{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_sha256": "560d268d2ae018356c4791511983ddf2535a38e44ffe55cbaa67337b92a31391", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/08/15_01/bmtnabh_1905-08-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/08/15_01/bmtnabh_1905-08-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.2", "titre_corps": "AU SOMMAIRE:", "titre_sommaire": "AU SOMMAIRE:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.1", "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 290, "texte": "AU SOMMAIRE:\nE. 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JAQUES-DALCROZE Les étonnements de M. Quelconque.\nLouis LALOY Un dernier mot sur Alfred Èruneau,\nJEAN M ARNOLD Les sons inférieurs et la théorie de M. H.\nMARTIALTENEO Miettes\nREVUE DE LA QUINZAINE\nGUSTAVE SAMAZEUILH ... Musiques\nLouis LALOY.. ... Les Concour\npAN\" if Échos."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.5", "titre_corps": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE", "titre_sommaire": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE", "signature_source": "E. Jaques-Dalcroze", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "LES ÉTONNEMENTS\nDE M. QUELCONQUE\n\nQuoique tu saches qu'on ne\nt'écoutera pas, dis tout ce que tu\nsais de conseils et d'avis. Il ad-\nviendra bien que tu verras\nl'homme insensé, les deux pieds\ndans les liens. 11 frappera ses\nmains l'une contre l'autre, disant :\nHélas ! je n'ai pas entendu le ré-\ncit du sage !\n(.Proverbe persan.)\nJ'étais béatement Installé tout à l'heure dans mon superbe et\nconfortable fauteuil Voltaire, en train de lire un article enthou-\nsiaste du Journal de Genève sur \\e roi d'Espagne, quand après un\ncarillon endiablé digne de figurer dans le plus moderne de nos\npoèmes symphoniques, s'introduisit dans ma chambre monsieur\nQuelconque en personne, agité comme une feuille de tremble\nen octobre... — « Ah, Monsieur, — s'écria-t-il sans voir mon\nsalut ni accepter le cigare Rothschild que je lui tendais avec\naffabilité, — ah, Monsieur, rassurez-moi, de grâce ! Je viens\nd'apprendre que vous publiez sur l'enseignement musical un\nrapport en lequel vous citez une conversation que nous eûmes\nensemble (i). Or, il importe que je sache si vous avez reproduit\nles quelques mots que je prononçai concernant les aptitudes\ndes élèves de nos Conservatoires?\n— Certes oui, monsieur Quelconque, — répondis-je avec em-\npressement, — je n'aurais eu garde de négliger quoi que ce fût\nde vos très intéressantes observations !...\n— Vous avez reproduit ce que j'ai dit au sujet de nos Con-\nservatoires ?\n— Je l'ai reproduit.\n— Alors, je suis perdu !\n\n(i) Il s'agit du remarquable rapport présenté au Congrès musical de Soleure, dont\non a trouvé le compte rendu dans notre dernier numéro\n»9"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "Perdu ?\nPerdu !... Je suis en effet au mieux avec plusieurs\nmembres de comités de Conservatoires, et quand ceux-ci liront\nque j'ai émis des doutes sur la science des élèves de leurs établis-\nsements, ils me feront sans doute froide mine !\nEst-ce vraiment si grave ?\nSi c'est grave ?... Ces messieurs font tous partie de notre\nmeilleure société. Ce sont des hommes très intelligents, très\nbien élevés, très musiciens, très...\nAlors vous n'êtes pas perdu, cher Monsieur Quelconque !\nAu contraire ! Loin de vous reprocher la petite constatation que\nvous avez faite au cours de notre conversation et que j'ai repro-\nduite en mon rapport, ils vous sauront gré de l'avoir faite et pro-\nfiteront avec joie, puisqu'ils sont intelligents et musiciens, de\nl'occasion que vous allez leur fournir de perfectionner l'ensei-\ngnement en leurs Conservatoires. Car nous allons discuter cette\nquestion plus à fond, si vous le voulez bien. Vous vous ren-\ndrez compte que vous aviez absolument raison de signaler à ces\nmessieurs l'insuffisance des connaissances de certains de leurs\nélèves diplômés, et, d'un autre côté, que ces messieurs eux-\nmêmes ont agi pour ce qu'ils croyaient être le mieux, sans qu'il\nsoit possible de les rendre responsables de ce qui se passe. L'en-\nseignement que l'on donne actuellement aux futurs composi-\nteurs en nos écoles de musique est en effet le même que celui\nqui était donné du temps des Porpora, des Bach, des Beetho-\nven. L'on ne saurait en vouloir à vos amis de n'avoir pas cher-\nché à être plus royalistes que ces rois de la musique !\nAlors l'enseignement de nos Conservatoires est, selon vous,\nun bon enseignement ?\nIl est mauvais.\nL'enseignement du temps de Porpora, de Bach et de Bee-\nthoven était mauvais, dites-vous ?\nIl était excellent.\nMais alors !... du diable si je vous comprends !\nVous allez comprendre, Monsieur Quelconque ! Prenez\nun fauteuil et allumez un cigare. Avant qu'il en soit à la coda,\nj'aurai terminé mes explications et vous y verrez clair !\nAlors j'allume !\nIl y a deux cents ans, il y a cent ans, encore, cher\nMonsieur Quelconque, n'étudiaient la musique que certains\nhommes prédestinés à l'art musical et dont la ferme volonté était\nd'arriver, à force de travail, à devenir des professionnels."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.5", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "Avant d entreprendre leurs études sous la direction de maîtres\nen renom, ils s informaient auprès de ceux-ci, ou de personnes\ncompétentes de leur entourage, si leurs aptitudes étaient suffi-\nsantes pour les mettie à même de devenir des artistes complets.\nSi oui, ils consacraient à 1 art leur existence entière. Quant aux\nfamiliers des concerts, aux princes et aux seigneurs, ils ne\ncroyaient pas sauf exceptions qu'il fût nécessaire d'avoir\nétudié la musique pour l'écouter et pour la juger, étant de l'es-\npèce des grands qui savent tout comme dit Mascarille\nsans avoii jamais rien appris ! Les publics de concerts étaient\nbeaucoup plus clairsemés que ceux d'aujourd'hui et, avant la\ncréation des sociétés de chant populaire, les bourgeois ne s'in-\ntéressaient que fort peu a la musique. Une fois qu'ils eurent\npris l'habitude de se grouper entre eux pour chanter des chœurs,\nles bourgeois durent, il est vrai, pour être admis dans les\nsociétés, faire quelques études musicales, mais celles-ci n'étaient\nguère approfondies, et 1 on se bornait à exiger d'eux, selon le\nrèglement des collèges musicaux des xvne et xvme siècles, la\nconnaissance des 6 points suivants : '\ni° L'échelle avec les notes et les clefs ;\n2° Les syllabes ou noms qu'on donne aux notes ;\n3 La différence du chant doux et du chant dur (sic) |\n4° La mesure ;\n5° Quelques figures et signes, pauses, bémols et dièses ;\n6° Les intervalles ou sauts de voix.\nEn une année l'on savait tout cela, et les études complètes de\nmusique étaient réservées aux professionnels.\nCependant, àla fin du xvme siècle, des dilettantes furent\nadmis à participer à certains cours sérieux de musique en qua-\nlité d auditeurs, et au xixe on leur accorda dans les écoles de\nmusique les mêmes avantages qu'aux professionnels. C'est à\npartir de ce moment-là, Monsieur Quelconque, que l'enseigne-\nment des Conservatoires commença a devenir insuffisant.\n- Mais pourquoi cela ?\n~~ Parce que les méthodes avaient été créées pour des musi-\nciens naturellement bien doues et qu'on s'en servait pour former\ndes amateurs.\nCertains amateurs peuvent être très bien doués pour la\nmusique...\nH en est certes un grand nombre, mais le seul fait qu'ils\nne tiennent pas à devenir artistes professionnels suffit à prouver\nqu'ils n'ont pas le feu sacré.\nNotez que jadis tout instrumentiste et même tout chanteur\nétait harmoniste et contrapuntiste. Notez aussi que les amateurs,\nse destinant à devenir de bons dilettantes, ne tiennent pas à"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "faire des études musicales complètes, dont les règlements mo-\ndifiés les dispensent, et qu'ils cherchent avant tout à posséder\ncomme on dit un instrument...\nMais cela ne prouve rien contre l'enseignement lui-même !\nVous allez me dire tout à l'heure le contraire. En effet,\nque s'est-il passé dès que l'on eut admis des amateurs dans\nles Conservatoires ? Des amateurs, c'est-à-dire des sujets décidés\nà ne pas étudier la musique à fond ? Il est arrivé que ces su-\njets, quoique imparfaitement doués au point de vue musical,\nquoique n'étudiant ni le solfège, ni l'harmonie, ni l'improvisa-\ntion, ni le contrepoint, sont parfois, grâce à des qualités toutes\nphysiques de souplesse et de légèreté des doigts, devenus de\ntrès bons exécutants. Le monde musical s'est alors trouvé subi-\ntement inondé de pianistes, violonistes et violoncellistes capa-\nbles de se produire avec succès dans des concerts, mais ne\nconnaissant que superficiellement la musique !\nAlors ?\nAlors certains professionnels peu scrupuleux, voyant qu'il\nn'est pas nécessaire, pour recueillir de faciles bravos, d'avoir\npratiqué la musique à fond, c'est-à-dire de connaître la théorie,\nle solfège, la solmisation, le contrepoint, la composition et\nl'orchestration, se sont eux aussi contentés, et se contentent de\nplus en plus d'étudier le piano, le chant, le violoncelle ou le\nviolon, sans étudier la musique.Jadis, tous les artistes musiciens\nsans exception connaissaient tous les secrets techniques de la\nmusique, aujourd'hui ces secrets ne sont plus révélés qu'aux\nfuturs compositeurs. Les Conservatoires sont remplis de jeunes\ngens et de jeunes filles ayant de bons doigts, de bons poumons,\nde bonnes cordes vocales et de bons poignets, mais ne possé-\ndant ni une bonne oreille, ni une bonne intelligence, ni une\nbelle âme. Ces jeunes gens s'imaginent qu'en apprenantà jouer\nd'un instrument ils deviennent des maîtres musiciens, et le pu-\nblic, lui, n'est plus capable de faire une différence entre un ar-\ntiste et un virtuose. Jadis ce dernier était forcément un artiste,\naujourd'hui il n'est souvent qu'un ouvrier. C'est ainsi que\ndans le bon vieux temps les ébénistes et les verriers étaient àla\nfois créateurs et artisans, imaginant eux-mêmes les modèles\nqu'ils exécutaient, alors que de nos jours ils se contentent\nd'imiter les modèles anciens ou de réaliser les conceptions ar-\ntistiques qu'ils demandent aux dessinateurs. Il y a là une déca-\ndence artistique dont nous ne nous préoccupons pas assez !\nVous jugez alors qu'il ne faut pas admettre les amateurs\ndans les Conservatoires?\nAu contraire ; je trouve excellent pour l'avenir de la mu-\nsique que le public tienne à se mettre au courant des choses"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.7", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "musicales et cherche, par des études élémentaires faites dans\nles Conservatoires, à acquérir le sens de 1' « entendement », à\napprécier intelligemment les œuvres et à les exécuter avec goût.\nMais sitôt le principe admis de créer des classes d'amateurs, il\nfaut qu'il soit créé aussi un enseignement spécial pour ces ama-\nteurs. D'un côté, leur instinct musical n'est pas suffisant pour\nqu'ils puissent profiter avec avantage des règles de l'enseigne-\nment instituées jadis à l'usage des musiciens exceptionnellement\ndoués, et il est absolument inutile d'exiger d'eux certaines con-\nnaissances transcendentales dont l'étude les détournerait d'un\nbut moins éloigné et plus facilement accessible. D'un autre\ncôté, l'on ne juge pas à propos de leur enseigner une foule de\nchoses qu'ils ne savent pas et que les prédestinés connaissent\nd'instinct ou éprouvent le besoin irrésistible d'étudier en dehors\ndes cours réguliers. Privés, grâce à leur nature même d'ama-\nteurs, du désir de tout savoir, ils n'ont pas la curiosité de solli-\nciter de leurs maîtres un enseignement complet et minutieux,\nadapté à leur tempérament. Natures incomplètes, ils ne s'assi-\nmilent de l'enseignement donné aux artistes-nés que les\nprocédés extérieurs, et, d'autre part, personne ne songe à créer\npour eux un enseignement spécial. Ils ne s'en plaignent pas,\nsans doute, et personne même ne songe à les plaindre. Est-ce\nune raison pour laisser l'Art souffrir de cet état de choses?\nMais, sapristi, il est des amateurs qui peuvent être j'en\nsuis aussi bien doués (et même mieux) que des artistes, et\nqui ne tiennent pas à gagner de l'argent en pratiquant leur art.\nL'argent n'est pas tout. L'on peut être dilettante et musicien\nadmirable !\nCertains amateurs sont admirablement doués, je ne le nie\npas, Monsieur Quelconque ; mais les trois quarts des enfants\nqui entrent dans les Conservatoires ne sont pas des artistes-\nnés. Et pour ceux-là, avant l'entreprise d'études dont la pra-\ntique suppose les élèves doués préalablement d'une oreille fine,\nd'une intelligence exceptionnelle et d'un goût délicat, il convient\nde combiner une série d'exercices préparatoires développant\nl'oreille, le goût et l'intelligence. Sans cela ils ne profiteront que\nde l'étude des instruments, deviendront des perroquets ou des\nsinges, au lieu de devenir des hommes et des musiciens.\nVous croyez vraiment qu'un enseignement bien compris\npeut d'une oreille fausse faire une oreille juste ?\nIl peut perfectionner l'oreille.\nQu'il donnera de l'intelligence musicale à celui qui n'en\navait point ?\nIl la développera certainement si elle est susceptible d'être\ndéveloppée."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "Qu'il créera de toutes pièces le goût musical ?\nIl l'éveillera et le formera, s'il existe en germe.\nAh, ah, ah ! Vos réponses me prouvent bien que votre\nfameux enseignement spécial ne peut pas produire des résultats\nchez des sujets totalement incapables !...\nMais, par tous les tonnerres du Crépuscule des dieux, l'en-\nseignement actuel non plus ne peut faire d'un sourd un musi-\ncien ! Le malheur est qu'il en fait un pianiste ! Et c'est là que\ngît l'épouvantable erreur moderne ! Chez les amateurs qui ont\nun peu de goût, un peu d'oreille, on ne développe ni l'oreille ni\nle goût, mais les doigts î Et à ceux qui n'ont rien, rien, rien...,\n1 on apprend à mettre la pédale ! Et tous ces quadrumanes jugent\nla musique, jugent les musiciens et jugent l'Art, sous prétexte\nque sur un clavier ils savent passer correctement le pouce ! Ah !\nMonsieur Quelconque, le piano, c'est le veau d'or moderne!\nNe vous emportez pas, cher maître! Les artistes musi-\nciens, cane sait jamais garder la mesure!\nLes amateurs non plus, je vous l'affirme.\nAllons, voyons ! Raisonnons calmement et... raisonna-\nblement ! Vous voyez que je m'intéresse à vos projets. Le\npiano, disiez-vous, ne devrait pas être enseigné dans les Con-\nservatoires !\nJe nai pas dit cela, Monsieur Quelconque ! Je prétends\nqu'à un amateur il faut d'abord enseigner la musique, puis\nensuite seulement le piano.\nMais le piano, c'est de la musique !\nL'orgue de Barbarie aussi, c'est de la musique, et l'on n'en-\nseigne pas à jouer de l'orgue de Barbarie ! Allons, voyons !\nRaisonnons calmement... et raisonnablement, comme vous le\ndisiez tout à 1 heure. Savez-vous ce que c'est qu'un amateur,\nMonsieur Quelconque ?\nUn amateur de musique du latin amator, formé par le\nverbe amare est, mon cher enfant, un homme qui aime la\nmusique.\nTrès bien!... Et maintenant dites-moi, Monsieur Quelcon-\nque : aimez-vous votre femme ?\nSi je ?... quelle question !\nOui, vous 1 aimez, je le sais ; elle me l'a dit, vous l'aimez !...\nEt vous la connaissez, je suppose ?\nSi je 1a... ? quelle question !\nJ'entends : vous savez quelle est la couleur de ses yeux,\nde ses cheveux, de son teint ? Vous connaissez ses préférences!\nses goûts, ses aptitudes ? Vous savez a quoi vous en tenir sur\nson intelligence et sur son cœur ?\nSi je... ? quelle question !"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.9", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "Je le reconnais : ma question est stupide ! Vous aimez donc\nvotre femme et vous la connaissez. Vous l'aimez parce que vous\nla connaissez et, si vous ne la connaissiez pas, vous ne l'aime-\nriez pas. Or, Monsieur Quelconque, sachez qu'il y a des ama-\nteurs qui aiment la musique sans la connaître et pour la seule\nraison qu'ils désirent imiter certaines gens qui aiment la mu-\nsique parce qu'ils la connaissent. Or je prétends que l'on ne peut\nvéritablement aimer quelqu'un ou quelque chose, musique ou\nfemme (les deux objets sont de même essence), que si l'on\nconnaît ce quelque chose ou ce quelqu'un. Et par conséquent\nqu'il faut avant tout mettre les futurs amateurs de musique à\nmême de connaître cette musique qu'ils désirent aimer !\nEh bien, justement, le piano...\n—Le piano est à la musique ce que la photographie de\nMm® Quelconque est à votre femme. Cette photographie vous\nrappelle l'enveloppe d'une épouse dont vous connaissez les qua-\nlités morales. Le piano présente et rappelle à votre oreille\nles formes sonores en lesquelles sont exprimées des pen-\nsées dont vous avez été à même de comprendre toute la\npoésie, tout le charme et toute la profondeur. La base de\nl'enseignement à donner aux amateurs doit être l'étude, non\ndu moyen d'expression, mais de la pensée à exprimer. Vous\ntrouverez dans le rapport présenté au Congrès de Soleure sur\nla « réforme de l'enseignement musical dans les écoles » un plan\ngénéral d'études théoriques et pratiques, que vous voudrez bien\nlire, je l'espère, et qui me dispense présentement de revenir\nsur ce sujet. Qu'il me suffise de vous dire en deux mots qu'à\nmon sens l'étude d'un instrument doit être précédée de 3 à 4\nans au moins d'enseignement du solfège et de la gymnastique\nrythmique (1), et qu'ensuite, cet enseignement doit continuera\nêtre donné parallèlement à celui de l'instrument, jusqu'à la fin\ndes études. Je dis bien solfège,et'non pas Celle-ci ne\ns'adresse qu'à l'intelligence, tandis que le solfège qui com-\nprend la reconnaissance et l'analyse des sons, la compréhen-\nsion et l'assimilation des rythmes et l'étude des nuances\ns'adresse non seulement à l'intelligence, mais aussi à l'oreille\net, de plus, infuse en le corps même la notion du partage du\ntemps et de l'accentuation de telle ou telle de ses parcelles,\nselon des règles qui relèvent de l'esthétique autant que des\nmathématiques. Une fois qu'un enfant sait chanter juste et\n\n(1) M. Jaques-Dalcroze est l'inventeur d'une méthode de gymnastique\nrythmique ayant pour but, grâce à une série de mouvements des bras et\ndes jambes décomposant les phrases et les mesures, aux élè-\nves le sentiment métrique et rythmique. (N. de la R.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "noter une mélodie, réduire les accords en successions mélo-\ndiques, différencier les rythmes, phraser sans erreur, nuancer\net accentuer avec goût, alors seulement laissez-le s'asseoir\ndevant un piano ! En deux années d'apprentissage de cet\ninstrument, il en saura davantage qu'il n'en aurait appris en 5\nans sans avoir étudié à fond le solfège. Et, ce qui est plus\nimportant, ce qu'il saura, il le saura mieux !\nBon, bon, bon, puisque vous le dites, allons-y pour le\nsolfège ; mais les doigts jouent un certain rôle cependant dans\nl'étude du piano, et ce n'est pas le solfège seul qui assouplira les\ndoigts de l'élève !\nVotre argument n'est point négligeable, Monsieur Quel-\nconque ! Les doigts du futur pianiste seront soumis comme de\njuste à une gymnastique spéciale qui en favorisera l'assouplis-\nsement. Mais cette gymnastique sera indépendante du clavier\ndu piano et n'aura rien de spécialement musical.\nDans ce cas, les doigts joueront faux à la première leçon\nde piano, malgré tout votre solfège...\nOui, mais l'oreille, à la suite de l'éducation complète qu'elle\naura reçue, saura de suite corriger les fautes commises par\nles doigts et gardera sur eux la suprématie. C'est ainsi que dès\ncette première leçon les doigts devront obéir au goût musical,\nalors que dans l'enseignement actuel, c'est la pratique des\ndoigts qui amène la formation du goût.\nLa charrue avant les bœufs !...\nTout juste ! Ah, Monsieur Quelconque, que vous me cau-\nsez de joie : voici que, non content de vous être rangé à mon\navis, vous voulez bien aussi me fournir des images !\nVous supposez l'étude du piano commencée après les 3\nou 4 ans de solfège. Dans quel sens allez-vous diriger ces études\ninstrumentales ?\nMais dans le sens du but à atteindre ! Voyons, Monsieur\nQuelconque, que joue en ce moment votre fille Eléonore, qui\nétudie au Conservatoire le piano depuis douze ans, je crois ?\nOnze ans et demi seulement, cher Monsieur ! Eh bien, ma\nfille Eléonore joue en ce moment la deuxième Rapsodie de Liszt,\nun morceau, ma foi, très difficile.\nSuperbe ! Et votre fille Eléonore étudie cette Rapsodie de-\npuis longtemps ?\nDepuis deux mois seulement. Mais elle l'a maintenant tout\nà fait dans les doigts.\nSuperbe ! L'ayant dans les doigts, elle l'a aussi dans la tête,\nje suppose ? Elle en connaît le plan et la structure ?\nPuisqu'elle la joue par cœur !\nElle en discerne les modulations ?"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.11", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "Parbleu !\nElle vous l'a dit elle-même?\nJe ne lui ai pas demandé.\nMais son maître le lui a demandé ?\nC'est fort probable.\nSuperbe !Et avant cette Rapsodie, que jouait Mlle Eléo-\nnore ?\n—La sonate « les Adieux », de Luigi van Beethoven.\nElle la joue encore ?\nPas précisément. Vous savez, ces morceaux très difficiles,\nil faudrait avoir le temps de les entretenir...\nMais,., elle connaît Beethoven ?\nCette question ! Un maître si connu !\nJe veux dire qu'elle connaît de lui d'autres œuvres que cette\nsonate qu'elle a étudiée ?\nElle a joué aussi le concerto et la marche des\nRuines d'Athènes.\nOui, mais d'autres œuvres qu'elle n'a pas jouées ?\n—Si vous croyez qu'elle a le temps de connaître des œuvres\nqu'elle ne joue pas !\nElle pourrait cependant connaître les thèmes d'autres so-\nnates célèbres, ceux des quatuors, ceux des neuf sympho-\nnies...\nMa foi, j'avoue...\n—Et du concerto en mit>, sait-elle qu'il est écrit avec jaccom-\npagnement d'orchestre ?\n—Si elle le sait ? C'est écrit sur la partition.\nElle sait donc ce que c'est qu'un orchestre ?\nQui ne le saurait pas ?\nElle sait reconnaître un basson d'une clarinette ?\nPeuh !\nUn hautbois d'une flûte ?\nPeuh ! le hautbois se joue droit, la flûte en travers.\nJ'entends, mais je parle du timbre.\nAh çà !\nElle sait ce que c'est qu'un cor anglais ?\nQui n'a lu son Alfred de Vigny : « J'aime le son du cor le\nsoir au fond des bois ! »\nEvidemment, car le cor anglais est un cor...\nAnglais...\nParbleu !... Dites-moi, Monsieur Quelconque, pardon-\nnez-moi mon indiscrétion, MUe Eléonore vous déchiffre\nsans doute le soir en famille les plus jolies pages de Schu-\nmann ou de Debussy ?\nPas très souvent.D'abord, je vous dirai... elle manque un"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "peu de mesure. Et puis elle a si peu de temps pour faire de\nla musique ; il faut qu'elle étudie son grand morceau !\nJe comprends. Ce grand morceau, elle l'étudié dans quel\nbut ?\nPour se faire les doigts.\nEt pourquoi se fait-elle les doigts ?\n- Pour savoir son grand morceau.\nMais encore, où le joue-t-elle ce morceau ?\nA l'examen du Conservatoire.\nC'est tout ?\nElle le jouera peut-être à une audition.\nPourquoi ?\nPour faire preuve de ses progrès et s'habituer à jouer\nen public.\nElle a l'intention de devenir virtuose ?\n- Non, mais...\nDevant qui jouera-t-elle dans cette audition ?\n—• Devant un public d'invités.\nPas devant la presse ?\nOh, si, si, évidemment.\nEt les journaux parleront de votre fille ?\nS'ils en parleront ? Ils en ont déjà parlé, avec grands\néloges ?\nlls citaient son nom, le vôtre ?\nlls citaient son nom, le mien. Et je n'en suis pas peu fier,\nje vous l'avoue. Si vous saviez quel accueil tous mes amis m'ont\nfait au café ! Sauf le docteur Chose, dont la fille n'a jamais été\nadmise à jouer à une audition. Il me fait une tête !...\nAh, Monsieur Quelconque, je vous félicite. Mais permet-\ntez-moi d'abuser encore un instant de votre patience...\nFaites seulement !\nMUe Eléonore fait-elle de la musique d'ensemble ?\n- Une fois par semaine au cours.\nElle n'en fait pas à la maison ?\nMon Dieu, je vous dirai que ni sa mère ni moi ne jouons\nd'un instrument.\nMais au Conservatoire, elle a des camarades, des amies\npianistes, des amies violonistes ? Elle y a peut-être fait la con-\nnaissance d'un jeune homme violoncelliste ?\nOh, quelle horreur !\nDame, je pensais : une école, des relations musicales, un\nsincère désir de faire de la musique, de déchiffrer des œuvres\nintéressantes... le quatre-mains est si amusant !... Mais n'en\nparlons plus ! Je crois savoir, Monsieur Quelconque, que\nMUe Eléonore cultive aussi le chant au Conservatoire ?"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.13", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "Sans doute.\nOh, c'estcharmant pour vous ! Ce Schubert, ce Schumann,\nce Fauré, ce Wolff, ce Cornélius, ce Robert Franz, ce Richard\nStrauss, ce Max Reger, ce Schillings, ce Fitzner, ce Sibelius, ce\nChausson, ce d'lndy,... quels exquis spécialistes du lied ! C'est\npour vous, d'entendre tant d'oeuvres adorables, une véritable\njouissance...\nOh, Eléonore ne chante que peu de lieds. Elle cultive sur-\ntout les morceaux d'opéra.\nElle se destine donc au théâtre ?\nFi ! non, elle chante des morceaux d'opéra, parce qu'on\nles lui fait chanter.\n—Ah ! Cependant elle connaît elle, chanteuse— les maî-\ntres anciens et contemporains du lied ?\nJe ne crois pas tous. Quelques-uns de Schubert et Schu-\nmann sans doute les plus connus.\nMais les autres, les nombreux et intéressants autres ?\nElle n'a pas le temps.\nC'est vrai, j'oubliais !... Une autre question d'un ordre\ndifférent, Monsieur Quelconque ! Quand Mlle Eléonore fait une\nvisite à une de ses amies, et qu'elle est invitée à essayer son\npiano, sait-elle improviser quelques accords ?\nNon, mais elle a toujours pour cet essayage un morceau\ndans les doigts.\nCependant elle sait improviser ? C'est si commode, quand\non a terminé un morceau, de pouvoir le relier par quelques\nmesures modulantes au morceau suivant !\nCe n'est pas si nécessaire ! On ne lui demande jamais\nqu'un seul morceau.\nMais pour elle ?\nOh, elle n'a pas absolument besoin, quand elle est seule,\nde relier entre eux les morceaux qu'elle joue.\nElle accompagne à ses amies des lieds au piano, je pense.\nElle a essayé, mais, vous savez, les chanteurs sont si dif-\nficiles à suivre !\nElle peut transposer ces lieds plus haut ou plus bas, à\nvolonté, selon le désir de la personne qu'elle accompagne ?\nNon, non, pas ça !... elle les fait transposer par un copiste.\nSi vous vous souvenez d'une mélodie de votre enfance,\nsait-elle vous l'accompagner d'oreille ?\nVous plaisantez ? Elle n'est qu'un amateur, non un com-\npositeur de marque.\nCependant, elle sait noter au besoin, pour ses petits\nfrères et sœurs, les mélodies populaires qu'elle aime et qui ne\nse trouvent pas dans sa bibliothèque ?"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "Oh, nous avons le moyen d'acheter les cahiers !\nDans vos petites réunions familières, elle s'assied com-\nplaisamment au piano pour faire danser la compagnie ?\nQuelquefois, mais... figurez-vous que l'on n'aime pas\nbeaucoup quand elle joue pour faire danser !... Il faut vraiment\navoir une grande pratique de ce genre d'exercice pour garder\nrigoureusement la mesure.\nOui, j'entends, il faut avoir l'habitude. Et, en douze ans\npardon, onze ans et demi il est évident que... Mais,\navouez-le-moi franchement, Monsieur Quelconque : vous re-\ngrettez parfois que Mlle Eléonore n'ait pas pris l'habitude de\nfaire danser avec rythme et entrain ?\nJe ne veux rien vous cacher. Oui, je le regrette.\nEt le reste, ne le regrettez-vous pas aussi ?\nLe reste ?\nOui, le reste.Le fait de ne pas penser à déchiffrer le soir\nde belles mélodies, à la clarté de la lampe, pour charmer la\nmaman qui tricote et le papa qui fume sa pipe ? de ne pas\naccompagner à celui-ci, d'oreille, des refrains d'antan ? de ne\npas sentir le besoin, quand elle est seule, de se rafraîchir le\ncœur et l'oreille aux sons d'une musique non étudiée, et de\nlaisser errer ses doigts sur le clavier, pour donner une forme à\nses pensées, à ses rêves, à ses petites joies, à ses petites dou-\nleurs?... Tout ce reste, enfin, que je vous énumérais, et qui a\nl'air si facile, et que Mlle Eléonore ne sait pas ? Tandis qu'elle\nsait si bien cette difficile Rapsodie de Liszt que vous aimez\ntant entendre et que vous entendez très souvent, je gage ?\nLe piano est au salon, à côté de mon cabinet de travail. *\nEt cela vous amuse, hein ? d'entendre...\n...Eh! bigre non, cela ne m'amuse pas, vous vous en\ndoutez bien! Et s'il n'y avait pas les auditions, et la presse, et\nle docteur Machin !... Mais vous m'amenez à vous dire des\nchoses... des choses... homme cruel !\nDites homme compatissant, cher Monsieur Quelconque !\nL'histoire de Mlte Eléonore est celle de toute les jeunes person-\nnes qui étudient le piano dans nos Conservatoires ! Elles pas-\nsent douze années de leur vie...\n11 ans et demi !\n... elles consacrent 11 ans et demi de leur vie à faire des\ngammes pour jouer la Rapsodie n° 2 de Liszt, que le Pianola\njoue, sans avoir étudié, beaucoup plus proprement qu'elles, et\nque, i 5 jours après l'examen ou l'audition, elles ne sont plus\ncapables d'exécuter sans s'arrêter toutes les 8 mesures. Elles\nconsacrent 11 années et demie de leur existence à étudier le\npiano, sans penser un instant à la musique, sans connaître les"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.15", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "compositeurs, ni leurs styles, ni leurs œuvres, sans savoir\ntraduire leurs pensées par quelques accords naïfs, sans savoir\nni accompagner, ni transposer, ni faire de la musique d'ensem-\nble, sans même arriver à faire tant bien que mal danser leurs\namis et amies ! Sans arriver à procurer à leur papa, à leur ma-\nman, une seule sensation de satisfaction qui ne soit d'orgueil,\nune seule petite joie artistique complète ! Car, lorsque vous\navez des invités, Monsieur Quelconque, je gage que Mll® Eléo-\nnore ne veut même pas consentir à leur jouer sa grande\nRapsodie ?\nElle s'y refuse péremptoirement.\nElle s'y refuse parce qu'elle est toujours entre deux mor-\nceaux difficiles l'un à oublier, l'autre à étudier, ce qui fait\nqu'elle ne sait exécuter l'un ou l'autre qu'à une certaine heure,\nqu'à une certaine minute ! Elle et ses nombreuses compa-\ngnes ne savent pas ce que c'est que la musique. Et elles n'ai-\nment pas la musique ! La preuve en est qu'une fois mariées,\nelles abandonnent presque toutes leur instrument. Vos regrets,\nMonsieur Quelconque, - qui sont ceux de tous nos pères de\nfamilles, de tous les vrais musiciens, me prouvent que j'ai\nraison en proposant une réforme de l'enseignement musical\ndans les Conservatoires d'amateurs. Cette réforme est simple\net facile à pratiquer. Elle s'applique non seulement au piano,\nmais à tous les instruments, la voix y comprise. Elle consiste à\ninscrire au programme d'études tous les exercices pratiques qui\npeuvent former l'oreille et le goût et éveiller en l'esprit des\nélèves le sentiment de la personnalité. Elle consiste à familia-\nriser les amateurs avec le beau, à leur faire connaître les\nstyles des grands maîtres, à les mettre à même de les comparer\net de les analyser. Elle consiste à leur fournir un mécanisme\ninstrumental suffisant pour déchiffrer sans fautes des morceaux\nde moyenne difficulté, ainsi que des connaissances techniques\net esthétiques qui les mettent à même d'interpréter les œuvres\navec sentiment et sans sentimentalité, avec émotion et sans\nnervosité, avec rythme et sans tapage. Et que si des élèves sont\ndoués d'aptitudes physiques naturelles telles qu'ils puissent,\nsans pour cela devoir sacrifier les études de style, arriver à\ninterpréter des morceaux de haute virtuosité, qu'on les pousse\naux études de mécanisme ! Mais, pour Dieu ! pas avant d'avoir\nformé leur esprit et leur cœur àla compréhension et à l'amour\nde l'art ! Nous aurons alors des amateurs qui iront au concert,\nnon plus guidés parle snobisme, mais poussés par le désir de\ns'approcher du Beau ! Des amateurs qui goûteront mieux les\nœuvres, parce qu'ils seront familiarisés avec leur structure et\nen sauront analyser les procédés expressifs, parce qu'aussi ils"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "auront eu préalablement l'envie de les étudier. Quant aux élè-\nves se destinant à la carrière d'artistes, ils ne seront plus entra-\nvés dans leurs études par la participation à leurs leçons de\ncamarades amateurs. Ils travailleront d'arrache-pied à surmon-\nter les difficultés techniques qui deviennent de jour en jour plus\ngrandes et aborderont aussi l'étude des questions philosophi-\nques et d'esthétique générale dont la connaissance est néces-\nsaire à l'artiste de nos jours. Quant aux professeurs enfin, ils\npousseront un bruyant et joyeux soupir de satisfaction, en se\nsentant déchargés de leur rôle ingrat de maîtres ès gammes et\narpèges, et ils seront heureux de redevenir ce qu'étaient jadis\nles maîtres de musique, des initiateurs au culte de l'éternelle\nBeauté !\n—Je saisis, cher Monsieur, toute l'importance de cette ré-\nforme, j'apprécie tous les avantages qu'elle présente... Mais la\nmise en action de vos idées, le programme d'études à rédiger,\nles moyens techniques d'obtenir les résultats artistiques que\nvous cherchez, que tout cela est compliqué, et difficile, sinon\nimpossible, de réalisation !\nTout cela est au contraire très simple. Il faut d'abord pré-\nsenter notre projet aux musiciens professionnels de notre pays.\nPuis leur demander ceci :\nPeut-on enseigner à des enfants musicalement bien doués :\ni° à écouter la musique et à Ventendre ?\n2° à déchiffrer ?\n3° à phraser et à faire des nuances, sans imiter servilement des\nmodèles ?\n4° à transposer ?\n5° à improviser ?\n6° à noter mélodies et harmonie?\n7° à avoir une idée générale du mouvement musical à travers\nles âges, à connaître les\ncélèbres, avec exemples à l'appui, citation de thèmes, etc. ?\n8° à comprendre et à savoir en deux mots -- la musique ?\nIl n'est pas d'autre question à poser, Monsieur Quelconque !\nSi les professionnels de notre pays répondent à notre ques-\ntionnaire, la réforme est accomplie, car les moyens sont des\nplus faciles. Il ne s'agit que de se mettre à enseigner ce que l'on\nn'enseignait pas.\n—Et que répondront, à votre avis, les professionnels de\nnotre pays ?\nlls répondront : oui.\nMais qu'adviendra-t-il des enfants non doués musicale-\nment ?\nOh, ceux-là, on les élimine !"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.17", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "Vous êtes radical, cher Monsieur ! Mais une fois ce oui\nobtenu, que ferez vous ?\nNous irons visiter les membres de comités de Conserva-\ntoires et leur dirons : « Vous vous dévouez, Messieurs, depuis\nlongtemps aux progrès de la musique en notre pays. Pour tous\nvos efforts persévérants, pour votre zèle et vos nobles et artis-\ntiques intentions, tous les musiciens vous sont reconnaissants !\nMais nous avons la certitude que vous n'êtes pas dans la\nbonne voie. Nous venons vous demander de faire de vos élèves\ndes musiciens et non des virtuoses. La réforme de l'enseignement\nest facile à opérer. Nous nous en chargeons si vous y consentez.\nDites oui et vous rendrez service à l'Art et au pays ! »... Que\npensez-vous que répondront à cela les plus intelligents et\nles plus musiciens de ces messieurs, Monsieur Quelconque ?\nIls répondront : oui !\nEt les autres, ceux qui...\nOh, ceux-là, on les élimine !\nVous êtes radical, Monsieur Quelconque !\n\nE. Jaques-Dalcroze."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.6", "titre_corps": "UN DERNIER MOT SUR ALFRED BRUNEAU", "titre_sommaire": "UN DERNIER MOT SUR ALFRED BRUNEAU", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "UN DERNIER MOT\nSUR ALFRED BRUNEAU\n\nJ'ai déjà traité et même, à ce qu'il me semble, épuisé le néant\nde ce sujet. Je n'y reviendrais pas, si cette non-musique ne trou-\nvait encore de quasi officiels apologistes. Une revue très\nmince, mais qui « s'honore d'une souscription du Ministère\nde l'lnstruction publique », veut nous apprendre « qu'il n'est\npas permis de contester à M. Bruneau les dons supérieurs de\nl'artiste : tout d'abord, le plus grand de tous, l'émotion sincère et\nprofonde» une mélodie abondante et pleine, prolongée\", d'une\nétoffe très solide; la science de l'écriture musicale et de labellecon-\nstruction symphonique ». Et comme type de ces mélodies indé-\nchirables et de ces architectures cyclopéennes, on nous cite le\nprélude de Y Enfant Roi.Tous ceux qui ont écouté une seule\nligne de la partition prônée concluront que l'auteur anonyme\nde ce pâteux panégyrique parle de la musique comme un aveugle\ndes couleurs. A ceux-là je conseille de tourner les talons aussitôt,\net de ne pas me suivre dans le Musée des horreurs que je vais\nentr'ouvrir une fois encore, la dernière, espérons-le. Mais\nd'autres lecteurs, en Province ou à l'Étranger, peuvent s'en\nlaisser imposer un instant, et croire qu'il y a malgré tout\nquelque chose de commun entre M. Alfred Bruneau et la\nmusique française moderne. C'est une erreur que pour l'hon-\nneur de notre pays il importe de cautériser promptement : les\nchoses que M. Bruneau couche sur le papier ne sont ni fran-\nçaises ni allemandes, ni anciennes ni modernes, ni passionnées\nni sereines, ni simples ni compliquées, ni mélodiques, ni har-\nmoniques, ni rythmiques : et, cela, pour la raison péremptoire\nque ces amas de notes ne sont, à aucun degré, de la musique.\nC'est ce que j'ai déjà montré à propos de l'Ouragan, et l'ap-\nprobation unanime des musiciens (i) m'est une preuve que j'ai\n\n(i) Il va sans dire que je ne veux parler ni de « l'aliboron du Monde\nmusical », à qui le Monde artiste du 3o juillet dit si drôlement son fait, ni\nde l'universelle incompétence d'un Camille Mauclair."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.19", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "touché du doigt l'évidence. Il n'y a, de l'Ouragan à Y Enfant Roi,\nqu'une seule différence : la musique de cette dernière partition\nest plus factice et plus vide encore. Voici la première phrase du\nprélude : c'est un appel d'une solennité niaise, que Meyerbeer\neût méprisé avec raison:\nAyant extirpé cette belle chose des circonvolutions les plus\nreculées de son cerveau, M. Bruneau, qui est un homme fort\ndécent, a voulu rhabiller, avant de la présenter en public.\nMais comme son génie ingrat, après un tel effort, lui refusait\nobstinément un contresujet ou une harmonie congruente, force\nlui a été de revêtir son idée avec un lambeau d'elle-même, pris\nen mouvement accéléré suivant une recette chère à l'école :\nIci M. Bruneau s'est reposé, aussi fier que le Créateur\nlorsqu'il eut tiré notre mère Eve d'une côte d'Adam. Puis il\ns'est dit : « Attention ! ne prodiguons pas d'un seul coup tant\nde richesses. » Et il nous a fait entendre, dans une première\nmesure, le motif d'accompagnement seul, auquel vient astucieu-\nsement se joindre ensuite le motif principal. Nous obtenons\nainsi quatre mesures; après quoi la nécessité de moduler s'im-\npose. Puisque nous sommes dans un paisible ut majeur,\nprenons, par exemple, la tonalité de majeur, qui est très\néloignée, et assénons-la brusquement. Retombons en sans\ncrier gare, puis en avant le ré bémol majeur! Pourquoi ? Parce\nqu'ayant d'abord passé au demi-ton inférieur, les règles de la\nsymétrie exigent une parallèle excursion de l'autre côté. Et voilà\nnotrepremière page construite, sansquenous ayons eu besoin un\nseul instant de faire appel au sentiment musical. Un sourd-muet\nà qui l'on eût enseigné le contrepoint n'aurait pas mieux exécuté\nce tour de force.\nCette première page, répétée, nous fournira la fin du prélude,\navec cette seule différence que nous commencerons par la mo-\ndulation en ré bémol,devenu ici mineur, et que la phrase se\ntransportera ensuite non plus en mais en mf, pour préparer\n(combien laborieusement !) le ton de la qui sera celui de notre\npremière scène. Reste à trouver le compartiment central, qui\ntiendra séparées les deux parties semblables et achèvera ce\nrudimentaire échafaudage. Il s'agit ici d'être élégiaque et tendre,\n\n20"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.20", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "afin que le contraste secoue les plus épaisses nervosités. Quelle\ntonalité choisir? Du bémol, sans aucun doute, et par exemple\nla bémol. Mais une tonalité ne suffit pas, hélas ! Il faut\nquelque chose qui de loin au moins ressemble à une mélodie.\nOù trouver cela, ô sainte Justice, ô divine Vérité? Prenons-nous\nla tête à deux mains, pensons, calculons, combinons, et surtout\nsoyons émus, ventrebleu ! Versons de chaudes larmes sur le\npère, et la mère, et l'enfant, et sur Paris, et sur ceux qui tra-\nvaillent, et sur le pain qu'ils pétrissent avec éloquence. Rien ne\nvient encore ? Invoquons alors la sainte mémoire de l'homme\nqui jamais, au grand jamais, ne sut ce que c'était qu'une\nphrase : Emile Zola. Mais le grand ami qui de lui-même posa\nsur son front la couronne des martyrs garde enfin un silence\ndont il ne connut jamais le prix sur terre. Il nous laisse nous en\ntirer comme nous pourrons. Alors nous alignerons des notes,\nau petit bonheur. Ecrivons l'accord parfait, d'abord en position\nde sixte et en montant, puis en quarte et sixte descendante :\nAjoutons quelques notes de passage et broderies à la première\nébauche, et à la seconde un ornement où se retrouve le souve-\nnir de nos anciennes études de violoncelle, et nous obtiendrons\nles deux tronçons suivants :\nC'est là que le panégyriste précité tombe en extase, et nous\nrévèle qu'en ces suites de notes « M. Alfred Bruneau a mis tout\nson cœur ». J'avais, pour ma part, une plus haute idée du cœur\nde M. Bruneau. Mais on n'est jamais mieux trahi que par un\nsot ami. Ces mélodies en effet peuvent faire sourire au premier\nabord par une certaine rondeur facile, qui rappelle les plus\nmauvais moments de M. Massenet. Mais on s'aperçoit ensuite\nqu'elles n'ont même pas le mérite de la banalité : elles n'existent\npoint, c'est tout ce qu'on en peut dire. Ce sont des notes mises\nau bout l'une de l'autre sur du papier à cinq lignes, mais où\nnulle oreille musicale ne reconnaîtra jamais une suite, un en-\nchaînement quelconque. Nous allons maintenant étirer le"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.21", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "premier de ces simili-motifs en y ajoutant d'insipides rosalies\n(groupes de notes transposés de degré en degré). Comment l'ac-\ncompagner ? Mais tout simplement en tierces, puisque nous ne\ntrouvons pas et ne trouverons jamais d'harmonie caractéristique\net colorée :\nQuant au second, nous le ferons reposer sur le motif d'ac-\ncompagnement du début : et il se trouvera peut-être un critique\nassez pédantesquement ignorant pour s'exclamer, à cet endroit,\nsur notre « science » :\nCet accompagnement est si beau d'ailleurs, qu'il continue\nmême après épuisement de nos deux mesures de notes, agré-\nmenté alors d'arbitraires contrepoints, dont l'ineptie est digne\ntout au plus d'une classe élémentaire de quelque Conservatoire\nde province :\nEt l'officieux commentateur devient ici le plus féroce des iro-\nnistes inconscients. « Vous remarquerez, dit-il, que chez tout\nautre compositeur cette page eût facilement incliné vers un peu\nde banalité ; ici elle garde toujours un sens élevé. » Que nos\ncompositeurs se rassurent : pas un, à ma connaissance, n'eût eu\nle triste courage d'écrire et de mettre en partition de telles ina-\nnités.\nJ'ai terminé mon analyse ; si j'ai fait souffrir M. Bruneau, qu'il\nnie le pardonne. Je n'ai pas souffert moins que lui à relire, une\nfois encore, une œuvre aussi maudite d'Apollon. Je n'y ai pas\ntrouvé la plus légère trace de musique. Je renonce à comprendre"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.22", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "pourquoi un galant homme s'obstine à élaborer péniblement de\nvolumineuses partitions, alors que la nature lui a radicalement\nrefusé l'inspiration, le talent et même le simple instinct musical.\nCela rappelle le mot d'un ancien régent de notre Palais-\nGarnier : « Je n'ai pas de chance : me voilà directeur de l'Opéra,\net je déteste la musique ! » Mais il y a cette différence que\nM. Bruneau est l'artisan de sa propre infortune. C'est lui\nqui s'est condamné lui-même aux affres de l'impuissance et aux\naffronts de l'insuccès ! Pourquoi ? Par quelle folie ascétique ?\nPar quelle besoin furieux de mortification ? Saint Bruneau\ndépasse en rigueurs saint Bruno.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.7", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2087, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nLa suite de la dissertation de M. Riemann est si singulière que,\ntout d'abord, on se demande si l'examen n'en serait pas aussi\nsuperflu qu'oiseux. Le contenu en est évidemment suranné.\nPourtant, M. Riemann n'a jamais désavoué publiquement cet\nopuscule; au contraire, nous le verrons ailleurs, et beaucoup\nplus tard, employer des arguments analogues, en se réclamant\nencore de Helmholtz pour faire état d'une hypothèse reconnue\ndepuis bien longtemps inexacte. Il peut donc importer de relever\nles erreurs propagées sous le couvert d'une telle autorité, et il\nne semblera peut-être pas non plus inutile de suivre pas à pas,\ndans la pensée de M. Riemann, la curieuse genèse de sa théorie.\nJusqu'à présent, M. Riemann ne paraît guère avoir obéi à\nune quelconque idée directrice, en procédant à ses expériences.\nAucune ne répond perceptiblement à un but précis. Si on n'était\npas prévenu qu'il s'agit de « l'existence objective des sons infé-\nrieurs », on se demanderait à quoi elles riment. On dirait que\nM. Riemann a voulu simplement s'offrir la distraction d'enten-\ndre des sons résultants, et, ayant choisi l'harmonium, il est tout\nsurpris de ce qu'il obtient sur cet instrument, où les sons désirés\nsont exceptionnellement nombreux et forts. Il s'amuse à altérer\nun intervalle pour voir ce qui arrivera. Les expériences se suc-\ncèdent sans qu'on puisse discerner la raison cohérente de leur\nenchaînement, sans qu'on aperçoive, entre elles, un rapport\nprésumable, et autre chose de commun que les étonnements de\nl'opérateur. Le reste de la brochure esta l'avenant. Remarques\net déductions se déroulent à la file, en alinéas numérotés, et\nM. Riemann s'étonne toujours.\nIncité par son observation précédente, il est de nouveau\n« frappé » (p. 6, § 4) de l'effet disproportionné produit, par\nl'altération minime d'un intervalle, sur la hauteur du plus\ngrave des sons résultants possibles. Il s'émerveille que, ce son\nrésultant le plus grave étant un d'une hauteur donnée pour\n\n(1) Suite. Voir les numéros 1, 3 et 5 du Mercure musical."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.24", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "la tierce majeure juste Ré (4) fa dièse (5), il tombe àla neu-\nvième inférieure (Do) pour la tierce légèrement faussée (9)\nFA dièse (11), et que, pour une altération intermédiaire, pour\nune moindre diminution, Ré(i3) dièse (16), il descende\nmême une octave et une sixte au-dessous du de la tierce\njuste, en devenant un fa dièse un peu trop bas.\nM. Riemann confond ici tranquillement la hauteur absolue\ndes sons d'un intervalle et leur rapport de vibrations. C'est ce\nrapport seul, exprimé sous sa forme irréductible, qui détermine le\nnombre des sons résultants possibles. La tierce majeure Ré (4)\nfa dièse (5) donne 4 sons résultants distincts, les sons 1, 2,\n3 et 4. A la hauteur absolue d'un de 36 vibrations et d'un\nfa dièse de 45 vibrations, elle ne donnera pas un son résultant\nde plus, mais ils feront respectivement 9, 18, 27 et 36 vibra-\ntions. En revanche, la tierce Ré(9)— FA dièse (11), qui donne\nles 10 sons résultants distincts 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10, en\ndonnera autant et pas un de moins, si on la transporte àla\nmême hauteur absolue, soit Ré (36) FA dièse (44), mais ces\nsons feront respectivement 4, 8, 12, 16, 20, 24, 28, 32, 36 et 40\nvibrations. Nous n'avons pas à tenir compte, ici, des harmo-\nniques, qui ne fourniraient que des sons résultants nouveaux\n(distincts des précédents) plus élevés, et il est facile de constater\nque, pour un intervalle basé sur un Ré de 36 vibrations, le son\nrésultant le plus grave fera 9 vibrations avec la tierce majeure\n(|), et n'en fera plus que 4 avec la tierce fausse (V-), et qu'entre\nces deux sons, Ré (9) et Do (4), il y aura la distance d'une neu-\nvième majeure. Si nous comparions de la même manière les\ntierces | et rf, nous trouverions, comme son résultant le plus\ngrave, pour la tierce majeure (|) juste, (52) —fa (65),\nun Ré de i 3 vibrations, et pour la tierce (ff) fausse, Ré (52 )\nfa dièse (64), un fa dièse (un peu bas) de 4 vibrations. Il est\naisé de comprendre le pourquoi de ces différences, et, ce qui\nserait étonnant, et même inconcevable, c'est qu'on ne les ren-\ncontrât point.\nM. Riemann, néanmoins, en est suffisamment «frappé » pour\nen tirer des conclusions inopinées. « La cause de l'apercep-\ntion (représentation consciente) des sons résultants, continue-\nt-il (p. 7, § 5), ne peut être, qu'en partie, purement mécani-\nque. Si cette aperception dépendait uniquement de la différence\nde vitesse des vibrations (c'est-à-dire de la différence entre\nles nombres de vibrations pour un temps donné), en alté-\nrant graduellement un intervalle, on devrait constater une\nélévation ou un abaissement progressifs de la hauteur du son\nrésultant... »\nEncore qu'il cite à ce propos Helmholtz, et profite d'une"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.25", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "faute d'impression probable (i) qu'il ne sait pas corriger lui-\nmême, M. Riemann confond ici le son résultant de premier\nordre, et le plus grave de tous les sons résultants possibles,\nlequel est quelquefois un son résultant d'ordre subalterne;\nmais, en même temps et toujours, le son de la « ré-\nsonance » à quoi appartient l'intervalle considéré. C'est exclusi-\nvement le son résultant de premier ordre, le premier possible,\nqui dépend de la différence des vibrations, et il est clair que,\n« en altérant graduellement un intervalle » quelconque, on\nobtiendra fatalement « une élévation ou un abaissement pro-\ngressifs de la hauteur du son résul »\nAu contraire, la hauteur absolue du son fondamental de la\nrésonance, ou son résultant le plus grave, dépend exclusive-\nment du rapport de vibrations des sons de l'intervalle, exprimé\nsous sa forme la plus simple ou irréductible. Une tierce majeure\n| donnera un nombre de sons résultants possibles dont\ngrave sera, le son i, c'est-à-dire un son faisant 5 fois moins de\nvibrations que le son le plus aigu de 1 intervalle et 4 fois moins\nque l'autre son- Que la même tierce majeure | soit représentée,\nen vibrations réelles, par f£, H, fi m, ou autrement, c'esttou-\njours et exclusivement l immuable rapport de vibrations l qui\ndétermine la hauteur absolue du son résultant le plus grave,\nlequel, faisant 1 vibration pour la tierce®, fera, pour les autres\nrespectivement, 10, 9, 13 et 117 vibrations et constituera, dans\ntous les cas, comme son fondamental de la résonance, l'unité de\nvibration dont le nombre de vibrations, non seulement des\nsons de l'intervalle, mais de tous les sons résultants possibles,\nsera un multiple entier.\nSi, supposant un Ré de 468 vibrations réelles, nous amenons\nà la même hauteur absolue les intervalles |, fi et V de M. Rie-\nmann, nous trouverons, en effet, une progression descendante\npar demi-tons pour le son résultant de premier ordre, de hau-\nteur déterminée par la différence des vibrations; à savoir, pour\nla tierce majeure (|) juste, Ré(46B) —fa (585), un Ré de\n117 vibrations; pour la tierce (ff) fausse, (468) dièse\n(576), un do dièse (un peu bas) de 108 vibrations; et pour la\ntierce l~)altérée, Ré(46B) —FA dièse (572), un de 104 vi-\nbrations.\nMais le rapport de vibrations de la tierce majeure (f) nous\n\n(1) Le C de Cis, chez Helmholtz, ne peut être évidemment qu'une faute\nd'impression pour l'altération §f citée par M. Riemann, puisque la tierce\nmajeure | juste ou §§ donne le son résultant (i 3) ou\n\"■ et la tierce faussée II ou H donne le son do dièse (12) ou cis, et non pas\ntisdont la majuscule indiquerait un abaissement d'une octave au-dessous\nde cis."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "montre que le son résultant de y est en même\ntemps le plus grave (5 4=l) de tous les sons résultants\npossibles. La tierce majeure Hf est donc incapable de produire\nun son résultant plus grave qu'un Ré de 117 vibrations; tandis\nque le rapport {f, nous fournissant le son 3 comme résultant\nde premier ordre (16 —l3 = 3), nous indique que la tierce\nfausse Hf a, pour son résultant un son faisant\n3 fois moins de vibrations que le dièse (108), c'est-à-dire un\nfa dièse de 36 vibrations. Pareillement, le avec le\nson 2 comme résultant de premier (11 —9 2), nous\nrévèle que la tierce altérée H| a, pour son résultant\ngrave, un Do de 52 vibrations.\nIl y a donc là deux phénomènes bien distincts : d'une part,\nle premier son résultant possible, déterminé par la\nabsolue des nombres de vibrations des deux sons de l'inter-\nvalle ; d'autre part, le nombre des sons résultants possibles,\ndont dépend la condition du son résultant\nnombre possible déterminé par le des\nsons de l'intervalle, indépendamment de leur hauteur absolue.\nCette distinction a échappé à M. Riemann. Il brouille tout\net se perd dans le méli-mélo qu'il crée lui-même, en essayant\nd'en expliquer la complexité déconcertante et illusoire.\n« A mon avis et d'après l'expérience que j'en ai, dit-il, et\nc'est lui qui souligne (p. 7, § 5), la chose doit se passer de\ntelle sorte que, en abaissant graduellement le son aigu d'une\ntierce majeure 112, le son résultant descend vers le grave, non pas\npar bonds irréguliers, mais peu à peu, par une marche insensi-\nble et progressive; et, en même temps, il reste toujours le « son\ninférieur » juste d'au moins l'un »\nDe quel son résultant M. Riemann veut-il parler, en disant\n« ... le son résultant... »? Il y en a beaucoup. Mais rien que\ndes deux dont il s'occupe surtout, lequel est-ce? Le plus grave\nde tous, ou bien le son résultant On est\ninduit à croire que c'est bien celui-ci, puisqu'il « ... descend\nprogressivement vers le grave... ». Mais comment M. Riemann\npeut-il prétendre que cedit son résultant, au cours de sa des-\ncente progressive, « reste toujours le d'au\nmoins l'un des sons de 1 intervalle » ? Il vient de nous présenter\nplusieurs intervalles dont trois tierces correspondant aux rap-\nports ri et V. Nous avons reconnu la « descente progres-\nsive » par demi-tons de leurs sons résultants\nrespectifs. Examinons donc la position de ceux-ci en qualité de\n« sons inférieurs ».\nPour la tierce majeure juste |, ce son résultant de premier\nordre fait 1 vibration, c'est-à-dire, pour un temps donné, 4 fois"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.27", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "et 5 fois moins de vibrations que les sons de l'intervalle : il est\ndonc le « son inférieur 1 » de l'un et le « son inférieur f » de\nl'autre.\nMais pour la tierce faussée rt> ce son résultant de premier\nordre, distant du précédent d'un demi-ton, fait 3 vibrations dans\nle même temps que les sons de l'intervalle en font respective-\nment i 3 et 16, autrement dit, fait/s (trois treizièmes) et du\nnombre de vibrations de ces sons. Il n'est donc le « son infé-\nrieur » ni de l'un, ni de l'autre ; car la série des « sons inférieurs »\nde M. Riemann, selon ses propres instructions, est l'inverse de\nla série des « harmoniques supérieurs » et composée de sons\nfaisant i, 3, 4, 5, 6, etc., fois moins de vibrations que le son\n« prime » fondamental aigu, c'est-à-dire en nombre correspon-\ndant à la série des sous-multiples entiers du nombre de vibra-\ntions de ce son « prime » aigu. Et, en effet, on chercherait en\nvain, parmi les « sons inférieurs » d'un de i 3 vibrations et\nd'un fa dièse de 16 vibrations, un dièse de 3 vibrations, et,\nmême en continuant la série de ces « sons inférieurs » jusqu'à\nl'infini, on n'y rencontrerait jamais un son correspondant à une\noctave de ce do dièse plus ou moins éloignée dans le grave.\nEnfin, si nous accompagnons, plus loin, ce son résultant de\npremier ordre dans sa descente progressive, nous trouvons,\npour la tierce altérée T, un Do de 2 vibrations, lequel, à cette\nhauteur absolue, n'existe pas,lui non plus, parmi les « sons\ninférieurs » d'un Ré de 9 vibrations ou d'un FA dièse de 11 vi-\nbrations. Le premier Do correspondant qu'on puisse trouver,\ndans la série des « sons inférieurs », est un Do de 1 vibration,\noctave grave du Do (2).\nNous venons d'examiner les intervalles de M. Riemann sous\nla forme de leur rapport irréductible. Si nous exprimons la\ntierce majeure f en vibrations réelles, nous aurons, pour la\ntierce juste Ré(46B) fa dièse(sßs), le son résultant\nmier ordre Ré de 117 vibrations (585 —468 == 117). Et de\nmême que le Ré(1) de tout à l'heure vis-à-vis de la tierce Ré (4)\n—fa dièse (5), ce Ré (117) sera le « son inférieur £»du fa dièse\n(585 :5 = 117), et le « son inférieur {»du Ré (468 : 4 117).\nSi, conformément aux indications de M. Riemann, nous alté-\nrons graduellement cette tierce majeure juste m, en abaissant\nchaque fois le son aigu de 1 vibration, il arrivera naturellement\nque le son résultant de premier déterminé par la\nrence des vibrations, « descendra peu à peu vers le grave, par\nune marche insensible et progressive ». Nous obtiendrons ainsi,\npour une tierce !-§-£, un son résultant de 116 vibrations ; pour\nune tierce fff, un son résultant de 115 vibrations; pour une\ntierce fff, un son de 114 vibrations; pour une tierce ff|, un son"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.28", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "de 113 vibrations ; etc. Et nous devrons constater que, jusqu'ici,\naucun des sons résultants obtenus n'existe dans la série des\n« sons inférieurs », ni de l'un, ni de l'autre, des sons de l'in-\ntervalle correspondant.\nAprès ces vérifications diverses, on ne s'explique déjà pas\ntrop comment M. Riemann a pu trouver que « le son résultant,\ndescendant progressivement vers le grave,... reste toujours le son\ninférieur juste d'au moins Vun des sons de l'intervalle ». Mais si\nM. Riemann avait réfléchi un instant, il aurait songé que, pour\nles deux sons de tout intervalle quelconque, possible et imagi-\nnable : ou bien les nombres de vibrations respectives sont pre-\nmiers entre eux ; ou bien ces nombres de vibrations sont des\nmultiples de deux nombres premiers entre eux et, dans ce cas,\nils ne représentent rien autre chose que le rapport irréductible\ndont ils constituent l'expression plus ou moins complexe, et sont\nsoumis aux lois qui régissent ce rapport.\nOr, deux nombres premiers entre eux ne sont jamais,\nni Vautre, divisibles par leur différence, sinon lorsque cette\ndifférence est i. Pour la tierce majeure fff, ou pour n'importe\nlaquelle des innombrables manières d'exprimer la tierce f en\nvibrations réelles, on pourrait se divertir à chercher, en dimi-\nnuant graduellement l'intervalle, combien de fois il arrive que\nle nombre de vibrations du son résultant de premier ordre soit\nréductible à l'unité. Alors, et seulement alors, le son obtenu\nappartiendrait à la série des « sons inférieurs » de l'intervalle.\nCela n'arriverait certes pas « toujours ». Rarement, d'abord;\npuis, à mesure qu'on resserrerait l'intervalle, de plus en plus\nfréquemment de la seconde maxime f à l'unisson.\nMais, si, pour apparaître en qualité de « son inférieur » au\ncours de la « descente progressive », le son résultant de premier\nordre doit nécessairement être ou représenter le son i, alors il\nest le « son inférieur commun » des sons de l'intervalle. Et\nil s'ensuit que « le son résultant descendant progressivement\nvers le grave » ne peut JAMAIS être ou « rester le son inférieur\njuste de Vun, seulement, des sons de l'intervalle <> puisqu'il l'est\ntoujours nécessairement de tous ensemble, chaque fois\nqu'on le rencontre apte à jouer le rôle de « son inférieur ».\n(A suivre.)\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.8", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nECLIPSE D'ÉTOILE.\nToujours à la recherche des pourquoi et des comment, sou-\ncieux de vérité, plein de la passion de l'inédit, qu'il s'agisse d'un\naveu échappé à des lèvres mortes aujourd'hui, des hommages\nlointains rendus au génie, d'un peu de gloire, par endroits\nvoilée d'ombre, je glane de menus faits, des preuves délaissées\npar d'autres qui les tinrent sans doute pour négligeables; enfin,\nje collectionne des tenants et des aboutissants qui seront de mo-\ndestes contributions apportées à l'histoire des grands artistes,\ndes personnalités secondaires mal connues de nos jours, de tous\nles artisans du passé. Ce faisant, je n'ignore point que je serai\nregardé comme un amateur de fragiles détails, un amoureux\ndépoussiérés inutiles. Et pourtant j'ai conscience défaire bonne\nbesogne, car rien ne doit paraître indifférent de ce qui touche\nàla mémoire des noms glorieux. Gela dit pour répondre aux\nquelques « observations » d'un lecteur qui pense que « vouloir\ncompléter certaines biographies, c'est faire oeuvre d'inventeur\nde curiosités, sans besoin apparent ».\nJe continuerai donc mon métier de glaneur, car, outre qu'il\nme procure de rares plaisirs, je le tiens pour assez difficile et\ndigne d'intérêt.\nDernièrement, ayant eu l'occasion de relire quelques études\nconcernant Henriette Sontag, je fus frappé par l'absence de tout\ndétail sur le retour possible, à Paris, de la grande cantatrice, en\niB3o. Quoi ? pensai-je, au lendemain de son triomphe à Lon-\ndres, à la suite de ses brillantes étapes aux Italiens, en 1826 et\n1828, la Sontag n'aurait pas été sollicitée de reparaître sur la\nscène qui avait consacré son merveilleux talent ? Cela me pa-\nraissait improbable. Je cherchai. J'ai trouvé.\nMais pour présenter ma trouvaille, il me faut jeter un rapide\nregard sur les débuts de la célèbre Rosine.\nC'est le 15 juin 1826 queMlle Sontag, venant de Berlin, où elle\navait été applaudie et couronnée, se présenta aux suffrages du"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.30", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "public parisien. Elle avait alors 21 ans et se faisait remarquer\npar la décence de ses manières, sa démarche aisée, le charme\nde son physique et la beauté de son organe.\nDans le Barbier de Séville, elle produisit un effet énorme,\ncar elle excellait surtout dans le genre de Rossini, et sa vocali-\nsation facile faisait d'elle la meilleure interprète du maître ita-\nlien.\nLe rédacteur du Figaro d'alors disait, entre autres choses,\ndans sa chronique :« A peine Mlle Sontag a-t-elle fait entendre\nles premières phrases de sa cavatine, que des applaudissements\nmérités ont fait disparaître l'émotion naturelle qu'elle éprou-\nvait... Mlle Sontag est déjà actrice ; son séjour à Paris achèvera\nde la former. Une physionomie piquante et pleine d'expression,\nbeaucoup de finesse et de grâce, voilà des qualités précieuses,\net qu'elle saura mettre à profit. Mais qu'elle se garde de les\noutrer. »\nSon engagement avait été fait par l'intermédiaire de Mau-\nrice Schlesinger, le 14 mai 1826. Il arrêtait que l'artiste alle-\nmande se mettait « à la disposition de l'Académie royale de\nMusique et du Théâtre-Italien depuis le i 5 juin jusqu'au 3i\njuillet et qu'elle s'engageait à donner pendant le temps précité\n12 représentations ». L'Administration s'engageait de son côté\nà lui faire payer la somme de douze mille francs pour prix des\ndouze représentations.\nLe 23 juillet 1826, un nouvel engagement liait la Sontag au\nThéâtre-Italien pour une durée de deux années, à dater du i 5\ndécembre 1827 jusqu'au 14 décembre 1829 et au prix de\n35.000 francs par an. Ce contrat comportait les articles addi-\ntionnels suivants : « Mlle Sontag jouira dans les deux ans de\n« son engagement, d'une représentation à son bénéfice garantie\n« à la somme de dix mille francs, et composée d'un opéra nou-\n»< veau, non encore joué à Paris. Elle pourra pour cette repré-\n« sentation augmenter le prix des places si bon lui semble. Elle\n« aura droit à un congé de deux mois consécutifs chaque\n« année, entre le iBr avril et le 3o juin; mais l'administration\n« en fixera l'époque, et aura la faculté de prolonger d'un mois\n« chaque congé, dans la ville où se sera volontairement rendue\n« ladite demoiselle Sontag ; elle se réserve aussi le droit de\n« l'envoyer à Londres, en lui payant ses frais de voyage pour le\n« retour, et son logement. Pendant ce mois cette artiste jouera\n« au profit et pour le compte de l'Académie royale de musique,\n« mais jouira de son traitement ordinaire de trente-cinq mille\n« francs, ainsi que du produit des concerts dans lesquels elle\n« se fera entendre.\n« Dérogeant à une portion de l'article Mlle Sontag aura"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.31", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2671, "texte": "« la liberté de se retirer du théâtre pour se marier, mais ne\n« pourra le faire qu'à l'expiration du septième mois de service\n<. actif qui suivra celui où elle aura prévenu l'administration,\n« et par écrit, de son dessein de retraite (i). »\nCe dernier paragraphe s'explique ainsi. La jeune cantatrice\navait fait connaissance à Berlin, en 1824, du comte Rossi,\nsecrétaire de la Légation. Fort épris de la diva, le comte avait\nvoulu l'épouser dans la grâce de ses dix-neuf printemps ; mais\nsa famille et le prince régnant de son pays s'y étant opposés,\nles deux fiancés prirent patience, tout en affirmant leur désir de\nse marier.\nAprès un nouveau stage à Berlin, la Sontag revint à Paris,\noù, en janvier 1828, dans Desdemona, elle obtenait un prodi-\ngieux succès. Bientôt elle devenait la rivale de la Malibran dans\nune troupe sans égale qui comptait Mme Rossi, Mlles Amigo,\nHeineffeter et MM. Profeti, Graziani, Zuchiudi, Donzelli,\nZuchelli, Bordogni, etc. L'année suivante elle alla à Londres et\nsa représentation à bénéfice produisit la somme énorme de\ncinquante mille francs.\nCependant la blonde Henriette songeait toujours à son cher\ncomte. Celui-ci, dont les démarches auprès des siens et de la\ncour piémontaise avaient été renouvelées sans succès, l'épousa\nsecrètement et lui permit de contracter un nouvel engagement\nau Théâtre royal de Berlin. C'est en cette ville qu'elle reçut la\nlettre suivante écrite « sous l'approbation et en présence de\nRossini » :\n« Bologne, Palazzo Rossini, le 3o avril iB3o.\n« MADEMOISELLE,\n« A l'époque où j'ai obtenu de la maison du roi la direction du Théâtre\n« royal italien de Paris pour succédera l'entreprise de M. Emile Laurent,\n« j'eus l'honneur de vous l'écrire à Londres où vous étiez alors, en juil-\n« let 1826, en vous exprimant tout mon désir de vous compter toujours au\n« premier rang de nos premières cantatrices. Vous ne m'avez point répondu ;\n« je suis parti un mois après pour l'ltalie où je suis encore depuis ce mo-\n« ment et où j'apprends, par la voie des journaux, que vous venez de con-\n« tracter avec le Théâtre royal de Berlin un nouvel engagement à l'expiration\n« duquel vous vous proposez d'aller donner des concerts en Russie.\n« Cette nouvelle me rassure puisqu'elle dément les buits de votre pré-\n« tendue retraite du théâtre qui ont circulé et auxquels je vous avoue que\n<( je n'ai pu ajouter foi, parce qu'il me serait impossible qu'à peine arrivée\n<( au plus haut degré d'élévation, passionnée comme vous l'êtes pour votre\n(( art, vous y renonciez si jeune, et dans le moment où ce talent acquiert\n(( chaque jour un nouveau degré de perfection.\n\n(i) Archives du Théâtre-Italien."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3181, "texte": "« J'aurais été heureux et fier de vous compter parmi les plus beaux talents\n« qui forment ma compagnie pour la première saison de ma Direction :\n« voyant que vous ne me répondiez pas, il a bien fallu que je la formasse\n« sans vous pour ma première année ; mais j'ai la direction et entreprise\n« du Théâtre royal italien de Paris pour dix années consécutives, et puis-\n« que vous n'avez pas quitté la carrière théâtrale, j'espère, Mademoiselle,\n« que vous n'avez pas renoncé pour toujours au séjour de Paris où votre\n<( beau talent est si justement apprécié et applaudi, et où vous êtes chérie\n« et honorée comme vous le méritez. J'ai su tous vos succès de l'hyver der-\n(( nier, le noble emploi que vous avez fait de votre dernière soirée qui fut\n<( si brillante et si mémorable, et à ces traits, j'ai bien reconnu M.Ue Sontag !\n« Homme de la société, et amateur passionné de la musique, j'ai pris la\n<( direction du Théâtre royal italien de Paris, non pour en faire une spécu-\n« lation mercantile, mais pour le porter au plus haut degré de perfection\n<( en y réunissant et faisant paraître tour à tour tous les plus beaux talents\n(( de l'Europe. Vous voyez, Mademoiselle, que votre place s'y trouve na-\n« turellement marquée, et vous me connaissez assez pour que j'ose me\n« flatter que sous ma direction les artistes n'auront pas à se plaindre des\n« égards et des soins qu'il méritent.\n« Il est impossible que vous ayez pu concevoir l'idée de ne plus vous faire\n« entendre à Paris. J'ai donc l'honneur de vous proposer d'y revenir, pour\n<( une, deux, trois ou quatre saisons de sept mois chacune, du ier octobre à\n« la fin d'avril de chaque année, avec liberté complète d'aller où vous\n« voudrez le reste de chaque année. Déterminez vous-même le nombre de\nc( saisons pour lesquelles vous voudrez vous engager avec moi ; le plus\n« long contrat sera le meilleur pour moi. Cette espèce d'engagement vous\n« laisse la liberté d'aller passer la belle saison à Londres ou en Allemagne\n« ou en Italie, et nous pourrions commencer au mois d'octobre 1831.\n<( Veuillez, je vous prie, me répondre à Paris où je vais me rendre,\n« comptant partir d'ici sous trois jours.\n« Rossini, chez qui je vous écris cette lettre, me charge, ainsi que\n(( Mme Rossini, de vous faire un million de complimens et amitiés, et ils\n« espèrent bien vous revoir à Paris où ils vont retourner au mois d'octobre\n« prochain. Il reviendra à Paris avec un nouvel opéra qu'il écrit pour l'Aca-\n« démie royale de Musique. C'est vous annoncer l'apparition d'un nouveau\n« chef-d'œuvre.\n<( Adieu, Mademoiselle ; recevez les empressés hommages d'un de vos\n« plus grands admirateurs et de votre bien dévoué,\n<( EDOUARD ROBERT,\n« Directeur du Théâtre royal Italien Paris » (I).\nQue répondit la Sontag ? Répondit-elle à cette pressante\ninvite ? Je l'ignore ; mais le certain c'est qu'elle ne revint à\nParis que vingt ans plus tard.\nGrave rapporte que le roi de Prusse, ayant appris le mariage\nsecret du comte Rossi et de la Sontag, voulut sanctionner cette\nunion. Il ennoblit la jeune femme et par des pièces authenti-\nquées la déclara née de Lauenstein.\n\n(1) Archives du Théâtre-Italien. Document inédit."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.33", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "Après des voyages en Russie où elle fut traitée en ambassa-\ndrice, Henriette Sontag se retira du théâtre.\nC'est alors, selon Thurner, que le roi de Sardaigne voulut\nbien approuver le mariage de son gentilhomme avec cette char-\nmante reine de l'art.\nRobert ne fut pas seul à regretter les décisions irrévocables\nde la brillante diva, car tous les abonnés du Théâtre-Italien\neussent été heureux de la revoir et de l'applaudir en cette saison\nde 1831 qui réunissait, aux grands soirs, Mme Cottin de Fon-\ntaine, la princesse de Vaudemont, le comte Léon de Potoski,\nla duchesse de Montebello, la princesse de Bagration, la com-\ntesse de Sussex, le marquis d'Angosse, le duc de Vallombrosa,\nle baron de Beaulieu, la princesse de Talleyrand, la duchesse\nde Vicence, la comtesse Hocquart, le prince de Beauvau,\nla comtesse de Sailly, les ducs de Caraman, de Noailles,\nles barons Gérard et de Rothschild, le général Fuller, le\ncomte de Chabrol, la comtesse de Ségur, l'ambassadeur de\nRussie, le ministre de Bavière, la comtesse Merlin qui avait\ncimenté l'amitié de la Sontag et de la Malibran, cent autres\nencore, admirateurs passionnés du bel canto et qui payaient\nleurs places de i.500 francs à 4.600 francs pour sept mois de\nsaison.\nIl était écrit toutefois que la célèbre diva devait revenir à\nParis et retourner à Londres dans des circonstances doulou-\nreuses. En 1849, son mari ayant perdu toute sa fortune pendant\nla révolution italienne, la comtesse Rossi remonta sur le théâ-\ntre à l'âge de quarante-quatre ans. Celle qui avait coutume\nde dire autrefois : « Une Donna Anna penchée sur le corps de\nson père ou une Pamina dans l'air : « Ach ichfûhls » qui ne\npeut émouvoir le public jusqu'aux larmes, n'a aucune idée de\nMozart », la sémillante Rosine, la tragique Desdémone reparut\ntriomphante, toujours douée d'une voix divine, d'une grâce\nexquise. Après avoir gagné 2 50.000 francs durant la saison\nanglaise de ißso, après avoir fait battre les cœurs et les mains,\nà Paris, dans la Fille du Régiment et la Somnambule, l'élève de\nMme Fodor voulut, à l'imitation de Jenny Lind, aller cueillir des\nlauriers en Amérique et tenter un dernier effort en faveur de ses\nenfants.\nHélas! elle devait succomber loin des siens, au Mexique,\nemportée par la fièvre jaune!\nCe n'est pas sans émotion que je compare la destinée de la\nSontag à celle de la Malibran.\nLa première avait débuté dans le luxe et devait périr en pays\nlointain, tuée par un mal cruel ; la seconde, qui avait besogné\nà vingt ans pour payer les dettes d'un mari indigne, devait"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.34", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 390, "texte": "7 # * •\ndisparaître accidentellement, en pleine jeunesse, en plein amour,\nen pleine gloire !\nEt j'estime avec Thurner que « c'est avec un soin pieux que\nl'histoire doit recueillir la vie de ces femmes que Fart a tou-\nchées de son nimbe d'or, de ces natures activant leur intelli-\ngence par leur ardent amour pour tout ce qui est bon, grand\net beau ».\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.9", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nMUSIQUES NOUVELLES\n\nM. Ducourau : Fièces pour piano, sur des thèmes basques. Paris, Edition mutuelle. Albeniz,\nAlquier, Bordes, de Bréville, etc... : Album pour petits et grands. Paris, Édition mutuelle.\nDéodat de Séyerac : En Languedoc. Paris, Edition mutuelle. Marcel Labey : Sonate pour\npiano et alto. Paris, Demets. Albert Groz : Prélude pour piano ; —Heures d'Eté (poèmes d'A.\nSamain). Paris, Bellon et Ponscarme.— Claude Debussy: Suite bergamasque. Paris, Fromont.\nPour charmer sans doute les loisirs de nos vacances, plusieurs maisons\nd'édition, dont les louables tendances artistiques sont depuis longtemps\nnotoires, viennent de publier toute une série d'œuvres qui prouvent une\nfois de plus la belle vitalité et le généreux essor de la jeune musique fran-\nçaise. L'Edition mutuelle (en dépôt à la Schola Cantorum et chez Demets)\nnous offre d'abord outre d'ingénieuses Pièces pour piano de Mme Du-\ncourau sur des thèmes basques un fort divertissant recueil de brefs\nmorceaux à deux et à quatre mains, heureusement variés et fréquemment\ndélicieux dans leur volontaire simplicité, composés à l'intention des pia-\nnistes en herbe par Mne Blanche Selva qui possède, vous le voyez, de\nmultiples talents, MM. Albeniz, Alquier, Bordes, de Bréville, de Gastera,\nCoindreau, Dupuis, Estienne, Gay, Groz, d'lndy, Labey, Pineau, Roussel,\nSaint-Requier, Samazeuilh, Serieyx, de Séverac, de la Tombelle et Wit-\nkowski. C'est pour moi un vif regret qu'une bien anodine collaboration\nm'interdise de vous parler plus longuement de cet Album, pour lequel\nM. Maurice Denis a dessiné une couverture amusante et claire. Du moins\nme sera-t-il permis laissant de côté un de ses feuillets de souhaiter\nà tous les autres une prompte diffusion auprès de tous les professeurs de\npiano intelligents, unanimes à se plaindre que la musique moderne\nj'entends celle digne de ce nom se fasse si rarement abordable aux\npetits doigts et leur fournisse dès lors un prétexte à se contenter de je ne\nsais quelles imbéciles élucubrations, propres à fausser irrémédiablement le\ngoût de sensibilités encore en formation... 11 faut donc savoir gré à VEdi-\ntion mutuelle d'avoir comblé cette fâcheuse lacune. Il faut la remercier\naussi d'avoir mis en vente les dernières productions de M. Déodat de\nSéverac, particulièrement goûtées au concert de la Schola Cantorum qui\nrévéla, voici quelques semaines, à un public dès l'abord conquis, ce jeune\nMusicien auquel un si bel avenir paraît être réservé. Dans les deux mélodies\nsur des poésies de Verlaine et d'Edgar Poë comme dans la suite pour\npiano En Languedoc (i) exquisement poétique et colorée, on retrouve\n\nM Dont Louis Laloy a déjà dit tout le bien qu'il fallait (Mercure musical, n° 3, p. 134).\n'2l"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3930, "texte": "l'éloquence persuasive, la sincérité agreste, le singulier parfum de terroir,\nl'impression de plein air, en un mot toutes les qualités qui, dès ses débuts,\navaient fait retenir le nom de M. de Séverac, jointes cette fois-ci à une\nsûreté plus grande de composition et à une dextérité d'écriture dont les\nharmonieuses complexités savent pleinement exprimer désormais les\nnuances du sentiment intérieur.\nC'est aussi cette expansion prédominante du tempérament personnel qui\ndonne un intérêt soutenu à la Sonate pour piano et alto de M. Marcel Labey\n(parue chez Demets) : art bien différent des subtils bruissements d'En\nLanguedoc, épris avant tout de rythme, de mouvement, de logique formelle\net d'équilibre architectural, mais dont l'allure décidée et les accents inci-\nsifs ont d'assez grands mérites pour me rassurer d'avance sur l'accueil\nempressé que rencontrera la Sonate de M. Labey auprès des altistes, peu\naccoutumés à voir leur instrument au timbre comme voilé, mais parfois\nsi intense, jugé digne des honneurs du 5010... Pour ne pas être en reste\navec leurs confrères, MM. Bellon et Ponscarme nous font connaître deux\nouvrages significatifs de M. Albert Groz, disciple, comme MM. de Séverac\net Labey, du fier et large enseignement de M. d'lndy, respectueux avant\ntout quoi qu'aient pu prétendre de charitables esprits de la libre\néclosion des personnalités. Voici en premier lieu un Prélude pour piano,\nplein de vie et d'intérêt polyphonique, puis une suite de préludes et de\nmélodies sur les poèmes du pauvre Albert Samain : Heures d'Été, où une\nmusique tour à tour charmeuse, nimbée de lumière ou alourdie d'ombre,\nmais toujours vibrante d'une passion contenue éclatant souvent en de\nchaleureuses explosions, crée autour des paroles une atmosphère expres-\nsive, sans cesse adéquate à leur signification, et renouvelle de façon cu-\nrieuse par les judicieux retours des thèmes et l'importance prépondé-\nrante donnée à la partie de piano la forme traditionnelle du lied chanté.\nA ce point de vue, aussi bien d'ailleurs que pour leur valeur propre, mes\npréférences vont à la seconde, à la quatrième et à la sixième mélodie,\ncette dernière d'une pénétrante mélancolie, clôturant de digne façon le\ncycle, et lui donnant toute sa portée.\nHormis ce lot attrayant de compositions récentes que la simultanéité\nde leur publication rapproche seule ici, la multitude des amateurs em-\npressés depuis le triomphe incontesté de l'admirable Pelléas à se\nprécipiter sur n'importe quoi, qui porte la signature de M. Claude Debussy,\nne me pardonnerait pas d'omettre de signaler à cette place l'apparition,\ngrâce aux soins de l'éditeur Fromont, de la Suite bergamasque pour piano,\ndont l'âge déjà respectable et parfois apparent évoque plutôt dans notre\nsouvenir la gracieuse période des Arabesques et de la Petite Suite pour\npiano à quatre mains, qu'il ne nous fait prévoir la fantaisie miraculeuse,\n'originalité mystérieuse et rare des Estampes ou de Pour le Piano... Et\nje m'en voudrais assurément de terminer ces brèves notes sans vous faire\npart du plaisir inattendu que j'ai dernièrement éprouvé en découvrant\nau milieu d'une série de productions de circonstance destinées par leurs\nauteurs aux disques de la compagnie du Gramophone (qui les a aussi\néditées) une page vocale délicatement rêveuse de M. Gabriel Fauré, le\nRamier, et un poème chanté encore inédit de M. Vincent d'lndy, les Yeux\nde VAimée, tout à fait frappant par l'ampleur du souffle mélodique, la\nbeauté frémissante de l'expression et la somptuosité d'un vêtement harmo-\nInique donnant une saveur toute spéciale et nouvelle à l'inspiration, si ca-\nractéristique en sa nerveuse sinuosité, de Fauteur de l'Etranger... N'est-ce\npas vraiment pour l'école française une enviable fortune et une force peu\ncommune que de posséder en ce moment à sa tête en guise de compen-\nsation des misères de l'art officiel et des âpres luttes d'arrivistes médiocres"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "des hommes aussi remarquables, aussi foncièrement dissemblables que\nMM. Vincent d'lndy, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Paul Dukas et\nAlbéric Magnard, pour ne nommer aujourd'hui que ceux qu'une œuvre\nconsidérable met à des degrés qui varieront suivant le goût de chacun\nau-dessus de la généralité de leurs congénères? Et loin de se croire\nobligés de diminuer Pelléas pour exalter Fervaal, ou de porter aux nues\nes prestigieux Nocturnes pour dénigrer la magnifique Symphonie en si\nbémol n'est-ce pas, surtout pour ceux qui voient dans la plus complète\nindépendance d'esprit un des bienfaits de la vie, une joie inépuisable que\nde pouvoir, en dehors de tout parti pris et de toute contrainte, aimer\npassionnément toute musique où s'exprime, en l'infinité de ses apparences,\na profondeur et la véracité du sentiment humain?\n\nGustave Samazeuilh.\n\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nConcours de piano (femmes). Nous avons bien involontairement omis\nle nom de Mlle Veluard (classe de M. Marmontel), titulaire d'un ier prix.\nConcours de flûte, hautbois, clarinette et basson. Le jury, composé de\nMM. Théodore Dubois, président-directeur ; Charles Lefebvre, Adolphe\nDeslandres, Albert Bertelin, Philippe Gaubert, Th. Bureau, L. Letellier,\nBleuzet, Paradis, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a dé-\ncerné les récompenses suivantes :\nFLÛTE. Professeur, M. Taffanel ; morceau de lecture à vue de M. V.\nde la Nux.\nPremiers prix. MM. Joffroy et Laurent.\nPas de deuxième prix.\nPremiers accessits. MM. Hérissé et Bergeon.\nDeuxièmes accessits. MM. Camus et Cléton.\nHAUTBOIS. Professeur, M. Gillet ; morceau de lecture à vue de\nM. Deslandres.\nPremier prix. M. Pontier.\nDeuxièmes prix. MM. Serville et Rouzère.\nPas de premier accessit.\nDeuxièmes accessits. MM. André Tournier, Langatte et Riva.\nCLARINETTE. Professeur, M. Mimart ; morceau de lecture à vue de\nM. Lefebvre.\nPremiers prix. MM. Capelle, Moulin et Dubois.\nDeuxième prix. M. Loterie.\nPas de premier accessit.\nDeuxième accessit. M. Lortron.\nBASSON. Professeur, M. Eugène Bourdeau ; morceau de lecture à vue\nde M. Alfred Bertelin.\nPas de premier prix.\nDeuxièmes prix. MM. Préfet et Rogereau.\nPremier accessit. M, Raimbourg.\nPas de deuxième accessit.\nCes concours furent excellents, sans en excepter celui du basson, auquel\navare jury refusa, on ne sait pourquoi, la faveur d'un premier prix."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "M. Charpin nous en paraissait digne, et n'a pas été nommé. Fort peu de\nmonde ; les neuf cents amis du Ministère et leurs clients ne s'intéressent\nun peu qu'au chant, au violon et au piano ; hors de là, point de musique\npour ces fins connaisseurs. «Je rougis, écrit à ce propos notre éminent\ncollaborateur M. Henry Gauthier-Villars, d'être obligé de défendre contre\ncette sorte d'indifférence des artistes aussi injustement victimes de l'ingra-\ntitude publique. Il faut bien l'avouer et j'ai de bonnes raisons pour croire\nque le nouveau directeur du Conservatoire ne me contredira pas, ce n'est\npas notre enseignement actuel du chant que l'Europe nous envie, mais bien\nnos classes instrumentales, qui sont incomparables. Il y a cent fois plus\nd'efforts artistiques parmi les élèves d'un Hasselmans, d'un Taffanel ou\nd'un Gillet que parmi nos futures cantatrices, qui préfèrent à toute culture\nmusicale l'acquisition de recettes, de trucs et de ficelles du plus bas empi-\nrisme. Mieux encore : une réelle abnégation rehausse leur mérite. Un\nhautboïste, un clarinettiste ou un corniste s'imposent un apprentissage\ntechnique considérable sans Parrière-pensée de virtuosité et de solisme qui\nsoutient le zèle d'un violoniste ou d'un pianiste. Ah ! l'admirable chose\nqu'un parfait virtuose qui n'a jamais pensé au ((concerto » ! Et c'est le cas\ndes musiciens qui fréquentent les classes d'instruments à vent. Ils savent\nparfaitement que leur technique supérieure ne sera jamais récompensée\npar les acclamations des foules en délire, et ils consentent avec une louable\nsimplicité à entreprendre de longues études pour n'être qu'une voix ano-\nnyme dans le chœur orchestral.\n« D'ailleurs, outre ce devoir de gratitude, une autre considération attire\nsur ces concours l'attention des musiciens. L'orchestration moderne évolue\nnettement vers un idéal de sonorités où les violons ne tiennent plus, comme\nautrefois, la première place. Les bois et les cuivres luttent avec le quatuor\nde finesses, de suavités et de moelleuse souplesse. C'est dans ce sens que\nsont orientées toutes les recherches contemporaines de l'instrumentation.\nComment, dès lors, ne pas accorder une attention passionnée à des con-\ncours d'où peuvent sortir de nouvelles ressources sonores, et comment ne\npas proclamer qu'il y aura plus de joie parmi les compositeurs modernes\npour la découverte d'un effet nouveau sur l'étrange et mystérieux basson\nque pour l'éclosion de cent Paganini? »\nOn ne saurait mieux dire, ni montrer un goût plus pur et un sens plus\ndélicat de la musique moderne.\nConcours de cor, cornet à pistons, trompette et trombone. Le jury,\ncomposé de MM. Théodore Dubois, président; Warot, Chevillard,\nStojowski, Reine, Alexandre Petit, Penable, Bêle, et Fernand Bourgeat,\nsecrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nCOR. Professeur : M. Brémond. Morceau de concours : Allegro,\nde M. Camille Chevillard. Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremiers prix : MM. Cocquelet et Hernoult.\nDeuxièmes prix : MM. Jean Tournier et Lepitre.\nPas de premier accessit.\nDeuxième accessit : M. Thibault.\nCORNET A PISTONS. Professeur : M. Mellet. Morceau de concours :\nCaprice, de M. Ch. Levadé. Morceau à lire à première vue de M. Georges\nMarty.\nPas de premier prix.\nDeuxième prix : M. Mager."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "Premiers accessits : MM. Foveau et Nadal.\nDeuxième accessit : M. Body.\nTROMPETTE. Professeur: M. Franquin. Morceau de concours:\njFête joyeuse, de M» H, Dallier, Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremier prix : M. Jean Bernard.\nDeuxième prix : M. Blanquefort*\nPremiers accessits : MM. Victor Laurent et Séguélas.\nDeuxième accessit : M. Gigot.\nTROMBONE Professeur : M. Allard, Morceau de concours : Fan-\ntaisie, de M. S. Stojowski. Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremier prix : M. Rochut.\nDeuxièmes prix : MM. Hennebelle, Vermynck et Mendels.\nPremier accessit : M. Dumoulin.\nDeuxième accessit : M. Pioger.\nLes cuivres méritent presque autant d'éloges que les bois. Les cors se\ntirent avec honneur de l'ingrate et traîtresse musique à laquelle M. Che-\nvillard les dévoua. Certains de mes confrères, et non des moindres, jugent\ncependant la sonorité insuffisante et regrettent l'éclat cuivré des cors ger-\nmaniques. Je ne suis pas de leur avis : le cor de nos orchestres n'a plus\nrien de commun avec le cor de chasse. C'est un instrument chantant, dont\nle timbre mystérieux est aussi éloigné du trombone que du violon. C'est\ndonc avec raison que nos cornistes s'étudient surtout au son doux, d'ail-\nleurs beaucoup plus malaisé que l'autre à obtenir, et surtout à maintenir.\nLes classes de trompette et de trombone sont excellentes ; la classe de\npiston aussi bonne que possible, étant donnée l'irrémédiable vulgarité de\nce cornet, bon tout au plus pour les parades foraines ou les bals du 14 juil-\nlet. On ne sait pourquoi le jury, subitement sévère, ne décerne pas de pre-\nmier prix ; et de longs sifflets interrogateurs restent malheureusement sans\nréponse. « Ainsi s'achevèrent, constate M. Pierre Lalo, les concours du\nConservatoire et la direction de M. Théodore Dubois. »\n\nLouis Laloy.\n\nÉCHOS\n\nLes officiels. Les jurys de peinture ont fait leur temps. De plus en\nplus, l'art délaisse le Salon des Artistes français, soumis encore aux forma-\nlités humiliantes et à l'anonyme sottise d'une Commission d'examen, pour\nse manifester librement à la Société nationale des Beaux-Arts, ou au\nSalon d'Automne, ou au Salon des Indépendants, ou bien encore aux\nexpositions particulières, celles de Whistler aux Beaux-Arts, de Cézanne\net de Gauguin àla rue Lafïite, de Besnard aux Galeries Petit, où l'œuvre\nentier d'un artiste se manifeste et s'affirme sous nos yeux. Un homme\ndevait donc se rencontrer, parmi la foule redingotée des fonctionnaires\nbien pensants, pour s'aviser que le jury était une institution pleine de sens\net de discernement, dont il fallait se hâter de faire profiter la musique.\nEt, en effet, au lendemain de la fermeture des Salons, le Directeur du\nTemps recevait la lettre suivante :"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3623, "texte": "MON CHER DIRECTEUR,\nLe banquet d'hier, en réunissant la Société des artistes français et la Société\nnationale aux côtés des représentants de toutes les grandes administrations pu-\nbliques, a montré une fois de plus la brillante et forte organisation de ceux à\nqui Paris doit son cher Salon annuel.\nA celte occasion, voulez-vous me permettre d'avoir recours au Temps pour\nfaire connaître aux intéressés un projet qui a déjà Vassentiment chaleureux de\npersonnes éminentes, et dont la réalisation sans diminuer matériellement per-\nsonne, en ajoutant au contraire un charme de plus àce qui existe déjà serait\npeut-être un progrès considérable ?\nIl s'agit des musiciens et surtout des exécutants. Vous savez combien ils sont\nnombreux et quelle difficulté ils éprouvent parfois pour arriver jusqu'au public.\nIls ont créé des sociétés diverses de quatuor, de musique de chambre, de chant\nchoral, d'instruments anciens, etc., mais ils vivent encore, on doit le déplorer, à\nl'état de dispersion. Ils ignorent la force des volontés unies et le prestige des\nmanifestations collectives, Pour guérir ce mal, pour offrir aux talents de tout\nordre l'occasion de se produire dans des conditions également favorables, on a\nsongé à demander que, dans le Salon de 1906, une place fût faite aux musiciens.\nLes sociétés à qui l'Etat concède pendant quelques mois Vusage du Grand Palais,\net pour qui possession vaut titre, n'auraient nullement à restreindre en faveur de\nnouveaux venus l'espace qu elles occupent, mais une des salles de Vimmeuble, par\nexemple le « salon des Fêtes », qui semble tout indiqué, accueillerait les virtuoses\nrégulièrement autorisés par un jury àse faire entendre. Des tableaux, comme à\nVordinaire, seraient accrochés aux murs ; mais à des heures déterminées de la\njournée, ils encadreraient des concerts de choix pour lesquels le public payerait\nun supplément.\nN'est-il pas équitable que tous les arts soient admis dans un monument construit\npour les beaux-arts ?La musique ri est pas gênante ; elle est immatérielle : c'est\nun souffle qui passe. Dans une môme salle, sans se nuire l'un à l'autre, et même en\nse faisant valoir mutuellement, pourraient très bien s'exposer un Tony Robert-\nFleury ou un Roll et un quatuor de Fauré ou de d'lndy, un Besnard et un Pugno,\nun Détaillé et un Diémer, un Cormon et un Sarasate...\nQui pourrait se plaindre de cette innovation ? Le public ? On peut affirmer\nqu'il en serait enchanté. La Société des artistes ? C'est un surcroit de visiteurs\nqu'on lui amènerait. Les musiciens ? Ils trouveraient là, entre autres avantages,\nl}occasion de s'organiser d'une façon sérieuse en nommant d'abord un jury chargé\nde les représenter.\nVeuillez, etc.\nCe style de chef de bureau, ces parallèles savants, ont ému en effet les\nmilieux officiels. Une salle de « l'immeuble » sera concédée, les tableaux\nresteront « accrochés aux murs », le public « payera un supplément »\net sera « enchanté ».\nUn seul point n'a pas encore été élucidé : qui fera partie du jury?\nLes professeurs du Conservatoire, ou les membres de l'lnstitut ? Ces deux\nsolutions paraissent les seules possibles. L'une comme l'autre nous promet\nde joyeux programmes. Tout va bien, il y aura encore de beaux jours\npour le Trio de Th. Dubois.\nAu Sous-Secrétariat des Beaux-Arts. La presse entière s'est émue du\nscandale de la distribution et du trafic des billets pour les concours du\nConservatoire, que nous signalions dans notre dernier numéro. Et M. Léon,\nchef du cabinet de M. Dujardin-Beaumetz, a eu un entretien particulier\navec l'un de nos confrères. D'après ses déclarations, le Sous-Secrétariat a"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "disposé de huit cent vingt quatre places, dont cent trente et an fauteuils\nd'orchestre, chaises d'orchestre et quatre-vingt-quatre\nfauteuils de balcon. On voit donc que la rumeur publique ne se trompait\nguère, et que bien près de neuf cents élus furent appelés à siéger à l'Opéra-\nComique.\nQuoi qu'il en soit, il sera beaucoup pardonné à M. Dujardin-Beaumetz,\nd'abord pour avoir mis M. Gabriel Fauré à la tête du Conservatoire, en-\nsuite pour avoir prononcé, àla distribution des prix de ce vieil établisse-\nment, des paroles noblement réformatrices :\nSi le Conservatoire doit garder les traditions? qui sont la base solide sur\nlaquelle s'appuient les recherches des novateurs, n'oublions pas que Vartiste doit\ndemander au passé non des regrets, mais des appuis.\nLes vieux maîtres qui ont donné à l'art un si incomparable éclat furent, eux\naussi, pour leurs contemporains, des avancés et des modernes.\nBien qu'il puisse sembler contradictoire de parler d'art moderne à propos du\nConservatoire, je pense que la contradiction n'est qu'apparente, qu'elle tient sur-\ntout àla sonorité des mots, et qu'au contraire il n'est pas de rapprochement plus\nfacile à établir.\nConvaincus que les futurs compositeurs, préparés par leur remarquable ensei-\ngnement du Conservatoire, seront d'autant plus librement modernes que leur\néducation aura été plus sévère, plus solide et plus étendue, nous devons nous\npréoccuper d'élargir le plus possible le cadre de cette éducation et rechercher les\nmoyens de la rendre plus féconde.\nDans ce but, nous chargerons M. Bourgault-Ducoudray d'organiser un cours\nqui s adressera spécialement aux élèves des classes d'harmonie et de composition\net où leur seront successivement exposées et analysées les formes musicales des\ndiverses écoles. Nous créerons aussi de nouvelles classes d'ensemble qui deviendront\npour ces mêmes élèves un nouveau champ d'analyse, tandis que pour les élèves\ninstrumentistes, qui y prendront une part active dès leur seconde année d'étude,\nelles représenteront le moyen le plus certain de former leurs cerveaux en même\ntemps que se formera leur virtuosité.\nPuissent les caprices de la politique épargner M. Dujardin-Beaumetz\nassez longtemps pour lui permettre d'accomplir ce beau programme, et de\nfaire entrer au Conservatoire un peu l'esprit de la Schola Cantorum !\nConcours Rubinstein. Nous donnerons dans notre prochain numéro\nles résultats de ce concours, qui a commencé le jeudi 3 août. En voici le\nprogramme :\nI. Pour les compositeurs :\ni° Un morceau de concert pour piano avec orchestre ;\n20 Une sonate pour piano seul ou avec un ou plusieurs instruments à\narchet ;\n3° Plusieurs petits morceaux pour le piano.\n11. Pour les pianistes :\nio A. Rubinstein. Ile et Ille parties du concerto en sol majeur pour piano,\navec accompagnement d'orchestre ;\n20 J.-S. Bach. Un prélude et une fugue à quatre voix ;\n3o Haydn ou Mozart , Unandante ou un adagio ;\n4° Bethoven. Une des sonates, œuvres 78, 81, 90, 101, 106, 109, 110,\n111 ;\n5° Chopin. Une mazurka, uu nocturne et une ballade ;\n6° Schumann. Un ou deux morceaux des Fantasiestucke ou des Kreisle-\nriana ;\n70 Liszt. Une étude."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.42", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "Le jury est ainsi composé : M. Léopold Auer, président; MM. Hollan-\nder, Otto Neitzel, Félix Mottl, Scholtz, de Greef, von Perger, de Lange,\nde Exuer, Poukhalsky, Nicolaïeff, Pressmann, Moszkowsky, Théodore\nDubois, Camille Saint-Saëns, Louis Diémer, Raoul Pugno, Camille Che-\nvillard; Alph. Duvernoy, Marmontel, membres ; Fr. Barrau, secrétaire.\nRennes. La distribution des prix aux élèves du Conservatoire a eu\nlieu le 5 juillet, et a été précédée d'un remarquable discours de M. Colin,\norganiste de Notre-Dame.\nHeidelberg. —On vient de jouer ici Pauvre Gille, mimo-drame en un\nacte de Marc Aubry, musique de Lucien de Flagny. Cette pièce très\nbien accueillie sera donnée en octobre prochain à Darmstadt, Mannheim,\nWorms et Berlin.\nVichy. —Au concert du 3o juillet,, M. Danbé faisait entendre pour la\npremière fois des fragments d'un drame lyrique inédit : Catherine de Sienne,\ndû à la collaboration d'un littérateur de talent, M. Eugène Herzog, et d'un\ncompositeur de haute valeur, M. Emile Bouriello.\nCette œuvre, d'une inspiration élevée et d'un style susceptible de rendre\nles effets de puissance dramatique aussi bien que les nuances délicates du\nsentiment, a obtenu l'accueil le plus chaleureux du public des concerts du\nsoir, qui apprécie si hautement tous les efforts artistiques.\nMontluçon. La Schola Cantorum de Montluçon vient de donner, sous\nla direction de M. Charles Bordes et avec le concours de Mlle Marie de la\nRouvière et de M. Monys, le ier acte d'Alceste (audition intégrale) et le\nier tableau du ier acte de Castor et Pollux.\nMde la Rouvière a incarné véritablement Télaïre et Alceste : l'une,\nemportée par sa douleur au delà de l'humanité, et l'autre, passant par toutes\nles alternatives d'accablement, de tendresse, de crainte, de résignation, de\nrenoncement et de joie sublime dans son sacrifice.\nM. Monys, soliste de la Schola de Paris, a fait du Grand-Prêtre & Alceste\nune figure antique. Sa superbe voix, pleine et sonore, donnait au rôle un\nrelief saisissant. C'étaient bien la grandeur tragique, l'exaltation fanatique\nrêvées par le poète et le musicien.\nL'Allelluia du Messie, chanté par les chœurs avec une magnifique am-\npleur, a clôturé en apothéose cette belle soirée d'art.\nM. Bordes, par sa direction vivante, a su faire passer de l'orchestre et\ndes chœurs jusque dans le public sa conception admirable de souplesse et\nde vigueur de ces chefs-d'œuvre classiques, continuant ainsi sa vaillante\ncampagne de propagande artistique à travers toute la France.\nNécrologie. C'est avec un vif regret que nous apprenons la mort\nsubite de l'excellent ténor Jean David, si souvent applaudi aux concerts\nde la Schola Cantorum.\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nGEORGES LOTH. Salve Regina, motet à 4 voix égales. Chez l'auteur, à\nLouviers (Eure)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.9.2", "titre_corps": "MUSIQUES NOUVELLES", "titre_sommaire": "MUSIQUES NOUVELLES", "signature_source": "Gustave Samazeuilh", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.35", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "MUSIQUES NOUVELLES\n\nM. Ducourau : Fièces pour piano, sur des thèmes basques. Paris, Edition mutuelle. Albeniz,\nAlquier, Bordes, de Bréville, etc... : Album pour petits et grands. Paris, Édition mutuelle.\nDéodat de Séyerac : En Languedoc. Paris, Edition mutuelle. Marcel Labey : Sonate pour\npiano et alto. Paris, Demets. Albert Groz : Prélude pour piano ; —Heures d'Eté (poèmes d'A.\nSamain). Paris, Bellon et Ponscarme.— Claude Debussy: Suite bergamasque. Paris, Fromont.\nPour charmer sans doute les loisirs de nos vacances, plusieurs maisons\nd'édition, dont les louables tendances artistiques sont depuis longtemps\nnotoires, viennent de publier toute une série d'œuvres qui prouvent une\nfois de plus la belle vitalité et le généreux essor de la jeune musique fran-\nçaise. L'Edition mutuelle (en dépôt à la Schola Cantorum et chez Demets)\nnous offre d'abord outre d'ingénieuses Pièces pour piano de Mme Du-\ncourau sur des thèmes basques un fort divertissant recueil de brefs\nmorceaux à deux et à quatre mains, heureusement variés et fréquemment\ndélicieux dans leur volontaire simplicité, composés à l'intention des pia-\nnistes en herbe par Mne Blanche Selva qui possède, vous le voyez, de\nmultiples talents, MM. Albeniz, Alquier, Bordes, de Bréville, de Gastera,\nCoindreau, Dupuis, Estienne, Gay, Groz, d'lndy, Labey, Pineau, Roussel,\nSaint-Requier, Samazeuilh, Serieyx, de Séverac, de la Tombelle et Wit-\nkowski. C'est pour moi un vif regret qu'une bien anodine collaboration\nm'interdise de vous parler plus longuement de cet Album, pour lequel\nM. Maurice Denis a dessiné une couverture amusante et claire. Du moins\nme sera-t-il permis laissant de côté un de ses feuillets de souhaiter\nà tous les autres une prompte diffusion auprès de tous les professeurs de\npiano intelligents, unanimes à se plaindre que la musique moderne\nj'entends celle digne de ce nom se fasse si rarement abordable aux\npetits doigts et leur fournisse dès lors un prétexte à se contenter de je ne\nsais quelles imbéciles élucubrations, propres à fausser irrémédiablement le\ngoût de sensibilités encore en formation... 11 faut donc savoir gré à VEdi-\ntion mutuelle d'avoir comblé cette fâcheuse lacune. Il faut la remercier\naussi d'avoir mis en vente les dernières productions de M. Déodat de\nSéverac, particulièrement goûtées au concert de la Schola Cantorum qui\nrévéla, voici quelques semaines, à un public dès l'abord conquis, ce jeune\nMusicien auquel un si bel avenir paraît être réservé. Dans les deux mélodies\nsur des poésies de Verlaine et d'Edgar Poë comme dans la suite pour\npiano En Languedoc (i) exquisement poétique et colorée, on retrouve\n\nM Dont Louis Laloy a déjà dit tout le bien qu'il fallait (Mercure musical, n° 3, p. 134).\n'2l"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3930, "texte": "l'éloquence persuasive, la sincérité agreste, le singulier parfum de terroir,\nl'impression de plein air, en un mot toutes les qualités qui, dès ses débuts,\navaient fait retenir le nom de M. de Séverac, jointes cette fois-ci à une\nsûreté plus grande de composition et à une dextérité d'écriture dont les\nharmonieuses complexités savent pleinement exprimer désormais les\nnuances du sentiment intérieur.\nC'est aussi cette expansion prédominante du tempérament personnel qui\ndonne un intérêt soutenu à la Sonate pour piano et alto de M. Marcel Labey\n(parue chez Demets) : art bien différent des subtils bruissements d'En\nLanguedoc, épris avant tout de rythme, de mouvement, de logique formelle\net d'équilibre architectural, mais dont l'allure décidée et les accents inci-\nsifs ont d'assez grands mérites pour me rassurer d'avance sur l'accueil\nempressé que rencontrera la Sonate de M. Labey auprès des altistes, peu\naccoutumés à voir leur instrument au timbre comme voilé, mais parfois\nsi intense, jugé digne des honneurs du 5010... Pour ne pas être en reste\navec leurs confrères, MM. Bellon et Ponscarme nous font connaître deux\nouvrages significatifs de M. Albert Groz, disciple, comme MM. de Séverac\net Labey, du fier et large enseignement de M. d'lndy, respectueux avant\ntout quoi qu'aient pu prétendre de charitables esprits de la libre\néclosion des personnalités. Voici en premier lieu un Prélude pour piano,\nplein de vie et d'intérêt polyphonique, puis une suite de préludes et de\nmélodies sur les poèmes du pauvre Albert Samain : Heures d'Été, où une\nmusique tour à tour charmeuse, nimbée de lumière ou alourdie d'ombre,\nmais toujours vibrante d'une passion contenue éclatant souvent en de\nchaleureuses explosions, crée autour des paroles une atmosphère expres-\nsive, sans cesse adéquate à leur signification, et renouvelle de façon cu-\nrieuse par les judicieux retours des thèmes et l'importance prépondé-\nrante donnée à la partie de piano la forme traditionnelle du lied chanté.\nA ce point de vue, aussi bien d'ailleurs que pour leur valeur propre, mes\npréférences vont à la seconde, à la quatrième et à la sixième mélodie,\ncette dernière d'une pénétrante mélancolie, clôturant de digne façon le\ncycle, et lui donnant toute sa portée.\nHormis ce lot attrayant de compositions récentes que la simultanéité\nde leur publication rapproche seule ici, la multitude des amateurs em-\npressés depuis le triomphe incontesté de l'admirable Pelléas à se\nprécipiter sur n'importe quoi, qui porte la signature de M. Claude Debussy,\nne me pardonnerait pas d'omettre de signaler à cette place l'apparition,\ngrâce aux soins de l'éditeur Fromont, de la Suite bergamasque pour piano,\ndont l'âge déjà respectable et parfois apparent évoque plutôt dans notre\nsouvenir la gracieuse période des Arabesques et de la Petite Suite pour\npiano à quatre mains, qu'il ne nous fait prévoir la fantaisie miraculeuse,\n'originalité mystérieuse et rare des Estampes ou de Pour le Piano... Et\nje m'en voudrais assurément de terminer ces brèves notes sans vous faire\npart du plaisir inattendu que j'ai dernièrement éprouvé en découvrant\nau milieu d'une série de productions de circonstance destinées par leurs\nauteurs aux disques de la compagnie du Gramophone (qui les a aussi\néditées) une page vocale délicatement rêveuse de M. Gabriel Fauré, le\nRamier, et un poème chanté encore inédit de M. Vincent d'lndy, les Yeux\nde VAimée, tout à fait frappant par l'ampleur du souffle mélodique, la\nbeauté frémissante de l'expression et la somptuosité d'un vêtement harmo-\nInique donnant une saveur toute spéciale et nouvelle à l'inspiration, si ca-\nractéristique en sa nerveuse sinuosité, de Fauteur de l'Etranger... N'est-ce\npas vraiment pour l'école française une enviable fortune et une force peu\ncommune que de posséder en ce moment à sa tête en guise de compen-\nsation des misères de l'art officiel et des âpres luttes d'arrivistes médiocres"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "des hommes aussi remarquables, aussi foncièrement dissemblables que\nMM. Vincent d'lndy, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Paul Dukas et\nAlbéric Magnard, pour ne nommer aujourd'hui que ceux qu'une œuvre\nconsidérable met à des degrés qui varieront suivant le goût de chacun\nau-dessus de la généralité de leurs congénères? Et loin de se croire\nobligés de diminuer Pelléas pour exalter Fervaal, ou de porter aux nues\nes prestigieux Nocturnes pour dénigrer la magnifique Symphonie en si\nbémol n'est-ce pas, surtout pour ceux qui voient dans la plus complète\nindépendance d'esprit un des bienfaits de la vie, une joie inépuisable que\nde pouvoir, en dehors de tout parti pris et de toute contrainte, aimer\npassionnément toute musique où s'exprime, en l'infinité de ses apparences,\na profondeur et la véracité du sentiment humain?\n\nGustave Samazeuilh."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.9.3", "titre_corps": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.37", "debut_caractere": 869, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nConcours de piano (femmes). Nous avons bien involontairement omis\nle nom de Mlle Veluard (classe de M. Marmontel), titulaire d'un ier prix.\nConcours de flûte, hautbois, clarinette et basson. Le jury, composé de\nMM. Théodore Dubois, président-directeur ; Charles Lefebvre, Adolphe\nDeslandres, Albert Bertelin, Philippe Gaubert, Th. Bureau, L. Letellier,\nBleuzet, Paradis, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a dé-\ncerné les récompenses suivantes :\nFLÛTE. Professeur, M. Taffanel ; morceau de lecture à vue de M. V.\nde la Nux.\nPremiers prix. MM. Joffroy et Laurent.\nPas de deuxième prix.\nPremiers accessits. MM. Hérissé et Bergeon.\nDeuxièmes accessits. MM. Camus et Cléton.\nHAUTBOIS. Professeur, M. Gillet ; morceau de lecture à vue de\nM. Deslandres.\nPremier prix. M. Pontier.\nDeuxièmes prix. MM. Serville et Rouzère.\nPas de premier accessit.\nDeuxièmes accessits. MM. André Tournier, Langatte et Riva.\nCLARINETTE. Professeur, M. Mimart ; morceau de lecture à vue de\nM. Lefebvre.\nPremiers prix. MM. Capelle, Moulin et Dubois.\nDeuxième prix. M. Loterie.\nPas de premier accessit.\nDeuxième accessit. M. Lortron.\nBASSON. Professeur, M. Eugène Bourdeau ; morceau de lecture à vue\nde M. Alfred Bertelin.\nPas de premier prix.\nDeuxièmes prix. MM. Préfet et Rogereau.\nPremier accessit. M, Raimbourg.\nPas de deuxième accessit.\nCes concours furent excellents, sans en excepter celui du basson, auquel\navare jury refusa, on ne sait pourquoi, la faveur d'un premier prix."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "M. Charpin nous en paraissait digne, et n'a pas été nommé. Fort peu de\nmonde ; les neuf cents amis du Ministère et leurs clients ne s'intéressent\nun peu qu'au chant, au violon et au piano ; hors de là, point de musique\npour ces fins connaisseurs. «Je rougis, écrit à ce propos notre éminent\ncollaborateur M. Henry Gauthier-Villars, d'être obligé de défendre contre\ncette sorte d'indifférence des artistes aussi injustement victimes de l'ingra-\ntitude publique. Il faut bien l'avouer et j'ai de bonnes raisons pour croire\nque le nouveau directeur du Conservatoire ne me contredira pas, ce n'est\npas notre enseignement actuel du chant que l'Europe nous envie, mais bien\nnos classes instrumentales, qui sont incomparables. Il y a cent fois plus\nd'efforts artistiques parmi les élèves d'un Hasselmans, d'un Taffanel ou\nd'un Gillet que parmi nos futures cantatrices, qui préfèrent à toute culture\nmusicale l'acquisition de recettes, de trucs et de ficelles du plus bas empi-\nrisme. Mieux encore : une réelle abnégation rehausse leur mérite. Un\nhautboïste, un clarinettiste ou un corniste s'imposent un apprentissage\ntechnique considérable sans Parrière-pensée de virtuosité et de solisme qui\nsoutient le zèle d'un violoniste ou d'un pianiste. Ah ! l'admirable chose\nqu'un parfait virtuose qui n'a jamais pensé au ((concerto » ! Et c'est le cas\ndes musiciens qui fréquentent les classes d'instruments à vent. Ils savent\nparfaitement que leur technique supérieure ne sera jamais récompensée\npar les acclamations des foules en délire, et ils consentent avec une louable\nsimplicité à entreprendre de longues études pour n'être qu'une voix ano-\nnyme dans le chœur orchestral.\n« D'ailleurs, outre ce devoir de gratitude, une autre considération attire\nsur ces concours l'attention des musiciens. L'orchestration moderne évolue\nnettement vers un idéal de sonorités où les violons ne tiennent plus, comme\nautrefois, la première place. Les bois et les cuivres luttent avec le quatuor\nde finesses, de suavités et de moelleuse souplesse. C'est dans ce sens que\nsont orientées toutes les recherches contemporaines de l'instrumentation.\nComment, dès lors, ne pas accorder une attention passionnée à des con-\ncours d'où peuvent sortir de nouvelles ressources sonores, et comment ne\npas proclamer qu'il y aura plus de joie parmi les compositeurs modernes\npour la découverte d'un effet nouveau sur l'étrange et mystérieux basson\nque pour l'éclosion de cent Paganini? »\nOn ne saurait mieux dire, ni montrer un goût plus pur et un sens plus\ndélicat de la musique moderne.\nConcours de cor, cornet à pistons, trompette et trombone. Le jury,\ncomposé de MM. Théodore Dubois, président; Warot, Chevillard,\nStojowski, Reine, Alexandre Petit, Penable, Bêle, et Fernand Bourgeat,\nsecrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nCOR. Professeur : M. Brémond. Morceau de concours : Allegro,\nde M. Camille Chevillard. Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremiers prix : MM. Cocquelet et Hernoult.\nDeuxièmes prix : MM. Jean Tournier et Lepitre.\nPas de premier accessit.\nDeuxième accessit : M. Thibault.\nCORNET A PISTONS. Professeur : M. Mellet. Morceau de concours :\nCaprice, de M. Ch. Levadé. Morceau à lire à première vue de M. Georges\nMarty.\nPas de premier prix.\nDeuxième prix : M. Mager."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "Premiers accessits : MM. Foveau et Nadal.\nDeuxième accessit : M. Body.\nTROMPETTE. Professeur: M. Franquin. Morceau de concours:\njFête joyeuse, de M» H, Dallier, Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremier prix : M. Jean Bernard.\nDeuxième prix : M. Blanquefort*\nPremiers accessits : MM. Victor Laurent et Séguélas.\nDeuxième accessit : M. Gigot.\nTROMBONE Professeur : M. Allard, Morceau de concours : Fan-\ntaisie, de M. S. Stojowski. Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremier prix : M. Rochut.\nDeuxièmes prix : MM. Hennebelle, Vermynck et Mendels.\nPremier accessit : M. Dumoulin.\nDeuxième accessit : M. Pioger.\nLes cuivres méritent presque autant d'éloges que les bois. Les cors se\ntirent avec honneur de l'ingrate et traîtresse musique à laquelle M. Che-\nvillard les dévoua. Certains de mes confrères, et non des moindres, jugent\ncependant la sonorité insuffisante et regrettent l'éclat cuivré des cors ger-\nmaniques. Je ne suis pas de leur avis : le cor de nos orchestres n'a plus\nrien de commun avec le cor de chasse. C'est un instrument chantant, dont\nle timbre mystérieux est aussi éloigné du trombone que du violon. C'est\ndonc avec raison que nos cornistes s'étudient surtout au son doux, d'ail-\nleurs beaucoup plus malaisé que l'autre à obtenir, et surtout à maintenir.\nLes classes de trompette et de trombone sont excellentes ; la classe de\npiston aussi bonne que possible, étant donnée l'irrémédiable vulgarité de\nce cornet, bon tout au plus pour les parades foraines ou les bals du 14 juil-\nlet. On ne sait pourquoi le jury, subitement sévère, ne décerne pas de pre-\nmier prix ; et de longs sifflets interrogateurs restent malheureusement sans\nréponse. « Ainsi s'achevèrent, constate M. Pierre Lalo, les concours du\nConservatoire et la direction de M. Théodore Dubois. »\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.9.4", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "Pan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.39", "debut_caractere": 1843, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "ÉCHOS\n\nLes officiels. Les jurys de peinture ont fait leur temps. De plus en\nplus, l'art délaisse le Salon des Artistes français, soumis encore aux forma-\nlités humiliantes et à l'anonyme sottise d'une Commission d'examen, pour\nse manifester librement à la Société nationale des Beaux-Arts, ou au\nSalon d'Automne, ou au Salon des Indépendants, ou bien encore aux\nexpositions particulières, celles de Whistler aux Beaux-Arts, de Cézanne\net de Gauguin àla rue Lafïite, de Besnard aux Galeries Petit, où l'œuvre\nentier d'un artiste se manifeste et s'affirme sous nos yeux. Un homme\ndevait donc se rencontrer, parmi la foule redingotée des fonctionnaires\nbien pensants, pour s'aviser que le jury était une institution pleine de sens\net de discernement, dont il fallait se hâter de faire profiter la musique.\nEt, en effet, au lendemain de la fermeture des Salons, le Directeur du\nTemps recevait la lettre suivante :"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3623, "texte": "MON CHER DIRECTEUR,\nLe banquet d'hier, en réunissant la Société des artistes français et la Société\nnationale aux côtés des représentants de toutes les grandes administrations pu-\nbliques, a montré une fois de plus la brillante et forte organisation de ceux à\nqui Paris doit son cher Salon annuel.\nA celte occasion, voulez-vous me permettre d'avoir recours au Temps pour\nfaire connaître aux intéressés un projet qui a déjà Vassentiment chaleureux de\npersonnes éminentes, et dont la réalisation sans diminuer matériellement per-\nsonne, en ajoutant au contraire un charme de plus àce qui existe déjà serait\npeut-être un progrès considérable ?\nIl s'agit des musiciens et surtout des exécutants. Vous savez combien ils sont\nnombreux et quelle difficulté ils éprouvent parfois pour arriver jusqu'au public.\nIls ont créé des sociétés diverses de quatuor, de musique de chambre, de chant\nchoral, d'instruments anciens, etc., mais ils vivent encore, on doit le déplorer, à\nl'état de dispersion. Ils ignorent la force des volontés unies et le prestige des\nmanifestations collectives, Pour guérir ce mal, pour offrir aux talents de tout\nordre l'occasion de se produire dans des conditions également favorables, on a\nsongé à demander que, dans le Salon de 1906, une place fût faite aux musiciens.\nLes sociétés à qui l'Etat concède pendant quelques mois Vusage du Grand Palais,\net pour qui possession vaut titre, n'auraient nullement à restreindre en faveur de\nnouveaux venus l'espace qu elles occupent, mais une des salles de Vimmeuble, par\nexemple le « salon des Fêtes », qui semble tout indiqué, accueillerait les virtuoses\nrégulièrement autorisés par un jury àse faire entendre. Des tableaux, comme à\nVordinaire, seraient accrochés aux murs ; mais à des heures déterminées de la\njournée, ils encadreraient des concerts de choix pour lesquels le public payerait\nun supplément.\nN'est-il pas équitable que tous les arts soient admis dans un monument construit\npour les beaux-arts ?La musique ri est pas gênante ; elle est immatérielle : c'est\nun souffle qui passe. Dans une môme salle, sans se nuire l'un à l'autre, et même en\nse faisant valoir mutuellement, pourraient très bien s'exposer un Tony Robert-\nFleury ou un Roll et un quatuor de Fauré ou de d'lndy, un Besnard et un Pugno,\nun Détaillé et un Diémer, un Cormon et un Sarasate...\nQui pourrait se plaindre de cette innovation ? Le public ? On peut affirmer\nqu'il en serait enchanté. La Société des artistes ? C'est un surcroit de visiteurs\nqu'on lui amènerait. Les musiciens ? Ils trouveraient là, entre autres avantages,\nl}occasion de s'organiser d'une façon sérieuse en nommant d'abord un jury chargé\nde les représenter.\nVeuillez, etc.\nCe style de chef de bureau, ces parallèles savants, ont ému en effet les\nmilieux officiels. Une salle de « l'immeuble » sera concédée, les tableaux\nresteront « accrochés aux murs », le public « payera un supplément »\net sera « enchanté ».\nUn seul point n'a pas encore été élucidé : qui fera partie du jury?\nLes professeurs du Conservatoire, ou les membres de l'lnstitut ? Ces deux\nsolutions paraissent les seules possibles. L'une comme l'autre nous promet\nde joyeux programmes. Tout va bien, il y aura encore de beaux jours\npour le Trio de Th. Dubois.\nAu Sous-Secrétariat des Beaux-Arts. La presse entière s'est émue du\nscandale de la distribution et du trafic des billets pour les concours du\nConservatoire, que nous signalions dans notre dernier numéro. Et M. Léon,\nchef du cabinet de M. Dujardin-Beaumetz, a eu un entretien particulier\navec l'un de nos confrères. D'après ses déclarations, le Sous-Secrétariat a"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "disposé de huit cent vingt quatre places, dont cent trente et an fauteuils\nd'orchestre, chaises d'orchestre et quatre-vingt-quatre\nfauteuils de balcon. On voit donc que la rumeur publique ne se trompait\nguère, et que bien près de neuf cents élus furent appelés à siéger à l'Opéra-\nComique.\nQuoi qu'il en soit, il sera beaucoup pardonné à M. Dujardin-Beaumetz,\nd'abord pour avoir mis M. Gabriel Fauré à la tête du Conservatoire, en-\nsuite pour avoir prononcé, àla distribution des prix de ce vieil établisse-\nment, des paroles noblement réformatrices :\nSi le Conservatoire doit garder les traditions? qui sont la base solide sur\nlaquelle s'appuient les recherches des novateurs, n'oublions pas que Vartiste doit\ndemander au passé non des regrets, mais des appuis.\nLes vieux maîtres qui ont donné à l'art un si incomparable éclat furent, eux\naussi, pour leurs contemporains, des avancés et des modernes.\nBien qu'il puisse sembler contradictoire de parler d'art moderne à propos du\nConservatoire, je pense que la contradiction n'est qu'apparente, qu'elle tient sur-\ntout àla sonorité des mots, et qu'au contraire il n'est pas de rapprochement plus\nfacile à établir.\nConvaincus que les futurs compositeurs, préparés par leur remarquable ensei-\ngnement du Conservatoire, seront d'autant plus librement modernes que leur\néducation aura été plus sévère, plus solide et plus étendue, nous devons nous\npréoccuper d'élargir le plus possible le cadre de cette éducation et rechercher les\nmoyens de la rendre plus féconde.\nDans ce but, nous chargerons M. Bourgault-Ducoudray d'organiser un cours\nqui s adressera spécialement aux élèves des classes d'harmonie et de composition\net où leur seront successivement exposées et analysées les formes musicales des\ndiverses écoles. Nous créerons aussi de nouvelles classes d'ensemble qui deviendront\npour ces mêmes élèves un nouveau champ d'analyse, tandis que pour les élèves\ninstrumentistes, qui y prendront une part active dès leur seconde année d'étude,\nelles représenteront le moyen le plus certain de former leurs cerveaux en même\ntemps que se formera leur virtuosité.\nPuissent les caprices de la politique épargner M. Dujardin-Beaumetz\nassez longtemps pour lui permettre d'accomplir ce beau programme, et de\nfaire entrer au Conservatoire un peu l'esprit de la Schola Cantorum !\nConcours Rubinstein. Nous donnerons dans notre prochain numéro\nles résultats de ce concours, qui a commencé le jeudi 3 août. En voici le\nprogramme :\nI. Pour les compositeurs :\ni° Un morceau de concert pour piano avec orchestre ;\n20 Une sonate pour piano seul ou avec un ou plusieurs instruments à\narchet ;\n3° Plusieurs petits morceaux pour le piano.\n11. Pour les pianistes :\nio A. Rubinstein. Ile et Ille parties du concerto en sol majeur pour piano,\navec accompagnement d'orchestre ;\n20 J.-S. Bach. Un prélude et une fugue à quatre voix ;\n3o Haydn ou Mozart , Unandante ou un adagio ;\n4° Bethoven. Une des sonates, œuvres 78, 81, 90, 101, 106, 109, 110,\n111 ;\n5° Chopin. Une mazurka, uu nocturne et une ballade ;\n6° Schumann. Un ou deux morceaux des Fantasiestucke ou des Kreisle-\nriana ;\n70 Liszt. Une étude."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.42", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2775, "texte": "Le jury est ainsi composé : M. Léopold Auer, président; MM. Hollan-\nder, Otto Neitzel, Félix Mottl, Scholtz, de Greef, von Perger, de Lange,\nde Exuer, Poukhalsky, Nicolaïeff, Pressmann, Moszkowsky, Théodore\nDubois, Camille Saint-Saëns, Louis Diémer, Raoul Pugno, Camille Che-\nvillard; Alph. Duvernoy, Marmontel, membres ; Fr. Barrau, secrétaire.\nRennes. La distribution des prix aux élèves du Conservatoire a eu\nlieu le 5 juillet, et a été précédée d'un remarquable discours de M. Colin,\norganiste de Notre-Dame.\nHeidelberg. —On vient de jouer ici Pauvre Gille, mimo-drame en un\nacte de Marc Aubry, musique de Lucien de Flagny. Cette pièce très\nbien accueillie sera donnée en octobre prochain à Darmstadt, Mannheim,\nWorms et Berlin.\nVichy. —Au concert du 3o juillet,, M. Danbé faisait entendre pour la\npremière fois des fragments d'un drame lyrique inédit : Catherine de Sienne,\ndû à la collaboration d'un littérateur de talent, M. Eugène Herzog, et d'un\ncompositeur de haute valeur, M. Emile Bouriello.\nCette œuvre, d'une inspiration élevée et d'un style susceptible de rendre\nles effets de puissance dramatique aussi bien que les nuances délicates du\nsentiment, a obtenu l'accueil le plus chaleureux du public des concerts du\nsoir, qui apprécie si hautement tous les efforts artistiques.\nMontluçon. La Schola Cantorum de Montluçon vient de donner, sous\nla direction de M. Charles Bordes et avec le concours de Mlle Marie de la\nRouvière et de M. Monys, le ier acte d'Alceste (audition intégrale) et le\nier tableau du ier acte de Castor et Pollux.\nMde la Rouvière a incarné véritablement Télaïre et Alceste : l'une,\nemportée par sa douleur au delà de l'humanité, et l'autre, passant par toutes\nles alternatives d'accablement, de tendresse, de crainte, de résignation, de\nrenoncement et de joie sublime dans son sacrifice.\nM. Monys, soliste de la Schola de Paris, a fait du Grand-Prêtre & Alceste\nune figure antique. Sa superbe voix, pleine et sonore, donnait au rôle un\nrelief saisissant. C'étaient bien la grandeur tragique, l'exaltation fanatique\nrêvées par le poète et le musicien.\nL'Allelluia du Messie, chanté par les chœurs avec une magnifique am-\npleur, a clôturé en apothéose cette belle soirée d'art.\nM. Bordes, par sa direction vivante, a su faire passer de l'orchestre et\ndes chœurs jusque dans le public sa conception admirable de souplesse et\nde vigueur de ces chefs-d'œuvre classiques, continuant ainsi sa vaillante\ncampagne de propagande artistique à travers toute la France.\nNécrologie. C'est avec un vif regret que nous apprenons la mort\nsubite de l'excellent ténor Jean David, si souvent applaudi aux concerts\nde la Schola Cantorum.\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-08-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-08-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1905-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.2.9.5", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.42", "debut_caractere": 2777, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES\nGEORGES LOTH. 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PARIS, IIe\nri d\nDÉODAT DE BÉVERAC,\nMAURICE RAVEL\nLes Cors (P. Rey). . ... . .\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) .\nL'infidèle (Maeterlinck) .. . . .\nD'Anne jouant de l'Espinette .\nD'Anne qui me jecta de la neige\nJeux d'Eaux, pour piano\n2 fr. »\n1 fr. 70\n1 fr. 70\n1 fr. 70\n1 fr. 70\nfe fr. 35\nSÏ*S\nPour aider à la diffusion des\nE. Demets offre à MM. les Composite\nd'éditer et de lancer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs o\nréservant, s'ils le désirent, la propriété\nWiMtion et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nAgence de la Soeïété Nationale de JHtisiquë\nVehtt st vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.1", "texte": "lre Année. -N°7 - 15 Août 1905.\n, . • \"\nParaît le ler et le 15 de chaque mois\n.\npDtv NT ( France : Cinquante centimes.\nrßix du Numéro : » „ . ,\nétranger Soixante centimes.\n2. Rue deLouvois\nPARIS I!6\n\nAU SOMMAIRE:\nE. JAQU ES-DALÇROZE\nLOUIS LALOY\nJEAN MARNOLD\nGUSTAVE SAMAZEUILH\nMARTIAL TENEO"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.2", "texte": "SOMMAIRE\nE. JAQUES-DALCROZE Les étonnements de M. Quelconque.\nLouis LALOY Un dernier mot sur Alfred Èruneau,\nJEAN M ARNOLD Les sons inférieurs et la théorie de M. H.\nMARTIALTENEO Miettes\nREVUE DE LA QUINZAINE\nGUSTAVE SAMAZEUILH ... Musiques\nLouis LALOY.. ... Les Concour\npAN\" if Échos.\n\nABONNEMENTS :\n1 TDIÎI an, Sixmoîs\nPARIS ET DÉPARTEMENTS « . J 12 fr, 6 fr.\nÉTRANGER « 15 fr. | 7 fr. 50\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr (Étranger).\n\n:K-- £'>\ne\nsique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\nri d\nDÉODAT DE BÉVERAC,\nMAURICE RAVEL\nLes Cors (P. Rey). . ... . .\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) .\nL'infidèle (Maeterlinck) .. . . .\nD'Anne jouant de l'Espinette .\nD'Anne qui me jecta de la neige\nJeux d'Eaux, pour piano\n2 fr. »\n1 fr. 70\n1 fr. 70\n1 fr. 70\n1 fr. 70\nfe fr. 35\nSÏ*S\nPour aider à la diffusion des\nE. 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Il ad-\nviendra bien que tu verras\nl'homme insensé, les deux pieds\ndans les liens. 11 frappera ses\nmains l'une contre l'autre, disant :\nHélas ! je n'ai pas entendu le ré-\ncit du sage !\n(.Proverbe persan.)\nJ'étais béatement Installé tout à l'heure dans mon superbe et\nconfortable fauteuil Voltaire, en train de lire un article enthou-\nsiaste du Journal de Genève sur \\e roi d'Espagne, quand après un\ncarillon endiablé digne de figurer dans le plus moderne de nos\npoèmes symphoniques, s'introduisit dans ma chambre monsieur\nQuelconque en personne, agité comme une feuille de tremble\nen octobre... — « Ah, Monsieur, — s'écria-t-il sans voir mon\nsalut ni accepter le cigare Rothschild que je lui tendais avec\naffabilité, — ah, Monsieur, rassurez-moi, de grâce ! Je viens\nd'apprendre que vous publiez sur l'enseignement musical un\nrapport en lequel vous citez une conversation que nous eûmes\nensemble (i). Or, il importe que je sache si vous avez reproduit\nles quelques mots que je prononçai concernant les aptitudes\ndes élèves de nos Conservatoires?\n— Certes oui, monsieur Quelconque, — répondis-je avec em-\npressement, — je n'aurais eu garde de négliger quoi que ce fût\nde vos très intéressantes observations !...\n— Vous avez reproduit ce que j'ai dit au sujet de nos Con-\nservatoires ?\n— Je l'ai reproduit.\n— Alors, je suis perdu !\n\n(i) Il s'agit du remarquable rapport présenté au Congrès musical de Soleure, dont\non a trouvé le compte rendu dans notre dernier numéro\n»9\n\nLE MERCURE MUSICAL"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.4", "texte": "274\nLE MERCURE MUSICAL\n\nPerdu ?\nPerdu !... Je suis en effet au mieux avec plusieurs\nmembres de comités de Conservatoires, et quand ceux-ci liront\nque j'ai émis des doutes sur la science des élèves de leurs établis-\nsements, ils me feront sans doute froide mine !\nEst-ce vraiment si grave ?\nSi c'est grave ?... Ces messieurs font tous partie de notre\nmeilleure société. Ce sont des hommes très intelligents, très\nbien élevés, très musiciens, très...\nAlors vous n'êtes pas perdu, cher Monsieur Quelconque !\nAu contraire ! Loin de vous reprocher la petite constatation que\nvous avez faite au cours de notre conversation et que j'ai repro-\nduite en mon rapport, ils vous sauront gré de l'avoir faite et pro-\nfiteront avec joie, puisqu'ils sont intelligents et musiciens, de\nl'occasion que vous allez leur fournir de perfectionner l'ensei-\ngnement en leurs Conservatoires. Car nous allons discuter cette\nquestion plus à fond, si vous le voulez bien. Vous vous ren-\ndrez compte que vous aviez absolument raison de signaler à ces\nmessieurs l'insuffisance des connaissances de certains de leurs\nélèves diplômés, et, d'un autre côté, que ces messieurs eux-\nmêmes ont agi pour ce qu'ils croyaient être le mieux, sans qu'il\nsoit possible de les rendre responsables de ce qui se passe. L'en-\nseignement que l'on donne actuellement aux futurs composi-\nteurs en nos écoles de musique est en effet le même que celui\nqui était donné du temps des Porpora, des Bach, des Beetho-\nven. L'on ne saurait en vouloir à vos amis de n'avoir pas cher-\nché à être plus royalistes que ces rois de la musique !\nAlors l'enseignement de nos Conservatoires est, selon vous,\nun bon enseignement ?\nIl est mauvais.\nL'enseignement du temps de Porpora, de Bach et de Bee-\nthoven était mauvais, dites-vous ?\nIl était excellent.\nMais alors !... du diable si je vous comprends !\nVous allez comprendre, Monsieur Quelconque ! Prenez\nun fauteuil et allumez un cigare. Avant qu'il en soit à la coda,\nj'aurai terminé mes explications et vous y verrez clair !\nAlors j'allume !\nIl y a deux cents ans, il y a cent ans, encore, cher\nMonsieur Quelconque, n'étudiaient la musique que certains\nhommes prédestinés à l'art musical et dont la ferme volonté était\nd'arriver, à force de travail, à devenir des professionnels."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.5", "texte": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE\n275\n\nAvant d entreprendre leurs études sous la direction de maîtres\nen renom, ils s informaient auprès de ceux-ci, ou de personnes\ncompétentes de leur entourage, si leurs aptitudes étaient suffi-\nsantes pour les mettie à même de devenir des artistes complets.\nSi oui, ils consacraient à 1 art leur existence entière. Quant aux\nfamiliers des concerts, aux princes et aux seigneurs, ils ne\ncroyaient pas sauf exceptions qu'il fût nécessaire d'avoir\nétudié la musique pour l'écouter et pour la juger, étant de l'es-\npèce des grands qui savent tout comme dit Mascarille\nsans avoii jamais rien appris ! Les publics de concerts étaient\nbeaucoup plus clairsemés que ceux d'aujourd'hui et, avant la\ncréation des sociétés de chant populaire, les bourgeois ne s'in-\ntéressaient que fort peu a la musique. Une fois qu'ils eurent\npris l'habitude de se grouper entre eux pour chanter des chœurs,\nles bourgeois durent, il est vrai, pour être admis dans les\nsociétés, faire quelques études musicales, mais celles-ci n'étaient\nguère approfondies, et 1 on se bornait à exiger d'eux, selon le\nrèglement des collèges musicaux des xvne et xvme siècles, la\nconnaissance des 6 points suivants : '\ni° L'échelle avec les notes et les clefs ;\n2° Les syllabes ou noms qu'on donne aux notes ;\n3 La différence du chant doux et du chant dur (sic) |\n4° La mesure ;\n5° Quelques figures et signes, pauses, bémols et dièses ;\n6° Les intervalles ou sauts de voix.\nEn une année l'on savait tout cela, et les études complètes de\nmusique étaient réservées aux professionnels.\nCependant, àla fin du xvme siècle, des dilettantes furent\nadmis à participer à certains cours sérieux de musique en qua-\nlité d auditeurs, et au xixe on leur accorda dans les écoles de\nmusique les mêmes avantages qu'aux professionnels. C'est à\npartir de ce moment-là, Monsieur Quelconque, que l'enseigne-\nment des Conservatoires commença a devenir insuffisant.\n- Mais pourquoi cela ?\n~~ Parce que les méthodes avaient été créées pour des musi-\nciens naturellement bien doues et qu'on s'en servait pour former\ndes amateurs.\nCertains amateurs peuvent être très bien doués pour la\nmusique...\nH en est certes un grand nombre, mais le seul fait qu'ils\nne tiennent pas à devenir artistes professionnels suffit à prouver\nqu'ils n'ont pas le feu sacré.\nNotez que jadis tout instrumentiste et même tout chanteur\nétait harmoniste et contrapuntiste. Notez aussi que les amateurs,\nse destinant à devenir de bons dilettantes, ne tiennent pas à"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.6", "texte": "276\nLE MERCURE MUSICAL\n\nfaire des études musicales complètes, dont les règlements mo-\ndifiés les dispensent, et qu'ils cherchent avant tout à posséder\ncomme on dit un instrument...\nMais cela ne prouve rien contre l'enseignement lui-même !\nVous allez me dire tout à l'heure le contraire. En effet,\nque s'est-il passé dès que l'on eut admis des amateurs dans\nles Conservatoires ? Des amateurs, c'est-à-dire des sujets décidés\nà ne pas étudier la musique à fond ? Il est arrivé que ces su-\njets, quoique imparfaitement doués au point de vue musical,\nquoique n'étudiant ni le solfège, ni l'harmonie, ni l'improvisa-\ntion, ni le contrepoint, sont parfois, grâce à des qualités toutes\nphysiques de souplesse et de légèreté des doigts, devenus de\ntrès bons exécutants. Le monde musical s'est alors trouvé subi-\ntement inondé de pianistes, violonistes et violoncellistes capa-\nbles de se produire avec succès dans des concerts, mais ne\nconnaissant que superficiellement la musique !\nAlors ?\nAlors certains professionnels peu scrupuleux, voyant qu'il\nn'est pas nécessaire, pour recueillir de faciles bravos, d'avoir\npratiqué la musique à fond, c'est-à-dire de connaître la théorie,\nle solfège, la solmisation, le contrepoint, la composition et\nl'orchestration, se sont eux aussi contentés, et se contentent de\nplus en plus d'étudier le piano, le chant, le violoncelle ou le\nviolon, sans étudier la musique.Jadis, tous les artistes musiciens\nsans exception connaissaient tous les secrets techniques de la\nmusique, aujourd'hui ces secrets ne sont plus révélés qu'aux\nfuturs compositeurs. Les Conservatoires sont remplis de jeunes\ngens et de jeunes filles ayant de bons doigts, de bons poumons,\nde bonnes cordes vocales et de bons poignets, mais ne possé-\ndant ni une bonne oreille, ni une bonne intelligence, ni une\nbelle âme. Ces jeunes gens s'imaginent qu'en apprenantà jouer\nd'un instrument ils deviennent des maîtres musiciens, et le pu-\nblic, lui, n'est plus capable de faire une différence entre un ar-\ntiste et un virtuose. Jadis ce dernier était forcément un artiste,\naujourd'hui il n'est souvent qu'un ouvrier. C'est ainsi que\ndans le bon vieux temps les ébénistes et les verriers étaient àla\nfois créateurs et artisans, imaginant eux-mêmes les modèles\nqu'ils exécutaient, alors que de nos jours ils se contentent\nd'imiter les modèles anciens ou de réaliser les conceptions ar-\ntistiques qu'ils demandent aux dessinateurs. Il y a là une déca-\ndence artistique dont nous ne nous préoccupons pas assez !\nVous jugez alors qu'il ne faut pas admettre les amateurs\ndans les Conservatoires?\nAu contraire ; je trouve excellent pour l'avenir de la mu-\nsique que le public tienne à se mettre au courant des choses"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.7", "texte": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE\n277\n\nmusicales et cherche, par des études élémentaires faites dans\nles Conservatoires, à acquérir le sens de 1' « entendement », à\napprécier intelligemment les œuvres et à les exécuter avec goût.\nMais sitôt le principe admis de créer des classes d'amateurs, il\nfaut qu'il soit créé aussi un enseignement spécial pour ces ama-\nteurs. D'un côté, leur instinct musical n'est pas suffisant pour\nqu'ils puissent profiter avec avantage des règles de l'enseigne-\nment instituées jadis à l'usage des musiciens exceptionnellement\ndoués, et il est absolument inutile d'exiger d'eux certaines con-\nnaissances transcendentales dont l'étude les détournerait d'un\nbut moins éloigné et plus facilement accessible. D'un autre\ncôté, l'on ne juge pas à propos de leur enseigner une foule de\nchoses qu'ils ne savent pas et que les prédestinés connaissent\nd'instinct ou éprouvent le besoin irrésistible d'étudier en dehors\ndes cours réguliers. Privés, grâce à leur nature même d'ama-\nteurs, du désir de tout savoir, ils n'ont pas la curiosité de solli-\nciter de leurs maîtres un enseignement complet et minutieux,\nadapté à leur tempérament. Natures incomplètes, ils ne s'assi-\nmilent de l'enseignement donné aux artistes-nés que les\nprocédés extérieurs, et, d'autre part, personne ne songe à créer\npour eux un enseignement spécial. Ils ne s'en plaignent pas,\nsans doute, et personne même ne songe à les plaindre. Est-ce\nune raison pour laisser l'Art souffrir de cet état de choses?\nMais, sapristi, il est des amateurs qui peuvent être j'en\nsuis aussi bien doués (et même mieux) que des artistes, et\nqui ne tiennent pas à gagner de l'argent en pratiquant leur art.\nL'argent n'est pas tout. L'on peut être dilettante et musicien\nadmirable !\nCertains amateurs sont admirablement doués, je ne le nie\npas, Monsieur Quelconque ; mais les trois quarts des enfants\nqui entrent dans les Conservatoires ne sont pas des artistes-\nnés. Et pour ceux-là, avant l'entreprise d'études dont la pra-\ntique suppose les élèves doués préalablement d'une oreille fine,\nd'une intelligence exceptionnelle et d'un goût délicat, il convient\nde combiner une série d'exercices préparatoires développant\nl'oreille, le goût et l'intelligence. Sans cela ils ne profiteront que\nde l'étude des instruments, deviendront des perroquets ou des\nsinges, au lieu de devenir des hommes et des musiciens.\nVous croyez vraiment qu'un enseignement bien compris\npeut d'une oreille fausse faire une oreille juste ?\nIl peut perfectionner l'oreille.\nQu'il donnera de l'intelligence musicale à celui qui n'en\navait point ?\nIl la développera certainement si elle est susceptible d'être\ndéveloppée."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.8", "texte": "278\nLE MERCURE MUSICAL\n\nQu'il créera de toutes pièces le goût musical ?\nIl l'éveillera et le formera, s'il existe en germe.\nAh, ah, ah ! Vos réponses me prouvent bien que votre\nfameux enseignement spécial ne peut pas produire des résultats\nchez des sujets totalement incapables !...\nMais, par tous les tonnerres du Crépuscule des dieux, l'en-\nseignement actuel non plus ne peut faire d'un sourd un musi-\ncien ! Le malheur est qu'il en fait un pianiste ! Et c'est là que\ngît l'épouvantable erreur moderne ! Chez les amateurs qui ont\nun peu de goût, un peu d'oreille, on ne développe ni l'oreille ni\nle goût, mais les doigts î Et à ceux qui n'ont rien, rien, rien...,\n1 on apprend à mettre la pédale ! Et tous ces quadrumanes jugent\nla musique, jugent les musiciens et jugent l'Art, sous prétexte\nque sur un clavier ils savent passer correctement le pouce ! Ah !\nMonsieur Quelconque, le piano, c'est le veau d'or moderne!\nNe vous emportez pas, cher maître! Les artistes musi-\nciens, cane sait jamais garder la mesure!\nLes amateurs non plus, je vous l'affirme.\nAllons, voyons ! Raisonnons calmement et... raisonna-\nblement ! Vous voyez que je m'intéresse à vos projets. Le\npiano, disiez-vous, ne devrait pas être enseigné dans les Con-\nservatoires !\nJe nai pas dit cela, Monsieur Quelconque ! Je prétends\nqu'à un amateur il faut d'abord enseigner la musique, puis\nensuite seulement le piano.\nMais le piano, c'est de la musique !\nL'orgue de Barbarie aussi, c'est de la musique, et l'on n'en-\nseigne pas à jouer de l'orgue de Barbarie ! Allons, voyons !\nRaisonnons calmement... et raisonnablement, comme vous le\ndisiez tout à 1 heure. Savez-vous ce que c'est qu'un amateur,\nMonsieur Quelconque ?\nUn amateur de musique du latin amator, formé par le\nverbe amare est, mon cher enfant, un homme qui aime la\nmusique.\nTrès bien!... Et maintenant dites-moi, Monsieur Quelcon-\nque : aimez-vous votre femme ?\nSi je ?... quelle question !\nOui, vous 1 aimez, je le sais ; elle me l'a dit, vous l'aimez !...\nEt vous la connaissez, je suppose ?\nSi je 1a... ? quelle question !\nJ'entends : vous savez quelle est la couleur de ses yeux,\nde ses cheveux, de son teint ? Vous connaissez ses préférences!\nses goûts, ses aptitudes ? Vous savez a quoi vous en tenir sur\nson intelligence et sur son cœur ?\nSi je... ? quelle question !"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.9", "texte": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE\n279\n\nJe le reconnais : ma question est stupide ! Vous aimez donc\nvotre femme et vous la connaissez. Vous l'aimez parce que vous\nla connaissez et, si vous ne la connaissiez pas, vous ne l'aime-\nriez pas. Or, Monsieur Quelconque, sachez qu'il y a des ama-\nteurs qui aiment la musique sans la connaître et pour la seule\nraison qu'ils désirent imiter certaines gens qui aiment la mu-\nsique parce qu'ils la connaissent. Or je prétends que l'on ne peut\nvéritablement aimer quelqu'un ou quelque chose, musique ou\nfemme (les deux objets sont de même essence), que si l'on\nconnaît ce quelque chose ou ce quelqu'un. Et par conséquent\nqu'il faut avant tout mettre les futurs amateurs de musique à\nmême de connaître cette musique qu'ils désirent aimer !\nEh bien, justement, le piano...\n—Le piano est à la musique ce que la photographie de\nMm® Quelconque est à votre femme. Cette photographie vous\nrappelle l'enveloppe d'une épouse dont vous connaissez les qua-\nlités morales. Le piano présente et rappelle à votre oreille\nles formes sonores en lesquelles sont exprimées des pen-\nsées dont vous avez été à même de comprendre toute la\npoésie, tout le charme et toute la profondeur. La base de\nl'enseignement à donner aux amateurs doit être l'étude, non\ndu moyen d'expression, mais de la pensée à exprimer. Vous\ntrouverez dans le rapport présenté au Congrès de Soleure sur\nla « réforme de l'enseignement musical dans les écoles » un plan\ngénéral d'études théoriques et pratiques, que vous voudrez bien\nlire, je l'espère, et qui me dispense présentement de revenir\nsur ce sujet. Qu'il me suffise de vous dire en deux mots qu'à\nmon sens l'étude d'un instrument doit être précédée de 3 à 4\nans au moins d'enseignement du solfège et de la gymnastique\nrythmique (1), et qu'ensuite, cet enseignement doit continuera\nêtre donné parallèlement à celui de l'instrument, jusqu'à la fin\ndes études. Je dis bien solfège,et'non pas Celle-ci ne\ns'adresse qu'à l'intelligence, tandis que le solfège qui com-\nprend la reconnaissance et l'analyse des sons, la compréhen-\nsion et l'assimilation des rythmes et l'étude des nuances\ns'adresse non seulement à l'intelligence, mais aussi à l'oreille\net, de plus, infuse en le corps même la notion du partage du\ntemps et de l'accentuation de telle ou telle de ses parcelles,\nselon des règles qui relèvent de l'esthétique autant que des\nmathématiques. Une fois qu'un enfant sait chanter juste et\n\n(1) M. Jaques-Dalcroze est l'inventeur d'une méthode de gymnastique\nrythmique ayant pour but, grâce à une série de mouvements des bras et\ndes jambes décomposant les phrases et les mesures, aux élè-\nves le sentiment métrique et rythmique. (N. de la R.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.10", "texte": "280\nLE MERCURE MUSICAL\n\nnoter une mélodie, réduire les accords en successions mélo-\ndiques, différencier les rythmes, phraser sans erreur, nuancer\net accentuer avec goût, alors seulement laissez-le s'asseoir\ndevant un piano ! En deux années d'apprentissage de cet\ninstrument, il en saura davantage qu'il n'en aurait appris en 5\nans sans avoir étudié à fond le solfège. Et, ce qui est plus\nimportant, ce qu'il saura, il le saura mieux !\nBon, bon, bon, puisque vous le dites, allons-y pour le\nsolfège ; mais les doigts jouent un certain rôle cependant dans\nl'étude du piano, et ce n'est pas le solfège seul qui assouplira les\ndoigts de l'élève !\nVotre argument n'est point négligeable, Monsieur Quel-\nconque ! Les doigts du futur pianiste seront soumis comme de\njuste à une gymnastique spéciale qui en favorisera l'assouplis-\nsement. Mais cette gymnastique sera indépendante du clavier\ndu piano et n'aura rien de spécialement musical.\nDans ce cas, les doigts joueront faux à la première leçon\nde piano, malgré tout votre solfège...\nOui, mais l'oreille, à la suite de l'éducation complète qu'elle\naura reçue, saura de suite corriger les fautes commises par\nles doigts et gardera sur eux la suprématie. C'est ainsi que dès\ncette première leçon les doigts devront obéir au goût musical,\nalors que dans l'enseignement actuel, c'est la pratique des\ndoigts qui amène la formation du goût.\nLa charrue avant les bœufs !...\nTout juste ! Ah, Monsieur Quelconque, que vous me cau-\nsez de joie : voici que, non content de vous être rangé à mon\navis, vous voulez bien aussi me fournir des images !\nVous supposez l'étude du piano commencée après les 3\nou 4 ans de solfège. Dans quel sens allez-vous diriger ces études\ninstrumentales ?\nMais dans le sens du but à atteindre ! Voyons, Monsieur\nQuelconque, que joue en ce moment votre fille Eléonore, qui\nétudie au Conservatoire le piano depuis douze ans, je crois ?\nOnze ans et demi seulement, cher Monsieur ! Eh bien, ma\nfille Eléonore joue en ce moment la deuxième Rapsodie de Liszt,\nun morceau, ma foi, très difficile.\nSuperbe ! Et votre fille Eléonore étudie cette Rapsodie de-\npuis longtemps ?\nDepuis deux mois seulement. Mais elle l'a maintenant tout\nà fait dans les doigts.\nSuperbe ! L'ayant dans les doigts, elle l'a aussi dans la tête,\nje suppose ? Elle en connaît le plan et la structure ?\nPuisqu'elle la joue par cœur !\nElle en discerne les modulations ?"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.11", "texte": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE\n281\n\nParbleu !\nElle vous l'a dit elle-même?\nJe ne lui ai pas demandé.\nMais son maître le lui a demandé ?\nC'est fort probable.\nSuperbe !Et avant cette Rapsodie, que jouait Mlle Eléo-\nnore ?\n—La sonate « les Adieux », de Luigi van Beethoven.\nElle la joue encore ?\nPas précisément. Vous savez, ces morceaux très difficiles,\nil faudrait avoir le temps de les entretenir...\nMais,., elle connaît Beethoven ?\nCette question ! Un maître si connu !\nJe veux dire qu'elle connaît de lui d'autres œuvres que cette\nsonate qu'elle a étudiée ?\nElle a joué aussi le concerto et la marche des\nRuines d'Athènes.\nOui, mais d'autres œuvres qu'elle n'a pas jouées ?\n—Si vous croyez qu'elle a le temps de connaître des œuvres\nqu'elle ne joue pas !\nElle pourrait cependant connaître les thèmes d'autres so-\nnates célèbres, ceux des quatuors, ceux des neuf sympho-\nnies...\nMa foi, j'avoue...\n—Et du concerto en mit>, sait-elle qu'il est écrit avec jaccom-\npagnement d'orchestre ?\n—Si elle le sait ? C'est écrit sur la partition.\nElle sait donc ce que c'est qu'un orchestre ?\nQui ne le saurait pas ?\nElle sait reconnaître un basson d'une clarinette ?\nPeuh !\nUn hautbois d'une flûte ?\nPeuh ! le hautbois se joue droit, la flûte en travers.\nJ'entends, mais je parle du timbre.\nAh çà !\nElle sait ce que c'est qu'un cor anglais ?\nQui n'a lu son Alfred de Vigny : « J'aime le son du cor le\nsoir au fond des bois ! »\nEvidemment, car le cor anglais est un cor...\nAnglais...\nParbleu !... Dites-moi, Monsieur Quelconque, pardon-\nnez-moi mon indiscrétion, MUe Eléonore vous déchiffre\nsans doute le soir en famille les plus jolies pages de Schu-\nmann ou de Debussy ?\nPas très souvent.D'abord, je vous dirai... elle manque un"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.12", "texte": "282\nLE MERCURE MUSICAL\n\npeu de mesure. Et puis elle a si peu de temps pour faire de\nla musique ; il faut qu'elle étudie son grand morceau !\nJe comprends. Ce grand morceau, elle l'étudié dans quel\nbut ?\nPour se faire les doigts.\nEt pourquoi se fait-elle les doigts ?\n- Pour savoir son grand morceau.\nMais encore, où le joue-t-elle ce morceau ?\nA l'examen du Conservatoire.\nC'est tout ?\nElle le jouera peut-être à une audition.\nPourquoi ?\nPour faire preuve de ses progrès et s'habituer à jouer\nen public.\nElle a l'intention de devenir virtuose ?\n- Non, mais...\nDevant qui jouera-t-elle dans cette audition ?\n—• Devant un public d'invités.\nPas devant la presse ?\nOh, si, si, évidemment.\nEt les journaux parleront de votre fille ?\nS'ils en parleront ? Ils en ont déjà parlé, avec grands\néloges ?\nlls citaient son nom, le vôtre ?\nlls citaient son nom, le mien. Et je n'en suis pas peu fier,\nje vous l'avoue. Si vous saviez quel accueil tous mes amis m'ont\nfait au café ! Sauf le docteur Chose, dont la fille n'a jamais été\nadmise à jouer à une audition. Il me fait une tête !...\nAh, Monsieur Quelconque, je vous félicite. Mais permet-\ntez-moi d'abuser encore un instant de votre patience...\nFaites seulement !\nMUe Eléonore fait-elle de la musique d'ensemble ?\n- Une fois par semaine au cours.\nElle n'en fait pas à la maison ?\nMon Dieu, je vous dirai que ni sa mère ni moi ne jouons\nd'un instrument.\nMais au Conservatoire, elle a des camarades, des amies\npianistes, des amies violonistes ? Elle y a peut-être fait la con-\nnaissance d'un jeune homme violoncelliste ?\nOh, quelle horreur !\nDame, je pensais : une école, des relations musicales, un\nsincère désir de faire de la musique, de déchiffrer des œuvres\nintéressantes... le quatre-mains est si amusant !... Mais n'en\nparlons plus ! Je crois savoir, Monsieur Quelconque, que\nMUe Eléonore cultive aussi le chant au Conservatoire ?"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.13", "texte": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE\n283\n\nSans doute.\nOh, c'estcharmant pour vous ! Ce Schubert, ce Schumann,\nce Fauré, ce Wolff, ce Cornélius, ce Robert Franz, ce Richard\nStrauss, ce Max Reger, ce Schillings, ce Fitzner, ce Sibelius, ce\nChausson, ce d'lndy,... quels exquis spécialistes du lied ! C'est\npour vous, d'entendre tant d'oeuvres adorables, une véritable\njouissance...\nOh, Eléonore ne chante que peu de lieds. Elle cultive sur-\ntout les morceaux d'opéra.\nElle se destine donc au théâtre ?\nFi ! non, elle chante des morceaux d'opéra, parce qu'on\nles lui fait chanter.\n—Ah ! Cependant elle connaît elle, chanteuse— les maî-\ntres anciens et contemporains du lied ?\nJe ne crois pas tous. Quelques-uns de Schubert et Schu-\nmann sans doute les plus connus.\nMais les autres, les nombreux et intéressants autres ?\nElle n'a pas le temps.\nC'est vrai, j'oubliais !... Une autre question d'un ordre\ndifférent, Monsieur Quelconque ! Quand Mlle Eléonore fait une\nvisite à une de ses amies, et qu'elle est invitée à essayer son\npiano, sait-elle improviser quelques accords ?\nNon, mais elle a toujours pour cet essayage un morceau\ndans les doigts.\nCependant elle sait improviser ? C'est si commode, quand\non a terminé un morceau, de pouvoir le relier par quelques\nmesures modulantes au morceau suivant !\nCe n'est pas si nécessaire ! On ne lui demande jamais\nqu'un seul morceau.\nMais pour elle ?\nOh, elle n'a pas absolument besoin, quand elle est seule,\nde relier entre eux les morceaux qu'elle joue.\nElle accompagne à ses amies des lieds au piano, je pense.\nElle a essayé, mais, vous savez, les chanteurs sont si dif-\nficiles à suivre !\nElle peut transposer ces lieds plus haut ou plus bas, à\nvolonté, selon le désir de la personne qu'elle accompagne ?\nNon, non, pas ça !... elle les fait transposer par un copiste.\nSi vous vous souvenez d'une mélodie de votre enfance,\nsait-elle vous l'accompagner d'oreille ?\nVous plaisantez ? Elle n'est qu'un amateur, non un com-\npositeur de marque.\nCependant, elle sait noter au besoin, pour ses petits\nfrères et sœurs, les mélodies populaires qu'elle aime et qui ne\nse trouvent pas dans sa bibliothèque ?"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.14", "texte": "284\nLE MERCURE MUSICAL\n\nOh, nous avons le moyen d'acheter les cahiers !\nDans vos petites réunions familières, elle s'assied com-\nplaisamment au piano pour faire danser la compagnie ?\nQuelquefois, mais... figurez-vous que l'on n'aime pas\nbeaucoup quand elle joue pour faire danser !... Il faut vraiment\navoir une grande pratique de ce genre d'exercice pour garder\nrigoureusement la mesure.\nOui, j'entends, il faut avoir l'habitude. Et, en douze ans\npardon, onze ans et demi il est évident que... Mais,\navouez-le-moi franchement, Monsieur Quelconque : vous re-\ngrettez parfois que Mlle Eléonore n'ait pas pris l'habitude de\nfaire danser avec rythme et entrain ?\nJe ne veux rien vous cacher. Oui, je le regrette.\nEt le reste, ne le regrettez-vous pas aussi ?\nLe reste ?\nOui, le reste.Le fait de ne pas penser à déchiffrer le soir\nde belles mélodies, à la clarté de la lampe, pour charmer la\nmaman qui tricote et le papa qui fume sa pipe ? de ne pas\naccompagner à celui-ci, d'oreille, des refrains d'antan ? de ne\npas sentir le besoin, quand elle est seule, de se rafraîchir le\ncœur et l'oreille aux sons d'une musique non étudiée, et de\nlaisser errer ses doigts sur le clavier, pour donner une forme à\nses pensées, à ses rêves, à ses petites joies, à ses petites dou-\nleurs?... Tout ce reste, enfin, que je vous énumérais, et qui a\nl'air si facile, et que Mlle Eléonore ne sait pas ? Tandis qu'elle\nsait si bien cette difficile Rapsodie de Liszt que vous aimez\ntant entendre et que vous entendez très souvent, je gage ?\nLe piano est au salon, à côté de mon cabinet de travail. *\nEt cela vous amuse, hein ? d'entendre...\n...Eh! bigre non, cela ne m'amuse pas, vous vous en\ndoutez bien! Et s'il n'y avait pas les auditions, et la presse, et\nle docteur Machin !... Mais vous m'amenez à vous dire des\nchoses... des choses... homme cruel !\nDites homme compatissant, cher Monsieur Quelconque !\nL'histoire de Mlte Eléonore est celle de toute les jeunes person-\nnes qui étudient le piano dans nos Conservatoires ! Elles pas-\nsent douze années de leur vie...\n11 ans et demi !\n... elles consacrent 11 ans et demi de leur vie à faire des\ngammes pour jouer la Rapsodie n° 2 de Liszt, que le Pianola\njoue, sans avoir étudié, beaucoup plus proprement qu'elles, et\nque, i 5 jours après l'examen ou l'audition, elles ne sont plus\ncapables d'exécuter sans s'arrêter toutes les 8 mesures. Elles\nconsacrent 11 années et demie de leur existence à étudier le\npiano, sans penser un instant à la musique, sans connaître les"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.15", "texte": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE\n285\n\ncompositeurs, ni leurs styles, ni leurs œuvres, sans savoir\ntraduire leurs pensées par quelques accords naïfs, sans savoir\nni accompagner, ni transposer, ni faire de la musique d'ensem-\nble, sans même arriver à faire tant bien que mal danser leurs\namis et amies ! Sans arriver à procurer à leur papa, à leur ma-\nman, une seule sensation de satisfaction qui ne soit d'orgueil,\nune seule petite joie artistique complète ! Car, lorsque vous\navez des invités, Monsieur Quelconque, je gage que Mll® Eléo-\nnore ne veut même pas consentir à leur jouer sa grande\nRapsodie ?\nElle s'y refuse péremptoirement.\nElle s'y refuse parce qu'elle est toujours entre deux mor-\nceaux difficiles l'un à oublier, l'autre à étudier, ce qui fait\nqu'elle ne sait exécuter l'un ou l'autre qu'à une certaine heure,\nqu'à une certaine minute ! Elle et ses nombreuses compa-\ngnes ne savent pas ce que c'est que la musique. Et elles n'ai-\nment pas la musique ! La preuve en est qu'une fois mariées,\nelles abandonnent presque toutes leur instrument. Vos regrets,\nMonsieur Quelconque, - qui sont ceux de tous nos pères de\nfamilles, de tous les vrais musiciens, me prouvent que j'ai\nraison en proposant une réforme de l'enseignement musical\ndans les Conservatoires d'amateurs. Cette réforme est simple\net facile à pratiquer. Elle s'applique non seulement au piano,\nmais à tous les instruments, la voix y comprise. Elle consiste à\ninscrire au programme d'études tous les exercices pratiques qui\npeuvent former l'oreille et le goût et éveiller en l'esprit des\nélèves le sentiment de la personnalité. Elle consiste à familia-\nriser les amateurs avec le beau, à leur faire connaître les\nstyles des grands maîtres, à les mettre à même de les comparer\net de les analyser. Elle consiste à leur fournir un mécanisme\ninstrumental suffisant pour déchiffrer sans fautes des morceaux\nde moyenne difficulté, ainsi que des connaissances techniques\net esthétiques qui les mettent à même d'interpréter les œuvres\navec sentiment et sans sentimentalité, avec émotion et sans\nnervosité, avec rythme et sans tapage. Et que si des élèves sont\ndoués d'aptitudes physiques naturelles telles qu'ils puissent,\nsans pour cela devoir sacrifier les études de style, arriver à\ninterpréter des morceaux de haute virtuosité, qu'on les pousse\naux études de mécanisme ! Mais, pour Dieu ! pas avant d'avoir\nformé leur esprit et leur cœur àla compréhension et à l'amour\nde l'art ! Nous aurons alors des amateurs qui iront au concert,\nnon plus guidés parle snobisme, mais poussés par le désir de\ns'approcher du Beau ! Des amateurs qui goûteront mieux les\nœuvres, parce qu'ils seront familiarisés avec leur structure et\nen sauront analyser les procédés expressifs, parce qu'aussi ils"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.16", "texte": "286\nLE MERCURE MUSICAL\n\nauront eu préalablement l'envie de les étudier. Quant aux élè-\nves se destinant à la carrière d'artistes, ils ne seront plus entra-\nvés dans leurs études par la participation à leurs leçons de\ncamarades amateurs. Ils travailleront d'arrache-pied à surmon-\nter les difficultés techniques qui deviennent de jour en jour plus\ngrandes et aborderont aussi l'étude des questions philosophi-\nques et d'esthétique générale dont la connaissance est néces-\nsaire à l'artiste de nos jours. Quant aux professeurs enfin, ils\npousseront un bruyant et joyeux soupir de satisfaction, en se\nsentant déchargés de leur rôle ingrat de maîtres ès gammes et\narpèges, et ils seront heureux de redevenir ce qu'étaient jadis\nles maîtres de musique, des initiateurs au culte de l'éternelle\nBeauté !\n—Je saisis, cher Monsieur, toute l'importance de cette ré-\nforme, j'apprécie tous les avantages qu'elle présente... Mais la\nmise en action de vos idées, le programme d'études à rédiger,\nles moyens techniques d'obtenir les résultats artistiques que\nvous cherchez, que tout cela est compliqué, et difficile, sinon\nimpossible, de réalisation !\nTout cela est au contraire très simple. Il faut d'abord pré-\nsenter notre projet aux musiciens professionnels de notre pays.\nPuis leur demander ceci :\nPeut-on enseigner à des enfants musicalement bien doués :\ni° à écouter la musique et à Ventendre ?\n2° à déchiffrer ?\n3° à phraser et à faire des nuances, sans imiter servilement des\nmodèles ?\n4° à transposer ?\n5° à improviser ?\n6° à noter mélodies et harmonie?\n7° à avoir une idée générale du mouvement musical à travers\nles âges, à connaître les\ncélèbres, avec exemples à l'appui, citation de thèmes, etc. ?\n8° à comprendre et à savoir en deux mots -- la musique ?\nIl n'est pas d'autre question à poser, Monsieur Quelconque !\nSi les professionnels de notre pays répondent à notre ques-\ntionnaire, la réforme est accomplie, car les moyens sont des\nplus faciles. Il ne s'agit que de se mettre à enseigner ce que l'on\nn'enseignait pas.\n—Et que répondront, à votre avis, les professionnels de\nnotre pays ?\nlls répondront : oui.\nMais qu'adviendra-t-il des enfants non doués musicale-\nment ?\nOh, ceux-là, on les élimine !"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.17", "texte": "LES ÉTONNEMENTS DE M. QUELCONQUE\n287\n\nVous êtes radical, cher Monsieur ! Mais une fois ce oui\nobtenu, que ferez vous ?\nNous irons visiter les membres de comités de Conserva-\ntoires et leur dirons : « Vous vous dévouez, Messieurs, depuis\nlongtemps aux progrès de la musique en notre pays. Pour tous\nvos efforts persévérants, pour votre zèle et vos nobles et artis-\ntiques intentions, tous les musiciens vous sont reconnaissants !\nMais nous avons la certitude que vous n'êtes pas dans la\nbonne voie. Nous venons vous demander de faire de vos élèves\ndes musiciens et non des virtuoses. La réforme de l'enseignement\nest facile à opérer. Nous nous en chargeons si vous y consentez.\nDites oui et vous rendrez service à l'Art et au pays ! »... Que\npensez-vous que répondront à cela les plus intelligents et\nles plus musiciens de ces messieurs, Monsieur Quelconque ?\nIls répondront : oui !\nEt les autres, ceux qui...\nOh, ceux-là, on les élimine !\nVous êtes radical, Monsieur Quelconque !\n\nE. Jaques-Dalcroze."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.18", "texte": "UN DERNIER MOT\nSUR ALFRED BRUNEAU\n\nJ'ai déjà traité et même, à ce qu'il me semble, épuisé le néant\nde ce sujet. Je n'y reviendrais pas, si cette non-musique ne trou-\nvait encore de quasi officiels apologistes. Une revue très\nmince, mais qui « s'honore d'une souscription du Ministère\nde l'lnstruction publique », veut nous apprendre « qu'il n'est\npas permis de contester à M. Bruneau les dons supérieurs de\nl'artiste : tout d'abord, le plus grand de tous, l'émotion sincère et\nprofonde» une mélodie abondante et pleine, prolongée\", d'une\nétoffe très solide; la science de l'écriture musicale et de labellecon-\nstruction symphonique ». Et comme type de ces mélodies indé-\nchirables et de ces architectures cyclopéennes, on nous cite le\nprélude de Y Enfant Roi.Tous ceux qui ont écouté une seule\nligne de la partition prônée concluront que l'auteur anonyme\nde ce pâteux panégyrique parle de la musique comme un aveugle\ndes couleurs. A ceux-là je conseille de tourner les talons aussitôt,\net de ne pas me suivre dans le Musée des horreurs que je vais\nentr'ouvrir une fois encore, la dernière, espérons-le. Mais\nd'autres lecteurs, en Province ou à l'Étranger, peuvent s'en\nlaisser imposer un instant, et croire qu'il y a malgré tout\nquelque chose de commun entre M. Alfred Bruneau et la\nmusique française moderne. C'est une erreur que pour l'hon-\nneur de notre pays il importe de cautériser promptement : les\nchoses que M. Bruneau couche sur le papier ne sont ni fran-\nçaises ni allemandes, ni anciennes ni modernes, ni passionnées\nni sereines, ni simples ni compliquées, ni mélodiques, ni har-\nmoniques, ni rythmiques : et, cela, pour la raison péremptoire\nque ces amas de notes ne sont, à aucun degré, de la musique.\nC'est ce que j'ai déjà montré à propos de l'Ouragan, et l'ap-\nprobation unanime des musiciens (i) m'est une preuve que j'ai\n\n(i) Il va sans dire que je ne veux parler ni de « l'aliboron du Monde\nmusical », à qui le Monde artiste du 3o juillet dit si drôlement son fait, ni\nde l'universelle incompétence d'un Camille Mauclair."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.19", "texte": "UN DERNIER MOT SUR ALFRED BRUNEAU\n289\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntouché du doigt l'évidence. Il n'y a, de l'Ouragan à Y Enfant Roi,\nqu'une seule différence : la musique de cette dernière partition\nest plus factice et plus vide encore. Voici la première phrase du\nprélude : c'est un appel d'une solennité niaise, que Meyerbeer\neût méprisé avec raison:\nAyant extirpé cette belle chose des circonvolutions les plus\nreculées de son cerveau, M. Bruneau, qui est un homme fort\ndécent, a voulu rhabiller, avant de la présenter en public.\nMais comme son génie ingrat, après un tel effort, lui refusait\nobstinément un contresujet ou une harmonie congruente, force\nlui a été de revêtir son idée avec un lambeau d'elle-même, pris\nen mouvement accéléré suivant une recette chère à l'école :\nIci M. Bruneau s'est reposé, aussi fier que le Créateur\nlorsqu'il eut tiré notre mère Eve d'une côte d'Adam. Puis il\ns'est dit : « Attention ! ne prodiguons pas d'un seul coup tant\nde richesses. » Et il nous a fait entendre, dans une première\nmesure, le motif d'accompagnement seul, auquel vient astucieu-\nsement se joindre ensuite le motif principal. Nous obtenons\nainsi quatre mesures; après quoi la nécessité de moduler s'im-\npose. Puisque nous sommes dans un paisible ut majeur,\nprenons, par exemple, la tonalité de majeur, qui est très\néloignée, et assénons-la brusquement. Retombons en sans\ncrier gare, puis en avant le ré bémol majeur! Pourquoi ? Parce\nqu'ayant d'abord passé au demi-ton inférieur, les règles de la\nsymétrie exigent une parallèle excursion de l'autre côté. Et voilà\nnotrepremière page construite, sansquenous ayons eu besoin un\nseul instant de faire appel au sentiment musical. Un sourd-muet\nà qui l'on eût enseigné le contrepoint n'aurait pas mieux exécuté\nce tour de force.\nCette première page, répétée, nous fournira la fin du prélude,\navec cette seule différence que nous commencerons par la mo-\ndulation en ré bémol,devenu ici mineur, et que la phrase se\ntransportera ensuite non plus en mais en mf, pour préparer\n(combien laborieusement !) le ton de la qui sera celui de notre\npremière scène. Reste à trouver le compartiment central, qui\ntiendra séparées les deux parties semblables et achèvera ce\nrudimentaire échafaudage. Il s'agit ici d'être élégiaque et tendre,\n\n20"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.20", "texte": "290\nLE MERCURE MUSICAL\n\nafin que le contraste secoue les plus épaisses nervosités. Quelle\ntonalité choisir? Du bémol, sans aucun doute, et par exemple\nla bémol. Mais une tonalité ne suffit pas, hélas ! Il faut\nquelque chose qui de loin au moins ressemble à une mélodie.\nOù trouver cela, ô sainte Justice, ô divine Vérité? Prenons-nous\nla tête à deux mains, pensons, calculons, combinons, et surtout\nsoyons émus, ventrebleu ! Versons de chaudes larmes sur le\npère, et la mère, et l'enfant, et sur Paris, et sur ceux qui tra-\nvaillent, et sur le pain qu'ils pétrissent avec éloquence. Rien ne\nvient encore ? Invoquons alors la sainte mémoire de l'homme\nqui jamais, au grand jamais, ne sut ce que c'était qu'une\nphrase : Emile Zola. Mais le grand ami qui de lui-même posa\nsur son front la couronne des martyrs garde enfin un silence\ndont il ne connut jamais le prix sur terre. Il nous laisse nous en\ntirer comme nous pourrons. Alors nous alignerons des notes,\nau petit bonheur. Ecrivons l'accord parfait, d'abord en position\nde sixte et en montant, puis en quarte et sixte descendante :\nAjoutons quelques notes de passage et broderies à la première\nébauche, et à la seconde un ornement où se retrouve le souve-\nnir de nos anciennes études de violoncelle, et nous obtiendrons\nles deux tronçons suivants :\nC'est là que le panégyriste précité tombe en extase, et nous\nrévèle qu'en ces suites de notes « M. Alfred Bruneau a mis tout\nson cœur ». J'avais, pour ma part, une plus haute idée du cœur\nde M. Bruneau. Mais on n'est jamais mieux trahi que par un\nsot ami. Ces mélodies en effet peuvent faire sourire au premier\nabord par une certaine rondeur facile, qui rappelle les plus\nmauvais moments de M. Massenet. Mais on s'aperçoit ensuite\nqu'elles n'ont même pas le mérite de la banalité : elles n'existent\npoint, c'est tout ce qu'on en peut dire. Ce sont des notes mises\nau bout l'une de l'autre sur du papier à cinq lignes, mais où\nnulle oreille musicale ne reconnaîtra jamais une suite, un en-\nchaînement quelconque. Nous allons maintenant étirer le"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.21", "texte": "UN DERNIER MOT SUR ALFRED BRUNEAU\n291\n\npremier de ces simili-motifs en y ajoutant d'insipides rosalies\n(groupes de notes transposés de degré en degré). Comment l'ac-\ncompagner ? Mais tout simplement en tierces, puisque nous ne\ntrouvons pas et ne trouverons jamais d'harmonie caractéristique\net colorée :\nQuant au second, nous le ferons reposer sur le motif d'ac-\ncompagnement du début : et il se trouvera peut-être un critique\nassez pédantesquement ignorant pour s'exclamer, à cet endroit,\nsur notre « science » :\nCet accompagnement est si beau d'ailleurs, qu'il continue\nmême après épuisement de nos deux mesures de notes, agré-\nmenté alors d'arbitraires contrepoints, dont l'ineptie est digne\ntout au plus d'une classe élémentaire de quelque Conservatoire\nde province :\nEt l'officieux commentateur devient ici le plus féroce des iro-\nnistes inconscients. « Vous remarquerez, dit-il, que chez tout\nautre compositeur cette page eût facilement incliné vers un peu\nde banalité ; ici elle garde toujours un sens élevé. » Que nos\ncompositeurs se rassurent : pas un, à ma connaissance, n'eût eu\nle triste courage d'écrire et de mettre en partition de telles ina-\nnités.\nJ'ai terminé mon analyse ; si j'ai fait souffrir M. Bruneau, qu'il\nnie le pardonne. Je n'ai pas souffert moins que lui à relire, une\nfois encore, une œuvre aussi maudite d'Apollon. Je n'y ai pas\ntrouvé la plus légère trace de musique. Je renonce à comprendre"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.22", "texte": "292\nLE MERCURE MUSICAL\n\npourquoi un galant homme s'obstine à élaborer péniblement de\nvolumineuses partitions, alors que la nature lui a radicalement\nrefusé l'inspiration, le talent et même le simple instinct musical.\nCela rappelle le mot d'un ancien régent de notre Palais-\nGarnier : « Je n'ai pas de chance : me voilà directeur de l'Opéra,\net je déteste la musique ! » Mais il y a cette différence que\nM. Bruneau est l'artisan de sa propre infortune. C'est lui\nqui s'est condamné lui-même aux affres de l'impuissance et aux\naffronts de l'insuccès ! Pourquoi ? Par quelle folie ascétique ?\nPar quelle besoin furieux de mortification ? Saint Bruneau\ndépasse en rigueurs saint Bruno.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.23", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nLa suite de la dissertation de M. Riemann est si singulière que,\ntout d'abord, on se demande si l'examen n'en serait pas aussi\nsuperflu qu'oiseux. Le contenu en est évidemment suranné.\nPourtant, M. Riemann n'a jamais désavoué publiquement cet\nopuscule; au contraire, nous le verrons ailleurs, et beaucoup\nplus tard, employer des arguments analogues, en se réclamant\nencore de Helmholtz pour faire état d'une hypothèse reconnue\ndepuis bien longtemps inexacte. Il peut donc importer de relever\nles erreurs propagées sous le couvert d'une telle autorité, et il\nne semblera peut-être pas non plus inutile de suivre pas à pas,\ndans la pensée de M. Riemann, la curieuse genèse de sa théorie.\nJusqu'à présent, M. Riemann ne paraît guère avoir obéi à\nune quelconque idée directrice, en procédant à ses expériences.\nAucune ne répond perceptiblement à un but précis. Si on n'était\npas prévenu qu'il s'agit de « l'existence objective des sons infé-\nrieurs », on se demanderait à quoi elles riment. On dirait que\nM. Riemann a voulu simplement s'offrir la distraction d'enten-\ndre des sons résultants, et, ayant choisi l'harmonium, il est tout\nsurpris de ce qu'il obtient sur cet instrument, où les sons désirés\nsont exceptionnellement nombreux et forts. Il s'amuse à altérer\nun intervalle pour voir ce qui arrivera. Les expériences se suc-\ncèdent sans qu'on puisse discerner la raison cohérente de leur\nenchaînement, sans qu'on aperçoive, entre elles, un rapport\nprésumable, et autre chose de commun que les étonnements de\nl'opérateur. Le reste de la brochure esta l'avenant. Remarques\net déductions se déroulent à la file, en alinéas numérotés, et\nM. Riemann s'étonne toujours.\nIncité par son observation précédente, il est de nouveau\n« frappé » (p. 6, § 4) de l'effet disproportionné produit, par\nl'altération minime d'un intervalle, sur la hauteur du plus\ngrave des sons résultants possibles. Il s'émerveille que, ce son\nrésultant le plus grave étant un d'une hauteur donnée pour\n\n(1) Suite. Voir les numéros 1, 3 et 5 du Mercure musical."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.24", "texte": "294\nLE MERCURE MUSICAL\n\nla tierce majeure juste Ré (4) fa dièse (5), il tombe àla neu-\nvième inférieure (Do) pour la tierce légèrement faussée (9)\nFA dièse (11), et que, pour une altération intermédiaire, pour\nune moindre diminution, Ré(i3) dièse (16), il descende\nmême une octave et une sixte au-dessous du de la tierce\njuste, en devenant un fa dièse un peu trop bas.\nM. Riemann confond ici tranquillement la hauteur absolue\ndes sons d'un intervalle et leur rapport de vibrations. C'est ce\nrapport seul, exprimé sous sa forme irréductible, qui détermine le\nnombre des sons résultants possibles. La tierce majeure Ré (4)\nfa dièse (5) donne 4 sons résultants distincts, les sons 1, 2,\n3 et 4. A la hauteur absolue d'un de 36 vibrations et d'un\nfa dièse de 45 vibrations, elle ne donnera pas un son résultant\nde plus, mais ils feront respectivement 9, 18, 27 et 36 vibra-\ntions. En revanche, la tierce Ré(9)— FA dièse (11), qui donne\nles 10 sons résultants distincts 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10, en\ndonnera autant et pas un de moins, si on la transporte àla\nmême hauteur absolue, soit Ré (36) FA dièse (44), mais ces\nsons feront respectivement 4, 8, 12, 16, 20, 24, 28, 32, 36 et 40\nvibrations. Nous n'avons pas à tenir compte, ici, des harmo-\nniques, qui ne fourniraient que des sons résultants nouveaux\n(distincts des précédents) plus élevés, et il est facile de constater\nque, pour un intervalle basé sur un Ré de 36 vibrations, le son\nrésultant le plus grave fera 9 vibrations avec la tierce majeure\n(|), et n'en fera plus que 4 avec la tierce fausse (V-), et qu'entre\nces deux sons, Ré (9) et Do (4), il y aura la distance d'une neu-\nvième majeure. Si nous comparions de la même manière les\ntierces | et rf, nous trouverions, comme son résultant le plus\ngrave, pour la tierce majeure (|) juste, (52) —fa (65),\nun Ré de i 3 vibrations, et pour la tierce (ff) fausse, Ré (52 )\nfa dièse (64), un fa dièse (un peu bas) de 4 vibrations. Il est\naisé de comprendre le pourquoi de ces différences, et, ce qui\nserait étonnant, et même inconcevable, c'est qu'on ne les ren-\ncontrât point.\nM. Riemann, néanmoins, en est suffisamment «frappé » pour\nen tirer des conclusions inopinées. « La cause de l'apercep-\ntion (représentation consciente) des sons résultants, continue-\nt-il (p. 7, § 5), ne peut être, qu'en partie, purement mécani-\nque. Si cette aperception dépendait uniquement de la différence\nde vitesse des vibrations (c'est-à-dire de la différence entre\nles nombres de vibrations pour un temps donné), en alté-\nrant graduellement un intervalle, on devrait constater une\nélévation ou un abaissement progressifs de la hauteur du son\nrésultant... »\nEncore qu'il cite à ce propos Helmholtz, et profite d'une"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.25", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n295\n\nfaute d'impression probable (i) qu'il ne sait pas corriger lui-\nmême, M. Riemann confond ici le son résultant de premier\nordre, et le plus grave de tous les sons résultants possibles,\nlequel est quelquefois un son résultant d'ordre subalterne;\nmais, en même temps et toujours, le son de la « ré-\nsonance » à quoi appartient l'intervalle considéré. C'est exclusi-\nvement le son résultant de premier ordre, le premier possible,\nqui dépend de la différence des vibrations, et il est clair que,\n« en altérant graduellement un intervalle » quelconque, on\nobtiendra fatalement « une élévation ou un abaissement pro-\ngressifs de la hauteur du son résul »\nAu contraire, la hauteur absolue du son fondamental de la\nrésonance, ou son résultant le plus grave, dépend exclusive-\nment du rapport de vibrations des sons de l'intervalle, exprimé\nsous sa forme la plus simple ou irréductible. Une tierce majeure\n| donnera un nombre de sons résultants possibles dont\ngrave sera, le son i, c'est-à-dire un son faisant 5 fois moins de\nvibrations que le son le plus aigu de 1 intervalle et 4 fois moins\nque l'autre son- Que la même tierce majeure | soit représentée,\nen vibrations réelles, par f£, H, fi m, ou autrement, c'esttou-\njours et exclusivement l immuable rapport de vibrations l qui\ndétermine la hauteur absolue du son résultant le plus grave,\nlequel, faisant 1 vibration pour la tierce®, fera, pour les autres\nrespectivement, 10, 9, 13 et 117 vibrations et constituera, dans\ntous les cas, comme son fondamental de la résonance, l'unité de\nvibration dont le nombre de vibrations, non seulement des\nsons de l'intervalle, mais de tous les sons résultants possibles,\nsera un multiple entier.\nSi, supposant un Ré de 468 vibrations réelles, nous amenons\nà la même hauteur absolue les intervalles |, fi et V de M. Rie-\nmann, nous trouverons, en effet, une progression descendante\npar demi-tons pour le son résultant de premier ordre, de hau-\nteur déterminée par la différence des vibrations; à savoir, pour\nla tierce majeure (|) juste, Ré(46B) —fa (585), un Ré de\n117 vibrations; pour la tierce (ff) fausse, (468) dièse\n(576), un do dièse (un peu bas) de 108 vibrations; et pour la\ntierce l~)altérée, Ré(46B) —FA dièse (572), un de 104 vi-\nbrations.\nMais le rapport de vibrations de la tierce majeure (f) nous\n\n(1) Le C de Cis, chez Helmholtz, ne peut être évidemment qu'une faute\nd'impression pour l'altération §f citée par M. Riemann, puisque la tierce\nmajeure | juste ou §§ donne le son résultant (i 3) ou\n\"■ et la tierce faussée II ou H donne le son do dièse (12) ou cis, et non pas\ntisdont la majuscule indiquerait un abaissement d'une octave au-dessous\nde cis."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.26", "texte": "296\nLE MERCURE MUSICAL\n\nmontre que le son résultant de y est en même\ntemps le plus grave (5 4=l) de tous les sons résultants\npossibles. La tierce majeure Hf est donc incapable de produire\nun son résultant plus grave qu'un Ré de 117 vibrations; tandis\nque le rapport {f, nous fournissant le son 3 comme résultant\nde premier ordre (16 —l3 = 3), nous indique que la tierce\nfausse Hf a, pour son résultant un son faisant\n3 fois moins de vibrations que le dièse (108), c'est-à-dire un\nfa dièse de 36 vibrations. Pareillement, le avec le\nson 2 comme résultant de premier (11 —9 2), nous\nrévèle que la tierce altérée H| a, pour son résultant\ngrave, un Do de 52 vibrations.\nIl y a donc là deux phénomènes bien distincts : d'une part,\nle premier son résultant possible, déterminé par la\nabsolue des nombres de vibrations des deux sons de l'inter-\nvalle ; d'autre part, le nombre des sons résultants possibles,\ndont dépend la condition du son résultant\nnombre possible déterminé par le des\nsons de l'intervalle, indépendamment de leur hauteur absolue.\nCette distinction a échappé à M. Riemann. Il brouille tout\net se perd dans le méli-mélo qu'il crée lui-même, en essayant\nd'en expliquer la complexité déconcertante et illusoire.\n« A mon avis et d'après l'expérience que j'en ai, dit-il, et\nc'est lui qui souligne (p. 7, § 5), la chose doit se passer de\ntelle sorte que, en abaissant graduellement le son aigu d'une\ntierce majeure 112, le son résultant descend vers le grave, non pas\npar bonds irréguliers, mais peu à peu, par une marche insensi-\nble et progressive; et, en même temps, il reste toujours le « son\ninférieur » juste d'au moins l'un »\nDe quel son résultant M. Riemann veut-il parler, en disant\n« ... le son résultant... »? Il y en a beaucoup. Mais rien que\ndes deux dont il s'occupe surtout, lequel est-ce? Le plus grave\nde tous, ou bien le son résultant On est\ninduit à croire que c'est bien celui-ci, puisqu'il « ... descend\nprogressivement vers le grave... ». Mais comment M. Riemann\npeut-il prétendre que cedit son résultant, au cours de sa des-\ncente progressive, « reste toujours le d'au\nmoins l'un des sons de 1 intervalle » ? Il vient de nous présenter\nplusieurs intervalles dont trois tierces correspondant aux rap-\nports ri et V. Nous avons reconnu la « descente progres-\nsive » par demi-tons de leurs sons résultants\nrespectifs. Examinons donc la position de ceux-ci en qualité de\n« sons inférieurs ».\nPour la tierce majeure juste |, ce son résultant de premier\nordre fait 1 vibration, c'est-à-dire, pour un temps donné, 4 fois"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.27", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n297\n\net 5 fois moins de vibrations que les sons de l'intervalle : il est\ndonc le « son inférieur 1 » de l'un et le « son inférieur f » de\nl'autre.\nMais pour la tierce faussée rt> ce son résultant de premier\nordre, distant du précédent d'un demi-ton, fait 3 vibrations dans\nle même temps que les sons de l'intervalle en font respective-\nment i 3 et 16, autrement dit, fait/s (trois treizièmes) et du\nnombre de vibrations de ces sons. Il n'est donc le « son infé-\nrieur » ni de l'un, ni de l'autre ; car la série des « sons inférieurs »\nde M. Riemann, selon ses propres instructions, est l'inverse de\nla série des « harmoniques supérieurs » et composée de sons\nfaisant i, 3, 4, 5, 6, etc., fois moins de vibrations que le son\n« prime » fondamental aigu, c'est-à-dire en nombre correspon-\ndant à la série des sous-multiples entiers du nombre de vibra-\ntions de ce son « prime » aigu. Et, en effet, on chercherait en\nvain, parmi les « sons inférieurs » d'un de i 3 vibrations et\nd'un fa dièse de 16 vibrations, un dièse de 3 vibrations, et,\nmême en continuant la série de ces « sons inférieurs » jusqu'à\nl'infini, on n'y rencontrerait jamais un son correspondant à une\noctave de ce do dièse plus ou moins éloignée dans le grave.\nEnfin, si nous accompagnons, plus loin, ce son résultant de\npremier ordre dans sa descente progressive, nous trouvons,\npour la tierce altérée T, un Do de 2 vibrations, lequel, à cette\nhauteur absolue, n'existe pas,lui non plus, parmi les « sons\ninférieurs » d'un Ré de 9 vibrations ou d'un FA dièse de 11 vi-\nbrations. Le premier Do correspondant qu'on puisse trouver,\ndans la série des « sons inférieurs », est un Do de 1 vibration,\noctave grave du Do (2).\nNous venons d'examiner les intervalles de M. Riemann sous\nla forme de leur rapport irréductible. Si nous exprimons la\ntierce majeure f en vibrations réelles, nous aurons, pour la\ntierce juste Ré(46B) fa dièse(sßs), le son résultant\nmier ordre Ré de 117 vibrations (585 —468 == 117). Et de\nmême que le Ré(1) de tout à l'heure vis-à-vis de la tierce Ré (4)\n—fa dièse (5), ce Ré (117) sera le « son inférieur £»du fa dièse\n(585 :5 = 117), et le « son inférieur {»du Ré (468 : 4 117).\nSi, conformément aux indications de M. Riemann, nous alté-\nrons graduellement cette tierce majeure juste m, en abaissant\nchaque fois le son aigu de 1 vibration, il arrivera naturellement\nque le son résultant de premier déterminé par la\nrence des vibrations, « descendra peu à peu vers le grave, par\nune marche insensible et progressive ». Nous obtiendrons ainsi,\npour une tierce !-§-£, un son résultant de 116 vibrations ; pour\nune tierce fff, un son résultant de 115 vibrations; pour une\ntierce fff, un son de 114 vibrations; pour une tierce ff|, un son"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.28", "texte": "298\nLE MERCURE MUSICAL\n\nde 113 vibrations ; etc. Et nous devrons constater que, jusqu'ici,\naucun des sons résultants obtenus n'existe dans la série des\n« sons inférieurs », ni de l'un, ni de l'autre, des sons de l'in-\ntervalle correspondant.\nAprès ces vérifications diverses, on ne s'explique déjà pas\ntrop comment M. Riemann a pu trouver que « le son résultant,\ndescendant progressivement vers le grave,... reste toujours le son\ninférieur juste d'au moins Vun des sons de l'intervalle ». Mais si\nM. Riemann avait réfléchi un instant, il aurait songé que, pour\nles deux sons de tout intervalle quelconque, possible et imagi-\nnable : ou bien les nombres de vibrations respectives sont pre-\nmiers entre eux ; ou bien ces nombres de vibrations sont des\nmultiples de deux nombres premiers entre eux et, dans ce cas,\nils ne représentent rien autre chose que le rapport irréductible\ndont ils constituent l'expression plus ou moins complexe, et sont\nsoumis aux lois qui régissent ce rapport.\nOr, deux nombres premiers entre eux ne sont jamais,\nni Vautre, divisibles par leur différence, sinon lorsque cette\ndifférence est i. Pour la tierce majeure fff, ou pour n'importe\nlaquelle des innombrables manières d'exprimer la tierce f en\nvibrations réelles, on pourrait se divertir à chercher, en dimi-\nnuant graduellement l'intervalle, combien de fois il arrive que\nle nombre de vibrations du son résultant de premier ordre soit\nréductible à l'unité. Alors, et seulement alors, le son obtenu\nappartiendrait à la série des « sons inférieurs » de l'intervalle.\nCela n'arriverait certes pas « toujours ». Rarement, d'abord;\npuis, à mesure qu'on resserrerait l'intervalle, de plus en plus\nfréquemment de la seconde maxime f à l'unisson.\nMais, si, pour apparaître en qualité de « son inférieur » au\ncours de la « descente progressive », le son résultant de premier\nordre doit nécessairement être ou représenter le son i, alors il\nest le « son inférieur commun » des sons de l'intervalle. Et\nil s'ensuit que « le son résultant descendant progressivement\nvers le grave » ne peut JAMAIS être ou « rester le son inférieur\njuste de Vun, seulement, des sons de l'intervalle <> puisqu'il l'est\ntoujours nécessairement de tous ensemble, chaque fois\nqu'on le rencontre apte à jouer le rôle de « son inférieur ».\n(A suivre.)\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.29", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nECLIPSE D'ÉTOILE.\nToujours à la recherche des pourquoi et des comment, sou-\ncieux de vérité, plein de la passion de l'inédit, qu'il s'agisse d'un\naveu échappé à des lèvres mortes aujourd'hui, des hommages\nlointains rendus au génie, d'un peu de gloire, par endroits\nvoilée d'ombre, je glane de menus faits, des preuves délaissées\npar d'autres qui les tinrent sans doute pour négligeables; enfin,\nje collectionne des tenants et des aboutissants qui seront de mo-\ndestes contributions apportées à l'histoire des grands artistes,\ndes personnalités secondaires mal connues de nos jours, de tous\nles artisans du passé. Ce faisant, je n'ignore point que je serai\nregardé comme un amateur de fragiles détails, un amoureux\ndépoussiérés inutiles. Et pourtant j'ai conscience défaire bonne\nbesogne, car rien ne doit paraître indifférent de ce qui touche\nàla mémoire des noms glorieux. Gela dit pour répondre aux\nquelques « observations » d'un lecteur qui pense que « vouloir\ncompléter certaines biographies, c'est faire oeuvre d'inventeur\nde curiosités, sans besoin apparent ».\nJe continuerai donc mon métier de glaneur, car, outre qu'il\nme procure de rares plaisirs, je le tiens pour assez difficile et\ndigne d'intérêt.\nDernièrement, ayant eu l'occasion de relire quelques études\nconcernant Henriette Sontag, je fus frappé par l'absence de tout\ndétail sur le retour possible, à Paris, de la grande cantatrice, en\niB3o. Quoi ? pensai-je, au lendemain de son triomphe à Lon-\ndres, à la suite de ses brillantes étapes aux Italiens, en 1826 et\n1828, la Sontag n'aurait pas été sollicitée de reparaître sur la\nscène qui avait consacré son merveilleux talent ? Cela me pa-\nraissait improbable. Je cherchai. J'ai trouvé.\nMais pour présenter ma trouvaille, il me faut jeter un rapide\nregard sur les débuts de la célèbre Rosine.\nC'est le 15 juin 1826 queMlle Sontag, venant de Berlin, où elle\navait été applaudie et couronnée, se présenta aux suffrages du"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.30", "texte": "300\nLE MERCURE MUSICAL\n\npublic parisien. Elle avait alors 21 ans et se faisait remarquer\npar la décence de ses manières, sa démarche aisée, le charme\nde son physique et la beauté de son organe.\nDans le Barbier de Séville, elle produisit un effet énorme,\ncar elle excellait surtout dans le genre de Rossini, et sa vocali-\nsation facile faisait d'elle la meilleure interprète du maître ita-\nlien.\nLe rédacteur du Figaro d'alors disait, entre autres choses,\ndans sa chronique :« A peine Mlle Sontag a-t-elle fait entendre\nles premières phrases de sa cavatine, que des applaudissements\nmérités ont fait disparaître l'émotion naturelle qu'elle éprou-\nvait... Mlle Sontag est déjà actrice ; son séjour à Paris achèvera\nde la former. Une physionomie piquante et pleine d'expression,\nbeaucoup de finesse et de grâce, voilà des qualités précieuses,\net qu'elle saura mettre à profit. Mais qu'elle se garde de les\noutrer. »\nSon engagement avait été fait par l'intermédiaire de Mau-\nrice Schlesinger, le 14 mai 1826. Il arrêtait que l'artiste alle-\nmande se mettait « à la disposition de l'Académie royale de\nMusique et du Théâtre-Italien depuis le i 5 juin jusqu'au 3i\njuillet et qu'elle s'engageait à donner pendant le temps précité\n12 représentations ». L'Administration s'engageait de son côté\nà lui faire payer la somme de douze mille francs pour prix des\ndouze représentations.\nLe 23 juillet 1826, un nouvel engagement liait la Sontag au\nThéâtre-Italien pour une durée de deux années, à dater du i 5\ndécembre 1827 jusqu'au 14 décembre 1829 et au prix de\n35.000 francs par an. Ce contrat comportait les articles addi-\ntionnels suivants : « Mlle Sontag jouira dans les deux ans de\n« son engagement, d'une représentation à son bénéfice garantie\n« à la somme de dix mille francs, et composée d'un opéra nou-\n»< veau, non encore joué à Paris. Elle pourra pour cette repré-\n« sentation augmenter le prix des places si bon lui semble. Elle\n« aura droit à un congé de deux mois consécutifs chaque\n« année, entre le iBr avril et le 3o juin; mais l'administration\n« en fixera l'époque, et aura la faculté de prolonger d'un mois\n« chaque congé, dans la ville où se sera volontairement rendue\n« ladite demoiselle Sontag ; elle se réserve aussi le droit de\n« l'envoyer à Londres, en lui payant ses frais de voyage pour le\n« retour, et son logement. Pendant ce mois cette artiste jouera\n« au profit et pour le compte de l'Académie royale de musique,\n« mais jouira de son traitement ordinaire de trente-cinq mille\n« francs, ainsi que du produit des concerts dans lesquels elle\n« se fera entendre.\n« Dérogeant à une portion de l'article Mlle Sontag aura"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.31", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n301\n\n« la liberté de se retirer du théâtre pour se marier, mais ne\n« pourra le faire qu'à l'expiration du septième mois de service\n<. actif qui suivra celui où elle aura prévenu l'administration,\n« et par écrit, de son dessein de retraite (i). »\nCe dernier paragraphe s'explique ainsi. La jeune cantatrice\navait fait connaissance à Berlin, en 1824, du comte Rossi,\nsecrétaire de la Légation. Fort épris de la diva, le comte avait\nvoulu l'épouser dans la grâce de ses dix-neuf printemps ; mais\nsa famille et le prince régnant de son pays s'y étant opposés,\nles deux fiancés prirent patience, tout en affirmant leur désir de\nse marier.\nAprès un nouveau stage à Berlin, la Sontag revint à Paris,\noù, en janvier 1828, dans Desdemona, elle obtenait un prodi-\ngieux succès. Bientôt elle devenait la rivale de la Malibran dans\nune troupe sans égale qui comptait Mme Rossi, Mlles Amigo,\nHeineffeter et MM. Profeti, Graziani, Zuchiudi, Donzelli,\nZuchelli, Bordogni, etc. L'année suivante elle alla à Londres et\nsa représentation à bénéfice produisit la somme énorme de\ncinquante mille francs.\nCependant la blonde Henriette songeait toujours à son cher\ncomte. Celui-ci, dont les démarches auprès des siens et de la\ncour piémontaise avaient été renouvelées sans succès, l'épousa\nsecrètement et lui permit de contracter un nouvel engagement\nau Théâtre royal de Berlin. C'est en cette ville qu'elle reçut la\nlettre suivante écrite « sous l'approbation et en présence de\nRossini » :\n« Bologne, Palazzo Rossini, le 3o avril iB3o.\n« MADEMOISELLE,\n« A l'époque où j'ai obtenu de la maison du roi la direction du Théâtre\n« royal italien de Paris pour succédera l'entreprise de M. Emile Laurent,\n« j'eus l'honneur de vous l'écrire à Londres où vous étiez alors, en juil-\n« let 1826, en vous exprimant tout mon désir de vous compter toujours au\n« premier rang de nos premières cantatrices. Vous ne m'avez point répondu ;\n« je suis parti un mois après pour l'ltalie où je suis encore depuis ce mo-\n« ment et où j'apprends, par la voie des journaux, que vous venez de con-\n« tracter avec le Théâtre royal de Berlin un nouvel engagement à l'expiration\n« duquel vous vous proposez d'aller donner des concerts en Russie.\n« Cette nouvelle me rassure puisqu'elle dément les buits de votre pré-\n« tendue retraite du théâtre qui ont circulé et auxquels je vous avoue que\n<( je n'ai pu ajouter foi, parce qu'il me serait impossible qu'à peine arrivée\n<( au plus haut degré d'élévation, passionnée comme vous l'êtes pour votre\n(( art, vous y renonciez si jeune, et dans le moment où ce talent acquiert\n(( chaque jour un nouveau degré de perfection.\n\n(i) Archives du Théâtre-Italien."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.32", "texte": "302\nLE MERCURE MUSICAL\n\n« J'aurais été heureux et fier de vous compter parmi les plus beaux talents\n« qui forment ma compagnie pour la première saison de ma Direction :\n« voyant que vous ne me répondiez pas, il a bien fallu que je la formasse\n« sans vous pour ma première année ; mais j'ai la direction et entreprise\n« du Théâtre royal italien de Paris pour dix années consécutives, et puis-\n« que vous n'avez pas quitté la carrière théâtrale, j'espère, Mademoiselle,\n« que vous n'avez pas renoncé pour toujours au séjour de Paris où votre\n<( beau talent est si justement apprécié et applaudi, et où vous êtes chérie\n« et honorée comme vous le méritez. J'ai su tous vos succès de l'hyver der-\n(( nier, le noble emploi que vous avez fait de votre dernière soirée qui fut\n<( si brillante et si mémorable, et à ces traits, j'ai bien reconnu M.Ue Sontag !\n« Homme de la société, et amateur passionné de la musique, j'ai pris la\n<( direction du Théâtre royal italien de Paris, non pour en faire une spécu-\n« lation mercantile, mais pour le porter au plus haut degré de perfection\n<( en y réunissant et faisant paraître tour à tour tous les plus beaux talents\n(( de l'Europe. Vous voyez, Mademoiselle, que votre place s'y trouve na-\n« turellement marquée, et vous me connaissez assez pour que j'ose me\n« flatter que sous ma direction les artistes n'auront pas à se plaindre des\n« égards et des soins qu'il méritent.\n« Il est impossible que vous ayez pu concevoir l'idée de ne plus vous faire\n« entendre à Paris. J'ai donc l'honneur de vous proposer d'y revenir, pour\n<( une, deux, trois ou quatre saisons de sept mois chacune, du ier octobre à\n« la fin d'avril de chaque année, avec liberté complète d'aller où vous\n« voudrez le reste de chaque année. Déterminez vous-même le nombre de\nc( saisons pour lesquelles vous voudrez vous engager avec moi ; le plus\n« long contrat sera le meilleur pour moi. Cette espèce d'engagement vous\n« laisse la liberté d'aller passer la belle saison à Londres ou en Allemagne\n« ou en Italie, et nous pourrions commencer au mois d'octobre 1831.\n<( Veuillez, je vous prie, me répondre à Paris où je vais me rendre,\n« comptant partir d'ici sous trois jours.\n« Rossini, chez qui je vous écris cette lettre, me charge, ainsi que\n(( Mme Rossini, de vous faire un million de complimens et amitiés, et ils\n« espèrent bien vous revoir à Paris où ils vont retourner au mois d'octobre\n« prochain. Il reviendra à Paris avec un nouvel opéra qu'il écrit pour l'Aca-\n« démie royale de Musique. C'est vous annoncer l'apparition d'un nouveau\n« chef-d'œuvre.\n<( Adieu, Mademoiselle ; recevez les empressés hommages d'un de vos\n« plus grands admirateurs et de votre bien dévoué,\n<( EDOUARD ROBERT,\n« Directeur du Théâtre royal Italien Paris » (I).\nQue répondit la Sontag ? Répondit-elle à cette pressante\ninvite ? Je l'ignore ; mais le certain c'est qu'elle ne revint à\nParis que vingt ans plus tard.\nGrave rapporte que le roi de Prusse, ayant appris le mariage\nsecret du comte Rossi et de la Sontag, voulut sanctionner cette\nunion. Il ennoblit la jeune femme et par des pièces authenti-\nquées la déclara née de Lauenstein.\n\n(1) Archives du Théâtre-Italien. Document inédit."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.33", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n303\n\nAprès des voyages en Russie où elle fut traitée en ambassa-\ndrice, Henriette Sontag se retira du théâtre.\nC'est alors, selon Thurner, que le roi de Sardaigne voulut\nbien approuver le mariage de son gentilhomme avec cette char-\nmante reine de l'art.\nRobert ne fut pas seul à regretter les décisions irrévocables\nde la brillante diva, car tous les abonnés du Théâtre-Italien\neussent été heureux de la revoir et de l'applaudir en cette saison\nde 1831 qui réunissait, aux grands soirs, Mme Cottin de Fon-\ntaine, la princesse de Vaudemont, le comte Léon de Potoski,\nla duchesse de Montebello, la princesse de Bagration, la com-\ntesse de Sussex, le marquis d'Angosse, le duc de Vallombrosa,\nle baron de Beaulieu, la princesse de Talleyrand, la duchesse\nde Vicence, la comtesse Hocquart, le prince de Beauvau,\nla comtesse de Sailly, les ducs de Caraman, de Noailles,\nles barons Gérard et de Rothschild, le général Fuller, le\ncomte de Chabrol, la comtesse de Ségur, l'ambassadeur de\nRussie, le ministre de Bavière, la comtesse Merlin qui avait\ncimenté l'amitié de la Sontag et de la Malibran, cent autres\nencore, admirateurs passionnés du bel canto et qui payaient\nleurs places de i.500 francs à 4.600 francs pour sept mois de\nsaison.\nIl était écrit toutefois que la célèbre diva devait revenir à\nParis et retourner à Londres dans des circonstances doulou-\nreuses. En 1849, son mari ayant perdu toute sa fortune pendant\nla révolution italienne, la comtesse Rossi remonta sur le théâ-\ntre à l'âge de quarante-quatre ans. Celle qui avait coutume\nde dire autrefois : « Une Donna Anna penchée sur le corps de\nson père ou une Pamina dans l'air : « Ach ichfûhls » qui ne\npeut émouvoir le public jusqu'aux larmes, n'a aucune idée de\nMozart », la sémillante Rosine, la tragique Desdémone reparut\ntriomphante, toujours douée d'une voix divine, d'une grâce\nexquise. Après avoir gagné 2 50.000 francs durant la saison\nanglaise de ißso, après avoir fait battre les cœurs et les mains,\nà Paris, dans la Fille du Régiment et la Somnambule, l'élève de\nMme Fodor voulut, à l'imitation de Jenny Lind, aller cueillir des\nlauriers en Amérique et tenter un dernier effort en faveur de ses\nenfants.\nHélas! elle devait succomber loin des siens, au Mexique,\nemportée par la fièvre jaune!\nCe n'est pas sans émotion que je compare la destinée de la\nSontag à celle de la Malibran.\nLa première avait débuté dans le luxe et devait périr en pays\nlointain, tuée par un mal cruel ; la seconde, qui avait besogné\nà vingt ans pour payer les dettes d'un mari indigne, devait"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.34", "texte": "304\nLE MERCURE MUSICAL\n\n7 # * •\ndisparaître accidentellement, en pleine jeunesse, en plein amour,\nen pleine gloire !\nEt j'estime avec Thurner que « c'est avec un soin pieux que\nl'histoire doit recueillir la vie de ces femmes que Fart a tou-\nchées de son nimbe d'or, de ces natures activant leur intelli-\ngence par leur ardent amour pour tout ce qui est bon, grand\net beau ».\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.35", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nMUSIQUES NOUVELLES\n\nM. Ducourau : Fièces pour piano, sur des thèmes basques. Paris, Edition mutuelle. Albeniz,\nAlquier, Bordes, de Bréville, etc... : Album pour petits et grands. Paris, Édition mutuelle.\nDéodat de Séyerac : En Languedoc. Paris, Edition mutuelle. Marcel Labey : Sonate pour\npiano et alto. Paris, Demets. Albert Groz : Prélude pour piano ; —Heures d'Eté (poèmes d'A.\nSamain). Paris, Bellon et Ponscarme.— Claude Debussy: Suite bergamasque. Paris, Fromont.\nPour charmer sans doute les loisirs de nos vacances, plusieurs maisons\nd'édition, dont les louables tendances artistiques sont depuis longtemps\nnotoires, viennent de publier toute une série d'œuvres qui prouvent une\nfois de plus la belle vitalité et le généreux essor de la jeune musique fran-\nçaise. L'Edition mutuelle (en dépôt à la Schola Cantorum et chez Demets)\nnous offre d'abord outre d'ingénieuses Pièces pour piano de Mme Du-\ncourau sur des thèmes basques un fort divertissant recueil de brefs\nmorceaux à deux et à quatre mains, heureusement variés et fréquemment\ndélicieux dans leur volontaire simplicité, composés à l'intention des pia-\nnistes en herbe par Mne Blanche Selva qui possède, vous le voyez, de\nmultiples talents, MM. Albeniz, Alquier, Bordes, de Bréville, de Gastera,\nCoindreau, Dupuis, Estienne, Gay, Groz, d'lndy, Labey, Pineau, Roussel,\nSaint-Requier, Samazeuilh, Serieyx, de Séverac, de la Tombelle et Wit-\nkowski. C'est pour moi un vif regret qu'une bien anodine collaboration\nm'interdise de vous parler plus longuement de cet Album, pour lequel\nM. Maurice Denis a dessiné une couverture amusante et claire. Du moins\nme sera-t-il permis laissant de côté un de ses feuillets de souhaiter\nà tous les autres une prompte diffusion auprès de tous les professeurs de\npiano intelligents, unanimes à se plaindre que la musique moderne\nj'entends celle digne de ce nom se fasse si rarement abordable aux\npetits doigts et leur fournisse dès lors un prétexte à se contenter de je ne\nsais quelles imbéciles élucubrations, propres à fausser irrémédiablement le\ngoût de sensibilités encore en formation... 11 faut donc savoir gré à VEdi-\ntion mutuelle d'avoir comblé cette fâcheuse lacune. Il faut la remercier\naussi d'avoir mis en vente les dernières productions de M. Déodat de\nSéverac, particulièrement goûtées au concert de la Schola Cantorum qui\nrévéla, voici quelques semaines, à un public dès l'abord conquis, ce jeune\nMusicien auquel un si bel avenir paraît être réservé. Dans les deux mélodies\nsur des poésies de Verlaine et d'Edgar Poë comme dans la suite pour\npiano En Languedoc (i) exquisement poétique et colorée, on retrouve\n\nM Dont Louis Laloy a déjà dit tout le bien qu'il fallait (Mercure musical, n° 3, p. 134).\n'2l\n\nLE MERCURE MUSICAL"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.36", "texte": "306\nLE MERCURE MUSICAL\n\nl'éloquence persuasive, la sincérité agreste, le singulier parfum de terroir,\nl'impression de plein air, en un mot toutes les qualités qui, dès ses débuts,\navaient fait retenir le nom de M. de Séverac, jointes cette fois-ci à une\nsûreté plus grande de composition et à une dextérité d'écriture dont les\nharmonieuses complexités savent pleinement exprimer désormais les\nnuances du sentiment intérieur.\nC'est aussi cette expansion prédominante du tempérament personnel qui\ndonne un intérêt soutenu à la Sonate pour piano et alto de M. Marcel Labey\n(parue chez Demets) : art bien différent des subtils bruissements d'En\nLanguedoc, épris avant tout de rythme, de mouvement, de logique formelle\net d'équilibre architectural, mais dont l'allure décidée et les accents inci-\nsifs ont d'assez grands mérites pour me rassurer d'avance sur l'accueil\nempressé que rencontrera la Sonate de M. Labey auprès des altistes, peu\naccoutumés à voir leur instrument au timbre comme voilé, mais parfois\nsi intense, jugé digne des honneurs du 5010... Pour ne pas être en reste\navec leurs confrères, MM. Bellon et Ponscarme nous font connaître deux\nouvrages significatifs de M. Albert Groz, disciple, comme MM. de Séverac\net Labey, du fier et large enseignement de M. d'lndy, respectueux avant\ntout quoi qu'aient pu prétendre de charitables esprits de la libre\néclosion des personnalités. Voici en premier lieu un Prélude pour piano,\nplein de vie et d'intérêt polyphonique, puis une suite de préludes et de\nmélodies sur les poèmes du pauvre Albert Samain : Heures d'Été, où une\nmusique tour à tour charmeuse, nimbée de lumière ou alourdie d'ombre,\nmais toujours vibrante d'une passion contenue éclatant souvent en de\nchaleureuses explosions, crée autour des paroles une atmosphère expres-\nsive, sans cesse adéquate à leur signification, et renouvelle de façon cu-\nrieuse par les judicieux retours des thèmes et l'importance prépondé-\nrante donnée à la partie de piano la forme traditionnelle du lied chanté.\nA ce point de vue, aussi bien d'ailleurs que pour leur valeur propre, mes\npréférences vont à la seconde, à la quatrième et à la sixième mélodie,\ncette dernière d'une pénétrante mélancolie, clôturant de digne façon le\ncycle, et lui donnant toute sa portée.\nHormis ce lot attrayant de compositions récentes que la simultanéité\nde leur publication rapproche seule ici, la multitude des amateurs em-\npressés depuis le triomphe incontesté de l'admirable Pelléas à se\nprécipiter sur n'importe quoi, qui porte la signature de M. Claude Debussy,\nne me pardonnerait pas d'omettre de signaler à cette place l'apparition,\ngrâce aux soins de l'éditeur Fromont, de la Suite bergamasque pour piano,\ndont l'âge déjà respectable et parfois apparent évoque plutôt dans notre\nsouvenir la gracieuse période des Arabesques et de la Petite Suite pour\npiano à quatre mains, qu'il ne nous fait prévoir la fantaisie miraculeuse,\n'originalité mystérieuse et rare des Estampes ou de Pour le Piano... Et\nje m'en voudrais assurément de terminer ces brèves notes sans vous faire\npart du plaisir inattendu que j'ai dernièrement éprouvé en découvrant\nau milieu d'une série de productions de circonstance destinées par leurs\nauteurs aux disques de la compagnie du Gramophone (qui les a aussi\néditées) une page vocale délicatement rêveuse de M. Gabriel Fauré, le\nRamier, et un poème chanté encore inédit de M. Vincent d'lndy, les Yeux\nde VAimée, tout à fait frappant par l'ampleur du souffle mélodique, la\nbeauté frémissante de l'expression et la somptuosité d'un vêtement harmo-\nInique donnant une saveur toute spéciale et nouvelle à l'inspiration, si ca-\nractéristique en sa nerveuse sinuosité, de Fauteur de l'Etranger... N'est-ce\npas vraiment pour l'école française une enviable fortune et une force peu\ncommune que de posséder en ce moment à sa tête en guise de compen-\nsation des misères de l'art officiel et des âpres luttes d'arrivistes médiocres"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n307\n\ndes hommes aussi remarquables, aussi foncièrement dissemblables que\nMM. Vincent d'lndy, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Paul Dukas et\nAlbéric Magnard, pour ne nommer aujourd'hui que ceux qu'une œuvre\nconsidérable met à des degrés qui varieront suivant le goût de chacun\nau-dessus de la généralité de leurs congénères? Et loin de se croire\nobligés de diminuer Pelléas pour exalter Fervaal, ou de porter aux nues\nes prestigieux Nocturnes pour dénigrer la magnifique Symphonie en si\nbémol n'est-ce pas, surtout pour ceux qui voient dans la plus complète\nindépendance d'esprit un des bienfaits de la vie, une joie inépuisable que\nde pouvoir, en dehors de tout parti pris et de toute contrainte, aimer\npassionnément toute musique où s'exprime, en l'infinité de ses apparences,\na profondeur et la véracité du sentiment humain?\n\nGustave Samazeuilh.\n\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nConcours de piano (femmes). Nous avons bien involontairement omis\nle nom de Mlle Veluard (classe de M. Marmontel), titulaire d'un ier prix.\nConcours de flûte, hautbois, clarinette et basson. Le jury, composé de\nMM. Théodore Dubois, président-directeur ; Charles Lefebvre, Adolphe\nDeslandres, Albert Bertelin, Philippe Gaubert, Th. Bureau, L. Letellier,\nBleuzet, Paradis, membres, et de M. Fernand Bourgeat, secrétaire, a dé-\ncerné les récompenses suivantes :\nFLÛTE. Professeur, M. Taffanel ; morceau de lecture à vue de M. V.\nde la Nux.\nPremiers prix. MM. Joffroy et Laurent.\nPas de deuxième prix.\nPremiers accessits. MM. Hérissé et Bergeon.\nDeuxièmes accessits. MM. Camus et Cléton.\nHAUTBOIS. Professeur, M. Gillet ; morceau de lecture à vue de\nM. Deslandres.\nPremier prix. M. Pontier.\nDeuxièmes prix. MM. Serville et Rouzère.\nPas de premier accessit.\nDeuxièmes accessits. MM. André Tournier, Langatte et Riva.\nCLARINETTE. Professeur, M. Mimart ; morceau de lecture à vue de\nM. Lefebvre.\nPremiers prix. MM. Capelle, Moulin et Dubois.\nDeuxième prix. M. Loterie.\nPas de premier accessit.\nDeuxième accessit. M. Lortron.\nBASSON. Professeur, M. Eugène Bourdeau ; morceau de lecture à vue\nde M. Alfred Bertelin.\nPas de premier prix.\nDeuxièmes prix. MM. Préfet et Rogereau.\nPremier accessit. M, Raimbourg.\nPas de deuxième accessit.\nCes concours furent excellents, sans en excepter celui du basson, auquel\navare jury refusa, on ne sait pourquoi, la faveur d'un premier prix."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.38", "texte": "308\nLE MERCURE MUSICAL\n\nM. Charpin nous en paraissait digne, et n'a pas été nommé. Fort peu de\nmonde ; les neuf cents amis du Ministère et leurs clients ne s'intéressent\nun peu qu'au chant, au violon et au piano ; hors de là, point de musique\npour ces fins connaisseurs. «Je rougis, écrit à ce propos notre éminent\ncollaborateur M. Henry Gauthier-Villars, d'être obligé de défendre contre\ncette sorte d'indifférence des artistes aussi injustement victimes de l'ingra-\ntitude publique. Il faut bien l'avouer et j'ai de bonnes raisons pour croire\nque le nouveau directeur du Conservatoire ne me contredira pas, ce n'est\npas notre enseignement actuel du chant que l'Europe nous envie, mais bien\nnos classes instrumentales, qui sont incomparables. Il y a cent fois plus\nd'efforts artistiques parmi les élèves d'un Hasselmans, d'un Taffanel ou\nd'un Gillet que parmi nos futures cantatrices, qui préfèrent à toute culture\nmusicale l'acquisition de recettes, de trucs et de ficelles du plus bas empi-\nrisme. Mieux encore : une réelle abnégation rehausse leur mérite. Un\nhautboïste, un clarinettiste ou un corniste s'imposent un apprentissage\ntechnique considérable sans Parrière-pensée de virtuosité et de solisme qui\nsoutient le zèle d'un violoniste ou d'un pianiste. Ah ! l'admirable chose\nqu'un parfait virtuose qui n'a jamais pensé au ((concerto » ! Et c'est le cas\ndes musiciens qui fréquentent les classes d'instruments à vent. Ils savent\nparfaitement que leur technique supérieure ne sera jamais récompensée\npar les acclamations des foules en délire, et ils consentent avec une louable\nsimplicité à entreprendre de longues études pour n'être qu'une voix ano-\nnyme dans le chœur orchestral.\n« D'ailleurs, outre ce devoir de gratitude, une autre considération attire\nsur ces concours l'attention des musiciens. L'orchestration moderne évolue\nnettement vers un idéal de sonorités où les violons ne tiennent plus, comme\nautrefois, la première place. Les bois et les cuivres luttent avec le quatuor\nde finesses, de suavités et de moelleuse souplesse. C'est dans ce sens que\nsont orientées toutes les recherches contemporaines de l'instrumentation.\nComment, dès lors, ne pas accorder une attention passionnée à des con-\ncours d'où peuvent sortir de nouvelles ressources sonores, et comment ne\npas proclamer qu'il y aura plus de joie parmi les compositeurs modernes\npour la découverte d'un effet nouveau sur l'étrange et mystérieux basson\nque pour l'éclosion de cent Paganini? »\nOn ne saurait mieux dire, ni montrer un goût plus pur et un sens plus\ndélicat de la musique moderne.\nConcours de cor, cornet à pistons, trompette et trombone. Le jury,\ncomposé de MM. Théodore Dubois, président; Warot, Chevillard,\nStojowski, Reine, Alexandre Petit, Penable, Bêle, et Fernand Bourgeat,\nsecrétaire, a décerné les récompenses suivantes :\nCOR. Professeur : M. Brémond. Morceau de concours : Allegro,\nde M. Camille Chevillard. Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremiers prix : MM. Cocquelet et Hernoult.\nDeuxièmes prix : MM. Jean Tournier et Lepitre.\nPas de premier accessit.\nDeuxième accessit : M. Thibault.\nCORNET A PISTONS. Professeur : M. Mellet. Morceau de concours :\nCaprice, de M. Ch. Levadé. Morceau à lire à première vue de M. Georges\nMarty.\nPas de premier prix.\nDeuxième prix : M. Mager."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n309\n\nPremiers accessits : MM. Foveau et Nadal.\nDeuxième accessit : M. Body.\nTROMPETTE. Professeur: M. Franquin. Morceau de concours:\njFête joyeuse, de M» H, Dallier, Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremier prix : M. Jean Bernard.\nDeuxième prix : M. Blanquefort*\nPremiers accessits : MM. Victor Laurent et Séguélas.\nDeuxième accessit : M. Gigot.\nTROMBONE Professeur : M. Allard, Morceau de concours : Fan-\ntaisie, de M. S. Stojowski. Morceau à lire à première vue du même\nauteur.\nPremier prix : M. Rochut.\nDeuxièmes prix : MM. Hennebelle, Vermynck et Mendels.\nPremier accessit : M. Dumoulin.\nDeuxième accessit : M. Pioger.\nLes cuivres méritent presque autant d'éloges que les bois. Les cors se\ntirent avec honneur de l'ingrate et traîtresse musique à laquelle M. Che-\nvillard les dévoua. Certains de mes confrères, et non des moindres, jugent\ncependant la sonorité insuffisante et regrettent l'éclat cuivré des cors ger-\nmaniques. Je ne suis pas de leur avis : le cor de nos orchestres n'a plus\nrien de commun avec le cor de chasse. C'est un instrument chantant, dont\nle timbre mystérieux est aussi éloigné du trombone que du violon. C'est\ndonc avec raison que nos cornistes s'étudient surtout au son doux, d'ail-\nleurs beaucoup plus malaisé que l'autre à obtenir, et surtout à maintenir.\nLes classes de trompette et de trombone sont excellentes ; la classe de\npiston aussi bonne que possible, étant donnée l'irrémédiable vulgarité de\nce cornet, bon tout au plus pour les parades foraines ou les bals du 14 juil-\nlet. On ne sait pourquoi le jury, subitement sévère, ne décerne pas de pre-\nmier prix ; et de longs sifflets interrogateurs restent malheureusement sans\nréponse. « Ainsi s'achevèrent, constate M. Pierre Lalo, les concours du\nConservatoire et la direction de M. Théodore Dubois. »\n\nLouis Laloy.\n\nÉCHOS\n\nLes officiels. Les jurys de peinture ont fait leur temps. De plus en\nplus, l'art délaisse le Salon des Artistes français, soumis encore aux forma-\nlités humiliantes et à l'anonyme sottise d'une Commission d'examen, pour\nse manifester librement à la Société nationale des Beaux-Arts, ou au\nSalon d'Automne, ou au Salon des Indépendants, ou bien encore aux\nexpositions particulières, celles de Whistler aux Beaux-Arts, de Cézanne\net de Gauguin àla rue Lafïite, de Besnard aux Galeries Petit, où l'œuvre\nentier d'un artiste se manifeste et s'affirme sous nos yeux. Un homme\ndevait donc se rencontrer, parmi la foule redingotée des fonctionnaires\nbien pensants, pour s'aviser que le jury était une institution pleine de sens\net de discernement, dont il fallait se hâter de faire profiter la musique.\nEt, en effet, au lendemain de la fermeture des Salons, le Directeur du\nTemps recevait la lettre suivante :"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.40", "texte": "310\nLE MERCURE MUSICAL\n\nMON CHER DIRECTEUR,\nLe banquet d'hier, en réunissant la Société des artistes français et la Société\nnationale aux côtés des représentants de toutes les grandes administrations pu-\nbliques, a montré une fois de plus la brillante et forte organisation de ceux à\nqui Paris doit son cher Salon annuel.\nA celte occasion, voulez-vous me permettre d'avoir recours au Temps pour\nfaire connaître aux intéressés un projet qui a déjà Vassentiment chaleureux de\npersonnes éminentes, et dont la réalisation sans diminuer matériellement per-\nsonne, en ajoutant au contraire un charme de plus àce qui existe déjà serait\npeut-être un progrès considérable ?\nIl s'agit des musiciens et surtout des exécutants. Vous savez combien ils sont\nnombreux et quelle difficulté ils éprouvent parfois pour arriver jusqu'au public.\nIls ont créé des sociétés diverses de quatuor, de musique de chambre, de chant\nchoral, d'instruments anciens, etc., mais ils vivent encore, on doit le déplorer, à\nl'état de dispersion. Ils ignorent la force des volontés unies et le prestige des\nmanifestations collectives, Pour guérir ce mal, pour offrir aux talents de tout\nordre l'occasion de se produire dans des conditions également favorables, on a\nsongé à demander que, dans le Salon de 1906, une place fût faite aux musiciens.\nLes sociétés à qui l'Etat concède pendant quelques mois Vusage du Grand Palais,\net pour qui possession vaut titre, n'auraient nullement à restreindre en faveur de\nnouveaux venus l'espace qu elles occupent, mais une des salles de Vimmeuble, par\nexemple le « salon des Fêtes », qui semble tout indiqué, accueillerait les virtuoses\nrégulièrement autorisés par un jury àse faire entendre. Des tableaux, comme à\nVordinaire, seraient accrochés aux murs ; mais à des heures déterminées de la\njournée, ils encadreraient des concerts de choix pour lesquels le public payerait\nun supplément.\nN'est-il pas équitable que tous les arts soient admis dans un monument construit\npour les beaux-arts ?La musique ri est pas gênante ; elle est immatérielle : c'est\nun souffle qui passe. Dans une môme salle, sans se nuire l'un à l'autre, et même en\nse faisant valoir mutuellement, pourraient très bien s'exposer un Tony Robert-\nFleury ou un Roll et un quatuor de Fauré ou de d'lndy, un Besnard et un Pugno,\nun Détaillé et un Diémer, un Cormon et un Sarasate...\nQui pourrait se plaindre de cette innovation ? Le public ? On peut affirmer\nqu'il en serait enchanté. La Société des artistes ? C'est un surcroit de visiteurs\nqu'on lui amènerait. Les musiciens ? Ils trouveraient là, entre autres avantages,\nl}occasion de s'organiser d'une façon sérieuse en nommant d'abord un jury chargé\nde les représenter.\nVeuillez, etc.\nCe style de chef de bureau, ces parallèles savants, ont ému en effet les\nmilieux officiels. Une salle de « l'immeuble » sera concédée, les tableaux\nresteront « accrochés aux murs », le public « payera un supplément »\net sera « enchanté ».\nUn seul point n'a pas encore été élucidé : qui fera partie du jury?\nLes professeurs du Conservatoire, ou les membres de l'lnstitut ? Ces deux\nsolutions paraissent les seules possibles. L'une comme l'autre nous promet\nde joyeux programmes. Tout va bien, il y aura encore de beaux jours\npour le Trio de Th. Dubois.\nAu Sous-Secrétariat des Beaux-Arts. La presse entière s'est émue du\nscandale de la distribution et du trafic des billets pour les concours du\nConservatoire, que nous signalions dans notre dernier numéro. Et M. Léon,\nchef du cabinet de M. Dujardin-Beaumetz, a eu un entretien particulier\navec l'un de nos confrères. D'après ses déclarations, le Sous-Secrétariat a"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n311\n\ndisposé de huit cent vingt quatre places, dont cent trente et an fauteuils\nd'orchestre, chaises d'orchestre et quatre-vingt-quatre\nfauteuils de balcon. On voit donc que la rumeur publique ne se trompait\nguère, et que bien près de neuf cents élus furent appelés à siéger à l'Opéra-\nComique.\nQuoi qu'il en soit, il sera beaucoup pardonné à M. Dujardin-Beaumetz,\nd'abord pour avoir mis M. Gabriel Fauré à la tête du Conservatoire, en-\nsuite pour avoir prononcé, àla distribution des prix de ce vieil établisse-\nment, des paroles noblement réformatrices :\nSi le Conservatoire doit garder les traditions? qui sont la base solide sur\nlaquelle s'appuient les recherches des novateurs, n'oublions pas que Vartiste doit\ndemander au passé non des regrets, mais des appuis.\nLes vieux maîtres qui ont donné à l'art un si incomparable éclat furent, eux\naussi, pour leurs contemporains, des avancés et des modernes.\nBien qu'il puisse sembler contradictoire de parler d'art moderne à propos du\nConservatoire, je pense que la contradiction n'est qu'apparente, qu'elle tient sur-\ntout àla sonorité des mots, et qu'au contraire il n'est pas de rapprochement plus\nfacile à établir.\nConvaincus que les futurs compositeurs, préparés par leur remarquable ensei-\ngnement du Conservatoire, seront d'autant plus librement modernes que leur\néducation aura été plus sévère, plus solide et plus étendue, nous devons nous\npréoccuper d'élargir le plus possible le cadre de cette éducation et rechercher les\nmoyens de la rendre plus féconde.\nDans ce but, nous chargerons M. Bourgault-Ducoudray d'organiser un cours\nqui s adressera spécialement aux élèves des classes d'harmonie et de composition\net où leur seront successivement exposées et analysées les formes musicales des\ndiverses écoles. Nous créerons aussi de nouvelles classes d'ensemble qui deviendront\npour ces mêmes élèves un nouveau champ d'analyse, tandis que pour les élèves\ninstrumentistes, qui y prendront une part active dès leur seconde année d'étude,\nelles représenteront le moyen le plus certain de former leurs cerveaux en même\ntemps que se formera leur virtuosité.\nPuissent les caprices de la politique épargner M. Dujardin-Beaumetz\nassez longtemps pour lui permettre d'accomplir ce beau programme, et de\nfaire entrer au Conservatoire un peu l'esprit de la Schola Cantorum !\nConcours Rubinstein. Nous donnerons dans notre prochain numéro\nles résultats de ce concours, qui a commencé le jeudi 3 août. En voici le\nprogramme :\nI. Pour les compositeurs :\ni° Un morceau de concert pour piano avec orchestre ;\n20 Une sonate pour piano seul ou avec un ou plusieurs instruments à\narchet ;\n3° Plusieurs petits morceaux pour le piano.\n11. Pour les pianistes :\nio A. Rubinstein. Ile et Ille parties du concerto en sol majeur pour piano,\navec accompagnement d'orchestre ;\n20 J.-S. Bach. Un prélude et une fugue à quatre voix ;\n3o Haydn ou Mozart , Unandante ou un adagio ;\n4° Bethoven. Une des sonates, œuvres 78, 81, 90, 101, 106, 109, 110,\n111 ;\n5° Chopin. Une mazurka, uu nocturne et une ballade ;\n6° Schumann. Un ou deux morceaux des Fantasiestucke ou des Kreisle-\nriana ;\n70 Liszt. Une étude."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050815-01.1.42", "texte": "312\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nLe jury est ainsi composé : M. Léopold Auer, président; MM. Hollan-\nder, Otto Neitzel, Félix Mottl, Scholtz, de Greef, von Perger, de Lange,\nde Exuer, Poukhalsky, Nicolaïeff, Pressmann, Moszkowsky, Théodore\nDubois, Camille Saint-Saëns, Louis Diémer, Raoul Pugno, Camille Che-\nvillard; Alph. Duvernoy, Marmontel, membres ; Fr. Barrau, secrétaire.\nRennes. La distribution des prix aux élèves du Conservatoire a eu\nlieu le 5 juillet, et a été précédée d'un remarquable discours de M. Colin,\norganiste de Notre-Dame.\nHeidelberg. —On vient de jouer ici Pauvre Gille, mimo-drame en un\nacte de Marc Aubry, musique de Lucien de Flagny. Cette pièce très\nbien accueillie sera donnée en octobre prochain à Darmstadt, Mannheim,\nWorms et Berlin.\nVichy. —Au concert du 3o juillet,, M. Danbé faisait entendre pour la\npremière fois des fragments d'un drame lyrique inédit : Catherine de Sienne,\ndû à la collaboration d'un littérateur de talent, M. Eugène Herzog, et d'un\ncompositeur de haute valeur, M. Emile Bouriello.\nCette œuvre, d'une inspiration élevée et d'un style susceptible de rendre\nles effets de puissance dramatique aussi bien que les nuances délicates du\nsentiment, a obtenu l'accueil le plus chaleureux du public des concerts du\nsoir, qui apprécie si hautement tous les efforts artistiques.\nMontluçon. La Schola Cantorum de Montluçon vient de donner, sous\nla direction de M. Charles Bordes et avec le concours de Mlle Marie de la\nRouvière et de M. Monys, le ier acte d'Alceste (audition intégrale) et le\nier tableau du ier acte de Castor et Pollux.\nMde la Rouvière a incarné véritablement Télaïre et Alceste : l'une,\nemportée par sa douleur au delà de l'humanité, et l'autre, passant par toutes\nles alternatives d'accablement, de tendresse, de crainte, de résignation, de\nrenoncement et de joie sublime dans son sacrifice.\nM. Monys, soliste de la Schola de Paris, a fait du Grand-Prêtre & Alceste\nune figure antique. Sa superbe voix, pleine et sonore, donnait au rôle un\nrelief saisissant. C'étaient bien la grandeur tragique, l'exaltation fanatique\nrêvées par le poète et le musicien.\nL'Allelluia du Messie, chanté par les chœurs avec une magnifique am-\npleur, a clôturé en apothéose cette belle soirée d'art.\nM. Bordes, par sa direction vivante, a su faire passer de l'orchestre et\ndes chœurs jusque dans le public sa conception admirable de souplesse et\nde vigueur de ces chefs-d'œuvre classiques, continuant ainsi sa vaillante\ncampagne de propagande artistique à travers toute la France.\nNécrologie. C'est avec un vif regret que nous apprenons la mort\nsubite de l'excellent ténor Jean David, si souvent applaudi aux concerts\nde la Schola Cantorum.\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nGEORGES LOTH. Salve Regina, motet à 4 voix égales. Chez l'auteur, à\nLouviers (Eure)."}]}