{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-09-15-01", "volume": "bmtnabh_1905-09-15_01", "ocr_sha256": "142c127d4b5381b815eef056abd7d4b94dc7729288d761de133235eba08c33da", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/09/15_01/bmtnabh_1905-09-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/09/15_01/bmtnabh_1905-09-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-09-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-09-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.2.2", "titre_corps": "AU SOMMAIRE :", "titre_sommaire": "AU SOMMAIRE :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.1", "debut_caractere": 361, "fin_caractere_exclue": 440, "texte": "AU SOMMAIRE :\n|LOUIS LALOY\n; JEAN M ARNOLD.\nI P. 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SALVATOR PEÏTAVI Les chansons populaires bulgares.\nMARTIAL TENEO. .......,. Miettes\nLÉANDRE Croquis d'album inédit : Études de chef\nd'orchestre\nRE VUE DE LAQ UINZAINE\nLouis LALOY Les idées de M. Houdard (suite).\nP AN Jls'c /i OS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-09-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-09-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1905-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.2.5", "titre_corps": "DIALOGUES DES MORTS", "titre_sommaire": "DIALOGUES DES MORTS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "DIALOGUES DES MORTS\nMarsyas, Olympos.\n\nIII\nMARSYAS. D'où reviens-tu si tard, Olympos? Tu sais quel\nsupplice est l'attente, au milieu de ce crépuscule éternel dont\nl'or fauve à jamais nous inonde, immuable, où son flot s'écoule\nsans obstacle, à l'égal de l'ombre irisée des bocages, autant que\nles ténèbres constellées des forêts sous le tamis des branches\nimmobiles, ou que la nuit violette de nos grottes ; irrévocable\net figé comme tout ici, qui nous entoure. Trois fois le sablier\népuisa la cendre insipide des heures, exaspérant mon anxiété\nsolitaire. Où es-tu resté si longtemps ? Encore chez Terpandre,\nsans doute, malgré mes prières et mes menaces. T'ai-je pas\nrépété cent fois que la société d'un citharède est indigne d'un\naulète? Quels maléfices emploie ce Lesbien à la voix blanche\npour t'attirer et te séduire ? Mais qu'as-tu ? Ton front est brû-\nlant, la sueur ruisselle sur ta poitrine essoufflée. Que t'a fait cet\ninfâme histrion ?\nOLYMPOS. Tu te trompes, Marsyas, je ne suis pas allé chez\nTerpandre. J'ai couru...\nMARSYAS. Qui t'a poursuivi ? Peut-être encore cette effron-\ntée de Parisienne aux cheveux courts, au déguisement mascu-\nlin, qui usurpa le nom d'une de nos cités phrygiennes et pue\nle bouc d'Egypte. Avec sa Marseillaises refrains anarchistes\net surtout sa devise équivoque, gra-\nvée sur un chaton d'onyx, je suis sûr qu'elle conspire contre le\ngouvernement des Enfers. Je la dénoncerai à Pan et à Dio-\nnysos !\nOLYMPOS. Mais non. Tu sais bien qu'on ne la voit plus par\nici depuis qu'elle apprend le polonais à Aristote. C'est Socrate\nqui m'a fait peur."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "MARSYAS. —• Quoi ! Socrate en un lieu dédié à la Musique !\nOn l'a donc condamné à reboire la ciguë et à mourir deux\nfois ?\nOLYMPOS. En revenant, j'avais fait la connaissance du\nRomain Caccini. Il parle assez couramment le dialecte attique.\nIl m'entretint de la tragédie grecque et de certains spectacles\nflorentins similaires, en me citant des textes de Platon. Quoi-\nque peu érudit en la matière, je n'oserais jurer qu'il ait bien\ncompris la pensée du divin Aristoklès, mais c'est un homme\ntrès doux, élégant et d'une cordialité expansive. Il m'exprima\nson amitié et, comme nous nous quittions, il me serra dans ses\nbras, m'embrassa, à la mode de son pays, sur les lèvres et m'of-\nfrit de me donner des leçons d'italien. C'est à ce moment que\nj'aperçus Socrate qui accourait de notre côté en brandissant\nson bâton, et avec un air si méchant que je me sauvai à toutes\njambes.\nMARSYAS. Hélas ! pourquoi la corne de mes pieds fourchus\nrefuse-t-elle de me traîner plus loin que ces haies d'aubépine ?\nQue n'ai-je tes jarrets nerveux et souples, pour te suivre et te\nprotéger comme autrefois ! Mes membres cicatrisés par la vertu\ndes baumes sont demeurés débiles, rétifs, quoi que je fasse, à\nma volonté impuissante. Ta vengeance est atroce, Apollon,\nécorcheur implacable !\nOLYMPOS. Tais-toi! S'il t'entendait! Songe qu'il est le\nmaître. Crains de réveiller sa rancune. Au lieu de le maudire,\nespère ; car il n'est point inexorable. Tu le sais : quand, sur son\nordre affreux, on me rapporta ton cadavre, je pleurai sans mot\ndire et j'accomplis le rite saint des funérailles en adorant les\nDieux. Depuis ce jour, je consacrai à ton cruel rival les plus\nbeaux fruits de l'art que j'ai reçu de toi. Le premier, je célébrai\nsa victoire sur le dragon Python sans le secours des paroles :\nma flûte sut décrire le combat formidable, les sifflements et\nl'agonie du monstre. Mes nomes retentirent dans tous ses tem-\nples et instituèrent la liturgie de son culte. Aussi, lorsque,\nchargé d'ans et de gloire, le couteau d'Athropos trancha le fil\nténu de ma vie mortelle, Apollon exauça ma supplique. Il me\nrendit l'aspect de la jeunesse et m'accorda de te rejoindre ici,\npour panser tes plaies vives et consoler ta solitude, sous les\ntraits de l'adolescent qui fut jadis ton élève et ton compagnon\nbien-aimé.\nMARSYAS. Jadis!... Hélas! Jadis... Ah! c'était le bon\ntemps ! Te souviens-tu de notre vie nomade à travers la Phry-\ngie montagneuse? Nous partions de Célènes un peu avant l'au-\nrore, notre peau nue cinglée par la fraîcheur du matin, excités\nà des courses folles. Nous humions l'air parfumé des plaines"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.5", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "striées de buissons toujours verts, tachetées de myrtes en fleurs,\nen bondissant comme des cavales hennissantes. La brise hu-\nmide avait un goût de poivre et de santal. Les jours passaient,\njoyeux et vides, à cheminer par des vallées fertiles, à gravir\ndes sentiers rocailleux, des pentes embroussaillées ou des som-\nmets incultes et déserts. Hélios au poil roux, parfois, criblait\nnos reins de ses flèches ardentes. La fièvre brûlait notre sang\net desséchait nos gorges. Alors, nous faisions une halte trop\nbrève en quelqu'une de ces cavernes qui, le soir, nous prêtaient\nleur abri dérobé et leurs mousses pour un sommeil réparateur.\nEnfin nous atteignions la source du Méandre où les roseaux\ncroissent en abondance. Nous choisissions les plus beaux et les\nplus durs. Nous les mesurions en tous sens, contrôlant soigneu-\nsement le calibre et les dimensions des tuyaux, avant de les cou-\nper au bon endroit et d'obstruer l'un des deux orifices avec la\ncire brune dont les abeilles bouchent les fentes de leurs ruches.\nPuis, nous en formions des syringes, en assemblant les chalu-\nmeaux entre des éclisses de bois poli, maintenues par des joncs\ntressés. Après, je vérifiais notre ouvrage. J'essayais tous les\ninstruments tour à tour et j'en corrigeais les défauts. Un gai\nrepas assouvissait notre appétit vorace. Nous croquions des\ngâteaux de miel ; nous nous gavions de mûres, de figues et\nd'olives, pendant qu'auprès de nous rôtissait quelque oiseau\nou l'échiné embrochée d'une laie prise au gîte. Bientôt, le\nchar d'Hélios achevait sa carrière. Les ombres s'allongeaient\nsous les rayons obliques effleurant la terre alanguie. Séléné\nallumait son croissant dans le ciel encore bleu. Alors, étendu\nsur le ventre, creusant l'herbe drue de mes coudes, j'im-\nprovisais des nomes à Cybèle que tu reprenais en écho,\nd'un souffle déjà sûr, mais timide. Au premier son de nos\npipeaux, les Hamadriades peureuses sortaient furtivement du\ncœur des chênes pour écouter de plus près nos concerts ; les\nCentaures accouraient sans bruit et se groupaient en cercle\nautour de nous ; la Nymphe du fleuve émergeait de l'eau jus-\nqu'à mi-corps, écrasant l'orbe de ses seins gonflés contre la\nberge, le menton sur ses bras croisés, le col tendu et le regard\navide. Peu à peu, l'épouse d'Erèbe amoncelait ses voiles. Un\nmanteau de silence tombait sur nos épaules avec la nuit. Tu\nvenais te blottir près de moi ; je sentais le frisson de tes flancs\net la saveur de ton haleine. Nous nous taisions dans l'heure\nauguste... Et nous restions ainsi, perdus à rêver sous la séré-\nnité tremblante des étoiles.\nOLYMPOS. Il me semble que c'était hier. Ma mémoire n'a\npas retenu de plus doux souvenir. J'ai parcouru bien des con-\ntrées et des royaumes. J'éprouvai l'exquise beauté de sites"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "innombrables. Nul spectacle jamais n'effaça de mes yeux la\nvision de ce séjour sauvage et paisible.\nMARSYAS. C'est là que j'inventai l'aulos, encore que les\njaloux en attribuent le mérite à Pallas-Athéné. C'est un men-\nsonge absurde. On pourrait tout au plus prétendre que le Des-\ntin se servitd'elle à son insu. Je la découvris un jour accroupie\nau bord d'un lagon d'eau dormante. Elle se croyait seule et\nson manège m'intrigua. Elle avait entre les lèvres un long tube\njaunâtre et en tirait des sons discordants et rauques. Sa mal-\nadresse était inimaginable. Elle soufflait si fort que ses joues\nécarlates semblaient près de crever comme une outre trop\npleine et qu'elle en perdait l'équilibre. En cet instant, la Déesse\naperçut son visage dans le miroir du lac. De colère, en se voyant\nsi laide, elle jeta loin de soi l'objet qui en était la cause et s'é-\nloigna, la mine dépitée. Je ramassai l'instrument. C'était un\nvieux tibia de mouton gauchement tailladé, les trous percés au\nhasard, le forage inégal : à peine un jouet puéril et barbare.\nTu assistas à sa métamorphose. Moi seul, avant quiconque,\nsus transposer sur un tuyau unique les mesures et les propor-\ntions d'où naît la polyphonie des syringes. Tu étais là, tu peux\nen témoigner.\nOLYMPOS. Certes. Tu y travaillas longtemps devant moi\navec une ardeur attentive, si passionnément absorbé dans ton\nœuvre que tu en oubliais Olympos.\nMARSYAS. Enfant !... Alors, le Dieu me possédait tout\nentier. L'âme du Grand Pan habitait mon foie, fusait dans le\nréseau bouillonnant de mes artères et remplissait mon être en\ntumulte d'un univers insoupçonné d'harmonies. C'était l'extase\négoïste du Démiurge penché sur son monde en genèse, déchif-\nfrant peu à peu l'énigme du Chaos, ébloui de pressentiments.\nTout 1 art de la postérité des siècles a surgi de ma découverte\nj'en ressentais l'angoisse prophétique. La minute était solen-\nnelle et troublante. Mais, lorsque j'eus réalisé mon rêve, tu fus\nle confident de ma joie orgueilleuse et de mes fous espoirs 5 je\npouvais regarder l'avenir le front haut, et les Dieux face à face ;\nmon nom ne devait plus périr. Et tu fus aussi le premier à qui\nj'appris à jouer de la flûte nouvelle. Te souviens-tu des leçons de\nton maître ? Un rocher me servait de siège 5 tu te plaçais entre\nmes genoux, tournant vers moi ton dos musclé ; mes' bras en-\ntouraient ton cou d'ivoire et dirigeaient tes doigts inhabiles; tu\ntressautais parfois, chatouillé par ma barbe de bouc ou frôlé\npar ma cuisse velue de silène, tandis que ma patte encornée\nfrappait le sol en cadence.... Ah ! c'était le bon temps !\nOLYMPOS. C'est là aussi, un peu plus tard, que tu trouvas\nl'aulos dicalame..."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.7", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "MARSYAS. Ah ! celui-là, Pallas n'oserait s'en targuer ! On\nn'a pas pu me frustrer de sa gloire. Mon aulos double !... Deux\nroseaux de longueur égale ou différente, obéissant au souffle\njailli d'une même et commune embouchure sans mélanger\nleurs sons divers... Un miracle ! Quel exploit de héros eut ja-\nmais la portée de mon acte ?\nOLYMPOS. C'est cet instrument merveilleux qui assura ma\nrenommée d'aulète. Grâce à lui, je fixai les tétracordes primor-\ndiaux et j'en distinguai les trois modes qu'on baptisa phrygien,\ndorien et lydien ; j'inaugurai la division des genres avec l'en-\nharmonique, dont la création me valut d'être proclamé fonda-\nteur de la musique hellène et artisan de sa beauté radieuse, au\nrapport de Plutarque après Aristoxène, et selon la tradition per-\npétuée. Je t'en retourne l'hommage, ô mon maître ; il était dû\nà ton génie.\nMARSYAS. Il t'appartient autant qu'à moi, pussé-je en-\nvier rien d'Olympos, même une injuste faveur de Fama l'incer-\ntaine. Ton génie est le fils du mien. C'est lui que couvait ma\ntendresse inquiète et ravie. Son feu divin resplendissait dans\nl'acier pur de tes prunelles, émanait de ta chair comme une\naube limpide et auréolait de clarté ton corps de gracieux éphèbe.\nTu marchais dans sa lumière et je t'aimais comme on respire,\ncar je me sentais vivre en toi. J'étais venu trop tôt pour tout\naccomplir en une humaine existence. Ta jeunesse en devait\nreculer le terme destructeur et parachever les conquêtes. Et\nj'insufflai mon âme dans la tienne pour revivre, par nos génies\nidentifiés, une vie plus féconde et plus vaste. Ah ! tu n'as pas\ndéçu l'ambitieuse espérance ! Tu fus l'élu du fils de Déméter,\nl'oint de Dionysos deux fois né. Tu sus, tout àla fois, dompter\nPégase et la Chimère, et chevaucher la chèvre des Satyres. Ton\nmélos modela le rêve et rythma l'harmonieuse ivresse. Tu sus\ncréer et ordonner ce qui dure et s'impose. Ces frêles chalu-\nmeaux que j'accouplai naguère ont à jamais régi, de par toi,\nl'art immortel de l'Hellade. Ils en ont fourni, sous ton geste,\nla substance impalpable et vibrante, établi les principes et dé-\ncrété les lois constitutives ; leur gabarit, soumis au mystère des\nnombres, dicta la monodie des liturgies sacrées et le canon des\nmélopées profanes, issues d'elle. Un nome inspiré de toi implanta\nleur usage aux fêtes d'Apollon, procurant la couronne d'or des\nPythiades à maint aulète et, à moi, l'ironique revanche de voir\nmon instrument dédaigné voué pour toujours au culte de celui\nqui en avait écorché l'inventeur. Ta gloire imprescriptible m'est\nchère, ô mon bien-aimé ; précieuse autant que ta sollicitude et\ntes caresses. Viens dans les bras mutilés... Mais j'entends\nmarcher sur des feuilles... Vois, quelqu'un rampe derrière la"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "haie et nous guette. Qui va là ? Donne-moi mon épi,eu...\nOLYMPOS. Elle a fui. Tes cornes lui ont fait peur.\nMARSYAS. Qui est-ce ?\nOLYMPOS. C'est la vieille dame : une pauvre insensée qui\nse figure qu'elle n'est pas morte. On l'a soignée quelque temps,\nmais Hippocrate la chassa de l'infirmerie pour avoir voulu dé-\nrober le coq d'Esculape. Elle avait brisé la statue et caché son\nlarcin sous sa crinoline.\nMARSYAS. Comment la connais-tu ?\nOLYMPOS. Je l'ai vue pour la première fois quand je re-\nconduisis mon cousin Ganymède, le jour où il vint nous rendre\nvisite. Elle croyait être sa tante et s'attachait à lui. Nous ne sa-\nvions comment nous en débarrasser. Aujourd'hui nous l'avons\nrencontrée avec Caccini. Oh ! sa manie est inoffensive ; elle\nnous demandait de lui chanter quelque chose et nous promet-\ntait son héritage.\nMARSYAS. Elle te relance jusqu'ici!... Défie-toi, mon en-\nfant, de ces damnées femelles.\nOLYMPOS.— Elle doit me suivre depuis longtemps déjà. Sans\ndoute que c'est elle dont j'aperçus la forme vague dans la jon-\nchaie, près des étangs...\nMARSYAS. Qu'allais-tu faire en cet endroit malsain, si loin\nde notre antre ?\nOLYMPOS. C'est là que j'ai passé les heures qui t'ont paru\nsi longues. Je ne pouvais m'en arracher. Un être singulier y\ninstalla ses pénates...\nMARSYAS. Un jeune homme ?...\nOLYMPOS. Plutôt un vieillard, mais robuste et sanguin.\nC'est un Allemand dont le nom signifie ruisseau, paraît-il, et\ns'énonce Bach dans sa langue. Je le prenais pour un aulète. Je\nl'avais observé souvent en train de tailler des roseaux, comme\nnous faisions jadis. Depuis peu, il employait aussi une espèce\nde papyrus maculé qu'il roulait adroitement entre ses doigts\nbrusques. Il avait fini par confectionner une multitude de\ntuyaux variés qu'il adaptait, par ordre de grandeur, à une im-\nmense caisse oblongue communiquant, d'une tubulure évasée,\navec deux grands soufflets de forge, dans le genre de ceux des\nCyclopes, mais qu'on manœuvre avec le pied. Un des côtés du\ncoffre était orné de trois rangées de plaques mobiles qui s'enfon-\nçaient à la pression du plus léger contact ; une autre série de\nlattes mouvantes s'étendait sur le plancher qui supportait le\ntout, dominée par un banc rectangle et allongé. L'ensemble était\nmonumental et me sembla fort compliqué, mais imposant. Je\nsurpris, tantôt, le Germain plongé dans la contemplation de\nson ouvrage achevé. Il avait l'air agité et perplexe. Soudain, il"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.9", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "m'aperçut et m'appela d'un signe autoritaire. Puis, grommelant\ndes mots dont je ne compris point le sens, il me saisit par des-\nsous les aisselles et me planta sur les soufflets, les jambes écar-\ntées comme le colosse de Rhodes...\nMARSYAS. L'impudent brutal !...\nOLYMPOS. Mais non ; il ne m'a pas rudoyé. Je sentis le cuir se\nplisser et les ais céder mollement sous mon poids, pour se\nrelever l'un après l'autre, car j'eus bientôt saisi la manière de\nleur imprimer un mouvement régulier, en balançant mon corps\ntandis que je me tenais cramponné à une barre transversale.\nAlors il arriva quelque chose d'inouï. Le bonhomme ôta sa per-\nruque, s'assit devant son instrument et se mit à jouer en ap-\npuyant sur les plaques. A chacune correspondait un son divers\nqui résonnait, dès qu'elle était touchée, comme si quelqu'un\nsoufflait dans un tuyau d'aulos ou de syrinx. Il commença\ndans le mode éolien, par un nome mélancolique et large que,\ntout à coup, il répéta en se servant de son autre main, mais\nsans que la première cessât d'exécuterun mélos différent.Ensuite\nil recommença le nome une troisième, puis une quatrième fois,\net toujours sans interrompre la marche indépendante des voix\ndissemblables...\nMARSYAS. Ce devait être un monstrueux charivari.\nOLYMPOS. J'avoue que mon oreille fut blessée bien souvent\npar d'horribles discordances, mais, parfois, une sensation\nd'étrange suavité sourdait de cette polyphonie mystérieuse et\nm'étreignait profondément. Les reprises modulaient au moyen\ndes symphonies successives de diapente et de diatessaron d'où\nrésultait le diapason, leur accolade. Plus tard, il usa des méta-\nboles et fit évoluer son nome initial à travers le phrygien, l'hypo-\nphrygien, le lydien et d'autres modes, transposés avec art,\nencore que plus ou moins altérés, à vrai dire. Il remuait les\ndoigts avec une agilité prodigieuse, et promenait ses pieds\nsur les palettes inférieures qu'il frappait de la pointe ou du\ntalon. Peu à peu il s'échauffa, s'abandonnant aux fantaisies d'une\nverve olympienne : ce furent des déchaînements formidables,\ndes chœurs de Géants dans l'abîme nargués par le fifre strident\ndes flûtes parthéniennes *, il imita le chant lointain des Sirènes\neffeuillé par bouffées sur l'écume des vagues au gré de l'insou-\ncieux Eole, les hurlements ivres des Corybantes, la rage aveugle\nde Poséidon, pétrissant son nome-protée comme une argile\nfluide et sonore, jusqu'à ce qu'il en clamât, pour finir, le mélos\ntriomphal en oracle, dans une apothéose d'accords tonitruants.\nSa face était transfigurée. Sous l'arc tendu de ses sourcils, ses\nyeux étincelaient d'une sorte de frénésie sereine. Avec son vieil\nhabit râpé, son jabot de travers en chiffon, il avait l'air de Zeus"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "sur son trône, lançant la foudre où c'est son bon plaisir. Pour\nmoi, je basculais machinalement sur les soufflets comme une\népave. Je me sentais anéanti. Quand l'ouragan se tut, je chan-\ncelai comme un taureau qu'on assomme. Je n'avais jamais rien\nsoupçonné de pareil.\nMARSYAS. Je n'en imagine pas les effets, malgré mon expé-\nrience. Je n'y puis supposer qu'une pratique grossière ayant\npour but d'inspirer la terreur par un vacarme assourdissant et\nconfus, à l'instar des serpents qui sifflent sur la tête hideuse de\nGorgone. Est-ce là ce que ces descendants des Barbares appel-\nlent leur musique ? Ils sont dignes des brutes, leurs ancêtres,\nqui croupissaient dans les régions glacées parmi les marécages\net grelottaient sous le brouillard fétide. Ils ont recréé le Chaos.\nOn ne doit pas mélanger par caprice ce que les Dieux ont séparé\ndans leur sagesse. Un tel amalgame est sacrilège ; outre qu'il ne\nsaurait produire qu'une cacophonie épouvantable et incohé-\nrente.\nOLYMPOS. Incohérente... Non, Marsyas. Je ne puis guère\nnier la dureté de dissonances inconcevables, la laideur de mainte\ncombinaison disparate et l'abus des sons impropres au mélos\neurythmique ; mais un ordre admirable gouvernait l'enchaîne-\nment logique de cette improvisation, si parfait à la fois et com-\nplexe qu'on l'eût dit concerté d'avance. Figure-toi le Nome\nPythique de Sacadas ou quelque chose à l'avenant, choisi parmi\nles compositions les plus savantes des générations d'aulètes qui\ncultivèrent, après nous, et ont honoré le mieux l'art des Muses.\nUn de ces jours, je prierai Héraclès de te transporter là-bas\nsur son dos. Il laut que tu entendes cet homme extraordinaire.\nMARSYAS. Tu crois ? Eh bien ! j'irai, car ton enthousiasme\nme trouble. Comment dis-tu qu'il se nomme ?\nOLYMPOS. Bach. On raconte qu'il était aveugle en débar-\nquant ici, et qu'Apollon lui rendit la vue à la prière d'un demi-\ndieu phénicien, je crois, un certain léshoua ou lésous, dont il\navait chanté le meurtre et la résurrection, fort analogues à la\npassion de Bakkhos-Zagreus. J'aurais bien voulu causer avec lui,\nmais il n'entend pas plus notre idiome que moi le sien. Il\nsemble bourru. J'allais partir quand je vis arriver Gœthe, qui\nrevenait de chez Hélène...\nMARSYAS. Hélène ?\nOLYMPOS. Oui, c'est fini avec Iphigénie. Elle avait trop\nmauvais caractère. Au fond, tu sais, elle est restée très vieille\nfille. Goethe s'approcha de Bach en lui faisant force compli-\nments, à quoi l'autre riposta d'un air bougon par trois syllabes\nque j'ai retenues sans comprendre : « » Gœthe\nen parut suffoqué. Il se tourna vers moi et nous nous éloi-"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.11", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "gnâmes de compagnie, tandis qu'il entamait la conversation\ndans le plus pur patois phrygien de Troie. Il possède vraiment\nles plus remarquables dispositions pour les langues.\nMARSYAS. Enfant, méfie-toi de cet individu. C'est une\nnature frivole et, dit-on, qui fut toujours rebelle à la musique.\nOLYMPOS. En tout cas, il n'est pas très ferré sur la nôtre. Je\nlui confiai ma surprise, les émotions dont m'avait secoué cet art\ninconnu, et je l'interrogeai sur les origines de cet assemblage\nde sons simultanés et divers. « Mais il remonte aux Grecs et à\nvous-même », répondit-il sans hésiter. « Nous vous avons\nmême emprunté le mot qui le désigne : Harmonie... »\nMARSYAS. Quoi ! Ils appliquent le nom de nos gammes\nhomophones à cette mixture arbitraire et extravagante ?\nOLYMPOS. Ecoute donc... Et il continua :« En somme, ce\nn'est qu'une amplification de la diaphonie rudimentaire que vous\nexécutiez sur votre double flûte... »\nMARSYAS.— Hein?... Mon aulos double !... Ils croient...\nOLYMPOS. J'en suis resté tout interdit, pendant qu'il conti-\nnuait courtoisement son explication avec une assurance imper-\nturbable, et si convaincue que je n'osai le détromper. Je voyais\nbien, d'ailleurs, qu'il ne me croirait pas.\nMARSYAS. Laisse-les dire, enfant ; gardons notre secret.\nDécidément, je n'irai pas chez ces Barbares. Il y a trop de siècles\nentre nous ; je n'en pourrais soulever le rideau sans tristesse.\nViens ; prête-moi ton bras et rentrons dans la grotte. Nous\navons besoin, tous les deux, de purifier nos cœurs et nos pen-\nsers. Tu me joueras le nome d'Arès et celui d'Athéna, et moi,\nj'invoquerai notre mère Cybèle. L'arabesque profanée du mélos\nrenaîtra, du gouffre des temps, dans sa beauté hiératique impé-\nrissable. L'œil de notre âme en verra la ligne idéale s'élever,\nsinueuse et précise, comme un svelte fuseau d'odorante fumée\nmonte vers Ouranos avec les sacrifices, et nous respirerons son\nencens rédempteur. Puis, nous nous étendrons sur la natte de\nchanvre, serrés comme autrefois dans nos couches étroites, et\nnous dormirons côte à côte sous l'égide de Pan, Générateur de\ntoutes choses, dieu des Satyres et père des Silènes.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-09-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-09-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1905-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.2.6", "titre_corps": "LES CHANSONS POPULAIRES BULGARES", "titre_sommaire": "LES CHANSONS POPULAIRES BULGARES", "signature_source": "P. Salvator Peïtavi, Augustin de l'Assomption", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "LES CHANSONS POPULAIRES\nBULGARES\n\nLes peuples primitifs ont leur façon à eux d'exprimer les sen-\ntiments qui s'agitent dans leur âme. Cédant au désir irrésistible\nde se raconter et de se dire eux-mêmes, ils ont vite fait de tra-\nduire leurs impressions en un langage plus délicat, moins pro-\nfane et que la poésie entourera d'une espèce de halo sacré. Ce\nne seront pas choses de tous les jours et que l'on narre à tout\nvenant, mais sentiments intimes que l'on rappellera à certaines\nheures, que l'on évoquera dans certaines circonstances de la\nvie. Et puis, comme si la poésie ne suffisait pas, comme si ce\nn'était pas assez de l'expression orale du « moi » et de ce qui\nl'entoure, voilà que le chant intervient et donne un essor plus\nample à ces impressions ressenties, les classe selon leur goût\nou les idées principales. De cette double conception est née,\ndans tous les pays, la chanson populaire.\nSans doute, la naïveté première disparaît à mesure que se\nfait sentir l'influence d'une civilisation plus raffinée ; alors, les\ncouplets sont moins simples, la pensée moins pure, la musique\nplus recherchée, plus tourmentée, et la chanson primitive\ns'efface ou se confine dans certaines provinces, s'y cantonne\nparmi les gens de la glèbe, d'autant plus portés à l'aimer qu'ils\nsont moins éloignés des traditions anciennes, et qu'eux-mêmes\nconservent les coutumes du temps jadis, sentent à peu près\ncomme ont senti leurs pères d'autrefois et restent en communion\nplus directe avec le passé.\nTelle est, à grands traits, la genèse philosophique de la chan-\nson populaire, et telle est aussi la raison de l'intérêt que son\nétude présente.\nPeu de peuples ont gardé, à ce sujet, des traditions plus in-\ntactes que les Slaves. Nous avons évolué en France\", l'ltalie,\nl'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre ont marché, encore qu'on\npuisse exhumer, dans certaines provinces, des bribes d'airs\ndélicieux. Mais on peut affirmer que, dans l'ensemble, les Slaves\nn'ont pas bougé. Le moujik perdu au fond de son steppe glacial"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.13", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "continue à chanter, le soir, au bord des rivières ou au milieu\ndes forêts, les airs antiques, pittoresques, piquants qu'il tient\ndes aïeux et qu'il conserve comme un dépôt sacrosaint à ses\nyeux. Les raffinements d'une musique à beaux atours ne parais-\nsent pas enviables au paysan du Danube, toujours fruste, au\nmontagnard des Balkans, dédaigneux des choses modernes. Ils\nont, eux, leurs séries de chansons et ne sauraient s'en lasser.\nIl ne sera pas sans intérêt de jeter un coup d'oeil sur les divers\ncycles de la chanson populaire russe, afin de voir le lien qui\nrattache entre eux les chants des différentes branches slaves.\nLa littérature populaire slavo-russe est féconde en cantilènes.\nPerpétués par la tradition orale, ces morceaux ont été recueillis\nde nos jours par les Rybnikof, les Afanasief, les Sakharof, les\nKostomarof, les Koulich (i), etc.\nCe sont, d'ordinaire, des chansons de mariage, des com-\nplaintes de funérailles, des rondes, des hymnes à rythme\nlent, religieux, que l'on redit pour les fêtes de Noël, de l'Epi-\nphanie, de Pâques, de saint Georges, de saint Vladimir. A\nce cycle, mi-religieux mi-profane, il faut ajouter le cycle cham-\npêtre, où entrent les pièces composées à l'occasion des récoltes\nou des saisons. Les héros légendaires russes sont exaltés dans\nles chansons épiques. On y parle de Vreslavitch, de Sviatogor, de\nPokane, de Dounaï, etc. Autour du prince Vladimir, le « Soleil\nde Kief », se groupe toute une pléiade de bogatyrs. Les contes\nde fées y abondent et aussi les héros. C'est le héros paysan Ilia\nde Mouron, ou le héros boyarDobrynia Nikititch, ou encore\nAlécha Papouitch, vainqueur du dragon Tougania *, ce sont les\nhéroïnes Nastasia, Maxime, Maria les femmes\noiseaux. Les cycles de Kief et de Novgorod racontent, en des\nmélodies interminables, les exploits de ces illustres person-\nnages.\nLe cycle de Moscou est plutôt guerrier. On y voit Dimitri,\nvainqueur des Tatars, Alexandre Nevski, Ivan le Terrible ; on y\nentend les récits de la prise de Kazan, dont le merveilleux,\nsuperposé à quelques traits historiques, rappelle les exploits de\nRoland et de Turpin dans notre grand poème épique. Ce cou-\nrant se propage jusqu'au xixe siècle et s'enrichit, en passant,\ndes événements de la vie quotidienne de chaque village. Pierre\nle Grand y a sa place et aussi Elisabeth et Catherine 11, puis les\n\n(i) Cf. La Russie épique, A. Rambaud, Paris.\nChants recueillis pàr Kiréevski.\nThe songs of the Russian peßalston, Londres.\n& Empire des tsars et les Russes, A. Leroy-Beaulieu.\nLittérature et art populaire,Bourlaïef, Saint-Pétersbourg.\nTaies of the Russian people, Ralston."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "campagnes de Souvarof, l'invasion du « tzar-démon Napoléon »,\nen qui certaines sectes dissidentes ont voulu voir le nouveau\nM essie et que plusieurs adorent, dans le silence des comme\nun prophète malfaisant dont il importe de conjurer la colère.\nComme nos ménestrels trouvères et troubadours d'antan,\ndes kaliékiaveugles colportent de village en village des hymnes\nreligieuses exaltant les vertus des saints favoris de la Russie :\nsaint Georges le Brave, Boris, fils de Vladimir le Baptiseur ;\nDaniel le Pèlerin, qui fut à Jérusalem, saint Dimitri, saint\nThéodose.\nLe même phénomène, la marche que nous venons d'observer\ndans l'évolution du chant populaire russe, nous la retrouvons\nchez les Bulgares ; seulement, avec des nuances et des distinc-\ntions intéressantes à noter.\nIl est hors de doute que l'histoire d'un pays occupe dans la\nformation des chansons populaires une place prépondérante, et\ncela, non seulement au point de vue littéraire, mais aussi au\npoint de vue musical. Le tempérament national y est également\npour beaucoup, comme les accointances de race. Les pays peu\nbouleversés et qui, à travers les âges, ont joui d'une paix rela-\ntive ont marqué profondément leur trace dans les traditions,\nles chants populaires ; ainsi des Basques de Biscaye, par exemple.\nMais que survienne un envahisseur : aussitôt la rancœur pu-\nblique le maudira, le tournera en ridicule dans ses couplets\nsatiriques. A Athènes on chansonnait la rudesse des Spar-\ntiates, la lenteur intellectuelle des Béotiens, et on s'en amusait\",\nà Rome, sous la toge, circulaient des couplets mordants à l'a-\ndresse d'Héliogabale et de ses fantaisies ; on riait fort des Car-\nthaginois qui mettaient à mort un général vaincu ; on raillait\nles moustaches des Gaulois.\nSi l'invasion se transforme en domination constante et écra-\nsante, les vaincus s'habitueront, inconsciemment, à penser, à\nsentir comme leurs vainqueurs, le cas de la Grèce s'imposant\nà Rome est une exception. D'où, au bout de quelques siècles,\norientation différente du caractère national, manque d'homo-\ngénéité dans les productions littéraires ou musicales.\nC'est là exactement l'histoire de la chanson populaire bulgare.\nElle n'est ni originale ni homogène.\nDescendus des Tatars, mais très vite slavisés, les Bulgares\nsont atteints, au vne siècle, par la propagande chrétienne de\nRome et de Constantinople. Byzance introduit chez eux les\ncoutumes chrétiennes et la liturgie en langue slave. L'apostolat\ndes saints Cyrille et Méthode (855) accentue ce mouvement et\nle consacre. Cyrille réforme, pour ces nouveaux convertis, l'al-\nphabet grec, traduit les pièces liturgiques. L'influence grecque"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.15", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "est évidente ; les Slaves n'y résistent pas. Peut-être va-t-on\npenser que cette impression est lointaine et sera tamisée, atté-\nnuée dans le cours des âges ? Malheureusement pour la Bul-\ngarie, si les choses changent, ce n'est pas en sa faveur. Elle\npasse des mains des Byzantins à celles des Ottomans et subit\nun joug indéfini. Les évêques grecs toutefois régissent toujours\nl'Eglise de ce pays, l'hellénisent de plus en plus et avec tant de\nsuccès que les indigènes oublient leur langue maternelle pour\nparler celle de leurs chefs spirituels.\nCes deux empreintes— turque et grecque sont apparentes\nencore aujourd'hui dans les chants populaires bulgares, et\nnous aurons l'occasion de les faire saillir.\nIl est vrai, la civilisation européenne fait maintenant son\napparition, des Rhodopes aux Balkans et de là au Danube. Ce\nsera un troisième moteur, plus puissant que les autres, certes,\nmais qui tend trop à l'affranchissement du passé.\nLes cantilènes anciennes, les vieilles danses, les\npersistent dans les campagnes, comme aussi les costumes\npittoresques ; néanmoins une nouvelle tendance plus\nlogique —se fait jour : c'est l'évolution générale de la musi-\nque populaire et religieuse des Bulgares vers le système\nrusse (1).\nLes mélodies bulgares illustrent les récits d'aventures do-\nmestiques, des scènes villageoises, des histoires merveilleuses\noù figurent les génies de la mythologie locale,\nou samodivas, dragons mâles et femelles (\\méiénê et \\meitsi),\nioudas, rousalkas.\nD'autres sont franchement révolutionnaires, dépeignent les\nvexations des fonctionnaires turcs, leurs cruautés sur les mi-\nsérables rayas,les souffrances de ces derniers. La note géné-\nrale est cependant résignée, patiente, dolente ; c'est un cri de\ndouleur plus que de vengeance.\nLes hàidoukscélèbres, les iounaksou héros nationaux, Kroum,\nBoris, Cyrille et Méthode, y jouent aussi un rôle.\nSi l'on excepte les thèmes historiques et mythologiques, les\nchansons populaires des Bulgares peuvent se diviser en plu-\nsieurs séries, selon les sentiments qu'elles expriment ou leur\nconception de la vie\nLes T ou chants de table : familiers, joyeux, par-\nfois lestes de paroles et sautillants quant à la musique.\n- Les îounatchky,ou chants révolutionnaires faits poui\ndonner de l'entrain et exciter à la persévérance : dirigés contre\n\n(x) Cf. l'Eglise bulgare et la musique byzantine, P. S. Peïtavi, dans la\nTribune de Saint-Gervais (février 1904)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.16", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "les exactions des Turcs ou la rapacité légendaire du clergé\ngrec ; d'un rythme décidé, d'allure vive.\nLes Khorovodny, chantés sur un air de danse (khoro).\nLes Niékhorovodny, ou non dansés.\nLes S mechna khorovodna,chantés en riant 5 souvent co-\nmiques.\nLes Obitchaïny,ou chansons d'amour.\nLes Jetvarsky,pour la moisson.\nLes Monotoni, qui méritent bien leur nom, car ils sont\nformés seulement de deux notes : une dominante et une finale.\n_ Les La\\arska ou hymnes champêtres pour Pâques fleu-\nries.\nTrès souvent, ces chants sont composes de vers assez courts\nnon rimés, mais ayant, aux finales, des assonances régulières!\nIls ne sont pas nécessairement divisés en couplets. Un vers\nplus accentué ou concentrant l'idée dominante revient de loin\nen loin et fait 1 office de refrain. Les pensées sont souvent\ngioupées par antithèse, par opposition et ont une sorte de\nparallélisme oriental.\nLes chansons qui se rapprochent de la musique turque ont\nun rythme compliqué, sujet à de nombreux changements, à des\nvariations multiples , 1 enserrer dans une mesure déterminée\nune fois pour toutes est chose difficile. Le mouvement est ra-\npide ; les trilles y abondent. Les finales sont parfois comme in-\ncomplètes . on dirait que la mélodie se retient, s'arrête soudain\nsur un pied, à bout de forces, sans se poser définitivement, en\nsorte qu'on attend le couplet suivant et cela à l'indéfini.\nSi la mélodie est en fa par exemple, elle s'arrêtera, non sur\nla note de repos, mais sur le la, et suivra ainsi d'une façon ir-\nrégulière et fatigante pour l'oreille. Voici un exemple, dans une\nchanson recueillie à Tatar Bazardjik (1) :\nDans d auties la mélodie, sauvage et désordonnée, ca-\npricieuse et libre, s affranchit à peu près complètement des\n\n(1) Nous écrivons les mots dans l'alphabet latin.\n(2) « La jeune fille cueillait des roses dans le petit jardin. »"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.17", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "règles de la technique et prend plaisir à choquer le goût musical\net à briser les conventions plastiques établies. Ces chants lais-\nsent une impression de mélancolie et de malaise; pour nos\noreilles européennes, accoutumées à l'ordre des morceaux\nrythmés, aux finales pleines, il y a là quelque chose d'anormal.\nCes anomalies, si fréquentes dans le système musical del'Orient,\nne manquent ni de charme ni de souplesse dans les intermi-\nnables chansons turques ; elles rompent la monotonie de l'en-\nsemble. Dans les chants bulgares, bien plus courts, elles éton-\nnent : le sentiment s'y exprime tout d'une haleine, à l'avenant,\nà la façon des primitifs. En voici des exemples, avecl qui\nleur est propre.\nIl serait sans doute malaisé de classer méthodiquement ces\nmélodies comme appartenant à tel ou tel genre de notre sys-\ntème musical moderne. Beaucoup d'entre elles peuvent s'écrire\nau naturel, en ut, mais ne suivront pas pour cela les règles de\nla première gamme.\nAussi, l'étude strictement musicale des chansons bulgares\nne saurait-elle se faire sans connaissance des échelles du sys-\ntème grec qui leur a servi de moule. L'influence grecque est ici\n\n(1) « La jeune mariée va à travers la forêt verte. »\n(2) « Maman, ne me donne pas au paysan. »"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 945, "texte": "décisive et les différents ot du système ancien doivent nous\nservir de base. Il importe donc de fixer les échelles de ce\nsystème, afin d'y ramener les mélodies populaires qui n'en sont\nque l'application (i).\nC'est dans leur rapport avec les différents modes anciens\nqu'il faut considérer les chants orientaux, et non pas en les\npliant aux exigences de la musique moderne. Les chansons\npopulaires bulgares n'échappent pas à cette loi et ne se com-\nprennent que grâce à elle. Les exemples en pourraient être\nmultiples ; qu'il suffise d'en noter quelques-uns. L'échelle cor-\n\n(i) Dénominations de ces gammes selon les époques:\nSystème :\nGrec ancien. Moderne.\nLydien : Hypolydien (dorien), vu® ton.\nPhrygien : \\ Dorien, ( iei\n• ( Hyponuxolydien, ( vmc\nDorien : ' Phrygien, 11e ton.\nHypolydien: [ \\ ton.\nHypophrygien. — • —\nHypodorien. Hypodorien (éolien) Ve ton.\nMixolydien. Hypophrygien. vie ton.\nCf. Sbornik, t. XIV, Sofia."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.20", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 572, "texte": "respondante, avec la finale convenable, indiquera tout de suite\nle mode auquel la mélodie appartient.\nLe rythme de cette dernière chanson est très irrégulier. Il\n\n(1) « La pleine lune brille avec clarté et réjouit tout le monde; mais pour\nmoi, loin de me réjouir, elle ne fait que m'attrister. »\n(2) « Un jeune étranger travailla pendant neuf ans, et il gagna mille\n(piastres). »\n(3) « La jeune fille se coucha, s'endormit sous un rosier.blanc et rouge;\ns'endormit, petite mère, sous un rosier blanc et rouge. »"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "en est d'autres, au contraire, de mouvement très accentué et\ntrès suivi, qui ont un caractère plus grave et plus solennel. Ces\nchants se prêtent davantage à l'harmonisation et sont exécutés\nà deux parties, la seconde comprenant ordinairement la tierce,\nque les paysans découvrent sans grande difficulté, par la seule\napplication de l'oreille. Ils se rapprochent davantage du génie\nslavo-russe et, par suite, sont plus originaux. En prenant aux\nRusses, les Bulgares puisent dans un fonds commun.\nA l'analyse, un certain nombre de chants, de caractère orien-\ntal et que l'on ne saurait assimiler à aucune gamme régulière,\ndonnent un double système d'échelle où tantôt le tantôt le\nfa, sont affectés par un dièse, avec mi comme finale. On pourrait\ndonner le nom de semi-orientale à la combinaison de ces deux\néchelles.\nExemple de combinaison :\n\n(i) « O cher printemps vivifiant! Que tu es beau, et combien pour moi\ntu es bienfaisant et plein de délices et de charmes ! »"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.22", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 873, "texte": "Plusieurs morceaux appartiennent à la gamme dite orien-\ntale :\nMais cette gamme orientale est susceptible de variations\nmultiples. Elle sert de base à de nombreux chants turcs où les\ndemi-tons jouent un grand rôle, sans toutefois suivre des règles\nbien précises. L'attraction mélodique est observée conformé-\nment au système musical oriental. Les modes mineurs sont\ntrès fréquents. Une chanson bulgare, de type tout à fait turc,\nva nous servir de modèle.\nIl suffit d'un rapide examen de ce couplet, pour en pouvoir\ndresser l'échelle de base :\nEchelle mineure qui est absolument identique à la gamme\nfondamentale en la naturel mineur :\n\n(1) « Sais-tu, ô maman, ô mon âme I Te souviens-tu quand un jeune\ngarçon, un pur sang (me vint quérir) ? »\n(2) « Stoïan (Etienne) s'éprit de trois filles, et toutes trois de trois\ngrandes villes... »"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "La même expérience pourrait se faire sur tous les chants\nd'origine turque.\nLa conclusion n'est pas malaisée à tirer. Les chansons\npopulaires bulgares, dans l'ensemble, sont franchement orien-\ntales ; elles laissent échapper, à l'analyse, les éléments turco-\ngrecs dont elles sont formées. La musique moderne a peu à\nfaire avec ces airs que les paysans en chantent dans les\nBalkans ou les Rhodopes, sur les bords impétueux de l'lsker\naux eaux limoneuses ou delà Maritza argentée. Ils sont sortis\nd'instinct de la voix du Bulgare qui, souvent malgré lui, a\nsuivi, en les composant, un penchant naturel à l'imitation des\nmélodies grecques ou turques. Ne connaissant pas, d'expé-\nrience, d'autre système musical, il a adopté sans effort les\nmodèles qu'il écoutait. La chose lui était, du reste, plus aisée,\nnon seulement parce que lui-même est oriental, mais encore\nparce que les systèmes musicaux d'Orient se plient davantage\nau caprice et demandent moins de science.\nLes chansons populaires manquent donc d'originalité,\ntant que bulgares.Elles sont turques d'allures et, au fond,\ngréco-turques de formation. Les russes, avec leurs\ncouplets lents, harmonisés, qu'ils répètent en chœur, sont plus\n« eux-mêmes » ; les infiltrations de leurs voisins du Levant les\naffectent moins.\nLà où les Bulgares sont plus originaux, c'est dans leurs\ndanses nationales (khoros), espèces de rondes, libres, dégagées,\nfortement rythmées. Peut-être ces khoros ne sont-ils pas sans\naffinités avec les jigues irlandaises. Je connais très peu ces der-\nnières, mais le peu que j'en sais me confirme dans cette opinion.\nL'étude en pourrait bien devenir intéressante, et je souhaiterais\nque quelqu'un se mît à ce travail.\n\nP. Salvator Peïtavi,\nAugustin de l'Assomption."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-09-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-09-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1905-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.2.7", "titre_corps": "Croquis d'Album inédit de Léandre", "titre_sommaire": "Croquis d'Album inédit de Léandre", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 33, "texte": "Croquis d'Album inédit de Léandre"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-09-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-09-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1905-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.2.8", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nLA MORTE\nDe toutes les grandes cantatrices qui ont illustré l'Opéra au\ndix-neuvième siècle, la moins bien connue est Mme Rose-\nTimoléone-Caroline Branchu. Ses biographes ont beaucoup\nparlé de l'artiste, mais ils ont ignoré la femme dont le tempé-\nrament excessif lui valut des aventures demeurées dans l'om-\nbre, de par la prudence appliquée de l'héroïne. Je révélerai un\njour certaines amours tardives et violentes qui détruiront la\nrenommée de vertu farouche qu'on lui fit. En attendant, je\nveux éclairer la physionomie de cette lyrique admirable que\ndes malheurs nombreux assaillirent au milieu de ses triomphes.\nRabbe et Boisjolin la font naître à Saint-Domingue en 1782,\nmais il paraît certain qu'elle vit le jour en 1780, dans l'habitation\nde Mlle Chevalier, petite-fille du dernier gouverneur du Cap et\nfilleule du maréchal de Brissac et de la comtesse Maillot.\n« Mon père (1), américain, a dit Mme Branchu dans un\ncurieux mémoire inédit, descendait d'une famille honorable\ndans laquelle la loyauté et les vertus étaient héréditaires ; il fut\nenvoyé en France pour son éducation, et fort jeune il fit les\ncampagnes de Hanovre, comme volontaire sous son père et\nsous les ordres de M. le comte d'Estaing. Lors du bouleverse-\nment de Saint-Domingue, il perdit sa fortune, et afin de pou-\nvoir élever convenablement sa famille, il reprit du service. »\nA neuf ans, Caroline c'est elle qui le dit était déjà très\nbonne musicienne et d'une force extraordinaire, pour son âge,\nsur le piano. Elle avait à peine onze ans, lorsque certain\nM. Gosset, ami de la famille, conseilla de présenter l'enfant au\nConservatoire. Elle y fut admise après un examen ; on lui\ndonna Richer et Lays pour professeurs de chant, Rigel pour\nl'accompagnement, Dugazon pour la déclamation, et enfin Garat,\nqui lui prodigua tant qu'il vécut de précieux conseils.\nAprès avoir remporté le premier prix de chant et celui de\n\n(1) M. de Lavit."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "déclamation, la jeune fille donna des leçons de harpe et de\npiano. Mais Gossec et Méhul déterminèrent Mme de Lavit à\nfaire engager Caroline aux Italiens. Le père s'opposa d'abord\nà ce projet, puis finit par céder, après avoir écrit à sa fille, au\ncours d'un voyage : « Tu connais mon amour pour toi, tu es ma\nvie, mon idole ; eh bien, j'aimerais mieux te brûler la cervelle\nque de te voir déshonorer mes cheveux blancs. Souviens-toi\ntoujours de ton père. »\nMariée à 17 ans avec Branchu, le danseur de l'Opéra, au len-\ndemain des orages révolutionnaires, la jeune artiste avait débuté\nsur notre première scène lyrique dans le rôle d'Antigone, par\nordre du Ministre de l'lntérieur. On l'enlevait ainsi à la Comé-\ndie-Française, où Talma, qui fondait de belles espérances sur\nson talent dramatique, l'avait demandée.\nFort exaltée et douée d'une rare sensibilité, Mme Branchu\nprêtait aux rôles de Didon, de la Vestale ou d'Amazili (.Fernand\nCortei) une force d'illusion sans précédent qui déchaînait\nl'enthousiasme et sans cesse renouvelait ses triomphes. C'est dire\nqu'elle devait être bientôt désignée à la jalousie des méchants.\nEn iBo3, elle gagnait 7.200 francs par mois ; elle voulait en\ngagner 10.000; on les lui refusa, mais en ißos, La Suze,\nLebrun et Persuis, chefs de chant, sollicitèrent pour elle une\ngratification, en rappelant qu'elle avait montré le zèle le plus\ninfatigable et rendu des services signalés. De Luçay, le préfet du\nPalais, lui accorda un congé de trois mois en 1806, et spécifia\nque ses appointements lui seraient servis quand même, à titre\nde gratification. En 1811, elle s'absenta encore pendant six\nsemaines « pour aller dans les départements y exercer ses\ntalents », et le directeur de l'Opéra, Picard, lui fit obtenir un\ntraitement supplémentaire de 3.000 francs.\nLa grande artiste, qui avait vécu dans l'intimité de Mme Bona-\nparte, femme du Premier Consul, et de Joséphine, impératrice,\nl'épouse enviée, la mère heureuse devait connaître bientôt les\nmisères d'âme les plus aiguës et subir les tracasseries faites\npar l'administration de l'Opéra.\nAprès avoir perdu son père, elle eut la douleur de garder son\nmari dix-huit mois malade, à la suite de « la sortie d'une balle\nqu'il avait reçue à l'armée et qui était restée quinze ans dans\nson cerveau. »\nLe fameux danseur se rétablit en apparence, mais il perdit\npartiellement ses facultés mentales, et se livra à mille excen-\ntricités, tout en gaspillant les économies du ménage.\nDans le Mémoire dont j'ai parlé et qui est une confession\nfaite àun avocat, Mme Branchu dit : « Mes amis (j'avais\ngardé ceux qui savaient pleurer) me conseilloient de le faire"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.26", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "interdire. Je leur savois gré de leur sollicitude pour moi,\nj'excusais dans ma raison tous leurs arguments pour vaincre\nma résistance, je convenais avec eux du délabrement de ma\nfortune qui n'était pas à moi seule et dont je frustrais mes\nenfants, mais au fond de mon cœur ma résolution de ne point\ncéder à de pareils conseils s'affermissoit encore par la piété\nfiliale de mon fils aîné !... Mon mari et moi nous nous étions\npromis de nous soigner, de nous consoler mutuellement, de\nne jamais nous abandonner, Dieu avoit reçu nos sermens, ils\nont été tenus. »\nLa démence de Branchu s'aggrava de fréquentes crises d'apo-\nplexie et prit parfois une tournure des plus affligeantes. Je laisse\nla parole à sa femme : « Une nuit, narre-t-elle, à la suite d'une\ncrise violente, il fit retirer tout le monde, à l'exception de ma\nnièce qui avait voulu passer cette nuit-là, avec moi, auprès de\nson oncle ; il nous regarda, l'une et l'autre d'un air solennel et\nauquel nous n'étions pas accoutumées ; puis comme inspiré par\nune idée surnaturelle, il nous demanda avec autorité une dou-\nzaine de bougies pour les allumer et les fit placer circulaire-\nment sur son lit ; ensuite s'étendant comme dans une bière, il\nnous fit réciter des prières. Il fallut obéir a tiavers nos sanglots\nmal étouffés, sous peine de déterminer une crise nouvelle ».\nEn dépit de son chagrin, Mme Branchu continuait son ser-\nvice à l'Opéra. A peu de temps de là, le jour du mardi gras de\nl'année 1818, son fils Henry, âgé de 17 ans environ et qui\nvenait de quitter le collège pour se consacrer au commeice,\nchez un de ses oncles, manufacturier en Alsace, tomba malade\net mourut le 28 mai suivant. Après ce nouveau coup du sort,\nla courageuse artiste quitta le théâtre pendant six mois et\ndemeura, à son dire, « morne, stupide, sans douleui ». Une\nfièvre de mysticisme s'empara d elle bientôt, elle passait des\njours entiers a l'église Samt-Roch, en contemplation, et ne se\nretirait qu'après avoir revu son fils. Elle 1 étira sa fille Pamela\nde chez une dame Sauvan à qui elle 1 avait confiée, pour lui\ndonner une éducation solide. Entre un père dément et une mere\nplongée dans les larmes, 1 enfant s étiola et faillit mouiir à son\ntour. En 1823, Branchu fut interné chez le Dr Blanche, et c'est\nlà que, l'année suivante, le soir îneme du joui où Paméla, pour\nla fête de sa mère, avait réuni des parents et des amis, il fut\nemporté subitement par une congestion.\nSur les conseils des médecins, JVÏme Bianchu maiia sa fille.\nElle épousa un jeune artiste, Auguste Lefebvie, qui venait de\ndébuter dans un théâtre du boulevard. Ce maiiage fut malheu-\nreux. Le mari, un grossier personnage sans foi tune, mangea\nune partie des 40.000 francs de dot apportés pai sa femme."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "trouva insuffisants les 1.200 francs de rente fournis par sa belle-\nmère et conduisit la pauvre Paméla au suicide, après l'avoir\nmaltraitée odieusement.\nMme Branchu, qui avait quitté l'Opéra en 1816, se trouvait en\ntournée, à Marseille, lorsqu'elle apprit que sa fille avait tenté\nde s'asphyxier. Elle revint pour la soutenir de son amour ma-\nternel dans un procès en séparation qui allait briser une\nexistence de vingt ans (1).\nC'est à cette époque que Mme Branchu, qui n'était ni grande,\nni belle, comme l'a déclaré Berlioz, et qui approchait de la\nquarante-septième année, eut un dernier amour. Tous les détails\nm en sont connus, mais ce n'est point l'heure de les révéler ici.\nSi je note, en passant, une passion qui fut la joie et le tour-\nment de son automne, c'est qu'elle correspondit à une période\nde triomphes dont le public d'aujourd'hui n'a pas idée.\nA Marseille, on faisait imprimer, en l'honneur de l'artiste,\ndes pièces de vers dithyrambiques, dans le goût de celles-ci:\nLES TROIS SIRÈNES\nA MADAME BRANCHU\nDe VAcadémie Impériale de Musique.\nA Londres j'ai vu BILLINGTON\nPar l'éclair de sa voix divine\nEt de sa roulade argentine\nEtourdir les gens de bon ton;\nEt du doux bémol au dièse\nPassant avec suavité.\nDéconcerter la gravité\nDu bon milord, se pâmant d'aise.\nLa Céleste CATALANI\nDéployant son vol infini,\nEt des sons par degrés franchissant l'intervalle,\nMe semblait moduler les élégans concerts\nDe l'alouette matinale,\nQui s'élève en chantant sur le trône des airs.\nBRANCHU paraît : sa voix qu'elle trempe de larmes\nFait gémir la douleur d'Alceste et de Didon.\nAu cri de la nature, à son tendre abandon,\nLes merveilles de l'art viennent rendre les armes ;\nJe soupire, et je dis : le cœur a seul raison.\nD.-P. DES ISLETS.\n\n(i) Paméla Branchu se vit dans l'obligation d'accepter une modeste si-\ntuation d'institutrice, en Angleterre."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.28", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2656, "texte": "LE PUBLIC DE MARSEILLE\nA MADAME BRANCHU\nDoux charme des Français, ornement de la scène,\nToi, dont le jeu sublime et la brillante voix\nSavent reproduire à la fois,\nTHALIE, EUTERPE et MELPOMÈNE,\nPar tes chants, ARIANE et la triste DIDON\nNous font pleurer leur abandon.\nAu rocher des enfers, à la barque funeste,\nChacun de nous voudrait ravir ALCESTE,\nTu nous a fait sourire à Pesprit de MARTON,\nAuprès d'ŒDIPE on suivrait ANTIGONE ;\nLe Talisman d'ARMiDE étonne nos esprits.\nAcceple donc nos vœux et reçois la couronne\nDont ces rôles divers ont réclamé le prix.\nMme Branchu était habituée d'ailleurs à des hommages pu-\nblics et particuliers, comme en témoignent les deux lettres sui-\nvantes que je cite à dessein, parmi tant d'autres non moins\ncurieuses, et qui mériteraient de voir le jour:\nMADAME,\nMercredi 7 août 1822 (1) est encor un jour de triomphe pour la scene\nlirique, vos beaux yeux suppliants vers le ciel pendant le serment du\npremier acte sont d'un effet miraculeux, un peintre habile devroit saisir\ncette situation, pour faire un sublime tableau, vous mérités comme le\ntasse le triomphe et ce tableau vous assurerait celui de l'immortalité car\nles sublimes talents ne meurent jamais, et je pense que vous êtes la pre-\nmière qui exprimés les passions telles qu'elles existent dans le cœur humain\net faites éprouver à ceux qui ont l'âme brûlante le délire le plus enchan-\nteur quand ils ont le bonheur de vous voir et de vous entendre. Le duo à la\nfin du premier acte comme musique est charmant, chanté par vous divin.\nPar la scene muette du second acte vous annoncés d'avance aux spectateurs\nqui savent vous comprendre le crime horrible que médite Danaus, lorsque\nvous dites par les larmes dont votre fille mes yeux sont mouillés de pleurs,\nj'éprouve un délice que jen'avois jamais connu jusqu'à ce jour. Mais lors-\nque vous vous jettes aux genoux de votre père en terminant ce morceau, il\nsemble qu'on est plus sur la terre, on s'imagine que vous parles à Dieu, et\ntout le reste de l'acte on est dans un nouveau monde, vos accens sont\nceux dont on se sert dans le ciel. La situation du troisième acte, la piété\nfiliale et le combat entre l'amour conjugal, fait souffrir horriblement, on\ncroit la chose reel, on vous plaint, on vous admire, et pour tout dire on\nvous adore.\nAla fin du troisième acte, le morceau en fa mineur est si bien rendu\nqu'il semble qu'on sent diminuer ses forces, mais lorsque vous vous jettes\n\n(1) On jouait à l'Opéra, ce jour-là, Les Danaïdes, tragédie lyrique en\ncinq actes, musique de Salieri, paroles du bailli du Rollet et du baron de\nTschudy, et c'était la 16e représentation de la reprise."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "par terre, c'est effrayant, le mouvement du cœur s'arrette, par l'effroi qu'on\néprouvé, il semble que le monde va finir, et cependant on est heureux,\nvous quittes la scène, on ne vous voit plus, mais l'imagination est frappée,\non rentre chez soi, émue, et alors on vous voit sans cesse, et toutes les\nsensations qu'on éprouve sont cent fois plus vives.\nReceves donc, Madame, les remercimens du bonheur que vous me faites\néprouver. Mais que je serais heureux si je pouvais vous dire verbalement,\nce que je vous écris, ho, je crois que j'en perdrois la parolle.\nCette lettre ne méritera pas votre critique, aucun mortel ne doit la\nconnoitre, je vous en conjure. Dieu doit etre le seul témoin ; et si par\nhasard vous desires savoir qui je suis, vous pouves adresser vos reflexions,\nou vos ordres, à l'adresse que voici : Monsieur hypollite rue Saint-\nHonoré, n<> 274, si vous l'ordonnes, je me nommerai à condition qu'aucun\nmortel profanera ce secret, le mistere est le plus grand des plaisirs.\nP. S. Hypollite n'est point mon nom, mais n'importe, si vous m'ecrives la\nlettre me reviendra. Alors j'obéirai à votre volonté, si vous n'ecrives pas\nj'aurai toujours l'honneur de savoir apprécier le premier talent de l'uni-\nvers. Vous me pardonneres une répétition, vous en devineres aisement la\ncause.\nUn an plus tard, le même admirateur, aussi naïf que sin-\ncère, et qui n'avait pas dû pouvoir dire verbalement à l'artiste\nses sentiments intimes, lui écrivait encore :\nMADAME,\nJe vous prie de regarder avec intérêt pendant le ballet du premier\nacte de Virginie,aux premières loges du côté de celle du Roi. Vous me\nprouveres au moins que vous etes sensible aux connaissances que j'ai,\npuisque je sais apprécier le premier talent du monde. Cette complaisance\nou plutôt cette extrême bonté fera le bonheur de ma vie.\nQue vous etes sublime, quels accens, quels yeux aimables ho Dieu.\nLe procès en séparation de Paméla dura longtemps. Aux\nfatigues des représentations que Mme Branchu donnait en pro-\nvince, à ses soucis pécuniaires, à la fièvre de ses amours qui\nn'allaient pas sans jalousie, s'ajoutait l'amertume des bruits\ndiffamatoires répandus sur sa fille. Dans son ardeur à défendre\nune victime qui lui était chère, Mme Branchu se fit accusatrice\nd'anciens camarades, car elle voyait partout des ennemis. Elle\ns'attaqua particulièrement au danseur Albert (i), dont la répu-\ntation était à son apogée. Celui-ci, blessé dans son honneur, se\ndéfendit avec dignité, dans la lettre que je rapporte ici :\nParis, ce i 3 août 1828.\nMADAME,\n« Si j'ai joué plus d'an rôle en ma vie, celui de calomniateur n'a point\nencore fait partie de mon répertoire et comme j'ai ce en horreur\n\n(i) Ferdinand-Albert Decombe, dit Albert, danseur et compositeur cho-\nrégraphe des Opéras de Paris, de Naples, etc."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.30", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "je ne m'en chargerai jamais quoi qu'on puisse faire pour m'en affubler. Je\nsuis d'ailleurs trop ennemi du scandale pour ne pas éviter soigneusement\ntout ce qui pourrait y donner lieu.\nVous savez très bien, Madame, que je n'ai jamais eu l'honneur de fré-\nquenter Madame votre fille, je n'ai donc pas pu la connaître assez particu-\nlièrement pour en dire du bien ou du mal et très probablement que je\nn'eusse jamais été mieux instruit sans les deux lettres que vous lui écri-\nvîtes de Lyon, et dont mon Journal seul m'a donné connaissance en les\npubliant.\nVous voulez bien vous souvenir que je fus votre camarade et l'ami de\nvotre mari; le dernier de ces titres, au moins, devrait vous tenir en garde\ncontre les gens qui se donnent sottement la peine de faire de moi un Diffa-\nmateur. D'ailleurs, Madame, il faudrait avoir des raisons et des intérêts\nparticuliers pour colporter la diffamation : je puis assurer que je n'ai ni l'un\nni l'autre et si, par je ne sais quel hasard, j'avais à me plaindre de Madame\nvotre fille ou de vous (bien que nous n'ayons eu aucune relation) j'em-\nploierais, pour le faire, des moyens plus dignes de moi.\nJe regrette infiniment, Madame, qu'on choisisse ce moment pour\najouter, par d'indignes faussetés, au chagrin que doit naturellement vous\ncauser le malheureux procès qui vous occupe.\nJ'ai l'honneur d'être, Madame, avec toute la considération qui vous\nest due,\nVotre serviteur,\nALBERT.\nAprès les glorieuses acclamations, après les deuils, après les\ntristesses maternelles, après la lente agonie d'une passion tar-\ndive qui l'avait fait souffrir dans son orgueil de femme impuis-\nsante à réparer les injures du temps, c'avait été la retraite, loin\ndu bruit des foules.\nMais il était écrit que Mme Branchu subirait une suprême\noffense.\nRetirée à Orléans, elle y vivait dans un cercle étroit d'amis,\ncorrespondant avec sa fille et sa famille de Mulhouse. Ses enne-\nmis - elle en avait eu d'implacables surprirent la bonne\nfoi d'un journaliste de l'endroit et lui firent annoncer la mort\nde l'ancienne artiste. De cette nouvelle dont elle aurait pu rire,\nMme Branchu se montra vivement blessée, parce qu'on la disait\nplus vieille de six ans qu'elle ne l'était en réalité. C'était là un\ncoup qu'une femme ne pardonne pas. Voici ce qu'elle écrivait\nà sa fille, au lendemain de la menteuse nouvelle :\nJeudi 28 mai 46.\nQuelle différence de ma matinée remplie d'émotions déchirantes avec\nma soirée douce et tranquille ! et cette paix de l'âme 111' a été apportée par\nmon Eugène ! Je vais t'expliquer cet affreux rébus, cher ange.\nDimanche, j'ai été réveillée par Monsieur Pagnerre qui venait demandez\nà tous les habitants du faubourg si effectivement j'avais cessée de vivre ;\nlorsqu'il fut rassuré, il entra chez moi et me lut le paragraphe que je te\ntranscris."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "L'ORLÉANAIS\n« Mme Branchu, ancienne première cantatrice de l'Opéra, est décédé, avant-\nhier, dans sa 72e année, à Orléans, où elle s'était retirée depuis longtemps.»\nQue dis-tu de cette impudence ? tout le monde d'Orléans connaît ma\ndemeure ! ah ! c'est encore une bonté de leur part. Quel horreur! et que je\nlanguis d'en être sortie. La famille Dubec, M. Vassor, les Payens et les\nBernard sont les seuls que je regretterai, les seuls qui (si, j'avais pu fermé\nmon cœur au souvenir d'un brave enfant adoré, idolâtré jusqu'à l'extrava-\ngance peut-être ; d'une famille adorable et de vieux et bons amis) m'eussent\nfait trouver encore de la douceur dans mon exil si long et si pèsant à\nsupporter encore alourdi par les blessures de l'âme qu'ils m'ont fait enduré.\nTu verras sans doute ma lettre inserrée dans le Loiret, Monsr Pagnerre aussi\na été d'une bonté filiale; ce bon jeune homme si bien élevé, si comme il\nfaudrait qu'ils fussent tous, t'aime véritablement, il m'a fait promettre de\nlui faire dire le jour que tu viendras à Orléans; ainsi, aie la complaisance\nde me prévenir d'avance parce que mon intention est de l'inviter à dîner\noù à déjeuner, selon l'heure que tu prendras ;\nVoilà ce qu'il à inséré dans son Journal du Loiret.\n« L'Ornéanais (sic) a fait mourir, dans son dernier numéro, Mme Branchu,\nla célèbre cantatrice sous l'empire. Madame Branchu jouit d'une parfaite\nsanté, et elle est venue elle-même nous prier de rectifier l'erreur de l'Or-\nléanais. Malheureusement cette nouvelle, répétée par tous les Journeaux\nde Paris, à peut-être déjà jeté dans le deuil la fille de Mme Branchu qui\nvoyage en ce moment en Allemagne. Voilà la lettre que Mme Branchu\nvient d'adresser à l'Orléanais, et qu'elle nous à priés d'inserer.\n« Monsieur le rédacteur de l'Orléanais,\n« Vous n'avez sans doute ni enfans, ni famille, ni amis, car sans cela\nvous auriez pris des renseignemens (très facile puisque depuis neuf ans\nj'habite la même demeure à Orléans) avant de donner une aussi déchirante\nnouvelle pour les miens éloignés de moi.\n« Je plains vos abonnés. Monsieur, si vous recevez les renseignements\nque vous leur transmettez dans votre Journal, avec autant de légèreté que\ncelle avec laquelle vous annoncez la nouvelle de ma mort (1).\n<( Caroline BRANCHU née de Lavit,\n« Première cantatrice de la Chambre et de la Chapelle de S. M. l'Em-\npereur et Roi, et premier sujet de l'Opéra. »\nCher enfant, ne me dis pas que ma lettre est trop dure, pense que\nj'étais blessée au cœur puisque tu pouvais voir cette infernale nouvelle et\nje ne savais ou te trouver pour te désabuser et te dire : Dieu me permet\nencore de vivre pour t'aimer et t'idolatrer. Pourquoi es-tu restée si long-\ntemps sans m'écrire ? sans me donner de tes nouvelles tant désirée ?\nEmbrasse pour moi Augustine, toute ma famille et la sienne qui sont\nconfondu dans mon âme, Climène a dù te faire lire ma lettre qu'elle à\nreçue mardi 26 de ce mois, j'attends sa réponse vendredi prochain puisque\ntu es à Mulhausen. Ai-je raison d'espérer ô, oui, oui.\nMille tendresses, bénédiction et doux baisers de ta mère et amie\nCAROLINE BRANCHU.\n\n(1) Dans un brouillon composé par elle, Mme Branchu terminait ainsi :\na J'ai l'honneur de vous saluer, Monsieur, et de vous prier de la démentir\nle plutôt possible. »"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.32", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "La vérité, c'est que l'amie de Mme Desbordes-Valmore, poé-\ntesse et musicienne elle-même à ses heures, ne mourut qu'en\niBso, à l'âge de soixante-dix ans.\nSa carrière, qui fut moins heureuse que glorieuse, est si mal\nconnue, que j'ai formé, depuis longtemps, le projet de la racon-\nter par le menu, à l'aide de documents inédits, aussi nombreux\nqu'inespérés. Mais un pareil travail ne pourrait trouver place\nque dans un livre. En attendant, j'ai cru intéressant de préciser\ncertains points historiques qui donnent à la physionomie de\ncelle que Grétry appelait sa fille, un aspect de vérité que nul\nn'a soupçonné jusqu'ici.\nPour bien connaître et juger impartialement une telle ar-\ntiste, il faut connaître toute son intime psychologie. Mme Bran-\nchu, cantatrice merveilleuse, ne peut être séparée de Mme Bran-\nchu, fille, épouse, mère, amante, car elle a vécu sur la scène\ntoutes ses misères d'âme personnelle, et transporté le tragique\nde ses rôles dans les moindres actes de sa vie.\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-09-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-09-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1905-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.2.9", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES IDÉES DE M. HOUDARD\nLouis Laloy.\n(*)•\nJ'ai attendu six semaines une réponse à la question que je posais à\nM. Houdard ; rien n'est venu, ni de lui, ni d'aucun de ses partisans et dis-\nciples. Nous devons donc croire que M. Houdard n'est point licencié, ce\nqui d'ailleurs ne diminue en rien son mérite. Mais alors pourquoi nous\ndire qu'on n'a pas voulu être docteur, « l'Université n'ayant pas à connaître\nde sujets de rythmique » ? C'est chercher une explication bien lointaine\nalors qu'il en est une simple : « Point de licence, point de doctorat », est\nun axiome dont même un esprit aussi paradoxal que M. Houdard ne con-\ntestera pas l'évidence. De même, la licence, qui est la condition du docto-\nrat, a pour condition le diplôme de bachelier. M. Houdard est-il en pos-\nsession de ce parchemin, sans valeur à vrai dire, sauf pour ceux qui\ncomme lui ont des ambitions universitaires ? Ou devons-nous, une fois de\nplus, lui conseiller de relire l'apologue du renard qui voulut manger raisins\nà la treille ?\nJe m'empresse d'ajouter qu'il m'importe peu que M. Houdard puisse se\nparer d'un plus ou moins grand nombre de peaux d'âne. Et je ne lui pose-\nrais pas des questions peut-être embarrassantes, s'il n'avait montré lui-\nmême, et à maintes reprises, un âpre et envieux désir d'honneurs officiels\nqui ne semble guère digne d'un libre esprit.\n(i) Voir le Mercure musical, pages 138 et 263.\n\nÉCHOS\n\nL'Enfant-Roi, déchu dès sa naissance, et aujourd'hui défunt, du triste\nAlfred Bruneau, a inspiré à l'un de ses admirateurs une page de grand\nstyle que le Mercure Musical,ouvert, comme on sait, à toutes les opinions,\nse fait une joie d'offrir à ses lecteurs, en en respectant jusqu'à l'ortho-\ngraphe :\nJ'ai entendu l'autre soirf Enfant Roi,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4014, "texte": "violente qu'il ne m'est pas possible de ne pas dire quelques mots de la nouvelle\nœuvre de M. 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Aussi le public, quiaime le chatoiement, ne se presse-\ni-il pas salle Favart pour entendre /'Enfant Roi. On dénigre Af. Bruneau par\npose, par bétise, par snobisme, (nous at;ons entendu des réflexions stupides de\ngens fort distingués, for/ honnêtes), on Vaccueille avec une indifférence affectée.\nRares sont ceux qui le sentent vraiment, d'ailleurs tous le sentent puisqu'il est\nnaturel, ma/s ne s'en rendent pas bien compte, et puis, de nos jours, Ton n'ose\npas, en art, avouer Zes larmes spontanées rares sont ceux qui osent dire\naimer M. Bruneau. Il est vrai aussi qu'on dit l'aimer par genre.\nParmi les critiques, pour /a plupart, parmi les artistes, on Vaccueille avec\nanimosité parce que l'on sent en lui un colosse. Un maître comme M- Bruneau\nœuvre pour les générations à venir. Mais M. Bruneau a des admirateurs fervents\nqui sont tout à lui et qui, en écoutant ses œuvre, sont gagnés à jamais à sa cause\net lui sont dévoués pour toujours. Je suis de ceux-là, moi très humble ! 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Le livret\nest admirable par les situations serrées, poignantes, je ne sais rien de plus théâ-\ntral que la scène où Madeleine doit choisir entre son mari et son fils), par les con-\ntrastes violents habilement amenés. Rien n'est à retrancher, rien à ajouter. Il\nn'est pas jusqu'au titre /'Enfant Roi qui ne soit magnifique en son symbolisme.\nCertains critiques l'ont trouvé pompeux !...\nLa musique de /'Enfant Roi est extrêmement claire, intensément vraie : elle a,\ndans les pages descriptives et dans les pages tragiques, une ampleur formidable.\nEn dépit de tout ce que pourront dire et faire les \" plumitifs \" et les compo-\nsiteurs de salons, Zola et Bruneau vivront toujours parce qu'ils reçoivent et ren-\ndent le souffle le plus fécondant de la nature.\nBéziers. La première représentation des Hérétiques s'est déroulée\naujourd'hui sous un ciel trop souvent nuageux. Evidemment l'œuvre de\nMM. F. Hérold et Ch. 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Sa dextérité dans le Mouvement perpétuel de Ries a été\nvraiment surprenante et l'exécution des Poèmes hongrois de Lederer a\ndémontré le sentiment et le rythme extraordinaires dont cet enfant est\ndéjà doué. Espérons que nous aurons bientôt l'occasion d'en reparler et de\nl'entendre à Paris.\nBcmlogne-sur-Mer. C'est une manifestation artistique du premier ordre\nque l'administration du casino de Boulogne-sur-Mer, sous l'intelligente\ndirection de M. H. delà Funte, chef d'orchestre des Concerts symphoniques\ndu casino, vient d'offrir aux nombreux étrangers en résidence à Boulogne.\nJe veux parler du Festival Richard Wagner.\nNous avons eu pour la première partie du programme: Rienzi, ouverture;\nParsifal, la Walkyrie : les adieux de Wotan superbement chantés\npar une basse de beaucoup de talent, M. Bruinen. Pour la deuxième\npartie du programme : Lokengrin (prélude) : les Maîtres Chanteurs, chantés\npar M. Henderson, qui, c'était regrettable, avait une voix légèrement\nenrouée. Enfin, pour terminer, la superbe ouverture de Tannhauser.\nL'orchestre, très bien composé, a fort bien souligné les meilleurs passages\ndes différents morceaux inscrits au programme. Il faut donc l'en louer,\ncar il est rare, en province, d'assister à des manifestations artistiques de\nce genre et donnant un aussi appréciable résultat.\nLe public nombreux et élégant a fait à tous les interprètes sans exception\nde l'œuvre de Wagner un chaleureux succès.\nSchola Gantorum. La réouverture des cours aura lieu le lundi 2 octo-\nbre.\nEn raison de l'affluence des élèves, il sera créé 8 nouveaux cours de vio-\nlon, piano et chant.\nLes examens d'admission commenceront dans la première semaine d'oc-\ntobre, les aspirants-élèves y seront convoqués par lettre.\nIls devront préalablement se faire inscrire avant le 25 septembre,au\nSecrétariat de l'Ecole, 269, rue Saint-Jacques.\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-09-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-09-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1905-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.2.9.2", "titre_corps": "LES IDÉES DE M. 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L ; Vi t\ny Jûaiteup ae Musique\n» i-il _ fin\n2\\ rue de Louvois> —» PARIS, IIe 1\n' ;'v, ï v: v\nlIBEMSK\nHugrw\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey). 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) ... 1 fr. 70\nL'infidèle (Maeterlinck) 1 fr. 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette . . . 1 fr. 70\nD'Anne qui me jecta de la neige . . 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano .... . . 3 fr. 35\nm\naider a la diffusion des\nJE. Demets offre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer,\nd'éditer et de lancer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs ouvrages musicaux, tout en leur\nréservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\n.\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nAgence de la Société Nationale de basique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.1", "texte": "lre Année. —N°9 15 Septembre 1905.\n• V- - ' • j\nparaît le le*1e* et le 15 de chaque mois\nUq croquis d'album i\n2, Rue de Louvois\nPARIS II\ny - • .. . s - 5 ® . • - . .v .• • , .. • ■ - ..\n■ ' • • , ' -'V; • ■ :.■ . \"■. \" ■ \"v::' V ■ /' : : . V: '' '\nPRIX DU Numéro I Francê ' Clr\"ïuânte intimes.\nw *l. * jLLJ AV « a -p. u m mi mi\n( Etranger : Soixante centimes.\n\nAU SOMMAIRE :\n|LOUIS LALOY\n; JEAN M ARNOLD.\nI P. SALVATOR PEITAVI\nMARTIAL TENEO"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.2", "texte": "SOMMAIRE\nJEAN MARNOLD Dialogues des M\nP. SALVATOR PEÏTAVI Les chansons populaires bulgares.\nMARTIAL TENEO. .......,. Miettes\nLÉANDRE Croquis d'album inédit : Études de chef\nd'orchestre\nRE VUE DE LAQ UINZAINE\nLouis LALOY Les idées de M. Houdard (suite).\nP AN Jls'c /i OS.\n\nABONNEMENTS:\nUn an» Six mois.\nPARIS ET DÉPARTEMENTS .. 12 ' fr. 6 fr.\nfr. 7 fr, 50\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Etranger).\n\nMu\n\\t . > ■ V. -V. L ; Vi t\ny Jûaiteup ae Musique\n» i-il _ fin\n2\\ rue de Louvois> —» PARIS, IIe 1\n' ;'v, ï v: v\nlIBEMSK\nHugrw\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey). 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) ... 1 fr. 70\nL'infidèle (Maeterlinck) 1 fr. 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette . . . 1 fr. 70\nD'Anne qui me jecta de la neige . . 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano .... . . 3 fr. 35\nm\naider a la diffusion des\nJE. Demets offre à MM. les Compositeurs de musique d'imprimer,\nd'éditer et de lancer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs ouvrages musicaux, tout en leur\nréservant, s'ils le désirent, la propriété exclusive.\n.\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nAgence de la Société Nationale de basique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.3", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\nMarsyas, Olympos.\n\nIII\nMARSYAS. D'où reviens-tu si tard, Olympos? Tu sais quel\nsupplice est l'attente, au milieu de ce crépuscule éternel dont\nl'or fauve à jamais nous inonde, immuable, où son flot s'écoule\nsans obstacle, à l'égal de l'ombre irisée des bocages, autant que\nles ténèbres constellées des forêts sous le tamis des branches\nimmobiles, ou que la nuit violette de nos grottes ; irrévocable\net figé comme tout ici, qui nous entoure. Trois fois le sablier\népuisa la cendre insipide des heures, exaspérant mon anxiété\nsolitaire. Où es-tu resté si longtemps ? Encore chez Terpandre,\nsans doute, malgré mes prières et mes menaces. T'ai-je pas\nrépété cent fois que la société d'un citharède est indigne d'un\naulète? Quels maléfices emploie ce Lesbien à la voix blanche\npour t'attirer et te séduire ? Mais qu'as-tu ? Ton front est brû-\nlant, la sueur ruisselle sur ta poitrine essoufflée. Que t'a fait cet\ninfâme histrion ?\nOLYMPOS. Tu te trompes, Marsyas, je ne suis pas allé chez\nTerpandre. J'ai couru...\nMARSYAS. Qui t'a poursuivi ? Peut-être encore cette effron-\ntée de Parisienne aux cheveux courts, au déguisement mascu-\nlin, qui usurpa le nom d'une de nos cités phrygiennes et pue\nle bouc d'Egypte. Avec sa Marseillaises refrains anarchistes\net surtout sa devise équivoque, gra-\nvée sur un chaton d'onyx, je suis sûr qu'elle conspire contre le\ngouvernement des Enfers. Je la dénoncerai à Pan et à Dio-\nnysos !\nOLYMPOS. Mais non. Tu sais bien qu'on ne la voit plus par\nici depuis qu'elle apprend le polonais à Aristote. C'est Socrate\nqui m'a fait peur.\n\nLE MERCURE MUSICAL\nH"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.4", "texte": "346\nLE MERCURE MUSICAL\n\nMARSYAS. —• Quoi ! Socrate en un lieu dédié à la Musique !\nOn l'a donc condamné à reboire la ciguë et à mourir deux\nfois ?\nOLYMPOS. En revenant, j'avais fait la connaissance du\nRomain Caccini. Il parle assez couramment le dialecte attique.\nIl m'entretint de la tragédie grecque et de certains spectacles\nflorentins similaires, en me citant des textes de Platon. Quoi-\nque peu érudit en la matière, je n'oserais jurer qu'il ait bien\ncompris la pensée du divin Aristoklès, mais c'est un homme\ntrès doux, élégant et d'une cordialité expansive. Il m'exprima\nson amitié et, comme nous nous quittions, il me serra dans ses\nbras, m'embrassa, à la mode de son pays, sur les lèvres et m'of-\nfrit de me donner des leçons d'italien. C'est à ce moment que\nj'aperçus Socrate qui accourait de notre côté en brandissant\nson bâton, et avec un air si méchant que je me sauvai à toutes\njambes.\nMARSYAS. Hélas ! pourquoi la corne de mes pieds fourchus\nrefuse-t-elle de me traîner plus loin que ces haies d'aubépine ?\nQue n'ai-je tes jarrets nerveux et souples, pour te suivre et te\nprotéger comme autrefois ! Mes membres cicatrisés par la vertu\ndes baumes sont demeurés débiles, rétifs, quoi que je fasse, à\nma volonté impuissante. Ta vengeance est atroce, Apollon,\nécorcheur implacable !\nOLYMPOS. Tais-toi! S'il t'entendait! Songe qu'il est le\nmaître. Crains de réveiller sa rancune. Au lieu de le maudire,\nespère ; car il n'est point inexorable. Tu le sais : quand, sur son\nordre affreux, on me rapporta ton cadavre, je pleurai sans mot\ndire et j'accomplis le rite saint des funérailles en adorant les\nDieux. Depuis ce jour, je consacrai à ton cruel rival les plus\nbeaux fruits de l'art que j'ai reçu de toi. Le premier, je célébrai\nsa victoire sur le dragon Python sans le secours des paroles :\nma flûte sut décrire le combat formidable, les sifflements et\nl'agonie du monstre. Mes nomes retentirent dans tous ses tem-\nples et instituèrent la liturgie de son culte. Aussi, lorsque,\nchargé d'ans et de gloire, le couteau d'Athropos trancha le fil\nténu de ma vie mortelle, Apollon exauça ma supplique. Il me\nrendit l'aspect de la jeunesse et m'accorda de te rejoindre ici,\npour panser tes plaies vives et consoler ta solitude, sous les\ntraits de l'adolescent qui fut jadis ton élève et ton compagnon\nbien-aimé.\nMARSYAS. Jadis!... Hélas! Jadis... Ah! c'était le bon\ntemps ! Te souviens-tu de notre vie nomade à travers la Phry-\ngie montagneuse? Nous partions de Célènes un peu avant l'au-\nrore, notre peau nue cinglée par la fraîcheur du matin, excités\nà des courses folles. Nous humions l'air parfumé des plaines"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.5", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n347\n\nstriées de buissons toujours verts, tachetées de myrtes en fleurs,\nen bondissant comme des cavales hennissantes. La brise hu-\nmide avait un goût de poivre et de santal. Les jours passaient,\njoyeux et vides, à cheminer par des vallées fertiles, à gravir\ndes sentiers rocailleux, des pentes embroussaillées ou des som-\nmets incultes et déserts. Hélios au poil roux, parfois, criblait\nnos reins de ses flèches ardentes. La fièvre brûlait notre sang\net desséchait nos gorges. Alors, nous faisions une halte trop\nbrève en quelqu'une de ces cavernes qui, le soir, nous prêtaient\nleur abri dérobé et leurs mousses pour un sommeil réparateur.\nEnfin nous atteignions la source du Méandre où les roseaux\ncroissent en abondance. Nous choisissions les plus beaux et les\nplus durs. Nous les mesurions en tous sens, contrôlant soigneu-\nsement le calibre et les dimensions des tuyaux, avant de les cou-\nper au bon endroit et d'obstruer l'un des deux orifices avec la\ncire brune dont les abeilles bouchent les fentes de leurs ruches.\nPuis, nous en formions des syringes, en assemblant les chalu-\nmeaux entre des éclisses de bois poli, maintenues par des joncs\ntressés. Après, je vérifiais notre ouvrage. J'essayais tous les\ninstruments tour à tour et j'en corrigeais les défauts. Un gai\nrepas assouvissait notre appétit vorace. Nous croquions des\ngâteaux de miel ; nous nous gavions de mûres, de figues et\nd'olives, pendant qu'auprès de nous rôtissait quelque oiseau\nou l'échiné embrochée d'une laie prise au gîte. Bientôt, le\nchar d'Hélios achevait sa carrière. Les ombres s'allongeaient\nsous les rayons obliques effleurant la terre alanguie. Séléné\nallumait son croissant dans le ciel encore bleu. Alors, étendu\nsur le ventre, creusant l'herbe drue de mes coudes, j'im-\nprovisais des nomes à Cybèle que tu reprenais en écho,\nd'un souffle déjà sûr, mais timide. Au premier son de nos\npipeaux, les Hamadriades peureuses sortaient furtivement du\ncœur des chênes pour écouter de plus près nos concerts ; les\nCentaures accouraient sans bruit et se groupaient en cercle\nautour de nous ; la Nymphe du fleuve émergeait de l'eau jus-\nqu'à mi-corps, écrasant l'orbe de ses seins gonflés contre la\nberge, le menton sur ses bras croisés, le col tendu et le regard\navide. Peu à peu, l'épouse d'Erèbe amoncelait ses voiles. Un\nmanteau de silence tombait sur nos épaules avec la nuit. Tu\nvenais te blottir près de moi ; je sentais le frisson de tes flancs\net la saveur de ton haleine. Nous nous taisions dans l'heure\nauguste... Et nous restions ainsi, perdus à rêver sous la séré-\nnité tremblante des étoiles.\nOLYMPOS. Il me semble que c'était hier. Ma mémoire n'a\npas retenu de plus doux souvenir. J'ai parcouru bien des con-\ntrées et des royaumes. J'éprouvai l'exquise beauté de sites"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.6", "texte": "348\nLE MERCURE MUSICAL\n\ninnombrables. Nul spectacle jamais n'effaça de mes yeux la\nvision de ce séjour sauvage et paisible.\nMARSYAS. C'est là que j'inventai l'aulos, encore que les\njaloux en attribuent le mérite à Pallas-Athéné. C'est un men-\nsonge absurde. On pourrait tout au plus prétendre que le Des-\ntin se servitd'elle à son insu. Je la découvris un jour accroupie\nau bord d'un lagon d'eau dormante. Elle se croyait seule et\nson manège m'intrigua. Elle avait entre les lèvres un long tube\njaunâtre et en tirait des sons discordants et rauques. Sa mal-\nadresse était inimaginable. Elle soufflait si fort que ses joues\nécarlates semblaient près de crever comme une outre trop\npleine et qu'elle en perdait l'équilibre. En cet instant, la Déesse\naperçut son visage dans le miroir du lac. De colère, en se voyant\nsi laide, elle jeta loin de soi l'objet qui en était la cause et s'é-\nloigna, la mine dépitée. Je ramassai l'instrument. C'était un\nvieux tibia de mouton gauchement tailladé, les trous percés au\nhasard, le forage inégal : à peine un jouet puéril et barbare.\nTu assistas à sa métamorphose. Moi seul, avant quiconque,\nsus transposer sur un tuyau unique les mesures et les propor-\ntions d'où naît la polyphonie des syringes. Tu étais là, tu peux\nen témoigner.\nOLYMPOS. Certes. Tu y travaillas longtemps devant moi\navec une ardeur attentive, si passionnément absorbé dans ton\nœuvre que tu en oubliais Olympos.\nMARSYAS. Enfant !... Alors, le Dieu me possédait tout\nentier. L'âme du Grand Pan habitait mon foie, fusait dans le\nréseau bouillonnant de mes artères et remplissait mon être en\ntumulte d'un univers insoupçonné d'harmonies. C'était l'extase\négoïste du Démiurge penché sur son monde en genèse, déchif-\nfrant peu à peu l'énigme du Chaos, ébloui de pressentiments.\nTout 1 art de la postérité des siècles a surgi de ma découverte\nj'en ressentais l'angoisse prophétique. La minute était solen-\nnelle et troublante. Mais, lorsque j'eus réalisé mon rêve, tu fus\nle confident de ma joie orgueilleuse et de mes fous espoirs 5 je\npouvais regarder l'avenir le front haut, et les Dieux face à face ;\nmon nom ne devait plus périr. Et tu fus aussi le premier à qui\nj'appris à jouer de la flûte nouvelle. Te souviens-tu des leçons de\nton maître ? Un rocher me servait de siège 5 tu te plaçais entre\nmes genoux, tournant vers moi ton dos musclé ; mes' bras en-\ntouraient ton cou d'ivoire et dirigeaient tes doigts inhabiles; tu\ntressautais parfois, chatouillé par ma barbe de bouc ou frôlé\npar ma cuisse velue de silène, tandis que ma patte encornée\nfrappait le sol en cadence.... Ah ! c'était le bon temps !\nOLYMPOS. C'est là aussi, un peu plus tard, que tu trouvas\nl'aulos dicalame..."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.7", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n349\n\nMARSYAS. Ah ! celui-là, Pallas n'oserait s'en targuer ! On\nn'a pas pu me frustrer de sa gloire. Mon aulos double !... Deux\nroseaux de longueur égale ou différente, obéissant au souffle\njailli d'une même et commune embouchure sans mélanger\nleurs sons divers... Un miracle ! Quel exploit de héros eut ja-\nmais la portée de mon acte ?\nOLYMPOS. C'est cet instrument merveilleux qui assura ma\nrenommée d'aulète. Grâce à lui, je fixai les tétracordes primor-\ndiaux et j'en distinguai les trois modes qu'on baptisa phrygien,\ndorien et lydien ; j'inaugurai la division des genres avec l'en-\nharmonique, dont la création me valut d'être proclamé fonda-\nteur de la musique hellène et artisan de sa beauté radieuse, au\nrapport de Plutarque après Aristoxène, et selon la tradition per-\npétuée. Je t'en retourne l'hommage, ô mon maître ; il était dû\nà ton génie.\nMARSYAS. Il t'appartient autant qu'à moi, pussé-je en-\nvier rien d'Olympos, même une injuste faveur de Fama l'incer-\ntaine. Ton génie est le fils du mien. C'est lui que couvait ma\ntendresse inquiète et ravie. Son feu divin resplendissait dans\nl'acier pur de tes prunelles, émanait de ta chair comme une\naube limpide et auréolait de clarté ton corps de gracieux éphèbe.\nTu marchais dans sa lumière et je t'aimais comme on respire,\ncar je me sentais vivre en toi. J'étais venu trop tôt pour tout\naccomplir en une humaine existence. Ta jeunesse en devait\nreculer le terme destructeur et parachever les conquêtes. Et\nj'insufflai mon âme dans la tienne pour revivre, par nos génies\nidentifiés, une vie plus féconde et plus vaste. Ah ! tu n'as pas\ndéçu l'ambitieuse espérance ! Tu fus l'élu du fils de Déméter,\nl'oint de Dionysos deux fois né. Tu sus, tout àla fois, dompter\nPégase et la Chimère, et chevaucher la chèvre des Satyres. Ton\nmélos modela le rêve et rythma l'harmonieuse ivresse. Tu sus\ncréer et ordonner ce qui dure et s'impose. Ces frêles chalu-\nmeaux que j'accouplai naguère ont à jamais régi, de par toi,\nl'art immortel de l'Hellade. Ils en ont fourni, sous ton geste,\nla substance impalpable et vibrante, établi les principes et dé-\ncrété les lois constitutives ; leur gabarit, soumis au mystère des\nnombres, dicta la monodie des liturgies sacrées et le canon des\nmélopées profanes, issues d'elle. Un nome inspiré de toi implanta\nleur usage aux fêtes d'Apollon, procurant la couronne d'or des\nPythiades à maint aulète et, à moi, l'ironique revanche de voir\nmon instrument dédaigné voué pour toujours au culte de celui\nqui en avait écorché l'inventeur. Ta gloire imprescriptible m'est\nchère, ô mon bien-aimé ; précieuse autant que ta sollicitude et\ntes caresses. Viens dans les bras mutilés... Mais j'entends\nmarcher sur des feuilles... Vois, quelqu'un rampe derrière la"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.8", "texte": "350\nLE MERCURE MUSICAL\n\nhaie et nous guette. Qui va là ? Donne-moi mon épi,eu...\nOLYMPOS. Elle a fui. Tes cornes lui ont fait peur.\nMARSYAS. Qui est-ce ?\nOLYMPOS. C'est la vieille dame : une pauvre insensée qui\nse figure qu'elle n'est pas morte. On l'a soignée quelque temps,\nmais Hippocrate la chassa de l'infirmerie pour avoir voulu dé-\nrober le coq d'Esculape. Elle avait brisé la statue et caché son\nlarcin sous sa crinoline.\nMARSYAS. Comment la connais-tu ?\nOLYMPOS. Je l'ai vue pour la première fois quand je re-\nconduisis mon cousin Ganymède, le jour où il vint nous rendre\nvisite. Elle croyait être sa tante et s'attachait à lui. Nous ne sa-\nvions comment nous en débarrasser. Aujourd'hui nous l'avons\nrencontrée avec Caccini. Oh ! sa manie est inoffensive ; elle\nnous demandait de lui chanter quelque chose et nous promet-\ntait son héritage.\nMARSYAS. Elle te relance jusqu'ici!... Défie-toi, mon en-\nfant, de ces damnées femelles.\nOLYMPOS.— Elle doit me suivre depuis longtemps déjà. Sans\ndoute que c'est elle dont j'aperçus la forme vague dans la jon-\nchaie, près des étangs...\nMARSYAS. Qu'allais-tu faire en cet endroit malsain, si loin\nde notre antre ?\nOLYMPOS. C'est là que j'ai passé les heures qui t'ont paru\nsi longues. Je ne pouvais m'en arracher. Un être singulier y\ninstalla ses pénates...\nMARSYAS. Un jeune homme ?...\nOLYMPOS. Plutôt un vieillard, mais robuste et sanguin.\nC'est un Allemand dont le nom signifie ruisseau, paraît-il, et\ns'énonce Bach dans sa langue. Je le prenais pour un aulète. Je\nl'avais observé souvent en train de tailler des roseaux, comme\nnous faisions jadis. Depuis peu, il employait aussi une espèce\nde papyrus maculé qu'il roulait adroitement entre ses doigts\nbrusques. Il avait fini par confectionner une multitude de\ntuyaux variés qu'il adaptait, par ordre de grandeur, à une im-\nmense caisse oblongue communiquant, d'une tubulure évasée,\navec deux grands soufflets de forge, dans le genre de ceux des\nCyclopes, mais qu'on manœuvre avec le pied. Un des côtés du\ncoffre était orné de trois rangées de plaques mobiles qui s'enfon-\nçaient à la pression du plus léger contact ; une autre série de\nlattes mouvantes s'étendait sur le plancher qui supportait le\ntout, dominée par un banc rectangle et allongé. L'ensemble était\nmonumental et me sembla fort compliqué, mais imposant. Je\nsurpris, tantôt, le Germain plongé dans la contemplation de\nson ouvrage achevé. Il avait l'air agité et perplexe. Soudain, il"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.9", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n353\n\nm'aperçut et m'appela d'un signe autoritaire. Puis, grommelant\ndes mots dont je ne compris point le sens, il me saisit par des-\nsous les aisselles et me planta sur les soufflets, les jambes écar-\ntées comme le colosse de Rhodes...\nMARSYAS. L'impudent brutal !...\nOLYMPOS. Mais non ; il ne m'a pas rudoyé. Je sentis le cuir se\nplisser et les ais céder mollement sous mon poids, pour se\nrelever l'un après l'autre, car j'eus bientôt saisi la manière de\nleur imprimer un mouvement régulier, en balançant mon corps\ntandis que je me tenais cramponné à une barre transversale.\nAlors il arriva quelque chose d'inouï. Le bonhomme ôta sa per-\nruque, s'assit devant son instrument et se mit à jouer en ap-\npuyant sur les plaques. A chacune correspondait un son divers\nqui résonnait, dès qu'elle était touchée, comme si quelqu'un\nsoufflait dans un tuyau d'aulos ou de syrinx. Il commença\ndans le mode éolien, par un nome mélancolique et large que,\ntout à coup, il répéta en se servant de son autre main, mais\nsans que la première cessât d'exécuterun mélos différent.Ensuite\nil recommença le nome une troisième, puis une quatrième fois,\net toujours sans interrompre la marche indépendante des voix\ndissemblables...\nMARSYAS. Ce devait être un monstrueux charivari.\nOLYMPOS. J'avoue que mon oreille fut blessée bien souvent\npar d'horribles discordances, mais, parfois, une sensation\nd'étrange suavité sourdait de cette polyphonie mystérieuse et\nm'étreignait profondément. Les reprises modulaient au moyen\ndes symphonies successives de diapente et de diatessaron d'où\nrésultait le diapason, leur accolade. Plus tard, il usa des méta-\nboles et fit évoluer son nome initial à travers le phrygien, l'hypo-\nphrygien, le lydien et d'autres modes, transposés avec art,\nencore que plus ou moins altérés, à vrai dire. Il remuait les\ndoigts avec une agilité prodigieuse, et promenait ses pieds\nsur les palettes inférieures qu'il frappait de la pointe ou du\ntalon. Peu à peu il s'échauffa, s'abandonnant aux fantaisies d'une\nverve olympienne : ce furent des déchaînements formidables,\ndes chœurs de Géants dans l'abîme nargués par le fifre strident\ndes flûtes parthéniennes *, il imita le chant lointain des Sirènes\neffeuillé par bouffées sur l'écume des vagues au gré de l'insou-\ncieux Eole, les hurlements ivres des Corybantes, la rage aveugle\nde Poséidon, pétrissant son nome-protée comme une argile\nfluide et sonore, jusqu'à ce qu'il en clamât, pour finir, le mélos\ntriomphal en oracle, dans une apothéose d'accords tonitruants.\nSa face était transfigurée. Sous l'arc tendu de ses sourcils, ses\nyeux étincelaient d'une sorte de frénésie sereine. Avec son vieil\nhabit râpé, son jabot de travers en chiffon, il avait l'air de Zeus"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.10", "texte": "352\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsur son trône, lançant la foudre où c'est son bon plaisir. Pour\nmoi, je basculais machinalement sur les soufflets comme une\népave. Je me sentais anéanti. Quand l'ouragan se tut, je chan-\ncelai comme un taureau qu'on assomme. Je n'avais jamais rien\nsoupçonné de pareil.\nMARSYAS. Je n'en imagine pas les effets, malgré mon expé-\nrience. Je n'y puis supposer qu'une pratique grossière ayant\npour but d'inspirer la terreur par un vacarme assourdissant et\nconfus, à l'instar des serpents qui sifflent sur la tête hideuse de\nGorgone. Est-ce là ce que ces descendants des Barbares appel-\nlent leur musique ? Ils sont dignes des brutes, leurs ancêtres,\nqui croupissaient dans les régions glacées parmi les marécages\net grelottaient sous le brouillard fétide. Ils ont recréé le Chaos.\nOn ne doit pas mélanger par caprice ce que les Dieux ont séparé\ndans leur sagesse. Un tel amalgame est sacrilège ; outre qu'il ne\nsaurait produire qu'une cacophonie épouvantable et incohé-\nrente.\nOLYMPOS. Incohérente... Non, Marsyas. Je ne puis guère\nnier la dureté de dissonances inconcevables, la laideur de mainte\ncombinaison disparate et l'abus des sons impropres au mélos\neurythmique ; mais un ordre admirable gouvernait l'enchaîne-\nment logique de cette improvisation, si parfait à la fois et com-\nplexe qu'on l'eût dit concerté d'avance. Figure-toi le Nome\nPythique de Sacadas ou quelque chose à l'avenant, choisi parmi\nles compositions les plus savantes des générations d'aulètes qui\ncultivèrent, après nous, et ont honoré le mieux l'art des Muses.\nUn de ces jours, je prierai Héraclès de te transporter là-bas\nsur son dos. Il laut que tu entendes cet homme extraordinaire.\nMARSYAS. Tu crois ? Eh bien ! j'irai, car ton enthousiasme\nme trouble. Comment dis-tu qu'il se nomme ?\nOLYMPOS. Bach. On raconte qu'il était aveugle en débar-\nquant ici, et qu'Apollon lui rendit la vue à la prière d'un demi-\ndieu phénicien, je crois, un certain léshoua ou lésous, dont il\navait chanté le meurtre et la résurrection, fort analogues à la\npassion de Bakkhos-Zagreus. J'aurais bien voulu causer avec lui,\nmais il n'entend pas plus notre idiome que moi le sien. Il\nsemble bourru. J'allais partir quand je vis arriver Gœthe, qui\nrevenait de chez Hélène...\nMARSYAS. Hélène ?\nOLYMPOS. Oui, c'est fini avec Iphigénie. Elle avait trop\nmauvais caractère. Au fond, tu sais, elle est restée très vieille\nfille. Goethe s'approcha de Bach en lui faisant force compli-\nments, à quoi l'autre riposta d'un air bougon par trois syllabes\nque j'ai retenues sans comprendre : « » Gœthe\nen parut suffoqué. Il se tourna vers moi et nous nous éloi-"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.11", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n351\n\ngnâmes de compagnie, tandis qu'il entamait la conversation\ndans le plus pur patois phrygien de Troie. Il possède vraiment\nles plus remarquables dispositions pour les langues.\nMARSYAS. Enfant, méfie-toi de cet individu. C'est une\nnature frivole et, dit-on, qui fut toujours rebelle à la musique.\nOLYMPOS. En tout cas, il n'est pas très ferré sur la nôtre. Je\nlui confiai ma surprise, les émotions dont m'avait secoué cet art\ninconnu, et je l'interrogeai sur les origines de cet assemblage\nde sons simultanés et divers. « Mais il remonte aux Grecs et à\nvous-même », répondit-il sans hésiter. « Nous vous avons\nmême emprunté le mot qui le désigne : Harmonie... »\nMARSYAS. Quoi ! Ils appliquent le nom de nos gammes\nhomophones à cette mixture arbitraire et extravagante ?\nOLYMPOS. Ecoute donc... Et il continua :« En somme, ce\nn'est qu'une amplification de la diaphonie rudimentaire que vous\nexécutiez sur votre double flûte... »\nMARSYAS.— Hein?... Mon aulos double !... Ils croient...\nOLYMPOS. J'en suis resté tout interdit, pendant qu'il conti-\nnuait courtoisement son explication avec une assurance imper-\nturbable, et si convaincue que je n'osai le détromper. Je voyais\nbien, d'ailleurs, qu'il ne me croirait pas.\nMARSYAS. Laisse-les dire, enfant ; gardons notre secret.\nDécidément, je n'irai pas chez ces Barbares. Il y a trop de siècles\nentre nous ; je n'en pourrais soulever le rideau sans tristesse.\nViens ; prête-moi ton bras et rentrons dans la grotte. Nous\navons besoin, tous les deux, de purifier nos cœurs et nos pen-\nsers. Tu me joueras le nome d'Arès et celui d'Athéna, et moi,\nj'invoquerai notre mère Cybèle. L'arabesque profanée du mélos\nrenaîtra, du gouffre des temps, dans sa beauté hiératique impé-\nrissable. L'œil de notre âme en verra la ligne idéale s'élever,\nsinueuse et précise, comme un svelte fuseau d'odorante fumée\nmonte vers Ouranos avec les sacrifices, et nous respirerons son\nencens rédempteur. Puis, nous nous étendrons sur la natte de\nchanvre, serrés comme autrefois dans nos couches étroites, et\nnous dormirons côte à côte sous l'égide de Pan, Générateur de\ntoutes choses, dieu des Satyres et père des Silènes.\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.12", "texte": "LES CHANSONS POPULAIRES\nBULGARES\n\nLes peuples primitifs ont leur façon à eux d'exprimer les sen-\ntiments qui s'agitent dans leur âme. Cédant au désir irrésistible\nde se raconter et de se dire eux-mêmes, ils ont vite fait de tra-\nduire leurs impressions en un langage plus délicat, moins pro-\nfane et que la poésie entourera d'une espèce de halo sacré. Ce\nne seront pas choses de tous les jours et que l'on narre à tout\nvenant, mais sentiments intimes que l'on rappellera à certaines\nheures, que l'on évoquera dans certaines circonstances de la\nvie. Et puis, comme si la poésie ne suffisait pas, comme si ce\nn'était pas assez de l'expression orale du « moi » et de ce qui\nl'entoure, voilà que le chant intervient et donne un essor plus\nample à ces impressions ressenties, les classe selon leur goût\nou les idées principales. De cette double conception est née,\ndans tous les pays, la chanson populaire.\nSans doute, la naïveté première disparaît à mesure que se\nfait sentir l'influence d'une civilisation plus raffinée ; alors, les\ncouplets sont moins simples, la pensée moins pure, la musique\nplus recherchée, plus tourmentée, et la chanson primitive\ns'efface ou se confine dans certaines provinces, s'y cantonne\nparmi les gens de la glèbe, d'autant plus portés à l'aimer qu'ils\nsont moins éloignés des traditions anciennes, et qu'eux-mêmes\nconservent les coutumes du temps jadis, sentent à peu près\ncomme ont senti leurs pères d'autrefois et restent en communion\nplus directe avec le passé.\nTelle est, à grands traits, la genèse philosophique de la chan-\nson populaire, et telle est aussi la raison de l'intérêt que son\nétude présente.\nPeu de peuples ont gardé, à ce sujet, des traditions plus in-\ntactes que les Slaves. Nous avons évolué en France\", l'ltalie,\nl'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre ont marché, encore qu'on\npuisse exhumer, dans certaines provinces, des bribes d'airs\ndélicieux. Mais on peut affirmer que, dans l'ensemble, les Slaves\nn'ont pas bougé. Le moujik perdu au fond de son steppe glacial"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.13", "texte": "LES CHANSONS POPULAIRES BULGARES\n355\n\ncontinue à chanter, le soir, au bord des rivières ou au milieu\ndes forêts, les airs antiques, pittoresques, piquants qu'il tient\ndes aïeux et qu'il conserve comme un dépôt sacrosaint à ses\nyeux. Les raffinements d'une musique à beaux atours ne parais-\nsent pas enviables au paysan du Danube, toujours fruste, au\nmontagnard des Balkans, dédaigneux des choses modernes. Ils\nont, eux, leurs séries de chansons et ne sauraient s'en lasser.\nIl ne sera pas sans intérêt de jeter un coup d'oeil sur les divers\ncycles de la chanson populaire russe, afin de voir le lien qui\nrattache entre eux les chants des différentes branches slaves.\nLa littérature populaire slavo-russe est féconde en cantilènes.\nPerpétués par la tradition orale, ces morceaux ont été recueillis\nde nos jours par les Rybnikof, les Afanasief, les Sakharof, les\nKostomarof, les Koulich (i), etc.\nCe sont, d'ordinaire, des chansons de mariage, des com-\nplaintes de funérailles, des rondes, des hymnes à rythme\nlent, religieux, que l'on redit pour les fêtes de Noël, de l'Epi-\nphanie, de Pâques, de saint Georges, de saint Vladimir. A\nce cycle, mi-religieux mi-profane, il faut ajouter le cycle cham-\npêtre, où entrent les pièces composées à l'occasion des récoltes\nou des saisons. Les héros légendaires russes sont exaltés dans\nles chansons épiques. On y parle de Vreslavitch, de Sviatogor, de\nPokane, de Dounaï, etc. Autour du prince Vladimir, le « Soleil\nde Kief », se groupe toute une pléiade de bogatyrs. Les contes\nde fées y abondent et aussi les héros. C'est le héros paysan Ilia\nde Mouron, ou le héros boyarDobrynia Nikititch, ou encore\nAlécha Papouitch, vainqueur du dragon Tougania *, ce sont les\nhéroïnes Nastasia, Maxime, Maria les femmes\noiseaux. Les cycles de Kief et de Novgorod racontent, en des\nmélodies interminables, les exploits de ces illustres person-\nnages.\nLe cycle de Moscou est plutôt guerrier. On y voit Dimitri,\nvainqueur des Tatars, Alexandre Nevski, Ivan le Terrible ; on y\nentend les récits de la prise de Kazan, dont le merveilleux,\nsuperposé à quelques traits historiques, rappelle les exploits de\nRoland et de Turpin dans notre grand poème épique. Ce cou-\nrant se propage jusqu'au xixe siècle et s'enrichit, en passant,\ndes événements de la vie quotidienne de chaque village. Pierre\nle Grand y a sa place et aussi Elisabeth et Catherine 11, puis les\n\n(i) Cf. La Russie épique, A. Rambaud, Paris.\nChants recueillis pàr Kiréevski.\nThe songs of the Russian peßalston, Londres.\n& Empire des tsars et les Russes, A. Leroy-Beaulieu.\nLittérature et art populaire,Bourlaïef, Saint-Pétersbourg.\nTaies of the Russian people, Ralston."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.14", "texte": "356\nLE MERCURE MUSICAL\n\ncampagnes de Souvarof, l'invasion du « tzar-démon Napoléon »,\nen qui certaines sectes dissidentes ont voulu voir le nouveau\nM essie et que plusieurs adorent, dans le silence des comme\nun prophète malfaisant dont il importe de conjurer la colère.\nComme nos ménestrels trouvères et troubadours d'antan,\ndes kaliékiaveugles colportent de village en village des hymnes\nreligieuses exaltant les vertus des saints favoris de la Russie :\nsaint Georges le Brave, Boris, fils de Vladimir le Baptiseur ;\nDaniel le Pèlerin, qui fut à Jérusalem, saint Dimitri, saint\nThéodose.\nLe même phénomène, la marche que nous venons d'observer\ndans l'évolution du chant populaire russe, nous la retrouvons\nchez les Bulgares ; seulement, avec des nuances et des distinc-\ntions intéressantes à noter.\nIl est hors de doute que l'histoire d'un pays occupe dans la\nformation des chansons populaires une place prépondérante, et\ncela, non seulement au point de vue littéraire, mais aussi au\npoint de vue musical. Le tempérament national y est également\npour beaucoup, comme les accointances de race. Les pays peu\nbouleversés et qui, à travers les âges, ont joui d'une paix rela-\ntive ont marqué profondément leur trace dans les traditions,\nles chants populaires ; ainsi des Basques de Biscaye, par exemple.\nMais que survienne un envahisseur : aussitôt la rancœur pu-\nblique le maudira, le tournera en ridicule dans ses couplets\nsatiriques. A Athènes on chansonnait la rudesse des Spar-\ntiates, la lenteur intellectuelle des Béotiens, et on s'en amusait\",\nà Rome, sous la toge, circulaient des couplets mordants à l'a-\ndresse d'Héliogabale et de ses fantaisies ; on riait fort des Car-\nthaginois qui mettaient à mort un général vaincu ; on raillait\nles moustaches des Gaulois.\nSi l'invasion se transforme en domination constante et écra-\nsante, les vaincus s'habitueront, inconsciemment, à penser, à\nsentir comme leurs vainqueurs, le cas de la Grèce s'imposant\nà Rome est une exception. D'où, au bout de quelques siècles,\norientation différente du caractère national, manque d'homo-\ngénéité dans les productions littéraires ou musicales.\nC'est là exactement l'histoire de la chanson populaire bulgare.\nElle n'est ni originale ni homogène.\nDescendus des Tatars, mais très vite slavisés, les Bulgares\nsont atteints, au vne siècle, par la propagande chrétienne de\nRome et de Constantinople. Byzance introduit chez eux les\ncoutumes chrétiennes et la liturgie en langue slave. L'apostolat\ndes saints Cyrille et Méthode (855) accentue ce mouvement et\nle consacre. Cyrille réforme, pour ces nouveaux convertis, l'al-\nphabet grec, traduit les pièces liturgiques. L'influence grecque"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.15", "texte": "LES CHANSONS POPULAIRES BULGARES\n357\n\nest évidente ; les Slaves n'y résistent pas. Peut-être va-t-on\npenser que cette impression est lointaine et sera tamisée, atté-\nnuée dans le cours des âges ? Malheureusement pour la Bul-\ngarie, si les choses changent, ce n'est pas en sa faveur. Elle\npasse des mains des Byzantins à celles des Ottomans et subit\nun joug indéfini. Les évêques grecs toutefois régissent toujours\nl'Eglise de ce pays, l'hellénisent de plus en plus et avec tant de\nsuccès que les indigènes oublient leur langue maternelle pour\nparler celle de leurs chefs spirituels.\nCes deux empreintes— turque et grecque sont apparentes\nencore aujourd'hui dans les chants populaires bulgares, et\nnous aurons l'occasion de les faire saillir.\nIl est vrai, la civilisation européenne fait maintenant son\napparition, des Rhodopes aux Balkans et de là au Danube. Ce\nsera un troisième moteur, plus puissant que les autres, certes,\nmais qui tend trop à l'affranchissement du passé.\nLes cantilènes anciennes, les vieilles danses, les\npersistent dans les campagnes, comme aussi les costumes\npittoresques ; néanmoins une nouvelle tendance plus\nlogique —se fait jour : c'est l'évolution générale de la musi-\nque populaire et religieuse des Bulgares vers le système\nrusse (1).\nLes mélodies bulgares illustrent les récits d'aventures do-\nmestiques, des scènes villageoises, des histoires merveilleuses\noù figurent les génies de la mythologie locale,\nou samodivas, dragons mâles et femelles (\\méiénê et \\meitsi),\nioudas, rousalkas.\nD'autres sont franchement révolutionnaires, dépeignent les\nvexations des fonctionnaires turcs, leurs cruautés sur les mi-\nsérables rayas,les souffrances de ces derniers. La note géné-\nrale est cependant résignée, patiente, dolente ; c'est un cri de\ndouleur plus que de vengeance.\nLes hàidoukscélèbres, les iounaksou héros nationaux, Kroum,\nBoris, Cyrille et Méthode, y jouent aussi un rôle.\nSi l'on excepte les thèmes historiques et mythologiques, les\nchansons populaires des Bulgares peuvent se diviser en plu-\nsieurs séries, selon les sentiments qu'elles expriment ou leur\nconception de la vie\nLes T ou chants de table : familiers, joyeux, par-\nfois lestes de paroles et sautillants quant à la musique.\n- Les îounatchky,ou chants révolutionnaires faits poui\ndonner de l'entrain et exciter à la persévérance : dirigés contre\n\n(x) Cf. l'Eglise bulgare et la musique byzantine, P. S. Peïtavi, dans la\nTribune de Saint-Gervais (février 1904)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.16", "texte": "358\nLF. MERCURE MUSICAL\n\nles exactions des Turcs ou la rapacité légendaire du clergé\ngrec ; d'un rythme décidé, d'allure vive.\nLes Khorovodny, chantés sur un air de danse (khoro).\nLes Niékhorovodny, ou non dansés.\nLes S mechna khorovodna,chantés en riant 5 souvent co-\nmiques.\nLes Obitchaïny,ou chansons d'amour.\nLes Jetvarsky,pour la moisson.\nLes Monotoni, qui méritent bien leur nom, car ils sont\nformés seulement de deux notes : une dominante et une finale.\n_ Les La\\arska ou hymnes champêtres pour Pâques fleu-\nries.\nTrès souvent, ces chants sont composes de vers assez courts\nnon rimés, mais ayant, aux finales, des assonances régulières!\nIls ne sont pas nécessairement divisés en couplets. Un vers\nplus accentué ou concentrant l'idée dominante revient de loin\nen loin et fait 1 office de refrain. Les pensées sont souvent\ngioupées par antithèse, par opposition et ont une sorte de\nparallélisme oriental.\nLes chansons qui se rapprochent de la musique turque ont\nun rythme compliqué, sujet à de nombreux changements, à des\nvariations multiples , 1 enserrer dans une mesure déterminée\nune fois pour toutes est chose difficile. Le mouvement est ra-\npide ; les trilles y abondent. Les finales sont parfois comme in-\ncomplètes . on dirait que la mélodie se retient, s'arrête soudain\nsur un pied, à bout de forces, sans se poser définitivement, en\nsorte qu'on attend le couplet suivant et cela à l'indéfini.\nSi la mélodie est en fa par exemple, elle s'arrêtera, non sur\nla note de repos, mais sur le la, et suivra ainsi d'une façon ir-\nrégulière et fatigante pour l'oreille. Voici un exemple, dans une\nchanson recueillie à Tatar Bazardjik (1) :\nDans d auties la mélodie, sauvage et désordonnée, ca-\npricieuse et libre, s affranchit à peu près complètement des\n\n(1) Nous écrivons les mots dans l'alphabet latin.\n(2) « La jeune fille cueillait des roses dans le petit jardin. »"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.17", "texte": "LES CHANSONS POPULAIRES BULGARES\n359\n\nrègles de la technique et prend plaisir à choquer le goût musical\net à briser les conventions plastiques établies. Ces chants lais-\nsent une impression de mélancolie et de malaise; pour nos\noreilles européennes, accoutumées à l'ordre des morceaux\nrythmés, aux finales pleines, il y a là quelque chose d'anormal.\nCes anomalies, si fréquentes dans le système musical del'Orient,\nne manquent ni de charme ni de souplesse dans les intermi-\nnables chansons turques ; elles rompent la monotonie de l'en-\nsemble. Dans les chants bulgares, bien plus courts, elles éton-\nnent : le sentiment s'y exprime tout d'une haleine, à l'avenant,\nà la façon des primitifs. En voici des exemples, avecl qui\nleur est propre.\nIl serait sans doute malaisé de classer méthodiquement ces\nmélodies comme appartenant à tel ou tel genre de notre sys-\ntème musical moderne. Beaucoup d'entre elles peuvent s'écrire\nau naturel, en ut, mais ne suivront pas pour cela les règles de\nla première gamme.\nAussi, l'étude strictement musicale des chansons bulgares\nne saurait-elle se faire sans connaissance des échelles du sys-\ntème grec qui leur a servi de moule. L'influence grecque est ici\n\n(1) « La jeune mariée va à travers la forêt verte. »\n(2) « Maman, ne me donne pas au paysan. »"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.18", "texte": "360\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndécisive et les différents ot du système ancien doivent nous\nservir de base. Il importe donc de fixer les échelles de ce\nsystème, afin d'y ramener les mélodies populaires qui n'en sont\nque l'application (i).\nC'est dans leur rapport avec les différents modes anciens\nqu'il faut considérer les chants orientaux, et non pas en les\npliant aux exigences de la musique moderne. Les chansons\npopulaires bulgares n'échappent pas à cette loi et ne se com-\nprennent que grâce à elle. Les exemples en pourraient être\nmultiples ; qu'il suffise d'en noter quelques-uns. L'échelle cor-\n\n(i) Dénominations de ces gammes selon les époques:\nSystème :\nGrec ancien. Moderne.\nLydien : Hypolydien (dorien), vu® ton.\nPhrygien : \\ Dorien, ( iei\n• ( Hyponuxolydien, ( vmc\nDorien : ' Phrygien, 11e ton.\nHypolydien: [ \\ ton.\nHypophrygien. — • —\nHypodorien. Hypodorien (éolien) Ve ton.\nMixolydien. Hypophrygien. vie ton.\nCf. Sbornik, t. XIV, Sofia."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.19", "texte": "Croquis d'Album inédit de Léandre"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.20", "texte": "LES CHANSONS POPULAIRES BULGARES\n36 1\nLE MERCURE MUSICAL\n25\n\nrespondante, avec la finale convenable, indiquera tout de suite\nle mode auquel la mélodie appartient.\nLe rythme de cette dernière chanson est très irrégulier. Il\n\n(1) « La pleine lune brille avec clarté et réjouit tout le monde; mais pour\nmoi, loin de me réjouir, elle ne fait que m'attrister. »\n(2) « Un jeune étranger travailla pendant neuf ans, et il gagna mille\n(piastres). »\n(3) « La jeune fille se coucha, s'endormit sous un rosier.blanc et rouge;\ns'endormit, petite mère, sous un rosier blanc et rouge. »"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.21", "texte": "362\nLE MERCURE MUSICAL\n\nen est d'autres, au contraire, de mouvement très accentué et\ntrès suivi, qui ont un caractère plus grave et plus solennel. Ces\nchants se prêtent davantage à l'harmonisation et sont exécutés\nà deux parties, la seconde comprenant ordinairement la tierce,\nque les paysans découvrent sans grande difficulté, par la seule\napplication de l'oreille. Ils se rapprochent davantage du génie\nslavo-russe et, par suite, sont plus originaux. En prenant aux\nRusses, les Bulgares puisent dans un fonds commun.\nA l'analyse, un certain nombre de chants, de caractère orien-\ntal et que l'on ne saurait assimiler à aucune gamme régulière,\ndonnent un double système d'échelle où tantôt le tantôt le\nfa, sont affectés par un dièse, avec mi comme finale. On pourrait\ndonner le nom de semi-orientale à la combinaison de ces deux\néchelles.\nExemple de combinaison :\n\n(i) « O cher printemps vivifiant! Que tu es beau, et combien pour moi\ntu es bienfaisant et plein de délices et de charmes ! »"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.22", "texte": "LES CHANSONS POPULAIRES BULGARES\n363\n\nPlusieurs morceaux appartiennent à la gamme dite orien-\ntale :\nMais cette gamme orientale est susceptible de variations\nmultiples. Elle sert de base à de nombreux chants turcs où les\ndemi-tons jouent un grand rôle, sans toutefois suivre des règles\nbien précises. L'attraction mélodique est observée conformé-\nment au système musical oriental. Les modes mineurs sont\ntrès fréquents. Une chanson bulgare, de type tout à fait turc,\nva nous servir de modèle.\nIl suffit d'un rapide examen de ce couplet, pour en pouvoir\ndresser l'échelle de base :\nEchelle mineure qui est absolument identique à la gamme\nfondamentale en la naturel mineur :\n\n(1) « Sais-tu, ô maman, ô mon âme I Te souviens-tu quand un jeune\ngarçon, un pur sang (me vint quérir) ? »\n(2) « Stoïan (Etienne) s'éprit de trois filles, et toutes trois de trois\ngrandes villes... »"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.23", "texte": "364\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLa même expérience pourrait se faire sur tous les chants\nd'origine turque.\nLa conclusion n'est pas malaisée à tirer. Les chansons\npopulaires bulgares, dans l'ensemble, sont franchement orien-\ntales ; elles laissent échapper, à l'analyse, les éléments turco-\ngrecs dont elles sont formées. La musique moderne a peu à\nfaire avec ces airs que les paysans en chantent dans les\nBalkans ou les Rhodopes, sur les bords impétueux de l'lsker\naux eaux limoneuses ou delà Maritza argentée. Ils sont sortis\nd'instinct de la voix du Bulgare qui, souvent malgré lui, a\nsuivi, en les composant, un penchant naturel à l'imitation des\nmélodies grecques ou turques. Ne connaissant pas, d'expé-\nrience, d'autre système musical, il a adopté sans effort les\nmodèles qu'il écoutait. La chose lui était, du reste, plus aisée,\nnon seulement parce que lui-même est oriental, mais encore\nparce que les systèmes musicaux d'Orient se plient davantage\nau caprice et demandent moins de science.\nLes chansons populaires manquent donc d'originalité,\ntant que bulgares.Elles sont turques d'allures et, au fond,\ngréco-turques de formation. Les russes, avec leurs\ncouplets lents, harmonisés, qu'ils répètent en chœur, sont plus\n« eux-mêmes » ; les infiltrations de leurs voisins du Levant les\naffectent moins.\nLà où les Bulgares sont plus originaux, c'est dans leurs\ndanses nationales (khoros), espèces de rondes, libres, dégagées,\nfortement rythmées. Peut-être ces khoros ne sont-ils pas sans\naffinités avec les jigues irlandaises. Je connais très peu ces der-\nnières, mais le peu que j'en sais me confirme dans cette opinion.\nL'étude en pourrait bien devenir intéressante, et je souhaiterais\nque quelqu'un se mît à ce travail.\n\nP. Salvator Peïtavi,\nAugustin de l'Assomption."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.24", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nLA MORTE\nDe toutes les grandes cantatrices qui ont illustré l'Opéra au\ndix-neuvième siècle, la moins bien connue est Mme Rose-\nTimoléone-Caroline Branchu. Ses biographes ont beaucoup\nparlé de l'artiste, mais ils ont ignoré la femme dont le tempé-\nrament excessif lui valut des aventures demeurées dans l'om-\nbre, de par la prudence appliquée de l'héroïne. Je révélerai un\njour certaines amours tardives et violentes qui détruiront la\nrenommée de vertu farouche qu'on lui fit. En attendant, je\nveux éclairer la physionomie de cette lyrique admirable que\ndes malheurs nombreux assaillirent au milieu de ses triomphes.\nRabbe et Boisjolin la font naître à Saint-Domingue en 1782,\nmais il paraît certain qu'elle vit le jour en 1780, dans l'habitation\nde Mlle Chevalier, petite-fille du dernier gouverneur du Cap et\nfilleule du maréchal de Brissac et de la comtesse Maillot.\n« Mon père (1), américain, a dit Mme Branchu dans un\ncurieux mémoire inédit, descendait d'une famille honorable\ndans laquelle la loyauté et les vertus étaient héréditaires ; il fut\nenvoyé en France pour son éducation, et fort jeune il fit les\ncampagnes de Hanovre, comme volontaire sous son père et\nsous les ordres de M. le comte d'Estaing. Lors du bouleverse-\nment de Saint-Domingue, il perdit sa fortune, et afin de pou-\nvoir élever convenablement sa famille, il reprit du service. »\nA neuf ans, Caroline c'est elle qui le dit était déjà très\nbonne musicienne et d'une force extraordinaire, pour son âge,\nsur le piano. Elle avait à peine onze ans, lorsque certain\nM. Gosset, ami de la famille, conseilla de présenter l'enfant au\nConservatoire. Elle y fut admise après un examen ; on lui\ndonna Richer et Lays pour professeurs de chant, Rigel pour\nl'accompagnement, Dugazon pour la déclamation, et enfin Garat,\nqui lui prodigua tant qu'il vécut de précieux conseils.\nAprès avoir remporté le premier prix de chant et celui de\n\n(1) M. de Lavit."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.25", "texte": "366\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndéclamation, la jeune fille donna des leçons de harpe et de\npiano. Mais Gossec et Méhul déterminèrent Mme de Lavit à\nfaire engager Caroline aux Italiens. Le père s'opposa d'abord\nà ce projet, puis finit par céder, après avoir écrit à sa fille, au\ncours d'un voyage : « Tu connais mon amour pour toi, tu es ma\nvie, mon idole ; eh bien, j'aimerais mieux te brûler la cervelle\nque de te voir déshonorer mes cheveux blancs. Souviens-toi\ntoujours de ton père. »\nMariée à 17 ans avec Branchu, le danseur de l'Opéra, au len-\ndemain des orages révolutionnaires, la jeune artiste avait débuté\nsur notre première scène lyrique dans le rôle d'Antigone, par\nordre du Ministre de l'lntérieur. On l'enlevait ainsi à la Comé-\ndie-Française, où Talma, qui fondait de belles espérances sur\nson talent dramatique, l'avait demandée.\nFort exaltée et douée d'une rare sensibilité, Mme Branchu\nprêtait aux rôles de Didon, de la Vestale ou d'Amazili (.Fernand\nCortei) une force d'illusion sans précédent qui déchaînait\nl'enthousiasme et sans cesse renouvelait ses triomphes. C'est dire\nqu'elle devait être bientôt désignée à la jalousie des méchants.\nEn iBo3, elle gagnait 7.200 francs par mois ; elle voulait en\ngagner 10.000; on les lui refusa, mais en ißos, La Suze,\nLebrun et Persuis, chefs de chant, sollicitèrent pour elle une\ngratification, en rappelant qu'elle avait montré le zèle le plus\ninfatigable et rendu des services signalés. De Luçay, le préfet du\nPalais, lui accorda un congé de trois mois en 1806, et spécifia\nque ses appointements lui seraient servis quand même, à titre\nde gratification. En 1811, elle s'absenta encore pendant six\nsemaines « pour aller dans les départements y exercer ses\ntalents », et le directeur de l'Opéra, Picard, lui fit obtenir un\ntraitement supplémentaire de 3.000 francs.\nLa grande artiste, qui avait vécu dans l'intimité de Mme Bona-\nparte, femme du Premier Consul, et de Joséphine, impératrice,\nl'épouse enviée, la mère heureuse devait connaître bientôt les\nmisères d'âme les plus aiguës et subir les tracasseries faites\npar l'administration de l'Opéra.\nAprès avoir perdu son père, elle eut la douleur de garder son\nmari dix-huit mois malade, à la suite de « la sortie d'une balle\nqu'il avait reçue à l'armée et qui était restée quinze ans dans\nson cerveau. »\nLe fameux danseur se rétablit en apparence, mais il perdit\npartiellement ses facultés mentales, et se livra à mille excen-\ntricités, tout en gaspillant les économies du ménage.\nDans le Mémoire dont j'ai parlé et qui est une confession\nfaite àun avocat, Mme Branchu dit : « Mes amis (j'avais\ngardé ceux qui savaient pleurer) me conseilloient de le faire"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.26", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n367\n\ninterdire. Je leur savois gré de leur sollicitude pour moi,\nj'excusais dans ma raison tous leurs arguments pour vaincre\nma résistance, je convenais avec eux du délabrement de ma\nfortune qui n'était pas à moi seule et dont je frustrais mes\nenfants, mais au fond de mon cœur ma résolution de ne point\ncéder à de pareils conseils s'affermissoit encore par la piété\nfiliale de mon fils aîné !... Mon mari et moi nous nous étions\npromis de nous soigner, de nous consoler mutuellement, de\nne jamais nous abandonner, Dieu avoit reçu nos sermens, ils\nont été tenus. »\nLa démence de Branchu s'aggrava de fréquentes crises d'apo-\nplexie et prit parfois une tournure des plus affligeantes. Je laisse\nla parole à sa femme : « Une nuit, narre-t-elle, à la suite d'une\ncrise violente, il fit retirer tout le monde, à l'exception de ma\nnièce qui avait voulu passer cette nuit-là, avec moi, auprès de\nson oncle ; il nous regarda, l'une et l'autre d'un air solennel et\nauquel nous n'étions pas accoutumées ; puis comme inspiré par\nune idée surnaturelle, il nous demanda avec autorité une dou-\nzaine de bougies pour les allumer et les fit placer circulaire-\nment sur son lit ; ensuite s'étendant comme dans une bière, il\nnous fit réciter des prières. Il fallut obéir a tiavers nos sanglots\nmal étouffés, sous peine de déterminer une crise nouvelle ».\nEn dépit de son chagrin, Mme Branchu continuait son ser-\nvice à l'Opéra. A peu de temps de là, le jour du mardi gras de\nl'année 1818, son fils Henry, âgé de 17 ans environ et qui\nvenait de quitter le collège pour se consacrer au commeice,\nchez un de ses oncles, manufacturier en Alsace, tomba malade\net mourut le 28 mai suivant. Après ce nouveau coup du sort,\nla courageuse artiste quitta le théâtre pendant six mois et\ndemeura, à son dire, « morne, stupide, sans douleui ». Une\nfièvre de mysticisme s'empara d elle bientôt, elle passait des\njours entiers a l'église Samt-Roch, en contemplation, et ne se\nretirait qu'après avoir revu son fils. Elle 1 étira sa fille Pamela\nde chez une dame Sauvan à qui elle 1 avait confiée, pour lui\ndonner une éducation solide. Entre un père dément et une mere\nplongée dans les larmes, 1 enfant s étiola et faillit mouiir à son\ntour. En 1823, Branchu fut interné chez le Dr Blanche, et c'est\nlà que, l'année suivante, le soir îneme du joui où Paméla, pour\nla fête de sa mère, avait réuni des parents et des amis, il fut\nemporté subitement par une congestion.\nSur les conseils des médecins, JVÏme Bianchu maiia sa fille.\nElle épousa un jeune artiste, Auguste Lefebvie, qui venait de\ndébuter dans un théâtre du boulevard. Ce maiiage fut malheu-\nreux. Le mari, un grossier personnage sans foi tune, mangea\nune partie des 40.000 francs de dot apportés pai sa femme."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.27", "texte": "368\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntrouva insuffisants les 1.200 francs de rente fournis par sa belle-\nmère et conduisit la pauvre Paméla au suicide, après l'avoir\nmaltraitée odieusement.\nMme Branchu, qui avait quitté l'Opéra en 1816, se trouvait en\ntournée, à Marseille, lorsqu'elle apprit que sa fille avait tenté\nde s'asphyxier. Elle revint pour la soutenir de son amour ma-\nternel dans un procès en séparation qui allait briser une\nexistence de vingt ans (1).\nC'est à cette époque que Mme Branchu, qui n'était ni grande,\nni belle, comme l'a déclaré Berlioz, et qui approchait de la\nquarante-septième année, eut un dernier amour. Tous les détails\nm en sont connus, mais ce n'est point l'heure de les révéler ici.\nSi je note, en passant, une passion qui fut la joie et le tour-\nment de son automne, c'est qu'elle correspondit à une période\nde triomphes dont le public d'aujourd'hui n'a pas idée.\nA Marseille, on faisait imprimer, en l'honneur de l'artiste,\ndes pièces de vers dithyrambiques, dans le goût de celles-ci:\nLES TROIS SIRÈNES\nA MADAME BRANCHU\nDe VAcadémie Impériale de Musique.\nA Londres j'ai vu BILLINGTON\nPar l'éclair de sa voix divine\nEt de sa roulade argentine\nEtourdir les gens de bon ton;\nEt du doux bémol au dièse\nPassant avec suavité.\nDéconcerter la gravité\nDu bon milord, se pâmant d'aise.\nLa Céleste CATALANI\nDéployant son vol infini,\nEt des sons par degrés franchissant l'intervalle,\nMe semblait moduler les élégans concerts\nDe l'alouette matinale,\nQui s'élève en chantant sur le trône des airs.\nBRANCHU paraît : sa voix qu'elle trempe de larmes\nFait gémir la douleur d'Alceste et de Didon.\nAu cri de la nature, à son tendre abandon,\nLes merveilles de l'art viennent rendre les armes ;\nJe soupire, et je dis : le cœur a seul raison.\nD.-P. DES ISLETS.\n\n(i) Paméla Branchu se vit dans l'obligation d'accepter une modeste si-\ntuation d'institutrice, en Angleterre."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.28", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n369\n\nLE PUBLIC DE MARSEILLE\nA MADAME BRANCHU\nDoux charme des Français, ornement de la scène,\nToi, dont le jeu sublime et la brillante voix\nSavent reproduire à la fois,\nTHALIE, EUTERPE et MELPOMÈNE,\nPar tes chants, ARIANE et la triste DIDON\nNous font pleurer leur abandon.\nAu rocher des enfers, à la barque funeste,\nChacun de nous voudrait ravir ALCESTE,\nTu nous a fait sourire à Pesprit de MARTON,\nAuprès d'ŒDIPE on suivrait ANTIGONE ;\nLe Talisman d'ARMiDE étonne nos esprits.\nAcceple donc nos vœux et reçois la couronne\nDont ces rôles divers ont réclamé le prix.\nMme Branchu était habituée d'ailleurs à des hommages pu-\nblics et particuliers, comme en témoignent les deux lettres sui-\nvantes que je cite à dessein, parmi tant d'autres non moins\ncurieuses, et qui mériteraient de voir le jour:\nMADAME,\nMercredi 7 août 1822 (1) est encor un jour de triomphe pour la scene\nlirique, vos beaux yeux suppliants vers le ciel pendant le serment du\npremier acte sont d'un effet miraculeux, un peintre habile devroit saisir\ncette situation, pour faire un sublime tableau, vous mérités comme le\ntasse le triomphe et ce tableau vous assurerait celui de l'immortalité car\nles sublimes talents ne meurent jamais, et je pense que vous êtes la pre-\nmière qui exprimés les passions telles qu'elles existent dans le cœur humain\net faites éprouver à ceux qui ont l'âme brûlante le délire le plus enchan-\nteur quand ils ont le bonheur de vous voir et de vous entendre. Le duo à la\nfin du premier acte comme musique est charmant, chanté par vous divin.\nPar la scene muette du second acte vous annoncés d'avance aux spectateurs\nqui savent vous comprendre le crime horrible que médite Danaus, lorsque\nvous dites par les larmes dont votre fille mes yeux sont mouillés de pleurs,\nj'éprouve un délice que jen'avois jamais connu jusqu'à ce jour. Mais lors-\nque vous vous jettes aux genoux de votre père en terminant ce morceau, il\nsemble qu'on est plus sur la terre, on s'imagine que vous parles à Dieu, et\ntout le reste de l'acte on est dans un nouveau monde, vos accens sont\nceux dont on se sert dans le ciel. La situation du troisième acte, la piété\nfiliale et le combat entre l'amour conjugal, fait souffrir horriblement, on\ncroit la chose reel, on vous plaint, on vous admire, et pour tout dire on\nvous adore.\nAla fin du troisième acte, le morceau en fa mineur est si bien rendu\nqu'il semble qu'on sent diminuer ses forces, mais lorsque vous vous jettes\n\n(1) On jouait à l'Opéra, ce jour-là, Les Danaïdes, tragédie lyrique en\ncinq actes, musique de Salieri, paroles du bailli du Rollet et du baron de\nTschudy, et c'était la 16e représentation de la reprise."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.29", "texte": "370\nLE MERCURE MUSICAL\n\npar terre, c'est effrayant, le mouvement du cœur s'arrette, par l'effroi qu'on\néprouvé, il semble que le monde va finir, et cependant on est heureux,\nvous quittes la scène, on ne vous voit plus, mais l'imagination est frappée,\non rentre chez soi, émue, et alors on vous voit sans cesse, et toutes les\nsensations qu'on éprouve sont cent fois plus vives.\nReceves donc, Madame, les remercimens du bonheur que vous me faites\néprouver. Mais que je serais heureux si je pouvais vous dire verbalement,\nce que je vous écris, ho, je crois que j'en perdrois la parolle.\nCette lettre ne méritera pas votre critique, aucun mortel ne doit la\nconnoitre, je vous en conjure. Dieu doit etre le seul témoin ; et si par\nhasard vous desires savoir qui je suis, vous pouves adresser vos reflexions,\nou vos ordres, à l'adresse que voici : Monsieur hypollite rue Saint-\nHonoré, n<> 274, si vous l'ordonnes, je me nommerai à condition qu'aucun\nmortel profanera ce secret, le mistere est le plus grand des plaisirs.\nP. S. Hypollite n'est point mon nom, mais n'importe, si vous m'ecrives la\nlettre me reviendra. Alors j'obéirai à votre volonté, si vous n'ecrives pas\nj'aurai toujours l'honneur de savoir apprécier le premier talent de l'uni-\nvers. Vous me pardonneres une répétition, vous en devineres aisement la\ncause.\nUn an plus tard, le même admirateur, aussi naïf que sin-\ncère, et qui n'avait pas dû pouvoir dire verbalement à l'artiste\nses sentiments intimes, lui écrivait encore :\nMADAME,\nJe vous prie de regarder avec intérêt pendant le ballet du premier\nacte de Virginie,aux premières loges du côté de celle du Roi. Vous me\nprouveres au moins que vous etes sensible aux connaissances que j'ai,\npuisque je sais apprécier le premier talent du monde. Cette complaisance\nou plutôt cette extrême bonté fera le bonheur de ma vie.\nQue vous etes sublime, quels accens, quels yeux aimables ho Dieu.\nLe procès en séparation de Paméla dura longtemps. Aux\nfatigues des représentations que Mme Branchu donnait en pro-\nvince, à ses soucis pécuniaires, à la fièvre de ses amours qui\nn'allaient pas sans jalousie, s'ajoutait l'amertume des bruits\ndiffamatoires répandus sur sa fille. Dans son ardeur à défendre\nune victime qui lui était chère, Mme Branchu se fit accusatrice\nd'anciens camarades, car elle voyait partout des ennemis. Elle\ns'attaqua particulièrement au danseur Albert (i), dont la répu-\ntation était à son apogée. Celui-ci, blessé dans son honneur, se\ndéfendit avec dignité, dans la lettre que je rapporte ici :\nParis, ce i 3 août 1828.\nMADAME,\n« Si j'ai joué plus d'an rôle en ma vie, celui de calomniateur n'a point\nencore fait partie de mon répertoire et comme j'ai ce en horreur\n\n(i) Ferdinand-Albert Decombe, dit Albert, danseur et compositeur cho-\nrégraphe des Opéras de Paris, de Naples, etc."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.30", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n371\n\nje ne m'en chargerai jamais quoi qu'on puisse faire pour m'en affubler. Je\nsuis d'ailleurs trop ennemi du scandale pour ne pas éviter soigneusement\ntout ce qui pourrait y donner lieu.\nVous savez très bien, Madame, que je n'ai jamais eu l'honneur de fré-\nquenter Madame votre fille, je n'ai donc pas pu la connaître assez particu-\nlièrement pour en dire du bien ou du mal et très probablement que je\nn'eusse jamais été mieux instruit sans les deux lettres que vous lui écri-\nvîtes de Lyon, et dont mon Journal seul m'a donné connaissance en les\npubliant.\nVous voulez bien vous souvenir que je fus votre camarade et l'ami de\nvotre mari; le dernier de ces titres, au moins, devrait vous tenir en garde\ncontre les gens qui se donnent sottement la peine de faire de moi un Diffa-\nmateur. D'ailleurs, Madame, il faudrait avoir des raisons et des intérêts\nparticuliers pour colporter la diffamation : je puis assurer que je n'ai ni l'un\nni l'autre et si, par je ne sais quel hasard, j'avais à me plaindre de Madame\nvotre fille ou de vous (bien que nous n'ayons eu aucune relation) j'em-\nploierais, pour le faire, des moyens plus dignes de moi.\nJe regrette infiniment, Madame, qu'on choisisse ce moment pour\najouter, par d'indignes faussetés, au chagrin que doit naturellement vous\ncauser le malheureux procès qui vous occupe.\nJ'ai l'honneur d'être, Madame, avec toute la considération qui vous\nest due,\nVotre serviteur,\nALBERT.\nAprès les glorieuses acclamations, après les deuils, après les\ntristesses maternelles, après la lente agonie d'une passion tar-\ndive qui l'avait fait souffrir dans son orgueil de femme impuis-\nsante à réparer les injures du temps, c'avait été la retraite, loin\ndu bruit des foules.\nMais il était écrit que Mme Branchu subirait une suprême\noffense.\nRetirée à Orléans, elle y vivait dans un cercle étroit d'amis,\ncorrespondant avec sa fille et sa famille de Mulhouse. Ses enne-\nmis - elle en avait eu d'implacables surprirent la bonne\nfoi d'un journaliste de l'endroit et lui firent annoncer la mort\nde l'ancienne artiste. De cette nouvelle dont elle aurait pu rire,\nMme Branchu se montra vivement blessée, parce qu'on la disait\nplus vieille de six ans qu'elle ne l'était en réalité. C'était là un\ncoup qu'une femme ne pardonne pas. Voici ce qu'elle écrivait\nà sa fille, au lendemain de la menteuse nouvelle :\nJeudi 28 mai 46.\nQuelle différence de ma matinée remplie d'émotions déchirantes avec\nma soirée douce et tranquille ! et cette paix de l'âme 111' a été apportée par\nmon Eugène ! Je vais t'expliquer cet affreux rébus, cher ange.\nDimanche, j'ai été réveillée par Monsieur Pagnerre qui venait demandez\nà tous les habitants du faubourg si effectivement j'avais cessée de vivre ;\nlorsqu'il fut rassuré, il entra chez moi et me lut le paragraphe que je te\ntranscris."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.31", "texte": "372\nLE MERCURE MUSICAL\n\nL'ORLÉANAIS\n« Mme Branchu, ancienne première cantatrice de l'Opéra, est décédé, avant-\nhier, dans sa 72e année, à Orléans, où elle s'était retirée depuis longtemps.»\nQue dis-tu de cette impudence ? tout le monde d'Orléans connaît ma\ndemeure ! ah ! c'est encore une bonté de leur part. Quel horreur! et que je\nlanguis d'en être sortie. La famille Dubec, M. Vassor, les Payens et les\nBernard sont les seuls que je regretterai, les seuls qui (si, j'avais pu fermé\nmon cœur au souvenir d'un brave enfant adoré, idolâtré jusqu'à l'extrava-\ngance peut-être ; d'une famille adorable et de vieux et bons amis) m'eussent\nfait trouver encore de la douceur dans mon exil si long et si pèsant à\nsupporter encore alourdi par les blessures de l'âme qu'ils m'ont fait enduré.\nTu verras sans doute ma lettre inserrée dans le Loiret, Monsr Pagnerre aussi\na été d'une bonté filiale; ce bon jeune homme si bien élevé, si comme il\nfaudrait qu'ils fussent tous, t'aime véritablement, il m'a fait promettre de\nlui faire dire le jour que tu viendras à Orléans; ainsi, aie la complaisance\nde me prévenir d'avance parce que mon intention est de l'inviter à dîner\noù à déjeuner, selon l'heure que tu prendras ;\nVoilà ce qu'il à inséré dans son Journal du Loiret.\n« L'Ornéanais (sic) a fait mourir, dans son dernier numéro, Mme Branchu,\nla célèbre cantatrice sous l'empire. Madame Branchu jouit d'une parfaite\nsanté, et elle est venue elle-même nous prier de rectifier l'erreur de l'Or-\nléanais. Malheureusement cette nouvelle, répétée par tous les Journeaux\nde Paris, à peut-être déjà jeté dans le deuil la fille de Mme Branchu qui\nvoyage en ce moment en Allemagne. Voilà la lettre que Mme Branchu\nvient d'adresser à l'Orléanais, et qu'elle nous à priés d'inserer.\n« Monsieur le rédacteur de l'Orléanais,\n« Vous n'avez sans doute ni enfans, ni famille, ni amis, car sans cela\nvous auriez pris des renseignemens (très facile puisque depuis neuf ans\nj'habite la même demeure à Orléans) avant de donner une aussi déchirante\nnouvelle pour les miens éloignés de moi.\n« Je plains vos abonnés. Monsieur, si vous recevez les renseignements\nque vous leur transmettez dans votre Journal, avec autant de légèreté que\ncelle avec laquelle vous annoncez la nouvelle de ma mort (1).\n<( Caroline BRANCHU née de Lavit,\n« Première cantatrice de la Chambre et de la Chapelle de S. M. l'Em-\npereur et Roi, et premier sujet de l'Opéra. »\nCher enfant, ne me dis pas que ma lettre est trop dure, pense que\nj'étais blessée au cœur puisque tu pouvais voir cette infernale nouvelle et\nje ne savais ou te trouver pour te désabuser et te dire : Dieu me permet\nencore de vivre pour t'aimer et t'idolatrer. Pourquoi es-tu restée si long-\ntemps sans m'écrire ? sans me donner de tes nouvelles tant désirée ?\nEmbrasse pour moi Augustine, toute ma famille et la sienne qui sont\nconfondu dans mon âme, Climène a dù te faire lire ma lettre qu'elle à\nreçue mardi 26 de ce mois, j'attends sa réponse vendredi prochain puisque\ntu es à Mulhausen. Ai-je raison d'espérer ô, oui, oui.\nMille tendresses, bénédiction et doux baisers de ta mère et amie\nCAROLINE BRANCHU.\n\n(1) Dans un brouillon composé par elle, Mme Branchu terminait ainsi :\na J'ai l'honneur de vous saluer, Monsieur, et de vous prier de la démentir\nle plutôt possible. »"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.32", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n373\n\nLa vérité, c'est que l'amie de Mme Desbordes-Valmore, poé-\ntesse et musicienne elle-même à ses heures, ne mourut qu'en\niBso, à l'âge de soixante-dix ans.\nSa carrière, qui fut moins heureuse que glorieuse, est si mal\nconnue, que j'ai formé, depuis longtemps, le projet de la racon-\nter par le menu, à l'aide de documents inédits, aussi nombreux\nqu'inespérés. Mais un pareil travail ne pourrait trouver place\nque dans un livre. En attendant, j'ai cru intéressant de préciser\ncertains points historiques qui donnent à la physionomie de\ncelle que Grétry appelait sa fille, un aspect de vérité que nul\nn'a soupçonné jusqu'ici.\nPour bien connaître et juger impartialement une telle ar-\ntiste, il faut connaître toute son intime psychologie. Mme Bran-\nchu, cantatrice merveilleuse, ne peut être séparée de Mme Bran-\nchu, fille, épouse, mère, amante, car elle a vécu sur la scène\ntoutes ses misères d'âme personnelle, et transporté le tragique\nde ses rôles dans les moindres actes de sa vie.\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES IDÉES DE M. HOUDARD\nLouis Laloy.\n(*)•\nJ'ai attendu six semaines une réponse à la question que je posais à\nM. Houdard ; rien n'est venu, ni de lui, ni d'aucun de ses partisans et dis-\nciples. Nous devons donc croire que M. Houdard n'est point licencié, ce\nqui d'ailleurs ne diminue en rien son mérite. Mais alors pourquoi nous\ndire qu'on n'a pas voulu être docteur, « l'Université n'ayant pas à connaître\nde sujets de rythmique » ? C'est chercher une explication bien lointaine\nalors qu'il en est une simple : « Point de licence, point de doctorat », est\nun axiome dont même un esprit aussi paradoxal que M. Houdard ne con-\ntestera pas l'évidence. De même, la licence, qui est la condition du docto-\nrat, a pour condition le diplôme de bachelier. M. Houdard est-il en pos-\nsession de ce parchemin, sans valeur à vrai dire, sauf pour ceux qui\ncomme lui ont des ambitions universitaires ? Ou devons-nous, une fois de\nplus, lui conseiller de relire l'apologue du renard qui voulut manger raisins\nà la treille ?\nJe m'empresse d'ajouter qu'il m'importe peu que M. Houdard puisse se\nparer d'un plus ou moins grand nombre de peaux d'âne. Et je ne lui pose-\nrais pas des questions peut-être embarrassantes, s'il n'avait montré lui-\nmême, et à maintes reprises, un âpre et envieux désir d'honneurs officiels\nqui ne semble guère digne d'un libre esprit.\n(i) Voir le Mercure musical, pages 138 et 263.\n\nÉCHOS\n\nL'Enfant-Roi, déchu dès sa naissance, et aujourd'hui défunt, du triste\nAlfred Bruneau, a inspiré à l'un de ses admirateurs une page de grand\nstyle que le Mercure Musical,ouvert, comme on sait, à toutes les opinions,\nse fait une joie d'offrir à ses lecteurs, en en respectant jusqu'à l'ortho-\ngraphe :\nJ'ai entendu l'autre soirf Enfant Roi,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.34", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n375\n\nviolente qu'il ne m'est pas possible de ne pas dire quelques mots de la nouvelle\nœuvre de M. Bruneau.\nL'Enfant Roi, je pense, est une œuvre définitive du drame lyrique français.\nBruneau, connu dans ses autres partitions, y a amplifié la déclamation jusqu'au\nplus haut point, et francisé les procédés de Wagner. Dès la première mesure, /e\nsouffle crée delà vie, e£ non seulement il se soutient jusqu'à la fin de Vœuvre,\nmais il augmente et va jusqu'à Vexaltation extrême. On sen£ /e phrasé, /e\nsouffle puissant de Zola.\nJin écoutant le lyrisme intense de M. Bruneau, son inspiration exultante, sa\nsincérité, en admirant son courage à tout braver, 5a 6e//e /oi, on revient meilleur\nde son théâtre, p/as moral, plus fort pour la lutte. On est plus épris de saine\npassion, de vérité !...\nMais la musique de M. Bruneau, est trop vaste. Elle est trop ûprement sincère,\non ne /a comprend pas. On ne rencontre pas, dans cette musique, de mélodies pour\njeunes femmes, on j/ entend des déclamations saines, larges, vivantes. On y entend\ndes cris intenses d'humanité. Aussi le public, quiaime le chatoiement, ne se presse-\ni-il pas salle Favart pour entendre /'Enfant Roi. On dénigre Af. Bruneau par\npose, par bétise, par snobisme, (nous at;ons entendu des réflexions stupides de\ngens fort distingués, for/ honnêtes), on Vaccueille avec une indifférence affectée.\nRares sont ceux qui le sentent vraiment, d'ailleurs tous le sentent puisqu'il est\nnaturel, ma/s ne s'en rendent pas bien compte, et puis, de nos jours, Ton n'ose\npas, en art, avouer Zes larmes spontanées rares sont ceux qui osent dire\naimer M. Bruneau. Il est vrai aussi qu'on dit l'aimer par genre.\nParmi les critiques, pour /a plupart, parmi les artistes, on Vaccueille avec\nanimosité parce que l'on sent en lui un colosse. Un maître comme M- Bruneau\nœuvre pour les générations à venir. Mais M. Bruneau a des admirateurs fervents\nqui sont tout à lui et qui, en écoutant ses œuvre, sont gagnés à jamais à sa cause\net lui sont dévoués pour toujours. Je suis de ceux-là, moi très humble ! De ceux-\nlà sont ceux qui approchent le maître ; je citerai le jeune compositeur Albert\nDoyen dont on a joué les Houles au concert Le Bey, et qui, par un souffle déjà\npuissant et sincère, est de la lignée des Bruneau, des Charpentier !...\nIl ny apas une faiblesse dans /'Enfant Roi, et n'en déplaise à certains critiques\nde grandes feuilles :de cette boulangerie, de ce peuple, de ce fait-divers, et juste-\nment pour celà, sort du sublime, car enfin, ces braves gens ont une âme, ils ont\nle droit de vibrer tout comme les autres. Ils vibrent même parfois davantage.\nZola en savait quelque chose, lui si humain ! Mais on ne sent pas, l'on n'avoue\npas sentir le sublime qui se dégage de Vœuvre de M. Bruneau, on n'en retient que\nle fait-divers, la boulangerie.\nEn écoutant /'Enfant Roi, chacun revit les passions de son cœur, l'indifférence\nde ce public qui décrète un succès ne peut donc être que du parti-pris. Le livret\nest admirable par les situations serrées, poignantes, je ne sais rien de plus théâ-\ntral que la scène où Madeleine doit choisir entre son mari et son fils), par les con-\ntrastes violents habilement amenés. Rien n'est à retrancher, rien à ajouter. Il\nn'est pas jusqu'au titre /'Enfant Roi qui ne soit magnifique en son symbolisme.\nCertains critiques l'ont trouvé pompeux !...\nLa musique de /'Enfant Roi est extrêmement claire, intensément vraie : elle a,\ndans les pages descriptives et dans les pages tragiques, une ampleur formidable.\nEn dépit de tout ce que pourront dire et faire les \" plumitifs \" et les compo-\nsiteurs de salons, Zola et Bruneau vivront toujours parce qu'ils reçoivent et ren-\ndent le souffle le plus fécondant de la nature.\nBéziers. La première représentation des Hérétiques s'est déroulée\naujourd'hui sous un ciel trop souvent nuageux. Evidemment l'œuvre de\nMM. F. Hérold et Ch. Levadé doit être tenue comme seule responsable du\ndemi-succès qui l'a accueillie ; mais on aurait souhaité qu'un peu plus de"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19050915-01.1.35", "texte": "376\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de. Librairie.\n\nsoleil vînt rehausser et l'éclat des costumes et la magnificence des décors.\nNous reviendrons longuement sur cette œuvre dans notre prochain numéro;\ndisons toutefois que parmi les interprètes M. Dufranne, de l'Opéra-Comi-\nque, s'est montré dans un rôle malheureusement trop court l'artiste\nhors de pair que nous connaissions.\nBiarritz. Le jeune Roger Schickel, violoniste prodige âgé de 10 ans, s'est\nfait entendre ici, à l'admiration générale. Ce jeune phénomène avec son\npetit violon nous a donné dans ses trois morceaux l'impression d'un ar-\ntiste accompli. Sa dextérité dans le Mouvement perpétuel de Ries a été\nvraiment surprenante et l'exécution des Poèmes hongrois de Lederer a\ndémontré le sentiment et le rythme extraordinaires dont cet enfant est\ndéjà doué. Espérons que nous aurons bientôt l'occasion d'en reparler et de\nl'entendre à Paris.\nBcmlogne-sur-Mer. C'est une manifestation artistique du premier ordre\nque l'administration du casino de Boulogne-sur-Mer, sous l'intelligente\ndirection de M. H. delà Funte, chef d'orchestre des Concerts symphoniques\ndu casino, vient d'offrir aux nombreux étrangers en résidence à Boulogne.\nJe veux parler du Festival Richard Wagner.\nNous avons eu pour la première partie du programme: Rienzi, ouverture;\nParsifal, la Walkyrie : les adieux de Wotan superbement chantés\npar une basse de beaucoup de talent, M. Bruinen. Pour la deuxième\npartie du programme : Lokengrin (prélude) : les Maîtres Chanteurs, chantés\npar M. Henderson, qui, c'était regrettable, avait une voix légèrement\nenrouée. Enfin, pour terminer, la superbe ouverture de Tannhauser.\nL'orchestre, très bien composé, a fort bien souligné les meilleurs passages\ndes différents morceaux inscrits au programme. Il faut donc l'en louer,\ncar il est rare, en province, d'assister à des manifestations artistiques de\nce genre et donnant un aussi appréciable résultat.\nLe public nombreux et élégant a fait à tous les interprètes sans exception\nde l'œuvre de Wagner un chaleureux succès.\nSchola Gantorum. La réouverture des cours aura lieu le lundi 2 octo-\nbre.\nEn raison de l'affluence des élèves, il sera créé 8 nouveaux cours de vio-\nlon, piano et chant.\nLes examens d'admission commenceront dans la première semaine d'oc-\ntobre, les aspirants-élèves y seront convoqués par lettre.\nIls devront préalablement se faire inscrire avant le 25 septembre,au\nSecrétariat de l'Ecole, 269, rue Saint-Jacques.\n\nPan."}]}