{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_sha256": "143e58e048b31f5b11b2ae44098608712f87d82bc3d10caccffd78ef674d52de", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/10/15_01/bmtnabh_1905-10-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/10/15_01/bmtnabh_1905-10-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.2", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.1", "debut_caractere": 219, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "Sommaire\nSALVATOR PEÎTAV1........ Esquisses\nCOLETTE WtLLY Les Vrilles de la vigne.\nHENRY GAUTHIER-ViLLARS. A propos d\nPIERRE ÂUBRY. .. jjn chant historique latin du XIIIe siècle.\nJEAN MARNOLD. Les sons inférieurs et la théorie de M. Hugo\nRiemann.\nMARTIAL TENEO. ........... Miettes\nCH. LÉANDRE.. Études de v\nREVUE DE LA QUINZAINE\nn.—i» . ... , • , _..r ;\nLOUIS LÂLOY Musique\nJEAN M ARNOLD... ~ Idiot-musicaliana«\nMICHEL BRENET Les\nLouis LALOY ... —.......... Les réformes du Conservatoire,\n• • * » *♦ j chos »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.3", "titre_corps": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE", "titre_sommaire": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE", "signature_source": "Salvator Peïtavi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1464, "texte": "ESQUISSES MUSICALES\nD'OUTRE-MANCHE\n\nLE PEUPLE ANGLAIS ET LA MUSIQUE.\nMid pleasures and palaces though we may roam,\nBe it ever so humble, there's no place like home.\nHome! homesweet home /..\nCe sentiment de tristesse respectueuse avec lequel on con-\ntemple une vieille relique, je l'éprouvais en errant dans les\ngaleries sombres et sonores de l'abbaye de Westminster, où la\nreconnaissance anglaise a voulu que les grands hommes eussent\nleur sépulture et que l'on a baptisée du joli nom de Poets corner\n(Coin des poètes). Le bruit de nos pas se perdait avec l'écho,\ntandis que nous considérions ces tombes de tous les âges où\ndes morts illustres, des hommes de génie, les uns oubliés par\nl'inexorable ingratitude de la postérité, les autres encore vivants\ndans la mémoire des contemporains, reposent sous le marbre\nfroid. Nous foulions sous nos pieds, en profanes, les tombeaux\nde Browning, du délicat Tennyson, de Dickens, de Macaulay.\nSurélevé, dominant les autres de toute la hauteur de son génie,\nShakspeare présidait, sur un socle aux tons brunis par la\npatine du temps, à cette assemblée de défunts. D'autres étaient\nlà dont les noms nous laissaient indifférents. Des inscriptions,\ntantôt laconiques et tantôt louangeuses, indiquaient que là dor-\nmait un ménestrel et là un guerrier, et je pensais à la fragilité\nde la gloire humaine quand mes yeux tombèrent sur le buste\nde H tende!, dont les cendres étaient là aussi, exposées aux\nprofanations des visiteurs."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.3", "debut_caractere": 1486, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "2 S"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "C'était, jusqu'ici, le seul musicien remarquable dont le nom\nm'eût frappé ; je m'arrêtai quelques instants devant sa tombe.\n« Ainsi, pensais-je, voici un peuple qui peut s'enorgueillir\nde ses poètes et de ses littérateurs non moins que de ses ma-\nrins et de ses hommes de guerre. Il est unique au monde si l'on\nconsidère l'étendue de ses possessions ; il tient l'empire de la\nmer ; sa langue est répandue d'un pôle à l'autre ; il semble que\nrien ne lui manque. Jusque dans la peinture il a pu exceller et\ndonner des coloristes comme Reynolds et Gainsborough, des\npaysagistes comme Turner, des animaliers comme Landseer,\ndes voyants comme Watts; que peut-il désirer? Hélas! le\nvoilà cependant faible par quelque côté. Pourrait-il nous citer\nun musicien de génie ? N'a-t-il pas dû, pour ne point paraître\nen manquer complètement, adopter celui-ci, Haendel, le\ncréateur du Messie,un Allemand, encore qu'on le dise Anglais\npar l'éducation? »\n... Au chœur, l'office anglican commençait. Avec cette voix\nlente, grave, mystique des ministres de l'Eglise Etablie, le\ndoyen entonnait les prières. Doucement les orgues, comme\nconscientes de leur rôle sacré, gémissaient, portant à travers les\nvoûtes leurs notes pieuses, jetant un long frémissement au sein de\ncette forêt harmonieuse de colonnes, fruit du plus pur gothique,\noù la lumière tamisée, timide, pénétrant par les rosaces histo-\nriées, se jouait de mille manières. Puis, des gosiers tout neufs\nde petits soprani en surplis sortirent des hymnes fraîches, char-\nmantes. Puis, lentement encore, le bruit des orgues cessa, lais-\nsant un écho attardé se glisser et languir le long des murs, à\ntravers tous ces vieux tombeaux.\nOr, de plus en plus, un problème se posait, tenace, lancinant,\nà mon esprit : Pourquoi donc les Anglais, qui goûtent fort la\nmusique, qui aiment à chanter, n'ont-ils pas de musique natio-\nnale ? pourquoi l'Angleterre n'a-t-ellepas su produire de grands\nmusiciens, comme l'ltalie, la France et l'Allemagne ?...\n... Je venais de sortir par le portail à deux baies surmonté de\nla belle statue de la Vierge bénissante, telle que l'ont conçue les\nprimitifs tailleurs d'images, ces inspirés de l'art chrétien. Sur\nle square du Parlement où, figées dans une attitude gourmée,\nprésident les statues d'hommes d'Etat célèbres, une foule bigar-\nrée, pressée, s'agitait. Des gens couraient, se heurtant, silen-\ncieux, abstraits, comme de froids calculateurs. Des omnibus\nmulticolores passaient devant mes yeux, coupant la monotonie\nde cette agitation journalière, tandis que le cocher jetait aux\nvents sa direction : Strand, Bank,\nLe problème de tout à l'heure m'obsédait et, à part moi, sin-\ncèrement, je n'osais me flatter de l'avoir résolu. Tout au plus"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.5", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "m'en fis-je une vague idée ; mais mon opinion, toute person-\nnelle, pourrait bien n'entraîner point l'assentiment de tout le\nmonde.\nA Dieu va !\n★\n* *\nNous le disions : les Anglais 'goûtent la musique ; et rien\nn'est plus intéressant que d'en faire la preuve.\nLa chanson populaire fut toujours en honneur chez eux. A\nl'époque où les maîtres chanteurs et\nlersânger et minnesànger)s'organisaient et se faisaient en-\ntendre en Allemagne, l'école anglaise florissait et occupait un\nrang honorable avec Turges, Philips, Banister, le Dr Tye.\nJohn Dowland, « luthier, joueur de luth et bachelier ès mu-\nsique dans les deux universités », traduisait, à Londres, le\nmicrologe du théoricien voyageur Andréas Ornithoparcus (i)\net initiait ses compatriotes à la technique de l'art. Le Virginal\nBook,collection du temps d'Elisabeth, contient quelques chants\npopulaires d'une inspiration très pure et d'une naïveté capti-\nvante. Sans doute, pour les chanter comme il convient, il faudrait\nleur donner un accompagnement de luth ou de viole.\nLa Réforme, avec les bouleversements politiques et re-\nligieux qu'elle entraîna, ne pouvait manquer de laisser une\nforte empreinte sur la musique du peuple. Peu à peu, en effet,\nles allusions aux événements actuels deviennent plus transpa-\nrentes; les préjugés de John Bull se font jour et aussi ses obser-\nvations. Le bon sens public a vite fait de s'apercevoir que tous\nces changements ne sont pas pour son bien, qu'on le berne et\nqu'on le trompe ; il constate que les nouveaux ministres qu'on\nlui impose sont moins des hommes de Dieu que des agents\ndu roi, virant de bord à la moindre alerte, criant volontiers,\nselon les circonstances : « Vive le Roi ! Vive la Ligue ! » Vo-\nlontiers, si Dieu lui octroyait santé et longue vie, cet honnête\nhomme, de pasteur, deviendrait puritain, presbytérien, salu-\ntiste. Car enfin, voici la loi qu'il se donne : « Jusqu'à mon\ndernier jour, Monsieur, quel que soit le prince régnant, je\nserai toujours le ministre de Bray. » C'est du parfait oppor-\ntunisme ; et il n'échappe pas à la satire du peuple ; vous allez\nvoir qu'on le chansonnera... Et pour qu'on ne m'accuse pas\n\n(i) Il me semble que l'on fait trop peu de cas aujourd'hui d'Ornithopar-\ncus. Son Microloge,composé au début du xvie siècle, est certainement un\ndes recueils les plus intéressants pour l'histoire de la musique. J'ai eu\nle plaisir de l'étudier, au British Muséudans le texte latin et dans la\ntraduction anglaise, et il m'a paru que l'oubli quasi complet dans lequel on\nle tient est injuste."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1601, "texte": "d'exagérer, voici le premier couplet de la chanson, avec sa mu-\nsique alerte, décidée, railleuse dans le fond :\nDites-moi si cette formule\nentêtée,\nobstinée, revenant, avec ses variantes, à plusieurs reprises,\nn'indique pas à merveille la résolution de ce ministre de Bray?\nMais, après « le bon roi Charles de par Dieu oint », et qui\npérit si tristement, voici l'ère des Puritains. Austères d'une\naustérité aâectée, ennemis de tout divertissement extérieur,\npénétrés d'une dévotion farouche et pessimiste, ne vont-ils pas\ncouper à la musique ses ailes déjà fortes ? Il est vrai : l'on\nferme les théâtres et les « boîtes à opéra » ; on brûle les livres\nprofanes pour n'adopter que la Bible; on n'entend d'autres\nchants que les Psaumes, et Cromwell conduira au combat\nses Têtes-Rondes au chant des cantiques sacrés. Tout est plein\nde l'esprit biblique, il se glisse partout, la vie en est saturée :\nromances, chansons de guerre, arguments philosophiques,\nligures de littérature, rien n'y échappe, et Spenser écrivant son\nEpithalamion emploie les mots mêmes qui ouvrent le Can-\ntique des cantiques.\n\n(i ) Aux jours d'or du bon roi Charles, Alors que le loyalisme était de bon ton,\nJ'étais un zélé partisan de la Haute Église, Et c'est pourquoi l'on me préférait;\nJe ne manquais jamais d'enseigner à mon troupeau Que les rois sont nommés par\nDieu Et que damnés sont ceux qui leur résistent ou touchent à l'oint du Seigneur.\nEt voici la loi que je prétends maintenir Jusqu'à mon dernier jour, Monsieur :\nQuel que soit le roi régnant, Je serai toujours le ministre de Bray, Monsieur."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.7", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "Cependant, il se trouve encore des amateurs de bonne mu-\nsique. L'ardeur avec laquelle le Puritain de la première heure\n« scrute les Ecritures » ne l'empêche pas de conserver un\ngrand amour pour l'art musical. Tel est le cas du colonel\nHutchinson, régicide mais « gentleman », à qui sa veuve\nconsacre une monographie interminablement louangeuse. « Il\nse divertissait souvent, dit-elle, avec la viole dont il jouait à\nravir. » Peu à peu le « home » s'imprègne d'airs familiers. Le\npère du poète Milton, qui tient bureau de scribe dans un Bread-\nStreet, à Londres, quelque pratique et homme d'affaires qu'il\nsoit, compose des madrigaux à Oriana, et rivalise avec Bird\net Gibbons comme compositeur de chants sacrés,\nDe tout ceci, retenons que le « home », le « sweet home »\nanglais devient de plus en plus le centre musical. C'est là que\nje voulais en venir...\nL'idéal du repos, de la vie paisible et tranquille pour un Is-\nraélite qu'on me pardonne de remonter presque au déluge,\nc'était de pouvoir couler ses jours à l'ombre de sa vigne et\nde son figuier, entouré d'une nombreuse famille... Ce que la\nvigne et le figuier étaient pour le Juif, le « home » Test pour\nl'Anglais. C'est là que le « business-mail », qui a passé la jour-\nnée à pâlir sur des chiffres ou à compter des boîtes de conserves,\nse retire, le soir venu ; là que le lien d'affection de la famille\nse renoue et se resserre. Ces hommes que vous voyez sortir par\nfournées des bureaux de banque de Broad Street, ou du Royal\nExchange,-ou des magasins élégants du West-End; ces pape-\nrassiers affairés qui courent, les yeux fixés au sol, se bouscu-\nlant, se hâtant, silencieux et préoccupés, ils vont tous retrouver\nleur « home ». C'est là leur nid de repos; ils n'en connaissent\npoint d'autre. Tous en savent goûter le charme intime ; et c'est\npour cela qu'ils y tiennent tant, pour cela que, ouvriers et\nbourgeois, apprécient la liberté complète du dimanche. C'est\nencore là, dans l'intimité du foyer, autour du traditionnel plum-\npudding, que l'on fêtera joyeusement << Chris tin as », élevé au\nrang d'une fête nationale, époque de réjouissances pour tous, à\ntel point qu'un brave travailleur de 1 voulant me\ndépeindre la pauvreté d'un de ses camarades, me disait : « Il\nn'a pas même pu avoir son plum-pudding pour Noël. »\nC'est avec un charme toujours renaissant et sincère que les\nécrivains anglais évoquent les souvenances joyeuses de Christ-\nmas. Je n'en voudrais pour preuves que les descriptions déli-\ncieuses de Washington Irving, ou encore les gracieux contes de\nDickens, surtout ces deux chefs-d'œuvre : le et\nles Carillons, ou même cette page exquise que George Elliot a\nécrite, dans son Moulin sur la Floss."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "La musique, on l'a deviné, jette sa note gaie, religieuse aussi\nau milieu de ces réjouissances. Ce sont des vieux noëls, des\n« carols » anciens que l'on répète en famille, et chacun y va de\nson couplet. La veille de Noël, les plus pauvres se rendent de\nporte en porte, chantant sur l'air de YAdeste fideles des strophes\nnaïves sorties du cœur des ménestrels d'antan. Je me propose,\ndu reste, d'insister une autre fois sur toute cette littérature de\n« Christmas ».\nVoilà comment, par une association de circonstances atta-\nchantes, grâce à une série de jolies coutumes qu'il serait trop\nlong de retracer, le « home » est devenu le vrai centre de la vie\nanglaise. Il l'était au xve siècle*, il l'est aujourd'hui et la musique\ny trouve son compte.\nEn effet, c'est le chant, c'est la chanson sous ses multiples\nformes qui animent le foyer anglais. Il en est une surtout, très\ndouce, très tendre, un peu languissante et mièvre d'air et de\nparoles, qui célèbre les joies du « sweet home », du doux foyer\nque n'égalent ni les palais les plus somptueux ni les résidences\nles plus luxueuses. J'en ai cité les premiers vers tout en tête de\ncette étude, parce qu'il me paraît que la notion de ces choses\nest indispensable à quiconque veut saisir le caractère particu-\nlier, frappant, «insulaire » si l'on veut, des mélodies anglaises.\nLes soirées entre membres d'une même famille, entre voisins,\nsont fréquentes en Albion. Il n'est pas de maisons qui n'aient\nleur piano. Même dans l'East-End, l'un des quartiers les plus\nmisérables de l'immense cité londonienne, plusieurs ouvriers\ns'imposent des sacrifices pénibles pour acquérir cet instrument,\nà leurs yeux indispensable. Je connais un excellent homme,\npère d'une nombreuse famille, et qui économise deux shil-\nlings de tabac par semaine pour se payer un piano... Lit lie\nby httlethe birdmakes his nest: « Petit à petit l'oiseau fait son\nnid. » C'est un proverbe anglais aussi bien que français.\nLe thème des chansons populaires est souvent comique,\nrarement trivial ; les invitations épicuriennes à boire y occupent\nune large place , le whisky et le gin y prennent des reflets poéti-\nques ]ou bien ce sont des chants d'amour ceci est commun à\ntous les pays ; ou encore des histoires amusantes, saupoudrées\nd'une bonne dose de philosophie joyeuse, allègre mais pratique.\nLe rythme est d ordinaire très décidé et fortement marqué. Les\nchansons anciennes forment un cycle à part, comme une espèce\nd aristocratie musicale, qui tient le haut rang 5 on les exhume à\n1 occasion. Les Irlandais surtout font leurs délices de la belle\nromance héroïque du Minstrel-Boy.Pour les Anglais de vieille\nsouche, c est le sentimental Monte,\nXI ne faudrait pas croire toutefois que le répertoire du peuple"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.9", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "varie à l'infini. A Londres comme à Paris, il y a ce que nous\nappelons des scies. Par bonheur, elles changent à peu près tous\nles trois mois et l'on n'a pas trop à s'en plaindre. Les artistes ne\nmanquent pas qui les mettent en vogue : pauvres diables sans le\nsou, artistes douteux se disant ruinés, aveugles musiciens luttent\nde zèle autour des public-houses et vous percent les oreilles du\nson aigu de leur clarinette qui gémit à n'en plus pouvoir, ou\nd'un piston qui se perd en roulades pseudo-savantes. Mais le roi\ndes vulgarisateurs, le plus puissant, le plus répandu, c'est l'or-\ngue de Barbarie. Oh ! ces orgues de Barbarie !.. Ils ont pour-\ntant leur charme. Seulement, tout le monde ne s'intéresse pas\négalement à ces manifestations curieuses de la vie musicale du\npeuple, et alors je conviens qu'il y a de quoi maudire et anathé-\nmatiser tous les tourneurs de manivelles, « venus d'ltalie et\nd'ailleurs ».\nTriste et pauvre métier que celui de joueur d'orgue de Bar-\nbarie ! Ils abondent à Londres. Vous les rencontrez partout,\ninévitablement. Dans les quartiers aristocratiques du\nles raffinés nerveux et pommadés, les dames en falbalas les\nredoutent et, pour les faire cesser, leur jettent quelques\nEt eux, résignés, traînant leur instrument qui geint et se plaint\nà sa manière des cahots de la route, vont recommencer un peu\nplus loin à caresser l'oreille des snobs et des bourgeois. On\ngagne son pain comme on peut !... Dans lc'est autre\nchose. L'orgue de Barbarie est tout l'orchestre du pauvre, et le\ntourneur, pour être un pauvre hère, n'en est pas moins une\nfaçon de personnage. Combien de fois en ai-je vu sous ma\nfenêtre, lentement, distraitement, tournant leur manivelle et\nfaisant produire à leur caisse mille sons métalliques, secs,\ncomme cl es gouttes d'eau qui tomberaient, rapides, au milieu\nd'un bassin de cristal ! Autour de l'orgue, petits garçons et\npetites filles, les souliers éculés, les habits percés, criblés de\ntaches indélébiles, sentant la moisissure, oublient pour un mo-\nment la triste misère de leur vie et y vont de toute l'énergie de\nleurs jambes et de leurs bras, exécutant les gigues les plus fan-\ntaisistes... L'orgue laisse s'écouler ses dernières notes... La\nscène est intéressante. L'homme tend au public sa casquette\ncrasseuse, recueille quelques farthings et, s'attelant à sa boîte, la\nvéhicule jusqu'au prochain public-hoù il va recommencer,\navec le même succès, ses sempiternelles ritournelles. C'est là sa\nvie. Elle n'est pas inutile, puisqu'il jette sur ces haillons et ces\ntaudis un rayon de soleil... Peut-être, au jugement, celui-là aura\nplus mérité que nous autres, pauvres forçats d'études lassantes\noù notre faible raison cherche un peu plus de lumière. Celui-là\na sa philosophie de la vie et il est heureux. Que Dieu le garde !..."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1971, "texte": "Les chansons de nègres jouissent d'une popularité incon-\ntestée. Ce n'est pas que l'art y soit d'une finesse excessive ; la\nmusique en est assez banale ; les paroles défigurées, d'un accent\nà dessein détestable, l'orthographe plus que suspecte. Quatre\nou cinq faméliques, se sentant un peu de voix et beaucoup\nd'aplomb, profitent d'une occasion, la procession du lord-\nmaire, par exemple, pour se noircir les mains et le visage.\nAccompagnés par le « banjo », espèce de mandoline, ils vont\naux carrefours et exécutent ces chansons, aux applaudissements\nd'une foule qui se trémousse d'aise... La quête est toujours\nfructueuse ! Bien entendu, je n'attache pas une très grande im-\nportance à ces chansons et aux succès qu'elles obtiennent.\nIl faudrait savoir gré à la société musicale du « Stock\nExchange » de ressusciter avec tant de virtuosité les chansons\nanciennes du xve, du xvie ou du XVII0 siècle. Elle accomplit en\ncela un véritable apostolat musical. Je voudrais que mes lec-\nteurs, s'ils vont jamais à Londres, s'empressent de demander un\nticket pour Queeti's Hall et écoutent les exécutions très sûres\net très justes dont je parle. Les voix de soprano sont rendues,\nà l'octave supérieure, par des hommes. Il est bien certain que\nlà où les Anglais excellent, c'est dans la chanson. Ce genre,\nparce qu'il convient précisément au culte du « home », leur est\nplus familier. Leurs vieux répertoires contiennent des perles\ncomme celles qu© les Chanteurs de Saint-Gervais exhument, en\nFrance, des parchemins et des feuillets jaunis ou même oubliés.\nOyez plutôt cette délicieuse cantilène du XVII8 siècle.\noak ancl the as h !«Oh ! le chêne et le peuplier! »\n\n(i)Une jeune fille s'en vint du Nord jusqu'à Londres, encore que ce fût contre\nson gré. Elle soupirait désolée, à travers d'amers sanglots répétait : « Je\nvoudrais retourner dans le Nord. Oh! le chêne, et le peuplier, et le magnifique\nlierre, Ils poussent là-bas chez moi, dans mon pays, »"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.11", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "Concevez-vous rien de plus naïf, de plus touchant, de plus\nspontanément simple et vrai ? Ces deux ou trois lignes de mu-\nsique valent un chef-d'œuvre. C'est sur cette impression der-\nnière que je vous veux laisser.\n-k\n* •¥•\nIl est déplaisant d'imposer une conclusion à laquelle on paraît\nsetre attaché de préférence. On court le risque de se tromper,\nce qui est un malheur, de tromper autrui sans le vouloir, ce\nqui est un mal encore plus grand, ou d'avoir l'air de dogmatiser,\nce qui ne trompe personne. Et pourtant je l'ai promis, de dire\nma pensée et pourquoi. Oui, les Anglais ont goûté et goûtent\nfort la musique, dont ils font un de leurs les plus\nagréables. A l'importance donnée aux réunions domestiques\nils doivent cette floraison de chansonnettes qui forment, au sein\nde la musique, comme les jours d'un grand tableau, qui sont\ncomme les enluminures et même, si l'on veut, les fermoirs\nd'or d'un beau missel, mais ne sont pas le missel et n'en com-\nposent que l'accessoire. Voilà donc où ils excellent : dans la\nmusique flottante, éphémère, de la chanson. Balfe est un de\nleurs maîtres comme aussi Wallace. Ils ne sauraient prétendre\nà plus. Ils ont beau se piquer d'être musiciens, nous montrer\nleurs orchestres, leurs music-halls, leurs théâtres, le fait n'en\npersiste pas moins. Non qu'il les faille tenir pour\ndans le sens absolu du mot \", mais s'ils ne le sont pas tout à fait,\nils le sont un tantinet.\nLa clef du mystère ?... Mais ne l'avez-vous donc pas déjà\ndécouverte ?...\nLe génie anglais est trop pratique, trop « au fait ». Le domaine\nde l'idéal ne s'ouvre à lui que dans la mesure où il est en rela-\ntions avec les choses palpables. Or, la musique est le plus idéal,\nle plus irréel de tous les arts, et c'est aussi le plus psycholo-\ngique. Les Anglais n'en sauraient saisir les nuances si délicates,\nsi éthérées. Ils sont, au fond, positifs, encore qu'on les dise\nrêveurs. Les grands problèmes, les hautes conceptions, ils les\neffleurent plutôt qu'ils n'y pénètrent. S'ils font de la musique,\nc'est en distraits, superficiellement, pour un moment; l'amour\nqu'ils lui portent est tout d'apparence.\nSomme toute, Taine a raison : il y a rapport étroit entre les\nconditions de climat, de terroir d'un pays et le tempérament\ndu peuple qui l'habite.\nCes paysages anglais, que l'on considère du bord de la\nroute, sont mignons, gentils, coquets ; ces gazons sont très\nverts, et des rideaux d'arbres en interrompent régulièrement la"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "monotonie ; il fait bien dans le fond, ce petit cottage revêtu\nde lierre, coiffé de tuiles rouges et baignant son pied sur les\nbords d'un lac minuscule. Mais aussi tout a l'air artificiel, con-\nventionnel : tout cela est bien xvme siècle, c'est mignard comme\nune figurine de Greuze. Par contre, les scènes grandes, fortes,\nimpressionnantes, dignes du pinceau d'un Ruysdaël, sont\nrares. C'est le miroir de l'âme anglaise.\nElle est tranquille, sans passions extérieures ingouvernables,\nsans tempêtes terribles. C'est un lac bien uni, à peine ridé par\nles vents les plus violents. Les nerfs ont un ascendant restreint\nsur ces natures. Le mysticisme protestant leur a donné une\nsentimentalité vague, imprécise, sans contours bien marqués.\nSi, d'aventure, vous croyez que je fonce les couleurs, voulez-\nvous écouter Wordsworth exprimant son idée du bonheur? Vous\nla trouverez, somme toute, patriarcale, oui bien, mais mince.\nElle est le résumé de ce que je disais sur le « home », et vous\nverrez si ma théorie « de la vigne et du figuier» n'est pas exacte :\n« Ce qui convient à mes désirs, avoue le poète lakiste, c'est\nle long, long silence, et aussi de m'asseoir sans émotion, sans\nespérance, sans but, devant la flambée de mon cottage, d'écou-\nter le ronflement des flammes, tandis que l'eau chante en sour-\ndine son menuet dans la théière... (i) »\nEst-ce assez oriental, ce rêve ? Et pour un rêve, est-il assez\npositif ?\n... Sans doute, vous connaissez le titre suggestif de l'ouvrage\nde Gogol, Ames mortes ? Or bien, souffrez que nous l'appli-\nquions à nos voisins d'outre-Manche. Loin que je les méses-\ntime, je les admire et volontiers les défends contre certains\npréjugés; mais, à vrai dire, la sève artistique est bien près de\ntarir dans leur âme. Ils sont spéculateurs, banquiers, mar-\nchands ; et qu'ils s'en fassent gloire, nous n'y contredirons pas ;\nmais, enfin, ils ne sont pas musiciens. Et avouez, après tout,\nque s'ils se contentent du murmure « de l'eau qui chante en\nsourdine dans la théière », ils sont vraiment satisfaits de peu.\nWordsworth nous donne ici la mesure du talent musical de ses\ncompatriotes.\nA b uno, dis ce omîtes.\n\nSalvator Peïtavi.\n\n(i) Wordsworth, Personal lalk."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 13, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.4", "titre_corps": "LES VRILLES DE LA VIGNE", "titre_sommaire": "LES VRILLES DE LA VIGNE", "signature_source": "Colette Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2082, "texte": "LES VRILLES DE LA VIGNE\n\n« Non, me dit Claudine, je n'ai pas assisté au concours musi-\ncal de Besançon. Ça m'a fait un peu peur. Ici, les Sociétés musi-\ncales se parent de noms si rébarbatifs... On nous promettait\nl'Harmonie des Cadets de l'Albarine de Saint-Rambut-en-Rugey,\nles Fils d'Apollon de Chazotte-la-Talandière, les Vétérans de\nBrécouchoux-les-Kcouvottes, l'Espérance-Lyrique de Saint-\nMaurice-les-Couches !...\nDu haut de la montagne, j'ai vu descendre vers la ville des\nlentes files de jeunes.gensses en cravate ponceau, le nez insolent\nsous leur panama à trente-neuf sous, les robes neuves des\nfilles endimanchées, ces robes dont le vert singulier et bleuis-\nsant gifle l'œil d'une manière dont on 11e sait si elle est odieuse\nou agréable, un vert, enfin, comme le corps et les ailes d'une\nniante religieuse fraîche éclose...\nJ'ai entendu s'essouffler des trains ralentis et bondés, et mon\nâme d'honnête campagnarde s'est révoltée à cette assertion\nravie d'une fermière : « Pendant les concours de musique, je\nveux vendre dix sous une tête de salade ! » Et puis, vous ne\nvous faites pas une idée de ce qu'on rencontre de militaires dans\nune ville de garnison !\nJ'ai fui, Toby-Chien sur mes talons. J'ai grimpé plus haut que\nle fort des Monts-Bouccons, plus haut que le Gravier Blanc. J'ai\ncroisé des chars-à-bancs pleins de « biaudes » raides et de rires,\ndes tapeculs chargés de paysannes graves dont les joues sau-\ntaient au trot dur d'un bidet ventru, gonflé de luzerne...\nTapie derrière une haie, j'ai attendu que s'égrenât un odorant\nrégiment de fantassins en tenue d'été : toile sale, godillots\nblanchis de poussière, mouchoirs en cache-nuque, ça leur don-\nnait un petit air bains de mer assez piquant... Ils chantaient\npour agiter l'air et s'éventer. Ils étaient couleur de chemin, avec\ndes figures vernies de sueur, de sauvages jeunes yeux brillants,\ndes dents affamées.\nIls dévalaient sous le soleil de midi la côte aveuglante qui\nruine les édilités locales, cette route vertigineuse que des can-\ntonniers-sisyphes chargent toute l'année de silex inutile,.. Ces"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "pauvres garçons ! Ils portaient sur leur dos un paquetage à\nravir le touriste amateur qui sommeille en tout Parisien mo-\nderne, un compliqué et boudiné ballot d'où l'on pouvait\ns'attendre à voir surgir la petite tente-abri qui pèse deux cents\ngrammes, et le lit-hamac canapé moustiquaire filtre-de-\ncampagne tête-à-tête fourneau économique...\nIls chantaient par petits paquets de huit ou dix hommes,\nchaque groupe gueulant son refrain de route au mépris du\ngroupe voisin ; une chatte n'y aurait pas reconnu la voix de son\npetit ! Il m'en est resté dans l'oreille un gougnigougna de chan-\nson, un mastic,comme disent les typographes, d'où il appert que\nla cantinière a le tour du cou tout noir et une tunique à je ne\nsais plus combien de boutons (marchons légèrement), ce pendant\nque, pour les pompiers de Nanterre, ça commence déjà bien, vu\nque ces beaux militaires ont déjà —zim laï la ! un jambonde\nMayence dont ils vont faire bombance, sans préjudice de nom-\nbreux canards déployant leurs ailes, coin ! coin ! coin !\nIls passèrent enfin, tous, jusqu'au dernier traînard fumant\nune pipe consolatrice dans la voiture d'ambulance, et la brise\npurifiée ne balança plus que le sec encens du serpolet étalé en\naraignée tenace aux fentes des pierres, l'arôme vulgaire et sain\nde l'origan pourpré dont une fleur chancelait, accablée d'abeilles,\ntout près de mon visage.\nUn bourdon passa, engoncé de velours noir et d'acier bleu\ncomme un guerrier de théâtre. Occupé sans doute de son\narmure neuve, il se cognait partout, d'un air têtu de bon sou-\ndard ivre.\nL'ombre d'un nuage courut sur les champs pelés et le vent\ns'éleva, plus vif, à grands plis rayés de chaud et de frais. Un\nmurmure de cloche lointaine et persistante, une palpitante har-\nmonie d'essaim emprisonné l'accompagnait, si éparse, si aérienne\net intérieure que mes oreilles, étourdies de chaleur, ne se souve-\nnaient pas de ne pas l'avoir toujours entendue... Quel essaim\nenfiévré battait au tronc d'un arbre ?\nToby-Chien, le ventre dans le sable brûlant, entendait, lui\naussi, car son nez, grenu et luisant comme une mûre, s'inquié-\ntait et son sourire à lèvres laquées grimaçait un peu...\nSon instinct, facile à leurrer, le mena cependant jusqu'au\npoteau télégraphique où gémissait la harpe ailée, et debout,\nappuyé d'une seule patte délicate au bois sonore, il copia, cré-\ndule, la pose du petit ours dénicheur d'abeilles.\n\nColette Willy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.5", "titre_corps": "A PROPOS D'OFFENBACH", "titre_sommaire": "A PROPOS D'OFFENBACH", "signature_source": "Henry Gauthier-Villars", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "A PROPOS D'OFFENBACH\n\nD'un article incisif publié par notre coilaborateur et ami Willy, dans\nla Zeitde Vienne, à propos du vingt-cinquième anniversaire d'Offenbach,\nnous extrayons ces lignes :\nPlus efficacement que toute l'école dramatique italienne, l'opé-\nrette a précipité l'abaissement de notre goût national. C'est\nd'elle que toute la génération de 1860 a hérité cet appétit scanda-\nleusement insatiable de la phrase carrée, de la cadence éclatante\net redoublée, du dessin rythmique répété pendant deux cents\nmesures, de la modulation aux tons voisins et autres lamen-\ntables pratiques.\nEn fredonnant les airs d'Offenbach, tout un peuple s'est\ncréé involontairement une conscience musicale étriquée dont la\ntransmission atavique hante encore la génération nouvelle.\nC'est l'opérette qui dressa le petit épicier de Montrouge à atten-\ndre la cadence parfaite au bout d'une phrase à compartiments, à\ndeviner la tonalité d'une « réponse », à terminer automatique-\nment une romance amorcée comme il sied. C'est grâce à ce\nyoupin néfaste que l'oreille contemporaine s'est lentement\nfaussée au point de ne trouver mélodiques que les phrases de\nquadrilles et de déclarer incompréhensibles tous les rythmes\nqui ne tournent pas sur eux-mêmes en un cercle éternellement\nmaudit !\nL'esthétique d'un peuple se concrète mystérieusement. Ull\nDel met dépose plus de germes vivaces dans l'âme des Mi mi-\nPinson d'aujourd'hui qu'un Saint-Saëns dans celle des mélo-\nmanes bourgeois. Rien de surprenant, dès lors, à ce que le for-\nmulaire harmonique et mélodique d'un Offenbach enfoncé, à\ngrand renfort de cuivres, pendant de longues années, dans tant\nd'oreilles plutôt longues, ait encanaillé toute une nation.\nVoilà pourquoi, cette année, l'opérette en trotteuse demi-\ndeuil pourra fleurir orgueilleusement la tombe paternelle scellée\ndepuis un quart de siècle. Flétrie et fardée, elle redressera son\nbuste de petite vieille ataxique en songeant à sa gloire passée,\nen comptant ses victoires présentes."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 366, "texte": "Et lorsqu'un jeune musicien, coupable d'avoir chanté ingé-\nnument son rêve tout neuf sans endimancher sa Muse des ori-\npeaux traditionnels, s'enfuira sous les huées d'une foule docile-\nment conservatrice, la petite vieille en jupe courte jettera au\nbuste d'Offenbach un coup d'œil complice, et rira silencieuse-\nment.\n\nHenry Gauthier-Villars."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.6", "titre_corps": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN DU XIIIe SIÈCLE : le saint Clou de Saint-Denys (1233)", "titre_sommaire": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN DU XIIIe SIÈCLE : le saint Clou de Saint-Denys (1233)", "signature_source": "Pierre Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN\nDU XIIIe SIÈCLE :\nle saint Clou de Saint-Denys (1233)\n\nGuillaume de Nangis nous raconte qu'en février 1233, un clou\nde la vraie Croix, conservé à l'abbaye de Saint-Denys, tomba de\nson reliquaire et fut perdu. Si le fait était survenu de nos jours,\nl'émotion n'aurait sans doute guère dépassé le monde ecclésias-\ntique, et chacun, indifférent ou sceptique, n'en eût pas moins,\ncomme de coutume, vaqué à ses occupations quotidiennes. Mais\nil faut se souvenir que nous sommes au début du règne de\nLouis IX, en pleine époque de ferveur religieuse, et que les\ncroisades sont encore un des facteurs les plus puissants de la\npolitique générale : la perte de cette relique parut à tous la pire\ncalamité qui devait atteindre le royaume de France, et, si nous\nen croyons son pieux historien, le jeune roi put dire sans exa-\ngération qu'il eût mieux aimé qu'un tremblement de terre en-\ngloutît la plus belle ville de son royaume !\nAu reste, il est une question que les contemporains de saint\nLouis ne semblent point s'être posée : le clou qu'on vénérait à\nSaint-Denys comme une relique de la vraie Croix, était-il au-\nthentique ? C'est un problème délicat et hardi, dont nous ne sau-\nrions nous occuper ici. Retenons seulement que, dès l'année\n32 1, sainte Hélène apportait les clous de la Croix à son fils, qui\nles employait pour ses mors et pour son casque, ce qui n'em-\npêche que par la suite, on les retrouvait tout entiers en bon\nnombre de sanctuaires, et qu'alors que trois ou quatre clous\nseulement avaient dû fixer le corps de Notre-Seigneur à l'ins-\ntrument de son supplice, un érudit, très au fait de ces ques-\ntions (i), déclare en connaître vingt-deux !\nIci, nous prenons le clou de Saint-Denys au moment où,\npour la première fois, il entre véritablement dans l'histoire.\nUne tradition, qui semble s'être formée au xne siècle, dès\nle temps de Suger, veut que Charles le Chauve en ait fait\n\n(1) MÉLY (F. DE) : Exuuiœ sacres ConstanPAßlS, 1904, P. 183."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "don à la célèbre abbaye (1). Les historiens de Saint-Denys nous\nont conservé le texte de l'épitaphe qu'on pouvait lire sur le tom-\nbeau de ce prince :\nImperio Carolus Caluus regnoque potitus\nGallorum, iacet hic sub breuitate situs.\nPlurima cura uillis, cum cumque corona\nEcclesiae uiuus huic dédit ille bona.\nMultis ablatis nobis fuit hic reparator,\nSequani fluuii Ruoliique dator (2).\nSi nous nous en rapportons à Félibien, le tombeau de Charles\nle Chauve, sans être original, serait néanmoins ancien, et da-\nterait vraisemblablement du temps de Suger, c'est-à-dire qu'il\nne serait pas postérieur au milieu du xne siècle. Il en est fait\nmention dans Richer (3). On peut donc suivre assez haut dans\nl'histoire, au moins jusqu'au milieu du xie siècle, la présence\ndu saint clou à l'abbaye de Saint-Denys. Nous la constatons\njusqu'à l'heure de la Révolution : nombre d'inventaires la\nsignalent, au xvie, au XVII8. au xvme siècle (4). Dom Millet donne\ndu reliquaire la description suivante :\n\n(1) D'après les historiens de l'abbaye de Saint-Denys au xvne et au\nXYIII6 siècle, dom Millet et dom Félibien, l'empereur d'Orient, Constantin\nCopronyme, aurait envoyé à Charlemagne, qui les déposa à Aix-la-Cha-\npelle, diverses reliques parmi lesquelles le saint Clou. C'est là que Charles\nle Chauve aurait pris le clou en question pour le remettre aux moines de\nSaint-Denys. Cette opinion ne doit pas être acceptée sans réserve. Il faut\nconsulter :\nMILLET (DOM). Le trésor sacré de Vabbaye royale de Saint-Denys en\nFrance. Paris, 1640, in-18.\nDOUBLET (DOM). Histoire de l'abbaye de Sainî-Denys. Paris, 1625,\nin-4. • . .\nFÉLIBIEN (DOM MICHEL). Histoire de Vabbaye royale de Saint-Denys\nen France. Paris, 1706, in-fol.\n(2) FÉLIBIEN, onvr. cit,9 p. 554.\n(3) Monumenta Germaniœ historica1 SS. XXV.\n(4) Outre les ouvrages de Félibien; de Doublet, de Millet, que nous\nvenons de citer, on peut consulter les travaux suivants, où se trouvent des\ndescriptions plus ou moins détaillées de cette relique :\nDu VERDIER. Le Voyage en France. Paris, 1673, in~i2,p. 326-7.\nPIGANIOL DE LA FORCE. Description de Paris. Paris, 1742, t, VIII,\np. 18-37.\nLe Trésor de Vabbaye royale de Saint-Denys en France, qui comprend les\ncorps saints et autres reliques précieuses qui se voient tant dans l'Eglise que\ndans la salle du Trésor. Paris, 1768, in-12.\nLACROIX (P.). Inventaire de i7g3, dans la Revue universelle des Arts,\n1856, T. IV, P. 124-130, 132-143, 340-366.\nVIDIER (A). —Description de Paris par Arnold Van Buçhel (i 586), PU\"\nBLIÉE DANS LES Mémoires de la Société de Vhistoire de Paris, T. XXVI."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.20", "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "« Le S. Cloud est enchâssé en un estuy d'argent doré,\n« bien artistement fait, qui s'ouvre par les deux bouts, pour\n« faire voir la teste et la pointe dudit cloud. Il est enrichy de\n« quelques petites pierreries, et posé sur un pied d'argent doré,\n« ayant aux deux costez deux anges d'yvoire très-bien faits. Ce\n« sacré ioyau estoit jadis beaucoup plus précieusement orné,\n« qu'il n'est à présent, car il estoit porté par cinq images d'or\n« massif, l'un desquels estoit de l'Empereur S. Charlemagne.\n« Ces images auoient esté données par le roy Charles VI, avec\n« plusieurs pierres précieuses, qui estoient autour du reliquaire,\n« toutes lesquelles choses ont estés rauies et perdues ès der-\n« nières troubles de ce royaume (i). »\nMais si pendant tout l'ancien régime nous suivons la trace\nde la relique au trésor de Saint-Denys, c'est en la seule année\n1233 que le saint clou tient réellement une place dans l'his-\ntoire, à propos de sa disparition qui mit le royaume en émoi.\nFélibien nous fait tout au long le récit que nous reproduisons\nici.\n★\n* *\n« Il arriva peu après dans l'égise de Saint-Denys un accident\nqui fit beaucoup de bruit par tout le royaume. La chose mérite\nd'estre racontée tout au long. C'est la coûtume à Saint-Denys\ncomme par tout ailleurs, de célébrer tous les ans la dédicace de\nl'église. Celle de Saint-Denys tombe le jour de la feste de S.\nMathias. La solemnitédu jour et les cérémonies extraordinaires\ny attirent ordinairement un grand concours de peuple. Pour\nsatisfaire à leur dévotion, on expose publiquement les princi-\npales reliques du trésor, non seulement le jour de la feste, mais\nmême pendant l'octave. Cette année-là, le dimanche d'après la\ndédicace arriva le vingt-septième de février qui estoit le second\ndimanche de caresme. Il se trouva en ce jour une affluence pro-\ndigieuse de monde à Saint-Denys. Ceux qui faisoient baiser les\nsaintes reliques furent contraints de monter sur un lieu un peu\nélevé pour satisfaire plus commodément à la dévotion publi-\nque. Le religieux qui portoit le saint clou de Nostre-Seigneur\nne prit pas garde en le faisant baiser que la relique tomba du\nreliquaire où elle estoit enchâssée. Une femme nommée Er-\nmengarde le sentant sous ses pieds, le ramassa ; et pensant qu'il\n\nOMONT (H.) Inventaire du Trésor\nt. XXVIII.\nEnfin, voir au Catalogue de Vhistoire àla Bibliothèque Natio-\nnale, t. VII, p. 756-757, une série d'éditions de petits livrets destinés aux\npèlerins et aux visiteurs au xvme siècle.\n(i) MILLET, ouvr. cit., p. 86 et ss.\n29"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "estoit d'or ou d'argent, le prit et le cacha dans son sein. Elle se\nglissa incontinent, et sortit de l'église. S'estant apperçûë que ce\nn'estoit qu'un clou de fer, elle pensa le jetter dans la riviere :\nDieu permit toutefois qu'elle le garda. Le Religieux cependant\ncontinuoit, sans s'en appercevoir, à faire toucher, au lieu du\nsaint clou, le reliquaire d'argent jusqu'à ce qu'il en fut averti par\nune personne de l'assemblée. Aussitost le bruit se répand que\nle saint clou avoit esté enlevé. L'on ferme les portes de l'é-\nglise : l'on cherche par tout ; et sans s'en rapporter à la bonne\nfoy d'autruy, 011 fouille tout le monde. A l'instant la ville se\nmet sous les armes : on leve les chaînes des rues ; et l'on se sai-\nsit des portes pour ne pas laisser échapper le voleur.\n« L'abbé Eudes, qui estoit à Gennevilliers, village éloigné\nd'une demi-lieuc de Saint-Denys, se rendit à son abbaye au mo-\nment qu'il apprit cette triste nouvelle. Comme il vit que toutes\nles précautions qu'on avoit prises avoient esté inutiles, il dépêcha\nquelques-uns de ses religieux pour le faire savoir au Roy et à la\nReine. Ils estoient déjà à cheval lorsqu'on publia que le saint\nclou venoit d'estre trouvé dans l'église de Saint-Marcel. Ce bruit\nles arresta : mais assûrez par eux-mêmes qu'on avoit voulu leur\ndonner une fausse joye, ils continuèrent leur chemin et arrivè-\nrent à la Cour. Le Roy et la Reine sa mere parurent fort tou-\nchez de la perte d'un trésor qu'ils regardoient l'un et l'autre\ncomme inestimable. Le jeune Roy marqua s'intéresser extrê-\nmement à l'affliction où estoient l'abbé et tous les religieux de\nSaint-Denys, et envoya aussitost quelques personnes qualifiées\npour les consoler de sa part. En même temps, il fit publier à\nhaute voix dans Paris, que quiconque trouveroit le saint clou,\nau roi t la vie sauve et cent livres d'argent pour récompense.\nL'abbé Eudes de son costé prononça publiquement l'excommu-\nnication contre l'auteur du larcin et ceux qui en avoient con-\nnoissance. Il n'en demeura pas là : il crut que pour fléchir la\nmiséricorde du Seigneur, il devoit avoir recours aux œuvres de\npénitence. Le lundy matin qui estoit le lendemain de l'accident,\nil vint au chapitre selon la coùtume où il ordonna des jeusnes,\ndes processions pieds nuds et une discipline générale qu'il fit\nfaire sur l'heure, en commençant par luy-même le premier.\nPlusieurs communautez de chanoines et de religieux s'impose-\nrent aussi diverses pénitences: enfin il n'y eut personne qui ne\ntémoignast prendre part à l'extrême affliction de l'église de\nSaint-Denys.\n« Environ quinze jours après un homme dévot en apparence,\nmais hypocrite et scélérat en effet, feignit d'avoir trouvé la reli-\nque qu'on cherchoit de tous costez. Il surprit par ses artifices\ndeux religieux de S. François qui vinrent trouver l'abbé et"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.22", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "luy donner avis du secret qu'on leur avoit fait. On alla inconti-\nnent lever la prétendue relique cachée en terre dans l'endroit\nqu'ils désignèrent. Les religieux de Saint-Denys qui s'apperçu-\nrent tout d'un coup de la fourberie, firent mettre l'imposteur en\nprison ; on luy serra les pouces, et il avoua que c'estoit un clou\nqu'il avoit fait forger dans l'espérance de profiter de la récom-\npense promise à ce luy qui trouveroit le véritable.\n« On continuait de faire des prières particulières pour le recou-\nvrement de la sainte relique,non seulement à Saint-Denys, mais\ndans plusieurs autres monastères particulièrement de l'ordre de\nCisteaux, avec lesquels l'abbaye de Saint-Denys avoit en ce\ntemps-là beaucoup de liaison. Un religieux de cet ordre (c'estoit\nle prieur de l'abbaye du Val près de Pontoise) avoit fait vœu\nde s'abstenir de vin toute sa vie, si Dieu permettoit qu'on re-\ncouvras! le trésor qu'on cherchoit. Ses désirs, qui estoient ceux\nde tout le monde, furent enfin heureusement accomplis. Ermen-\ngarde, cette femme dont nous avons parlé, estant arrivée en son\nvillage au sortir de Saint-Denys, avoit donné le saint clou à son\nneveu nommé Guillaume comme un clou ordinaire ; ajoutant\nqu'elle l'avoit trouvé dans l'église de Saint-Denys. Cet homme,\nsans y faire trop de réflexion, s'en estoit déchargé entre les\nmains de sa femme nommée Rosche. Celle-cv fit bien voir\nqu'elle pensoit que ce pouvoit estre le saint clou de l'église de\nSaint-Denys dont la perte commençoit à faire bruit ; car elle le\ncacha dans son armoire qu'elle tint bien fermée.\n« A quelques jours de là le neveu d'Ermengarde entendant\nde tous cotez déplorer la perte que l'église de Saint-Denys avoit\nfaite depuis quelque temps, se ressouvint de ce que sa tante\nluy avoit dit. Il s'en ouvrit à un de ses voisins nommé Fromen-\ntin qui n'eut pas plûtost apperçu le saint clou, qu'il s'écria que\nc'estoit celuy de Saint-Denys où il l'avoit vû plusieurs fois.\nCette assùrance augmenta son scrupule ; il en parla à sa femme\nqui pour se délivrer d'embarras, alla trouver le curé du lieu.\nElle luy dit qu'elle avoit chez elle le saint clou qui avoit esté\nperdu dans l'église de Saint-Denys. A cette nouvelle le prestre\nfut ravi de joye : mais il n'osa trop s'y fier dans la crainte d'estre\nabusé. Il s'en ouvrit d'abord à un religieux de l'abbaye du Val,\npuis au prieur, et ensuite à l'abbé nommé Géofroy à qui il\nrapporta tout ce qu'il en savoit.\n« L'abbé doutait fort de la vérité du récit : néanmoins il envoya\nle prieur et l'autre religieux avec le prestre pourvoir ce qui en\nestoit. On leur représenta le saint clou que ces bonnes gens\navoient mis dans une armoire enveloppé d'un linge fort propre.\n« Les religieux ne pouvant savoir si la relique estoit véritable,\nremportèrent pour la mettre dans le trésor de leur abbaye, en"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "attendant qu'ils fussent pleinement informez de laverité. L'abbé\ndu Val écrivit aussitost à un religieux de sa connaissance nom-\nmé Dreux qui tenoit la place du tiers-prieur dans l'abbaye de\nSaint-Denys, pour le prier de le venir trouver incessamment.\n« Dreux se hasta de contenter son ami, sans savoir de quoy il\ns'agissoit. Il arriva au Val le lundy saint d'assez bonne heure.\nL'abbé l'introduisit dans une chambre avec le prieur et quel-\nques autres de ses religieux : il luy dit qu'on leur avoit apporté\nun clou qu'on disoit estre celuy de Nostre-Seigneur qui avoit\nesté perdu dans Saint-Denys : mais qu'avant que de faire éclater\nla chose, il estoit bien aise de s'assûrer de la vérité ; qu'il avoit\ncrû que l'ayant montré si souvent, il pourroit les en instruire\nmieux que personne ; afin que si c'estoit un clou supposé, on le\nbrisast à l'heure même et qu'il n'en fustplus parlé : après quoy\nl'abbé tira le saint clou, et le montra à Dreux qui y trouva tous\nles indices qui pouvoient le faire reconnoistre. Il en rendit\naussitost à Dieu des actions de grâces ; et sans perdre de temps,\nil retourna en diligence à Saint-Denys pour apprendre à son\nabbé l'heureux succès de son voyage.\n« L'abbé Eudes à cette nouvelle fut saisi de joye et de crainte\ntout ensemble dans l'appréhension de quelque tromperie.\nDreux l'ayant de nouveau assûré qu'il avoit touché et vû le\nvéritable clou de Nostre-Seigneur, il le crut et partit dans le\nmoment pour se rendre à la Cour. Il ne trouva que la Reine\nBlanche (car le Roy estoit allé à Nostre-Dame pour assister à\nla consécration du saint cresme). Elle estoit pour lors avec Jean\nde Milly trésorier du temple, et Jean de Beau mont chambellan\ndu Roy. Après avoir salué la Reine, il luy dit qu'il venoit luy\nfaire part d'une grande nouvelle, que le saint clou estoit retrouvé\net qu'on le gardoit dans l'abbaye du Val.\n« La Reine l'avertit de prendre garde de ne pas se laisser trom-\nper : qu'il y avoit bien des fourbes dans le monde, et qu'il en\ndevoit estre assez persuadé par ce qui estoit arrivé depuis peu\nà l'occasion du clou contrefait. L'abbé répondit qu'il n'avoit\nenvie ni d'estre trompé, ni de tromper personne ; et que le\nReligieux témoin du fait pouvoit estre entendu, puisqu'il l'avoit\namené avec luy. La Reine commanda qu'on le fist entrer, et luy\ndemanda ce qu'il savoit touchant le recouvrement du saint clou.\nIl assûra la chose comme indubitable, et dit qu'il l'avoit vû de\nses propres yeux. La Reine après un témoignage si positif, leur\ndit : Partez donc et reportez le saint clou de Nostre-Seigneur\ndans vostre église avec tous les honneurs convenables. Plust à\nDieu, Madame, reprit l'abbé, que le Roy vostre fils ou plûtost\ntous deux ensemble puissiez honorer une cérémonie que vostre\nprésence rendroit si auguste. La sainteté du temps où nous"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.24", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "sommes, répliqua la Reine, ne me permet pas de monter ces\njours-cy à cheval ; mais vous pouvez choisir entre les premiers\nofficiers du Roy, ceux que vous voudrez pour vous accompa-\ngner. L'abbé remercia la Reine, et la pria de luy accorder les\nseigneurs qu'elle avoit actuellement auprès d'elle, savoir Jean\nde Milly, Hugues d'Aties et Renaud de Berone, toutes person-\nnes d'une probité et d'une sagesse hors de soupçon. La Reine y\nconsentit volontiers, et ils prirent congé d'elle.\n« Au sortir du palais l'abbé Eudes passa chez le 'grand cham-\nbellan Barthélémy de Roye, pour lui apprendre une nouvelle\nà laquelle il savoit qu'il prendroit beaucoup de part. De là il\nmonta à cheval avec le trésorier du temple, sans attendre\nHugues d'Aties ni Renaud de Berone qui ne partirent qu'après\neux. Déjà Dreux avoit pris les devans par ordre de son abbé,\net estoit allé en diligence à Saint-Denys. Il prit avec luy l'un\ndes cheveciers nommé Henry pour porter les deux reliquaires\nqui servoient à mettre le saint clou. Ils allèrent joindre leur\nabbé à Saint-Denys de l'Estrée, et de là continuèrent leur\nchemin vers l'abbaye du Val où ils arrivèrent le jeudy au soir.\nAprès les civilitez accoûtumées, l'abbé du Val ayant tiré à\nl'écart l'abbé de Saint-Denys, Jean de Milly et quelques autres\npersonnes de leur compagnie, il leur dit en peu de mots de\nquelle manière le saint clou avoit esté recouvert, nomma les\npersonnes qui le luy avoient remis entre les mains, et toute la\nsuite de cette affaire. Il le fit monter ensuite au trésor de l'église\net avant que d'ouvrir l'armoire où estoit la sainte relique, il\nexigea de l'abbé de Saint-Denys qu'il commandast à ses reli-\ngieux en vertu de l'obéissance qu'ils luy avoient vouée, de dire\nla vérité et de ne point rendre de témoignage qu'ils ne fussent\ntres-assûrez de la chose : ce qu'ils promirent au même moment.\n« Alors l'abbé du Val découvrit le sacré dépost qu'on luy avoit\nconfié, et tant l'abbé que les religieux de Saint-Denys, tous\nreconnurent que c'estoit le véritable saint clou. Ils se pros-\nternerent aussitost par respect, et attestèrent chacun en parti-\nculier la vérité qu'ils connoissoient. On fit ensuite l'épreuve\navec les deux reliquaires qu'un des religieux de Saint-Denys\navoit apportez : tout convint si parfaitement, qu'il estoit impos-\nsible qu'un l'un n'eust pas esté fait pour l'autre. La vérité ayant\nesté découverte d'une manière qui ne faisoit plus rien craindre\ndu costé de l'imposture, on publia aussitost que le saint clou\nde Notre-Seigneur avoit esté recouvert, et l'abbé du Val le\ndonna à baiser au peuple qui estoit venu ce jour-là en foule à\nson église : après quoy il le reporta au trésor. L'abbé de Saint-\nDenys encore à jeun s'estant mis à table, les deux seigneurs\ndont j'ay parlé, Hugues d'Aties et Renaud de Berone, arrivèrent"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "tout à propos pour prendre part à la joye commune. Après le\nrepas Eudes dicta à son secrétaire des lettres pour le Roy, pour\nla Reine et pour d'autres de ses amis, afin de les informer de\nla maniéré dont le saint clou avoit esté recouvert. Il renvoya en\nmême temps Henry l'un de ses religieux à Saint-Denys, pour\nfaire savoir à sa communauté ce qu'elle devoit faire en cette\noccasion. Le lendemain à l'issue de matines l'abbé du Val\nassembla ses religieux et leur représenta la grâce que Nostre-\nSeigneur leur avoit faite de permettre que l'instrument dont\nil avoit esté percé à pareil jour, eust esté apporté et reconnu\ndans leur monastère : il les exhorta d'en remercier la divine\nbonté : puis pour satisfaire à leur dévotion, il fit baiser à cha-\ncun d'eux la sainte relique. Tous les religieux accompagnèrent\nensuite leur abbé jusqu'à la porte du monastère, en chantant\nl'hymne de la passion. Comme plusieurs personnes de dehors\navoient accouru en foule pour voir le saint clou, on le leur\nmontra en même temps qu'on le découvrit aux deux officiers\ndu Roy qui estoient arrivez la veille et qui ne l'avoient pas\nencore vû. Les deux abbez se mirent aussitost en chemin avec\ntous ceux de leur compagnie, et ne cessèrent de reciter des\npseaumes jusqu'à ce qu'ils furent arrivez à Saint-Lazare, qui\nestoit une maladrerie proche de Saint-Denys.\n« Henry suivant les ordres de son abbé avoit disposé toutes\nchoses pour la cérémonie de la réception du saint clou, à\nlaquelle il semble que la divine providence permit que l'abbé\nde Saint-Edmond se trouvast, afin de desabuser le public du\nfaux bruit qui avoit couru, que le saint clou de Nostre-Seigneur\navoit esté porté dans son monastère en Angleterre, où l'on\nassûroit qu'il estoit honoré. L'église estoit ornée de tapisseries\net éclairée de cierges comme aux jours des plus grandes solem-\nnitez : les rues de la ville estoient tapissées avec des pots rem-\nplis de feu et d'encens des deux costez * et les soldats sous les\narmes. Les religieux revestus d'aubes et pieds nuds commen-\ncèrent la procession au son de toutes les cloches de la ville :\nils avoient à leur teste l'abbé de Saint-Edmond qui portoit la\ncouronne d'épines. Il se trouva à cette cérémonie une foule\nprodigieuse de personnes de tout âge, de tout sexe et de toutes\nsortes de conditions ; les uns attirez par dévotion et les autres\npar la nouveauté du spectacle. La procession estant prés de\nSaint-Lazare, les deux abbez de Saint-Denys et du Val\narrivèrent avec toute leur suite; celui du Val revêtu d'une\nétole portoit le saint clou dans un reliquaire d'or, ayant à ses\ncostez deux gentilshommes qui luy soutenoient les bras, pour\nl'aider à faire voir la relique au peuple. Lorsque se joignirent\nceux qui portoient les instrumens de la passion de Nostre-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.26", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "Seigneur, c'est-à-dire le saint clou et la couronne d'épines,\nles acclamations redoublèrent ; et l'on n'entendit par tout que\ndes cris de joye. La procession retourna à Saint-Denys, en\nchantant des hymnes du temps jusqu'à ce qu'estant arrivée à\nI église, le chantre entonna une antienne de Saint-Denys qui\nfut suivie du Te Deum.L abbé Eudes reçut ensuite des mains\nde 1 abbé du Val le saint clou qu'il mit sur le grand autel. A lors\nun religieux de 1 Abbaye nommé iistienne monta au jubé, et\nprononça un discours qui commençoit par ces mots de l'évan-\ngile : Réjouissez-vous avec moj\\ p\nque j avois perdue.Le concours du peuple estoit si grand,\nqu'on ne put luy prester toute l'attention qu'il méritoit : il\nfalut satisfaire le peuple, donner à baiser le saint clou ; et par\nlà se termina la cérémonie.\n« Le jeune Roy n'ayant pû s'y trouver, vint quelques jours\naprès à pour témoigner sa joye du recouvrement\ndu saint clou qu'il révéra avec tous les seigneurs qui l'accom-\npagnoient en grand nombre. Plusieurs prélats, et quantité de\npersonnes de marque firent aussi la même chose les jours sui-\nvans : et la joye qu'on eut d'avoir recouvert un si précieux\nmonument, fut d'autant plus générale, que la tristesse de l'avoir\nperdu s'en estoit répandue par tout le royaume ; tant on avoit\npour lors de respect, d'amour et de vénération pour les choses\nsaintes. Toute cette histoire a esté décrite beaucoup plus au\nlong par un religieux de Saint-Denys qui vivoit pour lors, et\ndont l ouvrage s'est heureusement conservé dans un manuscrit\nde trois à quatre cens ans. C'est de cet auteur que Guillaume de\nNangis a tiré ce qu'il en rapporte dans la vie de saint Louis.\nII nous est resté une lettre de Géofroy, abbé du Val : c'est un\nacte authentique par lequel luy et sa communauté témoignent\navoir reçu de l'abbaye de Saint-Denys plusieurs grâces, entre\nautres l'indemnité des biens qu'ils possédoient à Cormeilles, à\nMontigny, à Noisy, à Saint-Martin du Tertre, à Presles, à\nFayel, à Villiers et à Montmorancv ; outre une redevance\nannuelle de cent sols sur la mense de l'abbé, en reconnois-\nsance de ce que le saint clou avoit esté recouvert par leur\nmoyen. »\nFélibien n'a en rien atténué l'extraordinaire candeur de son\nmodèle. Il nous dit que ce récit a été écrit par un religieux de\nSaint-Denys, mais nous ne trouvons rien dans les sources de\nGuillaume de Nangis qui rappelle ces pages de Félibien. Il\ns'agit d'un moine anonyme, qui vivait à l'abbaye, contempo-\nrain des événements qu'il raconte ; son long récit, que nous\npublions par ailleurs, est une oeuvre d'édification bien plutôt\nqu'écrite pour rester un document historique. Nous ne sau-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 827, "texte": "rions en effet nous y arrêter, d'autant qu'un document intéres-\nsant pour l'histoire de la musique sollicite notre attention.\n*\n* *\nC'est une chanson latine, dont nous pouvons avec beaucoup\nde vraisemblance faire remonter la composition au temps de\nl'événement, auquel elle se rapporte, c'est-à-dire qu'elle ne\nsaurait être antérieure à l'année 1233 ; et comme d'autre part\nnous avons de bonnes raisons pour l'attribuer au chancelier de\nl'Eglise de Paris, Philippe de Grève, elle ne doit pas avoir été\ncomposée après l'année 1236, date de la mort du chancelier.\nElle se trouve dans un manuscrit unique,\nPierre deMédicis, àla Bibliothèque Laurentienne de Florence (1 ),\net appartient à la catégorie des pièces appelées\nple x. C'est une chanson mesurée monodique.\nTEXTE ANCIEN\n\n(i) Plut.XXIX, I, fol. 437."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.28", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "TRANSCRIPTION EN NOTATION MODERNE\nNous sommes avec cette mélodie bien loin de la grâce, de\nla souplesse, de la spontanéité des trouvères. Ce sont des artis-\ntes et non des musiciens d'inspiration qui ont écrit ces lignes,\net leur composition se ressent de l'esthétique musicale du\nxme siècle : rythme ternaire, ligatures, breues currentes,\nrien n'y manque. Nous avons traduit la première strophe en\nrespectant la valeur propre à chaque note ou à chaque liga-\nture et en faisant tomber le temps fort initial de la mesure sur"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "la syllabe tonique de chaque mot. Le rythme poétique conserve\nainsi quelque chose de lui-même sous sa parure mélodique.\nNous ferons remarquer qu'au point de vue modal, la finale sur\nsol ne crée un septième mode qu'en apparence.\npresque permanent\nest en réalité un premier mode ecclésiastique avec si bémol.\nVoilà donc comment au temps de saint Louis on chansonnait\nles événements contemporains. C'est de la chanson grave,\nmorale et pieuse, émanation sincère d'une époque où ces qua-\nlités étaient requises quand on parlait des choses de la reli-\ngion.\nNous avons dit que jusqu'à la Révolution le saint clou fut\nconservé dans le Trésor de l'abbaye royale de Saint-Denys.\nOn sait que le vandalisme de 1793 n'épargna que peu du\npassé : Saint-Denys fut dévasté. Apporté à Paris avec les autres\nreliques du Trésor, le clou delà Passion fut présenté à la\nmission temporaire des Arts.Un membre de cette commission,\nle citoyen Lelièvre, qui était par ailleurs inspecteur général des\nmines, demanda que le clou lui fût remis pour le soumettre à\nun examen scientifique. Il le conserva, et en 1824 le remit à\nMgr de Quélen, qui, le 18 octobre de la même année, en recon-\nnut solennellement l'authenticité.\nDepuis lors le saint clou fait partie des grandes Reliques\nde la Passion que Ton conserve à Notre-Dame de Paris, On en\na lait souvent l'histoire, mais c'est ici la première fois,\ncroyons-nous, qu'il en est question dans une étude d histoire\nmusicale.\n\nPierre Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 30, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.8", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS ET LA THÉORIE DE M. 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Riemann ajoute que « le dit son résultant... appa-\nraît aussi, occasionnellement, en tant que son double\nton) », on ne sait vraiment plus que penser. On comprend,\nà coup sûr, et on partage tout l'étonnement de M. Riemann en\nface d'un gaillard tel que ce son résultant, capable à la fois « de\ndescendre progressivement vers le grave », en restant « toujours\nle son inférieur juste d'au moins l'un des sons de l'intervalle\naltéré » et qui, par-dessus le marché, se manifeste soudain, à\nlui tout seul,sous la forme d'un son ou « double-son »,\noù M. Riemann nous assurait tout à l'heure avoir entendu « un\nintervalle ».\nPourtant, il est encore bien plus malaisé d'imaginer quelle\nconception M. Riemann se faisait alors des « sons résultants »\nen général, quand on lit ce qui suit aussitôt : « Mais, dès qu'il\n(toujours le son résultant) atteint une hauteur déterminée, où il\napparaisse en tant que partie intégrante et constitutive d'une\nmême résonance avec les deux sons de l'intervalle, alors, s'il\nn'est pas lui-même le son le plus grave de la série, le son fon-\ndamental de la résonance surgit immédiatement au-dessous\nde lui. »\nQu'est-ce que ça peut bien vouloir dire? Pour n'importe quel\nintervalle, juste, faux, altéré de façon quelconque, pourvu ou\nnon d'harmoniques, tous les sons résultants tous et\nchacun sans exception, sont « parties intégrantes et constitu-\n\n(:) Voir les numéros i, 3, 5, du Mercure Musical,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "tives » de la résonance à laquelle appartiennent les deux sons\nde l'intervalle émis. M. Riemann l'ignorait-il ? La loi de Preyer,\nen effet, ne fut énoncée que postérieurement. Mais, si M. Rie-\nmann pouvait ignorer alors que les nombres de vibrations de\ntous les sons résultants possibles d'an intervalle, exprimé par\nson rapport irréductible, constituent une progression arithmé-\ntique complète, dont le premier terme est l'unité et le dernier\nterme, le nombre de vibrations du son le plus aigu de l'inter-\nvalle ou de l'harmonique supérieur considéré, comment\nM. Riemann a-t-il pu se figurer, même en rêve, un son résul-\ntant quelconque étranger à la « résonance » représentée par\nl'intégralité de cette progression arithmétique ?\nIl faudrait que, pour un intervalle exprimé par son rapport\nirréductible, le nombre des vibrations de ce son résultant étran-\nger ne fût pas un nombre entier.Or, tout intervalle quelconque\nimaginable est exprimé ou peut être exprimé par un rapport\nirréductible dont les deux termes sont des nombres entiers. Les\nvibrations des sons de l'intervalle étant exprimées en nombres\nentiers, les vibrations de leurs harmoniques respectifs le seront\nnaturellement par une série de multiples entiers. Tous les sons\nrésultants produits par la différence entre ces nombres entiers\nde vibrations ne pourront faire chacun qu'un « nombre entier »\nde.vibrations, aussi bien que tous ceux produits par les diffé-\nrences quelconques des diverses différences. Et, même en\nadmettant, avec M. Riemann, que les sons résultants, dénom-\nmés par Helmoltz « additionnels », correspondent à l'addition\ndes nombres de vibrations des sons de l'intervalle, cette addi-\ntion ne pourra jamais donner qu'un « nombre entier » pour\ntotal. Et, comme il n'existe pas d'autres sons résultants, le\nnombre des vibrations de n'importe quel son résultant corres-\npondra nécessairement à l'un des termes de la progression\narithmétique représentant l'ensemble de la résonance à quoi\nappartient l'intervalle, et sera forcément toujours « partie inté-\ngrante et constitutive » de cette résonance.\nOn a grand besoin que M. Riemann s'explique un peu. Il croit le\nfaire en continuant ainsi : «... C'est-à-dire : où qu'en apparaisse\nla moindre possibilité, la combinaison sonore (.Zusammenklang)\nse cherche son fondement naturel,\nson résultant de tout intervalle imaginable e».\nLa position de cette « combinaison sonore » qui « se cherche\nson fondement naturel », est assurément digne d'intérêt autant\nque suggestive, mais, si c'est à ce résultat qu'aboutissent les\nexpériences et les réflexions de M. Riemann, on se demande\npourquoivil a pris de la peine de les publier, et surtout à pro-\npos des « sons inférieurs ». Il est trop évident que « le son i"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.32", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "est toujours le dernier son résultant de tout intervalle imagi-\nnable», si cet intervalle est exprimé par son rapport irréductible;\net, si l'intervalle est exprimé autrement, « le dernier son ré-\nsultant » représente toujours l'unité de vibrations de la combi-\nnaison sonore. Mais, ce que M. Riemann découvre ainsi, c'est\nle plus grave de tous les sons résultants possibles, lequel est\naussi, à la fois, le son fondamental de la résonance naturelle\nsupérieure. Qu'est-ce que, tels qu'il les définit, les « sons infé-\nrieurs » ont à voir ici ?\nPour montrer plus clairement « l'abaissement successif de la\nhauteur du son résultant et l'intervention du son fondamental\nde la résonance », M. Riemann établit ensuite un tableau noté.\nIl aligne un certain nombre de rapports irréductibles d'inter-\nvalles choisis arbitrairement dans le seul but de fournir une\nsuite de sons résultants de premier ordre, descendant plus ou\nmoins graduellement vers le grave; et il est si préoccupé de\nl'obtenir, qu'il oublie un instant que ce résultat doit être la\nconséquence de l'altération descendante progressive et régulière\ndu son le plus aigu de l'intervalle observé. C'est ainsi que (p. 8,\n§ 5), pour représenter cette progression descendante, il fait se\nsuccéder les rapports 112, M et |, qu'il note Ré (2) (3),\n(18) Sol dièse (2b) et Ré (5) LA bémol (7), sans remarquer\nque l'intervalle ff est plus petit que l'intervalle f qui le suit,\npuisque :i = En outre, cet intervalle Ré (18) Sol\ndièse (26) donne pour son résultant de premier ordre un\nbémol(7), et non pas un Do,comme le note M. Riemann, parce\nque c'est le son qu'il lui fallait là. M. Riemann, en cet endroit,\nn'avait qu'à choisir le rapport t, qui lui aurait donné le son\nrésultant Do (4) qu'il désirait, et en même temps la\ngressive ir, | ou H, H- D'ailleurs, dans ce tableau, qu'il est\nvraiment superflu de reproduire, les sons résultants obtenus\nne sont jamais « sons inférieurs » de l'intervalle que lorsqu'ils\nsont le son résultant le plus grave, le son 1 fondamental de la\nrésonance, et, dans ce cas, ils constituent respectivement le\n« son inférieur commun » des deux sons de l'intervalle.\nNous en sommes toujours au même point qu'avec A. von\nŒttingen. M. Riemann a importuné un malheureux harmo-\nnium pour en arriver à découvrir « l'existence objective », de-\npuis longtemps reconnue et démontrée, du « son résultant com-\nmun » des deux sons d'un intervalle ; « son résultant », qui, en\ntant que tel, est à la fois conséquence et facteur du phénomène\nde la « résonance naturelle supér », et son fondamental\n(le plus grave possible existant) de cette résonance supérieure.\nM. Riemann. au surplus, paraît le soupçonner, car il pour-\nsuit (p. 9, § 6) : « Ce qu'on ne saurait assez estimer étonnant,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "et même admirable, merveilleux, c'est la singulière aspiration de\nnotre entendement à donner un fondement à l'intervalle, à lui\nconférer une unité de résonance par Supposition d'un son fon-\ndamental. »\nNos voisins emploient souvent des mots importés de notre\nlangue, avec un sens qui devient pour nous incertain. Je n'ai\npas osé retraduire Supposition,mais je présume que M. Riemann\nentend ici, par là, « poser dessous », ou quelque chose d'appro-\nchant. On n'en reste pas moins agréablement affecté de l'atten-\ntion qu'a notre entendement d'apporter une aide charitable à la\ncombinaison sonore en quête de « son fondement naturel ».\nMais, là s'arrêtent ses bons offices.\n« ... Cette unité est-elle assurée par le premier son inférieur\ncommun, continue M. Riemann, nous n'allons pas plus loin, et\nnous ne percevons pas les autres sons inférieurs communs,\nlesquels, en tant que sons inférieurs du son résultant, se fon-\ndent avec celui-ci de la même manière que, d'ailleurs, les sons\ninférieurs se fondent avec le son émis isolément, ou, bien mieux,\nconstituent ce son émis... »\nj'avoue, en toute humilité, l'impuissance de mon entendement\nà saisir ce que M. Riemann a voulu dire dans cette phrase.\nQuand nous avons perçu « le p son inférieur »,\ncomme c'est en même temps le plus grave et « le dernier de\ntous les sons résultants » possibles de l'intervalle, il est assez\nnaturel que nous ne percevions pas « les autres sons inférieurs\ncommuns », qui ne pourraient se trouver qu'au-dessous de ce\nplus grave de tous les sons résultants possibles, et, par consé-\nquent, n existent pas. N'existant pas, on ne voit pas comment\nils pourraient « se fondre avec ce son résultant ». Et, quand\nM. Riemann ajoute : «... Ce qui tombe dans l'aperception\n(représentation consciente), c'est la pointe de la résonance\n(inférieure) du son inférieur», cette « pointe », dans l'espèce,\nest V extrémité de rien du tout.\nIl continue : « Si les autres sons inférieurs communs étaient\nperçus chacun isolément, c'est-à-dire les sons |, |, etc., du son\nrésultant (1), l'unité de résonance serait ainsi de nouveau per-\ndue, car alors, toujours et partout, les deux principes de réso-\nnance antipodes se trouveraient accolés et antagonistes :\nla bémol... Fa... »\ni/ 5 i/ 3 i 3 5\nMais, heureusement, cela n'arrive pas, et cela ne peut pas\naiiiver, parce que l'une des deux résonances antipodes, à savoir\nla résonance inférieure,« n'est pas perçue » ; et elle n'est pas"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.34", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "perçue parce qu'elle n existe pas dans le phénomène objectif,\ndans « l'onde sonore qui vient frapper l'oreille ».\nEt comment y pourrait-elle exister ? Prenons pour exemple\nla tierce majeure 112. Entre les nombres de vibrations de tous les\nharmoniques ou sons résultants possibles, diffé-\nrence qu'on puisse trouver ne sera jamais inférieure à i, et le\nson résultant le plus graine fera i vibration. Si cette tierce, en\nvibrations réelles, donnait le rapport différence\nentre tous les harmoniques et sons résultants imaginables ne\nserait jamais moindre que 10 vibrations; elle serait de 100 vi-\nbrations pour la tierce £s>, de 180 vibrations, pour la tierce\nff-o, etc. Et jamais aucune de ces tierces majeures ne pourrait\nrespectivement produire un son résultant plus grave que celui\nreprésenté par cette plus petite différence.\nCe son résultant le plus grave,fondement de la résonance\nnaturelle supérieure, est aussi le plus grave des « sons infé-\nrieurs » dont les expériences de M. Riemann aient démontré\n« l'existence objective ». Et ce son résultant est le « son infé-\nrieur commun » des deux sons d'un intervalle, et situé à une\nplace quelconque de la série « supposée » par M. Riemann.\nPour les sons de la tierce 112, c'est respectivement le « son infé-\nrieur 1/4 et i/ 3»; pour ceux de l'intervalle 112, le « son inférieur\n1 jjet 1 Ig» ; pour l'intervalle jf, le « son inférieur 1/1 3et 1 /16 ».\nLes autres « sons inférieurs » éventuellement constatables sont\ntous plus aigus que ce « son inférieur commun ». Ils n'appa-\nraissent doués d'une « existence objective » que, seulement et\nexclusivement, quand ils correspondent à l'un des sons résultants\npossibles et, dans la série de ces sons résultants, ils apparaissent\ndistribués comme au hasard, en nombre variable et quelconque,\ncorrespondant à des sons résultants d'ordre divers, d'intensité\nirrégulière, et incompatible avec le rang des « sons inférieurs »\nreprésentés. Pour la tierce mineure pythagoricienne ff, par\nexemple, ou La(27 )-D0(32), on rencontre les sons (16),\nDo (8), Do(4) et Do(2), correspondant aux « sons inférieurs »\n112, 1, | et 77; du Do (32); les sons Ré (9), Sol (3), correspon-\ndant aux « sons inférieurs » i et fdu (27). Qu'y a-t-ii de\ncommun entre ces « sons inférieurs » irréguliers et quelconques,\nles seuls percevables parmi les sons résultants d'un intervalle, et\nla série des « sons inférieurs » perçus par notre sensation au\nbénéfice de notre « représentation », constituant la « réso-\nnance » annoncée par M. Riemann et déterminée par l'audition\nd'un son simple ou complexe émis ?\n(A suivre.)\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.9", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nLE DANSE URI\nA toutes les époques du monde, la Folie, l'horrible mangeuse\nde cervelles, a fait des victimes parmi les humains, détraquant\nles plus forts, avilissant les mieux doués, rompant les nerfs des\nathlètes, vidant le front des penseurs, s'insinuant dans les\nreplis cachés de l'intelligence. Méchant et sournois, le mal\naffreux a surpris des riches dans leurs jouissances, a vaincu des\nhumbles dans leur misère, et toujours, en tout temps, il a offert\nle spectacle le plus douloureux qui soit.\nRien de lamentable, en effet, comme l'écroulement de la rai-\nson, rien de triste comme la déchéance qui fait de l'homme un\ncadavre ambulant, un être qui devient une vivante ironie de la\nsagesse.\nAu nombre de ces malheureux dont l'âme est dont\nles yeux sont ouverts fixement sur des gouffres sans fond, dont\nla bouche profère la sottise emphatique ou balbutie de peureuses\nprières, il en fut un que l'oubli dévora tout entier. Au moment\noù la Révolution éclata, c'était un homme du monde, coquet,\nfringant, heureux de vivre et qui, pour passe-temps préféré, avait\nchoisi la danse, Il se nommait Trénis, frayait avec les viveurs, les\nfilles d'Opéra, fréquentait les salons autant que les bals publics et\njouissait d'une renommée d'intrépide fervent de Terpsichore.\nPendant la période où Robespierre fut tout-puissant, Trénis\nmit une sourdine à ses opinions réactionnaires ; mais au lende-\nmain de la Terreur, on le vit à la tête de ceux qui s'efforçaient\nd'oublier les malheurs du temps en se livrant au plaisir de la\ndanse.\nVerveux, original, combattif, soucieux de gloire, il organisa\nle Bal des victimes,ce bal où l'on n'était admis qu'après avoir\nprouvé que l'un de ses proches avait porté sa tête sous le\ncouteau de Guillotin. A Tivoli, à Paphos, à l'ldalie, au jardin\nBiron, à l'Elysée, au Pavillon du Hanovre, il allait, entraînant\ndans les rondes folles toute une jeunesse ardente qui se grisait\nde bruit et de mouvement. Danseur plein d'originalité, il s'amu-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.36", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "sait à apporter des variantes dans tous les pas fameux, au mi-\nlieu d'une foule d'admirateurs, applaudi par les Merveilleuses,\nacclamé par les Muscadins.\nAu commencement du Consulat, il se lia d'amitié avec Julien,\nle chef d'orchestre à la mode qui devait être de toutes les fêtes\nofficielles du premier Empire ; et comme la contredanse lui valait\nses plus brillants succès, il résolut d'attacher son nom à l'une\ndes cinq figures importées d'Angleterre en France, à l'époque\nde la Régence,\nIl inventa donc quelque chose dans le but de remplacer la\nPastourelle. La nouvelle figure, qui porta longtemps le nom\nde son inventeur, se composait de vingt mesures ; en avant et en\narrière (quatre mesures); la dame traversait, le cavalier faisait\nen avant et en arrière (quatre mesures); on traversait à trois\n(quatre mesures) ; on retraversait pour regagner sa place\n(quatre mesures); enfin on faisait un balancé et un tour de\nmain (quatre mesures).\nLa vogue de la trénis fut énorme, et l'alerte danseur, qui ne\nprenait guère de répit, glissa lentement vers la démence. De\nprince de la danse qu'il se savait, il voulut être roi. A force de\ncaresser sa chimère, il lui fit prendre le galop; elle le conduisit\ntout droit à Charenton.\nLa fameuse maison d'aliénés était alors dirigée par Royer-\nCollard, le frère du philosophe, médecin de valeur qui avait fait\nses classes à l'Oratoire de Lyon et qui venait de créer la\nthèque médicale,le meilleur des journaux de médecine de son\ntemps.\nM. G. Desrat, le professeur de chorégraphie, dans son\ntionnairepublié en 18g5, a émis un doute sur la folie de Trénis,\nqu'il taxe de « légende assez bizarre ». Or, le hasard, qui me\nfavorise assez souvent, m'a mis entre les mains un document\ntypique, une page écrite par l'ancien danseur, lors de son inter-\nnement.\nA titre de curiosité psychologique je le reproduis en entier :\n« Aujourd'hui, Ce Dimanche jour de Novembre de cet\nAn de mon Règne de Paix, an [lBo6] à Environ Neuf heures du\nmatin, à mon sortir d'un Bain froid au lieu de Tiède, sans palet\nni Pair de France,autour de moi, Laissé sans lumière\n(comme de Barbare Coutume depuis le [i2^me de] Mai, même an\nque je suis abandonné dans ce lieu de Ma Gloire à des Bour-\nreaux, à des supplices dignes d'Eux) ce Matin, dis-je, le nommé\nAymon cy-devant dit Rochette, assassin des prisons, condamné\npar Arrêts de Haute-Cour à la peine de Mort, comme Anar-\nchiste et Régicide, Est Entré dans ma chambre au n° [23ème] de\nmon Corridor Royal, de ma Maison de Charanton (Corridor\n\n30"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.37", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "appellé la Frégatte), où je rentrais malade, et là sous un pré-\ntexte donné, lui Aymon s'est précipité sur Moi, m'a renversé\nsur mon lit de douleur, m'a assenné plusieurs\nsur ma Tête Auguste, Sainte et Ointe du Saint Olive, m'a arra-\nché les cheveux dont j'ai Conservé une part de dépouille, un\nRûban de Couleur Rose qui Représente m'a Croix\nlequel Rûban je lui ai Repris, il est encor à ma Boutonnière;\nle Barbare a été aidé par le Nommé (soi-\ndisant Mon Infirmier) et En présence du Nommé le Bœuf cf-\ndevant Leclerc Autre Infirmier; et ils se sont retirés en riant de\nleur rire affreux. EE Je suis très souffrant, sans aucun secours. EE\nje Demande Louise La Reine d'Espa je demande\nSa Mère au Gouvernement de France je demande auprès deMoï\ndans le Jour Le Grand-Juge Mr le Per Ministre de Ma Haute-\nPolice, avec Mr le Per président de Mon Parlement : pour afin\nque pleine Justice et Entière Restitution, me soit faite. Il y\naura un premier Médecin et un per Chirurgien ayant une\nBoette de Pharmacie complette et mes-deux-Miens Livres de\nl'Esprit de la Médecine, Couverts de Parches et Armes à moi !\npour que je Répare sur le champ une partie de tant de Maux,\nde tant de si Horribles Supplices, et que d'ici vêtu de mes Hâ-\nbits et Linges Royaux je puisse me rendre\nEpouse et Reine en Mien EE Palais des Thuilleries, j'ai assuré\nau Monde Vingt-six Ans de Paix, et de Bonheur : appert mes\nscelés = (Bonaparte étant mon secrétaire), l'an de Mon Règne\nde [lBo4] [Moi = Grand Rocroi = L'Amour] Roi et Empereur\nFrance : Roi d'Espagne Et Roi d'Angleterre : Louis-Ed TRÉNIS.\nOn m'apportera Mon Grand EE vert- Rocroi\nau Bras :Au Grand Complet; Chapeau plumet —Epée etera. »\nJe crois qu'après lecture de cet ordre fantastique, le doute\nn'est plus permis ! Trénis était atteint de la folie des grandeurs\net l'on remarquera que sous sa plume, tous les termes posses-\nsifs prenaient une majuscule.\nJe laisse aux spécialistes le soin de démêler à quelle catégorie\nappartenait ce dément, dont les centres nerveux avaient été désé-\nquilibrés peut-être par l'abus d'un passe-temps favori. Il est\nnotoire, en effet, que beaucoup de danseurs ont versé dans la\nmanie et que leur originalité a frisé de près la démence nette-\nment caractérisée.\nSi l'on se reporte en imagination aux soirées du Directoire,\nsi l'on se figure Trénis, parmi les royalistes qui avaient relevé\nla tête, conduisant le bal, jetant un défi aux gouvernants qui\nvenaient d'exécuter Charrette et Stofflet, on comprend la forme\nde sa folie qui lui faisait prendre Bonaparte pour son « secré-\ntaire ». Le malheureux danseur fut autant un « jouet brisé » par"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.38", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 523, "texte": "le fait d'opinions irritées que par le dérèglement des plaisirs.\nL'organisateur du Bal des victimesdevenu une victime du Bal,\nsongeait peut-être encore à danser dans l'asile de Charenton.\nSon suprême désir, puisqu'il se croyait roi, c'était sans doute de\ndonner des fêtes splendides, dans lesquelles, porteur du sceptre\net de la couronne, il aurait mené la contredanse, objet de sa\ngloire, en intervertissant les figures, et en commençant par la\nBoulangère pour finir par le Panta !\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.10", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nMUSIQUE NOUVELLE\nLouis Laloy.\nAlbert Roussel : Quatre poèmes (Henri de Régnier). Piano et chant. Paris, Bellon Ponscarme,\nCe sont quatre petites pièces d'Henri de Régnier (Le départ, Vœu, Le\njardin mouillé, Madrigàl lyrique), païennes et mystiques, dont la pure\nbeauté laisse transparaître une secrète ardeur. La musique qu'elles ont ins-\npirée est, comme elles, délicate et grave. Je connaissais déjà un Trio\nd'Albert Roussel, qui m'avait paru noblement pensé, mais un peu labo-\nrieux en ses développements. Rien de pareil ici : c'est un art certes très\nréfléchi, très mûri, très surveillé, mais qu'une sincérité soutenue garde de\ntoute affectation. J'aime particulièrement la première pièce (Le départ),\navec le bercement mélancolique qui l'enveloppe tout entière, et tour à tour,\navec les paroles, s'alanguit ou s'affermit, pour s'apaiser au parfum de la\nrose d'amour, consolatrice, jusqu'à la mort, du marin qui partit sans lar-\nmes : rien de plus délicat ni de plus émouvant que l'apparition, à cet en-\ndroit, de la tonalité de ré majeur, jusque-là ineffleurée.\nLes trois autres mélodies sont construites à peu près de la même ma-\nnière, sur un motif dominant, varié sans cesse, et que viennent illustrer\nde brefs épisodes suggérés par le poème : paysages vus comme par échap-\npées, forêt verte et rousse, collines aux belles lignes, sentier d'herbe et de\nsable, jardin que la pluie éveille, rose qui s'effeuille, colombe faible et\ndouce, flûte unie à l'écho dans le vent. Tout cela, noté avec la plus subtile\nprécision et de fines nuances d'harmonie, amené sans effort apparent, adroi-\ntement ménagé et ingénieusement suivi, indique un musicien très sûr et\npresque passé maître en l'art de la forme. Il est à remarquer en effet que\nla « romance », le « lied », ou la « mélodie » moderne, de quelque nom\nqu'on veuille l'appeler, se rapproche beaucoup de la musique pure et re-\nquiert à peu près les mêmes qualités de construction, depuis que la voix\nse borne à réciter musicalement les paroles, au-dessus d'un développement\nsymphonique qui en dévoile le sens profond. Ce sont, en réalité (cette\nbrève analyse le montre déjà), des « variations », ou des « rondeaux », ou\ndes (( andantes », inspirés par un poème, et construits certes plus libre-\nment que les morceaux d'une sonate, mais qui obéissent cependant aux lois\nde la logique musicale. Albert Roussel joint à une connaissance très\nexacte de ces lois une sensibilité contenue et repliée sur elle-même, qui\nest d'un grand charme, et le désignait pour mettre en musique Henri de\nRégnier."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "IDIOT-MUSICALIANA.\n\nVous me croirez si vous voulez, mais c'est seulement le vendredi 22 sep-\ntembre dernier, vers la fin de l'après-midi, que, moyennant cinquante cen-\ntimes, je pris possession du canard où le Mercure musical était sournoi-\nsement bêché dans les grands prix, en l'effigie de ses deux directeurs.\nEncore fallut-il qu'un ami me signalât l'article où mon nom se trouvait\nimprimé, car, je l'avoue, je ne suis abonné à aucun Argus ou officine du\ngenre, gardé de cette immodeste prodigalité par une indifférence irrésistible.\nSi je signe ce que j'écris, c'est avant tout pour en assumer la responsa-\nbilité, et il ne me chaut guère de savoir ce qu'on en peut dire ou penser,\nsurtout quand cela se rapporte exclusivement à ma personne. Aussi ne me\nsouviens-je pas d'avoir répondu jamais à quelque attaque personnelle,\nestimant d'abord que ce ne pourrait offrir qu'un bien mince intérêt au lec-\nteur ; puis, qu'il est difficile de se défendre sans se louer soi-même ce\nqui devient aisément ridicule ; songeant, enfin, que, dans le métier de\ncritique, la distinction entre l'œuvre et la personnalité du censuré apparaît\nvite assez factice, et que l'absolue liberté de jugement que je réclame et\ndont j'use pour moi constituait pour autrui undroit réciproque et légitime.\nNul n'ayant la vérité dans sa poche, la contradiction est précieuse, et sa\nvivacité me gêne si peu que, Mauclair voulût-il m'y traiter d'imbécile, la\npublicité du Mercure musical lui serait acquise à cet effet, sans qu'il eût\nbesoin d'hospitaliser sa prose en quelque feuille de chou non moins\nménagé que la chèvre. Appeler quelqu'un imbécile, au demeurant, est\nexprimer sous une forme synthétique un avis qui peut résulter d'une\nlongue et sincère analyse, une opinion sommaire à quoi on se sent trop\nsouvent acculé pour n'être pas fort satisfait parfois d'en rencontrer 1e... com-\npliment chez un contradicteur. De part et d'autre, à la vérité, le mot passerait\nmal pour un argument, mais, tel un siglelapidaire, peut-être serait-il idoine\nà en résumer de solides. Quoi qu'il en soit, Mauclair est loin de m'accabler\nde conclusions de cette espèce péjorative. Il concède même que « je sais ce\ndont je parle » et, bénévole, m'accorde la licence « de charmer mes loisirs\npar des rébus, des dithyrambes et des accès de fureur ». Il se contente, en\nflétrissant Laloy du sobriquet de « professeur », de nous dénoncer tous les\ndeux atteints de « debussyte », variété de tétanos que son carabino-musical\ndiagnostic a soudain découverte, et dont il décrit les symptômes et les\nphases. En voici l'aiguë : « ...Jamais je n'aurais imaginé que l'audition de\nPelléas produisît des effets pareils. On dirait que ces gens sortent d'entendre\nun hymne révolutionnaire. Ils flairent le sang et la poudre. En même temps,\nils sont saisis d'une sorte d'hypnose. C'est très curieux : un mélange de\nsalpêtre, de bang crétois, de haschich et de carry, les exalte dans une mys-\nticité rageuse. Ils courent comme ces Malais qu'on dépeint en proie au\nvertige meurtrier de Yamok... »Je ne me chargerai pas d'élucider ce spécimen\nde technologie hystérico-pathologique, mais on en savourera mieux le\npiquant en sachant que le distillateur de cet extrait d'Apocalypse a pris\nsoin de nous prévenir qu'il « ne parlera qu'en tremblant » de ces... <c éner-\ngumènes ».\nJe n'aurais pas plus relevé cette élucubration que d'autres visant ma quel-\nconque personne, si le dépit qui l'inspira n'y essayait de se dissimuler\nsous desprétextes esthétiques. La mauvaise humeur de Mauclair, en réalité,\na pour cause une imputation « d'universelle incompétence » ici même à\nlui décochée par Louis Laloy, riposte dont j'envierai toute ma vie la trou-\nvaille en sa concise pertinence. C'est confesser tout cru combien je suis\nmédiocrement flatté des réserves dont Camille mêle son ire à mon endroit."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.41", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4066, "texte": "Il paraît que ledit universel incompétent « aimait beaucoup mes articles,\nquand je voulais bien les écrire en langage intelligible aux humbles mortels\nde sa sorte ». Eh bien ! je n'en suis pas plus fier pour ça, et vraiment, tout\nde même, je ne me vois pas condamné à perpète à divertir Mauclair, ni\nsurtout àen être compris, encore qu'un tel renoncement me dût assurer\nl'avantage d'une infaillible garantie contre la méningite. Alors, il me trou-\nvait « de l'esprit, de la science vraie... » Ici, ma foi ! je ne suis pas fier du\ntout ; néanmoins, je me puis consoler par la réflexion : « Qu'en sait-il ? »\nMais, quand il continue : «... du goût... », j'ai mon paquet ; je baisse un\nnez pseudo-sémite, cible bénie de braves automédons forts en gueule et\nriches d'argot ; je m'effondre. Le coup est dur, Mauclair. Hélas ! comme\non se connaît mal 1 Voyons, cher ami, nous n'avons pourtant jamais couché\nensemble avec Bruneau —je veux dire avec sa musique; l'invraisem-\nblance de toute autre interprétation, d'ailleurs, ne pouvant échapper au\nplus tiède ami du démêloir. Il me reste l'ultime illusion que le rhétoricien\nexagéra la bienveillance afin de corser l'antithèse. Malgré tout, d'apprendre à\nla fois qu'on eut <( du goût », et que c'était celui de Camille, ça n'est pas\ndrôle, et même, au fond, c'est embêtant. Heureusement que les temps sont\nchangés î Pigez-moi cet actuel et catilino-cicéronien portrait de votre ser-\nviteur : «... Mais depuis qu'il a la debussyte, le voilà trépidant comme une\nsibylle. Il blague Beethoven, aplatit Berlioz, fait de la chair à pâté avec la\nmusique russe, transforme Debussy en colosse pour les pieds duquel\nWagner n'est que le scabellum de l'Ecriture, se lance dans d'interminables\nanalyses de Hugo Riemann, puis tout à coup s'attarde à piétiner M. Lenepveu,\ndont il est certes le seul à parler en Europe ! Vous voyez bien qu'il a quel-\nque chose. Sans la debussyte, Marnold ne réduirait pas la musique à une\ncryptographie rebutante, et n'éprouverait pas le besoin de scalper un\nchauve : son état n'est pas naturel. »\nC'est envoyé ; mais je respire. Enfin,je n'ai donc plus de « goût»,\ndu moins selon la mauclairotte formule. Ça fait toujours plaisir. Je pour-\nrais répondre à Mauclair que j'ai magnifié les Nocturnes, causé de Siegfried\net tarabiscoté l'école russe au Mercure de France quatre, cinq mois, voire\nun complet semestre avant la première de Pelléas, et qu'il n'est pas forcé\nd'avaler des « analyses » théoriques visiblement un peu ardues pour ses\nmoyens et qui, d'ailleurs, ne s'adressent pas à lui. Je pourrais ajouter que\nM. Lenepveu était d'actualité brûlante à Paris, sinon en Europe, au mo-\nment où je collaborai avec un dévouement méritoire à sa célébrité spéciale,\nen m'évertuant de découvrir et publier les titres aptes à justifier les hon-\nneurs, dignités et fonctions de quoi on s'aperçut soudain que le bonhomme\nétait comblé en compagnie de notoriétés analogues. Mais tout ça n'a pas\nd'importance, et, quant au surplus, je serais fort embarrassé de m'en expli-\nquer avec Mauclair, car il faudrait parler musique. Or; et il le proclame\navec orgueil, la façon dont j'en ai coutume apparaît « une cryptographie\nrebutante » aux facultés de son cervelet. Qu'y puis-je ? hormis, peut-\nêtre, de lui demander pourquoi il prend la peine de me lire. Ni loi ni\ndécret ne l'oblige à perdre son temps à cette occupation bien inutile,\npuisqu'il se déclare « incapable de savoir si ces grimoires ne sont pas\nle comble du bluff » et s'endort sur ces « hiéroglyphes ». Il réclame une\nindéfinie liberté « d'admirer Debussy comme une brute ». Mais, ça n'est\npas défendu, cher ami ; allez-y. On admire comme on peut, n'est-ce pas r1\nSeulement et c'est ici que la question prend une autre tournure vous\nfigurez-vous sérieusement que cela puisse intéresser quelqu'un ? Person-\nnelles par essence autant que par définition, des émotions de cet acabit ne\ns'attestent guère communicables qu'au petit bonheur des rencontres, telle\nune affinité palatale ou consonance d'intestins : « J'adore le melon ! »"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3895, "texte": "« Moi aussi ! » Assurément, c'est intangible : tous les goûts sont dans la\nnature, Mais, que diable voulez-vous que ça fasse au voisin, peu ou prou\ndétracteur de l'excellence dudit cucurbitacé ? lequel voisin, peut-être, de\nrépliquer sans plus : « Cher Monsieur, une confidence en vaut une autre:\nmoi, je préfère le pruneau. » Au Café du Commerce de quelque sous-\npréfecture, un échange de vues de cette palpitation pourrait évidemment\navoir, entre deux manilles, un attrait suffisant pour « charmer les loisirs »\nde ronds-de-cuir ou culottes-de-peau en retraite. Toutefois, ces âmes\nsœurs et simplistes songeassent-elles à faire imprimer leur colloque, le\nplus candide Echo de la localité, sans doute, hésiterait lui-même à en\naccueillir la copie. Son rédacteur en chef opinerait très vraisemblablement:\n« Mes bons amis, vous aimez le pruneau, la courge, le melon : rien ne\nvous en empêche. Continuez, ne vous gênez pas. Mais mes abonnés s'en...\npaladilhent ; ne les prenez pas pour des poires. Tout au plus pourrais-je\ninsérer votre enthousiasme en vers ; par exemple, un sonnet avec, en\nacrostiche, le nom de l'entremets ou hors-d'œuvre chanté. Apportez-moi\nça, et nous verrons. » Aussi fut-ce toujours pour moi quelque chose\ncomme une énigme, de voir Mauclair et ses pareils publier leur bruto-\nmusical émoi autrement qu'en quatrains rimés, dédiés à Mangeot Busa-\ngète .\nEncore les budgétivores évoqués, du moins, « savent-ils ce dont ils par-\nlent ». Ils ne s'étonnent pas qu'un melon, par ses côtes, s'accuse destiné à\nêtre découpé par tranches, sort assez comparable au « morcellement » fatal\nd'un Adagio écrit en forme de variations symphoniques, Fauteur en fût-\nil Beethoven, ô Jean d'Udine. Le pruneauphile serait profondément blessé\nqu'on le supposât méconnaître la nature de son fruit favori au point de le\nconfondre avec des dattes. Mauclair ne pressent pas ces susceptibilités,\net son admiration n'a cure d'aussi méprisables soucis. Dressé sur les\nergots de sa sensibilité critère, il s'enivre à la camomille de sa petite\nsecousse : il « sait fort bien ce qui l'émeut, et c'est tout ce qu'il a à savoir\nen entrant au concert ». D'accord, œcuménique et blond Camille. Tout\nle monde, et sans excepter Calino, tout le monde a le droit de sentir à sa\nguise. Néanmoins, s'il s'agit d'en entretenir son prochain, ne semble-t-il\npas assez... naïvement présomptueux de prétendre l'intéresser en se bor-\nnant à lui dégoiser ses transports ? N'y a-t-il pas surtout quelque audace\nénorme de peut-être incommensurable saugrenu, à signifier tout net et\nfièrement à des lecteurs : <c Vous savez, je viens vous parler musique,\nmais je vous avertis que je n'entends rien à la chose. Je ne suis pas un\n<( érudit ». Foin des « grimoires » et des doctes « rébus » ! Moi, j'écoute\nce qu'on joue et, quand je suis « remué », je trouve que c'est beau : alors,\nj'admire « comme une brute ». Vous voilà prévenus ; maintenant, je\ncommence. On discuta et on discutera longtemps de critique «objective »\nou « subjective » ; ici, c'est bien mieux, comme on voit : le principe y est\nd'ignorer carrément de quoi il retourne et de s'en vanter sans ambages.\nL'inopinée fanfaronnade, à vrai dire, apparaît bien l'unique nouveauté de\nl'aventure. La méthode eut des précurseurs honteux, précisément les\n(( Scudo », les Jouvin et autres idiots mémorables, sans compter les litté-\nrateurs, ô « simple homme de lettres » Mauclair, qui font spécialité de\nplumifier sur tout sans rien connaître et de gaffer à tort et à travers.\nOr, il n'en a jamais manqué. C'est une inoffensive occupation, d'ailleurs,\nqu'on ne peut interdire à personne, pas plus que de se glorifier de ne\n« savoir ce dont on parle». Seulement, s'ils s'en targuent eux-mêmes avec\ntant de superbe, on pourrait demander à ces gens pourquoi ils sont si\nfort vexés quand on consacre leurs exploits par un brevet d'incompé-\ntence."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.43", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4117, "texte": "J'en fais l'aveu, je ne suis pas aussi documenté sur Mauclair et son œuvre\nque lui sur mes nébuleux logogriphes. L'ayant rencontré par deux fois,\nje sais vaguement qu'il existe, dodu, frais, savonné, reluisant, telun beaupetit\ncochon rose, et frétille avec une ardeur égale dans « la peinture, la statuaire,\nle roman, la poésie, la psychologie et toutes les autres choses » dont il re-\nproche aux « professeurs » de se mêler. Que n'a-t-il respecté la musique !\nQuelle étrange bévue l'y poussa, sur le tard, à venir étaler son ineffable\nincompétence? Ailleurs, il pouvait divaguer tout à l'aise en abondante com-\npagnie et, même, y trottinant le nez en rair à tous les vents, effleurer au\npassage un embryon d'idée sans trop bien la comprendre soi-même. Ça\nn'avait pas beaucoup d'inconvénient. Ses articles tenaient de la place, à\ncoup sûr, en un tas de cléments magazines, mais on ne les lisait pas. Voire\nen publiant l'inédit de Laforgue et sans attirer l'attention, |il put négliger\nou semer toute une moisson de coquilles, faire écrire au défunt l'opposé de\nson texte et transformer sa phrase en une absurdité ; car, si Laforgue,\nlequel fut « professeur » justement, connaissait bien la loi qu'il citait de\nFechner, un autre « professeur », Mauclair, lui, comme on sait, n'est pas\nun « érudit ». Cependant, ça non plus n'avait guère d'inconvénient. La vie\nest courte et on lit vite à l'ordinaire, outre que, pour n'en être point « re*\nbuté » dès l'abord, une «universelle incompétence» est indispensable peut-\nêtre à la pratique et au commerce de ce qui est « littérature », à bien peu\nprès. Mais pourquoi s'égarer dans la critique musicale ? Les profits y sont\nmaigrelets, et le public, ici, a d'autres exigences. Depuis quelques années,\nchez nous, il sait fort bien a ce dont on lui parle », et toujours mieux.\nSans perdre de puissance ou spontanéité, son émotion s'est affinée, et son\nadmiration est devenue complexe peu à peu, résultat, en quelconque\nespèce, de ce qu'on nomme « la culture ». Pour être écouté de lui, à l'heure\nqu il est, il en faut, à tout le moins, posséder une équivalente à la sienne.\nAujourd hui, il ne suffit plus de lui confectionner, à l'instar de naguère,\nquelque tartine wagnérienne à la confiture de symbole, de rédiger pour\nlui un élégant pathos de niaiseries sentimentales, et, si sa patience avertie\ntolère d éventuels « dithyrambes », elle en exige aussi quelque raison\nplausible. Il lui importe peu, a ce public, et toujours moins, d'apprendre\nque Aiauclair, dévoilant ses secrets de cœur, sinon d'alcôve, « sache très\nbien ce qui 1 émeut » et, sans rien savoir autre chose, puisse « céder à l'ad-\nmirable vertige de 1 orchestre ou sentir, dans la chambre paisible où le\nviolon chante en sourdine, le frôlement des ailes de l ange ». Un ange\nsans g, probablement. Mais cédez, sentez, cher ami, soyez frôlé tant qu'il\nvous plaise, seulement ne vous étonnez pas que ça ne chatouille plus per-\nsonne. L égoïsme est universel encore plus que l'incompétence. La vo-\nlupté d autrui ne touche guère, aussi les homards judicieux cachent-ils\nleurs amours ; et puis vous retardez de plus d'un quart de siècle.\nOn comprend sans effort pourquoi Mauclair et les siens sont si âpres à\nréclamer le droit d'admirer « comme une brute ». C'est l'excuse de leur\nimpuissance a pérorer d'autre manière à l'intention de leurs contempo-\nrains. Et on conçoit aussi l'affolement qui les angoisse en constatant, déplus\nen plus, que la vacuité de leurs gloses indiffère un public désormais cul-\ntivé et trop de croire qu'ils se payent sa tête. D'où leur fureur,\naboyant au succès de publications dans lesquelles, comme en notre Mer-\ncure musical, on s affiche modestement convaincu de la nécessité d'un tant\nsoit peu connaître, au préalable, ce dont on prétend discourir ; où on\ntache d adjoindre un peu de « compétence » à la sincérité des opinions les\nplus diverses ; où, avant que de disserter sur l'art de la musique, on a jugé\nbon den avoir entendu, médité, lu et relu les œuvres, appris l'histoire et\nle «metier », Mauclair, afin de n'en être pas dupe, d'en pouvoir signaler"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.44", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4098, "texte": "la vanité inane et, parfois, le danger. A ce jeu, si on risque, à la vérité, de\nrester incompris de Mauclair, on y gagne en revanche, avec des abonnés,\nla grâce de n'admirer point des vessies pour des lanternes, de ne pas prendre\nle Pirée pour un homme et Bruneau pour un musicien, de savoir assez dis-\ntinguer un chef-d'œuvre du Louvre, sa copie ou son pastiche et un chromo\ndu Bon Marché, pour ne pas accrocher, aux clous d'une identique estime, en\nface de Pelléas, Louise ou bien VOuragan. On y gagne enfin, pour soi-\nmême, une culture musicale, ses joies profondes et subtiles au spectacle\nd'une évolution séculaire, merveille de logique autant que de beauté et,\ncomme inéluctable conséquence, on y attrape la « debussyte ».\nCar nul terme jamais ne fut mieux inventé, avec ses allures d'explosif,\npour exprimer la force d'incoercible expansion de l'épidémie salutaire. Il\nfaut s'y résigner, Mauclair, tout le monde Ta ou l'aura, la « debussyte »,\nchacun selon qu'il en est digne, qu'il est capable de sentir, d'assimiler, de\nréagir harmonieusement à l'impulsion libératrice. C'est une fièvre singu-\nlière, en effet, qui vous terrasse et vous stupéfie tout d'abord ; on y perd\nla notion de ce qui constitue soi-même, idées, sentiments, sensations :\ntant de choses s'écroulent soudain, fantômes qu'on prenait pour des réalités\nindélébiles, fétiches vermoulus dont on adorait le bois creux, fatras de\ndogmes, de routines, trucs, ficelles, préjugés. On en sort vacciné contre\ntous les mensonges, affranchi des superstitions caduques, et, chez les plus\nprofanes « amateurs », ils sont tous les jours plus nombreux, ceux dont la\nsensibilité fit peau neuve en la maladie bienfaisante. On ne peut rien con-\ntre des faits, Mauclair. Je n'essaierai pas de vous l'expliquer musicalement;\nça vous donnerait mal à la tête, et vous n'y comprendriez rien, cher ami.\nMais vous aurez beau déclamer vos imprécations de Camille, vous ne ferez\npas reculer le temps en arrière, vous ne supprimerez pas l'accompli. Oui,\nvous avez deviné juste : il y a quelque chose de changé, chez nous, depuis\nPelléas, et « notre état n'est pas naturel » Il y a que nous sommes rede-\nvenus « musiciens » comme aux plus glorieux jours de notre passé, quand\nnotre doux pays de France était l'irradiant foyer et la patrie de l'art sonore.\nIl y a que la musique est entrée dans notre vie, depuis qu'elle est venue\nà nous sans taches d'encre aux doigts, sans fard ni manigances, sortie, ra-\ndieuse et nue, du puits des harmonies de la nature. Et, dame ! elle ne res-\nsemble guère à la guenon des cuistres ou aux drôlesses des roublards qu'on\nnous offrait sur les tréteaux, pas plus qu'à la dinde lohengrinepte et déplu-\n,mée qui conduisait machinalement, jusqu'au quai de notre Institut, la bar-\nque de pédants fantoches. Le contraste était trop violent.\nOn s'aperçut tout d'un coup du néant d'un tas de gaillards qui depuis\ntrop longtemps accaparaient les places, monopolisaient les chroniques,\nbarraient les avenues, empochaient les tantièmes et prétendaient régenter\nnotre art. C'est alors que la « debussyte » a produit ses effets tutélaires.\nOn soupesa les compétences peuplant de gardiens vigilants notre mazarin\nCapitole, on molesta des nullités célèbres et on conspua des jurys. Oui,\nMauclair, il y a quelque chose de changé dans notre république musicale.\nJadis, tout s'y passait en famille, à l'étouffée propice aux médiocrités in-\ntrigantes. Un César Franck pouvait mourir, obscur et dédaigné, à l'orgue\nde Baptiste, après avoir vu des Delibes et Dubois lui passer sur le dos ;\nune officieuse « commission de refonte » avortait tranquillement sous\nl'indifférence complice, et Vincent d'lndy devait traverser l'eau pour fonder\nla Schola dans un grenier de la rue Stanislas, pendant que Théodore suc-\ncédait à Ambroise. Tout cela sans provoquer un entrefilet dans la presse,\nsans qu'on ait paru s'en douter. Aujourd'hui, c'est bien différent : l'échec\nmanigancé d'un jeune et audacieux compositeur au concours de Rome sus-\ncite un toile général ; les journaux quotidiens s'en emparent et multiplient"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3376, "texte": "les interviews ; le retoqué y récolte un renom subit, tandis que M. Lenep-\nveu en dégringole de ses rêves directoriaux, car « l'Administration » même\ns'en émeut, se révolte, et on assiste à ce comble : un Gabriel Fauré\nnommé par un ministre, sur la proposition d'un secrétaire d'Etat « pas\nnaturel », évidemment, aux yeux des clients de Mauclair. Tout le monde\napplaudit,, pourtant, sauf la bande ignare et déconfite. Et voilà qu'on va\nréformer notre Conservatoire, sans enquêtes, ni commissions ou moyens\nconstitutionnels plus ou moins, mais sur d'autocrates décrets transmis par\nla voie hiérarchique.\nTout ça est l'œuvre de la « debussyte », Mauclair ; ne vous y trompez\npas. Avant et sans Pelléas, cela eût été impossible, tenu pour extravagant,\ninouï, fou, « fou furieux », oui, Camille, par ceux-là même qui le font\naujourd'hui. Tout ça et bien d'autres choses qui s'ensuivront fatalement,\nquoi qu'on fasse, engendrées par l'épidémie féconde, car ceci n'est\nqu'un petit commencement d'un grand nettoyage. 11 faut vous résigner,\nMauclair ; vous n'enraierez pas la « debussyte ». L'heure est grosse de\nchambardements, d'où la présente excitation qui vous afflige, contagieuse,\nnonobstant, jusqu'en haut lieu. M. Dujardin-Beaumetz, lequel est infecté,\nn'a pas l'air de « donner des coups de poing à droite et à gauche » ; néan-\nmoins il pourrait bien arriver, d'ici peu, qu'un certain nombre de démis-\nsions démontrât un résultat tout pareil à celui qu'auraient obtenu des\ncoups de pied dans certains derrières. Mais il est temps de terminer cet\narticle, en m'excusant de ses dimensions auprès des lecteurs du Mercure\nmusical, qui doivent se demander quelle mouche me pique d'accoucher\nd'un aussi long laïus à seule fin de répondre à Mauclair, « dont je suis\ncertes le seul à parler en Europe ». Décidément, il a raison, « mon état\nn'est pas naturel ».\n\nJean Marnold.\n\nLES LIVRES\n\nLouis Laloy ' Aristoxène de Tarente et la musique de Vantiquité. Paris, Société française d Imprime-\nrie et de Librairie (i).\nSi les hellénistes étaient seuls à pouvoir aborder la lecture de ce livre,\nnous ne serions point assez osé pour entreprendre d'en signaler l'appari-\ntion à des musiciens pour la plupart eux-mêmes étrangers aux études\ngrecques. Mais une trop rare fortune nous mettant ici en présence d'un\nécrivain qui sait être à la fois un réel artiste et un véritable savant,\nsans pour cela devenir jamais ni superficiel ni pédant, il nous sera per-\nmis, nous l'espérons, de lui en témoigner au moins une gratitude person-\nnelle. Bien que les écrits consacrés aux différents aspects de la musique\nantique soient aujourd'hui assez nombreux pour former à eux seuls une\n\n(i) J'aurais été fort embarrassé de présenter moi-même mon ouvrage aux lecteurs\ndu Mercure musical.]Q sais bien ce que j'ai voulu faire, mais il ne m'appartient pas de\ndécider si j'ai, ou non, réussi. Par bonheur, notre excellent confrère le Guide musical\na bien voulu nous autoriser à reproduire le compte rendu publié en son numéro du\n20 août dernier (p. 571), sous la signature de Michel Brenet. Je n'ai pas besoin de\ndire combien je suis sensible aux éloges d'un écrivain qui sait si bien unir une in-\nformation très sûre à un charmant talent d'exposition. Ajoutons qu'il faut voir en ces\nlignes les prémices d'une collaboration que nous souhaitons aussi fréquente que pos-\nsible. L. L."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3424, "texte": "bibliothèque considérable, nous sommes, à vrai dire, encore presque\nignorants de cet art ; des traités souvent incomplets et en tous cas dépour-\nvus d'exemples pratiques ; des récits fabuleux ; des représentations figurées\net par conséquent muettes de concert et de danses ; quelques lambeaux de\nmélodies, que l'on n'est pas toujours d'accord pour traduire ou pour ache-\nver : tels sont les éléments sur lesquels nous prétendons en général asseoir\nun jugement sur la musique des Grecs. On ne saurait s'étonner que ma-\ntière si obscure soit par excellence appropriée aux polémiques, mais\nqu'aussi la curiosité des érudits s'y trouve singulièrement aiguisée. Une\ndes particularités les plus louables du livre de M. Laloy, c'est le dessein\ndélibérément arrêté et strictement observé de ne s'engager dans aucune\ndispute savante et, négligeant toutes les exégèses modernes, de remonter\ndroit aux sources et de ne s'occuper que d'elles. A cette méthode inflexible,\nla sûreté et l'acuité du regard que l'auteur concentrait sur les textes ne\npouvaient que gagner, ainsi que la clarté d'une exposition dégagée de\ntoutes les surcharges de la polémique.\nCe qui subsiste des écrits musicaux d'Aristoxène forme un document\nessentiel pour la connaissance de la philosophie de l'art dans l'antiquité.\nLe but que M. Laloy s'est proposé, et qu'il a pleinement atteint, a été de\nnous en faire comprendre la nature, l'esprit et la portée, par une analyse\nserrée, que précèdent et accompagnent de constants rapprochements avec\nles doctrines antérieures ou contemporaines des autres écoles scientifiques\nde la Grèce. Un chapitre préliminaire retrace tout ce qu'il est possible\nd'apprendre de la vie d'Aristoxène. Un lexique, donné en appendice, re-\nlève les mots techniques de son langage, avec leur traduction et la mention\nde leur emploi par les autres auteurs grecs. Ce précieux lexique n'est pas\nun des dons les moins utiles qu'ait faits M. Laloy aux étudiants musiciens,\net il serait à souhaiter qu'en imitant ce modèle, quelque érudit médiéviste\nnous dotât un jour d'un outil de travail analogue pour la langue des meil-\nleurs théoriciens musicaux du moyen âge. •\nLe livre de M. Laloy a été composé pour l'obtention du diplôme de\ndocteur ès lettres. La brillante soutenance de cette thèse en Sorbonne a\nvalu à son auteur le succès le plus flatteur, qu'il ne pourra manquer de\nretrouver en librairie et dont tous les amis de la science musicale seront\nheureux de le féliciter.\n\nM. Brenet.\n\nLES RÉFORMES DU CONSERVATOIRE\n\nElles sont annoncées et démenties tour à tour : donc il se passe quelque\nchose ; le vieil édifice d'ignorance et d'abus laisse entendre des craque-\nments'sinistres, mais de bon augure. Le nom seul de M. Gabriel Fauré\nfaisait déjà le plus grand honneur au Conservatoire, et l'on pouvait espérer\nque sous ce glorieux patronage, certains scandales n'oseraient plus se pro-\nduire, ou du moins s'étaler. Mais ce n'est pas tout : le grand artiste à qui la\nmusique française doit tant de pages inimitables et sans doute immortelles\nne dédaigne pas de se faire administrateur, de discuter des mesures et d en\nproposer. Bel exemple d'abnégation, tout pareil à celui que donne, à\nl'autre bout de Paris, M. Vincent d'lndy, directeur de la Schola cantorum.\nNous savons aujourd'hui que M. Gabriel Fauré n a accepte le poste oj on\nl'appelait qu après avoir reçu 1 assurance que des refoimes seraient auconi"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "plies. C'est pour arrêter le programme de ces réformes qu'il a en ce moment\nde multiples conférences avec M. Dujardin-Beaumetz, auteur béni de sa\nnomination, et le chef du bureau des théâtres, M. d'Estournelles de Cons-\ntant, dont la présence est peut-être moins nécessaire et la compétence plus\ndiscutable.\nEn premier lieu, il s'agit d'étendre les pouvoirs du directeur, en ce qui\nconcerne la désignation des professeurs. Jusqu'à présent, le directeur était\nconsulté pour la forme, et le ministre nommait sur une liste de présentation\ndressée par le conseil supérieur. Il me souvient d'avoir vu un haut fonc-\ntionnaire verser presque des pleurs de joie parce qu'il avait fait passer son\nprotégé, ou plutôt le protégé d'un de ses influents amis. Il s'agissait d'une\nclasse instrumentale, et M. Th. Dubois avait fait une démarche désespérée\nauprès du Ministre pour le déterminer àun autre choix qui, aux yeux de tous,\ns'imposait. «Et c'est qu'il avait raison, ce maudit Dubois, ajoutait, non\nsans colère, celui qui me faisait ce récit : notre protégé, à nous, a beaucoup\nmoins de talent. » Parole profonde qui rend sensible le mal le plus grave\ndont nous ayons à souffrir aujourd'hui : le cynique parti pris des politi-\nciens qui, arrivés par la faveur, veulent se faire un rempart de créatures ;\npour cette espèce d'hommes, rien ne compte, ni le mérite, ni les services\nrendus, ni l'aptitude à une fonction quelconque, ni même leurs sympathies\npersonnelles ; il faut pouvoir leur être utile, ou leur valoir une utile\namitié.\nOn ne peut donc que souhaiter une extension la plus grande possible des\npouvoirs du directeur du Conservatoire : autant de perdu pour la politique,\nautant de gagné pour la musique. Mais M. Dujardin-Beaumetz fera preuve\nd'un rare courage civique s'il contresigne une pareille mesure, réaction-\nnaire au premier chef, et dans le vrai sens du mot, en un temps où l'on\nveut mesurer l'avancement des magistrats, des officiers et des professeurs,\nau nombre et àla qualité de leurs accointances et affiliations politiques. Il\ny aurait donc un endroit en France qui échapperait à la tyrannie jacobine,\net où la valeur personnelle et professionnelle compterait pour quelque\nchose. Et ce lieu d'élection, ce temple de justice, cet asile de l'art pur serait\njustement le Conservatoire ? Après tout rien ne s'y oppose, et les écuries\nd'Augias, assainies par l'intrépide Héraklès, ont bien pu devenir une\nferme modèle. A M. Dujardin-Beaumetz de se montrer l'égal d'Alcide, et\nnous lui tresserons des couronnes.\nUne autre réforme est déjà accomplie, dont l'intérêt certes est moindre :\nil s'agit du conseil supérieur, dont font partie actuellement, outre le minis-\ntre, le sous-secrétaire d'Etat et le directeur du Conservatoire, les autorités\nsuivantes :\nLe chef du bureau des théâtres, M. d'Estournelles de Constant;\nLe commissaire du gouvernement près les théâtres subventionnés,\nM. Adrien Bernheim ;\nMM. Reyer, Massenet, Saint-Saëns, Dubois, Paladilhe, Henri Maréchal,\nGabriel Pierné, Lenepveu, Taflfanel, Widor, Duvernoy, Lefort et Warot.\nA ces 18 membres on adjoindra M Ni. Bruneau, Dukas, Gédalge, Messa-\nger, et Véronge de la Nux, compositeurs ; Rose Caron, MM. Guil-\nmant et Vidal, professeurs ; MM. Albert Carré et Gailhard.\nCertes il faut se féliciter de voir s'accroître, dans le conseil, le nombre\ndes musiciens ; mais ne pouvait-on vraiment trouver de compositeurs plus\nconnus que M. de la Nux, ou plus réels que M. Bruneau ? Et que vien-\nnent faire là, d'autre part, deux directeurs de théâtres subventionnés, alors\nque ces établissements sont déjà représentés, assez malencontreusement,\npar MM. Bernheim et d'Estournelles de Constant ? L'objet principal du\nConservatoire est-il donc de former des chanteurs de théâtre et des com-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "positeurs d'opéras comiques ? Il serait temps de dire adieu pour toujours à\ncette vieille erreur.\nOn parle enfin d'astreindre MM. les professeurs à faire au moins acte de\nprésence, de temps à autre, à leur classe. C'est là certes une prétention in-\ntolérable, dont l'annonce seule a déjà amené la démission de deux comé-\ndiens fort connus. Cet exemple sera-t-il suivi par quelques musiciens? Nous\nvoulons l'espérer.\n\nLouis Laloy.\n\nÉCHOS\n\nConservatoire. Les inscriptions des candidats aux examens d'entrée\nseront reçues jusqu'aux dates suivantes : chant (hommes et femmes), mardi\n17 octobre ; violon, samedi 28 octobre ; flûte, hautbois, clarinette, basson,\nvendredi 3 novembre ; piano (femmes), lundi 6 novembre ; cor, cornet à\npistons, trompette, trombone, jeudi 9 novembre ; contrebasse, alto, violon-\ncelle, samedi 11 novembre.\nÉmile Zola musicien, Sous ce titre paradoxal, le Guide musical publie\nun article intéressant, et justement sévère, de M. Julien Torchet. Zola,qui,\ndans les dernières années de sa vie, « affectait des opinions sur l'art musi-\ncal », avait l'oreille fort mauvaise ; jamais il ne put chanter une gamme\njuste ; harmonie et mélodie lui étaient également inintelligibles ; la sym-\nphonie lui semblait un bruissement confus ; et dans l'opéra, il ne s'intéres-\nsait qu'aux paroles. En un mot, il possédait toutes les qualités qui, à en\ncroire certains de nos confrères, bien placés pour le savoir, font le parfait\ncritique musical.\nCependant il avait tenu, jadis, une partie de clarinette dans la fanfare du\ncollège d'Aix, et il évoquait, non sans fierté, ce souvenir municipal :\n«Je dois vous dire qu'à cette époque je n'avais pas du tout, mais pas du\ntout, l'oreille juste. Je n'ai jamais pu chanter, d'ailleurs. Or pour les bois,\nles flûtes, par exemple, ou encore certains cuivres, tels que le piston, avoir\nl'oreille juste est une condition sine qua non. Après mûres délibérations,\non me confia la clarinette. »\nOn peut inférer de là : 10 que la clarinette n'est pas un instrument en\nbois ; 20 qu'on en peut jouer sans être musicien ; 3o qu'il n'en va pas de\nmême pour certains cuivres exceptionnels, comme le piston ; 40 que Zola,\nau moment où il écrivait ces lignes, croyait avoir acquis le discernement\ndes intervalles musicaux. Cependant il n'aimait point encore la musique.\n«Je nourris, écrit-il en son style d'éleveur, une certaine haine contre l'o-\npéra et je ne me gênai pas pour le déclarer souvent. J'affectais le plus\nvif mépris pour l'art des doubles et des triples croches. »\nC'est Alfred Bruneau qui réhabilita la musique à ses yeux (je n'ose dire\nà ses oreilles). C'est pour Y Attaque du Moulin qu'il rédigea un manifeste,\noù il y allait, lui aussi, de sa petite théorie du drame lyrique. « Ah ! musi-\nciens, si vous vous touchiez (?) au cœur, à la source des larmes et du rire,\nle colosse Wagner lui- même pâlirait, sur le haut piédestal de ses sym-\nboles. »\nAprès cela, comment ne pas conclure, avec M. Julien Torchet, que\n(( Zola n'avait et ne pouvait avoir aucun goût pour la musique » ?"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "Opéra-Comique. Mlle Mathieu Lutz, second prix au dernier concours\nd'opéra comique, a débuté dans le Barbier de Séville, et enthousiasmé la\nsalle par la grâce et l'esprit de son jeu et sa merveilleuse facilité de voca-\nlise.\nL'Opéra-Comique a repris Werther, le plus supportable peut-être des\nouvrages de M. Massenet, et Grisélidis, dont on ne peut dire autant. En\noutre, on voit paraître alternativement sur son affiche Carmen, Mireille,\nla Traviata, le Barbier de Séville, la Vie de Bohême, Manon, Louise? le iîoz\nd'Ys, Lakmé, Mignon, le Domino noir, le Chalet. Programme panaché,\nmais certes abondant.\nOpéra. Reprise d'Armide, avec Mlle Bréval, et débuts, dans Samson et\nDalila, de Mlle Margyl, jeune beauté lasse des Folies-Bergère : elle a paru\nagréable et timide, à la façon de la Cavalieri. Une salle étincelante lui a\nfait un succès chaleureux, et M. Pierre Lalo loue avec raison ce « cordial\nenthousiasme, qui fait honneur à ces belles personnes et à leur esprit de\nsolidarité ».\nM. Armand Parent, dont on connaît le grand talent et le noble zèle artis-\ntique, a entrepris de faire entendre, pour la première fois en France,\ntoutes les œuvres instrumentales et vocales de Beethoven. Huit de ses\nséances à la salle seront consacrées cet hiver à la réalisation de\nce programme, les autres demeurant réservées à la musique française\nmoderne : Fauré, Duparc, Franck, Ravel, Chausson, Magnard (première\naudition de son Trio), d'ïndy, Debussy. En outre, au Salon d\"Automne, le\nvrai salon des artistes, M. Armand Parent nous promet quatre séances de\nmusique de chambre, où seront jouées des œuvres de Franck, d'ïndy,\nFauré, Debussy, Magnard et Ravel. Tous les amis delà musique s'uniront\nà nous pour féliciter M. Armand Parent des éminents services qu'il rend à\nnotre cause,\nSchola musicse. Cette nouvelle Schola vient d'être fondée à Bruxelles,\n90, rue Gallait, par le grand artiste M. Théo Charlier ; c'est un institut\nsupérieur de hautes études musicales comprenant tous les cours que\ncomporte un enseignement musical complet.\nCet enseignement ne s'adresse pas seulement à ceux qui veulent acqué-\nrir une connaissance approfondie de la technique de leur art, mais encore\nà ceux qui, ayant des vues plus larges et une conscience plus noble de\nleur rôle d'artiste, cherchent, dans un enseignement indépendant mais\nattentif aux évolutions de l'art, la force d'affranchir leur esprit de toutes\nconventions et de l'orienter toujours vers un idéal plus élevé.\nNous ne doutons pas que ceux-là ne soient attirés par la Schola musicœ\noù M. Théo Charlier a su grouper autour de lui une jeune élite de musiciens\nqui se sont déjà fait connaître tant par leur talent hors de pair que par leur\namour désintéressé de l'art. Qu'il nous suffise de citer MM. Charlier (chant),\nBosquet (piano), E. Chaumont (violon et musique de chambre), J. Jongen\n(orgue et composition), L. Mary (violoncelle), etc...\nL'éducation musicale sera complétée par des séances de musique\nde chambre et des conférences auxquelles seront conviés les membres\nprotecteurs et les membres honoraires.\nFestival Schumann. Un festival Schumann en trois journées aura\nlieu au mois de mai 1 906, à Bonn. On sait que Schumann est mort à En-\ndenich, dans une maison de santé toute voisine de Bonn, et que c'est dans\nle cimetière de cette ville qu'il a été inhumé. Le programme du festival a\nété arrêté dans ses grandes lignes. Le premier jour, on exécutera une"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "symphonie et le Faust ; le second jour, une symphonie, une ouverture, le\nconcerto pour piano, un chœur, etc.; enfin le troisième jour, des œuvres\nnon orchestrales, mélodies ou autres. Les fêtes seront placées, en ce qui\nconcerne la musique, sous la direction de M. Joseph Joachim et de M. Gra-\nter. On sait que le célébré violoniste a déjà dirigé en 1873 un festival\nSchumann.\nTourcoing, A l'occasion du tournoi orphéonique qui aura lieu l'an\nprochain à Tourcoing, un concours de compositions chorales est ouvert\naux conditions suivantes :\n10 Chœur à 4 voix d'hommes pour la division supérieure, prix 300 fr. ;\n2° Chœur à 4 voix d'hommes pour la première division, prix -iso fr. ;\n3° Chœur à 4 voix d'hommes pour la deuxième division, prix 200 fr.\nLes compositions devront être inédites. Pour tous renseignements, on\nest prié de s'adresser à M. Charles Wattinne, 4, place Victor-Hassebroucq,\nà Tourcoing, avant le iev décembre prochain.\nUne opinion du maestro Mascagni. Ce musicien napolitain rendait\nrécemment un bel hommage à cette ignorance prodigieuse et à cette com-\nplaisance pour soi qui ont perdu l'école italienne. «Vous me direz, déclarait-\nil dans une interview, que les pays septentrionaux ont vu naître beaucoup\nde compositeurs et produit une littérature musicale admirée aujourd'hui\ndans l'univers entier. Il est vrai ; mais le musicien du Nord ne fabrique sa\nmusique qu'à force d'études, de culture, d'érudition, de science, tandis\nque l'artiste latin, et surtout italien, la crée par une impulsion, sponta-\nnément, inconsciemment. Ecoutez-moi bien : la musique du savant est\nverticale ; la musique de l'artiste est horizontale. »\nSachons lire entre les lignes, remarque àce propos notre excellent con-\nfrère F Occident : M. Mascagni est un pur artiste, sa musique étant, de toute\nnotoriété, une horizontale.\nHelsingfors. La saison de concerts s'annonce comme fort intéressante :\non nous promet, outre diverses œuvres de l'école russe moderne, et prin-\ncipalement de Balakiref et Moussorgsky, les Béatitudes et Psyché de Cés.\nFranck, le Prélude à Y après-midi d'un Faune et des fragments de Pelléas et\nMélisande, de Cl. Debussy.\nSoirées d'Art. Ces intéressantes séances, où le quatuor Capet interpré-\ntera tous les quatuors de Beethoven, et pour lesquelles on s'est assuré le\nconcours de Mmes Litvinne et Raunay, de MM. de Greef, Lazare-Lévy, Léon\nMoreau, Alfred Cortot, auront lieu tous les jeudis, à 9 h. du soir, à partir\ndu 9 novembre, à la salle des Agriculteurs, rue d'Athènes. Les demandes\nd'abonnements doivent être adressées au secrétaire des Soirées d'Art, 1,\nrue Blanche ; les conditions sont les suivantes :\nFauteuils d'orchestre ire série ». 80 fr.\n2e série 64 fr.\nFauteuils de galerie 32 fr.\nLa Revue du Bien. Des vers de Georges Lafenestre, de l'lnstitut, de\nP. Handrey, d'Eug. Hollande, la traduction d'un poème d'Ada Negri par\nMarc Legrand, une page colorée de Lorenzi de Bradi, de belles illustra-\ntions et des reproductions d'œuvres de Mne Grabowska et de Rudolph\nTegner, une chronique sur le dossier sanitaire des écoliers, par Ida R, Sée,\nun clair exposé de la plus vieille philosophie du monde, le « Taoïsme »,\npar Victor Salacha, une bibliographie soignée, tel est le sommaire du der-\nnier numéro de La Revue du Bien."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.51", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "Annonçons que, par suite de son succès toujours croissant, cette jolie\npublication parisienne, qui a toujours sa direction et sa rédaction 83, bou-\nlevard Poniatowski, a dû transporter son administration (abonnements et\nannonces), 10, rue Auber, à la grande Agence anglo-américaine qui édite\ndéjà des Revues tant françaises qu'étrangères.\nAssociation générale des publicistes français—Nous apprenons la con-\nstitution de Y Association générale des Publicistes français, syndicat pro-\nfessionnel, dont le siège est à Paris, rue Grange-Batelière, no 16.\nLî Association générale des Publicistes français a pour but <c de resser-\nrer les liens de fraternité et de solidarité entre les écrivains français adhé-\nrents ; de défendre les intérêts moraux et matériels de la corporation ; de\nporter secours et prêter assistance à ses adhérents ; d'organiser une caisse\nde retraites pour ses membres ; de s'occuper de leur placement en cas de\nbesoin ; de faire profiter ses membres de tous les avantages qu'elle pourra\nobtenir en leur faveur ou qu'elle pourra créer avec ses propres ressources.\nElle sera un puissant trait d'union entre tous ceux qui font profession de\nbelles-lettres,, sciences, éducation, journalisme, etc. ; elle est ouverte à tous\nles propagateurs de la pensée par la presse, la parole, la plume et sans\ndistinction d'opinion ou de parti politique.\nLe Directeur de Y Association générale des Publicistes français est notre\nconfrère Alphonse Bévylle, auquel on peut s'adresser au siège, pour tous\nrenseignements.\nL'inauguration officielle et solennelle de l'Association aura lieu en oc-\ntobre. Dès maintenant félicitons de leur généreuse initiative les promoteurs\nde cette œuvre qui sera, croyons-nous, considérable et à laquelle nous\nsouhaitons la prospérité pour le bien qu'elle promet.\nSociété Beethoven. Un groupe d'admirateurs de Beethoven a songea\nréunir les vrais artistes, les amateurs éclairés ayant le culte des grandes\nœuvres du Maître, en une Société intime (société privée), dont la création\npermettrait une fois tous les ans l'audition des Quatuors à cordes et de\nquelques autres chefs-d'œuvre. Le Quatuor de la Fondation Beethoven\n(Tracol, Mont eux y Dulaurens, Schnéklud) se met à la disposition de cette\nSociété. La Société Beethoven donnerait cette année 10 séances, salle de la\nSociété de Géographie, boulevard Saint-Germain, 184. Pour tous rensei-\ngnements, écrire à M. Jacques Beltrand, 69, boulevard Pasteur, Paris~XVc.\nUne surprise. Elle sera pour le ier novembre, le ier avril étant vraiment\nun peu loin. C'est une lettre inédite de l'inégalable Mangeot, qui nous est\nparvenue quand le présent numéro était déjà sous presse : un pur chef-\nd'œuvre.\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.10.2", "titre_corps": "MUSIQUE NOUVELLE", "titre_sommaire": "MUSIQUE NOUVELLE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "MUSIQUE NOUVELLE\nLouis Laloy.\nAlbert Roussel : Quatre poèmes (Henri de Régnier). Piano et chant. Paris, Bellon Ponscarme,\nCe sont quatre petites pièces d'Henri de Régnier (Le départ, Vœu, Le\njardin mouillé, Madrigàl lyrique), païennes et mystiques, dont la pure\nbeauté laisse transparaître une secrète ardeur. La musique qu'elles ont ins-\npirée est, comme elles, délicate et grave. Je connaissais déjà un Trio\nd'Albert Roussel, qui m'avait paru noblement pensé, mais un peu labo-\nrieux en ses développements. Rien de pareil ici : c'est un art certes très\nréfléchi, très mûri, très surveillé, mais qu'une sincérité soutenue garde de\ntoute affectation. J'aime particulièrement la première pièce (Le départ),\navec le bercement mélancolique qui l'enveloppe tout entière, et tour à tour,\navec les paroles, s'alanguit ou s'affermit, pour s'apaiser au parfum de la\nrose d'amour, consolatrice, jusqu'à la mort, du marin qui partit sans lar-\nmes : rien de plus délicat ni de plus émouvant que l'apparition, à cet en-\ndroit, de la tonalité de ré majeur, jusque-là ineffleurée.\nLes trois autres mélodies sont construites à peu près de la même ma-\nnière, sur un motif dominant, varié sans cesse, et que viennent illustrer\nde brefs épisodes suggérés par le poème : paysages vus comme par échap-\npées, forêt verte et rousse, collines aux belles lignes, sentier d'herbe et de\nsable, jardin que la pluie éveille, rose qui s'effeuille, colombe faible et\ndouce, flûte unie à l'écho dans le vent. Tout cela, noté avec la plus subtile\nprécision et de fines nuances d'harmonie, amené sans effort apparent, adroi-\ntement ménagé et ingénieusement suivi, indique un musicien très sûr et\npresque passé maître en l'art de la forme. Il est à remarquer en effet que\nla « romance », le « lied », ou la « mélodie » moderne, de quelque nom\nqu'on veuille l'appeler, se rapproche beaucoup de la musique pure et re-\nquiert à peu près les mêmes qualités de construction, depuis que la voix\nse borne à réciter musicalement les paroles, au-dessus d'un développement\nsymphonique qui en dévoile le sens profond. Ce sont, en réalité (cette\nbrève analyse le montre déjà), des « variations », ou des « rondeaux », ou\ndes (( andantes », inspirés par un poème, et construits certes plus libre-\nment que les morceaux d'une sonate, mais qui obéissent cependant aux lois\nde la logique musicale. 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Aussi ne me\nsouviens-je pas d'avoir répondu jamais à quelque attaque personnelle,\nestimant d'abord que ce ne pourrait offrir qu'un bien mince intérêt au lec-\nteur ; puis, qu'il est difficile de se défendre sans se louer soi-même ce\nqui devient aisément ridicule ; songeant, enfin, que, dans le métier de\ncritique, la distinction entre l'œuvre et la personnalité du censuré apparaît\nvite assez factice, et que l'absolue liberté de jugement que je réclame et\ndont j'use pour moi constituait pour autrui undroit réciproque et légitime.\nNul n'ayant la vérité dans sa poche, la contradiction est précieuse, et sa\nvivacité me gêne si peu que, Mauclair voulût-il m'y traiter d'imbécile, la\npublicité du Mercure musical lui serait acquise à cet effet, sans qu'il eût\nbesoin d'hospitaliser sa prose en quelque feuille de chou non moins\nménagé que la chèvre. Appeler quelqu'un imbécile, au demeurant, est\nexprimer sous une forme synthétique un avis qui peut résulter d'une\nlongue et sincère analyse, une opinion sommaire à quoi on se sent trop\nsouvent acculé pour n'être pas fort satisfait parfois d'en rencontrer 1e... com-\npliment chez un contradicteur. De part et d'autre, à la vérité, le mot passerait\nmal pour un argument, mais, tel un siglelapidaire, peut-être serait-il idoine\nà en résumer de solides. Quoi qu'il en soit, Mauclair est loin de m'accabler\nde conclusions de cette espèce péjorative. Il concède même que « je sais ce\ndont je parle » et, bénévole, m'accorde la licence « de charmer mes loisirs\npar des rébus, des dithyrambes et des accès de fureur ». Il se contente, en\nflétrissant Laloy du sobriquet de « professeur », de nous dénoncer tous les\ndeux atteints de « debussyte », variété de tétanos que son carabino-musical\ndiagnostic a soudain découverte, et dont il décrit les symptômes et les\nphases. En voici l'aiguë : « ...Jamais je n'aurais imaginé que l'audition de\nPelléas produisît des effets pareils. On dirait que ces gens sortent d'entendre\nun hymne révolutionnaire. Ils flairent le sang et la poudre. En même temps,\nils sont saisis d'une sorte d'hypnose. C'est très curieux : un mélange de\nsalpêtre, de bang crétois, de haschich et de carry, les exalte dans une mys-\nticité rageuse. Ils courent comme ces Malais qu'on dépeint en proie au\nvertige meurtrier de Yamok... »Je ne me chargerai pas d'élucider ce spécimen\nde technologie hystérico-pathologique, mais on en savourera mieux le\npiquant en sachant que le distillateur de cet extrait d'Apocalypse a pris\nsoin de nous prévenir qu'il « ne parlera qu'en tremblant » de ces... <c éner-\ngumènes ».\nJe n'aurais pas plus relevé cette élucubration que d'autres visant ma quel-\nconque personne, si le dépit qui l'inspira n'y essayait de se dissimuler\nsous desprétextes esthétiques. La mauvaise humeur de Mauclair, en réalité,\na pour cause une imputation « d'universelle incompétence » ici même à\nlui décochée par Louis Laloy, riposte dont j'envierai toute ma vie la trou-\nvaille en sa concise pertinence. C'est confesser tout cru combien je suis\nmédiocrement flatté des réserves dont Camille mêle son ire à mon endroit."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.41", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4066, "texte": "Il paraît que ledit universel incompétent « aimait beaucoup mes articles,\nquand je voulais bien les écrire en langage intelligible aux humbles mortels\nde sa sorte ». Eh bien ! je n'en suis pas plus fier pour ça, et vraiment, tout\nde même, je ne me vois pas condamné à perpète à divertir Mauclair, ni\nsurtout àen être compris, encore qu'un tel renoncement me dût assurer\nl'avantage d'une infaillible garantie contre la méningite. Alors, il me trou-\nvait « de l'esprit, de la science vraie... » Ici, ma foi ! je ne suis pas fier du\ntout ; néanmoins, je me puis consoler par la réflexion : « Qu'en sait-il ? »\nMais, quand il continue : «... du goût... », j'ai mon paquet ; je baisse un\nnez pseudo-sémite, cible bénie de braves automédons forts en gueule et\nriches d'argot ; je m'effondre. Le coup est dur, Mauclair. Hélas ! comme\non se connaît mal 1 Voyons, cher ami, nous n'avons pourtant jamais couché\nensemble avec Bruneau —je veux dire avec sa musique; l'invraisem-\nblance de toute autre interprétation, d'ailleurs, ne pouvant échapper au\nplus tiède ami du démêloir. Il me reste l'ultime illusion que le rhétoricien\nexagéra la bienveillance afin de corser l'antithèse. Malgré tout, d'apprendre à\nla fois qu'on eut <( du goût », et que c'était celui de Camille, ça n'est pas\ndrôle, et même, au fond, c'est embêtant. Heureusement que les temps sont\nchangés î Pigez-moi cet actuel et catilino-cicéronien portrait de votre ser-\nviteur : «... Mais depuis qu'il a la debussyte, le voilà trépidant comme une\nsibylle. Il blague Beethoven, aplatit Berlioz, fait de la chair à pâté avec la\nmusique russe, transforme Debussy en colosse pour les pieds duquel\nWagner n'est que le scabellum de l'Ecriture, se lance dans d'interminables\nanalyses de Hugo Riemann, puis tout à coup s'attarde à piétiner M. Lenepveu,\ndont il est certes le seul à parler en Europe ! Vous voyez bien qu'il a quel-\nque chose. Sans la debussyte, Marnold ne réduirait pas la musique à une\ncryptographie rebutante, et n'éprouverait pas le besoin de scalper un\nchauve : son état n'est pas naturel. »\nC'est envoyé ; mais je respire. Enfin,je n'ai donc plus de « goût»,\ndu moins selon la mauclairotte formule. Ça fait toujours plaisir. Je pour-\nrais répondre à Mauclair que j'ai magnifié les Nocturnes, causé de Siegfried\net tarabiscoté l'école russe au Mercure de France quatre, cinq mois, voire\nun complet semestre avant la première de Pelléas, et qu'il n'est pas forcé\nd'avaler des « analyses » théoriques visiblement un peu ardues pour ses\nmoyens et qui, d'ailleurs, ne s'adressent pas à lui. Je pourrais ajouter que\nM. Lenepveu était d'actualité brûlante à Paris, sinon en Europe, au mo-\nment où je collaborai avec un dévouement méritoire à sa célébrité spéciale,\nen m'évertuant de découvrir et publier les titres aptes à justifier les hon-\nneurs, dignités et fonctions de quoi on s'aperçut soudain que le bonhomme\nétait comblé en compagnie de notoriétés analogues. Mais tout ça n'a pas\nd'importance, et, quant au surplus, je serais fort embarrassé de m'en expli-\nquer avec Mauclair, car il faudrait parler musique. Or; et il le proclame\navec orgueil, la façon dont j'en ai coutume apparaît « une cryptographie\nrebutante » aux facultés de son cervelet. Qu'y puis-je ? hormis, peut-\nêtre, de lui demander pourquoi il prend la peine de me lire. Ni loi ni\ndécret ne l'oblige à perdre son temps à cette occupation bien inutile,\npuisqu'il se déclare « incapable de savoir si ces grimoires ne sont pas\nle comble du bluff » et s'endort sur ces « hiéroglyphes ». Il réclame une\nindéfinie liberté « d'admirer Debussy comme une brute ». Mais, ça n'est\npas défendu, cher ami ; allez-y. On admire comme on peut, n'est-ce pas r1\nSeulement et c'est ici que la question prend une autre tournure vous\nfigurez-vous sérieusement que cela puisse intéresser quelqu'un ? Person-\nnelles par essence autant que par définition, des émotions de cet acabit ne\ns'attestent guère communicables qu'au petit bonheur des rencontres, telle\nune affinité palatale ou consonance d'intestins : « J'adore le melon ! »"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3895, "texte": "« Moi aussi ! » Assurément, c'est intangible : tous les goûts sont dans la\nnature, Mais, que diable voulez-vous que ça fasse au voisin, peu ou prou\ndétracteur de l'excellence dudit cucurbitacé ? lequel voisin, peut-être, de\nrépliquer sans plus : « Cher Monsieur, une confidence en vaut une autre:\nmoi, je préfère le pruneau. » Au Café du Commerce de quelque sous-\npréfecture, un échange de vues de cette palpitation pourrait évidemment\navoir, entre deux manilles, un attrait suffisant pour « charmer les loisirs »\nde ronds-de-cuir ou culottes-de-peau en retraite. Toutefois, ces âmes\nsœurs et simplistes songeassent-elles à faire imprimer leur colloque, le\nplus candide Echo de la localité, sans doute, hésiterait lui-même à en\naccueillir la copie. Son rédacteur en chef opinerait très vraisemblablement:\n« Mes bons amis, vous aimez le pruneau, la courge, le melon : rien ne\nvous en empêche. Continuez, ne vous gênez pas. Mais mes abonnés s'en...\npaladilhent ; ne les prenez pas pour des poires. Tout au plus pourrais-je\ninsérer votre enthousiasme en vers ; par exemple, un sonnet avec, en\nacrostiche, le nom de l'entremets ou hors-d'œuvre chanté. Apportez-moi\nça, et nous verrons. » Aussi fut-ce toujours pour moi quelque chose\ncomme une énigme, de voir Mauclair et ses pareils publier leur bruto-\nmusical émoi autrement qu'en quatrains rimés, dédiés à Mangeot Busa-\ngète .\nEncore les budgétivores évoqués, du moins, « savent-ils ce dont ils par-\nlent ». Ils ne s'étonnent pas qu'un melon, par ses côtes, s'accuse destiné à\nêtre découpé par tranches, sort assez comparable au « morcellement » fatal\nd'un Adagio écrit en forme de variations symphoniques, Fauteur en fût-\nil Beethoven, ô Jean d'Udine. Le pruneauphile serait profondément blessé\nqu'on le supposât méconnaître la nature de son fruit favori au point de le\nconfondre avec des dattes. Mauclair ne pressent pas ces susceptibilités,\net son admiration n'a cure d'aussi méprisables soucis. Dressé sur les\nergots de sa sensibilité critère, il s'enivre à la camomille de sa petite\nsecousse : il « sait fort bien ce qui l'émeut, et c'est tout ce qu'il a à savoir\nen entrant au concert ». D'accord, œcuménique et blond Camille. Tout\nle monde, et sans excepter Calino, tout le monde a le droit de sentir à sa\nguise. Néanmoins, s'il s'agit d'en entretenir son prochain, ne semble-t-il\npas assez... naïvement présomptueux de prétendre l'intéresser en se bor-\nnant à lui dégoiser ses transports ? N'y a-t-il pas surtout quelque audace\nénorme de peut-être incommensurable saugrenu, à signifier tout net et\nfièrement à des lecteurs : <c Vous savez, je viens vous parler musique,\nmais je vous avertis que je n'entends rien à la chose. Je ne suis pas un\n<( érudit ». Foin des « grimoires » et des doctes « rébus » ! Moi, j'écoute\nce qu'on joue et, quand je suis « remué », je trouve que c'est beau : alors,\nj'admire « comme une brute ». Vous voilà prévenus ; maintenant, je\ncommence. On discuta et on discutera longtemps de critique «objective »\nou « subjective » ; ici, c'est bien mieux, comme on voit : le principe y est\nd'ignorer carrément de quoi il retourne et de s'en vanter sans ambages.\nL'inopinée fanfaronnade, à vrai dire, apparaît bien l'unique nouveauté de\nl'aventure. La méthode eut des précurseurs honteux, précisément les\n(( Scudo », les Jouvin et autres idiots mémorables, sans compter les litté-\nrateurs, ô « simple homme de lettres » Mauclair, qui font spécialité de\nplumifier sur tout sans rien connaître et de gaffer à tort et à travers.\nOr, il n'en a jamais manqué. C'est une inoffensive occupation, d'ailleurs,\nqu'on ne peut interdire à personne, pas plus que de se glorifier de ne\n« savoir ce dont on parle». Seulement, s'ils s'en targuent eux-mêmes avec\ntant de superbe, on pourrait demander à ces gens pourquoi ils sont si\nfort vexés quand on consacre leurs exploits par un brevet d'incompé-\ntence."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.43", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4117, "texte": "J'en fais l'aveu, je ne suis pas aussi documenté sur Mauclair et son œuvre\nque lui sur mes nébuleux logogriphes. L'ayant rencontré par deux fois,\nje sais vaguement qu'il existe, dodu, frais, savonné, reluisant, telun beaupetit\ncochon rose, et frétille avec une ardeur égale dans « la peinture, la statuaire,\nle roman, la poésie, la psychologie et toutes les autres choses » dont il re-\nproche aux « professeurs » de se mêler. Que n'a-t-il respecté la musique !\nQuelle étrange bévue l'y poussa, sur le tard, à venir étaler son ineffable\nincompétence? Ailleurs, il pouvait divaguer tout à l'aise en abondante com-\npagnie et, même, y trottinant le nez en rair à tous les vents, effleurer au\npassage un embryon d'idée sans trop bien la comprendre soi-même. Ça\nn'avait pas beaucoup d'inconvénient. Ses articles tenaient de la place, à\ncoup sûr, en un tas de cléments magazines, mais on ne les lisait pas. Voire\nen publiant l'inédit de Laforgue et sans attirer l'attention, |il put négliger\nou semer toute une moisson de coquilles, faire écrire au défunt l'opposé de\nson texte et transformer sa phrase en une absurdité ; car, si Laforgue,\nlequel fut « professeur » justement, connaissait bien la loi qu'il citait de\nFechner, un autre « professeur », Mauclair, lui, comme on sait, n'est pas\nun « érudit ». Cependant, ça non plus n'avait guère d'inconvénient. La vie\nest courte et on lit vite à l'ordinaire, outre que, pour n'en être point « re*\nbuté » dès l'abord, une «universelle incompétence» est indispensable peut-\nêtre à la pratique et au commerce de ce qui est « littérature », à bien peu\nprès. Mais pourquoi s'égarer dans la critique musicale ? Les profits y sont\nmaigrelets, et le public, ici, a d'autres exigences. Depuis quelques années,\nchez nous, il sait fort bien a ce dont on lui parle », et toujours mieux.\nSans perdre de puissance ou spontanéité, son émotion s'est affinée, et son\nadmiration est devenue complexe peu à peu, résultat, en quelconque\nespèce, de ce qu'on nomme « la culture ». Pour être écouté de lui, à l'heure\nqu il est, il en faut, à tout le moins, posséder une équivalente à la sienne.\nAujourd hui, il ne suffit plus de lui confectionner, à l'instar de naguère,\nquelque tartine wagnérienne à la confiture de symbole, de rédiger pour\nlui un élégant pathos de niaiseries sentimentales, et, si sa patience avertie\ntolère d éventuels « dithyrambes », elle en exige aussi quelque raison\nplausible. Il lui importe peu, a ce public, et toujours moins, d'apprendre\nque Aiauclair, dévoilant ses secrets de cœur, sinon d'alcôve, « sache très\nbien ce qui 1 émeut » et, sans rien savoir autre chose, puisse « céder à l'ad-\nmirable vertige de 1 orchestre ou sentir, dans la chambre paisible où le\nviolon chante en sourdine, le frôlement des ailes de l ange ». Un ange\nsans g, probablement. Mais cédez, sentez, cher ami, soyez frôlé tant qu'il\nvous plaise, seulement ne vous étonnez pas que ça ne chatouille plus per-\nsonne. L égoïsme est universel encore plus que l'incompétence. La vo-\nlupté d autrui ne touche guère, aussi les homards judicieux cachent-ils\nleurs amours ; et puis vous retardez de plus d'un quart de siècle.\nOn comprend sans effort pourquoi Mauclair et les siens sont si âpres à\nréclamer le droit d'admirer « comme une brute ». C'est l'excuse de leur\nimpuissance a pérorer d'autre manière à l'intention de leurs contempo-\nrains. Et on conçoit aussi l'affolement qui les angoisse en constatant, déplus\nen plus, que la vacuité de leurs gloses indiffère un public désormais cul-\ntivé et trop de croire qu'ils se payent sa tête. D'où leur fureur,\naboyant au succès de publications dans lesquelles, comme en notre Mer-\ncure musical, on s affiche modestement convaincu de la nécessité d'un tant\nsoit peu connaître, au préalable, ce dont on prétend discourir ; où on\ntache d adjoindre un peu de « compétence » à la sincérité des opinions les\nplus diverses ; où, avant que de disserter sur l'art de la musique, on a jugé\nbon den avoir entendu, médité, lu et relu les œuvres, appris l'histoire et\nle «metier », Mauclair, afin de n'en être pas dupe, d'en pouvoir signaler"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.44", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4098, "texte": "la vanité inane et, parfois, le danger. A ce jeu, si on risque, à la vérité, de\nrester incompris de Mauclair, on y gagne en revanche, avec des abonnés,\nla grâce de n'admirer point des vessies pour des lanternes, de ne pas prendre\nle Pirée pour un homme et Bruneau pour un musicien, de savoir assez dis-\ntinguer un chef-d'œuvre du Louvre, sa copie ou son pastiche et un chromo\ndu Bon Marché, pour ne pas accrocher, aux clous d'une identique estime, en\nface de Pelléas, Louise ou bien VOuragan. On y gagne enfin, pour soi-\nmême, une culture musicale, ses joies profondes et subtiles au spectacle\nd'une évolution séculaire, merveille de logique autant que de beauté et,\ncomme inéluctable conséquence, on y attrape la « debussyte ».\nCar nul terme jamais ne fut mieux inventé, avec ses allures d'explosif,\npour exprimer la force d'incoercible expansion de l'épidémie salutaire. Il\nfaut s'y résigner, Mauclair, tout le monde Ta ou l'aura, la « debussyte »,\nchacun selon qu'il en est digne, qu'il est capable de sentir, d'assimiler, de\nréagir harmonieusement à l'impulsion libératrice. C'est une fièvre singu-\nlière, en effet, qui vous terrasse et vous stupéfie tout d'abord ; on y perd\nla notion de ce qui constitue soi-même, idées, sentiments, sensations :\ntant de choses s'écroulent soudain, fantômes qu'on prenait pour des réalités\nindélébiles, fétiches vermoulus dont on adorait le bois creux, fatras de\ndogmes, de routines, trucs, ficelles, préjugés. On en sort vacciné contre\ntous les mensonges, affranchi des superstitions caduques, et, chez les plus\nprofanes « amateurs », ils sont tous les jours plus nombreux, ceux dont la\nsensibilité fit peau neuve en la maladie bienfaisante. On ne peut rien con-\ntre des faits, Mauclair. Je n'essaierai pas de vous l'expliquer musicalement;\nça vous donnerait mal à la tête, et vous n'y comprendriez rien, cher ami.\nMais vous aurez beau déclamer vos imprécations de Camille, vous ne ferez\npas reculer le temps en arrière, vous ne supprimerez pas l'accompli. Oui,\nvous avez deviné juste : il y a quelque chose de changé, chez nous, depuis\nPelléas, et « notre état n'est pas naturel » Il y a que nous sommes rede-\nvenus « musiciens » comme aux plus glorieux jours de notre passé, quand\nnotre doux pays de France était l'irradiant foyer et la patrie de l'art sonore.\nIl y a que la musique est entrée dans notre vie, depuis qu'elle est venue\nà nous sans taches d'encre aux doigts, sans fard ni manigances, sortie, ra-\ndieuse et nue, du puits des harmonies de la nature. Et, dame ! elle ne res-\nsemble guère à la guenon des cuistres ou aux drôlesses des roublards qu'on\nnous offrait sur les tréteaux, pas plus qu'à la dinde lohengrinepte et déplu-\n,mée qui conduisait machinalement, jusqu'au quai de notre Institut, la bar-\nque de pédants fantoches. Le contraste était trop violent.\nOn s'aperçut tout d'un coup du néant d'un tas de gaillards qui depuis\ntrop longtemps accaparaient les places, monopolisaient les chroniques,\nbarraient les avenues, empochaient les tantièmes et prétendaient régenter\nnotre art. C'est alors que la « debussyte » a produit ses effets tutélaires.\nOn soupesa les compétences peuplant de gardiens vigilants notre mazarin\nCapitole, on molesta des nullités célèbres et on conspua des jurys. Oui,\nMauclair, il y a quelque chose de changé dans notre république musicale.\nJadis, tout s'y passait en famille, à l'étouffée propice aux médiocrités in-\ntrigantes. Un César Franck pouvait mourir, obscur et dédaigné, à l'orgue\nde Baptiste, après avoir vu des Delibes et Dubois lui passer sur le dos ;\nune officieuse « commission de refonte » avortait tranquillement sous\nl'indifférence complice, et Vincent d'lndy devait traverser l'eau pour fonder\nla Schola dans un grenier de la rue Stanislas, pendant que Théodore suc-\ncédait à Ambroise. Tout cela sans provoquer un entrefilet dans la presse,\nsans qu'on ait paru s'en douter. Aujourd'hui, c'est bien différent : l'échec\nmanigancé d'un jeune et audacieux compositeur au concours de Rome sus-\ncite un toile général ; les journaux quotidiens s'en emparent et multiplient"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "les interviews ; le retoqué y récolte un renom subit, tandis que M. Lenep-\nveu en dégringole de ses rêves directoriaux, car « l'Administration » même\ns'en émeut, se révolte, et on assiste à ce comble : un Gabriel Fauré\nnommé par un ministre, sur la proposition d'un secrétaire d'Etat « pas\nnaturel », évidemment, aux yeux des clients de Mauclair. Tout le monde\napplaudit,, pourtant, sauf la bande ignare et déconfite. Et voilà qu'on va\nréformer notre Conservatoire, sans enquêtes, ni commissions ou moyens\nconstitutionnels plus ou moins, mais sur d'autocrates décrets transmis par\nla voie hiérarchique.\nTout ça est l'œuvre de la « debussyte », Mauclair ; ne vous y trompez\npas. Avant et sans Pelléas, cela eût été impossible, tenu pour extravagant,\ninouï, fou, « fou furieux », oui, Camille, par ceux-là même qui le font\naujourd'hui. Tout ça et bien d'autres choses qui s'ensuivront fatalement,\nquoi qu'on fasse, engendrées par l'épidémie féconde, car ceci n'est\nqu'un petit commencement d'un grand nettoyage. 11 faut vous résigner,\nMauclair ; vous n'enraierez pas la « debussyte ». L'heure est grosse de\nchambardements, d'où la présente excitation qui vous afflige, contagieuse,\nnonobstant, jusqu'en haut lieu. M. Dujardin-Beaumetz, lequel est infecté,\nn'a pas l'air de « donner des coups de poing à droite et à gauche » ; néan-\nmoins il pourrait bien arriver, d'ici peu, qu'un certain nombre de démis-\nsions démontrât un résultat tout pareil à celui qu'auraient obtenu des\ncoups de pied dans certains derrières. Mais il est temps de terminer cet\narticle, en m'excusant de ses dimensions auprès des lecteurs du Mercure\nmusical, qui doivent se demander quelle mouche me pique d'accoucher\nd'un aussi long laïus à seule fin de répondre à Mauclair, « dont je suis\ncertes le seul à parler en Europe ». Décidément, il a raison, « mon état\nn'est pas naturel ».\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.10.4", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "M. 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L."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "bibliothèque considérable, nous sommes, à vrai dire, encore presque\nignorants de cet art ; des traités souvent incomplets et en tous cas dépour-\nvus d'exemples pratiques ; des récits fabuleux ; des représentations figurées\net par conséquent muettes de concert et de danses ; quelques lambeaux de\nmélodies, que l'on n'est pas toujours d'accord pour traduire ou pour ache-\nver : tels sont les éléments sur lesquels nous prétendons en général asseoir\nun jugement sur la musique des Grecs. On ne saurait s'étonner que ma-\ntière si obscure soit par excellence appropriée aux polémiques, mais\nqu'aussi la curiosité des érudits s'y trouve singulièrement aiguisée. Une\ndes particularités les plus louables du livre de M. Laloy, c'est le dessein\ndélibérément arrêté et strictement observé de ne s'engager dans aucune\ndispute savante et, négligeant toutes les exégèses modernes, de remonter\ndroit aux sources et de ne s'occuper que d'elles. A cette méthode inflexible,\nla sûreté et l'acuité du regard que l'auteur concentrait sur les textes ne\npouvaient que gagner, ainsi que la clarté d'une exposition dégagée de\ntoutes les surcharges de la polémique.\nCe qui subsiste des écrits musicaux d'Aristoxène forme un document\nessentiel pour la connaissance de la philosophie de l'art dans l'antiquité.\nLe but que M. Laloy s'est proposé, et qu'il a pleinement atteint, a été de\nnous en faire comprendre la nature, l'esprit et la portée, par une analyse\nserrée, que précèdent et accompagnent de constants rapprochements avec\nles doctrines antérieures ou contemporaines des autres écoles scientifiques\nde la Grèce. Un chapitre préliminaire retrace tout ce qu'il est possible\nd'apprendre de la vie d'Aristoxène. Un lexique, donné en appendice, re-\nlève les mots techniques de son langage, avec leur traduction et la mention\nde leur emploi par les autres auteurs grecs. Ce précieux lexique n'est pas\nun des dons les moins utiles qu'ait faits M. Laloy aux étudiants musiciens,\net il serait à souhaiter qu'en imitant ce modèle, quelque érudit médiéviste\nnous dotât un jour d'un outil de travail analogue pour la langue des meil-\nleurs théoriciens musicaux du moyen âge. •\nLe livre de M. Laloy a été composé pour l'obtention du diplôme de\ndocteur ès lettres. La brillante soutenance de cette thèse en Sorbonne a\nvalu à son auteur le succès le plus flatteur, qu'il ne pourra manquer de\nretrouver en librairie et dont tous les amis de la science musicale seront\nheureux de le féliciter.\n\nM. Brenet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.10.5", "titre_corps": "LES RÉFORMES DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "LES RÉFORMES DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.46", "debut_caractere": 2501, "fin_caractere_exclue": 3424, "texte": "LES RÉFORMES DU CONSERVATOIRE\n\nElles sont annoncées et démenties tour à tour : donc il se passe quelque\nchose ; le vieil édifice d'ignorance et d'abus laisse entendre des craque-\nments'sinistres, mais de bon augure. Le nom seul de M. Gabriel Fauré\nfaisait déjà le plus grand honneur au Conservatoire, et l'on pouvait espérer\nque sous ce glorieux patronage, certains scandales n'oseraient plus se pro-\nduire, ou du moins s'étaler. Mais ce n'est pas tout : le grand artiste à qui la\nmusique française doit tant de pages inimitables et sans doute immortelles\nne dédaigne pas de se faire administrateur, de discuter des mesures et d en\nproposer. Bel exemple d'abnégation, tout pareil à celui que donne, à\nl'autre bout de Paris, M. Vincent d'lndy, directeur de la Schola cantorum.\nNous savons aujourd'hui que M. Gabriel Fauré n a accepte le poste oj on\nl'appelait qu après avoir reçu 1 assurance que des refoimes seraient auconi"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "plies. C'est pour arrêter le programme de ces réformes qu'il a en ce moment\nde multiples conférences avec M. Dujardin-Beaumetz, auteur béni de sa\nnomination, et le chef du bureau des théâtres, M. d'Estournelles de Cons-\ntant, dont la présence est peut-être moins nécessaire et la compétence plus\ndiscutable.\nEn premier lieu, il s'agit d'étendre les pouvoirs du directeur, en ce qui\nconcerne la désignation des professeurs. Jusqu'à présent, le directeur était\nconsulté pour la forme, et le ministre nommait sur une liste de présentation\ndressée par le conseil supérieur. Il me souvient d'avoir vu un haut fonc-\ntionnaire verser presque des pleurs de joie parce qu'il avait fait passer son\nprotégé, ou plutôt le protégé d'un de ses influents amis. Il s'agissait d'une\nclasse instrumentale, et M. Th. Dubois avait fait une démarche désespérée\nauprès du Ministre pour le déterminer àun autre choix qui, aux yeux de tous,\ns'imposait. «Et c'est qu'il avait raison, ce maudit Dubois, ajoutait, non\nsans colère, celui qui me faisait ce récit : notre protégé, à nous, a beaucoup\nmoins de talent. » Parole profonde qui rend sensible le mal le plus grave\ndont nous ayons à souffrir aujourd'hui : le cynique parti pris des politi-\nciens qui, arrivés par la faveur, veulent se faire un rempart de créatures ;\npour cette espèce d'hommes, rien ne compte, ni le mérite, ni les services\nrendus, ni l'aptitude à une fonction quelconque, ni même leurs sympathies\npersonnelles ; il faut pouvoir leur être utile, ou leur valoir une utile\namitié.\nOn ne peut donc que souhaiter une extension la plus grande possible des\npouvoirs du directeur du Conservatoire : autant de perdu pour la politique,\nautant de gagné pour la musique. Mais M. Dujardin-Beaumetz fera preuve\nd'un rare courage civique s'il contresigne une pareille mesure, réaction-\nnaire au premier chef, et dans le vrai sens du mot, en un temps où l'on\nveut mesurer l'avancement des magistrats, des officiers et des professeurs,\nau nombre et àla qualité de leurs accointances et affiliations politiques. Il\ny aurait donc un endroit en France qui échapperait à la tyrannie jacobine,\net où la valeur personnelle et professionnelle compterait pour quelque\nchose. Et ce lieu d'élection, ce temple de justice, cet asile de l'art pur serait\njustement le Conservatoire ? Après tout rien ne s'y oppose, et les écuries\nd'Augias, assainies par l'intrépide Héraklès, ont bien pu devenir une\nferme modèle. A M. Dujardin-Beaumetz de se montrer l'égal d'Alcide, et\nnous lui tresserons des couronnes.\nUne autre réforme est déjà accomplie, dont l'intérêt certes est moindre :\nil s'agit du conseil supérieur, dont font partie actuellement, outre le minis-\ntre, le sous-secrétaire d'Etat et le directeur du Conservatoire, les autorités\nsuivantes :\nLe chef du bureau des théâtres, M. d'Estournelles de Constant;\nLe commissaire du gouvernement près les théâtres subventionnés,\nM. Adrien Bernheim ;\nMM. Reyer, Massenet, Saint-Saëns, Dubois, Paladilhe, Henri Maréchal,\nGabriel Pierné, Lenepveu, Taflfanel, Widor, Duvernoy, Lefort et Warot.\nA ces 18 membres on adjoindra M Ni. Bruneau, Dukas, Gédalge, Messa-\nger, et Véronge de la Nux, compositeurs ; Rose Caron, MM. Guil-\nmant et Vidal, professeurs ; MM. Albert Carré et Gailhard.\nCertes il faut se féliciter de voir s'accroître, dans le conseil, le nombre\ndes musiciens ; mais ne pouvait-on vraiment trouver de compositeurs plus\nconnus que M. de la Nux, ou plus réels que M. Bruneau ? Et que vien-\nnent faire là, d'autre part, deux directeurs de théâtres subventionnés, alors\nque ces établissements sont déjà représentés, assez malencontreusement,\npar MM. Bernheim et d'Estournelles de Constant ? L'objet principal du\nConservatoire est-il donc de former des chanteurs de théâtre et des com-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 456, "texte": "positeurs d'opéras comiques ? Il serait temps de dire adieu pour toujours à\ncette vieille erreur.\nOn parle enfin d'astreindre MM. les professeurs à faire au moins acte de\nprésence, de temps à autre, à leur classe. C'est là certes une prétention in-\ntolérable, dont l'annonce seule a déjà amené la démission de deux comé-\ndiens fort connus. Cet exemple sera-t-il suivi par quelques musiciens? Nous\nvoulons l'espérer.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.10.6", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "Pan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.48", "debut_caractere": 458, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "ÉCHOS\n\nConservatoire. Les inscriptions des candidats aux examens d'entrée\nseront reçues jusqu'aux dates suivantes : chant (hommes et femmes), mardi\n17 octobre ; violon, samedi 28 octobre ; flûte, hautbois, clarinette, basson,\nvendredi 3 novembre ; piano (femmes), lundi 6 novembre ; cor, cornet à\npistons, trompette, trombone, jeudi 9 novembre ; contrebasse, alto, violon-\ncelle, samedi 11 novembre.\nÉmile Zola musicien, Sous ce titre paradoxal, le Guide musical publie\nun article intéressant, et justement sévère, de M. Julien Torchet. Zola,qui,\ndans les dernières années de sa vie, « affectait des opinions sur l'art musi-\ncal », avait l'oreille fort mauvaise ; jamais il ne put chanter une gamme\njuste ; harmonie et mélodie lui étaient également inintelligibles ; la sym-\nphonie lui semblait un bruissement confus ; et dans l'opéra, il ne s'intéres-\nsait qu'aux paroles. En un mot, il possédait toutes les qualités qui, à en\ncroire certains de nos confrères, bien placés pour le savoir, font le parfait\ncritique musical.\nCependant il avait tenu, jadis, une partie de clarinette dans la fanfare du\ncollège d'Aix, et il évoquait, non sans fierté, ce souvenir municipal :\n«Je dois vous dire qu'à cette époque je n'avais pas du tout, mais pas du\ntout, l'oreille juste. Je n'ai jamais pu chanter, d'ailleurs. Or pour les bois,\nles flûtes, par exemple, ou encore certains cuivres, tels que le piston, avoir\nl'oreille juste est une condition sine qua non. Après mûres délibérations,\non me confia la clarinette. »\nOn peut inférer de là : 10 que la clarinette n'est pas un instrument en\nbois ; 20 qu'on en peut jouer sans être musicien ; 3o qu'il n'en va pas de\nmême pour certains cuivres exceptionnels, comme le piston ; 40 que Zola,\nau moment où il écrivait ces lignes, croyait avoir acquis le discernement\ndes intervalles musicaux. Cependant il n'aimait point encore la musique.\n«Je nourris, écrit-il en son style d'éleveur, une certaine haine contre l'o-\npéra et je ne me gênai pas pour le déclarer souvent. J'affectais le plus\nvif mépris pour l'art des doubles et des triples croches. »\nC'est Alfred Bruneau qui réhabilita la musique à ses yeux (je n'ose dire\nà ses oreilles). C'est pour Y Attaque du Moulin qu'il rédigea un manifeste,\noù il y allait, lui aussi, de sa petite théorie du drame lyrique. « Ah ! musi-\nciens, si vous vous touchiez (?) au cœur, à la source des larmes et du rire,\nle colosse Wagner lui- même pâlirait, sur le haut piédestal de ses sym-\nboles. »\nAprès cela, comment ne pas conclure, avec M. Julien Torchet, que\n(( Zola n'avait et ne pouvait avoir aucun goût pour la musique » ?"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "Opéra-Comique. Mlle Mathieu Lutz, second prix au dernier concours\nd'opéra comique, a débuté dans le Barbier de Séville, et enthousiasmé la\nsalle par la grâce et l'esprit de son jeu et sa merveilleuse facilité de voca-\nlise.\nL'Opéra-Comique a repris Werther, le plus supportable peut-être des\nouvrages de M. Massenet, et Grisélidis, dont on ne peut dire autant. En\noutre, on voit paraître alternativement sur son affiche Carmen, Mireille,\nla Traviata, le Barbier de Séville, la Vie de Bohême, Manon, Louise? le iîoz\nd'Ys, Lakmé, Mignon, le Domino noir, le Chalet. Programme panaché,\nmais certes abondant.\nOpéra. Reprise d'Armide, avec Mlle Bréval, et débuts, dans Samson et\nDalila, de Mlle Margyl, jeune beauté lasse des Folies-Bergère : elle a paru\nagréable et timide, à la façon de la Cavalieri. Une salle étincelante lui a\nfait un succès chaleureux, et M. Pierre Lalo loue avec raison ce « cordial\nenthousiasme, qui fait honneur à ces belles personnes et à leur esprit de\nsolidarité ».\nM. Armand Parent, dont on connaît le grand talent et le noble zèle artis-\ntique, a entrepris de faire entendre, pour la première fois en France,\ntoutes les œuvres instrumentales et vocales de Beethoven. Huit de ses\nséances à la salle seront consacrées cet hiver à la réalisation de\nce programme, les autres demeurant réservées à la musique française\nmoderne : Fauré, Duparc, Franck, Ravel, Chausson, Magnard (première\naudition de son Trio), d'ïndy, Debussy. En outre, au Salon d\"Automne, le\nvrai salon des artistes, M. Armand Parent nous promet quatre séances de\nmusique de chambre, où seront jouées des œuvres de Franck, d'ïndy,\nFauré, Debussy, Magnard et Ravel. Tous les amis delà musique s'uniront\nà nous pour féliciter M. Armand Parent des éminents services qu'il rend à\nnotre cause,\nSchola musicse. Cette nouvelle Schola vient d'être fondée à Bruxelles,\n90, rue Gallait, par le grand artiste M. Théo Charlier ; c'est un institut\nsupérieur de hautes études musicales comprenant tous les cours que\ncomporte un enseignement musical complet.\nCet enseignement ne s'adresse pas seulement à ceux qui veulent acqué-\nrir une connaissance approfondie de la technique de leur art, mais encore\nà ceux qui, ayant des vues plus larges et une conscience plus noble de\nleur rôle d'artiste, cherchent, dans un enseignement indépendant mais\nattentif aux évolutions de l'art, la force d'affranchir leur esprit de toutes\nconventions et de l'orienter toujours vers un idéal plus élevé.\nNous ne doutons pas que ceux-là ne soient attirés par la Schola musicœ\noù M. Théo Charlier a su grouper autour de lui une jeune élite de musiciens\nqui se sont déjà fait connaître tant par leur talent hors de pair que par leur\namour désintéressé de l'art. Qu'il nous suffise de citer MM. Charlier (chant),\nBosquet (piano), E. Chaumont (violon et musique de chambre), J. Jongen\n(orgue et composition), L. Mary (violoncelle), etc...\nL'éducation musicale sera complétée par des séances de musique\nde chambre et des conférences auxquelles seront conviés les membres\nprotecteurs et les membres honoraires.\nFestival Schumann. Un festival Schumann en trois journées aura\nlieu au mois de mai 1 906, à Bonn. On sait que Schumann est mort à En-\ndenich, dans une maison de santé toute voisine de Bonn, et que c'est dans\nle cimetière de cette ville qu'il a été inhumé. Le programme du festival a\nété arrêté dans ses grandes lignes. Le premier jour, on exécutera une"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "symphonie et le Faust ; le second jour, une symphonie, une ouverture, le\nconcerto pour piano, un chœur, etc.; enfin le troisième jour, des œuvres\nnon orchestrales, mélodies ou autres. Les fêtes seront placées, en ce qui\nconcerne la musique, sous la direction de M. Joseph Joachim et de M. Gra-\nter. On sait que le célébré violoniste a déjà dirigé en 1873 un festival\nSchumann.\nTourcoing, A l'occasion du tournoi orphéonique qui aura lieu l'an\nprochain à Tourcoing, un concours de compositions chorales est ouvert\naux conditions suivantes :\n10 Chœur à 4 voix d'hommes pour la division supérieure, prix 300 fr. ;\n2° Chœur à 4 voix d'hommes pour la première division, prix -iso fr. ;\n3° Chœur à 4 voix d'hommes pour la deuxième division, prix 200 fr.\nLes compositions devront être inédites. Pour tous renseignements, on\nest prié de s'adresser à M. Charles Wattinne, 4, place Victor-Hassebroucq,\nà Tourcoing, avant le iev décembre prochain.\nUne opinion du maestro Mascagni. Ce musicien napolitain rendait\nrécemment un bel hommage à cette ignorance prodigieuse et à cette com-\nplaisance pour soi qui ont perdu l'école italienne. «Vous me direz, déclarait-\nil dans une interview, que les pays septentrionaux ont vu naître beaucoup\nde compositeurs et produit une littérature musicale admirée aujourd'hui\ndans l'univers entier. Il est vrai ; mais le musicien du Nord ne fabrique sa\nmusique qu'à force d'études, de culture, d'érudition, de science, tandis\nque l'artiste latin, et surtout italien, la crée par une impulsion, sponta-\nnément, inconsciemment. Ecoutez-moi bien : la musique du savant est\nverticale ; la musique de l'artiste est horizontale. »\nSachons lire entre les lignes, remarque àce propos notre excellent con-\nfrère F Occident : M. Mascagni est un pur artiste, sa musique étant, de toute\nnotoriété, une horizontale.\nHelsingfors. La saison de concerts s'annonce comme fort intéressante :\non nous promet, outre diverses œuvres de l'école russe moderne, et prin-\ncipalement de Balakiref et Moussorgsky, les Béatitudes et Psyché de Cés.\nFranck, le Prélude à Y après-midi d'un Faune et des fragments de Pelléas et\nMélisande, de Cl. Debussy.\nSoirées d'Art. Ces intéressantes séances, où le quatuor Capet interpré-\ntera tous les quatuors de Beethoven, et pour lesquelles on s'est assuré le\nconcours de Mmes Litvinne et Raunay, de MM. de Greef, Lazare-Lévy, Léon\nMoreau, Alfred Cortot, auront lieu tous les jeudis, à 9 h. du soir, à partir\ndu 9 novembre, à la salle des Agriculteurs, rue d'Athènes. Les demandes\nd'abonnements doivent être adressées au secrétaire des Soirées d'Art, 1,\nrue Blanche ; les conditions sont les suivantes :\nFauteuils d'orchestre ire série ». 80 fr.\n2e série 64 fr.\nFauteuils de galerie 32 fr.\nLa Revue du Bien. Des vers de Georges Lafenestre, de l'lnstitut, de\nP. Handrey, d'Eug. Hollande, la traduction d'un poème d'Ada Negri par\nMarc Legrand, une page colorée de Lorenzi de Bradi, de belles illustra-\ntions et des reproductions d'œuvres de Mne Grabowska et de Rudolph\nTegner, une chronique sur le dossier sanitaire des écoliers, par Ida R, Sée,\nun clair exposé de la plus vieille philosophie du monde, le « Taoïsme »,\npar Victor Salacha, une bibliographie soignée, tel est le sommaire du der-\nnier numéro de La Revue du Bien."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.51", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "Annonçons que, par suite de son succès toujours croissant, cette jolie\npublication parisienne, qui a toujours sa direction et sa rédaction 83, bou-\nlevard Poniatowski, a dû transporter son administration (abonnements et\nannonces), 10, rue Auber, à la grande Agence anglo-américaine qui édite\ndéjà des Revues tant françaises qu'étrangères.\nAssociation générale des publicistes français—Nous apprenons la con-\nstitution de Y Association générale des Publicistes français, syndicat pro-\nfessionnel, dont le siège est à Paris, rue Grange-Batelière, no 16.\nLî Association générale des Publicistes français a pour but <c de resser-\nrer les liens de fraternité et de solidarité entre les écrivains français adhé-\nrents ; de défendre les intérêts moraux et matériels de la corporation ; de\nporter secours et prêter assistance à ses adhérents ; d'organiser une caisse\nde retraites pour ses membres ; de s'occuper de leur placement en cas de\nbesoin ; de faire profiter ses membres de tous les avantages qu'elle pourra\nobtenir en leur faveur ou qu'elle pourra créer avec ses propres ressources.\nElle sera un puissant trait d'union entre tous ceux qui font profession de\nbelles-lettres,, sciences, éducation, journalisme, etc. ; elle est ouverte à tous\nles propagateurs de la pensée par la presse, la parole, la plume et sans\ndistinction d'opinion ou de parti politique.\nLe Directeur de Y Association générale des Publicistes français est notre\nconfrère Alphonse Bévylle, auquel on peut s'adresser au siège, pour tous\nrenseignements.\nL'inauguration officielle et solennelle de l'Association aura lieu en oc-\ntobre. Dès maintenant félicitons de leur généreuse initiative les promoteurs\nde cette œuvre qui sera, croyons-nous, considérable et à laquelle nous\nsouhaitons la prospérité pour le bien qu'elle promet.\nSociété Beethoven. Un groupe d'admirateurs de Beethoven a songea\nréunir les vrais artistes, les amateurs éclairés ayant le culte des grandes\nœuvres du Maître, en une Société intime (société privée), dont la création\npermettrait une fois tous les ans l'audition des Quatuors à cordes et de\nquelques autres chefs-d'œuvre. Le Quatuor de la Fondation Beethoven\n(Tracol, Mont eux y Dulaurens, Schnéklud) se met à la disposition de cette\nSociété. La Société Beethoven donnerait cette année 10 séances, salle de la\nSociété de Géographie, boulevard Saint-Germain, 184. Pour tous rensei-\ngnements, écrire à M. Jacques Beltrand, 69, boulevard Pasteur, Paris~XVc.\nUne surprise. Elle sera pour le ier novembre, le ier avril étant vraiment\nun peu loin. C'est une lettre inédite de l'inégalable Mangeot, qui nous est\nparvenue quand le présent numéro était déjà sous presse : un pur chef-\nd'œuvre.\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-10-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-10-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1905-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.2.11", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.2", "debut_caractere": 607, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "■ y.\nE. DEMETS5 Éditeur de Musique\n2, rue PARIS, IIe\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey). ........ 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) ... 1 fr. 70\nL'infidèle (Maeterlinck) . . .4 fr. 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette ... 1 fr. 70\nD'Anne qui me jecta de la neige . . 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano ...... 3 fr. 35\nAgence de la Société Nationale de flasiqae\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion\nORGANISATION DE CONCERTS\n*\nBeaucoup d artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument\nqu'avec celles de la publicité, sont'fort embarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser\nun concert : delà tant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là\nnous croyons rendre un véritable service en leur rappelant que la. maison\nDemets les déchargera, à des conditions très avantageuses, de ces soins qui ne\nsont pas les leurs. Par ses relations étendues dans le monde des musiciens et\ndes amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience profes-\nsionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. Demets\nest devenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le\nQuatuor vocal de Paris, la Société de Concerts de Chant classique, nombre\nd Oeuvres privées et d artistes virtuoses qui l'ont choisi pour administrateur,\nlui doivent leur existence ou leur prospérité. Pour tous renseignements\ns'adresser chez M. Demets, 2, rue de Louvois, Paris xx«. '\noctobre 1905»"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.1", "texte": "4*® Année. N« 41 15 Octobre 490&\nFRANCE 0 fr. 50 | 0 fr. 60\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\nCh. Jarlot\ntk. Boulevard Saint-Michel\nPARIS Vl*\nVENTE ET ABONNEMENTS :\n£. Demets\n2, Rue de Louvois\niniiiriiii uni n I IH,IJ\nPARIS ll'\n\nSommaire\nSALVATOR PEÎTAV1........ Esquisses\nCOLETTE WtLLY Les Vrilles de la vigne.\nHENRY GAUTHIER-ViLLARS. A propos d\nPIERRE ÂUBRY. .. jjn chant historique latin du XIIIe siècle.\nJEAN MARNOLD. Les sons inférieurs et la théorie de M. Hugo\nRiemann.\nMARTIAL TENEO. ........... Miettes\nCH. LÉANDRE.. Études de v\nREVUE DE LA QUINZAINE\nn.—i» . ... , • , _..r ;\nLOUIS LÂLOY Musique\nJEAN M ARNOLD... ~ Idiot-musicaliana«\nMICHEL BRENET Les\nLouis LALOY ... —.......... Les réformes du Conservatoire,\n• • * » *♦ j chos »"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.2", "texte": "L.6 Mercure Musics.l PSRSIT I© IER1ER 6T IG 15 DO CHÂCJUÔ MOIS\nV'. 0 '1 - -V'■' • T ■■'\"'■ . ■ \\ '- • • ' • V-'-''* V'V\nABONNEMENTS:\ntTn an. Six moin,\nPARIS ET DÉPARTEMENTS .. 12 fr. 6 fr.\nETRANGER ,* * * W\"' 15 FR* 7fr* 50\n.\nPour les abonnés du Mercure de le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr, (Étranger).\na demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde O fr. 15.\n«7° avi?. dt chan9ement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste. a\nRÉDACTION : 2 rue de Louvois, PARIS IIE\nJhes manuscrits noix insérés ne sont pas retournés\n\n■ y.\nE. DEMETS5 Éditeur de Musique\n2, rue PARIS, IIe\nDÉODAT DE SÉVERAC. Les Cors (P. Rey). ........ 2 fr. »\nL'Éveil de Pâques (Verhaeren) ... 1 fr. 70\nL'infidèle (Maeterlinck) . . .4 fr. 70\nMAURICE RAVEL. . . D'Anne jouant de l'Espinette ... 1 fr. 70\nD'Anne qui me jecta de la neige . . 1 fr. 70\nJeux d'Eaux, pour piano ...... 3 fr. 35\nAgence de la Société Nationale de flasiqae\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion\nORGANISATION DE CONCERTS\n*\nBeaucoup d artistes, plus familiarisés avec les difficultés de leur instrument\nqu'avec celles de la publicité, sont'fort embarrassés lorsqu'il s'agit d'organiser\nun concert : delà tant de salles vides, tant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là\nnous croyons rendre un véritable service en leur rappelant que la. maison\nDemets les déchargera, à des conditions très avantageuses, de ces soins qui ne\nsont pas les leurs. Par ses relations étendues dans le monde des musiciens et\ndes amateurs, par sa connaissance de la musique et son expérience profes-\nsionnelle, enfin par sa probité absolue, jointe à une grande activité, M. Demets\nest devenu aujourd'hui l'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le\nQuatuor vocal de Paris, la Société de Concerts de Chant classique, nombre\nd Oeuvres privées et d artistes virtuoses qui l'ont choisi pour administrateur,\nlui doivent leur existence ou leur prospérité. Pour tous renseignements\ns'adresser chez M. Demets, 2, rue de Louvois, Paris xx«. '\noctobre 1905»"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.3", "texte": "ESQUISSES MUSICALES\nD'OUTRE-MANCHE\n\nLE PEUPLE ANGLAIS ET LA MUSIQUE.\nMid pleasures and palaces though we may roam,\nBe it ever so humble, there's no place like home.\nHome! homesweet home /..\nCe sentiment de tristesse respectueuse avec lequel on con-\ntemple une vieille relique, je l'éprouvais en errant dans les\ngaleries sombres et sonores de l'abbaye de Westminster, où la\nreconnaissance anglaise a voulu que les grands hommes eussent\nleur sépulture et que l'on a baptisée du joli nom de Poets corner\n(Coin des poètes). Le bruit de nos pas se perdait avec l'écho,\ntandis que nous considérions ces tombes de tous les âges où\ndes morts illustres, des hommes de génie, les uns oubliés par\nl'inexorable ingratitude de la postérité, les autres encore vivants\ndans la mémoire des contemporains, reposent sous le marbre\nfroid. Nous foulions sous nos pieds, en profanes, les tombeaux\nde Browning, du délicat Tennyson, de Dickens, de Macaulay.\nSurélevé, dominant les autres de toute la hauteur de son génie,\nShakspeare présidait, sur un socle aux tons brunis par la\npatine du temps, à cette assemblée de défunts. D'autres étaient\nlà dont les noms nous laissaient indifférents. Des inscriptions,\ntantôt laconiques et tantôt louangeuses, indiquaient que là dor-\nmait un ménestrel et là un guerrier, et je pensais à la fragilité\nde la gloire humaine quand mes yeux tombèrent sur le buste\nde H tende!, dont les cendres étaient là aussi, exposées aux\nprofanations des visiteurs.\n\nLE MERCURE MUSICAL\n\n2 S"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.4", "texte": "410\nLE MERCURE MUSICAL\n\nC'était, jusqu'ici, le seul musicien remarquable dont le nom\nm'eût frappé ; je m'arrêtai quelques instants devant sa tombe.\n« Ainsi, pensais-je, voici un peuple qui peut s'enorgueillir\nde ses poètes et de ses littérateurs non moins que de ses ma-\nrins et de ses hommes de guerre. Il est unique au monde si l'on\nconsidère l'étendue de ses possessions ; il tient l'empire de la\nmer ; sa langue est répandue d'un pôle à l'autre ; il semble que\nrien ne lui manque. Jusque dans la peinture il a pu exceller et\ndonner des coloristes comme Reynolds et Gainsborough, des\npaysagistes comme Turner, des animaliers comme Landseer,\ndes voyants comme Watts; que peut-il désirer? Hélas! le\nvoilà cependant faible par quelque côté. Pourrait-il nous citer\nun musicien de génie ? N'a-t-il pas dû, pour ne point paraître\nen manquer complètement, adopter celui-ci, Haendel, le\ncréateur du Messie,un Allemand, encore qu'on le dise Anglais\npar l'éducation? »\n... Au chœur, l'office anglican commençait. Avec cette voix\nlente, grave, mystique des ministres de l'Eglise Etablie, le\ndoyen entonnait les prières. Doucement les orgues, comme\nconscientes de leur rôle sacré, gémissaient, portant à travers les\nvoûtes leurs notes pieuses, jetant un long frémissement au sein de\ncette forêt harmonieuse de colonnes, fruit du plus pur gothique,\noù la lumière tamisée, timide, pénétrant par les rosaces histo-\nriées, se jouait de mille manières. Puis, des gosiers tout neufs\nde petits soprani en surplis sortirent des hymnes fraîches, char-\nmantes. Puis, lentement encore, le bruit des orgues cessa, lais-\nsant un écho attardé se glisser et languir le long des murs, à\ntravers tous ces vieux tombeaux.\nOr, de plus en plus, un problème se posait, tenace, lancinant,\nà mon esprit : Pourquoi donc les Anglais, qui goûtent fort la\nmusique, qui aiment à chanter, n'ont-ils pas de musique natio-\nnale ? pourquoi l'Angleterre n'a-t-ellepas su produire de grands\nmusiciens, comme l'ltalie, la France et l'Allemagne ?...\n... Je venais de sortir par le portail à deux baies surmonté de\nla belle statue de la Vierge bénissante, telle que l'ont conçue les\nprimitifs tailleurs d'images, ces inspirés de l'art chrétien. Sur\nle square du Parlement où, figées dans une attitude gourmée,\nprésident les statues d'hommes d'Etat célèbres, une foule bigar-\nrée, pressée, s'agitait. Des gens couraient, se heurtant, silen-\ncieux, abstraits, comme de froids calculateurs. Des omnibus\nmulticolores passaient devant mes yeux, coupant la monotonie\nde cette agitation journalière, tandis que le cocher jetait aux\nvents sa direction : Strand, Bank,\nLe problème de tout à l'heure m'obsédait et, à part moi, sin-\ncèrement, je n'osais me flatter de l'avoir résolu. Tout au plus"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.5", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D OUTRE-MANCHE\n411\n\nm'en fis-je une vague idée ; mais mon opinion, toute person-\nnelle, pourrait bien n'entraîner point l'assentiment de tout le\nmonde.\nA Dieu va !\n★\n* *\nNous le disions : les Anglais 'goûtent la musique ; et rien\nn'est plus intéressant que d'en faire la preuve.\nLa chanson populaire fut toujours en honneur chez eux. A\nl'époque où les maîtres chanteurs et\nlersânger et minnesànger)s'organisaient et se faisaient en-\ntendre en Allemagne, l'école anglaise florissait et occupait un\nrang honorable avec Turges, Philips, Banister, le Dr Tye.\nJohn Dowland, « luthier, joueur de luth et bachelier ès mu-\nsique dans les deux universités », traduisait, à Londres, le\nmicrologe du théoricien voyageur Andréas Ornithoparcus (i)\net initiait ses compatriotes à la technique de l'art. Le Virginal\nBook,collection du temps d'Elisabeth, contient quelques chants\npopulaires d'une inspiration très pure et d'une naïveté capti-\nvante. Sans doute, pour les chanter comme il convient, il faudrait\nleur donner un accompagnement de luth ou de viole.\nLa Réforme, avec les bouleversements politiques et re-\nligieux qu'elle entraîna, ne pouvait manquer de laisser une\nforte empreinte sur la musique du peuple. Peu à peu, en effet,\nles allusions aux événements actuels deviennent plus transpa-\nrentes; les préjugés de John Bull se font jour et aussi ses obser-\nvations. Le bon sens public a vite fait de s'apercevoir que tous\nces changements ne sont pas pour son bien, qu'on le berne et\nqu'on le trompe ; il constate que les nouveaux ministres qu'on\nlui impose sont moins des hommes de Dieu que des agents\ndu roi, virant de bord à la moindre alerte, criant volontiers,\nselon les circonstances : « Vive le Roi ! Vive la Ligue ! » Vo-\nlontiers, si Dieu lui octroyait santé et longue vie, cet honnête\nhomme, de pasteur, deviendrait puritain, presbytérien, salu-\ntiste. Car enfin, voici la loi qu'il se donne : « Jusqu'à mon\ndernier jour, Monsieur, quel que soit le prince régnant, je\nserai toujours le ministre de Bray. » C'est du parfait oppor-\ntunisme ; et il n'échappe pas à la satire du peuple ; vous allez\nvoir qu'on le chansonnera... Et pour qu'on ne m'accuse pas\n\n(i) Il me semble que l'on fait trop peu de cas aujourd'hui d'Ornithopar-\ncus. Son Microloge,composé au début du xvie siècle, est certainement un\ndes recueils les plus intéressants pour l'histoire de la musique. J'ai eu\nle plaisir de l'étudier, au British Muséudans le texte latin et dans la\ntraduction anglaise, et il m'a paru que l'oubli quasi complet dans lequel on\nle tient est injuste."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.6", "texte": "412\nLE MERCURE MUSICAL\n\nd'exagérer, voici le premier couplet de la chanson, avec sa mu-\nsique alerte, décidée, railleuse dans le fond :\nDites-moi si cette formule\nentêtée,\nobstinée, revenant, avec ses variantes, à plusieurs reprises,\nn'indique pas à merveille la résolution de ce ministre de Bray?\nMais, après « le bon roi Charles de par Dieu oint », et qui\npérit si tristement, voici l'ère des Puritains. Austères d'une\naustérité aâectée, ennemis de tout divertissement extérieur,\npénétrés d'une dévotion farouche et pessimiste, ne vont-ils pas\ncouper à la musique ses ailes déjà fortes ? Il est vrai : l'on\nferme les théâtres et les « boîtes à opéra » ; on brûle les livres\nprofanes pour n'adopter que la Bible; on n'entend d'autres\nchants que les Psaumes, et Cromwell conduira au combat\nses Têtes-Rondes au chant des cantiques sacrés. Tout est plein\nde l'esprit biblique, il se glisse partout, la vie en est saturée :\nromances, chansons de guerre, arguments philosophiques,\nligures de littérature, rien n'y échappe, et Spenser écrivant son\nEpithalamion emploie les mots mêmes qui ouvrent le Can-\ntique des cantiques.\n\n(i ) Aux jours d'or du bon roi Charles, Alors que le loyalisme était de bon ton,\nJ'étais un zélé partisan de la Haute Église, Et c'est pourquoi l'on me préférait;\nJe ne manquais jamais d'enseigner à mon troupeau Que les rois sont nommés par\nDieu Et que damnés sont ceux qui leur résistent ou touchent à l'oint du Seigneur.\nEt voici la loi que je prétends maintenir Jusqu'à mon dernier jour, Monsieur :\nQuel que soit le roi régnant, Je serai toujours le ministre de Bray, Monsieur."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.7", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D OUTRE-MANCHE\n413\n\nCependant, il se trouve encore des amateurs de bonne mu-\nsique. L'ardeur avec laquelle le Puritain de la première heure\n« scrute les Ecritures » ne l'empêche pas de conserver un\ngrand amour pour l'art musical. Tel est le cas du colonel\nHutchinson, régicide mais « gentleman », à qui sa veuve\nconsacre une monographie interminablement louangeuse. « Il\nse divertissait souvent, dit-elle, avec la viole dont il jouait à\nravir. » Peu à peu le « home » s'imprègne d'airs familiers. Le\npère du poète Milton, qui tient bureau de scribe dans un Bread-\nStreet, à Londres, quelque pratique et homme d'affaires qu'il\nsoit, compose des madrigaux à Oriana, et rivalise avec Bird\net Gibbons comme compositeur de chants sacrés,\nDe tout ceci, retenons que le « home », le « sweet home »\nanglais devient de plus en plus le centre musical. C'est là que\nje voulais en venir...\nL'idéal du repos, de la vie paisible et tranquille pour un Is-\nraélite qu'on me pardonne de remonter presque au déluge,\nc'était de pouvoir couler ses jours à l'ombre de sa vigne et\nde son figuier, entouré d'une nombreuse famille... Ce que la\nvigne et le figuier étaient pour le Juif, le « home » Test pour\nl'Anglais. C'est là que le « business-mail », qui a passé la jour-\nnée à pâlir sur des chiffres ou à compter des boîtes de conserves,\nse retire, le soir venu ; là que le lien d'affection de la famille\nse renoue et se resserre. Ces hommes que vous voyez sortir par\nfournées des bureaux de banque de Broad Street, ou du Royal\nExchange,-ou des magasins élégants du West-End; ces pape-\nrassiers affairés qui courent, les yeux fixés au sol, se bouscu-\nlant, se hâtant, silencieux et préoccupés, ils vont tous retrouver\nleur « home ». C'est là leur nid de repos; ils n'en connaissent\npoint d'autre. Tous en savent goûter le charme intime ; et c'est\npour cela qu'ils y tiennent tant, pour cela que, ouvriers et\nbourgeois, apprécient la liberté complète du dimanche. C'est\nencore là, dans l'intimité du foyer, autour du traditionnel plum-\npudding, que l'on fêtera joyeusement << Chris tin as », élevé au\nrang d'une fête nationale, époque de réjouissances pour tous, à\ntel point qu'un brave travailleur de 1 voulant me\ndépeindre la pauvreté d'un de ses camarades, me disait : « Il\nn'a pas même pu avoir son plum-pudding pour Noël. »\nC'est avec un charme toujours renaissant et sincère que les\nécrivains anglais évoquent les souvenances joyeuses de Christ-\nmas. Je n'en voudrais pour preuves que les descriptions déli-\ncieuses de Washington Irving, ou encore les gracieux contes de\nDickens, surtout ces deux chefs-d'œuvre : le et\nles Carillons, ou même cette page exquise que George Elliot a\nécrite, dans son Moulin sur la Floss."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.8", "texte": "414\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLa musique, on l'a deviné, jette sa note gaie, religieuse aussi\nau milieu de ces réjouissances. Ce sont des vieux noëls, des\n« carols » anciens que l'on répète en famille, et chacun y va de\nson couplet. La veille de Noël, les plus pauvres se rendent de\nporte en porte, chantant sur l'air de YAdeste fideles des strophes\nnaïves sorties du cœur des ménestrels d'antan. Je me propose,\ndu reste, d'insister une autre fois sur toute cette littérature de\n« Christmas ».\nVoilà comment, par une association de circonstances atta-\nchantes, grâce à une série de jolies coutumes qu'il serait trop\nlong de retracer, le « home » est devenu le vrai centre de la vie\nanglaise. Il l'était au xve siècle*, il l'est aujourd'hui et la musique\ny trouve son compte.\nEn effet, c'est le chant, c'est la chanson sous ses multiples\nformes qui animent le foyer anglais. Il en est une surtout, très\ndouce, très tendre, un peu languissante et mièvre d'air et de\nparoles, qui célèbre les joies du « sweet home », du doux foyer\nque n'égalent ni les palais les plus somptueux ni les résidences\nles plus luxueuses. J'en ai cité les premiers vers tout en tête de\ncette étude, parce qu'il me paraît que la notion de ces choses\nest indispensable à quiconque veut saisir le caractère particu-\nlier, frappant, «insulaire » si l'on veut, des mélodies anglaises.\nLes soirées entre membres d'une même famille, entre voisins,\nsont fréquentes en Albion. Il n'est pas de maisons qui n'aient\nleur piano. Même dans l'East-End, l'un des quartiers les plus\nmisérables de l'immense cité londonienne, plusieurs ouvriers\ns'imposent des sacrifices pénibles pour acquérir cet instrument,\nà leurs yeux indispensable. Je connais un excellent homme,\npère d'une nombreuse famille, et qui économise deux shil-\nlings de tabac par semaine pour se payer un piano... Lit lie\nby httlethe birdmakes his nest: « Petit à petit l'oiseau fait son\nnid. » C'est un proverbe anglais aussi bien que français.\nLe thème des chansons populaires est souvent comique,\nrarement trivial ; les invitations épicuriennes à boire y occupent\nune large place , le whisky et le gin y prennent des reflets poéti-\nques ]ou bien ce sont des chants d'amour ceci est commun à\ntous les pays ; ou encore des histoires amusantes, saupoudrées\nd'une bonne dose de philosophie joyeuse, allègre mais pratique.\nLe rythme est d ordinaire très décidé et fortement marqué. Les\nchansons anciennes forment un cycle à part, comme une espèce\nd aristocratie musicale, qui tient le haut rang 5 on les exhume à\n1 occasion. Les Irlandais surtout font leurs délices de la belle\nromance héroïque du Minstrel-Boy.Pour les Anglais de vieille\nsouche, c est le sentimental Monte,\nXI ne faudrait pas croire toutefois que le répertoire du peuple"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.9", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n415\n\nvarie à l'infini. A Londres comme à Paris, il y a ce que nous\nappelons des scies. Par bonheur, elles changent à peu près tous\nles trois mois et l'on n'a pas trop à s'en plaindre. Les artistes ne\nmanquent pas qui les mettent en vogue : pauvres diables sans le\nsou, artistes douteux se disant ruinés, aveugles musiciens luttent\nde zèle autour des public-houses et vous percent les oreilles du\nson aigu de leur clarinette qui gémit à n'en plus pouvoir, ou\nd'un piston qui se perd en roulades pseudo-savantes. Mais le roi\ndes vulgarisateurs, le plus puissant, le plus répandu, c'est l'or-\ngue de Barbarie. Oh ! ces orgues de Barbarie !.. Ils ont pour-\ntant leur charme. Seulement, tout le monde ne s'intéresse pas\négalement à ces manifestations curieuses de la vie musicale du\npeuple, et alors je conviens qu'il y a de quoi maudire et anathé-\nmatiser tous les tourneurs de manivelles, « venus d'ltalie et\nd'ailleurs ».\nTriste et pauvre métier que celui de joueur d'orgue de Bar-\nbarie ! Ils abondent à Londres. Vous les rencontrez partout,\ninévitablement. Dans les quartiers aristocratiques du\nles raffinés nerveux et pommadés, les dames en falbalas les\nredoutent et, pour les faire cesser, leur jettent quelques\nEt eux, résignés, traînant leur instrument qui geint et se plaint\nà sa manière des cahots de la route, vont recommencer un peu\nplus loin à caresser l'oreille des snobs et des bourgeois. On\ngagne son pain comme on peut !... Dans lc'est autre\nchose. L'orgue de Barbarie est tout l'orchestre du pauvre, et le\ntourneur, pour être un pauvre hère, n'en est pas moins une\nfaçon de personnage. Combien de fois en ai-je vu sous ma\nfenêtre, lentement, distraitement, tournant leur manivelle et\nfaisant produire à leur caisse mille sons métalliques, secs,\ncomme cl es gouttes d'eau qui tomberaient, rapides, au milieu\nd'un bassin de cristal ! Autour de l'orgue, petits garçons et\npetites filles, les souliers éculés, les habits percés, criblés de\ntaches indélébiles, sentant la moisissure, oublient pour un mo-\nment la triste misère de leur vie et y vont de toute l'énergie de\nleurs jambes et de leurs bras, exécutant les gigues les plus fan-\ntaisistes... L'orgue laisse s'écouler ses dernières notes... La\nscène est intéressante. L'homme tend au public sa casquette\ncrasseuse, recueille quelques farthings et, s'attelant à sa boîte, la\nvéhicule jusqu'au prochain public-hoù il va recommencer,\navec le même succès, ses sempiternelles ritournelles. C'est là sa\nvie. Elle n'est pas inutile, puisqu'il jette sur ces haillons et ces\ntaudis un rayon de soleil... Peut-être, au jugement, celui-là aura\nplus mérité que nous autres, pauvres forçats d'études lassantes\noù notre faible raison cherche un peu plus de lumière. Celui-là\na sa philosophie de la vie et il est heureux. Que Dieu le garde !..."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.10", "texte": "416\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLes chansons de nègres jouissent d'une popularité incon-\ntestée. Ce n'est pas que l'art y soit d'une finesse excessive ; la\nmusique en est assez banale ; les paroles défigurées, d'un accent\nà dessein détestable, l'orthographe plus que suspecte. Quatre\nou cinq faméliques, se sentant un peu de voix et beaucoup\nd'aplomb, profitent d'une occasion, la procession du lord-\nmaire, par exemple, pour se noircir les mains et le visage.\nAccompagnés par le « banjo », espèce de mandoline, ils vont\naux carrefours et exécutent ces chansons, aux applaudissements\nd'une foule qui se trémousse d'aise... La quête est toujours\nfructueuse ! Bien entendu, je n'attache pas une très grande im-\nportance à ces chansons et aux succès qu'elles obtiennent.\nIl faudrait savoir gré à la société musicale du « Stock\nExchange » de ressusciter avec tant de virtuosité les chansons\nanciennes du xve, du xvie ou du XVII0 siècle. Elle accomplit en\ncela un véritable apostolat musical. Je voudrais que mes lec-\nteurs, s'ils vont jamais à Londres, s'empressent de demander un\nticket pour Queeti's Hall et écoutent les exécutions très sûres\net très justes dont je parle. Les voix de soprano sont rendues,\nà l'octave supérieure, par des hommes. Il est bien certain que\nlà où les Anglais excellent, c'est dans la chanson. Ce genre,\nparce qu'il convient précisément au culte du « home », leur est\nplus familier. Leurs vieux répertoires contiennent des perles\ncomme celles qu© les Chanteurs de Saint-Gervais exhument, en\nFrance, des parchemins et des feuillets jaunis ou même oubliés.\nOyez plutôt cette délicieuse cantilène du XVII8 siècle.\noak ancl the as h !«Oh ! le chêne et le peuplier! »\n\n(i)Une jeune fille s'en vint du Nord jusqu'à Londres, encore que ce fût contre\nson gré. Elle soupirait désolée, à travers d'amers sanglots répétait : « Je\nvoudrais retourner dans le Nord. Oh! le chêne, et le peuplier, et le magnifique\nlierre, Ils poussent là-bas chez moi, dans mon pays, »"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.11", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D OUTRE-MANCHE\n417\n\nConcevez-vous rien de plus naïf, de plus touchant, de plus\nspontanément simple et vrai ? Ces deux ou trois lignes de mu-\nsique valent un chef-d'œuvre. C'est sur cette impression der-\nnière que je vous veux laisser.\n-k\n* •¥•\nIl est déplaisant d'imposer une conclusion à laquelle on paraît\nsetre attaché de préférence. On court le risque de se tromper,\nce qui est un malheur, de tromper autrui sans le vouloir, ce\nqui est un mal encore plus grand, ou d'avoir l'air de dogmatiser,\nce qui ne trompe personne. Et pourtant je l'ai promis, de dire\nma pensée et pourquoi. Oui, les Anglais ont goûté et goûtent\nfort la musique, dont ils font un de leurs les plus\nagréables. A l'importance donnée aux réunions domestiques\nils doivent cette floraison de chansonnettes qui forment, au sein\nde la musique, comme les jours d'un grand tableau, qui sont\ncomme les enluminures et même, si l'on veut, les fermoirs\nd'or d'un beau missel, mais ne sont pas le missel et n'en com-\nposent que l'accessoire. Voilà donc où ils excellent : dans la\nmusique flottante, éphémère, de la chanson. Balfe est un de\nleurs maîtres comme aussi Wallace. Ils ne sauraient prétendre\nà plus. Ils ont beau se piquer d'être musiciens, nous montrer\nleurs orchestres, leurs music-halls, leurs théâtres, le fait n'en\npersiste pas moins. Non qu'il les faille tenir pour\ndans le sens absolu du mot \", mais s'ils ne le sont pas tout à fait,\nils le sont un tantinet.\nLa clef du mystère ?... Mais ne l'avez-vous donc pas déjà\ndécouverte ?...\nLe génie anglais est trop pratique, trop « au fait ». Le domaine\nde l'idéal ne s'ouvre à lui que dans la mesure où il est en rela-\ntions avec les choses palpables. Or, la musique est le plus idéal,\nle plus irréel de tous les arts, et c'est aussi le plus psycholo-\ngique. Les Anglais n'en sauraient saisir les nuances si délicates,\nsi éthérées. Ils sont, au fond, positifs, encore qu'on les dise\nrêveurs. Les grands problèmes, les hautes conceptions, ils les\neffleurent plutôt qu'ils n'y pénètrent. S'ils font de la musique,\nc'est en distraits, superficiellement, pour un moment; l'amour\nqu'ils lui portent est tout d'apparence.\nSomme toute, Taine a raison : il y a rapport étroit entre les\nconditions de climat, de terroir d'un pays et le tempérament\ndu peuple qui l'habite.\nCes paysages anglais, que l'on considère du bord de la\nroute, sont mignons, gentils, coquets ; ces gazons sont très\nverts, et des rideaux d'arbres en interrompent régulièrement la"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.12", "texte": "418\nLE MERCURE MUSICAL\n\nmonotonie ; il fait bien dans le fond, ce petit cottage revêtu\nde lierre, coiffé de tuiles rouges et baignant son pied sur les\nbords d'un lac minuscule. Mais aussi tout a l'air artificiel, con-\nventionnel : tout cela est bien xvme siècle, c'est mignard comme\nune figurine de Greuze. Par contre, les scènes grandes, fortes,\nimpressionnantes, dignes du pinceau d'un Ruysdaël, sont\nrares. C'est le miroir de l'âme anglaise.\nElle est tranquille, sans passions extérieures ingouvernables,\nsans tempêtes terribles. C'est un lac bien uni, à peine ridé par\nles vents les plus violents. Les nerfs ont un ascendant restreint\nsur ces natures. Le mysticisme protestant leur a donné une\nsentimentalité vague, imprécise, sans contours bien marqués.\nSi, d'aventure, vous croyez que je fonce les couleurs, voulez-\nvous écouter Wordsworth exprimant son idée du bonheur? Vous\nla trouverez, somme toute, patriarcale, oui bien, mais mince.\nElle est le résumé de ce que je disais sur le « home », et vous\nverrez si ma théorie « de la vigne et du figuier» n'est pas exacte :\n« Ce qui convient à mes désirs, avoue le poète lakiste, c'est\nle long, long silence, et aussi de m'asseoir sans émotion, sans\nespérance, sans but, devant la flambée de mon cottage, d'écou-\nter le ronflement des flammes, tandis que l'eau chante en sour-\ndine son menuet dans la théière... (i) »\nEst-ce assez oriental, ce rêve ? Et pour un rêve, est-il assez\npositif ?\n... Sans doute, vous connaissez le titre suggestif de l'ouvrage\nde Gogol, Ames mortes ? Or bien, souffrez que nous l'appli-\nquions à nos voisins d'outre-Manche. Loin que je les méses-\ntime, je les admire et volontiers les défends contre certains\npréjugés; mais, à vrai dire, la sève artistique est bien près de\ntarir dans leur âme. Ils sont spéculateurs, banquiers, mar-\nchands ; et qu'ils s'en fassent gloire, nous n'y contredirons pas ;\nmais, enfin, ils ne sont pas musiciens. Et avouez, après tout,\nque s'ils se contentent du murmure « de l'eau qui chante en\nsourdine dans la théière », ils sont vraiment satisfaits de peu.\nWordsworth nous donne ici la mesure du talent musical de ses\ncompatriotes.\nA b uno, dis ce omîtes.\n\nSalvator Peïtavi.\n\n(i) Wordsworth, Personal lalk."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.13", "texte": "LES VRILLES DE LA VIGNE\n\n« Non, me dit Claudine, je n'ai pas assisté au concours musi-\ncal de Besançon. Ça m'a fait un peu peur. Ici, les Sociétés musi-\ncales se parent de noms si rébarbatifs... On nous promettait\nl'Harmonie des Cadets de l'Albarine de Saint-Rambut-en-Rugey,\nles Fils d'Apollon de Chazotte-la-Talandière, les Vétérans de\nBrécouchoux-les-Kcouvottes, l'Espérance-Lyrique de Saint-\nMaurice-les-Couches !...\nDu haut de la montagne, j'ai vu descendre vers la ville des\nlentes files de jeunes.gensses en cravate ponceau, le nez insolent\nsous leur panama à trente-neuf sous, les robes neuves des\nfilles endimanchées, ces robes dont le vert singulier et bleuis-\nsant gifle l'œil d'une manière dont on 11e sait si elle est odieuse\nou agréable, un vert, enfin, comme le corps et les ailes d'une\nniante religieuse fraîche éclose...\nJ'ai entendu s'essouffler des trains ralentis et bondés, et mon\nâme d'honnête campagnarde s'est révoltée à cette assertion\nravie d'une fermière : « Pendant les concours de musique, je\nveux vendre dix sous une tête de salade ! » Et puis, vous ne\nvous faites pas une idée de ce qu'on rencontre de militaires dans\nune ville de garnison !\nJ'ai fui, Toby-Chien sur mes talons. J'ai grimpé plus haut que\nle fort des Monts-Bouccons, plus haut que le Gravier Blanc. J'ai\ncroisé des chars-à-bancs pleins de « biaudes » raides et de rires,\ndes tapeculs chargés de paysannes graves dont les joues sau-\ntaient au trot dur d'un bidet ventru, gonflé de luzerne...\nTapie derrière une haie, j'ai attendu que s'égrenât un odorant\nrégiment de fantassins en tenue d'été : toile sale, godillots\nblanchis de poussière, mouchoirs en cache-nuque, ça leur don-\nnait un petit air bains de mer assez piquant... Ils chantaient\npour agiter l'air et s'éventer. Ils étaient couleur de chemin, avec\ndes figures vernies de sueur, de sauvages jeunes yeux brillants,\ndes dents affamées.\nIls dévalaient sous le soleil de midi la côte aveuglante qui\nruine les édilités locales, cette route vertigineuse que des can-\ntonniers-sisyphes chargent toute l'année de silex inutile,.. Ces"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.14", "texte": "420\nLE MERCURE MUSICAL\n\npauvres garçons ! Ils portaient sur leur dos un paquetage à\nravir le touriste amateur qui sommeille en tout Parisien mo-\nderne, un compliqué et boudiné ballot d'où l'on pouvait\ns'attendre à voir surgir la petite tente-abri qui pèse deux cents\ngrammes, et le lit-hamac canapé moustiquaire filtre-de-\ncampagne tête-à-tête fourneau économique...\nIls chantaient par petits paquets de huit ou dix hommes,\nchaque groupe gueulant son refrain de route au mépris du\ngroupe voisin ; une chatte n'y aurait pas reconnu la voix de son\npetit ! Il m'en est resté dans l'oreille un gougnigougna de chan-\nson, un mastic,comme disent les typographes, d'où il appert que\nla cantinière a le tour du cou tout noir et une tunique à je ne\nsais plus combien de boutons (marchons légèrement), ce pendant\nque, pour les pompiers de Nanterre, ça commence déjà bien, vu\nque ces beaux militaires ont déjà —zim laï la ! un jambonde\nMayence dont ils vont faire bombance, sans préjudice de nom-\nbreux canards déployant leurs ailes, coin ! coin ! coin !\nIls passèrent enfin, tous, jusqu'au dernier traînard fumant\nune pipe consolatrice dans la voiture d'ambulance, et la brise\npurifiée ne balança plus que le sec encens du serpolet étalé en\naraignée tenace aux fentes des pierres, l'arôme vulgaire et sain\nde l'origan pourpré dont une fleur chancelait, accablée d'abeilles,\ntout près de mon visage.\nUn bourdon passa, engoncé de velours noir et d'acier bleu\ncomme un guerrier de théâtre. Occupé sans doute de son\narmure neuve, il se cognait partout, d'un air têtu de bon sou-\ndard ivre.\nL'ombre d'un nuage courut sur les champs pelés et le vent\ns'éleva, plus vif, à grands plis rayés de chaud et de frais. Un\nmurmure de cloche lointaine et persistante, une palpitante har-\nmonie d'essaim emprisonné l'accompagnait, si éparse, si aérienne\net intérieure que mes oreilles, étourdies de chaleur, ne se souve-\nnaient pas de ne pas l'avoir toujours entendue... Quel essaim\nenfiévré battait au tronc d'un arbre ?\nToby-Chien, le ventre dans le sable brûlant, entendait, lui\naussi, car son nez, grenu et luisant comme une mûre, s'inquié-\ntait et son sourire à lèvres laquées grimaçait un peu...\nSon instinct, facile à leurrer, le mena cependant jusqu'au\npoteau télégraphique où gémissait la harpe ailée, et debout,\nappuyé d'une seule patte délicate au bois sonore, il copia, cré-\ndule, la pose du petit ours dénicheur d'abeilles.\n\nColette Willy."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.15", "texte": "A PROPOS D'OFFENBACH\n\nD'un article incisif publié par notre coilaborateur et ami Willy, dans\nla Zeitde Vienne, à propos du vingt-cinquième anniversaire d'Offenbach,\nnous extrayons ces lignes :\nPlus efficacement que toute l'école dramatique italienne, l'opé-\nrette a précipité l'abaissement de notre goût national. C'est\nd'elle que toute la génération de 1860 a hérité cet appétit scanda-\nleusement insatiable de la phrase carrée, de la cadence éclatante\net redoublée, du dessin rythmique répété pendant deux cents\nmesures, de la modulation aux tons voisins et autres lamen-\ntables pratiques.\nEn fredonnant les airs d'Offenbach, tout un peuple s'est\ncréé involontairement une conscience musicale étriquée dont la\ntransmission atavique hante encore la génération nouvelle.\nC'est l'opérette qui dressa le petit épicier de Montrouge à atten-\ndre la cadence parfaite au bout d'une phrase à compartiments, à\ndeviner la tonalité d'une « réponse », à terminer automatique-\nment une romance amorcée comme il sied. C'est grâce à ce\nyoupin néfaste que l'oreille contemporaine s'est lentement\nfaussée au point de ne trouver mélodiques que les phrases de\nquadrilles et de déclarer incompréhensibles tous les rythmes\nqui ne tournent pas sur eux-mêmes en un cercle éternellement\nmaudit !\nL'esthétique d'un peuple se concrète mystérieusement. Ull\nDel met dépose plus de germes vivaces dans l'âme des Mi mi-\nPinson d'aujourd'hui qu'un Saint-Saëns dans celle des mélo-\nmanes bourgeois. Rien de surprenant, dès lors, à ce que le for-\nmulaire harmonique et mélodique d'un Offenbach enfoncé, à\ngrand renfort de cuivres, pendant de longues années, dans tant\nd'oreilles plutôt longues, ait encanaillé toute une nation.\nVoilà pourquoi, cette année, l'opérette en trotteuse demi-\ndeuil pourra fleurir orgueilleusement la tombe paternelle scellée\ndepuis un quart de siècle. Flétrie et fardée, elle redressera son\nbuste de petite vieille ataxique en songeant à sa gloire passée,\nen comptant ses victoires présentes."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.16", "texte": "422\nLE MERCURE MUSICAL\n\nEt lorsqu'un jeune musicien, coupable d'avoir chanté ingé-\nnument son rêve tout neuf sans endimancher sa Muse des ori-\npeaux traditionnels, s'enfuira sous les huées d'une foule docile-\nment conservatrice, la petite vieille en jupe courte jettera au\nbuste d'Offenbach un coup d'œil complice, et rira silencieuse-\nment.\n\nHenry Gauthier-Villars."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.17", "texte": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN\nDU XIIIe SIÈCLE :\nle saint Clou de Saint-Denys (1233)\n\nGuillaume de Nangis nous raconte qu'en février 1233, un clou\nde la vraie Croix, conservé à l'abbaye de Saint-Denys, tomba de\nson reliquaire et fut perdu. Si le fait était survenu de nos jours,\nl'émotion n'aurait sans doute guère dépassé le monde ecclésias-\ntique, et chacun, indifférent ou sceptique, n'en eût pas moins,\ncomme de coutume, vaqué à ses occupations quotidiennes. Mais\nil faut se souvenir que nous sommes au début du règne de\nLouis IX, en pleine époque de ferveur religieuse, et que les\ncroisades sont encore un des facteurs les plus puissants de la\npolitique générale : la perte de cette relique parut à tous la pire\ncalamité qui devait atteindre le royaume de France, et, si nous\nen croyons son pieux historien, le jeune roi put dire sans exa-\ngération qu'il eût mieux aimé qu'un tremblement de terre en-\ngloutît la plus belle ville de son royaume !\nAu reste, il est une question que les contemporains de saint\nLouis ne semblent point s'être posée : le clou qu'on vénérait à\nSaint-Denys comme une relique de la vraie Croix, était-il au-\nthentique ? C'est un problème délicat et hardi, dont nous ne sau-\nrions nous occuper ici. Retenons seulement que, dès l'année\n32 1, sainte Hélène apportait les clous de la Croix à son fils, qui\nles employait pour ses mors et pour son casque, ce qui n'em-\npêche que par la suite, on les retrouvait tout entiers en bon\nnombre de sanctuaires, et qu'alors que trois ou quatre clous\nseulement avaient dû fixer le corps de Notre-Seigneur à l'ins-\ntrument de son supplice, un érudit, très au fait de ces ques-\ntions (i), déclare en connaître vingt-deux !\nIci, nous prenons le clou de Saint-Denys au moment où,\npour la première fois, il entre véritablement dans l'histoire.\nUne tradition, qui semble s'être formée au xne siècle, dès\nle temps de Suger, veut que Charles le Chauve en ait fait\n\n(1) MÉLY (F. DE) : Exuuiœ sacres ConstanPAßlS, 1904, P. 183."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.18", "texte": "424\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndon à la célèbre abbaye (1). Les historiens de Saint-Denys nous\nont conservé le texte de l'épitaphe qu'on pouvait lire sur le tom-\nbeau de ce prince :\nImperio Carolus Caluus regnoque potitus\nGallorum, iacet hic sub breuitate situs.\nPlurima cura uillis, cum cumque corona\nEcclesiae uiuus huic dédit ille bona.\nMultis ablatis nobis fuit hic reparator,\nSequani fluuii Ruoliique dator (2).\nSi nous nous en rapportons à Félibien, le tombeau de Charles\nle Chauve, sans être original, serait néanmoins ancien, et da-\nterait vraisemblablement du temps de Suger, c'est-à-dire qu'il\nne serait pas postérieur au milieu du xne siècle. Il en est fait\nmention dans Richer (3). On peut donc suivre assez haut dans\nl'histoire, au moins jusqu'au milieu du xie siècle, la présence\ndu saint clou à l'abbaye de Saint-Denys. Nous la constatons\njusqu'à l'heure de la Révolution : nombre d'inventaires la\nsignalent, au xvie, au XVII8. au xvme siècle (4). Dom Millet donne\ndu reliquaire la description suivante :\n\n(1) D'après les historiens de l'abbaye de Saint-Denys au xvne et au\nXYIII6 siècle, dom Millet et dom Félibien, l'empereur d'Orient, Constantin\nCopronyme, aurait envoyé à Charlemagne, qui les déposa à Aix-la-Cha-\npelle, diverses reliques parmi lesquelles le saint Clou. C'est là que Charles\nle Chauve aurait pris le clou en question pour le remettre aux moines de\nSaint-Denys. Cette opinion ne doit pas être acceptée sans réserve. Il faut\nconsulter :\nMILLET (DOM). Le trésor sacré de Vabbaye royale de Saint-Denys en\nFrance. Paris, 1640, in-18.\nDOUBLET (DOM). Histoire de l'abbaye de Sainî-Denys. Paris, 1625,\nin-4. • . .\nFÉLIBIEN (DOM MICHEL). Histoire de Vabbaye royale de Saint-Denys\nen France. Paris, 1706, in-fol.\n(2) FÉLIBIEN, onvr. cit,9 p. 554.\n(3) Monumenta Germaniœ historica1 SS. XXV.\n(4) Outre les ouvrages de Félibien; de Doublet, de Millet, que nous\nvenons de citer, on peut consulter les travaux suivants, où se trouvent des\ndescriptions plus ou moins détaillées de cette relique :\nDu VERDIER. Le Voyage en France. Paris, 1673, in~i2,p. 326-7.\nPIGANIOL DE LA FORCE. Description de Paris. Paris, 1742, t, VIII,\np. 18-37.\nLe Trésor de Vabbaye royale de Saint-Denys en France, qui comprend les\ncorps saints et autres reliques précieuses qui se voient tant dans l'Eglise que\ndans la salle du Trésor. Paris, 1768, in-12.\nLACROIX (P.). Inventaire de i7g3, dans la Revue universelle des Arts,\n1856, T. IV, P. 124-130, 132-143, 340-366.\nVIDIER (A). —Description de Paris par Arnold Van Buçhel (i 586), PU\"\nBLIÉE DANS LES Mémoires de la Société de Vhistoire de Paris, T. XXVI."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.20", "texte": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN DU XIIIE SIÈCLE\n425\nLE MERCURE MUSICAL\n\n« Le S. Cloud est enchâssé en un estuy d'argent doré,\n« bien artistement fait, qui s'ouvre par les deux bouts, pour\n« faire voir la teste et la pointe dudit cloud. Il est enrichy de\n« quelques petites pierreries, et posé sur un pied d'argent doré,\n« ayant aux deux costez deux anges d'yvoire très-bien faits. Ce\n« sacré ioyau estoit jadis beaucoup plus précieusement orné,\n« qu'il n'est à présent, car il estoit porté par cinq images d'or\n« massif, l'un desquels estoit de l'Empereur S. Charlemagne.\n« Ces images auoient esté données par le roy Charles VI, avec\n« plusieurs pierres précieuses, qui estoient autour du reliquaire,\n« toutes lesquelles choses ont estés rauies et perdues ès der-\n« nières troubles de ce royaume (i). »\nMais si pendant tout l'ancien régime nous suivons la trace\nde la relique au trésor de Saint-Denys, c'est en la seule année\n1233 que le saint clou tient réellement une place dans l'his-\ntoire, à propos de sa disparition qui mit le royaume en émoi.\nFélibien nous fait tout au long le récit que nous reproduisons\nici.\n★\n* *\n« Il arriva peu après dans l'égise de Saint-Denys un accident\nqui fit beaucoup de bruit par tout le royaume. La chose mérite\nd'estre racontée tout au long. C'est la coûtume à Saint-Denys\ncomme par tout ailleurs, de célébrer tous les ans la dédicace de\nl'église. Celle de Saint-Denys tombe le jour de la feste de S.\nMathias. La solemnitédu jour et les cérémonies extraordinaires\ny attirent ordinairement un grand concours de peuple. Pour\nsatisfaire à leur dévotion, on expose publiquement les princi-\npales reliques du trésor, non seulement le jour de la feste, mais\nmême pendant l'octave. Cette année-là, le dimanche d'après la\ndédicace arriva le vingt-septième de février qui estoit le second\ndimanche de caresme. Il se trouva en ce jour une affluence pro-\ndigieuse de monde à Saint-Denys. Ceux qui faisoient baiser les\nsaintes reliques furent contraints de monter sur un lieu un peu\nélevé pour satisfaire plus commodément à la dévotion publi-\nque. Le religieux qui portoit le saint clou de Nostre-Seigneur\nne prit pas garde en le faisant baiser que la relique tomba du\nreliquaire où elle estoit enchâssée. Une femme nommée Er-\nmengarde le sentant sous ses pieds, le ramassa ; et pensant qu'il\n\nOMONT (H.) Inventaire du Trésor\nt. XXVIII.\nEnfin, voir au Catalogue de Vhistoire àla Bibliothèque Natio-\nnale, t. VII, p. 756-757, une série d'éditions de petits livrets destinés aux\npèlerins et aux visiteurs au xvme siècle.\n(i) MILLET, ouvr. cit., p. 86 et ss.\n29"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.21", "texte": "426\nLE MERCURE MUSICAL\n\nestoit d'or ou d'argent, le prit et le cacha dans son sein. Elle se\nglissa incontinent, et sortit de l'église. S'estant apperçûë que ce\nn'estoit qu'un clou de fer, elle pensa le jetter dans la riviere :\nDieu permit toutefois qu'elle le garda. Le Religieux cependant\ncontinuoit, sans s'en appercevoir, à faire toucher, au lieu du\nsaint clou, le reliquaire d'argent jusqu'à ce qu'il en fut averti par\nune personne de l'assemblée. Aussitost le bruit se répand que\nle saint clou avoit esté enlevé. L'on ferme les portes de l'é-\nglise : l'on cherche par tout ; et sans s'en rapporter à la bonne\nfoy d'autruy, 011 fouille tout le monde. A l'instant la ville se\nmet sous les armes : on leve les chaînes des rues ; et l'on se sai-\nsit des portes pour ne pas laisser échapper le voleur.\n« L'abbé Eudes, qui estoit à Gennevilliers, village éloigné\nd'une demi-lieuc de Saint-Denys, se rendit à son abbaye au mo-\nment qu'il apprit cette triste nouvelle. Comme il vit que toutes\nles précautions qu'on avoit prises avoient esté inutiles, il dépêcha\nquelques-uns de ses religieux pour le faire savoir au Roy et à la\nReine. Ils estoient déjà à cheval lorsqu'on publia que le saint\nclou venoit d'estre trouvé dans l'église de Saint-Marcel. Ce bruit\nles arresta : mais assûrez par eux-mêmes qu'on avoit voulu leur\ndonner une fausse joye, ils continuèrent leur chemin et arrivè-\nrent à la Cour. Le Roy et la Reine sa mere parurent fort tou-\nchez de la perte d'un trésor qu'ils regardoient l'un et l'autre\ncomme inestimable. Le jeune Roy marqua s'intéresser extrê-\nmement à l'affliction où estoient l'abbé et tous les religieux de\nSaint-Denys, et envoya aussitost quelques personnes qualifiées\npour les consoler de sa part. En même temps, il fit publier à\nhaute voix dans Paris, que quiconque trouveroit le saint clou,\nau roi t la vie sauve et cent livres d'argent pour récompense.\nL'abbé Eudes de son costé prononça publiquement l'excommu-\nnication contre l'auteur du larcin et ceux qui en avoient con-\nnoissance. Il n'en demeura pas là : il crut que pour fléchir la\nmiséricorde du Seigneur, il devoit avoir recours aux œuvres de\npénitence. Le lundy matin qui estoit le lendemain de l'accident,\nil vint au chapitre selon la coùtume où il ordonna des jeusnes,\ndes processions pieds nuds et une discipline générale qu'il fit\nfaire sur l'heure, en commençant par luy-même le premier.\nPlusieurs communautez de chanoines et de religieux s'impose-\nrent aussi diverses pénitences: enfin il n'y eut personne qui ne\ntémoignast prendre part à l'extrême affliction de l'église de\nSaint-Denys.\n« Environ quinze jours après un homme dévot en apparence,\nmais hypocrite et scélérat en effet, feignit d'avoir trouvé la reli-\nque qu'on cherchoit de tous costez. Il surprit par ses artifices\ndeux religieux de S. François qui vinrent trouver l'abbé et"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.22", "texte": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN DU XIIIe SIÈCLE\n427\n\nluy donner avis du secret qu'on leur avoit fait. On alla inconti-\nnent lever la prétendue relique cachée en terre dans l'endroit\nqu'ils désignèrent. Les religieux de Saint-Denys qui s'apperçu-\nrent tout d'un coup de la fourberie, firent mettre l'imposteur en\nprison ; on luy serra les pouces, et il avoua que c'estoit un clou\nqu'il avoit fait forger dans l'espérance de profiter de la récom-\npense promise à ce luy qui trouveroit le véritable.\n« On continuait de faire des prières particulières pour le recou-\nvrement de la sainte relique,non seulement à Saint-Denys, mais\ndans plusieurs autres monastères particulièrement de l'ordre de\nCisteaux, avec lesquels l'abbaye de Saint-Denys avoit en ce\ntemps-là beaucoup de liaison. Un religieux de cet ordre (c'estoit\nle prieur de l'abbaye du Val près de Pontoise) avoit fait vœu\nde s'abstenir de vin toute sa vie, si Dieu permettoit qu'on re-\ncouvras! le trésor qu'on cherchoit. Ses désirs, qui estoient ceux\nde tout le monde, furent enfin heureusement accomplis. Ermen-\ngarde, cette femme dont nous avons parlé, estant arrivée en son\nvillage au sortir de Saint-Denys, avoit donné le saint clou à son\nneveu nommé Guillaume comme un clou ordinaire ; ajoutant\nqu'elle l'avoit trouvé dans l'église de Saint-Denys. Cet homme,\nsans y faire trop de réflexion, s'en estoit déchargé entre les\nmains de sa femme nommée Rosche. Celle-cv fit bien voir\nqu'elle pensoit que ce pouvoit estre le saint clou de l'église de\nSaint-Denys dont la perte commençoit à faire bruit ; car elle le\ncacha dans son armoire qu'elle tint bien fermée.\n« A quelques jours de là le neveu d'Ermengarde entendant\nde tous cotez déplorer la perte que l'église de Saint-Denys avoit\nfaite depuis quelque temps, se ressouvint de ce que sa tante\nluy avoit dit. Il s'en ouvrit à un de ses voisins nommé Fromen-\ntin qui n'eut pas plûtost apperçu le saint clou, qu'il s'écria que\nc'estoit celuy de Saint-Denys où il l'avoit vû plusieurs fois.\nCette assùrance augmenta son scrupule ; il en parla à sa femme\nqui pour se délivrer d'embarras, alla trouver le curé du lieu.\nElle luy dit qu'elle avoit chez elle le saint clou qui avoit esté\nperdu dans l'église de Saint-Denys. A cette nouvelle le prestre\nfut ravi de joye : mais il n'osa trop s'y fier dans la crainte d'estre\nabusé. Il s'en ouvrit d'abord à un religieux de l'abbaye du Val,\npuis au prieur, et ensuite à l'abbé nommé Géofroy à qui il\nrapporta tout ce qu'il en savoit.\n« L'abbé doutait fort de la vérité du récit : néanmoins il envoya\nle prieur et l'autre religieux avec le prestre pourvoir ce qui en\nestoit. On leur représenta le saint clou que ces bonnes gens\navoient mis dans une armoire enveloppé d'un linge fort propre.\n« Les religieux ne pouvant savoir si la relique estoit véritable,\nremportèrent pour la mettre dans le trésor de leur abbaye, en"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.23", "texte": "428\nLE MERCURE MUSICAL\n\nattendant qu'ils fussent pleinement informez de laverité. L'abbé\ndu Val écrivit aussitost à un religieux de sa connaissance nom-\nmé Dreux qui tenoit la place du tiers-prieur dans l'abbaye de\nSaint-Denys, pour le prier de le venir trouver incessamment.\n« Dreux se hasta de contenter son ami, sans savoir de quoy il\ns'agissoit. Il arriva au Val le lundy saint d'assez bonne heure.\nL'abbé l'introduisit dans une chambre avec le prieur et quel-\nques autres de ses religieux : il luy dit qu'on leur avoit apporté\nun clou qu'on disoit estre celuy de Nostre-Seigneur qui avoit\nesté perdu dans Saint-Denys : mais qu'avant que de faire éclater\nla chose, il estoit bien aise de s'assûrer de la vérité ; qu'il avoit\ncrû que l'ayant montré si souvent, il pourroit les en instruire\nmieux que personne ; afin que si c'estoit un clou supposé, on le\nbrisast à l'heure même et qu'il n'en fustplus parlé : après quoy\nl'abbé tira le saint clou, et le montra à Dreux qui y trouva tous\nles indices qui pouvoient le faire reconnoistre. Il en rendit\naussitost à Dieu des actions de grâces ; et sans perdre de temps,\nil retourna en diligence à Saint-Denys pour apprendre à son\nabbé l'heureux succès de son voyage.\n« L'abbé Eudes à cette nouvelle fut saisi de joye et de crainte\ntout ensemble dans l'appréhension de quelque tromperie.\nDreux l'ayant de nouveau assûré qu'il avoit touché et vû le\nvéritable clou de Nostre-Seigneur, il le crut et partit dans le\nmoment pour se rendre à la Cour. Il ne trouva que la Reine\nBlanche (car le Roy estoit allé à Nostre-Dame pour assister à\nla consécration du saint cresme). Elle estoit pour lors avec Jean\nde Milly trésorier du temple, et Jean de Beau mont chambellan\ndu Roy. Après avoir salué la Reine, il luy dit qu'il venoit luy\nfaire part d'une grande nouvelle, que le saint clou estoit retrouvé\net qu'on le gardoit dans l'abbaye du Val.\n« La Reine l'avertit de prendre garde de ne pas se laisser trom-\nper : qu'il y avoit bien des fourbes dans le monde, et qu'il en\ndevoit estre assez persuadé par ce qui estoit arrivé depuis peu\nà l'occasion du clou contrefait. L'abbé répondit qu'il n'avoit\nenvie ni d'estre trompé, ni de tromper personne ; et que le\nReligieux témoin du fait pouvoit estre entendu, puisqu'il l'avoit\namené avec luy. La Reine commanda qu'on le fist entrer, et luy\ndemanda ce qu'il savoit touchant le recouvrement du saint clou.\nIl assûra la chose comme indubitable, et dit qu'il l'avoit vû de\nses propres yeux. La Reine après un témoignage si positif, leur\ndit : Partez donc et reportez le saint clou de Nostre-Seigneur\ndans vostre église avec tous les honneurs convenables. Plust à\nDieu, Madame, reprit l'abbé, que le Roy vostre fils ou plûtost\ntous deux ensemble puissiez honorer une cérémonie que vostre\nprésence rendroit si auguste. La sainteté du temps où nous"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.24", "texte": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN DU XIIIe SIÈCLE\n429\n\nsommes, répliqua la Reine, ne me permet pas de monter ces\njours-cy à cheval ; mais vous pouvez choisir entre les premiers\nofficiers du Roy, ceux que vous voudrez pour vous accompa-\ngner. L'abbé remercia la Reine, et la pria de luy accorder les\nseigneurs qu'elle avoit actuellement auprès d'elle, savoir Jean\nde Milly, Hugues d'Aties et Renaud de Berone, toutes person-\nnes d'une probité et d'une sagesse hors de soupçon. La Reine y\nconsentit volontiers, et ils prirent congé d'elle.\n« Au sortir du palais l'abbé Eudes passa chez le 'grand cham-\nbellan Barthélémy de Roye, pour lui apprendre une nouvelle\nà laquelle il savoit qu'il prendroit beaucoup de part. De là il\nmonta à cheval avec le trésorier du temple, sans attendre\nHugues d'Aties ni Renaud de Berone qui ne partirent qu'après\neux. Déjà Dreux avoit pris les devans par ordre de son abbé,\net estoit allé en diligence à Saint-Denys. Il prit avec luy l'un\ndes cheveciers nommé Henry pour porter les deux reliquaires\nqui servoient à mettre le saint clou. Ils allèrent joindre leur\nabbé à Saint-Denys de l'Estrée, et de là continuèrent leur\nchemin vers l'abbaye du Val où ils arrivèrent le jeudy au soir.\nAprès les civilitez accoûtumées, l'abbé du Val ayant tiré à\nl'écart l'abbé de Saint-Denys, Jean de Milly et quelques autres\npersonnes de leur compagnie, il leur dit en peu de mots de\nquelle manière le saint clou avoit esté recouvert, nomma les\npersonnes qui le luy avoient remis entre les mains, et toute la\nsuite de cette affaire. Il le fit monter ensuite au trésor de l'église\net avant que d'ouvrir l'armoire où estoit la sainte relique, il\nexigea de l'abbé de Saint-Denys qu'il commandast à ses reli-\ngieux en vertu de l'obéissance qu'ils luy avoient vouée, de dire\nla vérité et de ne point rendre de témoignage qu'ils ne fussent\ntres-assûrez de la chose : ce qu'ils promirent au même moment.\n« Alors l'abbé du Val découvrit le sacré dépost qu'on luy avoit\nconfié, et tant l'abbé que les religieux de Saint-Denys, tous\nreconnurent que c'estoit le véritable saint clou. Ils se pros-\nternerent aussitost par respect, et attestèrent chacun en parti-\nculier la vérité qu'ils connoissoient. On fit ensuite l'épreuve\navec les deux reliquaires qu'un des religieux de Saint-Denys\navoit apportez : tout convint si parfaitement, qu'il estoit impos-\nsible qu'un l'un n'eust pas esté fait pour l'autre. La vérité ayant\nesté découverte d'une manière qui ne faisoit plus rien craindre\ndu costé de l'imposture, on publia aussitost que le saint clou\nde Notre-Seigneur avoit esté recouvert, et l'abbé du Val le\ndonna à baiser au peuple qui estoit venu ce jour-là en foule à\nson église : après quoy il le reporta au trésor. L'abbé de Saint-\nDenys encore à jeun s'estant mis à table, les deux seigneurs\ndont j'ay parlé, Hugues d'Aties et Renaud de Berone, arrivèrent"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.25", "texte": "430\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntout à propos pour prendre part à la joye commune. Après le\nrepas Eudes dicta à son secrétaire des lettres pour le Roy, pour\nla Reine et pour d'autres de ses amis, afin de les informer de\nla maniéré dont le saint clou avoit esté recouvert. Il renvoya en\nmême temps Henry l'un de ses religieux à Saint-Denys, pour\nfaire savoir à sa communauté ce qu'elle devoit faire en cette\noccasion. Le lendemain à l'issue de matines l'abbé du Val\nassembla ses religieux et leur représenta la grâce que Nostre-\nSeigneur leur avoit faite de permettre que l'instrument dont\nil avoit esté percé à pareil jour, eust esté apporté et reconnu\ndans leur monastère : il les exhorta d'en remercier la divine\nbonté : puis pour satisfaire à leur dévotion, il fit baiser à cha-\ncun d'eux la sainte relique. Tous les religieux accompagnèrent\nensuite leur abbé jusqu'à la porte du monastère, en chantant\nl'hymne de la passion. Comme plusieurs personnes de dehors\navoient accouru en foule pour voir le saint clou, on le leur\nmontra en même temps qu'on le découvrit aux deux officiers\ndu Roy qui estoient arrivez la veille et qui ne l'avoient pas\nencore vû. Les deux abbez se mirent aussitost en chemin avec\ntous ceux de leur compagnie, et ne cessèrent de reciter des\npseaumes jusqu'à ce qu'ils furent arrivez à Saint-Lazare, qui\nestoit une maladrerie proche de Saint-Denys.\n« Henry suivant les ordres de son abbé avoit disposé toutes\nchoses pour la cérémonie de la réception du saint clou, à\nlaquelle il semble que la divine providence permit que l'abbé\nde Saint-Edmond se trouvast, afin de desabuser le public du\nfaux bruit qui avoit couru, que le saint clou de Nostre-Seigneur\navoit esté porté dans son monastère en Angleterre, où l'on\nassûroit qu'il estoit honoré. L'église estoit ornée de tapisseries\net éclairée de cierges comme aux jours des plus grandes solem-\nnitez : les rues de la ville estoient tapissées avec des pots rem-\nplis de feu et d'encens des deux costez * et les soldats sous les\narmes. Les religieux revestus d'aubes et pieds nuds commen-\ncèrent la procession au son de toutes les cloches de la ville :\nils avoient à leur teste l'abbé de Saint-Edmond qui portoit la\ncouronne d'épines. Il se trouva à cette cérémonie une foule\nprodigieuse de personnes de tout âge, de tout sexe et de toutes\nsortes de conditions ; les uns attirez par dévotion et les autres\npar la nouveauté du spectacle. La procession estant prés de\nSaint-Lazare, les deux abbez de Saint-Denys et du Val\narrivèrent avec toute leur suite; celui du Val revêtu d'une\nétole portoit le saint clou dans un reliquaire d'or, ayant à ses\ncostez deux gentilshommes qui luy soutenoient les bras, pour\nl'aider à faire voir la relique au peuple. Lorsque se joignirent\nceux qui portoient les instrumens de la passion de Nostre-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.26", "texte": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN DU XIIIe SIÈCLE\n431\n\nSeigneur, c'est-à-dire le saint clou et la couronne d'épines,\nles acclamations redoublèrent ; et l'on n'entendit par tout que\ndes cris de joye. La procession retourna à Saint-Denys, en\nchantant des hymnes du temps jusqu'à ce qu'estant arrivée à\nI église, le chantre entonna une antienne de Saint-Denys qui\nfut suivie du Te Deum.L abbé Eudes reçut ensuite des mains\nde 1 abbé du Val le saint clou qu'il mit sur le grand autel. A lors\nun religieux de 1 Abbaye nommé iistienne monta au jubé, et\nprononça un discours qui commençoit par ces mots de l'évan-\ngile : Réjouissez-vous avec moj\\ p\nque j avois perdue.Le concours du peuple estoit si grand,\nqu'on ne put luy prester toute l'attention qu'il méritoit : il\nfalut satisfaire le peuple, donner à baiser le saint clou ; et par\nlà se termina la cérémonie.\n« Le jeune Roy n'ayant pû s'y trouver, vint quelques jours\naprès à pour témoigner sa joye du recouvrement\ndu saint clou qu'il révéra avec tous les seigneurs qui l'accom-\npagnoient en grand nombre. Plusieurs prélats, et quantité de\npersonnes de marque firent aussi la même chose les jours sui-\nvans : et la joye qu'on eut d'avoir recouvert un si précieux\nmonument, fut d'autant plus générale, que la tristesse de l'avoir\nperdu s'en estoit répandue par tout le royaume ; tant on avoit\npour lors de respect, d'amour et de vénération pour les choses\nsaintes. Toute cette histoire a esté décrite beaucoup plus au\nlong par un religieux de Saint-Denys qui vivoit pour lors, et\ndont l ouvrage s'est heureusement conservé dans un manuscrit\nde trois à quatre cens ans. C'est de cet auteur que Guillaume de\nNangis a tiré ce qu'il en rapporte dans la vie de saint Louis.\nII nous est resté une lettre de Géofroy, abbé du Val : c'est un\nacte authentique par lequel luy et sa communauté témoignent\navoir reçu de l'abbaye de Saint-Denys plusieurs grâces, entre\nautres l'indemnité des biens qu'ils possédoient à Cormeilles, à\nMontigny, à Noisy, à Saint-Martin du Tertre, à Presles, à\nFayel, à Villiers et à Montmorancv ; outre une redevance\nannuelle de cent sols sur la mense de l'abbé, en reconnois-\nsance de ce que le saint clou avoit esté recouvert par leur\nmoyen. »\nFélibien n'a en rien atténué l'extraordinaire candeur de son\nmodèle. Il nous dit que ce récit a été écrit par un religieux de\nSaint-Denys, mais nous ne trouvons rien dans les sources de\nGuillaume de Nangis qui rappelle ces pages de Félibien. Il\ns'agit d'un moine anonyme, qui vivait à l'abbaye, contempo-\nrain des événements qu'il raconte ; son long récit, que nous\npublions par ailleurs, est une oeuvre d'édification bien plutôt\nqu'écrite pour rester un document historique. Nous ne sau-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.27", "texte": "432\nLE MERCURE MUSICAL\n\nrions en effet nous y arrêter, d'autant qu'un document intéres-\nsant pour l'histoire de la musique sollicite notre attention.\n*\n* *\nC'est une chanson latine, dont nous pouvons avec beaucoup\nde vraisemblance faire remonter la composition au temps de\nl'événement, auquel elle se rapporte, c'est-à-dire qu'elle ne\nsaurait être antérieure à l'année 1233 ; et comme d'autre part\nnous avons de bonnes raisons pour l'attribuer au chancelier de\nl'Eglise de Paris, Philippe de Grève, elle ne doit pas avoir été\ncomposée après l'année 1236, date de la mort du chancelier.\nElle se trouve dans un manuscrit unique,\nPierre deMédicis, àla Bibliothèque Laurentienne de Florence (1 ),\net appartient à la catégorie des pièces appelées\nple x. C'est une chanson mesurée monodique.\nTEXTE ANCIEN\n\n(i) Plut.XXIX, I, fol. 437."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.28", "texte": "UN CHANT HISTORIQUE LATIN DU XIIIe SIÈCLE\n433\n\nTRANSCRIPTION EN NOTATION MODERNE\nNous sommes avec cette mélodie bien loin de la grâce, de\nla souplesse, de la spontanéité des trouvères. Ce sont des artis-\ntes et non des musiciens d'inspiration qui ont écrit ces lignes,\net leur composition se ressent de l'esthétique musicale du\nxme siècle : rythme ternaire, ligatures, breues currentes,\nrien n'y manque. Nous avons traduit la première strophe en\nrespectant la valeur propre à chaque note ou à chaque liga-\nture et en faisant tomber le temps fort initial de la mesure sur"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.29", "texte": "434\nLE MERCURE MUSICAL\n\nla syllabe tonique de chaque mot. Le rythme poétique conserve\nainsi quelque chose de lui-même sous sa parure mélodique.\nNous ferons remarquer qu'au point de vue modal, la finale sur\nsol ne crée un septième mode qu'en apparence.\npresque permanent\nest en réalité un premier mode ecclésiastique avec si bémol.\nVoilà donc comment au temps de saint Louis on chansonnait\nles événements contemporains. C'est de la chanson grave,\nmorale et pieuse, émanation sincère d'une époque où ces qua-\nlités étaient requises quand on parlait des choses de la reli-\ngion.\nNous avons dit que jusqu'à la Révolution le saint clou fut\nconservé dans le Trésor de l'abbaye royale de Saint-Denys.\nOn sait que le vandalisme de 1793 n'épargna que peu du\npassé : Saint-Denys fut dévasté. Apporté à Paris avec les autres\nreliques du Trésor, le clou delà Passion fut présenté à la\nmission temporaire des Arts.Un membre de cette commission,\nle citoyen Lelièvre, qui était par ailleurs inspecteur général des\nmines, demanda que le clou lui fût remis pour le soumettre à\nun examen scientifique. Il le conserva, et en 1824 le remit à\nMgr de Quélen, qui, le 18 octobre de la même année, en recon-\nnut solennellement l'authenticité.\nDepuis lors le saint clou fait partie des grandes Reliques\nde la Passion que Ton conserve à Notre-Dame de Paris, On en\na lait souvent l'histoire, mais c'est ici la première fois,\ncroyons-nous, qu'il en est question dans une étude d histoire\nmusicale.\n\nPierre Aubry."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.30", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(0 •\nA la vérité, il est bien difficile de deviner, avec quelque certi-\ntude, ce que M. Riemann entend par « son résultant... ». La\npropriété qu'il lui accorde de « descendre vers le grave, non pas\npar bonds irréguliers, mais peu à peu et graduellement »,\nappartient évidemment au seul son résultant\ndéterminé par la différence des vibrations respectives des deux\nsons de l'intervalle altéré. Mais quand, poursuivant son éluci-\ndation, M. Riemann ajoute que « le dit son résultant... appa-\nraît aussi, occasionnellement, en tant que son double\nton) », on ne sait vraiment plus que penser. On comprend,\nà coup sûr, et on partage tout l'étonnement de M. Riemann en\nface d'un gaillard tel que ce son résultant, capable à la fois « de\ndescendre progressivement vers le grave », en restant « toujours\nle son inférieur juste d'au moins l'un des sons de l'intervalle\naltéré » et qui, par-dessus le marché, se manifeste soudain, à\nlui tout seul,sous la forme d'un son ou « double-son »,\noù M. Riemann nous assurait tout à l'heure avoir entendu « un\nintervalle ».\nPourtant, il est encore bien plus malaisé d'imaginer quelle\nconception M. Riemann se faisait alors des « sons résultants »\nen général, quand on lit ce qui suit aussitôt : « Mais, dès qu'il\n(toujours le son résultant) atteint une hauteur déterminée, où il\napparaisse en tant que partie intégrante et constitutive d'une\nmême résonance avec les deux sons de l'intervalle, alors, s'il\nn'est pas lui-même le son le plus grave de la série, le son fon-\ndamental de la résonance surgit immédiatement au-dessous\nde lui. »\nQu'est-ce que ça peut bien vouloir dire? Pour n'importe quel\nintervalle, juste, faux, altéré de façon quelconque, pourvu ou\nnon d'harmoniques, tous les sons résultants tous et\nchacun sans exception, sont « parties intégrantes et constitu-\n\n(:) Voir les numéros i, 3, 5, du Mercure Musical,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.31", "texte": "436\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntives » de la résonance à laquelle appartiennent les deux sons\nde l'intervalle émis. M. Riemann l'ignorait-il ? La loi de Preyer,\nen effet, ne fut énoncée que postérieurement. Mais, si M. Rie-\nmann pouvait ignorer alors que les nombres de vibrations de\ntous les sons résultants possibles d'an intervalle, exprimé par\nson rapport irréductible, constituent une progression arithmé-\ntique complète, dont le premier terme est l'unité et le dernier\nterme, le nombre de vibrations du son le plus aigu de l'inter-\nvalle ou de l'harmonique supérieur considéré, comment\nM. Riemann a-t-il pu se figurer, même en rêve, un son résul-\ntant quelconque étranger à la « résonance » représentée par\nl'intégralité de cette progression arithmétique ?\nIl faudrait que, pour un intervalle exprimé par son rapport\nirréductible, le nombre des vibrations de ce son résultant étran-\nger ne fût pas un nombre entier.Or, tout intervalle quelconque\nimaginable est exprimé ou peut être exprimé par un rapport\nirréductible dont les deux termes sont des nombres entiers. Les\nvibrations des sons de l'intervalle étant exprimées en nombres\nentiers, les vibrations de leurs harmoniques respectifs le seront\nnaturellement par une série de multiples entiers. Tous les sons\nrésultants produits par la différence entre ces nombres entiers\nde vibrations ne pourront faire chacun qu'un « nombre entier »\nde.vibrations, aussi bien que tous ceux produits par les diffé-\nrences quelconques des diverses différences. Et, même en\nadmettant, avec M. Riemann, que les sons résultants, dénom-\nmés par Helmoltz « additionnels », correspondent à l'addition\ndes nombres de vibrations des sons de l'intervalle, cette addi-\ntion ne pourra jamais donner qu'un « nombre entier » pour\ntotal. Et, comme il n'existe pas d'autres sons résultants, le\nnombre des vibrations de n'importe quel son résultant corres-\npondra nécessairement à l'un des termes de la progression\narithmétique représentant l'ensemble de la résonance à quoi\nappartient l'intervalle, et sera forcément toujours « partie inté-\ngrante et constitutive » de cette résonance.\nOn a grand besoin que M. Riemann s'explique un peu. Il croit le\nfaire en continuant ainsi : «... C'est-à-dire : où qu'en apparaisse\nla moindre possibilité, la combinaison sonore (.Zusammenklang)\nse cherche son fondement naturel,\nson résultant de tout intervalle imaginable e».\nLa position de cette « combinaison sonore » qui « se cherche\nson fondement naturel », est assurément digne d'intérêt autant\nque suggestive, mais, si c'est à ce résultat qu'aboutissent les\nexpériences et les réflexions de M. Riemann, on se demande\npourquoivil a pris de la peine de les publier, et surtout à pro-\npos des « sons inférieurs ». Il est trop évident que « le son i"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.32", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n437\n\nest toujours le dernier son résultant de tout intervalle imagi-\nnable», si cet intervalle est exprimé par son rapport irréductible;\net, si l'intervalle est exprimé autrement, « le dernier son ré-\nsultant » représente toujours l'unité de vibrations de la combi-\nnaison sonore. Mais, ce que M. Riemann découvre ainsi, c'est\nle plus grave de tous les sons résultants possibles, lequel est\naussi, à la fois, le son fondamental de la résonance naturelle\nsupérieure. Qu'est-ce que, tels qu'il les définit, les « sons infé-\nrieurs » ont à voir ici ?\nPour montrer plus clairement « l'abaissement successif de la\nhauteur du son résultant et l'intervention du son fondamental\nde la résonance », M. Riemann établit ensuite un tableau noté.\nIl aligne un certain nombre de rapports irréductibles d'inter-\nvalles choisis arbitrairement dans le seul but de fournir une\nsuite de sons résultants de premier ordre, descendant plus ou\nmoins graduellement vers le grave; et il est si préoccupé de\nl'obtenir, qu'il oublie un instant que ce résultat doit être la\nconséquence de l'altération descendante progressive et régulière\ndu son le plus aigu de l'intervalle observé. C'est ainsi que (p. 8,\n§ 5), pour représenter cette progression descendante, il fait se\nsuccéder les rapports 112, M et |, qu'il note Ré (2) (3),\n(18) Sol dièse (2b) et Ré (5) LA bémol (7), sans remarquer\nque l'intervalle ff est plus petit que l'intervalle f qui le suit,\npuisque :i = En outre, cet intervalle Ré (18) Sol\ndièse (26) donne pour son résultant de premier ordre un\nbémol(7), et non pas un Do,comme le note M. Riemann, parce\nque c'est le son qu'il lui fallait là. M. Riemann, en cet endroit,\nn'avait qu'à choisir le rapport t, qui lui aurait donné le son\nrésultant Do (4) qu'il désirait, et en même temps la\ngressive ir, | ou H, H- D'ailleurs, dans ce tableau, qu'il est\nvraiment superflu de reproduire, les sons résultants obtenus\nne sont jamais « sons inférieurs » de l'intervalle que lorsqu'ils\nsont le son résultant le plus grave, le son 1 fondamental de la\nrésonance, et, dans ce cas, ils constituent respectivement le\n« son inférieur commun » des deux sons de l'intervalle.\nNous en sommes toujours au même point qu'avec A. von\nŒttingen. M. Riemann a importuné un malheureux harmo-\nnium pour en arriver à découvrir « l'existence objective », de-\npuis longtemps reconnue et démontrée, du « son résultant com-\nmun » des deux sons d'un intervalle ; « son résultant », qui, en\ntant que tel, est à la fois conséquence et facteur du phénomène\nde la « résonance naturelle supér », et son fondamental\n(le plus grave possible existant) de cette résonance supérieure.\nM. Riemann. au surplus, paraît le soupçonner, car il pour-\nsuit (p. 9, § 6) : « Ce qu'on ne saurait assez estimer étonnant,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.33", "texte": "438\nLE MERCURE MUSICAL\n\net même admirable, merveilleux, c'est la singulière aspiration de\nnotre entendement à donner un fondement à l'intervalle, à lui\nconférer une unité de résonance par Supposition d'un son fon-\ndamental. »\nNos voisins emploient souvent des mots importés de notre\nlangue, avec un sens qui devient pour nous incertain. Je n'ai\npas osé retraduire Supposition,mais je présume que M. Riemann\nentend ici, par là, « poser dessous », ou quelque chose d'appro-\nchant. On n'en reste pas moins agréablement affecté de l'atten-\ntion qu'a notre entendement d'apporter une aide charitable à la\ncombinaison sonore en quête de « son fondement naturel ».\nMais, là s'arrêtent ses bons offices.\n« ... Cette unité est-elle assurée par le premier son inférieur\ncommun, continue M. Riemann, nous n'allons pas plus loin, et\nnous ne percevons pas les autres sons inférieurs communs,\nlesquels, en tant que sons inférieurs du son résultant, se fon-\ndent avec celui-ci de la même manière que, d'ailleurs, les sons\ninférieurs se fondent avec le son émis isolément, ou, bien mieux,\nconstituent ce son émis... »\nj'avoue, en toute humilité, l'impuissance de mon entendement\nà saisir ce que M. Riemann a voulu dire dans cette phrase.\nQuand nous avons perçu « le p son inférieur »,\ncomme c'est en même temps le plus grave et « le dernier de\ntous les sons résultants » possibles de l'intervalle, il est assez\nnaturel que nous ne percevions pas « les autres sons inférieurs\ncommuns », qui ne pourraient se trouver qu'au-dessous de ce\nplus grave de tous les sons résultants possibles, et, par consé-\nquent, n existent pas. N'existant pas, on ne voit pas comment\nils pourraient « se fondre avec ce son résultant ». Et, quand\nM. Riemann ajoute : «... Ce qui tombe dans l'aperception\n(représentation consciente), c'est la pointe de la résonance\n(inférieure) du son inférieur», cette « pointe », dans l'espèce,\nest V extrémité de rien du tout.\nIl continue : « Si les autres sons inférieurs communs étaient\nperçus chacun isolément, c'est-à-dire les sons |, |, etc., du son\nrésultant (1), l'unité de résonance serait ainsi de nouveau per-\ndue, car alors, toujours et partout, les deux principes de réso-\nnance antipodes se trouveraient accolés et antagonistes :\nla bémol... Fa... »\ni/ 5 i/ 3 i 3 5\nMais, heureusement, cela n'arrive pas, et cela ne peut pas\naiiiver, parce que l'une des deux résonances antipodes, à savoir\nla résonance inférieure,« n'est pas perçue » ; et elle n'est pas"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.34", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n439\n\nperçue parce qu'elle n existe pas dans le phénomène objectif,\ndans « l'onde sonore qui vient frapper l'oreille ».\nEt comment y pourrait-elle exister ? Prenons pour exemple\nla tierce majeure 112. Entre les nombres de vibrations de tous les\nharmoniques ou sons résultants possibles, diffé-\nrence qu'on puisse trouver ne sera jamais inférieure à i, et le\nson résultant le plus graine fera i vibration. Si cette tierce, en\nvibrations réelles, donnait le rapport différence\nentre tous les harmoniques et sons résultants imaginables ne\nserait jamais moindre que 10 vibrations; elle serait de 100 vi-\nbrations pour la tierce £s>, de 180 vibrations, pour la tierce\nff-o, etc. Et jamais aucune de ces tierces majeures ne pourrait\nrespectivement produire un son résultant plus grave que celui\nreprésenté par cette plus petite différence.\nCe son résultant le plus grave,fondement de la résonance\nnaturelle supérieure, est aussi le plus grave des « sons infé-\nrieurs » dont les expériences de M. Riemann aient démontré\n« l'existence objective ». Et ce son résultant est le « son infé-\nrieur commun » des deux sons d'un intervalle, et situé à une\nplace quelconque de la série « supposée » par M. Riemann.\nPour les sons de la tierce 112, c'est respectivement le « son infé-\nrieur 1/4 et i/ 3»; pour ceux de l'intervalle 112, le « son inférieur\n1 jjet 1 Ig» ; pour l'intervalle jf, le « son inférieur 1/1 3et 1 /16 ».\nLes autres « sons inférieurs » éventuellement constatables sont\ntous plus aigus que ce « son inférieur commun ». Ils n'appa-\nraissent doués d'une « existence objective » que, seulement et\nexclusivement, quand ils correspondent à l'un des sons résultants\npossibles et, dans la série de ces sons résultants, ils apparaissent\ndistribués comme au hasard, en nombre variable et quelconque,\ncorrespondant à des sons résultants d'ordre divers, d'intensité\nirrégulière, et incompatible avec le rang des « sons inférieurs »\nreprésentés. Pour la tierce mineure pythagoricienne ff, par\nexemple, ou La(27 )-D0(32), on rencontre les sons (16),\nDo (8), Do(4) et Do(2), correspondant aux « sons inférieurs »\n112, 1, | et 77; du Do (32); les sons Ré (9), Sol (3), correspon-\ndant aux « sons inférieurs » i et fdu (27). Qu'y a-t-ii de\ncommun entre ces « sons inférieurs » irréguliers et quelconques,\nles seuls percevables parmi les sons résultants d'un intervalle, et\nla série des « sons inférieurs » perçus par notre sensation au\nbénéfice de notre « représentation », constituant la « réso-\nnance » annoncée par M. Riemann et déterminée par l'audition\nd'un son simple ou complexe émis ?\n(A suivre.)\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.35", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nLE DANSE URI\nA toutes les époques du monde, la Folie, l'horrible mangeuse\nde cervelles, a fait des victimes parmi les humains, détraquant\nles plus forts, avilissant les mieux doués, rompant les nerfs des\nathlètes, vidant le front des penseurs, s'insinuant dans les\nreplis cachés de l'intelligence. Méchant et sournois, le mal\naffreux a surpris des riches dans leurs jouissances, a vaincu des\nhumbles dans leur misère, et toujours, en tout temps, il a offert\nle spectacle le plus douloureux qui soit.\nRien de lamentable, en effet, comme l'écroulement de la rai-\nson, rien de triste comme la déchéance qui fait de l'homme un\ncadavre ambulant, un être qui devient une vivante ironie de la\nsagesse.\nAu nombre de ces malheureux dont l'âme est dont\nles yeux sont ouverts fixement sur des gouffres sans fond, dont\nla bouche profère la sottise emphatique ou balbutie de peureuses\nprières, il en fut un que l'oubli dévora tout entier. Au moment\noù la Révolution éclata, c'était un homme du monde, coquet,\nfringant, heureux de vivre et qui, pour passe-temps préféré, avait\nchoisi la danse, Il se nommait Trénis, frayait avec les viveurs, les\nfilles d'Opéra, fréquentait les salons autant que les bals publics et\njouissait d'une renommée d'intrépide fervent de Terpsichore.\nPendant la période où Robespierre fut tout-puissant, Trénis\nmit une sourdine à ses opinions réactionnaires ; mais au lende-\nmain de la Terreur, on le vit à la tête de ceux qui s'efforçaient\nd'oublier les malheurs du temps en se livrant au plaisir de la\ndanse.\nVerveux, original, combattif, soucieux de gloire, il organisa\nle Bal des victimes,ce bal où l'on n'était admis qu'après avoir\nprouvé que l'un de ses proches avait porté sa tête sous le\ncouteau de Guillotin. A Tivoli, à Paphos, à l'ldalie, au jardin\nBiron, à l'Elysée, au Pavillon du Hanovre, il allait, entraînant\ndans les rondes folles toute une jeunesse ardente qui se grisait\nde bruit et de mouvement. Danseur plein d'originalité, il s'amu-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.36", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n441\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsait à apporter des variantes dans tous les pas fameux, au mi-\nlieu d'une foule d'admirateurs, applaudi par les Merveilleuses,\nacclamé par les Muscadins.\nAu commencement du Consulat, il se lia d'amitié avec Julien,\nle chef d'orchestre à la mode qui devait être de toutes les fêtes\nofficielles du premier Empire ; et comme la contredanse lui valait\nses plus brillants succès, il résolut d'attacher son nom à l'une\ndes cinq figures importées d'Angleterre en France, à l'époque\nde la Régence,\nIl inventa donc quelque chose dans le but de remplacer la\nPastourelle. La nouvelle figure, qui porta longtemps le nom\nde son inventeur, se composait de vingt mesures ; en avant et en\narrière (quatre mesures); la dame traversait, le cavalier faisait\nen avant et en arrière (quatre mesures); on traversait à trois\n(quatre mesures) ; on retraversait pour regagner sa place\n(quatre mesures); enfin on faisait un balancé et un tour de\nmain (quatre mesures).\nLa vogue de la trénis fut énorme, et l'alerte danseur, qui ne\nprenait guère de répit, glissa lentement vers la démence. De\nprince de la danse qu'il se savait, il voulut être roi. A force de\ncaresser sa chimère, il lui fit prendre le galop; elle le conduisit\ntout droit à Charenton.\nLa fameuse maison d'aliénés était alors dirigée par Royer-\nCollard, le frère du philosophe, médecin de valeur qui avait fait\nses classes à l'Oratoire de Lyon et qui venait de créer la\nthèque médicale,le meilleur des journaux de médecine de son\ntemps.\nM. G. Desrat, le professeur de chorégraphie, dans son\ntionnairepublié en 18g5, a émis un doute sur la folie de Trénis,\nqu'il taxe de « légende assez bizarre ». Or, le hasard, qui me\nfavorise assez souvent, m'a mis entre les mains un document\ntypique, une page écrite par l'ancien danseur, lors de son inter-\nnement.\nA titre de curiosité psychologique je le reproduis en entier :\n« Aujourd'hui, Ce Dimanche jour de Novembre de cet\nAn de mon Règne de Paix, an [lBo6] à Environ Neuf heures du\nmatin, à mon sortir d'un Bain froid au lieu de Tiède, sans palet\nni Pair de France,autour de moi, Laissé sans lumière\n(comme de Barbare Coutume depuis le [i2^me de] Mai, même an\nque je suis abandonné dans ce lieu de Ma Gloire à des Bour-\nreaux, à des supplices dignes d'Eux) ce Matin, dis-je, le nommé\nAymon cy-devant dit Rochette, assassin des prisons, condamné\npar Arrêts de Haute-Cour à la peine de Mort, comme Anar-\nchiste et Régicide, Est Entré dans ma chambre au n° [23ème] de\nmon Corridor Royal, de ma Maison de Charanton (Corridor\n\n30"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.37", "texte": "442\nLE MERCURE MUSICAL\n\nappellé la Frégatte), où je rentrais malade, et là sous un pré-\ntexte donné, lui Aymon s'est précipité sur Moi, m'a renversé\nsur mon lit de douleur, m'a assenné plusieurs\nsur ma Tête Auguste, Sainte et Ointe du Saint Olive, m'a arra-\nché les cheveux dont j'ai Conservé une part de dépouille, un\nRûban de Couleur Rose qui Représente m'a Croix\nlequel Rûban je lui ai Repris, il est encor à ma Boutonnière;\nle Barbare a été aidé par le Nommé (soi-\ndisant Mon Infirmier) et En présence du Nommé le Bœuf cf-\ndevant Leclerc Autre Infirmier; et ils se sont retirés en riant de\nleur rire affreux. EE Je suis très souffrant, sans aucun secours. EE\nje Demande Louise La Reine d'Espa je demande\nSa Mère au Gouvernement de France je demande auprès deMoï\ndans le Jour Le Grand-Juge Mr le Per Ministre de Ma Haute-\nPolice, avec Mr le Per président de Mon Parlement : pour afin\nque pleine Justice et Entière Restitution, me soit faite. Il y\naura un premier Médecin et un per Chirurgien ayant une\nBoette de Pharmacie complette et mes-deux-Miens Livres de\nl'Esprit de la Médecine, Couverts de Parches et Armes à moi !\npour que je Répare sur le champ une partie de tant de Maux,\nde tant de si Horribles Supplices, et que d'ici vêtu de mes Hâ-\nbits et Linges Royaux je puisse me rendre\nEpouse et Reine en Mien EE Palais des Thuilleries, j'ai assuré\nau Monde Vingt-six Ans de Paix, et de Bonheur : appert mes\nscelés = (Bonaparte étant mon secrétaire), l'an de Mon Règne\nde [lBo4] [Moi = Grand Rocroi = L'Amour] Roi et Empereur\nFrance : Roi d'Espagne Et Roi d'Angleterre : Louis-Ed TRÉNIS.\nOn m'apportera Mon Grand EE vert- Rocroi\nau Bras :Au Grand Complet; Chapeau plumet —Epée etera. »\nJe crois qu'après lecture de cet ordre fantastique, le doute\nn'est plus permis ! Trénis était atteint de la folie des grandeurs\net l'on remarquera que sous sa plume, tous les termes posses-\nsifs prenaient une majuscule.\nJe laisse aux spécialistes le soin de démêler à quelle catégorie\nappartenait ce dément, dont les centres nerveux avaient été désé-\nquilibrés peut-être par l'abus d'un passe-temps favori. Il est\nnotoire, en effet, que beaucoup de danseurs ont versé dans la\nmanie et que leur originalité a frisé de près la démence nette-\nment caractérisée.\nSi l'on se reporte en imagination aux soirées du Directoire,\nsi l'on se figure Trénis, parmi les royalistes qui avaient relevé\nla tête, conduisant le bal, jetant un défi aux gouvernants qui\nvenaient d'exécuter Charrette et Stofflet, on comprend la forme\nde sa folie qui lui faisait prendre Bonaparte pour son « secré-\ntaire ». Le malheureux danseur fut autant un « jouet brisé » par"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.38", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n443\n\nle fait d'opinions irritées que par le dérèglement des plaisirs.\nL'organisateur du Bal des victimesdevenu une victime du Bal,\nsongeait peut-être encore à danser dans l'asile de Charenton.\nSon suprême désir, puisqu'il se croyait roi, c'était sans doute de\ndonner des fêtes splendides, dans lesquelles, porteur du sceptre\net de la couronne, il aurait mené la contredanse, objet de sa\ngloire, en intervertissant les figures, et en commençant par la\nBoulangère pour finir par le Panta !\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nMUSIQUE NOUVELLE\nLouis Laloy.\nAlbert Roussel : Quatre poèmes (Henri de Régnier). Piano et chant. Paris, Bellon Ponscarme,\nCe sont quatre petites pièces d'Henri de Régnier (Le départ, Vœu, Le\njardin mouillé, Madrigàl lyrique), païennes et mystiques, dont la pure\nbeauté laisse transparaître une secrète ardeur. La musique qu'elles ont ins-\npirée est, comme elles, délicate et grave. Je connaissais déjà un Trio\nd'Albert Roussel, qui m'avait paru noblement pensé, mais un peu labo-\nrieux en ses développements. Rien de pareil ici : c'est un art certes très\nréfléchi, très mûri, très surveillé, mais qu'une sincérité soutenue garde de\ntoute affectation. J'aime particulièrement la première pièce (Le départ),\navec le bercement mélancolique qui l'enveloppe tout entière, et tour à tour,\navec les paroles, s'alanguit ou s'affermit, pour s'apaiser au parfum de la\nrose d'amour, consolatrice, jusqu'à la mort, du marin qui partit sans lar-\nmes : rien de plus délicat ni de plus émouvant que l'apparition, à cet en-\ndroit, de la tonalité de ré majeur, jusque-là ineffleurée.\nLes trois autres mélodies sont construites à peu près de la même ma-\nnière, sur un motif dominant, varié sans cesse, et que viennent illustrer\nde brefs épisodes suggérés par le poème : paysages vus comme par échap-\npées, forêt verte et rousse, collines aux belles lignes, sentier d'herbe et de\nsable, jardin que la pluie éveille, rose qui s'effeuille, colombe faible et\ndouce, flûte unie à l'écho dans le vent. Tout cela, noté avec la plus subtile\nprécision et de fines nuances d'harmonie, amené sans effort apparent, adroi-\ntement ménagé et ingénieusement suivi, indique un musicien très sûr et\npresque passé maître en l'art de la forme. Il est à remarquer en effet que\nla « romance », le « lied », ou la « mélodie » moderne, de quelque nom\nqu'on veuille l'appeler, se rapproche beaucoup de la musique pure et re-\nquiert à peu près les mêmes qualités de construction, depuis que la voix\nse borne à réciter musicalement les paroles, au-dessus d'un développement\nsymphonique qui en dévoile le sens profond. Ce sont, en réalité (cette\nbrève analyse le montre déjà), des « variations », ou des « rondeaux », ou\ndes (( andantes », inspirés par un poème, et construits certes plus libre-\nment que les morceaux d'une sonate, mais qui obéissent cependant aux lois\nde la logique musicale. Albert Roussel joint à une connaissance très\nexacte de ces lois une sensibilité contenue et repliée sur elle-même, qui\nest d'un grand charme, et le désignait pour mettre en musique Henri de\nRégnier."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n445\n\nIDIOT-MUSICALIANA.\n\nVous me croirez si vous voulez, mais c'est seulement le vendredi 22 sep-\ntembre dernier, vers la fin de l'après-midi, que, moyennant cinquante cen-\ntimes, je pris possession du canard où le Mercure musical était sournoi-\nsement bêché dans les grands prix, en l'effigie de ses deux directeurs.\nEncore fallut-il qu'un ami me signalât l'article où mon nom se trouvait\nimprimé, car, je l'avoue, je ne suis abonné à aucun Argus ou officine du\ngenre, gardé de cette immodeste prodigalité par une indifférence irrésistible.\nSi je signe ce que j'écris, c'est avant tout pour en assumer la responsa-\nbilité, et il ne me chaut guère de savoir ce qu'on en peut dire ou penser,\nsurtout quand cela se rapporte exclusivement à ma personne. Aussi ne me\nsouviens-je pas d'avoir répondu jamais à quelque attaque personnelle,\nestimant d'abord que ce ne pourrait offrir qu'un bien mince intérêt au lec-\nteur ; puis, qu'il est difficile de se défendre sans se louer soi-même ce\nqui devient aisément ridicule ; songeant, enfin, que, dans le métier de\ncritique, la distinction entre l'œuvre et la personnalité du censuré apparaît\nvite assez factice, et que l'absolue liberté de jugement que je réclame et\ndont j'use pour moi constituait pour autrui undroit réciproque et légitime.\nNul n'ayant la vérité dans sa poche, la contradiction est précieuse, et sa\nvivacité me gêne si peu que, Mauclair voulût-il m'y traiter d'imbécile, la\npublicité du Mercure musical lui serait acquise à cet effet, sans qu'il eût\nbesoin d'hospitaliser sa prose en quelque feuille de chou non moins\nménagé que la chèvre. Appeler quelqu'un imbécile, au demeurant, est\nexprimer sous une forme synthétique un avis qui peut résulter d'une\nlongue et sincère analyse, une opinion sommaire à quoi on se sent trop\nsouvent acculé pour n'être pas fort satisfait parfois d'en rencontrer 1e... com-\npliment chez un contradicteur. De part et d'autre, à la vérité, le mot passerait\nmal pour un argument, mais, tel un siglelapidaire, peut-être serait-il idoine\nà en résumer de solides. Quoi qu'il en soit, Mauclair est loin de m'accabler\nde conclusions de cette espèce péjorative. Il concède même que « je sais ce\ndont je parle » et, bénévole, m'accorde la licence « de charmer mes loisirs\npar des rébus, des dithyrambes et des accès de fureur ». Il se contente, en\nflétrissant Laloy du sobriquet de « professeur », de nous dénoncer tous les\ndeux atteints de « debussyte », variété de tétanos que son carabino-musical\ndiagnostic a soudain découverte, et dont il décrit les symptômes et les\nphases. En voici l'aiguë : « ...Jamais je n'aurais imaginé que l'audition de\nPelléas produisît des effets pareils. On dirait que ces gens sortent d'entendre\nun hymne révolutionnaire. Ils flairent le sang et la poudre. En même temps,\nils sont saisis d'une sorte d'hypnose. C'est très curieux : un mélange de\nsalpêtre, de bang crétois, de haschich et de carry, les exalte dans une mys-\nticité rageuse. Ils courent comme ces Malais qu'on dépeint en proie au\nvertige meurtrier de Yamok... »Je ne me chargerai pas d'élucider ce spécimen\nde technologie hystérico-pathologique, mais on en savourera mieux le\npiquant en sachant que le distillateur de cet extrait d'Apocalypse a pris\nsoin de nous prévenir qu'il « ne parlera qu'en tremblant » de ces... <c éner-\ngumènes ».\nJe n'aurais pas plus relevé cette élucubration que d'autres visant ma quel-\nconque personne, si le dépit qui l'inspira n'y essayait de se dissimuler\nsous desprétextes esthétiques. La mauvaise humeur de Mauclair, en réalité,\na pour cause une imputation « d'universelle incompétence » ici même à\nlui décochée par Louis Laloy, riposte dont j'envierai toute ma vie la trou-\nvaille en sa concise pertinence. C'est confesser tout cru combien je suis\nmédiocrement flatté des réserves dont Camille mêle son ire à mon endroit."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.41", "texte": "446\nLE MERCURE MUSICAL\n\nIl paraît que ledit universel incompétent « aimait beaucoup mes articles,\nquand je voulais bien les écrire en langage intelligible aux humbles mortels\nde sa sorte ». Eh bien ! je n'en suis pas plus fier pour ça, et vraiment, tout\nde même, je ne me vois pas condamné à perpète à divertir Mauclair, ni\nsurtout àen être compris, encore qu'un tel renoncement me dût assurer\nl'avantage d'une infaillible garantie contre la méningite. Alors, il me trou-\nvait « de l'esprit, de la science vraie... » Ici, ma foi ! je ne suis pas fier du\ntout ; néanmoins, je me puis consoler par la réflexion : « Qu'en sait-il ? »\nMais, quand il continue : «... du goût... », j'ai mon paquet ; je baisse un\nnez pseudo-sémite, cible bénie de braves automédons forts en gueule et\nriches d'argot ; je m'effondre. Le coup est dur, Mauclair. Hélas ! comme\non se connaît mal 1 Voyons, cher ami, nous n'avons pourtant jamais couché\nensemble avec Bruneau —je veux dire avec sa musique; l'invraisem-\nblance de toute autre interprétation, d'ailleurs, ne pouvant échapper au\nplus tiède ami du démêloir. Il me reste l'ultime illusion que le rhétoricien\nexagéra la bienveillance afin de corser l'antithèse. Malgré tout, d'apprendre à\nla fois qu'on eut <( du goût », et que c'était celui de Camille, ça n'est pas\ndrôle, et même, au fond, c'est embêtant. Heureusement que les temps sont\nchangés î Pigez-moi cet actuel et catilino-cicéronien portrait de votre ser-\nviteur : «... Mais depuis qu'il a la debussyte, le voilà trépidant comme une\nsibylle. Il blague Beethoven, aplatit Berlioz, fait de la chair à pâté avec la\nmusique russe, transforme Debussy en colosse pour les pieds duquel\nWagner n'est que le scabellum de l'Ecriture, se lance dans d'interminables\nanalyses de Hugo Riemann, puis tout à coup s'attarde à piétiner M. Lenepveu,\ndont il est certes le seul à parler en Europe ! Vous voyez bien qu'il a quel-\nque chose. Sans la debussyte, Marnold ne réduirait pas la musique à une\ncryptographie rebutante, et n'éprouverait pas le besoin de scalper un\nchauve : son état n'est pas naturel. »\nC'est envoyé ; mais je respire. Enfin,je n'ai donc plus de « goût»,\ndu moins selon la mauclairotte formule. Ça fait toujours plaisir. Je pour-\nrais répondre à Mauclair que j'ai magnifié les Nocturnes, causé de Siegfried\net tarabiscoté l'école russe au Mercure de France quatre, cinq mois, voire\nun complet semestre avant la première de Pelléas, et qu'il n'est pas forcé\nd'avaler des « analyses » théoriques visiblement un peu ardues pour ses\nmoyens et qui, d'ailleurs, ne s'adressent pas à lui. Je pourrais ajouter que\nM. Lenepveu était d'actualité brûlante à Paris, sinon en Europe, au mo-\nment où je collaborai avec un dévouement méritoire à sa célébrité spéciale,\nen m'évertuant de découvrir et publier les titres aptes à justifier les hon-\nneurs, dignités et fonctions de quoi on s'aperçut soudain que le bonhomme\nétait comblé en compagnie de notoriétés analogues. Mais tout ça n'a pas\nd'importance, et, quant au surplus, je serais fort embarrassé de m'en expli-\nquer avec Mauclair, car il faudrait parler musique. Or; et il le proclame\navec orgueil, la façon dont j'en ai coutume apparaît « une cryptographie\nrebutante » aux facultés de son cervelet. Qu'y puis-je ? hormis, peut-\nêtre, de lui demander pourquoi il prend la peine de me lire. Ni loi ni\ndécret ne l'oblige à perdre son temps à cette occupation bien inutile,\npuisqu'il se déclare « incapable de savoir si ces grimoires ne sont pas\nle comble du bluff » et s'endort sur ces « hiéroglyphes ». Il réclame une\nindéfinie liberté « d'admirer Debussy comme une brute ». Mais, ça n'est\npas défendu, cher ami ; allez-y. On admire comme on peut, n'est-ce pas r1\nSeulement et c'est ici que la question prend une autre tournure vous\nfigurez-vous sérieusement que cela puisse intéresser quelqu'un ? Person-\nnelles par essence autant que par définition, des émotions de cet acabit ne\ns'attestent guère communicables qu'au petit bonheur des rencontres, telle\nune affinité palatale ou consonance d'intestins : « J'adore le melon ! »"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n447\n\n« Moi aussi ! » Assurément, c'est intangible : tous les goûts sont dans la\nnature, Mais, que diable voulez-vous que ça fasse au voisin, peu ou prou\ndétracteur de l'excellence dudit cucurbitacé ? lequel voisin, peut-être, de\nrépliquer sans plus : « Cher Monsieur, une confidence en vaut une autre:\nmoi, je préfère le pruneau. » Au Café du Commerce de quelque sous-\npréfecture, un échange de vues de cette palpitation pourrait évidemment\navoir, entre deux manilles, un attrait suffisant pour « charmer les loisirs »\nde ronds-de-cuir ou culottes-de-peau en retraite. Toutefois, ces âmes\nsœurs et simplistes songeassent-elles à faire imprimer leur colloque, le\nplus candide Echo de la localité, sans doute, hésiterait lui-même à en\naccueillir la copie. Son rédacteur en chef opinerait très vraisemblablement:\n« Mes bons amis, vous aimez le pruneau, la courge, le melon : rien ne\nvous en empêche. Continuez, ne vous gênez pas. Mais mes abonnés s'en...\npaladilhent ; ne les prenez pas pour des poires. Tout au plus pourrais-je\ninsérer votre enthousiasme en vers ; par exemple, un sonnet avec, en\nacrostiche, le nom de l'entremets ou hors-d'œuvre chanté. Apportez-moi\nça, et nous verrons. » Aussi fut-ce toujours pour moi quelque chose\ncomme une énigme, de voir Mauclair et ses pareils publier leur bruto-\nmusical émoi autrement qu'en quatrains rimés, dédiés à Mangeot Busa-\ngète .\nEncore les budgétivores évoqués, du moins, « savent-ils ce dont ils par-\nlent ». Ils ne s'étonnent pas qu'un melon, par ses côtes, s'accuse destiné à\nêtre découpé par tranches, sort assez comparable au « morcellement » fatal\nd'un Adagio écrit en forme de variations symphoniques, Fauteur en fût-\nil Beethoven, ô Jean d'Udine. Le pruneauphile serait profondément blessé\nqu'on le supposât méconnaître la nature de son fruit favori au point de le\nconfondre avec des dattes. Mauclair ne pressent pas ces susceptibilités,\net son admiration n'a cure d'aussi méprisables soucis. Dressé sur les\nergots de sa sensibilité critère, il s'enivre à la camomille de sa petite\nsecousse : il « sait fort bien ce qui l'émeut, et c'est tout ce qu'il a à savoir\nen entrant au concert ». D'accord, œcuménique et blond Camille. Tout\nle monde, et sans excepter Calino, tout le monde a le droit de sentir à sa\nguise. Néanmoins, s'il s'agit d'en entretenir son prochain, ne semble-t-il\npas assez... naïvement présomptueux de prétendre l'intéresser en se bor-\nnant à lui dégoiser ses transports ? N'y a-t-il pas surtout quelque audace\nénorme de peut-être incommensurable saugrenu, à signifier tout net et\nfièrement à des lecteurs : <c Vous savez, je viens vous parler musique,\nmais je vous avertis que je n'entends rien à la chose. Je ne suis pas un\n<( érudit ». Foin des « grimoires » et des doctes « rébus » ! Moi, j'écoute\nce qu'on joue et, quand je suis « remué », je trouve que c'est beau : alors,\nj'admire « comme une brute ». Vous voilà prévenus ; maintenant, je\ncommence. On discuta et on discutera longtemps de critique «objective »\nou « subjective » ; ici, c'est bien mieux, comme on voit : le principe y est\nd'ignorer carrément de quoi il retourne et de s'en vanter sans ambages.\nL'inopinée fanfaronnade, à vrai dire, apparaît bien l'unique nouveauté de\nl'aventure. La méthode eut des précurseurs honteux, précisément les\n(( Scudo », les Jouvin et autres idiots mémorables, sans compter les litté-\nrateurs, ô « simple homme de lettres » Mauclair, qui font spécialité de\nplumifier sur tout sans rien connaître et de gaffer à tort et à travers.\nOr, il n'en a jamais manqué. C'est une inoffensive occupation, d'ailleurs,\nqu'on ne peut interdire à personne, pas plus que de se glorifier de ne\n« savoir ce dont on parle». Seulement, s'ils s'en targuent eux-mêmes avec\ntant de superbe, on pourrait demander à ces gens pourquoi ils sont si\nfort vexés quand on consacre leurs exploits par un brevet d'incompé-\ntence."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.43", "texte": "448\nLE MERCURE MUSICAL\n\nJ'en fais l'aveu, je ne suis pas aussi documenté sur Mauclair et son œuvre\nque lui sur mes nébuleux logogriphes. L'ayant rencontré par deux fois,\nje sais vaguement qu'il existe, dodu, frais, savonné, reluisant, telun beaupetit\ncochon rose, et frétille avec une ardeur égale dans « la peinture, la statuaire,\nle roman, la poésie, la psychologie et toutes les autres choses » dont il re-\nproche aux « professeurs » de se mêler. Que n'a-t-il respecté la musique !\nQuelle étrange bévue l'y poussa, sur le tard, à venir étaler son ineffable\nincompétence? Ailleurs, il pouvait divaguer tout à l'aise en abondante com-\npagnie et, même, y trottinant le nez en rair à tous les vents, effleurer au\npassage un embryon d'idée sans trop bien la comprendre soi-même. Ça\nn'avait pas beaucoup d'inconvénient. Ses articles tenaient de la place, à\ncoup sûr, en un tas de cléments magazines, mais on ne les lisait pas. Voire\nen publiant l'inédit de Laforgue et sans attirer l'attention, |il put négliger\nou semer toute une moisson de coquilles, faire écrire au défunt l'opposé de\nson texte et transformer sa phrase en une absurdité ; car, si Laforgue,\nlequel fut « professeur » justement, connaissait bien la loi qu'il citait de\nFechner, un autre « professeur », Mauclair, lui, comme on sait, n'est pas\nun « érudit ». Cependant, ça non plus n'avait guère d'inconvénient. La vie\nest courte et on lit vite à l'ordinaire, outre que, pour n'en être point « re*\nbuté » dès l'abord, une «universelle incompétence» est indispensable peut-\nêtre à la pratique et au commerce de ce qui est « littérature », à bien peu\nprès. Mais pourquoi s'égarer dans la critique musicale ? Les profits y sont\nmaigrelets, et le public, ici, a d'autres exigences. Depuis quelques années,\nchez nous, il sait fort bien a ce dont on lui parle », et toujours mieux.\nSans perdre de puissance ou spontanéité, son émotion s'est affinée, et son\nadmiration est devenue complexe peu à peu, résultat, en quelconque\nespèce, de ce qu'on nomme « la culture ». Pour être écouté de lui, à l'heure\nqu il est, il en faut, à tout le moins, posséder une équivalente à la sienne.\nAujourd hui, il ne suffit plus de lui confectionner, à l'instar de naguère,\nquelque tartine wagnérienne à la confiture de symbole, de rédiger pour\nlui un élégant pathos de niaiseries sentimentales, et, si sa patience avertie\ntolère d éventuels « dithyrambes », elle en exige aussi quelque raison\nplausible. Il lui importe peu, a ce public, et toujours moins, d'apprendre\nque Aiauclair, dévoilant ses secrets de cœur, sinon d'alcôve, « sache très\nbien ce qui 1 émeut » et, sans rien savoir autre chose, puisse « céder à l'ad-\nmirable vertige de 1 orchestre ou sentir, dans la chambre paisible où le\nviolon chante en sourdine, le frôlement des ailes de l ange ». Un ange\nsans g, probablement. Mais cédez, sentez, cher ami, soyez frôlé tant qu'il\nvous plaise, seulement ne vous étonnez pas que ça ne chatouille plus per-\nsonne. L égoïsme est universel encore plus que l'incompétence. La vo-\nlupté d autrui ne touche guère, aussi les homards judicieux cachent-ils\nleurs amours ; et puis vous retardez de plus d'un quart de siècle.\nOn comprend sans effort pourquoi Mauclair et les siens sont si âpres à\nréclamer le droit d'admirer « comme une brute ». C'est l'excuse de leur\nimpuissance a pérorer d'autre manière à l'intention de leurs contempo-\nrains. Et on conçoit aussi l'affolement qui les angoisse en constatant, déplus\nen plus, que la vacuité de leurs gloses indiffère un public désormais cul-\ntivé et trop de croire qu'ils se payent sa tête. D'où leur fureur,\naboyant au succès de publications dans lesquelles, comme en notre Mer-\ncure musical, on s affiche modestement convaincu de la nécessité d'un tant\nsoit peu connaître, au préalable, ce dont on prétend discourir ; où on\ntache d adjoindre un peu de « compétence » à la sincérité des opinions les\nplus diverses ; où, avant que de disserter sur l'art de la musique, on a jugé\nbon den avoir entendu, médité, lu et relu les œuvres, appris l'histoire et\nle «metier », Mauclair, afin de n'en être pas dupe, d'en pouvoir signaler"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.44", "texte": "REVUE DE I,A QUINZAINE\n449\n\nla vanité inane et, parfois, le danger. A ce jeu, si on risque, à la vérité, de\nrester incompris de Mauclair, on y gagne en revanche, avec des abonnés,\nla grâce de n'admirer point des vessies pour des lanternes, de ne pas prendre\nle Pirée pour un homme et Bruneau pour un musicien, de savoir assez dis-\ntinguer un chef-d'œuvre du Louvre, sa copie ou son pastiche et un chromo\ndu Bon Marché, pour ne pas accrocher, aux clous d'une identique estime, en\nface de Pelléas, Louise ou bien VOuragan. On y gagne enfin, pour soi-\nmême, une culture musicale, ses joies profondes et subtiles au spectacle\nd'une évolution séculaire, merveille de logique autant que de beauté et,\ncomme inéluctable conséquence, on y attrape la « debussyte ».\nCar nul terme jamais ne fut mieux inventé, avec ses allures d'explosif,\npour exprimer la force d'incoercible expansion de l'épidémie salutaire. Il\nfaut s'y résigner, Mauclair, tout le monde Ta ou l'aura, la « debussyte »,\nchacun selon qu'il en est digne, qu'il est capable de sentir, d'assimiler, de\nréagir harmonieusement à l'impulsion libératrice. C'est une fièvre singu-\nlière, en effet, qui vous terrasse et vous stupéfie tout d'abord ; on y perd\nla notion de ce qui constitue soi-même, idées, sentiments, sensations :\ntant de choses s'écroulent soudain, fantômes qu'on prenait pour des réalités\nindélébiles, fétiches vermoulus dont on adorait le bois creux, fatras de\ndogmes, de routines, trucs, ficelles, préjugés. On en sort vacciné contre\ntous les mensonges, affranchi des superstitions caduques, et, chez les plus\nprofanes « amateurs », ils sont tous les jours plus nombreux, ceux dont la\nsensibilité fit peau neuve en la maladie bienfaisante. On ne peut rien con-\ntre des faits, Mauclair. Je n'essaierai pas de vous l'expliquer musicalement;\nça vous donnerait mal à la tête, et vous n'y comprendriez rien, cher ami.\nMais vous aurez beau déclamer vos imprécations de Camille, vous ne ferez\npas reculer le temps en arrière, vous ne supprimerez pas l'accompli. Oui,\nvous avez deviné juste : il y a quelque chose de changé, chez nous, depuis\nPelléas, et « notre état n'est pas naturel » Il y a que nous sommes rede-\nvenus « musiciens » comme aux plus glorieux jours de notre passé, quand\nnotre doux pays de France était l'irradiant foyer et la patrie de l'art sonore.\nIl y a que la musique est entrée dans notre vie, depuis qu'elle est venue\nà nous sans taches d'encre aux doigts, sans fard ni manigances, sortie, ra-\ndieuse et nue, du puits des harmonies de la nature. Et, dame ! elle ne res-\nsemble guère à la guenon des cuistres ou aux drôlesses des roublards qu'on\nnous offrait sur les tréteaux, pas plus qu'à la dinde lohengrinepte et déplu-\n,mée qui conduisait machinalement, jusqu'au quai de notre Institut, la bar-\nque de pédants fantoches. Le contraste était trop violent.\nOn s'aperçut tout d'un coup du néant d'un tas de gaillards qui depuis\ntrop longtemps accaparaient les places, monopolisaient les chroniques,\nbarraient les avenues, empochaient les tantièmes et prétendaient régenter\nnotre art. C'est alors que la « debussyte » a produit ses effets tutélaires.\nOn soupesa les compétences peuplant de gardiens vigilants notre mazarin\nCapitole, on molesta des nullités célèbres et on conspua des jurys. Oui,\nMauclair, il y a quelque chose de changé dans notre république musicale.\nJadis, tout s'y passait en famille, à l'étouffée propice aux médiocrités in-\ntrigantes. Un César Franck pouvait mourir, obscur et dédaigné, à l'orgue\nde Baptiste, après avoir vu des Delibes et Dubois lui passer sur le dos ;\nune officieuse « commission de refonte » avortait tranquillement sous\nl'indifférence complice, et Vincent d'lndy devait traverser l'eau pour fonder\nla Schola dans un grenier de la rue Stanislas, pendant que Théodore suc-\ncédait à Ambroise. Tout cela sans provoquer un entrefilet dans la presse,\nsans qu'on ait paru s'en douter. Aujourd'hui, c'est bien différent : l'échec\nmanigancé d'un jeune et audacieux compositeur au concours de Rome sus-\ncite un toile général ; les journaux quotidiens s'en emparent et multiplient"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.45", "texte": "450\nLE MERCURE MUSICAL\n\nles interviews ; le retoqué y récolte un renom subit, tandis que M. Lenep-\nveu en dégringole de ses rêves directoriaux, car « l'Administration » même\ns'en émeut, se révolte, et on assiste à ce comble : un Gabriel Fauré\nnommé par un ministre, sur la proposition d'un secrétaire d'Etat « pas\nnaturel », évidemment, aux yeux des clients de Mauclair. Tout le monde\napplaudit,, pourtant, sauf la bande ignare et déconfite. Et voilà qu'on va\nréformer notre Conservatoire, sans enquêtes, ni commissions ou moyens\nconstitutionnels plus ou moins, mais sur d'autocrates décrets transmis par\nla voie hiérarchique.\nTout ça est l'œuvre de la « debussyte », Mauclair ; ne vous y trompez\npas. Avant et sans Pelléas, cela eût été impossible, tenu pour extravagant,\ninouï, fou, « fou furieux », oui, Camille, par ceux-là même qui le font\naujourd'hui. Tout ça et bien d'autres choses qui s'ensuivront fatalement,\nquoi qu'on fasse, engendrées par l'épidémie féconde, car ceci n'est\nqu'un petit commencement d'un grand nettoyage. 11 faut vous résigner,\nMauclair ; vous n'enraierez pas la « debussyte ». L'heure est grosse de\nchambardements, d'où la présente excitation qui vous afflige, contagieuse,\nnonobstant, jusqu'en haut lieu. M. Dujardin-Beaumetz, lequel est infecté,\nn'a pas l'air de « donner des coups de poing à droite et à gauche » ; néan-\nmoins il pourrait bien arriver, d'ici peu, qu'un certain nombre de démis-\nsions démontrât un résultat tout pareil à celui qu'auraient obtenu des\ncoups de pied dans certains derrières. Mais il est temps de terminer cet\narticle, en m'excusant de ses dimensions auprès des lecteurs du Mercure\nmusical, qui doivent se demander quelle mouche me pique d'accoucher\nd'un aussi long laïus à seule fin de répondre à Mauclair, « dont je suis\ncertes le seul à parler en Europe ». Décidément, il a raison, « mon état\nn'est pas naturel ».\n\nJean Marnold.\n\nLES LIVRES\n\nLouis Laloy ' Aristoxène de Tarente et la musique de Vantiquité. Paris, Société française d Imprime-\nrie et de Librairie (i).\nSi les hellénistes étaient seuls à pouvoir aborder la lecture de ce livre,\nnous ne serions point assez osé pour entreprendre d'en signaler l'appari-\ntion à des musiciens pour la plupart eux-mêmes étrangers aux études\ngrecques. Mais une trop rare fortune nous mettant ici en présence d'un\nécrivain qui sait être à la fois un réel artiste et un véritable savant,\nsans pour cela devenir jamais ni superficiel ni pédant, il nous sera per-\nmis, nous l'espérons, de lui en témoigner au moins une gratitude person-\nnelle. Bien que les écrits consacrés aux différents aspects de la musique\nantique soient aujourd'hui assez nombreux pour former à eux seuls une\n\n(i) J'aurais été fort embarrassé de présenter moi-même mon ouvrage aux lecteurs\ndu Mercure musical.]Q sais bien ce que j'ai voulu faire, mais il ne m'appartient pas de\ndécider si j'ai, ou non, réussi. Par bonheur, notre excellent confrère le Guide musical\na bien voulu nous autoriser à reproduire le compte rendu publié en son numéro du\n20 août dernier (p. 571), sous la signature de Michel Brenet. Je n'ai pas besoin de\ndire combien je suis sensible aux éloges d'un écrivain qui sait si bien unir une in-\nformation très sûre à un charmant talent d'exposition. Ajoutons qu'il faut voir en ces\nlignes les prémices d'une collaboration que nous souhaitons aussi fréquente que pos-\nsible. L. L."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.46", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n451\n\nbibliothèque considérable, nous sommes, à vrai dire, encore presque\nignorants de cet art ; des traités souvent incomplets et en tous cas dépour-\nvus d'exemples pratiques ; des récits fabuleux ; des représentations figurées\net par conséquent muettes de concert et de danses ; quelques lambeaux de\nmélodies, que l'on n'est pas toujours d'accord pour traduire ou pour ache-\nver : tels sont les éléments sur lesquels nous prétendons en général asseoir\nun jugement sur la musique des Grecs. On ne saurait s'étonner que ma-\ntière si obscure soit par excellence appropriée aux polémiques, mais\nqu'aussi la curiosité des érudits s'y trouve singulièrement aiguisée. Une\ndes particularités les plus louables du livre de M. Laloy, c'est le dessein\ndélibérément arrêté et strictement observé de ne s'engager dans aucune\ndispute savante et, négligeant toutes les exégèses modernes, de remonter\ndroit aux sources et de ne s'occuper que d'elles. A cette méthode inflexible,\nla sûreté et l'acuité du regard que l'auteur concentrait sur les textes ne\npouvaient que gagner, ainsi que la clarté d'une exposition dégagée de\ntoutes les surcharges de la polémique.\nCe qui subsiste des écrits musicaux d'Aristoxène forme un document\nessentiel pour la connaissance de la philosophie de l'art dans l'antiquité.\nLe but que M. Laloy s'est proposé, et qu'il a pleinement atteint, a été de\nnous en faire comprendre la nature, l'esprit et la portée, par une analyse\nserrée, que précèdent et accompagnent de constants rapprochements avec\nles doctrines antérieures ou contemporaines des autres écoles scientifiques\nde la Grèce. Un chapitre préliminaire retrace tout ce qu'il est possible\nd'apprendre de la vie d'Aristoxène. Un lexique, donné en appendice, re-\nlève les mots techniques de son langage, avec leur traduction et la mention\nde leur emploi par les autres auteurs grecs. Ce précieux lexique n'est pas\nun des dons les moins utiles qu'ait faits M. Laloy aux étudiants musiciens,\net il serait à souhaiter qu'en imitant ce modèle, quelque érudit médiéviste\nnous dotât un jour d'un outil de travail analogue pour la langue des meil-\nleurs théoriciens musicaux du moyen âge. •\nLe livre de M. Laloy a été composé pour l'obtention du diplôme de\ndocteur ès lettres. La brillante soutenance de cette thèse en Sorbonne a\nvalu à son auteur le succès le plus flatteur, qu'il ne pourra manquer de\nretrouver en librairie et dont tous les amis de la science musicale seront\nheureux de le féliciter.\n\nM. Brenet.\n\nLES RÉFORMES DU CONSERVATOIRE\n\nElles sont annoncées et démenties tour à tour : donc il se passe quelque\nchose ; le vieil édifice d'ignorance et d'abus laisse entendre des craque-\nments'sinistres, mais de bon augure. Le nom seul de M. Gabriel Fauré\nfaisait déjà le plus grand honneur au Conservatoire, et l'on pouvait espérer\nque sous ce glorieux patronage, certains scandales n'oseraient plus se pro-\nduire, ou du moins s'étaler. Mais ce n'est pas tout : le grand artiste à qui la\nmusique française doit tant de pages inimitables et sans doute immortelles\nne dédaigne pas de se faire administrateur, de discuter des mesures et d en\nproposer. Bel exemple d'abnégation, tout pareil à celui que donne, à\nl'autre bout de Paris, M. Vincent d'lndy, directeur de la Schola cantorum.\nNous savons aujourd'hui que M. Gabriel Fauré n a accepte le poste oj on\nl'appelait qu après avoir reçu 1 assurance que des refoimes seraient auconi"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.47", "texte": "452\nLE MERCURE MUSICAL\n\nplies. C'est pour arrêter le programme de ces réformes qu'il a en ce moment\nde multiples conférences avec M. Dujardin-Beaumetz, auteur béni de sa\nnomination, et le chef du bureau des théâtres, M. d'Estournelles de Cons-\ntant, dont la présence est peut-être moins nécessaire et la compétence plus\ndiscutable.\nEn premier lieu, il s'agit d'étendre les pouvoirs du directeur, en ce qui\nconcerne la désignation des professeurs. Jusqu'à présent, le directeur était\nconsulté pour la forme, et le ministre nommait sur une liste de présentation\ndressée par le conseil supérieur. Il me souvient d'avoir vu un haut fonc-\ntionnaire verser presque des pleurs de joie parce qu'il avait fait passer son\nprotégé, ou plutôt le protégé d'un de ses influents amis. Il s'agissait d'une\nclasse instrumentale, et M. Th. Dubois avait fait une démarche désespérée\nauprès du Ministre pour le déterminer àun autre choix qui, aux yeux de tous,\ns'imposait. «Et c'est qu'il avait raison, ce maudit Dubois, ajoutait, non\nsans colère, celui qui me faisait ce récit : notre protégé, à nous, a beaucoup\nmoins de talent. » Parole profonde qui rend sensible le mal le plus grave\ndont nous ayons à souffrir aujourd'hui : le cynique parti pris des politi-\nciens qui, arrivés par la faveur, veulent se faire un rempart de créatures ;\npour cette espèce d'hommes, rien ne compte, ni le mérite, ni les services\nrendus, ni l'aptitude à une fonction quelconque, ni même leurs sympathies\npersonnelles ; il faut pouvoir leur être utile, ou leur valoir une utile\namitié.\nOn ne peut donc que souhaiter une extension la plus grande possible des\npouvoirs du directeur du Conservatoire : autant de perdu pour la politique,\nautant de gagné pour la musique. Mais M. Dujardin-Beaumetz fera preuve\nd'un rare courage civique s'il contresigne une pareille mesure, réaction-\nnaire au premier chef, et dans le vrai sens du mot, en un temps où l'on\nveut mesurer l'avancement des magistrats, des officiers et des professeurs,\nau nombre et àla qualité de leurs accointances et affiliations politiques. Il\ny aurait donc un endroit en France qui échapperait à la tyrannie jacobine,\net où la valeur personnelle et professionnelle compterait pour quelque\nchose. Et ce lieu d'élection, ce temple de justice, cet asile de l'art pur serait\njustement le Conservatoire ? Après tout rien ne s'y oppose, et les écuries\nd'Augias, assainies par l'intrépide Héraklès, ont bien pu devenir une\nferme modèle. A M. Dujardin-Beaumetz de se montrer l'égal d'Alcide, et\nnous lui tresserons des couronnes.\nUne autre réforme est déjà accomplie, dont l'intérêt certes est moindre :\nil s'agit du conseil supérieur, dont font partie actuellement, outre le minis-\ntre, le sous-secrétaire d'Etat et le directeur du Conservatoire, les autorités\nsuivantes :\nLe chef du bureau des théâtres, M. d'Estournelles de Constant;\nLe commissaire du gouvernement près les théâtres subventionnés,\nM. Adrien Bernheim ;\nMM. Reyer, Massenet, Saint-Saëns, Dubois, Paladilhe, Henri Maréchal,\nGabriel Pierné, Lenepveu, Taflfanel, Widor, Duvernoy, Lefort et Warot.\nA ces 18 membres on adjoindra M Ni. Bruneau, Dukas, Gédalge, Messa-\nger, et Véronge de la Nux, compositeurs ; Rose Caron, MM. Guil-\nmant et Vidal, professeurs ; MM. Albert Carré et Gailhard.\nCertes il faut se féliciter de voir s'accroître, dans le conseil, le nombre\ndes musiciens ; mais ne pouvait-on vraiment trouver de compositeurs plus\nconnus que M. de la Nux, ou plus réels que M. Bruneau ? Et que vien-\nnent faire là, d'autre part, deux directeurs de théâtres subventionnés, alors\nque ces établissements sont déjà représentés, assez malencontreusement,\npar MM. Bernheim et d'Estournelles de Constant ? L'objet principal du\nConservatoire est-il donc de former des chanteurs de théâtre et des com-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.48", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n453\n\npositeurs d'opéras comiques ? Il serait temps de dire adieu pour toujours à\ncette vieille erreur.\nOn parle enfin d'astreindre MM. les professeurs à faire au moins acte de\nprésence, de temps à autre, à leur classe. C'est là certes une prétention in-\ntolérable, dont l'annonce seule a déjà amené la démission de deux comé-\ndiens fort connus. Cet exemple sera-t-il suivi par quelques musiciens? Nous\nvoulons l'espérer.\n\nLouis Laloy.\n\nÉCHOS\n\nConservatoire. Les inscriptions des candidats aux examens d'entrée\nseront reçues jusqu'aux dates suivantes : chant (hommes et femmes), mardi\n17 octobre ; violon, samedi 28 octobre ; flûte, hautbois, clarinette, basson,\nvendredi 3 novembre ; piano (femmes), lundi 6 novembre ; cor, cornet à\npistons, trompette, trombone, jeudi 9 novembre ; contrebasse, alto, violon-\ncelle, samedi 11 novembre.\nÉmile Zola musicien, Sous ce titre paradoxal, le Guide musical publie\nun article intéressant, et justement sévère, de M. Julien Torchet. Zola,qui,\ndans les dernières années de sa vie, « affectait des opinions sur l'art musi-\ncal », avait l'oreille fort mauvaise ; jamais il ne put chanter une gamme\njuste ; harmonie et mélodie lui étaient également inintelligibles ; la sym-\nphonie lui semblait un bruissement confus ; et dans l'opéra, il ne s'intéres-\nsait qu'aux paroles. En un mot, il possédait toutes les qualités qui, à en\ncroire certains de nos confrères, bien placés pour le savoir, font le parfait\ncritique musical.\nCependant il avait tenu, jadis, une partie de clarinette dans la fanfare du\ncollège d'Aix, et il évoquait, non sans fierté, ce souvenir municipal :\n«Je dois vous dire qu'à cette époque je n'avais pas du tout, mais pas du\ntout, l'oreille juste. Je n'ai jamais pu chanter, d'ailleurs. Or pour les bois,\nles flûtes, par exemple, ou encore certains cuivres, tels que le piston, avoir\nl'oreille juste est une condition sine qua non. Après mûres délibérations,\non me confia la clarinette. »\nOn peut inférer de là : 10 que la clarinette n'est pas un instrument en\nbois ; 20 qu'on en peut jouer sans être musicien ; 3o qu'il n'en va pas de\nmême pour certains cuivres exceptionnels, comme le piston ; 40 que Zola,\nau moment où il écrivait ces lignes, croyait avoir acquis le discernement\ndes intervalles musicaux. Cependant il n'aimait point encore la musique.\n«Je nourris, écrit-il en son style d'éleveur, une certaine haine contre l'o-\npéra et je ne me gênai pas pour le déclarer souvent. J'affectais le plus\nvif mépris pour l'art des doubles et des triples croches. »\nC'est Alfred Bruneau qui réhabilita la musique à ses yeux (je n'ose dire\nà ses oreilles). C'est pour Y Attaque du Moulin qu'il rédigea un manifeste,\noù il y allait, lui aussi, de sa petite théorie du drame lyrique. « Ah ! musi-\nciens, si vous vous touchiez (?) au cœur, à la source des larmes et du rire,\nle colosse Wagner lui- même pâlirait, sur le haut piédestal de ses sym-\nboles. »\nAprès cela, comment ne pas conclure, avec M. Julien Torchet, que\n(( Zola n'avait et ne pouvait avoir aucun goût pour la musique » ?"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.49", "texte": "454\nLE MERCURE MUSICAL\n\nOpéra-Comique. Mlle Mathieu Lutz, second prix au dernier concours\nd'opéra comique, a débuté dans le Barbier de Séville, et enthousiasmé la\nsalle par la grâce et l'esprit de son jeu et sa merveilleuse facilité de voca-\nlise.\nL'Opéra-Comique a repris Werther, le plus supportable peut-être des\nouvrages de M. Massenet, et Grisélidis, dont on ne peut dire autant. En\noutre, on voit paraître alternativement sur son affiche Carmen, Mireille,\nla Traviata, le Barbier de Séville, la Vie de Bohême, Manon, Louise? le iîoz\nd'Ys, Lakmé, Mignon, le Domino noir, le Chalet. Programme panaché,\nmais certes abondant.\nOpéra. Reprise d'Armide, avec Mlle Bréval, et débuts, dans Samson et\nDalila, de Mlle Margyl, jeune beauté lasse des Folies-Bergère : elle a paru\nagréable et timide, à la façon de la Cavalieri. Une salle étincelante lui a\nfait un succès chaleureux, et M. Pierre Lalo loue avec raison ce « cordial\nenthousiasme, qui fait honneur à ces belles personnes et à leur esprit de\nsolidarité ».\nM. Armand Parent, dont on connaît le grand talent et le noble zèle artis-\ntique, a entrepris de faire entendre, pour la première fois en France,\ntoutes les œuvres instrumentales et vocales de Beethoven. Huit de ses\nséances à la salle seront consacrées cet hiver à la réalisation de\nce programme, les autres demeurant réservées à la musique française\nmoderne : Fauré, Duparc, Franck, Ravel, Chausson, Magnard (première\naudition de son Trio), d'ïndy, Debussy. En outre, au Salon d\"Automne, le\nvrai salon des artistes, M. Armand Parent nous promet quatre séances de\nmusique de chambre, où seront jouées des œuvres de Franck, d'ïndy,\nFauré, Debussy, Magnard et Ravel. Tous les amis delà musique s'uniront\nà nous pour féliciter M. Armand Parent des éminents services qu'il rend à\nnotre cause,\nSchola musicse. Cette nouvelle Schola vient d'être fondée à Bruxelles,\n90, rue Gallait, par le grand artiste M. Théo Charlier ; c'est un institut\nsupérieur de hautes études musicales comprenant tous les cours que\ncomporte un enseignement musical complet.\nCet enseignement ne s'adresse pas seulement à ceux qui veulent acqué-\nrir une connaissance approfondie de la technique de leur art, mais encore\nà ceux qui, ayant des vues plus larges et une conscience plus noble de\nleur rôle d'artiste, cherchent, dans un enseignement indépendant mais\nattentif aux évolutions de l'art, la force d'affranchir leur esprit de toutes\nconventions et de l'orienter toujours vers un idéal plus élevé.\nNous ne doutons pas que ceux-là ne soient attirés par la Schola musicœ\noù M. Théo Charlier a su grouper autour de lui une jeune élite de musiciens\nqui se sont déjà fait connaître tant par leur talent hors de pair que par leur\namour désintéressé de l'art. Qu'il nous suffise de citer MM. Charlier (chant),\nBosquet (piano), E. Chaumont (violon et musique de chambre), J. Jongen\n(orgue et composition), L. Mary (violoncelle), etc...\nL'éducation musicale sera complétée par des séances de musique\nde chambre et des conférences auxquelles seront conviés les membres\nprotecteurs et les membres honoraires.\nFestival Schumann. Un festival Schumann en trois journées aura\nlieu au mois de mai 1 906, à Bonn. On sait que Schumann est mort à En-\ndenich, dans une maison de santé toute voisine de Bonn, et que c'est dans\nle cimetière de cette ville qu'il a été inhumé. Le programme du festival a\nété arrêté dans ses grandes lignes. Le premier jour, on exécutera une"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.50", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n455\n\nsymphonie et le Faust ; le second jour, une symphonie, une ouverture, le\nconcerto pour piano, un chœur, etc.; enfin le troisième jour, des œuvres\nnon orchestrales, mélodies ou autres. Les fêtes seront placées, en ce qui\nconcerne la musique, sous la direction de M. Joseph Joachim et de M. Gra-\nter. On sait que le célébré violoniste a déjà dirigé en 1873 un festival\nSchumann.\nTourcoing, A l'occasion du tournoi orphéonique qui aura lieu l'an\nprochain à Tourcoing, un concours de compositions chorales est ouvert\naux conditions suivantes :\n10 Chœur à 4 voix d'hommes pour la division supérieure, prix 300 fr. ;\n2° Chœur à 4 voix d'hommes pour la première division, prix -iso fr. ;\n3° Chœur à 4 voix d'hommes pour la deuxième division, prix 200 fr.\nLes compositions devront être inédites. Pour tous renseignements, on\nest prié de s'adresser à M. Charles Wattinne, 4, place Victor-Hassebroucq,\nà Tourcoing, avant le iev décembre prochain.\nUne opinion du maestro Mascagni. Ce musicien napolitain rendait\nrécemment un bel hommage à cette ignorance prodigieuse et à cette com-\nplaisance pour soi qui ont perdu l'école italienne. «Vous me direz, déclarait-\nil dans une interview, que les pays septentrionaux ont vu naître beaucoup\nde compositeurs et produit une littérature musicale admirée aujourd'hui\ndans l'univers entier. Il est vrai ; mais le musicien du Nord ne fabrique sa\nmusique qu'à force d'études, de culture, d'érudition, de science, tandis\nque l'artiste latin, et surtout italien, la crée par une impulsion, sponta-\nnément, inconsciemment. Ecoutez-moi bien : la musique du savant est\nverticale ; la musique de l'artiste est horizontale. »\nSachons lire entre les lignes, remarque àce propos notre excellent con-\nfrère F Occident : M. Mascagni est un pur artiste, sa musique étant, de toute\nnotoriété, une horizontale.\nHelsingfors. La saison de concerts s'annonce comme fort intéressante :\non nous promet, outre diverses œuvres de l'école russe moderne, et prin-\ncipalement de Balakiref et Moussorgsky, les Béatitudes et Psyché de Cés.\nFranck, le Prélude à Y après-midi d'un Faune et des fragments de Pelléas et\nMélisande, de Cl. Debussy.\nSoirées d'Art. Ces intéressantes séances, où le quatuor Capet interpré-\ntera tous les quatuors de Beethoven, et pour lesquelles on s'est assuré le\nconcours de Mmes Litvinne et Raunay, de MM. de Greef, Lazare-Lévy, Léon\nMoreau, Alfred Cortot, auront lieu tous les jeudis, à 9 h. du soir, à partir\ndu 9 novembre, à la salle des Agriculteurs, rue d'Athènes. Les demandes\nd'abonnements doivent être adressées au secrétaire des Soirées d'Art, 1,\nrue Blanche ; les conditions sont les suivantes :\nFauteuils d'orchestre ire série ». 80 fr.\n2e série 64 fr.\nFauteuils de galerie 32 fr.\nLa Revue du Bien. Des vers de Georges Lafenestre, de l'lnstitut, de\nP. Handrey, d'Eug. Hollande, la traduction d'un poème d'Ada Negri par\nMarc Legrand, une page colorée de Lorenzi de Bradi, de belles illustra-\ntions et des reproductions d'œuvres de Mne Grabowska et de Rudolph\nTegner, une chronique sur le dossier sanitaire des écoliers, par Ida R, Sée,\nun clair exposé de la plus vieille philosophie du monde, le « Taoïsme »,\npar Victor Salacha, une bibliographie soignée, tel est le sommaire du der-\nnier numéro de La Revue du Bien."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051015-01.1.51", "texte": "456\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nAnnonçons que, par suite de son succès toujours croissant, cette jolie\npublication parisienne, qui a toujours sa direction et sa rédaction 83, bou-\nlevard Poniatowski, a dû transporter son administration (abonnements et\nannonces), 10, rue Auber, à la grande Agence anglo-américaine qui édite\ndéjà des Revues tant françaises qu'étrangères.\nAssociation générale des publicistes français—Nous apprenons la con-\nstitution de Y Association générale des Publicistes français, syndicat pro-\nfessionnel, dont le siège est à Paris, rue Grange-Batelière, no 16.\nLî Association générale des Publicistes français a pour but <c de resser-\nrer les liens de fraternité et de solidarité entre les écrivains français adhé-\nrents ; de défendre les intérêts moraux et matériels de la corporation ; de\nporter secours et prêter assistance à ses adhérents ; d'organiser une caisse\nde retraites pour ses membres ; de s'occuper de leur placement en cas de\nbesoin ; de faire profiter ses membres de tous les avantages qu'elle pourra\nobtenir en leur faveur ou qu'elle pourra créer avec ses propres ressources.\nElle sera un puissant trait d'union entre tous ceux qui font profession de\nbelles-lettres,, sciences, éducation, journalisme, etc. ; elle est ouverte à tous\nles propagateurs de la pensée par la presse, la parole, la plume et sans\ndistinction d'opinion ou de parti politique.\nLe Directeur de Y Association générale des Publicistes français est notre\nconfrère Alphonse Bévylle, auquel on peut s'adresser au siège, pour tous\nrenseignements.\nL'inauguration officielle et solennelle de l'Association aura lieu en oc-\ntobre. Dès maintenant félicitons de leur généreuse initiative les promoteurs\nde cette œuvre qui sera, croyons-nous, considérable et à laquelle nous\nsouhaitons la prospérité pour le bien qu'elle promet.\nSociété Beethoven. Un groupe d'admirateurs de Beethoven a songea\nréunir les vrais artistes, les amateurs éclairés ayant le culte des grandes\nœuvres du Maître, en une Société intime (société privée), dont la création\npermettrait une fois tous les ans l'audition des Quatuors à cordes et de\nquelques autres chefs-d'œuvre. Le Quatuor de la Fondation Beethoven\n(Tracol, Mont eux y Dulaurens, Schnéklud) se met à la disposition de cette\nSociété. La Société Beethoven donnerait cette année 10 séances, salle de la\nSociété de Géographie, boulevard Saint-Germain, 184. Pour tous rensei-\ngnements, écrire à M. Jacques Beltrand, 69, boulevard Pasteur, Paris~XVc.\nUne surprise. Elle sera pour le ier novembre, le ier avril étant vraiment\nun peu loin. C'est une lettre inédite de l'inégalable Mangeot, qui nous est\nparvenue quand le présent numéro était déjà sous presse : un pur chef-\nd'œuvre.\n\nPan."}]}