{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_sha256": "83df4fdf8fcbdc864ccbd21c7d9f4561aea75fbb72b0c205a77f2582b7c5bbe4", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/07/01_01/bmtnabh_1905-07-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/07/01_01/bmtnabh_1905-07-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.2", "titre_corps": "AU SOMMAIRE:", "titre_sommaire": "AU SOMMAIRE:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.1", "debut_caractere": 241, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "AU SOMMAIRE:\n.PIERRE AUBRY\nRICCIOTTO CANUDO\nLouis LALOY\nJEAN MARNOLD\nr-:' f ; ; -"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c004", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.4", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 410, "texte": "SOMMAIRE\nRICCIOTTO GANUDÔ. ...... La musiqu\nARMANDE DE POLIGNAC.... Pensées d'ailleurs. fi , I\nJEAN MARNOLD Dialogues des Morts : 11. Wagner.\nLouis LALOY Le drame musi\nLÉANDRE ........... Croquis d'album inédit :A. Geloso.\nREVUE DE LAQUINZAINE\n'\nJEAN ... Le Scandale du Prix de Rome;\nLouis LALOY Camille Saint-Saëns et les Italiens.\nPIERRE AUBRY. . Le Congrès musical de Clermont»\nWILLY .. 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Le compositeur qui sait une douzaine de fois arrêter\nl'attention de son auditoire sur sa musique est exalté comme\nun génie et glorifié comme un créateur inépuisable de mélo-\ndies... »\nCette absurde conception mélodique de l'opéra, laissée en héri-\ntage par la génialité éclatante et tyrannique de Mozart, de Ros-\nsini et de Meyerbeer, continue à sévir sur tous les esprits. Les\ntalents les plus jeunes et les plus ardents, qui s'approchent de\nla symphonie beethovienne et de l'œuvre héroïque de Wagner,\nen rêvant d'horizons immenses ouverts à leur inspiration, sont\nvite rappelés aux nécessités réelles qui leur réclament des opéras\net rien que des opéras,dont l'architecture traditionnelle ne de-\nmande à son tour qu'à être modernisée par de nouvelles agglo-\nmérations de notes et de nouvelles combinaisons mélodiques,\nsans que la ligne générale en soit altérée.\nLes maîtres vénérés des Conservatoires de musique et le grand\nmaître misonéiste : le public, sont les gardiens de cette écra-\nsante tradition et les ennemis de toute inspiration qui s'efforce\nvraiment d'atteindre le niveau contemporain de l'expression\nmusicale.\nAux compositeurs italiens le public et les artistes mêmes ne"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "demandent pas des extériorisations mystiques de leur tempéra-\nment, une musique libre d'une liberté animique sans bornes\ncomme une fugue de Girolamo Frescobaldi, une page descrip-\ntive de Claudio Monteverdi, une sonate de Scarlatti, une suite\nde Bach, une page de Beethoven, une ouverture de Wagner, un\nquatuor de Debussy. Toutes les tendances italiennes ne con-\nvergent que vers l'unique but, l'unique idéal réalisable et digne\nd'être rêvé par chaque compositeur : l'opéra. Cet opéra de-\nmeure encore tout à fait étranger à la victoire wagnérienne de\nl'esprit philosophique sur l'impulsivité, de la science profonde\ndes leit-motifs et des procédés sur les acrobaties de la vocalise.\nIl est bien loin de la fusion absolue de la voix humaine et de la\nvoix de l'orchestre que nous trouvons dans Pelléas.\nL'évolution de la musique orchestrale, la signification idéale\nde la voix des instruments continuant et élargissant jusqu'aux\ndernières limites de l'émotion la voix de l'homme, a échappé\naux Italiens. En cela, ils ont été entraînés par leur tempérament\nextrêmement ihdividualiste, et par leur passionnalité violente,\nqui les pousse fatalement plutôt vers la vie extérieure, d'où dé-\nrive l'amour du geste et de l'action, que vers les profondeurs\nimmobiles de la vie de l'àme ; de là leur éloignement général\ndu vague divin de l'ldée sans forme, qui a produit les grandes\nconceptions métaphysiques et les symphonies de Beethoven.\nLes Italiens ne sont pas un peuple contemplatif. Ils aiment\nl'extériorisation formelle du sentiment, le geste et l'émotion du\ngeste. Aussi n'ont-ils pas pu suivre les transformations pro-\nfondes qui s'opéraient dans la nature même de la musique\ndevenant suprêmement instrumentale et dissonante.\nLe culte de la voix humaine, du de l'action humaine,\nraffermi par l'influence de l'éclat rossinien,a perpétué chez eux\ncette faute grave qui fait servir la musique uniquement à\npagnerle drame, l'action, un drame quelconque, une action quel-\nconque, qui la précisent et la rendent capable de communiquer\nune émotion claire et immédiate. Naturellement, la forme mu-\nsicale qui pouvait constamment se prêter à satisfaire cette aspi-\nration était la forme mélodique. Et c'est dans la formule mélo-\ndique élémentaire, à la structure et aux contours pauvres et\nenfantins, que les Italiens ont cristallisé leur inspiration. L'in-\nfinie mobilité du rythme de Beethoven, de Weber, de Schumann,\nde Wagner, a été par eux constamment sacrifiée au triomphe\nmélodique. Tout grand élan du compositeur fut ainsi paralysé.\nIls ont oublié ®u ignoré la marche de la musique, qui de plus\nen plus devient, de vocale, instrumentale, de mélodique, sympho-\nnique, et de consonante, dissonante.\nL'opéra de Mozart, de Rossini et deMeyerbeer est resté pour"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.5", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "les Italiens, comme, d'ailleurs, pour le gros public et pour cer-\ntains compositeurs officiels français, allemands ou russes, le\nseul modèle classique digne d'être copié.\nDes efforts pourtant ont été déjà accomplis en Italie pour ou-\nvrir les portes trop fermées de laTradition aux grands souffles de\nl'lnnovation, telle que les autres peuples l'ont réalisée depuis\nun siècle. Un de ces efforts fut fait par Verdi : il aboutit à Otello\net à Fais taf.\nUOteilocompte des scènes d'une si grande et d'une si noble\npuissance, et d'une si profonde pénétration de l'esprit héroïque\nqui domine et tue les créatures tragiques de Shakspeare, que\nl'œuvre' écrite par un vieillard apparaît sur les horizons italiens\ncomme une promesse du printemps très proche. Dans Otello, il\ny a de nombreuses et fâcheuses facilités mélodiques qui trahis-\nsent le décorateur de Rigolettoet & Aida ; mais les plus belles\net les plus fortes qualités du maître qui écrivit le « quatuor »\nde Riçoleilo et Aida se montrent assez évoluées dans tout le\nquatrième acte, où une belle atmosphère musicale, sombre et\nterrible, révèle, exprime, enveloppe, continue, élargit indéfini-\nment la catastrophe du héros more. Ces qualités d'atmosphère\ndu dernier acte font oublier la banalité insupportable de l'air\npar trop célèbre d 'Otello : « Adieu, saintes {[mémoires... » Et\ntoutes les beautés éparses dans le drame, telles que le toast\nméphistophélesque de lago et son « Credo », marquent le der-\nnier élan d'un grand maître, qui, résumant toute la musique\nitalienne d'un demi-siècle, et par cela mille fois responsable,\nvécut trop longtemps étranger à la marche superbe, orgueil-\nleuse, fatale de toute la musique.\nLe mélodrame de Verdi, comme ceux de presque tous les\nItaliens, garde, en les modifiant à peine, les formes tradition-\nnelles de l'opéra : le récitatif et l'air, les quelques mesures de\nremplissages ou de banales et vaines figures d'orchestre pré-\nparant l'attention du public à une mélodie ou à une ritournelle\nqui va être répétée par les instruments ou par le chanteur. L'or-\nchestre, chez Verdi, comme chez les autres, conserve encore\ntrop souvent ce caractère de simple accompagnement qui sug-\ngérait à Wagner l'image un peu grotesque d'une « monstrueuse\nguitare ». De nos jours, cela est laid et insupportable et témoi-\ngne d'une déconcertante misère. Cependant, de la forme juvé-\nnile de l'opéra, dont Verdi avait hérité, jusqu'aux dernières\nœuvres de ce maître, si l'évolution logique de la musique n'est"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "pas suivie dans toute sa plénitude, on y peut retrouver cepen-\ndant des signes de progrès d'un intérêt tout particulier pour\nl'idée qui sera la conclusion de cette étude rapide et synthé-\ntique.\nUn autre maître, à la fois compositeur et poète de grand\ntalent, M. Arrigo Boito, fut un des premiers qui sentit l'extra-\nordinaire puissance de vie que la musique avait acquise hors de\nson pays. Il s'efforça à rendre dans une ample vision dramatico-\nmusicale le drame noble et logique que Wagner avait rêvé et\nréalisé.\nM. Boito ne conçut pas, suivant l'exemple wagnérien, le\ndrame héroïque de sa race, il ne comprit pas le rôle d'exalta-\ntion sociale que doit jouer la musique, lorsqu'elle est renouve-\nlée devant l'âme des hommes par un génie à la fois musicien,\npoète et philosophe. M. Boito, pourtant, ne choisit nullement\nson drame pour l'agrément du public, en envisageant un succès\nimmédiat. Au contraire, à vingt-cinq ans il éleva tout d'un\ncoup la conception dramatique musicale aux sommets très purs\nde l'œuvre d'art conçue en artiste, poursuivie en artiste, réalisée\nen artiste.\nIl résuma, dans une architecture légère et profonde et dans de\nbeaux détails de style toute la tragédie goethienne de Faust. Son\ndrame Méphistophélès n'est ni un vagabondage artistique ni une\nreconstitution d'histoire. Il se tint bien loin de la profanation\nque Gounod fit de Gœthe. Il rompit aussi avec beaucoup des\nconventions de l'ancien opéra. Sa musique y est grandiose, de\nhaute inspiration mélodique. Son orchestre s'efforça de complé-\nter le drame « (avec la signification qu'avait le chœur dans la\ntragédie grecque ».\nIl ne donna pas à son orchestre toute la portée philosophique\nde la polyphonie du maître de Bayreuth, avec la fatale « unité\ndans l'art », apportée par l'enchevêtrement des leit-motifs.\nMais il atteignit les limites du tragique qu'un esprit encore mé-\nlodique, quoique révolté, pouvait toucher.\nMéphistophélès fut une tragédie musicale de beauté et de ré-\nvolte. Aussi au commencement fut-elle sifflée. Plus tard, elle\nenthousiasma toute la nation, elle gagna l'étranger, mais elle\nne fut suivie ni comme exemple ni comme tendance. M. Boito\nlui-même, après cette œuvre étonnante de sa jeunesse, n'a plus\nrien produit en musique, bien qu'il promît toujours à sa patrie\nun peu lasse de l'attendre une nouvelle tragédie musicale :\nNerone, dont il a publié le drame trop romantique il y a trois\nans.\nM. Pietro Mascagni a renouvelé l'effort, pour donner à la\nmusique italienne une consistance orchestrale s'approchant de"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.7", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "la polyphonie*, mais plutôt qu'à des réalisations symphoniques,\nchez lui aussi l'orchestre ne tend qu'à faire un vague travail sur\ndes mélodies. La compréhension philosophique de la musique,\ndéjà assez limitée dans l'œuvre de Boito, lui est indifférente.\nParmi les compositeurs contemporains de l'ltalie, Mascagni\nreste le plus ardent et le plus original. Malheureusement il par-\ntage avec la presque totalité de ses confrères de tous les pays le\ntj-rannique penchant de plaire au public.\nOr, le public est partout et en tout temps la foule amorphe, l'a\nconscience complexe et sans nom, l'âme collective opaque, qui\nreçoit sa lumière du génie, c'est-à-dire de l'individu synthétique\nqui larésume et la continue à son tour, comme elle résume toute\nl'individualité médiocre d'un temps. C'est pour cela qu'au lieu\nde la seconder, le génie de l'artiste doit constamment lutter\ncontre la foule. Sa lutte, la lutte de l'lnnovation contre la Tra-\ndition, est celle qui perpétue la vie de l'art en le renouvelant sans\ncesse.\nLes compositeurs italiens, pas plus que les autres en général,\nn'ont compris cette nécessité. Ils ont suivi les tendances et les\nsuccès du théâtre de prose. Et c'est ce manque d'esthétique\ndans le choix des sujets, par exemple, qui a donné naissance en\nItalie à un groupe de musiciens réalistes, dont le premier fut le\nmaestro Mascagni.\nGabriele d'Annunzio me dit un jour : « Avec Niccolo van\nWestherout, nous voulions créer à Rome un mouvement ar-\ntistique, pour compléter notre éducation musicale suivant l'évo-\nlution de la musique instrumentale, lorsque, tout d'un coup,\nau théâtre de l'Argentina, éclata la Cavalleria Rusticana ! »\nEn effet, à la suite d'un concours de l'éditeur milanais Son-\nzogno, un jeune maestro, chef obscur d'un petit orchestre d'une\ntoute petite ville de l'ltalie méridionale, fut appelé à la gloire\ntroublante de la rampe, et, dans tous les pays, aux plus grands\nhonneurs populaires et aux plus opulentes recettes. Aucune no-\nblesse, aucune délicatesse, aucun souci d'art. La tentative du\njeune compositeur (tentative purement formelle) contre le mé-\nlodrame historique était aussi superficielle, enfantine et stérile\nque celle de Verdi écrivant la TrVerdi aussi avait cru\nrenouveler l'opéra, en abandonnant la traditionnelle richesse\ndes costumes historiques pour présenter ses personnages en\nhabit noir et cravate blanche. Il avait suivi les manifestations\n) ■ ; _\nnaturalistes-romantiques françaises que représente la\nCamélias, comme Mascagni suivit le mouvement littéraire réa-\nliste, tirant son drame d'une nouvelle de mœurs de l'écrivain\nsicilien Giovanni Verga\nCependant, il y a certaines pages et certains procédés d'or-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.8", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "chestre de Cavallerici qui révèlent une profonde culture tech-\nnique et une hardiesse de conception qui se seraient assurément\ndéveloppées chez le compositeur, si le milieu l'avait aidé.\nL'exemple réaliste donné par Mascagni, et accepté d'une façon\nenthousiaste par tous les publics du monde, fut malheureuse-\nment suivi. L'imitation la plus fâcheuse, la plus dépourvue de\nsens artistique et la plus révoltante qui soit est celle de M. Léon-\ncavallo, auteur des Paillasses,qui tiennent l'affiche de l'Opéra.\nPagliacci, par ses agglomérations vulgaires de sons, n'aurait\njamais dû avoir droit à la critique des artistes.\nAinsi ni Mascagni ni Léoncavallo ne purent créer un véritable\nmouvementmélodramatique réaliste, car aucune idée préconçue\nne les poussait dans une ligne esthétique. Ils ne recherchaient\nque le succès. Aussi choisirent-ils leurs sujets indifféremment\ndans le drame historique ou dans les éternelles ritournelles des\nmotifs romantiques- Léoncavallo écrivit Les Médicis, drame et\nmélodrame complètement raté, et mauvaise pièce qui ac-\ncentua ses qualités de brutalité antiesthétique. Mascagni, tout en\nétant vraiment artiste, s'est ésaré à la recherche de ses thèmes\n\" <D\ndramatiques dans l'àpre romantisme du Ratcliff ou dans le ro-\nmantisme à l'eau de rose de Y Ami Frit\\.\nCes drames ne font avancer ni l'art ni la conception esthétique\nde l'art. Ils ont toujours ce caractère antiphilosophique, pure-\nment impulsif et presque inconcevant, qui distinguait l'igno-\nrance des musiciens d'autrefois ; aujourd'hui cette ignorance est\ninadmissible. Mais, du moins, Mascagni a écrit un peu partout\ndes pages d'une bonne et émouvante originalité ; parmi elles, il\nfaut placer quelques passages sombrement tragiques de Rat-\nàiff-\nCe musicien était admirablement doué pour développer les\ntentatives élémentaires de Verdi et de Boito, pour donner à\nl'ltalie un opéra qui ait l'allure d'un drame musical. Mais la\nfièvre de la composition et le vertige du succès l'ont peut-être\nstérilisé à jamais.\nCependant, parmi les livrets de deux versificateurs surchargés\nde besogne, MM. Illica et Giacosa, que la tyrannie capitaliste\nde M. Ricordi impose à tout compositeur désireux d'arriver,\nM. Mascagni a su choisir son drame Tout en étant un\ndrame fort insignifiant, Iris, qui n'est qu'une simple vision ja-\nponaise sentimentale et sensuelle, sans soucis d'histoire ou de\ntendances littéraires, lui a permis d'écrire de la musique à la fois\nforte et douce, assez intéressante. Dans la médiocrité de cette\nmusique, il est étrange de constater encore les possibilités ori-\nginales du compositeur qui a su rendre efficacement au dernier\nacte l'atmosphère d'une aube grise et sinistre, dans laquelle des"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.9", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2728, "texte": "chiffonniers trouvent sur un tas d'ordure le corps de la belle et\nmalheureuse Iris. Dans Y Hymne au de cette mêmeœuvre,\nfaute de phrases musicales puissantes, toute l'émotion est con-\nfiée au dynamisme de l'orchestre *, mais il y a une certaine so-\nlennité d'inspiration qui peut faire classer cet parmi les\nrares compositions italiennes modernes purement orchestrales,\net cela bien qu'il se rapproche beaucoup trop de l'instrumenta-\ntion coloriste russe à la manière de Rimski-Korsakoff.\nMascagni a voulu aussi refaire l'ancien opéra italien en met-\ntant sur la scène d'anciens masques des temps de la Commedia\ndell' Arte, avec leurs grossières subtilités et leurs amours. Il\na cru rendre ainsi un grand hommage à l'art italien. Et par un\ncaprice malheureux, il fit le même soir pour la première fois\nreprésenter les Maschere dans sept théâtres de la péninsule. Il\ndédia son opéra à lui-même. C'étaient là des originalités faciles.\nLes publics des divers pays firent un accueil bien différent à\nla nouvelle œuvre du maestro le plus populaire d'outre-monts.\nA Rome, où il dirigeait lui-même, j'ai vu des ouvriers crier\nd'enthousiasme lorsque le chœur des chantait sur une\nphrase des plus banales : « Et nous t'aimons, ô bel Art ita-\nlien ! » On avait voulu voir dans cette phrase la résurrection\nde l'art national !\nMais la tentative avorta. Dans la même année, les\ntriomphèrent et furent oubliés.\nEn réalité, Iris est jusqu'ici la seule œuvre qui, après Méphis-\ntophélèsde Boito, puisse donner une idée des efforts des Italiens\nvers un théâtre musical digne des réalisations des autres pays.\nUn autre musicien producteur de mélodrames est le maestro\nGiacomo Puccini. Celui-ci n'apporte rien à la musique ita-\nlienne. Il suit les maîtres français contemporains et surtout\nM. Massenet, que maintes fois il imite servilement. M. Puccini\nn'a pas la vulgarité de M. Léoncavallo, mais il n'a pas non\nplus l'intelligence ouverte et l'esprit d'originalité de M. Masca-\ngni. Sa musique est molle, sentimentale ; elle ne fait que noyer\nen mode mineur toutes les plus belles énergies delà vie. Ses per-\nsonnages, choisis dans la littérature française, n'ont plus ce ca-\nractère d'insoucieuse sensualité et de vague sentimentalité qu'ils\nont sur leur scène d'origine. Passés à travers l'esprit italien,\nrendus par une musique toujours faible et incolore, ils devien-\nnent imprécis et insignifiants.\nM. Puccini a atteint son plus grand succès avec les Scènes de\nla vie de Bohème.Du réalisme romantique, du romantisme\nmou, et toujours du romantique ! Les rapins vagabonds et pa-\nrasites du Quartier-Latin impressionnèrent, par leurs allures\nd'artistes sentimentaux, tous les rapins du monde. On pleura"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "sur le sort de Mimi, et on se répéta « le thème de Rodolphe »,\n« le thème de Marcel », etc., qui ne sont que de pauvres adap-\ntations de la loi du leit-motif. M. Léoncavallo, pour exploiter\nle bon moment, écrivit lui aussi une Vie de Bohème.\nUn journaliste, ami de M. Puccini, publia un jour, dans la\nTribuna de Rome, une interview du compositeur lucquois. Le\njournaliste, voulant rendre hommage au musicien, le présentait\ndésespéré de ce qu'aucun libretto, parmi les milliers qu'il rece-\nvait, n'arrivait à inspirer le maître ! Cet article, fait pour vanter\nun artiste, étalait au grand jour le mérite d'un musicien qui\nn'avait pas la dignité de son art. M. Puccini attendait de la Pro-\nvidence un livret capable de l'inspirer. Il ne savait pas qu'au-\njourd'hui le musicien doit être conscient de son grand rôle dans\nla vie esthétique des peuples, et doit penser beaucoup et méditer\nbeaucoup sur la destinée de la race et sur les grandes tendances\nanimiques de son temps. Dans ses méditations il doit pour-\nsuivre la vision digne d'exalter son inspiration, celle qu'un\npoète ensuite précisera en paroles.\nM. Puccini ignore tout cela. Et il fait annoncer par les jour-\nnaux que la tradition glorieuse de l'ltalie ressuscitera, lorsque\ndans une œuvre il aura repris les anciennes formules de l'opéra :\ncavatines, duos, quatuors, airs, récitatifs, etc. M. Puccini semble\ncroire qu'en la charpente d'un drame primitif réside le secret de\nsa gloire. Il ignore que la musique dramatique s'est\navecWeber, Wagner et Debussy, et ne plus retourner un\nsiècle en arrière, pour reprendre des formes embryonnaires que\nla primitivité des maîtres avait pu concevoir. On ne rajeunit\npas un homme en imitant ses gestes d'enfant.\nM. Puccini ignore tout cela. Il amis en musique une\nBovary. Il a écrit un mélodrame sur la de Sardou. Ce\ntravail eut les plus grands honneurs parisiens \", le drame sen-\nsationnel du grand décorateur français et l'amitié franco-ita-\nlienne contribuèrent à sa gloriole. Mais cela n'est pas de\nl'art. Insoucieux des efforts orchestraux, auxquels s'essaye\nM. Mascagni, M. Puccini, au moment culminant de la Tosca1\nlorsque Scarpiameurt, au lieu d'annoncer avec son or-\nchestre le point synthétique du drame... déclare son impuis-\nsance et se tait.\nLes œuvres de M. Puccini se prêtent à beaucoup d'autres\nremarques, techniques et littéraires, de ce genre...\nComme lui, M. Giordano subit l'influence française, litté-\n-> 7\nraire et musicale, et écrit des drames à grands bruits pathéti-\nques, tels : André Chénier, Fédora, Siberia \\ sa dernière œuvre\ncontient des poses très belles, mais qui ne nous suffisent point.\nMoins connus, d'autres musiciens ont travaillé avec con-"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.11", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "science et avec intelligence. M. Catalani, M. van Westherout,\nM. Franchetti et M. Cilea ont suivi de meilleurs chemins.\nM. Cilea a montré dernièrement, dans son œuvre Advienne\nLecouvreur,la volonté sincèrement artistique de se conformer\naux nécessités nouvelles du théâtre musical. Il a fait sa musique\nsur un schéma dramatique assez libre, qui se développe en\ntableaux, et s'éloigne un peu de l'absurde conception de l'ancien\nopéra. Sa musique est douce et tendre, mais combien fatiguée !\nM. Franchetti. dans Cristoforo et dans\nmontre une personnalité d'artiste non originale, mais faite\nd'excellente culture et de noble effort. Sa musique manque de\ngrand élan et d'inspiration ardente, il n'atteint jamais les grands\ncontrastes de lumière et d'ombre qui caractérisent les œuvres\npuissamment conçues. Mais sa maîtrise orchestrale réalise\nde belles et poignantes tentatives d'ambiance qu'on retrouve\ndans le prélude du troisième acte de\nLes deux maîtres Catalani et van Westherout, morts tous les\ndeux trop jeunes, étaient les seuls qui semblaient destinés à\nréformer la musique italienne dramatique. Doués d'une inspi-\nration très noble, ayant approfondi l'étude de toutes les puis-\nsantes ressources de la musique contemporaine, poussés eux\naussi vers le théâtre par la fatalité mélodique de leur race, ces\ndeux musiciens suivirent dans des chemins divers la même vi-\nsion d'une musique théâtrale qui se rapprocherait le plus de la\n« musique pure ». Ils rêvèrent une musique surgissant du\ngouffre des instruments, comme de l'âme immense et obscure\nde la nature, pour suggérer un « état d'âme » ou un fait d'âme,\nque la voix de l'homme préciserait dans uneparole définie : réci-\ntatif ou chants. Le Toscan Alfredo Catalani écrivit la Lorelej\nœuvre d'un sentiment exquis. Niccolo van Westherout, d'une\nancienne famille hollandaise d'organistes établie dans le midi\nde l'ltalie, laisse, entre autres drame-s et sonates, et\nFortumo. Leurs recherches et leurs hauts efforts étaient déjà de\nclaires promesses. L'ltalie pouvait rêver son renouveau, qui l'au-\nrait élevée au niveau de l'évolution musicale. Mais ces deux fiers et\nsolitaires rêveurs d'un grand rêve d'art moururent trop jeunes.\nA côté de ces musiciens plus ou moins créateurs, un maestro-\ncompositeur, M. G.Orefice, a perpétré la plus grande profanation\nqui pouvait atteindre un génie, qui étant mort ne peut plus se\ndéfendre. Il a transcrit sur un libretto de M. Angiolo Orvieto\npresque toute la musique de Chopin, croyant ainsi rendre un\nhommage au génie du divin malade. Le libretto a comme sujet\net comme titre : Chopin, Des lignes laissées par George Sand,\ndisant qu'un jour la musique de Chopin pourrait servir intégrale-\nment à remplir un opéra, ont donné le prétexte aux deux artistes"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "italiens de faire chanter Chopin et la Pologne sur tous les thèmes\ndes préludes, nocturnes, etc., du maître. Ils ont poussé leur pro-\nfanation jusqu'à orchestrer la musique de Chopin.\nUne telle œuvre, faite d'ailleurs avec un souci d'art et une sub-\ntile conscience, mais absurde et néfaste à tous les points de vue\nde l'esthétique, ne nous aurait pas intéressés si nous n'avions\npas entendu dire qu'en Pologne elle avait été agréée et fêtée. Et\non l'a jouée à Paris !\nJ'ai suivi jusqu'ici lesmanifestations musicales les plus sympto-\nmatiques du théâtre italien contemporain. Je n'insiste point sur\nle caractère qu'a ce théâtre dans le mouvement musical récent\nde la France, de la Russie et de l'Allemagne.\nLe mouvement général de la musique tend de plus en plus à\nla symphonie, sous la forme de symphonie pure, de poème sym-\nphonique ou de prélude. Cette tendance générale correspond\nen peinture au phénomène préraphaélite de 1840 et à l'avène-\nment de Rodin. Elle proclame les droits de domination de la\nvie intérieure contre l'extériorité du sentiment et contre le culte\ndu geste. Elle se rattache à l'idéal de la musique qui précéda\nl'opéra, et fut religieuse avec Palestrina et Bach, et dramatique\navec Claudio Monteverdi, comme les préraphaélites se rattachè-\nrent à l'art profond des précurseurs de Raphaël. Dans tout le\ndésordre des personnalités indisciplinées, les efforts des musi-\nciens semblent préparer partout la grande réalisation du drame\nmusical de l'avenir. Après Wagner, et sauf Pellêas et Mélisande,\naucune forme de théâtre ne peut plus satisfaire la logique renou-\nvelée de notre esthétique.\nL'ltalie se renferme dans ses vieilles formes. La. nécessité mé-\nlodique des Italiens, que même le grand Spontini subit entière-\nment, se perpétue par leur mauvaise éducation musicale.\nEn Italie, les grandes auditions orchestrales sont très rares (1);\nelles sont loin de devenir les Concerts du dimanche, qui créent\nde plus en plus un temple pour les esprits insatisfaits et anxieux\nde beauté, c'est-à-dire d'oubli esthétique. L'éducation musicale\nest faussée par l'admiration excessive des opéras du siècle der-\nnier et par l'ignorance des chefs-d'œuvre orchestraux, de Bach\n\n(i) J'ai sous les yeux le programme d'une saison de concert, de YAcade-\nmia di Santa Cecilia,institution triseculaire, à Rome. Sur 8 concerts, à\ncôté d'une audition de musique ancienne et des œuvres wagnériennes\nfort bien dirigées par le maestro G. Martucci, deux concertos remplissent\n■un concert entier, et Gounod (!) figure à côté de Mozart, Handel et aussi de\nM. Camille Saint-Saëns."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.13", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "aux Russes et à Debussy. A cause de cette faible culture musicale,\njamais l'exaltation créatrice n'exprimera l'essence tragique du\ndrame: elle se bornera à le décorer, sinon à l'interpréter. Toute mu-\nsique qui, dans les mille ressources des combinaisons orches-\ntrales, ne porte pas d'une façon très visible, et reconnaissable à\npremière vue, les petites fleurs de la mélodie, n'est pas com-\npréhensible, et, surtout, « c'est de la musique qui ne parle pas au\ncœur ». L'immense forêt orchestrale, avec ses voix infinies, si\nelle ne renferme pas quelques petites fleurs que la main insoucieuse\npuisse cueillir, ne parle pas a J'ai entendu en Italie\ncomme en France de semblables propos. Et, en réalité, on peut\nétendre les constatations que je fais pour l'ltalie, où tout effort\norchestral manque, aux Russes, qui adorent l'opéra italien, aux\nFrançais qui l'honorent, et aux Allemands devienne et de Berlin\nqui accueillent sur les scènes impériale l'exportation de quel-\nques Italiens. Mais les Russes ont les symphonies de Borodine\net les poèmes orchestraux de Rimski-Korsakoff, de Glazounow\net de Balakirew, et les Français, à côté des profanateurs et des\nmédiocres pleins de talent qui suivent la tradition de la musi-\nque « qui parle au cœur », ont l'œuvre de Berlioz, de César\nFranck, de Vincent d'lndy, de Debussy, de Dukas ; les Alle-\nmands ont l'excellent Bruckner, le paradoxal wagnériste Richard\nStrauss, et quelques symphonistes tels que Goldmark, Gustave\nMahler, Gernsheim, Max Schillings...\nL'ltalie s'obstine à suivre son mauvais chemin. Pourtant,\ndans toutes ses capitales, des groupes de talents d'avant-garde\nfondent des sociétés .de concerts, pour répandre la culture sé-\nvère et féconde de la « musique pure ». Une tentative person-\nnelle fut même faite par le jeune maestro Veneziani, qui écrivit\ndes « mélologues » sur des lyriques du poète Domenico Tumiati-\nDeux musiciens de talent, MM. Sgambati et Martucci, ont\ncomposé de bonnes œuvres orchestrales. MM. Martucci, etTos-\ncomini, excellents conducteurs d'orchestres, et le profond histo-\nrien de la musique M. Luigi Torchi, continuent avec leur\nsavante activité à poursuivre le « rêve wagnérien » conçu k\nBologne, dans la docte Bologne, qui la première accueillit en\nItalie le charme irrésistible de la musique du nord.\nUn autre renouveau, ou un fort désir de renouveau, se mani-\nfeste en Italie dans la musique sacrée. Le cardinal Sarto, Pie X,\naccueillit à la chapelle Marciana à Venise le jeune maestro Perosi\net loua ses oratorios, où se révélait une personnalité musicale\net poétique assez remarquable. Aujourd hui, le maestro Perosi\nest maître de chapelle de la chapelle Sixtine. Quelle voie sui-\nvra-t-il maintenant qu'il détient un grand pouvoir ? La fameuse\nordonnance « motu proprio », partie de Rome, inspirée par la"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "Schola de la rue Saint-Jacques, qui dans le but de ramener la\nmusique religieuse à la pure forme grégorienne, interdisait dans\nl'église la musique orchestrale, retrancha presque comme non-\nreligieuse la messe en ré de Beethoven, ainsi que tous les ora-\ntorios de l'abbé Perosi. L'ordonnance fut rapportée. Est-ce\nl'œuvre de la révolte silencieuse des maîtres de la chapelle six-\ntine? Toujours est-il que le maestro Perosi suit ses idées de\nrenouveau dans la musique religieuse et nous annonce ses nou-\nveaux oratorios. Y trouverons-nous la polyphonie vocale à la\nmanière de Palestrina, ou encore l'orchestre trop pathétique\net le chant dramatique des précédents ?\nCes oratorios, d'inspiration bachienne, furent une grande pro-\nmesse. Dans la Résurrection de Lazare et dans le Noël, certains\naccents des chœurs et certaines descriptions orchestrales (comme\ncelle de la nuit des Bergers dans le Noël) sont d'une telle\nénergie douloureuse et ardente, quela passionnalité dramatique\ndu compositeur, chevauchant une noble polyphonie de l'orches-\ntre, devient angoisse. Le chœur « Jucundavit fîlia Sion », de\nl'oratorio de Noël, est d'un mouvement dramatique que certes\nla divine sévérité immobile de Bach, ou la profondeur méta-\nphysique de Beethoven, n'auraient pas accepté pour leurs élans\nthéistes. Mais Perosi, comme Berlioz, est un musicien chré-\ntien trop vibrant de toute l'anxiété et de toute la fièvre con-\ntemporaines...\nEt ce jeune maestro, une fois maître de ses moyens d'expres-\nsion, mûri par une étude inlassable des chefs-d'œuvre qui révè-\nlent la progressive richesse des procédés musicaux, épuré de\nquelques facilités de chant, où l'entraîne la fatalité de sa race,\npourra peut-être faire jaillir de son âme quelque belle et haute\ninspiration, qui b'arre le chemin du succès à ces quelques com-\npositeurs dramatiques, qui font de la musique comme les Napo-\nlitains jouent de la mandoline ; avec trop de facilité.\nPerosi est profondément sincère. Je l'ai vu, ému, dire d'admi-\nrables paroles devant le tout petit tableau de la tête du Christ\nde Léonardde Vinci, un des plus beaux chefs-d'œuvre du monde.\n« On se demande pourquoi, avec tant de sentiment drama-\ntique, vous ne faites pas du théâtre, » lui dis-je un jour. Il\nme répondit : « Ma soutane me met à l'abri des molles vilenies\nqui affligent la vie des artistes, à l'abri de toute la superfi-\ncialité de la vie que je ne pourrais pas reproduire devant une\nfoule anxieuse de nouveauté et de gestes ; je m'enferme ainsi\ndans mon rêve religieux, qui est tout mon rêve d'art. »\nIl y a donc en Italie des rêveurs solitaires, qui s'éloignent du\nthéâtre banal et commerçant : ce sont des conducteurs d'or-\nchestre et des compositeurs."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.15", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "Des sociétés, dites del Quartello, dans presque toutes les prin-\ncipales villes, s'efforcent avec une certaine intelligence à repro-\nduire les œuvres des grands maîtres du passe. La société Bach,\navec bien moins d'activité et d'ampleur, est un peu la Schola\nCantorum de Rome.\nMais il n'en est pas moins vrai, et je le répète, que les musi-\nciens se dirigent trop vers le théâtre. Et celui-ci ne fait que\nperpétuer les faiblesses et les erreurs de l'opéra élémentaire.\nLa musique continue à ignorer son rôle essentiel dans les\narts ; elle continue à revêtir banales d'un tissu\nquelconque de sons. Les œuvres qui en résultent n'arrivent qu'à\nsatisfaire à peine quelques sentimentalismes et quelques sen-\nsualismes inférieurs. Pourtant l'ltalie garde certains foyers de\ncréation d où pourra jaillir quelque lumière. A Naples, quoique\nles chansonniers répètent souventdes clichésque le public chérit,\net que les impresarii achètent volontiers, les fêtes de Piedigrotta\ntirent de temps en temps de l'âme d'un peuple joyeux, insouciant,\nvoluptueux, de belles mélodies qui répètent la tendresse infinie\nde la célèbre chanson attribuée à Bellini, et la divine mélan-\ncolie de la musique italienne avant l'opéra vulgaire et destruc-\nteur. L'àme d'un peuple est un foyer impérissable.\nSi par une culture orchestrale semblable à celle des trois\npays qui se disputent la palme de la création contemporaine :\nla France, la Russie et l'Allemagne (et c'est la France qui l'em-\nporte), les Italiens fondent au milieu de leur activité nationale\nrefaite, des institutions efficaces comme les grands concerts et\nles grandes auditions orchestrales subventionnés par les gou-\nvernements, ils pourront devenir dignes de la tradition.\nCertes, aucune prophétie ne peut être faite. Car un génie peut\nsurgir qui nous réserve de grandes surprises. Mozart adoucit et\"\nenrichit la rigidité orchestrale allemande par le chant italien *,\navec cet orchestre enrichi, Beethoven fit son œuvre. Un génie\nqui ait conscience de son temps et de la fatale évolution des\narts, pourrait donc peut-être un jour unir encore la mélodie\nitalienne purifiée, approfondie, devenue autre chose, aux plus\ncomplexes beautés de la science harmonique, et surtout au sens\nphilosophique du drame qu'on n'a plus le droit de négliger.\nMais l'opéra italien qui a encombré le Théâtre Sarah Bern-\nhardt nous donne le droit de désespérer. Et l'on a eu grand\ntort de brusquer à Paris l'opinion universelle. Il eût fallu\nattendre des temps meilleurs et ne pas se présenter en sup-\npliants là où jadis on triompha en rois.\n\nRicciotto Canudo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c010", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.6", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nDe tous les instruments, si pénibles à entendre, le plus laid\nest peut-être encore le violoncelle. Ce son écrasé donne la dou-\nloureuse impression d'être dans un pressoir ; on sent un poids\nsur sa poitrine, dont on voudrait rejeter au loin l'oppression.\nL'on pardonnerait encore au vroloncelle s'il n'avait que ses\ndeux cordes graves, et encore, jouées à vide par un très\nbon violoncelliste \", mais les deux cordes aiguës ! II en sort un\nson si grinçant, même sous l'archet du virtuose le plus invé-\ntéré, que le grincement de pieds de chaise sur un parquet de\nbois ou de pierre n'est qu'un peu moins musical, mais reste\négal en qualité. Qui donc a eu la fâcheuse idée d'inventer à la\nlégère un art qui s'appelle la musique ? Un jour antique, un\nberger désœuvré se tailla da.ns un jonc un chalumeau à quel-\nques notes plus ou moins mesurées. Aussitôt surgit un com-\npositeur, qui voulut disposer ces notes en combinaisons variées.\nCela ne suffit pas ; immédiatement à ses trousses se montra le\nthéoricien, s'arrogeant le droit de dicter des lois pour la com-\nbinaison de ces petites formules. Et ainsi de suite, depuis la\ngamme de 5 notes jusqu'aux gammes innombrables de tous\nles pays, depuis le petit air de berger jusqu'au contre-point à\n96 parties !\nPuisque tout cela est introduit, ne pourrait-on au moins cher-\ncher à adoucir le son des instruments et ne pas se servir de\nleurs mauvaises notes, les priver même de ces dernières ; avoir\nun orchestre réformé, avec des sonorités triées, d'où on élimi-\nnerait toutes celles qui ne sont pas aussi parfaites qu'il est pos-\nsible en ce monde? Sinon beau, cela sera toujours moins pé-\nnible. L'on pourrait ainsi conserver : la première octave de la\nflûte, la même de la clarinette, un peu plus du hautbois et du cor\nanglais, les notes justes seulement des cuivres, les cordes à vide\nde la guitare, les octaves inférieures de la harpe, ni violons ni\naltos, mais des contre-basses, dont le son, quoique ce soit plu-\ntôt un bourdonnement, n'est cependant pas désagréable.\nOn me reprochera de n'avoir pas de sonorités aiguës ; mais\n« aigu » n'èst-il pas plutôt « strident » ? et d'ailleurs l'aigu est"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.17", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "relatif, nos perceptions étant de toute façon vite limitées.\nFaisons donc le sacrifice de quelques octaves.\nQuant aux chœurs, j'en dirais la même chose que de l'or-\nchestre; il faudrait trier les voix, en choisir une sur mille. On\nentend des souffles rauques. Si les chœurs étaient composés\nuniquement de voix timbrées et stylées et justes, il y, aurait\npeut-être un certain agrément à les entendre chanter.\nMais quel plaisir y a-t-il à entendre le cliquetis du pédalier\nde l'orgue, qui couvre le bruit de la note, le vent que la flûte\nlaisse échapper de partout, les affreux grincements des instru-\nments à archet ? Puis il y a tous les petits bruits inhérents à\nl'orchestre, tournement de pages, nettoyage des embouchures,\nessai des anches, qui font que notre oreille assoiffée se tend\npour distinguer au milieu de tout cela un peu de musique\npure.\nUne dernière chose resterait encore à abolir c'est la musique\npour instrument solo ou pour un seul instrument accompagné\npar le piano. Lorsqu'un seul instrument récite, il faut utiliser\ntoutes ses ressources. Or celles-ci sont loin d'être agréables. Il\ny a dans chaque instrument quelques jolies sonorités que\nl'on peut mettre en valeur en les alternant avec celles d'une\nautre famille, de manière à éviter la monotonie qui résulte\ntrès vite du jeu continu sur le même instrument. Mais dans\nles soli les compositeurs et exécutants se croient obligés de\nne laisser sans emploi aucune région de l'instrument, d'au-\ntant que les combinaisons seraient très limitées dans une\nétendue moindre. Evitons donc plutôt les soli pour ne pas\navoir la tristesse d'entendre pendant un quart d'heure des\nruissellements de harpe avec des notes aiguës comme des\nvrilles, ou bien un chant faux et angoissé du violoncelle en\nclé de sol.\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c012", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.7", "titre_corps": "DIALOGUES DES MORTS", "titre_sommaire": "DIALOGUES DES MORTS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "DIALOGUES DES MORTS\nLISZT, WAGNER.\n\nII\nLISZT. Qu'est-il donc arrivé, Richard ? Tu cries si fort que\ntu fais aboyer Cerbère. En accourant au bruit, je l'ai trouvé\ndevant ta porte, le poil hérissé, l'œil en feu et les crocs mena-\nçants. J'avais sur moi, par bonheur, quelques dragées du\ndernier envoi de la Princesse et dont il est friand. J'ai pu\napaiser sa rage...\nWAGNER. Ah ! mais, tu sais, il commence à m'embêter,\nce sale cabot ! Il grogne dès qu'il m'aperçoit, et je ne puis faire\nun pas sans l'avoir à mes trousses.\nLISZT. Calme-toi. Il n'est pas si méchant ; d'ailleurs, on\nl'adoucit bien vite avec la moindre croquignole. Il est sans\nhaine et sans rancune. Au lieu de le traiter en ennemi, donne-\nlui de temps en temps une praline à la pistache. Tu en as toute\nune provision.\nWAGNER. Mais qu'est-ce qu'il a à être toujours après moi,\nsitôt que je parle ou que je bouge ?\nLI SZT. Il croit accomplir son devoir de gardien d'un\nséjour interdit aux vivants. Ta fougue le déconcerte. Le pauvre\nanimal ne peut s'imaginer qu'un mort ait conservé l'exubérance\nque tu as rapportée jusqu'ici, stigmate indélébile et incandes-\ncent résidu de l'indomptable volonté qui te soutint dans les\népreuves terrestres pour créer, envers et contre tous, tes chefs-\nd'œuvre immortels. Enfin, il est sans doute un peu surpris du\nprivilège qui t'échut peu à peu, d'accaparer à toi tout seul\nl'antre de ces lieux le plus vaste, qui suffisait jadis à la commu-\nnauté d'une demi-douzaine d'ombres illustres, entre lesquelles,\nPalestrina, Schubert et le Français Couperin, si je ne me\ntrompe.\nWAGNER. Ma foi! je ne sais pourquoi ils sont tous partis\nl'un après l'autre, mais je n'en suis pas fâché. D'abord, on ne"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.20", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "pouvait causer de rien avec eux : ils n'avaient même pas lu\nSchopenhauer. Et puis, où aurais-je casé mes bagages?\nLISZT. Encore un des étonnements de cet excellent\nCerbère, de te voir installer ici tes sofas en moquette aux\neffilés de passementerie, tes fauteuils capitonnés, tes trois\narmoires à glace, tes deux pianos à queue, ta bibliothèque en\nchêne sculpté, tes bahuts alt-deutschviennois, sans compter tes\nmalles et leur contenu. Tu es le seul parmi nous à jouir d'un\nmobilier aussi complet. J'avoue que je n'aurais pas cru qu'on\nfût autorisé à introduire avec soi tant de choses en un endroit\ncomme celui-ci. Avant toi et depuis, nul ne paraît l'avoir osé.\nWAGNER. Il n'eût plus manqué qu'on se permît une obser-\nvation! Je l'aurais bien voulu voir. Il n'y a que cette brute de\nCharon qui ait commencé par ronchonner. Il en profita pour\nm'exploiter et me fit payer cinq voyages. En outre, je suis con-\nvaincu que c'est lui qui m'a volé une de mes tabatières en or,\ncadeau de Cosima pour ma fête. Heureusement, elle était en\nplaqué.\nLISZT. Tu as tort de le soupçonner. C'est un brave homme,\nun peu avide peut-être. La boîte a pu facilement s'égarer.\nC'était probablement la première fois qu'il avait à transborder\nun si grand nombre de colis...\nWAGNER. Un si grand nombre!... Mais, à peine ai-je em-\nporté le plus strict nécessaire. Mon esprit a des exigences à sa\ntaille, et le trépas n'a pu éteindre sa fournaise aux effluves jail-\nlissants qui surent embraser le monde. Même en ces demeures\néternelles, je ne saurais sevrer ma pensée de ce qui constitua\nsa nourriture divine, de ces livres profonds, dévorés et ruminés\nnaguère, épars sur ces tablettes ou qui gisent amoncelés dans\nles coins et sur ces tapis. Tu le sais aussi : mon génie a ses\nhabitudes. Je ne puis m'abandonner à son extase impérieuse et\nimprescriptible sans me sentir environné d'une atmosphère de\nluxe et de beauté, enveloppé de la fine batiste des linges et de\nla soie colorée des étoffes chatoyantes, enlacé, par surcroît,\ndans la douceur moite des bras nus de la femme aimée. Hélas !\nCosima, que n'es-tu près de moi !...\nLISZT. Voyons, Richard, calme-toi. Tu oublies qu'elle va\nsur ses soixante-dix. Et puis, ne dis pas de choses comme ca;\nen somme, elle n'a peut-être pas envie de mourir encore.\nWAGNER. Du moins, ai-je ici le reste... A propos, papa,\nquand tu es arrivé, je cherchais justement ma robe de chambre\nen taffetas mauve doublée de satin cerise et ouatée. Je n'ai pu\ndécouvrir que la cordelière. C'est un désordre ici !..\nLISZT. C'est pour ça que tu pestais comme un diable dans\nun bénitier, au point d'affoler Cerbère par ton vacarme ?"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "WAGNER. —Je soupçonne un tour de ce vieux sournois de\nMeyerbeer. Tu ne l'as pas rencontré dans les environs? Il\njalouse mon confortable, car, en venant ici, le nigaud n'a\nemporté que de l'argent. Aussi, il est fort mal loti. Il n'a rien à\nse mettre que son habit et ses décorations. Il convoitait ce vê-\ntement : je suis sûr qu'il me l'a caché quelque part ou chipé.\nLISZT. Comment peux-tu... ?\nW AGNER. Mais si, mais si! Il a voulu me l'acheter. Figure-\ntoi qu'il m'en offrait sept thalers et demi de Prusse. Tu penses!\nUne robe de chambre de trente louis d'or!.. Tu n'imagines pas\nles compliments dont il m'accable depuis qu'il a appris que ma\nmusique rapporte encore plus que la sienne... Mais où peut-il\nl'avoir fourrée ?\nLISZT. —Tu la retrouveras. Prends-en une autre. Quel besoin\nt'oblige à endosser celle-là?\nWAGNER. Comment, quel besoin?.. Tiens, la voilà, pendue\nà son clou et à sa place. Je ne me rappelais pas l'avoir rac-\ncrochée... Quel besoin?... Mais, pour sortir avec toi... C'est le\nplus foncé de mes costumes. Tu comprends, comme tu es tou-\njours en soutane...\nLISZT. —Tu auras l'air de mon évêque...\nWAGNER. Tu crois ?... Mais non; je vais me draper à l'an-\ntique avec des épingles. Je voulais l'arranger en toge, en t'at-\ntendant. C'est bien aujourd hui, n'est-ce pas, que nous allons\nvoir Eschyle et Sophocle? Tu t'es chargé du rendez-vous,\npour la dixième fois, au moins, à vrai dire 5 mais tu n'as pas de\nmémoire pour deux sous. Tu conçois combien je brûle d'af-\nfronter la présence de ces deux génies magnifiques, ancêtres et\nprécurseurs du mien, à qui des ressources désormais surannées\nde plus de vingt siècles ont suffi pour ébaucher grandiosement\nla suprême splendeur de mon Œuvre d'Art de l'Avenir. Je\npressens leur émoi joyeux, leur orgueil de m'avoir inspiré égal\nau mien d avoir parachevé leur rêve dans l'apothéose orchestrale\ndes timbres puissants ou subtils, d'avoir transfiguré leur mélos\ndans la radieuse et polyphonique arabesque de ma « mélodie\ninfinie », et reculé les horizons mythiques de leur Ouranos jus-\nqu'aux arcanes les plus secrets du Symbole, aux profondeurs\nmétaphysiques et aux plus insondables synthèses de l'ldée ! Et\ncependant, ce furent certes deux grands penseurs, surtout pour\ndes gens nés si longtemps avant Kant et Schopenhauer... Eh\nbien! comment me trouves-tu ? Décidément, mon béret de\nvelours grenat fait mieux que le noir. Je suis prêt. Partons-\nnous ?\nLISZT. Si tu veux, mais... pour la visite dont tu parles,...\nje voulais justement te dire..."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.22", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "WAGNER. Quoi? Est-ce que tu aurais encore oublié?\n, Ï'ÏSZT. - Pas du tout, pas du tout. Seulement, je n'ai pu voir\nqu Euripide... Il m'a arrêté au passage...\nWAGNER. Comment? De quoi se mêle-t-il cet intrigant-là?\nLISZT. Attends donc un peu. On raconte qu'il sut bientôt\nrentrer en grâce auprès de Dionysos et réussir habilement à lui\nplaire, et, comme, au demeurant, il a toujours été en assez bons\ntermes avec Apollon, il paraît que ces Dieux, qui sont fort oc-\ncupés, lui ont délégué leurs pouvoirs pour le quartier des tra-\ngiques. Il y exerce une sorte d'archontat. Du reste, c'est un\nhomme charmant, très distingué, très poli.\nWAGNER. Alors?...\nLISZT. Il me demanda qui je cherchais et se mit gracieuse-\nment à ma disposition pour me guider dans un domaine qui,\npeut-être, ne m'était pas familier. Je lui exprimai ton voeu...\nWAGNER.— Et que t'a-t-il répondu?\nLISZT. Eh bien !il a semblé d'abord un peu embarrassé.\nAprès avoir réfléchi, il me dit qu'il ferait volontiers ma com-\nmission, si la démarche n'était trop certainement inutile ; di-\ncirconstances interdisant l'espoir ou la possibilité d'un\nentretien avec ces deux poètes, lesquels, au surplus, avaient tou-\njours opiniàtrément refusé de recevoir des inconnus...\nWAGNER.— Comment, des inconnus? L'impertinent !Tu ne\nlui as donc pas dit mon no«m?\nLISZT. Mais si. Il me l'a même fait répéter deux fois. J'ai\nété aussi stupéfait que toi qu'il parût l'ignorer.\nWAGNER. L'imbécile! A quoi donc emploie-t-il son temps?\nDès mon arrivée, j'ai envoyé dans sa section comme dans\ntoutes les autres, d ailleurs six exemplaires de mes œuvres\ncomplètes. S il n a jamais rien compris à la musique, il aurait pu\nau moins être frappé de l'innombrable et substantielle multipli-\ncité des textes, quintessence résumée du lyrisme, del'esthétique\net de la philosophie du monde, encyclopédie sans précédent de\n1 àme, de la science et de l'intelligence humaines. C'est le dernier\ndes idiots !\nLISZT. Voyons, calme-toi ; tu vas te faire du mal. Il est trop\npris par ses fonctions minutieuses pour être capable de l'atten-\ntion que comportent tes ouvrages. J'ai su depuis qu'il ne lit plus\nque des romans français.\nWAGNER. - Ah ! ah ! ah ! Ça ne m'étonne pas de la part de\nce seiin pommadé! Le père Dumas, sans doute, ou bien la\ngrosse Madame Sand, George pour les messieurs.\nLISZT. Je ten prie, Richard, ménage tes propos à l'égard\nd'une femme... Et puis, songe à qui tu t'adresses.\nWAGNER. AH! c'est vrai, papa. Pardon. Dame, avec toi, tu"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "sais, on serait excusé de s'y perdre un peu. Quel niais que cet\nEuripide!... Des romans français! Ah! ils vont bien ensem-\nble!... Ecoute, papa, je suis sur qu'il t'a menti. Ce fut toujours\nun faux bonhomme. Il est tout simplement furieux de ce que\nj'ai écrit sur son compte. Il veut m'écarter de ceux que je lui\npréférai, entraver les rapports de nos gloires et priver Eschyle\net Sophocle de connaître Wagner !\nLISZT. Mais non, je t'assure. C'est, autant dire, impos-\nsible.\nWAGNER. Et pourquoi ?\nLISZT.— Tu sais que Sophocle est mort très vieux, quelque\nchose comme quatre-vingt-neuf ou dix ans. Quoiqu'il eût gardé\ntoute sa tête, sa vue était fort fatiguée. Il est arrivé ici à peu\nprès, et même absolument aveugle...\nWAGNER. Ça n'empêche pas de causer!\nLISZT. Sans doute. Mais il s'est obstiné à des ablutions quo-\ntidiennes dans l'eau glacée du Léthé. Outre que, par mégarde,\nil en avala quelques gouttes, ce qui embrouille un peu ses sou-\nvenirs, il y gagna une affection des oreilles, laquelle a rapide-\nment empiré, bref...\nWAGNER. Il est sourd?...\nLISZT. Comme un pot, m'avouait Euripide. Quant à\nEschyle, il n'est jamais là. Il ne quitte pas Prométhée sur son\nroc. C'est tout au bout des Enfers. Il faut traverser la caverne\ndes supplices, où nul ne doit pénétrer. Seul, Eschyle en obtint\nla faveur exceptionnelle.\nWAGNER. C'est la guigne! Me faudra-t-il donc renoncer à\njamais au commerce des génies de la race du mien? Ton dévoue-\nment m'est précieux, ô papa et ami, car je suis peu porté aux\navances. Je te sais gré de tes tentatives réitérées et inlassables,\nmais les résultats pleins d'amertume en sont étrangement déce-\nvants. Napoléon, avec qui je souhaitais un colloque, isolé à l'in-\nfirmerie par ordre d'Hippocrate à cause de la gale qui dévore\nses mains ensanglantées tant il se gratte ; Orphée, toujours entre\ndeux eaux, en quête de sa lyre, ou chevauchant sur un dau-\nphin pour imiter Arion; Platon, gâteux, inaccessible au milieu\nd'éphèbes frisés au petit fer et callipyges ; Shakspeare, renfro-\ngné, têtu, muet comme les carpes qu'il pêche et qu'il prend\npour des truites; Gœthe, enlevé par Pan le Satyre; Dante,\npétrifié par Gorgone la Phorcyade en croyant embrasser Béa-\nsrix; acharnés à une partie d'échecs ardente et éternelle, Alexan-\ndre le Grand perçant de javelots les curieux, et le Grand Fré-\ndéric chassant les importuns à coups de canne... ! De tous ceux\ndont j'ai chanté la gloire, commenté et élucidé lumineusement\nles chefs-d'œuvre, il est assez singulier que le premier que j'aie"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.24", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "pu joindre ici, grâce à ta fidèle entremise, et l'unique, jus-\nqu'à présent, soit ce forcené de Michel-Ange qui, sans toi,\nm'enfonçait son poignard dans le ventre...\nLISZT. Certes, il se divulgua ombrageux à l'excès, et sa ner-\nvosité est terrible. Mais tu eus peut-être tort d'insister en vou-\nlant prouver au peintre du Jugem que, malgré son\ngénie, son art et les moyens de son époque étaient impuissants\nà traduire la sublime horreur dantesque en son intégrale et\nmerveilleuse beauté, dévoilée seulement, bien plus tard, par\nla musique et révélée, d'abord et enfin, par la profondeur alle-\nmande et divinatrice de Bach et de Beethoven.\nWAGNER. Il ne m'a pas compris. Ce n'est qu'un vaniteux\net un imbécile. Et puis, quel ignorant ! Il est inouï de songer\ncombien les plus fameux individus d'alors étaient dénués de cul-\nture scientifique. A propos, papa, tu serais bien gentil d'orga-\nniser une entrevue entre moi et Darwin. Je serais enchanté de\nsavoir son avis sur mon originale exégèse touchant le mystère\nde notre descendance simiesque, réalisée par la Nature, plutôt\nque nous faire dériver « de l'éléphant ou du chien, chez qui,\npourtant, nous constatons des dispositions intellectuelles indis-\ncutablement plus développées que chez le s singes ».\nLISZT. Oui, oui, la phrase me revient. J'ai lu ça quelque\npart dans tes écrits. Vraiment, tu as une mémoire prodigieuse,\nRichard. C'est très intéressant, en effet, et ce bon Cerbère serait\nflatté de l'hypothèse s'il la pouvait entendre. Malheureuse-\nment,... pour Darwin,... on ne sait pas ce qu'il est devenu...\nWAGNER. Allons donc !...\nLISZT. Mais oui. On craint qu'il ne se soit échappé ou bien\nqu'il ait glissé dans les boues du Cocyte en observant des algues.\nSurtout n'en parle pas : l'aventure est tenue secrète. Eaque en\nest fort ennuyé. C'est lui qui me l'a confiée. Il n'a pas encore\nosé avertir ses collègues.\nWAGNER. La guigne ! La guigne noire ! C'est insensé. On\ndirait que la Fortune se venge ici d'avoir été vaincue là-bas par\nma persévérance et mon génie. Tous mes projets, contrecarrés,\ntous mes désirs, nargués par elle ! En tout cas, voilà ma journée\nfichue...\nLISZT. Veux-tu venir prendre quelque chose au Walhall ?\nIls ont reçu un foudre monstre de Hofbrau incomparable, d'une\nfraîcheur !... Nous irons par l'allée des Sirènes et le bois des\nVioles d'Amour.\nWAGNER. Pour nous cogner à chaque pas contre un de ces\nbenêts de musiciens jaloux et ignares, qui ne comprennent rien\nà ce que je leur dis et demeurent bouche bée ou ricanent ;\ncomme ce toqué de Berlioz qui se figure avoir inventé Shaks-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "peare, Virgile et le cor anglais !... Ma foi! non. J'aime autant\nrester à la maison.\nLISZT. Eh bien ! restons. Veux-tu un cigare ?\nWAGNER. De ceux de la Princesse ? Merci. Ils sont trop\nforts. Et puis, pour moi, tu sais, rien ne vaut une prise de ta-\nbac. Tiens, puisque tu es là, tu vas m'aider à ranger ma biblio-\nthèque.\nLISZT. Volontiers. Elle en a besoin.\nWAGNER. C'est le désordre du génie. Regarde ces rayons\npresque vides ; autour de ces divans, de ces sièges, où mon\nombre se repose et rêve, les livres s'entassent pêle-mêle, empi-\nlés, confondus au caprice insatiable de mon cerveau toujours\navide. Mais je veux faire un classement. Ici : le Mythe, la Lé-\ngende. Tu vas me passer les volumes.\nLISZT. Ça n'est pas très commode.\nWAGNER. Puise au hasard. On verra bien.\nLISZT. Comme tu voudras... Les Mystères de Paris...\nWAGNER.— Hein?... Parbleu ! c'est le fauteuil où Auber\nvient bavarder ou lire. Fouille plutôt dans le tas près de ma\nchaise-longue.\nLISZT. 80n... Saint-Cloud et ses environs en 1841...\nWAGNER. Ça date de longtemps, hélas ! Meudon ! Mon\nVaisseau-Fantôme écrit de verve en sept semaines ! O jeunesse !...\nPose-le sur ma table.\nLISZT. Les Trois Mousquetaires... Le Maître de Forges...\nWAGNER. Qu'est-ce que ça fait là ?... C'est inconcevable...\nSans doute que... Âh ! c'est sûrement ce satané Berlioz qui a\nintroduit ces stupidités françaises aux Enfers et chez moi...\nLISZT. Calme-toi, Richard, je t'en prie. Tu l'accuses tou-\njours et trop vite. D'abord, il n'était pas contemporain de\nM. Ohnet.\nWAGNER. Ecoute, papa, c'est un chaos à n'en pas sortir.\nEt puis, tu féreintes à te baisser. Classons plutôt la Science et\nla Métaphysique. Tout est réuni là, dans cette ma11e,... sauf\ncelui-ci qui me tombe justement sous la main. C'est le tome\npremier de Schopenhauer.\nLISZT.— Et voici les cinq autres... Tiens! ils ne sont pas\ncoupés...\nWAGNER. Comment, encore brochés ? Cette étourdie de\nCosima aura oublié de les envoyer à la reliure. Après, tu dois\ntrouver Kant et Feuerbach...\nLi SZT. Oui, avec Spinoza... Ils sont reliés... Même, on di-\nrait d'hier !... Ils n'ont pas souffert du voyage. Puis... Dieu !\nquel ouvrage gigantesque ! Il remplit tout le fond du coffre\nd'un même et imposant format. Sapristi ! celui-là n'est pas"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.26", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "neuf ! On s'en est servi. Qu'est-ce donc ?... Tiens, un Larousse...\nWAGNER. C'est Siegfried qui l'a acheté d'occasion. Mais\nlaissons cela, papa. Une autre idée germe dans ma cervelle et\nse précise. Spinoza!... S'il ne saurait évidemment compter parmi\nmes pairs, néanmoins ce fut un grand et noble esprit. Je veux\nle voir et lui parler.\nLISZT. —Hum!... Ce sera bien difficile,,., surtout pour toi,\nqui publias le Judaïsme dans la Musique.\nAGNER. Qu'est-ce que tu veux que ça lui fasse ? Il\ns'exclut volontairement de la synagogue et fut même, à cause\nde cela, persécuté par Israël. Il était athée...\nLISZT. —Jadis ; mais, d'après Euripide, qui est informé\nde tout, il manifeste aujourd'hui un repentir extrême de son\napostasie. Il ne cesse de réciter des prières en hébreu et a élu\ndomicile au ghetto des rabbins... Tu n'y serais guère bien\nreçu...\nWAGNER. Eh bien ! j'irai quand même ! J'en ai assez, à la\nfin, de ton Euripide et de ses renseignements astucieux. Il s'est\nbien douté que tu me les rapporterais et il redoute mon\ninfluence. Il a peur que ma gloire n'éclipse sa fausse renommée\nde langoureux sophiste auprès d'un penseur d'envergure à\nscruter l'immensité de mon oeuvre, pour en mesurer le néant\nde ses fadaises alambiquées. Mais je trouverai bien quelqu'un\npour nous aboucher. Tiens, voilà précisément Meyerbeer. Il\nva encore nous baragouiner son mauvais français. Quelle\ndrôle de manie ! Ma foi ! je n'aurai jamais eu autant de plaisir\nà l'entendre.\nMEYERBEER. Drès honoré Maîdre, che fous salue resbec-\ndueusement. Ah ! ce ger Liszd, ced atmiraple Liszd, pien heu-\nreux te fous rengondrer. Che foulais fous tire, drès honoré\nMaîdre,... fous safez, bour la bedide avaire,... che grois que che\nbourrai aller chusgu'à ti... à... tisbosser te neuv dhalers te\nBrusse en archent. Bas en archent babier, en archent médal...\nWAGNER. Dites donc, Beer, connaissez-vous Spinoza?\nMEYERBEER. Sbinotza... Sbinotza... che... ui, ui, che le\ngonnais.\nWAGNER. Pouvez-vous nous présenter l'un à l'autre, me\nl'amener ici ou bien me conduire chez lui?\nMEYERBEER. —Hum! che ne grois bas... Fous safez, il n'est\nbas drès aimaple afec ses gorelichionnaires. Il nous dourne le\ntos guand il nous aberçoit te 10in... On ne beut bas l'abbro-\nger...\nWAGNER.— Comment ça? Vous ne savez donc pas où il\nloge ?\nMEYERBEER. Mais si. Il est douchours gez lesKregs..."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "WAGNER. Chez les Grecs !... Il joue ?...\nMEYERBEER. —Oh ! non, non. Gez les Kregs te Krèze. Il basse\ndout le denips tans la vorêt t'Abollon, assis sous le cètre te\nTionusous, à gauser afec Esgile, Sovogle et Bladon.\nWAGNER. Qu'est-ce que vous chantez là ?\nMEYERBEER. Che... Che ne geande bas... Che tis la féridé.\nChe fous tonne ma barole t'honneur...\nWAGNER. Tu entends, papa ! Qu'est-ce que tu dis de ça\navec ton Euripide? !...\nLISZT. Voyons, mon bon Meyerbeer... Je ne doute pas\nun instant de votre parole, mais on vous a induit en erreur.\nCroyez-moi, mon cher ami...\nMEYERBEER. Bas le moins tu monte... Denez, che le chure\nsur l'héridache te mon crand-bère Liepmann Meyer Wulf !...\nWAGNËR. Eh bien ! Beer, écoutez-moi bien. Si vous pouvez\nm'avoir un rendez-vous avec ces quatre personnages, je vous\nfais cadeau de ma robe de chambre. •\nMEYERBEER. Bour rien ?...\nW AGNER. Naturellement, pour rien ! Et je vous donne par-\ndessus le marché une calotte en peluche assortie, brodée et fes-\ntonnée par Cosima. Est-ce convenu ?\nMEYERBEER. C'est gomme si c'édait vait ! Ch1 y gours!...\nWAGNER. Dépêchez-vous !...\nMEYERBEER. Che refiéns tans tix minudes !...\nLISZT. Mais non, mais non ! Richard, je t'assure qu'il se\ntrompe. Il n'est pas au courant. Mon Dieu ! quelle histoire !\nIl va faire arriver des malheurs! Jacob.! Giacomo !...\nWAGNER. Oh ! tu peux courir, papa. Je te défie bien de le\nrattraper !\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c015", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.9", "titre_corps": "LE DRAME MUSICAL MODERNE", "titre_sommaire": "LE DRAME MUSICAL MODERNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\nLES VÉRISTES FRANÇAIS : GUSTAVE CHARPENTIER.\n(0\nIII\nLouise, deGustave Charpentier, est une œuvre moinsmalheu-\nreuse que Y Ouragan, d'Alfred Bruneau. Elle n'a point cet air\ntriste et revêche, cette démarche gênée, cette laideur soucieuse\net froncée. C'est même, si l'on veut, une assez jolie fille ; mais\nil existe des beautés dont le premier regard dissipe l'illusion :\ncar elles portent la sottise ou la vulgarité écrite en chacun de\nleur traits. Louise ne serait-elle pas du nombre ?\nLes paroles, dans ce drame, ont une grande qualité : elles ne\nsont point d'Emile Zola. Mais elles ont un grave défaut : l'au-\nteur en est Gustave Charpentier. Ce n'est plus cette prose in-\ncolore et incorrecte, terne et prétentieuse à la fois, miraculeu-\nsement dépourvue de mouvement et de rythme, cette prose\nd'instituteur primaire en mal de littérature. Mais c'est une prose\nde Montmartre, crasseuse et vaguement métaphysique, qui sent\nl'atelier poussiéreux, la fumée des vieilles pipes, les chapeaux à\ngrands bords affirmateurs d'esthétiques insoupçonnées, et les\ntables de marbre des estaminets où l'art coudoie la politique et\noù les futurs virtuoses du socialisme électoral s'essaient à\nl'éloquence devant un auditoire de sculpteurs ébahis et de mu-\nsiciens gobe-mouches. Cette prose est vaniteuse et creuse ; elle\naligne, avec de grands gestes prophétiques, de très vieilles\nâneries ; elle fait frémir lorsqu'elle veut être poétique ; elle\ndésarme par sa candeur, quand elle vise à l'esprit. En voici\nquelques échantillons. Une ouvrière décrit à ses compagnes\nles séductions de l'amour. Ecoutez, et savourez cette grossiè-\nreté bleutée de romanesque, et cette mythologie surannée\nque pimente une involontaire métaphore :\nD'où vient ce sentiment qui nous attire constamment vers les hommes ?\nD'où vient qu'à leur approche nos cœurs chavirent ?On a beau nous dire :\n\n(i) Suite. Voir le Mercure musical du ier juin."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "« Prenez garde! » Qu'apparaisse le prédestiné, les scrupules s'envolent,\nà son regard on rougit, àsa parole on sourit. Dans l'enthousiasme du bai-\nser on s'ouvre au dieu malin.\nMaintenant, c'est l'amour de Louise et de Julien, les deux\nhéros, qui chante :\nAh! prends-moi vite, mon bien-aimé, plus beau que les fiers chevaliers\ndes contes bleus de la Légende ! A mon appel hâte-toi d'accourir ! Prince\ncharmant dont la caresse éveilla la petite Montmartroise au cœur dormant!\nGagné à son tour par tant de poésie, le Prince charmant de\nMontmartre répond galamment :\nLa chair de l'amante a parlé ; elle appelle son maître. Ton cher corps me\ndésire ?\nVoici, pour changer, de la philosophie : pendant la fête de\nMontmartre, un commentateur bénévole explique à Louise, qui\nn'en peut mais, les mystères de la danse :\nO Jolie, cette danseuse est une fleur de vie faite d'un peu de chacun de\nnous tous. Et cette fleur vivante, c'est notre âme sous la forme d'une fleur\nqui serait une femme, fleur-femme dont la grâce, le parfum, se traduisent en\ncadences afin que tes sens aussi bien que ton âme puissent apprécier l'hom-\nmage suprême.\nIl est rare de rencontrer une aussi ascendante progression dans\nle galimatias. Voulez-vous enfin de l'esprit ? C'est dans la chan-\nson des bohèmes qu'il faut le chercher.\nEnfants de la Bohème, nous aimons qui nous aime. Toujours gais et\npimpants, les femmes nous trouvent séduisants... quoique sans argents,\npresque indigents ! Mais nous sommes très intelligents !\n« Tu parles! » dirais-je volontiers, ou, si l'on me trouve trop\nfamilier : « Ta bouche! »\nComme drame, Louise n'a pas le tragique intérêt de Y Oura-\ngan, mais pouvait encore atteindre à . une certaine émotion.\nLouise, Mi mi Pinson moderne, se laisse courtiser par un vague\npoète, son voisin. Ses parents, honnêtes ouvriers, n'approuvent\npoint ce flirt de mansarde à mansarde, et font entendre la voix\nde la sagesse et de l'expérience : c'est un simple caprice qui pas-\nsera, et puis le futur n'a pas de gagne-pain. Résultat : Louise\nrévoltée se laisse enlever par son Julien, et vit heureuse dans\nl'amour libre. Cependant le père est tombé malade de chagrin,\n„elle revient pour le soigner, et les pauvres vieux parents vou-\ndraient bien la garder encore. Mais elle ne peut s'y résoudre ;\ntrop de choses lui manquent auprès d'eux, elle les quitte à nou-\nveau, sûre de son droit de vivre à sa guise, et il ne reste au père\nqu'à maudire ce Paris, ville de joie qui lui a ravi sa fille."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.30", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "Il n'y a pas ici, on le voit, un jeu compliqué de passions con-\ntraires ; presque point de luttes intérieures, nul revirement.\nChaque personnage va droit devant lui, sans s'inquiéter des au-\ntres ; dès le début, il est certain que Louise cédera à son amou-\nreux, et que les parents trop sages ne pourront l'absoudre. Mais\nil v avait dans cette fatalité morale elle-même une source de\nbeauté, rien n'étant plus poignant que ce spectacle, souvent\ndonné par la vie, d'êtres qui s'aiment, et qui ne peuvent se com-\nprendre; entraînés par leur destinée intérieure sur des voies-\ndivergentes, ils ne peuvent ni se rapprocher, ni se quitter ;\nchacun de leurs contacts est un choc, chaque parole de l'un d'eux\nest une insulte aux convictions et à la nature même de l'autre '\net l'amour qui les unit ajoute un remords à chacune de ces souf-\nfrances. Nous pouvions avoir ainsi un tableau, très sombre,\nmais émouvant et vrai, de la vie dans une famille où il n'y a\nplus d'entente. Seulement il fallait pour cela que Louise aimât\nses parents. Elle ne les aime guère : un peu de càlinerie pour\nson père, qui ala grande vertu de ne s'occuper de rien, puis-\nqu'il est tout le jour au travail, et ne désire que la paix quand il\nrentre. De la haine pour une mère acariâtre et dure, qui ne\nmérite pas autre chose en effet. Un profond mépris pour tous\nles deux, dont elle singe la sagesse surannée, là-haut, dans la\nchaumière montmartroise où Julien l'a initiée à la libre vie. Cette\nfille est sans cœur, comme sa mère; ni l'une ni l'autre ne nous\nintéresse. Quant au bohème ravisseur, il est tout en grandilo-\nquences creuses sur le droit à l'amour et en malédictions contre\ndes préjugés inexpliqués ; il m'intéresse moins encore. Seul le\npère est touchant ; c'est un brave homme, qui aime bien sa fille,,\net ne comprend rien à l'obstination de cette tête mutine. On le\nplaint lorsqu'il reste, seul et désespéré, à la fin de la pièce. Je\nne sais si l'intention de l'auteur était bien de nous le rendre\nà ce point sympathique, puisque son idée est que les parents\nont tort de s'opposer àla volonté de leurs enfants. Mais\nle résultat est là, et quelque tort qu'il fasse à la thèse, nous\nsommes heureux de pouvoir nous intéresser au moins à l'un\ndes personnages.\nUn sur quatre, c'est peu cependant, et pour nourrir un drame\nd'une psychologie aussi pauvre, il a fallu le charger de scènes\népisodiques : l'une est celle des ouvrières à l'atelier, l'autre celle\nde Paris le matin, avec les cris de ses marchands, et la troi-\nsième, absolument étrangère à l'action, celle du couronnement\nde la Muse.\nTraitées avec un peu de légèreté et d'esprit, ces scènespouvaient\nplaire. Malheureusement l'auteurne badine avec rien, pas même\navec les chansons des couturières ou les cris de Paris. L ironie"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "lui est étrangère, et il reste partout sérieux comme un pape, le\npape de la bohème. On a pu voir comment on parle de l'amour\ndans cet atelier, et quelle est la prétentieuse emphase de ces\ntrottins. On a pu voir que la fête de Montmartre a un sens pro-\nfond et véritablement philosophique. Et que dire de ces ser-\ngents de ville sentimentaux qui parlent d'amour, au coin d'une\nrue, avec une laitière désabusée et une balayeuse qui roula car-\nrosse en son temps ? Sans doute les détails matériels sont exacts,\nce sont de vrais ciseaux qui passent aux mains des ouvrières,\net c'est bien ainsi que Ton plie, sur les tables des kiosques, les\njournaux du matin. Le paisible citoyen de Dresde ou de Zurich\npeut alors s'émerveiller, et pousser du coude son voisin en mur-\nmurant avecun sourire d'allusions : « La vie de Paris !\nLeben ! » Mais ces spectacles coutumiers ou couturiers ne suf-\nfisent point à nous enchanter, puisque l'auteur ne veut en tirer\nque des enseignements et des moralités, non de la grâce ou de\nla poésie.\nC'est que Gustave Charpentier est, lui aussi, un penseur. Il\nne songe point à rire devant la misère du peuple, et c'est là un\nbon sentiment * mais il y songe si peu qu'il n'observe même pas\ncette misère, ayant un mot profond à placer dans la bouche de\nchaque chiffonnier, de chaque sergent de ville et de chaque ou-\nvrière qui passe à sa portée. Les séductions de Paris ou la sou-\nveraineté de l'amour, l'inégalité des conditions humaines et le\ndroit au bonheur, voilà ce qui préoccupe ces braves gens, voilà\nde quoi ils viennent nous entretenir. Aussi ne sont-ils pas au-\ntrement surpris quand le noctambule qui cherchait sa proie au\nmilieu d'eux se transfigure tout à coup sous la lumière électrique\net devient un éblouissant symbole : « Je suis le Plaisir de Paris;\nje suis le Procureur de la Grande Cité ». « Ah ! je le connais,\nle misérable ! » murmure le chiffonnier, accoutumé sans doute\nà de telles rencontres. Et voilà de quelle manière les véristes\nvoient et peignent la réalité.\nLa musique dont se revêtent ces peu plaisantes fictions n'est\npoint déplorable, comme celle d'Alfred Bruneau. La déclama-\ntion a souvent une allure aisée et familière, un peu facile\net banale d'ailleurs, qui rappelle beaucoup Massenet, et n'est\npoint désagréable à entendre, quoique sa monotonie lasse vite.\nMais dès que le ton s'élève, nous sommes perdus: l'emphase\nqui tient lieu de sentiment à ces bavards se retrouve dans la mu-\nsique, et ajoute à sa banalité profonde un accent faux et décla-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.32", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "matoire, que l'on ne peut supporter. L'air de Louise au IIIe acte\n(Depuis le jour où je me suis donnée) est modèle de ce genre\nà la fois trivial et maniéré, qui fait songer aux minauderies\nd'une fille des rues. Et je ne sais rien, je crois, de plus désa-\ngréablement affecté que l'effet de voix facile qui le termine :\nCroirait-on pas un souvenir de Rome, une impression d'ltalie,,\nhélas ! trop sincère ?\nJulien ne vise point tant à la grâce. Mais qu'il est solennel !\nCette mélodie s'accompagne d'accords en relations de tierces\n[ut, mi, ul dièse) qui lui donnent une tournure nettement\nwagnérienne ; mais en même temps elle a dans sesdeuxmembres\nune symétrie qui rappelle le style de romance, cher à Massenet\net à ses disciples. Enfin le la final annonce ce qu'on,\nappelle, dans l'argot du Conservatoire, une rosalie, c'est-à-dire\nune transposition du motif tout entier en un autre ton, ici celui\nde mi bémol.Rien en tout cela de franc, de personnel : une\nmusique bâtarde, un métier plus habile que celui d'Alfred\nBruneau, mais non pas plus intéressant. Voyez encore la mé-\nlodie du début, celle que chante Julien à gorge déployée. Le\ndébut ne manque pas d'entrain, mais dès la seconde mesure,,\non rencontre un chromatisme tout wagnérien encore, et qui\nrappelle la chanson du marin, dans Tristan et Yseidt :\nTout l'art de Gustave Charpentier est un art de souvenir, de\nseconde main. Les deux mélodies que je viens de citer sont\naussi des motifs conducteurs, appliqués l'un à la liberté, l'autre\nà l'amour. Un troisième motif, celui du plaisir, n'est pas plus\noriginal, ni plus expressif : car c'est tout simplement le cri de\nces marchands qui promènent dans Paris une longue boite\ncylindrique surmontée d'un cadran : on nomme plaisirs, en effet,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "les minces pâtisseries que l'on gagne à ces loteries ambulantes.\nC'est là un simple calembour musical, bon pour égayer une\ntablée d'élèves de la villa Médicis, non pour entrer dans la char-\npente, si j'ose dire, d'un drame lyrique.\nCes mélodies sans caractère sont développées selon toutes\nles recettes de l'orchestration moderne. On verra, à la page 124\nde la partition pour piano et chant, la chanson de Julien\nmonter et s'enrouler sur elle-même, à la manière du motif d'im-\npatience de Tristan à l'arrivée d'Yseult. Et un peu plus loin\n(page 128), le cri du marchand de plaisir monte à son tour,\nsoutenu par des harmonies en pédale dont le ronflement est\ntout wagnérien encore. Mais Massenet ne perd pas ses droits :\nil les affirme, au contraire, parla symétrie berceuse des rythmes,\net par l'extraordinaire fréquence des mouvements de valse.\nC'est une valse que la chanson du noctambule, le duo d'amour\nde Louise et Julien commence et finit par une valse, la dan-\nseuse du couronnement danse naturellement une valse, et c'est\nsur un air de valse que Louise quitte ses parents. Ce tour-\nnoiement monotone, ce vertige à prix réduit, conviennent à la\npensée de Charpentier pour la même raison qu'ils conviennent\naux fades galanteries qui s'échangent sous les lustres d'un bal\nbourgeois.\nOn ne peut dire, en effet, que cette musique soit privée d'é-\nmotion ', mais c'est une émotion superficielle ou fausse, qui se\nprend au sérieux et s'exagère à plaisir : c'est un romanesque de\nbas étage, une sentimentalité frelatée et qui se croit sincère. Quel-\nques pages sont assez jolies cependant, entre autres la berceuse\nenfantine que le père chante à sa fille, la grande enfant qui ne\nveut plus l'écouter comme autrefois. Cela est simple et tou-\nchant ', mais aussitôt après nous retombons dans la déclama-\ntion. Cette musique sonne faux, presque perpétuellement faux,\net cependant elle n'a pas été écrite pour nous tromper. L'auteur\nne s'est pas moqué de nous, il est incapable de se moquer de\nqui que ce soit. Mais il s'est trompé lui-même.\nQu'on imagine une nature primitivement honnête et bonne,\nmais crédule, sans finesse, et sans autre culture que celle du\nConservatoire ; les premiers succès, dus à un talent très réel,\nl'ont enflée d'orgueil; la littérature à un sou des journaux po-\nlitiques a faussé le jugement et perverti la sensibilité. Incapable\nnon seulement d'ironie, mais de toute critique, livré sans dé-\nfense à toutes les suggestions, la tête toujours montée, bour-\ndonnante d'un tumulte de mots sonores, le cœur palpitant\nd'émotions frivoles et d'attendrissements inutiles, un tel homme\nvivra dans une perpétuelle illusion sur le monde et sur soi-\nmême. Il se laissera séduire par des grâces triviales, il placera"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.34", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "sa pitié sans discernement, et en fera spécialement largesse aux\nfausses innocences qui lui plaisent déjà pour d'autres motifs ;\nil croira à la sincérité de sentiments qui chez lui-même ne sont\nque froide rhétorique; bientôt il ne saura plus distinguer, parmi\nses impressions, celles qui lui viennent de ses sens, et celles\nqu'il a apprises quelque part, semblable à ces touristes trop\ndociles qui retrouvent, à chaque pas, les admirations prescrites\npar leurs guides. C'est alors que, complètement dépersonna-\nlisé, ne voyant les choses qu'à travers les brumes pou-\ndreuses du boniment politique et social, ne pensant, même en\nmusique, que par la pensée d'autrui, c'est alors qu'il écrira\nLouise. Et peu après il fondera cet extraordinaire Conservatoire\noù Mimi Pinson apprendra le chant et la danse du ballet,\ncomme si elle n'était pas assez tentée déjà de quitter l'atelier\npour le théâtre et ses alentours.\nTel est l'homme ; je n'ai pas l'honneur de le connaître,\nj'ignore tout de sa vie. Mais je sais qu'il doit être tel. La bio-\ngraphie idéale dont je viens de tracer une sommaire esquisse\nmériterait d'être détaillée. C'est un sujet que je propose au\ntalent puissamment intuitif de mon ami Romain Rolland.\nCe second Jean-Christoplie, moins plaisant que le premier,\nserait plus édifiant encore, car il appartiendrait bien à notre\ntemps. Et l'on y pourrait inscrire, en sous-titre : Portrait\nd'un musicien démagogue.\nIl y a donc d'utiles enseignements à recueillir dans Louise.\nMais l'œuvre est trop peu personnelle, trop peu pensée et trop\narbitrairement sentie pour mériter le nom d'œuvre d'art. Elle\ns'intitule elle-même : Roman musical. Etant sans malice, je ne\ndirai pas que c'est le roman chez la portière. Mais c'est bien le\nroman chez l'ouvrier, je veux dire le roman tel qu'il le veut,\ntel qu'il le demande à son journal quotidien. C'est le roman-\nfeuilleton que la ménagère, avant de le lire à son homme, dé-\nvore en surveillant le poêle de fonte où mijote le ragoût. Car ce\nroman-feuilleton, lui aussi, enveloppe sa romanesque intrigue\ndans une « étude de mœurs » ou une « satire sociale », comme\nun berlingot dans du papier doré. Ici comme là, on trouve ces\ndéclamations sur l'honneur et l'argent, ou sur l'amour et la\nliberté, qui font frissonner les cœurs simples, et cette émou-\nvante fausseté de ton et de sentiment. Gustave Charpentier\nn'a pas seulement choisi un sujet vulgaire, il l'a traité vulgai-\nrement, et Louise aurait pu être signée par Louise elle-même,\nsi l'on faisait de plus sérieuses études d'harmonie au Conser-\nvatoire de Mimi Pinson.\nAlfred Bruneau nous offrait un drame bien conçu, mais réa-\nlisé d'une manière piteuse, et revêtu d'une musique barbare et"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.35", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "toute conventionnelle. Le drame, chez Gustave Charpentier,\nexiste à peine, les caractères sont creux et sans consistance, et\nla musique elle-même manque de style et n'accuse aucune per-\nsonnalité artistique. L'école vériste française n'a pas encore pro-\nduit son chef-d'œuvre, ni même, au sens propre du mot, une\nœuvre. Louis LALOY.\n$\nP. S. Les deux articles qu'on vient de lire développent une\nconférence faite au mois de mars dernier à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales. Quelques jours après je recevais une lettre fort\ncurieuse, que je me crois en droit de publier, puisque la si-\ngnature, volontairement illisible, en fait une lettre anonyme.\nTimbre delà Poste : Tribunal de Commerce, 29 mars iC)oS.\n5 h. 45.\nMonsieur,\nJ'ai eu le récit d'une conférence faite par vous lundi à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales, conférence dans laquelle vous sembliez dénigrer et mécon-\nnaître grandement la valeur de deux de nos plus belles œuvres modernes:\nLouise et YOuragan. La première œuvre est consacrée depuis longtemps\npar un éclatant succès très légitime —le fait de la dénigrer ne peut venir\nque d'un esprit rétrograde.\nPour la seconde de ces œuvres, c'est différent ; dès son apparition, elle a\nsoLilevé de vives polémiques, et l'Enfant Roi en soulève également aujour-\nd'hui, le bon public routinier n'a pas compris la puissante beauté de ces\nœuvres, et il m'apparaît que vous ne l'avez pas compris (1) davantage. Bru-\nneau ne sera sans doute compris qu'après sa mort, c'est le sort de bien des\nmusiciens. Il a pourtant de fervents admirateurs, et je me flatte d'être de ce\nnombre, mais c'est une génération nouvelle et éclairée qui dira combien\nces œuvres sont magnifiquement belles.\nUn des chefs-d'œuvre du maître, Messidor, a déjà triomphé sur des scènes\nde province et de l'étranger, à Munich notamment.\nEn tous cas, ce ne sera pas à l'Ecole des Hautes Etudes qu'on aura con-\ntribué à montrer au public tant de beautés qui restent méconnues, et c'est\ngrandement regrettable.\nOn m'a dit que vous n'aviez pas épargné Zola, et je m'en suis sentie\nblessée dans mon admiration si enthousiaste pour le glorieux maître. Mais\nqu'importe, qu'importe ! Les œuvres restent, et ce sont celles qui sont le\nplus décriées, qui sont le plus admirées plus tard. Wagner qu'on acclame,\na été sifflé ; Emile Zola qui fut honni, aura bientôt sa statue dans Paris.\nMa lettre n'a aucune prétention, mais gardez-la, car elle indique certaines\ntendances que vous ne semblez pas soupçonner.\nEn déplorant la façon peu courtoise dont vous avez parlé de deux chefs-\nd'œuvre, en déplorant que vous n'ayez pas choisi un autre sujet qui peut-\nêtre vous aurait convenu mieux et inspiré davantage,\nJe vous prie d'agréer, Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.\n\n(i) Sic!"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.36", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 890, "texte": "Tout est remarquable en ce document. D'abord, le soin que\nl'on prend de ne pas se renseigner : on ne parle que par ouï-\ndire, et l'on n'attend pas, pour engager la discussion, de savoir\nce que j'ai avancé. Puis, la valeur en quelque sorte surnaturelle\nque prennent, pour les cœurs touchés de la grâce, des mots\npar eux-mêmes vides de sens, tels que routine, rétrograde,\néclairé. Une candide mauvaise foi qui invoque tour à tour la\nconsécration du succès et la sottise du public. Un ton sévère,\nqui rappelle un peu le prêche, et fait sentir que c'est un péché\nde ne pas admirer les « chefs-d'œuvre » des musiciens bien\npensants. Un tel état d'esprit (que l'on me pardonne cette im-\npropriété d'expression !) est assez fréquent dans certaines sectes\nsocialistes et anticléricales ; je le sais. C'est même pour cela que\nje le combats. L. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.10", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLE SCANDALE DU PRIX DE ROME\n\nJ'avais promis à nos lecteurs de m'enquérir des insondables causes dont\nle poids évident ou l'influence peremptoire ouvrit a M. Paladilhe les por-\ntes de notre Institut. Un peu novice en la fonction pseudo-policière, j'inter-\nrogeai, au hasard des rencontres, musiciens, littérateurs, publicistes ou,\nmême, vulgaires contribuables, avec une perseveiance inextinguible et\ndigne d'un sort meilleur. Helas ! je dus constater bientôt que le monu-\nment national en question est généralement plus connu que ceux de qui\nsa coupole abrite l'eventuelle immortalité A 1 égard de IVI. Paladilhe, en\ntout cas, la surprise apparut à peu près unanime de l'apprendre doté d'un\nfauteuil.' Au lieu de me dévoiler pourquoi, chacun m'en demandait les\nmotifs, à moi pauvre qui, précisément, cherchais à pénétrer ce mystère.\nQuelques-uns, pourtant, prononçaient le nom de Patrie, mais sans convic-\ntion; d'autres, en l'entendant, ' rectifiaient et attribuaient cet opéra à\nM. Victorin Joncières. Je remarquai, en outre, que la plupart de mes\ninterlocuteurs avaient décidément oublié la d'antan.\ntransit gloriola mundi !...\nJe n'essaierai pas de dissimuler mon embarras perplexe en présence\nd'une obscurité si éloquente ou si modeste. Quels mentes cachés a\\aient\ndonc incité ses collègues à introduire M. Paladilhe au sein de leur illustre\net séculaire compagnie? Assurément, on ne se montra jamais d'une exi-\ngence impitoyable au Palais Mazarin. La collection des privilégiés n y\nmanque pas d'imprévu, et, quand on en relit la liste, 1 érudition des plus\ncomplaisants dictionnaires est trop souvent impuissante à ressusciter la\npersonne et les exploits de maint Immortel défunt. Notre celebie Acacie-\nmie Française, elle-même, ne s'attesta onques inexorable à la piètre bonne\nvolonté postulante, pas plus qu'inaccessible à des considérations dont le\nprix se dérobe aux soupçons de la postérité inavertie que nous sommes.\nLes alliances, les relations ou le cuisinier de tel candidat, îeçu s tns am-\nbages, échappent à la sagacité des plus patients compilateurs, ou bien, dé-\ntails superflus ou indignes, sont inconsidérément rejetes de leurs secoura-\nbles lexiques. Enfin, certains élus bénéficient de la stérilité propice de\nl'époque où fleurit leur laborieux talent. C'est ainsi que le Directoire, en\n1798, valut l'habit palmé de vert et le bicorne à Gabriel-Marie-Jean-Bap-\ntiste Legouvé. Ce plumitif aimable, alors âgé tout juste de trente-quatre\nprintemps, avait commis quelques tragédies versiriinaillées dont le temps\neffaça pour nous tout souvenir, sinon jusqu'à la trace Dans leurs\ncices de mémoire et de lecture(lB4.o), M.M. Thery et Désobiy assurent que\ncelui de ses ouvrages « qui conserve aujourd'hui encore le plus de droits à\nl'estime des gens de goût est le petit poème intitulé :\nFemmes, qui, joignant l'intérêt des anecdotes au charme de la versifica-\ntion, eut neuf éditions en quatre années »."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": "En voici un trop court et authentique extrait :\nL'enfant, de jour en jour, avance dans la vie ;\nEt, comme les aiglons, gro, cédant à F envie\nDe mesurer les deux dans leur premier essor,\nExercent près du nid leur aile faible encor,\nDoucement soutenu sur ses mains chancelantes,\nIl commence ïessai de ses forces naissantes.\nSa i22ère près de lui : c'est elle dont le bras...\nEt ça continue tranquillement son petit pipi de muse en nourrice; ça\ncoule comme le robinet du marchand de coco des Tuileries. Evidemment,\nnos aïeux étaient loin de Zola. Mais, si les neuf éditions enlevées témoi-\ngnent d'âmes candides, elles trahissent aussi l'indigence du moment, et\nexcuseraient presque l'académisation de ce Ducis du pauvre, lequel, au\nsurplus, siégeait déjà parmi nos Immortels, quand il émit ce jet serein de\nsa verve innocente. On peut faire, en somme, bien d'autres non moins\nineffables trouvailles dans le passé de notre Institut.\nD'ailleurs, et tout récemment, nous y possédâmes encore un autre\nLegouvé, Celui-ci se prénommait Ernest et vécut fort vieux. Il laissa la\nréputation d'un homtïie amène et spirituel, expert éminent dans l'art de\nbien lire, qui fit de l'escrime tous les matins jusqu'à quatre-vingt-quinze\nans et Adrienne Découvreur. A titre de document, voici un échantillon de\n■sa prose :\n... Un jour, un de nous, après un morceau entraînant de Bossuet, prit la\nProvinciale de Pascal sur ï homicide. Quel contraste ! Quelle différence\nd'impression ! Autant Bossuet avait enthousiasmé nos amis, autant Pascal les\nlaissa froids, je dirai presque ennuyés...\nCe style de conversation dans la rue indique assurément que si ce\nM. Legouvé-là était un fin liseur, il fut un écrivain plutôt négligé, à tout le\nmoins. Certes, ce n'est pas un crime irrémédiable : il avait de glorieux\n•exemples. Malheureusement, chez lui, le fond est adéquat àla forme et\nn'offre rien de stendhalien. C'est de la causerie puérile et honnête, débi-\ntée au courant d'une plume insipide et, même, un peu pédante aussitôt\nqu'il s'agit de la spécialité du lecteur dans les salons du monde où l'on\ns'ennuie. Voire avec Adrienne Découvreur, le reste du bagage, y compris l'a-\nmour du fleuret et la longévité, justifierait à peine un bout de ruban vio-\nlet, et encore, aujourd'hui, où on n'en est pas chiche, sans le papa\ndudit second M. Legouvé. Ernest, en effet, était le fils du précédent. Notre\nAcadémie a parfois des raisons que la raison du commun saisit mal.\nLa succession héréditaire est volontiers admise parmi les habitudes de la\nmaison ; elle y est même très bien portée. Evidemment, le résultat en appa-\nraît quelquefois déconcertant, si on se place àun point de vue si peu\nque ce soit artistique ou le plus charitablement intellectuel. Mais on ne\npeut guère exiger d'eux de n'élire que des génies : ils sont quarante en\nl'assemblée. Diogène ne cherchait qu'un homme, et il le chercha toute sa\nvie.\nIl n'y a, en tout et pour tout, que six Membres de l'lnstitut dans la\nsection musicale. On aurait donc quelque droit d'espérer de ces mes-\nsieurs le souci de distinguer leur petit nombre par la qualité. Le devoir\nmême s'imposerait, d'abord, de diriger ses investigations dans ce sens\nfavorable et de ne repousser, a priori, nulle hypothèse. Ce n'est qu'après\navoir épuisé les plus invraisemblables du genre que, peut-être, on serait\nautorisé à évoquer les traditions du lieu, et à oser se demander, dans\nl'espèce, à la fois qui diable certain de ses collègues eut pour oncle et"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "de qui M. Paladilhe put bien être le neveu. Un jugement téméraire, néan-\nmoins, est chose assez grave pour excuser qu'on persiste longtemps dans\nune indécision scrupuleuse, même au risque d'y patauger. J'en étais là de\nces réflexions troublantes, quand un ami m'interrompit par sa visite. Aussi-\ntôt je mendigotai sans vergogne quelque renseignement d'ordre un tantinet\nmusical. La réponse fut négligente : « Paladilhe ?... mais c'est l'auteur\nde Jeanne d'Arc. Non, de Patrie. Tu crois ? C'est bien possi-\nble... C'était le gendre de Legouvé. J'ai connu un peu son beau-père... »\nLa suite de la conversation n'apprendrait rien au lecteur, pas plus que je\nn'y découvris rien, moi-même, qui pût autrement expliquer la fortune\nacadémique de cet Immortel inopiné.\nM. Paladilhe est ignoré du public et de la plupart des musiciens. Suc-\ncessifs et opiniâtres, ses fours mêmes sont désormais oubliés. Je ne parle\npas du génie, mais le simple talent méconnu sait percer et se répandre peu\nà peu hors du théâtre ou du concert et en dépit de leur ostracisme. M. Pa-\nladilhe eut la chance d'être joué à son heure, sans attendre, et cependant,\nintrouvables aujourd'hui dans les domiciles, ses partitions ne se rencon-\ntrent même pas sur les quais. Pour en dénicher les rossignols, il faut ex-\nplorer le rebut des magasins d'abonnement et en braver la poussière hu-\nmide. La... musique déposée le long de ces feuillets irresponsables assomme\nles profanes, ahurit le moindre dilettante, fait sourire les plus indulgents\nde ses confrères et rigoler les autres. Mais M. Paladilhe « se moque abso-\nlument » de tout cela ; il s'en tamponne les prunelles. Il s'en moqua tou-\njours imperturbablement, car il avait un papa-beau-père. M. Paladilhe\nétait le gendre de M. Legouvé (Ernest), lequel était le fils de Gabriel-Marie-\nJean-Baptiste, lequel... C'est trop loin, mais, qui sait ? Il y a des héré-\ndités si têtues ! Les fruits de M. Paladilhe le démontrent, à tous égards,\ndigne de perpétuer le désarmant lignage. Peut-être sont-ce là titres vala-\nbles, auprès des électeurs brevetés, pour pénétrer à l'lnstitut de France.\nLes esprits les plus circonspects accorderont que c'est peu, sans doute, ou\nbien beaucoup trop, pour légitimer des fonctions conférant audit person-\nnage l'influence et l'autorité de juge sans appel, en des matières intéres-\nsant l'avenir de notre art musical. Mais le gendre de M. Legouvé s'en pala-\ndilhe ab-so-lu-ment.\n(A suivre.)\n\nJean Marnold.\n\nM. CAMILLE SAINT-SAËNS ET LES ITALIENS.\nPar un malheureux hasard, M. Camille Saint-Saëns est arrivé à Paris\ntrop tard pour joindre le bruit de ses deux mains au fracas des acclamations\nitaliennes. Mais il a payé son écot par une assez longue lettre, adressée à\nl'éditeur organisateur de ces douteuses victoires, et l'élogieuse opinion\nqu'il y exprime a d'autant plus d'intérêt qu'elle n'a pas été Influencée par\nl'audition des œuvres.\nExcusez-moi, mon cher ami, auprès de votre brillante phalange de compo-\nsiteurs et auprès de vous-même, pour avoir été si peu présent, pendant cette\nbelle campagne a laquelle j'aurais voulu prêter un concours plus actif ; les\ndestins ne l'ont pas voulu. Ae croyez pas pour cela que je m'en sois désinté-\nressé : pendant le peu de jours que j'ai passés à Paris et qui m'ont laissé si"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "peu de liherté, j'ai dit à tous les échos ce que je pensais de ces œuvres si\nintéressantes, si vivantes et si théâtrales, et dont le haut intérêt, à mon sens,\nréside dans la réaction qu'elles montrent contre la tendance au théâtre mys-\ntique et antidramatique, tout en employant des moyens nouveaux.\nCe sont des œuvres audacieuses et franchement italiennes dans leur moder-\nnisme. Peu importe qu'elles soient combattues, peu importe même qu'elles ne\nsoient point parfaites qui donc est parfait ? elles tracent un sillon lu-\nmineux.\nJe suis, comme toujours, votre ami reconnaissant et dévoué.\nG. SAINT-SAENS.\nDes moyens nouveaux dans Fedora, Siberia, André Chénier ou /\nAh ! qu'il est bon de parler des choses sans les connaître ! D'ailleurs il\nest clair que l'auteur de cette lettre se moque de la musique italienne pres-\nque autant que de celle qu'il écrit lui-même aujourd'hui. On connaît\nM. Saint-Saëns ; on sait qu'il n'exalte que pour rabaisser. L'Ouvreuse de\nY Echo de Paris ne s'y est pas trompée : « Laissons, s'écrie-t-elle, laissons\nM. Saint-Saëns, en son âpre souci d'attaquer Vincent d'lndy (pour la plus\ngrande joie du paradoxal Vuillermoz et du fielleux Bruneau), exalter ces\nfondateurs du vérisme transalpin et s'extasier sur le sillon qu'ils tracent ;\nrien de bon n'y germera...\n« Déplorable Sillon, qu'as-tu fait de ta gloire? »\nLes aversions artistiques de M. Saint-Saëns sont nombreuses et tenaces,\nWagner, dès qu'il eut du succès en France, César Franck, dès qu'il eut\ngroupé autour de lui quelques jeunes énergies, Vincent d'lndy et Claude\nDebussy depuis toujours ! ont eu l'honneur des imprécations de Camille.\nExcusez du peu !\nTous nos maîtres n'en sont pas là, heureusement. Lorsque Pelléas nous\nfut donné, et que la critique quotidienne se déchaîna, avec un ensemble\npresque partait sur ce chef-d'œuvre, M. Vincent d'lndy, qui sait admirer d'autre\nmusique que la sienne, voulut réfuter lui-même certaines accusations ineptes,\net saluer les beautés nouvelles. Et il disait au Directeur de YOccident, en\nlui remettant son article : « Je regrette de n'avoir pu le travailler davan-\ntage : cela m'intéressait beaucoup. » Lorsque Y Etranger fut donné à\nBruxelles, Claude Debussy à son tour, par un mouvement spontané et\ncharmant, courut embrasser l'auteur de ce noble drame, au moment même\noù il échangeait avec les princes du journalisme des poignées de main fu-\nnèbres. Et il me souvient encore de ce dialogue, à la deuxième de Pelléas,\nentre un organiste illustre et vénéré, et un autre organiste plus jeune et\nmoins illustre, qui croyait flatter son maître en dénigrant Debusssy. Soli-\ndement campé sur ses deux courtes jambes, la tête renvexsée en arrière,\ncomme cédant au poids des épais cheveux blancs, le maître l'écoutaït*\njusqu'au moment où, n'y tenant plus, il éclata : « Ah ! vous me faites pi-\ntié ! Vous ne sentez rien devant cela ?Je suis plus jeune que vous! »\nÉternellement jeunes, en effet, sont les âmes d'artistes, parce qu'elles ne\npeuvent se dérober à l'attrait d'une belle œuvre. Mais méfions-nous\ndes talents grincheux !\nLouis LALOY* -"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.41", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": "LE CONGRÈS MUSICAL DE CLERMONT, 12, 13 et 14 juin.\n\nClermont-F errand, qui veut qu'aucune manifestation du progrès ne lui soit\nétrangère, a fait précéder d'un congrès de musique religieuse les jours de\nfièvre du circuit automobile. Organisé à l'instigation de la Schola Cantcrum\nparisienne par le maître de chapelle de la cathédrale, M. l'abbé F. Brun,\net sous les auspices de Pévêque, Mgr Belmont, ce congrès local et régional\na parfaitement réussi.\nJe ne doute pas que des manifestations de ce genre servent puissamment\nles intérêts artistiques de la musique : moins brillante peut-être que des\nassises internationales ou des congrès généraux, elles sont, dans un cadre\nplus restreint, d un effet plus immédiat sur la région où elles se produisent.\nCes réflexions viennent tout naturellement à l'esprit, en constatant\ncombien les échanges de vues, les demandes d'explications, les objections\nprésentées et résolues, se sont bien mieux fait place dans les discussions in-\ntérieures de ce congrès, que dans des séances d'apparat où chacun n'ose\ndire tout haut ce qu'il pense tout bas, et combien ainsi tous peuvent profi-\nter de çe qui paraît n'intéresser que quelques-uns.\nMais venons à l'ordre même du congrès.\nIl s ouvrit le lundi de la Pentecôte, 12 juin, par les Vêpres solennelles\ncélébiées a la cathédrale* Un double chœur de 200 voix, formé par la maî-\ntrise et le séminaire, a chanté l'office et le salut, un chœur sous la direc-\ntion de M. 1 abbé Brun, maître de chapelle, et de M. l'abbé Lagrange,\nmaître de chœur de la cathédrale, et l'autre chœur dirigé par M. Amédée\nGastoué, professeur de chant grégorien à l'École de la Schola parisienne.\nAu giand orgue, le maître Al. Guilmant, assisté de M. Clausmann, titulaire,\na joué les entrées, sorties, postludes et interludes, tous choisis dans les\nanciens maîtres, ou improvisés par réminent organiste sur les thèmes li-\nturgiques exécutés au chœur.\nEt vraiment, c était d'un effet superbe que d'entendre du chœur s'élever\nà 1 unisson la puissante mélodie du Veni creator Spii~itus, dans sa mono-\ndie purement vocale, sans aucun accompagnement, tandis qu'à l'autre bout\nde la vaste nef le grand orgue repondait en traitant le même thème par la\nvoix de Bach, de Gigault, de Frescobaldi, de Scheidt, de Titelouze, ou de\nGuilmant.\nDeux jours de suite, semblable fête se renouvela, avec plus de solennité\nencore la seconde fois. La maîtrise de la cathédrale d'abord, les Chan-\nteurs de Saint-Gervais ensuite, exécutèrent divers motets de maîtres an-\nciens et modernes, depuis Palestrina jusqu'à Guy Ropartz, avec un égal\nsuccès, et une même note de distinction artistique et de beauté religieuse*\nque la différence de caractère des œuvres faisait encore plus vivement res-\nsortir. #\nLe matin du mardi et du mercredi, ce fut la grand'messe solennelle,\nd'abord avec, comme ordinaire, une messe médiévale à l'unisson, puis, le\nlendemain, 1 admirable messe « du pape Marcel ». La dernière exécution\nreligieuse fut un florilège de motets choisis en l'honneur de la Vierge Ma-\nrie, à l'église si célèbre de Notre-Dame du Port, dont le beau vaisseau ro-\nman s'accordait si bien avec les chants exécutés.\nJ'ai omis de dire que Sa Grandeur Mgr Belmont ouvrit et clôtura le\ncongrès par des allocutions élevées et enthousiastes, suivies encore d'un\ntoast délicat porté à la Schola et à ses représentants, au cours d'un ban-\nquet au petit séminaire.\n*\nV *\nLes séances des congressistes furent des plus intéressantes, comme je"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "l'ai dit, par l'échange de vues qui put se produire pendant les discussions\nouvertes, auxquelles deuK heures furent consacrées chaque .matinée.\nM. Gastoué avait assumé la tâche de répondre à toutes les questions, qui\nportèrent principalement sur le chant grégorien, depuis la prononciation\net l'accentuation latine jusqu'à l'accompagnement. Hâtons-nous de dire\nque tout le monde se déclara satisfait. Au cours des réunions musicales,\nM. Ch. Bordes avait fait appel à toute demande, d'explication, à tout con-\ntradicteur ou dissident : on eut les unes et les autres. Les principales ex-\nplications et résolutions pratiques portèrent sur ces points : i° le latin bien\naccentué, et l'adoption de la prononciation romaine de Vu, du j\\ etc.; 20 tous\nles assistants se déclarèrent d'accord sur la question du rythme grégo-\nrien, après les lumineuses explications fournies par le conférencier, mon-\ntrant, textes en mains, que les principaux dissidents de 1 interprétation\ntraditionnelle, ou ne comprenaient pas ces textes, ou en passaient sous\nsilence les parties capitales ; 3° en conséquence, on résolut de se préparer\ndans les églises à l'adoption progressive de l'édition vaticane, en appli-\nquant aux éditions en usage les règles mises en vigueur par la réforme\nbénédictine. Ces discussions furent encadrées de conférences de M. Bor-\ndes, sur le sort de Ici musique religieuse en France devant les lois actuelles ,\nde M. Quittard, Férudit musicologue, originaire de Clermont, sur Jean-\nPhilippe Rameau à Clermont et sa musique religieuse ; de M. Gastoué, sur\nles chants de la Pentecôte ; le tout avec des exemples chantes. Nous pen-\nsons que ces diverses conférences seront publiées, et qu on pourra en par-\nticulier relire les pages pratiques de M. Bordes sur le sujet plus haut dé-\nsigné et s'inspirer à beaucoup d'égards des projets d'organisation musi-\ncale des églises qu'il soumit au congrès, à la suite de l'application des\nlois en cours ou en discussion.\n*\n* *\nEnfin, si les chanteurs de Saint-Gervais s'étaient fait goûter à l'église\nencadrés par les chants plus sévères du séminaire et la grande voix des\norgues, ils se firent applaudir avec enthousiasme au concert, en compagnie\nde l'admirable quatuor vocal de la Schola ; M^e de la Rouvière interpréta\nentre autres le fameux air Divinités du Styx de telle façon qu il fut comme\nune révélation pour beaucoup de personnes qui le connaissaient déjà,\nMme J. de la Mare détailb, en surpassant encore sa maîtrise habituelle, un\nair de Hcendel et une mélodie de Bordes ; MM. David et Gébelin enfin fu-\nrent applaudis dans leurs admirables exécutions d'auteurs anciens ou mo-\ndernes, et le quatuor entier souleva la salle avec le Dialogus per la Pascua\nde Schutz, le Chant élégiaque de Beethoven, le Madrigal de G. lHauré\n(dont on annonçait précisément le même jour la nomination au poste de\ndirecteur du Conservatoire national).\n\nPierre Aubry.\n\nCAUSETTE\n\nCritique royale.\nSi les souverains s'y mettent ! Je viens de découvrir, dans- le Petit\nNiçois, une chronique musicale signée du roi d'ltalie, et consacrée, natu-\nrellement, à l'exaltation de l'italianisme. Les rois sont généralement des\nnationalistes assez fervents. Tout de même, Majesté, vous avez des\narguments plutôt imprévus ! Vous décrétez, avec une raideur toute monar-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.43", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "chique, que, pour un Français, la vénération de M. Sonzogno est une\nobligation patriotique. Vous affirmez que la supériorité artistique de cet\néditeur réside dans les opinions de son journal II Secolo, qui fut le défen-\nseur courageux de la France, « aux plus mauvaises heures de la politique\ncrispinienne ».\nSaisissant mal le rapport qui unit la politique de Crispi à la musique de\nLeoncavallo, j admets humblement, sans autre examen, que les musiciens\ndépourvus de tendresse pour les partitions de M, Sonzogno sont de mau-\nvais Français et d odieux ingrats. Mais, par contre, Sire, je trouve plus\nirritante votre ironique peinture de notre esprit national, qui se complaît,\ndites-vous, « aux nuageuses irréalités de la légende, et que ravissent par-\ndessus tout les musiques mystiques de l'inexprimable et les formules d'un\nart très savant et très hermétique » ! (Ce qu'il faut s'entendre dire tout de\nmême !) De plus, il m apparaît obscurément que la logique des rois n'a rien\nde commun avec celle des simples mortels. Après avoir prouvé dans la\npremière colonne que Paris avait le devoir d'adorer l'art milanais,, n'ajou-\ntez-vous pas dans la seconde que les tempéraments français et italien sont\nradicalement opposés l'un à l'autre et incapables, quoi qu'on fasse, de se\ncompiendre ? « Ce sont, ajoutez-vous, des conflits de races foncièrement\ndissemblables et, malgré tout, sournoisement hostiles. » Alors... je ne\ncomprends plus du tout !... D ailleurs, vous vous empressez de synthétiser\nles efforts artistiques des deux nations dans les noms inattendus de d'An-\nnunzio et de Maeterlinck ! Ah ! ces souverains ! Quels princes-sans-rire !\nVoici d Annunzio obligé d'endosser la responsabilité artistique de Za%a, et\nMaeterlinck désigné pour servir de caution à Debussy !\n*•••••••\nDERNIÈRE HEURE. L ambassade italienne nous informe que ce n'est\npas au roi d'ltalie qu'il faut attribuer la paternité de cet article. Cette si-\ngnature de « Victor Emanuele » est celle d'un obscur plumitif des Alpes-\nMaritimes... Ah ! par exemple, si j'avais su ça plus tôt, c'est moi qui n'au-\nrais pas pris tant de précautions oratoires et de mitaines protocolaires pour\nréfuter ce bafouillage!\n\nWilly.\n\nECHOS\n\nAu Conservatoire. M. Dubois se retirant des affaires directoriales,\n« écœuré des attaques injustes dont sa personnalité était l'objet », il fallait\nchoisir un successeur à ce Théodore ineffable, cadeau d'un Ciel trop facé-\ntieux. On avait prononcé un tas de noms célèbres, avec les titres à l'appui.\nOn parlait naturellement de M. Henry Marcel, l'auteur distingué de la\nBonne à tout faire ; du blond M. Adrien Bernheim, le premier comique\napplaudi de Trente ans ae théâtre ou la Vie d'un Souffleur, La blanchisseuse\nde M. Le Bargy (en deux mots) envoyait au des dépêches datées de\nLondres pour poser la candidature des cravates de son client. On murmurait\nles voyelles et consonnes de M. Raoul Gunsbourg, dit « Passe et Manque\npas un Impair », metteur en scène d'une inégalée\nD'aucuns songeaient au Prince de Monaco et même à M. Deutsch (de la\nMeurthe... et Musih). Tout ça, au fond, n'était que du battage pour amu-\nser la galerie. Les gens bien informés connaissaient le complot qui se tra-\nmait dans l'ombre des couloirs faubourg-poissonniers. L'héritier présomp-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.44", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "tif avait déjà sa cour, comme jadis, à l'Elysée, d'avisés flatteurs adulaient\nun Président Napoléon, le neveu de l'autre. A l'instar de ce devancier,\net peut-être insuffisamment désigné par la gloire, l'ambitieux résolut de\ntaire un coup d'Etat, et, profitant d'un examen, d'un jury complaisant ou\nfaible, il se fit proclamer Roi du Prix de Rome. Le lendemain, les journaux\nsignifiaient son triomphe aux populations ébaubies ; les interviews assié-\ngeaient ses élèves. Ce fut un beau feu d'artifice, dont les pétards, bien-\ntôt, lui sont partis dans les jambes. Quand la fumée fut dissipée, il constata\navec stupeur qu'un autre était assis sur le trône envié. M. Gabriel Fauré\nvient d être nommé Directeur du Conservatoire. Un grand artiste remplace\nune honorable nullité à la barbe d'un prétentieux jocrisse, Le singulier\nverdict du tout récent « concours préparatoire » n'est évidemment pas\nétranger au bienfait de cet heureux dénouement. Ainsi Gribouille crachait\nen l'air, sans se douter que ça lui retomberait sur le nez. J. M.\nLes prudents. Il existe à Paris une Revue qui se qualifie de musicale.\nVous ne le saviez pas sans doute, ami lecteur, et peu vous importe ? D'ac-\ncord. Mais voici que cette insignifiante feuille-de-gros-légume s'avise de se\nfâcher ; sa colère est grosse et sournoise à la fois, et se traduit, dans le der-\nnier numéro (i 5 juin 1905, p. 348), par une petite note où on se plaint de\n« soustraction de listes d'abonnés » et « regrette de voir un journal se dis-\nqualifier, dès le début, en employant aussi légèrement de tels procédés. »\nFaisons une hypothèse hardie autant que gratuite. Supposons que l'ano-\nnyme auteur de cet entrefilet sache ce que parler veut dire. Ce n'est pas\n(( légèrement » qu'il aura employé des mots tels que soustraire ou disqua-\nlifier.\nIl sait à quoi Ton s'expose en traitant ainsi son prochain. Nous nous\nétonnons donc, à notre tour, qu'il n'ait pas cru devoir désigner plus nette-\nment les personnes à qui s'adresse cette provocation. Force lui sera\nbien de le faire, s'il ne veut pas que l'épithète que nous écrivions en\ntête de ces lignes demeure attachée à son nom. Cette première satisfaction\nobtenue, ceux qu'il aura pris à partie donneront à l'affaire telle suite\nqu'elle semblera comporter.\nM. Vincent d'lndy a accepté de diriger une série de concerts d'orchestre\nà Boston au mois de décembre prochain.\nLe prix d'un torticolis. M. Paderewski, pianiste cher surtout aux An-\nglo-Saxons, a été pris, comme un simple mortel, dans un déraillement de\nchemin de fer, aux États-Unis. Le cou de M. Paderewski a gardé de cet\naccident une certaine raideur; cette infirmité, très gênante, paraît-il, pour\nun pianiste, sera indemnisée, en bon numéraire, par une compagnie d'as-\nsurances. Car M. Paderewski dépense, bon an mal an, une vingtaine de\nmille francs en primes : ses deux mains, en particulier, sont assurées pour\n250.000 francs. Voilà des précautions que feront bien de prendre tous ses\nconfrères en acrobatie, et quelques-uns rencontreront peut-être un généreux\nphilanthrope qui consentira à verser l'indemnité totale, en échange d'un\nengagement, en bonne et due forme, de ne plus toucher au clavier d'i-\nvoire. Tout sera pour le mieux ainsi : ils auront acquis une modeste ai-\nsance tout en conservant leurs dix doigts, et nos oreilles seront soulagées\nd'un virtuose.\nOrgue à vendre, 4 claviers, 75 jeux, etc. L'autre jour, M. Mutin,\nle successeur de Cavaillé-Coll, nous conviait dans son hall de l'a-\nvenue du Maine à venir entendre un orgue monumental. Il y avait sur cette\nréunion artistique une note de mélancolie : cet instrument colossal, avec\nses quatre claviers et ses 73 jeux, est une victime de la politique actuelle.\nQui l'eût cru ? c'est une conséquence peut-être inattendue des lois récentes"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3802, "texte": "qui appauvrissent les églises sans enrichir les communes : la cathédrale\nqui avait commandé cet orgue ne peut plus le recevoir. Et au bout du\ncompte, qui est atteint par la politique du Défroqué? Si l'industrie des or-\nganiers souffre en France, elle peut s'établir ailleurs : M. Mutin ouvre une\nsuccursale en Angleterre. Mais celui qui reste toujours attaché à la glèbe,\nau risque d'y mourir de faim, quand l'industriel s'en va, c'est l'ouvrier\nJe suis bien sûr qu'il importait fort peu aux ouvriers organiers français\nque le monopole des inhumations fût aux églises ou aux communes,\npourvu que le travail ne chôme pas !\nEnfin ! parlons plutôt musique. La maîtrise coutumièred'A. Guilmant\na mis en relief tout ce qu'on peut tirer d'un instrument aussi complet, véri-\ntable encyclopédie delà sonorité. On a encore entendu avec un plaisir tou-\njours renouvelé Mme Marthe Legrand et un soprano très remarquable,\nformé à la Schola Cantorum, dont les variations onomastiques nous empê-\nchent de savoir le nom exact : on l'applaudit il y a un an et demi sous\nl'honnête vocable de Marie Pironnet. Puis, comme succès oblige, Marie\nest devenue Mary. De même Pironnet s'est alangui en Pironnay. Enfin, dans\nun programme de musique moderne, nous rencontrons l'orthographe Pyron-\nnay ! Tout cela est très drôle, et même un peu puéril. Les raisons de votre\nsuccès, Mademoiselle, sont plutôt dans votre talent naissant. MM. David et\nGébelin ne changent pas de nom et ils ont bien raison d'être fiers de celui\nqu'ils portent : ils complétaient l'autre jour le quatuor vocal que nous avons\napplaudi dans un Madrigal d'A. Philippe.\nLes « Chanteurs de Saint-Gervais » à l'église de la Sorbonne. On se\nsouvient qu'en l'année 1903 le nouveau curé de l'église Saint-Gervais,\nM. l'abbé Maille, estimant que les célèbres chanteurs ne réalisaient point\nson idéal artistique, un beau matin, leur signifia leur congé.\nComme on avait quelque raison de croire que les plus hauts dignitaires du\nclergé parisien avaient sans déplaisir vu cette expulsion, aucune église ne\ns'ouvrit à eux, jusqu'au jour où l'énergique et intelligent chapelain de l'é-\nglise de la Sorbonne, fort d'ailleurs du Motu proprio, M. l'abbé Paquier,\ndocteur ès lettres et en beaucoup d'autres sciences, ne se crut point obligé,\nau nom de la solidarité ecclésiastique, d'épouser le sectarisme imbécile de\ntel de ses collègues, et appela les Chanteurs de Saint-Gervais dans l'église\nde Richelieu.\nIl n'eut point tort: à laToussaintet àla Noël, en Semaine sainte, àPâques,\nà l'Ascension et à la Pentecôte, on entendit les plus beaux offices que Paris\nconnut jamais. La foule vint et l'on put connaître que la Missa brevis\nfait encore plus d'argent qu'un pauvre Enfant-Roi. Le vieux répertoire n'est\npas mort, en dépit de ceux qui le jugent suranné. On l'entendra encore\nl'an prochain aux mêmes dates.\nEt la morale de cette histoire est piquante. La foule qui vient à la Sor-\nbonne ne va plus à l'église Saint-Gervais et n'y porte plus son argent,\ncomme jadis. Or donc, oyez le poids des gros sous ! le clergé proscripteur\nde Saint-Gervais fait aujourd'hui à Charles Bordes ses plus jolis sourires.\nTel qui le mit naguère à la porte le redemande aujourd'hui. Mais Bordes\nne se crut point le droit de galvauder Palestrina et les autres : l'église de la\nSorbonne, qui leur ouvrit ses portes, les a refermées sur eux.\nThéâtres populaires. « M. Dujardin-Beaumetz vient de créer une com-\nmission des théâtres populaires. Au sein de cette commission,\ncomme disent en leur jargon MM. les parlementaires, reposent les mem-\nbres les plus notoires, les plus décoratifs, ou simplement des gens que\nM. Beaumetz croit utiles à chanter sa gloire dans la presse. M. Sarraut en\nest parce que l'appui de la Dépêche n'est jamais à négliger; M. Millevoye,."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "comme bon républicain, M. Brisson comme bon penseur ou comme-\nhomme de lettres, et aussi M. Lumet.\n« Mais il est deux hommes qui, depuis dix ans, ont lutté pour l'avènement\ndu théâtre populaire en France. L'un se nomme Eugène Morel, auteur d'un\nsubstantiel ouvrage sur la question ; l'autre est Romain Rolland, de qui\nfaire, à ce propos, l'éloge serait oiseux. Ni l'un ni l'autre n'en sont... Cela\nne vous étonne point, n'est-ce pas ? Nous non plus... »\nAinsi s'exprime, en son numéro du iS juin, le Cri de Paris. Nous nous\nassocions d'autant plus volontiers à ces paroles, que M. Romain Rolland est\nun de nos plus éminents et fidèles collaborateurs.\nSociété Philharmonique... française. Le quatuor Capet, dont un de nos\ncollaborateurs faisait à juste titre le plus bel éloge dans un de ces derniers\nnuméros, fera entendre les XVII Quatuors de Beethoven, salle des Agricul-\nteurs, les jeudis soir à partir du g novembre 1903. Les premiers artistes de\nParis donneront leur concours à ces auditions, qui se dénommeront\nConcerts populaires. Pour tous renseignements, s'adresser à M. Barrau, 22,,\nrue Nollet, Paris.\nLa société l'Orchestre, que dirige M. Victor Charpentier, donnait, le 24\njuin, au Trocadéro, un fort beau concert ou nous sommes heureux d'avoir\nà signaler le très vif succès de M. A. Guilmant dans le Concerto en si bémol\nde Haendel et la Marche funèbre et Chant séraphique, dont il est l'auteur ;\nde M. G. Enesco dans 1 Aria de Bach et de Mlle Lucienne Bréval dans la\nscène V du Ile acte d'Armide, de Gluck.\nUn Concours général de musique. Sous le haut patronage de S. A. S.\nle prince Albert de Monaco, de M. Henry Deutsch (de la Meurthe) et de la\nSociété des Grandes Auditions Musicales de France, dont la présidente est\nMme la Comtesse Greflfulhe, un Concours de musique est ouvert par les\nsoins de la Société Musicale, dont le siège est au Pavillon de Hanovre, 32,.\nrue Louis-le-Grand, à Paris.\nARTICLE PREMIER. Ce concours prendra le nom de : Concours général\nde musique.\nART. 2. Le Concours portera sur quatre genres d'oeuvres :\n10 Opéra ou drame lyrique,\n2° Opéra comique.\n30 Ballet ou ballet-pantomime.\n4° Musique de chambre (un trio et une sonate).\nART. 3. Le Concours sera international pour chacune des sections\nprécitées.\nART. 4. Pour les ouvrages dramatiques, opéras, drames lyriques,\nopéras comiques, ballets, les concurrents restent libres de faire composer\nou de composer eux-mêmes leur poème.\nART. 5. Les œuvres présentées au concours devront être inédites et\ninexécutées, soit intégralement, soit par fragments.\nART. T o; Le nombre des actes ou tableaux, pour 1 \"opéra ou drame ly-\nrique, Vopéra comique et le ballet n'est pas limité. Toutefois leur durée to-\ntale ne devra pas excéder la durée normale d'une représentation théâtrale.\nLe ballet devra offrir des qualités de composition qui permettent de le\nreprésenter sur uti théâtre classé.\nLe trio (pour piano, violon et violoncelle) et ,1a sonate (pour piano et\nviolon) devront être conçus dans le caractère habituel des œuvres de mu-\nsique de chambre.\nART. 11. Le Concours s'est ouvert le 15 février 1905 ;il sera irrévo-\ncablement clos le 31 octobre 1906. Les manuscrits seront reçus jusqu'à\ncette date ; ils devront être adressés à M. le Secrétaire général du Concours-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "général de musique, à la Société Musicale, Pavillon de Hanovre, 32, rue\nLouis-le-Grand, Paris.\nART. 12. Les donateurs du Concours général de Musique ont mis les\nsommes suivantes àla disposition de la Société Musicale pour être distri-\nbuées aux lauréats :\n1° Prix d'opéra ou drame lyrique. . . 30.000 »\n2° Prix d'opéra comique 12.000\n30 Prix de ballet 8.000 »\n4° Prix de musique de chambre :\na. Trio. . 3.000 c\nb. Sonate . 2.000 5.000 »\n55.000 »\nART. 13. L'opéra, l'opéra comique et le ballet qui auront remporté le\npremier prix seront joués soit au Grand-Théâtre de Monte-Carlo, soit sur\nune grande scène parisienne.\nA 1 Opéra-Comique. —Aphrodite, la nouvelle œuvre lyrique de M. Camille\nErlanger, d'après le roman de M. Pierre Louys, sera une des nouveautés\nimportantes de la saison prochaine (hélas !). Le principal rôle sera créé par\nM]ie Mary Garden.\nM. Ch. Widor a écrit, sur un livret de M. Henri Cain, une nouvelle\nœuvre musicale, qui s'appelle les Pêcheurs de Saint-Jean.\nCet opéra comique en quatre actes a été lu aux interprètes, en présence\nde MM. Albert Carré, Luigini et Vizentini.\nLes Pêcheurs de Saint-Jean seront joués en octobre, aussitôt après\nMiarka, dont les répétitions se poursuivront jusqu'à la clôture. Les deux\nouvrages seront représentés peu de temps après la réouverture.\nLes Pêcheurs de Saint-Jean seront interprétés, pour les principaux rôles,\npar Mmes Cocyte, Claire Friché, Lucy Vauthrin, et par MM. Dufranne,Billot,\nde Poumayrac et Selignac. Ce dernier fera ses débuts dans les Pêcheurs de\nSaint-Jean, et le rôle qui lui est confié est le plus important de la pièce.\nNous apprenons avec grand plaisir la rentrée, à partir du i 5 septembre,\nde Mme Charlotte Wyns.\nVoici les recettes encaissées par l'Opéra-Comique pendant le mois de\nmai ipos :\n1. L'Enfant-Roi (rep. pop.). s 3-371\n2. Carmen 8414\n3. Le Lé g a taire universel, le Jon-\ngleur de Notre-Dame, . . 6.030\n4. Le Roi dis 9.243\n5. La Cabrera (iro), Philèmon et\nBaucis x .700\n6. La Cabrera, Philèmon et\nBaucis 8.761\n7. (Matinée), Pelléas et Mèli-\nsande . . 8.154\n7. Carmen 7-25$\n8. Les Dragons de Villars. . . 4.513\n9. La Cabrera, le Jongleur de\nNoire-Dame 6.118\n10. Manon 8.875\n11. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis 8.006\n12. Le V 'aisseau Fantôme . . . 6.367\n13. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis. . . . . . . . 8.111\n14. Pelléas et Méli-\nsande. . . 6.858\n14. Werther,Cavalleriaßusticana 6.944\n1 5 • Xavière, les Rendez-vous bour-\ngeois (rep. pop.) 2.718\n16. La Cabrera, le Jongleur de\nNotre-Dame 7*973\n17. Le Vaisseau Fantôme. . . 5.681\n18. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis 7.472\n19. Carmen 8.223\n20. Le Roi iï Y s 7.399\n21. (Matinée), Lakmè, la Cabrera. 7»\n21. Louise 6.087\n22. Mignon (rep. pop.). . . . 4.577\n23. Chérubin {ire) I-575\n24. La Cabrera, /e Jongleur de\nNotre-Dame 8.521\n25. Chérubin . 9-393\n26. Alceste 7 133\n27. Chérubin 9.491\n28. (Matinée), /a Kie de Bohème,\nla Cabrera 4.882\n28. Le Vaisseau Fantôme . . , 5.400\n29. Mireille (rep. pop.) . . . . 4.490\n30. Chérubin 5-721\n31. Carmen „ 6.263"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "Ecole des Hautes Etudes sociales.-—Les cours et conférences de la section\nde musique seront organisés pour l'année 1905-6 de la manière suivante\nPrésident : M. Romain Rolland. MM.\nr P. Aubry, archiviste paléo-\nHistoire sociale des musiciens au moyen âge < graphe, professeur à la\n( Schola Cantorum.\nLes origines des maîtrises d'églises du XIe ( A. Gastoué, professeur à la\nau XVIe siècle ( Schola Cantorum.\nMusiciens primitifs et musiciens de la Re- (H. Expert, professeur à\nnaissance \\ l'Ecole Niederrneyer.\nPalestrina Michel Brenet.\nLes violonistes français au XVII* siècle. . . de la Laurencie.\nMusique française du XVIIe siecle. . . . Henri Quittard.\nLes cantates profanes de Bach André Pirro.\nLe lied avant Beethoven Romain Rolland.\nLa ballade : Lôwe Jean Chantavoine.\nL'influence de Schumann comme compositeur\net comme critique Paul Landormy.\nLa musique contemporaine Louis Laloy.\nLABORATOIRE D'ÉTUDES MUSICALES sous la direction de M. LALOY,\ndocteur es lettres, directeur du Mercure musical.\nMM. Alcan, Chartier, Dubrisay, Feine, dô Lacerda, P. Landormy,\nde la Laurencie, G. Lyon, Marnold, Mutin, Th. Reinach, Romain Rolland.\nRecherches sur la valeur réelle clés intervalles musicaux.\nSous la\nMme Mathieu, de l'Opéra, soprano. M. Fernand Luquin, icv violon.\nMlle Goulaincourt, de l'Opéra, con- M. Roelens, alto.\ntralto. M. Dumont, 2e violon.\nMM. Piroïa, de l'Opéra, ténor. M. Henri Richet, violoncelle.\nRagneau, de l'Opéra, basse.\nSociété des Auditions modernes. MM. Jean Canivet et Paul Oberdœrf-\nfer ont l'honneur de porter à la connaissance des compositeurs de musique,\nqu'ils viennent de fonder, avec le précieux concours de sommités musicales\nautorisées, la Société des Auditions modernes, dont le but est de faciliter aux\nauteurs de musique de chambre l'exécution, sans frais, de leurs oeuvres\nnouvelles et d'aider ainsi àla vulgarisation de la Sonate moderne (piano et\ninstruments à cordes) et de la Musique de. chambre (trios, quatuors, quin-\ntettes, etc., avec piano).\nLes compositeurs sont donc invités à envoyer des maintenant à l'adresse\ndu secrétaire de la « Société des Auditions modernes » au siège social,\nmaison Pleyel, 22, rue Rochechouart, à Paris, les manuscrits d'œuvres non\nencore exécutées dans le genre énoncé ci-dessus.\nLa date de clôture pour la réception des ouvrages est fixée au ier sep-\ntembre igos.\nLes manuscrits ne devront pas porter de noms d'auteurs, mais une épi-\ngraphe reproduite sur une enveloppe scellée jointe à l'envoi et renfermant\nle nom et l'adresse du compositeur.\nLes œuvres seront soumises à l'examen d'un comité composé de MM. C.\nChevillard, P. Dukas, S. Lazzari, P. Vidal et de MM. J. Canivet et P. Ober-\ndœrffer. Ce comité désignera les ouvrages qui seront exécutés à la salle\nPleyel en auditions publiques aux dates qui seront ultérieurement fixées.\nLes auteurs des oeuvres qui auraient été choisies en seront avisés avant\nle ie* octobre iqos, et à partir de cette date, les manuscrits dont l'exécution\nn'aura pu être fixée pour l'exercice 1905-1906, pourront être retirés ainsi\nque leur enveloppe conjointe (1) au siège de la société, sur la présentation\ndu reçu délivré lors du dépôt.\n\n(i) Afin de respecter l'incognito, seules les enveloppes correspondant aux ma-\nnuscrits choisis pour être interprétés seront ouvertes."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "L'édition vaticane. L' Ordinarium missce de la future édition vaticane\nest à l'impression. Le Rm(l dom Pothier, qui est à Rome, préside les\nséances où la Commission pontificale s'occupe de cette publication. Il a été\nreçuen audience parle Très Saint Pere le i 5 février.\nCette édition, on le sait, ne constituera pas un monopole pour 1 impri-\nmerie vaticane. Les éditeurs et imprimeurs qui offrent les garanties néces-\nsaires sont autorisés à la reproduire librementen entier ou par extraits, dans\ntous les formats. Outre la Société de Saint-Jean, Desclée et ClB, qui publie\ndéjà les éditions de Solesmes, la Maison de la Bonne Presse a résolu de re-\nproduire, en une ou plusieurs éditions de format commode et à l'usage des\nfidèles, l'édition type. En outre, MM. Biais frères et C>,V. Lecoffre, P. Le-\nthielleux, éditeurs, et J. Dumoulin, imprimeur, se sont réunis en une\nsociété dite Société d'éditions du chant grégorien, pour la reproduction\nauthentique et autorisée de l'édition vaticane.\nLes matériaux pour lapréparation de l'édition ont continué de s'accumu-\nler au scriptorium d'Appuldurcombe. La Revue du Chant grégorien nous\napprend qu'au milieu de février on avait déjà reçu d'ltalie quinze mille\népreuves photographiques de manuscrits. D'après une intéressante Chro-\nnique grégorienne parue dans Y Univers du 20 mars, l'atelier paléographique\nde rédaction possédait à cette date plus de 250 manuscrits complets. De\nplus, deux moines, lisons-nous dans la Rassegna Gregoriana (mars-avril,\nJ 58), parcourent en ce moment l'Espagne, àla recherche des manuscrits\ngrégoriens de ce pays. Chacun verra dans ces renseignements des preuves\nnouvelles que les rédacteurs prennent les moyens les plus sûrs et em-\nploient les méthodes de travail les plus consciencieuses pour donner à l'E-\nglise une édition aussi correcte que possible.\nLes Concours publics du Conservatoire auront lieu cette année à l'Opéra-\nComique, dans l'ordre suivant:\nLundi. . 17 juillet à 9h. 1/2 contrebasse, alto, violoncelle.\nMardi. .. 18 à 1 h. 1/2 chant (hommes).\nMercredi 19 à 1 h. chant (femmes).\nJeudi. . . 20 à midi violon.\nVendredi 21 à 9 h. harpe, piano (hommes).\nSamedi. .22 à 1 h. opéra comique.\nLundi. . . 24. à midi piano (femmes).\nMardi. .. 25 à 1 h. opéra.\nMercredi 26 à 9 h. tragédie, comédie.\nJeudi. .. 27 à midi flûte, hautbois, clarinette, basson.\nVendredi 28 à cor, cornet à piston, trompette, trombone.\nBoulogne sur-Mer. La Commission municipale des Fêtes organise cette\nannée, pour remplacer son festival permanent, des concerts pour l'exécution\ndesquels elle fait appel aux musiques et harmonies de division supérieure\net d'excellence, Une allocation très importante (500 fr., croyons-nous) sera\naccordée pour chaque concert.\nNous avisons les sociétés intéressées que leurs offres doivent être\nadressées, le plus rapidement possible, à M. le Président de la Commission\nmunicipale des Fêtes, mairie de Boulogne-sur-Mer. Elles devront faire\nconnaître le nombre des exécutants, la date possible du concert et la com-\nposition du programme.\n• Bruxelles. Le Groupe des compositeurs belges est définitivement cons-\ntitué depuis le 14 mai 1905. Ce groupe est fondé dans le but d9encourager\ntout mouvement musical en Belgique ; de favoriser V exécution et l'édition des\nœuvres de ses membres effectifs ; d'établir et d'entretenir entre eux des re-\nlations confraternelles ; de sauvegarder leurs intérêts artistiques et profes-\nsionnels.\nVoici la liste des membres du groupe:\nMM. Agniez, Alpaerts (Anvers), Biarent (Charleroi), Ciuytens (Mons),\nCrickboom, Ed. Criel (Gand), Daneau (Tournai), A. de Boek, A. De Greef,\nL. F. Delune, L. Delcroix, Du Bois (Louvain), A. Dupuis (Verviers),"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "F. Durand, Ed. Eckhautte, G. Frémolle, Paul Gilson, Henri Henge, Ch.\nHénusse, J Jongen (Liège), Paul Lebrun (Gand), Th. Lebrun (Gand),\nM. Lunssens, Marvet (Liège), Mortelmans (Anvers), R. Moulaert, L. Ontrop\n(Anvers), Ch. Radoux (Liège), Fr. Rasse, E. Raway, Ryelandt (Bruges),\n0. Roels (Gand), Schrey (Anvers). Smulders (Liège), L. Soubre, H. Thie-\nbaut, Uytîenhove (Gand), L, Van Dam. A. Van Oost (Diest), V. Vreuls\n(Paris), Wilford.\nSecrétaire : G. Rens.\nLyon. La direction du Grand-Théâtre compte donner pendant la\nsaison igos-6 : Armor, de Sylvio Lazari, Pelléas et Mélisande, de Debussy,\net Arnica, de Mascagni. On annonce comme reprises intéressantes : L'Or\ndu Rhin, Siegfried, la Walkyrie, le Crépuscule des Dieux, Tristan et Yseult.\nStrasbourg. Un congrès international de chant grégorien se tiendra à\nStrasbourg, du i 6 au 1 9 août 1905, sur l'initiative de la Commission pon-\ntificale de chant grégorien, pour promouvoir la restauration grégorienne or-\ndonnée par S S. le Pape Pie X. Son programme se composera de confé-\nrences scientifiques et pratiques et d'exécutions modèles.\nLe Dr P. Wagner, professeur à l'Université de Fribourg en Suisse, a été\nchargé de la préparation et de l'organisation du congrès.\nS. G. Mgr Fritzen, éveque de Strasbourg, a bien voulu en accepter la\nhaute présidence.\nLe comité local du congrès se compose de MM. le chanoine Kieffer,\narchiprêtre de la cathédrale, président ; Lutz, curé de Reuttenbourg ;\nDr Mathias, organiste de la cathédrale ; J. Viktori, maître de chapelle de\nla cathédrale ; M. Vogeleis5 curé de Behlenheim.\nLa Société des compositeurs de musique a tenu le 19 juin, dans une\ndes salles de la maison Pleyel, sous la présidence de son président,\nM. Georges Pfeiffer, son assemblée générale annuelle. Lecture a été faite\npar M.Arthur Pougin, secrétaire-rapporteur, de son rapport annuel sur les\ntravaux du comité. Puis, après une allocution du président, il a été\nprocédé à l'élection de douze membres du comité, dont dix sortants et\nrééligibles et deux démissionnaires. Ont été nommés : pour trois ans,\nMM. Letocart, Paul Rougnon, Tournemire, Léon Gastinel, Marcel Rous-\nseau, Pierre Kunc, Quef, Henri Bùsser, Ganaye, Gedalge ; pour deux ans,\nM. Dallier ; pour un an, M. Charles Lefebvre.\nA. Cappella. Ce compositeur vient d'être découvert par notre confrère\nla Presse, qui. dans son numéro du 10 juin, annonce la nouvelle en ces\ntermes :\n« Dimanche 11 juin, une messe solennelle sera chantée par A. Cappella\net les chanteurs de Saint-Gervais, à l'église de la Sorbonne, à dix heures. »\nCours et écoles de musique. A la très intéressante audition d'élèves de\nM. Marcel Chadaigne, donnée le 1 5 juin, on a vivement applaudi 1 e Soldat\nde plomb de Séverac, joué par M. Chadaigne et trois de ses élèves, la Chan-\nson bohémienne d'lnghelbrecht (M™e M. Chadaigne), la Petite suite de De-\nbussy, la Marche américaine de Widor, et de nombreux morceaux de Mozart,\nBeethoven, Schumann, Lalo, Chabrier, brillamment exécutés.\nLe 17 juin, la séance d'examens pour l'obtention des Brevets de capa-\ncité à l'enseignement du piano a été particulièrement brillante à l'Ecole\nBeethoven, dirigée Balutet.\nLe jury— dont la compétence n'échappera à personne- composé de\nMM. Guilmant, Bùsser, X. Leroux, Maréchal, Rougnon et P. Vidal, a si-\ngné les diplômes des élèves présentées (et toutes reçues) ; il a adressé ses\nplus chaudes félicitations à Mlles Balutet et Prévost sur la manière si\nartistique dont elles dirigent les classes de piano et de pédagogie.\nSur les 14 diplômes obtenus, 10 ont mérité des mentions.\nA l'étranger. L'Opéra de la Cour de Berlin a organisé une série de re-\nprésentations wagnériennes (de Rienp au Crépuscule des Dieux). Mile Aïno\nAckté, du grand Opéra de Paris, a été engagée pour interpréter le rôle\nd'Eisa. ~ - •"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.51", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2658, "texte": "— Les Opéras de la Cour de Dresde et de Munich ont organisé au com-\nmencement de juin une représentation d'une Ringtetralogie de Wagner.\n— Une pièce dramatique de Thuille, Lobetana été jouée comme nou-\nveauté au Théâtre de la Cour de Weimar sous la direction du kapellmeis-\nter Richard.\n— Les Femmes curieuses de Wolff-Ferrari ont été données à titre de\nnouveauté au théâtre Westens de Berlin.\n— Une opérette de H. Zumpe, Farinelli, a été mise à la scène à l'Opéra\nde la cour de Francfort.\n— Manon, de Massenet (avecMme Gutheil-Schoder), a été remise à l'étude\nà l'Opéra de la Cour de Vienne.\n— M. Gunsbourg n'a rien dit pour démentir le bruit flatteur, et par lui-\nmême semé, qui fait de lui l'auteur du chant des prisonniers, au IIe acte\nde Siberia.\nRappelons pour mémoire que cette mélodie, très populaire en Russie, est\nchantée par les bourlaki, haleurs de bateaux des bords de la Volga, et aussi\npar tous ceux qui peinent et ahanent à quelque lent travail ; qu'elle a\nété transcrite et harmonisée par Balakiref dans son Recueil de chants popu-\nlaires (1866), importée en France par les chœurs de M. Slaviansky d'Agré-\nnef en 1886, et publiée même, à cette époque, par le Figaro (mercredi 5\nmai 1886). Tout cela n'empêche que M. Gunsbourg en est l'auteur, et l'a\ngénéreusement cédée au compositeur Giordano. On serait généreux à\nmoins !\nNécrologie. — Franz Strauss, le père de M. Richard Strauss, est mort à\nMunich il y a une quinzaine de jours. Il fut pendant de longues années\npremier cor de l'orchestre de la Cour de Bavière et s'était acquis une répu-\ntation méritée pour la sûreté, la pureté, la plénitude du son qu'il obtenait\nsur son instrument. Excellent professeur, il a formé de très bons élèves.\n— Le Conservatoire de Bruxelles vient de perdre, en la personne de\nM. Léon Jouret, un professeur éminent et sympathique. Entre autres pro-\nductions, il avait donné une adaptation lyrique du Tricorne enchanté, de\nThéophile Gautier, et des choeurs pour YEsther, de Racine. M. Léon Jouret\nenseignait, depuis trente-deux ans, le solfège : il était officier de l'Ordre\nde Léopold II.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nL.-A. BOURGAULT-DUCOUDRAY. Esquisses d'après nature, pour piano,\nParis, Alphonse Leduc.\nL.-A. BOURGAULT-DUCOUDRAY. La Chanson de la Bretagne. Piano et\nchant. Paris, A. Noël.\n\nAVIS IMPORTANT\nNotre numéro 1 (15 mai 1905) étant entièrement épuisé, 72ows sommes\nobligés de procéder à un second tirage. iVoys prions donc MM. nouveaux\nAbonnés qui désirent avoir la collection complète de vouloir bien patienter\nquelques jours.\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c023", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.10.1", "titre_corps": "LE SCANDALE DU PRIX DE ROME", "titre_sommaire": "LE SCANDALE DU PRIX DE ROME", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": "LE SCANDALE DU PRIX DE ROME\n\nJ'avais promis à nos lecteurs de m'enquérir des insondables causes dont\nle poids évident ou l'influence peremptoire ouvrit a M. Paladilhe les por-\ntes de notre Institut. Un peu novice en la fonction pseudo-policière, j'inter-\nrogeai, au hasard des rencontres, musiciens, littérateurs, publicistes ou,\nmême, vulgaires contribuables, avec une perseveiance inextinguible et\ndigne d'un sort meilleur. Helas ! je dus constater bientôt que le monu-\nment national en question est généralement plus connu que ceux de qui\nsa coupole abrite l'eventuelle immortalité A 1 égard de IVI. Paladilhe, en\ntout cas, la surprise apparut à peu près unanime de l'apprendre doté d'un\nfauteuil.' Au lieu de me dévoiler pourquoi, chacun m'en demandait les\nmotifs, à moi pauvre qui, précisément, cherchais à pénétrer ce mystère.\nQuelques-uns, pourtant, prononçaient le nom de Patrie, mais sans convic-\ntion; d'autres, en l'entendant, ' rectifiaient et attribuaient cet opéra à\nM. Victorin Joncières. Je remarquai, en outre, que la plupart de mes\ninterlocuteurs avaient décidément oublié la d'antan.\ntransit gloriola mundi !...\nJe n'essaierai pas de dissimuler mon embarras perplexe en présence\nd'une obscurité si éloquente ou si modeste. Quels mentes cachés a\\aient\ndonc incité ses collègues à introduire M. Paladilhe au sein de leur illustre\net séculaire compagnie? Assurément, on ne se montra jamais d'une exi-\ngence impitoyable au Palais Mazarin. La collection des privilégiés n y\nmanque pas d'imprévu, et, quand on en relit la liste, 1 érudition des plus\ncomplaisants dictionnaires est trop souvent impuissante à ressusciter la\npersonne et les exploits de maint Immortel défunt. Notre celebie Acacie-\nmie Française, elle-même, ne s'attesta onques inexorable à la piètre bonne\nvolonté postulante, pas plus qu'inaccessible à des considérations dont le\nprix se dérobe aux soupçons de la postérité inavertie que nous sommes.\nLes alliances, les relations ou le cuisinier de tel candidat, îeçu s tns am-\nbages, échappent à la sagacité des plus patients compilateurs, ou bien, dé-\ntails superflus ou indignes, sont inconsidérément rejetes de leurs secoura-\nbles lexiques. Enfin, certains élus bénéficient de la stérilité propice de\nl'époque où fleurit leur laborieux talent. C'est ainsi que le Directoire, en\n1798, valut l'habit palmé de vert et le bicorne à Gabriel-Marie-Jean-Bap-\ntiste Legouvé. Ce plumitif aimable, alors âgé tout juste de trente-quatre\nprintemps, avait commis quelques tragédies versiriinaillées dont le temps\neffaça pour nous tout souvenir, sinon jusqu'à la trace Dans leurs\ncices de mémoire et de lecture(lB4.o), M.M. Thery et Désobiy assurent que\ncelui de ses ouvrages « qui conserve aujourd'hui encore le plus de droits à\nl'estime des gens de goût est le petit poème intitulé :\nFemmes, qui, joignant l'intérêt des anecdotes au charme de la versifica-\ntion, eut neuf éditions en quatre années »."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": "En voici un trop court et authentique extrait :\nL'enfant, de jour en jour, avance dans la vie ;\nEt, comme les aiglons, gro, cédant à F envie\nDe mesurer les deux dans leur premier essor,\nExercent près du nid leur aile faible encor,\nDoucement soutenu sur ses mains chancelantes,\nIl commence ïessai de ses forces naissantes.\nSa i22ère près de lui : c'est elle dont le bras...\nEt ça continue tranquillement son petit pipi de muse en nourrice; ça\ncoule comme le robinet du marchand de coco des Tuileries. Evidemment,\nnos aïeux étaient loin de Zola. Mais, si les neuf éditions enlevées témoi-\ngnent d'âmes candides, elles trahissent aussi l'indigence du moment, et\nexcuseraient presque l'académisation de ce Ducis du pauvre, lequel, au\nsurplus, siégeait déjà parmi nos Immortels, quand il émit ce jet serein de\nsa verve innocente. On peut faire, en somme, bien d'autres non moins\nineffables trouvailles dans le passé de notre Institut.\nD'ailleurs, et tout récemment, nous y possédâmes encore un autre\nLegouvé, Celui-ci se prénommait Ernest et vécut fort vieux. Il laissa la\nréputation d'un homtïie amène et spirituel, expert éminent dans l'art de\nbien lire, qui fit de l'escrime tous les matins jusqu'à quatre-vingt-quinze\nans et Adrienne Découvreur. A titre de document, voici un échantillon de\n■sa prose :\n... Un jour, un de nous, après un morceau entraînant de Bossuet, prit la\nProvinciale de Pascal sur ï homicide. Quel contraste ! Quelle différence\nd'impression ! Autant Bossuet avait enthousiasmé nos amis, autant Pascal les\nlaissa froids, je dirai presque ennuyés...\nCe style de conversation dans la rue indique assurément que si ce\nM. Legouvé-là était un fin liseur, il fut un écrivain plutôt négligé, à tout le\nmoins. Certes, ce n'est pas un crime irrémédiable : il avait de glorieux\n•exemples. Malheureusement, chez lui, le fond est adéquat àla forme et\nn'offre rien de stendhalien. C'est de la causerie puérile et honnête, débi-\ntée au courant d'une plume insipide et, même, un peu pédante aussitôt\nqu'il s'agit de la spécialité du lecteur dans les salons du monde où l'on\ns'ennuie. Voire avec Adrienne Découvreur, le reste du bagage, y compris l'a-\nmour du fleuret et la longévité, justifierait à peine un bout de ruban vio-\nlet, et encore, aujourd'hui, où on n'en est pas chiche, sans le papa\ndudit second M. Legouvé. Ernest, en effet, était le fils du précédent. Notre\nAcadémie a parfois des raisons que la raison du commun saisit mal.\nLa succession héréditaire est volontiers admise parmi les habitudes de la\nmaison ; elle y est même très bien portée. Evidemment, le résultat en appa-\nraît quelquefois déconcertant, si on se place àun point de vue si peu\nque ce soit artistique ou le plus charitablement intellectuel. Mais on ne\npeut guère exiger d'eux de n'élire que des génies : ils sont quarante en\nl'assemblée. Diogène ne cherchait qu'un homme, et il le chercha toute sa\nvie.\nIl n'y a, en tout et pour tout, que six Membres de l'lnstitut dans la\nsection musicale. On aurait donc quelque droit d'espérer de ces mes-\nsieurs le souci de distinguer leur petit nombre par la qualité. Le devoir\nmême s'imposerait, d'abord, de diriger ses investigations dans ce sens\nfavorable et de ne repousser, a priori, nulle hypothèse. Ce n'est qu'après\navoir épuisé les plus invraisemblables du genre que, peut-être, on serait\nautorisé à évoquer les traditions du lieu, et à oser se demander, dans\nl'espèce, à la fois qui diable certain de ses collègues eut pour oncle et"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "de qui M. Paladilhe put bien être le neveu. Un jugement téméraire, néan-\nmoins, est chose assez grave pour excuser qu'on persiste longtemps dans\nune indécision scrupuleuse, même au risque d'y patauger. J'en étais là de\nces réflexions troublantes, quand un ami m'interrompit par sa visite. Aussi-\ntôt je mendigotai sans vergogne quelque renseignement d'ordre un tantinet\nmusical. La réponse fut négligente : « Paladilhe ?... mais c'est l'auteur\nde Jeanne d'Arc. Non, de Patrie. Tu crois ? C'est bien possi-\nble... C'était le gendre de Legouvé. J'ai connu un peu son beau-père... »\nLa suite de la conversation n'apprendrait rien au lecteur, pas plus que je\nn'y découvris rien, moi-même, qui pût autrement expliquer la fortune\nacadémique de cet Immortel inopiné.\nM. Paladilhe est ignoré du public et de la plupart des musiciens. Suc-\ncessifs et opiniâtres, ses fours mêmes sont désormais oubliés. Je ne parle\npas du génie, mais le simple talent méconnu sait percer et se répandre peu\nà peu hors du théâtre ou du concert et en dépit de leur ostracisme. M. Pa-\nladilhe eut la chance d'être joué à son heure, sans attendre, et cependant,\nintrouvables aujourd'hui dans les domiciles, ses partitions ne se rencon-\ntrent même pas sur les quais. Pour en dénicher les rossignols, il faut ex-\nplorer le rebut des magasins d'abonnement et en braver la poussière hu-\nmide. La... musique déposée le long de ces feuillets irresponsables assomme\nles profanes, ahurit le moindre dilettante, fait sourire les plus indulgents\nde ses confrères et rigoler les autres. Mais M. Paladilhe « se moque abso-\nlument » de tout cela ; il s'en tamponne les prunelles. Il s'en moqua tou-\njours imperturbablement, car il avait un papa-beau-père. M. Paladilhe\nétait le gendre de M. Legouvé (Ernest), lequel était le fils de Gabriel-Marie-\nJean-Baptiste, lequel... C'est trop loin, mais, qui sait ? Il y a des héré-\ndités si têtues ! Les fruits de M. Paladilhe le démontrent, à tous égards,\ndigne de perpétuer le désarmant lignage. Peut-être sont-ce là titres vala-\nbles, auprès des électeurs brevetés, pour pénétrer à l'lnstitut de France.\nLes esprits les plus circonspects accorderont que c'est peu, sans doute, ou\nbien beaucoup trop, pour légitimer des fonctions conférant audit person-\nnage l'influence et l'autorité de juge sans appel, en des matières intéres-\nsant l'avenir de notre art musical. Mais le gendre de M. Legouvé s'en pala-\ndilhe ab-so-lu-ment.\n(A suivre.)\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c025", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.10.2", "titre_corps": "M. CAMILLE SAINT-SAËNS ET LES ITALIENS.", "titre_sommaire": "M. CAMILLE SAINT-SAËNS ET LES ITALIENS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.39", "debut_caractere": 2480, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "M. CAMILLE SAINT-SAËNS ET LES ITALIENS.\nPar un malheureux hasard, M. Camille Saint-Saëns est arrivé à Paris\ntrop tard pour joindre le bruit de ses deux mains au fracas des acclamations\nitaliennes. Mais il a payé son écot par une assez longue lettre, adressée à\nl'éditeur organisateur de ces douteuses victoires, et l'élogieuse opinion\nqu'il y exprime a d'autant plus d'intérêt qu'elle n'a pas été Influencée par\nl'audition des œuvres.\nExcusez-moi, mon cher ami, auprès de votre brillante phalange de compo-\nsiteurs et auprès de vous-même, pour avoir été si peu présent, pendant cette\nbelle campagne a laquelle j'aurais voulu prêter un concours plus actif ; les\ndestins ne l'ont pas voulu. Ae croyez pas pour cela que je m'en sois désinté-\nressé : pendant le peu de jours que j'ai passés à Paris et qui m'ont laissé si"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "peu de liherté, j'ai dit à tous les échos ce que je pensais de ces œuvres si\nintéressantes, si vivantes et si théâtrales, et dont le haut intérêt, à mon sens,\nréside dans la réaction qu'elles montrent contre la tendance au théâtre mys-\ntique et antidramatique, tout en employant des moyens nouveaux.\nCe sont des œuvres audacieuses et franchement italiennes dans leur moder-\nnisme. Peu importe qu'elles soient combattues, peu importe même qu'elles ne\nsoient point parfaites qui donc est parfait ? elles tracent un sillon lu-\nmineux.\nJe suis, comme toujours, votre ami reconnaissant et dévoué.\nG. SAINT-SAENS.\nDes moyens nouveaux dans Fedora, Siberia, André Chénier ou /\nAh ! qu'il est bon de parler des choses sans les connaître ! D'ailleurs il\nest clair que l'auteur de cette lettre se moque de la musique italienne pres-\nque autant que de celle qu'il écrit lui-même aujourd'hui. On connaît\nM. Saint-Saëns ; on sait qu'il n'exalte que pour rabaisser. L'Ouvreuse de\nY Echo de Paris ne s'y est pas trompée : « Laissons, s'écrie-t-elle, laissons\nM. Saint-Saëns, en son âpre souci d'attaquer Vincent d'lndy (pour la plus\ngrande joie du paradoxal Vuillermoz et du fielleux Bruneau), exalter ces\nfondateurs du vérisme transalpin et s'extasier sur le sillon qu'ils tracent ;\nrien de bon n'y germera...\n« Déplorable Sillon, qu'as-tu fait de ta gloire? »\nLes aversions artistiques de M. Saint-Saëns sont nombreuses et tenaces,\nWagner, dès qu'il eut du succès en France, César Franck, dès qu'il eut\ngroupé autour de lui quelques jeunes énergies, Vincent d'lndy et Claude\nDebussy depuis toujours ! ont eu l'honneur des imprécations de Camille.\nExcusez du peu !\nTous nos maîtres n'en sont pas là, heureusement. Lorsque Pelléas nous\nfut donné, et que la critique quotidienne se déchaîna, avec un ensemble\npresque partait sur ce chef-d'œuvre, M. Vincent d'lndy, qui sait admirer d'autre\nmusique que la sienne, voulut réfuter lui-même certaines accusations ineptes,\net saluer les beautés nouvelles. Et il disait au Directeur de YOccident, en\nlui remettant son article : « Je regrette de n'avoir pu le travailler davan-\ntage : cela m'intéressait beaucoup. » Lorsque Y Etranger fut donné à\nBruxelles, Claude Debussy à son tour, par un mouvement spontané et\ncharmant, courut embrasser l'auteur de ce noble drame, au moment même\noù il échangeait avec les princes du journalisme des poignées de main fu-\nnèbres. Et il me souvient encore de ce dialogue, à la deuxième de Pelléas,\nentre un organiste illustre et vénéré, et un autre organiste plus jeune et\nmoins illustre, qui croyait flatter son maître en dénigrant Debusssy. Soli-\ndement campé sur ses deux courtes jambes, la tête renvexsée en arrière,\ncomme cédant au poids des épais cheveux blancs, le maître l'écoutaït*\njusqu'au moment où, n'y tenant plus, il éclata : « Ah ! vous me faites pi-\ntié ! Vous ne sentez rien devant cela ?Je suis plus jeune que vous! »\nÉternellement jeunes, en effet, sont les âmes d'artistes, parce qu'elles ne\npeuvent se dérober à l'attrait d'une belle œuvre. Mais méfions-nous\ndes talents grincheux !\nLouis LALOY* -"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c027", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.10.3", "titre_corps": "LE CONGRÈS MUSICAL DE CLERMONT, 12, 13 et 14 juin.", "titre_sommaire": "LE CONGRÈS MUSICAL DE CLERMONT, 12, 13 et 14 juin.", "signature_source": "Pierre Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.41", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": "LE CONGRÈS MUSICAL DE CLERMONT, 12, 13 et 14 juin.\n\nClermont-F errand, qui veut qu'aucune manifestation du progrès ne lui soit\nétrangère, a fait précéder d'un congrès de musique religieuse les jours de\nfièvre du circuit automobile. Organisé à l'instigation de la Schola Cantcrum\nparisienne par le maître de chapelle de la cathédrale, M. l'abbé F. Brun,\net sous les auspices de Pévêque, Mgr Belmont, ce congrès local et régional\na parfaitement réussi.\nJe ne doute pas que des manifestations de ce genre servent puissamment\nles intérêts artistiques de la musique : moins brillante peut-être que des\nassises internationales ou des congrès généraux, elles sont, dans un cadre\nplus restreint, d un effet plus immédiat sur la région où elles se produisent.\nCes réflexions viennent tout naturellement à l'esprit, en constatant\ncombien les échanges de vues, les demandes d'explications, les objections\nprésentées et résolues, se sont bien mieux fait place dans les discussions in-\ntérieures de ce congrès, que dans des séances d'apparat où chacun n'ose\ndire tout haut ce qu'il pense tout bas, et combien ainsi tous peuvent profi-\nter de çe qui paraît n'intéresser que quelques-uns.\nMais venons à l'ordre même du congrès.\nIl s ouvrit le lundi de la Pentecôte, 12 juin, par les Vêpres solennelles\ncélébiées a la cathédrale* Un double chœur de 200 voix, formé par la maî-\ntrise et le séminaire, a chanté l'office et le salut, un chœur sous la direc-\ntion de M. 1 abbé Brun, maître de chapelle, et de M. l'abbé Lagrange,\nmaître de chœur de la cathédrale, et l'autre chœur dirigé par M. Amédée\nGastoué, professeur de chant grégorien à l'École de la Schola parisienne.\nAu giand orgue, le maître Al. Guilmant, assisté de M. Clausmann, titulaire,\na joué les entrées, sorties, postludes et interludes, tous choisis dans les\nanciens maîtres, ou improvisés par réminent organiste sur les thèmes li-\nturgiques exécutés au chœur.\nEt vraiment, c était d'un effet superbe que d'entendre du chœur s'élever\nà 1 unisson la puissante mélodie du Veni creator Spii~itus, dans sa mono-\ndie purement vocale, sans aucun accompagnement, tandis qu'à l'autre bout\nde la vaste nef le grand orgue repondait en traitant le même thème par la\nvoix de Bach, de Gigault, de Frescobaldi, de Scheidt, de Titelouze, ou de\nGuilmant.\nDeux jours de suite, semblable fête se renouvela, avec plus de solennité\nencore la seconde fois. La maîtrise de la cathédrale d'abord, les Chan-\nteurs de Saint-Gervais ensuite, exécutèrent divers motets de maîtres an-\nciens et modernes, depuis Palestrina jusqu'à Guy Ropartz, avec un égal\nsuccès, et une même note de distinction artistique et de beauté religieuse*\nque la différence de caractère des œuvres faisait encore plus vivement res-\nsortir. #\nLe matin du mardi et du mercredi, ce fut la grand'messe solennelle,\nd'abord avec, comme ordinaire, une messe médiévale à l'unisson, puis, le\nlendemain, 1 admirable messe « du pape Marcel ». La dernière exécution\nreligieuse fut un florilège de motets choisis en l'honneur de la Vierge Ma-\nrie, à l'église si célèbre de Notre-Dame du Port, dont le beau vaisseau ro-\nman s'accordait si bien avec les chants exécutés.\nJ'ai omis de dire que Sa Grandeur Mgr Belmont ouvrit et clôtura le\ncongrès par des allocutions élevées et enthousiastes, suivies encore d'un\ntoast délicat porté à la Schola et à ses représentants, au cours d'un ban-\nquet au petit séminaire.\n*\nV *\nLes séances des congressistes furent des plus intéressantes, comme je"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2924, "texte": "l'ai dit, par l'échange de vues qui put se produire pendant les discussions\nouvertes, auxquelles deuK heures furent consacrées chaque .matinée.\nM. Gastoué avait assumé la tâche de répondre à toutes les questions, qui\nportèrent principalement sur le chant grégorien, depuis la prononciation\net l'accentuation latine jusqu'à l'accompagnement. Hâtons-nous de dire\nque tout le monde se déclara satisfait. Au cours des réunions musicales,\nM. Ch. Bordes avait fait appel à toute demande, d'explication, à tout con-\ntradicteur ou dissident : on eut les unes et les autres. Les principales ex-\nplications et résolutions pratiques portèrent sur ces points : i° le latin bien\naccentué, et l'adoption de la prononciation romaine de Vu, du j\\ etc.; 20 tous\nles assistants se déclarèrent d'accord sur la question du rythme grégo-\nrien, après les lumineuses explications fournies par le conférencier, mon-\ntrant, textes en mains, que les principaux dissidents de 1 interprétation\ntraditionnelle, ou ne comprenaient pas ces textes, ou en passaient sous\nsilence les parties capitales ; 3° en conséquence, on résolut de se préparer\ndans les églises à l'adoption progressive de l'édition vaticane, en appli-\nquant aux éditions en usage les règles mises en vigueur par la réforme\nbénédictine. Ces discussions furent encadrées de conférences de M. Bor-\ndes, sur le sort de Ici musique religieuse en France devant les lois actuelles ,\nde M. Quittard, Férudit musicologue, originaire de Clermont, sur Jean-\nPhilippe Rameau à Clermont et sa musique religieuse ; de M. Gastoué, sur\nles chants de la Pentecôte ; le tout avec des exemples chantes. Nous pen-\nsons que ces diverses conférences seront publiées, et qu on pourra en par-\nticulier relire les pages pratiques de M. Bordes sur le sujet plus haut dé-\nsigné et s'inspirer à beaucoup d'égards des projets d'organisation musi-\ncale des églises qu'il soumit au congrès, à la suite de l'application des\nlois en cours ou en discussion.\n*\n* *\nEnfin, si les chanteurs de Saint-Gervais s'étaient fait goûter à l'église\nencadrés par les chants plus sévères du séminaire et la grande voix des\norgues, ils se firent applaudir avec enthousiasme au concert, en compagnie\nde l'admirable quatuor vocal de la Schola ; M^e de la Rouvière interpréta\nentre autres le fameux air Divinités du Styx de telle façon qu il fut comme\nune révélation pour beaucoup de personnes qui le connaissaient déjà,\nMme J. de la Mare détailb, en surpassant encore sa maîtrise habituelle, un\nair de Hcendel et une mélodie de Bordes ; MM. David et Gébelin enfin fu-\nrent applaudis dans leurs admirables exécutions d'auteurs anciens ou mo-\ndernes, et le quatuor entier souleva la salle avec le Dialogus per la Pascua\nde Schutz, le Chant élégiaque de Beethoven, le Madrigal de G. lHauré\n(dont on annonçait précisément le même jour la nomination au poste de\ndirecteur du Conservatoire national).\n\nPierre Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c029", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.10.4", "titre_corps": "CAUSETTE", "titre_sommaire": "CAUSETTE", "signature_source": "Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.42", "debut_caractere": 2926, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "CAUSETTE\n\nCritique royale.\nSi les souverains s'y mettent ! Je viens de découvrir, dans- le Petit\nNiçois, une chronique musicale signée du roi d'ltalie, et consacrée, natu-\nrellement, à l'exaltation de l'italianisme. Les rois sont généralement des\nnationalistes assez fervents. Tout de même, Majesté, vous avez des\narguments plutôt imprévus ! Vous décrétez, avec une raideur toute monar-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.43", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "chique, que, pour un Français, la vénération de M. Sonzogno est une\nobligation patriotique. Vous affirmez que la supériorité artistique de cet\néditeur réside dans les opinions de son journal II Secolo, qui fut le défen-\nseur courageux de la France, « aux plus mauvaises heures de la politique\ncrispinienne ».\nSaisissant mal le rapport qui unit la politique de Crispi à la musique de\nLeoncavallo, j admets humblement, sans autre examen, que les musiciens\ndépourvus de tendresse pour les partitions de M, Sonzogno sont de mau-\nvais Français et d odieux ingrats. Mais, par contre, Sire, je trouve plus\nirritante votre ironique peinture de notre esprit national, qui se complaît,\ndites-vous, « aux nuageuses irréalités de la légende, et que ravissent par-\ndessus tout les musiques mystiques de l'inexprimable et les formules d'un\nart très savant et très hermétique » ! (Ce qu'il faut s'entendre dire tout de\nmême !) De plus, il m apparaît obscurément que la logique des rois n'a rien\nde commun avec celle des simples mortels. Après avoir prouvé dans la\npremière colonne que Paris avait le devoir d'adorer l'art milanais,, n'ajou-\ntez-vous pas dans la seconde que les tempéraments français et italien sont\nradicalement opposés l'un à l'autre et incapables, quoi qu'on fasse, de se\ncompiendre ? « Ce sont, ajoutez-vous, des conflits de races foncièrement\ndissemblables et, malgré tout, sournoisement hostiles. » Alors... je ne\ncomprends plus du tout !... D ailleurs, vous vous empressez de synthétiser\nles efforts artistiques des deux nations dans les noms inattendus de d'An-\nnunzio et de Maeterlinck ! Ah ! ces souverains ! Quels princes-sans-rire !\nVoici d Annunzio obligé d'endosser la responsabilité artistique de Za%a, et\nMaeterlinck désigné pour servir de caution à Debussy !\n*•••••••\nDERNIÈRE HEURE. L ambassade italienne nous informe que ce n'est\npas au roi d'ltalie qu'il faut attribuer la paternité de cet article. Cette si-\ngnature de « Victor Emanuele » est celle d'un obscur plumitif des Alpes-\nMaritimes... Ah ! par exemple, si j'avais su ça plus tôt, c'est moi qui n'au-\nrais pas pris tant de précautions oratoires et de mitaines protocolaires pour\nréfuter ce bafouillage!\n\nWilly."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c031", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.10.5", "titre_corps": "ECHOS", "titre_sommaire": "ECHOS", "signature_source": "Pan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.43", "debut_caractere": 2217, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "ECHOS\n\nAu Conservatoire. M. Dubois se retirant des affaires directoriales,\n« écœuré des attaques injustes dont sa personnalité était l'objet », il fallait\nchoisir un successeur à ce Théodore ineffable, cadeau d'un Ciel trop facé-\ntieux. On avait prononcé un tas de noms célèbres, avec les titres à l'appui.\nOn parlait naturellement de M. Henry Marcel, l'auteur distingué de la\nBonne à tout faire ; du blond M. Adrien Bernheim, le premier comique\napplaudi de Trente ans ae théâtre ou la Vie d'un Souffleur, La blanchisseuse\nde M. Le Bargy (en deux mots) envoyait au des dépêches datées de\nLondres pour poser la candidature des cravates de son client. On murmurait\nles voyelles et consonnes de M. Raoul Gunsbourg, dit « Passe et Manque\npas un Impair », metteur en scène d'une inégalée\nD'aucuns songeaient au Prince de Monaco et même à M. Deutsch (de la\nMeurthe... et Musih). Tout ça, au fond, n'était que du battage pour amu-\nser la galerie. Les gens bien informés connaissaient le complot qui se tra-\nmait dans l'ombre des couloirs faubourg-poissonniers. L'héritier présomp-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.44", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "tif avait déjà sa cour, comme jadis, à l'Elysée, d'avisés flatteurs adulaient\nun Président Napoléon, le neveu de l'autre. A l'instar de ce devancier,\net peut-être insuffisamment désigné par la gloire, l'ambitieux résolut de\ntaire un coup d'Etat, et, profitant d'un examen, d'un jury complaisant ou\nfaible, il se fit proclamer Roi du Prix de Rome. Le lendemain, les journaux\nsignifiaient son triomphe aux populations ébaubies ; les interviews assié-\ngeaient ses élèves. Ce fut un beau feu d'artifice, dont les pétards, bien-\ntôt, lui sont partis dans les jambes. Quand la fumée fut dissipée, il constata\navec stupeur qu'un autre était assis sur le trône envié. M. Gabriel Fauré\nvient d être nommé Directeur du Conservatoire. Un grand artiste remplace\nune honorable nullité à la barbe d'un prétentieux jocrisse, Le singulier\nverdict du tout récent « concours préparatoire » n'est évidemment pas\nétranger au bienfait de cet heureux dénouement. Ainsi Gribouille crachait\nen l'air, sans se douter que ça lui retomberait sur le nez. J. M.\nLes prudents. Il existe à Paris une Revue qui se qualifie de musicale.\nVous ne le saviez pas sans doute, ami lecteur, et peu vous importe ? D'ac-\ncord. Mais voici que cette insignifiante feuille-de-gros-légume s'avise de se\nfâcher ; sa colère est grosse et sournoise à la fois, et se traduit, dans le der-\nnier numéro (i 5 juin 1905, p. 348), par une petite note où on se plaint de\n« soustraction de listes d'abonnés » et « regrette de voir un journal se dis-\nqualifier, dès le début, en employant aussi légèrement de tels procédés. »\nFaisons une hypothèse hardie autant que gratuite. Supposons que l'ano-\nnyme auteur de cet entrefilet sache ce que parler veut dire. Ce n'est pas\n(( légèrement » qu'il aura employé des mots tels que soustraire ou disqua-\nlifier.\nIl sait à quoi Ton s'expose en traitant ainsi son prochain. Nous nous\nétonnons donc, à notre tour, qu'il n'ait pas cru devoir désigner plus nette-\nment les personnes à qui s'adresse cette provocation. Force lui sera\nbien de le faire, s'il ne veut pas que l'épithète que nous écrivions en\ntête de ces lignes demeure attachée à son nom. Cette première satisfaction\nobtenue, ceux qu'il aura pris à partie donneront à l'affaire telle suite\nqu'elle semblera comporter.\nM. Vincent d'lndy a accepté de diriger une série de concerts d'orchestre\nà Boston au mois de décembre prochain.\nLe prix d'un torticolis. M. Paderewski, pianiste cher surtout aux An-\nglo-Saxons, a été pris, comme un simple mortel, dans un déraillement de\nchemin de fer, aux États-Unis. Le cou de M. Paderewski a gardé de cet\naccident une certaine raideur; cette infirmité, très gênante, paraît-il, pour\nun pianiste, sera indemnisée, en bon numéraire, par une compagnie d'as-\nsurances. Car M. Paderewski dépense, bon an mal an, une vingtaine de\nmille francs en primes : ses deux mains, en particulier, sont assurées pour\n250.000 francs. Voilà des précautions que feront bien de prendre tous ses\nconfrères en acrobatie, et quelques-uns rencontreront peut-être un généreux\nphilanthrope qui consentira à verser l'indemnité totale, en échange d'un\nengagement, en bonne et due forme, de ne plus toucher au clavier d'i-\nvoire. Tout sera pour le mieux ainsi : ils auront acquis une modeste ai-\nsance tout en conservant leurs dix doigts, et nos oreilles seront soulagées\nd'un virtuose.\nOrgue à vendre, 4 claviers, 75 jeux, etc. L'autre jour, M. Mutin,\nle successeur de Cavaillé-Coll, nous conviait dans son hall de l'a-\nvenue du Maine à venir entendre un orgue monumental. Il y avait sur cette\nréunion artistique une note de mélancolie : cet instrument colossal, avec\nses quatre claviers et ses 73 jeux, est une victime de la politique actuelle.\nQui l'eût cru ? c'est une conséquence peut-être inattendue des lois récentes"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3802, "texte": "qui appauvrissent les églises sans enrichir les communes : la cathédrale\nqui avait commandé cet orgue ne peut plus le recevoir. Et au bout du\ncompte, qui est atteint par la politique du Défroqué? Si l'industrie des or-\nganiers souffre en France, elle peut s'établir ailleurs : M. Mutin ouvre une\nsuccursale en Angleterre. Mais celui qui reste toujours attaché à la glèbe,\nau risque d'y mourir de faim, quand l'industriel s'en va, c'est l'ouvrier\nJe suis bien sûr qu'il importait fort peu aux ouvriers organiers français\nque le monopole des inhumations fût aux églises ou aux communes,\npourvu que le travail ne chôme pas !\nEnfin ! parlons plutôt musique. La maîtrise coutumièred'A. Guilmant\na mis en relief tout ce qu'on peut tirer d'un instrument aussi complet, véri-\ntable encyclopédie delà sonorité. On a encore entendu avec un plaisir tou-\njours renouvelé Mme Marthe Legrand et un soprano très remarquable,\nformé à la Schola Cantorum, dont les variations onomastiques nous empê-\nchent de savoir le nom exact : on l'applaudit il y a un an et demi sous\nl'honnête vocable de Marie Pironnet. Puis, comme succès oblige, Marie\nest devenue Mary. De même Pironnet s'est alangui en Pironnay. Enfin, dans\nun programme de musique moderne, nous rencontrons l'orthographe Pyron-\nnay ! Tout cela est très drôle, et même un peu puéril. Les raisons de votre\nsuccès, Mademoiselle, sont plutôt dans votre talent naissant. MM. David et\nGébelin ne changent pas de nom et ils ont bien raison d'être fiers de celui\nqu'ils portent : ils complétaient l'autre jour le quatuor vocal que nous avons\napplaudi dans un Madrigal d'A. Philippe.\nLes « Chanteurs de Saint-Gervais » à l'église de la Sorbonne. On se\nsouvient qu'en l'année 1903 le nouveau curé de l'église Saint-Gervais,\nM. l'abbé Maille, estimant que les célèbres chanteurs ne réalisaient point\nson idéal artistique, un beau matin, leur signifia leur congé.\nComme on avait quelque raison de croire que les plus hauts dignitaires du\nclergé parisien avaient sans déplaisir vu cette expulsion, aucune église ne\ns'ouvrit à eux, jusqu'au jour où l'énergique et intelligent chapelain de l'é-\nglise de la Sorbonne, fort d'ailleurs du Motu proprio, M. l'abbé Paquier,\ndocteur ès lettres et en beaucoup d'autres sciences, ne se crut point obligé,\nau nom de la solidarité ecclésiastique, d'épouser le sectarisme imbécile de\ntel de ses collègues, et appela les Chanteurs de Saint-Gervais dans l'église\nde Richelieu.\nIl n'eut point tort: à laToussaintet àla Noël, en Semaine sainte, àPâques,\nà l'Ascension et à la Pentecôte, on entendit les plus beaux offices que Paris\nconnut jamais. La foule vint et l'on put connaître que la Missa brevis\nfait encore plus d'argent qu'un pauvre Enfant-Roi. Le vieux répertoire n'est\npas mort, en dépit de ceux qui le jugent suranné. On l'entendra encore\nl'an prochain aux mêmes dates.\nEt la morale de cette histoire est piquante. La foule qui vient à la Sor-\nbonne ne va plus à l'église Saint-Gervais et n'y porte plus son argent,\ncomme jadis. Or donc, oyez le poids des gros sous ! le clergé proscripteur\nde Saint-Gervais fait aujourd'hui à Charles Bordes ses plus jolis sourires.\nTel qui le mit naguère à la porte le redemande aujourd'hui. Mais Bordes\nne se crut point le droit de galvauder Palestrina et les autres : l'église de la\nSorbonne, qui leur ouvrit ses portes, les a refermées sur eux.\nThéâtres populaires. « M. Dujardin-Beaumetz vient de créer une com-\nmission des théâtres populaires. Au sein de cette commission,\ncomme disent en leur jargon MM. les parlementaires, reposent les mem-\nbres les plus notoires, les plus décoratifs, ou simplement des gens que\nM. Beaumetz croit utiles à chanter sa gloire dans la presse. M. Sarraut en\nest parce que l'appui de la Dépêche n'est jamais à négliger; M. Millevoye,."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "comme bon républicain, M. Brisson comme bon penseur ou comme-\nhomme de lettres, et aussi M. Lumet.\n« Mais il est deux hommes qui, depuis dix ans, ont lutté pour l'avènement\ndu théâtre populaire en France. L'un se nomme Eugène Morel, auteur d'un\nsubstantiel ouvrage sur la question ; l'autre est Romain Rolland, de qui\nfaire, à ce propos, l'éloge serait oiseux. Ni l'un ni l'autre n'en sont... Cela\nne vous étonne point, n'est-ce pas ? Nous non plus... »\nAinsi s'exprime, en son numéro du iS juin, le Cri de Paris. Nous nous\nassocions d'autant plus volontiers à ces paroles, que M. Romain Rolland est\nun de nos plus éminents et fidèles collaborateurs.\nSociété Philharmonique... française. Le quatuor Capet, dont un de nos\ncollaborateurs faisait à juste titre le plus bel éloge dans un de ces derniers\nnuméros, fera entendre les XVII Quatuors de Beethoven, salle des Agricul-\nteurs, les jeudis soir à partir du g novembre 1903. Les premiers artistes de\nParis donneront leur concours à ces auditions, qui se dénommeront\nConcerts populaires. Pour tous renseignements, s'adresser à M. Barrau, 22,,\nrue Nollet, Paris.\nLa société l'Orchestre, que dirige M. Victor Charpentier, donnait, le 24\njuin, au Trocadéro, un fort beau concert ou nous sommes heureux d'avoir\nà signaler le très vif succès de M. A. Guilmant dans le Concerto en si bémol\nde Haendel et la Marche funèbre et Chant séraphique, dont il est l'auteur ;\nde M. G. Enesco dans 1 Aria de Bach et de Mlle Lucienne Bréval dans la\nscène V du Ile acte d'Armide, de Gluck.\nUn Concours général de musique. Sous le haut patronage de S. A. S.\nle prince Albert de Monaco, de M. Henry Deutsch (de la Meurthe) et de la\nSociété des Grandes Auditions Musicales de France, dont la présidente est\nMme la Comtesse Greflfulhe, un Concours de musique est ouvert par les\nsoins de la Société Musicale, dont le siège est au Pavillon de Hanovre, 32,.\nrue Louis-le-Grand, à Paris.\nARTICLE PREMIER. Ce concours prendra le nom de : Concours général\nde musique.\nART. 2. Le Concours portera sur quatre genres d'oeuvres :\n10 Opéra ou drame lyrique,\n2° Opéra comique.\n30 Ballet ou ballet-pantomime.\n4° Musique de chambre (un trio et une sonate).\nART. 3. Le Concours sera international pour chacune des sections\nprécitées.\nART. 4. Pour les ouvrages dramatiques, opéras, drames lyriques,\nopéras comiques, ballets, les concurrents restent libres de faire composer\nou de composer eux-mêmes leur poème.\nART. 5. Les œuvres présentées au concours devront être inédites et\ninexécutées, soit intégralement, soit par fragments.\nART. T o; Le nombre des actes ou tableaux, pour 1 \"opéra ou drame ly-\nrique, Vopéra comique et le ballet n'est pas limité. Toutefois leur durée to-\ntale ne devra pas excéder la durée normale d'une représentation théâtrale.\nLe ballet devra offrir des qualités de composition qui permettent de le\nreprésenter sur uti théâtre classé.\nLe trio (pour piano, violon et violoncelle) et ,1a sonate (pour piano et\nviolon) devront être conçus dans le caractère habituel des œuvres de mu-\nsique de chambre.\nART. 11. Le Concours s'est ouvert le 15 février 1905 ;il sera irrévo-\ncablement clos le 31 octobre 1906. Les manuscrits seront reçus jusqu'à\ncette date ; ils devront être adressés à M. le Secrétaire général du Concours-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "général de musique, à la Société Musicale, Pavillon de Hanovre, 32, rue\nLouis-le-Grand, Paris.\nART. 12. Les donateurs du Concours général de Musique ont mis les\nsommes suivantes àla disposition de la Société Musicale pour être distri-\nbuées aux lauréats :\n1° Prix d'opéra ou drame lyrique. . . 30.000 »\n2° Prix d'opéra comique 12.000\n30 Prix de ballet 8.000 »\n4° Prix de musique de chambre :\na. Trio. . 3.000 c\nb. Sonate . 2.000 5.000 »\n55.000 »\nART. 13. L'opéra, l'opéra comique et le ballet qui auront remporté le\npremier prix seront joués soit au Grand-Théâtre de Monte-Carlo, soit sur\nune grande scène parisienne.\nA 1 Opéra-Comique. —Aphrodite, la nouvelle œuvre lyrique de M. Camille\nErlanger, d'après le roman de M. Pierre Louys, sera une des nouveautés\nimportantes de la saison prochaine (hélas !). Le principal rôle sera créé par\nM]ie Mary Garden.\nM. Ch. Widor a écrit, sur un livret de M. Henri Cain, une nouvelle\nœuvre musicale, qui s'appelle les Pêcheurs de Saint-Jean.\nCet opéra comique en quatre actes a été lu aux interprètes, en présence\nde MM. Albert Carré, Luigini et Vizentini.\nLes Pêcheurs de Saint-Jean seront joués en octobre, aussitôt après\nMiarka, dont les répétitions se poursuivront jusqu'à la clôture. Les deux\nouvrages seront représentés peu de temps après la réouverture.\nLes Pêcheurs de Saint-Jean seront interprétés, pour les principaux rôles,\npar Mmes Cocyte, Claire Friché, Lucy Vauthrin, et par MM. Dufranne,Billot,\nde Poumayrac et Selignac. Ce dernier fera ses débuts dans les Pêcheurs de\nSaint-Jean, et le rôle qui lui est confié est le plus important de la pièce.\nNous apprenons avec grand plaisir la rentrée, à partir du i 5 septembre,\nde Mme Charlotte Wyns.\nVoici les recettes encaissées par l'Opéra-Comique pendant le mois de\nmai ipos :\n1. L'Enfant-Roi (rep. pop.). s 3-371\n2. Carmen 8414\n3. Le Lé g a taire universel, le Jon-\ngleur de Notre-Dame, . . 6.030\n4. Le Roi dis 9.243\n5. La Cabrera (iro), Philèmon et\nBaucis x .700\n6. La Cabrera, Philèmon et\nBaucis 8.761\n7. (Matinée), Pelléas et Mèli-\nsande . . 8.154\n7. Carmen 7-25$\n8. Les Dragons de Villars. . . 4.513\n9. La Cabrera, le Jongleur de\nNoire-Dame 6.118\n10. Manon 8.875\n11. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis 8.006\n12. Le V 'aisseau Fantôme . . . 6.367\n13. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis. . . . . . . . 8.111\n14. Pelléas et Méli-\nsande. . . 6.858\n14. Werther,Cavalleriaßusticana 6.944\n1 5 • Xavière, les Rendez-vous bour-\ngeois (rep. pop.) 2.718\n16. La Cabrera, le Jongleur de\nNotre-Dame 7*973\n17. Le Vaisseau Fantôme. . . 5.681\n18. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis 7.472\n19. Carmen 8.223\n20. Le Roi iï Y s 7.399\n21. (Matinée), Lakmè, la Cabrera. 7»\n21. Louise 6.087\n22. Mignon (rep. pop.). . . . 4.577\n23. Chérubin {ire) I-575\n24. La Cabrera, /e Jongleur de\nNotre-Dame 8.521\n25. Chérubin . 9-393\n26. Alceste 7 133\n27. Chérubin 9.491\n28. (Matinée), /a Kie de Bohème,\nla Cabrera 4.882\n28. Le Vaisseau Fantôme . . , 5.400\n29. Mireille (rep. pop.) . . . . 4.490\n30. Chérubin 5-721\n31. Carmen „ 6.263"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "Ecole des Hautes Etudes sociales.-—Les cours et conférences de la section\nde musique seront organisés pour l'année 1905-6 de la manière suivante\nPrésident : M. Romain Rolland. MM.\nr P. Aubry, archiviste paléo-\nHistoire sociale des musiciens au moyen âge < graphe, professeur à la\n( Schola Cantorum.\nLes origines des maîtrises d'églises du XIe ( A. Gastoué, professeur à la\nau XVIe siècle ( Schola Cantorum.\nMusiciens primitifs et musiciens de la Re- (H. Expert, professeur à\nnaissance \\ l'Ecole Niederrneyer.\nPalestrina Michel Brenet.\nLes violonistes français au XVII* siècle. . . de la Laurencie.\nMusique française du XVIIe siecle. . . . Henri Quittard.\nLes cantates profanes de Bach André Pirro.\nLe lied avant Beethoven Romain Rolland.\nLa ballade : Lôwe Jean Chantavoine.\nL'influence de Schumann comme compositeur\net comme critique Paul Landormy.\nLa musique contemporaine Louis Laloy.\nLABORATOIRE D'ÉTUDES MUSICALES sous la direction de M. LALOY,\ndocteur es lettres, directeur du Mercure musical.\nMM. Alcan, Chartier, Dubrisay, Feine, dô Lacerda, P. Landormy,\nde la Laurencie, G. Lyon, Marnold, Mutin, Th. Reinach, Romain Rolland.\nRecherches sur la valeur réelle clés intervalles musicaux.\nSous la\nMme Mathieu, de l'Opéra, soprano. M. Fernand Luquin, icv violon.\nMlle Goulaincourt, de l'Opéra, con- M. Roelens, alto.\ntralto. M. Dumont, 2e violon.\nMM. Piroïa, de l'Opéra, ténor. M. Henri Richet, violoncelle.\nRagneau, de l'Opéra, basse.\nSociété des Auditions modernes. MM. Jean Canivet et Paul Oberdœrf-\nfer ont l'honneur de porter à la connaissance des compositeurs de musique,\nqu'ils viennent de fonder, avec le précieux concours de sommités musicales\nautorisées, la Société des Auditions modernes, dont le but est de faciliter aux\nauteurs de musique de chambre l'exécution, sans frais, de leurs oeuvres\nnouvelles et d'aider ainsi àla vulgarisation de la Sonate moderne (piano et\ninstruments à cordes) et de la Musique de. chambre (trios, quatuors, quin-\ntettes, etc., avec piano).\nLes compositeurs sont donc invités à envoyer des maintenant à l'adresse\ndu secrétaire de la « Société des Auditions modernes » au siège social,\nmaison Pleyel, 22, rue Rochechouart, à Paris, les manuscrits d'œuvres non\nencore exécutées dans le genre énoncé ci-dessus.\nLa date de clôture pour la réception des ouvrages est fixée au ier sep-\ntembre igos.\nLes manuscrits ne devront pas porter de noms d'auteurs, mais une épi-\ngraphe reproduite sur une enveloppe scellée jointe à l'envoi et renfermant\nle nom et l'adresse du compositeur.\nLes œuvres seront soumises à l'examen d'un comité composé de MM. C.\nChevillard, P. Dukas, S. Lazzari, P. Vidal et de MM. J. Canivet et P. Ober-\ndœrffer. Ce comité désignera les ouvrages qui seront exécutés à la salle\nPleyel en auditions publiques aux dates qui seront ultérieurement fixées.\nLes auteurs des oeuvres qui auraient été choisies en seront avisés avant\nle ie* octobre iqos, et à partir de cette date, les manuscrits dont l'exécution\nn'aura pu être fixée pour l'exercice 1905-1906, pourront être retirés ainsi\nque leur enveloppe conjointe (1) au siège de la société, sur la présentation\ndu reçu délivré lors du dépôt.\n\n(i) Afin de respecter l'incognito, seules les enveloppes correspondant aux ma-\nnuscrits choisis pour être interprétés seront ouvertes."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "L'édition vaticane. L' Ordinarium missce de la future édition vaticane\nest à l'impression. Le Rm(l dom Pothier, qui est à Rome, préside les\nséances où la Commission pontificale s'occupe de cette publication. Il a été\nreçuen audience parle Très Saint Pere le i 5 février.\nCette édition, on le sait, ne constituera pas un monopole pour 1 impri-\nmerie vaticane. Les éditeurs et imprimeurs qui offrent les garanties néces-\nsaires sont autorisés à la reproduire librementen entier ou par extraits, dans\ntous les formats. Outre la Société de Saint-Jean, Desclée et ClB, qui publie\ndéjà les éditions de Solesmes, la Maison de la Bonne Presse a résolu de re-\nproduire, en une ou plusieurs éditions de format commode et à l'usage des\nfidèles, l'édition type. En outre, MM. Biais frères et C>,V. Lecoffre, P. Le-\nthielleux, éditeurs, et J. Dumoulin, imprimeur, se sont réunis en une\nsociété dite Société d'éditions du chant grégorien, pour la reproduction\nauthentique et autorisée de l'édition vaticane.\nLes matériaux pour lapréparation de l'édition ont continué de s'accumu-\nler au scriptorium d'Appuldurcombe. La Revue du Chant grégorien nous\napprend qu'au milieu de février on avait déjà reçu d'ltalie quinze mille\népreuves photographiques de manuscrits. D'après une intéressante Chro-\nnique grégorienne parue dans Y Univers du 20 mars, l'atelier paléographique\nde rédaction possédait à cette date plus de 250 manuscrits complets. De\nplus, deux moines, lisons-nous dans la Rassegna Gregoriana (mars-avril,\nJ 58), parcourent en ce moment l'Espagne, àla recherche des manuscrits\ngrégoriens de ce pays. Chacun verra dans ces renseignements des preuves\nnouvelles que les rédacteurs prennent les moyens les plus sûrs et em-\nploient les méthodes de travail les plus consciencieuses pour donner à l'E-\nglise une édition aussi correcte que possible.\nLes Concours publics du Conservatoire auront lieu cette année à l'Opéra-\nComique, dans l'ordre suivant:\nLundi. . 17 juillet à 9h. 1/2 contrebasse, alto, violoncelle.\nMardi. .. 18 à 1 h. 1/2 chant (hommes).\nMercredi 19 à 1 h. chant (femmes).\nJeudi. . . 20 à midi violon.\nVendredi 21 à 9 h. harpe, piano (hommes).\nSamedi. .22 à 1 h. opéra comique.\nLundi. . . 24. à midi piano (femmes).\nMardi. .. 25 à 1 h. opéra.\nMercredi 26 à 9 h. tragédie, comédie.\nJeudi. .. 27 à midi flûte, hautbois, clarinette, basson.\nVendredi 28 à cor, cornet à piston, trompette, trombone.\nBoulogne sur-Mer. La Commission municipale des Fêtes organise cette\nannée, pour remplacer son festival permanent, des concerts pour l'exécution\ndesquels elle fait appel aux musiques et harmonies de division supérieure\net d'excellence, Une allocation très importante (500 fr., croyons-nous) sera\naccordée pour chaque concert.\nNous avisons les sociétés intéressées que leurs offres doivent être\nadressées, le plus rapidement possible, à M. le Président de la Commission\nmunicipale des Fêtes, mairie de Boulogne-sur-Mer. Elles devront faire\nconnaître le nombre des exécutants, la date possible du concert et la com-\nposition du programme.\n• Bruxelles. Le Groupe des compositeurs belges est définitivement cons-\ntitué depuis le 14 mai 1905. Ce groupe est fondé dans le but d9encourager\ntout mouvement musical en Belgique ; de favoriser V exécution et l'édition des\nœuvres de ses membres effectifs ; d'établir et d'entretenir entre eux des re-\nlations confraternelles ; de sauvegarder leurs intérêts artistiques et profes-\nsionnels.\nVoici la liste des membres du groupe:\nMM. Agniez, Alpaerts (Anvers), Biarent (Charleroi), Ciuytens (Mons),\nCrickboom, Ed. Criel (Gand), Daneau (Tournai), A. de Boek, A. De Greef,\nL. F. Delune, L. Delcroix, Du Bois (Louvain), A. Dupuis (Verviers),"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "F. Durand, Ed. Eckhautte, G. Frémolle, Paul Gilson, Henri Henge, Ch.\nHénusse, J Jongen (Liège), Paul Lebrun (Gand), Th. Lebrun (Gand),\nM. Lunssens, Marvet (Liège), Mortelmans (Anvers), R. Moulaert, L. Ontrop\n(Anvers), Ch. Radoux (Liège), Fr. Rasse, E. Raway, Ryelandt (Bruges),\n0. Roels (Gand), Schrey (Anvers). Smulders (Liège), L. Soubre, H. Thie-\nbaut, Uytîenhove (Gand), L, Van Dam. A. Van Oost (Diest), V. Vreuls\n(Paris), Wilford.\nSecrétaire : G. Rens.\nLyon. La direction du Grand-Théâtre compte donner pendant la\nsaison igos-6 : Armor, de Sylvio Lazari, Pelléas et Mélisande, de Debussy,\net Arnica, de Mascagni. On annonce comme reprises intéressantes : L'Or\ndu Rhin, Siegfried, la Walkyrie, le Crépuscule des Dieux, Tristan et Yseult.\nStrasbourg. Un congrès international de chant grégorien se tiendra à\nStrasbourg, du i 6 au 1 9 août 1905, sur l'initiative de la Commission pon-\ntificale de chant grégorien, pour promouvoir la restauration grégorienne or-\ndonnée par S S. le Pape Pie X. Son programme se composera de confé-\nrences scientifiques et pratiques et d'exécutions modèles.\nLe Dr P. Wagner, professeur à l'Université de Fribourg en Suisse, a été\nchargé de la préparation et de l'organisation du congrès.\nS. G. Mgr Fritzen, éveque de Strasbourg, a bien voulu en accepter la\nhaute présidence.\nLe comité local du congrès se compose de MM. le chanoine Kieffer,\narchiprêtre de la cathédrale, président ; Lutz, curé de Reuttenbourg ;\nDr Mathias, organiste de la cathédrale ; J. Viktori, maître de chapelle de\nla cathédrale ; M. Vogeleis5 curé de Behlenheim.\nLa Société des compositeurs de musique a tenu le 19 juin, dans une\ndes salles de la maison Pleyel, sous la présidence de son président,\nM. Georges Pfeiffer, son assemblée générale annuelle. Lecture a été faite\npar M.Arthur Pougin, secrétaire-rapporteur, de son rapport annuel sur les\ntravaux du comité. Puis, après une allocution du président, il a été\nprocédé à l'élection de douze membres du comité, dont dix sortants et\nrééligibles et deux démissionnaires. Ont été nommés : pour trois ans,\nMM. Letocart, Paul Rougnon, Tournemire, Léon Gastinel, Marcel Rous-\nseau, Pierre Kunc, Quef, Henri Bùsser, Ganaye, Gedalge ; pour deux ans,\nM. Dallier ; pour un an, M. Charles Lefebvre.\nA. Cappella. Ce compositeur vient d'être découvert par notre confrère\nla Presse, qui. dans son numéro du 10 juin, annonce la nouvelle en ces\ntermes :\n« Dimanche 11 juin, une messe solennelle sera chantée par A. Cappella\net les chanteurs de Saint-Gervais, à l'église de la Sorbonne, à dix heures. »\nCours et écoles de musique. A la très intéressante audition d'élèves de\nM. Marcel Chadaigne, donnée le 1 5 juin, on a vivement applaudi 1 e Soldat\nde plomb de Séverac, joué par M. Chadaigne et trois de ses élèves, la Chan-\nson bohémienne d'lnghelbrecht (M™e M. Chadaigne), la Petite suite de De-\nbussy, la Marche américaine de Widor, et de nombreux morceaux de Mozart,\nBeethoven, Schumann, Lalo, Chabrier, brillamment exécutés.\nLe 17 juin, la séance d'examens pour l'obtention des Brevets de capa-\ncité à l'enseignement du piano a été particulièrement brillante à l'Ecole\nBeethoven, dirigée Balutet.\nLe jury— dont la compétence n'échappera à personne- composé de\nMM. Guilmant, Bùsser, X. Leroux, Maréchal, Rougnon et P. Vidal, a si-\ngné les diplômes des élèves présentées (et toutes reçues) ; il a adressé ses\nplus chaudes félicitations à Mlles Balutet et Prévost sur la manière si\nartistique dont elles dirigent les classes de piano et de pédagogie.\nSur les 14 diplômes obtenus, 10 ont mérité des mentions.\nA l'étranger. L'Opéra de la Cour de Berlin a organisé une série de re-\nprésentations wagnériennes (de Rienp au Crépuscule des Dieux). Mile Aïno\nAckté, du grand Opéra de Paris, a été engagée pour interpréter le rôle\nd'Eisa. ~ - •"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.51", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2208, "texte": "— Les Opéras de la Cour de Dresde et de Munich ont organisé au com-\nmencement de juin une représentation d'une Ringtetralogie de Wagner.\n— Une pièce dramatique de Thuille, Lobetana été jouée comme nou-\nveauté au Théâtre de la Cour de Weimar sous la direction du kapellmeis-\nter Richard.\n— Les Femmes curieuses de Wolff-Ferrari ont été données à titre de\nnouveauté au théâtre Westens de Berlin.\n— Une opérette de H. Zumpe, Farinelli, a été mise à la scène à l'Opéra\nde la cour de Francfort.\n— Manon, de Massenet (avecMme Gutheil-Schoder), a été remise à l'étude\nà l'Opéra de la Cour de Vienne.\n— M. Gunsbourg n'a rien dit pour démentir le bruit flatteur, et par lui-\nmême semé, qui fait de lui l'auteur du chant des prisonniers, au IIe acte\nde Siberia.\nRappelons pour mémoire que cette mélodie, très populaire en Russie, est\nchantée par les bourlaki, haleurs de bateaux des bords de la Volga, et aussi\npar tous ceux qui peinent et ahanent à quelque lent travail ; qu'elle a\nété transcrite et harmonisée par Balakiref dans son Recueil de chants popu-\nlaires (1866), importée en France par les chœurs de M. Slaviansky d'Agré-\nnef en 1886, et publiée même, à cette époque, par le Figaro (mercredi 5\nmai 1886). Tout cela n'empêche que M. Gunsbourg en est l'auteur, et l'a\ngénéreusement cédée au compositeur Giordano. On serait généreux à\nmoins !\nNécrologie. — Franz Strauss, le père de M. Richard Strauss, est mort à\nMunich il y a une quinzaine de jours. Il fut pendant de longues années\npremier cor de l'orchestre de la Cour de Bavière et s'était acquis une répu-\ntation méritée pour la sûreté, la pureté, la plénitude du son qu'il obtenait\nsur son instrument. Excellent professeur, il a formé de très bons élèves.\n— Le Conservatoire de Bruxelles vient de perdre, en la personne de\nM. Léon Jouret, un professeur éminent et sympathique. Entre autres pro-\nductions, il avait donné une adaptation lyrique du Tricorne enchanté, de\nThéophile Gautier, et des choeurs pour YEsther, de Racine. M. Léon Jouret\nenseignait, depuis trente-deux ans, le solfège : il était officier de l'Ordre\nde Léopold II."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.51", "debut_caractere": 2654, "fin_caractere_exclue": 2658, "texte": "Pan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c033", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.10.6", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.51", "debut_caractere": 2210, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES\nL.-A. BOURGAULT-DUCOUDRAY. Esquisses d'après nature, pour piano,\nParis, Alphonse Leduc.\nL.-A. BOURGAULT-DUCOUDRAY. La Chanson de la Bretagne. Piano et\nchant. Paris, A. Noël."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c035", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.10.7", "titre_corps": "AVIS IMPORTANT", "titre_sommaire": "AVIS IMPORTANT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.51", "debut_caractere": 2407, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "AVIS IMPORTANT\nNotre numéro 1 (15 mai 1905) étant entièrement épuisé, 72ows sommes\nobligés de procéder à un second tirage. iVoys prions donc MM. nouveaux\nAbonnés qui désirent avoir la collection complète de vouloir bien patienter\nquelques jours."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-01_01#c036", "volume": "bmtnabh_1905-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.2.11", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.2", "debut_caractere": 654, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\n—-AIP-W\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey). ........ 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) . . . 1 fr. 70\nL'lniidèle (Maeterlinck). . . - • . 1 fr. 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette. . . . 1 fr. 70\nD'Anne qui me jecta de la neige. . . 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano. '. ... . . . . 3 fr. 35\nPour aider à la diffusion des\nE. Demets offre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer,\nd'éditer et de lancer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs o\nréservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\n•-■V. • ! : i ' ■ V ' ' ' : ' • - •••--. • ,• • : . ;■■ - - ' .. \" :: \\ ,j ' '\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nflgenee de la Société Nationale 4e fftosique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.1", "texte": "tre Année. -N° 4 |f* Juillet 1905\nParaît le 1e\"- et le 15 de chaque mois\nun '\nW' cro(luis d'album inédit de LÉ AN DRE\n■ --*' ' ■'; ;H\" t- •■■ ■-\" '• ■ .\ny ('• yr\", 1 ;*(.\n:'V '\n2, Rue de Louvois\n■ \\ \"■ \" ■ - . : - ' l\nPÂRIS-ll°- i\n' i *' \"\n\nAU SOMMAIRE:\n.PIERRE AUBRY\nRICCIOTTO CANUDO\nLouis LALOY\nJEAN MARNOLD\nr-:' f ; ; -"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.2", "texte": "SOMMAIRE\nRICCIOTTO GANUDÔ. ...... La musiqu\nARMANDE DE POLIGNAC.... Pensées d'ailleurs. fi , I\nJEAN MARNOLD Dialogues des Morts : 11. Wagner.\nLouis LALOY Le drame musi\nLÉANDRE ........... Croquis d'album inédit :A. Geloso.\nREVUE DE LAQUINZAINE\n'\nJEAN ... Le Scandale du Prix de Rome;\nLouis LALOY Camille Saint-Saëns et les Italiens.\nPIERRE AUBRY. . Le Congrès musical de Clermont»\nWILLY .. Causette.\nPAN Échos.\n\nABONNÉ ME un. an. Six mois-\nPARIS ET DÉPARTEMENTS .. - 12 fr. 6 fr.\nÉTRANGER . . » - 15 fr. 7 fr. 50\nPour les abonnés du Mercure de le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net àl3 fr. (Étranger). ' '' 'm\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\n—-AIP-W\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey). ........ 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) . . . 1 fr. 70\nL'lniidèle (Maeterlinck). . . - • . 1 fr. 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette. . . . 1 fr. 70\nD'Anne qui me jecta de la neige. . . 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano. 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Demets offre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer,\nd'éditer et de lancer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs o\nréservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\n•-■V. • ! : i ' ■ V ' ' ' : ' • - •••--. • ,• • : . ;■■ - - ' .. \" :: \\ ,j ' '\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nflgenee de la Société Nationale 4e fftosique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.3", "texte": "LA MUSIQUE ITALIENNE\nCONTEMPORAINE\n\nMaintenant que la désolante saison d'opéra italien a pris fin1\nsur un grand appel à la générosité publique, il est intéressant\nde faire un rapide bilan de la musique italienne contemporaine\net des quelques causes de sa déchéance.\nDans sa Musique de l'avenir, Wagner écrivait : « Un opéra\nitalien doit contenir au moins un air que l'on écoute volontiers ;\npour avoir du succès, il faut que la conversation des spectateurs\nsoit interrompue et qu'on puisse écouter la musique au moins\nsix fois. Le compositeur qui sait une douzaine de fois arrêter\nl'attention de son auditoire sur sa musique est exalté comme\nun génie et glorifié comme un créateur inépuisable de mélo-\ndies... »\nCette absurde conception mélodique de l'opéra, laissée en héri-\ntage par la génialité éclatante et tyrannique de Mozart, de Ros-\nsini et de Meyerbeer, continue à sévir sur tous les esprits. Les\ntalents les plus jeunes et les plus ardents, qui s'approchent de\nla symphonie beethovienne et de l'œuvre héroïque de Wagner,\nen rêvant d'horizons immenses ouverts à leur inspiration, sont\nvite rappelés aux nécessités réelles qui leur réclament des opéras\net rien que des opéras,dont l'architecture traditionnelle ne de-\nmande à son tour qu'à être modernisée par de nouvelles agglo-\nmérations de notes et de nouvelles combinaisons mélodiques,\nsans que la ligne générale en soit altérée.\nLes maîtres vénérés des Conservatoires de musique et le grand\nmaître misonéiste : le public, sont les gardiens de cette écra-\nsante tradition et les ennemis de toute inspiration qui s'efforce\nvraiment d'atteindre le niveau contemporain de l'expression\nmusicale.\nAux compositeurs italiens le public et les artistes mêmes ne\n\nLE MERCURE MUSICAL\n10"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.4", "texte": "146\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndemandent pas des extériorisations mystiques de leur tempéra-\nment, une musique libre d'une liberté animique sans bornes\ncomme une fugue de Girolamo Frescobaldi, une page descrip-\ntive de Claudio Monteverdi, une sonate de Scarlatti, une suite\nde Bach, une page de Beethoven, une ouverture de Wagner, un\nquatuor de Debussy. Toutes les tendances italiennes ne con-\nvergent que vers l'unique but, l'unique idéal réalisable et digne\nd'être rêvé par chaque compositeur : l'opéra. Cet opéra de-\nmeure encore tout à fait étranger à la victoire wagnérienne de\nl'esprit philosophique sur l'impulsivité, de la science profonde\ndes leit-motifs et des procédés sur les acrobaties de la vocalise.\nIl est bien loin de la fusion absolue de la voix humaine et de la\nvoix de l'orchestre que nous trouvons dans Pelléas.\nL'évolution de la musique orchestrale, la signification idéale\nde la voix des instruments continuant et élargissant jusqu'aux\ndernières limites de l'émotion la voix de l'homme, a échappé\naux Italiens. En cela, ils ont été entraînés par leur tempérament\nextrêmement ihdividualiste, et par leur passionnalité violente,\nqui les pousse fatalement plutôt vers la vie extérieure, d'où dé-\nrive l'amour du geste et de l'action, que vers les profondeurs\nimmobiles de la vie de l'àme ; de là leur éloignement général\ndu vague divin de l'ldée sans forme, qui a produit les grandes\nconceptions métaphysiques et les symphonies de Beethoven.\nLes Italiens ne sont pas un peuple contemplatif. Ils aiment\nl'extériorisation formelle du sentiment, le geste et l'émotion du\ngeste. Aussi n'ont-ils pas pu suivre les transformations pro-\nfondes qui s'opéraient dans la nature même de la musique\ndevenant suprêmement instrumentale et dissonante.\nLe culte de la voix humaine, du de l'action humaine,\nraffermi par l'influence de l'éclat rossinien,a perpétué chez eux\ncette faute grave qui fait servir la musique uniquement à\npagnerle drame, l'action, un drame quelconque, une action quel-\nconque, qui la précisent et la rendent capable de communiquer\nune émotion claire et immédiate. Naturellement, la forme mu-\nsicale qui pouvait constamment se prêter à satisfaire cette aspi-\nration était la forme mélodique. Et c'est dans la formule mélo-\ndique élémentaire, à la structure et aux contours pauvres et\nenfantins, que les Italiens ont cristallisé leur inspiration. L'in-\nfinie mobilité du rythme de Beethoven, de Weber, de Schumann,\nde Wagner, a été par eux constamment sacrifiée au triomphe\nmélodique. Tout grand élan du compositeur fut ainsi paralysé.\nIls ont oublié ®u ignoré la marche de la musique, qui de plus\nen plus devient, de vocale, instrumentale, de mélodique, sympho-\nnique, et de consonante, dissonante.\nL'opéra de Mozart, de Rossini et deMeyerbeer est resté pour"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.5", "texte": "LA MUSIQUE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n147\n\nles Italiens, comme, d'ailleurs, pour le gros public et pour cer-\ntains compositeurs officiels français, allemands ou russes, le\nseul modèle classique digne d'être copié.\nDes efforts pourtant ont été déjà accomplis en Italie pour ou-\nvrir les portes trop fermées de laTradition aux grands souffles de\nl'lnnovation, telle que les autres peuples l'ont réalisée depuis\nun siècle. Un de ces efforts fut fait par Verdi : il aboutit à Otello\net à Fais taf.\nUOteilocompte des scènes d'une si grande et d'une si noble\npuissance, et d'une si profonde pénétration de l'esprit héroïque\nqui domine et tue les créatures tragiques de Shakspeare, que\nl'œuvre' écrite par un vieillard apparaît sur les horizons italiens\ncomme une promesse du printemps très proche. Dans Otello, il\ny a de nombreuses et fâcheuses facilités mélodiques qui trahis-\nsent le décorateur de Rigolettoet & Aida ; mais les plus belles\net les plus fortes qualités du maître qui écrivit le « quatuor »\nde Riçoleilo et Aida se montrent assez évoluées dans tout le\nquatrième acte, où une belle atmosphère musicale, sombre et\nterrible, révèle, exprime, enveloppe, continue, élargit indéfini-\nment la catastrophe du héros more. Ces qualités d'atmosphère\ndu dernier acte font oublier la banalité insupportable de l'air\npar trop célèbre d 'Otello : « Adieu, saintes {[mémoires... » Et\ntoutes les beautés éparses dans le drame, telles que le toast\nméphistophélesque de lago et son « Credo », marquent le der-\nnier élan d'un grand maître, qui, résumant toute la musique\nitalienne d'un demi-siècle, et par cela mille fois responsable,\nvécut trop longtemps étranger à la marche superbe, orgueil-\nleuse, fatale de toute la musique.\nLe mélodrame de Verdi, comme ceux de presque tous les\nItaliens, garde, en les modifiant à peine, les formes tradition-\nnelles de l'opéra : le récitatif et l'air, les quelques mesures de\nremplissages ou de banales et vaines figures d'orchestre pré-\nparant l'attention du public à une mélodie ou à une ritournelle\nqui va être répétée par les instruments ou par le chanteur. L'or-\nchestre, chez Verdi, comme chez les autres, conserve encore\ntrop souvent ce caractère de simple accompagnement qui sug-\ngérait à Wagner l'image un peu grotesque d'une « monstrueuse\nguitare ». De nos jours, cela est laid et insupportable et témoi-\ngne d'une déconcertante misère. Cependant, de la forme juvé-\nnile de l'opéra, dont Verdi avait hérité, jusqu'aux dernières\nœuvres de ce maître, si l'évolution logique de la musique n'est"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.6", "texte": "148\nLE MERCURE MUSICAL\n\npas suivie dans toute sa plénitude, on y peut retrouver cepen-\ndant des signes de progrès d'un intérêt tout particulier pour\nl'idée qui sera la conclusion de cette étude rapide et synthé-\ntique.\nUn autre maître, à la fois compositeur et poète de grand\ntalent, M. Arrigo Boito, fut un des premiers qui sentit l'extra-\nordinaire puissance de vie que la musique avait acquise hors de\nson pays. Il s'efforça à rendre dans une ample vision dramatico-\nmusicale le drame noble et logique que Wagner avait rêvé et\nréalisé.\nM. Boito ne conçut pas, suivant l'exemple wagnérien, le\ndrame héroïque de sa race, il ne comprit pas le rôle d'exalta-\ntion sociale que doit jouer la musique, lorsqu'elle est renouve-\nlée devant l'âme des hommes par un génie à la fois musicien,\npoète et philosophe. M. Boito, pourtant, ne choisit nullement\nson drame pour l'agrément du public, en envisageant un succès\nimmédiat. Au contraire, à vingt-cinq ans il éleva tout d'un\ncoup la conception dramatique musicale aux sommets très purs\nde l'œuvre d'art conçue en artiste, poursuivie en artiste, réalisée\nen artiste.\nIl résuma, dans une architecture légère et profonde et dans de\nbeaux détails de style toute la tragédie goethienne de Faust. Son\ndrame Méphistophélès n'est ni un vagabondage artistique ni une\nreconstitution d'histoire. Il se tint bien loin de la profanation\nque Gounod fit de Gœthe. Il rompit aussi avec beaucoup des\nconventions de l'ancien opéra. Sa musique y est grandiose, de\nhaute inspiration mélodique. Son orchestre s'efforça de complé-\nter le drame « (avec la signification qu'avait le chœur dans la\ntragédie grecque ».\nIl ne donna pas à son orchestre toute la portée philosophique\nde la polyphonie du maître de Bayreuth, avec la fatale « unité\ndans l'art », apportée par l'enchevêtrement des leit-motifs.\nMais il atteignit les limites du tragique qu'un esprit encore mé-\nlodique, quoique révolté, pouvait toucher.\nMéphistophélès fut une tragédie musicale de beauté et de ré-\nvolte. Aussi au commencement fut-elle sifflée. Plus tard, elle\nenthousiasma toute la nation, elle gagna l'étranger, mais elle\nne fut suivie ni comme exemple ni comme tendance. M. Boito\nlui-même, après cette œuvre étonnante de sa jeunesse, n'a plus\nrien produit en musique, bien qu'il promît toujours à sa patrie\nun peu lasse de l'attendre une nouvelle tragédie musicale :\nNerone, dont il a publié le drame trop romantique il y a trois\nans.\nM. Pietro Mascagni a renouvelé l'effort, pour donner à la\nmusique italienne une consistance orchestrale s'approchant de"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.7", "texte": "LA MUSIQUE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n149\n\nla polyphonie*, mais plutôt qu'à des réalisations symphoniques,\nchez lui aussi l'orchestre ne tend qu'à faire un vague travail sur\ndes mélodies. La compréhension philosophique de la musique,\ndéjà assez limitée dans l'œuvre de Boito, lui est indifférente.\nParmi les compositeurs contemporains de l'ltalie, Mascagni\nreste le plus ardent et le plus original. Malheureusement il par-\ntage avec la presque totalité de ses confrères de tous les pays le\ntj-rannique penchant de plaire au public.\nOr, le public est partout et en tout temps la foule amorphe, l'a\nconscience complexe et sans nom, l'âme collective opaque, qui\nreçoit sa lumière du génie, c'est-à-dire de l'individu synthétique\nqui larésume et la continue à son tour, comme elle résume toute\nl'individualité médiocre d'un temps. C'est pour cela qu'au lieu\nde la seconder, le génie de l'artiste doit constamment lutter\ncontre la foule. Sa lutte, la lutte de l'lnnovation contre la Tra-\ndition, est celle qui perpétue la vie de l'art en le renouvelant sans\ncesse.\nLes compositeurs italiens, pas plus que les autres en général,\nn'ont compris cette nécessité. Ils ont suivi les tendances et les\nsuccès du théâtre de prose. Et c'est ce manque d'esthétique\ndans le choix des sujets, par exemple, qui a donné naissance en\nItalie à un groupe de musiciens réalistes, dont le premier fut le\nmaestro Mascagni.\nGabriele d'Annunzio me dit un jour : « Avec Niccolo van\nWestherout, nous voulions créer à Rome un mouvement ar-\ntistique, pour compléter notre éducation musicale suivant l'évo-\nlution de la musique instrumentale, lorsque, tout d'un coup,\nau théâtre de l'Argentina, éclata la Cavalleria Rusticana ! »\nEn effet, à la suite d'un concours de l'éditeur milanais Son-\nzogno, un jeune maestro, chef obscur d'un petit orchestre d'une\ntoute petite ville de l'ltalie méridionale, fut appelé à la gloire\ntroublante de la rampe, et, dans tous les pays, aux plus grands\nhonneurs populaires et aux plus opulentes recettes. Aucune no-\nblesse, aucune délicatesse, aucun souci d'art. La tentative du\njeune compositeur (tentative purement formelle) contre le mé-\nlodrame historique était aussi superficielle, enfantine et stérile\nque celle de Verdi écrivant la TrVerdi aussi avait cru\nrenouveler l'opéra, en abandonnant la traditionnelle richesse\ndes costumes historiques pour présenter ses personnages en\nhabit noir et cravate blanche. Il avait suivi les manifestations\n) ■ ; _\nnaturalistes-romantiques françaises que représente la\nCamélias, comme Mascagni suivit le mouvement littéraire réa-\nliste, tirant son drame d'une nouvelle de mœurs de l'écrivain\nsicilien Giovanni Verga\nCependant, il y a certaines pages et certains procédés d'or-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.8", "texte": "150\nLE MERCURE .MUSICAL\n\nchestre de Cavallerici qui révèlent une profonde culture tech-\nnique et une hardiesse de conception qui se seraient assurément\ndéveloppées chez le compositeur, si le milieu l'avait aidé.\nL'exemple réaliste donné par Mascagni, et accepté d'une façon\nenthousiaste par tous les publics du monde, fut malheureuse-\nment suivi. L'imitation la plus fâcheuse, la plus dépourvue de\nsens artistique et la plus révoltante qui soit est celle de M. Léon-\ncavallo, auteur des Paillasses,qui tiennent l'affiche de l'Opéra.\nPagliacci, par ses agglomérations vulgaires de sons, n'aurait\njamais dû avoir droit à la critique des artistes.\nAinsi ni Mascagni ni Léoncavallo ne purent créer un véritable\nmouvementmélodramatique réaliste, car aucune idée préconçue\nne les poussait dans une ligne esthétique. Ils ne recherchaient\nque le succès. Aussi choisirent-ils leurs sujets indifféremment\ndans le drame historique ou dans les éternelles ritournelles des\nmotifs romantiques- Léoncavallo écrivit Les Médicis, drame et\nmélodrame complètement raté, et mauvaise pièce qui ac-\ncentua ses qualités de brutalité antiesthétique. Mascagni, tout en\nétant vraiment artiste, s'est ésaré à la recherche de ses thèmes\n\" <D\ndramatiques dans l'àpre romantisme du Ratcliff ou dans le ro-\nmantisme à l'eau de rose de Y Ami Frit\\.\nCes drames ne font avancer ni l'art ni la conception esthétique\nde l'art. Ils ont toujours ce caractère antiphilosophique, pure-\nment impulsif et presque inconcevant, qui distinguait l'igno-\nrance des musiciens d'autrefois ; aujourd'hui cette ignorance est\ninadmissible. Mais, du moins, Mascagni a écrit un peu partout\ndes pages d'une bonne et émouvante originalité ; parmi elles, il\nfaut placer quelques passages sombrement tragiques de Rat-\nàiff-\nCe musicien était admirablement doué pour développer les\ntentatives élémentaires de Verdi et de Boito, pour donner à\nl'ltalie un opéra qui ait l'allure d'un drame musical. Mais la\nfièvre de la composition et le vertige du succès l'ont peut-être\nstérilisé à jamais.\nCependant, parmi les livrets de deux versificateurs surchargés\nde besogne, MM. Illica et Giacosa, que la tyrannie capitaliste\nde M. Ricordi impose à tout compositeur désireux d'arriver,\nM. Mascagni a su choisir son drame Tout en étant un\ndrame fort insignifiant, Iris, qui n'est qu'une simple vision ja-\nponaise sentimentale et sensuelle, sans soucis d'histoire ou de\ntendances littéraires, lui a permis d'écrire de la musique à la fois\nforte et douce, assez intéressante. Dans la médiocrité de cette\nmusique, il est étrange de constater encore les possibilités ori-\nginales du compositeur qui a su rendre efficacement au dernier\nacte l'atmosphère d'une aube grise et sinistre, dans laquelle des"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.9", "texte": "LA MUSIQUE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n151\n\nchiffonniers trouvent sur un tas d'ordure le corps de la belle et\nmalheureuse Iris. Dans Y Hymne au de cette mêmeœuvre,\nfaute de phrases musicales puissantes, toute l'émotion est con-\nfiée au dynamisme de l'orchestre *, mais il y a une certaine so-\nlennité d'inspiration qui peut faire classer cet parmi les\nrares compositions italiennes modernes purement orchestrales,\net cela bien qu'il se rapproche beaucoup trop de l'instrumenta-\ntion coloriste russe à la manière de Rimski-Korsakoff.\nMascagni a voulu aussi refaire l'ancien opéra italien en met-\ntant sur la scène d'anciens masques des temps de la Commedia\ndell' Arte, avec leurs grossières subtilités et leurs amours. Il\na cru rendre ainsi un grand hommage à l'art italien. Et par un\ncaprice malheureux, il fit le même soir pour la première fois\nreprésenter les Maschere dans sept théâtres de la péninsule. Il\ndédia son opéra à lui-même. C'étaient là des originalités faciles.\nLes publics des divers pays firent un accueil bien différent à\nla nouvelle œuvre du maestro le plus populaire d'outre-monts.\nA Rome, où il dirigeait lui-même, j'ai vu des ouvriers crier\nd'enthousiasme lorsque le chœur des chantait sur une\nphrase des plus banales : « Et nous t'aimons, ô bel Art ita-\nlien ! » On avait voulu voir dans cette phrase la résurrection\nde l'art national !\nMais la tentative avorta. Dans la même année, les\ntriomphèrent et furent oubliés.\nEn réalité, Iris est jusqu'ici la seule œuvre qui, après Méphis-\ntophélèsde Boito, puisse donner une idée des efforts des Italiens\nvers un théâtre musical digne des réalisations des autres pays.\nUn autre musicien producteur de mélodrames est le maestro\nGiacomo Puccini. Celui-ci n'apporte rien à la musique ita-\nlienne. Il suit les maîtres français contemporains et surtout\nM. Massenet, que maintes fois il imite servilement. M. Puccini\nn'a pas la vulgarité de M. Léoncavallo, mais il n'a pas non\nplus l'intelligence ouverte et l'esprit d'originalité de M. Masca-\ngni. Sa musique est molle, sentimentale ; elle ne fait que noyer\nen mode mineur toutes les plus belles énergies delà vie. Ses per-\nsonnages, choisis dans la littérature française, n'ont plus ce ca-\nractère d'insoucieuse sensualité et de vague sentimentalité qu'ils\nont sur leur scène d'origine. Passés à travers l'esprit italien,\nrendus par une musique toujours faible et incolore, ils devien-\nnent imprécis et insignifiants.\nM. Puccini a atteint son plus grand succès avec les Scènes de\nla vie de Bohème.Du réalisme romantique, du romantisme\nmou, et toujours du romantique ! Les rapins vagabonds et pa-\nrasites du Quartier-Latin impressionnèrent, par leurs allures\nd'artistes sentimentaux, tous les rapins du monde. On pleura"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.10", "texte": "152\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsur le sort de Mimi, et on se répéta « le thème de Rodolphe »,\n« le thème de Marcel », etc., qui ne sont que de pauvres adap-\ntations de la loi du leit-motif. M. Léoncavallo, pour exploiter\nle bon moment, écrivit lui aussi une Vie de Bohème.\nUn journaliste, ami de M. Puccini, publia un jour, dans la\nTribuna de Rome, une interview du compositeur lucquois. Le\njournaliste, voulant rendre hommage au musicien, le présentait\ndésespéré de ce qu'aucun libretto, parmi les milliers qu'il rece-\nvait, n'arrivait à inspirer le maître ! Cet article, fait pour vanter\nun artiste, étalait au grand jour le mérite d'un musicien qui\nn'avait pas la dignité de son art. M. Puccini attendait de la Pro-\nvidence un livret capable de l'inspirer. Il ne savait pas qu'au-\njourd'hui le musicien doit être conscient de son grand rôle dans\nla vie esthétique des peuples, et doit penser beaucoup et méditer\nbeaucoup sur la destinée de la race et sur les grandes tendances\nanimiques de son temps. Dans ses méditations il doit pour-\nsuivre la vision digne d'exalter son inspiration, celle qu'un\npoète ensuite précisera en paroles.\nM. Puccini ignore tout cela. Et il fait annoncer par les jour-\nnaux que la tradition glorieuse de l'ltalie ressuscitera, lorsque\ndans une œuvre il aura repris les anciennes formules de l'opéra :\ncavatines, duos, quatuors, airs, récitatifs, etc. M. Puccini semble\ncroire qu'en la charpente d'un drame primitif réside le secret de\nsa gloire. Il ignore que la musique dramatique s'est\navecWeber, Wagner et Debussy, et ne plus retourner un\nsiècle en arrière, pour reprendre des formes embryonnaires que\nla primitivité des maîtres avait pu concevoir. On ne rajeunit\npas un homme en imitant ses gestes d'enfant.\nM. Puccini ignore tout cela. Il amis en musique une\nBovary. Il a écrit un mélodrame sur la de Sardou. Ce\ntravail eut les plus grands honneurs parisiens \", le drame sen-\nsationnel du grand décorateur français et l'amitié franco-ita-\nlienne contribuèrent à sa gloriole. Mais cela n'est pas de\nl'art. Insoucieux des efforts orchestraux, auxquels s'essaye\nM. Mascagni, M. Puccini, au moment culminant de la Tosca1\nlorsque Scarpiameurt, au lieu d'annoncer avec son or-\nchestre le point synthétique du drame... déclare son impuis-\nsance et se tait.\nLes œuvres de M. Puccini se prêtent à beaucoup d'autres\nremarques, techniques et littéraires, de ce genre...\nComme lui, M. Giordano subit l'influence française, litté-\n-> 7\nraire et musicale, et écrit des drames à grands bruits pathéti-\nques, tels : André Chénier, Fédora, Siberia \\ sa dernière œuvre\ncontient des poses très belles, mais qui ne nous suffisent point.\nMoins connus, d'autres musiciens ont travaillé avec con-"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.11", "texte": "LA MUSIQUE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n15 3\n\nscience et avec intelligence. M. Catalani, M. van Westherout,\nM. Franchetti et M. Cilea ont suivi de meilleurs chemins.\nM. Cilea a montré dernièrement, dans son œuvre Advienne\nLecouvreur,la volonté sincèrement artistique de se conformer\naux nécessités nouvelles du théâtre musical. Il a fait sa musique\nsur un schéma dramatique assez libre, qui se développe en\ntableaux, et s'éloigne un peu de l'absurde conception de l'ancien\nopéra. Sa musique est douce et tendre, mais combien fatiguée !\nM. Franchetti. dans Cristoforo et dans\nmontre une personnalité d'artiste non originale, mais faite\nd'excellente culture et de noble effort. Sa musique manque de\ngrand élan et d'inspiration ardente, il n'atteint jamais les grands\ncontrastes de lumière et d'ombre qui caractérisent les œuvres\npuissamment conçues. Mais sa maîtrise orchestrale réalise\nde belles et poignantes tentatives d'ambiance qu'on retrouve\ndans le prélude du troisième acte de\nLes deux maîtres Catalani et van Westherout, morts tous les\ndeux trop jeunes, étaient les seuls qui semblaient destinés à\nréformer la musique italienne dramatique. Doués d'une inspi-\nration très noble, ayant approfondi l'étude de toutes les puis-\nsantes ressources de la musique contemporaine, poussés eux\naussi vers le théâtre par la fatalité mélodique de leur race, ces\ndeux musiciens suivirent dans des chemins divers la même vi-\nsion d'une musique théâtrale qui se rapprocherait le plus de la\n« musique pure ». Ils rêvèrent une musique surgissant du\ngouffre des instruments, comme de l'âme immense et obscure\nde la nature, pour suggérer un « état d'âme » ou un fait d'âme,\nque la voix de l'homme préciserait dans uneparole définie : réci-\ntatif ou chants. Le Toscan Alfredo Catalani écrivit la Lorelej\nœuvre d'un sentiment exquis. Niccolo van Westherout, d'une\nancienne famille hollandaise d'organistes établie dans le midi\nde l'ltalie, laisse, entre autres drame-s et sonates, et\nFortumo. Leurs recherches et leurs hauts efforts étaient déjà de\nclaires promesses. L'ltalie pouvait rêver son renouveau, qui l'au-\nrait élevée au niveau de l'évolution musicale. Mais ces deux fiers et\nsolitaires rêveurs d'un grand rêve d'art moururent trop jeunes.\nA côté de ces musiciens plus ou moins créateurs, un maestro-\ncompositeur, M. G.Orefice, a perpétré la plus grande profanation\nqui pouvait atteindre un génie, qui étant mort ne peut plus se\ndéfendre. Il a transcrit sur un libretto de M. Angiolo Orvieto\npresque toute la musique de Chopin, croyant ainsi rendre un\nhommage au génie du divin malade. Le libretto a comme sujet\net comme titre : Chopin, Des lignes laissées par George Sand,\ndisant qu'un jour la musique de Chopin pourrait servir intégrale-\nment à remplir un opéra, ont donné le prétexte aux deux artistes"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.12", "texte": "154\nLE MERCURE MUSICAL\n\nitaliens de faire chanter Chopin et la Pologne sur tous les thèmes\ndes préludes, nocturnes, etc., du maître. Ils ont poussé leur pro-\nfanation jusqu'à orchestrer la musique de Chopin.\nUne telle œuvre, faite d'ailleurs avec un souci d'art et une sub-\ntile conscience, mais absurde et néfaste à tous les points de vue\nde l'esthétique, ne nous aurait pas intéressés si nous n'avions\npas entendu dire qu'en Pologne elle avait été agréée et fêtée. Et\non l'a jouée à Paris !\nJ'ai suivi jusqu'ici lesmanifestations musicales les plus sympto-\nmatiques du théâtre italien contemporain. Je n'insiste point sur\nle caractère qu'a ce théâtre dans le mouvement musical récent\nde la France, de la Russie et de l'Allemagne.\nLe mouvement général de la musique tend de plus en plus à\nla symphonie, sous la forme de symphonie pure, de poème sym-\nphonique ou de prélude. Cette tendance générale correspond\nen peinture au phénomène préraphaélite de 1840 et à l'avène-\nment de Rodin. Elle proclame les droits de domination de la\nvie intérieure contre l'extériorité du sentiment et contre le culte\ndu geste. Elle se rattache à l'idéal de la musique qui précéda\nl'opéra, et fut religieuse avec Palestrina et Bach, et dramatique\navec Claudio Monteverdi, comme les préraphaélites se rattachè-\nrent à l'art profond des précurseurs de Raphaël. Dans tout le\ndésordre des personnalités indisciplinées, les efforts des musi-\nciens semblent préparer partout la grande réalisation du drame\nmusical de l'avenir. Après Wagner, et sauf Pellêas et Mélisande,\naucune forme de théâtre ne peut plus satisfaire la logique renou-\nvelée de notre esthétique.\nL'ltalie se renferme dans ses vieilles formes. La. nécessité mé-\nlodique des Italiens, que même le grand Spontini subit entière-\nment, se perpétue par leur mauvaise éducation musicale.\nEn Italie, les grandes auditions orchestrales sont très rares (1);\nelles sont loin de devenir les Concerts du dimanche, qui créent\nde plus en plus un temple pour les esprits insatisfaits et anxieux\nde beauté, c'est-à-dire d'oubli esthétique. L'éducation musicale\nest faussée par l'admiration excessive des opéras du siècle der-\nnier et par l'ignorance des chefs-d'œuvre orchestraux, de Bach\n\n(i) J'ai sous les yeux le programme d'une saison de concert, de YAcade-\nmia di Santa Cecilia,institution triseculaire, à Rome. Sur 8 concerts, à\ncôté d'une audition de musique ancienne et des œuvres wagnériennes\nfort bien dirigées par le maestro G. Martucci, deux concertos remplissent\n■un concert entier, et Gounod (!) figure à côté de Mozart, Handel et aussi de\nM. Camille Saint-Saëns."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.13", "texte": "LA MUSIQUE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n1 5 5\n\naux Russes et à Debussy. A cause de cette faible culture musicale,\njamais l'exaltation créatrice n'exprimera l'essence tragique du\ndrame: elle se bornera à le décorer, sinon à l'interpréter. Toute mu-\nsique qui, dans les mille ressources des combinaisons orches-\ntrales, ne porte pas d'une façon très visible, et reconnaissable à\npremière vue, les petites fleurs de la mélodie, n'est pas com-\npréhensible, et, surtout, « c'est de la musique qui ne parle pas au\ncœur ». L'immense forêt orchestrale, avec ses voix infinies, si\nelle ne renferme pas quelques petites fleurs que la main insoucieuse\npuisse cueillir, ne parle pas a J'ai entendu en Italie\ncomme en France de semblables propos. Et, en réalité, on peut\nétendre les constatations que je fais pour l'ltalie, où tout effort\norchestral manque, aux Russes, qui adorent l'opéra italien, aux\nFrançais qui l'honorent, et aux Allemands devienne et de Berlin\nqui accueillent sur les scènes impériale l'exportation de quel-\nques Italiens. Mais les Russes ont les symphonies de Borodine\net les poèmes orchestraux de Rimski-Korsakoff, de Glazounow\net de Balakirew, et les Français, à côté des profanateurs et des\nmédiocres pleins de talent qui suivent la tradition de la musi-\nque « qui parle au cœur », ont l'œuvre de Berlioz, de César\nFranck, de Vincent d'lndy, de Debussy, de Dukas ; les Alle-\nmands ont l'excellent Bruckner, le paradoxal wagnériste Richard\nStrauss, et quelques symphonistes tels que Goldmark, Gustave\nMahler, Gernsheim, Max Schillings...\nL'ltalie s'obstine à suivre son mauvais chemin. Pourtant,\ndans toutes ses capitales, des groupes de talents d'avant-garde\nfondent des sociétés .de concerts, pour répandre la culture sé-\nvère et féconde de la « musique pure ». Une tentative person-\nnelle fut même faite par le jeune maestro Veneziani, qui écrivit\ndes « mélologues » sur des lyriques du poète Domenico Tumiati-\nDeux musiciens de talent, MM. Sgambati et Martucci, ont\ncomposé de bonnes œuvres orchestrales. MM. Martucci, etTos-\ncomini, excellents conducteurs d'orchestres, et le profond histo-\nrien de la musique M. Luigi Torchi, continuent avec leur\nsavante activité à poursuivre le « rêve wagnérien » conçu k\nBologne, dans la docte Bologne, qui la première accueillit en\nItalie le charme irrésistible de la musique du nord.\nUn autre renouveau, ou un fort désir de renouveau, se mani-\nfeste en Italie dans la musique sacrée. Le cardinal Sarto, Pie X,\naccueillit à la chapelle Marciana à Venise le jeune maestro Perosi\net loua ses oratorios, où se révélait une personnalité musicale\net poétique assez remarquable. Aujourd hui, le maestro Perosi\nest maître de chapelle de la chapelle Sixtine. Quelle voie sui-\nvra-t-il maintenant qu'il détient un grand pouvoir ? La fameuse\nordonnance « motu proprio », partie de Rome, inspirée par la"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.14", "texte": "156\nLE MERCURE MUSICAL\n\nSchola de la rue Saint-Jacques, qui dans le but de ramener la\nmusique religieuse à la pure forme grégorienne, interdisait dans\nl'église la musique orchestrale, retrancha presque comme non-\nreligieuse la messe en ré de Beethoven, ainsi que tous les ora-\ntorios de l'abbé Perosi. L'ordonnance fut rapportée. Est-ce\nl'œuvre de la révolte silencieuse des maîtres de la chapelle six-\ntine? Toujours est-il que le maestro Perosi suit ses idées de\nrenouveau dans la musique religieuse et nous annonce ses nou-\nveaux oratorios. Y trouverons-nous la polyphonie vocale à la\nmanière de Palestrina, ou encore l'orchestre trop pathétique\net le chant dramatique des précédents ?\nCes oratorios, d'inspiration bachienne, furent une grande pro-\nmesse. Dans la Résurrection de Lazare et dans le Noël, certains\naccents des chœurs et certaines descriptions orchestrales (comme\ncelle de la nuit des Bergers dans le Noël) sont d'une telle\nénergie douloureuse et ardente, quela passionnalité dramatique\ndu compositeur, chevauchant une noble polyphonie de l'orches-\ntre, devient angoisse. Le chœur « Jucundavit fîlia Sion », de\nl'oratorio de Noël, est d'un mouvement dramatique que certes\nla divine sévérité immobile de Bach, ou la profondeur méta-\nphysique de Beethoven, n'auraient pas accepté pour leurs élans\nthéistes. Mais Perosi, comme Berlioz, est un musicien chré-\ntien trop vibrant de toute l'anxiété et de toute la fièvre con-\ntemporaines...\nEt ce jeune maestro, une fois maître de ses moyens d'expres-\nsion, mûri par une étude inlassable des chefs-d'œuvre qui révè-\nlent la progressive richesse des procédés musicaux, épuré de\nquelques facilités de chant, où l'entraîne la fatalité de sa race,\npourra peut-être faire jaillir de son âme quelque belle et haute\ninspiration, qui b'arre le chemin du succès à ces quelques com-\npositeurs dramatiques, qui font de la musique comme les Napo-\nlitains jouent de la mandoline ; avec trop de facilité.\nPerosi est profondément sincère. Je l'ai vu, ému, dire d'admi-\nrables paroles devant le tout petit tableau de la tête du Christ\nde Léonardde Vinci, un des plus beaux chefs-d'œuvre du monde.\n« On se demande pourquoi, avec tant de sentiment drama-\ntique, vous ne faites pas du théâtre, » lui dis-je un jour. Il\nme répondit : « Ma soutane me met à l'abri des molles vilenies\nqui affligent la vie des artistes, à l'abri de toute la superfi-\ncialité de la vie que je ne pourrais pas reproduire devant une\nfoule anxieuse de nouveauté et de gestes ; je m'enferme ainsi\ndans mon rêve religieux, qui est tout mon rêve d'art. »\nIl y a donc en Italie des rêveurs solitaires, qui s'éloignent du\nthéâtre banal et commerçant : ce sont des conducteurs d'or-\nchestre et des compositeurs."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.15", "texte": "LA MUSIQUE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n157\n\nDes sociétés, dites del Quartello, dans presque toutes les prin-\ncipales villes, s'efforcent avec une certaine intelligence à repro-\nduire les œuvres des grands maîtres du passe. La société Bach,\navec bien moins d'activité et d'ampleur, est un peu la Schola\nCantorum de Rome.\nMais il n'en est pas moins vrai, et je le répète, que les musi-\nciens se dirigent trop vers le théâtre. Et celui-ci ne fait que\nperpétuer les faiblesses et les erreurs de l'opéra élémentaire.\nLa musique continue à ignorer son rôle essentiel dans les\narts ; elle continue à revêtir banales d'un tissu\nquelconque de sons. Les œuvres qui en résultent n'arrivent qu'à\nsatisfaire à peine quelques sentimentalismes et quelques sen-\nsualismes inférieurs. Pourtant l'ltalie garde certains foyers de\ncréation d où pourra jaillir quelque lumière. A Naples, quoique\nles chansonniers répètent souventdes clichésque le public chérit,\net que les impresarii achètent volontiers, les fêtes de Piedigrotta\ntirent de temps en temps de l'âme d'un peuple joyeux, insouciant,\nvoluptueux, de belles mélodies qui répètent la tendresse infinie\nde la célèbre chanson attribuée à Bellini, et la divine mélan-\ncolie de la musique italienne avant l'opéra vulgaire et destruc-\nteur. L'àme d'un peuple est un foyer impérissable.\nSi par une culture orchestrale semblable à celle des trois\npays qui se disputent la palme de la création contemporaine :\nla France, la Russie et l'Allemagne (et c'est la France qui l'em-\nporte), les Italiens fondent au milieu de leur activité nationale\nrefaite, des institutions efficaces comme les grands concerts et\nles grandes auditions orchestrales subventionnés par les gou-\nvernements, ils pourront devenir dignes de la tradition.\nCertes, aucune prophétie ne peut être faite. Car un génie peut\nsurgir qui nous réserve de grandes surprises. Mozart adoucit et\"\nenrichit la rigidité orchestrale allemande par le chant italien *,\navec cet orchestre enrichi, Beethoven fit son œuvre. Un génie\nqui ait conscience de son temps et de la fatale évolution des\narts, pourrait donc peut-être un jour unir encore la mélodie\nitalienne purifiée, approfondie, devenue autre chose, aux plus\ncomplexes beautés de la science harmonique, et surtout au sens\nphilosophique du drame qu'on n'a plus le droit de négliger.\nMais l'opéra italien qui a encombré le Théâtre Sarah Bern-\nhardt nous donne le droit de désespérer. Et l'on a eu grand\ntort de brusquer à Paris l'opinion universelle. Il eût fallu\nattendre des temps meilleurs et ne pas se présenter en sup-\npliants là où jadis on triompha en rois.\n\nRicciotto Canudo."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.16", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nDe tous les instruments, si pénibles à entendre, le plus laid\nest peut-être encore le violoncelle. Ce son écrasé donne la dou-\nloureuse impression d'être dans un pressoir ; on sent un poids\nsur sa poitrine, dont on voudrait rejeter au loin l'oppression.\nL'on pardonnerait encore au vroloncelle s'il n'avait que ses\ndeux cordes graves, et encore, jouées à vide par un très\nbon violoncelliste \", mais les deux cordes aiguës ! II en sort un\nson si grinçant, même sous l'archet du virtuose le plus invé-\ntéré, que le grincement de pieds de chaise sur un parquet de\nbois ou de pierre n'est qu'un peu moins musical, mais reste\négal en qualité. Qui donc a eu la fâcheuse idée d'inventer à la\nlégère un art qui s'appelle la musique ? Un jour antique, un\nberger désœuvré se tailla da.ns un jonc un chalumeau à quel-\nques notes plus ou moins mesurées. Aussitôt surgit un com-\npositeur, qui voulut disposer ces notes en combinaisons variées.\nCela ne suffit pas ; immédiatement à ses trousses se montra le\nthéoricien, s'arrogeant le droit de dicter des lois pour la com-\nbinaison de ces petites formules. Et ainsi de suite, depuis la\ngamme de 5 notes jusqu'aux gammes innombrables de tous\nles pays, depuis le petit air de berger jusqu'au contre-point à\n96 parties !\nPuisque tout cela est introduit, ne pourrait-on au moins cher-\ncher à adoucir le son des instruments et ne pas se servir de\nleurs mauvaises notes, les priver même de ces dernières ; avoir\nun orchestre réformé, avec des sonorités triées, d'où on élimi-\nnerait toutes celles qui ne sont pas aussi parfaites qu'il est pos-\nsible en ce monde? Sinon beau, cela sera toujours moins pé-\nnible. L'on pourrait ainsi conserver : la première octave de la\nflûte, la même de la clarinette, un peu plus du hautbois et du cor\nanglais, les notes justes seulement des cuivres, les cordes à vide\nde la guitare, les octaves inférieures de la harpe, ni violons ni\naltos, mais des contre-basses, dont le son, quoique ce soit plu-\ntôt un bourdonnement, n'est cependant pas désagréable.\nOn me reprochera de n'avoir pas de sonorités aiguës ; mais\n« aigu » n'èst-il pas plutôt « strident » ? et d'ailleurs l'aigu est"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.17", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n159\n\nrelatif, nos perceptions étant de toute façon vite limitées.\nFaisons donc le sacrifice de quelques octaves.\nQuant aux chœurs, j'en dirais la même chose que de l'or-\nchestre; il faudrait trier les voix, en choisir une sur mille. On\nentend des souffles rauques. Si les chœurs étaient composés\nuniquement de voix timbrées et stylées et justes, il y, aurait\npeut-être un certain agrément à les entendre chanter.\nMais quel plaisir y a-t-il à entendre le cliquetis du pédalier\nde l'orgue, qui couvre le bruit de la note, le vent que la flûte\nlaisse échapper de partout, les affreux grincements des instru-\nments à archet ? Puis il y a tous les petits bruits inhérents à\nl'orchestre, tournement de pages, nettoyage des embouchures,\nessai des anches, qui font que notre oreille assoiffée se tend\npour distinguer au milieu de tout cela un peu de musique\npure.\nUne dernière chose resterait encore à abolir c'est la musique\npour instrument solo ou pour un seul instrument accompagné\npar le piano. Lorsqu'un seul instrument récite, il faut utiliser\ntoutes ses ressources. Or celles-ci sont loin d'être agréables. Il\ny a dans chaque instrument quelques jolies sonorités que\nl'on peut mettre en valeur en les alternant avec celles d'une\nautre famille, de manière à éviter la monotonie qui résulte\ntrès vite du jeu continu sur le même instrument. Mais dans\nles soli les compositeurs et exécutants se croient obligés de\nne laisser sans emploi aucune région de l'instrument, d'au-\ntant que les combinaisons seraient très limitées dans une\nétendue moindre. Evitons donc plutôt les soli pour ne pas\navoir la tristesse d'entendre pendant un quart d'heure des\nruissellements de harpe avec des notes aiguës comme des\nvrilles, ou bien un chant faux et angoissé du violoncelle en\nclé de sol.\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.18", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\nLISZT, WAGNER.\n\nII\nLISZT. Qu'est-il donc arrivé, Richard ? Tu cries si fort que\ntu fais aboyer Cerbère. En accourant au bruit, je l'ai trouvé\ndevant ta porte, le poil hérissé, l'œil en feu et les crocs mena-\nçants. J'avais sur moi, par bonheur, quelques dragées du\ndernier envoi de la Princesse et dont il est friand. J'ai pu\napaiser sa rage...\nWAGNER. Ah ! mais, tu sais, il commence à m'embêter,\nce sale cabot ! Il grogne dès qu'il m'aperçoit, et je ne puis faire\nun pas sans l'avoir à mes trousses.\nLISZT. Calme-toi. Il n'est pas si méchant ; d'ailleurs, on\nl'adoucit bien vite avec la moindre croquignole. Il est sans\nhaine et sans rancune. Au lieu de le traiter en ennemi, donne-\nlui de temps en temps une praline à la pistache. Tu en as toute\nune provision.\nWAGNER. Mais qu'est-ce qu'il a à être toujours après moi,\nsitôt que je parle ou que je bouge ?\nLI SZT. Il croit accomplir son devoir de gardien d'un\nséjour interdit aux vivants. Ta fougue le déconcerte. Le pauvre\nanimal ne peut s'imaginer qu'un mort ait conservé l'exubérance\nque tu as rapportée jusqu'ici, stigmate indélébile et incandes-\ncent résidu de l'indomptable volonté qui te soutint dans les\népreuves terrestres pour créer, envers et contre tous, tes chefs-\nd'œuvre immortels. Enfin, il est sans doute un peu surpris du\nprivilège qui t'échut peu à peu, d'accaparer à toi tout seul\nl'antre de ces lieux le plus vaste, qui suffisait jadis à la commu-\nnauté d'une demi-douzaine d'ombres illustres, entre lesquelles,\nPalestrina, Schubert et le Français Couperin, si je ne me\ntrompe.\nWAGNER. Ma foi! je ne sais pourquoi ils sont tous partis\nl'un après l'autre, mais je n'en suis pas fâché. D'abord, on ne"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.20", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n161\nLE MERCURE MUSICAL\n11\n\npouvait causer de rien avec eux : ils n'avaient même pas lu\nSchopenhauer. Et puis, où aurais-je casé mes bagages?\nLISZT. Encore un des étonnements de cet excellent\nCerbère, de te voir installer ici tes sofas en moquette aux\neffilés de passementerie, tes fauteuils capitonnés, tes trois\narmoires à glace, tes deux pianos à queue, ta bibliothèque en\nchêne sculpté, tes bahuts alt-deutschviennois, sans compter tes\nmalles et leur contenu. Tu es le seul parmi nous à jouir d'un\nmobilier aussi complet. J'avoue que je n'aurais pas cru qu'on\nfût autorisé à introduire avec soi tant de choses en un endroit\ncomme celui-ci. Avant toi et depuis, nul ne paraît l'avoir osé.\nWAGNER. Il n'eût plus manqué qu'on se permît une obser-\nvation! Je l'aurais bien voulu voir. Il n'y a que cette brute de\nCharon qui ait commencé par ronchonner. Il en profita pour\nm'exploiter et me fit payer cinq voyages. En outre, je suis con-\nvaincu que c'est lui qui m'a volé une de mes tabatières en or,\ncadeau de Cosima pour ma fête. Heureusement, elle était en\nplaqué.\nLISZT. Tu as tort de le soupçonner. C'est un brave homme,\nun peu avide peut-être. La boîte a pu facilement s'égarer.\nC'était probablement la première fois qu'il avait à transborder\nun si grand nombre de colis...\nWAGNER. Un si grand nombre!... Mais, à peine ai-je em-\nporté le plus strict nécessaire. Mon esprit a des exigences à sa\ntaille, et le trépas n'a pu éteindre sa fournaise aux effluves jail-\nlissants qui surent embraser le monde. Même en ces demeures\néternelles, je ne saurais sevrer ma pensée de ce qui constitua\nsa nourriture divine, de ces livres profonds, dévorés et ruminés\nnaguère, épars sur ces tablettes ou qui gisent amoncelés dans\nles coins et sur ces tapis. Tu le sais aussi : mon génie a ses\nhabitudes. Je ne puis m'abandonner à son extase impérieuse et\nimprescriptible sans me sentir environné d'une atmosphère de\nluxe et de beauté, enveloppé de la fine batiste des linges et de\nla soie colorée des étoffes chatoyantes, enlacé, par surcroît,\ndans la douceur moite des bras nus de la femme aimée. Hélas !\nCosima, que n'es-tu près de moi !...\nLISZT. Voyons, Richard, calme-toi. Tu oublies qu'elle va\nsur ses soixante-dix. Et puis, ne dis pas de choses comme ca;\nen somme, elle n'a peut-être pas envie de mourir encore.\nWAGNER. Du moins, ai-je ici le reste... A propos, papa,\nquand tu es arrivé, je cherchais justement ma robe de chambre\nen taffetas mauve doublée de satin cerise et ouatée. Je n'ai pu\ndécouvrir que la cordelière. C'est un désordre ici !..\nLISZT. C'est pour ça que tu pestais comme un diable dans\nun bénitier, au point d'affoler Cerbère par ton vacarme ?"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.21", "texte": "162\nLE MERCURE MUSICAL\n\nWAGNER. —Je soupçonne un tour de ce vieux sournois de\nMeyerbeer. Tu ne l'as pas rencontré dans les environs? Il\njalouse mon confortable, car, en venant ici, le nigaud n'a\nemporté que de l'argent. Aussi, il est fort mal loti. Il n'a rien à\nse mettre que son habit et ses décorations. Il convoitait ce vê-\ntement : je suis sûr qu'il me l'a caché quelque part ou chipé.\nLISZT. Comment peux-tu... ?\nW AGNER. Mais si, mais si! Il a voulu me l'acheter. Figure-\ntoi qu'il m'en offrait sept thalers et demi de Prusse. Tu penses!\nUne robe de chambre de trente louis d'or!.. Tu n'imagines pas\nles compliments dont il m'accable depuis qu'il a appris que ma\nmusique rapporte encore plus que la sienne... Mais où peut-il\nl'avoir fourrée ?\nLISZT. —Tu la retrouveras. Prends-en une autre. Quel besoin\nt'oblige à endosser celle-là?\nWAGNER. Comment, quel besoin?.. Tiens, la voilà, pendue\nà son clou et à sa place. Je ne me rappelais pas l'avoir rac-\ncrochée... Quel besoin?... Mais, pour sortir avec toi... C'est le\nplus foncé de mes costumes. Tu comprends, comme tu es tou-\njours en soutane...\nLISZT. —Tu auras l'air de mon évêque...\nWAGNER. Tu crois ?... Mais non; je vais me draper à l'an-\ntique avec des épingles. Je voulais l'arranger en toge, en t'at-\ntendant. C'est bien aujourd hui, n'est-ce pas, que nous allons\nvoir Eschyle et Sophocle? Tu t'es chargé du rendez-vous,\npour la dixième fois, au moins, à vrai dire 5 mais tu n'as pas de\nmémoire pour deux sous. Tu conçois combien je brûle d'af-\nfronter la présence de ces deux génies magnifiques, ancêtres et\nprécurseurs du mien, à qui des ressources désormais surannées\nde plus de vingt siècles ont suffi pour ébaucher grandiosement\nla suprême splendeur de mon Œuvre d'Art de l'Avenir. Je\npressens leur émoi joyeux, leur orgueil de m'avoir inspiré égal\nau mien d avoir parachevé leur rêve dans l'apothéose orchestrale\ndes timbres puissants ou subtils, d'avoir transfiguré leur mélos\ndans la radieuse et polyphonique arabesque de ma « mélodie\ninfinie », et reculé les horizons mythiques de leur Ouranos jus-\nqu'aux arcanes les plus secrets du Symbole, aux profondeurs\nmétaphysiques et aux plus insondables synthèses de l'ldée ! Et\ncependant, ce furent certes deux grands penseurs, surtout pour\ndes gens nés si longtemps avant Kant et Schopenhauer... Eh\nbien! comment me trouves-tu ? Décidément, mon béret de\nvelours grenat fait mieux que le noir. Je suis prêt. Partons-\nnous ?\nLISZT. Si tu veux, mais... pour la visite dont tu parles,...\nje voulais justement te dire..."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.22", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n163\n\nWAGNER. Quoi? Est-ce que tu aurais encore oublié?\n, Ï'ÏSZT. - Pas du tout, pas du tout. Seulement, je n'ai pu voir\nqu Euripide... Il m'a arrêté au passage...\nWAGNER. Comment? De quoi se mêle-t-il cet intrigant-là?\nLISZT. Attends donc un peu. On raconte qu'il sut bientôt\nrentrer en grâce auprès de Dionysos et réussir habilement à lui\nplaire, et, comme, au demeurant, il a toujours été en assez bons\ntermes avec Apollon, il paraît que ces Dieux, qui sont fort oc-\ncupés, lui ont délégué leurs pouvoirs pour le quartier des tra-\ngiques. Il y exerce une sorte d'archontat. Du reste, c'est un\nhomme charmant, très distingué, très poli.\nWAGNER. Alors?...\nLISZT. Il me demanda qui je cherchais et se mit gracieuse-\nment à ma disposition pour me guider dans un domaine qui,\npeut-être, ne m'était pas familier. Je lui exprimai ton voeu...\nWAGNER.— Et que t'a-t-il répondu?\nLISZT. Eh bien !il a semblé d'abord un peu embarrassé.\nAprès avoir réfléchi, il me dit qu'il ferait volontiers ma com-\nmission, si la démarche n'était trop certainement inutile ; di-\ncirconstances interdisant l'espoir ou la possibilité d'un\nentretien avec ces deux poètes, lesquels, au surplus, avaient tou-\njours opiniàtrément refusé de recevoir des inconnus...\nWAGNER.— Comment, des inconnus? L'impertinent !Tu ne\nlui as donc pas dit mon no«m?\nLISZT. Mais si. Il me l'a même fait répéter deux fois. J'ai\nété aussi stupéfait que toi qu'il parût l'ignorer.\nWAGNER. L'imbécile! A quoi donc emploie-t-il son temps?\nDès mon arrivée, j'ai envoyé dans sa section comme dans\ntoutes les autres, d ailleurs six exemplaires de mes œuvres\ncomplètes. S il n a jamais rien compris à la musique, il aurait pu\nau moins être frappé de l'innombrable et substantielle multipli-\ncité des textes, quintessence résumée du lyrisme, del'esthétique\net de la philosophie du monde, encyclopédie sans précédent de\n1 àme, de la science et de l'intelligence humaines. C'est le dernier\ndes idiots !\nLISZT. Voyons, calme-toi ; tu vas te faire du mal. Il est trop\npris par ses fonctions minutieuses pour être capable de l'atten-\ntion que comportent tes ouvrages. J'ai su depuis qu'il ne lit plus\nque des romans français.\nWAGNER. - Ah ! ah ! ah ! Ça ne m'étonne pas de la part de\nce seiin pommadé! Le père Dumas, sans doute, ou bien la\ngrosse Madame Sand, George pour les messieurs.\nLISZT. Je ten prie, Richard, ménage tes propos à l'égard\nd'une femme... Et puis, songe à qui tu t'adresses.\nWAGNER. AH! c'est vrai, papa. Pardon. Dame, avec toi, tu"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.23", "texte": "164\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsais, on serait excusé de s'y perdre un peu. Quel niais que cet\nEuripide!... Des romans français! Ah! ils vont bien ensem-\nble!... Ecoute, papa, je suis sur qu'il t'a menti. Ce fut toujours\nun faux bonhomme. Il est tout simplement furieux de ce que\nj'ai écrit sur son compte. Il veut m'écarter de ceux que je lui\npréférai, entraver les rapports de nos gloires et priver Eschyle\net Sophocle de connaître Wagner !\nLISZT. Mais non, je t'assure. C'est, autant dire, impos-\nsible.\nWAGNER. Et pourquoi ?\nLISZT.— Tu sais que Sophocle est mort très vieux, quelque\nchose comme quatre-vingt-neuf ou dix ans. Quoiqu'il eût gardé\ntoute sa tête, sa vue était fort fatiguée. Il est arrivé ici à peu\nprès, et même absolument aveugle...\nWAGNER. Ça n'empêche pas de causer!\nLISZT. Sans doute. Mais il s'est obstiné à des ablutions quo-\ntidiennes dans l'eau glacée du Léthé. Outre que, par mégarde,\nil en avala quelques gouttes, ce qui embrouille un peu ses sou-\nvenirs, il y gagna une affection des oreilles, laquelle a rapide-\nment empiré, bref...\nWAGNER. Il est sourd?...\nLISZT. Comme un pot, m'avouait Euripide. Quant à\nEschyle, il n'est jamais là. Il ne quitte pas Prométhée sur son\nroc. C'est tout au bout des Enfers. Il faut traverser la caverne\ndes supplices, où nul ne doit pénétrer. Seul, Eschyle en obtint\nla faveur exceptionnelle.\nWAGNER. C'est la guigne! Me faudra-t-il donc renoncer à\njamais au commerce des génies de la race du mien? Ton dévoue-\nment m'est précieux, ô papa et ami, car je suis peu porté aux\navances. Je te sais gré de tes tentatives réitérées et inlassables,\nmais les résultats pleins d'amertume en sont étrangement déce-\nvants. Napoléon, avec qui je souhaitais un colloque, isolé à l'in-\nfirmerie par ordre d'Hippocrate à cause de la gale qui dévore\nses mains ensanglantées tant il se gratte ; Orphée, toujours entre\ndeux eaux, en quête de sa lyre, ou chevauchant sur un dau-\nphin pour imiter Arion; Platon, gâteux, inaccessible au milieu\nd'éphèbes frisés au petit fer et callipyges ; Shakspeare, renfro-\ngné, têtu, muet comme les carpes qu'il pêche et qu'il prend\npour des truites; Gœthe, enlevé par Pan le Satyre; Dante,\npétrifié par Gorgone la Phorcyade en croyant embrasser Béa-\nsrix; acharnés à une partie d'échecs ardente et éternelle, Alexan-\ndre le Grand perçant de javelots les curieux, et le Grand Fré-\ndéric chassant les importuns à coups de canne... ! De tous ceux\ndont j'ai chanté la gloire, commenté et élucidé lumineusement\nles chefs-d'œuvre, il est assez singulier que le premier que j'aie"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.24", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n165\n\npu joindre ici, grâce à ta fidèle entremise, et l'unique, jus-\nqu'à présent, soit ce forcené de Michel-Ange qui, sans toi,\nm'enfonçait son poignard dans le ventre...\nLISZT. Certes, il se divulgua ombrageux à l'excès, et sa ner-\nvosité est terrible. Mais tu eus peut-être tort d'insister en vou-\nlant prouver au peintre du Jugem que, malgré son\ngénie, son art et les moyens de son époque étaient impuissants\nà traduire la sublime horreur dantesque en son intégrale et\nmerveilleuse beauté, dévoilée seulement, bien plus tard, par\nla musique et révélée, d'abord et enfin, par la profondeur alle-\nmande et divinatrice de Bach et de Beethoven.\nWAGNER. Il ne m'a pas compris. Ce n'est qu'un vaniteux\net un imbécile. Et puis, quel ignorant ! Il est inouï de songer\ncombien les plus fameux individus d'alors étaient dénués de cul-\nture scientifique. A propos, papa, tu serais bien gentil d'orga-\nniser une entrevue entre moi et Darwin. Je serais enchanté de\nsavoir son avis sur mon originale exégèse touchant le mystère\nde notre descendance simiesque, réalisée par la Nature, plutôt\nque nous faire dériver « de l'éléphant ou du chien, chez qui,\npourtant, nous constatons des dispositions intellectuelles indis-\ncutablement plus développées que chez le s singes ».\nLISZT. Oui, oui, la phrase me revient. J'ai lu ça quelque\npart dans tes écrits. Vraiment, tu as une mémoire prodigieuse,\nRichard. C'est très intéressant, en effet, et ce bon Cerbère serait\nflatté de l'hypothèse s'il la pouvait entendre. Malheureuse-\nment,... pour Darwin,... on ne sait pas ce qu'il est devenu...\nWAGNER. Allons donc !...\nLISZT. Mais oui. On craint qu'il ne se soit échappé ou bien\nqu'il ait glissé dans les boues du Cocyte en observant des algues.\nSurtout n'en parle pas : l'aventure est tenue secrète. Eaque en\nest fort ennuyé. C'est lui qui me l'a confiée. Il n'a pas encore\nosé avertir ses collègues.\nWAGNER. La guigne ! La guigne noire ! C'est insensé. On\ndirait que la Fortune se venge ici d'avoir été vaincue là-bas par\nma persévérance et mon génie. Tous mes projets, contrecarrés,\ntous mes désirs, nargués par elle ! En tout cas, voilà ma journée\nfichue...\nLISZT. Veux-tu venir prendre quelque chose au Walhall ?\nIls ont reçu un foudre monstre de Hofbrau incomparable, d'une\nfraîcheur !... Nous irons par l'allée des Sirènes et le bois des\nVioles d'Amour.\nWAGNER. Pour nous cogner à chaque pas contre un de ces\nbenêts de musiciens jaloux et ignares, qui ne comprennent rien\nà ce que je leur dis et demeurent bouche bée ou ricanent ;\ncomme ce toqué de Berlioz qui se figure avoir inventé Shaks-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.25", "texte": "166\nLE MERCURE MUSICAL\n\npeare, Virgile et le cor anglais !... Ma foi! non. J'aime autant\nrester à la maison.\nLISZT. Eh bien ! restons. Veux-tu un cigare ?\nWAGNER. De ceux de la Princesse ? Merci. Ils sont trop\nforts. Et puis, pour moi, tu sais, rien ne vaut une prise de ta-\nbac. Tiens, puisque tu es là, tu vas m'aider à ranger ma biblio-\nthèque.\nLISZT. Volontiers. Elle en a besoin.\nWAGNER. C'est le désordre du génie. Regarde ces rayons\npresque vides ; autour de ces divans, de ces sièges, où mon\nombre se repose et rêve, les livres s'entassent pêle-mêle, empi-\nlés, confondus au caprice insatiable de mon cerveau toujours\navide. Mais je veux faire un classement. Ici : le Mythe, la Lé-\ngende. Tu vas me passer les volumes.\nLISZT. Ça n'est pas très commode.\nWAGNER. Puise au hasard. On verra bien.\nLISZT. Comme tu voudras... Les Mystères de Paris...\nWAGNER.— Hein?... Parbleu ! c'est le fauteuil où Auber\nvient bavarder ou lire. Fouille plutôt dans le tas près de ma\nchaise-longue.\nLISZT. 80n... Saint-Cloud et ses environs en 1841...\nWAGNER. Ça date de longtemps, hélas ! Meudon ! Mon\nVaisseau-Fantôme écrit de verve en sept semaines ! O jeunesse !...\nPose-le sur ma table.\nLISZT. Les Trois Mousquetaires... Le Maître de Forges...\nWAGNER. Qu'est-ce que ça fait là ?... C'est inconcevable...\nSans doute que... Âh ! c'est sûrement ce satané Berlioz qui a\nintroduit ces stupidités françaises aux Enfers et chez moi...\nLISZT. Calme-toi, Richard, je t'en prie. Tu l'accuses tou-\njours et trop vite. D'abord, il n'était pas contemporain de\nM. Ohnet.\nWAGNER. Ecoute, papa, c'est un chaos à n'en pas sortir.\nEt puis, tu féreintes à te baisser. Classons plutôt la Science et\nla Métaphysique. Tout est réuni là, dans cette ma11e,... sauf\ncelui-ci qui me tombe justement sous la main. C'est le tome\npremier de Schopenhauer.\nLISZT.— Et voici les cinq autres... Tiens! ils ne sont pas\ncoupés...\nWAGNER. Comment, encore brochés ? Cette étourdie de\nCosima aura oublié de les envoyer à la reliure. Après, tu dois\ntrouver Kant et Feuerbach...\nLi SZT. Oui, avec Spinoza... Ils sont reliés... Même, on di-\nrait d'hier !... Ils n'ont pas souffert du voyage. Puis... Dieu !\nquel ouvrage gigantesque ! Il remplit tout le fond du coffre\nd'un même et imposant format. Sapristi ! celui-là n'est pas"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.26", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n167\n\nneuf ! On s'en est servi. Qu'est-ce donc ?... Tiens, un Larousse...\nWAGNER. C'est Siegfried qui l'a acheté d'occasion. Mais\nlaissons cela, papa. Une autre idée germe dans ma cervelle et\nse précise. Spinoza!... S'il ne saurait évidemment compter parmi\nmes pairs, néanmoins ce fut un grand et noble esprit. Je veux\nle voir et lui parler.\nLISZT. —Hum!... Ce sera bien difficile,,., surtout pour toi,\nqui publias le Judaïsme dans la Musique.\nAGNER. Qu'est-ce que tu veux que ça lui fasse ? Il\ns'exclut volontairement de la synagogue et fut même, à cause\nde cela, persécuté par Israël. Il était athée...\nLISZT. —Jadis ; mais, d'après Euripide, qui est informé\nde tout, il manifeste aujourd'hui un repentir extrême de son\napostasie. Il ne cesse de réciter des prières en hébreu et a élu\ndomicile au ghetto des rabbins... Tu n'y serais guère bien\nreçu...\nWAGNER. Eh bien ! j'irai quand même ! J'en ai assez, à la\nfin, de ton Euripide et de ses renseignements astucieux. Il s'est\nbien douté que tu me les rapporterais et il redoute mon\ninfluence. Il a peur que ma gloire n'éclipse sa fausse renommée\nde langoureux sophiste auprès d'un penseur d'envergure à\nscruter l'immensité de mon oeuvre, pour en mesurer le néant\nde ses fadaises alambiquées. Mais je trouverai bien quelqu'un\npour nous aboucher. Tiens, voilà précisément Meyerbeer. Il\nva encore nous baragouiner son mauvais français. Quelle\ndrôle de manie ! Ma foi ! je n'aurai jamais eu autant de plaisir\nà l'entendre.\nMEYERBEER. Drès honoré Maîdre, che fous salue resbec-\ndueusement. Ah ! ce ger Liszd, ced atmiraple Liszd, pien heu-\nreux te fous rengondrer. Che foulais fous tire, drès honoré\nMaîdre,... fous safez, bour la bedide avaire,... che grois que che\nbourrai aller chusgu'à ti... à... tisbosser te neuv dhalers te\nBrusse en archent. Bas en archent babier, en archent médal...\nWAGNER. Dites donc, Beer, connaissez-vous Spinoza?\nMEYERBEER. Sbinotza... Sbinotza... che... ui, ui, che le\ngonnais.\nWAGNER. Pouvez-vous nous présenter l'un à l'autre, me\nl'amener ici ou bien me conduire chez lui?\nMEYERBEER. —Hum! che ne grois bas... Fous safez, il n'est\nbas drès aimaple afec ses gorelichionnaires. Il nous dourne le\ntos guand il nous aberçoit te 10in... On ne beut bas l'abbro-\nger...\nWAGNER.— Comment ça? Vous ne savez donc pas où il\nloge ?\nMEYERBEER. Mais si. Il est douchours gez lesKregs..."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.27", "texte": "168\nLE MERCURE MUSICAL\n\nWAGNER. Chez les Grecs !... Il joue ?...\nMEYERBEER. —Oh ! non, non. Gez les Kregs te Krèze. Il basse\ndout le denips tans la vorêt t'Abollon, assis sous le cètre te\nTionusous, à gauser afec Esgile, Sovogle et Bladon.\nWAGNER. Qu'est-ce que vous chantez là ?\nMEYERBEER. Che... Che ne geande bas... Che tis la féridé.\nChe fous tonne ma barole t'honneur...\nWAGNER. Tu entends, papa ! Qu'est-ce que tu dis de ça\navec ton Euripide? !...\nLISZT. Voyons, mon bon Meyerbeer... Je ne doute pas\nun instant de votre parole, mais on vous a induit en erreur.\nCroyez-moi, mon cher ami...\nMEYERBEER. Bas le moins tu monte... Denez, che le chure\nsur l'héridache te mon crand-bère Liepmann Meyer Wulf !...\nWAGNËR. Eh bien ! Beer, écoutez-moi bien. Si vous pouvez\nm'avoir un rendez-vous avec ces quatre personnages, je vous\nfais cadeau de ma robe de chambre. •\nMEYERBEER. Bour rien ?...\nW AGNER. Naturellement, pour rien ! Et je vous donne par-\ndessus le marché une calotte en peluche assortie, brodée et fes-\ntonnée par Cosima. Est-ce convenu ?\nMEYERBEER. C'est gomme si c'édait vait ! Ch1 y gours!...\nWAGNER. Dépêchez-vous !...\nMEYERBEER. Che refiéns tans tix minudes !...\nLISZT. Mais non, mais non ! Richard, je t'assure qu'il se\ntrompe. Il n'est pas au courant. Mon Dieu ! quelle histoire !\nIl va faire arriver des malheurs! Jacob.! Giacomo !...\nWAGNER. Oh ! tu peux courir, papa. Je te défie bien de le\nrattraper !\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.28", "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\nLES VÉRISTES FRANÇAIS : GUSTAVE CHARPENTIER.\n(0\nIII\nLouise, deGustave Charpentier, est une œuvre moinsmalheu-\nreuse que Y Ouragan, d'Alfred Bruneau. Elle n'a point cet air\ntriste et revêche, cette démarche gênée, cette laideur soucieuse\net froncée. C'est même, si l'on veut, une assez jolie fille ; mais\nil existe des beautés dont le premier regard dissipe l'illusion :\ncar elles portent la sottise ou la vulgarité écrite en chacun de\nleur traits. Louise ne serait-elle pas du nombre ?\nLes paroles, dans ce drame, ont une grande qualité : elles ne\nsont point d'Emile Zola. Mais elles ont un grave défaut : l'au-\nteur en est Gustave Charpentier. Ce n'est plus cette prose in-\ncolore et incorrecte, terne et prétentieuse à la fois, miraculeu-\nsement dépourvue de mouvement et de rythme, cette prose\nd'instituteur primaire en mal de littérature. Mais c'est une prose\nde Montmartre, crasseuse et vaguement métaphysique, qui sent\nl'atelier poussiéreux, la fumée des vieilles pipes, les chapeaux à\ngrands bords affirmateurs d'esthétiques insoupçonnées, et les\ntables de marbre des estaminets où l'art coudoie la politique et\noù les futurs virtuoses du socialisme électoral s'essaient à\nl'éloquence devant un auditoire de sculpteurs ébahis et de mu-\nsiciens gobe-mouches. Cette prose est vaniteuse et creuse ; elle\naligne, avec de grands gestes prophétiques, de très vieilles\nâneries ; elle fait frémir lorsqu'elle veut être poétique ; elle\ndésarme par sa candeur, quand elle vise à l'esprit. En voici\nquelques échantillons. Une ouvrière décrit à ses compagnes\nles séductions de l'amour. Ecoutez, et savourez cette grossiè-\nreté bleutée de romanesque, et cette mythologie surannée\nque pimente une involontaire métaphore :\nD'où vient ce sentiment qui nous attire constamment vers les hommes ?\nD'où vient qu'à leur approche nos cœurs chavirent ?On a beau nous dire :\n\n(i) Suite. Voir le Mercure musical du ier juin."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.29", "texte": "170\nLE MERCURE MUSICAL\n\n« Prenez garde! » Qu'apparaisse le prédestiné, les scrupules s'envolent,\nà son regard on rougit, àsa parole on sourit. Dans l'enthousiasme du bai-\nser on s'ouvre au dieu malin.\nMaintenant, c'est l'amour de Louise et de Julien, les deux\nhéros, qui chante :\nAh! prends-moi vite, mon bien-aimé, plus beau que les fiers chevaliers\ndes contes bleus de la Légende ! A mon appel hâte-toi d'accourir ! Prince\ncharmant dont la caresse éveilla la petite Montmartroise au cœur dormant!\nGagné à son tour par tant de poésie, le Prince charmant de\nMontmartre répond galamment :\nLa chair de l'amante a parlé ; elle appelle son maître. Ton cher corps me\ndésire ?\nVoici, pour changer, de la philosophie : pendant la fête de\nMontmartre, un commentateur bénévole explique à Louise, qui\nn'en peut mais, les mystères de la danse :\nO Jolie, cette danseuse est une fleur de vie faite d'un peu de chacun de\nnous tous. Et cette fleur vivante, c'est notre âme sous la forme d'une fleur\nqui serait une femme, fleur-femme dont la grâce, le parfum, se traduisent en\ncadences afin que tes sens aussi bien que ton âme puissent apprécier l'hom-\nmage suprême.\nIl est rare de rencontrer une aussi ascendante progression dans\nle galimatias. Voulez-vous enfin de l'esprit ? C'est dans la chan-\nson des bohèmes qu'il faut le chercher.\nEnfants de la Bohème, nous aimons qui nous aime. Toujours gais et\npimpants, les femmes nous trouvent séduisants... quoique sans argents,\npresque indigents ! Mais nous sommes très intelligents !\n« Tu parles! » dirais-je volontiers, ou, si l'on me trouve trop\nfamilier : « Ta bouche! »\nComme drame, Louise n'a pas le tragique intérêt de Y Oura-\ngan, mais pouvait encore atteindre à . une certaine émotion.\nLouise, Mi mi Pinson moderne, se laisse courtiser par un vague\npoète, son voisin. Ses parents, honnêtes ouvriers, n'approuvent\npoint ce flirt de mansarde à mansarde, et font entendre la voix\nde la sagesse et de l'expérience : c'est un simple caprice qui pas-\nsera, et puis le futur n'a pas de gagne-pain. Résultat : Louise\nrévoltée se laisse enlever par son Julien, et vit heureuse dans\nl'amour libre. Cependant le père est tombé malade de chagrin,\n„elle revient pour le soigner, et les pauvres vieux parents vou-\ndraient bien la garder encore. Mais elle ne peut s'y résoudre ;\ntrop de choses lui manquent auprès d'eux, elle les quitte à nou-\nveau, sûre de son droit de vivre à sa guise, et il ne reste au père\nqu'à maudire ce Paris, ville de joie qui lui a ravi sa fille."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.30", "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\n171\n\nIl n'y a pas ici, on le voit, un jeu compliqué de passions con-\ntraires ; presque point de luttes intérieures, nul revirement.\nChaque personnage va droit devant lui, sans s'inquiéter des au-\ntres ; dès le début, il est certain que Louise cédera à son amou-\nreux, et que les parents trop sages ne pourront l'absoudre. Mais\nil v avait dans cette fatalité morale elle-même une source de\nbeauté, rien n'étant plus poignant que ce spectacle, souvent\ndonné par la vie, d'êtres qui s'aiment, et qui ne peuvent se com-\nprendre; entraînés par leur destinée intérieure sur des voies-\ndivergentes, ils ne peuvent ni se rapprocher, ni se quitter ;\nchacun de leurs contacts est un choc, chaque parole de l'un d'eux\nest une insulte aux convictions et à la nature même de l'autre '\net l'amour qui les unit ajoute un remords à chacune de ces souf-\nfrances. Nous pouvions avoir ainsi un tableau, très sombre,\nmais émouvant et vrai, de la vie dans une famille où il n'y a\nplus d'entente. Seulement il fallait pour cela que Louise aimât\nses parents. Elle ne les aime guère : un peu de càlinerie pour\nson père, qui ala grande vertu de ne s'occuper de rien, puis-\nqu'il est tout le jour au travail, et ne désire que la paix quand il\nrentre. De la haine pour une mère acariâtre et dure, qui ne\nmérite pas autre chose en effet. Un profond mépris pour tous\nles deux, dont elle singe la sagesse surannée, là-haut, dans la\nchaumière montmartroise où Julien l'a initiée à la libre vie. Cette\nfille est sans cœur, comme sa mère; ni l'une ni l'autre ne nous\nintéresse. Quant au bohème ravisseur, il est tout en grandilo-\nquences creuses sur le droit à l'amour et en malédictions contre\ndes préjugés inexpliqués ; il m'intéresse moins encore. Seul le\npère est touchant ; c'est un brave homme, qui aime bien sa fille,,\net ne comprend rien à l'obstination de cette tête mutine. On le\nplaint lorsqu'il reste, seul et désespéré, à la fin de la pièce. Je\nne sais si l'intention de l'auteur était bien de nous le rendre\nà ce point sympathique, puisque son idée est que les parents\nont tort de s'opposer àla volonté de leurs enfants. Mais\nle résultat est là, et quelque tort qu'il fasse à la thèse, nous\nsommes heureux de pouvoir nous intéresser au moins à l'un\ndes personnages.\nUn sur quatre, c'est peu cependant, et pour nourrir un drame\nd'une psychologie aussi pauvre, il a fallu le charger de scènes\népisodiques : l'une est celle des ouvrières à l'atelier, l'autre celle\nde Paris le matin, avec les cris de ses marchands, et la troi-\nsième, absolument étrangère à l'action, celle du couronnement\nde la Muse.\nTraitées avec un peu de légèreté et d'esprit, ces scènespouvaient\nplaire. Malheureusement l'auteurne badine avec rien, pas même\navec les chansons des couturières ou les cris de Paris. L ironie"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.31", "texte": "172\nLE MERCURE MUSICAL\n\nlui est étrangère, et il reste partout sérieux comme un pape, le\npape de la bohème. On a pu voir comment on parle de l'amour\ndans cet atelier, et quelle est la prétentieuse emphase de ces\ntrottins. On a pu voir que la fête de Montmartre a un sens pro-\nfond et véritablement philosophique. Et que dire de ces ser-\ngents de ville sentimentaux qui parlent d'amour, au coin d'une\nrue, avec une laitière désabusée et une balayeuse qui roula car-\nrosse en son temps ? Sans doute les détails matériels sont exacts,\nce sont de vrais ciseaux qui passent aux mains des ouvrières,\net c'est bien ainsi que Ton plie, sur les tables des kiosques, les\njournaux du matin. Le paisible citoyen de Dresde ou de Zurich\npeut alors s'émerveiller, et pousser du coude son voisin en mur-\nmurant avecun sourire d'allusions : « La vie de Paris !\nLeben ! » Mais ces spectacles coutumiers ou couturiers ne suf-\nfisent point à nous enchanter, puisque l'auteur ne veut en tirer\nque des enseignements et des moralités, non de la grâce ou de\nla poésie.\nC'est que Gustave Charpentier est, lui aussi, un penseur. Il\nne songe point à rire devant la misère du peuple, et c'est là un\nbon sentiment * mais il y songe si peu qu'il n'observe même pas\ncette misère, ayant un mot profond à placer dans la bouche de\nchaque chiffonnier, de chaque sergent de ville et de chaque ou-\nvrière qui passe à sa portée. Les séductions de Paris ou la sou-\nveraineté de l'amour, l'inégalité des conditions humaines et le\ndroit au bonheur, voilà ce qui préoccupe ces braves gens, voilà\nde quoi ils viennent nous entretenir. Aussi ne sont-ils pas au-\ntrement surpris quand le noctambule qui cherchait sa proie au\nmilieu d'eux se transfigure tout à coup sous la lumière électrique\net devient un éblouissant symbole : « Je suis le Plaisir de Paris;\nje suis le Procureur de la Grande Cité ». « Ah ! je le connais,\nle misérable ! » murmure le chiffonnier, accoutumé sans doute\nà de telles rencontres. Et voilà de quelle manière les véristes\nvoient et peignent la réalité.\nLa musique dont se revêtent ces peu plaisantes fictions n'est\npoint déplorable, comme celle d'Alfred Bruneau. La déclama-\ntion a souvent une allure aisée et familière, un peu facile\net banale d'ailleurs, qui rappelle beaucoup Massenet, et n'est\npoint désagréable à entendre, quoique sa monotonie lasse vite.\nMais dès que le ton s'élève, nous sommes perdus: l'emphase\nqui tient lieu de sentiment à ces bavards se retrouve dans la mu-\nsique, et ajoute à sa banalité profonde un accent faux et décla-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.32", "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\n173\n\nmatoire, que l'on ne peut supporter. L'air de Louise au IIIe acte\n(Depuis le jour où je me suis donnée) est modèle de ce genre\nà la fois trivial et maniéré, qui fait songer aux minauderies\nd'une fille des rues. Et je ne sais rien, je crois, de plus désa-\ngréablement affecté que l'effet de voix facile qui le termine :\nCroirait-on pas un souvenir de Rome, une impression d'ltalie,,\nhélas ! trop sincère ?\nJulien ne vise point tant à la grâce. Mais qu'il est solennel !\nCette mélodie s'accompagne d'accords en relations de tierces\n[ut, mi, ul dièse) qui lui donnent une tournure nettement\nwagnérienne ; mais en même temps elle a dans sesdeuxmembres\nune symétrie qui rappelle le style de romance, cher à Massenet\net à ses disciples. Enfin le la final annonce ce qu'on,\nappelle, dans l'argot du Conservatoire, une rosalie, c'est-à-dire\nune transposition du motif tout entier en un autre ton, ici celui\nde mi bémol.Rien en tout cela de franc, de personnel : une\nmusique bâtarde, un métier plus habile que celui d'Alfred\nBruneau, mais non pas plus intéressant. Voyez encore la mé-\nlodie du début, celle que chante Julien à gorge déployée. Le\ndébut ne manque pas d'entrain, mais dès la seconde mesure,,\non rencontre un chromatisme tout wagnérien encore, et qui\nrappelle la chanson du marin, dans Tristan et Yseidt :\nTout l'art de Gustave Charpentier est un art de souvenir, de\nseconde main. Les deux mélodies que je viens de citer sont\naussi des motifs conducteurs, appliqués l'un à la liberté, l'autre\nà l'amour. Un troisième motif, celui du plaisir, n'est pas plus\noriginal, ni plus expressif : car c'est tout simplement le cri de\nces marchands qui promènent dans Paris une longue boite\ncylindrique surmontée d'un cadran : on nomme plaisirs, en effet,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.33", "texte": "174\nLE MERCURE MUSICAL\n\nles minces pâtisseries que l'on gagne à ces loteries ambulantes.\nC'est là un simple calembour musical, bon pour égayer une\ntablée d'élèves de la villa Médicis, non pour entrer dans la char-\npente, si j'ose dire, d'un drame lyrique.\nCes mélodies sans caractère sont développées selon toutes\nles recettes de l'orchestration moderne. On verra, à la page 124\nde la partition pour piano et chant, la chanson de Julien\nmonter et s'enrouler sur elle-même, à la manière du motif d'im-\npatience de Tristan à l'arrivée d'Yseult. Et un peu plus loin\n(page 128), le cri du marchand de plaisir monte à son tour,\nsoutenu par des harmonies en pédale dont le ronflement est\ntout wagnérien encore. Mais Massenet ne perd pas ses droits :\nil les affirme, au contraire, parla symétrie berceuse des rythmes,\net par l'extraordinaire fréquence des mouvements de valse.\nC'est une valse que la chanson du noctambule, le duo d'amour\nde Louise et Julien commence et finit par une valse, la dan-\nseuse du couronnement danse naturellement une valse, et c'est\nsur un air de valse que Louise quitte ses parents. Ce tour-\nnoiement monotone, ce vertige à prix réduit, conviennent à la\npensée de Charpentier pour la même raison qu'ils conviennent\naux fades galanteries qui s'échangent sous les lustres d'un bal\nbourgeois.\nOn ne peut dire, en effet, que cette musique soit privée d'é-\nmotion ', mais c'est une émotion superficielle ou fausse, qui se\nprend au sérieux et s'exagère à plaisir : c'est un romanesque de\nbas étage, une sentimentalité frelatée et qui se croit sincère. Quel-\nques pages sont assez jolies cependant, entre autres la berceuse\nenfantine que le père chante à sa fille, la grande enfant qui ne\nveut plus l'écouter comme autrefois. Cela est simple et tou-\nchant ', mais aussitôt après nous retombons dans la déclama-\ntion. Cette musique sonne faux, presque perpétuellement faux,\net cependant elle n'a pas été écrite pour nous tromper. L'auteur\nne s'est pas moqué de nous, il est incapable de se moquer de\nqui que ce soit. Mais il s'est trompé lui-même.\nQu'on imagine une nature primitivement honnête et bonne,\nmais crédule, sans finesse, et sans autre culture que celle du\nConservatoire ; les premiers succès, dus à un talent très réel,\nl'ont enflée d'orgueil; la littérature à un sou des journaux po-\nlitiques a faussé le jugement et perverti la sensibilité. Incapable\nnon seulement d'ironie, mais de toute critique, livré sans dé-\nfense à toutes les suggestions, la tête toujours montée, bour-\ndonnante d'un tumulte de mots sonores, le cœur palpitant\nd'émotions frivoles et d'attendrissements inutiles, un tel homme\nvivra dans une perpétuelle illusion sur le monde et sur soi-\nmême. Il se laissera séduire par des grâces triviales, il placera"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.34", "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\n175\n\nsa pitié sans discernement, et en fera spécialement largesse aux\nfausses innocences qui lui plaisent déjà pour d'autres motifs ;\nil croira à la sincérité de sentiments qui chez lui-même ne sont\nque froide rhétorique; bientôt il ne saura plus distinguer, parmi\nses impressions, celles qui lui viennent de ses sens, et celles\nqu'il a apprises quelque part, semblable à ces touristes trop\ndociles qui retrouvent, à chaque pas, les admirations prescrites\npar leurs guides. C'est alors que, complètement dépersonna-\nlisé, ne voyant les choses qu'à travers les brumes pou-\ndreuses du boniment politique et social, ne pensant, même en\nmusique, que par la pensée d'autrui, c'est alors qu'il écrira\nLouise. Et peu après il fondera cet extraordinaire Conservatoire\noù Mimi Pinson apprendra le chant et la danse du ballet,\ncomme si elle n'était pas assez tentée déjà de quitter l'atelier\npour le théâtre et ses alentours.\nTel est l'homme ; je n'ai pas l'honneur de le connaître,\nj'ignore tout de sa vie. Mais je sais qu'il doit être tel. La bio-\ngraphie idéale dont je viens de tracer une sommaire esquisse\nmériterait d'être détaillée. C'est un sujet que je propose au\ntalent puissamment intuitif de mon ami Romain Rolland.\nCe second Jean-Christoplie, moins plaisant que le premier,\nserait plus édifiant encore, car il appartiendrait bien à notre\ntemps. Et l'on y pourrait inscrire, en sous-titre : Portrait\nd'un musicien démagogue.\nIl y a donc d'utiles enseignements à recueillir dans Louise.\nMais l'œuvre est trop peu personnelle, trop peu pensée et trop\narbitrairement sentie pour mériter le nom d'œuvre d'art. Elle\ns'intitule elle-même : Roman musical. Etant sans malice, je ne\ndirai pas que c'est le roman chez la portière. Mais c'est bien le\nroman chez l'ouvrier, je veux dire le roman tel qu'il le veut,\ntel qu'il le demande à son journal quotidien. C'est le roman-\nfeuilleton que la ménagère, avant de le lire à son homme, dé-\nvore en surveillant le poêle de fonte où mijote le ragoût. Car ce\nroman-feuilleton, lui aussi, enveloppe sa romanesque intrigue\ndans une « étude de mœurs » ou une « satire sociale », comme\nun berlingot dans du papier doré. Ici comme là, on trouve ces\ndéclamations sur l'honneur et l'argent, ou sur l'amour et la\nliberté, qui font frissonner les cœurs simples, et cette émou-\nvante fausseté de ton et de sentiment. Gustave Charpentier\nn'a pas seulement choisi un sujet vulgaire, il l'a traité vulgai-\nrement, et Louise aurait pu être signée par Louise elle-même,\nsi l'on faisait de plus sérieuses études d'harmonie au Conser-\nvatoire de Mimi Pinson.\nAlfred Bruneau nous offrait un drame bien conçu, mais réa-\nlisé d'une manière piteuse, et revêtu d'une musique barbare et"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.35", "texte": "1 7 6\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntoute conventionnelle. Le drame, chez Gustave Charpentier,\nexiste à peine, les caractères sont creux et sans consistance, et\nla musique elle-même manque de style et n'accuse aucune per-\nsonnalité artistique. L'école vériste française n'a pas encore pro-\nduit son chef-d'œuvre, ni même, au sens propre du mot, une\nœuvre. Louis LALOY.\n$\nP. S. Les deux articles qu'on vient de lire développent une\nconférence faite au mois de mars dernier à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales. Quelques jours après je recevais une lettre fort\ncurieuse, que je me crois en droit de publier, puisque la si-\ngnature, volontairement illisible, en fait une lettre anonyme.\nTimbre delà Poste : Tribunal de Commerce, 29 mars iC)oS.\n5 h. 45.\nMonsieur,\nJ'ai eu le récit d'une conférence faite par vous lundi à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales, conférence dans laquelle vous sembliez dénigrer et mécon-\nnaître grandement la valeur de deux de nos plus belles œuvres modernes:\nLouise et YOuragan. La première œuvre est consacrée depuis longtemps\npar un éclatant succès très légitime —le fait de la dénigrer ne peut venir\nque d'un esprit rétrograde.\nPour la seconde de ces œuvres, c'est différent ; dès son apparition, elle a\nsoLilevé de vives polémiques, et l'Enfant Roi en soulève également aujour-\nd'hui, le bon public routinier n'a pas compris la puissante beauté de ces\nœuvres, et il m'apparaît que vous ne l'avez pas compris (1) davantage. Bru-\nneau ne sera sans doute compris qu'après sa mort, c'est le sort de bien des\nmusiciens. Il a pourtant de fervents admirateurs, et je me flatte d'être de ce\nnombre, mais c'est une génération nouvelle et éclairée qui dira combien\nces œuvres sont magnifiquement belles.\nUn des chefs-d'œuvre du maître, Messidor, a déjà triomphé sur des scènes\nde province et de l'étranger, à Munich notamment.\nEn tous cas, ce ne sera pas à l'Ecole des Hautes Etudes qu'on aura con-\ntribué à montrer au public tant de beautés qui restent méconnues, et c'est\ngrandement regrettable.\nOn m'a dit que vous n'aviez pas épargné Zola, et je m'en suis sentie\nblessée dans mon admiration si enthousiaste pour le glorieux maître. Mais\nqu'importe, qu'importe ! Les œuvres restent, et ce sont celles qui sont le\nplus décriées, qui sont le plus admirées plus tard. Wagner qu'on acclame,\na été sifflé ; Emile Zola qui fut honni, aura bientôt sa statue dans Paris.\nMa lettre n'a aucune prétention, mais gardez-la, car elle indique certaines\ntendances que vous ne semblez pas soupçonner.\nEn déplorant la façon peu courtoise dont vous avez parlé de deux chefs-\nd'œuvre, en déplorant que vous n'ayez pas choisi un autre sujet qui peut-\nêtre vous aurait convenu mieux et inspiré davantage,\nJe vous prie d'agréer, Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.\n\n(i) Sic!"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.36", "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\n177\nLE MERCURE MUSICAL\nI 2\n\nTout est remarquable en ce document. D'abord, le soin que\nl'on prend de ne pas se renseigner : on ne parle que par ouï-\ndire, et l'on n'attend pas, pour engager la discussion, de savoir\nce que j'ai avancé. Puis, la valeur en quelque sorte surnaturelle\nque prennent, pour les cœurs touchés de la grâce, des mots\npar eux-mêmes vides de sens, tels que routine, rétrograde,\néclairé. Une candide mauvaise foi qui invoque tour à tour la\nconsécration du succès et la sottise du public. Un ton sévère,\nqui rappelle un peu le prêche, et fait sentir que c'est un péché\nde ne pas admirer les « chefs-d'œuvre » des musiciens bien\npensants. Un tel état d'esprit (que l'on me pardonne cette im-\npropriété d'expression !) est assez fréquent dans certaines sectes\nsocialistes et anticléricales ; je le sais. C'est même pour cela que\nje le combats. L. L."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLE SCANDALE DU PRIX DE ROME\n\nJ'avais promis à nos lecteurs de m'enquérir des insondables causes dont\nle poids évident ou l'influence peremptoire ouvrit a M. Paladilhe les por-\ntes de notre Institut. Un peu novice en la fonction pseudo-policière, j'inter-\nrogeai, au hasard des rencontres, musiciens, littérateurs, publicistes ou,\nmême, vulgaires contribuables, avec une perseveiance inextinguible et\ndigne d'un sort meilleur. Helas ! je dus constater bientôt que le monu-\nment national en question est généralement plus connu que ceux de qui\nsa coupole abrite l'eventuelle immortalité A 1 égard de IVI. Paladilhe, en\ntout cas, la surprise apparut à peu près unanime de l'apprendre doté d'un\nfauteuil.' Au lieu de me dévoiler pourquoi, chacun m'en demandait les\nmotifs, à moi pauvre qui, précisément, cherchais à pénétrer ce mystère.\nQuelques-uns, pourtant, prononçaient le nom de Patrie, mais sans convic-\ntion; d'autres, en l'entendant, ' rectifiaient et attribuaient cet opéra à\nM. Victorin Joncières. Je remarquai, en outre, que la plupart de mes\ninterlocuteurs avaient décidément oublié la d'antan.\ntransit gloriola mundi !...\nJe n'essaierai pas de dissimuler mon embarras perplexe en présence\nd'une obscurité si éloquente ou si modeste. Quels mentes cachés a\\aient\ndonc incité ses collègues à introduire M. Paladilhe au sein de leur illustre\net séculaire compagnie? Assurément, on ne se montra jamais d'une exi-\ngence impitoyable au Palais Mazarin. La collection des privilégiés n y\nmanque pas d'imprévu, et, quand on en relit la liste, 1 érudition des plus\ncomplaisants dictionnaires est trop souvent impuissante à ressusciter la\npersonne et les exploits de maint Immortel défunt. Notre celebie Acacie-\nmie Française, elle-même, ne s'attesta onques inexorable à la piètre bonne\nvolonté postulante, pas plus qu'inaccessible à des considérations dont le\nprix se dérobe aux soupçons de la postérité inavertie que nous sommes.\nLes alliances, les relations ou le cuisinier de tel candidat, îeçu s tns am-\nbages, échappent à la sagacité des plus patients compilateurs, ou bien, dé-\ntails superflus ou indignes, sont inconsidérément rejetes de leurs secoura-\nbles lexiques. Enfin, certains élus bénéficient de la stérilité propice de\nl'époque où fleurit leur laborieux talent. C'est ainsi que le Directoire, en\n1798, valut l'habit palmé de vert et le bicorne à Gabriel-Marie-Jean-Bap-\ntiste Legouvé. Ce plumitif aimable, alors âgé tout juste de trente-quatre\nprintemps, avait commis quelques tragédies versiriinaillées dont le temps\neffaça pour nous tout souvenir, sinon jusqu'à la trace Dans leurs\ncices de mémoire et de lecture(lB4.o), M.M. Thery et Désobiy assurent que\ncelui de ses ouvrages « qui conserve aujourd'hui encore le plus de droits à\nl'estime des gens de goût est le petit poème intitulé :\nFemmes, qui, joignant l'intérêt des anecdotes au charme de la versifica-\ntion, eut neuf éditions en quatre années »."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.38", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n179\n\nEn voici un trop court et authentique extrait :\nL'enfant, de jour en jour, avance dans la vie ;\nEt, comme les aiglons, gro, cédant à F envie\nDe mesurer les deux dans leur premier essor,\nExercent près du nid leur aile faible encor,\nDoucement soutenu sur ses mains chancelantes,\nIl commence ïessai de ses forces naissantes.\nSa i22ère près de lui : c'est elle dont le bras...\nEt ça continue tranquillement son petit pipi de muse en nourrice; ça\ncoule comme le robinet du marchand de coco des Tuileries. Evidemment,\nnos aïeux étaient loin de Zola. Mais, si les neuf éditions enlevées témoi-\ngnent d'âmes candides, elles trahissent aussi l'indigence du moment, et\nexcuseraient presque l'académisation de ce Ducis du pauvre, lequel, au\nsurplus, siégeait déjà parmi nos Immortels, quand il émit ce jet serein de\nsa verve innocente. On peut faire, en somme, bien d'autres non moins\nineffables trouvailles dans le passé de notre Institut.\nD'ailleurs, et tout récemment, nous y possédâmes encore un autre\nLegouvé, Celui-ci se prénommait Ernest et vécut fort vieux. Il laissa la\nréputation d'un homtïie amène et spirituel, expert éminent dans l'art de\nbien lire, qui fit de l'escrime tous les matins jusqu'à quatre-vingt-quinze\nans et Adrienne Découvreur. A titre de document, voici un échantillon de\n■sa prose :\n... Un jour, un de nous, après un morceau entraînant de Bossuet, prit la\nProvinciale de Pascal sur ï homicide. Quel contraste ! Quelle différence\nd'impression ! Autant Bossuet avait enthousiasmé nos amis, autant Pascal les\nlaissa froids, je dirai presque ennuyés...\nCe style de conversation dans la rue indique assurément que si ce\nM. Legouvé-là était un fin liseur, il fut un écrivain plutôt négligé, à tout le\nmoins. Certes, ce n'est pas un crime irrémédiable : il avait de glorieux\n•exemples. Malheureusement, chez lui, le fond est adéquat àla forme et\nn'offre rien de stendhalien. C'est de la causerie puérile et honnête, débi-\ntée au courant d'une plume insipide et, même, un peu pédante aussitôt\nqu'il s'agit de la spécialité du lecteur dans les salons du monde où l'on\ns'ennuie. Voire avec Adrienne Découvreur, le reste du bagage, y compris l'a-\nmour du fleuret et la longévité, justifierait à peine un bout de ruban vio-\nlet, et encore, aujourd'hui, où on n'en est pas chiche, sans le papa\ndudit second M. Legouvé. Ernest, en effet, était le fils du précédent. Notre\nAcadémie a parfois des raisons que la raison du commun saisit mal.\nLa succession héréditaire est volontiers admise parmi les habitudes de la\nmaison ; elle y est même très bien portée. Evidemment, le résultat en appa-\nraît quelquefois déconcertant, si on se place àun point de vue si peu\nque ce soit artistique ou le plus charitablement intellectuel. Mais on ne\npeut guère exiger d'eux de n'élire que des génies : ils sont quarante en\nl'assemblée. Diogène ne cherchait qu'un homme, et il le chercha toute sa\nvie.\nIl n'y a, en tout et pour tout, que six Membres de l'lnstitut dans la\nsection musicale. On aurait donc quelque droit d'espérer de ces mes-\nsieurs le souci de distinguer leur petit nombre par la qualité. Le devoir\nmême s'imposerait, d'abord, de diriger ses investigations dans ce sens\nfavorable et de ne repousser, a priori, nulle hypothèse. Ce n'est qu'après\navoir épuisé les plus invraisemblables du genre que, peut-être, on serait\nautorisé à évoquer les traditions du lieu, et à oser se demander, dans\nl'espèce, à la fois qui diable certain de ses collègues eut pour oncle et"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.39", "texte": "180\nLE MERCURE MUSICAL\n\nde qui M. Paladilhe put bien être le neveu. Un jugement téméraire, néan-\nmoins, est chose assez grave pour excuser qu'on persiste longtemps dans\nune indécision scrupuleuse, même au risque d'y patauger. J'en étais là de\nces réflexions troublantes, quand un ami m'interrompit par sa visite. Aussi-\ntôt je mendigotai sans vergogne quelque renseignement d'ordre un tantinet\nmusical. La réponse fut négligente : « Paladilhe ?... mais c'est l'auteur\nde Jeanne d'Arc. Non, de Patrie. Tu crois ? C'est bien possi-\nble... C'était le gendre de Legouvé. J'ai connu un peu son beau-père... »\nLa suite de la conversation n'apprendrait rien au lecteur, pas plus que je\nn'y découvris rien, moi-même, qui pût autrement expliquer la fortune\nacadémique de cet Immortel inopiné.\nM. Paladilhe est ignoré du public et de la plupart des musiciens. Suc-\ncessifs et opiniâtres, ses fours mêmes sont désormais oubliés. Je ne parle\npas du génie, mais le simple talent méconnu sait percer et se répandre peu\nà peu hors du théâtre ou du concert et en dépit de leur ostracisme. M. Pa-\nladilhe eut la chance d'être joué à son heure, sans attendre, et cependant,\nintrouvables aujourd'hui dans les domiciles, ses partitions ne se rencon-\ntrent même pas sur les quais. Pour en dénicher les rossignols, il faut ex-\nplorer le rebut des magasins d'abonnement et en braver la poussière hu-\nmide. La... musique déposée le long de ces feuillets irresponsables assomme\nles profanes, ahurit le moindre dilettante, fait sourire les plus indulgents\nde ses confrères et rigoler les autres. Mais M. Paladilhe « se moque abso-\nlument » de tout cela ; il s'en tamponne les prunelles. Il s'en moqua tou-\njours imperturbablement, car il avait un papa-beau-père. M. Paladilhe\nétait le gendre de M. Legouvé (Ernest), lequel était le fils de Gabriel-Marie-\nJean-Baptiste, lequel... C'est trop loin, mais, qui sait ? Il y a des héré-\ndités si têtues ! Les fruits de M. Paladilhe le démontrent, à tous égards,\ndigne de perpétuer le désarmant lignage. Peut-être sont-ce là titres vala-\nbles, auprès des électeurs brevetés, pour pénétrer à l'lnstitut de France.\nLes esprits les plus circonspects accorderont que c'est peu, sans doute, ou\nbien beaucoup trop, pour légitimer des fonctions conférant audit person-\nnage l'influence et l'autorité de juge sans appel, en des matières intéres-\nsant l'avenir de notre art musical. Mais le gendre de M. Legouvé s'en pala-\ndilhe ab-so-lu-ment.\n(A suivre.)\n\nJean Marnold.\n\nM. CAMILLE SAINT-SAËNS ET LES ITALIENS.\nPar un malheureux hasard, M. Camille Saint-Saëns est arrivé à Paris\ntrop tard pour joindre le bruit de ses deux mains au fracas des acclamations\nitaliennes. Mais il a payé son écot par une assez longue lettre, adressée à\nl'éditeur organisateur de ces douteuses victoires, et l'élogieuse opinion\nqu'il y exprime a d'autant plus d'intérêt qu'elle n'a pas été Influencée par\nl'audition des œuvres.\nExcusez-moi, mon cher ami, auprès de votre brillante phalange de compo-\nsiteurs et auprès de vous-même, pour avoir été si peu présent, pendant cette\nbelle campagne a laquelle j'aurais voulu prêter un concours plus actif ; les\ndestins ne l'ont pas voulu. Ae croyez pas pour cela que je m'en sois désinté-\nressé : pendant le peu de jours que j'ai passés à Paris et qui m'ont laissé si"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n181\n\npeu de liherté, j'ai dit à tous les échos ce que je pensais de ces œuvres si\nintéressantes, si vivantes et si théâtrales, et dont le haut intérêt, à mon sens,\nréside dans la réaction qu'elles montrent contre la tendance au théâtre mys-\ntique et antidramatique, tout en employant des moyens nouveaux.\nCe sont des œuvres audacieuses et franchement italiennes dans leur moder-\nnisme. Peu importe qu'elles soient combattues, peu importe même qu'elles ne\nsoient point parfaites qui donc est parfait ? elles tracent un sillon lu-\nmineux.\nJe suis, comme toujours, votre ami reconnaissant et dévoué.\nG. SAINT-SAENS.\nDes moyens nouveaux dans Fedora, Siberia, André Chénier ou /\nAh ! qu'il est bon de parler des choses sans les connaître ! D'ailleurs il\nest clair que l'auteur de cette lettre se moque de la musique italienne pres-\nque autant que de celle qu'il écrit lui-même aujourd'hui. On connaît\nM. Saint-Saëns ; on sait qu'il n'exalte que pour rabaisser. L'Ouvreuse de\nY Echo de Paris ne s'y est pas trompée : « Laissons, s'écrie-t-elle, laissons\nM. Saint-Saëns, en son âpre souci d'attaquer Vincent d'lndy (pour la plus\ngrande joie du paradoxal Vuillermoz et du fielleux Bruneau), exalter ces\nfondateurs du vérisme transalpin et s'extasier sur le sillon qu'ils tracent ;\nrien de bon n'y germera...\n« Déplorable Sillon, qu'as-tu fait de ta gloire? »\nLes aversions artistiques de M. Saint-Saëns sont nombreuses et tenaces,\nWagner, dès qu'il eut du succès en France, César Franck, dès qu'il eut\ngroupé autour de lui quelques jeunes énergies, Vincent d'lndy et Claude\nDebussy depuis toujours ! ont eu l'honneur des imprécations de Camille.\nExcusez du peu !\nTous nos maîtres n'en sont pas là, heureusement. Lorsque Pelléas nous\nfut donné, et que la critique quotidienne se déchaîna, avec un ensemble\npresque partait sur ce chef-d'œuvre, M. Vincent d'lndy, qui sait admirer d'autre\nmusique que la sienne, voulut réfuter lui-même certaines accusations ineptes,\net saluer les beautés nouvelles. Et il disait au Directeur de YOccident, en\nlui remettant son article : « Je regrette de n'avoir pu le travailler davan-\ntage : cela m'intéressait beaucoup. » Lorsque Y Etranger fut donné à\nBruxelles, Claude Debussy à son tour, par un mouvement spontané et\ncharmant, courut embrasser l'auteur de ce noble drame, au moment même\noù il échangeait avec les princes du journalisme des poignées de main fu-\nnèbres. Et il me souvient encore de ce dialogue, à la deuxième de Pelléas,\nentre un organiste illustre et vénéré, et un autre organiste plus jeune et\nmoins illustre, qui croyait flatter son maître en dénigrant Debusssy. Soli-\ndement campé sur ses deux courtes jambes, la tête renvexsée en arrière,\ncomme cédant au poids des épais cheveux blancs, le maître l'écoutaït*\njusqu'au moment où, n'y tenant plus, il éclata : « Ah ! vous me faites pi-\ntié ! Vous ne sentez rien devant cela ?Je suis plus jeune que vous! »\nÉternellement jeunes, en effet, sont les âmes d'artistes, parce qu'elles ne\npeuvent se dérober à l'attrait d'une belle œuvre. Mais méfions-nous\ndes talents grincheux !\nLouis LALOY* -"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.41", "texte": "1 82\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLE CONGRÈS MUSICAL DE CLERMONT, 12, 13 et 14 juin.\n\nClermont-F errand, qui veut qu'aucune manifestation du progrès ne lui soit\nétrangère, a fait précéder d'un congrès de musique religieuse les jours de\nfièvre du circuit automobile. Organisé à l'instigation de la Schola Cantcrum\nparisienne par le maître de chapelle de la cathédrale, M. l'abbé F. Brun,\net sous les auspices de Pévêque, Mgr Belmont, ce congrès local et régional\na parfaitement réussi.\nJe ne doute pas que des manifestations de ce genre servent puissamment\nles intérêts artistiques de la musique : moins brillante peut-être que des\nassises internationales ou des congrès généraux, elles sont, dans un cadre\nplus restreint, d un effet plus immédiat sur la région où elles se produisent.\nCes réflexions viennent tout naturellement à l'esprit, en constatant\ncombien les échanges de vues, les demandes d'explications, les objections\nprésentées et résolues, se sont bien mieux fait place dans les discussions in-\ntérieures de ce congrès, que dans des séances d'apparat où chacun n'ose\ndire tout haut ce qu'il pense tout bas, et combien ainsi tous peuvent profi-\nter de çe qui paraît n'intéresser que quelques-uns.\nMais venons à l'ordre même du congrès.\nIl s ouvrit le lundi de la Pentecôte, 12 juin, par les Vêpres solennelles\ncélébiées a la cathédrale* Un double chœur de 200 voix, formé par la maî-\ntrise et le séminaire, a chanté l'office et le salut, un chœur sous la direc-\ntion de M. 1 abbé Brun, maître de chapelle, et de M. l'abbé Lagrange,\nmaître de chœur de la cathédrale, et l'autre chœur dirigé par M. Amédée\nGastoué, professeur de chant grégorien à l'École de la Schola parisienne.\nAu giand orgue, le maître Al. Guilmant, assisté de M. Clausmann, titulaire,\na joué les entrées, sorties, postludes et interludes, tous choisis dans les\nanciens maîtres, ou improvisés par réminent organiste sur les thèmes li-\nturgiques exécutés au chœur.\nEt vraiment, c était d'un effet superbe que d'entendre du chœur s'élever\nà 1 unisson la puissante mélodie du Veni creator Spii~itus, dans sa mono-\ndie purement vocale, sans aucun accompagnement, tandis qu'à l'autre bout\nde la vaste nef le grand orgue repondait en traitant le même thème par la\nvoix de Bach, de Gigault, de Frescobaldi, de Scheidt, de Titelouze, ou de\nGuilmant.\nDeux jours de suite, semblable fête se renouvela, avec plus de solennité\nencore la seconde fois. La maîtrise de la cathédrale d'abord, les Chan-\nteurs de Saint-Gervais ensuite, exécutèrent divers motets de maîtres an-\nciens et modernes, depuis Palestrina jusqu'à Guy Ropartz, avec un égal\nsuccès, et une même note de distinction artistique et de beauté religieuse*\nque la différence de caractère des œuvres faisait encore plus vivement res-\nsortir. #\nLe matin du mardi et du mercredi, ce fut la grand'messe solennelle,\nd'abord avec, comme ordinaire, une messe médiévale à l'unisson, puis, le\nlendemain, 1 admirable messe « du pape Marcel ». La dernière exécution\nreligieuse fut un florilège de motets choisis en l'honneur de la Vierge Ma-\nrie, à l'église si célèbre de Notre-Dame du Port, dont le beau vaisseau ro-\nman s'accordait si bien avec les chants exécutés.\nJ'ai omis de dire que Sa Grandeur Mgr Belmont ouvrit et clôtura le\ncongrès par des allocutions élevées et enthousiastes, suivies encore d'un\ntoast délicat porté à la Schola et à ses représentants, au cours d'un ban-\nquet au petit séminaire.\n*\nV *\nLes séances des congressistes furent des plus intéressantes, comme je"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n183\n\nl'ai dit, par l'échange de vues qui put se produire pendant les discussions\nouvertes, auxquelles deuK heures furent consacrées chaque .matinée.\nM. Gastoué avait assumé la tâche de répondre à toutes les questions, qui\nportèrent principalement sur le chant grégorien, depuis la prononciation\net l'accentuation latine jusqu'à l'accompagnement. Hâtons-nous de dire\nque tout le monde se déclara satisfait. Au cours des réunions musicales,\nM. Ch. Bordes avait fait appel à toute demande, d'explication, à tout con-\ntradicteur ou dissident : on eut les unes et les autres. Les principales ex-\nplications et résolutions pratiques portèrent sur ces points : i° le latin bien\naccentué, et l'adoption de la prononciation romaine de Vu, du j\\ etc.; 20 tous\nles assistants se déclarèrent d'accord sur la question du rythme grégo-\nrien, après les lumineuses explications fournies par le conférencier, mon-\ntrant, textes en mains, que les principaux dissidents de 1 interprétation\ntraditionnelle, ou ne comprenaient pas ces textes, ou en passaient sous\nsilence les parties capitales ; 3° en conséquence, on résolut de se préparer\ndans les églises à l'adoption progressive de l'édition vaticane, en appli-\nquant aux éditions en usage les règles mises en vigueur par la réforme\nbénédictine. Ces discussions furent encadrées de conférences de M. Bor-\ndes, sur le sort de Ici musique religieuse en France devant les lois actuelles ,\nde M. Quittard, Férudit musicologue, originaire de Clermont, sur Jean-\nPhilippe Rameau à Clermont et sa musique religieuse ; de M. Gastoué, sur\nles chants de la Pentecôte ; le tout avec des exemples chantes. Nous pen-\nsons que ces diverses conférences seront publiées, et qu on pourra en par-\nticulier relire les pages pratiques de M. Bordes sur le sujet plus haut dé-\nsigné et s'inspirer à beaucoup d'égards des projets d'organisation musi-\ncale des églises qu'il soumit au congrès, à la suite de l'application des\nlois en cours ou en discussion.\n*\n* *\nEnfin, si les chanteurs de Saint-Gervais s'étaient fait goûter à l'église\nencadrés par les chants plus sévères du séminaire et la grande voix des\norgues, ils se firent applaudir avec enthousiasme au concert, en compagnie\nde l'admirable quatuor vocal de la Schola ; M^e de la Rouvière interpréta\nentre autres le fameux air Divinités du Styx de telle façon qu il fut comme\nune révélation pour beaucoup de personnes qui le connaissaient déjà,\nMme J. de la Mare détailb, en surpassant encore sa maîtrise habituelle, un\nair de Hcendel et une mélodie de Bordes ; MM. David et Gébelin enfin fu-\nrent applaudis dans leurs admirables exécutions d'auteurs anciens ou mo-\ndernes, et le quatuor entier souleva la salle avec le Dialogus per la Pascua\nde Schutz, le Chant élégiaque de Beethoven, le Madrigal de G. lHauré\n(dont on annonçait précisément le même jour la nomination au poste de\ndirecteur du Conservatoire national).\n\nPierre Aubry.\n\nCAUSETTE\n\nCritique royale.\nSi les souverains s'y mettent ! Je viens de découvrir, dans- le Petit\nNiçois, une chronique musicale signée du roi d'ltalie, et consacrée, natu-\nrellement, à l'exaltation de l'italianisme. Les rois sont généralement des\nnationalistes assez fervents. Tout de même, Majesté, vous avez des\narguments plutôt imprévus ! Vous décrétez, avec une raideur toute monar-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.43", "texte": "184\nI-E MERCURE MUSICAL\n\nchique, que, pour un Français, la vénération de M. Sonzogno est une\nobligation patriotique. Vous affirmez que la supériorité artistique de cet\néditeur réside dans les opinions de son journal II Secolo, qui fut le défen-\nseur courageux de la France, « aux plus mauvaises heures de la politique\ncrispinienne ».\nSaisissant mal le rapport qui unit la politique de Crispi à la musique de\nLeoncavallo, j admets humblement, sans autre examen, que les musiciens\ndépourvus de tendresse pour les partitions de M, Sonzogno sont de mau-\nvais Français et d odieux ingrats. Mais, par contre, Sire, je trouve plus\nirritante votre ironique peinture de notre esprit national, qui se complaît,\ndites-vous, « aux nuageuses irréalités de la légende, et que ravissent par-\ndessus tout les musiques mystiques de l'inexprimable et les formules d'un\nart très savant et très hermétique » ! (Ce qu'il faut s'entendre dire tout de\nmême !) De plus, il m apparaît obscurément que la logique des rois n'a rien\nde commun avec celle des simples mortels. Après avoir prouvé dans la\npremière colonne que Paris avait le devoir d'adorer l'art milanais,, n'ajou-\ntez-vous pas dans la seconde que les tempéraments français et italien sont\nradicalement opposés l'un à l'autre et incapables, quoi qu'on fasse, de se\ncompiendre ? « Ce sont, ajoutez-vous, des conflits de races foncièrement\ndissemblables et, malgré tout, sournoisement hostiles. » Alors... je ne\ncomprends plus du tout !... D ailleurs, vous vous empressez de synthétiser\nles efforts artistiques des deux nations dans les noms inattendus de d'An-\nnunzio et de Maeterlinck ! Ah ! ces souverains ! Quels princes-sans-rire !\nVoici d Annunzio obligé d'endosser la responsabilité artistique de Za%a, et\nMaeterlinck désigné pour servir de caution à Debussy !\n*•••••••\nDERNIÈRE HEURE. L ambassade italienne nous informe que ce n'est\npas au roi d'ltalie qu'il faut attribuer la paternité de cet article. Cette si-\ngnature de « Victor Emanuele » est celle d'un obscur plumitif des Alpes-\nMaritimes... Ah ! par exemple, si j'avais su ça plus tôt, c'est moi qui n'au-\nrais pas pris tant de précautions oratoires et de mitaines protocolaires pour\nréfuter ce bafouillage!\n\nWilly.\n\nECHOS\n\nAu Conservatoire. M. Dubois se retirant des affaires directoriales,\n« écœuré des attaques injustes dont sa personnalité était l'objet », il fallait\nchoisir un successeur à ce Théodore ineffable, cadeau d'un Ciel trop facé-\ntieux. On avait prononcé un tas de noms célèbres, avec les titres à l'appui.\nOn parlait naturellement de M. Henry Marcel, l'auteur distingué de la\nBonne à tout faire ; du blond M. Adrien Bernheim, le premier comique\napplaudi de Trente ans ae théâtre ou la Vie d'un Souffleur, La blanchisseuse\nde M. Le Bargy (en deux mots) envoyait au des dépêches datées de\nLondres pour poser la candidature des cravates de son client. On murmurait\nles voyelles et consonnes de M. Raoul Gunsbourg, dit « Passe et Manque\npas un Impair », metteur en scène d'une inégalée\nD'aucuns songeaient au Prince de Monaco et même à M. Deutsch (de la\nMeurthe... et Musih). Tout ça, au fond, n'était que du battage pour amu-\nser la galerie. Les gens bien informés connaissaient le complot qui se tra-\nmait dans l'ombre des couloirs faubourg-poissonniers. L'héritier présomp-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.44", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n18 5\n\ntif avait déjà sa cour, comme jadis, à l'Elysée, d'avisés flatteurs adulaient\nun Président Napoléon, le neveu de l'autre. A l'instar de ce devancier,\net peut-être insuffisamment désigné par la gloire, l'ambitieux résolut de\ntaire un coup d'Etat, et, profitant d'un examen, d'un jury complaisant ou\nfaible, il se fit proclamer Roi du Prix de Rome. Le lendemain, les journaux\nsignifiaient son triomphe aux populations ébaubies ; les interviews assié-\ngeaient ses élèves. Ce fut un beau feu d'artifice, dont les pétards, bien-\ntôt, lui sont partis dans les jambes. Quand la fumée fut dissipée, il constata\navec stupeur qu'un autre était assis sur le trône envié. M. Gabriel Fauré\nvient d être nommé Directeur du Conservatoire. Un grand artiste remplace\nune honorable nullité à la barbe d'un prétentieux jocrisse, Le singulier\nverdict du tout récent « concours préparatoire » n'est évidemment pas\nétranger au bienfait de cet heureux dénouement. Ainsi Gribouille crachait\nen l'air, sans se douter que ça lui retomberait sur le nez. J. M.\nLes prudents. Il existe à Paris une Revue qui se qualifie de musicale.\nVous ne le saviez pas sans doute, ami lecteur, et peu vous importe ? D'ac-\ncord. Mais voici que cette insignifiante feuille-de-gros-légume s'avise de se\nfâcher ; sa colère est grosse et sournoise à la fois, et se traduit, dans le der-\nnier numéro (i 5 juin 1905, p. 348), par une petite note où on se plaint de\n« soustraction de listes d'abonnés » et « regrette de voir un journal se dis-\nqualifier, dès le début, en employant aussi légèrement de tels procédés. »\nFaisons une hypothèse hardie autant que gratuite. Supposons que l'ano-\nnyme auteur de cet entrefilet sache ce que parler veut dire. Ce n'est pas\n(( légèrement » qu'il aura employé des mots tels que soustraire ou disqua-\nlifier.\nIl sait à quoi Ton s'expose en traitant ainsi son prochain. Nous nous\nétonnons donc, à notre tour, qu'il n'ait pas cru devoir désigner plus nette-\nment les personnes à qui s'adresse cette provocation. Force lui sera\nbien de le faire, s'il ne veut pas que l'épithète que nous écrivions en\ntête de ces lignes demeure attachée à son nom. Cette première satisfaction\nobtenue, ceux qu'il aura pris à partie donneront à l'affaire telle suite\nqu'elle semblera comporter.\nM. Vincent d'lndy a accepté de diriger une série de concerts d'orchestre\nà Boston au mois de décembre prochain.\nLe prix d'un torticolis. M. Paderewski, pianiste cher surtout aux An-\nglo-Saxons, a été pris, comme un simple mortel, dans un déraillement de\nchemin de fer, aux États-Unis. Le cou de M. Paderewski a gardé de cet\naccident une certaine raideur; cette infirmité, très gênante, paraît-il, pour\nun pianiste, sera indemnisée, en bon numéraire, par une compagnie d'as-\nsurances. Car M. Paderewski dépense, bon an mal an, une vingtaine de\nmille francs en primes : ses deux mains, en particulier, sont assurées pour\n250.000 francs. Voilà des précautions que feront bien de prendre tous ses\nconfrères en acrobatie, et quelques-uns rencontreront peut-être un généreux\nphilanthrope qui consentira à verser l'indemnité totale, en échange d'un\nengagement, en bonne et due forme, de ne plus toucher au clavier d'i-\nvoire. Tout sera pour le mieux ainsi : ils auront acquis une modeste ai-\nsance tout en conservant leurs dix doigts, et nos oreilles seront soulagées\nd'un virtuose.\nOrgue à vendre, 4 claviers, 75 jeux, etc. L'autre jour, M. Mutin,\nle successeur de Cavaillé-Coll, nous conviait dans son hall de l'a-\nvenue du Maine à venir entendre un orgue monumental. Il y avait sur cette\nréunion artistique une note de mélancolie : cet instrument colossal, avec\nses quatre claviers et ses 73 jeux, est une victime de la politique actuelle.\nQui l'eût cru ? c'est une conséquence peut-être inattendue des lois récentes"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.45", "texte": "186\nLE MERCURE MUSICAL\n\nqui appauvrissent les églises sans enrichir les communes : la cathédrale\nqui avait commandé cet orgue ne peut plus le recevoir. Et au bout du\ncompte, qui est atteint par la politique du Défroqué? Si l'industrie des or-\nganiers souffre en France, elle peut s'établir ailleurs : M. Mutin ouvre une\nsuccursale en Angleterre. Mais celui qui reste toujours attaché à la glèbe,\nau risque d'y mourir de faim, quand l'industriel s'en va, c'est l'ouvrier\nJe suis bien sûr qu'il importait fort peu aux ouvriers organiers français\nque le monopole des inhumations fût aux églises ou aux communes,\npourvu que le travail ne chôme pas !\nEnfin ! parlons plutôt musique. La maîtrise coutumièred'A. Guilmant\na mis en relief tout ce qu'on peut tirer d'un instrument aussi complet, véri-\ntable encyclopédie delà sonorité. On a encore entendu avec un plaisir tou-\njours renouvelé Mme Marthe Legrand et un soprano très remarquable,\nformé à la Schola Cantorum, dont les variations onomastiques nous empê-\nchent de savoir le nom exact : on l'applaudit il y a un an et demi sous\nl'honnête vocable de Marie Pironnet. Puis, comme succès oblige, Marie\nest devenue Mary. De même Pironnet s'est alangui en Pironnay. Enfin, dans\nun programme de musique moderne, nous rencontrons l'orthographe Pyron-\nnay ! Tout cela est très drôle, et même un peu puéril. Les raisons de votre\nsuccès, Mademoiselle, sont plutôt dans votre talent naissant. MM. David et\nGébelin ne changent pas de nom et ils ont bien raison d'être fiers de celui\nqu'ils portent : ils complétaient l'autre jour le quatuor vocal que nous avons\napplaudi dans un Madrigal d'A. Philippe.\nLes « Chanteurs de Saint-Gervais » à l'église de la Sorbonne. On se\nsouvient qu'en l'année 1903 le nouveau curé de l'église Saint-Gervais,\nM. l'abbé Maille, estimant que les célèbres chanteurs ne réalisaient point\nson idéal artistique, un beau matin, leur signifia leur congé.\nComme on avait quelque raison de croire que les plus hauts dignitaires du\nclergé parisien avaient sans déplaisir vu cette expulsion, aucune église ne\ns'ouvrit à eux, jusqu'au jour où l'énergique et intelligent chapelain de l'é-\nglise de la Sorbonne, fort d'ailleurs du Motu proprio, M. l'abbé Paquier,\ndocteur ès lettres et en beaucoup d'autres sciences, ne se crut point obligé,\nau nom de la solidarité ecclésiastique, d'épouser le sectarisme imbécile de\ntel de ses collègues, et appela les Chanteurs de Saint-Gervais dans l'église\nde Richelieu.\nIl n'eut point tort: à laToussaintet àla Noël, en Semaine sainte, àPâques,\nà l'Ascension et à la Pentecôte, on entendit les plus beaux offices que Paris\nconnut jamais. La foule vint et l'on put connaître que la Missa brevis\nfait encore plus d'argent qu'un pauvre Enfant-Roi. Le vieux répertoire n'est\npas mort, en dépit de ceux qui le jugent suranné. On l'entendra encore\nl'an prochain aux mêmes dates.\nEt la morale de cette histoire est piquante. La foule qui vient à la Sor-\nbonne ne va plus à l'église Saint-Gervais et n'y porte plus son argent,\ncomme jadis. Or donc, oyez le poids des gros sous ! le clergé proscripteur\nde Saint-Gervais fait aujourd'hui à Charles Bordes ses plus jolis sourires.\nTel qui le mit naguère à la porte le redemande aujourd'hui. Mais Bordes\nne se crut point le droit de galvauder Palestrina et les autres : l'église de la\nSorbonne, qui leur ouvrit ses portes, les a refermées sur eux.\nThéâtres populaires. « M. Dujardin-Beaumetz vient de créer une com-\nmission des théâtres populaires. Au sein de cette commission,\ncomme disent en leur jargon MM. les parlementaires, reposent les mem-\nbres les plus notoires, les plus décoratifs, ou simplement des gens que\nM. Beaumetz croit utiles à chanter sa gloire dans la presse. M. Sarraut en\nest parce que l'appui de la Dépêche n'est jamais à négliger; M. Millevoye,."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.46", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n187\n\ncomme bon républicain, M. Brisson comme bon penseur ou comme-\nhomme de lettres, et aussi M. Lumet.\n« Mais il est deux hommes qui, depuis dix ans, ont lutté pour l'avènement\ndu théâtre populaire en France. L'un se nomme Eugène Morel, auteur d'un\nsubstantiel ouvrage sur la question ; l'autre est Romain Rolland, de qui\nfaire, à ce propos, l'éloge serait oiseux. Ni l'un ni l'autre n'en sont... Cela\nne vous étonne point, n'est-ce pas ? Nous non plus... »\nAinsi s'exprime, en son numéro du iS juin, le Cri de Paris. Nous nous\nassocions d'autant plus volontiers à ces paroles, que M. Romain Rolland est\nun de nos plus éminents et fidèles collaborateurs.\nSociété Philharmonique... française. Le quatuor Capet, dont un de nos\ncollaborateurs faisait à juste titre le plus bel éloge dans un de ces derniers\nnuméros, fera entendre les XVII Quatuors de Beethoven, salle des Agricul-\nteurs, les jeudis soir à partir du g novembre 1903. Les premiers artistes de\nParis donneront leur concours à ces auditions, qui se dénommeront\nConcerts populaires. Pour tous renseignements, s'adresser à M. Barrau, 22,,\nrue Nollet, Paris.\nLa société l'Orchestre, que dirige M. Victor Charpentier, donnait, le 24\njuin, au Trocadéro, un fort beau concert ou nous sommes heureux d'avoir\nà signaler le très vif succès de M. A. Guilmant dans le Concerto en si bémol\nde Haendel et la Marche funèbre et Chant séraphique, dont il est l'auteur ;\nde M. G. Enesco dans 1 Aria de Bach et de Mlle Lucienne Bréval dans la\nscène V du Ile acte d'Armide, de Gluck.\nUn Concours général de musique. Sous le haut patronage de S. A. S.\nle prince Albert de Monaco, de M. Henry Deutsch (de la Meurthe) et de la\nSociété des Grandes Auditions Musicales de France, dont la présidente est\nMme la Comtesse Greflfulhe, un Concours de musique est ouvert par les\nsoins de la Société Musicale, dont le siège est au Pavillon de Hanovre, 32,.\nrue Louis-le-Grand, à Paris.\nARTICLE PREMIER. Ce concours prendra le nom de : Concours général\nde musique.\nART. 2. Le Concours portera sur quatre genres d'oeuvres :\n10 Opéra ou drame lyrique,\n2° Opéra comique.\n30 Ballet ou ballet-pantomime.\n4° Musique de chambre (un trio et une sonate).\nART. 3. Le Concours sera international pour chacune des sections\nprécitées.\nART. 4. Pour les ouvrages dramatiques, opéras, drames lyriques,\nopéras comiques, ballets, les concurrents restent libres de faire composer\nou de composer eux-mêmes leur poème.\nART. 5. Les œuvres présentées au concours devront être inédites et\ninexécutées, soit intégralement, soit par fragments.\nART. T o; Le nombre des actes ou tableaux, pour 1 \"opéra ou drame ly-\nrique, Vopéra comique et le ballet n'est pas limité. Toutefois leur durée to-\ntale ne devra pas excéder la durée normale d'une représentation théâtrale.\nLe ballet devra offrir des qualités de composition qui permettent de le\nreprésenter sur uti théâtre classé.\nLe trio (pour piano, violon et violoncelle) et ,1a sonate (pour piano et\nviolon) devront être conçus dans le caractère habituel des œuvres de mu-\nsique de chambre.\nART. 11. Le Concours s'est ouvert le 15 février 1905 ;il sera irrévo-\ncablement clos le 31 octobre 1906. Les manuscrits seront reçus jusqu'à\ncette date ; ils devront être adressés à M. le Secrétaire général du Concours-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.47", "texte": "188\nLE MERCURE MUSICAL\n\ngénéral de musique, à la Société Musicale, Pavillon de Hanovre, 32, rue\nLouis-le-Grand, Paris.\nART. 12. Les donateurs du Concours général de Musique ont mis les\nsommes suivantes àla disposition de la Société Musicale pour être distri-\nbuées aux lauréats :\n1° Prix d'opéra ou drame lyrique. . . 30.000 »\n2° Prix d'opéra comique 12.000\n30 Prix de ballet 8.000 »\n4° Prix de musique de chambre :\na. Trio. . 3.000 c\nb. Sonate . 2.000 5.000 »\n55.000 »\nART. 13. L'opéra, l'opéra comique et le ballet qui auront remporté le\npremier prix seront joués soit au Grand-Théâtre de Monte-Carlo, soit sur\nune grande scène parisienne.\nA 1 Opéra-Comique. —Aphrodite, la nouvelle œuvre lyrique de M. Camille\nErlanger, d'après le roman de M. Pierre Louys, sera une des nouveautés\nimportantes de la saison prochaine (hélas !). Le principal rôle sera créé par\nM]ie Mary Garden.\nM. Ch. Widor a écrit, sur un livret de M. Henri Cain, une nouvelle\nœuvre musicale, qui s'appelle les Pêcheurs de Saint-Jean.\nCet opéra comique en quatre actes a été lu aux interprètes, en présence\nde MM. Albert Carré, Luigini et Vizentini.\nLes Pêcheurs de Saint-Jean seront joués en octobre, aussitôt après\nMiarka, dont les répétitions se poursuivront jusqu'à la clôture. Les deux\nouvrages seront représentés peu de temps après la réouverture.\nLes Pêcheurs de Saint-Jean seront interprétés, pour les principaux rôles,\npar Mmes Cocyte, Claire Friché, Lucy Vauthrin, et par MM. Dufranne,Billot,\nde Poumayrac et Selignac. Ce dernier fera ses débuts dans les Pêcheurs de\nSaint-Jean, et le rôle qui lui est confié est le plus important de la pièce.\nNous apprenons avec grand plaisir la rentrée, à partir du i 5 septembre,\nde Mme Charlotte Wyns.\nVoici les recettes encaissées par l'Opéra-Comique pendant le mois de\nmai ipos :\n1. L'Enfant-Roi (rep. pop.). s 3-371\n2. Carmen 8414\n3. Le Lé g a taire universel, le Jon-\ngleur de Notre-Dame, . . 6.030\n4. Le Roi dis 9.243\n5. La Cabrera (iro), Philèmon et\nBaucis x .700\n6. La Cabrera, Philèmon et\nBaucis 8.761\n7. (Matinée), Pelléas et Mèli-\nsande . . 8.154\n7. Carmen 7-25$\n8. Les Dragons de Villars. . . 4.513\n9. La Cabrera, le Jongleur de\nNoire-Dame 6.118\n10. Manon 8.875\n11. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis 8.006\n12. Le V 'aisseau Fantôme . . . 6.367\n13. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis. . . . . . . . 8.111\n14. Pelléas et Méli-\nsande. . . 6.858\n14. Werther,Cavalleriaßusticana 6.944\n1 5 • Xavière, les Rendez-vous bour-\ngeois (rep. pop.) 2.718\n16. La Cabrera, le Jongleur de\nNotre-Dame 7*973\n17. Le Vaisseau Fantôme. . . 5.681\n18. La Cabrera , Philèmon et\nBaucis 7.472\n19. Carmen 8.223\n20. Le Roi iï Y s 7.399\n21. (Matinée), Lakmè, la Cabrera. 7»\n21. Louise 6.087\n22. Mignon (rep. pop.). . . . 4.577\n23. Chérubin {ire) I-575\n24. La Cabrera, /e Jongleur de\nNotre-Dame 8.521\n25. Chérubin . 9-393\n26. Alceste 7 133\n27. Chérubin 9.491\n28. (Matinée), /a Kie de Bohème,\nla Cabrera 4.882\n28. Le Vaisseau Fantôme . . , 5.400\n29. Mireille (rep. pop.) . . . . 4.490\n30. Chérubin 5-721\n31. Carmen „ 6.263"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.48", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n189\n\nEcole des Hautes Etudes sociales.-—Les cours et conférences de la section\nde musique seront organisés pour l'année 1905-6 de la manière suivante\nPrésident : M. Romain Rolland. MM.\nr P. Aubry, archiviste paléo-\nHistoire sociale des musiciens au moyen âge < graphe, professeur à la\n( Schola Cantorum.\nLes origines des maîtrises d'églises du XIe ( A. Gastoué, professeur à la\nau XVIe siècle ( Schola Cantorum.\nMusiciens primitifs et musiciens de la Re- (H. Expert, professeur à\nnaissance \\ l'Ecole Niederrneyer.\nPalestrina Michel Brenet.\nLes violonistes français au XVII* siècle. . . de la Laurencie.\nMusique française du XVIIe siecle. . . . Henri Quittard.\nLes cantates profanes de Bach André Pirro.\nLe lied avant Beethoven Romain Rolland.\nLa ballade : Lôwe Jean Chantavoine.\nL'influence de Schumann comme compositeur\net comme critique Paul Landormy.\nLa musique contemporaine Louis Laloy.\nLABORATOIRE D'ÉTUDES MUSICALES sous la direction de M. LALOY,\ndocteur es lettres, directeur du Mercure musical.\nMM. Alcan, Chartier, Dubrisay, Feine, dô Lacerda, P. Landormy,\nde la Laurencie, G. Lyon, Marnold, Mutin, Th. Reinach, Romain Rolland.\nRecherches sur la valeur réelle clés intervalles musicaux.\nSous la\nMme Mathieu, de l'Opéra, soprano. M. Fernand Luquin, icv violon.\nMlle Goulaincourt, de l'Opéra, con- M. Roelens, alto.\ntralto. M. Dumont, 2e violon.\nMM. Piroïa, de l'Opéra, ténor. M. Henri Richet, violoncelle.\nRagneau, de l'Opéra, basse.\nSociété des Auditions modernes. MM. Jean Canivet et Paul Oberdœrf-\nfer ont l'honneur de porter à la connaissance des compositeurs de musique,\nqu'ils viennent de fonder, avec le précieux concours de sommités musicales\nautorisées, la Société des Auditions modernes, dont le but est de faciliter aux\nauteurs de musique de chambre l'exécution, sans frais, de leurs oeuvres\nnouvelles et d'aider ainsi àla vulgarisation de la Sonate moderne (piano et\ninstruments à cordes) et de la Musique de. chambre (trios, quatuors, quin-\ntettes, etc., avec piano).\nLes compositeurs sont donc invités à envoyer des maintenant à l'adresse\ndu secrétaire de la « Société des Auditions modernes » au siège social,\nmaison Pleyel, 22, rue Rochechouart, à Paris, les manuscrits d'œuvres non\nencore exécutées dans le genre énoncé ci-dessus.\nLa date de clôture pour la réception des ouvrages est fixée au ier sep-\ntembre igos.\nLes manuscrits ne devront pas porter de noms d'auteurs, mais une épi-\ngraphe reproduite sur une enveloppe scellée jointe à l'envoi et renfermant\nle nom et l'adresse du compositeur.\nLes œuvres seront soumises à l'examen d'un comité composé de MM. C.\nChevillard, P. Dukas, S. Lazzari, P. Vidal et de MM. J. Canivet et P. Ober-\ndœrffer. Ce comité désignera les ouvrages qui seront exécutés à la salle\nPleyel en auditions publiques aux dates qui seront ultérieurement fixées.\nLes auteurs des oeuvres qui auraient été choisies en seront avisés avant\nle ie* octobre iqos, et à partir de cette date, les manuscrits dont l'exécution\nn'aura pu être fixée pour l'exercice 1905-1906, pourront être retirés ainsi\nque leur enveloppe conjointe (1) au siège de la société, sur la présentation\ndu reçu délivré lors du dépôt.\n\n(i) Afin de respecter l'incognito, seules les enveloppes correspondant aux ma-\nnuscrits choisis pour être interprétés seront ouvertes."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.49", "texte": "190\nLE MERCURE MUSICAL\n\nL'édition vaticane. L' Ordinarium missce de la future édition vaticane\nest à l'impression. Le Rm(l dom Pothier, qui est à Rome, préside les\nséances où la Commission pontificale s'occupe de cette publication. Il a été\nreçuen audience parle Très Saint Pere le i 5 février.\nCette édition, on le sait, ne constituera pas un monopole pour 1 impri-\nmerie vaticane. Les éditeurs et imprimeurs qui offrent les garanties néces-\nsaires sont autorisés à la reproduire librementen entier ou par extraits, dans\ntous les formats. Outre la Société de Saint-Jean, Desclée et ClB, qui publie\ndéjà les éditions de Solesmes, la Maison de la Bonne Presse a résolu de re-\nproduire, en une ou plusieurs éditions de format commode et à l'usage des\nfidèles, l'édition type. En outre, MM. Biais frères et C>,V. Lecoffre, P. Le-\nthielleux, éditeurs, et J. Dumoulin, imprimeur, se sont réunis en une\nsociété dite Société d'éditions du chant grégorien, pour la reproduction\nauthentique et autorisée de l'édition vaticane.\nLes matériaux pour lapréparation de l'édition ont continué de s'accumu-\nler au scriptorium d'Appuldurcombe. La Revue du Chant grégorien nous\napprend qu'au milieu de février on avait déjà reçu d'ltalie quinze mille\népreuves photographiques de manuscrits. D'après une intéressante Chro-\nnique grégorienne parue dans Y Univers du 20 mars, l'atelier paléographique\nde rédaction possédait à cette date plus de 250 manuscrits complets. De\nplus, deux moines, lisons-nous dans la Rassegna Gregoriana (mars-avril,\nJ 58), parcourent en ce moment l'Espagne, àla recherche des manuscrits\ngrégoriens de ce pays. Chacun verra dans ces renseignements des preuves\nnouvelles que les rédacteurs prennent les moyens les plus sûrs et em-\nploient les méthodes de travail les plus consciencieuses pour donner à l'E-\nglise une édition aussi correcte que possible.\nLes Concours publics du Conservatoire auront lieu cette année à l'Opéra-\nComique, dans l'ordre suivant:\nLundi. . 17 juillet à 9h. 1/2 contrebasse, alto, violoncelle.\nMardi. .. 18 à 1 h. 1/2 chant (hommes).\nMercredi 19 à 1 h. chant (femmes).\nJeudi. . . 20 à midi violon.\nVendredi 21 à 9 h. harpe, piano (hommes).\nSamedi. .22 à 1 h. opéra comique.\nLundi. . . 24. à midi piano (femmes).\nMardi. .. 25 à 1 h. opéra.\nMercredi 26 à 9 h. tragédie, comédie.\nJeudi. .. 27 à midi flûte, hautbois, clarinette, basson.\nVendredi 28 à cor, cornet à piston, trompette, trombone.\nBoulogne sur-Mer. La Commission municipale des Fêtes organise cette\nannée, pour remplacer son festival permanent, des concerts pour l'exécution\ndesquels elle fait appel aux musiques et harmonies de division supérieure\net d'excellence, Une allocation très importante (500 fr., croyons-nous) sera\naccordée pour chaque concert.\nNous avisons les sociétés intéressées que leurs offres doivent être\nadressées, le plus rapidement possible, à M. le Président de la Commission\nmunicipale des Fêtes, mairie de Boulogne-sur-Mer. Elles devront faire\nconnaître le nombre des exécutants, la date possible du concert et la com-\nposition du programme.\n• Bruxelles. Le Groupe des compositeurs belges est définitivement cons-\ntitué depuis le 14 mai 1905. Ce groupe est fondé dans le but d9encourager\ntout mouvement musical en Belgique ; de favoriser V exécution et l'édition des\nœuvres de ses membres effectifs ; d'établir et d'entretenir entre eux des re-\nlations confraternelles ; de sauvegarder leurs intérêts artistiques et profes-\nsionnels.\nVoici la liste des membres du groupe:\nMM. Agniez, Alpaerts (Anvers), Biarent (Charleroi), Ciuytens (Mons),\nCrickboom, Ed. Criel (Gand), Daneau (Tournai), A. de Boek, A. De Greef,\nL. F. Delune, L. Delcroix, Du Bois (Louvain), A. Dupuis (Verviers),"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.50", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n191\n\nF. Durand, Ed. Eckhautte, G. Frémolle, Paul Gilson, Henri Henge, Ch.\nHénusse, J Jongen (Liège), Paul Lebrun (Gand), Th. Lebrun (Gand),\nM. Lunssens, Marvet (Liège), Mortelmans (Anvers), R. Moulaert, L. Ontrop\n(Anvers), Ch. Radoux (Liège), Fr. Rasse, E. Raway, Ryelandt (Bruges),\n0. Roels (Gand), Schrey (Anvers). Smulders (Liège), L. Soubre, H. Thie-\nbaut, Uytîenhove (Gand), L, Van Dam. A. Van Oost (Diest), V. Vreuls\n(Paris), Wilford.\nSecrétaire : G. Rens.\nLyon. La direction du Grand-Théâtre compte donner pendant la\nsaison igos-6 : Armor, de Sylvio Lazari, Pelléas et Mélisande, de Debussy,\net Arnica, de Mascagni. On annonce comme reprises intéressantes : L'Or\ndu Rhin, Siegfried, la Walkyrie, le Crépuscule des Dieux, Tristan et Yseult.\nStrasbourg. Un congrès international de chant grégorien se tiendra à\nStrasbourg, du i 6 au 1 9 août 1905, sur l'initiative de la Commission pon-\ntificale de chant grégorien, pour promouvoir la restauration grégorienne or-\ndonnée par S S. le Pape Pie X. Son programme se composera de confé-\nrences scientifiques et pratiques et d'exécutions modèles.\nLe Dr P. Wagner, professeur à l'Université de Fribourg en Suisse, a été\nchargé de la préparation et de l'organisation du congrès.\nS. G. Mgr Fritzen, éveque de Strasbourg, a bien voulu en accepter la\nhaute présidence.\nLe comité local du congrès se compose de MM. le chanoine Kieffer,\narchiprêtre de la cathédrale, président ; Lutz, curé de Reuttenbourg ;\nDr Mathias, organiste de la cathédrale ; J. Viktori, maître de chapelle de\nla cathédrale ; M. Vogeleis5 curé de Behlenheim.\nLa Société des compositeurs de musique a tenu le 19 juin, dans une\ndes salles de la maison Pleyel, sous la présidence de son président,\nM. Georges Pfeiffer, son assemblée générale annuelle. Lecture a été faite\npar M.Arthur Pougin, secrétaire-rapporteur, de son rapport annuel sur les\ntravaux du comité. Puis, après une allocution du président, il a été\nprocédé à l'élection de douze membres du comité, dont dix sortants et\nrééligibles et deux démissionnaires. Ont été nommés : pour trois ans,\nMM. Letocart, Paul Rougnon, Tournemire, Léon Gastinel, Marcel Rous-\nseau, Pierre Kunc, Quef, Henri Bùsser, Ganaye, Gedalge ; pour deux ans,\nM. Dallier ; pour un an, M. Charles Lefebvre.\nA. Cappella. Ce compositeur vient d'être découvert par notre confrère\nla Presse, qui. dans son numéro du 10 juin, annonce la nouvelle en ces\ntermes :\n« Dimanche 11 juin, une messe solennelle sera chantée par A. Cappella\net les chanteurs de Saint-Gervais, à l'église de la Sorbonne, à dix heures. »\nCours et écoles de musique. A la très intéressante audition d'élèves de\nM. Marcel Chadaigne, donnée le 1 5 juin, on a vivement applaudi 1 e Soldat\nde plomb de Séverac, joué par M. Chadaigne et trois de ses élèves, la Chan-\nson bohémienne d'lnghelbrecht (M™e M. Chadaigne), la Petite suite de De-\nbussy, la Marche américaine de Widor, et de nombreux morceaux de Mozart,\nBeethoven, Schumann, Lalo, Chabrier, brillamment exécutés.\nLe 17 juin, la séance d'examens pour l'obtention des Brevets de capa-\ncité à l'enseignement du piano a été particulièrement brillante à l'Ecole\nBeethoven, dirigée Balutet.\nLe jury— dont la compétence n'échappera à personne- composé de\nMM. Guilmant, Bùsser, X. Leroux, Maréchal, Rougnon et P. Vidal, a si-\ngné les diplômes des élèves présentées (et toutes reçues) ; il a adressé ses\nplus chaudes félicitations à Mlles Balutet et Prévost sur la manière si\nartistique dont elles dirigent les classes de piano et de pédagogie.\nSur les 14 diplômes obtenus, 10 ont mérité des mentions.\nA l'étranger. L'Opéra de la Cour de Berlin a organisé une série de re-\nprésentations wagnériennes (de Rienp au Crépuscule des Dieux). Mile Aïno\nAckté, du grand Opéra de Paris, a été engagée pour interpréter le rôle\nd'Eisa. ~ - •"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050701-01.1.51", "texte": "192\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\n— Les Opéras de la Cour de Dresde et de Munich ont organisé au com-\nmencement de juin une représentation d'une Ringtetralogie de Wagner.\n— Une pièce dramatique de Thuille, Lobetana été jouée comme nou-\nveauté au Théâtre de la Cour de Weimar sous la direction du kapellmeis-\nter Richard.\n— Les Femmes curieuses de Wolff-Ferrari ont été données à titre de\nnouveauté au théâtre Westens de Berlin.\n— Une opérette de H. Zumpe, Farinelli, a été mise à la scène à l'Opéra\nde la cour de Francfort.\n— Manon, de Massenet (avecMme Gutheil-Schoder), a été remise à l'étude\nà l'Opéra de la Cour de Vienne.\n— M. Gunsbourg n'a rien dit pour démentir le bruit flatteur, et par lui-\nmême semé, qui fait de lui l'auteur du chant des prisonniers, au IIe acte\nde Siberia.\nRappelons pour mémoire que cette mélodie, très populaire en Russie, est\nchantée par les bourlaki, haleurs de bateaux des bords de la Volga, et aussi\npar tous ceux qui peinent et ahanent à quelque lent travail ; qu'elle a\nété transcrite et harmonisée par Balakiref dans son Recueil de chants popu-\nlaires (1866), importée en France par les chœurs de M. Slaviansky d'Agré-\nnef en 1886, et publiée même, à cette époque, par le Figaro (mercredi 5\nmai 1886). Tout cela n'empêche que M. Gunsbourg en est l'auteur, et l'a\ngénéreusement cédée au compositeur Giordano. On serait généreux à\nmoins !\nNécrologie. — Franz Strauss, le père de M. Richard Strauss, est mort à\nMunich il y a une quinzaine de jours. Il fut pendant de longues années\npremier cor de l'orchestre de la Cour de Bavière et s'était acquis une répu-\ntation méritée pour la sûreté, la pureté, la plénitude du son qu'il obtenait\nsur son instrument. Excellent professeur, il a formé de très bons élèves.\n— Le Conservatoire de Bruxelles vient de perdre, en la personne de\nM. Léon Jouret, un professeur éminent et sympathique. Entre autres pro-\nductions, il avait donné une adaptation lyrique du Tricorne enchanté, de\nThéophile Gautier, et des choeurs pour YEsther, de Racine. M. Léon Jouret\nenseignait, depuis trente-deux ans, le solfège : il était officier de l'Ordre\nde Léopold II.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nL.-A. BOURGAULT-DUCOUDRAY. Esquisses d'après nature, pour piano,\nParis, Alphonse Leduc.\nL.-A. BOURGAULT-DUCOUDRAY. La Chanson de la Bretagne. Piano et\nchant. Paris, A. Noël.\n\nAVIS IMPORTANT\nNotre numéro 1 (15 mai 1905) étant entièrement épuisé, 72ows sommes\nobligés de procéder à un second tirage. iVoys prions donc MM. nouveaux\nAbonnés qui désirent avoir la collection complète de vouloir bien patienter\nquelques jours.\n\nPan."}]}