{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_sha256": "1dbe6390893b3b93cffad1aec9bccca72f02c22b954eaefcd436c087af3a7400", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/11/01_01/bmtnabh_1905-11-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/11/01_01/bmtnabh_1905-11-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.2", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.1", "debut_caractere": 245, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "Sommaire\nJEAN MARNOLD. Dialogue\nSALVATOR PEITAVI. ....... Esquisses musicalescToutre-Manche (Suite).\nMARTIAL TENEO. Miettes historiques :un Spectacle àla Cour\nREVUE DE_LA QUINZAINE\nLOUIS LALOY. ........... —..\nHenry Gkvth\\Eß-Villms. . A propos de l'Opérette.\nPAUL GROSFILS. * La Musique en Belgique.\nF- HOLL.. Courrier de Strasbourg.\nELISABETH DIRVEL. Courrier deManchéster.\nSOUS-OFF ..... 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Ecoutez, Mendelssohn, vous qui êtes bien avec\ntout le monde, il faut que vous me rendiez un service.\nMENDELSSOHN. De grand cœur, mon cher Berlioz, n'en\ndoutez pas ; si toutefois cela est en mon pouvoir. Mais il y a\nun siècle que je n'ai eu l'avantage de votre visite et, même,\ncelui de vous apercevoir. Que devîntes-vous? Est-il vrai, selon\nle bruit qui court, que vous fréquentiez assidûment chez les\nHellènes ?\nBERLIOZ. Hélas ! pour mon malheur !\nMENDELSSOHN. En effet, vous semblez affecté par quelque\nsouffrance. Pardonnez-moi de ne l'avoir pas remarqué à la\npâleur de votre visage. Je vous en prie, parlez : en quoi vous\npuis-je être agréable ou utile ?11 n'est rien que je ne fisse...\nBERLIOZ. Vous êtes le meilleur des amis. Eh bien ! cher\nMendelssohn, je voudrais que vous alliez voir Hippocrate...\nMENDELSSOHN. Si vous souhaitez recourir à ses soins, je\nvous accompagnerai volontiers jusqu'à l'infirmerie : la route\nest longue...\nBERLIOZ. —■ Y pensez-vous ? Me faire soigner par cet âne bâté !\nD'abord je ne suis pas malade ; et puis, j'en sais plus que lui,\nsi peu qu'il m'en reste. Ce n'est pas ça. Au fond, j'irais bien\nmoi-même, mais nous avons eu une discussion assez vive à\npropos d'anatomie pathologique, à quoi il n'entend rien de\nrien. Bref, nous sommes brouillés à mort.\nMENDELSSOHN. Oh ! à mort... Evidemment c'est une ma-\nnière de parler, car, ici, ces choses-là ne tirent pas à consé-\nquence. En tout cas, comptez sur moi pour la démarche. Je"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "suis en bons termes avec Hippocrate. Que désirez-vous de lui?\nBERLIOZ. Un flacon de laudanum...\nMENDELSSOHN. Du laudanum? Mais il n'en a point. Vous\nn'ignorez pas combien il est hostile à toute innovation, aussi\nféru de sa science qu'attaché aux usages antiques. Il ne tolérerait\njamais qu'on introduisît chez lui une goutte de ce médicament\ndont, vraisemblablement, il ne connaît même pas le nom.\nBERLIOZ. Malheur ! à qui m'adresser ? Ces damnés morti-\ncoles sont presque tous dans le Tartare, livrés aux Furies ven-\ngeresses.\nMENDELSSOHN. Certes, on n'en trouve guère en ces parages,\net leur plainte parfois arrive jusqu'à nous, de l'hôpital où ils\nsubissent la peine du talion. Quelques-uns, cependant, ayant\npeu pratiqué ou pas du tout...\nBERLIOZ. J'y songe : Haydn pourrait demander ça à van\nSwieten.\nMENDELSSOHN. Du laudanum ? Ce n'est pas précisément\nl'affaire du baron. Je serais surpris qu'il en possédât.\nBERLIOZ. Il pourrait me donner du sublimé corrosif !..\nMENDELSSOHN. Peut-être. Mais, mon cher Berlioz, —excu-\nsez, je vous prie, ma curiosité indiscrète, dans quel but\ncherchez-vous à vous procurer des drogues de ce genre ? Au-\nriez-vous dessein, dorénavant, de consacrer vos loisirs à la\nchimie ou à quelque occupation analogue ? ®\nBERLIOZ. Je veux m'empoisonner !!\nMENDELSSOHN.— Hein?... Vous...\nBERLIOZ. Oui, mon ami ! Vous avez l'âme haute, et, sous le\nmasque de mélancolie sereine qui vous est familier, la chaude\nlueur de vos regards trahit une tendresse ardente. Ecoutez-\nmoi : vous saurez me comprendre. J'aime avec frénésie, comme\njamais je n'aimai, une femme admirable autant pour sa beauté\nque pour ses malheurs et ses vertus. Depuis que je l'ai vue,\n« mon cœur est le foyer d'un horrible incendie ; c'est une forêt\nvierge que la foudre a embrasée ; de temps en temps, le feu\nsemble s'être assoupi, puis, un coup de vent... un éclat nou-\nveau... le cri des arbres s'abîmant dans la flamme, révèlent\nl'épouvantable puissance du fléau dévastateur »...\nMENDELSSOHN. Je n'ose vous prêcher le calme à l'égard de\ntransports dont le tourment ne va pas sans quelque douceur,\nmon cher Berlioz, mais votre cas n'est pas insolite en cet en-\ndroit des Enfers où le voluptueux Eros s'égare avec prédilec-\ntion, car il goûte les vers et la musique. D'ordinaire, tout se\npasse le mieux du monde. Fûtes-vous moins favorisé?\nBERLIOZ. Est-ce mépris, caprice, ou bien pudeur farouche ?\nElle me repousse et me fuit. Bien mieux : elle se joue de moi !"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.5", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "Je la rencontre souvent, furtive et voilée, qui rentre à l'Enclos\ndes Veuves après un pieux pèlerinage. Ses paupières battues et\nses cheveux épars attestent qu'elle a sangloté sur l'autel de\nJunon. Elle montre quelque émoi de ma présence je la rassure\net la supplie si fort qu'elle m'accorde un rendez-vous. Je vais\nau lieu qu'elle m'assigne, chez les Grecs, bien loin d'ici, et tou-\njours je l'attends en vain, durant des heures qui me semblent\ndes jours. Alors, je me sens devenir fou. Dans le silence et la\nsolitude angoissée, « j'écoute mon cœur battre, et ses pulsa-\ntions m'ébranlent comme les coups de piston d'une machine\nà vapeur, chaque muscle de mon corps frémit de douleur !...\nAffreux !.... » Mais, dès que je revois la perfide, je n'ai plus le\ncourage de lui reprocher sa cruauté et son mensonge...\nMENDELSSOHN. Votre aventure est singulière. Une telle\nrigueur, cependant, apparaît peu de mode ici, surtout chez les\nveuves. Puis-je savoir le nom de cette impitoyable ?\nBERLIOZ. C'est la noble Andromaque, hélas ! C'est la fière\nhéroïne dont l'infortune inspira la plus sublime page de mon\nchef-d'œuvre préféré. Je lui en chantai, par lambeaux, la gran-\ndiose épopée sonore. Elle demeure insensible à mon art comme\nàma passion volcanique. « Oh ! malheureuse ! si elle pouvait\ncomprendre un amour tel que le mien, elle se précipiterait dans\nmes bras, dût-elle mourir consumée de mes embrassements ! »\nMENDELSSOHN. Soyez certain qu'elle n'en mourrait pas ;\nmoins ici que partout ailleurs. En vérité, mon cher Berlioz,\nj'admire la puissance de votre imagination et je vous envierais\npresque l'inépuisable trésor, si je n'étais témoin de l'extrémité\noù ses illusions vous induisent. Ne seriez-vous pas sous l'em-\npire d'une suggestion, à tout le moins, spécieuse, que le pré-\nnom que vous portez semble particulièrement idoine à provo-\nquer en l'occurrence ? Andromaque... Voyons; encore qu'on ne\nvieillisse plus dès qu'on habite ces demeures, elle n'était pas\njeune en arrivant. Je l'ai croisée quelquefois ; elle me parut plu-\ntôt fanée...\nBERLIOZ. Elle a l'immarcescible beauté et le port majes-\ntueux des déesses !...\nMENDELSSOHN. Sa stature, en effet, fut célèbre. C'est une\ngrande femme qui a la tête de plus que vous. Quand elle se\npromène avec ses cinq enfants, haute, grasse et paisible, elle a\nl'air d'une honnête mère de famille. A vrai dire, elle sort sou-\nvent seule...\nBERLIOZ. Voudriez-vous insinuer...?\nMENDELSSOHN. Dieu me garde d'une calomnie ! Je ne sau-\nrais vous cacher, toutefois, que l'humeur que vous lui prêtez\nm'étonne. La renommée ne la proclamait pas si sauvage : inter-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "rogez Hermione. En somme, en comptant Pyrrhus, elle eut\nau moins trois maris...\nBERLIOZ. Et je serai le quatrième !!!\nMENDELSSOHN. —Hein!... Vous voulez épouser Andromaque?!\nBERLIOZ. —Oui, je le veux, car c'est la vertu qui l'arrête ! Je\nl'aime et je l'aurai malgré tout ! Je veux lui demander sa main,\nmettre à ses pieds et mon nom et mon être ! Si elle refuse, je\nm'empoisonnerai sous ses yeux !\nMENDELSSOHN. Mais, cher ami, vous oubliez où nous som-\nmes. Vous parlez de mourir comme un vivant. Ici, vous en\nseriez quitte pour quelques nausées, tout au plus, à moins que\nvous n'ayez... la colique, si j'ose dire.\nBERLIOZ. —Je souffrirais pour elle et devant elle ! Ainsi, ja-\ndis, je sus fléchir et décider Hariett : pauvre Ophélie que je\ncroyais aimer, alors que j'adorais Shakspeare en elle, à mon\ninsu. D'ailleurs, je peux bien vous l'avouer, mon cher Mendels-\nsohn, sincèrement, je ne suis pas sûr d'être mort.\nMENDELSSOHN. Heu !... Assurément, il y a là-bas bien des\ngens qui ne le sont pas encore et qui mériteraient mieux que\nvous l'épithète. Néanmoins...\nBERLIOZ. Il doit y avoir erreur. !...\nCertes, c'est le mystère ! Mais je ne puis m'imaginer que les\ndésirs et la torture dont je ressens le paroxysme soient le\nfait d'un cadavre ou d'une ombre. Ma chair frissonne et palpite,\nenfiévrée d'amour ! Elle aspire au bonheur suprême... ou veut\nle Néant ! ! Il me faut Andromaque ! ! ! Il me faut du poison ! ! ! I\nMENDELSSOHN. Mon bon ami, je vous en prie, calmez-vous.\nVous en aurez; je vais faire l'impossible. Mais ne criez pas\nainsi; vous allez ameuter tout le quartier. Tenez, voilà déjà\nquelqu'un qui accourt.\nBERLIOZ. —Ah ! c'est ce toqué de Wagner ; je le reconnais à\nson costume de carnaval. Que loués soient les Démons ! Je\nvais lui demander un philtre : il a apporté ici toute la pharma-\ncie d'lsolde.\nMEYERBEER. lllusdre Mendelssohn, klorieux Perliôtz, che\nfous zaluerezbecdueussement...\nBERLIOZ. Quoi ?... Mais, c'est Meyerbeer ! Quelle diable\nd'idée de vous déguiser en évêque ! Si Moïse vous pince jamais\ndans cet accoutrement !...\nMEYERBEER. Was ?... Moses... douchours sbiriduel,\ncet egzellent Perliôtz. Non, che ne suis bas téquissé : c'esd une\nrôpe te geampre gue Wagner m'a rezètée. Nous afons vait\nune bédide avaire enssemple. Mais che fous endentais gue fous\nbarliez drès haut doud à l'heure. Fos choues sont dout rouches.\nFous n'êdes bas vâgé?"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.7", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "MENDELSSOHN. Ce cher Berlioz est un peu souffrant...\nMEYERBEER. Ce n'est bas une malatie gondachieuse ?...\nBERLIOZ. Oh ! non ; n'ayez pas peur. Ça ne s'attrape pas\nentre hommes. Je ne suis qu'amoureux. Ecoutez, Meyerbeer ;\nvous m'avez toujours manifesté des sentiments cordiaux, et je\nvous ai prouvé maintes fois ma reconnaissance dans mon feuil-\nleton des Débats. Je m'adresse à votre amitié : pouvez-vous me\nprocurer... du poison ? !\nMEYERBEER. Tu boisson !... Tu boisson !... Bourguoi vaire,\nallmaechtiger Gott ? !...\nBERLIOZ. Il m'en faut ! Le dussé-je voler ! Dussé-je assas-\nsiner quelqu'un,... Minos, Pluton lui-même !...\nMEYERBEER. Elohim ! Adonaï ! Il est vou ! !\nBERLIOZ. Mais ne vous sauvez donc pas comme ça !Ce n'est\npas pour vous le faire avaler.\nMENDELSSOHN. —Mon cher Meyerbeer, si vous pouvez donner\nquelque satisfaction à notre ami commun dans la circonstance,\nje vous en serai personnellement reconnaissant. Vous savez\nqu'il ne pourrait guère s'ensuivre rien d'irréparable, en l'espèce\ndont nous constituons le spectacle désormais éternel, et Berlioz\nserait content.\nMEYERBEER. Fous groyez gu'on n'aurait bas tes téssacré-\nments ?\nMENDELSSOHN. Je n'en présume aucun pour vous, du moins.\nMEYERBEER. Eh pien ! alors...\nBERLIOZ. —Vous en avez? ?\nMEYERBEER. Beut-êdre pien. Addendez gue che revlégize..\nBERLIOZ. —O mon ami !Si vous faites cela... Ah ! disposez\nde moi comme un maître de son esclave !... Tout ce que j'ai\nvous appartient...\nMEYERBEER. Fous êdes drop chénéreux, mon ger Perliôtz.\nChe ne foutrais bas afoir l'air te brovider...\nBERLIOZ. Tout, vous dis-je, tout ! Tout, jusqu'à ma che-\nmise !\nMEYERBEER. Fodre... Brésissément... Che benzais chus-\ndement... Nous bourrions vaire un bedit égeanche... ou plu-\ndôt... Tides tong, est-ce que fous denez apzolument à afoir une\ngemisse, Perliôtz ?\nBERLIOZ. Hein?... Ma foi ! C'est une vieille habitude,...\nmais, après tout,je m'en passerais fort bien pour ce que j'ai en\ntête.\nMEYERBEER. Fous safez, guand on n'en a gu'une, on ne\nbeut bas en geancher. Il faut mieux en afoir teux ou bas tu\ndout; est-ce bas? Et bis, fraiment, la mienne est drop ussée;\nelle est intigne te fous, mon illusdre ami... Diens ! bour ce"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "Gue fous temandiez... che grois que ch'ai chusdement la poîde\ntans ma boge...\nBERLIOZ. Meyerbeer, ma chemise est à vous! Vous l'aurez\ndans une heure! Donnez!...\nMEYERBEER. Vaides addenzion gue c'est un boisson drès\nfiolent...\nBERLIOZ.— Enfin, je l'ai!! Laissez-moi vous serrer dans\nmes bras! Oh! merci!\nMEYERBEER. Brenez carte, brenez carte ! Fous allez tégirer\nle blasdron. Bermeddez gue che dâde la doile!.. fous afez\nune cholie ébincle te grafade en tiamants. C'esd au moins un\ngadeau te l'Embéreur te Ruzie?...\nBERLIOZ. Prenez-la, mon ami, mon sauveur, mon frère!...\nEnfin, je l'ai! Je te contemple et te bénis, poison qui vas\nm'ouvrir un ciel d'ivresses et de béatitudes, ou me plonger dans\nl'abîme glacé des ténèbres, dans un gouffre de nuit irrévocable\net annihilatrice ! !...\nMENDELSSOHN. Dites donc, Meyerbeer, qu'est-ce que vous\nlui avez fourré là? Cela ne le rendra pas trop malade, au\nmoins ?\nMEYERBEER. Oh ! non ; soyez dranguille. C'est te la boutre\nte lygobote gue Wagner m'a tonnée bar tezus le margé, bazégué\nch'ai droufé une bunaisse tans la rôpe te geampre.\nBERLIOZ. ... Maintenant que je te possède, ô poison tuté-\nlaire, mon âme est libérée du poids qui l'oppressait, je com-\nmande au Destin et je vaincrai l'Amour qui me résiste! Courons\ndécouvrir l'implacable ! Andromaque, un autre Hector t'ap-\npelle ! Réponds à sa voix qui t'implore !..\nMEYERBEER. Guoi?.. Antromague ?.. C'esd Antromague\ngue fous gergez? Che fiens chusdement te la rengondrer afec\nAtam...\nBERLIOZ. —Avec Adam!... Eve était là aussi, j'espère !\nMEYERBEER. Efa?!.. Ach!mais non, mais non. Afec Atam\nle gombossideur ; Atolve, fous safez pien, l'audeur tu Jalet.\nBERLIOZ. Le misérable ! C'est donc pour ça qu'elle ne\ncomprend pas ma musique ! Que va-t-elle faire chez ce triple\ncrétin?..\nMENDELSSOHN. Oh! rien qui ne soit fort licite... Je me\nsouviens à présent. On m'a dit qu'il lui donne des leçons de\nsolfège.\nMEYERBEER. Fous groyez?.. Endout gas, mon ger Perliôtz,\nsi fous afez l'indenzion te vaire te la mussigue afec elle, che\ngrois gue fous berdrez fodre demps et fodre beine. Elle n'a\nbas l'air d'afoir peaugoup te tisbossizions ; et bis, elle est\ndrop barèzeusse. Quand che les ai aberzus tans le posguet, ils"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.9", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "ne drafaillaient bas tu dout à geander tu zolvèche. Ils se bar-\nlaient dout pas et elle édait azisse zur les chenoux t'Atam...\nBERLIOZ. Sur ses genoux! Mon Andromaque ! Mort et\nEnfer ! C'est donc lui qu'elle aimait ! Titania et son âne, alors,\nô Shakspeare ! ! O Désespoir! Ma bien-aimée, la veuve et la\nfiancée d'Hector! C-en'est plus assez du poison. Que le feu me\nréduise en cendres, me consume et m'anéantisse ! Le Phlégéthon\nsera mon crépitant tombeau ! Je cours me jeter dans ses flots\nde flammes, et son torrent de soufre submergera, sans les\npouvoir éteindre, le brasier de mon cœur et la lave bouillante\nde mon inextirpable amour! !\nMENDELSSOHN. Berlioz, écoutez!... voyons, mon cher\nami !...\nMEYERBEER. ■— Gu'est-ce gu'il a ?.. Mais il va prûler auzi sa\ngemisse ! ! Perliôtz ! Perliôtz! Addendez! Che ne suis bas zûr!\nje grois gue che me suis drombé ! Vous allez apîmer fodre ge-\nmisse! Perliôtz! mon ger Pierliôtz !...\nMENDELSSOHN. Quel scandale, mon Dieu! Que va-t-il se\npasser?..\n... Arrêtez-le !...\nMENDELSSOHN. Ciel! quel est ce nouveau vacarme ?...\nWAGNER. Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! C'est un voleur ! Prenez-\nlui ma robe de chambre !... Ah ! vous avez laissé fuir Mendels-\nsohn !... Par où est-il parti ?...\nMENDELSSOHN. Que voulez-vous dire ?... De grâce, mon cher\nWagner, reposez-vous un instant. Vous êtes hors d'haleine.\nWAGNER. Il s'est échappé, der\nMENDELSSOHN. De qui donc parlez-vous ?\nWAGNER. —Le voilà !!.. Filou, crapule, tu... Ah ! c'est toi,\npapa...\nLISZT. Richard, je t'en conjure, ne te mets pas dans des\nétats pareils ! Qu'est-il arrivé encore, mon Dieu ?...\nWAGNER. C'est cette canaille de Meyerbeer... Mais, tu es\nau courant, papa, tu peux en témoigner devant Mendelssohn...\nLISZT, Oh ! cher Félix, pardon, je ne vous voyais pas.\nWAGNER. —Tu sais l'entrevue qu'il m'avait promise, contre\nma robe de chambre...\nLISZT. Oui, oui, avec Eschyle, Sophocle et Spinoza...\nWAGNER. Et Platon... Eh bien ! c'était aujourd'hui. Il est\nvenu me prendre ce matin pour m'y conduire. Sans défiance,\nje lui donne la robe mauve, comme c'était convenu, et il l'en-\ndosse aussitôt, en me conseillant ma jaune *, celle en satin,\nque voici, doublée de velours frappé orange. Ça aurait dû me\nfaire ouvrir l'œil. Enfin, je m'habille et nous filons. Il m'emmène\npar des chemins détournés, jusqu'à une gorge sablonneuse et"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "sombre où s'étiolaient quelques oliviers rabougris. Là, il m'a-\nbandonna, sous prétexte que les Juifs ne pouvaient aller plus\nloin sans une carte de visite de Salomon, délivrée contre espèces\nà sa banque. Il m'indiqua le fond du ravin où j'étais attendu par\nle pédicure de Platon, un Français que tu as dû connaître à\nl'lnstitut. Tu ne devinerais jamais qui...\nLISZT. Un pédicure académicien?!..\nWAGNER. Cousin, le grand Victor, « Môssieur Cousin »\nlui-même ! Platon s'en sert aussi pour faire ses commissions, et\ncette fripouille de Meyerbeer m'assura que « son ami Goussin »\navait fixé ici le rendez-vous et se chargeait du reste. Un peu dé-\ncontenancé, je l'avoue, j'avançai à tâtons vers l'endroit désigné :\npas un chat ! Craignant d'être arrivé trop tôt, je posais déjà\ndepuis un bon quart d'heure, quand j'ouïs quelqu'un tousser\nsourdement àma gauche. Je me retourne : personne ! En me\npenchant, je découvre devant mon nez une porte de bois. Une\nautre toux répond à mon heurt impatient; je pousse l'huis\nqui cède et je pénètre dans une grotte où il faisait noir comme\ndans un four. De plus en plus ahuri, je demeurais coi, un peu\nintrigué par de légers grincements qui parvenaient à mon\noreille, lorsque, soudain, retentit une sonnerie électrique ; j'en-\ntends le bruit d'un piano jouant une polka stupide, des appels\nconfus, des pas dégringolant des escaliers, des chuchotements,\ndes froissements d'étoffe ; un rideau s'écarte, au bout du couloir\noù je me trouvais, laissantpasser un rayon de lumière et des\nbouffées de parfums violents. Je regardai dans l'ombre autour\nde moi et distinguai trois individus accroupis sur le sol. L'un\npolissait des verres de lunettes, son voisin ajustait des baleines\nsur un manche de parapluie, tandis que l'autre, dans un coin,\ngrattait tranquillement sa vermine. Je les reconnus avec stupé-\nfaction. Tout à coup, à l'entrée du salon, je vis apparaître Mar-\ndochée, qui tenait à la main un flambeau. Abusé par la couleur\nde ma robe, le complaisant personnage m'invitait en souriant à\nle suivre et faisait signe à Tobie, qui vint me proposer une lor-\ngnette d'occasion et me tendit un programme imprimé sur un\néventail. Je ne pus maîtriser ma colère. J'éclatai, mais, dès le\npremier mot, se croyant mystifiés et bravés, ma voix déchaîna\nleur fureur. Mardochée me cria : Raca ; Job me lança une poi-\ngnée de poux à la tête ; Jonas brandit son instrument comme\nun épieu et m'assaillit par derrière. Je ne sais comment je\nsuis sorti de ce repaire immonde... Ah ! il me paiera ça,\nMeyerbeer !\nLISZT. C'est inconcevable. Je ne l'aurais jamais cru de lui.\nMais voyons, Richard, es-tu bien sûr qu'il soit fautif? 11 ne t'a\npas parlé de porte."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.11", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": "WAGNER. Il savait parfaitement où il m'envoyait, le mufle !\nMENDELSSOHN. Peut-être, et même, évidemment, si vous\nvoulez, mon cher Wagner ; mais, en somme, il n'avait pas choisi\nla place. Ce monsieur Cousin... C'est bien bizarre...\nWAGNER. —Oh ! lui, c'est un idiot. Je l'ai connu :il est trop\nbête pour avoir été complice. C'est ce bandit de Meyerbeer qui\nm'a joué ce tour-là pour m'escroquer ma robe de chambre. Mais\nil ne la gardera pas longtemps ! Je finirai bien par l'atteindre!...\nC'est lui !!... Ah ! Schweinhund !...\nMEYERBEER. Hatschoum ! Haaatschum ! Haaaatsch...\nWAGNER.— ...Brigand! Traître! Coquin! Rends-moi ma\nrobe de chambre !...\nMEYERBEER. Au zegours ! A L'az... Hatschim!... A L'aza-\nzin !... Hatschum !... Au zeg... Haaatschi !... tschi !... tschi !...\nLISZT. Richard! Richard ! Je t'en supplie !...\nMENDELSSOHN. Mon cher Wagner!... Lâchez-le, il étouffe !\nVoyez...\nMEYERBEER.—Hitsch... hitsch... hiiitschoum !.. Cr...Crâze!\nAu zegours ! Crâz... tschu!... tschou!...\nWAGNER. Ce sont des singeries !... Filou !... Menteur !...\nMENDELSSOHN. Mais non, laissez-le respirer !... Vous voyez\nbien qu'il est indisposé...\nMEYERBEER. Tschi !... Tschou !... Crâze !... Tschou !... ne\nme vaides pas te mal !... Haaaatschi !.. Fous allez tégirer la\ngemisse... tschum ! tschi! tschoum!...\nLISZT. Rassurez-vous, mon cher Meyerbeer. Ne tremblez\npas ainsi. Venez, asseyez-vous. Voulez-vous un mouchoir ?\nMEYERBEER. Ui, oh ! ui... tschou ! tschou !...mer... tschu !...\ntschi!... t..t.. t..tschoum !...\nLISZT. Mouchez fort !.. Là !.. Essuyez-vous un peu le men-\nton.\nMENDELSSOHN. Tenez, reniflez un peu d'eau... Maintenant,\nmouchez... Encore... Voici un autre mouchoir... Eh bien ! cela\nva-t-il mieux ?\nMEYERBEER. Ui, ui, un beu... Haaatsch... Merzi pien...\nTsch... ssé !... tschi !...\nMENDELSSOHN. Mais, que vous est-il donc arrivé, mon\npauvre Meyerbeer ?\nMEYERBEER. —C'est Perliô... tschim !... Perliôtz...lL est tefenu\nvou ! Doud à vait vou!...\nWAGNER. Parbleu ! il l'a toujours été. Qu'est-ce que vous\nnous radotez là ?\nMEYERBEER.— Che,.. Che ne radode bas... Che tis la féri...\nTssou !.. Haatsch... Che fous tonne ma barole t'honneur !... Il\nest tefenu vou à lier. Fous safez, Pardholti, guand ch'ai gouru"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "abrès lui doud à l'heure, bassegu'il foulait se noyer tans le Vlé-\nquédon bour prûler sa gemisse, ch...tschum !... che ne l'aurais\nchamaisraddrabé. Heureussement, il est dompé barderre. Ch'ai\nezayé te le galm... tschi !.. galmer. Che lui ai tit gue che m'é-\ndais drombé bour Atam, mais il ne me m'a bas gru. Alors, che\nlui ai tit que c'était bas pien te carter le boisson et la gemisse\ndous les teux... Tschoum !.. Alors, il est tefenu vurieux. Il s'est\nlefé, il s'est téshapillé doutendier et il a grié : « Denez, la foilà\net le boisson afec !» Et il m'a chedé la gemisse et la poîde à la\nvicure... Tschi!.. Tsssi ! Alors, la poîde s'est ouferde et..«\nTsssoum!... Tsch...etche me suis mis à édernuer...\nMENDELSSOHN. —Mon pauvre ami ! Enfin, ce ne sera rien.\nLISZT. Et Berlioz ?...\nMEYERBEER. Il est bardi gomme un vou, en griant : « Che\nfeux me fencher t'apord afant te bérir bar le veu ! » Il est bardi\ntu godé tu posguet... Tschu !.. Heureussement, il ne sait bas au\nchusde où c'est. Il a gouru gomme un vou afec ses crantes\nchampes ; il afait carté gue ses jauzeddes et ses poddines.\nLISZT. Quoi ! il était nu ?..\nMEYERBEER. Dout nu, nu gomme un fer... Che... Hats-\nchum!... Che fous tis qu'il est vou.\nLISZT. Le malheureux !\nMENDELSSOHN. C'est un scandale désolant.\nWAGNER. Peuh ! Il a toujours été comme ça.\nMEYERBEER. —Moi, che ne boufais blus m'arrêder t'édernuer,\nafec cedde mautide boutre te lygobote !.. Tssoum!..\nWAGNER. Ah ! c'est ma poudre ! Eh bien ! vous ne l'avez\npas volé, votre rhume ! Si vous ne m'aviez pas filouté ma robe\nde chambre...\nMEYERBEER. Viloudé ?.. Che... Che ne fous ai bas...\nWAGNER. Mais vous allez me la rendre à l'instant, ou bien\ngare à toi, canaille!..\nLISTZ. Richard, Richard, calme-toi ! Il va te donner des\nexplications; je suis certain...\nWAGNER. Pas besoin d'explications ! Il ne sait que mentir,\nl'escarpe !...\nLISZT. Richard ! Voyons, Richard !\nMEYERBEER. —Mais che ne gombrends rien... Che... Tschi !...\nChe...\nLISZT. Eh bien ! il paraît que Cousin n'était pas 1à...\nMEYERBEER. Guoi ! guoi !... mon ami Goussin ?... 11...\nWAGNER. Oui, votre « ami Goussin » ! Vous vous êtes\nfichu de moi !...\nMEYERBEER. Che... Alors, fous n'afez bas édé au rentez-\nfous ?"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.13", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "WAGNER. Au rendez-vous !... Est-ce que c'était chez Mar-\ndochée, par hasard?...\nMEYERBEER. Gez Martogée ? ! Ach ! du grosser Gott ! Mar-\nto... Egoudez... che n'afais bas ossé fous tire... Ce tiaple de\nGoussin ! Ch'aurais tû fous bréfenir, c'est frai ; ch'ai eu dort.\n11... Tschi !... Il m'afait bourdant pien bromis. Il est resdé drop\nlongdemps gez Martogée...\nWAGNER. Qui ça ?... Cousin ?\nMEYERBEER. Mais ui. Il y fa bresque dous les chours bour\nfoir la Tugèze te Lonquefile...\nLISZT. La duchesse de Longueville ?...\nMEYERBEER. Mais ui, mais ui. Fous safez pien, zelle gu'il a\nvait un lifre tezus et gu'il édait amoureux te son bordrait. Elle\nmonde drès pien à jual. Martogée l'a encachée tans son gassino\nbour les egzerzises te haude égole. Goussin ne mangue bas une\nrebréssendazion. Fous n'afiez gu'à le temanter à Yôp ou à\nDôpie... Ch'aurais tû fous bréfenir, bartonnez-moi, mon ger\nWagner.\nWAGNER.— Qu'est-ce que c'est cette histoire-là?\nMEYERBERR. Che fous tonne ma barole t'honneur. Cédait\ngonfenu afec Goussin. Ah !il fa êdre pien rezu bar Bladon !\nMais che fais dâger t'arrancher za. Che...tschij... Fous aurez un\naudre rentez-fous, che fous carandis...\nWAGNER. Vous ne me montez pas encore un bateau ?...\nMEYERBEER. Che fous chure zur...\nWAGNER. Mais pourquoi m'avez-vous fait mettre ma\nrobe jaune? Quand Mardochée m'a vu...\nMEYERBEER. Elohim !... Il a che n'afais basbenzé.\nCh'ai titza, bassegué c'est la blus pelle te dous les gouleurs;\nelle est Kodesh Kodâshim \\ c'est la gouleur tu zoleil et tes\nédoiles tans le ziel...\nWAGNER. Et des « louis d'or » sur la terre, hein ?\nLISZT. Enfin, tu vois, Richard, combien tu fus injuste.\nWAGNER. Je n'en suis pas si sûr que ça...\nMEYERBEER. Egoudez, Wagner, si fous foulez, che... tschi !..\nche... Eh pien! denez... che fous rends la rôpe te geampre\nchusgu'à l'audre rentez-fous!... Foulez-fous?\nWAGNER. Non, ce n'est pas la peine. Votre offre suffit pour\nme convaincre. Décidément, Meyerbeer, je vous ai méconnu;\nvous êtes un bon bougre, au fond. Je compte sur vous. Voulez-\nvous une prise de tabac ?\nMEYERBEER. Une... Oh ! non, merzi. Che... tschum!... Bas à\nbréssent.\nMENDELSSOHN. Rentrez chez vous prendre un peu de repos,\ncher ami."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "LISZT. Oui, tâchez de dormir une heure ou deux.\nMEYERBEER. —Est-ce gue fous afez pezuin te fos mougeoirs ?...\nLISZT. Mais non, mais non. La Princesse m'en a encore\nenvoyé trois douzaines. Gardez-les, j'en rendrai un à Mendels-\nsohn.\nMEYERBEER. —Oh! merzi,merzi.Oh ! fousêdespien aimaple...\nEhpien! Adcheu, Che... Achl Et magemisse !...Adcheu! Merzi\npien. Che... che fais me gouger un beu... Diens ! foilà Atam...\nADAM. Bonjour, cher Maître,... chers collègues... Pardon\nd'interrompre votre entretien. Vous n'auriez par rencontré, par\nhasard, Andromaque ?\nWAGNER. Andromaque ? 1\nMEYERBEER. Antr... tschoum!\nMENDELSSOHN. Mais non, mon cher Adam, non ; nous n'a-\nvons vu personne.\nADAM. C'est curieux. Où a-t-elle pu passer?\nMENDELSSOHN. N'était-elle pas en votre compagnie ?\nADAM. —Mais oui. Figurez-vous : j'étais en train de lui don-\nner une leçon de solfège, comme elle m'en a prié depuis quel-\nque temps, quand, au beau milieu d'une gamme chromatique,\nnous entendîmes, non loin de nous, des exclamations incohé-\nrentes mêlées à un bruit de galop et de branches brisées. C'é-\ntait Don Quichotte, dans le costume inconvenant que vous\nsavez...\nMEYERBEER. Eh ! Eh! c'est le fôdre, mon ger Atolve.\nADAM. Le mien ?\nMEYERBEER. —Tame ! le gosdume t'Atam. Hi ! hi ! hi !.. Hats-\nchou !..\nADAM. Ah ! Ah ! très joli. Compliments, cher maître. Mais\nvous êtes enrhumé ?\nMEYERBEER.—Ze n'est rien, ze n'est rien ; gondinuez. Alors...\nADAM. —Eh bien, il courait d'une vitesse effrénée, avec des\ngestes extravagants, selon son habitude. Je remarquai seulement\nque le malheureux insensé s'était chaussé d'une paire de bottines\net avait rasé sa moustache. De l'endroit où nous nous trouvions\nnous aperçûmes soudain sa longue et maigre silhouette qui se\ndressait comme un fantôme et sautait comme un pantin arti-\nculé. A cette vue, Andromaque poussa un petit cri de stupeur;\nses yeux s'agrandissaient d'effroi, jusqu'à sembler lui sortir des\norbites. Elle bondit, terrifiée, et se sauva sans pouvoir proférer\nune parole. Je l'appelai vainement et je suis très inquiet, car elle\navait visiblement perdu la tête. Imaginez-vous que, dans son\ntrouble, au lieu de fuir le forcené, elle se dirigeait du même\ncôté que lui. Elle avait l'air de le poursuivre. Je suis très inquiet\nvraiment, très inquiet..."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.15", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 676, "texte": "MEYERBEER. Ne fous dourmendez bas, mon ger Atolve. Il\nne lui arriferarien te crafe. Ghe fous tonnemabaro... Haatsch.. !\nADAM. Oh ! je sais bien qu'elle n'en mourra pas.\nMENDELSSOHN. —Evidemment, cher ami.lci, n'est-ce pas?...\nC'est ce que je disais tout à l'heure à Berlioz. Attendez patiem-\nment son retour.\nADAM. C'est peut-être ce que j'ai de mieux à faire.\nMEYERBEER. Zerdainement ; c'est le blus raissonaple. Dout\nte même, Atolve, elle est pien nerfeusse, cedde Antromague,\net bis, elle n'a bas peaugoup te tisbossizions bour la mussigue.\nZi... tssou ! Zi che fous tonne un pon gonzeil, c'est te gerger\nune audre élèfe te zolvèche.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c006", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.4", "titre_corps": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE", "titre_sommaire": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE", "signature_source": "Salvator Peïtavi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "ESQUISSES MUSICALES\nD'OUTRE-MANCHE\nLA MUSIQUE ET LA RELIGION.\n\n(I)\nII.\nThe blackbird amid leafy trees,\nThe lark above the hill,\nLet loose their carols when they please,\nAre quiet when they will.\n(Wordsworth, The Fountain.)\nIl est des considérations auxquelles on se livre quasi spon-\ntanément, sans savoir quelle en est la cause directe ; on s'y\nlaisse entraîner comme au fil de l'eau une barque * l'on met au\nvent la voile, et de voguer, de voguer!... J'imagine que tel\ndevait être mon cas, certain matin de mars ou d'avril, où, en\ncompagnie d'un ami de très lointaine enfance un des rares,\nje dévalais, pai Victoria-Street, cette succession de rues agitées,\ntumultueuses, bordées de ruelles sombres, qui conduit de la\nBanque à Saint-Paul. Un tantinet rêveurs tous deux et philo-\nsophes, nous nous étions vite abstraits du brouhaha confus\nde cette immense ruche humaine. Nous suivions le trottoir,\nles yeux fixés au sol, dans une méditation un peu vague, effet\npeut-être du brouillard qui, sans être très épaisj enveloppait\nles choses d'un voile laiteux à peine diaphane, leur donnant des\nairs de lointains imperceptibles, fondant les contours dans un\nensemble où tout s ébrouait, vaporeux, et jetant partout une\nmoiteur maladive. Ce fut mon ami qui, le premier, rompit\nnotre silence :\n« Etrange coloration des objets, selon les jeux de la lumière\net les caprices du temps. Londres, la ville affairée, n'a-t-elle\npas en ce moment les aspects d'une cité de rêve ? »\n\n(i) Suite. Voir le Mercure musical du i 5 octobre."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.17", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "Je le savais poète assez, peintre un peu, musicien beaucoup.\nCette réflexion me îfit [.sourire.\n« Au fait, poursuivit-il, il y a un sens profond dans toutes\nchoses : les plus menues comme les plus grandes. Il n'est rien\nqui, sous les reflets d'une pensée, ne laisse jaillir un aperçu\nnouveau, une idée. La fécondité intime des choses est inépui-\nsable ; c'est un prisme ou, si vous préférez, un diamant qui,\nselon qu'on le retourne sur telle ou telle facette, change d'éclat\net de beauté... Tenez, avez-vous lu Wordsworth ? Puisque\nnous sommes en Albion, il est permis de le citer. Or bien, le\ngrand lakiste n'a-t-il pas voulu voir dans les moindres riens\n« un poème » ? Et quant à vous parler de Tennyson et de la\nmusique de son vers, je m'en sens incapable ; il faudrait ici son\ncadre de paysages, quelque chose comme ces jolis émaux et\nces fines ciselures anciennes où l'on s'arrête, attentif, pour\nsonger.\nVoyons, dis-je, quelle est votre thèse ?\nProfane ! s'écria mon enthousiaste compagnon, en frap-\npant du pied le trottoir ; ne l'entrevoyez-vous pas ?\nSans doute, vous êtes symboliste ?\nParfaitement. Nous y voilà... L'idéal donc, pour tout\nart, c'est d'être un symbole, aussi adéquat qu'il se peut, d'une\nconception ou d'un objet. Or, le plus « symboliste » des arts,\nc'est la musique. Dites donc le contraire et que ce n'est point\nlà sa couronne ?\nJe vous voyais venir, fis-je tout de suite.\nSoit ! Plus l'idée est élevée, et plus élevée aussi la plas-\ntique de l'art qui la doit représenter. Il me vient en mémoire\nune ou deux phrases de Garlyle, ce demi-halluciné qui, pour-\ntant, eut des jets de génie. « Musical ! que de choses en ce\nmot ! Une pensée musicale est celle que rend un esprit qui a\nperçu la mélodie reposant en germe dans son sein. Tout phé-\nnomène intérieur est mélodieux ; il est de sa nature de s'expri-\nmer par un chant (i). » Et donc, le sentiment religieux peut-il\nse traduire autrement que par la musique ? N'avez-vous pas lu,\ndans le livre des Psaumes, cette exclamation soudaine du poète\nque fut David : Domine Dominus noster, quant admirabile est\nnomen tuum in universa terra C'était le soir... Sur sa ter-\nrasse, en présence de ce ciel clair d'Orient, au milieu d'une de\nces nuits calmes comme on en voit là-bas, il rêvait aux étoiles, et\nc'est dans une explosion d'inspiration que, saisissant sa harpe,\nil la fit frissonner au contact de ses élans, et chanta...\nNous venions de déboucher sur la place de Saint-Paul. Le\n\n(1) On Heroes and Hero Worship. The Hero as a Poet."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "brouillard était moins intense, un tissu savant formé de fils\nféeriques si ténus qu'un souffle les dissiperait. L'immense cathé-\ndrale anglicane aux teintes noires, un peu lourde, un peu mas-\nsive, écrasant de son poids les colonnes de l'entrée, s'enlevait\ndevant nous sans trop de charme, et je vis que mon ami parais-\nsait mécontent. Nous entrâmes.\nLe service était commencé, car un ministre en long surplis\nblanc et en favoris, debout devant un pupitre, à gauche de la\nnef centrale, lisait la Bible, d'une voix lente, monotone, réglée\nau métronome, sans inflexions ni nuances, sans un tressaille-\nment, ni dans le verbe ni dans le geste. Quand il eut fini, l'orgue\nsembla répondre un Amen prolongé. Les notes, d'abord très\ndouces, puis plus fortes, inondèrent peu à peu l'édifice, bourdon-\nnant dans les coins, s'enroulèrent dans le dôme doré où on les\nentendit se perdre ; puis, tout à coup, ce fut comme un gicle-\nment de voix enfantines, agréables et flexibles, qui montaient,\nd'une ascension passionnée ; d'autres voix fusaient de toutes\nparts, se mêlant, fuyant, s'unissant comme les vagues de la\nmer ou comme les exclamations d'une foule mue par un senti-\nment unique, mais où chacun s'exprimerait à sa manière.\nAbrité derrière le tombeau du duc de Wellington, somptueux\nrevêtement de misérables restes, je frémis d'instinct à ces accents :\nj'avais reconnu Y Alléluia de la Cde Haydn... Puis, gra-\nduellement, cette explosion fervente parut s'apaiser, plus con-\ntenue, plus reposante, et se termina dans un silence qui donnait\ndes avant-goûts d'extase... L'écho des voix, marié aux dernières\nroulades de l'orgue, erra encore dans la nef pour prolonger le\nsaisissement qui nous tenait. Le ministre remonta à son pupitre\net s'en vint relire un nouveau chapitre de la Bible, celui où\nJésus, triomphateur pacifique, s'avance vers Jérusalem tandis\nque le peuple l'acclame. Il y eut quelques invocations sur un ton\nlent et nasillard ; puis le chœur exécuta l'hymne: Le Seigneur\nest mon pasteur...,œuvre un peu mièvre et de grâce senti-\nmentale, romance religieuse. Et toujours ces petits gosiers\nde soprani, lançant avec assurance leur petite voix vers le\nciel...\nQuand nous sortîmes, le brouillard avait complètement dis-\nparu 5 même un mince rayon de soleil, bien pâle, bien jaune\nle sourire d'un poitrinaire, se risquait sur la ville. En bas,\nla rue descendait, faisant une pente assez raide, la hauteur de\nLudgate-Hill dont Saint-Paul occupe le sommet ; des omnibus\nallaient et venaient, chargés de foule, et c'était l'agitation cou-\ntumière, fiévreuse et inlassable. « Hum I fit mon ami, comme\npour rappeler une impression pénible, je crains fort que cette\nmusique ne provoque, chez ce peuple, la sentimentalité reli-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.19", "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "gieuse aux dépens de la véritable religion. Du mysticisme et pas\nde dévotion !.. »\nEt, comme je le regardais, un peu vexé :\nmain vers la foule qui grouillait dans la rue, des fabricants\net des banquiers ; conserves alimentaires et chèques sur la mai-\nson X. Voyez donc partout les affiches de réclame... Bah ! »\nEt il ne souffla plus mot, méprisant.\n★\n* *\nEt peut-être n'avait-il pas tout à fait tort, mon ami, encore\nqu'il se fût exprimé d'une manière paradoxale. Je m'en rendais\nde plus en plus compte, tandis que nous retournions, serrés sur\nles banquettes de velours rouge de l'omnibus. Ce qui m'avait\nfrappé dans l'exécution de Saint-Paul, et les autres que j'avais\nentendues auparavant, là et ailleurs, c'était 1' « artificiel » de\ncette musique religieuse. Certes, il y a de la puissance et une\nexpression remarquable dans un Haydn, et j'avais pu m'en rendre\ncompte tout à l'heure ; mais un fait s'imposait à moi : les\nAnglais, de même qu'ils manquent d'une musique profane de\npremier ordre, manquent aussi de musique religieuse, je veux\ndire originale, fortement marquée. Encore ici, ils sont contraints\nde butiner, de faire de l'éclectisme pour trouver ce qui leur fait\ndéfaut. Ils prennent ici et là et s'assimilent comme ils peuvent\nces multiples éléments ; mais de former, eux, une musique\ncapable de traduire leurs sentiments intimes d'adoration, une\nmusique psychologique où seraient concentrés ces élans ardents\nde l'âme religieuse perdue dans la contemplation du monde\ndivin, en communion intense avec les idées suprasensibles et\nsurnaturelles, ils n'en ont pas la force, et j'en dirai la raison.\nSerait-ce que l'inspiration artistique les trahit et les aban-\ndonne ? Il est impossible de répondre d'un mot. Je déclarais\nl'autre jour que dans la chanson légère, ailée, chose d'un\ntemps, genre éthéré, les Anglais semblaient avoir excellé ; et\npourquoi, je crois l'avoir exposé également. Par un phénomène\nanalogue, dans le domaine religieux, là où l'âme anglaise se\ncomplaît surtout, c'est dans les hymnes, ces hymnes mystiques,\nsentimentales, saturées d'une buée de piété tendre et dolente,\nimprécise aussi et fuyante ; ces hymnes soupirantes, d'une dé-\nvotion vague, elles sont délicieuses, elles bercent, elles caressent\ncomme un souffle très léger de brise d'été. Seulement, les fortes\naspirations, les ascensions sublimes, qui partent comme des\nflèches de feu, les palpitations inexprimables qui animent la\nmusique d'un Palestrina, d'un Soriano, d'un Victoria, les\n\n3 2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.20", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "Anglais ne les ont pas. Et cela tient, à n'en pas douter, au ca-\nractère de leur religion, faite de mysticisme et de sentimentalité\nsans limites définies. Cependant, l'importance qu'ils accordent\nà la musique d'Église est évidente ; ils en sentent la présence\nindispensable dans leur culte et s'imposent, pour cela, de grands\nsacrifices. Peu d'églises de l'Etablissement ou des partis dissi-\ndents sont dépourvues d'unchœur. Alors, véritablement, seraient-\nils radicalement impuissants, voués à la stérilité ?\nVous allez penser que j'anticipe la conclusion avant d'en avoir\nfourni les éléments et les prémisses. Mais il ne s'agit pas d'une\nthéorie qui me tiendrait à cœur ; il s'agit d'un fait psycholo-\ngique, très facile à analyser dans ses grandes lignes. J'en veux\ntracer l'ébauche rapide.\nA l'acte d'adoration doivent concourir toutes les puissances\nd'un être, se composant toutes et se résorbant en un même objet :\nDieu médité, adoré, loué publiquement ou dans le sanctuaire\ninviolable du « moi ». Il ne m'appartient pas ici de parler de ce\nculte intérieur. D'autre part, le culte extérieur requiert un\nensemble où chaque chose aun sens,\"est un symbole, une puis-\nsance d'évocation, comme un pont jeté entre le monde sensible\net le monde divin. Ceci en est la charpente, et elle est indispen-\nsable. L'homme est ainsi fait qu'il lui faut, même et surtout\ndans ses relations avec l'lnfini, se servir de choses palpables,\nsymboles plus ou moins parfaits d'un ordre d'idées et de con-\nceptions infiniment plus élevées, au moyen desquelles il s'ap-\nprochera davantage de son idéal. Vouloir lui nier cela est une\nutopie, une tentative manifestement antihumaine et par con-\nséquent ruineuse. Je n'ai pas à insister sur ce principe dont on\npourrait, à travers l'histoire, suivre l'application ; mais cette\ntentative fut celle de la Réforme. L'Angleterre y a perdu la splen-\ndeur de son culte et y a gagné la froideur de ses temples. On ne\njoue pas impunément avec des sentiments enracinés dans l'âme\nhumaine.\nLes cérémonies de l'Eglise anglicane, devenues de simples\nlectures de la Bible, risquaient de faire sombrer le sentiment\nreligieux ou, du moins, de l'affaiblir. Ce résultat arriva lente-\nment. Les inclinations naturellement pratiques reprenant le\ndessus, la religion de l'Angleterre est devenue une affaire entre\nmille autres, un rouage ordinaire de la vie, une habitude prise,\nune formalité, et seules ont surnagé quelques idées d'un mys-\nticisme vague, désemparé. De tout l'appareil du culte, la mu-\nsique a eu le privilège exclusif de demeurer, et comme il lui\nappartenait désormais de remplir, par elle-même, le rôle qu'elle\njouait, auparavant, associée avec d'autres éléments, son con-\ncours a été jugé d'autant plus indispensable. D'où son im-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.21", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "portance nécessaire. Elle a donc épousé les formes du sentiment\nreligieux dans lequel on l'a coulée. De même et j'y insiste à\ndessein que le « home » a produit la chanson gaie, alerte,\nde même la religiosité a produit l'hymne avec son caractère\nsoupirant, affectif, d'une moyenne calme et paisible, rivulet qui\nest un peu aux puissantes harmonies religieuses ce que la poésie\ncorrecte et travaillée de Macaulay dans ses Chants de l'ancienne\nRome est à celle d'un Byron. Les chœurs animés d'une forte\npensée, priants, enthousiastes, on les empruntera à Mendels-\nsohn, à Haydn, à Hœndel, et vous aurez un éclectisme respec-\ntable. Bien difficile serez-vous si vous faites encore la moue.\nLe mal est que, tout en paraissant occuper une place pré-\npondérante dans la religion des Anglais, la musique y joue,\nen réalité, un rôle de mercenaire. Voilà de bien gros mots !\nMais de ce que j'avance il me sera aisé de donner de piquants\nexemples.\nPar nature et aussi par formation, l'Anglais est homme\nd'affaires, réclamier. Il a des façons inédites et originales de\nvous présenter ses produits. Que voulez-vous ? C'est une ques-\ntion de tempérament, un côté particulier du :\n« Chassez le naturel, il revient au galop. »\nCet instinct de la réclame se manifeste partout, et vous pouvez\ndéjà prévoir le moment où la musique va devenir un moyen\ncomme un autre de lancer une « affaire religieuse ».\nis business : Les affaires sont les affaires. En Angleterre, on\nn'y regarde pas de si près. Il y a des manières de s'y prendre\nqui, pour étranges qu'elles paraissent, ne manquent ni de\npittoresque ni d'intérêt.\nL'Armée du Salut laquelle est plutôt une société philan-\nthropique a vraiment le génie de ces arrangements,'ce dont\nje ne lui fais pas précisément un reproche. Ses membres sont\norganisés en bataillons. Tous les dimanches et jours de fête,\ndivers détachements, précédés chacun d'une fanfare où le\ntrombone et l'ophicléide tiennent un rang honorable, se rendent\ndans les quartiers de East-End,parmi les faméliques de\nBethnal-Green ou de Whitechapel. C'est là leur fief. Combien\nde fois les ai-je aperçus, braves gens, marquant le pas sur le\npavé, soufflant avec entrain dans leurs cuivres bossués, souvent\nmalgré la pluie qui leur cinglait le visage de ses rafales en\ncoups de fouet ! Stoïques, résignés, ils allaient sans se détour-\nner, convaincus à part eux de l'importance sociale de leur\nmission ; et de les voir ainsi se dévouer à une idée, au sein\nd'une cité où le naturalisme pratique confine souvent à l'égoïsme\ncruel et étouffe parfois l'élan des initiatives généreuses, il y\navait quelque chose de touchant et de beau. Les gamins, les"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.22", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "mains aux poches, les suivent en sifflant ; puis s'approchent\nles femmes désœuvrées et aussi les hommes sortis du\nhome, l'assommoir, moitié curieux,fmoitié intéressés. Je ne con-\nnais rien de plus hétérogène, de plus composite que ces\nensembles.\nA un coin de rue le cortège s'arrête ; les cuivres, épou-\nmonnés, rendent les armes, et des jeunes filles entonnent des\nhymnes, ces hymnes recueillies, graves, dont je vous parlais\ntout à l'heure. Or j'en ai vu de ces attardés dégénérés venus là\npour écouter, verser des larmes d'attendrissement au souvenir\névoqué de leurs premières années, et de ce calme saint et de\ncette conscience quiète qui en firent le charme. On dirait qu'il\ny a, dans les hymnes qu'ils entendent, comme une vertu\névocatrice semblable à celle du mélancolique\nvaches de la Suisse... Puis, quand le groupe des auditeurs\nest assez compact, une femme en vareuse bleue et en capeline\nallongée où, sur un ruban écarlate brillent les initiales de\nl'Armée du Salut, monte sur une chaise et harangue la foule\nqui écoute en silence ; car on aime la liberté et on la respecte\nlà-bas, en Albion.\nAvec des variantes, le procédé est répété par de nombreuses\nsectes non conformistes. Vous passez dans la rue, et l'on vous\ntend une carte aux tons mauves, attrayante. Tel jour, dans\ntelle église dit la carte, M. un tel, organiste renommé\ndu moins on s'en laisse convaincre, donnera un\nrécital d'orgue ; l'entrée est gratuite, il suffira de présenter ce\nticket... Voilà une bonne aubaine : charmants, délicieux ces\nAnglais, et d'une prévenance !\nAu jour dit, vous vous présentez des premiers pour avoir\nune bonne place et vous attendez une heure, maximum. Le\ndocteur X... monte en chaire et, tout plein de sourires, lit un\nchapitre de la Bible. C'est l'introduction. Puis vient un sermon\nplus ou moins long, naturellement. « Eh ! mais, le récital\nd'orgue, et M. un tel, l'organiste distingué, et la carte aux\nreflets mauves ? » Vous ruminez tout cela pendant le ser-\nmon et vous avez du temps. Vous ne pouvez pas sortir, c'est\nclair. Alors... résignez-vous... Le sermon terminé tout a une\nfin, n'est-ce pas ? l'orgue joue un morceau quelconque; cela\ndure cinq minutes, et... l'on sort... Gela a bien duré deux heures.\nNaïf! on voit que vous venez de France; vous avez été\nvictime d'un trop grand amour pour la musique, et vous avez\noublié que la musique ici c'est tout de même de la réclame.\nD'autres églises non conformistes s'y prennent moins habile-\nment. Dès le lundi, sur une immense affiche on exhibe le nom\ndu prédicateur du dimanche suivant, parfois aussi son portrait."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.23", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "Puis, en lettres flamboyantes, lisibles à deux cents mètres, on\nvous avertit que M. X. et Mme Y. chanteront un duo ; que\nla sympathique MllO Z. fera entendre sa voix, accompagnée\npar le violon de M. N... Si vous manquez une si bonne occa-\nsion, tant pis pour vous ! C'est pour rien 1... Tout au bas de\nl'affiche est cette invitation aimable : A welcome, a Book and\na Seat ! Un bon accueil, un livre Tout cela pour\nvous ; avouez que c'est bon marché.\nTel de mes lecteurs va peut-être hocher la tête d'un air de\ndoute. Dans ce cas, je le prie d'aller, dans son prochain voyage\nà Londres, jusqu'à Mile-End Roadpar exemple, et de demander\noù se trouve le Lycett.J'attends ses impressions.\nL'A ssembly Hall,dans le même quartier, est un centre\nd'œuvres sociales importantes. Il réussit à attirer de nombreux\nouvriers grâce à ces expédients. On y donne, en effet, des\nauditions d'oratorios célèbres, annoncées à l'avance par une\naffiche. Samson, le Messie, la Création, Saint Paul, [sont la\npartie la plus attrayante du répertoire. Les organisateurs pro-\nfitent du moment où tous ces hommes sont ainsi réunis pour\nleur donner quelques conseils pratiques et leur inculquer quel-\nques notions morales dont beaucoup sont, hélas ! dépourvus.\nC'est ainsi que la musique qui adoucit les mœurs con-\ntribue aussi, pour une part, au bien-être social.\nDe tout cela je ne saurais me plaindre. J'admire seulement la\nfacilité d'adaptation pratique qui caractérise l'esprit anglais.\nOui, tout cela est bien anglais. Quiconque a été à Londres\nse souviendra certainement pour peu qu'il ait eu des goûts\nde chercheur d'avoir assisté à l'un de ces meetings religieux\nqui se tiennent, le dimanche, soit dans les parcs publics, soit\nà l'angle des rues. Le soir, à la clarté fumeuse d'un fanal, ils\ns'installent sur le trottoir, wesleyens et non conformistes de\ntout nom. Un harmonium portatif prélude aux cantiques que\nl'on va entonner. Un homme, du haut d'une chaise, lit alors\nlentement le premier vers du refrain, le fait répéter par les\nassistants, puis le chante, le fait rechanter, et quand tout le\nmonde paraît assez sûr, entre deux chapitres de la Bible, on\nexécute ces hymnes.\nIl y a dans cette musique une certaine sensiblerie, du\nmaniéré, qui vous agite et vous trouble. Les Anglais, qui ont,\navant tout, la religion du sentiment, doivent cela à leur culte\nexclusif de la Bible. Dépourvus de croyances fondamentales\ncertaines, absolues, nécessaires ; livrés un peu à eux-mêmes\npour la fixation des limites de leur foi, ils ont dû, par la force\ndes choses, se réfugier dans ce mysticisme indéfini, sentimental,\nalimenté précisément par cette musique de genre flottant, flous"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.24", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "vaporeux. Si je ne craignais de jouer, moi aussi, au paradoxe,\nje dirais qu'il y a dans tout cela un peu de brume, un voile de\ngaze qui masque les contours, recule les frontières dans des\nlointains invraisemblables, atténue la force du coloris.\n★\n* *\nSérieusement, je commence à croire que mon ami, s'il lit ces\nlignes, va se frotter les mains et venir me féliciter. « Mes\ncompliments, me dira-t-il en substance ; vous voilà enfin de\nmon avis ; vous y mettez aussi quelques réticences ; vous parlez\nde mysticisme, de religiosité sentimentale ; mais je ne com-\nprends rien à tout cela. Le plus clair, c'est que vous avouez\navec moi que la musique, même religieuse, dans ce pays, c'est\ntoujours de la réclame. »\nEt il faut bien convenir que, sous une forme moins lapidaire\nque la sienne, je suis contraint d'embrasser sa conclusion. Le\nfait est trop évident pour être nié. La musique est devenue\npour la religion ce que cette affiche aux couleurs surfaites,\ncollée sur tous les murs, est pour les produits ou\nune façon de réclame plus ou moins ouverte, un lance-affaires.\nCeci est déplorable et un peu avilissant, mais le tempérament\nbritannique s'en accommode volontiers. Les vicissitudes qu'il\nfait subir à la musique, par la série de ces procédés, ne lui\nparaissent pas chose répréhensible 5 pour lui, c'est l'exploitation\nsystématique et légitime des moyens mis à sa disposition.\nMalheureusement, la musique à son tour se venge et, comme\non lui veut faire jouer ce rôle servile, elle perd son caractère\nspécial ou elle se confine dans un genre de second ordre. Ala\nchansonnette, dans l'ordre de la vie ordinaire, correspondra le\ncantique sacré dans la vie religieuse.\nIl est bien vrai qu'un peuple se fait à lui-même son art, copie\nou décalque de ses aspirations et de ses conceptions ; il est bien\nvrai aussi que les aspirations et les conceptions de l'esprit\nanglais sont moins spéculatives que pratiques. Il s'élève rare-\nment à des hauteurs d'aigle. Et de ces prédispositions innées,\nincrustées dans l'âme anglaise, ses productions doivent porter\nl'empreinte. Le talent de Shakspeare, avec son mélange de\ntrivial, de bas même et de sublime, n'est-il pas comme un tor-\nrent impétueux qui, dans son cours, charrierait de l'or et des\ndébris? Ne se ressent-il pas de cet état psychologique dont j'ai\nessayé de tracer l'ébauche ?\nIl ne faudrait pas, au demeurant, se hâter d'affirmer que le\nsnobisme n'est pour rien dans tout cela. Si Thackeray vivait\nencore, j'imagine qu'il nous renseignerait parfaitement, lui„"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.25", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "le chasseur de snobs,le satiriste amer, sarcastique, mordant,\nqui prenait plaisir à découvrir la charpente de la société de son\npays et à en faire jouer les ressorts. Peut-être nous répéterait-\nil que, pour l'Anglais, la religion est chose de bon ton qu'il faut\nrendre le moins désagréable possible, qu'il faut aimer comme\non aime les mille incommodités de salon, parce que c'est une\noccasion de se voir, de converser et de se montrer. En cher-\nchant un peu, je n'aurais pas grand effort à faire pour décou-\nvrir dans les discours de Newman, alors qu'il se faisait admirer\nà Oxford, une description semblable.\nNous serions surpris si le culte ainsi compris ne se résumait\npas dans une musique religieuse au petit pied, fade, préten-\ntieuse, mais ni originale, ni forte, ni vibrante ; un genre res-\npectable, voilà tout. Nous avons pu voir ce qu'il en était et\nque tout ceci est fondé.\nRevenons à notre ami. Ses dernières paroles, en sortant de\nSaint-Paul, me tintent encore aux oreilles : « Ces gens-là ? Des\nfabricants et des banquiers... Bah ! »\nEt, somme toute, il n'était pas loin d'avoir raison. Oui, s'il est\nune chose qui étouffe l'art et l'inspiration musicale, c'est bien\ncelle-1à... Nommons-la en trois mots:\nAuri sacra famés !\n\nSalvator Peïtavi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c008", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.5", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nUN SPECTACLE A LA COUR EN 1763.\nNous sommes à Paris, pendant le rude hiver de 1763. La\nCour se tient à Versailles et Mme de Pompadour, qui n'a plus\nqu'un an à vivre et qui souffre horriblement de se savoir délais-\nsée par le Roi, se raccroche au pouvoir de toute la force de son\nesprit débile. En dépit de l'état précaire de sa santé, elle a\norganisé les représentations annuelles et fait porter au pro-\ngramme des spectacles Vertumne quatrième entrée\ndes Eléments,paroles de Roy, musique de Lalande et Destou-\nches. Ce fragment, pense-t-elle, rappellera de doux souvenirs à\nLouis XV, qui dansa dans le ballet de cet ouvrage, au palais\ndes Tuileries, en 1721.\nMais l'organisation des spectacles de la Cour ne s'est point\nfaite sans difficultés. Les danseurs et les danseuses de l'Académie\nroyale de Musique ont menacé de cesser leur service, si l'on\nne voulait point leur accorder de sérieux avantages. Ils se sont\nréunis « pour refuser les appointements qui leur sont accordés\nsur l'état des Ballets du Roi (1), les regardant comme insuffi-\nsants ». Ils estiment leur art au prix de isoo livres pour Ver-\nsailles, et le pauvre La Ferté se plaint amèrement des difficultés\nqu'il prévoit. Il en réfère à M. le duc de Duras, qui harangue\ninutilement Gardel, Dauberval et leurs camarades.\nDe leur côté, les directeurs Rebel et Francœurne savent plus\noù donner de la tête. On a imposé Jélyote, et le vieux chanteur\nest très fatigué; Mlle Arnould, toute à son raccommodement avec\nle comte de Lauraguais son cher Dorval supplanté naguère\npar M. Bertin, pourraitbien, selon son habitude, manquer de\nparole au dernier moment; la sélection à faire parmi les musi-\nciens de l'orchestre qui devront compléter ceux de la Musique\ndu Roi a donné lieu à de vives discussions, Berton, le batteur\nde mesure, ayant voulu imposer ses préférences ; enfin Boquet,\nle dessinateur des habits, a eu maille à partir avec Delaistre,\n\n(1) Voir les Mémoires de la Ferté."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.27", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2610, "texte": "le maître tailleur, et Joliveau, le secrétaire perpétuel, s'en est\npris à Girault, le machiniste, de ce qu'une décoration était en\nretard et le mettait en mauvaise posture devant M. de Saint-\nFlorentin, le ministre.\nDu fait de ces mille petites difficultés, le départ pour Ver-\nsailles a été mal ordonné, des voitures ont manqué, le voyage\ns est accompli sans cohésion, et la répétition s'est trouvée retar-\ndée.\nMais voici l'heure de donner Vertumne et Pomone. Les Comé-\ndiens italiens viennent de représenter la dans\nlaquelle la D'le Piccinelli s'est distinguée.\nLa salle offre un coup d'oeil superbe. Dans les loges et aux\nbalcons, dont la coupe élégante est rehaussée par la richesse et\nle style de la décoration, dans les galeries à balustres qui sup-\nportent, de loin en loin, d'immenses candélabres, au parquet\ndont le centre est occupé par la famille royale, se pressent les\nplus nobles représentants de l'aristocratie française : les princes\nde Guémené, de Bournonville, de Condé ; la princesse de Chi-\nmay * les ducs d'Orléans, de Chartres, de Fronsac ; la duchesse\nde Mazarin ; les marquis de Lovair, d'Harcourt, de Vaudreuil,\nde Séran, d'Entragues, de Duras, de Vilray, d'Escars, de Poli-\ngnac, d'Avarai ; les marquises de Saluces, de Mailly, de Stain-\nville, de Belzunce, de Glion, de Nagu, de Brancas, de Bezons,\nde Roncé, de Rochambeau ; les comtes de Genlis, de Rabo-\ndange, d'Egreville, de Coigny \\ les comtesses d'Esparbès, de\nLaumarie, de Lillebonne, de Maillé ; le baron de Frisendorff,\nle vicomte de Chabot ; la vicomtesse de Beaune ; la baronne de\nWassenbergh, le chevalier de Clermont, bien d'autres encore,\nen atours et costumes merveilleux.\nDes deux côtés de la scène, les bancs des « talons rouges »\nsont occupés par les courtisans les plus en faveur, et l'on voit\ndeux mousquetaires, l'arme au bras, montant leur faction dans\nles coulisses.\nLe parfum léger des eaux d'odeur de toute espèce, de la\npoudre, des sachets et des pastilles, emplit l'atmosphère attié-\ndie ; le susurrement des lèvres fleuries s'active et des sourires\nrépondent à des œillades.\nL'entrée en scène de Sophie Arnould provoque un murmure\nflatteur. Sous les traits de Pomone, la divinité des jardins, elle\nest séduisante à plaisir. Ses ajustements se composent d'un\ncollier rose et blanc en fleurs, de trois rosettes roses chenillées\nvert, de bas blancs, de souliers blancs « en sabots » ornés de\ndeux petites rosettes vertes et de lacets verts. Elle porte un\nhabit de satin blanc sur lequel sont peints des fruits et des\nfeuilles. Sa mante, qui forme draperie de glacé argent, est rayée"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.28", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "de satin vert et doublée de taffetas vert ; elle est ornée de guir-\nlandes, de fleurs roses, de feuilles et de fruits (i).\nYertumne, c'est Jélyote. Il a des souliers noirs, des bas\nblancs, un masque de vieille. Son habit, sa veste et sa culotte\nsont en taffetas blanc. Une robe de femme et un coqueluchon\ncouleur bois lui donnent un air un peu ridicule. Plus que\njamais, ce chanteur usé défigure toutes les mélodies, mais son\ngenre plaît à la Pompadour, qui a le goût du clinquant et des\noripeaux. Et puis on respecte à la Cour ce vétéran qui a un\npassé glorieux. N'est-ce pas lui qui donna, en 1745, à l'occa-\nsion du mariage du Dauphin, un ballet de sa composition,\nZelisca, qui lui valut des félicitations unanimes ? N'a-t-il pas\nécrit aussi beaucoup de chansons que, dans ses heures de\ntriomphe, la favorite a fredonnées ?\nGélin est un Pan invraisemblable. Sur un habit, un corps et\nune culotte de satin bois, il porte une draperie de satin cerise\nornée par le bas de glacé d'or ; sa mante, son écharpe et son\nmancheron sont en satin tigré doublé de taffetas chair ; le tout\nest orné de feuilles de chêne. Sa toque est surmontée d'une tête\nde tigre ; un bouquet de plumes « bayoques » et une perruque\nde faune complètent cet accoutrement qui fait songer plus à un\npersonnage de mascarade qu'à un dieu pastoral.\nLes chœurs des chasseurs et des chasseresses, des bergers\net des bergères, se composent de treize hommes et de huit\nfemmes. Tous sont vêtus d'habits de taffetas blanc, de draperies\nde taffetas rose ; le tout est orné de découpures blanches et de\nguirlandes de fleurs de toutes couleurs. Par-dessus leurs habits\nils portent des draperies de peau de tigre en toile, ornées de\nfeuilles de chêne, sauf les bergers et les bergères.\nLes chasseurs ont une coiffure de peau de tigre, des plumes\nbayoques, des bonnets mi-poudrés ; les chasseresses ont des\npetites toques de peau de tigre ornées de feuilles de chêne et de\nbouquets de plumes. Les bergers ont des toques roses à plu-\nmes blanches et des perruques ; les bergères ont des colliers\nroses, des guirlandes de fleurs dans les cheveux, des bas et des\nsouliers blancs.\nGardel, Dauberval, Grosset et Campioni sont des\nfaunes singulièrement accoutrés aussi.\nLeurs habits, leurs corps, leurs culottes sont en satin bois ;\nils ont des manches bouffantes de satin cerise ornées de bouf-\nfettes de satin tigré et de feuilles de chêne 5 les draperies du\ncorps et de la rotonde, en satin tigré, sont doublées de taffetas\nchair brûlée ; le tout est orné de feuilles de chêne.\n\n(1) Archives Nationales, 01.O1."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.29", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "Leurs toques de satin bois et peau de tigre sont ornées de\ndécoupures de satin cerise et de chenilles vertes ; ils ont des\nplumes bayoques et des perruques « sérieuses », de grands bas\net des souliers bois.\nLes sieurs Hyacinthe et Dubois portent un habit de taffetas\nblanc tamponné en gaze rayée rose et blanc. Le bas du tonne-\nlet est orné de satin blanc, de guirlandes de fleurs de toutes\ncouleurs et de feuilles ; chaque draperie de satin blanc est ornée\nde découpures de satin rose, de guirlandes et de feuilles. Sur\nune perruque de berger est posée une coiffure blanche et rose\net des bouquets de plumes blanches. Leurs gants et leurs bas\nsont blancs, leurs souliers noirs.\nMUes Rey et Petitot, du même quadrille, sont mignonnes sous\nleurs habits de taffetas blanc couverts de gaze rayée rose et\nblanche. Un feston de satin blanc court au bas de leurs jupes;\nil est rattaché par des nœuds de satin rose chenillés de blanc ;\nleurs draperies de satin rose sont ornées de découpures blanches\net d'échelles de ruban blanc; le tout est garni de fleurs de toutes\ncouleurs et de feuilles. Elles ont des colliers blancs et roses, des\nguirlandes de fleurs dans les cheveux, des gants, des bas et des\nsouliers blancs.\nL'important M. Lany et cette petite araignée de MUe Allard\nremportent tous les suffrages dans un pas de deux. Lui est un\npâtre en habit rose, en veste et culotte de taffetas blanc ornées\nde gaze et de découpures ; son écharpe est de satin rose et ses\nmanches sont en gaze d'ltalie ; elle est une alerte pastourelle en\nhabit bombet rose, avec un corps et une jupe de taffetas blanc\nornés de découpures en mosaïque de gaze ; ses manches sont\négalement en gaze d'ltalie. Lany, qui fait des grâces, porte un\ncollier rose en solitaire, quatre bracelets, un chapeau avec pen-\ndants et deux rosettes roses, des plumes, une perruque de pâtre,,\ndes gants et des bas blancs, des souliers rouges. Les vingt-cinq\nans de Mlle Allard sont adornés d'un collier rose et blanc, de\nquatre bracelets roses, d'un chapeau rose et blanc, d'un tablier\nde gaze à rubans roses, de gants, de bas et de souliers blancs.\nLe second quadrille est composé des sieurs Bianchi et Gros-\nset, des Dlles Peslin et Lafond. Les premiers ont des habits de\ntaffetas cerise ornés de ruban vert avec découpages de gaze\nbrochée, des culottes cerise, des ceintures vertes. Leurs chapeaux\nsont verts avec des pendants cerise, leurs colliers, leurs huit\nbracelets et leurs quatre rosettes sont cerise et vert; ils ont des\nplumes sur leurs perruques de pâtres ; leurs gants et leurs bas\nsont blancs, leurs souliers rouges.\nLes secondes ont un habit, une jupe et un corset cerise, des\nmanches de gaze d'ltalie, un bombet orné de gaze et de rubans"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.30", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "verts, un chapeau cerise orné de vert, un collier vert et cerise,\nhuit bracelets de mêmes couleurs, un tablier de gaze à rubans\nverts, des gants, des bas et des souliers blancs.\nLes artistes de chant et de danse vont, viennent, passent et\nrepassent dans un envolement d'étoffes légères et de rubans\ndont les couleurs se marient délicieusement ; on dirait des per-\nsonnages échappés aux bergeries de Boucher, aux toiles de Carie\nVanloo, à celles de La Tour et de Baudoin.\nTandis que Sophie Arnould est en scène, les talons rouges se\npassent de main en main un papier dont la lecture les fait gouail-\nler à mi-voix. C'est la copie d'un rapport qu'un inspecteur de\nM. de Sartines envoya à son chef quelques jours auparavant et\ndans lequel il est dit que la célèbre chanteuse est pourvue d'une\ntrès bonne « galanterie ».\nPomone, très courroucée, lance des regards furieux aux jeunes\nseigneurs, et c'est à peine si elle accueille avec grâce, une fois le\nspectacle terminé, les compliments que lui adresse Mme de Pom-\npadour.\nLe succès de cette représentation a été tel que Ton arrête de\ndonner encore Vertumne et Pomone quinze jours plus tard.\nA cette occasion, les directeurs de l'Opéra voient recommencer\nleurs inquiétudes. Les artistes de danse, n'ayant point obtenu\nles concessions qu'ils avaient réclamées, menacent une fois de\nplus de cesser leur service, et Sophie Arnould, à qui le duc de\nFronsac a fait de cruels reproches pour le mal qu'il dit tenir\nd'elle, tient sa porte consignée à tout venant. Pour avoir pré-\ntexte à quereller, elle prétend aller à Versailles, à son gré, dans\nle beau carrosse que lui a offert le financier Bertin et qui sort de\nchez Antéchrist, le fabricant à la mode.\nAlors, le principal directeur de l'Académie de musique\ncherche à se retrancher derrière des ordres officiels. Il envoie\nle billet suivant:\n« M. Rebel fait mille compliments à Monsieur de la Ferté et\nIl luy envoyé La liste des Personnes de Paris nécessaires pour la\nseconde représentation de L'acte de Vertumne et Pomone Le\nMercredy Vint Trois de ce mois; M. Rebel prie instament\nMonsieur de la Ferté de Vouloir bien faire mettre au bas de\nchacun de ces Billets de Voitures qu'il faut Etre rendu avant\nMidy a Versailles a la salle du Grand maitre pour la répétition.\nS'il se pouvoit que ces billets fussent envoyés dimanche prochain,\nM. Rebel en seroit très obligé a Monsieur de la Ferté il le prie\ninstament aussy de vouloir bien faire la Galanterie d'un Billet\nde chaise pour aller et retour a M. Berton qui a fourni beaucoup\nd'airs pour l'embelissement des divertissements de L'acte de\nVertumne et Pomone."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.31", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "« M\"6 Arnould ; Ml' Géliote ; Ml' Gélin.\n« Mrs Carafïe ; Val lé ; Razetti; Francceur neveu; Labbé;\nCanavas ; Girault ; Blavet ; Sallantin ; Bureau; Dard.\n« Mde Canavas ; Mde de Ghevremont ; MUe Dubois ; Mlle Au-\nbert.\n« Mr Rebel un carosse ;Mr F rancœur une chaise ; Mr Berton\nune chaise.\n« a paris ce 16 février 1763 (1). »\nLes ordres une fois reçus, il les fait porter chez Sophie\nArnould, rue du Dauphin (2), chez Gélin, rue Neuve-des-Pe-\ntits-Ghamps, chez M 1 Dubois, rue Richelieu, chez tous les\nautres artistes et musiciens désignés.\nMais le jour du départ, Sophie Arnould, qui a donné rendez-\nvous à MUe Allard au café de Dupuis, entend partir seule avec\nson amie. Elle se rend d'abord chez M. de la Porte, maître par-\nfumeur rue Saint-Honoré, puis elle passe chez Le Bas, graveur\ndu cabinet du Roi, pour lui commander une belle estampe\nintitulée : la Récompense villageoise Elle y bavarde avec un\npetit maître portant un chapeau à l'écuyère, des cheveux artiste-\nment chignonnés et soutenus par un peigne merveilleux, un\nmouchoir élégamment noué au cou, enfin brodequiné et ganté\navec recherche.\nElle emporte avec elle, dans la voiture de service qu'elle a été\ncontrainte d'accepter, un petit livre qui vient de paraître chez\nMusier fils : Les Promenades et Rendez-vous du Parc de Ver-\nsailles, et où sont racontées les aventures d'une Sophie devenue\nduchesse, qui loge à Versailles, au Cabaret, comme une sollici-\nteuse de pension. L'héroïne conte elle-même son histoire mêlée\nde l'histoire épisodique d'une certaine Emilie, fille d'un mar-\nchand joaillier de Paris, et elle se trouve àla fin être la prin-\ncesse de Pallas, fille de l'lnca Carata et de la princesse Ma-\nmachie Carata. C'est là un livre léger qu'elle parcourra du bout\nde l'éventail.\nChemin faisant, elle s'arrête à Sèvres, pour faire emplette chez\nMaille, l'habile distillateur, d'une liqueur nouvelle baptisée le\n« Courrier de Cythère » et qui est du goût le plus délicat. Bien\nque midi ait sonné lorsqu'elle arrive à la répétition, elle ne\ns'excuse point de son retard, malignement heureuse d'avoir\ndonné quelques craintes aux gentilshommes de la Chambre.\nAu moment de la représentation, pour devancer toute ironie\npossible, elle montre à qui veut le voir un certificat du médecin\n\n(1) Document inédit. Archives de l'Opéra.\n(2) Ajourd'hui rue Saint-Roch."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "Morand qui déclare avoir visité Mlle Arnould avec la plus grande\nexactitude et ne lui avoir trouvé nulle marque ni symptôme de\nmaladie vénérienne d'aucune espèce. Sous son pimpant costume\nde déesse, elle défie l'assemblée des rieurs et des jaloux, elle\nfait des mots, parle de l'inépuisable amour de son cher Dorval,\nlance des traits contre [les seigneurs des bancs de scène, esti-\nmant qu'il conviendrait mieux qu'ils fussent assis sur des chaises\npercées, car la lâcheté donne la colique, et elle manœuvre si bien\nqu'elle lasse les critiques, devient la reine incontestée de cette\nfête de Cour et trouve le moyen de s'assurer la plus grande part\nde succès, en attendant le triomphe qu'elle remportera l'année\nsuivante dans Castor et Pollux, sous les traits de Télaïre, sœur\net fille du Soleil.\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c009", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS\n\nConcerts Chevillard : la Mer, trois esquisses symphoniques de Claude Debussy. Concerts\nColonne : Wagner.\nNos grands concerts ont rouvert, le i 5 octobre, leurs portes assiégées\npar un public longtemps sevré de bonne musique ; et dès ce premier jour,\nils nous ont donné une œuvre nouvelle de Claude Debussy, qui est parmi\nles plus belles, les plus harmonieuses, les plus enchanteresses, et en même\ntemps les plus larges et les plus puissantes non seulement de la musique,\nmais de Fart tout entier, et je dirais presque delà nature, tant on se trouve\nici tout près des éléments, et comme à même les choses. Une fois déplus,\nle grand Initié a soulevé le voile d'lsis, et cette fois ce n'est plus seulement\nson langoureux sourire qui nous est apparu, comme dans Y Après-Midi\nd'un Faune ; c'est son glauque regard, pensif, pénétré d'on ne sait quelle\nsereine mélancolie, et comme fermé sur un monde de tendresses inconnues.\nJamais il ne s'en est fallu de si peu que le mystère entier du monde ne\nnous fût révélé.\nCette impression, qui est la mienne, et s'est emparée de moi avec une\npresque douloureuse violence, n'a point été partagée, je le sais, par quel-\nques-uns de mes confrères, et non des moindres. On a reproché à Debussy\nde nous avoir représenté non la mer tout entière, mais un seul de ses as-\npects, et encore cet aspect a-t-il paru à quelques-uns trop souriant et en-\nsoleillé. Malgré les plus louables efforts, je ne puis comprendre ces criti-\nques. Il va sans dire que, pareil au peintre qui fixe un paysage aune heure\nprécise du jour et sous un éclairage déterminé, Claude Debussy n'a voulu\nexprimer, en chacun de ses tableaux, qu'un seul moment et une seule im-\npression ; pour comprendre toutes les apparences de la mer, son œuvre eût\ndû remplir l'éternité. Mais en chacun de ces trois épisodes d'une existence\ninfinie, qu'il intitule De Vaube à midi sur la mer, Jeux de vagues et Dialogue\ndu vent et de la mer, il a su faire tenir tout ce qu'il entre de lueurs et\nd'ombres mouvantes, de caresses et de murmures, de douceurs attendries\net de vives colères, de charme séducteur et de soudaine gravité, dans ces\nflots dont Eschyle chantait le « sourire innombrable ». Ne soyons pas\ntrop romantiques. Ne cherchons pas à entendre, dans le bruissement des\nvagues, des imprécations dont elles ne se soucient guère ; ne maudissons\npas la naufrageuse qui ne peut nous haïr, puisqu'elle nous ignore ; et\naimons les choses naïvement, [comme des amies trop grandes, pour nous\nconnaître jamais, mais tellement plus belles que nous !"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.34", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "Sur la forme musicale qui a réalisé pour nous ce prodige d'évocation, il\nme semble aussi qu'on n'a pas dit exactement ce qu'il fallait dire, puisqu'on\nn'a pas dit exactement ce que je pense. On reproche à Debussy de n'avoir\npas écrit trois nouveaux Nocturnes. Sans doute on ne trouve pas ici les\nfrissonnements de couleurs qui font le charme en quelque sorte virginal de\nNuages, de Fêtes et de Sirènes. L'œuvre a un autre caractère, et comme\nune éblouissante maturité. Elle est plus grande et plus large, plus nourrie\nen ses dessous et plus grasse en ses contours. Ce n'est plus du pointillisme,\nmais c'est de l'impressionnisme encore, par la fraîcheur inaltérée des émo-\ntions, traduites en mélodies et en harmonies uniques au monde, dont je ne\npuis me tenir de citer quelques-unes : voici, dans la première partie, une\nde ces phrases chromatiques, d'une tendresse poignante, dont seul Claude\nDebussy possède le secret :\nEt cet appel mélancolique, qui reparaît dans la première et la dernière\npartie, fait surgir à l'instant à nos yeux les étendues stériles où règne le\nvent :\nEt cette grave sonnerie des trombonnes, cors et trompettes, qui termine la\npremière partie, et joue aussi un rôle important dans l'œuvre entière,\nsemble un souffle venu, des profondeurs de l'abîme :\nJe m'arrête (et d'ailleurs j'y reviendrai), car il me faudrait citer bien\nd'autres pages, également sublimes, et qui étreignent à la gorge comme\ntout ce qui est surhumain : il n'y a, à mon sens, que la musique de Debussy\net les spectacles de la nature qui font ainsi souffrir à force de joie, et par\nl'excès même de leur beauté.\nL'œuvre a été conduite avec beaucoup de sentiment et de précision ;\nj'aurais bien à faire quelques critiques de détail (trop de force aux cuivres\nsouvent) ; mais Ije n'en ai pas le courage, tant je suis reconnaissant à"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.35", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3181, "texte": "M. Chevillard de nous avoir offert un si beau programme, qui comprenait\nen outre la Symphonie en la de Beethoven, la 4e Béatitude de Gés. Franck\n(M. Cazeneuve, très délicat), l'éclatante Symphonie pour piano et orchestre\nde Vincent d'lndy (M. Risler, beaucoup trop sec), et l'ouverture du Car-\nnaval romain de Berlioz. Ainsi l'on pouvait suivre, au cours de tout un\nsiècle, la poussée de la musique française, jusqu'à sa dernière et mirifique\nfleur.\nWagner cependant triomphait aux Concerts-Colonne, avec la romance de\nl'Étoile et les Adieux de Wotan, où nous retrouvions l'autorité superbe et\nle grand style de M. van Rooy, et la Mort d'Yseult, puissamment chantée\npar Mme Litvinne. Quant à l'orchestre, il a été plus exact et plus vigoureux\nencore que l'an passé : M. Colonne est en effet de ces vaillants qui ne sont\njamais satisfaits, et progressent toujours.\n\nLouis Laloy.\n\nDE L'OPÉRETTE\n\n(1).\nPatriarche roublard, Jacques Offenbach avait doté (ausgestattet) sa fille,\nl'Opérette, d'un lot de vertus bon teint et d'avantages inoxydables. Il l'a-\nvait voulue :\nio Joyeuse, pour ce que Rire est le propre du Français... né malin ;\n20 Grivoise (ungebunden), à dessein de titiller le cochon qui sommeille\ndans le cœur de tout boulevardier ;\n3o Grossière (derb) dans ses chants, afin de lui assurer un élément cer-\ntain d'éternité. Le calcul était d'un bon père qui, laissant à l'Univers la\nformule d'un tel Art, se croyait fondé à soupirer un Exegi monumentum\nde tout repos. Malheureusement pour lui, ce Parisien de Cologne, les\nyeux embués par un reste de sentimentalité ethnique, ne sut pas lire dans\nl'avenir et méconnut la versatilité décevante des Français.\nLe Rire, la Grivoiserie, la Trivialité, ne sont éternels qu'en tant qu'en-\ntités ; mais leurs manifestations, indéfiniment variables (unendlich wech-\nselnd), se transforment aussi vite que les modes. Si la Beauté nue est per-\nmanente, la Grâce mi-vêtue se plie au goût du jour. N'oublions pas que la\ncrinoline (Reifrock) elle-même suscita, avant la Blague, le Désir.\nDe même, les pôles du Rire se déplacent rapidement au cours des siècles.\nLes calembredaines (Possen) qui gonflèrent de joie nos grands-parents ne\nfont plus tressaillir un muscle de nos visages, et les plus intenses fumis-\nteries élaborées par les humoristes assermentés en 1905 paraîtront, à nos\npetits-neveux, crevantes (todtlangweilich). Une quarantaine d'années a suffi\npour anémier la vis comica d'Offenbach: les facéties périmées du « Roi\nbarbu-bu-qui s'avance » congèlent le public, et l'habit « craqué dans le\ndos » ne soulève plus sur son passage que des commisérations narquoises.\nLa Grivoiserie a mieux résisté, car le libertinage s'avère encore plus fon-\ncièrement humain que le Rire ; cependant, si le goût des variations pail-\nlardes ne meurt point, ces variations moisissent vite. Les madrigaux qui\nchatouillaient les lorettes en bas blancs chaussées de hautes bottines à\nglands ne sauraient caresser avec le même succès les jolies jambes souli-\n\n(1) Nous traduisons ce fragment d'une étude donnée à la Zeit de Vienne par\nnotre collaborateur et que le Mercure reproduira intégralement.\n33"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "gnées par des chaussettes de soie rose d'une élève de Cur-\nnonsky. Car le piment de la curiosité sexuelle ne pousse pas toujours sur\nla même branche. , _\nDéçue par le Rire, trahie par la Grivoiserie, l'opérette a pris sa revanche\navec la Grossièreté. De par la trivialité de ses partitions si résolument pois-\nsardes, elle s'affirme immortelle. Le cancan est toujours debout ! Ses lion-\nflons populaciers obsèdent les fournisseurs de beuglants qui ont bien pu\ndiscréditer la jovialité nigaude de l'opérette et démoder sa sensualité spé-\nciale, mais pas se soustraire à l'emprise de ses rythmes épileptiques. Impla-\ncable {utiversoehnliclï) tambour, vindicative trompette d Offenoa>«h, votie\nvengeance n'est point assouvie !\nL'hystérique musico âCOrphée aux enfers sut nous imposer un joug aussi\nrigoureux que celui auquel l'auteur du Ring soumit nos voisins d outre-\nVosges. Nous aussi, nous dûmes subir notre wagnérite, rigoleuse mais non\nmoins violente que l'héroïque intoxication ( Vergijtung) des Allemands. Et\nle Théâtre des Bouffes-Parisiens, Bayreuth pour loustics, exerça longtemps\nsa tyrannie de bastringue.\n\nWilly.\n\nLA MUSIQUE EN BELGIQUE\n\nLes concerts.\nC'est surtout par les concerts que se manifeste le mouvement musical\nd'un pays. C'est là que se décident les sympathies, que se produisent ies\nefforts des artistes éducateurs, et que se manifestent, en des courants\ndivers, les goûts du public. Le théâtre musical est subordonné à trop dé\ncirconstances ambiantes pour être franchement libre, et pour favoriser par\ncette liberté qu'il n'a pas une expansion artistique indépendante des pen-\nchants et des caprices d'un public matériellement nécessaire. Le concert\nprésente l'œuvre dans toute sa sincérité artistique. Les subsides, les con-\nditions mêmes de l'institution, qui s'adresse fatalement à une élite, le\ndédain si souvent légitime des artistes qui s'y produisent, s'ils ne se por-\ntent garants de la valeur, le font certainement d'un exclusivisme esthétique\ntout à l'avantage des œuvres qu'on y exécute. Et c'est pourquoi les pro-\ngrammes de concerts résument à eux seuls le degré de culture musicale\nd'un pays.\nEn Belgique, nous sommes tributaires de la France. Il est curieux de\nconstater combien les idées s'y développent en regard de celles de Paris.\nAlors qu'en musique les manifestations vraiment belges relèvent plutôt\nd'une influence différente, d'une technique germanisée, c'est en France que\nnous cherchons nos opinions et c'est à l'exemple de Paris que nous\nréglons nos sympathies. Nous sommes un peuple de suiveurs. Les pro-\ngrammes de nos concerts répètent fidèlement ceux de la saison précédente\nchez Colonne, chez Chevillard ou bien à la Nous applaudissons\nRaoul Pugno lorsqu'il eut un succès parisien ; nous faisons refleurir les\nlauriers que Pablo Casais emporte de France, et nos femmes belges, à\nl'instar des Parisiennes gracieuses, fêtent la jeunesse de Mischa Elman,\nla chevelure de Kubelick, sans paraître se douter qu'elles sont compa-\ntriotes d'Eugène Ysaye et de Thomson. Mais, au fond, soyons reconnais-\nsants de telles conformités. La France ne se trompe pas dans ses goûts, et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3856, "texte": "le snobisme qui porte Bruxelles a imiter Paris nous a procuré l'an dernier\ndes auditions de Glazounoff, Borodine, Rimsky, un brillant festival\nBeethoven, A .Iccstsa la Monnaie, ce qui n'est pas à dédaigner (T).\nCette année cependant, un curieux revirement s'est produit. En fêtant sa\nnationalité, le Belge a cree son indépendance. On lui a tellement parlé\nd'« âme bélge », qu'il a fini par y croire, et par se concentrer dans cette\nidee. il a deteimine de la soite une véritable recrudescence d'activité, qui,\nsi elle était un psu plus qus nationale, serait du plus grand intérêt. Au\npoint de vue artistique, et plus particulièrement au point de vue musical, il\nest clair que notre production autochtone a en soi une certaine valeur. La\ncaractéristique inherente aux rythmes de Verhaeren, au coloris de Leys ou\nde Braekeleer, à l'instrumentation de Raway, s'y manifeste. En art, les\nqualités esthétiques générales sont identiques, et leur diffusion dans les\ndomaines distincts produit chez nous la prédominance d'une note juste,\nréelle, nette, fortement imagée. Mais de là à conclure à l'existence d'une\nmusique belge, il y a loin. Il est certes incontestable que la musique a pris\nen Belgique une voie spéciale, atavique, qui lui semble tracée depuis Gilles\nBinchois, Dufay et Josquin des Prés. Elle se caractérise par une sincérité\ntechnique soutenue, un sens exact des valeurs, une simplicité réaliste et\nrapide dans le traitement du contrepoint, et un penchant marqué vers tout\nce qui s'approche de la musique sacrée. Après les Gallo-Belges, je citerai\ncomme exemple César Franck; je citerai Etienne Soubre, Vieuxtemps, et\nparmi les vivants, Dupuis, Jongen, Vreuls, Raway, et un jeune, encore peu\nconnu, qui se nomme Henry Ryelandt. Mais personnellement, je ne crois\npas à 1 efficacité réelle d'un traitement exclusif de ces facultés musicales\nautochtones. Ce serait une exagération. On peut affirmer que chacun de\nnos compositeurs a ses défauts. Que valent, pour la scène,\nde Franck, Quentin Durwardde Gévaert, la de Raway, et'les quel-\nques pages de Léonard Terry? La netteté chez Auguste Dupont, l'habileté\nde Samuel, et le « franckisme » de M. Jongen ne révèlent aucun génie\nbien particulier. Par suite du manque de culture generale. leurs produc-\ntions localisées dans le pays n'ont aucun accès à l'étranger, et l'on peut\naffirmer sans crainte que le meilleur de leur art résulte d'un éclectisme\nraffiné, d'études bien complètes et d'une conception pratique et compara-\ntive des chefs-d oeuvre étrangers. Ces considérations motivent naturelle-\nment l'opposition qu'on peut manifester en face d'une exaltation exagérée\ndu tempérament artistique national. La musique n'a pas de patrie ; elle\ndiffère, sous forme d écoles, par la race, l'esprit et la culture d'un peuple ;\nmais il faut que celui-ci soit puissamment défini j'incline à dire limité\npour que son nom serve légitimement d'étiquette à quelque système\nartistique. Laissons à la France le développement de la musique fran-\nçaise, à l'ltalie l'héritage séculaire de l'opéra mélodique, et ne cherchons\npas, dans la complexion quelque peu hybride de notre nationalité, des\nraffinements d'esprit qui se définiraient par notre nom de Belges. Si nous\nsommes portés vers un traitement spécial des éléments musicaux déve-\nloppons librement cette faculté, appliquons-la à l'art général, sans la\nclasser, la limiter par les principes d'une école. Combien y a-t-il'de grou-\npements théoriques qui réussissent ? La conformité est opposée à l'origi-\nnalité. 5\nJ'ai précédemment parlé du théâtre, et tâché d'exposer les particularités\nqui se manifestent chez les compositeurs du groupe flamand. Je ne revien-\n\n. (') I' y a des exceptions, là où l'on rencontre des gens personnels. Les représenta-\ntions intégrales du Ring, et la création de et le Roi à la\nMonnaie, en font foi."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3944, "texte": "drai pas sur ce sujet. Je me contenterai de blâmer le nationalisme des\ndirecteurs de la Monnaie, qui, après avoir monté par souci patriotique trois\nœuvres satisfaisantes, continuent la série par la Rhena de M. Van den\nEeden, dont la musique est franchement mauvaise. Est-ce aussi parce que\nM. Francis de Croisset est Bruxellois qu'on nous donnera cet hiver Pin-\nsipide Chérubin de M. Massenet?\nLes concerts Ysaye sont une institution des plus louables, qui fonctionne\nbrillamment depuis dix ans déjà. Comme son but principal est l'encoura-\ngement de la musique du pays et qu'elle relève spécialement, dans la circu-\nlaire-programme de cette saison, son dessein de « consacrer plus de place\nà nos musiciens, et de faire en quelque sorte une « année belge », je ne\nl'en blâmerai point. Je rencontre là les noms de certains maîtres qui ont\ntoute ma sympathie et tout mon respect. Inclinons-nous devant César Frank,\ndont la gloire n'est plus à forger ; devant Théo Ysaye et sa Symphonie sur\nun thème populaire liégeois, qui est digne de grande admiration ; devant\nErasme Raway, qui est un individuel, presque un autodidacte, l'auteur\nbrillant de la Fête romaine que je conseille vivement à M. Chevillard. Je\nnote également l'intéressant Albert Dupuis ; Victor Vreuls, celui de ses\ncompatriotes qui se rapproche le plus des mélodistes de l'école française\nactuelle ; J. Jongen, un beau disciple de César Franck, et le nom de\nGuillaume Lekeu, un admirable génie, profond, nouveau, fascinant, qu'on\nappelait récemment « le troisième grand maître du xixe siècle wallon »et\nque la mort a fauché en pleine jeunesse. Mais que font à leurs côtés\nMM. Huberti, Delune, Duyssens, Mortelmans, etc., (c'est ce terrible etc.\nqui me chiffonne !) et quelle piètre mine auront-ils pour consacrer la sym-\nphonie belge, en face des précédents ? Gardons-nous, à l'effet de stimuler\nles bons, de vulgariser les mauvais. L'exaltation de la production amène\nsouvent une surproduction. N'exagérons point, sous prétexte de la fêter,\ncette expansion musicale de notre nationalité, qui s'est manifestée l'été\ndernier par l'éclosion spontanée de quatre-vingt-trois cantates patriotiques.\nLe nombre est rigoureusement exa:t.\nMais je ne puis m'arrêter en si beau chemin. Puisque j'ai déjà félicité la\ndirection des concerts Ysaye, je continue. Je la félicite d'avoir pendant dix\nans élevé l'esprit des auditeurs bruxellois au niveau des plus intéressantes\nœuvres étrangères, et d'achever cette période décennale d'activité et de\ntravail par un programme où je lis : La sauge fleurie de Vincent d'lndy,\nLe chant funèbre de Magnard, la Viviane d'Ernest Chausson, le Caprice\nespagnol de Rimsky-Korsakofî, la Zorahayda de Svendsen, la Suite\nindienne de Mac Dowell, et les noms de virtuoses tels que Busoni, Pugno,\nde Greef, Thibaud et Eugène Ysaye, sans excepter la direction puissante\nde celui-ci et le concours intéressant, quoique un peu suranné, de Marie\nBréma. C'est là un programme qui console des auditions de l'été dernier,\ndes cantates patriotiques, pour voix d'hommes, pour voix de femmes, pour\nchœurs d'enfants, et qui montre qu'il y a parmi nous de véritables artistes\nsoucieux, non pas du développement social de leur art, mais de la culture\net de l'éducation esthétique de ceux qui s'y intéressent.\nAux Concerts Populaires, M. Sylvain Dupais nous promet une audition\nde Pablo Casais et du violoniste Oliveira, qui est inconnu en Belgique. On\nannonce également l'exécution intégrale du Chant de la Cloche, de Vincent\nd'lndy ; la sincérité et le respect que M. Dupuis apporte dans le travail\ndes œuvres qu'il dirige se portent garants de la réussite de cette exé-\ncution. Le Rêve de Gérontius d'Elgar, les deux derniers actes de Par-\nsifal, donnés précédemment, ne m'ont point déçu ; j'augure beaucoup de\nl'œuvre à venir. Quant au concert Wagner, dont on parle, avec le con-\ncours de Mme Raschowska, cantatrice, que faut-il en penser ? Les précé-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3507, "texte": "Dentes séances du même genre n'ont-elles pas assez montré le danger d'une\nexécution partielle d'œuvres scéniques, et la difficulté pour une cantatrice\nisolée de chanter au concert les plaintes d'lsolde ou le finale du Crépus-\ncule des Dieux ? Si on veut nous jouer la Faust-Ouverture et Siegfried-\nIdyll, et Raschowska nous chanter les Lieder de Wagner, c'est fort-\nbien. Mais cela vaut-il réellement l'annonce d'un concert spécial ?\nLe Cercle Artistique de Bruxelles, qui est un cercle artistique, et qui ne\nse sert pas, comme d'autres, d'une telle dénomination pour couvrir le\nsnobisme et la suffisance de tant de cercles mondains, fêtera en janvier\nprochain le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Mozart.\nL'anniversaire semble plutôt une excuse et dénote le besoin d'un motif.\nMais qu'importe, si la réussite est aussi brillante que celle qui couronna,\nl'an passé, le Festival Beethoven du même cercle ? Je suis peu renseigné à\nce sujet. On parle de trois journées : la première, consacrée aux grandes\nœuvres du maître : symphonies, ouvertures, morceaux d'église ; la seconde\nà la musique de chambre ; et la troisième, aux Noces de Figaro. Des vir-\ntuoses sont cités ; des titres de concertos, de quatuors; le nom d'une canta-\ntrice d'outre-Rhin pour les Lieder, et de M. Muhlfeld pour un quintette*\nMais rien de bien précis, à cet égard, n'est indiqué. J'en parlerai prochai-\nnement.\nIl me reste deux mots à dire du Conservatoire de Bruxelles, qui, parmi\nses concerts habituels, organisera dans le courant de la saison prochaine\nquelques auditions de cantates choisies de Bach. Le Conservatoire reste le\nrefuge propice du classicisme. Et franchement, sous la direction d'érudits\ntels que MM. Gevaert et Wotquenne, la reprise d'œuvres anciennes ne\npeut se faire que dans des conditions respectueuses et de façon impeccable.\nOn peut ne pas aimer la musique de Gevaert, mais on ne peut se refuser\nà reconnaître à ses grands travaux théoriques leur admirable utilité. Le\nConservatoire de Bruxelles est le contraire de celui de Paris. Là-bas, le\ncorps enseignant, en tant que professant, est généra!ement médiocre, et\nl'élément scolaire de premier ordre. Ici, les maîtres manifestent de telles\nqualités d'intégrité de travail, de savoir et d'expérience, que l'on se demande\ncomment il est possible que le niveau intellectuel des élèves soit aussi\nbas. L'orchestre du lieu, en exceptant les soli, est cependant soumis à un\nentraînement méthodique et prolongé; il est heureux qu'on ait choisi les\ncantates du vieux Cantor pour le mettre en lumière. Rien plus que cette\nmusique ne développe le sens du rythme et de la phrase, et le respect du\nrythme, par le temps qui court, est chose si rare qu'elle vaut la peine\nd'être remarquée. J'ai entendu dernièrement les cantates Weinen, klagen,\nsorgen et Ich habe genug ; c'était scandaleux. Félicitons la direction du\nConservatoire de Bruxelles de suivre l'exemple de la Bach-Gesellschaft et\nde la Schola, et d'enseigner brillamment à son public les chefs-d'œuvre\nqu'on estropie aujourd hui. Là, également, j'ai toute confiance.\n\nPaul Grosfils.\n\nCOURRIER DE STRASBOURG\n\nLa saison des concerts s'annonce comme très productive à Strasbourg et\nsera inaugurée prochainement par une audition du quatuor Flonzaley. Ce\nquatuor a été fondé, il y a quelques années, par M. Edouard de Coppet,\nde New-York, qui l'a créé afin de faire exécuter chez lui les œuvres de\nmusique de chambre ; il joue exclusivement en hiver chez M. de Coppet à"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "New-York, et en été dans sa villa de Flonzaley à Ghexbres. Toutefois,\nM. de Coppet a exigé de son quatuor qu'il se fît entendre quelquefois en\npublic au profit d'œuvres de bienfaisance. C'est ainsi qu'après avoir par-\ncouru avec succès TAmérique et l'Autriche, il va se faire entendre à Stras-\nbourg au profit de l'œuvre des colonies de vacances. Le quatuor se com-\npose de MM. Betti (de Florence), Alfred Pochan (d'Yverdon), Asra (de Ve-\nnise) et d'Archambeau (de Verviers) ; il exécutera à Strasbourg des œuvres\nde Schubert, Dvorak et Glazounow.\nLe second concert de la saison sera le premier des huit concerts d'abon-\nnement que donne annuellement l'orchestre municipal. Selon la déplora-\nble habitude adoptée par l'administration de ces concerts aux yeux de\nlaquelle l'art musical français ne constitue malheureusement qu'une quan-\ntité négligeable, une part très restreinte est faite aux œuvres françaises\ndans le répertoire projeté : elle se compose de Patrie de Bizet, l'ouverture\ndes Barbares et le Rouet d'Omphale de Saint-Saëns, l'entr'acte de Messidor\nde Bruneau et les Erinnies de Massenet. De même, la liste des solistes\nengagés ne présente aucun nom français, à l'exception de M. Colonne, qui\nsera probablement appelé à diriger un des concerts.\nLa même exclusion des œuvres françaises est pratiquée dans le répertoire\ndes quatre séances municipales de quatuors, sur le programme desquelles\naucune œuvre française n'est prévue.\nPar contre, le Tonkunstlerverein une société privée qui s'est formée\nà Strasbourg, il y a quelques années, afin de faire exécuter les chefs-d'œu-\nvre des grands-maîtres et des compositeurs modernes les plus en vue\ndonnera une place plus grande à l'art musical français :il s'est, dès à pré-\nsent, acquis le concours, comme principaux exécutants, du quatuor bruxel-\nlois (MM. Schôrg, Daucher, Miry et Gaillard), de l'Association d'instruments\nà vent de Berlin, du Quatuor parisien (MM. Geloso, Bloch, Monteux et\nGriseyj, du quatuor bâiois, de MM. Daniel Hermann, violoniste, etGaubert,\nflûtiste de Paris, du pianiste Cortot, de Paris, etc.\nAu théâtre municipal, une des principales œuvres qui seront montées dans\nle courant de l'hiver sera le Jongleur de Noire-Dame.\n\nF. Holl.\n\nCOURRIER DE MANCHESTER\n\nMusique anglaise.\nOn vient de publier le programme des œuvres chorales qui seront exé-\ncutées cette saison aux concerts Hans Richter. Comme il est de coutume\ndepuis maintes années, on y voit figurer le Messie de Haendel et YElie de\nMendelssohn. Mais voici que certains abonnés protestent et deman-\ndent des œuvres nouvelles ; d'autres ne veulent pas renoncer à leurs\nvieilles habitudes et défendent leurs « airs » favoris..., et, suivant l'usage\nanglais, les colonnes des journaux s'emplissent de longues épîtres où mes-\nsieurs les abonnés échangent des propos aigres-doux.\nLe grelot fut attaché par un correspondant courageux dont la lettre\ntémoigne d'un goût averti et d'une réelle intelligence musicale. Il traite\nYElie d'œuvre lourde, superficielle, et ose accuser Mendelssohn l'auteur\nsacré des Romances sans paroles d'y révéler son incapacité complète à\ntracer un caractère « grand et profond ». Aussitôt on lui répond : « Les"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3223, "texte": "oratorios ne sauraient fatiguer les oreilles d'un mélomane anglais non plus\nque le bœuf rôti son estomac », et un amateur, tout en avouant qu'il pour-\nrait « siffler correctement les trois premières mesures de n'importe quel\nchœur », assure qu'il les écoute tous les ans avec une joie toujours nou-\nvelle.\nCoups de pattes bien enfantins, direz-vous, et vous ajouterez sans doute\nque les Anglais n'ont pas si mauvaise grâce de se battre pour Haendel et\nmême pour Mendelssohn.\nSavez-vous donc pourquoi ils se battent ? Croyez-vous que ce soit la\nmusique qu'ils défendent ? Allons donc ! C'est l'Angleterre. Haendel pt\nMendelssohn sont Anglais. Parfaitement. Cela vous étonne ? Il est pourtant\nsi difficile d'être Anglais ; on ne l'est pour de bon que si on s'est battu à\nCrécy, et du bon côté encore ! Mais les musiciens sont rares sur le marché\nanglais, il faut en importer. En dépit de M. Chamberlain, les colonies ne\nproduisent pas de musiciens; il arrive bien quelques rossignols d'Australie;\nmais pour que ces rossignols puissent chanter, il faut que les Italiens, les\nAllemands et, à leur défaut, les Français viennent leur apprendre leur mé-\ntier ; et quand ces Italiens, ces Allemands ont déversé toute leur science\ndans les cerveaux bretons, en signe de gratitude, on les bombarde Anglais...\naprès leur mort, pour qu'ils ne protestent pas.\nEt voilà comment Hœndel et Mendelssohn ont été naturalisés Anglais ;\nvoilà pourquoi on en a fait des idoles ; voilà pourquoi on va entendre leur\nmusique de préférence à toute autre ; voilà pourquoi je salue les vaillants\nabonnés des concerts Richter qui ont osé toucher à ces idoles, parce que\nje vois en eux les précurseurs de l'ère prochaine qui verra figurer aux pro-\ngrammes des concerts Richter les César Franck, les d'lndy et les Debussy.\n\nElisabeth d'Irvel.\n\nCOURRIER DE STUTTGART\nL'Opéra de Stuttgart.\nDes juges très impartiaux disent que l'Opéra de Stuttgart, qui a donné\ndes représentations dans toutes les grandes villes de l'Allemagne et notam-\nment à Berlin, est, à l'heure qu'il est, un des plus célèbres instituts de\nl'Allemagne. Tous les grands critiques de Berlin ont fêté la grandeur des\nartistes de cet Opéra, et nous ne pouvons, aussi impartiaux qu'eux, que confir-\nmer ces critiques. Et nous mettons en première ligne M. Hermann Weil5\nun des futurs chanteurs de Gonried. On ne se rappelle pas avoir eu la\nchance de posséder un si merveilleux chanteur. Dernièrement, il a chanté\nle « Papageno » de la Flûte enchantée de Mozart et un grand rôle du\nDépàrt de M. d'Albert.\nNous sommes toujours assez sobres de louanges, mais, cette fois, il\nserait bien mesquin de ne pas dire que M. Weil est un chanteur absolu-\nment incomparable. Il fera son chemin vers l'Amérique et sera comblé d'or.\nOn dit que M. Weil est un jeune homme; sans doute il a été un enfant pré-\ncoce, car il a des qualités qu'on ne peut avoir que dès sa naissance. L'O-\npéra a eu longtemps un chanteur qui fut regardé comme un des premiers\nchanteurs allemands, c'était M. Hromada; mais son successeur, M. Hermann\nWeil, lui est supérieur. Le public est fanatisé par le chant de M.Weil et a vite\noublié la belle voix de feu Hromada. C'est en même temps un comique fort"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4024, "texte": "spirituel et très habile dans les parties parlées d'un opéra. En tout,\nM. Hermann Weil est un artiste de qui on parlera. Le Nouveau Monde a\ndepuis longtemps ses regards sur lui. Un de ses confrères, M. Péter Muller,\nest aussi très fêté en Allemagne et en Suisse. M. Péter Muller est un ténor\nd'une très grande voix. M. Frické ne satisfait pas autant, mais dans les rôles\ncomiques il est bon. Seulement les voix de MM. Péter Muller et Frické sont\ndéjà un peu usées dans les parties supérieures, du reste ils suffiraient pleine-\nment à tout Opéra allemand. A Stuttgart, le public est fort gâté, je pourrais\ndire que c'est le public le plus étrange ; oui, c'est un public sur lequel on ne\npeut compter, il n'y a pas de public aussi difficile qu'à Stuttgart. Et ce public\nsingulier se plaignait longtemps d'une partenaire de M. Péter Muller,\nMUe Elisa Wiborg, qui fut rappelée sept fois après le premier acte de la\nValkyrie, le ier octobre. Mlle Wiborg mérite qu'on la respecte.\nElle est une artiste des plus fidèles du répertoire et a tous les dons de\nplaire à tout le monde et au bon Dieu, pourquoi pas au public chatouil-\nleux de Stuttgart ? C'est comme le vent, ce public ; vous devez vous félici-\nter si vous n'avez rien à démêler avec lui. Lisez l'Ancien Testament,\nvous y trouverez un passage qui le dessine. Mais pas trop mal. Eh bien !\nMUc Wiborg avait un temps où elle ne chantait pas assez bien pour\nfaire dire qu'elle serait la meilleure cantatrice de l'Opéra, qu'elle est\naujourd'hui. Il ne faut pas tracasser cette artiste, mais lui laisser du temps.\nEt elle s'est montrée parfaite, et en tout cas meilleure que Mlle Anna Sut-\nter, qui chante par le nez et a une mauvaise prononciation. Mlle Sutter est\ntrop nerveuse et ne laisse pas une impression nette comme Mnes Bommer\net Marga Dietz, deux jeunes cantatrices toutes délicieuses. Mne Bommer est\nl'élève de M. Frické. Mlle Dietz rappelle beaucoup Mlle Parenna, de la Co-\nmédie. Il faut retenir ces trois noms de Mlles Parenna, Bommer et Dietz.\nLa cantatrice dramatique Bossenberger crie, mais elle ne chante pas. Et\nelle croit qu'elle chante, et le public est d'accord. Pourquoi? Parce que le\npublic est bizarre. Ce public particulier devrait être content de la grande\ncantatrice wagnérienne, Mile Hélène Hieser, qui fut la gloire de Bayreuth,\nde Covent-Garden et de Munich. Et la direction de l'Opéra devrait lui\nconfier des rôles et non seulement des bouts de rôles, comme elle en a\nl'habitude. Sa rivale, Schoenberger, qui n'a pas de belles robes, ne\nchante pas mal, mais elle devrait étudier davantage ses grands rôles, ce\nque je recommande également à M. Neudoerffer, qui chante, parfois, par\nle nez. M. Holm est une très belle basse, mais un mauvais comédien,\nil est comme une statue; rappelons la Flûte enchantée et la Valkyrie.\nM. Decken est un comique on ne peut plus gai, mais depuis quelque temps\nil néglige sa voix, et il a tort, car il en pourrait faire quelque chose. Je dis\nla même chose à la cantatrice wagnérienne, Mme Jugeborg-Zink, qui ne\nchante qu'aux commencements du printemps, de l'été, de l'automne, de\nl'hiver. Elle est jolie, mais elle se fait très rare. Pourquoi ?\nEt le nouveau grand ténor, M. Bolz ? Eh bien, il est gros, comme tous\nles grands ténors, mais cette qualité ne lui permet pas de faire des mou-\nvements. Il chante bien, mais pas aussi bien qu'un de ses prédécesseurs\nM. Nicolas Rothmùhl à Berlin, et je ne comprends pas M. Bolz, il a une\nfort mauvaise prononciation. Il parle 1' « agrach ». Mais on comprend bien\nM. Franz Schaetzlé, qui chante le more de la Flûte enchantée depuis\ndix ans, et il chante bien ; pourquoi chante-t-il si peu ? M. Schaetzlé devrait\nse montrer plus souvent, il est bon. Je demande à la direction pour-\nquoi elle ne donne pas de grands rôles àM. Camillo Stoelzel. M. Stoelzel,\ndit-on, chante bien ; il faut nous le prouver; en tout cas, M. Stoelzel a une\nbonne voix et est un bon comédien. Qu'on nous donne M. Stoelzel et\nqu'on n'attende pas dix ans. Où est M. Stoelzel?"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2855, "texte": "Mme Clémentine Heurung ne fait plus attention àsa voix. C'est une\ngrande faute. Qu'elle prenne exemple sur Mme s Stoll et lllenberger. Il\nme semble que M. Eybisch est un bon chanteur ; ce jeune homme devrait\njouer plus souvent, et je recommande à M. Franz Bartenstein, qui chante\nbien, d'apprendre à faire des mouvements. C'est un automate. M. Wilhelm\nWeidner et Mme Paula Gùnttner sont sans doute les piliers les plus sérieux\ndu chœur, M. Weidner ne devrait pas l'oublier. MM. Burkhard-Schaezle\net Karl-Kromer termineront cette causerie. Voici les chefs d'orchestre :\nMM. Karl Pohlig, Erich Band, Doppler et Mayer. M. Pohlig est le succes-\nseur de MM. Obristet feu Zumpe, M. Band celui de MM. Hellmesberger\nde Berlin et Reichenberger de Francfort.\nLe nouveau régisseur général est M. Coewenfeld, successeur de M. Har-\nlacher.\n« Sous-off. »\n\nÉCHOS\n\nPreuves. Plusieurs de nos lecteurs ont pu nous croire trop sévères pour\nun certain M. Mangeot ; non certes qu'ils le connussent, car alors, oh!\nalors... Mais enfin on n'aime pas à croire un homme doué de qualités in-\ntellectuelles aussi exactement négatives que le disaient nos aphorismes.\nCela nous choque, nous contriste et nous humilie, comme le spectacle\nd'une trop grande misère. Nous n'exagérions cependant pas dans le sens\nqu'on pourrait croire : en voici la preuve irréfutable. Elle est fournie par\nle personnage lui-même, qui nous somme, bien inutilement, d'insérer sa\nlettre : elle nous donne trop abondamment, trop inespérément raison pour\nque nous ne nous empressions pas de le faire.\nParis, le 5 octobre 1905.\nMonsieur Louis Laloy,\nDirecteur du Mercure musical,\nParis.\nMonsieur,\nEn rentrant à Paris, j'ai trouvé, au milieu d'un monceau de papiers, plu-\nsieurs exemplaires d'une revue à désinence musicale, dont l'esthétique semblait\nêtre résumée sur une couverture couleur viande crue par la figure, bien\npeu avenante, d'une femme cataleptique et par une plante dé pur ative (1).\nEn parcourant les feuilles de cette revue, j'ai vu, quà mots couverts ou à\nlettres distantes (2) le courage et la franchise n étant jamais le propre des\ninsulteurs on me faisait Vhonneur de me traiter de bête, cfidiot et d'àne...\ntout cela à propos de la publication, dans le Monde musical, d'une admirative\nétude de M. C. Mauclair sur Alfred Bruneau, en réponse àun pamphlet de\nM. Laloy suri'auteur de Z'Ouragan (3).\nA la bonne heure ! Voilà ce qui s'appelle savoir discuter, docteur! J'aime\n\n(j) Le mercure, sans doute ?\n(2) On pourra vérifier que M. Mangeot est nommé sans ambages et sans écart anor-\nmal dans chacun de nos Echos. Eut-il compris, d'ailleurs, sans cette précaution ?\n(3) En aucune manière, mais à propos de la publication, en tête de cet article, d'un\nentrefilet bassement injurieux. L'opinion de M. Mangeot sur Bruneau ne nous importe\npas, est-il besoin de le dire ?"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.44", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3457, "texte": "Briuieau et vous le haïssez : donc, je suis bête, idiot, et âne, et vous, intelligent,\nsavant, compétent et universel.\nPai xe que l'Université vous a décerné un brevet d'alpha, vous m'adressez celui\nde bêta pour montrer l'étendue de vos connaissances. Quel génie, ce docteur! Mais\npeut-être votre ressentiment à mon égard a-t-il d'autres causes ?... (1).\nAujourd'hui que votre déconvenue atteint le niveau de votre morgue (sans\nmajuscule), vous criez haro sur tous vos voisins: sur la Revue, sur le Courrier\net sur le Monde !\nVous ne pardonnez au Monde musical ni ses dix-sept années d' existence pros-\npère, ni le rang qu'il occupe, ni l'estime dont il jouit auprès des maîtres et des\nartistes, ni ses 20.000 lecteurs qui se montrent de plus en plus satisfaits de mon\n(( pénible jargon »et le préfèrent à vos « omniscients discours, partiaux, obs-\ncurs », comme dit Camille Mauclair, écrits dans une langue que le charmant\nlittérateur déclare 11e pouvoir « assimiler au bon français ».\nMais « que faire ajouterai-je encore avec mon éminent confrère devant\nquelqu'un qui est à la fois Laloy et son prophète ? »\nVous me faites encore le grand plaisir d'ajjpeler à votre aide pour m injurier\nM. Grossier-Villars. De celui-ci, au moins, je n'ai pas àme plaindre ;il m'a\njoliment fait du bien depuis six ou sept ans quil s'acharne après moi. Il m'a\nfait tellement peur que je me suis sauvé à son antipode, et vous ne vous doutez\nguère comme on g est bien. Il s'en est aperçu, paraît-il? et se trouve un peu gêné\nmaintenant de rester à côté de lui-même (1).\nRemerciez-le, de ma part, de sa dernière obligeance, qui fut d'envoyer son\nsecrétaire prendre un abonnement au Monde musical et de me faire adresser de\nLondres, sous un nom d'emprunt, deux simples lignes à insérer —ô ! sans ma-\njuscules, avec un chèque réglant d'avance le prix d'un nombre considérable\nd'exemplaires. J'encaissai le chèque (2), j'envoyai les journaux, mais je m'aperçus\nque j'avais oublié d'y publier les deux lignes de mon obligeant correspondant.\nVous voudrez bien m'en excuser auprès de lui et recevoir pour vous-même,\nMonsieur, Vassurance de ma bien vive gratitude.\nLe Directeur du Monde musical,\nA. MANGEOT.\n<( Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle,\n« O Mauclair... »\nMais M. Mauclair est un ingrat, et juste au moment où M. Mangeot le\ncouvre de fleurs, il déclare, dans une autre publication, qu'il ignorait\n« l'existence de la note et de la reproduction » de son article par le Monde,\nmusical. En effet, on ne peut que gagner à désavouer un Mangeot, et le\ntexte qu'on vient de lire passe, comme on dit, l'imagination. Que nos lec-\nteurs nous excusent d'avoir étalé devant eux ce petit tas de bave imbécile :\nil y a de ces choses qu'il faut voir pour y croire.\nQuant au fond de la question, rien de plus simple. Nous n'avons jamais\nattaqué personne. C'est nous qui, dès nos débuts, et surtout dès nos pre-\nmiers succès (plus grands que nous n'avions jamais osé l'espérer), avons\nété poursuivis des injures, sarcasmes, insinuations et diffamations de quel-\nques-uns de nos confrères (pas tous, ni les meilleurs). Nous avons eu cet\n\n(1) Nous supprimons ici une phrase injurieuse pour deux collaborateurs du Mercure\nmusical, et nous évitons ainsi àM. Mangeot certains désagréments... du genre cuisant.\nQu'il se le dise !\n(2) Après cet effrayant galimatias, venait une diffamation que nous refusons de\npublier.\n(3) Nous ne le lui faisons pas dire."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": "honneur insigne de rendre fou de rage et d'envie l'homme aux 20.000 lec-\nteurs ; et d'autres, plus sournois, ne nous ont pas montré une moins basse\nhaine. Nous avons jusqu'à ce jour répondu à ces provocations, pour mon-\ntrer que nous ne craignons personne. Mais nous en avons assez aujour-\nd'hui ; nous sommes ici pour parler musique, et non pas Mangeot,\nNous comprenons fort bien qu'une revue comme la nôtre, où chacun\ndit tout uniment sa pensée, jette le trouble et l'effroi dans certaines entre-\nprises, qui se voient menacées de faire de moins bonnes affaires. Mais à\nl'avenir nous laisserons ces malheureux clabauder à leur aise dans leur\nmare aux canards, jusqu'au jour où, renonçant à un métier désormais sans\nprofit, ils s'établiront marchands de lorgnettes ou montreurs de phéno-\nmènes ; à moins qu'ils n'aient péri d'abord, étouffés par la bile qu'ils se\nfont à notre sujet et les ordures dont ils croient nous salir.\nDirecteurs irascibles. Après M. Antoine, qui n'admet la critique que\norsqu'elle fait marcher « son commerce », voici M. Albert Carré, direc-\nteur de rOpéra-Comique, qui réclame au directeur et au rédacteur en\nchef des Cartons mondains, ainsi qu'à notre éminent et charmant colla-\nborateur M. Henry Gauthier-Villars, la bagatelle de cent mille francs de\ndommages et intérêts pour les lignes suivantes, parues le i 5 juin et le\nler juillet derniers :\nIl y a deux sortes de directeurs : ceux qui refusent les pièces et ceux qui les\njouent.\nM. Albert Carré constitue, à lui tout seul, une espèce intermédiaire, la plus\ndangereuse : il reçoit les pièces à l Opéra-Comique et ne les joue jamais.\nUn compositeur de grand talent, Sylvio Lazzari, ayant mis en musique un\ndrame tiré de la poignante nouvelle d'Henri Bataille, vit, avec une joie bien com-\npréhensible!, son œuvre inscrite sur la liste des pièces à représenter prochaine-\nment, mais il ne vit jamais rien d'autre.\nSon bon droit est incontestable ; le directeur ne le nie point et se contente de\nlui dire :\nPoursuivez-moi si vous voulez.\nMais M. Sylvio Lazzari est pauvre, et la justice, qui passe pour gratuite, en\nFrance, coûte abominablement cher.\nSemblable mésaventure advint, de par le même directeur, au compositeur\nChapuis, inspecteur général de la musique dans les écoles de Paris. Ce haut\nfonctionnaire, doublé d'un excellent musicien, reçut la commande ferme d'un\nopéra comique, tiré par M. Bernède de la pièce célèbre de Dumas, les Demoiselles\nde Saint-Cyr.\nUne fois sa musique terminée, il porte à M. Carré sa partition gravée, et\nreçut cette stupéfiante réponse :\n—Je vous jouerais bien, mais j'ai peur que votre pièce ne me coûte trop cher\nà monter.\nSi M. Chapuis fait un héritage, il aura quelque chance d'être mis en répéti-\ntion, sinon, il pourra se promener autour de VOpéra-Comique, bras dessus, bras\ndessous, avec M. Sylvio Lazzari.\nC'est gai, le théâtre.\nEh quoi ! dira-t-on, c'est tout ? Où est le mal ? Chacun a pu voir paraître\nchaque année, sur les listes de l'Opéra-Comique, un nombre extraordi-\nnaire d'œuvres nouvelles dont les trois quarts n'iront jamais plus loin. N'y\na-t-il pas là à la fois un bluff et une duperie ? Car une pièce inscrite à l'O-\npéra-Comique ne sera pas jouée ailleurs, et les longues expectatives aux-\nquelles on condamne ainsi les auteurs sont un lent étouffement, bien plus\ncruel que le refus brutal. Il y a même cette circonstance aggravante que"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.46", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "les plus atteints sont les compositeurs dépourvus de ressources person-\nnelles, qui ne peuvent se faire rendre justice et à qui il est permis d'oppo-\nser des arguments financiers sans réplique. M. Gauthier-Villars a tenu à\nprotester contre cet abus ; mais M. Albert Carré a voulu lire, entre les\nlignes, une accusation de vénalité et de chantage qui certes n'est appa-\nrente que pour lui. La lecture seule de sa citation montrera l'absurdité du\ngrief:\nAttendu que, dans cet article, M. Gauthier-Villars accuse M. Carré de ne\njouer que les pièces des auteurs qui le paient et d'éconduire ceux qui ne sont pas\nassez riches pour faire entre ses mains des sacrifices d'argent ;\nAttendu que cette accusation de vénalité et de chantage est Vinjure la plus\ngrave qui puisse être lancée à un directeur de théâtre ;\nAttendu que depuis vingt et un ans que M. Carré est à la tête des théâtres de\nParis, c est la première fois qu'un outrage aussi sanglant lui est adressé ;\nAttendu que M. Carré ne saurait tolérer un semblable affront, alors que s'il y\na un reproche qui ne puisse lui être fait par personne, c est précisément le repro-\nche de cupidité ;\nAttendu, e/c..., qu'aux termes des articles 1382 et 1383 du Code civil, M. Cirt\nM. le baron de Castelnuovo et M. H. Gauthier-Villars doivent être tenus con-\njointement et solidairement responsables ;\nPar ces motifs, s'entendre condamner à payer à M. Carré la somme de cent\nmille francs à titre de dommages-intérêts.\nVoir ordonner l'insertion du jugement à intervenir dans la publication men-\nsuelle intitulée : Cartons mondains, et dans dix journaux de Paris au choix de\nM. Carré.\nPour nous, notre conviction est faite. Nous connaissons cette sorte de\nprocès, où l'on demande, pour un préjudice imaginaire, un chiffre formi-\ndable de dommages et intérêts. Ce sont des procès ab irato, qui font tou-\njours le plus grand tort à celui qui les entreprend. De pareils recours aux\ntribunaux ne nous étonnent pas de la part de certains chicaneaux de pro-\nvince qui veulent mêler la justice à toutes leurs querelles. Mais nous\nregrettons de voir M. Antoine et M. Carré, qui passaient jusqu'à présent\npour les directeurs les plus intelligents de Paris, démentir aujourd'hui,\nchacun à sa manière, leur égale réputation (i).\nSchola Cantorum. Pendant toute la première semaine d'octobre, le\nDirecteur des études a procédé aux examens d'admission, qui vont intro-\nduire dans le personnel des élèves un très grand nombre d'éléments nou-\nveaux. En effet, le chiffre des nouveaux venus s'élève à 76, dont 32 hommes\net 44 femmes. Il ne sera plus procédé jusqu'en janvier à de nouvelles\nadmissions. Dans la plupart des cours le maximum des inscriptions a\nété atteint ; c'est ainsi qu'il ne reste actuellement pas une seule place dans\naucun des sept cours de piano.\nDevant l'affluence des élèves, l'Administration de l'École s'est vue obli-\ngée de créer six nouveaux cours :\n1 de solfège, femmes ;\n1 de contrepoint, femmes ;\n2 de chant, femmes ;\n2 de violon, premier et second degré ;\n\n(1) En dernier lieu, le Figaro nous apprend que M. Carré se désistera de sa plainte,\n« puisque M. Gauthier-Villars a reconnu son erreur ». On ne peut reconnaître uns\nerreur que l'on n'a pas commise, et il nous semble difficile que l'affaire en reste là."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "Les titulaires de ces nouveaux cours sont : Mme Gravollet pour le sol-\nfège, Mlle Nun pour le contrepoint, Mme Tracol, la créatrice d'Alceste\nà Avignon, et Mme Bataille pour le chant, MM. Lefeuve, ancien élève\ndiplômé, pour le violon, ier degré, et Nestor Lejeune pour le violon,\n2e degré.\nQuelques changements ont eu lieu dans le personnel enseignant :\nMHe Glaire Hugon est nommée titulaire du cours d'harmonie, femmes,\ndonné précédement par Mlle Nun ; MUeAdrienne Pelletier, élève diplômée,\npartage avec Mue Duranton la direction du cours de piano du 2e degré,\nfemmes, en sorte que ce cours, qui n'était qu'hebdomadaire l'an dernier,\nsera donné dorénavant deux fois par semaine.\nM. Louis de Serres, si dévoué à la Schola depuis toujours, a accepté\nd'être titulaire du cours de déclamation lyrique, en remplacement de\nM. Charles Bordes qui se fixe à Montpellier, au moins pour cette année,\nmais qui reste inspecteur des études de chant.\nEnfin, M. Cornubert partagera avec M. Cazeneuve la direction du cours\nchant, hommes.\nLa Schola se félicite d'avoir pu s'attacher, en qualité de professeur de\nchant, une artiste de la valeur de Mme Bataille qui, après une carrière mili-\ntante des mieux remplies, s'est consacrée à renseignement et a bien voulu\nfaire profiter les élèves de son talent si réputé et de son expérience.\nLe nouveau cours de violon du 2e degré a été confié aM. Nestor Le-\njeune, le virtuose bien connu, instruit àla grande école d'Eugène Ysaye.\nLes demandes de bourses et demi-bourses doivent être déposées au\nSecrétariat avant le 25 décembre, dernier délai, à l'adresse de M. le Pré-\nsident du conseil d'administration.\nIl sera statué sur ces demandes àla suite des examens du ier trimestre.\nM. Pierre Aubry, membre du conseil d'administration, est nommé\nInspecteur des études. Il est tout spécialement chargé par le conseil de\nlui établir un rapport concernant Y exactitude et Yassiduité des élèves\naux cours auxquels ils sont inscrits. Des conclusions de ce rapport dépendra\nl'obtention des bourses et demi-bourses.\nBoston. On nous télégraphie le programme suivant qui est celui des\nconcerts que M. d'lndy va diriger en décembre prochain à Boston (2 con-\ncerts), Philadelphie, Baltimore, Washington, New-York(2 concerts) et Broo-\nklyn :\nE. CHAUSSON : Symphonie.\nV. D'INDY : Istar, Sauge fleurie, 2Q Symphonie.\nCL. DEBUSSY : Prélude à ÏAprès-Midi d'un lîaune.\nG. FAURÉ : Pelléas et Mélisande.\nCES. FRANCK : Suite tirée de Psyché.\nP. DUKAS : L'Apprenti sorcier.\nDisons encore que M. d'lndy, sollicité par les amateurs américains de\nne faire entendre que de ses œuvres, a tenu noblement à donner une\nidée d'ensemble de la musique française moderne.\nM. Maurice Ravel reprend ses cours et leçons de composition, chez\nMiles Chaigneau, 162, avenue Victor-Hugo. On sait trop ce que nous pen-\nsons de lui pour que nous ajoutions à son nom, déjà illustre, un seul mot\nde recommandation.\nM. Henri Dallier est nommé organiste de la Madeleine en remplacement\nde M. Gabriel Fauré. Toutes nos félicitations à réminent artiste, dont il\nnous a été donné d'apprécier, à maintes reprises, le goût et l'esprit."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.48", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1999, "texte": "Lyon. —La Société des grands Concerts, dont le directeur est M. Wit-\nkowski,exécutera cette année,salle des Folies-Bergère,les œuvres suivantes:\nSYMPHONIES\nD'HAYDN(en fa dièse mineur,PAD/EY).\nde BEETHOVEN (en 7a).\nde Vincent d'iNDY (sur un air mon-\ntagnard).\nde César FRANCK (en ré mineur),\nde LALO (Symphonie espagnole\npour violon et orchestre).\nCONCERTOS\nde J.-S. BACH pour violon (en mi).\n— pour piano (en ré\nmineur).\nde MOZART pour piano et orchestre\n(en ut mineur),\nOUVERTURES\nde Léonore, n° 3. . BEETHOVEN\nde La Grotte de Fin-\nGAI . MENDELSSOHN\nde La Belle Mèlusin e. MENDELSSOHN\nde Zoroastre. . . RAMEAU\nPOÈMES SYMPHONIQUES\nLa Jeunesse cTHer-\ncule SAINT-SAENS\nTodundVerklaerung. R. STRAUSS\nDIVERS\nSiegfried-Idvlle . . R. WAGNER\nV Enchantement du\nVendredi saint. . R. WAGNER\nMarche des Pèlerins\ndHarold. . . . BERLIOZ\nSuite de Pelléas et\nMélisande. ... G. FAURÉ\nElévation. Poème en\nmusique. ... A. SAVARD\nPrélude à Y Après-\nMidi d'un Faune. CL DEBUSSY\nŒUVRES POUR CHŒURS ET ORCHESTRE\nRédemption. ... G. FRANCK\nPoème-sympho-\nnie en 2 parties.\nFragments de Parsi-\nfal R, WAGNER\nCantique de ïAvent. R. SCHUMANN\nLa Vie du Poète (2^\ntableau). . . . G. CHARPENTIER\nA la Musique. . . E. CHARRIER.\nTiflis. M. Nicolaïev, musicien fort éclairé et cultivé, fera entendre\ncet hiver le Prélude à VApres-Midi d'un Faune de Cl. Debussy.\nLeyde. —Le Sang de la Sirène, de Ch. Tournemire, œuvre couronnée\nau dernier concours de la ville de Paris, sera exécuté prochainement à\nLeyde, sous la direction de M. Daniel de Lange, directeur du Conserva-\ntoire d'Amsterdam.\nToulouse. Le même ouvrage sera exécuté à Toulouse, sous la direction\nde M. Crocé-Spinelli.\nSoirées d'Art. Voici le programme du concert d'inauguration qui aura\nlieu le jeudi 9 novembre, à 9 heures du soir, à la Salle des Agriculteurs,\n8, rue d'Athènes :\n1 Premier Quatuor (en fa majeur BEETHOVEN\n2 a) Promenade matinale Ch. BORDES\nb) Roses dans la Nuit Léon MOREAU\nc) Ein Traum. .............. Ed. GRIEG\nMME Jeanne RAUNAY"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3169, "texte": "3a) Egyptienne(Transcript. pr harpe de Mlle H. RENIÉ) RAMEAU\nb) Légende (d'après les Elfes de LECONTE DE LISLE). . H. RENIÉ\nMi'E Henriette RENIÉ\n4a) Won ne der Wehmuth. . BEETHOVEN\nb) Caro mio ben. GIORDANI\nC) Maman, dites-moi. . Chanson française du xvii'siècle\nHarmonisée par Weckerlin\nMme Jeanne RAUNAY\n5 Deuxième Quatuor (en sol majeur) BEETHOVEN\nM. Armand Fer té, le pianiste bien connu, nous prie d'annoncer qu'il est\nde retour à Paris et reprend ses cours et leçons, 25, rue Ballu.\nLe Faust de Shakspeare. M.Jules Claretie, directeur de la Comédie-\nFrançaise et membre de l'lnstitut, vient de le découvrir, et c'est dans la\nrevue modestement intitulée Je sais tout (no d'octobre, p. 302) qu'il nous\nannonce que demander à feu Irving comment il jouait le Méphistophélès\nde Faust, c'eût été « analyser l'œuvre même de Shakspeare ».\nLui aussi, M. Claretie peut dire : « Je sais tout. »\nSociété J.-S. Bach. La Société J.-S. Bach donnera au cours de la sai-\nson 1905-1906 douze concerts dont voici les dates :\nConcerts avec soli, orchestre et chœurs (série A) : le mercredi 22 novem-\nbre, le samedi 9 décembre, les mercredis 17 janvier, 7 février, 14 mars et\n9 mai.\nConcerts d'orgue et de musique de chambre (série B) : le mercredi 29\nnovembre, le samedi 23 décembre, les mercredis 24 janvier, 21 février, 21\nmars, 23 mai.\nAux programmes de la série A figureront dix Cantates sacrées ou\nprofanes (ires auditions à Paris), parmi lesquelles Le Choix d'Hercule, une\ndes œuvres les plus importantes et les plus intéressantes de Bach ; les con-\ncertos pour trois pianos ; les concertos brandebourgeois ; les ouvertures pour\norchestre; les concertos pour violon, pour piano, etc.\nLes concerts de musique de chambre seront réservés aux œuvres\nd'orgue, de piano, aux Sonates pour piano et violon, pour piano et viole\nde gambe, pour piano et flûte, pour violon seul, violoncelle seul, etc.\nCes concerts, auxquels les artistes les plus réputés de France et de\nl'étranger prêteront leur concours, auront lieu, comme par le passé, à la\nSalle de l'Union, 14, rue de Trévise, que des travaux pendant les vacances\nont très heureusement améliorée.\nEn rappelant que des conditions d'abonnement spéciales sont faites aux\npersonnes s'inscrivant comme membres fondateurs ou honoraires de la\nSociété Bach, signalons une innovation des plus louables et qui mériterait\nde se généraliser. La Société Bach a décidé la création de cartes perma-\nnentes, dites cartes d'artiste, qui seront mises, à un prix minime et en\nnombre limité, à la disposition des musiciens professionnels et notamment\ndes jeunes gens se livrant, pour en faire leur carrière, à l'étude de la mu-\nsique, soit dans les écoles spéciales, soit avec des professeurs libres.\nPour l'obtention de ces cartes et pour autres renseignements, écrire à\nM. Daniel Herrmann, directeur adjoint de la Société Bach, 9 bis, rue\nMéchain.\nL'Œuvre Internationale, revue d'art, de littérature et de sociologie (9e an-\nnée), que dirige notre confrère Marcel Clavié, vient de transférer sa direc-\ntion et son administration, 6, rue Cardinet (XVIIIe),.\nEcole Beethoven. Les cours de piano, harmonie, solfège, etc., pour"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.50", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "les amateurs et les artistes, ont recommencéfle 4 octobre, sous la haute\ndirection de IVU'e M. Balutet ; mais le concours d'entrée pour la classe pré-\nparatoire au professorat du piano n'aura lieu qu'en novembre. Nous signa-\nlons aussi les cours de Direction musica indiquant\nun plan d'études classiques et les nouveautés musicales les plus intéres-\nsantes. Ces cours sont vivement appréciés des mères de famille, des\ninstitutrices et des jeunes professeurs habitant la province ou l'étranger.\n(Ecrire 80, rue Blanche).\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÈCENTES.\nClaude Debussy : La Mer, Trois esquisses symphoniques. Réduction\npour piano à 4 mains par l'auteur. Paris, Durand\net fils.\n— Interludes pour Pelléas et Mélisande. Réduction pour\npiano à 2 mains par Gustave Samazeuilh. Paris,\nDurand et fils.\nCamille Saint-Saëns : Deuxième Sonate pour violoncelle et piano (op. 123).\nParis, Durand et fils.\nGustave Samazeuilh : Deux poèmes chanParis, Durand et fils.\nPierre Aubry : Esquisse d'une b\nen Europe.Paris, A. Picard et fils.\nPierre Aubry et Emile Dacier : Les Caractères de la Danse. Histoire d'un\ndivertissement pendant la première moitié du\nxvme siècle. Avec un portrait en héliogravure de\nMUe Prévost et la réalisation de la partition originale\nde Rebel. Paris, Champion.\nRacbilde : Le Meneur de louvParis, Mercure de France."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c011", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6.2", "titre_corps": "LES CONCERTS", "titre_sommaire": "LES CONCERTS", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "LES CONCERTS\n\nConcerts Chevillard : la Mer, trois esquisses symphoniques de Claude Debussy. Concerts\nColonne : Wagner.\nNos grands concerts ont rouvert, le i 5 octobre, leurs portes assiégées\npar un public longtemps sevré de bonne musique ; et dès ce premier jour,\nils nous ont donné une œuvre nouvelle de Claude Debussy, qui est parmi\nles plus belles, les plus harmonieuses, les plus enchanteresses, et en même\ntemps les plus larges et les plus puissantes non seulement de la musique,\nmais de Fart tout entier, et je dirais presque delà nature, tant on se trouve\nici tout près des éléments, et comme à même les choses. Une fois déplus,\nle grand Initié a soulevé le voile d'lsis, et cette fois ce n'est plus seulement\nson langoureux sourire qui nous est apparu, comme dans Y Après-Midi\nd'un Faune ; c'est son glauque regard, pensif, pénétré d'on ne sait quelle\nsereine mélancolie, et comme fermé sur un monde de tendresses inconnues.\nJamais il ne s'en est fallu de si peu que le mystère entier du monde ne\nnous fût révélé.\nCette impression, qui est la mienne, et s'est emparée de moi avec une\npresque douloureuse violence, n'a point été partagée, je le sais, par quel-\nques-uns de mes confrères, et non des moindres. On a reproché à Debussy\nde nous avoir représenté non la mer tout entière, mais un seul de ses as-\npects, et encore cet aspect a-t-il paru à quelques-uns trop souriant et en-\nsoleillé. Malgré les plus louables efforts, je ne puis comprendre ces criti-\nques. Il va sans dire que, pareil au peintre qui fixe un paysage aune heure\nprécise du jour et sous un éclairage déterminé, Claude Debussy n'a voulu\nexprimer, en chacun de ses tableaux, qu'un seul moment et une seule im-\npression ; pour comprendre toutes les apparences de la mer, son œuvre eût\ndû remplir l'éternité. Mais en chacun de ces trois épisodes d'une existence\ninfinie, qu'il intitule De Vaube à midi sur la mer, Jeux de vagues et Dialogue\ndu vent et de la mer, il a su faire tenir tout ce qu'il entre de lueurs et\nd'ombres mouvantes, de caresses et de murmures, de douceurs attendries\net de vives colères, de charme séducteur et de soudaine gravité, dans ces\nflots dont Eschyle chantait le « sourire innombrable ». Ne soyons pas\ntrop romantiques. Ne cherchons pas à entendre, dans le bruissement des\nvagues, des imprécations dont elles ne se soucient guère ; ne maudissons\npas la naufrageuse qui ne peut nous haïr, puisqu'elle nous ignore ; et\naimons les choses naïvement, [comme des amies trop grandes, pour nous\nconnaître jamais, mais tellement plus belles que nous !"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.34", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "Sur la forme musicale qui a réalisé pour nous ce prodige d'évocation, il\nme semble aussi qu'on n'a pas dit exactement ce qu'il fallait dire, puisqu'on\nn'a pas dit exactement ce que je pense. On reproche à Debussy de n'avoir\npas écrit trois nouveaux Nocturnes. Sans doute on ne trouve pas ici les\nfrissonnements de couleurs qui font le charme en quelque sorte virginal de\nNuages, de Fêtes et de Sirènes. L'œuvre a un autre caractère, et comme\nune éblouissante maturité. Elle est plus grande et plus large, plus nourrie\nen ses dessous et plus grasse en ses contours. Ce n'est plus du pointillisme,\nmais c'est de l'impressionnisme encore, par la fraîcheur inaltérée des émo-\ntions, traduites en mélodies et en harmonies uniques au monde, dont je ne\npuis me tenir de citer quelques-unes : voici, dans la première partie, une\nde ces phrases chromatiques, d'une tendresse poignante, dont seul Claude\nDebussy possède le secret :\nEt cet appel mélancolique, qui reparaît dans la première et la dernière\npartie, fait surgir à l'instant à nos yeux les étendues stériles où règne le\nvent :\nEt cette grave sonnerie des trombonnes, cors et trompettes, qui termine la\npremière partie, et joue aussi un rôle important dans l'œuvre entière,\nsemble un souffle venu, des profondeurs de l'abîme :\nJe m'arrête (et d'ailleurs j'y reviendrai), car il me faudrait citer bien\nd'autres pages, également sublimes, et qui étreignent à la gorge comme\ntout ce qui est surhumain : il n'y a, à mon sens, que la musique de Debussy\net les spectacles de la nature qui font ainsi souffrir à force de joie, et par\nl'excès même de leur beauté.\nL'œuvre a été conduite avec beaucoup de sentiment et de précision ;\nj'aurais bien à faire quelques critiques de détail (trop de force aux cuivres\nsouvent) ; mais Ije n'en ai pas le courage, tant je suis reconnaissant à"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.35", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 925, "texte": "M. Chevillard de nous avoir offert un si beau programme, qui comprenait\nen outre la Symphonie en la de Beethoven, la 4e Béatitude de Gés. Franck\n(M. Cazeneuve, très délicat), l'éclatante Symphonie pour piano et orchestre\nde Vincent d'lndy (M. Risler, beaucoup trop sec), et l'ouverture du Car-\nnaval romain de Berlioz. Ainsi l'on pouvait suivre, au cours de tout un\nsiècle, la poussée de la musique française, jusqu'à sa dernière et mirifique\nfleur.\nWagner cependant triomphait aux Concerts-Colonne, avec la romance de\nl'Étoile et les Adieux de Wotan, où nous retrouvions l'autorité superbe et\nle grand style de M. van Rooy, et la Mort d'Yseult, puissamment chantée\npar Mme Litvinne. Quant à l'orchestre, il a été plus exact et plus vigoureux\nencore que l'an passé : M. Colonne est en effet de ces vaillants qui ne sont\njamais satisfaits, et progressent toujours.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c016", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6.3", "titre_corps": "DE L'OPÉRETTE", "titre_sommaire": "DE L'OPÉRETTE", "signature_source": "Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.35", "debut_caractere": 927, "fin_caractere_exclue": 3181, "texte": "DE L'OPÉRETTE\n\n(1).\nPatriarche roublard, Jacques Offenbach avait doté (ausgestattet) sa fille,\nl'Opérette, d'un lot de vertus bon teint et d'avantages inoxydables. Il l'a-\nvait voulue :\nio Joyeuse, pour ce que Rire est le propre du Français... né malin ;\n20 Grivoise (ungebunden), à dessein de titiller le cochon qui sommeille\ndans le cœur de tout boulevardier ;\n3o Grossière (derb) dans ses chants, afin de lui assurer un élément cer-\ntain d'éternité. Le calcul était d'un bon père qui, laissant à l'Univers la\nformule d'un tel Art, se croyait fondé à soupirer un Exegi monumentum\nde tout repos. Malheureusement pour lui, ce Parisien de Cologne, les\nyeux embués par un reste de sentimentalité ethnique, ne sut pas lire dans\nl'avenir et méconnut la versatilité décevante des Français.\nLe Rire, la Grivoiserie, la Trivialité, ne sont éternels qu'en tant qu'en-\ntités ; mais leurs manifestations, indéfiniment variables (unendlich wech-\nselnd), se transforment aussi vite que les modes. Si la Beauté nue est per-\nmanente, la Grâce mi-vêtue se plie au goût du jour. N'oublions pas que la\ncrinoline (Reifrock) elle-même suscita, avant la Blague, le Désir.\nDe même, les pôles du Rire se déplacent rapidement au cours des siècles.\nLes calembredaines (Possen) qui gonflèrent de joie nos grands-parents ne\nfont plus tressaillir un muscle de nos visages, et les plus intenses fumis-\nteries élaborées par les humoristes assermentés en 1905 paraîtront, à nos\npetits-neveux, crevantes (todtlangweilich). Une quarantaine d'années a suffi\npour anémier la vis comica d'Offenbach: les facéties périmées du « Roi\nbarbu-bu-qui s'avance » congèlent le public, et l'habit « craqué dans le\ndos » ne soulève plus sur son passage que des commisérations narquoises.\nLa Grivoiserie a mieux résisté, car le libertinage s'avère encore plus fon-\ncièrement humain que le Rire ; cependant, si le goût des variations pail-\nlardes ne meurt point, ces variations moisissent vite. Les madrigaux qui\nchatouillaient les lorettes en bas blancs chaussées de hautes bottines à\nglands ne sauraient caresser avec le même succès les jolies jambes souli-\n\n(1) Nous traduisons ce fragment d'une étude donnée à la Zeit de Vienne par\nnotre collaborateur et que le Mercure reproduira intégralement.\n33"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1148, "texte": "gnées par des chaussettes de soie rose d'une élève de Cur-\nnonsky. Car le piment de la curiosité sexuelle ne pousse pas toujours sur\nla même branche. , _\nDéçue par le Rire, trahie par la Grivoiserie, l'opérette a pris sa revanche\navec la Grossièreté. De par la trivialité de ses partitions si résolument pois-\nsardes, elle s'affirme immortelle. Le cancan est toujours debout ! Ses lion-\nflons populaciers obsèdent les fournisseurs de beuglants qui ont bien pu\ndiscréditer la jovialité nigaude de l'opérette et démoder sa sensualité spé-\nciale, mais pas se soustraire à l'emprise de ses rythmes épileptiques. Impla-\ncable {utiversoehnliclï) tambour, vindicative trompette d Offenoa>«h, votie\nvengeance n'est point assouvie !\nL'hystérique musico âCOrphée aux enfers sut nous imposer un joug aussi\nrigoureux que celui auquel l'auteur du Ring soumit nos voisins d outre-\nVosges. Nous aussi, nous dûmes subir notre wagnérite, rigoleuse mais non\nmoins violente que l'héroïque intoxication ( Vergijtung) des Allemands. Et\nle Théâtre des Bouffes-Parisiens, Bayreuth pour loustics, exerça longtemps\nsa tyrannie de bastringue.\n\nWilly."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6.4", "titre_corps": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE", "signature_source": "Paul Grosfils", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.36", "debut_caractere": 1150, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE\n\nLes concerts.\nC'est surtout par les concerts que se manifeste le mouvement musical\nd'un pays. C'est là que se décident les sympathies, que se produisent ies\nefforts des artistes éducateurs, et que se manifestent, en des courants\ndivers, les goûts du public. Le théâtre musical est subordonné à trop dé\ncirconstances ambiantes pour être franchement libre, et pour favoriser par\ncette liberté qu'il n'a pas une expansion artistique indépendante des pen-\nchants et des caprices d'un public matériellement nécessaire. Le concert\nprésente l'œuvre dans toute sa sincérité artistique. Les subsides, les con-\nditions mêmes de l'institution, qui s'adresse fatalement à une élite, le\ndédain si souvent légitime des artistes qui s'y produisent, s'ils ne se por-\ntent garants de la valeur, le font certainement d'un exclusivisme esthétique\ntout à l'avantage des œuvres qu'on y exécute. Et c'est pourquoi les pro-\ngrammes de concerts résument à eux seuls le degré de culture musicale\nd'un pays.\nEn Belgique, nous sommes tributaires de la France. Il est curieux de\nconstater combien les idées s'y développent en regard de celles de Paris.\nAlors qu'en musique les manifestations vraiment belges relèvent plutôt\nd'une influence différente, d'une technique germanisée, c'est en France que\nnous cherchons nos opinions et c'est à l'exemple de Paris que nous\nréglons nos sympathies. Nous sommes un peuple de suiveurs. Les pro-\ngrammes de nos concerts répètent fidèlement ceux de la saison précédente\nchez Colonne, chez Chevillard ou bien à la Nous applaudissons\nRaoul Pugno lorsqu'il eut un succès parisien ; nous faisons refleurir les\nlauriers que Pablo Casais emporte de France, et nos femmes belges, à\nl'instar des Parisiennes gracieuses, fêtent la jeunesse de Mischa Elman,\nla chevelure de Kubelick, sans paraître se douter qu'elles sont compa-\ntriotes d'Eugène Ysaye et de Thomson. Mais, au fond, soyons reconnais-\nsants de telles conformités. La France ne se trompe pas dans ses goûts, et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3856, "texte": "le snobisme qui porte Bruxelles a imiter Paris nous a procuré l'an dernier\ndes auditions de Glazounoff, Borodine, Rimsky, un brillant festival\nBeethoven, A .Iccstsa la Monnaie, ce qui n'est pas à dédaigner (T).\nCette année cependant, un curieux revirement s'est produit. En fêtant sa\nnationalité, le Belge a cree son indépendance. On lui a tellement parlé\nd'« âme bélge », qu'il a fini par y croire, et par se concentrer dans cette\nidee. il a deteimine de la soite une véritable recrudescence d'activité, qui,\nsi elle était un psu plus qus nationale, serait du plus grand intérêt. Au\npoint de vue artistique, et plus particulièrement au point de vue musical, il\nest clair que notre production autochtone a en soi une certaine valeur. La\ncaractéristique inherente aux rythmes de Verhaeren, au coloris de Leys ou\nde Braekeleer, à l'instrumentation de Raway, s'y manifeste. En art, les\nqualités esthétiques générales sont identiques, et leur diffusion dans les\ndomaines distincts produit chez nous la prédominance d'une note juste,\nréelle, nette, fortement imagée. Mais de là à conclure à l'existence d'une\nmusique belge, il y a loin. Il est certes incontestable que la musique a pris\nen Belgique une voie spéciale, atavique, qui lui semble tracée depuis Gilles\nBinchois, Dufay et Josquin des Prés. Elle se caractérise par une sincérité\ntechnique soutenue, un sens exact des valeurs, une simplicité réaliste et\nrapide dans le traitement du contrepoint, et un penchant marqué vers tout\nce qui s'approche de la musique sacrée. Après les Gallo-Belges, je citerai\ncomme exemple César Franck; je citerai Etienne Soubre, Vieuxtemps, et\nparmi les vivants, Dupuis, Jongen, Vreuls, Raway, et un jeune, encore peu\nconnu, qui se nomme Henry Ryelandt. Mais personnellement, je ne crois\npas à 1 efficacité réelle d'un traitement exclusif de ces facultés musicales\nautochtones. Ce serait une exagération. On peut affirmer que chacun de\nnos compositeurs a ses défauts. Que valent, pour la scène,\nde Franck, Quentin Durwardde Gévaert, la de Raway, et'les quel-\nques pages de Léonard Terry? La netteté chez Auguste Dupont, l'habileté\nde Samuel, et le « franckisme » de M. Jongen ne révèlent aucun génie\nbien particulier. Par suite du manque de culture generale. leurs produc-\ntions localisées dans le pays n'ont aucun accès à l'étranger, et l'on peut\naffirmer sans crainte que le meilleur de leur art résulte d'un éclectisme\nraffiné, d'études bien complètes et d'une conception pratique et compara-\ntive des chefs-d oeuvre étrangers. Ces considérations motivent naturelle-\nment l'opposition qu'on peut manifester en face d'une exaltation exagérée\ndu tempérament artistique national. La musique n'a pas de patrie ; elle\ndiffère, sous forme d écoles, par la race, l'esprit et la culture d'un peuple ;\nmais il faut que celui-ci soit puissamment défini j'incline à dire limité\npour que son nom serve légitimement d'étiquette à quelque système\nartistique. Laissons à la France le développement de la musique fran-\nçaise, à l'ltalie l'héritage séculaire de l'opéra mélodique, et ne cherchons\npas, dans la complexion quelque peu hybride de notre nationalité, des\nraffinements d'esprit qui se définiraient par notre nom de Belges. Si nous\nsommes portés vers un traitement spécial des éléments musicaux déve-\nloppons librement cette faculté, appliquons-la à l'art général, sans la\nclasser, la limiter par les principes d'une école. Combien y a-t-il'de grou-\npements théoriques qui réussissent ? La conformité est opposée à l'origi-\nnalité. 5\nJ'ai précédemment parlé du théâtre, et tâché d'exposer les particularités\nqui se manifestent chez les compositeurs du groupe flamand. Je ne revien-\n\n. (') I' y a des exceptions, là où l'on rencontre des gens personnels. Les représenta-\ntions intégrales du Ring, et la création de et le Roi à la\nMonnaie, en font foi."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3944, "texte": "drai pas sur ce sujet. Je me contenterai de blâmer le nationalisme des\ndirecteurs de la Monnaie, qui, après avoir monté par souci patriotique trois\nœuvres satisfaisantes, continuent la série par la Rhena de M. Van den\nEeden, dont la musique est franchement mauvaise. Est-ce aussi parce que\nM. Francis de Croisset est Bruxellois qu'on nous donnera cet hiver Pin-\nsipide Chérubin de M. Massenet?\nLes concerts Ysaye sont une institution des plus louables, qui fonctionne\nbrillamment depuis dix ans déjà. Comme son but principal est l'encoura-\ngement de la musique du pays et qu'elle relève spécialement, dans la circu-\nlaire-programme de cette saison, son dessein de « consacrer plus de place\nà nos musiciens, et de faire en quelque sorte une « année belge », je ne\nl'en blâmerai point. Je rencontre là les noms de certains maîtres qui ont\ntoute ma sympathie et tout mon respect. Inclinons-nous devant César Frank,\ndont la gloire n'est plus à forger ; devant Théo Ysaye et sa Symphonie sur\nun thème populaire liégeois, qui est digne de grande admiration ; devant\nErasme Raway, qui est un individuel, presque un autodidacte, l'auteur\nbrillant de la Fête romaine que je conseille vivement à M. Chevillard. Je\nnote également l'intéressant Albert Dupuis ; Victor Vreuls, celui de ses\ncompatriotes qui se rapproche le plus des mélodistes de l'école française\nactuelle ; J. Jongen, un beau disciple de César Franck, et le nom de\nGuillaume Lekeu, un admirable génie, profond, nouveau, fascinant, qu'on\nappelait récemment « le troisième grand maître du xixe siècle wallon »et\nque la mort a fauché en pleine jeunesse. Mais que font à leurs côtés\nMM. Huberti, Delune, Duyssens, Mortelmans, etc., (c'est ce terrible etc.\nqui me chiffonne !) et quelle piètre mine auront-ils pour consacrer la sym-\nphonie belge, en face des précédents ? Gardons-nous, à l'effet de stimuler\nles bons, de vulgariser les mauvais. L'exaltation de la production amène\nsouvent une surproduction. N'exagérons point, sous prétexte de la fêter,\ncette expansion musicale de notre nationalité, qui s'est manifestée l'été\ndernier par l'éclosion spontanée de quatre-vingt-trois cantates patriotiques.\nLe nombre est rigoureusement exa:t.\nMais je ne puis m'arrêter en si beau chemin. Puisque j'ai déjà félicité la\ndirection des concerts Ysaye, je continue. Je la félicite d'avoir pendant dix\nans élevé l'esprit des auditeurs bruxellois au niveau des plus intéressantes\nœuvres étrangères, et d'achever cette période décennale d'activité et de\ntravail par un programme où je lis : La sauge fleurie de Vincent d'lndy,\nLe chant funèbre de Magnard, la Viviane d'Ernest Chausson, le Caprice\nespagnol de Rimsky-Korsakofî, la Zorahayda de Svendsen, la Suite\nindienne de Mac Dowell, et les noms de virtuoses tels que Busoni, Pugno,\nde Greef, Thibaud et Eugène Ysaye, sans excepter la direction puissante\nde celui-ci et le concours intéressant, quoique un peu suranné, de Marie\nBréma. C'est là un programme qui console des auditions de l'été dernier,\ndes cantates patriotiques, pour voix d'hommes, pour voix de femmes, pour\nchœurs d'enfants, et qui montre qu'il y a parmi nous de véritables artistes\nsoucieux, non pas du développement social de leur art, mais de la culture\net de l'éducation esthétique de ceux qui s'y intéressent.\nAux Concerts Populaires, M. Sylvain Dupais nous promet une audition\nde Pablo Casais et du violoniste Oliveira, qui est inconnu en Belgique. On\nannonce également l'exécution intégrale du Chant de la Cloche, de Vincent\nd'lndy ; la sincérité et le respect que M. Dupuis apporte dans le travail\ndes œuvres qu'il dirige se portent garants de la réussite de cette exé-\ncution. Le Rêve de Gérontius d'Elgar, les deux derniers actes de Par-\nsifal, donnés précédemment, ne m'ont point déçu ; j'augure beaucoup de\nl'œuvre à venir. Quant au concert Wagner, dont on parle, avec le con-\ncours de Mme Raschowska, cantatrice, que faut-il en penser ? Les précé-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3125, "texte": "Dentes séances du même genre n'ont-elles pas assez montré le danger d'une\nexécution partielle d'œuvres scéniques, et la difficulté pour une cantatrice\nisolée de chanter au concert les plaintes d'lsolde ou le finale du Crépus-\ncule des Dieux ? Si on veut nous jouer la Faust-Ouverture et Siegfried-\nIdyll, et Raschowska nous chanter les Lieder de Wagner, c'est fort-\nbien. Mais cela vaut-il réellement l'annonce d'un concert spécial ?\nLe Cercle Artistique de Bruxelles, qui est un cercle artistique, et qui ne\nse sert pas, comme d'autres, d'une telle dénomination pour couvrir le\nsnobisme et la suffisance de tant de cercles mondains, fêtera en janvier\nprochain le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Mozart.\nL'anniversaire semble plutôt une excuse et dénote le besoin d'un motif.\nMais qu'importe, si la réussite est aussi brillante que celle qui couronna,\nl'an passé, le Festival Beethoven du même cercle ? Je suis peu renseigné à\nce sujet. On parle de trois journées : la première, consacrée aux grandes\nœuvres du maître : symphonies, ouvertures, morceaux d'église ; la seconde\nà la musique de chambre ; et la troisième, aux Noces de Figaro. Des vir-\ntuoses sont cités ; des titres de concertos, de quatuors; le nom d'une canta-\ntrice d'outre-Rhin pour les Lieder, et de M. Muhlfeld pour un quintette*\nMais rien de bien précis, à cet égard, n'est indiqué. J'en parlerai prochai-\nnement.\nIl me reste deux mots à dire du Conservatoire de Bruxelles, qui, parmi\nses concerts habituels, organisera dans le courant de la saison prochaine\nquelques auditions de cantates choisies de Bach. Le Conservatoire reste le\nrefuge propice du classicisme. Et franchement, sous la direction d'érudits\ntels que MM. Gevaert et Wotquenne, la reprise d'œuvres anciennes ne\npeut se faire que dans des conditions respectueuses et de façon impeccable.\nOn peut ne pas aimer la musique de Gevaert, mais on ne peut se refuser\nà reconnaître à ses grands travaux théoriques leur admirable utilité. Le\nConservatoire de Bruxelles est le contraire de celui de Paris. Là-bas, le\ncorps enseignant, en tant que professant, est généra!ement médiocre, et\nl'élément scolaire de premier ordre. Ici, les maîtres manifestent de telles\nqualités d'intégrité de travail, de savoir et d'expérience, que l'on se demande\ncomment il est possible que le niveau intellectuel des élèves soit aussi\nbas. L'orchestre du lieu, en exceptant les soli, est cependant soumis à un\nentraînement méthodique et prolongé; il est heureux qu'on ait choisi les\ncantates du vieux Cantor pour le mettre en lumière. Rien plus que cette\nmusique ne développe le sens du rythme et de la phrase, et le respect du\nrythme, par le temps qui court, est chose si rare qu'elle vaut la peine\nd'être remarquée. J'ai entendu dernièrement les cantates Weinen, klagen,\nsorgen et Ich habe genug ; c'était scandaleux. Félicitons la direction du\nConservatoire de Bruxelles de suivre l'exemple de la Bach-Gesellschaft et\nde la Schola, et d'enseigner brillamment à son public les chefs-d'œuvre\nqu'on estropie aujourd hui. Là, également, j'ai toute confiance.\n\nPaul Grosfils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c020", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6.5", "titre_corps": "COURRIER DE STRASBOURG", "titre_sommaire": "COURRIER DE STRASBOURG", "signature_source": "F. Holl", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.39", "debut_caractere": 3127, "fin_caractere_exclue": 3507, "texte": "COURRIER DE STRASBOURG\n\nLa saison des concerts s'annonce comme très productive à Strasbourg et\nsera inaugurée prochainement par une audition du quatuor Flonzaley. Ce\nquatuor a été fondé, il y a quelques années, par M. Edouard de Coppet,\nde New-York, qui l'a créé afin de faire exécuter chez lui les œuvres de\nmusique de chambre ; il joue exclusivement en hiver chez M. de Coppet à"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2240, "texte": "New-York, et en été dans sa villa de Flonzaley à Ghexbres. Toutefois,\nM. de Coppet a exigé de son quatuor qu'il se fît entendre quelquefois en\npublic au profit d'œuvres de bienfaisance. C'est ainsi qu'après avoir par-\ncouru avec succès TAmérique et l'Autriche, il va se faire entendre à Stras-\nbourg au profit de l'œuvre des colonies de vacances. Le quatuor se com-\npose de MM. Betti (de Florence), Alfred Pochan (d'Yverdon), Asra (de Ve-\nnise) et d'Archambeau (de Verviers) ; il exécutera à Strasbourg des œuvres\nde Schubert, Dvorak et Glazounow.\nLe second concert de la saison sera le premier des huit concerts d'abon-\nnement que donne annuellement l'orchestre municipal. Selon la déplora-\nble habitude adoptée par l'administration de ces concerts aux yeux de\nlaquelle l'art musical français ne constitue malheureusement qu'une quan-\ntité négligeable, une part très restreinte est faite aux œuvres françaises\ndans le répertoire projeté : elle se compose de Patrie de Bizet, l'ouverture\ndes Barbares et le Rouet d'Omphale de Saint-Saëns, l'entr'acte de Messidor\nde Bruneau et les Erinnies de Massenet. De même, la liste des solistes\nengagés ne présente aucun nom français, à l'exception de M. Colonne, qui\nsera probablement appelé à diriger un des concerts.\nLa même exclusion des œuvres françaises est pratiquée dans le répertoire\ndes quatre séances municipales de quatuors, sur le programme desquelles\naucune œuvre française n'est prévue.\nPar contre, le Tonkunstlerverein une société privée qui s'est formée\nà Strasbourg, il y a quelques années, afin de faire exécuter les chefs-d'œu-\nvre des grands-maîtres et des compositeurs modernes les plus en vue\ndonnera une place plus grande à l'art musical français :il s'est, dès à pré-\nsent, acquis le concours, comme principaux exécutants, du quatuor bruxel-\nlois (MM. Schôrg, Daucher, Miry et Gaillard), de l'Association d'instruments\nà vent de Berlin, du Quatuor parisien (MM. Geloso, Bloch, Monteux et\nGriseyj, du quatuor bâiois, de MM. Daniel Hermann, violoniste, etGaubert,\nflûtiste de Paris, du pianiste Cortot, de Paris, etc.\nAu théâtre municipal, une des principales œuvres qui seront montées dans\nle courant de l'hiver sera le Jongleur de Noire-Dame.\n\nF. Holl."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6.6", "titre_corps": "COURRIER DE MANCHESTER", "titre_sommaire": "COURRIER DE MANCHESTER", "signature_source": "Elisabeth d'Irvel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.40", "debut_caractere": 2242, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "COURRIER DE MANCHESTER\n\nMusique anglaise.\nOn vient de publier le programme des œuvres chorales qui seront exé-\ncutées cette saison aux concerts Hans Richter. Comme il est de coutume\ndepuis maintes années, on y voit figurer le Messie de Haendel et YElie de\nMendelssohn. Mais voici que certains abonnés protestent et deman-\ndent des œuvres nouvelles ; d'autres ne veulent pas renoncer à leurs\nvieilles habitudes et défendent leurs « airs » favoris..., et, suivant l'usage\nanglais, les colonnes des journaux s'emplissent de longues épîtres où mes-\nsieurs les abonnés échangent des propos aigres-doux.\nLe grelot fut attaché par un correspondant courageux dont la lettre\ntémoigne d'un goût averti et d'une réelle intelligence musicale. Il traite\nYElie d'œuvre lourde, superficielle, et ose accuser Mendelssohn l'auteur\nsacré des Romances sans paroles d'y révéler son incapacité complète à\ntracer un caractère « grand et profond ». Aussitôt on lui répond : « Les"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "oratorios ne sauraient fatiguer les oreilles d'un mélomane anglais non plus\nque le bœuf rôti son estomac », et un amateur, tout en avouant qu'il pour-\nrait « siffler correctement les trois premières mesures de n'importe quel\nchœur », assure qu'il les écoute tous les ans avec une joie toujours nou-\nvelle.\nCoups de pattes bien enfantins, direz-vous, et vous ajouterez sans doute\nque les Anglais n'ont pas si mauvaise grâce de se battre pour Haendel et\nmême pour Mendelssohn.\nSavez-vous donc pourquoi ils se battent ? Croyez-vous que ce soit la\nmusique qu'ils défendent ? Allons donc ! C'est l'Angleterre. Haendel pt\nMendelssohn sont Anglais. Parfaitement. Cela vous étonne ? Il est pourtant\nsi difficile d'être Anglais ; on ne l'est pour de bon que si on s'est battu à\nCrécy, et du bon côté encore ! Mais les musiciens sont rares sur le marché\nanglais, il faut en importer. En dépit de M. Chamberlain, les colonies ne\nproduisent pas de musiciens; il arrive bien quelques rossignols d'Australie;\nmais pour que ces rossignols puissent chanter, il faut que les Italiens, les\nAllemands et, à leur défaut, les Français viennent leur apprendre leur mé-\ntier ; et quand ces Italiens, ces Allemands ont déversé toute leur science\ndans les cerveaux bretons, en signe de gratitude, on les bombarde Anglais...\naprès leur mort, pour qu'ils ne protestent pas.\nEt voilà comment Hœndel et Mendelssohn ont été naturalisés Anglais ;\nvoilà pourquoi on en a fait des idoles ; voilà pourquoi on va entendre leur\nmusique de préférence à toute autre ; voilà pourquoi je salue les vaillants\nabonnés des concerts Richter qui ont osé toucher à ces idoles, parce que\nje vois en eux les précurseurs de l'ère prochaine qui verra figurer aux pro-\ngrammes des concerts Richter les César Franck, les d'lndy et les Debussy.\n\nElisabeth d'Irvel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c024", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6.7", "titre_corps": "COURRIER DE STUTTGART", "titre_sommaire": "COURRIER DE STUTTGART", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.41", "debut_caractere": 1840, "fin_caractere_exclue": 3223, "texte": "COURRIER DE STUTTGART\nL'Opéra de Stuttgart.\nDes juges très impartiaux disent que l'Opéra de Stuttgart, qui a donné\ndes représentations dans toutes les grandes villes de l'Allemagne et notam-\nment à Berlin, est, à l'heure qu'il est, un des plus célèbres instituts de\nl'Allemagne. Tous les grands critiques de Berlin ont fêté la grandeur des\nartistes de cet Opéra, et nous ne pouvons, aussi impartiaux qu'eux, que confir-\nmer ces critiques. Et nous mettons en première ligne M. Hermann Weil5\nun des futurs chanteurs de Gonried. On ne se rappelle pas avoir eu la\nchance de posséder un si merveilleux chanteur. Dernièrement, il a chanté\nle « Papageno » de la Flûte enchantée de Mozart et un grand rôle du\nDépàrt de M. d'Albert.\nNous sommes toujours assez sobres de louanges, mais, cette fois, il\nserait bien mesquin de ne pas dire que M. Weil est un chanteur absolu-\nment incomparable. Il fera son chemin vers l'Amérique et sera comblé d'or.\nOn dit que M. Weil est un jeune homme; sans doute il a été un enfant pré-\ncoce, car il a des qualités qu'on ne peut avoir que dès sa naissance. L'O-\npéra a eu longtemps un chanteur qui fut regardé comme un des premiers\nchanteurs allemands, c'était M. Hromada; mais son successeur, M. Hermann\nWeil, lui est supérieur. Le public est fanatisé par le chant de M.Weil et a vite\noublié la belle voix de feu Hromada. C'est en même temps un comique fort"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4024, "texte": "spirituel et très habile dans les parties parlées d'un opéra. En tout,\nM. Hermann Weil est un artiste de qui on parlera. Le Nouveau Monde a\ndepuis longtemps ses regards sur lui. Un de ses confrères, M. Péter Muller,\nest aussi très fêté en Allemagne et en Suisse. M. Péter Muller est un ténor\nd'une très grande voix. M. Frické ne satisfait pas autant, mais dans les rôles\ncomiques il est bon. Seulement les voix de MM. Péter Muller et Frické sont\ndéjà un peu usées dans les parties supérieures, du reste ils suffiraient pleine-\nment à tout Opéra allemand. A Stuttgart, le public est fort gâté, je pourrais\ndire que c'est le public le plus étrange ; oui, c'est un public sur lequel on ne\npeut compter, il n'y a pas de public aussi difficile qu'à Stuttgart. Et ce public\nsingulier se plaignait longtemps d'une partenaire de M. Péter Muller,\nMUe Elisa Wiborg, qui fut rappelée sept fois après le premier acte de la\nValkyrie, le ier octobre. Mlle Wiborg mérite qu'on la respecte.\nElle est une artiste des plus fidèles du répertoire et a tous les dons de\nplaire à tout le monde et au bon Dieu, pourquoi pas au public chatouil-\nleux de Stuttgart ? C'est comme le vent, ce public ; vous devez vous félici-\nter si vous n'avez rien à démêler avec lui. Lisez l'Ancien Testament,\nvous y trouverez un passage qui le dessine. Mais pas trop mal. Eh bien !\nMUc Wiborg avait un temps où elle ne chantait pas assez bien pour\nfaire dire qu'elle serait la meilleure cantatrice de l'Opéra, qu'elle est\naujourd'hui. Il ne faut pas tracasser cette artiste, mais lui laisser du temps.\nEt elle s'est montrée parfaite, et en tout cas meilleure que Mlle Anna Sut-\nter, qui chante par le nez et a une mauvaise prononciation. Mlle Sutter est\ntrop nerveuse et ne laisse pas une impression nette comme Mnes Bommer\net Marga Dietz, deux jeunes cantatrices toutes délicieuses. Mne Bommer est\nl'élève de M. Frické. Mlle Dietz rappelle beaucoup Mlle Parenna, de la Co-\nmédie. Il faut retenir ces trois noms de Mlles Parenna, Bommer et Dietz.\nLa cantatrice dramatique Bossenberger crie, mais elle ne chante pas. Et\nelle croit qu'elle chante, et le public est d'accord. Pourquoi? Parce que le\npublic est bizarre. Ce public particulier devrait être content de la grande\ncantatrice wagnérienne, Mile Hélène Hieser, qui fut la gloire de Bayreuth,\nde Covent-Garden et de Munich. Et la direction de l'Opéra devrait lui\nconfier des rôles et non seulement des bouts de rôles, comme elle en a\nl'habitude. Sa rivale, Schoenberger, qui n'a pas de belles robes, ne\nchante pas mal, mais elle devrait étudier davantage ses grands rôles, ce\nque je recommande également à M. Neudoerffer, qui chante, parfois, par\nle nez. M. Holm est une très belle basse, mais un mauvais comédien,\nil est comme une statue; rappelons la Flûte enchantée et la Valkyrie.\nM. Decken est un comique on ne peut plus gai, mais depuis quelque temps\nil néglige sa voix, et il a tort, car il en pourrait faire quelque chose. Je dis\nla même chose à la cantatrice wagnérienne, Mme Jugeborg-Zink, qui ne\nchante qu'aux commencements du printemps, de l'été, de l'automne, de\nl'hiver. Elle est jolie, mais elle se fait très rare. Pourquoi ?\nEt le nouveau grand ténor, M. Bolz ? Eh bien, il est gros, comme tous\nles grands ténors, mais cette qualité ne lui permet pas de faire des mou-\nvements. Il chante bien, mais pas aussi bien qu'un de ses prédécesseurs\nM. Nicolas Rothmùhl à Berlin, et je ne comprends pas M. Bolz, il a une\nfort mauvaise prononciation. Il parle 1' « agrach ». Mais on comprend bien\nM. Franz Schaetzlé, qui chante le more de la Flûte enchantée depuis\ndix ans, et il chante bien ; pourquoi chante-t-il si peu ? M. Schaetzlé devrait\nse montrer plus souvent, il est bon. Je demande à la direction pour-\nquoi elle ne donne pas de grands rôles àM. Camillo Stoelzel. M. Stoelzel,\ndit-on, chante bien ; il faut nous le prouver; en tout cas, M. Stoelzel a une\nbonne voix et est un bon comédien. Qu'on nous donne M. Stoelzel et\nqu'on n'attende pas dix ans. Où est M. Stoelzel?"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 867, "texte": "Mme Clémentine Heurung ne fait plus attention àsa voix. C'est une\ngrande faute. Qu'elle prenne exemple sur Mme s Stoll et lllenberger. Il\nme semble que M. Eybisch est un bon chanteur ; ce jeune homme devrait\njouer plus souvent, et je recommande à M. Franz Bartenstein, qui chante\nbien, d'apprendre à faire des mouvements. C'est un automate. M. Wilhelm\nWeidner et Mme Paula Gùnttner sont sans doute les piliers les plus sérieux\ndu chœur, M. Weidner ne devrait pas l'oublier. MM. Burkhard-Schaezle\net Karl-Kromer termineront cette causerie. Voici les chefs d'orchestre :\nMM. Karl Pohlig, Erich Band, Doppler et Mayer. M. Pohlig est le succes-\nseur de MM. Obristet feu Zumpe, M. Band celui de MM. Hellmesberger\nde Berlin et Reichenberger de Francfort.\nLe nouveau régisseur général est M. Coewenfeld, successeur de M. Har-\nlacher.\n« Sous-off. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6.8", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "Pan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.43", "debut_caractere": 869, "fin_caractere_exclue": 2855, "texte": "ÉCHOS\n\nPreuves. Plusieurs de nos lecteurs ont pu nous croire trop sévères pour\nun certain M. Mangeot ; non certes qu'ils le connussent, car alors, oh!\nalors... Mais enfin on n'aime pas à croire un homme doué de qualités in-\ntellectuelles aussi exactement négatives que le disaient nos aphorismes.\nCela nous choque, nous contriste et nous humilie, comme le spectacle\nd'une trop grande misère. Nous n'exagérions cependant pas dans le sens\nqu'on pourrait croire : en voici la preuve irréfutable. Elle est fournie par\nle personnage lui-même, qui nous somme, bien inutilement, d'insérer sa\nlettre : elle nous donne trop abondamment, trop inespérément raison pour\nque nous ne nous empressions pas de le faire.\nParis, le 5 octobre 1905.\nMonsieur Louis Laloy,\nDirecteur du Mercure musical,\nParis.\nMonsieur,\nEn rentrant à Paris, j'ai trouvé, au milieu d'un monceau de papiers, plu-\nsieurs exemplaires d'une revue à désinence musicale, dont l'esthétique semblait\nêtre résumée sur une couverture couleur viande crue par la figure, bien\npeu avenante, d'une femme cataleptique et par une plante dé pur ative (1).\nEn parcourant les feuilles de cette revue, j'ai vu, quà mots couverts ou à\nlettres distantes (2) le courage et la franchise n étant jamais le propre des\ninsulteurs on me faisait Vhonneur de me traiter de bête, cfidiot et d'àne...\ntout cela à propos de la publication, dans le Monde musical, d'une admirative\nétude de M. C. Mauclair sur Alfred Bruneau, en réponse àun pamphlet de\nM. Laloy suri'auteur de Z'Ouragan (3).\nA la bonne heure ! Voilà ce qui s'appelle savoir discuter, docteur! J'aime\n\n(j) Le mercure, sans doute ?\n(2) On pourra vérifier que M. Mangeot est nommé sans ambages et sans écart anor-\nmal dans chacun de nos Echos. Eut-il compris, d'ailleurs, sans cette précaution ?\n(3) En aucune manière, mais à propos de la publication, en tête de cet article, d'un\nentrefilet bassement injurieux. L'opinion de M. Mangeot sur Bruneau ne nous importe\npas, est-il besoin de le dire ?"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.44", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3457, "texte": "Briuieau et vous le haïssez : donc, je suis bête, idiot, et âne, et vous, intelligent,\nsavant, compétent et universel.\nPai xe que l'Université vous a décerné un brevet d'alpha, vous m'adressez celui\nde bêta pour montrer l'étendue de vos connaissances. Quel génie, ce docteur! Mais\npeut-être votre ressentiment à mon égard a-t-il d'autres causes ?... (1).\nAujourd'hui que votre déconvenue atteint le niveau de votre morgue (sans\nmajuscule), vous criez haro sur tous vos voisins: sur la Revue, sur le Courrier\net sur le Monde !\nVous ne pardonnez au Monde musical ni ses dix-sept années d' existence pros-\npère, ni le rang qu'il occupe, ni l'estime dont il jouit auprès des maîtres et des\nartistes, ni ses 20.000 lecteurs qui se montrent de plus en plus satisfaits de mon\n(( pénible jargon »et le préfèrent à vos « omniscients discours, partiaux, obs-\ncurs », comme dit Camille Mauclair, écrits dans une langue que le charmant\nlittérateur déclare 11e pouvoir « assimiler au bon français ».\nMais « que faire ajouterai-je encore avec mon éminent confrère devant\nquelqu'un qui est à la fois Laloy et son prophète ? »\nVous me faites encore le grand plaisir d'ajjpeler à votre aide pour m injurier\nM. Grossier-Villars. De celui-ci, au moins, je n'ai pas àme plaindre ;il m'a\njoliment fait du bien depuis six ou sept ans quil s'acharne après moi. Il m'a\nfait tellement peur que je me suis sauvé à son antipode, et vous ne vous doutez\nguère comme on g est bien. Il s'en est aperçu, paraît-il? et se trouve un peu gêné\nmaintenant de rester à côté de lui-même (1).\nRemerciez-le, de ma part, de sa dernière obligeance, qui fut d'envoyer son\nsecrétaire prendre un abonnement au Monde musical et de me faire adresser de\nLondres, sous un nom d'emprunt, deux simples lignes à insérer —ô ! sans ma-\njuscules, avec un chèque réglant d'avance le prix d'un nombre considérable\nd'exemplaires. J'encaissai le chèque (2), j'envoyai les journaux, mais je m'aperçus\nque j'avais oublié d'y publier les deux lignes de mon obligeant correspondant.\nVous voudrez bien m'en excuser auprès de lui et recevoir pour vous-même,\nMonsieur, Vassurance de ma bien vive gratitude.\nLe Directeur du Monde musical,\nA. MANGEOT.\n<( Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle,\n« O Mauclair... »\nMais M. Mauclair est un ingrat, et juste au moment où M. Mangeot le\ncouvre de fleurs, il déclare, dans une autre publication, qu'il ignorait\n« l'existence de la note et de la reproduction » de son article par le Monde,\nmusical. En effet, on ne peut que gagner à désavouer un Mangeot, et le\ntexte qu'on vient de lire passe, comme on dit, l'imagination. Que nos lec-\nteurs nous excusent d'avoir étalé devant eux ce petit tas de bave imbécile :\nil y a de ces choses qu'il faut voir pour y croire.\nQuant au fond de la question, rien de plus simple. Nous n'avons jamais\nattaqué personne. C'est nous qui, dès nos débuts, et surtout dès nos pre-\nmiers succès (plus grands que nous n'avions jamais osé l'espérer), avons\nété poursuivis des injures, sarcasmes, insinuations et diffamations de quel-\nques-uns de nos confrères (pas tous, ni les meilleurs). Nous avons eu cet\n\n(1) Nous supprimons ici une phrase injurieuse pour deux collaborateurs du Mercure\nmusical, et nous évitons ainsi àM. Mangeot certains désagréments... du genre cuisant.\nQu'il se le dise !\n(2) Après cet effrayant galimatias, venait une diffamation que nous refusons de\npublier.\n(3) Nous ne le lui faisons pas dire."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3408, "texte": "honneur insigne de rendre fou de rage et d'envie l'homme aux 20.000 lec-\nteurs ; et d'autres, plus sournois, ne nous ont pas montré une moins basse\nhaine. Nous avons jusqu'à ce jour répondu à ces provocations, pour mon-\ntrer que nous ne craignons personne. Mais nous en avons assez aujour-\nd'hui ; nous sommes ici pour parler musique, et non pas Mangeot,\nNous comprenons fort bien qu'une revue comme la nôtre, où chacun\ndit tout uniment sa pensée, jette le trouble et l'effroi dans certaines entre-\nprises, qui se voient menacées de faire de moins bonnes affaires. Mais à\nl'avenir nous laisserons ces malheureux clabauder à leur aise dans leur\nmare aux canards, jusqu'au jour où, renonçant à un métier désormais sans\nprofit, ils s'établiront marchands de lorgnettes ou montreurs de phéno-\nmènes ; à moins qu'ils n'aient péri d'abord, étouffés par la bile qu'ils se\nfont à notre sujet et les ordures dont ils croient nous salir.\nDirecteurs irascibles. Après M. Antoine, qui n'admet la critique que\norsqu'elle fait marcher « son commerce », voici M. Albert Carré, direc-\nteur de rOpéra-Comique, qui réclame au directeur et au rédacteur en\nchef des Cartons mondains, ainsi qu'à notre éminent et charmant colla-\nborateur M. Henry Gauthier-Villars, la bagatelle de cent mille francs de\ndommages et intérêts pour les lignes suivantes, parues le i 5 juin et le\nler juillet derniers :\nIl y a deux sortes de directeurs : ceux qui refusent les pièces et ceux qui les\njouent.\nM. Albert Carré constitue, à lui tout seul, une espèce intermédiaire, la plus\ndangereuse : il reçoit les pièces à l Opéra-Comique et ne les joue jamais.\nUn compositeur de grand talent, Sylvio Lazzari, ayant mis en musique un\ndrame tiré de la poignante nouvelle d'Henri Bataille, vit, avec une joie bien com-\npréhensible!, son œuvre inscrite sur la liste des pièces à représenter prochaine-\nment, mais il ne vit jamais rien d'autre.\nSon bon droit est incontestable ; le directeur ne le nie point et se contente de\nlui dire :\nPoursuivez-moi si vous voulez.\nMais M. Sylvio Lazzari est pauvre, et la justice, qui passe pour gratuite, en\nFrance, coûte abominablement cher.\nSemblable mésaventure advint, de par le même directeur, au compositeur\nChapuis, inspecteur général de la musique dans les écoles de Paris. Ce haut\nfonctionnaire, doublé d'un excellent musicien, reçut la commande ferme d'un\nopéra comique, tiré par M. Bernède de la pièce célèbre de Dumas, les Demoiselles\nde Saint-Cyr.\nUne fois sa musique terminée, il porte à M. Carré sa partition gravée, et\nreçut cette stupéfiante réponse :\n—Je vous jouerais bien, mais j'ai peur que votre pièce ne me coûte trop cher\nà monter.\nSi M. Chapuis fait un héritage, il aura quelque chance d'être mis en répéti-\ntion, sinon, il pourra se promener autour de VOpéra-Comique, bras dessus, bras\ndessous, avec M. Sylvio Lazzari.\nC'est gai, le théâtre.\nEh quoi ! dira-t-on, c'est tout ? Où est le mal ? Chacun a pu voir paraître\nchaque année, sur les listes de l'Opéra-Comique, un nombre extraordi-\nnaire d'œuvres nouvelles dont les trois quarts n'iront jamais plus loin. N'y\na-t-il pas là à la fois un bluff et une duperie ? Car une pièce inscrite à l'O-\npéra-Comique ne sera pas jouée ailleurs, et les longues expectatives aux-\nquelles on condamne ainsi les auteurs sont un lent étouffement, bien plus\ncruel que le refus brutal. Il y a même cette circonstance aggravante que"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.46", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "les plus atteints sont les compositeurs dépourvus de ressources person-\nnelles, qui ne peuvent se faire rendre justice et à qui il est permis d'oppo-\nser des arguments financiers sans réplique. M. Gauthier-Villars a tenu à\nprotester contre cet abus ; mais M. Albert Carré a voulu lire, entre les\nlignes, une accusation de vénalité et de chantage qui certes n'est appa-\nrente que pour lui. La lecture seule de sa citation montrera l'absurdité du\ngrief:\nAttendu que, dans cet article, M. Gauthier-Villars accuse M. Carré de ne\njouer que les pièces des auteurs qui le paient et d'éconduire ceux qui ne sont pas\nassez riches pour faire entre ses mains des sacrifices d'argent ;\nAttendu que cette accusation de vénalité et de chantage est Vinjure la plus\ngrave qui puisse être lancée à un directeur de théâtre ;\nAttendu que depuis vingt et un ans que M. Carré est à la tête des théâtres de\nParis, c est la première fois qu'un outrage aussi sanglant lui est adressé ;\nAttendu que M. Carré ne saurait tolérer un semblable affront, alors que s'il y\na un reproche qui ne puisse lui être fait par personne, c est précisément le repro-\nche de cupidité ;\nAttendu, e/c..., qu'aux termes des articles 1382 et 1383 du Code civil, M. Cirt\nM. le baron de Castelnuovo et M. H. Gauthier-Villars doivent être tenus con-\njointement et solidairement responsables ;\nPar ces motifs, s'entendre condamner à payer à M. Carré la somme de cent\nmille francs à titre de dommages-intérêts.\nVoir ordonner l'insertion du jugement à intervenir dans la publication men-\nsuelle intitulée : Cartons mondains, et dans dix journaux de Paris au choix de\nM. Carré.\nPour nous, notre conviction est faite. Nous connaissons cette sorte de\nprocès, où l'on demande, pour un préjudice imaginaire, un chiffre formi-\ndable de dommages et intérêts. Ce sont des procès ab irato, qui font tou-\njours le plus grand tort à celui qui les entreprend. De pareils recours aux\ntribunaux ne nous étonnent pas de la part de certains chicaneaux de pro-\nvince qui veulent mêler la justice à toutes leurs querelles. Mais nous\nregrettons de voir M. Antoine et M. Carré, qui passaient jusqu'à présent\npour les directeurs les plus intelligents de Paris, démentir aujourd'hui,\nchacun à sa manière, leur égale réputation (i).\nSchola Cantorum. Pendant toute la première semaine d'octobre, le\nDirecteur des études a procédé aux examens d'admission, qui vont intro-\nduire dans le personnel des élèves un très grand nombre d'éléments nou-\nveaux. En effet, le chiffre des nouveaux venus s'élève à 76, dont 32 hommes\net 44 femmes. Il ne sera plus procédé jusqu'en janvier à de nouvelles\nadmissions. Dans la plupart des cours le maximum des inscriptions a\nété atteint ; c'est ainsi qu'il ne reste actuellement pas une seule place dans\naucun des sept cours de piano.\nDevant l'affluence des élèves, l'Administration de l'École s'est vue obli-\ngée de créer six nouveaux cours :\n1 de solfège, femmes ;\n1 de contrepoint, femmes ;\n2 de chant, femmes ;\n2 de violon, premier et second degré ;\n\n(1) En dernier lieu, le Figaro nous apprend que M. Carré se désistera de sa plainte,\n« puisque M. Gauthier-Villars a reconnu son erreur ». On ne peut reconnaître uns\nerreur que l'on n'a pas commise, et il nous semble difficile que l'affaire en reste là."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "Les titulaires de ces nouveaux cours sont : Mme Gravollet pour le sol-\nfège, Mlle Nun pour le contrepoint, Mme Tracol, la créatrice d'Alceste\nà Avignon, et Mme Bataille pour le chant, MM. Lefeuve, ancien élève\ndiplômé, pour le violon, ier degré, et Nestor Lejeune pour le violon,\n2e degré.\nQuelques changements ont eu lieu dans le personnel enseignant :\nMHe Glaire Hugon est nommée titulaire du cours d'harmonie, femmes,\ndonné précédement par Mlle Nun ; MUeAdrienne Pelletier, élève diplômée,\npartage avec Mue Duranton la direction du cours de piano du 2e degré,\nfemmes, en sorte que ce cours, qui n'était qu'hebdomadaire l'an dernier,\nsera donné dorénavant deux fois par semaine.\nM. Louis de Serres, si dévoué à la Schola depuis toujours, a accepté\nd'être titulaire du cours de déclamation lyrique, en remplacement de\nM. Charles Bordes qui se fixe à Montpellier, au moins pour cette année,\nmais qui reste inspecteur des études de chant.\nEnfin, M. Cornubert partagera avec M. Cazeneuve la direction du cours\nchant, hommes.\nLa Schola se félicite d'avoir pu s'attacher, en qualité de professeur de\nchant, une artiste de la valeur de Mme Bataille qui, après une carrière mili-\ntante des mieux remplies, s'est consacrée à renseignement et a bien voulu\nfaire profiter les élèves de son talent si réputé et de son expérience.\nLe nouveau cours de violon du 2e degré a été confié aM. Nestor Le-\njeune, le virtuose bien connu, instruit àla grande école d'Eugène Ysaye.\nLes demandes de bourses et demi-bourses doivent être déposées au\nSecrétariat avant le 25 décembre, dernier délai, à l'adresse de M. le Pré-\nsident du conseil d'administration.\nIl sera statué sur ces demandes àla suite des examens du ier trimestre.\nM. Pierre Aubry, membre du conseil d'administration, est nommé\nInspecteur des études. Il est tout spécialement chargé par le conseil de\nlui établir un rapport concernant Y exactitude et Yassiduité des élèves\naux cours auxquels ils sont inscrits. Des conclusions de ce rapport dépendra\nl'obtention des bourses et demi-bourses.\nBoston. On nous télégraphie le programme suivant qui est celui des\nconcerts que M. d'lndy va diriger en décembre prochain à Boston (2 con-\ncerts), Philadelphie, Baltimore, Washington, New-York(2 concerts) et Broo-\nklyn :\nE. CHAUSSON : Symphonie.\nV. D'INDY : Istar, Sauge fleurie, 2Q Symphonie.\nCL. DEBUSSY : Prélude à ÏAprès-Midi d'un lîaune.\nG. FAURÉ : Pelléas et Mélisande.\nCES. FRANCK : Suite tirée de Psyché.\nP. DUKAS : L'Apprenti sorcier.\nDisons encore que M. d'lndy, sollicité par les amateurs américains de\nne faire entendre que de ses œuvres, a tenu noblement à donner une\nidée d'ensemble de la musique française moderne.\nM. Maurice Ravel reprend ses cours et leçons de composition, chez\nMiles Chaigneau, 162, avenue Victor-Hugo. On sait trop ce que nous pen-\nsons de lui pour que nous ajoutions à son nom, déjà illustre, un seul mot\nde recommandation.\nM. Henri Dallier est nommé organiste de la Madeleine en remplacement\nde M. Gabriel Fauré. Toutes nos félicitations à réminent artiste, dont il\nnous a été donné d'apprécier, à maintes reprises, le goût et l'esprit."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.48", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1999, "texte": "Lyon. —La Société des grands Concerts, dont le directeur est M. Wit-\nkowski,exécutera cette année,salle des Folies-Bergère,les œuvres suivantes:\nSYMPHONIES\nD'HAYDN(en fa dièse mineur,PAD/EY).\nde BEETHOVEN (en 7a).\nde Vincent d'iNDY (sur un air mon-\ntagnard).\nde César FRANCK (en ré mineur),\nde LALO (Symphonie espagnole\npour violon et orchestre).\nCONCERTOS\nde J.-S. BACH pour violon (en mi).\n— pour piano (en ré\nmineur).\nde MOZART pour piano et orchestre\n(en ut mineur),\nOUVERTURES\nde Léonore, n° 3. . BEETHOVEN\nde La Grotte de Fin-\nGAI . MENDELSSOHN\nde La Belle Mèlusin e. MENDELSSOHN\nde Zoroastre. . . RAMEAU\nPOÈMES SYMPHONIQUES\nLa Jeunesse cTHer-\ncule SAINT-SAENS\nTodundVerklaerung. R. STRAUSS\nDIVERS\nSiegfried-Idvlle . . R. WAGNER\nV Enchantement du\nVendredi saint. . R. WAGNER\nMarche des Pèlerins\ndHarold. . . . BERLIOZ\nSuite de Pelléas et\nMélisande. ... G. FAURÉ\nElévation. Poème en\nmusique. ... A. SAVARD\nPrélude à Y Après-\nMidi d'un Faune. CL DEBUSSY\nŒUVRES POUR CHŒURS ET ORCHESTRE\nRédemption. ... G. FRANCK\nPoème-sympho-\nnie en 2 parties.\nFragments de Parsi-\nfal R, WAGNER\nCantique de ïAvent. R. SCHUMANN\nLa Vie du Poète (2^\ntableau). . . . G. CHARPENTIER\nA la Musique. . . E. CHARRIER.\nTiflis. M. Nicolaïev, musicien fort éclairé et cultivé, fera entendre\ncet hiver le Prélude à VApres-Midi d'un Faune de Cl. Debussy.\nLeyde. —Le Sang de la Sirène, de Ch. Tournemire, œuvre couronnée\nau dernier concours de la ville de Paris, sera exécuté prochainement à\nLeyde, sous la direction de M. Daniel de Lange, directeur du Conserva-\ntoire d'Amsterdam.\nToulouse. Le même ouvrage sera exécuté à Toulouse, sous la direction\nde M. Crocé-Spinelli.\nSoirées d'Art. Voici le programme du concert d'inauguration qui aura\nlieu le jeudi 9 novembre, à 9 heures du soir, à la Salle des Agriculteurs,\n8, rue d'Athènes :\n1 Premier Quatuor (en fa majeur BEETHOVEN\n2 a) Promenade matinale Ch. BORDES\nb) Roses dans la Nuit Léon MOREAU\nc) Ein Traum. .............. Ed. GRIEG\nMME Jeanne RAUNAY"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3169, "texte": "3a) Egyptienne(Transcript. pr harpe de Mlle H. RENIÉ) RAMEAU\nb) Légende (d'après les Elfes de LECONTE DE LISLE). . H. RENIÉ\nMi'E Henriette RENIÉ\n4a) Won ne der Wehmuth. . BEETHOVEN\nb) Caro mio ben. GIORDANI\nC) Maman, dites-moi. . Chanson française du xvii'siècle\nHarmonisée par Weckerlin\nMme Jeanne RAUNAY\n5 Deuxième Quatuor (en sol majeur) BEETHOVEN\nM. Armand Fer té, le pianiste bien connu, nous prie d'annoncer qu'il est\nde retour à Paris et reprend ses cours et leçons, 25, rue Ballu.\nLe Faust de Shakspeare. M.Jules Claretie, directeur de la Comédie-\nFrançaise et membre de l'lnstitut, vient de le découvrir, et c'est dans la\nrevue modestement intitulée Je sais tout (no d'octobre, p. 302) qu'il nous\nannonce que demander à feu Irving comment il jouait le Méphistophélès\nde Faust, c'eût été « analyser l'œuvre même de Shakspeare ».\nLui aussi, M. Claretie peut dire : « Je sais tout. »\nSociété J.-S. Bach. La Société J.-S. Bach donnera au cours de la sai-\nson 1905-1906 douze concerts dont voici les dates :\nConcerts avec soli, orchestre et chœurs (série A) : le mercredi 22 novem-\nbre, le samedi 9 décembre, les mercredis 17 janvier, 7 février, 14 mars et\n9 mai.\nConcerts d'orgue et de musique de chambre (série B) : le mercredi 29\nnovembre, le samedi 23 décembre, les mercredis 24 janvier, 21 février, 21\nmars, 23 mai.\nAux programmes de la série A figureront dix Cantates sacrées ou\nprofanes (ires auditions à Paris), parmi lesquelles Le Choix d'Hercule, une\ndes œuvres les plus importantes et les plus intéressantes de Bach ; les con-\ncertos pour trois pianos ; les concertos brandebourgeois ; les ouvertures pour\norchestre; les concertos pour violon, pour piano, etc.\nLes concerts de musique de chambre seront réservés aux œuvres\nd'orgue, de piano, aux Sonates pour piano et violon, pour piano et viole\nde gambe, pour piano et flûte, pour violon seul, violoncelle seul, etc.\nCes concerts, auxquels les artistes les plus réputés de France et de\nl'étranger prêteront leur concours, auront lieu, comme par le passé, à la\nSalle de l'Union, 14, rue de Trévise, que des travaux pendant les vacances\nont très heureusement améliorée.\nEn rappelant que des conditions d'abonnement spéciales sont faites aux\npersonnes s'inscrivant comme membres fondateurs ou honoraires de la\nSociété Bach, signalons une innovation des plus louables et qui mériterait\nde se généraliser. La Société Bach a décidé la création de cartes perma-\nnentes, dites cartes d'artiste, qui seront mises, à un prix minime et en\nnombre limité, à la disposition des musiciens professionnels et notamment\ndes jeunes gens se livrant, pour en faire leur carrière, à l'étude de la mu-\nsique, soit dans les écoles spéciales, soit avec des professeurs libres.\nPour l'obtention de ces cartes et pour autres renseignements, écrire à\nM. Daniel Herrmann, directeur adjoint de la Société Bach, 9 bis, rue\nMéchain.\nL'Œuvre Internationale, revue d'art, de littérature et de sociologie (9e an-\nnée), que dirige notre confrère Marcel Clavié, vient de transférer sa direc-\ntion et son administration, 6, rue Cardinet (XVIIIe),.\nEcole Beethoven. Les cours de piano, harmonie, solfège, etc., pour"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.50", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 644, "texte": "les amateurs et les artistes, ont recommencéfle 4 octobre, sous la haute\ndirection de IVU'e M. Balutet ; mais le concours d'entrée pour la classe pré-\nparatoire au professorat du piano n'aura lieu qu'en novembre. Nous signa-\nlons aussi les cours de Direction musica indiquant\nun plan d'études classiques et les nouveautés musicales les plus intéres-\nsantes. Ces cours sont vivement appréciés des mères de famille, des\ninstitutrices et des jeunes professeurs habitant la province ou l'étranger.\n(Ecrire 80, rue Blanche).\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.6.9", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÈCENTES.", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÈCENTES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.50", "debut_caractere": 646, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "PUBLICATIONS RÈCENTES.\nClaude Debussy : La Mer, Trois esquisses symphoniques. Réduction\npour piano à 4 mains par l'auteur. Paris, Durand\net fils.\n— Interludes pour Pelléas et Mélisande. Réduction pour\npiano à 2 mains par Gustave Samazeuilh. Paris,\nDurand et fils.\nCamille Saint-Saëns : Deuxième Sonate pour violoncelle et piano (op. 123).\nParis, Durand et fils.\nGustave Samazeuilh : Deux poèmes chanParis, Durand et fils.\nPierre Aubry : Esquisse d'une b\nen Europe.Paris, A. Picard et fils.\nPierre Aubry et Emile Dacier : Les Caractères de la Danse. Histoire d'un\ndivertissement pendant la première moitié du\nxvme siècle. Avec un portrait en héliogravure de\nMUe Prévost et la réalisation de la partition originale\nde Rebel. Paris, Champion.\nRacbilde : Le Meneur de louvParis, Mercure de France."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.2.7", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.2", "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\n3, rue de Louvots. PARIS, II\" ;\n4\n5 »\ni 5o\nCHANT ET PIANO\nBardac(R ). « Tel qu'en songe » (H, de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueiL Net\n« Trois Stances » (J* Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jeune ét frais cimetière.\n111. Va-t~on songer à l'automne.\nEn recueiL Net.\n« Cinq mélodies».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P, Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net.\nDêodat de Sévêrac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net*\nLe Chevrier. (P. Rey),\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren)v\nL'lnfidèle (M- Maeterlinck).\nDuparc (H.). La Fuite, duox pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier)-\nDupont (G.). Les Effarés (J;-A.\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G, Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant deTEspi-\nnette.\nD*Anne qui me jecta de la neige.\n(Epigrammes de CL Mardt).\nPIANO\nBilla (R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey(M.). Sonate en quatre part.\nMal-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\nRhenê-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. »\nIL Prélude oriental, en fa J maj, »\n111- Prélude, en ut min. »\nIV- Prélude, en la maj. »\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en sol min. ®\nRavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défuntelgg »\nVanzande (R.). Marine. » |\nLabey (M.), Symphonie en mir\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla miné (de J,~S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\n!J» - S. Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains)\nVIOLON ET PIANO\nAîquier (M.)* Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (j.-M.j. i** Livre de 6 So*\nnates. »\nMel-Bonis. Largo èn mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx (A.), Sonate en s®l% en 4\nparties. ' ' ihWm » ''|\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate.\n1 »\n2 5o\nÏ »\nÏ 70\n1 70\n3 35\n3 35\n2 »\n2 5o\n8. »\n3 »\n1 70\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLeclair (J.-M . ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.,\nMel-Bonis- Quatuor, pour piano et\ncordes»\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitz {À.). Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\n10 »\ni 5 i\nÏ 70\n8 »\n8 »\n7 »\n6 »\n7 »\ni 5 »\n2 5O\n12 »\n5 P\n12 »\nfîgenee de la Société Nationale de Paslqae\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.1", "texte": "lre Année. N° 12 ler1er Novembre 1905.\nPRIX DU NUMÉRO :\nFRANCE 0 fr. 50 | UNION POSTALE........ 0 fr. 60\nANNONCES ET ' PUBLICITÉ :\nCh. Jarlot\nti, Boulevard Saint-Michel\nPARIS VIE\nADMINISTRATION :\nE. Demets\n3, Rue de\n\"r[\" \" \"\"\"\" \"\"\"\"\"\nPARIS I!9\n\nSommaire\nJEAN MARNOLD. Dialogue\nSALVATOR PEITAVI. ....... Esquisses musicalescToutre-Manche (Suite).\nMARTIAL TENEO. Miettes historiques :un Spectacle àla Cour\nREVUE DE_LA QUINZAINE\nLOUIS LALOY. ........... —..\nHenry Gkvth\\Eß-Villms. . A propos de l'Opérette.\nPAUL GROSFILS. * La Musique en Belgique.\nF- HOLL.. Courrier de Strasbourg.\nELISABETH DIRVEL. Courrier deManchéster.\nSOUS-OFF ..... Courrier de Stuttgart.\nPAN iic/ios.\nPM&frca/ions"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nIY (WVYWWWWVWW^\nABONNEMENTS:\nUn an. Six mois.\nPARIS ET DÉPARTEMENTS .. 12 fr. 6 fr.\nÉTRANGER./.. 15 fr. 7 fr. 50\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\n.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste.\nRÉDACTION :2, rue de Louvois, PARIS IIe\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n3, rue de Louvots. PARIS, II\" ;\n4\n5 »\ni 5o\nCHANT ET PIANO\nBardac(R ). « Tel qu'en songe » (H, de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueiL Net\n« Trois Stances » (J* Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jeune ét frais cimetière.\n111. Va-t~on songer à l'automne.\nEn recueiL Net.\n« Cinq mélodies».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P, Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. 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Pardonnez-moi de ne l'avoir pas remarqué à la\npâleur de votre visage. Je vous en prie, parlez : en quoi vous\npuis-je être agréable ou utile ?11 n'est rien que je ne fisse...\nBERLIOZ. Vous êtes le meilleur des amis. Eh bien ! cher\nMendelssohn, je voudrais que vous alliez voir Hippocrate...\nMENDELSSOHN. Si vous souhaitez recourir à ses soins, je\nvous accompagnerai volontiers jusqu'à l'infirmerie : la route\nest longue...\nBERLIOZ. —■ Y pensez-vous ? Me faire soigner par cet âne bâté !\nD'abord je ne suis pas malade ; et puis, j'en sais plus que lui,\nsi peu qu'il m'en reste. Ce n'est pas ça. Au fond, j'irais bien\nmoi-même, mais nous avons eu une discussion assez vive à\npropos d'anatomie pathologique, à quoi il n'entend rien de\nrien. Bref, nous sommes brouillés à mort.\nMENDELSSOHN. Oh ! à mort... Evidemment c'est une ma-\nnière de parler, car, ici, ces choses-là ne tirent pas à consé-\nquence. En tout cas, comptez sur moi pour la démarche. Je\n\nLE MERCURE MUSICAL\n3 I"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.4", "texte": "458\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsuis en bons termes avec Hippocrate. Que désirez-vous de lui?\nBERLIOZ. Un flacon de laudanum...\nMENDELSSOHN. Du laudanum? Mais il n'en a point. Vous\nn'ignorez pas combien il est hostile à toute innovation, aussi\nféru de sa science qu'attaché aux usages antiques. Il ne tolérerait\njamais qu'on introduisît chez lui une goutte de ce médicament\ndont, vraisemblablement, il ne connaît même pas le nom.\nBERLIOZ. Malheur ! à qui m'adresser ? Ces damnés morti-\ncoles sont presque tous dans le Tartare, livrés aux Furies ven-\ngeresses.\nMENDELSSOHN. Certes, on n'en trouve guère en ces parages,\net leur plainte parfois arrive jusqu'à nous, de l'hôpital où ils\nsubissent la peine du talion. Quelques-uns, cependant, ayant\npeu pratiqué ou pas du tout...\nBERLIOZ. J'y songe : Haydn pourrait demander ça à van\nSwieten.\nMENDELSSOHN. Du laudanum ? Ce n'est pas précisément\nl'affaire du baron. Je serais surpris qu'il en possédât.\nBERLIOZ. Il pourrait me donner du sublimé corrosif !..\nMENDELSSOHN. Peut-être. Mais, mon cher Berlioz, —excu-\nsez, je vous prie, ma curiosité indiscrète, dans quel but\ncherchez-vous à vous procurer des drogues de ce genre ? Au-\nriez-vous dessein, dorénavant, de consacrer vos loisirs à la\nchimie ou à quelque occupation analogue ? ®\nBERLIOZ. Je veux m'empoisonner !!\nMENDELSSOHN.— Hein?... Vous...\nBERLIOZ. Oui, mon ami ! Vous avez l'âme haute, et, sous le\nmasque de mélancolie sereine qui vous est familier, la chaude\nlueur de vos regards trahit une tendresse ardente. Ecoutez-\nmoi : vous saurez me comprendre. J'aime avec frénésie, comme\njamais je n'aimai, une femme admirable autant pour sa beauté\nque pour ses malheurs et ses vertus. Depuis que je l'ai vue,\n« mon cœur est le foyer d'un horrible incendie ; c'est une forêt\nvierge que la foudre a embrasée ; de temps en temps, le feu\nsemble s'être assoupi, puis, un coup de vent... un éclat nou-\nveau... le cri des arbres s'abîmant dans la flamme, révèlent\nl'épouvantable puissance du fléau dévastateur »...\nMENDELSSOHN. Je n'ose vous prêcher le calme à l'égard de\ntransports dont le tourment ne va pas sans quelque douceur,\nmon cher Berlioz, mais votre cas n'est pas insolite en cet en-\ndroit des Enfers où le voluptueux Eros s'égare avec prédilec-\ntion, car il goûte les vers et la musique. D'ordinaire, tout se\npasse le mieux du monde. Fûtes-vous moins favorisé?\nBERLIOZ. Est-ce mépris, caprice, ou bien pudeur farouche ?\nElle me repousse et me fuit. Bien mieux : elle se joue de moi !"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.5", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n459\n\nJe la rencontre souvent, furtive et voilée, qui rentre à l'Enclos\ndes Veuves après un pieux pèlerinage. Ses paupières battues et\nses cheveux épars attestent qu'elle a sangloté sur l'autel de\nJunon. Elle montre quelque émoi de ma présence je la rassure\net la supplie si fort qu'elle m'accorde un rendez-vous. Je vais\nau lieu qu'elle m'assigne, chez les Grecs, bien loin d'ici, et tou-\njours je l'attends en vain, durant des heures qui me semblent\ndes jours. Alors, je me sens devenir fou. Dans le silence et la\nsolitude angoissée, « j'écoute mon cœur battre, et ses pulsa-\ntions m'ébranlent comme les coups de piston d'une machine\nà vapeur, chaque muscle de mon corps frémit de douleur !...\nAffreux !.... » Mais, dès que je revois la perfide, je n'ai plus le\ncourage de lui reprocher sa cruauté et son mensonge...\nMENDELSSOHN. Votre aventure est singulière. Une telle\nrigueur, cependant, apparaît peu de mode ici, surtout chez les\nveuves. Puis-je savoir le nom de cette impitoyable ?\nBERLIOZ. C'est la noble Andromaque, hélas ! C'est la fière\nhéroïne dont l'infortune inspira la plus sublime page de mon\nchef-d'œuvre préféré. Je lui en chantai, par lambeaux, la gran-\ndiose épopée sonore. Elle demeure insensible à mon art comme\nàma passion volcanique. « Oh ! malheureuse ! si elle pouvait\ncomprendre un amour tel que le mien, elle se précipiterait dans\nmes bras, dût-elle mourir consumée de mes embrassements ! »\nMENDELSSOHN. Soyez certain qu'elle n'en mourrait pas ;\nmoins ici que partout ailleurs. En vérité, mon cher Berlioz,\nj'admire la puissance de votre imagination et je vous envierais\npresque l'inépuisable trésor, si je n'étais témoin de l'extrémité\noù ses illusions vous induisent. Ne seriez-vous pas sous l'em-\npire d'une suggestion, à tout le moins, spécieuse, que le pré-\nnom que vous portez semble particulièrement idoine à provo-\nquer en l'occurrence ? Andromaque... Voyons; encore qu'on ne\nvieillisse plus dès qu'on habite ces demeures, elle n'était pas\njeune en arrivant. Je l'ai croisée quelquefois ; elle me parut plu-\ntôt fanée...\nBERLIOZ. Elle a l'immarcescible beauté et le port majes-\ntueux des déesses !...\nMENDELSSOHN. Sa stature, en effet, fut célèbre. C'est une\ngrande femme qui a la tête de plus que vous. Quand elle se\npromène avec ses cinq enfants, haute, grasse et paisible, elle a\nl'air d'une honnête mère de famille. A vrai dire, elle sort sou-\nvent seule...\nBERLIOZ. Voudriez-vous insinuer...?\nMENDELSSOHN. Dieu me garde d'une calomnie ! Je ne sau-\nrais vous cacher, toutefois, que l'humeur que vous lui prêtez\nm'étonne. La renommée ne la proclamait pas si sauvage : inter-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.6", "texte": "460\nLE MERCURE MUSICAL\n\nrogez Hermione. En somme, en comptant Pyrrhus, elle eut\nau moins trois maris...\nBERLIOZ. Et je serai le quatrième !!!\nMENDELSSOHN. —Hein!... Vous voulez épouser Andromaque?!\nBERLIOZ. —Oui, je le veux, car c'est la vertu qui l'arrête ! Je\nl'aime et je l'aurai malgré tout ! Je veux lui demander sa main,\nmettre à ses pieds et mon nom et mon être ! Si elle refuse, je\nm'empoisonnerai sous ses yeux !\nMENDELSSOHN. Mais, cher ami, vous oubliez où nous som-\nmes. Vous parlez de mourir comme un vivant. Ici, vous en\nseriez quitte pour quelques nausées, tout au plus, à moins que\nvous n'ayez... la colique, si j'ose dire.\nBERLIOZ. —Je souffrirais pour elle et devant elle ! Ainsi, ja-\ndis, je sus fléchir et décider Hariett : pauvre Ophélie que je\ncroyais aimer, alors que j'adorais Shakspeare en elle, à mon\ninsu. D'ailleurs, je peux bien vous l'avouer, mon cher Mendels-\nsohn, sincèrement, je ne suis pas sûr d'être mort.\nMENDELSSOHN. Heu !... Assurément, il y a là-bas bien des\ngens qui ne le sont pas encore et qui mériteraient mieux que\nvous l'épithète. Néanmoins...\nBERLIOZ. Il doit y avoir erreur. !...\nCertes, c'est le mystère ! Mais je ne puis m'imaginer que les\ndésirs et la torture dont je ressens le paroxysme soient le\nfait d'un cadavre ou d'une ombre. Ma chair frissonne et palpite,\nenfiévrée d'amour ! Elle aspire au bonheur suprême... ou veut\nle Néant ! ! Il me faut Andromaque ! ! ! Il me faut du poison ! ! ! I\nMENDELSSOHN. Mon bon ami, je vous en prie, calmez-vous.\nVous en aurez; je vais faire l'impossible. Mais ne criez pas\nainsi; vous allez ameuter tout le quartier. Tenez, voilà déjà\nquelqu'un qui accourt.\nBERLIOZ. —Ah ! c'est ce toqué de Wagner ; je le reconnais à\nson costume de carnaval. Que loués soient les Démons ! Je\nvais lui demander un philtre : il a apporté ici toute la pharma-\ncie d'lsolde.\nMEYERBEER. lllusdre Mendelssohn, klorieux Perliôtz, che\nfous zaluerezbecdueussement...\nBERLIOZ. Quoi ?... Mais, c'est Meyerbeer ! Quelle diable\nd'idée de vous déguiser en évêque ! Si Moïse vous pince jamais\ndans cet accoutrement !...\nMEYERBEER. Was ?... Moses... douchours sbiriduel,\ncet egzellent Perliôtz. Non, che ne suis bas téquissé : c'esd une\nrôpe te geampre gue Wagner m'a rezètée. Nous afons vait\nune bédide avaire enssemple. Mais che fous endentais gue fous\nbarliez drès haut doud à l'heure. Fos choues sont dout rouches.\nFous n'êdes bas vâgé?"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.7", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n461\n\nMENDELSSOHN. Ce cher Berlioz est un peu souffrant...\nMEYERBEER. Ce n'est bas une malatie gondachieuse ?...\nBERLIOZ. Oh ! non ; n'ayez pas peur. Ça ne s'attrape pas\nentre hommes. Je ne suis qu'amoureux. Ecoutez, Meyerbeer ;\nvous m'avez toujours manifesté des sentiments cordiaux, et je\nvous ai prouvé maintes fois ma reconnaissance dans mon feuil-\nleton des Débats. Je m'adresse à votre amitié : pouvez-vous me\nprocurer... du poison ? !\nMEYERBEER. Tu boisson !... Tu boisson !... Bourguoi vaire,\nallmaechtiger Gott ? !...\nBERLIOZ. Il m'en faut ! Le dussé-je voler ! Dussé-je assas-\nsiner quelqu'un,... Minos, Pluton lui-même !...\nMEYERBEER. Elohim ! Adonaï ! Il est vou ! !\nBERLIOZ. Mais ne vous sauvez donc pas comme ça !Ce n'est\npas pour vous le faire avaler.\nMENDELSSOHN. —Mon cher Meyerbeer, si vous pouvez donner\nquelque satisfaction à notre ami commun dans la circonstance,\nje vous en serai personnellement reconnaissant. Vous savez\nqu'il ne pourrait guère s'ensuivre rien d'irréparable, en l'espèce\ndont nous constituons le spectacle désormais éternel, et Berlioz\nserait content.\nMEYERBEER. Fous groyez gu'on n'aurait bas tes téssacré-\nments ?\nMENDELSSOHN. Je n'en présume aucun pour vous, du moins.\nMEYERBEER. Eh pien ! alors...\nBERLIOZ. —Vous en avez? ?\nMEYERBEER. Beut-êdre pien. Addendez gue che revlégize..\nBERLIOZ. —O mon ami !Si vous faites cela... Ah ! disposez\nde moi comme un maître de son esclave !... Tout ce que j'ai\nvous appartient...\nMEYERBEER. Fous êdes drop chénéreux, mon ger Perliôtz.\nChe ne foutrais bas afoir l'air te brovider...\nBERLIOZ. Tout, vous dis-je, tout ! Tout, jusqu'à ma che-\nmise !\nMEYERBEER. Fodre... Brésissément... Che benzais chus-\ndement... Nous bourrions vaire un bedit égeanche... ou plu-\ndôt... Tides tong, est-ce que fous denez apzolument à afoir une\ngemisse, Perliôtz ?\nBERLIOZ. Hein?... Ma foi ! C'est une vieille habitude,...\nmais, après tout,je m'en passerais fort bien pour ce que j'ai en\ntête.\nMEYERBEER. Fous safez, guand on n'en a gu'une, on ne\nbeut bas en geancher. Il faut mieux en afoir teux ou bas tu\ndout; est-ce bas? Et bis, fraiment, la mienne est drop ussée;\nelle est intigne te fous, mon illusdre ami... Diens ! bour ce"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.8", "texte": "462\nLE MERCURE MUSICAL\n\nGue fous temandiez... che grois que ch'ai chusdement la poîde\ntans ma boge...\nBERLIOZ. Meyerbeer, ma chemise est à vous! Vous l'aurez\ndans une heure! Donnez!...\nMEYERBEER. Vaides addenzion gue c'est un boisson drès\nfiolent...\nBERLIOZ.— Enfin, je l'ai!! Laissez-moi vous serrer dans\nmes bras! Oh! merci!\nMEYERBEER. Brenez carte, brenez carte ! Fous allez tégirer\nle blasdron. Bermeddez gue che dâde la doile!.. fous afez\nune cholie ébincle te grafade en tiamants. C'esd au moins un\ngadeau te l'Embéreur te Ruzie?...\nBERLIOZ. Prenez-la, mon ami, mon sauveur, mon frère!...\nEnfin, je l'ai! Je te contemple et te bénis, poison qui vas\nm'ouvrir un ciel d'ivresses et de béatitudes, ou me plonger dans\nl'abîme glacé des ténèbres, dans un gouffre de nuit irrévocable\net annihilatrice ! !...\nMENDELSSOHN. Dites donc, Meyerbeer, qu'est-ce que vous\nlui avez fourré là? Cela ne le rendra pas trop malade, au\nmoins ?\nMEYERBEER. Oh ! non ; soyez dranguille. C'est te la boutre\nte lygobote gue Wagner m'a tonnée bar tezus le margé, bazégué\nch'ai droufé une bunaisse tans la rôpe te geampre.\nBERLIOZ. ... Maintenant que je te possède, ô poison tuté-\nlaire, mon âme est libérée du poids qui l'oppressait, je com-\nmande au Destin et je vaincrai l'Amour qui me résiste! Courons\ndécouvrir l'implacable ! Andromaque, un autre Hector t'ap-\npelle ! Réponds à sa voix qui t'implore !..\nMEYERBEER. Guoi?.. Antromague ?.. C'esd Antromague\ngue fous gergez? Che fiens chusdement te la rengondrer afec\nAtam...\nBERLIOZ. —Avec Adam!... Eve était là aussi, j'espère !\nMEYERBEER. Efa?!.. Ach!mais non, mais non. Afec Atam\nle gombossideur ; Atolve, fous safez pien, l'audeur tu Jalet.\nBERLIOZ. Le misérable ! C'est donc pour ça qu'elle ne\ncomprend pas ma musique ! Que va-t-elle faire chez ce triple\ncrétin?..\nMENDELSSOHN. Oh! rien qui ne soit fort licite... Je me\nsouviens à présent. On m'a dit qu'il lui donne des leçons de\nsolfège.\nMEYERBEER. Fous groyez?.. Endout gas, mon ger Perliôtz,\nsi fous afez l'indenzion te vaire te la mussigue afec elle, che\ngrois gue fous berdrez fodre demps et fodre beine. Elle n'a\nbas l'air d'afoir peaugoup te tisbossizions ; et bis, elle est\ndrop barèzeusse. Quand che les ai aberzus tans le posguet, ils"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.9", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n463\n\nne drafaillaient bas tu dout à geander tu zolvèche. Ils se bar-\nlaient dout pas et elle édait azisse zur les chenoux t'Atam...\nBERLIOZ. Sur ses genoux! Mon Andromaque ! Mort et\nEnfer ! C'est donc lui qu'elle aimait ! Titania et son âne, alors,\nô Shakspeare ! ! O Désespoir! Ma bien-aimée, la veuve et la\nfiancée d'Hector! C-en'est plus assez du poison. Que le feu me\nréduise en cendres, me consume et m'anéantisse ! Le Phlégéthon\nsera mon crépitant tombeau ! Je cours me jeter dans ses flots\nde flammes, et son torrent de soufre submergera, sans les\npouvoir éteindre, le brasier de mon cœur et la lave bouillante\nde mon inextirpable amour! !\nMENDELSSOHN. Berlioz, écoutez!... voyons, mon cher\nami !...\nMEYERBEER. ■— Gu'est-ce gu'il a ?.. Mais il va prûler auzi sa\ngemisse ! ! Perliôtz ! Perliôtz! Addendez! Che ne suis bas zûr!\nje grois gue che me suis drombé ! Vous allez apîmer fodre ge-\nmisse! Perliôtz! mon ger Pierliôtz !...\nMENDELSSOHN. Quel scandale, mon Dieu! Que va-t-il se\npasser?..\n... Arrêtez-le !...\nMENDELSSOHN. Ciel! quel est ce nouveau vacarme ?...\nWAGNER. Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! C'est un voleur ! Prenez-\nlui ma robe de chambre !... Ah ! vous avez laissé fuir Mendels-\nsohn !... Par où est-il parti ?...\nMENDELSSOHN. Que voulez-vous dire ?... De grâce, mon cher\nWagner, reposez-vous un instant. Vous êtes hors d'haleine.\nWAGNER. Il s'est échappé, der\nMENDELSSOHN. De qui donc parlez-vous ?\nWAGNER. —Le voilà !!.. Filou, crapule, tu... Ah ! c'est toi,\npapa...\nLISZT. Richard, je t'en conjure, ne te mets pas dans des\nétats pareils ! Qu'est-il arrivé encore, mon Dieu ?...\nWAGNER. C'est cette canaille de Meyerbeer... Mais, tu es\nau courant, papa, tu peux en témoigner devant Mendelssohn...\nLISZT, Oh ! cher Félix, pardon, je ne vous voyais pas.\nWAGNER. —Tu sais l'entrevue qu'il m'avait promise, contre\nma robe de chambre...\nLISZT. Oui, oui, avec Eschyle, Sophocle et Spinoza...\nWAGNER. Et Platon... Eh bien ! c'était aujourd'hui. Il est\nvenu me prendre ce matin pour m'y conduire. Sans défiance,\nje lui donne la robe mauve, comme c'était convenu, et il l'en-\ndosse aussitôt, en me conseillant ma jaune *, celle en satin,\nque voici, doublée de velours frappé orange. Ça aurait dû me\nfaire ouvrir l'œil. Enfin, je m'habille et nous filons. Il m'emmène\npar des chemins détournés, jusqu'à une gorge sablonneuse et"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.10", "texte": "464\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsombre où s'étiolaient quelques oliviers rabougris. Là, il m'a-\nbandonna, sous prétexte que les Juifs ne pouvaient aller plus\nloin sans une carte de visite de Salomon, délivrée contre espèces\nà sa banque. Il m'indiqua le fond du ravin où j'étais attendu par\nle pédicure de Platon, un Français que tu as dû connaître à\nl'lnstitut. Tu ne devinerais jamais qui...\nLISZT. Un pédicure académicien?!..\nWAGNER. Cousin, le grand Victor, « Môssieur Cousin »\nlui-même ! Platon s'en sert aussi pour faire ses commissions, et\ncette fripouille de Meyerbeer m'assura que « son ami Goussin »\navait fixé ici le rendez-vous et se chargeait du reste. Un peu dé-\ncontenancé, je l'avoue, j'avançai à tâtons vers l'endroit désigné :\npas un chat ! Craignant d'être arrivé trop tôt, je posais déjà\ndepuis un bon quart d'heure, quand j'ouïs quelqu'un tousser\nsourdement àma gauche. Je me retourne : personne ! En me\npenchant, je découvre devant mon nez une porte de bois. Une\nautre toux répond à mon heurt impatient; je pousse l'huis\nqui cède et je pénètre dans une grotte où il faisait noir comme\ndans un four. De plus en plus ahuri, je demeurais coi, un peu\nintrigué par de légers grincements qui parvenaient à mon\noreille, lorsque, soudain, retentit une sonnerie électrique ; j'en-\ntends le bruit d'un piano jouant une polka stupide, des appels\nconfus, des pas dégringolant des escaliers, des chuchotements,\ndes froissements d'étoffe ; un rideau s'écarte, au bout du couloir\noù je me trouvais, laissantpasser un rayon de lumière et des\nbouffées de parfums violents. Je regardai dans l'ombre autour\nde moi et distinguai trois individus accroupis sur le sol. L'un\npolissait des verres de lunettes, son voisin ajustait des baleines\nsur un manche de parapluie, tandis que l'autre, dans un coin,\ngrattait tranquillement sa vermine. Je les reconnus avec stupé-\nfaction. Tout à coup, à l'entrée du salon, je vis apparaître Mar-\ndochée, qui tenait à la main un flambeau. Abusé par la couleur\nde ma robe, le complaisant personnage m'invitait en souriant à\nle suivre et faisait signe à Tobie, qui vint me proposer une lor-\ngnette d'occasion et me tendit un programme imprimé sur un\néventail. Je ne pus maîtriser ma colère. J'éclatai, mais, dès le\npremier mot, se croyant mystifiés et bravés, ma voix déchaîna\nleur fureur. Mardochée me cria : Raca ; Job me lança une poi-\ngnée de poux à la tête ; Jonas brandit son instrument comme\nun épieu et m'assaillit par derrière. Je ne sais comment je\nsuis sorti de ce repaire immonde... Ah ! il me paiera ça,\nMeyerbeer !\nLISZT. C'est inconcevable. Je ne l'aurais jamais cru de lui.\nMais voyons, Richard, es-tu bien sûr qu'il soit fautif? 11 ne t'a\npas parlé de porte."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.11", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n465\n\nWAGNER. Il savait parfaitement où il m'envoyait, le mufle !\nMENDELSSOHN. Peut-être, et même, évidemment, si vous\nvoulez, mon cher Wagner ; mais, en somme, il n'avait pas choisi\nla place. Ce monsieur Cousin... C'est bien bizarre...\nWAGNER. —Oh ! lui, c'est un idiot. Je l'ai connu :il est trop\nbête pour avoir été complice. C'est ce bandit de Meyerbeer qui\nm'a joué ce tour-là pour m'escroquer ma robe de chambre. Mais\nil ne la gardera pas longtemps ! Je finirai bien par l'atteindre!...\nC'est lui !!... Ah ! Schweinhund !...\nMEYERBEER. Hatschoum ! Haaatschum ! Haaaatsch...\nWAGNER.— ...Brigand! Traître! Coquin! Rends-moi ma\nrobe de chambre !...\nMEYERBEER. Au zegours ! A L'az... Hatschim!... A L'aza-\nzin !... Hatschum !... Au zeg... Haaatschi !... tschi !... tschi !...\nLISZT. Richard! Richard ! Je t'en supplie !...\nMENDELSSOHN. Mon cher Wagner!... Lâchez-le, il étouffe !\nVoyez...\nMEYERBEER.—Hitsch... hitsch... hiiitschoum !.. Cr...Crâze!\nAu zegours ! Crâz... tschu!... tschou!...\nWAGNER. Ce sont des singeries !... Filou !... Menteur !...\nMENDELSSOHN. Mais non, laissez-le respirer !... Vous voyez\nbien qu'il est indisposé...\nMEYERBEER. Tschi !... Tschou !... Crâze !... Tschou !... ne\nme vaides pas te mal !... Haaaatschi !.. Fous allez tégirer la\ngemisse... tschum ! tschi! tschoum!...\nLISZT. Rassurez-vous, mon cher Meyerbeer. Ne tremblez\npas ainsi. Venez, asseyez-vous. Voulez-vous un mouchoir ?\nMEYERBEER. Ui, oh ! ui... tschou ! tschou !...mer... tschu !...\ntschi!... t..t.. t..tschoum !...\nLISZT. Mouchez fort !.. Là !.. Essuyez-vous un peu le men-\nton.\nMENDELSSOHN. Tenez, reniflez un peu d'eau... Maintenant,\nmouchez... Encore... Voici un autre mouchoir... Eh bien ! cela\nva-t-il mieux ?\nMEYERBEER. Ui, ui, un beu... Haaatsch... Merzi pien...\nTsch... ssé !... tschi !...\nMENDELSSOHN. Mais, que vous est-il donc arrivé, mon\npauvre Meyerbeer ?\nMEYERBEER. —C'est Perliô... tschim !... Perliôtz...lL est tefenu\nvou ! Doud à vait vou!...\nWAGNER. Parbleu ! il l'a toujours été. Qu'est-ce que vous\nnous radotez là ?\nMEYERBEER.— Che,.. Che ne radode bas... Che tis la féri...\nTssou !.. Haatsch... Che fous tonne ma barole t'honneur !... Il\nest tefenu vou à lier. Fous safez, Pardholti, guand ch'ai gouru"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.12", "texte": "466\nLE MERCURE MUSICAL\n\nabrès lui doud à l'heure, bassegu'il foulait se noyer tans le Vlé-\nquédon bour prûler sa gemisse, ch...tschum !... che ne l'aurais\nchamaisraddrabé. Heureussement, il est dompé barderre. Ch'ai\nezayé te le galm... tschi !.. galmer. Che lui ai tit gue che m'é-\ndais drombé bour Atam, mais il ne me m'a bas gru. Alors, che\nlui ai tit que c'était bas pien te carter le boisson et la gemisse\ndous les teux... Tschoum !.. Alors, il est tefenu vurieux. Il s'est\nlefé, il s'est téshapillé doutendier et il a grié : « Denez, la foilà\net le boisson afec !» Et il m'a chedé la gemisse et la poîde à la\nvicure... Tschi!.. Tsssi ! Alors, la poîde s'est ouferde et..«\nTsssoum!... Tsch...etche me suis mis à édernuer...\nMENDELSSOHN. —Mon pauvre ami ! Enfin, ce ne sera rien.\nLISZT. Et Berlioz ?...\nMEYERBEER. Il est bardi gomme un vou, en griant : « Che\nfeux me fencher t'apord afant te bérir bar le veu ! » Il est bardi\ntu godé tu posguet... Tschu !.. Heureussement, il ne sait bas au\nchusde où c'est. Il a gouru gomme un vou afec ses crantes\nchampes ; il afait carté gue ses jauzeddes et ses poddines.\nLISZT. Quoi ! il était nu ?..\nMEYERBEER. Dout nu, nu gomme un fer... Che... Hats-\nchum!... Che fous tis qu'il est vou.\nLISZT. Le malheureux !\nMENDELSSOHN. C'est un scandale désolant.\nWAGNER. Peuh ! Il a toujours été comme ça.\nMEYERBEER. —Moi, che ne boufais blus m'arrêder t'édernuer,\nafec cedde mautide boutre te lygobote !.. Tssoum!..\nWAGNER. Ah ! c'est ma poudre ! Eh bien ! vous ne l'avez\npas volé, votre rhume ! Si vous ne m'aviez pas filouté ma robe\nde chambre...\nMEYERBEER. Viloudé ?.. Che... Che ne fous ai bas...\nWAGNER. Mais vous allez me la rendre à l'instant, ou bien\ngare à toi, canaille!..\nLISTZ. Richard, Richard, calme-toi ! Il va te donner des\nexplications; je suis certain...\nWAGNER. Pas besoin d'explications ! Il ne sait que mentir,\nl'escarpe !...\nLISZT. Richard ! Voyons, Richard !\nMEYERBEER. —Mais che ne gombrends rien... Che... Tschi !...\nChe...\nLISZT. Eh bien ! il paraît que Cousin n'était pas 1à...\nMEYERBEER. Guoi ! guoi !... mon ami Goussin ?... 11...\nWAGNER. Oui, votre « ami Goussin » ! Vous vous êtes\nfichu de moi !...\nMEYERBEER. Che... Alors, fous n'afez bas édé au rentez-\nfous ?"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.13", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n467\n\nWAGNER. Au rendez-vous !... Est-ce que c'était chez Mar-\ndochée, par hasard?...\nMEYERBEER. Gez Martogée ? ! Ach ! du grosser Gott ! Mar-\nto... Egoudez... che n'afais bas ossé fous tire... Ce tiaple de\nGoussin ! Ch'aurais tû fous bréfenir, c'est frai ; ch'ai eu dort.\n11... Tschi !... Il m'afait bourdant pien bromis. Il est resdé drop\nlongdemps gez Martogée...\nWAGNER. Qui ça ?... Cousin ?\nMEYERBEER. Mais ui. Il y fa bresque dous les chours bour\nfoir la Tugèze te Lonquefile...\nLISZT. La duchesse de Longueville ?...\nMEYERBEER. Mais ui, mais ui. Fous safez pien, zelle gu'il a\nvait un lifre tezus et gu'il édait amoureux te son bordrait. Elle\nmonde drès pien à jual. Martogée l'a encachée tans son gassino\nbour les egzerzises te haude égole. Goussin ne mangue bas une\nrebréssendazion. Fous n'afiez gu'à le temanter à Yôp ou à\nDôpie... Ch'aurais tû fous bréfenir, bartonnez-moi, mon ger\nWagner.\nWAGNER.— Qu'est-ce que c'est cette histoire-là?\nMEYERBERR. Che fous tonne ma barole t'honneur. Cédait\ngonfenu afec Goussin. Ah !il fa êdre pien rezu bar Bladon !\nMais che fais dâger t'arrancher za. Che...tschij... Fous aurez un\naudre rentez-fous, che fous carandis...\nWAGNER. Vous ne me montez pas encore un bateau ?...\nMEYERBEER. Che fous chure zur...\nWAGNER. Mais pourquoi m'avez-vous fait mettre ma\nrobe jaune? Quand Mardochée m'a vu...\nMEYERBEER. Elohim !... Il a che n'afais basbenzé.\nCh'ai titza, bassegué c'est la blus pelle te dous les gouleurs;\nelle est Kodesh Kodâshim \\ c'est la gouleur tu zoleil et tes\nédoiles tans le ziel...\nWAGNER. Et des « louis d'or » sur la terre, hein ?\nLISZT. Enfin, tu vois, Richard, combien tu fus injuste.\nWAGNER. Je n'en suis pas si sûr que ça...\nMEYERBEER. Egoudez, Wagner, si fous foulez, che... tschi !..\nche... Eh pien! denez... che fous rends la rôpe te geampre\nchusgu'à l'audre rentez-fous!... Foulez-fous?\nWAGNER. Non, ce n'est pas la peine. Votre offre suffit pour\nme convaincre. Décidément, Meyerbeer, je vous ai méconnu;\nvous êtes un bon bougre, au fond. Je compte sur vous. Voulez-\nvous une prise de tabac ?\nMEYERBEER. Une... Oh ! non, merzi. Che... tschum!... Bas à\nbréssent.\nMENDELSSOHN. Rentrez chez vous prendre un peu de repos,\ncher ami."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.14", "texte": "468\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLISZT. Oui, tâchez de dormir une heure ou deux.\nMEYERBEER. —Est-ce gue fous afez pezuin te fos mougeoirs ?...\nLISZT. Mais non, mais non. La Princesse m'en a encore\nenvoyé trois douzaines. Gardez-les, j'en rendrai un à Mendels-\nsohn.\nMEYERBEER. —Oh! merzi,merzi.Oh ! fousêdespien aimaple...\nEhpien! Adcheu, Che... Achl Et magemisse !...Adcheu! Merzi\npien. Che... che fais me gouger un beu... Diens ! foilà Atam...\nADAM. Bonjour, cher Maître,... chers collègues... Pardon\nd'interrompre votre entretien. Vous n'auriez par rencontré, par\nhasard, Andromaque ?\nWAGNER. Andromaque ? 1\nMEYERBEER. Antr... tschoum!\nMENDELSSOHN. Mais non, mon cher Adam, non ; nous n'a-\nvons vu personne.\nADAM. C'est curieux. Où a-t-elle pu passer?\nMENDELSSOHN. N'était-elle pas en votre compagnie ?\nADAM. —Mais oui. Figurez-vous : j'étais en train de lui don-\nner une leçon de solfège, comme elle m'en a prié depuis quel-\nque temps, quand, au beau milieu d'une gamme chromatique,\nnous entendîmes, non loin de nous, des exclamations incohé-\nrentes mêlées à un bruit de galop et de branches brisées. C'é-\ntait Don Quichotte, dans le costume inconvenant que vous\nsavez...\nMEYERBEER. Eh ! Eh! c'est le fôdre, mon ger Atolve.\nADAM. Le mien ?\nMEYERBEER. —Tame ! le gosdume t'Atam. Hi ! hi ! hi !.. Hats-\nchou !..\nADAM. Ah ! Ah ! très joli. Compliments, cher maître. Mais\nvous êtes enrhumé ?\nMEYERBEER.—Ze n'est rien, ze n'est rien ; gondinuez. Alors...\nADAM. —Eh bien, il courait d'une vitesse effrénée, avec des\ngestes extravagants, selon son habitude. Je remarquai seulement\nque le malheureux insensé s'était chaussé d'une paire de bottines\net avait rasé sa moustache. De l'endroit où nous nous trouvions\nnous aperçûmes soudain sa longue et maigre silhouette qui se\ndressait comme un fantôme et sautait comme un pantin arti-\nculé. A cette vue, Andromaque poussa un petit cri de stupeur;\nses yeux s'agrandissaient d'effroi, jusqu'à sembler lui sortir des\norbites. Elle bondit, terrifiée, et se sauva sans pouvoir proférer\nune parole. Je l'appelai vainement et je suis très inquiet, car elle\navait visiblement perdu la tête. Imaginez-vous que, dans son\ntrouble, au lieu de fuir le forcené, elle se dirigeait du même\ncôté que lui. Elle avait l'air de le poursuivre. Je suis très inquiet\nvraiment, très inquiet..."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.15", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n469\n\nMEYERBEER. Ne fous dourmendez bas, mon ger Atolve. Il\nne lui arriferarien te crafe. Ghe fous tonnemabaro... Haatsch.. !\nADAM. Oh ! je sais bien qu'elle n'en mourra pas.\nMENDELSSOHN. —Evidemment, cher ami.lci, n'est-ce pas?...\nC'est ce que je disais tout à l'heure à Berlioz. Attendez patiem-\nment son retour.\nADAM. C'est peut-être ce que j'ai de mieux à faire.\nMEYERBEER. Zerdainement ; c'est le blus raissonaple. Dout\nte même, Atolve, elle est pien nerfeusse, cedde Antromague,\net bis, elle n'a bas peaugoup te tisbossizions bour la mussigue.\nZi... tssou ! Zi che fous tonne un pon gonzeil, c'est te gerger\nune audre élèfe te zolvèche.\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.16", "texte": "ESQUISSES MUSICALES\nD'OUTRE-MANCHE\nLA MUSIQUE ET LA RELIGION.\n\n(I)\nII.\nThe blackbird amid leafy trees,\nThe lark above the hill,\nLet loose their carols when they please,\nAre quiet when they will.\n(Wordsworth, The Fountain.)\nIl est des considérations auxquelles on se livre quasi spon-\ntanément, sans savoir quelle en est la cause directe ; on s'y\nlaisse entraîner comme au fil de l'eau une barque * l'on met au\nvent la voile, et de voguer, de voguer!... J'imagine que tel\ndevait être mon cas, certain matin de mars ou d'avril, où, en\ncompagnie d'un ami de très lointaine enfance un des rares,\nje dévalais, pai Victoria-Street, cette succession de rues agitées,\ntumultueuses, bordées de ruelles sombres, qui conduit de la\nBanque à Saint-Paul. Un tantinet rêveurs tous deux et philo-\nsophes, nous nous étions vite abstraits du brouhaha confus\nde cette immense ruche humaine. Nous suivions le trottoir,\nles yeux fixés au sol, dans une méditation un peu vague, effet\npeut-être du brouillard qui, sans être très épaisj enveloppait\nles choses d'un voile laiteux à peine diaphane, leur donnant des\nairs de lointains imperceptibles, fondant les contours dans un\nensemble où tout s ébrouait, vaporeux, et jetant partout une\nmoiteur maladive. Ce fut mon ami qui, le premier, rompit\nnotre silence :\n« Etrange coloration des objets, selon les jeux de la lumière\net les caprices du temps. Londres, la ville affairée, n'a-t-elle\npas en ce moment les aspects d'une cité de rêve ? »\n\n(i) Suite. Voir le Mercure musical du i 5 octobre."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.17", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n471\n\nJe le savais poète assez, peintre un peu, musicien beaucoup.\nCette réflexion me îfit [.sourire.\n« Au fait, poursuivit-il, il y a un sens profond dans toutes\nchoses : les plus menues comme les plus grandes. Il n'est rien\nqui, sous les reflets d'une pensée, ne laisse jaillir un aperçu\nnouveau, une idée. La fécondité intime des choses est inépui-\nsable ; c'est un prisme ou, si vous préférez, un diamant qui,\nselon qu'on le retourne sur telle ou telle facette, change d'éclat\net de beauté... Tenez, avez-vous lu Wordsworth ? Puisque\nnous sommes en Albion, il est permis de le citer. Or bien, le\ngrand lakiste n'a-t-il pas voulu voir dans les moindres riens\n« un poème » ? Et quant à vous parler de Tennyson et de la\nmusique de son vers, je m'en sens incapable ; il faudrait ici son\ncadre de paysages, quelque chose comme ces jolis émaux et\nces fines ciselures anciennes où l'on s'arrête, attentif, pour\nsonger.\nVoyons, dis-je, quelle est votre thèse ?\nProfane ! s'écria mon enthousiaste compagnon, en frap-\npant du pied le trottoir ; ne l'entrevoyez-vous pas ?\nSans doute, vous êtes symboliste ?\nParfaitement. Nous y voilà... L'idéal donc, pour tout\nart, c'est d'être un symbole, aussi adéquat qu'il se peut, d'une\nconception ou d'un objet. Or, le plus « symboliste » des arts,\nc'est la musique. Dites donc le contraire et que ce n'est point\nlà sa couronne ?\nJe vous voyais venir, fis-je tout de suite.\nSoit ! Plus l'idée est élevée, et plus élevée aussi la plas-\ntique de l'art qui la doit représenter. Il me vient en mémoire\nune ou deux phrases de Garlyle, ce demi-halluciné qui, pour-\ntant, eut des jets de génie. « Musical ! que de choses en ce\nmot ! Une pensée musicale est celle que rend un esprit qui a\nperçu la mélodie reposant en germe dans son sein. Tout phé-\nnomène intérieur est mélodieux ; il est de sa nature de s'expri-\nmer par un chant (i). » Et donc, le sentiment religieux peut-il\nse traduire autrement que par la musique ? N'avez-vous pas lu,\ndans le livre des Psaumes, cette exclamation soudaine du poète\nque fut David : Domine Dominus noster, quant admirabile est\nnomen tuum in universa terra C'était le soir... Sur sa ter-\nrasse, en présence de ce ciel clair d'Orient, au milieu d'une de\nces nuits calmes comme on en voit là-bas, il rêvait aux étoiles, et\nc'est dans une explosion d'inspiration que, saisissant sa harpe,\nil la fit frissonner au contact de ses élans, et chanta...\nNous venions de déboucher sur la place de Saint-Paul. Le\n\n(1) On Heroes and Hero Worship. The Hero as a Poet."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.18", "texte": "472\nLE MERCURE MUSICAL\n\nbrouillard était moins intense, un tissu savant formé de fils\nféeriques si ténus qu'un souffle les dissiperait. L'immense cathé-\ndrale anglicane aux teintes noires, un peu lourde, un peu mas-\nsive, écrasant de son poids les colonnes de l'entrée, s'enlevait\ndevant nous sans trop de charme, et je vis que mon ami parais-\nsait mécontent. Nous entrâmes.\nLe service était commencé, car un ministre en long surplis\nblanc et en favoris, debout devant un pupitre, à gauche de la\nnef centrale, lisait la Bible, d'une voix lente, monotone, réglée\nau métronome, sans inflexions ni nuances, sans un tressaille-\nment, ni dans le verbe ni dans le geste. Quand il eut fini, l'orgue\nsembla répondre un Amen prolongé. Les notes, d'abord très\ndouces, puis plus fortes, inondèrent peu à peu l'édifice, bourdon-\nnant dans les coins, s'enroulèrent dans le dôme doré où on les\nentendit se perdre ; puis, tout à coup, ce fut comme un gicle-\nment de voix enfantines, agréables et flexibles, qui montaient,\nd'une ascension passionnée ; d'autres voix fusaient de toutes\nparts, se mêlant, fuyant, s'unissant comme les vagues de la\nmer ou comme les exclamations d'une foule mue par un senti-\nment unique, mais où chacun s'exprimerait à sa manière.\nAbrité derrière le tombeau du duc de Wellington, somptueux\nrevêtement de misérables restes, je frémis d'instinct à ces accents :\nj'avais reconnu Y Alléluia de la Cde Haydn... Puis, gra-\nduellement, cette explosion fervente parut s'apaiser, plus con-\ntenue, plus reposante, et se termina dans un silence qui donnait\ndes avant-goûts d'extase... L'écho des voix, marié aux dernières\nroulades de l'orgue, erra encore dans la nef pour prolonger le\nsaisissement qui nous tenait. Le ministre remonta à son pupitre\net s'en vint relire un nouveau chapitre de la Bible, celui où\nJésus, triomphateur pacifique, s'avance vers Jérusalem tandis\nque le peuple l'acclame. Il y eut quelques invocations sur un ton\nlent et nasillard ; puis le chœur exécuta l'hymne: Le Seigneur\nest mon pasteur...,œuvre un peu mièvre et de grâce senti-\nmentale, romance religieuse. Et toujours ces petits gosiers\nde soprani, lançant avec assurance leur petite voix vers le\nciel...\nQuand nous sortîmes, le brouillard avait complètement dis-\nparu 5 même un mince rayon de soleil, bien pâle, bien jaune\nle sourire d'un poitrinaire, se risquait sur la ville. En bas,\nla rue descendait, faisant une pente assez raide, la hauteur de\nLudgate-Hill dont Saint-Paul occupe le sommet ; des omnibus\nallaient et venaient, chargés de foule, et c'était l'agitation cou-\ntumière, fiévreuse et inlassable. « Hum I fit mon ami, comme\npour rappeler une impression pénible, je crains fort que cette\nmusique ne provoque, chez ce peuple, la sentimentalité reli-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.19", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n473\nLE MERCURE MUSICAL\n\ngieuse aux dépens de la véritable religion. Du mysticisme et pas\nde dévotion !.. »\nEt, comme je le regardais, un peu vexé :\nmain vers la foule qui grouillait dans la rue, des fabricants\net des banquiers ; conserves alimentaires et chèques sur la mai-\nson X. Voyez donc partout les affiches de réclame... Bah ! »\nEt il ne souffla plus mot, méprisant.\n★\n* *\nEt peut-être n'avait-il pas tout à fait tort, mon ami, encore\nqu'il se fût exprimé d'une manière paradoxale. Je m'en rendais\nde plus en plus compte, tandis que nous retournions, serrés sur\nles banquettes de velours rouge de l'omnibus. Ce qui m'avait\nfrappé dans l'exécution de Saint-Paul, et les autres que j'avais\nentendues auparavant, là et ailleurs, c'était 1' « artificiel » de\ncette musique religieuse. Certes, il y a de la puissance et une\nexpression remarquable dans un Haydn, et j'avais pu m'en rendre\ncompte tout à l'heure ; mais un fait s'imposait à moi : les\nAnglais, de même qu'ils manquent d'une musique profane de\npremier ordre, manquent aussi de musique religieuse, je veux\ndire originale, fortement marquée. Encore ici, ils sont contraints\nde butiner, de faire de l'éclectisme pour trouver ce qui leur fait\ndéfaut. Ils prennent ici et là et s'assimilent comme ils peuvent\nces multiples éléments ; mais de former, eux, une musique\ncapable de traduire leurs sentiments intimes d'adoration, une\nmusique psychologique où seraient concentrés ces élans ardents\nde l'âme religieuse perdue dans la contemplation du monde\ndivin, en communion intense avec les idées suprasensibles et\nsurnaturelles, ils n'en ont pas la force, et j'en dirai la raison.\nSerait-ce que l'inspiration artistique les trahit et les aban-\ndonne ? Il est impossible de répondre d'un mot. Je déclarais\nl'autre jour que dans la chanson légère, ailée, chose d'un\ntemps, genre éthéré, les Anglais semblaient avoir excellé ; et\npourquoi, je crois l'avoir exposé également. Par un phénomène\nanalogue, dans le domaine religieux, là où l'âme anglaise se\ncomplaît surtout, c'est dans les hymnes, ces hymnes mystiques,\nsentimentales, saturées d'une buée de piété tendre et dolente,\nimprécise aussi et fuyante ; ces hymnes soupirantes, d'une dé-\nvotion vague, elles sont délicieuses, elles bercent, elles caressent\ncomme un souffle très léger de brise d'été. Seulement, les fortes\naspirations, les ascensions sublimes, qui partent comme des\nflèches de feu, les palpitations inexprimables qui animent la\nmusique d'un Palestrina, d'un Soriano, d'un Victoria, les\n\n3 2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.20", "texte": "474\nLE MERCURE MUSICAL\n\nAnglais ne les ont pas. Et cela tient, à n'en pas douter, au ca-\nractère de leur religion, faite de mysticisme et de sentimentalité\nsans limites définies. Cependant, l'importance qu'ils accordent\nà la musique d'Église est évidente ; ils en sentent la présence\nindispensable dans leur culte et s'imposent, pour cela, de grands\nsacrifices. Peu d'églises de l'Etablissement ou des partis dissi-\ndents sont dépourvues d'unchœur. Alors, véritablement, seraient-\nils radicalement impuissants, voués à la stérilité ?\nVous allez penser que j'anticipe la conclusion avant d'en avoir\nfourni les éléments et les prémisses. Mais il ne s'agit pas d'une\nthéorie qui me tiendrait à cœur ; il s'agit d'un fait psycholo-\ngique, très facile à analyser dans ses grandes lignes. J'en veux\ntracer l'ébauche rapide.\nA l'acte d'adoration doivent concourir toutes les puissances\nd'un être, se composant toutes et se résorbant en un même objet :\nDieu médité, adoré, loué publiquement ou dans le sanctuaire\ninviolable du « moi ». Il ne m'appartient pas ici de parler de ce\nculte intérieur. D'autre part, le culte extérieur requiert un\nensemble où chaque chose aun sens,\"est un symbole, une puis-\nsance d'évocation, comme un pont jeté entre le monde sensible\net le monde divin. Ceci en est la charpente, et elle est indispen-\nsable. L'homme est ainsi fait qu'il lui faut, même et surtout\ndans ses relations avec l'lnfini, se servir de choses palpables,\nsymboles plus ou moins parfaits d'un ordre d'idées et de con-\nceptions infiniment plus élevées, au moyen desquelles il s'ap-\nprochera davantage de son idéal. Vouloir lui nier cela est une\nutopie, une tentative manifestement antihumaine et par con-\nséquent ruineuse. Je n'ai pas à insister sur ce principe dont on\npourrait, à travers l'histoire, suivre l'application ; mais cette\ntentative fut celle de la Réforme. L'Angleterre y a perdu la splen-\ndeur de son culte et y a gagné la froideur de ses temples. On ne\njoue pas impunément avec des sentiments enracinés dans l'âme\nhumaine.\nLes cérémonies de l'Eglise anglicane, devenues de simples\nlectures de la Bible, risquaient de faire sombrer le sentiment\nreligieux ou, du moins, de l'affaiblir. Ce résultat arriva lente-\nment. Les inclinations naturellement pratiques reprenant le\ndessus, la religion de l'Angleterre est devenue une affaire entre\nmille autres, un rouage ordinaire de la vie, une habitude prise,\nune formalité, et seules ont surnagé quelques idées d'un mys-\nticisme vague, désemparé. De tout l'appareil du culte, la mu-\nsique a eu le privilège exclusif de demeurer, et comme il lui\nappartenait désormais de remplir, par elle-même, le rôle qu'elle\njouait, auparavant, associée avec d'autres éléments, son con-\ncours a été jugé d'autant plus indispensable. D'où son im-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.21", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n475\n\nportance nécessaire. Elle a donc épousé les formes du sentiment\nreligieux dans lequel on l'a coulée. De même et j'y insiste à\ndessein que le « home » a produit la chanson gaie, alerte,\nde même la religiosité a produit l'hymne avec son caractère\nsoupirant, affectif, d'une moyenne calme et paisible, rivulet qui\nest un peu aux puissantes harmonies religieuses ce que la poésie\ncorrecte et travaillée de Macaulay dans ses Chants de l'ancienne\nRome est à celle d'un Byron. Les chœurs animés d'une forte\npensée, priants, enthousiastes, on les empruntera à Mendels-\nsohn, à Haydn, à Hœndel, et vous aurez un éclectisme respec-\ntable. Bien difficile serez-vous si vous faites encore la moue.\nLe mal est que, tout en paraissant occuper une place pré-\npondérante dans la religion des Anglais, la musique y joue,\nen réalité, un rôle de mercenaire. Voilà de bien gros mots !\nMais de ce que j'avance il me sera aisé de donner de piquants\nexemples.\nPar nature et aussi par formation, l'Anglais est homme\nd'affaires, réclamier. Il a des façons inédites et originales de\nvous présenter ses produits. Que voulez-vous ? C'est une ques-\ntion de tempérament, un côté particulier du :\n« Chassez le naturel, il revient au galop. »\nCet instinct de la réclame se manifeste partout, et vous pouvez\ndéjà prévoir le moment où la musique va devenir un moyen\ncomme un autre de lancer une « affaire religieuse ».\nis business : Les affaires sont les affaires. En Angleterre, on\nn'y regarde pas de si près. Il y a des manières de s'y prendre\nqui, pour étranges qu'elles paraissent, ne manquent ni de\npittoresque ni d'intérêt.\nL'Armée du Salut laquelle est plutôt une société philan-\nthropique a vraiment le génie de ces arrangements,'ce dont\nje ne lui fais pas précisément un reproche. Ses membres sont\norganisés en bataillons. Tous les dimanches et jours de fête,\ndivers détachements, précédés chacun d'une fanfare où le\ntrombone et l'ophicléide tiennent un rang honorable, se rendent\ndans les quartiers de East-End,parmi les faméliques de\nBethnal-Green ou de Whitechapel. C'est là leur fief. Combien\nde fois les ai-je aperçus, braves gens, marquant le pas sur le\npavé, soufflant avec entrain dans leurs cuivres bossués, souvent\nmalgré la pluie qui leur cinglait le visage de ses rafales en\ncoups de fouet ! Stoïques, résignés, ils allaient sans se détour-\nner, convaincus à part eux de l'importance sociale de leur\nmission ; et de les voir ainsi se dévouer à une idée, au sein\nd'une cité où le naturalisme pratique confine souvent à l'égoïsme\ncruel et étouffe parfois l'élan des initiatives généreuses, il y\navait quelque chose de touchant et de beau. Les gamins, les"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.22", "texte": "476\nLE MERCURE MUSICAL\n\nmains aux poches, les suivent en sifflant ; puis s'approchent\nles femmes désœuvrées et aussi les hommes sortis du\nhome, l'assommoir, moitié curieux,fmoitié intéressés. Je ne con-\nnais rien de plus hétérogène, de plus composite que ces\nensembles.\nA un coin de rue le cortège s'arrête ; les cuivres, épou-\nmonnés, rendent les armes, et des jeunes filles entonnent des\nhymnes, ces hymnes recueillies, graves, dont je vous parlais\ntout à l'heure. Or j'en ai vu de ces attardés dégénérés venus là\npour écouter, verser des larmes d'attendrissement au souvenir\névoqué de leurs premières années, et de ce calme saint et de\ncette conscience quiète qui en firent le charme. On dirait qu'il\ny a, dans les hymnes qu'ils entendent, comme une vertu\névocatrice semblable à celle du mélancolique\nvaches de la Suisse... Puis, quand le groupe des auditeurs\nest assez compact, une femme en vareuse bleue et en capeline\nallongée où, sur un ruban écarlate brillent les initiales de\nl'Armée du Salut, monte sur une chaise et harangue la foule\nqui écoute en silence ; car on aime la liberté et on la respecte\nlà-bas, en Albion.\nAvec des variantes, le procédé est répété par de nombreuses\nsectes non conformistes. Vous passez dans la rue, et l'on vous\ntend une carte aux tons mauves, attrayante. Tel jour, dans\ntelle église dit la carte, M. un tel, organiste renommé\ndu moins on s'en laisse convaincre, donnera un\nrécital d'orgue ; l'entrée est gratuite, il suffira de présenter ce\nticket... Voilà une bonne aubaine : charmants, délicieux ces\nAnglais, et d'une prévenance !\nAu jour dit, vous vous présentez des premiers pour avoir\nune bonne place et vous attendez une heure, maximum. Le\ndocteur X... monte en chaire et, tout plein de sourires, lit un\nchapitre de la Bible. C'est l'introduction. Puis vient un sermon\nplus ou moins long, naturellement. « Eh ! mais, le récital\nd'orgue, et M. un tel, l'organiste distingué, et la carte aux\nreflets mauves ? » Vous ruminez tout cela pendant le ser-\nmon et vous avez du temps. Vous ne pouvez pas sortir, c'est\nclair. Alors... résignez-vous... Le sermon terminé tout a une\nfin, n'est-ce pas ? l'orgue joue un morceau quelconque; cela\ndure cinq minutes, et... l'on sort... Gela a bien duré deux heures.\nNaïf! on voit que vous venez de France; vous avez été\nvictime d'un trop grand amour pour la musique, et vous avez\noublié que la musique ici c'est tout de même de la réclame.\nD'autres églises non conformistes s'y prennent moins habile-\nment. Dès le lundi, sur une immense affiche on exhibe le nom\ndu prédicateur du dimanche suivant, parfois aussi son portrait."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.23", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n477\n\nPuis, en lettres flamboyantes, lisibles à deux cents mètres, on\nvous avertit que M. X. et Mme Y. chanteront un duo ; que\nla sympathique MllO Z. fera entendre sa voix, accompagnée\npar le violon de M. N... Si vous manquez une si bonne occa-\nsion, tant pis pour vous ! C'est pour rien 1... Tout au bas de\nl'affiche est cette invitation aimable : A welcome, a Book and\na Seat ! Un bon accueil, un livre Tout cela pour\nvous ; avouez que c'est bon marché.\nTel de mes lecteurs va peut-être hocher la tête d'un air de\ndoute. Dans ce cas, je le prie d'aller, dans son prochain voyage\nà Londres, jusqu'à Mile-End Roadpar exemple, et de demander\noù se trouve le Lycett.J'attends ses impressions.\nL'A ssembly Hall,dans le même quartier, est un centre\nd'œuvres sociales importantes. Il réussit à attirer de nombreux\nouvriers grâce à ces expédients. On y donne, en effet, des\nauditions d'oratorios célèbres, annoncées à l'avance par une\naffiche. Samson, le Messie, la Création, Saint Paul, [sont la\npartie la plus attrayante du répertoire. Les organisateurs pro-\nfitent du moment où tous ces hommes sont ainsi réunis pour\nleur donner quelques conseils pratiques et leur inculquer quel-\nques notions morales dont beaucoup sont, hélas ! dépourvus.\nC'est ainsi que la musique qui adoucit les mœurs con-\ntribue aussi, pour une part, au bien-être social.\nDe tout cela je ne saurais me plaindre. J'admire seulement la\nfacilité d'adaptation pratique qui caractérise l'esprit anglais.\nOui, tout cela est bien anglais. Quiconque a été à Londres\nse souviendra certainement pour peu qu'il ait eu des goûts\nde chercheur d'avoir assisté à l'un de ces meetings religieux\nqui se tiennent, le dimanche, soit dans les parcs publics, soit\nà l'angle des rues. Le soir, à la clarté fumeuse d'un fanal, ils\ns'installent sur le trottoir, wesleyens et non conformistes de\ntout nom. Un harmonium portatif prélude aux cantiques que\nl'on va entonner. Un homme, du haut d'une chaise, lit alors\nlentement le premier vers du refrain, le fait répéter par les\nassistants, puis le chante, le fait rechanter, et quand tout le\nmonde paraît assez sûr, entre deux chapitres de la Bible, on\nexécute ces hymnes.\nIl y a dans cette musique une certaine sensiblerie, du\nmaniéré, qui vous agite et vous trouble. Les Anglais, qui ont,\navant tout, la religion du sentiment, doivent cela à leur culte\nexclusif de la Bible. Dépourvus de croyances fondamentales\ncertaines, absolues, nécessaires ; livrés un peu à eux-mêmes\npour la fixation des limites de leur foi, ils ont dû, par la force\ndes choses, se réfugier dans ce mysticisme indéfini, sentimental,\nalimenté précisément par cette musique de genre flottant, flous"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.24", "texte": "478\nLE MERCURE MUSICAL\n\nvaporeux. Si je ne craignais de jouer, moi aussi, au paradoxe,\nje dirais qu'il y a dans tout cela un peu de brume, un voile de\ngaze qui masque les contours, recule les frontières dans des\nlointains invraisemblables, atténue la force du coloris.\n★\n* *\nSérieusement, je commence à croire que mon ami, s'il lit ces\nlignes, va se frotter les mains et venir me féliciter. « Mes\ncompliments, me dira-t-il en substance ; vous voilà enfin de\nmon avis ; vous y mettez aussi quelques réticences ; vous parlez\nde mysticisme, de religiosité sentimentale ; mais je ne com-\nprends rien à tout cela. Le plus clair, c'est que vous avouez\navec moi que la musique, même religieuse, dans ce pays, c'est\ntoujours de la réclame. »\nEt il faut bien convenir que, sous une forme moins lapidaire\nque la sienne, je suis contraint d'embrasser sa conclusion. Le\nfait est trop évident pour être nié. La musique est devenue\npour la religion ce que cette affiche aux couleurs surfaites,\ncollée sur tous les murs, est pour les produits ou\nune façon de réclame plus ou moins ouverte, un lance-affaires.\nCeci est déplorable et un peu avilissant, mais le tempérament\nbritannique s'en accommode volontiers. Les vicissitudes qu'il\nfait subir à la musique, par la série de ces procédés, ne lui\nparaissent pas chose répréhensible 5 pour lui, c'est l'exploitation\nsystématique et légitime des moyens mis à sa disposition.\nMalheureusement, la musique à son tour se venge et, comme\non lui veut faire jouer ce rôle servile, elle perd son caractère\nspécial ou elle se confine dans un genre de second ordre. Ala\nchansonnette, dans l'ordre de la vie ordinaire, correspondra le\ncantique sacré dans la vie religieuse.\nIl est bien vrai qu'un peuple se fait à lui-même son art, copie\nou décalque de ses aspirations et de ses conceptions ; il est bien\nvrai aussi que les aspirations et les conceptions de l'esprit\nanglais sont moins spéculatives que pratiques. Il s'élève rare-\nment à des hauteurs d'aigle. Et de ces prédispositions innées,\nincrustées dans l'âme anglaise, ses productions doivent porter\nl'empreinte. Le talent de Shakspeare, avec son mélange de\ntrivial, de bas même et de sublime, n'est-il pas comme un tor-\nrent impétueux qui, dans son cours, charrierait de l'or et des\ndébris? Ne se ressent-il pas de cet état psychologique dont j'ai\nessayé de tracer l'ébauche ?\nIl ne faudrait pas, au demeurant, se hâter d'affirmer que le\nsnobisme n'est pour rien dans tout cela. Si Thackeray vivait\nencore, j'imagine qu'il nous renseignerait parfaitement, lui„"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.25", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n479\n\nle chasseur de snobs,le satiriste amer, sarcastique, mordant,\nqui prenait plaisir à découvrir la charpente de la société de son\npays et à en faire jouer les ressorts. Peut-être nous répéterait-\nil que, pour l'Anglais, la religion est chose de bon ton qu'il faut\nrendre le moins désagréable possible, qu'il faut aimer comme\non aime les mille incommodités de salon, parce que c'est une\noccasion de se voir, de converser et de se montrer. En cher-\nchant un peu, je n'aurais pas grand effort à faire pour décou-\nvrir dans les discours de Newman, alors qu'il se faisait admirer\nà Oxford, une description semblable.\nNous serions surpris si le culte ainsi compris ne se résumait\npas dans une musique religieuse au petit pied, fade, préten-\ntieuse, mais ni originale, ni forte, ni vibrante ; un genre res-\npectable, voilà tout. Nous avons pu voir ce qu'il en était et\nque tout ceci est fondé.\nRevenons à notre ami. Ses dernières paroles, en sortant de\nSaint-Paul, me tintent encore aux oreilles : « Ces gens-là ? Des\nfabricants et des banquiers... Bah ! »\nEt, somme toute, il n'était pas loin d'avoir raison. Oui, s'il est\nune chose qui étouffe l'art et l'inspiration musicale, c'est bien\ncelle-1à... Nommons-la en trois mots:\nAuri sacra famés !\n\nSalvator Peïtavi."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.26", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nUN SPECTACLE A LA COUR EN 1763.\nNous sommes à Paris, pendant le rude hiver de 1763. La\nCour se tient à Versailles et Mme de Pompadour, qui n'a plus\nqu'un an à vivre et qui souffre horriblement de se savoir délais-\nsée par le Roi, se raccroche au pouvoir de toute la force de son\nesprit débile. En dépit de l'état précaire de sa santé, elle a\norganisé les représentations annuelles et fait porter au pro-\ngramme des spectacles Vertumne quatrième entrée\ndes Eléments,paroles de Roy, musique de Lalande et Destou-\nches. Ce fragment, pense-t-elle, rappellera de doux souvenirs à\nLouis XV, qui dansa dans le ballet de cet ouvrage, au palais\ndes Tuileries, en 1721.\nMais l'organisation des spectacles de la Cour ne s'est point\nfaite sans difficultés. Les danseurs et les danseuses de l'Académie\nroyale de Musique ont menacé de cesser leur service, si l'on\nne voulait point leur accorder de sérieux avantages. Ils se sont\nréunis « pour refuser les appointements qui leur sont accordés\nsur l'état des Ballets du Roi (1), les regardant comme insuffi-\nsants ». Ils estiment leur art au prix de isoo livres pour Ver-\nsailles, et le pauvre La Ferté se plaint amèrement des difficultés\nqu'il prévoit. Il en réfère à M. le duc de Duras, qui harangue\ninutilement Gardel, Dauberval et leurs camarades.\nDe leur côté, les directeurs Rebel et Francœurne savent plus\noù donner de la tête. On a imposé Jélyote, et le vieux chanteur\nest très fatigué; Mlle Arnould, toute à son raccommodement avec\nle comte de Lauraguais son cher Dorval supplanté naguère\npar M. Bertin, pourraitbien, selon son habitude, manquer de\nparole au dernier moment; la sélection à faire parmi les musi-\nciens de l'orchestre qui devront compléter ceux de la Musique\ndu Roi a donné lieu à de vives discussions, Berton, le batteur\nde mesure, ayant voulu imposer ses préférences ; enfin Boquet,\nle dessinateur des habits, a eu maille à partir avec Delaistre,\n\n(1) Voir les Mémoires de la Ferté."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.27", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n481\n\nle maître tailleur, et Joliveau, le secrétaire perpétuel, s'en est\npris à Girault, le machiniste, de ce qu'une décoration était en\nretard et le mettait en mauvaise posture devant M. de Saint-\nFlorentin, le ministre.\nDu fait de ces mille petites difficultés, le départ pour Ver-\nsailles a été mal ordonné, des voitures ont manqué, le voyage\ns est accompli sans cohésion, et la répétition s'est trouvée retar-\ndée.\nMais voici l'heure de donner Vertumne et Pomone. Les Comé-\ndiens italiens viennent de représenter la dans\nlaquelle la D'le Piccinelli s'est distinguée.\nLa salle offre un coup d'oeil superbe. Dans les loges et aux\nbalcons, dont la coupe élégante est rehaussée par la richesse et\nle style de la décoration, dans les galeries à balustres qui sup-\nportent, de loin en loin, d'immenses candélabres, au parquet\ndont le centre est occupé par la famille royale, se pressent les\nplus nobles représentants de l'aristocratie française : les princes\nde Guémené, de Bournonville, de Condé ; la princesse de Chi-\nmay * les ducs d'Orléans, de Chartres, de Fronsac ; la duchesse\nde Mazarin ; les marquis de Lovair, d'Harcourt, de Vaudreuil,\nde Séran, d'Entragues, de Duras, de Vilray, d'Escars, de Poli-\ngnac, d'Avarai ; les marquises de Saluces, de Mailly, de Stain-\nville, de Belzunce, de Glion, de Nagu, de Brancas, de Bezons,\nde Roncé, de Rochambeau ; les comtes de Genlis, de Rabo-\ndange, d'Egreville, de Coigny \\ les comtesses d'Esparbès, de\nLaumarie, de Lillebonne, de Maillé ; le baron de Frisendorff,\nle vicomte de Chabot ; la vicomtesse de Beaune ; la baronne de\nWassenbergh, le chevalier de Clermont, bien d'autres encore,\nen atours et costumes merveilleux.\nDes deux côtés de la scène, les bancs des « talons rouges »\nsont occupés par les courtisans les plus en faveur, et l'on voit\ndeux mousquetaires, l'arme au bras, montant leur faction dans\nles coulisses.\nLe parfum léger des eaux d'odeur de toute espèce, de la\npoudre, des sachets et des pastilles, emplit l'atmosphère attié-\ndie ; le susurrement des lèvres fleuries s'active et des sourires\nrépondent à des œillades.\nL'entrée en scène de Sophie Arnould provoque un murmure\nflatteur. Sous les traits de Pomone, la divinité des jardins, elle\nest séduisante à plaisir. Ses ajustements se composent d'un\ncollier rose et blanc en fleurs, de trois rosettes roses chenillées\nvert, de bas blancs, de souliers blancs « en sabots » ornés de\ndeux petites rosettes vertes et de lacets verts. Elle porte un\nhabit de satin blanc sur lequel sont peints des fruits et des\nfeuilles. Sa mante, qui forme draperie de glacé argent, est rayée"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.28", "texte": "482\nLE MERCURE MUSICAL\n\nde satin vert et doublée de taffetas vert ; elle est ornée de guir-\nlandes, de fleurs roses, de feuilles et de fruits (i).\nYertumne, c'est Jélyote. Il a des souliers noirs, des bas\nblancs, un masque de vieille. Son habit, sa veste et sa culotte\nsont en taffetas blanc. Une robe de femme et un coqueluchon\ncouleur bois lui donnent un air un peu ridicule. Plus que\njamais, ce chanteur usé défigure toutes les mélodies, mais son\ngenre plaît à la Pompadour, qui a le goût du clinquant et des\noripeaux. Et puis on respecte à la Cour ce vétéran qui a un\npassé glorieux. N'est-ce pas lui qui donna, en 1745, à l'occa-\nsion du mariage du Dauphin, un ballet de sa composition,\nZelisca, qui lui valut des félicitations unanimes ? N'a-t-il pas\nécrit aussi beaucoup de chansons que, dans ses heures de\ntriomphe, la favorite a fredonnées ?\nGélin est un Pan invraisemblable. Sur un habit, un corps et\nune culotte de satin bois, il porte une draperie de satin cerise\nornée par le bas de glacé d'or ; sa mante, son écharpe et son\nmancheron sont en satin tigré doublé de taffetas chair ; le tout\nest orné de feuilles de chêne. Sa toque est surmontée d'une tête\nde tigre ; un bouquet de plumes « bayoques » et une perruque\nde faune complètent cet accoutrement qui fait songer plus à un\npersonnage de mascarade qu'à un dieu pastoral.\nLes chœurs des chasseurs et des chasseresses, des bergers\net des bergères, se composent de treize hommes et de huit\nfemmes. Tous sont vêtus d'habits de taffetas blanc, de draperies\nde taffetas rose ; le tout est orné de découpures blanches et de\nguirlandes de fleurs de toutes couleurs. Par-dessus leurs habits\nils portent des draperies de peau de tigre en toile, ornées de\nfeuilles de chêne, sauf les bergers et les bergères.\nLes chasseurs ont une coiffure de peau de tigre, des plumes\nbayoques, des bonnets mi-poudrés ; les chasseresses ont des\npetites toques de peau de tigre ornées de feuilles de chêne et de\nbouquets de plumes. Les bergers ont des toques roses à plu-\nmes blanches et des perruques ; les bergères ont des colliers\nroses, des guirlandes de fleurs dans les cheveux, des bas et des\nsouliers blancs.\nGardel, Dauberval, Grosset et Campioni sont des\nfaunes singulièrement accoutrés aussi.\nLeurs habits, leurs corps, leurs culottes sont en satin bois ;\nils ont des manches bouffantes de satin cerise ornées de bouf-\nfettes de satin tigré et de feuilles de chêne 5 les draperies du\ncorps et de la rotonde, en satin tigré, sont doublées de taffetas\nchair brûlée ; le tout est orné de feuilles de chêne.\n\n(1) Archives Nationales, 01.O1."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.29", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n483\n\nLeurs toques de satin bois et peau de tigre sont ornées de\ndécoupures de satin cerise et de chenilles vertes ; ils ont des\nplumes bayoques et des perruques « sérieuses », de grands bas\net des souliers bois.\nLes sieurs Hyacinthe et Dubois portent un habit de taffetas\nblanc tamponné en gaze rayée rose et blanc. Le bas du tonne-\nlet est orné de satin blanc, de guirlandes de fleurs de toutes\ncouleurs et de feuilles ; chaque draperie de satin blanc est ornée\nde découpures de satin rose, de guirlandes et de feuilles. Sur\nune perruque de berger est posée une coiffure blanche et rose\net des bouquets de plumes blanches. Leurs gants et leurs bas\nsont blancs, leurs souliers noirs.\nMUes Rey et Petitot, du même quadrille, sont mignonnes sous\nleurs habits de taffetas blanc couverts de gaze rayée rose et\nblanche. Un feston de satin blanc court au bas de leurs jupes;\nil est rattaché par des nœuds de satin rose chenillés de blanc ;\nleurs draperies de satin rose sont ornées de découpures blanches\net d'échelles de ruban blanc; le tout est garni de fleurs de toutes\ncouleurs et de feuilles. Elles ont des colliers blancs et roses, des\nguirlandes de fleurs dans les cheveux, des gants, des bas et des\nsouliers blancs.\nL'important M. Lany et cette petite araignée de MUe Allard\nremportent tous les suffrages dans un pas de deux. Lui est un\npâtre en habit rose, en veste et culotte de taffetas blanc ornées\nde gaze et de découpures ; son écharpe est de satin rose et ses\nmanches sont en gaze d'ltalie ; elle est une alerte pastourelle en\nhabit bombet rose, avec un corps et une jupe de taffetas blanc\nornés de découpures en mosaïque de gaze ; ses manches sont\négalement en gaze d'ltalie. Lany, qui fait des grâces, porte un\ncollier rose en solitaire, quatre bracelets, un chapeau avec pen-\ndants et deux rosettes roses, des plumes, une perruque de pâtre,,\ndes gants et des bas blancs, des souliers rouges. Les vingt-cinq\nans de Mlle Allard sont adornés d'un collier rose et blanc, de\nquatre bracelets roses, d'un chapeau rose et blanc, d'un tablier\nde gaze à rubans roses, de gants, de bas et de souliers blancs.\nLe second quadrille est composé des sieurs Bianchi et Gros-\nset, des Dlles Peslin et Lafond. Les premiers ont des habits de\ntaffetas cerise ornés de ruban vert avec découpages de gaze\nbrochée, des culottes cerise, des ceintures vertes. Leurs chapeaux\nsont verts avec des pendants cerise, leurs colliers, leurs huit\nbracelets et leurs quatre rosettes sont cerise et vert; ils ont des\nplumes sur leurs perruques de pâtres ; leurs gants et leurs bas\nsont blancs, leurs souliers rouges.\nLes secondes ont un habit, une jupe et un corset cerise, des\nmanches de gaze d'ltalie, un bombet orné de gaze et de rubans"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.30", "texte": "484\nLE MERCURE MUSICAL\n\nverts, un chapeau cerise orné de vert, un collier vert et cerise,\nhuit bracelets de mêmes couleurs, un tablier de gaze à rubans\nverts, des gants, des bas et des souliers blancs.\nLes artistes de chant et de danse vont, viennent, passent et\nrepassent dans un envolement d'étoffes légères et de rubans\ndont les couleurs se marient délicieusement ; on dirait des per-\nsonnages échappés aux bergeries de Boucher, aux toiles de Carie\nVanloo, à celles de La Tour et de Baudoin.\nTandis que Sophie Arnould est en scène, les talons rouges se\npassent de main en main un papier dont la lecture les fait gouail-\nler à mi-voix. C'est la copie d'un rapport qu'un inspecteur de\nM. de Sartines envoya à son chef quelques jours auparavant et\ndans lequel il est dit que la célèbre chanteuse est pourvue d'une\ntrès bonne « galanterie ».\nPomone, très courroucée, lance des regards furieux aux jeunes\nseigneurs, et c'est à peine si elle accueille avec grâce, une fois le\nspectacle terminé, les compliments que lui adresse Mme de Pom-\npadour.\nLe succès de cette représentation a été tel que Ton arrête de\ndonner encore Vertumne et Pomone quinze jours plus tard.\nA cette occasion, les directeurs de l'Opéra voient recommencer\nleurs inquiétudes. Les artistes de danse, n'ayant point obtenu\nles concessions qu'ils avaient réclamées, menacent une fois de\nplus de cesser leur service, et Sophie Arnould, à qui le duc de\nFronsac a fait de cruels reproches pour le mal qu'il dit tenir\nd'elle, tient sa porte consignée à tout venant. Pour avoir pré-\ntexte à quereller, elle prétend aller à Versailles, à son gré, dans\nle beau carrosse que lui a offert le financier Bertin et qui sort de\nchez Antéchrist, le fabricant à la mode.\nAlors, le principal directeur de l'Académie de musique\ncherche à se retrancher derrière des ordres officiels. Il envoie\nle billet suivant:\n« M. Rebel fait mille compliments à Monsieur de la Ferté et\nIl luy envoyé La liste des Personnes de Paris nécessaires pour la\nseconde représentation de L'acte de Vertumne et Pomone Le\nMercredy Vint Trois de ce mois; M. Rebel prie instament\nMonsieur de la Ferté de Vouloir bien faire mettre au bas de\nchacun de ces Billets de Voitures qu'il faut Etre rendu avant\nMidy a Versailles a la salle du Grand maitre pour la répétition.\nS'il se pouvoit que ces billets fussent envoyés dimanche prochain,\nM. Rebel en seroit très obligé a Monsieur de la Ferté il le prie\ninstament aussy de vouloir bien faire la Galanterie d'un Billet\nde chaise pour aller et retour a M. Berton qui a fourni beaucoup\nd'airs pour l'embelissement des divertissements de L'acte de\nVertumne et Pomone."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.31", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n485\n\n« M\"6 Arnould ; Ml' Géliote ; Ml' Gélin.\n« Mrs Carafïe ; Val lé ; Razetti; Francceur neveu; Labbé;\nCanavas ; Girault ; Blavet ; Sallantin ; Bureau; Dard.\n« Mde Canavas ; Mde de Ghevremont ; MUe Dubois ; Mlle Au-\nbert.\n« Mr Rebel un carosse ;Mr F rancœur une chaise ; Mr Berton\nune chaise.\n« a paris ce 16 février 1763 (1). »\nLes ordres une fois reçus, il les fait porter chez Sophie\nArnould, rue du Dauphin (2), chez Gélin, rue Neuve-des-Pe-\ntits-Ghamps, chez M 1 Dubois, rue Richelieu, chez tous les\nautres artistes et musiciens désignés.\nMais le jour du départ, Sophie Arnould, qui a donné rendez-\nvous à MUe Allard au café de Dupuis, entend partir seule avec\nson amie. Elle se rend d'abord chez M. de la Porte, maître par-\nfumeur rue Saint-Honoré, puis elle passe chez Le Bas, graveur\ndu cabinet du Roi, pour lui commander une belle estampe\nintitulée : la Récompense villageoise Elle y bavarde avec un\npetit maître portant un chapeau à l'écuyère, des cheveux artiste-\nment chignonnés et soutenus par un peigne merveilleux, un\nmouchoir élégamment noué au cou, enfin brodequiné et ganté\navec recherche.\nElle emporte avec elle, dans la voiture de service qu'elle a été\ncontrainte d'accepter, un petit livre qui vient de paraître chez\nMusier fils : Les Promenades et Rendez-vous du Parc de Ver-\nsailles, et où sont racontées les aventures d'une Sophie devenue\nduchesse, qui loge à Versailles, au Cabaret, comme une sollici-\nteuse de pension. L'héroïne conte elle-même son histoire mêlée\nde l'histoire épisodique d'une certaine Emilie, fille d'un mar-\nchand joaillier de Paris, et elle se trouve àla fin être la prin-\ncesse de Pallas, fille de l'lnca Carata et de la princesse Ma-\nmachie Carata. C'est là un livre léger qu'elle parcourra du bout\nde l'éventail.\nChemin faisant, elle s'arrête à Sèvres, pour faire emplette chez\nMaille, l'habile distillateur, d'une liqueur nouvelle baptisée le\n« Courrier de Cythère » et qui est du goût le plus délicat. Bien\nque midi ait sonné lorsqu'elle arrive à la répétition, elle ne\ns'excuse point de son retard, malignement heureuse d'avoir\ndonné quelques craintes aux gentilshommes de la Chambre.\nAu moment de la représentation, pour devancer toute ironie\npossible, elle montre à qui veut le voir un certificat du médecin\n\n(1) Document inédit. Archives de l'Opéra.\n(2) Ajourd'hui rue Saint-Roch."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.32", "texte": "486\nLE MERCURE MUSICAL\n\nMorand qui déclare avoir visité Mlle Arnould avec la plus grande\nexactitude et ne lui avoir trouvé nulle marque ni symptôme de\nmaladie vénérienne d'aucune espèce. Sous son pimpant costume\nde déesse, elle défie l'assemblée des rieurs et des jaloux, elle\nfait des mots, parle de l'inépuisable amour de son cher Dorval,\nlance des traits contre [les seigneurs des bancs de scène, esti-\nmant qu'il conviendrait mieux qu'ils fussent assis sur des chaises\npercées, car la lâcheté donne la colique, et elle manœuvre si bien\nqu'elle lasse les critiques, devient la reine incontestée de cette\nfête de Cour et trouve le moyen de s'assurer la plus grande part\nde succès, en attendant le triomphe qu'elle remportera l'année\nsuivante dans Castor et Pollux, sous les traits de Télaïre, sœur\net fille du Soleil.\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS\n\nConcerts Chevillard : la Mer, trois esquisses symphoniques de Claude Debussy. Concerts\nColonne : Wagner.\nNos grands concerts ont rouvert, le i 5 octobre, leurs portes assiégées\npar un public longtemps sevré de bonne musique ; et dès ce premier jour,\nils nous ont donné une œuvre nouvelle de Claude Debussy, qui est parmi\nles plus belles, les plus harmonieuses, les plus enchanteresses, et en même\ntemps les plus larges et les plus puissantes non seulement de la musique,\nmais de Fart tout entier, et je dirais presque delà nature, tant on se trouve\nici tout près des éléments, et comme à même les choses. Une fois déplus,\nle grand Initié a soulevé le voile d'lsis, et cette fois ce n'est plus seulement\nson langoureux sourire qui nous est apparu, comme dans Y Après-Midi\nd'un Faune ; c'est son glauque regard, pensif, pénétré d'on ne sait quelle\nsereine mélancolie, et comme fermé sur un monde de tendresses inconnues.\nJamais il ne s'en est fallu de si peu que le mystère entier du monde ne\nnous fût révélé.\nCette impression, qui est la mienne, et s'est emparée de moi avec une\npresque douloureuse violence, n'a point été partagée, je le sais, par quel-\nques-uns de mes confrères, et non des moindres. On a reproché à Debussy\nde nous avoir représenté non la mer tout entière, mais un seul de ses as-\npects, et encore cet aspect a-t-il paru à quelques-uns trop souriant et en-\nsoleillé. Malgré les plus louables efforts, je ne puis comprendre ces criti-\nques. Il va sans dire que, pareil au peintre qui fixe un paysage aune heure\nprécise du jour et sous un éclairage déterminé, Claude Debussy n'a voulu\nexprimer, en chacun de ses tableaux, qu'un seul moment et une seule im-\npression ; pour comprendre toutes les apparences de la mer, son œuvre eût\ndû remplir l'éternité. Mais en chacun de ces trois épisodes d'une existence\ninfinie, qu'il intitule De Vaube à midi sur la mer, Jeux de vagues et Dialogue\ndu vent et de la mer, il a su faire tenir tout ce qu'il entre de lueurs et\nd'ombres mouvantes, de caresses et de murmures, de douceurs attendries\net de vives colères, de charme séducteur et de soudaine gravité, dans ces\nflots dont Eschyle chantait le « sourire innombrable ». Ne soyons pas\ntrop romantiques. Ne cherchons pas à entendre, dans le bruissement des\nvagues, des imprécations dont elles ne se soucient guère ; ne maudissons\npas la naufrageuse qui ne peut nous haïr, puisqu'elle nous ignore ; et\naimons les choses naïvement, [comme des amies trop grandes, pour nous\nconnaître jamais, mais tellement plus belles que nous !"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.34", "texte": "488\nLE MERCURE MUSICAL\n\nSur la forme musicale qui a réalisé pour nous ce prodige d'évocation, il\nme semble aussi qu'on n'a pas dit exactement ce qu'il fallait dire, puisqu'on\nn'a pas dit exactement ce que je pense. On reproche à Debussy de n'avoir\npas écrit trois nouveaux Nocturnes. Sans doute on ne trouve pas ici les\nfrissonnements de couleurs qui font le charme en quelque sorte virginal de\nNuages, de Fêtes et de Sirènes. L'œuvre a un autre caractère, et comme\nune éblouissante maturité. Elle est plus grande et plus large, plus nourrie\nen ses dessous et plus grasse en ses contours. Ce n'est plus du pointillisme,\nmais c'est de l'impressionnisme encore, par la fraîcheur inaltérée des émo-\ntions, traduites en mélodies et en harmonies uniques au monde, dont je ne\npuis me tenir de citer quelques-unes : voici, dans la première partie, une\nde ces phrases chromatiques, d'une tendresse poignante, dont seul Claude\nDebussy possède le secret :\nEt cet appel mélancolique, qui reparaît dans la première et la dernière\npartie, fait surgir à l'instant à nos yeux les étendues stériles où règne le\nvent :\nEt cette grave sonnerie des trombonnes, cors et trompettes, qui termine la\npremière partie, et joue aussi un rôle important dans l'œuvre entière,\nsemble un souffle venu, des profondeurs de l'abîme :\nJe m'arrête (et d'ailleurs j'y reviendrai), car il me faudrait citer bien\nd'autres pages, également sublimes, et qui étreignent à la gorge comme\ntout ce qui est surhumain : il n'y a, à mon sens, que la musique de Debussy\net les spectacles de la nature qui font ainsi souffrir à force de joie, et par\nl'excès même de leur beauté.\nL'œuvre a été conduite avec beaucoup de sentiment et de précision ;\nj'aurais bien à faire quelques critiques de détail (trop de force aux cuivres\nsouvent) ; mais Ije n'en ai pas le courage, tant je suis reconnaissant à"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.35", "texte": "REVUE DE I.A QUINZAINE\n489\nLE MERCURE MUSICAL.\n\nM. Chevillard de nous avoir offert un si beau programme, qui comprenait\nen outre la Symphonie en la de Beethoven, la 4e Béatitude de Gés. Franck\n(M. Cazeneuve, très délicat), l'éclatante Symphonie pour piano et orchestre\nde Vincent d'lndy (M. Risler, beaucoup trop sec), et l'ouverture du Car-\nnaval romain de Berlioz. Ainsi l'on pouvait suivre, au cours de tout un\nsiècle, la poussée de la musique française, jusqu'à sa dernière et mirifique\nfleur.\nWagner cependant triomphait aux Concerts-Colonne, avec la romance de\nl'Étoile et les Adieux de Wotan, où nous retrouvions l'autorité superbe et\nle grand style de M. van Rooy, et la Mort d'Yseult, puissamment chantée\npar Mme Litvinne. Quant à l'orchestre, il a été plus exact et plus vigoureux\nencore que l'an passé : M. Colonne est en effet de ces vaillants qui ne sont\njamais satisfaits, et progressent toujours.\n\nLouis Laloy.\n\nDE L'OPÉRETTE\n\n(1).\nPatriarche roublard, Jacques Offenbach avait doté (ausgestattet) sa fille,\nl'Opérette, d'un lot de vertus bon teint et d'avantages inoxydables. Il l'a-\nvait voulue :\nio Joyeuse, pour ce que Rire est le propre du Français... né malin ;\n20 Grivoise (ungebunden), à dessein de titiller le cochon qui sommeille\ndans le cœur de tout boulevardier ;\n3o Grossière (derb) dans ses chants, afin de lui assurer un élément cer-\ntain d'éternité. Le calcul était d'un bon père qui, laissant à l'Univers la\nformule d'un tel Art, se croyait fondé à soupirer un Exegi monumentum\nde tout repos. Malheureusement pour lui, ce Parisien de Cologne, les\nyeux embués par un reste de sentimentalité ethnique, ne sut pas lire dans\nl'avenir et méconnut la versatilité décevante des Français.\nLe Rire, la Grivoiserie, la Trivialité, ne sont éternels qu'en tant qu'en-\ntités ; mais leurs manifestations, indéfiniment variables (unendlich wech-\nselnd), se transforment aussi vite que les modes. Si la Beauté nue est per-\nmanente, la Grâce mi-vêtue se plie au goût du jour. N'oublions pas que la\ncrinoline (Reifrock) elle-même suscita, avant la Blague, le Désir.\nDe même, les pôles du Rire se déplacent rapidement au cours des siècles.\nLes calembredaines (Possen) qui gonflèrent de joie nos grands-parents ne\nfont plus tressaillir un muscle de nos visages, et les plus intenses fumis-\nteries élaborées par les humoristes assermentés en 1905 paraîtront, à nos\npetits-neveux, crevantes (todtlangweilich). Une quarantaine d'années a suffi\npour anémier la vis comica d'Offenbach: les facéties périmées du « Roi\nbarbu-bu-qui s'avance » congèlent le public, et l'habit « craqué dans le\ndos » ne soulève plus sur son passage que des commisérations narquoises.\nLa Grivoiserie a mieux résisté, car le libertinage s'avère encore plus fon-\ncièrement humain que le Rire ; cependant, si le goût des variations pail-\nlardes ne meurt point, ces variations moisissent vite. Les madrigaux qui\nchatouillaient les lorettes en bas blancs chaussées de hautes bottines à\nglands ne sauraient caresser avec le même succès les jolies jambes souli-\n\n(1) Nous traduisons ce fragment d'une étude donnée à la Zeit de Vienne par\nnotre collaborateur et que le Mercure reproduira intégralement.\n33"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.36", "texte": "490\nLE MERCURE MUSICAL\n\ngnées par des chaussettes de soie rose d'une élève de Cur-\nnonsky. Car le piment de la curiosité sexuelle ne pousse pas toujours sur\nla même branche. , _\nDéçue par le Rire, trahie par la Grivoiserie, l'opérette a pris sa revanche\navec la Grossièreté. De par la trivialité de ses partitions si résolument pois-\nsardes, elle s'affirme immortelle. Le cancan est toujours debout ! Ses lion-\nflons populaciers obsèdent les fournisseurs de beuglants qui ont bien pu\ndiscréditer la jovialité nigaude de l'opérette et démoder sa sensualité spé-\nciale, mais pas se soustraire à l'emprise de ses rythmes épileptiques. Impla-\ncable {utiversoehnliclï) tambour, vindicative trompette d Offenoa>«h, votie\nvengeance n'est point assouvie !\nL'hystérique musico âCOrphée aux enfers sut nous imposer un joug aussi\nrigoureux que celui auquel l'auteur du Ring soumit nos voisins d outre-\nVosges. Nous aussi, nous dûmes subir notre wagnérite, rigoleuse mais non\nmoins violente que l'héroïque intoxication ( Vergijtung) des Allemands. Et\nle Théâtre des Bouffes-Parisiens, Bayreuth pour loustics, exerça longtemps\nsa tyrannie de bastringue.\n\nWilly.\n\nLA MUSIQUE EN BELGIQUE\n\nLes concerts.\nC'est surtout par les concerts que se manifeste le mouvement musical\nd'un pays. C'est là que se décident les sympathies, que se produisent ies\nefforts des artistes éducateurs, et que se manifestent, en des courants\ndivers, les goûts du public. Le théâtre musical est subordonné à trop dé\ncirconstances ambiantes pour être franchement libre, et pour favoriser par\ncette liberté qu'il n'a pas une expansion artistique indépendante des pen-\nchants et des caprices d'un public matériellement nécessaire. Le concert\nprésente l'œuvre dans toute sa sincérité artistique. Les subsides, les con-\nditions mêmes de l'institution, qui s'adresse fatalement à une élite, le\ndédain si souvent légitime des artistes qui s'y produisent, s'ils ne se por-\ntent garants de la valeur, le font certainement d'un exclusivisme esthétique\ntout à l'avantage des œuvres qu'on y exécute. Et c'est pourquoi les pro-\ngrammes de concerts résument à eux seuls le degré de culture musicale\nd'un pays.\nEn Belgique, nous sommes tributaires de la France. Il est curieux de\nconstater combien les idées s'y développent en regard de celles de Paris.\nAlors qu'en musique les manifestations vraiment belges relèvent plutôt\nd'une influence différente, d'une technique germanisée, c'est en France que\nnous cherchons nos opinions et c'est à l'exemple de Paris que nous\nréglons nos sympathies. Nous sommes un peuple de suiveurs. Les pro-\ngrammes de nos concerts répètent fidèlement ceux de la saison précédente\nchez Colonne, chez Chevillard ou bien à la Nous applaudissons\nRaoul Pugno lorsqu'il eut un succès parisien ; nous faisons refleurir les\nlauriers que Pablo Casais emporte de France, et nos femmes belges, à\nl'instar des Parisiennes gracieuses, fêtent la jeunesse de Mischa Elman,\nla chevelure de Kubelick, sans paraître se douter qu'elles sont compa-\ntriotes d'Eugène Ysaye et de Thomson. Mais, au fond, soyons reconnais-\nsants de telles conformités. La France ne se trompe pas dans ses goûts, et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n491\n\nle snobisme qui porte Bruxelles a imiter Paris nous a procuré l'an dernier\ndes auditions de Glazounoff, Borodine, Rimsky, un brillant festival\nBeethoven, A .Iccstsa la Monnaie, ce qui n'est pas à dédaigner (T).\nCette année cependant, un curieux revirement s'est produit. En fêtant sa\nnationalité, le Belge a cree son indépendance. On lui a tellement parlé\nd'« âme bélge », qu'il a fini par y croire, et par se concentrer dans cette\nidee. il a deteimine de la soite une véritable recrudescence d'activité, qui,\nsi elle était un psu plus qus nationale, serait du plus grand intérêt. Au\npoint de vue artistique, et plus particulièrement au point de vue musical, il\nest clair que notre production autochtone a en soi une certaine valeur. La\ncaractéristique inherente aux rythmes de Verhaeren, au coloris de Leys ou\nde Braekeleer, à l'instrumentation de Raway, s'y manifeste. En art, les\nqualités esthétiques générales sont identiques, et leur diffusion dans les\ndomaines distincts produit chez nous la prédominance d'une note juste,\nréelle, nette, fortement imagée. Mais de là à conclure à l'existence d'une\nmusique belge, il y a loin. Il est certes incontestable que la musique a pris\nen Belgique une voie spéciale, atavique, qui lui semble tracée depuis Gilles\nBinchois, Dufay et Josquin des Prés. Elle se caractérise par une sincérité\ntechnique soutenue, un sens exact des valeurs, une simplicité réaliste et\nrapide dans le traitement du contrepoint, et un penchant marqué vers tout\nce qui s'approche de la musique sacrée. Après les Gallo-Belges, je citerai\ncomme exemple César Franck; je citerai Etienne Soubre, Vieuxtemps, et\nparmi les vivants, Dupuis, Jongen, Vreuls, Raway, et un jeune, encore peu\nconnu, qui se nomme Henry Ryelandt. Mais personnellement, je ne crois\npas à 1 efficacité réelle d'un traitement exclusif de ces facultés musicales\nautochtones. Ce serait une exagération. On peut affirmer que chacun de\nnos compositeurs a ses défauts. Que valent, pour la scène,\nde Franck, Quentin Durwardde Gévaert, la de Raway, et'les quel-\nques pages de Léonard Terry? La netteté chez Auguste Dupont, l'habileté\nde Samuel, et le « franckisme » de M. Jongen ne révèlent aucun génie\nbien particulier. Par suite du manque de culture generale. leurs produc-\ntions localisées dans le pays n'ont aucun accès à l'étranger, et l'on peut\naffirmer sans crainte que le meilleur de leur art résulte d'un éclectisme\nraffiné, d'études bien complètes et d'une conception pratique et compara-\ntive des chefs-d oeuvre étrangers. Ces considérations motivent naturelle-\nment l'opposition qu'on peut manifester en face d'une exaltation exagérée\ndu tempérament artistique national. La musique n'a pas de patrie ; elle\ndiffère, sous forme d écoles, par la race, l'esprit et la culture d'un peuple ;\nmais il faut que celui-ci soit puissamment défini j'incline à dire limité\npour que son nom serve légitimement d'étiquette à quelque système\nartistique. Laissons à la France le développement de la musique fran-\nçaise, à l'ltalie l'héritage séculaire de l'opéra mélodique, et ne cherchons\npas, dans la complexion quelque peu hybride de notre nationalité, des\nraffinements d'esprit qui se définiraient par notre nom de Belges. Si nous\nsommes portés vers un traitement spécial des éléments musicaux déve-\nloppons librement cette faculté, appliquons-la à l'art général, sans la\nclasser, la limiter par les principes d'une école. Combien y a-t-il'de grou-\npements théoriques qui réussissent ? La conformité est opposée à l'origi-\nnalité. 5\nJ'ai précédemment parlé du théâtre, et tâché d'exposer les particularités\nqui se manifestent chez les compositeurs du groupe flamand. Je ne revien-\n\n. (') I' y a des exceptions, là où l'on rencontre des gens personnels. Les représenta-\ntions intégrales du Ring, et la création de et le Roi à la\nMonnaie, en font foi."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.38", "texte": "492\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndrai pas sur ce sujet. Je me contenterai de blâmer le nationalisme des\ndirecteurs de la Monnaie, qui, après avoir monté par souci patriotique trois\nœuvres satisfaisantes, continuent la série par la Rhena de M. Van den\nEeden, dont la musique est franchement mauvaise. Est-ce aussi parce que\nM. Francis de Croisset est Bruxellois qu'on nous donnera cet hiver Pin-\nsipide Chérubin de M. Massenet?\nLes concerts Ysaye sont une institution des plus louables, qui fonctionne\nbrillamment depuis dix ans déjà. Comme son but principal est l'encoura-\ngement de la musique du pays et qu'elle relève spécialement, dans la circu-\nlaire-programme de cette saison, son dessein de « consacrer plus de place\nà nos musiciens, et de faire en quelque sorte une « année belge », je ne\nl'en blâmerai point. Je rencontre là les noms de certains maîtres qui ont\ntoute ma sympathie et tout mon respect. Inclinons-nous devant César Frank,\ndont la gloire n'est plus à forger ; devant Théo Ysaye et sa Symphonie sur\nun thème populaire liégeois, qui est digne de grande admiration ; devant\nErasme Raway, qui est un individuel, presque un autodidacte, l'auteur\nbrillant de la Fête romaine que je conseille vivement à M. Chevillard. Je\nnote également l'intéressant Albert Dupuis ; Victor Vreuls, celui de ses\ncompatriotes qui se rapproche le plus des mélodistes de l'école française\nactuelle ; J. Jongen, un beau disciple de César Franck, et le nom de\nGuillaume Lekeu, un admirable génie, profond, nouveau, fascinant, qu'on\nappelait récemment « le troisième grand maître du xixe siècle wallon »et\nque la mort a fauché en pleine jeunesse. Mais que font à leurs côtés\nMM. Huberti, Delune, Duyssens, Mortelmans, etc., (c'est ce terrible etc.\nqui me chiffonne !) et quelle piètre mine auront-ils pour consacrer la sym-\nphonie belge, en face des précédents ? Gardons-nous, à l'effet de stimuler\nles bons, de vulgariser les mauvais. L'exaltation de la production amène\nsouvent une surproduction. N'exagérons point, sous prétexte de la fêter,\ncette expansion musicale de notre nationalité, qui s'est manifestée l'été\ndernier par l'éclosion spontanée de quatre-vingt-trois cantates patriotiques.\nLe nombre est rigoureusement exa:t.\nMais je ne puis m'arrêter en si beau chemin. Puisque j'ai déjà félicité la\ndirection des concerts Ysaye, je continue. Je la félicite d'avoir pendant dix\nans élevé l'esprit des auditeurs bruxellois au niveau des plus intéressantes\nœuvres étrangères, et d'achever cette période décennale d'activité et de\ntravail par un programme où je lis : La sauge fleurie de Vincent d'lndy,\nLe chant funèbre de Magnard, la Viviane d'Ernest Chausson, le Caprice\nespagnol de Rimsky-Korsakofî, la Zorahayda de Svendsen, la Suite\nindienne de Mac Dowell, et les noms de virtuoses tels que Busoni, Pugno,\nde Greef, Thibaud et Eugène Ysaye, sans excepter la direction puissante\nde celui-ci et le concours intéressant, quoique un peu suranné, de Marie\nBréma. C'est là un programme qui console des auditions de l'été dernier,\ndes cantates patriotiques, pour voix d'hommes, pour voix de femmes, pour\nchœurs d'enfants, et qui montre qu'il y a parmi nous de véritables artistes\nsoucieux, non pas du développement social de leur art, mais de la culture\net de l'éducation esthétique de ceux qui s'y intéressent.\nAux Concerts Populaires, M. Sylvain Dupais nous promet une audition\nde Pablo Casais et du violoniste Oliveira, qui est inconnu en Belgique. On\nannonce également l'exécution intégrale du Chant de la Cloche, de Vincent\nd'lndy ; la sincérité et le respect que M. Dupuis apporte dans le travail\ndes œuvres qu'il dirige se portent garants de la réussite de cette exé-\ncution. Le Rêve de Gérontius d'Elgar, les deux derniers actes de Par-\nsifal, donnés précédemment, ne m'ont point déçu ; j'augure beaucoup de\nl'œuvre à venir. Quant au concert Wagner, dont on parle, avec le con-\ncours de Mme Raschowska, cantatrice, que faut-il en penser ? Les précé-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n493\n\nDentes séances du même genre n'ont-elles pas assez montré le danger d'une\nexécution partielle d'œuvres scéniques, et la difficulté pour une cantatrice\nisolée de chanter au concert les plaintes d'lsolde ou le finale du Crépus-\ncule des Dieux ? Si on veut nous jouer la Faust-Ouverture et Siegfried-\nIdyll, et Raschowska nous chanter les Lieder de Wagner, c'est fort-\nbien. Mais cela vaut-il réellement l'annonce d'un concert spécial ?\nLe Cercle Artistique de Bruxelles, qui est un cercle artistique, et qui ne\nse sert pas, comme d'autres, d'une telle dénomination pour couvrir le\nsnobisme et la suffisance de tant de cercles mondains, fêtera en janvier\nprochain le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Mozart.\nL'anniversaire semble plutôt une excuse et dénote le besoin d'un motif.\nMais qu'importe, si la réussite est aussi brillante que celle qui couronna,\nl'an passé, le Festival Beethoven du même cercle ? Je suis peu renseigné à\nce sujet. On parle de trois journées : la première, consacrée aux grandes\nœuvres du maître : symphonies, ouvertures, morceaux d'église ; la seconde\nà la musique de chambre ; et la troisième, aux Noces de Figaro. Des vir-\ntuoses sont cités ; des titres de concertos, de quatuors; le nom d'une canta-\ntrice d'outre-Rhin pour les Lieder, et de M. Muhlfeld pour un quintette*\nMais rien de bien précis, à cet égard, n'est indiqué. J'en parlerai prochai-\nnement.\nIl me reste deux mots à dire du Conservatoire de Bruxelles, qui, parmi\nses concerts habituels, organisera dans le courant de la saison prochaine\nquelques auditions de cantates choisies de Bach. Le Conservatoire reste le\nrefuge propice du classicisme. Et franchement, sous la direction d'érudits\ntels que MM. Gevaert et Wotquenne, la reprise d'œuvres anciennes ne\npeut se faire que dans des conditions respectueuses et de façon impeccable.\nOn peut ne pas aimer la musique de Gevaert, mais on ne peut se refuser\nà reconnaître à ses grands travaux théoriques leur admirable utilité. Le\nConservatoire de Bruxelles est le contraire de celui de Paris. Là-bas, le\ncorps enseignant, en tant que professant, est généra!ement médiocre, et\nl'élément scolaire de premier ordre. Ici, les maîtres manifestent de telles\nqualités d'intégrité de travail, de savoir et d'expérience, que l'on se demande\ncomment il est possible que le niveau intellectuel des élèves soit aussi\nbas. L'orchestre du lieu, en exceptant les soli, est cependant soumis à un\nentraînement méthodique et prolongé; il est heureux qu'on ait choisi les\ncantates du vieux Cantor pour le mettre en lumière. Rien plus que cette\nmusique ne développe le sens du rythme et de la phrase, et le respect du\nrythme, par le temps qui court, est chose si rare qu'elle vaut la peine\nd'être remarquée. J'ai entendu dernièrement les cantates Weinen, klagen,\nsorgen et Ich habe genug ; c'était scandaleux. Félicitons la direction du\nConservatoire de Bruxelles de suivre l'exemple de la Bach-Gesellschaft et\nde la Schola, et d'enseigner brillamment à son public les chefs-d'œuvre\nqu'on estropie aujourd hui. Là, également, j'ai toute confiance.\n\nPaul Grosfils.\n\nCOURRIER DE STRASBOURG\n\nLa saison des concerts s'annonce comme très productive à Strasbourg et\nsera inaugurée prochainement par une audition du quatuor Flonzaley. Ce\nquatuor a été fondé, il y a quelques années, par M. Edouard de Coppet,\nde New-York, qui l'a créé afin de faire exécuter chez lui les œuvres de\nmusique de chambre ; il joue exclusivement en hiver chez M. de Coppet à"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.40", "texte": "494\nLE MERCURE MUSICAL\n\nNew-York, et en été dans sa villa de Flonzaley à Ghexbres. Toutefois,\nM. de Coppet a exigé de son quatuor qu'il se fît entendre quelquefois en\npublic au profit d'œuvres de bienfaisance. C'est ainsi qu'après avoir par-\ncouru avec succès TAmérique et l'Autriche, il va se faire entendre à Stras-\nbourg au profit de l'œuvre des colonies de vacances. Le quatuor se com-\npose de MM. Betti (de Florence), Alfred Pochan (d'Yverdon), Asra (de Ve-\nnise) et d'Archambeau (de Verviers) ; il exécutera à Strasbourg des œuvres\nde Schubert, Dvorak et Glazounow.\nLe second concert de la saison sera le premier des huit concerts d'abon-\nnement que donne annuellement l'orchestre municipal. Selon la déplora-\nble habitude adoptée par l'administration de ces concerts aux yeux de\nlaquelle l'art musical français ne constitue malheureusement qu'une quan-\ntité négligeable, une part très restreinte est faite aux œuvres françaises\ndans le répertoire projeté : elle se compose de Patrie de Bizet, l'ouverture\ndes Barbares et le Rouet d'Omphale de Saint-Saëns, l'entr'acte de Messidor\nde Bruneau et les Erinnies de Massenet. De même, la liste des solistes\nengagés ne présente aucun nom français, à l'exception de M. Colonne, qui\nsera probablement appelé à diriger un des concerts.\nLa même exclusion des œuvres françaises est pratiquée dans le répertoire\ndes quatre séances municipales de quatuors, sur le programme desquelles\naucune œuvre française n'est prévue.\nPar contre, le Tonkunstlerverein une société privée qui s'est formée\nà Strasbourg, il y a quelques années, afin de faire exécuter les chefs-d'œu-\nvre des grands-maîtres et des compositeurs modernes les plus en vue\ndonnera une place plus grande à l'art musical français :il s'est, dès à pré-\nsent, acquis le concours, comme principaux exécutants, du quatuor bruxel-\nlois (MM. Schôrg, Daucher, Miry et Gaillard), de l'Association d'instruments\nà vent de Berlin, du Quatuor parisien (MM. Geloso, Bloch, Monteux et\nGriseyj, du quatuor bâiois, de MM. Daniel Hermann, violoniste, etGaubert,\nflûtiste de Paris, du pianiste Cortot, de Paris, etc.\nAu théâtre municipal, une des principales œuvres qui seront montées dans\nle courant de l'hiver sera le Jongleur de Noire-Dame.\n\nF. Holl.\n\nCOURRIER DE MANCHESTER\n\nMusique anglaise.\nOn vient de publier le programme des œuvres chorales qui seront exé-\ncutées cette saison aux concerts Hans Richter. Comme il est de coutume\ndepuis maintes années, on y voit figurer le Messie de Haendel et YElie de\nMendelssohn. Mais voici que certains abonnés protestent et deman-\ndent des œuvres nouvelles ; d'autres ne veulent pas renoncer à leurs\nvieilles habitudes et défendent leurs « airs » favoris..., et, suivant l'usage\nanglais, les colonnes des journaux s'emplissent de longues épîtres où mes-\nsieurs les abonnés échangent des propos aigres-doux.\nLe grelot fut attaché par un correspondant courageux dont la lettre\ntémoigne d'un goût averti et d'une réelle intelligence musicale. Il traite\nYElie d'œuvre lourde, superficielle, et ose accuser Mendelssohn l'auteur\nsacré des Romances sans paroles d'y révéler son incapacité complète à\ntracer un caractère « grand et profond ». Aussitôt on lui répond : « Les"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n495\n\noratorios ne sauraient fatiguer les oreilles d'un mélomane anglais non plus\nque le bœuf rôti son estomac », et un amateur, tout en avouant qu'il pour-\nrait « siffler correctement les trois premières mesures de n'importe quel\nchœur », assure qu'il les écoute tous les ans avec une joie toujours nou-\nvelle.\nCoups de pattes bien enfantins, direz-vous, et vous ajouterez sans doute\nque les Anglais n'ont pas si mauvaise grâce de se battre pour Haendel et\nmême pour Mendelssohn.\nSavez-vous donc pourquoi ils se battent ? Croyez-vous que ce soit la\nmusique qu'ils défendent ? Allons donc ! C'est l'Angleterre. Haendel pt\nMendelssohn sont Anglais. Parfaitement. Cela vous étonne ? Il est pourtant\nsi difficile d'être Anglais ; on ne l'est pour de bon que si on s'est battu à\nCrécy, et du bon côté encore ! Mais les musiciens sont rares sur le marché\nanglais, il faut en importer. En dépit de M. Chamberlain, les colonies ne\nproduisent pas de musiciens; il arrive bien quelques rossignols d'Australie;\nmais pour que ces rossignols puissent chanter, il faut que les Italiens, les\nAllemands et, à leur défaut, les Français viennent leur apprendre leur mé-\ntier ; et quand ces Italiens, ces Allemands ont déversé toute leur science\ndans les cerveaux bretons, en signe de gratitude, on les bombarde Anglais...\naprès leur mort, pour qu'ils ne protestent pas.\nEt voilà comment Hœndel et Mendelssohn ont été naturalisés Anglais ;\nvoilà pourquoi on en a fait des idoles ; voilà pourquoi on va entendre leur\nmusique de préférence à toute autre ; voilà pourquoi je salue les vaillants\nabonnés des concerts Richter qui ont osé toucher à ces idoles, parce que\nje vois en eux les précurseurs de l'ère prochaine qui verra figurer aux pro-\ngrammes des concerts Richter les César Franck, les d'lndy et les Debussy.\n\nElisabeth d'Irvel.\n\nCOURRIER DE STUTTGART\nL'Opéra de Stuttgart.\nDes juges très impartiaux disent que l'Opéra de Stuttgart, qui a donné\ndes représentations dans toutes les grandes villes de l'Allemagne et notam-\nment à Berlin, est, à l'heure qu'il est, un des plus célèbres instituts de\nl'Allemagne. Tous les grands critiques de Berlin ont fêté la grandeur des\nartistes de cet Opéra, et nous ne pouvons, aussi impartiaux qu'eux, que confir-\nmer ces critiques. Et nous mettons en première ligne M. Hermann Weil5\nun des futurs chanteurs de Gonried. On ne se rappelle pas avoir eu la\nchance de posséder un si merveilleux chanteur. Dernièrement, il a chanté\nle « Papageno » de la Flûte enchantée de Mozart et un grand rôle du\nDépàrt de M. d'Albert.\nNous sommes toujours assez sobres de louanges, mais, cette fois, il\nserait bien mesquin de ne pas dire que M. Weil est un chanteur absolu-\nment incomparable. Il fera son chemin vers l'Amérique et sera comblé d'or.\nOn dit que M. Weil est un jeune homme; sans doute il a été un enfant pré-\ncoce, car il a des qualités qu'on ne peut avoir que dès sa naissance. L'O-\npéra a eu longtemps un chanteur qui fut regardé comme un des premiers\nchanteurs allemands, c'était M. Hromada; mais son successeur, M. Hermann\nWeil, lui est supérieur. Le public est fanatisé par le chant de M.Weil et a vite\noublié la belle voix de feu Hromada. C'est en même temps un comique fort"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.42", "texte": "496\nLE MERCURE MUSICAL\n\nspirituel et très habile dans les parties parlées d'un opéra. En tout,\nM. Hermann Weil est un artiste de qui on parlera. Le Nouveau Monde a\ndepuis longtemps ses regards sur lui. Un de ses confrères, M. Péter Muller,\nest aussi très fêté en Allemagne et en Suisse. M. Péter Muller est un ténor\nd'une très grande voix. M. Frické ne satisfait pas autant, mais dans les rôles\ncomiques il est bon. Seulement les voix de MM. Péter Muller et Frické sont\ndéjà un peu usées dans les parties supérieures, du reste ils suffiraient pleine-\nment à tout Opéra allemand. A Stuttgart, le public est fort gâté, je pourrais\ndire que c'est le public le plus étrange ; oui, c'est un public sur lequel on ne\npeut compter, il n'y a pas de public aussi difficile qu'à Stuttgart. Et ce public\nsingulier se plaignait longtemps d'une partenaire de M. Péter Muller,\nMUe Elisa Wiborg, qui fut rappelée sept fois après le premier acte de la\nValkyrie, le ier octobre. Mlle Wiborg mérite qu'on la respecte.\nElle est une artiste des plus fidèles du répertoire et a tous les dons de\nplaire à tout le monde et au bon Dieu, pourquoi pas au public chatouil-\nleux de Stuttgart ? C'est comme le vent, ce public ; vous devez vous félici-\nter si vous n'avez rien à démêler avec lui. Lisez l'Ancien Testament,\nvous y trouverez un passage qui le dessine. Mais pas trop mal. Eh bien !\nMUc Wiborg avait un temps où elle ne chantait pas assez bien pour\nfaire dire qu'elle serait la meilleure cantatrice de l'Opéra, qu'elle est\naujourd'hui. Il ne faut pas tracasser cette artiste, mais lui laisser du temps.\nEt elle s'est montrée parfaite, et en tout cas meilleure que Mlle Anna Sut-\nter, qui chante par le nez et a une mauvaise prononciation. Mlle Sutter est\ntrop nerveuse et ne laisse pas une impression nette comme Mnes Bommer\net Marga Dietz, deux jeunes cantatrices toutes délicieuses. Mne Bommer est\nl'élève de M. Frické. Mlle Dietz rappelle beaucoup Mlle Parenna, de la Co-\nmédie. Il faut retenir ces trois noms de Mlles Parenna, Bommer et Dietz.\nLa cantatrice dramatique Bossenberger crie, mais elle ne chante pas. Et\nelle croit qu'elle chante, et le public est d'accord. Pourquoi? Parce que le\npublic est bizarre. Ce public particulier devrait être content de la grande\ncantatrice wagnérienne, Mile Hélène Hieser, qui fut la gloire de Bayreuth,\nde Covent-Garden et de Munich. Et la direction de l'Opéra devrait lui\nconfier des rôles et non seulement des bouts de rôles, comme elle en a\nl'habitude. Sa rivale, Schoenberger, qui n'a pas de belles robes, ne\nchante pas mal, mais elle devrait étudier davantage ses grands rôles, ce\nque je recommande également à M. Neudoerffer, qui chante, parfois, par\nle nez. M. Holm est une très belle basse, mais un mauvais comédien,\nil est comme une statue; rappelons la Flûte enchantée et la Valkyrie.\nM. Decken est un comique on ne peut plus gai, mais depuis quelque temps\nil néglige sa voix, et il a tort, car il en pourrait faire quelque chose. Je dis\nla même chose à la cantatrice wagnérienne, Mme Jugeborg-Zink, qui ne\nchante qu'aux commencements du printemps, de l'été, de l'automne, de\nl'hiver. Elle est jolie, mais elle se fait très rare. Pourquoi ?\nEt le nouveau grand ténor, M. Bolz ? Eh bien, il est gros, comme tous\nles grands ténors, mais cette qualité ne lui permet pas de faire des mou-\nvements. Il chante bien, mais pas aussi bien qu'un de ses prédécesseurs\nM. Nicolas Rothmùhl à Berlin, et je ne comprends pas M. Bolz, il a une\nfort mauvaise prononciation. Il parle 1' « agrach ». Mais on comprend bien\nM. Franz Schaetzlé, qui chante le more de la Flûte enchantée depuis\ndix ans, et il chante bien ; pourquoi chante-t-il si peu ? M. Schaetzlé devrait\nse montrer plus souvent, il est bon. Je demande à la direction pour-\nquoi elle ne donne pas de grands rôles àM. Camillo Stoelzel. M. Stoelzel,\ndit-on, chante bien ; il faut nous le prouver; en tout cas, M. Stoelzel a une\nbonne voix et est un bon comédien. Qu'on nous donne M. Stoelzel et\nqu'on n'attende pas dix ans. Où est M. Stoelzel?"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n497\n\nMme Clémentine Heurung ne fait plus attention àsa voix. C'est une\ngrande faute. Qu'elle prenne exemple sur Mme s Stoll et lllenberger. Il\nme semble que M. Eybisch est un bon chanteur ; ce jeune homme devrait\njouer plus souvent, et je recommande à M. Franz Bartenstein, qui chante\nbien, d'apprendre à faire des mouvements. C'est un automate. M. Wilhelm\nWeidner et Mme Paula Gùnttner sont sans doute les piliers les plus sérieux\ndu chœur, M. Weidner ne devrait pas l'oublier. MM. Burkhard-Schaezle\net Karl-Kromer termineront cette causerie. Voici les chefs d'orchestre :\nMM. Karl Pohlig, Erich Band, Doppler et Mayer. M. Pohlig est le succes-\nseur de MM. Obristet feu Zumpe, M. Band celui de MM. Hellmesberger\nde Berlin et Reichenberger de Francfort.\nLe nouveau régisseur général est M. Coewenfeld, successeur de M. Har-\nlacher.\n« Sous-off. »\n\nÉCHOS\n\nPreuves. Plusieurs de nos lecteurs ont pu nous croire trop sévères pour\nun certain M. Mangeot ; non certes qu'ils le connussent, car alors, oh!\nalors... Mais enfin on n'aime pas à croire un homme doué de qualités in-\ntellectuelles aussi exactement négatives que le disaient nos aphorismes.\nCela nous choque, nous contriste et nous humilie, comme le spectacle\nd'une trop grande misère. Nous n'exagérions cependant pas dans le sens\nqu'on pourrait croire : en voici la preuve irréfutable. Elle est fournie par\nle personnage lui-même, qui nous somme, bien inutilement, d'insérer sa\nlettre : elle nous donne trop abondamment, trop inespérément raison pour\nque nous ne nous empressions pas de le faire.\nParis, le 5 octobre 1905.\nMonsieur Louis Laloy,\nDirecteur du Mercure musical,\nParis.\nMonsieur,\nEn rentrant à Paris, j'ai trouvé, au milieu d'un monceau de papiers, plu-\nsieurs exemplaires d'une revue à désinence musicale, dont l'esthétique semblait\nêtre résumée sur une couverture couleur viande crue par la figure, bien\npeu avenante, d'une femme cataleptique et par une plante dé pur ative (1).\nEn parcourant les feuilles de cette revue, j'ai vu, quà mots couverts ou à\nlettres distantes (2) le courage et la franchise n étant jamais le propre des\ninsulteurs on me faisait Vhonneur de me traiter de bête, cfidiot et d'àne...\ntout cela à propos de la publication, dans le Monde musical, d'une admirative\nétude de M. C. Mauclair sur Alfred Bruneau, en réponse àun pamphlet de\nM. Laloy suri'auteur de Z'Ouragan (3).\nA la bonne heure ! Voilà ce qui s'appelle savoir discuter, docteur! J'aime\n\n(j) Le mercure, sans doute ?\n(2) On pourra vérifier que M. Mangeot est nommé sans ambages et sans écart anor-\nmal dans chacun de nos Echos. Eut-il compris, d'ailleurs, sans cette précaution ?\n(3) En aucune manière, mais à propos de la publication, en tête de cet article, d'un\nentrefilet bassement injurieux. L'opinion de M. Mangeot sur Bruneau ne nous importe\npas, est-il besoin de le dire ?"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.44", "texte": "498\nLE MERCURE MUSICAL\n\nBriuieau et vous le haïssez : donc, je suis bête, idiot, et âne, et vous, intelligent,\nsavant, compétent et universel.\nPai xe que l'Université vous a décerné un brevet d'alpha, vous m'adressez celui\nde bêta pour montrer l'étendue de vos connaissances. Quel génie, ce docteur! Mais\npeut-être votre ressentiment à mon égard a-t-il d'autres causes ?... (1).\nAujourd'hui que votre déconvenue atteint le niveau de votre morgue (sans\nmajuscule), vous criez haro sur tous vos voisins: sur la Revue, sur le Courrier\net sur le Monde !\nVous ne pardonnez au Monde musical ni ses dix-sept années d' existence pros-\npère, ni le rang qu'il occupe, ni l'estime dont il jouit auprès des maîtres et des\nartistes, ni ses 20.000 lecteurs qui se montrent de plus en plus satisfaits de mon\n(( pénible jargon »et le préfèrent à vos « omniscients discours, partiaux, obs-\ncurs », comme dit Camille Mauclair, écrits dans une langue que le charmant\nlittérateur déclare 11e pouvoir « assimiler au bon français ».\nMais « que faire ajouterai-je encore avec mon éminent confrère devant\nquelqu'un qui est à la fois Laloy et son prophète ? »\nVous me faites encore le grand plaisir d'ajjpeler à votre aide pour m injurier\nM. Grossier-Villars. De celui-ci, au moins, je n'ai pas àme plaindre ;il m'a\njoliment fait du bien depuis six ou sept ans quil s'acharne après moi. Il m'a\nfait tellement peur que je me suis sauvé à son antipode, et vous ne vous doutez\nguère comme on g est bien. Il s'en est aperçu, paraît-il? et se trouve un peu gêné\nmaintenant de rester à côté de lui-même (1).\nRemerciez-le, de ma part, de sa dernière obligeance, qui fut d'envoyer son\nsecrétaire prendre un abonnement au Monde musical et de me faire adresser de\nLondres, sous un nom d'emprunt, deux simples lignes à insérer —ô ! sans ma-\njuscules, avec un chèque réglant d'avance le prix d'un nombre considérable\nd'exemplaires. J'encaissai le chèque (2), j'envoyai les journaux, mais je m'aperçus\nque j'avais oublié d'y publier les deux lignes de mon obligeant correspondant.\nVous voudrez bien m'en excuser auprès de lui et recevoir pour vous-même,\nMonsieur, Vassurance de ma bien vive gratitude.\nLe Directeur du Monde musical,\nA. MANGEOT.\n<( Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle,\n« O Mauclair... »\nMais M. Mauclair est un ingrat, et juste au moment où M. Mangeot le\ncouvre de fleurs, il déclare, dans une autre publication, qu'il ignorait\n« l'existence de la note et de la reproduction » de son article par le Monde,\nmusical. En effet, on ne peut que gagner à désavouer un Mangeot, et le\ntexte qu'on vient de lire passe, comme on dit, l'imagination. Que nos lec-\nteurs nous excusent d'avoir étalé devant eux ce petit tas de bave imbécile :\nil y a de ces choses qu'il faut voir pour y croire.\nQuant au fond de la question, rien de plus simple. Nous n'avons jamais\nattaqué personne. C'est nous qui, dès nos débuts, et surtout dès nos pre-\nmiers succès (plus grands que nous n'avions jamais osé l'espérer), avons\nété poursuivis des injures, sarcasmes, insinuations et diffamations de quel-\nques-uns de nos confrères (pas tous, ni les meilleurs). Nous avons eu cet\n\n(1) Nous supprimons ici une phrase injurieuse pour deux collaborateurs du Mercure\nmusical, et nous évitons ainsi àM. Mangeot certains désagréments... du genre cuisant.\nQu'il se le dise !\n(2) Après cet effrayant galimatias, venait une diffamation que nous refusons de\npublier.\n(3) Nous ne le lui faisons pas dire."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n499\n\nhonneur insigne de rendre fou de rage et d'envie l'homme aux 20.000 lec-\nteurs ; et d'autres, plus sournois, ne nous ont pas montré une moins basse\nhaine. Nous avons jusqu'à ce jour répondu à ces provocations, pour mon-\ntrer que nous ne craignons personne. Mais nous en avons assez aujour-\nd'hui ; nous sommes ici pour parler musique, et non pas Mangeot,\nNous comprenons fort bien qu'une revue comme la nôtre, où chacun\ndit tout uniment sa pensée, jette le trouble et l'effroi dans certaines entre-\nprises, qui se voient menacées de faire de moins bonnes affaires. Mais à\nl'avenir nous laisserons ces malheureux clabauder à leur aise dans leur\nmare aux canards, jusqu'au jour où, renonçant à un métier désormais sans\nprofit, ils s'établiront marchands de lorgnettes ou montreurs de phéno-\nmènes ; à moins qu'ils n'aient péri d'abord, étouffés par la bile qu'ils se\nfont à notre sujet et les ordures dont ils croient nous salir.\nDirecteurs irascibles. Après M. Antoine, qui n'admet la critique que\norsqu'elle fait marcher « son commerce », voici M. Albert Carré, direc-\nteur de rOpéra-Comique, qui réclame au directeur et au rédacteur en\nchef des Cartons mondains, ainsi qu'à notre éminent et charmant colla-\nborateur M. Henry Gauthier-Villars, la bagatelle de cent mille francs de\ndommages et intérêts pour les lignes suivantes, parues le i 5 juin et le\nler juillet derniers :\nIl y a deux sortes de directeurs : ceux qui refusent les pièces et ceux qui les\njouent.\nM. Albert Carré constitue, à lui tout seul, une espèce intermédiaire, la plus\ndangereuse : il reçoit les pièces à l Opéra-Comique et ne les joue jamais.\nUn compositeur de grand talent, Sylvio Lazzari, ayant mis en musique un\ndrame tiré de la poignante nouvelle d'Henri Bataille, vit, avec une joie bien com-\npréhensible!, son œuvre inscrite sur la liste des pièces à représenter prochaine-\nment, mais il ne vit jamais rien d'autre.\nSon bon droit est incontestable ; le directeur ne le nie point et se contente de\nlui dire :\nPoursuivez-moi si vous voulez.\nMais M. Sylvio Lazzari est pauvre, et la justice, qui passe pour gratuite, en\nFrance, coûte abominablement cher.\nSemblable mésaventure advint, de par le même directeur, au compositeur\nChapuis, inspecteur général de la musique dans les écoles de Paris. Ce haut\nfonctionnaire, doublé d'un excellent musicien, reçut la commande ferme d'un\nopéra comique, tiré par M. Bernède de la pièce célèbre de Dumas, les Demoiselles\nde Saint-Cyr.\nUne fois sa musique terminée, il porte à M. Carré sa partition gravée, et\nreçut cette stupéfiante réponse :\n—Je vous jouerais bien, mais j'ai peur que votre pièce ne me coûte trop cher\nà monter.\nSi M. Chapuis fait un héritage, il aura quelque chance d'être mis en répéti-\ntion, sinon, il pourra se promener autour de VOpéra-Comique, bras dessus, bras\ndessous, avec M. Sylvio Lazzari.\nC'est gai, le théâtre.\nEh quoi ! dira-t-on, c'est tout ? Où est le mal ? Chacun a pu voir paraître\nchaque année, sur les listes de l'Opéra-Comique, un nombre extraordi-\nnaire d'œuvres nouvelles dont les trois quarts n'iront jamais plus loin. N'y\na-t-il pas là à la fois un bluff et une duperie ? Car une pièce inscrite à l'O-\npéra-Comique ne sera pas jouée ailleurs, et les longues expectatives aux-\nquelles on condamne ainsi les auteurs sont un lent étouffement, bien plus\ncruel que le refus brutal. Il y a même cette circonstance aggravante que"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.46", "texte": "500\nLE MERCURE MUSICAL\n\nles plus atteints sont les compositeurs dépourvus de ressources person-\nnelles, qui ne peuvent se faire rendre justice et à qui il est permis d'oppo-\nser des arguments financiers sans réplique. M. Gauthier-Villars a tenu à\nprotester contre cet abus ; mais M. Albert Carré a voulu lire, entre les\nlignes, une accusation de vénalité et de chantage qui certes n'est appa-\nrente que pour lui. La lecture seule de sa citation montrera l'absurdité du\ngrief:\nAttendu que, dans cet article, M. Gauthier-Villars accuse M. Carré de ne\njouer que les pièces des auteurs qui le paient et d'éconduire ceux qui ne sont pas\nassez riches pour faire entre ses mains des sacrifices d'argent ;\nAttendu que cette accusation de vénalité et de chantage est Vinjure la plus\ngrave qui puisse être lancée à un directeur de théâtre ;\nAttendu que depuis vingt et un ans que M. Carré est à la tête des théâtres de\nParis, c est la première fois qu'un outrage aussi sanglant lui est adressé ;\nAttendu que M. Carré ne saurait tolérer un semblable affront, alors que s'il y\na un reproche qui ne puisse lui être fait par personne, c est précisément le repro-\nche de cupidité ;\nAttendu, e/c..., qu'aux termes des articles 1382 et 1383 du Code civil, M. Cirt\nM. le baron de Castelnuovo et M. H. Gauthier-Villars doivent être tenus con-\njointement et solidairement responsables ;\nPar ces motifs, s'entendre condamner à payer à M. Carré la somme de cent\nmille francs à titre de dommages-intérêts.\nVoir ordonner l'insertion du jugement à intervenir dans la publication men-\nsuelle intitulée : Cartons mondains, et dans dix journaux de Paris au choix de\nM. Carré.\nPour nous, notre conviction est faite. Nous connaissons cette sorte de\nprocès, où l'on demande, pour un préjudice imaginaire, un chiffre formi-\ndable de dommages et intérêts. Ce sont des procès ab irato, qui font tou-\njours le plus grand tort à celui qui les entreprend. De pareils recours aux\ntribunaux ne nous étonnent pas de la part de certains chicaneaux de pro-\nvince qui veulent mêler la justice à toutes leurs querelles. Mais nous\nregrettons de voir M. Antoine et M. Carré, qui passaient jusqu'à présent\npour les directeurs les plus intelligents de Paris, démentir aujourd'hui,\nchacun à sa manière, leur égale réputation (i).\nSchola Cantorum. Pendant toute la première semaine d'octobre, le\nDirecteur des études a procédé aux examens d'admission, qui vont intro-\nduire dans le personnel des élèves un très grand nombre d'éléments nou-\nveaux. En effet, le chiffre des nouveaux venus s'élève à 76, dont 32 hommes\net 44 femmes. Il ne sera plus procédé jusqu'en janvier à de nouvelles\nadmissions. Dans la plupart des cours le maximum des inscriptions a\nété atteint ; c'est ainsi qu'il ne reste actuellement pas une seule place dans\naucun des sept cours de piano.\nDevant l'affluence des élèves, l'Administration de l'École s'est vue obli-\ngée de créer six nouveaux cours :\n1 de solfège, femmes ;\n1 de contrepoint, femmes ;\n2 de chant, femmes ;\n2 de violon, premier et second degré ;\n\n(1) En dernier lieu, le Figaro nous apprend que M. Carré se désistera de sa plainte,\n« puisque M. Gauthier-Villars a reconnu son erreur ». On ne peut reconnaître uns\nerreur que l'on n'a pas commise, et il nous semble difficile que l'affaire en reste là."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n501\n\nLes titulaires de ces nouveaux cours sont : Mme Gravollet pour le sol-\nfège, Mlle Nun pour le contrepoint, Mme Tracol, la créatrice d'Alceste\nà Avignon, et Mme Bataille pour le chant, MM. Lefeuve, ancien élève\ndiplômé, pour le violon, ier degré, et Nestor Lejeune pour le violon,\n2e degré.\nQuelques changements ont eu lieu dans le personnel enseignant :\nMHe Glaire Hugon est nommée titulaire du cours d'harmonie, femmes,\ndonné précédement par Mlle Nun ; MUeAdrienne Pelletier, élève diplômée,\npartage avec Mue Duranton la direction du cours de piano du 2e degré,\nfemmes, en sorte que ce cours, qui n'était qu'hebdomadaire l'an dernier,\nsera donné dorénavant deux fois par semaine.\nM. Louis de Serres, si dévoué à la Schola depuis toujours, a accepté\nd'être titulaire du cours de déclamation lyrique, en remplacement de\nM. Charles Bordes qui se fixe à Montpellier, au moins pour cette année,\nmais qui reste inspecteur des études de chant.\nEnfin, M. Cornubert partagera avec M. Cazeneuve la direction du cours\nchant, hommes.\nLa Schola se félicite d'avoir pu s'attacher, en qualité de professeur de\nchant, une artiste de la valeur de Mme Bataille qui, après une carrière mili-\ntante des mieux remplies, s'est consacrée à renseignement et a bien voulu\nfaire profiter les élèves de son talent si réputé et de son expérience.\nLe nouveau cours de violon du 2e degré a été confié aM. Nestor Le-\njeune, le virtuose bien connu, instruit àla grande école d'Eugène Ysaye.\nLes demandes de bourses et demi-bourses doivent être déposées au\nSecrétariat avant le 25 décembre, dernier délai, à l'adresse de M. le Pré-\nsident du conseil d'administration.\nIl sera statué sur ces demandes àla suite des examens du ier trimestre.\nM. Pierre Aubry, membre du conseil d'administration, est nommé\nInspecteur des études. Il est tout spécialement chargé par le conseil de\nlui établir un rapport concernant Y exactitude et Yassiduité des élèves\naux cours auxquels ils sont inscrits. Des conclusions de ce rapport dépendra\nl'obtention des bourses et demi-bourses.\nBoston. On nous télégraphie le programme suivant qui est celui des\nconcerts que M. d'lndy va diriger en décembre prochain à Boston (2 con-\ncerts), Philadelphie, Baltimore, Washington, New-York(2 concerts) et Broo-\nklyn :\nE. CHAUSSON : Symphonie.\nV. D'INDY : Istar, Sauge fleurie, 2Q Symphonie.\nCL. DEBUSSY : Prélude à ÏAprès-Midi d'un lîaune.\nG. FAURÉ : Pelléas et Mélisande.\nCES. FRANCK : Suite tirée de Psyché.\nP. DUKAS : L'Apprenti sorcier.\nDisons encore que M. d'lndy, sollicité par les amateurs américains de\nne faire entendre que de ses œuvres, a tenu noblement à donner une\nidée d'ensemble de la musique française moderne.\nM. Maurice Ravel reprend ses cours et leçons de composition, chez\nMiles Chaigneau, 162, avenue Victor-Hugo. On sait trop ce que nous pen-\nsons de lui pour que nous ajoutions à son nom, déjà illustre, un seul mot\nde recommandation.\nM. Henri Dallier est nommé organiste de la Madeleine en remplacement\nde M. Gabriel Fauré. Toutes nos félicitations à réminent artiste, dont il\nnous a été donné d'apprécier, à maintes reprises, le goût et l'esprit."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.48", "texte": "502\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLyon. —La Société des grands Concerts, dont le directeur est M. Wit-\nkowski,exécutera cette année,salle des Folies-Bergère,les œuvres suivantes:\nSYMPHONIES\nD'HAYDN(en fa dièse mineur,PAD/EY).\nde BEETHOVEN (en 7a).\nde Vincent d'iNDY (sur un air mon-\ntagnard).\nde César FRANCK (en ré mineur),\nde LALO (Symphonie espagnole\npour violon et orchestre).\nCONCERTOS\nde J.-S. BACH pour violon (en mi).\n— pour piano (en ré\nmineur).\nde MOZART pour piano et orchestre\n(en ut mineur),\nOUVERTURES\nde Léonore, n° 3. . BEETHOVEN\nde La Grotte de Fin-\nGAI . MENDELSSOHN\nde La Belle Mèlusin e. MENDELSSOHN\nde Zoroastre. . . RAMEAU\nPOÈMES SYMPHONIQUES\nLa Jeunesse cTHer-\ncule SAINT-SAENS\nTodundVerklaerung. R. STRAUSS\nDIVERS\nSiegfried-Idvlle . . R. WAGNER\nV Enchantement du\nVendredi saint. . R. WAGNER\nMarche des Pèlerins\ndHarold. . . . BERLIOZ\nSuite de Pelléas et\nMélisande. ... G. FAURÉ\nElévation. Poème en\nmusique. ... A. SAVARD\nPrélude à Y Après-\nMidi d'un Faune. CL DEBUSSY\nŒUVRES POUR CHŒURS ET ORCHESTRE\nRédemption. ... G. FRANCK\nPoème-sympho-\nnie en 2 parties.\nFragments de Parsi-\nfal R, WAGNER\nCantique de ïAvent. R. SCHUMANN\nLa Vie du Poète (2^\ntableau). . . . G. CHARPENTIER\nA la Musique. . . E. CHARRIER.\nTiflis. M. Nicolaïev, musicien fort éclairé et cultivé, fera entendre\ncet hiver le Prélude à VApres-Midi d'un Faune de Cl. Debussy.\nLeyde. —Le Sang de la Sirène, de Ch. Tournemire, œuvre couronnée\nau dernier concours de la ville de Paris, sera exécuté prochainement à\nLeyde, sous la direction de M. Daniel de Lange, directeur du Conserva-\ntoire d'Amsterdam.\nToulouse. Le même ouvrage sera exécuté à Toulouse, sous la direction\nde M. Crocé-Spinelli.\nSoirées d'Art. Voici le programme du concert d'inauguration qui aura\nlieu le jeudi 9 novembre, à 9 heures du soir, à la Salle des Agriculteurs,\n8, rue d'Athènes :\n1 Premier Quatuor (en fa majeur BEETHOVEN\n2 a) Promenade matinale Ch. BORDES\nb) Roses dans la Nuit Léon MOREAU\nc) Ein Traum. .............. Ed. GRIEG\nMME Jeanne RAUNAY"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n503\n\n3a) Egyptienne(Transcript. pr harpe de Mlle H. RENIÉ) RAMEAU\nb) Légende (d'après les Elfes de LECONTE DE LISLE). . H. RENIÉ\nMi'E Henriette RENIÉ\n4a) Won ne der Wehmuth. . BEETHOVEN\nb) Caro mio ben. GIORDANI\nC) Maman, dites-moi. . Chanson française du xvii'siècle\nHarmonisée par Weckerlin\nMme Jeanne RAUNAY\n5 Deuxième Quatuor (en sol majeur) BEETHOVEN\nM. Armand Fer té, le pianiste bien connu, nous prie d'annoncer qu'il est\nde retour à Paris et reprend ses cours et leçons, 25, rue Ballu.\nLe Faust de Shakspeare. M.Jules Claretie, directeur de la Comédie-\nFrançaise et membre de l'lnstitut, vient de le découvrir, et c'est dans la\nrevue modestement intitulée Je sais tout (no d'octobre, p. 302) qu'il nous\nannonce que demander à feu Irving comment il jouait le Méphistophélès\nde Faust, c'eût été « analyser l'œuvre même de Shakspeare ».\nLui aussi, M. Claretie peut dire : « Je sais tout. »\nSociété J.-S. Bach. La Société J.-S. Bach donnera au cours de la sai-\nson 1905-1906 douze concerts dont voici les dates :\nConcerts avec soli, orchestre et chœurs (série A) : le mercredi 22 novem-\nbre, le samedi 9 décembre, les mercredis 17 janvier, 7 février, 14 mars et\n9 mai.\nConcerts d'orgue et de musique de chambre (série B) : le mercredi 29\nnovembre, le samedi 23 décembre, les mercredis 24 janvier, 21 février, 21\nmars, 23 mai.\nAux programmes de la série A figureront dix Cantates sacrées ou\nprofanes (ires auditions à Paris), parmi lesquelles Le Choix d'Hercule, une\ndes œuvres les plus importantes et les plus intéressantes de Bach ; les con-\ncertos pour trois pianos ; les concertos brandebourgeois ; les ouvertures pour\norchestre; les concertos pour violon, pour piano, etc.\nLes concerts de musique de chambre seront réservés aux œuvres\nd'orgue, de piano, aux Sonates pour piano et violon, pour piano et viole\nde gambe, pour piano et flûte, pour violon seul, violoncelle seul, etc.\nCes concerts, auxquels les artistes les plus réputés de France et de\nl'étranger prêteront leur concours, auront lieu, comme par le passé, à la\nSalle de l'Union, 14, rue de Trévise, que des travaux pendant les vacances\nont très heureusement améliorée.\nEn rappelant que des conditions d'abonnement spéciales sont faites aux\npersonnes s'inscrivant comme membres fondateurs ou honoraires de la\nSociété Bach, signalons une innovation des plus louables et qui mériterait\nde se généraliser. La Société Bach a décidé la création de cartes perma-\nnentes, dites cartes d'artiste, qui seront mises, à un prix minime et en\nnombre limité, à la disposition des musiciens professionnels et notamment\ndes jeunes gens se livrant, pour en faire leur carrière, à l'étude de la mu-\nsique, soit dans les écoles spéciales, soit avec des professeurs libres.\nPour l'obtention de ces cartes et pour autres renseignements, écrire à\nM. Daniel Herrmann, directeur adjoint de la Société Bach, 9 bis, rue\nMéchain.\nL'Œuvre Internationale, revue d'art, de littérature et de sociologie (9e an-\nnée), que dirige notre confrère Marcel Clavié, vient de transférer sa direc-\ntion et son administration, 6, rue Cardinet (XVIIIe),.\nEcole Beethoven. Les cours de piano, harmonie, solfège, etc., pour"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051101-01.1.50", "texte": "504\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nles amateurs et les artistes, ont recommencéfle 4 octobre, sous la haute\ndirection de IVU'e M. Balutet ; mais le concours d'entrée pour la classe pré-\nparatoire au professorat du piano n'aura lieu qu'en novembre. Nous signa-\nlons aussi les cours de Direction musica indiquant\nun plan d'études classiques et les nouveautés musicales les plus intéres-\nsantes. Ces cours sont vivement appréciés des mères de famille, des\ninstitutrices et des jeunes professeurs habitant la province ou l'étranger.\n(Ecrire 80, rue Blanche).\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÈCENTES.\nClaude Debussy : La Mer, Trois esquisses symphoniques. Réduction\npour piano à 4 mains par l'auteur. Paris, Durand\net fils.\n— Interludes pour Pelléas et Mélisande. Réduction pour\npiano à 2 mains par Gustave Samazeuilh. Paris,\nDurand et fils.\nCamille Saint-Saëns : Deuxième Sonate pour violoncelle et piano (op. 123).\nParis, Durand et fils.\nGustave Samazeuilh : Deux poèmes chanParis, Durand et fils.\nPierre Aubry : Esquisse d'une b\nen Europe.Paris, A. Picard et fils.\nPierre Aubry et Emile Dacier : Les Caractères de la Danse. Histoire d'un\ndivertissement pendant la première moitié du\nxvme siècle. Avec un portrait en héliogravure de\nMUe Prévost et la réalisation de la partition originale\nde Rebel. Paris, Champion.\nRacbilde : Le Meneur de louvParis, Mercure de France."}]}