{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_sha256": "9eb5f7c99e592a4ebc456aef47667f5fee6aaa57ffd90c5c39f6f8d94e863777", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/07/15_01/bmtnabh_1905-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/07/15_01/bmtnabh_1905-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.2", "titre_corps": "AU SOMMAIRE:", "titre_sommaire": "AU SOMMAIRE:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.1", "debut_caractere": 217, "fin_caractere_exclue": 324, "texte": "AU SOMMAIRE:\nRiccrorro CANUDO\nGASTON CARRAUD\nJEAN MARNOLD\nMARTIAL TENEO\nCOLETTE WILLY\nUn croquis d1 album i"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.4", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 302, "texte": "SOMMAIRE\nGASTON CARRAUD Pour le Conservatoire.\nCOLETTE WILLY. ......... Les Vril\nMARTIAL TENEO . Miettes :\nthéoricien musical.\nRICCIOTTO GANUDO. L'X de la Civilisation„\nJEAN MARNOLD,. Les Sons Infé\n(suite).\nJLÉANDRE Croquis d'album inédit: Ricàrdo Vines.\n■\nREVUE DE LA QUINZAINE\nJEAN MARNOLD Basiliana."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.5", "titre_corps": "POUR LE CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "POUR LE CONSERVATOIRE", "signature_source": "Gaston Carraud", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "POUR LE CONSERVATOIRE\n\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, sa bonté s'é-\ntendant jusque sur la musique, a décidé que les concours\npublics du Conservatoire auraient lieu désormais cela va\nencore nous coûter assez cher à l'Opéra-Comique :\ni° dans l'intérêt des élèves, « de façon à pouvoir mettre en\nvaleur toutes leurs qualités artistiques » ;\n2° dans l'intérêt du public et de sa sécurité ;\n3° dans l'intérêt du Conservatoire, « dont les études si re-\nmarquables pourront être mieux appréciées ».\nC'est une bien jolie idée. C'est précisément l'idée opposée à\ncelle qu'aurait pu avoir une personne un peu préoccupée, non\nseulement de faire apprécier ces études « si remarquables »,\nmais encore de les améliorer.\nL'intérêt du Conservatoire ? ce serait qu'on ne mît pas trop\nen lumière ce qui s'y passe : ou, si vous l'entendez mieux,\nqu'on y assurât ce calme, cette dignité, ce détachement des\nbiens du siècle qui conviennent aux études artistiques.\nL'intérêt des élèves ? c'est de briller du mieux possible, ainsi\nqu'il advenait dans une salle extrêmement sonore, et de dimen-\nsions restreintes : car leurs dons et leurs talents ne sont excep-\ntionnels si j'ose dire que par exception.\nL'intérêt du public ? Qu'il aille plutôt boire frais sous quelque\nmol ombrage. Et quelle sollicitude voulez-vous que j'éprouve\nà l'endroit de gens capables de s'exposer à tant de maux cani-\nculaires sans y être forcés ? Quant à ceux qui y sont forcés, les\nuns, journalistes, feraient bien mieux de n'y point aller, puis-\nqu'ils reconnaissent qu'on a tort de les y convoquer; les autres,\nle seul public qu'il importe vraiment qui soit bien, les jurés,\nont toujours été fort bien au Conservatoire. A l'Opéra-Comi-\nque, eux seuls seront mal : dans quel corbillon les mettra-\nt-on ? où iront-ils délibérer ?\nEt si vous pensez que vos bons habitués des concours vous"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "sauront gré de ce déménagement, c'est que vous vous imaginez\nqu'ils viennent par amour de la musique. Mais ils ne vien-\nnent, à moins qu'ils ne portent à quelque concurrent un\nintérêt direct et combattif —, ils ne viennent que par amour-\npropre : l'amour-propre singulier d'accomplir une corvée\ninvraisemblablement inconfortable, invraisemblablement en-\nnuyeuse, mais à laquelle peu d'élus sont appelés. Vous leur\ndonnerez de quoi caser, tout entiers, leur séant et leurs jambes ;\nvous leur donnerez une atmosphère moins méphitique, une\ntempérature à peine coloniale : ils trouveront que « ça n'est\nplus ça ! »\nQue ces lambris dorés, que ce vaste espace vont intimider\nd'agitations, de protestations, de manifestations ! (C'est peut-\nêtre là justement ce qu'on espère.) Perdue, entre voisins, cette\nsolidarité des salons dont on est sûr, où la familiarité n'attend\npoint les formalités du protocole. Perdue, surtout et com-\nmentla remplacer ?... la Cour du ira-t-on po-\ntiner, jacasser, clabauder, conspirer, pendant que les concurrents\nconcourent, ou que les jurés jugent ? Où conspuera-t-on ceux-\nci ? Où essuiera-t-on la gloire ou les larmes de ceux-là ? Où\nmontrera-t-on aux foules contenues par les grilles, qu'on est\ndans un endroit où tout le monde n'entre pas ? Où iront les\ngens qui n'y entrent pas, et qui veulent avoir l'air d'y entrer ?\nIl est dangereux d'altérer en leur physionomie des rites d'un\nprestige si parisien. Le public, qui ne se sentira plus chez lui,\nqui se sentira dépaysé à la fois et envahi de profanes, s'il ne\ntombe à l'indifférence, deviendra plein de morgue et d'exigences.\nTel qui demeurait reconnaissant à l'ironie charmante et douce\ndu fin M. Bourgeat, pour un tabouret d'ouvreuse dans le\ncorridor des troisièmes galeries, réclamera, à l'Opéra-Comi-\nque, à tout le moins une première loge.\nUn attrait cependant demeure aux concours du Conserva-\ntoire : on y aura toujours l'air compétent.\n•k\n¥ *\nMais s'il est permis de critiquer l'esthétique de la petite salle\ndu Conservatoire, son confort et son aération, on n'en saurait\nfaire autant au point de vue qui nous occupe de son\nacoustique ni de ses proportions.\nVous prétendez mettre mieux en valeur, à l'Opéra-Comique,\nles élèves ? D'abord, où prenez-vous qu'ils doivent être tous\ncapables de se produire avec avantage sur une grande scène?\nCe qui a encore une apparence de sens pour les classes de théâtre\nou ce qui l'aurait, si vous donniez aux concurrents et les dé-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "cors, et les costumes, et l'orchestre devient tout à fait injusti-\nfiable pour les classes d'instruments, pour les classes de chant\nmême. Il est vrai que le Conservatoire doit former des inter-\nprètes pour le théâtre, et de ces grands virtuoses qui traînent le\ncœur des foules après eux; et si des concours des concours\npublics, organisés d'une façon beaucoup plus ample étaient\nréservés à ces quelques sujets d'élite, que des aptitudes extraor-\ndinaires destinent évidemment aux triomphes publics, il n'y\naurait rien à dire. Mais le Conservatoire doit former aussi, et en\nplus grand nombre, des interprètes pour d'autres modalités de\nla musique, qui pourraient bien être les principales : les inti-\nmités de la musique de chambre, l'anonyme . dévouement des\norchestres, le professorat, voilà l'avenir, plus obscur, non\nmoins utile, de la plupart des élèves du Conservatoire.\nVous voulez qu'on voie davantage « toutes leurs qualités\nartistiques » ?\nEh bien ! on les verra. On verra d'abord, et trop bien, que ce\nne sont que des élèves : si gentils ! mais tout ce qu'il y a de plus\nélèves ; et que tant de bruit mené autour de leurs exercices, tant\nd'importance attachée à leurs succès scolaires sont parfaitement\nridicules. On verra tout de suite ce qu'on voit le soir où, lestés\npourtant d'un premier prix, ils débutent sur une véritable\nscène. On verra combien leurs moyens sont faibles, et mal\nemployés.\nDans les classes de chant, on constatera que les voix, quelque-\nfois excellentes à un premier concours, vont diminuant tou-\njours, par un phénomène excessivement prodigieux, à mesure\nqu'elles sont plus exercées, l'enseignement de la technique\nvocale étant nul, aussi bien que celui de la diction et du style ;\net l'on s'amusera, mieux qu'on ne l'avait encore pu faire, des\ngaietés d'un règlement qui considère les grands airs classiques,\npar exemple qui devraient être réservés aux talents les plus\nmûrs comme des Etudes pour les commençants.\nDans les classes d'opéra et d'opéra comique pourquoi,\njuste ciel ! existe-t-il encore, en 1900, des classes d'opéra\ncomique ? —-on s'apercevra que ces mêmes élèves continuent\nde ne rien apprendre, mais ce qui s'appelle rien: pas même à se\ntenir sur leurs deux pieds, ni à se servir de leurs deux bras.\nSouvenez-vous de l'aventure, il y a quelques années, de la\nSociété des Concerts, et comme, de l'Opéra, elle se hâta de\nregagner la pénombre de son hypogée, aux résonances complices !\nDans un grand nombre de classes d'instruments, on admirera\ncombien le son est souvent petit, et l'attaque molle, la justesse\nincertaine, le mécanisme approximatif, le style mesquin,\ninintelligent et froid. On trouvera le violon maigre ; le piano,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "tapageur et confus. On déplorera l'abâtardissement du caractère\nde certains instruments : de la contrebasse, qui n'est plus qu'un\nvioloncelle vaseux ; de l'alto, tout prêt à se croire violon ; du\ntrombone, qui rêve d'être cor; du cor, qui s'intimide, hésite\net s'affadit.\nOn verra que les élèves, leur inexpérience d'ailleurs aggravée\npar un cadre auquel ils ne seront point accoutumés, passeront\nà l'Opéra-Comique de moins bonnes épreuves, et qu'elles\nparaîtront moins bonnes encore qu elles ne seront.\n*\n* *\nSi on voulait qu'ils en passent de meilleures et ne serait-\nce pas leur premier intérêt ? il faudrait tout d'abord pro-\nnoncer le huis-clos, et surtout pour la presse.\nQue faisons-nous là ? Est-ce que ce n'est pas du moment\nseulement qu'ils ont quitté l'école, que ces jeunes gens nous\nappartiennent ? Pourquoi les concours des musiciens sont-ils\nsoumis à la critique publique, alors que ne le sont ni ceux des\nlettrés, ni ceux des savants, ni ceux des ingénieurs, des institu-\nteurs, des diplomates, des surnuméraires, des médecins,\npharmaciens, vétérinaires et sous-vétérinaires, ni aucun des\ninnombrables examens et concours qui feront finalement de\nnous un peuple de Chinois ratatinés ?\nPar quel inconcevable mystère, dans la musique même, et au\nConservatoire, certains concours sont-ils secrets, et non point\nseulement des concours élémentaires, mais les plus importants,\nles plus intéressants, tous ceux, gros de conséquences, qui\ntouchent à l'art supérieur de la composition ? ceux d'harmonie,\nde fugue, d'orgue ; celui du Prix de Rome, enfin, qui n'est, à\nvrai dire, comme les autres, que le concours de fin d'année des\nclasses du Conservatoire, et où le scandale n'est pas moins fré-\nquent: scandale quelquefois salutaire !\nSi l'on vous objecte qu'il messiérait de soumettre à l'appré-\nciation de vulgaires publicistes les jugements de gens d'autant\nd'importance que sont des membres de l'lnstitut de France,\nvous répondrez, d'abord, qu'il y a de ces membres presque dans\ntous les jurys du Conservatoire, qui ne remportent pas tous\ndes succès d'estime; ensuite, que les concours de peinture, de\nsculpture, d'architecture, de gravure en médailles ou en taille-\ndouce, jugés aussi solennellement par les mêmes mandarins au\nbouton vert, sont, pendant plusieurs jours, exposés à la désap-\nprobation du premier venu qui passe devant l'Ecole des Beaux-\nArts.\nJe ne réclame pas contre cette exclusion : oh ! non. Seule"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "m'étonne notre intrusion aux autres concours, et celle du\npublic, et celle même des parents et amis. Elle n'est que pré-\ntexte à intrigue et à cabotinage. Les jeunes musiciens entrent-\nils au Conservatoire pour prendre ces qualités-là, qui leur vien-\nnent toujours assez tôt? Comme ils travailleraient avec plus\nde fruit s'ils travaillaient tranquilles, délivrés de l'idée qu'à\nla fin de l'année ils déchaîneront des luttes de bravos et de huées,\net qu'on parlera d'eux dans les journaux ; de l'idée que, pour\nleur réussite même au concours, il importe que longtemps à\nl'avance ils aient soigné leur réclame !\nEt il ne s'agit pas seulement de la dignité des études, il s'agit\nde celle encore des jugements. Je ne veux pas m'arrêter à cet\nargument, que la présence du public serait nécessaire à garantir\nleur intégrité. Mais vous savez qu'il n'est pas d'année qu'il ne\ns'élève à quelqu'un, à quelques-uns des concours, d'injurieux\ndébats entre le public et le jury. Le public prétend imposer ses\npréférences au jury ; quand le jury n'obtempère pas, le public\ninvective contre lui ; monsieur le Directeur du Conservatoire\nsurgit alors, rappelle son peuple au sentiment de son humilité,\npuis l'expulse : il ferait beaucoup mieux de ne pas l'inviter.\nAu fond, le public et le jury ont généralement raison tous\nles deux. Ils écoutent d'une façon différente, jugent sur des\néléments d'appréciation opposés, l'un en tant que public, l'autre\nentant que jury : de l'un à l'autre, l'estimation se déplace.\nLe public s'en tient à ce qu'il entend, au moment où il l'en-\ntend : des qualités physiques, le charme du son, une lueur de\npersonnalité, ou bien la plus banale facilité des effets, le\nchoix même du morceau agissent sur lui. Il a raison. Puisque le\nconcours est public, il doit être jugé selon l'impression pro-\nduite sur le public.\nMais les jurés n'ont pas moins raison, qui ne veulent pas être\nexclusivement sensibles à la séduction momentanée, aux avan-\ntages d'apparence, et tiennent compte aux élèves de leur passé,\nde leur application, de leurs progrès.\nEntre ces deux raisons, le désaccord est naturel. Qu'il puisse\nse manifester violemment, cela est d'une suprême inconve-\nnance.\nSi nous nous élevons enfin jusqu'à considérer l'intérêt du\nConservatoire lui-même, qui est, ou qui devrait être l'intérêt de\nl'art musical en France, il nous apparaîtra que ce n'est pas\nseulement la publicité des concours qu'il faudrait supprimer,\nmais les concours aussi.\nLe système des concours est absurde ; il est injuste; il est"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "avilissant. Un concours n'a jamais rien prouvé de la valeur\nabsolue ni même relative des concurrents. Il les met à la merci\nde mille hasards, de leur disposition journalière et de celle\nd'autrui ; il risque sur une minute le fruit d'années de peines ;\nil favorise les qualités les plus superficielles aux dépens des\nplus sérieuses : c'est un jeu, et trop souvent un jeu où l'on\ntriche.\nNous appliquons ce système à toutes choses. Il est plus fu-\nneste encore dans les arts, parce qu'il abaisse, trouble et noircit\nl'âme ; substitue aux mobiles élevés la vanité, l'ambition, l'en-\nvie ; érige la « veine » comme le dieu que devrait être la con-\nscience. Il est plus funeste encore dans la musique, qui est le\nplus pur de tous les arts, et le plus social : celui où l'abnéga-\ntion, le désintéressement, la concorde sont le plus nécessaires.\nC'est pour ce système que des esprits chagrins, assurément\nexcessifs en leur verbe, ont pu dire que l'enseignement musical\nn'existe pas en France : qu'il n'existait pas, du moins, avant\nque les exemples de la Schola eussent montré que\nni l'intelligence vraie de la musique, ni son étude rationnelle\nn'étaient incompatibles avec notre race.\nJe ne critique point ici l'enseignement du Conservatoire, mais\nseulement l'influence sur lui des concours et de leur publicité.\nD'ailleurs, a-t-on pu dire jamais qu'il existât un « enseigne-\nment du Conservatoire » ? et sur quoi le discuterait-on ?\nIl y a eu l'enseignement des professeurs du Conservatoire.\nOn en a connu, on en connaît encore d'admirables, Dieu merci!\net grâce à eux la musique française brille aujourd'hui d'un\néclat unique. Mais quelle cohésion a jamais existé entre\nleurs doctrines ? Que sont ces traditions dont on nous veut\nparler? Rien qu'anarchie. rEt le directeur ne fut jus-\nqu'ici qu'une fiction administrative : la main qui signe,\net non le cerveau qui distribue la pensée.\nCertes, je ne voudrais pas être confondu avec le sale oiseau\nque vous savez, ni accusé de trop médire de l'établissement où\nj'ai été élevé. C'est précisément parce que j'ai bien connu ce\nsérail, parce que j'y ai passé de longues, et de bonnes années;\nc'est parce que j'ai conservé pour lui d'affectueuses faiblesses,\nque je le voudrais, sinon irréprochable, au moins un peu\nmeilleur. J'y ai trop souffert, j'ai trop vu combien tout le\nmonde, et d'abord la musique, y avait à souffrir de l'ab-\nsence de toute méthode, ou plutôt de l'empire de cette seule\nméthode : la préparation aux concours. Si honorables, si\nillustres que soient tant d'exceptions dues à la valeur personnelle\nde tels ou tels maîtres, à leur effort individuel, toute cette\nmaison vit hypnotisée, d'un bout à l'autre de l'année, sur le"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "concours et sur les examens, qui sont les premiers degrés du\nconcours. Les professeurs y apportent un amour-propre peut-\nêtre plus féroce encore — assurément plus vil — que les élèves.\nPréparer le morceau de concours, ou la cantate de concours,\ntel est tout l'objet de l'enseignement. Et ne croyez pas même\nqu'on se prépare à l'exécuter bien, dans une intention d'éduca-\ntion, avec une certaine intelligence de l'art. Non : on ne pense\nqu'à l'exécuter de la façon qu'il faut pour remporter le prix,\nsuivant la mode du jour et le caprice académique : à l'exécuter\ncomme le jury désirera qu'il soit exécuté. Et peu importe que\nle concurrent ne sache rien, à part exécuter ainsi ce morceau-là ',\npeu importe, s'il était par hasard capable de montrer quelque\noriginalité, qu'elle ait été étouffée pour n'effaroucher personne ;\npeu importe, pourvu qu'il soit lauréat, que toute sa vie artisti-\nque puisse être offusquée par cette éducation faussée.\nEt cela lui est plus dommageable, cela est plus grave que les\nbasses intrigues, qui n'atteignent du moins que ses intérêts\nmatériels.\nUn esprit sévit au Conservatoire, dont on ne saurait dire\ns'il est la cause ou l'effet de l'excessive publicité de ses exercices.\nPour le Conservatoire, le théâtre seul existe ; toute musique qui\nn'est point de théâtre y est consideiee comme un genre infé-\non n'y cherche à former que des compositeurs de théâtre,\ndes chanteurs de théâtre, on pourrait presque dire : des violo-\nnistes, des pianistes de théâtre. Ne venez pas dire que le théâtre\nest une forme brillante, séduisante, émouvante de la musique,\nune forme secondaire, cependant, et qui ne prend de valeur\nréelle que si toute la science, toute la profondeur des autres\nformes, des formes essentielles de l'art, la viennent appuyer et\nnourrir. Jusque dans les classes instrumentales, la pensée du\nthéâtre règne, et le but de tous les effoits n est jamais qu une\nparade scénique.\nQue cette parade soit transportée sur de plus vastes planches,\nne voyez pas là la première réforme d'un esprit nouveau. C'est\nau contraire la convulsion suprême de 1 esprit ancien, de cet\nesprit d'ostentation à outrance et à tout prix, par quoHe Con-\nservatoire se procure une vie illusoire, et dont il meurt chaque\njour un peu plus. Puisqu'il comprend si mal ses intérêts, ce\nserait à nous, qui le considérons d'un œil impartial, de refuser\nde le suivre en la mauvaise voie. Car c est encore la préoc-\ncupation de la presse qui est la plus nocive à ces jeunes têtes.\nIl faut avoir un peu vécu, pour savoir combien peu pèsent nos\njugements, et dépouiller le préjugé de notre influence.\nUne grève de la critique serait une chose à organiser. . . ."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "A moins qu'à l'exemple des plus zélés adversaires de la peine\nde mort, qui s'opposent à ce qu'on abolisse l'infâme publicité de\nla guillotine, bien que cette publicité soit un de leurs arguments\ncontre la peine elle-même, nous ne devions paradoxalement\napplaudir à tout ce qui viendra exaspérer les inconvénients de\nla publicité des concours.\nA\n* *\nLes choses vont-elles changer? Il est permis de l'espérer\nenfin. Pour la première fois, un directeur du Conservatoire a\nété nommé, qui n'est pas tout à fait de la maison, qui ne souffre\npoint de l'obnubilation spéciale à ceux qui y ont fait leur éduca-\ntion, puis leur carrière : un homme qui l'a regardée du dehors,\navec ses idées personnelles, et qui n'est à aucun degré un homme\nde théâtre.\nIl est impossible d'annoncer par avance ce que fera M. Gabriel\nFauré. Bien qu'il ait exercé déjà une grande influence sur notre\nmusique contemporaine, nous connaissons, moins que son\nœuvre, sa méthode et son caractère. Nous savons seulement de\nlui que c'est un artiste, et l'un des plus délicats, des plus purs,\ndes plus originaux que notre pays ait comptés : un artiste\nvolontairement adonné aux formes les plus fines et les plus\nélevées de son art.\nLe jour où M. Théodore Dubois résigna ses fonctions, par un\ngeste dont la discrète dignité lui fit tant d'honneur, M. le Sous-\nSecrétaire d'Etat aux Beaux-Arts voulut le remplacer par un\ncompositeur académicien. N'en ayant point trouvé disponible,\nqui fût en même temps musicien, il a préféré nommer un musi-\ncien qui ne fût pas académicien i cela est proprement admirable.\nMais cela n'est pas tout. Il faut encore que ce musicien puisse\nappliquer les principes « d'extrême libéralité « qu'il a inconti-\nnent affirmés 5 il faut qu il ait le droit de tailler, parmi le per-\nsonnel actuellement enseignant, quelques places pour ces pro-\nfesseurs « étrangers à l'orthodoxie officielle » dont il a parlé ; il\nfaut qu 011 ne lui mesure ni l'autorité, ni l'indépendance, ni\nl'appui nécessaires à faire du Directeur du Conservatoire ce qu'il\ndoit être, et surtout à cette heure : l'homme qui dirige, le\nmaître.\n\nGaston Carraud."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.6", "titre_corps": "LES VRILLES DE LA VIGNE", "titre_sommaire": "LES VRILLES DE LA VIGNE", "signature_source": "Colette Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1632, "texte": "LES VRILLES DE LA VIGNE\n\n(0\n«... Des chansons de mon pays? Oui, me dit Claudine,\nj'en ai appris et oublié quelques-unes... Quand j'étais petite,\nles gardeux, je veux dire les bergers, ne chantaient pas encore\n« Je suis lâche avec toi », mais ils montraient déjà une coupable\npréférence pour les Blés d'or et les Sentiers remplis d'ivresse...\nQue sera devenue cette petite Morvandelle, les yeux noirs comme\ndes mûres, qui tricotait son bas cachou en chantant d'une voix\nperçante et affairée :\nAh ! n'querriez donc pas, ma méére,\nI vins de Dijon,\nDe vouer pâsser la bânnère\nDu princ' de Borbon,\nDu princ' de Borbon, ma méére,\nDu princ' de Borbon.\nA tout's les crouésées d'l 'église\nY avaint des drépiâs ;\nCeuss' qui n'étaint point si béétes\nll' y boutaint des draps;\nll' y boutaint des draps, ma méére,\nll' y boutaint des draps...\nJ'ai oublié la suite... N'est-ce pas que l'air est charmant ? Je\nl'ai donné à Marc Legrand pour un recueil scolaire...\nAux noces campagnardes, à présent, on ne chante plus que\ndu Delmet. Mélie, ma nourrice, m'emmenait autrefois aux ma-\nriages de ses pays et payses,dans les fermes... Quoi ?... Papa ?...\nÇa lui était bien égal, voyons !\nMélie, fille de roulottiers saltimbanques, y jouait du violon\ntrès mal au dessert et s'enorgueillissait des applaudisse-\nments un peu ironiques... Un singulier spectacle que celui de\ncette blonde fanochée, en bonnet à tuyaux, l'archet à la main,\nle menton sur son violon de bois rouge... C'est déjà loin, ce\ntemps-1à... La longue table, nappée de draps de lit, dressée\ndans une grange... Quoi ?... en plein air ?... Oh ! non. Les\n\n(i) Suite. Voir les n°s 1,2 et 3 du"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "paysans de chez nous, qui déjeunent et goûtent quotidienne-\nment au creux d'un sillon, l'écuelle de caillé entre les jambes,\nn'aiment pas, en cérémonie, manger à la belle étoile. Ils trou-\nvent que ce n'est pas distingué.\n... Une longue table, fleurie de petits bouquets- roses rouges\net camomilles blanches serrés en choux-pommes. Aux\nmurs, des draps épinglés de laurier vert, comme pour la Fête-\nDieu... Au-dessus, les poutres du fenil laissent pendre des\nvoiles d'araignée et des houppes de foin sec... Par la porte\ncharretière, ouverte sur la cour, entrent ensemble la grande\nlumière bleue et crue, le cri des coqs, les poules inquiètes\nqu'on chasse d'un coup de serviette, et qui reviennent...\nJ'avais dix, douze ans, des cheveux châtains en tire-bouchons,\nla voix d'un jeune garçon et une gravité bougonne, un air\nd'avoir envie de m'en aller. Pourtant je ne m'ennuyais pas.\nJ'aimais le pain bis chaud sous son velours de farine, l'odeur\nneuve des blouses bleues ballonnées, les petits bouquets joyeux\nen choux... J'aimais la « jeune mariée » ronde et brûlée,\nnoire dans son blanc, ses mains nues sur son ventre comme\ndeux gros gants tannés... J'aimais les verres sans pattes, épais\naux lèvres, et, bourdonnants de mouches, les sucriers nombreux\nqui jalonnaient la table... Pour le café, ce sucre ? Mais non,\nbête, pour le vin rouge. C'est vrai, vous ne savez pas. Dans\nles repas de noces, dès la soupe avalée, on remplit son verre\navec du vin rouge. Délicatement, du bout de deux doigts, on y\ntrempe un morceau de sucre qu'on suce ensuite, qu'on\nretrempe, qu'on resuce, jusqu'à ce qu'il s'effrite en bouillie\nsirupeuse. Alors, on prend un autre morceau de sucre et on\nrecommence. Ça occupe le temps, vous comprenez, entre la\nsoupe et le lapin sauté, entre le lapin sauté et le veau aux\ngirolles, entre le veau aux girolles et le poulet rôti... Les\nenfants, les femmes surtout, pillent les sucriers, s'enivrent\ntout doucement ; on entr'ouvre son corsage, on dénoue les\nbrides du bonnet tuyauté en disant : « C'est la chaleur qui me\nremonte... »\nA part ça, tout se passait fort tranquillement. De mon temps,\nces repas qui duraient cinq heures étaient presque silencieux,\nsauf dans le coin où on regardait Bouzon se nourrir, Bouzon\nou bien Labbe, son rival, Bouzon et Labbe de qui l'on disait:\n« Le manger tremble devant eux ! » A bien y réfléchir, leur\nprocédé manquait d'élégance. Ils s'emplissaient de viande, de\nvin et de pain, jusqu'à la gorge, puis se levaient : « Faites\nexcuse, je n'en ai que pour une minute. » Dans la cour, un doigt\nau fond de la gorge et... parfaitement ! Ils rentraient vides et\nrecommençaient. Ça vous impressionne, s'pas ? Moi aussi."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1682, "texte": "Après la tarte à la citrouille, après le fromage mou, après le\nchâteau de nougat fracassé et les dragées, —un peu prématu-\nrées, les dragées, un silence solennel descendait du fenil sur\nl'assemblée. Trois gobettes de quinze à dix-huit ans, couleur\nde brique rose dans leurs corsages clairs, se prenaient par la\nmain et s'en venaient devant la mariée. Accordant avec peine\nleurs voix plaintives de fileuses, elles entamaient la longue,\ntriste et jolie Chanson de la mariée, celle que vous connaissez :\nEnfin vous voilà donc,\nMadame la mariée,\nEnfin vous voilà donc\nA votre époux liée,\nAvec un lien d'argent\nQui durera longtemps,\nAvec un long fil d'or\nQui ne rompt qu'à la mort.\nLes yeux loin, placides, elles chantaient la main dans la\nmain, trois petites Nornes aux regards de génisses... Et la\nmère de la mariée se mouchait, sous peine de passeï pour une\nsans-cœur. La jeune épouse hâlee penchait la tête comme sous\nun blâme mérité... La chanson finie, tout le monde respirait un\ngrand coup, trinquait, et il y avait toujours la un permission-\nnaire en capote bleue prêt a « sortir » ses complaintes de 71,\nSauvons Paris, ou un vieux pour chevroter cette grivoiserie\nsurannée, la à moins que sa vieille en coiffe londe\nne lui donnât la réplique dans un cocasse duo paysan, la\nRupture :\nGustine, ma Gustine,\nPrête-moi tes ciseaux\nPour couper l'alliance\nQue nous avons ensemble.\nMes ciseaux, j'ies ai pas,\nIls sont dans ma chambrette...\nIl y avait beaucoup d'autres couplets, mais qui rimaient\nmoins richement.\nD'ailleurs, à cette heure-là, lasse de chaieui et de sucre\nsucé, je m'endormais sur la table, la tête entre mes bias\nrepliés...\n\nColette Willy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.7", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nRABAUT SAINT-ÉTIENNE THÉORICIEN MUSICAL.\n\nParmi les hommes de la Convention, au nombre des chefs\ndes Girondins, Rabaut Saint-Etienne figure en bonne place.\nPasteur à Nîmes il parvint, comme on sait, grâce à la protec-\ntion de Malesherbes, de Turgot et de La Fayette, à faire accorder\nl'état civil aux protestants. Apôtre de la liberté française, mais\nplein de modération et de tolérance, l'ancien président de l'As-\nsemblée constituante se trouva en butte à la haine de Robes-\npierre, au lendemain de la condamnation du roi. Accusé de\nvouloir fomenter la guerre civile dans la France envahie par\nl'étranger, il fut décrété d'arrestation, en même temps que les\nautres Girondins. Caché chez Peyssac, son compatriote, il fut\ndénoncé par un politique, Fabre d'Eglantine, assurent certains\nauteurs, arrêté et guillotiné le 5 décembre 1793, à la suite\nd'un jugement sommaire. .\nCe pasteur nîmois, mort à cinquante ans, était un homme\nd'une réelle valeur. Avant d'être entraîné dans la politique mili-\ntante, il avait fourni des preuves d'esprit curieux, et ses disser-\ntations sur les temps anciens l'avaient fait estimer de ses con-\ntemporains les plus renommés.\nRabaut Saint-Etienne aimait les belles-lettres. Orateur philo-\nsophe, il a mis dans tous ses écrits des idées neuves qui sont\nloin d'être négligeables. Son style assez châtié donnait du\nrelief à des paradoxes soutenus avec beaucoup de logique.\nMais rien de ce que l'on connaît de lui n'est aussi intéressant\nque le document inédit qu'un hasard a placé sous mes yeux et\nqui montre ce conventionnel sous le jour d'un théoricien musi-\ncal.\nAristote, dans une de ses propositions, a déclaré que « tous les\narts ne sont que l'imitation de la Nature ». En ce qui concerne\nla musique, cette opinion fut partagée, à toutes les époques,\npar des auteurs de mérite qui obéissaient à un système philo-\nsophique. Certains, cependant, pensèrent autrement. L'abbé\nMorellet trouva « que les Arts sont quelque chose de plus que"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.15", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "l'imitation exacte de la nature ». Chabanon interpréta ce dire\net fut amené à croire que le chant n'est pas une imitation de\nla parole. « Pour que le chant fût une imitation de la parole,\nécrivait-il en 1785, il faudrait que dans son institution il lui\nfût postérieur ; mais, qu'on y prenne garde, il l'a nécessairement\ndevancée. »\nVers le même temps, Rabaut Saint-Etienne, dans ses\nàM. Bailly sur V Histoire primitive de la Grèce, posa en principe\nque « le langage primitif fortement accentué était naturelle-\nment musical et chantant ».\n« On paraît assez généralement persuadé, déclara-t-il alors,\nque la poésie a été le premier langage des hommes, et que les\npremières lois qu'ils reçurent, ainsi que les événemens de leur\nhistoire primitive, avaient été écrits en vers. Tant qu'ils eurent\npeu d'idées acquises, et peu d'objets à confier à la mémoire,\nils conservèrent ce langage sublime. Un petit nombre d'intona-\ntions très fortement accentuées firent naître le vers et la mesure :\nl'oreille vivement ébranlée appelait elle-même la cadence ;\net la musique, simple d'abord comme le langage, dut exister\nen même temps que lui. Les sons de l'instrument répondaient\ntoujours juste aux accens de la voix ; ils marquaient fortement\nles élévations, les tons fermes et les césures : le langage pri-\nmitif accentué en longues et en brèves fut nécessairement\nmusical ; et la première harmonie fut un simple accompagne-\nment. La musique ne fut donc point un langage à part imité\nde sons étrangers à l'homme ; c'est en lui-même qu'il la trouva,\nparce qu'il la portait avec lui. Etre harmonique, sa voix n'eut\npas plutôt appris à parcourir la gamme des sons naturels, que\nles fibres acoustiques en répétèrent les vibrations. Le besoin\nd'appuyer sur cette jouissance, cette espèce d'instinct qui nous\nporte à émouvoir plus vivement, s'il se peut, une fibre déjà\némue fit naître l'idée des instrumens bruyans que l'on trouve\nchez tous les peuples sauvages, et auxquels se plaisent encore\nles habitans peu raffinés de nos campagnes.\n« La musique et le langage sont donc d'une égale antiquité,\nou, pour palier plus juste, le langage primitif fut une musique\nnaturelle. Aussi les plus anciens monumens poétiques sont des\nmonumens musicaux : chanter et parler furent aux premiers\ntemps une seule et même chose. »\nA une date que je ne puis guère déterminer, en l'absence de\ntout indice, Rabaut, partagé entre ses soucis politiques et ses\ntravaux d'ordre philosophique, développa donc, en la préci-\nsant, l'idée contenue dans sa septième Lettre. Il fut incité à sa\nnouvelle démonstration par une note qui traitait de l'origine\nde la musique et dont l'auteur ne m'est pas connu. Les quelques"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "pages inédites du conventionnel nîmois sont fort intéressantes,\nainsi qu'on en va pouvoir juger :\nORIGINE DE LA MUSIQUE OU LE PREMIER\nLANGAGE DE L'HOMM (i).\nM. de Saint-Etienne a reçu avec reconnaissance la note qui lui\na été remise par M • de Rosambo e\nde fauteur qui pense que la Musique a dû précéder la parole.\nL'auteur des Lettres à M. Bailly\nment de la Lettre, que la Musique\nnaissance simultanée, c'est-à-dire que les premiers hommes avaient\neu un langage chante. Ces deux\npremier coup d'oeil, se ressemblent néanmoins beaucoup ; car Vau-\nteur de la note entend sans doute que les hommes chantaient pour\nexprimer leurs idees, et M. de Sl-E. qu ils expi imaient leurs\nidées en chantant. Ce n'est pas à Vingénieux observateur qu'il\nfaut dire que par le chant des premiers humains, on n entend pas\nla Musique de l'opéra.\nVoici comme on pense que le premier langage dût être musical.\nUn premier homme qui serait seul\nl'impulsion spontanée de la nature, n'aurait que des cris. Ces cris\nseraient même rares, et il ne les pousserait que dans les surprises\nou dans le mouvement des passions, telles que la joie <?£ la\nfrayeur. On ne parle pas à soi-même\nparler.\nCes cris, infiniment simples, ne seraient que des voyelles et\nprécisément les mêmes que ceux que nous poussons en pareille\noccasion. Ils sont inspirés par la nature, ils sont les mêmes à tous\nles âges de la vie et che% tous les peuples; ils sont en harmonie\navec toute la nature, avec les cris\ndes ondes, le sifflement des vents, etc., car, de même que tout le\nsystème des couleurs est en harmonie avec notre œil, tout le sys-\ntème des sons est en harmonie avec\nsolument que tous les sons, éclatans ou sourds, lugubres ou gais,\ncorrespondent avec ceux que l'homme produit, sans quoi, il y\naurait entre la nature(2) et nous\ntout nous prouve qu'il y a un accor\nduits par les êtr*es de la Nature\nceux que produit la voix de L'hom\ntoujours, ne sont pas arbitraires\n\n(1) Communication que j'ai faite àla Société Internationale de Musique,\nle lundi 26 juin 190b.\n(2) L'auteur avait d'abord écrit « le tatare »."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.17", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "Cependant, les sons que L'homme produit parcourent une gamme\nnaturelle, depuis le cri de la joie la plus éclatante,jusqu'à celui\nde la douleur la plus sourde et la\nEt comme chaque crin' est que\na autant de nuances dans ce clavessin qu'il y a de sentimens dans\nle coeur de l'homme ;ce qui, pour le dire en passant, nous fait\nvoir comment, à cet égard, ainsi qu'à tous les autres, L'homme\nmoral est en avec le monde physique : idée féconde à ce\nqu'il nous paraît, et qui peut être appliquée à tout l'homme consi-\ndéré sous tous les aspects. On n'a, ce nous semble, jamais asse\\\nobservé ce que c'est qu'un être qui correspond avec toute la nature\npar des nerfs et le sentiment, et comment ses actions morales\nsont liées avec la physique de L'univ\nUn homme seul ne produirait des sons qu'à mesure qu'il éprou -\nverait des sensations asse!{ fortes pour l'engager à se débarrasser\nde l'excès de sentiment qu'il éprouverait ;et c'est pourquoi nous\navons dit que ses cris seraient rares. Mais aussi ses cris seraient\nviolens et correspondans à laplénitude\naffecté.\nCet homme n'exprimerait donc que les grandes passions, et\ncomme nous avons observé qu'elles seraient grandement expri-\nmées, il est évident que ses cris primitifs correspondraient aux\n7 voyelles qui sont les notes du clave\na rien au-delà de la plus éclatante, il n'y a rien au-dessous de la\nplus sourde. Supposons à présent deux ou plusieurs de ces hommes\nqui se rapprochent d'abord; ils\nque leurs sensations, car aucun d'eux n'a pu songer à faire des\nsyllabes et des mots ; et s'ils font tant que de chercher à se com-\nmuniquer ce qu'ils éprouvent, ils pousseront les cris voyelles que\nj'ai dit : et si ces cris ne sont pas arbitraires comme je l'ai prouvé,\nil est clair que ces hommes s'entendro\nborné, puisqu'il ne consistera qu'à faire naître par un cri un\nsentiment tout pareil à celui qu'éprouve celui qui le pousse, en vi-\nbrant, celui qui l'entend, la\nL'harmonie nécessaire, l'accord demandé.\nLa réflexion ne peut guères naître che% un homme seul. Mais\nquand on me le contesterait, on ne pourra me nier que le besoin\nd'exprimer ses réflexions ne peut\navec ses semblables. Or, les cris,\nque les sensations ; donc L'homme\nexprimer ce qu'il pense, et surtout il aura besoin de désigner par\ndes sons les objets desquels il vo\nvoyelles n'y servent pas, il aura\nMais les consonnes ne sont pas\nne peuvent être prononcées sans vibre?* L'air, sans faire un son,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "et par conséquent sans se mettre en harmonie avec tous les sons\nde la nature. Cela est si vrai qu\npartout, certaines consonnes à exprimer certains bruits ; elles ne\nsont nommées consonnes que parce quelles sonnent avec la chose\nque nous voulons peindre ; et si quelqu'un voulait exprimer le\nroulement du tonnerre ou le sifflement des vents par d'autres\nconsonnes que celles qui y sont consacrées, il ferait rire, ou ne\nserait pas entendu. Les premiers hommes qui parlèrent ne firent\npas cette faute, ni ne purent la faire.\nDe L'accord d'une voyelle avec une consonne naît ce que Von\nappelle un mot ; et puisque ce mot n'a été imaginé que pour dési-\ngner à l'oreille l'objet qu'on ne peut pas montrer avec le doigt,\nc'est très à propos que nous l'appelions un NOM. Et si ni la con-\nsonne ni la voyelle ne sont arbitraires, leur réunion pour faire\nun MOT ne saurait l'être. De ce principe naîtrait toute la théorie\ndu langage qui n'est pas de notre sujet.\nA présent je dis: les premiers hommes qui ont parlé ont eu peu\nd'idées à exprimer, et peu de mots pour les rendre.\nIls n'ont dû employer que les grandes intonations fortement\nexprimées et accentuées. ,\nLes nuances intermédiaires d'un son à l'autre n'ont pas existé\nche\\ eux, car il est impossible qu'ils ayent eu plus de mots que d'i-\ndées ; un mot ne se forme qu'à mesure qu'on en a besoin.\nLeur langage n'a donc pas été gradué, et n'a pas parcouru\ntoutes les nuances de notes ; mais il a sauté d'une note à l'autre :\npremière preuve de la Musique qu'ils parlèrent.\nSeconde preuve ; chaque sensation fortement exprimée est une\nélévation de voix ; mais il est des sensations douces qui en néces-\nsitent l'abaissement ; des sons qui\nqui durent être très brefs, formèrent nécessairement une parole\nchantée, de laquelle nous ne pouvons\nCe que nous pouvons cependant\nle langage s'enrichit et se perfectionne, les sons durs et gutturaux,\nles sifflemens, les chuintemens, les\nqu'obligés de distribuer sur mille\nd'organe que l'on n'employait autrefois qu'à un petit nombre, il a\nfallu que les hommes missent dans\ntoute la quantité de force et de t\nJe pourrais ajouter qu'au moral\nse multiplient ; et que l'on doit mettr\ndes impressions plus faibles ;et ce\nla langue du peuple le plus civilisé d\nMonotone.\nCe que je viens d'exposer est le\nn'ai dû qu'énoncer dans mon livre."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.20", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "dans ma première lettre, que la poésie a précédé la prose ; non\nque je croie que ces hommes-là causassent entr'eux en vers métri-\nques. Leur conversation était musicale et non pas mesurée. Mais\ndans tout ce qui était de chansons ou de récits publics, ils s'astrei-\ngnirent à couper par périodes leurs discours, en sorte que leur\nlangage musical naturellement,\nrefrah s dont ils les entremêlaient,\nd'hui les nègres dans leurs chansons qui durent toute la nuit, ces\nrefrains divisaient nécessairement\nque Pindare a de ces strophes\nsieurs psaumes hébreux ont aussi\nnés par tout le peuple. Les plus\nen vers, et on les chantait, car le premier discours public et sur-\ntout religieux fut chanté: cet\nplus beaux tems de la Grèce, dans quelques-unes de ces coutumes\npopulaires que Von suit parce\npour les changer ; le crieur public y criait les édits en chantant,\ncomme dans les premiers temps\nL'annotateur de ces pages où les hypothèses sont maniées si\nhabilement, nous fait connaître que « ce morceau inédit de\nRabaut Saint-Etienne fut adressé par lui à M. de Malesherbes,\nson illustre ami, et conservé par ce magistrat dans sa belle\ncollection d'autographes. Car le goût de ces sortes de collec-\ntions, ajoute-t-il, pour être aujourd'hui plus répandu qu'il ne\nle fut dans le siècle dernier, n'y était pas inconnu et Malesherbes\naimait à recueillir des pièces originales, de curieux documens,\nainsi que des lettres de littérateurs, de savans et de person-\nnages historiques. Y. i>\nCertes, si la démonstration de Rabaut est paradoxale, sa\ndialectique fait autant de part à la logique qu'à l'opinion. A\nce point de vue, il m'a semblé utile de faire connaître une théo-\nrie du commencement verbal qui contient en elle-même, à côté\nde naïves déductions, des vérités que plusieurs de ses contem-\nporains avaient pressenties, mais que lui seul, en quelques\npages demeurées si longtemps inconnues, a formulées clairement\net de la bonne encre des Encyclopédistes.\n\nMartial Teneo.\n\n24"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c012", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.8", "titre_corps": "Croquis d'Album de Léarndre", "titre_sommaire": "Croquis d'Album de Léarndre", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 27, "texte": "Croquis d'Album de Léarndre"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.9", "titre_corps": "L'X DE LA CIVILISATION", "titre_sommaire": "L'X DE LA CIVILISATION", "signature_source": "Ricciotto Canudo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "L'X DE LA CIVILISATION\n\nL'x de la civilisation est le mensonge journaliste. Avec le\nbluff des banques, il cerne de près les consciences nationales ; il\nconcentre les intérêts individuels et collectifs, les discipline, en\nexaltant les uns, en détruisant les autres ; il pousse à la guerre, il\nimpose la paix, il fait l'opinion publique et en est l'expression\nla plus brutale en même temps que la plus servile, Autrefois la\nseule volonté d'un tyran, ou d'un conseiller du tyran, ou des\ncourtisans du tyran, faisait la vie des peuples. Aujourd'hui, tout\ncitoyen peut à son tour être tyran, s'il dispose des quelques\nmoyens qui permettent à une feuille d'être imprimée et d'en im-\nposer par le noir tracé sur son blanc sale. Les mercantis travail-\nlaient autrefois dans l'ombre. On étale aujourd'hui en plein jour\nle mercantilisme le plus abject et par cela même le plus redou-\ntable, habillé avec toute la pompe que comporte le rôle des mo-\ndernes paraclets des nations, des messies de l'humanité. Cette\npompe est celle du mensonge journaliste, qui aide les banques\net souffle dans les voiles de tous les bateaux pirates qui navi-\nguent sur la mer orageuse de la vie contemporaine.\nLe Journalisme et la Banque ! Ce sont les deux grandes forces\nmodernes, les suprêmes puissances. Tout leur est asservi avec\nceux-là même qui les représentent ;mais les cris sinistres et bes-\ntiaux des boursiers acharnés à faire ou à défaire les valeurs, qui\ndans l'après-midi secouent la place de la Bourse, sont insigni-\nfiants à côté des milliers de signes noirs et muets qui remplis-\nsent les feuilles des journaux. Ici est vraiment le grand pivot\nsocial. Les chefs d'Etats, les gouvernements, tout tourne autour\nde lui. La possibilité de diriger la vie d'une nation n'est plus dans\nl'esprit d'un philosophe ou dans la volonté d'un roi, mais elle est\ndans la force d'initiative et de résistance de quiconque embrasse\nla carrière d'entrepreneur d'articles. C'est la très intéressante\nformule du chantage universel. Et le mensonge journaliste re-\ntient dans ses tentacules toutes les vies et tous les besoins, il\nserre même violemment la Banque qui cependant le nourrit, et\nsans orgueil et sans phrases il s'appelle simplement : l'Opinion."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.22", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "Lorsque le mensonge journaliste touche la vie intellectuelle\nd'un pays, ses aspects deviennent hideux et il mérite toutes les\npeines. Statuant sur des traditions mortes, il entretient la\nmauvaise culture. Se basant sur des intérêts particuliers, il\ncrée les renommées honteuses et pousse la foule aux pires en-\ngouements. Et il aime les traditions mortes, qui lui épargnent\ntous les risques des innovations; et les intérêts particuliers,\nqui lui assurent des bénéfices immédiats ; car le journalisme\nest prudent. Cependant si par sa puissance acquise et par\nla force stupide et formidable de ses grands mots, il entraîne\nun pays à une guerre inutile ou à une paix sans profit, ou\ns'il pousse au pouvoir des hommes médiocres et insuffisants,\nle mal est peut-être grand, mais les conséquences, déter-\nminées par les réactions de la collectivité, se chargent tou-\njours de réparer le lendemain les fautes commises la veille.\nTandis que s'il couvre de la vertu de son mensonge les mani-\nfestations esthétiques d'un peuple, ses aspects deviennent hideux\net il mérite toutes les peines. Pour la vie et pour la beauté d'une\nrace, la vingtaine de colonnes qu'un journal consacre à ses po-\nliticiens et à ses industriels est sans aucune importance à côté\ndes quelques dizaines de lignes destinées à renseigner le public\nsur les manifestations de l'art contemporain.\nAinsi, si la Bourse, tel un monstrueux miroir, reflète dans\nses ondoiements la gloire ou la détresse des nations, le men-\nsonge journaliste reflète le rut du vulgaire et l'acharnement\nimpitoyable des meneurs.\nLa plupart de ces feuilles imprimées et réunies d'une façon\nparticulière sous le nom de « revues », acceptent et propagent\nsans discussion, et même avec joie, le mensonge journaliste.\nDès que la puissance journaliste a commencé à s'affirmer\navec éclat et tyranie, la réaction qui suit toujours une action,\na créé dans le collectif un nouveau groupement d'hommes,\nqui doivent contrecarrer les méfaits du journalisme, et qui s'ap-\npellent : les snobs. Ceux-ci, souvent imbéciles, mais parfois\nfort utiles dans leurs gestes d'ensemble, quoique odieux à\nl'extrême si on les prend isolés, ont déjà recomposé plus\nd'une harmonie détruite par l'autre. Ils ont jailli de la multi-\ntude alors que le journalisme cessait d'accueillir des littéra-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "teurs, des poètes, des artistes, qui faisaient de lui une manifes-\ntation ardente et enthousiaste de vie, pour devenir ce qu'il est :\nun phénomène bureaucratique banal, qui accueille les écrivains\nà l'âme de « rond de cuir » ou des ambitieux ou des ratés,\nparmi lesquels les quelques véritables artistes qui s'y trouvent\nencore nombreux semblent des égarés.\nLe journalisme est donc véritablement le grand fléau, le\ngrand pouvoir de la Bête opaque, la grande médiocratie. Son\nmensonge traditionnel est souvent l 1 x des cristallisations\nd'une race. Certes, si la race avait en elle assez de vitalité\npour créer de la beauté, l'on ne pourrait l'en empêcher; mais\nle mensonge journaliste, en flattant les mauvais instincts des\ncollectivités, c'est-à-dire cette forme de paresse qu'on appelle\nle culte de la tradition, met les doigts sur les plaies et empê-\nche que le sang gangreneux sorte et finisse de troubler le cours\ndes échanges dans un organisme aussi complexe que celui d un\npeuple.\nCes réflexions m'ont été inspirées par des lettres, signées ou\nnon, françaises et italiennes, sympathiques ou hostiles, reçues à\nla suite de mon article sur la musique italienne contemporaine.\nLe Mercure Musical du ier juillet avait à peine paru, que mon\ncourrier commençait à grossir.\nEh bien, ceux qui considèrent ma critique comme blasphé-\nmatoire et anti-italienne n'ont jamais réfléchi à tout le mal que\ncertains critiques font par le mensonge de leurs éloges. Un\nexemple: cet hiver, au Nouveau-ThM. Mascagni n'a\npas dirigé d'une façon satisfaisante Beethoven et Wagner. Il\nn'a réussi qu'à bien interpréter Tchaïkovski et les danses hon-\ngroises. Son jeu, plein de tempérament, mais trop exubérant,\nne nous a pas déplu ; mais lorsque M. Chevillard a réapparu\nà son siège, nous ne l'avons pas regretté. J'ai lu, dans des\njournaux italiens, que M. Mascagni avait si merveilleusement\ndirigé, que les musiciens parisiens, ceux de la rampe et ceux\ndu foyer, étaient fous d'enthousiasme. Or, si l'ltalie, croyant\nque M. Mascagni est le conducteur idéal des orchestres, lui\nconfie la direction d'un Conservatoire et par conséquent des\nesprits jeunes à former, en grande partie elle aura tort.\nPourquoi permettre à des journalistes de fausser ainsi\nl'opinion publique et de se rendre par cela coupables devant la\nconscience d'une nation? Pourquoi ne pas signaler les maux et\nen indiquer plus ou moins vaguement les remèdes ? L'ltalie\nest au réveil. Et des esprits comme celui de M. Mascagni,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.24", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "de M. Giordano et de quelques autres, pourraient se concentrer\nen eux-mêmes, au lieu de se disperser dans une production préci-\npitée, avec la confiance absolue qu'ils remporteront un succès,\ncar ils connaissent d'avance le ton des trompettes de gloire.\nRien n'est plus contraire à l'art que la confiance dans le succès\nfacile, elle empêche l'effort et les grandes concentrations de\nl'esprit qui seuls produisent les chefs-d'œuvre. Une fois assa-\ngis, ces compositeurs pourraient trouver en eux-mêmes de très\nbelles ressources pour le renouveau musical de leur race qui\nattend le Paraclet. Pourquoi permettre à M. Sardou d'écrire\nun drame égyptien, que M. Giordano mettra en musique avec\nla plus grande diligence et que l'Opéra donnera en spectacle au\ngrand public cosmopolite qui bouleverse pendant l'hiver l'har-\nmonie de Paris ?\nL'ltalie est au réveil. Mais je crains fort que, pour soutenir\ntel ou tel maestro, le mensonge journaliste, l'x de la civili-\nsation, ne s'oppose à l'œuvre de rénovation esthétique, que\nnombre de vrais artistes poursuivent admirablement à Florence,\nà Rome, à Milan, à Bologne, à Naples...\n\nRicciotto Canudo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.10", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nLe nombre et la témérité des hypothèses accumulées par\nM. Riemann nous autoriseraient amplement à interrompre ici\nla lecture de sa Logique musicale.Sans poursuivre l'examen de\nspéculations désormais arbitraires, il nous suffira d'en rappor-\nter la conclusion et de constater que, à cette époque, dans le\nbrouillard complaisant d'une phraséologie un peu abstraite,\nM. Riemann se flattait seulement d'avoir réussi à démontrer\n« que les sons inférieurs existent réellement dans notre sensa-\ntion et doivent, par conséquent, intervenir aussi dans la repré-\nsentation ; mais qu'il est absolument impossible, à la con-\nscience, de les percevoir isolément », et se proposait d'établir\nsubséquemment « l'importance considérable de cette existence,\ndont nous restons inconscients, des sons inférieurs dans la\nreprésentation ».\nDeux ans plus tard,en 1875, M. Riemann avait changé d'avis.\nIl ne se contentait plus de cette « réalité » objectivo-subjective\n« dans notre sensation » et « inconsciente dans notre représen-\ntation ». Le titre de son second opuscule, « l'Existence ob-\njective des Sons inférieurs dans », montre que\nM. Riemann avait cherché ailleurs, dans le milieu aérien dont\nles vibrations « viennent frapper l'oreille », une confirmation\nexpérimentale et vraiment scientifique de ses théories.\nSi louables qu'apparaissent l'intention et son accomplisse-\nment, on ne peut s'empêcher de penser que M. Riemann aurait\npeut-être mieux fait de commencer par là, au lieu d'édifier\nd'abord un château branlant d'hypothèses et de venir vérifier\nensuite la solidité de ses fondations.\nPour trouver les « sons inférieurs » dans l'onde sonore, il\nfallait créer celle-ci. M. Riemann choisit et y employa un\nmonium. Nous voilà bien loin des « sons simples ». En effet,\nl'harmonium est un instrument où les harmoniques supérieurs,\n\n(1) Suite. Voir les nos 1 et 3du"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.26", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "avec une certaine prédominance des sons impairs, sont très\nnets, même an delà du 7e, tout en diminuant graduellement d'in-\ntensité. De plus, sa construction est particulièrement favorable\nà la production de « sons résultants ». Les deux sons de l'inter-\nvalle sont émis par deux orifices que des anches ouvrent et fer-\nment périodiquement. Ici, dit Helmholtz, « la même masse\nd'air est considérablement ébranlée dans le réservoir commun,\net, par chaque ouverture, il passe un courant aérien déjà mis\nen vibration par l'autre anche ». Aussi, sans être, comme avec\nla sirène, presque aussi forts que les sons de l'intervalle, « sur\nl'harmonium, les sons résultants se manifestent objectivement,\net avec une intensité relativement très notable ».\nM. Riemann n'eut donc pas de peine à accorder sur son ins-\ntrument les intervalles destinés à ses expériences, puisque, dans\nla série ainsi formée, deux sons voisins consécutifs ont toujours\nle même son résultant, et, dans l'espèce, (1). Il obtint ainsi\naisément, « avec une justesse acoustique », les sons Do (2),\nSol (3), Do(4), mi(5), Sol(6), (7), (8), (9),\nmi (10), FA dièse (11), Sol(12), et La bémol (i 3), que l'exemple\nsuivant aidera à mieux reconnaître.\n«. Le premier résultat dont fut frappé » M. Riemann, fut de\nconstater que « des intervalles, formés de sons non consécutifs\ndans la série, faisaient néanmoins entendre nettement aussi le\nDo{ 1), comme son résultant ». On sait que la hauteur du son\nrésultant de premier ordre est déterminée parla différence entre\nles nombres de vibrations respectives des sons de l'intervalle\némis. Cependant, « l'intervalle S (12) produi-\nsait un Do(1) très fort, tandis que le (5), résultant de la\ndifférence des vibrations (12 7= 5), était beaucoup plus\nfaible et difficile à percevoir. Pareillement, (7) —-\nRé(9) donnaient le même Do(1) au lieu de )... »\nMais, avant de terminer l'énumération des étonnements de\nM. Riemann, on est assez surpris soi-même pour être obligé de\ns'arrêter. Il semble que M. Riemann ait entrepris ses expé-\nriences sans bien connaître l'instrument dont il avait décidé\nde faire usage, et quasiment ignoré à quoi il s'exposait en le"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "choisissant. Par l'abondance et la netteté des harmoniques, la\nfacilité avec laquelle se produisent des sons résultants non\nseulement entre les sons primaires et le son résultant de pre-\nmier ordre, mais entre les harmoniques et entre les sons résul-\ntants d'origines diverses, le phénomène sonore est des plus com-\nplexes sur l'harmonium, où, justement, ces combinaisons mul-\ntiples naissent et agissent dans une même masse d'air, dans un\nmilieu vibrant plus ou moins isolé et homogène.\nOn est presque interloqué de trouver le commentateur assidu\nde Helmholtz, que s'atteste M. Riemann, aussi peu familier,\nen apparence, avec les conditions du phénomène des « sons\nrésultants ». Le son, correspondant à la différence entre les\nvibrations des deux sons de l'intervalle, est le premier possible\net a été dénommé, à cause de cela, « son résultant\nordre ». C'est, en effet, le plus fort et, même, le seul ordinai-\nrement discerné par l'oreille, lorsqu'on a affaire aux sons\n« absolument simples », réalisés artificiellement par Helmholtz\nen faisant vibrer un diapason à l'orifice d'un résonateur. Mais,\nmême ici, ce n'est pas le seul existant. En faussant légèrement\nl'intervalle, on obtient une multiplication des sons résultants\npossibles, et la présence de sons résultants d'ordre variable et\ncorrélatif est alors trahie par les battements entre des sons\ndissonants voisins. Ce qui, à la fois, confirme la théorie de\nHaellstroem approuvée par Helmholtz, et ratifie la loi démon-\ntrée par Preyer, et qui peut être formulée ainsi :\nTout intervalle, composé de deux sons dépourvus d}harmo-\nniques, est apte à produire un nombre de sons résultants\ndistincts égal au nombre de vibrations diminué de i, qui repré-\nsente le son le plus aigu de l'intervalle, lorsque celui-ci est\nexprimé par le rapport le plus simple ou irréductible. (Par\nexemple, la tierce majeure f peut donner 5 l=4 sons\nrésultants distincts.)\nL'ensemble de ces sons résultants forme une progression\narithmétique ininterrompue, dont le premier terme est l'unité,\net qui aboutit au nombre de vibrations du son le plus aigu de\nl'intervalle. (Pour la tierce majeure 112, la progression 1, 2,\n3,4,5.)\nSi on considère deux sons accompagnés chacun de leur har-\nmonique 2 (octave) ou, en général, d'un nombre quelconque\nd'harmoniques, le résultat est identique, mais la progression,\npartant de l'unité, aboutit alors au nombre de vibrations du\nson n le plus aigu des harmoniques considérés, (Soit la\ntierce |, son octave (harmonique 2) on ala progression 1, 2,\n3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, constituée par les sons résultants\net l'harmonique le plus élevé.)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.28", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "Naturellement, tous les sons résultants ne sont pas\ntoujours entendus. Nous avons vu que le son résultant de\npremier ordre était le plus fort et le seul habituellement per-\nceptible, avec les sons « absolument simples » de Helmholtz,\net pour un intervalle d'exacte justesse. Opérant, en 1876, sur\nles sons « presque simples » de diapasons fixés sur des caisses\nrésonnantes, le parisien Kœnig entendit des sons résultants\ndont la perception nette s'explique par les renforcements dus à\nla présence de faibles harmoniques. Pour la sixte majeure,\nentre autres (vibrations des sons de l'intervalle : | ; harmoni-\nques 2 ou octaves : il constata les sons résultants 1, 2 et 4,\nproduits d'abord par les seuls sons de l'intervalle (5 3 = 2 ;\n3 2 = 1 ; 5 1=4); puis redoublés par l'action des har-\nmoniques (6 s=l; 10 6 = 4; (10 2) 6 = 2;\n(10 3) 5 = 2 ; 8 (10 3)= 1 ; (10 3) 3 = 4). On\npeut remarquer, ici, qu'en ajoutant les sons de l'intervalle aux\nsons résultants, on obtient une progression arithmétique, com-\nplète de 1 à 5, et dont les termes 2, 3, 4 et 5 représentent les\nvibrations des premiers harmoniques du son résultant 1 et, par\nconséquent, des sons partiels diversement redoublés et consé-\ncutifs devant accuser et renforcer l'intensité de ce son 1 fonda-\nmental, puisque tous les intervalles, formés par deux sons con-\nsécutifs de cette série de sons d'origines diverses, produisent\nchacun et à la fois le dit son 1 fondamental en tant que son\nrésultant.\nEn 1875, les expériences de Kœnig n'étaient pas faites;\nmais M. Riemann eût pu connaître, déjà, celles de Haellstroem\n(1839) sur le violon et leur résultat analogue, la théorie du\nmême, citée par Helmholtz, à propos des sons « absolument\nsimples », enfin les formules de Ohm (1832) et de Scheibler\n(1834) ; observations et calculs dont l'examen critique amena\nPreyer aux déductions et aux lois publiées en 1879. Tout cela\nétait à la disposition de M. Riemann, en 1875 ; mais rien que\nles travaux si souvent invoqués de Helmholtz eussent pu lui\nsuffire pour être médiocrement « frappé » de la présence d'un\nson fondamental 1 parmi les sons résultants d'un intervalle\nformé de sons aussi « complexes » que ceux de l'harmonium.\nIl n'aurait pas eu besoin de recourir aux nombreux harmo-\nniques dont sont accompagnés les sons de cet instrument, et\nl'action du deuxième lui-même (harm. 3) apparaît déjà presque\nsurérogatoire, pour que l'analyse de la combinaison sonore\nainsi formée pût expliquer surabondamment la prépondérance\npossible de ce son 1, résultant et fondamental.\nExaminons le premier intervalle de M. Riemann,\n(7) —Sol(12), en considérant seulement son harmonique 2"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.29", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "ou octave, SI bémol (14) Sol (24), et son harmonique 3 ou\nquinzième, FA (21) —Ré (36), —et en nous souvenant tou-\njours que, ici comme partout ailleurs, les chiffres ne représen-\ntent rien autre chose que le nombre des vibrations de chacun\nde ces sons, pour un temps donné, le même pour tous. Chaque\nfois que nous rencontrerons le son 1, nous lui donnerons son\nnom Do.\ni° Intervalle : Y-\nSons résultants : 12 7=5 ; 7 5=2 ; 5 2 =3;\n3 2=l [Do). 7—3= 4; 5 4=l {Do). 7 I=6;\n6 5 = i (Do). 4 3=i {Do). 12 2=10; 12—3 =9;\n10 —9 = 1 {Do). 12 4=B; 9 B=l {Do). 8 7=l\n{Do)...\nEn continuant, nous obtiendrions 11 fois le son comme\nson résultant possible.\nAvec le premier harmonique, ses sons résultants propres\net ceux trouvés pour l'intervalle, nous aurions :\n20 Harmonique 2 : ff.\nSons résultants : 24 14 = 10 ; 10 9=l\n14 —s= 9; 9—B = 1 (Do). 24 5=19; 24 4=20;\n20 19= 1 {Do). 14 3=ii; 11 10=1 {Do). 12 —ll = 1\n{Do), etc.\nEt avec le second harmonique et les sons primaires ou résul-\ntants précédents :\n3° Harmonique 3 : ff.\nSons résultants : 36 —2l == 15 ; 15 —l4 = 1 (Do). 21\n5=16;16 15 = 1 (Do). 21 3= 18 ; 19— 18= 1 (Do).\n21 20 = 1 (Do), etc.\nEn réalité, l'ensemble de la combinaison sonore donnerait\n35 possibilités, diversement redoublées par les harmoniques,\nd'un Do (1) son résultant, lequel est produit ici, en particulier,\nplusieurs fois rien que par les sons primaires de l'intervalle,\nleurs deux premiers harmoniques et les sons résultants de\npremier ordre, comme il est facile de s'en rendre compte :\nIntervalle : ; son résultant de ier ordre :5.\nHarmonique 2 : fi ; son rés. de ier ordre : 10.\nHarmonique 3 : ff ; son rés. de icr ordre : i 5.\nDou . 15 14 1 (Do) ; (21 —5) —l5 = 1 (Do) ; 10\n(14 —5) = 1 (Do) ; 10 (21 12) = 1 (Do) ; (24 —7)— 16\n= 1 (Do) ; 7 (21 i 5) = 1 (Do).\nOn ne peut pas être étonné, non plus, que M. Riemann ait\nentendu le Do (1) renforcé et prédominant pour l'intervalle SI\nbémol(7) Ré(9). En considérant seulement ces sons pri-\nmaires, leur octave (harm. 2) et les sons résultants de premier\nordre, on obtient :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.30", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "Intervalle : ? ; son rés. de ier ordre :2 ;\nHarmonique 2 : ff ; son rés. de ier ordre :4.\nD'où : 7 4=3; 4—3=l 14\n9= 1 (-Do). 7 2= 5; 5 4=l (-Do). 14\n4= 1 (.Do). 18\n11\ni 5\nEt quand, un peu plus loin, M. Riemann déclare: «... l'in-\ntervalle SI bémol(7) —La bémol (i 3) donna, au lieu du £O/(6),\nle son Do (1 ) avec une telle force qu'il dominait de beaucoup\ntous les autres ; en même temps le son mi (5) avait une très\nforte intensité », on serait plutôt surpris du contraire.\nEn effet, pour l'intervalle -v, on a immédiatement : i 3\n7=6; 7 6=l (Do) ; 6 i=s ; et, en considé-\nrant le seul harmonique 2 des sons primaires, c'est-à-dire ff,\non obtient :14 —l3 = 1 (Do) ;26\n(Do) ;14—6 = 8;8 —7 = 1 (Do) ;12 7= 5 (mi) ;13\nB=s (mi) ;14\nCette observation de M. Riemann atteste précisément l'ac-\ntion réelle des sons résultants d'ordre subalterne, favorisée par\nla nature de l'instrument employé. Le rôle efficace des harmo-\nniques mordants de l'harmonium est, en outre, confirmé par\nl'expérience suivante, où M. Riemann ne fut pas moins « frappé »\nde rencontrer les sons FA dièse (11) et La bémol (i 3) d'une\nremarquable intensité, parmi les sons résultants de l'intervalle\nmi(b) SI bémol(7).\nEn laissant de côté les diverses causes d'un (1) éner-\ngique possible, on a, en effet :\nIntervalle : {.\nSon résultant de ier ordre :7—5 =2.\n» » 2° » : 5\n» » 3e » : 3\nHarmonique 2 : ts.\nSon résuit, de ier ordre : 14— 10 =4.\nHarmonique 3 : fs-\nHarmonique 4 : ff.\nD'où : 15 —2= 13 (La bémol) ; 15 4=ll (FA dièse) ;\n14 —3 =ll (FA dièse) ;14 —l= 13 (La bémol) ;21\n(FA dièse) ; 28 - 15= 13 (La bémol).\nLa présence de ces deux sons apparaît certes assez justifiée\npour n'exiger aucune interprétation supplémentaire. Cependant\nM. Riemann déclare que, « au point de vue qui l'occupe et qu'il\nadmet, ils devraient provenir respectivement, en qualité de\ninférieur commun, des intervalles H et M», dont les sons\nrésultants de premier ordre sont 22 et 26. Les sons FA dièse (11)"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "et La bémol (i 3) entendus seraient ainsi des sons résultants de\n5e ordre des harmoniques 11 et i 3 des deux sons de l'inter-\nvalle |, et M. Riemann est obligé de convenir « que leur\nintensité observée serait alors inexplicable ». Surabondamment\ninutile ou superflue, l'interprétation de M. Riemann est donc,\npar surcroît et de son propre aveu, démentie par sa propre\nexpérience ; tandis que précisément cette « intensité obser-\nvée » s'expliquerait fort bien, au contraire, par le voisinage,\nplacé entre les sons 11 et i 3, du son 12, faussement dénommé\npar Helmholtz « son résultant a», et lequel, produit,\nen réalité, par le son résultant de ier ordre et l'harmonique 2le\nplus aigu (14— 2 = 12), est particulièrement apte à favoriser la\nperception des deux sons à lui contigus, en renforçant ceux-ci.\nOn n'en finirait pas, s'il fallait relever, un à un et par le menu,\ntous les étonnements de M. Riemann et montrer que leur\ncause est toujours d'une élémentaire simplicité. La besogne\nserait fastidieuse et sans fruit* Mais on en sait assez déjà sur\nses expériences, pour pouvoir se demander où M. Riemann\nveut en venir. Il nous avait promis des « sons inférieurs » ; il\nnous offre des « sons résultants». Ce n'est pas tout à fait la\nmême chose.\nDans sa Logique musicale, M. Riemann nous avait parlé de\n« sons inférieurs » produits dans « notre sensation », comme\ninéluctable conséquence de l'audition d'un son simple. Il nous\nprésente maintenant un « son inférieur commun », existant\n« dans l'onde sonore venant frapper l'oreille » en tant que son\nrésultant d'un intervalle de deux sons Ce « son\ninférieur commun », devant faire toujours 1 vibration par\nrapport aux sons de l'intervalle exprimé sous sa forme irré-\nductible, doit donc aussi, le plus souvent, être un « son résul-\ntant » d'ordre subalterne. De la p irrécusable de ce son\nrésultant 1 dans l'onde sonore, M. Riemann conclut à son\naudition constante et infaillible et à son efficacité essentielle\nen qualité de « son inférieur ».\nNous retombons dans les hypothèses et nous nous rappro-\nchons de von Œttingen. Il n'est pas très commode, au surplus,\nde démêler ce que M. Riemann entend par « son inférieur ».\nIci, c'est le plus grave de tous les sons résultants possibles d'un\nintervalle de deux sons complexes qui devient leur « son\ninférieur commun », c'est-à-dire le « » de von\nŒttingen.\nMais M. Riemann continue ses expériences et est de nouveau\n« frappé » par un autre « phénomène, le plus important » de\ntous ceux observés jusque-là.\nEn faussant progressivement la tierce mineure (5)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.32", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2051, "texte": "Sol(6), il entendit, outre le son résultant (i), un autre son\ncorrespondant à un si ou à un Do bémol, bref, « un son double\n(P. 6, § 3.) (Doppellon)formant un intervalle douteux, mais un\nintervalle. »\nIl saute aux yeux que ni l'un ni l'autre des sons, constituant\ncet « intervalle » équivoque de demi-ton diatonique ou chro-\nmatique, ne peut être le plus grav de tous les sons résultants\npossibles de l'intervalle primaire faussé car le son le plus\nproche du son i est le son 2, et le seul « intervalle » praticable\nentre eux est l'octave (*).\nLa réalité de cet « important phénomène », néanmoins, n'est\npas invraisemblable et pourrait assez bien s'expliquer par les\nsons résultants de l'intervalle faussé.\nPrenons, comme tierce mineure (f), un si de 480 vibrations\net un Ré de 576 vibrations, dont le son résultant le plus\ngrave (1) serait un Sol de 96 vibrations. Si nous diminuons le\nRé de 1 vibration, nous aurons l'intervalle faussé (480)\nRé (575), dont le son résultant de premier ordre est un Sol (trop\nbas) de 95 vibrations.\nNégligeant provisoirement les harmoniques, nous obtenons\nles sons résultants d'ordre subalterne :\n480\n575\n480\n385\n290\n195\n190\nCes deux Soldifférents (195 et 190) sont trop rapprochés\npour un intervalle de seconde chromatique ; et d'ailleurs, ils ne\ncorrespondraient pas, ici, pour la hauteur absolue, au « son\ndouble » si (ou Do bémol) et Do, entendus par M. Riemann\navec la tierce mi Sol.Quant aux sons 95 et 100, acceptables\npour la hauteur absolue, ils correspondraient, dans l'expé-\nrience de M. Riemann, à un « double son » ou intervalle Do\ntrop bas et Do dièse.\nMais, parmi les sons résultants possibles, nous avons aussi\nle son fa dièse (90), et, en outre, examinant de plus près la\ncombinaison sonore, on remarque que les harmoniques de l'in-\ntervalle faussé donneront respectivement, pour son résultant\nde premier ordre, les harmoniques consécutifs du son résultant\nde l'intervalle, c'est-à-dire la série des sons :\n95\nD'autre part, les sons de l'intervalle faussé, et ses sons résul-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "tants d'ordre subalterne que nous avons trouvés, nous four-\nnissent la série des sons :\nioo\nEn comparant les deux séries, on constate entre les termes\ncorrespondants une différence constante de 5 vibrations, pro-\nduisant chaque fois 5 battements. L'action effective de ces 5 bat-\ntements accumulés apparaîtrait amplement justifiée et capable,\nconformément aux expériences de Helmholtz, de rendre per-\nceptible, en le renforçant fortement, un des sons résultants\npossibles de l'intervalle, faisant une différence de 5 vibrations\navec le son résultant de premier ordre, soit : 95 - 5\nc'est-à-dire la fa dièse(9o) que nous avons reconnu tout à\nl'heure.\nOn obtiendrait ainsi pour l'intervalle faux (480)\nles sons fa dièse(9o) et Sol(95) trop bas, dont la hauteur, sinon\nl'exacte justesse, correspondrait bien aux sons entendus par\nM. Riemann pour la tierce mi(5) (6) faussée.\nM. Riemann ayant apprécié ces sons d'après l'oreille et hési-\ntant lui-même entre un si ou un Do bémol, le « très important\nphénomène » serait ainsi suffisamment expliqué. Mais une re-\nmarque non moins « importante », c'est que le (90)\net le Sol (g 5) obtenus ne se rencontrent ni Vun ni Vautre dans la\nsérie indéfinie des « sons inférieurs » respectifs des sons de\nl'intervalle si (480) et Ré(575).\nSi, au lieu de baisser le son aigu, on élevait le son grave de\nl'intervalle, on aurait pareillement, par exemple pour la tierce\nfausse si (481) Ré les sons Sol (95) trop bas et fa dièse\n(89) aussi trop bas, lesquels, pas plus que les précédents,\nn'existent ni Vun ni Vautre,parmi les « sons inférieurs » des\nsons de l'intervalle émis.\nCependant, quoique la production et la perception de deux\nsons de cette hauteur soit au moins vraisemblable, nous devons\nrenoncer à expliquer ainsi le résultat de l'expérience de\nM. Riemann. En effet, nous avons diminué le son aigu de l'in-\ntervalle de 1 vibration pour 576, ou élevé le son grave de 1 vibra-\ntion pour 480. La différence est excessivement minime. Or,\nM. Riemann déclare que, « quand l'intervalle est faussé d'une\ndifférence très petite, le son résultant se résout souvent en batte-\nments réguliers faciles à compter », et c'est seulement « quand\nl'altération est plus grande, sans toutefois l'être assez pour\nrapprocher l'intervalle faussé d'un intervalle différent de l'in-\ntervalle originel », que le susdit « son double » est perceptible.\nSi nous altérons la tierce observée (fil) de deux vibrations,\nnous obtiendrons de la même manière, pour l'intervalle faux\nsi (480) Ré (574), les deux sons FA (84) et Sol (94) trop bas,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.34", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "qui ne correspondent plus à l'intervalle de seconde mineure\nformé par le « son double » entendu de M. Riemann.\nSi l'altération est de 3 vibrations, nous obtiendrons, pour\nl'intervalle faux si(480) Ré(sy3), les deux sons\n(78) et Sol bémol(g3) trop hauts, qui forment entre eux une\ntierce mineure fausse et ne correspondent plus au « son\ndouble » observé.\nA mesure que nous augmenterons l'altération, la distance\naugmentera entre les deux sons obtenus ainsi, lesquels pour-\ntant sont : le son résultant de premier ordre de l'intervalle et\nle son résultant subalterne d'in qui, seuls,\ncorrespondent quelquefois à la hauteur, indiquée par M. Rie-\nmann, pour le « double son » grave par lui perçu.\nMais, si nous examinons, par exemple, l'intervalle faussé de\n3 vibrations : si (480) —■ Ré (573), nous obtenons, avant tous\nles autres, les sons résultants :\n573 4BO =93 ou Sol bémol trop haut.\n480 <:)3 = 387 ou Sol naturel trop haut.\n573 387 lB6, octave du S déjà trouvé.\nCes deux sons : Sol bémol et Sol trop haut, correspondent à\ntrès peu près,pour l'intonation, au « son double » de M. Riemann,\nmais pas pour la hauteur absolue. Même en admettant que les\ndeux Sol bémol se confondent à la hauteur déterminée par 186\nvibrations, (ce qui est déjà arbitraire et plutôt opposé à la\nréalité), entre ce Sol bémol(186) et le 50/(387), il n'y a pas\nun « intervalle » de seconde mineure, mais bien\naugmentée. L'expérience journalière, autant que les erreurs\nde Tartini sur ce point, démontre que l'appréciation de la\nteur absolue des sons résultants est extrêmement incertaine,\nquand on ne s'aide pas de résonateurs dont le son propre est\npréalablement déterminé et connu. M. Riemann ayant jugé\nd'après l'oreille, on ne peut guère s'étonner qu'il ait pu se\ntromper à cet égard, comme tout le monde à sa place, et son\ninsistance à reconnaître, dans son « double son », un\npermet à peine d'en douter.\nEnfin, pas plus que ceux obtenus précédemment d'autre ma-\nnière, ces deux sons n'existent, parmi la série\ndes « sons inférieurs » de chacun des sons de l'intervalle émis.\nCette « importante » observation d'un particulièrement im-\nportant phénomène semble ainsi réalisée avec uneméthode si su-\nperficielle et négligente, que les expériences de M. Riemann\nnous feraient presque regretter ses syllogismes. Du moins, est-il\nassez malaisé d'y découvrir un rapport éventuel avec le « son\ninférieur commun » défini plus haut par l'observateur. Aussi,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.35", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "lorsqu'on arrive aux conclusions qu'en déduit celui-ci, c'est tout\njuste si on en croit ses yeux.\n« Ce phénomène (le double son-intervalle) ne peut s'expli-\nquer que par ce fait, déclare M. Riemann, qu un «\nrieur » de l'un des sons de 1 intervalle émis se tiouve ties\nvoisin d'un « son inférieur »de l'autre son de l'intervalle émis,\nmais cependant pas assez près de ce second « son inférieur »\npour apparaître en tant que tel. Peut-êtie cela se passe-t-il à\npeu près de telle sorte, que deux fibres voisines de la membrane\nbasilaire sont excitées par les et qu on\néprouve l'impression d'une espèce de son double. » (P. 6.)\nIci, comprenne qui pourra ! Nous avons rencontré déjà\ndeux définitions du « son inférieur ». Dans la Logique musi-\ncale, il résultait de la vibration « par influence » d'une fibre de\nla membrane basilaire, sous l'action d'un son émis, simple ou\ncomplexe. C'était un phénomène subjectif, provoqué dans la\n« représentation » par la sensation inconsciente. Ce n est donc\nplus de lui qu'il s'agit, puisque M. Riemann cherche à prouver\nmaintenant « l'existence objective des sons inférieurs dans\nl'onde sonore venant frapper l'oreille ». Enfin M. Riemann\nnous a présenté tout à l'heure un autre « son inférieur »,\naux deux sons d'un intervalle, produit dans la\nsensation par un son résultant d'ordre souvent subalterne,\nlequel, en tout cas, est nécessairement de tous\nles sons résultants possibles de l'intervalle émis.\nM. Riemann nous parle à présent « d'un son inférieur\nVun des sons de l'intervalle » assez voisin « d'un son inférieur\nde l'autre son de l'intervalle » pour former avec lui un « double\nson » de seconde mineure diatonique ou chromatique. D'où\npeuvent respectivement provenir ces deux « sons inférieurs »\ndistincts et décidément autonomes ? Ils ne peuvent avoir une\n« existence objective » autre part que dans la série complète des\nsons résultants possibles de l'intervalle.\nNous savons que le nombre de ces possibilités est limité, et\ndéterminé par l'expression irréductib du rapport de vibrations.\nDénuée d'harmoniques, une tierce mineure f donnera 5 sons\nrésultants distincts, les sons i, 2, 3, 4et 5. Une tierce mineure,\ncomposée de deux sons faisant 5o et 60 vibrations, donnera\négalement 5 sons résultants distincts et pas un de plus, et ils\nferont alors 10, 20, 30, 40 et 5o vibrations respectives dans le\nmême temps. Accompagné d'harmoniques, le même intervalle\nne donnera, grâce à ceux-ci, en fait de sons résultants\nque des sons plus élevés et multiples d'un ou de plusieurs des\npremiers.\nNous savons aussi que les « sons inférieurs » font 2, 3, 4)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.36", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "etc. fois moins de vibrations que le son aigu fondamental, c'est-\nà-dire en nombre correspondant à la série arithmétique des\nsous-multiples du nombre de vibrations dudit son fondamental\nplus aigu.\nOr, pour que l'expression d'un rapport de vibrations soit\nirréductible, il faut que les termes en soient premiers entre eux.\nSi les deux termes sont des nombres premiers, comme | (quinte\ndiminuée) par exemple, l'unique « son inférieur » de l'un ou\nl'autre son de l'intervalle, qui puisse exister dans la série com-\nplète des sons résultants, est le son i, c'est-à-dire un « son\ninférieur » faisant \\ et £ du nombre de vibrations respectives\ndes sons de l'intervalle, et, dans ce cas, l'impossibilité d'un\n« son double » quelconque, entre « sons inférieurs », est pé-\nremptoire.\nSi l'un des deux termes seulement du rapport exprimé est\nun nombre premier (par exemple, tierce mineure), pour le\nson de l'intervalle représenté par ce nombre premier, l'unique\n« son inférieur » trouvable dans la série des sons résultants\npossibles sera le son i, et le « son inférieur » éventuel le plus\nvoisin se trouvera à une distance d'octave, car il ne pourrait\nêtre que le son 2.\nEnfin si, tout en restant premiers entre eux, ce qui est obli-\ngatoire, les deux termes du rapport irréductible ne sont pas\ndes nombres premiers, on pourra rencontrer, dans la série des\nrésultants possibles, deux sons correspondant à des « sons\ninférieurs » de chacun des sons de l'intervalle et assez voisins\nl'un de l'autre. Pour la tierce mineure pythagoricienne par\nexemple, La (27) Do (32), on trouvera, parmi les sons\nrésultants subalternes de 7e et 8e ordre, les sons (8), « son\ninférieur 1 » de D0(32), et (9), « son inférieur | » de\nLa(27). Mais ces deux sons forment un intervalle de seconde\nmajeure, et, ni pour le rapport du « son double », ni pour\nl'intonation, ni pour la hauteur absolue, ils ne correspondent\naux sons indiqués par M. Riemann.\nM. Riemann déclare avoir entendu, pour la tierce mineure\nmi(5) Sol(6) faussée, le son (1) et un son incertain\nbémol ou si.Selon qu'on altère l'intervalle en abaissant le son\naigu ou en élevant le son grave, le Do (1) faisant toujours\nou 5 fois moins de vibrations que le son le plus grave de\nl'intervalle, ou 6 fois moins que le son aigu, on ne pourra\nobtenir un « son double » analogue que, seulement et exclusi-\nvement quand, les deux termes du rapport irréductible demeu-\nrant premiers entre eux, le terme qui exprime le nombre de\nvibrations du son le plus grave de l'intervalle sera en même\ntemps un multiple de 5, ou le terme exprimant le son aigu,\n\n15"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.37", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2717, "texte": "un multiple de 6. A cette seule condition, un des facteurs du\n« double son » correspondra à la hauteur absolue du Do (i)\npar rapport à l'un ou l'autre son de l'intervalle. Il faudra, en\noutre, que les deux « sons inférieurs », pouvant exister parmi\nla série des sons résultants possibles, soient assez voisins pour\nformer un « son double » ou intervalle de seconde mineure,\nreprésenté par un rapport de vibrations pouvant varier entre\nfi et ff environ. Tout cela n'arrivera naturellement pas sou-\nvent ensemble, si l'on songe que la marge d'altération est fort\nlimitée, l'intervalle faussé devant être plus petit qu'une tierce\nmineure et plus grand qu'une seconde majeure.\nJ'ai fini par découvrir un intervalle remplissant toutes ces\nconditions. Il y en a peut-être d'autres, mais pas beaucoup. La\ntierce diminuée si dièse (12b) Ré (144) contient, parmi ses\nsons résultants possibles, les sons (25), « son infé-\nrieur j » de si dièse (i 25), et Sol (24), « son inférieur g-» de\nRé (144). Pour la hauteur absolue ou relative, ces sons corres-\npondent parfaitement au « double son » de M. Riemann. Ala\nvérité, ils n'apparaissent guère qu'en qualité de sons résultants\nde 10e ou 12e ordre au moins, ce qui, à priori, autorise mal à\nleur accorder une intensité comparable à celle observée par\nM. Riemann. Il est de plus en plus probable que M. Riemann,\njugeant d'après l'oreille, s'est trompé d'une octave, ainsi que\nnous l'avons supposé plus haut.\nAdmettons, néanmoins, cette intensité suffisante. Il s'ensui-\nvrait simplement que, parmi la masse des sons résultants d'un\nintervalle faussé, on en peut accidentellement rencontrer deux,\ncorrespondant respectivement à quelqu'un des sons dits « infé-\nrieurs », et il n'y aurait alors rien d'invraisemblable, en somme,\nà ce que « deux fibres voisines de la membrane basilaire\npussent être excitées par ces deux sons » voisins, mais distincts.\nMais qu'a voulu exprimer M. Riemann, en disant que « l'un\nde ces deux sons inférieurs, voisin de l'autre, n'en était cepen-\ndant pas assez rapproché pour apparaître en tant que tel » ?\nS'il devait « apparaître » ainsi, il serait le « son inférieur\ncommun », le plus grave de tous les sons résultants possibles,\net, pour un intervalle exprimé par son rapport irréductible, ce\nserait le son 1 ; à savoir, pour l'intervalle que nous venons\nd'examiner, si dièse (i 25) Ré (144), un Do (1), et, pour\nl'intervalle de M. Riemann identiquement altéré,\nun Fa bémol.\nL'un ou l'autre facteur du « double son » n'en est guère\nrapproché, car ce « son inférieur commun » serait respective-\nment leur « son inférieur » -aV et ,le « son inférieur » j-fs et\njh des sons de l'intervalle, et il resterait imperceptible autre-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.38", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "ment que sous la forme de i battement par seconde, pour des\nsons de cette hauteur absolue.\nIl semble donc bien difficile de saisir la pensée de M. Rie-\nmann en cet endroit, et de comprendre quel bénéfice en peut\nretirer sa théorie des « sons inférieurs ». On ne sait même\nplus au juste ce qu'il entend par « son inférieur » et comment\nil en veut déterminer la présence objective dans l'onde sonore.\nC'est d'abord le « son inférieur commun » de deux sons, le plus\ngrave de tous les sons résultants possibles d'un intervalle, pro-\nduit par un son résultant de premier ordre ou d'ordre subal-\nterne ; ensuite, c'est le « son inférieur » son de l'inter-\nvalle, rencontré au hasard des sons résultants d'ordre éloigné,\net non plus le plus grave de la série possible. Le tout estimé\nd'après l'oreille, expérimenté au jugé sur un instrument\nexceptionnellement riche en harmoniques et en sons résultants,\net dont l'emploi eût exigé le plus soigneux contrôle et une cri-\ntique attentive.\nJusqu'à présent, en fait de « sons inférieurs », M. Riemann\nnous a montré des sons résultants d'origine et d'ordre divers.\nDans l'ensemble du phénomène sonore, il les a choisis à son\ngré, tantôt ici, tantôt là, et, malgré cette commodité, il ne\nnous en a jamais fourni qu'un à la fois pour chaque son ou,\nmême, intervalle émis, lesquels se trouvaient naturellement\nparmi les harmoniques supérieurs de ce son résultant qualifié\n« inférieur ». A. von Œttingen en avait déjà fait tout autant\nsans harmonium. Nous ne sommes pas plus avancés. Que les\nsons d'un intervalle quelconque correspondent respectivement\nà tel ou tel harmonique supérieur d'un et parfois de plusieurs\ndes sons résultants de cet intervalle, personne n'en put jamais\ndouter et ne songe à le contester. On attendait de M. Riemann\nqu'il démontrât « l'existence objective » de la série des « sons\ninférieurs » d'un seul et même son, de cette série complète,\nou plutôt indéfinie, que la Logique musicale nous assurait\naccompagner tout son simple ou complexe, et « exister réelle-\nment dans notre représentation », suscitée par « notre sensa-\ntion inconsciente ».\nOn l'attend toujours.\n(A suiv\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.11", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nBASLIANA\n\nDans une publication dont la musique est le prétexte, et qui n'a pour\nmotif réel qu'un arrivisme le plus candidement cousu de fil blanc, un en-\ntrefilet honteux, dissimulé parmi les « informations »de la dernière page\ntenta de diffamer le Mercure musical,en des termes de cuistre pédant et\ncousin de Basile. J'ignore sur quelle pelle, avec quelle cendre et quel\nbalai seront relevées ces déjections d'une rate enfiellée, quand on aura\namassé le courage inaccoutumé, nécessaire à les déposer sans tartuferie\nambiguë. Sera-ce correction ou correctionnelle ? N'importe ;et je n'ai\npas non plus l'intention de faire de la réclame gratuite àun canard qui en\nserait trop content. Mais j'oserai garantir à son directeur responsable que\nnulle jalousie ne nous saurait paraître plus flatteuse que celle exhalée du\nflux verdâtre de sa bile. Ce personnage officieux ou quasi, apparenté en\nantichambre auguste, appartient à une dynastie naissante à propos de\nlaquelle un compositeur éminent, qui professe au Conservatoire ou ailleurs,\nopinait : « Ils sont deux : l'Abel et la bête. »Ce verdict rigoureux, à vrai\ndire, ne se justifierait pleinement que par rapport àce qu'on est convenu\nd'appeler la culture ou bien l'intelligence, au sens propre du terme, et,\ntout particulièrement, au point de vue musical, car, en dépit de la\nplus crasse ignorance en la matière, son objet réussit avec astuce àse faire\noctroyer la charge d'enseigner les annales de l'art sonore aux studieuses\ngénérations, dans un établissement illustre et national. Les frais inhé-\nrents à la création d'un tel poste, une trentaine de mille francs, dit-on,\nfurent gracieusement souscrits par un honorable industriel, sans doute\nabonné du journal et de qui, malgré le piteux dénouement, ce beau geste\nsouligne des préoccupations élevées et assurément méritoires entre toutes.\nIls ne sont pas légion, ailleurs qu'en Amérique, ceux capables d'une aussi\ndésintéressée munificence. Depuis, ledit canard est surtout consacré à\n1 édition dun cours inénarrable, au moyen de quoi son auteur aspire\nhypocritement à une immortalité spéciale, servile autant qu'infatigable à\nflagorner quiconque est influent ou relationne tant soit peu : Ictbor itnppo-\nbulus omnia vincit. Cette exploitation de la presse, au profit d'une ambi-\ntion gonflée de vent, ne regarderait personne, en somme, hormis les deux\nou trois cents abonnés réunis en cinq ans d'existence, raccolés chez les\nsous-préfets et dans le monde des fonctionnaires, si, outre le maigre\ntribut levé sur leur file soumise, ce pseudo-musico-torche-cul n'émargeait\npour 500 livres annuelles au budget alimenté par de trop résignés contri-\nbuables. On ale bras long ou on ne l'a pas. Or, on l'eut assez, par surcroît,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4052, "texte": "pour qu'un tripot célèbre estimât utile ou malin d'arroser une aussi clair-\nsemée plate-bande d'abonnements de la pluie périodique et jaune de\nmonacos tombés d'un ciel d'azur. On l'eut assez pour imposer son ignare\nsottise à un collège de savants contraints à cette humiliation d'avaler la\ncouleuvre rampante et, certes, plate à souhait, devant tous les puissants,\npour pouvoir aujourd'hui prétendre à singer la vipère. On l'eut même\nassez, en un jour de lubie distraite ou de bénévolent caprice, pour procurer\nun tout petit emploi dans l'une ou l'autre des administrations de notre\ndoux pays, à quelque artiste ingratement pourvu de la fortune ; mais on\nl'a encore et toujours suffisamment long pour démasquer la velléité d'in-\nterdire, à l'humble budgétivore obligé, de collaborer au Mercure musical\nsous menace de révocation immédiate et ruineuse. Toutefois, on procède\nindirectement: on est capon ou on ne l'est pas. On pourrait l'être moins,\nau surplus, car, grâce à l'ironie du sort, on se trouve en la situation de\nsupérieur hiérarchique vis-à-vis de l'intimidé par ricochets ; avantage, àla\nvérité, exposant son possesseur àla revanche et au contrôle de juge-\nments portés, comme ici, à l'occasion de ses fonctions. Ce salisseur de\npapier, en effet, débuta dans quelqu'un des cabinets de ministres récents.\nC'est là qu'il prit conscience enfin de soi et de sa vocation. Il y resta\njuste le temps de faire rougir sa boutonnière d'un ruban pour la destina-\ntion duquel lui-même avait promis et feint d'employer l'efficacité trop\ndémontrée de son influence en faveur d'un érudit modeste et admiré\nde tous. Il en sortit bientôt, aux prévoyantes fins d'assurer un traite-\nment de plusieurs billets de mille à l'abri des hasards fâcheux de la poli-\ntique, bombardé soudain « Inspecteur » dans un de nos Corps de l'Etat\noù son incapacité prétentieuse et gaffeuse s'était vue chahutée, naguère,\nà l'opiniâtre unanimité d'adolescents perspicaces. C'est alors qu'on voulut...\nsouffler plus haut que vous savez et qu'on perdit la boule au point de rêver\nl'lnstitut à quoi devaient conduire le canard et la chaire toute neuve instituée.\nOn eut quelques angoisses à l'endroit de celle-ci, car il ne manquait pas de\nconcurrents mieux désignés de par la compétence, —ce qui n'était point\ndifficile. L'un des plus dangereux qu'il fallut écarter comptait heureusement\nparmi les fonctionnaires subordonnés, et chacun sait de quel poids peut\npeser, en l'espèce, l'équivoque obstinée d'en-tête protocolaires sur l'angle\nd'un papier à lettres administratif et noirci d'épîtres comminatoires. Dame !\non est Inspecteur ou on ne l'est pas. C'est cet individu qui ose prononcer le\nmot « disqualifier »et qui ale toupet cynique d'en user à l'égard d'un organe\nindépendant. Celui-ci, je l'en avertis par dédain charitable, est hors de la\nportée de son bras, quelle qu'en soit la longueur'; même, il se paladilhe\nabsolument de bras bien plus longs que le sien. Nous n'avons pas besoin\nde subvention officielle ou principiculesque, ni envie d'être décorés ; nous\nne quémandons nul clandestin bénéfice, pas plus que nous ne visons quel-\nques place, émoluments ou titre en quelque Sorbonne ou ailleurs, car nous\nentendons rester libres, et le prouver en imprimant ce que chacun mur-\nmure, voire alors qu'il s'agit de membres de l'lnstitut. Nous ne nous in-\nclinons que devant le talent, fût-il dénué d'écus ou de diplômes. Nos\npages sont ouvertes à toutes convictions, aux doctrines même opposées,\nmais n'accueilleront rien que des avis sincères, et les faibles nous verront\ntoujours à côté d'eux contre l'injuste tyrannie des forts. L'arriviste en\nquestion doit sentir, ahuri, combien nos routes sont différentes. Il ne\ntenait qu'à lui de ne jamais nous rencontrer :il y a des inanités qu'on\nméprise et des attouchements qu'on évite. J'ajouterai, pour lui et ses con-\nsorts, que le Mercure musical, en ma personne, repousse leurs insinua-\ntions d'un pied qui est àla disposition d'autre chose. Les chiens aboient,\nla caravane passe.\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.41", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3769, "texte": "ÉCHOS\nLe Dictionnaire du Conservatoire. Il ne s'agit pas du volumineux ré-\npertoire de M. Constant Pierre, où l'on peut vérifier que M. Tartempion\neut jadis une 2® médaille de solfège et possède, pour tout bagage, le titre\nd'un opéra. C'est un dictionnaire d'histoire, quelque chose comme le Fétis\nmoderne revu, diminué, considérablement aggravé et revêtu d'une autorité\nofficielle, par une sélection de professeurs et d'élèves de la seule maison où\nl'on sache l'histoire de la musique. Ce grand dessein, éclos dans le cerveau\npuissant d'un des plus savants hommes dont s'enorgueillisse notre Conser-\nvatoire, s'avéra bientôt irréalisable. «Ce n'est pas, disait cet organisateur\ninfatigable du travail d'autrui, ce n'est pas qu'ils ignorent leur métier. Non,\nils savent la musique [mieux que personne au monde. Mais l'histoire ne les\nintéresse pas du tout ! Ainsi Taffanel, oui, lui-même, ne se doute pas que\nla flûte, il y a cinquante ans, se construisait autrement qu'aujourd'hui. » Il\nfallut donc faire appel, ô honte, à quelques compétences non diplômées\npar la maison, et par suite bien suspectes : MM. A. Gastoué, A. Pirro,\nR. Rolland ; d'où sortent tous ces gens-là, je vous prie, et ne vont-ils pas\ncompromettre une oeuvre qui s'annonçait sérieuse ? Et puis le titre, par leur\nintrusion, va se trouver hors d'emploi, et c'est grand dommage. Mais on\nn'abandonne pas une aussi généreuse entreprise; on consent quelques sacri-\nfices, et l'on poursuit, de plus belle, sa chimère. M. Bourgault-Ducoudray\nse défie, et se défile? Qu'à cela ne tienne! Nous assignerons Mendelssohn à\nM. Rabaud, et le xvie siècle àM. Hillemacher (lequel des deux ?ou tous les\ndeux ? peu importe : leur compétence est égale, car tous deux sont prix\nde Rome), « J'ai beaucoup étudié le xvie siècle,depuis 3 ans », disait récem-\nment, àun de nos amis, l'un ou l'autre de ces frères qui se mettent à deux\npour avoir du talent. Mais, vraiment, comme on a montré un sot en-\ngouement pour ces gens-là ! Tenez, j'ai là les publications d'un certain\nExpert, on me les a prêtées ; je n'ai pas tout lu d'ailleurs. Mais l'étrange\nmanie de cet homme, de s'intéresser à des œuvres sans harmonie! Sans\nharmonie ? Oui, vous ne les connaissez pas, jelevois, et vous avez bien\nraison. Mais ce n'est que du contrepoint, ce n'est pas de la musique. Ce-\npendant l'orchestre moderne, celui de Wagner en particulier, n'est-il pas\nfondé sur le contrepoint? Ah !ce n'est pas la même chose, c'est un autre\ncontrepoint. Comme on est heureux, au sortir de là, de trouver un de ces\naccompagnements de guitare en arpèges bien consonants, vous savez, ces\nchansons du xvne siècle ? Pardon, je croyais que ces accompagnements\nétaient écrits pour luth, et en accords plaqués. Luth ou guitare, même\ninstrument. Arpèges ou accords, même procédé. Oh non! ce xvie siècle! Je\nvais surtout étudier et critiquer comme ils le méritent les deux auteurs les\nplus caractéristiques de cette époque : Dufay et Hassler. Ah ! Pour\nmontrer, avec le premier, les origines, au xve siècle, et avec l'autre, la déca-\ndence, au début du xvue ? Mais non, mais non, ils sont du xvie tous les\ndeux, ou du moins ils ont ce style. J'ai lu leurs œuvres, Monsieur, ils écri-\nvent tous les deux à quatre parties. >»\nLe dictionnaire promet, on le voit, d'être digne de celui qui le conçut,\net du Conservatoire qui aura été son berceau. Fétis sera un modèle de sé-\nrieux, de méthode et de perspicacité auprès de ce qu'annoncent ces prémi-\nces. Et l'on saura enfin de quoi est capable un musicien lauréat, lorsqu'il\ndaigne, entre deux drames, mettre la main à l'histoire de son art.\nL'Officieux d'Académie, que l'on appelle aussi le Moniteur du Cuistre, a\nvoulu donnerune petite leçon à M.Gabriel Fauré, ainsi qu'à tous ceux qui"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3748, "texte": "ont manifesté quelque joie à voir ce grand artiste appelé à diriger le Con-\nservatoire. « Une remise au point s'impose », déclare, en son jargon d'ln-\nspecteur subalterne barbouillé de politique, cet inestimable confrère. Et\nil poursuit, aussi grave que s'il rédigeait un rapport à quelque Incompé-\ntence officielle : « M, Fauré est un artiste de grand talent, de souffle un peu\ncourt dans la composition, mais auteur de quelques oeuvres charmantes\ncontenant la promesse et Vébauche d'une sérieuse personnalité. De lui nous\navons de jolies esquisses \\ nous attendons une oeuvre. y> S'il veut avoir une men-\ntion plus élogieuse, et arriver plus tard à l'lnstitut, l'élève Fauré devra\ndonc se mettre sérieusement au travail. Que nous importent, en effet, un\nou deux quatuors à cordes, une sonate pour piano et violon, un Requiem,\nune Bonne Chanson ? Que nous importe ce style exquis, cette sensibilité\nraffinée, cette inspiration si pure et si élevée ? Ce qu'il nous faut, c'est une\nœuvre qui pèse bien lourd aux balances de l'ennui, c'est une bonne\ntranche de pédantisme, c'est une forte couche d'imbécillité : c'est la Xavière\nde Th. Dubois, ou la Jeanne d'Arc de l'incroyable Lenepveu, tous\ndeux membres de l'lnstitut.\nNous apprenons par la suite que le directeur du Conservatoire ne pourra\nrien sur les professeurs, faute d'autorité : ils ne veulent rien savoir, et\n«le ministre lui-même, s'il s'en mêlait, serait mal accueilli ». Ce lui-même\nest épique; il vaut un discours d'inauguration, etjenele donnerais pas pour\nune sous-préfecture. Comment, en effet, un musicien écouterait-il les con-\nseils de M. Gabriel Fauré, quand M. Bienvenu-Martin en personne ne\nsaurait seulement lui faire changer une réponse de fugue ?\nC'est, on s'en doute assez, une lecture insipide que celle de Y Officieux\nd'Académie. Nous allons cependant nous l'infliger régulièrement. Il y a\nà glaner, dans ses feuilles et entre ses coquilles, assez de perles pour en faire\nun diadème à la Vanité, et un collier à la Sottise.\nA Tokio. Il existe, paraît-il, en cette ville, un conservatoire de musi-\nque, dans lequel l'enseignement est donné par des professeurs allemands. A\nlun des derniers exercices d'élèves, on a exécuté des œuvres de Pales-\ntrina et des fragments de YArlésienne de Bizet. Alors, qui jouera donc la\nmusique de scène, si délicatement émouvante, de Kesa ? Le Japonais en\njaquette et en chapeau melon est un être terrible, et il faut que nous nous\nhâtions de recueillir et d'hospitaliser sa musique nationale avant qu'il en\nait perdu le souvenir.\nAuditions d'élèves. C'est devant une salle comble qu'a eu lieu ven-\ndredi, à l'Ambigu, l'audition annuelle des élèves du cours d'opéra et d'o-\npéra comique si remarquablement dirigé par Mme Pierron-Danbé, de l'O-\npéra-comique, et M. Emile Bourgeois.\nIl faut citer d'abord Mile Curlier, qui a joué la Cavalleria avec\nM. Morati d'une façon absolument remarquable et y a montré un réel tem-\npérament dramatique. Mlle Alice Boisdon, dans Philémon9 et Baucis, s'est\nrévélée chanteuse impeccable, toute prête à aborder une de nos grandes\nscènes lyriques. MUe Lœwy, dont la voix délicieuse a ravi l'auditoire dans la\nVie de Bohême, a été bissée d'acclamation ainsi que M. de Poumayrac,\nqui a été exquis dans le rôle de Rodolphe. Ml1© Athis et M. d'Aubigné,\ndont la belle voix a fait merveille dans la romance de Carmen, Cahen,\nune dugazon pleine d'entrain, qui a détaillé très spirituellement le duo du\nMaître de chapelle avec M, Imbert, Mue Frélini, très pathétique dans la\nscène de l'église de Faust, Mme Louis Masson, une poétique Mignon, Miss\nHoltina, ravissante dans le ie* acte de Manon avec M. de Poumayrac,\nMlle Costa, une belle Dalila, Mlles Ducasse, Cottard, Biederman, Veillet,"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.43", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "Gautier, Rogers, Darthelly, Louverey, et MM. Broche et Loyer ont eu\nleur part de succès.\nMM. Morati, de Poumayrac, d'Aubigné, John Imbert et Aumônier prê-\ntaient leur obligeant concours à cette séance si artistique et si pleine d'inté-\nrêt ; ils ont été acclamés ainsi que les deux éminents professeurs, dont la\ngrande expérience fait de ce cours le premier cours de mise en scène de\nParis.\n■— M. Alexandre Guilmant, dont les auditions d'orgue sont toujours très\nsuivies, a donné une séance très intéressante jeudi dernier, chez lui, à\nMeudon, pour faire entendre les élèves de sa classe du Conservatoire.\nMM. Emile Bourdon, Auguste Barié, Auguste Bernard, Joseph Bonnet,\nAchille Philip, Alex. Cellier, Ed. Mignan, Paul Fauchet et Joseph Boul-\nnois, avec le concours de Mme Marthe Philip, pour le chant, ont été très\nappréciés et font honneur à l'enseignement de Téminent professeur.\nUne lettre de M. Houdard sera publiée dans notre prochain numéro. Nos\nlecteurs, ni lui-même, ne perdront rien pour attendre.\nPrix de Rome. Le concours s'est terminé parles attributions suivantes :\nPremier grand prix : M. Victor Gallois.\nSecond premier grand prix : M. Marcel Rousseau.\nPremier second grand prix: M. Philippe Gaubert.\nDeuxième second grand prix : M. Louis Dumas.\nComme on le voit, deux prix de Rome étant disponibles, il importait\nessentiellement d'écarter M. R. Ravel.\nMunich. Les représentations wagnériennes au Théâtre du Prince\nRégent auront lieu du 7 août au 9 septembre, sous la direction de\nMM. Mottl, Nikisch et Fischer, et comprendront la Tétralogie, le Vais-\nseau Fantôme, Tristan et Yseult et les Maîtres Chanteurs. Location à\nParis chez MM. Durand et fils.\n\nPUBLICATIONS NOUVELLES\nJ.-Ph. Rameau. Dardanus, tragédie lyrique en 5 actes et un prolo-\ngue. Paroles de Le Clerc de la Bruère. Partition pour chant et piano,, trans-\ncrite par Vincent d'lndy. Paris, Durand et fils.\nRicciotto Canudo. Le livre de la Genèse. La ix® Symphonie de Beetho-\nven. Paris, éditions de la Plume."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.11.2", "titre_corps": "BASLIANA", "titre_sommaire": "BASLIANA", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "BASLIANA\n\nDans une publication dont la musique est le prétexte, et qui n'a pour\nmotif réel qu'un arrivisme le plus candidement cousu de fil blanc, un en-\ntrefilet honteux, dissimulé parmi les « informations »de la dernière page\ntenta de diffamer le Mercure musical,en des termes de cuistre pédant et\ncousin de Basile. 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On l'eut assez pour imposer son ignare\nsottise à un collège de savants contraints à cette humiliation d'avaler la\ncouleuvre rampante et, certes, plate à souhait, devant tous les puissants,\npour pouvoir aujourd'hui prétendre à singer la vipère. On l'eut même\nassez, en un jour de lubie distraite ou de bénévolent caprice, pour procurer\nun tout petit emploi dans l'une ou l'autre des administrations de notre\ndoux pays, à quelque artiste ingratement pourvu de la fortune ; mais on\nl'a encore et toujours suffisamment long pour démasquer la velléité d'in-\nterdire, à l'humble budgétivore obligé, de collaborer au Mercure musical\nsous menace de révocation immédiate et ruineuse. Toutefois, on procède\nindirectement: on est capon ou on ne l'est pas. On pourrait l'être moins,\nau surplus, car, grâce à l'ironie du sort, on se trouve en la situation de\nsupérieur hiérarchique vis-à-vis de l'intimidé par ricochets ; avantage, àla\nvérité, exposant son possesseur àla revanche et au contrôle de juge-\nments portés, comme ici, à l'occasion de ses fonctions. Ce salisseur de\npapier, en effet, débuta dans quelqu'un des cabinets de ministres récents.\nC'est là qu'il prit conscience enfin de soi et de sa vocation. Il y resta\njuste le temps de faire rougir sa boutonnière d'un ruban pour la destina-\ntion duquel lui-même avait promis et feint d'employer l'efficacité trop\ndémontrée de son influence en faveur d'un érudit modeste et admiré\nde tous. Il en sortit bientôt, aux prévoyantes fins d'assurer un traite-\nment de plusieurs billets de mille à l'abri des hasards fâcheux de la poli-\ntique, bombardé soudain « Inspecteur » dans un de nos Corps de l'Etat\noù son incapacité prétentieuse et gaffeuse s'était vue chahutée, naguère,\nà l'opiniâtre unanimité d'adolescents perspicaces. C'est alors qu'on voulut...\nsouffler plus haut que vous savez et qu'on perdit la boule au point de rêver\nl'lnstitut à quoi devaient conduire le canard et la chaire toute neuve instituée.\nOn eut quelques angoisses à l'endroit de celle-ci, car il ne manquait pas de\nconcurrents mieux désignés de par la compétence, —ce qui n'était point\ndifficile. L'un des plus dangereux qu'il fallut écarter comptait heureusement\nparmi les fonctionnaires subordonnés, et chacun sait de quel poids peut\npeser, en l'espèce, l'équivoque obstinée d'en-tête protocolaires sur l'angle\nd'un papier à lettres administratif et noirci d'épîtres comminatoires. Dame !\non est Inspecteur ou on ne l'est pas. C'est cet individu qui ose prononcer le\nmot « disqualifier »et qui ale toupet cynique d'en user à l'égard d'un organe\nindépendant. Celui-ci, je l'en avertis par dédain charitable, est hors de la\nportée de son bras, quelle qu'en soit la longueur'; même, il se paladilhe\nabsolument de bras bien plus longs que le sien. Nous n'avons pas besoin\nde subvention officielle ou principiculesque, ni envie d'être décorés ; nous\nne quémandons nul clandestin bénéfice, pas plus que nous ne visons quel-\nques place, émoluments ou titre en quelque Sorbonne ou ailleurs, car nous\nentendons rester libres, et le prouver en imprimant ce que chacun mur-\nmure, voire alors qu'il s'agit de membres de l'lnstitut. Nous ne nous in-\nclinons que devant le talent, fût-il dénué d'écus ou de diplômes. Nos\npages sont ouvertes à toutes convictions, aux doctrines même opposées,\nmais n'accueilleront rien que des avis sincères, et les faibles nous verront\ntoujours à côté d'eux contre l'injuste tyrannie des forts. L'arriviste en\nquestion doit sentir, ahuri, combien nos routes sont différentes. Il ne\ntenait qu'à lui de ne jamais nous rencontrer :il y a des inanités qu'on\nméprise et des attouchements qu'on évite. J'ajouterai, pour lui et ses con-\nsorts, que le Mercure musical, en ma personne, repousse leurs insinua-\ntions d'un pied qui est àla disposition d'autre chose. Les chiens aboient,\nla caravane passe.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.11.3", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.41", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3769, "texte": "ÉCHOS\nLe Dictionnaire du Conservatoire. Il ne s'agit pas du volumineux ré-\npertoire de M. Constant Pierre, où l'on peut vérifier que M. Tartempion\neut jadis une 2® médaille de solfège et possède, pour tout bagage, le titre\nd'un opéra. C'est un dictionnaire d'histoire, quelque chose comme le Fétis\nmoderne revu, diminué, considérablement aggravé et revêtu d'une autorité\nofficielle, par une sélection de professeurs et d'élèves de la seule maison où\nl'on sache l'histoire de la musique. Ce grand dessein, éclos dans le cerveau\npuissant d'un des plus savants hommes dont s'enorgueillisse notre Conser-\nvatoire, s'avéra bientôt irréalisable. «Ce n'est pas, disait cet organisateur\ninfatigable du travail d'autrui, ce n'est pas qu'ils ignorent leur métier. Non,\nils savent la musique [mieux que personne au monde. Mais l'histoire ne les\nintéresse pas du tout ! Ainsi Taffanel, oui, lui-même, ne se doute pas que\nla flûte, il y a cinquante ans, se construisait autrement qu'aujourd'hui. » Il\nfallut donc faire appel, ô honte, à quelques compétences non diplômées\npar la maison, et par suite bien suspectes : MM. A. Gastoué, A. Pirro,\nR. Rolland ; d'où sortent tous ces gens-là, je vous prie, et ne vont-ils pas\ncompromettre une oeuvre qui s'annonçait sérieuse ? Et puis le titre, par leur\nintrusion, va se trouver hors d'emploi, et c'est grand dommage. Mais on\nn'abandonne pas une aussi généreuse entreprise; on consent quelques sacri-\nfices, et l'on poursuit, de plus belle, sa chimère. M. Bourgault-Ducoudray\nse défie, et se défile? Qu'à cela ne tienne! Nous assignerons Mendelssohn à\nM. Rabaud, et le xvie siècle àM. Hillemacher (lequel des deux ?ou tous les\ndeux ? peu importe : leur compétence est égale, car tous deux sont prix\nde Rome), « J'ai beaucoup étudié le xvie siècle,depuis 3 ans », disait récem-\nment, àun de nos amis, l'un ou l'autre de ces frères qui se mettent à deux\npour avoir du talent. Mais, vraiment, comme on a montré un sot en-\ngouement pour ces gens-là ! Tenez, j'ai là les publications d'un certain\nExpert, on me les a prêtées ; je n'ai pas tout lu d'ailleurs. Mais l'étrange\nmanie de cet homme, de s'intéresser à des œuvres sans harmonie! Sans\nharmonie ? Oui, vous ne les connaissez pas, jelevois, et vous avez bien\nraison. Mais ce n'est que du contrepoint, ce n'est pas de la musique. Ce-\npendant l'orchestre moderne, celui de Wagner en particulier, n'est-il pas\nfondé sur le contrepoint? Ah !ce n'est pas la même chose, c'est un autre\ncontrepoint. Comme on est heureux, au sortir de là, de trouver un de ces\naccompagnements de guitare en arpèges bien consonants, vous savez, ces\nchansons du xvne siècle ? Pardon, je croyais que ces accompagnements\nétaient écrits pour luth, et en accords plaqués. Luth ou guitare, même\ninstrument. Arpèges ou accords, même procédé. Oh non! ce xvie siècle! Je\nvais surtout étudier et critiquer comme ils le méritent les deux auteurs les\nplus caractéristiques de cette époque : Dufay et Hassler. Ah ! Pour\nmontrer, avec le premier, les origines, au xve siècle, et avec l'autre, la déca-\ndence, au début du xvue ? Mais non, mais non, ils sont du xvie tous les\ndeux, ou du moins ils ont ce style. J'ai lu leurs œuvres, Monsieur, ils écri-\nvent tous les deux à quatre parties. >»\nLe dictionnaire promet, on le voit, d'être digne de celui qui le conçut,\net du Conservatoire qui aura été son berceau. Fétis sera un modèle de sé-\nrieux, de méthode et de perspicacité auprès de ce qu'annoncent ces prémi-\nces. Et l'on saura enfin de quoi est capable un musicien lauréat, lorsqu'il\ndaigne, entre deux drames, mettre la main à l'histoire de son art.\nL'Officieux d'Académie, que l'on appelle aussi le Moniteur du Cuistre, a\nvoulu donnerune petite leçon à M.Gabriel Fauré, ainsi qu'à tous ceux qui"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3748, "texte": "ont manifesté quelque joie à voir ce grand artiste appelé à diriger le Con-\nservatoire. « Une remise au point s'impose », déclare, en son jargon d'ln-\nspecteur subalterne barbouillé de politique, cet inestimable confrère. Et\nil poursuit, aussi grave que s'il rédigeait un rapport à quelque Incompé-\ntence officielle : « M, Fauré est un artiste de grand talent, de souffle un peu\ncourt dans la composition, mais auteur de quelques oeuvres charmantes\ncontenant la promesse et Vébauche d'une sérieuse personnalité. De lui nous\navons de jolies esquisses \\ nous attendons une oeuvre. y> S'il veut avoir une men-\ntion plus élogieuse, et arriver plus tard à l'lnstitut, l'élève Fauré devra\ndonc se mettre sérieusement au travail. Que nous importent, en effet, un\nou deux quatuors à cordes, une sonate pour piano et violon, un Requiem,\nune Bonne Chanson ? Que nous importe ce style exquis, cette sensibilité\nraffinée, cette inspiration si pure et si élevée ? Ce qu'il nous faut, c'est une\nœuvre qui pèse bien lourd aux balances de l'ennui, c'est une bonne\ntranche de pédantisme, c'est une forte couche d'imbécillité : c'est la Xavière\nde Th. Dubois, ou la Jeanne d'Arc de l'incroyable Lenepveu, tous\ndeux membres de l'lnstitut.\nNous apprenons par la suite que le directeur du Conservatoire ne pourra\nrien sur les professeurs, faute d'autorité : ils ne veulent rien savoir, et\n«le ministre lui-même, s'il s'en mêlait, serait mal accueilli ». Ce lui-même\nest épique; il vaut un discours d'inauguration, etjenele donnerais pas pour\nune sous-préfecture. Comment, en effet, un musicien écouterait-il les con-\nseils de M. Gabriel Fauré, quand M. Bienvenu-Martin en personne ne\nsaurait seulement lui faire changer une réponse de fugue ?\nC'est, on s'en doute assez, une lecture insipide que celle de Y Officieux\nd'Académie. Nous allons cependant nous l'infliger régulièrement. Il y a\nà glaner, dans ses feuilles et entre ses coquilles, assez de perles pour en faire\nun diadème à la Vanité, et un collier à la Sottise.\nA Tokio. Il existe, paraît-il, en cette ville, un conservatoire de musi-\nque, dans lequel l'enseignement est donné par des professeurs allemands. A\nlun des derniers exercices d'élèves, on a exécuté des œuvres de Pales-\ntrina et des fragments de YArlésienne de Bizet. Alors, qui jouera donc la\nmusique de scène, si délicatement émouvante, de Kesa ? Le Japonais en\njaquette et en chapeau melon est un être terrible, et il faut que nous nous\nhâtions de recueillir et d'hospitaliser sa musique nationale avant qu'il en\nait perdu le souvenir.\nAuditions d'élèves. C'est devant une salle comble qu'a eu lieu ven-\ndredi, à l'Ambigu, l'audition annuelle des élèves du cours d'opéra et d'o-\npéra comique si remarquablement dirigé par Mme Pierron-Danbé, de l'O-\npéra-comique, et M. Emile Bourgeois.\nIl faut citer d'abord Mile Curlier, qui a joué la Cavalleria avec\nM. Morati d'une façon absolument remarquable et y a montré un réel tem-\npérament dramatique. Mlle Alice Boisdon, dans Philémon9 et Baucis, s'est\nrévélée chanteuse impeccable, toute prête à aborder une de nos grandes\nscènes lyriques. MUe Lœwy, dont la voix délicieuse a ravi l'auditoire dans la\nVie de Bohême, a été bissée d'acclamation ainsi que M. de Poumayrac,\nqui a été exquis dans le rôle de Rodolphe. Ml1© Athis et M. d'Aubigné,\ndont la belle voix a fait merveille dans la romance de Carmen, Cahen,\nune dugazon pleine d'entrain, qui a détaillé très spirituellement le duo du\nMaître de chapelle avec M, Imbert, Mue Frélini, très pathétique dans la\nscène de l'église de Faust, Mme Louis Masson, une poétique Mignon, Miss\nHoltina, ravissante dans le ie* acte de Manon avec M. de Poumayrac,\nMlle Costa, une belle Dalila, Mlles Ducasse, Cottard, Biederman, Veillet,"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.43", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "Gautier, Rogers, Darthelly, Louverey, et MM. Broche et Loyer ont eu\nleur part de succès.\nMM. Morati, de Poumayrac, d'Aubigné, John Imbert et Aumônier prê-\ntaient leur obligeant concours à cette séance si artistique et si pleine d'inté-\nrêt ; ils ont été acclamés ainsi que les deux éminents professeurs, dont la\ngrande expérience fait de ce cours le premier cours de mise en scène de\nParis.\n■— M. Alexandre Guilmant, dont les auditions d'orgue sont toujours très\nsuivies, a donné une séance très intéressante jeudi dernier, chez lui, à\nMeudon, pour faire entendre les élèves de sa classe du Conservatoire.\nMM. Emile Bourdon, Auguste Barié, Auguste Bernard, Joseph Bonnet,\nAchille Philip, Alex. Cellier, Ed. Mignan, Paul Fauchet et Joseph Boul-\nnois, avec le concours de Mme Marthe Philip, pour le chant, ont été très\nappréciés et font honneur à l'enseignement de Téminent professeur.\nUne lettre de M. Houdard sera publiée dans notre prochain numéro. Nos\nlecteurs, ni lui-même, ne perdront rien pour attendre.\nPrix de Rome. Le concours s'est terminé parles attributions suivantes :\nPremier grand prix : M. Victor Gallois.\nSecond premier grand prix : M. Marcel Rousseau.\nPremier second grand prix: M. Philippe Gaubert.\nDeuxième second grand prix : M. Louis Dumas.\nComme on le voit, deux prix de Rome étant disponibles, il importait\nessentiellement d'écarter M. R. Ravel.\nMunich. Les représentations wagnériennes au Théâtre du Prince\nRégent auront lieu du 7 août au 9 septembre, sous la direction de\nMM. Mottl, Nikisch et Fischer, et comprendront la Tétralogie, le Vais-\nseau Fantôme, Tristan et Yseult et les Maîtres Chanteurs. Location à\nParis chez MM. Durand et fils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-07-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-07-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1905-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.2.11.4", "titre_corps": "PUBLICATIONS NOUVELLES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS NOUVELLES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.43", "debut_caractere": 1788, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\nJ.-Ph. Rameau. Dardanus, tragédie lyrique en 5 actes et un prolo-\ngue. Paroles de Le Clerc de la Bruère. Partition pour chant et piano,, trans-\ncrite par Vincent d'lndy. Paris, Durand et fils.\nRicciotto Canudo. Le livre de la Genèse. La ix® Symphonie de Beetho-\nven. 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DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue — PARIS,\nDÉODAT DE SÉVËRAC. Les Cors (P. Rey). . . . . . . . . 2 fr. »\n— L'Éveil de Pâques (Verhaeren) . . . 1 fr. 70\nL'Infidèle (Maeterlinck)- 1 fr. 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette. ... 1 fr. 70\n— D'Anne qui me jecta de la neige. . . 1 fr. 70\n— Jeux d'Eaux, pour piano» . . . . . . 3 fr. 35\nmm\nma«m\nPour aider a la diffusion des\nE. Demets off Iles Compositeurs de mus\nd'éditer et de lancer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs o\nréservant, s'ils le désirent,/a proprié\n©Jli\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nflgenee de la Société Nationale die Ittasique\nAchat et vente d'Instruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.1", "texte": "4re Année. — N° 5 — 15 Juillet 1905.\n0 »r ' ( France : Cinquante centimes.\nPrix du Numéro : { :\n( Etranger ; Soixante centimes.\n2, Rue de Louvois\nirtiwtiiTrtßWiiOTfrMMiiMnMfMrilliMßîiiTnri' iiinnniHiiatMiii\nPARIS 11\n\nAU SOMMAIRE:\nRiccrorro CANUDO\nGASTON CARRAUD\nJEAN MARNOLD\nMARTIAL TENEO\nCOLETTE WILLY\nUn croquis d1 album i"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.2", "texte": "SOMMAIRE\nGASTON CARRAUD Pour le Conservatoire.\nCOLETTE WILLY. ......... Les Vril\nMARTIAL TENEO . Miettes :\nthéoricien musical.\nRICCIOTTO GANUDO. L'X de la Civilisation„\nJEAN MARNOLD,. Les Sons Infé\n(suite).\nJLÉANDRE Croquis d'album inédit: Ricàrdo Vines.\n■\nREVUE DE LA QUINZAINE\nJEAN MARNOLD Basiliana.\n\nABONNEMENTS:\nXTïi an, Six mois»\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 fr. 6 fr.\nÉTRANGER. 45 fr. 7 fr. 50\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 Ir. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue — PARIS,\nDÉODAT DE SÉVËRAC. Les Cors (P. Rey). . . . . . . . . 2 fr. »\n— L'Éveil de Pâques (Verhaeren) . . . 1 fr. 70\nL'Infidèle (Maeterlinck)- 1 fr. 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette. ... 1 fr. 70\n— D'Anne qui me jecta de la neige. . . 1 fr. 70\n— Jeux d'Eaux, pour piano» . . . . . . 3 fr. 35\nmm\nma«m\nPour aider a la diffusion des\nE. 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C'est précisément l'idée opposée à\ncelle qu'aurait pu avoir une personne un peu préoccupée, non\nseulement de faire apprécier ces études « si remarquables »,\nmais encore de les améliorer.\nL'intérêt du Conservatoire ? ce serait qu'on ne mît pas trop\nen lumière ce qui s'y passe : ou, si vous l'entendez mieux,\nqu'on y assurât ce calme, cette dignité, ce détachement des\nbiens du siècle qui conviennent aux études artistiques.\nL'intérêt des élèves ? c'est de briller du mieux possible, ainsi\nqu'il advenait dans une salle extrêmement sonore, et de dimen-\nsions restreintes : car leurs dons et leurs talents ne sont excep-\ntionnels si j'ose dire que par exception.\nL'intérêt du public ? Qu'il aille plutôt boire frais sous quelque\nmol ombrage. Et quelle sollicitude voulez-vous que j'éprouve\nà l'endroit de gens capables de s'exposer à tant de maux cani-\nculaires sans y être forcés ? Quant à ceux qui y sont forcés, les\nuns, journalistes, feraient bien mieux de n'y point aller, puis-\nqu'ils reconnaissent qu'on a tort de les y convoquer; les autres,\nle seul public qu'il importe vraiment qui soit bien, les jurés,\nont toujours été fort bien au Conservatoire. A l'Opéra-Comi-\nque, eux seuls seront mal : dans quel corbillon les mettra-\nt-on ? où iront-ils délibérer ?\nEt si vous pensez que vos bons habitués des concours vous\n\nLE MERCURE MUSICAL\ni 3"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.4", "texte": "194\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsauront gré de ce déménagement, c'est que vous vous imaginez\nqu'ils viennent par amour de la musique. Mais ils ne vien-\nnent, à moins qu'ils ne portent à quelque concurrent un\nintérêt direct et combattif —, ils ne viennent que par amour-\npropre : l'amour-propre singulier d'accomplir une corvée\ninvraisemblablement inconfortable, invraisemblablement en-\nnuyeuse, mais à laquelle peu d'élus sont appelés. Vous leur\ndonnerez de quoi caser, tout entiers, leur séant et leurs jambes ;\nvous leur donnerez une atmosphère moins méphitique, une\ntempérature à peine coloniale : ils trouveront que « ça n'est\nplus ça ! »\nQue ces lambris dorés, que ce vaste espace vont intimider\nd'agitations, de protestations, de manifestations ! (C'est peut-\nêtre là justement ce qu'on espère.) Perdue, entre voisins, cette\nsolidarité des salons dont on est sûr, où la familiarité n'attend\npoint les formalités du protocole. Perdue, surtout et com-\nmentla remplacer ?... la Cour du ira-t-on po-\ntiner, jacasser, clabauder, conspirer, pendant que les concurrents\nconcourent, ou que les jurés jugent ? Où conspuera-t-on ceux-\nci ? Où essuiera-t-on la gloire ou les larmes de ceux-là ? Où\nmontrera-t-on aux foules contenues par les grilles, qu'on est\ndans un endroit où tout le monde n'entre pas ? Où iront les\ngens qui n'y entrent pas, et qui veulent avoir l'air d'y entrer ?\nIl est dangereux d'altérer en leur physionomie des rites d'un\nprestige si parisien. Le public, qui ne se sentira plus chez lui,\nqui se sentira dépaysé à la fois et envahi de profanes, s'il ne\ntombe à l'indifférence, deviendra plein de morgue et d'exigences.\nTel qui demeurait reconnaissant à l'ironie charmante et douce\ndu fin M. Bourgeat, pour un tabouret d'ouvreuse dans le\ncorridor des troisièmes galeries, réclamera, à l'Opéra-Comi-\nque, à tout le moins une première loge.\nUn attrait cependant demeure aux concours du Conserva-\ntoire : on y aura toujours l'air compétent.\n•k\n¥ *\nMais s'il est permis de critiquer l'esthétique de la petite salle\ndu Conservatoire, son confort et son aération, on n'en saurait\nfaire autant au point de vue qui nous occupe de son\nacoustique ni de ses proportions.\nVous prétendez mettre mieux en valeur, à l'Opéra-Comique,\nles élèves ? D'abord, où prenez-vous qu'ils doivent être tous\ncapables de se produire avec avantage sur une grande scène?\nCe qui a encore une apparence de sens pour les classes de théâtre\nou ce qui l'aurait, si vous donniez aux concurrents et les dé-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.5", "texte": "POUR I.E CONSERVATOIRE\n195\n\ncors, et les costumes, et l'orchestre devient tout à fait injusti-\nfiable pour les classes d'instruments, pour les classes de chant\nmême. Il est vrai que le Conservatoire doit former des inter-\nprètes pour le théâtre, et de ces grands virtuoses qui traînent le\ncœur des foules après eux; et si des concours des concours\npublics, organisés d'une façon beaucoup plus ample étaient\nréservés à ces quelques sujets d'élite, que des aptitudes extraor-\ndinaires destinent évidemment aux triomphes publics, il n'y\naurait rien à dire. Mais le Conservatoire doit former aussi, et en\nplus grand nombre, des interprètes pour d'autres modalités de\nla musique, qui pourraient bien être les principales : les inti-\nmités de la musique de chambre, l'anonyme . dévouement des\norchestres, le professorat, voilà l'avenir, plus obscur, non\nmoins utile, de la plupart des élèves du Conservatoire.\nVous voulez qu'on voie davantage « toutes leurs qualités\nartistiques » ?\nEh bien ! on les verra. On verra d'abord, et trop bien, que ce\nne sont que des élèves : si gentils ! mais tout ce qu'il y a de plus\nélèves ; et que tant de bruit mené autour de leurs exercices, tant\nd'importance attachée à leurs succès scolaires sont parfaitement\nridicules. On verra tout de suite ce qu'on voit le soir où, lestés\npourtant d'un premier prix, ils débutent sur une véritable\nscène. On verra combien leurs moyens sont faibles, et mal\nemployés.\nDans les classes de chant, on constatera que les voix, quelque-\nfois excellentes à un premier concours, vont diminuant tou-\njours, par un phénomène excessivement prodigieux, à mesure\nqu'elles sont plus exercées, l'enseignement de la technique\nvocale étant nul, aussi bien que celui de la diction et du style ;\net l'on s'amusera, mieux qu'on ne l'avait encore pu faire, des\ngaietés d'un règlement qui considère les grands airs classiques,\npar exemple qui devraient être réservés aux talents les plus\nmûrs comme des Etudes pour les commençants.\nDans les classes d'opéra et d'opéra comique pourquoi,\njuste ciel ! existe-t-il encore, en 1900, des classes d'opéra\ncomique ? —-on s'apercevra que ces mêmes élèves continuent\nde ne rien apprendre, mais ce qui s'appelle rien: pas même à se\ntenir sur leurs deux pieds, ni à se servir de leurs deux bras.\nSouvenez-vous de l'aventure, il y a quelques années, de la\nSociété des Concerts, et comme, de l'Opéra, elle se hâta de\nregagner la pénombre de son hypogée, aux résonances complices !\nDans un grand nombre de classes d'instruments, on admirera\ncombien le son est souvent petit, et l'attaque molle, la justesse\nincertaine, le mécanisme approximatif, le style mesquin,\ninintelligent et froid. On trouvera le violon maigre ; le piano,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.6", "texte": "196\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntapageur et confus. On déplorera l'abâtardissement du caractère\nde certains instruments : de la contrebasse, qui n'est plus qu'un\nvioloncelle vaseux ; de l'alto, tout prêt à se croire violon ; du\ntrombone, qui rêve d'être cor; du cor, qui s'intimide, hésite\net s'affadit.\nOn verra que les élèves, leur inexpérience d'ailleurs aggravée\npar un cadre auquel ils ne seront point accoutumés, passeront\nà l'Opéra-Comique de moins bonnes épreuves, et qu'elles\nparaîtront moins bonnes encore qu elles ne seront.\n*\n* *\nSi on voulait qu'ils en passent de meilleures et ne serait-\nce pas leur premier intérêt ? il faudrait tout d'abord pro-\nnoncer le huis-clos, et surtout pour la presse.\nQue faisons-nous là ? Est-ce que ce n'est pas du moment\nseulement qu'ils ont quitté l'école, que ces jeunes gens nous\nappartiennent ? Pourquoi les concours des musiciens sont-ils\nsoumis à la critique publique, alors que ne le sont ni ceux des\nlettrés, ni ceux des savants, ni ceux des ingénieurs, des institu-\nteurs, des diplomates, des surnuméraires, des médecins,\npharmaciens, vétérinaires et sous-vétérinaires, ni aucun des\ninnombrables examens et concours qui feront finalement de\nnous un peuple de Chinois ratatinés ?\nPar quel inconcevable mystère, dans la musique même, et au\nConservatoire, certains concours sont-ils secrets, et non point\nseulement des concours élémentaires, mais les plus importants,\nles plus intéressants, tous ceux, gros de conséquences, qui\ntouchent à l'art supérieur de la composition ? ceux d'harmonie,\nde fugue, d'orgue ; celui du Prix de Rome, enfin, qui n'est, à\nvrai dire, comme les autres, que le concours de fin d'année des\nclasses du Conservatoire, et où le scandale n'est pas moins fré-\nquent: scandale quelquefois salutaire !\nSi l'on vous objecte qu'il messiérait de soumettre à l'appré-\nciation de vulgaires publicistes les jugements de gens d'autant\nd'importance que sont des membres de l'lnstitut de France,\nvous répondrez, d'abord, qu'il y a de ces membres presque dans\ntous les jurys du Conservatoire, qui ne remportent pas tous\ndes succès d'estime; ensuite, que les concours de peinture, de\nsculpture, d'architecture, de gravure en médailles ou en taille-\ndouce, jugés aussi solennellement par les mêmes mandarins au\nbouton vert, sont, pendant plusieurs jours, exposés à la désap-\nprobation du premier venu qui passe devant l'Ecole des Beaux-\nArts.\nJe ne réclame pas contre cette exclusion : oh ! non. Seule"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.7", "texte": "POUR LE CONSERVATOIRE\n197\n\nm'étonne notre intrusion aux autres concours, et celle du\npublic, et celle même des parents et amis. Elle n'est que pré-\ntexte à intrigue et à cabotinage. Les jeunes musiciens entrent-\nils au Conservatoire pour prendre ces qualités-là, qui leur vien-\nnent toujours assez tôt? Comme ils travailleraient avec plus\nde fruit s'ils travaillaient tranquilles, délivrés de l'idée qu'à\nla fin de l'année ils déchaîneront des luttes de bravos et de huées,\net qu'on parlera d'eux dans les journaux ; de l'idée que, pour\nleur réussite même au concours, il importe que longtemps à\nl'avance ils aient soigné leur réclame !\nEt il ne s'agit pas seulement de la dignité des études, il s'agit\nde celle encore des jugements. Je ne veux pas m'arrêter à cet\nargument, que la présence du public serait nécessaire à garantir\nleur intégrité. Mais vous savez qu'il n'est pas d'année qu'il ne\ns'élève à quelqu'un, à quelques-uns des concours, d'injurieux\ndébats entre le public et le jury. Le public prétend imposer ses\npréférences au jury ; quand le jury n'obtempère pas, le public\ninvective contre lui ; monsieur le Directeur du Conservatoire\nsurgit alors, rappelle son peuple au sentiment de son humilité,\npuis l'expulse : il ferait beaucoup mieux de ne pas l'inviter.\nAu fond, le public et le jury ont généralement raison tous\nles deux. Ils écoutent d'une façon différente, jugent sur des\néléments d'appréciation opposés, l'un en tant que public, l'autre\nentant que jury : de l'un à l'autre, l'estimation se déplace.\nLe public s'en tient à ce qu'il entend, au moment où il l'en-\ntend : des qualités physiques, le charme du son, une lueur de\npersonnalité, ou bien la plus banale facilité des effets, le\nchoix même du morceau agissent sur lui. Il a raison. Puisque le\nconcours est public, il doit être jugé selon l'impression pro-\nduite sur le public.\nMais les jurés n'ont pas moins raison, qui ne veulent pas être\nexclusivement sensibles à la séduction momentanée, aux avan-\ntages d'apparence, et tiennent compte aux élèves de leur passé,\nde leur application, de leurs progrès.\nEntre ces deux raisons, le désaccord est naturel. Qu'il puisse\nse manifester violemment, cela est d'une suprême inconve-\nnance.\nSi nous nous élevons enfin jusqu'à considérer l'intérêt du\nConservatoire lui-même, qui est, ou qui devrait être l'intérêt de\nl'art musical en France, il nous apparaîtra que ce n'est pas\nseulement la publicité des concours qu'il faudrait supprimer,\nmais les concours aussi.\nLe système des concours est absurde ; il est injuste; il est"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.8", "texte": "ig8\nLE MERCURE MUSICAL\n\navilissant. Un concours n'a jamais rien prouvé de la valeur\nabsolue ni même relative des concurrents. Il les met à la merci\nde mille hasards, de leur disposition journalière et de celle\nd'autrui ; il risque sur une minute le fruit d'années de peines ;\nil favorise les qualités les plus superficielles aux dépens des\nplus sérieuses : c'est un jeu, et trop souvent un jeu où l'on\ntriche.\nNous appliquons ce système à toutes choses. Il est plus fu-\nneste encore dans les arts, parce qu'il abaisse, trouble et noircit\nl'âme ; substitue aux mobiles élevés la vanité, l'ambition, l'en-\nvie ; érige la « veine » comme le dieu que devrait être la con-\nscience. Il est plus funeste encore dans la musique, qui est le\nplus pur de tous les arts, et le plus social : celui où l'abnéga-\ntion, le désintéressement, la concorde sont le plus nécessaires.\nC'est pour ce système que des esprits chagrins, assurément\nexcessifs en leur verbe, ont pu dire que l'enseignement musical\nn'existe pas en France : qu'il n'existait pas, du moins, avant\nque les exemples de la Schola eussent montré que\nni l'intelligence vraie de la musique, ni son étude rationnelle\nn'étaient incompatibles avec notre race.\nJe ne critique point ici l'enseignement du Conservatoire, mais\nseulement l'influence sur lui des concours et de leur publicité.\nD'ailleurs, a-t-on pu dire jamais qu'il existât un « enseigne-\nment du Conservatoire » ? et sur quoi le discuterait-on ?\nIl y a eu l'enseignement des professeurs du Conservatoire.\nOn en a connu, on en connaît encore d'admirables, Dieu merci!\net grâce à eux la musique française brille aujourd'hui d'un\néclat unique. Mais quelle cohésion a jamais existé entre\nleurs doctrines ? Que sont ces traditions dont on nous veut\nparler? Rien qu'anarchie. rEt le directeur ne fut jus-\nqu'ici qu'une fiction administrative : la main qui signe,\net non le cerveau qui distribue la pensée.\nCertes, je ne voudrais pas être confondu avec le sale oiseau\nque vous savez, ni accusé de trop médire de l'établissement où\nj'ai été élevé. C'est précisément parce que j'ai bien connu ce\nsérail, parce que j'y ai passé de longues, et de bonnes années;\nc'est parce que j'ai conservé pour lui d'affectueuses faiblesses,\nque je le voudrais, sinon irréprochable, au moins un peu\nmeilleur. J'y ai trop souffert, j'ai trop vu combien tout le\nmonde, et d'abord la musique, y avait à souffrir de l'ab-\nsence de toute méthode, ou plutôt de l'empire de cette seule\nméthode : la préparation aux concours. Si honorables, si\nillustres que soient tant d'exceptions dues à la valeur personnelle\nde tels ou tels maîtres, à leur effort individuel, toute cette\nmaison vit hypnotisée, d'un bout à l'autre de l'année, sur le"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.9", "texte": "POUR LE CONSERVATOIRE\n199\n\nconcours et sur les examens, qui sont les premiers degrés du\nconcours. Les professeurs y apportent un amour-propre peut-\nêtre plus féroce encore — assurément plus vil — que les élèves.\nPréparer le morceau de concours, ou la cantate de concours,\ntel est tout l'objet de l'enseignement. Et ne croyez pas même\nqu'on se prépare à l'exécuter bien, dans une intention d'éduca-\ntion, avec une certaine intelligence de l'art. Non : on ne pense\nqu'à l'exécuter de la façon qu'il faut pour remporter le prix,\nsuivant la mode du jour et le caprice académique : à l'exécuter\ncomme le jury désirera qu'il soit exécuté. Et peu importe que\nle concurrent ne sache rien, à part exécuter ainsi ce morceau-là ',\npeu importe, s'il était par hasard capable de montrer quelque\noriginalité, qu'elle ait été étouffée pour n'effaroucher personne ;\npeu importe, pourvu qu'il soit lauréat, que toute sa vie artisti-\nque puisse être offusquée par cette éducation faussée.\nEt cela lui est plus dommageable, cela est plus grave que les\nbasses intrigues, qui n'atteignent du moins que ses intérêts\nmatériels.\nUn esprit sévit au Conservatoire, dont on ne saurait dire\ns'il est la cause ou l'effet de l'excessive publicité de ses exercices.\nPour le Conservatoire, le théâtre seul existe ; toute musique qui\nn'est point de théâtre y est consideiee comme un genre infé-\non n'y cherche à former que des compositeurs de théâtre,\ndes chanteurs de théâtre, on pourrait presque dire : des violo-\nnistes, des pianistes de théâtre. Ne venez pas dire que le théâtre\nest une forme brillante, séduisante, émouvante de la musique,\nune forme secondaire, cependant, et qui ne prend de valeur\nréelle que si toute la science, toute la profondeur des autres\nformes, des formes essentielles de l'art, la viennent appuyer et\nnourrir. Jusque dans les classes instrumentales, la pensée du\nthéâtre règne, et le but de tous les effoits n est jamais qu une\nparade scénique.\nQue cette parade soit transportée sur de plus vastes planches,\nne voyez pas là la première réforme d'un esprit nouveau. C'est\nau contraire la convulsion suprême de 1 esprit ancien, de cet\nesprit d'ostentation à outrance et à tout prix, par quoHe Con-\nservatoire se procure une vie illusoire, et dont il meurt chaque\njour un peu plus. Puisqu'il comprend si mal ses intérêts, ce\nserait à nous, qui le considérons d'un œil impartial, de refuser\nde le suivre en la mauvaise voie. Car c est encore la préoc-\ncupation de la presse qui est la plus nocive à ces jeunes têtes.\nIl faut avoir un peu vécu, pour savoir combien peu pèsent nos\njugements, et dépouiller le préjugé de notre influence.\nUne grève de la critique serait une chose à organiser. . . ."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.10", "texte": "200\nLE MERCURE MUSICAL\n\nA moins qu'à l'exemple des plus zélés adversaires de la peine\nde mort, qui s'opposent à ce qu'on abolisse l'infâme publicité de\nla guillotine, bien que cette publicité soit un de leurs arguments\ncontre la peine elle-même, nous ne devions paradoxalement\napplaudir à tout ce qui viendra exaspérer les inconvénients de\nla publicité des concours.\nA\n* *\nLes choses vont-elles changer? Il est permis de l'espérer\nenfin. Pour la première fois, un directeur du Conservatoire a\nété nommé, qui n'est pas tout à fait de la maison, qui ne souffre\npoint de l'obnubilation spéciale à ceux qui y ont fait leur éduca-\ntion, puis leur carrière : un homme qui l'a regardée du dehors,\navec ses idées personnelles, et qui n'est à aucun degré un homme\nde théâtre.\nIl est impossible d'annoncer par avance ce que fera M. Gabriel\nFauré. Bien qu'il ait exercé déjà une grande influence sur notre\nmusique contemporaine, nous connaissons, moins que son\nœuvre, sa méthode et son caractère. Nous savons seulement de\nlui que c'est un artiste, et l'un des plus délicats, des plus purs,\ndes plus originaux que notre pays ait comptés : un artiste\nvolontairement adonné aux formes les plus fines et les plus\nélevées de son art.\nLe jour où M. Théodore Dubois résigna ses fonctions, par un\ngeste dont la discrète dignité lui fit tant d'honneur, M. le Sous-\nSecrétaire d'Etat aux Beaux-Arts voulut le remplacer par un\ncompositeur académicien. N'en ayant point trouvé disponible,\nqui fût en même temps musicien, il a préféré nommer un musi-\ncien qui ne fût pas académicien i cela est proprement admirable.\nMais cela n'est pas tout. Il faut encore que ce musicien puisse\nappliquer les principes « d'extrême libéralité « qu'il a inconti-\nnent affirmés 5 il faut qu il ait le droit de tailler, parmi le per-\nsonnel actuellement enseignant, quelques places pour ces pro-\nfesseurs « étrangers à l'orthodoxie officielle » dont il a parlé ; il\nfaut qu 011 ne lui mesure ni l'autorité, ni l'indépendance, ni\nl'appui nécessaires à faire du Directeur du Conservatoire ce qu'il\ndoit être, et surtout à cette heure : l'homme qui dirige, le\nmaître.\n\nGaston Carraud."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.11", "texte": "LES VRILLES DE LA VIGNE\n\n(0\n«... Des chansons de mon pays? Oui, me dit Claudine,\nj'en ai appris et oublié quelques-unes... Quand j'étais petite,\nles gardeux, je veux dire les bergers, ne chantaient pas encore\n« Je suis lâche avec toi », mais ils montraient déjà une coupable\npréférence pour les Blés d'or et les Sentiers remplis d'ivresse...\nQue sera devenue cette petite Morvandelle, les yeux noirs comme\ndes mûres, qui tricotait son bas cachou en chantant d'une voix\nperçante et affairée :\nAh ! n'querriez donc pas, ma méére,\nI vins de Dijon,\nDe vouer pâsser la bânnère\nDu princ' de Borbon,\nDu princ' de Borbon, ma méére,\nDu princ' de Borbon.\nA tout's les crouésées d'l 'église\nY avaint des drépiâs ;\nCeuss' qui n'étaint point si béétes\nll' y boutaint des draps;\nll' y boutaint des draps, ma méére,\nll' y boutaint des draps...\nJ'ai oublié la suite... N'est-ce pas que l'air est charmant ? Je\nl'ai donné à Marc Legrand pour un recueil scolaire...\nAux noces campagnardes, à présent, on ne chante plus que\ndu Delmet. Mélie, ma nourrice, m'emmenait autrefois aux ma-\nriages de ses pays et payses,dans les fermes... Quoi ?... Papa ?...\nÇa lui était bien égal, voyons !\nMélie, fille de roulottiers saltimbanques, y jouait du violon\ntrès mal au dessert et s'enorgueillissait des applaudisse-\nments un peu ironiques... Un singulier spectacle que celui de\ncette blonde fanochée, en bonnet à tuyaux, l'archet à la main,\nle menton sur son violon de bois rouge... C'est déjà loin, ce\ntemps-1à... La longue table, nappée de draps de lit, dressée\ndans une grange... Quoi ?... en plein air ?... Oh ! non. Les\n\n(i) Suite. Voir les n°s 1,2 et 3 du"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.12", "texte": "202\nLE MERCURE MUSICAL\n\npaysans de chez nous, qui déjeunent et goûtent quotidienne-\nment au creux d'un sillon, l'écuelle de caillé entre les jambes,\nn'aiment pas, en cérémonie, manger à la belle étoile. Ils trou-\nvent que ce n'est pas distingué.\n... Une longue table, fleurie de petits bouquets- roses rouges\net camomilles blanches serrés en choux-pommes. Aux\nmurs, des draps épinglés de laurier vert, comme pour la Fête-\nDieu... Au-dessus, les poutres du fenil laissent pendre des\nvoiles d'araignée et des houppes de foin sec... Par la porte\ncharretière, ouverte sur la cour, entrent ensemble la grande\nlumière bleue et crue, le cri des coqs, les poules inquiètes\nqu'on chasse d'un coup de serviette, et qui reviennent...\nJ'avais dix, douze ans, des cheveux châtains en tire-bouchons,\nla voix d'un jeune garçon et une gravité bougonne, un air\nd'avoir envie de m'en aller. Pourtant je ne m'ennuyais pas.\nJ'aimais le pain bis chaud sous son velours de farine, l'odeur\nneuve des blouses bleues ballonnées, les petits bouquets joyeux\nen choux... J'aimais la « jeune mariée » ronde et brûlée,\nnoire dans son blanc, ses mains nues sur son ventre comme\ndeux gros gants tannés... J'aimais les verres sans pattes, épais\naux lèvres, et, bourdonnants de mouches, les sucriers nombreux\nqui jalonnaient la table... Pour le café, ce sucre ? Mais non,\nbête, pour le vin rouge. C'est vrai, vous ne savez pas. Dans\nles repas de noces, dès la soupe avalée, on remplit son verre\navec du vin rouge. Délicatement, du bout de deux doigts, on y\ntrempe un morceau de sucre qu'on suce ensuite, qu'on\nretrempe, qu'on resuce, jusqu'à ce qu'il s'effrite en bouillie\nsirupeuse. Alors, on prend un autre morceau de sucre et on\nrecommence. Ça occupe le temps, vous comprenez, entre la\nsoupe et le lapin sauté, entre le lapin sauté et le veau aux\ngirolles, entre le veau aux girolles et le poulet rôti... Les\nenfants, les femmes surtout, pillent les sucriers, s'enivrent\ntout doucement ; on entr'ouvre son corsage, on dénoue les\nbrides du bonnet tuyauté en disant : « C'est la chaleur qui me\nremonte... »\nA part ça, tout se passait fort tranquillement. De mon temps,\nces repas qui duraient cinq heures étaient presque silencieux,\nsauf dans le coin où on regardait Bouzon se nourrir, Bouzon\nou bien Labbe, son rival, Bouzon et Labbe de qui l'on disait:\n« Le manger tremble devant eux ! » A bien y réfléchir, leur\nprocédé manquait d'élégance. Ils s'emplissaient de viande, de\nvin et de pain, jusqu'à la gorge, puis se levaient : « Faites\nexcuse, je n'en ai que pour une minute. » Dans la cour, un doigt\nau fond de la gorge et... parfaitement ! Ils rentraient vides et\nrecommençaient. Ça vous impressionne, s'pas ? Moi aussi."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.13", "texte": "LES VRILLES DE LA VIGNE\n205\n\nAprès la tarte à la citrouille, après le fromage mou, après le\nchâteau de nougat fracassé et les dragées, —un peu prématu-\nrées, les dragées, un silence solennel descendait du fenil sur\nl'assemblée. Trois gobettes de quinze à dix-huit ans, couleur\nde brique rose dans leurs corsages clairs, se prenaient par la\nmain et s'en venaient devant la mariée. Accordant avec peine\nleurs voix plaintives de fileuses, elles entamaient la longue,\ntriste et jolie Chanson de la mariée, celle que vous connaissez :\nEnfin vous voilà donc,\nMadame la mariée,\nEnfin vous voilà donc\nA votre époux liée,\nAvec un lien d'argent\nQui durera longtemps,\nAvec un long fil d'or\nQui ne rompt qu'à la mort.\nLes yeux loin, placides, elles chantaient la main dans la\nmain, trois petites Nornes aux regards de génisses... Et la\nmère de la mariée se mouchait, sous peine de passeï pour une\nsans-cœur. La jeune épouse hâlee penchait la tête comme sous\nun blâme mérité... La chanson finie, tout le monde respirait un\ngrand coup, trinquait, et il y avait toujours la un permission-\nnaire en capote bleue prêt a « sortir » ses complaintes de 71,\nSauvons Paris, ou un vieux pour chevroter cette grivoiserie\nsurannée, la à moins que sa vieille en coiffe londe\nne lui donnât la réplique dans un cocasse duo paysan, la\nRupture :\nGustine, ma Gustine,\nPrête-moi tes ciseaux\nPour couper l'alliance\nQue nous avons ensemble.\nMes ciseaux, j'ies ai pas,\nIls sont dans ma chambrette...\nIl y avait beaucoup d'autres couplets, mais qui rimaient\nmoins richement.\nD'ailleurs, à cette heure-là, lasse de chaieui et de sucre\nsucé, je m'endormais sur la table, la tête entre mes bias\nrepliés...\n\nColette Willy."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.14", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nRABAUT SAINT-ÉTIENNE THÉORICIEN MUSICAL.\n\nParmi les hommes de la Convention, au nombre des chefs\ndes Girondins, Rabaut Saint-Etienne figure en bonne place.\nPasteur à Nîmes il parvint, comme on sait, grâce à la protec-\ntion de Malesherbes, de Turgot et de La Fayette, à faire accorder\nl'état civil aux protestants. Apôtre de la liberté française, mais\nplein de modération et de tolérance, l'ancien président de l'As-\nsemblée constituante se trouva en butte à la haine de Robes-\npierre, au lendemain de la condamnation du roi. Accusé de\nvouloir fomenter la guerre civile dans la France envahie par\nl'étranger, il fut décrété d'arrestation, en même temps que les\nautres Girondins. Caché chez Peyssac, son compatriote, il fut\ndénoncé par un politique, Fabre d'Eglantine, assurent certains\nauteurs, arrêté et guillotiné le 5 décembre 1793, à la suite\nd'un jugement sommaire. .\nCe pasteur nîmois, mort à cinquante ans, était un homme\nd'une réelle valeur. Avant d'être entraîné dans la politique mili-\ntante, il avait fourni des preuves d'esprit curieux, et ses disser-\ntations sur les temps anciens l'avaient fait estimer de ses con-\ntemporains les plus renommés.\nRabaut Saint-Etienne aimait les belles-lettres. Orateur philo-\nsophe, il a mis dans tous ses écrits des idées neuves qui sont\nloin d'être négligeables. Son style assez châtié donnait du\nrelief à des paradoxes soutenus avec beaucoup de logique.\nMais rien de ce que l'on connaît de lui n'est aussi intéressant\nque le document inédit qu'un hasard a placé sous mes yeux et\nqui montre ce conventionnel sous le jour d'un théoricien musi-\ncal.\nAristote, dans une de ses propositions, a déclaré que « tous les\narts ne sont que l'imitation de la Nature ». En ce qui concerne\nla musique, cette opinion fut partagée, à toutes les époques,\npar des auteurs de mérite qui obéissaient à un système philo-\nsophique. Certains, cependant, pensèrent autrement. L'abbé\nMorellet trouva « que les Arts sont quelque chose de plus que"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.15", "texte": "MIECTES HISTORIQUES\n205\n\nl'imitation exacte de la nature ». Chabanon interpréta ce dire\net fut amené à croire que le chant n'est pas une imitation de\nla parole. « Pour que le chant fût une imitation de la parole,\nécrivait-il en 1785, il faudrait que dans son institution il lui\nfût postérieur ; mais, qu'on y prenne garde, il l'a nécessairement\ndevancée. »\nVers le même temps, Rabaut Saint-Etienne, dans ses\nàM. Bailly sur V Histoire primitive de la Grèce, posa en principe\nque « le langage primitif fortement accentué était naturelle-\nment musical et chantant ».\n« On paraît assez généralement persuadé, déclara-t-il alors,\nque la poésie a été le premier langage des hommes, et que les\npremières lois qu'ils reçurent, ainsi que les événemens de leur\nhistoire primitive, avaient été écrits en vers. Tant qu'ils eurent\npeu d'idées acquises, et peu d'objets à confier à la mémoire,\nils conservèrent ce langage sublime. Un petit nombre d'intona-\ntions très fortement accentuées firent naître le vers et la mesure :\nl'oreille vivement ébranlée appelait elle-même la cadence ;\net la musique, simple d'abord comme le langage, dut exister\nen même temps que lui. Les sons de l'instrument répondaient\ntoujours juste aux accens de la voix ; ils marquaient fortement\nles élévations, les tons fermes et les césures : le langage pri-\nmitif accentué en longues et en brèves fut nécessairement\nmusical ; et la première harmonie fut un simple accompagne-\nment. La musique ne fut donc point un langage à part imité\nde sons étrangers à l'homme ; c'est en lui-même qu'il la trouva,\nparce qu'il la portait avec lui. Etre harmonique, sa voix n'eut\npas plutôt appris à parcourir la gamme des sons naturels, que\nles fibres acoustiques en répétèrent les vibrations. Le besoin\nd'appuyer sur cette jouissance, cette espèce d'instinct qui nous\nporte à émouvoir plus vivement, s'il se peut, une fibre déjà\némue fit naître l'idée des instrumens bruyans que l'on trouve\nchez tous les peuples sauvages, et auxquels se plaisent encore\nles habitans peu raffinés de nos campagnes.\n« La musique et le langage sont donc d'une égale antiquité,\nou, pour palier plus juste, le langage primitif fut une musique\nnaturelle. Aussi les plus anciens monumens poétiques sont des\nmonumens musicaux : chanter et parler furent aux premiers\ntemps une seule et même chose. »\nA une date que je ne puis guère déterminer, en l'absence de\ntout indice, Rabaut, partagé entre ses soucis politiques et ses\ntravaux d'ordre philosophique, développa donc, en la préci-\nsant, l'idée contenue dans sa septième Lettre. Il fut incité à sa\nnouvelle démonstration par une note qui traitait de l'origine\nde la musique et dont l'auteur ne m'est pas connu. Les quelques"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.16", "texte": "206\nLE MERCURE MUSICAL\n\npages inédites du conventionnel nîmois sont fort intéressantes,\nainsi qu'on en va pouvoir juger :\nORIGINE DE LA MUSIQUE OU LE PREMIER\nLANGAGE DE L'HOMM (i).\nM. de Saint-Etienne a reçu avec reconnaissance la note qui lui\na été remise par M • de Rosambo e\nde fauteur qui pense que la Musique a dû précéder la parole.\nL'auteur des Lettres à M. Bailly\nment de la Lettre, que la Musique\nnaissance simultanée, c'est-à-dire que les premiers hommes avaient\neu un langage chante. Ces deux\npremier coup d'oeil, se ressemblent néanmoins beaucoup ; car Vau-\nteur de la note entend sans doute que les hommes chantaient pour\nexprimer leurs idees, et M. de Sl-E. qu ils expi imaient leurs\nidées en chantant. Ce n'est pas à Vingénieux observateur qu'il\nfaut dire que par le chant des premiers humains, on n entend pas\nla Musique de l'opéra.\nVoici comme on pense que le premier langage dût être musical.\nUn premier homme qui serait seul\nl'impulsion spontanée de la nature, n'aurait que des cris. Ces cris\nseraient même rares, et il ne les pousserait que dans les surprises\nou dans le mouvement des passions, telles que la joie <?£ la\nfrayeur. On ne parle pas à soi-même\nparler.\nCes cris, infiniment simples, ne seraient que des voyelles et\nprécisément les mêmes que ceux que nous poussons en pareille\noccasion. Ils sont inspirés par la nature, ils sont les mêmes à tous\nles âges de la vie et che% tous les peuples; ils sont en harmonie\navec toute la nature, avec les cris\ndes ondes, le sifflement des vents, etc., car, de même que tout le\nsystème des couleurs est en harmonie avec notre œil, tout le sys-\ntème des sons est en harmonie avec\nsolument que tous les sons, éclatans ou sourds, lugubres ou gais,\ncorrespondent avec ceux que l'homme produit, sans quoi, il y\naurait entre la nature(2) et nous\ntout nous prouve qu'il y a un accor\nduits par les êtr*es de la Nature\nceux que produit la voix de L'hom\ntoujours, ne sont pas arbitraires\n\n(1) Communication que j'ai faite àla Société Internationale de Musique,\nle lundi 26 juin 190b.\n(2) L'auteur avait d'abord écrit « le tatare »."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.17", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n207\n\nCependant, les sons que L'homme produit parcourent une gamme\nnaturelle, depuis le cri de la joie la plus éclatante,jusqu'à celui\nde la douleur la plus sourde et la\nEt comme chaque crin' est que\na autant de nuances dans ce clavessin qu'il y a de sentimens dans\nle coeur de l'homme ;ce qui, pour le dire en passant, nous fait\nvoir comment, à cet égard, ainsi qu'à tous les autres, L'homme\nmoral est en avec le monde physique : idée féconde à ce\nqu'il nous paraît, et qui peut être appliquée à tout l'homme consi-\ndéré sous tous les aspects. On n'a, ce nous semble, jamais asse\\\nobservé ce que c'est qu'un être qui correspond avec toute la nature\npar des nerfs et le sentiment, et comment ses actions morales\nsont liées avec la physique de L'univ\nUn homme seul ne produirait des sons qu'à mesure qu'il éprou -\nverait des sensations asse!{ fortes pour l'engager à se débarrasser\nde l'excès de sentiment qu'il éprouverait ;et c'est pourquoi nous\navons dit que ses cris seraient rares. Mais aussi ses cris seraient\nviolens et correspondans à laplénitude\naffecté.\nCet homme n'exprimerait donc que les grandes passions, et\ncomme nous avons observé qu'elles seraient grandement expri-\nmées, il est évident que ses cris primitifs correspondraient aux\n7 voyelles qui sont les notes du clave\na rien au-delà de la plus éclatante, il n'y a rien au-dessous de la\nplus sourde. Supposons à présent deux ou plusieurs de ces hommes\nqui se rapprochent d'abord; ils\nque leurs sensations, car aucun d'eux n'a pu songer à faire des\nsyllabes et des mots ; et s'ils font tant que de chercher à se com-\nmuniquer ce qu'ils éprouvent, ils pousseront les cris voyelles que\nj'ai dit : et si ces cris ne sont pas arbitraires comme je l'ai prouvé,\nil est clair que ces hommes s'entendro\nborné, puisqu'il ne consistera qu'à faire naître par un cri un\nsentiment tout pareil à celui qu'éprouve celui qui le pousse, en vi-\nbrant, celui qui l'entend, la\nL'harmonie nécessaire, l'accord demandé.\nLa réflexion ne peut guères naître che% un homme seul. Mais\nquand on me le contesterait, on ne pourra me nier que le besoin\nd'exprimer ses réflexions ne peut\navec ses semblables. Or, les cris,\nque les sensations ; donc L'homme\nexprimer ce qu'il pense, et surtout il aura besoin de désigner par\ndes sons les objets desquels il vo\nvoyelles n'y servent pas, il aura\nMais les consonnes ne sont pas\nne peuvent être prononcées sans vibre?* L'air, sans faire un son,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.18", "texte": "208\nLE MERCURE MUSICAL\n\net par conséquent sans se mettre en harmonie avec tous les sons\nde la nature. Cela est si vrai qu\npartout, certaines consonnes à exprimer certains bruits ; elles ne\nsont nommées consonnes que parce quelles sonnent avec la chose\nque nous voulons peindre ; et si quelqu'un voulait exprimer le\nroulement du tonnerre ou le sifflement des vents par d'autres\nconsonnes que celles qui y sont consacrées, il ferait rire, ou ne\nserait pas entendu. Les premiers hommes qui parlèrent ne firent\npas cette faute, ni ne purent la faire.\nDe L'accord d'une voyelle avec une consonne naît ce que Von\nappelle un mot ; et puisque ce mot n'a été imaginé que pour dési-\ngner à l'oreille l'objet qu'on ne peut pas montrer avec le doigt,\nc'est très à propos que nous l'appelions un NOM. Et si ni la con-\nsonne ni la voyelle ne sont arbitraires, leur réunion pour faire\nun MOT ne saurait l'être. De ce principe naîtrait toute la théorie\ndu langage qui n'est pas de notre sujet.\nA présent je dis: les premiers hommes qui ont parlé ont eu peu\nd'idées à exprimer, et peu de mots pour les rendre.\nIls n'ont dû employer que les grandes intonations fortement\nexprimées et accentuées. ,\nLes nuances intermédiaires d'un son à l'autre n'ont pas existé\nche\\ eux, car il est impossible qu'ils ayent eu plus de mots que d'i-\ndées ; un mot ne se forme qu'à mesure qu'on en a besoin.\nLeur langage n'a donc pas été gradué, et n'a pas parcouru\ntoutes les nuances de notes ; mais il a sauté d'une note à l'autre :\npremière preuve de la Musique qu'ils parlèrent.\nSeconde preuve ; chaque sensation fortement exprimée est une\nélévation de voix ; mais il est des sensations douces qui en néces-\nsitent l'abaissement ; des sons qui\nqui durent être très brefs, formèrent nécessairement une parole\nchantée, de laquelle nous ne pouvons\nCe que nous pouvons cependant\nle langage s'enrichit et se perfectionne, les sons durs et gutturaux,\nles sifflemens, les chuintemens, les\nqu'obligés de distribuer sur mille\nd'organe que l'on n'employait autrefois qu'à un petit nombre, il a\nfallu que les hommes missent dans\ntoute la quantité de force et de t\nJe pourrais ajouter qu'au moral\nse multiplient ; et que l'on doit mettr\ndes impressions plus faibles ;et ce\nla langue du peuple le plus civilisé d\nMonotone.\nCe que je viens d'exposer est le\nn'ai dû qu'énoncer dans mon livre."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.19", "texte": "Croquis d'Album de Léarndre"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.20", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n20g\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndans ma première lettre, que la poésie a précédé la prose ; non\nque je croie que ces hommes-là causassent entr'eux en vers métri-\nques. Leur conversation était musicale et non pas mesurée. Mais\ndans tout ce qui était de chansons ou de récits publics, ils s'astrei-\ngnirent à couper par périodes leurs discours, en sorte que leur\nlangage musical naturellement,\nrefrah s dont ils les entremêlaient,\nd'hui les nègres dans leurs chansons qui durent toute la nuit, ces\nrefrains divisaient nécessairement\nque Pindare a de ces strophes\nsieurs psaumes hébreux ont aussi\nnés par tout le peuple. Les plus\nen vers, et on les chantait, car le premier discours public et sur-\ntout religieux fut chanté: cet\nplus beaux tems de la Grèce, dans quelques-unes de ces coutumes\npopulaires que Von suit parce\npour les changer ; le crieur public y criait les édits en chantant,\ncomme dans les premiers temps\nL'annotateur de ces pages où les hypothèses sont maniées si\nhabilement, nous fait connaître que « ce morceau inédit de\nRabaut Saint-Etienne fut adressé par lui à M. de Malesherbes,\nson illustre ami, et conservé par ce magistrat dans sa belle\ncollection d'autographes. Car le goût de ces sortes de collec-\ntions, ajoute-t-il, pour être aujourd'hui plus répandu qu'il ne\nle fut dans le siècle dernier, n'y était pas inconnu et Malesherbes\naimait à recueillir des pièces originales, de curieux documens,\nainsi que des lettres de littérateurs, de savans et de person-\nnages historiques. Y. i>\nCertes, si la démonstration de Rabaut est paradoxale, sa\ndialectique fait autant de part à la logique qu'à l'opinion. A\nce point de vue, il m'a semblé utile de faire connaître une théo-\nrie du commencement verbal qui contient en elle-même, à côté\nde naïves déductions, des vérités que plusieurs de ses contem-\nporains avaient pressenties, mais que lui seul, en quelques\npages demeurées si longtemps inconnues, a formulées clairement\net de la bonne encre des Encyclopédistes.\n\nMartial Teneo.\n\n24"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.21", "texte": "L'X DE LA CIVILISATION\n\nL'x de la civilisation est le mensonge journaliste. Avec le\nbluff des banques, il cerne de près les consciences nationales ; il\nconcentre les intérêts individuels et collectifs, les discipline, en\nexaltant les uns, en détruisant les autres ; il pousse à la guerre, il\nimpose la paix, il fait l'opinion publique et en est l'expression\nla plus brutale en même temps que la plus servile, Autrefois la\nseule volonté d'un tyran, ou d'un conseiller du tyran, ou des\ncourtisans du tyran, faisait la vie des peuples. Aujourd'hui, tout\ncitoyen peut à son tour être tyran, s'il dispose des quelques\nmoyens qui permettent à une feuille d'être imprimée et d'en im-\nposer par le noir tracé sur son blanc sale. Les mercantis travail-\nlaient autrefois dans l'ombre. On étale aujourd'hui en plein jour\nle mercantilisme le plus abject et par cela même le plus redou-\ntable, habillé avec toute la pompe que comporte le rôle des mo-\ndernes paraclets des nations, des messies de l'humanité. Cette\npompe est celle du mensonge journaliste, qui aide les banques\net souffle dans les voiles de tous les bateaux pirates qui navi-\nguent sur la mer orageuse de la vie contemporaine.\nLe Journalisme et la Banque ! Ce sont les deux grandes forces\nmodernes, les suprêmes puissances. Tout leur est asservi avec\nceux-là même qui les représentent ;mais les cris sinistres et bes-\ntiaux des boursiers acharnés à faire ou à défaire les valeurs, qui\ndans l'après-midi secouent la place de la Bourse, sont insigni-\nfiants à côté des milliers de signes noirs et muets qui remplis-\nsent les feuilles des journaux. Ici est vraiment le grand pivot\nsocial. Les chefs d'Etats, les gouvernements, tout tourne autour\nde lui. La possibilité de diriger la vie d'une nation n'est plus dans\nl'esprit d'un philosophe ou dans la volonté d'un roi, mais elle est\ndans la force d'initiative et de résistance de quiconque embrasse\nla carrière d'entrepreneur d'articles. C'est la très intéressante\nformule du chantage universel. Et le mensonge journaliste re-\ntient dans ses tentacules toutes les vies et tous les besoins, il\nserre même violemment la Banque qui cependant le nourrit, et\nsans orgueil et sans phrases il s'appelle simplement : l'Opinion."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.22", "texte": "L'X DE LA CIVILISATION\n211\n\nLorsque le mensonge journaliste touche la vie intellectuelle\nd'un pays, ses aspects deviennent hideux et il mérite toutes les\npeines. Statuant sur des traditions mortes, il entretient la\nmauvaise culture. Se basant sur des intérêts particuliers, il\ncrée les renommées honteuses et pousse la foule aux pires en-\ngouements. Et il aime les traditions mortes, qui lui épargnent\ntous les risques des innovations; et les intérêts particuliers,\nqui lui assurent des bénéfices immédiats ; car le journalisme\nest prudent. Cependant si par sa puissance acquise et par\nla force stupide et formidable de ses grands mots, il entraîne\nun pays à une guerre inutile ou à une paix sans profit, ou\ns'il pousse au pouvoir des hommes médiocres et insuffisants,\nle mal est peut-être grand, mais les conséquences, déter-\nminées par les réactions de la collectivité, se chargent tou-\njours de réparer le lendemain les fautes commises la veille.\nTandis que s'il couvre de la vertu de son mensonge les mani-\nfestations esthétiques d'un peuple, ses aspects deviennent hideux\net il mérite toutes les peines. Pour la vie et pour la beauté d'une\nrace, la vingtaine de colonnes qu'un journal consacre à ses po-\nliticiens et à ses industriels est sans aucune importance à côté\ndes quelques dizaines de lignes destinées à renseigner le public\nsur les manifestations de l'art contemporain.\nAinsi, si la Bourse, tel un monstrueux miroir, reflète dans\nses ondoiements la gloire ou la détresse des nations, le men-\nsonge journaliste reflète le rut du vulgaire et l'acharnement\nimpitoyable des meneurs.\nLa plupart de ces feuilles imprimées et réunies d'une façon\nparticulière sous le nom de « revues », acceptent et propagent\nsans discussion, et même avec joie, le mensonge journaliste.\nDès que la puissance journaliste a commencé à s'affirmer\navec éclat et tyranie, la réaction qui suit toujours une action,\na créé dans le collectif un nouveau groupement d'hommes,\nqui doivent contrecarrer les méfaits du journalisme, et qui s'ap-\npellent : les snobs. Ceux-ci, souvent imbéciles, mais parfois\nfort utiles dans leurs gestes d'ensemble, quoique odieux à\nl'extrême si on les prend isolés, ont déjà recomposé plus\nd'une harmonie détruite par l'autre. Ils ont jailli de la multi-\ntude alors que le journalisme cessait d'accueillir des littéra-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.23", "texte": "212\nLE MERCURE MUSICAL\n\nteurs, des poètes, des artistes, qui faisaient de lui une manifes-\ntation ardente et enthousiaste de vie, pour devenir ce qu'il est :\nun phénomène bureaucratique banal, qui accueille les écrivains\nà l'âme de « rond de cuir » ou des ambitieux ou des ratés,\nparmi lesquels les quelques véritables artistes qui s'y trouvent\nencore nombreux semblent des égarés.\nLe journalisme est donc véritablement le grand fléau, le\ngrand pouvoir de la Bête opaque, la grande médiocratie. Son\nmensonge traditionnel est souvent l 1 x des cristallisations\nd'une race. Certes, si la race avait en elle assez de vitalité\npour créer de la beauté, l'on ne pourrait l'en empêcher; mais\nle mensonge journaliste, en flattant les mauvais instincts des\ncollectivités, c'est-à-dire cette forme de paresse qu'on appelle\nle culte de la tradition, met les doigts sur les plaies et empê-\nche que le sang gangreneux sorte et finisse de troubler le cours\ndes échanges dans un organisme aussi complexe que celui d un\npeuple.\nCes réflexions m'ont été inspirées par des lettres, signées ou\nnon, françaises et italiennes, sympathiques ou hostiles, reçues à\nla suite de mon article sur la musique italienne contemporaine.\nLe Mercure Musical du ier juillet avait à peine paru, que mon\ncourrier commençait à grossir.\nEh bien, ceux qui considèrent ma critique comme blasphé-\nmatoire et anti-italienne n'ont jamais réfléchi à tout le mal que\ncertains critiques font par le mensonge de leurs éloges. Un\nexemple: cet hiver, au Nouveau-ThM. Mascagni n'a\npas dirigé d'une façon satisfaisante Beethoven et Wagner. Il\nn'a réussi qu'à bien interpréter Tchaïkovski et les danses hon-\ngroises. Son jeu, plein de tempérament, mais trop exubérant,\nne nous a pas déplu ; mais lorsque M. Chevillard a réapparu\nà son siège, nous ne l'avons pas regretté. J'ai lu, dans des\njournaux italiens, que M. Mascagni avait si merveilleusement\ndirigé, que les musiciens parisiens, ceux de la rampe et ceux\ndu foyer, étaient fous d'enthousiasme. Or, si l'ltalie, croyant\nque M. Mascagni est le conducteur idéal des orchestres, lui\nconfie la direction d'un Conservatoire et par conséquent des\nesprits jeunes à former, en grande partie elle aura tort.\nPourquoi permettre à des journalistes de fausser ainsi\nl'opinion publique et de se rendre par cela coupables devant la\nconscience d'une nation? Pourquoi ne pas signaler les maux et\nen indiquer plus ou moins vaguement les remèdes ? L'ltalie\nest au réveil. Et des esprits comme celui de M. Mascagni,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.24", "texte": "L'X DE LA CIVILISATION\n21 3\n\nde M. Giordano et de quelques autres, pourraient se concentrer\nen eux-mêmes, au lieu de se disperser dans une production préci-\npitée, avec la confiance absolue qu'ils remporteront un succès,\ncar ils connaissent d'avance le ton des trompettes de gloire.\nRien n'est plus contraire à l'art que la confiance dans le succès\nfacile, elle empêche l'effort et les grandes concentrations de\nl'esprit qui seuls produisent les chefs-d'œuvre. Une fois assa-\ngis, ces compositeurs pourraient trouver en eux-mêmes de très\nbelles ressources pour le renouveau musical de leur race qui\nattend le Paraclet. Pourquoi permettre à M. Sardou d'écrire\nun drame égyptien, que M. Giordano mettra en musique avec\nla plus grande diligence et que l'Opéra donnera en spectacle au\ngrand public cosmopolite qui bouleverse pendant l'hiver l'har-\nmonie de Paris ?\nL'ltalie est au réveil. Mais je crains fort que, pour soutenir\ntel ou tel maestro, le mensonge journaliste, l'x de la civili-\nsation, ne s'oppose à l'œuvre de rénovation esthétique, que\nnombre de vrais artistes poursuivent admirablement à Florence,\nà Rome, à Milan, à Bologne, à Naples...\n\nRicciotto Canudo."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.25", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nLe nombre et la témérité des hypothèses accumulées par\nM. Riemann nous autoriseraient amplement à interrompre ici\nla lecture de sa Logique musicale.Sans poursuivre l'examen de\nspéculations désormais arbitraires, il nous suffira d'en rappor-\nter la conclusion et de constater que, à cette époque, dans le\nbrouillard complaisant d'une phraséologie un peu abstraite,\nM. Riemann se flattait seulement d'avoir réussi à démontrer\n« que les sons inférieurs existent réellement dans notre sensa-\ntion et doivent, par conséquent, intervenir aussi dans la repré-\nsentation ; mais qu'il est absolument impossible, à la con-\nscience, de les percevoir isolément », et se proposait d'établir\nsubséquemment « l'importance considérable de cette existence,\ndont nous restons inconscients, des sons inférieurs dans la\nreprésentation ».\nDeux ans plus tard,en 1875, M. Riemann avait changé d'avis.\nIl ne se contentait plus de cette « réalité » objectivo-subjective\n« dans notre sensation » et « inconsciente dans notre représen-\ntation ». Le titre de son second opuscule, « l'Existence ob-\njective des Sons inférieurs dans », montre que\nM. Riemann avait cherché ailleurs, dans le milieu aérien dont\nles vibrations « viennent frapper l'oreille », une confirmation\nexpérimentale et vraiment scientifique de ses théories.\nSi louables qu'apparaissent l'intention et son accomplisse-\nment, on ne peut s'empêcher de penser que M. Riemann aurait\npeut-être mieux fait de commencer par là, au lieu d'édifier\nd'abord un château branlant d'hypothèses et de venir vérifier\nensuite la solidité de ses fondations.\nPour trouver les « sons inférieurs » dans l'onde sonore, il\nfallait créer celle-ci. M. Riemann choisit et y employa un\nmonium. Nous voilà bien loin des « sons simples ». En effet,\nl'harmonium est un instrument où les harmoniques supérieurs,\n\n(1) Suite. Voir les nos 1 et 3du"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.26", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n215\n\navec une certaine prédominance des sons impairs, sont très\nnets, même an delà du 7e, tout en diminuant graduellement d'in-\ntensité. De plus, sa construction est particulièrement favorable\nà la production de « sons résultants ». Les deux sons de l'inter-\nvalle sont émis par deux orifices que des anches ouvrent et fer-\nment périodiquement. Ici, dit Helmholtz, « la même masse\nd'air est considérablement ébranlée dans le réservoir commun,\net, par chaque ouverture, il passe un courant aérien déjà mis\nen vibration par l'autre anche ». Aussi, sans être, comme avec\nla sirène, presque aussi forts que les sons de l'intervalle, « sur\nl'harmonium, les sons résultants se manifestent objectivement,\net avec une intensité relativement très notable ».\nM. Riemann n'eut donc pas de peine à accorder sur son ins-\ntrument les intervalles destinés à ses expériences, puisque, dans\nla série ainsi formée, deux sons voisins consécutifs ont toujours\nle même son résultant, et, dans l'espèce, (1). Il obtint ainsi\naisément, « avec une justesse acoustique », les sons Do (2),\nSol (3), Do(4), mi(5), Sol(6), (7), (8), (9),\nmi (10), FA dièse (11), Sol(12), et La bémol (i 3), que l'exemple\nsuivant aidera à mieux reconnaître.\n«. Le premier résultat dont fut frappé » M. Riemann, fut de\nconstater que « des intervalles, formés de sons non consécutifs\ndans la série, faisaient néanmoins entendre nettement aussi le\nDo{ 1), comme son résultant ». On sait que la hauteur du son\nrésultant de premier ordre est déterminée parla différence entre\nles nombres de vibrations respectives des sons de l'intervalle\némis. Cependant, « l'intervalle S (12) produi-\nsait un Do(1) très fort, tandis que le (5), résultant de la\ndifférence des vibrations (12 7= 5), était beaucoup plus\nfaible et difficile à percevoir. Pareillement, (7) —-\nRé(9) donnaient le même Do(1) au lieu de )... »\nMais, avant de terminer l'énumération des étonnements de\nM. Riemann, on est assez surpris soi-même pour être obligé de\ns'arrêter. Il semble que M. Riemann ait entrepris ses expé-\nriences sans bien connaître l'instrument dont il avait décidé\nde faire usage, et quasiment ignoré à quoi il s'exposait en le"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.27", "texte": "216\nLE MERCURE MUSICAL\n\nchoisissant. Par l'abondance et la netteté des harmoniques, la\nfacilité avec laquelle se produisent des sons résultants non\nseulement entre les sons primaires et le son résultant de pre-\nmier ordre, mais entre les harmoniques et entre les sons résul-\ntants d'origines diverses, le phénomène sonore est des plus com-\nplexes sur l'harmonium, où, justement, ces combinaisons mul-\ntiples naissent et agissent dans une même masse d'air, dans un\nmilieu vibrant plus ou moins isolé et homogène.\nOn est presque interloqué de trouver le commentateur assidu\nde Helmholtz, que s'atteste M. Riemann, aussi peu familier,\nen apparence, avec les conditions du phénomène des « sons\nrésultants ». Le son, correspondant à la différence entre les\nvibrations des deux sons de l'intervalle, est le premier possible\net a été dénommé, à cause de cela, « son résultant\nordre ». C'est, en effet, le plus fort et, même, le seul ordinai-\nrement discerné par l'oreille, lorsqu'on a affaire aux sons\n« absolument simples », réalisés artificiellement par Helmholtz\nen faisant vibrer un diapason à l'orifice d'un résonateur. Mais,\nmême ici, ce n'est pas le seul existant. En faussant légèrement\nl'intervalle, on obtient une multiplication des sons résultants\npossibles, et la présence de sons résultants d'ordre variable et\ncorrélatif est alors trahie par les battements entre des sons\ndissonants voisins. Ce qui, à la fois, confirme la théorie de\nHaellstroem approuvée par Helmholtz, et ratifie la loi démon-\ntrée par Preyer, et qui peut être formulée ainsi :\nTout intervalle, composé de deux sons dépourvus d}harmo-\nniques, est apte à produire un nombre de sons résultants\ndistincts égal au nombre de vibrations diminué de i, qui repré-\nsente le son le plus aigu de l'intervalle, lorsque celui-ci est\nexprimé par le rapport le plus simple ou irréductible. (Par\nexemple, la tierce majeure f peut donner 5 l=4 sons\nrésultants distincts.)\nL'ensemble de ces sons résultants forme une progression\narithmétique ininterrompue, dont le premier terme est l'unité,\net qui aboutit au nombre de vibrations du son le plus aigu de\nl'intervalle. (Pour la tierce majeure 112, la progression 1, 2,\n3,4,5.)\nSi on considère deux sons accompagnés chacun de leur har-\nmonique 2 (octave) ou, en général, d'un nombre quelconque\nd'harmoniques, le résultat est identique, mais la progression,\npartant de l'unité, aboutit alors au nombre de vibrations du\nson n le plus aigu des harmoniques considérés, (Soit la\ntierce |, son octave (harmonique 2) on ala progression 1, 2,\n3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, constituée par les sons résultants\net l'harmonique le plus élevé.)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.28", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n217\n\nNaturellement, tous les sons résultants ne sont pas\ntoujours entendus. Nous avons vu que le son résultant de\npremier ordre était le plus fort et le seul habituellement per-\nceptible, avec les sons « absolument simples » de Helmholtz,\net pour un intervalle d'exacte justesse. Opérant, en 1876, sur\nles sons « presque simples » de diapasons fixés sur des caisses\nrésonnantes, le parisien Kœnig entendit des sons résultants\ndont la perception nette s'explique par les renforcements dus à\nla présence de faibles harmoniques. Pour la sixte majeure,\nentre autres (vibrations des sons de l'intervalle : | ; harmoni-\nques 2 ou octaves : il constata les sons résultants 1, 2 et 4,\nproduits d'abord par les seuls sons de l'intervalle (5 3 = 2 ;\n3 2 = 1 ; 5 1=4); puis redoublés par l'action des har-\nmoniques (6 s=l; 10 6 = 4; (10 2) 6 = 2;\n(10 3) 5 = 2 ; 8 (10 3)= 1 ; (10 3) 3 = 4). On\npeut remarquer, ici, qu'en ajoutant les sons de l'intervalle aux\nsons résultants, on obtient une progression arithmétique, com-\nplète de 1 à 5, et dont les termes 2, 3, 4 et 5 représentent les\nvibrations des premiers harmoniques du son résultant 1 et, par\nconséquent, des sons partiels diversement redoublés et consé-\ncutifs devant accuser et renforcer l'intensité de ce son 1 fonda-\nmental, puisque tous les intervalles, formés par deux sons con-\nsécutifs de cette série de sons d'origines diverses, produisent\nchacun et à la fois le dit son 1 fondamental en tant que son\nrésultant.\nEn 1875, les expériences de Kœnig n'étaient pas faites;\nmais M. Riemann eût pu connaître, déjà, celles de Haellstroem\n(1839) sur le violon et leur résultat analogue, la théorie du\nmême, citée par Helmholtz, à propos des sons « absolument\nsimples », enfin les formules de Ohm (1832) et de Scheibler\n(1834) ; observations et calculs dont l'examen critique amena\nPreyer aux déductions et aux lois publiées en 1879. Tout cela\nétait à la disposition de M. Riemann, en 1875 ; mais rien que\nles travaux si souvent invoqués de Helmholtz eussent pu lui\nsuffire pour être médiocrement « frappé » de la présence d'un\nson fondamental 1 parmi les sons résultants d'un intervalle\nformé de sons aussi « complexes » que ceux de l'harmonium.\nIl n'aurait pas eu besoin de recourir aux nombreux harmo-\nniques dont sont accompagnés les sons de cet instrument, et\nl'action du deuxième lui-même (harm. 3) apparaît déjà presque\nsurérogatoire, pour que l'analyse de la combinaison sonore\nainsi formée pût expliquer surabondamment la prépondérance\npossible de ce son 1, résultant et fondamental.\nExaminons le premier intervalle de M. Riemann,\n(7) —Sol(12), en considérant seulement son harmonique 2"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.29", "texte": "21 8\nLE MERCURE MUSICAL\n\nou octave, SI bémol (14) Sol (24), et son harmonique 3 ou\nquinzième, FA (21) —Ré (36), —et en nous souvenant tou-\njours que, ici comme partout ailleurs, les chiffres ne représen-\ntent rien autre chose que le nombre des vibrations de chacun\nde ces sons, pour un temps donné, le même pour tous. Chaque\nfois que nous rencontrerons le son 1, nous lui donnerons son\nnom Do.\ni° Intervalle : Y-\nSons résultants : 12 7=5 ; 7 5=2 ; 5 2 =3;\n3 2=l [Do). 7—3= 4; 5 4=l {Do). 7 I=6;\n6 5 = i (Do). 4 3=i {Do). 12 2=10; 12—3 =9;\n10 —9 = 1 {Do). 12 4=B; 9 B=l {Do). 8 7=l\n{Do)...\nEn continuant, nous obtiendrions 11 fois le son comme\nson résultant possible.\nAvec le premier harmonique, ses sons résultants propres\net ceux trouvés pour l'intervalle, nous aurions :\n20 Harmonique 2 : ff.\nSons résultants : 24 14 = 10 ; 10 9=l\n14 —s= 9; 9—B = 1 (Do). 24 5=19; 24 4=20;\n20 19= 1 {Do). 14 3=ii; 11 10=1 {Do). 12 —ll = 1\n{Do), etc.\nEt avec le second harmonique et les sons primaires ou résul-\ntants précédents :\n3° Harmonique 3 : ff.\nSons résultants : 36 —2l == 15 ; 15 —l4 = 1 (Do). 21\n5=16;16 15 = 1 (Do). 21 3= 18 ; 19— 18= 1 (Do).\n21 20 = 1 (Do), etc.\nEn réalité, l'ensemble de la combinaison sonore donnerait\n35 possibilités, diversement redoublées par les harmoniques,\nd'un Do (1) son résultant, lequel est produit ici, en particulier,\nplusieurs fois rien que par les sons primaires de l'intervalle,\nleurs deux premiers harmoniques et les sons résultants de\npremier ordre, comme il est facile de s'en rendre compte :\nIntervalle : ; son résultant de ier ordre :5.\nHarmonique 2 : fi ; son rés. de ier ordre : 10.\nHarmonique 3 : ff ; son rés. de icr ordre : i 5.\nDou . 15 14 1 (Do) ; (21 —5) —l5 = 1 (Do) ; 10\n(14 —5) = 1 (Do) ; 10 (21 12) = 1 (Do) ; (24 —7)— 16\n= 1 (Do) ; 7 (21 i 5) = 1 (Do).\nOn ne peut pas être étonné, non plus, que M. Riemann ait\nentendu le Do (1) renforcé et prédominant pour l'intervalle SI\nbémol(7) Ré(9). En considérant seulement ces sons pri-\nmaires, leur octave (harm. 2) et les sons résultants de premier\nordre, on obtient :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.30", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n219\n\nIntervalle : ? ; son rés. de ier ordre :2 ;\nHarmonique 2 : ff ; son rés. de ier ordre :4.\nD'où : 7 4=3; 4—3=l 14\n9= 1 (-Do). 7 2= 5; 5 4=l (-Do). 14\n4= 1 (.Do). 18\n11\ni 5\nEt quand, un peu plus loin, M. Riemann déclare: «... l'in-\ntervalle SI bémol(7) —La bémol (i 3) donna, au lieu du £O/(6),\nle son Do (1 ) avec une telle force qu'il dominait de beaucoup\ntous les autres ; en même temps le son mi (5) avait une très\nforte intensité », on serait plutôt surpris du contraire.\nEn effet, pour l'intervalle -v, on a immédiatement : i 3\n7=6; 7 6=l (Do) ; 6 i=s ; et, en considé-\nrant le seul harmonique 2 des sons primaires, c'est-à-dire ff,\non obtient :14 —l3 = 1 (Do) ;26\n(Do) ;14—6 = 8;8 —7 = 1 (Do) ;12 7= 5 (mi) ;13\nB=s (mi) ;14\nCette observation de M. Riemann atteste précisément l'ac-\ntion réelle des sons résultants d'ordre subalterne, favorisée par\nla nature de l'instrument employé. Le rôle efficace des harmo-\nniques mordants de l'harmonium est, en outre, confirmé par\nl'expérience suivante, où M. Riemann ne fut pas moins « frappé »\nde rencontrer les sons FA dièse (11) et La bémol (i 3) d'une\nremarquable intensité, parmi les sons résultants de l'intervalle\nmi(b) SI bémol(7).\nEn laissant de côté les diverses causes d'un (1) éner-\ngique possible, on a, en effet :\nIntervalle : {.\nSon résultant de ier ordre :7—5 =2.\n» » 2° » : 5\n» » 3e » : 3\nHarmonique 2 : ts.\nSon résuit, de ier ordre : 14— 10 =4.\nHarmonique 3 : fs-\nHarmonique 4 : ff.\nD'où : 15 —2= 13 (La bémol) ; 15 4=ll (FA dièse) ;\n14 —3 =ll (FA dièse) ;14 —l= 13 (La bémol) ;21\n(FA dièse) ; 28 - 15= 13 (La bémol).\nLa présence de ces deux sons apparaît certes assez justifiée\npour n'exiger aucune interprétation supplémentaire. Cependant\nM. Riemann déclare que, « au point de vue qui l'occupe et qu'il\nadmet, ils devraient provenir respectivement, en qualité de\ninférieur commun, des intervalles H et M», dont les sons\nrésultants de premier ordre sont 22 et 26. Les sons FA dièse (11)"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.31", "texte": "220\nLE MERCURE MUSICAL\n\net La bémol (i 3) entendus seraient ainsi des sons résultants de\n5e ordre des harmoniques 11 et i 3 des deux sons de l'inter-\nvalle |, et M. Riemann est obligé de convenir « que leur\nintensité observée serait alors inexplicable ». Surabondamment\ninutile ou superflue, l'interprétation de M. Riemann est donc,\npar surcroît et de son propre aveu, démentie par sa propre\nexpérience ; tandis que précisément cette « intensité obser-\nvée » s'expliquerait fort bien, au contraire, par le voisinage,\nplacé entre les sons 11 et i 3, du son 12, faussement dénommé\npar Helmholtz « son résultant a», et lequel, produit,\nen réalité, par le son résultant de ier ordre et l'harmonique 2le\nplus aigu (14— 2 = 12), est particulièrement apte à favoriser la\nperception des deux sons à lui contigus, en renforçant ceux-ci.\nOn n'en finirait pas, s'il fallait relever, un à un et par le menu,\ntous les étonnements de M. Riemann et montrer que leur\ncause est toujours d'une élémentaire simplicité. La besogne\nserait fastidieuse et sans fruit* Mais on en sait assez déjà sur\nses expériences, pour pouvoir se demander où M. Riemann\nveut en venir. Il nous avait promis des « sons inférieurs » ; il\nnous offre des « sons résultants». Ce n'est pas tout à fait la\nmême chose.\nDans sa Logique musicale, M. Riemann nous avait parlé de\n« sons inférieurs » produits dans « notre sensation », comme\ninéluctable conséquence de l'audition d'un son simple. Il nous\nprésente maintenant un « son inférieur commun », existant\n« dans l'onde sonore venant frapper l'oreille » en tant que son\nrésultant d'un intervalle de deux sons Ce « son\ninférieur commun », devant faire toujours 1 vibration par\nrapport aux sons de l'intervalle exprimé sous sa forme irré-\nductible, doit donc aussi, le plus souvent, être un « son résul-\ntant » d'ordre subalterne. De la p irrécusable de ce son\nrésultant 1 dans l'onde sonore, M. Riemann conclut à son\naudition constante et infaillible et à son efficacité essentielle\nen qualité de « son inférieur ».\nNous retombons dans les hypothèses et nous nous rappro-\nchons de von Œttingen. Il n'est pas très commode, au surplus,\nde démêler ce que M. Riemann entend par « son inférieur ».\nIci, c'est le plus grave de tous les sons résultants possibles d'un\nintervalle de deux sons complexes qui devient leur « son\ninférieur commun », c'est-à-dire le « » de von\nŒttingen.\nMais M. Riemann continue ses expériences et est de nouveau\n« frappé » par un autre « phénomène, le plus important » de\ntous ceux observés jusque-là.\nEn faussant progressivement la tierce mineure (5)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.32", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n221\n\nSol(6), il entendit, outre le son résultant (i), un autre son\ncorrespondant à un si ou à un Do bémol, bref, « un son double\n(P. 6, § 3.) (Doppellon)formant un intervalle douteux, mais un\nintervalle. »\nIl saute aux yeux que ni l'un ni l'autre des sons, constituant\ncet « intervalle » équivoque de demi-ton diatonique ou chro-\nmatique, ne peut être le plus grav de tous les sons résultants\npossibles de l'intervalle primaire faussé car le son le plus\nproche du son i est le son 2, et le seul « intervalle » praticable\nentre eux est l'octave (*).\nLa réalité de cet « important phénomène », néanmoins, n'est\npas invraisemblable et pourrait assez bien s'expliquer par les\nsons résultants de l'intervalle faussé.\nPrenons, comme tierce mineure (f), un si de 480 vibrations\net un Ré de 576 vibrations, dont le son résultant le plus\ngrave (1) serait un Sol de 96 vibrations. Si nous diminuons le\nRé de 1 vibration, nous aurons l'intervalle faussé (480)\nRé (575), dont le son résultant de premier ordre est un Sol (trop\nbas) de 95 vibrations.\nNégligeant provisoirement les harmoniques, nous obtenons\nles sons résultants d'ordre subalterne :\n480\n575\n480\n385\n290\n195\n190\nCes deux Soldifférents (195 et 190) sont trop rapprochés\npour un intervalle de seconde chromatique ; et d'ailleurs, ils ne\ncorrespondraient pas, ici, pour la hauteur absolue, au « son\ndouble » si (ou Do bémol) et Do, entendus par M. Riemann\navec la tierce mi Sol.Quant aux sons 95 et 100, acceptables\npour la hauteur absolue, ils correspondraient, dans l'expé-\nrience de M. Riemann, à un « double son » ou intervalle Do\ntrop bas et Do dièse.\nMais, parmi les sons résultants possibles, nous avons aussi\nle son fa dièse (90), et, en outre, examinant de plus près la\ncombinaison sonore, on remarque que les harmoniques de l'in-\ntervalle faussé donneront respectivement, pour son résultant\nde premier ordre, les harmoniques consécutifs du son résultant\nde l'intervalle, c'est-à-dire la série des sons :\n95\nD'autre part, les sons de l'intervalle faussé, et ses sons résul-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.33", "texte": "222\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntants d'ordre subalterne que nous avons trouvés, nous four-\nnissent la série des sons :\nioo\nEn comparant les deux séries, on constate entre les termes\ncorrespondants une différence constante de 5 vibrations, pro-\nduisant chaque fois 5 battements. L'action effective de ces 5 bat-\ntements accumulés apparaîtrait amplement justifiée et capable,\nconformément aux expériences de Helmholtz, de rendre per-\nceptible, en le renforçant fortement, un des sons résultants\npossibles de l'intervalle, faisant une différence de 5 vibrations\navec le son résultant de premier ordre, soit : 95 - 5\nc'est-à-dire la fa dièse(9o) que nous avons reconnu tout à\nl'heure.\nOn obtiendrait ainsi pour l'intervalle faux (480)\nles sons fa dièse(9o) et Sol(95) trop bas, dont la hauteur, sinon\nl'exacte justesse, correspondrait bien aux sons entendus par\nM. Riemann pour la tierce mi(5) (6) faussée.\nM. Riemann ayant apprécié ces sons d'après l'oreille et hési-\ntant lui-même entre un si ou un Do bémol, le « très important\nphénomène » serait ainsi suffisamment expliqué. Mais une re-\nmarque non moins « importante », c'est que le (90)\net le Sol (g 5) obtenus ne se rencontrent ni Vun ni Vautre dans la\nsérie indéfinie des « sons inférieurs » respectifs des sons de\nl'intervalle si (480) et Ré(575).\nSi, au lieu de baisser le son aigu, on élevait le son grave de\nl'intervalle, on aurait pareillement, par exemple pour la tierce\nfausse si (481) Ré les sons Sol (95) trop bas et fa dièse\n(89) aussi trop bas, lesquels, pas plus que les précédents,\nn'existent ni Vun ni Vautre,parmi les « sons inférieurs » des\nsons de l'intervalle émis.\nCependant, quoique la production et la perception de deux\nsons de cette hauteur soit au moins vraisemblable, nous devons\nrenoncer à expliquer ainsi le résultat de l'expérience de\nM. Riemann. En effet, nous avons diminué le son aigu de l'in-\ntervalle de 1 vibration pour 576, ou élevé le son grave de 1 vibra-\ntion pour 480. La différence est excessivement minime. Or,\nM. Riemann déclare que, « quand l'intervalle est faussé d'une\ndifférence très petite, le son résultant se résout souvent en batte-\nments réguliers faciles à compter », et c'est seulement « quand\nl'altération est plus grande, sans toutefois l'être assez pour\nrapprocher l'intervalle faussé d'un intervalle différent de l'in-\ntervalle originel », que le susdit « son double » est perceptible.\nSi nous altérons la tierce observée (fil) de deux vibrations,\nnous obtiendrons de la même manière, pour l'intervalle faux\nsi (480) Ré (574), les deux sons FA (84) et Sol (94) trop bas,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.34", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n223\n\nqui ne correspondent plus à l'intervalle de seconde mineure\nformé par le « son double » entendu de M. Riemann.\nSi l'altération est de 3 vibrations, nous obtiendrons, pour\nl'intervalle faux si(480) Ré(sy3), les deux sons\n(78) et Sol bémol(g3) trop hauts, qui forment entre eux une\ntierce mineure fausse et ne correspondent plus au « son\ndouble » observé.\nA mesure que nous augmenterons l'altération, la distance\naugmentera entre les deux sons obtenus ainsi, lesquels pour-\ntant sont : le son résultant de premier ordre de l'intervalle et\nle son résultant subalterne d'in qui, seuls,\ncorrespondent quelquefois à la hauteur, indiquée par M. Rie-\nmann, pour le « double son » grave par lui perçu.\nMais, si nous examinons, par exemple, l'intervalle faussé de\n3 vibrations : si (480) —■ Ré (573), nous obtenons, avant tous\nles autres, les sons résultants :\n573 4BO =93 ou Sol bémol trop haut.\n480 <:)3 = 387 ou Sol naturel trop haut.\n573 387 lB6, octave du S déjà trouvé.\nCes deux sons : Sol bémol et Sol trop haut, correspondent à\ntrès peu près,pour l'intonation, au « son double » de M. Riemann,\nmais pas pour la hauteur absolue. Même en admettant que les\ndeux Sol bémol se confondent à la hauteur déterminée par 186\nvibrations, (ce qui est déjà arbitraire et plutôt opposé à la\nréalité), entre ce Sol bémol(186) et le 50/(387), il n'y a pas\nun « intervalle » de seconde mineure, mais bien\naugmentée. L'expérience journalière, autant que les erreurs\nde Tartini sur ce point, démontre que l'appréciation de la\nteur absolue des sons résultants est extrêmement incertaine,\nquand on ne s'aide pas de résonateurs dont le son propre est\npréalablement déterminé et connu. M. Riemann ayant jugé\nd'après l'oreille, on ne peut guère s'étonner qu'il ait pu se\ntromper à cet égard, comme tout le monde à sa place, et son\ninsistance à reconnaître, dans son « double son », un\npermet à peine d'en douter.\nEnfin, pas plus que ceux obtenus précédemment d'autre ma-\nnière, ces deux sons n'existent, parmi la série\ndes « sons inférieurs » de chacun des sons de l'intervalle émis.\nCette « importante » observation d'un particulièrement im-\nportant phénomène semble ainsi réalisée avec uneméthode si su-\nperficielle et négligente, que les expériences de M. Riemann\nnous feraient presque regretter ses syllogismes. Du moins, est-il\nassez malaisé d'y découvrir un rapport éventuel avec le « son\ninférieur commun » défini plus haut par l'observateur. Aussi,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.35", "texte": "224\nLE MERCURE MUSICAL\n\nlorsqu'on arrive aux conclusions qu'en déduit celui-ci, c'est tout\njuste si on en croit ses yeux.\n« Ce phénomène (le double son-intervalle) ne peut s'expli-\nquer que par ce fait, déclare M. Riemann, qu un «\nrieur » de l'un des sons de 1 intervalle émis se tiouve ties\nvoisin d'un « son inférieur »de l'autre son de l'intervalle émis,\nmais cependant pas assez près de ce second « son inférieur »\npour apparaître en tant que tel. Peut-êtie cela se passe-t-il à\npeu près de telle sorte, que deux fibres voisines de la membrane\nbasilaire sont excitées par les et qu on\néprouve l'impression d'une espèce de son double. » (P. 6.)\nIci, comprenne qui pourra ! Nous avons rencontré déjà\ndeux définitions du « son inférieur ». Dans la Logique musi-\ncale, il résultait de la vibration « par influence » d'une fibre de\nla membrane basilaire, sous l'action d'un son émis, simple ou\ncomplexe. C'était un phénomène subjectif, provoqué dans la\n« représentation » par la sensation inconsciente. Ce n est donc\nplus de lui qu'il s'agit, puisque M. Riemann cherche à prouver\nmaintenant « l'existence objective des sons inférieurs dans\nl'onde sonore venant frapper l'oreille ». Enfin M. Riemann\nnous a présenté tout à l'heure un autre « son inférieur »,\naux deux sons d'un intervalle, produit dans la\nsensation par un son résultant d'ordre souvent subalterne,\nlequel, en tout cas, est nécessairement de tous\nles sons résultants possibles de l'intervalle émis.\nM. Riemann nous parle à présent « d'un son inférieur\nVun des sons de l'intervalle » assez voisin « d'un son inférieur\nde l'autre son de l'intervalle » pour former avec lui un « double\nson » de seconde mineure diatonique ou chromatique. D'où\npeuvent respectivement provenir ces deux « sons inférieurs »\ndistincts et décidément autonomes ? Ils ne peuvent avoir une\n« existence objective » autre part que dans la série complète des\nsons résultants possibles de l'intervalle.\nNous savons que le nombre de ces possibilités est limité, et\ndéterminé par l'expression irréductib du rapport de vibrations.\nDénuée d'harmoniques, une tierce mineure f donnera 5 sons\nrésultants distincts, les sons i, 2, 3, 4et 5. Une tierce mineure,\ncomposée de deux sons faisant 5o et 60 vibrations, donnera\négalement 5 sons résultants distincts et pas un de plus, et ils\nferont alors 10, 20, 30, 40 et 5o vibrations respectives dans le\nmême temps. Accompagné d'harmoniques, le même intervalle\nne donnera, grâce à ceux-ci, en fait de sons résultants\nque des sons plus élevés et multiples d'un ou de plusieurs des\npremiers.\nNous savons aussi que les « sons inférieurs » font 2, 3, 4)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.36", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n225\nLE MERCURE MUSICAL\n\netc. fois moins de vibrations que le son aigu fondamental, c'est-\nà-dire en nombre correspondant à la série arithmétique des\nsous-multiples du nombre de vibrations dudit son fondamental\nplus aigu.\nOr, pour que l'expression d'un rapport de vibrations soit\nirréductible, il faut que les termes en soient premiers entre eux.\nSi les deux termes sont des nombres premiers, comme | (quinte\ndiminuée) par exemple, l'unique « son inférieur » de l'un ou\nl'autre son de l'intervalle, qui puisse exister dans la série com-\nplète des sons résultants, est le son i, c'est-à-dire un « son\ninférieur » faisant \\ et £ du nombre de vibrations respectives\ndes sons de l'intervalle, et, dans ce cas, l'impossibilité d'un\n« son double » quelconque, entre « sons inférieurs », est pé-\nremptoire.\nSi l'un des deux termes seulement du rapport exprimé est\nun nombre premier (par exemple, tierce mineure), pour le\nson de l'intervalle représenté par ce nombre premier, l'unique\n« son inférieur » trouvable dans la série des sons résultants\npossibles sera le son i, et le « son inférieur » éventuel le plus\nvoisin se trouvera à une distance d'octave, car il ne pourrait\nêtre que le son 2.\nEnfin si, tout en restant premiers entre eux, ce qui est obli-\ngatoire, les deux termes du rapport irréductible ne sont pas\ndes nombres premiers, on pourra rencontrer, dans la série des\nrésultants possibles, deux sons correspondant à des « sons\ninférieurs » de chacun des sons de l'intervalle et assez voisins\nl'un de l'autre. Pour la tierce mineure pythagoricienne par\nexemple, La (27) Do (32), on trouvera, parmi les sons\nrésultants subalternes de 7e et 8e ordre, les sons (8), « son\ninférieur 1 » de D0(32), et (9), « son inférieur | » de\nLa(27). Mais ces deux sons forment un intervalle de seconde\nmajeure, et, ni pour le rapport du « son double », ni pour\nl'intonation, ni pour la hauteur absolue, ils ne correspondent\naux sons indiqués par M. Riemann.\nM. Riemann déclare avoir entendu, pour la tierce mineure\nmi(5) Sol(6) faussée, le son (1) et un son incertain\nbémol ou si.Selon qu'on altère l'intervalle en abaissant le son\naigu ou en élevant le son grave, le Do (1) faisant toujours\nou 5 fois moins de vibrations que le son le plus grave de\nl'intervalle, ou 6 fois moins que le son aigu, on ne pourra\nobtenir un « son double » analogue que, seulement et exclusi-\nvement quand, les deux termes du rapport irréductible demeu-\nrant premiers entre eux, le terme qui exprime le nombre de\nvibrations du son le plus grave de l'intervalle sera en même\ntemps un multiple de 5, ou le terme exprimant le son aigu,\n\n15"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.37", "texte": "226\nLE MERCURE MUSICAL\n\nun multiple de 6. A cette seule condition, un des facteurs du\n« double son » correspondra à la hauteur absolue du Do (i)\npar rapport à l'un ou l'autre son de l'intervalle. Il faudra, en\noutre, que les deux « sons inférieurs », pouvant exister parmi\nla série des sons résultants possibles, soient assez voisins pour\nformer un « son double » ou intervalle de seconde mineure,\nreprésenté par un rapport de vibrations pouvant varier entre\nfi et ff environ. Tout cela n'arrivera naturellement pas sou-\nvent ensemble, si l'on songe que la marge d'altération est fort\nlimitée, l'intervalle faussé devant être plus petit qu'une tierce\nmineure et plus grand qu'une seconde majeure.\nJ'ai fini par découvrir un intervalle remplissant toutes ces\nconditions. Il y en a peut-être d'autres, mais pas beaucoup. La\ntierce diminuée si dièse (12b) Ré (144) contient, parmi ses\nsons résultants possibles, les sons (25), « son infé-\nrieur j » de si dièse (i 25), et Sol (24), « son inférieur g-» de\nRé (144). Pour la hauteur absolue ou relative, ces sons corres-\npondent parfaitement au « double son » de M. Riemann. Ala\nvérité, ils n'apparaissent guère qu'en qualité de sons résultants\nde 10e ou 12e ordre au moins, ce qui, à priori, autorise mal à\nleur accorder une intensité comparable à celle observée par\nM. Riemann. Il est de plus en plus probable que M. Riemann,\njugeant d'après l'oreille, s'est trompé d'une octave, ainsi que\nnous l'avons supposé plus haut.\nAdmettons, néanmoins, cette intensité suffisante. Il s'ensui-\nvrait simplement que, parmi la masse des sons résultants d'un\nintervalle faussé, on en peut accidentellement rencontrer deux,\ncorrespondant respectivement à quelqu'un des sons dits « infé-\nrieurs », et il n'y aurait alors rien d'invraisemblable, en somme,\nà ce que « deux fibres voisines de la membrane basilaire\npussent être excitées par ces deux sons » voisins, mais distincts.\nMais qu'a voulu exprimer M. Riemann, en disant que « l'un\nde ces deux sons inférieurs, voisin de l'autre, n'en était cepen-\ndant pas assez rapproché pour apparaître en tant que tel » ?\nS'il devait « apparaître » ainsi, il serait le « son inférieur\ncommun », le plus grave de tous les sons résultants possibles,\net, pour un intervalle exprimé par son rapport irréductible, ce\nserait le son 1 ; à savoir, pour l'intervalle que nous venons\nd'examiner, si dièse (i 25) Ré (144), un Do (1), et, pour\nl'intervalle de M. Riemann identiquement altéré,\nun Fa bémol.\nL'un ou l'autre facteur du « double son » n'en est guère\nrapproché, car ce « son inférieur commun » serait respective-\nment leur « son inférieur » -aV et ,le « son inférieur » j-fs et\njh des sons de l'intervalle, et il resterait imperceptible autre-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.38", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n227\n\nment que sous la forme de i battement par seconde, pour des\nsons de cette hauteur absolue.\nIl semble donc bien difficile de saisir la pensée de M. Rie-\nmann en cet endroit, et de comprendre quel bénéfice en peut\nretirer sa théorie des « sons inférieurs ». On ne sait même\nplus au juste ce qu'il entend par « son inférieur » et comment\nil en veut déterminer la présence objective dans l'onde sonore.\nC'est d'abord le « son inférieur commun » de deux sons, le plus\ngrave de tous les sons résultants possibles d'un intervalle, pro-\nduit par un son résultant de premier ordre ou d'ordre subal-\nterne ; ensuite, c'est le « son inférieur » son de l'inter-\nvalle, rencontré au hasard des sons résultants d'ordre éloigné,\net non plus le plus grave de la série possible. Le tout estimé\nd'après l'oreille, expérimenté au jugé sur un instrument\nexceptionnellement riche en harmoniques et en sons résultants,\net dont l'emploi eût exigé le plus soigneux contrôle et une cri-\ntique attentive.\nJusqu'à présent, en fait de « sons inférieurs », M. Riemann\nnous a montré des sons résultants d'origine et d'ordre divers.\nDans l'ensemble du phénomène sonore, il les a choisis à son\ngré, tantôt ici, tantôt là, et, malgré cette commodité, il ne\nnous en a jamais fourni qu'un à la fois pour chaque son ou,\nmême, intervalle émis, lesquels se trouvaient naturellement\nparmi les harmoniques supérieurs de ce son résultant qualifié\n« inférieur ». A. von Œttingen en avait déjà fait tout autant\nsans harmonium. Nous ne sommes pas plus avancés. Que les\nsons d'un intervalle quelconque correspondent respectivement\nà tel ou tel harmonique supérieur d'un et parfois de plusieurs\ndes sons résultants de cet intervalle, personne n'en put jamais\ndouter et ne songe à le contester. On attendait de M. Riemann\nqu'il démontrât « l'existence objective » de la série des « sons\ninférieurs » d'un seul et même son, de cette série complète,\nou plutôt indéfinie, que la Logique musicale nous assurait\naccompagner tout son simple ou complexe, et « exister réelle-\nment dans notre représentation », suscitée par « notre sensa-\ntion inconsciente ».\nOn l'attend toujours.\n(A suiv\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nBASLIANA\n\nDans une publication dont la musique est le prétexte, et qui n'a pour\nmotif réel qu'un arrivisme le plus candidement cousu de fil blanc, un en-\ntrefilet honteux, dissimulé parmi les « informations »de la dernière page\ntenta de diffamer le Mercure musical,en des termes de cuistre pédant et\ncousin de Basile. J'ignore sur quelle pelle, avec quelle cendre et quel\nbalai seront relevées ces déjections d'une rate enfiellée, quand on aura\namassé le courage inaccoutumé, nécessaire à les déposer sans tartuferie\nambiguë. Sera-ce correction ou correctionnelle ? N'importe ;et je n'ai\npas non plus l'intention de faire de la réclame gratuite àun canard qui en\nserait trop content. Mais j'oserai garantir à son directeur responsable que\nnulle jalousie ne nous saurait paraître plus flatteuse que celle exhalée du\nflux verdâtre de sa bile. Ce personnage officieux ou quasi, apparenté en\nantichambre auguste, appartient à une dynastie naissante à propos de\nlaquelle un compositeur éminent, qui professe au Conservatoire ou ailleurs,\nopinait : « Ils sont deux : l'Abel et la bête. »Ce verdict rigoureux, à vrai\ndire, ne se justifierait pleinement que par rapport àce qu'on est convenu\nd'appeler la culture ou bien l'intelligence, au sens propre du terme, et,\ntout particulièrement, au point de vue musical, car, en dépit de la\nplus crasse ignorance en la matière, son objet réussit avec astuce àse faire\noctroyer la charge d'enseigner les annales de l'art sonore aux studieuses\ngénérations, dans un établissement illustre et national. Les frais inhé-\nrents à la création d'un tel poste, une trentaine de mille francs, dit-on,\nfurent gracieusement souscrits par un honorable industriel, sans doute\nabonné du journal et de qui, malgré le piteux dénouement, ce beau geste\nsouligne des préoccupations élevées et assurément méritoires entre toutes.\nIls ne sont pas légion, ailleurs qu'en Amérique, ceux capables d'une aussi\ndésintéressée munificence. Depuis, ledit canard est surtout consacré à\n1 édition dun cours inénarrable, au moyen de quoi son auteur aspire\nhypocritement à une immortalité spéciale, servile autant qu'infatigable à\nflagorner quiconque est influent ou relationne tant soit peu : Ictbor itnppo-\nbulus omnia vincit. Cette exploitation de la presse, au profit d'une ambi-\ntion gonflée de vent, ne regarderait personne, en somme, hormis les deux\nou trois cents abonnés réunis en cinq ans d'existence, raccolés chez les\nsous-préfets et dans le monde des fonctionnaires, si, outre le maigre\ntribut levé sur leur file soumise, ce pseudo-musico-torche-cul n'émargeait\npour 500 livres annuelles au budget alimenté par de trop résignés contri-\nbuables. On ale bras long ou on ne l'a pas. Or, on l'eut assez, par surcroît,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n229\n\npour qu'un tripot célèbre estimât utile ou malin d'arroser une aussi clair-\nsemée plate-bande d'abonnements de la pluie périodique et jaune de\nmonacos tombés d'un ciel d'azur. On l'eut assez pour imposer son ignare\nsottise à un collège de savants contraints à cette humiliation d'avaler la\ncouleuvre rampante et, certes, plate à souhait, devant tous les puissants,\npour pouvoir aujourd'hui prétendre à singer la vipère. On l'eut même\nassez, en un jour de lubie distraite ou de bénévolent caprice, pour procurer\nun tout petit emploi dans l'une ou l'autre des administrations de notre\ndoux pays, à quelque artiste ingratement pourvu de la fortune ; mais on\nl'a encore et toujours suffisamment long pour démasquer la velléité d'in-\nterdire, à l'humble budgétivore obligé, de collaborer au Mercure musical\nsous menace de révocation immédiate et ruineuse. Toutefois, on procède\nindirectement: on est capon ou on ne l'est pas. On pourrait l'être moins,\nau surplus, car, grâce à l'ironie du sort, on se trouve en la situation de\nsupérieur hiérarchique vis-à-vis de l'intimidé par ricochets ; avantage, àla\nvérité, exposant son possesseur àla revanche et au contrôle de juge-\nments portés, comme ici, à l'occasion de ses fonctions. Ce salisseur de\npapier, en effet, débuta dans quelqu'un des cabinets de ministres récents.\nC'est là qu'il prit conscience enfin de soi et de sa vocation. Il y resta\njuste le temps de faire rougir sa boutonnière d'un ruban pour la destina-\ntion duquel lui-même avait promis et feint d'employer l'efficacité trop\ndémontrée de son influence en faveur d'un érudit modeste et admiré\nde tous. Il en sortit bientôt, aux prévoyantes fins d'assurer un traite-\nment de plusieurs billets de mille à l'abri des hasards fâcheux de la poli-\ntique, bombardé soudain « Inspecteur » dans un de nos Corps de l'Etat\noù son incapacité prétentieuse et gaffeuse s'était vue chahutée, naguère,\nà l'opiniâtre unanimité d'adolescents perspicaces. C'est alors qu'on voulut...\nsouffler plus haut que vous savez et qu'on perdit la boule au point de rêver\nl'lnstitut à quoi devaient conduire le canard et la chaire toute neuve instituée.\nOn eut quelques angoisses à l'endroit de celle-ci, car il ne manquait pas de\nconcurrents mieux désignés de par la compétence, —ce qui n'était point\ndifficile. L'un des plus dangereux qu'il fallut écarter comptait heureusement\nparmi les fonctionnaires subordonnés, et chacun sait de quel poids peut\npeser, en l'espèce, l'équivoque obstinée d'en-tête protocolaires sur l'angle\nd'un papier à lettres administratif et noirci d'épîtres comminatoires. Dame !\non est Inspecteur ou on ne l'est pas. C'est cet individu qui ose prononcer le\nmot « disqualifier »et qui ale toupet cynique d'en user à l'égard d'un organe\nindépendant. Celui-ci, je l'en avertis par dédain charitable, est hors de la\nportée de son bras, quelle qu'en soit la longueur'; même, il se paladilhe\nabsolument de bras bien plus longs que le sien. Nous n'avons pas besoin\nde subvention officielle ou principiculesque, ni envie d'être décorés ; nous\nne quémandons nul clandestin bénéfice, pas plus que nous ne visons quel-\nques place, émoluments ou titre en quelque Sorbonne ou ailleurs, car nous\nentendons rester libres, et le prouver en imprimant ce que chacun mur-\nmure, voire alors qu'il s'agit de membres de l'lnstitut. Nous ne nous in-\nclinons que devant le talent, fût-il dénué d'écus ou de diplômes. Nos\npages sont ouvertes à toutes convictions, aux doctrines même opposées,\nmais n'accueilleront rien que des avis sincères, et les faibles nous verront\ntoujours à côté d'eux contre l'injuste tyrannie des forts. L'arriviste en\nquestion doit sentir, ahuri, combien nos routes sont différentes. Il ne\ntenait qu'à lui de ne jamais nous rencontrer :il y a des inanités qu'on\nméprise et des attouchements qu'on évite. J'ajouterai, pour lui et ses con-\nsorts, que le Mercure musical, en ma personne, repousse leurs insinua-\ntions d'un pied qui est àla disposition d'autre chose. Les chiens aboient,\nla caravane passe.\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.41", "texte": "2 30\nLE MERCURE MUSICAL\n\nÉCHOS\nLe Dictionnaire du Conservatoire. Il ne s'agit pas du volumineux ré-\npertoire de M. Constant Pierre, où l'on peut vérifier que M. Tartempion\neut jadis une 2® médaille de solfège et possède, pour tout bagage, le titre\nd'un opéra. C'est un dictionnaire d'histoire, quelque chose comme le Fétis\nmoderne revu, diminué, considérablement aggravé et revêtu d'une autorité\nofficielle, par une sélection de professeurs et d'élèves de la seule maison où\nl'on sache l'histoire de la musique. Ce grand dessein, éclos dans le cerveau\npuissant d'un des plus savants hommes dont s'enorgueillisse notre Conser-\nvatoire, s'avéra bientôt irréalisable. «Ce n'est pas, disait cet organisateur\ninfatigable du travail d'autrui, ce n'est pas qu'ils ignorent leur métier. Non,\nils savent la musique [mieux que personne au monde. Mais l'histoire ne les\nintéresse pas du tout ! Ainsi Taffanel, oui, lui-même, ne se doute pas que\nla flûte, il y a cinquante ans, se construisait autrement qu'aujourd'hui. » Il\nfallut donc faire appel, ô honte, à quelques compétences non diplômées\npar la maison, et par suite bien suspectes : MM. A. Gastoué, A. Pirro,\nR. Rolland ; d'où sortent tous ces gens-là, je vous prie, et ne vont-ils pas\ncompromettre une oeuvre qui s'annonçait sérieuse ? Et puis le titre, par leur\nintrusion, va se trouver hors d'emploi, et c'est grand dommage. Mais on\nn'abandonne pas une aussi généreuse entreprise; on consent quelques sacri-\nfices, et l'on poursuit, de plus belle, sa chimère. M. Bourgault-Ducoudray\nse défie, et se défile? Qu'à cela ne tienne! Nous assignerons Mendelssohn à\nM. Rabaud, et le xvie siècle àM. Hillemacher (lequel des deux ?ou tous les\ndeux ? peu importe : leur compétence est égale, car tous deux sont prix\nde Rome), « J'ai beaucoup étudié le xvie siècle,depuis 3 ans », disait récem-\nment, àun de nos amis, l'un ou l'autre de ces frères qui se mettent à deux\npour avoir du talent. Mais, vraiment, comme on a montré un sot en-\ngouement pour ces gens-là ! Tenez, j'ai là les publications d'un certain\nExpert, on me les a prêtées ; je n'ai pas tout lu d'ailleurs. Mais l'étrange\nmanie de cet homme, de s'intéresser à des œuvres sans harmonie! Sans\nharmonie ? Oui, vous ne les connaissez pas, jelevois, et vous avez bien\nraison. Mais ce n'est que du contrepoint, ce n'est pas de la musique. Ce-\npendant l'orchestre moderne, celui de Wagner en particulier, n'est-il pas\nfondé sur le contrepoint? Ah !ce n'est pas la même chose, c'est un autre\ncontrepoint. Comme on est heureux, au sortir de là, de trouver un de ces\naccompagnements de guitare en arpèges bien consonants, vous savez, ces\nchansons du xvne siècle ? Pardon, je croyais que ces accompagnements\nétaient écrits pour luth, et en accords plaqués. Luth ou guitare, même\ninstrument. Arpèges ou accords, même procédé. Oh non! ce xvie siècle! Je\nvais surtout étudier et critiquer comme ils le méritent les deux auteurs les\nplus caractéristiques de cette époque : Dufay et Hassler. Ah ! Pour\nmontrer, avec le premier, les origines, au xve siècle, et avec l'autre, la déca-\ndence, au début du xvue ? Mais non, mais non, ils sont du xvie tous les\ndeux, ou du moins ils ont ce style. J'ai lu leurs œuvres, Monsieur, ils écri-\nvent tous les deux à quatre parties. >»\nLe dictionnaire promet, on le voit, d'être digne de celui qui le conçut,\net du Conservatoire qui aura été son berceau. Fétis sera un modèle de sé-\nrieux, de méthode et de perspicacité auprès de ce qu'annoncent ces prémi-\nces. Et l'on saura enfin de quoi est capable un musicien lauréat, lorsqu'il\ndaigne, entre deux drames, mettre la main à l'histoire de son art.\nL'Officieux d'Académie, que l'on appelle aussi le Moniteur du Cuistre, a\nvoulu donnerune petite leçon à M.Gabriel Fauré, ainsi qu'à tous ceux qui"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n231\n\nont manifesté quelque joie à voir ce grand artiste appelé à diriger le Con-\nservatoire. « Une remise au point s'impose », déclare, en son jargon d'ln-\nspecteur subalterne barbouillé de politique, cet inestimable confrère. Et\nil poursuit, aussi grave que s'il rédigeait un rapport à quelque Incompé-\ntence officielle : « M, Fauré est un artiste de grand talent, de souffle un peu\ncourt dans la composition, mais auteur de quelques oeuvres charmantes\ncontenant la promesse et Vébauche d'une sérieuse personnalité. De lui nous\navons de jolies esquisses \\ nous attendons une oeuvre. y> S'il veut avoir une men-\ntion plus élogieuse, et arriver plus tard à l'lnstitut, l'élève Fauré devra\ndonc se mettre sérieusement au travail. Que nous importent, en effet, un\nou deux quatuors à cordes, une sonate pour piano et violon, un Requiem,\nune Bonne Chanson ? Que nous importe ce style exquis, cette sensibilité\nraffinée, cette inspiration si pure et si élevée ? Ce qu'il nous faut, c'est une\nœuvre qui pèse bien lourd aux balances de l'ennui, c'est une bonne\ntranche de pédantisme, c'est une forte couche d'imbécillité : c'est la Xavière\nde Th. Dubois, ou la Jeanne d'Arc de l'incroyable Lenepveu, tous\ndeux membres de l'lnstitut.\nNous apprenons par la suite que le directeur du Conservatoire ne pourra\nrien sur les professeurs, faute d'autorité : ils ne veulent rien savoir, et\n«le ministre lui-même, s'il s'en mêlait, serait mal accueilli ». Ce lui-même\nest épique; il vaut un discours d'inauguration, etjenele donnerais pas pour\nune sous-préfecture. Comment, en effet, un musicien écouterait-il les con-\nseils de M. Gabriel Fauré, quand M. Bienvenu-Martin en personne ne\nsaurait seulement lui faire changer une réponse de fugue ?\nC'est, on s'en doute assez, une lecture insipide que celle de Y Officieux\nd'Académie. Nous allons cependant nous l'infliger régulièrement. Il y a\nà glaner, dans ses feuilles et entre ses coquilles, assez de perles pour en faire\nun diadème à la Vanité, et un collier à la Sottise.\nA Tokio. Il existe, paraît-il, en cette ville, un conservatoire de musi-\nque, dans lequel l'enseignement est donné par des professeurs allemands. A\nlun des derniers exercices d'élèves, on a exécuté des œuvres de Pales-\ntrina et des fragments de YArlésienne de Bizet. Alors, qui jouera donc la\nmusique de scène, si délicatement émouvante, de Kesa ? Le Japonais en\njaquette et en chapeau melon est un être terrible, et il faut que nous nous\nhâtions de recueillir et d'hospitaliser sa musique nationale avant qu'il en\nait perdu le souvenir.\nAuditions d'élèves. C'est devant une salle comble qu'a eu lieu ven-\ndredi, à l'Ambigu, l'audition annuelle des élèves du cours d'opéra et d'o-\npéra comique si remarquablement dirigé par Mme Pierron-Danbé, de l'O-\npéra-comique, et M. Emile Bourgeois.\nIl faut citer d'abord Mile Curlier, qui a joué la Cavalleria avec\nM. Morati d'une façon absolument remarquable et y a montré un réel tem-\npérament dramatique. Mlle Alice Boisdon, dans Philémon9 et Baucis, s'est\nrévélée chanteuse impeccable, toute prête à aborder une de nos grandes\nscènes lyriques. MUe Lœwy, dont la voix délicieuse a ravi l'auditoire dans la\nVie de Bohême, a été bissée d'acclamation ainsi que M. de Poumayrac,\nqui a été exquis dans le rôle de Rodolphe. Ml1© Athis et M. d'Aubigné,\ndont la belle voix a fait merveille dans la romance de Carmen, Cahen,\nune dugazon pleine d'entrain, qui a détaillé très spirituellement le duo du\nMaître de chapelle avec M, Imbert, Mue Frélini, très pathétique dans la\nscène de l'église de Faust, Mme Louis Masson, une poétique Mignon, Miss\nHoltina, ravissante dans le ie* acte de Manon avec M. de Poumayrac,\nMlle Costa, une belle Dalila, Mlles Ducasse, Cottard, Biederman, Veillet,"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050715-01.1.43", "texte": "232\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nGautier, Rogers, Darthelly, Louverey, et MM. Broche et Loyer ont eu\nleur part de succès.\nMM. Morati, de Poumayrac, d'Aubigné, John Imbert et Aumônier prê-\ntaient leur obligeant concours à cette séance si artistique et si pleine d'inté-\nrêt ; ils ont été acclamés ainsi que les deux éminents professeurs, dont la\ngrande expérience fait de ce cours le premier cours de mise en scène de\nParis.\n■— M. Alexandre Guilmant, dont les auditions d'orgue sont toujours très\nsuivies, a donné une séance très intéressante jeudi dernier, chez lui, à\nMeudon, pour faire entendre les élèves de sa classe du Conservatoire.\nMM. Emile Bourdon, Auguste Barié, Auguste Bernard, Joseph Bonnet,\nAchille Philip, Alex. Cellier, Ed. Mignan, Paul Fauchet et Joseph Boul-\nnois, avec le concours de Mme Marthe Philip, pour le chant, ont été très\nappréciés et font honneur à l'enseignement de Téminent professeur.\nUne lettre de M. Houdard sera publiée dans notre prochain numéro. Nos\nlecteurs, ni lui-même, ne perdront rien pour attendre.\nPrix de Rome. Le concours s'est terminé parles attributions suivantes :\nPremier grand prix : M. Victor Gallois.\nSecond premier grand prix : M. Marcel Rousseau.\nPremier second grand prix: M. Philippe Gaubert.\nDeuxième second grand prix : M. Louis Dumas.\nComme on le voit, deux prix de Rome étant disponibles, il importait\nessentiellement d'écarter M. R. Ravel.\nMunich. Les représentations wagnériennes au Théâtre du Prince\nRégent auront lieu du 7 août au 9 septembre, sous la direction de\nMM. Mottl, Nikisch et Fischer, et comprendront la Tétralogie, le Vais-\nseau Fantôme, Tristan et Yseult et les Maîtres Chanteurs. Location à\nParis chez MM. Durand et fils.\n\nPUBLICATIONS NOUVELLES\nJ.-Ph. Rameau. Dardanus, tragédie lyrique en 5 actes et un prolo-\ngue. Paroles de Le Clerc de la Bruère. Partition pour chant et piano,, trans-\ncrite par Vincent d'lndy. Paris, Durand et fils.\nRicciotto Canudo. Le livre de la Genèse. La ix® Symphonie de Beetho-\nven. Paris, éditions de la Plume."}]}