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Pensées d'ailleurs.\nLIONEL DE LA LAURENCIE. . L anoblissemen\nABBÉ CHAMINADE. ........ Trois c\nREVUE DE LA QUINZAINE\nJEAN MARNGLD .... Gonservatoriana*\nJEAN PONEIGH.. > A Bepèts.\nLouis LALOY Les Superfl\nLIONEL DE LA LAURENCIE... Iconographie musicale.\nPAN Échos."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c005", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.5", "titre_corps": "DIALOGUES D'ÉTÉ", "titre_sommaire": "DIALOGUES D'ÉTÉ", "signature_source": "Jean Leroux", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "DIALOGUES D'ÉTÉ\nL'OPÉRA POPULAIRE.\n\nA la campagne. En été, le soir. Le ciel s'éteint derrière les grands\narbres noirs. Quelques grenouilles et les aboiements lointains d'un chien\néveillent l'idée de l'immensité.\nM. MONTRICHARD, 5O ans, châtelain et maire.\nMME MONTRICHARD, née de Sangloup.\nEDITH MONTRICHARD, 18 ans, lectrice de tous les ne supporte\nni corset ni observations.\nC. D'HOUVIENLEVENT, ancien universitaire, présentement député, 55 ans.\nLE GRINCHEUX, musicologue, 3o ans.\nMME MONTRICHARD.— (JPour rompre le silence.) Hé bien, et ce\npauvre M. d'lndy, est-ce qu'il fait toujours de la musique ?\nLE GRINCHEUX. Je crois bien ; on dit même qu'il prépare\nun grand opéra populaire !\nEDITH. Un opéra populaire, qu'est-ce que c'est que ça ?\nOn n'en a pas parlé dans le Mercure !\nD'HOUVIENLEVENT. (Empressé.) L'opéra populaire, ma\nmignonne, est une des réformes les plus considérables qui\nsoient inscrites au programme de la démocratie triomphante.\nLe peuple a droit à l'opéra, comme à toutes choses d'ailleurs.\nIl est temps que l'art et les artistes tendent au prolétaire qui\nsouffre une main réconfortante. Nos hommes d'Etat n'ont que\ntrop négligé ce côté du grand problème social. Une réparation\ns'impose.\nMONTRICHARD. (Se verse un verre de sherry.) Bravo, mon\ncher, bravo ! La France a besoin d'hommes comme vous. Il n'y\na que notre pauvre musicologue qui reste froid ; et cependant\nl'opéra populaire !... Cela rentre bien dans sa spécialité.\nLE GRINCHEUX. Hélas !\nD'HOUVIENLEVENT. Mais précisément, les spécialistes sont\nceux qui s'intéressent le moins aux questions vitales dont la"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "France impatiente attend la solution. C'est ce que je me tue à\ndire à la Chambre : Pas de spécialistes, surtout pas de spécia-\nlistes, nulle part, et tout sera pour le mieux.\nLe Grincheux qui allume un cigare Voyez-vous, jeune homme,\nla musique ira au peuple, ou la musique périra. C'est fatal.\nVous autres, qui écrivez l'histoire avec des œillères, vous en\nêtes encore à l'esthétique du grand siècle ; que faudra-t-il donc\npour vous ouvrir les yeux et vous faire entendre les justes\nrevendications des classes laborieuses ?\nLE GRINCHEUX. Que voulez-vous! je n'ai pas l'habitude de\ntâter le pouls des faubourgs. Je ne fais pas l'histoire de demain...\nJ'ai bien assez de celle d'hier.\nD'HOUVIENLEVENT. (Sévère.) L'histoire, mon ami, aurait\ndû vous apprendre à jeter sur notre lyrisme musical un\nregard vraiment démocratique.\nL'antique tragédie des Grecs n'est-elle point la source et le\nprototype de tous les opéras passés et à venir?\nEDITH. C'est vrai, Wagner l'a dit, et Gluck aussi, et Péri\navant lui.\nD'H OUVIENLEVENT. L'opéra appartient donc de droit à cet\nadmirable démos dont la Renaissance retrouva la tradition\nobscurcie par le moyen âge, à ce démos que notre grande Ré-\nvolution a définitivement émancipé de la tyrannie et qui\ndemain se lèvera pour demander des comptes à ceux qui l'ont\nméconnu. L'opéra vient du peuple : il faut le rendre au peuple!\nMONTRICHARD. (Se perse un second verre de sherrv ) Par-\nbleu!...\n(A Le Grincheux qui hausse les Hé bien, il me sem-\nble qu'on lance des pierres dans votre jardin, Le Grincheux ?\nEDITH. Oui, vous n'êtes pas en veine ce soir.\nLE GRINCHEUX. [Piqué.)Qu'est-ce que vous voulez que je\nvous dise? Tout cela est absurde! L'opéra, le peuple, Eschyle,\nWagner, Gluck, Jaurès, ce sont des mots, rien que des mots.\nEntre l'antique tragœdiaet le dr premier\nsymptôme de notre opéra, il y a un abîme. L'origine de tout\nce mouvement qui aboutit à Caccini, à Monteverdi, à Péri, il\nfaut la chercher dans les divertissements des princes italiens et\ndans les préoccupations archéologiques des érudits.\nmisme ! voilà le vrai père de l'opéra.\nEDITH. Cependant cette simplification du style mélodique,\ncette déclamation, libérée du contrepoint polyphone, n'est-ce pas\nun retour vers quelque naïveté populaire ?\nLE GRINCHEUX. Quelle erreur ! Si la musique populaire\na joué un rôle dans la fondation de l'opéra, soyez sûrs que\nc'est un rôle de dupe. En 1600, toute musique antique avait"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.5", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "disparu ; il fallut bien s'inspirer de la musique moderne. Mais\ncroyez-vous que ce fut au profit du peuple ? Pensez-vous qu'en\ns'adressant à la can^one,au motet,à la danse, à la déclamation\nliturgique, pour faire chanter Vénus, ou Orphée, selon la vrai-\nsemblance présumée, le musicien de Florence ou de Venise ait\neu quelque ambition démocrate ? Efforts d'académiciens, vous\ndis-je, plaisirs de lettrés, enthousiasmes de dilettanti. Que\nrevint-il au peuple de tout cela?\nD'HOUVIENLEVENT. Oui, mais en France...\nLE GRINCHEUX. En France, c'est bien pis encore. Avec\nMazarin l'opéra est une importation étrangère, avec M. De-\nlahaye et Gambert une folie de millionnaire, avec Louis XIV et\nLulli une académie royale. C'est à la faveur du luxe impopu-\nlaire d'un ministre italien qu'il s'est glissé chez nous, et c'est au\ntriomphe d'une monarchie fastueuse qu'il doit son élévation.\nMieux que Racine, mieux que Lebrun et que Mansart, Lulli\nsymbolise ce goût de l'apparat théâtral, de la pompe vaine,\ncette passion de fiction et de galanterie, cette préoccupation de\njouer un rôle et d'en imposer qui firent la gloire et aussi la\ndétresse du Roi-Soleil.\nMONTRICHARD. Le voilà parti.\nLE GRINCHEUX. Mais oui, moi aussi, je m'emballe. L'opéra\nest intimement lié à tout ce qu'il y a d'excessif dans l'ancien\nrégime ; il restera comme une image vivante de cette monarchie\ncontre laquelle vous hurlez depuis cent ans, à tort ou à raison,\nje n'en sais rien. Est-ce là l'exemple que vous voulez mettre\nsous les yeux du peuple ?\nD'HOUVIENLEVENT. Vous exagérez, mon ami.\nLE GRINCHEUX. Ah bien! nom d'un chien, si j'exagère!..\nVous ne savez donc pas, ô conducteur de peuple, quelle liste\nje pourrais dresser de tous les méfaits de l'opéra, si je voulais\ndéfendre ici les intérêts de la musique populaire. Le règne, le\njoug de la tragédie lyrique a été désastreux pour les tendances\nnatives et naïves de notre art national. Dès le début, dès 1670, la\nconcurrence s'établit implacable, irrésistible. Ce fut un éblouis-\nsement, auquel personne ne résista. A quoi bon chercher\ndavantage, et « phantastiquer » encore, puisque la perfection\nétait désormais devant nous, et que la nature représentée par\nLulli déposait ses secrets aux pieds du plus grand roi du\nmonde? Tout le passé barbarie fut oublié en un instant et dé-\ntruit. Il n'y eut plus qu'un style dans la musique française, il\nn'y eut plus qu'une ambition parmi nos musiciens, il n'y eut\nplus...\nEDITH. Et les querelles, les polémiques, les guerres de\nplume livrées autour de cet opéra ? Il me semble qu'elles prouvent"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "bien qu'il y eut du tirage aussi. Tout n'a pas marché comme\nvous le dites ; vous arrangez l'histoire à votre mode. La résis-\ntance a été longue. Le coup de de l'opéra, je n'y crois pas,\nmoi.\nD'H OUVIENLEVENT. Et cette résistance fut féconde. Sou-\nvenez-vous de Beaumarchais, de Saint-Evremont, et surtout\nde cet immortel Jean-Jacques qui prit en main la cause de la\nraison, et montra tout le parti que le sentiment naïf de la\nnature pouvait tirer de la musique de scène. Rousseau fut un\ngrand précurseur, sa voix...\nMONTRICHARD. [Bâille bruyamm\nD'HOUVIENLEVENT. [lnsistant.)Oui, ces querelles furent\nfécondes, et bienfaisantes pour la pensée populaire, qui som-\nmeillait encore, retenue par la tyrannie. Si bien que cet opéra,\ndont vous faites le procès, a contribué à l'émancipation de la\nconscience démocratique. Saluons en lui un instrument mo-\ndeste du grand mouvement de libération qui vint couronner\nles efforts du xvme siècle.\nLE GRINCHEUX. Ça c'est du bon sophisme. A qui fera-t-on\ncroire que les Lullistes, Ramistes, bouffonistes, Gluckistes\naient jamais songé un instant au peuple et à son art ? Les uns\nluttaient pour un système, les autres défendaient une habitude,\nune préférence nationale ; les plus sincères s'en tenaient à la\nvolupté de l'oreille. Dans tout cela, pas la moindre pensée dé-\nmocratique. Et puis, qu'est-ce que prouvent au fond toutes ces\nluttes, sinon l'antipathie involontaire, instinctive du public\nfrançais contre l'opéra ? L'accumulation de ces libelles si vains,\net remplis de raisonnements oiseux, qui n'aboutissent à rien,\nqui n'atteignent jamais le fond des choses, qui s'épuisent à des\nmesquineries, n'est-ce point le signe de l'existence factice que\nl'opéra a toujours menée chez nous ?\nJamais il n'a pu prendre de fortes racines dans notre pays.\nQuel rapport y a-t-il entre les solennités presque religieuses de\nla tragédie athénienne et les représentations du Palais-Royal,\nentre le chœur grec et-les filles d'opéra ?Le peuple ne s'y est\npas trompé, et jusqu'à nos jours encore vous trouverez dans les\nclasses moyennes une prévention secrète contre tout ce qui\ntouche à ces mauvais lieux. On y va, tout en les méprisant,\nparce qu'on sent bien que c'est un amusement, un luxe, de la\nblague en un mot. Et au xvme siècle ces sentiments étaient\nencore bien plus forts que maintenant.\nEDITH. Mais voyons, je ne vous comprends plus ; tout à\nl'heure vous prétendiez que l'opéra avait tout absorbé, et voilà\nque vous lui enlevez toute importance.\nLE GRINCHEUX. —Je ne me contredis pas. L'opéra a été un"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.7", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "exploiteur, un accapareur, parce que son sort était lié aux classes\nque vous appelez capitalistes ; et pour les mêmes raisons il n'a\njamais pénétré dans le peuple. Comment s'en étonner ? C'est\nprécisément son privilège, son monopole qui fut fatal à la\nmusique populaire. Celle-ci, bannie des hautes régions de\nl'art lyrique, dut se contenter des genres inférieurs. La chan-\nson et la danse furent ses refuges. Elle s'y montra singuliè-\nrement active, il faut l'avouer. Mais toute cette activité fut\nrigoureusement maintenue au-dessous du niveau moyen. Le\ncourant populaire, ayant trouvé tout à coup son chemin obstrué,\ns'étendit et perdit en hauteur ce qu'il gagnait en surface. Con-\ndamnés au superficiel, exilés dans le médiocre, les genres s'étio-\nlèrent, tombèrent aux mains de l'ineptie sentimentale et devin-\nrent la proie des instincts les moins relevés. Rappelez-vous le\nvieux vaudeville du xvi* siècle, les danses « hautes et basses »,\nla « canzone francese »! Tout cela aboutit au café-concert. Tan-\ndis que des hommes comme le grand Rameau épuisaient leur\ngénie à soutenir l'opéra, nos voisins créaient le la\nla symphonie ; leurs mélodies libres de s'idéaliser, de s'amplifier\nà l'aise, produisaient des œuvres complexes, vivantes et qui ne\ncessaient point d'être profondément populaires. Sébastien Bach\nest contemporain de l'abbé Pellegrin, l'auteur des\ndes airs tirés des plus beaux opéras. Et les Germains don-\nnaient avec Mozart et Beethoven un exemple impérissable de\nvitalité lyrique, alors que nous discutions sur les mérites com-\nparés de l'Autrichien Gluck et de l'ltalien Piccini. Voilà où nous\na conduits l'opéra !\nMONTRICHARD. On se croirait au Collège de France.\nLE GRINCHEUX. C'est votre faute ; pourquoi me poussez-\nvous ? J'en aurais pour huit jours, si je voulais réfuter notre dé-\nmagogue. Encore un exemple. Ne voyez-vous pas que l'opéra\ndépérit depuis 5o ans ?\nD'HOUVIENLEVENT. Hé bien ?\nLE GRINCHEUX. Hé bien, c'est une preuve de plus en ma\nfaveur.\nL'opéra ne prospère plus en France. Il se maintient par des\nsubventions, parla force acquise, et grâce à Wagner, qui vou-\nlait le détruire. Il reste stationnaire, vous ne direz pas le con-\ntraire. Ses chanteurs sont mornes à côté des virtuoses d'antan ;\nson public manque d'enthousiasme, et ses maestri, empêtrés dans\nles plus savantes besognes, n'ont plus même la désinvolture d'un\nRossini, ou l'air dégagé d'Auber.\nIl semble que la composition, la représentation et l'audition\nd'un opéra soient devenues quelque chose de redoutable pour\ntout le monde. Des musiciens si à leur aise dans d'autres ré-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1740, "texte": "gions musicales font mauvaise figure dès qu'ils entrent ici. Ils\nme rappellent Peer Gyntluttant contre le\nPourquoi ce malaise ? Pourquoi cet arrêt au moment même où\nnotre musique française d'orchestre, de chambre, de piano,\nd'église se reprend à vivre et à respirer librement ? Tout sim-\nplement parce que l'influence de ce fameux devient de\nplus en plus sensible. Mille causes sociales, que M. d'Houvien-\nlevent vous énumérera mieux que moi, nous ont fait perdre le\ngoût de cette seconde nature dont le Français tira si longtemps\nvanité, comme d'un jeu subtil et précieux. « C'est fini de rire »,\ndisait déjà Napoléon. Nous pourrions ajouter : C'est fini de\njouer la comédie et l'opéra. La Cour a disparu, la ville est\ninquiète. La galanterie est devenue féroce. La mascarade ne se\nsoutient plus même en temps de carnaval. Nous avons perdu\nle sens du gala. Et notre décor d'opéra pend lamentable et\ndémodé. Nos préoccupations sont ailleurs. Je n'apprécie pas, je\nconstate. Et je conclus : la prospérité de l'opéra est en raison\ninverse de la prospérité de ce que vous appelez le populaire.\nD'HOUVIENLEVENT. —■ Il y a du vrai dans ce que vous venez de\ndire. Et pourtant le peuple réclame un théâtre lyrique.\nLE GRINCHEUX. Oui, mais ce ne sera pas l'opéra ; puis-\nqu'entre peuple et opéra il y a un antagonisme radical.\nD'HOUVIENLEVENT. Qu'importe ! pourvu que ça soit\nlaire !\nLE GRINCHEUX. Alors!...\n{Quelques minutes de silence pendant Mme\nchard, assoupie, se réveille.)\nMmeMoNTRicHARD. Je crois qu'il est l'heure d'aller se cou-\ncher. Nous reprendrons cela une autre fois.\nD'HOUVIENLEVENT. Oui, et je vous amènerai mon ami\nWolff, de l'Université populaire du xxe, pour vous confondre.\n(Exeunt omnes.)\n\nJean Leroux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c008", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.6", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2093, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\n« Oui, dit un jour le spectateur indifférent au mélomane éclec-\ntique, la musique est en cela supérieure aux autres arts que par\nelle on peut s'exprimer entièrement : on peut tout dire, crier ses\njoies, ses souffrances, toutes les sensations qui sont au delà de\nla parole humaine. Et ceux qui écoutent comprennent peu ou\npas ou de travers, tout en ayant des émotions louables, quelque-\nfois même analogues, peut-être, à celles de l'auteur. C'est\ncomme si l'on se promenait nu mais invisible sur la place de la\nConcorde ; c'est Phryné devant des juges aveugles ; c'est le\nsecret qu'on publie exultant et que personne n'entend. La mu-\nsique est une Tarnkappe qu'on met pour tout dire.\nTout cela c'est pour celui qui se déverse là-dedans, mais pour\ncelui qui écoute c'est autre chose. Je suis, pour ma part,\nsi désabusé de la musique, que l'une me vaut l'autre, et je les\ntrouve également bonnes ; en cela je vous ressemble.\nEn effet, répondit le mélomane, toutes les musiques sont\nbelles, et c'est immoral de n'aimer qu'une chose au détriment\ndes autres. Dans chaque musique l'auteur a parlé à sa façon,\ns'est exprimé à sa manière, s'est laissé aller dans son langage.\nIls sont donc également sincères, et leur musique est également\nbelle,même si elle ne convient pas à votre état d'âme, en admet-\ntant que cet état soit permanent.\nVous avez raison dans tout cela,reprit le spectateur ; mais\ncependant il peut y avoir une musique supérieure à d'autres ;\nen parlant, une personne s'exprimera mieux que telle autre : de\nmême en musique.\nIl faut des musiques journalières, dit le mélomane, et non\npas seulement des musiques du dimanche. Il faut des sensa-\ntions qui correspondent àla vie de tous les jours, sans cela les\njours de fête ne ressortiraient plus. Nous ne pouvons mener\ntout le temps des conversations transcendantes, il faut un peu\nde bagou pour se reposer l'esprit. Nous nous fatiguerions de ne\nmanger que des mets très raffinés : ils sont rehaussés par la\ncuisine saine et simple qui est notre ordinaire.\nC'est vrai, dit le spectateur souriant, vous autres humains"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "n'aimez pas regarder le soleil ; vous préférez la lune qui n'en a\nque le reflet.\nCependant, reprit le mélomane, il y a de la musique qui\nm'ennuie bien aussi.\nJe crois la connaître ; c'est ce que j'appellerai de la musi-\nque-repoussoir, car après un morceau de ce genre le suivant pa-\nraît divin, ne fût-il que médiocre. Il en faut à cause de cela, de\ncette musique en bois où l'exécutant s'escrime, devient de plus\nen plus rouge jusqu'à la fin. Pas d'autre résultat. C'est\ncomme l'orange qu'on mange après la saison ; on a beau mâ-\ncher, pas une goutte de jus, mais beaucoup de matière qu'on\nvoudrait cracher. Heureusement, du reste, on le peut. Mais\ncomment nos oreilles cracheront-elles jamais cette musique\nd'apothicaire ?\nApothicaire ?\nOui, c'est-à-dire de la musique faite d'après une recette ;\ncar pour moi il y a deux espèces de compositeurs : les créateurs\net les apothicaires, ou bien encore les compositeurs et les recom-\npositeurs. Ceux-ci combinent des formules comme ils ont ap-\npris à le faire ; ils recomposent selon des théories ce qu'ils ont\ndécomposé chez les autres. Ils ont vu comment cela se fait, mais\nil manque le souffle de vie. Tandis que les premiers se moquent\nde ce qu'ont pu penser d'autres avant eux ; avant de pouvoir\nbégayer ils s'élancent après leur pensée, et même lorsqu'ils la\ntiennent ils s'en rendent à peine compte. Et c'est pourquoi les\ngrands hommes souvent n'ont pas compris leur propre œuvre,\nn'ont pas vu tout ce qu'elle contenait,parce que leur génie parlait\nà travers eux. Ainsi Gœthe ne comprit pas bien son 2e et\ndans les œuvres des grands hommes l'on trouve à leur insu la\nlogique, la perfection, la profondeur, une source de richesses à\nlaquelle peuvent puiser indéfiniment les successeurs. Et il est\nvraiment admirable de voir qu'une œuvre moins préméditée\nqu'une autre présentera souvent moins de défaillances.\nMoi, dit le mélomane, ]e ne me lance pas dans la critique\net la dissection. Je reste étranger à toutes les controverses sur\nla musique. Elle doit plaire comme une jolie femme, et peu\nimporte que ses traits soient réguliers. Peu importe aussi que\nl'écriture en soit horizontale ou verticale, logique, et cœtera.\nIl n'y a pas de logique en musique, dit le spectateur ; elle\nest essentiellement arbitraire ; il n'y a pas de raison pour que\nson écriture soit plutôt harmonique que polyphonique. Il n'y a\npas de lois physiques, ou, s'il y en a, elles seraient si peu nom-\nbreuses que l'on se bornerait à un enchaînement de dominantes.\nTout changement d'accord, modulation, etc., serait infraction\naux lois. Quant à l'enchaînement des notes d'une mélodie, il ne"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.11", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "peut y avoir de loi, pas plus physique qu'esthétique. S'il y avait\nune logique dans la musique, on ne pourrait pas, comme Bee-\nthoven, commencer une mélodie par un instrument et la conti-\nnuer par un autre; ou bien commencer un thème dans une partie,\nle terminer dans une autre ; ou bien encore alterner des sonorités\nsans raison précise. Il faudrait alors s'en tenir à des registra-\ntions fixes, comme le fait Monteverdi. Les mots d'une phrase\nconcourent à former un sens, mais la musique n'a pas de sens ;\nelle est le reflet d'une impression oubliée. Evidemment le com-\npositeur doit posséder tous les moyens et toute l'habileté pos-\nsibles pour essayer de traduire ce vague souvenir. Il y aurait\nplus de logique dans le rythme, car c'est un bruit pouvant venir\nd'un mouvement aboutissant à quelque chose, par exemple le\ntic-tac d'une montre.\nDonnez-moi n'importe quelle mélodie sur un joli rythme de\n6/8, et je préférerai cela à la plus belle mélodie sur un agonisant\nlargo 4/4.\nQue vouliez-vous dire, lorsque vous parliez d'un souvenir\nou d'une impression oubliée ? interrogea le mélomane.\nVoici : Nous avons imaginé la musique, donc la musique\nexiste, mais je ne puis admettre que ce soit dans un tel état\nd'imperfection. Vous aurez entendu parler de la musique des\nsphères ! Qui vous dit que ce n'est pas là la musique que nous\ncherchons, que nous devinons, que nous essayons de ressaisir\navec une intuition désespérée ? Je crois l'entendre encore cette\nmusique dont le son ne produit aucune manifestation physique.\nElle est simultanée ; on l'entend tout à la fois comme si l'on\nétait dans un globe de cristal ou d'eau et qu'on en subît toute\nla radiation. Elle est une, on ne l'entend pas à l'aide de la mé-\nmoire, elle est. C'est le limpide son existant par lui-même,\nradieux dans sa puissante, complexe loi, renfermant la sensation\nmusicale complète et unique. Et voilà pourquoi la musique est\nsupérieure aux autres arts qui sont ou furent utilitaires, c'est\nqu'elle est inutile et divine. »\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c010", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.7", "titre_corps": "L’ANOBLISSEMENT D'UN MUSICIEN SOUS LOUIS XV", "titre_sommaire": "L’ANOBLISSEMENT D'UN MUSICIEN SOUS LOUIS XV", "signature_source": "Lionel de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "L’ANOBLISSEMENT D'UN MUSICIEN\nSOUS LOUIS XV\n\nLe sceptre de roseau que Lully brandissait impérieusement\nau-dessus de sa phalange instrumentale avait attiré sur le\nfougueux surintendant l'abondante manne des faveurs royales.\nAussi bien, ce bâton de chef d'orchestre valait un bâton de\nmaréchal, et ne pouvait-on mieux récompenser celui qui le\nportait qu'en lui décernant des lettres de noblesse. Se confor-\nmant à l'exemple donné par son arrière-grand-père, Louis XV\ntint à honneur de s'affirmer le premier des Mécènes du royaume ;\non s'en aperçoit bien en parcourant la longue, la très longue\nliste des pensions que la Maison du Roi allouait aux artistes,\net en particulier, aux « ordinaires » de la musique ; mais de\nloin en loin, le roi pimentait l'allocation de la « matérielle »\nd'une distinction que ni l'ostentation des grands ni la fastueuse\ngénérosité des traitantsn'étaient susceptibles d'octroyer, distinc-\ntion d'autant plus appréciée qu'on l'accordait plus rarement.\nAux espèces trébuchantes et sonnantes, il ajoutait un titre de\nnoblesse : « Le privilège de la noblesse, lit-on dans les Lettres\npatentes d'anoblissement, a toujours été regardé parles Rois\ncomme la marque la plus précieuse de leur estime et la plus\ndigne récompense qu'ils puissent accorder à ceux de leurs\nsujets qui se sont distingués par leur zèle et leur fidélité pour\nleur service, mais aussi par des talents supérieurs dans les\nArts, et il n'est point, en effet, de moyen plus capable d'exciter\nà la vertu, d'élever le cœur et les sentiments que d'accorder à\nceux qui se distinguent dans les Arts des récompenses qui se\ntransmettent à leur postérité (1). »\nNous avons un exemple de l'application de ce principe dans\nl'anoblissement de François Francœur. En 1764, François\nFrancœur était directeur de l'Académie royale de musique, de\n\n(i) Lettres de noblesse pour le Sr F. Francœur. Bibl. nat. Cabinet\ndes titres. Nouveau d'Hosier, 144. On peut aussi consulter des lettres ana-\nlogues pour le Sr Rebel, Nouveau d'Hosier, 280."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.13", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "concert avec son inséparable compagnon, François Rebel ;\ndepuis 7 ans il gouvernait, non sans mérite et sans peine, cette\ntuibulente république, en même temps qu'il occupait, comme\nsuccesseur de Collin de Blamont, la charge de surintendant\nde la musique du roi. G était donc un musicien officiel, un\nfonctionnaiie impoitant, que plus de trente ans de services (il\nétait entie aux 24 violons en octobre 1730, en remplacement\ndun violoniste célèbre, Jean-Baptiste Sénallié) désignaient\nà la bienveillance du souverain ; celui-ci, qui déjà avait anobli\nFiançois Rebel (mai 1760), ne pouvait que se montrer aussi\ngénéreux à l'égard de son fidèle associé; en mai 1764, il\ndécernait à François Francœur des Lettres de noblesse, et de\nla sorte Reoel et IH rancœur, ces freres siamois de la musique\ndont toute l'existence ne fut qu'un long duo d'amitié et qui\nrééditèrent au xvme siècle la constance d'Oreste et de Pylade,\nne se quittèrent point à l'honneur, après avoir été ensemble à\nla peine.\nLes lettres patentes délivrées par Louis XV à l'occasion de\n1 anoblissement de François Francœur ne visent pas seulement\nles services rendus par le bénéficiaire de la mesure royale, le zèle,\net les « grands talents » qu'il a fait paraître, l'application suivie\navec laquelle il a rempli les diverses charges qui lui incom-\nbèrent ; elles rappellent encore les services rendus au feu roi\npar le père de François, par le vieux Joseph Francœur, entré\naux 24 violons en remplacement de Simon de Saint-Père,\nle 2 mars 1706, musicien qui laissa le souvenir d'un artiste\nconsciencieux mais peu brillant. En la personne de François,\non récompensait ainsi toute la famille Francœur, y compris\nLouis, l'aîné, entré en 1710 a la musique royale, et auteur de\n2 livres de Sonates de violon et basse continue, publiés en\n1715 et 172(5.\n_ Une curieuse pièce de la belle collection de M. Ecorcheville\nvient, à l'appui de ces lettres patentes, nous renseigner sur les\narmoiries attribuées à Francœur par le juge d'armes de la\nnoblesse de France, armoiries dont elle donne la description\net le dessin colorié. C'est le Règlement d'armoiries pour le sieur\nFrançois Francœur, surintendant\nséquence de ses Lettres d'annoblisseme\nprésente année mil sept cent soixante-quat(l).\nLouis-Pierre d'Hozier, Chevalier, Juge d'Armes de la Noblesse de\nFrance, Conseiller du Roy en ses Conseils, etc...\nAprès avoir vu des Lettres patentes en forme de Charte données à\n\n(1) Ce « Règlement » est établi sur parchemin; il porte en haut et en\nmarge : Francœur. Paris. Juin 1764."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "Versailles au mois de May de la présente année mil sept cent soixante-\nquatre ; ces Lettres signées Louis., et sur le repli : parle Roy Phelypeaux,\npar lesquelles Sa Majesté annoblit le Sr François Francœur, Surintendant\nde sa Musique ; ensemble ses enfants, Postérité et Descendants mâles et\nfemelles, nés et à naître en légitime mariage.\nNous, en exécution de la clause contenue dans lesdittes Lettres, qui per-\nmet audit Sr\nFrancœur et à\nses Enfans et\npostérité de por-\nter des armoi-\nries timbrées,\ntelles qu'elles\nseront réglées\net blazonnées\npar nous com-\nme Juge d'Ar-\nmes de la No-\nblesse de Fran-\nce, ainsi qu'el-\nles seront pein-\ntes et figurées\ndans lesdittes\nLettres aux-\nquelles notre\nacte de Règle-\nment sera atta-\nché sous le con-\ntre-sceau de la\nChancellerie,\navons réglépour\nses Armoiries un Ecu coupé le Chef d'or à un cœur de Gueules, et la pointe\nd'Azur à une Bonnefoi d*Argent posée en fasce : cet Ecu timbre d'un casque\nde profil orné de ses Lambrequins d'Or, d'Apir, d'Argent et de Gueules. Et,\nafin que le présent Règlement que nous avons compris dans les Registres\nde ceux qu'il plaît au Roy d'annoblir puisse servir audit Sr François\nFrancœur et à ses Enfants et postérité, nés et à naître en Légitime mariage,\ntant qu'il vivront noblement et ne feront aucun acte de dérogeance, nous\nl'avons signé et nous y avons fait mettre l'empreinte du sceau de nos\nArmes à Paris, le Samedy, deuxième jour du mois de Juin de l 1 an mil\nsept cent soixante quatre.\nSigné D'HOZIER (I),\nD'Hozier signe ce règlement de sa haute écriture très trem-\nblée.\nFrançois Francœur ne put, et pour cause, faire « peindre,\ngraver et insculpter, si elles ne le sont déjà, en tels endroits de\nses Maisons, Terres et Seigneuries que bon lui semblera », les\narmoiries blasonnées par d'Hozier; mais comme, à défaut de\ndonjon, il possédait une bibliothèque, il se contenta, ce qui était\n\n(i) Le sceau a été enlevé ; ces armoiries sont peintes avec le plus grand\nsoin ; nous en donnons ici une reproduction en noir."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.15", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "assurément plus modeste, d'en orner son « ex-libris ». C'est\nainsi que plusieurs volumes de la Bibliothèque de l'Opéra\nprovenant de celle du musicien, et notamment YHistoire de\nl'Opéra de Durey de Noinville, portent le cœur de gueules et\nla bonne foi d'argent en lesquels l'imagination de d'Hozier\ns'était complu à transposer le nom de Francœur.\nLa faveur que le roi accordait à Francœur méritait du reste\ntoute approbation, car, outre la collaboration que le nouvel\nanobli avait apportée à Rebel pour la composition des nom-\nbreuses œuvres lyriques signées de ces deux auteurs (Pyrame\net Thisbé, Tarsis et Zélie, Scanderbe\nLes Augustales, Ismène, Zélindor, etc.), Francœur avait écrit\ndans sa jeunesse des Sonates de violon (1720) auxquelles une\ngrâce toute juvénile jointe à une parfaite élégance et à une\nsolide construction assurent des qualités de premier rang.\nRemarquons, en terminant, que les deux frères Francœur,\nLouis (l'aîné) et François (le cadet), ont été fréquemment con-\nfondus par les historiens ; nous reviendrons quelque jour sur\nces intéressants musiciens.\n\nLionel de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c013", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.8", "titre_corps": "TROIS CHANSONS SARLADAISES", "titre_sommaire": "TROIS CHANSONS SARLADAISES", "signature_source": "Abbé Chaminade", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "TROIS CHANSONS SARLADAISES\n\nQuelques vieilles chansons, plus ou moins défigurées, courent\nencore le guilledou à travers les campagnes de Périgueux, de\nRibérac ou de Nontron; mais c'est dans le Bergeracois et sur-\ntout dans le Sarladais qu'on peut cueillir ces savoureuses\nlégendes, dont l'origine se perd dans la nuit des temps.\nLà; dans ces coins ignorés, à l'ombre des chênes verts, sous\nles toits de pierre brune, elles gardent la sève vivace du terroir.\nMais tout de même il faut se hâter, car les vieux airs meurent\navec les vieilles gens. Il n'y a plus guère, en effet, que les têtes\nchenues à se souvenir du passé.\nParmi les thèmes populaires toujours en honneur, il faut\nciter les légendes de la Passion, du Mauvais Riche et de Jésus\nperdu et recouvré.\nLA PASSION DE JÉSUS-CHRIST.\nElle a laissé des traces dans beaucoup décantons delaDordo-\ngne : à Saint-Cyprien, außugue,à Salignac.à Belvès, à Domme,\nàThenon, àHautefort, à Excideuil, etc., et jusque dans la bonne\nville de Périgueux, où, la veille du nouvel an, on entend nasil-\nler la Passion déguisée en GuillaMême en plusieurs en-\ndroits, le Jeudi et le Vendredi saints, les garçons, voire les filles,\ns'en vont de porte en porte quémander les œufs en retour du\nchant de la Passion.Notre version est peut-être moins connue\ndans le Périgord que celle qui commence ainsi :\nLa passion de Jésus-Christ\nN'ey tan tristo, doulanto !\nmais, comme on va le constater, elle ne manque pas de charme.\nElle a des points de ressemblance avec l'air\nSuivons, chrétiens, sur le Calvaire,\nque l'on attribue à Campra (1660-1744)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.17", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "Patois de Castels, près Saint-Cyprien (Dordogne).\nTEXTE PÉRIGOURDIN.\nB.\nCu nou lo shat e non Vopràn,\nLo passho bien pu\nB.\nLo passhion cle Zièju-Cri\nEs tan trisf e doulanto !\nA.\nL'on courounà, l'on flotzelà,\nDobàn Pilato l'on\nA.\nCan dobàn Pilato e-j-ehstà,\nElà ! moun Dïu, lo gran piotà !\nA.\nElà ! moun Diu, l\nDe beyre un Dïu do kel esta !\nB.\nSho bouno mèro be\nTouto trisf e doulanto :\nA.\n« Moun fil Tsièjù,\nBou-j-atzoun mi do ? »\nTRADUCTION RYTHMIQUE (I ).\nB.\nQui ne la sait et ne l'apprend,\nLa passe bien plus grande.\nB.\nLa passion de Jésus-Christ\nEst tant triste et dolente !\nA.\nL'ont couronné, l'ont flagellé,\nDevant Pilate l'ont mené.\nA.\nQuand devant Pilate a été,\nHélas ! mon Dieu, la grand pitié !\nA.\nHélas ! mon Dieu, la grand pitié\nDe voir un Dieu dans cet état !\nB.\nSa bonne mère vient de là\nToute triste et dolente :\nA.\n« Mon fils Jésus, qu'avez-vous fait\nQu'on vous ait mis dans cet état ? »\n\n(i) Les traductions rythmiques du texte périgourdin peuvent s'appliquer\nà la musique originale.\nLa langue périgourdine est écrite d'après le système purement phoné-\ntique. L'accent tonique ne se marque pas sur l'avant-dernière syllabe :\nplacé sur la dernière, il se marque par l'accent aigu ou grave, suivant le\nbesoin. Les diphtongues oou, aou, se marquent ainsi :\nèu, iu, Gnfrançais s'écrit nli (Segnor Le chuintement se\nmarque par sh: Eyshi (ici), prononcez entre eychi et eysi."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "A.\n« Nou purehs, mèro, nou purè\nDe tan de mal ke me betsè.\nA.\n« Me betsè biu, me beyrè mor,\nTournorày biu oprè mo mor :\nA.\n« Los estèlo col cel sevon,\nDel cel en terro tounborôn :\nA.\n« Ne tounborôn de douo-j-en douo\nCoumo fay lo felho peu bô :\nA.\n« Ne tounboron de sie-j-en sie\nCoumo lopero ol periè (1). »\nA.\n« Ne pleurez, mère, ne pleurez\nDe tant de mal que me voyez.\nA.\n« Me voyez vif, me verrez mort,\nReviendrai vif après ma mort :\nA.\n« Les étoiles qu'au ciel seront\nDu ciel en terre tomberont :\nA.\n« Et tomberont de deux en deux,\nComme fait la feuille des bois :\nA.\n« Et tomberont de six en six\nGomme la poire du poirier. »\nLA LÉGENDE DU MAUVAIS RICHE.\nL'une des plus populaires au moyen âge. Les cloîtres de Ca-\ndouin l'ont immortalisée : il y a là tout un poème dans une co-\nlonne. A cette époque-là les pierres elles-mêmes chantaient. A\nleur tour, les divines légendes pénétraient dans les chaumières\net se transmettaient de génération en génération. Cette chanson\nest encore usitée au Bugue, à Saint-Cyprien, à Belvès, etc. On\nremarquera la tournure antique du dialogue : ces répétitions\npériodiques, à la façon delà Bible et d'Homère, cette persis-\ntance à placer l'article devant le vocatif, ces expressions suran-\nnées, tout cela dénote une époque probablement reculée.\nRemarquez aussi la mélodie avec son naturel bien accusé.\nN'affirmons rien de peur d'hérésie : mais ne serait-ce point un\nvestige du mode hypomixolydien ?\nBelvès (Dordogne).\nTEXTE PÉRIGOURDIN.\n<( Ke plondzè-bou, lou Shenho,\nKeplondzê-bou-j-oné ? »\nTRADUCTION RYTHMIQUE.\n« Que plaignez-vous, ô Maître,\nQue plaignez-vous, meshui ? »\n\n(i) Cette complainte comporte deux belles variantes,, indiquées par A et\nB. Voir les Vieilles chansons patoises du Périgord (102 à 109. 113)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.19", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "« You ne plandze luy pàure\nKe mouriràn de fan. »\n« Non farànpa, lou Shenho :\nEntre ritse viuràn. »\nAT oponho pa metz' ouro,\nLou pàure bay passhà,\n0 lo porto del ritse\nS'hen bay shercà shoun po :\n« Fojè-m'un pàu d'ormoyno,\nLou ritse, si '(m p/è. »\n« Bay-t-en, bay-t-en, lou pàure,\nEyshi tu rioura rien :\n« S/u dobali Vehscalo,\nTe coumetrày mouy chien. »\nIVoz/ tardo pa mete' oziro,\nLou ritse bay mourï :\nS'hen bay de port' en porto,\nPorto del Porodï :\n« Ogayto tu, S/ien Pierre,\nCu-j-oco' nperokï. »\n« Lou Shenho, coy /oi£ ritse :\nDomando Porodï. »\n<( Digho-li tu, Shen Pierre,\nS'ho fay sho ke y'ay dî :\n« S/*o /ay Vormoyno ol pàure,\nSho revesti loy nû :\n« S'esta beyre molàude,\nLour opourtà sholù :\n« S'es es£àf o Zo messo\nLou moti tou dedzù. »\n« S/m tzomày torn' ol mounde,\nIVi maj/ doim sÂe?/ bengùt,\n« Forioy Vormoyn' 0/ pàure,\nRebestirioy louy nû,\n« Onirioy 0 lo messo,\nLou moti tou dedzû. »\nNOM tarde pa me*'\nLow pàure bay mourï :\nShen bay de porto en porto,\nTou dret ol Porodï :\n<( Ogayto, s/ien Pierre,\nCu-j-oco' nperoki. »\n—<( Lou Shenho, coy lou pàure :\nDomando Porodï. »\nLE MERCURE MUSICAL\n— « Moi je plains tous les pauvres\nQui vont mourir de faim. »\n— « Ne feront pas, le Maître :\nEntre riches vivront. »\nTarde pas demi-heure,\nLe pauvre va passer,\nA la porte du riche\nS'en va chercher son pain:\n— « Faites un peu d'aumône,\nLe riche, s'il vous plaît. »\n— « Va-t'en, va-t'en, le pauvre,\nIci tu n'auras rien.\n« Si je descends l'échelle,\nTe lâcherai mes chiens. »\nNe tarde demi-heure,\nLe riche va mourir :\nS'en va de porte en porte,\nPorte du Paradis :\n— « Regarde, toi, saint Pierre,\nQui est-ce qui par là. »\n— « Le Seigneur, c'est le riche:\nDemande Paradis ».\n— «Eh ! dis-lui, toi, saint Pierre,\nS'il a fait ce qu'ai dit :\n« Donné l'aumône au pauvre\nEt revêtu les nus,\n« S'il a vu les malades,\nLeur a porté salut :\n« S'il a ouï la messe\nLe matin, bien à jeun. »\n— « Si je reviens au monde,\nEt là d'où suis venu,\n(( Ferais l'aumône au pauvre,\nRevêtirais les nus,\n« Et j'irais à la messe\nLe matin, bien à jeun. »\nNe tarda demi-heure,\nLe pauvre va mourir :\nS'en va de porte en porte,\nTout droit au Paradis :\n— « Regarde, toi, saint Pierne,\nQui est-ce par ici. »\n— « Le Seigneur, c'est le paurre :\nDemande Paradis. »\n\n27"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.20", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "« Digho-li tu, shen Pierre,\nKe benghe bis\n« Loy porto shoun\nDempéy didzà moti. »\n« Dis-lui donc, toi, saint Pierre,\nQu'il vienne vite ici.\n« Les portes sont ouvertes\nDepuis jeudi matin. »\nLENFANT JÉSUS PERDU ET RETROUVÉ.\nVoilà encore un thème qu'affectionnaient nos anciens. C'est\nune moissonneuse gémissante d'un haut caractère. A l'époque\ndes moissons, on l'entend encore ricocher d'une colline à l'au-\ntre, par là-bas, du côté de Saint-Cyprien ou de Carlux. Qu'on\nne s'effarouche pas des anachronism.es qui y régnent : ceux-ci\nn'ont jamais embarrassé les inventeurs ou troubadours. Pour\navoir le bonheur de mettre en scène le populaire Jean-Baptiste,\nils ne reculent devant aucune invraisemblance. Ici, la sainte\nVierge et saint Pierre, après bien des recherches infructueuses, fi-\nnissent par retrouver l'Enfant-Jésus, qui prêchait (devinez où ?)...\nà l'autel de Saint-Jean. Dans une autre chanson périgourdine,\nles conteurs ne se gênent pas pour faire figurer saint Jean-Baptiste\naux scènes de la Passion, quoique saint Jean eût depuis long-\ntemps subi la décollation. Mais c'est précisément par ces sur-\nprises naïves que les vieilles chansons nous ravissent d'aise. Il\ny a aussi bien de la saveur dans ces mélodies archaïques, prin-\ncipalement dans celle-ci, qui nous paraît adaptée à la formule\npsalmodique du mode hypophrygien. Goûtez et comparez avec\nles chansons populacières du jour : peut-être remercierez-vous\nle transcripteur.\nSaint-Cyprien, Belvès (Dordogne).\nTEXTE PÉRI GOURDIN.\nLo shento Biertzo\nPuro shoun bel anfàn.\nTRADUCTION RYTHMIQUE.\nLa sainte Vierge pleure,\nPleure son bel enfant."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1184, "texte": "Shen Pierre li domando :\n« Biertzo, ke purà tan ? »\n« Ay bien ràjoù she puri,\nAy perdit moun anfàn.\n« En-t-anàn o Voyfrando\nAy perdit moun anfàn. »\n« Nou plures pa tan, Biertzo,\nBelèu lou troubariàn. »\nS'ften de gleytso en gleytso,\ncoubên en coubén :\nLou troboun ke pretsabo\n0 Voutàr de shen Tzan :\nShen Pierre li domando :\n« Shenhoùr, ke pre§à tan ? »\n« Gounbertissi moun puple,\nLouy boun, mai/ /owy moytsàn. »\n« IVow plurehs pu doun} Biertzo,\nBetsè ke l'en troubà. »\nL'on troubà ke pretsabo\n0 Voùtàr de shen Tzan (1).\nSaint Pierre lui demande :\n— « Vierge, que pleurez tant ? »\n— « Ai bien raison, si pleure,\nAi perdu mon enfant.\n« En allant à l'offrande\nAi perdu mon enfant. ».\n— « Ne pleurez pas tant, Vierge,\nPeut-être le joindrons. »\nVont d'église en église\nDe couvent en couvent :\nPrêchant ils le trouvèrent\nA l'autel de Saint-Jean :\nSaint Pierre lui demande :\n~ « Seigneur, que priez tant ? »\n— « Je convertis mon peuple,\nLes bons et les méchants. »\n— « Ne pleurez plus donc, Vi erge :\nVoyez : l'avons trouvé. »\nPrêchant ils le trouvèrent\nA l'autel de Saint-Jean.\n\nAbbé Chaminade.\n\n(I) Voyez les Vieilles chansons pat oises du Périgord, p. n 3."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.9", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nCONSERVATORIANA.\n\nNotre antique et vénérable Conservatoire se révèle décidément comme\nune institution précieuse entre toutes pour la distraction des contemporains\net l'embarras des courriéristes à court de copie. Il n'est jamais trop tard\npour parler encore d'elle, d'autant que son portail vermoulu, bientôt, va\ngrincer sur ses gonds rouillés pour engouffrer toute une armée d'adoles-\ncents pleins d'avenir, et nulle actualité n'apparaît moins banale en ses\napports variés, certes, à souhait. Le transfert des concours publics à la\nsalle Favart a fourni l'occasion d'un petit scandale, dont la lune en avance\nafficha la velléité d'éclipser le soleil avunculaire de celui du dernier Prix\nde Rome. La distribution des billets dévoila chez nos honorables législa-\nteurs un amour effréné de la musique qu'aucun budget des Beaux-Arts\nn'avait laissé soupçonner jusqu'ici par ses largesses. Exigés d'un ministre\nimbu de sa « responsabilité » complexe, 900 tickets furent voués en holo-\ncauste à l'esthétisme inopiné du Parlement que l'Europe nous envie (1).\nLesdits tickets, naturellement, correspondaient aux meilleures places,\nainsi qu'il convient dans une démocratie qui se respecte en la personne des\nélus de son libre choix, si bien que l'accès des baignoires, balcon, orchestre\nou loges, se trouva delà sorte interdit aux privilégiés de la presse musicale\net des spécialistes habitués auxquels échutl'aumône exceptionnelle de quel-\nque modeste carton. Une après-midi de juillet, j'eus l'héroïsme de trans-\npirer durant un bon quart d'heure dans le fournil obscur et surplombant\nde la Troisième Galerie gracieusement accordée au Mercure musical. Mal-\ngré mon dévouement pour nos abonnés, la crainte, évidemment présomp-\ntueuse, de priver à jamais leurs loisirs des trésors douteux de ma prose,\nm'empêcha de braver plus longtemps la congestion, et j'abandonnai lâche-\nment un prochain fanatique, dont la sueur ruisselait sur le cuir des fauteuils\ndans l'atmosphère d'une buée suffocante et de relents municipaux. J'ajou-\nterai, pour mon excuse, que, si on y sentait très fort, on n'y entendait pas\ngrand'chose et on n'y voyait rien du tout. D'ailleurs, hormis quelques\nreprésentants des journaux quotidiens, les musiciens et la critique étaient\npourvus à l'avenant.\nL'aventure, néanmoins, eut certains résultats qu'on ne prévoyait guère»\nNos sénateurs et députés partaient justement en vacances, et bon nombre\nd'entre eux, préférant sans doute Apollon sous les traits de Phébus, distri-\nbuèrent les coupons reçus à leurs parents, amis, connaissances, valets de\n\n(i) Ainsi que nous l'avons établi dans le 15 août, page 311 •"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3928, "texte": "chambre ou concierges. Parmi ceux-ci, quelques indifférents s'en débar-\nrassèrent de la même façon ; d'autres, plus ingénieux, les furent porter\nchez tels intermédiaires où chacun, moyennant finance, pouvait s'en pro-\ncurer à des prix abordables, échelonnés selon l'attrait présumé du pro-\ngramme. C'était charmant, comme on voit, et, de tout cela, s'ensuivit la pré-\nsence à l'Opéra-Comique d'un public inaccoutumé, dans l'espèce, du\nmoins, de quoi il s'agissait ; d'un public fortuit ou payant, qui s'associa\nsoudain aux manifestations traditionnelles avec la spontanéité de gens\ndépourvus du plus lointain respect et de toute considération intéressée ou\nobligatoire à l'égard des sommités administratives et conservatoriales. Le\njury passa quelques mauvais moments et dut s'esquiver même, un jour,\nsous la tempête d'interpellations les moins flatteuses qui se puissent rêver.\nJe me garderai de reproduire les épithètes dont furent gratifiés, en parti-\nculier, MM. Adrien Bernheim et Constant d'Estournelles, de qui la compé-\ntence apparut discutée sans précaution la plus infinitésimale. Mais on se\ndemandait depuis longtemps quelle inscrutable cause imposait leur colla-\nboration opiniâtre à des jugements où on n'arrivait pas à découvrir les\nlumières que l'un ou l'autre de ces personnages fût bien capable d'apporter,\net, pour s'être énoncée en termes aussi peu courtois que véhéments, il\nn'est tout de même pas dommage que l'impatiente stupéfaction soit enfin\nparvenue aux oreilles du jury, exprimée par un auditoire plus indépendant\nque celui de la rue Bergère et moins gêné de traduire vertement une\nopinion trop unanime. Ce joli chahut fut sans doute le plus remarquable\nincident de concours dont M. Gaston Carraud a finement noté ici le dange-\nreux cabotinage. Il est peut-être un signe des temps. Notre bon vieux Con-\nservatoire traverse une crise aussi aiguë que sa caducité lui permet d'en\ntrahir les symptômes. Sa carcasse usée tremble la fièvre des lendemains\ninconnus. Aujourd'hui, les palmarès de deux mois proclamés ont rejoint\nleurs aînés en ces limbes d'oubli où leurs pages jaunies tournoient, pour\ns'abîmer, comme des feuilles au vent d'automne ; les lauriers sont coupés\net nous n'aurons plus Dubois, c'est entendu. Mais voici qu'on nous annonce\nbien d'autres choses.\nA la cérémonie d'usage et solennelle de la répartition des récompenses,\nM. le Directeur des Beaux-Arts a prononcé un discours qui dut fleurer\nbigrement le fagot aux orthodoxes naseaux de l'endroit. « A qui se fier,\ngrand dieu des cuistres?» murmuraient vraisemblablement ceux-ci, en\ndressant la longueur d'oreilles frémissantes. Et, dame ! on ne peut pas dire\nautrement, c'est un peu le monde à l'envers. M. Henri Marcel, qui joue du\npiano, paraît-il, institua, à la vérité, les « quatre heures de musique con-\ntemporaine », mais, entre deux inaugurations apologétiques, cet homme\nuniversel et avisé eût peut-être esquissé risette à l'lnstitut en nommant\nM. Lenepveu. M. Dujardin-Beaumetz, qui, dit-on, fait de la peinture, ne\nse contenta point d'élire un grand artiste au délicat génie; en présentant\nM. Gabriel Fauré à ses futurs subordonnés, il osa insinuer que tout\nn'allait pas pour le mieux dans le meilleur des Conservatoires, et suggérer\nquelques réformes, exposées d'une parole amène avec l'autorité, nonob-\nstant, inhérente aux fonctions dont il est investi. Si dorée que fût la pilule,\non en augure l'amertume aux gosiers qui béaient sous la grimace obsé-\nquieuse. Tous se résoudront-ils à l'avaler sans résistance? C'est peu pro-\nbable, et on prévoit quelques prochaines démissions. Mais, chez les plus\nrésignés même, la force d'inertie devient à peu près invincible quand sa\nroutine se double de la parfaite impossibilité de se conduire d'autre ma-\nnière.\nA coup sûr, on ne doit pas ménager les éloges à M. Dujardin-Beaumetz\npour des projets empreints visiblement de la bonne volonté la plus sin-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.24", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4061, "texte": "cère. S'est-il douté, toutefois, de la teneur réelle du problème qu'il abor-\ndait d'une âme téméraire et bien intentionnée ? En tout cas, il n'a mani-\nfestement pas songé à qui il s'adressait. La question de l'enseignement\nmusical est incertaine, et devient tout à fait troublante, en constatant que\nles grands musiciens furent la plupart autodidactes, ou bien ne se sou-\nmirent à la direction d'un quelconque pédagogue qu'au hasard de brèves,\nparfois tardives et intermittentes études ; enfin, qu'il en est fort peu'\nparmi les plus ou moins illustres, qui soient sortis d'un Conservatoire ou\nd'une école analogue, depuis cent ou cent cinquante ans que ces établis-\nsements se sont répandus en Europe. Mais le génie fut rare à toute\népoque, et, outre que ce n'est pas pour lui qu'on fait des méthodes, on ne\nvoit pafe, à priori, quel dommage il pourrait éprouver, par la suite, d'une\nmeilleure ou superlative qualité de la culture offerte à son jouvenceau pos-\nsesseur, aussi bien qu'aux peu ou prou talentueux condisciples d'icelui.\nC'est cette culture, si possible, achevée, que visait M. le Directeur des Beaux-\nArts en disant, non sans quelque indulgence ou secrète ironie : « Nous\nvoulons qu'au Conservatoire l'éducation musicale soit au niveau de l'ensei-\ngnement... » La pensée de M. Dujardin-Beaumetz a été développée par\nM. Pierre Lalo dans un très remarquable article, où l'éminent critique\nanalysait ainsi qu'il suit la situation actuelle : « ... Le Conservatoire ensei-\ngne à ses élèves leur métier ; il ne leur enseigne pas leur art ; il leur\napprend la composition, le chant, le piano, le violon ou la flûte ; il ne\nleur apprend pas la musique. Les jeunes compositeurs qu'il instruit con-\nnaissent l'harmonie et le contrepoint, savent écrire et orchestrer un mor-\nceau selon les recettes d'aujourd'hui ; ils ignorent comment s'est faite la\nmusique, par quelles acquisitions successives elle s'est constituée telle\nqu'elle est aujourd'hui, quelles formes elle a revêtues à travers la suite des\ntemps;... ils ignorent les œuvres des maîtres, l'histoire et l'évolution de\nleur art;... ils n'ont aucune culture musicale...» Le tableau n'estpas\nengageant, même en passant sur l'indigence pareillement absolue des vio-\nlonistes et autres exécutants de tout genre instrumental, nantis cependant,\neux, d'excellente et technique » ; quant aux classes de chant : « ... Ici, ni\nart, ni métier : c'est complet. »\nNon, le tableau n'est pas flatteur, assurément ; mais M. Lalo ne s'est\npas aperçu qu'en voulant parler des élèves, il faisait le portrait des maîtres,\nlesquels, au surplus, sont généralement d'anciens lauréats de la maison\nou ils professent conformément aux traditions qui leur y furent jadis\ninculquées. A deux ou trois exceptions près, qui tranchent assez crûment\nsur le lot piteux pour qu'il soit superflu d'insister, le personnel de notre\nConservatoire national est photographié, dans ces lignes, avec une exac-\ntitude qui ne pourrait gagner qu'à un surcroît peut-être de sévérité. Il\nfaut avoir eu l'ahurissement de causer musique pendant cinq minutes avec\nquelqu'un de ces messieurs, pour imaginer l'épaisseur de l'obscurantisme\ndont la couche protège leur boîte crânienne contre toute bénévolente\nentreprise ; car l'incontinence de leur inculture n'a d'égale que sa sérénité.\nLes plus curieux, outre le théâtre, fréquentent parfois depuis peu les con-\ncerts, où il leur advient de découvrir l'Amérique. Mais, là ou ailleurs, les\nétonnements ne sont point pour entamer leur superbe. Le passé les sur-\nprend surtout par son ignorance de ce qu'ils savent et enseignent. On\nprépare en l'endroit, paraît-il, un Dictionnaire du Conservatoire qui, s'il\nest imprimé jamais, réserve aux rates de demain le secret de désopilations\ninconnues. Il transpira quelques nouvelles de ce monument d'érudition\nmusicale, du fait, non pas d'un professeur, à vrai dire, mais d'un composi-\nteur diplômé et fort prisé céans, membre agréé de jurys divers, qui vota le\nverdict du récent Prix de Rome, et dont la « savante » collaboration fut"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3951, "texte": "requise aux fins de commenter le xvie siècle dans l'encyclopédie prémé-\nditée. On ouït l'ébahissement dédaigneux du sire, feuilletant, empruntés\npour la circonstance, quelques fascicules « des publications d'un nommé\nExpert », de se trouver en face d'une « musique sans harmonie », tout\nentière « écrite en contrepoint », et, pestant contre la tâche ingrate, déci-\ndant enfin de traiter principalement « des deux auteurs caractéristiques de\ncette époque », à savoir: Hasler (1564-1612) et Dufay (1400-1474). Or,\ncelui qui étalait une telle inconscience, dans l'aveu de son impéritie stupé-\nfaite, se classerait éventuellement parmi les plus estimables de nos fonc-\ntionnaires conservatoriaux, et exprimait, dans sa candeur naïve, l'état\nd'esprit et de culture qui règne au Faubourg-Poissonnière,, sauf infime et\nsusdite exception.\nIl n'y a rien à faire, on s'en convainc trop vite, avec des gens qui se\nfigurent tout savoir pour avoir autrefois décroché quelque couronne ou\naccessit en des examens auprès de quoi le brevet supérieur des demoi-\nselles de seize ans prend l'envergure d'un doctorat. Et c'est ici que le\nportrait peu flatteur, buriné par M. Lalo, apparaît cependant flatté. Le\n« métier » qu'on enseigne et qu'on apprend au Conservatoire n'est qu'un\npatois particulier d'une sorte de volapuk pédagogique, exclusivement usité\nlà ou dans les établissements similaires, et n'ayant rien de commun avec\nl'ensemble et le détail de ce qui, par les productions du génie aussi bien que\nd'un tant soit peu réel talent, compose l'art musical du passé, du présent,\net, espérons-le, de l'avenir. L'harmonie et le contrepoint qu'on y cultive\nconstituent un idiome spécial au lieu, fruit de tradiments puérils, de pres-\ncriptions arbitraires et têtues amendées uniquement par des influences\nlocales ejusdem farinœ, et il en sera ainsi tant qu'on recrutera les profes-\nseurs parmi les anciens élèves et aussi longtemps qu'il y aura des concours.\nComme on s'y évertuait naguère à confectionner une strette et un point-\nd'orgue selon le pseudo-Cherubino-Traité de Fromenthal Halévy, on s'y\nexténua plus tard à fignoler la dissonance au goût poisseux d'un Léo\nDelibes, à caricaturer la fugue à l'instar des exemples de feu M. Dubois\n(Théodore), ou bien à noircir son papier du haut en bas pour plaire à\nM. Lenepveu, dont le cerveau jaloux a horreur du vide, et qui déteste la\nrencontre de portées délaissées dans une partition d'orchestre, parce que:\n« ... Ça ne fait pas bien, tout ce blanc ! » L'enseignement du Conservatoire\ndate et émane de sa fondation à une époque où l'histoire de la musique\nn'existait quasiment pas encore, où non seulement Bach, mais, à bien peu\nprès, tout ce qui l'avait précédé, n'était ni connu ni même publié, où\nMozart, peu répandu, et Haydn, contemporain, ne comptaient pas plus\npour des classiques que bientôt ce fou furieux de Beethoven dont jusqu'en\n1867 (ge édition) Fétis, en son Traité, corrigeait imperturbablement les\nfautes d'harmonie qui déparaient la Pastorale ; et cet enseignement n'a\njamais changé dans son essence. Aux conventions aléatoires ou ineptes du\ndébut, pieusement perpétuées, s'adaptèrent peu à peu des conventions\nadéquates, de quoi le style insipide s'acquiert au moyen d'exercices assez\nmécaniquement saugrenus, dégénérant aisément en habitudes que celui\nqui veut mériter le nom d'artiste doit s'empresser de perdre, s'il peut, dès\nqu'il a son prix dans sa poche. Tout cela, désormais, ne peut plus lui ser-\nvir à rien qui vaille.\nOn conçoit facilement que ceux qui passent leur vie à seriner avec con-\nviction la routine de ce galimatias pédantesque à de successives et irres-\nponsables générations soient peu portés, par nature, à approfondir, dans\nl'oeuvre des maîtres, le développement progressif de leur art à travers les\nsiècles. En eussent-ils le temps ou la fantaisie que cela dépasserait sans\ndoute la portée présumable de méninges volontairement absorbées à des"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "occupations de cet acabit. D'ailleurs, ils n'ont que faire de ce glorieux\npassé pour donner leurs leçons, à moins que d'y chercher le démenti de\ntout ce qu'ils enseignent. Aussi l'ignorent-ils, par défiance, peut-être,\nautant que par inclination quand, par hasard, ils en ont entendu parler,\nmais d'un esprit tranquille et satisfait, conscient de sa supériorté lauréate.\nOn comprend également à quel point la prétention de M. Dujardin-Beau-\nmetz dut abasourdir ces auditeurs, nourris dans le sérail et mieux informés\nde ses tours, détours et alentours. En réalité, dans notre Conservatoire,\n« l'éducation musicale » est « au niveau de l'enseignement ». Elle en\ndécoule comme l'effet de sa cause, et il est trop naturel qu'elle implique\nune quiète ignorance de l'histoire et de l'évolution de l'art sonore relatées\ndans les ouvrages des grands musiciens, puisque, depuis l'origine, l'auto-\nrité et les exemples de ceux-ci furent immuablement exclus d'un enseigne-\nment de four à bachot, où on parut de tout temps redouter de prononcer\nmême leurs noms. Il est trop évident aussi que M. le Directeur des Beaux-\nArts n'eut pas tort, dans le milieu pour qui il discourait, d'éviter l'expression\nemployée par M. Lalo, son exégète, évoquant sans ambages « l'évolution\nde la musique ». Les braves gens eussent mieux compris du chinois, voire\nde Gonfucius. Quant à exiger de ces professeurs, après leur avoir expliqué\nce qui s'entend par là, de l'enseigner à leurs élèves, ce serait leur demander\ntout bonnement de retourner eux-mêmes à l'école, et pour longtemps.\nFussent-ils animés de la bonne volonté la plus inextinguible et suprême,\nils ne seraient pas plus avancés que M. Hillemacher en présence d'un\npsaume de Goudimel, d'une chanson de Lassus ou de Costeley, et non\nmoins candidement interloqués. On ne s'improvise pas une culture,\nlaquelle, au surplus, n'est peut-être jamais, chez quiconque, que l'incon-\nscient résultat d'observations, de connaissances et d'impressions surtout,\namassées peu à peu, lentement assimilées, puis comparées et classées à\nson propre insu. C'est un acquis tout personnel, où l'intuition, une\ninstinctive et avide curiosité ont plus de part que le désir de s'instruire,\net qu'on peut douter qui se reçoive d'autrui par la voie didactique. Il\ndemeure toutefois fort légitime d'en vouloir provoquer le goût chez les\njeunes étudiants ; de leur en fournir, pour le moins, les éléments néces-\nsaires, ce à quoi l'indispensable condition est de les posséder soi-même.\nMais serait-il possible à quelqu'un de les posséder sans que leur influence\nintervînt dans son enseignement, quels qu'en soient la matière et le degré?\nCe sont choses inséparables : l'éducation de l'élève est le reflet de l'en-\nseignement du maître, et l'enseignement du maître est le miroir de sa\nculture. Il semble donc bien que, pour réaliser le vœu de M. le Directeur\ndes Beaux-Arts, il faudrait commencer par changer les professeurs et renou-\nveler notre Conservatoire de fond en comble, à trop peu près ;\nconclusion, d'ailleurs, entrevue naguère par certaine « Commission de\nrefonte », qui s'assembla, discuta durant plusieurs mois, sans aboutir qu'à...\nse dissoudre enfin avec un Ouf ! de soulagement, car l'alerte avait été\nchaude pour les intéressés rétifs à assumer le rôle de suicidés par per-\nsuasion.\nM. Dujardin-Beaumetz ne nourrit point d'aussi âpres desseins, ni si\nvastes. Les clémentes réformes qu'il propose en bon père de famille\ntémoignent avant tout de ses bonnes intentions. D'aucuns prétendent que\nl'enfer, hélas ! en est pavé. Tout dépendra des gens choisis pour les\nexécuter. On ne peut guère qu'applaudir à l'extension du cours de\nM. Bourgault-Ducoudray, encore qu'il y ait plusieurs façons de concevoir\nl'histoire de la musique. Récemment, l'honorable professeur avait pris pour\nsujet l'école russe, ce qui ressemblerait assez bien à enseigner l'histoire de\nFrance en racontant celle du Tonkin. Il y donnait les noms, les dates de"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4015, "texte": "naissance et de décès des compositeurs slaves, y disait leurs emplois, les\ntitres de leurs œuvres et narrait les livrets d'opéras. On avait peut-être le\ndroit d'espérer autre chose du folkloriste distingué qu'on sait épris d'orien-\ntalisme, et, même aussi, du « musicien » qui écrivit telles pages d'un menu\nballet de saveur exotique idoine à laisser regretter Thamara. M. Bourgault-\nDucoudray, néanmoins, apparaît l'un de ceux dont on peut attendre la\nmeilleure des bonnes volontés, et, pour être plus étendu, le programme\nimposé à ses efforts est cependant mieux déterminé désormais. Il s'agit de\nretracer 1 histoire de l'art musical et son évolution, dans un enseignement\nrégulier où l'interprétation des œuvres secondera précieusement la parole.\nMalheureusement, le professeur sera sans doute, et maintes fois, gêné dans\nson nouvel office, s'il est vrai que M. Bourgault-Ducoudray ignore la\nlangue allemande. Malgré le nombre et la qualité des travaux de notre\nmusicographie française, on ne peut guère se dissimuler le désavantage\net les inconvénients d'une lacune aussi considérable dans les ressources\nd'un historien de la musique.\nL'autre réforme, aux allures plus modestes, peut devenir diversement\nsérieuse en ses conséquences, etsembletout d'abord narguer la précédente.\nElle consiste dans l'institution de classes de contrepoint ouvertes aux\nélèves ayant accompli deux années d'études harmoniques. L'harmonie\nayant assez tardivement succédé au contrepoint dans l'évolution musicale,\nla coutume d'enseigner celle-là avant celui-ci, outre que c'est peut-être\nune grave erreur didactique, pourrait passer non sans quelque raison\npour une sorte d'anachronisme historique. Mais il saute aux yeux que le\ncours de M. Bourgault-Ducoudray se trouvera fatalement contredire avec\nobstination la presque unanimité de l'enseignement du Conservatoire,\nqui, spécialement chez les vieux routiers, continuera placidement son petit\nbonhomme de chemin du succès aux concours. Il faut se résigner à bien\nd'autres et plus flagrantes incohérences, inévitable effet des demi-mesures.\nD'ailleurs, il est peut-être assez indifférent que les lois d'une inéluctable\nlogique président peu ou point à l'organisation d'un Conservatoire. Les\nméthodes, au fond, n'ont d'autre valeur que celle du maître qui les appli-\nque. Le danger serait l'avènement, aux chaires annoncées, de sous-\nBruneau, d'aide-Leroux ou de néo-Delibes, doublure et monnaie du trio\nLenepveu-Dubois-Paladilhe, grâce à quoi rien ne saurait empêcher l'avor-\ntement complet de toute et quelconque réforme. Mais, sans menacer de\nrespectables intérêts ni révoquer personne, un personnel hostile ou inca-\npable peut disparaître peu à peu par extinction de ses membres condamnés\ndu fait et de l'épreuve d'une trop longanime expérience. La sollicitude de\nM. le Directeur des Beaux-Arts pour notre musique n'eut jamais si belle\noccasion d'exercer ses bienfaits au Conservatoire. S'il hésite à tout cham-\nbarder, qu'il profite du moins des circonstances favorables, et écarte impi-\ntoyablement des places dont il dispose tous ceux qui bénéficièrent audit\nlieu de l'éducation qu'il déplore, c'est-à-dire, célèbres ou non, toutes les\nnullités sorties de notre Conservatoire ; qu'il soit particulièrement impla-\ncable à l'égard des soi-disant « Maîtres » n'ayant jamais écrit que pour\nle théâtre et encombrant nos scènes subventionnées de leur officieuse ou\nrelationnée camelote. « L'enseignement» ne pourra qu'y gagner et, avec\nlui, la « culture », puisque les deux font la paire. Qu'il se persuade enfin\nque, comme aussi bien les mots, les programmes n'ont de sens que cej,ui\nqu'on leur donne, et ne contiennent que ce qu'y met celui qui les emploie.\nC'est une affaire bien compliquée que de réglementer «l'éducation musi-\ncale » : théories et systèmes resteront toujours discutables ; les meilleurs,\nimparfaits, sinon dangereux par quelque endroit. Tout dépend des édu-\ncateurs, car l'art ne s'apprend pas dans les traités. Tout dépend de l'homme"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.28", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "en fonction, et, jusqu'ici du moins, la réforme la plus féconde effectuée\npar M. Dujardin-Beaumetz, et la plus sûrement tutélaire à notre vieux\nConservatoire, est d'en avoir nommé M. Gabriel Fauré directeur.\n\nJean Marnold.\n\nLES SUPERFLUS.\nLouis Laloy.\nJ'ai fait mention récemment (Mercure musical du i 5 août 1905, p. 288)\nde T « universelle incompétence d'un Camille Mauclair ». Ces cinq mots\nm'ont valu en réponse une longue diatribe, où, dans l'excès de sa rage,\nledit polygraphe va jusqu'à me traiter de « professeur ». Je lui serais infini-\nment obligé de me dire où je suis professeur, et de quoi. Je voudrais aussi\nsavoir quelle œuvre d'art, signée du nom qu'il s'est donné, lui confère le\ndroit d'écrire, avec une si risible fierté : a nous autres artistes. »\nCar M. Camille Mauclair, qui se qualifie aussi de ((naïf sentimental», est\nde ceux qui ne plaisantent point avec eux-mêmes : « Que dirait M. Laloy,\nfait-il en se rengorgeant, s'il savait que j'admire Louise et la Vie du Poète\nde mon vieil ami Gustave Charpentier ? » Ce que je dirais ? Mais rien, se-\nlon toute probabilité. Si j'ai cité une fois, et en note, M. Mauclair, c'est\npour signifier que ses multiples opinions m'étaient et me seraient à jamais\nindifférentes. Il peut, Faust indigne detoute damnation, promener à travers\nla science et l'art son impuissante curiosité. Il peut inonder d'une prose\ninsipide Alfred Bruneau ou Alfred Dreyfus, louer le style d'Émile Zola\nou se faire l'exégète de l'impressionisme, donner des conseils à nos\npeintres ou remettre Debussy à sa place, sans que je m'en émeuve au point\nde le contredire. Et je ne suis pas le seul ; lorsqu'il nous affirme que\n« Debussy ne lui en voudra pas » d'aimer Louise et les préludes de YOura-\ngan, je n'ai vraiment aucune peine à le croire.\nNous avons toujours eu, et nous aurons longtemps encore des critiques\nmusicaux et des critiques d'art qui n'entendent rien à la peinture ni àla\nmusique. Autrefois on cachait son ignorance avec un soin et des ruses\ntouchantes ; la mode nouvelle est de s'en vanter, de s'en parer, de s'en pa-\nvoiser. On veut persuader au bon public que moins on connaît un art, et\nplus on s'y connaît, et, comme la joliment dit Y Ouvreuse, « on crie raca sur\nles « pions » assez méprisables pour avoir appris la musique avant d'en par-\nler ». Une race nouvelle de pédants nous est née : les professionnels du\nsentiment naïf et de l'oreille dure. Ils brandissent bien haut leur bannière,\noù s'inscrivent, en rouge aveuglant, ces devises : « Place aux sourds ! » et :\n(( Honte à qui sait distinguer un mi d'un re, ou une quinte d'une tierce, ou\nun violon d'un cor ! » Leur outrecuidance sans bornes et les injures qu'ils\nnous adressent nous contraindront à parler d'eux quelquefois.\n\nTHÉATRE DES ARÈNES DE BÉZIERS\n\nPremière représentation des Hérétiques, opéra en 3 actes, de MM. R. Ferdinand Hérold\net Ch. Levadé.\nCertains hommes incarnent une époque; Simon de Montfortest de ceux-\nlà. Aussi j'écris son nom en tête de ces lignes, afin qu'en l'esprit de chacun"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "s'évoquent les années de tumulte et de sang vécues par le Midi lors de la\nCroisade des Albigeois. C'est en effet un épisode de cette guerre : Prise\net sac de Béziers en 1209 —que M. Hérold a voulu mettre à la scène. On\ncomprend dès lors l'intérêt qui, pour les cités méridionales, s'attachait aux\nreprésentations des Hérétiques, cet ouvrage devant faire revivre une\ndes pages les plus tragiques de leur histoire.\nLa place d'un faubourg de Béziers, avec, par delà les remparts, la ville\ndominée par la cathédrale Saint-Nazaire, tel est le décor très beau\nd'ailleurs— dans lequel vont se dérouler les trois actes de l'œuvre.\nActe I. Malgré les sombres prédictions de l'abbesse Almelys, le peuple\nde Béziers, par des rondes et des chants, manifeste sa joie de vivre. Le\nvicomte Roger l'encourage. Sourd aux prières de Bellissende sa femme et\naux menaces du légat du pape, il refuse de s'humilier devant Rome et n'a\nde regards que pour Daphné, jeune Grecque qui vient d'arriver au milieu\nd'une troupe de jongleurs et de baladins.\nActe IL C'est d'abord Simon de Montfort qui vient annoncer au légat\nque son armée montera demain à l'assaut de la ville ; puis Bellissende\nobtient de faire une dernière tentative pour ramener à Dieu celui que\nmalgré tout elle aime encore. Mais lui ne pense qu'à deviser d'amour avec\nla belle Grecque. Le peuple continue ses réjouissances ; les jongleurs se\nmettent à danser.\nActe 111. L'heure de la bataille est proche. Avant de marcher à l'ennemi\n—et grâce à Daphné Roger se réconcilie avec Bellissende. Il part, mais\nc'est pour revenir bientôt, poursuivi lui et les siens par l'armée innom-\nbrable des Croisés. Ceux-ci pénètrent dans la ville et la saccagent, pen-\ndant que Simon de Montfort tue Roger et que Bellissende se poignarde sur\nle cadavre de son époux.\nTel est, rapidement exposé, le sujet des Hérétiques. Je n'insisterai\npas sur les inexactitudes voulues qu'il contient : Roger tué sous les murs\nde Béziers, alors qu'il mourut prisonnier de Simon de Montfort après la\nprise de Carcassonne ; sa femme dont le vrai nom était Agnès et non\nBellissende. Ce qui me paraît plus grave, c'est que rien dans l'œuvre de\nM. Hérold ne rappelle le midi de la France au xiue siècle. Les provinces\nméditerranéennes avaient alors avec les Maures des rapports fréquents ;\naussi étaient-elles tout imprégnées d'orientalisme. Il eût donc fallu nous\nmontrer l'indolence et la volupté d'Orient sous les traits de quelque\nMauresque au lieu de symboliser en Daphné, la jeune Grecque, une civi-\nlisation complètement disparue. Le titre lui-même ne précise rien, héré-\ntique ne signifiant pas nécessairement Albigeois. Quant au poème propre-\nment dit, nous nous attendions à plus de relief dans les caractères et à\nplus d'émotion dramatique jaillissant du choc des sentiments, au lieu de\ncette action qui se traîne et languit malgré çà et là —de jolis vers trop\nclairsemés.\nJe voudrais n'avoir que du bien à dire de la partition, son auteur étant\ndes plus sympathiques ; mais il faut bien reconnaître que trop rarement\nl'on y rencontre ces accents expressifs, ces trouvailles de rythme et d'har-\nmonie qui font les œuvres originales et fortes. Les passages de douceur\nsont les mieux venus; mais certaines phrases assez tendrement jolies nous\nrappellent par trop que M. Levadé fut élève de Massenet. Moins heureuse-\nment traitées, les scènes de vigueur manquent de mouvement, de chaleur\net de vie, surtout dans le troisième acte, le plus faible de tous. Il ne\ns'agit pas de savoir si nos préférences personnelles vont au drame musical\nmoderne, et àce propos je m'en voudrais de ne pas rappeler la très\nbelle étude de M. Louis Laloy parue ici même, —ou àla forme du vieil\nopéra adoptée par M. Levadé pour ses Hérétiques. Tel quel, cet ouvrage"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.30", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "donne l'impression d'avoir été hâtivement conçu et trop rapidement écrit ;\naussi faut-il souhaiter que son auteur, dans une prochaine œuvre longue-\nment méditée, mette un peu plus de lui-même et nous révèle un tem-\npérament dramatique que nous avons en vain cherché dans cette première\nœuvre.\nLe public n'a point manifesté le même enthousiasme que pour Déjanire\nou Prométhée. Pas de rappels après chacun des deux premiers actes ; à la\nfin seulement l'habituelle accolade entre organisateur, auteurs et interprètes.\nCeux-ci ont été généralement satisfaisants ; et parmi eux, M. Dufranne,\nl'inoubliable Golaud, nous a donné une belle figure d'homme de guerre.\nGrâce à lui, ce rôle un peu court de Simon de Montfort a pris une gran-\ndeur inattendue, et l'on peut dire qu'il a été le véritable triomphateur de\nla journée. M. V. Duc n'a plus la belle voix sonore tant admirée il y a\nquelques années ; en outre, il a fait du bel adolescent qu'était Roger, vi-\ncomte de Béziers, un reître lourd et, tranchons le mot, commun, sans\ngrand intérêt.\nMmes Harriet Strasy en Bellissende et Charles Mazarin en Daphné ont\nfait admirer deux fort jolies voix, et Mme Charbonnel a réussi à plaire\ndans le rôle ingrat de l'abbesse Almelys. M. Vallier fut un légat inflexi-\nble et M. Jean Valette un Lychas, chef des jongleurs, pittoresque et\nadroit.\nLes chœurs et l'orchestre, conduits par M. Nussy-Verdié, m'ont paru\nmanquer de cohésion ; est-ce le trop petit nombre de répétitions, ou le\nchef d'orchestre qui manquait de l'autorité nécessaire ? Mais, au-dessus\nde tout éloge grâce àM. Belloni qui le régla, et à Mmes Ida Cecchini et\nJulia Antonacci qui, avec leurs compagnes le dansèrent— fut le ballet,\nle très long ballet du second acte. Et c'est là le meilleur souvenir que les\nspectateurs emportèrent de la représentation des Hérétiques, de\nMM. Hérold et Levadé, organisée à Béziers par les soins de M. Castelbon\nde Beauxhostes. Ce n'est vraiment pas assez^\n\nJean Poneigh.\n\nICONOGRAPHIE MUSICALE\n\nDeux nouveaux portraits de Rameau et de Mondonville.\nL'lconographie des musiciens français va s'enrichir de deux pièces\nimportantes. Le musée de la ville de Saint-Quentin vient, en effet, de rece-\nvoir deux oeuvres de La Tour qui, après de singulières vicissitudes, sont\nrentrées au bercail, dans la patrie du célèbre pastelliste. L'une n'est qu'une\nsimple préparation pour un portrait de Rameau ; mais, dans cette esquisse,\nLa Tour a su, avec la sûreté et la puissance qui le caractérisent, fixer\nles traits dominants de son modèle. C'est, en quelque sorte, un Rameau pris\nsur le vif que nous possédons maintenant et qui s'ajoute fort heureu-\nsement à la nombreuse collection des portraits du maître bourguignon.\nDe Mondonville nous connaissions déjà le joli médaillon dessiné par\nGochin et gravé par Saint-Aubin, Le pastel de La Tour nous apporte un\nportrait achevé, la perle de la collection de Saint-Quentin : il est « de tous\npoints excellent », dit M. Thiébault-Sisson dans l'intéressant article qu'il\na consacré aux nouveaux La Tour (i). « Vêtu d'un habit gris bleuté bordé\n\n(i) Le Temps, 17 août 1905."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "d'épais galons d'or, le modèle est assis de profil sur un fauteuil dont le\ndossier amarante s'assortit avec un goût délicat aux notes ardoisées du vête-\nment. Courbé en avant, Mondonville tient de la main gauche, en travers sur\nsa poitrine, un violon dont il doit pincer de la droite les cordes à la façon\nd une guitare. Satisfait sans doute du son donné par l'instrument, il tourne\nvers le spectateur, de trois quarts, un visage à l'expression triomphante. La\nTour n'a jamais fait mieux ni plus large. »\nLes deux portraits que nous signalons furent vendus en 1809 avec\n9 autres pièces de La Tour pour la somme modeste de 582 fr. ! Ils ont été\nlégués au musée de Saint-Quentin par le petit-fils d'un des acheteurs de\n1809, M. Mennechet.\n\nL.de la Laurencie.\n\nÉCHOS\nConnais-toi toi-même. ™ L'ineffable M. Mangeot n'obéit point encore à\nla parole delphique, puisqu'il continue d'écrire, parmi la risée du monde\nmusical tout entier. Les avertissements ne lui sont pas ménagés cepen-\ndant, et il faut un esprit aveuglé par les dieux pour ne point voir des\nsignes aussi manifestes ni entendre d'aussi clairs oracles.\nVoici ce que l'un de nos plus distingués confrères, le Monde Artiste,\nnous faisait lire le 3o juillet dernier (page 494) :\nQuébec. Un Extraordinaire Lanceur Impose D'lneptes Oeuvres Théâtrales\nConsidérablement Ennuyeuses : Musicalité Absente, Niaiserie Générale Et\nObsédants Tapages.\nA quoi le Journal Musical répondait, le ler septembre, par ce télégramme\nplus explicite encore :\nQueensberry. Un Eleveur Londonien, Impose D'lmmenses Oratorios Tels\nQu'Uriah-Elie Chanté Et Mimé Au National. Grossière Erreur, Obscurités,\nTapages.\nIl pleut, comme on voit, des vérités premières. Mais le moyen, qui trou-\nvera jamais le moyen cfe faire comprendre à M. Mangeot le sens, toujours\nmystérieux pour lui, de la phrase la plus simple ?\nLa musique et l'Université. Il fut un temps où un professeur se dra-\npait pudiquement dans sa redingote aux plis de toge, lorsqu'on lui parlait\nmusique ou peinture ; où l'on n'osait laisser tomber, du haut de la chaire\ncubique, les noms profanes de Mozart ou de Vernet qu'aux jours de « lec-\nture », à ces vigiles de vacances où Ton ne distinguait plus le faste du\nnéfaste. Ce temps, heureusement, est tout près de disparaître ; il est des\ncas, que l'on cite, de normaliens qui n'ont trouvé leur voie ni dans la gram-\nmaire, ni dans l'histoire, ni même dans le journalisme littéraire, mais bien\ndans la musique. Et il existe, en province, des professeurs qui sont en\nmême temps des amateurs d'art fort distingués et fort cultivés, et ne s'en\ncachent point. Témoin le très intéressant discours prononcé récemment\nà la distribution des prix du lycée de Bordeaux, par M. Lambinet, et dont\nle titre seul est déjà fait pour nous séduire : pro Musica. On y montre avec\nbeaucoup de force et de finesse la valeur éducative de la musique. Tout\nd'abord, elle est une école de logique, un exercice de la raison."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "L'art asa logique, et d)autant plus sensible, pour de jeunes esprits, qu'elle\nest concrète. La création artistique n'est pas l'œuvre d'une fantaisie capricieuse.\nEcoulez un homme de goût critiquer tel détail d'un meuble original : « Ceci n'est\npas logique », dira-t-il volontiers. Le regretté compositeur Ernest Chausson était\nune nature délicate et noble ; son oreille était, comme son âme, exquise : il eut\ndes sourires tristes qui sont charmants et rêva des sonorités qui sont délicieuses,\nSon œuvre semble déjà caduque. Pourquoi ? On n'y sent pas cette force souve-\nraine de logique, cette lucide, volontaire, impeccable conduite, qui sacrent pour\njamais, comme parfaites œuvres d'art, Zes meilleures mélodies, où tant de raison\ns'allie à tant de charme, de il/. Gabriel Fauré.\nLe développement symphonique est œuvre de logique autant que de sentiment.\nD'unprincipe mélodique, le Thème, sorte d'axiome tout plein de vérité musicale,\ntirer de multiples conséquences, cest procéder par déduction, faire avec les sons\nce que le géomètre fait avec les lignes, le dialecticien avec les jugements. Un\nmaître contemporain, musicien très cérébral, Af, Vincent d'indy, s'avisant de\nrenverser le procédé habituel, a, dans son poème symphonique Istar, dégagépeu\nà peu de la complexité initiale l'idée qui y était enveloppée et qui n'apparaît\nqu'à la fin, Jszs ai/m dévoilée, découverte et énoncée : c'est une symphonie\ninductive.\nQue l'on ne croie pas d'ailleurs que la musique se livre au premier venu\net qu'on en soit quitte avec elle lorsqu'on a prononcé la terrible phrase :\n« La musique? Je n'y connais rien, mais je l'adore. »\nIl faut —et de bonne heure, car plus tard, c'est trop tard —se former Voreille\nd'abord à l'audition analytique, Vexercer à percevoir distinctement les voix\ndiverses de lapolyphonie. Il n'est plus guère aujourd'hui de musique digne d'in-\ntérêt qui ne soit polyphonique. Les auditeurs dénués de culture musicale n'enten-\ndent, ne comprennent, ne goûtent que la mélodie. Plus l'harmonisation en est\npauvre, banale, «plaquée », moins il y ade « dessous »,plus c'est vide et nul, plus\nils se sentent emplis d'aise. Les pires musicastres d'ltalie sont leurs maîtres de pré-\ndilection, et on les entend, tout vains de leur infirmité, accabler de leurs ignorants\ndédains la « musique savante ». Amateurs qui n'aiment pas, connaisseurs qui\nn'y connaissent rien, ces auditeurs, qui n'entendent pas, laissent un grand vide,\nquand ils le quittent, à leur foyer...\nVoilà des lignes que feraient bien de méditer quelques-uns de nos plus\nnotables importateurs de musique italienne. Il est tel aristocratique foyer\noù l'on souhaiterait plus souvent une gracieuse présence dont la musique\nn'a que faire.\nCritique parlementaire. Le titre des HÉRÉTIQUES a attiré sur eux un\narticle ignominieux d'un de nos plus notoires francs-maçons, de ceux qui\ntrouvent intelligent de jucher un plâtre en face du Sacré-Cœur de Mont-\nmartre ou de processionner devant la statue de Dolet. On y félicite M. Le-\nvadé, en un style qui ne sévit plus qu'au fond des loges de toute espèce,\n« d'avoir acclimaté la musique à la Libre-Pensée. » Suivent ces lignes apo-\ncalyptiques, dont une ingénieuse typographie rehausse l'obscurité bouf-\nfonne :\nNE VAUT-IL PAS MIEUX PRÉSENTER AUX HOMMES LE PASSÉ\nTEL QUILS SE L'IMAGINENT, AU LIEU DU PASSÉ TEL QU'IL\nFUT?\nL'inspiration de l'œuvre est évidemment plus philosophique qu'historique,\net on sent que les auteurs ont dû opter, dès la première heure, entre la pré-\noccupation de rendre, jusque dans le plus infime détail, la vérité locale et"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "particulière, et le dessein autrement large et utile dCécrire une œuvre bien\nmoderne, où éclatait la permanence d'une pensée philosophique.\nLES DEUX JEUNES (1) QUI ONT SIGNÉ CE POÈME SONT DE\n& ÉCOLE ANTICLÉRICALE. C'est T inspiration de Ces Messieurs, des\nVautours, de bien d'autres pièces à thèse, où s'affirme la contribution delà\njeune école dramatique au grand mouvement laïque, qui emporte la France\ncontemporaine.\nDéjà, dans Prométhée auquel Hérold avait apporté cette vigueur de\npensée et de style qui se mélangeait, sans se confondre, avec la passion\nétrange des vers de Jean Lorrain, —nous avions retrouvé, sous le symbo-\nlisme antique, la même pensée de révolte contre T autorité, de lutte contre la\nsouffrance imméritée, d'aspiration au progrès indéfini par la raison pure,\ndont le Titan d'Eschyle fut la première et douloureuse image.\n« TUEZ-LES TOUS, DIEU RECONNAITRA LES SIENS ! »\nParole historique ?\nParole légendaire ?\nQu'importe ?\n/\nEmile Zola gagnait cinquante mille francs par an (payés par qui ?) à\ndéfendre un certain capitaine, ainsi qu'il ressort d'un propos récent de sa\nveuve (2). Mieux eût valu acheter son silence au double de ce prix. Mais\nquant aux éloges maçonniques dont MM. Hérold et Levadé viennent d'être\nécrasés, quelle rançon ne donnerait-on pas pour y échapper ? Etre loué\npar un député de Béziers, terrible affaire !\nL'Almanach des Amateurs. Tel est le titre d une luxueuse publication\naméricaine ( The Musiclovers Calendar), qui paraîtra annuellement à partir\ndu ler décembre 1905, et donnera à ses lecteurs un résumé fidèle autant\nque précis de tous les événements musicaux du monde : rien de plus inté-\nressant ni de plus utile que ces examens rétrospectifs, qui rappellent tous\nles souvenirs d'une année, permettant ainsi d'apprécier ce que la musique\na gagné ou perdu, et d'augurer de son avenir. Les correspondances de\nl'Almanach des Amateurs seront signées des noms suivants : NEW YORK,\nH. E. Krehbiel ; PARIS, Louis Laloy, directeur du Mercure musical ; LON-\nDRES, E. A. Baughan, du Daily News ; BERLIN, J. G. Lusztig ; DRESDE,\nAlbert Noll ; MILAN, Aldo Franchetti ; SAINT-PETERSBOURG, N. Findeisen,\ndirecteur du Journal russe de musique.\nA ces études d'ensemble seront joints des articles de fond. C'est ainsi\nque cette année L. Gilman traitera de la Musique de l'avenir, J. Hartog\nde Julius Rœntgen, l'homme et l'artiste, et V. Herbert nous fera faire con-\nnaissance avec l'Armée des Amateurs d'Amérique, beaucoup plus nom-\nbreuse et mieux organisée que nous ne le croyons en Europe.\nLe volume commencera par de curieuses éphémérides musicales, et con-\ntiendra en outre de nombreuses photographies : pour la France, celles de\nV. d'lndy, Cl. Debussy et A. Messager. Il sera imprimé en deux couleurs,\nsur papier àla forme, et tous les ornements seront originaux. On pourra\nse le procurer à Boston, 3y, St Botolph Street, et à Paris aux bureaux du\nMercure musical.\nLa traite des planches. Sous le titre, Tribulations de Thespis che%\nThémis, un de nos jeunes confrères de la presse théâtrale, M. Raoul\n\n(1) Sans doute MM. A. Ferdinand et Hérold ?\n(2) Mercure de France, 15 septembre 1905, p. 289."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.34", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "Davray, docteur en droit, dénonce courageusement, en un intéressant\nvolume qui vient de paraître à la librairie Larose, l'odieuse exploitation\ndes acteurs par les tenanciers d'agence, et jette une lumière impitoyable\nsur les « engagements » dont les clauses les plus anodines sont des\ntrappes obscures où choient les pauvres prolétaires du théâtre. Cet utile\nvolume, vade mecum que chacun devrait consulter avant de mettre sa\nsignature au bas d'un contrat, soit avec un directeur, soit avec un intermé-\ndiaire, conclut que, pour donner quelque sécurité aux acteurs, une\ntransformation s'imposerait : aux isolés manquant de force, il faudrait\nsubstituer des groupes corporatifs. Tel est aussi l'avis de Gémier qui, dans\nune préface convaincue, adresse un éloquent appel aux « étoiles » et les\nincite à prêter leur appui aux syndicats formés par leurs camarades moins\nheureux, imprévoyantes fauvettes d'opéra et insouciantes demoiselles de\ncomédie.\nOrganisation de Concerts. Beaucoup d'artistes, plus familiarisés avec\nles difficultés de leur instrument qu'avec celles de la publicité, sont fort\nembarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser un concert : de là tant de salles vides,\ntant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un véri-\ntable service en leur rappelant que la maison Demets les déchargera, à des\nconditions très avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses\nrelations étendues dans le monde des musiciens et des amateurs, par sa\nconnaissance de la musique et son expérience professionnelle, enfin par\nsa probité absolue, jointe à une grande activité, M. Demets est devenu au-\njourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal\nde Paris, la Société de Concerts de Chant classique, nombre d'oeuvres privées\net d'artistes virtuoses qui l'ont choisi pour administrateur, lui doivent leur\nexistence ou leur prospérité. Pour tous renseignements, s'adresser chez\nM. Demets, 2, rue de Louvois, Paris ne.\nLes grands Concerts. La réouverture des Concerts Lamoureux aura\nlieu, sous la direction de M. Camille Chevillard, le dimanche i 5 octobre, à\n3 heures, au Nouveau-Théâtre.\nLe célèbre orchestre fêtera cette année son jubilé. Il y a, en effet, vingt-\ncinq ans que Charles Lamoureux donnait son premier concert, au théâtre\ndu Château-d'Eau. Son premier programme était ainsi composé :\nSymphonie en la BEETHOVEN.\nAir d'Œdipe à Colorie. * SACCHINI.\nDuo de Béatrice et 13enedict. • • - . . . BERLIOZ.\nConcerto pour 2 hautbois HAENDEL\nAir de Telemaco GLUCK.\nOuverture du Carnaval romain BERLIOZ.\nPour honorer la mémoire de Charles Lamoureux, M. Chevillard, d'ac-\ncord avec son Comité, a décidé de donner, entre autres œuvres, au premier\nconcert de cette année, la Symphonie en la de Beethoven et l'ouverture\ndu Carnaval romain, de Berlioz.\nNécrologie. Nous apprenons avec un vif regret et une respectueuse\nsympathie la mort de M. le commandant Colette, le père de notre exquise\ncollaboratrice, Mme Colette-Willy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c020", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.9.2", "titre_corps": "CONSERVATORIANA.", "titre_sommaire": "CONSERVATORIANA.", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "CONSERVATORIANA.\n\nNotre antique et vénérable Conservatoire se révèle décidément comme\nune institution précieuse entre toutes pour la distraction des contemporains\net l'embarras des courriéristes à court de copie. Il n'est jamais trop tard\npour parler encore d'elle, d'autant que son portail vermoulu, bientôt, va\ngrincer sur ses gonds rouillés pour engouffrer toute une armée d'adoles-\ncents pleins d'avenir, et nulle actualité n'apparaît moins banale en ses\napports variés, certes, à souhait. Le transfert des concours publics à la\nsalle Favart a fourni l'occasion d'un petit scandale, dont la lune en avance\nafficha la velléité d'éclipser le soleil avunculaire de celui du dernier Prix\nde Rome. La distribution des billets dévoila chez nos honorables législa-\nteurs un amour effréné de la musique qu'aucun budget des Beaux-Arts\nn'avait laissé soupçonner jusqu'ici par ses largesses. Exigés d'un ministre\nimbu de sa « responsabilité » complexe, 900 tickets furent voués en holo-\ncauste à l'esthétisme inopiné du Parlement que l'Europe nous envie (1).\nLesdits tickets, naturellement, correspondaient aux meilleures places,\nainsi qu'il convient dans une démocratie qui se respecte en la personne des\nélus de son libre choix, si bien que l'accès des baignoires, balcon, orchestre\nou loges, se trouva delà sorte interdit aux privilégiés de la presse musicale\net des spécialistes habitués auxquels échutl'aumône exceptionnelle de quel-\nque modeste carton. Une après-midi de juillet, j'eus l'héroïsme de trans-\npirer durant un bon quart d'heure dans le fournil obscur et surplombant\nde la Troisième Galerie gracieusement accordée au Mercure musical. Mal-\ngré mon dévouement pour nos abonnés, la crainte, évidemment présomp-\ntueuse, de priver à jamais leurs loisirs des trésors douteux de ma prose,\nm'empêcha de braver plus longtemps la congestion, et j'abandonnai lâche-\nment un prochain fanatique, dont la sueur ruisselait sur le cuir des fauteuils\ndans l'atmosphère d'une buée suffocante et de relents municipaux. J'ajou-\nterai, pour mon excuse, que, si on y sentait très fort, on n'y entendait pas\ngrand'chose et on n'y voyait rien du tout. D'ailleurs, hormis quelques\nreprésentants des journaux quotidiens, les musiciens et la critique étaient\npourvus à l'avenant.\nL'aventure, néanmoins, eut certains résultats qu'on ne prévoyait guère»\nNos sénateurs et députés partaient justement en vacances, et bon nombre\nd'entre eux, préférant sans doute Apollon sous les traits de Phébus, distri-\nbuèrent les coupons reçus à leurs parents, amis, connaissances, valets de\n\n(i) Ainsi que nous l'avons établi dans le 15 août, page 311 •"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3928, "texte": "chambre ou concierges. Parmi ceux-ci, quelques indifférents s'en débar-\nrassèrent de la même façon ; d'autres, plus ingénieux, les furent porter\nchez tels intermédiaires où chacun, moyennant finance, pouvait s'en pro-\ncurer à des prix abordables, échelonnés selon l'attrait présumé du pro-\ngramme. C'était charmant, comme on voit, et, de tout cela, s'ensuivit la pré-\nsence à l'Opéra-Comique d'un public inaccoutumé, dans l'espèce, du\nmoins, de quoi il s'agissait ; d'un public fortuit ou payant, qui s'associa\nsoudain aux manifestations traditionnelles avec la spontanéité de gens\ndépourvus du plus lointain respect et de toute considération intéressée ou\nobligatoire à l'égard des sommités administratives et conservatoriales. Le\njury passa quelques mauvais moments et dut s'esquiver même, un jour,\nsous la tempête d'interpellations les moins flatteuses qui se puissent rêver.\nJe me garderai de reproduire les épithètes dont furent gratifiés, en parti-\nculier, MM. Adrien Bernheim et Constant d'Estournelles, de qui la compé-\ntence apparut discutée sans précaution la plus infinitésimale. Mais on se\ndemandait depuis longtemps quelle inscrutable cause imposait leur colla-\nboration opiniâtre à des jugements où on n'arrivait pas à découvrir les\nlumières que l'un ou l'autre de ces personnages fût bien capable d'apporter,\net, pour s'être énoncée en termes aussi peu courtois que véhéments, il\nn'est tout de même pas dommage que l'impatiente stupéfaction soit enfin\nparvenue aux oreilles du jury, exprimée par un auditoire plus indépendant\nque celui de la rue Bergère et moins gêné de traduire vertement une\nopinion trop unanime. Ce joli chahut fut sans doute le plus remarquable\nincident de concours dont M. Gaston Carraud a finement noté ici le dange-\nreux cabotinage. Il est peut-être un signe des temps. Notre bon vieux Con-\nservatoire traverse une crise aussi aiguë que sa caducité lui permet d'en\ntrahir les symptômes. Sa carcasse usée tremble la fièvre des lendemains\ninconnus. Aujourd'hui, les palmarès de deux mois proclamés ont rejoint\nleurs aînés en ces limbes d'oubli où leurs pages jaunies tournoient, pour\ns'abîmer, comme des feuilles au vent d'automne ; les lauriers sont coupés\net nous n'aurons plus Dubois, c'est entendu. Mais voici qu'on nous annonce\nbien d'autres choses.\nA la cérémonie d'usage et solennelle de la répartition des récompenses,\nM. le Directeur des Beaux-Arts a prononcé un discours qui dut fleurer\nbigrement le fagot aux orthodoxes naseaux de l'endroit. « A qui se fier,\ngrand dieu des cuistres?» murmuraient vraisemblablement ceux-ci, en\ndressant la longueur d'oreilles frémissantes. Et, dame ! on ne peut pas dire\nautrement, c'est un peu le monde à l'envers. M. Henri Marcel, qui joue du\npiano, paraît-il, institua, à la vérité, les « quatre heures de musique con-\ntemporaine », mais, entre deux inaugurations apologétiques, cet homme\nuniversel et avisé eût peut-être esquissé risette à l'lnstitut en nommant\nM. Lenepveu. M. Dujardin-Beaumetz, qui, dit-on, fait de la peinture, ne\nse contenta point d'élire un grand artiste au délicat génie; en présentant\nM. Gabriel Fauré à ses futurs subordonnés, il osa insinuer que tout\nn'allait pas pour le mieux dans le meilleur des Conservatoires, et suggérer\nquelques réformes, exposées d'une parole amène avec l'autorité, nonob-\nstant, inhérente aux fonctions dont il est investi. Si dorée que fût la pilule,\non en augure l'amertume aux gosiers qui béaient sous la grimace obsé-\nquieuse. Tous se résoudront-ils à l'avaler sans résistance? C'est peu pro-\nbable, et on prévoit quelques prochaines démissions. Mais, chez les plus\nrésignés même, la force d'inertie devient à peu près invincible quand sa\nroutine se double de la parfaite impossibilité de se conduire d'autre ma-\nnière.\nA coup sûr, on ne doit pas ménager les éloges à M. Dujardin-Beaumetz\npour des projets empreints visiblement de la bonne volonté la plus sin-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.24", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4061, "texte": "cère. S'est-il douté, toutefois, de la teneur réelle du problème qu'il abor-\ndait d'une âme téméraire et bien intentionnée ? En tout cas, il n'a mani-\nfestement pas songé à qui il s'adressait. La question de l'enseignement\nmusical est incertaine, et devient tout à fait troublante, en constatant que\nles grands musiciens furent la plupart autodidactes, ou bien ne se sou-\nmirent à la direction d'un quelconque pédagogue qu'au hasard de brèves,\nparfois tardives et intermittentes études ; enfin, qu'il en est fort peu'\nparmi les plus ou moins illustres, qui soient sortis d'un Conservatoire ou\nd'une école analogue, depuis cent ou cent cinquante ans que ces établis-\nsements se sont répandus en Europe. Mais le génie fut rare à toute\népoque, et, outre que ce n'est pas pour lui qu'on fait des méthodes, on ne\nvoit pafe, à priori, quel dommage il pourrait éprouver, par la suite, d'une\nmeilleure ou superlative qualité de la culture offerte à son jouvenceau pos-\nsesseur, aussi bien qu'aux peu ou prou talentueux condisciples d'icelui.\nC'est cette culture, si possible, achevée, que visait M. le Directeur des Beaux-\nArts en disant, non sans quelque indulgence ou secrète ironie : « Nous\nvoulons qu'au Conservatoire l'éducation musicale soit au niveau de l'ensei-\ngnement... » La pensée de M. Dujardin-Beaumetz a été développée par\nM. Pierre Lalo dans un très remarquable article, où l'éminent critique\nanalysait ainsi qu'il suit la situation actuelle : « ... Le Conservatoire ensei-\ngne à ses élèves leur métier ; il ne leur enseigne pas leur art ; il leur\napprend la composition, le chant, le piano, le violon ou la flûte ; il ne\nleur apprend pas la musique. Les jeunes compositeurs qu'il instruit con-\nnaissent l'harmonie et le contrepoint, savent écrire et orchestrer un mor-\nceau selon les recettes d'aujourd'hui ; ils ignorent comment s'est faite la\nmusique, par quelles acquisitions successives elle s'est constituée telle\nqu'elle est aujourd'hui, quelles formes elle a revêtues à travers la suite des\ntemps;... ils ignorent les œuvres des maîtres, l'histoire et l'évolution de\nleur art;... ils n'ont aucune culture musicale...» Le tableau n'estpas\nengageant, même en passant sur l'indigence pareillement absolue des vio-\nlonistes et autres exécutants de tout genre instrumental, nantis cependant,\neux, d'excellente et technique » ; quant aux classes de chant : « ... Ici, ni\nart, ni métier : c'est complet. »\nNon, le tableau n'est pas flatteur, assurément ; mais M. Lalo ne s'est\npas aperçu qu'en voulant parler des élèves, il faisait le portrait des maîtres,\nlesquels, au surplus, sont généralement d'anciens lauréats de la maison\nou ils professent conformément aux traditions qui leur y furent jadis\ninculquées. A deux ou trois exceptions près, qui tranchent assez crûment\nsur le lot piteux pour qu'il soit superflu d'insister, le personnel de notre\nConservatoire national est photographié, dans ces lignes, avec une exac-\ntitude qui ne pourrait gagner qu'à un surcroît peut-être de sévérité. Il\nfaut avoir eu l'ahurissement de causer musique pendant cinq minutes avec\nquelqu'un de ces messieurs, pour imaginer l'épaisseur de l'obscurantisme\ndont la couche protège leur boîte crânienne contre toute bénévolente\nentreprise ; car l'incontinence de leur inculture n'a d'égale que sa sérénité.\nLes plus curieux, outre le théâtre, fréquentent parfois depuis peu les con-\ncerts, où il leur advient de découvrir l'Amérique. Mais, là ou ailleurs, les\nétonnements ne sont point pour entamer leur superbe. Le passé les sur-\nprend surtout par son ignorance de ce qu'ils savent et enseignent. On\nprépare en l'endroit, paraît-il, un Dictionnaire du Conservatoire qui, s'il\nest imprimé jamais, réserve aux rates de demain le secret de désopilations\ninconnues. Il transpira quelques nouvelles de ce monument d'érudition\nmusicale, du fait, non pas d'un professeur, à vrai dire, mais d'un composi-\nteur diplômé et fort prisé céans, membre agréé de jurys divers, qui vota le\nverdict du récent Prix de Rome, et dont la « savante » collaboration fut"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3951, "texte": "requise aux fins de commenter le xvie siècle dans l'encyclopédie prémé-\nditée. On ouït l'ébahissement dédaigneux du sire, feuilletant, empruntés\npour la circonstance, quelques fascicules « des publications d'un nommé\nExpert », de se trouver en face d'une « musique sans harmonie », tout\nentière « écrite en contrepoint », et, pestant contre la tâche ingrate, déci-\ndant enfin de traiter principalement « des deux auteurs caractéristiques de\ncette époque », à savoir: Hasler (1564-1612) et Dufay (1400-1474). Or,\ncelui qui étalait une telle inconscience, dans l'aveu de son impéritie stupé-\nfaite, se classerait éventuellement parmi les plus estimables de nos fonc-\ntionnaires conservatoriaux, et exprimait, dans sa candeur naïve, l'état\nd'esprit et de culture qui règne au Faubourg-Poissonnière,, sauf infime et\nsusdite exception.\nIl n'y a rien à faire, on s'en convainc trop vite, avec des gens qui se\nfigurent tout savoir pour avoir autrefois décroché quelque couronne ou\naccessit en des examens auprès de quoi le brevet supérieur des demoi-\nselles de seize ans prend l'envergure d'un doctorat. Et c'est ici que le\nportrait peu flatteur, buriné par M. Lalo, apparaît cependant flatté. Le\n« métier » qu'on enseigne et qu'on apprend au Conservatoire n'est qu'un\npatois particulier d'une sorte de volapuk pédagogique, exclusivement usité\nlà ou dans les établissements similaires, et n'ayant rien de commun avec\nl'ensemble et le détail de ce qui, par les productions du génie aussi bien que\nd'un tant soit peu réel talent, compose l'art musical du passé, du présent,\net, espérons-le, de l'avenir. L'harmonie et le contrepoint qu'on y cultive\nconstituent un idiome spécial au lieu, fruit de tradiments puérils, de pres-\ncriptions arbitraires et têtues amendées uniquement par des influences\nlocales ejusdem farinœ, et il en sera ainsi tant qu'on recrutera les profes-\nseurs parmi les anciens élèves et aussi longtemps qu'il y aura des concours.\nComme on s'y évertuait naguère à confectionner une strette et un point-\nd'orgue selon le pseudo-Cherubino-Traité de Fromenthal Halévy, on s'y\nexténua plus tard à fignoler la dissonance au goût poisseux d'un Léo\nDelibes, à caricaturer la fugue à l'instar des exemples de feu M. Dubois\n(Théodore), ou bien à noircir son papier du haut en bas pour plaire à\nM. Lenepveu, dont le cerveau jaloux a horreur du vide, et qui déteste la\nrencontre de portées délaissées dans une partition d'orchestre, parce que:\n« ... Ça ne fait pas bien, tout ce blanc ! » L'enseignement du Conservatoire\ndate et émane de sa fondation à une époque où l'histoire de la musique\nn'existait quasiment pas encore, où non seulement Bach, mais, à bien peu\nprès, tout ce qui l'avait précédé, n'était ni connu ni même publié, où\nMozart, peu répandu, et Haydn, contemporain, ne comptaient pas plus\npour des classiques que bientôt ce fou furieux de Beethoven dont jusqu'en\n1867 (ge édition) Fétis, en son Traité, corrigeait imperturbablement les\nfautes d'harmonie qui déparaient la Pastorale ; et cet enseignement n'a\njamais changé dans son essence. Aux conventions aléatoires ou ineptes du\ndébut, pieusement perpétuées, s'adaptèrent peu à peu des conventions\nadéquates, de quoi le style insipide s'acquiert au moyen d'exercices assez\nmécaniquement saugrenus, dégénérant aisément en habitudes que celui\nqui veut mériter le nom d'artiste doit s'empresser de perdre, s'il peut, dès\nqu'il a son prix dans sa poche. Tout cela, désormais, ne peut plus lui ser-\nvir à rien qui vaille.\nOn conçoit facilement que ceux qui passent leur vie à seriner avec con-\nviction la routine de ce galimatias pédantesque à de successives et irres-\nponsables générations soient peu portés, par nature, à approfondir, dans\nl'oeuvre des maîtres, le développement progressif de leur art à travers les\nsiècles. En eussent-ils le temps ou la fantaisie que cela dépasserait sans\ndoute la portée présumable de méninges volontairement absorbées à des"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "occupations de cet acabit. D'ailleurs, ils n'ont que faire de ce glorieux\npassé pour donner leurs leçons, à moins que d'y chercher le démenti de\ntout ce qu'ils enseignent. Aussi l'ignorent-ils, par défiance, peut-être,\nautant que par inclination quand, par hasard, ils en ont entendu parler,\nmais d'un esprit tranquille et satisfait, conscient de sa supériorté lauréate.\nOn comprend également à quel point la prétention de M. Dujardin-Beau-\nmetz dut abasourdir ces auditeurs, nourris dans le sérail et mieux informés\nde ses tours, détours et alentours. En réalité, dans notre Conservatoire,\n« l'éducation musicale » est « au niveau de l'enseignement ». Elle en\ndécoule comme l'effet de sa cause, et il est trop naturel qu'elle implique\nune quiète ignorance de l'histoire et de l'évolution de l'art sonore relatées\ndans les ouvrages des grands musiciens, puisque, depuis l'origine, l'auto-\nrité et les exemples de ceux-ci furent immuablement exclus d'un enseigne-\nment de four à bachot, où on parut de tout temps redouter de prononcer\nmême leurs noms. Il est trop évident aussi que M. le Directeur des Beaux-\nArts n'eut pas tort, dans le milieu pour qui il discourait, d'éviter l'expression\nemployée par M. Lalo, son exégète, évoquant sans ambages « l'évolution\nde la musique ». Les braves gens eussent mieux compris du chinois, voire\nde Gonfucius. Quant à exiger de ces professeurs, après leur avoir expliqué\nce qui s'entend par là, de l'enseigner à leurs élèves, ce serait leur demander\ntout bonnement de retourner eux-mêmes à l'école, et pour longtemps.\nFussent-ils animés de la bonne volonté la plus inextinguible et suprême,\nils ne seraient pas plus avancés que M. Hillemacher en présence d'un\npsaume de Goudimel, d'une chanson de Lassus ou de Costeley, et non\nmoins candidement interloqués. On ne s'improvise pas une culture,\nlaquelle, au surplus, n'est peut-être jamais, chez quiconque, que l'incon-\nscient résultat d'observations, de connaissances et d'impressions surtout,\namassées peu à peu, lentement assimilées, puis comparées et classées à\nson propre insu. C'est un acquis tout personnel, où l'intuition, une\ninstinctive et avide curiosité ont plus de part que le désir de s'instruire,\net qu'on peut douter qui se reçoive d'autrui par la voie didactique. Il\ndemeure toutefois fort légitime d'en vouloir provoquer le goût chez les\njeunes étudiants ; de leur en fournir, pour le moins, les éléments néces-\nsaires, ce à quoi l'indispensable condition est de les posséder soi-même.\nMais serait-il possible à quelqu'un de les posséder sans que leur influence\nintervînt dans son enseignement, quels qu'en soient la matière et le degré?\nCe sont choses inséparables : l'éducation de l'élève est le reflet de l'en-\nseignement du maître, et l'enseignement du maître est le miroir de sa\nculture. Il semble donc bien que, pour réaliser le vœu de M. le Directeur\ndes Beaux-Arts, il faudrait commencer par changer les professeurs et renou-\nveler notre Conservatoire de fond en comble, à trop peu près ;\nconclusion, d'ailleurs, entrevue naguère par certaine « Commission de\nrefonte », qui s'assembla, discuta durant plusieurs mois, sans aboutir qu'à...\nse dissoudre enfin avec un Ouf ! de soulagement, car l'alerte avait été\nchaude pour les intéressés rétifs à assumer le rôle de suicidés par per-\nsuasion.\nM. Dujardin-Beaumetz ne nourrit point d'aussi âpres desseins, ni si\nvastes. Les clémentes réformes qu'il propose en bon père de famille\ntémoignent avant tout de ses bonnes intentions. D'aucuns prétendent que\nl'enfer, hélas ! en est pavé. Tout dépendra des gens choisis pour les\nexécuter. On ne peut guère qu'applaudir à l'extension du cours de\nM. Bourgault-Ducoudray, encore qu'il y ait plusieurs façons de concevoir\nl'histoire de la musique. Récemment, l'honorable professeur avait pris pour\nsujet l'école russe, ce qui ressemblerait assez bien à enseigner l'histoire de\nFrance en racontant celle du Tonkin. Il y donnait les noms, les dates de"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4015, "texte": "naissance et de décès des compositeurs slaves, y disait leurs emplois, les\ntitres de leurs œuvres et narrait les livrets d'opéras. On avait peut-être le\ndroit d'espérer autre chose du folkloriste distingué qu'on sait épris d'orien-\ntalisme, et, même aussi, du « musicien » qui écrivit telles pages d'un menu\nballet de saveur exotique idoine à laisser regretter Thamara. M. Bourgault-\nDucoudray, néanmoins, apparaît l'un de ceux dont on peut attendre la\nmeilleure des bonnes volontés, et, pour être plus étendu, le programme\nimposé à ses efforts est cependant mieux déterminé désormais. Il s'agit de\nretracer 1 histoire de l'art musical et son évolution, dans un enseignement\nrégulier où l'interprétation des œuvres secondera précieusement la parole.\nMalheureusement, le professeur sera sans doute, et maintes fois, gêné dans\nson nouvel office, s'il est vrai que M. Bourgault-Ducoudray ignore la\nlangue allemande. Malgré le nombre et la qualité des travaux de notre\nmusicographie française, on ne peut guère se dissimuler le désavantage\net les inconvénients d'une lacune aussi considérable dans les ressources\nd'un historien de la musique.\nL'autre réforme, aux allures plus modestes, peut devenir diversement\nsérieuse en ses conséquences, etsembletout d'abord narguer la précédente.\nElle consiste dans l'institution de classes de contrepoint ouvertes aux\nélèves ayant accompli deux années d'études harmoniques. L'harmonie\nayant assez tardivement succédé au contrepoint dans l'évolution musicale,\nla coutume d'enseigner celle-là avant celui-ci, outre que c'est peut-être\nune grave erreur didactique, pourrait passer non sans quelque raison\npour une sorte d'anachronisme historique. Mais il saute aux yeux que le\ncours de M. Bourgault-Ducoudray se trouvera fatalement contredire avec\nobstination la presque unanimité de l'enseignement du Conservatoire,\nqui, spécialement chez les vieux routiers, continuera placidement son petit\nbonhomme de chemin du succès aux concours. Il faut se résigner à bien\nd'autres et plus flagrantes incohérences, inévitable effet des demi-mesures.\nD'ailleurs, il est peut-être assez indifférent que les lois d'une inéluctable\nlogique président peu ou point à l'organisation d'un Conservatoire. Les\nméthodes, au fond, n'ont d'autre valeur que celle du maître qui les appli-\nque. Le danger serait l'avènement, aux chaires annoncées, de sous-\nBruneau, d'aide-Leroux ou de néo-Delibes, doublure et monnaie du trio\nLenepveu-Dubois-Paladilhe, grâce à quoi rien ne saurait empêcher l'avor-\ntement complet de toute et quelconque réforme. Mais, sans menacer de\nrespectables intérêts ni révoquer personne, un personnel hostile ou inca-\npable peut disparaître peu à peu par extinction de ses membres condamnés\ndu fait et de l'épreuve d'une trop longanime expérience. La sollicitude de\nM. le Directeur des Beaux-Arts pour notre musique n'eut jamais si belle\noccasion d'exercer ses bienfaits au Conservatoire. S'il hésite à tout cham-\nbarder, qu'il profite du moins des circonstances favorables, et écarte impi-\ntoyablement des places dont il dispose tous ceux qui bénéficièrent audit\nlieu de l'éducation qu'il déplore, c'est-à-dire, célèbres ou non, toutes les\nnullités sorties de notre Conservatoire ; qu'il soit particulièrement impla-\ncable à l'égard des soi-disant « Maîtres » n'ayant jamais écrit que pour\nle théâtre et encombrant nos scènes subventionnées de leur officieuse ou\nrelationnée camelote. « L'enseignement» ne pourra qu'y gagner et, avec\nlui, la « culture », puisque les deux font la paire. Qu'il se persuade enfin\nque, comme aussi bien les mots, les programmes n'ont de sens que cej,ui\nqu'on leur donne, et ne contiennent que ce qu'y met celui qui les emploie.\nC'est une affaire bien compliquée que de réglementer «l'éducation musi-\ncale » : théories et systèmes resteront toujours discutables ; les meilleurs,\nimparfaits, sinon dangereux par quelque endroit. Tout dépend des édu-\ncateurs, car l'art ne s'apprend pas dans les traités. Tout dépend de l'homme"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.28", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 246, "texte": "en fonction, et, jusqu'ici du moins, la réforme la plus féconde effectuée\npar M. Dujardin-Beaumetz, et la plus sûrement tutélaire à notre vieux\nConservatoire, est d'en avoir nommé M. Gabriel Fauré directeur.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.9.3", "titre_corps": "LES SUPERFLUS.", "titre_sommaire": "LES SUPERFLUS.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.28", "debut_caractere": 248, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "LES SUPERFLUS.\nLouis Laloy.\nJ'ai fait mention récemment (Mercure musical du i 5 août 1905, p. 288)\nde T « universelle incompétence d'un Camille Mauclair ». Ces cinq mots\nm'ont valu en réponse une longue diatribe, où, dans l'excès de sa rage,\nledit polygraphe va jusqu'à me traiter de « professeur ». Je lui serais infini-\nment obligé de me dire où je suis professeur, et de quoi. Je voudrais aussi\nsavoir quelle œuvre d'art, signée du nom qu'il s'est donné, lui confère le\ndroit d'écrire, avec une si risible fierté : a nous autres artistes. »\nCar M. Camille Mauclair, qui se qualifie aussi de ((naïf sentimental», est\nde ceux qui ne plaisantent point avec eux-mêmes : « Que dirait M. Laloy,\nfait-il en se rengorgeant, s'il savait que j'admire Louise et la Vie du Poète\nde mon vieil ami Gustave Charpentier ? » Ce que je dirais ? Mais rien, se-\nlon toute probabilité. Si j'ai cité une fois, et en note, M. Mauclair, c'est\npour signifier que ses multiples opinions m'étaient et me seraient à jamais\nindifférentes. Il peut, Faust indigne detoute damnation, promener à travers\nla science et l'art son impuissante curiosité. Il peut inonder d'une prose\ninsipide Alfred Bruneau ou Alfred Dreyfus, louer le style d'Émile Zola\nou se faire l'exégète de l'impressionisme, donner des conseils à nos\npeintres ou remettre Debussy à sa place, sans que je m'en émeuve au point\nde le contredire. Et je ne suis pas le seul ; lorsqu'il nous affirme que\n« Debussy ne lui en voudra pas » d'aimer Louise et les préludes de YOura-\ngan, je n'ai vraiment aucune peine à le croire.\nNous avons toujours eu, et nous aurons longtemps encore des critiques\nmusicaux et des critiques d'art qui n'entendent rien à la peinture ni àla\nmusique. Autrefois on cachait son ignorance avec un soin et des ruses\ntouchantes ; la mode nouvelle est de s'en vanter, de s'en parer, de s'en pa-\nvoiser. On veut persuader au bon public que moins on connaît un art, et\nplus on s'y connaît, et, comme la joliment dit Y Ouvreuse, « on crie raca sur\nles « pions » assez méprisables pour avoir appris la musique avant d'en par-\nler ». Une race nouvelle de pédants nous est née : les professionnels du\nsentiment naïf et de l'oreille dure. Ils brandissent bien haut leur bannière,\noù s'inscrivent, en rouge aveuglant, ces devises : « Place aux sourds ! » et :\n(( Honte à qui sait distinguer un mi d'un re, ou une quinte d'une tierce, ou\nun violon d'un cor ! » Leur outrecuidance sans bornes et les injures qu'ils\nnous adressent nous contraindront à parler d'eux quelquefois."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c024", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.9.4", "titre_corps": "THÉATRE DES ARÈNES DE BÉZIERS", "titre_sommaire": "THÉATRE DES ARÈNES DE BÉZIERS", "signature_source": "Jean Poneigh", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.28", "debut_caractere": 2770, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "THÉATRE DES ARÈNES DE BÉZIERS\n\nPremière représentation des Hérétiques, opéra en 3 actes, de MM. R. Ferdinand Hérold\net Ch. Levadé.\nCertains hommes incarnent une époque; Simon de Montfortest de ceux-\nlà. Aussi j'écris son nom en tête de ces lignes, afin qu'en l'esprit de chacun"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "s'évoquent les années de tumulte et de sang vécues par le Midi lors de la\nCroisade des Albigeois. C'est en effet un épisode de cette guerre : Prise\net sac de Béziers en 1209 —que M. Hérold a voulu mettre à la scène. On\ncomprend dès lors l'intérêt qui, pour les cités méridionales, s'attachait aux\nreprésentations des Hérétiques, cet ouvrage devant faire revivre une\ndes pages les plus tragiques de leur histoire.\nLa place d'un faubourg de Béziers, avec, par delà les remparts, la ville\ndominée par la cathédrale Saint-Nazaire, tel est le décor très beau\nd'ailleurs— dans lequel vont se dérouler les trois actes de l'œuvre.\nActe I. Malgré les sombres prédictions de l'abbesse Almelys, le peuple\nde Béziers, par des rondes et des chants, manifeste sa joie de vivre. Le\nvicomte Roger l'encourage. Sourd aux prières de Bellissende sa femme et\naux menaces du légat du pape, il refuse de s'humilier devant Rome et n'a\nde regards que pour Daphné, jeune Grecque qui vient d'arriver au milieu\nd'une troupe de jongleurs et de baladins.\nActe IL C'est d'abord Simon de Montfort qui vient annoncer au légat\nque son armée montera demain à l'assaut de la ville ; puis Bellissende\nobtient de faire une dernière tentative pour ramener à Dieu celui que\nmalgré tout elle aime encore. Mais lui ne pense qu'à deviser d'amour avec\nla belle Grecque. Le peuple continue ses réjouissances ; les jongleurs se\nmettent à danser.\nActe 111. L'heure de la bataille est proche. Avant de marcher à l'ennemi\n—et grâce à Daphné Roger se réconcilie avec Bellissende. Il part, mais\nc'est pour revenir bientôt, poursuivi lui et les siens par l'armée innom-\nbrable des Croisés. Ceux-ci pénètrent dans la ville et la saccagent, pen-\ndant que Simon de Montfort tue Roger et que Bellissende se poignarde sur\nle cadavre de son époux.\nTel est, rapidement exposé, le sujet des Hérétiques. Je n'insisterai\npas sur les inexactitudes voulues qu'il contient : Roger tué sous les murs\nde Béziers, alors qu'il mourut prisonnier de Simon de Montfort après la\nprise de Carcassonne ; sa femme dont le vrai nom était Agnès et non\nBellissende. Ce qui me paraît plus grave, c'est que rien dans l'œuvre de\nM. Hérold ne rappelle le midi de la France au xiue siècle. Les provinces\nméditerranéennes avaient alors avec les Maures des rapports fréquents ;\naussi étaient-elles tout imprégnées d'orientalisme. Il eût donc fallu nous\nmontrer l'indolence et la volupté d'Orient sous les traits de quelque\nMauresque au lieu de symboliser en Daphné, la jeune Grecque, une civi-\nlisation complètement disparue. Le titre lui-même ne précise rien, héré-\ntique ne signifiant pas nécessairement Albigeois. Quant au poème propre-\nment dit, nous nous attendions à plus de relief dans les caractères et à\nplus d'émotion dramatique jaillissant du choc des sentiments, au lieu de\ncette action qui se traîne et languit malgré çà et là —de jolis vers trop\nclairsemés.\nJe voudrais n'avoir que du bien à dire de la partition, son auteur étant\ndes plus sympathiques ; mais il faut bien reconnaître que trop rarement\nl'on y rencontre ces accents expressifs, ces trouvailles de rythme et d'har-\nmonie qui font les œuvres originales et fortes. Les passages de douceur\nsont les mieux venus; mais certaines phrases assez tendrement jolies nous\nrappellent par trop que M. Levadé fut élève de Massenet. Moins heureuse-\nment traitées, les scènes de vigueur manquent de mouvement, de chaleur\net de vie, surtout dans le troisième acte, le plus faible de tous. Il ne\ns'agit pas de savoir si nos préférences personnelles vont au drame musical\nmoderne, et àce propos je m'en voudrais de ne pas rappeler la très\nbelle étude de M. Louis Laloy parue ici même, —ou àla forme du vieil\nopéra adoptée par M. Levadé pour ses Hérétiques. Tel quel, cet ouvrage"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.30", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "donne l'impression d'avoir été hâtivement conçu et trop rapidement écrit ;\naussi faut-il souhaiter que son auteur, dans une prochaine œuvre longue-\nment méditée, mette un peu plus de lui-même et nous révèle un tem-\npérament dramatique que nous avons en vain cherché dans cette première\nœuvre.\nLe public n'a point manifesté le même enthousiasme que pour Déjanire\nou Prométhée. Pas de rappels après chacun des deux premiers actes ; à la\nfin seulement l'habituelle accolade entre organisateur, auteurs et interprètes.\nCeux-ci ont été généralement satisfaisants ; et parmi eux, M. Dufranne,\nl'inoubliable Golaud, nous a donné une belle figure d'homme de guerre.\nGrâce à lui, ce rôle un peu court de Simon de Montfort a pris une gran-\ndeur inattendue, et l'on peut dire qu'il a été le véritable triomphateur de\nla journée. M. V. Duc n'a plus la belle voix sonore tant admirée il y a\nquelques années ; en outre, il a fait du bel adolescent qu'était Roger, vi-\ncomte de Béziers, un reître lourd et, tranchons le mot, commun, sans\ngrand intérêt.\nMmes Harriet Strasy en Bellissende et Charles Mazarin en Daphné ont\nfait admirer deux fort jolies voix, et Mme Charbonnel a réussi à plaire\ndans le rôle ingrat de l'abbesse Almelys. M. Vallier fut un légat inflexi-\nble et M. Jean Valette un Lychas, chef des jongleurs, pittoresque et\nadroit.\nLes chœurs et l'orchestre, conduits par M. Nussy-Verdié, m'ont paru\nmanquer de cohésion ; est-ce le trop petit nombre de répétitions, ou le\nchef d'orchestre qui manquait de l'autorité nécessaire ? Mais, au-dessus\nde tout éloge grâce àM. Belloni qui le régla, et à Mmes Ida Cecchini et\nJulia Antonacci qui, avec leurs compagnes le dansèrent— fut le ballet,\nle très long ballet du second acte. Et c'est là le meilleur souvenir que les\nspectateurs emportèrent de la représentation des Hérétiques, de\nMM. Hérold et Levadé, organisée à Béziers par les soins de M. Castelbon\nde Beauxhostes. Ce n'est vraiment pas assez^\n\nJean Poneigh."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 30, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.9.5", "titre_corps": "ICONOGRAPHIE MUSICALE", "titre_sommaire": "ICONOGRAPHIE MUSICALE", "signature_source": "L.de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.30", "debut_caractere": 1984, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "ICONOGRAPHIE MUSICALE\n\nDeux nouveaux portraits de Rameau et de Mondonville.\nL'lconographie des musiciens français va s'enrichir de deux pièces\nimportantes. Le musée de la ville de Saint-Quentin vient, en effet, de rece-\nvoir deux oeuvres de La Tour qui, après de singulières vicissitudes, sont\nrentrées au bercail, dans la patrie du célèbre pastelliste. L'une n'est qu'une\nsimple préparation pour un portrait de Rameau ; mais, dans cette esquisse,\nLa Tour a su, avec la sûreté et la puissance qui le caractérisent, fixer\nles traits dominants de son modèle. C'est, en quelque sorte, un Rameau pris\nsur le vif que nous possédons maintenant et qui s'ajoute fort heureu-\nsement à la nombreuse collection des portraits du maître bourguignon.\nDe Mondonville nous connaissions déjà le joli médaillon dessiné par\nGochin et gravé par Saint-Aubin, Le pastel de La Tour nous apporte un\nportrait achevé, la perle de la collection de Saint-Quentin : il est « de tous\npoints excellent », dit M. Thiébault-Sisson dans l'intéressant article qu'il\na consacré aux nouveaux La Tour (i). « Vêtu d'un habit gris bleuté bordé\n\n(i) Le Temps, 17 août 1905."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "d'épais galons d'or, le modèle est assis de profil sur un fauteuil dont le\ndossier amarante s'assortit avec un goût délicat aux notes ardoisées du vête-\nment. Courbé en avant, Mondonville tient de la main gauche, en travers sur\nsa poitrine, un violon dont il doit pincer de la droite les cordes à la façon\nd une guitare. Satisfait sans doute du son donné par l'instrument, il tourne\nvers le spectateur, de trois quarts, un visage à l'expression triomphante. La\nTour n'a jamais fait mieux ni plus large. »\nLes deux portraits que nous signalons furent vendus en 1809 avec\n9 autres pièces de La Tour pour la somme modeste de 582 fr. ! Ils ont été\nlégués au musée de Saint-Quentin par le petit-fils d'un des acheteurs de\n1809, M. Mennechet.\n\nL.de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.9.6", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.31", "debut_caractere": 785, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "ÉCHOS\nConnais-toi toi-même. ™ L'ineffable M. Mangeot n'obéit point encore à\nla parole delphique, puisqu'il continue d'écrire, parmi la risée du monde\nmusical tout entier. Les avertissements ne lui sont pas ménagés cepen-\ndant, et il faut un esprit aveuglé par les dieux pour ne point voir des\nsignes aussi manifestes ni entendre d'aussi clairs oracles.\nVoici ce que l'un de nos plus distingués confrères, le Monde Artiste,\nnous faisait lire le 3o juillet dernier (page 494) :\nQuébec. Un Extraordinaire Lanceur Impose D'lneptes Oeuvres Théâtrales\nConsidérablement Ennuyeuses : Musicalité Absente, Niaiserie Générale Et\nObsédants Tapages.\nA quoi le Journal Musical répondait, le ler septembre, par ce télégramme\nplus explicite encore :\nQueensberry. Un Eleveur Londonien, Impose D'lmmenses Oratorios Tels\nQu'Uriah-Elie Chanté Et Mimé Au National. Grossière Erreur, Obscurités,\nTapages.\nIl pleut, comme on voit, des vérités premières. Mais le moyen, qui trou-\nvera jamais le moyen cfe faire comprendre à M. Mangeot le sens, toujours\nmystérieux pour lui, de la phrase la plus simple ?\nLa musique et l'Université. Il fut un temps où un professeur se dra-\npait pudiquement dans sa redingote aux plis de toge, lorsqu'on lui parlait\nmusique ou peinture ; où l'on n'osait laisser tomber, du haut de la chaire\ncubique, les noms profanes de Mozart ou de Vernet qu'aux jours de « lec-\nture », à ces vigiles de vacances où Ton ne distinguait plus le faste du\nnéfaste. Ce temps, heureusement, est tout près de disparaître ; il est des\ncas, que l'on cite, de normaliens qui n'ont trouvé leur voie ni dans la gram-\nmaire, ni dans l'histoire, ni même dans le journalisme littéraire, mais bien\ndans la musique. Et il existe, en province, des professeurs qui sont en\nmême temps des amateurs d'art fort distingués et fort cultivés, et ne s'en\ncachent point. Témoin le très intéressant discours prononcé récemment\nà la distribution des prix du lycée de Bordeaux, par M. Lambinet, et dont\nle titre seul est déjà fait pour nous séduire : pro Musica. On y montre avec\nbeaucoup de force et de finesse la valeur éducative de la musique. Tout\nd'abord, elle est une école de logique, un exercice de la raison."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "L'art asa logique, et d)autant plus sensible, pour de jeunes esprits, qu'elle\nest concrète. La création artistique n'est pas l'œuvre d'une fantaisie capricieuse.\nEcoulez un homme de goût critiquer tel détail d'un meuble original : « Ceci n'est\npas logique », dira-t-il volontiers. Le regretté compositeur Ernest Chausson était\nune nature délicate et noble ; son oreille était, comme son âme, exquise : il eut\ndes sourires tristes qui sont charmants et rêva des sonorités qui sont délicieuses,\nSon œuvre semble déjà caduque. Pourquoi ? On n'y sent pas cette force souve-\nraine de logique, cette lucide, volontaire, impeccable conduite, qui sacrent pour\njamais, comme parfaites œuvres d'art, Zes meilleures mélodies, où tant de raison\ns'allie à tant de charme, de il/. Gabriel Fauré.\nLe développement symphonique est œuvre de logique autant que de sentiment.\nD'unprincipe mélodique, le Thème, sorte d'axiome tout plein de vérité musicale,\ntirer de multiples conséquences, cest procéder par déduction, faire avec les sons\nce que le géomètre fait avec les lignes, le dialecticien avec les jugements. Un\nmaître contemporain, musicien très cérébral, Af, Vincent d'indy, s'avisant de\nrenverser le procédé habituel, a, dans son poème symphonique Istar, dégagépeu\nà peu de la complexité initiale l'idée qui y était enveloppée et qui n'apparaît\nqu'à la fin, Jszs ai/m dévoilée, découverte et énoncée : c'est une symphonie\ninductive.\nQue l'on ne croie pas d'ailleurs que la musique se livre au premier venu\net qu'on en soit quitte avec elle lorsqu'on a prononcé la terrible phrase :\n« La musique? Je n'y connais rien, mais je l'adore. »\nIl faut —et de bonne heure, car plus tard, c'est trop tard —se former Voreille\nd'abord à l'audition analytique, Vexercer à percevoir distinctement les voix\ndiverses de lapolyphonie. Il n'est plus guère aujourd'hui de musique digne d'in-\ntérêt qui ne soit polyphonique. Les auditeurs dénués de culture musicale n'enten-\ndent, ne comprennent, ne goûtent que la mélodie. Plus l'harmonisation en est\npauvre, banale, «plaquée », moins il y ade « dessous »,plus c'est vide et nul, plus\nils se sentent emplis d'aise. Les pires musicastres d'ltalie sont leurs maîtres de pré-\ndilection, et on les entend, tout vains de leur infirmité, accabler de leurs ignorants\ndédains la « musique savante ». Amateurs qui n'aiment pas, connaisseurs qui\nn'y connaissent rien, ces auditeurs, qui n'entendent pas, laissent un grand vide,\nquand ils le quittent, à leur foyer...\nVoilà des lignes que feraient bien de méditer quelques-uns de nos plus\nnotables importateurs de musique italienne. Il est tel aristocratique foyer\noù l'on souhaiterait plus souvent une gracieuse présence dont la musique\nn'a que faire.\nCritique parlementaire. Le titre des HÉRÉTIQUES a attiré sur eux un\narticle ignominieux d'un de nos plus notoires francs-maçons, de ceux qui\ntrouvent intelligent de jucher un plâtre en face du Sacré-Cœur de Mont-\nmartre ou de processionner devant la statue de Dolet. On y félicite M. Le-\nvadé, en un style qui ne sévit plus qu'au fond des loges de toute espèce,\n« d'avoir acclimaté la musique à la Libre-Pensée. » Suivent ces lignes apo-\ncalyptiques, dont une ingénieuse typographie rehausse l'obscurité bouf-\nfonne :\nNE VAUT-IL PAS MIEUX PRÉSENTER AUX HOMMES LE PASSÉ\nTEL QUILS SE L'IMAGINENT, AU LIEU DU PASSÉ TEL QU'IL\nFUT?\nL'inspiration de l'œuvre est évidemment plus philosophique qu'historique,\net on sent que les auteurs ont dû opter, dès la première heure, entre la pré-\noccupation de rendre, jusque dans le plus infime détail, la vérité locale et"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "particulière, et le dessein autrement large et utile dCécrire une œuvre bien\nmoderne, où éclatait la permanence d'une pensée philosophique.\nLES DEUX JEUNES (1) QUI ONT SIGNÉ CE POÈME SONT DE\n& ÉCOLE ANTICLÉRICALE. C'est T inspiration de Ces Messieurs, des\nVautours, de bien d'autres pièces à thèse, où s'affirme la contribution delà\njeune école dramatique au grand mouvement laïque, qui emporte la France\ncontemporaine.\nDéjà, dans Prométhée auquel Hérold avait apporté cette vigueur de\npensée et de style qui se mélangeait, sans se confondre, avec la passion\nétrange des vers de Jean Lorrain, —nous avions retrouvé, sous le symbo-\nlisme antique, la même pensée de révolte contre T autorité, de lutte contre la\nsouffrance imméritée, d'aspiration au progrès indéfini par la raison pure,\ndont le Titan d'Eschyle fut la première et douloureuse image.\n« TUEZ-LES TOUS, DIEU RECONNAITRA LES SIENS ! »\nParole historique ?\nParole légendaire ?\nQu'importe ?\n/\nEmile Zola gagnait cinquante mille francs par an (payés par qui ?) à\ndéfendre un certain capitaine, ainsi qu'il ressort d'un propos récent de sa\nveuve (2). Mieux eût valu acheter son silence au double de ce prix. Mais\nquant aux éloges maçonniques dont MM. Hérold et Levadé viennent d'être\nécrasés, quelle rançon ne donnerait-on pas pour y échapper ? Etre loué\npar un député de Béziers, terrible affaire !\nL'Almanach des Amateurs. Tel est le titre d une luxueuse publication\naméricaine ( The Musiclovers Calendar), qui paraîtra annuellement à partir\ndu ler décembre 1905, et donnera à ses lecteurs un résumé fidèle autant\nque précis de tous les événements musicaux du monde : rien de plus inté-\nressant ni de plus utile que ces examens rétrospectifs, qui rappellent tous\nles souvenirs d'une année, permettant ainsi d'apprécier ce que la musique\na gagné ou perdu, et d'augurer de son avenir. Les correspondances de\nl'Almanach des Amateurs seront signées des noms suivants : NEW YORK,\nH. E. Krehbiel ; PARIS, Louis Laloy, directeur du Mercure musical ; LON-\nDRES, E. A. Baughan, du Daily News ; BERLIN, J. G. Lusztig ; DRESDE,\nAlbert Noll ; MILAN, Aldo Franchetti ; SAINT-PETERSBOURG, N. Findeisen,\ndirecteur du Journal russe de musique.\nA ces études d'ensemble seront joints des articles de fond. C'est ainsi\nque cette année L. Gilman traitera de la Musique de l'avenir, J. Hartog\nde Julius Rœntgen, l'homme et l'artiste, et V. Herbert nous fera faire con-\nnaissance avec l'Armée des Amateurs d'Amérique, beaucoup plus nom-\nbreuse et mieux organisée que nous ne le croyons en Europe.\nLe volume commencera par de curieuses éphémérides musicales, et con-\ntiendra en outre de nombreuses photographies : pour la France, celles de\nV. d'lndy, Cl. Debussy et A. Messager. Il sera imprimé en deux couleurs,\nsur papier àla forme, et tous les ornements seront originaux. On pourra\nse le procurer à Boston, 3y, St Botolph Street, et à Paris aux bureaux du\nMercure musical.\nLa traite des planches. Sous le titre, Tribulations de Thespis che%\nThémis, un de nos jeunes confrères de la presse théâtrale, M. Raoul\n\n(1) Sans doute MM. A. Ferdinand et Hérold ?\n(2) Mercure de France, 15 septembre 1905, p. 289."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.34", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "Davray, docteur en droit, dénonce courageusement, en un intéressant\nvolume qui vient de paraître à la librairie Larose, l'odieuse exploitation\ndes acteurs par les tenanciers d'agence, et jette une lumière impitoyable\nsur les « engagements » dont les clauses les plus anodines sont des\ntrappes obscures où choient les pauvres prolétaires du théâtre. Cet utile\nvolume, vade mecum que chacun devrait consulter avant de mettre sa\nsignature au bas d'un contrat, soit avec un directeur, soit avec un intermé-\ndiaire, conclut que, pour donner quelque sécurité aux acteurs, une\ntransformation s'imposerait : aux isolés manquant de force, il faudrait\nsubstituer des groupes corporatifs. Tel est aussi l'avis de Gémier qui, dans\nune préface convaincue, adresse un éloquent appel aux « étoiles » et les\nincite à prêter leur appui aux syndicats formés par leurs camarades moins\nheureux, imprévoyantes fauvettes d'opéra et insouciantes demoiselles de\ncomédie.\nOrganisation de Concerts. Beaucoup d'artistes, plus familiarisés avec\nles difficultés de leur instrument qu'avec celles de la publicité, sont fort\nembarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser un concert : de là tant de salles vides,\ntant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un véri-\ntable service en leur rappelant que la maison Demets les déchargera, à des\nconditions très avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses\nrelations étendues dans le monde des musiciens et des amateurs, par sa\nconnaissance de la musique et son expérience professionnelle, enfin par\nsa probité absolue, jointe à une grande activité, M. Demets est devenu au-\njourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal\nde Paris, la Société de Concerts de Chant classique, nombre d'oeuvres privées\net d'artistes virtuoses qui l'ont choisi pour administrateur, lui doivent leur\nexistence ou leur prospérité. Pour tous renseignements, s'adresser chez\nM. Demets, 2, rue de Louvois, Paris ne.\nLes grands Concerts. La réouverture des Concerts Lamoureux aura\nlieu, sous la direction de M. Camille Chevillard, le dimanche i 5 octobre, à\n3 heures, au Nouveau-Théâtre.\nLe célèbre orchestre fêtera cette année son jubilé. Il y a, en effet, vingt-\ncinq ans que Charles Lamoureux donnait son premier concert, au théâtre\ndu Château-d'Eau. Son premier programme était ainsi composé :\nSymphonie en la BEETHOVEN.\nAir d'Œdipe à Colorie. * SACCHINI.\nDuo de Béatrice et 13enedict. • • - . . . BERLIOZ.\nConcerto pour 2 hautbois HAENDEL\nAir de Telemaco GLUCK.\nOuverture du Carnaval romain BERLIOZ.\nPour honorer la mémoire de Charles Lamoureux, M. Chevillard, d'ac-\ncord avec son Comité, a décidé de donner, entre autres œuvres, au premier\nconcert de cette année, la Symphonie en la de Beethoven et l'ouverture\ndu Carnaval romain, de Berlioz.\nNécrologie. Nous apprenons avec un vif regret et une respectueuse\nsympathie la mort de M. le commandant Colette, le père de notre exquise\ncollaboratrice, Mme Colette-Willy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-01_01#c029", "volume": "bmtnabh_1905-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.2.10", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.2", "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "m\ns.\nMu:\n2, rue deLouvois. PARIS, II\n, ■ ' , , •\n.\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey)\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren)\nL'infidèle (Maeterlinck) .\nD'Anne jouant de l'Espinette\nD'Anne qui me jecta de la neige\nJeux d'Eaux, pour piano .\nMAURICE RAVEL.\ni\n,v\n2 fr. »\n1 fr. 7\n1 fr. 7\n4 fr. 70\n1 fr. 70\n3 fr. 35\nPour aider à la diffusion des\nE. Demets offre à MM. les Composit\nd* éditer et de laneer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs o\nréservant, s'ils le désirent,la propriété exclusive.\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nflge&ce de la Société Nationale de f&tfsique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.1", "texte": "lre Année. —N°4O ler1er Octobre 4905.\nParaît le 1e*1 et le 15 de chaque mois\nANNONCER ET PUBLICITÉ :\nCh. Jarlot\nii^Boulevard\nPARIS VIE\nVENTE' ET ABONNEMENTS::.\n■• ; •\nE. D omets\n:\n2r Rue de Louvois\nPARIS IIE\nPRIX DU NUMÉRO - | ; Cinquante centimes\nj Etranger: Soixante centimes.\n\nAU SOMMAIRE:\nCHAMINADE\n110NEL DE LA LAURENCIE\n|EAN LEROUX\njjEAN MARNOLO\nMMANDE DE POLIGNAC\nJEAN PONEIGH"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.2", "texte": "SOMMAIRE\nJEAN LEROUX Dialogues d'été : l Opéra populaire.\nARMANDE DE POLIGNAC.... Pensées d'ailleurs.\nLIONEL DE LA LAURENCIE. . L anoblissemen\nABBÉ CHAMINADE. ........ Trois c\nREVUE DE LA QUINZAINE\nJEAN MARNGLD .... Gonservatoriana*\nJEAN PONEIGH.. > A Bepèts.\nLouis LALOY Les Superfl\nLIONEL DE LA LAURENCIE... Iconographie musicale.\nPAN Échos.\n\nJP ARIS Ï2T DEPARTEMENTS • • •••• • •• ?.. «• •• ■* 4L SI TÎ*« L'A •\nfr. 7 fr. 50\n■\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr (Étranger). I\n\nm\ns.\nMu:\n2, rue deLouvois. PARIS, II\n, ■ ' , , •\n.\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey)\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren)\nL'infidèle (Maeterlinck) .\nD'Anne jouant de l'Espinette\nD'Anne qui me jecta de la neige\nJeux d'Eaux, pour piano .\nMAURICE RAVEL.\ni\n,v\n2 fr. »\n1 fr. 7\n1 fr. 7\n4 fr. 70\n1 fr. 70\n3 fr. 35\nPour aider à la diffusion des\nE. Demets offre à MM. les Composit\nd* éditer et de laneer à des conditions\nde rapidité et d'exécution, leurs o\nréservant, s'ils le désirent,la propriété exclusive.\nDirection et organisation de Concerts pour Paris, la Province et l'Étranger\nflge&ce de la Société Nationale de f&tfsique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.3", "texte": "DIALOGUES D'ÉTÉ\nL'OPÉRA POPULAIRE.\n\nA la campagne. En été, le soir. Le ciel s'éteint derrière les grands\narbres noirs. Quelques grenouilles et les aboiements lointains d'un chien\néveillent l'idée de l'immensité.\nM. MONTRICHARD, 5O ans, châtelain et maire.\nMME MONTRICHARD, née de Sangloup.\nEDITH MONTRICHARD, 18 ans, lectrice de tous les ne supporte\nni corset ni observations.\nC. D'HOUVIENLEVENT, ancien universitaire, présentement député, 55 ans.\nLE GRINCHEUX, musicologue, 3o ans.\nMME MONTRICHARD.— (JPour rompre le silence.) Hé bien, et ce\npauvre M. d'lndy, est-ce qu'il fait toujours de la musique ?\nLE GRINCHEUX. Je crois bien ; on dit même qu'il prépare\nun grand opéra populaire !\nEDITH. Un opéra populaire, qu'est-ce que c'est que ça ?\nOn n'en a pas parlé dans le Mercure !\nD'HOUVIENLEVENT. (Empressé.) L'opéra populaire, ma\nmignonne, est une des réformes les plus considérables qui\nsoient inscrites au programme de la démocratie triomphante.\nLe peuple a droit à l'opéra, comme à toutes choses d'ailleurs.\nIl est temps que l'art et les artistes tendent au prolétaire qui\nsouffre une main réconfortante. Nos hommes d'Etat n'ont que\ntrop négligé ce côté du grand problème social. Une réparation\ns'impose.\nMONTRICHARD. (Se verse un verre de sherry.) Bravo, mon\ncher, bravo ! La France a besoin d'hommes comme vous. Il n'y\na que notre pauvre musicologue qui reste froid ; et cependant\nl'opéra populaire !... Cela rentre bien dans sa spécialité.\nLE GRINCHEUX. Hélas !\nD'HOUVIENLEVENT. Mais précisément, les spécialistes sont\nceux qui s'intéressent le moins aux questions vitales dont la\n\nLE MERCURE MUSICAL\nl 6"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.4", "texte": "378\nLE MERCURE MUSICAL\n\nFrance impatiente attend la solution. C'est ce que je me tue à\ndire à la Chambre : Pas de spécialistes, surtout pas de spécia-\nlistes, nulle part, et tout sera pour le mieux.\nLe Grincheux qui allume un cigare Voyez-vous, jeune homme,\nla musique ira au peuple, ou la musique périra. C'est fatal.\nVous autres, qui écrivez l'histoire avec des œillères, vous en\nêtes encore à l'esthétique du grand siècle ; que faudra-t-il donc\npour vous ouvrir les yeux et vous faire entendre les justes\nrevendications des classes laborieuses ?\nLE GRINCHEUX. Que voulez-vous! je n'ai pas l'habitude de\ntâter le pouls des faubourgs. Je ne fais pas l'histoire de demain...\nJ'ai bien assez de celle d'hier.\nD'HOUVIENLEVENT. (Sévère.) L'histoire, mon ami, aurait\ndû vous apprendre à jeter sur notre lyrisme musical un\nregard vraiment démocratique.\nL'antique tragédie des Grecs n'est-elle point la source et le\nprototype de tous les opéras passés et à venir?\nEDITH. C'est vrai, Wagner l'a dit, et Gluck aussi, et Péri\navant lui.\nD'H OUVIENLEVENT. L'opéra appartient donc de droit à cet\nadmirable démos dont la Renaissance retrouva la tradition\nobscurcie par le moyen âge, à ce démos que notre grande Ré-\nvolution a définitivement émancipé de la tyrannie et qui\ndemain se lèvera pour demander des comptes à ceux qui l'ont\nméconnu. L'opéra vient du peuple : il faut le rendre au peuple!\nMONTRICHARD. (Se perse un second verre de sherrv ) Par-\nbleu!...\n(A Le Grincheux qui hausse les Hé bien, il me sem-\nble qu'on lance des pierres dans votre jardin, Le Grincheux ?\nEDITH. Oui, vous n'êtes pas en veine ce soir.\nLE GRINCHEUX. [Piqué.)Qu'est-ce que vous voulez que je\nvous dise? Tout cela est absurde! L'opéra, le peuple, Eschyle,\nWagner, Gluck, Jaurès, ce sont des mots, rien que des mots.\nEntre l'antique tragœdiaet le dr premier\nsymptôme de notre opéra, il y a un abîme. L'origine de tout\nce mouvement qui aboutit à Caccini, à Monteverdi, à Péri, il\nfaut la chercher dans les divertissements des princes italiens et\ndans les préoccupations archéologiques des érudits.\nmisme ! voilà le vrai père de l'opéra.\nEDITH. Cependant cette simplification du style mélodique,\ncette déclamation, libérée du contrepoint polyphone, n'est-ce pas\nun retour vers quelque naïveté populaire ?\nLE GRINCHEUX. Quelle erreur ! Si la musique populaire\na joué un rôle dans la fondation de l'opéra, soyez sûrs que\nc'est un rôle de dupe. En 1600, toute musique antique avait"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.5", "texte": "DIALOGUES D'ÉTÉ\n379\n\ndisparu ; il fallut bien s'inspirer de la musique moderne. Mais\ncroyez-vous que ce fut au profit du peuple ? Pensez-vous qu'en\ns'adressant à la can^one,au motet,à la danse, à la déclamation\nliturgique, pour faire chanter Vénus, ou Orphée, selon la vrai-\nsemblance présumée, le musicien de Florence ou de Venise ait\neu quelque ambition démocrate ? Efforts d'académiciens, vous\ndis-je, plaisirs de lettrés, enthousiasmes de dilettanti. Que\nrevint-il au peuple de tout cela?\nD'HOUVIENLEVENT. Oui, mais en France...\nLE GRINCHEUX. En France, c'est bien pis encore. Avec\nMazarin l'opéra est une importation étrangère, avec M. De-\nlahaye et Gambert une folie de millionnaire, avec Louis XIV et\nLulli une académie royale. C'est à la faveur du luxe impopu-\nlaire d'un ministre italien qu'il s'est glissé chez nous, et c'est au\ntriomphe d'une monarchie fastueuse qu'il doit son élévation.\nMieux que Racine, mieux que Lebrun et que Mansart, Lulli\nsymbolise ce goût de l'apparat théâtral, de la pompe vaine,\ncette passion de fiction et de galanterie, cette préoccupation de\njouer un rôle et d'en imposer qui firent la gloire et aussi la\ndétresse du Roi-Soleil.\nMONTRICHARD. Le voilà parti.\nLE GRINCHEUX. Mais oui, moi aussi, je m'emballe. L'opéra\nest intimement lié à tout ce qu'il y a d'excessif dans l'ancien\nrégime ; il restera comme une image vivante de cette monarchie\ncontre laquelle vous hurlez depuis cent ans, à tort ou à raison,\nje n'en sais rien. Est-ce là l'exemple que vous voulez mettre\nsous les yeux du peuple ?\nD'HOUVIENLEVENT. Vous exagérez, mon ami.\nLE GRINCHEUX. Ah bien! nom d'un chien, si j'exagère!..\nVous ne savez donc pas, ô conducteur de peuple, quelle liste\nje pourrais dresser de tous les méfaits de l'opéra, si je voulais\ndéfendre ici les intérêts de la musique populaire. Le règne, le\njoug de la tragédie lyrique a été désastreux pour les tendances\nnatives et naïves de notre art national. Dès le début, dès 1670, la\nconcurrence s'établit implacable, irrésistible. Ce fut un éblouis-\nsement, auquel personne ne résista. A quoi bon chercher\ndavantage, et « phantastiquer » encore, puisque la perfection\nétait désormais devant nous, et que la nature représentée par\nLulli déposait ses secrets aux pieds du plus grand roi du\nmonde? Tout le passé barbarie fut oublié en un instant et dé-\ntruit. Il n'y eut plus qu'un style dans la musique française, il\nn'y eut plus qu'une ambition parmi nos musiciens, il n'y eut\nplus...\nEDITH. Et les querelles, les polémiques, les guerres de\nplume livrées autour de cet opéra ? Il me semble qu'elles prouvent"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.6", "texte": "380\nLE MERCURE MUSICAL\n\nbien qu'il y eut du tirage aussi. Tout n'a pas marché comme\nvous le dites ; vous arrangez l'histoire à votre mode. La résis-\ntance a été longue. Le coup de de l'opéra, je n'y crois pas,\nmoi.\nD'H OUVIENLEVENT. Et cette résistance fut féconde. Sou-\nvenez-vous de Beaumarchais, de Saint-Evremont, et surtout\nde cet immortel Jean-Jacques qui prit en main la cause de la\nraison, et montra tout le parti que le sentiment naïf de la\nnature pouvait tirer de la musique de scène. Rousseau fut un\ngrand précurseur, sa voix...\nMONTRICHARD. [Bâille bruyamm\nD'HOUVIENLEVENT. [lnsistant.)Oui, ces querelles furent\nfécondes, et bienfaisantes pour la pensée populaire, qui som-\nmeillait encore, retenue par la tyrannie. Si bien que cet opéra,\ndont vous faites le procès, a contribué à l'émancipation de la\nconscience démocratique. Saluons en lui un instrument mo-\ndeste du grand mouvement de libération qui vint couronner\nles efforts du xvme siècle.\nLE GRINCHEUX. Ça c'est du bon sophisme. A qui fera-t-on\ncroire que les Lullistes, Ramistes, bouffonistes, Gluckistes\naient jamais songé un instant au peuple et à son art ? Les uns\nluttaient pour un système, les autres défendaient une habitude,\nune préférence nationale ; les plus sincères s'en tenaient à la\nvolupté de l'oreille. Dans tout cela, pas la moindre pensée dé-\nmocratique. Et puis, qu'est-ce que prouvent au fond toutes ces\nluttes, sinon l'antipathie involontaire, instinctive du public\nfrançais contre l'opéra ? L'accumulation de ces libelles si vains,\net remplis de raisonnements oiseux, qui n'aboutissent à rien,\nqui n'atteignent jamais le fond des choses, qui s'épuisent à des\nmesquineries, n'est-ce point le signe de l'existence factice que\nl'opéra a toujours menée chez nous ?\nJamais il n'a pu prendre de fortes racines dans notre pays.\nQuel rapport y a-t-il entre les solennités presque religieuses de\nla tragédie athénienne et les représentations du Palais-Royal,\nentre le chœur grec et-les filles d'opéra ?Le peuple ne s'y est\npas trompé, et jusqu'à nos jours encore vous trouverez dans les\nclasses moyennes une prévention secrète contre tout ce qui\ntouche à ces mauvais lieux. On y va, tout en les méprisant,\nparce qu'on sent bien que c'est un amusement, un luxe, de la\nblague en un mot. Et au xvme siècle ces sentiments étaient\nencore bien plus forts que maintenant.\nEDITH. Mais voyons, je ne vous comprends plus ; tout à\nl'heure vous prétendiez que l'opéra avait tout absorbé, et voilà\nque vous lui enlevez toute importance.\nLE GRINCHEUX. —Je ne me contredis pas. L'opéra a été un"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.7", "texte": "DIALOGUES D'ÉTÉ\n381\n\nexploiteur, un accapareur, parce que son sort était lié aux classes\nque vous appelez capitalistes ; et pour les mêmes raisons il n'a\njamais pénétré dans le peuple. Comment s'en étonner ? C'est\nprécisément son privilège, son monopole qui fut fatal à la\nmusique populaire. Celle-ci, bannie des hautes régions de\nl'art lyrique, dut se contenter des genres inférieurs. La chan-\nson et la danse furent ses refuges. Elle s'y montra singuliè-\nrement active, il faut l'avouer. Mais toute cette activité fut\nrigoureusement maintenue au-dessous du niveau moyen. Le\ncourant populaire, ayant trouvé tout à coup son chemin obstrué,\ns'étendit et perdit en hauteur ce qu'il gagnait en surface. Con-\ndamnés au superficiel, exilés dans le médiocre, les genres s'étio-\nlèrent, tombèrent aux mains de l'ineptie sentimentale et devin-\nrent la proie des instincts les moins relevés. Rappelez-vous le\nvieux vaudeville du xvi* siècle, les danses « hautes et basses »,\nla « canzone francese »! Tout cela aboutit au café-concert. Tan-\ndis que des hommes comme le grand Rameau épuisaient leur\ngénie à soutenir l'opéra, nos voisins créaient le la\nla symphonie ; leurs mélodies libres de s'idéaliser, de s'amplifier\nà l'aise, produisaient des œuvres complexes, vivantes et qui ne\ncessaient point d'être profondément populaires. Sébastien Bach\nest contemporain de l'abbé Pellegrin, l'auteur des\ndes airs tirés des plus beaux opéras. Et les Germains don-\nnaient avec Mozart et Beethoven un exemple impérissable de\nvitalité lyrique, alors que nous discutions sur les mérites com-\nparés de l'Autrichien Gluck et de l'ltalien Piccini. Voilà où nous\na conduits l'opéra !\nMONTRICHARD. On se croirait au Collège de France.\nLE GRINCHEUX. C'est votre faute ; pourquoi me poussez-\nvous ? J'en aurais pour huit jours, si je voulais réfuter notre dé-\nmagogue. Encore un exemple. Ne voyez-vous pas que l'opéra\ndépérit depuis 5o ans ?\nD'HOUVIENLEVENT. Hé bien ?\nLE GRINCHEUX. Hé bien, c'est une preuve de plus en ma\nfaveur.\nL'opéra ne prospère plus en France. Il se maintient par des\nsubventions, parla force acquise, et grâce à Wagner, qui vou-\nlait le détruire. Il reste stationnaire, vous ne direz pas le con-\ntraire. Ses chanteurs sont mornes à côté des virtuoses d'antan ;\nson public manque d'enthousiasme, et ses maestri, empêtrés dans\nles plus savantes besognes, n'ont plus même la désinvolture d'un\nRossini, ou l'air dégagé d'Auber.\nIl semble que la composition, la représentation et l'audition\nd'un opéra soient devenues quelque chose de redoutable pour\ntout le monde. Des musiciens si à leur aise dans d'autres ré-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.8", "texte": "382\nLE MERCURE MUSICAL\n\ngions musicales font mauvaise figure dès qu'ils entrent ici. Ils\nme rappellent Peer Gyntluttant contre le\nPourquoi ce malaise ? Pourquoi cet arrêt au moment même où\nnotre musique française d'orchestre, de chambre, de piano,\nd'église se reprend à vivre et à respirer librement ? Tout sim-\nplement parce que l'influence de ce fameux devient de\nplus en plus sensible. Mille causes sociales, que M. d'Houvien-\nlevent vous énumérera mieux que moi, nous ont fait perdre le\ngoût de cette seconde nature dont le Français tira si longtemps\nvanité, comme d'un jeu subtil et précieux. « C'est fini de rire »,\ndisait déjà Napoléon. Nous pourrions ajouter : C'est fini de\njouer la comédie et l'opéra. La Cour a disparu, la ville est\ninquiète. La galanterie est devenue féroce. La mascarade ne se\nsoutient plus même en temps de carnaval. Nous avons perdu\nle sens du gala. Et notre décor d'opéra pend lamentable et\ndémodé. Nos préoccupations sont ailleurs. Je n'apprécie pas, je\nconstate. Et je conclus : la prospérité de l'opéra est en raison\ninverse de la prospérité de ce que vous appelez le populaire.\nD'HOUVIENLEVENT. —■ Il y a du vrai dans ce que vous venez de\ndire. Et pourtant le peuple réclame un théâtre lyrique.\nLE GRINCHEUX. Oui, mais ce ne sera pas l'opéra ; puis-\nqu'entre peuple et opéra il y a un antagonisme radical.\nD'HOUVIENLEVENT. Qu'importe ! pourvu que ça soit\nlaire !\nLE GRINCHEUX. Alors!...\n{Quelques minutes de silence pendant Mme\nchard, assoupie, se réveille.)\nMmeMoNTRicHARD. Je crois qu'il est l'heure d'aller se cou-\ncher. Nous reprendrons cela une autre fois.\nD'HOUVIENLEVENT. Oui, et je vous amènerai mon ami\nWolff, de l'Université populaire du xxe, pour vous confondre.\n(Exeunt omnes.)\n\nJean Leroux."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.9", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\n« Oui, dit un jour le spectateur indifférent au mélomane éclec-\ntique, la musique est en cela supérieure aux autres arts que par\nelle on peut s'exprimer entièrement : on peut tout dire, crier ses\njoies, ses souffrances, toutes les sensations qui sont au delà de\nla parole humaine. Et ceux qui écoutent comprennent peu ou\npas ou de travers, tout en ayant des émotions louables, quelque-\nfois même analogues, peut-être, à celles de l'auteur. C'est\ncomme si l'on se promenait nu mais invisible sur la place de la\nConcorde ; c'est Phryné devant des juges aveugles ; c'est le\nsecret qu'on publie exultant et que personne n'entend. La mu-\nsique est une Tarnkappe qu'on met pour tout dire.\nTout cela c'est pour celui qui se déverse là-dedans, mais pour\ncelui qui écoute c'est autre chose. Je suis, pour ma part,\nsi désabusé de la musique, que l'une me vaut l'autre, et je les\ntrouve également bonnes ; en cela je vous ressemble.\nEn effet, répondit le mélomane, toutes les musiques sont\nbelles, et c'est immoral de n'aimer qu'une chose au détriment\ndes autres. Dans chaque musique l'auteur a parlé à sa façon,\ns'est exprimé à sa manière, s'est laissé aller dans son langage.\nIls sont donc également sincères, et leur musique est également\nbelle,même si elle ne convient pas à votre état d'âme, en admet-\ntant que cet état soit permanent.\nVous avez raison dans tout cela,reprit le spectateur ; mais\ncependant il peut y avoir une musique supérieure à d'autres ;\nen parlant, une personne s'exprimera mieux que telle autre : de\nmême en musique.\nIl faut des musiques journalières, dit le mélomane, et non\npas seulement des musiques du dimanche. Il faut des sensa-\ntions qui correspondent àla vie de tous les jours, sans cela les\njours de fête ne ressortiraient plus. Nous ne pouvons mener\ntout le temps des conversations transcendantes, il faut un peu\nde bagou pour se reposer l'esprit. Nous nous fatiguerions de ne\nmanger que des mets très raffinés : ils sont rehaussés par la\ncuisine saine et simple qui est notre ordinaire.\nC'est vrai, dit le spectateur souriant, vous autres humains"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.10", "texte": "384\nLE MERCURE MUSICAL\n\nn'aimez pas regarder le soleil ; vous préférez la lune qui n'en a\nque le reflet.\nCependant, reprit le mélomane, il y a de la musique qui\nm'ennuie bien aussi.\nJe crois la connaître ; c'est ce que j'appellerai de la musi-\nque-repoussoir, car après un morceau de ce genre le suivant pa-\nraît divin, ne fût-il que médiocre. Il en faut à cause de cela, de\ncette musique en bois où l'exécutant s'escrime, devient de plus\nen plus rouge jusqu'à la fin. Pas d'autre résultat. C'est\ncomme l'orange qu'on mange après la saison ; on a beau mâ-\ncher, pas une goutte de jus, mais beaucoup de matière qu'on\nvoudrait cracher. Heureusement, du reste, on le peut. Mais\ncomment nos oreilles cracheront-elles jamais cette musique\nd'apothicaire ?\nApothicaire ?\nOui, c'est-à-dire de la musique faite d'après une recette ;\ncar pour moi il y a deux espèces de compositeurs : les créateurs\net les apothicaires, ou bien encore les compositeurs et les recom-\npositeurs. Ceux-ci combinent des formules comme ils ont ap-\npris à le faire ; ils recomposent selon des théories ce qu'ils ont\ndécomposé chez les autres. Ils ont vu comment cela se fait, mais\nil manque le souffle de vie. Tandis que les premiers se moquent\nde ce qu'ont pu penser d'autres avant eux ; avant de pouvoir\nbégayer ils s'élancent après leur pensée, et même lorsqu'ils la\ntiennent ils s'en rendent à peine compte. Et c'est pourquoi les\ngrands hommes souvent n'ont pas compris leur propre œuvre,\nn'ont pas vu tout ce qu'elle contenait,parce que leur génie parlait\nà travers eux. Ainsi Gœthe ne comprit pas bien son 2e et\ndans les œuvres des grands hommes l'on trouve à leur insu la\nlogique, la perfection, la profondeur, une source de richesses à\nlaquelle peuvent puiser indéfiniment les successeurs. Et il est\nvraiment admirable de voir qu'une œuvre moins préméditée\nqu'une autre présentera souvent moins de défaillances.\nMoi, dit le mélomane, ]e ne me lance pas dans la critique\net la dissection. Je reste étranger à toutes les controverses sur\nla musique. Elle doit plaire comme une jolie femme, et peu\nimporte que ses traits soient réguliers. Peu importe aussi que\nl'écriture en soit horizontale ou verticale, logique, et cœtera.\nIl n'y a pas de logique en musique, dit le spectateur ; elle\nest essentiellement arbitraire ; il n'y a pas de raison pour que\nson écriture soit plutôt harmonique que polyphonique. Il n'y a\npas de lois physiques, ou, s'il y en a, elles seraient si peu nom-\nbreuses que l'on se bornerait à un enchaînement de dominantes.\nTout changement d'accord, modulation, etc., serait infraction\naux lois. Quant à l'enchaînement des notes d'une mélodie, il ne"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.11", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n385\n\npeut y avoir de loi, pas plus physique qu'esthétique. S'il y avait\nune logique dans la musique, on ne pourrait pas, comme Bee-\nthoven, commencer une mélodie par un instrument et la conti-\nnuer par un autre; ou bien commencer un thème dans une partie,\nle terminer dans une autre ; ou bien encore alterner des sonorités\nsans raison précise. Il faudrait alors s'en tenir à des registra-\ntions fixes, comme le fait Monteverdi. Les mots d'une phrase\nconcourent à former un sens, mais la musique n'a pas de sens ;\nelle est le reflet d'une impression oubliée. Evidemment le com-\npositeur doit posséder tous les moyens et toute l'habileté pos-\nsibles pour essayer de traduire ce vague souvenir. Il y aurait\nplus de logique dans le rythme, car c'est un bruit pouvant venir\nd'un mouvement aboutissant à quelque chose, par exemple le\ntic-tac d'une montre.\nDonnez-moi n'importe quelle mélodie sur un joli rythme de\n6/8, et je préférerai cela à la plus belle mélodie sur un agonisant\nlargo 4/4.\nQue vouliez-vous dire, lorsque vous parliez d'un souvenir\nou d'une impression oubliée ? interrogea le mélomane.\nVoici : Nous avons imaginé la musique, donc la musique\nexiste, mais je ne puis admettre que ce soit dans un tel état\nd'imperfection. Vous aurez entendu parler de la musique des\nsphères ! Qui vous dit que ce n'est pas là la musique que nous\ncherchons, que nous devinons, que nous essayons de ressaisir\navec une intuition désespérée ? Je crois l'entendre encore cette\nmusique dont le son ne produit aucune manifestation physique.\nElle est simultanée ; on l'entend tout à la fois comme si l'on\nétait dans un globe de cristal ou d'eau et qu'on en subît toute\nla radiation. Elle est une, on ne l'entend pas à l'aide de la mé-\nmoire, elle est. C'est le limpide son existant par lui-même,\nradieux dans sa puissante, complexe loi, renfermant la sensation\nmusicale complète et unique. Et voilà pourquoi la musique est\nsupérieure aux autres arts qui sont ou furent utilitaires, c'est\nqu'elle est inutile et divine. »\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.12", "texte": "L’ANOBLISSEMENT D'UN MUSICIEN\nSOUS LOUIS XV\n\nLe sceptre de roseau que Lully brandissait impérieusement\nau-dessus de sa phalange instrumentale avait attiré sur le\nfougueux surintendant l'abondante manne des faveurs royales.\nAussi bien, ce bâton de chef d'orchestre valait un bâton de\nmaréchal, et ne pouvait-on mieux récompenser celui qui le\nportait qu'en lui décernant des lettres de noblesse. Se confor-\nmant à l'exemple donné par son arrière-grand-père, Louis XV\ntint à honneur de s'affirmer le premier des Mécènes du royaume ;\non s'en aperçoit bien en parcourant la longue, la très longue\nliste des pensions que la Maison du Roi allouait aux artistes,\net en particulier, aux « ordinaires » de la musique ; mais de\nloin en loin, le roi pimentait l'allocation de la « matérielle »\nd'une distinction que ni l'ostentation des grands ni la fastueuse\ngénérosité des traitantsn'étaient susceptibles d'octroyer, distinc-\ntion d'autant plus appréciée qu'on l'accordait plus rarement.\nAux espèces trébuchantes et sonnantes, il ajoutait un titre de\nnoblesse : « Le privilège de la noblesse, lit-on dans les Lettres\npatentes d'anoblissement, a toujours été regardé parles Rois\ncomme la marque la plus précieuse de leur estime et la plus\ndigne récompense qu'ils puissent accorder à ceux de leurs\nsujets qui se sont distingués par leur zèle et leur fidélité pour\nleur service, mais aussi par des talents supérieurs dans les\nArts, et il n'est point, en effet, de moyen plus capable d'exciter\nà la vertu, d'élever le cœur et les sentiments que d'accorder à\nceux qui se distinguent dans les Arts des récompenses qui se\ntransmettent à leur postérité (1). »\nNous avons un exemple de l'application de ce principe dans\nl'anoblissement de François Francœur. En 1764, François\nFrancœur était directeur de l'Académie royale de musique, de\n\n(i) Lettres de noblesse pour le Sr F. Francœur. Bibl. nat. Cabinet\ndes titres. Nouveau d'Hosier, 144. On peut aussi consulter des lettres ana-\nlogues pour le Sr Rebel, Nouveau d'Hosier, 280."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.13", "texte": "L'ANOBLISSEMENT D'UN MUSICIEN SOUS LOUIS XV\n387\n\nconcert avec son inséparable compagnon, François Rebel ;\ndepuis 7 ans il gouvernait, non sans mérite et sans peine, cette\ntuibulente république, en même temps qu'il occupait, comme\nsuccesseur de Collin de Blamont, la charge de surintendant\nde la musique du roi. G était donc un musicien officiel, un\nfonctionnaiie impoitant, que plus de trente ans de services (il\nétait entie aux 24 violons en octobre 1730, en remplacement\ndun violoniste célèbre, Jean-Baptiste Sénallié) désignaient\nà la bienveillance du souverain ; celui-ci, qui déjà avait anobli\nFiançois Rebel (mai 1760), ne pouvait que se montrer aussi\ngénéreux à l'égard de son fidèle associé; en mai 1764, il\ndécernait à François Francœur des Lettres de noblesse, et de\nla sorte Reoel et IH rancœur, ces freres siamois de la musique\ndont toute l'existence ne fut qu'un long duo d'amitié et qui\nrééditèrent au xvme siècle la constance d'Oreste et de Pylade,\nne se quittèrent point à l'honneur, après avoir été ensemble à\nla peine.\nLes lettres patentes délivrées par Louis XV à l'occasion de\n1 anoblissement de François Francœur ne visent pas seulement\nles services rendus par le bénéficiaire de la mesure royale, le zèle,\net les « grands talents » qu'il a fait paraître, l'application suivie\navec laquelle il a rempli les diverses charges qui lui incom-\nbèrent ; elles rappellent encore les services rendus au feu roi\npar le père de François, par le vieux Joseph Francœur, entré\naux 24 violons en remplacement de Simon de Saint-Père,\nle 2 mars 1706, musicien qui laissa le souvenir d'un artiste\nconsciencieux mais peu brillant. En la personne de François,\non récompensait ainsi toute la famille Francœur, y compris\nLouis, l'aîné, entré en 1710 a la musique royale, et auteur de\n2 livres de Sonates de violon et basse continue, publiés en\n1715 et 172(5.\n_ Une curieuse pièce de la belle collection de M. Ecorcheville\nvient, à l'appui de ces lettres patentes, nous renseigner sur les\narmoiries attribuées à Francœur par le juge d'armes de la\nnoblesse de France, armoiries dont elle donne la description\net le dessin colorié. C'est le Règlement d'armoiries pour le sieur\nFrançois Francœur, surintendant\nséquence de ses Lettres d'annoblisseme\nprésente année mil sept cent soixante-quat(l).\nLouis-Pierre d'Hozier, Chevalier, Juge d'Armes de la Noblesse de\nFrance, Conseiller du Roy en ses Conseils, etc...\nAprès avoir vu des Lettres patentes en forme de Charte données à\n\n(1) Ce « Règlement » est établi sur parchemin; il porte en haut et en\nmarge : Francœur. Paris. Juin 1764."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.14", "texte": "388\nLE MERCURE MUSICAL\n\nVersailles au mois de May de la présente année mil sept cent soixante-\nquatre ; ces Lettres signées Louis., et sur le repli : parle Roy Phelypeaux,\npar lesquelles Sa Majesté annoblit le Sr François Francœur, Surintendant\nde sa Musique ; ensemble ses enfants, Postérité et Descendants mâles et\nfemelles, nés et à naître en légitime mariage.\nNous, en exécution de la clause contenue dans lesdittes Lettres, qui per-\nmet audit Sr\nFrancœur et à\nses Enfans et\npostérité de por-\nter des armoi-\nries timbrées,\ntelles qu'elles\nseront réglées\net blazonnées\npar nous com-\nme Juge d'Ar-\nmes de la No-\nblesse de Fran-\nce, ainsi qu'el-\nles seront pein-\ntes et figurées\ndans lesdittes\nLettres aux-\nquelles notre\nacte de Règle-\nment sera atta-\nché sous le con-\ntre-sceau de la\nChancellerie,\navons réglépour\nses Armoiries un Ecu coupé le Chef d'or à un cœur de Gueules, et la pointe\nd'Azur à une Bonnefoi d*Argent posée en fasce : cet Ecu timbre d'un casque\nde profil orné de ses Lambrequins d'Or, d'Apir, d'Argent et de Gueules. Et,\nafin que le présent Règlement que nous avons compris dans les Registres\nde ceux qu'il plaît au Roy d'annoblir puisse servir audit Sr François\nFrancœur et à ses Enfants et postérité, nés et à naître en Légitime mariage,\ntant qu'il vivront noblement et ne feront aucun acte de dérogeance, nous\nl'avons signé et nous y avons fait mettre l'empreinte du sceau de nos\nArmes à Paris, le Samedy, deuxième jour du mois de Juin de l 1 an mil\nsept cent soixante quatre.\nSigné D'HOZIER (I),\nD'Hozier signe ce règlement de sa haute écriture très trem-\nblée.\nFrançois Francœur ne put, et pour cause, faire « peindre,\ngraver et insculpter, si elles ne le sont déjà, en tels endroits de\nses Maisons, Terres et Seigneuries que bon lui semblera », les\narmoiries blasonnées par d'Hozier; mais comme, à défaut de\ndonjon, il possédait une bibliothèque, il se contenta, ce qui était\n\n(i) Le sceau a été enlevé ; ces armoiries sont peintes avec le plus grand\nsoin ; nous en donnons ici une reproduction en noir."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.15", "texte": "L'ANOBLISSEMENT D'UN XMUSICIEN SOUS LOUIS XV\n389\n\nassurément plus modeste, d'en orner son « ex-libris ». C'est\nainsi que plusieurs volumes de la Bibliothèque de l'Opéra\nprovenant de celle du musicien, et notamment YHistoire de\nl'Opéra de Durey de Noinville, portent le cœur de gueules et\nla bonne foi d'argent en lesquels l'imagination de d'Hozier\ns'était complu à transposer le nom de Francœur.\nLa faveur que le roi accordait à Francœur méritait du reste\ntoute approbation, car, outre la collaboration que le nouvel\nanobli avait apportée à Rebel pour la composition des nom-\nbreuses œuvres lyriques signées de ces deux auteurs (Pyrame\net Thisbé, Tarsis et Zélie, Scanderbe\nLes Augustales, Ismène, Zélindor, etc.), Francœur avait écrit\ndans sa jeunesse des Sonates de violon (1720) auxquelles une\ngrâce toute juvénile jointe à une parfaite élégance et à une\nsolide construction assurent des qualités de premier rang.\nRemarquons, en terminant, que les deux frères Francœur,\nLouis (l'aîné) et François (le cadet), ont été fréquemment con-\nfondus par les historiens ; nous reviendrons quelque jour sur\nces intéressants musiciens.\n\nLionel de la Laurencie."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.16", "texte": "TROIS CHANSONS SARLADAISES\n\nQuelques vieilles chansons, plus ou moins défigurées, courent\nencore le guilledou à travers les campagnes de Périgueux, de\nRibérac ou de Nontron; mais c'est dans le Bergeracois et sur-\ntout dans le Sarladais qu'on peut cueillir ces savoureuses\nlégendes, dont l'origine se perd dans la nuit des temps.\nLà; dans ces coins ignorés, à l'ombre des chênes verts, sous\nles toits de pierre brune, elles gardent la sève vivace du terroir.\nMais tout de même il faut se hâter, car les vieux airs meurent\navec les vieilles gens. Il n'y a plus guère, en effet, que les têtes\nchenues à se souvenir du passé.\nParmi les thèmes populaires toujours en honneur, il faut\nciter les légendes de la Passion, du Mauvais Riche et de Jésus\nperdu et recouvré.\nLA PASSION DE JÉSUS-CHRIST.\nElle a laissé des traces dans beaucoup décantons delaDordo-\ngne : à Saint-Cyprien, außugue,à Salignac.à Belvès, à Domme,\nàThenon, àHautefort, à Excideuil, etc., et jusque dans la bonne\nville de Périgueux, où, la veille du nouvel an, on entend nasil-\nler la Passion déguisée en GuillaMême en plusieurs en-\ndroits, le Jeudi et le Vendredi saints, les garçons, voire les filles,\ns'en vont de porte en porte quémander les œufs en retour du\nchant de la Passion.Notre version est peut-être moins connue\ndans le Périgord que celle qui commence ainsi :\nLa passion de Jésus-Christ\nN'ey tan tristo, doulanto !\nmais, comme on va le constater, elle ne manque pas de charme.\nElle a des points de ressemblance avec l'air\nSuivons, chrétiens, sur le Calvaire,\nque l'on attribue à Campra (1660-1744)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.17", "texte": "TROIS CHANSONS SARLADAISES\n391\n\nPatois de Castels, près Saint-Cyprien (Dordogne).\nTEXTE PÉRIGOURDIN.\nB.\nCu nou lo shat e non Vopràn,\nLo passho bien pu\nB.\nLo passhion cle Zièju-Cri\nEs tan trisf e doulanto !\nA.\nL'on courounà, l'on flotzelà,\nDobàn Pilato l'on\nA.\nCan dobàn Pilato e-j-ehstà,\nElà ! moun Dïu, lo gran piotà !\nA.\nElà ! moun Diu, l\nDe beyre un Dïu do kel esta !\nB.\nSho bouno mèro be\nTouto trisf e doulanto :\nA.\n« Moun fil Tsièjù,\nBou-j-atzoun mi do ? »\nTRADUCTION RYTHMIQUE (I ).\nB.\nQui ne la sait et ne l'apprend,\nLa passe bien plus grande.\nB.\nLa passion de Jésus-Christ\nEst tant triste et dolente !\nA.\nL'ont couronné, l'ont flagellé,\nDevant Pilate l'ont mené.\nA.\nQuand devant Pilate a été,\nHélas ! mon Dieu, la grand pitié !\nA.\nHélas ! mon Dieu, la grand pitié\nDe voir un Dieu dans cet état !\nB.\nSa bonne mère vient de là\nToute triste et dolente :\nA.\n« Mon fils Jésus, qu'avez-vous fait\nQu'on vous ait mis dans cet état ? »\n\n(i) Les traductions rythmiques du texte périgourdin peuvent s'appliquer\nà la musique originale.\nLa langue périgourdine est écrite d'après le système purement phoné-\ntique. L'accent tonique ne se marque pas sur l'avant-dernière syllabe :\nplacé sur la dernière, il se marque par l'accent aigu ou grave, suivant le\nbesoin. Les diphtongues oou, aou, se marquent ainsi :\nèu, iu, Gnfrançais s'écrit nli (Segnor Le chuintement se\nmarque par sh: Eyshi (ici), prononcez entre eychi et eysi."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.18", "texte": "392\nLE MERCURE MUSICAL\n\nA.\n« Nou purehs, mèro, nou purè\nDe tan de mal ke me betsè.\nA.\n« Me betsè biu, me beyrè mor,\nTournorày biu oprè mo mor :\nA.\n« Los estèlo col cel sevon,\nDel cel en terro tounborôn :\nA.\n« Ne tounborôn de douo-j-en douo\nCoumo fay lo felho peu bô :\nA.\n« Ne tounboron de sie-j-en sie\nCoumo lopero ol periè (1). »\nA.\n« Ne pleurez, mère, ne pleurez\nDe tant de mal que me voyez.\nA.\n« Me voyez vif, me verrez mort,\nReviendrai vif après ma mort :\nA.\n« Les étoiles qu'au ciel seront\nDu ciel en terre tomberont :\nA.\n« Et tomberont de deux en deux,\nComme fait la feuille des bois :\nA.\n« Et tomberont de six en six\nGomme la poire du poirier. »\nLA LÉGENDE DU MAUVAIS RICHE.\nL'une des plus populaires au moyen âge. Les cloîtres de Ca-\ndouin l'ont immortalisée : il y a là tout un poème dans une co-\nlonne. A cette époque-là les pierres elles-mêmes chantaient. A\nleur tour, les divines légendes pénétraient dans les chaumières\net se transmettaient de génération en génération. Cette chanson\nest encore usitée au Bugue, à Saint-Cyprien, à Belvès, etc. On\nremarquera la tournure antique du dialogue : ces répétitions\npériodiques, à la façon delà Bible et d'Homère, cette persis-\ntance à placer l'article devant le vocatif, ces expressions suran-\nnées, tout cela dénote une époque probablement reculée.\nRemarquez aussi la mélodie avec son naturel bien accusé.\nN'affirmons rien de peur d'hérésie : mais ne serait-ce point un\nvestige du mode hypomixolydien ?\nBelvès (Dordogne).\nTEXTE PÉRIGOURDIN.\n<( Ke plondzè-bou, lou Shenho,\nKeplondzê-bou-j-oné ? »\nTRADUCTION RYTHMIQUE.\n« Que plaignez-vous, ô Maître,\nQue plaignez-vous, meshui ? »\n\n(i) Cette complainte comporte deux belles variantes,, indiquées par A et\nB. Voir les Vieilles chansons patoises du Périgord (102 à 109. 113)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.19", "texte": "TROIS CHANSONS SARLADAISES\n393\n\n« You ne plandze luy pàure\nKe mouriràn de fan. »\n« Non farànpa, lou Shenho :\nEntre ritse viuràn. »\nAT oponho pa metz' ouro,\nLou pàure bay passhà,\n0 lo porto del ritse\nS'hen bay shercà shoun po :\n« Fojè-m'un pàu d'ormoyno,\nLou ritse, si '(m p/è. »\n« Bay-t-en, bay-t-en, lou pàure,\nEyshi tu rioura rien :\n« S/u dobali Vehscalo,\nTe coumetrày mouy chien. »\nIVoz/ tardo pa mete' oziro,\nLou ritse bay mourï :\nS'hen bay de port' en porto,\nPorto del Porodï :\n« Ogayto tu, S/ien Pierre,\nCu-j-oco' nperokï. »\n« Lou Shenho, coy /oi£ ritse :\nDomando Porodï. »\n<( Digho-li tu, Shen Pierre,\nS'ho fay sho ke y'ay dî :\n« S/*o /ay Vormoyno ol pàure,\nSho revesti loy nû :\n« S'esta beyre molàude,\nLour opourtà sholù :\n« S'es es£àf o Zo messo\nLou moti tou dedzù. »\n« S/m tzomày torn' ol mounde,\nIVi maj/ doim sÂe?/ bengùt,\n« Forioy Vormoyn' 0/ pàure,\nRebestirioy louy nû,\n« Onirioy 0 lo messo,\nLou moti tou dedzû. »\nNOM tarde pa me*'\nLow pàure bay mourï :\nShen bay de porto en porto,\nTou dret ol Porodï :\n<( Ogayto, s/ien Pierre,\nCu-j-oco' nperoki. »\n—<( Lou Shenho, coy lou pàure :\nDomando Porodï. »\nLE MERCURE MUSICAL\n— « Moi je plains tous les pauvres\nQui vont mourir de faim. »\n— « Ne feront pas, le Maître :\nEntre riches vivront. »\nTarde pas demi-heure,\nLe pauvre va passer,\nA la porte du riche\nS'en va chercher son pain:\n— « Faites un peu d'aumône,\nLe riche, s'il vous plaît. »\n— « Va-t'en, va-t'en, le pauvre,\nIci tu n'auras rien.\n« Si je descends l'échelle,\nTe lâcherai mes chiens. »\nNe tarde demi-heure,\nLe riche va mourir :\nS'en va de porte en porte,\nPorte du Paradis :\n— « Regarde, toi, saint Pierre,\nQui est-ce qui par là. »\n— « Le Seigneur, c'est le riche:\nDemande Paradis ».\n— «Eh ! dis-lui, toi, saint Pierre,\nS'il a fait ce qu'ai dit :\n« Donné l'aumône au pauvre\nEt revêtu les nus,\n« S'il a vu les malades,\nLeur a porté salut :\n« S'il a ouï la messe\nLe matin, bien à jeun. »\n— « Si je reviens au monde,\nEt là d'où suis venu,\n(( Ferais l'aumône au pauvre,\nRevêtirais les nus,\n« Et j'irais à la messe\nLe matin, bien à jeun. »\nNe tarda demi-heure,\nLe pauvre va mourir :\nS'en va de porte en porte,\nTout droit au Paradis :\n— « Regarde, toi, saint Pierne,\nQui est-ce par ici. »\n— « Le Seigneur, c'est le paurre :\nDemande Paradis. »\n\n27"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.20", "texte": "394\nLE MERCURE MUSICAL\n\n« Digho-li tu, shen Pierre,\nKe benghe bis\n« Loy porto shoun\nDempéy didzà moti. »\n« Dis-lui donc, toi, saint Pierre,\nQu'il vienne vite ici.\n« Les portes sont ouvertes\nDepuis jeudi matin. »\nLENFANT JÉSUS PERDU ET RETROUVÉ.\nVoilà encore un thème qu'affectionnaient nos anciens. C'est\nune moissonneuse gémissante d'un haut caractère. A l'époque\ndes moissons, on l'entend encore ricocher d'une colline à l'au-\ntre, par là-bas, du côté de Saint-Cyprien ou de Carlux. Qu'on\nne s'effarouche pas des anachronism.es qui y régnent : ceux-ci\nn'ont jamais embarrassé les inventeurs ou troubadours. Pour\navoir le bonheur de mettre en scène le populaire Jean-Baptiste,\nils ne reculent devant aucune invraisemblance. Ici, la sainte\nVierge et saint Pierre, après bien des recherches infructueuses, fi-\nnissent par retrouver l'Enfant-Jésus, qui prêchait (devinez où ?)...\nà l'autel de Saint-Jean. Dans une autre chanson périgourdine,\nles conteurs ne se gênent pas pour faire figurer saint Jean-Baptiste\naux scènes de la Passion, quoique saint Jean eût depuis long-\ntemps subi la décollation. Mais c'est précisément par ces sur-\nprises naïves que les vieilles chansons nous ravissent d'aise. Il\ny a aussi bien de la saveur dans ces mélodies archaïques, prin-\ncipalement dans celle-ci, qui nous paraît adaptée à la formule\npsalmodique du mode hypophrygien. Goûtez et comparez avec\nles chansons populacières du jour : peut-être remercierez-vous\nle transcripteur.\nSaint-Cyprien, Belvès (Dordogne).\nTEXTE PÉRI GOURDIN.\nLo shento Biertzo\nPuro shoun bel anfàn.\nTRADUCTION RYTHMIQUE.\nLa sainte Vierge pleure,\nPleure son bel enfant."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.21", "texte": "TROIS CHANSONS SARLADAISES\n395\n\nShen Pierre li domando :\n« Biertzo, ke purà tan ? »\n« Ay bien ràjoù she puri,\nAy perdit moun anfàn.\n« En-t-anàn o Voyfrando\nAy perdit moun anfàn. »\n« Nou plures pa tan, Biertzo,\nBelèu lou troubariàn. »\nS'ften de gleytso en gleytso,\ncoubên en coubén :\nLou troboun ke pretsabo\n0 Voutàr de shen Tzan :\nShen Pierre li domando :\n« Shenhoùr, ke pre§à tan ? »\n« Gounbertissi moun puple,\nLouy boun, mai/ /owy moytsàn. »\n« IVow plurehs pu doun} Biertzo,\nBetsè ke l'en troubà. »\nL'on troubà ke pretsabo\n0 Voùtàr de shen Tzan (1).\nSaint Pierre lui demande :\n— « Vierge, que pleurez tant ? »\n— « Ai bien raison, si pleure,\nAi perdu mon enfant.\n« En allant à l'offrande\nAi perdu mon enfant. ».\n— « Ne pleurez pas tant, Vierge,\nPeut-être le joindrons. »\nVont d'église en église\nDe couvent en couvent :\nPrêchant ils le trouvèrent\nA l'autel de Saint-Jean :\nSaint Pierre lui demande :\n~ « Seigneur, que priez tant ? »\n— « Je convertis mon peuple,\nLes bons et les méchants. »\n— « Ne pleurez plus donc, Vi erge :\nVoyez : l'avons trouvé. »\nPrêchant ils le trouvèrent\nA l'autel de Saint-Jean.\n\nAbbé Chaminade.\n\n(I) Voyez les Vieilles chansons pat oises du Périgord, p. n 3."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.22", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nCONSERVATORIANA.\n\nNotre antique et vénérable Conservatoire se révèle décidément comme\nune institution précieuse entre toutes pour la distraction des contemporains\net l'embarras des courriéristes à court de copie. Il n'est jamais trop tard\npour parler encore d'elle, d'autant que son portail vermoulu, bientôt, va\ngrincer sur ses gonds rouillés pour engouffrer toute une armée d'adoles-\ncents pleins d'avenir, et nulle actualité n'apparaît moins banale en ses\napports variés, certes, à souhait. Le transfert des concours publics à la\nsalle Favart a fourni l'occasion d'un petit scandale, dont la lune en avance\nafficha la velléité d'éclipser le soleil avunculaire de celui du dernier Prix\nde Rome. La distribution des billets dévoila chez nos honorables législa-\nteurs un amour effréné de la musique qu'aucun budget des Beaux-Arts\nn'avait laissé soupçonner jusqu'ici par ses largesses. Exigés d'un ministre\nimbu de sa « responsabilité » complexe, 900 tickets furent voués en holo-\ncauste à l'esthétisme inopiné du Parlement que l'Europe nous envie (1).\nLesdits tickets, naturellement, correspondaient aux meilleures places,\nainsi qu'il convient dans une démocratie qui se respecte en la personne des\nélus de son libre choix, si bien que l'accès des baignoires, balcon, orchestre\nou loges, se trouva delà sorte interdit aux privilégiés de la presse musicale\net des spécialistes habitués auxquels échutl'aumône exceptionnelle de quel-\nque modeste carton. Une après-midi de juillet, j'eus l'héroïsme de trans-\npirer durant un bon quart d'heure dans le fournil obscur et surplombant\nde la Troisième Galerie gracieusement accordée au Mercure musical. Mal-\ngré mon dévouement pour nos abonnés, la crainte, évidemment présomp-\ntueuse, de priver à jamais leurs loisirs des trésors douteux de ma prose,\nm'empêcha de braver plus longtemps la congestion, et j'abandonnai lâche-\nment un prochain fanatique, dont la sueur ruisselait sur le cuir des fauteuils\ndans l'atmosphère d'une buée suffocante et de relents municipaux. J'ajou-\nterai, pour mon excuse, que, si on y sentait très fort, on n'y entendait pas\ngrand'chose et on n'y voyait rien du tout. D'ailleurs, hormis quelques\nreprésentants des journaux quotidiens, les musiciens et la critique étaient\npourvus à l'avenant.\nL'aventure, néanmoins, eut certains résultats qu'on ne prévoyait guère»\nNos sénateurs et députés partaient justement en vacances, et bon nombre\nd'entre eux, préférant sans doute Apollon sous les traits de Phébus, distri-\nbuèrent les coupons reçus à leurs parents, amis, connaissances, valets de\n\n(i) Ainsi que nous l'avons établi dans le 15 août, page 311 •"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.23", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n397\n\nchambre ou concierges. Parmi ceux-ci, quelques indifférents s'en débar-\nrassèrent de la même façon ; d'autres, plus ingénieux, les furent porter\nchez tels intermédiaires où chacun, moyennant finance, pouvait s'en pro-\ncurer à des prix abordables, échelonnés selon l'attrait présumé du pro-\ngramme. C'était charmant, comme on voit, et, de tout cela, s'ensuivit la pré-\nsence à l'Opéra-Comique d'un public inaccoutumé, dans l'espèce, du\nmoins, de quoi il s'agissait ; d'un public fortuit ou payant, qui s'associa\nsoudain aux manifestations traditionnelles avec la spontanéité de gens\ndépourvus du plus lointain respect et de toute considération intéressée ou\nobligatoire à l'égard des sommités administratives et conservatoriales. Le\njury passa quelques mauvais moments et dut s'esquiver même, un jour,\nsous la tempête d'interpellations les moins flatteuses qui se puissent rêver.\nJe me garderai de reproduire les épithètes dont furent gratifiés, en parti-\nculier, MM. Adrien Bernheim et Constant d'Estournelles, de qui la compé-\ntence apparut discutée sans précaution la plus infinitésimale. Mais on se\ndemandait depuis longtemps quelle inscrutable cause imposait leur colla-\nboration opiniâtre à des jugements où on n'arrivait pas à découvrir les\nlumières que l'un ou l'autre de ces personnages fût bien capable d'apporter,\net, pour s'être énoncée en termes aussi peu courtois que véhéments, il\nn'est tout de même pas dommage que l'impatiente stupéfaction soit enfin\nparvenue aux oreilles du jury, exprimée par un auditoire plus indépendant\nque celui de la rue Bergère et moins gêné de traduire vertement une\nopinion trop unanime. Ce joli chahut fut sans doute le plus remarquable\nincident de concours dont M. Gaston Carraud a finement noté ici le dange-\nreux cabotinage. Il est peut-être un signe des temps. Notre bon vieux Con-\nservatoire traverse une crise aussi aiguë que sa caducité lui permet d'en\ntrahir les symptômes. Sa carcasse usée tremble la fièvre des lendemains\ninconnus. Aujourd'hui, les palmarès de deux mois proclamés ont rejoint\nleurs aînés en ces limbes d'oubli où leurs pages jaunies tournoient, pour\ns'abîmer, comme des feuilles au vent d'automne ; les lauriers sont coupés\net nous n'aurons plus Dubois, c'est entendu. Mais voici qu'on nous annonce\nbien d'autres choses.\nA la cérémonie d'usage et solennelle de la répartition des récompenses,\nM. le Directeur des Beaux-Arts a prononcé un discours qui dut fleurer\nbigrement le fagot aux orthodoxes naseaux de l'endroit. « A qui se fier,\ngrand dieu des cuistres?» murmuraient vraisemblablement ceux-ci, en\ndressant la longueur d'oreilles frémissantes. Et, dame ! on ne peut pas dire\nautrement, c'est un peu le monde à l'envers. M. Henri Marcel, qui joue du\npiano, paraît-il, institua, à la vérité, les « quatre heures de musique con-\ntemporaine », mais, entre deux inaugurations apologétiques, cet homme\nuniversel et avisé eût peut-être esquissé risette à l'lnstitut en nommant\nM. Lenepveu. M. Dujardin-Beaumetz, qui, dit-on, fait de la peinture, ne\nse contenta point d'élire un grand artiste au délicat génie; en présentant\nM. Gabriel Fauré à ses futurs subordonnés, il osa insinuer que tout\nn'allait pas pour le mieux dans le meilleur des Conservatoires, et suggérer\nquelques réformes, exposées d'une parole amène avec l'autorité, nonob-\nstant, inhérente aux fonctions dont il est investi. Si dorée que fût la pilule,\non en augure l'amertume aux gosiers qui béaient sous la grimace obsé-\nquieuse. Tous se résoudront-ils à l'avaler sans résistance? C'est peu pro-\nbable, et on prévoit quelques prochaines démissions. Mais, chez les plus\nrésignés même, la force d'inertie devient à peu près invincible quand sa\nroutine se double de la parfaite impossibilité de se conduire d'autre ma-\nnière.\nA coup sûr, on ne doit pas ménager les éloges à M. Dujardin-Beaumetz\npour des projets empreints visiblement de la bonne volonté la plus sin-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.24", "texte": "398\nLE MERCURE MUSICAL\n\ncère. S'est-il douté, toutefois, de la teneur réelle du problème qu'il abor-\ndait d'une âme téméraire et bien intentionnée ? En tout cas, il n'a mani-\nfestement pas songé à qui il s'adressait. La question de l'enseignement\nmusical est incertaine, et devient tout à fait troublante, en constatant que\nles grands musiciens furent la plupart autodidactes, ou bien ne se sou-\nmirent à la direction d'un quelconque pédagogue qu'au hasard de brèves,\nparfois tardives et intermittentes études ; enfin, qu'il en est fort peu'\nparmi les plus ou moins illustres, qui soient sortis d'un Conservatoire ou\nd'une école analogue, depuis cent ou cent cinquante ans que ces établis-\nsements se sont répandus en Europe. Mais le génie fut rare à toute\népoque, et, outre que ce n'est pas pour lui qu'on fait des méthodes, on ne\nvoit pafe, à priori, quel dommage il pourrait éprouver, par la suite, d'une\nmeilleure ou superlative qualité de la culture offerte à son jouvenceau pos-\nsesseur, aussi bien qu'aux peu ou prou talentueux condisciples d'icelui.\nC'est cette culture, si possible, achevée, que visait M. le Directeur des Beaux-\nArts en disant, non sans quelque indulgence ou secrète ironie : « Nous\nvoulons qu'au Conservatoire l'éducation musicale soit au niveau de l'ensei-\ngnement... » La pensée de M. Dujardin-Beaumetz a été développée par\nM. Pierre Lalo dans un très remarquable article, où l'éminent critique\nanalysait ainsi qu'il suit la situation actuelle : « ... Le Conservatoire ensei-\ngne à ses élèves leur métier ; il ne leur enseigne pas leur art ; il leur\napprend la composition, le chant, le piano, le violon ou la flûte ; il ne\nleur apprend pas la musique. Les jeunes compositeurs qu'il instruit con-\nnaissent l'harmonie et le contrepoint, savent écrire et orchestrer un mor-\nceau selon les recettes d'aujourd'hui ; ils ignorent comment s'est faite la\nmusique, par quelles acquisitions successives elle s'est constituée telle\nqu'elle est aujourd'hui, quelles formes elle a revêtues à travers la suite des\ntemps;... ils ignorent les œuvres des maîtres, l'histoire et l'évolution de\nleur art;... ils n'ont aucune culture musicale...» Le tableau n'estpas\nengageant, même en passant sur l'indigence pareillement absolue des vio-\nlonistes et autres exécutants de tout genre instrumental, nantis cependant,\neux, d'excellente et technique » ; quant aux classes de chant : « ... Ici, ni\nart, ni métier : c'est complet. »\nNon, le tableau n'est pas flatteur, assurément ; mais M. Lalo ne s'est\npas aperçu qu'en voulant parler des élèves, il faisait le portrait des maîtres,\nlesquels, au surplus, sont généralement d'anciens lauréats de la maison\nou ils professent conformément aux traditions qui leur y furent jadis\ninculquées. A deux ou trois exceptions près, qui tranchent assez crûment\nsur le lot piteux pour qu'il soit superflu d'insister, le personnel de notre\nConservatoire national est photographié, dans ces lignes, avec une exac-\ntitude qui ne pourrait gagner qu'à un surcroît peut-être de sévérité. Il\nfaut avoir eu l'ahurissement de causer musique pendant cinq minutes avec\nquelqu'un de ces messieurs, pour imaginer l'épaisseur de l'obscurantisme\ndont la couche protège leur boîte crânienne contre toute bénévolente\nentreprise ; car l'incontinence de leur inculture n'a d'égale que sa sérénité.\nLes plus curieux, outre le théâtre, fréquentent parfois depuis peu les con-\ncerts, où il leur advient de découvrir l'Amérique. Mais, là ou ailleurs, les\nétonnements ne sont point pour entamer leur superbe. Le passé les sur-\nprend surtout par son ignorance de ce qu'ils savent et enseignent. On\nprépare en l'endroit, paraît-il, un Dictionnaire du Conservatoire qui, s'il\nest imprimé jamais, réserve aux rates de demain le secret de désopilations\ninconnues. Il transpira quelques nouvelles de ce monument d'érudition\nmusicale, du fait, non pas d'un professeur, à vrai dire, mais d'un composi-\nteur diplômé et fort prisé céans, membre agréé de jurys divers, qui vota le\nverdict du récent Prix de Rome, et dont la « savante » collaboration fut"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.25", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n399\n\nrequise aux fins de commenter le xvie siècle dans l'encyclopédie prémé-\nditée. On ouït l'ébahissement dédaigneux du sire, feuilletant, empruntés\npour la circonstance, quelques fascicules « des publications d'un nommé\nExpert », de se trouver en face d'une « musique sans harmonie », tout\nentière « écrite en contrepoint », et, pestant contre la tâche ingrate, déci-\ndant enfin de traiter principalement « des deux auteurs caractéristiques de\ncette époque », à savoir: Hasler (1564-1612) et Dufay (1400-1474). Or,\ncelui qui étalait une telle inconscience, dans l'aveu de son impéritie stupé-\nfaite, se classerait éventuellement parmi les plus estimables de nos fonc-\ntionnaires conservatoriaux, et exprimait, dans sa candeur naïve, l'état\nd'esprit et de culture qui règne au Faubourg-Poissonnière,, sauf infime et\nsusdite exception.\nIl n'y a rien à faire, on s'en convainc trop vite, avec des gens qui se\nfigurent tout savoir pour avoir autrefois décroché quelque couronne ou\naccessit en des examens auprès de quoi le brevet supérieur des demoi-\nselles de seize ans prend l'envergure d'un doctorat. Et c'est ici que le\nportrait peu flatteur, buriné par M. Lalo, apparaît cependant flatté. Le\n« métier » qu'on enseigne et qu'on apprend au Conservatoire n'est qu'un\npatois particulier d'une sorte de volapuk pédagogique, exclusivement usité\nlà ou dans les établissements similaires, et n'ayant rien de commun avec\nl'ensemble et le détail de ce qui, par les productions du génie aussi bien que\nd'un tant soit peu réel talent, compose l'art musical du passé, du présent,\net, espérons-le, de l'avenir. L'harmonie et le contrepoint qu'on y cultive\nconstituent un idiome spécial au lieu, fruit de tradiments puérils, de pres-\ncriptions arbitraires et têtues amendées uniquement par des influences\nlocales ejusdem farinœ, et il en sera ainsi tant qu'on recrutera les profes-\nseurs parmi les anciens élèves et aussi longtemps qu'il y aura des concours.\nComme on s'y évertuait naguère à confectionner une strette et un point-\nd'orgue selon le pseudo-Cherubino-Traité de Fromenthal Halévy, on s'y\nexténua plus tard à fignoler la dissonance au goût poisseux d'un Léo\nDelibes, à caricaturer la fugue à l'instar des exemples de feu M. Dubois\n(Théodore), ou bien à noircir son papier du haut en bas pour plaire à\nM. Lenepveu, dont le cerveau jaloux a horreur du vide, et qui déteste la\nrencontre de portées délaissées dans une partition d'orchestre, parce que:\n« ... Ça ne fait pas bien, tout ce blanc ! » L'enseignement du Conservatoire\ndate et émane de sa fondation à une époque où l'histoire de la musique\nn'existait quasiment pas encore, où non seulement Bach, mais, à bien peu\nprès, tout ce qui l'avait précédé, n'était ni connu ni même publié, où\nMozart, peu répandu, et Haydn, contemporain, ne comptaient pas plus\npour des classiques que bientôt ce fou furieux de Beethoven dont jusqu'en\n1867 (ge édition) Fétis, en son Traité, corrigeait imperturbablement les\nfautes d'harmonie qui déparaient la Pastorale ; et cet enseignement n'a\njamais changé dans son essence. Aux conventions aléatoires ou ineptes du\ndébut, pieusement perpétuées, s'adaptèrent peu à peu des conventions\nadéquates, de quoi le style insipide s'acquiert au moyen d'exercices assez\nmécaniquement saugrenus, dégénérant aisément en habitudes que celui\nqui veut mériter le nom d'artiste doit s'empresser de perdre, s'il peut, dès\nqu'il a son prix dans sa poche. Tout cela, désormais, ne peut plus lui ser-\nvir à rien qui vaille.\nOn conçoit facilement que ceux qui passent leur vie à seriner avec con-\nviction la routine de ce galimatias pédantesque à de successives et irres-\nponsables générations soient peu portés, par nature, à approfondir, dans\nl'oeuvre des maîtres, le développement progressif de leur art à travers les\nsiècles. En eussent-ils le temps ou la fantaisie que cela dépasserait sans\ndoute la portée présumable de méninges volontairement absorbées à des"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.26", "texte": "400\nLE MERCURE MUSICAL\n\noccupations de cet acabit. D'ailleurs, ils n'ont que faire de ce glorieux\npassé pour donner leurs leçons, à moins que d'y chercher le démenti de\ntout ce qu'ils enseignent. Aussi l'ignorent-ils, par défiance, peut-être,\nautant que par inclination quand, par hasard, ils en ont entendu parler,\nmais d'un esprit tranquille et satisfait, conscient de sa supériorté lauréate.\nOn comprend également à quel point la prétention de M. Dujardin-Beau-\nmetz dut abasourdir ces auditeurs, nourris dans le sérail et mieux informés\nde ses tours, détours et alentours. En réalité, dans notre Conservatoire,\n« l'éducation musicale » est « au niveau de l'enseignement ». Elle en\ndécoule comme l'effet de sa cause, et il est trop naturel qu'elle implique\nune quiète ignorance de l'histoire et de l'évolution de l'art sonore relatées\ndans les ouvrages des grands musiciens, puisque, depuis l'origine, l'auto-\nrité et les exemples de ceux-ci furent immuablement exclus d'un enseigne-\nment de four à bachot, où on parut de tout temps redouter de prononcer\nmême leurs noms. Il est trop évident aussi que M. le Directeur des Beaux-\nArts n'eut pas tort, dans le milieu pour qui il discourait, d'éviter l'expression\nemployée par M. Lalo, son exégète, évoquant sans ambages « l'évolution\nde la musique ». Les braves gens eussent mieux compris du chinois, voire\nde Gonfucius. Quant à exiger de ces professeurs, après leur avoir expliqué\nce qui s'entend par là, de l'enseigner à leurs élèves, ce serait leur demander\ntout bonnement de retourner eux-mêmes à l'école, et pour longtemps.\nFussent-ils animés de la bonne volonté la plus inextinguible et suprême,\nils ne seraient pas plus avancés que M. Hillemacher en présence d'un\npsaume de Goudimel, d'une chanson de Lassus ou de Costeley, et non\nmoins candidement interloqués. On ne s'improvise pas une culture,\nlaquelle, au surplus, n'est peut-être jamais, chez quiconque, que l'incon-\nscient résultat d'observations, de connaissances et d'impressions surtout,\namassées peu à peu, lentement assimilées, puis comparées et classées à\nson propre insu. C'est un acquis tout personnel, où l'intuition, une\ninstinctive et avide curiosité ont plus de part que le désir de s'instruire,\net qu'on peut douter qui se reçoive d'autrui par la voie didactique. Il\ndemeure toutefois fort légitime d'en vouloir provoquer le goût chez les\njeunes étudiants ; de leur en fournir, pour le moins, les éléments néces-\nsaires, ce à quoi l'indispensable condition est de les posséder soi-même.\nMais serait-il possible à quelqu'un de les posséder sans que leur influence\nintervînt dans son enseignement, quels qu'en soient la matière et le degré?\nCe sont choses inséparables : l'éducation de l'élève est le reflet de l'en-\nseignement du maître, et l'enseignement du maître est le miroir de sa\nculture. Il semble donc bien que, pour réaliser le vœu de M. le Directeur\ndes Beaux-Arts, il faudrait commencer par changer les professeurs et renou-\nveler notre Conservatoire de fond en comble, à trop peu près ;\nconclusion, d'ailleurs, entrevue naguère par certaine « Commission de\nrefonte », qui s'assembla, discuta durant plusieurs mois, sans aboutir qu'à...\nse dissoudre enfin avec un Ouf ! de soulagement, car l'alerte avait été\nchaude pour les intéressés rétifs à assumer le rôle de suicidés par per-\nsuasion.\nM. Dujardin-Beaumetz ne nourrit point d'aussi âpres desseins, ni si\nvastes. Les clémentes réformes qu'il propose en bon père de famille\ntémoignent avant tout de ses bonnes intentions. D'aucuns prétendent que\nl'enfer, hélas ! en est pavé. Tout dépendra des gens choisis pour les\nexécuter. On ne peut guère qu'applaudir à l'extension du cours de\nM. Bourgault-Ducoudray, encore qu'il y ait plusieurs façons de concevoir\nl'histoire de la musique. Récemment, l'honorable professeur avait pris pour\nsujet l'école russe, ce qui ressemblerait assez bien à enseigner l'histoire de\nFrance en racontant celle du Tonkin. Il y donnait les noms, les dates de"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.27", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n401\n\nnaissance et de décès des compositeurs slaves, y disait leurs emplois, les\ntitres de leurs œuvres et narrait les livrets d'opéras. On avait peut-être le\ndroit d'espérer autre chose du folkloriste distingué qu'on sait épris d'orien-\ntalisme, et, même aussi, du « musicien » qui écrivit telles pages d'un menu\nballet de saveur exotique idoine à laisser regretter Thamara. M. Bourgault-\nDucoudray, néanmoins, apparaît l'un de ceux dont on peut attendre la\nmeilleure des bonnes volontés, et, pour être plus étendu, le programme\nimposé à ses efforts est cependant mieux déterminé désormais. Il s'agit de\nretracer 1 histoire de l'art musical et son évolution, dans un enseignement\nrégulier où l'interprétation des œuvres secondera précieusement la parole.\nMalheureusement, le professeur sera sans doute, et maintes fois, gêné dans\nson nouvel office, s'il est vrai que M. Bourgault-Ducoudray ignore la\nlangue allemande. Malgré le nombre et la qualité des travaux de notre\nmusicographie française, on ne peut guère se dissimuler le désavantage\net les inconvénients d'une lacune aussi considérable dans les ressources\nd'un historien de la musique.\nL'autre réforme, aux allures plus modestes, peut devenir diversement\nsérieuse en ses conséquences, etsembletout d'abord narguer la précédente.\nElle consiste dans l'institution de classes de contrepoint ouvertes aux\nélèves ayant accompli deux années d'études harmoniques. L'harmonie\nayant assez tardivement succédé au contrepoint dans l'évolution musicale,\nla coutume d'enseigner celle-là avant celui-ci, outre que c'est peut-être\nune grave erreur didactique, pourrait passer non sans quelque raison\npour une sorte d'anachronisme historique. Mais il saute aux yeux que le\ncours de M. Bourgault-Ducoudray se trouvera fatalement contredire avec\nobstination la presque unanimité de l'enseignement du Conservatoire,\nqui, spécialement chez les vieux routiers, continuera placidement son petit\nbonhomme de chemin du succès aux concours. Il faut se résigner à bien\nd'autres et plus flagrantes incohérences, inévitable effet des demi-mesures.\nD'ailleurs, il est peut-être assez indifférent que les lois d'une inéluctable\nlogique président peu ou point à l'organisation d'un Conservatoire. Les\nméthodes, au fond, n'ont d'autre valeur que celle du maître qui les appli-\nque. Le danger serait l'avènement, aux chaires annoncées, de sous-\nBruneau, d'aide-Leroux ou de néo-Delibes, doublure et monnaie du trio\nLenepveu-Dubois-Paladilhe, grâce à quoi rien ne saurait empêcher l'avor-\ntement complet de toute et quelconque réforme. Mais, sans menacer de\nrespectables intérêts ni révoquer personne, un personnel hostile ou inca-\npable peut disparaître peu à peu par extinction de ses membres condamnés\ndu fait et de l'épreuve d'une trop longanime expérience. La sollicitude de\nM. le Directeur des Beaux-Arts pour notre musique n'eut jamais si belle\noccasion d'exercer ses bienfaits au Conservatoire. S'il hésite à tout cham-\nbarder, qu'il profite du moins des circonstances favorables, et écarte impi-\ntoyablement des places dont il dispose tous ceux qui bénéficièrent audit\nlieu de l'éducation qu'il déplore, c'est-à-dire, célèbres ou non, toutes les\nnullités sorties de notre Conservatoire ; qu'il soit particulièrement impla-\ncable à l'égard des soi-disant « Maîtres » n'ayant jamais écrit que pour\nle théâtre et encombrant nos scènes subventionnées de leur officieuse ou\nrelationnée camelote. « L'enseignement» ne pourra qu'y gagner et, avec\nlui, la « culture », puisque les deux font la paire. Qu'il se persuade enfin\nque, comme aussi bien les mots, les programmes n'ont de sens que cej,ui\nqu'on leur donne, et ne contiennent que ce qu'y met celui qui les emploie.\nC'est une affaire bien compliquée que de réglementer «l'éducation musi-\ncale » : théories et systèmes resteront toujours discutables ; les meilleurs,\nimparfaits, sinon dangereux par quelque endroit. Tout dépend des édu-\ncateurs, car l'art ne s'apprend pas dans les traités. Tout dépend de l'homme"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.28", "texte": "402\nLE MERCURE MUSICAL\n\nen fonction, et, jusqu'ici du moins, la réforme la plus féconde effectuée\npar M. Dujardin-Beaumetz, et la plus sûrement tutélaire à notre vieux\nConservatoire, est d'en avoir nommé M. Gabriel Fauré directeur.\n\nJean Marnold.\n\nLES SUPERFLUS.\nLouis Laloy.\nJ'ai fait mention récemment (Mercure musical du i 5 août 1905, p. 288)\nde T « universelle incompétence d'un Camille Mauclair ». Ces cinq mots\nm'ont valu en réponse une longue diatribe, où, dans l'excès de sa rage,\nledit polygraphe va jusqu'à me traiter de « professeur ». Je lui serais infini-\nment obligé de me dire où je suis professeur, et de quoi. Je voudrais aussi\nsavoir quelle œuvre d'art, signée du nom qu'il s'est donné, lui confère le\ndroit d'écrire, avec une si risible fierté : a nous autres artistes. »\nCar M. Camille Mauclair, qui se qualifie aussi de ((naïf sentimental», est\nde ceux qui ne plaisantent point avec eux-mêmes : « Que dirait M. Laloy,\nfait-il en se rengorgeant, s'il savait que j'admire Louise et la Vie du Poète\nde mon vieil ami Gustave Charpentier ? » Ce que je dirais ? Mais rien, se-\nlon toute probabilité. Si j'ai cité une fois, et en note, M. Mauclair, c'est\npour signifier que ses multiples opinions m'étaient et me seraient à jamais\nindifférentes. Il peut, Faust indigne detoute damnation, promener à travers\nla science et l'art son impuissante curiosité. Il peut inonder d'une prose\ninsipide Alfred Bruneau ou Alfred Dreyfus, louer le style d'Émile Zola\nou se faire l'exégète de l'impressionisme, donner des conseils à nos\npeintres ou remettre Debussy à sa place, sans que je m'en émeuve au point\nde le contredire. Et je ne suis pas le seul ; lorsqu'il nous affirme que\n« Debussy ne lui en voudra pas » d'aimer Louise et les préludes de YOura-\ngan, je n'ai vraiment aucune peine à le croire.\nNous avons toujours eu, et nous aurons longtemps encore des critiques\nmusicaux et des critiques d'art qui n'entendent rien à la peinture ni àla\nmusique. Autrefois on cachait son ignorance avec un soin et des ruses\ntouchantes ; la mode nouvelle est de s'en vanter, de s'en parer, de s'en pa-\nvoiser. On veut persuader au bon public que moins on connaît un art, et\nplus on s'y connaît, et, comme la joliment dit Y Ouvreuse, « on crie raca sur\nles « pions » assez méprisables pour avoir appris la musique avant d'en par-\nler ». Une race nouvelle de pédants nous est née : les professionnels du\nsentiment naïf et de l'oreille dure. Ils brandissent bien haut leur bannière,\noù s'inscrivent, en rouge aveuglant, ces devises : « Place aux sourds ! » et :\n(( Honte à qui sait distinguer un mi d'un re, ou une quinte d'une tierce, ou\nun violon d'un cor ! » Leur outrecuidance sans bornes et les injures qu'ils\nnous adressent nous contraindront à parler d'eux quelquefois.\n\nTHÉATRE DES ARÈNES DE BÉZIERS\n\nPremière représentation des Hérétiques, opéra en 3 actes, de MM. R. Ferdinand Hérold\net Ch. Levadé.\nCertains hommes incarnent une époque; Simon de Montfortest de ceux-\nlà. Aussi j'écris son nom en tête de ces lignes, afin qu'en l'esprit de chacun"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.29", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n403\n\ns'évoquent les années de tumulte et de sang vécues par le Midi lors de la\nCroisade des Albigeois. C'est en effet un épisode de cette guerre : Prise\net sac de Béziers en 1209 —que M. Hérold a voulu mettre à la scène. On\ncomprend dès lors l'intérêt qui, pour les cités méridionales, s'attachait aux\nreprésentations des Hérétiques, cet ouvrage devant faire revivre une\ndes pages les plus tragiques de leur histoire.\nLa place d'un faubourg de Béziers, avec, par delà les remparts, la ville\ndominée par la cathédrale Saint-Nazaire, tel est le décor très beau\nd'ailleurs— dans lequel vont se dérouler les trois actes de l'œuvre.\nActe I. Malgré les sombres prédictions de l'abbesse Almelys, le peuple\nde Béziers, par des rondes et des chants, manifeste sa joie de vivre. Le\nvicomte Roger l'encourage. Sourd aux prières de Bellissende sa femme et\naux menaces du légat du pape, il refuse de s'humilier devant Rome et n'a\nde regards que pour Daphné, jeune Grecque qui vient d'arriver au milieu\nd'une troupe de jongleurs et de baladins.\nActe IL C'est d'abord Simon de Montfort qui vient annoncer au légat\nque son armée montera demain à l'assaut de la ville ; puis Bellissende\nobtient de faire une dernière tentative pour ramener à Dieu celui que\nmalgré tout elle aime encore. Mais lui ne pense qu'à deviser d'amour avec\nla belle Grecque. Le peuple continue ses réjouissances ; les jongleurs se\nmettent à danser.\nActe 111. L'heure de la bataille est proche. Avant de marcher à l'ennemi\n—et grâce à Daphné Roger se réconcilie avec Bellissende. Il part, mais\nc'est pour revenir bientôt, poursuivi lui et les siens par l'armée innom-\nbrable des Croisés. Ceux-ci pénètrent dans la ville et la saccagent, pen-\ndant que Simon de Montfort tue Roger et que Bellissende se poignarde sur\nle cadavre de son époux.\nTel est, rapidement exposé, le sujet des Hérétiques. Je n'insisterai\npas sur les inexactitudes voulues qu'il contient : Roger tué sous les murs\nde Béziers, alors qu'il mourut prisonnier de Simon de Montfort après la\nprise de Carcassonne ; sa femme dont le vrai nom était Agnès et non\nBellissende. Ce qui me paraît plus grave, c'est que rien dans l'œuvre de\nM. Hérold ne rappelle le midi de la France au xiue siècle. Les provinces\nméditerranéennes avaient alors avec les Maures des rapports fréquents ;\naussi étaient-elles tout imprégnées d'orientalisme. Il eût donc fallu nous\nmontrer l'indolence et la volupté d'Orient sous les traits de quelque\nMauresque au lieu de symboliser en Daphné, la jeune Grecque, une civi-\nlisation complètement disparue. Le titre lui-même ne précise rien, héré-\ntique ne signifiant pas nécessairement Albigeois. Quant au poème propre-\nment dit, nous nous attendions à plus de relief dans les caractères et à\nplus d'émotion dramatique jaillissant du choc des sentiments, au lieu de\ncette action qui se traîne et languit malgré çà et là —de jolis vers trop\nclairsemés.\nJe voudrais n'avoir que du bien à dire de la partition, son auteur étant\ndes plus sympathiques ; mais il faut bien reconnaître que trop rarement\nl'on y rencontre ces accents expressifs, ces trouvailles de rythme et d'har-\nmonie qui font les œuvres originales et fortes. Les passages de douceur\nsont les mieux venus; mais certaines phrases assez tendrement jolies nous\nrappellent par trop que M. Levadé fut élève de Massenet. Moins heureuse-\nment traitées, les scènes de vigueur manquent de mouvement, de chaleur\net de vie, surtout dans le troisième acte, le plus faible de tous. Il ne\ns'agit pas de savoir si nos préférences personnelles vont au drame musical\nmoderne, et àce propos je m'en voudrais de ne pas rappeler la très\nbelle étude de M. Louis Laloy parue ici même, —ou àla forme du vieil\nopéra adoptée par M. Levadé pour ses Hérétiques. Tel quel, cet ouvrage"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.30", "texte": "404\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndonne l'impression d'avoir été hâtivement conçu et trop rapidement écrit ;\naussi faut-il souhaiter que son auteur, dans une prochaine œuvre longue-\nment méditée, mette un peu plus de lui-même et nous révèle un tem-\npérament dramatique que nous avons en vain cherché dans cette première\nœuvre.\nLe public n'a point manifesté le même enthousiasme que pour Déjanire\nou Prométhée. Pas de rappels après chacun des deux premiers actes ; à la\nfin seulement l'habituelle accolade entre organisateur, auteurs et interprètes.\nCeux-ci ont été généralement satisfaisants ; et parmi eux, M. Dufranne,\nl'inoubliable Golaud, nous a donné une belle figure d'homme de guerre.\nGrâce à lui, ce rôle un peu court de Simon de Montfort a pris une gran-\ndeur inattendue, et l'on peut dire qu'il a été le véritable triomphateur de\nla journée. M. V. Duc n'a plus la belle voix sonore tant admirée il y a\nquelques années ; en outre, il a fait du bel adolescent qu'était Roger, vi-\ncomte de Béziers, un reître lourd et, tranchons le mot, commun, sans\ngrand intérêt.\nMmes Harriet Strasy en Bellissende et Charles Mazarin en Daphné ont\nfait admirer deux fort jolies voix, et Mme Charbonnel a réussi à plaire\ndans le rôle ingrat de l'abbesse Almelys. M. Vallier fut un légat inflexi-\nble et M. Jean Valette un Lychas, chef des jongleurs, pittoresque et\nadroit.\nLes chœurs et l'orchestre, conduits par M. Nussy-Verdié, m'ont paru\nmanquer de cohésion ; est-ce le trop petit nombre de répétitions, ou le\nchef d'orchestre qui manquait de l'autorité nécessaire ? Mais, au-dessus\nde tout éloge grâce àM. Belloni qui le régla, et à Mmes Ida Cecchini et\nJulia Antonacci qui, avec leurs compagnes le dansèrent— fut le ballet,\nle très long ballet du second acte. Et c'est là le meilleur souvenir que les\nspectateurs emportèrent de la représentation des Hérétiques, de\nMM. Hérold et Levadé, organisée à Béziers par les soins de M. Castelbon\nde Beauxhostes. Ce n'est vraiment pas assez^\n\nJean Poneigh.\n\nICONOGRAPHIE MUSICALE\n\nDeux nouveaux portraits de Rameau et de Mondonville.\nL'lconographie des musiciens français va s'enrichir de deux pièces\nimportantes. Le musée de la ville de Saint-Quentin vient, en effet, de rece-\nvoir deux oeuvres de La Tour qui, après de singulières vicissitudes, sont\nrentrées au bercail, dans la patrie du célèbre pastelliste. L'une n'est qu'une\nsimple préparation pour un portrait de Rameau ; mais, dans cette esquisse,\nLa Tour a su, avec la sûreté et la puissance qui le caractérisent, fixer\nles traits dominants de son modèle. C'est, en quelque sorte, un Rameau pris\nsur le vif que nous possédons maintenant et qui s'ajoute fort heureu-\nsement à la nombreuse collection des portraits du maître bourguignon.\nDe Mondonville nous connaissions déjà le joli médaillon dessiné par\nGochin et gravé par Saint-Aubin, Le pastel de La Tour nous apporte un\nportrait achevé, la perle de la collection de Saint-Quentin : il est « de tous\npoints excellent », dit M. Thiébault-Sisson dans l'intéressant article qu'il\na consacré aux nouveaux La Tour (i). « Vêtu d'un habit gris bleuté bordé\n\n(i) Le Temps, 17 août 1905."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.31", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n405\n\nd'épais galons d'or, le modèle est assis de profil sur un fauteuil dont le\ndossier amarante s'assortit avec un goût délicat aux notes ardoisées du vête-\nment. Courbé en avant, Mondonville tient de la main gauche, en travers sur\nsa poitrine, un violon dont il doit pincer de la droite les cordes à la façon\nd une guitare. Satisfait sans doute du son donné par l'instrument, il tourne\nvers le spectateur, de trois quarts, un visage à l'expression triomphante. La\nTour n'a jamais fait mieux ni plus large. »\nLes deux portraits que nous signalons furent vendus en 1809 avec\n9 autres pièces de La Tour pour la somme modeste de 582 fr. ! Ils ont été\nlégués au musée de Saint-Quentin par le petit-fils d'un des acheteurs de\n1809, M. Mennechet.\n\nL.de la Laurencie.\n\nÉCHOS\nConnais-toi toi-même. ™ L'ineffable M. Mangeot n'obéit point encore à\nla parole delphique, puisqu'il continue d'écrire, parmi la risée du monde\nmusical tout entier. Les avertissements ne lui sont pas ménagés cepen-\ndant, et il faut un esprit aveuglé par les dieux pour ne point voir des\nsignes aussi manifestes ni entendre d'aussi clairs oracles.\nVoici ce que l'un de nos plus distingués confrères, le Monde Artiste,\nnous faisait lire le 3o juillet dernier (page 494) :\nQuébec. Un Extraordinaire Lanceur Impose D'lneptes Oeuvres Théâtrales\nConsidérablement Ennuyeuses : Musicalité Absente, Niaiserie Générale Et\nObsédants Tapages.\nA quoi le Journal Musical répondait, le ler septembre, par ce télégramme\nplus explicite encore :\nQueensberry. Un Eleveur Londonien, Impose D'lmmenses Oratorios Tels\nQu'Uriah-Elie Chanté Et Mimé Au National. Grossière Erreur, Obscurités,\nTapages.\nIl pleut, comme on voit, des vérités premières. Mais le moyen, qui trou-\nvera jamais le moyen cfe faire comprendre à M. Mangeot le sens, toujours\nmystérieux pour lui, de la phrase la plus simple ?\nLa musique et l'Université. Il fut un temps où un professeur se dra-\npait pudiquement dans sa redingote aux plis de toge, lorsqu'on lui parlait\nmusique ou peinture ; où l'on n'osait laisser tomber, du haut de la chaire\ncubique, les noms profanes de Mozart ou de Vernet qu'aux jours de « lec-\nture », à ces vigiles de vacances où Ton ne distinguait plus le faste du\nnéfaste. Ce temps, heureusement, est tout près de disparaître ; il est des\ncas, que l'on cite, de normaliens qui n'ont trouvé leur voie ni dans la gram-\nmaire, ni dans l'histoire, ni même dans le journalisme littéraire, mais bien\ndans la musique. Et il existe, en province, des professeurs qui sont en\nmême temps des amateurs d'art fort distingués et fort cultivés, et ne s'en\ncachent point. Témoin le très intéressant discours prononcé récemment\nà la distribution des prix du lycée de Bordeaux, par M. Lambinet, et dont\nle titre seul est déjà fait pour nous séduire : pro Musica. On y montre avec\nbeaucoup de force et de finesse la valeur éducative de la musique. Tout\nd'abord, elle est une école de logique, un exercice de la raison."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.32", "texte": "406\nLE MERCURE MUSICAL\n\nL'art asa logique, et d)autant plus sensible, pour de jeunes esprits, qu'elle\nest concrète. La création artistique n'est pas l'œuvre d'une fantaisie capricieuse.\nEcoulez un homme de goût critiquer tel détail d'un meuble original : « Ceci n'est\npas logique », dira-t-il volontiers. Le regretté compositeur Ernest Chausson était\nune nature délicate et noble ; son oreille était, comme son âme, exquise : il eut\ndes sourires tristes qui sont charmants et rêva des sonorités qui sont délicieuses,\nSon œuvre semble déjà caduque. Pourquoi ? On n'y sent pas cette force souve-\nraine de logique, cette lucide, volontaire, impeccable conduite, qui sacrent pour\njamais, comme parfaites œuvres d'art, Zes meilleures mélodies, où tant de raison\ns'allie à tant de charme, de il/. Gabriel Fauré.\nLe développement symphonique est œuvre de logique autant que de sentiment.\nD'unprincipe mélodique, le Thème, sorte d'axiome tout plein de vérité musicale,\ntirer de multiples conséquences, cest procéder par déduction, faire avec les sons\nce que le géomètre fait avec les lignes, le dialecticien avec les jugements. Un\nmaître contemporain, musicien très cérébral, Af, Vincent d'indy, s'avisant de\nrenverser le procédé habituel, a, dans son poème symphonique Istar, dégagépeu\nà peu de la complexité initiale l'idée qui y était enveloppée et qui n'apparaît\nqu'à la fin, Jszs ai/m dévoilée, découverte et énoncée : c'est une symphonie\ninductive.\nQue l'on ne croie pas d'ailleurs que la musique se livre au premier venu\net qu'on en soit quitte avec elle lorsqu'on a prononcé la terrible phrase :\n« La musique? Je n'y connais rien, mais je l'adore. »\nIl faut —et de bonne heure, car plus tard, c'est trop tard —se former Voreille\nd'abord à l'audition analytique, Vexercer à percevoir distinctement les voix\ndiverses de lapolyphonie. Il n'est plus guère aujourd'hui de musique digne d'in-\ntérêt qui ne soit polyphonique. Les auditeurs dénués de culture musicale n'enten-\ndent, ne comprennent, ne goûtent que la mélodie. Plus l'harmonisation en est\npauvre, banale, «plaquée », moins il y ade « dessous »,plus c'est vide et nul, plus\nils se sentent emplis d'aise. Les pires musicastres d'ltalie sont leurs maîtres de pré-\ndilection, et on les entend, tout vains de leur infirmité, accabler de leurs ignorants\ndédains la « musique savante ». Amateurs qui n'aiment pas, connaisseurs qui\nn'y connaissent rien, ces auditeurs, qui n'entendent pas, laissent un grand vide,\nquand ils le quittent, à leur foyer...\nVoilà des lignes que feraient bien de méditer quelques-uns de nos plus\nnotables importateurs de musique italienne. Il est tel aristocratique foyer\noù l'on souhaiterait plus souvent une gracieuse présence dont la musique\nn'a que faire.\nCritique parlementaire. Le titre des HÉRÉTIQUES a attiré sur eux un\narticle ignominieux d'un de nos plus notoires francs-maçons, de ceux qui\ntrouvent intelligent de jucher un plâtre en face du Sacré-Cœur de Mont-\nmartre ou de processionner devant la statue de Dolet. On y félicite M. Le-\nvadé, en un style qui ne sévit plus qu'au fond des loges de toute espèce,\n« d'avoir acclimaté la musique à la Libre-Pensée. » Suivent ces lignes apo-\ncalyptiques, dont une ingénieuse typographie rehausse l'obscurité bouf-\nfonne :\nNE VAUT-IL PAS MIEUX PRÉSENTER AUX HOMMES LE PASSÉ\nTEL QUILS SE L'IMAGINENT, AU LIEU DU PASSÉ TEL QU'IL\nFUT?\nL'inspiration de l'œuvre est évidemment plus philosophique qu'historique,\net on sent que les auteurs ont dû opter, dès la première heure, entre la pré-\noccupation de rendre, jusque dans le plus infime détail, la vérité locale et"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n407\n\nparticulière, et le dessein autrement large et utile dCécrire une œuvre bien\nmoderne, où éclatait la permanence d'une pensée philosophique.\nLES DEUX JEUNES (1) QUI ONT SIGNÉ CE POÈME SONT DE\n& ÉCOLE ANTICLÉRICALE. C'est T inspiration de Ces Messieurs, des\nVautours, de bien d'autres pièces à thèse, où s'affirme la contribution delà\njeune école dramatique au grand mouvement laïque, qui emporte la France\ncontemporaine.\nDéjà, dans Prométhée auquel Hérold avait apporté cette vigueur de\npensée et de style qui se mélangeait, sans se confondre, avec la passion\nétrange des vers de Jean Lorrain, —nous avions retrouvé, sous le symbo-\nlisme antique, la même pensée de révolte contre T autorité, de lutte contre la\nsouffrance imméritée, d'aspiration au progrès indéfini par la raison pure,\ndont le Titan d'Eschyle fut la première et douloureuse image.\n« TUEZ-LES TOUS, DIEU RECONNAITRA LES SIENS ! »\nParole historique ?\nParole légendaire ?\nQu'importe ?\n/\nEmile Zola gagnait cinquante mille francs par an (payés par qui ?) à\ndéfendre un certain capitaine, ainsi qu'il ressort d'un propos récent de sa\nveuve (2). Mieux eût valu acheter son silence au double de ce prix. Mais\nquant aux éloges maçonniques dont MM. Hérold et Levadé viennent d'être\nécrasés, quelle rançon ne donnerait-on pas pour y échapper ? Etre loué\npar un député de Béziers, terrible affaire !\nL'Almanach des Amateurs. Tel est le titre d une luxueuse publication\naméricaine ( The Musiclovers Calendar), qui paraîtra annuellement à partir\ndu ler décembre 1905, et donnera à ses lecteurs un résumé fidèle autant\nque précis de tous les événements musicaux du monde : rien de plus inté-\nressant ni de plus utile que ces examens rétrospectifs, qui rappellent tous\nles souvenirs d'une année, permettant ainsi d'apprécier ce que la musique\na gagné ou perdu, et d'augurer de son avenir. Les correspondances de\nl'Almanach des Amateurs seront signées des noms suivants : NEW YORK,\nH. E. Krehbiel ; PARIS, Louis Laloy, directeur du Mercure musical ; LON-\nDRES, E. A. Baughan, du Daily News ; BERLIN, J. G. Lusztig ; DRESDE,\nAlbert Noll ; MILAN, Aldo Franchetti ; SAINT-PETERSBOURG, N. Findeisen,\ndirecteur du Journal russe de musique.\nA ces études d'ensemble seront joints des articles de fond. C'est ainsi\nque cette année L. Gilman traitera de la Musique de l'avenir, J. Hartog\nde Julius Rœntgen, l'homme et l'artiste, et V. Herbert nous fera faire con-\nnaissance avec l'Armée des Amateurs d'Amérique, beaucoup plus nom-\nbreuse et mieux organisée que nous ne le croyons en Europe.\nLe volume commencera par de curieuses éphémérides musicales, et con-\ntiendra en outre de nombreuses photographies : pour la France, celles de\nV. d'lndy, Cl. Debussy et A. Messager. Il sera imprimé en deux couleurs,\nsur papier àla forme, et tous les ornements seront originaux. On pourra\nse le procurer à Boston, 3y, St Botolph Street, et à Paris aux bureaux du\nMercure musical.\nLa traite des planches. Sous le titre, Tribulations de Thespis che%\nThémis, un de nos jeunes confrères de la presse théâtrale, M. Raoul\n\n(1) Sans doute MM. A. Ferdinand et Hérold ?\n(2) Mercure de France, 15 septembre 1905, p. 289."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051001-01.1.34", "texte": "408\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie*\n\nDavray, docteur en droit, dénonce courageusement, en un intéressant\nvolume qui vient de paraître à la librairie Larose, l'odieuse exploitation\ndes acteurs par les tenanciers d'agence, et jette une lumière impitoyable\nsur les « engagements » dont les clauses les plus anodines sont des\ntrappes obscures où choient les pauvres prolétaires du théâtre. Cet utile\nvolume, vade mecum que chacun devrait consulter avant de mettre sa\nsignature au bas d'un contrat, soit avec un directeur, soit avec un intermé-\ndiaire, conclut que, pour donner quelque sécurité aux acteurs, une\ntransformation s'imposerait : aux isolés manquant de force, il faudrait\nsubstituer des groupes corporatifs. Tel est aussi l'avis de Gémier qui, dans\nune préface convaincue, adresse un éloquent appel aux « étoiles » et les\nincite à prêter leur appui aux syndicats formés par leurs camarades moins\nheureux, imprévoyantes fauvettes d'opéra et insouciantes demoiselles de\ncomédie.\nOrganisation de Concerts. Beaucoup d'artistes, plus familiarisés avec\nles difficultés de leur instrument qu'avec celles de la publicité, sont fort\nembarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser un concert : de là tant de salles vides,\ntant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre un véri-\ntable service en leur rappelant que la maison Demets les déchargera, à des\nconditions très avantageuses, de ces soins qui ne sont pas les leurs. Par ses\nrelations étendues dans le monde des musiciens et des amateurs, par sa\nconnaissance de la musique et son expérience professionnelle, enfin par\nsa probité absolue, jointe à une grande activité, M. Demets est devenu au-\njourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal\nde Paris, la Société de Concerts de Chant classique, nombre d'oeuvres privées\net d'artistes virtuoses qui l'ont choisi pour administrateur, lui doivent leur\nexistence ou leur prospérité. Pour tous renseignements, s'adresser chez\nM. Demets, 2, rue de Louvois, Paris ne.\nLes grands Concerts. La réouverture des Concerts Lamoureux aura\nlieu, sous la direction de M. Camille Chevillard, le dimanche i 5 octobre, à\n3 heures, au Nouveau-Théâtre.\nLe célèbre orchestre fêtera cette année son jubilé. Il y a, en effet, vingt-\ncinq ans que Charles Lamoureux donnait son premier concert, au théâtre\ndu Château-d'Eau. Son premier programme était ainsi composé :\nSymphonie en la BEETHOVEN.\nAir d'Œdipe à Colorie. * SACCHINI.\nDuo de Béatrice et 13enedict. • • - . . . BERLIOZ.\nConcerto pour 2 hautbois HAENDEL\nAir de Telemaco GLUCK.\nOuverture du Carnaval romain BERLIOZ.\nPour honorer la mémoire de Charles Lamoureux, M. Chevillard, d'ac-\ncord avec son Comité, a décidé de donner, entre autres œuvres, au premier\nconcert de cette année, la Symphonie en la de Beethoven et l'ouverture\ndu Carnaval romain, de Berlioz.\nNécrologie. Nous apprenons avec un vif regret et une respectueuse\nsympathie la mort de M. le commandant Colette, le père de notre exquise\ncollaboratrice, Mme Colette-Willy."}]}