{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_sha256": "d5756527ed42d489060bae7beb612dfea3dd91b1a83f84f796c687a9c77dbf58", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/08/01_01/bmtnabh_1905-08-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/08/01_01/bmtnabh_1905-08-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.2", "titre_corps": "AU SOMMAIRE :", "titre_sommaire": "AU SOMMAIRE :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.1", "debut_caractere": 184, "fin_caractere_exclue": 277, "texte": "AU SOMMAIRE :\nHENRY GAUTHIER-VILLARS\nPAUL GROSFILS\nLOUIS LALOY\nPAUL MAZON\nARMANDE DE POLIGNAC"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c004", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.4", "titre_corps": "SOMMAIRE", "titre_sommaire": "SOMMAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 310, "texte": "SOMMAIRE\nLouis LALOY Le Drame musical moderne. 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En redescendant\ndes cimes hautaines où nous suivions des yeux l'ascension de\nFervaal, nous avons rencontré d'abord l'effrayante dévastation\nde champs maudits, où l'on eût en vain cherché la plus humble\nfleurette musicale : car ce sol factice, ces terres rapportées,\ntoutes en plâtras et en déblais, refusent la sève même à la ronce\nou à l'ortie. Après ces terrains vagues, que les chiffonniers de\nla musique eux-mêmes ne disputent pas à M. Bruneau, il nous a\nfallu traverser un faubourg de grande ville; l'odeur des mau-\nvais parfums s'y mêlait à celle de la misère, et dans le ruisseau\ncoulait un flot douteux de mélodie venue de partout, où\nM. Charpentier, ô horreur! trempait les oripeaux fanés de sa\nprose. Mais aujourd'hui nous quittons enfin ces lieux d'abo-\nminations ; une forêt enchantée s'ouvre devant nous et nous\nappelle, nous y errerons longuement, et n'en voudrons plus\nsortir peut-être, car nous y rencontrerons à chaque pas des\nfigures plus belles que tout ce que nous avions pu imaginer, et\nqui cependant nous apparaîtront faites de la substance même\nde notre vie.\nC'est une légende que Pelléas et Mélisande, mais une légende\nprofondement humaine, dont la douceur de rêve nous est en\nmême temps familière et fraternelle. Sous leurs couronnes d'or,\net les belles robes brodées qui donnent à leurs gestes une am-\npleur si grave, ces rois et ces princes d'un royaume qui n'est pas\nde ce monde nourrissent des pensées pareilles aux nôtres : ils\nparlent comme nous, et souffrent à notre manière, simplement,\nsans maudire la destinée sournoise et formidable dont ils sont,\neux aussi, les jouets. L'amour qui les unit et qui fait leur malheur\nn'est pas cet amour inexpliqué, violent et stupide qui précipite\n\n(i) Suite et fin. Voir les numéros i, 2 et 4 du Mercure musical."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "l'un vers l'autre tant de héros de romans, de tragédies et d'o-\npéras; ce n'est pas l'amour brutal et déclamatoire qui inspire à\nLouise et Julien les délicates paroles que vous savez; ce n'est\npas davantage l'amour ignorant et rudimentaire qui saisit Sieg-\nfried devant la Walkyrie ou Fervaal aux côtés de Guilhen, cet\namour qui est une révélation, un enseignement, qui s'apprend,\navec de bonnes leçons, comme un cours de philosophie dans\nune université d'Allemagne, et que j'appellerai l'amour didac-\ntique. Non, c'est un amour né de la vie même, qui a grandi au fil\ndes jours, au gré des entretiens familiers, qui lentement, comme\nune molle vapeur insaisissable, s'est dégagé de la tendresse fra-\nternelle, qui a donné un charme inavoué à toutes les habitudes\nd'une intimité quotidienne, qui a tissé des liens invincibles entre\ndeux âmes non pas égales, mais pareilles, qui envahit l'être en-\ntier comme un poison suave et mortel, qui est déjà le maître\nabsolu lorsqu'à peine on s'aperçoit de son existence ; enfin, et\npour tout dire, un amour véritable.\nL'histoire de cet amour et de son retentissement sur les âmes\nprochaines nous est contée en une série de tableaux, dont chacun\nnous montre un moment caractéristique ou critique de cet irré-\nsistible progrès. Cette histoire nous est à tous connue et chère,\net je ne ferai pas àMaeterlinck l'injure de la redire ici en détail.\nQu'il me suffise de rappeler que le prince Golaud, le petit-fils\nd'Arkhel, le vieux roi d'Allemonde, est un homme très fort et\ntrès bon, mais un peu lourd et rude, qui ne sait pas s'y prendre,\net manie la vie avec des mains trop habituées à brandir le lourd\népieu de chasse. Il rencontre un jour Mélisande, égarée comme\nlui dans la forêt ; elle vient de loin, on lui a fait grand'peur, elle\ns'est enfuie, et sa couronne d'or, présent maudit, est tombée\ndans la fontaine. Golaud épouse cette trop douce Mélisande,\ndont il ne comprendra jamais l'âme inquiète, aimante et puérile.\nPelléas est le frère de Golaud ; il est jeune, tendre et mélanco-\nlique. Il sait parler à Mélisande, elle ne tremble plus auprès de\nlui. Us regardent tomber le jour sur la mer, depuis la terrasse\ndu château, tandis que s'éloigne sans retour le vaisseau qui a\namené Mélisande. Pelléas doit partir, mais il s'accorde chaque\njour un jour de grâce encore. Il conduit Mélisande, par les soli-\ntudes du parc immense, jusqu'à la vieille fontaine abandonnée,\netelle joue, —transparent symbole,— avec l'anneau de mariage\nque Golaud lui adonné. L'anneau tombe à l'eau, et Golaud, au\nmême moment, voit son cheval s'emporter, sans raison,\ndans la forêt; il fait une terrible chute, et nous retrouvons Méli-\nsande à son chevet, très attentive, toute troublée d'un malaise\ninconnu. C'est alors qu'en la consolant de toute sa tendresse,\nGolaud voit la petite main qu'il presse dans les siennes privée"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.5", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "de la bague des noces. Et Mélisande, d'instinct, n'ose dire où\nelle l'a perdue ; elle invente une autre histoire. Prise à sa propre\nruse, il faut qu'elle aille chercher l'anneau, tout de suite, dans la\ngrotte au bord de la mer. Pelléas l'accompagne, la mer gronde\nde vagues menaces, les nuages peu à peu dévoilent la lune, et\nl'on aperçoit, endormis contre les roches, trois vieux pauvres\nqui sont venus là pour la nuit. Mélisande a peur de cette misère\nsimple et profonde, peur et un peu honte d'elle-même : elle\nrefuse, pour sortir, la main de Pelléas.\nMais voilà que, malgré ma promesse, je suis pas à pas les dé-\ntours du récit enchanteur. Je m'égare. Jene pourrai sortir de cette\nforêt de hasards complices. Il faut que je me hâte, et cependant\nje voudrais bien m'attarder encore dans le jardin où la nuit\ntombe, tandis que Mélisande peigne ses cheveux, ses longs che-\nveux qui descendent jusqu'aux lèvres de Pelléas, comme une\némanation, un rayonnement d'elle-même, et un désir qu'elle\nignore. Je voudrais dire aussi l'inquiétude qui mord le cœur de\nGolaud, le sourd désir de vengeance qui dort en lui comme\nl'eau stagnante au fond des souterrains du château, la fatale soif\nde savoir qui le dévore au point qu'il interroge l'innocence du\npetit Yniold et ses grands yeux épouvantés du mal qu'ils pour-\nraient voir. Mais pourquoi rappeler des scènes aujourd'hui gra-\nvées en toutes les mémoires ? Donnons seulement un mot de re-\ngret à l'épisode, si subtilement mélancolique, où l'on voit Yniold\njouer tout seul près de la fontaine ; sa balle d'or reste prise sous\nune pierre qui ne se laisse pas soulever ; des moutons passent,\net bêlent « parce que ce n'est pas le chemin de l'étable » : ainsi\nse trouve indiquée une fois encore, en deux touches légères, la\ntoute-puissance de la destinée qui ne lâche pas sa proie, et nous\nentraîne où nous ne voulons pas. Et puis Pelléas arrive, tout\ninquiet de l'adieu qu'il va falloir dire, et Mélisande le rejoint,\n« hors d'haleine comme un oiseau pourchassé », et c'est alors\nseulement que, dans l'émoi du prochain départ, l'aveu de leur\namour s'échappe de leurs lèvres, presque malgré eux, comme une\nsource qui déborde. Que nous sommes loin ici des dissertations\nde Tristan et du lyrisme littéraire de tant d'amoureux de théâ-\ntre ! Et comme ces simples mots : « Je t'aime aussi, » que mur-\nmure Mélisande, nous saisissent en plein cœur !\nAu dernier acte, Golaud a tué Pelléas et blessé Mélisande qui\ns'enfuyait, sans courage devant la mort. Elle va mourir ce-\npendant, veillée par le vieil Arkhel, qui l'aime et qui a tout com-\npris, et par Golaud, toujours torturé du désir fou de savoir ce\nqui est arrivé. Mais Mélisande ne peut lui répondre, elle est\ndéjà trop loin de la vie, elle ne sait plus. Elle meurt, sans un\ncri, avec le mystère de son âme ; et Golaud mourra après"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "elle, désespéré de n'avoir pu comprendre ; une immense pitié\ndescend sur ces malheureux qui tous ont trop souffert pour\nêtre criminels : ce qui est arrivé n'est pas de leur faute, la fa-\ntalité de leur nature et des circonstances perfides l'a voulu\nainsi. Et nous, les spectateurs de ce drame cruel et si tendre,\nnous avons reconnu l'image merveilleuse : c'est l'histoire même\nde notre cœur, et nous sortons de là plus émus et plus compa-\ntissants aux misères de nos frères, vraiment meilleurs.\nEh quoi ! dira-t-on, nulle obscurité ? Pas de symbole en mal\nd'exégèse? Nulle idée morale à dégager, à grand renfort de\ncommentaires, de rapprochements et d'étymologies? Nulle théo-\ngonie à établir, nul écroulement de walhallas périmés, nulle au-\nrore de temps nouveaux, nul embrasement final, dans la gloire\nflamboyante de la religion instaurée? Non, rien de tout cela.\nCertes, chemin faisant, nous avons cueilli plus d'un symbole.\nMais ils se rattachaient tous à cette idée non pas morale, ni\nsociale, ni religieuse, mais simplement philosophique, de la\nDestinée inéluctable. On ne veut rien prouver dans\nMélisande,on nous rappelle seulement que nous ne pouvons\nchanger l'ordre des événements, que des forces, en nous et hors\nde nous,nous conduisent et nous poussent, ou plutôt, si l'on veut,\nque nos instincts profonds et les apparents hasards extérieurs\nne sont qu'une seule et même chose, un même Inconscient, un\nmême Non-moi qui vit de sa vie et nous l'impose, sans nul souci\ndes illusions de notre intelligence et des fantaisies du pauvre\nMoi qui se croit le maître. Les cheveux de Mélisande et la\nbague qui fuit de ses doigts, et l'eau stagnante, et la balle d'or\net les moutons ne signifient pas autre chose que cet empire sou-\nverain de la Fatalité. Mais on voit que ces symboles, d'ailleurs\nfort clairs, n'empiètent pas sur le caractère des personnages, ne\ndétournent en rien le cours de l'action. Onpeut ne pas les com-\nprendre ou les supprimer par la pensée, croire que la chute de\nGolaud, au moment où la bague est tombée, n'est qu'une simple\ncoïncidence, que l'eau morte des souterrains n'est là que pour\njustifier l'effroi de Pelléas lorsqu'il sent trembler la main de son\nfrère, et que la scène d'Yniold à la fontaine n'est qu'un joli\ntableau d'innocence inquiète, comme la vie nous en offre au\nmilieu de ses plus sombres aventures : on peut, en un mot,\nméconnaître tous ces avertissements de la Destinée, ne voir que\nhasard ou caprice où d'autres reconnaîtront l'œuvre d'une Vo-\nlonté mystérieuse et tenace : le drame restera tout aussi clair,\ntout aussi suivi, tout aussi irrésistiblement logique et naturel.\nDe même, notre vie de chaque jour n'est pour les esprits posi-\ntifs qu'un tissu sans épaisseur de faits matériels et d'actions\nexplicites, alors que d'autres y croient entendre des appels mys-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.7", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "térieux, et comme les mots d'un langage figuré que parle la\nNature. Le symbolisme de Pellê n'est point\nsystématique, il ne détermine pas les événements, il s'y ajoute\net leur répond comme un écho venu des profondeurs des choses.\nLoin de donner au drame une allure abstraite et rigoureuse, il\nle rapproche de la vie en le rendant ambigu comme elle : on y\ntrouve à la fois les deux côtés de l'existence, l'obscur et le clair j\nles faits les plus menus, les démarches familières éveillent tout\nà coup de sourds pressentiments, de lointaines analogies qui\ns'effacent aussitôt que notre esprit veut lés saisir. C'est bien là\nune image totale de la vie, puisque la réalité y reste toute\nbaignée de rêve.\nTrès simple est le langage où s'expriment ces sentiments,\nces intentions et ces appréhensions. Ce sont les mots de tout\nle monde, ceux que nous prononçons journellement nous-\nmêmes ; seules les circonstances leur confèrent une gravité\nqu'on ne leur soupçonnait pas. Il en va de même dans la\nvie réelle : les émotions les plus vives, les douleurs les plus\natroces, ou les extases qui ravissent, amènent sur nos lèvres\nquelques paroles, à peine liées entre elles, où l'âme se trahit.\nEn entrant dans la grotte avec Pelléas, pour chercher l'anneau\nqui ne s'y trouve pas, Mélisande pousse un cri :\nAh ! Qu y a-t-il ?—Il y a... Il y a... Oui, je les ai vus aussi...\nAllons-nous-en, allons-nous-en ! Ce sont trois vieux pauvres qui se sont\nendormis. Il y a une famine dans le pays. Pourquoi sont-ils venus dormir\nici ? Allons-nous-en, allons-nous-en ! Prenez garde, ne parlez pas si\nhaut... Ne les éveillons pas. Ils dorment encore profondément. Venez.\nLaissez-moi, je préfère marcher seule. Nous reviendrons un autre jour.\nL'effroi de Mélisande, la pitié de Pelléas, le trouble de tous\ndeux devant ces trois pauvres qu'on ose à peine nommer,\ndeviennent nôtres justement parce que les paroles nous sont\nfamilières. Et plus loin, lorsque Pelléas, debout au pied de la\ntour, enroule à ses mains et porte à ses lèvres les cheveux de\nMélisande, que lui dit-il ? Va-t-il se répandre en protestations\nenflammées, en lyriques apostrophes à la nuit, va-t-il accrocher\nune métaphore à chacun de ces cheveux blonds ? Non, il n'aura\nque des mots très simples, presque enfantins, comme ceux que\nl'on se murmure lorsqu'on vit un rêve :\nOh ! oh! qu'est-ce que c'est? Tes cheveux, tes cheveux descendent\nvers moi! Toute ta chevelure, Mélisande, toute ta chevelure est tombée\nde la tour ! Je les tiens dans les mains, je les tiens dans la bouche. Je les\ntiens dans les bras, je les mets autour de mon cou... Je n'ouvrirai plus les\nmains cette nuit !"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "Et cela suffit pour que cette scène, en sa chasteté mélanco-\nlique, soit une pure merveille de poésie vraie, je veux dire d'une\npoésie qui n'est pas dans les mots, mais dans les choses\nmêmes ; et le divin émoi qui palpite en ces vagues discours, il\nn'est pas un de nous qui ne le partage et n'y croie reconnaître\nun souvenir de sa propre vie.\nDe temps à autre seulement une image surgit, toujours neuve\net pleine de sens : c'est un de ces rapprochements inopinés,\nque l'on trouve sans les avoir cherchés, et qui illuminent d'un\nbrusque éclair nos ténèbres intérieures. Pelléas, au soir des\nadieux qui sera le soir fatal, arrive tout troublé, comme au\nsortir d'un songe, auprès de la fontaine :\nC'est le dernier soir... le dernier soir. Il faut que tout finisse... J'ai joué\ncomme un enfant autour d'une chose que je ne soupçonnais pas. J'ai joué\nen rêve autour des pièges de la destinée. Qui est-ce qui m'a réveillé tout\nà coup? Je vais fuir en criant de joie et de douleur comme un\nqui fuirait l'incendie de sa maison. Je vais lui dire que je vais fuir... Il\ntard, elle ne vient pas. Je ferais mieux de m'en aller sans la revoir... Il fau\nque je la regarde bien cette fois-ci. Il y a des choses que je ne me rappelle\nplus... on dirait par moments qu'il y a cent ans que je ne l'ai plus vue.\nEt je n'ai pas encore regardé son regard... 11 ne me reste rien si je m'en\nvais ainsi... Et tous ces souvenirs, c'est comme si j'emportais un peu d'eau\ndans un sac de mousseline. Il faut que je la voie une dernière fois jusqu'au\nf ond de son cœur. Il faut que je lui dise tout ce que je n'ai pas dit.\nC'est bien ainsi que l'on regrette un passé fait de rêves\nenchantés, qui cessent d'être coupables puisqu'ils vont finir, et\nqu'on voudrait contempler, pour la dernière fois, de plus près\nque jamais. Et c'est bien ainsi que spontanément, des images\nmontent du fond du cœur et brillent parmi nos confuses paroles\ncomme des roses dans la nuit.\n§\nLe drame de Maeterlinck est déjà, par lui-même, un chef-\nd'œuvre. Mais les beautés en sont graves, discrètes et profondes ;\nil faut, pour les sentir en toute leur plénitude, du loisir et du\nrecueillement. C'est à la lecture, et non pas à la scène, que\nl'œuvre donne tout son effet. Et même je me demande si cet\neffet serait si considérable, sans le constant souvenir de la\nmusique. J'ai peut-être trop loué le texte de Maeterlinck, et lui\nai attribué ce qui revient en propre à Debussy. Il est à remar-\nquer en effet que Pelléas et Mélisandeme paraît aujourd'hui le\nplus émouvant des drames de Maeterlinck, et que je le préfère\nmême, et de beaucoup, à A lladine ou à la formi-\ndable Mort de Tintagiles. Pourquoi cela? N'est-ce pas que les"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.9", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "mots ne parviennent plus à mon esprit qu'enveloppés des mé-\nlodies et des accords qui en ont précisé les contours et révélé le\nsens caché? Il se pourrait. Jamais aucune musique n'a suivi\nd'aussi près tous les mouvements du discours, n'a fait plus\nétroitement corps avec lui, et en même temps ne l'a prolongé\nen reflets plus vastes, plus mouvants et plus colorés. Rien\nd'étonnant si, au sortir de ce flot harmonieux, les mots restent\nencore imprégnés de lueurs, et si nous\napparaît nimbé d'une clarté magique, tandis que les autres\ndrames de Maeterlinck s'estompent en brumes flamandes.\nC'est une œuvre unique que celle à laquelle travaillèrent\ndeux poètes de génie qui l'ont pensée chacun à son tour ; et le\npoète des sons, pour être venu après l'autre, n'a pas mérité\nmoins que lui le nom de créateur : il a fait sien chaque mot,\nchaque geste, chaque détail de l'action, en y mettant toute son\nâme, plus vibrante et plus chantante que celle du premier in-\nventeur. De l'œuvre qu'on lui transmettait, il a tout aimé, et\nainsi l'a enrichie d'une puissance de vie qu'elle ne possédait\npas. Il a pénétré le mystère, dévoilé l'arcane, donné l'éclat à\nl'ombre et une voix au silence. Et son drame musical a fait\noublier le drame en prose qui l'inspira. L'auteur de\nMélisande, c'est aujourd'hui Claude Debussy, et non plus\nMaeterlinck.\nTrès simple, comme les paroles qu'elle recouvre, est la décla-\nmation. Point de conventions mélodiques, de ports de voix,\nd'arrondissements de phrases, de cadences préparées. Point\nnon plus de ces grands mouvements, de ces sauts en hauteur\ncalqués sur la rude accentuation de l'allemand, et que plus\nd'un compositeur français a imités mal à propos. Une ligne\nsouvent toute droite, et infléchie seulement aux fins de phrases,\ncomme dans l'ancienne psalmodie : image exacte de la parole\nlatine et française. Mais ces légers mouvements savent trahir,\npar leur justesse même, l'émotion la plus profonde et la plus\ncontenue. Telle est, par exemple, la fameuse lettre, écrite par\nGolaud à son frère Pelléas, et lue au vieil Arkhel, pour qu'il\ndécide ce qu'il faut faire :"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 672, "texte": "Comment traduire mieux la pitié émue et craintive inspirée\npar un être fragile, pour qui la tendresse même risque d'être\nencore trop rude ? Et cependant nous sommes ici tout près de\nla parole indifférente.\nLorsque 1 émotion est plus vive et plus directe, les accents\nsont plus marqués et plus expressifs. Quelle grâce mélancolique\ndans ces simples mots de Mélisande à Pelléas, sur la terrasse\nau bord de la mer :\nou dans sa réponse au vieil Arkhel, qui lui prédit la fin des jours\nmauvais, alors qu elle se sent déjà coupable et ne veut rien\nlivrer d'elle-même :\nEcoutez encore Pelléas chanter, lorsque les cheveux de Méli-\nsande sont venus à lui :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.11", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2105, "texte": "Ici c'est une vraie mélodie, mais dont la forme et le rythme\nsont les mouvements mêmes delà parole passionnée ; c'est une\nmélodie qui palpite d'un émoi contenu, et se reprend, et s'exalte,\net renchérit sur elle-même, en un doux et fougueux délire.\nEcoutez aussi la supplication de Golaud, qui ne voudrait\npas mourir sans le pardon de celle qu'il a jugée, et tuée :\nEt j'aurais bien envie de continuer et de dire encore la ré-\nponse de Mélisande, d'une douceur indifférente, et qui ignore.\nMais arrêtons-nous à ces accents qui supplient avec tant de\ntristesse et de simplicité. Par ces quelques exemples, on aura\npu juger que chaque émotion, et par suite chaque caractère,\ns'exprime dans la ligne même du chant, avec une précision,\nune justesse et une intensité miraculeuses, et cela, par la seule\nvertu d'une mélodie libre, modelée sur la parole, et, en\nmême temps, profondément musicale.\nEt tout ce que les personnages nedisentpas, toutes les raisons\nde leur cœur qu'ils ne s'avouent pas à eux-mêmes, toutes les\nsuggestions des choses qu'ils subissent sans les comprendre,\ntout ce qui se cache au plus profond de leur conscience, c'est la\nvivante symphonie de l'orchestre qui le révèle et le réalise.\nPar là, si l'on veut, Pelléass'apparente aux drames wagnériens,\nmais avec de si profondes différences, que vraiment c'est bien\nun nouveau mode du drame symphonique qui nous est né.\nOn peut reconnaître, au long de l'œuvre, un certain nombre de\nmotifs qui y reparaissent de distance en distance et en assurent\nl'unité. Mais d'abord ces motifs ne désignent pas, comme il\narrive chez Wagner, un objet déterminé, un heaume ou un an-\nneau, encore moins un fait accompli, malédiction ou sortilège,\nni même un personnage à l'exclusion de tout autre. Ce ne sont\npas de ces motifs-étiquettes et à rubriques, échelonnés par un\nmusicien prévoyant au sein d'une partition touffue, comme, le\nlong des sentiers d'une forêt germanique, les poteaux indica-\nteurs de la Schône Aussicht ou de la Restauration. Ici chaque\nthème ne s'applique qu'à un sentiment et ne revient qu'à l'appel\nde ce sentiment."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.12", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 633, "texte": "Voici, par exemple, un motif qui semble au premier abord\nappartenir à Golaud, puisqu'il accompagne le plus souvent\nl'entrée de ce prince et convient à merveille à sa rude et triste\nfigure (1) :\nMais un dérivé de ce même motif nous peindra les sourdes\nmenaces de la mer (2) :\nC'est qu'en réalité ce thème ne désigne pas spécialement Go-\nlaud : il exprime l'inquiétude. De même, l'agitation de la mer (3)\nsera aussi, plus tard, l'anxiété de Golaud (4):\n\n(1) Page 2 de la partition de piano, page i delà partition d'orchestre.\n(2) Pages 92 (piano) et i 32 (orchestre).\n(3) Pages 92 et 134.\n(4) Pages 253 et 375."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.13", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "De même encore, ne croyez pas que ce chant de flûte, qui\naccompagne Pelléas à son entrée (1), lui soit exclusivement\ndévoué :\nCar vous allez le retrouver, un peu modifié, au début de la\nscène de la fontaine (-2), où il exprime la tendresse mélanco-\nlique des choses et non plus d'un être :\nOn voit quel est le rôle de ces motifs : c'est de manifester les\nsentiments cachés, de rendre l'âme transparente, d'en laisser\napercevoir le fond, de dessiner, autour des paroles incertaines,\ncomme des broderies d'lnconscient révélé. Ainsi, quand Méli-\nsande répond à Golaud, inquiet de la voir si malheureuse :\n«Non, non, ce n'est pas Pelléas, ce n'est personne », involontai-\nrement se lève en son cœur le souvenir effacé des heures douces\npassées près de la fontaine (3):\nEt quand enfin les paroles graves ont été prononcées, et que\nl'aveu d'amour s'est échappé des lèvres, c'est le jardin enso-\n\n(1) Pages 3o et4o.\n(2) Pages 48 et 70.\n(3) Pages7s et 109."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "leillé qui apparaît un instant aux yeux de l'âme, tel qu'aux\njours d'espoir où tout semblait sourire (i) :\nCes motifs sont tous très courts. Ce ne sont pas, comme chez\nWagner, des phrases entières, qui se développent et concluent\npéremptoirement. Ce sont des accents extrêmement expressifs\net harmonieux, mais qui ne durent pas plus que l'émotion même\nquand elle passe aux profondeurs de l'âme, ombre évanouie\naussitôt qu'entrevue. Et ainsi l'on arrive à noter, non plus sim-\nplement quelques sentiments fixes, donnés une fois pour toutes,\net par là même conventionnels, mais les nuances les plus fines\net les plus intimes de notre vie morale. En outre, les motifs se\nmodifient aussi perpétuellement, et ne reparaissent jamais sous\nla même forme, imitant en cela l'instabilité de nos sentiments,\nqui jamais n'ont pour nous la même saveur et le même aspect à\ndeux instants de notre durée. Mais ces transformations ne ré-\nsultent jamais de l'application de quelque règle ou de quelque\nformule: elles sont toutes spontanées, impossibles à prévoir, et\ncependant si naturelles ! Chacune de ces idées musicales semble\nvivre pour elle-même, et s'épanouir librement au regard de\nson créateur ; il y a en elle une énergie germinative qui lui fait\npousser des ramifications dans tous les sens 5 on la voit appa-\nraître, puis se perdre parmi les frondaisons touffues et les\nbrumes lumineuses de l'harmonie, pour reparaître plus loin ;\net c'est elle encore, et ce n'est plus elle : c'est une fleur nouvelle,\nautre de forme, de couleur et de senteur, éclose sur la même\ndse-\nNous avons déjà vu le thème qui d'abord accompagnait\nPelléas s'alanguir au bord de la fontaine, et se voiler de regret\nau fond de la mémoire de Mélisande. Le revoici encore, mais\ncette fois c'est Golaud qui songe à cette intimité tentatrice, avec\n\n(i) Pages 221 et 333. Comparer i 35 et 206."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.15", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 509, "texte": "une âpre jalousie ; aussi devient-il sinistre, à l'image du thème\nde menace qui raccompagne (1) :\nChacun connaît la mélodie si douce qui entoure amoureuse-\nment la grâce craintive de Mélisande (2) :\nLa revoici, toute changée, toute triste, au chevet de Go-\nlaud (3) :\nEt maintenant c'est Mélisande qui dort d'un sommeil tout\nproche de la mort, et la mélodie se replie douloureusement\nsur elle-même (4) :\n\n(1) Pages 187 et 277.\n(2) Pages 34 et 46.\n(3) Pages 69 et 102.\n(4) Pages 243 et 363."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1617, "texte": "Mélisande s'est éveillée, et regarde ceux qui l'entourent avec\ndes yeux étonnés, qui déjà ne comprennent plus (1) :\nEt voici enfin la mort très douce et très paisible qui s'ap-\nproche : la mélodie expire, elle aussi ;il ne reste plus d'elle\nqu'un lambeau qui flotte en un rythme vague, et semble se\npoursuivre soi-même comme un nuage prêt à s'évanouir (2) :\nRien de plus net, de plus clair, de plus franchement mélo-\ndique que toutes ces évocations de thèmes ; et cependant on a\npu remarquer, chemin faisant, qu'ils sont souvent combinés\nentre eux ou avec eux-mêmes (3) : mais c'est là un contrepoint\nnaturel qui laisse en pleine lumière le contour des mélodies\nmêlées, et ne produit ni dureté ni obscurité d'aucune sorte. Il\nen est de même pour l'harmonie qui presque toujours enveloppe\net baigne ces motifs : on ne peut dire qu'elle en dérive ; elle vit\nà côté d'eux, les colore de ses reflets, et cependant s'accorde\navec eux comme un ciel avec un paysage.\nTout harmonieuse, et je dirais volontiers toute consonante\nest l'harmonie de Claude Debussy. Et l'on va aussitôt me\nparler de septièmes, de neuvièmes et d'altérations de la quinte.\nMais c'est là le langage de l'école, non celui de notre sensation.\nUn accord est consonant lorsqu'il nous charme par lui-même,\net n'en appelle pas impérieusement un autre à sa suite. Il faut\n\n(1) Pages 249 et 371.\n(2) Pages 278 et 403.\n(3) Autres exemples : pages 125 et 185 (la grâce de Mélisande et la ten-\ndresse de Pelléas) ; pages 58 et 84 (le thème de la rudesse de Golaud\nà la fois droit et renversé) ; pages 201 et 309 (un motif par imitation)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.17", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "nommer dissonances, au contraire, toutes les agrégations de\nnotes que l'harmonie ne suffit point à justifier, et que seul\nexcuse le mouvement des parties, amenant des retards, bro-\nderies, appoggiatures et autres licences. En ce sens, l'harmonie\nde Wagner et de ses disciples est très dissonante : aussi a-t-elle\ntoujours quelque chose de rigoureux, d'autoritaire et d'impla-\ncable ; on sent que le plaisir de l'oreille sera toujours sacrifié à\nla conduite du contrepoint et aux intérêts de la tonalité. Cha-\nque note est justiciable de ce qui précède et responsable de ce\nqui suit. L'impression du moment ne compte point ; c'est une\nharmonie de contexte et d'enchaînement. L'harmonie de Claude\nDebussy est toute de liberté. Chacun des accords qui la com-\nposent est une consonance, consonance nouvelle certes, plus\nriche et plus harmonieuse que toutes celles que nous connais-\nsions, cueillie, parmi les vibrations de la nature, avec un discer-\nnement merveilleux, mais enfin consonance qui porte en elle-\nmême ses raisons d'exister, et satisfait l'oreille au point que\nnous ne demandons rien après elle. La succession des accords\nsera donc entièrement au gré du musicien. Aucune formule de\ncadence, aucune résolution de sensibles n'en réglera la marche.\nChacun de ces accords ne sera choisi que pour sa couleur et sa\nsonorité ; le musicien gagnera ainsi des moyens d'expression\nnouveaux et inouïs. Car il pourra peindre, par un accord,\nmieux encore que par un motif, si court fût-il, des nuances\ninstantanées d'émotion. C'est ce que Debussy fait en maître, soit\nqu'il étende autour d'une mélodie la tendre résonance des\naccords de treizième et de neuvième (1),\nsoit qu'il se contente de l'accord, sans mélodie, pour nous\npeindre la somnolence calme de l'eau (2) :\n\n(1) Pages 75 et 109.\n(2) Pages 48 et 70."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 696, "texte": "ou l'oppression de toute la forêt qui semble peser sur la poi-\ntrine de Golaud (i) :\nou le doux et faible sommeil de Mélisande (2) :\nEt d autres fois les accords, au lieu d'être isolés ainsi, sont\njuxtaposés 1 un à 1 autre, mais suivant de tout autres lois que\ncelles des cadences : ils s'attirent entre eux comme des notes\nisolées, en vertu de convenances purement musicales ; et ainsi\nse forment ces mélodies d accords, qui sont à la mélodie ordi-\nnaire ce qu une ligne multicolore est à un simple trait noir.\nG est ainsi que nous est dépeinte l'anxiété de Golaud à genoux\nprès du lit de sa victime (3) :\n\n(1) Pages 68 et JOI.\n(2) Pages 243 et 366.\n(3) Pages 261 et 384."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.19", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "ou la délicieuse ivresse de sentir tombées les barrières des\nâmes (i) :\nJoignez à cela un orchestre dont rien, sinon l'audition, ne\npeut donner une idée : un orchestre sobre et clair, toujours\ncoloré, ennemi des empâtements, des lourds mélanges de\ntimbres, enfin de toute la grisaille wagnérienne ;un orchestre\nqui procède par tons francs, à la manière française, qui est\naussi celle de Berlioz et de d'lndy, mais avec une finesse de\nnuances et une légèreté de touche qui n'est le fait d'aucun de\nces deux maîtres ; un orchestre subtil et hardi, qui sait faire\nchanter le hautbois sur les flûtes, le cor sur le frémissement du\nquatuor, et ne jamais employer que juste ce qu'il faut de notes\npour sonner. Et vous comprendrez alors pourquoi Pelléas et\nMélisandeest le chef-d'oeuvre incontestable du drame musical\nmoderne, et pourquoi son charme est tout-puissant : cet art de\nlumière et de vie n'a besoin, pour être senti, d'aucune étude\npréalable, d'aucune initiation métaphysico-musicale. On peut\nerrer sans guide dans la forêt où tout chante : mille souffles de\nfraîcheur y passent, et une aube éternelle se joue parmi les\nlianes en fleurs. Aucun mot de la langue humaine ne peut tra-\nduire un enchantement qui s'empare à la fois de tous nos sens.\nEst-il besoin encore d'une conclusion ? Nous avons vu la\nlégende héroïque aboutir à une œuvre très généreuse et très\nnoble, un peu tendue et non seulement haute, mais hautaine.\nNous avons vu le réalisme échouer piteusement, et ne nous\ndonner que des ouvrages informes ou d'une fausseté odieuse. La\nlégende humaine et la musique libre ont créé un chef-d'œuvre\nimmortel. Il ne faut pas hésiter à s'engager dans la voie\nouverte. Et je sais bien ce qu'on dit aujourd'hui aux jeunes\ncompositeurs, ce que leur répéteront longtemps encore, dans\nles écoles officielles, les plus intelligents de leurs maîtres, ceux\n\n(1 ) Pages 220 et 332.\n*7"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.20", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "qui entendent parfois de la musique : « Admirez Debussy, mais\nne l'imitez pas. Couronnez-le de fleurs et bannissez-le de vos\npensées. Il a réussi, mais c'est par hasard. Ses harmonies s'use-\nront, ses procédés paraîtront ridicules en vos mains. Faites du\ncontrepoint et de la fugue, bâtissez des cantates et fermez vos\noreilles à tout le bruit de la musique contemporaine. » Ils\nécouteront en silence ces conseils, qui peuvent être sincères et\ninspirés par d'autres craintes que celle du succès d'un « jeune » ;\nmais ils ne les suivront pas. Ils sauront bien comprendre qu'il ne\nfaut pas copier Debussy, mais l'imiter *, qu'il a renouvelé à la\nfois la musique et le drame, et qu'une œuvre ne sera viable\nque si elle s'inspire de ses principes, de même qu'autrefois il\nn'y eut plus de salut, hors de la réforme wagnérienne. Ils sau-\nront répondre aussi que l'harmonie n'est pas plus variable et\nplus sujette à la mode que la mélodie, puisque les mêmes\nrègles président au groupement des sons et à leur juxtaposi-\ntion ; que si les accords de Mozart ont perdu de leur fraîcheur,\nses thèmes aujourd'hui ne se portent guère mieux, et qu'enfin\npuisque la musique, comme toute chose, est assujettie au per-\npétuel changement, mieux vaut encore plaire à son temps que\nd'écrire une langue que personne n'entend plus. D'autant qu'on\na ainsi les plus grandes chances de plaire encore à la posté-\nrité : ce sont toujours les œuvres les plus hardiment modernes\net les plus fraîches à leur apparition qui sont devenues plus\ntard les glorieux chefs-d'œuvre, à l'ombre desquels se repose-\nront les générations futures.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c033", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.6", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2050, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\n\"Y a t-il des musiciens qui croient àla musique ? J'arrive quel-\nquefois à me le persuader, quelque stupéfiant que cela paraisse.\nQue le public arrive encore à trouver quelques sensations dans\nce qui lui semble un bruit harmonieux, c'est excusable. Mais que\nl'homme du métier puisse s'enthousiasmer pour cette chose\nfactice, alors qu il en connaît si bien les détours et les formules,\ncela me semble devoir être sinon une pose, du moins une attitude\nde solidarité assez inutile. Le rôle du compositeur est de « mettre\ndedans » l'auditeur, disons : de lui procurer de douces sen-\nsations ; en est-il lui-même la dupe ?\nFormule, formule, tout n'est que formule ! Depuis la simple\nnote jusqu'aux usages extravagants qu'on en fait. Cette note,\nun bruit peu net dont la délimitation varie selon les pays, même\nselon les époques, on y a pratiqué toutes sortes de modifications\npour pervertir l'oreille. Les intervalles sont trop rap-\nprochés ; celui de quarte est un peu plus clair. Ne pourrait-on\navoir un clavier avec une gamme de cet intervalle-là, non tem-\npéré bien entendu ?\nEt les règles risibles, puériles, de la musique ! De grands\nsavants ont consacré leur vie à pondre des théories, convaincus\nde leur sérieux, accumulant des traités pesants comme Ton\npourrait aussi bien le faire sur un jeu de bâtonnets. Beaucoup\nde bruit pour rien et beaucoup de riens pour du bruit. Pauvres\nsavants qui édifient une tour sur un bruit divisé en 7 parties ;\net lorsque la gamme se divisera autrement, la tour crou-\nlera.\nEt maintenant passons en revue les différentes parties de\nl'édifice :\nI. L'harmonie. Celle-ci est fondée surles lois de la résonance\nnaturelle, mais tirées en long et en large, car que resterait-il: un\naccord, puis du bruit informe à la suite ? Bruit naturel en ce sens\nque ces harmoniques aigus entendus simultanément donneraient\ndu bruit aussi bien que le mélange des couleurs donne du blanc.\nD'ailleurs l'accord parfait majeur est encore une des sensa-\ntions les plus supportables et m'agrée assez lorsqu'il est bien"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.22", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "soutenu. Ainsi les cent premières mesures de ont un\ncharme qu'il m'est rare de trouver dans des compositions mu-\nsicales.\n11. Contrepoint.La règle principale est la suite indépendante\nde chaque voix. Donc si trois personnes chantent à la fois, une\nla Marseillaise, l'autre Au clair de la lune, la 3e J'ai du bon tabac,\ncela devra être bien. Cependant les quelques règles qui empê-\ncheraient la réalisation de ceci et qui doivent sauvegarder un\nsemblant d'euphonie n'empêchent pas qu'en cherchant un peu\n(si peu), l'on trouverait des choses fort laides (dont je ne citerai\naucune). Dans la fugue, hypertrophie déviée du contrepoint, on\ntrouve de bizarres règles modulatoires. A un commençant la\nfugue d'imitation paraît fort naturelle ; mais il faut habituer\nl'oreille à la transition de dominante. Cette marche (singulière\nlogique) doit paraître naturelle parce qu'elle ramène à la tonique.\nIl était plus simple de tomber sur la sous-dominante. C'est\ncomme si on sortait d'une chambre pour pouvoir mieux y\nrentrer.\n111. •—La composition. C'est ici que, partant du point de vue\nque la musique est une fort belle chose admise par tous, l'em-\npirisme dissecteur se livre aux plus inattendus assauts. Les\nraisons a posteriori fourmillent. La musicalité passe en dernier\nlieu et cependant c'est cela qu'il nous faudrait le plus, étant\ndonné le peu qui se trouve dans les éléments. L'on déchiquète\ntant les sensations et leur matière qu'on s'y perd. La vraie sen-\nsation, celle qu'on devrait épier, attendre, chercher en soi et\nnon dans les autres ! Mais on croit trouver dans l'analyse de l'ex-\ntérieur d'une œuvre la formule de l'émotion. L'on croit produire\nla cause avec l'effet. On extériorise au lieu d'ésotériser. Au lieu\nde respirer le parfum, on examine la bouteille.\nFinalement, qu'importe le bruit, pourvu qu'il soit agréable,\ndu moment qu'on ne peut pas avoir le silence ?\nHeureux ceux qui ont des sensations auditives ! Mais quand\naura-t-on la musique des rêves, la musique limpide, unifiée,\nqui sera l'accord parfait avec l'être ?\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c035", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.7", "titre_corps": "LE GOUT MUSICAL", "titre_sommaire": "LE GOUT MUSICAL", "signature_source": "Henry Gauthier- Villars", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "LE GOUT MUSICAL\n\nPour les nommés Mangeot et Sivry, « Arcades ambo »,\nSous ce titre, notre collaborateur Lionel de la Laurencie\nvient de faire paraître un volume de 350 pages dont notre ami\nLaloy a su dire et le charme, et l'érudition solide, et la copieuse\ndocumentation (i). Dix chapitres épuisent leur titre avec con-\nscience : Le goût monodique\ndividualisme expressif L'influence\nsique Les querelles esthétiques XVIIh\net les genres & influence allemande La musique à succès\nLe romantisme deßerlio\\\nAnalyser un tel ouvrage serait la pire des trahisons, le livre\nétant lui-même la plus subtile des analyses. Il me paraît égale-\nment malaisé d'en indiquer les tendances, l'auteur nous offrant\nle fruit de son érudition plutôt que la fleur de son imagination\nesthétique dans cette étude, qui est moins une thèse qu'une\ninattaquable mise au point de l'évolution accomplie ; M. de la\nLaurencie s'arrête, d'ailleurs, à la période contemporaine, « le\nrecul faisant défaut pour en juger impartialement les ten-\ndances ». Ce ne sera donc point un livre à polémiques.\nIl en provoquera, pourtant! Voici venir, en effet, l'armée re-\ndoutable des commentateurs, dont le passage suscite toujours\nd'interminables controverses et d'âpres discussions ; l'auteur\nen demeure le plus souvent écarté et les contemple de loin avec\nl'effroi ahuri de ceux qui ont déchaîné innocemment un cata-\nclysme : M. de la Laurencie connaîtra ces assauts.\nC'est sur la préface que s'exercera principalement la combat-\ntivité musicographique. Moins impersonnelle que le livre lui-\nmême, elle permet de deviner les conceptions artistiques de l'au-\nteur et ouvre ainsi la porte à toutes les disputes. Ecrite dans un\nstyle qui rappelle, avec plus de clarté, la phraséologie philoso-\nphique des psycho-physiciens allemands, elle trahit le goût déli-\ncat (et dangereux) de la généralisation systématique. Admirable\n\n(i) Mercure musical, n<> 3, p. i 33."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.24", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "prétexte à copie que des observations de ce genre : « Dans\nl'échelle des sons, la zone moyenne se rapproche des possibi-\nlités sonores atteintes par la voix humaine, qui reste la mesure\nde ce qu'il y a de plus particulièrement subjectif dans l'ensemble\ndes impressions reçues... » Et lorsqu'une longue argumenta-\ntion se couronne delà définition suivante : « L'expression mu-\nsicale n'est donc autre chose qu'une équation posée entre un\ngeste extérieur ou un remous interne et une modalité sonore... »,\nn'a-t-on pas l'impression d'une proposition de point de départ\nplutôt que d'une formule de conclusion définitive ? C'est mer-\nveille de voir à quels miracles d'imprécision aboutit la plus\nminutieuse des études, tant est devenu insatiable le besoin de\npoursuivre immodérément le passage du particulier au général.\n« La synthèse veut être maniée avec discrétion, surtout en mu-\nsique, car ses révélations deviennent parfois salement déce-\nvantes », écrivait jadis l'Ouvreuse. Et elle ajoutait : « Au fond,\nM. de la Palisse n'était qu'un synthétiste qui exagérait. » Il se\npourrait que ma vieille amie eût raison.\nLes lecteurs qui se sentent trop petits garçons en face des\nhautaines abstractions de M. de la Laurencie apprendront du\nvulgarisateur d'Udine que « le goût musical s'enferme dans la\nloi du passage de l'homogène à l'hétérogène, loi qui se traduit\npar trois aspects principaux : évolution de la monodie à la\npolyphonie, passage du caractère collectif à l'individualisme,\net extension des modes d'expression allant de l'anthropomor-\nphisme au sentiment du monde extérieur. » Ils feront bientôt\nconnaissance avec les trois stades de l'audition : la sensation du\nson isolé, la perception des sons organisés, enfin l'éveil de\nl'imagination et de ses évocations visuelles, motrices ou\npsychiques. Puis ils comprendront l'influence des circonstances\nlocales sur notre goût national, l'apport des œuvres étrangères,\nl'intellectualisme et la sociabilité de notre race.\nMais ils s'ébahiront peut-être à constater que le commenta-\nteur profite de l'occasion pour chanter victoire sur un point\nqui lui est cher et proclame avec fracas la conversion imprévue\nde M. de la Laurencie à la religion du subjectivisme musical.\nJean d'Udine exulte en lisant des phrases comme celles-ci : « Le\npublic, organe de réception, permet de mesurer l'action de l'ar-\ntiste créateur : il constitue une manière d'appareil enregistreur\nsur lequel s'inscrit l'histoire de l'Art. » Et l'ardent glossateur se\nhâte de rééditer sa formule préférée : « La chanson des rues\npour la foule qui passe, ou les derniers quatuors de Beethoven\npour les dilettanti, sont des œuvres d'art au même titre, ni plus\nni moins, que Faust ou les Hugu pour les bourgeois de\nculture moyenne et d'intelligence courante. »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.25", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "J'entends bien.\nMais comment Jean d'Udine, qui refuse d'admettre aucune\nhiérarchie entre les œuvres, peut-il croire à l'orthodoxie de\nson néophyte qui parle du « jaugeage exact des œuvres musi-\ncales et de leur placement définitif dans l'échelle de la\nbeauté » ? Comment cet ennemi de toute hiérarchie entre\nles œuvres ne se détourne-t-il pas avec horreur de l'esthé-\nticien qui s'approche d'elles en portant sous son bras gauche\nune jauge et sous son bras droit une échelle ?... Après tout,\npuisque notre confrère se déclare satisfait de cette profes-\nsion de foi, j'aurais mauvaise grâce à me montrer plus diffi-\ncile que lui sur une question de croyances que d'ailleurs je\nne partage pas entièrement.\nDieu me garde de donner dans les niaiseries prétentieuse-\nment ambitieuses du solennel Trotrot, objectiviste bâté ; mais,\ntout de même, la théorie delà musique que nous sert d'Udine\nn'est pas précisément consolante ; il est vrai qu'elle sied mer-\nveilleusement à l'auteur des « Lettres paradoxales » sur la\nMusique, qui n'hésiste pas à proclamer avec une pointe de\nvanité que, dans l'audition d'une symphonie, il ne sait ni dans\nquel ton l'on joue, ni quels accords l'on entend. « Je reconnais\nà peine les thèmes, ajoute-t-il non sans fierté, je n'en retiens\naucun, et vous pourriez me jouer lentement un air sur le\nviolon, je serais incapable non seulement de l'écrire sous dic-\ntée, mais même de le retrouver au piano. » Où l'orgueil va-t-il\nse nicher ? Voilà où nous ont amenés quelques excès du néces-\nsaire métier ! Sous peu, des musicographes vont venir qui se\nglorifieront d'ignorer le nom des sept notes de la gamme. Et\nnous verrons culminer l'aliboron du\nEn tout cas, je m'explique mal pourquoi le satiriste aigu des\nCaractères des musiciens persiste à rendre compte régulièrement\ndes concerts. Si la critique musicale n'implique pas une\ncroyance à certaines probabilités objectives, elle devient une\nfonction d'agressive vanité. Après avoir posé en principe que\ntoutes les productions musicales se valent et qu'aucun classe-\nment n'est possible entre elles, après avoir reconnu qu'aucun\nauditeur du concert que l'on vient d'entendre ne peut valable-\nment se flatter d'avoir approché de plus près la Beauté, après\navoir démontré que le sentiment esthétique de Chevillard ou de\nColonne ne peut prétendre à aucune supériorité d'ordre artis-\ntique sur celui de la dame préposée à la garde des pardessus,\nne faut-il pas un amour-propre assez vigoureux pour assumer la\nresponsabilité outrecuidante de créer une exception pour soi ?\nQuelle confiance ne faut-il pas avoir en sa « réversibilité » per-\nsonnelle pour la croire seule digne d'être consignée en formules"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "précises et périodiquement notifiée au subjectivisme d'autrui\npar voie d'imprimerie ! D'Udine, mon cher confrère, vous gâtez\nle métier !...\nRelisez soigneusement l'ouvrage de M. Lionel de la Lau-\nrencie, sondez les reins et les cœurs de celui que vous tenez pour\nun catéchumène de votre esthétique ; ou je me trompe fort, ou\nla sincérité du converti vous ménage d'âpres déceptions. En\nvérité, je vous le dis, celui-ci n'est pas un des vôtres. Allah est\nAllah et Mahomet est son prophète ; mais vous, tout Jean que\nvous êtes, vous n'aurez jamais la tête d'un Evangéliste !...\nP. S. En corrigeant les épreuves de cet article, je ne le\ntrouve pas très équitable pour Jean d'Udine. Au fond, mon\nadversaire et ami, qui en tient pour les théories de Rémy de\nGourmont, -nous reproche de trop « cérébraliser » dans des\nquestions, où, selon lui, le « plexus » devrait dominer. Pour-\nquoi ne nous enverrait-il pas un article sur ce sujet ?\n\nHenry Gauthier- Villars."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c037", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 27, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.8", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLA MUSIQUE EN BELGIQUE\n\nLe théâtre : le groupe flamand.\nAu milieu de cette recrudescence artistique que provoquent en Belgi-\nque les fêtes du y5eanniversaire de l'indépendance nationale, le théâtre de\nla Monnaie maintient vaillante son ancienne réputation. En effet, MM. Kuf-\nferath et Guidé, les directeurs dont je crois inutile de refaire l'éloge,\nont décidé que cette année la saison théâtrale commencerait beaucoup\nplus tôt que de coutume, et exécuterait, outre les morceaux du répertoire\ncourant, un programme choisi parmi les œuvres autochtones, peu connues\ndu public étranger. C'est là une résolution fort heureuse, non seulement\nau point de vue de la vulgarisation artistique qu'elle favorise, mais comme\nstimulant pour les jeunes musiciens, méconnus et délaissés.\nPeu de compositeurs belges se sont hasardés à écrire pour la scène. La\nBelgique est une grande province aux moeurs routinières, où les encoura-\ngements font presque totalement défaut. 11 faut une ténacité vraiment\nremarquable pour réussir. Les débouchés libres, tels que le théâtre ou le\nconcert,qui doivent nécessairement escompter les sympathies et les goûts du\npublic, sont rares, difficiles et peu lucratifs; les programmes sont encom-\nbrés, et la jeune génération musicale préfère suivre les routes battues qui\nmènent à la consécration officielle, relative mais rémunératrice, plutôt que\nde lutter au dédale des obstacles de l'originalité ou du génie. La musiqne\nse ressent profondément de cette direction. Blockx, Huberti, Edgar Tinel,\nPaul Gilson et van den Eeden sont tous professeurs agrégés ; Peter Benoit\nfut le fondateur de l'Académie flamande de musique, et Gevaert dirige\ndepuis trente ans le Conservatoire de Bruxelles. Les seuls qui ont conservé\ndans leur art une indépendance technique et une personnalité intéressante:\nEugène Ysaye, François Rasse, Erasme Raway et Albert Dupuis, sont\nceux qui ont pu se libérer à temps de l'enseignement officiel belge, de ses\nconcessions, de ses hiérarchies et de ses exclusivismes. 11 existe cepen-\ndant, parmi ces compositeurs, des artistes assez spéciaux pour attirer\nl'attention et pour former matière à une notice aux pages de l'histoire\nmusicale du pays. Je ne veux pas dire que leur originalité soit assez mar-\nquée pour faire école ou bien que leur génie puisse influencer d'autres\nméthodes, mais je tiens à reconnaître en eux la trace d'un tour d'esprit,\nd'un talent d'assimilation fort remarquables.\nLe groupe flamand, que nous appelons un peu pompeusement l'école\nflamande, n'a certainement aucune caractéristique initiale. Son esthétique\nsemble relever d'un produit complexe, hybride, de Brahms et de Bruck-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.28", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4001, "texte": "ner, uni à la technique hésitante du Wagner des premières années. Ses\nproductions ne portent pas plus loin que l'art d'il y a trente ans, et se\nreconnaissent toutes à une lourdeur identique dans le débit orchestral. La\nmusique flamande est la fille de Peter Benoit, celui que Liszt appelait\n« le Rubens de la musique *>, et, telle que les toiles du peintre anversois,\nelle relève de cette luxuriante imagination du Nord, qui s'en donne à cœur\njoie et qui se livre, dans le bizarre comme dans le terrible, à des orgies\nde gestes et d'extravagances. C'est la même exécution énergique et brus-\nque de Breughel, de Jordaens ou de Rubens, avant son voyage d'ltalie, la\nmême précision méthodique, un peu froide, qu'un excès d'étude alourdit,\net qui semble ne s'être pas libérée complètement des influences tenaces\ndu génie de son pays.\nC'est l'Anversois Jan Blockx qui reste actuellement le disciple le plus\nfidèle de Peter Benoit. Blockx est un maître local, auquel on peut exacte-\nment appliquer la critique dont Mendelssohn saluait son parrain : « il\ntrouve que le but le plus élevé du musicien est de donner une musique\nà sa langue maternelle. » Voilà le principe de l'école flamande tout défini,\net l'idéal esthétique de son disciple direct jugé. Ses premières études sous\nPeter Benoit etCallaerts; son stage au Conservatoire de Leipzig, où la lour-\ndeur musicale des Allemands du Nord s'agrège en lui à la rudesse des Fla-\nmands ; son poste dirigeant à l'Ecole de musique d'Anvers ; ses premiers\nchœurs populaires ; Milenka, Kermisdag, les ballets archaïques au style\nsimple et vigoureux ; la Rubens Ouverture, et ses derniers drames : le Père\nMartin, Uylenspiegel, Princesse d'Auberge, la Fiancée de la Mer, tableaux\npoignants et passionnés : chaque étape de sa vie est une affirmation de la\nhaute intégrité de son talent et la garantie de l'incessant polissage auquel\nil est soumis. Et cependant, Jan Blockx n'est pas un musicien parfait.\nSon succès n'est que la résultante d'une adéquation propice de l'œuvre au\ntempérament du public belge. Intrinsèquement sa production a une valeur\nrelative. Le compositeur est trop exclusif dans ses moyens, et sa musique\nne revêt pas les formes ondoyantes qui relèvent d'une subtile diversité\ndans l'ordonnance technique du travail.\nLes deux derniers drames du jeune maître, que la Monnaie reprendra\ncet été : Princesse d'Auberge et la Fiancée de la Mer, ont entre eux une\nressemblance des plus intéressantes. Il est des auteurs, tels que Beethoven\net Richard Wagner, chez qui la science technique se détermine parallèle-\nment, en raison de l'évolution artistique, et qui réalisent dans leur art une\nvéritable gradation connexe caractérisée par leurs travaux. Chez d'autres,\net Jan Blockx est de ceux-ci, arrivée à un certain point, l'inspiration et\nla technique restent stationnaires. Les œuvres, ayant atteint le summum\nd'élévation dont leur auteur pouvait les gratifier, se répètent sous diver-\nses formes et présentent nécessairement des analogies frappantes. Tous\nles médiocres ont passé par ce stade. Dans le cas présent, le phénomène\nest nettement établi, et, s'y référant, la critique des deux drames est fort\naisée. M. Nestor de Thière, l'auteur des livrets originaux, a écrit ces poè-\nmes dans ce langage monosyllabique particulier aux anciens Flamands, qui\ns'emploie encore de nos jours sur les côtes de la Zélande. Cette particula-\nrité a rendu la traduction presque impossible et en tous points défectueuse.\nL'adéquation musicale et l'emploi de l'accent tonique des mots dans la\nconfection des thèmes restent par conséquent inefficaces dans la version\nfrançaise, et amènent malheureusement des prolongements et des syncopes\ndu plus mauvais effet. A côté de Princesse d 1 Auberge, dont l'action se passe\nau Bruxelles riant de la domination autrichienne et qui met en jeu la vio-\nlence des jalousies et des passions telles qu'elles se déchaînent aux pays\nbrabançons, la Fiancée de la Mer est d'un caractère plus original, plus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4028, "texte": "rude et plus sauvage. Des deux drames, celui-ci est le dernier ;il date de\n1902. Son histoire, c'est la donnée commune au folklore de tous les pays\nmaritimes: la fiancée qui se jette dans les flots par désespérance d'amour ;\net sur ce thème, l'auteur a bâti une sombre suite d'intrigues et de cri-\nmes, dont les ficelles font un peu sourire, mais dont l'inspiration puis-\nsante laisse quelque peu perplexe. Les deux livrets présentent certes\nd'abondants défauts. Je ne veux point parler de la puérilité ou de l'in-\nconsistance des détails, mais d'une faute grave qui corrompt l'ensemble\nde l'œuvre. Les deux pièces, en effet, manquent d'idée directrice initiale ;\nelles n'éveillent chez le public aucun intérêt artistique ; si leurs person-\nnages sont vivants,ils ont le défaut d'être égaux,et l'on ne sent pas la néces-\nsité de s'intéresser plus à l'un ou à l'autre d'entre eux. Il y a là un réalisme\nvraiment très intense, mais il nuit incontestablement à l'esthétique géné-\nrale et empêche l'indication, par la scène, d'une idée, d'un symbole ou\nd'une morale particulière adéquate à l'action. Lorsqu'on envisage d'un\nautre côté l'élaboration musicale de ces oeuvres, on constate que les dé-\nfauts relatés plus haut sont presque excusables, car ils ont admirablement\nservi le développement propre du musicien. La musique de Jan Blockx\nmanque de souffle : son indigence d'invention se révèle à chaque page par\nl'abus de formules habituelles, de rythmes ternaires, de déformations thé-\nmatiques et par cette sensation d'uniformité qu'on éprouve tout au long\nde son audition. La science contrapuntique de l'auteur, quoique fort\nsavante, manque de développement : elle s'applique à de courts motifs\nparticuliers, qui s'entremêlent, s'entrechoquent, dans le trop-plein des\nfaits scéniques et des brusques intermèdes populaires: aubades, beuveries,\ncarnavals, chœurs et processions, qui interrompent l'action. Les leitmotifs\nne sont pas traités avec la rigueur du procédé wagnérien : ils manquent\nd'inhérence, de personnalité : ils sont courts, las, d'un usage restreint et\npeu nombreux. L'orchestration est lourde, mais fouillée : on sent que\nl'auteur est plus mélodiste que polyphoniste, et qu'il sacrifie volontiers à\nses qualités de rythme et de mesure. Mais ce qu'il y a de charmant dans\nson œuvre, depuis Milenka jusqu'aux drames présents, c'est cette argu-\nmentation serrée, ferme, sans éclats ni boursouflures, cette coloration\nvigoureuse et l'emploi des vieilles chansons du pays de Flandre : De twee\nconincs Kinder en, Reinilde, Het meisje van Scheveningen, qui parsèment\nde leurs cadences propices, toutes en force, et naïves, une musique fran-\nchement sincère et honnêtement confiante dans l'avenir quasi-national de\nson école.\nL'art de Paul Gilson est déjà différent. Quoique celui-ci se rattache au\nmême groupe de musiciens, il a sur les autres l'avantage d'être un autodi-\ndacte. Malgré un prix de Rome, une chaire musicale aux Conservatoires\nde Bruxelles et d'Anvers, la « spécialité » bien acquise de ses cantates na-\ntionales, et une carrière ostensiblement dirigée vers un idéal officiel, sa\npersonnalité reste bien distincte. Paul Gilson est un Bruxellois, c'est-à-\n-dire un Français qui ne reconnaît pas la France. Son éducation musicale\net sa culture première furent certes moins exclusives, moins locales, que\nchez Blockx. Une plus large compréhension de l'art a facilité chez lui les\nappréciations étendues sur les compositions étrangères, et on découvre en\nson travail, à côté de la teinte fortement autochtone qu'il a conservée,\nune multitude d'influences qui s'entrecroisent et s'agrègent sous l'impul-\nsion d'une consciente originalité. J'ai déploré chez Blockx la réunion d'é-\nléments divers, mais de même origine : la rencontre fortuite des défauts de\nl'Allemagne du Nord et de l'école d'Anvers ; pour Gilson, je ne crains qu'un\nattachement irraisonné, non pas à la technique, mais à l'esthétique même\nde son pays. Nous verrons plus loin chez Albert Dupuis un cas contraire :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.30", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3979, "texte": "l'heureuse connexité d'effets du tempérament wallon, de l'application sou-\ntenue de procédés wagnériens et de la méthode quelque peu déductive\nque l'on pratique à la Scliola Cantorum.\nLa Prinses Zonneschijn, ou, pour parler plus clairement, la Princesse\nRayon de Solei/, passera à la Monnaie, pour la première fois en français,\ndans le courant du mois prochain. Le livret de Pol de Mont est tiré de\nC< nte de CAubépine ou, d'après Perrault, de la Belle au bois dormant.\nL'action est simple, nette et concise, mais d'un esprit plus alourdi que le\nconte initial qui lui servit de modèle ; elle se déroule aux temps moyen-\nâgeux des fileuses blondes et des chevaliers preux, dans l'ambiance pâle\net delicate des toiles de Burne-Jones. Les caractères sont entiers et défi-\nnis ; ils se suffisent à eux-mêmes. La sorcière Walpra, toute de haine et\nde vengeance, Tjarda, son fils —le prince Charmant du récit, dans l'é-\npanouissement chaste de son ardente jeunesse, le roi Ajoboud, la frêle\nprincesse Radieuse, chacun des personnages s'émeut de sa vie propre et\ns'agite avec ce surcroît de vie fantastique qui rappelle certaines pages des\nplus vibrantes de la Tétralogie. La musique est relativement bonne. Elle\nn'a que l'originalité de son auteur, qui, comme nous l'avons vu, se meut au\nmilieu de nombreuses affinités, et s'efforce d'en dégager un métier, une\nmanière, propice à son art. Paul Gilson ne s'est point particulièrement\nconsacré à la musique du théâtre ; ses essais dans le genre : les Aventu-\nriers (1903) et Zeevolk (1905), sont fort restreints et passent tout à fait\ninaperçus. La musique de scène requiert une méthode bien définie, une\npatiente expérience et l'emploi des règles d'une esthétique parfaitement\nraisonnée. Chez Gilson, l'affaiblissement de ces conditions provoque un\nmanque de cohésion dans les détails et rend inadmissible un penchant\nprésumé vers cette voie. Son style déclamatoire est d'une sûreté de techni-\nque fort remarquable ; si on n'y rencontre aucune des combinaisons so-\nnores déconcertantes de Bruneau duquel je me plais à le rapprocher\nla forme se maintient couramment dans une bonne expression classique\nsans heurt, mais sans éclat. Le leitmotif est effacé ; il subsiste seulement\ndans le rappel des chansons qui parsèment la pièce (le chœur des fileuses,\ndes enfants, des valets, le refrain des scaldes, le chant de Tjalda), sans que\npour cela celle-ci s'encombre des récitatifs et des réminiscences de l'opéra.\nL'orchestration est vigoureuse, fort bien menée, notamment dans ïagitato\nde la fin du premier acte, et la ligne dramatique se poursuit conjointement\npour la musique et la légende, avec une gradation qui témoigne d'une\nsûreté de main et d'un réel talent chez le compositeur. En un mot, la Prin-\ncesse Rayon de Soleil remplace avantageusement les vieilleries déformées\ndu répertoire ; c'est une page de bonne musique et de bon goût, qui s'af-\nfirme sans prétention comme une œuvre de bon aloi, bien construite, bien\norchestrée et parfaitement réussie.\nAlbert Dupuis, le troisième de ceux des compositeurs belges qui seront\nreprésentés à la Monnaie cet été, ne fait point, à proprement parler, partie\nde l'école flamande. Aussi bien par sa personnalité artistique ou ses anté-\ncédents que par sa naissance, il se classe dans une catégorie à part qui se\nrapproche sensiblement de l'école française contemporaine. Né en Wallon-\nnie, le pays des Franck, Vieutemps, Ysaye, Vreuls et Lekeu, Dupuis fut à\nParis un élève d'Alexandre Guilmant, de Charles Bordes et de Vincent\nd'lndy ; il professa à la Schola Cantorum ; il dirigea en second les Chan-\nteurs de Saint-Gervais et se fit insensiblement une renommée beaucoup\nplus parisienne que nationale. Il est inutile de rappeler en détail ses pré-\ncédents, car tout ce qui peut présentement intéresser a trait à ses œuvres\ndramatiques. Celles-ci se suivent avec une féconde rapidité. Ostensible-\nment, Albert Dupuis s'est voué à la musique du théâtre ; depuis son"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3982, "texte": "premier essai : Idylle (1896), jusqu'à Martille (1905), en passant par\nYalda (1898), bilitis (1900), la Captivité de Bayblone (1900), et Jean Michel\n(1904), ses travaux ont pris une direction éminemment scénique et se sont\nréalisés selon les facultés de son jeune talent, suivant les formules d'art\n(comédies lyriques, drames musicaux, drames bibliques) consacrées par le\nthéâtre.\nAlbert Dupuis pratique un art différent de celui de ses confrères flamands.\nDès l'abord il a soumis sa musique à des procédés successifs, de façon à\nen éliminer par la suite les éléments incompatibles avec sa nature et son\ntempérament d'artiste. C'est là une méthode contraire à celle de Benoit,\nBlockx et Gilson. Cette manière d'envisager une éducation musicale eut\nchez lui l'avantage de faciliter une culture technique étendue et diversifiée.\nSes affinités sont clairement déterminées au travers de sa carrière de com-\npositeur; on y reconnaît à tour de rôle les influences prépondérantes :\nBach, rythmique et mesuré ; Wagner, instrumentiste propice ; Vincent\nd'indyavec ses adaptations musicales d'une esthétique rigoureuse et nette-\nment définie ; Bruneau, Charpentier, ou même Mascagni, dans le charme\npuissant de leur réalisme, de leur vérisme intempestif. Jean Michel et Mar-\ntille sont des œuvres confiantes et accomplies. Elles se présentent sans\ntâtonnements, sans maladresses, et font preuve d'une sûreté de main remar-\nquable chez un compositeur de vingt-huit ans. Elles se développent avec\naisance et continuité ; l'invention y est abondante, et l'inspiration s'élève\nintense, juste, expressive et adéquate, quoique bornée et rétrécie. Ces deux\ndrames, se succédant à une année d'intervalle, font partie d'une même pé-\nriode d'élaboration et se rattachent au même groupe d'influences. Le Wal-\nlenstein de Vincent d'lndy, les Maîtres Chanteurs et, de façon intéressante,\ncertains chromatismes de Tristan en sont les prototypes frappants. Quel-\nques analogies de concept avec les véristes italiens, une tentation du « mor-\nceau », la phase prolongée des motifs et le heurt souvent trop subit des\naccords, voilà les seuls défauts qu'on y rencontre. Les qualités d'Albert\nDupuis sont déductives ; l'âge et le temps les libéreront des influences et\ndes principes qui présentement les entachent. Sa science orchestrale est ré-\nfléchie; prompte et précise, elle s'affirme sans aucune des indulgences mu-\nsicales qu'on relève chez Wagner ou dans le Fervaal de d'lndy. L'accom-\npagnement propre des paroles est sonore, mais non pas exclusif, car le\nchant se découvre dans les phrases du récitatif où l'expression doit s'étendre\net s'amplifier. Des motifs populaires, rythmés et frappants, se mêlent dans\nsa musique et lui donnent une nuance de terroir particulièrement plaisante\net caractéristique.\nLe défaut fondamental de Jean Michel et de Martille est purement esthé-\ntique. Il a trait au concept général de ces œuvres, au travail des collabora-\nteurs librettistes, bien plus qu'au développement musical. C'est au sujet\nvériste que je m'attaque, à la théorie qui nous vient d'ltalie et qui, quoique\ndénaturée en France, y sévit assez dangereusement pour engager de jeunes\nauteurs sur une route fort glissante. L'application naturaliste de sujets\nvulgaires et soi-disant démocratiques au drame musical est un mal qui\ndénature l'essence de la musique du théâtre. On la retrouve dans l'Enfant\nRoi de Bruneau, dans la Sibéria de Giordano, et, au delà du Rhin, au\nFeuersnot de Richard Strauss. En Belgique, M. Dupuis a suivi ses malen-\ncontreux librettistes dans cette voie. L'un de ses drames, destiné au con-\ncours Sonzogno, relève des défauts requis pour cette intéressante institu-\ntion. L'autre le précédait d'ailleurs en la manière. Il n'y alà que des\nsituations dramatiques, heurtées et violentes, auxquelles une inspiration\nsoutenue ne peut s'atteler longuement. Les livrets de Jean Michel et de\nMartille pèchent par le manque de rythme, le mauvais agencement des"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "parties, la vulgarité, et cette terrible localisation dans le langage, qui\ns'oppose à la diffusion de l'œuvre, dans des milieux différents. Une stricte\nrègle d'observation en limite les détails, mais cette règle, quoique bien\nlégitime en d'autres lieux, s'applique ici à détruire les effets généraux dans\nles mouvements esthétiques qu'ils pouvaient réaliser. Un drame musical\nest un monument cohérent ; au cours de son élaboration artistique, c'est\nl'idée générale qu'il faut poursuivre avant de se conformer au souci minu-\ntieux des détails ; son enseignement intégral se trouve chez Richard Wagner,\nVincent d'lndy, Ernest Chausson, qui ont eux-mêmes travaillé leurs livrets\net compris l'intimité, l'adéquation, la connexité du travail dramatique dans\ntoutes ses parties. Il faut que M. Albert Dupuis y songe, car il possède en\nlui de quoi faire un maître ; ses essais précédents et particulièrement Bi-\nlitis le démontrent amplement.\n\nPaul Grosfils.\n\nA L'OPÉRA\n\nDébuts de Mlle Grandjeaa dans la Valkyrie.\nMlle Louise Grandjean vient d'aborder le rôle de Brùnnhild dans la\nValkyrie. Elle y a obtenu un réel succès, qu'elle mérite par la sincérité\net l'honnêteté de ses efforts. Elle chante avec précision et joue avec intel-\nligence. Sa voix, naturellement un peu sèche, s'est assouplie et, dans les\npassages de douceur, ne paraît pas inexpressive. L'artiste manque peut-\nêtre un peu de chaleur et de poésie, mais elle a de la simplicité, de la\nforce et parfois même une certaine largeur de style.\nUne représentation de la Valkyrie à l'Opéra est un curieux spectacle,\nqui provoque des impressions diverses et irritantes. Le premier acte\nse joue dans le brouhaha des spectateurs qui s'installent, au milieu de\nl'indifférence générale. L'orchestre est mou :1e quatuor manque de netteté,\net les cuivres ne sonnent pas. Sur la scène, une basse pompeuse et mélo-\ndramatique, un ténor de forte voix mais d'allure et de son vulgaires, un\nsoprano de plastique charmante mais de voix peu assurée, s'agitent\nvaguement dans l'ombre. Au second acte, la mise en scène choque d'a-\nbord et indispose le spectateur : les entrées et les sorties sont toutes\nd'une gaucherie déconcertante. Mais déjà la beauté d'une scène comme\ncelle de Y Annonce de la mort pénètre les artistes : Brùnnhild chante avec\nune application émue, et, dans l'orchestre les cuivres et les bois ont des\nsonorités d'une plénitude émouvante. Au troisième acte, le décor\na de la grandeur et de l'harmonie : la cuirasse d'or sombre de Wotan, son\ncasque aux ailes noires, se détachent sur le fond lumineux des Valkyries\naux poitrines d'argent. Et surtout la sincérité fougueuse d'un grand artiste\nentraîne tous ceux qui l'entourent : M. Delmas chante Wotan avec une\npuissance et une noblesse incomparables. La voix humaine se marie à\nl'orchestre, sans s'y perdre jamais : elle se déploie au-dessus des instru-\nments déchaînés avec une ampleur soutenue et pathétique. M. Taffanel\nlui-même s'échauffe et, sous sa baguette, les cuivres répondent au chan-\nteur avec une largeur et une énergie inaccoutumées. Et l'on sort de l'Opéra\navec l'impression très nette qu'aucune autre œuvre de Wagner n'est mieux\nfaite pour un public français, que le « style héroïque », qui lui est propre,\nconvient merveilleusement au tempérament de nos chanteurs, et qu'il y\naurait en somme peu à faire pour qu'on eût à l'Académie Nationale de\nMusique des représentations de la Valkyrie auxquelles aucune représen-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "tation allemande ne pourrait être comparée. Mais « peu », c'est peut-être\n« beaucoup » pour un établissement officie!, et « le ministre lui-même » y\nperdrait son solfège, comme dirait l'Officieux d'Académie.\n\nPaul Mazon.\n\nLES IDÉES DE M. HOUDARD\nViolemment pris a partie par M, Houdard, jai essaye, dans un de nos\nderniers numéros (p. i3B), de calmer ce contradicteur imprévu, que certes\nje n avais point 1 intention de combattre. Gela m'a valu une réponse fort\ncurieuse, que je m'empresse d'insérer, malgré son caractère injurieux ; j'en\nretranche seulement une insinuation calomnieuse contre « l'un' des\nnôtres » (.<>?). Si M. Houdard veut mettre en cause d'autres personnes, qu'il\nles nomme d'abord.\n27 juin 1905.\nMon cher confrère,\nDans le numéro du 15 juin du Mercure Musical, a\nsous le couvert de votre signature, la publicité à deux... inexactitudes inté-\nressées que je sais colportées sournoiseme\ncompte, par quelques-uns de vos collaborateu\nlégal, de les relever dans votre revue.\nà l'honneur ; autrement, je les ignorerais.\nVous écrivez en substance :\n/0 Que n'ayant pas trouvé dans votre\nbesoin, j'en ai commandé une à l'un de mes amis.\nJe réponds : Depuis quatre ans que j'ai\nla Sorbonne, tout mon enseignement a été basé sur les théories aristoxéniennes\n(Eléments rythmiques). Aucune traduction\n1 heure actuelle, sur quoi &i-je donc pu m\nsinon sur une traduction que J'AI FAITE moi-même,\nJ ajoute que je 11 ai encore en mains qu'une partie de la traduction « com-\nmandée » depuis deux mois seulement. M. Gevaert a demandé à son ami\nVoltgraff la traduction des Problèmes musicaux d'Aristote. J'ai agi de\nmême avec mon ami Rémon pour ne publie Eléments ryth-\nmiques que revêtue d'un visa universitaire ; mon travail personnel aurait\nmanqué d'autorité à ce point de vue.\nJe m efforce d'acquérir chaque jour pl du grec de\nmon métier de théoricien musical; à cela se borne mon ambition. Qui oserait\nblâmer cette conduite de bon sens prudent alors qu'il est démontré par l'ex-\npérience que l'on doit de plus en plus se spécialiser, et que le règne des\ntouche-à-tout, universitaires ou non, est passé ?\nEn exprimant le regret de n'avoir pas\nduction que j'annonce, je rendais pleinement\ndition même. Vous me répondez pas une perfidie. Est-ce honnête, cela ?\n2° L'Université m'aurait refusé des\nmépriser dans mes confrères mieux parta\nJe connais l'antienne ; elle est de la pir\nL'Université n'a pas eu à me refuser des titres que je n'ai jamais voulu sol-\niciter pour une raison de vulgaire honnêteté. C'est mon sentiment personnel\nceci."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.34", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "Ma thèse de doctorat serait établie «\npure » et je prétends que la Faculté d\nconnaître de tels sujets, même présentés\nLe jury d'examen qui vous a décerné\nmême incompétent sur la question abord\nT érudit normalien, à l'érudition duquel j'\nmage ; mais vous préférez cacher tout le bien que j'ai dit de votre personna-\nlité hellénisante et vous répondez en insinuant perfidement un échec que je\nn'ai jamais eu occasion de subir, et pour\nJ'ai donc le droit d'exiger de votre bonne foi, si elle a été surprise, l'inser-\ntion de cette rectification, et je l'exige.\nVeuillez agréer, mon cher confrère, l'assurance démon estime, dans la cer-\ntitude m je suis que vous m'accorderez sans hésiter cette réparation.\nG. HOUDARD.\nC'est donc attaquer l'honneur de M. Houdard que de le dire ignorant de\nla langue de Pindare et d'Aristoxène. On m'avait toujours représenté\nM. Houdard comme un plaisant humoriste : on ne m'avait point trompé,\net cette dernière facétie en bouche un notable coin à Alphonse Allais, et\nmême à l'auteur des Femmes savantes. Donc M. Houdard sait du grec ; son\nhonneur est sauf, et il a droit au baiser de Philaminte. Ce n'est pas dans\nWestphal, ou dans Gevaert, H. Weil et Masqueray qu'il a trouvés traduits\nles quelques passages bien connus d'Aristoxène sur lesquels il prétend s'ap-\npuyer. Ce n'est point par ignorance qu'il a pris soin de ne citer, dans sa\nbrochure sur la Richesse rythmique de l'Antiquité, que des vers déjà\nscandés par Westphal, Masqueray ou Havet. Et M. Rémon n'est là que pour\ndonner à une traduction déjà excellente le visa universitaire qui seul\nconfère 1 autorité.\nCe culte de l'Université m'a toujours paru très touchant, surtout chez un\nhomme qui ne semblait point avoir été comblé de ses faveurs. Il paraît que\nie m'étais mépris : M. Houdarda dédaigné certaines de ces faveurs, et c'est\nun sentiment très subtil des compétences universitaires qui l'a détourné de\nrechercher le diplôme de docteur ès lettres. Pouvais-je me douter que\nM. Houdard avait volontairement renoncé à un titre officiel, quand je\nje voyais si ingénieux a en usurper d'autres ? Les du\ni 5 février 1902 n'annonçaient-elles pas « qu'une chaire de théorie musicale\nvient d être créée à la Sorbonne et que le titulaire en est M. Georges\nHoudard » ? M. Houdard voudra-t-il nous dire à quelle date et par qui fut\nsigné le décret qui instituait cette chaire et en désignait le titulaire ?\nAlors ?\nM. Houdard, qui a des lettres, s'est-il souvenu de la jolie chanson :\nSi la Garonne avait voulu,\nLanturlu 1\nLa chose est fort possible, car nul n'ignore que ce brillant polémiste\nappartient à la presse musicale de Carcassonne. En tout cas, M. Houdard\nvient de nous faire savoir que s'il avait voulu être docteur ès lettres, lan-\nsturlu, eh bien ! il l'eût été, lanturlu !\nMais sait-il que, pour être docteur, même ès lettres, il faut au\npréalable être licencié et que, pour etre licencié ès lettres, il faut faire une\ndissertation latine, il faut faire une dissertation française, par conséquent\nsavoir écrire en français, il faut en sus avoir des connaissances précises,\nsoit de grammaire, soit d'histoire, soit de philosophie ? M. Houdard est-il\nlicencié ?\n{A suivre.)\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.35", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\nConcours d'harmonie (hommes). Jury : MM. Théodore Dubois, président ;\nGabriel Fauré, Hillemacher, Ed. Mangin, Dallier, Charles René, Louis\nGanne, Piffaretti.\n/ers prix. MM. Chevalier, élève de M. Lavignac ; Krieger, élève du\nmême ; Albert Wolff, élève de M. Leroux.\n2e prix. M. Émile Bourdon, élève de M. Lavignac.\nier accessit. —M. Defay, élève de M. Taudou.\n2es accessits. MM. Roussel, élève de M. Leroux ; Adrien Lévy, élève\nde M. Taudou.\nConcours de piano (classes préparatoires). Jury : MM. Théodore Dubois,\nprésident ; Marmontel, Diémer, A. Duvernoy, A. Bernardel, Joseph Thibaud,\nMorpain, Lazare Lévy, Ferté, de Lausnay.\nHOMMES. jres médailles. MM. Trillat et Ciampi.\nPas de 2G médaille.\nScs médailles. MM. Dieschbourg, Pierre Moreaud et Naudin.\nTous élèves de M. Georges Falkenberg.\nLe morceau de concours était le Caprice en la mineur de Mendelssohn ;\nle morceau à déchiffrer de M. A. Duvernoy.\nFEMMES. /RES médailles.— MLLES Landsman (élève de MME Tarpet), Déro-\nché (Tarpet), Brazillier (Chené), Ruffin (Trouillebert).\nses médailles. Mues Bergez-Cazalon (classe de Mme Tarpet), Royé\n(Tarpet), Estéoule (Tarpet), Suzanne Canale (Trouillebert), Goetz (Tarpet).\n3e&médailles. Mlles Macpherson (classe de Mme Trouillebert), Renelle\n(Chené), Vagner (Chené), Germaine Dubois (Chené).\nLe morceau de concours était la sonate en ut dièse mineur de Ries ; le\nmorceau à déchiffrer de M. A. Duvernoy.\nConcours de violon (classes préparatoires». Jury : MM. Théodore Dubois,\nprésident; Berthelier, Lefort, Rémy, Willaume, Wenner, Lederer, Debroux,\nDuttenhoffer.\n;res médailles. Mne Dechamps, elève de M. Brun; M. Zighera, élève\nde M. Desjardins.\n2es médailles.— M. Krettly, élève de M. Brun; Mue Cherny, élève de\nM. Desjardins ; M. Jullien, élève de M. Brun.\n3Q* médailles. M. Poulet, élève de M. Brun ; M. Hémery, élève de\nM. Desjardins.\nLe morceau de concours était le 7e concerto de Baillot ; le morceau à\ndéchiffrer de M. Charles Lefebvre.\nConcours d'accompagnement au piano. Jury: MM. Théodore Dubois,\nprésident; Albert Lavignac, Ed. Mangin, Francis Thomé, Raoul Pugno,\nGaleotti, Cuignache, Catherine, Piffaretti. (Classe de M, Paul Vidal).\nHOMMES. /ER prix. M. Lucien Maillieux.\n2eprix. M. Albert Wolff.\nPas de ler accessit.\n2° accessit. M. Krieger.\nFEMMES. - Pas de ler prix.\n2e prix. MUe Pelliot.\nJer accessit. Mlle Ganeval.\nPas de 2e accessit.\nConcours d'orgue (Professeur, M. Guilmant). Jury : MM. Théodore Du-\nbois, président, Eugène Gigout, Gabriel Fauré, Albert Lavignac, Adolphe\n\ni 8"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "Deslandres, Raoul Pugno, Alexandre Georges, Gabriel Pierné, Adolphe\nMarty, Auguste Chapuis.\njer prix. M. Joseph Boulnois.\n2e prix. M. Bonnet.\n/er accessit. —M. Fauchet.\n20 accessit. M. Barrié.\nLe sujet de la fugue était donné par M. Gigout, le thème libre par\nM. Chapuis.\nConcours d'harmonie (femmes). Jury : MM. Théodore Dubois, président,\nCharles Lefebvre, Gabriel Fauré, Taudou, Gabriel Pierné, Xavier Leroux,\nRaoul Pugno, J. Mouquet, Caussade.\nPas de premier prix.\n2© prix. Mlle Ganneval, élève de M. Chapuis.\nier accessit. ~~ Mlle Dauly, élève de M. Georges Marty.\n2cs accessits. Mlles Milliaud, Alice Morhange, Bussière, élèves de\nM. Georges Marty.\nConcours de contrepoint et fugue. Jury : MM, Théodore Dubois, prési-\ndent, Charles Lefebvre, Guilmant, Dallier, Raoul Pugno, Henri Bùsser,\nLucien Hillemacher, Galeotti, Mouquet.\n/ers prix. MM. Dumas, Bazelaire, élèves de M. Lenepveu.\n2es prix. —M. André Gailhard, élève de M. Lenepveu ; M. Fibelle et\nMile Marthe Greembach, élèves de M. Gabriel Fauré.\njers accessits. MVI. Cools, Pollet, élèves de M. Fauré ; Borchard,\nélève de M. Lenepveu.\n2es accessits. MM. Flament, Bertrand, élèves de M. Lenepveu.\nConcours de violoncelle, alto et contrebasse. Le jury, composé de\nMM. Théodore Dubois, président-directeur, Edouard Colonne, Paul Vi-\ndal, de Bailly, Van Waefeïghem, Henri Marteau, Raymond Marthe, Mon-\nteux, André Hekking, Pierre Destombes, membres, et de M. Fernand Bour-\ngeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nCONTREBASSE. (Professeur : M. Charpentier). Morceau de concours :\nPremier Concerto de Verrimst ; lecture à première vue de M. Paul Vidal.\nPremier prix : M, Subtil.\nSeconds prix : MM. Zibell et Boussagol.\nPremier accessit : M. Hardy.\nPas de deuxième accessit.\nALTO. (Professeur: M. Th. Laforge). Morceau de concours : Cha~\nconne, de M. Henri Marteau ; lecture à première vue du même auteur.\nPremier prix : M. Maçon.\nSeconds prix : M. Lefranc, Mlle Coudart.\nPremiers accessits : MM. Ricardon et Jurgensen.\nDeuxièmes accessits : MM. Montfeuillard et Pierre Vizentini.\nVIOLONCELLE. Morceau de concours : Allegro de concert (Davidoff) ;\nlecture à première vue de M. Paul Vidal.\nPremiers prix : MM. Doucet et Janin, élèves de M. Loëb.\nDeuxième prix : M. Craque, élève de M. Loëb.\nPremiers accessits : M. Verguet, élève de M. Loëb ; MM. Olivier et\nDelgrange, élèves de M. Cros Saint-Ange.\nDeuxièmes accessits : MM. Lachurié et Benedetti, élèves de M. Cros\nSaint-Ange.\nCes trois concours ont été satisfaisants. On voudrait seulement plus de\nnetteté et moins de fadeur."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "Concours de chant (hommes). Le jury, composé de MM. Théodore\nDubois, président-directeur, Adrien Bernheim, Xavier Leroux, Alfred\nBruneau, Maréchal, Gailhard, Delmas, Daraux, Cossira, Escalais, d'Estour-\nnelles de Constant, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a\ndécerné les récompenses suivantes :\nPremier prix : M. Carbelly (professeur, M. Martini) ;\nSeconds prix : MM. Lucazeau (professeur, M. Masson), et Georges\nPetit (professeur, M. Dubulle) ;\nPremiers accessits : MM. Gorpait (professeur, M. Warrot), Francell\n(professeur, Mme Rose Caron) ;\nDeuxièmes accessits : MM. Domnier (professeur, M. Manoury), Sarraillé\n(professeur, M. Dubulle).\nCe sont les mêmes morceaux de concours, les mêmes procédés vite éven-\ntés, et presque les mêmes concurrents que ces années passées. Seul\nM. Corpait se distingue par une autorité peu commune, et n'a, en consé-\nquence, qu'un premier accessit; il joint ses protestations à celles du public,\nConcours de chant (femmes). Le jury, composé de MM. Théodor.\nDubois, président, Fauré, Bruneau, Ch. Lefebvre, Pierné, Delmas, Engele\nFournets, Mauguières, Bernheim, d'Estournelles de Constant, et Fernand\nBourgeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\niers prix M^es Chenal (classe de M. de Martini), Mancini (Masson),\nMirai (Warot).\n2es prix : Lamare (Warot) et Lapeyrette (Masson).\nici s accessits : Mlles Comès (Masson), Bailac (Duvernoy) et Delimoges\n(Dubulle).\n2es accessits : MU\" Allard (Duvernoy), Tasso (Lassalle).\nConcours mieux récompensé, suivant l'usage, que celui des hommes.\nLa Proserpine de Paësiello sévit toujours, et un critique talentueux\nregrette que le programme n'indique que les titres des morceaux et non\nleurs auteurs. «Oh! ajoute-t-il après un instant, je ne dis pas cela pour\nProserpine : chacun sait qu'elle est de Lulli. »\nConcours de violon.— Le jury, composé de MM. Théodore Dubois, prési-\ndent, Edouard Colonne, Gabriel Pierné, A. Parent, Albert Geloso, Henrv\nMarteau, Jacques Thibaud, Firmin Touche, Tracol, Sechiari, et M. Fernand\nBourgeat, secrétaire, a donné les récompenses suivantes :\nPremiers prix : M. Saury (classe Lefort), M. Cantrelle (cl. Berthelier),\nM. Bastide (cl. Lefort).\nDeuxièmes prix-. Mlle Renée Billard (cl. Lefort), M. Matignon (classe\nNadaud), Mlle Morhange (cl. Nadaud), M. Nauwinck (cl. Remy).\nPremiers accessits : Mlle Sauvaistre (cl. Lefort), Mlle Augiéras (classe\nRemy), M. Etchecopar (cl. Lefort).\nDeuxièmes accessits : Mlle Hélène Wolff (cl. Nadaud), M. Marcel De vaux\n(cl. Nadaud), M. Caries (cl. Berthelier), M. Soudant (cl. Lefort), M. Miche-\nlon (cl. Berthelier), M. Sufise (cl. Nadaud).\nUn perfide morceau de lecture de G. Pierné, à la tonalité volontairement\neffacée, donne lieu à des erreurs qui font la joie d'un public ignare et féroce.\nQuand mettra-t-on à la porte tous ces gens-là?\nConcours de harpe et piano. Le jury, composé de MM. Théodore Dubois,\nprésident-directeur, Widor, Xavier Leroux, Raoul Pugno, Pàsler, Pfeiffer,\nLemaire, Delafosse, Cartot, Franck, Santiago-Riera, membres, et de\nM. Fernand Bourgeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nHARPE [Professeur :M. Hasselmans). Morceau de lecture à vue de\nMUe H. Renié."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "/ers prix. M. Grandjany, Mlles Mauger, Ingelbrecht, Mollica.\n2e prix. Mi]e Laskine.\niGr accessit. Mlle Janet.\nPas de 2e accessit.\nH ARPE CHROMATIQUE (Professeur : Mme Tdssu-Spencer). Morceau de\nlecture à vue de M. Reynaldo Hahn.\n/er prix. Mlle Lenars.\n2es prix. MHes Joffroy et Blot.\nPas de ier accessit.\naccessits.— Mlles Gondeket et Chalot.\nPIANO (hommes). JErs prix. MM. de Francmesnil, élève de M. Dié-\nmer ; Dumesnil, élève de M. Philipp ; Dupré, élève de M. Diémer.\n2e prix, à l'unanimité. M. Dorival, élève de M. Philipp.\njers accessits. MM. Gayraud, élève de M. Philipp ; Lattès, élève de\nM. Diémer ; Verd, élève de M. Diémer.\n2& accessits. MM. Théroine, élève de M. Philipp ; Polleri, élève de\nM. Philipp.\nCes pianistes sont mécaniques, presque tous, sauf M. Gayraud, dont le\nstyle intelligent et personnel n'obtient qu'un premier accessit. Le concours\nde harpe chromatique a été bien meilleur que l'an passé ; une partie de ce\nsuccès est certainement due aux qualités de rythme et d intelligence de\nl'orchestre d'accompagnement, dirigé par M. de Lacerda. Le concours de\nharpe à pédales est excellent.\nConcours d'opéra comique. Le jury, composé de MM. Théodore Du-\nbois, président-directeur, Adrien Bernheim, Albert Carré, Lucien Fugère,\nVictor Capoul, Xavier Leroux, Gain, Maréchal, Bourgault-Ducoudray,\nd'Estournelles de Constant, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secré-\ntaire, a décerné les récompenses suivantes :\nH OMMES. Premier prix. M. Lucazeau, élève de M. Isnardon.\nPas de second prix.\nPremiers accessits. M. Domnier, élève de M. Bertin ; Francell, élève\nde M. Isnardon.\nDeuxième accessit. M. Sarraillé, élève de M. Bertin.\nFEMMES. Pas de premier prix.\nDeuxièmes prix. MUe Lassalle, élève de M. Bertin ; Mlle Tasso, élève\nde M. Bertin ; Mue Mathieu, élève de M. Bertin ; Mlle Mirai, élève de\nM. Bertin.\nPremier accessit. Mme Ennerie, élève de M Bertin.\nDeuxièmes accessits.— MHe Delimoges, élève de M. Isnardon ; Mi*e Co-\nrnés, élève de M. Bertin.\nConcours médiocre. Inexpérience totale de la scène. Ignorance candide\nde la diction. Seulstémoignent de quelques qualités dramatiques M. Fran-\ncell et Mlles Tasso, Delimoges et Lassalle, Carmen piquante, chaleureuse-\nment applaudie par Henry Gauthier-Villars, qu'on ne saurait trop approu-\nver en cette occasion. Tempête d'invectives, lorsque la voix blanche et\nfunèbre de M. Dubois annonce que les élèves femmes devront cette année\njeûner de premier prix. Pris à partie par un défenseur du jury, l'un des\nprotestataires riposte : «Je m'y connais toujours autant que ce gros idiot de\nBernheim et que ce crétin de d'Estournelles !... Qu'est-ce qu'ils font dans\nle jury, ceux-là ? »\nAlors, c'est un fou rire et un tonnerre d'applaudissements.\nLe lendemain, un solennel article du Matin nous donnait la version offi-\ncielle, celle de M.Alfred Bruneau. Le public voulait ainsi faire entendre au\njury, par une voie infiniment détournée, qu'il eût convenu de récompen-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "ser, au concours des hommes, M. Petit, pour avoir donné toute la fade\nemphase qu'elle comporte à une scène du Rêve, d'Alfred Bruneau. « Je n'ai\npas besoin de dire, ajoute ce pince-sans-rire étonnant, qu'à la minute pré-\nsente j'oublie que j'en suis l'auteur. »\nConcours de piano (femmes). Le jury, composé de MM. Théodore\nDubois, président-directeur, Paul Braud, Georges Marty, Stojowesky,\nMoskowsky, Galeotti, Lucien Wurmser, Gabriel Fauré, Quevremont de la\nNux, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a cru devoir accor-\nder les dix-huit récompenses suivantes, justifiées par le massacre de Bach,\nexécuté à la Gzerny, et de Chopin, indignement truqué :\niev& prix. M Caffaret, élève de M Duvernoy ; Armand, élève de\nM. Duvernoy; Kastler, élève de M. Marmontel ; Antoinette Lamy, élève\nde M Duvernoy.\n2*s prix. Mlles Vizentini, élève de M. Marmontel; Henriette de Brie,\nélève de M. Marmontel; Morillon, élève de M. Duvernoy ; Aussenac,\nélève de M. Duvernoy.\njers accessits. Weil, élève de M. Duvernoy; Léa Lefebvre, élève\nde M. Marmontel ; Portehaut, élève de M. Marmontel ; Willemin, élève de\nM. Delaborde.\n2Gs accessits. Mites Pennequin, élève de M. Duvernoy; Glapisson,\nélève de M, Duvernoy ; Jacquard, élève de M. Delaborde ; Fagel, élève de\nM» Delaborde; Thévenet, élève de M. Delaborde.\nConcours d opéra Le jury, composé de MM. Théodore Dubois, pré-\nsident, Fauré, Bourgault-Ducoudray, d'Estournelles de Constant, Adrien\nBernheim, Widor, Leroux, Gailhard, Delmas, Fournets, Renaud et Fernand\nBourgeat, a décerné les récompenses suivantes:\nHOMMES. i*™prix. MM. Petit (classe Lhérie) et Corpait(Melchissédec).\n2e prix. M. Carbelly (classe Melchissédec).\njers accessits. MM. Meurisse (Melchissédec) et Lucazeau (Melchissé-\ndec).\n2°s accessits. MM. Pérol (Lhérie), Dupouy (Lhérie) et Ziégler (Lhérie).\nFEMMES. prix. ~M1 Chenal (Melchissédec) et Mancini (Mel-\nchissédec )\n2es prix. Mites Lapeyrette (Lhérie) et Lamare (Lhérie).\njer accessit. M Bailac (Lhérie).\n2G accessit. M Delalozière (Melchissédec).\nM. Petit est un Œdipe émouvant; M. Corpait un adroit Charles VI ;\nMue Chenal est une belle et bonne musicienne. Au total, quatorze con-\ncurrents, quatorze récompenses.\n\nÉCHOS\nHonneurs officiels. L'Académie des Beaux-Arts décernait cette année\nle prix Houllevigues (5000 fr.), destiné à récompenser « l'auteur d'une œuvre\nremarquable produite dans le cours des quatre dernières années en peinture,\nsculpture, architecture, gravure ou composition musicale, ou à l'auteur\nd'un ouvrage sur l'art ou l'histoire de l'art ». Le champ était vaste, et le\nchoix certes difficile au pays de Fauré, d'lndy et Debussy, de Rodin, Mo-\nnet, Odilon Redon, Henri Martin, et tant d autres dont les noms accourent\nd'eux-mêmes.\nMais l'Académie, dont les voies demeurent impénétrables, a écarté toutes"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3559, "texte": "ces gloires, pour couronner la Daria de Georges Marty. On a beau s'être\npréparé longtemps d'avance à toutes les surprises et avoir médité sept\njours et sept nuits sur le Credo quia absurdum, le coup est rude encore, et\nmalgré soi Ton cherche à comprendre.\nLe prix Houllevigues est-il un prix de consolation, destiné à récompen-\nser Pœuvre la plus mal accueillie du public et la plus tôt disparue de l'affi-\nche ? On bien a-t-on voulu ajouter une estampille de plus à un ouvrage exé-\ncuté sur commande par un ancien prix de Rome et muni, par conséquent,\nde tous les cachets officiels, garants de médiocrité ? Nous ne le saurons ja-\nmais. Dans tous les siècles des siècles, que le saint nom de l'Académie\nsoit béni !\nA l'Opéra. Voici les recettes encaissées par l'Opéra, pendant le mois\nqui vient de s'écouler :\n2. Armide 22.670\n6. Sigurd . . . . . . . . 18.601\n7. Armide. . . . . . . . 19.454\n9. Tristan et Iseult 18.462\n1 o. Armide 11.1 75\n1 2. Faust 22.172\n14. Armide. 18.087\n16 .Le Cid 17.518\n19. Thaïs . . . 16.235\n21. Tristan et Iseult 15.969\n23. Faust 21.067\n26. Armide 18.142\n28 .Le Cid 13.829\n30. Thaïs 14.582\nLes amis de la maison. Le transfert des concours publics du Conser-\nvatoire à TOpéra-Comique avait bien des inconvénients, comme on apu\ns'en persuader à la lecture du vigoureux article de Gaston Carraud dans\nle Mercure musical du i 5 juillet.\nIl restait au moins un avantage : c'est que le grand nombre des places\n(1477, disent les almanachs) permettait une distribution sinon équitable,\ndu moins généreuse et avisée. On pouvait espérer que tous ceux qui s'in-\ntéressent au concours à un titre quelconque, parents ou amis des concur-\nrents, élèves anciens et récents de la maison, virtuoses et professeurs, lu-\nthiers et fabricants d'instruments, chefs d'orchestre et chefs de musique,\nseraient admis à un spectacle pour eux fécond en émotions, enseignements\net renseignements. Et il est arrivé que ceux-là seuls, et presque du premier\nau dernier, furent consignés àla porte, pour la raison que la Direction des\nBeaux-Arts, chargée de la distribution des billets, en attribua, dit-on, neuf\ncents au Corps législatif, et une bonne partie du reste à ses amis.\nOr nos Parlementaires n'aiment, comme musique, que la musique de\nChambre qu'ils exécutent à leurs séances si justement célèbres. Les plus\nhonnêtes d'entre eux, je veux dire les plus besogneux, vendirent donc leurs\nplaces aux agences, comme s'il se fût agi d'une simple représentation de\ngala. Les plus malins en firent largesse à leurs secrétaires, valets, con-\ncierges, chefs de suffrage et distillateurs favoris. Voilà devant quelle\nfoule se consuma cette année l'effort de nos futures Etoiles ; voilà quel\npublic apprécia en connaisseur la valeur des contrebasses et des hautbois\nde l'avenir. Et un billet de faveur est une monnaie d'un prix si inestimable\nque peut-être, de ce judicieux emploi, les sièges branlants de quelques no-\ntoires Imbécillités parlementaires vont se trouver raffermis pour l'an pro-\nchain. Quant aux musiciens, qui donc s'en soucie, qui donc sait seulement\nleurs noms, dans les antichambres du Ministère ?\nVieille guitare. —Il s'agit de celle de Ch. Gounod, dont vient de s'enri-\nchir le Musée de l'Opéra. Instrument symbolique s'il en fut.\nL'Officieux d'Académie, ne réussissant pas à remplir ses pages avec l'apo-\nlogie d'Alfred Bruneau ou les avertissements prodigués à Gabriel Fauré,\ny insère un Cours d'Histoire de la Musique, hâtivement compilé dans\nquelques vieux ouvrages de vulgarisation, et des fiches, toutes fraîchement"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "rédigées, sur la Musique et la Magie. La dernière nous fait connaître 1' « Or-\nphée japonais », qui est Krishna-Gôvinda. Oui, Krishna le Rayonnant, le\nfils de Dévaki, le pâtre du mont Mérou, le vainqueur du serpent, le tendre\ncharmeur qui faisait danser devant lui les filles des bergers et caressait\nleurs frais visages, le premier Messie de l'lnde et le premier prophète du\ngrand Repos, est devenu, par une réincarnation inattendue, une divinité\njaponaise. Autant vaudrait parler de Vénus mère du Christ, ou de sainte\nIsis de Sienne.\nSoleure. Le ier juillet s'est réuni, dans le superbe Saalbau de Soleure,\nle congrès de l'enseignement musical convoqué par le comité de l'Asso-\nciation des musiciens suisses.\nLe congrès a été ouvert par M. Rœthlisberger, président de l'A. M. S.,\nqui, en quelques mots, expose le but de la réunion. Puis il donne la parole\nà M. E. Jaques Dalcroze, promoteur du congrès et auteur d'un remarquable\ntravail sur la Réforme de renseignement\nM. Jaques Dalcroze commence par établir qu'il fut un temps où l'en-\nseignement public de la musique répondait vraiment à un but pratique. Il\nétait alors entre les mains du clergé et avait pour objet de former des chan-\nteurs capables de prendre part aux cérémonies du culte. Aujourd'hui, ce\nbut n'existe plus, mais on a cru devoir toutefois maintenir l'enseignement\nde la musique, qui apparaît désormais comme une surcharge inutile et ne\nrépond plus à rien.\nCe qu'il faudrait, ce serait tout d'abord rendre à l'enseignement de la\nmusique un but pratique, et ce but devait être double :\nio Former pour nos sociétés musicales des exécutants capables, et\n20 Former pour nos concerts un public intelligent, susceptible de com-\nprendre et d'apprécier la musique.\nL'infériorité actuelle de l'enseignement musical infériorité qui n'est\npas contestée tient à deux causes :\nL'incapacité des instituteurs, et\n20 Le fait que l'enseignement est donné indistinctement aux élèves bien\ndoués comme à ceux qui ne le sont pas. Il en résulte que l'on décourage\nles premiers, sans parvenir à faire vraiment progresser les derniers.\nComment pourrait-on remédier à cet état de choses ? On pourrait tenter\nde confier l'enseignement musical à un corps de professionnels. Si l'on\nestime préférable de continuer à faire donner cet enseignement par les\ninstituteurs, il faudrait alors exiger de ceux-ci des qualifications spéciales.\nCeux qui ne posséderaient pas ces qualifications seraient remplacés par des\nspécialistes pour cette branche d'enseignement.\nEn ce qui concerne les élèves, il serait d'abord nécessaire d'éliminer\nceux d'entre eux qui sont notoirement réfractaires à tout développement\nmusical. Les autres seraient, suivant leurs aptitudes, répartis en plusieurs\ncatégories qui recevraient chacune un enseignement spécialement adapté à\nses besoins.\nM. Jaques Dalcroze insiste tout particulièrement sur l'importance de\nl'enseignement rythmique, beaucoup trop négligé. Il faut aussi développer\nles facultés auditives de l'enfant par des exercices appropriés.\nM. Jaques Dalcroze produit ensuite trois élèves qui ont suivi son en-\nseignement pendant quatre ans. Il leur fait successivement chanter des\ngammes dans tous les tons en partant toujours de reconnaître la tona-\nlité et les modulations de morceaux qu'il leur joue au piano, improviser\nsur un thème donné en modulant selon ses indications ; il leur fait ensuite\nexécuter de gracieux exercices de rythme dans lesquels les diverses divi-\nsions de la mesure correspondent à certains mouvements des bras et des"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.42", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "jambes. Il termine par de surprenants exercices de lecture à vue et de\nphrasé.\nDans l'assemblée générale de l'A. M. S., qui a eu lieu le 2 juillet, la ques-\ntion de la réforme de l'enseignement musical a été reprise. L'assemblée a,\npar acclamation, donné son approbation au principe de la réforme propo-\nsée par M. Jaques Dalcroze. Le comité de l'Association demandera à son\nauteur d'écrire une méthode pratique, destinée aux maîtres et accompagnée\nd'exercices en nombre suffisant. Les frais de publication de l'ouvrage\nseront supportés, au moins en partie, par TA. M. S., et celle-ci cherchera à\norganiser des expériences avec le concours soit d'établissements privés,\nsoit des gouvernements cantonaux qui voudront bien s'y prêter.\nL'Œuvre Internationale, 33, rue de Constantinople, Paris, que dirige\nnotre confrère M. Marcel Clavié, prépare un numéro qui sera consacré à\nBenjamin Godard et son œuvre.\nCe numéro exceptionnel, qui paraîtra enoctobreprochain, contiendra une\nétude générale sur l'œuvre de Benjamin Godard de M. Marcel Clavié,\naccompagnée de nombreuses appréciations des grands musiciens français.\nUn beau portrait au fusain de Jane Rouquet, tiré sur papier\nde luxe, encadrera le texte. D'autres reproductions seront dans le texte\navec une page musicale manuscrite et inédite de Benjamin Godard.\nCe numéro de Y Œuvre Internationale est en souscription aux bureaux de\nla revue, au prix de 2 francs. — Un tirage à part sous forme d'album sera\négalement fait pour les admirateurs de Benjamin Godard. Prix de cet\nalbum : 5 francs.\nPAN.\nMondanités — Foule des plus élégantes au Pavillon Montesquiou, où\nMm6 et M. Barbet donnaient une audition des œuvres de Lucien de Flagny,\nretour de Londres. Vif succès pour les vieilles chansons anglaises, enlevées\nen un style superbe par M Eisa Riess, et pour les mélodies chantées avec\nune passion vibrante par la charmante maîtresse de maison.\nLa chanson. — Sous une fort jolie couverture de A. Cézard, le numéro\nde juillet des Archives du Théâtre et de la Musique contient, en plus de la\npartie documentaire si précise de notre aimable confrère Valéry Hermay,\n« Une Ode à Montmartre », d'Armand Masson, d'une amusante et chatnoi-\nresque originalité. Une bibliographie et des indications très complètes sur\nles spectacles d'été. (P.-V. Stock, éditeur.)\n\nPUBLICATIONS RECENTES\nJULES ROUANET. La Musique arabe. —Alger, imprimerie S. Léon.\nPIERRE AUBRY. —Au Turkestan. Notes sur quelques habitudes musicales\nche\\ les Tadjiks et cheç les Sartes. Paris, Edition du Mercure musical."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c039", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 27, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.8.2", "titre_corps": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE", "signature_source": "Paul Grosfils", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE\n\nLe théâtre : le groupe flamand.\nAu milieu de cette recrudescence artistique que provoquent en Belgi-\nque les fêtes du y5eanniversaire de l'indépendance nationale, le théâtre de\nla Monnaie maintient vaillante son ancienne réputation. En effet, MM. Kuf-\nferath et Guidé, les directeurs dont je crois inutile de refaire l'éloge,\nont décidé que cette année la saison théâtrale commencerait beaucoup\nplus tôt que de coutume, et exécuterait, outre les morceaux du répertoire\ncourant, un programme choisi parmi les œuvres autochtones, peu connues\ndu public étranger. C'est là une résolution fort heureuse, non seulement\nau point de vue de la vulgarisation artistique qu'elle favorise, mais comme\nstimulant pour les jeunes musiciens, méconnus et délaissés.\nPeu de compositeurs belges se sont hasardés à écrire pour la scène. La\nBelgique est une grande province aux moeurs routinières, où les encoura-\ngements font presque totalement défaut. 11 faut une ténacité vraiment\nremarquable pour réussir. Les débouchés libres, tels que le théâtre ou le\nconcert,qui doivent nécessairement escompter les sympathies et les goûts du\npublic, sont rares, difficiles et peu lucratifs; les programmes sont encom-\nbrés, et la jeune génération musicale préfère suivre les routes battues qui\nmènent à la consécration officielle, relative mais rémunératrice, plutôt que\nde lutter au dédale des obstacles de l'originalité ou du génie. La musiqne\nse ressent profondément de cette direction. Blockx, Huberti, Edgar Tinel,\nPaul Gilson et van den Eeden sont tous professeurs agrégés ; Peter Benoit\nfut le fondateur de l'Académie flamande de musique, et Gevaert dirige\ndepuis trente ans le Conservatoire de Bruxelles. Les seuls qui ont conservé\ndans leur art une indépendance technique et une personnalité intéressante:\nEugène Ysaye, François Rasse, Erasme Raway et Albert Dupuis, sont\nceux qui ont pu se libérer à temps de l'enseignement officiel belge, de ses\nconcessions, de ses hiérarchies et de ses exclusivismes. 11 existe cepen-\ndant, parmi ces compositeurs, des artistes assez spéciaux pour attirer\nl'attention et pour former matière à une notice aux pages de l'histoire\nmusicale du pays. Je ne veux pas dire que leur originalité soit assez mar-\nquée pour faire école ou bien que leur génie puisse influencer d'autres\nméthodes, mais je tiens à reconnaître en eux la trace d'un tour d'esprit,\nd'un talent d'assimilation fort remarquables.\nLe groupe flamand, que nous appelons un peu pompeusement l'école\nflamande, n'a certainement aucune caractéristique initiale. Son esthétique\nsemble relever d'un produit complexe, hybride, de Brahms et de Bruck-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.28", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4001, "texte": "ner, uni à la technique hésitante du Wagner des premières années. Ses\nproductions ne portent pas plus loin que l'art d'il y a trente ans, et se\nreconnaissent toutes à une lourdeur identique dans le débit orchestral. La\nmusique flamande est la fille de Peter Benoit, celui que Liszt appelait\n« le Rubens de la musique *>, et, telle que les toiles du peintre anversois,\nelle relève de cette luxuriante imagination du Nord, qui s'en donne à cœur\njoie et qui se livre, dans le bizarre comme dans le terrible, à des orgies\nde gestes et d'extravagances. C'est la même exécution énergique et brus-\nque de Breughel, de Jordaens ou de Rubens, avant son voyage d'ltalie, la\nmême précision méthodique, un peu froide, qu'un excès d'étude alourdit,\net qui semble ne s'être pas libérée complètement des influences tenaces\ndu génie de son pays.\nC'est l'Anversois Jan Blockx qui reste actuellement le disciple le plus\nfidèle de Peter Benoit. Blockx est un maître local, auquel on peut exacte-\nment appliquer la critique dont Mendelssohn saluait son parrain : « il\ntrouve que le but le plus élevé du musicien est de donner une musique\nà sa langue maternelle. » Voilà le principe de l'école flamande tout défini,\net l'idéal esthétique de son disciple direct jugé. Ses premières études sous\nPeter Benoit etCallaerts; son stage au Conservatoire de Leipzig, où la lour-\ndeur musicale des Allemands du Nord s'agrège en lui à la rudesse des Fla-\nmands ; son poste dirigeant à l'Ecole de musique d'Anvers ; ses premiers\nchœurs populaires ; Milenka, Kermisdag, les ballets archaïques au style\nsimple et vigoureux ; la Rubens Ouverture, et ses derniers drames : le Père\nMartin, Uylenspiegel, Princesse d'Auberge, la Fiancée de la Mer, tableaux\npoignants et passionnés : chaque étape de sa vie est une affirmation de la\nhaute intégrité de son talent et la garantie de l'incessant polissage auquel\nil est soumis. Et cependant, Jan Blockx n'est pas un musicien parfait.\nSon succès n'est que la résultante d'une adéquation propice de l'œuvre au\ntempérament du public belge. Intrinsèquement sa production a une valeur\nrelative. Le compositeur est trop exclusif dans ses moyens, et sa musique\nne revêt pas les formes ondoyantes qui relèvent d'une subtile diversité\ndans l'ordonnance technique du travail.\nLes deux derniers drames du jeune maître, que la Monnaie reprendra\ncet été : Princesse d'Auberge et la Fiancée de la Mer, ont entre eux une\nressemblance des plus intéressantes. Il est des auteurs, tels que Beethoven\net Richard Wagner, chez qui la science technique se détermine parallèle-\nment, en raison de l'évolution artistique, et qui réalisent dans leur art une\nvéritable gradation connexe caractérisée par leurs travaux. Chez d'autres,\net Jan Blockx est de ceux-ci, arrivée à un certain point, l'inspiration et\nla technique restent stationnaires. Les œuvres, ayant atteint le summum\nd'élévation dont leur auteur pouvait les gratifier, se répètent sous diver-\nses formes et présentent nécessairement des analogies frappantes. Tous\nles médiocres ont passé par ce stade. Dans le cas présent, le phénomène\nest nettement établi, et, s'y référant, la critique des deux drames est fort\naisée. M. Nestor de Thière, l'auteur des livrets originaux, a écrit ces poè-\nmes dans ce langage monosyllabique particulier aux anciens Flamands, qui\ns'emploie encore de nos jours sur les côtes de la Zélande. Cette particula-\nrité a rendu la traduction presque impossible et en tous points défectueuse.\nL'adéquation musicale et l'emploi de l'accent tonique des mots dans la\nconfection des thèmes restent par conséquent inefficaces dans la version\nfrançaise, et amènent malheureusement des prolongements et des syncopes\ndu plus mauvais effet. A côté de Princesse d 1 Auberge, dont l'action se passe\nau Bruxelles riant de la domination autrichienne et qui met en jeu la vio-\nlence des jalousies et des passions telles qu'elles se déchaînent aux pays\nbrabançons, la Fiancée de la Mer est d'un caractère plus original, plus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4028, "texte": "rude et plus sauvage. Des deux drames, celui-ci est le dernier ;il date de\n1902. Son histoire, c'est la donnée commune au folklore de tous les pays\nmaritimes: la fiancée qui se jette dans les flots par désespérance d'amour ;\net sur ce thème, l'auteur a bâti une sombre suite d'intrigues et de cri-\nmes, dont les ficelles font un peu sourire, mais dont l'inspiration puis-\nsante laisse quelque peu perplexe. Les deux livrets présentent certes\nd'abondants défauts. Je ne veux point parler de la puérilité ou de l'in-\nconsistance des détails, mais d'une faute grave qui corrompt l'ensemble\nde l'œuvre. Les deux pièces, en effet, manquent d'idée directrice initiale ;\nelles n'éveillent chez le public aucun intérêt artistique ; si leurs person-\nnages sont vivants,ils ont le défaut d'être égaux,et l'on ne sent pas la néces-\nsité de s'intéresser plus à l'un ou à l'autre d'entre eux. Il y a là un réalisme\nvraiment très intense, mais il nuit incontestablement à l'esthétique géné-\nrale et empêche l'indication, par la scène, d'une idée, d'un symbole ou\nd'une morale particulière adéquate à l'action. Lorsqu'on envisage d'un\nautre côté l'élaboration musicale de ces oeuvres, on constate que les dé-\nfauts relatés plus haut sont presque excusables, car ils ont admirablement\nservi le développement propre du musicien. La musique de Jan Blockx\nmanque de souffle : son indigence d'invention se révèle à chaque page par\nl'abus de formules habituelles, de rythmes ternaires, de déformations thé-\nmatiques et par cette sensation d'uniformité qu'on éprouve tout au long\nde son audition. La science contrapuntique de l'auteur, quoique fort\nsavante, manque de développement : elle s'applique à de courts motifs\nparticuliers, qui s'entremêlent, s'entrechoquent, dans le trop-plein des\nfaits scéniques et des brusques intermèdes populaires: aubades, beuveries,\ncarnavals, chœurs et processions, qui interrompent l'action. Les leitmotifs\nne sont pas traités avec la rigueur du procédé wagnérien : ils manquent\nd'inhérence, de personnalité : ils sont courts, las, d'un usage restreint et\npeu nombreux. L'orchestration est lourde, mais fouillée : on sent que\nl'auteur est plus mélodiste que polyphoniste, et qu'il sacrifie volontiers à\nses qualités de rythme et de mesure. Mais ce qu'il y a de charmant dans\nson œuvre, depuis Milenka jusqu'aux drames présents, c'est cette argu-\nmentation serrée, ferme, sans éclats ni boursouflures, cette coloration\nvigoureuse et l'emploi des vieilles chansons du pays de Flandre : De twee\nconincs Kinder en, Reinilde, Het meisje van Scheveningen, qui parsèment\nde leurs cadences propices, toutes en force, et naïves, une musique fran-\nchement sincère et honnêtement confiante dans l'avenir quasi-national de\nson école.\nL'art de Paul Gilson est déjà différent. Quoique celui-ci se rattache au\nmême groupe de musiciens, il a sur les autres l'avantage d'être un autodi-\ndacte. Malgré un prix de Rome, une chaire musicale aux Conservatoires\nde Bruxelles et d'Anvers, la « spécialité » bien acquise de ses cantates na-\ntionales, et une carrière ostensiblement dirigée vers un idéal officiel, sa\npersonnalité reste bien distincte. Paul Gilson est un Bruxellois, c'est-à-\n-dire un Français qui ne reconnaît pas la France. Son éducation musicale\net sa culture première furent certes moins exclusives, moins locales, que\nchez Blockx. Une plus large compréhension de l'art a facilité chez lui les\nappréciations étendues sur les compositions étrangères, et on découvre en\nson travail, à côté de la teinte fortement autochtone qu'il a conservée,\nune multitude d'influences qui s'entrecroisent et s'agrègent sous l'impul-\nsion d'une consciente originalité. J'ai déploré chez Blockx la réunion d'é-\nléments divers, mais de même origine : la rencontre fortuite des défauts de\nl'Allemagne du Nord et de l'école d'Anvers ; pour Gilson, je ne crains qu'un\nattachement irraisonné, non pas à la technique, mais à l'esthétique même\nde son pays. Nous verrons plus loin chez Albert Dupuis un cas contraire :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.30", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3979, "texte": "l'heureuse connexité d'effets du tempérament wallon, de l'application sou-\ntenue de procédés wagnériens et de la méthode quelque peu déductive\nque l'on pratique à la Scliola Cantorum.\nLa Prinses Zonneschijn, ou, pour parler plus clairement, la Princesse\nRayon de Solei/, passera à la Monnaie, pour la première fois en français,\ndans le courant du mois prochain. Le livret de Pol de Mont est tiré de\nC< nte de CAubépine ou, d'après Perrault, de la Belle au bois dormant.\nL'action est simple, nette et concise, mais d'un esprit plus alourdi que le\nconte initial qui lui servit de modèle ; elle se déroule aux temps moyen-\nâgeux des fileuses blondes et des chevaliers preux, dans l'ambiance pâle\net delicate des toiles de Burne-Jones. Les caractères sont entiers et défi-\nnis ; ils se suffisent à eux-mêmes. La sorcière Walpra, toute de haine et\nde vengeance, Tjarda, son fils —le prince Charmant du récit, dans l'é-\npanouissement chaste de son ardente jeunesse, le roi Ajoboud, la frêle\nprincesse Radieuse, chacun des personnages s'émeut de sa vie propre et\ns'agite avec ce surcroît de vie fantastique qui rappelle certaines pages des\nplus vibrantes de la Tétralogie. La musique est relativement bonne. Elle\nn'a que l'originalité de son auteur, qui, comme nous l'avons vu, se meut au\nmilieu de nombreuses affinités, et s'efforce d'en dégager un métier, une\nmanière, propice à son art. Paul Gilson ne s'est point particulièrement\nconsacré à la musique du théâtre ; ses essais dans le genre : les Aventu-\nriers (1903) et Zeevolk (1905), sont fort restreints et passent tout à fait\ninaperçus. La musique de scène requiert une méthode bien définie, une\npatiente expérience et l'emploi des règles d'une esthétique parfaitement\nraisonnée. Chez Gilson, l'affaiblissement de ces conditions provoque un\nmanque de cohésion dans les détails et rend inadmissible un penchant\nprésumé vers cette voie. Son style déclamatoire est d'une sûreté de techni-\nque fort remarquable ; si on n'y rencontre aucune des combinaisons so-\nnores déconcertantes de Bruneau duquel je me plais à le rapprocher\nla forme se maintient couramment dans une bonne expression classique\nsans heurt, mais sans éclat. Le leitmotif est effacé ; il subsiste seulement\ndans le rappel des chansons qui parsèment la pièce (le chœur des fileuses,\ndes enfants, des valets, le refrain des scaldes, le chant de Tjalda), sans que\npour cela celle-ci s'encombre des récitatifs et des réminiscences de l'opéra.\nL'orchestration est vigoureuse, fort bien menée, notamment dans ïagitato\nde la fin du premier acte, et la ligne dramatique se poursuit conjointement\npour la musique et la légende, avec une gradation qui témoigne d'une\nsûreté de main et d'un réel talent chez le compositeur. En un mot, la Prin-\ncesse Rayon de Soleil remplace avantageusement les vieilleries déformées\ndu répertoire ; c'est une page de bonne musique et de bon goût, qui s'af-\nfirme sans prétention comme une œuvre de bon aloi, bien construite, bien\norchestrée et parfaitement réussie.\nAlbert Dupuis, le troisième de ceux des compositeurs belges qui seront\nreprésentés à la Monnaie cet été, ne fait point, à proprement parler, partie\nde l'école flamande. Aussi bien par sa personnalité artistique ou ses anté-\ncédents que par sa naissance, il se classe dans une catégorie à part qui se\nrapproche sensiblement de l'école française contemporaine. Né en Wallon-\nnie, le pays des Franck, Vieutemps, Ysaye, Vreuls et Lekeu, Dupuis fut à\nParis un élève d'Alexandre Guilmant, de Charles Bordes et de Vincent\nd'lndy ; il professa à la Schola Cantorum ; il dirigea en second les Chan-\nteurs de Saint-Gervais et se fit insensiblement une renommée beaucoup\nplus parisienne que nationale. Il est inutile de rappeler en détail ses pré-\ncédents, car tout ce qui peut présentement intéresser a trait à ses œuvres\ndramatiques. Celles-ci se suivent avec une féconde rapidité. Ostensible-\nment, Albert Dupuis s'est voué à la musique du théâtre ; depuis son"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3982, "texte": "premier essai : Idylle (1896), jusqu'à Martille (1905), en passant par\nYalda (1898), bilitis (1900), la Captivité de Bayblone (1900), et Jean Michel\n(1904), ses travaux ont pris une direction éminemment scénique et se sont\nréalisés selon les facultés de son jeune talent, suivant les formules d'art\n(comédies lyriques, drames musicaux, drames bibliques) consacrées par le\nthéâtre.\nAlbert Dupuis pratique un art différent de celui de ses confrères flamands.\nDès l'abord il a soumis sa musique à des procédés successifs, de façon à\nen éliminer par la suite les éléments incompatibles avec sa nature et son\ntempérament d'artiste. C'est là une méthode contraire à celle de Benoit,\nBlockx et Gilson. Cette manière d'envisager une éducation musicale eut\nchez lui l'avantage de faciliter une culture technique étendue et diversifiée.\nSes affinités sont clairement déterminées au travers de sa carrière de com-\npositeur; on y reconnaît à tour de rôle les influences prépondérantes :\nBach, rythmique et mesuré ; Wagner, instrumentiste propice ; Vincent\nd'indyavec ses adaptations musicales d'une esthétique rigoureuse et nette-\nment définie ; Bruneau, Charpentier, ou même Mascagni, dans le charme\npuissant de leur réalisme, de leur vérisme intempestif. Jean Michel et Mar-\ntille sont des œuvres confiantes et accomplies. Elles se présentent sans\ntâtonnements, sans maladresses, et font preuve d'une sûreté de main remar-\nquable chez un compositeur de vingt-huit ans. Elles se développent avec\naisance et continuité ; l'invention y est abondante, et l'inspiration s'élève\nintense, juste, expressive et adéquate, quoique bornée et rétrécie. Ces deux\ndrames, se succédant à une année d'intervalle, font partie d'une même pé-\nriode d'élaboration et se rattachent au même groupe d'influences. Le Wal-\nlenstein de Vincent d'lndy, les Maîtres Chanteurs et, de façon intéressante,\ncertains chromatismes de Tristan en sont les prototypes frappants. Quel-\nques analogies de concept avec les véristes italiens, une tentation du « mor-\nceau », la phase prolongée des motifs et le heurt souvent trop subit des\naccords, voilà les seuls défauts qu'on y rencontre. Les qualités d'Albert\nDupuis sont déductives ; l'âge et le temps les libéreront des influences et\ndes principes qui présentement les entachent. Sa science orchestrale est ré-\nfléchie; prompte et précise, elle s'affirme sans aucune des indulgences mu-\nsicales qu'on relève chez Wagner ou dans le Fervaal de d'lndy. L'accom-\npagnement propre des paroles est sonore, mais non pas exclusif, car le\nchant se découvre dans les phrases du récitatif où l'expression doit s'étendre\net s'amplifier. Des motifs populaires, rythmés et frappants, se mêlent dans\nsa musique et lui donnent une nuance de terroir particulièrement plaisante\net caractéristique.\nLe défaut fondamental de Jean Michel et de Martille est purement esthé-\ntique. Il a trait au concept général de ces œuvres, au travail des collabora-\nteurs librettistes, bien plus qu'au développement musical. C'est au sujet\nvériste que je m'attaque, à la théorie qui nous vient d'ltalie et qui, quoique\ndénaturée en France, y sévit assez dangereusement pour engager de jeunes\nauteurs sur une route fort glissante. L'application naturaliste de sujets\nvulgaires et soi-disant démocratiques au drame musical est un mal qui\ndénature l'essence de la musique du théâtre. On la retrouve dans l'Enfant\nRoi de Bruneau, dans la Sibéria de Giordano, et, au delà du Rhin, au\nFeuersnot de Richard Strauss. En Belgique, M. Dupuis a suivi ses malen-\ncontreux librettistes dans cette voie. L'un de ses drames, destiné au con-\ncours Sonzogno, relève des défauts requis pour cette intéressante institu-\ntion. L'autre le précédait d'ailleurs en la manière. Il n'y alà que des\nsituations dramatiques, heurtées et violentes, auxquelles une inspiration\nsoutenue ne peut s'atteler longuement. Les livrets de Jean Michel et de\nMartille pèchent par le manque de rythme, le mauvais agencement des"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "parties, la vulgarité, et cette terrible localisation dans le langage, qui\ns'oppose à la diffusion de l'œuvre, dans des milieux différents. Une stricte\nrègle d'observation en limite les détails, mais cette règle, quoique bien\nlégitime en d'autres lieux, s'applique ici à détruire les effets généraux dans\nles mouvements esthétiques qu'ils pouvaient réaliser. Un drame musical\nest un monument cohérent ; au cours de son élaboration artistique, c'est\nl'idée générale qu'il faut poursuivre avant de se conformer au souci minu-\ntieux des détails ; son enseignement intégral se trouve chez Richard Wagner,\nVincent d'lndy, Ernest Chausson, qui ont eux-mêmes travaillé leurs livrets\net compris l'intimité, l'adéquation, la connexité du travail dramatique dans\ntoutes ses parties. Il faut que M. Albert Dupuis y songe, car il possède en\nlui de quoi faire un maître ; ses essais précédents et particulièrement Bi-\nlitis le démontrent amplement.\n\nPaul Grosfils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c041", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 32, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.8.3", "titre_corps": "A L'OPÉRA", "titre_sommaire": "A L'OPÉRA", "signature_source": "Paul Mazon", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.32", "debut_caractere": 977, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "A L'OPÉRA\n\nDébuts de Mlle Grandjeaa dans la Valkyrie.\nMlle Louise Grandjean vient d'aborder le rôle de Brùnnhild dans la\nValkyrie. Elle y a obtenu un réel succès, qu'elle mérite par la sincérité\net l'honnêteté de ses efforts. Elle chante avec précision et joue avec intel-\nligence. Sa voix, naturellement un peu sèche, s'est assouplie et, dans les\npassages de douceur, ne paraît pas inexpressive. L'artiste manque peut-\nêtre un peu de chaleur et de poésie, mais elle a de la simplicité, de la\nforce et parfois même une certaine largeur de style.\nUne représentation de la Valkyrie à l'Opéra est un curieux spectacle,\nqui provoque des impressions diverses et irritantes. Le premier acte\nse joue dans le brouhaha des spectateurs qui s'installent, au milieu de\nl'indifférence générale. L'orchestre est mou :1e quatuor manque de netteté,\net les cuivres ne sonnent pas. Sur la scène, une basse pompeuse et mélo-\ndramatique, un ténor de forte voix mais d'allure et de son vulgaires, un\nsoprano de plastique charmante mais de voix peu assurée, s'agitent\nvaguement dans l'ombre. Au second acte, la mise en scène choque d'a-\nbord et indispose le spectateur : les entrées et les sorties sont toutes\nd'une gaucherie déconcertante. Mais déjà la beauté d'une scène comme\ncelle de Y Annonce de la mort pénètre les artistes : Brùnnhild chante avec\nune application émue, et, dans l'orchestre les cuivres et les bois ont des\nsonorités d'une plénitude émouvante. Au troisième acte, le décor\na de la grandeur et de l'harmonie : la cuirasse d'or sombre de Wotan, son\ncasque aux ailes noires, se détachent sur le fond lumineux des Valkyries\naux poitrines d'argent. Et surtout la sincérité fougueuse d'un grand artiste\nentraîne tous ceux qui l'entourent : M. Delmas chante Wotan avec une\npuissance et une noblesse incomparables. La voix humaine se marie à\nl'orchestre, sans s'y perdre jamais : elle se déploie au-dessus des instru-\nments déchaînés avec une ampleur soutenue et pathétique. M. Taffanel\nlui-même s'échauffe et, sous sa baguette, les cuivres répondent au chan-\nteur avec une largeur et une énergie inaccoutumées. Et l'on sort de l'Opéra\navec l'impression très nette qu'aucune autre œuvre de Wagner n'est mieux\nfaite pour un public français, que le « style héroïque », qui lui est propre,\nconvient merveilleusement au tempérament de nos chanteurs, et qu'il y\naurait en somme peu à faire pour qu'on eût à l'Académie Nationale de\nMusique des représentations de la Valkyrie auxquelles aucune représen-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 247, "texte": "tation allemande ne pourrait être comparée. Mais « peu », c'est peut-être\n« beaucoup » pour un établissement officie!, et « le ministre lui-même » y\nperdrait son solfège, comme dirait l'Officieux d'Académie.\n\nPaul Mazon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c043", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.8.4", "titre_corps": "LES IDÉES DE M. HOUDARD", "titre_sommaire": "LES IDÉES DE M. HOUDARD", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.33", "debut_caractere": 249, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "LES IDÉES DE M. HOUDARD\nViolemment pris a partie par M, Houdard, jai essaye, dans un de nos\nderniers numéros (p. i3B), de calmer ce contradicteur imprévu, que certes\nje n avais point 1 intention de combattre. Gela m'a valu une réponse fort\ncurieuse, que je m'empresse d'insérer, malgré son caractère injurieux ; j'en\nretranche seulement une insinuation calomnieuse contre « l'un' des\nnôtres » (.<>?). Si M. Houdard veut mettre en cause d'autres personnes, qu'il\nles nomme d'abord.\n27 juin 1905.\nMon cher confrère,\nDans le numéro du 15 juin du Mercure Musical, a\nsous le couvert de votre signature, la publicité à deux... inexactitudes inté-\nressées que je sais colportées sournoiseme\ncompte, par quelques-uns de vos collaborateu\nlégal, de les relever dans votre revue.\nà l'honneur ; autrement, je les ignorerais.\nVous écrivez en substance :\n/0 Que n'ayant pas trouvé dans votre\nbesoin, j'en ai commandé une à l'un de mes amis.\nJe réponds : Depuis quatre ans que j'ai\nla Sorbonne, tout mon enseignement a été basé sur les théories aristoxéniennes\n(Eléments rythmiques). Aucune traduction\n1 heure actuelle, sur quoi &i-je donc pu m\nsinon sur une traduction que J'AI FAITE moi-même,\nJ ajoute que je 11 ai encore en mains qu'une partie de la traduction « com-\nmandée » depuis deux mois seulement. M. Gevaert a demandé à son ami\nVoltgraff la traduction des Problèmes musicaux d'Aristote. J'ai agi de\nmême avec mon ami Rémon pour ne publie Eléments ryth-\nmiques que revêtue d'un visa universitaire ; mon travail personnel aurait\nmanqué d'autorité à ce point de vue.\nJe m efforce d'acquérir chaque jour pl du grec de\nmon métier de théoricien musical; à cela se borne mon ambition. Qui oserait\nblâmer cette conduite de bon sens prudent alors qu'il est démontré par l'ex-\npérience que l'on doit de plus en plus se spécialiser, et que le règne des\ntouche-à-tout, universitaires ou non, est passé ?\nEn exprimant le regret de n'avoir pas\nduction que j'annonce, je rendais pleinement\ndition même. Vous me répondez pas une perfidie. Est-ce honnête, cela ?\n2° L'Université m'aurait refusé des\nmépriser dans mes confrères mieux parta\nJe connais l'antienne ; elle est de la pir\nL'Université n'a pas eu à me refuser des titres que je n'ai jamais voulu sol-\niciter pour une raison de vulgaire honnêteté. C'est mon sentiment personnel\nceci."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.34", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "Ma thèse de doctorat serait établie «\npure » et je prétends que la Faculté d\nconnaître de tels sujets, même présentés\nLe jury d'examen qui vous a décerné\nmême incompétent sur la question abord\nT érudit normalien, à l'érudition duquel j'\nmage ; mais vous préférez cacher tout le bien que j'ai dit de votre personna-\nlité hellénisante et vous répondez en insinuant perfidement un échec que je\nn'ai jamais eu occasion de subir, et pour\nJ'ai donc le droit d'exiger de votre bonne foi, si elle a été surprise, l'inser-\ntion de cette rectification, et je l'exige.\nVeuillez agréer, mon cher confrère, l'assurance démon estime, dans la cer-\ntitude m je suis que vous m'accorderez sans hésiter cette réparation.\nG. HOUDARD.\nC'est donc attaquer l'honneur de M. Houdard que de le dire ignorant de\nla langue de Pindare et d'Aristoxène. On m'avait toujours représenté\nM. Houdard comme un plaisant humoriste : on ne m'avait point trompé,\net cette dernière facétie en bouche un notable coin à Alphonse Allais, et\nmême à l'auteur des Femmes savantes. Donc M. Houdard sait du grec ; son\nhonneur est sauf, et il a droit au baiser de Philaminte. Ce n'est pas dans\nWestphal, ou dans Gevaert, H. Weil et Masqueray qu'il a trouvés traduits\nles quelques passages bien connus d'Aristoxène sur lesquels il prétend s'ap-\npuyer. Ce n'est point par ignorance qu'il a pris soin de ne citer, dans sa\nbrochure sur la Richesse rythmique de l'Antiquité, que des vers déjà\nscandés par Westphal, Masqueray ou Havet. Et M. Rémon n'est là que pour\ndonner à une traduction déjà excellente le visa universitaire qui seul\nconfère 1 autorité.\nCe culte de l'Université m'a toujours paru très touchant, surtout chez un\nhomme qui ne semblait point avoir été comblé de ses faveurs. Il paraît que\nie m'étais mépris : M. Houdarda dédaigné certaines de ces faveurs, et c'est\nun sentiment très subtil des compétences universitaires qui l'a détourné de\nrechercher le diplôme de docteur ès lettres. Pouvais-je me douter que\nM. Houdard avait volontairement renoncé à un titre officiel, quand je\nje voyais si ingénieux a en usurper d'autres ? Les du\ni 5 février 1902 n'annonçaient-elles pas « qu'une chaire de théorie musicale\nvient d être créée à la Sorbonne et que le titulaire en est M. Georges\nHoudard » ? M. Houdard voudra-t-il nous dire à quelle date et par qui fut\nsigné le décret qui instituait cette chaire et en désignait le titulaire ?\nAlors ?\nM. Houdard, qui a des lettres, s'est-il souvenu de la jolie chanson :\nSi la Garonne avait voulu,\nLanturlu 1\nLa chose est fort possible, car nul n'ignore que ce brillant polémiste\nappartient à la presse musicale de Carcassonne. En tout cas, M. Houdard\nvient de nous faire savoir que s'il avait voulu être docteur ès lettres, lan-\nsturlu, eh bien ! il l'eût été, lanturlu !\nMais sait-il que, pour être docteur, même ès lettres, il faut au\npréalable être licencié et que, pour etre licencié ès lettres, il faut faire une\ndissertation latine, il faut faire une dissertation française, par conséquent\nsavoir écrire en français, il faut en sus avoir des connaissances précises,\nsoit de grammaire, soit d'histoire, soit de philosophie ? M. Houdard est-il\nlicencié ?\n{A suivre.)\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c044", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.8.5", "titre_corps": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.35", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\nConcours d'harmonie (hommes). Jury : MM. Théodore Dubois, président ;\nGabriel Fauré, Hillemacher, Ed. Mangin, Dallier, Charles René, Louis\nGanne, Piffaretti.\n/ers prix. MM. Chevalier, élève de M. Lavignac ; Krieger, élève du\nmême ; Albert Wolff, élève de M. Leroux.\n2e prix. M. Émile Bourdon, élève de M. Lavignac.\nier accessit. —M. Defay, élève de M. Taudou.\n2es accessits. MM. Roussel, élève de M. Leroux ; Adrien Lévy, élève\nde M. Taudou.\nConcours de piano (classes préparatoires). Jury : MM. Théodore Dubois,\nprésident ; Marmontel, Diémer, A. Duvernoy, A. Bernardel, Joseph Thibaud,\nMorpain, Lazare Lévy, Ferté, de Lausnay.\nHOMMES. jres médailles. MM. Trillat et Ciampi.\nPas de 2G médaille.\nScs médailles. MM. Dieschbourg, Pierre Moreaud et Naudin.\nTous élèves de M. Georges Falkenberg.\nLe morceau de concours était le Caprice en la mineur de Mendelssohn ;\nle morceau à déchiffrer de M. A. Duvernoy.\nFEMMES. /RES médailles.— MLLES Landsman (élève de MME Tarpet), Déro-\nché (Tarpet), Brazillier (Chené), Ruffin (Trouillebert).\nses médailles. Mues Bergez-Cazalon (classe de Mme Tarpet), Royé\n(Tarpet), Estéoule (Tarpet), Suzanne Canale (Trouillebert), Goetz (Tarpet).\n3e&médailles. Mlles Macpherson (classe de Mme Trouillebert), Renelle\n(Chené), Vagner (Chené), Germaine Dubois (Chené).\nLe morceau de concours était la sonate en ut dièse mineur de Ries ; le\nmorceau à déchiffrer de M. A. Duvernoy.\nConcours de violon (classes préparatoires». Jury : MM. Théodore Dubois,\nprésident; Berthelier, Lefort, Rémy, Willaume, Wenner, Lederer, Debroux,\nDuttenhoffer.\n;res médailles. Mne Dechamps, elève de M. Brun; M. Zighera, élève\nde M. Desjardins.\n2es médailles.— M. Krettly, élève de M. Brun; Mue Cherny, élève de\nM. Desjardins ; M. Jullien, élève de M. Brun.\n3Q* médailles. M. Poulet, élève de M. Brun ; M. Hémery, élève de\nM. Desjardins.\nLe morceau de concours était le 7e concerto de Baillot ; le morceau à\ndéchiffrer de M. Charles Lefebvre.\nConcours d'accompagnement au piano. Jury: MM. Théodore Dubois,\nprésident; Albert Lavignac, Ed. Mangin, Francis Thomé, Raoul Pugno,\nGaleotti, Cuignache, Catherine, Piffaretti. (Classe de M, Paul Vidal).\nHOMMES. /ER prix. M. Lucien Maillieux.\n2eprix. M. Albert Wolff.\nPas de ler accessit.\n2° accessit. M. Krieger.\nFEMMES. - Pas de ler prix.\n2e prix. MUe Pelliot.\nJer accessit. Mlle Ganeval.\nPas de 2e accessit.\nConcours d'orgue (Professeur, M. Guilmant). Jury : MM. Théodore Du-\nbois, président, Eugène Gigout, Gabriel Fauré, Albert Lavignac, Adolphe\n\ni 8"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "Deslandres, Raoul Pugno, Alexandre Georges, Gabriel Pierné, Adolphe\nMarty, Auguste Chapuis.\njer prix. M. Joseph Boulnois.\n2e prix. M. Bonnet.\n/er accessit. —M. Fauchet.\n20 accessit. M. Barrié.\nLe sujet de la fugue était donné par M. Gigout, le thème libre par\nM. Chapuis.\nConcours d'harmonie (femmes). Jury : MM. Théodore Dubois, président,\nCharles Lefebvre, Gabriel Fauré, Taudou, Gabriel Pierné, Xavier Leroux,\nRaoul Pugno, J. Mouquet, Caussade.\nPas de premier prix.\n2© prix. Mlle Ganneval, élève de M. Chapuis.\nier accessit. ~~ Mlle Dauly, élève de M. Georges Marty.\n2cs accessits. Mlles Milliaud, Alice Morhange, Bussière, élèves de\nM. Georges Marty.\nConcours de contrepoint et fugue. Jury : MM, Théodore Dubois, prési-\ndent, Charles Lefebvre, Guilmant, Dallier, Raoul Pugno, Henri Bùsser,\nLucien Hillemacher, Galeotti, Mouquet.\n/ers prix. MM. Dumas, Bazelaire, élèves de M. Lenepveu.\n2es prix. —M. André Gailhard, élève de M. Lenepveu ; M. Fibelle et\nMile Marthe Greembach, élèves de M. Gabriel Fauré.\njers accessits. MVI. Cools, Pollet, élèves de M. Fauré ; Borchard,\nélève de M. Lenepveu.\n2es accessits. MM. Flament, Bertrand, élèves de M. Lenepveu.\nConcours de violoncelle, alto et contrebasse. Le jury, composé de\nMM. Théodore Dubois, président-directeur, Edouard Colonne, Paul Vi-\ndal, de Bailly, Van Waefeïghem, Henri Marteau, Raymond Marthe, Mon-\nteux, André Hekking, Pierre Destombes, membres, et de M. Fernand Bour-\ngeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nCONTREBASSE. (Professeur : M. Charpentier). Morceau de concours :\nPremier Concerto de Verrimst ; lecture à première vue de M. Paul Vidal.\nPremier prix : M, Subtil.\nSeconds prix : MM. Zibell et Boussagol.\nPremier accessit : M. Hardy.\nPas de deuxième accessit.\nALTO. (Professeur: M. Th. Laforge). Morceau de concours : Cha~\nconne, de M. Henri Marteau ; lecture à première vue du même auteur.\nPremier prix : M. Maçon.\nSeconds prix : M. Lefranc, Mlle Coudart.\nPremiers accessits : MM. Ricardon et Jurgensen.\nDeuxièmes accessits : MM. Montfeuillard et Pierre Vizentini.\nVIOLONCELLE. Morceau de concours : Allegro de concert (Davidoff) ;\nlecture à première vue de M. Paul Vidal.\nPremiers prix : MM. Doucet et Janin, élèves de M. Loëb.\nDeuxième prix : M. Craque, élève de M. Loëb.\nPremiers accessits : M. Verguet, élève de M. Loëb ; MM. Olivier et\nDelgrange, élèves de M. Cros Saint-Ange.\nDeuxièmes accessits : MM. Lachurié et Benedetti, élèves de M. Cros\nSaint-Ange.\nCes trois concours ont été satisfaisants. On voudrait seulement plus de\nnetteté et moins de fadeur."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "Concours de chant (hommes). Le jury, composé de MM. Théodore\nDubois, président-directeur, Adrien Bernheim, Xavier Leroux, Alfred\nBruneau, Maréchal, Gailhard, Delmas, Daraux, Cossira, Escalais, d'Estour-\nnelles de Constant, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a\ndécerné les récompenses suivantes :\nPremier prix : M. Carbelly (professeur, M. Martini) ;\nSeconds prix : MM. Lucazeau (professeur, M. Masson), et Georges\nPetit (professeur, M. Dubulle) ;\nPremiers accessits : MM. Gorpait (professeur, M. Warrot), Francell\n(professeur, Mme Rose Caron) ;\nDeuxièmes accessits : MM. Domnier (professeur, M. Manoury), Sarraillé\n(professeur, M. Dubulle).\nCe sont les mêmes morceaux de concours, les mêmes procédés vite éven-\ntés, et presque les mêmes concurrents que ces années passées. Seul\nM. Corpait se distingue par une autorité peu commune, et n'a, en consé-\nquence, qu'un premier accessit; il joint ses protestations à celles du public,\nConcours de chant (femmes). Le jury, composé de MM. Théodor.\nDubois, président, Fauré, Bruneau, Ch. Lefebvre, Pierné, Delmas, Engele\nFournets, Mauguières, Bernheim, d'Estournelles de Constant, et Fernand\nBourgeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\niers prix M^es Chenal (classe de M. de Martini), Mancini (Masson),\nMirai (Warot).\n2es prix : Lamare (Warot) et Lapeyrette (Masson).\nici s accessits : Mlles Comès (Masson), Bailac (Duvernoy) et Delimoges\n(Dubulle).\n2es accessits : MU\" Allard (Duvernoy), Tasso (Lassalle).\nConcours mieux récompensé, suivant l'usage, que celui des hommes.\nLa Proserpine de Paësiello sévit toujours, et un critique talentueux\nregrette que le programme n'indique que les titres des morceaux et non\nleurs auteurs. «Oh! ajoute-t-il après un instant, je ne dis pas cela pour\nProserpine : chacun sait qu'elle est de Lulli. »\nConcours de violon.— Le jury, composé de MM. Théodore Dubois, prési-\ndent, Edouard Colonne, Gabriel Pierné, A. Parent, Albert Geloso, Henrv\nMarteau, Jacques Thibaud, Firmin Touche, Tracol, Sechiari, et M. Fernand\nBourgeat, secrétaire, a donné les récompenses suivantes :\nPremiers prix : M. Saury (classe Lefort), M. Cantrelle (cl. Berthelier),\nM. Bastide (cl. Lefort).\nDeuxièmes prix-. Mlle Renée Billard (cl. Lefort), M. Matignon (classe\nNadaud), Mlle Morhange (cl. Nadaud), M. Nauwinck (cl. Remy).\nPremiers accessits : Mlle Sauvaistre (cl. Lefort), Mlle Augiéras (classe\nRemy), M. Etchecopar (cl. Lefort).\nDeuxièmes accessits : Mlle Hélène Wolff (cl. Nadaud), M. Marcel De vaux\n(cl. Nadaud), M. Caries (cl. Berthelier), M. Soudant (cl. Lefort), M. Miche-\nlon (cl. Berthelier), M. Sufise (cl. Nadaud).\nUn perfide morceau de lecture de G. Pierné, à la tonalité volontairement\neffacée, donne lieu à des erreurs qui font la joie d'un public ignare et féroce.\nQuand mettra-t-on à la porte tous ces gens-là?\nConcours de harpe et piano. Le jury, composé de MM. Théodore Dubois,\nprésident-directeur, Widor, Xavier Leroux, Raoul Pugno, Pàsler, Pfeiffer,\nLemaire, Delafosse, Cartot, Franck, Santiago-Riera, membres, et de\nM. Fernand Bourgeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nHARPE [Professeur :M. Hasselmans). Morceau de lecture à vue de\nMUe H. Renié."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "/ers prix. M. Grandjany, Mlles Mauger, Ingelbrecht, Mollica.\n2e prix. Mi]e Laskine.\niGr accessit. Mlle Janet.\nPas de 2e accessit.\nH ARPE CHROMATIQUE (Professeur : Mme Tdssu-Spencer). Morceau de\nlecture à vue de M. Reynaldo Hahn.\n/er prix. Mlle Lenars.\n2es prix. MHes Joffroy et Blot.\nPas de ier accessit.\naccessits.— Mlles Gondeket et Chalot.\nPIANO (hommes). JErs prix. MM. de Francmesnil, élève de M. Dié-\nmer ; Dumesnil, élève de M. Philipp ; Dupré, élève de M. Diémer.\n2e prix, à l'unanimité. M. Dorival, élève de M. Philipp.\njers accessits. MM. Gayraud, élève de M. Philipp ; Lattès, élève de\nM. Diémer ; Verd, élève de M. Diémer.\n2& accessits. MM. Théroine, élève de M. Philipp ; Polleri, élève de\nM. Philipp.\nCes pianistes sont mécaniques, presque tous, sauf M. Gayraud, dont le\nstyle intelligent et personnel n'obtient qu'un premier accessit. Le concours\nde harpe chromatique a été bien meilleur que l'an passé ; une partie de ce\nsuccès est certainement due aux qualités de rythme et d intelligence de\nl'orchestre d'accompagnement, dirigé par M. de Lacerda. Le concours de\nharpe à pédales est excellent.\nConcours d'opéra comique. Le jury, composé de MM. Théodore Du-\nbois, président-directeur, Adrien Bernheim, Albert Carré, Lucien Fugère,\nVictor Capoul, Xavier Leroux, Gain, Maréchal, Bourgault-Ducoudray,\nd'Estournelles de Constant, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secré-\ntaire, a décerné les récompenses suivantes :\nH OMMES. Premier prix. M. Lucazeau, élève de M. Isnardon.\nPas de second prix.\nPremiers accessits. M. Domnier, élève de M. Bertin ; Francell, élève\nde M. Isnardon.\nDeuxième accessit. M. Sarraillé, élève de M. Bertin.\nFEMMES. Pas de premier prix.\nDeuxièmes prix. MUe Lassalle, élève de M. Bertin ; Mlle Tasso, élève\nde M. Bertin ; Mue Mathieu, élève de M. Bertin ; Mlle Mirai, élève de\nM. Bertin.\nPremier accessit. Mme Ennerie, élève de M Bertin.\nDeuxièmes accessits.— MHe Delimoges, élève de M. Isnardon ; Mi*e Co-\nrnés, élève de M. Bertin.\nConcours médiocre. Inexpérience totale de la scène. Ignorance candide\nde la diction. Seulstémoignent de quelques qualités dramatiques M. Fran-\ncell et Mlles Tasso, Delimoges et Lassalle, Carmen piquante, chaleureuse-\nment applaudie par Henry Gauthier-Villars, qu'on ne saurait trop approu-\nver en cette occasion. Tempête d'invectives, lorsque la voix blanche et\nfunèbre de M. Dubois annonce que les élèves femmes devront cette année\njeûner de premier prix. Pris à partie par un défenseur du jury, l'un des\nprotestataires riposte : «Je m'y connais toujours autant que ce gros idiot de\nBernheim et que ce crétin de d'Estournelles !... Qu'est-ce qu'ils font dans\nle jury, ceux-là ? »\nAlors, c'est un fou rire et un tonnerre d'applaudissements.\nLe lendemain, un solennel article du Matin nous donnait la version offi-\ncielle, celle de M.Alfred Bruneau. Le public voulait ainsi faire entendre au\njury, par une voie infiniment détournée, qu'il eût convenu de récompen-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2208, "texte": "ser, au concours des hommes, M. Petit, pour avoir donné toute la fade\nemphase qu'elle comporte à une scène du Rêve, d'Alfred Bruneau. « Je n'ai\npas besoin de dire, ajoute ce pince-sans-rire étonnant, qu'à la minute pré-\nsente j'oublie que j'en suis l'auteur. »\nConcours de piano (femmes). Le jury, composé de MM. Théodore\nDubois, président-directeur, Paul Braud, Georges Marty, Stojowesky,\nMoskowsky, Galeotti, Lucien Wurmser, Gabriel Fauré, Quevremont de la\nNux, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a cru devoir accor-\nder les dix-huit récompenses suivantes, justifiées par le massacre de Bach,\nexécuté à la Gzerny, et de Chopin, indignement truqué :\niev& prix. M Caffaret, élève de M Duvernoy ; Armand, élève de\nM. Duvernoy; Kastler, élève de M. Marmontel ; Antoinette Lamy, élève\nde M Duvernoy.\n2*s prix. Mlles Vizentini, élève de M. Marmontel; Henriette de Brie,\nélève de M. Marmontel; Morillon, élève de M. Duvernoy ; Aussenac,\nélève de M. Duvernoy.\njers accessits. Weil, élève de M. Duvernoy; Léa Lefebvre, élève\nde M. Marmontel ; Portehaut, élève de M. Marmontel ; Willemin, élève de\nM. Delaborde.\n2Gs accessits. Mites Pennequin, élève de M. Duvernoy; Glapisson,\nélève de M, Duvernoy ; Jacquard, élève de M. Delaborde ; Fagel, élève de\nM» Delaborde; Thévenet, élève de M. Delaborde.\nConcours d opéra Le jury, composé de MM. Théodore Dubois, pré-\nsident, Fauré, Bourgault-Ducoudray, d'Estournelles de Constant, Adrien\nBernheim, Widor, Leroux, Gailhard, Delmas, Fournets, Renaud et Fernand\nBourgeat, a décerné les récompenses suivantes:\nHOMMES. i*™prix. MM. Petit (classe Lhérie) et Corpait(Melchissédec).\n2e prix. M. Carbelly (classe Melchissédec).\njers accessits. MM. Meurisse (Melchissédec) et Lucazeau (Melchissé-\ndec).\n2°s accessits. MM. Pérol (Lhérie), Dupouy (Lhérie) et Ziégler (Lhérie).\nFEMMES. prix. ~M1 Chenal (Melchissédec) et Mancini (Mel-\nchissédec )\n2es prix. Mites Lapeyrette (Lhérie) et Lamare (Lhérie).\njer accessit. M Bailac (Lhérie).\n2G accessit. M Delalozière (Melchissédec).\nM. Petit est un Œdipe émouvant; M. Corpait un adroit Charles VI ;\nMue Chenal est une belle et bonne musicienne. Au total, quatorze con-\ncurrents, quatorze récompenses."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c046", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.8.6", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.39", "debut_caractere": 2210, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "ÉCHOS\nHonneurs officiels. L'Académie des Beaux-Arts décernait cette année\nle prix Houllevigues (5000 fr.), destiné à récompenser « l'auteur d'une œuvre\nremarquable produite dans le cours des quatre dernières années en peinture,\nsculpture, architecture, gravure ou composition musicale, ou à l'auteur\nd'un ouvrage sur l'art ou l'histoire de l'art ». Le champ était vaste, et le\nchoix certes difficile au pays de Fauré, d'lndy et Debussy, de Rodin, Mo-\nnet, Odilon Redon, Henri Martin, et tant d autres dont les noms accourent\nd'eux-mêmes.\nMais l'Académie, dont les voies demeurent impénétrables, a écarté toutes"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3559, "texte": "ces gloires, pour couronner la Daria de Georges Marty. On a beau s'être\npréparé longtemps d'avance à toutes les surprises et avoir médité sept\njours et sept nuits sur le Credo quia absurdum, le coup est rude encore, et\nmalgré soi Ton cherche à comprendre.\nLe prix Houllevigues est-il un prix de consolation, destiné à récompen-\nser Pœuvre la plus mal accueillie du public et la plus tôt disparue de l'affi-\nche ? On bien a-t-on voulu ajouter une estampille de plus à un ouvrage exé-\ncuté sur commande par un ancien prix de Rome et muni, par conséquent,\nde tous les cachets officiels, garants de médiocrité ? Nous ne le saurons ja-\nmais. Dans tous les siècles des siècles, que le saint nom de l'Académie\nsoit béni !\nA l'Opéra. Voici les recettes encaissées par l'Opéra, pendant le mois\nqui vient de s'écouler :\n2. Armide 22.670\n6. Sigurd . . . . . . . . 18.601\n7. Armide. . . . . . . . 19.454\n9. Tristan et Iseult 18.462\n1 o. Armide 11.1 75\n1 2. Faust 22.172\n14. Armide. 18.087\n16 .Le Cid 17.518\n19. Thaïs . . . 16.235\n21. Tristan et Iseult 15.969\n23. Faust 21.067\n26. Armide 18.142\n28 .Le Cid 13.829\n30. Thaïs 14.582\nLes amis de la maison. Le transfert des concours publics du Conser-\nvatoire à TOpéra-Comique avait bien des inconvénients, comme on apu\ns'en persuader à la lecture du vigoureux article de Gaston Carraud dans\nle Mercure musical du i 5 juillet.\nIl restait au moins un avantage : c'est que le grand nombre des places\n(1477, disent les almanachs) permettait une distribution sinon équitable,\ndu moins généreuse et avisée. On pouvait espérer que tous ceux qui s'in-\ntéressent au concours à un titre quelconque, parents ou amis des concur-\nrents, élèves anciens et récents de la maison, virtuoses et professeurs, lu-\nthiers et fabricants d'instruments, chefs d'orchestre et chefs de musique,\nseraient admis à un spectacle pour eux fécond en émotions, enseignements\net renseignements. Et il est arrivé que ceux-là seuls, et presque du premier\nau dernier, furent consignés àla porte, pour la raison que la Direction des\nBeaux-Arts, chargée de la distribution des billets, en attribua, dit-on, neuf\ncents au Corps législatif, et une bonne partie du reste à ses amis.\nOr nos Parlementaires n'aiment, comme musique, que la musique de\nChambre qu'ils exécutent à leurs séances si justement célèbres. Les plus\nhonnêtes d'entre eux, je veux dire les plus besogneux, vendirent donc leurs\nplaces aux agences, comme s'il se fût agi d'une simple représentation de\ngala. Les plus malins en firent largesse à leurs secrétaires, valets, con-\ncierges, chefs de suffrage et distillateurs favoris. Voilà devant quelle\nfoule se consuma cette année l'effort de nos futures Etoiles ; voilà quel\npublic apprécia en connaisseur la valeur des contrebasses et des hautbois\nde l'avenir. Et un billet de faveur est une monnaie d'un prix si inestimable\nque peut-être, de ce judicieux emploi, les sièges branlants de quelques no-\ntoires Imbécillités parlementaires vont se trouver raffermis pour l'an pro-\nchain. Quant aux musiciens, qui donc s'en soucie, qui donc sait seulement\nleurs noms, dans les antichambres du Ministère ?\nVieille guitare. —Il s'agit de celle de Ch. Gounod, dont vient de s'enri-\nchir le Musée de l'Opéra. Instrument symbolique s'il en fut.\nL'Officieux d'Académie, ne réussissant pas à remplir ses pages avec l'apo-\nlogie d'Alfred Bruneau ou les avertissements prodigués à Gabriel Fauré,\ny insère un Cours d'Histoire de la Musique, hâtivement compilé dans\nquelques vieux ouvrages de vulgarisation, et des fiches, toutes fraîchement"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "rédigées, sur la Musique et la Magie. La dernière nous fait connaître 1' « Or-\nphée japonais », qui est Krishna-Gôvinda. Oui, Krishna le Rayonnant, le\nfils de Dévaki, le pâtre du mont Mérou, le vainqueur du serpent, le tendre\ncharmeur qui faisait danser devant lui les filles des bergers et caressait\nleurs frais visages, le premier Messie de l'lnde et le premier prophète du\ngrand Repos, est devenu, par une réincarnation inattendue, une divinité\njaponaise. Autant vaudrait parler de Vénus mère du Christ, ou de sainte\nIsis de Sienne.\nSoleure. Le ier juillet s'est réuni, dans le superbe Saalbau de Soleure,\nle congrès de l'enseignement musical convoqué par le comité de l'Asso-\nciation des musiciens suisses.\nLe congrès a été ouvert par M. Rœthlisberger, président de l'A. M. S.,\nqui, en quelques mots, expose le but de la réunion. Puis il donne la parole\nà M. E. Jaques Dalcroze, promoteur du congrès et auteur d'un remarquable\ntravail sur la Réforme de renseignement\nM. Jaques Dalcroze commence par établir qu'il fut un temps où l'en-\nseignement public de la musique répondait vraiment à un but pratique. Il\nétait alors entre les mains du clergé et avait pour objet de former des chan-\nteurs capables de prendre part aux cérémonies du culte. Aujourd'hui, ce\nbut n'existe plus, mais on a cru devoir toutefois maintenir l'enseignement\nde la musique, qui apparaît désormais comme une surcharge inutile et ne\nrépond plus à rien.\nCe qu'il faudrait, ce serait tout d'abord rendre à l'enseignement de la\nmusique un but pratique, et ce but devait être double :\nio Former pour nos sociétés musicales des exécutants capables, et\n20 Former pour nos concerts un public intelligent, susceptible de com-\nprendre et d'apprécier la musique.\nL'infériorité actuelle de l'enseignement musical infériorité qui n'est\npas contestée tient à deux causes :\nL'incapacité des instituteurs, et\n20 Le fait que l'enseignement est donné indistinctement aux élèves bien\ndoués comme à ceux qui ne le sont pas. Il en résulte que l'on décourage\nles premiers, sans parvenir à faire vraiment progresser les derniers.\nComment pourrait-on remédier à cet état de choses ? On pourrait tenter\nde confier l'enseignement musical à un corps de professionnels. Si l'on\nestime préférable de continuer à faire donner cet enseignement par les\ninstituteurs, il faudrait alors exiger de ceux-ci des qualifications spéciales.\nCeux qui ne posséderaient pas ces qualifications seraient remplacés par des\nspécialistes pour cette branche d'enseignement.\nEn ce qui concerne les élèves, il serait d'abord nécessaire d'éliminer\nceux d'entre eux qui sont notoirement réfractaires à tout développement\nmusical. Les autres seraient, suivant leurs aptitudes, répartis en plusieurs\ncatégories qui recevraient chacune un enseignement spécialement adapté à\nses besoins.\nM. Jaques Dalcroze insiste tout particulièrement sur l'importance de\nl'enseignement rythmique, beaucoup trop négligé. Il faut aussi développer\nles facultés auditives de l'enfant par des exercices appropriés.\nM. Jaques Dalcroze produit ensuite trois élèves qui ont suivi son en-\nseignement pendant quatre ans. Il leur fait successivement chanter des\ngammes dans tous les tons en partant toujours de reconnaître la tona-\nlité et les modulations de morceaux qu'il leur joue au piano, improviser\nsur un thème donné en modulant selon ses indications ; il leur fait ensuite\nexécuter de gracieux exercices de rythme dans lesquels les diverses divi-\nsions de la mesure correspondent à certains mouvements des bras et des"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.42", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "jambes. Il termine par de surprenants exercices de lecture à vue et de\nphrasé.\nDans l'assemblée générale de l'A. M. S., qui a eu lieu le 2 juillet, la ques-\ntion de la réforme de l'enseignement musical a été reprise. L'assemblée a,\npar acclamation, donné son approbation au principe de la réforme propo-\nsée par M. Jaques Dalcroze. Le comité de l'Association demandera à son\nauteur d'écrire une méthode pratique, destinée aux maîtres et accompagnée\nd'exercices en nombre suffisant. Les frais de publication de l'ouvrage\nseront supportés, au moins en partie, par TA. M. S., et celle-ci cherchera à\norganiser des expériences avec le concours soit d'établissements privés,\nsoit des gouvernements cantonaux qui voudront bien s'y prêter.\nL'Œuvre Internationale, 33, rue de Constantinople, Paris, que dirige\nnotre confrère M. Marcel Clavié, prépare un numéro qui sera consacré à\nBenjamin Godard et son œuvre.\nCe numéro exceptionnel, qui paraîtra enoctobreprochain, contiendra une\nétude générale sur l'œuvre de Benjamin Godard de M. Marcel Clavié,\naccompagnée de nombreuses appréciations des grands musiciens français.\nUn beau portrait au fusain de Jane Rouquet, tiré sur papier\nde luxe, encadrera le texte. D'autres reproductions seront dans le texte\navec une page musicale manuscrite et inédite de Benjamin Godard.\nCe numéro de Y Œuvre Internationale est en souscription aux bureaux de\nla revue, au prix de 2 francs. — Un tirage à part sous forme d'album sera\négalement fait pour les admirateurs de Benjamin Godard. Prix de cet\nalbum : 5 francs.\nPAN.\nMondanités — Foule des plus élégantes au Pavillon Montesquiou, où\nMm6 et M. Barbet donnaient une audition des œuvres de Lucien de Flagny,\nretour de Londres. Vif succès pour les vieilles chansons anglaises, enlevées\nen un style superbe par M Eisa Riess, et pour les mélodies chantées avec\nune passion vibrante par la charmante maîtresse de maison.\nLa chanson. — Sous une fort jolie couverture de A. Cézard, le numéro\nde juillet des Archives du Théâtre et de la Musique contient, en plus de la\npartie documentaire si précise de notre aimable confrère Valéry Hermay,\n« Une Ode à Montmartre », d'Armand Masson, d'une amusante et chatnoi-\nresque originalité. Une bibliographie et des indications très complètes sur\nles spectacles d'été. (P.-V. Stock, éditeur.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c048", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.8.7", "titre_corps": "PUBLICATIONS RECENTES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RECENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.42", "debut_caractere": 2422, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "PUBLICATIONS RECENTES\nJULES ROUANET. La Musique arabe. —Alger, imprimerie S. Léon.\nPIERRE AUBRY. —Au Turkestan. Notes sur quelques habitudes musicales\nche\\ les Tadjiks et cheç les Sartes. Paris, Edition du Mercure musical."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-01-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-01_01#c050", "volume": "bmtnabh_1905-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.2", "debut_caractere": 575, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois, PARIS, ll'\n' . ' ; . 1 ' '\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey). . ... . . ■ - 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) . . .- 1 fr. 70\nL'infidèle (Maeterlinck) ...... 1 fr. 70\nMAURICE RAVEL. - . D'Anne jouant de l'Espinette . . . 1 fr. 70\nD'Anne qui me jecta de la neige . . 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano ..... . 3 fr. 35\nPour aider à la diffusion des\nE. Demets offre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer,\nd'éditer et de lancer à des conditions excep\nde rapidité et d'exécution, leurs ouvrages musicaux, tout en leur\nréservant, s'ils le désirent, la propriété\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nlH\nflgenee de la Société Nationale de ißdslqae\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.1", "texte": "lrs Année, —N° 6 ler1er Août 1905.\nParaît te ler1er et te 15 de chaque mois\nD,t , ( France Cinquante centimes.\nDu NuuER0 : | Étranger : Soixante centimes\n2, /?t<g deLouvois\nPARIS II*\n\nAU SOMMAIRE :\nHENRY GAUTHIER-VILLARS\nPAUL GROSFILS\nLOUIS LALOY\nPAUL MAZON\nARMANDE DE POLIGNAC"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.2", "texte": "SOMMAIRE\nLouis LALOY Le Drame musical moderne. IV: Claude\nDebussy.\nARMANDE DE POLIGNAC. .. „ Pensées d'ailleurs.\nHENRY GAUTHIER-VILLARS. Le Goût musical.\nREVUE DE LA QUINZAINE\nPAUL GROSKILS La musique en\nPAUL MAZON A l'Opéra.\nLouis LALOY jpg Les idées |§\nConcours\nPAN Échos.\n''£ i ' \"•' 's4* s' \"* \\ jv • *'•/;\n\nABONNEMENTS :\nUn an. Six mois.\nPARIS ET DÉPARTEMENTS - „ 12 fr„ 6 fr.\nÉTRANGER . „.. , *.. » . *.. 15 fr. 7 fr. 50\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nLE NUMÉRO : 0.50\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois, PARIS, ll'\n' . ' ; . 1 ' '\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey). . ... . . ■ - 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) . . .- 1 fr. 70\nL'infidèle (Maeterlinck) ...... 1 fr. 70\nMAURICE RAVEL. - . D'Anne jouant de l'Espinette . . . 1 fr. 70\nD'Anne qui me jecta de la neige . . 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano ..... . 3 fr. 35\nPour aider à la diffusion des\nE. Demets offre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer,\nd'éditer et de lancer à des conditions excep\nde rapidité et d'exécution, leurs ouvrages musicaux, tout en leur\nréservant, s'ils le désirent, la propriété\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nlH\nflgenee de la Société Nationale de ißdslqae\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.3", "texte": "LE DRAME MUSICAL MODERNE\nCLAUDE DEBUSSY\n\n(I)\nIV\nNos deux dernières étapes ont été rudes. En redescendant\ndes cimes hautaines où nous suivions des yeux l'ascension de\nFervaal, nous avons rencontré d'abord l'effrayante dévastation\nde champs maudits, où l'on eût en vain cherché la plus humble\nfleurette musicale : car ce sol factice, ces terres rapportées,\ntoutes en plâtras et en déblais, refusent la sève même à la ronce\nou à l'ortie. Après ces terrains vagues, que les chiffonniers de\nla musique eux-mêmes ne disputent pas à M. Bruneau, il nous a\nfallu traverser un faubourg de grande ville; l'odeur des mau-\nvais parfums s'y mêlait à celle de la misère, et dans le ruisseau\ncoulait un flot douteux de mélodie venue de partout, où\nM. Charpentier, ô horreur! trempait les oripeaux fanés de sa\nprose. Mais aujourd'hui nous quittons enfin ces lieux d'abo-\nminations ; une forêt enchantée s'ouvre devant nous et nous\nappelle, nous y errerons longuement, et n'en voudrons plus\nsortir peut-être, car nous y rencontrerons à chaque pas des\nfigures plus belles que tout ce que nous avions pu imaginer, et\nqui cependant nous apparaîtront faites de la substance même\nde notre vie.\nC'est une légende que Pelléas et Mélisande, mais une légende\nprofondement humaine, dont la douceur de rêve nous est en\nmême temps familière et fraternelle. Sous leurs couronnes d'or,\net les belles robes brodées qui donnent à leurs gestes une am-\npleur si grave, ces rois et ces princes d'un royaume qui n'est pas\nde ce monde nourrissent des pensées pareilles aux nôtres : ils\nparlent comme nous, et souffrent à notre manière, simplement,\nsans maudire la destinée sournoise et formidable dont ils sont,\neux aussi, les jouets. L'amour qui les unit et qui fait leur malheur\nn'est pas cet amour inexpliqué, violent et stupide qui précipite\n\n(i) Suite et fin. Voir les numéros i, 2 et 4 du Mercure musical.\n\nLE MERCURE MUSICAL\ni 6"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.4", "texte": "234\nLE MERCURE MUSICAL\n\nl'un vers l'autre tant de héros de romans, de tragédies et d'o-\npéras; ce n'est pas l'amour brutal et déclamatoire qui inspire à\nLouise et Julien les délicates paroles que vous savez; ce n'est\npas davantage l'amour ignorant et rudimentaire qui saisit Sieg-\nfried devant la Walkyrie ou Fervaal aux côtés de Guilhen, cet\namour qui est une révélation, un enseignement, qui s'apprend,\navec de bonnes leçons, comme un cours de philosophie dans\nune université d'Allemagne, et que j'appellerai l'amour didac-\ntique. Non, c'est un amour né de la vie même, qui a grandi au fil\ndes jours, au gré des entretiens familiers, qui lentement, comme\nune molle vapeur insaisissable, s'est dégagé de la tendresse fra-\nternelle, qui a donné un charme inavoué à toutes les habitudes\nd'une intimité quotidienne, qui a tissé des liens invincibles entre\ndeux âmes non pas égales, mais pareilles, qui envahit l'être en-\ntier comme un poison suave et mortel, qui est déjà le maître\nabsolu lorsqu'à peine on s'aperçoit de son existence ; enfin, et\npour tout dire, un amour véritable.\nL'histoire de cet amour et de son retentissement sur les âmes\nprochaines nous est contée en une série de tableaux, dont chacun\nnous montre un moment caractéristique ou critique de cet irré-\nsistible progrès. Cette histoire nous est à tous connue et chère,\net je ne ferai pas àMaeterlinck l'injure de la redire ici en détail.\nQu'il me suffise de rappeler que le prince Golaud, le petit-fils\nd'Arkhel, le vieux roi d'Allemonde, est un homme très fort et\ntrès bon, mais un peu lourd et rude, qui ne sait pas s'y prendre,\net manie la vie avec des mains trop habituées à brandir le lourd\népieu de chasse. Il rencontre un jour Mélisande, égarée comme\nlui dans la forêt ; elle vient de loin, on lui a fait grand'peur, elle\ns'est enfuie, et sa couronne d'or, présent maudit, est tombée\ndans la fontaine. Golaud épouse cette trop douce Mélisande,\ndont il ne comprendra jamais l'âme inquiète, aimante et puérile.\nPelléas est le frère de Golaud ; il est jeune, tendre et mélanco-\nlique. Il sait parler à Mélisande, elle ne tremble plus auprès de\nlui. Us regardent tomber le jour sur la mer, depuis la terrasse\ndu château, tandis que s'éloigne sans retour le vaisseau qui a\namené Mélisande. Pelléas doit partir, mais il s'accorde chaque\njour un jour de grâce encore. Il conduit Mélisande, par les soli-\ntudes du parc immense, jusqu'à la vieille fontaine abandonnée,\netelle joue, —transparent symbole,— avec l'anneau de mariage\nque Golaud lui adonné. L'anneau tombe à l'eau, et Golaud, au\nmême moment, voit son cheval s'emporter, sans raison,\ndans la forêt; il fait une terrible chute, et nous retrouvons Méli-\nsande à son chevet, très attentive, toute troublée d'un malaise\ninconnu. C'est alors qu'en la consolant de toute sa tendresse,\nGolaud voit la petite main qu'il presse dans les siennes privée"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.5", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n235\n\nde la bague des noces. Et Mélisande, d'instinct, n'ose dire où\nelle l'a perdue ; elle invente une autre histoire. Prise à sa propre\nruse, il faut qu'elle aille chercher l'anneau, tout de suite, dans la\ngrotte au bord de la mer. Pelléas l'accompagne, la mer gronde\nde vagues menaces, les nuages peu à peu dévoilent la lune, et\nl'on aperçoit, endormis contre les roches, trois vieux pauvres\nqui sont venus là pour la nuit. Mélisande a peur de cette misère\nsimple et profonde, peur et un peu honte d'elle-même : elle\nrefuse, pour sortir, la main de Pelléas.\nMais voilà que, malgré ma promesse, je suis pas à pas les dé-\ntours du récit enchanteur. Je m'égare. Jene pourrai sortir de cette\nforêt de hasards complices. Il faut que je me hâte, et cependant\nje voudrais bien m'attarder encore dans le jardin où la nuit\ntombe, tandis que Mélisande peigne ses cheveux, ses longs che-\nveux qui descendent jusqu'aux lèvres de Pelléas, comme une\némanation, un rayonnement d'elle-même, et un désir qu'elle\nignore. Je voudrais dire aussi l'inquiétude qui mord le cœur de\nGolaud, le sourd désir de vengeance qui dort en lui comme\nl'eau stagnante au fond des souterrains du château, la fatale soif\nde savoir qui le dévore au point qu'il interroge l'innocence du\npetit Yniold et ses grands yeux épouvantés du mal qu'ils pour-\nraient voir. Mais pourquoi rappeler des scènes aujourd'hui gra-\nvées en toutes les mémoires ? Donnons seulement un mot de re-\ngret à l'épisode, si subtilement mélancolique, où l'on voit Yniold\njouer tout seul près de la fontaine ; sa balle d'or reste prise sous\nune pierre qui ne se laisse pas soulever ; des moutons passent,\net bêlent « parce que ce n'est pas le chemin de l'étable » : ainsi\nse trouve indiquée une fois encore, en deux touches légères, la\ntoute-puissance de la destinée qui ne lâche pas sa proie, et nous\nentraîne où nous ne voulons pas. Et puis Pelléas arrive, tout\ninquiet de l'adieu qu'il va falloir dire, et Mélisande le rejoint,\n« hors d'haleine comme un oiseau pourchassé », et c'est alors\nseulement que, dans l'émoi du prochain départ, l'aveu de leur\namour s'échappe de leurs lèvres, presque malgré eux, comme une\nsource qui déborde. Que nous sommes loin ici des dissertations\nde Tristan et du lyrisme littéraire de tant d'amoureux de théâ-\ntre ! Et comme ces simples mots : « Je t'aime aussi, » que mur-\nmure Mélisande, nous saisissent en plein cœur !\nAu dernier acte, Golaud a tué Pelléas et blessé Mélisande qui\ns'enfuyait, sans courage devant la mort. Elle va mourir ce-\npendant, veillée par le vieil Arkhel, qui l'aime et qui a tout com-\npris, et par Golaud, toujours torturé du désir fou de savoir ce\nqui est arrivé. Mais Mélisande ne peut lui répondre, elle est\ndéjà trop loin de la vie, elle ne sait plus. Elle meurt, sans un\ncri, avec le mystère de son âme ; et Golaud mourra après"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.6", "texte": "236\nLE MERCURE MUSICAL\n\nelle, désespéré de n'avoir pu comprendre ; une immense pitié\ndescend sur ces malheureux qui tous ont trop souffert pour\nêtre criminels : ce qui est arrivé n'est pas de leur faute, la fa-\ntalité de leur nature et des circonstances perfides l'a voulu\nainsi. Et nous, les spectateurs de ce drame cruel et si tendre,\nnous avons reconnu l'image merveilleuse : c'est l'histoire même\nde notre cœur, et nous sortons de là plus émus et plus compa-\ntissants aux misères de nos frères, vraiment meilleurs.\nEh quoi ! dira-t-on, nulle obscurité ? Pas de symbole en mal\nd'exégèse? Nulle idée morale à dégager, à grand renfort de\ncommentaires, de rapprochements et d'étymologies? Nulle théo-\ngonie à établir, nul écroulement de walhallas périmés, nulle au-\nrore de temps nouveaux, nul embrasement final, dans la gloire\nflamboyante de la religion instaurée? Non, rien de tout cela.\nCertes, chemin faisant, nous avons cueilli plus d'un symbole.\nMais ils se rattachaient tous à cette idée non pas morale, ni\nsociale, ni religieuse, mais simplement philosophique, de la\nDestinée inéluctable. On ne veut rien prouver dans\nMélisande,on nous rappelle seulement que nous ne pouvons\nchanger l'ordre des événements, que des forces, en nous et hors\nde nous,nous conduisent et nous poussent, ou plutôt, si l'on veut,\nque nos instincts profonds et les apparents hasards extérieurs\nne sont qu'une seule et même chose, un même Inconscient, un\nmême Non-moi qui vit de sa vie et nous l'impose, sans nul souci\ndes illusions de notre intelligence et des fantaisies du pauvre\nMoi qui se croit le maître. Les cheveux de Mélisande et la\nbague qui fuit de ses doigts, et l'eau stagnante, et la balle d'or\net les moutons ne signifient pas autre chose que cet empire sou-\nverain de la Fatalité. Mais on voit que ces symboles, d'ailleurs\nfort clairs, n'empiètent pas sur le caractère des personnages, ne\ndétournent en rien le cours de l'action. Onpeut ne pas les com-\nprendre ou les supprimer par la pensée, croire que la chute de\nGolaud, au moment où la bague est tombée, n'est qu'une simple\ncoïncidence, que l'eau morte des souterrains n'est là que pour\njustifier l'effroi de Pelléas lorsqu'il sent trembler la main de son\nfrère, et que la scène d'Yniold à la fontaine n'est qu'un joli\ntableau d'innocence inquiète, comme la vie nous en offre au\nmilieu de ses plus sombres aventures : on peut, en un mot,\nméconnaître tous ces avertissements de la Destinée, ne voir que\nhasard ou caprice où d'autres reconnaîtront l'œuvre d'une Vo-\nlonté mystérieuse et tenace : le drame restera tout aussi clair,\ntout aussi suivi, tout aussi irrésistiblement logique et naturel.\nDe même, notre vie de chaque jour n'est pour les esprits posi-\ntifs qu'un tissu sans épaisseur de faits matériels et d'actions\nexplicites, alors que d'autres y croient entendre des appels mys-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.7", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n237\n\ntérieux, et comme les mots d'un langage figuré que parle la\nNature. Le symbolisme de Pellê n'est point\nsystématique, il ne détermine pas les événements, il s'y ajoute\net leur répond comme un écho venu des profondeurs des choses.\nLoin de donner au drame une allure abstraite et rigoureuse, il\nle rapproche de la vie en le rendant ambigu comme elle : on y\ntrouve à la fois les deux côtés de l'existence, l'obscur et le clair j\nles faits les plus menus, les démarches familières éveillent tout\nà coup de sourds pressentiments, de lointaines analogies qui\ns'effacent aussitôt que notre esprit veut lés saisir. C'est bien là\nune image totale de la vie, puisque la réalité y reste toute\nbaignée de rêve.\nTrès simple est le langage où s'expriment ces sentiments,\nces intentions et ces appréhensions. Ce sont les mots de tout\nle monde, ceux que nous prononçons journellement nous-\nmêmes ; seules les circonstances leur confèrent une gravité\nqu'on ne leur soupçonnait pas. Il en va de même dans la\nvie réelle : les émotions les plus vives, les douleurs les plus\natroces, ou les extases qui ravissent, amènent sur nos lèvres\nquelques paroles, à peine liées entre elles, où l'âme se trahit.\nEn entrant dans la grotte avec Pelléas, pour chercher l'anneau\nqui ne s'y trouve pas, Mélisande pousse un cri :\nAh ! Qu y a-t-il ?—Il y a... Il y a... Oui, je les ai vus aussi...\nAllons-nous-en, allons-nous-en ! Ce sont trois vieux pauvres qui se sont\nendormis. Il y a une famine dans le pays. Pourquoi sont-ils venus dormir\nici ? Allons-nous-en, allons-nous-en ! Prenez garde, ne parlez pas si\nhaut... Ne les éveillons pas. Ils dorment encore profondément. Venez.\nLaissez-moi, je préfère marcher seule. Nous reviendrons un autre jour.\nL'effroi de Mélisande, la pitié de Pelléas, le trouble de tous\ndeux devant ces trois pauvres qu'on ose à peine nommer,\ndeviennent nôtres justement parce que les paroles nous sont\nfamilières. Et plus loin, lorsque Pelléas, debout au pied de la\ntour, enroule à ses mains et porte à ses lèvres les cheveux de\nMélisande, que lui dit-il ? Va-t-il se répandre en protestations\nenflammées, en lyriques apostrophes à la nuit, va-t-il accrocher\nune métaphore à chacun de ces cheveux blonds ? Non, il n'aura\nque des mots très simples, presque enfantins, comme ceux que\nl'on se murmure lorsqu'on vit un rêve :\nOh ! oh! qu'est-ce que c'est? Tes cheveux, tes cheveux descendent\nvers moi! Toute ta chevelure, Mélisande, toute ta chevelure est tombée\nde la tour ! Je les tiens dans les mains, je les tiens dans la bouche. Je les\ntiens dans les bras, je les mets autour de mon cou... Je n'ouvrirai plus les\nmains cette nuit !"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.8", "texte": "238\nLE MERCURE MUSICAL\n\nEt cela suffit pour que cette scène, en sa chasteté mélanco-\nlique, soit une pure merveille de poésie vraie, je veux dire d'une\npoésie qui n'est pas dans les mots, mais dans les choses\nmêmes ; et le divin émoi qui palpite en ces vagues discours, il\nn'est pas un de nous qui ne le partage et n'y croie reconnaître\nun souvenir de sa propre vie.\nDe temps à autre seulement une image surgit, toujours neuve\net pleine de sens : c'est un de ces rapprochements inopinés,\nque l'on trouve sans les avoir cherchés, et qui illuminent d'un\nbrusque éclair nos ténèbres intérieures. Pelléas, au soir des\nadieux qui sera le soir fatal, arrive tout troublé, comme au\nsortir d'un songe, auprès de la fontaine :\nC'est le dernier soir... le dernier soir. Il faut que tout finisse... J'ai joué\ncomme un enfant autour d'une chose que je ne soupçonnais pas. J'ai joué\nen rêve autour des pièges de la destinée. Qui est-ce qui m'a réveillé tout\nà coup? Je vais fuir en criant de joie et de douleur comme un\nqui fuirait l'incendie de sa maison. Je vais lui dire que je vais fuir... Il\ntard, elle ne vient pas. Je ferais mieux de m'en aller sans la revoir... Il fau\nque je la regarde bien cette fois-ci. Il y a des choses que je ne me rappelle\nplus... on dirait par moments qu'il y a cent ans que je ne l'ai plus vue.\nEt je n'ai pas encore regardé son regard... 11 ne me reste rien si je m'en\nvais ainsi... Et tous ces souvenirs, c'est comme si j'emportais un peu d'eau\ndans un sac de mousseline. Il faut que je la voie une dernière fois jusqu'au\nf ond de son cœur. Il faut que je lui dise tout ce que je n'ai pas dit.\nC'est bien ainsi que l'on regrette un passé fait de rêves\nenchantés, qui cessent d'être coupables puisqu'ils vont finir, et\nqu'on voudrait contempler, pour la dernière fois, de plus près\nque jamais. Et c'est bien ainsi que spontanément, des images\nmontent du fond du cœur et brillent parmi nos confuses paroles\ncomme des roses dans la nuit.\n§\nLe drame de Maeterlinck est déjà, par lui-même, un chef-\nd'œuvre. Mais les beautés en sont graves, discrètes et profondes ;\nil faut, pour les sentir en toute leur plénitude, du loisir et du\nrecueillement. C'est à la lecture, et non pas à la scène, que\nl'œuvre donne tout son effet. Et même je me demande si cet\neffet serait si considérable, sans le constant souvenir de la\nmusique. J'ai peut-être trop loué le texte de Maeterlinck, et lui\nai attribué ce qui revient en propre à Debussy. Il est à remar-\nquer en effet que Pelléas et Mélisandeme paraît aujourd'hui le\nplus émouvant des drames de Maeterlinck, et que je le préfère\nmême, et de beaucoup, à A lladine ou à la formi-\ndable Mort de Tintagiles. Pourquoi cela? N'est-ce pas que les"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.9", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n239\n\nmots ne parviennent plus à mon esprit qu'enveloppés des mé-\nlodies et des accords qui en ont précisé les contours et révélé le\nsens caché? Il se pourrait. Jamais aucune musique n'a suivi\nd'aussi près tous les mouvements du discours, n'a fait plus\nétroitement corps avec lui, et en même temps ne l'a prolongé\nen reflets plus vastes, plus mouvants et plus colorés. Rien\nd'étonnant si, au sortir de ce flot harmonieux, les mots restent\nencore imprégnés de lueurs, et si nous\napparaît nimbé d'une clarté magique, tandis que les autres\ndrames de Maeterlinck s'estompent en brumes flamandes.\nC'est une œuvre unique que celle à laquelle travaillèrent\ndeux poètes de génie qui l'ont pensée chacun à son tour ; et le\npoète des sons, pour être venu après l'autre, n'a pas mérité\nmoins que lui le nom de créateur : il a fait sien chaque mot,\nchaque geste, chaque détail de l'action, en y mettant toute son\nâme, plus vibrante et plus chantante que celle du premier in-\nventeur. De l'œuvre qu'on lui transmettait, il a tout aimé, et\nainsi l'a enrichie d'une puissance de vie qu'elle ne possédait\npas. Il a pénétré le mystère, dévoilé l'arcane, donné l'éclat à\nl'ombre et une voix au silence. Et son drame musical a fait\noublier le drame en prose qui l'inspira. L'auteur de\nMélisande, c'est aujourd'hui Claude Debussy, et non plus\nMaeterlinck.\nTrès simple, comme les paroles qu'elle recouvre, est la décla-\nmation. Point de conventions mélodiques, de ports de voix,\nd'arrondissements de phrases, de cadences préparées. Point\nnon plus de ces grands mouvements, de ces sauts en hauteur\ncalqués sur la rude accentuation de l'allemand, et que plus\nd'un compositeur français a imités mal à propos. Une ligne\nsouvent toute droite, et infléchie seulement aux fins de phrases,\ncomme dans l'ancienne psalmodie : image exacte de la parole\nlatine et française. Mais ces légers mouvements savent trahir,\npar leur justesse même, l'émotion la plus profonde et la plus\ncontenue. Telle est, par exemple, la fameuse lettre, écrite par\nGolaud à son frère Pelléas, et lue au vieil Arkhel, pour qu'il\ndécide ce qu'il faut faire :"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.10", "texte": "240\nLE MERCURE MUSICAL\n\nComment traduire mieux la pitié émue et craintive inspirée\npar un être fragile, pour qui la tendresse même risque d'être\nencore trop rude ? Et cependant nous sommes ici tout près de\nla parole indifférente.\nLorsque 1 émotion est plus vive et plus directe, les accents\nsont plus marqués et plus expressifs. Quelle grâce mélancolique\ndans ces simples mots de Mélisande à Pelléas, sur la terrasse\nau bord de la mer :\nou dans sa réponse au vieil Arkhel, qui lui prédit la fin des jours\nmauvais, alors qu elle se sent déjà coupable et ne veut rien\nlivrer d'elle-même :\nEcoutez encore Pelléas chanter, lorsque les cheveux de Méli-\nsande sont venus à lui :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.11", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n241\n\nIci c'est une vraie mélodie, mais dont la forme et le rythme\nsont les mouvements mêmes delà parole passionnée ; c'est une\nmélodie qui palpite d'un émoi contenu, et se reprend, et s'exalte,\net renchérit sur elle-même, en un doux et fougueux délire.\nEcoutez aussi la supplication de Golaud, qui ne voudrait\npas mourir sans le pardon de celle qu'il a jugée, et tuée :\nEt j'aurais bien envie de continuer et de dire encore la ré-\nponse de Mélisande, d'une douceur indifférente, et qui ignore.\nMais arrêtons-nous à ces accents qui supplient avec tant de\ntristesse et de simplicité. Par ces quelques exemples, on aura\npu juger que chaque émotion, et par suite chaque caractère,\ns'exprime dans la ligne même du chant, avec une précision,\nune justesse et une intensité miraculeuses, et cela, par la seule\nvertu d'une mélodie libre, modelée sur la parole, et, en\nmême temps, profondément musicale.\nEt tout ce que les personnages nedisentpas, toutes les raisons\nde leur cœur qu'ils ne s'avouent pas à eux-mêmes, toutes les\nsuggestions des choses qu'ils subissent sans les comprendre,\ntout ce qui se cache au plus profond de leur conscience, c'est la\nvivante symphonie de l'orchestre qui le révèle et le réalise.\nPar là, si l'on veut, Pelléass'apparente aux drames wagnériens,\nmais avec de si profondes différences, que vraiment c'est bien\nun nouveau mode du drame symphonique qui nous est né.\nOn peut reconnaître, au long de l'œuvre, un certain nombre de\nmotifs qui y reparaissent de distance en distance et en assurent\nl'unité. Mais d'abord ces motifs ne désignent pas, comme il\narrive chez Wagner, un objet déterminé, un heaume ou un an-\nneau, encore moins un fait accompli, malédiction ou sortilège,\nni même un personnage à l'exclusion de tout autre. Ce ne sont\npas de ces motifs-étiquettes et à rubriques, échelonnés par un\nmusicien prévoyant au sein d'une partition touffue, comme, le\nlong des sentiers d'une forêt germanique, les poteaux indica-\nteurs de la Schône Aussicht ou de la Restauration. Ici chaque\nthème ne s'applique qu'à un sentiment et ne revient qu'à l'appel\nde ce sentiment."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.12", "texte": "242\nLE MERCURE AIUSICAL\n\nVoici, par exemple, un motif qui semble au premier abord\nappartenir à Golaud, puisqu'il accompagne le plus souvent\nl'entrée de ce prince et convient à merveille à sa rude et triste\nfigure (1) :\nMais un dérivé de ce même motif nous peindra les sourdes\nmenaces de la mer (2) :\nC'est qu'en réalité ce thème ne désigne pas spécialement Go-\nlaud : il exprime l'inquiétude. De même, l'agitation de la mer (3)\nsera aussi, plus tard, l'anxiété de Golaud (4):\n\n(1) Page 2 de la partition de piano, page i delà partition d'orchestre.\n(2) Pages 92 (piano) et i 32 (orchestre).\n(3) Pages 92 et 134.\n(4) Pages 253 et 375."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.13", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n243\n\nDe même encore, ne croyez pas que ce chant de flûte, qui\naccompagne Pelléas à son entrée (1), lui soit exclusivement\ndévoué :\nCar vous allez le retrouver, un peu modifié, au début de la\nscène de la fontaine (-2), où il exprime la tendresse mélanco-\nlique des choses et non plus d'un être :\nOn voit quel est le rôle de ces motifs : c'est de manifester les\nsentiments cachés, de rendre l'âme transparente, d'en laisser\napercevoir le fond, de dessiner, autour des paroles incertaines,\ncomme des broderies d'lnconscient révélé. Ainsi, quand Méli-\nsande répond à Golaud, inquiet de la voir si malheureuse :\n«Non, non, ce n'est pas Pelléas, ce n'est personne », involontai-\nrement se lève en son cœur le souvenir effacé des heures douces\npassées près de la fontaine (3):\nEt quand enfin les paroles graves ont été prononcées, et que\nl'aveu d'amour s'est échappé des lèvres, c'est le jardin enso-\n\n(1) Pages 3o et4o.\n(2) Pages 48 et 70.\n(3) Pages7s et 109."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.14", "texte": "244\nLE MERCURE MUSICAL\n\nleillé qui apparaît un instant aux yeux de l'âme, tel qu'aux\njours d'espoir où tout semblait sourire (i) :\nCes motifs sont tous très courts. Ce ne sont pas, comme chez\nWagner, des phrases entières, qui se développent et concluent\npéremptoirement. Ce sont des accents extrêmement expressifs\net harmonieux, mais qui ne durent pas plus que l'émotion même\nquand elle passe aux profondeurs de l'âme, ombre évanouie\naussitôt qu'entrevue. Et ainsi l'on arrive à noter, non plus sim-\nplement quelques sentiments fixes, donnés une fois pour toutes,\net par là même conventionnels, mais les nuances les plus fines\net les plus intimes de notre vie morale. En outre, les motifs se\nmodifient aussi perpétuellement, et ne reparaissent jamais sous\nla même forme, imitant en cela l'instabilité de nos sentiments,\nqui jamais n'ont pour nous la même saveur et le même aspect à\ndeux instants de notre durée. Mais ces transformations ne ré-\nsultent jamais de l'application de quelque règle ou de quelque\nformule: elles sont toutes spontanées, impossibles à prévoir, et\ncependant si naturelles ! Chacune de ces idées musicales semble\nvivre pour elle-même, et s'épanouir librement au regard de\nson créateur ; il y a en elle une énergie germinative qui lui fait\npousser des ramifications dans tous les sens 5 on la voit appa-\nraître, puis se perdre parmi les frondaisons touffues et les\nbrumes lumineuses de l'harmonie, pour reparaître plus loin ;\net c'est elle encore, et ce n'est plus elle : c'est une fleur nouvelle,\nautre de forme, de couleur et de senteur, éclose sur la même\ndse-\nNous avons déjà vu le thème qui d'abord accompagnait\nPelléas s'alanguir au bord de la fontaine, et se voiler de regret\nau fond de la mémoire de Mélisande. Le revoici encore, mais\ncette fois c'est Golaud qui songe à cette intimité tentatrice, avec\n\n(i) Pages 221 et 333. Comparer i 35 et 206."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.15", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n245\n\nune âpre jalousie ; aussi devient-il sinistre, à l'image du thème\nde menace qui raccompagne (1) :\nChacun connaît la mélodie si douce qui entoure amoureuse-\nment la grâce craintive de Mélisande (2) :\nLa revoici, toute changée, toute triste, au chevet de Go-\nlaud (3) :\nEt maintenant c'est Mélisande qui dort d'un sommeil tout\nproche de la mort, et la mélodie se replie douloureusement\nsur elle-même (4) :\n\n(1) Pages 187 et 277.\n(2) Pages 34 et 46.\n(3) Pages 69 et 102.\n(4) Pages 243 et 363."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.16", "texte": "246\nLE MERCURE MUSICAL\n\nMélisande s'est éveillée, et regarde ceux qui l'entourent avec\ndes yeux étonnés, qui déjà ne comprennent plus (1) :\nEt voici enfin la mort très douce et très paisible qui s'ap-\nproche : la mélodie expire, elle aussi ;il ne reste plus d'elle\nqu'un lambeau qui flotte en un rythme vague, et semble se\npoursuivre soi-même comme un nuage prêt à s'évanouir (2) :\nRien de plus net, de plus clair, de plus franchement mélo-\ndique que toutes ces évocations de thèmes ; et cependant on a\npu remarquer, chemin faisant, qu'ils sont souvent combinés\nentre eux ou avec eux-mêmes (3) : mais c'est là un contrepoint\nnaturel qui laisse en pleine lumière le contour des mélodies\nmêlées, et ne produit ni dureté ni obscurité d'aucune sorte. Il\nen est de même pour l'harmonie qui presque toujours enveloppe\net baigne ces motifs : on ne peut dire qu'elle en dérive ; elle vit\nà côté d'eux, les colore de ses reflets, et cependant s'accorde\navec eux comme un ciel avec un paysage.\nTout harmonieuse, et je dirais volontiers toute consonante\nest l'harmonie de Claude Debussy. Et l'on va aussitôt me\nparler de septièmes, de neuvièmes et d'altérations de la quinte.\nMais c'est là le langage de l'école, non celui de notre sensation.\nUn accord est consonant lorsqu'il nous charme par lui-même,\net n'en appelle pas impérieusement un autre à sa suite. Il faut\n\n(1) Pages 249 et 371.\n(2) Pages 278 et 403.\n(3) Autres exemples : pages 125 et 185 (la grâce de Mélisande et la ten-\ndresse de Pelléas) ; pages 58 et 84 (le thème de la rudesse de Golaud\nà la fois droit et renversé) ; pages 201 et 309 (un motif par imitation)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.17", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n247\n\nnommer dissonances, au contraire, toutes les agrégations de\nnotes que l'harmonie ne suffit point à justifier, et que seul\nexcuse le mouvement des parties, amenant des retards, bro-\nderies, appoggiatures et autres licences. En ce sens, l'harmonie\nde Wagner et de ses disciples est très dissonante : aussi a-t-elle\ntoujours quelque chose de rigoureux, d'autoritaire et d'impla-\ncable ; on sent que le plaisir de l'oreille sera toujours sacrifié à\nla conduite du contrepoint et aux intérêts de la tonalité. Cha-\nque note est justiciable de ce qui précède et responsable de ce\nqui suit. L'impression du moment ne compte point ; c'est une\nharmonie de contexte et d'enchaînement. L'harmonie de Claude\nDebussy est toute de liberté. Chacun des accords qui la com-\nposent est une consonance, consonance nouvelle certes, plus\nriche et plus harmonieuse que toutes celles que nous connais-\nsions, cueillie, parmi les vibrations de la nature, avec un discer-\nnement merveilleux, mais enfin consonance qui porte en elle-\nmême ses raisons d'exister, et satisfait l'oreille au point que\nnous ne demandons rien après elle. La succession des accords\nsera donc entièrement au gré du musicien. Aucune formule de\ncadence, aucune résolution de sensibles n'en réglera la marche.\nChacun de ces accords ne sera choisi que pour sa couleur et sa\nsonorité ; le musicien gagnera ainsi des moyens d'expression\nnouveaux et inouïs. Car il pourra peindre, par un accord,\nmieux encore que par un motif, si court fût-il, des nuances\ninstantanées d'émotion. C'est ce que Debussy fait en maître, soit\nqu'il étende autour d'une mélodie la tendre résonance des\naccords de treizième et de neuvième (1),\nsoit qu'il se contente de l'accord, sans mélodie, pour nous\npeindre la somnolence calme de l'eau (2) :\n\n(1) Pages 75 et 109.\n(2) Pages 48 et 70."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.18", "texte": "248\nLE MERCURE MUSICAL\n\nou l'oppression de toute la forêt qui semble peser sur la poi-\ntrine de Golaud (i) :\nou le doux et faible sommeil de Mélisande (2) :\nEt d autres fois les accords, au lieu d'être isolés ainsi, sont\njuxtaposés 1 un à 1 autre, mais suivant de tout autres lois que\ncelles des cadences : ils s'attirent entre eux comme des notes\nisolées, en vertu de convenances purement musicales ; et ainsi\nse forment ces mélodies d accords, qui sont à la mélodie ordi-\nnaire ce qu une ligne multicolore est à un simple trait noir.\nG est ainsi que nous est dépeinte l'anxiété de Golaud à genoux\nprès du lit de sa victime (3) :\n\n(1) Pages 68 et JOI.\n(2) Pages 243 et 366.\n(3) Pages 261 et 384."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.19", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n249\nLE MERCURE MUSICAL\n\nou la délicieuse ivresse de sentir tombées les barrières des\nâmes (i) :\nJoignez à cela un orchestre dont rien, sinon l'audition, ne\npeut donner une idée : un orchestre sobre et clair, toujours\ncoloré, ennemi des empâtements, des lourds mélanges de\ntimbres, enfin de toute la grisaille wagnérienne ;un orchestre\nqui procède par tons francs, à la manière française, qui est\naussi celle de Berlioz et de d'lndy, mais avec une finesse de\nnuances et une légèreté de touche qui n'est le fait d'aucun de\nces deux maîtres ; un orchestre subtil et hardi, qui sait faire\nchanter le hautbois sur les flûtes, le cor sur le frémissement du\nquatuor, et ne jamais employer que juste ce qu'il faut de notes\npour sonner. Et vous comprendrez alors pourquoi Pelléas et\nMélisandeest le chef-d'oeuvre incontestable du drame musical\nmoderne, et pourquoi son charme est tout-puissant : cet art de\nlumière et de vie n'a besoin, pour être senti, d'aucune étude\npréalable, d'aucune initiation métaphysico-musicale. On peut\nerrer sans guide dans la forêt où tout chante : mille souffles de\nfraîcheur y passent, et une aube éternelle se joue parmi les\nlianes en fleurs. Aucun mot de la langue humaine ne peut tra-\nduire un enchantement qui s'empare à la fois de tous nos sens.\nEst-il besoin encore d'une conclusion ? Nous avons vu la\nlégende héroïque aboutir à une œuvre très généreuse et très\nnoble, un peu tendue et non seulement haute, mais hautaine.\nNous avons vu le réalisme échouer piteusement, et ne nous\ndonner que des ouvrages informes ou d'une fausseté odieuse. La\nlégende humaine et la musique libre ont créé un chef-d'œuvre\nimmortel. Il ne faut pas hésiter à s'engager dans la voie\nouverte. Et je sais bien ce qu'on dit aujourd'hui aux jeunes\ncompositeurs, ce que leur répéteront longtemps encore, dans\nles écoles officielles, les plus intelligents de leurs maîtres, ceux\n\n(1 ) Pages 220 et 332.\n*7"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.20", "texte": "250\nLE MERCURE MUSICAL\n\nqui entendent parfois de la musique : « Admirez Debussy, mais\nne l'imitez pas. Couronnez-le de fleurs et bannissez-le de vos\npensées. Il a réussi, mais c'est par hasard. Ses harmonies s'use-\nront, ses procédés paraîtront ridicules en vos mains. Faites du\ncontrepoint et de la fugue, bâtissez des cantates et fermez vos\noreilles à tout le bruit de la musique contemporaine. » Ils\nécouteront en silence ces conseils, qui peuvent être sincères et\ninspirés par d'autres craintes que celle du succès d'un « jeune » ;\nmais ils ne les suivront pas. Ils sauront bien comprendre qu'il ne\nfaut pas copier Debussy, mais l'imiter *, qu'il a renouvelé à la\nfois la musique et le drame, et qu'une œuvre ne sera viable\nque si elle s'inspire de ses principes, de même qu'autrefois il\nn'y eut plus de salut, hors de la réforme wagnérienne. Ils sau-\nront répondre aussi que l'harmonie n'est pas plus variable et\nplus sujette à la mode que la mélodie, puisque les mêmes\nrègles président au groupement des sons et à leur juxtaposi-\ntion ; que si les accords de Mozart ont perdu de leur fraîcheur,\nses thèmes aujourd'hui ne se portent guère mieux, et qu'enfin\npuisque la musique, comme toute chose, est assujettie au per-\npétuel changement, mieux vaut encore plaire à son temps que\nd'écrire une langue que personne n'entend plus. D'autant qu'on\na ainsi les plus grandes chances de plaire encore à la posté-\nrité : ce sont toujours les œuvres les plus hardiment modernes\net les plus fraîches à leur apparition qui sont devenues plus\ntard les glorieux chefs-d'œuvre, à l'ombre desquels se repose-\nront les générations futures.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.21", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\n\"Y a t-il des musiciens qui croient àla musique ? J'arrive quel-\nquefois à me le persuader, quelque stupéfiant que cela paraisse.\nQue le public arrive encore à trouver quelques sensations dans\nce qui lui semble un bruit harmonieux, c'est excusable. Mais que\nl'homme du métier puisse s'enthousiasmer pour cette chose\nfactice, alors qu il en connaît si bien les détours et les formules,\ncela me semble devoir être sinon une pose, du moins une attitude\nde solidarité assez inutile. Le rôle du compositeur est de « mettre\ndedans » l'auditeur, disons : de lui procurer de douces sen-\nsations ; en est-il lui-même la dupe ?\nFormule, formule, tout n'est que formule ! Depuis la simple\nnote jusqu'aux usages extravagants qu'on en fait. Cette note,\nun bruit peu net dont la délimitation varie selon les pays, même\nselon les époques, on y a pratiqué toutes sortes de modifications\npour pervertir l'oreille. Les intervalles sont trop rap-\nprochés ; celui de quarte est un peu plus clair. Ne pourrait-on\navoir un clavier avec une gamme de cet intervalle-là, non tem-\npéré bien entendu ?\nEt les règles risibles, puériles, de la musique ! De grands\nsavants ont consacré leur vie à pondre des théories, convaincus\nde leur sérieux, accumulant des traités pesants comme Ton\npourrait aussi bien le faire sur un jeu de bâtonnets. Beaucoup\nde bruit pour rien et beaucoup de riens pour du bruit. Pauvres\nsavants qui édifient une tour sur un bruit divisé en 7 parties ;\net lorsque la gamme se divisera autrement, la tour crou-\nlera.\nEt maintenant passons en revue les différentes parties de\nl'édifice :\nI. L'harmonie. Celle-ci est fondée surles lois de la résonance\nnaturelle, mais tirées en long et en large, car que resterait-il: un\naccord, puis du bruit informe à la suite ? Bruit naturel en ce sens\nque ces harmoniques aigus entendus simultanément donneraient\ndu bruit aussi bien que le mélange des couleurs donne du blanc.\nD'ailleurs l'accord parfait majeur est encore une des sensa-\ntions les plus supportables et m'agrée assez lorsqu'il est bien"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.22", "texte": "252\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsoutenu. Ainsi les cent premières mesures de ont un\ncharme qu'il m'est rare de trouver dans des compositions mu-\nsicales.\n11. Contrepoint.La règle principale est la suite indépendante\nde chaque voix. Donc si trois personnes chantent à la fois, une\nla Marseillaise, l'autre Au clair de la lune, la 3e J'ai du bon tabac,\ncela devra être bien. Cependant les quelques règles qui empê-\ncheraient la réalisation de ceci et qui doivent sauvegarder un\nsemblant d'euphonie n'empêchent pas qu'en cherchant un peu\n(si peu), l'on trouverait des choses fort laides (dont je ne citerai\naucune). Dans la fugue, hypertrophie déviée du contrepoint, on\ntrouve de bizarres règles modulatoires. A un commençant la\nfugue d'imitation paraît fort naturelle ; mais il faut habituer\nl'oreille à la transition de dominante. Cette marche (singulière\nlogique) doit paraître naturelle parce qu'elle ramène à la tonique.\nIl était plus simple de tomber sur la sous-dominante. C'est\ncomme si on sortait d'une chambre pour pouvoir mieux y\nrentrer.\n111. •—La composition. C'est ici que, partant du point de vue\nque la musique est une fort belle chose admise par tous, l'em-\npirisme dissecteur se livre aux plus inattendus assauts. Les\nraisons a posteriori fourmillent. La musicalité passe en dernier\nlieu et cependant c'est cela qu'il nous faudrait le plus, étant\ndonné le peu qui se trouve dans les éléments. L'on déchiquète\ntant les sensations et leur matière qu'on s'y perd. La vraie sen-\nsation, celle qu'on devrait épier, attendre, chercher en soi et\nnon dans les autres ! Mais on croit trouver dans l'analyse de l'ex-\ntérieur d'une œuvre la formule de l'émotion. L'on croit produire\nla cause avec l'effet. On extériorise au lieu d'ésotériser. Au lieu\nde respirer le parfum, on examine la bouteille.\nFinalement, qu'importe le bruit, pourvu qu'il soit agréable,\ndu moment qu'on ne peut pas avoir le silence ?\nHeureux ceux qui ont des sensations auditives ! Mais quand\naura-t-on la musique des rêves, la musique limpide, unifiée,\nqui sera l'accord parfait avec l'être ?\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.23", "texte": "LE GOUT MUSICAL\n\nPour les nommés Mangeot et Sivry, « Arcades ambo »,\nSous ce titre, notre collaborateur Lionel de la Laurencie\nvient de faire paraître un volume de 350 pages dont notre ami\nLaloy a su dire et le charme, et l'érudition solide, et la copieuse\ndocumentation (i). Dix chapitres épuisent leur titre avec con-\nscience : Le goût monodique\ndividualisme expressif L'influence\nsique Les querelles esthétiques XVIIh\net les genres & influence allemande La musique à succès\nLe romantisme deßerlio\\\nAnalyser un tel ouvrage serait la pire des trahisons, le livre\nétant lui-même la plus subtile des analyses. Il me paraît égale-\nment malaisé d'en indiquer les tendances, l'auteur nous offrant\nle fruit de son érudition plutôt que la fleur de son imagination\nesthétique dans cette étude, qui est moins une thèse qu'une\ninattaquable mise au point de l'évolution accomplie ; M. de la\nLaurencie s'arrête, d'ailleurs, à la période contemporaine, « le\nrecul faisant défaut pour en juger impartialement les ten-\ndances ». Ce ne sera donc point un livre à polémiques.\nIl en provoquera, pourtant! Voici venir, en effet, l'armée re-\ndoutable des commentateurs, dont le passage suscite toujours\nd'interminables controverses et d'âpres discussions ; l'auteur\nen demeure le plus souvent écarté et les contemple de loin avec\nl'effroi ahuri de ceux qui ont déchaîné innocemment un cata-\nclysme : M. de la Laurencie connaîtra ces assauts.\nC'est sur la préface que s'exercera principalement la combat-\ntivité musicographique. Moins impersonnelle que le livre lui-\nmême, elle permet de deviner les conceptions artistiques de l'au-\nteur et ouvre ainsi la porte à toutes les disputes. Ecrite dans un\nstyle qui rappelle, avec plus de clarté, la phraséologie philoso-\nphique des psycho-physiciens allemands, elle trahit le goût déli-\ncat (et dangereux) de la généralisation systématique. Admirable\n\n(i) Mercure musical, n<> 3, p. i 33."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.24", "texte": "254\nLE MERCURE MUSICAL\n\nprétexte à copie que des observations de ce genre : « Dans\nl'échelle des sons, la zone moyenne se rapproche des possibi-\nlités sonores atteintes par la voix humaine, qui reste la mesure\nde ce qu'il y a de plus particulièrement subjectif dans l'ensemble\ndes impressions reçues... » Et lorsqu'une longue argumenta-\ntion se couronne delà définition suivante : « L'expression mu-\nsicale n'est donc autre chose qu'une équation posée entre un\ngeste extérieur ou un remous interne et une modalité sonore... »,\nn'a-t-on pas l'impression d'une proposition de point de départ\nplutôt que d'une formule de conclusion définitive ? C'est mer-\nveille de voir à quels miracles d'imprécision aboutit la plus\nminutieuse des études, tant est devenu insatiable le besoin de\npoursuivre immodérément le passage du particulier au général.\n« La synthèse veut être maniée avec discrétion, surtout en mu-\nsique, car ses révélations deviennent parfois salement déce-\nvantes », écrivait jadis l'Ouvreuse. Et elle ajoutait : « Au fond,\nM. de la Palisse n'était qu'un synthétiste qui exagérait. » Il se\npourrait que ma vieille amie eût raison.\nLes lecteurs qui se sentent trop petits garçons en face des\nhautaines abstractions de M. de la Laurencie apprendront du\nvulgarisateur d'Udine que « le goût musical s'enferme dans la\nloi du passage de l'homogène à l'hétérogène, loi qui se traduit\npar trois aspects principaux : évolution de la monodie à la\npolyphonie, passage du caractère collectif à l'individualisme,\net extension des modes d'expression allant de l'anthropomor-\nphisme au sentiment du monde extérieur. » Ils feront bientôt\nconnaissance avec les trois stades de l'audition : la sensation du\nson isolé, la perception des sons organisés, enfin l'éveil de\nl'imagination et de ses évocations visuelles, motrices ou\npsychiques. Puis ils comprendront l'influence des circonstances\nlocales sur notre goût national, l'apport des œuvres étrangères,\nl'intellectualisme et la sociabilité de notre race.\nMais ils s'ébahiront peut-être à constater que le commenta-\nteur profite de l'occasion pour chanter victoire sur un point\nqui lui est cher et proclame avec fracas la conversion imprévue\nde M. de la Laurencie à la religion du subjectivisme musical.\nJean d'Udine exulte en lisant des phrases comme celles-ci : « Le\npublic, organe de réception, permet de mesurer l'action de l'ar-\ntiste créateur : il constitue une manière d'appareil enregistreur\nsur lequel s'inscrit l'histoire de l'Art. » Et l'ardent glossateur se\nhâte de rééditer sa formule préférée : « La chanson des rues\npour la foule qui passe, ou les derniers quatuors de Beethoven\npour les dilettanti, sont des œuvres d'art au même titre, ni plus\nni moins, que Faust ou les Hugu pour les bourgeois de\nculture moyenne et d'intelligence courante. »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.25", "texte": "LE GOUT MUSICAL\n25 5\n\nJ'entends bien.\nMais comment Jean d'Udine, qui refuse d'admettre aucune\nhiérarchie entre les œuvres, peut-il croire à l'orthodoxie de\nson néophyte qui parle du « jaugeage exact des œuvres musi-\ncales et de leur placement définitif dans l'échelle de la\nbeauté » ? Comment cet ennemi de toute hiérarchie entre\nles œuvres ne se détourne-t-il pas avec horreur de l'esthé-\nticien qui s'approche d'elles en portant sous son bras gauche\nune jauge et sous son bras droit une échelle ?... Après tout,\npuisque notre confrère se déclare satisfait de cette profes-\nsion de foi, j'aurais mauvaise grâce à me montrer plus diffi-\ncile que lui sur une question de croyances que d'ailleurs je\nne partage pas entièrement.\nDieu me garde de donner dans les niaiseries prétentieuse-\nment ambitieuses du solennel Trotrot, objectiviste bâté ; mais,\ntout de même, la théorie delà musique que nous sert d'Udine\nn'est pas précisément consolante ; il est vrai qu'elle sied mer-\nveilleusement à l'auteur des « Lettres paradoxales » sur la\nMusique, qui n'hésiste pas à proclamer avec une pointe de\nvanité que, dans l'audition d'une symphonie, il ne sait ni dans\nquel ton l'on joue, ni quels accords l'on entend. « Je reconnais\nà peine les thèmes, ajoute-t-il non sans fierté, je n'en retiens\naucun, et vous pourriez me jouer lentement un air sur le\nviolon, je serais incapable non seulement de l'écrire sous dic-\ntée, mais même de le retrouver au piano. » Où l'orgueil va-t-il\nse nicher ? Voilà où nous ont amenés quelques excès du néces-\nsaire métier ! Sous peu, des musicographes vont venir qui se\nglorifieront d'ignorer le nom des sept notes de la gamme. Et\nnous verrons culminer l'aliboron du\nEn tout cas, je m'explique mal pourquoi le satiriste aigu des\nCaractères des musiciens persiste à rendre compte régulièrement\ndes concerts. Si la critique musicale n'implique pas une\ncroyance à certaines probabilités objectives, elle devient une\nfonction d'agressive vanité. Après avoir posé en principe que\ntoutes les productions musicales se valent et qu'aucun classe-\nment n'est possible entre elles, après avoir reconnu qu'aucun\nauditeur du concert que l'on vient d'entendre ne peut valable-\nment se flatter d'avoir approché de plus près la Beauté, après\navoir démontré que le sentiment esthétique de Chevillard ou de\nColonne ne peut prétendre à aucune supériorité d'ordre artis-\ntique sur celui de la dame préposée à la garde des pardessus,\nne faut-il pas un amour-propre assez vigoureux pour assumer la\nresponsabilité outrecuidante de créer une exception pour soi ?\nQuelle confiance ne faut-il pas avoir en sa « réversibilité » per-\nsonnelle pour la croire seule digne d'être consignée en formules"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.26", "texte": "256\nLE MERCURE MUSICAL\n\nprécises et périodiquement notifiée au subjectivisme d'autrui\npar voie d'imprimerie ! D'Udine, mon cher confrère, vous gâtez\nle métier !...\nRelisez soigneusement l'ouvrage de M. Lionel de la Lau-\nrencie, sondez les reins et les cœurs de celui que vous tenez pour\nun catéchumène de votre esthétique ; ou je me trompe fort, ou\nla sincérité du converti vous ménage d'âpres déceptions. En\nvérité, je vous le dis, celui-ci n'est pas un des vôtres. Allah est\nAllah et Mahomet est son prophète ; mais vous, tout Jean que\nvous êtes, vous n'aurez jamais la tête d'un Evangéliste !...\nP. S. En corrigeant les épreuves de cet article, je ne le\ntrouve pas très équitable pour Jean d'Udine. Au fond, mon\nadversaire et ami, qui en tient pour les théories de Rémy de\nGourmont, -nous reproche de trop « cérébraliser » dans des\nquestions, où, selon lui, le « plexus » devrait dominer. Pour-\nquoi ne nous enverrait-il pas un article sur ce sujet ?\n\nHenry Gauthier- Villars."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.27", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLA MUSIQUE EN BELGIQUE\n\nLe théâtre : le groupe flamand.\nAu milieu de cette recrudescence artistique que provoquent en Belgi-\nque les fêtes du y5eanniversaire de l'indépendance nationale, le théâtre de\nla Monnaie maintient vaillante son ancienne réputation. En effet, MM. Kuf-\nferath et Guidé, les directeurs dont je crois inutile de refaire l'éloge,\nont décidé que cette année la saison théâtrale commencerait beaucoup\nplus tôt que de coutume, et exécuterait, outre les morceaux du répertoire\ncourant, un programme choisi parmi les œuvres autochtones, peu connues\ndu public étranger. C'est là une résolution fort heureuse, non seulement\nau point de vue de la vulgarisation artistique qu'elle favorise, mais comme\nstimulant pour les jeunes musiciens, méconnus et délaissés.\nPeu de compositeurs belges se sont hasardés à écrire pour la scène. La\nBelgique est une grande province aux moeurs routinières, où les encoura-\ngements font presque totalement défaut. 11 faut une ténacité vraiment\nremarquable pour réussir. Les débouchés libres, tels que le théâtre ou le\nconcert,qui doivent nécessairement escompter les sympathies et les goûts du\npublic, sont rares, difficiles et peu lucratifs; les programmes sont encom-\nbrés, et la jeune génération musicale préfère suivre les routes battues qui\nmènent à la consécration officielle, relative mais rémunératrice, plutôt que\nde lutter au dédale des obstacles de l'originalité ou du génie. La musiqne\nse ressent profondément de cette direction. Blockx, Huberti, Edgar Tinel,\nPaul Gilson et van den Eeden sont tous professeurs agrégés ; Peter Benoit\nfut le fondateur de l'Académie flamande de musique, et Gevaert dirige\ndepuis trente ans le Conservatoire de Bruxelles. Les seuls qui ont conservé\ndans leur art une indépendance technique et une personnalité intéressante:\nEugène Ysaye, François Rasse, Erasme Raway et Albert Dupuis, sont\nceux qui ont pu se libérer à temps de l'enseignement officiel belge, de ses\nconcessions, de ses hiérarchies et de ses exclusivismes. 11 existe cepen-\ndant, parmi ces compositeurs, des artistes assez spéciaux pour attirer\nl'attention et pour former matière à une notice aux pages de l'histoire\nmusicale du pays. Je ne veux pas dire que leur originalité soit assez mar-\nquée pour faire école ou bien que leur génie puisse influencer d'autres\nméthodes, mais je tiens à reconnaître en eux la trace d'un tour d'esprit,\nd'un talent d'assimilation fort remarquables.\nLe groupe flamand, que nous appelons un peu pompeusement l'école\nflamande, n'a certainement aucune caractéristique initiale. Son esthétique\nsemble relever d'un produit complexe, hybride, de Brahms et de Bruck-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.28", "texte": "258\nLE MERCURE MUSICAL\n\nner, uni à la technique hésitante du Wagner des premières années. Ses\nproductions ne portent pas plus loin que l'art d'il y a trente ans, et se\nreconnaissent toutes à une lourdeur identique dans le débit orchestral. La\nmusique flamande est la fille de Peter Benoit, celui que Liszt appelait\n« le Rubens de la musique *>, et, telle que les toiles du peintre anversois,\nelle relève de cette luxuriante imagination du Nord, qui s'en donne à cœur\njoie et qui se livre, dans le bizarre comme dans le terrible, à des orgies\nde gestes et d'extravagances. C'est la même exécution énergique et brus-\nque de Breughel, de Jordaens ou de Rubens, avant son voyage d'ltalie, la\nmême précision méthodique, un peu froide, qu'un excès d'étude alourdit,\net qui semble ne s'être pas libérée complètement des influences tenaces\ndu génie de son pays.\nC'est l'Anversois Jan Blockx qui reste actuellement le disciple le plus\nfidèle de Peter Benoit. Blockx est un maître local, auquel on peut exacte-\nment appliquer la critique dont Mendelssohn saluait son parrain : « il\ntrouve que le but le plus élevé du musicien est de donner une musique\nà sa langue maternelle. » Voilà le principe de l'école flamande tout défini,\net l'idéal esthétique de son disciple direct jugé. Ses premières études sous\nPeter Benoit etCallaerts; son stage au Conservatoire de Leipzig, où la lour-\ndeur musicale des Allemands du Nord s'agrège en lui à la rudesse des Fla-\nmands ; son poste dirigeant à l'Ecole de musique d'Anvers ; ses premiers\nchœurs populaires ; Milenka, Kermisdag, les ballets archaïques au style\nsimple et vigoureux ; la Rubens Ouverture, et ses derniers drames : le Père\nMartin, Uylenspiegel, Princesse d'Auberge, la Fiancée de la Mer, tableaux\npoignants et passionnés : chaque étape de sa vie est une affirmation de la\nhaute intégrité de son talent et la garantie de l'incessant polissage auquel\nil est soumis. Et cependant, Jan Blockx n'est pas un musicien parfait.\nSon succès n'est que la résultante d'une adéquation propice de l'œuvre au\ntempérament du public belge. Intrinsèquement sa production a une valeur\nrelative. Le compositeur est trop exclusif dans ses moyens, et sa musique\nne revêt pas les formes ondoyantes qui relèvent d'une subtile diversité\ndans l'ordonnance technique du travail.\nLes deux derniers drames du jeune maître, que la Monnaie reprendra\ncet été : Princesse d'Auberge et la Fiancée de la Mer, ont entre eux une\nressemblance des plus intéressantes. Il est des auteurs, tels que Beethoven\net Richard Wagner, chez qui la science technique se détermine parallèle-\nment, en raison de l'évolution artistique, et qui réalisent dans leur art une\nvéritable gradation connexe caractérisée par leurs travaux. Chez d'autres,\net Jan Blockx est de ceux-ci, arrivée à un certain point, l'inspiration et\nla technique restent stationnaires. Les œuvres, ayant atteint le summum\nd'élévation dont leur auteur pouvait les gratifier, se répètent sous diver-\nses formes et présentent nécessairement des analogies frappantes. Tous\nles médiocres ont passé par ce stade. Dans le cas présent, le phénomène\nest nettement établi, et, s'y référant, la critique des deux drames est fort\naisée. M. Nestor de Thière, l'auteur des livrets originaux, a écrit ces poè-\nmes dans ce langage monosyllabique particulier aux anciens Flamands, qui\ns'emploie encore de nos jours sur les côtes de la Zélande. Cette particula-\nrité a rendu la traduction presque impossible et en tous points défectueuse.\nL'adéquation musicale et l'emploi de l'accent tonique des mots dans la\nconfection des thèmes restent par conséquent inefficaces dans la version\nfrançaise, et amènent malheureusement des prolongements et des syncopes\ndu plus mauvais effet. A côté de Princesse d 1 Auberge, dont l'action se passe\nau Bruxelles riant de la domination autrichienne et qui met en jeu la vio-\nlence des jalousies et des passions telles qu'elles se déchaînent aux pays\nbrabançons, la Fiancée de la Mer est d'un caractère plus original, plus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.29", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n259\n\nrude et plus sauvage. Des deux drames, celui-ci est le dernier ;il date de\n1902. Son histoire, c'est la donnée commune au folklore de tous les pays\nmaritimes: la fiancée qui se jette dans les flots par désespérance d'amour ;\net sur ce thème, l'auteur a bâti une sombre suite d'intrigues et de cri-\nmes, dont les ficelles font un peu sourire, mais dont l'inspiration puis-\nsante laisse quelque peu perplexe. Les deux livrets présentent certes\nd'abondants défauts. Je ne veux point parler de la puérilité ou de l'in-\nconsistance des détails, mais d'une faute grave qui corrompt l'ensemble\nde l'œuvre. Les deux pièces, en effet, manquent d'idée directrice initiale ;\nelles n'éveillent chez le public aucun intérêt artistique ; si leurs person-\nnages sont vivants,ils ont le défaut d'être égaux,et l'on ne sent pas la néces-\nsité de s'intéresser plus à l'un ou à l'autre d'entre eux. Il y a là un réalisme\nvraiment très intense, mais il nuit incontestablement à l'esthétique géné-\nrale et empêche l'indication, par la scène, d'une idée, d'un symbole ou\nd'une morale particulière adéquate à l'action. Lorsqu'on envisage d'un\nautre côté l'élaboration musicale de ces oeuvres, on constate que les dé-\nfauts relatés plus haut sont presque excusables, car ils ont admirablement\nservi le développement propre du musicien. La musique de Jan Blockx\nmanque de souffle : son indigence d'invention se révèle à chaque page par\nl'abus de formules habituelles, de rythmes ternaires, de déformations thé-\nmatiques et par cette sensation d'uniformité qu'on éprouve tout au long\nde son audition. La science contrapuntique de l'auteur, quoique fort\nsavante, manque de développement : elle s'applique à de courts motifs\nparticuliers, qui s'entremêlent, s'entrechoquent, dans le trop-plein des\nfaits scéniques et des brusques intermèdes populaires: aubades, beuveries,\ncarnavals, chœurs et processions, qui interrompent l'action. Les leitmotifs\nne sont pas traités avec la rigueur du procédé wagnérien : ils manquent\nd'inhérence, de personnalité : ils sont courts, las, d'un usage restreint et\npeu nombreux. L'orchestration est lourde, mais fouillée : on sent que\nl'auteur est plus mélodiste que polyphoniste, et qu'il sacrifie volontiers à\nses qualités de rythme et de mesure. Mais ce qu'il y a de charmant dans\nson œuvre, depuis Milenka jusqu'aux drames présents, c'est cette argu-\nmentation serrée, ferme, sans éclats ni boursouflures, cette coloration\nvigoureuse et l'emploi des vieilles chansons du pays de Flandre : De twee\nconincs Kinder en, Reinilde, Het meisje van Scheveningen, qui parsèment\nde leurs cadences propices, toutes en force, et naïves, une musique fran-\nchement sincère et honnêtement confiante dans l'avenir quasi-national de\nson école.\nL'art de Paul Gilson est déjà différent. Quoique celui-ci se rattache au\nmême groupe de musiciens, il a sur les autres l'avantage d'être un autodi-\ndacte. Malgré un prix de Rome, une chaire musicale aux Conservatoires\nde Bruxelles et d'Anvers, la « spécialité » bien acquise de ses cantates na-\ntionales, et une carrière ostensiblement dirigée vers un idéal officiel, sa\npersonnalité reste bien distincte. Paul Gilson est un Bruxellois, c'est-à-\n-dire un Français qui ne reconnaît pas la France. Son éducation musicale\net sa culture première furent certes moins exclusives, moins locales, que\nchez Blockx. Une plus large compréhension de l'art a facilité chez lui les\nappréciations étendues sur les compositions étrangères, et on découvre en\nson travail, à côté de la teinte fortement autochtone qu'il a conservée,\nune multitude d'influences qui s'entrecroisent et s'agrègent sous l'impul-\nsion d'une consciente originalité. J'ai déploré chez Blockx la réunion d'é-\nléments divers, mais de même origine : la rencontre fortuite des défauts de\nl'Allemagne du Nord et de l'école d'Anvers ; pour Gilson, je ne crains qu'un\nattachement irraisonné, non pas à la technique, mais à l'esthétique même\nde son pays. Nous verrons plus loin chez Albert Dupuis un cas contraire :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.30", "texte": "260\nLE MERCURE MUSICAL\n\nl'heureuse connexité d'effets du tempérament wallon, de l'application sou-\ntenue de procédés wagnériens et de la méthode quelque peu déductive\nque l'on pratique à la Scliola Cantorum.\nLa Prinses Zonneschijn, ou, pour parler plus clairement, la Princesse\nRayon de Solei/, passera à la Monnaie, pour la première fois en français,\ndans le courant du mois prochain. Le livret de Pol de Mont est tiré de\nC< nte de CAubépine ou, d'après Perrault, de la Belle au bois dormant.\nL'action est simple, nette et concise, mais d'un esprit plus alourdi que le\nconte initial qui lui servit de modèle ; elle se déroule aux temps moyen-\nâgeux des fileuses blondes et des chevaliers preux, dans l'ambiance pâle\net delicate des toiles de Burne-Jones. Les caractères sont entiers et défi-\nnis ; ils se suffisent à eux-mêmes. La sorcière Walpra, toute de haine et\nde vengeance, Tjarda, son fils —le prince Charmant du récit, dans l'é-\npanouissement chaste de son ardente jeunesse, le roi Ajoboud, la frêle\nprincesse Radieuse, chacun des personnages s'émeut de sa vie propre et\ns'agite avec ce surcroît de vie fantastique qui rappelle certaines pages des\nplus vibrantes de la Tétralogie. La musique est relativement bonne. Elle\nn'a que l'originalité de son auteur, qui, comme nous l'avons vu, se meut au\nmilieu de nombreuses affinités, et s'efforce d'en dégager un métier, une\nmanière, propice à son art. Paul Gilson ne s'est point particulièrement\nconsacré à la musique du théâtre ; ses essais dans le genre : les Aventu-\nriers (1903) et Zeevolk (1905), sont fort restreints et passent tout à fait\ninaperçus. La musique de scène requiert une méthode bien définie, une\npatiente expérience et l'emploi des règles d'une esthétique parfaitement\nraisonnée. Chez Gilson, l'affaiblissement de ces conditions provoque un\nmanque de cohésion dans les détails et rend inadmissible un penchant\nprésumé vers cette voie. Son style déclamatoire est d'une sûreté de techni-\nque fort remarquable ; si on n'y rencontre aucune des combinaisons so-\nnores déconcertantes de Bruneau duquel je me plais à le rapprocher\nla forme se maintient couramment dans une bonne expression classique\nsans heurt, mais sans éclat. Le leitmotif est effacé ; il subsiste seulement\ndans le rappel des chansons qui parsèment la pièce (le chœur des fileuses,\ndes enfants, des valets, le refrain des scaldes, le chant de Tjalda), sans que\npour cela celle-ci s'encombre des récitatifs et des réminiscences de l'opéra.\nL'orchestration est vigoureuse, fort bien menée, notamment dans ïagitato\nde la fin du premier acte, et la ligne dramatique se poursuit conjointement\npour la musique et la légende, avec une gradation qui témoigne d'une\nsûreté de main et d'un réel talent chez le compositeur. En un mot, la Prin-\ncesse Rayon de Soleil remplace avantageusement les vieilleries déformées\ndu répertoire ; c'est une page de bonne musique et de bon goût, qui s'af-\nfirme sans prétention comme une œuvre de bon aloi, bien construite, bien\norchestrée et parfaitement réussie.\nAlbert Dupuis, le troisième de ceux des compositeurs belges qui seront\nreprésentés à la Monnaie cet été, ne fait point, à proprement parler, partie\nde l'école flamande. Aussi bien par sa personnalité artistique ou ses anté-\ncédents que par sa naissance, il se classe dans une catégorie à part qui se\nrapproche sensiblement de l'école française contemporaine. Né en Wallon-\nnie, le pays des Franck, Vieutemps, Ysaye, Vreuls et Lekeu, Dupuis fut à\nParis un élève d'Alexandre Guilmant, de Charles Bordes et de Vincent\nd'lndy ; il professa à la Schola Cantorum ; il dirigea en second les Chan-\nteurs de Saint-Gervais et se fit insensiblement une renommée beaucoup\nplus parisienne que nationale. Il est inutile de rappeler en détail ses pré-\ncédents, car tout ce qui peut présentement intéresser a trait à ses œuvres\ndramatiques. Celles-ci se suivent avec une féconde rapidité. Ostensible-\nment, Albert Dupuis s'est voué à la musique du théâtre ; depuis son"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.31", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n261\n\npremier essai : Idylle (1896), jusqu'à Martille (1905), en passant par\nYalda (1898), bilitis (1900), la Captivité de Bayblone (1900), et Jean Michel\n(1904), ses travaux ont pris une direction éminemment scénique et se sont\nréalisés selon les facultés de son jeune talent, suivant les formules d'art\n(comédies lyriques, drames musicaux, drames bibliques) consacrées par le\nthéâtre.\nAlbert Dupuis pratique un art différent de celui de ses confrères flamands.\nDès l'abord il a soumis sa musique à des procédés successifs, de façon à\nen éliminer par la suite les éléments incompatibles avec sa nature et son\ntempérament d'artiste. C'est là une méthode contraire à celle de Benoit,\nBlockx et Gilson. Cette manière d'envisager une éducation musicale eut\nchez lui l'avantage de faciliter une culture technique étendue et diversifiée.\nSes affinités sont clairement déterminées au travers de sa carrière de com-\npositeur; on y reconnaît à tour de rôle les influences prépondérantes :\nBach, rythmique et mesuré ; Wagner, instrumentiste propice ; Vincent\nd'indyavec ses adaptations musicales d'une esthétique rigoureuse et nette-\nment définie ; Bruneau, Charpentier, ou même Mascagni, dans le charme\npuissant de leur réalisme, de leur vérisme intempestif. Jean Michel et Mar-\ntille sont des œuvres confiantes et accomplies. Elles se présentent sans\ntâtonnements, sans maladresses, et font preuve d'une sûreté de main remar-\nquable chez un compositeur de vingt-huit ans. Elles se développent avec\naisance et continuité ; l'invention y est abondante, et l'inspiration s'élève\nintense, juste, expressive et adéquate, quoique bornée et rétrécie. Ces deux\ndrames, se succédant à une année d'intervalle, font partie d'une même pé-\nriode d'élaboration et se rattachent au même groupe d'influences. Le Wal-\nlenstein de Vincent d'lndy, les Maîtres Chanteurs et, de façon intéressante,\ncertains chromatismes de Tristan en sont les prototypes frappants. Quel-\nques analogies de concept avec les véristes italiens, une tentation du « mor-\nceau », la phase prolongée des motifs et le heurt souvent trop subit des\naccords, voilà les seuls défauts qu'on y rencontre. Les qualités d'Albert\nDupuis sont déductives ; l'âge et le temps les libéreront des influences et\ndes principes qui présentement les entachent. Sa science orchestrale est ré-\nfléchie; prompte et précise, elle s'affirme sans aucune des indulgences mu-\nsicales qu'on relève chez Wagner ou dans le Fervaal de d'lndy. L'accom-\npagnement propre des paroles est sonore, mais non pas exclusif, car le\nchant se découvre dans les phrases du récitatif où l'expression doit s'étendre\net s'amplifier. Des motifs populaires, rythmés et frappants, se mêlent dans\nsa musique et lui donnent une nuance de terroir particulièrement plaisante\net caractéristique.\nLe défaut fondamental de Jean Michel et de Martille est purement esthé-\ntique. Il a trait au concept général de ces œuvres, au travail des collabora-\nteurs librettistes, bien plus qu'au développement musical. C'est au sujet\nvériste que je m'attaque, à la théorie qui nous vient d'ltalie et qui, quoique\ndénaturée en France, y sévit assez dangereusement pour engager de jeunes\nauteurs sur une route fort glissante. L'application naturaliste de sujets\nvulgaires et soi-disant démocratiques au drame musical est un mal qui\ndénature l'essence de la musique du théâtre. On la retrouve dans l'Enfant\nRoi de Bruneau, dans la Sibéria de Giordano, et, au delà du Rhin, au\nFeuersnot de Richard Strauss. En Belgique, M. Dupuis a suivi ses malen-\ncontreux librettistes dans cette voie. L'un de ses drames, destiné au con-\ncours Sonzogno, relève des défauts requis pour cette intéressante institu-\ntion. L'autre le précédait d'ailleurs en la manière. Il n'y alà que des\nsituations dramatiques, heurtées et violentes, auxquelles une inspiration\nsoutenue ne peut s'atteler longuement. Les livrets de Jean Michel et de\nMartille pèchent par le manque de rythme, le mauvais agencement des"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.32", "texte": "262\nLE MERCURE MUSICAL\n\nparties, la vulgarité, et cette terrible localisation dans le langage, qui\ns'oppose à la diffusion de l'œuvre, dans des milieux différents. Une stricte\nrègle d'observation en limite les détails, mais cette règle, quoique bien\nlégitime en d'autres lieux, s'applique ici à détruire les effets généraux dans\nles mouvements esthétiques qu'ils pouvaient réaliser. Un drame musical\nest un monument cohérent ; au cours de son élaboration artistique, c'est\nl'idée générale qu'il faut poursuivre avant de se conformer au souci minu-\ntieux des détails ; son enseignement intégral se trouve chez Richard Wagner,\nVincent d'lndy, Ernest Chausson, qui ont eux-mêmes travaillé leurs livrets\net compris l'intimité, l'adéquation, la connexité du travail dramatique dans\ntoutes ses parties. Il faut que M. Albert Dupuis y songe, car il possède en\nlui de quoi faire un maître ; ses essais précédents et particulièrement Bi-\nlitis le démontrent amplement.\n\nPaul Grosfils.\n\nA L'OPÉRA\n\nDébuts de Mlle Grandjeaa dans la Valkyrie.\nMlle Louise Grandjean vient d'aborder le rôle de Brùnnhild dans la\nValkyrie. Elle y a obtenu un réel succès, qu'elle mérite par la sincérité\net l'honnêteté de ses efforts. Elle chante avec précision et joue avec intel-\nligence. Sa voix, naturellement un peu sèche, s'est assouplie et, dans les\npassages de douceur, ne paraît pas inexpressive. L'artiste manque peut-\nêtre un peu de chaleur et de poésie, mais elle a de la simplicité, de la\nforce et parfois même une certaine largeur de style.\nUne représentation de la Valkyrie à l'Opéra est un curieux spectacle,\nqui provoque des impressions diverses et irritantes. Le premier acte\nse joue dans le brouhaha des spectateurs qui s'installent, au milieu de\nl'indifférence générale. L'orchestre est mou :1e quatuor manque de netteté,\net les cuivres ne sonnent pas. Sur la scène, une basse pompeuse et mélo-\ndramatique, un ténor de forte voix mais d'allure et de son vulgaires, un\nsoprano de plastique charmante mais de voix peu assurée, s'agitent\nvaguement dans l'ombre. Au second acte, la mise en scène choque d'a-\nbord et indispose le spectateur : les entrées et les sorties sont toutes\nd'une gaucherie déconcertante. Mais déjà la beauté d'une scène comme\ncelle de Y Annonce de la mort pénètre les artistes : Brùnnhild chante avec\nune application émue, et, dans l'orchestre les cuivres et les bois ont des\nsonorités d'une plénitude émouvante. Au troisième acte, le décor\na de la grandeur et de l'harmonie : la cuirasse d'or sombre de Wotan, son\ncasque aux ailes noires, se détachent sur le fond lumineux des Valkyries\naux poitrines d'argent. Et surtout la sincérité fougueuse d'un grand artiste\nentraîne tous ceux qui l'entourent : M. Delmas chante Wotan avec une\npuissance et une noblesse incomparables. La voix humaine se marie à\nl'orchestre, sans s'y perdre jamais : elle se déploie au-dessus des instru-\nments déchaînés avec une ampleur soutenue et pathétique. M. Taffanel\nlui-même s'échauffe et, sous sa baguette, les cuivres répondent au chan-\nteur avec une largeur et une énergie inaccoutumées. Et l'on sort de l'Opéra\navec l'impression très nette qu'aucune autre œuvre de Wagner n'est mieux\nfaite pour un public français, que le « style héroïque », qui lui est propre,\nconvient merveilleusement au tempérament de nos chanteurs, et qu'il y\naurait en somme peu à faire pour qu'on eût à l'Académie Nationale de\nMusique des représentations de la Valkyrie auxquelles aucune représen-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n263\n\ntation allemande ne pourrait être comparée. Mais « peu », c'est peut-être\n« beaucoup » pour un établissement officie!, et « le ministre lui-même » y\nperdrait son solfège, comme dirait l'Officieux d'Académie.\n\nPaul Mazon.\n\nLES IDÉES DE M. HOUDARD\nViolemment pris a partie par M, Houdard, jai essaye, dans un de nos\nderniers numéros (p. i3B), de calmer ce contradicteur imprévu, que certes\nje n avais point 1 intention de combattre. Gela m'a valu une réponse fort\ncurieuse, que je m'empresse d'insérer, malgré son caractère injurieux ; j'en\nretranche seulement une insinuation calomnieuse contre « l'un' des\nnôtres » (.<>?). Si M. Houdard veut mettre en cause d'autres personnes, qu'il\nles nomme d'abord.\n27 juin 1905.\nMon cher confrère,\nDans le numéro du 15 juin du Mercure Musical, a\nsous le couvert de votre signature, la publicité à deux... inexactitudes inté-\nressées que je sais colportées sournoiseme\ncompte, par quelques-uns de vos collaborateu\nlégal, de les relever dans votre revue.\nà l'honneur ; autrement, je les ignorerais.\nVous écrivez en substance :\n/0 Que n'ayant pas trouvé dans votre\nbesoin, j'en ai commandé une à l'un de mes amis.\nJe réponds : Depuis quatre ans que j'ai\nla Sorbonne, tout mon enseignement a été basé sur les théories aristoxéniennes\n(Eléments rythmiques). Aucune traduction\n1 heure actuelle, sur quoi &i-je donc pu m\nsinon sur une traduction que J'AI FAITE moi-même,\nJ ajoute que je 11 ai encore en mains qu'une partie de la traduction « com-\nmandée » depuis deux mois seulement. M. Gevaert a demandé à son ami\nVoltgraff la traduction des Problèmes musicaux d'Aristote. J'ai agi de\nmême avec mon ami Rémon pour ne publie Eléments ryth-\nmiques que revêtue d'un visa universitaire ; mon travail personnel aurait\nmanqué d'autorité à ce point de vue.\nJe m efforce d'acquérir chaque jour pl du grec de\nmon métier de théoricien musical; à cela se borne mon ambition. Qui oserait\nblâmer cette conduite de bon sens prudent alors qu'il est démontré par l'ex-\npérience que l'on doit de plus en plus se spécialiser, et que le règne des\ntouche-à-tout, universitaires ou non, est passé ?\nEn exprimant le regret de n'avoir pas\nduction que j'annonce, je rendais pleinement\ndition même. Vous me répondez pas une perfidie. Est-ce honnête, cela ?\n2° L'Université m'aurait refusé des\nmépriser dans mes confrères mieux parta\nJe connais l'antienne ; elle est de la pir\nL'Université n'a pas eu à me refuser des titres que je n'ai jamais voulu sol-\niciter pour une raison de vulgaire honnêteté. C'est mon sentiment personnel\nceci."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.34", "texte": "2 64\nLE MERCURE MUSICAL\n\nMa thèse de doctorat serait établie «\npure » et je prétends que la Faculté d\nconnaître de tels sujets, même présentés\nLe jury d'examen qui vous a décerné\nmême incompétent sur la question abord\nT érudit normalien, à l'érudition duquel j'\nmage ; mais vous préférez cacher tout le bien que j'ai dit de votre personna-\nlité hellénisante et vous répondez en insinuant perfidement un échec que je\nn'ai jamais eu occasion de subir, et pour\nJ'ai donc le droit d'exiger de votre bonne foi, si elle a été surprise, l'inser-\ntion de cette rectification, et je l'exige.\nVeuillez agréer, mon cher confrère, l'assurance démon estime, dans la cer-\ntitude m je suis que vous m'accorderez sans hésiter cette réparation.\nG. HOUDARD.\nC'est donc attaquer l'honneur de M. Houdard que de le dire ignorant de\nla langue de Pindare et d'Aristoxène. On m'avait toujours représenté\nM. Houdard comme un plaisant humoriste : on ne m'avait point trompé,\net cette dernière facétie en bouche un notable coin à Alphonse Allais, et\nmême à l'auteur des Femmes savantes. Donc M. Houdard sait du grec ; son\nhonneur est sauf, et il a droit au baiser de Philaminte. Ce n'est pas dans\nWestphal, ou dans Gevaert, H. Weil et Masqueray qu'il a trouvés traduits\nles quelques passages bien connus d'Aristoxène sur lesquels il prétend s'ap-\npuyer. Ce n'est point par ignorance qu'il a pris soin de ne citer, dans sa\nbrochure sur la Richesse rythmique de l'Antiquité, que des vers déjà\nscandés par Westphal, Masqueray ou Havet. Et M. Rémon n'est là que pour\ndonner à une traduction déjà excellente le visa universitaire qui seul\nconfère 1 autorité.\nCe culte de l'Université m'a toujours paru très touchant, surtout chez un\nhomme qui ne semblait point avoir été comblé de ses faveurs. Il paraît que\nie m'étais mépris : M. Houdarda dédaigné certaines de ces faveurs, et c'est\nun sentiment très subtil des compétences universitaires qui l'a détourné de\nrechercher le diplôme de docteur ès lettres. Pouvais-je me douter que\nM. Houdard avait volontairement renoncé à un titre officiel, quand je\nje voyais si ingénieux a en usurper d'autres ? Les du\ni 5 février 1902 n'annonçaient-elles pas « qu'une chaire de théorie musicale\nvient d être créée à la Sorbonne et que le titulaire en est M. Georges\nHoudard » ? M. Houdard voudra-t-il nous dire à quelle date et par qui fut\nsigné le décret qui instituait cette chaire et en désignait le titulaire ?\nAlors ?\nM. Houdard, qui a des lettres, s'est-il souvenu de la jolie chanson :\nSi la Garonne avait voulu,\nLanturlu 1\nLa chose est fort possible, car nul n'ignore que ce brillant polémiste\nappartient à la presse musicale de Carcassonne. En tout cas, M. Houdard\nvient de nous faire savoir que s'il avait voulu être docteur ès lettres, lan-\nsturlu, eh bien ! il l'eût été, lanturlu !\nMais sait-il que, pour être docteur, même ès lettres, il faut au\npréalable être licencié et que, pour etre licencié ès lettres, il faut faire une\ndissertation latine, il faut faire une dissertation française, par conséquent\nsavoir écrire en français, il faut en sus avoir des connaissances précises,\nsoit de grammaire, soit d'histoire, soit de philosophie ? M. Houdard est-il\nlicencié ?\n{A suivre.)\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.35", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n265\nLE MERCURE MUSICAL\n\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE\nConcours d'harmonie (hommes). Jury : MM. Théodore Dubois, président ;\nGabriel Fauré, Hillemacher, Ed. Mangin, Dallier, Charles René, Louis\nGanne, Piffaretti.\n/ers prix. MM. Chevalier, élève de M. Lavignac ; Krieger, élève du\nmême ; Albert Wolff, élève de M. Leroux.\n2e prix. M. Émile Bourdon, élève de M. Lavignac.\nier accessit. —M. Defay, élève de M. Taudou.\n2es accessits. MM. Roussel, élève de M. Leroux ; Adrien Lévy, élève\nde M. Taudou.\nConcours de piano (classes préparatoires). Jury : MM. Théodore Dubois,\nprésident ; Marmontel, Diémer, A. Duvernoy, A. Bernardel, Joseph Thibaud,\nMorpain, Lazare Lévy, Ferté, de Lausnay.\nHOMMES. jres médailles. MM. Trillat et Ciampi.\nPas de 2G médaille.\nScs médailles. MM. Dieschbourg, Pierre Moreaud et Naudin.\nTous élèves de M. Georges Falkenberg.\nLe morceau de concours était le Caprice en la mineur de Mendelssohn ;\nle morceau à déchiffrer de M. A. Duvernoy.\nFEMMES. /RES médailles.— MLLES Landsman (élève de MME Tarpet), Déro-\nché (Tarpet), Brazillier (Chené), Ruffin (Trouillebert).\nses médailles. Mues Bergez-Cazalon (classe de Mme Tarpet), Royé\n(Tarpet), Estéoule (Tarpet), Suzanne Canale (Trouillebert), Goetz (Tarpet).\n3e&médailles. Mlles Macpherson (classe de Mme Trouillebert), Renelle\n(Chené), Vagner (Chené), Germaine Dubois (Chené).\nLe morceau de concours était la sonate en ut dièse mineur de Ries ; le\nmorceau à déchiffrer de M. A. Duvernoy.\nConcours de violon (classes préparatoires». Jury : MM. Théodore Dubois,\nprésident; Berthelier, Lefort, Rémy, Willaume, Wenner, Lederer, Debroux,\nDuttenhoffer.\n;res médailles. Mne Dechamps, elève de M. Brun; M. Zighera, élève\nde M. Desjardins.\n2es médailles.— M. Krettly, élève de M. Brun; Mue Cherny, élève de\nM. Desjardins ; M. Jullien, élève de M. Brun.\n3Q* médailles. M. Poulet, élève de M. Brun ; M. Hémery, élève de\nM. Desjardins.\nLe morceau de concours était le 7e concerto de Baillot ; le morceau à\ndéchiffrer de M. Charles Lefebvre.\nConcours d'accompagnement au piano. Jury: MM. Théodore Dubois,\nprésident; Albert Lavignac, Ed. Mangin, Francis Thomé, Raoul Pugno,\nGaleotti, Cuignache, Catherine, Piffaretti. (Classe de M, Paul Vidal).\nHOMMES. /ER prix. M. Lucien Maillieux.\n2eprix. M. Albert Wolff.\nPas de ler accessit.\n2° accessit. M. Krieger.\nFEMMES. - Pas de ler prix.\n2e prix. MUe Pelliot.\nJer accessit. Mlle Ganeval.\nPas de 2e accessit.\nConcours d'orgue (Professeur, M. Guilmant). Jury : MM. Théodore Du-\nbois, président, Eugène Gigout, Gabriel Fauré, Albert Lavignac, Adolphe\n\ni 8"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.36", "texte": "266\nLE MERCURE MUSICAL\n\nDeslandres, Raoul Pugno, Alexandre Georges, Gabriel Pierné, Adolphe\nMarty, Auguste Chapuis.\njer prix. M. Joseph Boulnois.\n2e prix. M. Bonnet.\n/er accessit. —M. Fauchet.\n20 accessit. M. Barrié.\nLe sujet de la fugue était donné par M. Gigout, le thème libre par\nM. Chapuis.\nConcours d'harmonie (femmes). Jury : MM. Théodore Dubois, président,\nCharles Lefebvre, Gabriel Fauré, Taudou, Gabriel Pierné, Xavier Leroux,\nRaoul Pugno, J. Mouquet, Caussade.\nPas de premier prix.\n2© prix. Mlle Ganneval, élève de M. Chapuis.\nier accessit. ~~ Mlle Dauly, élève de M. Georges Marty.\n2cs accessits. Mlles Milliaud, Alice Morhange, Bussière, élèves de\nM. Georges Marty.\nConcours de contrepoint et fugue. Jury : MM, Théodore Dubois, prési-\ndent, Charles Lefebvre, Guilmant, Dallier, Raoul Pugno, Henri Bùsser,\nLucien Hillemacher, Galeotti, Mouquet.\n/ers prix. MM. Dumas, Bazelaire, élèves de M. Lenepveu.\n2es prix. —M. André Gailhard, élève de M. Lenepveu ; M. Fibelle et\nMile Marthe Greembach, élèves de M. Gabriel Fauré.\njers accessits. MVI. Cools, Pollet, élèves de M. Fauré ; Borchard,\nélève de M. Lenepveu.\n2es accessits. MM. Flament, Bertrand, élèves de M. Lenepveu.\nConcours de violoncelle, alto et contrebasse. Le jury, composé de\nMM. Théodore Dubois, président-directeur, Edouard Colonne, Paul Vi-\ndal, de Bailly, Van Waefeïghem, Henri Marteau, Raymond Marthe, Mon-\nteux, André Hekking, Pierre Destombes, membres, et de M. Fernand Bour-\ngeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nCONTREBASSE. (Professeur : M. Charpentier). Morceau de concours :\nPremier Concerto de Verrimst ; lecture à première vue de M. Paul Vidal.\nPremier prix : M, Subtil.\nSeconds prix : MM. Zibell et Boussagol.\nPremier accessit : M. Hardy.\nPas de deuxième accessit.\nALTO. (Professeur: M. Th. Laforge). Morceau de concours : Cha~\nconne, de M. Henri Marteau ; lecture à première vue du même auteur.\nPremier prix : M. Maçon.\nSeconds prix : M. Lefranc, Mlle Coudart.\nPremiers accessits : MM. Ricardon et Jurgensen.\nDeuxièmes accessits : MM. Montfeuillard et Pierre Vizentini.\nVIOLONCELLE. Morceau de concours : Allegro de concert (Davidoff) ;\nlecture à première vue de M. Paul Vidal.\nPremiers prix : MM. Doucet et Janin, élèves de M. Loëb.\nDeuxième prix : M. Craque, élève de M. Loëb.\nPremiers accessits : M. Verguet, élève de M. Loëb ; MM. Olivier et\nDelgrange, élèves de M. Cros Saint-Ange.\nDeuxièmes accessits : MM. Lachurié et Benedetti, élèves de M. Cros\nSaint-Ange.\nCes trois concours ont été satisfaisants. On voudrait seulement plus de\nnetteté et moins de fadeur."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n267\n\nConcours de chant (hommes). Le jury, composé de MM. Théodore\nDubois, président-directeur, Adrien Bernheim, Xavier Leroux, Alfred\nBruneau, Maréchal, Gailhard, Delmas, Daraux, Cossira, Escalais, d'Estour-\nnelles de Constant, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a\ndécerné les récompenses suivantes :\nPremier prix : M. Carbelly (professeur, M. Martini) ;\nSeconds prix : MM. Lucazeau (professeur, M. Masson), et Georges\nPetit (professeur, M. Dubulle) ;\nPremiers accessits : MM. Gorpait (professeur, M. Warrot), Francell\n(professeur, Mme Rose Caron) ;\nDeuxièmes accessits : MM. Domnier (professeur, M. Manoury), Sarraillé\n(professeur, M. Dubulle).\nCe sont les mêmes morceaux de concours, les mêmes procédés vite éven-\ntés, et presque les mêmes concurrents que ces années passées. Seul\nM. Corpait se distingue par une autorité peu commune, et n'a, en consé-\nquence, qu'un premier accessit; il joint ses protestations à celles du public,\nConcours de chant (femmes). Le jury, composé de MM. Théodor.\nDubois, président, Fauré, Bruneau, Ch. Lefebvre, Pierné, Delmas, Engele\nFournets, Mauguières, Bernheim, d'Estournelles de Constant, et Fernand\nBourgeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\niers prix M^es Chenal (classe de M. de Martini), Mancini (Masson),\nMirai (Warot).\n2es prix : Lamare (Warot) et Lapeyrette (Masson).\nici s accessits : Mlles Comès (Masson), Bailac (Duvernoy) et Delimoges\n(Dubulle).\n2es accessits : MU\" Allard (Duvernoy), Tasso (Lassalle).\nConcours mieux récompensé, suivant l'usage, que celui des hommes.\nLa Proserpine de Paësiello sévit toujours, et un critique talentueux\nregrette que le programme n'indique que les titres des morceaux et non\nleurs auteurs. «Oh! ajoute-t-il après un instant, je ne dis pas cela pour\nProserpine : chacun sait qu'elle est de Lulli. »\nConcours de violon.— Le jury, composé de MM. Théodore Dubois, prési-\ndent, Edouard Colonne, Gabriel Pierné, A. Parent, Albert Geloso, Henrv\nMarteau, Jacques Thibaud, Firmin Touche, Tracol, Sechiari, et M. Fernand\nBourgeat, secrétaire, a donné les récompenses suivantes :\nPremiers prix : M. Saury (classe Lefort), M. Cantrelle (cl. Berthelier),\nM. Bastide (cl. Lefort).\nDeuxièmes prix-. Mlle Renée Billard (cl. Lefort), M. Matignon (classe\nNadaud), Mlle Morhange (cl. Nadaud), M. Nauwinck (cl. Remy).\nPremiers accessits : Mlle Sauvaistre (cl. Lefort), Mlle Augiéras (classe\nRemy), M. Etchecopar (cl. Lefort).\nDeuxièmes accessits : Mlle Hélène Wolff (cl. Nadaud), M. Marcel De vaux\n(cl. Nadaud), M. Caries (cl. Berthelier), M. Soudant (cl. Lefort), M. Miche-\nlon (cl. Berthelier), M. Sufise (cl. Nadaud).\nUn perfide morceau de lecture de G. Pierné, à la tonalité volontairement\neffacée, donne lieu à des erreurs qui font la joie d'un public ignare et féroce.\nQuand mettra-t-on à la porte tous ces gens-là?\nConcours de harpe et piano. Le jury, composé de MM. Théodore Dubois,\nprésident-directeur, Widor, Xavier Leroux, Raoul Pugno, Pàsler, Pfeiffer,\nLemaire, Delafosse, Cartot, Franck, Santiago-Riera, membres, et de\nM. Fernand Bourgeat, secrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nHARPE [Professeur :M. Hasselmans). Morceau de lecture à vue de\nMUe H. Renié."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.38", "texte": "268\nLE MERCURE MUSICAL\n\n/ers prix. M. Grandjany, Mlles Mauger, Ingelbrecht, Mollica.\n2e prix. Mi]e Laskine.\niGr accessit. Mlle Janet.\nPas de 2e accessit.\nH ARPE CHROMATIQUE (Professeur : Mme Tdssu-Spencer). Morceau de\nlecture à vue de M. Reynaldo Hahn.\n/er prix. Mlle Lenars.\n2es prix. MHes Joffroy et Blot.\nPas de ier accessit.\naccessits.— Mlles Gondeket et Chalot.\nPIANO (hommes). JErs prix. MM. de Francmesnil, élève de M. Dié-\nmer ; Dumesnil, élève de M. Philipp ; Dupré, élève de M. Diémer.\n2e prix, à l'unanimité. M. Dorival, élève de M. Philipp.\njers accessits. MM. Gayraud, élève de M. Philipp ; Lattès, élève de\nM. Diémer ; Verd, élève de M. Diémer.\n2& accessits. MM. Théroine, élève de M. Philipp ; Polleri, élève de\nM. Philipp.\nCes pianistes sont mécaniques, presque tous, sauf M. Gayraud, dont le\nstyle intelligent et personnel n'obtient qu'un premier accessit. Le concours\nde harpe chromatique a été bien meilleur que l'an passé ; une partie de ce\nsuccès est certainement due aux qualités de rythme et d intelligence de\nl'orchestre d'accompagnement, dirigé par M. de Lacerda. Le concours de\nharpe à pédales est excellent.\nConcours d'opéra comique. Le jury, composé de MM. Théodore Du-\nbois, président-directeur, Adrien Bernheim, Albert Carré, Lucien Fugère,\nVictor Capoul, Xavier Leroux, Gain, Maréchal, Bourgault-Ducoudray,\nd'Estournelles de Constant, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secré-\ntaire, a décerné les récompenses suivantes :\nH OMMES. Premier prix. M. Lucazeau, élève de M. Isnardon.\nPas de second prix.\nPremiers accessits. M. Domnier, élève de M. Bertin ; Francell, élève\nde M. Isnardon.\nDeuxième accessit. M. Sarraillé, élève de M. Bertin.\nFEMMES. Pas de premier prix.\nDeuxièmes prix. MUe Lassalle, élève de M. Bertin ; Mlle Tasso, élève\nde M. Bertin ; Mue Mathieu, élève de M. Bertin ; Mlle Mirai, élève de\nM. Bertin.\nPremier accessit. Mme Ennerie, élève de M Bertin.\nDeuxièmes accessits.— MHe Delimoges, élève de M. Isnardon ; Mi*e Co-\nrnés, élève de M. Bertin.\nConcours médiocre. Inexpérience totale de la scène. Ignorance candide\nde la diction. Seulstémoignent de quelques qualités dramatiques M. Fran-\ncell et Mlles Tasso, Delimoges et Lassalle, Carmen piquante, chaleureuse-\nment applaudie par Henry Gauthier-Villars, qu'on ne saurait trop approu-\nver en cette occasion. Tempête d'invectives, lorsque la voix blanche et\nfunèbre de M. Dubois annonce que les élèves femmes devront cette année\njeûner de premier prix. Pris à partie par un défenseur du jury, l'un des\nprotestataires riposte : «Je m'y connais toujours autant que ce gros idiot de\nBernheim et que ce crétin de d'Estournelles !... Qu'est-ce qu'ils font dans\nle jury, ceux-là ? »\nAlors, c'est un fou rire et un tonnerre d'applaudissements.\nLe lendemain, un solennel article du Matin nous donnait la version offi-\ncielle, celle de M.Alfred Bruneau. Le public voulait ainsi faire entendre au\njury, par une voie infiniment détournée, qu'il eût convenu de récompen-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n269\n\nser, au concours des hommes, M. Petit, pour avoir donné toute la fade\nemphase qu'elle comporte à une scène du Rêve, d'Alfred Bruneau. « Je n'ai\npas besoin de dire, ajoute ce pince-sans-rire étonnant, qu'à la minute pré-\nsente j'oublie que j'en suis l'auteur. »\nConcours de piano (femmes). Le jury, composé de MM. Théodore\nDubois, président-directeur, Paul Braud, Georges Marty, Stojowesky,\nMoskowsky, Galeotti, Lucien Wurmser, Gabriel Fauré, Quevremont de la\nNux, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a cru devoir accor-\nder les dix-huit récompenses suivantes, justifiées par le massacre de Bach,\nexécuté à la Gzerny, et de Chopin, indignement truqué :\niev& prix. M Caffaret, élève de M Duvernoy ; Armand, élève de\nM. Duvernoy; Kastler, élève de M. Marmontel ; Antoinette Lamy, élève\nde M Duvernoy.\n2*s prix. Mlles Vizentini, élève de M. Marmontel; Henriette de Brie,\nélève de M. Marmontel; Morillon, élève de M. Duvernoy ; Aussenac,\nélève de M. Duvernoy.\njers accessits. Weil, élève de M. Duvernoy; Léa Lefebvre, élève\nde M. Marmontel ; Portehaut, élève de M. Marmontel ; Willemin, élève de\nM. Delaborde.\n2Gs accessits. Mites Pennequin, élève de M. Duvernoy; Glapisson,\nélève de M, Duvernoy ; Jacquard, élève de M. Delaborde ; Fagel, élève de\nM» Delaborde; Thévenet, élève de M. Delaborde.\nConcours d opéra Le jury, composé de MM. Théodore Dubois, pré-\nsident, Fauré, Bourgault-Ducoudray, d'Estournelles de Constant, Adrien\nBernheim, Widor, Leroux, Gailhard, Delmas, Fournets, Renaud et Fernand\nBourgeat, a décerné les récompenses suivantes:\nHOMMES. i*™prix. MM. Petit (classe Lhérie) et Corpait(Melchissédec).\n2e prix. M. Carbelly (classe Melchissédec).\njers accessits. MM. Meurisse (Melchissédec) et Lucazeau (Melchissé-\ndec).\n2°s accessits. MM. Pérol (Lhérie), Dupouy (Lhérie) et Ziégler (Lhérie).\nFEMMES. prix. ~M1 Chenal (Melchissédec) et Mancini (Mel-\nchissédec )\n2es prix. Mites Lapeyrette (Lhérie) et Lamare (Lhérie).\njer accessit. M Bailac (Lhérie).\n2G accessit. M Delalozière (Melchissédec).\nM. Petit est un Œdipe émouvant; M. Corpait un adroit Charles VI ;\nMue Chenal est une belle et bonne musicienne. Au total, quatorze con-\ncurrents, quatorze récompenses.\n\nÉCHOS\nHonneurs officiels. L'Académie des Beaux-Arts décernait cette année\nle prix Houllevigues (5000 fr.), destiné à récompenser « l'auteur d'une œuvre\nremarquable produite dans le cours des quatre dernières années en peinture,\nsculpture, architecture, gravure ou composition musicale, ou à l'auteur\nd'un ouvrage sur l'art ou l'histoire de l'art ». Le champ était vaste, et le\nchoix certes difficile au pays de Fauré, d'lndy et Debussy, de Rodin, Mo-\nnet, Odilon Redon, Henri Martin, et tant d autres dont les noms accourent\nd'eux-mêmes.\nMais l'Académie, dont les voies demeurent impénétrables, a écarté toutes"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.40", "texte": "270\nLE MERCURE MUSICAL\n\nces gloires, pour couronner la Daria de Georges Marty. On a beau s'être\npréparé longtemps d'avance à toutes les surprises et avoir médité sept\njours et sept nuits sur le Credo quia absurdum, le coup est rude encore, et\nmalgré soi Ton cherche à comprendre.\nLe prix Houllevigues est-il un prix de consolation, destiné à récompen-\nser Pœuvre la plus mal accueillie du public et la plus tôt disparue de l'affi-\nche ? On bien a-t-on voulu ajouter une estampille de plus à un ouvrage exé-\ncuté sur commande par un ancien prix de Rome et muni, par conséquent,\nde tous les cachets officiels, garants de médiocrité ? Nous ne le saurons ja-\nmais. Dans tous les siècles des siècles, que le saint nom de l'Académie\nsoit béni !\nA l'Opéra. Voici les recettes encaissées par l'Opéra, pendant le mois\nqui vient de s'écouler :\n2. Armide 22.670\n6. Sigurd . . . . . . . . 18.601\n7. Armide. . . . . . . . 19.454\n9. Tristan et Iseult 18.462\n1 o. Armide 11.1 75\n1 2. Faust 22.172\n14. Armide. 18.087\n16 .Le Cid 17.518\n19. Thaïs . . . 16.235\n21. Tristan et Iseult 15.969\n23. Faust 21.067\n26. Armide 18.142\n28 .Le Cid 13.829\n30. Thaïs 14.582\nLes amis de la maison. Le transfert des concours publics du Conser-\nvatoire à TOpéra-Comique avait bien des inconvénients, comme on apu\ns'en persuader à la lecture du vigoureux article de Gaston Carraud dans\nle Mercure musical du i 5 juillet.\nIl restait au moins un avantage : c'est que le grand nombre des places\n(1477, disent les almanachs) permettait une distribution sinon équitable,\ndu moins généreuse et avisée. On pouvait espérer que tous ceux qui s'in-\ntéressent au concours à un titre quelconque, parents ou amis des concur-\nrents, élèves anciens et récents de la maison, virtuoses et professeurs, lu-\nthiers et fabricants d'instruments, chefs d'orchestre et chefs de musique,\nseraient admis à un spectacle pour eux fécond en émotions, enseignements\net renseignements. Et il est arrivé que ceux-là seuls, et presque du premier\nau dernier, furent consignés àla porte, pour la raison que la Direction des\nBeaux-Arts, chargée de la distribution des billets, en attribua, dit-on, neuf\ncents au Corps législatif, et une bonne partie du reste à ses amis.\nOr nos Parlementaires n'aiment, comme musique, que la musique de\nChambre qu'ils exécutent à leurs séances si justement célèbres. Les plus\nhonnêtes d'entre eux, je veux dire les plus besogneux, vendirent donc leurs\nplaces aux agences, comme s'il se fût agi d'une simple représentation de\ngala. Les plus malins en firent largesse à leurs secrétaires, valets, con-\ncierges, chefs de suffrage et distillateurs favoris. Voilà devant quelle\nfoule se consuma cette année l'effort de nos futures Etoiles ; voilà quel\npublic apprécia en connaisseur la valeur des contrebasses et des hautbois\nde l'avenir. Et un billet de faveur est une monnaie d'un prix si inestimable\nque peut-être, de ce judicieux emploi, les sièges branlants de quelques no-\ntoires Imbécillités parlementaires vont se trouver raffermis pour l'an pro-\nchain. Quant aux musiciens, qui donc s'en soucie, qui donc sait seulement\nleurs noms, dans les antichambres du Ministère ?\nVieille guitare. —Il s'agit de celle de Ch. Gounod, dont vient de s'enri-\nchir le Musée de l'Opéra. Instrument symbolique s'il en fut.\nL'Officieux d'Académie, ne réussissant pas à remplir ses pages avec l'apo-\nlogie d'Alfred Bruneau ou les avertissements prodigués à Gabriel Fauré,\ny insère un Cours d'Histoire de la Musique, hâtivement compilé dans\nquelques vieux ouvrages de vulgarisation, et des fiches, toutes fraîchement"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n271\n\nrédigées, sur la Musique et la Magie. La dernière nous fait connaître 1' « Or-\nphée japonais », qui est Krishna-Gôvinda. Oui, Krishna le Rayonnant, le\nfils de Dévaki, le pâtre du mont Mérou, le vainqueur du serpent, le tendre\ncharmeur qui faisait danser devant lui les filles des bergers et caressait\nleurs frais visages, le premier Messie de l'lnde et le premier prophète du\ngrand Repos, est devenu, par une réincarnation inattendue, une divinité\njaponaise. Autant vaudrait parler de Vénus mère du Christ, ou de sainte\nIsis de Sienne.\nSoleure. Le ier juillet s'est réuni, dans le superbe Saalbau de Soleure,\nle congrès de l'enseignement musical convoqué par le comité de l'Asso-\nciation des musiciens suisses.\nLe congrès a été ouvert par M. Rœthlisberger, président de l'A. M. S.,\nqui, en quelques mots, expose le but de la réunion. Puis il donne la parole\nà M. E. Jaques Dalcroze, promoteur du congrès et auteur d'un remarquable\ntravail sur la Réforme de renseignement\nM. Jaques Dalcroze commence par établir qu'il fut un temps où l'en-\nseignement public de la musique répondait vraiment à un but pratique. Il\nétait alors entre les mains du clergé et avait pour objet de former des chan-\nteurs capables de prendre part aux cérémonies du culte. Aujourd'hui, ce\nbut n'existe plus, mais on a cru devoir toutefois maintenir l'enseignement\nde la musique, qui apparaît désormais comme une surcharge inutile et ne\nrépond plus à rien.\nCe qu'il faudrait, ce serait tout d'abord rendre à l'enseignement de la\nmusique un but pratique, et ce but devait être double :\nio Former pour nos sociétés musicales des exécutants capables, et\n20 Former pour nos concerts un public intelligent, susceptible de com-\nprendre et d'apprécier la musique.\nL'infériorité actuelle de l'enseignement musical infériorité qui n'est\npas contestée tient à deux causes :\nL'incapacité des instituteurs, et\n20 Le fait que l'enseignement est donné indistinctement aux élèves bien\ndoués comme à ceux qui ne le sont pas. Il en résulte que l'on décourage\nles premiers, sans parvenir à faire vraiment progresser les derniers.\nComment pourrait-on remédier à cet état de choses ? On pourrait tenter\nde confier l'enseignement musical à un corps de professionnels. Si l'on\nestime préférable de continuer à faire donner cet enseignement par les\ninstituteurs, il faudrait alors exiger de ceux-ci des qualifications spéciales.\nCeux qui ne posséderaient pas ces qualifications seraient remplacés par des\nspécialistes pour cette branche d'enseignement.\nEn ce qui concerne les élèves, il serait d'abord nécessaire d'éliminer\nceux d'entre eux qui sont notoirement réfractaires à tout développement\nmusical. Les autres seraient, suivant leurs aptitudes, répartis en plusieurs\ncatégories qui recevraient chacune un enseignement spécialement adapté à\nses besoins.\nM. Jaques Dalcroze insiste tout particulièrement sur l'importance de\nl'enseignement rythmique, beaucoup trop négligé. Il faut aussi développer\nles facultés auditives de l'enfant par des exercices appropriés.\nM. Jaques Dalcroze produit ensuite trois élèves qui ont suivi son en-\nseignement pendant quatre ans. Il leur fait successivement chanter des\ngammes dans tous les tons en partant toujours de reconnaître la tona-\nlité et les modulations de morceaux qu'il leur joue au piano, improviser\nsur un thème donné en modulant selon ses indications ; il leur fait ensuite\nexécuter de gracieux exercices de rythme dans lesquels les diverses divi-\nsions de la mesure correspondent à certains mouvements des bras et des"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050801-01.1.42", "texte": "272\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\njambes. Il termine par de surprenants exercices de lecture à vue et de\nphrasé.\nDans l'assemblée générale de l'A. M. S., qui a eu lieu le 2 juillet, la ques-\ntion de la réforme de l'enseignement musical a été reprise. L'assemblée a,\npar acclamation, donné son approbation au principe de la réforme propo-\nsée par M. Jaques Dalcroze. Le comité de l'Association demandera à son\nauteur d'écrire une méthode pratique, destinée aux maîtres et accompagnée\nd'exercices en nombre suffisant. Les frais de publication de l'ouvrage\nseront supportés, au moins en partie, par TA. M. S., et celle-ci cherchera à\norganiser des expériences avec le concours soit d'établissements privés,\nsoit des gouvernements cantonaux qui voudront bien s'y prêter.\nL'Œuvre Internationale, 33, rue de Constantinople, Paris, que dirige\nnotre confrère M. Marcel Clavié, prépare un numéro qui sera consacré à\nBenjamin Godard et son œuvre.\nCe numéro exceptionnel, qui paraîtra enoctobreprochain, contiendra une\nétude générale sur l'œuvre de Benjamin Godard de M. Marcel Clavié,\naccompagnée de nombreuses appréciations des grands musiciens français.\nUn beau portrait au fusain de Jane Rouquet, tiré sur papier\nde luxe, encadrera le texte. D'autres reproductions seront dans le texte\navec une page musicale manuscrite et inédite de Benjamin Godard.\nCe numéro de Y Œuvre Internationale est en souscription aux bureaux de\nla revue, au prix de 2 francs. — Un tirage à part sous forme d'album sera\négalement fait pour les admirateurs de Benjamin Godard. Prix de cet\nalbum : 5 francs.\nPAN.\nMondanités — Foule des plus élégantes au Pavillon Montesquiou, où\nMm6 et M. Barbet donnaient une audition des œuvres de Lucien de Flagny,\nretour de Londres. Vif succès pour les vieilles chansons anglaises, enlevées\nen un style superbe par M Eisa Riess, et pour les mélodies chantées avec\nune passion vibrante par la charmante maîtresse de maison.\nLa chanson. — Sous une fort jolie couverture de A. Cézard, le numéro\nde juillet des Archives du Théâtre et de la Musique contient, en plus de la\npartie documentaire si précise de notre aimable confrère Valéry Hermay,\n« Une Ode à Montmartre », d'Armand Masson, d'une amusante et chatnoi-\nresque originalité. Une bibliographie et des indications très complètes sur\nles spectacles d'été. (P.-V. Stock, éditeur.)\n\nPUBLICATIONS RECENTES\nJULES ROUANET. La Musique arabe. —Alger, imprimerie S. Léon.\nPIERRE AUBRY. —Au Turkestan. Notes sur quelques habitudes musicales\nche\\ les Tadjiks et cheç les Sartes. Paris, Edition du Mercure musical."}]}