{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_sha256": "27ea9dea7804ac6f9dc0d12d6e7c0f38ad388ba41f265c781061163b36ad5c1d", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/11/15_01/bmtnabh_1905-11-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/11/15_01/bmtnabh_1905-11-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.2", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.1", "debut_caractere": 227, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "Sommaire\nÉMILE VUILLERMOZ . Une tasse de thé,\nARMANDE DE POLIGNAC.. Pensées d'ailleurs,\nJ.-G. PRODHOMME. Lettres de Beethoven àla famille Brentano.\nMARTIAL TENEO... ..... M iettes historiques.\n[ JEAN MARNOLD Les sons inférieurs et la théorie de M. Hugo\nRiemann.\n! CH. LÉANDRE A Ja Sc\n| REVUE DE LA QUINZAINE\nRAYMOND BOUYER. ... V\nI LOUIS LÂLOY j Les Théâtres.\n| WLLLY • A bâtons rompus. .\nLouis LALOY Les Concerts.\n| EDOUARD PERRIN Courrier de Nice.\nI ÉLISABETH D'IRVEL.. de Manchester."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.3", "titre_corps": "UNE TASSE DE THÉ", "titre_sommaire": "UNE TASSE DE THÉ", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "UNE TASSE DE THÉ\n\n« Enfin, vous avouerez bien, s'écria la si jolie Mme de F.\nque votre Debussy est le plus encombrant de nos contem-\nporains ! Il divise maintenant les salons, brouille les mélo-\nmanes, incite les revues à s'entre-dévorer et lance, furieusement\nles uns contre les autres les plus redoutables des plumitifs mu-\nsicaux !... Ah ! fi, le vilain homme !\nLa musique a maintenant son affaire Dreyfus, approuva\nle long baron ; les amis et les ennemis de la Neuvième s'a-\nbandonnent aux mêmes excès de langage que les partisans\net les adversaires du Sabre et du Goupillon. L' « Affaire De-\nbussy » partagera la France...\n—Au fond, railla le petit C., c'est peut-être la véritable\nexplication du bordereau : « Ce canaille de D. ! » ...\nEh ! eh ! proféra le savant égyptologue, nos arrière-\nneveux seront peut-être fort embarrassés pour isoler ces deux\ngrands conflits intellectuels symétriques qui troublèrent pres-\nque au même instant l'aurore du xxe siècle. Les documents in-\ncomplets qui nous survivront dans quelques centaines d'années\nseront singulièrement décevants ...\nAchille Debussy et Alfred Dreyfus ont les deux mêmes\ninitiales, observa sévèrement le vieux général en déposant sa\ntasse sur le plateau avec un bruit sec.\nIl n'en faudra peut-être pas davantage pour créer des\nconfusions irréparables dans l'esprit de nos descendants, reprit\nle savant avec tristesse. Les civilisations éloignées cherchent en\nvain à se connaître, les chances d'erreur sont trop nombreuses !\nIl se peut que les traités d'histoire ancienne enseignent un jour\nqu'un chef de musique militaire, nommé Achille Dreyfussy,\nfut accusé de haute trahison par un expert en harmonie qui\navait étudié de près son écriture. Le monde entier s'occupa du\ndifférend, continuera notre historien. Sur le témoignage d'o-\nreilles puristes, l'ami des dissonances fut inculpé de faux et\nd'usage de faux et condamné à la mise en loge au nom de la"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "justesse. Cette pénalité était fréquemment appliquée, à l'époque,\naux jeunes compositeurs insoumis. Mais, au lieu de subir sa\npeine à Compiègne, suivant l'usage, il la purgea au Conserva-\ntoire de l'lle du Diable...\nOù il composa, sans doute, son Diable dans le Clocher,\nrisqua le jeune C.\nEt Y Après-midi d'un faux...» s'exclama bruyamment le\nvieux général, que satisfaisaient les pires à peu près. Un silence\npénible stagna et les petits fours symboliques circulaient parmi\nles sourires contraints lorsque le fameux compositeur R.-N.\nentra dans le salon.\n« Vous arrivez à point, s'écria joyeusement la maîtresse\nde la maison; vous allez pouvoir nous mettre tous d'accord en\nélevant dans notre discussion une voix vraiment autorisée.\nJ'espère, mon cher maître, ajouta la charmante Mme de F.,\nque vous allez remettre au point les théories musicales écha-\nfaudées avec audace par tous ces amateurs ignorants. Après\ntant d'opinions de dilettanti, l'avis d'un compositeur va nous\nêtre singulièrement précieux à retenir...\nN'en croyez rien, Madame, répondit R.-N. avec amer-\ntume. Les problèmes musicaux sont les seuls auxquels il ne\nm'est pas permis de m'intéresser. On tolérera fort bien que\nje critique et analyse l'art d'un Claude Monet ou d'un Mallarmé-,\nmais mon sentiment sur une symphonie est immédiatement\nsuspect, et le jugement que je pourrais formuler sur un quatuor\nest d'avance frappé de nullité... »\nD'aimables protestations s'élevèrent de toutes parts ; mais le\ncompositeur, parcourant le salon du regard, ajouta, non sans\naigreur :\n« L'absence de tout critique musical explique la civilité\nde vos encouragements. Je vois qu'on pousse ici l'amour du\nparadoxe jusqu'à tenir compte en musique des avis d'un mu-\nsicien. Singulière aberration ! Le dernier des journalistes\nd'art vous démontrerait facilement que l'harmonie m'aveugle,\nque la fugue m'atrophie et que le contrepoint m'intoxique. On\nne peut pas savoir orchestrer et jouir d'une polyphonie ! Le\nfait de sentir les tendances sonores des accords prouve sura-\nbondamment que j'ai le tympan perforé! Non, non ! L'esthé-\ntique musicale s'accommode d'une ignorance hautaine. J avais\nla permission de réduire en poussière les œuvres les plus co-\nlossales lorsque je n'avais pas encore terminé l'étude de mon\nsolfège\", mais maintenant que j'ai eu le malheur d'écrire quel-\nques partitions, je suis déchu de tous mes droits à la discus-\nsion ! Tout le monde sait cela et je m'étonne d'être obligé de\nvous l'apprendre!..."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.5", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "Vous êtes injuste pour la musicographie, dit le vieux\nsavant en souriant. J'ai lu ces jours-ci un article d'un cer-\ntain Jean d Udine qui me paraît animé des intentions les plus\nconciliantes. Il s y trouvait de très consolantes formules parmi\nlesquelles j'ai retenu celles-ci : « Je n'ai jamais méprisé les gens\nqui apprennent la musique avant d'en parler moi-même je l'ai\napprise un peu !... », et : « Je ne déconseillerai même à aucun\ncompositeur d'étudier l'harmonie et la théorie musicale. » Que\nvous faut-il de plus ?\n« M. d'Udine est vraiment trop bon ! » répondit sèchement\nle musicien, qui se leva et alla aussitôt engager avec la gracieuse\nMme de F. une discussion sur les modes probables de cet hiver.\nNotre ami est bien nerveux ce soir, murmura la maî-\ntresse de la maison avec un peu d'embarras. Il faut l'excuser :\nles méfaits de la presse musicale empoisonnent sa vie, et, de-\npuis quelque temps surtout, la lecture des revues lui donne la\nfièvre quarte !\nAurait-il attrapé la debussyte, lui aussi? s'écria le jeune\nC. en reculant son fauteuil avec un effroi comique.\nJe ne le pense pas, déclara le long baron. J'ai appris\npar cœur l'admirable étude que le docteur Mauclair a consa-\ncrée à cette maladie. Jusqu'ici R.-N. n'a pas présenté les sym-\nptômes caractéristiques de l'épidémie. Vous n'ignorez pas que\nles malheureux qui en sont atteints « se mettent à tourner sur\neux-mêmes comme ces moutons d'Afrique qui ont un ver\ndans la tête » et que leur exaltation provient « d'un mélange\nde salpêtre, de bang crétois,de haschichet decarry ». Or, notre\nami n'a pas encore connu ces manifestations rotatives, et les pe-\ntits pains au foie gras qu'il absorbe en ce moment ne le condui-\nront pas au « vertige meurtrier de l'amok ». Soyez donc pleine-\nment rassurés sur son compte, mais tremblez de rencontrer sur\nvotre route un de ces dangereux malades qui courent Paris en\ncette saison. Gardez-vous de passer devant la maison du\ncure musical,où habitent MM. Marnold et Laloy, que le docteur\nMauclair nous présente comme des debussytiques purulents et\ninfectieux arrivés à leur dernier période...\nJ'aurais cru plutôt que le Mercure serait excellent contre\nces sortes d'affections ! s'esclaffa le général ; c'est la faillite de la\npharmacie !...\nNon, Monsieur, répondit brusquement le compositeur, qui\ndepuis un instant n'écoutait plus que distraitement le gazouillis\nde sa jolie compagne, c'est la faillite delà critique. J'ai lu, moi\naussi, cet article de Camille Mauclair. Il m'a surpris et il m'a\npeiné. J'attendais mieux de ce poète qui apporta toujours de\nla ferveur et de la discrétion dans sa mélomanie sincère. Sa"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "diatribe est une réédition des « Pelléastres » de Jean Lorrain,\nsous une forme plus autorisée, et par conséquent plus dange-\nreuse. L'effet en sera le même sur le public bourgeois toujours\nheureux de pouvoir affubler la gent artistique d'un ridicule de\nplus. La debussyte ira rejoindre les grosses cravates, les longs\ncheveux et les capes espagnoles pour contribuer àla formation\nd'un type de grotesque absolument injustifié. Des innocents\nsincères en pâtiront. Le public n'ira pas vérifier la frontière in-\ncertaine qui sépare, d'après Mauclair, le faux et le véritable\namour de Debussy ; il enveloppera tous les combattants de\nl'idéal nouveau dans la même dérision ! Sous prétexte de puri-\nfier l'encens qui fume aux pieds de la Nouvelle Idole, le mala-\ndroit ami a brisé l'encensoir !\nVous êtes plus royaliste que le roi, cher maître, dit\nMme de F., un peu vexée de son abandon. Mauclair est un\ncamarade de Debussy et le connaît depuis longtemps. Aurez-\nvous l'audace de lui dénier le droit de le défendre contre ses\nadmirateurs maladroits et de chercher à éloigner les ours qui\njonglent trop près de lui avec des pavés ?...\nL'argument est séduisant, Madame, mais il n'est pas\npéremptoire. Je connais trop ces amis de Debussy qui ne se sont\njamais consolés du succès de parce qu'ils regrettent\nle temps où ils étaient seuls à le savourer autour du piano de\nl'auteur. C'était une joie délicate que de pouvoir dire dans les\ncouloirs de l'Opéra-Comique : « Il y a dix ans que je connais\nla partition. » Une auréole s'était attachée au front de ces pré-\ncurseurs : ils la voient pâlir avec tristesse et ne peuvent se ré-\nsigner à sentir leur enthousiasme dépassé par celui des audi-\nteurs de la dernière heure ! Comme Golaud ils s'écrient naïve-\nment : « Je connais Pelléas mieux que toi », et ne se souviennent\nplus que Golaud se trompait cruellement ! Touchant point\nd'honneur ! L'ancienneté n'a rien à voir dans cette circonstance,\net le meilleur ami de Debussy lui fut peut-être acquis par la\ndernière représentation de son chef-d'œuvre 1 Les camarades de\nla première heure en conviendront toujours malaisément.\nQuelle amertume, cher maître ! s'écria le savant. L'ar-\nticle de Mauclair m'avait séduit par sa verve et sa franchise, et\nj'avais particulièrement goûté ses revendications à la liberté\nd'émotion contre l'impérative science de M. Laloy. Je m'étonne\nde vous voir embrasser les doctrines de cet esthéticien autori-\ntaire, vous qui vous piquez d'indépendance !...\nAussi ne les embrassé-je point, se récria le compositeur.\nA mon avis, M. Laloy n'est pas plus autorisé que M. Mauclair\nà invoquer le témoignage de la science musicale. Tous deux\nsont des amateurs qui se chicanent, et rien de plus. Leurs avis"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.7", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "ne m'importent nullement. Ils compromettent à plaisir leur\nmusicien en voulant le défendre à leur manière et sont fort\ncapables de l'écarteler. Dans l'ardeur de leur duel ils risquent\nà chaque instant de l'éborgner. Le premier s'enorgueillit de le\ncompter parmi ses amis, le second lui répond qu'on doit dis-\nsimuler soigneusement ces choses-là « comme un secret » (1) !\nL'un le fait tournoyer au-dessus de sa tête comme une massue,\nl'autre l'enfouit dans un caveau profond, comme un trésor v01é...\naucun ne songe à l'embrasser, tout simplement !... Et la lutte\nest devenue si âpre que son objet est oublié et que le fidèle\nMauclair;, hors de lui, profère ces paroles inattendues : « Je fini-\nrai par prendre la musique de Debussy en grippe !... Après tout,\nil n'est pas encore de la taille des grands !... Ce n'est pas un...\nBerlioz ! » Ah ! Seigneur, gardez-moi de mes amis!...\nMais l'agréable Mme de F. supportait impatiemment ces\ndiscours et s'écria soudain avec autorité :\n« Au lieu d'attaquer ainsi des gens qui ne vous deman-\ndent rien, vous feriez mieux de lire dans le\nun article excellent de M. Jean Huré qui démontre clairement\nque votre Debussy n'a rien inventé du tout et s'est contenté de\nrépéter avec insistance les trouvailles harmoniques de Chopin,\nde Bruneau et de d'lndy ! Vous voyez bien que vous accordez\nà ce personnage une importance exagérée.\nJ'aime à croire, chère Madame, répondit le compositeur,\nque vous avez mal compris la pensée de M. Huré.rJ'ai lu les\nexemples qu'il cite à l'appui de sa thèse. Ils sont parfaitement\nexacts. Chopin a écrit avant Debussy des successions de tierces\nmajeures, et, certes, des enchaînements de neuvièmes existaient\nnon seulement chez Chabrier, mais encore dans Erik Satie,\nque M. Huré a oublié dans son énumération. Pourtant l'origi-\nnalité de Fécriture harmonique de Debussy reste entière, et\nj'en veux un peu à M. Huré de ne l'avoir reconnu qu'avec mol-\nlesse. L'art d'un Debussy cristallise une série de tendances\néparses dans l'atmosphère musicale que nous respirons, et c'est\npar là qu'il est devenu vraiment représentatif. Ses harmonies\npréférées peuvent se retrouver çà et là chez ses prédécesseurs ;\nmais elles sont présentées avant lui avec une discrétion qui\n\n(i) Allusion à la lettre que Louis Laloy fit paraître, en réponse à l'article\nde Camille Mauclair, et dans le meme journal ; nous croyons devoir en\nciter ici ce passage :\nQuant à l'évocation d'un Debussy co\ncritique, elle m'a donné quelques instants d'une doucejoie dont je 771 abstiendrai\nd'indiquer les 7~aisons. Libre à M. Mauclair de brandir ses amis co77ime des\narmes. Poii7~« nous autres », il est des\ncomme des secrets."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "frise l'indifférence. La place sacrifiée qui leur est assignée\nprouve bien que ces agrégations n'offraient qu'un mince attrait\nsensuel à l'oreille de nos ancêtres. Qu'on ne nous présente pas\nces accords comme des joyaux inestimables sertis avec une mo-\ndestie voulue ! Il est trop visible que ces diamants passèrent\nautrefois pour de la verroterie et que ce furent d'autres re-\nflets, aujourd'hui éteints, qui séduisirent alors les joailliers du\nson. Chopin n'aurait éprouvé aucun plaisir à voir se prolonger\npendant trente mesures les ondulations de tierces majeures\ndont il a donné sans enthousiasme un timide exemple et que\nDebussy a faites siennes parle charme de leur présentation. Le\ncontrepoint classique amena souvent dans les coins obscurs\ndes mesures, sur les temps faibles, par le plus grand des hasards,\nde savoureuses rencontres de notes de passage ! Faudrait-il y\nvoir la source de nos recherches harmoniques actuelles ? Pas\ndavantage. Ce n'est pas une paternité sérieuse ! Qu'importe\nd'ailleurs que Debussy ait inventé ou non ses harmonies isolées,\nla trouvaille n'est pas là : elle est tout entière dans les propor-\ntions inédites de ses mélanges et dans le parti qu'il a su en\ntirer. A-t-on jamais songé à dénier à Marconi la découverte de\nla télégraphie sans [fil sous prétexte que ce n'est pas lui qui a\nfabriqué les ondes hertziennes ?... »\nCependant le petit C. avait rapproché, lentement mais sûre-\nment, son fauteuil de celui de la toute exquise Mme de F. et lui\nmurmurait à l'oreille de mystérieuses paroles.\nEt R.-N.,qui avait l'ouïe subtile, surprit ces affligeants propos:\n« Je croyais qu'il nous avait déclaré tout à l'heure qu'il\nn'avait plus le droit de causer esthétique ! Grands dieux! Que\nserait-ce donc si cette liberté lui était rendue ?\nVous récoltez ce que vous avez semé, imprudente amie!\nPourquoi l'avez-vous lancé sur ce terrain dangereux ?\nParce que, pendant qu'il cause, il ne peut pas jouer ses\nœuvres. Entre deux maux il faut choisir le moindre !... »\nEt la jeune femme sourit avec une délicieuse innocence.\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.4", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nL'art est un sacerdoce dont ses adeptes sont les prêtres. L'art\ndoit être sacré et par conséquent mystérieux, occulte et ésoté-\nrique. Les dieux ne sont plus : gardons-nous de perdre aussi la\nmusique. Car savoir, c'est ne plus croire, et connaître, c'est ne\nplus jouir. N'initions pas. Qu'adviendrait-il si les fidèles\nvoyaient sortir, la nuit, les prêtres pour manger les offrandes\ndéposées sur les autels devant les dieux ?\nCe qu'il faut supprimer, c'est l'amateur éduqué ; je prends\namateur dans le sens strict du mot, c'est-à-dire : celui qui\naime la musique. Il faut que celui qui écoute ne sache rien ;\nses sensations seront meilleures et plus justes. La très belle\nmusique sera goûtée tôt ou tard, car, le temps aidant, le public\ns'élèvera jusqu'à elle, et s'il doit rester toujours un peu en retard,\ntant mieux pour les précurseurs de génie qui sont si vite dé-\ntrônés. (Il s'agit ici, bien entendu, du public musicien, suscep-\ntible d'être impressionné par l'art vrai, et par l'art vrai seule-\nment.)\nL'éducation musicale fausserait le jugement en développant\nla tendance à critiquer avec une science forcément insuffisante\n(car on n'acquiert la science qu'avec beaucoup de pratique), ou\nbien elle émousserait le goût par des analyses trop initiatrices,\ndes recherches trop prolongées.\nDans d'autres cas on arrive bien à former le goût, c'est-à-dire\nà lui enseigner les différences de qualité dans la musique ; mais\ncomme l'on ne peut par l'enseignement donner des sensations à\ncelui qui n'en a pas ou donner des sensations d'un ordre plus\nélevé ou raffiné à celui qui par sa nature goûte la chanson de\ncafé-concert, il arrive que le jugement se forme d'après certaines\nrègles, et alors les Boileaux de la musique remporteront la vic-\ntoire.\nOn donnera la palme à une musique impeccable sous tous\nrapports, mais où l'on s'évertuerait en vain à trouver de la mu-\nsicalité, c'est-à-dire une raison d'être. Une musique dont les pro-\nblèmes ont bien été résolus, mais au prix de quel labeur mani-\nfeste, avec quelle correcte maladresse ! celle-là sera sanctionnée"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "par le pédantisme ! Et l'on s'habituera à croire que la musique\nest faite pour la lecture seulement. L'on ne verra dans Bach\nque le tour de main, alors qu'il se laissait si bien guider par\nl'euphonie (toujours dans le vrai sens du mot) ; ou bien on se\nformalisera de ses nombreuses quintes par mouvement direct,\nfausses relations, etc., et 011 dira : « Bach n'est pas un pur. >* Puis\non en arrivera à considérer le métier pour lui-même, alors qu'il\ndoit être un moyen si évidemment nécessaire, indispensable et\nsous-entendu que l'auditeur n'a pas à s'en préoccuper. Pour\npeu qu'il se soucie de son intérêt, il sera plus sympathique et\nmoins ridicule en jugeant la musique subjectivement et en di-\nsant la sensation ressentie plutôt que de s'exprimer dans le\njargon du métier.\nQuand vous voyez un joli tissu, qu'avez-vous besoin d'aller\ncompter les fils ?\nUn jour, tel jeune amateur enthousiasmé, frais échappé d'un\ncours, circulait en disant : « Une sonate de Beethoven? c'est très\nsimple, je sais exactement comment cela se fait ! En avez-\nvous fait une ? lui demanda-t-on. Non, ce n'est pas la peine,\nmais je le pourrais si je voulais. » Au nom du ciel, n'en faites\npas, jeune amateur *, il y a déjà tant de sonates de Beethoven,\nsans compter les siennes !\nImaginons maintenant un auditeur capable de perceptions\nmusicales, écoutant la chose la plus sublime qui fut jamais\nécrite : le Après-midi a un Faune de Cl. Debussy. Voici\n\"•'•1• 1 t ■» t 1\nce qu'il sentira : des taches de soleil, des gouttes d'eau, de la\nlumière qui tremble. Une mélodie qui ne gêne pas, qu'on ne\npourrait vouloir autre, s'infiltre délicieusement. Gela vibre de\npartout. On ne sait plus si on voit, si l'on entend, si l'on sent.\nOn est tout entouré. La mélodie initiale de la flûte dans son\noctave jolie s'épanouit, se recroqueville, s'étire, court, s'orne-\nmente, se complaît, s'encadre de toutes les manières. Elle est\nfascinante toujours, en elle-même et non parce qu'on la com-\npare à sa première apparition. On n'a pas besoin pour s'en\ndélecter de se démontrer ses changements à l'aide de la mémoire.\nArt qui se fait complexe seulement pour vous toucher de plus\nde côtés à la fois, et non pour faire étalage de scolastique.\nComplexe et direct.\nPour jouir de tout cela, l'auditeur a-t-il besoin de connaître la\ntechnique ? Au contraire, son intellect sera alors attiré de ce\ncôté-là, sera distrait, amusé, intéressé. Il se peut qu'il ne su-\nbisse pas la musique ; elle ne le prendra plus. Il suivra, dé-\ngrisé, quoique avec admiration, les méandres de la coulisse. Que\nlui importe de savoir comment sont atteints ces effets ? que les\ncordes sont parfois divisées en onze parties, que les harpes sont"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.11", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 568, "texte": "accordées sur un accord de 7e, que les cors se balancent sur de\ndouces broderies de fond, que tout cet effet surprenant est pro-\nduit par un orchestre plutôt restreint, dans lequel il n'y a ni\ntimbales, ni trompettes, ni trombones, ni clarinette basse, et\nainsi de suite ?\nPeut-être vaut-il mieux pour l'amateur qu'il ne sache rien, à\nmoins qu'il n'ait assez d'entendement pour se laisser aller au\ncharme de l'impression purement auditive et se dire que la mu-\nsique, comme les autres arts, doit être avant tout plastique.\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.5", "titre_corps": "LETTRES DE BEETHOVEN A LA FAMILLE BRENTANO", "titre_sommaire": "LETTRES DE BEETHOVEN A LA FAMILLE BRENTANO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "LETTRES DE BEETHOVEN\nA LA FAMILLE BRENTANO\n\nLes lettres qui suivent ont été imprimées récemment en Alle-\nmagne d'après les originaux, dans le\nBeethoven à Bonn et dans un supplément de la\ntung (1). Elles datent des quinze dernières années de la vie de\nBeethoven et leur publication n'est pas sans intérêt pour l'étude\nde la psychologie du grand maître de la musique allemande ;\nd'ailleurs, à eux seuls, les détails matériels qu'elles contiennent\nsuffiraient à justifier cette publication.\nC'est à Vienne que Beethoven connut les Brentano de Franc-\nfort-sur-Main ; il fréquentait la famille de Birkenstock, dont un\nmembre, Joseph Melchior, prœeept (mort en 1809),\nétait le beau-père de Franz Brentano. Lorsque, en 1810, la\nsœur de celui-ci, Elisabeth (2), célèbre, sous le nom de Bettina,\npar sa correspondance avec Goethe, vint à Vienne, elle ne tarda\npas à faire la connaissance de Beethoven et à se lier avec lui d'une\nvive amitié. C'était au mois de mai 1810 ; Bettina a raconté elle-\nmême, dans une lettre à Gœthe, sa première entrevue avec le\ncompositeur :\n« Lorsque j'entrai, sans être annoncée, il s'assit au piano, je\ndis mon nom, il fut très amical et demanda si je voulais en-\ntendre un lied qu'il venait de composer. Il chanta alors d'une\nvoix ferme et tranchante, dont la mélancolie se communiqua\naux assistants : Connais-tu le pays ? « N'est-ce pas, c'est beau?\n« dit-il avec conviction, admirable : je veux chanter encore une\n« fois. » Mon assentiment empressé lui plut... Il chanta un lied\nde toi, qu'il avait aussi composé le jour même : Ne sêehe\\ pas\nles pleurs de l'amour éternel. »\n\n(1) Fuhrer durch das Beethovenhaus à Bonn, Nachtrag 347 et suivants\nSuppléments de la Vossische Zeitung, 1908, noS 30-3ï, art. du Dr Kalischer.\n(2) Née à Francfort le 4 avril 1785 ; mariée en avril 18] ï ; veuve en jan-\nvier 1831 ; morte à Berlin le 20 janvier 1859."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.13", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "Jusqu'à la fin de sa vie, Beethoven entretint les meilleures\nrelations, tant avec sa jeune amie, devenue bientôt Mme von Arnin\n(en 1811), qu'avec Franz et Antonia (Toni) Brentano et leur\nfille Maximilienne, à laquelle il dédia une de ses dernières\nsonates.\nDe retour à Francfort, les Brentano reçurent de Beethoven,\nentre 1814 et 1823, un certain nombre de lettres, dont neuf\n(celles qui sont traduites ici) furent acquises en 1896 par le\nVerein Beethovenhaasde Bonn.\nLa première, d'après un journal tenu par Beethoven, de 1812\nà 1818, peut être datée de 1814. « Je dois 2300 fl. aux F. A. 8.,\nune fois 1100 et 60 [ducats] », lit-on dans ce manuscrit, à\nl'année 1814. Les lettres F. A. B. désignent sans doute Franz\net Antonia Brentano, plutôt que Franz seul (qui se prénommait\négalement Anton).\nLa seconde doit être datée de l'année suivante. Beethoven y\nlait allusion à la mauvaise situation financière de l'Autriche,\nqui obligea ses protecteurs, les princes Ferdinand von Kinsky,\nFerdinand von Lobkowitz et l'archiduc Rodolphe, à réduire la\npension annuelle de 400 florins qu'ils lui avaient faite en 1808,\npour le détourner de partir pour la cour de Jérôme Bonaparte,\nroi de Westphalie, et le retenir à Vienne. L'un des deux frères\nde Beethoven, Cari, auquel cette lettre fait aussi allusion, était\ncaissier de la Banque royale et impériale ; il souffrait d'une\nmaladie incurable qui nécessita son internement, et mourut le\n1 5 novembre 1815.\nLes dernières lettres se rapportent presque exclusivement à la\nGrand' Messe (Missa solemnis,op. 123), « l'œuvre le plus ac-\ncompli de ma vie », disait Beethoven lui-même ; elle fut exécutée\npour la première fois, en même temps que la\navec chœurs, le 9 mai 1824 ; le compositeur lui chercha un\néditeur; mais ce ne fut ni Simrock, à qui il la promit presque,\nni Artaria de Vienne, ni Schlesinger, « l'éditeur juif », de Ber-\nlin, ni Peters, de Leipzig, auxquels il la proposa successivement,\nqui la publièrent. Elle parut en 1823, chez Schott, de Mayence.\nIl y est aussi souvent question d'argent ; c'est que la situation\ndu compositeur était toujours très embarrassée ; mais Beethoven\neut toujours chez les Brentano des amis sûrs, dont il pouvait\nuser en toute circonstance, et ces lettres en sont une preuve, en\nmême temps que le témoignage de l'amitié sincère, un peu\nnaïve, qu'il ne cessa de porter au sénateur de Francfort et à\nsa famille.\n★\n* *"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "A ANTONIA BRENTANO\nMa chère amie, toutes les circonstances [dans lesquelles je me\ntrouve] qui d'ailleurs vont bientôt s'améliorer ne m'ont pas mis\nen situation d'accepter la lettre [a;q] et\nmave\\ envoyée —je l'ai reçue par [l'intermédiaire d'] un étran-\nger, à ce qu'il me semble, lequel ne m'a pas paru prendre la\nchose bien à cœur, car ne m ayant pas trouvé che\\ moi, une pre-\nmière fois, il revint 8 jours après, me fit remettre la lettre de\nchange sans même vouloir venir jusq\nsuite je me rendis che\\Pacher,\navant-hier aucun avis, ils ne connaissent même pas le tireur\ncomme vous dites —j'en ai conclu qu'il était nécessaire de vous\navertir immédiatement et j'attends vos décisions à ce sujet —je\nvous aurais bien renvoyé la lettre de change, seulement je ne com-\nprends rien à ces choses, comme vous save\\, et aurais pu par\nsuite commettre facilement une erreur—à la hâte, votre recon-\nnaissant Beethoven.\n(De l'adresse, il ne subsiste que le mot « Frankfurt am Main », et le ca-\nchet bleu de Beethoven, portant les lettres L. V. B.)\n[Mon] amie estimée !\nAyant appris que vous êtes en relation avec Geimuller (i ), je\nvous envoie l'attestation à ce propos les cochons méritent juste-\nment leur nom je suis bien fâché de ce que votre générosité àmon\négard vous fait supporter vraiment notre situation par ce la-\nmentable état des finances, est devenue de nouveau bien pénible\net on nen espère pas la fin voici un autre objet dont je dois\nvous entretenir. C'est à propos d'u\npipe : parmi les individus [dont\nsouffrent, se trouve mon frère, qui à cause de sa mauvaise santé\na dû se faire pensionner, la situ\ndure, je fais tout ce qui m'est p\npas. Il possède une tête de pipe,\nà Frankfurt, il est difficile de lui\nde son état de santé, et c'est pourquoi\nprier, de lui permettre, de vous envoyer cette tête de pipe, il vient\nvous tant de personnes que v\nvous en défaire mon frère [comp\n10 Louis-d'or je men rapporte\n\n(1) Geymùller était un banquier de la capitale autrichienne chez lequel\nBeethoven rencontra le poète Grillparzer. Les mots soulignés ici sont,\nsoit soulignés, soit écrits en caractères latins par Beethoven."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.15", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "grands besoins, il lui faut entretenir cheval e\nvoir vivre (car il tient beaucoup àla vie) autant que je perdrais\nvolontiers la mienne !!(1)\nAdieu, bien honorée amie, je salue Fran\\ de [tout mon] cœur,\n[je] lui souhaite une vie idéale, gai\nvotre vraiment dévoué et ami Beethoven.\n(Adresse : « A M'»® Antonio, von Brentano, née noble de Birkenstock à\nFrankfurt am Main, à délivrer dans la Gallengasse im Schillingsten Hause,\n2 ter Stock ».) Le timbre bleu, avec les lettres L. V. 8., se voit sous la si-\ngnature de Beethoven.\n*\n* ¥•\n\nA FRANZ BRENTANO\nVienne, le 4 mars 1816.\nMonsieur Franz Brentano,\nHochwohlgeboren.\nJe vous recommande mon excel\nvins de l'Europe M. Neberich, même dans l'arrangement esthé-\ntique de la succession des différents vins, cest un maître et il mé-\nrite tout éloge, je ne doute pas qu'il n'obtienne les plus grands\nhonneurs au Haut Conseil de Francfort, le rang de prêtre lui\nappartient dans tous les sacrifices offerts à Bachus (sic), et il est\nimpossible à quiconque de pousser Evoe Evoe.\nsouhaite qu'à l'occasion vous vous souveniez volontiers de votre\nami L. Beethoven.\n(Adresse : « Au bien-né A. Franz Brentano, Frankfurt (am Main) ». Sous\nla place dupain à cacheter on lit : «N. B. La Miszalion (2) était introuvable\naujourd'hui. » Le timbre bleu de Beethoven précède la signature et se re-\ntrouve également sur l'adresse.)\n(î) Le DrKalischer rapproche de cette phrase le paragraphe b du testament\nde Garl van Beethoven, écrit par celui-ci la veille de sa mort : « Je ferai\nremarquer que la voiture en question, le cheval, la chevre, les paons et les\nplantes en pots dans le jardin, sont la propriété de ma femme, et provien-\nnent de l'héritage de son grand-père. » C'est ce qui explique que Garl eût,\nmalgré sa mauvaise fortune, cheval et voiture.\n(2) Ce mot à tournure italienne signifie soit un missel (.Misscile en aile-\nmand), soit le caractère d'imprimerie appelé grobe Missal (caractère_de\n64 points)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "A ANTONIA BRENTANO\nVienne, le 29 septembre 1816.\nMon honorée amie !\nJe vous recommande le fils de M. Simrock(i) de Bonn dont\nf ai fait la connaissance ici, il peut et doit vous raconter diffé-\nrentes choses sur ma situation actuelle, c'est-à-dire en partie aussi\nsur VAutriche votre patrie. — J'apprends que vous êtes en bonne\nsanté, que F.[ran%], que je salue Séna-\nteur et rajeunit toujours de plus\nprié, au cas où M. Simrock devrait me faire des paiements, d'être\nasse% aimable pour me les transmettre de la façon la moins oné-\nreuse.\nF. est maintenant aussi, comme je Vapprends, un des sommets\nou un des piliers de Vantique ville de Francfort, dont nous le féli-\ncitons de [tout] cœur. — Vous apprendre\\ comment je suis devenu\npère et comment j'ai des soucis de père. — Mon pauvre neveu a\nune hernie, et il a été opéré récemment et même de façon très heu-\nreuse. — A part cela je n'ai rien d'intéressant à vous mander d'ici,\nsi ce n'est que notre gouvernement doit de plus en plus être gou-\nverné, et que nous ne croyons pas de beaucoup avoir encore vécu le\npire. —Je vous salue de tout mon cœur et souhaite que vous vous\nsouveniez volontiers de moi quelque jour.\nEn h\n(Adresse : a.A Mme d'Antonia Brentano née noble de Birkenstock à\nFrancfort ».)\n*\n* *\n\nA FRANZ BRENTANO, SÉNATEUR\nVienne, le 28 novembre 1820.\nMonsieur,\nVotre bonté me laisse espérer que vous veillere% à ne pas lais-\nser détourner ce coup sur Simrock, tandis qu'en ce moment mes\nvues sont tournées sur toute cette affaire. Il n'y a rien à faire\nmaintenant qu'à prendre ce qu'il offre le premier, c'est-à-dire 100\npistoles, ce que vous qui connaisse1 les affaires par la valeur de\n\n(1) Nikolaus Simrock, éditeur de musique, compatriote de Beethoven\n(1775-18.dont il publia les premières œuvres. La maison Simrock a\nété transférée à Berlin en 1870."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.17", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "largent pourrez gagner pour moi, je\nvoire loyale façon de penser là-des\nment difficile et embarrassée, on pourrait seulement écrire cela à\nun éditeur au moins, je n'en suis\nmerci, ma trop grande abnégation pour les autres et surtout pour\ndébile Cardinal (1) qui m'a plongé dans ce bourbier, et ne sait\nmême pas s'aider. Dès que la [sera]\nvous importunerai de nouveau par\nprie donc, ce qui est possible, de prêter un peu d'attention à mes\nintérêts contre l'éditeur juif (2), je voudrais être en situation de\npouvoir vous et les vôtres vous être utile en quelque chose.\nAvec sincère estime\nde votre Wohlgeboren\\lë\\ respectu\nBEETHOVEN.\n(Sur la troisième page, on lit :)\nPardonnez-moi mon griffonnage, dapparence mal soigné, c'est\nfait [écrit) à la hâte. Je me recommande à tous les vôtres.\n(Adresse : « An Seine Wohlgeborenheit Herrn Senator Franz Brentano\nin Frankfurt (am Main) (3). »)\n*\n* *\nVienne, le 12 novembre 1821.\nHonoré ami !\nNe me tenez Pas Pour un coquin, ou un génie insouciant.\nDepuis Vannée dernière déjà jusque maintenant j'étais toujours\nmalade, et l'été j'ai eu la jaunisse qui dura jusqu'à la fin août, sur\nl'ordre de Staudenheimer (4) je dus aller à Baden en septembre,\net comme dans ce pays il fit bientôt froid j'éprouvai une telle se-\ncousse que je ne pus supporter le traitement et dus m'enfuir ici de\nnouveau, maintenant cela va Dieu merci mieux et enfin il me sem-\nble pouvoir vivre de nouveau pour\nparler n'est pas le cas depuis 2 ans par manque de bonne santé aussi\nbien que pour tant d'autres souffrances humaines. —■ La Messe au-\nrait sans doute pu être envopée plus être\n\n(1) L'archiduc Rodolphe, cardinal d'Olmutz, élève de Beethoven.\n(2) Schlesinger, de Berlin.\n(3) Beethoven a ajouté de sa main, sur la même page que le cachet sans\nanagramme, son adresse : « Auf der Landstrasse, no 244, Haupt Stiege,\n2ter Stock. »\n(4) Staudenheim était le médecin de Beethoven."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "soigneusement revue, car les éditeurs n'en finissent pas avec mes ma-\nnuscrits —je le sais parexpérience,pour graver une\ntout doit être revu note pour note, je\nmon état maladif, d'autant plus [que], comme je devais terminer\nmalgré tout en vue de ma propre subsistance plusieurs gagne-\npain (1), {je dois, hélas, les nommer\nfaire encore la tentative si Simrock ne pouvait me compter les\nLouis-dors à un cours plus élevé,\nplusieurs demandes concernant la Messe\npourrais écrire maintenant, surtout\nje ne pense guère à rien plus q\nvous rembourserai au plus tôt et\net serviteur Beethoven.\n(Adresse : « A M. [le] Sénateur à (am\nMain). »)\n*\nv\"* * *\nVienne, le 20 décembre 1821.\nNoble homme !\nJ'attends encore une lettre sur ce qui concerne la Messe que je\nvous communiquerai aussitôt pour examen de toute cette affaire,\nen tout cas l'honoraire vous sera compté, alors vous voudre\\ bien\nvous rembourser aussitôt de ma dette, ma gratitude pour vous\nsera sans borne. Je fus indiscret en dédiant à votre nièce\nMaxe (2), sans lui en demander la permission, une œuvre de moi ;\nconsidère% cela comme un signe de mon très vif dévouement pour\nvous et votre famille. Ne donner p\nfication intéressée et ne la considère% pas comme une rétribution\ncela me froisserait, il y aurait encore bien d'autres nobles\nmotifs si Ton voulait se remettre à écrire et si Von cherchait\nsérieusement des occasions. La nouvelle année va commencer\nson cours, puisse-t-elle combler tous vos vœux et augmenter cha-\nque jour la joie qu'en bon père de famille vous trouve\\ en vos\nenfants, je vous embrasse de tout cœur et vous prie de me re-\ncommander à votre excellente et (3).\nCelui qui vous honore de la plu\nBEETHOVEN.\n\n(Ï) Brodarbeiten, dit Beethoven.\n(2) Maximilienne Brentano, fille et non nièce de Franz ; Beethoven lui\ndédia la sonate en mi majeur (op. 109).\n(3) Toni, Antonia Brentano, femme de Franz."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.20", "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2007, "texte": "Il m'est offert d'ici et de l'étranger 200 3en or (1) pour la\nMesse, mais je crois recevoir en outre 100 fi. C. M. peut-être (2),\nj'attends là-dessus de l'étranger\nquerai aussitôt, on pourrait alors présenter la chose à Simrock\nqui ne demandera pas que je perde tant, jusque-là veuille\\ bien\npatienter et ne croye\\ pas que vous\nenvers un indigne.\n(Adresse : « A Monsieur Franz BSénateur, (am\nMain). »)\n★\n¥ *\nVienne, le 19 mai 1822.\nMonsieur,\nVous penserez que sais-je, de\nje suis de nouveau depuis 4 mois toujours atteint d'une arthrite\nde poitrine et ne suis que peu en état de travailler. La Messe sera\ncertainement jusqu'à la fin du mois de juin prochain parvenue à\nFrancfort, le cardinal Rodolphe\nde mes œuvres ne savait pas que\nc'est seulement il y a 3 jours qu\nParties ; afin, comme disait Sa Grandeur, qu'elles ne fussent pas\ndétériorées par l'éditeur, il me priait de la lui dédier, je ne fais\nmaintenant que faire recopier encore une fois la traduction et je\nla revois entièrement. Tout cela n'avance que très Lentement à\ncause de ma mauvaise santé. Au plus tard à la fin du Mois\nprochain la Messe sera à Francfort. Simrock\nvous faire tenir les honoraires convenus, cela est le plus rapide,\nd'autant plus que tout m'arrive inopportunément, J'ai reçu de\nbien meilleures propositions de l'étranger, mais [je les] ai re-\npoussées comme j'ai donné ma p Simrock,\nperde, car je lui proposais plusieurs autres œuvres quand ma\nsanté le permettra, si cela peut de nouveau aller mieux, et l'on\npourrait s'entendre avec lui pour une édition de mes Œuvres com-\nplètes, comme l'hiver me tue presque toujours ici,\nexige que je quitte enfin Vienne dans quelque temps, votre ami-\ncale bonté si souvent mise par moi à l'épreuve me fait espérer que\nvous veillerez au mieux à mes intérêts dans toute cette affaire.\nAvec sincère estime votre ami\nBEETHOVEN.\n\n(1) C'est-à-dire 200 ducats, environ 2.500 fr.\n(2) G. M. signifie monnaie conventionnelle."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "Heîzendorf (i), le 2\" aug. 1823.\nMonsieur !\nDepuis longtemps déjà f aurais dû répondre à votre lettre\namicale ; mais des occupations démesurées et depuis près de deux\nmois et demi un mal d'yeux, qui n'est pas encore tout à fait\nguéri, m'ont empêché [de le faire], et si peu que faime à être\nimportun avec vous, il [me] faut cependant mettre encore une fois\nà contribution votre bonté déjà [s/] éprouvée par moi. Je voudrais\n[envoyer] à Londres un lourd paq\nposte jusqu'à Francfort et de là par eau ou [par] terre mais\npar eau ce serait trop long jusquen Holande (sic) et de là par\nmer jusqu'à Londres, cest trop lourd pour être expédié par un\ncourrier, j'entends [dire que] vous ave\\ un fils à Londres et je\ncrois pourra être des plus faciles par votre bonté et connaissance,\nje vous rembourserai avec plaisir\nlement de me répondre aussitôt que possible àce sujet, car il y a\ngrand hâte. Vous m'écrive\\ que la santé de votre petit est meil-\nleure, cela me réjouit profondément, j'espère que votre épouse se\ntrouve également bien, comme aussi tous vos enfants et frères et\nsœurs, car tous [ceux] de votre famille me sont toujours chers, je\nvoudrais être en état de pouvoir vous faire éprouver ma grati-\ntude de la façon la plus désirable.\nDe votre Hochwohlgeboren celu\nestime,\nBEETHOVEN.\n(Adresse : « An Seine Wohlgeboren H. Senator Franz Brentano in\nFrankfurt (am Main) ». Le cachet bleu de Beethoven se voit à côté de la\nsignature.)\n*\n* *\nLes deux billets qui suivent datent, le premier, du jour où le neveu de\nBeethoven, Cari, tenta de se suicider, d'août 1826, par conséquent; l'autre,\nde quelques semaines plus tard.\nHonoré M. A. Smettana (2)\nUn grand malheur est arrivé, ceci : Karl s'est accidentellement\nblessé, [so/îj salut est encore possible, surtout par vous, si seule-\nment vous paraisse\\ bientôt, Karl a une balle dans la tête, com-\nment, vous le verrez mais vite,\nVotre dévoué,\nBEETHOVEN.\n\n(1) Hetzendorf, faubourg devienne, incorporé à la ville depuis 1890.\n(2) Smetana était alors le médecin de Beethoven."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.22", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 727, "texte": "Pour aller plus vite, demandez-le che\\ sa mère, l'adresse est\nci-jointe.\n*\n* *\nEtes-vous aujourd'hui repentis du royaume de Vamour, fai\nécrit à vous et Breuning (1), sinon\nvotre bureau avec la lettre à Breun —fûtes-vous quel résul-\ntat (2) ? je ne puis rien dire de\nj'espère vous voir aujourd'hui ap\nun fiacre, toujouns, quand vous le faine, comme il m'est\npénible de devoin vous étne tellement à charge. Avec l'aide du Ciel,\nKarl n'a plus que 5 ou 4 jours à rester [à l'hôpital].\nEn toute hâte votre ami,\nJ.-G. PROD'HOMME.\n\n(1) Il s'agit du vieil ami de Beethoven, Stephen von Breuning, qui de-\nmeurait alors avec lui à Vienne, Schwarzspanierhaus.\n(2) En français dans le texte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.5.1", "titre_corps": "Les lettres qui suivent ont été imprimées récemment en", "titre_sommaire": "Les lettres qui suivent ont été imprimées récemment en", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.12", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "Les lettres qui suivent ont été imprimées récemment en Alle-\nmagne d'après les originaux, dans le\nBeethoven à Bonn et dans un supplément de la\ntung (1). Elles datent des quinze dernières années de la vie de\nBeethoven et leur publication n'est pas sans intérêt pour l'étude\nde la psychologie du grand maître de la musique allemande ;\nd'ailleurs, à eux seuls, les détails matériels qu'elles contiennent\nsuffiraient à justifier cette publication.\nC'est à Vienne que Beethoven connut les Brentano de Franc-\nfort-sur-Main ; il fréquentait la famille de Birkenstock, dont un\nmembre, Joseph Melchior, prœeept (mort en 1809),\nétait le beau-père de Franz Brentano. Lorsque, en 1810, la\nsœur de celui-ci, Elisabeth (2), célèbre, sous le nom de Bettina,\npar sa correspondance avec Goethe, vint à Vienne, elle ne tarda\npas à faire la connaissance de Beethoven et à se lier avec lui d'une\nvive amitié. C'était au mois de mai 1810 ; Bettina a raconté elle-\nmême, dans une lettre à Gœthe, sa première entrevue avec le\ncompositeur :\n« Lorsque j'entrai, sans être annoncée, il s'assit au piano, je\ndis mon nom, il fut très amical et demanda si je voulais en-\ntendre un lied qu'il venait de composer. Il chanta alors d'une\nvoix ferme et tranchante, dont la mélancolie se communiqua\naux assistants : Connais-tu le pays ? « N'est-ce pas, c'est beau?\n« dit-il avec conviction, admirable : je veux chanter encore une\n« fois. » Mon assentiment empressé lui plut... Il chanta un lied\nde toi, qu'il avait aussi composé le jour même : Ne sêehe\\ pas\nles pleurs de l'amour éternel. »\n\n(1) Fuhrer durch das Beethovenhaus à Bonn, Nachtrag 347 et suivants\nSuppléments de la Vossische Zeitung, 1908, noS 30-3ï, art. du Dr Kalischer.\n(2) Née à Francfort le 4 avril 1785 ; mariée en avril 18] ï ; veuve en jan-\nvier 1831 ; morte à Berlin le 20 janvier 1859."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.13", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "Jusqu'à la fin de sa vie, Beethoven entretint les meilleures\nrelations, tant avec sa jeune amie, devenue bientôt Mme von Arnin\n(en 1811), qu'avec Franz et Antonia (Toni) Brentano et leur\nfille Maximilienne, à laquelle il dédia une de ses dernières\nsonates.\nDe retour à Francfort, les Brentano reçurent de Beethoven,\nentre 1814 et 1823, un certain nombre de lettres, dont neuf\n(celles qui sont traduites ici) furent acquises en 1896 par le\nVerein Beethovenhaasde Bonn.\nLa première, d'après un journal tenu par Beethoven, de 1812\nà 1818, peut être datée de 1814. « Je dois 2300 fl. aux F. A. 8.,\nune fois 1100 et 60 [ducats] », lit-on dans ce manuscrit, à\nl'année 1814. Les lettres F. A. B. désignent sans doute Franz\net Antonia Brentano, plutôt que Franz seul (qui se prénommait\négalement Anton).\nLa seconde doit être datée de l'année suivante. Beethoven y\nlait allusion à la mauvaise situation financière de l'Autriche,\nqui obligea ses protecteurs, les princes Ferdinand von Kinsky,\nFerdinand von Lobkowitz et l'archiduc Rodolphe, à réduire la\npension annuelle de 400 florins qu'ils lui avaient faite en 1808,\npour le détourner de partir pour la cour de Jérôme Bonaparte,\nroi de Westphalie, et le retenir à Vienne. L'un des deux frères\nde Beethoven, Cari, auquel cette lettre fait aussi allusion, était\ncaissier de la Banque royale et impériale ; il souffrait d'une\nmaladie incurable qui nécessita son internement, et mourut le\n1 5 novembre 1815.\nLes dernières lettres se rapportent presque exclusivement à la\nGrand' Messe (Missa solemnis,op. 123), « l'œuvre le plus ac-\ncompli de ma vie », disait Beethoven lui-même ; elle fut exécutée\npour la première fois, en même temps que la\navec chœurs, le 9 mai 1824 ; le compositeur lui chercha un\néditeur; mais ce ne fut ni Simrock, à qui il la promit presque,\nni Artaria de Vienne, ni Schlesinger, « l'éditeur juif », de Ber-\nlin, ni Peters, de Leipzig, auxquels il la proposa successivement,\nqui la publièrent. Elle parut en 1823, chez Schott, de Mayence.\nIl y est aussi souvent question d'argent ; c'est que la situation\ndu compositeur était toujours très embarrassée ; mais Beethoven\neut toujours chez les Brentano des amis sûrs, dont il pouvait\nuser en toute circonstance, et ces lettres en sont une preuve, en\nmême temps que le témoignage de l'amitié sincère, un peu\nnaïve, qu'il ne cessa de porter au sénateur de Francfort et à\nsa famille.\n★\n* *"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.5.2", "titre_corps": "A ANTONIA BRENTANO", "titre_sommaire": "A ANTONIA BRENTANO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "A ANTONIA BRENTANO\nMa chère amie, toutes les circonstances [dans lesquelles je me\ntrouve] qui d'ailleurs vont bientôt s'améliorer ne m'ont pas mis\nen situation d'accepter la lettre [a;q] et\nmave\\ envoyée —je l'ai reçue par [l'intermédiaire d'] un étran-\nger, à ce qu'il me semble, lequel ne m'a pas paru prendre la\nchose bien à cœur, car ne m ayant pas trouvé che\\ moi, une pre-\nmière fois, il revint 8 jours après, me fit remettre la lettre de\nchange sans même vouloir venir jusq\nsuite je me rendis che\\Pacher,\navant-hier aucun avis, ils ne connaissent même pas le tireur\ncomme vous dites —j'en ai conclu qu'il était nécessaire de vous\navertir immédiatement et j'attends vos décisions à ce sujet —je\nvous aurais bien renvoyé la lettre de change, seulement je ne com-\nprends rien à ces choses, comme vous save\\, et aurais pu par\nsuite commettre facilement une erreur—à la hâte, votre recon-\nnaissant Beethoven.\n(De l'adresse, il ne subsiste que le mot « Frankfurt am Main », et le ca-\nchet bleu de Beethoven, portant les lettres L. V. B.)\n[Mon] amie estimée !\nAyant appris que vous êtes en relation avec Geimuller (i ), je\nvous envoie l'attestation à ce propos les cochons méritent juste-\nment leur nom je suis bien fâché de ce que votre générosité àmon\négard vous fait supporter vraiment notre situation par ce la-\nmentable état des finances, est devenue de nouveau bien pénible\net on nen espère pas la fin voici un autre objet dont je dois\nvous entretenir. C'est à propos d'u\npipe : parmi les individus [dont\nsouffrent, se trouve mon frère, qui à cause de sa mauvaise santé\na dû se faire pensionner, la situ\ndure, je fais tout ce qui m'est p\npas. Il possède une tête de pipe,\nà Frankfurt, il est difficile de lui\nde son état de santé, et c'est pourquoi\nprier, de lui permettre, de vous envoyer cette tête de pipe, il vient\nvous tant de personnes que v\nvous en défaire mon frère [comp\n10 Louis-d'or je men rapporte\n\n(1) Geymùller était un banquier de la capitale autrichienne chez lequel\nBeethoven rencontra le poète Grillparzer. Les mots soulignés ici sont,\nsoit soulignés, soit écrits en caractères latins par Beethoven."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.15", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 579, "texte": "grands besoins, il lui faut entretenir cheval e\nvoir vivre (car il tient beaucoup àla vie) autant que je perdrais\nvolontiers la mienne !!(1)\nAdieu, bien honorée amie, je salue Fran\\ de [tout mon] cœur,\n[je] lui souhaite une vie idéale, gai\nvotre vraiment dévoué et ami Beethoven.\n(Adresse : « A M'»® Antonio, von Brentano, née noble de Birkenstock à\nFrankfurt am Main, à délivrer dans la Gallengasse im Schillingsten Hause,\n2 ter Stock ».) Le timbre bleu, avec les lettres L. V. 8., se voit sous la si-\ngnature de Beethoven.\n*\n* ¥•"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.5.3", "titre_corps": "A FRANZ BRENTANO", "titre_sommaire": "A FRANZ BRENTANO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.15", "debut_caractere": 581, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "A FRANZ BRENTANO\nVienne, le 4 mars 1816.\nMonsieur Franz Brentano,\nHochwohlgeboren.\nJe vous recommande mon excel\nvins de l'Europe M. Neberich, même dans l'arrangement esthé-\ntique de la succession des différents vins, cest un maître et il mé-\nrite tout éloge, je ne doute pas qu'il n'obtienne les plus grands\nhonneurs au Haut Conseil de Francfort, le rang de prêtre lui\nappartient dans tous les sacrifices offerts à Bachus (sic), et il est\nimpossible à quiconque de pousser Evoe Evoe.\nsouhaite qu'à l'occasion vous vous souveniez volontiers de votre\nami L. Beethoven.\n(Adresse : « Au bien-né A. Franz Brentano, Frankfurt (am Main) ». Sous\nla place dupain à cacheter on lit : «N. B. La Miszalion (2) était introuvable\naujourd'hui. » Le timbre bleu de Beethoven précède la signature et se re-\ntrouve également sur l'adresse.)\n(î) Le DrKalischer rapproche de cette phrase le paragraphe b du testament\nde Garl van Beethoven, écrit par celui-ci la veille de sa mort : « Je ferai\nremarquer que la voiture en question, le cheval, la chevre, les paons et les\nplantes en pots dans le jardin, sont la propriété de ma femme, et provien-\nnent de l'héritage de son grand-père. » C'est ce qui explique que Garl eût,\nmalgré sa mauvaise fortune, cheval et voiture.\n(2) Ce mot à tournure italienne signifie soit un missel (.Misscile en aile-\nmand), soit le caractère d'imprimerie appelé grobe Missal (caractère_de\n64 points)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c012", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.5.4", "titre_corps": "A ANTONIA BRENTANO", "titre_sommaire": "A ANTONIA BRENTANO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1281, "texte": "A ANTONIA BRENTANO\nVienne, le 29 septembre 1816.\nMon honorée amie !\nJe vous recommande le fils de M. Simrock(i) de Bonn dont\nf ai fait la connaissance ici, il peut et doit vous raconter diffé-\nrentes choses sur ma situation actuelle, c'est-à-dire en partie aussi\nsur VAutriche votre patrie. — J'apprends que vous êtes en bonne\nsanté, que F.[ran%], que je salue Séna-\nteur et rajeunit toujours de plus\nprié, au cas où M. Simrock devrait me faire des paiements, d'être\nasse% aimable pour me les transmettre de la façon la moins oné-\nreuse.\nF. est maintenant aussi, comme je Vapprends, un des sommets\nou un des piliers de Vantique ville de Francfort, dont nous le féli-\ncitons de [tout] cœur. — Vous apprendre\\ comment je suis devenu\npère et comment j'ai des soucis de père. — Mon pauvre neveu a\nune hernie, et il a été opéré récemment et même de façon très heu-\nreuse. — A part cela je n'ai rien d'intéressant à vous mander d'ici,\nsi ce n'est que notre gouvernement doit de plus en plus être gou-\nverné, et que nous ne croyons pas de beaucoup avoir encore vécu le\npire. —Je vous salue de tout mon cœur et souhaite que vous vous\nsouveniez volontiers de moi quelque jour.\nEn h\n(Adresse : a.A Mme d'Antonia Brentano née noble de Birkenstock à\nFrancfort ».)\n*\n* *"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.5.5", "titre_corps": "A FRANZ BRENTANO, SÉNATEUR", "titre_sommaire": "A FRANZ BRENTANO, SÉNATEUR", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.16", "debut_caractere": 1283, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "A FRANZ BRENTANO, SÉNATEUR\nVienne, le 28 novembre 1820.\nMonsieur,\nVotre bonté me laisse espérer que vous veillere% à ne pas lais-\nser détourner ce coup sur Simrock, tandis qu'en ce moment mes\nvues sont tournées sur toute cette affaire. Il n'y a rien à faire\nmaintenant qu'à prendre ce qu'il offre le premier, c'est-à-dire 100\npistoles, ce que vous qui connaisse1 les affaires par la valeur de\n\n(1) Nikolaus Simrock, éditeur de musique, compatriote de Beethoven\n(1775-18.dont il publia les premières œuvres. La maison Simrock a\nété transférée à Berlin en 1870."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.17", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "largent pourrez gagner pour moi, je\nvoire loyale façon de penser là-des\nment difficile et embarrassée, on pourrait seulement écrire cela à\nun éditeur au moins, je n'en suis\nmerci, ma trop grande abnégation pour les autres et surtout pour\ndébile Cardinal (1) qui m'a plongé dans ce bourbier, et ne sait\nmême pas s'aider. Dès que la [sera]\nvous importunerai de nouveau par\nprie donc, ce qui est possible, de prêter un peu d'attention à mes\nintérêts contre l'éditeur juif (2), je voudrais être en situation de\npouvoir vous et les vôtres vous être utile en quelque chose.\nAvec sincère estime\nde votre Wohlgeboren\\lë\\ respectu\nBEETHOVEN.\n(Sur la troisième page, on lit :)\nPardonnez-moi mon griffonnage, dapparence mal soigné, c'est\nfait [écrit) à la hâte. Je me recommande à tous les vôtres.\n(Adresse : « An Seine Wohlgeborenheit Herrn Senator Franz Brentano\nin Frankfurt (am Main) (3). »)\n*\n* *\nVienne, le 12 novembre 1821.\nHonoré ami !\nNe me tenez Pas Pour un coquin, ou un génie insouciant.\nDepuis Vannée dernière déjà jusque maintenant j'étais toujours\nmalade, et l'été j'ai eu la jaunisse qui dura jusqu'à la fin août, sur\nl'ordre de Staudenheimer (4) je dus aller à Baden en septembre,\net comme dans ce pays il fit bientôt froid j'éprouvai une telle se-\ncousse que je ne pus supporter le traitement et dus m'enfuir ici de\nnouveau, maintenant cela va Dieu merci mieux et enfin il me sem-\nble pouvoir vivre de nouveau pour\nparler n'est pas le cas depuis 2 ans par manque de bonne santé aussi\nbien que pour tant d'autres souffrances humaines. —■ La Messe au-\nrait sans doute pu être envopée plus être\n\n(1) L'archiduc Rodolphe, cardinal d'Olmutz, élève de Beethoven.\n(2) Schlesinger, de Berlin.\n(3) Beethoven a ajouté de sa main, sur la même page que le cachet sans\nanagramme, son adresse : « Auf der Landstrasse, no 244, Haupt Stiege,\n2ter Stock. »\n(4) Staudenheim était le médecin de Beethoven."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "soigneusement revue, car les éditeurs n'en finissent pas avec mes ma-\nnuscrits —je le sais parexpérience,pour graver une\ntout doit être revu note pour note, je\nmon état maladif, d'autant plus [que], comme je devais terminer\nmalgré tout en vue de ma propre subsistance plusieurs gagne-\npain (1), {je dois, hélas, les nommer\nfaire encore la tentative si Simrock ne pouvait me compter les\nLouis-dors à un cours plus élevé,\nplusieurs demandes concernant la Messe\npourrais écrire maintenant, surtout\nje ne pense guère à rien plus q\nvous rembourserai au plus tôt et\net serviteur Beethoven.\n(Adresse : « A M. [le] Sénateur à (am\nMain). »)\n*\nv\"* * *\nVienne, le 20 décembre 1821.\nNoble homme !\nJ'attends encore une lettre sur ce qui concerne la Messe que je\nvous communiquerai aussitôt pour examen de toute cette affaire,\nen tout cas l'honoraire vous sera compté, alors vous voudre\\ bien\nvous rembourser aussitôt de ma dette, ma gratitude pour vous\nsera sans borne. Je fus indiscret en dédiant à votre nièce\nMaxe (2), sans lui en demander la permission, une œuvre de moi ;\nconsidère% cela comme un signe de mon très vif dévouement pour\nvous et votre famille. Ne donner p\nfication intéressée et ne la considère% pas comme une rétribution\ncela me froisserait, il y aurait encore bien d'autres nobles\nmotifs si Ton voulait se remettre à écrire et si Von cherchait\nsérieusement des occasions. La nouvelle année va commencer\nson cours, puisse-t-elle combler tous vos vœux et augmenter cha-\nque jour la joie qu'en bon père de famille vous trouve\\ en vos\nenfants, je vous embrasse de tout cœur et vous prie de me re-\ncommander à votre excellente et (3).\nCelui qui vous honore de la plu\nBEETHOVEN.\n\n(Ï) Brodarbeiten, dit Beethoven.\n(2) Maximilienne Brentano, fille et non nièce de Franz ; Beethoven lui\ndédia la sonate en mi majeur (op. 109).\n(3) Toni, Antonia Brentano, femme de Franz."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.20", "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2007, "texte": "Il m'est offert d'ici et de l'étranger 200 3en or (1) pour la\nMesse, mais je crois recevoir en outre 100 fi. C. M. peut-être (2),\nj'attends là-dessus de l'étranger\nquerai aussitôt, on pourrait alors présenter la chose à Simrock\nqui ne demandera pas que je perde tant, jusque-là veuille\\ bien\npatienter et ne croye\\ pas que vous\nenvers un indigne.\n(Adresse : « A Monsieur Franz BSénateur, (am\nMain). »)\n★\n¥ *\nVienne, le 19 mai 1822.\nMonsieur,\nVous penserez que sais-je, de\nje suis de nouveau depuis 4 mois toujours atteint d'une arthrite\nde poitrine et ne suis que peu en état de travailler. La Messe sera\ncertainement jusqu'à la fin du mois de juin prochain parvenue à\nFrancfort, le cardinal Rodolphe\nde mes œuvres ne savait pas que\nc'est seulement il y a 3 jours qu\nParties ; afin, comme disait Sa Grandeur, qu'elles ne fussent pas\ndétériorées par l'éditeur, il me priait de la lui dédier, je ne fais\nmaintenant que faire recopier encore une fois la traduction et je\nla revois entièrement. Tout cela n'avance que très Lentement à\ncause de ma mauvaise santé. Au plus tard à la fin du Mois\nprochain la Messe sera à Francfort. Simrock\nvous faire tenir les honoraires convenus, cela est le plus rapide,\nd'autant plus que tout m'arrive inopportunément, J'ai reçu de\nbien meilleures propositions de l'étranger, mais [je les] ai re-\npoussées comme j'ai donné ma p Simrock,\nperde, car je lui proposais plusieurs autres œuvres quand ma\nsanté le permettra, si cela peut de nouveau aller mieux, et l'on\npourrait s'entendre avec lui pour une édition de mes Œuvres com-\nplètes, comme l'hiver me tue presque toujours ici,\nexige que je quitte enfin Vienne dans quelque temps, votre ami-\ncale bonté si souvent mise par moi à l'épreuve me fait espérer que\nvous veillerez au mieux à mes intérêts dans toute cette affaire.\nAvec sincère estime votre ami\nBEETHOVEN.\n\n(1) C'est-à-dire 200 ducats, environ 2.500 fr.\n(2) G. M. signifie monnaie conventionnelle."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "Heîzendorf (i), le 2\" aug. 1823.\nMonsieur !\nDepuis longtemps déjà f aurais dû répondre à votre lettre\namicale ; mais des occupations démesurées et depuis près de deux\nmois et demi un mal d'yeux, qui n'est pas encore tout à fait\nguéri, m'ont empêché [de le faire], et si peu que faime à être\nimportun avec vous, il [me] faut cependant mettre encore une fois\nà contribution votre bonté déjà [s/] éprouvée par moi. Je voudrais\n[envoyer] à Londres un lourd paq\nposte jusqu'à Francfort et de là par eau ou [par] terre mais\npar eau ce serait trop long jusquen Holande (sic) et de là par\nmer jusqu'à Londres, cest trop lourd pour être expédié par un\ncourrier, j'entends [dire que] vous ave\\ un fils à Londres et je\ncrois pourra être des plus faciles par votre bonté et connaissance,\nje vous rembourserai avec plaisir\nlement de me répondre aussitôt que possible àce sujet, car il y a\ngrand hâte. Vous m'écrive\\ que la santé de votre petit est meil-\nleure, cela me réjouit profondément, j'espère que votre épouse se\ntrouve également bien, comme aussi tous vos enfants et frères et\nsœurs, car tous [ceux] de votre famille me sont toujours chers, je\nvoudrais être en état de pouvoir vous faire éprouver ma grati-\ntude de la façon la plus désirable.\nDe votre Hochwohlgeboren celu\nestime,\nBEETHOVEN.\n(Adresse : « An Seine Wohlgeboren H. Senator Franz Brentano in\nFrankfurt (am Main) ». Le cachet bleu de Beethoven se voit à côté de la\nsignature.)\n*\n* *\nLes deux billets qui suivent datent, le premier, du jour où le neveu de\nBeethoven, Cari, tenta de se suicider, d'août 1826, par conséquent; l'autre,\nde quelques semaines plus tard.\nHonoré M. A. Smettana (2)\nUn grand malheur est arrivé, ceci : Karl s'est accidentellement\nblessé, [so/îj salut est encore possible, surtout par vous, si seule-\nment vous paraisse\\ bientôt, Karl a une balle dans la tête, com-\nment, vous le verrez mais vite,\nVotre dévoué,\nBEETHOVEN.\n\n(1) Hetzendorf, faubourg devienne, incorporé à la ville depuis 1890.\n(2) Smetana était alors le médecin de Beethoven."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.22", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 727, "texte": "Pour aller plus vite, demandez-le che\\ sa mère, l'adresse est\nci-jointe.\n*\n* *\nEtes-vous aujourd'hui repentis du royaume de Vamour, fai\nécrit à vous et Breuning (1), sinon\nvotre bureau avec la lettre à Breun —fûtes-vous quel résul-\ntat (2) ? je ne puis rien dire de\nj'espère vous voir aujourd'hui ap\nun fiacre, toujouns, quand vous le faine, comme il m'est\npénible de devoin vous étne tellement à charge. Avec l'aide du Ciel,\nKarl n'a plus que 5 ou 4 jours à rester [à l'hôpital].\nEn toute hâte votre ami,\nJ.-G. PROD'HOMME.\n\n(1) Il s'agit du vieil ami de Beethoven, Stephen von Breuning, qui de-\nmeurait alors avec lui à Vienne, Schwarzspanierhaus.\n(2) En français dans le texte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.5.6", "titre_corps": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre", "titre_sommaire": "Croquis d'Album inédit de Ch. 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L'auteur de tant d'œuvres disparates a été jugé maintes\nfois, et je ne saurais ajouter aux gloses anciennes des aperçus\nnouveaux. C'est le singulier Lovelace qui était en lui que je\nyeux présenter sous un jour intime.\nOn a rapporté beaucoup d'aventures érotiques auxquelles fut\nmêlé le « dieu de la mélodie », dans sa prime jeunesse et dans\nson âge mûr ; mais on a mal dépeint, sans documents à l'appui,\nle bourgeois jouisseur et peu délicat dans son choix qui se ca-\nchait sous l'artiste, à l'époque de sa renommée, chez nous.\nRossini, gourmand mais non gourmet, fut grand amateur de\n« passades». Vivant tour à tour dans le monde des théâtres et\ndans celui des salons côté finance —, il affectionna tout par-\nticulièrement les conquêtes faciles. Ce goût des batailles gagnées\nd'avance et pour lesquelles il se montrait avare d'argent, lui\nvalut beaucoup de déconvenues, et je crois que les blessures\nqu'il rapporta de ses rencontres galantes furent la cause du\ndépart de sa femme, la belle Isabella Colbran, qu'il avait épou-\nsée à Naples, après l'avoir enlevée à Barbaja, le fameux direc-\nteur du San Carlo.\nEn 1828, l'année même où le obtint un si grand\nsuccès à l'Opéra et fut pour Adolphe Nourrit, l\\îme Damoreau\net Levasseur, l'occasion d'un triomphe sans précédent, le maes-\ntro, qui avait alors trente-six ans, dépensa ses loisirs en amou-\nrettes nombreuses.\nAla date du 3 mars, une proxénète lui écrivait : « Mme Frédé-\n« rie présente ces (sic) sivilités à M. Rossini et lui adresse une\n« jolie femme, il aura la bonté de la recevoir avec son amabi-\n« lité ordinaire, c'est-à-dire très bien, vous aurez l'extrême\n« complaisance de lui donner des billets de bal et de spectacle.\n« Tout à lui, F. »"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.24", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "Bientôt, une certaine Fanny de Bryans, sa protégée, et pour\ncause, lui faisait passer le billet suivant :\n« N'ayant pas eu l'honneur de vous voir samedi, comme\n« vous me l'aviez fait espérer, j'ai eu la crainte que vous\n« malade ; mais je viens d'apprendre, avec infiniment\n«de plaisir, que vous êtes bien portant : c'est pour cela,\n« monsieur, que je viens encore vous importuner en vous\n« priant d'être assez bon pour me donner les instructions néces-\n« saires pour entrer dans les cœurs (sic), afin d'être en mesure\n«le plus tôt possible. Si vous voulez, M. Alary viendra vous\n« parler à ce sujet demain matin, à dix heures. Mille pardons,\n« monsieur, de toute la peine que je vous donne, recevez avec\n« mes sincères remerciements et l'assurance de ma reconnais-\n« sance.\n« FANNY DE BRYANS,\n« 46, rue du Faubourg-Saint-Honoré. »\nComme Rossini faisait la sourde oreille, la même petite per-\nsonne le relança en ces termes :\n« Mme de Bryans se rappelle au souvenir de M. de Rossini\n« (ce que c'est que l'habitude de la particule !) et le prie d'être\n« assez aimable pour lui faire savoir l'heure et le jour où elle\n« pourrait le rencontrer chez lui, ou s'il voulait venir lui faire\n« une visite, elle serait très charmée de le recevoir chez elle\n« rue du Faubourg-Saint-Honoré, 46, au ier, dans cet espoir,\n« elle a l'honneur de le saluer.\n« FANNY.\n« Réponse je vous prie. »\nJe ne saurais affirmer que Rossini se rendit à cette invite, cai*\ndes occasions propices s'offraient à lui chaque jour, témoin\nces quelques lignes d'une chanteuse retour de voyage :\n« Nous arrivons a l'instant : tous mes compagnons de voyage\n«se sont déjà mis au lit. Venez vite, car je ne pourrai prendre\n« un moment de repos qu'après vous avoir embrassé. J'ai abso-\n« lument besoin de vous voir et de vous parler sans témoins.\n« Ne perdez pas de temps, je vous en supplie.\n« Adieu, toujours à toi. C. H. »\n« Rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 89. »\nD'après le graphisme des lettres que j'ai sous les yeux, il pa-\nraît bien certain que Rossini s'adressait surtout à des « petites"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.25", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "oies » très fières d'êtrejla maîtresse d'un jour du grand homme\net se contentant de quelques billets de théâtre. La lettre que\nvoici l'indique assez clairement :\n« Je vous envoyé cette lettre par M. Campioni dont je vous\n« ai parlé.\n« Je n'ai pas encore osé vous dire que je serais bien heureuse\n« d'entendre la Gazza jeudi prochain, j'ai peur que ce soit\n« indiscret.\n« Je vais à la campagne. Je tâcherai de me bien porter pour\nque vous m'aimiez.\n« Votre HORTENSE. »\nParfois, Rossini avait commerce avec des femmes moins\nfaciles et qui manifestaient leur mauvaise humeur quand elles\nse savaient délaissées. Il recevait alors des poulets dans le\ngenre de celui-ci, bien typique :\n« Carli est venu me dire que vous ne viendriez pas demain.\n« Peu importe après tout où vous allez. L'ennui et l'abandon\n« forment une telle partie de mon existence qu'il faut m'y sou-\n« mettre ; ainsi donc si jeudi vous n'avez rien de mieux à\n« faire je vous attendrai.\n« A vous.\n« On vous remettra du café que je vous prie de prendre avec\nvous.\n« Prenez aussi un second bonnet de coton pour changer. »\nImaginons-nous l'ancien amant des plus jolies et des plus\nnobles femmes de Venise, faisant l'amour en bonnet de\ncoton !\nPendant ce temps-là, Mme Rossini, qui était au mieux avec\nRobert, le directeur des Italiens, faisait une consommation\nprodigieuse de paires de gants, d'extrait de Portugal, de flacons\nd'huile d'amandes, d'eau de Cologne, de savons à la rose, de\ncold-cream, etc.\nLe 28 juillet 1828, elle payait chez Chardin, rue du Bac, 20,\nune facture de 78 francs.\nCinq mois plus tard, jour pour jour, elle était malade, et le\ndocteur Sellier, appelé auprès d'elle, laissait une ordonnance\nainsi libellée :\n« Je conseille à Madame de prendre tous les deux jours un\n« bain de siège émollient ; elle y restera une demi-heure, elle\n« se mettra ensuite au lit ; deux grands bains par semaine.\n« Soir et matin, tous les jours, Madame fera une injection\n« avec une décoction de racines de guimauve, de tête de pavot,\n« et de morelle."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.26", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2104, "texte": "« Si après quelque temps de remploi de ces moyens, la\n« dureté du col de la matrice persiste, Madame aura recours à\n« l'injection de cataplasmes émollients. (Nous indiquerons la\n« manière de les employer.)\n« Elle fera usage, pour boisson, d'eau de gomme légèrement\nsucrée.\n« Elle prendra un lavement émollient plusieurs fois par\nsemaine.\n« Elle suivra un régime de vie doux.\n« Elle sortira peu à pied ; elle se couchera de bonne heure\nautant que possible. »\nCette ordonnance, on en conviendra, permet bien des suppo-\nsitions, entre autres celle-ci que M. Rossini avait reçu un\ncoup de pied de Vénus.\nCe diable d'homme, si courageux dans la poursuite de ses\nconquêtes, montrait parfois une poltronnerie sans exemple. En\ni 832, lorsque le choléra éclata à Paris, il prit le train et se\nréfugia dans les Pyrénées. C'est là que, le 12 septembre, Robert\nlui écrivait :\n« Cher Maestro,\n«Le journal Galignanis Mess dit aujourd'hui que\n«la fondre est tombée le 2 S août\n« dans la chambre du Grand Ma\n« cheminée, et qu'après avoir boulev\n« ressortie, sans atteindre M. Rossini, qui dormait paisiblement\n« dans son lit. Aussitôt que cet é\nti gnéres est accouru pour le complimenter d'avoir échappé à ce\n« danger. »\n« Cependant nous n'avons pas beaucoup de confiance dans\n« cet avertissement que Dieu a voulu vous donner, puisque\n« votre dernière lettre du 27 n'en dit pas un mot. Cet avertis-\n« sement néanmoins doit vous prouver que lorsque le Ciel sera\n« las de vos déportemens, il saura bien vous trouver partout\n«où vous serez, et vous aurez beau vous sauver du choléra,\n« vous rencontrerez d'autres dangers dont vous ne pourrez pas\n« vous défendre.\n« Ce choléra du reste qui vous effraye tant n'est plus rien ;\n« voilà toute une semaine où il n'y a que deux ou trois décès\n« par jour dans les hôpitaux, car pour ce qui est des morts à\n« domicile, quand ces gueux de médecins ne savent plus que\n« faire à leurs malades et qu'ils meurent, ils disent que c'est le\n« choléra. Le choléra est devenu une maladie indigène comme\n« toutes les autres maladies. On en connaît maintenant le trai-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "« tement et certainement il n'y a pas de ville où l'on coure moins\n« de danger à présent que Paris. Lâchez donc votre (i)\n« et revenez à vos modestes amis. Si les Bulletins du Choléra\n« n'étaient pas un moyen d'occuper l'attention publique et la\n« distraire de la politique, nos ministres si fort ébranlés sur\n« leurs portefeuilles chancellans, auraient renoncé depuis\n« longtemps à ce petit moyen qui ruine le commerce, l'industrie\n« et surtout les entreprises théâtrales, en empêchant les étran-\n« gers de venir à Paris.\n« Le Véron (2) se met en insurrection ouverte avec le Ministre\n« Dargout au sujet d'une représentation qu'on va donner au\n« Vaudeville au bénéfice du journal Le Corsaire pour payer\n« l'amende à laquelle ce journal a été condamné et pour laquelle\n«on lui a demandé Nourrit et Mme Damoreau. Le ministre ne\n« veut pas que ces acteurs y paraissent, mais Véron a calculé\n« qu'il n'a plus rien à attendre du ministre actuel qui a assez\n« fait pour lui. En conséquence, comme il est persuadé que ce\n« ministère va crouler pour faire place au\n« se retourne de ce côté et lui fait sa cour. Il a même loué à\n« l'avance une loge pour lui, à cette représentation, pour être\n« bien avec le Corsaire.ll est tout à fait brouillé avec la com-\n« mission. Cependant les Bertin n'ont pas renoncé au fameux\n« opéra Notre-Dame de Paris(3), car j'ai été témoin derniè-\n« rement d'une conférence à ce sujet au foyer de 1 Opéra, entre\n« Armand Bertin, Victor Hugo et le peintre des décorations.\n« Il faudra, a dit Victor Hugo, défoncer le théâtre, afin que\n« les tours de l'église Notre-Dame soyent vues à vol d'oiseau,\n« enfin, ce sera superbe ; rien ne sera épargné pour la magni-\n« ficence des décors, etc.\n« A ton tour, Paillasse ! il la gobera l'ami torti-coli !\n« On dit que vous êtes amoureux comme un fou en ce mo-\n« ment et que c'est la raison qui vous retient à Bagnères.\n« Indépendamment de cela, il n'est bruit dans les coulisses de\n« l'Opéra que de vos excursions matinales dans les marchés ou\n« vous allez prendre le c... aux Béarnaises pendant qu'elles ont\n« les bras en l'air pour retenir leur panier sur la tête. Il\n« paraît que votre Mécène vous imite mais qu'il n'est pas si\n« heureux que vous, car on dit ici qu'il ne peut plus pisser.\n« Vous êtes deux fameux scélérats, va. Nous savons même que\n« les amateurs du pays vous en veulent beaucoup car vous les\n\n(1) Aguado sans nul doute.\n(2) Directeur de l'Opéra.\n(3) Cet ouvrage, musique de MU® Angélique Bertin, ne fut représenté à\nl'Opéra que le 14 novembre 1836."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.28", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "« traités si bien, leurs belles, qu'après vous il n'y aura plus\n« moyen de les approcher. Nous pensons bien que c'est du côté\n« de l'argent, car pour le reste, bernique ! il n'y a plus de\n« danger.\n« Je vous demande un peu ce que vous foutimassez là-bas\n« avec vos c... crottés de paysannes quand nous avons ici les\n« plus délicieuses choristes qu'on puisse voir, que nous avons\n« choisies exprès aux grands yeux, aux poils noirs, à l'as de\n« pique bien fourni, et cette ravissante Grisi cadette, belle\n« comme un ange qui vient d'arriver et qui soupire après vos...\n« conseils. Je ne vous parle pas de vos vieilles recrues qui vont\n« toujours soupiraillant pour vous et se lamentent de votre\n« absence.\n« Une jeune espagnole est venue vous demander ces jours-\n« ci; elle est belle comme un ange eta des sourcils longs comme\n« tout. Elle était avec sa mère et a de fortes recommandations\n« pour vous (i). »\nCe curieux document, dont j'ai respecté les ternies risqués,\net qui s'explique par l'intimité établie entre Rossini et son\npourvoyeur Robert, révèle les habitudes du fameux maestro,\ngrand amateur de choristes et de ballerines. Il complète admi-\nrablement la correspondance féminine inédite que j'ai glanée au\ncours de mes recherches et nous montre un Rossini peu connu\net nullement dans la posture d'un génie esclave de son art,\ncomme l'ont représenté ses thuriféraires français et italiens.\n\nMartial Teneo.\n\n(i) Archives de l'Opéra italien."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.7", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nAussi se sent-on passablement stupéfait, en lisant le début\nde l'alinéa suivant, dont la conclusion, toutefois, apparaît d'une\nindiscutable évidence : « Si donc, d'après ma démonstration,\nles sons inférieurs doivent exister objectivement dans l'onde\nsonore, on peut demander avec raison pourquoi ils ne peuvent\nêtre discernés isolément dans la représentation subséquente »\n(p. 10, § 9). Mais, assure aussitôt M. Riemann, « la réponse\nest d'une extrême simplicité ».\nEt en effet, à cette interrogation, nous avons trouvé une\nréponse très simple, et qui est que sons inférieurs\ntent pas et ne peuvent pas exister dans l'onde sonore. Toute-\nfois, M. Riemann, qui a l'illusion d'en avoir démontré « l'exis-\ntence objective », est obligé à une explication plus compliquée :\n« Tandis que les sons supérieurs (harmoniques), dit-il, appa-\nraissent toujours avec une intensité très irrégulière, de sorte\nque la force plus grande, soit des uns, soit des autres, déter-\nmine les timbres divers de nos instruments de musique ; tan-\ndis qu'il peut advenir, même, que l'intensité des premiers\nharmoniques surpasse celle du son fondamental ; tandis que les\ndifférentes places où les cordes sont frappées, les manières\ndifférentes d'insuffler ou d'introduire l'air dans les tuyaux, etc...,\nrenforcent ou suppriment tels ou tels harmoniques supérieurs,\nrien de semblable n'est possible pour les sons inférieurs. »\nEn attribuant la perception distincte et isolée des harmoni-\nques à leur intensité irrégulière,M. Riemann paraît oublier\nque les harmoniques furent découverts et perçus peu à peu\nd'après leur ordre régulier dans la résonance naturelle, ainsi\nque l'atteste l'évolution de notre musique, par l'exploitation\nsuccessive des intervalles correspondants.\nIls furent distingués isolément de la même manière et, par-\n\n(1) Suite. Voir les numéros 1, 3, et 11 du Mercure musical."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.30", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "fois notoirement,dans des résonances constituées par la série\nrégulière des harmoniques d'intensité régulièrement décrois-\nsante. En 1618, le jeune Descartes, âgé de 22 ans, avait en-\ntendu les harmoniques 2 et 3 ; 12 et\n14) (1). En 1700, le génial précurseur de Helmholtz, Sauveur,\ndans les vibrations des cordes, Rameau, un peu plus tard,\ndans la voix, avaient distingué les premiers harmoniques jus-\nqu'au son 6, et, tous deux, d'après l'oreille.\nLa diversité des timbres est un précieux moyen de contrôle,\nmais on a trouvé depuis de meilleurs auxiliaires : les résona-\nteurs. Grâce à eux, on peut percevoir dans toute\nmasse sonore, tout son harmonique ou résultant et, même,,\naccessoire, faux ou généralement dans la-\ndite masse vibratoire avec une intensité très faible, et corres-\npondant au son propre du résonateur employé. En se servant\nde résonateurs appropriés pour analyser les différents timbres,.\non obtiendra la série complète et des harmoniques\nsupérieurs humainement perceptibles. En faisant émettre les\nsons considérés par une clarinette, on constatera l'absence de\ntous les harmoniques pairs. Mais on retrouvera ces harmo-\nniques pairs,avec les impairs,en entendant les mêmes sons\nproduits par un harmonium, par un violon, etc.\nPourquoi ne pourrait-on pas soumettre « les sons inférieurs »\nà la même épreuve, si lesdits sons « existent objectivement dans\nl'onde sonore » ? En expérimentant sur les différents timbres,,\non devrait obtenir, pour la tierce |, par exemple, la série régu-\nlière des « sons inférieurs » de chacun des sons de l'intervalle.\n/\ntout au moins jusqu'au « son inférieur », lequel « est\nle dernier son résultant » et le plus grave de tous les sons possi-\nbles émanant de la combinaison observée. Les résonateurs\nisoleront facilement, pour le son 4, les « sons inférieurs et i »,\nqui sont respectivement les sons résultants 2 et 1 de l'inter-\nvalle ; mais jamais on ne pourra percevoir, même ainsi, le\n« son inférieur \\ » de ce son 4, faisant par rapport à celui-ci\ni,3333... vibrations. Pareillement, pour le son 5 de l'inter-\nvalle, on percevra aisément le « son inférieur | », qui est le\nson résultant 1 de la combinaison sonore ; mais les résona-\nteurs mêmes resteront impuissants à manifester à l'oreille les\n« sons inférieurs i, i et £ » de ce son 5, faisant respectivement\npar rapport à celui-ci 2,5, 1,666... et vibrations.\nNous avons vu pourquoi ces sons non perceptibles ne peuvent\npas exister dans la masse sonore en tant que résultant de\ndifférences entre les nombres possibles de vibrations. Mais les\n\n(1) Preyer,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "résonateurs trahissent même la présence éventuelle, dans les\ndifférents timbres,de sons accessoires fortuits, inharmoniques,\nfaux ; et si l'oreille, armée d'un instrument aussi délicat, ne\nparvient jamais à percevoir « les sons inférieurs » dont nous\navons constaté l'absence, il faut bien se décider à en conclure\nque « ces sons inférieurs » n'existent pas plus dans le phéno-\nmène objectif\\ qu'ils n'existent « réellement dans notre sensa-\ntion inconsciente ». L'épreuve des « timbres », suggérée par\nM. Riemann, nous accule ainsi à la même et identique conclu-\nsion que ses autres expériences.\nM. Riemann ne paraît pas avoir songé à tout cela, et, si le\ncommencement de sa « réponse », assurément, se révèle plutôt\nd'une extrême « simplicité », c'est à peine si on échappe à\nl'ahurissement quand on lit la suite: «... Ceux-ci (les sons\ninférieurs) sont constitués par Y addition des ondes sonores plus\npetites ou impulsions vibratoires plus rapides. Leur\ndéterminée par elles, et, conformément à leur amplitude, à\nmesure qu'ils s'éloignent du son prime fondamental aigu vers\nle grave, leur intensité est naturellement moindre, parce que,\nplus une onde sonore est longue, plus son amplitude doit être\ngrande pour produire un son d'intensité égale» (p. 11).\nLe texte original est obscur ; et, d'ailleurs, l'expression de la\npensée de M. Riemann est habituellement d'une telle et cons-\ntante ambiguïté, que la traduction en devient souvent scabreuse.\nOn est pourtant « frappé » d'abord par la relation établie\nentre l'intensité et la perception des « sons inférieurs ».\nM. Riemann croit que l'oreille ne perçoit pas les « sons infé-\nrieurs » à cause de leur faible intensité et constate que celle-ci\ndiminue « à mesure qu'ils s'éloignent vers le grave ». Il semble\ndonc évident, en tout cas, que, si un « son inférieur » d'une\ngravité donnée est perçu, les « sons inférieurs » plus aigus que\nce son grave et, par conséquent, d'intensité plus forte, devront\nêtre perçus aussi, et même plus facilement. Comment M. Rie-\nmann explique-t-il alors que, pour la tierce 112, tandis que le\n« son inférieur {» du son 4 est perçu par l'oreille, le « son\ninférieur », plus aigu, ne le soit jamais, quoique le « son infé-\nrieur | » encore plus aigu puisse être entendu ? Comment se\nfait-il que, pour l'intervalle 112, l'oreille perçoive les « sons infé-\nrieurs 3et § » du son 9, et soit incapable d'en percevoir les\n« sons inférieurs j, j. i,' et s- » de hauteur et d'intensité\nintermédiaires ? La réponse est évidemment « d'une extrême\nsimplicité » pour qui veut bien remarquer que les seuls sons\nsoi-disant « inférieurs » perçus sont des « sons résultants »,\nproduits par l'émission simultanée des deux sons d'un inter-\nvalle, et existant, « dans l'onde sonore qui vient frapper l'o-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.32", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "reille », comme partie intégrante et constitutive de la réso-\nnance naturelle supérieure ; tandis que les autres, n'existant\npas dans cette onde sonore, ne sont naturellement pas perçus.\nMais une autre assertion de M. Riemann est plus impor-\ntante, encore qu'on n'y puisse guère découvrir, au fond, qu'une\ninterprétation bizarre d une hypothèse erronée de Heîmholtz.\nM. Riemann prétend que « les sons inférieurs sont constitués\npar Yaddition (Summirung) des ondes plus petites ». C'est la\nthéorie des « sons résultants » de Helmholtz.\nAvant Helmholtz, on assimilait les « sons résultants » aux\n« battements ». Les « battements » sont des renforcements ou\naffaiblissements alternatifs de l'intensité sonore, provenant de\nla coïncidence intermittente des secousses aériennes dues à\nl'émission simultanée de deux sons de hauteur différente,\nc'est-à-dire de deux sons faisant des vibrations en nombre iné-\ngal pour un temps donné.\nOn appelle coups les maximad'intensité survenant périodi-\nquement. Tout intervalle produit donc des « battements » et,\nabsolument comme le nombre des vibrations des « sons résul-\ntants », le nombre des « battements », dans un temps donné,\nest égal à la différence entre les nombres de vibrations exécu-\ntées pendant le même temps par les deux sons considérés.\nHelmholtz distinguait les « sons résultants » des « batte-\nments » pour deux raisons principales :\ni° Les « battements » n'expliquaient que les sons résultants\ndifférentiels, et non les sons résultants additionnels.\nLes sons additionnels, ainsi désignés par Helmholtz, qui les\nremarqua le premier, correspondent, en effet, à la somme des\nnombres de vibrations des deux sons de l'intervalle observé.\nMais, contrôlant les recherches de Koenig, Preyer a montré\nque, dans les circonstances où ils se produisent, ces sons\nrésultants additionnels correspondaient toujours à des\ntiels. Pour la tierce majeure l, par exemple, le résultant\ntionnel fait 5 + 4 = 9 vibrations. Comme les sons\nne se produisent que lorsque les sons de l'intervalle sont\naccompagnés d'harmoniques, en considérant l'harmonique 2\n(octave) de la tierce 112, soit -\\f, on obtient:\nSons de l'intervalle : f ;\nSon résultant différentiel : 5 4=l;\nSons harmoniques 2 : ;\nSon résultant différentiel :10 l=9, c'est-à-dire le son 9\ndénommé par Helmholtz additionnel.\nL'hypothèse des sons addition n'étant soutenue par\naucune autre preuve empirique, la première raison de Helm-\nholtz tombe de soi-même."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "2° La nature des « battements » ne s'accorde pas avec la loi con-\nfirmée par toutes les autres expériences,et d'après laquelle l'oreille\nne perçoit, en tant que sons musicaux, que ceux qui correspon-\ndent à des vibrations pendulaires simples de la masse aérienne.\nOr, une expérience de Kœnig (Pogg. Ann., vol. 157, 1876,\np. 128), citée par Preyer, est venue depuis contredire cette\nloi, en démontrant que l'oreille perçoit très nettement un son\nproduit par des coups sonores successifs (ici 128 par seconde)\nséparés par des silences. (W. Preyer,\ngen, léna, 187 g. G. Fischer, édit., p. 28.)\nAucune des raisons de Helmholtz n'est donc demeurée vala-\nble pour établir une distinction essentielle entre les « batte-\nments » et les « sons résultants ». Dès que le nombre de bat-\ntements par seconde est suffisant, l'oreille les perçoit comme un\nson musical formé de vibrations, et les « battements » devien-\nnent le « son résultant ». Ce phénomène se trouve ainsi expli-\nqué de la façon la plus simple et la plus logique, par les coups\nsonores naturellement provoqués par la coïncidence intermit-\ntente des vibrations simultanées de deux sons quelconques,\némis, « harmoniques », ou « résultants ». C'est ce que Thomas\nYoung, puis Scheibler, l'approuvant en 1834, exprimaient par\ncette définition : « Tous les sons résultants sont des sons de per-\ncussion (Stosstœne). »\nEn 1875, M. Riemann ne pouvait pas connaître l'expérience\n-de Kœnig (1876), et on ne peut guère lui faire un reproche\nd'avoir accepté l'autorité de Helmholtz. Mais, si celui-ci fut\ninduit à différencier les effets de vibrations infiniment petites et\n-de vibrations très petites, et à faire intervenir les déplacements\ndes molécules vibrantes dans la production des sons résultants,\ndu moins, avant d'élaborer sa théorie mathématique, il avait\nentendu « isolément » lesdits sons résultants et, après avoir\nempiriquement constaté leur « existence objective », il cher-\nchait à expliquer leur présence et leur nature. M. Riemann,\nlui, quoiqu'il se flatte d'avoir « démontré que les sons infé-\nrieurs doivent exister objectivement dans l'onde sonore », dé-\nclare formellement « impossible de discerner isolément ces sons\ninférieurs », objectivement existants, « dans la représentation\nsubséquente » ; et, à ces sons non perceptibles, il\napplique tranquillement la théorie des percep-\ntibles de Helmholtz. Si, pourtant, nous admettons l'arbitraire\ndu procédé, il n'en reste pas moins que M. Riemann assimile\nla nature de ses « sons inférieurs » à celle des « sons résultants ».\nEt on est de plus en plus autorisé à se demander pourquoi des\nsons de même nature ne seraient pas également perceptibles,\ns'ils jouissent également d'une « existence objective »."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.34", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "M. Riemann nous avait promis une « réponse extrêmement\nsimple ». Nous avons vu ce que vaut son objection de « faible\nintensité », à l'épreuve des résonateurs. Mais M. Riemann,\nmaintenant, récuse cette épreuve : « Les résonateurs, pré-\ntend-il, ne peuvent être d'aucune utilité pour la perception isolée\ndes sons inférieurs ; car la colonne d'air du résonateur est\nmise en branle avant tout par les plus fortes vibrations par-\ntielles, et les sons inférieurs demeurent toujours cachés, en qua-\nlité de parties intégrantes et constitutives latentes. »\nVraiment, ici, on n'y comprend plus rien. Si les résonateurs\nn'obéissaient qu'aux « plus fortes vibrations partielles », alors,\nen adoptant la théorie de Helmholtz et de M. Riemann, les\nrésonateurs seraient impuissants à révéler les sons résultants\net, en particulier, les « additionnels » inexplicables, selon Helm-\nholtz, si on ne tient pas compte des déplacements des molé-\ncules vibrantes. Cependant, non seulement les résonateurs iso-\nlent tout son résultant, mais ils vibrent « par influence » sous\nl'action même de tout son inharmonique, faux, discordant et\ngénéralement quelconque, et isolent ainsi, avec une extrême\nsensibilité, tout son correspondant à leur son propre, pourvu\nqu'il « existe objectivement » dans la masse sonore en vibra-\ntion, fût-ce, dit Helmholtz, « dans le sifflement du vent, le\nbruit des roues, le murmure de l'eau ». Quelle que soit la forme,\nla constitution ou la nature des vibrations du « son inférieur »,\npourquoi un résonateur ne pourrait-il isoler celui-ci?\nEnfin, que veut dire M. Riemann en parlant de « parties inté-\ngrantes et constitutives latentes », après avoir, d'ailleurs, avancé\nplus haut (p. 9, § 6) que « les sons inférieurs se fondent\navec le son émis isolément ou, mieux, constituent ce son émis » ?\nSi, pour un temps donné, les prétendus « sons inférieurs » font\nrespectivement 2, 3, 4, 5, etc..., fois moins de vibrations que le\nson émis, c'est que la longueur d'onde, correspondant à une de\nleurs vibrations, est respectivement 2, 3, 4, 5... fois\ngrande que celle du son émis considéré. Pour un son émis, la\nde 850 vibrations simples, par exemple, la longueur d'onde\nsimple est de om. 40. Elle serait de om. 80 pour le « son\ninférieur | » ou la de 425 vibrations; de 1 m. 20, pour le\n« son inférieur \\» ou ré de 283,33... vibrations; de 1 m. 60,\npour le « son inférieur {» ou la de 212,5 vibrations; de 2 mètres,\npour le « son inférieur | » ou Fa de 170 vibrations ; etc. Ainsi,\nd'après M. Riemann, l'onde simple de om.4ode ce émis\nisolément, serait « constituée » {gebildet) d'ondes simples ayant\n0 m. 80, 1 m. 20, 1 m. 60, 2 mètres, etc., de longueur respec-\ntive.\nOn est assurément plus décontenancé devant un tel résultat,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.35", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "que pour n'importe lequel de ceux dont M. Riemann fut si\nsouvent « frappé » au hasard de ses expériences. On compren-\ndrait, à la grande rigueur, que, interprétant à sa façon l'hypo-\nthèse et la théorie de Helmholtz, M. Riemann eût admis la\nformation possible de systèmes d'ondes secondaires, correspon-\ndant à ses « sons inférieurs », dans le cas d'émission de deux\nsons simultanés ; encore que la non-perception des « sons\ninférieurs » ainsi produits restât enveloppée de mystère. Mais\nquand il nous présente, au cours de sa démonstration, son\némis isolément (ein\\elnangegeberi), accompagné des susdits\n« sons inférieurs », qui « se fondent (yerschmel\\en) avec lui et,\nmême, le constituent (ihn bilden) », on ne sait plus où on en est.\nOn évoque vaguement la kyrielle de syllogismes et d'hypothèses\nde sa Logique musicale,on contemple le pêle-mêle des fibres\nde la membrane basilaire, des nerfs correspondants et télégra-\nphistes, des vibrations « par influence » et des sons résultants,\nqu'il assaisonna et remua en invraisemblable salade, et on est\nà peine étonné de le voir conclure enfin : « Il est évident et\nfatal que nous nous trouvons ici en face d'une porte à tout\njamais fermée. »\nEn terminant par cet aveu d'impuissance une dissertation\ndestinée à prouver « l'existence objective des sons inférieurs\ndans l'onde sonore », M. Riemann, sans s'en douter, a jugé\nson ouvrage. Toutefois, il n'entend reconnaître, par là, que\nl'impossibilité de percevoir ces « sons inférieurs ». Il n'en de-\nmeure pas moins persuadé de leur « existence objective »et de\nleur importance en qualité de « contenu inconscient de la re-\nprésentation ». M. Riemann a la foi robuste, mais ses arguments\nne le sont guère. Leur exposé incohérent stupéfie et consterne.\nSes expériences démontrent surtout son inexpérience peu com-\nmune. Enfin, toujours sans s'en douter, M. Riemann a pourtant\ndémontré quelque chose, en perpétrant ce tissu de contradic-\ntions ou d'erreurs ; et il a établi précisément juste le contraire\nde ce qu'il voulait prouver.\nCertes, après la lecture de son factum, on serait fort embar-\nrassé de définir exactement, au sens de M. Riemann, la nature\nde la « résonance inférieure », ou de relever quelque indice de\nson «existence objective ». Mais on est amplement documenté\nsur le phénomène objectif où M. Riemann a cherché ses « sons\ninférieurs ». Avec les « vibrations par influence », on adû cons-\ntater les effets réciproques dérivés des rapports entre un son\nfondamental et 1 un quelconque de ses harmoniques supérieurs.\nAvec le « son inférieur » commun et tels autres éventuellement\nperceptibles, on a dû constater la réalité tangible des « sons\nrésultants » constituant l'ensemble de la « résonance » à la-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.36", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 745, "texte": "quelle appartient l'intervalle, et correspondant à la difféience\ndes vibrations simultanées des sons émis ou de leurs harmo-\nniques supérieurs. _ .\nM. Riemann a démontré ainsi « l'existence objective » et les\npropriétés de la « résonance naturelle supérieure » ; et, comme\nil n'y a pu découvrir et percevoir ce qu'on y avait trouvé et perçu\navant lui, rien qui n'en fût essentiellement « partie intégiante\net constitutive », il semble avoir en même temps démontré,\npar son analyse du phénomène sonore, « l'existence objective »\nde cette seule résonance supérieure », de la seule et\n« résonance naturelle ».\n« L'homme s'agite... ». Quel fallacieux démon « mena »\nM. Riemann ?\n(A suivr\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.8", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES THÉATRES\n(1).\nA propos de la reprise du Freischiït^, à l'Opéra, le 27 octobre IC)O5.\nPar ce temps d'actualité beethovénienne, on attend une reprise de\nîio... Voici le Freischiitf.\nOn sait que le Freischiïtf est un « chef-d'œuvre » ; et la peine nous est\népargnée de « découvrir »le Freischiïtj... Il est vrai que les jeunes le con-\nnaissent aussi mal que la musique de chambre du grand Beethoven ; et\nWeber précurseur ne leur est guère familier que par ses vibrantes ouver-\ntures dont la strette finale les contrarie, depuis dix-huit ans que\nse tait sur notre première scène lyrique !\nAussi bien, tout chef-d'œuvre qu'il est, n'a jamais réussi\nsur une scène française, « au grand Opéra de Paris », comme disait provin-\ncialement Richard Wagner. Le Freischiïtévidemment génial, n'a jamais\npu se maintenir au répertoire. C'est un fait. Pourquoi ? Parce que cet\nromantique est lui-même, à nos yeux parisiens, un provincial de génie,\nparce que ce poème candide est essentiellement et que ce carac-\ntère ethnique est à la fois sa gloire et son écueil. Un petit chasseur amou-\nreux y fait un pacte avec l'enfer ; et notre bonne volonté ne peut plus en\nfaire autant ! Le Chasseur noir ne nous fait plus frissonner, à trois pas du\ncafé de la Paix ; Samiel et la fonte lunaire des balles enchantées nous pa-\nraissent en arrière sur les progrès de la cruauté. Passe encore, au temps\ndu bon Castil-Blaze et de Robin des Bo à l'heure même de la véritable\npremière française du Freischiït^,le 7 juin 1841, où le romantisme de Ber-\nlioz collaborait discrètement avec le romantisme de Weber ! Depuis lors,\nce chef-d'œuvre allemand a reparu quelquefois, sans jamais parvenir à jouer\nd'autre rôle que celui d'une utilité, d'un grand lever de rideau qui permette\naux abonnés de ne rien manquer du ballet ! Voilà ce que c'est que d'être\nun chef-d'œuvre allemand ! Si Tannhà était plus court, on danserait\naprès Tannhauser...Quel dommage, vraiment, que ce Wagner n'ait point\nla concision de son aîné Weber! On danse encore moins après\nCe Wagner n'est qu'un empêcheur de danser en rond.\n\n(1) Notre collaborateur et ami Romain Rolland, qui devait se charger de cette\nrubrique, s'en trouve malheureusement empêché par son état de santé. Tous\nnos lecteurs partageront certainement nos regrets. M. Raymond Bouyer a bien\nvoulu nous envoyer ces quelques pages sur le Freischiitç ; et c'est pour nous une\ngrande joie que d'inaugurer dès aujourd'hui la collaboration, désormais assurée, de\nce délicat écrivain."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.38", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3805, "texte": "Bref, un sujet trop poétiquement local, une musique trop génialement\ndélicate, trop de naïveté, de part et d'autre, pour plaire à ceux qui dînent\ntard ! Malgré son génie fougueux et les exclamations de notre Berlioz, l'Al-\nlemand Carl-Marie de Weber demeure parmi nous l'enfant sauvage,\nnomade, solitaire, hautain, prime-sautier, dont l'imagination devait être la\nproie du romantisme qui rôdait autour des cerveaux de poètes aux envi-\nrons de 1820 ; fantôme maladif de l'Allemagne du Nord et contemporain\ndu Faust de Goethe, qui ne comprenait rien aux audaces radieuses et vien-\nnoises de Beethoven et qui, réactionnaire, patriote et novateur, se liait\nd'enthousiasme avec Kœrner contre la France, au réveil nationaliste de\n1813 !\nEst-ce son engouement pour la lithographie découverte par Aloysius Se-\nnefelder? On évoque Weber dans une lithographie de Lemud, sous une\nombre de familiarité mystérieuse et de poésie panthéiste, auprès de « Peter\nSchmoll et de ses voisins »... loin de la capitale musicale des Mozart et des\nBeethoven. Tel nous apparaît, le 18 juin 1821, à Berlin, àla première du\nFreischiili \\protégé par le comte de Bruhl, le collaborateur de Frédérick\nKind, le fiancé de Caroline Brandt !\nNous sommes en 1905, et le Freischiitçsera bientôt centenaire. Il n'y\nparaît point, musicalement. Robuste et jeune comme au premier soir appa-\nraît la musique vivante de ce livret candide.\nMais quelle impression nous donne en 1905, dans ce cadre\nimmense de l'Opéra parisien? L'impression d'un tableau hollandais, fût-\nil de Rembrandt, dans un cadre susceptible de contenir les vénitiennes\nNoces de Cana : « C'est du grand opéra de petite ville, produit essentiel-\nlement germanique », a dit Saint-Saëns, compositeur essentiellement latin,\nlors de la reprise de 1876 ;et le Freischûtf est mieux dans son atmosphère\nà Darmstadt...\nL'interprétation française n'est point faite pour acclimater ce germanisme\nun peu farouche et pour diminuer les distances : à part l'entraînante\nouverture que Taffanel a conduite, au soir de la répétition générale du\nmoins, en invoquant le souvenir de ses meilleurs après-midi du Conserva-\ntoire, l'orchestre altère et ternit cette palette musicale, il retient les mou-\nvements, ralentit les allégros, avec une majesté dans la grisaille qui sied au\n« tableau » trop long du Jugement de Paris ; les chanteurs n'ont, dans la\nvoix ni dans le jeu, l'intimité nuancée qui convient à l'intime profondeur,\ntout allemande il est vrai, de l'opéra rom : ils pontifient, tous et tou-\ntes... Delmas est excellent, Rousselière est médiocre, Mi'e Grandjean, qui\nfut une Brunehilde exécrable et la plus surfaite des Isolde, a retrouvé, dans\nla touchante Agathe, le charme bourgeois qui la rendait vraiment souve-\nraine dans la Magdeleine des Maîtres Chanteurs ; blonde et mauve, elle\nest, comme sa partenaire, M\"e Hatto, rose et brune, en espiègle Annette,\npleine de belle volonté, mais encore trop imposante dans ses élans comme\ndans ses prières. Ce délicieux duo des jeunes filles, ce dialogue poétique\net chantant entre celle qui rêve et celle qui raille, et qui nous rappelle,\navec son incomparable accompagnement, la naïveté de nos vieux opéras\nfrançais, aussi « démodés » que le ne nous touchait-il pas\ndavantage au concert, il y a dix ans, aux samedis soirs d'Eugène d'Har-\ncourt, quand M'ie Eléonore Blanc le chantait avec Mme Lovano, - même\naux concours du Conservatoire, en i9°4> quand Mme Ennerie donnait pau-\nvrement la réplique àla sémillante Mlle Tasso? Sur la scène immense de\nParis, ce parfum d'intimité s'évapore...On n'entend pas l'accompagnement!\nPoésie mutine, comme le pas d'Annette, et familiarité poétique, comme\nla pensée d'Agathe, ce duo virginal est l'âme allemande du Freischût% :\nl'ouvrage et le morceau sont également dépaysés."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4010, "texte": "Mais ce génie peu parisien fut le plus moderne des précurseurs. Weber!\nLes frères ennemis, Berlioz et Wagner, se réconciliaient dans son culte ;\net la similitude des points de départ, comparée à la divergence des points\nd'arrivée, ne manifeste que plus singulièrement la disparité fondamentale\nde deux natures et de deux races. Sous ce rapport, aujourd'hui que tout\ns'est apaisé, même le wagnérisme, une audition du Freischiïtf est ins-\ntructive. Immortellement juvénile, l'opéra romantique de Weber est un de\nces rares ancêtres qui peuvent prendre des rides sans déchoir. Le Frei-\nschiit% de 1817-21 est un prodige. Il marque une étape dans l'expression de\nla vie par la musique, le plus vivant des arts ; or, marquer une date, ce\nn'est point dater. Raccourci dramatique de tous les thèmes de ce drame\nvillageois et mystérieux, lutte entre le ciel et l'enfer, l'ouverture (1820)\nserait en belle place dans une Histoire de la Musique enseignée par la\nsérie pittoresque des ouvertures magistrales de Gluck à Wagner.\nEt, au fur et à mesure de la jeune sympathie renouée passionnément\navec une vieille connaissance, n'est-il pas intéressant de saisir, dans le\nFreischiïtla double origine esthétique de Berlioz et de Wagner? Berlioz,\nqui manqua le passage à Paris de Weber attendu par la mort, lui doit ses\nchaudes extases de jeunesse et son coloris fantastique, nocturnes frissons\ndu chœur invisible, brise imperceptible du quatuor ou plainte obstinée des\nbois : le Nord germanique impressionna vivement le Midi gluckiste. Et\nWagner, direct héritier de Weber, dont le génie voisin fascina son enfance\nà Dresde, lui doit son allure initiale, sa démarche noble, sa largeur vive,\nson tour de phrase au gruppetto victorieux, le contour de ses lyriques\npériodes, sa forme châtiée, les grandes mélodies chevaleresques et chaleu-\nreusement déroulées, les germes de son style, enfin. Wagner a-t-il jamais\nrenié Weber et l'héritage du Freischiït% ? Il disait aimer le peuple allemand\nqui aime le Freischiïtqui croit toujours au merveilleux de la plus naïve\nlégende : « Ah ! l'aimable rêverie allemande! L'enthousiasme des bois, du\nsoir, des étoiles, de la cloche du village sonnant sept heures ! Heureux qui\nvous comprend, qui peut, avec vous, croire, sentir, rêver et s'exalter !» On\nn'est pas plus romantique— et moins Parisien... Voilà pourquoi Tannhâuser,\nen 1861, fut sifflé. Avec ses lentes prières et son fantastique, le Freischiïtf\ndevance Tannhâuser, comme Euryanthe, avec ses deux couples contrastés,\nprésage Lohengrin. Jusqu'à Lohengrin (i85o), toute la jeunesse inquiète de\nWagner est nourrie de Weber. Wagner jeune est le prolongement de\nWeber, mort avant quarante ans. Tout Wagner est dans Weber sauf\nWagner. Le n'annonce point Tristan.\nMais voici, dès les soirs de 1820, le sujet essentiellement germani-\nque, légendaire, donc musical, à la fois intime et surnaturel comme le ro-\nmantisme en personne et comme le Nord de Rembrandt, portraitiste idéal\ndu docteur Faustus ! Voici l'ouverture, vague résumé du sujet précis, puis-\nque la suggestive musique est une pantomime sans acteurs; voici le leitmo-\ntiv, ce blason musical, qui s'attache volontairement et sourdement aux pas\ndu chasseur maudit; voici l'orchestre qui parle sous les voix, qui commente\nfiévreusement l'âme et l'image ; et toute la modernité qui frémit dans la\nchasse fantastique où pleure la cloche ! Le violoncelle, qui chante avec la\nprière d'Agathe, et les trombones majestueux, qui scandent la parole sainte\nde l'Ermite, inaugurent, dans un vaste finale, l'accent divin d'interces-\nsion qui magnifie Tannhâuser. Il n'est point jusqu'à cette verve mélodieuse\net dramatique d'italianisme et de rossinisme qui ne rattache la fougue\nwebérienne au wagnérisme naissant, l'opéra qui meurt au drame qui\nnaîtra sous les voûtes moyenâgeuses de la Wartburg ! C'est l'opéra ro-\nmantique', dans sa nouveauté naïve et sans duo d'amour, et qui ne rappelle\nni l'athénienne tragédie de Gluck, ni la comédie poudrée de Mozart, ni."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "le Fidelio, demain centenaire, de Beethoven, ce chef-d'œuvre isolé qui\nrecèle l'immense secret d'un génie captif..\nSi des génies comme l'Anglais Purcell, qui musiqua Dido and Alinéas\ndeux cents ans presque avant Berlioz, comme Mozart et Weber, comme\nChopin, si des talents même, comme Mendelssohn ou Bizet, avaient moins\nprématurément disparu, quel changement dans l'évolution d un art ! L'ave-\nnir sommeille en ces jeunes hommes trop aimés des dieux... Mais Weber\nse survit dans le romantisme de Berlioz et dans l'invention de Wagner ;\nBaudelaire invoquait son nom pour évoquer Delacroix. Et si, dorénavant,\nles défenseurs du Reve peuvent se réclamer de « l'intimité » du Freischut\nle largo de l'ouverture d'Euryanthe suffisait seul à faire pressentir le\n« frisson nouveau » de la musique debussyste, avant que le novateur de la\nMer apparût coloré, pittoresque, extérieur, descriptif et soudain bruyant,\ntel un nocturne mineur de Whistler qui deviendrait une aube diffuse de\nClaude Monet...\nLe génie germanique de Weber est l'aïeul mort jeune de toute poésie\nmusicale. Et Fauteur élégant de la Miarka, si poétiquement présentée par\nM. Carré, ne saurait nous démentir. De même, tous les amoureux d'art\nseront d'accord avec nous pour admirer la chasse fantastique de l'Opéra,\nbien que son brouhaha couvre trop la discrète musique, et pour abominer\nla ridicule prostitution de l'intime Invitation à la Valse aux feux communs\nde la rampe ! Espérons que les génies morts, occupés à dialoguer, ne voient\npas la brillante reprise de leurs chefs-d'œuvre !\nRAYMOND BOUYER.\nOpéra-Comique : Miatkjr, drame lyrique en 4 actes, de Jean Richepinet Alexandre Georges.\nEn digne fille de Jean Richepin, Miarka est une Bohémienne, mais de\nces Bohémiens de France, dont les tribus errent en chantant sur nos routes\nnationales, précédées de leur chef qui caracole sur un beau cheval blanc:\nc'est là, n'est-il pas vrai? une rencontre familière à tous ceux, promeneurs,\ntouristes ou chauffeurs, qui ont parcouru nos provinces ; presque aussi fami-\nlière que celle du chemineau sentimental et prophétique dont l'histoire\nnous fut contée, naguère, à l'Odéon. Jean Richepin est un poète réaliste.\nDonc nous voyons naître, au prologue, la petite Miarka ; du moins nous\nvoyons la roulotte misérable où elle vient de naître (et qu'il convient d'ap-\npeler rnbidal)9 traînée, sur la place d'un village de Thiérache, par la vieille\ngrand'mère, la Vougne, et entourée d'une foule criarde de « vanniers » et\nde « laveuses » (ce sont là des professions chantantes, ainsi qu'il ressort de\nnombreux opéras comiques). C'est que la Vougne est une sorcière, comme\nla Taven de Mireille, mais plus horrifique. Seul un oiseleur, Gleude, qui\nest aussi un innocent (voir VArtésienne), la défend contre la multitude ameu-\ntée; il y a bien encore M. le maire qui s'intéresse aux Bohémiens, mais c'est\nd'un intérêt scientifique et philologique, partant fourbe et cruel : il veut\npénétrer le mystère de leurs origines, et pour cela ravir à la Vougne les\n« livres » où se gardent les chants de la race. Grâce à lui,, la vieille peut cé-\nlébrer le baptême de sa petite-fille, selon les rites des Romanis : ci, deux\nchansons qui terminent ce prologue : hymne àla rivière,et hymne au soleil:\nDans l'eau, qui court sans but,\nDans F eau qui fuit sans fin,\nSois trempée sans fin ni but."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.41", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "Comme elle, va toujours,\nSans te fixer à la terre,\nEn la rongeant, en la.\nComme elle, aie pour pays\nLes nuages d'où elle\nLes nuages où elle retou\nCe sont, on le voit, des vers libres, ici sans rime, ailleurs assonancés ;et\ncette forme, qui est, à peu de chose près, celle du texte convient\nfort bien à la musique, parce qu'elle est d'un rythme plus ferme et plus\nserré que la prose, sans avoir la monotonie du vers régulier.\nDix-huit ans se passent, entre le prologue et le premier acte. La Vougne\na blanchi, Miarka a grandi ; toutes deux sont restées en ce même village,\ncontrairement à tous les us de leur race. C'est que les tarots le veulent\nainsi : Miarka doit grandir à l'endroit où elle est née, et alors elle sera reine,\nreine des Bohémiens. Elle danse au son de la guzla, et elle apprend les\nchansons (chansons de l'Eau qui court, de la Parole et du Savoir) ; Gleude\nl'écoute et l'admire, et l'amour a délié la langue de l'innocent. A peine\néveillée à la vie, Miarka se laisse bercer par ses douces paroles, et n'a pas\nla force de croire au roi qui doit venir, et qu'elle n'a jamais vu. La Vougne\nalors exerce son pouvoir magique : l'opaque nuit d'hiver s'éclaircit peu à peu,\net l'on voit apparaître, très lointains d'abord, reflets incertains, puis tout\nproches et presque réels, les Bohémiens dansants et chantants, avec leur\nroi, coiffé de fourrure blanche, au milieu d'eux : on devine déjà ce que\nM. Carré a su faire d'un pareil tableau; c'est une pure merveille que ce\ncrescendo de lumière qui aboutit à une douce clarté de printemps, pour\ns'effacer ensuite et se dissoudre dans l'ombre [froide ; et les danses (danse\ndes Romanis, danse de l'ours, danse nuptiale) sont d'une grâce et d'une\ncouleur dont rien n'approche. Il faut aller à l'Opéra-Comique pour savoir\nce que peut le goût français dans l'art de la mise en scène : car ici c'est bien\nun art, et qui donne des impressions de pure et d'absolue beauté.\nL'espoir renaît au cœur enfantin de Miarka, puis s'éteint encore ;et\ncomme l'hiver l'a fort affaiblie, elle s'est laissé recueillir chez le M. le maire,\noù la Vougne l'a suivie. L'innocent l'y retrouve aussi, et cette fois, fou\nd'amour, il veut joindre l'action à la parole. Mais Miarka, soudain sauvage,\nle jette à terre, plus prompte que la Esmeralda de Notre-Dame de Paris,\net il s'en va, triste et brisé, pleurer dans la nuit. Miarka en reste attendrie;\nmais la Vougne survient : il faut partir ; le maire philologue n'a déjà que\ntrop rôdé autour des livres sacrés. Et comme Miarka hésite, gagnée malgré\nelle à la vie douce et paisible, la vieille met le feu à la maison, tel Lotario\ndans Mignon.Elles reprennent la vie errante, et nous les retrouvons\ntoutes deux sur une route de Champagne. C'est là que la Vougne va mou-\nrir, sous la pluie qui tombe du ciel vaste et froid, dans les bras de Miarka\net de Gleude qui les a rejointes, fidèle et désespéré. Et c'est la chanson\ndes Nuages, et la chanson de la Pluie, et enfin l'hymne des Morts, que\nvient interrompre la marche des Romanis. Car ce sont eux, tels qu'ils ont\nparu à l'évocation de la sorcière ; ils viennent, et vont accomplir les\ndestins. Gleude, héroïque, les appelle et leur montre la route où ils\ntrouveront leur reine, pour lui perdue à jamais. Et c'est un chant nuptial,\net puis un cantique d'amour du roi descendu de son cheval pour recueillir\nMiarka dans ses bras selon toutes les traditions de nos scènes musicales.\nEt la Vougne meurt heureuse : les tarots n'ont pas menti.\nCe drame a tout ce qu'il faut pour plaire à une grande partie du public"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "on y rencontre des situations dramatiques d'un effet d'autant plus sûr\nqu'il a été vérifié déjà à plusieurs reprises, et que le plaisir de la reconnais-\nsance tempère agréablement l'émotion dont on ne peut se défendre devant\ncette vieille grand'mère au dévouement farouche, cet innocent dont l'âme\ns'éveille, et cette enfant promise à de si hautes destinées.\nC'est l'œuvre d'un Touranien très sage et optimiste, romanesque de plein\nair, troubadour de nos routes nationales (et départementales aussi) ; il y a\nde jolis détails, une sauvagerie très inoffensive, une couleur fausse,\net, par-dessus tout, le charme reposant de la banalité. La musique n'est\npoint en désaccord avec le drame, en ce sens qu'elle non plus ne franchit\npas les bornes d'une originalité modérée. Mais elle a pour elle une grande\nqualité, qui la rend bien supérieure à son texte : elle est sincère et ne\ncherche pas à faire illusion sur elle-même. Le sentiment n'y est pas très\nprofond, ni la forme très neuve ; mais on n'y trouvera pas ces vaines\nrecherches, ces duretés, ces laideurs pénibles et inutiles qui dans plus\nd'une œuvre moderne trahissent la vaniteuse impuissance d'un stérile\naligneur de portées. Et même, pour ne parler que des musiciens, on ne\nsera choqué ici ni par cette triviale emphase, ni par cette sentimentalité\nfactice et fardée qui trop souvent encore s'étalent sur la scène de l'Opéra-\nComique : M. Alexandre Georges est également éloigné de Charpentier et\nde Massenet ; il a meilleur goût que l'un et l'autre, et n'est pas moins bien\ndoué. Sa mélodie abondante et facile ne manque pas d'élégance, et sait\nà l'occasion se colorer d'un exotisme assez délicat en sa discrétion même :\nles chansons bohémiennes sont toutes fort plaisantes et d'un rythme\nintéressant, et tout le long de la scène d'évocation la musique est char-\nmante et très congrument colorée ; la danse de l'ours surtout, coupée par\nles grognements de l'animal, a une grâce fort piquante. Et certes c'est là\nde la musique de ballet ; mais je la loue précisément pour cela : on ne\nsaurait battre des entrechats sur des amoncellements de thèmes symbo-\nliques ou d'impénétrables massifs orchestraux. Ce qui me plaît moins,\nje dois le dire, ce sont les pages où M. Alexandre Georges s'est efforcé\nd'être dramatique : il semble ici que ses forces l'aient trahi ; son domaine\nest bien plutôt le genre tempéré, où il peut remplacer avantageusement\nLéo Delibes, avec une inspiration bien plus fraîche et plus musicale. Rien\njusqu'à présent ne fait augurer qu'il atteigne jamais au sublime. Mais le\nsublime n'est pas indispensable, et il faut savoir gré aux musiciens qui, au\nlieu de s'épuiser en vains efforts à sa poursuite, savent nous faire passer une\nsoirée agréable, sans fatigue excessive ni pour nos oreilles ni pour notre\nattention. On l'a dit, et il faut le redire sans cesse : «la règle des règles,\nc'est de plaire ».\nAjoutons, pour être juste, que l'œuvre nouvelle a été admirablement\nservie par une interprétation de premier ordre. M. Jean Périer, l'immortel\nPelléas devenu ici un innocent oiseleur, a toujours cette voix émue et\ntendre qui ravit. Mme Héglon a joué le rôle de la Vougne avec une\npuissance et une netteté que l'on a pu bien mieux apprécier sur cette\nscène que sur celle de l'Opéra ; et Mme Marguerite Carré a su donner aux\nbelles lignes dont elle dispose une orientale et tentatrice langueur ; rien de\nplus gracieux que la scène où elle s'éveille au son de la guzla bohé-\nmienne et de la flûte de l'oiseleur et, tout appesantie de sommeil encore,\nesquisse une danse indécise. Qu'on ne croie pas à la moindre ironie si\nje dis qu'à ces moments-là on se sent fier d'être Français.\nLouis LALOY."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.43", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": "Le Jugement de Paris (i).\nDe nouveau la pomme, fruit symbolique et légendaire, vient jouer le rôle\nqui lui est familier sur les toiles, à la scène, dans l'orchestre même. Cette\nfois il s'agit du jugement de Paris, hérissé de mélodies, s'il faut en croire\nles programmes. Si le tableau de Baudry avait représenté Adam et Eve, il\naurait fallu deux thèmes. Mais ici trois déesses se sont dérangées, une pour\nune pomme, les autres pour des prunes. Chaque personnage a son motif,\net même l'amour en a un petit, sautillant. Si ce n'est pas dePamour, c'est tout\njuste un pépin. Mais où est donc le thème de la discorde ?Ah ! la voici\nqui éclate triomphalement dans la réunion des six thèmes superposés.\nLes moutons de Paris sont un peu négligés, n'ayant qu'un dessin musi-\ncal (?) collectif. Quel effet contrapontique on aurait pu tirer de la superposi-\ntion des moutons ! Mais à quoi bon penser aux choses qui auraient pu être ?\nA notre tour, décernons à cette œuvre la pomme, crue ou cuite?\nNÉZEU.\nTiJlir\n»\n\nA BATONS ROMPUS\n\nM. Julien Torchet étudie, dans le Guide musical, les facultés musicales\nde Zola, et conclut en disant qu'elles n'existaient pas. Rien de plus vrai.\nCette lacune n'empêchait pas Fauteur des Rougon-Màc quart de discuter sur\nla musique avec une prolixité que M. Bruneau documentait de son mieux.\nCe mieux était parfois l'ennemi du bien. Témoin le chapitre où Zola\ncélèbre avec exaltation l'instrumentation d'une page de Roméo et Juliette,\nvante la clarinette exquise, loue les délicieux traits de harpe.,, alors que\nBerlioz a employé un hautbois et des pizzicati de violoncelles.\n* *\nM. Carré, alsacien, a une très bonne presse chez Guillaume 11.\nLes journaux allemands, à de rares exceptions près, Pont approuvé de\nme demander 10 0.000 francs de dommages-intérêts pour me punir d'avoir\nosé imprimer que le directeur de POpéra-Comique ne ; joue pas toutes les\npièces qu'il reçoit. La Neue Zeitungfur Musik guillemette effrontément des\npropos de son invention qu'elle m'attribue, prétendant que j'aurais dit:\n« M. Carré ne joue que les auteurs qui le payent de leur poche. » Les Nou-\nvelles de Alunich précisent; d'après elles, en bon antisémite, j'aurais surtout\nreproché à mon adversaire de ne jouer que des compositeurs juifs !\nC'est étonnant comme les reporters sont inventifs, dans ce pays où les\nromanciers le sont si peu.\nvV\n•t* *»*\nCertaine association musicale sévit, le dimanche, annoncée par des pro-\ngrammes <( qui ne sont envoyés qu'aux personnes de la bonne société ».\nNéanmoins, j'en ai reçu un.\nIl promet le Dépit amoureux, qu'il étiquète « pièce très comique » ; il\ns'enorgueillit de pouvoir offrir à son public des chanteurs comme Mme Mel-\nlot-Joubert et M. Bataille, celle-là qualifiée <( extrêmement remarquable »,\ncelui-ci dépourvu de toute appréciation louangeuse, ce dont je le félicite.\n\n(i ) GEuvre couronnée au concours de l'Opéra et jouée en guise de prélude au\nFreis chùtz."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3530, "texte": "Ce n'est pas à Lons-le-Saulnier que se donne le concert dont les organi-\nsateurs lancent ces papiers inouïs, ce n'est pas à Carpentras, ni à Lander-\nneau. Il a lieu au Trocadéro, en pleine Loubettopolis !\n❖\n❖ £\na A propos d'Armide, il paraît que M. Gevaert, le vénérable directeur de\nnotre Conservatoire national, s'applique tout spécialement à inculquer au\ncorps de ballet de la Monnaie toutes les notions indispensables pour la\nbonne exécution des nombreuses fantaisies chorégraphiques comprises\ndans son œuvre. Voilà un compositeur qui est tellement soucieux de la\nparfaite exécution de son œuvre qu'il pourrait remplacer « au pied levé »\nc'est le cas de le dire, malgré son grand âge, n'importe lequel de ses\ninterprètes ! »\nAinsi s'exprime le Je dis tout, contrefaçon belge dirigée par M. Alphonse\nLemonnier, qui fit, un temps, de la critique dramatique au Matin, Com-\nment notre confrère a-t-il laissé s'enfuir cet extraordinaire fantaisiste ?\n* *\n« Dans toute l'interprétation du Futç, pendant la soirée tout\nentière, je ne crois pas qu'il y ait eu u mouvement juste ; s'il s'en est\npar hasard rencontré un, je lui fais amende honorable ; il m'a échappé...\nC'est là un phénomène tout à fait extraordinaire ; il ne me souvient pas\nd'avoir jamais rien entendu de pareil, d'avoir vu fausser le sens, l'expression,\nle caractère d'un chef-d'œuvre avec tant de suite et d'opiniâtreté, a avoir\nvu apporter dans l'erreur tant de persévérance, de zèle et d'industrie. »\nC'est en ces termes que M. Pierre Lalo apprécie les efforts et les résultats\nde M. Taffanel. Quand on songe à l'effroyable chiffre de dommages-intérêts\nque le chef d'orchestre ainsi bousculé va, sûrement, demander au critique\ndu Temps,on frémit !\n* *\nLes Signale se plaignent amèrement d'avoir lu, dans un de nos confrères\nfrançais, un article superficiel et biscornu (sic), signé Gaston Knop, sur\n« la Presse musicale allemande ». Dans le même numéro, M. de Stœckiin\nétudie la Vie musicale française de manière également oberflœchliche, sinon\nschiefe,en quelques pages, d'ailleurs intéressantes.\nLe rédacteur des Signale regarde comme le véritable père de la musique\nfrançaise moderne... Gounod, et lui consacre le plus dithyrambique éloge.\nM. Camille Saint-Saëns n'a pas à se plaindre non plus, traité de « véri-\ntable cousin de Beethoven » et de « jeune frère de Mozart »,ce qui remplira\nd'aise M. Emile Baumann, auteur d'un volume de 4.75 pages, en peut\ntexte, sur l'Œuvre de Camille Saint-Saëns.Parmi les jeunes musiciens sur\nlesquels le charme de Massenet a laissé sa délicieuse empreinte, M. _de\nStœckiin cite Bruneau. Voilà qui va bien. M. Gabriel Fauré a subi i in-\nfluence de César Franck « sur certains points » que je suis curieux de con-\nnaître ; il n'a jamais écrit pour le théâtre, jamais, les Signale en sont cer-\ntains. Pour M. Vincent d'indy, « Mozart n'existe pas, ni Schubert, ni Schu-\nmann » voilà qui surprendra la S Enfin, M. Claude\nDebussy est un franc-tireur, un modèle inimitable qu'on imite (il me sem-\nble lire M. Vallas), un prix de Rome dont Massenet se moqua jadis, un\nchercheur qui trouva, loin des chemins frayés de la musique, un sentier\nnouveau., aboutissant à un cul-de-sac. Et voilà. Je me hâte d'ajouter que,\ntout en ne partageant pas les opinions énoncées par M. de Stœckiin, je\ntiens les Signale de Leipzig pour une publication du plus haut intérêt,\nincapable d'insérer jamais un article de chantage ou d imbécillité comme\non en voit circuler trop souvent dans le monde musical irançais.\n\nWilly."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3595, "texte": "LES CONCERTS\n\nIl faut que je commence par un bien pénible aveu : je n'étais pas aux\nconcerts du 29 octobre. Je m'étais enfui jusqu'en ma lointaine campagne,\nemportant avec moi la Mer, comme un trésor volé peut-être (1), mais\ndevenu mien par droit d'amour. Touchée par les premiers froids, la forêt\nflambait de jaune et de roux, un air pénétrant courait sur la prairie inondée,\non discernait au loin l'insensible neige blanche sur les plateaux du haut\nJura, et partout, depuis les labours gras d'humidité jusqu'aux toits de\nchaume assombris, une sérénité triste annonçait l'hiver (je dédie cet alexan-\ndrin à mon comtois ami Gauthier-Villars). C'est là, dans cette nature\nrecueillie, repliée sur elle-même, presque mourante, que j'ai mieux compris\nencore le chef-d'œuvre de vie, de lumière et de force que Debussy vient\nde nous donner ; surtout j'ai mieux saisi la logique puissante et libre\nqui soulève et relie entre elles ces efflorescences mélodiques : logique\nd'un bel arbre aux branches dissemblables et pourtant harmonieuses,\nlogique directement opposée à toute scolastique, étant directement inspirée\nde la nature ; logique musicale, s'il en fut jamais, et qui ouvre à notre art,\nsi longtemps prisonnier en nos maisons, en nos salons et en nos salles de\nconcert, une vertigineuse échappée sur l'univers, son vrai modèle, son vrai\nroyaume. Je songeais à tout cela, et à plusieurs autres belles choses dont\nje parlerai bientôt (car l'œuvre de Claude Debussy, depuis Pelléas jusqu'aux\ntoutes nouvelles Images, est assez importante aujourd'hui pour mériter une\nétude d'ensemble) ; mais d'autres étaient plus sages, et je dois à un fort\nobligeant ami cette petite note sur le concert Chevillard, que je suis heu-\nreux de pouvoir offrir à mes lecteurs en diversion de mon indiscrète prose:\n« Dans l'ouverture de Phèdre, l'impitoyable rigueur métrique de M. Che-\nvillard a montré peu de complaisance aux langueurs et pâmoisons de\nM. Massenet. Jouée avec une précision extrême, la quatrième Symphonie\nde Schumann demanderait tantôt un peu plus de grâce, et tantôt un peu\nplus de vivacité qu'elle n'en eut cette fois. Le talent si noble de M. Lucien\nCapet a sauvé des sifflets un concerto de Brahms pour violon, dont la pre-\nmière partie dure éternellement. Un pot-pourri (pourquoi taire le mot\nquandonadmet la chose?) un pot-pourri des Maîtres Chanteurs terminait la\nséance, dont le principal intérêt résidait dans une œuvre nouvelle de\nM. Pierre Kunc et dans l'audition du Tasse de Liszt.\n« UEté pastoral (impressions languedociennes) de M. Kunc se compose\nde deux courts morceaux (Au Matin et Danse aux lanternes) clairs, écrits\navec aisance et une adresse qui ne va pas jusqu'à l'originalité. Le coloris\norchestral, sans être bien brillant, ne manque ni de finesse ni d'élégance. Il\na paru que M. Kunc était désigné pour écrire de charmants ballets et d'ex-\ncellentes pantomimes.\n« Quant au Tasse, c'est un des poèmes symphoniques de Liszt les plus\nfrappants et les plus significatifs. La noblesse des thèmes, la lucidité du\ndéveloppement, sa logique majestueuse aboutissant à une péroraison écla-\ntante, ont produit grand effet. Le menuet du milieu est une merveille de\ngrâce pompeuse et souriante. Sa combinaison avec le thème du triomphe\nmontre la maîtrise souveraine et discrète de Liszt dans l'art du contrepoint\nsymbolique. Bref, on doit remercier M. Chevillard d'avoir mis à son pro-\n\n(i) Voir ce que dit de moi, en savourant une Tasse de thé, le célèbre compositeur\nR.-N., avec qui je ne demande qu'à faire plus ample connaissance ; car c'est un\nhomme d'esprit."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "gramme et brillamment présenté cette œuvre de haut caractère, à laquelle\nil ne manque guère que d'avoir été orchestrée par Berlioz. JEAN CHAN~\nTAVOINE. »\nJ'ai entendu, en revanche, le concert du 5 novembre àla rue Blanche,\ndepuis la Symphonie inachevée de Schubert jusqu'à la Bourrée fantasque\nde Chabrier, orchestrée assez agréablement par Félix Mottl (mais cette\ntransformation était-elle bien nécessaire ?). Plusieurs œuvres nouvelles\nnous étaient offertes : d'abord, la Chevauchée de la Chimère de Gaston Car-\nraud : musique certainement fort distinguée, un peu trop sobre et trop\ncontenue à mon gré, on croirait presque timide ; des idées intéressantes»\nintelligentes surtout, l'inévitable rythme de galop joliment marqué à l'or-\nchestre; tout cela plus esquissé que dessiné, plus élégant que passionné, et?\nmalgré une très savoureuse orchestration, un peu décevant pour qui con~\nnaît le goût si large et si sûr et le solide talent de l'auteur. Le Cygne de\nTuonela, de Sibelius, est une œuvre de l'école finlandaise, très finlandaise\npar son sujet (Tuonela est l'empire de la mort, et c'est sur le Styx finnois que\nchante le cygne funèbre), et aussi par son caractère, qui est une mélanco-\nlie intense et très douce : mélancolie d'un pays de brumes et d'étangs en-\ndormis, habité par une race ancienne, désespérément attachée aux tradi-\ntions qu'on veut lui enlever. Cette musique me plaît fort par son émouvante\nsincérité ; et ce chant du cor anglais, enveloppé d'accords tristes, est cer-\ntainement une belle chose. Le coloris sombre de l'œuvre n'a pas nui à son\nsuccès, comme on pouvait le craindre après l'étourdissant Caprice espagnol\nde Rimsky-Korsakof. La musique russe doit à l'Espagne quelques-unes de\nses pages les plus savoureuses, entre autres le Convive de pierre de Dar-\ngomyjsky et plusieurs romances de Glinka. Cette affinité, qui peut paraître\nsingulière entre des races si éloignées, s'explique fort bien par une com-\nmune influence orientale et musulmane. Mais l'Espagne, telle qu'elle\napparaît aux Slaves, a plus d'emportement et surtout plus de nerfs que\ncelle des Espagnols, courtoise jusqu'en ses transports. Ces danses de\nRimsky-Korsakof sont parmi les choses les plus colorées, les plus vives, les\nplus violentes, qu'un musicien ait jamais osé écrire ; rien de brutal cepen-\ndant, et tout au contraire une sensibilité suraiguë qui raffine sur le délire\net quintessencie la fureur ; c'est un art de grand seigneur, las depuis long-\ntemps de tout ce qui dans la vie est modéré, mesuré, calculé, et qui n'at-\ntache de prix qu'aux couleurs éclatantes et aux sauvages ardeurs. C'est\njustement ce caractère que d'autres reprocheront à une telle musique ;\nj'avoue qu'elle m'enchante.\nM. Colonne a commencé, avec un succès énorme, son cycle-Beethoven.\nLes deux premières symphonies et des fragments d'Egmont ont ouvert la\nsérie le 5 novembre. Chaque concert comprend, en outre, une œuvre de\nl'école moderne. Ce jour-là, c'était le prélude de l'Enfant-Roi, analysé dans\nle Mercure musical du i 5 août par un critique auquel je reprocherais\naujourd'hui un peu trop d'indulgence.\n\nLouis Laloy.\n\nCOURRIER DE NICE\nNice et la musique italienne.\nQuelles que soient ses tendances, un compositeur aujourd'hui, pour arri-\nver à la notoriété, est obligé d écrire des œuvres dramatiques. Les écrire ne\nsuffit pas, il faut encore les faire jouer. De là une surabondance de drames"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3845, "texte": "lyriques qui attendent leur tour d'être montés, risquant de ne l'être\njamais, ou trop tard; de là également une préoccupation légitime chez les\nmusiciens français, qui n'ont guère d'autres débouchés pour leurs produc-\ntions que l'Opéra ou l'Opéra-Comique, de voir se créer de nouveaux cen-\ntres artistiques. La jeune école française, fière à bon droit de son incon-\ntestable supériorité, doit veiller jalousement à ce que les nouvelles scènes\npossibles ne soient pas accaparées par des écoles étrangères, dont les pro-\nduits inférieurs, mais de digestion facile, peuvent illusionner la foule igno-\nrante.\nLes essais de décentralisation ont été assez nombreux en France. Les\nprincipaux ont eu lieu le plus souvent dans les petites villes de saison\nfréquentées par une clientèle exclusivement riche, trop riche pour se\npréoccuper d'être intellectuelle, et dont les éléments ne constituent pas un\nvrai public. A Monte-Carlo, à Aix-les-Bains et ailleurs, c'est à de vérita-\nbles représentations privées que ce monde a le privilège acheté\nd'assister. Les œuvres créées sur ces diverses scènes ont dû recevoir peu\naprès leur consécration à Paris, ou n'ont eu qu'une gloire très éphé-\nmère. Une décentralisation sérieuse faite dans une grande ville, ou une\nville de facultés, possédant ou pouvant arriver à posséder un vrai public,\nserait plus désirable pour tout le monde que celle essayée dans des théâ-\ntres antiques ou des arènes, si intéressante soit-elle. C'est ce qui pourrait\net devrait se produire à Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, dans beaucoup\nd'autres villes encore, et enfin à Nice.\nA vrai dire, on songe bien à quelque chose de semblable dans la capitale\nde la Côte d'azur, où Ton se préoccupe surtout d'attirer le plus de monde\npossible. Malgré le voisinage gênant de Monte-Carlo, on a bien l'intention\nd'essayer de centraliser à Nice certaines manifestations artistiques, et en\npremier lieu la création d'oeuvres dramatiques. De prime abord on ne peut\nque s'en réjouir. Les principales célébrités du jour ont été consultées à ce\npropos et ont donné des avis divers. Des auteurs et des compositeurs con-\nnus ont été pressentis et ont promis quelques œuvres inédites, profitant\nainsi de l'excellente occasion qui s'offrait à eux de se débarrasser de leurs\nlaissés pour compte. M. Xavier Leroux, encouragé par le succès obtenu\nici par sa Reine Fiammette, fort bien montée et jouée l'année dernière, et\npour laquelle il a conduit lui-même avec amour l'orchestre à toutes les\nreprésentations, qui ont été relativement nombreuses, profite de la faveur\ndu public niçois pour caser son William Rattcliff dont nous aurons la\nprimeur au cours de la saison prochaine. Cette œuvre, dont M. Colonne fit\nentendre au Châtelet d'importants fragments en 1895, est une des pre-\nmières de Fauteur du Nil. D'une écriture ferme et de pensée vigoureuse,\nelle faisait présager d'autres partitions que celles des Perses ou de la\nReine Fiammette. A cause de cela je crois qu'elle plaira moins. Quoi qu'il\nen soit, pendant que l'on jouera ce William Rattcliff, nous n'aurons pas\ncelui de M. Mascagni (1); c'est toujours autant de gagné. Car l'école ita-\nlienne moderne est envahissante. Elle a déjà conquis les deux Amériques,\net si un mouvement musical réel se produit dans notre région, c'est elle\nencore qui certainement en profitera. Loin de combattre cette invasion,\nnos autorités, le public et la presse la favoriseront. Un fait tout récent va\ndémontrer le bien fondé de mes appréhensions.\nEll septembre dernier, le directeur de notre Opéra fut invité par la com-\n\n(i) Il existe aussi un William Rattcliff de César Gui, joué à Saint-Pétersbourg\nen 1869, cllie *e Monde musical a confondu avec celui de M. Leroux en le men-\ntionnant dans un de ses suppléments comme exécuté aux concerts Colonne en 1895\n.avec MM. Gibert etFournets."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "mission théâtrale de la municipalité à produire le programme de sa pro-\nchaine campagne théâtrale.\nll.proposa, comme nouveautés, la Tosca, Renaud d'Arles, William Ratt-\ncliff, Armide, et enfin le Crépuscule des Dieux, qui devait compléter les\nreprésentations de la tétralogie déjà données au cours des saisons précé-\ndentes (i). Ce programme, d'un éclectisme malheureusement nécessaire,\nétait, à tout prendre, acceptable. Une part raisonnable et suffisante y était\nfaite à l'école italienne moderne. Ces œuvres, ainsi que celles du réper-\ntoire courant, devaient être interprétées par des artistes de valeur: MM.Duc,\nImbart de la Tour, Ibos, Saleza, Van Dyck, Seveilhac; Mmcs Charlotte\nWyns, Landouzy, Mastio, Cesbron, etc., et, en représentation seulement,\nMmes Bréval, Heglon, Litvinne, Cavaiieri, Marié de l'lsle ; MM. Delmas,\nFugère, Renaud, etc. M. Saugey, le directeur de l'Opéra, offrait de pren-\ndre à sa charge la moitié du supplément des frais qu'exigerait la création\ndu Crépuscule des Dieux ou celle à!Armide, ce qui l'honore certainement\net prouve qu'en dehors des nécessités commerciales auxquelles il est con-\ntraint de se soumettre, il a aussi un certain amour-propre d'artiste. Cette\ncombinaison n'a pas été acceptée (crédits insuffisants ! absorbés sans doute\npar le carnaval). Seulement deux jours avant la réunion définitive de cette\ncommission omnipotente et peu éclairée, un journal local publiait une note\ntendancieuse faisant l'éloge de Siberia, l'opéra de Giordano, et demandait\nson adjonction au programme. Il en était décidé ainsi le surlendemain à la\nséance du conseil, de sorte qu'Armide et le Crépuscule des Dieux, remis à\nl'année prochaine - ou aux calendes grecques, seront remplacés par\nSiberia. Au Casino, en compensation, nous aurons la Manon Lescaut de\nPuccini et (horresco referens) une Sanga inédite de M. Isidore de Lara, cette\ndernière cependant si les fonds disponibles le permettent. Et voilà com-\nment les fonds en question, insuffisants pour monter l'oeuvre grandiose\nd'un Gluck ou d'un Wagner, ne le seront plus quand il s'agira des opéras\nitaliens. Et personne ne protestera, au contraire.\nQue la population indigène ait conservé des préférences pour l'opéra\nitalien, joué presque exclusivement et longtemps encore après l'annexion et\njusqu'au fameux incendie de 1881, la chose est assez naturelle. Mais que\nl'on veuille imposer ce répertoire inférieur aux nombreux étrangers, artistes\nou dilettanti, qui viennent se réchauffer au soleil et contempler une nature\nmerveilleuse, c'est aller à l'encontre des bonnes intentions que l'on peut\navoir de créer un centre d'art. Et, malgré tout le mauvais goût dont peut\nfairepreuve un monde qui s'intitule grand parce que riche, je ne puis admettre\nque sur iso ou 200.000 étrangers qui grossissent la population du littoral\nen hiver, et même aussi parmi les sédentaires, il n'y ait pas les mille indi-\nvidus nécessaires pour composer un public intelligent et même raffiné. Le\ncontraire serait par trop pénible à constater. On pourrait donc pour ce\nmillier de spectateurs organiser autre chose qu'une saison d'opéra italien.\nMais la critique musicale ne fera rien pour cela. Faite le plus souvent et le\nmal n'est malheureusement pas spécial à Nice par des chroniqueurs\nmaîtres-jacques, écrivains de valeur assurément, mais incompétents ou de\nparti pris, ayant en général aliéné leur indépendance, elle encouragera au\ncontraire les représentations des opéras transalpins.\nM. Sonzogno a dirigé autrefois l'Opéra de Nice. Il s'en souvient, et après\nSiberia il nous fera passer tout son stock exposé place du Châtelet cette\nannée. Nos chroniqueurs, et parmi eux M. Camille Mauclair, qui verra là\n\n(1) C'est à Nice qu'a été donnée- en 1902 la première représentation de YOr du\nRhin en France."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3698, "texte": "sans doute une manifestation de cette renaissance latine à laquelle il\nparaît croire sincèrement, considéreront comme musique méditerranéenne\nces productions d'une école qui s'obstine à refaire, sans y réussir d'ail»\nleurs, le dernier acte de Carmen, œuvre du Français Bizet prônée par l'Alle-\nmand Nietzsche. Ils argueront qu'à Nice, ville cosmopolite, il est naturel\nde jouer des auteurs étrangers, sans s'apercevoir qu'alors il serait logique\net équitable de monter également des œuvres de la si intéressante école\nrusse, des écoles tchèque, allemande, anglaise, espagnole, etc.\nEt si l'on tient vraiment à favoriser le grand Art, pourquoi encore et sur-\ntout ne pas créer une société de concerts où seraient données régulièrement\ndes séances de musique pure ? Si M. F. Leborne, en 1903, au Casino, et\nd'autres avant ou après lui n'ont obtenu que des demi-succès dans de sem-\nblables tentatives, c'est qu'elles ont été faites sans association, sans organi-\nsation, sans conviction ni enthousiasme dans un établissement très agréa-\nble où l'on joue, où l'on flirte, où l'on se pavane, mais où on ne se recueille\npas pour écouter religieusement de la musique. Il faut édifier des temples\npour réunir des fidèles et prêcher pour les retenir. La presse n'a jamais\nencouragé les musiciens. Prolixe pour les virtuoses précoces, les phéno-\nmènes, les Kubelik ou les Leoncavallo, elle passe dédaigneusement sous\nsilence les séances données par MM. G. Fauré, Diemer, Pugno, par les\nChanteurs de Saint-Gervais, etc. : réclame peu productive ou abondance\ndes matières (5 colonnes consacrées au foot-bali et au lawn-tennis).\nJe conclus. M. Laloy signalait dans le premier numéro du Mercure musi-\ncal « le retour offensif du vérisme italien ». Contrairement à son opinion,\nje crois qu'il faut s'en inquiéter. La demi-réussite de la saison italienne de\nParis ne découragera pas les envahisseurs. Au lieu de franchir à nouveau\nd'un seul bond la distance qui sépare la Lombardie de l'lle-de-France, ils\nreviendront à Paris plus sûrement par petites étapes, en commençant par\nNice. Cette cité, qui est déjà une grande ville, voit sa prospérité grandir\ntous les jours. Si rien ne vient modifier les tendances artistiques qui s'y\nmanifestent, il est à craindre que le mauvais goût ne s'y développe encore\ndavantage et ne devienne contagieux. C'est pour cela que je crois utile de\nsignaler ce danger, sinon pour enrayer sa marche, du moins pour en atté-\nnuer les conséquences.\nEDOUARD PERRIN.\nP.-S. J'apprends au dernier moment que M. Heugel refuse au directeur\nde notre Opéra le droit de jouer non seulement Siberia, mais encore tout le\nrépertoire dont il est éditeur-propriétaire. Cette mesure de protectionnisme\ndésorganise complètement le programme élaboré pour la saison. Car parmi\nles œuvres ainsi prohibées se trouvent également celles de M. Massenet ;\nor pouvez-vous concevoir une saison lyrique sans les ouvrages de M. Mas-\nsenet ? Aussi c'est un désarroi complet. On parle bien de jouer Siberia\nquand même, mais en italien (Sonqogno editore). Il y aurait là de quoi sou-\nlever un incident dangereux, quasi diplomatique. De plus, M. Saugey vient\nd'être nommé directeur du théâtre de Vichy. En quelle langue jouera-t-il\ndans cette ville d'eaux l'opéra de Giordano qu'il voudra y emporter certaine-\nment dans ses cartons et de là probablement à Paris, théâtre delà Gaîté?\n(Que vous disais-je plus haut ?)\nIl y a de la poudre sèche dans l'air ! D'un côté on aiguise les épées (avec\nun Chant de la forge de Leoncavallo sans doute), et de l'autre la vieille\nquerelle des Bouffons est rouverte Cette dernière guerre heureusement\nn'aura rien de tragique ; espérons-le tout au moins !\nE. P."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "COURRIER DE MANCHESTER\nElizabeth d'Irvel.\nQuelle ne fut ma surprise en trouvant au programme du Concert Richter\nde jeudi dernier les Variations symphoniques de César Franck, et jouées\npar Raoul Pugno! Cette surprise devint de la félicité lorsque, après l'exécu-\ntion magistrale de cette œuvre admirable, Pugno fut rappelé une fois, deux\nfois, trois fois, quatre même, et il n'y avait pas à s'y tromper, c'était du\nvrai enthousiasme ; la salle était emballée d'un emballement plus spontané\nque celui qui avait accueilli la pluie de perles que Pugno avait versée sur\nnous dans un Concerto de Mozart ; pluie bienfaisante, il faut le dire.\nL'interprétation de Franck fut impeccable. On n'écoutait pas le piano,\non ne contemplait pas le magique bâton de Richter. Seule la pensée du\ngrand maître ressortait dans toute son ampleur, dans toute sa puissance,\ndans toute sa délicatesse. C'est la première fois qu'on entendait du\nFranck à Manchester, ce ne sera sûrement pas la dernière.\nUn mot encore sur un très intéressant récital d'orgue donné à l'Univer-\nsité par le Docteur Kendrick Pyne (docteur en musique !). Au programme :\nun prélude et une fugue de Bach très honnêtement exposés ; un admirable\nAve Maria de Liszt, où l'interprète dénote une connaissance approfondie\nde son instrument ; enfin une Fantaisie de Saint-Saëns dans laquelle le\nDr Kendrick Pyne nous donne bien la preuve qu'il sent la finesse et l'esprit\nde la musique française.\n\nÉCHOS\nLes aboyeurs. Notre ami et collaborateur Henry Gauthier-Villars nous\nécrit ce court billet, d'où il ressort que certain insulteur n'a pas du tout\natteint son but :\nMon cher Laloy,\nVous ne supposef pas que je m'en vais encombrer le Mercure musical\nd'une polémique avec ce roquet mégalomane qui gronde aux jambes de ceux\nqui lui sont supérieurs, c'est-à-dire de tout le monde,\nLaissez-le à sa folie des grondeurs !\nYour's WILLY.\nAu Conservatoire. M. Bienvenu-Martin, ministre de l'instruction pu-\nblique, a ratifié les désignations faites par le conseil supérieur du Conser-\nvatoire. L'arrêté a paru le 6 novembre au Journal officiel.\nM. Bouvet est nommé professeur titulaire d'une classe d'opéra ;\nMM. Caussade et Gédalge, professeurs titulaires des classes de contrepoint\net de fugue, nouvellement créées. r .\nM. Pierre Lalo, critique musical, est nommé membre du conseil superleur\nde l'enseignement du Conservatoire national de musique, en remplacement\nde M. Gédalge. Voilà encore un choix fort heureux, et qui prouve qu'en\nappelant au conseil un homme qui souvent a proclamé l'urgence de grandes\nréformes, M. Dujardin-Beaumetz n'a pas cru introduire l'ennemi dans la\nmaison. D'autres n'en ont pas jugé ainsi, et les démissions de MM. Camille\nSaint-Saëns et Théodore Dubois sont un peu plus significatives qu on ne\nl'eût souhaité, au moins pour le premier des deux."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.51", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "Quatuor Parent. M. Armand propose de réserver désormais\n4 séances tous les ans aux œuvres de Y Ecole moderne. Les oeuvres exécu-\ntées cette année seront le Quaiuo , le Quintette et la Sonate de Franck, !e\nQuatuor de Ravel, le Quatuor de Debussy, le Quatuor de Fauré, la Sonate\nde d'lndy et le Trio de Magnard (ire audition).\nMais d'autre part, M. Armand Parent veut consacrer, pendant 4 années,\n8 séances tous les ans à l'exécution intégrale des œuvres de musique de\nchambre instrumentale et vocale de Beethoven. C'est la première iois en\nEurope que se produit une semblable initiative artistique.\nD'autre part, les séances organisées par M. Parent au Salon d'automne\nse poursuivent avec d'admirables programmes et un très grand succès, qui\nmontre l'intérêt de plus en plus vif du public pour nos œuvres modernes,\ninterprétées par un grand artiste.\nSociété Bach. Ala Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques, première\naudition annuelle des grandes œuvres d'orgue et de piano de César Franck\npar Mne Blanche Selva et M. Gustave Bret, le vendredi ler décembre à\nq heures du soir. Au programme les trois Chorals pour orgue, Prélude,\nChoral et Fugue, et Prélude, Aria et Finale.\nOn trouve des billets à la Schola Cantorum et chez les principaux édi-\nteurs (4, 3 et 2 fr.).\nMi]e Elisabeth Delhez va donner deux concerts de musique vocale clas-\nsique et contemporaine (Franck, Lekeu, d'lndy, Chausson, Debussy,\nRichard Strauss) à la salle Pleyel, les lundi i 3 et mercredi 22 novembre,\navec le concours de MM. Jean Ten Have et François Dressen, premier\nvioloncelle solo des Concerts Lamoureux. La composition des programmes\net le talent des artistes donneront un grand intérêt à ces concerts.\nNécrologie. Le 29 octobre est mort, à Paris, Jules Danbé, le distingué\nchef d'orchestre. Il était âgé de 65 ans.\nElève de violon au Conservatoire, Jules Danbé avait d'abord fait partie\nde l'orchestre du Théâtre-Lyrique, puis de celui de l'Opéra jusqu'en 1870.\nA cette époque, il fonda les concerts du Grand-Hôtel, qui eurent beaucoup\nde vogue. En 187?, lorque M. Vizentini ressuscita le Théâtre-Lyrique au\nsquare des Arts et Métiers, il choisit Danbé pour le doubler et le suppléer\ndans la direction de l'orchestre.\nEn 1877, il succéda à Charles Lamoureux comme chef d'orchestre de\nl'Opéra-Comique et resta à ce poste jusqu'en 1898. Il dirigea depuis les\nConcerts du Casino d'Argelès, puis ceux de Vichy. Il avait fondé il y a\ndeux ans les concerts de l'Ambigu, dont le succès était très vif.\nG'est un excellent musicien qui s'en va, et l'on peut dire de lui (chose\nnotable pour un chef d'orchestre) qu'il laisse des regrets unanimes à\ntous ceux qui furent ses amis ou ses collaborateurs.\nPAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.8.2", "titre_corps": "LES THÉATRES", "titre_sommaire": "LES THÉATRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "LES THÉATRES\n(1).\nA propos de la reprise du Freischiït^, à l'Opéra, le 27 octobre IC)O5.\nPar ce temps d'actualité beethovénienne, on attend une reprise de\nîio... Voici le Freischiitf.\nOn sait que le Freischiïtf est un « chef-d'œuvre » ; et la peine nous est\népargnée de « découvrir »le Freischiïtj... Il est vrai que les jeunes le con-\nnaissent aussi mal que la musique de chambre du grand Beethoven ; et\nWeber précurseur ne leur est guère familier que par ses vibrantes ouver-\ntures dont la strette finale les contrarie, depuis dix-huit ans que\nse tait sur notre première scène lyrique !\nAussi bien, tout chef-d'œuvre qu'il est, n'a jamais réussi\nsur une scène française, « au grand Opéra de Paris », comme disait provin-\ncialement Richard Wagner. Le Freischiïtévidemment génial, n'a jamais\npu se maintenir au répertoire. C'est un fait. Pourquoi ? Parce que cet\nromantique est lui-même, à nos yeux parisiens, un provincial de génie,\nparce que ce poème candide est essentiellement et que ce carac-\ntère ethnique est à la fois sa gloire et son écueil. Un petit chasseur amou-\nreux y fait un pacte avec l'enfer ; et notre bonne volonté ne peut plus en\nfaire autant ! Le Chasseur noir ne nous fait plus frissonner, à trois pas du\ncafé de la Paix ; Samiel et la fonte lunaire des balles enchantées nous pa-\nraissent en arrière sur les progrès de la cruauté. Passe encore, au temps\ndu bon Castil-Blaze et de Robin des Bo à l'heure même de la véritable\npremière française du Freischiït^,le 7 juin 1841, où le romantisme de Ber-\nlioz collaborait discrètement avec le romantisme de Weber ! Depuis lors,\nce chef-d'œuvre allemand a reparu quelquefois, sans jamais parvenir à jouer\nd'autre rôle que celui d'une utilité, d'un grand lever de rideau qui permette\naux abonnés de ne rien manquer du ballet ! Voilà ce que c'est que d'être\nun chef-d'œuvre allemand ! Si Tannhà était plus court, on danserait\naprès Tannhauser...Quel dommage, vraiment, que ce Wagner n'ait point\nla concision de son aîné Weber! On danse encore moins après\nCe Wagner n'est qu'un empêcheur de danser en rond.\n\n(1) Notre collaborateur et ami Romain Rolland, qui devait se charger de cette\nrubrique, s'en trouve malheureusement empêché par son état de santé. Tous\nnos lecteurs partageront certainement nos regrets. M. Raymond Bouyer a bien\nvoulu nous envoyer ces quelques pages sur le Freischiitç ; et c'est pour nous une\ngrande joie que d'inaugurer dès aujourd'hui la collaboration, désormais assurée, de\nce délicat écrivain."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.38", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3805, "texte": "Bref, un sujet trop poétiquement local, une musique trop génialement\ndélicate, trop de naïveté, de part et d'autre, pour plaire à ceux qui dînent\ntard ! Malgré son génie fougueux et les exclamations de notre Berlioz, l'Al-\nlemand Carl-Marie de Weber demeure parmi nous l'enfant sauvage,\nnomade, solitaire, hautain, prime-sautier, dont l'imagination devait être la\nproie du romantisme qui rôdait autour des cerveaux de poètes aux envi-\nrons de 1820 ; fantôme maladif de l'Allemagne du Nord et contemporain\ndu Faust de Goethe, qui ne comprenait rien aux audaces radieuses et vien-\nnoises de Beethoven et qui, réactionnaire, patriote et novateur, se liait\nd'enthousiasme avec Kœrner contre la France, au réveil nationaliste de\n1813 !\nEst-ce son engouement pour la lithographie découverte par Aloysius Se-\nnefelder? On évoque Weber dans une lithographie de Lemud, sous une\nombre de familiarité mystérieuse et de poésie panthéiste, auprès de « Peter\nSchmoll et de ses voisins »... loin de la capitale musicale des Mozart et des\nBeethoven. Tel nous apparaît, le 18 juin 1821, à Berlin, àla première du\nFreischiili \\protégé par le comte de Bruhl, le collaborateur de Frédérick\nKind, le fiancé de Caroline Brandt !\nNous sommes en 1905, et le Freischiitçsera bientôt centenaire. Il n'y\nparaît point, musicalement. Robuste et jeune comme au premier soir appa-\nraît la musique vivante de ce livret candide.\nMais quelle impression nous donne en 1905, dans ce cadre\nimmense de l'Opéra parisien? L'impression d'un tableau hollandais, fût-\nil de Rembrandt, dans un cadre susceptible de contenir les vénitiennes\nNoces de Cana : « C'est du grand opéra de petite ville, produit essentiel-\nlement germanique », a dit Saint-Saëns, compositeur essentiellement latin,\nlors de la reprise de 1876 ;et le Freischûtf est mieux dans son atmosphère\nà Darmstadt...\nL'interprétation française n'est point faite pour acclimater ce germanisme\nun peu farouche et pour diminuer les distances : à part l'entraînante\nouverture que Taffanel a conduite, au soir de la répétition générale du\nmoins, en invoquant le souvenir de ses meilleurs après-midi du Conserva-\ntoire, l'orchestre altère et ternit cette palette musicale, il retient les mou-\nvements, ralentit les allégros, avec une majesté dans la grisaille qui sied au\n« tableau » trop long du Jugement de Paris ; les chanteurs n'ont, dans la\nvoix ni dans le jeu, l'intimité nuancée qui convient à l'intime profondeur,\ntout allemande il est vrai, de l'opéra rom : ils pontifient, tous et tou-\ntes... Delmas est excellent, Rousselière est médiocre, Mi'e Grandjean, qui\nfut une Brunehilde exécrable et la plus surfaite des Isolde, a retrouvé, dans\nla touchante Agathe, le charme bourgeois qui la rendait vraiment souve-\nraine dans la Magdeleine des Maîtres Chanteurs ; blonde et mauve, elle\nest, comme sa partenaire, M\"e Hatto, rose et brune, en espiègle Annette,\npleine de belle volonté, mais encore trop imposante dans ses élans comme\ndans ses prières. Ce délicieux duo des jeunes filles, ce dialogue poétique\net chantant entre celle qui rêve et celle qui raille, et qui nous rappelle,\navec son incomparable accompagnement, la naïveté de nos vieux opéras\nfrançais, aussi « démodés » que le ne nous touchait-il pas\ndavantage au concert, il y a dix ans, aux samedis soirs d'Eugène d'Har-\ncourt, quand M'ie Eléonore Blanc le chantait avec Mme Lovano, - même\naux concours du Conservatoire, en i9°4> quand Mme Ennerie donnait pau-\nvrement la réplique àla sémillante Mlle Tasso? Sur la scène immense de\nParis, ce parfum d'intimité s'évapore...On n'entend pas l'accompagnement!\nPoésie mutine, comme le pas d'Annette, et familiarité poétique, comme\nla pensée d'Agathe, ce duo virginal est l'âme allemande du Freischût% :\nl'ouvrage et le morceau sont également dépaysés."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4010, "texte": "Mais ce génie peu parisien fut le plus moderne des précurseurs. Weber!\nLes frères ennemis, Berlioz et Wagner, se réconciliaient dans son culte ;\net la similitude des points de départ, comparée à la divergence des points\nd'arrivée, ne manifeste que plus singulièrement la disparité fondamentale\nde deux natures et de deux races. Sous ce rapport, aujourd'hui que tout\ns'est apaisé, même le wagnérisme, une audition du Freischiïtf est ins-\ntructive. Immortellement juvénile, l'opéra romantique de Weber est un de\nces rares ancêtres qui peuvent prendre des rides sans déchoir. Le Frei-\nschiit% de 1817-21 est un prodige. Il marque une étape dans l'expression de\nla vie par la musique, le plus vivant des arts ; or, marquer une date, ce\nn'est point dater. Raccourci dramatique de tous les thèmes de ce drame\nvillageois et mystérieux, lutte entre le ciel et l'enfer, l'ouverture (1820)\nserait en belle place dans une Histoire de la Musique enseignée par la\nsérie pittoresque des ouvertures magistrales de Gluck à Wagner.\nEt, au fur et à mesure de la jeune sympathie renouée passionnément\navec une vieille connaissance, n'est-il pas intéressant de saisir, dans le\nFreischiïtla double origine esthétique de Berlioz et de Wagner? Berlioz,\nqui manqua le passage à Paris de Weber attendu par la mort, lui doit ses\nchaudes extases de jeunesse et son coloris fantastique, nocturnes frissons\ndu chœur invisible, brise imperceptible du quatuor ou plainte obstinée des\nbois : le Nord germanique impressionna vivement le Midi gluckiste. Et\nWagner, direct héritier de Weber, dont le génie voisin fascina son enfance\nà Dresde, lui doit son allure initiale, sa démarche noble, sa largeur vive,\nson tour de phrase au gruppetto victorieux, le contour de ses lyriques\npériodes, sa forme châtiée, les grandes mélodies chevaleresques et chaleu-\nreusement déroulées, les germes de son style, enfin. Wagner a-t-il jamais\nrenié Weber et l'héritage du Freischiït% ? Il disait aimer le peuple allemand\nqui aime le Freischiïtqui croit toujours au merveilleux de la plus naïve\nlégende : « Ah ! l'aimable rêverie allemande! L'enthousiasme des bois, du\nsoir, des étoiles, de la cloche du village sonnant sept heures ! Heureux qui\nvous comprend, qui peut, avec vous, croire, sentir, rêver et s'exalter !» On\nn'est pas plus romantique— et moins Parisien... Voilà pourquoi Tannhâuser,\nen 1861, fut sifflé. Avec ses lentes prières et son fantastique, le Freischiïtf\ndevance Tannhâuser, comme Euryanthe, avec ses deux couples contrastés,\nprésage Lohengrin. Jusqu'à Lohengrin (i85o), toute la jeunesse inquiète de\nWagner est nourrie de Weber. Wagner jeune est le prolongement de\nWeber, mort avant quarante ans. Tout Wagner est dans Weber sauf\nWagner. Le n'annonce point Tristan.\nMais voici, dès les soirs de 1820, le sujet essentiellement germani-\nque, légendaire, donc musical, à la fois intime et surnaturel comme le ro-\nmantisme en personne et comme le Nord de Rembrandt, portraitiste idéal\ndu docteur Faustus ! Voici l'ouverture, vague résumé du sujet précis, puis-\nque la suggestive musique est une pantomime sans acteurs; voici le leitmo-\ntiv, ce blason musical, qui s'attache volontairement et sourdement aux pas\ndu chasseur maudit; voici l'orchestre qui parle sous les voix, qui commente\nfiévreusement l'âme et l'image ; et toute la modernité qui frémit dans la\nchasse fantastique où pleure la cloche ! Le violoncelle, qui chante avec la\nprière d'Agathe, et les trombones majestueux, qui scandent la parole sainte\nde l'Ermite, inaugurent, dans un vaste finale, l'accent divin d'interces-\nsion qui magnifie Tannhâuser. Il n'est point jusqu'à cette verve mélodieuse\net dramatique d'italianisme et de rossinisme qui ne rattache la fougue\nwebérienne au wagnérisme naissant, l'opéra qui meurt au drame qui\nnaîtra sous les voûtes moyenâgeuses de la Wartburg ! C'est l'opéra ro-\nmantique', dans sa nouveauté naïve et sans duo d'amour, et qui ne rappelle\nni l'athénienne tragédie de Gluck, ni la comédie poudrée de Mozart, ni."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "le Fidelio, demain centenaire, de Beethoven, ce chef-d'œuvre isolé qui\nrecèle l'immense secret d'un génie captif..\nSi des génies comme l'Anglais Purcell, qui musiqua Dido and Alinéas\ndeux cents ans presque avant Berlioz, comme Mozart et Weber, comme\nChopin, si des talents même, comme Mendelssohn ou Bizet, avaient moins\nprématurément disparu, quel changement dans l'évolution d un art ! L'ave-\nnir sommeille en ces jeunes hommes trop aimés des dieux... Mais Weber\nse survit dans le romantisme de Berlioz et dans l'invention de Wagner ;\nBaudelaire invoquait son nom pour évoquer Delacroix. Et si, dorénavant,\nles défenseurs du Reve peuvent se réclamer de « l'intimité » du Freischut\nle largo de l'ouverture d'Euryanthe suffisait seul à faire pressentir le\n« frisson nouveau » de la musique debussyste, avant que le novateur de la\nMer apparût coloré, pittoresque, extérieur, descriptif et soudain bruyant,\ntel un nocturne mineur de Whistler qui deviendrait une aube diffuse de\nClaude Monet...\nLe génie germanique de Weber est l'aïeul mort jeune de toute poésie\nmusicale. Et Fauteur élégant de la Miarka, si poétiquement présentée par\nM. Carré, ne saurait nous démentir. De même, tous les amoureux d'art\nseront d'accord avec nous pour admirer la chasse fantastique de l'Opéra,\nbien que son brouhaha couvre trop la discrète musique, et pour abominer\nla ridicule prostitution de l'intime Invitation à la Valse aux feux communs\nde la rampe ! Espérons que les génies morts, occupés à dialoguer, ne voient\npas la brillante reprise de leurs chefs-d'œuvre !\nRAYMOND BOUYER.\nOpéra-Comique : Miatkjr, drame lyrique en 4 actes, de Jean Richepinet Alexandre Georges.\nEn digne fille de Jean Richepin, Miarka est une Bohémienne, mais de\nces Bohémiens de France, dont les tribus errent en chantant sur nos routes\nnationales, précédées de leur chef qui caracole sur un beau cheval blanc:\nc'est là, n'est-il pas vrai? une rencontre familière à tous ceux, promeneurs,\ntouristes ou chauffeurs, qui ont parcouru nos provinces ; presque aussi fami-\nlière que celle du chemineau sentimental et prophétique dont l'histoire\nnous fut contée, naguère, à l'Odéon. Jean Richepin est un poète réaliste.\nDonc nous voyons naître, au prologue, la petite Miarka ; du moins nous\nvoyons la roulotte misérable où elle vient de naître (et qu'il convient d'ap-\npeler rnbidal)9 traînée, sur la place d'un village de Thiérache, par la vieille\ngrand'mère, la Vougne, et entourée d'une foule criarde de « vanniers » et\nde « laveuses » (ce sont là des professions chantantes, ainsi qu'il ressort de\nnombreux opéras comiques). C'est que la Vougne est une sorcière, comme\nla Taven de Mireille, mais plus horrifique. Seul un oiseleur, Gleude, qui\nest aussi un innocent (voir VArtésienne), la défend contre la multitude ameu-\ntée; il y a bien encore M. le maire qui s'intéresse aux Bohémiens, mais c'est\nd'un intérêt scientifique et philologique, partant fourbe et cruel : il veut\npénétrer le mystère de leurs origines, et pour cela ravir à la Vougne les\n« livres » où se gardent les chants de la race. Grâce à lui,, la vieille peut cé-\nlébrer le baptême de sa petite-fille, selon les rites des Romanis : ci, deux\nchansons qui terminent ce prologue : hymne àla rivière,et hymne au soleil:\nDans l'eau, qui court sans but,\nDans F eau qui fuit sans fin,\nSois trempée sans fin ni but."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.41", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "Comme elle, va toujours,\nSans te fixer à la terre,\nEn la rongeant, en la.\nComme elle, aie pour pays\nLes nuages d'où elle\nLes nuages où elle retou\nCe sont, on le voit, des vers libres, ici sans rime, ailleurs assonancés ;et\ncette forme, qui est, à peu de chose près, celle du texte convient\nfort bien à la musique, parce qu'elle est d'un rythme plus ferme et plus\nserré que la prose, sans avoir la monotonie du vers régulier.\nDix-huit ans se passent, entre le prologue et le premier acte. La Vougne\na blanchi, Miarka a grandi ; toutes deux sont restées en ce même village,\ncontrairement à tous les us de leur race. C'est que les tarots le veulent\nainsi : Miarka doit grandir à l'endroit où elle est née, et alors elle sera reine,\nreine des Bohémiens. Elle danse au son de la guzla, et elle apprend les\nchansons (chansons de l'Eau qui court, de la Parole et du Savoir) ; Gleude\nl'écoute et l'admire, et l'amour a délié la langue de l'innocent. A peine\néveillée à la vie, Miarka se laisse bercer par ses douces paroles, et n'a pas\nla force de croire au roi qui doit venir, et qu'elle n'a jamais vu. La Vougne\nalors exerce son pouvoir magique : l'opaque nuit d'hiver s'éclaircit peu à peu,\net l'on voit apparaître, très lointains d'abord, reflets incertains, puis tout\nproches et presque réels, les Bohémiens dansants et chantants, avec leur\nroi, coiffé de fourrure blanche, au milieu d'eux : on devine déjà ce que\nM. Carré a su faire d'un pareil tableau; c'est une pure merveille que ce\ncrescendo de lumière qui aboutit à une douce clarté de printemps, pour\ns'effacer ensuite et se dissoudre dans l'ombre [froide ; et les danses (danse\ndes Romanis, danse de l'ours, danse nuptiale) sont d'une grâce et d'une\ncouleur dont rien n'approche. Il faut aller à l'Opéra-Comique pour savoir\nce que peut le goût français dans l'art de la mise en scène : car ici c'est bien\nun art, et qui donne des impressions de pure et d'absolue beauté.\nL'espoir renaît au cœur enfantin de Miarka, puis s'éteint encore ;et\ncomme l'hiver l'a fort affaiblie, elle s'est laissé recueillir chez le M. le maire,\noù la Vougne l'a suivie. L'innocent l'y retrouve aussi, et cette fois, fou\nd'amour, il veut joindre l'action à la parole. Mais Miarka, soudain sauvage,\nle jette à terre, plus prompte que la Esmeralda de Notre-Dame de Paris,\net il s'en va, triste et brisé, pleurer dans la nuit. Miarka en reste attendrie;\nmais la Vougne survient : il faut partir ; le maire philologue n'a déjà que\ntrop rôdé autour des livres sacrés. Et comme Miarka hésite, gagnée malgré\nelle à la vie douce et paisible, la vieille met le feu à la maison, tel Lotario\ndans Mignon.Elles reprennent la vie errante, et nous les retrouvons\ntoutes deux sur une route de Champagne. C'est là que la Vougne va mou-\nrir, sous la pluie qui tombe du ciel vaste et froid, dans les bras de Miarka\net de Gleude qui les a rejointes, fidèle et désespéré. Et c'est la chanson\ndes Nuages, et la chanson de la Pluie, et enfin l'hymne des Morts, que\nvient interrompre la marche des Romanis. Car ce sont eux, tels qu'ils ont\nparu à l'évocation de la sorcière ; ils viennent, et vont accomplir les\ndestins. Gleude, héroïque, les appelle et leur montre la route où ils\ntrouveront leur reine, pour lui perdue à jamais. Et c'est un chant nuptial,\net puis un cantique d'amour du roi descendu de son cheval pour recueillir\nMiarka dans ses bras selon toutes les traditions de nos scènes musicales.\nEt la Vougne meurt heureuse : les tarots n'ont pas menti.\nCe drame a tout ce qu'il faut pour plaire à une grande partie du public"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "on y rencontre des situations dramatiques d'un effet d'autant plus sûr\nqu'il a été vérifié déjà à plusieurs reprises, et que le plaisir de la reconnais-\nsance tempère agréablement l'émotion dont on ne peut se défendre devant\ncette vieille grand'mère au dévouement farouche, cet innocent dont l'âme\ns'éveille, et cette enfant promise à de si hautes destinées.\nC'est l'œuvre d'un Touranien très sage et optimiste, romanesque de plein\nair, troubadour de nos routes nationales (et départementales aussi) ; il y a\nde jolis détails, une sauvagerie très inoffensive, une couleur fausse,\net, par-dessus tout, le charme reposant de la banalité. La musique n'est\npoint en désaccord avec le drame, en ce sens qu'elle non plus ne franchit\npas les bornes d'une originalité modérée. Mais elle a pour elle une grande\nqualité, qui la rend bien supérieure à son texte : elle est sincère et ne\ncherche pas à faire illusion sur elle-même. Le sentiment n'y est pas très\nprofond, ni la forme très neuve ; mais on n'y trouvera pas ces vaines\nrecherches, ces duretés, ces laideurs pénibles et inutiles qui dans plus\nd'une œuvre moderne trahissent la vaniteuse impuissance d'un stérile\naligneur de portées. Et même, pour ne parler que des musiciens, on ne\nsera choqué ici ni par cette triviale emphase, ni par cette sentimentalité\nfactice et fardée qui trop souvent encore s'étalent sur la scène de l'Opéra-\nComique : M. Alexandre Georges est également éloigné de Charpentier et\nde Massenet ; il a meilleur goût que l'un et l'autre, et n'est pas moins bien\ndoué. Sa mélodie abondante et facile ne manque pas d'élégance, et sait\nà l'occasion se colorer d'un exotisme assez délicat en sa discrétion même :\nles chansons bohémiennes sont toutes fort plaisantes et d'un rythme\nintéressant, et tout le long de la scène d'évocation la musique est char-\nmante et très congrument colorée ; la danse de l'ours surtout, coupée par\nles grognements de l'animal, a une grâce fort piquante. Et certes c'est là\nde la musique de ballet ; mais je la loue précisément pour cela : on ne\nsaurait battre des entrechats sur des amoncellements de thèmes symbo-\nliques ou d'impénétrables massifs orchestraux. Ce qui me plaît moins,\nje dois le dire, ce sont les pages où M. Alexandre Georges s'est efforcé\nd'être dramatique : il semble ici que ses forces l'aient trahi ; son domaine\nest bien plutôt le genre tempéré, où il peut remplacer avantageusement\nLéo Delibes, avec une inspiration bien plus fraîche et plus musicale. Rien\njusqu'à présent ne fait augurer qu'il atteigne jamais au sublime. Mais le\nsublime n'est pas indispensable, et il faut savoir gré aux musiciens qui, au\nlieu de s'épuiser en vains efforts à sa poursuite, savent nous faire passer une\nsoirée agréable, sans fatigue excessive ni pour nos oreilles ni pour notre\nattention. On l'a dit, et il faut le redire sans cesse : «la règle des règles,\nc'est de plaire ».\nAjoutons, pour être juste, que l'œuvre nouvelle a été admirablement\nservie par une interprétation de premier ordre. M. Jean Périer, l'immortel\nPelléas devenu ici un innocent oiseleur, a toujours cette voix émue et\ntendre qui ravit. Mme Héglon a joué le rôle de la Vougne avec une\npuissance et une netteté que l'on a pu bien mieux apprécier sur cette\nscène que sur celle de l'Opéra ; et Mme Marguerite Carré a su donner aux\nbelles lignes dont elle dispose une orientale et tentatrice langueur ; rien de\nplus gracieux que la scène où elle s'éveille au son de la guzla bohé-\nmienne et de la flûte de l'oiseleur et, tout appesantie de sommeil encore,\nesquisse une danse indécise. Qu'on ne croie pas à la moindre ironie si\nje dis qu'à ces moments-là on se sent fier d'être Français.\nLouis LALOY."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.43", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1025, "texte": "Le Jugement de Paris (i).\nDe nouveau la pomme, fruit symbolique et légendaire, vient jouer le rôle\nqui lui est familier sur les toiles, à la scène, dans l'orchestre même. Cette\nfois il s'agit du jugement de Paris, hérissé de mélodies, s'il faut en croire\nles programmes. Si le tableau de Baudry avait représenté Adam et Eve, il\naurait fallu deux thèmes. Mais ici trois déesses se sont dérangées, une pour\nune pomme, les autres pour des prunes. Chaque personnage a son motif,\net même l'amour en a un petit, sautillant. Si ce n'est pas dePamour, c'est tout\njuste un pépin. Mais où est donc le thème de la discorde ?Ah ! la voici\nqui éclate triomphalement dans la réunion des six thèmes superposés.\nLes moutons de Paris sont un peu négligés, n'ayant qu'un dessin musi-\ncal (?) collectif. Quel effet contrapontique on aurait pu tirer de la superposi-\ntion des moutons ! Mais à quoi bon penser aux choses qui auraient pu être ?\nA notre tour, décernons à cette œuvre la pomme, crue ou cuite?\nNÉZEU.\nTiJlir\n»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.8.3", "titre_corps": "A BATONS ROMPUS", "titre_sommaire": "A BATONS ROMPUS", "signature_source": "Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.43", "debut_caractere": 1027, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": "A BATONS ROMPUS\n\nM. Julien Torchet étudie, dans le Guide musical, les facultés musicales\nde Zola, et conclut en disant qu'elles n'existaient pas. Rien de plus vrai.\nCette lacune n'empêchait pas Fauteur des Rougon-Màc quart de discuter sur\nla musique avec une prolixité que M. Bruneau documentait de son mieux.\nCe mieux était parfois l'ennemi du bien. Témoin le chapitre où Zola\ncélèbre avec exaltation l'instrumentation d'une page de Roméo et Juliette,\nvante la clarinette exquise, loue les délicieux traits de harpe.,, alors que\nBerlioz a employé un hautbois et des pizzicati de violoncelles.\n* *\nM. Carré, alsacien, a une très bonne presse chez Guillaume 11.\nLes journaux allemands, à de rares exceptions près, Pont approuvé de\nme demander 10 0.000 francs de dommages-intérêts pour me punir d'avoir\nosé imprimer que le directeur de POpéra-Comique ne ; joue pas toutes les\npièces qu'il reçoit. La Neue Zeitungfur Musik guillemette effrontément des\npropos de son invention qu'elle m'attribue, prétendant que j'aurais dit:\n« M. Carré ne joue que les auteurs qui le payent de leur poche. » Les Nou-\nvelles de Alunich précisent; d'après elles, en bon antisémite, j'aurais surtout\nreproché à mon adversaire de ne jouer que des compositeurs juifs !\nC'est étonnant comme les reporters sont inventifs, dans ce pays où les\nromanciers le sont si peu.\nvV\n•t* *»*\nCertaine association musicale sévit, le dimanche, annoncée par des pro-\ngrammes <( qui ne sont envoyés qu'aux personnes de la bonne société ».\nNéanmoins, j'en ai reçu un.\nIl promet le Dépit amoureux, qu'il étiquète « pièce très comique » ; il\ns'enorgueillit de pouvoir offrir à son public des chanteurs comme Mme Mel-\nlot-Joubert et M. Bataille, celle-là qualifiée <( extrêmement remarquable »,\ncelui-ci dépourvu de toute appréciation louangeuse, ce dont je le félicite.\n\n(i ) GEuvre couronnée au concours de l'Opéra et jouée en guise de prélude au\nFreis chùtz."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3530, "texte": "Ce n'est pas à Lons-le-Saulnier que se donne le concert dont les organi-\nsateurs lancent ces papiers inouïs, ce n'est pas à Carpentras, ni à Lander-\nneau. Il a lieu au Trocadéro, en pleine Loubettopolis !\n❖\n❖ £\na A propos d'Armide, il paraît que M. Gevaert, le vénérable directeur de\nnotre Conservatoire national, s'applique tout spécialement à inculquer au\ncorps de ballet de la Monnaie toutes les notions indispensables pour la\nbonne exécution des nombreuses fantaisies chorégraphiques comprises\ndans son œuvre. Voilà un compositeur qui est tellement soucieux de la\nparfaite exécution de son œuvre qu'il pourrait remplacer « au pied levé »\nc'est le cas de le dire, malgré son grand âge, n'importe lequel de ses\ninterprètes ! »\nAinsi s'exprime le Je dis tout, contrefaçon belge dirigée par M. Alphonse\nLemonnier, qui fit, un temps, de la critique dramatique au Matin, Com-\nment notre confrère a-t-il laissé s'enfuir cet extraordinaire fantaisiste ?\n* *\n« Dans toute l'interprétation du Futç, pendant la soirée tout\nentière, je ne crois pas qu'il y ait eu u mouvement juste ; s'il s'en est\npar hasard rencontré un, je lui fais amende honorable ; il m'a échappé...\nC'est là un phénomène tout à fait extraordinaire ; il ne me souvient pas\nd'avoir jamais rien entendu de pareil, d'avoir vu fausser le sens, l'expression,\nle caractère d'un chef-d'œuvre avec tant de suite et d'opiniâtreté, a avoir\nvu apporter dans l'erreur tant de persévérance, de zèle et d'industrie. »\nC'est en ces termes que M. Pierre Lalo apprécie les efforts et les résultats\nde M. Taffanel. Quand on songe à l'effroyable chiffre de dommages-intérêts\nque le chef d'orchestre ainsi bousculé va, sûrement, demander au critique\ndu Temps,on frémit !\n* *\nLes Signale se plaignent amèrement d'avoir lu, dans un de nos confrères\nfrançais, un article superficiel et biscornu (sic), signé Gaston Knop, sur\n« la Presse musicale allemande ». Dans le même numéro, M. de Stœckiin\nétudie la Vie musicale française de manière également oberflœchliche, sinon\nschiefe,en quelques pages, d'ailleurs intéressantes.\nLe rédacteur des Signale regarde comme le véritable père de la musique\nfrançaise moderne... Gounod, et lui consacre le plus dithyrambique éloge.\nM. Camille Saint-Saëns n'a pas à se plaindre non plus, traité de « véri-\ntable cousin de Beethoven » et de « jeune frère de Mozart »,ce qui remplira\nd'aise M. Emile Baumann, auteur d'un volume de 4.75 pages, en peut\ntexte, sur l'Œuvre de Camille Saint-Saëns.Parmi les jeunes musiciens sur\nlesquels le charme de Massenet a laissé sa délicieuse empreinte, M. _de\nStœckiin cite Bruneau. Voilà qui va bien. M. Gabriel Fauré a subi i in-\nfluence de César Franck « sur certains points » que je suis curieux de con-\nnaître ; il n'a jamais écrit pour le théâtre, jamais, les Signale en sont cer-\ntains. Pour M. Vincent d'indy, « Mozart n'existe pas, ni Schubert, ni Schu-\nmann » voilà qui surprendra la S Enfin, M. Claude\nDebussy est un franc-tireur, un modèle inimitable qu'on imite (il me sem-\nble lire M. Vallas), un prix de Rome dont Massenet se moqua jadis, un\nchercheur qui trouva, loin des chemins frayés de la musique, un sentier\nnouveau., aboutissant à un cul-de-sac. Et voilà. Je me hâte d'ajouter que,\ntout en ne partageant pas les opinions énoncées par M. de Stœckiin, je\ntiens les Signale de Leipzig pour une publication du plus haut intérêt,\nincapable d'insérer jamais un article de chantage ou d imbécillité comme\non en voit circuler trop souvent dans le monde musical irançais.\n\nWilly."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.8.4", "titre_corps": "LES CONCERTS", "titre_sommaire": "LES CONCERTS", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3595, "texte": "LES CONCERTS\n\nIl faut que je commence par un bien pénible aveu : je n'étais pas aux\nconcerts du 29 octobre. Je m'étais enfui jusqu'en ma lointaine campagne,\nemportant avec moi la Mer, comme un trésor volé peut-être (1), mais\ndevenu mien par droit d'amour. Touchée par les premiers froids, la forêt\nflambait de jaune et de roux, un air pénétrant courait sur la prairie inondée,\non discernait au loin l'insensible neige blanche sur les plateaux du haut\nJura, et partout, depuis les labours gras d'humidité jusqu'aux toits de\nchaume assombris, une sérénité triste annonçait l'hiver (je dédie cet alexan-\ndrin à mon comtois ami Gauthier-Villars). C'est là, dans cette nature\nrecueillie, repliée sur elle-même, presque mourante, que j'ai mieux compris\nencore le chef-d'œuvre de vie, de lumière et de force que Debussy vient\nde nous donner ; surtout j'ai mieux saisi la logique puissante et libre\nqui soulève et relie entre elles ces efflorescences mélodiques : logique\nd'un bel arbre aux branches dissemblables et pourtant harmonieuses,\nlogique directement opposée à toute scolastique, étant directement inspirée\nde la nature ; logique musicale, s'il en fut jamais, et qui ouvre à notre art,\nsi longtemps prisonnier en nos maisons, en nos salons et en nos salles de\nconcert, une vertigineuse échappée sur l'univers, son vrai modèle, son vrai\nroyaume. Je songeais à tout cela, et à plusieurs autres belles choses dont\nje parlerai bientôt (car l'œuvre de Claude Debussy, depuis Pelléas jusqu'aux\ntoutes nouvelles Images, est assez importante aujourd'hui pour mériter une\nétude d'ensemble) ; mais d'autres étaient plus sages, et je dois à un fort\nobligeant ami cette petite note sur le concert Chevillard, que je suis heu-\nreux de pouvoir offrir à mes lecteurs en diversion de mon indiscrète prose:\n« Dans l'ouverture de Phèdre, l'impitoyable rigueur métrique de M. Che-\nvillard a montré peu de complaisance aux langueurs et pâmoisons de\nM. Massenet. Jouée avec une précision extrême, la quatrième Symphonie\nde Schumann demanderait tantôt un peu plus de grâce, et tantôt un peu\nplus de vivacité qu'elle n'en eut cette fois. Le talent si noble de M. Lucien\nCapet a sauvé des sifflets un concerto de Brahms pour violon, dont la pre-\nmière partie dure éternellement. Un pot-pourri (pourquoi taire le mot\nquandonadmet la chose?) un pot-pourri des Maîtres Chanteurs terminait la\nséance, dont le principal intérêt résidait dans une œuvre nouvelle de\nM. Pierre Kunc et dans l'audition du Tasse de Liszt.\n« UEté pastoral (impressions languedociennes) de M. Kunc se compose\nde deux courts morceaux (Au Matin et Danse aux lanternes) clairs, écrits\navec aisance et une adresse qui ne va pas jusqu'à l'originalité. Le coloris\norchestral, sans être bien brillant, ne manque ni de finesse ni d'élégance. Il\na paru que M. Kunc était désigné pour écrire de charmants ballets et d'ex-\ncellentes pantomimes.\n« Quant au Tasse, c'est un des poèmes symphoniques de Liszt les plus\nfrappants et les plus significatifs. La noblesse des thèmes, la lucidité du\ndéveloppement, sa logique majestueuse aboutissant à une péroraison écla-\ntante, ont produit grand effet. Le menuet du milieu est une merveille de\ngrâce pompeuse et souriante. Sa combinaison avec le thème du triomphe\nmontre la maîtrise souveraine et discrète de Liszt dans l'art du contrepoint\nsymbolique. Bref, on doit remercier M. Chevillard d'avoir mis à son pro-\n\n(i) Voir ce que dit de moi, en savourant une Tasse de thé, le célèbre compositeur\nR.-N., avec qui je ne demande qu'à faire plus ample connaissance ; car c'est un\nhomme d'esprit."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "gramme et brillamment présenté cette œuvre de haut caractère, à laquelle\nil ne manque guère que d'avoir été orchestrée par Berlioz. JEAN CHAN~\nTAVOINE. »\nJ'ai entendu, en revanche, le concert du 5 novembre àla rue Blanche,\ndepuis la Symphonie inachevée de Schubert jusqu'à la Bourrée fantasque\nde Chabrier, orchestrée assez agréablement par Félix Mottl (mais cette\ntransformation était-elle bien nécessaire ?). Plusieurs œuvres nouvelles\nnous étaient offertes : d'abord, la Chevauchée de la Chimère de Gaston Car-\nraud : musique certainement fort distinguée, un peu trop sobre et trop\ncontenue à mon gré, on croirait presque timide ; des idées intéressantes»\nintelligentes surtout, l'inévitable rythme de galop joliment marqué à l'or-\nchestre; tout cela plus esquissé que dessiné, plus élégant que passionné, et?\nmalgré une très savoureuse orchestration, un peu décevant pour qui con~\nnaît le goût si large et si sûr et le solide talent de l'auteur. Le Cygne de\nTuonela, de Sibelius, est une œuvre de l'école finlandaise, très finlandaise\npar son sujet (Tuonela est l'empire de la mort, et c'est sur le Styx finnois que\nchante le cygne funèbre), et aussi par son caractère, qui est une mélanco-\nlie intense et très douce : mélancolie d'un pays de brumes et d'étangs en-\ndormis, habité par une race ancienne, désespérément attachée aux tradi-\ntions qu'on veut lui enlever. Cette musique me plaît fort par son émouvante\nsincérité ; et ce chant du cor anglais, enveloppé d'accords tristes, est cer-\ntainement une belle chose. Le coloris sombre de l'œuvre n'a pas nui à son\nsuccès, comme on pouvait le craindre après l'étourdissant Caprice espagnol\nde Rimsky-Korsakof. La musique russe doit à l'Espagne quelques-unes de\nses pages les plus savoureuses, entre autres le Convive de pierre de Dar-\ngomyjsky et plusieurs romances de Glinka. Cette affinité, qui peut paraître\nsingulière entre des races si éloignées, s'explique fort bien par une com-\nmune influence orientale et musulmane. Mais l'Espagne, telle qu'elle\napparaît aux Slaves, a plus d'emportement et surtout plus de nerfs que\ncelle des Espagnols, courtoise jusqu'en ses transports. Ces danses de\nRimsky-Korsakof sont parmi les choses les plus colorées, les plus vives, les\nplus violentes, qu'un musicien ait jamais osé écrire ; rien de brutal cepen-\ndant, et tout au contraire une sensibilité suraiguë qui raffine sur le délire\net quintessencie la fureur ; c'est un art de grand seigneur, las depuis long-\ntemps de tout ce qui dans la vie est modéré, mesuré, calculé, et qui n'at-\ntache de prix qu'aux couleurs éclatantes et aux sauvages ardeurs. C'est\njustement ce caractère que d'autres reprocheront à une telle musique ;\nj'avoue qu'elle m'enchante.\nM. Colonne a commencé, avec un succès énorme, son cycle-Beethoven.\nLes deux premières symphonies et des fragments d'Egmont ont ouvert la\nsérie le 5 novembre. Chaque concert comprend, en outre, une œuvre de\nl'école moderne. Ce jour-là, c'était le prélude de l'Enfant-Roi, analysé dans\nle Mercure musical du i 5 août par un critique auquel je reprocherais\naujourd'hui un peu trop d'indulgence.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.8.5", "titre_corps": "COURRIER DE NICE", "titre_sommaire": "COURRIER DE NICE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.46", "debut_caractere": 3141, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "COURRIER DE NICE\nNice et la musique italienne.\nQuelles que soient ses tendances, un compositeur aujourd'hui, pour arri-\nver à la notoriété, est obligé d écrire des œuvres dramatiques. Les écrire ne\nsuffit pas, il faut encore les faire jouer. De là une surabondance de drames"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3845, "texte": "lyriques qui attendent leur tour d'être montés, risquant de ne l'être\njamais, ou trop tard; de là également une préoccupation légitime chez les\nmusiciens français, qui n'ont guère d'autres débouchés pour leurs produc-\ntions que l'Opéra ou l'Opéra-Comique, de voir se créer de nouveaux cen-\ntres artistiques. La jeune école française, fière à bon droit de son incon-\ntestable supériorité, doit veiller jalousement à ce que les nouvelles scènes\npossibles ne soient pas accaparées par des écoles étrangères, dont les pro-\nduits inférieurs, mais de digestion facile, peuvent illusionner la foule igno-\nrante.\nLes essais de décentralisation ont été assez nombreux en France. Les\nprincipaux ont eu lieu le plus souvent dans les petites villes de saison\nfréquentées par une clientèle exclusivement riche, trop riche pour se\npréoccuper d'être intellectuelle, et dont les éléments ne constituent pas un\nvrai public. A Monte-Carlo, à Aix-les-Bains et ailleurs, c'est à de vérita-\nbles représentations privées que ce monde a le privilège acheté\nd'assister. Les œuvres créées sur ces diverses scènes ont dû recevoir peu\naprès leur consécration à Paris, ou n'ont eu qu'une gloire très éphé-\nmère. Une décentralisation sérieuse faite dans une grande ville, ou une\nville de facultés, possédant ou pouvant arriver à posséder un vrai public,\nserait plus désirable pour tout le monde que celle essayée dans des théâ-\ntres antiques ou des arènes, si intéressante soit-elle. C'est ce qui pourrait\net devrait se produire à Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, dans beaucoup\nd'autres villes encore, et enfin à Nice.\nA vrai dire, on songe bien à quelque chose de semblable dans la capitale\nde la Côte d'azur, où Ton se préoccupe surtout d'attirer le plus de monde\npossible. Malgré le voisinage gênant de Monte-Carlo, on a bien l'intention\nd'essayer de centraliser à Nice certaines manifestations artistiques, et en\npremier lieu la création d'oeuvres dramatiques. De prime abord on ne peut\nque s'en réjouir. Les principales célébrités du jour ont été consultées à ce\npropos et ont donné des avis divers. Des auteurs et des compositeurs con-\nnus ont été pressentis et ont promis quelques œuvres inédites, profitant\nainsi de l'excellente occasion qui s'offrait à eux de se débarrasser de leurs\nlaissés pour compte. M. Xavier Leroux, encouragé par le succès obtenu\nici par sa Reine Fiammette, fort bien montée et jouée l'année dernière, et\npour laquelle il a conduit lui-même avec amour l'orchestre à toutes les\nreprésentations, qui ont été relativement nombreuses, profite de la faveur\ndu public niçois pour caser son William Rattcliff dont nous aurons la\nprimeur au cours de la saison prochaine. Cette œuvre, dont M. Colonne fit\nentendre au Châtelet d'importants fragments en 1895, est une des pre-\nmières de Fauteur du Nil. D'une écriture ferme et de pensée vigoureuse,\nelle faisait présager d'autres partitions que celles des Perses ou de la\nReine Fiammette. A cause de cela je crois qu'elle plaira moins. Quoi qu'il\nen soit, pendant que l'on jouera ce William Rattcliff, nous n'aurons pas\ncelui de M. Mascagni (1); c'est toujours autant de gagné. Car l'école ita-\nlienne moderne est envahissante. Elle a déjà conquis les deux Amériques,\net si un mouvement musical réel se produit dans notre région, c'est elle\nencore qui certainement en profitera. Loin de combattre cette invasion,\nnos autorités, le public et la presse la favoriseront. Un fait tout récent va\ndémontrer le bien fondé de mes appréhensions.\nEll septembre dernier, le directeur de notre Opéra fut invité par la com-\n\n(i) Il existe aussi un William Rattcliff de César Gui, joué à Saint-Pétersbourg\nen 1869, cllie *e Monde musical a confondu avec celui de M. Leroux en le men-\ntionnant dans un de ses suppléments comme exécuté aux concerts Colonne en 1895\n.avec MM. Gibert etFournets."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "mission théâtrale de la municipalité à produire le programme de sa pro-\nchaine campagne théâtrale.\nll.proposa, comme nouveautés, la Tosca, Renaud d'Arles, William Ratt-\ncliff, Armide, et enfin le Crépuscule des Dieux, qui devait compléter les\nreprésentations de la tétralogie déjà données au cours des saisons précé-\ndentes (i). Ce programme, d'un éclectisme malheureusement nécessaire,\nétait, à tout prendre, acceptable. Une part raisonnable et suffisante y était\nfaite à l'école italienne moderne. Ces œuvres, ainsi que celles du réper-\ntoire courant, devaient être interprétées par des artistes de valeur: MM.Duc,\nImbart de la Tour, Ibos, Saleza, Van Dyck, Seveilhac; Mmcs Charlotte\nWyns, Landouzy, Mastio, Cesbron, etc., et, en représentation seulement,\nMmes Bréval, Heglon, Litvinne, Cavaiieri, Marié de l'lsle ; MM. Delmas,\nFugère, Renaud, etc. M. Saugey, le directeur de l'Opéra, offrait de pren-\ndre à sa charge la moitié du supplément des frais qu'exigerait la création\ndu Crépuscule des Dieux ou celle à!Armide, ce qui l'honore certainement\net prouve qu'en dehors des nécessités commerciales auxquelles il est con-\ntraint de se soumettre, il a aussi un certain amour-propre d'artiste. Cette\ncombinaison n'a pas été acceptée (crédits insuffisants ! absorbés sans doute\npar le carnaval). Seulement deux jours avant la réunion définitive de cette\ncommission omnipotente et peu éclairée, un journal local publiait une note\ntendancieuse faisant l'éloge de Siberia, l'opéra de Giordano, et demandait\nson adjonction au programme. Il en était décidé ainsi le surlendemain à la\nséance du conseil, de sorte qu'Armide et le Crépuscule des Dieux, remis à\nl'année prochaine - ou aux calendes grecques, seront remplacés par\nSiberia. Au Casino, en compensation, nous aurons la Manon Lescaut de\nPuccini et (horresco referens) une Sanga inédite de M. Isidore de Lara, cette\ndernière cependant si les fonds disponibles le permettent. Et voilà com-\nment les fonds en question, insuffisants pour monter l'oeuvre grandiose\nd'un Gluck ou d'un Wagner, ne le seront plus quand il s'agira des opéras\nitaliens. Et personne ne protestera, au contraire.\nQue la population indigène ait conservé des préférences pour l'opéra\nitalien, joué presque exclusivement et longtemps encore après l'annexion et\njusqu'au fameux incendie de 1881, la chose est assez naturelle. Mais que\nl'on veuille imposer ce répertoire inférieur aux nombreux étrangers, artistes\nou dilettanti, qui viennent se réchauffer au soleil et contempler une nature\nmerveilleuse, c'est aller à l'encontre des bonnes intentions que l'on peut\navoir de créer un centre d'art. Et, malgré tout le mauvais goût dont peut\nfairepreuve un monde qui s'intitule grand parce que riche, je ne puis admettre\nque sur iso ou 200.000 étrangers qui grossissent la population du littoral\nen hiver, et même aussi parmi les sédentaires, il n'y ait pas les mille indi-\nvidus nécessaires pour composer un public intelligent et même raffiné. Le\ncontraire serait par trop pénible à constater. On pourrait donc pour ce\nmillier de spectateurs organiser autre chose qu'une saison d'opéra italien.\nMais la critique musicale ne fera rien pour cela. Faite le plus souvent et le\nmal n'est malheureusement pas spécial à Nice par des chroniqueurs\nmaîtres-jacques, écrivains de valeur assurément, mais incompétents ou de\nparti pris, ayant en général aliéné leur indépendance, elle encouragera au\ncontraire les représentations des opéras transalpins.\nM. Sonzogno a dirigé autrefois l'Opéra de Nice. Il s'en souvient, et après\nSiberia il nous fera passer tout son stock exposé place du Châtelet cette\nannée. Nos chroniqueurs, et parmi eux M. Camille Mauclair, qui verra là\n\n(1) C'est à Nice qu'a été donnée- en 1902 la première représentation de YOr du\nRhin en France."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3698, "texte": "sans doute une manifestation de cette renaissance latine à laquelle il\nparaît croire sincèrement, considéreront comme musique méditerranéenne\nces productions d'une école qui s'obstine à refaire, sans y réussir d'ail»\nleurs, le dernier acte de Carmen, œuvre du Français Bizet prônée par l'Alle-\nmand Nietzsche. Ils argueront qu'à Nice, ville cosmopolite, il est naturel\nde jouer des auteurs étrangers, sans s'apercevoir qu'alors il serait logique\net équitable de monter également des œuvres de la si intéressante école\nrusse, des écoles tchèque, allemande, anglaise, espagnole, etc.\nEt si l'on tient vraiment à favoriser le grand Art, pourquoi encore et sur-\ntout ne pas créer une société de concerts où seraient données régulièrement\ndes séances de musique pure ? Si M. F. Leborne, en 1903, au Casino, et\nd'autres avant ou après lui n'ont obtenu que des demi-succès dans de sem-\nblables tentatives, c'est qu'elles ont été faites sans association, sans organi-\nsation, sans conviction ni enthousiasme dans un établissement très agréa-\nble où l'on joue, où l'on flirte, où l'on se pavane, mais où on ne se recueille\npas pour écouter religieusement de la musique. Il faut édifier des temples\npour réunir des fidèles et prêcher pour les retenir. La presse n'a jamais\nencouragé les musiciens. Prolixe pour les virtuoses précoces, les phéno-\nmènes, les Kubelik ou les Leoncavallo, elle passe dédaigneusement sous\nsilence les séances données par MM. G. Fauré, Diemer, Pugno, par les\nChanteurs de Saint-Gervais, etc. : réclame peu productive ou abondance\ndes matières (5 colonnes consacrées au foot-bali et au lawn-tennis).\nJe conclus. M. Laloy signalait dans le premier numéro du Mercure musi-\ncal « le retour offensif du vérisme italien ». Contrairement à son opinion,\nje crois qu'il faut s'en inquiéter. La demi-réussite de la saison italienne de\nParis ne découragera pas les envahisseurs. Au lieu de franchir à nouveau\nd'un seul bond la distance qui sépare la Lombardie de l'lle-de-France, ils\nreviendront à Paris plus sûrement par petites étapes, en commençant par\nNice. Cette cité, qui est déjà une grande ville, voit sa prospérité grandir\ntous les jours. Si rien ne vient modifier les tendances artistiques qui s'y\nmanifestent, il est à craindre que le mauvais goût ne s'y développe encore\ndavantage et ne devienne contagieux. C'est pour cela que je crois utile de\nsignaler ce danger, sinon pour enrayer sa marche, du moins pour en atté-\nnuer les conséquences.\nEDOUARD PERRIN.\nP.-S. J'apprends au dernier moment que M. Heugel refuse au directeur\nde notre Opéra le droit de jouer non seulement Siberia, mais encore tout le\nrépertoire dont il est éditeur-propriétaire. Cette mesure de protectionnisme\ndésorganise complètement le programme élaboré pour la saison. Car parmi\nles œuvres ainsi prohibées se trouvent également celles de M. Massenet ;\nor pouvez-vous concevoir une saison lyrique sans les ouvrages de M. Mas-\nsenet ? Aussi c'est un désarroi complet. On parle bien de jouer Siberia\nquand même, mais en italien (Sonqogno editore). Il y aurait là de quoi sou-\nlever un incident dangereux, quasi diplomatique. De plus, M. Saugey vient\nd'être nommé directeur du théâtre de Vichy. En quelle langue jouera-t-il\ndans cette ville d'eaux l'opéra de Giordano qu'il voudra y emporter certaine-\nment dans ses cartons et de là probablement à Paris, théâtre delà Gaîté?\n(Que vous disais-je plus haut ?)\nIl y a de la poudre sèche dans l'air ! D'un côté on aiguise les épées (avec\nun Chant de la forge de Leoncavallo sans doute), et de l'autre la vieille\nquerelle des Bouffons est rouverte Cette dernière guerre heureusement\nn'aura rien de tragique ; espérons-le tout au moins !\nE. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.8.6", "titre_corps": "COURRIER DE MANCHESTER", "titre_sommaire": "COURRIER DE MANCHESTER", "signature_source": "Elizabeth d'Irvel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "COURRIER DE MANCHESTER\nElizabeth d'Irvel.\nQuelle ne fut ma surprise en trouvant au programme du Concert Richter\nde jeudi dernier les Variations symphoniques de César Franck, et jouées\npar Raoul Pugno! Cette surprise devint de la félicité lorsque, après l'exécu-\ntion magistrale de cette œuvre admirable, Pugno fut rappelé une fois, deux\nfois, trois fois, quatre même, et il n'y avait pas à s'y tromper, c'était du\nvrai enthousiasme ; la salle était emballée d'un emballement plus spontané\nque celui qui avait accueilli la pluie de perles que Pugno avait versée sur\nnous dans un Concerto de Mozart ; pluie bienfaisante, il faut le dire.\nL'interprétation de Franck fut impeccable. On n'écoutait pas le piano,\non ne contemplait pas le magique bâton de Richter. Seule la pensée du\ngrand maître ressortait dans toute son ampleur, dans toute sa puissance,\ndans toute sa délicatesse. C'est la première fois qu'on entendait du\nFranck à Manchester, ce ne sera sûrement pas la dernière.\nUn mot encore sur un très intéressant récital d'orgue donné à l'Univer-\nsité par le Docteur Kendrick Pyne (docteur en musique !). Au programme :\nun prélude et une fugue de Bach très honnêtement exposés ; un admirable\nAve Maria de Liszt, où l'interprète dénote une connaissance approfondie\nde son instrument ; enfin une Fantaisie de Saint-Saëns dans laquelle le\nDr Kendrick Pyne nous donne bien la preuve qu'il sent la finesse et l'esprit\nde la musique française."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.8.7", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.50", "debut_caractere": 1468, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "ÉCHOS\nLes aboyeurs. Notre ami et collaborateur Henry Gauthier-Villars nous\nécrit ce court billet, d'où il ressort que certain insulteur n'a pas du tout\natteint son but :\nMon cher Laloy,\nVous ne supposef pas que je m'en vais encombrer le Mercure musical\nd'une polémique avec ce roquet mégalomane qui gronde aux jambes de ceux\nqui lui sont supérieurs, c'est-à-dire de tout le monde,\nLaissez-le à sa folie des grondeurs !\nYour's WILLY.\nAu Conservatoire. M. Bienvenu-Martin, ministre de l'instruction pu-\nblique, a ratifié les désignations faites par le conseil supérieur du Conser-\nvatoire. L'arrêté a paru le 6 novembre au Journal officiel.\nM. Bouvet est nommé professeur titulaire d'une classe d'opéra ;\nMM. Caussade et Gédalge, professeurs titulaires des classes de contrepoint\net de fugue, nouvellement créées. r .\nM. Pierre Lalo, critique musical, est nommé membre du conseil superleur\nde l'enseignement du Conservatoire national de musique, en remplacement\nde M. Gédalge. Voilà encore un choix fort heureux, et qui prouve qu'en\nappelant au conseil un homme qui souvent a proclamé l'urgence de grandes\nréformes, M. Dujardin-Beaumetz n'a pas cru introduire l'ennemi dans la\nmaison. D'autres n'en ont pas jugé ainsi, et les démissions de MM. Camille\nSaint-Saëns et Théodore Dubois sont un peu plus significatives qu on ne\nl'eût souhaité, au moins pour le premier des deux."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.51", "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "Quatuor Parent. M. Armand propose de réserver désormais\n4 séances tous les ans aux œuvres de Y Ecole moderne. Les oeuvres exécu-\ntées cette année seront le Quaiuo , le Quintette et la Sonate de Franck, !e\nQuatuor de Ravel, le Quatuor de Debussy, le Quatuor de Fauré, la Sonate\nde d'lndy et le Trio de Magnard (ire audition).\nMais d'autre part, M. Armand Parent veut consacrer, pendant 4 années,\n8 séances tous les ans à l'exécution intégrale des œuvres de musique de\nchambre instrumentale et vocale de Beethoven. C'est la première iois en\nEurope que se produit une semblable initiative artistique.\nD'autre part, les séances organisées par M. Parent au Salon d'automne\nse poursuivent avec d'admirables programmes et un très grand succès, qui\nmontre l'intérêt de plus en plus vif du public pour nos œuvres modernes,\ninterprétées par un grand artiste.\nSociété Bach. Ala Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques, première\naudition annuelle des grandes œuvres d'orgue et de piano de César Franck\npar Mne Blanche Selva et M. Gustave Bret, le vendredi ler décembre à\nq heures du soir. Au programme les trois Chorals pour orgue, Prélude,\nChoral et Fugue, et Prélude, Aria et Finale.\nOn trouve des billets à la Schola Cantorum et chez les principaux édi-\nteurs (4, 3 et 2 fr.).\nMi]e Elisabeth Delhez va donner deux concerts de musique vocale clas-\nsique et contemporaine (Franck, Lekeu, d'lndy, Chausson, Debussy,\nRichard Strauss) à la salle Pleyel, les lundi i 3 et mercredi 22 novembre,\navec le concours de MM. Jean Ten Have et François Dressen, premier\nvioloncelle solo des Concerts Lamoureux. La composition des programmes\net le talent des artistes donneront un grand intérêt à ces concerts.\nNécrologie. Le 29 octobre est mort, à Paris, Jules Danbé, le distingué\nchef d'orchestre. Il était âgé de 65 ans.\nElève de violon au Conservatoire, Jules Danbé avait d'abord fait partie\nde l'orchestre du Théâtre-Lyrique, puis de celui de l'Opéra jusqu'en 1870.\nA cette époque, il fonda les concerts du Grand-Hôtel, qui eurent beaucoup\nde vogue. En 187?, lorque M. Vizentini ressuscita le Théâtre-Lyrique au\nsquare des Arts et Métiers, il choisit Danbé pour le doubler et le suppléer\ndans la direction de l'orchestre.\nEn 1877, il succéda à Charles Lamoureux comme chef d'orchestre de\nl'Opéra-Comique et resta à ce poste jusqu'en 1898. Il dirigea depuis les\nConcerts du Casino d'Argelès, puis ceux de Vichy. Il avait fondé il y a\ndeux ans les concerts de l'Ambigu, dont le succès était très vif.\nG'est un excellent musicien qui s'en va, et l'on peut dire de lui (chose\nnotable pour un chef d'orchestre) qu'il laisse des regrets unanimes à\ntous ceux qui furent ses amis ou ses collaborateurs.\nPAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-11-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-11-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.2", "debut_caractere": 631, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "E. Éditeur de Musique\n2, rue de\n• • m'KiMMÉÉiÉnMiII\nII\nCHANT ET PIANO\nBardac(R-). <t Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. jVe/e\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nL Roses en bracelet autour.\nIL Dans le jeune et frais cimetière,,\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. Net.\n- « Cinq mélodies ».\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\nIL Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\n'IYr. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net*\nBëodat de Sévêrac.\nChanson de Blaisine (M, Magre). Net.\nLeChevrier. (P. Rey).\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nBuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gautier).\nBupont (G;). Les Effarés (J.~A,\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nHavel(M.). D'Anne jouant deTEspi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige.\n(Epigrammes de CL Marot).\n5o\n7°\n»\n7°\n7o\n2 5o\n70\n70\n70\nPIANO\nBilla (R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse , en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\n>LJ •\n»\n»\n»\n»\n»\n»\n»\nRhené-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net»\nIL Prélude oriental, en fa%mai. »\nlIL Prélude, en ut min.\nIV. Prélude, en la j? maj.\nV. Prélude ancien, en si min„\nVI. Prélude, en sol min.\nKavel (M.). Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte.\nVanzande (R,). Marine.\nLabey (M ). Symphonie en mis\npiano 4 mains.\nBuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S, Baçh.) »\nPrélude et fugpie en mi min. (de\nJ. S. Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)* Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.-M>). 1\" Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis. Largo en mi mai. (attri-\nbué à Haendel).\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyac (A.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M„); Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate* »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nBIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pourpiano\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc*\nSeitz (A.). Quatuor, pour Instru-\nments à cordes.\n1\n2\nI\nI\n1\n3\n3\n2\n2\n»\n5o\n»\n70\n?!\n35\n»\n5o\n8 »\n3 »\nÏ 70\n10 »\ni 5\n!\n8\n8\n70\n»\n15\n»\nS»\n12\n5\n12\n»\n5o\n»\n»\nAgence de la Société Nationale de jïasïqae\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.1", "texte": "lre Année. N° 13 —45 Novembre 1905.\nFRANCE. ofr 50 | UNION P05TALE........ 0 fr. 60\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\nCh. Jarlot\nP24, Boulevard Saint-Michel\nPARIS VIe\nADMINISTRATION :\n\"ET* HAMN^N\nE. Demets\n,\n2, Rue de Louvois\nPARIS IIe\n\nSommaire\nÉMILE VUILLERMOZ . Une tasse de thé,\nARMANDE DE POLIGNAC.. Pensées d'ailleurs,\nJ.-G. PRODHOMME. Lettres de Beethoven àla famille Brentano.\nMARTIAL TENEO... ..... M iettes historiques.\n[ JEAN MARNOLD Les sons inférieurs et la théorie de M. Hugo\nRiemann.\n! CH. LÉANDRE A Ja Sc\n| REVUE DE LA QUINZAINE\nRAYMOND BOUYER. ... V\nI LOUIS LÂLOY j Les Théâtres.\n| WLLLY • A bâtons rompus. .\nLouis LALOY Les Concerts.\n| EDOUARD PERRIN Courrier de Nice.\nI ÉLISABETH D'IRVEL.. de Manchester."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.2", "texte": "Pi Mercure Musical parait le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS %\nUn an. Six mois,,\nPARIS ET DÉPARTEMENTS ; 12 fr. 6 fr.\nÉTRANGER „„«»#*»• «»»••• • » • » • ».» »»•* • « « 1 fr. 7 fr. 50\n'\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\n« Toat avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste. m Hf]\nRÉDACTION : 2,. rue de Louvois, PARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. Éditeur de Musique\n2, rue de\n• • m'KiMMÉÉiÉnMiII\nII\nCHANT ET PIANO\nBardac(R-). <t Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. jVe/e\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nL Roses en bracelet autour.\nIL Dans le jeune et frais cimetière,,\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. Net.\n- « Cinq mélodies ».\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\nIL Si la plage penche (P. 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Ah ! fi, le vilain homme !\nLa musique a maintenant son affaire Dreyfus, approuva\nle long baron ; les amis et les ennemis de la Neuvième s'a-\nbandonnent aux mêmes excès de langage que les partisans\net les adversaires du Sabre et du Goupillon. L' « Affaire De-\nbussy » partagera la France...\n—Au fond, railla le petit C., c'est peut-être la véritable\nexplication du bordereau : « Ce canaille de D. ! » ...\nEh ! eh ! proféra le savant égyptologue, nos arrière-\nneveux seront peut-être fort embarrassés pour isoler ces deux\ngrands conflits intellectuels symétriques qui troublèrent pres-\nque au même instant l'aurore du xxe siècle. Les documents in-\ncomplets qui nous survivront dans quelques centaines d'années\nseront singulièrement décevants ...\nAchille Debussy et Alfred Dreyfus ont les deux mêmes\ninitiales, observa sévèrement le vieux général en déposant sa\ntasse sur le plateau avec un bruit sec.\nIl n'en faudra peut-être pas davantage pour créer des\nconfusions irréparables dans l'esprit de nos descendants, reprit\nle savant avec tristesse. Les civilisations éloignées cherchent en\nvain à se connaître, les chances d'erreur sont trop nombreuses !\nIl se peut que les traités d'histoire ancienne enseignent un jour\nqu'un chef de musique militaire, nommé Achille Dreyfussy,\nfut accusé de haute trahison par un expert en harmonie qui\navait étudié de près son écriture. Le monde entier s'occupa du\ndifférend, continuera notre historien. Sur le témoignage d'o-\nreilles puristes, l'ami des dissonances fut inculpé de faux et\nd'usage de faux et condamné à la mise en loge au nom de la\n\nLE MERCURE MUSICAL\n34"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.4", "texte": "506\nLE MERCURÈ MUSICAL\n\njustesse. Cette pénalité était fréquemment appliquée, à l'époque,\naux jeunes compositeurs insoumis. Mais, au lieu de subir sa\npeine à Compiègne, suivant l'usage, il la purgea au Conserva-\ntoire de l'lle du Diable...\nOù il composa, sans doute, son Diable dans le Clocher,\nrisqua le jeune C.\nEt Y Après-midi d'un faux...» s'exclama bruyamment le\nvieux général, que satisfaisaient les pires à peu près. Un silence\npénible stagna et les petits fours symboliques circulaient parmi\nles sourires contraints lorsque le fameux compositeur R.-N.\nentra dans le salon.\n« Vous arrivez à point, s'écria joyeusement la maîtresse\nde la maison; vous allez pouvoir nous mettre tous d'accord en\nélevant dans notre discussion une voix vraiment autorisée.\nJ'espère, mon cher maître, ajouta la charmante Mme de F.,\nque vous allez remettre au point les théories musicales écha-\nfaudées avec audace par tous ces amateurs ignorants. Après\ntant d'opinions de dilettanti, l'avis d'un compositeur va nous\nêtre singulièrement précieux à retenir...\nN'en croyez rien, Madame, répondit R.-N. avec amer-\ntume. Les problèmes musicaux sont les seuls auxquels il ne\nm'est pas permis de m'intéresser. On tolérera fort bien que\nje critique et analyse l'art d'un Claude Monet ou d'un Mallarmé-,\nmais mon sentiment sur une symphonie est immédiatement\nsuspect, et le jugement que je pourrais formuler sur un quatuor\nest d'avance frappé de nullité... »\nD'aimables protestations s'élevèrent de toutes parts ; mais le\ncompositeur, parcourant le salon du regard, ajouta, non sans\naigreur :\n« L'absence de tout critique musical explique la civilité\nde vos encouragements. Je vois qu'on pousse ici l'amour du\nparadoxe jusqu'à tenir compte en musique des avis d'un mu-\nsicien. Singulière aberration ! Le dernier des journalistes\nd'art vous démontrerait facilement que l'harmonie m'aveugle,\nque la fugue m'atrophie et que le contrepoint m'intoxique. On\nne peut pas savoir orchestrer et jouir d'une polyphonie ! Le\nfait de sentir les tendances sonores des accords prouve sura-\nbondamment que j'ai le tympan perforé! Non, non ! L'esthé-\ntique musicale s'accommode d'une ignorance hautaine. J avais\nla permission de réduire en poussière les œuvres les plus co-\nlossales lorsque je n'avais pas encore terminé l'étude de mon\nsolfège\", mais maintenant que j'ai eu le malheur d'écrire quel-\nques partitions, je suis déchu de tous mes droits à la discus-\nsion ! Tout le monde sait cela et je m'étonne d'être obligé de\nvous l'apprendre!..."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.5", "texte": "UNE TASSE DE THÈ\n507\n\nVous êtes injuste pour la musicographie, dit le vieux\nsavant en souriant. J'ai lu ces jours-ci un article d'un cer-\ntain Jean d Udine qui me paraît animé des intentions les plus\nconciliantes. Il s y trouvait de très consolantes formules parmi\nlesquelles j'ai retenu celles-ci : « Je n'ai jamais méprisé les gens\nqui apprennent la musique avant d'en parler moi-même je l'ai\napprise un peu !... », et : « Je ne déconseillerai même à aucun\ncompositeur d'étudier l'harmonie et la théorie musicale. » Que\nvous faut-il de plus ?\n« M. d'Udine est vraiment trop bon ! » répondit sèchement\nle musicien, qui se leva et alla aussitôt engager avec la gracieuse\nMme de F. une discussion sur les modes probables de cet hiver.\nNotre ami est bien nerveux ce soir, murmura la maî-\ntresse de la maison avec un peu d'embarras. Il faut l'excuser :\nles méfaits de la presse musicale empoisonnent sa vie, et, de-\npuis quelque temps surtout, la lecture des revues lui donne la\nfièvre quarte !\nAurait-il attrapé la debussyte, lui aussi? s'écria le jeune\nC. en reculant son fauteuil avec un effroi comique.\nJe ne le pense pas, déclara le long baron. J'ai appris\npar cœur l'admirable étude que le docteur Mauclair a consa-\ncrée à cette maladie. Jusqu'ici R.-N. n'a pas présenté les sym-\nptômes caractéristiques de l'épidémie. Vous n'ignorez pas que\nles malheureux qui en sont atteints « se mettent à tourner sur\neux-mêmes comme ces moutons d'Afrique qui ont un ver\ndans la tête » et que leur exaltation provient « d'un mélange\nde salpêtre, de bang crétois,de haschichet decarry ». Or, notre\nami n'a pas encore connu ces manifestations rotatives, et les pe-\ntits pains au foie gras qu'il absorbe en ce moment ne le condui-\nront pas au « vertige meurtrier de l'amok ». Soyez donc pleine-\nment rassurés sur son compte, mais tremblez de rencontrer sur\nvotre route un de ces dangereux malades qui courent Paris en\ncette saison. Gardez-vous de passer devant la maison du\ncure musical,où habitent MM. Marnold et Laloy, que le docteur\nMauclair nous présente comme des debussytiques purulents et\ninfectieux arrivés à leur dernier période...\nJ'aurais cru plutôt que le Mercure serait excellent contre\nces sortes d'affections ! s'esclaffa le général ; c'est la faillite de la\npharmacie !...\nNon, Monsieur, répondit brusquement le compositeur, qui\ndepuis un instant n'écoutait plus que distraitement le gazouillis\nde sa jolie compagne, c'est la faillite delà critique. J'ai lu, moi\naussi, cet article de Camille Mauclair. Il m'a surpris et il m'a\npeiné. J'attendais mieux de ce poète qui apporta toujours de\nla ferveur et de la discrétion dans sa mélomanie sincère. Sa"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.6", "texte": "508\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndiatribe est une réédition des « Pelléastres » de Jean Lorrain,\nsous une forme plus autorisée, et par conséquent plus dange-\nreuse. L'effet en sera le même sur le public bourgeois toujours\nheureux de pouvoir affubler la gent artistique d'un ridicule de\nplus. La debussyte ira rejoindre les grosses cravates, les longs\ncheveux et les capes espagnoles pour contribuer àla formation\nd'un type de grotesque absolument injustifié. Des innocents\nsincères en pâtiront. Le public n'ira pas vérifier la frontière in-\ncertaine qui sépare, d'après Mauclair, le faux et le véritable\namour de Debussy ; il enveloppera tous les combattants de\nl'idéal nouveau dans la même dérision ! Sous prétexte de puri-\nfier l'encens qui fume aux pieds de la Nouvelle Idole, le mala-\ndroit ami a brisé l'encensoir !\nVous êtes plus royaliste que le roi, cher maître, dit\nMme de F., un peu vexée de son abandon. Mauclair est un\ncamarade de Debussy et le connaît depuis longtemps. Aurez-\nvous l'audace de lui dénier le droit de le défendre contre ses\nadmirateurs maladroits et de chercher à éloigner les ours qui\njonglent trop près de lui avec des pavés ?...\nL'argument est séduisant, Madame, mais il n'est pas\npéremptoire. Je connais trop ces amis de Debussy qui ne se sont\njamais consolés du succès de parce qu'ils regrettent\nle temps où ils étaient seuls à le savourer autour du piano de\nl'auteur. C'était une joie délicate que de pouvoir dire dans les\ncouloirs de l'Opéra-Comique : « Il y a dix ans que je connais\nla partition. » Une auréole s'était attachée au front de ces pré-\ncurseurs : ils la voient pâlir avec tristesse et ne peuvent se ré-\nsigner à sentir leur enthousiasme dépassé par celui des audi-\nteurs de la dernière heure ! Comme Golaud ils s'écrient naïve-\nment : « Je connais Pelléas mieux que toi », et ne se souviennent\nplus que Golaud se trompait cruellement ! Touchant point\nd'honneur ! L'ancienneté n'a rien à voir dans cette circonstance,\net le meilleur ami de Debussy lui fut peut-être acquis par la\ndernière représentation de son chef-d'œuvre 1 Les camarades de\nla première heure en conviendront toujours malaisément.\nQuelle amertume, cher maître ! s'écria le savant. L'ar-\nticle de Mauclair m'avait séduit par sa verve et sa franchise, et\nj'avais particulièrement goûté ses revendications à la liberté\nd'émotion contre l'impérative science de M. Laloy. Je m'étonne\nde vous voir embrasser les doctrines de cet esthéticien autori-\ntaire, vous qui vous piquez d'indépendance !...\nAussi ne les embrassé-je point, se récria le compositeur.\nA mon avis, M. Laloy n'est pas plus autorisé que M. Mauclair\nà invoquer le témoignage de la science musicale. Tous deux\nsont des amateurs qui se chicanent, et rien de plus. Leurs avis"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.7", "texte": "UNE TASSE DE THÉ\n509\n\nne m'importent nullement. Ils compromettent à plaisir leur\nmusicien en voulant le défendre à leur manière et sont fort\ncapables de l'écarteler. Dans l'ardeur de leur duel ils risquent\nà chaque instant de l'éborgner. Le premier s'enorgueillit de le\ncompter parmi ses amis, le second lui répond qu'on doit dis-\nsimuler soigneusement ces choses-là « comme un secret » (1) !\nL'un le fait tournoyer au-dessus de sa tête comme une massue,\nl'autre l'enfouit dans un caveau profond, comme un trésor v01é...\naucun ne songe à l'embrasser, tout simplement !... Et la lutte\nest devenue si âpre que son objet est oublié et que le fidèle\nMauclair;, hors de lui, profère ces paroles inattendues : « Je fini-\nrai par prendre la musique de Debussy en grippe !... Après tout,\nil n'est pas encore de la taille des grands !... Ce n'est pas un...\nBerlioz ! » Ah ! Seigneur, gardez-moi de mes amis!...\nMais l'agréable Mme de F. supportait impatiemment ces\ndiscours et s'écria soudain avec autorité :\n« Au lieu d'attaquer ainsi des gens qui ne vous deman-\ndent rien, vous feriez mieux de lire dans le\nun article excellent de M. Jean Huré qui démontre clairement\nque votre Debussy n'a rien inventé du tout et s'est contenté de\nrépéter avec insistance les trouvailles harmoniques de Chopin,\nde Bruneau et de d'lndy ! Vous voyez bien que vous accordez\nà ce personnage une importance exagérée.\nJ'aime à croire, chère Madame, répondit le compositeur,\nque vous avez mal compris la pensée de M. Huré.rJ'ai lu les\nexemples qu'il cite à l'appui de sa thèse. Ils sont parfaitement\nexacts. Chopin a écrit avant Debussy des successions de tierces\nmajeures, et, certes, des enchaînements de neuvièmes existaient\nnon seulement chez Chabrier, mais encore dans Erik Satie,\nque M. Huré a oublié dans son énumération. Pourtant l'origi-\nnalité de Fécriture harmonique de Debussy reste entière, et\nj'en veux un peu à M. Huré de ne l'avoir reconnu qu'avec mol-\nlesse. L'art d'un Debussy cristallise une série de tendances\néparses dans l'atmosphère musicale que nous respirons, et c'est\npar là qu'il est devenu vraiment représentatif. Ses harmonies\npréférées peuvent se retrouver çà et là chez ses prédécesseurs ;\nmais elles sont présentées avant lui avec une discrétion qui\n\n(i) Allusion à la lettre que Louis Laloy fit paraître, en réponse à l'article\nde Camille Mauclair, et dans le meme journal ; nous croyons devoir en\nciter ici ce passage :\nQuant à l'évocation d'un Debussy co\ncritique, elle m'a donné quelques instants d'une doucejoie dont je 771 abstiendrai\nd'indiquer les 7~aisons. Libre à M. Mauclair de brandir ses amis co77ime des\narmes. Poii7~« nous autres », il est des\ncomme des secrets."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.8", "texte": "510\nLE MERCURE MUSICAL\n\nfrise l'indifférence. La place sacrifiée qui leur est assignée\nprouve bien que ces agrégations n'offraient qu'un mince attrait\nsensuel à l'oreille de nos ancêtres. Qu'on ne nous présente pas\nces accords comme des joyaux inestimables sertis avec une mo-\ndestie voulue ! Il est trop visible que ces diamants passèrent\nautrefois pour de la verroterie et que ce furent d'autres re-\nflets, aujourd'hui éteints, qui séduisirent alors les joailliers du\nson. Chopin n'aurait éprouvé aucun plaisir à voir se prolonger\npendant trente mesures les ondulations de tierces majeures\ndont il a donné sans enthousiasme un timide exemple et que\nDebussy a faites siennes parle charme de leur présentation. Le\ncontrepoint classique amena souvent dans les coins obscurs\ndes mesures, sur les temps faibles, par le plus grand des hasards,\nde savoureuses rencontres de notes de passage ! Faudrait-il y\nvoir la source de nos recherches harmoniques actuelles ? Pas\ndavantage. Ce n'est pas une paternité sérieuse ! Qu'importe\nd'ailleurs que Debussy ait inventé ou non ses harmonies isolées,\nla trouvaille n'est pas là : elle est tout entière dans les propor-\ntions inédites de ses mélanges et dans le parti qu'il a su en\ntirer. A-t-on jamais songé à dénier à Marconi la découverte de\nla télégraphie sans [fil sous prétexte que ce n'est pas lui qui a\nfabriqué les ondes hertziennes ?... »\nCependant le petit C. avait rapproché, lentement mais sûre-\nment, son fauteuil de celui de la toute exquise Mme de F. et lui\nmurmurait à l'oreille de mystérieuses paroles.\nEt R.-N.,qui avait l'ouïe subtile, surprit ces affligeants propos:\n« Je croyais qu'il nous avait déclaré tout à l'heure qu'il\nn'avait plus le droit de causer esthétique ! Grands dieux! Que\nserait-ce donc si cette liberté lui était rendue ?\nVous récoltez ce que vous avez semé, imprudente amie!\nPourquoi l'avez-vous lancé sur ce terrain dangereux ?\nParce que, pendant qu'il cause, il ne peut pas jouer ses\nœuvres. Entre deux maux il faut choisir le moindre !... »\nEt la jeune femme sourit avec une délicieuse innocence.\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.9", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nL'art est un sacerdoce dont ses adeptes sont les prêtres. L'art\ndoit être sacré et par conséquent mystérieux, occulte et ésoté-\nrique. Les dieux ne sont plus : gardons-nous de perdre aussi la\nmusique. Car savoir, c'est ne plus croire, et connaître, c'est ne\nplus jouir. N'initions pas. Qu'adviendrait-il si les fidèles\nvoyaient sortir, la nuit, les prêtres pour manger les offrandes\ndéposées sur les autels devant les dieux ?\nCe qu'il faut supprimer, c'est l'amateur éduqué ; je prends\namateur dans le sens strict du mot, c'est-à-dire : celui qui\naime la musique. Il faut que celui qui écoute ne sache rien ;\nses sensations seront meilleures et plus justes. La très belle\nmusique sera goûtée tôt ou tard, car, le temps aidant, le public\ns'élèvera jusqu'à elle, et s'il doit rester toujours un peu en retard,\ntant mieux pour les précurseurs de génie qui sont si vite dé-\ntrônés. (Il s'agit ici, bien entendu, du public musicien, suscep-\ntible d'être impressionné par l'art vrai, et par l'art vrai seule-\nment.)\nL'éducation musicale fausserait le jugement en développant\nla tendance à critiquer avec une science forcément insuffisante\n(car on n'acquiert la science qu'avec beaucoup de pratique), ou\nbien elle émousserait le goût par des analyses trop initiatrices,\ndes recherches trop prolongées.\nDans d'autres cas on arrive bien à former le goût, c'est-à-dire\nà lui enseigner les différences de qualité dans la musique ; mais\ncomme l'on ne peut par l'enseignement donner des sensations à\ncelui qui n'en a pas ou donner des sensations d'un ordre plus\nélevé ou raffiné à celui qui par sa nature goûte la chanson de\ncafé-concert, il arrive que le jugement se forme d'après certaines\nrègles, et alors les Boileaux de la musique remporteront la vic-\ntoire.\nOn donnera la palme à une musique impeccable sous tous\nrapports, mais où l'on s'évertuerait en vain à trouver de la mu-\nsicalité, c'est-à-dire une raison d'être. Une musique dont les pro-\nblèmes ont bien été résolus, mais au prix de quel labeur mani-\nfeste, avec quelle correcte maladresse ! celle-là sera sanctionnée"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.10", "texte": "512\nLE MERCURE MUSICAL\n\npar le pédantisme ! Et l'on s'habituera à croire que la musique\nest faite pour la lecture seulement. L'on ne verra dans Bach\nque le tour de main, alors qu'il se laissait si bien guider par\nl'euphonie (toujours dans le vrai sens du mot) ; ou bien on se\nformalisera de ses nombreuses quintes par mouvement direct,\nfausses relations, etc., et 011 dira : « Bach n'est pas un pur. >* Puis\non en arrivera à considérer le métier pour lui-même, alors qu'il\ndoit être un moyen si évidemment nécessaire, indispensable et\nsous-entendu que l'auditeur n'a pas à s'en préoccuper. Pour\npeu qu'il se soucie de son intérêt, il sera plus sympathique et\nmoins ridicule en jugeant la musique subjectivement et en di-\nsant la sensation ressentie plutôt que de s'exprimer dans le\njargon du métier.\nQuand vous voyez un joli tissu, qu'avez-vous besoin d'aller\ncompter les fils ?\nUn jour, tel jeune amateur enthousiasmé, frais échappé d'un\ncours, circulait en disant : « Une sonate de Beethoven? c'est très\nsimple, je sais exactement comment cela se fait ! En avez-\nvous fait une ? lui demanda-t-on. Non, ce n'est pas la peine,\nmais je le pourrais si je voulais. » Au nom du ciel, n'en faites\npas, jeune amateur *, il y a déjà tant de sonates de Beethoven,\nsans compter les siennes !\nImaginons maintenant un auditeur capable de perceptions\nmusicales, écoutant la chose la plus sublime qui fut jamais\nécrite : le Après-midi a un Faune de Cl. Debussy. Voici\n\"•'•1• 1 t ■» t 1\nce qu'il sentira : des taches de soleil, des gouttes d'eau, de la\nlumière qui tremble. Une mélodie qui ne gêne pas, qu'on ne\npourrait vouloir autre, s'infiltre délicieusement. Gela vibre de\npartout. On ne sait plus si on voit, si l'on entend, si l'on sent.\nOn est tout entouré. La mélodie initiale de la flûte dans son\noctave jolie s'épanouit, se recroqueville, s'étire, court, s'orne-\nmente, se complaît, s'encadre de toutes les manières. Elle est\nfascinante toujours, en elle-même et non parce qu'on la com-\npare à sa première apparition. On n'a pas besoin pour s'en\ndélecter de se démontrer ses changements à l'aide de la mémoire.\nArt qui se fait complexe seulement pour vous toucher de plus\nde côtés à la fois, et non pour faire étalage de scolastique.\nComplexe et direct.\nPour jouir de tout cela, l'auditeur a-t-il besoin de connaître la\ntechnique ? Au contraire, son intellect sera alors attiré de ce\ncôté-là, sera distrait, amusé, intéressé. Il se peut qu'il ne su-\nbisse pas la musique ; elle ne le prendra plus. Il suivra, dé-\ngrisé, quoique avec admiration, les méandres de la coulisse. Que\nlui importe de savoir comment sont atteints ces effets ? que les\ncordes sont parfois divisées en onze parties, que les harpes sont"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.11", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n513\n\naccordées sur un accord de 7e, que les cors se balancent sur de\ndouces broderies de fond, que tout cet effet surprenant est pro-\nduit par un orchestre plutôt restreint, dans lequel il n'y a ni\ntimbales, ni trompettes, ni trombones, ni clarinette basse, et\nainsi de suite ?\nPeut-être vaut-il mieux pour l'amateur qu'il ne sache rien, à\nmoins qu'il n'ait assez d'entendement pour se laisser aller au\ncharme de l'impression purement auditive et se dire que la mu-\nsique, comme les autres arts, doit être avant tout plastique.\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.12", "texte": "LETTRES DE BEETHOVEN\nA LA FAMILLE BRENTANO\n\nLes lettres qui suivent ont été imprimées récemment en Alle-\nmagne d'après les originaux, dans le\nBeethoven à Bonn et dans un supplément de la\ntung (1). Elles datent des quinze dernières années de la vie de\nBeethoven et leur publication n'est pas sans intérêt pour l'étude\nde la psychologie du grand maître de la musique allemande ;\nd'ailleurs, à eux seuls, les détails matériels qu'elles contiennent\nsuffiraient à justifier cette publication.\nC'est à Vienne que Beethoven connut les Brentano de Franc-\nfort-sur-Main ; il fréquentait la famille de Birkenstock, dont un\nmembre, Joseph Melchior, prœeept (mort en 1809),\nétait le beau-père de Franz Brentano. Lorsque, en 1810, la\nsœur de celui-ci, Elisabeth (2), célèbre, sous le nom de Bettina,\npar sa correspondance avec Goethe, vint à Vienne, elle ne tarda\npas à faire la connaissance de Beethoven et à se lier avec lui d'une\nvive amitié. C'était au mois de mai 1810 ; Bettina a raconté elle-\nmême, dans une lettre à Gœthe, sa première entrevue avec le\ncompositeur :\n« Lorsque j'entrai, sans être annoncée, il s'assit au piano, je\ndis mon nom, il fut très amical et demanda si je voulais en-\ntendre un lied qu'il venait de composer. Il chanta alors d'une\nvoix ferme et tranchante, dont la mélancolie se communiqua\naux assistants : Connais-tu le pays ? « N'est-ce pas, c'est beau?\n« dit-il avec conviction, admirable : je veux chanter encore une\n« fois. » Mon assentiment empressé lui plut... Il chanta un lied\nde toi, qu'il avait aussi composé le jour même : Ne sêehe\\ pas\nles pleurs de l'amour éternel. »\n\n(1) Fuhrer durch das Beethovenhaus à Bonn, Nachtrag 347 et suivants\nSuppléments de la Vossische Zeitung, 1908, noS 30-3ï, art. du Dr Kalischer.\n(2) Née à Francfort le 4 avril 1785 ; mariée en avril 18] ï ; veuve en jan-\nvier 1831 ; morte à Berlin le 20 janvier 1859."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.13", "texte": "LETTRES DE BEETHOVEN A LA FAAiILLE BRENTANO\n515\n\nJusqu'à la fin de sa vie, Beethoven entretint les meilleures\nrelations, tant avec sa jeune amie, devenue bientôt Mme von Arnin\n(en 1811), qu'avec Franz et Antonia (Toni) Brentano et leur\nfille Maximilienne, à laquelle il dédia une de ses dernières\nsonates.\nDe retour à Francfort, les Brentano reçurent de Beethoven,\nentre 1814 et 1823, un certain nombre de lettres, dont neuf\n(celles qui sont traduites ici) furent acquises en 1896 par le\nVerein Beethovenhaasde Bonn.\nLa première, d'après un journal tenu par Beethoven, de 1812\nà 1818, peut être datée de 1814. « Je dois 2300 fl. aux F. A. 8.,\nune fois 1100 et 60 [ducats] », lit-on dans ce manuscrit, à\nl'année 1814. Les lettres F. A. B. désignent sans doute Franz\net Antonia Brentano, plutôt que Franz seul (qui se prénommait\négalement Anton).\nLa seconde doit être datée de l'année suivante. Beethoven y\nlait allusion à la mauvaise situation financière de l'Autriche,\nqui obligea ses protecteurs, les princes Ferdinand von Kinsky,\nFerdinand von Lobkowitz et l'archiduc Rodolphe, à réduire la\npension annuelle de 400 florins qu'ils lui avaient faite en 1808,\npour le détourner de partir pour la cour de Jérôme Bonaparte,\nroi de Westphalie, et le retenir à Vienne. L'un des deux frères\nde Beethoven, Cari, auquel cette lettre fait aussi allusion, était\ncaissier de la Banque royale et impériale ; il souffrait d'une\nmaladie incurable qui nécessita son internement, et mourut le\n1 5 novembre 1815.\nLes dernières lettres se rapportent presque exclusivement à la\nGrand' Messe (Missa solemnis,op. 123), « l'œuvre le plus ac-\ncompli de ma vie », disait Beethoven lui-même ; elle fut exécutée\npour la première fois, en même temps que la\navec chœurs, le 9 mai 1824 ; le compositeur lui chercha un\néditeur; mais ce ne fut ni Simrock, à qui il la promit presque,\nni Artaria de Vienne, ni Schlesinger, « l'éditeur juif », de Ber-\nlin, ni Peters, de Leipzig, auxquels il la proposa successivement,\nqui la publièrent. Elle parut en 1823, chez Schott, de Mayence.\nIl y est aussi souvent question d'argent ; c'est que la situation\ndu compositeur était toujours très embarrassée ; mais Beethoven\neut toujours chez les Brentano des amis sûrs, dont il pouvait\nuser en toute circonstance, et ces lettres en sont une preuve, en\nmême temps que le témoignage de l'amitié sincère, un peu\nnaïve, qu'il ne cessa de porter au sénateur de Francfort et à\nsa famille.\n★\n* *"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.14", "texte": "516\nLE MERCURE MUSICAL\n\nA ANTONIA BRENTANO\nMa chère amie, toutes les circonstances [dans lesquelles je me\ntrouve] qui d'ailleurs vont bientôt s'améliorer ne m'ont pas mis\nen situation d'accepter la lettre [a;q] et\nmave\\ envoyée —je l'ai reçue par [l'intermédiaire d'] un étran-\nger, à ce qu'il me semble, lequel ne m'a pas paru prendre la\nchose bien à cœur, car ne m ayant pas trouvé che\\ moi, une pre-\nmière fois, il revint 8 jours après, me fit remettre la lettre de\nchange sans même vouloir venir jusq\nsuite je me rendis che\\Pacher,\navant-hier aucun avis, ils ne connaissent même pas le tireur\ncomme vous dites —j'en ai conclu qu'il était nécessaire de vous\navertir immédiatement et j'attends vos décisions à ce sujet —je\nvous aurais bien renvoyé la lettre de change, seulement je ne com-\nprends rien à ces choses, comme vous save\\, et aurais pu par\nsuite commettre facilement une erreur—à la hâte, votre recon-\nnaissant Beethoven.\n(De l'adresse, il ne subsiste que le mot « Frankfurt am Main », et le ca-\nchet bleu de Beethoven, portant les lettres L. V. B.)\n[Mon] amie estimée !\nAyant appris que vous êtes en relation avec Geimuller (i ), je\nvous envoie l'attestation à ce propos les cochons méritent juste-\nment leur nom je suis bien fâché de ce que votre générosité àmon\négard vous fait supporter vraiment notre situation par ce la-\nmentable état des finances, est devenue de nouveau bien pénible\net on nen espère pas la fin voici un autre objet dont je dois\nvous entretenir. C'est à propos d'u\npipe : parmi les individus [dont\nsouffrent, se trouve mon frère, qui à cause de sa mauvaise santé\na dû se faire pensionner, la situ\ndure, je fais tout ce qui m'est p\npas. Il possède une tête de pipe,\nà Frankfurt, il est difficile de lui\nde son état de santé, et c'est pourquoi\nprier, de lui permettre, de vous envoyer cette tête de pipe, il vient\nvous tant de personnes que v\nvous en défaire mon frère [comp\n10 Louis-d'or je men rapporte\n\n(1) Geymùller était un banquier de la capitale autrichienne chez lequel\nBeethoven rencontra le poète Grillparzer. Les mots soulignés ici sont,\nsoit soulignés, soit écrits en caractères latins par Beethoven."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.15", "texte": "LETTRES DE BEETHOVEN A LA FAMILLE BRENTANO\n517\n\ngrands besoins, il lui faut entretenir cheval e\nvoir vivre (car il tient beaucoup àla vie) autant que je perdrais\nvolontiers la mienne !!(1)\nAdieu, bien honorée amie, je salue Fran\\ de [tout mon] cœur,\n[je] lui souhaite une vie idéale, gai\nvotre vraiment dévoué et ami Beethoven.\n(Adresse : « A M'»® Antonio, von Brentano, née noble de Birkenstock à\nFrankfurt am Main, à délivrer dans la Gallengasse im Schillingsten Hause,\n2 ter Stock ».) Le timbre bleu, avec les lettres L. V. 8., se voit sous la si-\ngnature de Beethoven.\n*\n* ¥•\n\nA FRANZ BRENTANO\nVienne, le 4 mars 1816.\nMonsieur Franz Brentano,\nHochwohlgeboren.\nJe vous recommande mon excel\nvins de l'Europe M. Neberich, même dans l'arrangement esthé-\ntique de la succession des différents vins, cest un maître et il mé-\nrite tout éloge, je ne doute pas qu'il n'obtienne les plus grands\nhonneurs au Haut Conseil de Francfort, le rang de prêtre lui\nappartient dans tous les sacrifices offerts à Bachus (sic), et il est\nimpossible à quiconque de pousser Evoe Evoe.\nsouhaite qu'à l'occasion vous vous souveniez volontiers de votre\nami L. Beethoven.\n(Adresse : « Au bien-né A. Franz Brentano, Frankfurt (am Main) ». Sous\nla place dupain à cacheter on lit : «N. B. La Miszalion (2) était introuvable\naujourd'hui. » Le timbre bleu de Beethoven précède la signature et se re-\ntrouve également sur l'adresse.)\n(î) Le DrKalischer rapproche de cette phrase le paragraphe b du testament\nde Garl van Beethoven, écrit par celui-ci la veille de sa mort : « Je ferai\nremarquer que la voiture en question, le cheval, la chevre, les paons et les\nplantes en pots dans le jardin, sont la propriété de ma femme, et provien-\nnent de l'héritage de son grand-père. » C'est ce qui explique que Garl eût,\nmalgré sa mauvaise fortune, cheval et voiture.\n(2) Ce mot à tournure italienne signifie soit un missel (.Misscile en aile-\nmand), soit le caractère d'imprimerie appelé grobe Missal (caractère_de\n64 points)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.16", "texte": "518\nLE MERCURE MUSICAL\n\nA ANTONIA BRENTANO\nVienne, le 29 septembre 1816.\nMon honorée amie !\nJe vous recommande le fils de M. Simrock(i) de Bonn dont\nf ai fait la connaissance ici, il peut et doit vous raconter diffé-\nrentes choses sur ma situation actuelle, c'est-à-dire en partie aussi\nsur VAutriche votre patrie. — J'apprends que vous êtes en bonne\nsanté, que F.[ran%], que je salue Séna-\nteur et rajeunit toujours de plus\nprié, au cas où M. Simrock devrait me faire des paiements, d'être\nasse% aimable pour me les transmettre de la façon la moins oné-\nreuse.\nF. est maintenant aussi, comme je Vapprends, un des sommets\nou un des piliers de Vantique ville de Francfort, dont nous le féli-\ncitons de [tout] cœur. — Vous apprendre\\ comment je suis devenu\npère et comment j'ai des soucis de père. — Mon pauvre neveu a\nune hernie, et il a été opéré récemment et même de façon très heu-\nreuse. — A part cela je n'ai rien d'intéressant à vous mander d'ici,\nsi ce n'est que notre gouvernement doit de plus en plus être gou-\nverné, et que nous ne croyons pas de beaucoup avoir encore vécu le\npire. —Je vous salue de tout mon cœur et souhaite que vous vous\nsouveniez volontiers de moi quelque jour.\nEn h\n(Adresse : a.A Mme d'Antonia Brentano née noble de Birkenstock à\nFrancfort ».)\n*\n* *\n\nA FRANZ BRENTANO, SÉNATEUR\nVienne, le 28 novembre 1820.\nMonsieur,\nVotre bonté me laisse espérer que vous veillere% à ne pas lais-\nser détourner ce coup sur Simrock, tandis qu'en ce moment mes\nvues sont tournées sur toute cette affaire. Il n'y a rien à faire\nmaintenant qu'à prendre ce qu'il offre le premier, c'est-à-dire 100\npistoles, ce que vous qui connaisse1 les affaires par la valeur de\n\n(1) Nikolaus Simrock, éditeur de musique, compatriote de Beethoven\n(1775-18.dont il publia les premières œuvres. La maison Simrock a\nété transférée à Berlin en 1870."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.17", "texte": "LETTRES DE BEETHOVEN A LA FAMILLE BRENTANÔ\n519\n\nlargent pourrez gagner pour moi, je\nvoire loyale façon de penser là-des\nment difficile et embarrassée, on pourrait seulement écrire cela à\nun éditeur au moins, je n'en suis\nmerci, ma trop grande abnégation pour les autres et surtout pour\ndébile Cardinal (1) qui m'a plongé dans ce bourbier, et ne sait\nmême pas s'aider. Dès que la [sera]\nvous importunerai de nouveau par\nprie donc, ce qui est possible, de prêter un peu d'attention à mes\nintérêts contre l'éditeur juif (2), je voudrais être en situation de\npouvoir vous et les vôtres vous être utile en quelque chose.\nAvec sincère estime\nde votre Wohlgeboren\\lë\\ respectu\nBEETHOVEN.\n(Sur la troisième page, on lit :)\nPardonnez-moi mon griffonnage, dapparence mal soigné, c'est\nfait [écrit) à la hâte. Je me recommande à tous les vôtres.\n(Adresse : « An Seine Wohlgeborenheit Herrn Senator Franz Brentano\nin Frankfurt (am Main) (3). »)\n*\n* *\nVienne, le 12 novembre 1821.\nHonoré ami !\nNe me tenez Pas Pour un coquin, ou un génie insouciant.\nDepuis Vannée dernière déjà jusque maintenant j'étais toujours\nmalade, et l'été j'ai eu la jaunisse qui dura jusqu'à la fin août, sur\nl'ordre de Staudenheimer (4) je dus aller à Baden en septembre,\net comme dans ce pays il fit bientôt froid j'éprouvai une telle se-\ncousse que je ne pus supporter le traitement et dus m'enfuir ici de\nnouveau, maintenant cela va Dieu merci mieux et enfin il me sem-\nble pouvoir vivre de nouveau pour\nparler n'est pas le cas depuis 2 ans par manque de bonne santé aussi\nbien que pour tant d'autres souffrances humaines. —■ La Messe au-\nrait sans doute pu être envopée plus être\n\n(1) L'archiduc Rodolphe, cardinal d'Olmutz, élève de Beethoven.\n(2) Schlesinger, de Berlin.\n(3) Beethoven a ajouté de sa main, sur la même page que le cachet sans\nanagramme, son adresse : « Auf der Landstrasse, no 244, Haupt Stiege,\n2ter Stock. »\n(4) Staudenheim était le médecin de Beethoven."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.18", "texte": "520\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsoigneusement revue, car les éditeurs n'en finissent pas avec mes ma-\nnuscrits —je le sais parexpérience,pour graver une\ntout doit être revu note pour note, je\nmon état maladif, d'autant plus [que], comme je devais terminer\nmalgré tout en vue de ma propre subsistance plusieurs gagne-\npain (1), {je dois, hélas, les nommer\nfaire encore la tentative si Simrock ne pouvait me compter les\nLouis-dors à un cours plus élevé,\nplusieurs demandes concernant la Messe\npourrais écrire maintenant, surtout\nje ne pense guère à rien plus q\nvous rembourserai au plus tôt et\net serviteur Beethoven.\n(Adresse : « A M. [le] Sénateur à (am\nMain). »)\n*\nv\"* * *\nVienne, le 20 décembre 1821.\nNoble homme !\nJ'attends encore une lettre sur ce qui concerne la Messe que je\nvous communiquerai aussitôt pour examen de toute cette affaire,\nen tout cas l'honoraire vous sera compté, alors vous voudre\\ bien\nvous rembourser aussitôt de ma dette, ma gratitude pour vous\nsera sans borne. Je fus indiscret en dédiant à votre nièce\nMaxe (2), sans lui en demander la permission, une œuvre de moi ;\nconsidère% cela comme un signe de mon très vif dévouement pour\nvous et votre famille. Ne donner p\nfication intéressée et ne la considère% pas comme une rétribution\ncela me froisserait, il y aurait encore bien d'autres nobles\nmotifs si Ton voulait se remettre à écrire et si Von cherchait\nsérieusement des occasions. La nouvelle année va commencer\nson cours, puisse-t-elle combler tous vos vœux et augmenter cha-\nque jour la joie qu'en bon père de famille vous trouve\\ en vos\nenfants, je vous embrasse de tout cœur et vous prie de me re-\ncommander à votre excellente et (3).\nCelui qui vous honore de la plu\nBEETHOVEN.\n\n(Ï) Brodarbeiten, dit Beethoven.\n(2) Maximilienne Brentano, fille et non nièce de Franz ; Beethoven lui\ndédia la sonate en mi majeur (op. 109).\n(3) Toni, Antonia Brentano, femme de Franz."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.19", "texte": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.20", "texte": "LETTRES DE BEETHOVEN A LA FAMILLE BRENTANO\n521\nLE MERCURE MUSICAL\n35\n\nIl m'est offert d'ici et de l'étranger 200 3en or (1) pour la\nMesse, mais je crois recevoir en outre 100 fi. C. M. peut-être (2),\nj'attends là-dessus de l'étranger\nquerai aussitôt, on pourrait alors présenter la chose à Simrock\nqui ne demandera pas que je perde tant, jusque-là veuille\\ bien\npatienter et ne croye\\ pas que vous\nenvers un indigne.\n(Adresse : « A Monsieur Franz BSénateur, (am\nMain). »)\n★\n¥ *\nVienne, le 19 mai 1822.\nMonsieur,\nVous penserez que sais-je, de\nje suis de nouveau depuis 4 mois toujours atteint d'une arthrite\nde poitrine et ne suis que peu en état de travailler. La Messe sera\ncertainement jusqu'à la fin du mois de juin prochain parvenue à\nFrancfort, le cardinal Rodolphe\nde mes œuvres ne savait pas que\nc'est seulement il y a 3 jours qu\nParties ; afin, comme disait Sa Grandeur, qu'elles ne fussent pas\ndétériorées par l'éditeur, il me priait de la lui dédier, je ne fais\nmaintenant que faire recopier encore une fois la traduction et je\nla revois entièrement. Tout cela n'avance que très Lentement à\ncause de ma mauvaise santé. Au plus tard à la fin du Mois\nprochain la Messe sera à Francfort. Simrock\nvous faire tenir les honoraires convenus, cela est le plus rapide,\nd'autant plus que tout m'arrive inopportunément, J'ai reçu de\nbien meilleures propositions de l'étranger, mais [je les] ai re-\npoussées comme j'ai donné ma p Simrock,\nperde, car je lui proposais plusieurs autres œuvres quand ma\nsanté le permettra, si cela peut de nouveau aller mieux, et l'on\npourrait s'entendre avec lui pour une édition de mes Œuvres com-\nplètes, comme l'hiver me tue presque toujours ici,\nexige que je quitte enfin Vienne dans quelque temps, votre ami-\ncale bonté si souvent mise par moi à l'épreuve me fait espérer que\nvous veillerez au mieux à mes intérêts dans toute cette affaire.\nAvec sincère estime votre ami\nBEETHOVEN.\n\n(1) C'est-à-dire 200 ducats, environ 2.500 fr.\n(2) G. M. signifie monnaie conventionnelle."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.21", "texte": "522\nLE MERCURE MUSICAL\n\nHeîzendorf (i), le 2\" aug. 1823.\nMonsieur !\nDepuis longtemps déjà f aurais dû répondre à votre lettre\namicale ; mais des occupations démesurées et depuis près de deux\nmois et demi un mal d'yeux, qui n'est pas encore tout à fait\nguéri, m'ont empêché [de le faire], et si peu que faime à être\nimportun avec vous, il [me] faut cependant mettre encore une fois\nà contribution votre bonté déjà [s/] éprouvée par moi. Je voudrais\n[envoyer] à Londres un lourd paq\nposte jusqu'à Francfort et de là par eau ou [par] terre mais\npar eau ce serait trop long jusquen Holande (sic) et de là par\nmer jusqu'à Londres, cest trop lourd pour être expédié par un\ncourrier, j'entends [dire que] vous ave\\ un fils à Londres et je\ncrois pourra être des plus faciles par votre bonté et connaissance,\nje vous rembourserai avec plaisir\nlement de me répondre aussitôt que possible àce sujet, car il y a\ngrand hâte. Vous m'écrive\\ que la santé de votre petit est meil-\nleure, cela me réjouit profondément, j'espère que votre épouse se\ntrouve également bien, comme aussi tous vos enfants et frères et\nsœurs, car tous [ceux] de votre famille me sont toujours chers, je\nvoudrais être en état de pouvoir vous faire éprouver ma grati-\ntude de la façon la plus désirable.\nDe votre Hochwohlgeboren celu\nestime,\nBEETHOVEN.\n(Adresse : « An Seine Wohlgeboren H. Senator Franz Brentano in\nFrankfurt (am Main) ». Le cachet bleu de Beethoven se voit à côté de la\nsignature.)\n*\n* *\nLes deux billets qui suivent datent, le premier, du jour où le neveu de\nBeethoven, Cari, tenta de se suicider, d'août 1826, par conséquent; l'autre,\nde quelques semaines plus tard.\nHonoré M. A. Smettana (2)\nUn grand malheur est arrivé, ceci : Karl s'est accidentellement\nblessé, [so/îj salut est encore possible, surtout par vous, si seule-\nment vous paraisse\\ bientôt, Karl a une balle dans la tête, com-\nment, vous le verrez mais vite,\nVotre dévoué,\nBEETHOVEN.\n\n(1) Hetzendorf, faubourg devienne, incorporé à la ville depuis 1890.\n(2) Smetana était alors le médecin de Beethoven."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.22", "texte": "LETTRES DE BEETHOVEN A LA FAMILLE BRENTANO\n523\n\nPour aller plus vite, demandez-le che\\ sa mère, l'adresse est\nci-jointe.\n*\n* *\nEtes-vous aujourd'hui repentis du royaume de Vamour, fai\nécrit à vous et Breuning (1), sinon\nvotre bureau avec la lettre à Breun —fûtes-vous quel résul-\ntat (2) ? je ne puis rien dire de\nj'espère vous voir aujourd'hui ap\nun fiacre, toujouns, quand vous le faine, comme il m'est\npénible de devoin vous étne tellement à charge. Avec l'aide du Ciel,\nKarl n'a plus que 5 ou 4 jours à rester [à l'hôpital].\nEn toute hâte votre ami,\nJ.-G. PROD'HOMME.\n\n(1) Il s'agit du vieil ami de Beethoven, Stephen von Breuning, qui de-\nmeurait alors avec lui à Vienne, Schwarzspanierhaus.\n(2) En français dans le texte."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.23", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nCE « M »\nJe n'ai point l'intention de parler ici de Rossini composi-\nteur. L'auteur de tant d'œuvres disparates a été jugé maintes\nfois, et je ne saurais ajouter aux gloses anciennes des aperçus\nnouveaux. C'est le singulier Lovelace qui était en lui que je\nyeux présenter sous un jour intime.\nOn a rapporté beaucoup d'aventures érotiques auxquelles fut\nmêlé le « dieu de la mélodie », dans sa prime jeunesse et dans\nson âge mûr ; mais on a mal dépeint, sans documents à l'appui,\nle bourgeois jouisseur et peu délicat dans son choix qui se ca-\nchait sous l'artiste, à l'époque de sa renommée, chez nous.\nRossini, gourmand mais non gourmet, fut grand amateur de\n« passades». Vivant tour à tour dans le monde des théâtres et\ndans celui des salons côté finance —, il affectionna tout par-\nticulièrement les conquêtes faciles. Ce goût des batailles gagnées\nd'avance et pour lesquelles il se montrait avare d'argent, lui\nvalut beaucoup de déconvenues, et je crois que les blessures\nqu'il rapporta de ses rencontres galantes furent la cause du\ndépart de sa femme, la belle Isabella Colbran, qu'il avait épou-\nsée à Naples, après l'avoir enlevée à Barbaja, le fameux direc-\nteur du San Carlo.\nEn 1828, l'année même où le obtint un si grand\nsuccès à l'Opéra et fut pour Adolphe Nourrit, l\\îme Damoreau\net Levasseur, l'occasion d'un triomphe sans précédent, le maes-\ntro, qui avait alors trente-six ans, dépensa ses loisirs en amou-\nrettes nombreuses.\nAla date du 3 mars, une proxénète lui écrivait : « Mme Frédé-\n« rie présente ces (sic) sivilités à M. Rossini et lui adresse une\n« jolie femme, il aura la bonté de la recevoir avec son amabi-\n« lité ordinaire, c'est-à-dire très bien, vous aurez l'extrême\n« complaisance de lui donner des billets de bal et de spectacle.\n« Tout à lui, F. »"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.24", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n525\n\nBientôt, une certaine Fanny de Bryans, sa protégée, et pour\ncause, lui faisait passer le billet suivant :\n« N'ayant pas eu l'honneur de vous voir samedi, comme\n« vous me l'aviez fait espérer, j'ai eu la crainte que vous\n« malade ; mais je viens d'apprendre, avec infiniment\n«de plaisir, que vous êtes bien portant : c'est pour cela,\n« monsieur, que je viens encore vous importuner en vous\n« priant d'être assez bon pour me donner les instructions néces-\n« saires pour entrer dans les cœurs (sic), afin d'être en mesure\n«le plus tôt possible. Si vous voulez, M. Alary viendra vous\n« parler à ce sujet demain matin, à dix heures. Mille pardons,\n« monsieur, de toute la peine que je vous donne, recevez avec\n« mes sincères remerciements et l'assurance de ma reconnais-\n« sance.\n« FANNY DE BRYANS,\n« 46, rue du Faubourg-Saint-Honoré. »\nComme Rossini faisait la sourde oreille, la même petite per-\nsonne le relança en ces termes :\n« Mme de Bryans se rappelle au souvenir de M. de Rossini\n« (ce que c'est que l'habitude de la particule !) et le prie d'être\n« assez aimable pour lui faire savoir l'heure et le jour où elle\n« pourrait le rencontrer chez lui, ou s'il voulait venir lui faire\n« une visite, elle serait très charmée de le recevoir chez elle\n« rue du Faubourg-Saint-Honoré, 46, au ier, dans cet espoir,\n« elle a l'honneur de le saluer.\n« FANNY.\n« Réponse je vous prie. »\nJe ne saurais affirmer que Rossini se rendit à cette invite, cai*\ndes occasions propices s'offraient à lui chaque jour, témoin\nces quelques lignes d'une chanteuse retour de voyage :\n« Nous arrivons a l'instant : tous mes compagnons de voyage\n«se sont déjà mis au lit. Venez vite, car je ne pourrai prendre\n« un moment de repos qu'après vous avoir embrassé. J'ai abso-\n« lument besoin de vous voir et de vous parler sans témoins.\n« Ne perdez pas de temps, je vous en supplie.\n« Adieu, toujours à toi. C. H. »\n« Rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 89. »\nD'après le graphisme des lettres que j'ai sous les yeux, il pa-\nraît bien certain que Rossini s'adressait surtout à des « petites"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.25", "texte": "5 26\nLE MERCURE MUSICAL\n\noies » très fières d'êtrejla maîtresse d'un jour du grand homme\net se contentant de quelques billets de théâtre. La lettre que\nvoici l'indique assez clairement :\n« Je vous envoyé cette lettre par M. Campioni dont je vous\n« ai parlé.\n« Je n'ai pas encore osé vous dire que je serais bien heureuse\n« d'entendre la Gazza jeudi prochain, j'ai peur que ce soit\n« indiscret.\n« Je vais à la campagne. Je tâcherai de me bien porter pour\nque vous m'aimiez.\n« Votre HORTENSE. »\nParfois, Rossini avait commerce avec des femmes moins\nfaciles et qui manifestaient leur mauvaise humeur quand elles\nse savaient délaissées. Il recevait alors des poulets dans le\ngenre de celui-ci, bien typique :\n« Carli est venu me dire que vous ne viendriez pas demain.\n« Peu importe après tout où vous allez. L'ennui et l'abandon\n« forment une telle partie de mon existence qu'il faut m'y sou-\n« mettre ; ainsi donc si jeudi vous n'avez rien de mieux à\n« faire je vous attendrai.\n« A vous.\n« On vous remettra du café que je vous prie de prendre avec\nvous.\n« Prenez aussi un second bonnet de coton pour changer. »\nImaginons-nous l'ancien amant des plus jolies et des plus\nnobles femmes de Venise, faisant l'amour en bonnet de\ncoton !\nPendant ce temps-là, Mme Rossini, qui était au mieux avec\nRobert, le directeur des Italiens, faisait une consommation\nprodigieuse de paires de gants, d'extrait de Portugal, de flacons\nd'huile d'amandes, d'eau de Cologne, de savons à la rose, de\ncold-cream, etc.\nLe 28 juillet 1828, elle payait chez Chardin, rue du Bac, 20,\nune facture de 78 francs.\nCinq mois plus tard, jour pour jour, elle était malade, et le\ndocteur Sellier, appelé auprès d'elle, laissait une ordonnance\nainsi libellée :\n« Je conseille à Madame de prendre tous les deux jours un\n« bain de siège émollient ; elle y restera une demi-heure, elle\n« se mettra ensuite au lit ; deux grands bains par semaine.\n« Soir et matin, tous les jours, Madame fera une injection\n« avec une décoction de racines de guimauve, de tête de pavot,\n« et de morelle."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.26", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n527\n\n« Si après quelque temps de remploi de ces moyens, la\n« dureté du col de la matrice persiste, Madame aura recours à\n« l'injection de cataplasmes émollients. (Nous indiquerons la\n« manière de les employer.)\n« Elle fera usage, pour boisson, d'eau de gomme légèrement\nsucrée.\n« Elle prendra un lavement émollient plusieurs fois par\nsemaine.\n« Elle suivra un régime de vie doux.\n« Elle sortira peu à pied ; elle se couchera de bonne heure\nautant que possible. »\nCette ordonnance, on en conviendra, permet bien des suppo-\nsitions, entre autres celle-ci que M. Rossini avait reçu un\ncoup de pied de Vénus.\nCe diable d'homme, si courageux dans la poursuite de ses\nconquêtes, montrait parfois une poltronnerie sans exemple. En\ni 832, lorsque le choléra éclata à Paris, il prit le train et se\nréfugia dans les Pyrénées. C'est là que, le 12 septembre, Robert\nlui écrivait :\n« Cher Maestro,\n«Le journal Galignanis Mess dit aujourd'hui que\n«la fondre est tombée le 2 S août\n« dans la chambre du Grand Ma\n« cheminée, et qu'après avoir boulev\n« ressortie, sans atteindre M. Rossini, qui dormait paisiblement\n« dans son lit. Aussitôt que cet é\nti gnéres est accouru pour le complimenter d'avoir échappé à ce\n« danger. »\n« Cependant nous n'avons pas beaucoup de confiance dans\n« cet avertissement que Dieu a voulu vous donner, puisque\n« votre dernière lettre du 27 n'en dit pas un mot. Cet avertis-\n« sement néanmoins doit vous prouver que lorsque le Ciel sera\n« las de vos déportemens, il saura bien vous trouver partout\n«où vous serez, et vous aurez beau vous sauver du choléra,\n« vous rencontrerez d'autres dangers dont vous ne pourrez pas\n« vous défendre.\n« Ce choléra du reste qui vous effraye tant n'est plus rien ;\n« voilà toute une semaine où il n'y a que deux ou trois décès\n« par jour dans les hôpitaux, car pour ce qui est des morts à\n« domicile, quand ces gueux de médecins ne savent plus que\n« faire à leurs malades et qu'ils meurent, ils disent que c'est le\n« choléra. Le choléra est devenu une maladie indigène comme\n« toutes les autres maladies. On en connaît maintenant le trai-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.27", "texte": "528\nLE MERCURE MUSICAL\n\n« tement et certainement il n'y a pas de ville où l'on coure moins\n« de danger à présent que Paris. Lâchez donc votre (i)\n« et revenez à vos modestes amis. Si les Bulletins du Choléra\n« n'étaient pas un moyen d'occuper l'attention publique et la\n« distraire de la politique, nos ministres si fort ébranlés sur\n« leurs portefeuilles chancellans, auraient renoncé depuis\n« longtemps à ce petit moyen qui ruine le commerce, l'industrie\n« et surtout les entreprises théâtrales, en empêchant les étran-\n« gers de venir à Paris.\n« Le Véron (2) se met en insurrection ouverte avec le Ministre\n« Dargout au sujet d'une représentation qu'on va donner au\n« Vaudeville au bénéfice du journal Le Corsaire pour payer\n« l'amende à laquelle ce journal a été condamné et pour laquelle\n«on lui a demandé Nourrit et Mme Damoreau. Le ministre ne\n« veut pas que ces acteurs y paraissent, mais Véron a calculé\n« qu'il n'a plus rien à attendre du ministre actuel qui a assez\n« fait pour lui. En conséquence, comme il est persuadé que ce\n« ministère va crouler pour faire place au\n« se retourne de ce côté et lui fait sa cour. Il a même loué à\n« l'avance une loge pour lui, à cette représentation, pour être\n« bien avec le Corsaire.ll est tout à fait brouillé avec la com-\n« mission. Cependant les Bertin n'ont pas renoncé au fameux\n« opéra Notre-Dame de Paris(3), car j'ai été témoin derniè-\n« rement d'une conférence à ce sujet au foyer de 1 Opéra, entre\n« Armand Bertin, Victor Hugo et le peintre des décorations.\n« Il faudra, a dit Victor Hugo, défoncer le théâtre, afin que\n« les tours de l'église Notre-Dame soyent vues à vol d'oiseau,\n« enfin, ce sera superbe ; rien ne sera épargné pour la magni-\n« ficence des décors, etc.\n« A ton tour, Paillasse ! il la gobera l'ami torti-coli !\n« On dit que vous êtes amoureux comme un fou en ce mo-\n« ment et que c'est la raison qui vous retient à Bagnères.\n« Indépendamment de cela, il n'est bruit dans les coulisses de\n« l'Opéra que de vos excursions matinales dans les marchés ou\n« vous allez prendre le c... aux Béarnaises pendant qu'elles ont\n« les bras en l'air pour retenir leur panier sur la tête. Il\n« paraît que votre Mécène vous imite mais qu'il n'est pas si\n« heureux que vous, car on dit ici qu'il ne peut plus pisser.\n« Vous êtes deux fameux scélérats, va. Nous savons même que\n« les amateurs du pays vous en veulent beaucoup car vous les\n\n(1) Aguado sans nul doute.\n(2) Directeur de l'Opéra.\n(3) Cet ouvrage, musique de MU® Angélique Bertin, ne fut représenté à\nl'Opéra que le 14 novembre 1836."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.28", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n529\n\n« traités si bien, leurs belles, qu'après vous il n'y aura plus\n« moyen de les approcher. Nous pensons bien que c'est du côté\n« de l'argent, car pour le reste, bernique ! il n'y a plus de\n« danger.\n« Je vous demande un peu ce que vous foutimassez là-bas\n« avec vos c... crottés de paysannes quand nous avons ici les\n« plus délicieuses choristes qu'on puisse voir, que nous avons\n« choisies exprès aux grands yeux, aux poils noirs, à l'as de\n« pique bien fourni, et cette ravissante Grisi cadette, belle\n« comme un ange qui vient d'arriver et qui soupire après vos...\n« conseils. Je ne vous parle pas de vos vieilles recrues qui vont\n« toujours soupiraillant pour vous et se lamentent de votre\n« absence.\n« Une jeune espagnole est venue vous demander ces jours-\n« ci; elle est belle comme un ange eta des sourcils longs comme\n« tout. Elle était avec sa mère et a de fortes recommandations\n« pour vous (i). »\nCe curieux document, dont j'ai respecté les ternies risqués,\net qui s'explique par l'intimité établie entre Rossini et son\npourvoyeur Robert, révèle les habitudes du fameux maestro,\ngrand amateur de choristes et de ballerines. Il complète admi-\nrablement la correspondance féminine inédite que j'ai glanée au\ncours de mes recherches et nous montre un Rossini peu connu\net nullement dans la posture d'un génie esclave de son art,\ncomme l'ont représenté ses thuriféraires français et italiens.\n\nMartial Teneo.\n\n(i) Archives de l'Opéra italien."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.29", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nAussi se sent-on passablement stupéfait, en lisant le début\nde l'alinéa suivant, dont la conclusion, toutefois, apparaît d'une\nindiscutable évidence : « Si donc, d'après ma démonstration,\nles sons inférieurs doivent exister objectivement dans l'onde\nsonore, on peut demander avec raison pourquoi ils ne peuvent\nêtre discernés isolément dans la représentation subséquente »\n(p. 10, § 9). Mais, assure aussitôt M. Riemann, « la réponse\nest d'une extrême simplicité ».\nEt en effet, à cette interrogation, nous avons trouvé une\nréponse très simple, et qui est que sons inférieurs\ntent pas et ne peuvent pas exister dans l'onde sonore. Toute-\nfois, M. Riemann, qui a l'illusion d'en avoir démontré « l'exis-\ntence objective », est obligé à une explication plus compliquée :\n« Tandis que les sons supérieurs (harmoniques), dit-il, appa-\nraissent toujours avec une intensité très irrégulière, de sorte\nque la force plus grande, soit des uns, soit des autres, déter-\nmine les timbres divers de nos instruments de musique ; tan-\ndis qu'il peut advenir, même, que l'intensité des premiers\nharmoniques surpasse celle du son fondamental ; tandis que les\ndifférentes places où les cordes sont frappées, les manières\ndifférentes d'insuffler ou d'introduire l'air dans les tuyaux, etc...,\nrenforcent ou suppriment tels ou tels harmoniques supérieurs,\nrien de semblable n'est possible pour les sons inférieurs. »\nEn attribuant la perception distincte et isolée des harmoni-\nques à leur intensité irrégulière,M. Riemann paraît oublier\nque les harmoniques furent découverts et perçus peu à peu\nd'après leur ordre régulier dans la résonance naturelle, ainsi\nque l'atteste l'évolution de notre musique, par l'exploitation\nsuccessive des intervalles correspondants.\nIls furent distingués isolément de la même manière et, par-\n\n(1) Suite. Voir les numéros 1, 3, et 11 du Mercure musical."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.30", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n5 31\n\nfois notoirement,dans des résonances constituées par la série\nrégulière des harmoniques d'intensité régulièrement décrois-\nsante. En 1618, le jeune Descartes, âgé de 22 ans, avait en-\ntendu les harmoniques 2 et 3 ; 12 et\n14) (1). En 1700, le génial précurseur de Helmholtz, Sauveur,\ndans les vibrations des cordes, Rameau, un peu plus tard,\ndans la voix, avaient distingué les premiers harmoniques jus-\nqu'au son 6, et, tous deux, d'après l'oreille.\nLa diversité des timbres est un précieux moyen de contrôle,\nmais on a trouvé depuis de meilleurs auxiliaires : les résona-\nteurs. Grâce à eux, on peut percevoir dans toute\nmasse sonore, tout son harmonique ou résultant et, même,,\naccessoire, faux ou généralement dans la-\ndite masse vibratoire avec une intensité très faible, et corres-\npondant au son propre du résonateur employé. En se servant\nde résonateurs appropriés pour analyser les différents timbres,.\non obtiendra la série complète et des harmoniques\nsupérieurs humainement perceptibles. En faisant émettre les\nsons considérés par une clarinette, on constatera l'absence de\ntous les harmoniques pairs. Mais on retrouvera ces harmo-\nniques pairs,avec les impairs,en entendant les mêmes sons\nproduits par un harmonium, par un violon, etc.\nPourquoi ne pourrait-on pas soumettre « les sons inférieurs »\nà la même épreuve, si lesdits sons « existent objectivement dans\nl'onde sonore » ? En expérimentant sur les différents timbres,,\non devrait obtenir, pour la tierce |, par exemple, la série régu-\nlière des « sons inférieurs » de chacun des sons de l'intervalle.\n/\ntout au moins jusqu'au « son inférieur », lequel « est\nle dernier son résultant » et le plus grave de tous les sons possi-\nbles émanant de la combinaison observée. Les résonateurs\nisoleront facilement, pour le son 4, les « sons inférieurs et i »,\nqui sont respectivement les sons résultants 2 et 1 de l'inter-\nvalle ; mais jamais on ne pourra percevoir, même ainsi, le\n« son inférieur \\ » de ce son 4, faisant par rapport à celui-ci\ni,3333... vibrations. Pareillement, pour le son 5 de l'inter-\nvalle, on percevra aisément le « son inférieur | », qui est le\nson résultant 1 de la combinaison sonore ; mais les résona-\nteurs mêmes resteront impuissants à manifester à l'oreille les\n« sons inférieurs i, i et £ » de ce son 5, faisant respectivement\npar rapport à celui-ci 2,5, 1,666... et vibrations.\nNous avons vu pourquoi ces sons non perceptibles ne peuvent\npas exister dans la masse sonore en tant que résultant de\ndifférences entre les nombres possibles de vibrations. Mais les\n\n(1) Preyer,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.31", "texte": "532\nLE MERCURE MUSICAL\n\nrésonateurs trahissent même la présence éventuelle, dans les\ndifférents timbres,de sons accessoires fortuits, inharmoniques,\nfaux ; et si l'oreille, armée d'un instrument aussi délicat, ne\nparvient jamais à percevoir « les sons inférieurs » dont nous\navons constaté l'absence, il faut bien se décider à en conclure\nque « ces sons inférieurs » n'existent pas plus dans le phéno-\nmène objectif\\ qu'ils n'existent « réellement dans notre sensa-\ntion inconsciente ». L'épreuve des « timbres », suggérée par\nM. Riemann, nous accule ainsi à la même et identique conclu-\nsion que ses autres expériences.\nM. Riemann ne paraît pas avoir songé à tout cela, et, si le\ncommencement de sa « réponse », assurément, se révèle plutôt\nd'une extrême « simplicité », c'est à peine si on échappe à\nl'ahurissement quand on lit la suite: «... Ceux-ci (les sons\ninférieurs) sont constitués par Y addition des ondes sonores plus\npetites ou impulsions vibratoires plus rapides. Leur\ndéterminée par elles, et, conformément à leur amplitude, à\nmesure qu'ils s'éloignent du son prime fondamental aigu vers\nle grave, leur intensité est naturellement moindre, parce que,\nplus une onde sonore est longue, plus son amplitude doit être\ngrande pour produire un son d'intensité égale» (p. 11).\nLe texte original est obscur ; et, d'ailleurs, l'expression de la\npensée de M. Riemann est habituellement d'une telle et cons-\ntante ambiguïté, que la traduction en devient souvent scabreuse.\nOn est pourtant « frappé » d'abord par la relation établie\nentre l'intensité et la perception des « sons inférieurs ».\nM. Riemann croit que l'oreille ne perçoit pas les « sons infé-\nrieurs » à cause de leur faible intensité et constate que celle-ci\ndiminue « à mesure qu'ils s'éloignent vers le grave ». Il semble\ndonc évident, en tout cas, que, si un « son inférieur » d'une\ngravité donnée est perçu, les « sons inférieurs » plus aigus que\nce son grave et, par conséquent, d'intensité plus forte, devront\nêtre perçus aussi, et même plus facilement. Comment M. Rie-\nmann explique-t-il alors que, pour la tierce 112, tandis que le\n« son inférieur {» du son 4 est perçu par l'oreille, le « son\ninférieur », plus aigu, ne le soit jamais, quoique le « son infé-\nrieur | » encore plus aigu puisse être entendu ? Comment se\nfait-il que, pour l'intervalle 112, l'oreille perçoive les « sons infé-\nrieurs 3et § » du son 9, et soit incapable d'en percevoir les\n« sons inférieurs j, j. i,' et s- » de hauteur et d'intensité\nintermédiaires ? La réponse est évidemment « d'une extrême\nsimplicité » pour qui veut bien remarquer que les seuls sons\nsoi-disant « inférieurs » perçus sont des « sons résultants »,\nproduits par l'émission simultanée des deux sons d'un inter-\nvalle, et existant, « dans l'onde sonore qui vient frapper l'o-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.32", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n533\n\nreille », comme partie intégrante et constitutive de la réso-\nnance naturelle supérieure ; tandis que les autres, n'existant\npas dans cette onde sonore, ne sont naturellement pas perçus.\nMais une autre assertion de M. Riemann est plus impor-\ntante, encore qu'on n'y puisse guère découvrir, au fond, qu'une\ninterprétation bizarre d une hypothèse erronée de Heîmholtz.\nM. Riemann prétend que « les sons inférieurs sont constitués\npar Yaddition (Summirung) des ondes plus petites ». C'est la\nthéorie des « sons résultants » de Helmholtz.\nAvant Helmholtz, on assimilait les « sons résultants » aux\n« battements ». Les « battements » sont des renforcements ou\naffaiblissements alternatifs de l'intensité sonore, provenant de\nla coïncidence intermittente des secousses aériennes dues à\nl'émission simultanée de deux sons de hauteur différente,\nc'est-à-dire de deux sons faisant des vibrations en nombre iné-\ngal pour un temps donné.\nOn appelle coups les maximad'intensité survenant périodi-\nquement. Tout intervalle produit donc des « battements » et,\nabsolument comme le nombre des vibrations des « sons résul-\ntants », le nombre des « battements », dans un temps donné,\nest égal à la différence entre les nombres de vibrations exécu-\ntées pendant le même temps par les deux sons considérés.\nHelmholtz distinguait les « sons résultants » des « batte-\nments » pour deux raisons principales :\ni° Les « battements » n'expliquaient que les sons résultants\ndifférentiels, et non les sons résultants additionnels.\nLes sons additionnels, ainsi désignés par Helmholtz, qui les\nremarqua le premier, correspondent, en effet, à la somme des\nnombres de vibrations des deux sons de l'intervalle observé.\nMais, contrôlant les recherches de Koenig, Preyer a montré\nque, dans les circonstances où ils se produisent, ces sons\nrésultants additionnels correspondaient toujours à des\ntiels. Pour la tierce majeure l, par exemple, le résultant\ntionnel fait 5 + 4 = 9 vibrations. Comme les sons\nne se produisent que lorsque les sons de l'intervalle sont\naccompagnés d'harmoniques, en considérant l'harmonique 2\n(octave) de la tierce 112, soit -\\f, on obtient:\nSons de l'intervalle : f ;\nSon résultant différentiel : 5 4=l;\nSons harmoniques 2 : ;\nSon résultant différentiel :10 l=9, c'est-à-dire le son 9\ndénommé par Helmholtz additionnel.\nL'hypothèse des sons addition n'étant soutenue par\naucune autre preuve empirique, la première raison de Helm-\nholtz tombe de soi-même."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.33", "texte": "534\nLE MERCURE MUSICAL\n\n2° La nature des « battements » ne s'accorde pas avec la loi con-\nfirmée par toutes les autres expériences,et d'après laquelle l'oreille\nne perçoit, en tant que sons musicaux, que ceux qui correspon-\ndent à des vibrations pendulaires simples de la masse aérienne.\nOr, une expérience de Kœnig (Pogg. Ann., vol. 157, 1876,\np. 128), citée par Preyer, est venue depuis contredire cette\nloi, en démontrant que l'oreille perçoit très nettement un son\nproduit par des coups sonores successifs (ici 128 par seconde)\nséparés par des silences. (W. Preyer,\ngen, léna, 187 g. G. Fischer, édit., p. 28.)\nAucune des raisons de Helmholtz n'est donc demeurée vala-\nble pour établir une distinction essentielle entre les « batte-\nments » et les « sons résultants ». Dès que le nombre de bat-\ntements par seconde est suffisant, l'oreille les perçoit comme un\nson musical formé de vibrations, et les « battements » devien-\nnent le « son résultant ». Ce phénomène se trouve ainsi expli-\nqué de la façon la plus simple et la plus logique, par les coups\nsonores naturellement provoqués par la coïncidence intermit-\ntente des vibrations simultanées de deux sons quelconques,\némis, « harmoniques », ou « résultants ». C'est ce que Thomas\nYoung, puis Scheibler, l'approuvant en 1834, exprimaient par\ncette définition : « Tous les sons résultants sont des sons de per-\ncussion (Stosstœne). »\nEn 1875, M. Riemann ne pouvait pas connaître l'expérience\n-de Kœnig (1876), et on ne peut guère lui faire un reproche\nd'avoir accepté l'autorité de Helmholtz. Mais, si celui-ci fut\ninduit à différencier les effets de vibrations infiniment petites et\n-de vibrations très petites, et à faire intervenir les déplacements\ndes molécules vibrantes dans la production des sons résultants,\ndu moins, avant d'élaborer sa théorie mathématique, il avait\nentendu « isolément » lesdits sons résultants et, après avoir\nempiriquement constaté leur « existence objective », il cher-\nchait à expliquer leur présence et leur nature. M. Riemann,\nlui, quoiqu'il se flatte d'avoir « démontré que les sons infé-\nrieurs doivent exister objectivement dans l'onde sonore », dé-\nclare formellement « impossible de discerner isolément ces sons\ninférieurs », objectivement existants, « dans la représentation\nsubséquente » ; et, à ces sons non perceptibles, il\napplique tranquillement la théorie des percep-\ntibles de Helmholtz. Si, pourtant, nous admettons l'arbitraire\ndu procédé, il n'en reste pas moins que M. Riemann assimile\nla nature de ses « sons inférieurs » à celle des « sons résultants ».\nEt on est de plus en plus autorisé à se demander pourquoi des\nsons de même nature ne seraient pas également perceptibles,\ns'ils jouissent également d'une « existence objective »."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.34", "texte": "I.ES SONS INFÉRIEURS\n535\n\nM. Riemann nous avait promis une « réponse extrêmement\nsimple ». Nous avons vu ce que vaut son objection de « faible\nintensité », à l'épreuve des résonateurs. Mais M. Riemann,\nmaintenant, récuse cette épreuve : « Les résonateurs, pré-\ntend-il, ne peuvent être d'aucune utilité pour la perception isolée\ndes sons inférieurs ; car la colonne d'air du résonateur est\nmise en branle avant tout par les plus fortes vibrations par-\ntielles, et les sons inférieurs demeurent toujours cachés, en qua-\nlité de parties intégrantes et constitutives latentes. »\nVraiment, ici, on n'y comprend plus rien. Si les résonateurs\nn'obéissaient qu'aux « plus fortes vibrations partielles », alors,\nen adoptant la théorie de Helmholtz et de M. Riemann, les\nrésonateurs seraient impuissants à révéler les sons résultants\net, en particulier, les « additionnels » inexplicables, selon Helm-\nholtz, si on ne tient pas compte des déplacements des molé-\ncules vibrantes. Cependant, non seulement les résonateurs iso-\nlent tout son résultant, mais ils vibrent « par influence » sous\nl'action même de tout son inharmonique, faux, discordant et\ngénéralement quelconque, et isolent ainsi, avec une extrême\nsensibilité, tout son correspondant à leur son propre, pourvu\nqu'il « existe objectivement » dans la masse sonore en vibra-\ntion, fût-ce, dit Helmholtz, « dans le sifflement du vent, le\nbruit des roues, le murmure de l'eau ». Quelle que soit la forme,\nla constitution ou la nature des vibrations du « son inférieur »,\npourquoi un résonateur ne pourrait-il isoler celui-ci?\nEnfin, que veut dire M. Riemann en parlant de « parties inté-\ngrantes et constitutives latentes », après avoir, d'ailleurs, avancé\nplus haut (p. 9, § 6) que « les sons inférieurs se fondent\navec le son émis isolément ou, mieux, constituent ce son émis » ?\nSi, pour un temps donné, les prétendus « sons inférieurs » font\nrespectivement 2, 3, 4, 5, etc..., fois moins de vibrations que le\nson émis, c'est que la longueur d'onde, correspondant à une de\nleurs vibrations, est respectivement 2, 3, 4, 5... fois\ngrande que celle du son émis considéré. Pour un son émis, la\nde 850 vibrations simples, par exemple, la longueur d'onde\nsimple est de om. 40. Elle serait de om. 80 pour le « son\ninférieur | » ou la de 425 vibrations; de 1 m. 20, pour le\n« son inférieur \\» ou ré de 283,33... vibrations; de 1 m. 60,\npour le « son inférieur {» ou la de 212,5 vibrations; de 2 mètres,\npour le « son inférieur | » ou Fa de 170 vibrations ; etc. Ainsi,\nd'après M. Riemann, l'onde simple de om.4ode ce émis\nisolément, serait « constituée » {gebildet) d'ondes simples ayant\n0 m. 80, 1 m. 20, 1 m. 60, 2 mètres, etc., de longueur respec-\ntive.\nOn est assurément plus décontenancé devant un tel résultat,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.35", "texte": "536\nLE MERCURE MUSICAL\n\nque pour n'importe lequel de ceux dont M. Riemann fut si\nsouvent « frappé » au hasard de ses expériences. On compren-\ndrait, à la grande rigueur, que, interprétant à sa façon l'hypo-\nthèse et la théorie de Helmholtz, M. Riemann eût admis la\nformation possible de systèmes d'ondes secondaires, correspon-\ndant à ses « sons inférieurs », dans le cas d'émission de deux\nsons simultanés ; encore que la non-perception des « sons\ninférieurs » ainsi produits restât enveloppée de mystère. Mais\nquand il nous présente, au cours de sa démonstration, son\némis isolément (ein\\elnangegeberi), accompagné des susdits\n« sons inférieurs », qui « se fondent (yerschmel\\en) avec lui et,\nmême, le constituent (ihn bilden) », on ne sait plus où on en est.\nOn évoque vaguement la kyrielle de syllogismes et d'hypothèses\nde sa Logique musicale,on contemple le pêle-mêle des fibres\nde la membrane basilaire, des nerfs correspondants et télégra-\nphistes, des vibrations « par influence » et des sons résultants,\nqu'il assaisonna et remua en invraisemblable salade, et on est\nà peine étonné de le voir conclure enfin : « Il est évident et\nfatal que nous nous trouvons ici en face d'une porte à tout\njamais fermée. »\nEn terminant par cet aveu d'impuissance une dissertation\ndestinée à prouver « l'existence objective des sons inférieurs\ndans l'onde sonore », M. Riemann, sans s'en douter, a jugé\nson ouvrage. Toutefois, il n'entend reconnaître, par là, que\nl'impossibilité de percevoir ces « sons inférieurs ». Il n'en de-\nmeure pas moins persuadé de leur « existence objective »et de\nleur importance en qualité de « contenu inconscient de la re-\nprésentation ». M. Riemann a la foi robuste, mais ses arguments\nne le sont guère. Leur exposé incohérent stupéfie et consterne.\nSes expériences démontrent surtout son inexpérience peu com-\nmune. Enfin, toujours sans s'en douter, M. Riemann a pourtant\ndémontré quelque chose, en perpétrant ce tissu de contradic-\ntions ou d'erreurs ; et il a établi précisément juste le contraire\nde ce qu'il voulait prouver.\nCertes, après la lecture de son factum, on serait fort embar-\nrassé de définir exactement, au sens de M. Riemann, la nature\nde la « résonance inférieure », ou de relever quelque indice de\nson «existence objective ». Mais on est amplement documenté\nsur le phénomène objectif où M. Riemann a cherché ses « sons\ninférieurs ». Avec les « vibrations par influence », on adû cons-\ntater les effets réciproques dérivés des rapports entre un son\nfondamental et 1 un quelconque de ses harmoniques supérieurs.\nAvec le « son inférieur » commun et tels autres éventuellement\nperceptibles, on a dû constater la réalité tangible des « sons\nrésultants » constituant l'ensemble de la « résonance » à la-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.36", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n537\nLE MERCURE MUSICAL\n36\n\nquelle appartient l'intervalle, et correspondant à la difféience\ndes vibrations simultanées des sons émis ou de leurs harmo-\nniques supérieurs. _ .\nM. Riemann a démontré ainsi « l'existence objective » et les\npropriétés de la « résonance naturelle supérieure » ; et, comme\nil n'y a pu découvrir et percevoir ce qu'on y avait trouvé et perçu\navant lui, rien qui n'en fût essentiellement « partie intégiante\net constitutive », il semble avoir en même temps démontré,\npar son analyse du phénomène sonore, « l'existence objective »\nde cette seule résonance supérieure », de la seule et\n« résonance naturelle ».\n« L'homme s'agite... ». Quel fallacieux démon « mena »\nM. Riemann ?\n(A suivr\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES THÉATRES\n(1).\nA propos de la reprise du Freischiït^, à l'Opéra, le 27 octobre IC)O5.\nPar ce temps d'actualité beethovénienne, on attend une reprise de\nîio... Voici le Freischiitf.\nOn sait que le Freischiïtf est un « chef-d'œuvre » ; et la peine nous est\népargnée de « découvrir »le Freischiïtj... Il est vrai que les jeunes le con-\nnaissent aussi mal que la musique de chambre du grand Beethoven ; et\nWeber précurseur ne leur est guère familier que par ses vibrantes ouver-\ntures dont la strette finale les contrarie, depuis dix-huit ans que\nse tait sur notre première scène lyrique !\nAussi bien, tout chef-d'œuvre qu'il est, n'a jamais réussi\nsur une scène française, « au grand Opéra de Paris », comme disait provin-\ncialement Richard Wagner. Le Freischiïtévidemment génial, n'a jamais\npu se maintenir au répertoire. C'est un fait. Pourquoi ? Parce que cet\nromantique est lui-même, à nos yeux parisiens, un provincial de génie,\nparce que ce poème candide est essentiellement et que ce carac-\ntère ethnique est à la fois sa gloire et son écueil. Un petit chasseur amou-\nreux y fait un pacte avec l'enfer ; et notre bonne volonté ne peut plus en\nfaire autant ! Le Chasseur noir ne nous fait plus frissonner, à trois pas du\ncafé de la Paix ; Samiel et la fonte lunaire des balles enchantées nous pa-\nraissent en arrière sur les progrès de la cruauté. Passe encore, au temps\ndu bon Castil-Blaze et de Robin des Bo à l'heure même de la véritable\npremière française du Freischiït^,le 7 juin 1841, où le romantisme de Ber-\nlioz collaborait discrètement avec le romantisme de Weber ! Depuis lors,\nce chef-d'œuvre allemand a reparu quelquefois, sans jamais parvenir à jouer\nd'autre rôle que celui d'une utilité, d'un grand lever de rideau qui permette\naux abonnés de ne rien manquer du ballet ! Voilà ce que c'est que d'être\nun chef-d'œuvre allemand ! Si Tannhà était plus court, on danserait\naprès Tannhauser...Quel dommage, vraiment, que ce Wagner n'ait point\nla concision de son aîné Weber! On danse encore moins après\nCe Wagner n'est qu'un empêcheur de danser en rond.\n\n(1) Notre collaborateur et ami Romain Rolland, qui devait se charger de cette\nrubrique, s'en trouve malheureusement empêché par son état de santé. Tous\nnos lecteurs partageront certainement nos regrets. M. Raymond Bouyer a bien\nvoulu nous envoyer ces quelques pages sur le Freischiitç ; et c'est pour nous une\ngrande joie que d'inaugurer dès aujourd'hui la collaboration, désormais assurée, de\nce délicat écrivain."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.38", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n5 39\n\nBref, un sujet trop poétiquement local, une musique trop génialement\ndélicate, trop de naïveté, de part et d'autre, pour plaire à ceux qui dînent\ntard ! Malgré son génie fougueux et les exclamations de notre Berlioz, l'Al-\nlemand Carl-Marie de Weber demeure parmi nous l'enfant sauvage,\nnomade, solitaire, hautain, prime-sautier, dont l'imagination devait être la\nproie du romantisme qui rôdait autour des cerveaux de poètes aux envi-\nrons de 1820 ; fantôme maladif de l'Allemagne du Nord et contemporain\ndu Faust de Goethe, qui ne comprenait rien aux audaces radieuses et vien-\nnoises de Beethoven et qui, réactionnaire, patriote et novateur, se liait\nd'enthousiasme avec Kœrner contre la France, au réveil nationaliste de\n1813 !\nEst-ce son engouement pour la lithographie découverte par Aloysius Se-\nnefelder? On évoque Weber dans une lithographie de Lemud, sous une\nombre de familiarité mystérieuse et de poésie panthéiste, auprès de « Peter\nSchmoll et de ses voisins »... loin de la capitale musicale des Mozart et des\nBeethoven. Tel nous apparaît, le 18 juin 1821, à Berlin, àla première du\nFreischiili \\protégé par le comte de Bruhl, le collaborateur de Frédérick\nKind, le fiancé de Caroline Brandt !\nNous sommes en 1905, et le Freischiitçsera bientôt centenaire. Il n'y\nparaît point, musicalement. Robuste et jeune comme au premier soir appa-\nraît la musique vivante de ce livret candide.\nMais quelle impression nous donne en 1905, dans ce cadre\nimmense de l'Opéra parisien? L'impression d'un tableau hollandais, fût-\nil de Rembrandt, dans un cadre susceptible de contenir les vénitiennes\nNoces de Cana : « C'est du grand opéra de petite ville, produit essentiel-\nlement germanique », a dit Saint-Saëns, compositeur essentiellement latin,\nlors de la reprise de 1876 ;et le Freischûtf est mieux dans son atmosphère\nà Darmstadt...\nL'interprétation française n'est point faite pour acclimater ce germanisme\nun peu farouche et pour diminuer les distances : à part l'entraînante\nouverture que Taffanel a conduite, au soir de la répétition générale du\nmoins, en invoquant le souvenir de ses meilleurs après-midi du Conserva-\ntoire, l'orchestre altère et ternit cette palette musicale, il retient les mou-\nvements, ralentit les allégros, avec une majesté dans la grisaille qui sied au\n« tableau » trop long du Jugement de Paris ; les chanteurs n'ont, dans la\nvoix ni dans le jeu, l'intimité nuancée qui convient à l'intime profondeur,\ntout allemande il est vrai, de l'opéra rom : ils pontifient, tous et tou-\ntes... Delmas est excellent, Rousselière est médiocre, Mi'e Grandjean, qui\nfut une Brunehilde exécrable et la plus surfaite des Isolde, a retrouvé, dans\nla touchante Agathe, le charme bourgeois qui la rendait vraiment souve-\nraine dans la Magdeleine des Maîtres Chanteurs ; blonde et mauve, elle\nest, comme sa partenaire, M\"e Hatto, rose et brune, en espiègle Annette,\npleine de belle volonté, mais encore trop imposante dans ses élans comme\ndans ses prières. Ce délicieux duo des jeunes filles, ce dialogue poétique\net chantant entre celle qui rêve et celle qui raille, et qui nous rappelle,\navec son incomparable accompagnement, la naïveté de nos vieux opéras\nfrançais, aussi « démodés » que le ne nous touchait-il pas\ndavantage au concert, il y a dix ans, aux samedis soirs d'Eugène d'Har-\ncourt, quand M'ie Eléonore Blanc le chantait avec Mme Lovano, - même\naux concours du Conservatoire, en i9°4> quand Mme Ennerie donnait pau-\nvrement la réplique àla sémillante Mlle Tasso? Sur la scène immense de\nParis, ce parfum d'intimité s'évapore...On n'entend pas l'accompagnement!\nPoésie mutine, comme le pas d'Annette, et familiarité poétique, comme\nla pensée d'Agathe, ce duo virginal est l'âme allemande du Freischût% :\nl'ouvrage et le morceau sont également dépaysés."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.39", "texte": "540\nLE MERCURE MUSICAL\n\nMais ce génie peu parisien fut le plus moderne des précurseurs. Weber!\nLes frères ennemis, Berlioz et Wagner, se réconciliaient dans son culte ;\net la similitude des points de départ, comparée à la divergence des points\nd'arrivée, ne manifeste que plus singulièrement la disparité fondamentale\nde deux natures et de deux races. Sous ce rapport, aujourd'hui que tout\ns'est apaisé, même le wagnérisme, une audition du Freischiïtf est ins-\ntructive. Immortellement juvénile, l'opéra romantique de Weber est un de\nces rares ancêtres qui peuvent prendre des rides sans déchoir. Le Frei-\nschiit% de 1817-21 est un prodige. Il marque une étape dans l'expression de\nla vie par la musique, le plus vivant des arts ; or, marquer une date, ce\nn'est point dater. Raccourci dramatique de tous les thèmes de ce drame\nvillageois et mystérieux, lutte entre le ciel et l'enfer, l'ouverture (1820)\nserait en belle place dans une Histoire de la Musique enseignée par la\nsérie pittoresque des ouvertures magistrales de Gluck à Wagner.\nEt, au fur et à mesure de la jeune sympathie renouée passionnément\navec une vieille connaissance, n'est-il pas intéressant de saisir, dans le\nFreischiïtla double origine esthétique de Berlioz et de Wagner? Berlioz,\nqui manqua le passage à Paris de Weber attendu par la mort, lui doit ses\nchaudes extases de jeunesse et son coloris fantastique, nocturnes frissons\ndu chœur invisible, brise imperceptible du quatuor ou plainte obstinée des\nbois : le Nord germanique impressionna vivement le Midi gluckiste. Et\nWagner, direct héritier de Weber, dont le génie voisin fascina son enfance\nà Dresde, lui doit son allure initiale, sa démarche noble, sa largeur vive,\nson tour de phrase au gruppetto victorieux, le contour de ses lyriques\npériodes, sa forme châtiée, les grandes mélodies chevaleresques et chaleu-\nreusement déroulées, les germes de son style, enfin. Wagner a-t-il jamais\nrenié Weber et l'héritage du Freischiït% ? Il disait aimer le peuple allemand\nqui aime le Freischiïtqui croit toujours au merveilleux de la plus naïve\nlégende : « Ah ! l'aimable rêverie allemande! L'enthousiasme des bois, du\nsoir, des étoiles, de la cloche du village sonnant sept heures ! Heureux qui\nvous comprend, qui peut, avec vous, croire, sentir, rêver et s'exalter !» On\nn'est pas plus romantique— et moins Parisien... Voilà pourquoi Tannhâuser,\nen 1861, fut sifflé. Avec ses lentes prières et son fantastique, le Freischiïtf\ndevance Tannhâuser, comme Euryanthe, avec ses deux couples contrastés,\nprésage Lohengrin. Jusqu'à Lohengrin (i85o), toute la jeunesse inquiète de\nWagner est nourrie de Weber. Wagner jeune est le prolongement de\nWeber, mort avant quarante ans. Tout Wagner est dans Weber sauf\nWagner. Le n'annonce point Tristan.\nMais voici, dès les soirs de 1820, le sujet essentiellement germani-\nque, légendaire, donc musical, à la fois intime et surnaturel comme le ro-\nmantisme en personne et comme le Nord de Rembrandt, portraitiste idéal\ndu docteur Faustus ! Voici l'ouverture, vague résumé du sujet précis, puis-\nque la suggestive musique est une pantomime sans acteurs; voici le leitmo-\ntiv, ce blason musical, qui s'attache volontairement et sourdement aux pas\ndu chasseur maudit; voici l'orchestre qui parle sous les voix, qui commente\nfiévreusement l'âme et l'image ; et toute la modernité qui frémit dans la\nchasse fantastique où pleure la cloche ! Le violoncelle, qui chante avec la\nprière d'Agathe, et les trombones majestueux, qui scandent la parole sainte\nde l'Ermite, inaugurent, dans un vaste finale, l'accent divin d'interces-\nsion qui magnifie Tannhâuser. Il n'est point jusqu'à cette verve mélodieuse\net dramatique d'italianisme et de rossinisme qui ne rattache la fougue\nwebérienne au wagnérisme naissant, l'opéra qui meurt au drame qui\nnaîtra sous les voûtes moyenâgeuses de la Wartburg ! C'est l'opéra ro-\nmantique', dans sa nouveauté naïve et sans duo d'amour, et qui ne rappelle\nni l'athénienne tragédie de Gluck, ni la comédie poudrée de Mozart, ni."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n541\n\nle Fidelio, demain centenaire, de Beethoven, ce chef-d'œuvre isolé qui\nrecèle l'immense secret d'un génie captif..\nSi des génies comme l'Anglais Purcell, qui musiqua Dido and Alinéas\ndeux cents ans presque avant Berlioz, comme Mozart et Weber, comme\nChopin, si des talents même, comme Mendelssohn ou Bizet, avaient moins\nprématurément disparu, quel changement dans l'évolution d un art ! L'ave-\nnir sommeille en ces jeunes hommes trop aimés des dieux... Mais Weber\nse survit dans le romantisme de Berlioz et dans l'invention de Wagner ;\nBaudelaire invoquait son nom pour évoquer Delacroix. Et si, dorénavant,\nles défenseurs du Reve peuvent se réclamer de « l'intimité » du Freischut\nle largo de l'ouverture d'Euryanthe suffisait seul à faire pressentir le\n« frisson nouveau » de la musique debussyste, avant que le novateur de la\nMer apparût coloré, pittoresque, extérieur, descriptif et soudain bruyant,\ntel un nocturne mineur de Whistler qui deviendrait une aube diffuse de\nClaude Monet...\nLe génie germanique de Weber est l'aïeul mort jeune de toute poésie\nmusicale. Et Fauteur élégant de la Miarka, si poétiquement présentée par\nM. Carré, ne saurait nous démentir. De même, tous les amoureux d'art\nseront d'accord avec nous pour admirer la chasse fantastique de l'Opéra,\nbien que son brouhaha couvre trop la discrète musique, et pour abominer\nla ridicule prostitution de l'intime Invitation à la Valse aux feux communs\nde la rampe ! Espérons que les génies morts, occupés à dialoguer, ne voient\npas la brillante reprise de leurs chefs-d'œuvre !\nRAYMOND BOUYER.\nOpéra-Comique : Miatkjr, drame lyrique en 4 actes, de Jean Richepinet Alexandre Georges.\nEn digne fille de Jean Richepin, Miarka est une Bohémienne, mais de\nces Bohémiens de France, dont les tribus errent en chantant sur nos routes\nnationales, précédées de leur chef qui caracole sur un beau cheval blanc:\nc'est là, n'est-il pas vrai? une rencontre familière à tous ceux, promeneurs,\ntouristes ou chauffeurs, qui ont parcouru nos provinces ; presque aussi fami-\nlière que celle du chemineau sentimental et prophétique dont l'histoire\nnous fut contée, naguère, à l'Odéon. Jean Richepin est un poète réaliste.\nDonc nous voyons naître, au prologue, la petite Miarka ; du moins nous\nvoyons la roulotte misérable où elle vient de naître (et qu'il convient d'ap-\npeler rnbidal)9 traînée, sur la place d'un village de Thiérache, par la vieille\ngrand'mère, la Vougne, et entourée d'une foule criarde de « vanniers » et\nde « laveuses » (ce sont là des professions chantantes, ainsi qu'il ressort de\nnombreux opéras comiques). C'est que la Vougne est une sorcière, comme\nla Taven de Mireille, mais plus horrifique. Seul un oiseleur, Gleude, qui\nest aussi un innocent (voir VArtésienne), la défend contre la multitude ameu-\ntée; il y a bien encore M. le maire qui s'intéresse aux Bohémiens, mais c'est\nd'un intérêt scientifique et philologique, partant fourbe et cruel : il veut\npénétrer le mystère de leurs origines, et pour cela ravir à la Vougne les\n« livres » où se gardent les chants de la race. Grâce à lui,, la vieille peut cé-\nlébrer le baptême de sa petite-fille, selon les rites des Romanis : ci, deux\nchansons qui terminent ce prologue : hymne àla rivière,et hymne au soleil:\nDans l'eau, qui court sans but,\nDans F eau qui fuit sans fin,\nSois trempée sans fin ni but."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.41", "texte": "542\nI.E MERCURE MUSICAL\n\nComme elle, va toujours,\nSans te fixer à la terre,\nEn la rongeant, en la.\nComme elle, aie pour pays\nLes nuages d'où elle\nLes nuages où elle retou\nCe sont, on le voit, des vers libres, ici sans rime, ailleurs assonancés ;et\ncette forme, qui est, à peu de chose près, celle du texte convient\nfort bien à la musique, parce qu'elle est d'un rythme plus ferme et plus\nserré que la prose, sans avoir la monotonie du vers régulier.\nDix-huit ans se passent, entre le prologue et le premier acte. La Vougne\na blanchi, Miarka a grandi ; toutes deux sont restées en ce même village,\ncontrairement à tous les us de leur race. C'est que les tarots le veulent\nainsi : Miarka doit grandir à l'endroit où elle est née, et alors elle sera reine,\nreine des Bohémiens. Elle danse au son de la guzla, et elle apprend les\nchansons (chansons de l'Eau qui court, de la Parole et du Savoir) ; Gleude\nl'écoute et l'admire, et l'amour a délié la langue de l'innocent. A peine\néveillée à la vie, Miarka se laisse bercer par ses douces paroles, et n'a pas\nla force de croire au roi qui doit venir, et qu'elle n'a jamais vu. La Vougne\nalors exerce son pouvoir magique : l'opaque nuit d'hiver s'éclaircit peu à peu,\net l'on voit apparaître, très lointains d'abord, reflets incertains, puis tout\nproches et presque réels, les Bohémiens dansants et chantants, avec leur\nroi, coiffé de fourrure blanche, au milieu d'eux : on devine déjà ce que\nM. Carré a su faire d'un pareil tableau; c'est une pure merveille que ce\ncrescendo de lumière qui aboutit à une douce clarté de printemps, pour\ns'effacer ensuite et se dissoudre dans l'ombre [froide ; et les danses (danse\ndes Romanis, danse de l'ours, danse nuptiale) sont d'une grâce et d'une\ncouleur dont rien n'approche. Il faut aller à l'Opéra-Comique pour savoir\nce que peut le goût français dans l'art de la mise en scène : car ici c'est bien\nun art, et qui donne des impressions de pure et d'absolue beauté.\nL'espoir renaît au cœur enfantin de Miarka, puis s'éteint encore ;et\ncomme l'hiver l'a fort affaiblie, elle s'est laissé recueillir chez le M. le maire,\noù la Vougne l'a suivie. L'innocent l'y retrouve aussi, et cette fois, fou\nd'amour, il veut joindre l'action à la parole. Mais Miarka, soudain sauvage,\nle jette à terre, plus prompte que la Esmeralda de Notre-Dame de Paris,\net il s'en va, triste et brisé, pleurer dans la nuit. Miarka en reste attendrie;\nmais la Vougne survient : il faut partir ; le maire philologue n'a déjà que\ntrop rôdé autour des livres sacrés. Et comme Miarka hésite, gagnée malgré\nelle à la vie douce et paisible, la vieille met le feu à la maison, tel Lotario\ndans Mignon.Elles reprennent la vie errante, et nous les retrouvons\ntoutes deux sur une route de Champagne. C'est là que la Vougne va mou-\nrir, sous la pluie qui tombe du ciel vaste et froid, dans les bras de Miarka\net de Gleude qui les a rejointes, fidèle et désespéré. Et c'est la chanson\ndes Nuages, et la chanson de la Pluie, et enfin l'hymne des Morts, que\nvient interrompre la marche des Romanis. Car ce sont eux, tels qu'ils ont\nparu à l'évocation de la sorcière ; ils viennent, et vont accomplir les\ndestins. Gleude, héroïque, les appelle et leur montre la route où ils\ntrouveront leur reine, pour lui perdue à jamais. Et c'est un chant nuptial,\net puis un cantique d'amour du roi descendu de son cheval pour recueillir\nMiarka dans ses bras selon toutes les traditions de nos scènes musicales.\nEt la Vougne meurt heureuse : les tarots n'ont pas menti.\nCe drame a tout ce qu'il faut pour plaire à une grande partie du public"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n543\n\non y rencontre des situations dramatiques d'un effet d'autant plus sûr\nqu'il a été vérifié déjà à plusieurs reprises, et que le plaisir de la reconnais-\nsance tempère agréablement l'émotion dont on ne peut se défendre devant\ncette vieille grand'mère au dévouement farouche, cet innocent dont l'âme\ns'éveille, et cette enfant promise à de si hautes destinées.\nC'est l'œuvre d'un Touranien très sage et optimiste, romanesque de plein\nair, troubadour de nos routes nationales (et départementales aussi) ; il y a\nde jolis détails, une sauvagerie très inoffensive, une couleur fausse,\net, par-dessus tout, le charme reposant de la banalité. La musique n'est\npoint en désaccord avec le drame, en ce sens qu'elle non plus ne franchit\npas les bornes d'une originalité modérée. Mais elle a pour elle une grande\nqualité, qui la rend bien supérieure à son texte : elle est sincère et ne\ncherche pas à faire illusion sur elle-même. Le sentiment n'y est pas très\nprofond, ni la forme très neuve ; mais on n'y trouvera pas ces vaines\nrecherches, ces duretés, ces laideurs pénibles et inutiles qui dans plus\nd'une œuvre moderne trahissent la vaniteuse impuissance d'un stérile\naligneur de portées. Et même, pour ne parler que des musiciens, on ne\nsera choqué ici ni par cette triviale emphase, ni par cette sentimentalité\nfactice et fardée qui trop souvent encore s'étalent sur la scène de l'Opéra-\nComique : M. Alexandre Georges est également éloigné de Charpentier et\nde Massenet ; il a meilleur goût que l'un et l'autre, et n'est pas moins bien\ndoué. Sa mélodie abondante et facile ne manque pas d'élégance, et sait\nà l'occasion se colorer d'un exotisme assez délicat en sa discrétion même :\nles chansons bohémiennes sont toutes fort plaisantes et d'un rythme\nintéressant, et tout le long de la scène d'évocation la musique est char-\nmante et très congrument colorée ; la danse de l'ours surtout, coupée par\nles grognements de l'animal, a une grâce fort piquante. Et certes c'est là\nde la musique de ballet ; mais je la loue précisément pour cela : on ne\nsaurait battre des entrechats sur des amoncellements de thèmes symbo-\nliques ou d'impénétrables massifs orchestraux. Ce qui me plaît moins,\nje dois le dire, ce sont les pages où M. Alexandre Georges s'est efforcé\nd'être dramatique : il semble ici que ses forces l'aient trahi ; son domaine\nest bien plutôt le genre tempéré, où il peut remplacer avantageusement\nLéo Delibes, avec une inspiration bien plus fraîche et plus musicale. Rien\njusqu'à présent ne fait augurer qu'il atteigne jamais au sublime. Mais le\nsublime n'est pas indispensable, et il faut savoir gré aux musiciens qui, au\nlieu de s'épuiser en vains efforts à sa poursuite, savent nous faire passer une\nsoirée agréable, sans fatigue excessive ni pour nos oreilles ni pour notre\nattention. On l'a dit, et il faut le redire sans cesse : «la règle des règles,\nc'est de plaire ».\nAjoutons, pour être juste, que l'œuvre nouvelle a été admirablement\nservie par une interprétation de premier ordre. M. Jean Périer, l'immortel\nPelléas devenu ici un innocent oiseleur, a toujours cette voix émue et\ntendre qui ravit. Mme Héglon a joué le rôle de la Vougne avec une\npuissance et une netteté que l'on a pu bien mieux apprécier sur cette\nscène que sur celle de l'Opéra ; et Mme Marguerite Carré a su donner aux\nbelles lignes dont elle dispose une orientale et tentatrice langueur ; rien de\nplus gracieux que la scène où elle s'éveille au son de la guzla bohé-\nmienne et de la flûte de l'oiseleur et, tout appesantie de sommeil encore,\nesquisse une danse indécise. Qu'on ne croie pas à la moindre ironie si\nje dis qu'à ces moments-là on se sent fier d'être Français.\nLouis LALOY."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.43", "texte": "544\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLe Jugement de Paris (i).\nDe nouveau la pomme, fruit symbolique et légendaire, vient jouer le rôle\nqui lui est familier sur les toiles, à la scène, dans l'orchestre même. Cette\nfois il s'agit du jugement de Paris, hérissé de mélodies, s'il faut en croire\nles programmes. Si le tableau de Baudry avait représenté Adam et Eve, il\naurait fallu deux thèmes. Mais ici trois déesses se sont dérangées, une pour\nune pomme, les autres pour des prunes. Chaque personnage a son motif,\net même l'amour en a un petit, sautillant. Si ce n'est pas dePamour, c'est tout\njuste un pépin. Mais où est donc le thème de la discorde ?Ah ! la voici\nqui éclate triomphalement dans la réunion des six thèmes superposés.\nLes moutons de Paris sont un peu négligés, n'ayant qu'un dessin musi-\ncal (?) collectif. Quel effet contrapontique on aurait pu tirer de la superposi-\ntion des moutons ! Mais à quoi bon penser aux choses qui auraient pu être ?\nA notre tour, décernons à cette œuvre la pomme, crue ou cuite?\nNÉZEU.\nTiJlir\n»\n\nA BATONS ROMPUS\n\nM. Julien Torchet étudie, dans le Guide musical, les facultés musicales\nde Zola, et conclut en disant qu'elles n'existaient pas. Rien de plus vrai.\nCette lacune n'empêchait pas Fauteur des Rougon-Màc quart de discuter sur\nla musique avec une prolixité que M. Bruneau documentait de son mieux.\nCe mieux était parfois l'ennemi du bien. Témoin le chapitre où Zola\ncélèbre avec exaltation l'instrumentation d'une page de Roméo et Juliette,\nvante la clarinette exquise, loue les délicieux traits de harpe.,, alors que\nBerlioz a employé un hautbois et des pizzicati de violoncelles.\n* *\nM. Carré, alsacien, a une très bonne presse chez Guillaume 11.\nLes journaux allemands, à de rares exceptions près, Pont approuvé de\nme demander 10 0.000 francs de dommages-intérêts pour me punir d'avoir\nosé imprimer que le directeur de POpéra-Comique ne ; joue pas toutes les\npièces qu'il reçoit. La Neue Zeitungfur Musik guillemette effrontément des\npropos de son invention qu'elle m'attribue, prétendant que j'aurais dit:\n« M. Carré ne joue que les auteurs qui le payent de leur poche. » Les Nou-\nvelles de Alunich précisent; d'après elles, en bon antisémite, j'aurais surtout\nreproché à mon adversaire de ne jouer que des compositeurs juifs !\nC'est étonnant comme les reporters sont inventifs, dans ce pays où les\nromanciers le sont si peu.\nvV\n•t* *»*\nCertaine association musicale sévit, le dimanche, annoncée par des pro-\ngrammes <( qui ne sont envoyés qu'aux personnes de la bonne société ».\nNéanmoins, j'en ai reçu un.\nIl promet le Dépit amoureux, qu'il étiquète « pièce très comique » ; il\ns'enorgueillit de pouvoir offrir à son public des chanteurs comme Mme Mel-\nlot-Joubert et M. Bataille, celle-là qualifiée <( extrêmement remarquable »,\ncelui-ci dépourvu de toute appréciation louangeuse, ce dont je le félicite.\n\n(i ) GEuvre couronnée au concours de l'Opéra et jouée en guise de prélude au\nFreis chùtz."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.44", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n545\n\nCe n'est pas à Lons-le-Saulnier que se donne le concert dont les organi-\nsateurs lancent ces papiers inouïs, ce n'est pas à Carpentras, ni à Lander-\nneau. Il a lieu au Trocadéro, en pleine Loubettopolis !\n❖\n❖ £\na A propos d'Armide, il paraît que M. Gevaert, le vénérable directeur de\nnotre Conservatoire national, s'applique tout spécialement à inculquer au\ncorps de ballet de la Monnaie toutes les notions indispensables pour la\nbonne exécution des nombreuses fantaisies chorégraphiques comprises\ndans son œuvre. Voilà un compositeur qui est tellement soucieux de la\nparfaite exécution de son œuvre qu'il pourrait remplacer « au pied levé »\nc'est le cas de le dire, malgré son grand âge, n'importe lequel de ses\ninterprètes ! »\nAinsi s'exprime le Je dis tout, contrefaçon belge dirigée par M. Alphonse\nLemonnier, qui fit, un temps, de la critique dramatique au Matin, Com-\nment notre confrère a-t-il laissé s'enfuir cet extraordinaire fantaisiste ?\n* *\n« Dans toute l'interprétation du Futç, pendant la soirée tout\nentière, je ne crois pas qu'il y ait eu u mouvement juste ; s'il s'en est\npar hasard rencontré un, je lui fais amende honorable ; il m'a échappé...\nC'est là un phénomène tout à fait extraordinaire ; il ne me souvient pas\nd'avoir jamais rien entendu de pareil, d'avoir vu fausser le sens, l'expression,\nle caractère d'un chef-d'œuvre avec tant de suite et d'opiniâtreté, a avoir\nvu apporter dans l'erreur tant de persévérance, de zèle et d'industrie. »\nC'est en ces termes que M. Pierre Lalo apprécie les efforts et les résultats\nde M. Taffanel. Quand on songe à l'effroyable chiffre de dommages-intérêts\nque le chef d'orchestre ainsi bousculé va, sûrement, demander au critique\ndu Temps,on frémit !\n* *\nLes Signale se plaignent amèrement d'avoir lu, dans un de nos confrères\nfrançais, un article superficiel et biscornu (sic), signé Gaston Knop, sur\n« la Presse musicale allemande ». Dans le même numéro, M. de Stœckiin\nétudie la Vie musicale française de manière également oberflœchliche, sinon\nschiefe,en quelques pages, d'ailleurs intéressantes.\nLe rédacteur des Signale regarde comme le véritable père de la musique\nfrançaise moderne... Gounod, et lui consacre le plus dithyrambique éloge.\nM. Camille Saint-Saëns n'a pas à se plaindre non plus, traité de « véri-\ntable cousin de Beethoven » et de « jeune frère de Mozart »,ce qui remplira\nd'aise M. Emile Baumann, auteur d'un volume de 4.75 pages, en peut\ntexte, sur l'Œuvre de Camille Saint-Saëns.Parmi les jeunes musiciens sur\nlesquels le charme de Massenet a laissé sa délicieuse empreinte, M. _de\nStœckiin cite Bruneau. Voilà qui va bien. M. Gabriel Fauré a subi i in-\nfluence de César Franck « sur certains points » que je suis curieux de con-\nnaître ; il n'a jamais écrit pour le théâtre, jamais, les Signale en sont cer-\ntains. Pour M. Vincent d'indy, « Mozart n'existe pas, ni Schubert, ni Schu-\nmann » voilà qui surprendra la S Enfin, M. Claude\nDebussy est un franc-tireur, un modèle inimitable qu'on imite (il me sem-\nble lire M. Vallas), un prix de Rome dont Massenet se moqua jadis, un\nchercheur qui trouva, loin des chemins frayés de la musique, un sentier\nnouveau., aboutissant à un cul-de-sac. Et voilà. Je me hâte d'ajouter que,\ntout en ne partageant pas les opinions énoncées par M. de Stœckiin, je\ntiens les Signale de Leipzig pour une publication du plus haut intérêt,\nincapable d'insérer jamais un article de chantage ou d imbécillité comme\non en voit circuler trop souvent dans le monde musical irançais.\n\nWilly."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.45", "texte": "546\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLES CONCERTS\n\nIl faut que je commence par un bien pénible aveu : je n'étais pas aux\nconcerts du 29 octobre. Je m'étais enfui jusqu'en ma lointaine campagne,\nemportant avec moi la Mer, comme un trésor volé peut-être (1), mais\ndevenu mien par droit d'amour. Touchée par les premiers froids, la forêt\nflambait de jaune et de roux, un air pénétrant courait sur la prairie inondée,\non discernait au loin l'insensible neige blanche sur les plateaux du haut\nJura, et partout, depuis les labours gras d'humidité jusqu'aux toits de\nchaume assombris, une sérénité triste annonçait l'hiver (je dédie cet alexan-\ndrin à mon comtois ami Gauthier-Villars). C'est là, dans cette nature\nrecueillie, repliée sur elle-même, presque mourante, que j'ai mieux compris\nencore le chef-d'œuvre de vie, de lumière et de force que Debussy vient\nde nous donner ; surtout j'ai mieux saisi la logique puissante et libre\nqui soulève et relie entre elles ces efflorescences mélodiques : logique\nd'un bel arbre aux branches dissemblables et pourtant harmonieuses,\nlogique directement opposée à toute scolastique, étant directement inspirée\nde la nature ; logique musicale, s'il en fut jamais, et qui ouvre à notre art,\nsi longtemps prisonnier en nos maisons, en nos salons et en nos salles de\nconcert, une vertigineuse échappée sur l'univers, son vrai modèle, son vrai\nroyaume. Je songeais à tout cela, et à plusieurs autres belles choses dont\nje parlerai bientôt (car l'œuvre de Claude Debussy, depuis Pelléas jusqu'aux\ntoutes nouvelles Images, est assez importante aujourd'hui pour mériter une\nétude d'ensemble) ; mais d'autres étaient plus sages, et je dois à un fort\nobligeant ami cette petite note sur le concert Chevillard, que je suis heu-\nreux de pouvoir offrir à mes lecteurs en diversion de mon indiscrète prose:\n« Dans l'ouverture de Phèdre, l'impitoyable rigueur métrique de M. Che-\nvillard a montré peu de complaisance aux langueurs et pâmoisons de\nM. Massenet. Jouée avec une précision extrême, la quatrième Symphonie\nde Schumann demanderait tantôt un peu plus de grâce, et tantôt un peu\nplus de vivacité qu'elle n'en eut cette fois. Le talent si noble de M. Lucien\nCapet a sauvé des sifflets un concerto de Brahms pour violon, dont la pre-\nmière partie dure éternellement. Un pot-pourri (pourquoi taire le mot\nquandonadmet la chose?) un pot-pourri des Maîtres Chanteurs terminait la\nséance, dont le principal intérêt résidait dans une œuvre nouvelle de\nM. Pierre Kunc et dans l'audition du Tasse de Liszt.\n« UEté pastoral (impressions languedociennes) de M. Kunc se compose\nde deux courts morceaux (Au Matin et Danse aux lanternes) clairs, écrits\navec aisance et une adresse qui ne va pas jusqu'à l'originalité. Le coloris\norchestral, sans être bien brillant, ne manque ni de finesse ni d'élégance. Il\na paru que M. Kunc était désigné pour écrire de charmants ballets et d'ex-\ncellentes pantomimes.\n« Quant au Tasse, c'est un des poèmes symphoniques de Liszt les plus\nfrappants et les plus significatifs. La noblesse des thèmes, la lucidité du\ndéveloppement, sa logique majestueuse aboutissant à une péroraison écla-\ntante, ont produit grand effet. Le menuet du milieu est une merveille de\ngrâce pompeuse et souriante. Sa combinaison avec le thème du triomphe\nmontre la maîtrise souveraine et discrète de Liszt dans l'art du contrepoint\nsymbolique. Bref, on doit remercier M. Chevillard d'avoir mis à son pro-\n\n(i) Voir ce que dit de moi, en savourant une Tasse de thé, le célèbre compositeur\nR.-N., avec qui je ne demande qu'à faire plus ample connaissance ; car c'est un\nhomme d'esprit."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.46", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n547\n\ngramme et brillamment présenté cette œuvre de haut caractère, à laquelle\nil ne manque guère que d'avoir été orchestrée par Berlioz. JEAN CHAN~\nTAVOINE. »\nJ'ai entendu, en revanche, le concert du 5 novembre àla rue Blanche,\ndepuis la Symphonie inachevée de Schubert jusqu'à la Bourrée fantasque\nde Chabrier, orchestrée assez agréablement par Félix Mottl (mais cette\ntransformation était-elle bien nécessaire ?). Plusieurs œuvres nouvelles\nnous étaient offertes : d'abord, la Chevauchée de la Chimère de Gaston Car-\nraud : musique certainement fort distinguée, un peu trop sobre et trop\ncontenue à mon gré, on croirait presque timide ; des idées intéressantes»\nintelligentes surtout, l'inévitable rythme de galop joliment marqué à l'or-\nchestre; tout cela plus esquissé que dessiné, plus élégant que passionné, et?\nmalgré une très savoureuse orchestration, un peu décevant pour qui con~\nnaît le goût si large et si sûr et le solide talent de l'auteur. Le Cygne de\nTuonela, de Sibelius, est une œuvre de l'école finlandaise, très finlandaise\npar son sujet (Tuonela est l'empire de la mort, et c'est sur le Styx finnois que\nchante le cygne funèbre), et aussi par son caractère, qui est une mélanco-\nlie intense et très douce : mélancolie d'un pays de brumes et d'étangs en-\ndormis, habité par une race ancienne, désespérément attachée aux tradi-\ntions qu'on veut lui enlever. Cette musique me plaît fort par son émouvante\nsincérité ; et ce chant du cor anglais, enveloppé d'accords tristes, est cer-\ntainement une belle chose. Le coloris sombre de l'œuvre n'a pas nui à son\nsuccès, comme on pouvait le craindre après l'étourdissant Caprice espagnol\nde Rimsky-Korsakof. La musique russe doit à l'Espagne quelques-unes de\nses pages les plus savoureuses, entre autres le Convive de pierre de Dar-\ngomyjsky et plusieurs romances de Glinka. Cette affinité, qui peut paraître\nsingulière entre des races si éloignées, s'explique fort bien par une com-\nmune influence orientale et musulmane. Mais l'Espagne, telle qu'elle\napparaît aux Slaves, a plus d'emportement et surtout plus de nerfs que\ncelle des Espagnols, courtoise jusqu'en ses transports. Ces danses de\nRimsky-Korsakof sont parmi les choses les plus colorées, les plus vives, les\nplus violentes, qu'un musicien ait jamais osé écrire ; rien de brutal cepen-\ndant, et tout au contraire une sensibilité suraiguë qui raffine sur le délire\net quintessencie la fureur ; c'est un art de grand seigneur, las depuis long-\ntemps de tout ce qui dans la vie est modéré, mesuré, calculé, et qui n'at-\ntache de prix qu'aux couleurs éclatantes et aux sauvages ardeurs. C'est\njustement ce caractère que d'autres reprocheront à une telle musique ;\nj'avoue qu'elle m'enchante.\nM. Colonne a commencé, avec un succès énorme, son cycle-Beethoven.\nLes deux premières symphonies et des fragments d'Egmont ont ouvert la\nsérie le 5 novembre. Chaque concert comprend, en outre, une œuvre de\nl'école moderne. Ce jour-là, c'était le prélude de l'Enfant-Roi, analysé dans\nle Mercure musical du i 5 août par un critique auquel je reprocherais\naujourd'hui un peu trop d'indulgence.\n\nLouis Laloy.\n\nCOURRIER DE NICE\nNice et la musique italienne.\nQuelles que soient ses tendances, un compositeur aujourd'hui, pour arri-\nver à la notoriété, est obligé d écrire des œuvres dramatiques. Les écrire ne\nsuffit pas, il faut encore les faire jouer. De là une surabondance de drames"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.47", "texte": "548\nLE MERCURE MUSICAL\n\nlyriques qui attendent leur tour d'être montés, risquant de ne l'être\njamais, ou trop tard; de là également une préoccupation légitime chez les\nmusiciens français, qui n'ont guère d'autres débouchés pour leurs produc-\ntions que l'Opéra ou l'Opéra-Comique, de voir se créer de nouveaux cen-\ntres artistiques. La jeune école française, fière à bon droit de son incon-\ntestable supériorité, doit veiller jalousement à ce que les nouvelles scènes\npossibles ne soient pas accaparées par des écoles étrangères, dont les pro-\nduits inférieurs, mais de digestion facile, peuvent illusionner la foule igno-\nrante.\nLes essais de décentralisation ont été assez nombreux en France. Les\nprincipaux ont eu lieu le plus souvent dans les petites villes de saison\nfréquentées par une clientèle exclusivement riche, trop riche pour se\npréoccuper d'être intellectuelle, et dont les éléments ne constituent pas un\nvrai public. A Monte-Carlo, à Aix-les-Bains et ailleurs, c'est à de vérita-\nbles représentations privées que ce monde a le privilège acheté\nd'assister. Les œuvres créées sur ces diverses scènes ont dû recevoir peu\naprès leur consécration à Paris, ou n'ont eu qu'une gloire très éphé-\nmère. Une décentralisation sérieuse faite dans une grande ville, ou une\nville de facultés, possédant ou pouvant arriver à posséder un vrai public,\nserait plus désirable pour tout le monde que celle essayée dans des théâ-\ntres antiques ou des arènes, si intéressante soit-elle. C'est ce qui pourrait\net devrait se produire à Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, dans beaucoup\nd'autres villes encore, et enfin à Nice.\nA vrai dire, on songe bien à quelque chose de semblable dans la capitale\nde la Côte d'azur, où Ton se préoccupe surtout d'attirer le plus de monde\npossible. Malgré le voisinage gênant de Monte-Carlo, on a bien l'intention\nd'essayer de centraliser à Nice certaines manifestations artistiques, et en\npremier lieu la création d'oeuvres dramatiques. De prime abord on ne peut\nque s'en réjouir. Les principales célébrités du jour ont été consultées à ce\npropos et ont donné des avis divers. Des auteurs et des compositeurs con-\nnus ont été pressentis et ont promis quelques œuvres inédites, profitant\nainsi de l'excellente occasion qui s'offrait à eux de se débarrasser de leurs\nlaissés pour compte. M. Xavier Leroux, encouragé par le succès obtenu\nici par sa Reine Fiammette, fort bien montée et jouée l'année dernière, et\npour laquelle il a conduit lui-même avec amour l'orchestre à toutes les\nreprésentations, qui ont été relativement nombreuses, profite de la faveur\ndu public niçois pour caser son William Rattcliff dont nous aurons la\nprimeur au cours de la saison prochaine. Cette œuvre, dont M. Colonne fit\nentendre au Châtelet d'importants fragments en 1895, est une des pre-\nmières de Fauteur du Nil. D'une écriture ferme et de pensée vigoureuse,\nelle faisait présager d'autres partitions que celles des Perses ou de la\nReine Fiammette. A cause de cela je crois qu'elle plaira moins. Quoi qu'il\nen soit, pendant que l'on jouera ce William Rattcliff, nous n'aurons pas\ncelui de M. Mascagni (1); c'est toujours autant de gagné. Car l'école ita-\nlienne moderne est envahissante. Elle a déjà conquis les deux Amériques,\net si un mouvement musical réel se produit dans notre région, c'est elle\nencore qui certainement en profitera. Loin de combattre cette invasion,\nnos autorités, le public et la presse la favoriseront. Un fait tout récent va\ndémontrer le bien fondé de mes appréhensions.\nEll septembre dernier, le directeur de notre Opéra fut invité par la com-\n\n(i) Il existe aussi un William Rattcliff de César Gui, joué à Saint-Pétersbourg\nen 1869, cllie *e Monde musical a confondu avec celui de M. Leroux en le men-\ntionnant dans un de ses suppléments comme exécuté aux concerts Colonne en 1895\n.avec MM. Gibert etFournets."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.48", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n549\n\nmission théâtrale de la municipalité à produire le programme de sa pro-\nchaine campagne théâtrale.\nll.proposa, comme nouveautés, la Tosca, Renaud d'Arles, William Ratt-\ncliff, Armide, et enfin le Crépuscule des Dieux, qui devait compléter les\nreprésentations de la tétralogie déjà données au cours des saisons précé-\ndentes (i). Ce programme, d'un éclectisme malheureusement nécessaire,\nétait, à tout prendre, acceptable. Une part raisonnable et suffisante y était\nfaite à l'école italienne moderne. Ces œuvres, ainsi que celles du réper-\ntoire courant, devaient être interprétées par des artistes de valeur: MM.Duc,\nImbart de la Tour, Ibos, Saleza, Van Dyck, Seveilhac; Mmcs Charlotte\nWyns, Landouzy, Mastio, Cesbron, etc., et, en représentation seulement,\nMmes Bréval, Heglon, Litvinne, Cavaiieri, Marié de l'lsle ; MM. Delmas,\nFugère, Renaud, etc. M. Saugey, le directeur de l'Opéra, offrait de pren-\ndre à sa charge la moitié du supplément des frais qu'exigerait la création\ndu Crépuscule des Dieux ou celle à!Armide, ce qui l'honore certainement\net prouve qu'en dehors des nécessités commerciales auxquelles il est con-\ntraint de se soumettre, il a aussi un certain amour-propre d'artiste. Cette\ncombinaison n'a pas été acceptée (crédits insuffisants ! absorbés sans doute\npar le carnaval). Seulement deux jours avant la réunion définitive de cette\ncommission omnipotente et peu éclairée, un journal local publiait une note\ntendancieuse faisant l'éloge de Siberia, l'opéra de Giordano, et demandait\nson adjonction au programme. Il en était décidé ainsi le surlendemain à la\nséance du conseil, de sorte qu'Armide et le Crépuscule des Dieux, remis à\nl'année prochaine - ou aux calendes grecques, seront remplacés par\nSiberia. Au Casino, en compensation, nous aurons la Manon Lescaut de\nPuccini et (horresco referens) une Sanga inédite de M. Isidore de Lara, cette\ndernière cependant si les fonds disponibles le permettent. Et voilà com-\nment les fonds en question, insuffisants pour monter l'oeuvre grandiose\nd'un Gluck ou d'un Wagner, ne le seront plus quand il s'agira des opéras\nitaliens. Et personne ne protestera, au contraire.\nQue la population indigène ait conservé des préférences pour l'opéra\nitalien, joué presque exclusivement et longtemps encore après l'annexion et\njusqu'au fameux incendie de 1881, la chose est assez naturelle. Mais que\nl'on veuille imposer ce répertoire inférieur aux nombreux étrangers, artistes\nou dilettanti, qui viennent se réchauffer au soleil et contempler une nature\nmerveilleuse, c'est aller à l'encontre des bonnes intentions que l'on peut\navoir de créer un centre d'art. Et, malgré tout le mauvais goût dont peut\nfairepreuve un monde qui s'intitule grand parce que riche, je ne puis admettre\nque sur iso ou 200.000 étrangers qui grossissent la population du littoral\nen hiver, et même aussi parmi les sédentaires, il n'y ait pas les mille indi-\nvidus nécessaires pour composer un public intelligent et même raffiné. Le\ncontraire serait par trop pénible à constater. On pourrait donc pour ce\nmillier de spectateurs organiser autre chose qu'une saison d'opéra italien.\nMais la critique musicale ne fera rien pour cela. Faite le plus souvent et le\nmal n'est malheureusement pas spécial à Nice par des chroniqueurs\nmaîtres-jacques, écrivains de valeur assurément, mais incompétents ou de\nparti pris, ayant en général aliéné leur indépendance, elle encouragera au\ncontraire les représentations des opéras transalpins.\nM. Sonzogno a dirigé autrefois l'Opéra de Nice. Il s'en souvient, et après\nSiberia il nous fera passer tout son stock exposé place du Châtelet cette\nannée. Nos chroniqueurs, et parmi eux M. Camille Mauclair, qui verra là\n\n(1) C'est à Nice qu'a été donnée- en 1902 la première représentation de YOr du\nRhin en France."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.49", "texte": "550\nLE MERCURE MUSICAL\n\nsans doute une manifestation de cette renaissance latine à laquelle il\nparaît croire sincèrement, considéreront comme musique méditerranéenne\nces productions d'une école qui s'obstine à refaire, sans y réussir d'ail»\nleurs, le dernier acte de Carmen, œuvre du Français Bizet prônée par l'Alle-\nmand Nietzsche. Ils argueront qu'à Nice, ville cosmopolite, il est naturel\nde jouer des auteurs étrangers, sans s'apercevoir qu'alors il serait logique\net équitable de monter également des œuvres de la si intéressante école\nrusse, des écoles tchèque, allemande, anglaise, espagnole, etc.\nEt si l'on tient vraiment à favoriser le grand Art, pourquoi encore et sur-\ntout ne pas créer une société de concerts où seraient données régulièrement\ndes séances de musique pure ? Si M. F. Leborne, en 1903, au Casino, et\nd'autres avant ou après lui n'ont obtenu que des demi-succès dans de sem-\nblables tentatives, c'est qu'elles ont été faites sans association, sans organi-\nsation, sans conviction ni enthousiasme dans un établissement très agréa-\nble où l'on joue, où l'on flirte, où l'on se pavane, mais où on ne se recueille\npas pour écouter religieusement de la musique. Il faut édifier des temples\npour réunir des fidèles et prêcher pour les retenir. La presse n'a jamais\nencouragé les musiciens. Prolixe pour les virtuoses précoces, les phéno-\nmènes, les Kubelik ou les Leoncavallo, elle passe dédaigneusement sous\nsilence les séances données par MM. G. Fauré, Diemer, Pugno, par les\nChanteurs de Saint-Gervais, etc. : réclame peu productive ou abondance\ndes matières (5 colonnes consacrées au foot-bali et au lawn-tennis).\nJe conclus. M. Laloy signalait dans le premier numéro du Mercure musi-\ncal « le retour offensif du vérisme italien ». Contrairement à son opinion,\nje crois qu'il faut s'en inquiéter. La demi-réussite de la saison italienne de\nParis ne découragera pas les envahisseurs. Au lieu de franchir à nouveau\nd'un seul bond la distance qui sépare la Lombardie de l'lle-de-France, ils\nreviendront à Paris plus sûrement par petites étapes, en commençant par\nNice. Cette cité, qui est déjà une grande ville, voit sa prospérité grandir\ntous les jours. Si rien ne vient modifier les tendances artistiques qui s'y\nmanifestent, il est à craindre que le mauvais goût ne s'y développe encore\ndavantage et ne devienne contagieux. C'est pour cela que je crois utile de\nsignaler ce danger, sinon pour enrayer sa marche, du moins pour en atté-\nnuer les conséquences.\nEDOUARD PERRIN.\nP.-S. J'apprends au dernier moment que M. Heugel refuse au directeur\nde notre Opéra le droit de jouer non seulement Siberia, mais encore tout le\nrépertoire dont il est éditeur-propriétaire. Cette mesure de protectionnisme\ndésorganise complètement le programme élaboré pour la saison. Car parmi\nles œuvres ainsi prohibées se trouvent également celles de M. Massenet ;\nor pouvez-vous concevoir une saison lyrique sans les ouvrages de M. Mas-\nsenet ? Aussi c'est un désarroi complet. On parle bien de jouer Siberia\nquand même, mais en italien (Sonqogno editore). Il y aurait là de quoi sou-\nlever un incident dangereux, quasi diplomatique. De plus, M. Saugey vient\nd'être nommé directeur du théâtre de Vichy. En quelle langue jouera-t-il\ndans cette ville d'eaux l'opéra de Giordano qu'il voudra y emporter certaine-\nment dans ses cartons et de là probablement à Paris, théâtre delà Gaîté?\n(Que vous disais-je plus haut ?)\nIl y a de la poudre sèche dans l'air ! D'un côté on aiguise les épées (avec\nun Chant de la forge de Leoncavallo sans doute), et de l'autre la vieille\nquerelle des Bouffons est rouverte Cette dernière guerre heureusement\nn'aura rien de tragique ; espérons-le tout au moins !\nE. P."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.50", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n551\n\nCOURRIER DE MANCHESTER\nElizabeth d'Irvel.\nQuelle ne fut ma surprise en trouvant au programme du Concert Richter\nde jeudi dernier les Variations symphoniques de César Franck, et jouées\npar Raoul Pugno! Cette surprise devint de la félicité lorsque, après l'exécu-\ntion magistrale de cette œuvre admirable, Pugno fut rappelé une fois, deux\nfois, trois fois, quatre même, et il n'y avait pas à s'y tromper, c'était du\nvrai enthousiasme ; la salle était emballée d'un emballement plus spontané\nque celui qui avait accueilli la pluie de perles que Pugno avait versée sur\nnous dans un Concerto de Mozart ; pluie bienfaisante, il faut le dire.\nL'interprétation de Franck fut impeccable. On n'écoutait pas le piano,\non ne contemplait pas le magique bâton de Richter. Seule la pensée du\ngrand maître ressortait dans toute son ampleur, dans toute sa puissance,\ndans toute sa délicatesse. C'est la première fois qu'on entendait du\nFranck à Manchester, ce ne sera sûrement pas la dernière.\nUn mot encore sur un très intéressant récital d'orgue donné à l'Univer-\nsité par le Docteur Kendrick Pyne (docteur en musique !). Au programme :\nun prélude et une fugue de Bach très honnêtement exposés ; un admirable\nAve Maria de Liszt, où l'interprète dénote une connaissance approfondie\nde son instrument ; enfin une Fantaisie de Saint-Saëns dans laquelle le\nDr Kendrick Pyne nous donne bien la preuve qu'il sent la finesse et l'esprit\nde la musique française.\n\nÉCHOS\nLes aboyeurs. Notre ami et collaborateur Henry Gauthier-Villars nous\nécrit ce court billet, d'où il ressort que certain insulteur n'a pas du tout\natteint son but :\nMon cher Laloy,\nVous ne supposef pas que je m'en vais encombrer le Mercure musical\nd'une polémique avec ce roquet mégalomane qui gronde aux jambes de ceux\nqui lui sont supérieurs, c'est-à-dire de tout le monde,\nLaissez-le à sa folie des grondeurs !\nYour's WILLY.\nAu Conservatoire. M. Bienvenu-Martin, ministre de l'instruction pu-\nblique, a ratifié les désignations faites par le conseil supérieur du Conser-\nvatoire. L'arrêté a paru le 6 novembre au Journal officiel.\nM. Bouvet est nommé professeur titulaire d'une classe d'opéra ;\nMM. Caussade et Gédalge, professeurs titulaires des classes de contrepoint\net de fugue, nouvellement créées. r .\nM. Pierre Lalo, critique musical, est nommé membre du conseil superleur\nde l'enseignement du Conservatoire national de musique, en remplacement\nde M. Gédalge. Voilà encore un choix fort heureux, et qui prouve qu'en\nappelant au conseil un homme qui souvent a proclamé l'urgence de grandes\nréformes, M. Dujardin-Beaumetz n'a pas cru introduire l'ennemi dans la\nmaison. D'autres n'en ont pas jugé ainsi, et les démissions de MM. Camille\nSaint-Saëns et Théodore Dubois sont un peu plus significatives qu on ne\nl'eût souhaité, au moins pour le premier des deux."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051115-01.1.51", "texte": "552\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis Laloy.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nQuatuor Parent. M. Armand propose de réserver désormais\n4 séances tous les ans aux œuvres de Y Ecole moderne. Les oeuvres exécu-\ntées cette année seront le Quaiuo , le Quintette et la Sonate de Franck, !e\nQuatuor de Ravel, le Quatuor de Debussy, le Quatuor de Fauré, la Sonate\nde d'lndy et le Trio de Magnard (ire audition).\nMais d'autre part, M. Armand Parent veut consacrer, pendant 4 années,\n8 séances tous les ans à l'exécution intégrale des œuvres de musique de\nchambre instrumentale et vocale de Beethoven. C'est la première iois en\nEurope que se produit une semblable initiative artistique.\nD'autre part, les séances organisées par M. Parent au Salon d'automne\nse poursuivent avec d'admirables programmes et un très grand succès, qui\nmontre l'intérêt de plus en plus vif du public pour nos œuvres modernes,\ninterprétées par un grand artiste.\nSociété Bach. Ala Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques, première\naudition annuelle des grandes œuvres d'orgue et de piano de César Franck\npar Mne Blanche Selva et M. Gustave Bret, le vendredi ler décembre à\nq heures du soir. Au programme les trois Chorals pour orgue, Prélude,\nChoral et Fugue, et Prélude, Aria et Finale.\nOn trouve des billets à la Schola Cantorum et chez les principaux édi-\nteurs (4, 3 et 2 fr.).\nMi]e Elisabeth Delhez va donner deux concerts de musique vocale clas-\nsique et contemporaine (Franck, Lekeu, d'lndy, Chausson, Debussy,\nRichard Strauss) à la salle Pleyel, les lundi i 3 et mercredi 22 novembre,\navec le concours de MM. Jean Ten Have et François Dressen, premier\nvioloncelle solo des Concerts Lamoureux. La composition des programmes\net le talent des artistes donneront un grand intérêt à ces concerts.\nNécrologie. Le 29 octobre est mort, à Paris, Jules Danbé, le distingué\nchef d'orchestre. Il était âgé de 65 ans.\nElève de violon au Conservatoire, Jules Danbé avait d'abord fait partie\nde l'orchestre du Théâtre-Lyrique, puis de celui de l'Opéra jusqu'en 1870.\nA cette époque, il fonda les concerts du Grand-Hôtel, qui eurent beaucoup\nde vogue. En 187?, lorque M. Vizentini ressuscita le Théâtre-Lyrique au\nsquare des Arts et Métiers, il choisit Danbé pour le doubler et le suppléer\ndans la direction de l'orchestre.\nEn 1877, il succéda à Charles Lamoureux comme chef d'orchestre de\nl'Opéra-Comique et resta à ce poste jusqu'en 1898. Il dirigea depuis les\nConcerts du Casino d'Argelès, puis ceux de Vichy. Il avait fondé il y a\ndeux ans les concerts de l'Ambigu, dont le succès était très vif.\nG'est un excellent musicien qui s'en va, et l'on peut dire de lui (chose\nnotable pour un chef d'orchestre) qu'il laisse des regrets unanimes à\ntous ceux qui furent ses amis ou ses collaborateurs.\nPAN."}]}