ». Les\nœuvres éditées du recalé rendaient superflu d'invoquer son « second Prix\nde Rome», et le précédent de M. Crocé-Spinelli répondait surabondam-\nment à l'objection d'une défaillance accidentelle. Mais, M. Paladilhe aurait\npu répondre tout bonnement que, parmi les dix-sept concurrents, il devait\nforcément rester sur le carreau onze « candidats malheureux », car les\ntextes en vigueur que six élus. Il fallait donc choisir, même\nentre des talents d'équivalente apparence. Certes, on n'a pas le droit de\ndenier a ptiorique les « candidats » préférés ne soient doués des dons\nmusicaux les plus rares. Admettons cju ils aient tous du génie *, comme\naucun d'eux n'a publié jusqu'ici quelque production comparable au seul\nQuatuor à cordes de Maurice Ravel, on ne saurait refuser à celui-ci la fa-\nveur de la merne hypothèse. Si on n a aucune preuve positive de la supé—\nriOiite de ses vainqueurs, on posséderait plutôt le contraire de ce qui pour-\nrait laisser soupçonner 1 infériorité du « candidat malheureux ». Toutes\nchoses égalés, à tout le moins, Maurice Ravel mérite évidemment, autant\nque n'importe lequel de ses rivaux privilégiés, de concourir à un Prix de\nRome éventuel et à ses avantages. Or, né le 7 mars 1875, il avait atteint\ncette année la limite d'âge qui lui interdit désormais tout espoir à venir,\ntandis que son plus vieux concurrent, M. Dumas, vit le jour en 1877; un\nautre, Al. Gaubert, en 1579 î 1880, M. Gallois, et M. Marcel Rousseau\nen 1882 , a)ant ainsi respectivement 2, 4* sou 7 ans devant eux pour se\nprésenter de nouveau au « concours d'essai » et décrocher peut-être la\ntimbale consécutive. A défaut de toute autre considération, celle-ci était de\npoids assez légitime pour influer gravement surla sentence de M. Paladilhe\n■a l ugard d un ancien lauréat distingue par lui-meme. On pouvait supposer que\ncontraint de lui fermer à tout jamais les portes de la Villa Médicis au\nrisque de briser sa carrière, ce juge intègre en eût déploré l'obligation cruelle,\nne.essitee par 1 incommensurable suprématie d'adolescents triomphateurs.\nOn se serait non moins incommensurablement trompé. Loin d'éprouver\nquelque trouble secret ou d'exprimer quelque condoléance platonique, la\nsuite de son interview rapporte qu'il s'écria : « Le ministre des Beaux-Arts\ns est emu de ce jugement, paraît-il ; moi, je m'en moque absolument ! »\nL'exactitude des termes est généralement trop incertaine, en pareille es-\npèce, pour qu'on puisse reprocher à l'interrogé l'ambiguïté de la phrase\nainsi constiuite, m décider, sans savoir bien au juste de qui ou de quoi\nM. Paladilhe « se moque absolument », si l'interrogateur n'a pas atténué\npeut-être, en ces syllabes, l'énergie d'un épanchement moins académique.\nMais le mot, au surplus, ne changerait rien a la chose. Il demeure avéré que\nM. Paladilhe envisage d'un cœur tranquille, d'une âme satisfaite et prête à\ns en vanter, les résultats de son verdict. Que celui-ci ait provoqué les pro-\ntestations, non pas seulement des « candidats malheureux », mais de cer-\ntains professeurs renommés de notre Conservatoire, M. Paladilhe « s'en\nmoque absolument »; que sa proclamation ait spontanément indigné les\nesprits indépendants et mis en rumeur tout le monde musical,M. Paladilhe\n« sen moque » autant que de ce que peut penser son ministre ; il « s'en\nmoque » autant que du sort et de la qualité de ses victimes. De tout ce\nqu'on peut dire ou penser, de tout ce qui peut advenir, M. Paladilhe « s'en\nmoque » et s'en contremoque avec la désinvolture et la sérénité du papa\nde Claudine."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4040, "texte": "M. Paladilhe, en effet, est sûr de soi, car il a jugé en toute conscience.\nHélas ! on ne découvre pas la moindre raison d'en douter. Il a jugé selon\nson goût remorqué par sa compétence. La notoriété de celle-ci, toutefois,\nne s'atteste pas des plus répandues dans l'univers. Le génie de M. Paladilhe\nsemble afficher la modestie de la violette, sans s'être trahi jamais par quel-\nque bien flagrant parfum. On connaît surtout de lui l'accompagnement d'une\nmélodie populaire, la Mandolinata, rapportée d'outre-monts pour nos or-\ngues de Barbarie. Tous les ans, à l'occasion des concours conservatoriaux,\non se souvient qu'il existe en lisant son nom parmi ceux des jurés ; bien\ndes gens se demandent qui est ce M. Paladilhe et seraient fort surpris\nd'apprendre qu'il est de l'lnstitut. 11 n'apparaît donc pas surérogatoire de\nrecourir à l'érudition de M. Constant Pierre, pour exhumer et divulguer\nles titres en l'honneur de quoi cet illustre inconnu est appelé périodique-\nment à exercer une magistrature intéressant l'existence même et le dévelop-\npement de notre art musical. M. Paladilhe (Emile) naquit à Montpellier le\n3 juin 1844 et, sauf erreur d'impression, se dénonça d'abord enfant\nprodige incontestable, au témoignage de ces extraits des palmarès ; « Pia-\nno : 2e prix(ißs6) ; ler prix (1857). Contrepoint et fugue : ier accessit\n(i 856). Orgue :2e accessit ( 1858) ; ier accessit {lßsg) ; 2eprix (1860). Rome :\nmention honorable (1859) ; ier prix (1860). » Assurément, la liste de ces\nsuccès attesterait peut-être plus de persévérance que de génialité insigne.\nIl n'en est pas moins peu commun de remporter son premier laurier de\npianiste à douze ans, et le grand prix de Rome à seize. Entre temps, il\navait commis deux œuvres de jeunesse, le Chevalier Bernard (1858) et la\nReine Mathilde (1859), non représentés. Douze ans après son Prix de Rome,\nil fit jouer un acte, le Passant (1872), puis Suzanne, trois actes (1878). Cet\neffort lui valut bientôt la croix de chevalier de la Légion d'honneur\n(1881). Stimulé sans doute par cet encouragement imprévu, il produit les\ntrois actes de Diana (i 885) et les cinq de Patrie (1886). Enfin, en 1892, il\npubliait les Saintes Maries de la mer, et l'lnstitut lui offrait un fauteuil. Il\nsemble s'y être endormi depuis pour ne plus rêver qu'aux examens de Con-\nservatoire, encore que M. Constant Pierre note aussi une Messe solennelle\net une Symphonie en mi bémol sans en fixer la date. Mais M. Paladilhe\nest un homme heureux dont le sommeil est béni de la Providence. En 1897,\nune rosette y vint en tapinois remplacer le ruban qui rougissait sa\nboutonnière.\nLa quantité, dans ce bagage, est plutôt mince : elle est phénoménale au\nprix de sa qualité. Tout cela ne survit, pour l'intitulé, que par la charité de\nquelques dictionnaires ou gît dans Par'rière-boutique des infortunés édi-\nteurs. Son néant porterait ombrage à la suprême inanité d'un Lenepveu.\nOn apu reprendre Xavière durant trois ou quatre soirées : on n'oserait\npas annoncer un acte de Patrie. Il est assez piquant que, chargé d'apprécier\nles fugues du « concours d'essai » et s'y montrant aussi tranchant qu'im-\npitoyable, M. Paladilhe n'ait pu jadis obtenir mieux qu'un accessit en la\nmatière. Il est étrange jusqu'à l'inconcevable qu'une nullité de son acabit\nsoit investie du pouvoir de juger non pas seulement un Ravel, un Ducasse\nou Marcel Rousseau,mais le moins talentueux des jouvenceaux musicastres.\nIl est inouï qu'une impuissance aussi péremptoirement démontrée que la\nsienne puisse voisiner avec un Saint-Saëns, un Reyer ou même un Masse-\nnet dans des jurys, pour y décider sans appel de l'avenir d'un jeune artiste.\nMais M. Paladilhe « se moque absolument » de tout cela. Fier comme\nÂrtaban, il palabre, et son inconscience est désarmante. Il semble né coiffé ;\nd'ailleurs on l'a décoré deux fois pour ses fours ou pour ses beaux yeux ;\nil est de l'lnstitut... Mais, au fait, pourquoi donc en est-il ? MM. Dubois\net Lenepveu enseignaient au Conservatoire ; leur chaire et leur emploi hié-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 628, "texte": "rarchisé pourraient passer pour un prétexte, à la rigueur. Mais lui, quelle\ncause obscure l'introduisit sous la Coupole ? Qui ou quoi l'y sut signaler,\ny soutint sa candidature ou l'imposa d'emblée? Je vais tâcher d'avoir des\nrenseignements sur rinstitulàrisation de M. Paladilhe, afin d'élucider cet\nexcitant mystère à l'intention des lecteurs intrigués. Si l'enquêté s'en émou-\nvait, j'oserais suivre son exemple et déclarer que « je m'en moque absolu-\nment ». En service de presse autant, j'espère, que de « concours prépara-\ntoire », le devoir professionnel avant tout !\n(A suivre.)\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9.3", "titre_corps": "LE MONUMENT BEETHOVEN", "titre_sommaire": "LE MONUMENT BEETHOVEN", "signature_source": "Albert Groz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.39", "debut_caractere": 630, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "LE MONUMENT BEETHOVEN\n\nUn comité de patronage s'est formé en vue d'ériger un monument à\nBeethoven sur une des places de Paris, s'il en est une encore dépourvue\nde statue.\nDes fêtes plus ou moins musicales ont été données au Trocadéro, au\nthéâtre Sarah-Bernha'rdt, dans le but de réunir les fonds nécessaires.\nCe monument serait dû au ciseau d'un jeune sculpteur, M.José de Char-\nmoy, et serait actuellement en cours d'exécution.\nUn article élogieux, bien qu'avec quelques réticences, a paru dans la\nPlume ( ier mai 1905).\nDes reproductions photographiques ont été envoyées au journal Musica\n(numéro consacré à Beethoven). Ayant eu ridée de montrer ces reproduc-\ntions à l'un des membres, et non le moindre, je vous prie de le croire, du\nComité d'honneur, j'ai constaté avec stupeur qu'il ignorait totalement ce\nmonument, n'en connaissait ni une esquisse, ni une maquette, et que, ne\nl'avant convié à aucune séance d'examen, on n'avait en aucune manière sol-\nw 7\nlicité son approbation.\nTout cela n'est-il pas un peu suspect? Nous assistons, semble-t-il, à un\nlançage en règle, à une sorte si j'ose dire —• de montage de coup. Quel\nest le but poursuivi et qui donc se cache derrière ce Comité de patronage,\ndont la bonne foi, en raison des personnalités qui le composent, ne saurait\nêtre suspectée ?\nS'agirait-ii moins de la vieille gloire de Beethoven, assez bien établie,\nje pense, pour n'avoir pas besoin de recourir à l'équilibre douteux de\nquelques blocs mal taillés, que de la jeune et impatiente vanité de\nM. J. de Charmoy ?\nSur quelles œuvres antérieures, sur quelles garanties se fonde-t-on pour\naccorder à ce sculpteur une telle confiance, pour accepter de lui, les yeux\nfermés, une œuvre dont on ne connaît encore que des projets et des frag-\nments ?\nEt puisqu'on s'est décidé sur ces projets et ces fragments, j'ai le droit de\ndéclarer qu'à mon avis il n'y a là qu'une ébauche ridicule, d'un roman-\ntisme non moins grossier que prétentieux, nullement représentative, à aucun\ntitre, de Beethoven et de son génie.\nJe serais désolé de méconnaître un chef-d'œuvre, mais encore plus\ndésolé d'assister complice silencieux à une prétendue glorification\nde Beethoven, uniquement destinée à servir les visées ambitieuses de\nquelque petit arriviste sans scrupule. Beaucoup de musiciens, je le sais,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 457, "texte": "partagent mon sentiment. Tous les musiciens ont, en cette occasion, le de-\nvoir d'être inquiets, le droit d'être rassurés.\nIl faut que le Comité de patronage qui patronne M. de Charmoy sache bien\nque nous ne sommes pas d'humeur à nous laisser imposer sans protestation\nune injurieuse et grotesque effigie, en quoi il nous serait impossible de\nreconnaître l'image du maître telle que chacun de nous la porte en son\ncœur.\n\nAlbert Groz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9.4", "titre_corps": "DÉODAT DE SÉVERAC.", "titre_sommaire": "DÉODAT DE SÉVERAC.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.40", "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 3044, "texte": "DÉODAT DE SÉVERAC.\n\nLe concert du 25 mai, à la Schola Cantorum, consacré entièrement aux\nœuvres de ce jeune musicien, a comblé les espérances qu'avait fait naître,\nvoici deux ans, je crois, ce Chant de la Terre, où une finesse de lignes\ntoute méridionale s'alliait à une douceur émue et légèrement attristée.\nSelva nous a redit, pour commencer, ces Géorgiques musicales ; on\nsent, à l'entendre, qu'elle les aime et en comprend l'intime poésie. Parmi\nles mélodies qui vinrent ensuite, j'ai surtout aimé celles qu'a chantées\nMme Legrand : YÉveil de Pâques de Verhaeren, et le Rêve, d'Edgard Poë ;\nla première est d'une couleur charmante, et la seconde a des accents vrai-\nment émouvants. L'histoire du Petit soldat de plomb, pour piano à quatre\nmains, est une jolie espièglerie, où les thèmes connus de la Retraite, ou\nde YExtinction des feux, ou de la Marseillaise, se combinent avec la séré-\nnade ou la plainte du petit soldat en éveillant des harmonies exquises. La\nsuite intitulée En Languedoc, exécutée pour la première fois en entier à ce\nconcert par M. Vinès, avec l'ardeur intelligente et la virtuosité émue qu'on\nlui connaît, est la plus récente de toutes ces œuvres et aussi la plus accom-\nplie : le style est beaucoup plus net et plus personnel que dans le Chant\nde la Terre, et les souvenirs du chant grégorien, si chers à la Schola, ont\nfait place ici à l'imitation directe des voix de la nature. Déodat de Séverac\nappartient à cette race élue de musiciens qui savent écouter et traduire en\nnotes le murmure des eaux, le bruissement des feuilles, les soupirs du\ncrépuscule et les résonances des lointains Angélus. De là les couleurs si\nfraîches de ces tableaux pris sur le vif : Vers le Mas en Fête ; Sur VEtang\nle soir ;—A cheval dans la prairie ; Coin de cimetière au printemps ;\nLe jour de la Foire au Mas. Telle de ces pièces, comme la seconde, n'est\nconstruite que sur une seule idée, ou plutôt un seul accent mélodique, qui\nse répète, semble s'écouter lui-même et se refléter dans l'immobile nappe\nd'eau, monter avec les vapeurs qui s'exhalent, puis retomber et s'effacer\nlentement dans la nuit. Telle autre, comme la dernière, est une vaste com-\nposition, où s'agitent sous le soleil mulets secouant leurs sonnailles, char-\nretiers et commères, poules et pintades, dans un joyeux tournoiement de\npoussière, jusqu'à l'Angelus calme qui tinte. Toutes révèlent la sensibilité\nmusicale la plus fine, l'oreille la plus subtile et la plus ingénument délicate.\nVoici une ligne, une seule ligne, de la première pièce, vers la fin de l'épi-\nsode intitulé Halte à la Fontaine :"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "Quelle dureté, dira-t-on, et que de recherche ! Non point, la dureté n'est\nque dans l'écriture, et ce fa naturel choqué contre un fa dièse, puis cet\naccord de fa superposé à une septième de dominante de la bémol, sonnent\ndélicieusement à l'oreille, et lui chantent la chanson confuse de l'eau qui\ns'enfuit. Il faut voir d'ailleurs avec quel art consommé ces dissonances ont\nété préparées et comme ébauchées dans les mesures qui précèdent ; puis\navec quel ravissement le musicien en prolonge la caresse. Ici, comme à\npresque chaque ligne de ce recueil, on sent l'homme qui aime le son\npour lui-même, et en poursuit, chercheur infatigable, les mystères vo-\nluptueux. C'est le premier des dons, celui que rien ne remplace, et le\nplus rare aussi : tant de musiciens n'aiment que le papier à musique! Je\nne crois pas me tromper en comptant Déodat de Séverac parmi ceux qui\ndonneront à la musique des beautés nouvelles ; et de ceux-là, j'en vois trois\nou quatre au plus aujourd'hui II est vrai que c'est déjà beaucoup, et que\nnous pouvons avoir grande confiance en l'avenir.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9.5", "titre_corps": "LIVRES ET MUSIQUE.", "titre_sommaire": "LIVRES ET MUSIQUE.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.41", "debut_caractere": 1111, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "LIVRES ET MUSIQUE.\n\nLIONEL DE LA LAURENCIE. Le goût musical en France. Paris, Joanin.\nLe Beau absolu n'existe pas; l'impression de beauté est affaire de goût,\net le goût est chose éminemment variable et diverse. Chacun de nous trouve\nréalisé son idéal de vie dans une œuvre qui paraît à d'autres insignifiante\nou médiocre, parce qu'elle ne répond pointa leur manière de sentir. « Tous\n« ceux, dit excellemment M. de la Laurencie, qui apprécient et aiment l'œu-\n« vre d'un artiste appartiennent à sa famille intellectuelle en qualité de pa-\n(( rents pauvres. Ils sont, en quelque sorte, des réductions plus ou moins\na passives de la personnalité de Fauteur. »\nMais l'homme étant, depuis Aristote, et même depuis bien plus longtemps,\nun « animal social », ces variations individuelles tendent à se grouper en\nun certain nombre de types ; les esprits de la même famille s'attirent, se\nréunissent, et leurs tendances communes se fortifient et s'affirment par ce\nrapprochement. Il y aura donc un goût français et un goût allemand, un\ngoût bourgeois et un goût populaire, un goût du xvne et un goût du xvme siè-\ncle, pour les mêmes raisons qu'il y a une France, une Allemagne, des clas-\nses sociales, et des époques où tout, dans les mœurs, dans les arts, et jus-\nque dans le costume, porte la marque de certaines préoccupations domi-\nnantes. Une histoire du goût est ainsi possible; et ce sera en même temps\nune histoire de l'art, puisque chaque œuvre est faite, en réalité, pour un\ncertain public, un certain auditoire, si restreint soit-il, dont elle exprime\nles sentiments et détermine, de façon inespérée, les aspirations jusque-là\nconfuses.\nC'est cette histoire du goût que nous retrace M, de la Laurencie, en ce\nqui concerne l'art musical et le pays de France. Son livre nous fait accom-\nplir une promenade, au long des âges, dont le charme ne se dément pas un\ninstant : car le paysage se modifie sans cesse, et sans hâte cependant; on\na le loisir d'en savourer tous les détails, comme dans un de ces délicieux\nvoyages en voiture, chers à nos pères. Les citations, choisies, au milieu du\nvaste savoir de l'auteur, avec le plus heureux discernement, se succèdent\net s'éclairent de remarques pénétrantes, qui font comme des trouées de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4074, "texte": "lumière sous ces feuillages touffus. C'est d'abord le chant grégorien, avec\nses règles étroites, ses motifs imposés qui n'empêchent point cependant le\nsentiment de se faire jour, en quelques traits que leur discrétion même rend\nplus éloquents ; puis le parallélisme élémentaire de la chanson à danser ;\npuis les premiers essais d'association de voix différentes, et cet art du con-\ntrepoint, qui «réalise la tendance la plus intellectuelle de l'art musical, en\n« concentrant l'intérêt sur les mouvements des parties » ; car « ces parties,\n« associées en vue d'un but commun, cheminent chacune par une route dis-\n« tincte ; jalouses de leur indépendance, elles s'éloignent ou se rapprochent\n« tour à tour, comme mues par le secretdésir de se connaître et de se tâter,\n« mais sans jamais perdre conscience de leur individualité propre. Tels les\n<( ganglions nerveux dans le corps d'un invertébré, elles agissent chacune\n« pour leur compte, et ne relèvent point d'un organe prépondérant et cen-\n<( tralisateur. »\nLe contrepoint disparaît devant le chant pour voix unique accompagnée\ndès la première moitié du xvne siècle ; « il ne plaist guère, dit le P. Parran\n<( (1639), qu'aux Maîtres qui goûtent et jugent ce qui est d'artifice en la dis-\n« position et meslange d'accords bien observés et pressés ». Le luth,\nennemi de la polyphonie, le luth <( charme-souci » chanté par du Bartas et\nsi fort à la mode au xvu siècle, est le grand auxiliaire de cette transforma-\ntion du goût. « On fait dire au luth tout ce qu'on veut, et fait-on des audi-\n« teurs tout ce qu'on veut », écrit René François en 1621, et il nous peint,\nen un charmant tableau, les assistants suspendus aux cordes de l'instru-\nment enchanteur : « vous diriez que tous sont privés de sentiment hormis\n« l'ouye, comme si l'âme, ayant abandonné tous Les sens, se fût retirée au\nc< bord des aureilles, pour jouir plus à son aise de la puissante harmonie ».\nDans les chapitres suivants, M. de la Laurencie nous montre Fopéra ita-\nlien acclimaté en France, malgré les rébellions du rationalisme classique,\npar l'habileté de Lulli, type achevé de 1' « opportuniste musical ». Puis le\ngoût s'affine, le profond Rameau est compris par des esprits d'élite, au\nnombre desquels il ne faut pas compter les «philosophes », épris de vir-\ntuosité italienne, et c'est un plaisir de lire le commentaire si délicat et\nvraiment musical de Ghabanon (1779) sur certaines pages d\"Hippolyte et\nAricie. L'italianisme revient à la charge contre l'opéra de Gluck, et triom-\nphe avec la musique à succès de Rossini et de ses émules, ses mélodies tri-\nviales et chargées de colifichets, ses rythmes martelés, sa pauvre harmonie.\nTout cela plaît àun public plus mêlé et moins raffiné que celui du\nxvnie siècle, que le romantisme, en outre, porte à chercher l'excès en toute\nchose, et particulièrement dans l'emportement du geste et l'abondance du\nverbe. Cependant la musique allemande apparaît à l'horizon ; Weber et\nBeethoven rappellent les meilleurs d'entre nous au sentiment de la musi-\nque. Berlioz combat pour eux, et unit à une puissance d'expression toute\nromantique un grand respect des formes de la musique pure. Grand sym-\nphoniste, il libère définitivement le goût « de ses attaches anthropomor-\nphiques », c'est-à-dire qu'il fait parler, non pas la voix de l'homme, mais\nsurtout celle des instruments, interprètes de lunivers, et consomme ainsi\n« la musicalisation du monde extérieur ». Puis, tandis que la musique de\nthéâtre se dégrade de plus en plus dans la frivolité bourgeoise du second\nempire, Wagner nous est révélé à son tour, et son drame symphonique,\nchargé par Scudo de grotesques anathèmes, défendu par Reyer, Baudelaire\net Théophile Gautier, puis par une armée toujours grandissante de disci-\nples, est à son tour dépassé par la musique française contemporaine, reve-\nnue, par «une vigoureuse renaissance ethnique», à sa véritable source, qui\nest l'imitation directe de la nature et l'expression sans emphase de senti-\nments vrais. « Le sentiment de la rythmique s'est assoupli ; celui de la"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "« méiodicité s'évade des liens tyranniques d'une scolastique désuète ; chez\n« M. Debussy, par exemple, la mélodie n'appartient à aucune gamme, ne se\n« coule dans aucun moule préalable x>. Aucune musique, pas même celle\nde Costeley ou de Gouperia, ne fut aussi libre et aussi vivante que la musi-\nque française d'aujourd'hui, et l'on ne peut, en terminant le livre de M. de\nla Laurencie, assez remercier le guide si courtois, si profondément intelli-\ngent et si délicatement érudit, qui sut nous amener, par de séduisants\ndétours, jusqu'à un lieu de repos aussi délicieux.\nJ.-M. LECLAIR (1697-1764). —Premier livre de Sonates. Edité par les\nsoins de MM. Alexandre Guilmant et Joseph Debroux. Paris, E. Demets,\n1905.\nNous assistons aujourd'hui à une grande reconstruction du passé. Le\ntemps avait fait son travail, de larges périodes s'étaient effacées de nos\nmémoires, des maîtres illustres étaient tombés dans l'oubli; seuls quel-\nques noms avaient survécu, quelques œuvres se dressaient encore au mi-\nlieu des ruines, et leur isolement les faisait paraître plus hautes encore.\nMais aujourd'hui on redresse les pans de mur écroulés du glorieux édifice,\non rétablit les liaisons, les soutiens, les transitions, et les beautés que\nnous connaissions déjà s'expliquent mieux pour nous, aujourd'hui que\nnous les voyons préparées et entourées de tous côtés par des beautés qui\nleur ressemblent et parfois les égalent. Qui ne reconnaîtrait, par exemple,\nla manière de J.-S. Bach dans cet andante d'une sonate pour piano et\nviolon ?\nOr cet andante est de Leclair, et se trouve dans le recueil de 1723,\npieusement restauré par MM. Guilmant et Debroux. Et ce n'est pas là\nune coïncidence fortuite et isolée. Le style large du vieux maître français,\nl'ampleur de ses phrases et ses solides marches d'harmonie, répétées\ncomme des motifs d'architepture, lui assignent une place toute voisine de\ncelle où s'élève, monument impérissable, l'œuvre de J.-S. Bach. Et ce-\npendant il reste bien français, par l'élégance exquise de ses danses, comme\npar la grâce aisée et le demi-sourire qui' éclaire ses andantes et ses arias.\nFort bien écrites d'ailleurs pour l'instrument aimé dont elles utilisent toutes\nles ressources, ses Sonates méritent de prendre place, à côté de celles de\nBach, dans la bibliothèque de tous les violonistes.\nLe texte de l'édition actuelle reproduit exactement celui de 1723. La\nréalisation de la basse chiffrée, due à M. Guilmant, a été gravée en un\ncorps plus petit, de manière qu'on peut aussi en faire abstraction. Les in-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.44", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "dications de nuances dont sont responsables les éditeurs modernes ont\nété mises entre crochets, et les signes d'agrément, traduits en notes par\nM. Debroux dans la partie de violon, ont été exactement reproduits dans\nla partition, à laquelle on pourra toujours se reporter en cas de litige. Il\nest impossible d'offrir au musicien plus de facilités d'exécution, ni de\nséparer plus nettement le texte ancien de ce que lui ajoute l'interpréta-\ntion moderne. Tous ceux qui connaissent les travaux de M. Guilmant sur\nles Maîtres de Vorgue ou qui ont entendu les belles exécutions de M. De-\nbroux ne seront pas surpris de ce zèle et de cette conscience. Ajoutons\nque l'édition, très nettement gravée, et ornée d'un joli frontispice dans le\ngoût du temps, inaugure fort agréablement la collection des Maîtres vio-\nlonistes de l École française.\nLÉON BRANCHET ET JOHANNES PLANTADIS. Chansons populaires du\nLimousin. Paris, Champion, 1905.\nCe recueil a obtenu un premier prix au concours de la Scliola Cantorum.\nIl contient i 5 chansons, toutes de la plus grande valeur, tant par le texte\nque par la musique, recueillie et notée avec beaucoup de soin et d'exacti-\ntude. Les amateurs de folk-lore s'intéresseront à la chanson d'étrennes\n(Lou Guilaneu), au noël (Nadalet) et àla version limousine du roi Renaud\n(Amant Vlnfant). Et je recommande aux musiciens la Rivière de Lissac?\net cette mélancolique Janeta :\nL'édition est soignée et bien imprimée, quoique le huit elzévir me pa-\nraisse un peu fin pour ce format.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9.6", "titre_corps": "LES IDÉES DE M. HOUDARD", "titre_sommaire": "LES IDÉES DE M. HOUDARD", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.44", "debut_caractere": 1544, "fin_caractere_exclue": 2861, "texte": "LES IDÉES DE M. HOUDARD\n\nM. Georges Houdarda lu mon livre sur Aristoxène de Tarente et la mu-\nsique de Vantiquité, et cette lecture lui a été si profitable que deux comptes\nrendus ont déjà porté à la connaissance du public les diverses réflexions\nque j'ai eu l'honneur de lui inspirer. Le premier paraissait, si je ne me\ntrompe, dans la Revue internationale de renseignement ; on m'y reprochait\nde graves erreurs en matière de dogme, je veux dire de rythme, erreurs\nque le charme du style rendait encore plus pernicieuses aux jeunes esprits.\nGomme je suis un mécréant, je pris assez allègrement mon parti de cette\nexcommunication majeure ; d'autant plus allègrement que M. Houdard,\nqui est le pape de sa religion, en est aussi, ou peu s'en faut, le seul fidèle.\nMais j'eus tort, paraît-il, de ne pas m'émouvoir, car un second article a\nparu, dans une revue que j'ignore et qui doit être méridionale :un très\nobligeant ami m'a envoyé les feuillets qui me concernent, et je l'en remercie,\ncar j'y ai appris bien des choses.\nD'abord, que « j'évolue tant au sein delà Société nationale, qu'au sein\ndelà Société bénédictine de la restauration du chant grégorien ». Et j'ai\nourdi avec ces deux associations un effroyable complot : il ne s'agit de rien\nmoins que de renverser les idées de M. Georges Houdard. Oui, les uns et"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "les autres, M. Vincent d'lndy par ses oeuvres, le R. P. Mocquereau par\nson interprétation du chant grégorien, et moi-même enfin par mon examen\ncritique de la doctrine d'Aristoxène, nous péchons contre cette loi sacro-\nsainte de l'équidistance des temps forts, qui ne reconnaît point de musi-\nque, sinon celle que jalonnent des appuis régulièrement espacés, comme\ndes poteaux télégraphiques le long d'une route départementale. Je ne\nsuivrai pas M. Houdard dans le détail de sa diatribe; il faut que son indi-\ngnation lui ait légèrement troublé l'esprit, puisqu'il va chercher l'idée fon-\ndamentale de mon livre dans une annonce de librairie, et qu'il m'oppose\ntriomphalement une opinion de M. Weil, <K l'éminent helléniste dont la\nparole fait autorité en ces matières », plus une appréciation de M. CH. C.,du\nGuide musical,sur l'œuvre de V. d'lndy. L'opinion de M. Weil est justement\ncelle que je combats, et avec d'autant plus d'entrain que l'éminent hellé-\nniste, etc., a toujours déclaré qu'il n'entendait rien à la musique. Et quant\nà notre honorable confrère belge, le voilà devenu, bien malgré lui sans\ndoute, une sorte de texte sacré, en qui toute Vérité repose ! J'en passe, et\nde meilleures. C'est ainsi que n'ayant pas trouvé de traduction d'Aristoxène\ndans mon ouvrage, puisque mon plan n'en comportait pas, et ne pouvant\ns'en passer, M. Houdard en a commandé une à « un normalien disert,,\nM. Rémon ». C'est ainsi encore que le chant grégorien « n'est pas pieux,\nà cause de sa virtuosité », que nous appartenons tous à une école\n« histérico-musicale (sic) », et qu'enfin je tente, « sous le couvert du titre\nde docteur, de lancer des idées fausses », qui ne sont point en effet celles\nde M. Georges Houdard. Ainsi, ce qui donne de la valeur à une idée,\nc'est le titre de celui qui l'émet ? O naïves superstitions, respect du par-\nchemin, culte de l'Université, si touchant chez des hommes qu'elle n'a\npoint comblés de ses diplômes !\nLe dirai-je ï Pas un instant, en écrivant mon livre, je n'ai songé à\nM. Houdard. Il me semble que ses idées se détruisent assez d'elles-mêmes\nsans qu'il soit besoin de les réfuter; qu'il s'épargne donc une colère\ninutile et dangereuse à son équilibre mental; je ne l'attaque pas; je n'ai\nrien à démêler avec lui. Paix aux idées de M, Houdard !\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9.7", "titre_corps": "CHRONIQUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "CHRONIQUE DES CONCERTS", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.45", "debut_caractere": 2329, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "CHRONIQUE DES CONCERTS\n\n26 MAI* Salle yEolian : Marthe Dron et M. Armand Parent. —-\nTrès belle interprétation de la Sonate, pour piano et violon, de Vincent.\nd'lndy : M. Armand Parent a le secret de ce jeu ému et simple à la fois,\nsans artifices, et immédiatement sympathique à l'auditeur. En outre, il\npossède des doigts impeccables et une rare ampleur de son. Combien je\npréfère cet artiste sérieux et vraiment musicien à tous les Kubelik du\nmonde ! Mlle Marthe Dron joue avec délicatesse le Poème des Montagnes\ndu même auteur, et en fait bien ressortir les intentions sentimentales ou\nironiques. La Sonate de Franck terminait ce beau concert.\n27 MAI. Salle de VUnion : M. Scholander. —M. Scholander, qui nous\narrive de Stockholm, est déjà célèbre en Suède et en Allemagne. Il joue\ndu luth, ce qui aujourd'hui n'est pas un mince mérite ; et, sur cet antique\ninstrument, aussi doux que la guitare, mais plus sonore, il accompagne"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.46", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "des chansons, qu'il réalise avec une verve, une justesse pittoresque de\ngeste et une force dans l'expression dont rien ne peut donner une idée.\nCertes nous avons en France de bons chansonniers; mais il y a dans\nla manière de M. Scholander plus d'ampleur et de sincérité, je dirais\npresque plus de bonté que chez tous ses confrères de Montmartre, et c'est\npar là qu'il leur est supérieur.\nSon répertoire est suédois, allemand et français. Parmi les chansons\nsuédoises, j'ai surtout goûté Y Enterrement de l'ivrogne Lundhohn, chant\nbachique et funèbre, où le luth balancé imite le son des cloches, et le\nRégiment en marche, où l'on entend et l'on voit successivement les tam-\nbours, la musique, le colonel bedonnant et bougonnant, les officiers raides\net pincés, les soldats et même la foule des spectateurs, tout cela dessiné\navec un art merveilleux. Il ne nous a pas été chanté de chansons allemandes,\net j'ai regretté ce chant de lansquenets, entendu le jeudi précédent àla\nSociété internationale de musique, d'une gaillardise naïve et légèrement\nsentimentale. En revanche, nous avons eu beaucoup de chansons françaises,\nles unes populaires, d'autres simplement anciennes : le Compère Guilleri,\nvrai petit drame qui peint le départ du chasseur, la branche qui casse, l'ar-\nrivée trottinante et émue des dames de l'hôpital, les galants remerciements\ndu bon compère ; Le roi a fait battre tambour, avec ses dialogues d'une\nvérité saisissante ; bien d'autres encore, dont nous ne soupçonnions pas\nle charme ou l'esprit. M. Scholander unit au talent d'un chanteur celui\nd'un mime exceptionnellement doué. Il a aussi, quand c'est l'occasion, une\némotion vraie, qui est profonde. La soirée s'est terminée par des chants\nnationaux suédois, graves et doux, auxquels le public s'est associé d'en-\nthousiasme. L'enthousiasme n'a cessé de régner, d'ailleurs, au cours de\ncette soirée, et l'on peut affirmer que M. Scholander retrouvera devant le\npublic parisien le succès magnifique que lui ont fait ses compatriotes.\n29 MAI. —La Symphonie de M. Scriabine. —Je savais, sur M. Scriabine,\ndes choses extraordinaires : qu'il avait réalisé en lui-même l'idéal de\nNietzsche, et que ce calme jeune homme blond, plein de précautions et\nd'égards pour lui-même, n'était autre qu'un surhomme en chair et en os ;\nque sadernière symphonie renfermait l'histoire, passée et à venir, de l'hu-\nmanité ; qu'elle serait jouée aux Indes, dans une salle de forme hémisphé-\nrique, entourée d'eau, pour que le reflet achevât la figure d'un globe ; et\nqu'après la révélation de ces beautés suprêmes, M. Scriabine mourrait, et\navec lui l'humanité tout entière. M. Scriabine n'est pas mort, et nous\nvivons encore, comme dit la chanson. Et c'est au Nouveau-Théâtre que\nM. Nikisch nous a fait entendre, non la symphonie réservée aux Hindous\n(sans les Anglais ?), mais une autre, déjà très suffisamment philosophique,\npuisque le programme nous parle delà Volonté individuelle, trop faible,\ntentée de s'abîmer dans le Panthéisme, et du sentiment du sublime qui aide\nà vaincre VEtat passif du moi humain.\nOn voit ce qu'il faut penser, au point de vue intellectuel, de M. Scria-\nbine : c'est une tête russe, assez inculte sans doute, mais exaltée, et\nbourrée de fatras philosophique à l'allemande. C'est le tchinovnik (1) quia\nlu Schopenhauer, et en est demeuré pédantesquement ivre. Excellent per-\nsonnage pour une comédie de 7 chekhof. Sa musique, hélas ! est à l'avenant.\nOn 11 y trouve aucune des qualités propres à sa race : la finesse d'impres-\nsions, la sensibilité raffinée, le sentiment de la couleur, ces qualités\nprécieuses, qui ont fait à la Russie une musique enchanteresse entre toutes.\nDes idées qui méritent à peine ce nom, qui manquent de caractère et\n\n(1) Ou plutôt encore le podiatchii, si j'ose dire."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3702, "texte": "n'évoquent pas plus la lutte que la volupté ou le Jeu divin ; un orchestre\nlourd et pâteux ; un développement monotone, une harmonie plate. Avec\ncela, l'intention, manifeste à tout instant, de retrouver des effets wagné-\nriens, des crescendo tristanesques ou des apaisements walkyriques. Mais\nla matière musicale faisant défaut, on n'aboutit qu'à des caricatures qui\nfont sourire. Du moment qu'on se mettait à l'école de l'Allemagne, on\npouvait au moins imiter Richard Strauss, et non Wagner, qui vraiment est\nentré dans l'histoire.\nLe cas de M. Scriabine est isolé, je veux l'espérer. Cependant je crois\nbien que certains jeunes compositeurs russes sont fortement inflùencés par\nl'Allemagne aujourd'hui. Il y a là un grand danger. Il ne faut pas que la\nRussie oublie que sa force est en elle-même : c'est son art populaire, et\nc'est l'art aristocratique et national d'un Balakiref ou d'un Rimski-Kor-\nsakof qui portent en eux l'avenir de la musique russe. Ce n'est pas devant\nles disciples de Brahms ou les héritiers de Wagner que les Russes doivent\ns'incliner, L'Allemagne n'a que mépris pour la race et l'esprit slaves. Que\nles musiciens russes lui répondent par un mépris égal* ou plus grand\nencore ; ils en ont le droit, au moins en musique, et ailleurs aussi.\n2 JUIN. Salle JEolian : Marthe Dron et M. Armand Parent.\nCette fois, c'est la Sonate de Vreuls* chaleureuse, fougueuse, un peu lourde\nparfois, mais où se révèle un tempérament musical ; puis la Sonate de\nMagnard, que je ne puis aimer. La mélodie s'y offre presque toujours à nu,\navec une audace qui n'est pas sans mérite. Mais cette mélodie ne me dit\nrien, et me fatigue plus que ne feraient les plus audacieuses recherches\nharmoniques. Car elle semble se fatiguer elle-même à se chercher, et\nl'image qu'elle évoque le mieux est celle d'un serpent qui se mord la queue\net se tord de douleur. M. Parent et M*le Dron font preuve non seulement\nd'un grand talent, mais d'un grand dévouement à la musique moderne, en\ninterprétant une œuvre où les artistes n'ont guère occasion de briller. lis lui\ndonnent toute la vie dont elle est susceptible, et ce n'est certes pas leur\nfaute si elle ne me plaît pas davantage. Mlle Dron joue avec une fougue toute\nromantique le Prélude, Aria et Finale de César Franck ; et son interpréta-\ntion, dont certains détails sont discutables peut-être, est toujours intéres-\nsante et personnelle.\n5 JUIN# _ Salons de Domange. Je ne connaissais pas ce Quatuor\npour piano et cordes de Mel-Bonis, que nous font entendre Mme Domange,\nMM. Duttenhoffer, Gaillard et Delaye. Il me plaît beaucoup : les idées\nen sont personnelles et bien venues, les développements intéressants, d'une\nécriture très sûre, et les sonorités toujours agréables. Point de recherche\napparente, une élégante simplicité qui laisse transparaître une émotion\ntoujours sincère. Musique limpide et douce, que l'on aime dès l'abord, et\nprofondément. La Chanson de la Bretagne, de Bourgault-Ducoudray, res-\npire l'amour de la nature et de ses beautés sans artifices. La mélodie, for-\nmée à l'école du chant populaire, en a souvent les accents puissants ; et\nl'accompagnement l'enveloppe sans la couvrir. Le Chant des nuages est une\nfort belle pièce, avec ses modulations brusques et sa mâle mélancolie,\ndigne des maîtres de la chanson russe, Balakiref ou Moussorgsky. Et la\nSone (complainte) est d'une grâce attristée et charmante. Mlle E. Blanc et\nM. L, Berton ont fort bien rendu ces expressives mélodies.\n6 JUIN.— Les vingt-quatre violons du Roi. Ressuscitée, pour une élite\nd'amis, par notre excellent collaborateur Lionel de la Laurencie, cette\nbande de musiciens nous a fait entendre des choses exquises. D'abord, une"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.48", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "suite d'Airs de danse pour instruments à archets (1668), découverts à\nCassel et mis en partition par M. Écorcheviile : Branles, Courantes, Ga-\nvottes, Sarabande et Menuet, que peut-être dansa Louis XIV : rythmes\nnets et souples à la fois, mouvements d'une aisance et d'une grâce inimita-\nbles. La Sonate de Jean Ferry Rebel (1695) pour deux dessus de violon,\nbasse d'archet et clavecin (MM. de Saint-Foix, L. de la Laurencie, Laloy,\nÉcorcheviile), est une fort belle œuvre, où la pure musique abonde ; les\nAirs sont d'une émotion délicate et profonde, et qui n'insiste pas ; et les\nmouvements gais ont un enjouement qui ravit. Le Concert de Jean-Baptiste\nAnet (1730), mis en partition par M. Henri Quittard, ajoute deux flûtes et\nune musette au quatuor d'archets. C'est une petite suite à sujets, dans le genre\ndes compositions de François Couperin pour le clavecin : les Contrefeseurs\nde Musette, la sœur Cadette, VAmour adolescent, la petite Nanette, telles\nsont les gracieuses images que le musicien entend associer à ses airs. Il y\nalà beaucoup d'esprit et de charme, avec un goût plus raffiné que celui\nde l'époque précédente, Entre temps, M. Scholander, qui avait bien voulu\nprêter son concours à cette fête, avait chanté, en s'accompagnant du luth,\ntrois airs de cour du xvue siècle, dont il rend à merveille la sentimentalité\nélégante et quelque peu affectée. Ce fut là un vrai régal de délicats, digne\nen tout point de ce qu'annonçait un programme d'un exquis archaïsme,\noù les ornements et les caractères mêmes étaient de l'époque. M. de la\nLaurencie est un érudit d'une espèce rare, qui joint à la connaissance la\nplus approfondie du passé le pouvoir de le faire revivre.\n8 JUIN. A Versailles : Mme Camille Fourrier, MM. Ed. Bernard (pia-\nniste) et Liobet (guitariste). Très beau concert de musique moderne\nfrançaise, russe et espagnole, donné par ces trois excellents et vaillants\nartistes, bien connus déjà des lecteurs du Mercure musical.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9.8", "titre_corps": "ECHOS", "titre_sommaire": "ECHOS", "signature_source": "Pan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.48", "debut_caractere": 1992, "fin_caractere_exclue": 3271, "texte": "ECHOS\n\nCeux qui ne sont pas au coin du quai. Un de nos confrères orne sa pre-\nmière page d'un avis en caractères d'affiche, où le lecteur est mis en garde\ncontre on ne sait quelle confusion qui pourrait se produire entre cette\nestimable revue et la nôtre. Nous estimons cette confusion impossible, et\nne sommes pas nos ennemis au point de la chercher.\nDe plus, il paraît que certains de nos exemplaires-spécimens ont touché,\net touché au vif, sans doute, des abonnés dudit confrère, qui s'en plaint en\ntermes peu courtois, mais d'une amertume bien flatteuse pour nous.\nA l'Opéra. Allant comme toujours au-devant de nos désirs, M. Gailhard\nnous promet, pour la saison prochaine, un opéra dont les paroles seront\nde M., Capoul et la musique de M. de Camondo. Aurait-il trouvé là un\nnouveau Fils de l'Étoile ?\nA I Opéra-Comique. Mne Aïno Ackté vient de signer son engagement\navec M. Albert Carré pour la saison prochaine.\nSociété symphonique. Il vient de se fonder à Lyon une Société artis-\ntique qui a p®ur objet la création de grands concerts symphoniques. Un\nsyndicat de garantie s'est fondé sur l'initiative de M. Witkowski, qui assure\nà ces concerts un revenu annuel de 10.000 francs pendant quinze ans. Cette\nsomme importante est versée chaque année par les membres fondateurs"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3783, "texte": "de la Société. Ce syndicat de garantie apour président d'honneur M. Edouard\nAynard, député du Rhône, pour président effectif M. le docteur Maurice\nValias, professeur à la Faculté de médecine, et pour vice-présidents\nMM. Maurice Isaac et le docteur Jamain. La Société ainsi formée a choisi\npour administrateur et directeur artistique M. Witkowski, qui dirigera les\nconcerts et qui, dès la saison prochaine, se consacrera entièrement à sa\nnouvelle tâche. Avec un orchestre permanent formé de musiciens profes-\nsionnels, il organisera d'abord une série de concerts purement symphôni-\nques, puis, en s'adjoignant les chœurs mixtes de la Schola cantorum, il\ndonnera des auditions de grandes œuvres telles que cantates, oratorios,\netc. L'entreprise prendra le titre de Société des grands concerts de Lyon.\nA signaler aussi la matinée des élèves de M. Henri Schickel (violon\net accompagnement), où fut acclamé un enfant de dix ans dans le Poème\nhongrois de Lederer. M. Fr. Gervais, violoncelliste, prêtait son concours\nà cette audition et a brillamment exécuté la Gavotte de Popper,\nMondanités. Le 29 mai, avait lieu, en l'hôtel de Mme la comtesse de\nBéarn, un fort beau concert de charité, où M. Marty dirigeait l'Ouverture\nde Léonore, M. Risler jouait le Concerto en sol de Beethoven, Mme Lit-\nvinne chantait le Finale d'Armide, et M. le prince Pierre de CaramanChimay,\ndontle talent de violoncelliste est connu, interprétait avec ampleur Yslëgie\nde Fauré, Grand succès pour tous, et bien mérité. Mais c'est avec une\nattention plus vive encore qu'on écoute une svelte jeune femme, en robe\nnoire simple et riche, chanter trois airs médiocres de Tirindelli, Puccini\net Boïto ; car on reconnaît, à son joli visage insignifiant, à sa bouche\nqu'abaisse un pli de fatigue plutôt que de dédain, celle que Paris nomme,\nà l'instar de l'ltalie, la Cavalieri. On se dit àl'oreille qu'elle refusait récem-\nment un cachet de cent cinquante louis, et que chez Mme de la R., elle\nportait pour plus d'un million de bijoux. Elle chante cependant, modeste,\nla voix un peu voilée, avec des trilles embarrassés et des traits approxi-\nmatifs ; elle chante, comme on récite une leçon, et fait exactement les\nnuances et les gestes aux endroits qu'on lui a indiqués. Pour une audition\nd'élèves, ce serait très gentil,\n—Le 6 juin, à l'audition très brillante des élèves de M. Paul Braud, on\na particulièrement remarqué la jolie interprétation de Mlle Gilberte Beau-\nlavon, dans des pièces de Liszt, Marmontel et Gabriel Pierné.\nUne troHvailie. Un hasard romanesque a fait tomber entre nos mains\nle curieux manuscrit que voici : nous le publions dans l'espoir de retrouver\nson légitime propriétaire, et aussi pour l'agrément de nos lecteurs :\n« Oui, j'ai lu les Egarements de M inné, oui, je les aime ; mais je ne l'a-\nvouerai pas, car, tout en admirant le talent de Willy (talent qu'il galvaude\nà plaisir, d'ailleurs), j'ai contre cet écrivain à succès la plus tenace des\nanimosités.\n« Depuis sa première « Claudine », je n'ai jamais pu fermer un de ses\nlivres sans grincer des dents, Car il m'a volé et a vulgarisé toute ma sen-\nsualité secrète et toute mon esthétique de la femme. Sa Claudine, qui pa-\nrut à tant de lecteurs une effarante créature d'exception, était depuis long-\ntemps mon idéale amie. Je ne l'avais pas autant précisée, elle n'était pas\naussi charmante, mais tout de même c'était une de ses sœurs. Cela paraît\nidiot, ce que je dis là, parce que je ne suis pas littérateur et que je\nne devrais pas prétendre à comparer mon imagination à la sienne, mais\nc'est pourtant la seule façon d'exprimer la vérité. Romanciers, poètes,\npeintres, musiciens ou confiseurs, nous sommes tous égaux devant le Sexe\nsouverain. Un sculpteur et un épicier pourront communier profondément"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.50", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "sous les espèces d'une forte fille blonde aux deux extrémités de l'Europe\net sé sentir plus réellement frères que deux artistes de la même école. C'est\nainsi que moi, humble musicien, j'ai pu penser en même temps que\nWilly et me reconnaître avec rage dans ses volumes successifs. Le phéno-\nmène n'est pas anormal. Claudine était dans l'air. On a pu le voir aussitôt\naprès le roman de Willy, les Claudine ont pullulé dans la littérature, dans\nles rues, même dans les brasseries, ce qui est tout bonnement sublime î Ce\nn'est pas le livre de l'homme au bord-plat qui a réformé ainsi toute la mo-\nralité et l'esthétique du commencement du xx® siècle, mais c'est lui qu'on\nattendait : il répondait à un besoin secret et impérieux, Willy a eu l'in-\ncroyable adresse de le deviner. J'étais de ceux qu'il ne surprit pas et qu'il\ncombla de rancunières délices. Et c'est bien la meilleure preuve que son\nlivre est un chef-d'œuvre.\n« Pelléas nous a fait le même coup en musique ! Debussy a cueilli dans l'air\ntoutes les successions de neuvièmes qu'osaient les jeunes musiciens dans\nle secret de leur piano. Il a concrétisé des tendances éparses et les a tra-\nduites d'une façon définitive, à notre joie désespérée. Car nous sommes\ncinquante qui retrouvons dans nos manuscrits anciens des harmonies que\nnous sommes obligés de déchirer parce que Debussy les a définitivement\nsignées à notre insu ! Et c'est pour cela aussi que Pelléas est un chef-\nd'œuvre !... »\nVingt-trois directeurs de théâtres arrêtés. Le tribunal de New-York\nayant décidé que les théâtres ne sont pas propriété privée, M. Conried,\ndirecteur de l'Opéra, et vingt-deux autres directeurs de théâtre ont été arrê-\ntés sous 1 inculpation d'avoir systématiquement refusé ses entrées au cri-\ntique dramatique du journal Life, M. Metcalfe.\nLes directeurs s'étaient ligués contre le journaliste, dont ils redoutaient-\nla malicieuse critique.\nLes accusés ont été remis en liberté sous caution, et l'affaire viendra en\njugement prochainement.\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-06-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-06-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1905-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.2.9.9", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÈCENTES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÈCENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.50", "debut_caractere": 2118, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "PUBLICATIONS RÈCENTES\nALBERI ROUSSEL. 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Les Cors (P, Rey). . . . 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) . ... . 1 fr. 70\nL'lnfidèle (Maeterlinck). . . . . . lfr 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette. . . , 1 fr.7o\nD'Anne qui me jecta de la neige. , l fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano. ...... 3 fr. 35\nI ■ ■■■' « I,■rtir>wnWTT^-aTMimif->i\n_.Pour aider à la diffusion des œuvres musicales, la maison\nJE. Demets offre a MM. les Composit\nd edtter et de lancer à des conditions\n, rapidité et a exécution, leurs o\nreservant, s ils le desirent, la propriété exclusive.\nDirection et organisation de Concepts pour Paris, la Province et l'Étranger\n.\nflgenee de la Soeiété Nationale de JBasique\n'\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.1", "texte": "Àniiéô» N® 3 \"*** 15 juin 1005#\nParaît le ler et te 15 de chaque mois\n. ■ r\" ' y'.- ;v• ... ' ■ '■ 1 \" • \"\np , i France Cinquante centimes.\nRIX DU UMERO . | franger ; Soixante centimes.\n.\n\nAU SOMMAIRE:\nPIERRE ÂUBRY\nALBERT GROZ J\nLouis LÂLOY\nMARTIAL TENEO\nCOLETTE WÎLLY\n. i ■ ' . . . ' • - V ••"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.2", "texte": "SOMMAIRE\nPIERRE AUBRY ... Au Turk\nCOLETTE WILLY Les Vrilles de la Vigne.\nMARTIAL TENEO Miettes histo\nguais\nJEAN MARNOLD .......... Les sons\nREVUE DE LA\nJEAN MÂRNOLD. ........... £,< G Sccindulc du Conservatoire„\nALBERT GROZ. Le Monument Beethoven»\nLouis LÀLOY Déodat de Séverac.\n■—- ... Livres et Musique.\n~ \" •,. Les Idées de M. Houdard.\np™ ~~ Chronique des\n. Publications récentes.\n\nABONNEMENTS:\nUn an. Six mois.\nPARIS ET DÉPARTEMENTS ... ...... 12 fr. 6 fr.\nETRANGER ........ ........ 15 fr, *7 fr» 50\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Etranger).\n\n, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois, ~ PARIS, IIe\n■>\"\"> ««\"w\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P, Rey). . . . 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) . ... . 1 fr. 70\nL'lnfidèle (Maeterlinck). . . . . . lfr 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette. . . , 1 fr.7o\nD'Anne qui me jecta de la neige. , l fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano. ...... 3 fr. 35\nI ■ ■■■' « I,■rtir>wnWTT^-aTMimif->i\n_.Pour aider à la diffusion des œuvres musicales, la maison\nJE. 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Les Russes\ny ont mis ordre, et le meilleur moyen pour se rendre sûrement\ndans la capitale de Tamerlan est encore de prendre un bon\nbillet de chemin de fer à la tête de ligne du Transcaspien, à\nKrasnovodsk, et de monter dans le train. Il faut dire qu'aujour-\nd'hui, pas plus que jadis les indigènes, les nouveaux maîtres\nne semblent désireux de faire à l'étranger les honneurs de\nleur domaine : on entrait autrefois au Turkestan avec toutes les\nchances de n'en point sortir, on est sûr à présent d'en sortir\nsain et sauf, il est plus malaisé d'y entrer. Le Turkestan est\nun territoire militaire russe : l'étranger n'y pénètre qu'avec une\nautorisation du ministère de la guerre, et cette autorisation est\nassez difficile à obtenir. A peine avions-nous débarqué du mau-\nvais vapeur qui nous amenait de Bakou, un matin de mai\n1901, et notre premier soin fut d'aller présenter au gouver-\nneur de Krasnovodsk, Volkovnikov, les lettres d'introduction\nque nous avions pour lui. Avant même d'en prendre connais-\nsance, les premières paroles de ce fonctionnaire furent pour\nnous demander si nous étions en règle : « Messieurs, faites-\nmoi l'amitié de déjeuner avec moi; mais je dois vous prévenir\nque si vous n'êtes point autorisés en haut lieu, je vous réem-\nbarque aussitôt après pour Bakou ! »\nHeureusement nos papiers étaient là.\nIl n'y a donc de difficultueux dans ce voyage, long à la vérité,\nque des rigueurs administratives. Encore sont-elles quelque-\nfois insurmontables! Du côté de l'indigène, c'est la placidité\nabsolue. On donne généralement le nom de Sartes aux habi-\n\nLE MERCURE MUSICAL\n\n7"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.4", "texte": "rS\n9°\nLE MERCURE MUSICAL\n\nîants des villes. Ils ne sont ni féroces, ni dangereux. Com-\nmerçants et bourgeois dans l'âme, ils considèrent assez volon-\ntiers que la paix des autres fait la leur, et c'est pourquoi,\ntandis qu'au Turkestan le nomade, Turkmène ou Kirghise, est\nsujet à des accès de férocité soudaine, les faubourgs de Samar-\ncande, de Tachkend, de Khohkand jouissent à toute heure du\njour et de la nuit d'une sécurité qu'ignorent et qu'envieraient\nnos capitales européennes.\nIl y a, en fait, comme une double existence: celle de la tente\net celle des villes. Nous n'avons point pratiqué la première. Au\ncontraire, notre séjour dans les principaux centres du Turkestan,\nqui ont gardé un caractère indigène très accentué, nous a permis\nde prendre quelques notes sur les habitudes musicales des habi-\ntants et de transcrire quelques mélodies.\nI\nENTRE AMIS.\nLa vie est douce dans la grande plaine kirghise, sur laquelle\nplane un ciel idéalement bleu le jour, étoilé la nuit. Depuis la\nconquête russe, l'indigène a senti un maître, et l'héroïsme des\nvieux âges n'est plus qu'un souvenir qui survit dans les récits\ndes chantres errants. Une existence sans secousse mène le Sarte\ncitadin du seuil de la vie à celui de la mort. Sa figure placide\net bouffie s'accommode mal des émotions violentes et ne reflète\nqu'une âme médiocrement ouverte à quelque idéal élevé. On\nsait que dans l'Orient musulman, la vie publique ne comporte\nguère l'admission de la femme aux divertissements des\nhommes. Aussi bien, dans les fêtes de famille, dans les réunions\nd'amis, les hommes seuls prennent du plaisir. Les femmes,\nparquées dans le coin de la maison qui leur est affecté, reçoi-\nvent seulement les reliefs du festin et quelques morceaux de\nmouton dans du riz pour améliorer leur ordinaire. Leur charme\nmême ne vaut pas dans les danses celui des jeunes\nbaladins du sexe mâle, dont le plus grand souci est de donner\nl'illusion de la femme : très appréciés, ils sont de toutes les\nfêtes et de tous les plaisirs.\nLa naissance d'un enfant n'est point chez les Sartes l'occasion\nde réjouissances particulières : vraisemblablement, parce qu'il\nserait difficile d'oublier que la femme y joue un rôle. Mais on\nse rattrape au jour de la circoncision de l'héritier mâle : inutile\nd'ajouter que le jeune seigneur est acteur dans la fête, c'est même"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.5", "texte": "AU TURKESTAN\n99\n\nle seul des convives qui ne soit pas libre de refuser. Tous les\namis du père sont invités, et viennent en un grave défilé de tur-\nbans blancs, dont le développement indique l'homme de qualité.\nLes amis pauvres sont également conviés, et ceux-ci paient\nleur écot en chansons. Aux mariages, la cérémonie est sensible-\nment la même, seulement chacun reçoit en partant quelque\ncadeau, fruit ou gâteau ; il faut noter que la mariée ne paraît\npoint et reste dans la compagnie des femmes. Enfin nous\navons plusieurs fois assisté à des enterrements indigènes. C'est\nun cortège qui se déroule dans la direction du cimetière : le\nmort est porté sur une civière, le visage découvert, et l'assis-\ntance, qui suit, psalmodie sa lamentation sur un thème mono-\ntone.\nAu fond, ces cérémonies n'ont rien de très caractéristique :\nce qui est plus particulier à l'existence des populations séden-\ntaires du Turkestan et dérive du tempérament éminemment\nsociable des Sartes, ce sont des réunions d'amis, quasi rituelles\npar l'obligation où l'on se trouve de les accepter et d'en rendre\nla politesse, par le formulaire général qui s'y trouve observé,\npar l'époque où elles ont lieu, c'est-à-dire de l'entrée de l'hiver\nau commencement de Ramazan : il y a donc une season dans\nl'Asie centrale. Ces fêtes d'amis, que l'on appelle des gab, sans\ndoute parce que la langue se délie aisément, réunissent\nune trentaine de convives, formant un cercle assez fermé.\nLe plus élevé en fortune et en dignité offre la première réunion,\net chacun à tour de rôle est tenu de rendre un semblable gala.\nDans le salon de l'hôte, les convives, assis sur les beaux tapis\ndu pays, aiguisent leur appétit en goûtant à l'infinie variété\ndes pâtisseries locales. Nous avons fait connaissance avec tout\nce que l'imagination indigène peut inventer comme plats sucrés:\nnotre pauvre Occident ne s'en doute guère, et la mode n'en\nest heureusement point venue chez nous. Il nous est arrivé de\ncompter dans un seul déjeuner, que nous offrit le Kouch Beghi,\ngouverneur de Boukhara, jusqu'à trente-deux assiettes de pâtis-\nseries précédant le repas ! Bref, le festin commence et les pilaf\nsuccèdent au x pilaff. C'est le moment du recueillement; les\nplaisanteries cessent, chacun mange, et, tout en essuyant les\nmains grasses sur la barbe et sur les bottes alternativement pour\nfaire briller celles-ci et celle-là, on écoute les musiciens. Parfois,\nc'est un ami pauvre,dont on met le talent artistique à contribution\nen échange d'un repas, parfois aussi ce sont des musiciens de\nprofession, qui écoulent leur répertoire pendant que les con-\nvives mangent ou se reposent en fumant le kahan. Il arrive\nque, quand il veut faire grandement les choses, l'amphitryon\nconvie un virtuose plus distingué que les autres, qui n'accorde"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.6", "texte": "100\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsa présence que contre la promesse d'un riche cadeau, c'est\nle barhchi. Comme tous les grands artistes, le barhchi se fait\nprier, mais quand il a commencé, il ne se tait plus que lorsqu'il\nse trouve suffisamment rétribué, si bien que s'il chante jusqu'au\njour, les convives peuvent se dire que leur hôte a lésiné avec\nl'artiste et regardé à la dépense.\nEn été, il y a d'autres fêtes dans les jardins : la belle nature\ndes oasis du Turkestan fait un cadre incomparable. Le pays\nest un vaste verger ; il est peu de contrées qui produisent autant\nde fruits que le Ferganah ; raisins, melons d'eau, abricots,\npêches, poussent librement dans ce paradis de la gourmandise\nà bon marché. La vie y est trop facile pour que l'indigène\nestime le travail. Les artistes errants ont souvent l'occasion\nd'exercer leurs talents : tout est prétexte à fêtes, et, si nous\ndisons qu'aux fêtes indigènes les Russes ont superposé les\nleurs, on pourra se demander avec inquiétude combien dans\nune semaine il reste de jours ouvrables.\nII\nAU BAÏKABAK.\nDoit-on le dire et comment le dire?\nLe ba'ikabakest une institution que la civilisation russe a\nintroduite au Turkestan, à l'imitation de nos mœurs occiden-\ntales, et qui se réclame tout ensemble de la police, de l'hygiène\net de notre faible humanité.\nC'est aussi un conservatoire de musique et de danse : ajou-\ntons que Fénelon n'y eût pas conduit le Dauphin poury parfaire\nson éducation artistique ; mais l'étranger qui a poussé jusqu'à\nSamarcande sa curiosité de voyageur, n'a point tant de scru-\npules, et vraiment, le spectacle est bien fait pour le consoler des\nreproches de sa conscience.\nDeux mots au cocher : « Sarsky », et voilà la petite\nvoiture qui dévale au galop de ses chevaux vers la Samarcande\nindigène. Les lumières se font plus rares et, dans les ruelles dé-\nsertes de la cité des conquérants d'autrefois, on n'a bientôt plus\npour se guider que la clarté des étoiles. Une ombre se glisse de\ntemps à autre, inoffensive et silencieuse; on roule toujours, puis\nVisvostchik arrête ses deux petites bêtes en sueur devant une\nbâtisse à la porte entrouverte, par laquelle filtre une lueur mé-\ndiocre. Un inspecteur de la police se promène non loin. Sans un"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.7", "texte": "AU TURKESTAN\n101\n\nmot, un vieux Sarte, qui en tout autre lieu aurait l'air respec-\ntable, vous achemine vers une échelle de meunier qui conduit à\nl'étage supérieur, dans une grande pièce vide, au plancher cou-\nvert de tapis. On s'accroupit comme on peut, et le noble vieil-\nlard offre le thé de l'amitié. Un jeune indigène allume quelques\nfuligineuses chandelles. Puis personne. Au dehors, le pas du\npolicier. La porte s'ouvre sans bruit : un misérable loqueteux\nparaît, puis un second, puis un autre, puis deux autres. Chacun\nd'eux porte un objet que, dans la demi-obscurité, nous ne dis-\ntinguons guère ; ils s'asseoient au fond de la pièce, dans l'ombre.\nNouveau silence. La porte s'ouvre encore, et voici que, dans\nune clarté plus vive, nous voyons entrer comme trois poupées\nvivantes, le visage maquillé, marchant souples dans leurs grandes\nrobes de soie aux couleurs vives, et l'une d'elles dont on m'a dit\nle nom, Aima, est vraiment belle. Le vénérable vieillard mar-\nche derrière et ferme la porte. Dans l'ombre, où les loqueteux\nde tout à l'heure se sont assis, des sons rythmés se font en-\ntendre : c'est un prélude instrumental. La nagara (i) marque\nle rythme sur lequel les petites poupées vont s'agiter. Mais\nune seule d'entre elles danse. Les autres sont assises près des\nmusiciens et égrènent leur chanson. Celle qui danse s'arrête,\nune de celles qui chantaient la remplace : c'est Aima, la plus\nbelle des djalap. Elle chante encore et danse tout ensemble.\nQuand elle se tait, elle continue à mimer. Elle avait ses bras\nderrière sa tête, derrière ses reins. Maintenant, elle les tend\nvers nous en manière de supplication ; ses hanches souples vont\nà droite, à gauche : elle fait l'offrande de son corps, puis\nelle s'agenouille et tombe. Elle se relève et, très gentiment,\nvient s'asseoir parmi nous, sans doute pour juger, la fine\nde la puissance de ses charmes et de son art.\nJe ne portais point sur moi, ce soir-là, de papier à musique,\net puis, il faut avouer que l'ouïe n'avait point tous les droits.\nJ'ai le lendemain noté quelques bribes mélodiques, qui chan-\ntaient dans ma mémoire. Les paroles, elles sont oubliées, et\npour cause.\n\n(i) La nagara est un tambour dont la peau est montée sur une poterie :\nc'est un instrument analogue à la derbodes Arabes. Au point de vue\nphilologique, il est peut-être intéressant de rapprocher le grec àvaxapa et\nle latin du moyen âge nacara.C'est un mot dont l'histoire serait à faire\net que déjà Du Gange croit emprunté au turc. Ancien français : nacaires."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.8", "texte": "102\nLE MERCURE MUSICAL\n\nNous avons conservé cette autre petite phrase mélodique, que\nla djalapchantait avec sa grâce mutine, quand, après s'être\nofferte, elle feignait de se refuser :\nEt puis, quand les danses furent finies, les loqueteux qui\ngrattaient leur doutaravec une espèce de petit plectre et pro-\nmenaient leur archet grossier sur les trois cordes du ou\nsur les quatre cordes du tambour,terminèrent la séance par\nune danse sarte, qu'on nous a dit être très répandue et que\nnous avons notée depuis :\nTrès vite\nMais ce soir-là, nous ne lûmes pas plus loin! Les petites pou-\npées nous dirent adieu dans un sourire, nous reprîmes notre\nvoiture, et, tandis qu'au galop de ses deux bêtes notre isvostchik\nnous ramenait par les mêmes ruelles désertes, nous jouissions\nsous un ciel sans rides de la paix des nuits, que troublaient\nseuls les grands chiens jaunes, hurlant à la lune sur les terrasses\ndes maisons.\nIII.\nA BOUKHARA.\nDepuis que les Russes ont ouvert aux voyageurs d'Occident\nla curieuse cité de Boukhara, quele fanatisme musulman tenait\nobstinément fermée, on en a donné maintes fois des descriptions\npittoresques et vraies.\nIl est un chapitre pourtant qu'on ne s'est point avisé d'écrire."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.9", "texte": "AU TURKESTAN\n103\n\nOn ne sait guère aujourd'hui plus de choses qu'il y a cent ans\nsur les mœurs musicales des Boukhariotes.\nEt, de fait, quand on a séjourné quelque temps dans les\ncentres urbains du Turkestan, fréquenté chez les indigènes\nde Tachkend, de Margelan, de Samarcande et pénétré leur\nvie, on retrouve tout naturellement les mêmes usages, affinés\npeut-être, à Boukhara. Nous sentons une civilisation supé-\nrieure, confirmée par des siècles d'indépendance et de domi-\nnation, et l'on devine assez bien que la russification entamera\nmoins aisément cette partie de la conquête qu'elle l'a pu\nfaire en face de l'apathie indigène dans les villes du Ferghana,\nplus belles, mais plus amollies, plus riches et moins vaillantes :\nl'idée de patrie a germé quelquefois dans les cerveaux boukha-\nristes. Les habitants du khanat ont conscience d'une espèce\nd'individualisme social, auquel les Russes se gardent bien de\ntoucher, et qu'avec autant de soin d'ailleurs ils préservent de\nl'influence étrangère. Quand on a pénétré au Turkestan, ce\nn'est qu'avec une nouvelle autorisation qu'on accède à Boukhara :\naussi le Français, ami et allié, peut aujourd'hui circuler\ndans les ruelles couvertes de la ville, flâner dans le bazar,\ntourner autour du palais de l'émir, sans crainte d'une ren-\ncontre avec de ridicules Anglais, porteurs de ou de\nkodak : c'est un des rares coins du monde où Thom. Cookn'a\npoint encore réussi à promener ses caravanes.\nLe spectacle n'y perd rien, Dieu merci ! et, pour revenir à nos\nmoutons, expression très légitime du pays de\nc'est-à-dire à nos études sur la musique indigène, disons que\nnous avons pu à Boukhara prendre contact avec un art qu'au-\ncune influence européenne n'est encore venu altérer. On y\nperçoit des impressions uniques. Ainsi, après une journée de\nfatigues, la curiosité satisfaite, on se repose béatement sur la\nterrasse de la demeure qu'on occupe. La cité s'est tue, et la\nnuit vient. Le grand silence règne, qui nous envahit. On repose\nà demi, sans penser, tandis qu'un demi sommeil clôt les yeux.\nAlors, très loin, sans qu'on distingue nettement d'où vient le\nbruit, un son presque musical, qu'on dirait produit par une\nchanterelle de violon sur laquelle glisse un doigt malhabile, se\nfait entendre longuement. Un autre se juxtapose à la tierce.\nTous deux descendent et tous deux remontent au point de dé-\npart pour redescendre encore. Une troisième voix, car un\ninstrument ne donnerait pas cette impression de vie,— prend à\nl'octave inférieure et dessine un mouvement contraire, escala-\ndant par intervalles insensibles une gamme chromatique ascen-\ndante ; mais on sent qu'entre ces artistes invisibles il n'y a\npoint accord. Ils étaient trois, maintenant ils sont dix, dans"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.10", "texte": "104\nLE MERCURE MUSICAL\n\nquelques minutes, ils seront cinquante, cent, à se faire en-\ntendre, et qu'entend-on ? D'un côté, il semble qu'on ouït de\nlongs accords dans un registre élevé; d'un autre, ce sont\ndes rythmes courts et brusquement interrompus, comme\ndes cris de colère. Puis tout se mêle. Aux quatre coins de la\nville, dans la nuit, qui est maintenant à peu près complète-\nment tombée, c'est une symphonie étourdissante, qui finit par\nnous tirer de notre torpeur. On ouvre les yeux ; et, où qu'on les\nporte, c'est pourvoir, au clair de la lune, de longues théories\nde chats gris et blancs, qui défilent et se promènent sur les\nterrasses désertes des maisons boukhariotes, qui chantent leurs\namours, leurs combats, leurs victoires ou leurs peines. La\nsymphonie des chats ne s'entend qu'à Boukhara, car ici les\nchats sont les maîtres de la ville. Quand personne n'a plus le\ndroit de circuler par les rues, eux, seuls, déambulent. C'est un\nsouvenir que l'oreille n'oublie point, mais dont la portée mu-\nsicale ne saurait fixer les finesses d'exécution.\nA Boukhara on voit encoreun spectacle bien particulier, plus\nfréquent que partout ailleurs : c'est la rencontre qu'à chaque\ninstant on est exposé à faire de derviches dans la rue. Le der-\nviche de Boukhara n'est point pareil à ceux que Constantinople,\npar exemple, offre en spectacle aux Européens. Ceux-ci sont\nde braves musulmans, qui ont des aptitudes spéciales pour\nhurler ou pour tourner ; leur commerce n'a rien de remarqua-\nblement désagréable. Mais leurs confrères de Boukharie sont\nde sinistres individus, à l'extérieur sauvage et qu'un fana-\ntisme imbécile et étroit désigne au respect de leurs compa-\ntriotes. Vêtus d'un khalat en loques, rapiécé avec des lambeaux\nd'étoffes multicolores, les yeux hagards, le cou nu, sortant,\nmaigre et sale, par l'entrebâillement de la chemise, les jambes\nnues, souvent couvertes de plaies, chaussés de babouches in-\nvraisemblables, coiffés de bonnets pointus et portant en sautoir\nune noix de coco ou une courge destinée à recevoir les dons\ndes fidèles, ils vont par les ruelles et parcourent les bazars,\narmés d'un long bâton, rançonnant tous ceux qu'ils rencon-\ntrent et chantant leurs bizarres mélopées. Nous étions tran-\nquilles dans la rue du bazar, ou s'achètent les belles broderies\net les étoffes de soie, quand, au loin, nous entendons une voix\nnasillarde et cassée, qui chantait en se rapprochant la mélodie\nque voici, telle que nous 1 avons notée après l'avoir entendue à\nnouveau dans une semblable rencontre."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.11", "texte": "AU TURKESTAN\n105\n\nC'était un kalendar,un de ces derviches comme on en ren-\ncontre ici à chaque pas. Suivi de la foule, il vint vers nous et\nréclama notre obole. Les quelques kopecks qu'il reçut ne nous\nvalurent ni sa bénédiction, ni ses remerciements, encore qu'il\nfût heureux pour nous de n'avoir point eu à repousser quel-\nque grossièreté de cet énergumène, car il n'eût point fallu\nespérer trouver chez les indigènes une aide quelconque. La\nfolie de ces moines mendiants a pour eux quelque chose de\nsacré. Le kalendar disparut dans le bazar en traînant ses\nnippes, sa jambe et son bâton, tandis que sa chanson domi-\nnait encore le brouhaha de la foule.\nA quelques jours de là, nous en rencontrâmes un autre, non\nplus dans le bazar, mais sur cette délicieuse place publique,\nqui nous parut être la perle de Boukhara et résumer pour\nnous la vie indigène de la cité. Elle est ombragée d'ormes aux\nproportions colossales, et le centre en est occupé par un grand\nbassin carré, qu'alimente une fontaine sacrée, dont les eaux,\nstagnantes et verdâtres, servent à la fois pour les ablutions et\npour la boisson. « Le réservoir carré, assez profond, de cent\npieds de longueur sur quatre-vingts de largeur, est bordé de\nlarges dalles ; huit à dix degrés de pierre également descendent\nà fleur d'eau ; sur ces degrés circulent de nombreux Sartes aux\ncostumes multicolores. Les uns font leurs ablutions ; d'autres\nlavent du linge ou des fruits ; d'autres, marchands d'eau, rem-\nplissent des outres ; d'autres, enfin, puisent à même pour se\ndésaltérer (i). » Tout autour, sous l'ombre des grands ormes\nséculaires, que trouent par place des percées de soleil, la vie\nboukhariote étale son exotisme. Elle est là comme concentrée.\nIl y a tout autour les petites boutiques des barbiers, qui ton-\ndent au rasoir le crâne de leurs clients et qui, à l'occasion, font\nles opérations chirurgicales, celle de la en particulier.\nOn fait de la rôtisserie en plein air et on consomme sur place.\nCombien avons-nous dévoré de ces petites tranches de mouton,\nqui grillaient embrochées sur des tiges de bois et parfumées\nà toutes les herbes de l'oasis ! On vend de tout : il me souvient\nque là nous avons acheté des étoffes, de vieilles poteries aux\n\n(1) DURRIEUX (A.) et FAUVELLE (R.), Paris,\nPion, 1901, in-B°."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.12", "texte": "106\nLE MERCURE MUSICAL\n\nreflets métalliques, des vases en cuivre repoussé... et même,\nun chat blanc. Des marchands de pastèques et de melons,\ninstallés sous des nattes mobiles, invitent à se rafraîchir, si\nmieux l'on n'aime les sorbets de glace pilée aux parfums du\npays. Enfin on entend les chanteurs populaires, qui s'accom-\npagnent de leurs instruments. Nous avons pu recueillir sur le\nvif quelques-uns de leurs chants, que, d'aiileurs, un officier\nrusse, grand amateur de musique indigène, le\nLeïssek, nous avait communiqués à Tachkend, transcrits par\nlui au cours d'une existence tout entière passée entre l'Oural et\nle Pamir, dans la steppe kirghise, où les distractions sont plutôt\nrares. Ce brave officier avait su s'en créer une. A titre docu-\nmentaire, voici deux de ces chansons populaires boukhafiotes.\nI.\nII.\nNous bornons nos exemples à ces deux mélodies. Ce serait\ninsuffisant si, d'aventure, nous avions dessein de rechercher les\nprincipes d'une théorie musicale pratiquée au Turkestan. Nous\nn'y saurions songer, car c'est au monde la chose dont les indi-\ngènes se préoccupent le moins. Chez les Tatars de Kasan, de"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.13", "texte": "AU TURKESTAN\n107\n\nla Crimée et de la Sibérie, on trouve, à vrai dire, quelques\nrudiments de tonalité : mais l'influence russe a sans doute\ncontribué à former cette ébauche de doctrine musicale. Chez\nles Kirghises et chez les Sartes, rien de semblable : on est chan-\nteur d'instinct. Ajoutons que les artistes indigènes savent\ncependant leur métier : il n'y a qu'à les voir pour se rendre\ncompte qu'ils ne chantent pas comme vous et moi. La tech-\nnique diffère quelque peu, car les deux mains jouent un rôle\ndans l'exécution vocale : la gauche, d'ordinaire, fait office de\ncornet acoustique près de l'oreille correspondante, tandis que\nla main droite par des petits battements sur la pomme d'Adam\nsert à produire un trémolo artificiel aux endroits pathétiques.\nNous avons dit que l'influence russe ne se fait pas sentir\nsur la musique indigène de Turkestan. Il y a peut-être une\nexception : c'est la marche nationale de Boukhara. Est-elle\nglorieuse pour l'école russe moderne ? Y sent-on la patte des\nGlinka, des Rimski, des Balakirev ? Nous n'oserions l'affirmer.\nEn tout cas voici dans quelles circonstances il nous fut donné\nde l'entendre.\nComme nous voyagions munis de passeports diplomatiques\net en même temps chargés de mission musicale, le premier\nministre de l'émir, le Kouch-Beghi, avait imaginé de mettre\nau programme des honneurs qu'il se crut obligé de nous rendre\nune revue des troupes de Boukhara. Je priai mon camarade de\nroute de jouer le grand premier rôle dans la circonstance :\nce fut lui qui sur l'habit noir arbora le casque colonial, unit sur\nsa poitrine les palmes académiques au Dragon Vert de l'Annam,\net dans cet équipage passa gravement sur le front des troupes.\nIl apprécia les mouvements, fit quelques critiques, salua\nles étendards et complimenta les généraux et les officiers\nsupérieurs boukhariotes avec toute l'autorité qu'un archiviste\npaléographe apporte dans les questions militaires. Pour moi,\non pensa faciliter ma mission en me plaçant pendant ce temps\nà cinq ou six mètres de la musique militaire. Oh ! quel sou-\nvenir ! une heure durant, plus de cinquante petits fifres, ayant\nle timbre aigu d'une nouba algérienne, s'unirent pour me\nbriser le tympan. Et qu'entendre ? une marche guerrière, qui\ndu temps de Gengis-Khan peut-être a été, de génération en\ngénération, transmise jusqu'à nous (i) ? quelque farouche chant\n\n(1) Et pourtant il en est une. Nous tenons de M. Decourdemanche,\ndont on sait l'autorité dans les questions de langue et de littérature\nturques, qu'il a existé une poésie guerrière turco-mongole de Mir Ali Chir\nNavaï, qui vivait sous Hussein Baïkara, sultan d'Afghanistan, contemporain\nde Baber, c'est-à-dire au début du seizième siècle. Cette marche fut long-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.14", "texte": "108\nLE MERCURE MUSICAL\n\nd'indépendance révélé dans une heure d'héroïsme ? Eh non !\ncela siérait mal à ces pacifistes de l'Asie centrale. A Boukhara,\nl'armée n'est faite que pour la paix, il ne faut pas la rendre\ntrop belliqueuse. On n'eut pas besoin d'un Tyrtée : quelque\nprofesseur de piano ou quelque chef de musique a dû com-\nmettre ce chef-d'œuvre. Nous le publions ici parce que c'est\nune curiosité, et qu'on ne le trouve certes point dans les\nrecueils d'airs nationaux de tous les pays : telle est notre\nunique raison.\nVeuille le lecteur excuser cette pauvre élucubration ! Nous\navons dit tout à l'heure que l'influence russe n'a point pénétré\ndans la musique indigène. Trouvons-nous dans cette impor-\ntation européenne une contradiction ? Non, certes, car ici la\npénétration s'est faite dans le genre officiel et non dans la\nmusique populaire, qui, elle, est restée ce qu'elle était, quel-\nque peu incohérente et sauvage, mais qui, au pays où tous\nles fruits de la terre poussent avec une exubérance inouïe,\njaillit spontanément et n'a cure des doctrinaires, des chefs\nd'école, des faiseurs de systèmes, autant que d'embarras.\n\nPierre Aubry.\n\ntemps en honneur a Boukh.ara, ou Hakki Bey, secrétaire d'lsmaïl-Pacha,\n1 entendit et la recueillit. Il 1 emporta en Egypte, ou elle fut mise au réper-\ntoire des troupes khédiviales. On la jouait encore en 1867."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.15", "texte": "LES VRILLES DE LA VIGNE\n\n('»\nClaudine me dit encore :\nDans le temps que mon mari était amoureux d'une de ses\namies qui s'appelait Rézi... (Pourquoi me regardez-vous comme\nça ? Je n'ouvre pas des yeux quand vous commencez une his-\ntoire par : « Cette année-là, mon mari avait une grippe infec-\ntieuse... »). Je reprends. Donc, Renaud était amoureux de Rézi.\nIl n'y avait rien, en la circonstance, qui le singularisât, car bien\nd'autres que lui... Et mon cher grand gobeur voulait, comme\nles autres, découvrir en Rézi une femme nouvelle, voire l'y créer,\npour l'orgueil de se dire tout bas : « Moi, je suis un type dans\nle genre de Dieu le Père, j'ai animé l'argile inerte... » Et il\navait promu Rézi au rang enviable des musiciennes d'instinct.\nLa pauvre chère !\nLes commencements furent durs, mais Renaud montre par-\nfois une grande ténacité, un entêtement capricieux et féminin,\net puis l'aridité de la tâche ennoblissait le but.\nRézi suivitles grandsconcerts.Lesjournauxmondainsnotèrent\nsa présence, et jamais elle n'eut de plus jolis chapeaux. Elle se\npenchait avec Renaud sur des partitions d'orchestre qui lassaient\nses genoux fins et tachaient ses gants. On la vit griffonner des\nsignes mystérieux, mouiller à sa bouche étroite la pointe d'un\ncrayon d'or clouté de rubis... Sa blonde et courte figure de petit\nangora se renversait sur mon grand mari, dans la plus extatique\net la plus flatteuse attention... Pauvre petite !\nEncore ! Vous la plaigniez ?\nNon... je la blaguais. Je crois qu'elle m'a beaucoup méprisée.\nElle me disait : « Oh ! vous... » en haussant légèrement les\népaules, et j'entendais là-dessous : « Oh ! vous, Claudine, on ne\npeut pas vous sortir de votre chocolat sur le gril, de vos ba-\nnanes pourries, de votre Fanchette et de toutes vos manies DO-\ncagères... » Elle commença, vers cette époque, à parler musique,\net je ne me tins plus de joie. Une timidité charmante gouverna\nd'abord ses paroles, et quand le mot technique lui faisait dé-\n\n(i) Suite. Voir les numéros i et du 2 du Mercure musical."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.16", "texte": "110\nLE MERCURE MUSICAL\n\nfaut, elle y suppléait par une flexion de nuque, un tournoie-\nment javanais des poignets...\nL'assurance lui vint, —• trop tôt. Elle se sentit mûre pour le\npèlerinage de Bayreuth. Hélas ! la Fanfare de l'Or, au seuil du\ntemple de brique rose, sonna la fin du règne de Rézi. Renaud,\nrepris au sombre charme de la musique, perdit son zèle d'apôtre\net subit avec quelque impatience son élève, dont la loquacité à\nprésent s'étayait d'un guide-âmes (Renaud à l'usage\ndes mondaines en pèlerinage...\nUn jour qu'il avait perdu disons consacré une heure\ntrois quarts à la remorquer à travers la brillante forêt des\nmotifs de panoplie (thème de l'Epée, thème de la Lance, du\neaume, etc.), elle confondit l'arme de Parsifal avec celle de\nWotan, et toutes deux avec Nothßenaud ne dit mot, et\nregarda notre amie comme si, tout d'un coup, elle venait de\nvieillir de quinze ans.\nLeur flirt, un brin languissant, traîna jusqu'à l'hiver, et Paris\nrevit ensemble, aux concerts, mon mari et mon amie.\nUn soir, salle Pleyel, le programme annonçait :\ni° Chansons canadiennes(Vuillermoz).\n2° Fédia(Camille Erlanger).\n3° Sonate de Franck.\nEtc., etc.\nJe vois encore Rézi, ce soir-là. Couronnée d'olives noires et\nde feuilles vertes, elle blottissait dans son paletot de loutre un\nvisage patient et anxieux, le grave sourire d'une jeune prêtresse\nque le dieu va visiter. Comme le dieu tardait, elle se pencha\nsur le programme, tourna son sourire vers Renaud et demanda\nd'une claire voix chantante :\nPourquoi a-t-on la rage de jouer toujours cette troisième\nSonate de Franck et jamais les deux autres?\nJe crois me souvenir que Renaud abandonna Rézi le même\nsoir, en prétextant une course urgente dans le quartier, et que\nc'est depuis ce temps-là qu'elle se consacra plus spécialement à\nla littérature dramatique.\n\nColette Willy."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.17", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nLE COMTE DE LAURAGUAIS ET SOPHIE ARNOULD\nAprès toutes les révélations faites sur la célèbre pensionnaire\nde l'Académie royale de Musique au xviii6 siècle, et sur son plus\nfidèle amant, le comte de Lauraguais ; après le livre des frères\nde Goncourt, considéré, par la majorité, comme un évangile\nhistorique, il paraîtra téméraire de toucher à un sujet qu'on a\ndit épuisé.\nPar fâcheuse faiblesse, on est porté plus que jamais, de nos\njours, à donner aveuglément de l'encensoir sur le nez des au-\nteurs ingénieux qui se spécialisèrent dans l'évocation du passé,\nen se mettant à l'abri des recherches difficiles, et nos « lettrés»\nmodernes surenchérissent volontiers sur des affirmations qu'au\nsurplus ils croiraient malséant de contredire.\nJe n'ai point ce scrupule immodéré. J'estime que l'Histoire\nne saurait s'embarrasser de fantaisie et que la moindre preuve\nest préférable à cent déductions habiles, tirées de faits douteux.\nC'est pourquoi je me permets, dans le seul but de servir la vé-\nrité, d'opposer au système anecdotique des frères de Goncourt\nquelques documents rares, en ce qui concerne la créatrice d\nphigénie en Aulide et le fils du duc de Villars-Brancas.\nEn citant une lettre de Sophie Arnould à Lauraguais, lettre\ndatée du 21 septembre 1799, les du « plus bel\nasthme qu'on ait entendu chanter» déclarent: « Cette lettre,\nc'est tout ce que nous avons des rapports de Sophie et de Lau-\nraguais, en cette dernière intimité de bonne amitié », ce qui\nrevient à dire : « Ne cherchez pas autre chose, vous ne trou-\nveriez rien ! » Or, voici une bien jolie missive expédiée le\n24 vendémiaire an IX, par le « berger » de Manicamp à la\n« fermière » de Luzarches :\nA Mademoiselle Arnould, le] 24 vendémiaire an IX.\nJe vous fais mon compliment, ma divine Sophie, d'avoir obtenu une\nreprésentation à l'Opéra, Si j'avais été comédien, je pourais prier mes\nCamarades de représenter pour moi, les jeux du hazard et de la fortune."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.18", "texte": "112\nLE MERCURE MUSICAL\n\nCette fixiontheatrale me vaudrait quelque chose, tandis que la réalité me\nruine sur le théâtre du monde. Moi presque pendu pour n'avoir point\némigré, je me trouve ruiné pour avoir ouvert les bras à deux émigrés\nauxquels le gouvernement ouvrait la France. L'un d'eux après avoir joué\navec moi le rôle de Crispin dans le La si bien arrangé mes af-\nfaires pour lui,que pour me forcer à tout lui abbandonner, il a mis ce que\nje possède dans le cas d'être saisi, et, vraisemblablement mon troupeau\nd Lspagne superbe cette annee, mayant donné 3o agneaux, sera vendu\npar le Receveur du Département de Laisne à l'écorcheur de Chauny. Le\ngouvernement n aurait pas seulement l'air de protéger la production des\nmoutons espagnols, s'il en défendait la saisie. Il serait bizarre que le\ngouvernement actuel employât les ventes forcées de ces troupeaux pré-\ncieux, comme un moyen de propagation, tandis que le Gt Provre qui\nse connaissait en destruction, fesait grâce, pour les conserver, à leurs\nchiens et à leurs propriétaires. J'étais fort tenté de parler de cela au\nMinistre Chaptal.mais je m'étais arrangé depuis si longtems, dans l'ancien\nRégime pour devenir républicain, quayant oublié cornent on parlait\naux ministres d'autrefois, je ne saurais apprendre cornent on parle à ceux\nd'aujourdhuy.\nVous qui en savés \"davantage, Madame Sophie, tachés de me conserver\nmes moutons ; et dans ce cas, votre vieux Pasteur, à leur tonte prochaine\nvous fera le présent pastoral de la dîme de leurs toisons.\nB. L.\nM. DE LAURAGUAIS (I).\nCe document est précieux, d'abord parce qu'il montre Lau-\nraguais sollicitant de sa vieille amie une aide morale, à une\népoque mystérieuse de leur existence commune, ensuite parce\nqu'il éclaire d'une vive couleur la physionomie du gentilhomme\noriginal qui, sous Louis XV, Louis XVI, la Révolution, le\nConsulat, l'Empire et la Restauration, fit de l'opposition, tou-\njours, partout et quand même.\nEn 1800, Sophie Arnould, dont la détresse grandissait, avait\ndonc tenté une démarche auprès de Lucien Bonaparte, alors\nministre de l'intérieur, afin d'obtenir une représentation à son\nprofit au Théâtre des Arts. Mais la situation déplorable dans\nlaquelle se trouvait pécuniairement parlant notre pre-\nmière scène lyrique à cette époque, et l'obligation imposée à la\nbénéficiaire de paraître en personne « à une telle représentation\npour l'obtenir » fit remettre à des temps « plus heureux » cet\nacte de justice et de charité.\nEn 1801, Chaptal, devenu ministre à son tour, en remplace-\nment au frere du F rentier Consul, écrit, en date du 18 ventôse,\n\n(0/ Lettre acquise par M. Charles iNuitter et destinée aux Archives de\n1 Opéia. Ce document inédit adu etre dicte par le comte ;il n'est pas\nde sa main."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.19", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n113\nLE MERCURE MUSICAL\n\nau citoyen Bonet, Commissaire du Gouvernement près le Théâ-\ntre des Arts, àla suite d'une requête de Sophie Arnould :\nJ'ai arrêté, Citoyen., qu'il seroit donné au Théâtre des Arts une repré-\nsentation au profit de Mademoiselle Arnould, connue par ses nombreux\nsuccès et les services constans qu'elle a rendus à ce Théâtre pendant plus\nde 20 années.\nSon âge et l'état de sa santé la dispensent naturellement de remplir les\nconditions imposées aux artistes retirés qui ont réclamé cette faveur. Il\nest impossible que Mne Arnould reparaisse aujourd'hui sur la scène, où\nsa présence ne rappelleroit que des regrets et des souvenirs inutiles.\nJe vous invite donc à faire donner le plus promptement possible, la re-\nprésentation dont il s'agit ; ce sera un gage public de la protection que le\nGouvernement accorde aux Arts, et un encouragement particulier pour\nceux qui consacrent leurs Talens au premier théâtre Lyrique de l'Eu-\nrope.\nJe vous salue.\nCHAPTAL (I).\nSix jours plus tard, Bonet (et non Cellerier, comme l'ont pré-\ntendu les de Goncourt, voir note page 240,\nrépond à Chaptal :\nCitoyen Ministre,\nJ'ai reçu votre lettre en date du Ï8 de ce mois, par laquelle vous accor-\ndez à la citoyenne Arnoult une représentation à son profit. Je suis prêt\nà exécuter vos ordres ; mais permettez-moi, de (sic) vous prie, de vous faire\nobserver que votre prédécesseur s'étoit en dernier lieu refusé à plusieurs\ndemande de ce genre ; qu'au milieu de vos grandes et nombreuses occu-\npations, il a pu vous échaper que le Règlement s'opposoit à accorder\nde semblables faveurs, parce qu'il a été reconnu qu'il en résultoit un\npréjudice très considérable pour les intérêts du Théâtre. En effet, une\nreprésentation de ce genre où l'on donne toujours la pièce et le Ballet,\nqui sont le plus en possession de plaire, et où le concours des spec-\ntateurs est très considérable par la certitude qu'il a que le spectacle sera\nbien soigné, anéantit toutes les recettes de la décade. Ces faits sont si\nconstans, que le Gouvernement a préféré d'accorder une Douzième des\nRecettes pour tenir lieu aux artistes d'une représentation par mois qu'il\nleur étoit passée pour leurs pensions.\nPermettez-moi, citoyen Ministre, de vous représenter que vous allez\nêtre assailli de Demandes de cette espèce dont plusieurs vous paraîtront\npeut-être plus fondées que celle de Mlle Arnoult, et qu'il vous seroit pos-\nsible de venir au secours de cet artiste qui a tant acquis de gloire sur ce\nthéâtre et qui a tant de droits à la bienveillance du Gouvernement par\ndes moyens qui entraîneroient moins d'inconvénients.\nJ'ai cru, Citoyen Ministre, m'acquitter de mon devoir et répondre à votre-\nconfiance en vous faisant ses observations. Je vous prie de me trans\n\n(i) Archives de l'Opéra. Document inédit.\n8"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.20", "texte": "114\nLE MERCURE MUSICAL\n\nmettre vos ordres pour que je puisse les mettre sur le champ en exé-\ncution.\nSalut et respect.\nBONET (I).\nP. S. Mlle Arnoiilt que je viens de voir à l'instant demande Anacrèon\net la Dansomanie.\nCtaaptal, troublé par les hypocrites observations du commis-\nsaire, hésite et se laisse convaincre. Le 29 ventôse, il écrit à\nBonet :\nJe reconnais. On, la justesse des observations que vous m'avez adres-\nsées, sur la représentation promise à Mll© Arnoult.\nJe chercherai d'autres moyens de concilier l'intérêt du théâtre des Arts,\navec les besoins d'une femme célèbre, dont les longs services méritent\ndes égards, ne fût-ce que pour l'encouragement des artistes qui lui ont\nsuccédé.\nJe révoque, par cette lettre, la permission que je vous avais accordée\nde donner une représentation à son profit.\nJe vous salue (2).\nLe i 3 avril 1801, Sophie rappelle à Chaptal qu'il a promis\nde lui continuer ses bontés; elle y compte, « ».\nElle touche alors un secours de deux mille francs sur les six\nmille qui lui ont été accordés par Cellerier, l'administrateur de\nl'Opéra, en remplacement de sa représentation à bénéfice.\nMais le 14 brumaire an X (5 novembre 1901), poussée par le\nbesoin, elle écrit à Cellerier une longue lettre de reproches (voir\nSophie Arnould,par les de Goncourt, page 242), et comme\ncelui-ci ne répond pas favorablement, elle s'adresse au Bureau\ndes Théâtres, d'où part le rapport suivant présenté au Ministre\nde l'lntérieur :\nLe Ministre n'a pas oublié sans doute que Mlle Arnould, vieille, malade,\net presque abandonnée, n'ayant pour gage de son existence actuelle que\nle souvenir de celle qu'elle eut autrefois, attend de la Justice et de la\nbienveillance du Gouvernement le reste du secours pécuniaire qui lui\nfut promis, à la place de la Représentation qu'elle avoit obtenue. Je\nne sais pas trop sur quel titre elle a fondé l'espérance que ce secours\nseroit de 6.000 francs, mais si le Ministre n'a pas lui-même déterminée\ncette somme, je crois que le Cit. Cellerier l'a promise, en son nom,\npour engager Mlle Arnould à renoncer au bénéfice de sa Représentation;\nquoi qu'il en soit, elle n'a reçu jusqu'à ce jour que 2.000 francs et chaque\njour, elle réclame le reste de la somme qu'elle s'est flattée d'obtenir.\nJe ne doute pas que le Ministre n'ait égard àla situation de cette Ac-\ntrice longtems célèbre ; et quoique les services des Comédiens me parais-\n\n(1) Archives de l'Opéra. Document inédit.\n(2) Idem. Id."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.21", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n115\n\nsent magnifiquement recompensés, surtout quand on les compare au sort\ndes hommes illustres, qui dans les Arts et dans les Lettres, ont honoré jadis\nou peuvent un jour honorer leur Pays, je pense que le Ministre doit\nremplir la promesse qu'il a faite, ou qu'on a faite, en son nom, à Mile Ar-\nnould. Je propose donc de lui faire payer, en deux payemens égaux, la\nsomme de 4.000 francs dont 2.000 aujourd'hui, et les autres 2.000, dans\ntrois mois.\nLe chef du Bau des Théâtres.\nE. (1).\nCette leçon donnée par un simple poète et gazetier indisposa\nChaptal sans nul doute.\nLe ministre écrivit simplement en marge de ce rapport :\n« Ajourné. »\nLa misère de Sophie dut être à son comble, car, le mois sui-\nvant, Chaptal recevait un autre rapport ainsi conçu et venant de\nla même source :\nLe Ministre se rappellera sans doute que Mlle Arnould ci-devant ire ar-\ntiste du théâtre des Arts, obtint dans le mois de Ventôse dernier\nune représentation à son profit. Cette faveur n'eut pas lieu. Cette an-\ncienne artiste, malade et presque abandonnée, expose qu'elle n'a touché\nde cette indemnité qu'une somme de 2.000, et sollicite avec les plus tou-\nchantes instances, le reste de îa somme qui lui a été promise.\nLe Ministre ne refusera pas sans doute sa bienveillance à l'âge, au\nmalheur, au souvenir d'un talent célèbre.\nJe lui propose, en conséquence, en attendant l'accomplissement de la\npromesse qui a été faite à Mlle Arnould, d'accorder à cette artiste intéres-\nsante, un secours dont il voudra bien fixer la valeur (2).\nChaptal s'est laissé toucher. Il signe un bon de 600 fr. qui\nest joint à l'état remis à la comptabilité le 5 frimaire an X, et\nquatre jours plus tard il reçoit de Sophie Arnould cette belle\nlettre de remercîment.\nParis, ce Nonidy 9 frimaire, an X.\nMue Arnould, Pensionnaire du gouvernement et du théâtre des arts.\nAu Citoyen Chaptal, Ministre de L'intérieur.\nCitoyen Ministre,\nRecevez, avec la même Bonté, qui vous a fait me rappeller à votre\nsouvenir, les assurances bien sincères de ma reconnaissance. Elle n'a,\ndans mon cœur, aucuns sentiments qui puisse l'égaller, que la haute es-\n\n(1) Archives de l'Opéra.— Document inédit de Joseph-Etienne Esmé-\nnard, courtisan de Bonaparte.\n(2) Archives de l'Opéra. Document inédit."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.22", "texte": "116\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntime que sçait inspirer vos mérittes ; et la considération avec laquelle je\nsuis, Citoyen Ministre; Votre très dévouée concitoyenne,\nSOPHIE ARNOULD (I).\nTout le monde connaît la fin misérable de la célèbre chan-\nteuse, de celle qui avait tant brillé, jadis, dans la société pervertie\ndu prince d'Hénin, du riche Bertin, de M. de Monville, du duc\nde Fronsac, de Delisles de Sales, l'auteur d'un Théâtre d'amour\nêrotique (2). Je ne m'y arrêterai pas. La vieille artiste-courti-\nsane qui avait été tour à tour tribade et « mangeuse d'hommes »,\nl'ancienne soupeuse des petites maisons galantes, racheta son\npassé par de longues misères de corps et d'âme, et disparut en\n1802 (22 octobre), âgée de soixante-deux ans elle était née\nen 1740, et non en 1744, entourée de respect, de pitié et re-\ngrettée par son fidèle Dorval, comme elle aimait à désigner le\ncomte de Lauraguais.\nJ'arrive à un point historique des plus curieux. MM. de Gon-\ncourt ont affirmé, bien à la légère, en plaçant vers 1799 l'inci-\ndent dont je vais parler, que Lauraguais fournit une preuve de\nson assiduité auprès de la malade en écrivant à Barré, Radet et\nDesfontaines, auteurs d'un vaudeville en trois actes intitulé\nSophie Arnould, une lettre de protestation.\nLes fameux anecdotiers je dénie le titre d historiens aux\nfantaisistes thuriféraires de Marie-Antoinette ont commis là,\nparmi tant d'erreurs grossières, une erreur incroyable.\nLa lettre qu'ils ont crue écrite du vivant de Sophie ne le fut\nque deux ans après sa mort, en octobre 1804. Elle était adres-\nsée à M. Dubois, préfet de la police de Paris. Je la donne en\nentier, pour la première fois :\nCe 17 Vendémiaire an XIII, à Paris.\nJe commencerai, Monsieur, la Lettre que j'ai l'honneur de vous écrire,\nainsi que Cicéron finit une des siennes à Atticus.\nKixépwv ô <ptXoaocpôi; xov TcoXtxtxov Ttxov àa\"7ïàÇ£Tat....\nEt comme le dit encore Cicéron, vous pourriés fort bien, depuis que\nvous êtes en place, avoir mis, ainsi que Cassius, votre philosophie à la\ncuisine ; tua quidem (philosophie) in culinâ; et par conséquent avoir\noublié les humanités, à mesure que vous vous êtes occupé des affaires\nhumaines.\nVous serés bien aise qu'on vous dise que Cicéron devenu homme de\nLettres, saluait Atticus devenu homme\nson crédit; et sans vous citer toujours Cicéron, quoi qu'il ait tout dit et\ntout embelli, je vous dirai, Monsieur, que ceci nous est d'autant plus\n\n(1) Archives de l'Opéra. Document inédit.\n(2) Voiries Théâtres clandestins,par G. Capon et R. Yve-Plessis."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.23", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n1 1 7\n\napplicable que je suis jurisconsulte, depuis que vous netes plus homme\nde loi, et qu'avant de défendre mes droits, je pense être dans le cas de\nréclamer celui que vous avés, de faire respecter les nôtres, en votre qua-\nlité de préfet de la police de Paris, et voici, Monsieur, l'occasion et l'objet\nde la prière que je vous adresse.\nLe Journal de Paris d'hier 16 vendémiaire : article nouvelles des sciences,\nannonce aussi, comme une nouvelle qu'on\ncessamment donner au Vaudeville : Les amans sans jambes ou Les amis\nde Mile Arnaud.Que ce titre n'eut convenu autrefois, qu'à la plus ignoble\nparade de la foire, et convienne maintenant, ou non, à l'état des lettres et\ndes arts ; ce n'est pas mon affaire, monsieur. Mais j'ai été l'amant ou\nl'ami de Mlle Arnould, toutte sa vie : rien n'est plus connu, comme de\nraison, encore plus au Vaudeville, qu'à la ville. Je ne sçaurais donc dou-\nter que l'auteur ou les auteurs des Amis de Af\"e Arnoud, ne me donnent\nsous un nom, sous une forme quelconque, un rôle dans cette pièce ; et,\nloin d'y consentir, je le veux si peu, que j'attaquerai en justice 1 horrible\nlicence de sa représentation, si elle est permise.\nJe pourrais, à l'occasion du parti que je vous annonce, et pour le jus-\ntifier, vous citer encore Gicéron, citant lui-même les Lois des Douze\ntables ; mais vous aimerés peut-être mieux que je vous parle d une autho-\nrité moderne. Je vais donc vous rapeller, ce que répondit, Mme la\nMaréchale Lefebvre, étant au cercle d'une Dame, qui la priait ae lui rac-\nconter une histoire, qui l'avait amusée, mais dont elle ne se ressouve-\nnait plus guère... : « tredame, je le croyons bien ; l'histoire est drôle;\nmais je ne voulons pas faire rire vos p» Ce mot me paraît excel-\nlent, et sans doute, il me sera permis d'en invoquer le sens et 1 éten-\ndue.\nJ'ai l'honneur, Monsieur, de vous saluer, très\nparfaitement.\nLAXJRAGUAIS (I).\nIl est de toute évidence que cette curieuse lettre de Blancas\nadressée au préfet de police en 1804 ne saurait avoir été en-\nvoyée en 1799 aux auteurs des Elle eut\npour effet d'apporter une modification au titre de la pièce, et l'on\npeut supposer que Baret, Radet et Desfontaines atténuèrent ce\nque leur vaudeville avait de trop satirique à l'endroit de Sophie\nArnould et de son amant préféré.\nLes erreurs que j'ai relevées dans les ouvrages biographiques\ndes frères de Concourt sont fort nombreuses, et j'aurai certaine-\nment l'occasion d'en redresser encore quelques-unes au cours\nde mes recherches.\nPresque toutes ces erreurs proviennent d'une mauvaise mé-\nthode de documentation. MM. de Concourt, par goût naturel,\nainsi que le prouve leur Journal, ont cultivé surtout les on-dit.\nC'est ainsi qu'ils ont « enrichi » leur Sophie Arnould à 1 aide de\n\n(1) Autographe acquis par M. Charles Nuitter et destiné aux Archives de\nl'Opéra."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.24", "texte": "118\nLE MERCURE MUSICAL\n\nYArnoldiana de Deville, annotée par l'antiquaire Millin. Or,\nl'ouvrage de Deville est une source de sottises et de mensonges,\net les notes du fameux Millin ne sont que propos de van-\ntard. La preuve de ceci ? dira-t-on. Elle existe dans un exem-\nplaire de VArnoldiana annoté en 1814 par Henri d'Espinchal,\nancien page de Louis XV, de Louis XVI et de Napoléon ler.Ier. Ce\npersonnage, qui fut mêlé à toutes les intrigues de la Cour et de\nla ville, se montre de bonne éducation dans ses dires, et sa dis-\ncrétion donne du crédit à ce qu'il affirme. Il est fort regrettable\nque MM. de Goncourt l'aient ignoré. Ses annotations les auraient\namenés à sacrifier quelques anecdotes graveleuses, à contrôler\nbien des faits et à serrer de plus près la vérité.\nMARTIAL TENEO."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.25", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nEn concluant que « notre représentation des sons n'est pas\nsimple » alors qu'elle devrait l'être, M. Riemann nous avait\npromis « plus d'une raison » pour nous engager à partager son\nsssurance et admettre sa proposition. L'examen de son syllo-\naisme préliminaire permettrait mal d'estimer la précaution\nguperflue et, jusqu'ici, nous ne sommes guère autorisés à\naccorder à sa conclusion d'autre valeur que celle d'une hypo-\nthèse, à quoi fait encore défaut le moindre commencement de\npreuve. Nous éprouvons une autre satisfaction en abordant\nl'exposé de ces raisons attendues. Nous allons pouvoir nous\ndébarrasser d'une terminologie assurément savante, mais dont\nla profondeur abstraite et ambiguë semble idoine plutôt à\nréjouir un métaphysicien qu'à éclairer la pensée du flambeau\nd'une irrécusable précision.\nCe que M. Riemann, en effet, entend par « notre représen-\ntation des sons » ( Tonvorstellung), c'est tout bonnement le\nrésultat de ce qui se passe dans notre oreille. Inexistants dans\nl'onde sonore extérieure, les « sons inférieurs » seraient la con-\nséquence inéluctable de la construction de notre appareil auditif,\net trouveraient là les moyens de manifester une existence qu'on\naurait le droit de qualifier, jusqu'à un certain point, d'objective,\nchacun en devant constater la réalité, aussi bien dans l'oreille\nde son voisin que dans la sienne propre.\nAu fond, si nous savons fort bien que « nous entendons »,\nnous ne savons pas du tout comme « nous entendons ». On a\nélaboré, à propos du mécanisme de l'audition, un grand nombre\nde théories assez diverses et souvent contradictoires, dont le\nrésumé le plus superficiel nous entraînerait pour trop longtemps\nhors de notre sujet et serait d'ailleurs parfaitement inutile.\nPour posséder, à peu près toutes, la valeur sérieuse et l'autorité\nde « l'hypothèse scientifique », ces théories, et jusqu'aux plus\nrécentes, n'en demeurent pas moins encore aujourd'hui des\n\n(i) Suite. Voirie numéro i du Mercure musical."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.26", "texte": "120\nLE MERCURE MUSICAL\n\n« hypothèses ». Quand il écrivit sa en 1873,\nM. Riemann adopta la seconde hypothèse de Helmholtz, à\nlaquelle les observations de Hensen, en modifiant ses premières\nidées, avaient déterminé le grand physicien.\nBien que la théorie de Helmholtz ait été vivement combattue\ndepuis, et spécialement, chez nous, avec une incontestable\ncompétence, par M. P. Bonnier, nous ne risquons pas grand'chose\nà l'accepter comme « hypothèse », et nous y sommes même\nbien obligés si, de ce point de départ préalable, nous voulons\nsuivre le raisonnement de M. Riemann. Nous admettrons donc,\navec celui-ci, que « nous avons, dans notre oreille, une véri-\ntable harpe en miniature, constituée par les fibres de notre\nmembrane basilaire » (p. 8); que ces quelques milliers de fibres,\nde grandeur inégale et graduellement décroissante, correspon-\ndent respectivement à un son de hauteur différente ; et que,\nd'après la manière dont elles sont tendues, « chacune de ces\nfibres peut se comporter comme une corde vibrant librement\net entrer en vibration sous l'influence d'un son émis, corres-\npondant à son propre son » (p. 11).\nC'est le phénomène connu sous le nom de vibration par\ninfluence. « Si, dit Helmholtz, prenant deux diapasons sem-\nblables, ayant exactement la même durée de vibrations, on\nébranle l'un d'eux au moyen d'un archet, l'autre commence à\nvibrer par influence, même en un endroit éloigné, et on l'en-\ntend continuer de résonner, si on éteint les vibrations du pre-\nmier. » Il est nécessaire que les diapasons soient fixés sur des\ncaisses résonnantes et se trouvent tous deux dans la pièce même\noù on opère. C'est l'expérience la plus curieuse, et certes la\nplu-s surprenante pour la disproportion entre la cause et l'effet,\nsi on considère la masse d'acier mise en mouvement par des\nvibrations de l'air si faibles, qu'elles seraient impuissantes à\nébranler même une barbe de plume interposée. Mais tous les\ncorps sonores sont susceptibles, plus ou moins facilement, de\nvibrer par influence.\nQuand on émet un son correspondant à sa longueur totale,\nune corde tendue vibre totalement et donne le même son,\nlequel est et s'appelle « le son propre » de ladite corde.\nM. Riemann admet donc que les fibres de la membrane basi-\nlaire constituent une harpe en miniature, dont les cordes sont\naptes à vibrer par influence, comme toute corde tendue libre-\nment, par l'action du son correspondant à leur son propre. Ces\nprémisses posées et sous le bénéfice de ces hypothèses dont\naucune, en somme, n'est invraisemblable M. Riemann\ncontinue : « Enfin il n'a pas échappé à Helmholtz que, si c«-s\nfibres se comportent vraiment comme des c.ordes tendues"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.27", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n121\n\nlibrement, elles doivent être capables non seulement de vibra-\ntions totales,mais aussi de vibrations et que, par\nconséquent, le nerf correspondant devrait subir « l'excitation »\nrésultant de vibrations partielles aussi bien que celle émanée\nde vibrations totales. » (P. 11.)\n«Toutefois, dans l'oreille, on ne remarque rien de sem-\nblable », déclare à cet égard Helmholtz cité par M. Riemann.\nNous verrons que celui-ci n'est pas embarrassé d'une telle\nréserve, ni gêné par cet autre avis, non cité, du même Helm-\nholtz ajoutant que « la formation de vibrations partielles est\nvraisemblablement entravée par les attaches de la membrane ba-\nsilaire ». Mais, avant d'examiner les conséquences qu'en déduit\nM. Riemann, il importe d'étudier cette nouvelle forme de divi-\nsion des cordes tendues, qui n'est pas l'un des moins merveilleux\naspects du phénomène de la « vibration par influence ».\nOuvrons le couvercle d'un piano, pour que le son résonne\nlibrement. Puis, abaissons doucement la touche d'une note\nquelconque, sans frapper la corde avec le marteau, mais de\nfaçon à soulever l'étouffoir. Supposons que cette note soit un\nDo(2), octave d'un Do(1) fondamental ; si, d'un coup fort et\nbref, en abandonnant aussitôt la touche, nous frappons ce\nDo(1), la corde du Do(2) vibrera immédiatement par influence,\nsa vibration sera totale,et nous entendrons le son propre de\ncette corde, c'est-à-dire le Do(2). Si, en montant toujours vers\nl'aigu, nous soulevons successivement, de la même manière,\nles étouffoirs des notes Sol(3), (4), (5), (6),\nmol (7), Do (8), Ré (9), mi (10), etc., c'est-à-dire la série des har-\nmoniques du Do(1) fondamental, quand nous frapperons ce\nDo (1), chacune de ces cordes, plusieurs ou toutes ensemble\nvibreront « totalement » par influence et feront entendre leur\n« son propre ».\nIl s'ensuit, d'une façon générale, que toute corde tendue li-\nlibrement, correspondant à l'un des harmoniques supérieurs\nd'un son fondamental, vibre par influence lorsque ce son fonda-\nmental est émis; la vibration de la corde influencée est et\nproduit le son propre de cette corde.\nCette seconde forme de vibration par influence se distingue\ndéjà de la précédente. Nous avons vu, tout à l'heure, un diapa-\nson ou des cordes produisant, sous l'influence d'un son émis,\nun son de même hauteur. Nous constatons, à présent, la pro-\nduction d'un son d'une hauteur différente de celle du son exci-\ntateur. Toutefois, dans les deux cas, la vibration par influence\nest totale,et chaque corde fait entendre son « son propre ».\nMaintenant, sur le même piano bien ouvert, faisons l'opéra-\ntion contraire. Appuyant doucement sur la touche, sans que le"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.28", "texte": "122\nLE MERCURE MUSICAL\n\nmarteau frappe la corde, soulevons l'étouffoir du Do (i) fonda-\nmental. Si, d'un coup fort et bref, nous frappons son octave, le\nDo(2), la corde du Do(1) vibrera aussitôt par influence. Mais,\npourvibrer ainsi, elle se divisera spontanément en deux parties,\nformant deux « ventres » séparés par un « nœud », et elle fera\nentendre, non pas son propre son, mais le son du Do (2) frappé.\nSi nous recommençons l'expérience, après avoir laissé retomber\net soulevé de nouveau pareillement l'étouffoir du (1), lors-\nque nous frapperons sa « douzième « ou (3), la corde du\nDo( 1 ) vibrera par influence en se divisant spontanément en trois\nventres séparés par deux nœuds, et fera entendre le son du\nSol (3) frappé. En continuant ainsi, sans oublier, chaque fois,\nd'abandonner la touche et de relever l'étouffoir du si\nnous frappons successivement, montant toujours vers l'aigu, le\nDo (4), le mi (5), le Sol (6), le SI bémol (7), le Do (8), le Ré (9), le\nmi(10), le fa dièse (11), le Sol(12), etc., la corde du (1) vi-\nbrera chaque fois par influence, en se divisant spontanément en\n4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11,12 parties et fera entendre successive-\nment tous ces sons divers. Ici la vibration par influence est dite\npartielle.\nQuand nous entendons tous ces sons différents, nous ne pou-\nvons douter qu'ils soient tous produits successivement par la\nseule corde du Do (1), puisque, après le coup bref, l'étouffoir\nest retombé sur la corde frappée et en éteint les vibrations ;\ntandis que nous entendons toujours le son correspondant aussi\nlongtemps que nous tenons abaissée la touche du (1), et que\nledit son cesse* aussitôt d'être entendu, dès que nous enlevons\nnotre doigt. On peut aussi s'assurer facilement que c'est bien\ncette corde du Do(1) qui vibre, en plaçant dessus des brins de\npaille ou des barbes de plume.\nIl s'ensuit que toute corde tendue librement vibre par in-\nfluence, lorsqu'on émet un son correspondant à l'un de ses\nharmoniques supérieurs ; la vibration de la corde influencée\nest alors partielle et produit le son de l'harmonique émis.\nMais il faut remarquer que, si les harmoniques frappés font\nrespectivement, pour un temps donné 3, 4, 5, 6, 7, 8... fois\nplus de vibrations quîe le Do (1) fondamental, celui-ci fait natu-\nrellement 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8... fois moins de vibrations, dans le\nmême temps, que chacun desdits harmoniques. Nous pouvons\ndonc recommencer l'expérience en frappant un son aigu, tou-\njours le même, qui fera vibrer par influence les cordes corres-\npondant à des sons faisant respectivement 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8...\nfois moins de vibrations pour un temps donné. Il suffira pour cela\nque ce même son aigu frappé soit successivement l'harmonique\nsupérieur 2, 3, 4, 5, 6... ou autre, des sons propres des cordes"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.29", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n123\n\ndevant vibrer successivement par influence. Or, ces sons propres\ncorrespondent naturellement à un nombre de vibrations qui\nest 3, g, etc., du nombre de vibrations du son frappé, et\nconstitueraient donc, s'ils étaient entendus, la série des « sons\ninférieurs » de M. Riemann.\nEt en effet, si nous choisissons, vers l'aigu, un son faisant\n1 vibration pour un temps donné, soit Do(i), et que, descen-\ndant vers le grave, nous soulevions successivement les étouffoirs\ndes sons Do({), Fa(|), Do(|), la (|), etc., chaque\nfois que nous frapperons le Do (i ) aigu, toutes les cordes\ncorrespondantes vibreront successivement par influence, en se\ndivisant spontanément en 2, 3, 4, 5, 6, etc. parties, et feront\nentendre, toutes et exclusivement, le son (1) aigu frappé.\nCe phénomène est absolument identique à celui que nous\nvenons de constater tout à l'heure. Chacune de ces cordes vibre\npartiellement, par influence, sous l'action d'un de ses harmoni-\nques supérieurs, puisque Do (il est ici l'harmonique supérieur\n2de Do(|), l'harmonique 3de F(-=), l'harmonique 4de (] ;,\nl'harmonique sde la bémol (i),etc.\nLe tableau suivant résume ces expériences à l'égard d'un son\nmoyen, Do(1), émis ou frappé. Au-dessus de ce son frappé\n(S. frp.) on trouve, dans la première colonne, les cordes vibrant\ntotalement \\?ar influence (Cde v. t.), lesquelles correspondent aux\nsons que ce Do(1) A pour harmoniques supérieurs. Au-dessous,\nse trouvent les cordes vibrant partiellement par influence (Cde\nv. p.) et correspondant aux sons dont ce (1) EST successive-\nment l'harmonique supérieur. Dans la seconde colonne, on voit\nles sons produits (S. pr.) dans les deux cas, par les cordes vi-\nbrant par influence. Le tableau s'arrête au son 8, ou triple oc-\ntave supérieure ou inférieure du son moyen Do (1 ) frappé.\nCde v. t. —Do (8). ... S. pr. (8)\n» SI bémol(7). . » (7)\n» Sol(6). ... » • (6)\n» mi(5). ... » —mi (5)\n» —Do (4). » —Do (4)\nSol (3). . . . » Sol (3)\n» •Do (2). ... » —Do (2)\nS. frp. = Do (1)\nCJe v. p. Do(|). ... S. pr. —Do (1)\n» —Fa (i). » —Do (1)\n» —Do (ri ). . . . » —Do( 1 )\n» —la bémol (|) . » —Do (1)\n» Fa H).... » —Do(i)\n» RÉ . . . »\n» —Do (|). . . . » —Do (1)"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.30", "texte": "124\nLE MERCURE MUSICAL\n\nTel est le résultat de la vibration par influence des cordes ten-\ndues librement, auxquelles M. Riemann assimile les fibres de\nla membrane basilaire, située dans notre oreille interne ; et,\nque le son excitateur émis soit « complexe » (comme dans notre\nexpérience au piano), ou qu'il soit « simple », le résultat reste\ntoujours le même.\nIl est important de se rappeler, ici, la dernière observation de\nM. Riemann. « Si, dit-il, ces fibres se comportent vraiment\ncomme des cordes tendues librement, elles doivent être capables\nde vibrations par influence totales et partielles, et le nerf cor-\nrespondant devrait recevoir aussi bien l'excitation des vibra-\ntions partielles que celle des vibrations\n« Donc (i), continue M. Riemann (p. 12), sous l'influence\nd'un son Do(1) émis ou frappé, la fibre dont le son propre est\nl'octave inférieure, ou Do(|), devrait vibrer en se divisant en\ndeux ventres séparés par un nœud ; mais le nerf correspondant\nexcité devrait télégraphier un Do ({). » Pareillement, sous l'in-\nfluence du même Do(1), la fibre dont le son propre est la\ndouzième intérieure, ou Fa(|), devrait vibrer en se divisant en\ntrois ventres séparés par deux nœuds ', mais le nerf correspon-\ndant « télégraphierait » un Fa a Par conséquent, tout son\nsimple venant frapper l'oreille devrait être accompagné ainsi de\ntoute la série de ses sons inférieurs, par exemple, pour Do (1),\ndes sons Do(|), Fa ({), Do(j), la (|), (|), etc., perçus\navec une intensité graduellement décroissante, à mesure qu'on\ndescend vers le grave. »\nOn n'a pas été sans remarquer que M. Riemann introduit ici\nnégligemment une nouvelle hypothèse, où le « nerf correspon-\ndant » joue un rôle essentiel.\nQuand, sous l'influence d'un Do (1) plus aigu, émis ou\nfrappé, la corde de piano d'un Fa (£) plus grave vibre partiel-\nlement en trois ventres séparés par deux nœuds, cette corde\ntransmet à la table d'harmonie de l'instrument le Dp (1 ) aigu\nexcitateur, et c'est ce même son Do (1) que pour parler\ncomme M. Riemann la table d'harmonie « télégraphie » à\nnotre oreille. M. Riemann ne nous dit pas à qui ou à quoi le\n« nerf correspondant » envoie son télégramme afin de « provo-\nquer des vibrations cérébrales (Hirnschivingungen », p. 11) ;\nmais, tandis que la fibre, dont le son propre serait (g-), « se\ncomporte comme une corde tendue librement » sous l'influence\n\n(1) Je traduis textuellement le passage, en changeant seulement le nom\nde la note prise pour point de départ, et qui chez M. Riemann est un\nJe lui substitue le Do (1) du tableau précédent, afin qu'on puisse suivre\nplus commodément, sur ce tableau, les explications et déductions de\nM. Riemann."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.31", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n125\n\nd'un Do (i) émis, se divise spontanément de la même manière\nque la corde de piano considérée, le nerf télégraphiste reçoit et\nexpédie non pas le son Do (i) correspondant à cette forme de\nvibration partielle, mais le Fa (§), son propre de la corde\ninfluencée, et correspondant à sa vibration totale.\nIl n'est pas absolument indispensable de posséder la méfiance\nde saint Thomas, pour reconnaître à ce mode de « télégraphi-\ncation » spéciale un caractère au moins hypothétique. On en\npourrait se sentir assez naturellement engagé à revenir un\ninstant sur ses pas, et, afin de se rendre compte du chemin par-\ncouru insensiblement en passant de l'une à l'autre, d'énumérer\nles hypothèses successives apportées, par M. Riemann, à l'appui\nde sa démonstration.\nNous allons les exposer à la file.\nire Hypothèse. Nous avons\nminiature, constituée par les fib\nlaire.\n2e Hypothèse. Ces fibres, de grandeur inégale et gra-\nduellement décroissante, correspondent\nférente.\n3e Hypothèse. Chacune de ces fibres est accordée à un\nson unique, de hauteur déterminée et invariable, qui est le « son\npropre » de la fibre.\n4e Hypothèse. Le mode d'attac\nla membrane basilaire permet de les assimiler à des cordes ten-\ndues librement.\n5' Hypothèse. —De même que les cordes tendues, ces fibres peu-\nvent vibrer totalement s> par influence, quand un son SIMPLE\nde même hauteur que leur « son propre » est émis ; et, dans ce cas,\npareillement aux cordes, ces fibres produisent leur a son propre »,\nque « télégraphie » le nerf corresp\n6e Hypothèse. Comme les\nvent vibrer aussi « partiellement » par influence, lorsque l'un de\nleurs harmoniques supérieurs est émis sous la forme d'un son\nSIMPLE.\n7® Hypothèse. Mais, quoique\nabsolument comme les cordes tendues, se divisent spontanément\npour réaliser la forme de vibration nodale adéquate au son de\nl'harmonique émis, le « nerf correspondant », au lieu de ce son de\nhauteur corrélative à la vibration « partielle » des cordes et des\nfibres, « télégraphie » le « sonpropre » de la fibre influencée, c'est-\nà-dire le son qui résulterait de la vibration « totale » de ladite\nfibre.\nEnfin les agissements de ce « nerf correspondant », incapable\nde « télégraphier » autre chose que le son propre de la fibre,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.32", "texte": "126\nLE MERCURE MUSICAL\n\nquel que soit le mode de vibration par influence, nous acculent\nà cette\n8e Hypothèse. —Chacune des fibres delà membrane basilaire\naboutit à un nerf unique, lequel est son « nerf correspondant ».\nChacun de ces « nerfs correspondants »\nl 1 excitation provenant des vibrations d'une seule et même fibre,\net la réaction de ce nerf reste toujours immuablement identique,\nquelle que soit la forme de l'excitation.\nJe n'ajouterai pas la présomption à l'incompétence, pour\noser décider, ici, jusqu'à quel point cette 8e hypothèse peut\nêtre aventureuse. Constatons simplement que, d'après Hensen\net Helmholtz, M. Riemann estime le total des fibres de la\nmembrane basilaire à « environ S.ooo » (p. 11) ;et que, d'autre\npart, le même Hensen, cité par W. Preyer [Ueber die\nder Tonjvahrnehmung, p. 41), évalue à 16.400 le nombre des\nfibres terminales du nerf auditif dans le limaçon.\nMais l'ensemble des hypothèses de M. Riemann entraîne\nune autre et inévitable conséquence. Si les fibres de la mem-\nbrane basilaire vibrent par influence, à l'instar des cordes tendues\nlibrement, non seulement par vibration totale, quand leur son\npropre est émis ; mais par vibration lorsque c'est un\nde leurs harmoniques supérieurs qui est produit, ces fibres de-\nvront nécessairement aussi vibrer par influence, lorsque leur\nson propre sera l'un des harmoniques supérieurs du son exci-\ntateur émis. Leur vibration sera alors totale, et les « nerfs cor-\nrespondants », qui sont capables de transformer leur vibration\npartielle en totale,pour « télégraphier » la série des « sons infé-\nrieurs » du son émis, auront moins de peine encore à « télé-\ngraphier » le son propre de ces fibres, résultat de leur vibration\ntotale, et en même temps la série des c< harmoniques supé-\nrieurs s> du son excitateur émis. (Voir le tableau précédent.)\nIl nous faudrait donc conclure, en nous servant des mots\nmêmes que nous avons vu M. Riemann employer plus haut à\npropos des « sons inférieurs » :\n« Par conséquent, tout son venant frapper l'oreille\ndevrait être accompagné ainsi de toute la série de ses » harmo-\nniques supérieurs,\nDo (2), Sol (3), Do (4), mi (5), Sol (6), etc.\nintensité graduellement décroissante à mesure qu'on » monte\nvers l'aigu.\nMais, s'il en était ainsi, nous n'entendrions jamais de sons\n«simples», c'est-à-dire dépourvus d'harmoniques supérieurs.\nLes sons, produits par des diapasons et des résonateurs asso-\nciés, seraient une simple vue de l'esprit, et l'expérience de\nHelmholtz ressortirait à la niaiserie pure ou à la mystifica-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.33", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n127\n\ntion. Les réponses recueillies par Preyer accuseraient la conni-\nvence ironique de musiciens concertés pour jouer une bonne\nfarce à l'interrogateur. Les « jeux de fourniture » de l'orgue\nseraient l'héritage fallacieux d'un passé ignorant ou barbare.\nLeur maintien apparaîtrait plus inconcevable même que leur\ninvention. Enfin nous n'aurions plus aucune raison de distin-\nguer les uns des autres le timbre de la flûte aux harmoniques\npeu nombreux et faibles, le timbre de la trompette aux har-\nmoniques forts et pénétrants, et celui de la clarinette à qui font\ndéfaut les sons partiels pairs.\nCependant, grâce à l'absence de ces harmoniques pairs, en\nentendant une mélodie exécutée simultanément par deux clari-\nnettes à un intervalle de double octave, nous ressentons l'im-\npression d'un timbre creux et nasillard. Nous appelons strident\nle timbre de la trompette. La douceur molle et plate de la flûte\nen arrive à nous exaspérer. La monotonie incaractérisée des\ngrands tuyaux bouchés de l'orgue déconcerte notre sensation ;\net, même avec l'aide des résonateurs, notre oreille est impuis-\nsante à percevoir des harmoniques dans les sons « simples »\nproduits par des diapasons associés à des tubes résonnants.\nEnfin, les observateurs interrogés par Preyer étaient, pour la\nplupart, inconnus les uns aux autres.\nIl est donc avéré que, si, encore aujourd'hui, notre oreille dis-\ntingue et isole malaisément les divers harmoniques d'un son\némis, même quand celui-ci en est réellement accompagné, en\ntout cas, elle ne les perçoit que là où ils sont, et n'en reçoit que\nl'impression strictement adéquate, correspondant à leur nom-\nbre, leur force ou leur faiblesse; bref, que notre sensation n'en\néprouve les effets que lorsque ces harmoniques existent objecti-\nvement « dans l'onde sonore venant frapper notre oreille ».\nNous sommes donc obligés, par ces faits autant que par les\nassertions précédentes de M. Riemann, d'admettre et de formu-\nler une\n9e Hypothèse. Cependant,\nbasilaire, aptes à vibrer comme des cordes tendues ; vibrant\n« totalement » par influence si un son SIMPLE, de même hauteur\"\nque leur son propre, est émis; vib «\npart, sous l'influence d'un son SIMPLE équivalent à un de leurs har-\nmoniques, tandis que le « nerf » un\nson de hauteur corrélative à leur vibration « totale »; ces fibres\nne vibrent pas lorsque leur son propre est l'un des harmoniques\ndu son SIMPLE excitateur émis, OM, du moins, « le nerf corres-\npondant » ne « télégraphie » alors RIEN DU TOUT.\nMais tout cela fait déjà pas mal d'hypothèses, dont quelques-\nunes frisent l'invraisemblance si j'ose dire au petit fer*."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.34", "texte": "128\nLE MERCURE MUSICAL\n\nAvec la meilleure des bonnes volontés, il n'est guère possible\nd'accorder que M. Riemann ait ainsi démontré « l'existence\nréelle des sons inférieurs », même simplement « dans notre\nsensation ».\n(A suivre.)\n(A suiv\nL abondance des matières nous\nprochain numéro la suite de l'Étude de Louis Laloy sur le\nDrame musical moderne (IÏI : Gustave Charpentier).\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.35", "texte": "9\n\nREVUE DE LA QUINZAINE\n\nLE SCANDALE DU PRIX DE ROME\n\nIl faut battre le fer pendant qu'il est chaud eton ne le laissera pas refroi-\nne serait guère le moment, du reste,à l'heure où le soleil estival s'an-\nnonce enfin propice aux transpirations des mères, aux pâmoisons secou-\nrables des eleves et a la cuisine des vieux routiers matois manipulant des\njurys extenues, menu traditionnel des concours prochains et publics de\nnotre Conservatoire, sans compter les incidents orageux coutumiers dont\nle thermomètre a lui seul pourrait fournir l'excuse. Le récent jugement\n« préparatoire » au Prix de Rome a fait quelque potin dans notre Lander-\nneau musical ; le bruit en parvint, dit-on, jusqu'en haut lieu.Une curiosité\nlégitimé inciterait le plus indifférent des mélomanes au désir de tirer cette\naventure au clair. Pour se former une opinion impartiale, il faut savoir d'a-\nbord exactement de quoi il s'agit. Au fond, c'est ce qu'on connaît peu ou\nmal: En 1900, M. Constant Pierre a publié un énorme volume qui con-\ntient, outre une profusion de renseignements précieux, les textes et dé-\ncrets régissant la matière et, d'une façon générale, tout ce qui concerne ce-\nlui de nos établissements nationaux aujourd'hui plus couramment dénom-\nme « la Riaison Dubois ». « Tout Français ou naturalisé, n'ayant pas trente\nans accomplis au ler janvier de l'année où s'ouvre le concours », peut pos-\ntulei pour la Villa Médicis. Le lauréat reçoit de l'Etat une pension de 3.510\nfrancs pendant quatre années, lesquelles il lui est enjoint de partager en-\ntre 1 Italie, 1 Allemagne et l'Autriche, avec séjour loisible en France pour\nJa dermere. A partir de l'expiration de ce terme et grâce à la fondation\nri nette, une rente annuelle de 3.000 francs lui est servie durant un laps\négal. Assurément, ce n'est pas le Pérou ; du moins, cela suffit-il pour as-\nsurer, un peu strictement, huit années de vie modeste, mais indépendante\na un jeune artiste sincère, lui permettant de travailler à sa guise, d'attendre\ne succès de préparer peut-être la gloire. Il ne faut pas être trop exigeant\n« au jour d aujord hm », comme on dit à Grenelle. Un rapporteur de notre\nernier ouget nous dévoile, imprimé, le montant de notre prodigalité offi-\ncielle et démocratique, avec un total de .3 millions affectés à tous les Beaux-\nArts reunis. Ala trois cent quarante-sixième page de son livre, M. Cons-\nent Pierre nous apprend que, jadis, « avant 1789 », les tyrans qui nous\nppnmaient dépensaient « plus de 20 millions » mu-\nsique, entre la. Circoncision et la Saint-Sylvestre. Que les temps sont chan-\nfn! 1 pauvre !En tout cas, même en négligeant l'abaissement\nlormidable de la valeur de l'argent depuis plus d'un siècle, sans même évo-\nqaer a graduelle disparition des maîtrises, l'anxiété des organistes réduits\n\nLE MERCURE MUSICAL"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.36", "texte": "130\nLE MERCURE MUSICAL\n\nà la portion congrue, la simple comparaison de ces chiffres établit le rôle\nvital d'une institution comme celle du Prix de Rome, pour l'avenir de\nnotre art sonore au milieu d'une société qu'un américanisme envahissant\nsemble détourner toujours plus des préoccupations désintéressées et\nhautes.\nLe « concours définitif» est précédé d'un « concours d'essai », lequel a\npourobjet la confection d'une « fugue vocale à quatre parties »et d'un\n« chœur à quatre voix, au moins, avec orchestre ». Naturellement, il n'est\npas question de faire un chef-d'œuvre. La chose doit être bâclée en six\njours et démontrer simplement la possession d'un certain « métier » ac-\nquis, nécessaire pour être admis utilement à l'épreuve subséquente et finale.\nAussi ne fut-on pas peu ahuri, cette année, d'avoir à constater l'échec de\ndeux des concurrents, ayant obtenu précédemment chacun un « second\nPrix de Rome», Mlle Fleury, élève de M. Widor,et M. Maurice Ravel, élève\nde M. Gabriel Fauré. Entre toutes les stupéfactions que nous réservait\ncet examen désormais célèbre, celle-ci, à coup sûr, était la plus déconcer-\ntante puisque, dans ce jury si sévère, la majorité des suffrages appartenait\naux mêmes et identiques membres de l'lnstitut qui, hier, avaient couronné\nles deux évincés d'aujourd'hui. Bien informé que, depuis leur demi-vic-\ntoire. ni l'un ni l'autre n'avait attrapé une fièvre typhoïde ou analogue et\npâti de ses conséquences, on en donnait de toutes parts au chat une langue\nunanime. Heureusement, les reporters n'ont pas raté si belle occasion d'in-\nterviewer quelques sous-immortels.Les réponses, àla vérité, furent un peu\nébouriffantes.\nD'un ton léger non moins que serein, M. Paladilhe assura tout d'abord\nsans ambages : « Ce sont des criailleries sans importance de candidats mal-\nheureux...» Qu'entendait-il par là î Voulut-il dire que les deux retoqués\nétalèrent une incapacité irrémédiable en présence du devoir imposé? Alors,\non pourrait demander à M. Paladilhe pourquoi lui et ses collègues avaient\noctroyé, la veille, à de tels cancres, une récompense qui les proclamait\npresque dignes d'habiter la Villa Médicis. Car on sait ce que vaut l'aune\nde la fugue enseignée et prisée dans notre Conservatoire. M.Théodore\nDubois en révéla quelques échantillons primés, dans son Traité sur la ma-\ntière et, même, ily joignit, à titre didactique, des fruits de son inspiration.\nLa puérilité de ce machinal exercice en ressortait si péremptoirement ma-\nnifeste que le cerveau le plus obtus ne saurait guère ne pas correctement\ns'en tirer selon la requise formule et que l'unique difficulté plausible appa-\nraissait d'y égaler la platitude directoriale. Mais M. Paladilhe ignore\nmoins que quiconque, aussi bien que ses consorts en l'espèce, que, si le\n« concours d'essai » ne peut être qu'une pure formalité réglementaire pour\nun postulant déjà pourvu d'un « second prix de Rome », ladite épreuve ne\nconstitue pas autre chose pour le plus grand nombre des inscrits. Tous sont\ndes élèves de la maison où le verdict est prononcé et se présentent géné-\nralement sur l'avis autorisé de leurs professeurs ; la plupart ont produit\net publié des ouvrages prouvant leur habileté d'écriture, quelquefois plus\net mieux qu'un métier remarquable. En fait, il n'y a pas de candidats,\nau sens strict du mot, dans la circonstance. 11 ne s'agit pas, pour ceux-ci,\nd'une sorte de composition d'examen pédagogique pouvant entraîner fata-\nlement l'exclusion de l'un d'eux d'après le seul contenu de la copie livrée,\nvoire pour insuffisance matérielle dans l'exécution de la tâche exigée par\nles règlements administratifs, M. Paladilhe le sait fort bien, puisqu'il fai-\nsait partie lui-même du jury « préparatoire » qui n'hésita pas naguère à\nadmettre au concours de Rome un autre élève de M. Lenepveu, M. Crocé-\nSpinelli, lequel, n'ayant pu terminer sa fugue dans les délais prescrits,\nl'avait remise inachevée. Décidément, il fait bon d'être élève de M. Le-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\ni3i\n\nnepveu, rue Bergere , car on sait aussi que, cette fois, tous les « candi-\ndats » heureux sortaient de la classe de cet invraisemblable professeur et\nmembre de notre Institut pour la section musicale.\nM. Paladilhe n oserait pas, sans doute, essayer de nous faire accroire\nqu'un musicien de l'envergure de Maurice Ravel ne fut pas capable de\nvenir à bout du programme élémentaire de ce « concours d'essai ». Les\nœuvres éditées du recalé rendaient superflu d'invoquer son « second Prix\nde Rome», et le précédent de M. Crocé-Spinelli répondait surabondam-\nment à l'objection d'une défaillance accidentelle. Mais, M. Paladilhe aurait\npu répondre tout bonnement que, parmi les dix-sept concurrents, il devait\nforcément rester sur le carreau onze « candidats malheureux », car les\ntextes en vigueur que six élus. Il fallait donc choisir, même\nentre des talents d'équivalente apparence. Certes, on n'a pas le droit de\ndenier a ptiorique les « candidats » préférés ne soient doués des dons\nmusicaux les plus rares. Admettons cju ils aient tous du génie *, comme\naucun d'eux n'a publié jusqu'ici quelque production comparable au seul\nQuatuor à cordes de Maurice Ravel, on ne saurait refuser à celui-ci la fa-\nveur de la merne hypothèse. Si on n a aucune preuve positive de la supé—\nriOiite de ses vainqueurs, on posséderait plutôt le contraire de ce qui pour-\nrait laisser soupçonner 1 infériorité du « candidat malheureux ». Toutes\nchoses égalés, à tout le moins, Maurice Ravel mérite évidemment, autant\nque n'importe lequel de ses rivaux privilégiés, de concourir à un Prix de\nRome éventuel et à ses avantages. Or, né le 7 mars 1875, il avait atteint\ncette année la limite d'âge qui lui interdit désormais tout espoir à venir,\ntandis que son plus vieux concurrent, M. Dumas, vit le jour en 1877; un\nautre, Al. Gaubert, en 1579 î 1880, M. Gallois, et M. Marcel Rousseau\nen 1882 , a)ant ainsi respectivement 2, 4* sou 7 ans devant eux pour se\nprésenter de nouveau au « concours d'essai » et décrocher peut-être la\ntimbale consécutive. A défaut de toute autre considération, celle-ci était de\npoids assez légitime pour influer gravement surla sentence de M. Paladilhe\n■a l ugard d un ancien lauréat distingue par lui-meme. On pouvait supposer que\ncontraint de lui fermer à tout jamais les portes de la Villa Médicis au\nrisque de briser sa carrière, ce juge intègre en eût déploré l'obligation cruelle,\nne.essitee par 1 incommensurable suprématie d'adolescents triomphateurs.\nOn se serait non moins incommensurablement trompé. Loin d'éprouver\nquelque trouble secret ou d'exprimer quelque condoléance platonique, la\nsuite de son interview rapporte qu'il s'écria : « Le ministre des Beaux-Arts\ns est emu de ce jugement, paraît-il ; moi, je m'en moque absolument ! »\nL'exactitude des termes est généralement trop incertaine, en pareille es-\npèce, pour qu'on puisse reprocher à l'interrogé l'ambiguïté de la phrase\nainsi constiuite, m décider, sans savoir bien au juste de qui ou de quoi\nM. Paladilhe « se moque absolument », si l'interrogateur n'a pas atténué\npeut-être, en ces syllabes, l'énergie d'un épanchement moins académique.\nMais le mot, au surplus, ne changerait rien a la chose. Il demeure avéré que\nM. Paladilhe envisage d'un cœur tranquille, d'une âme satisfaite et prête à\ns en vanter, les résultats de son verdict. Que celui-ci ait provoqué les pro-\ntestations, non pas seulement des « candidats malheureux », mais de cer-\ntains professeurs renommés de notre Conservatoire, M. Paladilhe « s'en\nmoque absolument »; que sa proclamation ait spontanément indigné les\nesprits indépendants et mis en rumeur tout le monde musical,M. Paladilhe\n« sen moque » autant que de ce que peut penser son ministre ; il « s'en\nmoque » autant que du sort et de la qualité de ses victimes. De tout ce\nqu'on peut dire ou penser, de tout ce qui peut advenir, M. Paladilhe « s'en\nmoque » et s'en contremoque avec la désinvolture et la sérénité du papa\nde Claudine."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.38", "texte": "132\nLE MERCURE MUSICAL\n\nM. Paladilhe, en effet, est sûr de soi, car il a jugé en toute conscience.\nHélas ! on ne découvre pas la moindre raison d'en douter. Il a jugé selon\nson goût remorqué par sa compétence. La notoriété de celle-ci, toutefois,\nne s'atteste pas des plus répandues dans l'univers. Le génie de M. Paladilhe\nsemble afficher la modestie de la violette, sans s'être trahi jamais par quel-\nque bien flagrant parfum. On connaît surtout de lui l'accompagnement d'une\nmélodie populaire, la Mandolinata, rapportée d'outre-monts pour nos or-\ngues de Barbarie. Tous les ans, à l'occasion des concours conservatoriaux,\non se souvient qu'il existe en lisant son nom parmi ceux des jurés ; bien\ndes gens se demandent qui est ce M. Paladilhe et seraient fort surpris\nd'apprendre qu'il est de l'lnstitut. 11 n'apparaît donc pas surérogatoire de\nrecourir à l'érudition de M. Constant Pierre, pour exhumer et divulguer\nles titres en l'honneur de quoi cet illustre inconnu est appelé périodique-\nment à exercer une magistrature intéressant l'existence même et le dévelop-\npement de notre art musical. M. Paladilhe (Emile) naquit à Montpellier le\n3 juin 1844 et, sauf erreur d'impression, se dénonça d'abord enfant\nprodige incontestable, au témoignage de ces extraits des palmarès ; « Pia-\nno : 2e prix(ißs6) ; ler prix (1857). Contrepoint et fugue : ier accessit\n(i 856). Orgue :2e accessit ( 1858) ; ier accessit {lßsg) ; 2eprix (1860). Rome :\nmention honorable (1859) ; ier prix (1860). » Assurément, la liste de ces\nsuccès attesterait peut-être plus de persévérance que de génialité insigne.\nIl n'en est pas moins peu commun de remporter son premier laurier de\npianiste à douze ans, et le grand prix de Rome à seize. Entre temps, il\navait commis deux œuvres de jeunesse, le Chevalier Bernard (1858) et la\nReine Mathilde (1859), non représentés. Douze ans après son Prix de Rome,\nil fit jouer un acte, le Passant (1872), puis Suzanne, trois actes (1878). Cet\neffort lui valut bientôt la croix de chevalier de la Légion d'honneur\n(1881). Stimulé sans doute par cet encouragement imprévu, il produit les\ntrois actes de Diana (i 885) et les cinq de Patrie (1886). Enfin, en 1892, il\npubliait les Saintes Maries de la mer, et l'lnstitut lui offrait un fauteuil. Il\nsemble s'y être endormi depuis pour ne plus rêver qu'aux examens de Con-\nservatoire, encore que M. Constant Pierre note aussi une Messe solennelle\net une Symphonie en mi bémol sans en fixer la date. Mais M. Paladilhe\nest un homme heureux dont le sommeil est béni de la Providence. En 1897,\nune rosette y vint en tapinois remplacer le ruban qui rougissait sa\nboutonnière.\nLa quantité, dans ce bagage, est plutôt mince : elle est phénoménale au\nprix de sa qualité. Tout cela ne survit, pour l'intitulé, que par la charité de\nquelques dictionnaires ou gît dans Par'rière-boutique des infortunés édi-\nteurs. Son néant porterait ombrage à la suprême inanité d'un Lenepveu.\nOn apu reprendre Xavière durant trois ou quatre soirées : on n'oserait\npas annoncer un acte de Patrie. Il est assez piquant que, chargé d'apprécier\nles fugues du « concours d'essai » et s'y montrant aussi tranchant qu'im-\npitoyable, M. Paladilhe n'ait pu jadis obtenir mieux qu'un accessit en la\nmatière. Il est étrange jusqu'à l'inconcevable qu'une nullité de son acabit\nsoit investie du pouvoir de juger non pas seulement un Ravel, un Ducasse\nou Marcel Rousseau,mais le moins talentueux des jouvenceaux musicastres.\nIl est inouï qu'une impuissance aussi péremptoirement démontrée que la\nsienne puisse voisiner avec un Saint-Saëns, un Reyer ou même un Masse-\nnet dans des jurys, pour y décider sans appel de l'avenir d'un jeune artiste.\nMais M. Paladilhe « se moque absolument » de tout cela. Fier comme\nÂrtaban, il palabre, et son inconscience est désarmante. Il semble né coiffé ;\nd'ailleurs on l'a décoré deux fois pour ses fours ou pour ses beaux yeux ;\nil est de l'lnstitut... Mais, au fait, pourquoi donc en est-il ? MM. Dubois\net Lenepveu enseignaient au Conservatoire ; leur chaire et leur emploi hié-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n133\n\nrarchisé pourraient passer pour un prétexte, à la rigueur. Mais lui, quelle\ncause obscure l'introduisit sous la Coupole ? Qui ou quoi l'y sut signaler,\ny soutint sa candidature ou l'imposa d'emblée? Je vais tâcher d'avoir des\nrenseignements sur rinstitulàrisation de M. Paladilhe, afin d'élucider cet\nexcitant mystère à l'intention des lecteurs intrigués. Si l'enquêté s'en émou-\nvait, j'oserais suivre son exemple et déclarer que « je m'en moque absolu-\nment ». En service de presse autant, j'espère, que de « concours prépara-\ntoire », le devoir professionnel avant tout !\n(A suivre.)\n\nJean Marnold.\n\nLE MONUMENT BEETHOVEN\n\nUn comité de patronage s'est formé en vue d'ériger un monument à\nBeethoven sur une des places de Paris, s'il en est une encore dépourvue\nde statue.\nDes fêtes plus ou moins musicales ont été données au Trocadéro, au\nthéâtre Sarah-Bernha'rdt, dans le but de réunir les fonds nécessaires.\nCe monument serait dû au ciseau d'un jeune sculpteur, M.José de Char-\nmoy, et serait actuellement en cours d'exécution.\nUn article élogieux, bien qu'avec quelques réticences, a paru dans la\nPlume ( ier mai 1905).\nDes reproductions photographiques ont été envoyées au journal Musica\n(numéro consacré à Beethoven). Ayant eu ridée de montrer ces reproduc-\ntions à l'un des membres, et non le moindre, je vous prie de le croire, du\nComité d'honneur, j'ai constaté avec stupeur qu'il ignorait totalement ce\nmonument, n'en connaissait ni une esquisse, ni une maquette, et que, ne\nl'avant convié à aucune séance d'examen, on n'avait en aucune manière sol-\nw 7\nlicité son approbation.\nTout cela n'est-il pas un peu suspect? Nous assistons, semble-t-il, à un\nlançage en règle, à une sorte si j'ose dire —• de montage de coup. Quel\nest le but poursuivi et qui donc se cache derrière ce Comité de patronage,\ndont la bonne foi, en raison des personnalités qui le composent, ne saurait\nêtre suspectée ?\nS'agirait-ii moins de la vieille gloire de Beethoven, assez bien établie,\nje pense, pour n'avoir pas besoin de recourir à l'équilibre douteux de\nquelques blocs mal taillés, que de la jeune et impatiente vanité de\nM. J. de Charmoy ?\nSur quelles œuvres antérieures, sur quelles garanties se fonde-t-on pour\naccorder à ce sculpteur une telle confiance, pour accepter de lui, les yeux\nfermés, une œuvre dont on ne connaît encore que des projets et des frag-\nments ?\nEt puisqu'on s'est décidé sur ces projets et ces fragments, j'ai le droit de\ndéclarer qu'à mon avis il n'y a là qu'une ébauche ridicule, d'un roman-\ntisme non moins grossier que prétentieux, nullement représentative, à aucun\ntitre, de Beethoven et de son génie.\nJe serais désolé de méconnaître un chef-d'œuvre, mais encore plus\ndésolé d'assister complice silencieux à une prétendue glorification\nde Beethoven, uniquement destinée à servir les visées ambitieuses de\nquelque petit arriviste sans scrupule. Beaucoup de musiciens, je le sais,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.40", "texte": "134\nLE MERCURE MUSICAL\n\npartagent mon sentiment. Tous les musiciens ont, en cette occasion, le de-\nvoir d'être inquiets, le droit d'être rassurés.\nIl faut que le Comité de patronage qui patronne M. de Charmoy sache bien\nque nous ne sommes pas d'humeur à nous laisser imposer sans protestation\nune injurieuse et grotesque effigie, en quoi il nous serait impossible de\nreconnaître l'image du maître telle que chacun de nous la porte en son\ncœur.\n\nAlbert Groz.\n\nDÉODAT DE SÉVERAC.\n\nLe concert du 25 mai, à la Schola Cantorum, consacré entièrement aux\nœuvres de ce jeune musicien, a comblé les espérances qu'avait fait naître,\nvoici deux ans, je crois, ce Chant de la Terre, où une finesse de lignes\ntoute méridionale s'alliait à une douceur émue et légèrement attristée.\nSelva nous a redit, pour commencer, ces Géorgiques musicales ; on\nsent, à l'entendre, qu'elle les aime et en comprend l'intime poésie. Parmi\nles mélodies qui vinrent ensuite, j'ai surtout aimé celles qu'a chantées\nMme Legrand : YÉveil de Pâques de Verhaeren, et le Rêve, d'Edgard Poë ;\nla première est d'une couleur charmante, et la seconde a des accents vrai-\nment émouvants. L'histoire du Petit soldat de plomb, pour piano à quatre\nmains, est une jolie espièglerie, où les thèmes connus de la Retraite, ou\nde YExtinction des feux, ou de la Marseillaise, se combinent avec la séré-\nnade ou la plainte du petit soldat en éveillant des harmonies exquises. La\nsuite intitulée En Languedoc, exécutée pour la première fois en entier à ce\nconcert par M. Vinès, avec l'ardeur intelligente et la virtuosité émue qu'on\nlui connaît, est la plus récente de toutes ces œuvres et aussi la plus accom-\nplie : le style est beaucoup plus net et plus personnel que dans le Chant\nde la Terre, et les souvenirs du chant grégorien, si chers à la Schola, ont\nfait place ici à l'imitation directe des voix de la nature. Déodat de Séverac\nappartient à cette race élue de musiciens qui savent écouter et traduire en\nnotes le murmure des eaux, le bruissement des feuilles, les soupirs du\ncrépuscule et les résonances des lointains Angélus. De là les couleurs si\nfraîches de ces tableaux pris sur le vif : Vers le Mas en Fête ; Sur VEtang\nle soir ;—A cheval dans la prairie ; Coin de cimetière au printemps ;\nLe jour de la Foire au Mas. Telle de ces pièces, comme la seconde, n'est\nconstruite que sur une seule idée, ou plutôt un seul accent mélodique, qui\nse répète, semble s'écouter lui-même et se refléter dans l'immobile nappe\nd'eau, monter avec les vapeurs qui s'exhalent, puis retomber et s'effacer\nlentement dans la nuit. Telle autre, comme la dernière, est une vaste com-\nposition, où s'agitent sous le soleil mulets secouant leurs sonnailles, char-\nretiers et commères, poules et pintades, dans un joyeux tournoiement de\npoussière, jusqu'à l'Angelus calme qui tinte. Toutes révèlent la sensibilité\nmusicale la plus fine, l'oreille la plus subtile et la plus ingénument délicate.\nVoici une ligne, une seule ligne, de la première pièce, vers la fin de l'épi-\nsode intitulé Halte à la Fontaine :"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n135\n\nQuelle dureté, dira-t-on, et que de recherche ! Non point, la dureté n'est\nque dans l'écriture, et ce fa naturel choqué contre un fa dièse, puis cet\naccord de fa superposé à une septième de dominante de la bémol, sonnent\ndélicieusement à l'oreille, et lui chantent la chanson confuse de l'eau qui\ns'enfuit. Il faut voir d'ailleurs avec quel art consommé ces dissonances ont\nété préparées et comme ébauchées dans les mesures qui précèdent ; puis\navec quel ravissement le musicien en prolonge la caresse. Ici, comme à\npresque chaque ligne de ce recueil, on sent l'homme qui aime le son\npour lui-même, et en poursuit, chercheur infatigable, les mystères vo-\nluptueux. C'est le premier des dons, celui que rien ne remplace, et le\nplus rare aussi : tant de musiciens n'aiment que le papier à musique! Je\nne crois pas me tromper en comptant Déodat de Séverac parmi ceux qui\ndonneront à la musique des beautés nouvelles ; et de ceux-là, j'en vois trois\nou quatre au plus aujourd'hui II est vrai que c'est déjà beaucoup, et que\nnous pouvons avoir grande confiance en l'avenir.\n\nLouis Laloy.\n\nLIVRES ET MUSIQUE.\n\nLIONEL DE LA LAURENCIE. Le goût musical en France. Paris, Joanin.\nLe Beau absolu n'existe pas; l'impression de beauté est affaire de goût,\net le goût est chose éminemment variable et diverse. Chacun de nous trouve\nréalisé son idéal de vie dans une œuvre qui paraît à d'autres insignifiante\nou médiocre, parce qu'elle ne répond pointa leur manière de sentir. « Tous\n« ceux, dit excellemment M. de la Laurencie, qui apprécient et aiment l'œu-\n« vre d'un artiste appartiennent à sa famille intellectuelle en qualité de pa-\n(( rents pauvres. Ils sont, en quelque sorte, des réductions plus ou moins\na passives de la personnalité de Fauteur. »\nMais l'homme étant, depuis Aristote, et même depuis bien plus longtemps,\nun « animal social », ces variations individuelles tendent à se grouper en\nun certain nombre de types ; les esprits de la même famille s'attirent, se\nréunissent, et leurs tendances communes se fortifient et s'affirment par ce\nrapprochement. Il y aura donc un goût français et un goût allemand, un\ngoût bourgeois et un goût populaire, un goût du xvne et un goût du xvme siè-\ncle, pour les mêmes raisons qu'il y a une France, une Allemagne, des clas-\nses sociales, et des époques où tout, dans les mœurs, dans les arts, et jus-\nque dans le costume, porte la marque de certaines préoccupations domi-\nnantes. Une histoire du goût est ainsi possible; et ce sera en même temps\nune histoire de l'art, puisque chaque œuvre est faite, en réalité, pour un\ncertain public, un certain auditoire, si restreint soit-il, dont elle exprime\nles sentiments et détermine, de façon inespérée, les aspirations jusque-là\nconfuses.\nC'est cette histoire du goût que nous retrace M, de la Laurencie, en ce\nqui concerne l'art musical et le pays de France. Son livre nous fait accom-\nplir une promenade, au long des âges, dont le charme ne se dément pas un\ninstant : car le paysage se modifie sans cesse, et sans hâte cependant; on\na le loisir d'en savourer tous les détails, comme dans un de ces délicieux\nvoyages en voiture, chers à nos pères. Les citations, choisies, au milieu du\nvaste savoir de l'auteur, avec le plus heureux discernement, se succèdent\net s'éclairent de remarques pénétrantes, qui font comme des trouées de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.42", "texte": "136\nLE MERCURE MUSICAL\n\nlumière sous ces feuillages touffus. C'est d'abord le chant grégorien, avec\nses règles étroites, ses motifs imposés qui n'empêchent point cependant le\nsentiment de se faire jour, en quelques traits que leur discrétion même rend\nplus éloquents ; puis le parallélisme élémentaire de la chanson à danser ;\npuis les premiers essais d'association de voix différentes, et cet art du con-\ntrepoint, qui «réalise la tendance la plus intellectuelle de l'art musical, en\n« concentrant l'intérêt sur les mouvements des parties » ; car « ces parties,\n« associées en vue d'un but commun, cheminent chacune par une route dis-\n« tincte ; jalouses de leur indépendance, elles s'éloignent ou se rapprochent\n« tour à tour, comme mues par le secretdésir de se connaître et de se tâter,\n« mais sans jamais perdre conscience de leur individualité propre. Tels les\n<( ganglions nerveux dans le corps d'un invertébré, elles agissent chacune\n« pour leur compte, et ne relèvent point d'un organe prépondérant et cen-\n<( tralisateur. »\nLe contrepoint disparaît devant le chant pour voix unique accompagnée\ndès la première moitié du xvne siècle ; « il ne plaist guère, dit le P. Parran\n<( (1639), qu'aux Maîtres qui goûtent et jugent ce qui est d'artifice en la dis-\n« position et meslange d'accords bien observés et pressés ». Le luth,\nennemi de la polyphonie, le luth <( charme-souci » chanté par du Bartas et\nsi fort à la mode au xvu siècle, est le grand auxiliaire de cette transforma-\ntion du goût. « On fait dire au luth tout ce qu'on veut, et fait-on des audi-\n« teurs tout ce qu'on veut », écrit René François en 1621, et il nous peint,\nen un charmant tableau, les assistants suspendus aux cordes de l'instru-\nment enchanteur : « vous diriez que tous sont privés de sentiment hormis\n« l'ouye, comme si l'âme, ayant abandonné tous Les sens, se fût retirée au\nc< bord des aureilles, pour jouir plus à son aise de la puissante harmonie ».\nDans les chapitres suivants, M. de la Laurencie nous montre Fopéra ita-\nlien acclimaté en France, malgré les rébellions du rationalisme classique,\npar l'habileté de Lulli, type achevé de 1' « opportuniste musical ». Puis le\ngoût s'affine, le profond Rameau est compris par des esprits d'élite, au\nnombre desquels il ne faut pas compter les «philosophes », épris de vir-\ntuosité italienne, et c'est un plaisir de lire le commentaire si délicat et\nvraiment musical de Ghabanon (1779) sur certaines pages d\"Hippolyte et\nAricie. L'italianisme revient à la charge contre l'opéra de Gluck, et triom-\nphe avec la musique à succès de Rossini et de ses émules, ses mélodies tri-\nviales et chargées de colifichets, ses rythmes martelés, sa pauvre harmonie.\nTout cela plaît àun public plus mêlé et moins raffiné que celui du\nxvnie siècle, que le romantisme, en outre, porte à chercher l'excès en toute\nchose, et particulièrement dans l'emportement du geste et l'abondance du\nverbe. Cependant la musique allemande apparaît à l'horizon ; Weber et\nBeethoven rappellent les meilleurs d'entre nous au sentiment de la musi-\nque. Berlioz combat pour eux, et unit à une puissance d'expression toute\nromantique un grand respect des formes de la musique pure. Grand sym-\nphoniste, il libère définitivement le goût « de ses attaches anthropomor-\nphiques », c'est-à-dire qu'il fait parler, non pas la voix de l'homme, mais\nsurtout celle des instruments, interprètes de lunivers, et consomme ainsi\n« la musicalisation du monde extérieur ». Puis, tandis que la musique de\nthéâtre se dégrade de plus en plus dans la frivolité bourgeoise du second\nempire, Wagner nous est révélé à son tour, et son drame symphonique,\nchargé par Scudo de grotesques anathèmes, défendu par Reyer, Baudelaire\net Théophile Gautier, puis par une armée toujours grandissante de disci-\nples, est à son tour dépassé par la musique française contemporaine, reve-\nnue, par «une vigoureuse renaissance ethnique», à sa véritable source, qui\nest l'imitation directe de la nature et l'expression sans emphase de senti-\nments vrais. « Le sentiment de la rythmique s'est assoupli ; celui de la"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n137\n\n« méiodicité s'évade des liens tyranniques d'une scolastique désuète ; chez\n« M. Debussy, par exemple, la mélodie n'appartient à aucune gamme, ne se\n« coule dans aucun moule préalable x>. Aucune musique, pas même celle\nde Costeley ou de Gouperia, ne fut aussi libre et aussi vivante que la musi-\nque française d'aujourd'hui, et l'on ne peut, en terminant le livre de M. de\nla Laurencie, assez remercier le guide si courtois, si profondément intelli-\ngent et si délicatement érudit, qui sut nous amener, par de séduisants\ndétours, jusqu'à un lieu de repos aussi délicieux.\nJ.-M. LECLAIR (1697-1764). —Premier livre de Sonates. Edité par les\nsoins de MM. Alexandre Guilmant et Joseph Debroux. Paris, E. Demets,\n1905.\nNous assistons aujourd'hui à une grande reconstruction du passé. Le\ntemps avait fait son travail, de larges périodes s'étaient effacées de nos\nmémoires, des maîtres illustres étaient tombés dans l'oubli; seuls quel-\nques noms avaient survécu, quelques œuvres se dressaient encore au mi-\nlieu des ruines, et leur isolement les faisait paraître plus hautes encore.\nMais aujourd'hui on redresse les pans de mur écroulés du glorieux édifice,\non rétablit les liaisons, les soutiens, les transitions, et les beautés que\nnous connaissions déjà s'expliquent mieux pour nous, aujourd'hui que\nnous les voyons préparées et entourées de tous côtés par des beautés qui\nleur ressemblent et parfois les égalent. Qui ne reconnaîtrait, par exemple,\nla manière de J.-S. Bach dans cet andante d'une sonate pour piano et\nviolon ?\nOr cet andante est de Leclair, et se trouve dans le recueil de 1723,\npieusement restauré par MM. Guilmant et Debroux. Et ce n'est pas là\nune coïncidence fortuite et isolée. Le style large du vieux maître français,\nl'ampleur de ses phrases et ses solides marches d'harmonie, répétées\ncomme des motifs d'architepture, lui assignent une place toute voisine de\ncelle où s'élève, monument impérissable, l'œuvre de J.-S. Bach. Et ce-\npendant il reste bien français, par l'élégance exquise de ses danses, comme\npar la grâce aisée et le demi-sourire qui' éclaire ses andantes et ses arias.\nFort bien écrites d'ailleurs pour l'instrument aimé dont elles utilisent toutes\nles ressources, ses Sonates méritent de prendre place, à côté de celles de\nBach, dans la bibliothèque de tous les violonistes.\nLe texte de l'édition actuelle reproduit exactement celui de 1723. La\nréalisation de la basse chiffrée, due à M. Guilmant, a été gravée en un\ncorps plus petit, de manière qu'on peut aussi en faire abstraction. Les in-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.44", "texte": "138\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndications de nuances dont sont responsables les éditeurs modernes ont\nété mises entre crochets, et les signes d'agrément, traduits en notes par\nM. Debroux dans la partie de violon, ont été exactement reproduits dans\nla partition, à laquelle on pourra toujours se reporter en cas de litige. Il\nest impossible d'offrir au musicien plus de facilités d'exécution, ni de\nséparer plus nettement le texte ancien de ce que lui ajoute l'interpréta-\ntion moderne. Tous ceux qui connaissent les travaux de M. Guilmant sur\nles Maîtres de Vorgue ou qui ont entendu les belles exécutions de M. De-\nbroux ne seront pas surpris de ce zèle et de cette conscience. Ajoutons\nque l'édition, très nettement gravée, et ornée d'un joli frontispice dans le\ngoût du temps, inaugure fort agréablement la collection des Maîtres vio-\nlonistes de l École française.\nLÉON BRANCHET ET JOHANNES PLANTADIS. Chansons populaires du\nLimousin. Paris, Champion, 1905.\nCe recueil a obtenu un premier prix au concours de la Scliola Cantorum.\nIl contient i 5 chansons, toutes de la plus grande valeur, tant par le texte\nque par la musique, recueillie et notée avec beaucoup de soin et d'exacti-\ntude. Les amateurs de folk-lore s'intéresseront à la chanson d'étrennes\n(Lou Guilaneu), au noël (Nadalet) et àla version limousine du roi Renaud\n(Amant Vlnfant). Et je recommande aux musiciens la Rivière de Lissac?\net cette mélancolique Janeta :\nL'édition est soignée et bien imprimée, quoique le huit elzévir me pa-\nraisse un peu fin pour ce format.\n\nLouis Laloy.\n\nLES IDÉES DE M. HOUDARD\n\nM. Georges Houdarda lu mon livre sur Aristoxène de Tarente et la mu-\nsique de Vantiquité, et cette lecture lui a été si profitable que deux comptes\nrendus ont déjà porté à la connaissance du public les diverses réflexions\nque j'ai eu l'honneur de lui inspirer. Le premier paraissait, si je ne me\ntrompe, dans la Revue internationale de renseignement ; on m'y reprochait\nde graves erreurs en matière de dogme, je veux dire de rythme, erreurs\nque le charme du style rendait encore plus pernicieuses aux jeunes esprits.\nGomme je suis un mécréant, je pris assez allègrement mon parti de cette\nexcommunication majeure ; d'autant plus allègrement que M. Houdard,\nqui est le pape de sa religion, en est aussi, ou peu s'en faut, le seul fidèle.\nMais j'eus tort, paraît-il, de ne pas m'émouvoir, car un second article a\nparu, dans une revue que j'ignore et qui doit être méridionale :un très\nobligeant ami m'a envoyé les feuillets qui me concernent, et je l'en remercie,\ncar j'y ai appris bien des choses.\nD'abord, que « j'évolue tant au sein delà Société nationale, qu'au sein\ndelà Société bénédictine de la restauration du chant grégorien ». Et j'ai\nourdi avec ces deux associations un effroyable complot : il ne s'agit de rien\nmoins que de renverser les idées de M. Georges Houdard. Oui, les uns et"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n139\n\nles autres, M. Vincent d'lndy par ses oeuvres, le R. P. Mocquereau par\nson interprétation du chant grégorien, et moi-même enfin par mon examen\ncritique de la doctrine d'Aristoxène, nous péchons contre cette loi sacro-\nsainte de l'équidistance des temps forts, qui ne reconnaît point de musi-\nque, sinon celle que jalonnent des appuis régulièrement espacés, comme\ndes poteaux télégraphiques le long d'une route départementale. Je ne\nsuivrai pas M. Houdard dans le détail de sa diatribe; il faut que son indi-\ngnation lui ait légèrement troublé l'esprit, puisqu'il va chercher l'idée fon-\ndamentale de mon livre dans une annonce de librairie, et qu'il m'oppose\ntriomphalement une opinion de M. Weil, <K l'éminent helléniste dont la\nparole fait autorité en ces matières », plus une appréciation de M. CH. C.,du\nGuide musical,sur l'œuvre de V. d'lndy. L'opinion de M. Weil est justement\ncelle que je combats, et avec d'autant plus d'entrain que l'éminent hellé-\nniste, etc., a toujours déclaré qu'il n'entendait rien à la musique. Et quant\nà notre honorable confrère belge, le voilà devenu, bien malgré lui sans\ndoute, une sorte de texte sacré, en qui toute Vérité repose ! J'en passe, et\nde meilleures. C'est ainsi que n'ayant pas trouvé de traduction d'Aristoxène\ndans mon ouvrage, puisque mon plan n'en comportait pas, et ne pouvant\ns'en passer, M. Houdard en a commandé une à « un normalien disert,,\nM. Rémon ». C'est ainsi encore que le chant grégorien « n'est pas pieux,\nà cause de sa virtuosité », que nous appartenons tous à une école\n« histérico-musicale (sic) », et qu'enfin je tente, « sous le couvert du titre\nde docteur, de lancer des idées fausses », qui ne sont point en effet celles\nde M. Georges Houdard. Ainsi, ce qui donne de la valeur à une idée,\nc'est le titre de celui qui l'émet ? O naïves superstitions, respect du par-\nchemin, culte de l'Université, si touchant chez des hommes qu'elle n'a\npoint comblés de ses diplômes !\nLe dirai-je ï Pas un instant, en écrivant mon livre, je n'ai songé à\nM. Houdard. Il me semble que ses idées se détruisent assez d'elles-mêmes\nsans qu'il soit besoin de les réfuter; qu'il s'épargne donc une colère\ninutile et dangereuse à son équilibre mental; je ne l'attaque pas; je n'ai\nrien à démêler avec lui. Paix aux idées de M, Houdard !\n\nLouis Laloy.\n\nCHRONIQUE DES CONCERTS\n\n26 MAI* Salle yEolian : Marthe Dron et M. Armand Parent. —-\nTrès belle interprétation de la Sonate, pour piano et violon, de Vincent.\nd'lndy : M. Armand Parent a le secret de ce jeu ému et simple à la fois,\nsans artifices, et immédiatement sympathique à l'auditeur. En outre, il\npossède des doigts impeccables et une rare ampleur de son. Combien je\npréfère cet artiste sérieux et vraiment musicien à tous les Kubelik du\nmonde ! Mlle Marthe Dron joue avec délicatesse le Poème des Montagnes\ndu même auteur, et en fait bien ressortir les intentions sentimentales ou\nironiques. La Sonate de Franck terminait ce beau concert.\n27 MAI. Salle de VUnion : M. Scholander. —M. Scholander, qui nous\narrive de Stockholm, est déjà célèbre en Suède et en Allemagne. Il joue\ndu luth, ce qui aujourd'hui n'est pas un mince mérite ; et, sur cet antique\ninstrument, aussi doux que la guitare, mais plus sonore, il accompagne"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.46", "texte": "140\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndes chansons, qu'il réalise avec une verve, une justesse pittoresque de\ngeste et une force dans l'expression dont rien ne peut donner une idée.\nCertes nous avons en France de bons chansonniers; mais il y a dans\nla manière de M. Scholander plus d'ampleur et de sincérité, je dirais\npresque plus de bonté que chez tous ses confrères de Montmartre, et c'est\npar là qu'il leur est supérieur.\nSon répertoire est suédois, allemand et français. Parmi les chansons\nsuédoises, j'ai surtout goûté Y Enterrement de l'ivrogne Lundhohn, chant\nbachique et funèbre, où le luth balancé imite le son des cloches, et le\nRégiment en marche, où l'on entend et l'on voit successivement les tam-\nbours, la musique, le colonel bedonnant et bougonnant, les officiers raides\net pincés, les soldats et même la foule des spectateurs, tout cela dessiné\navec un art merveilleux. Il ne nous a pas été chanté de chansons allemandes,\net j'ai regretté ce chant de lansquenets, entendu le jeudi précédent àla\nSociété internationale de musique, d'une gaillardise naïve et légèrement\nsentimentale. En revanche, nous avons eu beaucoup de chansons françaises,\nles unes populaires, d'autres simplement anciennes : le Compère Guilleri,\nvrai petit drame qui peint le départ du chasseur, la branche qui casse, l'ar-\nrivée trottinante et émue des dames de l'hôpital, les galants remerciements\ndu bon compère ; Le roi a fait battre tambour, avec ses dialogues d'une\nvérité saisissante ; bien d'autres encore, dont nous ne soupçonnions pas\nle charme ou l'esprit. M. Scholander unit au talent d'un chanteur celui\nd'un mime exceptionnellement doué. Il a aussi, quand c'est l'occasion, une\némotion vraie, qui est profonde. La soirée s'est terminée par des chants\nnationaux suédois, graves et doux, auxquels le public s'est associé d'en-\nthousiasme. L'enthousiasme n'a cessé de régner, d'ailleurs, au cours de\ncette soirée, et l'on peut affirmer que M. Scholander retrouvera devant le\npublic parisien le succès magnifique que lui ont fait ses compatriotes.\n29 MAI. —La Symphonie de M. Scriabine. —Je savais, sur M. Scriabine,\ndes choses extraordinaires : qu'il avait réalisé en lui-même l'idéal de\nNietzsche, et que ce calme jeune homme blond, plein de précautions et\nd'égards pour lui-même, n'était autre qu'un surhomme en chair et en os ;\nque sadernière symphonie renfermait l'histoire, passée et à venir, de l'hu-\nmanité ; qu'elle serait jouée aux Indes, dans une salle de forme hémisphé-\nrique, entourée d'eau, pour que le reflet achevât la figure d'un globe ; et\nqu'après la révélation de ces beautés suprêmes, M. Scriabine mourrait, et\navec lui l'humanité tout entière. M. Scriabine n'est pas mort, et nous\nvivons encore, comme dit la chanson. Et c'est au Nouveau-Théâtre que\nM. Nikisch nous a fait entendre, non la symphonie réservée aux Hindous\n(sans les Anglais ?), mais une autre, déjà très suffisamment philosophique,\npuisque le programme nous parle delà Volonté individuelle, trop faible,\ntentée de s'abîmer dans le Panthéisme, et du sentiment du sublime qui aide\nà vaincre VEtat passif du moi humain.\nOn voit ce qu'il faut penser, au point de vue intellectuel, de M. Scria-\nbine : c'est une tête russe, assez inculte sans doute, mais exaltée, et\nbourrée de fatras philosophique à l'allemande. C'est le tchinovnik (1) quia\nlu Schopenhauer, et en est demeuré pédantesquement ivre. Excellent per-\nsonnage pour une comédie de 7 chekhof. Sa musique, hélas ! est à l'avenant.\nOn 11 y trouve aucune des qualités propres à sa race : la finesse d'impres-\nsions, la sensibilité raffinée, le sentiment de la couleur, ces qualités\nprécieuses, qui ont fait à la Russie une musique enchanteresse entre toutes.\nDes idées qui méritent à peine ce nom, qui manquent de caractère et\n\n(1) Ou plutôt encore le podiatchii, si j'ose dire."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n141\n\nn'évoquent pas plus la lutte que la volupté ou le Jeu divin ; un orchestre\nlourd et pâteux ; un développement monotone, une harmonie plate. Avec\ncela, l'intention, manifeste à tout instant, de retrouver des effets wagné-\nriens, des crescendo tristanesques ou des apaisements walkyriques. Mais\nla matière musicale faisant défaut, on n'aboutit qu'à des caricatures qui\nfont sourire. Du moment qu'on se mettait à l'école de l'Allemagne, on\npouvait au moins imiter Richard Strauss, et non Wagner, qui vraiment est\nentré dans l'histoire.\nLe cas de M. Scriabine est isolé, je veux l'espérer. Cependant je crois\nbien que certains jeunes compositeurs russes sont fortement inflùencés par\nl'Allemagne aujourd'hui. Il y a là un grand danger. Il ne faut pas que la\nRussie oublie que sa force est en elle-même : c'est son art populaire, et\nc'est l'art aristocratique et national d'un Balakiref ou d'un Rimski-Kor-\nsakof qui portent en eux l'avenir de la musique russe. Ce n'est pas devant\nles disciples de Brahms ou les héritiers de Wagner que les Russes doivent\ns'incliner, L'Allemagne n'a que mépris pour la race et l'esprit slaves. Que\nles musiciens russes lui répondent par un mépris égal* ou plus grand\nencore ; ils en ont le droit, au moins en musique, et ailleurs aussi.\n2 JUIN. Salle JEolian : Marthe Dron et M. Armand Parent.\nCette fois, c'est la Sonate de Vreuls* chaleureuse, fougueuse, un peu lourde\nparfois, mais où se révèle un tempérament musical ; puis la Sonate de\nMagnard, que je ne puis aimer. La mélodie s'y offre presque toujours à nu,\navec une audace qui n'est pas sans mérite. Mais cette mélodie ne me dit\nrien, et me fatigue plus que ne feraient les plus audacieuses recherches\nharmoniques. Car elle semble se fatiguer elle-même à se chercher, et\nl'image qu'elle évoque le mieux est celle d'un serpent qui se mord la queue\net se tord de douleur. M. Parent et M*le Dron font preuve non seulement\nd'un grand talent, mais d'un grand dévouement à la musique moderne, en\ninterprétant une œuvre où les artistes n'ont guère occasion de briller. lis lui\ndonnent toute la vie dont elle est susceptible, et ce n'est certes pas leur\nfaute si elle ne me plaît pas davantage. Mlle Dron joue avec une fougue toute\nromantique le Prélude, Aria et Finale de César Franck ; et son interpréta-\ntion, dont certains détails sont discutables peut-être, est toujours intéres-\nsante et personnelle.\n5 JUIN# _ Salons de Domange. Je ne connaissais pas ce Quatuor\npour piano et cordes de Mel-Bonis, que nous font entendre Mme Domange,\nMM. Duttenhoffer, Gaillard et Delaye. Il me plaît beaucoup : les idées\nen sont personnelles et bien venues, les développements intéressants, d'une\nécriture très sûre, et les sonorités toujours agréables. Point de recherche\napparente, une élégante simplicité qui laisse transparaître une émotion\ntoujours sincère. Musique limpide et douce, que l'on aime dès l'abord, et\nprofondément. La Chanson de la Bretagne, de Bourgault-Ducoudray, res-\npire l'amour de la nature et de ses beautés sans artifices. La mélodie, for-\nmée à l'école du chant populaire, en a souvent les accents puissants ; et\nl'accompagnement l'enveloppe sans la couvrir. Le Chant des nuages est une\nfort belle pièce, avec ses modulations brusques et sa mâle mélancolie,\ndigne des maîtres de la chanson russe, Balakiref ou Moussorgsky. Et la\nSone (complainte) est d'une grâce attristée et charmante. Mlle E. Blanc et\nM. L, Berton ont fort bien rendu ces expressives mélodies.\n6 JUIN.— Les vingt-quatre violons du Roi. Ressuscitée, pour une élite\nd'amis, par notre excellent collaborateur Lionel de la Laurencie, cette\nbande de musiciens nous a fait entendre des choses exquises. D'abord, une"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.48", "texte": "142\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsuite d'Airs de danse pour instruments à archets (1668), découverts à\nCassel et mis en partition par M. Écorcheviile : Branles, Courantes, Ga-\nvottes, Sarabande et Menuet, que peut-être dansa Louis XIV : rythmes\nnets et souples à la fois, mouvements d'une aisance et d'une grâce inimita-\nbles. La Sonate de Jean Ferry Rebel (1695) pour deux dessus de violon,\nbasse d'archet et clavecin (MM. de Saint-Foix, L. de la Laurencie, Laloy,\nÉcorcheviile), est une fort belle œuvre, où la pure musique abonde ; les\nAirs sont d'une émotion délicate et profonde, et qui n'insiste pas ; et les\nmouvements gais ont un enjouement qui ravit. Le Concert de Jean-Baptiste\nAnet (1730), mis en partition par M. Henri Quittard, ajoute deux flûtes et\nune musette au quatuor d'archets. C'est une petite suite à sujets, dans le genre\ndes compositions de François Couperin pour le clavecin : les Contrefeseurs\nde Musette, la sœur Cadette, VAmour adolescent, la petite Nanette, telles\nsont les gracieuses images que le musicien entend associer à ses airs. Il y\nalà beaucoup d'esprit et de charme, avec un goût plus raffiné que celui\nde l'époque précédente, Entre temps, M. Scholander, qui avait bien voulu\nprêter son concours à cette fête, avait chanté, en s'accompagnant du luth,\ntrois airs de cour du xvue siècle, dont il rend à merveille la sentimentalité\nélégante et quelque peu affectée. Ce fut là un vrai régal de délicats, digne\nen tout point de ce qu'annonçait un programme d'un exquis archaïsme,\noù les ornements et les caractères mêmes étaient de l'époque. M. de la\nLaurencie est un érudit d'une espèce rare, qui joint à la connaissance la\nplus approfondie du passé le pouvoir de le faire revivre.\n8 JUIN. A Versailles : Mme Camille Fourrier, MM. Ed. Bernard (pia-\nniste) et Liobet (guitariste). Très beau concert de musique moderne\nfrançaise, russe et espagnole, donné par ces trois excellents et vaillants\nartistes, bien connus déjà des lecteurs du Mercure musical.\n\nLouis Laloy.\n\nECHOS\n\nCeux qui ne sont pas au coin du quai. Un de nos confrères orne sa pre-\nmière page d'un avis en caractères d'affiche, où le lecteur est mis en garde\ncontre on ne sait quelle confusion qui pourrait se produire entre cette\nestimable revue et la nôtre. Nous estimons cette confusion impossible, et\nne sommes pas nos ennemis au point de la chercher.\nDe plus, il paraît que certains de nos exemplaires-spécimens ont touché,\net touché au vif, sans doute, des abonnés dudit confrère, qui s'en plaint en\ntermes peu courtois, mais d'une amertume bien flatteuse pour nous.\nA l'Opéra. Allant comme toujours au-devant de nos désirs, M. Gailhard\nnous promet, pour la saison prochaine, un opéra dont les paroles seront\nde M., Capoul et la musique de M. de Camondo. Aurait-il trouvé là un\nnouveau Fils de l'Étoile ?\nA I Opéra-Comique. Mne Aïno Ackté vient de signer son engagement\navec M. Albert Carré pour la saison prochaine.\nSociété symphonique. Il vient de se fonder à Lyon une Société artis-\ntique qui a p®ur objet la création de grands concerts symphoniques. Un\nsyndicat de garantie s'est fondé sur l'initiative de M. Witkowski, qui assure\nà ces concerts un revenu annuel de 10.000 francs pendant quinze ans. Cette\nsomme importante est versée chaque année par les membres fondateurs"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n143\n\nde la Société. Ce syndicat de garantie apour président d'honneur M. Edouard\nAynard, député du Rhône, pour président effectif M. le docteur Maurice\nValias, professeur à la Faculté de médecine, et pour vice-présidents\nMM. Maurice Isaac et le docteur Jamain. La Société ainsi formée a choisi\npour administrateur et directeur artistique M. Witkowski, qui dirigera les\nconcerts et qui, dès la saison prochaine, se consacrera entièrement à sa\nnouvelle tâche. Avec un orchestre permanent formé de musiciens profes-\nsionnels, il organisera d'abord une série de concerts purement symphôni-\nques, puis, en s'adjoignant les chœurs mixtes de la Schola cantorum, il\ndonnera des auditions de grandes œuvres telles que cantates, oratorios,\netc. L'entreprise prendra le titre de Société des grands concerts de Lyon.\nA signaler aussi la matinée des élèves de M. Henri Schickel (violon\net accompagnement), où fut acclamé un enfant de dix ans dans le Poème\nhongrois de Lederer. M. Fr. Gervais, violoncelliste, prêtait son concours\nà cette audition et a brillamment exécuté la Gavotte de Popper,\nMondanités. Le 29 mai, avait lieu, en l'hôtel de Mme la comtesse de\nBéarn, un fort beau concert de charité, où M. Marty dirigeait l'Ouverture\nde Léonore, M. Risler jouait le Concerto en sol de Beethoven, Mme Lit-\nvinne chantait le Finale d'Armide, et M. le prince Pierre de CaramanChimay,\ndontle talent de violoncelliste est connu, interprétait avec ampleur Yslëgie\nde Fauré, Grand succès pour tous, et bien mérité. Mais c'est avec une\nattention plus vive encore qu'on écoute une svelte jeune femme, en robe\nnoire simple et riche, chanter trois airs médiocres de Tirindelli, Puccini\net Boïto ; car on reconnaît, à son joli visage insignifiant, à sa bouche\nqu'abaisse un pli de fatigue plutôt que de dédain, celle que Paris nomme,\nà l'instar de l'ltalie, la Cavalieri. On se dit àl'oreille qu'elle refusait récem-\nment un cachet de cent cinquante louis, et que chez Mme de la R., elle\nportait pour plus d'un million de bijoux. Elle chante cependant, modeste,\nla voix un peu voilée, avec des trilles embarrassés et des traits approxi-\nmatifs ; elle chante, comme on récite une leçon, et fait exactement les\nnuances et les gestes aux endroits qu'on lui a indiqués. Pour une audition\nd'élèves, ce serait très gentil,\n—Le 6 juin, à l'audition très brillante des élèves de M. Paul Braud, on\na particulièrement remarqué la jolie interprétation de Mlle Gilberte Beau-\nlavon, dans des pièces de Liszt, Marmontel et Gabriel Pierné.\nUne troHvailie. Un hasard romanesque a fait tomber entre nos mains\nle curieux manuscrit que voici : nous le publions dans l'espoir de retrouver\nson légitime propriétaire, et aussi pour l'agrément de nos lecteurs :\n« Oui, j'ai lu les Egarements de M inné, oui, je les aime ; mais je ne l'a-\nvouerai pas, car, tout en admirant le talent de Willy (talent qu'il galvaude\nà plaisir, d'ailleurs), j'ai contre cet écrivain à succès la plus tenace des\nanimosités.\n« Depuis sa première « Claudine », je n'ai jamais pu fermer un de ses\nlivres sans grincer des dents, Car il m'a volé et a vulgarisé toute ma sen-\nsualité secrète et toute mon esthétique de la femme. Sa Claudine, qui pa-\nrut à tant de lecteurs une effarante créature d'exception, était depuis long-\ntemps mon idéale amie. Je ne l'avais pas autant précisée, elle n'était pas\naussi charmante, mais tout de même c'était une de ses sœurs. Cela paraît\nidiot, ce que je dis là, parce que je ne suis pas littérateur et que je\nne devrais pas prétendre à comparer mon imagination à la sienne, mais\nc'est pourtant la seule façon d'exprimer la vérité. Romanciers, poètes,\npeintres, musiciens ou confiseurs, nous sommes tous égaux devant le Sexe\nsouverain. Un sculpteur et un épicier pourront communier profondément"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050615-01.1.50", "texte": "144\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de* Librairie.\n\nsous les espèces d'une forte fille blonde aux deux extrémités de l'Europe\net sé sentir plus réellement frères que deux artistes de la même école. C'est\nainsi que moi, humble musicien, j'ai pu penser en même temps que\nWilly et me reconnaître avec rage dans ses volumes successifs. Le phéno-\nmène n'est pas anormal. Claudine était dans l'air. On a pu le voir aussitôt\naprès le roman de Willy, les Claudine ont pullulé dans la littérature, dans\nles rues, même dans les brasseries, ce qui est tout bonnement sublime î Ce\nn'est pas le livre de l'homme au bord-plat qui a réformé ainsi toute la mo-\nralité et l'esthétique du commencement du xx® siècle, mais c'est lui qu'on\nattendait : il répondait à un besoin secret et impérieux, Willy a eu l'in-\ncroyable adresse de le deviner. J'étais de ceux qu'il ne surprit pas et qu'il\ncombla de rancunières délices. Et c'est bien la meilleure preuve que son\nlivre est un chef-d'œuvre.\n« Pelléas nous a fait le même coup en musique ! Debussy a cueilli dans l'air\ntoutes les successions de neuvièmes qu'osaient les jeunes musiciens dans\nle secret de leur piano. Il a concrétisé des tendances éparses et les a tra-\nduites d'une façon définitive, à notre joie désespérée. Car nous sommes\ncinquante qui retrouvons dans nos manuscrits anciens des harmonies que\nnous sommes obligés de déchirer parce que Debussy les a définitivement\nsignées à notre insu ! Et c'est pour cela aussi que Pelléas est un chef-\nd'œuvre !... »\nVingt-trois directeurs de théâtres arrêtés. Le tribunal de New-York\nayant décidé que les théâtres ne sont pas propriété privée, M. Conried,\ndirecteur de l'Opéra, et vingt-deux autres directeurs de théâtre ont été arrê-\ntés sous 1 inculpation d'avoir systématiquement refusé ses entrées au cri-\ntique dramatique du journal Life, M. Metcalfe.\nLes directeurs s'étaient ligués contre le journaliste, dont ils redoutaient-\nla malicieuse critique.\nLes accusés ont été remis en liberté sous caution, et l'affaire viendra en\njugement prochainement.\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÈCENTES\nALBERI ROUSSEL. Quatre Poemes de Henri de Régnier. Piano et chant.\nPai Lellon Ponscarme. irès intéressant recueil, dont nous parlerons\nbientôt avec plus de détail."}]}