{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_sha256": "00594e90da91e12e159353aed8b188804cf88279876abf94a7a7b517e3fd6040", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/12/01_01/bmtnabh_1905-12-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/12/01_01/bmtnabh_1905-12-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.2", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.1", "debut_caractere": 265, "fin_caractere_exclue": 656, "texte": "Sommaire\nJULES ROUANET. .. —.... La mus\nARMANDE DE POLÎGNAC.. Penses\nSALVATOR PEITAVI .... Esquisses musicales d'Outre-Manche (suite).\nMARTIAL TENEO Miettes historiques.\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis LÀLOY .. ........ ..... \\\nE. 80RREL............ [ Les Concerts.\nJEAN POUEIGH,. ........\nPAUL GrOSFILS.. La musiqu\nSOUS-0FF.,... Courrier de Stuttgart.\nPAN,.....,.. Échos.\nPublications récentes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c003", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.3", "titre_corps": "ESQUISSE POUR UNE HISTOIRE DE LA MUSIQUE ARABE EN ALGÉRIE", "titre_sommaire": "ESQUISSE POUR UNE HISTOIRE DE LA MUSIQUE ARABE EN ALGÉRIE", "signature_source": "Jules Rouanet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "ESQUISSE POUR UNE HISTOIRE\nDE LA MUSIQUE ARABE\nEN ALGÉRIE\n\nI\nDès qu'on aborde l'étude de la musique arabe, on ne peut\ns'empêcher de remarquer et de regretter combien peu ce sujet\na, jusqu'à ce jour, sollicité les chercheurs.\nDe nombreux savants ont consacré un formidable labeur à\nreconstituer, en des livres luxueusement édités, les merveilles\nde l'architecture et des arts plastiques des Arabes. De patients\norientalistes, penchés sur les manuscrits mystérieux, nous ont\nrendu la littérature et la philosophie de l'lslam; des arabisants\ndistingués sont familiers avec la poésie islamique, avec la prose\nélégante des Hariri, Ibn Nobata, ElKharizmi, avec la métrique\nde Khalil, avec les ouvrages innombrables des jurisconsultes,\ndes théologiens, des mystiques, des mathématiciens, des alchi-\nmistes de tous les pays d'Orient.\nLa musique arabe n'a pas encore bénéficié d'une faveur pa-\nreille (i).\nSans doute, les arts plastiques ont pour eux qu'ils séduisent\ntout de suite l'esprit par la clarté de leur langage et l'éloquence\nexpressive de leurs formes. Sans doute, elle est profondément\npassionnante, cette délicieuse floraison des arts décoratifs mu-\nsulmans, avec leur inimitable fantaisie et leur grâce souveraine\noù nous aimons retrouver l'expression fidèle et éloquente de la\n\n(i) Dans le bel ouvrage que le Docteur G. Lebon a consacré à la Civilisa-\ntion des Arabes, quelques lignes à peine, sur 700 pages, parlent de la mu-\nsique."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "pensée d'une race qui a laissé dans la civilisation du monde un\nsillage toujours lumineux. Sans doute, rien n'est plus digne du\nlabeur des traducteurs et des commentateurs que ces littéra-\ntures orientales, dont le génie imprègne les littératures occiden-\ntales du Moyen Age, que ces œuvres de science qui ont aidé\nl'esprit humain à développer ses facultés d'analyse et ont pré-\nparé le progrès.\nMais ne juge-t-on pas que, dans cette histoire de l'art et de la\npensée, une place plus large aurait pu être faite à la musique?\nN'est-elle pas, autant qu'un monument d'architecture, l'exté-\nriorisation de la façon de sentir d'une race, une partie de la vie\nd'un peuple? Helmholtz a écrit que « pour exprimer les mou-\nvements de l'âme nous n'avons pas de moyen plus précis et\nplus délicat que la musique ».\nDès lors ne trouverions-nous pas un très grand intérêt, à\ncôté des études de littérature et d'archéologie musulmanes, à\nprovoquer des études de la musique arabe et à leur demander\nsi elles ne peuvent nous apporter quelque jour nouveau sur la\ncivilisation de ce peuple glorieux, si elles ne peuvent contribuer\nà affirmer les règles de l'esthétique musulmane ?\nA supposer que dans ce sens des recherches resteraient stéri-\nles, ne pourrions-nous analyser la musique arabe pour trouver\nen elle une nouvelle manifestation des conceptions artistiques\nrévélées par l'architecture et les arts décoratifs, pour reconnaî-\ntre si cet art sociologique par excellence, si ce mode de penser\net de sentir peuvent ou non se rattacher aux autres arts mu-\nsulmans dont nous subissons toujours la séduction?\nA rester dans le domaine musical, l'étude de la musique\narabe ne nous permettrait-elle pas de résoudre certains problè-\nmes importants de musicologie et de découvrir, pour raccorder\nle présent au passé dans la chaîne des temps, quelques étapes\nsignificatives?\nOr, beaucoup de nos lecteurs l'auront constaté : la bibliogra-\nphie de la musique arabe est d'une pauvreté insigne. Quand\nnous aurons cité le travail de Salvador Daniel paru en 1863\ndans la Revue africaine(l ), l'esquisse de Christianowitch pu-\nbliée à Cologne à la même époque (2), le mémoire allemand de\n\n(i ) La Musique arabe : ses rapports avec la musique grecque et le chant\ngrégorien [Revue africaine, 1862-63, livraisons 3i à 39). Le même auteur a\npublié chez Richault, à Paris : Chansons arabes, mauresques et kabyles,\ntranscrites pour piano et chant. Les mélodies sont affublées d'un accom-\npagnement peut-être très savant musicalement, mais parfaitement ridicule\nau point de vue de la musique arabe.\n(2) Esquisse historique de la musique arabe aux temps anciens, avec des-\nsins et quarante mélodies notées et harmonisées. Cologne, 1863."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "Kiesewetter édité en 1842 (1), les études égyptiennes de Villo-\nteau (2) qu'a reproduites et commentées Fétis (3), nous devrons\nconstater qu'en dehors du mémoire de M. Land, lu en 1883 au\nCongrès des Orientalistes de Leyde sur les origines de la gamme\narabe (4), il n'existe aucun ouvrage scientifique basé non plus\nsur des impressions personnelles plus ou moins contestables,\nmais appuyé sur des textes ou des faits, consacré à la musique\narabe, à ses formes et à ses monuments.\nPendant que des paléographes éminents fouillaient les archi-\nves publiques et privées et reconstituaient la musique profane\net religieuse du Moyen Age, pendant que se déroulaient de\nbelles discussions académiques pour établir l'authenticité de\nfragments d'hymnes grecs, pendant que les oeuvres des précur-\nseurs et des musiciens de la Renaissance ressuscitaient de leurs\ntombeaux, la musique arabe, malgré son auréole historique, ne\ntentait personne.\nOn n'ignore cependant pas que la musique a toujours joué\nun rôle considérable dans la vie des peuples musulmans. C'est\nune chose acquise que, dans les fêtes privées ou publiques, dans\nla plupart des circonstances de l'existence des souverains et des\nparticuliers, aux heures de joie comme aux heures de deuil, la\nmusique était chargée d'exprimer les sentiments du peuple\narabe.\nAux jours de vie simple et patriarcale, c'est au chant lente-\nment rythmé des chameliers que les caravanes déroulent dans\nle désert sans ombre leurs longues files mouvantes. « Les quatre\npas lourds de la marche du chameau forment la mesure (5), et\nl'alternance des syllabes brèves et longues de la langue parlée\ncombinées avec les temps successifs de cette mesure créent le\nhidadu. Bédouin primitif, ancêtre lointain de la musique arabe. »\nQuand les Arabes du Sinaï rencontrent une source après un\nlong voyage, ils la saluent par un chant de joie, comme le rap-\nporte saint Nil, l'ancien préfet de Constantinople. Quand la\nreine Mavia triomphe des Romains de Palestine et dePhénicie,\nl'armée entonne un chant de gloire (6). Et sous la tente, aux\n\n(1) Die Musik der Araber nach originalquelien dargestellt. Leipzig, 1842.\n(2) De VEtat actuel de la musique dans la\nl'Egypte (t. XIII et XIV de l'édition in-8, Paris, 1823-26). Atlas\nderne, pl. AA-CC.\n(3) Histoire générale de la musique, Paris, 1869, t. 11.\n(4) Actes du 6e Congrès international des Orientalistes\nl'histoire de la gamme arabe, par J.-N.-P. Land (Section sémitique),\nLeyde, 1885.\n(5) Clément Huart, Littérature arabe, Paris, 1902, p. 4.\n(6) Id., ibid. p. 7."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "longues heures de torpeur, le jeune pasteur se taille dans un\nroseau une flûte rudimentaire, nous rappelant le vers de Lu-\ncrèce (1) :\nPer loca pastorum atque otia dia,\net il jette dans l'air quelques sons frêles et menus, doux à en-\ntendre dans le grand silence des vastes plaines et dans la solen-\nnité des espaces désertiques. Ainsi cet être fruste satisfait son\nbesoin de chanter.\nPlus tard ce sont les fêtes merveilleuses des califes de Damas\net de Bagdad, les réjouissances fastueuses de la gentilité des\nMaures d'Espagne.\nToujours et partout, la musique apparaît bien à sa place et à\nson rôle, dans la vie sociale de l'lslam.\nAvec le développement de la civilisation, le discrédit qui\npesa un moment sur les musiciens s'efface vite. Les souverains\ndonnent l'exemple. Ils appellent à eux les artistes les plus célè-\nbres, les couvrent d'honneurs et de présents, les font asseoir à\nleur table, se complaisent en leur compagnie et entendent\nmême, en chantant et jouant avec eux, honorer l'art musical.\nRappelons-nous seulement l'histoire de Docte Sympathie,\ncette jeune fille extraordinaire dont Schaharazade raconte la\nstupéfiante érudition (2). Quand Sympathie a mis à court la\nscience des docteurs, quand elle a répondu aux questions les\nplus subtiles et étonné l'assistance par l'immensité et la profon-\ndeur de son savoir ; quand elle a obligé les savants de la cour à\nlui abandonner leur manteau en signe de défaite et à lever la\nmain droite pour reconnaître la supériorité de cette merveille\ndu siècle, le khalife demande à Sympathie « si elle sait jouer\ndes instruments d'harmonie et chanter en s'accompagnant ». On\napporte un luth dans un étui de soie rouge terminé par un\ngland de soie jaune et fermé par une agrafe d'or. « Sympathie,\ndit le conteur, appuyant l'instrument contre elle, se pencha\ncomme une mère sur son nourrisson, tira des accords sur\ndouze modes différents, et au milieu du ravissement général\nchanta d'une voix qui résonna dans tous les cœurs et arracha\ndes larmes émues à tous les yeux ».\nLe Khalifat, émerveillé, lui proposa d'entrer dans le harem,\ntellement il jugeait supérieure l'instruction de cette gracieuse\npersonne.\nOn voit donc que dans Les Mille et dans ce recueil\ndes récits populaires d'un peu de tous les temps et de toutes les\n\n(1) De naturel rerum, lib. V.\n(2) Les Mille et Une Nuits, traduction du Docteur Mardrus, tome VI."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "origines, la musique est considérée comme le complément in-\ndispensable des sciences abstraites dans l'éducation d'un grand\nesprit ce qui nous paraît de nature à justifier les regrets for-\nmulés plus haut au sujet du peu d'attention que les savants\nmodernes ont donnée à la musique arabe.\nII\nIl y a peut-être une apparence de raison à ce délaissement :\nc'est que nous n'avons pas encore trouvé, comme pour le\nMoyen Age et pour d'autres peuples, les monuments écrits\nqui auraient provoqué les études et leur auraient servi de base.\nLes Arabes, en effet, n'ont pas adopté de système de séméio-\ngraphie musicale.\nEn faisant cette constatation, nous touchons à un des pro-\nblèmes les plus curieux de l'histoire musicale.\nCar on se demande comment il est possible qu'un peuple si\ndoué, dont la civilisation avancée se manifesta dans le domaine\nscientifique et dans le domaine artistique par des siècles de\nsplendeur et d'impérissables monuments, qui fit connaître l'an-\ntiquité classique au Moyen Age, dont les œuvres et les doctrines\nfurent pendant 500 ans la subsistance intellectuelle des Univer-\nsités d'Occident, comment il est possible que les Arabes n'aient\npas pratiqué une notation musicale et laissé, par [l'artifice de\nl'écriture, à côté des paroles de leurs diwans,le texte musical de\nleurs mélodies traditionnelles.\nCette lacune nous étonne plus encore quand nous prenons\nconnaissance des ouvrages théoriques, très nombreux et très\nsavants, écrits par les Arabes sur la musique et la poésie, sur\nles musiciens et leur biographie.\nLe côté purement mathématique de la musique y est étudié\navec les procédés les plus rigoureux de l'acoustique ; les lois de\nla métrique et du rythme y sont exposés avec une extraordi-\nnaire précision et une profusion inouïe de détails.\nAinsi, Al Farabi (i) et plusieurs autres auteurs avant lui\nnous enseignent que l'octave est divisée en 17 intervalles et\ncomporte 5 espèces de quartes appelées que les modes\nou makamatse distinguent entre eux par la composition du\n\n(1 ) Kitab el Mousiqui,manuscrit d'Abou-N açr-Mohammed ben Mohammed\nAl Farabi (Bibliothèque de Leyde, manuscrit datant de l'an 943 de l'hégire,\ncopie d'un exemplaire de 482) (Bibliothèque de l'Escurial, n° 909) (Biblio-\nthèque Ambros. de Milan). Al Farabi, surnommé le nouvel Aristote,\nmourut à Damas l'an 339 de l'hégire (950 de J.-C.)."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "tétracorde inférieur et du pentacorde supérieur (qui sont des\ntabaka) (1). Nous apprenons que les modes musicaux ont 84\ncirculations et qu'en transportant chaque gamme sur chacun\ndes 17 degrés de l'échelle, il en résulte 1428 échelles tonales\nauprès desquelles, avouons-le, nos deux gammes majeure et\nmineure modernes paraissent d'une humiliante pauvreté.\nLes théoriciens arabes ont lu, traduit et commenté les théo-\nriciens de la musique grecque, Aristote, Platon, Aristoxène et\nautres, et il faut voir, pour ne citer qu'un exemple, avec quelle\nprécision Al Farabi, dans son Kitab el Mousiqui, calcule la dis-\ntance des ligatures à appliquer sur le manche des instruments\nà cordes, les diverses manières d'accorder ces instruments et\nd'en jouer en appliquant les doigts aux points de la corde cor-\nrespondant aux 3/9, 5/6, 64/81, 32/45 de sa longueur.\nA partir du ixe siècle, les écrits arabes sur la musique sont\nnombreux : ce sont les 100 chansons d'leleih Ibn el Aura (2),\nun des chanteurs d'Haroun el Raschild, le recueil d'lshac (3),\nqui mourut en 849, les ouvrages d'El Kindi (4) (862) sur la\ncomposition, l'ordonnance des tons, les éléments de la musique,\nl'union de la musique et de la poésie, le grand livre en deux\ndiscours d'Ahmed ben Mervan es Serchefi (5), les traités théo-\nriques et pratiques du xe siècle d'El Farabi, et le recueil des\nLettres des Frères de la pureté (6), le Kitab el Aghâni (7) d'A-\nboul Faradj el Içfahani (967), les manuscrits de Mohammed el\nHaddad (8), de Mohammed ben Ahmed ben Haber (9), de\nChifr ben Abdallah (10), les récits du xie siècle d'Omeya ben\nAbdelaziz, les traités persans des 1111e et xive siècles, le livre\n\n(1) Aujourd'hui encore nos indigènes d'Algérie disent qu'il y a dans le\ngosier humain sept notes : en bas, la t : mi-fa-sol ; au milieu,\nla bousta(note du milieu) :la; en haut, la si-do-ré.\n(2) Cité par le baron Hammer-Purgstall dans\nAraber,t. 111.\n(3) Cité par Kosegarten dans le Proœde\nCantilenarum magnus,Gripesvoldiae, 1840.\n(4) Cité par le baron Hammer-Purgstall, et dans\nder Literatur,t. XCI, 3e trim. El Kindi est le plus ancien écrivain arabe\nqui ait traité de la musique. Il mourut l'an 248 de l'hégire (862 de J.-C.).\n(5) Cité par les auteurs précédents.\n(6) Ce traité, qui n'a pas encore été traduit, est conservé à Vienne, à\nGotha et à Paris.\n(7) Traduit en partie par Kosegarten dans l'ouvrage cité.\n(8) Arabe de Grenade qui mourut l'an 561 de l'hégire (1165 de J.-C.). Son\nmanuscrit est à la bibliothèque royale de Madrid.\n(9) Arabe du royaume de Grenade, mort en l'an 741 de l'hégire (1340 de\nJ.-C.). Son manuscrit (Abrégé des principe est àla\nbibliothèque de l'Escurial.\n(10) Écrivain turc dont le manuscrit est à la bibliothèque royale de\nBerlin."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "de Haffiedin Abdelmulin de Bagdad (i), le livre de Mohammed\nal Schalabi (2), et, dans les siècles plus récents, des manuscrits\nnon moins précieux, le « Traité sur les modulations dans la\nscience des combinaisons de sons et de rythmes », d'Abd el\nKader ben Gaibi (3), le « Livre des tons » de Schamseddin el\nDamaschi (4).\nOn pourrait ajouter à cette nomenclature des principaux ma-\nnuscrits arabes une série considérable de chansonniers, de trai-\ntés de poésie et de musique épars dans les bibliothèques publi-\nques et privées.\nNulle part, jusqu'à aujourd'hui, on n'a découvert de système\nde notation musicale usité par les théoriciens de la musique\narabe.\nEt cela a bien lieu de nous étonner d'un tel peuple de savants,\ncar, partout, autour d'eux, chez leurs voisins comme dans les\ncontrées qu'ils ont conquises, les Arabes ont trouvé des notations\nmusicales qu'ils auraient pu adopter ou qui les auraient conduits\nà une notation nouvelle et personnelle.\nLes Arabes ont connu la notation musicale des Persans et\ndes peuplades de l'Yemen, dérivée de la notation grecque ; ils\nont connu celle des Hindous, qui remonte à la plus haute anti-\nquité, au livre de Soma intitulé Raga bovoda (Doctrine des\nmodes musicaux), où les airs sont notés avec les lettres de l'al-\nphabet sanscrit (5) ; ils ont rencontré chez les Chinois la nota-\ntion adoptée depuis Ling-Lun, c'est-à-dire 2.700 ans avant notre\nère (6).\nEux qui traduisaient les théoriciens grecs, ils ne pouvaient\nignorer la notation qu'Alypius a consignée dans son EîtfayMyïj\nMou<7cxyj (Introduction musicale) (7), celle de Pythagore et celles\nque du temps de Platon on employait soit pour les mélodies\nvocales, soit pour les mélodies instrumentales. Ils avaient lu\nBoëce (8) et son chapitre sur la « Dénomination des notes mu-\nsicales par les lettres grecques et latines ». Ils ne pouvaient pas\nne pas savoir que du viii® au xne siècle les neumes servirent\n\n(1) Seconde moitié du xine siècle. Manuscrit à la bibliothèque impé-\nriale de Vienne, no 164 de la collection Rzervusk.\n(2) Première moitié du xve siècle. Arabe d'Espagne dont le manuscrit\nest à la bibliothèque de l'Escurial.\n(3) Ecrivain persan dont le manuscrit est à l'Université de Leyde.\n(4) Le manuscrit est à la Bibliothèque Nationale de Paris, no 1214.\n(5) William Jones, Qn the musical modes oj the Hividus, dans Asicitic\nresearches, Londres, 1799. . . .\n£ 0 Mersenne * Préludés de VHavwioiiic unive? selie% 1 ans, 1004*\n(7) Sophiste de l'école d'Alexandrie qui vivait au ne siècle. Manuscrit de\nla Bibliothèque Nationale de Paris.\n(8) De institutione musicce libri quinque."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "à la notation musicale de l'Europe, et en Espagne, ils furent en\ncontact pendant plusieurs siècles avec les Mozarabes qui avaient\ndes neumes spéciaux avant d'adopter la notation d'Aquitaine ( 1 ).\nLes Arabes connurent assurément les règles de la notation de\nla liturgie byzantine, la notation du vme siècle de Jean Damas-\ncène (2), celle de la liturgie arménienne (3) ; ils furent au cou-\nrant des grandes réformes de Guy d'Arezzo (4), de Jean de\nGarlande (5), de Walter Odington, le bénédictin de Worces-\nter (6), de Marchetto de Padoue (7) et de Philippe de Vitry(B)\nIls purent enfin et de très bonne heure voir les Juifs employer\nles accents toniques et les points diacritiques, au moins depuis\nle ve siècle de notre ère au temps des Massarètes de l'école de\nTibériade, après la rédaction définitive du Talmud (9).\nTous ces exemples furent vains et les Arabes n'écrivirent pas\nleur musique.\nOn a dit, pour expliquer ce fait, que chez les Sémites de la\nvieille Egypte et de la Mésopotamie la musique était considérée\ncomme un art inférieur auquel les castes nobles refusèrent de\ns'adonner et que la profession de musicien était abandonnée\naux mendiants, aux aveugles et aux esclaves. Un peuple imbu\nde tels préjugés ne se donnait pas la peine de formuler des règles\n\n(1) Liber ordinum en usage dans l'Eglise Wisighote et Mozarabe du Fe au\nsiècle,par D. Marius Pérotin, bénédictin de Farnsborough, dans\nmenta Ecclesiae liturgica, volume V, 1904. Le manuscrit provient de l'abbaye\nde Silos (Espagne) ; il date de la deuxième moitié du vue siècle et con-\ntient un grand nombre de morceaux notés en neumes. Un autre manuscrit\n(Madrid, Bibliothèque royale, no 56, ancien no F. 224) contient un grand\nnombre de formules avec la notation musicale propre aux Eglises d'Es-\npagne avant l'introduction de la liturgie romaine. Sur certains feuillets, la\nnotation mozarabe a été effacée avec le grattoir et remplacée par la nota-\ntion française à points superposés.\nCf. aussi sur ce fait historique important la des\nBénédictins de Solesmes, t. I, pl. 2, 1889; Don Juan Faccundo Riano (fac-\nsimilé d'un feuillet entier de 1' « Ordo pro solo rege ») et Critical and\nbibliographical notes on early spanish Londres, 1887.\n(2) Traité de musique ecclésiastique(Vlll® siècle), publié par l'abbé Ger-\nbert dans De cantu et musicâ sacrâ à\nsenstempus. Ex typis San Blasianis, 1774.\n(3) Traduits par Schrœder dans Thé\net hodiernae,Amsterdam, 1660.\n(4) xie siècle.\n(5) xue siècle.\n(6) xme siècle.\n(7) xme siècle.\n(8) xive siècle.\n(9) C'est l'opinion qui a prévalu sur cette question historique très con-\ntroversée ; elle est due au célèbre grammairien juif cinq-centiste Elias\nLevita. (E. David et M. Lussy, Histoire Paris,\n1882.)"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.11", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "et d'inventer ou d'adopter un système de notation pour conser-\nver sa musique.\nCette interprétation semble détruite par les faits les plus\npositifs, par la place considérable occupée de tout temps par la\nmusique dans la vie sociale des Arabes, par l'importance don-\nnée à la musique dans l'éducation et l'instruction, parla minutie\navec laquelle les théoriciens étudient ses lois et les consignent\ndans leurs ouvrages.\nD'autres ont pensé que les Arabes ont voulu, ce faisant, gar-\nder leur art musical de toute profanation par les infidèles,\ncomme les mevlevis turcs refusent encore aujourd'hui de\nlaisser écrire leur musique, bien que les Turcs aient une nota-\ntion musicale, pour sauver leurs chants religieux du contact du\nvulgaire, de la moquerie et de la vaine curiosité des étrangers.\nPeut-être faut-il chercher moins haut et dans une pensée plus\nterre à terre une explication plausible.\nLa profession de chanteur et de musicien fut autrefois extrê-\nmement lucrative. Pendant les grandes périodes des khalifes, les\nsouverains et les riches particuliers rivalisaient de largesses en\nfaveur des instrumentistes qui leur procuraient une sensation\nagréable ou des poètes qui improvisaient en leur honneur ou\nen l'honneur de leur belle favorite un quatrain bien tourné.\nIbrahim el Mauceli (i), pour avoir composé trois airs, reçut\n600.000 dirhams et une maison de campagne de la valeur de\n160.000 dirhams. Nos musiciens n'ont pas connu ces temps\nfabuleux; mais au siècle dernier, leurs chanteurs et leurs joueurs\nde rebeb et de kouïtra ne quittaient jamais une fête sans avoir\nreçu de tous les invités une offrande généreuse qui rendait très\nfructueux le monopole de leur profession et ne pouvait que les\ninciter à garder soigneusement pour eux seuls leur répertoire\nmusical.\nPeut-être pensaient-ils, comme le moine d'Angoulême du\ntemps de Charlemagne, que les infidèles sont incapables de\nrendre les sons tremblants, battus et coupés de leurs cantilènes,\n« à cause de la rudesse de leur gosier ».\nToujours est-il qu'ils se contentaient d'apprendre à quelques\nrares élèves, de voix à voix, ce qu'ils savaient, pour éviter la\nconcurrence d'un trop grand nombre de confrères et, dût leur\nrépertoire disparaître avec eux, pour conserver jusqu'au bout\nles prérogatives et les bénéfices d'une profession qui nécessite\nune mémoire prodigieuse et un apprentissage fait de doses\ninouïes de patience et de persévérance.\n\n(1) Caussin de Perceval : Notice sur les principaux musiciens arabes des\ntrois premiers siècles de l'islamisme. Journal asiatique, 1873."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 782, "texte": "J'ai le devoir d'ajouter que ces sentiments ne sont pas ceux\nde quelques artistes indigènes algériens qui ont consenti à me\nfaire connaître leur répertoire et à m'en laisser publier les pièces\nles plus intéressantes. Ils ont compris qu'au lieu d'amoindrir la\nmusique arabe, sa notation permettrait de dresser un monu-\nment de plus à la gloire artistique de leur race, et ils ont con-\nsenti àme dicter leur répertoire, accomplissant ainsi une œuvre\nintelligente dont il n'est que juste de les féliciter publiquement.\nNous n'en sommes pas moins condamnés à ne pas retrouver\ndes manuscrits de musique arabe, et c'est sans doute ce qui a\ndétourné les musicologues et les orientalistes des études où ils\nsuivaient forcément le chemin obsc\n(A suivr\n\nJules Rouanet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c006", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 13, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.4", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1658, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nPARALIPOMENA.\nLe spectateur souriant se promenait et parlait en aphorismes.\nVoyant une classe de composition musicale remplie d'élèves\nconvaincus et atterrés par la perspective de leur future respon-\nsabilité : « O masse aveugle, dit-il, ne feriez-vous pas mieux de\nvous asseoir devant une belle fleur et de la contempler que de\ntravailler vingt ans de votre vie à la copier ? L'art est pour les\nprêtres et non pour les artisans. Il n'y a pas de génie parmi\nvous, car vous croyez tous que quelqu'un est au-dessus de vous,\ndonc vous n'êtes rien. Levez la tête en haut et vous verrez ceux-\nlà sourire sur vous. »\n* *\nUn visiteur lui racontait : « Le jeune Musico est vraiment\nétonnant, il transpose des partitions à première vue, il distin-\ngue, les yeux fermés, n'importe quel assemblage de notes\nplaqué sur un piano, i 1... Idiosyncrasies, rien de plus, » inter-\nrompit le spectateur.\n*\n* *\nUn jour les Pharisiens lui demandèrent pour l'embarrasser :\n« L'harmonie est-elle née du contrepoint ou bien a-t-elle\ntoujours vécu de sa vie propre ? Les grands maîtres du contre-\npoint ont-ils été quelquefois des harmonistes purs ?\n« __ Messieurs, répondit-il, on peut toujours dire tout ce\nque l'on veut. L'harmonie est née avant le contrepoint. Dans la\nplus haute antiquité ou chez les sauvages la mélodie est ponc-\ntuée par un rythme. Pour peu que l'instrument à percussion\ndonne une note, l'idée de l'harmonie s éveille. Celle-ci doit etre\nplus naturelle que la polyphonie, qui est plus raisonnée.De plus,\nl'harmonie est dans les lois naturelles, la polyphonie ne l'est pas.\nEst-il naturel qu'on ait l'idée de chanter autre chose à l'instant"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.14", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "même où l'on entend un air chéri? N'est-il pas plus probable\nqu'on essaie de soutenir agréablement cet air, de l'encadrer\nplutôt que de lui ôter de son importance et de son caractère\nen lui adjoignant un concurrent ? Plus tard, avec le désir\nde briller si connu chez les choristes, les seconds dirent : Pour-\nquoi ma partie ne serait-elle pas aussi intéressante? Du\nmoment qu'on ne me laisse pas chanter plus fort, j'attirerai\nl'attention par d'autres stratagèmes. La polyphonie des Grecs\nconsistait seulement dans l'octave, ce qui prouve le désir d'ac-\ncompagner chaque note d'une consonance. La polyphonie du\nmoyen âge est partie d'une basse stationnaire, ce qui serait con-\ntraire à l'idée de deux mélodies simultanées indépendantes.\nL'organum en quartes et quintes parallèles prouve que l'on\ncherchait un accompagnement consonant. Ce n'est qu'au dé-\nbut du xne siècle (Jean Cotton) qu'on s'occupe d'une marche\nindépendante des voix théoriquement établie. Et cependant\nune des règles du déchant est la suivante : « La voix qui fait\nle déchant prendra contre le cantus firmus alternativement la\nquinte et l'octave. » Ce n'est toujours pas une mélodie indépen-\ndante, mais bien un accompagnement au choral.\n« Au xne siècle, il naît de cette harmonie élémentaire le dé-\nchant figuré avec notes de passage. Enfin vers le xme siècle, au\nmoment où les tierces et sixtes se classaient tout doucement\nparmi les consonances, quoique imparfaites, nous avons le\nfaux-bourdon, mouvement parallèle fondé sur ces intervalles.\nIci encore rien d'étranger au choral.\n« Pour répondre maintenant à votre deuxième question, sau-\ntons l'époque de gloire du contrepoint, et aussi celle de la mo-\nnodie accompagnée, période uniquement harmonique, pour\narriver à quelques grands maîtres chez qui le contrepoint est si\nsouvent au service de l'harmonie. Je citerai d'abord dans les\nœuvres de J.-S. Bach celles où l'harmonie existe pour elle-\nmême et non à cause du contrepoint. Prenons dans le premier\nvolume du Clavecin bien tempéré le premier prélude en\nmajeur, simple enchaînement d'accords brisés, si essentielle-\nment harmonique qu'il inspira à Gounod l'idée d'écrire une\nmélodie au-dessus. De même pour le prélude n° 2, où\nles broderies sont harmoniques ; la note appuyée formant une\nmélodie est le résultat de cette harmonie. Prenons encore au\nhasard : le prélude n° 3, ut dièse majeur, le sixième, ré mineur,\nsuite d'accords brisés, le sublime prélude n° 8 en mi bémol\nmineur, ou la mélodie si grande et noble est accompagnée\nharmoniquement jusqu'au bout, soit à la main gauche, soit à\nla main droite, à l'exception de mesures formant canon.\nLe prélude i 5, sol majeur, le prélude 21, bémol majeur, le"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "touchant prélude 22, si bémol mineur, qui, polyphonique\nd'écriture, reste cependant essentiellement harmonique. Dans\nle second volume le prélude 3, dièse majeur, suite harmo-\nnique sur un dessin fixe..., mais je neveux pas abuser. Passons-\nà Beethoven. Je ne vous citerai pas d'exemples purement har-\nmoniques, ils seraient trop nombreux, mais ne choisirai dans sa\nmusique que des passages où le contrepoint gravite autour de\nl'harmonie pour l'embellir et où il est clair que celle-ci ne\nressort pas de la polyphonie. Par exemple dans la Pastorale (ne\nhuez pas ! chaque œuvre de Beethoven ne pouvait cependant\nêtre sa dernière), donc dans 1 'andade la 6° symphonie les\ndessins aux cordes créent une jolie ambiance de bruissement\nsur lequel plane serein l'accord de si bémol majeur, puis celui de\nfa ou de sa dominante, et ainsi de suite. Ce n'est plus la même\nchose que les dessins qui servent à varier un thème, comme\ndans l'adagio de la neuvième, ceux-là essentiellement mélo-\ndiques. Broderies également harmoniques dans l'adagio de la\nire symphonie.\n« Pour terminer, je citerai encore rapidement dans Wagner le\nprélude du Rheingold,où plus de cent mesures concourent avec\nmille dessins à l'apothéose de l'accord de bémol majeur. (Il\ny a un effet un peu du même ordre d'idées dans le commence-\nment â'Orfeode Monteverdi, où il se complaît pendant quelque\ntemps dans un accord de ré majeur.) Et maintenant, assez pour\naujourd'hui \\car les énumérations sont chose ennuyeuse, et\nje pense avec Mark Twain qu'il y a trois espèces de men-\nsonges : le mensonge proprement dit, le parjure et la statis-\ntique. »\n*\nIl dit encore à un chef d'orchestre : « Pourquoi voulez-vous\ntoujours ponctuer le temps ? N'y a-t-il pas assez d'horloges et de\nmontres qui nous le rappellent si inutilement ?Ne suffit-il pas\nque nous le voyions passer seconde par seconde sans que vous\nnous en fassiez entend?~ela mesure par le rythme de la musique ?\nEt lorsque vous mourrez on pourra calculer exactement quelle\nquantité de votre vie aura battu au bout de votre bâton. »\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c008", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.5", "titre_corps": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE", "titre_sommaire": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE", "signature_source": "Salvator Peïtavi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "ESQUISSES MUSICALES\nD'OUTRE-MANCHE\n\n(0\nIII\nNOEL ET LES «CHRISTMAS CAROLS».\nThe timedraws tiear the birth of Christ :\nThe moon is hid ; the night is still ;\nThe Christ?nas bells from hill to hill\nAnswer each other in the mist.\n(Tennyson, In Memoriam.)\nOld merry Engîand! La vieille et joyeuse Angleterre! C'est\nainsi que les Anglais appellent leur île.\nPojr quiconque les connaît, tels que je les décrivais naguère,\npiofondément soucieux de leurs affaires; sans cesse préoccupés\nde réussir, beaucoup plus spéculateurs que spéculatifs, âpres au\ngain, prenant à la lutte pour la vie une part que les peuples du\nMidi, plus insouciants et plus légers, ne sauraient y prendre,\nce beau nom qu'ils se donnent peut paraître un étrange indice\nde don-quichottisme ou un trompe-l'œil.\nMais enfin, il faut bien les croire, puisqu'ils affirment. Peut-\nêtre alors parviendrons-nous à découvrir qu'ils ont une façon\noriginale et bien « anglaise » de se réjouir. Ç\nJe les soupçonne fort, ces pince-sans-rire, de contenir au\ndedans d eux-mêmes, plus d'une fois, des éclats de rire et des\nsarcasmes. Sous un masque froid, impassible, ils s'amusent\nréellement aux spectacles de la vie et de ses contrastes.\nEn réalité, l'âme anglaise se présente sous un double aspect.\nAucun muscle du visage de l'Anglo-Saxon ne tressaille ja-\nmais sous l'impulsion des pensées qui s'agitent en lui. Souffre-\n' heureux ? Quels sont les sentiments qui le domi-\nnent ? Nul scalpel n'ira fouiller dans ce sanctuaire intime, et, de\nmeme que dans son foyer, l'Anglais prétend que tout y soit\n\n(i) Suite. Voir les nos du i 5 octobre et du i«r novembre."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.17", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "sacré. D'où son respect du décorum, des formes extérieures qui\nenveloppent sa personnalité sans la trahir.\nCependant, en lui dort un fond de rêve, somnole une vieille\nchanson : la chanson des souvenances, les rêves des choses\néteintes. Cela est vague, insaisissable ; mais à certains jours cela\nparaîtra. Et alors, ce sera un abandonnement plus doux aux\nanniversaires du cœur, comme une espèce de relâche, une\néchappée nécessaire, un peu d'envol, de poésie, d'amour. Sans\ndoute, ces traits seront fugitifs. Mais pour ne se manifester qu'à\nintervalles, ils n'en reposent pas moins au fond de la conscience.\nC'est le feu à demi éteint qui grésille encore sous la cendre.\nVienne une occasion, et il revivra.\nAllons plus loin. Quoi qu'elle en ait, en dépit d'elle-même,\nl'àme anglaise est pétrie de catholicisme. La religion qu elle\nbannit il y a trois cents ans l'imprègne, la pénètre malgré\ntout. Les traditions, les coutumes d'autrefois, celles qu'elle\na empruntées à l'Eglise catholique, non seulement l'effleurent,\nmais l'ouatent. Ce sont des traits quasi effacés ; des fresques\ndormant, depuis des âges, sous le stuc, comme jadis les\nbelles scènes de Michel-Ange languissaient sous des couches de\nplâtre, à la Sixtine. Mais le réveil, tôt ou tard, doit s'accom-\nplir.\nEt de cette persistance je vois le symbole et l'effet dans\ncette Vierge accueillanteet souriante de Westminster, au regard\nsi bénévole et si tendre, tenant son Fils entre ses bras, et jouant\nd'une main avec un bouquet de roses. Les niches d alentoui sont\nvides, et les saints de pierre ne s'y dressent plus dans leurs traits\nd'ascètes et leurs vêtements monastiques ; mais la Vierge, elle,\nreste. On n'a pas osé l'enlever, car l'Angleterre tient encore par\nplus d'un fil à cette vieille foi qui a inspiré ses primitifs artistes.\nNous verrons, dans les chants de Noël, des ressouvenirs de\nl'époque ancienne : la suave apercevance de Marie saluée comme\nMère de Dieu, en des couplets d'une naïveté délicieuse. Et\nenfin, n'est-ce rien que cet Adsstë conservé comme un\ndes airs les plus populaires du temps de Noël ?\nA ces natures anglo-saxonnes il faut, à de certaines heuies,\nles eaux de cette fontaine de Jouvence : renouveaux du cœur\net vieux airs \\ retour aux coutumes, aux fetes du passé.\nDans le naufrage déplorable de ces solennités de l'ancien\nculte ont disparu bien des symboles attirants et inspiiateurs.\nProtestants et puritains prétendirent faire régner la raison\nfroide et sèche, dominant les décombres de ce qui, jusque-là,\navait été poétique et profond. Elle n est plus, cette fête des\nmorts, si puissamment évocatrice. Autour de Pâques ne res-\nplendit plus ce halo divin qui en faisait le charme. Le Vendredi"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.18", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "saint est un jour de réjouissances; le bas peuple le célèbre à\nsa façon, qui n'est pas très élevée, - sur les banquettes du\npublic-house entre deux verres de stout.\nLe symbolisme émouvant du cycle liturgique, où est-il ? Où\nles fêtes ? Elles sont remplacées par des Ce\njour-là, on chôme, on va se rouler sur les pelouses des parcs ;\non fait la dînette et l'on s'en retourne le soir. La religion ni\nl'art n'y interviennent, et c'est grand'pitié !\nHeureusement encore que de Noël ont surnagé—\nles vieux airs, les chants d'une naïveté pure. En Angleterre,\ncertes, il y a moins de poésie amassée autour des choses qu'en\nnotre pays de France. Ils y sont inconnus ou presque, les\ncarillons du soir, et les cantiques des paysans en sabots allant\nà la messe de minuit, leurs silhouettes s'esquissant sur le che-\nmin tout blanc de neige. Et les chants en patois que Ton redit\ndevant la crèche, et ce parfum insaisissable de souvenirs qui\nvous prend alors et dont on garde l'impression très nette sans\nla pouvoir définir à son gré. Que si Tennyson vous parle des\n« cloches de Noël qui, de colline en colline, se répondent les\nunes aux autres, parmi la brume », n'allez pas trop le croire sur\nparole. Il l'eût peut-être rêvée ainsi, lui, la veillée de Noël ;\npeut-être en avait-il eu la vision en France, dans un village de\nprovince reculée ; mais en Angleterre, rien de cela ne subsiste,\nCar où sont les neiges d'antan ?\nUne chose pourtant demeure dont il faut apprécier l'impor-\ntance artistique : les mille petites coutumes, les paysanneries\ndu peuple, les légendes et aussi les chants, les Christmas\nCarols,la plupart anciens, quelques-uns nouveaux, tous d'un\ncharme pénétrant comme une mélodie captivante et que, tout\nde suite, l'on aime d'instinct.\nIl est vrai, le cadre diffère.\nAutrefois, on les répétait sous les voûtes des cathédrales et\ndes églises. Le peuple entier y prenait part et, dans sa langue,\ndisait les merveilles de la naissance du Sauveur. C'était alors\ncomme une intense communion d'âmes dans une même louange\net une même prière. Chacun s'y unissait, et de se sentir ensem-\nble, d'entendre la puissance de leurs voix réunies, cela devait\nles faire vibrer, ces primitifs.\nAujourd'hui, le cycle de Noël revient. A l'église il y aura\nquelques hymnes. Seulement, dans le chez soi, l'An-\nglais prend plaisir à redire les mélodies traditionnelles, ces\nd'inspiration suggestive. Simples ouvriers ou membres de l'a-\nristocratie, ils se laissent aller à ce charme intime et le goûtent\nd'autant plus qu'il est plus rare. Noël, Christmas, en Angle-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.19", "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "ten e 9 n est-ce pas une sorte de fête nationale et\ndurant laquelle il convient de se réjouir et, pour les pauvres\ngens, de s abstraire un moment des soucis du pain quotidien,\nd'oublier les meurtrissures de la vie ?\nA 1 intérieui des maisons, au-dessus des tableaux, dans les\ncoins, sur la table, des branches de houx étalent leurs feuilles\nvernies mouchetees de boulettes couleur de sang. Au milieu\nle gui, d un vert plus pâle orné de fleurettes blanches. Il\nparait que c est de bon augure. Mais c est le houx qui triomphe!\nune chanson d'origine très reculée en raconte les vertus. Il y en\na partout : à la boutonnière des passants, aux harnais des che-\nvaux, aux fouets des cochers d'omnibus.\nLa fête musicale commence la veille ou même huit jours\naupaiavant. Les enfantsdes pauvres, soufflant dans leurs mains\nlées, la tête dans les épaules, l'air frileux, s'en viennent, aux\nportes des plus riches, donner une aubade, la sérénade de Noël.\nDe leurs voix d'abord hésitantes, puis plus affermies, sur un ton\nmélancolique et doux, ils chantent Noël, puis entonnent un\ntrès vieux carolsur l'air de VA d Même ils essayent\n■— au de 1 haimonie quelquefois - d'exécuter cela\nen quatre parties. Tout cela est un peu maladroit ; on les sent\nmal exeices, les petits miseieux, et que peut-être ils sont bien\nfaibles et ont bien froid ; mais c'est d'une grâce touchante. Le\nvent semble les accompagner de sa basse puissante qui fris-\nsonne en trémolo à travers les arbres nus. Je ne connais rien de\nP'us gentil que ceite scene et que ces mélangés de gosiers fluets,\nil agiles comme du cristal, îedisant aux échos de la nuit tom-\nbante, sur un vieil air très religieux, priant, recueilli, que\n<( 1 aube dun nouveau jour va bientôt se lever, apDortant es-\npoir et joie », et que « là-bas, en Orient, le soleil, tout rouge\ndans sa splendeur matutinale, va éclairer » le nouveau-né de\nBethléem... Ils sont vraiment ses frères, eux, les déshérités, et\nils paraissent avoir conscience de cette parenté mystique... Une\nfenêtre s'ouvre, laisse filtrer un rayon de lumière qui tombe\ndroit sur le groupe ; une main se tend et leur distribue quelques\npence et quelques douceurs. Et ils s'en vont, les tout petits\n« chanteurs de Noël », en continuant leur cantique. Tout à\nl'heure ils étaient timides, hésitants ; maintenant ils s'enthou-\nsiasment eux-mêmes au bruit de leurs voix qui courent, dans\nl'air, de tous côtés. Ils chantent, en se rendant d'une maison à\nl'autre, par goût, parce que cela leur fait du bien, les réchauffe\net les anime. Ils vont, les petits « chanteurs de Noël », et jettent\ntout à l'entour la poésie de Christmas, du Christmas anglais.\nOh ! le charme de cette poésie î Oh ! l'attirance de ces chanl\nsons !"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.20", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "Avez-vous lu, dans un livre bien connu de Dickens, l'his-\ntoire de l'avare Scrooge ? Cet homme repousse tout le monde.\nPour lui, l'idéal c'est l'or, l'or entassé, ruisselant. Au delà des\nreflets fauves des pièces de son bas de laine, il connaît fort peu\nde choses ou rien. Christmas ne le touche plus : illusions du\ncœur, « pensées d'ailleurs ». Mais voici que, emporté loin, très\nloin, sur les ailes de l'« esprit de Noël passé », il se retrouve,\ncomme en rêve, au temps de son enfance. Il se revoit, parmi\nles chanteurs de Christmas, à chanter et à danser des rondes ; il\nest rejeté dans l'intimité du home de jadis, et de rire, et de\nsauter ! Puis « l'esprit de Noël présent » l'enlève au-dessus des\ntoits et le fait assister aux joyeuses réunions des familles : tout\ny est gaieté, contentement, musique. « L'esprit de Noël futur »\nintervient à son tour. Scrooge, guidé par lui, voit les délaisse-\nments et les malheurs qui l'attendent s'il persiste à s'endurcir.\nScrooge n'y tient plus. Il jure de réformer et de refaire son\nexistence ; il s'humanise et, quand viendra le Noël de l'an pro-\nchain, vous le verrez parmi les plus allègres, Scrooge, le vieil\navare converti par les chants et la poésie de Christmas.\nTelle est donc l'influence des carols de Noël. On y résiste dif-\nficilement. L'âme anglaise se fond à leur contact.\nC'est en France, nous dit-on, que la coutume des chants de\nNoël s'est d'abord introduite. Je le veux bien. Mais ne serait-ce\npas plutôt une coutume universelle ? N'existe-t-elle pas aussi\nbien en Russie, où, la nuit, des bandes de paysans portant des\nflambeaux parcourent enchantant les rues des villages? N'existe-\nt-elle pas en Angleterre, où nous venons d'écouter les « chan-\nteurs de Christmas » ? Ce qui est vrai, c'est que chaque peuple\na laissé dans la musique sa marque plus ou moins prononcée,\nquelque chose de son génie propre.\nLes « noëls » français sont d'ordinaire enjoués, gais, comiques\nau demeurant. Ce sont des scènes que l'imagination brode à\nplaisir. Sur une musique sautillante, d'une insouciance bien\ngauloise, on répète, par exemple, que le Sauveur est né et qu'il\nfaut aller le voir, « ce divin poupon » :\nAllons zau, zau, zau,\nAllons plus, plus, plus,\nAllons zau, allons plus, allons zau plus vite\nA ce pauvre gîte.\nCela est spontané, charmant. On s'y inquiète peu des paroles,\npourvu que l'air soit entraînant. Les sentiments y poussent à\nl'aventure, pourvu qu'ils soient sincères.\nLe tempérament anglais est fait d'autre sorte. Il est plus grave,\nplus réfléchi, et on le devine à certains de ses carols. Tels d'entre"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.21", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "eux pourraient être pris pour de véritables chants d'Eglise,\nlents, solennels, imposants. Il en est dont la mélodie est re-\ncueillie, mystérieuse et grave par endroits, aux passages sail-\nlants. On diiait un Credo glorieux,mais où la musique est toute\npénétrée de la splendeur des choses qu'elle célèbre. Quand le\npoète écrit :Etll a assumé notre nature (and took on Him\nour nature),le musicien donne à sa composition une tour-\nnure plus lente, plus serieuse, quelque chose comme la gravité\n.méditative de 1 Et Homo Jactus dans les messes en plain-\nchant, et que le peuple dit à genoux, le front incliné et en don-\nnant à sa voix je ne sais quoi de plus profondément pieux,\ncomme pour mieux se donner le temps d'adorer et de penser.\nEt cette gravité n est pas sans causes. Le thème des poésies\ny est poui beaucoup. Ce sont, d ordinaire, des considérations\nélevées, quelquefois des développements théologiques. La con-\nception genei aie est moins Imaginative que celle des délicieux\nNouvê de Roumanille ; et la musique, même lorsqu'elle est\nplus dégagée, cependant n a jamais cet entrain délibéré, bon\nenfant, des compositions provençales.\nChez Roumanille, tout le personnel d un village, d'une ferme\nbetes et gens, s intéiesse a 1 événement et le célèbre en\ncouplets fins ou la vie du peuple s'étale. Chacun y va de sa\npetite obseï vation, naïve, insignifiante parfois, mais toujours\nattachante. C est le cri du cceur de paysans encore frustes qui\ns embai rasseï aient dans les belles phrases à la PoniDadour et\nqui, d un tiait, se découvrent. Ils ne sont pas spéculatifs ; vous\nle sentez tout de suite à les entendre :\nSus, sus ! car nous allons partir :\nTounin, va donner à boire au mulet;\nEspérite, dans la dépense,\nVa chercher une douzaine d'oeufs..., etc.\n\"V oilà ce que j appelle un tableau et une peinture de la vie vil-\nlageoise. Et tout cela est dit sur un ton alerte où circule la joie\nde vivre. On a l'air d'aller à la noce.\n_ L imagination anglaise est loin d'avoir cette ampleur et cette\nvivacité. Elle n'invente pas de ces situations, elle ne peint pas\nde ces tableaux. Chez elle, ce sont surtout des paraphrases de la\nBible, des scènes évangéliques où la fantaisie se contient et se\nmodère naturellement ; la musique s'inspire de ces données, un\npeu froides à la longue. Les vieux airs sont, pour ainsi parler,\nplus « aristocrates » que ceux de France ou de Provence, sans\ntoutefois manquer d'une réelle fraîcheur dont les Anglais goû-\ntent bien le charme.\nDans les anciens carols de la. province, la Vierge occupe son"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.22", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "rôle de Mère de Dieu. Sa figure très douce inspire le chant et\ndonne à la mélodie une allure plus gracieuse. Parfois, ce sont\ndes hymnes où tout se trouve, même la doxologie. Si vous en\nvoulez un exemple, arrêtez-vous à ce très ancien de Win-\nchester. La musique en est agréable, décidée cette fois, en même\ntemps que pieuse. Pas de détours inutiles, pas de fleurs super-\nflues : un bouquet de violettes d'un arôme doucement caressant.\nVous ne pouvez manquer d'en être captivés :\nNe trouvez-vous pas que ce motif se rapproche étrangement\nde l'air sur lequel on a coutume, dans nos églises, de chanter les\nleçons du premier nocturne de l'office de la Nativité ? Il n'est\npas improbable que le peuple, au temps où il était catholique,\nse soit emparé de ces fragments d'airs liturgiques qui lui étaient\nrestés dans l'oreille, et les ait développés peu à peu, en les adap-\n\n(1) Tandis que les bergers gardaient leurs troupeaux durant la nuit, Tous assis\npar terre, —L'Ange du Seigneur descendit Et sa gloire tout alentour resplendit.\n(2) Une Vierge très pure, comme l'avaient prédit les prophètes, A engendré un\nbébé tout gentil à voir, —Pour qu'il nous rachète de la mort, de l'enfer et du péché\nOù la désobéissance d'Adam nous avait tous précipités."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.23", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "tant à ses goûts. Il en a été ainsi plus d'une fois en France. Et\ndu reste, la limite déterminée est souvent difficile à établir entre\nce qui est de tradition purement anglaise et ce qui a été pris\nailleurs. Je ne jurerais pas que ce morceau n'a rien à voir avec\nles « noëls » de nos campagnes françaises.\nRemarquons, en passant, qu'il est très heureux, pour l'inspi-\nration poétique et musicale, que la Vierge ait droit d'asile\nparmi la plupart des couplets anciens. Il est vrai, on n'osera\npas se permettre de la représenter avec cette familiarité naïve\nqui est le propre des « nouvé » provençaux. Au contraire, on\nsera tout pénétré de son rôle important dans l'œuvre du salut ;\nl'affection se nuancera de respect.\nIl ya, dans Ben-Hur, de Wallace, une scène touchante :\nl'arrivée de Joseph et de Marie à Jérusalem d'abord, ensuite à\nBethléem ; la confusion qui règne dans la ville, le désarroi qu'y\njette l'affluence des étrangers, l'impossibilité de trouver un gîte,\nles angoisses de Joseph. Et Marie, à moitié voilée, semble nim-\nbée de mystère, irréelle, éthérée, apercevance que l'on dirait\nimmatérielle. Cette conception est celle du génie anglais, que\nje vous présentais comme singulièrement mystique et d'une\nsentimentalité imprécise.\nOui, tous ces « noëls » anciens ont bien la saveur des vieilles\nreliques, que l'on exhume parfois de tiroirs longtemps fermés,\ncomme de précieuses chartes de famille que l'on aimerait et\nrelirait de temps à autre, quoi qu'elles fussent un peu pas-\nsées et de style vieillot, parce qu'on y retrouverait le parfum\nconsolant de l'antan disparu. Oyez maintenant, si vous voulez\nm'en croire, ce dernier spécimen, d'allure dégagée, franche,\nsans arrière-pensée de tristesse, joyeux comme un chant de\npartance.\nmorn, The Sa-viour which is Christ our king, Who on this day was born.\nQue le ciel et la terre se réjouissent et chantent, Saluons en cette heureuse\nmatinée Le Sauveur, le Christ notre Roi, Qui en ce jour est né.\nCe qui est tout à fait anglais, par exemple, ce sont ces carols\nlégèrement épicuriens qui vous ramènent a la matière. Des sen-\ntiments d'un terre-à-terre rabelaisien y poussent sans vergogne.\nOn y parle de bien passer Christmas, devant une belle flambée\nou devant une table bien servie, « comme c était 1 usage jadis »."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.24", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "On vous déclare que le pudding sera excellent et le clairet de\npremière classe ; que l'hôte est généreux, car il tient de son père\nle respect des traditions et ne prétend pas que l'on passe son\n« Noël » à pleurer ou à geindre.\nAprès cela, si vous ne vous laissez pas tenter par ces invi-\ntations faites sur une musique engageante, quelque peu « en\ngoguette », flattez-vous d'avoir remporté sur le démon du jour\nune victoire signalée.\nIl fallait bien que l'Anglais l'Anglais-Pansa, vous savez,\ncelui qui est pratique et ami du « confortable », finît par\nmontrer le bout de l'oreille.\nC'est, sans doute, par suite de ce malheureux réveil du « na-\nturel » qui « revient au galop », que les pauvres hères du bas\npeuple, dès la veille, s'enfournent dans les et,\npendant deux jours, excités par les vapeurs montantes du\nwhisky, fêtent Noël à la manière des truands du vieux temps,\n« estudiants moultallègres »,compagnons tapageurs de Villon...\nTirons un voile sur ces côtés plutôt déplaisants et laids de\nchoses très nobles.\nCe qui est excellent, au point de vue musical, ce sont les\nconcerts sacrés donnés à l'occasion de Christmas. Avec un sen-\ntiment des convenances très louable, les Anglais comprennent\nque, en certaines occasions, la musique sacrée doit seule paraî-\ntre. Noël voit donc arriver une floraison d'œuvres religieuses,\net, pour un moment, le théâtre est quasi le vestibule de l'église.\nD'ordinaire, le Messie de Haendel paraît sur la plupart des affi-\nches. Les exécutions de Albert Hall, de Queen's Hall et autres\nde ce genre sont excellentes. Celles de People's Palace, dans\nYEast-End, s'adressent surtout aux ouvriers. Le prix d'entrée\nest à la portée de toutes les bourses, et les exécutions, quoique\nde second ordre, assez bonnes pour pouvoir donner aux audi-\nteurs l'amour de la belle et noble musique:\nCette idylle légère et gracieuse du s'adapte parfaite-\nment au caractère anglais.\nC'est donc ainsi, par le retour aux vieux noëls et aux œuvres\nsainement fortes que se fait l'éducation musicale du peuple\nanglais. Nous venons de l'y voir à l'œuvre, et que dans tout\ncela il a laissé comme une cristallisation de ses sentiments, une\ncopie de lui-même.\nGrâce aux multiples attraits dont il a su l'entourer, le Ynle-\nTide restera pour lui la fête du cœur et des souvenances. N'est-\nce pas à l'occasion de Christmas que les Anglais s'envoient à pro-\nfusion ces cartes si frêles, aux couleurs si diversementsuggestives,\ncontenant leurs vœux de Noël et de bonne année ? Le «home »\nalors, le «doux home » se repeuple et se ranime plus que jamais."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.25", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "On y revient de fort loin. Etudiants d'Oxford ou de Cambridge\nlaissent leurs livres, leurs sports, les charmes de la vie univer-\nsitaire pour se retremper un instant dans l'étreinte intime de\nla famille, autour du pudding traditionnel, au chant des vieux\nairs qui, doucement, bercent les âmes reliées par une affection\ncommune. Et quand ils seront partis, celles qui restent, les\nmères et les sœurs, se surprendront plus d'une fois à fredonner\nde très anciens couplets où l'on parle de « Noël, de Sauveur, de\nVierge et d'Enfant-Dieu ». Tout cela, n'est-ce pas l'invincible\nattirance des choses éteintes ?\nC'est le dépôt sacrosaint qui, d'âge en âge, ira s'augmentant,\nconduisant les générations du berceau à la tombe et leur\nfaisant toujours entendre des accents de consolation et des pa-\nroles d'amour. Les vieux carols anglais —il faut oser le dire,—\nc'est la conscience catholique qui somnole, qui persiste et qui,\nun jour, doit se réveiller ; c'est le tribut de la religion du passé,\ncelle d'Augustin et de Thomas de Cantorbéry. Ce tribut est un\ngage, et il demeure. Ne sera-t-il pas, un jour, l'instrument d'une\nautre résurrection?\nOlim meminisse juvabit.\n(A suiv\n\nSalvator Peïtavi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c014", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.6", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nCORRESPONDANCE THÉATRALE DU XVIIe SIÈCLE.\n\nI\nNotre époque est si gourmande de révélations intimes, si fort\néprise de vérité vraie, passée au crible de l'histoire anecdotique,\nsi amoureuse du passé, fût-il très lointain, que l'on ne saurait\ntrop s'appliquer, en ce qui concerne particulièrement le théâ-\ntre, à mettre en lumière des « papiers » que nos devanciers\neussent tenus pour méprisables. Nous sommes au temps des\n« Mémoires », des « Confessions», des « Souvenirs » et aussi\ndes « Correspondances ». Celles-ci ont un attrait bien spécial,\nattirant, délicieux, provoqué par leur sincérité. Le charme des\nlettres, c'est qu'on se trouve en face de documents toujours\nvivants, fidèlement évocateurs de certains états d'âme, d'une\npsychologie précieuse, point revue et corrigée. Tel homme qui,\nsous Louis XIV, a dit son opinion sans apprêts, dans un style\namical et confidentiel, a fait plus pour l'histoire que maints\nnarrateurs soucieux de frapper l'esprit public.\nC'est pourquoi, personnellement, j'attache une grande im-\nportance aux missives privées de la fin du xvne siècle et de tout\nle xvnie. Je me permets donc d'appeler l'attention des spécia-\nlistes, en matière de théâtre, sur les lettres inédites que je viens\nleur offrir et qui émanent presque toutes d'un conseiller au\nGrand Conseil, fervent amateur d'opéras. En les lisant, ils se\ntrouveront enveloppés par une atmosphère de vérité qui leur\ndonnera le goût de la recherche pour une époque assez mal\nconnue de ceux-là même qui se sont permis d'en parler, d'après\ndes on-dit fort douteux.\nLouis François Ladvocat, conseiller du Roy, ensuite maître\nordinaire de la chambre des Comptes, né à Paris le 5 avril\n1644 ®t mort dans la même ville, doyen de sa compagnie, le\n8 février 1735, était un homme d'une complexion robuste.\nPorté par sa nature vers la théâtralité, vers les phénomènes ex-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.27", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "térieurs, il suivait avec une attention soutenue les spectacles de\nParis et d'une façon toute spéciale ceux de l'Académie royale de\nMusique. Il correspondait assez régulièrement avec l'abbé Jean-\nBaptiste Dubos, historien, critique et diplomate, né à Beauvais\nen 1670 et mort à Paris en 1742. Celui-ci avait 24 ans lorsque\nLadvocat, cinquantenaire, commença de l'initier aux mystères\ndu théâtre de son époque. La première en date, parmi ces\nlettres curieuses, remonte à 1694. La voici dans sa teneur ori-\nginale :\n« Ce mardi 5e septembre (1).\n« Je commence monsieur à vous faire reponce a la derniere\nque vous aves eu la bonté de mecrire et a vous dire que jeudi\ndernier M. Pecourt(2) fit venir chez luy Mlte Cherier il ny avoit\ndans la chambre que Colasse (3). Elle chanta et mayantprié de\ndire mon advis après quelle fut sortie je leurs dis que je luy trou-\nvoisla voixegalle et beaucoup de justesse, quelle avoit quelques\ncadences trop longues et trop tremblantes que cela se pouroit\ncorriger dans la suitte, que la représentation sur le theatre en\nseroit agreable quoique dailleurs elle ne fut aussi touchante que\nles actrices que nous avons neantmoings elle avoit un visage à la\nromaine qui exprimerait asses bien les passions tendres etc.,\nquen un mot elle doubleroit asses bien les rolles de la des M. (4)\net de F. Morau. Le geste est assez naturel et les yeux ressen-\ntentassez les mouvements des passions quelles représentent si\nleurs mouvements netoit si violent par une agitation trop fré-\nquente, quelle donne a ses prunelles en les tenant presque tou-\njours attachés au plafond de la salle. En un mot les trois repré-\nsentations quelle a donnes au public nous ont fait connoitre sa\ndocilité puisquelle a profité des advis qu'on lui a donné. Elle n'a\npas la voix si haute que Mlle Renaud, mais elle la plus reguliere\net plus tendre et je croi que quand vous lentenderes elle vous\nplaira.\n\n(1) Le 5 septembre ne se trouve un mardi qu'aux années 1684, 1690,\n1702, 1719. La lettre étant de 1694, à n'en pas douter, il faut supposer que\nle scripteur devait mettre mardi 7 et non mardi 5.\n(2) Guillaume-Louis Pécourt, fameux danseur fort recherché de quelques\ngrandes dames dont la folie libertine se disputait la possession des artistes\nà la mode. Pécourt a été peint dans les Caractères de La Bruyère, sous le\nnom de Bathylle. Il fut le favori préféré de Ninon de Lenclos.\n(3) Maître de musique de chambre de Louis XIV en r 696 et d'abord maî-\ntre de musique de la chapelle du roi. Compositeur fort médiocre et dont\nles ouvrages n'eurent aucun succès.\n(4) Desmatins, chanteuse de l'Opéra très renommée à cette époque."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.28", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "« J'ai entendu lire l'opéra de Theagene et de Cariclee (1) où\nil manque deux actes. Le cannevas men parut extrêmement in-\ntrigué et je croi quil auroit peinne a le développer avec toute la\nnetteté qu'il est nécessaire dans un sujet d'aussi peu detendue\nque lest un opéra dont les expressions sont couppes par le peu\ndetendue que laisse le chant pour sexprimer. Cependant dans\nles vers quil nous leut nous trouvâmes quil nous avoit entiè-\nrement satisfaits. Il y a de l'heroique et du surprenant par la di-\nversité des incidents vraisemblables qui se contrastent si bien\nles uns avec les autres quils surprennent agréablement lesprit\nde lauditeur par leur nouvauté et le denoument ingénieux qui\nestdautant plus agreable quelon lavoit le moins preveu. Desma-\nrets en a fait lepremierair qui repond parfaitement a la noblesse\ndu sujet qui est grave et serieux. Pour Ladonis (2) je vous dirai\nque je croi asses difficille de le mettre en des meilleurs mains,\njen suis dautant plus persuadé que jen ai de bonnes preuves\ndans les vers que vous aves eu la bonté de menvoier. Il est\nvray que Biaise de Vigiriere (?) sur Titelive tome dr, page 495\nde lunique édition française, il fait Venus engendree de Syrus\net Syria autrement Astarté qui se maria avec Adonis. Il pré-\ntends qu'il est fait mention de cet Venus au livre des roys soubs\nle nom de deesse des Sydoniens. Il veut aussi que ce soit la\nmême que celle que Lucain nomme deesse syrienne. Probus\nqui a fait un commentaire sur la Xe eglogue de Virgile fait des-\ncendre Adonis de Phœnice et Dalphoesibea, fille Dagenor roi\nDarabie (si roys y ont été en ce temps). Antimachus fait Adonis\nun des roys de Cypre et Philo-Stephanus le fait fils de Jupiter.\nServius sur leglogue VIIIe de Virgile, au vers\nraporte que Melus originaire de Delos shabitua dans Cypre\ndans le temps que Cynira y regnoit, quelle donna a Adonis\nson fils pour laccompagner partout et ayant recogneu dans la\nsuitte les rares qualités de Melus le roi souhailtat quil épousât\nPetra sa parente vouee au culte du temple de Venus. De ce\nmariage est issu Melus et Venus aimant Adonis souhaitât que\nMelus fut consacré au service de ses autels etc. Le même Ser-\nvius sur leglogue X et le mot Adonis après avoir raporté la\nfable de Cynira et deMyrrha sa fille, il dit quelle est autrement\nraportee par les egiptiens et prétend que deux freres abordèrent\nen Cypre, quils sy marièrent, que de lun de ces mariages sortit\n\n(1) Théagène et Chariclée, tragédie lyrique en 5 actes, paroles de Duché,\nmusique de Desmarets, représentée à l'Académie de musique le 3 février\ni6gs, sans succès. Le même sujet avait été traité déjà en 1601, par Alexan-\ndre Hardy, sous le titre de : Les chastes et loyales amours de Chariclée, en\nhuit journées.\n(2) Il s'agissait là]d'un poème que l'abbé Dubos avait l'intention d'écrire."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.29", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "Celes qui eut Erinone pour fille qui fut si chaste quelle en fut dau-\ntant plus aimee de Minerve et de Diane et par une conséquence\nindubitablement mythologique plus haie de Venus qui en ren-\ndit Jupiter amoureux. Mais Junon plus finne que Venus la pria\nde rendre amoureux Adonis d'Ermone, Elle luyrésista. Junon\na la faveur de quelques nuages officieux et obéissant fit coucher\nAdonis avec la belle. Diane fut si courouce quelle changea\nErinone en pan. Adonis sappercevant qu'il avoit eu a faire\navec la maîtresse de Jupiter se retira dans les bois du mont\nCassius au pied duquel il fut tué non pas par un sanglier mais\nparla foudre de Jupiter. Venus irritée jusques alexcesdemanda\na Jupiter par lentremise de Junon de faire revivre Adonis et\nDiane consentit quon ressussitat Erinone pour la marier a\nAdonis. De ce mariage ils eurent Taleus et vécurent du depuis-\ntrès heureux. Apollodore nous apprend que Cynira étant aborde\navec quelques trouppes en Cypre, quily engendra un fils nomme\nPaphudis qui y bâtit la ville de son nom. Vous scaves que cest:\nau port de Paphos quaborda Venus. Lucain mesme prétend\nquelle y est nee : sic numina nasci credimus aut fas est etc.\nLiv. VIII. Elle y eut un temple : ipsa paphum sublimis abit\nsedesque vêtus etc. Il y avoit dans ce temple un oracle fameux\nsi vous en voules croire Suetone. Pline remarque quil ne pleu-\nvoit jamais sur lautel, votre bon ami Tacite his. lib. 2 quil yen\navoit plusieurs aussi privilégiés dans lesquels Igne puro altaria-\nadolentur etc. Je ne suis pas de l'advis des auteurs qui préten-\ndent que ce netoit Venus celeste mais la vulgaire qui etoit adoree\na Paphos. Apulee Miles XI. Seu tu carestis. Venus qui primis\nrerum exordiis sexuurn diversitatem generatoamore sociastietc-\nC'est la meme selon Pausonias qui fut adoree par les Syriens :\nprope est fanum veneris carestis quam primi omnium etc.,\net le temple d'Ascalon etoit fait et construit sur le modèle de\nPaphos, selon Herodote Liv. ler.Ier. Pour le simulachre de la\ndéesse, vous êtes trop instruit des médaillés et trop bien ins-\ntruit de Tacite pour vous en ennuier. Je vous remarque que\nselon Virgille et Horace, ode xxx, 1. ler.Ier. Thure multo hinc\nara odorata. Mais peut-etre ne seres pas fâché de scavoir que\nle vase ou étoit lencens etoit propre a Venus aussi bien que le\ncanthare a Bacchus et quil sappelloit selon Hesychius Cichetus\nKi^y]xbq. Ovide, Mét. 1. prétend quon y sacrifioit, nivea cervice\njuvenia, mais si vous en lises jamais les vers vous y remarque-\nrez totâ celeberrima cypro. Cela veut bien dire dans lisle de\nCypre. Mais lon peut raisonnablement doubter que ce fut a\nPaphos et le sacrifice se pouvoit faire dans dautres villes qui\nluy étoient aussi consacres. Tacite prétend quon y immolait\ndans lisle : hœdos sed sanguinem ara affundere vetitum preci-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.30", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "bus tantum et igné puro. Accordes le avec lui mesme et eris\nmihi magnus Apollo, a moins que de distinguer lisle des villes.\nIl y a une remarque nécessaire à faire pour vostre sujet cest\nque Thamiras ayant aporté de Cilicie la manière de sacrifier,\nla sacrificature demeura dans la famille de Cynara, fondateur\net de Thamiras et fut conféré a Ptolomee par Caton ainsi que le\nremarque Plutarque dans sa vie.\n«Nous avons donné, avec asses dauthorite pour nen etre de-\nsadvoué par les scavants, un caractère dhonètete et de celeste a\nVenus. Voions la naissance d'Adonis. Cynire son père etoit fils\nd'Apollon et de Pharnace. Il eut pour femme Metarmen fille\nde Pygmalion aussi roy dans Cypre ou il y avoit presque autant\nde rois que de villes. Il eut de sa femme deux fils Oxyporus et\nAdonis et de filles Orsedicen, Laogorem, et Brasiam, cest le\nsentiment d'Apollodore Lib. lIIe. Lutatius, sur lepitome des\nMétamorphosés lib. X. prétend que la mère deMyrrha s'appel-\nloit Ceuchreide, cest dont nous navons pas besoing ainsi je ne\nvous en dirai rien, mais pour Smirne le mesme Apollodore la\ncroit fille de Thyante et non pas de Cynire. Clement Alex,\nadjoute que ce fut lui qui mit au nombre des Dieux Venus\norgiaque et pour ne vous rien déguiser de l'histoire, Arnobe,\nL. IV arege Cyprio cui nomen Cynirasestditatam meretriculam\nvenerem divorum in numéro consecratam. Voilà cette nais-\nsance dont le poete ne vouloit quil fut permis de reveler et dont\nFirmicus vous instruira un peu mieux de en. prof, rege Audro\nCynaram cyprium templum amica meretricis donasse : ei erat\nVenus nomen initiasse etiam cypria veneri plurimos, etc. Il étoit\ndu temps d'Agamennon puisquil luy donna une cuirasse d'airain\net lui promit cent navires dont il ne luy en envoiapas un ce qui\nfut en partie la cause si Agamennon le chassa de lisle. Il mourut\nensuitte de chagrin et fut enterré dans le temple quil avoit bati\ndans Paphos. C'est le sentiment de Clément qui en raporte la\nmeme autorité presque dans les termes d'Arnobe. Je croi que les\nauthorites que je vous ai raportes dans ma lettre sont plus que\nsuffisantes pour authoriser la vraisemblance que vous iugeres\na propos de mesler dans votre poesie. Il y en a bien de moins\nscavants qui ne seroient pas scrupuleux a ce point et qui aiment\nmieux imposer manque de capacité que dinstruire avec des\nauthorites aussi bonnes que celles que vous aves et que je vous\nenvoie. Je voudrais bien scavoir ou M. de Corneille a pris dans\nBellerophon que leffigie d'Apollon eut la face humaine et\nque la pythie fut en Lycie comme a Delos et que contre ce que\nPalamede auroit appris aux Grecs et a ce que pratiquoient les\négyptiens on sacrifiait ailleurs qua Rome un taurau blanc a\nApollon aussy bien qua Neptune."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.31", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "« Si je netois pas aussi pressé que je le suis de finir et dache-\nver ma lettre jen aporterois les authorites qui ne vous seront\npas aussy inconnues que beaucoup d'autres. Pour moi il na\njamais été marie mais il a aimé Seta, Clitobule, Helice, Theo-\ngone, Menalippe sœur d'Antiope reinne des Amazones. Vous\nscaves la possession dans laquelle ils etoient de ce choisir des\namants sans crainte daucune censure. Il a aimé aussy Astioche\nfille d'Actor qui enfanta Ascalaphe et Ismène. Car pour la ves-\ntale Rea Sylvia dont il eut Remus et Romulus, cela seroit trop\nloing de Cypre. Je finis, monsieur, en attendant vostre projet et\nvous priant de mécrire sans façon. Je vous en donne le premier\nlexemple et je nen suis pas moins\n« Vostre très humble et très obéissant serviteur,\n« LADVOCAT.\n« Vos garderes apparemment ma lettre comme je garde les\nvostres. Au moins si jay manque a vous repondre, vous aurez\nla bonté de m'en advertir. »\nPar le tour de cette missive, on se rend compte de la valeur\nqu'avait Ladvocat comme lettré.\nHomme de bon sens, nous le verrons par la suite faire des\ncritiques remarquables sur maints ouvrages.\nLe samedi 26 février 1695, il écrivait à l'abbé Dubos :\n« M. du Rosai ne ma pas encore remis la critique de Bellero-\nphon (1). Pour celle de Persée (2) elle me plaist extrêmement\nmais jaurois souhaitté que vous eussies parlé de celle Dandro-\nmède de M. de Corneille et vous auries condamné des héros\nqui ne font rien sans l'assistance des Dieux. Cependant c'est\nun très bon precepte de ménager leurs présence et leurs actions\nde telle sorte que l'on puisse retrancher tout ce qu'il y a dex-\ntraordinaire et de miraculeux sans faire prendre unne autre\ncours a laction des hommes qui ne peut etre augmentée que\npar le secours des dieux mais qui ne doibt jamais etre entière-\nment executée par les dieux. COR. ANDR.\nOn simpose aisement quand on a rien a craindre.\nLe ciel qui mieux que nous connoit ce que nous sommes\nMesure les faveurs au mérité des hommes.\n« En un mot il ne faut pas abuser de la puissance des dieux\n\n(1) Opéra en cinq actes de Thomas Corneille, Fontenelie et Boileau,\nmusique de Lulli (1679), et qui fut remis en musique par Berton et Grenier\nen l'y h] 3.\n(2) Tragédie lyrique en cinq actes et un prologue, paroles de Quinault,\nmusique de Lulli, créée à l'Académie Royale de musique le 17 avril 1682.\nC'était le sujet d'Andromède déjà traité par Thomas Corneille."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "et leurs attribuer une force qui choque la vraisemblance poéti-\nque et qui peut faire reprocher au poete que faute d'art et din-\nvention il a été obligé dimplorer le secours des puissances\nsurnaturelles. Il faut que le poete ne les emploie que lors quil\npeut sen passer et qu'il fasse en sorte que laction de son héros\nne les exige pas nécessairement et que cela nempeche pas de\nfaire rentrer dans l'ordre naturel laction miraculeuse dont il\nse sert.\n« Monsieur Foissin ma appris que vous arrivies hycy le dix\ndu prochain. Je serois pourtant bien aise que vous menvoiassiez\nencore quelque critique auparavant et que vous me mandies\ncelles que vous voules encore faire.\n« Je croi quoi que lon dise que lon ne joura iquapres Pas-\nques Theagene, on fait ce que l'on peut pour le faire tomber\net quand l'on répétera la mort Darmide la faction contraire\nemploira son crédit pour la faire décrier. Capistron fait lopera\nde Clytemnestre (1) et monsieur le grand Prieur a dit a Des-\nmarets dayder à Lully qui en doibt faire la musique.\n« Je n'ai point vu les Heraclides (2) parce qu'on ne les re-\nprésente plus depuis huit jours.\n« Je ne crois pas que vous songeassies encor a Adonis. Jattends\navec impatience sa résurrection et la fin de vos critiques devant\nvotre retour. Je suis monsieur\n« Votre très humble et très obéissant serviteur\n« LADVOCAT. »\nUne dizaine de jours plus tard, l'abbé Dubos n'étant pas\nencore venu a Paris, Ladvocat, que son amitié pour Desmarets\nportait a défendre Théagène et Char iclée écrit de nouveau :\n« A Paris, ce 10 mars 1695.\n« Je vous dirai monsieur que Theagène est absolument remis\npoui après Pasques et dans touttes les répétitions il duroit sans\nle prologue 3 heures ce qui nous a obligé d'en retrancher avec\nMons de Fianchinne(3) nonpas ce que nous aurions voulu mais\nce que Desmarets et Duché ont bien voulu souffrir qui fut oté\navec bien de la peinne. Vous vous formalises du temple du Styx\net de sa peisonnalite. Vous pouves y joindre Fiecate qui sera\nhabillee de blanc avec un croissant sur la teste du dessein du\nMythologiste Berin (4) qui ne scait pas que dans le ciel on\npnoit la Lunne, quon invoquait Diane sur la terre et dans les\n\n(1) Cette œuvre ne vit pas le jour.\n(2) Tragédie de de Brie.\n{3) Directeur de l'Opéra.\n(4) Berain, fameux dessinateur des costumes de l'Opéra."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.33", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "enfers Hecate que quelques uns confondoint avec Proserpinne\net qu'Hesiode prétend se devoir appeller Perseis sœur de la\nfille de Latone et fille de Persee adoree dans la Beocie, a qui\nJupiter donna pouvoir sur tous les elements etc. Quand vous\nla verres représenter vous y remarqueres assurément quil faut\nplacer les actions ou il est plus facile et mieux scans quelles\narrivent et les faire arriver dans un loisir raisonnable sans les\npresser extraordinairement.\n« Pour les sujets tires des métamorphosés ou des romans\nMr de Corneille prétend que cela doibt avoir unne égalé autho-\nrite sur nos théâtres et quoique la métamorphosé d'Ovide soit\ndinvention on peut en tirer des sujets de tragédie mais quon ne\ndoibt jamais inventer sur ce modèle. Il n'est permis quau\nSr Duché de se servir de quatre oracles, de quatre divinités, des\nombres de touttes legipte et de tous les diables de lenferpour\nfaire épouser Théagene a Gariclee. En un mot monsr il est de\nla science d'un bon poete de bien préparer ses incidents et ne les\npoint précipiter et je pense que vous aures peu veu de poemes\ndramatiques ou unne passion très amoureuse de deux rivales\ndont lune devient jalouse au point dinvoquer le Styx au 2e acte,\nque loin de luy donner quelque esperance a peinne a repondre\npendant deux actes.\n« Au 4me Thetis donne une épee a Theagene que les diables\ndarsace et de Meroebe quil nest nullement nécessaire qui soit\nmagicien pour etre brave et général darmee Ethiopique et que\nla deesse Thetis luy vend pour tuer Meroebe et quarsace ensuitte\nse mocque de la protection de Thetys et décrété dun décret de\nprise de corps, Teagene et Gariclee quelle fait executer par des\ndiables de nautonniers qui les remettent es prisons d'Ethiopie,\na qui Osiris donne des lettres de remission et sur lappel in-\nterietté par Thetis et autres deux celestes pour avoir attenté\nsur la supériorité de Thetis condamne Arasce a se poignarder\naprès avoir assiste aux fiançailles de son amant avec sa rivalle.\nIl faudra cependant que vous et moi applaudissions aux pre-\nmières représentations qui sen feront et que nous oublions Aris-\ntote, Horace, etc. et que nous paroissions plus badaux et plus\nprovinciaux que nous ne sommes.\n« Je suis monsieur, votre très humble et très obéissant\nserviteur. « LADVOCAT.\n« Mr du Rosai ne m'a pas encor remis votre derniere criti-\nque. »\nNous verrons par la suite que le Conseiller du Roy était un\njuge vraiment habile pour son époque.\n(A suivr\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c015", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS\nConcerts Colonne. Concerts Chevillard. *— Mlle Elisabeth Delhez. • - Soirées d'Art.\nSociété Philarmonique. Société Bach.\nC'est à M. Perilhou qu'échut le périlleux (pardon !) honneur de représen-\nter, au concert Colonne du 12 novembre, la jeune école française. Sa\nBallade pour harpe, flûte et orchestre est honnête, niais elle est pauvre\naussi : les si jolis instruments ne sont guère mis en valeur par une musique\ngrise, terne, appliquée, qui sent le devoir d'école. À ce même concert,\nM. Diémer faisait applaudir le Concerto en sol de Beethoven, et M. Jan\nReder chantait admirablement les six Chants religieux du même, correcte-\nment orchestrés par Rabaud.\nFoule épaisse au concert Chevillard, attirée par un programme où figurent\nà la fois Schumann, César Franck, Weber, Berlioz, Rimsky-Korsakof,\nWagner et M. Lefèvre-Derodé, Le Soleil couchant de ce dernier auteur\nla nouveauté du concert est inspiré par un fort beau sonnet de Hérédia,\nque la musique imite sans l'égaler. C'est de bonne musique cependant, très\ncongrument descriptive, et j'ai goûté ces palpitations du quatuor sur les-\nquelles chantent le cor anglais du pâtre, puis VAngélus sonné parles harpes\net les flûtes ; la conclusion m'a paru, en revanche, donner une assez\npauvre idée des splendeurs du couchant, où\n... Le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,\nFerme les branches d'or de son rouge éventail.\nLe concert continuait par Y Ouverture du Freischûtjoué en ce moment\nà l'Opéra une ou deux fois par semaine. C'est là une délicate attention à\nl'adresse de M. Taffanel et pour nous, critiques, une invitation au parallèle\nque nous ne pouvons décemment refuser. Je dirai simplement que l'intro-\nduction de Y Ouverture a été plus lente, plus solennelle et mystérieuse qu'à\nl'Opéra, mais que le trait des violons, à la péroraison, a manqué un peu de\nfougue; et surtout le son était trop écrasé par la pression des archets. Le\nCapriccio espagnol de Rimsky-Korsakof, redemandé, a été couvert d'accla-\nmations, et je dois avouer qu'après cet éblouissement Roméo et Juliette de\nBerlioz m'a paru fruste et nu, malgré les efforts de mélodies empressées à\nsignifier l'amour, la joie ou le désespoir : cela manque de richesse et de\ncouleur, ou plutôt cela manque de musique ; l'oreille n'est charmée ni par\nles harmonies, ni par les effets de timbre ; il y a des lacunes, des creux,\npuis des heurts désagréables ; une gaucherie touchante, mais pénible.\nL'œuvre de Rimsky-Korsakof au contraire, comme presque toutes les"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.35", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 4027, "texte": "œuvres russes modernes, révèle des facultés d'audition merveilleuses et\ntoutes fraîches, un jeune et fougueux amour du son pour lui-même, et une\nprestigieuse habileté d'orchestration : c'est une orgie de musique, mais une\norgie aussi délicate que violente : non ! Lucullus.\nLe concert commençait par Y Ouverture de Manfred et la Symphonie de\nFranck, toutes deux fort bien rendues, sauf en ce qui concerne les mouve-\nments, que je voudrais plus nuancés.\nLe concert du 19 novembre nous offrait encore une grande variété d'œu-\nvres, toutes intéressantes par quelque endroit. D'abord la 3e Symphonie de\nSchumann, qui est en réalité la dernière, et, malgré de gracieuses idées, ne\nme plaît pas beaucoup : le développement est tout en redites, et la compo-\nsition incertaine ; un maestoso succède à Yandante sans que Ton sache trop\npourquoi; l'orchestre n'a que deux tons : cuivres et cordes, et les cordes\nsont grises, et les cuivres sans vigueur ; dans la première partie, la perpé-\ntuelle agitation du quatuor produit à la longue une impression de papillo-\ntement presque insupportable. L'orchestre n'a jamais réussi à Schumann, et\nle plus curieux, c'est (comme me le faisait remarquer Claude Debussy un\njour] qu'à tout moment, dans ses œuvres de piano, on sent, on entend, on\ndevine l'orchestre ; au lieu que ses symphonies ne sonnent bien qu'au\npiano. L'Apprenti Sorcier, de Paul Dukas, me paraît au contraire trop bien\nécrit pour l'orchestre : tant de science, tant d'instruments, tant de timbres\ningénieusement variés, tant d'altérations harmoniques, pour n'aboutir après\ntout qu'à nous divertir un moment ; voilà du comique chèrement acheté,\net la matière ne méritait peut-être pas tant de travail : c'est de très délicate\norfèvrerie de cuivre ou de plomb ; je me méfie d'un art aussi indiscret.\nJe n'avais jamais eu occasion d'entendre la légende pour orchestre de\nVincent d'lndy intitulée Saugefleurie ; le début est d'une poésie enchante-\nresse, avec ce chant d'altos en sourdine qui s'élève sur le fond sombre des\nbassons, bientôt aggravés d'un cor très profond : la fée erre, pensive, dans\nla forêt d'ombre. Le fils du roi vient à passer, et ce sont des fanfares, qui\nont pour moi moins de charme ; puis une scène d'amour, un peu plus tour,\nmentée que je ne voudrais ; mais la fée meurt pour avoir aimé un mortel,\net la mélodie du début revient, enveloppée d'harmonies douloureuses, qui\ntombent comme des linceuls : on reste sur cette impression de grandeur\nmélancolique, qui appartient en propre à Vincent d'lndy, et donne un prix\ninestimable à quelques-unes des pages qu'il a écrites.\nA ce même concert Mme Mellot-Joubert chantait d'une voix agréable,\nmais mal posée, une cantate assez insignifiante de Rameau, Diane et Actéon,\net le Nocturne de César Franck, orchestré par Guy Ropartz avec beau-\ncoup de respect et de conscience, certes, mais j'aime mieux le simple\naccompagnement de piano, surtout quand c'est Mlle Delhez qui chante.\nEnfin on nous a servi pour terminer une Kermesse de Jaques-Dalcroze,\nbâtie, paraît-il, sur des thèmes romands ou vaudois qu'il valait mieux\nlaisser où ils étaient; ou bien alors il fallait en tirer des développements\nplus intéressants qu'eux-mêmes. C'est ce qu'on n'a pas fait : et pour comble\nde malheur, une sorte d'épisode sentimental vient juste à point pour rappeler\nle trio à la sous-dominante de nos pas redoublés, marches, galops, et\nautres musiques plus triviales que populaires. J'espère que ce n'est là le\nchef-d'œuvre ni de Jaques-Dalcroze, ni de la musique suisse?\nJ'ai cité un peu plus haut Mlle Elisabeth Delhez, qui vient de donner\ndeux concerts, à Paris, le 13 et le 22 novembre. J'ai pu assister au premier, et\nce fut là une des meilleures soirées que j'aie eues depuis bien longtemps.\nD'abord c'est un si grand plaisir d'entendre une voix fraîche et nourrie, bien\nposée et bien timbrée en toute son étendue ! Mais à ces qualités naturelles\nMlle Delhez joint une puissance d'interprétation qui va droit au cœur. Je"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "ne crois pas possible de sentir mieux la passion candide de Frauenliebe,\nou le recueillement religieux du Nocturn de César Franck, si rarement\nchanté et si ingrat pour tous ceux qui ne cherchent que les effets; car\nc'est une mélodie de quelques notes seulement, très soutenue, et qui se\nrépète, chant naïf de l'âme en prière, cantique sublime, suave litanie.\nVoilà ce que MUe Delhez a su, sans effort, nous faire entendre ; elle n'a\npas moins bien traduit l'ardeur des lieder de Beethoven ou l'insouciante\nmélancolie de la Ronde de Lekeu. Et la de Debussy, rendue\nen une charmante nuance clair de lune, a été redemandée par l'auditoire\nenthousiasmé. On voit par ces noms seuls que Mue Delhez ne reste étran-\ngère à aucune forme de la beauté musicale ; elle y a d'autant plus de\nmérite que sa sincérité reste toujours entière, manifeste, saisissante. La\nseconde séance, qui réunissait Bach, Wagner, Mozart, Liszt, Brahms, Schu-\nbert, Fauré, Duparc, Borodine et Chabrier, a eu, paraît-il, plus de succès\nencore que la première. J'espère que nous aurons bientôt occasion d'en-\ntendre de nouveau MUe Delhez; des talents aussi purs que le sien sont rares\nà Paris, autant et peut-être plus que partout ailleurs.\nEt cependant, au Châtelet, Mme Roger Miclos mène à la victoire\nappassionato de Saint-Saëns, Mme de Montalant chante la Procession de\nFranck, M. Colonne recueille bravos et après le chœur des\nd'Athènes, où l'Ouvreuse loue avec raison « ce vieil orientalisme en\nchambre, savoureux quoi qu'en pense certain abonné à poire entière ».\nLouis LALOY.\n*\n* *\nLa société des Soirées d'Art donnait le 16 novembre son deuxième con-\ncert, dont le succès a peut-être dépassé encore celui du premier. Au pro-\ngramme, les troisième et quatrième Qu de Beethoven, exécutés par\nMM. Capet, Tourret, Bailly et Hasselmans avec une rare perfection : pré-\ncision des attaques, équilibre des sonorités, homogénéité des nuances, et\npar-dessus tout le souci constant de tous les détails de l'interprétation,\nrien ne laisse à désirer. Mlle Geneviève Dehelly a joué très brillamment la\nRhapsodie espagnole de Liszt, où elle a su faire valoir la vigueur de son\nattaque et la précision de son mécanisme.\nDans un style simple et pur, Mme Gaëtane Vicq-Challet nous a chanté de\ntrès belles pages de Lulli et de Hasndel ainsi que des mélodies modernes\nde Fauré, Erlanger et Balakirew auxquelles le public a fait excellent ac-\ncueil.\nE. BORREL.\n* *\nLes concerts de la Société Philharmonique sont suivis chaque année par\nun très nombreux public, assuré par la personnalité de l'interprète\nd'avoir de l'œuvre une exécution irréprochable. Mais si, en général, la\nvaleur des œuvres entendues est indiscutable, il faut regretter, à cause de\ncela même, le choix de certaines pages d'un degré d'art inférieur ou ne\nprésentant qu'un intérêt médiocre.\nLe premier concert de la saison, donné le 21 novembre, portait au pro-\ngramme les noms de M\"e Marie Bréma et du quatuor Dessau (de Berlin).\nAvec beaucoup d'entrain, d'une belle voix fort expressive, MUe Bréma a\ndétaillé neuf mélodies dont certaines (chanson du\nxve siècle) et Menuet chanté,de Rameau sont tout à fait charmantes ;\nVenez Camarades, deMelchior Franck (xvue siecle), et le\nBrahms, très gaies et d'un joli mouvement. Par contre, les Chants de Noëlf"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3329, "texte": "de Peter Cornélius, et Babillage, de F. Weingartner, sont beaucoup moins\nintéressants ; quant à la Chanson de Weyla, de Hugo Wolf, c'est de la\nmusique de salon, fade, banale et sans caractère. Je dois reconnaître que\nla majeure partie du public ne partage pas mon opinion, car cette mélodie\na été redemandée.\nUn quatuor de Haydn joue en premier lieu nous avait permis d'apprécier\nle jeu sobre, la délicatesse de coup d'archet, le fini des nuances du qua-\ntuor Dessau. Signalons en passant le second mouvement du quatuor de\nHaydn • — écrit, si j'ai bien entendu, en ut, tonalité assez\néloignée du ton général de l'œuvre, qui est ré majeur. L'adagio n'est point\ndésagréable et le finale est d'une vivacité charmante. Pour terminer: le\nquatuor en la mineur de Schubert, qui m'a paru contenir beaucoup de\nlongueurs ; cela malgré le talent avec lequel l'ont joué MM. Bernhard\nDessau, Bernhard Gehwald, Robert Konecke et Fritz Espenhahn. Je m'en\nvoudrais d'oublier M. Eugène Wagner qui fut, suivant son habitude,\nexcellent accompagnateur.\n%\n% *\nTrès intéressant concert d'orchestre le 22 novembre à la Société J.-S.\nBach. Je me plais d'autant plus à le reconnaître que deux heures de musi-\nque de Bach constituent pour moi un maximum. On ne saurait nier, en\neffet, malgré l'admiration que nous avons tous pour ce musicien, que,\nsouvent, des redites copieuses rendent pénible l'audition de ses œuvres\nimportantes. Il n'en a pas été de même cette fois.\nM. Louis Diémer et MM. Lazare Lévy et Alfred Casella nous ont\ndonné une très belle exécution de deux Concertos pour trois pianos et\norchestre. Dans le premier concerto en ut majeur les trois instruments\nont une importance égale; j'ai particulièrement aimé le premier mouve-\nment, de rythme vigoureux. Dans le second concerto en ré mineur\nun des pianos prédomine sur les autres; délicieusement joué par M. Louis\nDiémer, l'expressif alla siciliana fut surtout goûté. Pourquoi cacherais-je\nque ces deux œuvres m'ont été plus agréables à entendre que les deux\nautres : deux cantates dont c'était la première audition ? La Cantate\nnuptiale: O jour heureux, est, paraît-il, une œuvre de circonstance destinée\nà accompagner un repas de noces. Avec ses récitatifs monotones et son\nmilieu où flûte et chant alternent par trop longtemps, cette cantate est bien\nprès de rentrer dans la catégorie des œuvres dont je parlais plus haut ;\nheureusement que le finale très allègre arrive à point. Mlle Mathieu d'Ancy\ns'est tirée avec honneur de la partie de chant écrite presque constam-\nment dans un registre élevé, et semée de périlleux passages. La Cantate\nsacrée pour le premier dimanche après l'Epiphanie: O mon Jésus, mon seul\ndésir, chante la nostalgie de la mort, la lassitude de vivre, l'attente de plus\nen plus sereine de cette mort libératrice. Cette œuvre fut chantée avec\nbeaucoup d'expression par MUe Gabrielle Noiriel et M. Jan Reder. L'or-\nchestre était, comme d'habitude, très bien dirigé par M. Gustave Bret;\nparmi les instrumentistes, je signalerai Mlle Nadia Boulanger et MM. Da-\nniel Herrmann, Krauss et Mondain.\nJEAN POUEIGH.\nL'abondance des matières nous oblige à renvoyer à notre prochain numéro\nles comptes rendus des concerts des Soirées d'Art (28 novembre) et de la\nSchola Cantorum [24 novembre), ainsi que de la ire représentation d!Armor\nà Lyon."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE.\n\nA propos d'Armide.\nLe récent succès d 9 Armide était attendu. On savait à Bruxelles la haute\ncompétence artistique des directeurs du théâtre de la Monnaie, le savant\nconcours que M. Gevaert avait apporte dans l'ordonnance scénique de\nl'œuvre, le constant souci qui présidait au règlement des détails, et l'excel-\nlence des interprètes. Déplus, on est un peu gluckiste en Belgique ; par\ntempérament, par goût et, qui sait, par tradition, on répudié bénévolement\nla musique ialienne. Nous sommes tous des harmonistes. Les succès pré-\ncédents des modernes français, notre penchant pour le drame musical, la\ndirection que prennent en général nos œuvres originales, et le mouvement\nwagnérien d'il y a dix ans en font foi. Donc, Armide a eu du succès, et\ntoute la presse l'a chanté. On a exalté, en effet, dans les journaux spéciaux\net dans les autres, l'excellence du procédé gluckiste, l'union de la parole\net de la musique, la préface révolutionnaire dy Alceste et les querelles pic-\ncinistes du xvme siècle ; on a exhumé les vieilles chroniques du Mercure\nde France d'il y a cent trente ans, d'anciennes lettres de La Harpe et de\nlongs souvenirs d'interprétations précédentes que Ton a accommodés à tou-\ntes les sauces. Les correspondants habituels le vieil abonne, le monsieur\nde l'orchestre, firent leur réapparition pour la circonstance. On a parlé de\nl'avenir du drame musical, de Gluck et du bonnet de nuit qu il portait\naux répétitions ; on a fait le parallèle entre Armide et Tristan et on a con-\nclu par d'enthousiastes panégyriques en faveur d'une théorie musicale\nqu'au fond on ne connaissait pas toujours fort bien. Il y eut dans la presse\nen Belgique, sous cette pauvre rubrique théâtrale, une vraie débauche de\nmots. Le sujet d'ailleurs était facile et prêtait à écrire. L'union de la musi-\nque et de la poésie a été traitée dans tous les recueils wagnériens, et ceux-\nci abondent sur le marché. Il y avait là matière à de belles pages de prose,\net franchement on s'en est donné à cœur joie dans tous les domaines,\nesthétique, historique, anecdotique, en oubliant seulement, dans l'ardeur\nde l'inspiration littéraire, de parler un peu de musique.\nTel est le grand défaut de la critique musicale du pays. C'est à la litté-\nrature que l'on doit tout ce mal. Loin de moi de contester au littérateur,\nou, plus généralement, à celui qui ne connaît pas la musique, le droit de\nfaire part au public de ses sensations si elles sont originales ; je sais bien\ndes littérateurs dont les impressions artistiques sont heureuses, et la lec-\nture des articles musicaux que le peintre J.-E. Blanche publie parfois dans\nY Ermitage m'ont causé trop de plaisir pour que je les oublie. Mais lors-\nque le littérateur veut faire l'office de critique musical, et critiquer, c'est-à-\n-dire enseigner, diriger, justifier une opinion et louer ou démolir une œuvre\nd'un art auquel il est étranger, je le réprouve. En Belgique, la chronique\nmusicale des grands quotidiens, aussi bien que des gazettes spéciales\nd'ailleurs en nombre restreint— est dévolue à des écrivains qui sont sou-\nvent plus littérateurs que musiciens, et parfois plus folliculaires que litté-\nrateurs. S'il est des exceptions, elles ne sont pas nombreuses. Cette situa-\ntion mène la critique musicale dans une voie misérable, et fausse com-\nplètement le goût du lecteur. Elle nous a procuré des chroniqueurs qui ont\nmal décalqué des formules ; une surproduction de théories odieuses et\nd'opinions irraisonnées ; des gens qui ont affirmé les choses les plus fan-\ntaisistes et cherché à démontrer par l'analogie fortuite de quatre notes\nconsécutives dans l'œuvre d'un maître, l'influence subie ou le plagiat d'un\nautre. On a pillé les livres des critiques renommés; on s'est souvent ap-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3856, "texte": "proprié leurs opinions, parfois leur style, et toujours on a cru inutile d'en\nsignaler la source. Certes, on peut dire qu'il est préférable pour le public\nde lire une copie exacte de Berlioz, fût-elle signée d'un autre nom, que les\ninventions fantaisistes d'un musicâtre de mauvais aloi ; c'est un point de\nvue, mais il faut encore savoir placer la copie dans une discussion où elle\nsoit justifiée, et cela n'est pas à la portée de tout le monde. De plus, on a\ntoujours dépouillé les mêmes. Berlioz, par exemple, est un musicien connu,\ndont la science est incontestable, le goût moderne ; dont les œuvres à trois\ncinquante traînent chez tous les libraires, sont amusantes et faciles à lire,\net réunissent toutes les conditions propices pour satisfaire le lecteur super-\nficiel. Et l'on a pillé Berlioz. C'est peut-être pourquoi, en face du grand\nchoix de notes sur Armide qu'il existe, et du peu de diversité des informa-\ntions que j'ai recueillies dans la presse belge ces jours derniers, je me\nsuis plu à l'usage de certains de mes collègues à élaborer modeste-\nment la rapide notice bibliographique qui suit.\n*\n* *\nOn connaît les violentes polémiques qui saluèrent en France l'apparition\ndes dernières tragédies de Gluck sur la scène de l'Académie royale de\nmusique. Avec Armide la querelle arriva au plus haut point. Armide, en\neffet, réconciliait les lullistes exaspérés avec les bouffons, et provoquait\nspontanément une recrudescence considérable de discussions et de dis-\ncordes. La collection des écrits du temps est fatalement incomplète; et\npourtant on pourrait former toute une bibliothèque des pamphlets qui\nnous sont restés. M. Henri de Curzon, dans un des derniers numéros du\nGuide musical, ne relève pas moins de dix-huit lettres, articles et couplets\nsatiriques, parus à propos d'Armide dans une seule revue de l'époque, en\nl'espace de trois mois; en ajoutant à cela le produit d'une collaboration\nrégulière de l'anonyme de Vaugirard (Suard) au Journal politique et litté-\nraire,les nombreux articles du Journal de l'Europe et les incisives chro-\nniques du Mercure de France, on arrive à un chiffre considérable. Les\npamphlets qui furent répandus dans le public ne sont pas moins nombreux.\nLe recueil de l'abbé Leblond : Mémoires pour servir à Vhistoire de la révo-\nlution opérée dans la Musique par M. le chevalier Gluck (Naples et Paris,\n1781), tout en étant fort complet, ne contient que les écrits les plus impor-\ntants : ceux de Gluck, du Roullet, Arnaud, J.-J. Rousseau, Suard, Fra-\nmery et Marmontel. Des autres on trouvera une liste très complète au\nSupplément de la Biographie générale des musiciens de Fétis (Gluck).\nEn face de toute cette polémique on comprend la difficulté de définir le\nmobile initial de cette agitation musicale de la fin du xvme siècle. On ne\nvoit pas au juste à qui ces fougueux pamphlétaires en ont, et où ils veulent\nen venir. La querelle des piccinistes et des gluckistes est un dérivé de la\nquerelle des bouffons, les ingénieux paradoxes de Diderot en moins. Ces\ndisputes n'ont en réalité aucun motif musical. Elles roulent sur les sujets\nvagues, indéfinis, de l'esthétique du temps, et n'amènent aucun argument\nsérieux en faveur ou en défaveur de l'un ou l'autre des partis. Leur\nlecture est en somme assez monotone. De l'exposé théorique des éléments\nde la mélodie, on en est venu petit à petit aux gros mots, et c'est bien plus\ndes injures que l'on lit à la place de réfutations savantes et soignées. Les\nbouffons, Marmontel en tête, s'ingéniaient plus à défendre ce pauvre Pic-\ncini, qui fait là bien piètre mine, qu'à discuter Jla musique. Suard et\nl'abbé Arnaud, de leur côté, se lancent dans des considérations métaphysi-\nques, et par leur maladresse font souvent plus de tort que de bien à leur\nhéros. Pour Grimm et Rousseau, c'est la question du langage français dans"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3918, "texte": "ses rapports avec la musique qu'ils ont envisagée pour finir par exalter,\nsous des pseudonymes divers, l'art de celui qui réfutait'pratiquement leurs\ndiscours. En publiant la partition d'Alceste, Gluck avait mis le pied dans\nl'engrenage de la discussion théorique, et, moins bon dialecticien que\nRameau, qui avait fait de même., ce n'est point par ses écrits qu'il a triom-\nphé. Au point de vue purement musical, il ne reste rien de tout ce fatras\nlittéraire. Jeaji-Jacques Rousseau, qui nous apparaît ridicule et même igno-\nrant, fait tort à l'auteur du Devin du village. Les affirmations imprudentes\nd'Arnaud font preuve d'une complète incompétence en matière musicale.\nLes saillies de Marmontel font sourire. Le sérieux imperturbable au milieu\nduquel La Harpe déroule ses théories fantaisistes montre l'inanité de la\ncritique du temps,, et si seuls les arguments de Suard paraissent sérieux,\nses écarts de langage ne gâtent que trop l'effet qu'ils auraient produit si\nles opinions n'eussent été préconçues. En un mot, la guerre entre picci-\nnistes et gluckistes fut l'invasion de la littérature dans le domaine de la\nmusique. Elle retarda l'éclosion d'œuvres complètes et raisonnées, comme\ncelles que Mozart et Spontini ont données par la suite. Elle fut néfaste au\npoint de vue critique, en divisant deux coteries qui eussent condensé leurs\nénergies et produit quelque chose de convenable. Elle jeta le discrédit sur\nla science musicale française, qui devint en Allemagne l'objet d'une risée\net d'une réprobation générale. Il suffit de lire les notes que Forkel publiait\nalors dans la Musikalisch kritische Bibliothek pour être fixé à ce sujet et\npour regretter les errements odieux des bouffons tapageurs (i).\nLes écrits secondaires du temps donnent, d'un autre côté, fort peu d'in-\nformations intéressantes. Les Lettres de Rousseau à Gorancez, de Grimm à\nDiderot, le Cours de littérature de La Harpe et les Mémoires secrets de\nBachaumont ne parlent qu'indirectement de Gluck et de son Armide. Les\ntimides réserves d'Escherny et les anecdotes qu'on retrouve à ce sujet au\ncours des Mémoires de Grétry compensent de leur côté l'ampleur fasti-\ndieuse des louanges que Burney dans The présent state of rnusic in France\nand haly consacre à celui qu'il appelait, un peu pompeusement, le « Michel-\nAnge de la musique ».\nCe n'est que quelques années plus tard qu'une critique sérieuse s'empare\ndu sujet. En iBos, Weber avait donné Armide à l'Opéra de Berlin (2) et\ncet événement fut le point de départ en Allemagne d'une lente et minu-\ntieuse étude de l'œuvre et des théories de son auteur. L'Allemagne était\nalors le pays de la vraie critique musicale. A cette époque, où la produc-\ntion littéraire n'atteignait pas la dixième partie de ce qu'elle est aujourd'hui,\nil se publiait en fait de littérature musicale deux fois autant d'ouvrages\nqu'à présent. Sous l'impulsion de Prinz, de Mattheson, de Forkel, la musi-\ncologie avait pris une telle extension qu'elle étendait déjà le simple do-\nmaine musical, à la métaphysique avec Lessing, Leibniz et Hégel, aux\nmathématiques avec Mitzler, Euler et Bernouilli. Ici se passe un phéno-\nmène intéressant. Nous avons vu plus haut l'insignifiance des discussions\nde Paris, et le mal qui en résultait pour le théâtre lyrique. Or, par un effet\nindirect et bien involontaire, ces querelles tapageuses eurent un utile reten-\ntissement en Allemagne. En effet, Klopstock et Herder prirent l'argumen-\ntation gluckiste pour leur compte, et provoquèrent de l'autre côté du Rhin\nune polémique identique, mais plus sérieuse et mieux définie que la précé-\ndente Il en résulta un déblayage, inconscient peut-être mais nécessaire,\nde ces bons vieux maîtres de la tablature liturgique, une plus exacte com-\npréhension de ce que doit être le style dramatique, et une préparation\n\n(1 ) Ueber die Musik des Ritters von Gluck.\n(2) Schneider. Geschichte der Oper in Berlin."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3855, "texte": "heureuse de la « musique galante » d'où sont sortis, malgré tout, Haydn\net Mozart.\nLa critique spéciale prit une voie historique. Parmi les écrits sur Gluck\net son œuvre, le recueil des lettres que Siegmeyer publie en 1825 sous le\ntitre: Ueber den Ritter Gluck und seine Werke, prépare déjà les livres plus\ncontemporains et plus importants d'Anton Schmid (Christoph Willibald\nRitter von Gluck. Leipzig, 1854), de A,-B. Marx (Gluck und die Oper,\nBerlin, 1863, 2 vol.) et plus tard de Cf.-H. Bitter (Die Reform der Oper\ndurch Gluck. Brunswick, 1884). Ces volumes fort complets sont certaine-\nment les meilleurs qu'on ait publiés sur la question gluckiste. Ils envisagent\nle maître au plus profond des phases aventureuses de sa vie et de ses\nœuvres, mais, ce qui pourrait être un tort, déduisent trop exactement, de\nses séjours en divers pays, les influences possibles qui ont provoqué ses\nméthodes. C'est ici l'esprit systématique des Allemands qui agit. Diviser\nexactement la carrière de Gluck en trois parties : italienne, viennoise et\nfrançaise, me paraît illogique ; aussi rencontre-t-on à certains passages,\ndans Marx surtout, de réelles subtilités qui doivent démontrer que Tele-\nmaco qui se rapproche incontestablement d'Armide relève de l'esthé-\ntique italienne ou que la première Alceste ressemble au mélodique Paride\ned Elena, qui date à peu près de la même époque.\nEn France, la polémique gluckiste eut de tout temps un certain carac-\ntère de combattivité. Armide avait quitté le répertoire de l'Opéra en 1827,\net l'italianisme de Rossini triomphait à sa place. Il y eut bien de-ci de-là\nquelques auditions de Gluck au concert, quelques pages hâtives et acciden-\ntelles à son sujet, dans les chroniques de Castil-Blaze, de Scudo ou de\nFétis ; mais, jusqu'en 1858, on en parla en réalité fort peu. Il fallut l'étude\nintéressante que le président Troplong publia sur Armide dans la Revue\ncontemporaine du 3i décembre 1858 pour ranimer les esprits. En amateur\ndélicat et éclairé, il rendit hommage aux beautés de l'œuvre oubliée ; il\nl'étudia dans ses détails, plutôt comme quelqu'un qui aime la musique\nqu'en homme qui la sait, et réveilla bien involontairement la discussion du\npassé, dans laquelle Berlioz se lança à corps perdu. Mais amenée sur un\nterrain sérieux, Armide devait renaître. C'est en vain qu'un autre sénateur\ninfluent, le prince Poniatowski, voulut lui opposer la Semiramide de\nRossini et le Trovatore de Verdi ou que Scudo fulmina contre Gluck dans\nla Revue des Deux Mondes (1), la question, définitivement posée, ne devait\nse résoudre qu'à une réalisation pratique de l'œuvre sur une scène subven-\ntionnée. Rien ne résista, en effet, aux vigoureuses diatribes de Berlioz, et\nles « Polonius imbéciles » qui n'aimaient pas la musique de Gluck et qu'il\nmaltraitait dans ses feuilletons, restés légendaires, eurent cette fois le des-\nsous. Le « despote doux et rêveur qui régnait sur la France », comme dit\nGevaert, s'intéressait à la question, et trois ans plus tard, en 1862, Perrin\nfut chargé de monter Armide à l'Opéra. On ne sait que trop ce qui empê-\ncha l'exécution d'un si beau projet.\nPeu d'études importantes parurent sur Armide à cette époque. Celles\nqui répètent les choses déjà mieux dites ne doivent pas être citées; aussi je\nne vois en réalité que les quelques critiques de Berlioz qui méritent men-\ntion ; encore, disséminées au travers de ses volumes, ne traitent-elles que\nde sujets particuliers (2). Ici, pourtant, j'ouvre une parenthèse, et je tiens à\nétablir un parallèle intéressant. A cette époque, Wagner écrivait en Suisse\nses Lettres sur la musique, et inondait la presse spéciale d'outre-Rhin de\nses notes critiques souvent contestables, mais toujours originales. Berlioz\n\n(1) Il y a là quelques chroniques qu'il est très intéressant de retire.\n(2) Mémoires. A travers chants."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3755, "texte": "et Wagner partent d'un même culte pour Gluck, et aboutissent à des con-\nclusions différentes. Ces deux hommes qui, faits pour s'entendre, ne se\ncomprirent jamais, étalent involontairement dans leurs divergences d'opi-\nnions le profond désaccord de leur tempérament. Berlioz adorait Gluck.\nIl voyait en lui le précurseur de cette musique de Weber et Spontini qu'il\naimait et ne lui ménageait pas les louanges. Richard Wagner, de son côté,\naimait Gluck, le respectait, mais ne lui reconnaissait que des qualités\nstrictement musicales. On a dit que la préface d'Alceste était le point de\ndépart de la réforme de Bayreuth, et appelé Gluck le fondateur du drame\nmusical. Les engouements wagnériens ont donné libre cours à cette opi-\nnion erronée ; aussi de ceux qui acclamaient hier à l'Opéra ou bien\nà la Monnaie, combien applaudissaient par snobisme un supposé drame\nmusical à la façon de Tristan ! Or dans ses Gesamelte Schriften, que ce\nsoit à propos d Iphigénie,de l'ouverture, ou d'une simple discussion d'es-\nthétique, Richard Wagner ne manque aucune occasion de jeter la pierre à\nson rival (i). Ces passages, malheureusement perdus au milieu du fouillis\nexubérant de dix longs volumes, méritent une étude spéciale plus appro-\nfondie. Ils établissent nettement la distinction qn'il y a entre le drame\nmusical symphonique et la tragédie chantée avec accompagnement d'or-\nchestre, telle que la realise si complètement Gluck, dans ses dernières pro-\nductions. Wagner fait de la musique un art qu'il présente adéquat à la\nparole et aux circonstances du drame. Gluck, différemment, unit la musi-\nque à la parole, lui subordonne le drame, et fait ce qu'on peut appeler de\nla musique dramatique, ce qui n'est pas du tout la même chose. C'est d'une\ncomparaison raisonnée des deux points de vue critiques de Berlioz et de\nWagner qu'une plus juste compréhension de l'œuvre dont nous parlons\npeut s'obtenir. Je la recommande vivement aux intéressés de la question.\nIl reste encore à mentionner le remarquable travail que M. G. Desnoires-\nterres a publié quinze ans plus tard sur Gluck et Piccini. C'est une étude\nqui, si elle n'est pas musicale, n'intéresse pas moins l'histoire de la mu-\nsique au xvnie siècle. C'est le volume qui raconte le plus délicieusement la\nquerelle entre piccinistes et gluckistes, avec ses détails anecdotiques et\namusants. Le caractère frivole et enthousiaste du temps y est clairement\nposé, et le dilettantisme qui faisait s'insurger une moitié de Paris contre\nl'autre, à propos d'un récitatif ou d'une ariette, semble tout naturel dans\nce milieu léger que M. Desnoiresterres contourne avec joliesse. Je cite\nencore le volume concis que M. Barbedette a édité sur\nsystème et ses œuvres, dans la collection du Ménestrel en 1882, et un\nouvrage anglais du meilleur aloi, Gluck and the Opéra, deM. ErnestNewman,\nle seul, je crois, qui résoud la question gluckiste d'une façon historique,\net pose le problème de l'opéra, dans ses milieux, ses ambiances et son\népoque. En un mot, quoique bien fournie, la critique de Gluck n'est pas\ncomplète. Les ouvrages sont trop longs, trop systématiques ou bien trop\nexclusifs. Il reste d ailleurs toute une bibliothèque de volumes spéciaux\nque je n'ai pas cités, afin de ne pas surcharger cette chronique : les\nsur la danse et les ballets,de Noverre (Lyon, 1760),\nde Planelli (Naples, 1772), l'essai d'Artéaga (Le del teatre musi-\ncale (Venise, 1785), qui a été traduit en allemand, et les volumes plus ré-\ncents de Reissmann : Christoph Williba (Leipzig, 1882), de\nCoquard sur la Musique française depuis Rameau, sans oublier le fort beau\ntravail de Ludwig Nohl, Gluck und (Munich, 1870). Mais il\n\n(1) Voir particulièrement Oper und v. 111, p. 237-40,\n(Dritt® auflage). » r /t »"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3935, "texte": "manque dans une telle bibliographie l'ouvrage terminal et définitif qui serait\npour Gluck ce que l'admirable livre de M. Schweitzer a été pour J.-S. Bach.\nre-\nconsidérée à un point de vue purement musical, l'œuvre de Gluck\nprésente une opposition frappante avec le programme élaboré dans l'épître\ndédicatoire d'Alceste. En réalité, le maître a strictement respecté le prin-\ncipe et l'ordonnance de Yopera séria. Seul, le récitatif a été dramatisé, a\npris de l'ampleur par un procédé instrumental plus brillant, et s'est libéré\ndes exigences mélodiques de l'opéra italien. Si Gluck avait suivi ses parti-\nsans dans la réalisation pratique de ses œuvres, le drame lyrique eût été\nperdu. Son innovation consistait surtout à transposer la mélodie à l'or-\nchestre afin d'intensifier vivement la déclamation des paroles. Tout ce qu'il\ny a d'original dans Armide : le duo d'Armide et Hidraot au premier acte,\nl'air de Renaud au deuxième, le duo du quatrième (Redoublons nos soins)y\nsont des exemples de l'application de ce procédé. Partout c'est l'orchestre\nqui forme la trame mélodique, et ce sont ces phrases instrumentales qui\nremplacent les trémolos, les longues tenues, les accords plaqués qu'on\nrencontre dans les œuvres précédentes du maître. La science musicale de\nGluck est, de plus, peu étendue. On connaît les appréciations sévères de\nHaendel a l'égard de son contrepoint. Mais il est clair que cette pauvreté\nd'argumentation harmonique a facilité, chez lui, la réforme du théâtre, que\nla technique symphonique lourde et savante de Haydn et Haendel aurait\ndifficilement réalisée. C'est par cette simplicité, plus obligée que voulue,\nque le récitatif a acquis son expression ; mais c'est par une science fouillée,\nune connaissance approfondie de la valeur et de l'emploi des instruments\nque Gluck a pu étendre cette expression à la monotonie du récitatif. Ce\nqu'il a pu tirer de l'orchestre restreint d'alors est surprenant; c'est à dater\nde lui que l'instrument devient un vrai moyen expressif, un facteur réel,\ndramatique et passionné qui trouve sa raison d'être en lui-même tout\ncomme le virtuose ou le chanteur florentin, et que les combinaisons orches-\ntrales prennent leur essor vers Mozart, Beethoven et Weber.\nIl existe sur l'œuvre de Gluck, musicalement considérée, un ouvrage\ncomplet : c'est le Catalogue thématique de M. Wotquenne, Ce bénédictin\nlaïque, qui est secrétaire au Conservatoire de Bruxelles, a réuni en un volume\nles fruits d'une lente et patiente étude des travaux de l'auteur dy Armide.\nCe qui est louable avant tout, dans un tel ouvrage, c'est sa grande sincérité\nartistique. M. Wotquenne n'y a pas seulement fait preuve d'une érudition\ncomplète, mais d'une érudition raisonnée ; c'est-à-dire qu'il a préféré\nécarter les mauvais textes et omettre les partitions tronquées, dans la partie\nexplicative de son livre. En musique, plus peut-être qu'en tout autre\nart, il n'y a pas de demi-mesures. Toute hérésie est un crime. Il faut un res-\npect sincère de l'exactitude et de la vérité pour transcrire une page de\nmaître; justifier des dissonances de Beethoven en invoquant sa surdiré est\naussi odieux que de représenter Armide avec des surcharges et des fautes,\ncomme on le fit dernièrement àl'Opéra. C'est ce que connaît M. Wotquenne*\naussi son travail est-il un hommage pour ceux qui ont apporté une\nrespectueuse contribution au génie de Gluck et propagé ses œuvres.\nDu catalogue thématique ressort clairement la justification des ré-\nflexions qui précèdent. On y découvre de quelle façon une œuvre telle\nqu Armide & été construite. La pauvreté d'invention et la méthode vraiment\nitalienne du maître se font jour à chaque pas. Armide, l'opéra le plus ex-\npressif, le mieux ordonné, le plus vivant, celui qui expose peut-être le plus\nclairement cette subordination adéquate du drame à la musique, n'est en\nlui-même qu'une habile combinaison d'airs, d'ariettes et de récitatifs évo-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.44", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3060, "texte": "qués des œuvres précédentes du maître. U Ouverture, presque entière, se\nretrouve en divers passages des Feste d'Apollo (1769) et de Telemaco\n(1765). Au premier acte, M. Wotquenne retrouve deux airs, l'ariette de\nSidonie : Vous troublez-vous d'une image légère, et Farioso d'Hidraot :\nPour vous quand il vous plaît, qui proviennent de Paride ed Elena (1769)\net de Tedide (1760). Au second, après l'introduction orchestrale qui prélude\nla deuxième scène et qui vient de Telemaco, le duo d'Armide et Hidraot :\nEsprits de haine et de rage, développe un thème familier à Gluck, qu'on\nretrouve d'ailleurs cinq fois dans son œuvre ; en 1744, en 1747, 1752, 1765\net enfin en 1777 dans Armide. Le troisième acte, que l'on considère\ncomme le plus beau de l'ouvrage, est entièrement fait d'adaptations étran-\ngères. On connaît la petite légende de Castil-Blaze à propos de l'invoca-\ntion à l'Amour, en quatre vers, que Gluck inspiré ajouta de sa main au\nçoème de Quinault. En réalité, l'inspiration y était pour peu de chose, et\nla prière monodique, si vibrante et si belle : O ciel, quelle horrible menace,\nvient bien simplement d'un air de Paride ed Elena. La scène dansée des\nFuries est entièrement tirée du ballet de Don Juan( 1761). L'évocation: Haine\nimplacable, se retrouve dans une ariette d'Artamene (1742) et dans Y Inno-\ncenta giustijicata (1755). Dans Telemaco il est facile de découvrir le dia-\nlogue entre la basse et le chœur: Plus on connaît Vamour et plus on le\ndéteste, qui provient également d'un air d'lppolito (1745). Le serment des\nFuries : Amour, sors pour jamais, est travaillé d'un thème de Telemaco et de\nFeste d'Apollo. La Bacchanale, c'est l'ouverture transposée de Y Ivrogne\ncorrigé (1760), alors que le beau chœur: Sors du sein d'Armide, vient de la\nmême source. Quant au finale de cet acte, Pair avec chœur : Suis VAmour\n.puisque tu le veux, il vient de Telemaco et d'une aria de Paride ed Elena.\nDans de moins grandes proportions, il en est de même des actes suivants.\nLe duo final du quatrième : Fuyons les douceurs dangereuses, est tiré de\nl'lnnocenta giustijicata, et au cinquième on retrouve dans le chœur dansé : Les\nplaisirs ont choisi pour asile, une page du Cadi dupé (1761), et dans la sici-\nlienne de flûte du divertissement, le thème principal du ballet de Don Juan.\nCe truquage étonnant, qui surprend tout d'abord, n'est pas au désavan-\ntage de Gluck, qui n'en reste pas moins le plus beau musicien français\nde l'école française, je veux dire du xviii 6 siècle. Il ne démontre qu'une\nchose : c'est la pauvreté d'imagination directe chez le maître En effet, sitôt un\n4hème découvert, son développement lui est facile et les circonvolutions ne\nl'effrayent plus. L'ordonnance de ses morceaux àce point de vue est d'ail-\nleurs typique. Gluck ne copie pas intégralement ses thèmes précédents ; il\nva les rechercher pour en faire simplement, en une, deux ou trois mesures,\nle motif initial du passage nouveau. Je donne ici un exemple de ce façon-\nnement : le passage final du 3e acte d'Armide qui débute par :"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.45", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "de Paride ed Elena (acte IV), et le thème mélodique provient lui-même de\ncette simple phrase de Telemaco (acte II) :\nqui apparaît pour la première fois douze années auparavant. On s'étonne\nalors à juste titre de cette continuité dans le développement d'Armide et\nde la cohésion musicale qui coordonne entre elles toutes les parties.\nLes partitions d Armide existent malheureusement en un assez grand\nnombre. C'est un tort, car elles diffèrent toutes les unes des autres ; ce\nqui prouve qu'un ouvrage peut se transformer, même en l'espace d'un\nsiècle, et qu'il y a parfois des écrivains de second ordre qui transposent\nl'œuvre ou bien qui l'adaptent au goût du temps. C'est Cherubini qui\nitalianisait Gluck, et ajoutait des trombones pour renforcer la basse à la\nscène des Furies ! On sait, par Berlioz, l'état lamentable dans lequel se\ntrouvaient les partitions de Gluck, et l'infinité de ratures et d'ajoutés\nétrangers qui en rendaient la lecture difficile. De plus, on sait que la\nnotation musicale du xviii0 siècle était autre que la nôtre, et que si les\nsignes étaient les mêmes, leur agencement différait. De ce temps-là, la\npartition principale, autrement dit, le cahier qui devait servir au chef\nd'orchestre, ne marquait que la mesure des temps, et les notes principales\nde chaque instrument, de façon que celui qui battait la mesure ne con-\nnaissait qu'approximativement les passages que le soliste devait jouer; les\nparties instrumentales seules étaient soignées. 11 en résulte que la partition\ndu chef, incomplète, servait uniquement comme régulateur rythmique et\nmélodique. Ceci est une des causes de la grande désorganisation qui a\nrégné dans la mise au point des partitions de Gluck. Il en est advenu une\nfoule d'hérésies frappantes, surtout dans la partie d'accompagnement, et\nune mauvaise rythmique de l'œuvre que les gluckistes les plus sincères, —»\nMM. Saint-Saëns et Damcke, dans l'édition Pelletan n'ont pu enrayer.\nIls eurent le tort de ne se baser que sur la partition d'orchestre, et de rem-\nplacer les passages vides par l'accord parfait complet, pour maintenir la\ntonalité. Une autre faute, du plus mauvais aloi, que je reproche aux\néditions Litolff et Peters, c'est le point de vue uniquement vocal auquel le\ncopiste s'est placé. Elle a amené la transformation des notes d'harmonie en\nappoggiatures barrées, ce qui transforme le rythme et donne aux pages les\nplus majestueuses un aspect hybride, sautillant et sévère àlafois, d'ailleurs\ndu plus mauvais goût. J'en donne un exemple rapide {Armide, acte 11,\nse. v, Monologue) :\nqui montre incontestablement que c'est dans Gevaert qu'on rencontre la\ntransposition exacte.\nM. Gevaert est renommé pour ses partitions de Gluck. Son travail suivi\net éclairé n'a rien laissé échapper de ces subtilités. Il a reconstruit\nArmide sur les parties spéciales des instruments qu'une à une il acolligées,\nlorsqu'il était directeur de musique à l'Opéra. On sait l'histoire du beau\nprojet de remonter Armide que Perrin avait eu, et qui après dix ans"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.46", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "devait avoir sa réalisation dans des conditions d'interprétation vraiment\nexceptionnelles. UArmide que la Monnaie de Bruxelles représente aujour-\nd'hui est celle que l'Opéra eût donnée sans l'année terrible. C'est VArmide\nde M. Gevaert. Aussi se présente-t-elle purgée de toutes les hérésies qu'on\na vues à l'Opéra l'année dernière. M. Gevaert a longuement exposé dans\nsa préface par quelles circonstances le chef-d'œuvre devait revoir le jour\nen 1870, mais il n'a pas dit après combien d'efforts et d'études il était\nparvenu à reconstituer ces pages que Gluck avait laissées à la postérité.\nIl n'a pas dit non plus que son ouvrage était définitif, car les textes\noriginaux sont perdus, et que son travail d'il y a quarante ans a sauvé un\nchef-d'œuvre de l'oubli. On connaît l'anecdote : elle est piquante et triste.\nLe Guide inusicalïa. racontée dernièrement (1). C'était pendant la Commune\nde Paris. On devait donner un concert aux Tuileries, et le maître de\nmusique improvisé, l'admirable pianiste d'aujourd'hui, Raoul Pugno, devait\ndiriger le chœur du quatrième acte d'Armide. Les partitions avaient été,\npour les études, transportées de l'Opéra au palais des anciens empereurs ;\non les y laissa, et moins d'un mois après, les troupes de Versailles entraient\ndans Paris et les Tuileries flambaient. Le vieux chef-d'œuvre était perdu.\nHeureusement qu'un homme avait veillé et gardait dans son bureau du\nConservatoire de Bruxelles la copie des manuscrits du vieux maître\nallemand. Il rendit un monument à l'humanité, et reconstitua cette année,\nà Bruxelles, YArmide telle qu'elle avait été conçue, avec toutes ses beautés\net toutes ses fautes, et telle qu'elle vivra dans l'avenir.\n\nPaul Grosfils.\n\nCOURRIER DE STUTTGART\nIl y a des personnes singulières. On écrit beaucoup à Mlle Wiborg; à la\nsuite de mon article du ler novembre, on m'honore aussi de missives, qui\nne sont vraiment pas raisonnables. Ces personnages menacent la cantatrice\nWiborg de leur haine ; et ils rappellent eux-mêmes, au théâtre, huit fois\nMU® Wiborg (dans la Walkyrie) et seulement trois fois MLLE Anna Sutter\n(dans Carmen). Mlle Elisa Wiborg a donc un grand avantage sur Mlle Sutter.\nEnsuite, on me reproche ce fait. C'est bizarre. Les gens, et surtout les\njeunes gens, ne savent pas ce qu'ils veulent. Et moi, critique, je dis que\nles deux cantatrices,— exquises toutes deux, chantent très bien, mais\nMUe Wiborg est plus admirée. Car neuf rappels sont plus que trois. Ce n'est\ndonc pas ma faute. Je ne peux provoquer les applaudissements, parce que\nje suis critique. Et encore ! Qui sait? Et les critiques, même celles du sous-\noff3 n'ont jamais protesté contre la cantatrice Wiborg.\nCar la critique dramatique ne s'occupe, généralement, que de ce qu'elle\nvoit et entend sur la scène, et non pas de bruits de coulisses bien incertains.\nCeux qui n'admirent pas MUe Wiborg devraient le lui dire et non pas lui\nenvoyer des lettres anonymes et menaçantes. Ces gens-là manquent un peu\nde courage et de culture. Il y en a de la « Haute ». On ne peut que les\nblâmer. Ceci s'applique aussi à ces jeunes gens qui ont eu des accès de\nfolie en lisant mon dernier article. Je ne veux pas examiner la nature de\nleur folie, mais, en tout cas, ils se sont bien compromis en croyant que le\ndirecteur des théâtres royaux, M. le baron Putlitz, voudrait supprimer la\n\n(1) Le Guide musical, iôavril 1905, n° 16."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3873, "texte": "liberté de la critique. M. le baron vient de m'écrire qu'il n'exercera aucune\npression sur un critique et que la critique est libre. M. le baron, qui a une\ntrès grande expérience et une science théâtrale qui n'est pas ordinaire, ne\ndéfend aucunement à un critique de parler de son théâtre dans des jour-\nnaux étrangers, Non, au contraire, M. le baron est assez libéral pour sup-\nporter ces critiques, et ce n'est pas lui qui nie la valeur de la critique dans\nun journal parisien. Mais il faut qu'on critique son théâtre sans parti pris ;\nautrement ce ne serait plus de la critique, mais du bavardage inutile. Et le\nthéâtre de M. le baron peut bien supporter quelques petits coups de la\npart de la critique, car il est un des premiers de l'Allemagne, malgré ces\njeunes gens qui en doutent. M. le baron fait tout pour satisfaire sa clientèle\net le bon Dieu, mais il y a des limites où il se heurte. Il ne faut pas exiger\nl'impossible, parce que le directeur de ce théâtre est précisément un baron,\net il ne faut pas décourager les acteurs et leur couper les moyens de se\ndévelopper. Je parle, par exemple, dans ce moment, de Mlles Hieser, Born-\nai er et Dietz. M*ie Hieser a chanté le rôle de Fricka dans la Valkyriey\ndonnée en l'honneur de la reine de Hollande. C'est la première fois, cette\nsaison, qu'elle avait un grand rôle. Cette artiste perdra l'habitude de la\nscène, si M. le baron lui coupe ses rôles. Il est absolument nécessaire que\nMlle Hieser chante dans la Légende de sainte Elisabeth, donnée pour l'anni-\nversaire de lanaissance de Liszt. Le chœur a été admirable,mais Mlle Schoen-\nberger tenait deux rôles, celui de la belle-mère et celui d'un ange. Et\nMile Hieser ne chantait pas non plus dans Terre basse, de M. d'Albert, ni\ndans les Joyeuses commères de Windsor, où M. Emile Holm et M. Frické\nont été grandioses. Elle ne jouait pas non plus dans Martha,où.MM. Peter-\nMuller et Holm brillaient ; elle ne chantait pas dans la Fille aux violettes,\noù M. Félix Decken imite à ravir la belle Otéro ; elle ne chantait pas dans\nla Chauve-Souris, où MU® Bommer a été la plus belle et la plus véritable\nRosalinde. Mlle Bommer, qui nous faisait bien du plaisir dans l'opérette\nDorothée d'Offenbach, en même temps que M»® Dietz, qui dans les Hugue-\nnots a, en page, de très jolies jambes, cette petite Bommer, dis-je9 vous\nmontre le véritable art du chant. Elle est un nouvel exemple pour de\nson professeur du Conservatoire, M. Frické. L'opéra a donné aussi la\nMuette dePortici, la Juive, Cavalieria rusticana avec Peter-Muller. Hie-\nser a été privée aussi de son rôle dans cette pièce. J espère qu'enfin\nMlle Hieser ne sera plus négligée par la direction. M. Jean Islaub me\nsemble être un très bon chanteur. On l'occupe fort peu; M. Neudoerfïer\ndevrait chanter davantage, car il a été toujours, par exemple dans les Contes\nd'Hoffmann, inattaquable. Le ier novembre on alu le contraire, c'est une\nerreur très regrettable. Je m'excuse auprès de ce grand artiste, c'était pro-\nbablement l'erreur du « typo ». M. Neudoerfïer a su, lui-même, s'il en était\nainsi.\nIl y avait un grand nombre de concerts, par exemple les concerts de l'or-\nchestre Keim, de MM. Rùckbeil et Seyffardt, de l'orchestre de M. Ruckbeil\net de celui de Karl Pohlig. Mme Rùckbeil-Hiller est la plus brillante canta-\ntrice de l'Allemagne. MM. Benzingeret Dunn ont joué du piano, Mllcs Benk\nont bien chanté. Et M. Dunn, surtout, est un merveilleux pianiste. Je par-\nlerai de lui la prochaine fois. M. Serato, violoniste de Paris, et la belle\nOtéro, ont eu le plus grand succès jusqu'à présent. M. Serato a été telle-\nment admiré pour son jeu le plus exquis du monde, qu'il est impossible de\nrêver plus d'enthousiasme que celui que le public du très beau concert du\nLiederkranf adépenséen son honneur. M. Serato est un très grand\nil est « le Risler du violon ».\n« SOUS-OFF. »"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.48", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "ÉCHOS\n\nL'Almanach des Amateurs (The Musiclovers sera en vente, à\npartir du i 5 décembre, aux bureaux du Cette luxueuse\npublication annuelle, tirée sur papier à la forme avec ornements originaux,\nrenseignera les lecteurs sur le mouvement musical du monde entier pen-\ndant l'année écoulée, par une série d'articles sur la saison à New-York\n(H. E. Krehbiel), Londres (E. A. Baughan, du Daily News), Paris (Louis\nLaloy, du Mercure musical), Berlin (J.-G. Lusztig), Dresde (A. Noll),\nMilan (A. Franchetti) et Saint-Pétersbourg (N. Findeisen, du\nde musique).De nombreuxportraits l'illustreront;ce seront, pour la France,\nceux de Vincent d'lndy, Claude Debussy et André Messager. Des articles\nfort curieux de Lawrence Gilman sur la H. H. A.\nBeach sur VEssor de la musique, Victor Herbert sur\nteurs d'Amérique, en augmenteront encore l'intérêt. Cette publication fait\nle plus grand honneur à la Société américaine des amateurs (37, S.-\nBotolph Street, Boston Mass., U. S. A.) et au goût éclairé de l'Amérique\ndont elle témoigne. Et elle sera un document de premier ordre pour l'his-\ntoire de la musique contemporaine.\nMatinées Danbé. Les anciennes Matinées Danbé vont reprendre\nleurs intéressantes séances des mercredis au théâtre de l'Ambigu. Pour\nconserver tout son éclat à cette œuvre si appréciée du public, MM. Sou-\ndant, de Bruyne, Migard et Bedetti, qui représentent le quatuor de fonda-\ntion de la société, ont demandé à M.Alexandre Luigini, l'éminent direc-\nteur de la musique à l'Opéra-Comique, de prendre la direction artistique\nde ces concerts. M. A. Luigini, autorisé par M. Albert Carré, directeur de\nl'Opéra-Comique, a bien voulu accepter cette proposition, montrant ainsi\ntoute sa sympathie aux solistes distingués de son orchestre.\nPour ces séances qui auront pour titre :\nres (anciennes Matinées Danbé),on peut dès aujourd'hui s'abonner au\nbureau de location du théâtre de l'Ambigu. Prix des places : 2 fr. ; 1 fr. 50,\n1 fr. et 0,50. Abonnement sans augmentation de prix pour six ou douze\nséances.\nLa ire séance est fixée au mercredi i 3 décembre a 4 h. 1/2, avec le\nconcours de Mme Marguerite Carré, M. Lucien Fugère, de l'Opéra-\nComique, M. Alexandre Georges, etc.\nConcerts Mameff. Le premier concert aura lieu le mercredi 6 décem-\nbre à 9 heures du soir, à la salle de Géographie, 184, boulevard Saint-Ger-\nmain. Cette séance sera donnée avecle concours de Mme Camille Fourrier,\nM. Iwan Fliege, violoniste, et M. Auguste Delacroix, pianiste. Le pro-\ngramme, des plus intéressants, comporte des œuvres de Beethoven, Schu-\nmann, Chopin, Max Bruch, Saint-Saëns et Debussy.\nLa Société Bach donnera son second concert le samedi 9 décembre;\nau programme,entre autres œuvres non encore entendues à Paris, le Choix\nd'Hercule. Répétition générale publique le vendredi 8, à 4 heures.\nFondation Bach.— Le premier concert de la saison aura lieu le i 5 dé-\ncembre prochain, à la salle des Quatuors Pleyel. Rappelons que cette inté-\nressante société a pour objet de faire connaître non l'œuvre de Bach seu-\nlement, mais aussi celles des maîtres du xviie et du xvme siècle. C'est\nainsi que Corelli, Couperin, Francœur, Haendel, Leclair, Locatelli, Pur-\ncell, Rameau, Torelli, Lulli et Gluck ont déjà figuré à maintes reprises sur"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3506, "texte": "ses programmes. En outre, la société publie les oeuvres exécutées, et chaque\nmembre fondateur a droit àun exemplaire ; tous ceux qui savent combien\non aime à lire ce qu'on a pris plaisir à entendre goûteront fort cette com-\nbinaison. Le directeur de la Fondation Bach est M. Charles Bouvet, rémi-\nnent violoniste.\nBruxelles. Deux événements musicaux intéressants parmi tant d'autres\nnégligeables. A la Monnaie, la première d'Armide a été un succès. Il est\nvrai qu'à tous les points de vue l'interprétation est de premier ordre. L'œu-\nvre s'y présente dans des conditions plus respectueuses et plus adéquates\nqu'à l'Opéra. C'est d'ailleurs au plus sincère et au mieux informé des gluc-\nkistes, M. Gevaert, que nous devons une telle reconstitution. Mme Litvinne\npersonnifie Armide avec une assurance et une continuité surprenantes.\nLes principaux rôles tenus par Mmes Bourgeois, Maubourg, Carlhant, Das\net MM. Bourbon, Laffite et Alchevski, méritent autant d'éloges. L'orches-\ntre de M. S. Dupuis, les ballets, les décors, tout a fort bien marché. Bref,\nun succès très brillant et vaillamment mérité.\nM, Ernest Clessen publie chez Schott frères, à Bruxelles, une anthologie\ncomplète des Chansons populaires des provinces belges (prix 6 francs) qui\nintéressera au plus haut point les folkloristes de la musique. De nombreu-\nses notes et une préface détaillée ajoutent beaucoup de renseignements\nutiles à cet ouvrage. Nous en reparlerons plus amplement, car il le mérite.\nLyon. Nous ne voudrions pas, en nous étendant sur les débuts de la\nsaison lyrique à Lyon, décourager le lecteur et lui inspirer la fâcheuse\nrésolution d'oublier à l'avenir les comptes rendus de notre bonne ville.\nOn nous présente, à côté d'excellents artistes comme Mmes Jannssen et\nMaria Gay, MM. Jérôme, Verdier, Dangès, des éléments insuffisants qui\nsecondent mal les protagonistes. La tenue fâcheuse des chœurs et la mise\nen scène peu soignée achèvent de compromettre le succès de nouveautés\ncomme Aïda, Y Africaine, les Huguenots, etc.\nLa saison musicale du moins nous promet des soirées satisfaisantes, si\nl'on en juge par la merveilleuse bonne volonté des organisateurs. La\nSociété des grands Concerts, activement dirigée par M. Witkowski, prépare\ncertainement un début éclatant au concert du 28 novembre, avec le con-\ncours d'lsaye. La Symphonie classique, œuvre de jeunes, qui réunissait à\nson dernier concert plus de soixante-dix amateurs, la Schola cantorum,\nla Symphonie Lyonnaise, ont repris leurs travaux.\nLes sociétés de musique de chambre (Quatuor Rinuccini, Société de mu-\nsique ancienne, concerts de la Revue musicale) nous font espérer de bonnes\nexécutions.\nEn résumé, pour ce qui regarde les efforts individuels, on a tout lieu de\nconstater à Lyon un mouvement musical méritoire.\nNancy. Grand succès pour MUft Gavelle, qui a chanté avec beaucoup\nde vigueur et de sentiment le rôle d'Elvire dans Don Juan, fort bien monté\nd'ailleurs par M. Mirel. On nous annonce le prochain mariage de Mil® Ga-\nvelle avec M. Paul Minssart, l'excellentvioloncelliste des Concerts Colonne.\nToutes nos félicitations à ces deux artistes égaux entaient.\nNantes. La saison promet d'être d'un intérêt exceptionnel cet hiver,\ngrâce à une nouvelle société, Y Association des concerts historiques de\nNantes (chœurs et orchestre :70 exécutants) ; placée sous le haut patro-\nnage de MM. Gabriel Fauré et Vincent d'lndy, dirigéepar M. Fr.de Lacerda,\nde qui son maître Vincent d'lndy disait un jour : «Il est né chef d'or-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.50", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "chestre », cette société fera connaître ici une sélection d'oeuvres anciennes\net modernes que Ton n'a jamais l'occasion d'entendre en province : Schùtz,\nCorelli, Bach, Leclair, Rameau, Beethoven, Fauré, d'lndy et Debussy figu-\nrent à ses programmes. Le concert d'inauguration aura lieu le 29 décembre.\nAvec un chef aussi éprouvé que M. de Lacerda, on ne peut douter du\nsuccès de cette généreuse et sérieuse entreprise.\nL'Argus de la Presse envoie cette année àM. Loubet son dernier album\nprésidentiel. Adresse : la Bégude de Mazenc.\nLe sottisier musical.\n(( La nomination de M. Pierre Lalo dément le vers de Boileau :\nLa critique est facile, mais Y art est difficile. »\n{Le Monde musical, i 5 novembre, page 277.)\n<( Connaissez-vous des exemples de la modulation suivante {ut naturel\nmajeur à sol bémol majeur), qui produit, au moins comme transition, un\nsi bel effet, quand elle est confiée aux cuivres :\n[La Revue musicale, i 5 novembre, page 530.)\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nRaoul Bardac : Cinq mélodies, Paris, Demets.\nTrois stances (Jean Moréas), Paris, Demets.\nTel qu'en songe (Henri de Régnier). Paris, Demets.\nL. de Grèvecœur : La Fée des ondes (Ferdinand Hérold). Paris, Demets.\nClaude Debussy : Images, pour piano à deux mains (Reflets dans Veau,\nHommage à Rameau, Mouvement). Paris, Durand et fils.\nClaude Debussy : La Mer. Trois esquisses symphoniques, partition d'or-\nchestre. Paris, Durand et fils.\nAlphonse Diepenbrock : Deux mélodies (Paul Verlaine). Middelburg,\nA. A. Noske.\nFrédéric Hellouin : Essai de critique de la critique musicale. Paris, Joa-\nnin.\nLouis Lambert : Chants et chansons populaires du Languedoc. 2 volumes.\nParis, H. Welter.\nJ.-Ph. Rameau. Diane et Actéon, cantate pour voix seule. Paris, Durand\net fils.\nCari Smulders : Il pleure dans mon cœur (Paul Verlaine). Middelburg,\nA. A. Noske.\nCornelie van Vostersee : Chanson sentimentale (Fr. Coppée).\nCarnaval, pour piano. Middelburg, A. A. Noske."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c017", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.7.2", "titre_corps": "LES CONCERTS", "titre_sommaire": "LES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "LES CONCERTS\nConcerts Colonne. Concerts Chevillard. *— Mlle Elisabeth Delhez. • - Soirées d'Art.\nSociété Philarmonique. Société Bach.\nC'est à M. Perilhou qu'échut le périlleux (pardon !) honneur de représen-\nter, au concert Colonne du 12 novembre, la jeune école française. Sa\nBallade pour harpe, flûte et orchestre est honnête, niais elle est pauvre\naussi : les si jolis instruments ne sont guère mis en valeur par une musique\ngrise, terne, appliquée, qui sent le devoir d'école. À ce même concert,\nM. Diémer faisait applaudir le Concerto en sol de Beethoven, et M. Jan\nReder chantait admirablement les six Chants religieux du même, correcte-\nment orchestrés par Rabaud.\nFoule épaisse au concert Chevillard, attirée par un programme où figurent\nà la fois Schumann, César Franck, Weber, Berlioz, Rimsky-Korsakof,\nWagner et M. Lefèvre-Derodé, Le Soleil couchant de ce dernier auteur\nla nouveauté du concert est inspiré par un fort beau sonnet de Hérédia,\nque la musique imite sans l'égaler. C'est de bonne musique cependant, très\ncongrument descriptive, et j'ai goûté ces palpitations du quatuor sur les-\nquelles chantent le cor anglais du pâtre, puis VAngélus sonné parles harpes\net les flûtes ; la conclusion m'a paru, en revanche, donner une assez\npauvre idée des splendeurs du couchant, où\n... Le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,\nFerme les branches d'or de son rouge éventail.\nLe concert continuait par Y Ouverture du Freischûtjoué en ce moment\nà l'Opéra une ou deux fois par semaine. C'est là une délicate attention à\nl'adresse de M. Taffanel et pour nous, critiques, une invitation au parallèle\nque nous ne pouvons décemment refuser. Je dirai simplement que l'intro-\nduction de Y Ouverture a été plus lente, plus solennelle et mystérieuse qu'à\nl'Opéra, mais que le trait des violons, à la péroraison, a manqué un peu de\nfougue; et surtout le son était trop écrasé par la pression des archets. Le\nCapriccio espagnol de Rimsky-Korsakof, redemandé, a été couvert d'accla-\nmations, et je dois avouer qu'après cet éblouissement Roméo et Juliette de\nBerlioz m'a paru fruste et nu, malgré les efforts de mélodies empressées à\nsignifier l'amour, la joie ou le désespoir : cela manque de richesse et de\ncouleur, ou plutôt cela manque de musique ; l'oreille n'est charmée ni par\nles harmonies, ni par les effets de timbre ; il y a des lacunes, des creux,\npuis des heurts désagréables ; une gaucherie touchante, mais pénible.\nL'œuvre de Rimsky-Korsakof au contraire, comme presque toutes les"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.35", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 4027, "texte": "œuvres russes modernes, révèle des facultés d'audition merveilleuses et\ntoutes fraîches, un jeune et fougueux amour du son pour lui-même, et une\nprestigieuse habileté d'orchestration : c'est une orgie de musique, mais une\norgie aussi délicate que violente : non ! Lucullus.\nLe concert commençait par Y Ouverture de Manfred et la Symphonie de\nFranck, toutes deux fort bien rendues, sauf en ce qui concerne les mouve-\nments, que je voudrais plus nuancés.\nLe concert du 19 novembre nous offrait encore une grande variété d'œu-\nvres, toutes intéressantes par quelque endroit. D'abord la 3e Symphonie de\nSchumann, qui est en réalité la dernière, et, malgré de gracieuses idées, ne\nme plaît pas beaucoup : le développement est tout en redites, et la compo-\nsition incertaine ; un maestoso succède à Yandante sans que Ton sache trop\npourquoi; l'orchestre n'a que deux tons : cuivres et cordes, et les cordes\nsont grises, et les cuivres sans vigueur ; dans la première partie, la perpé-\ntuelle agitation du quatuor produit à la longue une impression de papillo-\ntement presque insupportable. L'orchestre n'a jamais réussi à Schumann, et\nle plus curieux, c'est (comme me le faisait remarquer Claude Debussy un\njour] qu'à tout moment, dans ses œuvres de piano, on sent, on entend, on\ndevine l'orchestre ; au lieu que ses symphonies ne sonnent bien qu'au\npiano. L'Apprenti Sorcier, de Paul Dukas, me paraît au contraire trop bien\nécrit pour l'orchestre : tant de science, tant d'instruments, tant de timbres\ningénieusement variés, tant d'altérations harmoniques, pour n'aboutir après\ntout qu'à nous divertir un moment ; voilà du comique chèrement acheté,\net la matière ne méritait peut-être pas tant de travail : c'est de très délicate\norfèvrerie de cuivre ou de plomb ; je me méfie d'un art aussi indiscret.\nJe n'avais jamais eu occasion d'entendre la légende pour orchestre de\nVincent d'lndy intitulée Saugefleurie ; le début est d'une poésie enchante-\nresse, avec ce chant d'altos en sourdine qui s'élève sur le fond sombre des\nbassons, bientôt aggravés d'un cor très profond : la fée erre, pensive, dans\nla forêt d'ombre. Le fils du roi vient à passer, et ce sont des fanfares, qui\nont pour moi moins de charme ; puis une scène d'amour, un peu plus tour,\nmentée que je ne voudrais ; mais la fée meurt pour avoir aimé un mortel,\net la mélodie du début revient, enveloppée d'harmonies douloureuses, qui\ntombent comme des linceuls : on reste sur cette impression de grandeur\nmélancolique, qui appartient en propre à Vincent d'lndy, et donne un prix\ninestimable à quelques-unes des pages qu'il a écrites.\nA ce même concert Mme Mellot-Joubert chantait d'une voix agréable,\nmais mal posée, une cantate assez insignifiante de Rameau, Diane et Actéon,\net le Nocturne de César Franck, orchestré par Guy Ropartz avec beau-\ncoup de respect et de conscience, certes, mais j'aime mieux le simple\naccompagnement de piano, surtout quand c'est Mlle Delhez qui chante.\nEnfin on nous a servi pour terminer une Kermesse de Jaques-Dalcroze,\nbâtie, paraît-il, sur des thèmes romands ou vaudois qu'il valait mieux\nlaisser où ils étaient; ou bien alors il fallait en tirer des développements\nplus intéressants qu'eux-mêmes. C'est ce qu'on n'a pas fait : et pour comble\nde malheur, une sorte d'épisode sentimental vient juste à point pour rappeler\nle trio à la sous-dominante de nos pas redoublés, marches, galops, et\nautres musiques plus triviales que populaires. J'espère que ce n'est là le\nchef-d'œuvre ni de Jaques-Dalcroze, ni de la musique suisse?\nJ'ai cité un peu plus haut Mlle Elisabeth Delhez, qui vient de donner\ndeux concerts, à Paris, le 13 et le 22 novembre. J'ai pu assister au premier, et\nce fut là une des meilleures soirées que j'aie eues depuis bien longtemps.\nD'abord c'est un si grand plaisir d'entendre une voix fraîche et nourrie, bien\nposée et bien timbrée en toute son étendue ! Mais à ces qualités naturelles\nMlle Delhez joint une puissance d'interprétation qui va droit au cœur. Je"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "ne crois pas possible de sentir mieux la passion candide de Frauenliebe,\nou le recueillement religieux du Nocturn de César Franck, si rarement\nchanté et si ingrat pour tous ceux qui ne cherchent que les effets; car\nc'est une mélodie de quelques notes seulement, très soutenue, et qui se\nrépète, chant naïf de l'âme en prière, cantique sublime, suave litanie.\nVoilà ce que MUe Delhez a su, sans effort, nous faire entendre ; elle n'a\npas moins bien traduit l'ardeur des lieder de Beethoven ou l'insouciante\nmélancolie de la Ronde de Lekeu. Et la de Debussy, rendue\nen une charmante nuance clair de lune, a été redemandée par l'auditoire\nenthousiasmé. On voit par ces noms seuls que Mue Delhez ne reste étran-\ngère à aucune forme de la beauté musicale ; elle y a d'autant plus de\nmérite que sa sincérité reste toujours entière, manifeste, saisissante. La\nseconde séance, qui réunissait Bach, Wagner, Mozart, Liszt, Brahms, Schu-\nbert, Fauré, Duparc, Borodine et Chabrier, a eu, paraît-il, plus de succès\nencore que la première. J'espère que nous aurons bientôt occasion d'en-\ntendre de nouveau MUe Delhez; des talents aussi purs que le sien sont rares\nà Paris, autant et peut-être plus que partout ailleurs.\nEt cependant, au Châtelet, Mme Roger Miclos mène à la victoire\nappassionato de Saint-Saëns, Mme de Montalant chante la Procession de\nFranck, M. Colonne recueille bravos et après le chœur des\nd'Athènes, où l'Ouvreuse loue avec raison « ce vieil orientalisme en\nchambre, savoureux quoi qu'en pense certain abonné à poire entière ».\nLouis LALOY.\n*\n* *\nLa société des Soirées d'Art donnait le 16 novembre son deuxième con-\ncert, dont le succès a peut-être dépassé encore celui du premier. Au pro-\ngramme, les troisième et quatrième Qu de Beethoven, exécutés par\nMM. Capet, Tourret, Bailly et Hasselmans avec une rare perfection : pré-\ncision des attaques, équilibre des sonorités, homogénéité des nuances, et\npar-dessus tout le souci constant de tous les détails de l'interprétation,\nrien ne laisse à désirer. Mlle Geneviève Dehelly a joué très brillamment la\nRhapsodie espagnole de Liszt, où elle a su faire valoir la vigueur de son\nattaque et la précision de son mécanisme.\nDans un style simple et pur, Mme Gaëtane Vicq-Challet nous a chanté de\ntrès belles pages de Lulli et de Hasndel ainsi que des mélodies modernes\nde Fauré, Erlanger et Balakirew auxquelles le public a fait excellent ac-\ncueil.\nE. BORREL.\n* *\nLes concerts de la Société Philharmonique sont suivis chaque année par\nun très nombreux public, assuré par la personnalité de l'interprète\nd'avoir de l'œuvre une exécution irréprochable. Mais si, en général, la\nvaleur des œuvres entendues est indiscutable, il faut regretter, à cause de\ncela même, le choix de certaines pages d'un degré d'art inférieur ou ne\nprésentant qu'un intérêt médiocre.\nLe premier concert de la saison, donné le 21 novembre, portait au pro-\ngramme les noms de M\"e Marie Bréma et du quatuor Dessau (de Berlin).\nAvec beaucoup d'entrain, d'une belle voix fort expressive, MUe Bréma a\ndétaillé neuf mélodies dont certaines (chanson du\nxve siècle) et Menuet chanté,de Rameau sont tout à fait charmantes ;\nVenez Camarades, deMelchior Franck (xvue siecle), et le\nBrahms, très gaies et d'un joli mouvement. Par contre, les Chants de Noëlf"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3329, "texte": "de Peter Cornélius, et Babillage, de F. Weingartner, sont beaucoup moins\nintéressants ; quant à la Chanson de Weyla, de Hugo Wolf, c'est de la\nmusique de salon, fade, banale et sans caractère. Je dois reconnaître que\nla majeure partie du public ne partage pas mon opinion, car cette mélodie\na été redemandée.\nUn quatuor de Haydn joue en premier lieu nous avait permis d'apprécier\nle jeu sobre, la délicatesse de coup d'archet, le fini des nuances du qua-\ntuor Dessau. Signalons en passant le second mouvement du quatuor de\nHaydn • — écrit, si j'ai bien entendu, en ut, tonalité assez\néloignée du ton général de l'œuvre, qui est ré majeur. L'adagio n'est point\ndésagréable et le finale est d'une vivacité charmante. Pour terminer: le\nquatuor en la mineur de Schubert, qui m'a paru contenir beaucoup de\nlongueurs ; cela malgré le talent avec lequel l'ont joué MM. Bernhard\nDessau, Bernhard Gehwald, Robert Konecke et Fritz Espenhahn. Je m'en\nvoudrais d'oublier M. Eugène Wagner qui fut, suivant son habitude,\nexcellent accompagnateur.\n%\n% *\nTrès intéressant concert d'orchestre le 22 novembre à la Société J.-S.\nBach. Je me plais d'autant plus à le reconnaître que deux heures de musi-\nque de Bach constituent pour moi un maximum. On ne saurait nier, en\neffet, malgré l'admiration que nous avons tous pour ce musicien, que,\nsouvent, des redites copieuses rendent pénible l'audition de ses œuvres\nimportantes. Il n'en a pas été de même cette fois.\nM. Louis Diémer et MM. Lazare Lévy et Alfred Casella nous ont\ndonné une très belle exécution de deux Concertos pour trois pianos et\norchestre. Dans le premier concerto en ut majeur les trois instruments\nont une importance égale; j'ai particulièrement aimé le premier mouve-\nment, de rythme vigoureux. Dans le second concerto en ré mineur\nun des pianos prédomine sur les autres; délicieusement joué par M. Louis\nDiémer, l'expressif alla siciliana fut surtout goûté. Pourquoi cacherais-je\nque ces deux œuvres m'ont été plus agréables à entendre que les deux\nautres : deux cantates dont c'était la première audition ? La Cantate\nnuptiale: O jour heureux, est, paraît-il, une œuvre de circonstance destinée\nà accompagner un repas de noces. Avec ses récitatifs monotones et son\nmilieu où flûte et chant alternent par trop longtemps, cette cantate est bien\nprès de rentrer dans la catégorie des œuvres dont je parlais plus haut ;\nheureusement que le finale très allègre arrive à point. Mlle Mathieu d'Ancy\ns'est tirée avec honneur de la partie de chant écrite presque constam-\nment dans un registre élevé, et semée de périlleux passages. La Cantate\nsacrée pour le premier dimanche après l'Epiphanie: O mon Jésus, mon seul\ndésir, chante la nostalgie de la mort, la lassitude de vivre, l'attente de plus\nen plus sereine de cette mort libératrice. Cette œuvre fut chantée avec\nbeaucoup d'expression par MUe Gabrielle Noiriel et M. Jan Reder. L'or-\nchestre était, comme d'habitude, très bien dirigé par M. Gustave Bret;\nparmi les instrumentistes, je signalerai Mlle Nadia Boulanger et MM. Da-\nniel Herrmann, Krauss et Mondain.\nJEAN POUEIGH.\nL'abondance des matières nous oblige à renvoyer à notre prochain numéro\nles comptes rendus des concerts des Soirées d'Art (28 novembre) et de la\nSchola Cantorum [24 novembre), ainsi que de la ire représentation d!Armor\nà Lyon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.7.3", "titre_corps": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE.", "signature_source": "Paul Grosfils", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "LA MUSIQUE EN BELGIQUE.\n\nA propos d'Armide.\nLe récent succès d 9 Armide était attendu. On savait à Bruxelles la haute\ncompétence artistique des directeurs du théâtre de la Monnaie, le savant\nconcours que M. Gevaert avait apporte dans l'ordonnance scénique de\nl'œuvre, le constant souci qui présidait au règlement des détails, et l'excel-\nlence des interprètes. Déplus, on est un peu gluckiste en Belgique ; par\ntempérament, par goût et, qui sait, par tradition, on répudié bénévolement\nla musique ialienne. Nous sommes tous des harmonistes. Les succès pré-\ncédents des modernes français, notre penchant pour le drame musical, la\ndirection que prennent en général nos œuvres originales, et le mouvement\nwagnérien d'il y a dix ans en font foi. Donc, Armide a eu du succès, et\ntoute la presse l'a chanté. On a exalté, en effet, dans les journaux spéciaux\net dans les autres, l'excellence du procédé gluckiste, l'union de la parole\net de la musique, la préface révolutionnaire dy Alceste et les querelles pic-\ncinistes du xvme siècle ; on a exhumé les vieilles chroniques du Mercure\nde France d'il y a cent trente ans, d'anciennes lettres de La Harpe et de\nlongs souvenirs d'interprétations précédentes que Ton a accommodés à tou-\ntes les sauces. Les correspondants habituels le vieil abonne, le monsieur\nde l'orchestre, firent leur réapparition pour la circonstance. On a parlé de\nl'avenir du drame musical, de Gluck et du bonnet de nuit qu il portait\naux répétitions ; on a fait le parallèle entre Armide et Tristan et on a con-\nclu par d'enthousiastes panégyriques en faveur d'une théorie musicale\nqu'au fond on ne connaissait pas toujours fort bien. Il y eut dans la presse\nen Belgique, sous cette pauvre rubrique théâtrale, une vraie débauche de\nmots. Le sujet d'ailleurs était facile et prêtait à écrire. L'union de la musi-\nque et de la poésie a été traitée dans tous les recueils wagnériens, et ceux-\nci abondent sur le marché. Il y avait là matière à de belles pages de prose,\net franchement on s'en est donné à cœur joie dans tous les domaines,\nesthétique, historique, anecdotique, en oubliant seulement, dans l'ardeur\nde l'inspiration littéraire, de parler un peu de musique.\nTel est le grand défaut de la critique musicale du pays. C'est à la litté-\nrature que l'on doit tout ce mal. Loin de moi de contester au littérateur,\nou, plus généralement, à celui qui ne connaît pas la musique, le droit de\nfaire part au public de ses sensations si elles sont originales ; je sais bien\ndes littérateurs dont les impressions artistiques sont heureuses, et la lec-\nture des articles musicaux que le peintre J.-E. Blanche publie parfois dans\nY Ermitage m'ont causé trop de plaisir pour que je les oublie. Mais lors-\nque le littérateur veut faire l'office de critique musical, et critiquer, c'est-à-\n-dire enseigner, diriger, justifier une opinion et louer ou démolir une œuvre\nd'un art auquel il est étranger, je le réprouve. En Belgique, la chronique\nmusicale des grands quotidiens, aussi bien que des gazettes spéciales\nd'ailleurs en nombre restreint— est dévolue à des écrivains qui sont sou-\nvent plus littérateurs que musiciens, et parfois plus folliculaires que litté-\nrateurs. S'il est des exceptions, elles ne sont pas nombreuses. Cette situa-\ntion mène la critique musicale dans une voie misérable, et fausse com-\nplètement le goût du lecteur. Elle nous a procuré des chroniqueurs qui ont\nmal décalqué des formules ; une surproduction de théories odieuses et\nd'opinions irraisonnées ; des gens qui ont affirmé les choses les plus fan-\ntaisistes et cherché à démontrer par l'analogie fortuite de quatre notes\nconsécutives dans l'œuvre d'un maître, l'influence subie ou le plagiat d'un\nautre. On a pillé les livres des critiques renommés; on s'est souvent ap-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3856, "texte": "proprié leurs opinions, parfois leur style, et toujours on a cru inutile d'en\nsignaler la source. Certes, on peut dire qu'il est préférable pour le public\nde lire une copie exacte de Berlioz, fût-elle signée d'un autre nom, que les\ninventions fantaisistes d'un musicâtre de mauvais aloi ; c'est un point de\nvue, mais il faut encore savoir placer la copie dans une discussion où elle\nsoit justifiée, et cela n'est pas à la portée de tout le monde. De plus, on a\ntoujours dépouillé les mêmes. Berlioz, par exemple, est un musicien connu,\ndont la science est incontestable, le goût moderne ; dont les œuvres à trois\ncinquante traînent chez tous les libraires, sont amusantes et faciles à lire,\net réunissent toutes les conditions propices pour satisfaire le lecteur super-\nficiel. Et l'on a pillé Berlioz. C'est peut-être pourquoi, en face du grand\nchoix de notes sur Armide qu'il existe, et du peu de diversité des informa-\ntions que j'ai recueillies dans la presse belge ces jours derniers, je me\nsuis plu à l'usage de certains de mes collègues à élaborer modeste-\nment la rapide notice bibliographique qui suit.\n*\n* *\nOn connaît les violentes polémiques qui saluèrent en France l'apparition\ndes dernières tragédies de Gluck sur la scène de l'Académie royale de\nmusique. Avec Armide la querelle arriva au plus haut point. Armide, en\neffet, réconciliait les lullistes exaspérés avec les bouffons, et provoquait\nspontanément une recrudescence considérable de discussions et de dis-\ncordes. La collection des écrits du temps est fatalement incomplète; et\npourtant on pourrait former toute une bibliothèque des pamphlets qui\nnous sont restés. M. Henri de Curzon, dans un des derniers numéros du\nGuide musical, ne relève pas moins de dix-huit lettres, articles et couplets\nsatiriques, parus à propos d'Armide dans une seule revue de l'époque, en\nl'espace de trois mois; en ajoutant à cela le produit d'une collaboration\nrégulière de l'anonyme de Vaugirard (Suard) au Journal politique et litté-\nraire,les nombreux articles du Journal de l'Europe et les incisives chro-\nniques du Mercure de France, on arrive à un chiffre considérable. Les\npamphlets qui furent répandus dans le public ne sont pas moins nombreux.\nLe recueil de l'abbé Leblond : Mémoires pour servir à Vhistoire de la révo-\nlution opérée dans la Musique par M. le chevalier Gluck (Naples et Paris,\n1781), tout en étant fort complet, ne contient que les écrits les plus impor-\ntants : ceux de Gluck, du Roullet, Arnaud, J.-J. Rousseau, Suard, Fra-\nmery et Marmontel. Des autres on trouvera une liste très complète au\nSupplément de la Biographie générale des musiciens de Fétis (Gluck).\nEn face de toute cette polémique on comprend la difficulté de définir le\nmobile initial de cette agitation musicale de la fin du xvme siècle. On ne\nvoit pas au juste à qui ces fougueux pamphlétaires en ont, et où ils veulent\nen venir. La querelle des piccinistes et des gluckistes est un dérivé de la\nquerelle des bouffons, les ingénieux paradoxes de Diderot en moins. Ces\ndisputes n'ont en réalité aucun motif musical. Elles roulent sur les sujets\nvagues, indéfinis, de l'esthétique du temps, et n'amènent aucun argument\nsérieux en faveur ou en défaveur de l'un ou l'autre des partis. Leur\nlecture est en somme assez monotone. De l'exposé théorique des éléments\nde la mélodie, on en est venu petit à petit aux gros mots, et c'est bien plus\ndes injures que l'on lit à la place de réfutations savantes et soignées. Les\nbouffons, Marmontel en tête, s'ingéniaient plus à défendre ce pauvre Pic-\ncini, qui fait là bien piètre mine, qu'à discuter Jla musique. Suard et\nl'abbé Arnaud, de leur côté, se lancent dans des considérations métaphysi-\nques, et par leur maladresse font souvent plus de tort que de bien à leur\nhéros. Pour Grimm et Rousseau, c'est la question du langage français dans"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.40", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3918, "texte": "ses rapports avec la musique qu'ils ont envisagée pour finir par exalter,\nsous des pseudonymes divers, l'art de celui qui réfutait'pratiquement leurs\ndiscours. En publiant la partition d'Alceste, Gluck avait mis le pied dans\nl'engrenage de la discussion théorique, et, moins bon dialecticien que\nRameau, qui avait fait de même., ce n'est point par ses écrits qu'il a triom-\nphé. Au point de vue purement musical, il ne reste rien de tout ce fatras\nlittéraire. Jeaji-Jacques Rousseau, qui nous apparaît ridicule et même igno-\nrant, fait tort à l'auteur du Devin du village. Les affirmations imprudentes\nd'Arnaud font preuve d'une complète incompétence en matière musicale.\nLes saillies de Marmontel font sourire. Le sérieux imperturbable au milieu\nduquel La Harpe déroule ses théories fantaisistes montre l'inanité de la\ncritique du temps,, et si seuls les arguments de Suard paraissent sérieux,\nses écarts de langage ne gâtent que trop l'effet qu'ils auraient produit si\nles opinions n'eussent été préconçues. En un mot, la guerre entre picci-\nnistes et gluckistes fut l'invasion de la littérature dans le domaine de la\nmusique. Elle retarda l'éclosion d'œuvres complètes et raisonnées, comme\ncelles que Mozart et Spontini ont données par la suite. Elle fut néfaste au\npoint de vue critique, en divisant deux coteries qui eussent condensé leurs\nénergies et produit quelque chose de convenable. Elle jeta le discrédit sur\nla science musicale française, qui devint en Allemagne l'objet d'une risée\net d'une réprobation générale. Il suffit de lire les notes que Forkel publiait\nalors dans la Musikalisch kritische Bibliothek pour être fixé à ce sujet et\npour regretter les errements odieux des bouffons tapageurs (i).\nLes écrits secondaires du temps donnent, d'un autre côté, fort peu d'in-\nformations intéressantes. Les Lettres de Rousseau à Gorancez, de Grimm à\nDiderot, le Cours de littérature de La Harpe et les Mémoires secrets de\nBachaumont ne parlent qu'indirectement de Gluck et de son Armide. Les\ntimides réserves d'Escherny et les anecdotes qu'on retrouve à ce sujet au\ncours des Mémoires de Grétry compensent de leur côté l'ampleur fasti-\ndieuse des louanges que Burney dans The présent state of rnusic in France\nand haly consacre à celui qu'il appelait, un peu pompeusement, le « Michel-\nAnge de la musique ».\nCe n'est que quelques années plus tard qu'une critique sérieuse s'empare\ndu sujet. En iBos, Weber avait donné Armide à l'Opéra de Berlin (2) et\ncet événement fut le point de départ en Allemagne d'une lente et minu-\ntieuse étude de l'œuvre et des théories de son auteur. L'Allemagne était\nalors le pays de la vraie critique musicale. A cette époque, où la produc-\ntion littéraire n'atteignait pas la dixième partie de ce qu'elle est aujourd'hui,\nil se publiait en fait de littérature musicale deux fois autant d'ouvrages\nqu'à présent. Sous l'impulsion de Prinz, de Mattheson, de Forkel, la musi-\ncologie avait pris une telle extension qu'elle étendait déjà le simple do-\nmaine musical, à la métaphysique avec Lessing, Leibniz et Hégel, aux\nmathématiques avec Mitzler, Euler et Bernouilli. Ici se passe un phéno-\nmène intéressant. Nous avons vu plus haut l'insignifiance des discussions\nde Paris, et le mal qui en résultait pour le théâtre lyrique. Or, par un effet\nindirect et bien involontaire, ces querelles tapageuses eurent un utile reten-\ntissement en Allemagne. En effet, Klopstock et Herder prirent l'argumen-\ntation gluckiste pour leur compte, et provoquèrent de l'autre côté du Rhin\nune polémique identique, mais plus sérieuse et mieux définie que la précé-\ndente Il en résulta un déblayage, inconscient peut-être mais nécessaire,\nde ces bons vieux maîtres de la tablature liturgique, une plus exacte com-\npréhension de ce que doit être le style dramatique, et une préparation\n\n(1 ) Ueber die Musik des Ritters von Gluck.\n(2) Schneider. Geschichte der Oper in Berlin."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3855, "texte": "heureuse de la « musique galante » d'où sont sortis, malgré tout, Haydn\net Mozart.\nLa critique spéciale prit une voie historique. Parmi les écrits sur Gluck\net son œuvre, le recueil des lettres que Siegmeyer publie en 1825 sous le\ntitre: Ueber den Ritter Gluck und seine Werke, prépare déjà les livres plus\ncontemporains et plus importants d'Anton Schmid (Christoph Willibald\nRitter von Gluck. Leipzig, 1854), de A,-B. Marx (Gluck und die Oper,\nBerlin, 1863, 2 vol.) et plus tard de Cf.-H. Bitter (Die Reform der Oper\ndurch Gluck. Brunswick, 1884). Ces volumes fort complets sont certaine-\nment les meilleurs qu'on ait publiés sur la question gluckiste. Ils envisagent\nle maître au plus profond des phases aventureuses de sa vie et de ses\nœuvres, mais, ce qui pourrait être un tort, déduisent trop exactement, de\nses séjours en divers pays, les influences possibles qui ont provoqué ses\nméthodes. C'est ici l'esprit systématique des Allemands qui agit. Diviser\nexactement la carrière de Gluck en trois parties : italienne, viennoise et\nfrançaise, me paraît illogique ; aussi rencontre-t-on à certains passages,\ndans Marx surtout, de réelles subtilités qui doivent démontrer que Tele-\nmaco qui se rapproche incontestablement d'Armide relève de l'esthé-\ntique italienne ou que la première Alceste ressemble au mélodique Paride\ned Elena, qui date à peu près de la même époque.\nEn France, la polémique gluckiste eut de tout temps un certain carac-\ntère de combattivité. Armide avait quitté le répertoire de l'Opéra en 1827,\net l'italianisme de Rossini triomphait à sa place. Il y eut bien de-ci de-là\nquelques auditions de Gluck au concert, quelques pages hâtives et acciden-\ntelles à son sujet, dans les chroniques de Castil-Blaze, de Scudo ou de\nFétis ; mais, jusqu'en 1858, on en parla en réalité fort peu. Il fallut l'étude\nintéressante que le président Troplong publia sur Armide dans la Revue\ncontemporaine du 3i décembre 1858 pour ranimer les esprits. En amateur\ndélicat et éclairé, il rendit hommage aux beautés de l'œuvre oubliée ; il\nl'étudia dans ses détails, plutôt comme quelqu'un qui aime la musique\nqu'en homme qui la sait, et réveilla bien involontairement la discussion du\npassé, dans laquelle Berlioz se lança à corps perdu. Mais amenée sur un\nterrain sérieux, Armide devait renaître. C'est en vain qu'un autre sénateur\ninfluent, le prince Poniatowski, voulut lui opposer la Semiramide de\nRossini et le Trovatore de Verdi ou que Scudo fulmina contre Gluck dans\nla Revue des Deux Mondes (1), la question, définitivement posée, ne devait\nse résoudre qu'à une réalisation pratique de l'œuvre sur une scène subven-\ntionnée. Rien ne résista, en effet, aux vigoureuses diatribes de Berlioz, et\nles « Polonius imbéciles » qui n'aimaient pas la musique de Gluck et qu'il\nmaltraitait dans ses feuilletons, restés légendaires, eurent cette fois le des-\nsous. Le « despote doux et rêveur qui régnait sur la France », comme dit\nGevaert, s'intéressait à la question, et trois ans plus tard, en 1862, Perrin\nfut chargé de monter Armide à l'Opéra. On ne sait que trop ce qui empê-\ncha l'exécution d'un si beau projet.\nPeu d'études importantes parurent sur Armide à cette époque. Celles\nqui répètent les choses déjà mieux dites ne doivent pas être citées; aussi je\nne vois en réalité que les quelques critiques de Berlioz qui méritent men-\ntion ; encore, disséminées au travers de ses volumes, ne traitent-elles que\nde sujets particuliers (2). Ici, pourtant, j'ouvre une parenthèse, et je tiens à\nétablir un parallèle intéressant. A cette époque, Wagner écrivait en Suisse\nses Lettres sur la musique, et inondait la presse spéciale d'outre-Rhin de\nses notes critiques souvent contestables, mais toujours originales. Berlioz\n\n(1) Il y a là quelques chroniques qu'il est très intéressant de retire.\n(2) Mémoires. A travers chants."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3755, "texte": "et Wagner partent d'un même culte pour Gluck, et aboutissent à des con-\nclusions différentes. Ces deux hommes qui, faits pour s'entendre, ne se\ncomprirent jamais, étalent involontairement dans leurs divergences d'opi-\nnions le profond désaccord de leur tempérament. Berlioz adorait Gluck.\nIl voyait en lui le précurseur de cette musique de Weber et Spontini qu'il\naimait et ne lui ménageait pas les louanges. Richard Wagner, de son côté,\naimait Gluck, le respectait, mais ne lui reconnaissait que des qualités\nstrictement musicales. On a dit que la préface d'Alceste était le point de\ndépart de la réforme de Bayreuth, et appelé Gluck le fondateur du drame\nmusical. Les engouements wagnériens ont donné libre cours à cette opi-\nnion erronée ; aussi de ceux qui acclamaient hier à l'Opéra ou bien\nà la Monnaie, combien applaudissaient par snobisme un supposé drame\nmusical à la façon de Tristan ! Or dans ses Gesamelte Schriften, que ce\nsoit à propos d Iphigénie,de l'ouverture, ou d'une simple discussion d'es-\nthétique, Richard Wagner ne manque aucune occasion de jeter la pierre à\nson rival (i). Ces passages, malheureusement perdus au milieu du fouillis\nexubérant de dix longs volumes, méritent une étude spéciale plus appro-\nfondie. Ils établissent nettement la distinction qn'il y a entre le drame\nmusical symphonique et la tragédie chantée avec accompagnement d'or-\nchestre, telle que la realise si complètement Gluck, dans ses dernières pro-\nductions. Wagner fait de la musique un art qu'il présente adéquat à la\nparole et aux circonstances du drame. Gluck, différemment, unit la musi-\nque à la parole, lui subordonne le drame, et fait ce qu'on peut appeler de\nla musique dramatique, ce qui n'est pas du tout la même chose. C'est d'une\ncomparaison raisonnée des deux points de vue critiques de Berlioz et de\nWagner qu'une plus juste compréhension de l'œuvre dont nous parlons\npeut s'obtenir. Je la recommande vivement aux intéressés de la question.\nIl reste encore à mentionner le remarquable travail que M. G. Desnoires-\nterres a publié quinze ans plus tard sur Gluck et Piccini. C'est une étude\nqui, si elle n'est pas musicale, n'intéresse pas moins l'histoire de la mu-\nsique au xvnie siècle. C'est le volume qui raconte le plus délicieusement la\nquerelle entre piccinistes et gluckistes, avec ses détails anecdotiques et\namusants. Le caractère frivole et enthousiaste du temps y est clairement\nposé, et le dilettantisme qui faisait s'insurger une moitié de Paris contre\nl'autre, à propos d'un récitatif ou d'une ariette, semble tout naturel dans\nce milieu léger que M. Desnoiresterres contourne avec joliesse. Je cite\nencore le volume concis que M. Barbedette a édité sur\nsystème et ses œuvres, dans la collection du Ménestrel en 1882, et un\nouvrage anglais du meilleur aloi, Gluck and the Opéra, deM. ErnestNewman,\nle seul, je crois, qui résoud la question gluckiste d'une façon historique,\net pose le problème de l'opéra, dans ses milieux, ses ambiances et son\népoque. En un mot, quoique bien fournie, la critique de Gluck n'est pas\ncomplète. Les ouvrages sont trop longs, trop systématiques ou bien trop\nexclusifs. Il reste d ailleurs toute une bibliothèque de volumes spéciaux\nque je n'ai pas cités, afin de ne pas surcharger cette chronique : les\nsur la danse et les ballets,de Noverre (Lyon, 1760),\nde Planelli (Naples, 1772), l'essai d'Artéaga (Le del teatre musi-\ncale (Venise, 1785), qui a été traduit en allemand, et les volumes plus ré-\ncents de Reissmann : Christoph Williba (Leipzig, 1882), de\nCoquard sur la Musique française depuis Rameau, sans oublier le fort beau\ntravail de Ludwig Nohl, Gluck und (Munich, 1870). Mais il\n\n(1) Voir particulièrement Oper und v. 111, p. 237-40,\n(Dritt® auflage). » r /t »"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3935, "texte": "manque dans une telle bibliographie l'ouvrage terminal et définitif qui serait\npour Gluck ce que l'admirable livre de M. Schweitzer a été pour J.-S. Bach.\nre-\nconsidérée à un point de vue purement musical, l'œuvre de Gluck\nprésente une opposition frappante avec le programme élaboré dans l'épître\ndédicatoire d'Alceste. En réalité, le maître a strictement respecté le prin-\ncipe et l'ordonnance de Yopera séria. Seul, le récitatif a été dramatisé, a\npris de l'ampleur par un procédé instrumental plus brillant, et s'est libéré\ndes exigences mélodiques de l'opéra italien. Si Gluck avait suivi ses parti-\nsans dans la réalisation pratique de ses œuvres, le drame lyrique eût été\nperdu. Son innovation consistait surtout à transposer la mélodie à l'or-\nchestre afin d'intensifier vivement la déclamation des paroles. Tout ce qu'il\ny a d'original dans Armide : le duo d'Armide et Hidraot au premier acte,\nl'air de Renaud au deuxième, le duo du quatrième (Redoublons nos soins)y\nsont des exemples de l'application de ce procédé. Partout c'est l'orchestre\nqui forme la trame mélodique, et ce sont ces phrases instrumentales qui\nremplacent les trémolos, les longues tenues, les accords plaqués qu'on\nrencontre dans les œuvres précédentes du maître. La science musicale de\nGluck est, de plus, peu étendue. On connaît les appréciations sévères de\nHaendel a l'égard de son contrepoint. Mais il est clair que cette pauvreté\nd'argumentation harmonique a facilité, chez lui, la réforme du théâtre, que\nla technique symphonique lourde et savante de Haydn et Haendel aurait\ndifficilement réalisée. C'est par cette simplicité, plus obligée que voulue,\nque le récitatif a acquis son expression ; mais c'est par une science fouillée,\nune connaissance approfondie de la valeur et de l'emploi des instruments\nque Gluck a pu étendre cette expression à la monotonie du récitatif. Ce\nqu'il a pu tirer de l'orchestre restreint d'alors est surprenant; c'est à dater\nde lui que l'instrument devient un vrai moyen expressif, un facteur réel,\ndramatique et passionné qui trouve sa raison d'être en lui-même tout\ncomme le virtuose ou le chanteur florentin, et que les combinaisons orches-\ntrales prennent leur essor vers Mozart, Beethoven et Weber.\nIl existe sur l'œuvre de Gluck, musicalement considérée, un ouvrage\ncomplet : c'est le Catalogue thématique de M. Wotquenne, Ce bénédictin\nlaïque, qui est secrétaire au Conservatoire de Bruxelles, a réuni en un volume\nles fruits d'une lente et patiente étude des travaux de l'auteur dy Armide.\nCe qui est louable avant tout, dans un tel ouvrage, c'est sa grande sincérité\nartistique. M. Wotquenne n'y a pas seulement fait preuve d'une érudition\ncomplète, mais d'une érudition raisonnée ; c'est-à-dire qu'il a préféré\nécarter les mauvais textes et omettre les partitions tronquées, dans la partie\nexplicative de son livre. En musique, plus peut-être qu'en tout autre\nart, il n'y a pas de demi-mesures. Toute hérésie est un crime. Il faut un res-\npect sincère de l'exactitude et de la vérité pour transcrire une page de\nmaître; justifier des dissonances de Beethoven en invoquant sa surdiré est\naussi odieux que de représenter Armide avec des surcharges et des fautes,\ncomme on le fit dernièrement àl'Opéra. C'est ce que connaît M. Wotquenne*\naussi son travail est-il un hommage pour ceux qui ont apporté une\nrespectueuse contribution au génie de Gluck et propagé ses œuvres.\nDu catalogue thématique ressort clairement la justification des ré-\nflexions qui précèdent. On y découvre de quelle façon une œuvre telle\nqu Armide & été construite. La pauvreté d'invention et la méthode vraiment\nitalienne du maître se font jour à chaque pas. Armide, l'opéra le plus ex-\npressif, le mieux ordonné, le plus vivant, celui qui expose peut-être le plus\nclairement cette subordination adéquate du drame à la musique, n'est en\nlui-même qu'une habile combinaison d'airs, d'ariettes et de récitatifs évo-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.44", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3060, "texte": "qués des œuvres précédentes du maître. U Ouverture, presque entière, se\nretrouve en divers passages des Feste d'Apollo (1769) et de Telemaco\n(1765). Au premier acte, M. Wotquenne retrouve deux airs, l'ariette de\nSidonie : Vous troublez-vous d'une image légère, et Farioso d'Hidraot :\nPour vous quand il vous plaît, qui proviennent de Paride ed Elena (1769)\net de Tedide (1760). Au second, après l'introduction orchestrale qui prélude\nla deuxième scène et qui vient de Telemaco, le duo d'Armide et Hidraot :\nEsprits de haine et de rage, développe un thème familier à Gluck, qu'on\nretrouve d'ailleurs cinq fois dans son œuvre ; en 1744, en 1747, 1752, 1765\net enfin en 1777 dans Armide. Le troisième acte, que l'on considère\ncomme le plus beau de l'ouvrage, est entièrement fait d'adaptations étran-\ngères. On connaît la petite légende de Castil-Blaze à propos de l'invoca-\ntion à l'Amour, en quatre vers, que Gluck inspiré ajouta de sa main au\nçoème de Quinault. En réalité, l'inspiration y était pour peu de chose, et\nla prière monodique, si vibrante et si belle : O ciel, quelle horrible menace,\nvient bien simplement d'un air de Paride ed Elena. La scène dansée des\nFuries est entièrement tirée du ballet de Don Juan( 1761). L'évocation: Haine\nimplacable, se retrouve dans une ariette d'Artamene (1742) et dans Y Inno-\ncenta giustijicata (1755). Dans Telemaco il est facile de découvrir le dia-\nlogue entre la basse et le chœur: Plus on connaît Vamour et plus on le\ndéteste, qui provient également d'un air d'lppolito (1745). Le serment des\nFuries : Amour, sors pour jamais, est travaillé d'un thème de Telemaco et de\nFeste d'Apollo. La Bacchanale, c'est l'ouverture transposée de Y Ivrogne\ncorrigé (1760), alors que le beau chœur: Sors du sein d'Armide, vient de la\nmême source. Quant au finale de cet acte, Pair avec chœur : Suis VAmour\n.puisque tu le veux, il vient de Telemaco et d'une aria de Paride ed Elena.\nDans de moins grandes proportions, il en est de même des actes suivants.\nLe duo final du quatrième : Fuyons les douceurs dangereuses, est tiré de\nl'lnnocenta giustijicata, et au cinquième on retrouve dans le chœur dansé : Les\nplaisirs ont choisi pour asile, une page du Cadi dupé (1761), et dans la sici-\nlienne de flûte du divertissement, le thème principal du ballet de Don Juan.\nCe truquage étonnant, qui surprend tout d'abord, n'est pas au désavan-\ntage de Gluck, qui n'en reste pas moins le plus beau musicien français\nde l'école française, je veux dire du xviii 6 siècle. Il ne démontre qu'une\nchose : c'est la pauvreté d'imagination directe chez le maître En effet, sitôt un\n4hème découvert, son développement lui est facile et les circonvolutions ne\nl'effrayent plus. L'ordonnance de ses morceaux àce point de vue est d'ail-\nleurs typique. Gluck ne copie pas intégralement ses thèmes précédents ; il\nva les rechercher pour en faire simplement, en une, deux ou trois mesures,\nle motif initial du passage nouveau. Je donne ici un exemple de ce façon-\nnement : le passage final du 3e acte d'Armide qui débute par :"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.45", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "de Paride ed Elena (acte IV), et le thème mélodique provient lui-même de\ncette simple phrase de Telemaco (acte II) :\nqui apparaît pour la première fois douze années auparavant. On s'étonne\nalors à juste titre de cette continuité dans le développement d'Armide et\nde la cohésion musicale qui coordonne entre elles toutes les parties.\nLes partitions d Armide existent malheureusement en un assez grand\nnombre. C'est un tort, car elles diffèrent toutes les unes des autres ; ce\nqui prouve qu'un ouvrage peut se transformer, même en l'espace d'un\nsiècle, et qu'il y a parfois des écrivains de second ordre qui transposent\nl'œuvre ou bien qui l'adaptent au goût du temps. C'est Cherubini qui\nitalianisait Gluck, et ajoutait des trombones pour renforcer la basse à la\nscène des Furies ! On sait, par Berlioz, l'état lamentable dans lequel se\ntrouvaient les partitions de Gluck, et l'infinité de ratures et d'ajoutés\nétrangers qui en rendaient la lecture difficile. De plus, on sait que la\nnotation musicale du xviii0 siècle était autre que la nôtre, et que si les\nsignes étaient les mêmes, leur agencement différait. De ce temps-là, la\npartition principale, autrement dit, le cahier qui devait servir au chef\nd'orchestre, ne marquait que la mesure des temps, et les notes principales\nde chaque instrument, de façon que celui qui battait la mesure ne con-\nnaissait qu'approximativement les passages que le soliste devait jouer; les\nparties instrumentales seules étaient soignées. 11 en résulte que la partition\ndu chef, incomplète, servait uniquement comme régulateur rythmique et\nmélodique. Ceci est une des causes de la grande désorganisation qui a\nrégné dans la mise au point des partitions de Gluck. Il en est advenu une\nfoule d'hérésies frappantes, surtout dans la partie d'accompagnement, et\nune mauvaise rythmique de l'œuvre que les gluckistes les plus sincères, —»\nMM. Saint-Saëns et Damcke, dans l'édition Pelletan n'ont pu enrayer.\nIls eurent le tort de ne se baser que sur la partition d'orchestre, et de rem-\nplacer les passages vides par l'accord parfait complet, pour maintenir la\ntonalité. Une autre faute, du plus mauvais aloi, que je reproche aux\néditions Litolff et Peters, c'est le point de vue uniquement vocal auquel le\ncopiste s'est placé. Elle a amené la transformation des notes d'harmonie en\nappoggiatures barrées, ce qui transforme le rythme et donne aux pages les\nplus majestueuses un aspect hybride, sautillant et sévère àlafois, d'ailleurs\ndu plus mauvais goût. J'en donne un exemple rapide {Armide, acte 11,\nse. v, Monologue) :\nqui montre incontestablement que c'est dans Gevaert qu'on rencontre la\ntransposition exacte.\nM. Gevaert est renommé pour ses partitions de Gluck. Son travail suivi\net éclairé n'a rien laissé échapper de ces subtilités. Il a reconstruit\nArmide sur les parties spéciales des instruments qu'une à une il acolligées,\nlorsqu'il était directeur de musique à l'Opéra. On sait l'histoire du beau\nprojet de remonter Armide que Perrin avait eu, et qui après dix ans"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.46", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "devait avoir sa réalisation dans des conditions d'interprétation vraiment\nexceptionnelles. UArmide que la Monnaie de Bruxelles représente aujour-\nd'hui est celle que l'Opéra eût donnée sans l'année terrible. C'est VArmide\nde M. Gevaert. Aussi se présente-t-elle purgée de toutes les hérésies qu'on\na vues à l'Opéra l'année dernière. M. Gevaert a longuement exposé dans\nsa préface par quelles circonstances le chef-d'œuvre devait revoir le jour\nen 1870, mais il n'a pas dit après combien d'efforts et d'études il était\nparvenu à reconstituer ces pages que Gluck avait laissées à la postérité.\nIl n'a pas dit non plus que son ouvrage était définitif, car les textes\noriginaux sont perdus, et que son travail d'il y a quarante ans a sauvé un\nchef-d'œuvre de l'oubli. On connaît l'anecdote : elle est piquante et triste.\nLe Guide inusicalïa. racontée dernièrement (1). C'était pendant la Commune\nde Paris. On devait donner un concert aux Tuileries, et le maître de\nmusique improvisé, l'admirable pianiste d'aujourd'hui, Raoul Pugno, devait\ndiriger le chœur du quatrième acte d'Armide. Les partitions avaient été,\npour les études, transportées de l'Opéra au palais des anciens empereurs ;\non les y laissa, et moins d'un mois après, les troupes de Versailles entraient\ndans Paris et les Tuileries flambaient. Le vieux chef-d'œuvre était perdu.\nHeureusement qu'un homme avait veillé et gardait dans son bureau du\nConservatoire de Bruxelles la copie des manuscrits du vieux maître\nallemand. Il rendit un monument à l'humanité, et reconstitua cette année,\nà Bruxelles, YArmide telle qu'elle avait été conçue, avec toutes ses beautés\net toutes ses fautes, et telle qu'elle vivra dans l'avenir.\n\nPaul Grosfils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c023", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.7.4", "titre_corps": "COURRIER DE STUTTGART", "titre_sommaire": "COURRIER DE STUTTGART", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.46", "debut_caractere": 1725, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "COURRIER DE STUTTGART\nIl y a des personnes singulières. On écrit beaucoup à Mlle Wiborg; à la\nsuite de mon article du ler novembre, on m'honore aussi de missives, qui\nne sont vraiment pas raisonnables. Ces personnages menacent la cantatrice\nWiborg de leur haine ; et ils rappellent eux-mêmes, au théâtre, huit fois\nMU® Wiborg (dans la Walkyrie) et seulement trois fois MLLE Anna Sutter\n(dans Carmen). Mlle Elisa Wiborg a donc un grand avantage sur Mlle Sutter.\nEnsuite, on me reproche ce fait. C'est bizarre. Les gens, et surtout les\njeunes gens, ne savent pas ce qu'ils veulent. Et moi, critique, je dis que\nles deux cantatrices,— exquises toutes deux, chantent très bien, mais\nMUe Wiborg est plus admirée. Car neuf rappels sont plus que trois. Ce n'est\ndonc pas ma faute. Je ne peux provoquer les applaudissements, parce que\nje suis critique. Et encore ! Qui sait? Et les critiques, même celles du sous-\noff3 n'ont jamais protesté contre la cantatrice Wiborg.\nCar la critique dramatique ne s'occupe, généralement, que de ce qu'elle\nvoit et entend sur la scène, et non pas de bruits de coulisses bien incertains.\nCeux qui n'admirent pas MUe Wiborg devraient le lui dire et non pas lui\nenvoyer des lettres anonymes et menaçantes. Ces gens-là manquent un peu\nde courage et de culture. Il y en a de la « Haute ». On ne peut que les\nblâmer. Ceci s'applique aussi à ces jeunes gens qui ont eu des accès de\nfolie en lisant mon dernier article. Je ne veux pas examiner la nature de\nleur folie, mais, en tout cas, ils se sont bien compromis en croyant que le\ndirecteur des théâtres royaux, M. le baron Putlitz, voudrait supprimer la\n\n(1) Le Guide musical, iôavril 1905, n° 16."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3873, "texte": "liberté de la critique. M. le baron vient de m'écrire qu'il n'exercera aucune\npression sur un critique et que la critique est libre. M. le baron, qui a une\ntrès grande expérience et une science théâtrale qui n'est pas ordinaire, ne\ndéfend aucunement à un critique de parler de son théâtre dans des jour-\nnaux étrangers, Non, au contraire, M. le baron est assez libéral pour sup-\nporter ces critiques, et ce n'est pas lui qui nie la valeur de la critique dans\nun journal parisien. Mais il faut qu'on critique son théâtre sans parti pris ;\nautrement ce ne serait plus de la critique, mais du bavardage inutile. Et le\nthéâtre de M. le baron peut bien supporter quelques petits coups de la\npart de la critique, car il est un des premiers de l'Allemagne, malgré ces\njeunes gens qui en doutent. M. le baron fait tout pour satisfaire sa clientèle\net le bon Dieu, mais il y a des limites où il se heurte. Il ne faut pas exiger\nl'impossible, parce que le directeur de ce théâtre est précisément un baron,\net il ne faut pas décourager les acteurs et leur couper les moyens de se\ndévelopper. Je parle, par exemple, dans ce moment, de Mlles Hieser, Born-\nai er et Dietz. M*ie Hieser a chanté le rôle de Fricka dans la Valkyriey\ndonnée en l'honneur de la reine de Hollande. C'est la première fois, cette\nsaison, qu'elle avait un grand rôle. Cette artiste perdra l'habitude de la\nscène, si M. le baron lui coupe ses rôles. Il est absolument nécessaire que\nMlle Hieser chante dans la Légende de sainte Elisabeth, donnée pour l'anni-\nversaire de lanaissance de Liszt. Le chœur a été admirable,mais Mlle Schoen-\nberger tenait deux rôles, celui de la belle-mère et celui d'un ange. Et\nMile Hieser ne chantait pas non plus dans Terre basse, de M. d'Albert, ni\ndans les Joyeuses commères de Windsor, où M. Emile Holm et M. Frické\nont été grandioses. Elle ne jouait pas non plus dans Martha,où.MM. Peter-\nMuller et Holm brillaient ; elle ne chantait pas dans la Fille aux violettes,\noù M. Félix Decken imite à ravir la belle Otéro ; elle ne chantait pas dans\nla Chauve-Souris, où MU® Bommer a été la plus belle et la plus véritable\nRosalinde. Mlle Bommer, qui nous faisait bien du plaisir dans l'opérette\nDorothée d'Offenbach, en même temps que M»® Dietz, qui dans les Hugue-\nnots a, en page, de très jolies jambes, cette petite Bommer, dis-je9 vous\nmontre le véritable art du chant. Elle est un nouvel exemple pour de\nson professeur du Conservatoire, M. Frické. L'opéra a donné aussi la\nMuette dePortici, la Juive, Cavalieria rusticana avec Peter-Muller. Hie-\nser a été privée aussi de son rôle dans cette pièce. J espère qu'enfin\nMlle Hieser ne sera plus négligée par la direction. M. Jean Islaub me\nsemble être un très bon chanteur. On l'occupe fort peu; M. Neudoerfïer\ndevrait chanter davantage, car il a été toujours, par exemple dans les Contes\nd'Hoffmann, inattaquable. Le ier novembre on alu le contraire, c'est une\nerreur très regrettable. Je m'excuse auprès de ce grand artiste, c'était pro-\nbablement l'erreur du « typo ». M. Neudoerfïer a su, lui-même, s'il en était\nainsi.\nIl y avait un grand nombre de concerts, par exemple les concerts de l'or-\nchestre Keim, de MM. Rùckbeil et Seyffardt, de l'orchestre de M. Ruckbeil\net de celui de Karl Pohlig. Mme Rùckbeil-Hiller est la plus brillante canta-\ntrice de l'Allemagne. MM. Benzingeret Dunn ont joué du piano, Mllcs Benk\nont bien chanté. Et M. Dunn, surtout, est un merveilleux pianiste. Je par-\nlerai de lui la prochaine fois. M. Serato, violoniste de Paris, et la belle\nOtéro, ont eu le plus grand succès jusqu'à présent. M. Serato a été telle-\nment admiré pour son jeu le plus exquis du monde, qu'il est impossible de\nrêver plus d'enthousiasme que celui que le public du très beau concert du\nLiederkranf adépenséen son honneur. M. Serato est un très grand\nil est « le Risler du violon ».\n« SOUS-OFF. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c024", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.7.5", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "Pan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.48", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "ÉCHOS\n\nL'Almanach des Amateurs (The Musiclovers sera en vente, à\npartir du i 5 décembre, aux bureaux du Cette luxueuse\npublication annuelle, tirée sur papier à la forme avec ornements originaux,\nrenseignera les lecteurs sur le mouvement musical du monde entier pen-\ndant l'année écoulée, par une série d'articles sur la saison à New-York\n(H. E. Krehbiel), Londres (E. A. Baughan, du Daily News), Paris (Louis\nLaloy, du Mercure musical), Berlin (J.-G. Lusztig), Dresde (A. Noll),\nMilan (A. Franchetti) et Saint-Pétersbourg (N. Findeisen, du\nde musique).De nombreuxportraits l'illustreront;ce seront, pour la France,\nceux de Vincent d'lndy, Claude Debussy et André Messager. Des articles\nfort curieux de Lawrence Gilman sur la H. H. A.\nBeach sur VEssor de la musique, Victor Herbert sur\nteurs d'Amérique, en augmenteront encore l'intérêt. Cette publication fait\nle plus grand honneur à la Société américaine des amateurs (37, S.-\nBotolph Street, Boston Mass., U. S. A.) et au goût éclairé de l'Amérique\ndont elle témoigne. Et elle sera un document de premier ordre pour l'his-\ntoire de la musique contemporaine.\nMatinées Danbé. Les anciennes Matinées Danbé vont reprendre\nleurs intéressantes séances des mercredis au théâtre de l'Ambigu. Pour\nconserver tout son éclat à cette œuvre si appréciée du public, MM. Sou-\ndant, de Bruyne, Migard et Bedetti, qui représentent le quatuor de fonda-\ntion de la société, ont demandé à M.Alexandre Luigini, l'éminent direc-\nteur de la musique à l'Opéra-Comique, de prendre la direction artistique\nde ces concerts. M. A. Luigini, autorisé par M. Albert Carré, directeur de\nl'Opéra-Comique, a bien voulu accepter cette proposition, montrant ainsi\ntoute sa sympathie aux solistes distingués de son orchestre.\nPour ces séances qui auront pour titre :\nres (anciennes Matinées Danbé),on peut dès aujourd'hui s'abonner au\nbureau de location du théâtre de l'Ambigu. Prix des places : 2 fr. ; 1 fr. 50,\n1 fr. et 0,50. Abonnement sans augmentation de prix pour six ou douze\nséances.\nLa ire séance est fixée au mercredi i 3 décembre a 4 h. 1/2, avec le\nconcours de Mme Marguerite Carré, M. Lucien Fugère, de l'Opéra-\nComique, M. Alexandre Georges, etc.\nConcerts Mameff. Le premier concert aura lieu le mercredi 6 décem-\nbre à 9 heures du soir, à la salle de Géographie, 184, boulevard Saint-Ger-\nmain. Cette séance sera donnée avecle concours de Mme Camille Fourrier,\nM. Iwan Fliege, violoniste, et M. Auguste Delacroix, pianiste. Le pro-\ngramme, des plus intéressants, comporte des œuvres de Beethoven, Schu-\nmann, Chopin, Max Bruch, Saint-Saëns et Debussy.\nLa Société Bach donnera son second concert le samedi 9 décembre;\nau programme,entre autres œuvres non encore entendues à Paris, le Choix\nd'Hercule. Répétition générale publique le vendredi 8, à 4 heures.\nFondation Bach.— Le premier concert de la saison aura lieu le i 5 dé-\ncembre prochain, à la salle des Quatuors Pleyel. Rappelons que cette inté-\nressante société a pour objet de faire connaître non l'œuvre de Bach seu-\nlement, mais aussi celles des maîtres du xviie et du xvme siècle. C'est\nainsi que Corelli, Couperin, Francœur, Haendel, Leclair, Locatelli, Pur-\ncell, Rameau, Torelli, Lulli et Gluck ont déjà figuré à maintes reprises sur"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3506, "texte": "ses programmes. En outre, la société publie les oeuvres exécutées, et chaque\nmembre fondateur a droit àun exemplaire ; tous ceux qui savent combien\non aime à lire ce qu'on a pris plaisir à entendre goûteront fort cette com-\nbinaison. Le directeur de la Fondation Bach est M. Charles Bouvet, rémi-\nnent violoniste.\nBruxelles. Deux événements musicaux intéressants parmi tant d'autres\nnégligeables. A la Monnaie, la première d'Armide a été un succès. Il est\nvrai qu'à tous les points de vue l'interprétation est de premier ordre. L'œu-\nvre s'y présente dans des conditions plus respectueuses et plus adéquates\nqu'à l'Opéra. C'est d'ailleurs au plus sincère et au mieux informé des gluc-\nkistes, M. Gevaert, que nous devons une telle reconstitution. Mme Litvinne\npersonnifie Armide avec une assurance et une continuité surprenantes.\nLes principaux rôles tenus par Mmes Bourgeois, Maubourg, Carlhant, Das\net MM. Bourbon, Laffite et Alchevski, méritent autant d'éloges. L'orches-\ntre de M. S. Dupuis, les ballets, les décors, tout a fort bien marché. Bref,\nun succès très brillant et vaillamment mérité.\nM, Ernest Clessen publie chez Schott frères, à Bruxelles, une anthologie\ncomplète des Chansons populaires des provinces belges (prix 6 francs) qui\nintéressera au plus haut point les folkloristes de la musique. De nombreu-\nses notes et une préface détaillée ajoutent beaucoup de renseignements\nutiles à cet ouvrage. Nous en reparlerons plus amplement, car il le mérite.\nLyon. Nous ne voudrions pas, en nous étendant sur les débuts de la\nsaison lyrique à Lyon, décourager le lecteur et lui inspirer la fâcheuse\nrésolution d'oublier à l'avenir les comptes rendus de notre bonne ville.\nOn nous présente, à côté d'excellents artistes comme Mmes Jannssen et\nMaria Gay, MM. Jérôme, Verdier, Dangès, des éléments insuffisants qui\nsecondent mal les protagonistes. La tenue fâcheuse des chœurs et la mise\nen scène peu soignée achèvent de compromettre le succès de nouveautés\ncomme Aïda, Y Africaine, les Huguenots, etc.\nLa saison musicale du moins nous promet des soirées satisfaisantes, si\nl'on en juge par la merveilleuse bonne volonté des organisateurs. La\nSociété des grands Concerts, activement dirigée par M. Witkowski, prépare\ncertainement un début éclatant au concert du 28 novembre, avec le con-\ncours d'lsaye. La Symphonie classique, œuvre de jeunes, qui réunissait à\nson dernier concert plus de soixante-dix amateurs, la Schola cantorum,\nla Symphonie Lyonnaise, ont repris leurs travaux.\nLes sociétés de musique de chambre (Quatuor Rinuccini, Société de mu-\nsique ancienne, concerts de la Revue musicale) nous font espérer de bonnes\nexécutions.\nEn résumé, pour ce qui regarde les efforts individuels, on a tout lieu de\nconstater à Lyon un mouvement musical méritoire.\nNancy. Grand succès pour MUft Gavelle, qui a chanté avec beaucoup\nde vigueur et de sentiment le rôle d'Elvire dans Don Juan, fort bien monté\nd'ailleurs par M. Mirel. On nous annonce le prochain mariage de Mil® Ga-\nvelle avec M. Paul Minssart, l'excellentvioloncelliste des Concerts Colonne.\nToutes nos félicitations à ces deux artistes égaux entaient.\nNantes. La saison promet d'être d'un intérêt exceptionnel cet hiver,\ngrâce à une nouvelle société, Y Association des concerts historiques de\nNantes (chœurs et orchestre :70 exécutants) ; placée sous le haut patro-\nnage de MM. Gabriel Fauré et Vincent d'lndy, dirigéepar M. Fr.de Lacerda,\nde qui son maître Vincent d'lndy disait un jour : «Il est né chef d'or-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.50", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 1076, "texte": "chestre », cette société fera connaître ici une sélection d'oeuvres anciennes\net modernes que Ton n'a jamais l'occasion d'entendre en province : Schùtz,\nCorelli, Bach, Leclair, Rameau, Beethoven, Fauré, d'lndy et Debussy figu-\nrent à ses programmes. Le concert d'inauguration aura lieu le 29 décembre.\nAvec un chef aussi éprouvé que M. de Lacerda, on ne peut douter du\nsuccès de cette généreuse et sérieuse entreprise.\nL'Argus de la Presse envoie cette année àM. Loubet son dernier album\nprésidentiel. Adresse : la Bégude de Mazenc.\nLe sottisier musical.\n(( La nomination de M. Pierre Lalo dément le vers de Boileau :\nLa critique est facile, mais Y art est difficile. »\n{Le Monde musical, i 5 novembre, page 277.)\n<( Connaissez-vous des exemples de la modulation suivante {ut naturel\nmajeur à sol bémol majeur), qui produit, au moins comme transition, un\nsi bel effet, quand elle est confiée aux cuivres :\n[La Revue musicale, i 5 novembre, page 530.)\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c027", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.7.6", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.50", "debut_caractere": 1078, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES.\nRaoul Bardac : Cinq mélodies, Paris, Demets.\nTrois stances (Jean Moréas), Paris, Demets.\nTel qu'en songe (Henri de Régnier). Paris, Demets.\nL. de Grèvecœur : La Fée des ondes (Ferdinand Hérold). Paris, Demets.\nClaude Debussy : Images, pour piano à deux mains (Reflets dans Veau,\nHommage à Rameau, Mouvement). Paris, Durand et fils.\nClaude Debussy : La Mer. Trois esquisses symphoniques, partition d'or-\nchestre. Paris, Durand et fils.\nAlphonse Diepenbrock : Deux mélodies (Paul Verlaine). Middelburg,\nA. A. Noske.\nFrédéric Hellouin : Essai de critique de la critique musicale. Paris, Joa-\nnin.\nLouis Lambert : Chants et chansons populaires du Languedoc. 2 volumes.\nParis, H. Welter.\nJ.-Ph. Rameau. Diane et Actéon, cantate pour voix seule. Paris, Durand\net fils.\nCari Smulders : Il pleure dans mon cœur (Paul Verlaine). Middelburg,\nA. A. Noske.\nCornelie van Vostersee : Chanson sentimentale (Fr. Coppée).\nCarnaval, pour piano. Middelburg, A. A. Noske."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.2.8", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.2", "debut_caractere": 581, "fin_caractere_exclue": 3104, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\n2. rue de Louvois. PARIS, ll*\nCHANT ET PIANO\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre*\nI«abey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique-\nBardac(R-). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grandis vents.\nTristesse. ■ / ' |f §»•,; , $'\nEn recueil* Net. 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nÏI. Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne*\nEn recueil. Net,\nW « Cinq mélodies ».\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang~Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net*\nDécidât de Sêvêrac-\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net«\nLeChevrier. (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). »\nLinfidèle (M» Maeterlinck)» »\nDupare (H.)» La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier). »\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). »\n—Le Jour des Morts (G. Vanor)- »\nRaTel (M «). D'Anne jouant del'Espi-\nnette. w\nD*Anne qui me jecta de la neige. »\n(Epigrammes de CL Marot).\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 5o\n70\n70\n70\n2 »\n2 *\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 »\n»\n»\n»\n»\n»\n»\nRhenê Batonu « Six préludes »\nL Prélude, en mi min, Net„\nIL Prélude oriental, en fa îfmaj* »\nlIL Prélude* en ut min.\nIV» Prélude, en la £> maj.\nV. Prélude ancien, en si min.\nVL Prélude, en sol min.\nRavel (M.)* Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte*\nVanzande (R.). Marine.\nI.abey (M.). Symphonie en mî$\npiano 4 mains. *\nBuparc(H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue çn mi min. (de\nJ. S. Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains),,\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.~M«). \\y Livre de 6 So-\nnates . # »\nMel Bonis. Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendei). I»\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx (A*)* Sonate en sal, en 4\nPa t leS ALTO ET PIANO\nLahey (M.)« Sonate* »\nVIOLONGEIXE ET PIANO\nMel-Boniss* Sonate* »\nPLUTE ET PIANO\nMel-Bonis* Sonate. *\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour pïan©\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc» et piano. »\nMelßonis. Quatuor, pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitss Quatuor* pour instru-\nments à cordes.\n1\n2\n1\nï\n1\n3\n3\n2\n2\n8\n3\nl 70\n»\n5o\n»\n70\no\n5\n35\n5o\n10\nï5\nÏ\n8\n8\n7\n6\n»\nm\n70\nlb r\n2 5o\n»\n»\n12\n5\n12\nftoenee die la Société flâtionale de jttasîque\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion\nIJi"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.1", "texte": "lr« Année. N° 14 ler1er Décembre 1905.\nFRANCE. ... 0 Ir. 50 i ....... ofr. 60\n'\nAnnonces et Pubjlïgité :\n.\nGh. Jarlot\n14, Boub-nard Saint-Michel\nPARIS VIe\nV 1 i v j/.'* ',. i - , ,V ■\nAdministration :\nE. Demets\n2, Rue de Louvois\nPâBÏS il*\n'• . ■ - ' - \" -\",\ni v ;\n\nSommaire\nJULES ROUANET. .. —.... La mus\nARMANDE DE POLÎGNAC.. Penses\nSALVATOR PEITAVI .... Esquisses musicales d'Outre-Manche (suite).\nMARTIAL TENEO Miettes historiques.\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis LÀLOY .. ........ ..... \\\nE. 80RREL............ [ Les Concerts.\nJEAN POUEIGH,. ........\nPAUL GrOSFILS.. La musiqu\nSOUS-0FF.,... Courrier de Stuttgart.\nPAN,.....,.. Échos.\nPublications récentes."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS » w\nUn an. Sise mots.\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 tr. © fr.\nÉTRANGER..,. . «FR. ** **\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger),\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15. j\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste.\nRÉDACTION : 2, rue de PARIS IIe\nHIWIHI\nLe Mercredi de 3 heures à S heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n2. rue de Louvois. PARIS, ll*\nCHANT ET PIANO\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre*\nI«abey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique-\nBardac(R-). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grandis vents.\nTristesse. ■ / ' |f §»•,; , $'\nEn recueil* Net. 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nÏI. Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne*\nEn recueil. Net,\nW « Cinq mélodies ».\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang~Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net*\nDécidât de Sêvêrac-\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net«\nLeChevrier. (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). »\nLinfidèle (M» Maeterlinck)» »\nDupare (H.)» La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier). »\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). »\n—Le Jour des Morts (G. Vanor)- »\nRaTel (M «). D'Anne jouant del'Espi-\nnette. w\nD*Anne qui me jecta de la neige. »\n(Epigrammes de CL Marot).\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 5o\n70\n70\n70\n2 »\n2 *\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 »\n»\n»\n»\n»\n»\n»\nRhenê Batonu « Six préludes »\nL Prélude, en mi min, Net„\nIL Prélude oriental, en fa îfmaj* »\nlIL Prélude* en ut min.\nIV» Prélude, en la £> maj.\nV. Prélude ancien, en si min.\nVL Prélude, en sol min.\nRavel (M.)* Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte*\nVanzande (R.). Marine.\nI.abey (M.). Symphonie en mî$\npiano 4 mains. *\nBuparc(H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue çn mi min. (de\nJ. S. Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains),,\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.~M«). \\y Livre de 6 So-\nnates . # »\nMel Bonis. Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendei). I»\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx (A*)* Sonate en sal, en 4\nPa t leS ALTO ET PIANO\nLahey (M.)« Sonate* »\nVIOLONGEIXE ET PIANO\nMel-Boniss* Sonate* »\nPLUTE ET PIANO\nMel-Bonis* Sonate. *\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour pïan©\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc» et piano. »\nMelßonis. Quatuor, pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitss Quatuor* pour instru-\nments à cordes.\n1\n2\n1\nï\n1\n3\n3\n2\n2\n8\n3\nl 70\n»\n5o\n»\n70\no\n5\n35\n5o\n10\nï5\nÏ\n8\n8\n7\n6\n»\nm\n70\nlb r\n2 5o\n»\n»\n12\n5\n12\nftoenee die la Société flâtionale de jttasîque\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion\nIJi"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.3", "texte": "ESQUISSE POUR UNE HISTOIRE\nDE LA MUSIQUE ARABE\nEN ALGÉRIE\n\nI\nDès qu'on aborde l'étude de la musique arabe, on ne peut\ns'empêcher de remarquer et de regretter combien peu ce sujet\na, jusqu'à ce jour, sollicité les chercheurs.\nDe nombreux savants ont consacré un formidable labeur à\nreconstituer, en des livres luxueusement édités, les merveilles\nde l'architecture et des arts plastiques des Arabes. De patients\norientalistes, penchés sur les manuscrits mystérieux, nous ont\nrendu la littérature et la philosophie de l'lslam; des arabisants\ndistingués sont familiers avec la poésie islamique, avec la prose\nélégante des Hariri, Ibn Nobata, ElKharizmi, avec la métrique\nde Khalil, avec les ouvrages innombrables des jurisconsultes,\ndes théologiens, des mystiques, des mathématiciens, des alchi-\nmistes de tous les pays d'Orient.\nLa musique arabe n'a pas encore bénéficié d'une faveur pa-\nreille (i).\nSans doute, les arts plastiques ont pour eux qu'ils séduisent\ntout de suite l'esprit par la clarté de leur langage et l'éloquence\nexpressive de leurs formes. Sans doute, elle est profondément\npassionnante, cette délicieuse floraison des arts décoratifs mu-\nsulmans, avec leur inimitable fantaisie et leur grâce souveraine\noù nous aimons retrouver l'expression fidèle et éloquente de la\n\n(i) Dans le bel ouvrage que le Docteur G. Lebon a consacré à la Civilisa-\ntion des Arabes, quelques lignes à peine, sur 700 pages, parlent de la mu-\nsique.\n\nLE MERCURE MUSICAL\no"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.4", "texte": "554\nLE MERCURE MUSICAL\n\npensée d'une race qui a laissé dans la civilisation du monde un\nsillage toujours lumineux. Sans doute, rien n'est plus digne du\nlabeur des traducteurs et des commentateurs que ces littéra-\ntures orientales, dont le génie imprègne les littératures occiden-\ntales du Moyen Age, que ces œuvres de science qui ont aidé\nl'esprit humain à développer ses facultés d'analyse et ont pré-\nparé le progrès.\nMais ne juge-t-on pas que, dans cette histoire de l'art et de la\npensée, une place plus large aurait pu être faite à la musique?\nN'est-elle pas, autant qu'un monument d'architecture, l'exté-\nriorisation de la façon de sentir d'une race, une partie de la vie\nd'un peuple? Helmholtz a écrit que « pour exprimer les mou-\nvements de l'âme nous n'avons pas de moyen plus précis et\nplus délicat que la musique ».\nDès lors ne trouverions-nous pas un très grand intérêt, à\ncôté des études de littérature et d'archéologie musulmanes, à\nprovoquer des études de la musique arabe et à leur demander\nsi elles ne peuvent nous apporter quelque jour nouveau sur la\ncivilisation de ce peuple glorieux, si elles ne peuvent contribuer\nà affirmer les règles de l'esthétique musulmane ?\nA supposer que dans ce sens des recherches resteraient stéri-\nles, ne pourrions-nous analyser la musique arabe pour trouver\nen elle une nouvelle manifestation des conceptions artistiques\nrévélées par l'architecture et les arts décoratifs, pour reconnaî-\ntre si cet art sociologique par excellence, si ce mode de penser\net de sentir peuvent ou non se rattacher aux autres arts mu-\nsulmans dont nous subissons toujours la séduction?\nA rester dans le domaine musical, l'étude de la musique\narabe ne nous permettrait-elle pas de résoudre certains problè-\nmes importants de musicologie et de découvrir, pour raccorder\nle présent au passé dans la chaîne des temps, quelques étapes\nsignificatives?\nOr, beaucoup de nos lecteurs l'auront constaté : la bibliogra-\nphie de la musique arabe est d'une pauvreté insigne. Quand\nnous aurons cité le travail de Salvador Daniel paru en 1863\ndans la Revue africaine(l ), l'esquisse de Christianowitch pu-\nbliée à Cologne à la même époque (2), le mémoire allemand de\n\n(i ) La Musique arabe : ses rapports avec la musique grecque et le chant\ngrégorien [Revue africaine, 1862-63, livraisons 3i à 39). Le même auteur a\npublié chez Richault, à Paris : Chansons arabes, mauresques et kabyles,\ntranscrites pour piano et chant. Les mélodies sont affublées d'un accom-\npagnement peut-être très savant musicalement, mais parfaitement ridicule\nau point de vue de la musique arabe.\n(2) Esquisse historique de la musique arabe aux temps anciens, avec des-\nsins et quarante mélodies notées et harmonisées. Cologne, 1863."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.5", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n553\n\nKiesewetter édité en 1842 (1), les études égyptiennes de Villo-\nteau (2) qu'a reproduites et commentées Fétis (3), nous devrons\nconstater qu'en dehors du mémoire de M. Land, lu en 1883 au\nCongrès des Orientalistes de Leyde sur les origines de la gamme\narabe (4), il n'existe aucun ouvrage scientifique basé non plus\nsur des impressions personnelles plus ou moins contestables,\nmais appuyé sur des textes ou des faits, consacré à la musique\narabe, à ses formes et à ses monuments.\nPendant que des paléographes éminents fouillaient les archi-\nves publiques et privées et reconstituaient la musique profane\net religieuse du Moyen Age, pendant que se déroulaient de\nbelles discussions académiques pour établir l'authenticité de\nfragments d'hymnes grecs, pendant que les oeuvres des précur-\nseurs et des musiciens de la Renaissance ressuscitaient de leurs\ntombeaux, la musique arabe, malgré son auréole historique, ne\ntentait personne.\nOn n'ignore cependant pas que la musique a toujours joué\nun rôle considérable dans la vie des peuples musulmans. C'est\nune chose acquise que, dans les fêtes privées ou publiques, dans\nla plupart des circonstances de l'existence des souverains et des\nparticuliers, aux heures de joie comme aux heures de deuil, la\nmusique était chargée d'exprimer les sentiments du peuple\narabe.\nAux jours de vie simple et patriarcale, c'est au chant lente-\nment rythmé des chameliers que les caravanes déroulent dans\nle désert sans ombre leurs longues files mouvantes. « Les quatre\npas lourds de la marche du chameau forment la mesure (5), et\nl'alternance des syllabes brèves et longues de la langue parlée\ncombinées avec les temps successifs de cette mesure créent le\nhidadu. Bédouin primitif, ancêtre lointain de la musique arabe. »\nQuand les Arabes du Sinaï rencontrent une source après un\nlong voyage, ils la saluent par un chant de joie, comme le rap-\nporte saint Nil, l'ancien préfet de Constantinople. Quand la\nreine Mavia triomphe des Romains de Palestine et dePhénicie,\nl'armée entonne un chant de gloire (6). Et sous la tente, aux\n\n(1) Die Musik der Araber nach originalquelien dargestellt. Leipzig, 1842.\n(2) De VEtat actuel de la musique dans la\nl'Egypte (t. XIII et XIV de l'édition in-8, Paris, 1823-26). Atlas\nderne, pl. AA-CC.\n(3) Histoire générale de la musique, Paris, 1869, t. 11.\n(4) Actes du 6e Congrès international des Orientalistes\nl'histoire de la gamme arabe, par J.-N.-P. Land (Section sémitique),\nLeyde, 1885.\n(5) Clément Huart, Littérature arabe, Paris, 1902, p. 4.\n(6) Id., ibid. p. 7."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.6", "texte": "556\nLE MERCURE MUSICAL\n\nlongues heures de torpeur, le jeune pasteur se taille dans un\nroseau une flûte rudimentaire, nous rappelant le vers de Lu-\ncrèce (1) :\nPer loca pastorum atque otia dia,\net il jette dans l'air quelques sons frêles et menus, doux à en-\ntendre dans le grand silence des vastes plaines et dans la solen-\nnité des espaces désertiques. Ainsi cet être fruste satisfait son\nbesoin de chanter.\nPlus tard ce sont les fêtes merveilleuses des califes de Damas\net de Bagdad, les réjouissances fastueuses de la gentilité des\nMaures d'Espagne.\nToujours et partout, la musique apparaît bien à sa place et à\nson rôle, dans la vie sociale de l'lslam.\nAvec le développement de la civilisation, le discrédit qui\npesa un moment sur les musiciens s'efface vite. Les souverains\ndonnent l'exemple. Ils appellent à eux les artistes les plus célè-\nbres, les couvrent d'honneurs et de présents, les font asseoir à\nleur table, se complaisent en leur compagnie et entendent\nmême, en chantant et jouant avec eux, honorer l'art musical.\nRappelons-nous seulement l'histoire de Docte Sympathie,\ncette jeune fille extraordinaire dont Schaharazade raconte la\nstupéfiante érudition (2). Quand Sympathie a mis à court la\nscience des docteurs, quand elle a répondu aux questions les\nplus subtiles et étonné l'assistance par l'immensité et la profon-\ndeur de son savoir ; quand elle a obligé les savants de la cour à\nlui abandonner leur manteau en signe de défaite et à lever la\nmain droite pour reconnaître la supériorité de cette merveille\ndu siècle, le khalife demande à Sympathie « si elle sait jouer\ndes instruments d'harmonie et chanter en s'accompagnant ». On\napporte un luth dans un étui de soie rouge terminé par un\ngland de soie jaune et fermé par une agrafe d'or. « Sympathie,\ndit le conteur, appuyant l'instrument contre elle, se pencha\ncomme une mère sur son nourrisson, tira des accords sur\ndouze modes différents, et au milieu du ravissement général\nchanta d'une voix qui résonna dans tous les cœurs et arracha\ndes larmes émues à tous les yeux ».\nLe Khalifat, émerveillé, lui proposa d'entrer dans le harem,\ntellement il jugeait supérieure l'instruction de cette gracieuse\npersonne.\nOn voit donc que dans Les Mille et dans ce recueil\ndes récits populaires d'un peu de tous les temps et de toutes les\n\n(1) De naturel rerum, lib. V.\n(2) Les Mille et Une Nuits, traduction du Docteur Mardrus, tome VI."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.7", "texte": "I-A MUSIQUE EN ALGÉRIE\n557\n\norigines, la musique est considérée comme le complément in-\ndispensable des sciences abstraites dans l'éducation d'un grand\nesprit ce qui nous paraît de nature à justifier les regrets for-\nmulés plus haut au sujet du peu d'attention que les savants\nmodernes ont donnée à la musique arabe.\nII\nIl y a peut-être une apparence de raison à ce délaissement :\nc'est que nous n'avons pas encore trouvé, comme pour le\nMoyen Age et pour d'autres peuples, les monuments écrits\nqui auraient provoqué les études et leur auraient servi de base.\nLes Arabes, en effet, n'ont pas adopté de système de séméio-\ngraphie musicale.\nEn faisant cette constatation, nous touchons à un des pro-\nblèmes les plus curieux de l'histoire musicale.\nCar on se demande comment il est possible qu'un peuple si\ndoué, dont la civilisation avancée se manifesta dans le domaine\nscientifique et dans le domaine artistique par des siècles de\nsplendeur et d'impérissables monuments, qui fit connaître l'an-\ntiquité classique au Moyen Age, dont les œuvres et les doctrines\nfurent pendant 500 ans la subsistance intellectuelle des Univer-\nsités d'Occident, comment il est possible que les Arabes n'aient\npas pratiqué une notation musicale et laissé, par [l'artifice de\nl'écriture, à côté des paroles de leurs diwans,le texte musical de\nleurs mélodies traditionnelles.\nCette lacune nous étonne plus encore quand nous prenons\nconnaissance des ouvrages théoriques, très nombreux et très\nsavants, écrits par les Arabes sur la musique et la poésie, sur\nles musiciens et leur biographie.\nLe côté purement mathématique de la musique y est étudié\navec les procédés les plus rigoureux de l'acoustique ; les lois de\nla métrique et du rythme y sont exposés avec une extraordi-\nnaire précision et une profusion inouïe de détails.\nAinsi, Al Farabi (i) et plusieurs autres auteurs avant lui\nnous enseignent que l'octave est divisée en 17 intervalles et\ncomporte 5 espèces de quartes appelées que les modes\nou makamatse distinguent entre eux par la composition du\n\n(1 ) Kitab el Mousiqui,manuscrit d'Abou-N açr-Mohammed ben Mohammed\nAl Farabi (Bibliothèque de Leyde, manuscrit datant de l'an 943 de l'hégire,\ncopie d'un exemplaire de 482) (Bibliothèque de l'Escurial, n° 909) (Biblio-\nthèque Ambros. de Milan). Al Farabi, surnommé le nouvel Aristote,\nmourut à Damas l'an 339 de l'hégire (950 de J.-C.)."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.8", "texte": "558\nLE MERCURE MUSICAL\n\ntétracorde inférieur et du pentacorde supérieur (qui sont des\ntabaka) (1). Nous apprenons que les modes musicaux ont 84\ncirculations et qu'en transportant chaque gamme sur chacun\ndes 17 degrés de l'échelle, il en résulte 1428 échelles tonales\nauprès desquelles, avouons-le, nos deux gammes majeure et\nmineure modernes paraissent d'une humiliante pauvreté.\nLes théoriciens arabes ont lu, traduit et commenté les théo-\nriciens de la musique grecque, Aristote, Platon, Aristoxène et\nautres, et il faut voir, pour ne citer qu'un exemple, avec quelle\nprécision Al Farabi, dans son Kitab el Mousiqui, calcule la dis-\ntance des ligatures à appliquer sur le manche des instruments\nà cordes, les diverses manières d'accorder ces instruments et\nd'en jouer en appliquant les doigts aux points de la corde cor-\nrespondant aux 3/9, 5/6, 64/81, 32/45 de sa longueur.\nA partir du ixe siècle, les écrits arabes sur la musique sont\nnombreux : ce sont les 100 chansons d'leleih Ibn el Aura (2),\nun des chanteurs d'Haroun el Raschild, le recueil d'lshac (3),\nqui mourut en 849, les ouvrages d'El Kindi (4) (862) sur la\ncomposition, l'ordonnance des tons, les éléments de la musique,\nl'union de la musique et de la poésie, le grand livre en deux\ndiscours d'Ahmed ben Mervan es Serchefi (5), les traités théo-\nriques et pratiques du xe siècle d'El Farabi, et le recueil des\nLettres des Frères de la pureté (6), le Kitab el Aghâni (7) d'A-\nboul Faradj el Içfahani (967), les manuscrits de Mohammed el\nHaddad (8), de Mohammed ben Ahmed ben Haber (9), de\nChifr ben Abdallah (10), les récits du xie siècle d'Omeya ben\nAbdelaziz, les traités persans des 1111e et xive siècles, le livre\n\n(1) Aujourd'hui encore nos indigènes d'Algérie disent qu'il y a dans le\ngosier humain sept notes : en bas, la t : mi-fa-sol ; au milieu,\nla bousta(note du milieu) :la; en haut, la si-do-ré.\n(2) Cité par le baron Hammer-Purgstall dans\nAraber,t. 111.\n(3) Cité par Kosegarten dans le Proœde\nCantilenarum magnus,Gripesvoldiae, 1840.\n(4) Cité par le baron Hammer-Purgstall, et dans\nder Literatur,t. XCI, 3e trim. El Kindi est le plus ancien écrivain arabe\nqui ait traité de la musique. Il mourut l'an 248 de l'hégire (862 de J.-C.).\n(5) Cité par les auteurs précédents.\n(6) Ce traité, qui n'a pas encore été traduit, est conservé à Vienne, à\nGotha et à Paris.\n(7) Traduit en partie par Kosegarten dans l'ouvrage cité.\n(8) Arabe de Grenade qui mourut l'an 561 de l'hégire (1165 de J.-C.). Son\nmanuscrit est à la bibliothèque royale de Madrid.\n(9) Arabe du royaume de Grenade, mort en l'an 741 de l'hégire (1340 de\nJ.-C.). Son manuscrit (Abrégé des principe est àla\nbibliothèque de l'Escurial.\n(10) Écrivain turc dont le manuscrit est à la bibliothèque royale de\nBerlin."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.9", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n559\n\nde Haffiedin Abdelmulin de Bagdad (i), le livre de Mohammed\nal Schalabi (2), et, dans les siècles plus récents, des manuscrits\nnon moins précieux, le « Traité sur les modulations dans la\nscience des combinaisons de sons et de rythmes », d'Abd el\nKader ben Gaibi (3), le « Livre des tons » de Schamseddin el\nDamaschi (4).\nOn pourrait ajouter à cette nomenclature des principaux ma-\nnuscrits arabes une série considérable de chansonniers, de trai-\ntés de poésie et de musique épars dans les bibliothèques publi-\nques et privées.\nNulle part, jusqu'à aujourd'hui, on n'a découvert de système\nde notation musicale usité par les théoriciens de la musique\narabe.\nEt cela a bien lieu de nous étonner d'un tel peuple de savants,\ncar, partout, autour d'eux, chez leurs voisins comme dans les\ncontrées qu'ils ont conquises, les Arabes ont trouvé des notations\nmusicales qu'ils auraient pu adopter ou qui les auraient conduits\nà une notation nouvelle et personnelle.\nLes Arabes ont connu la notation musicale des Persans et\ndes peuplades de l'Yemen, dérivée de la notation grecque ; ils\nont connu celle des Hindous, qui remonte à la plus haute anti-\nquité, au livre de Soma intitulé Raga bovoda (Doctrine des\nmodes musicaux), où les airs sont notés avec les lettres de l'al-\nphabet sanscrit (5) ; ils ont rencontré chez les Chinois la nota-\ntion adoptée depuis Ling-Lun, c'est-à-dire 2.700 ans avant notre\nère (6).\nEux qui traduisaient les théoriciens grecs, ils ne pouvaient\nignorer la notation qu'Alypius a consignée dans son EîtfayMyïj\nMou<7cxyj (Introduction musicale) (7), celle de Pythagore et celles\nque du temps de Platon on employait soit pour les mélodies\nvocales, soit pour les mélodies instrumentales. Ils avaient lu\nBoëce (8) et son chapitre sur la « Dénomination des notes mu-\nsicales par les lettres grecques et latines ». Ils ne pouvaient pas\nne pas savoir que du viii® au xne siècle les neumes servirent\n\n(1) Seconde moitié du xine siècle. Manuscrit à la bibliothèque impé-\nriale de Vienne, no 164 de la collection Rzervusk.\n(2) Première moitié du xve siècle. Arabe d'Espagne dont le manuscrit\nest à la bibliothèque de l'Escurial.\n(3) Ecrivain persan dont le manuscrit est à l'Université de Leyde.\n(4) Le manuscrit est à la Bibliothèque Nationale de Paris, no 1214.\n(5) William Jones, Qn the musical modes oj the Hividus, dans Asicitic\nresearches, Londres, 1799. . . .\n£ 0 Mersenne * Préludés de VHavwioiiic unive? selie% 1 ans, 1004*\n(7) Sophiste de l'école d'Alexandrie qui vivait au ne siècle. Manuscrit de\nla Bibliothèque Nationale de Paris.\n(8) De institutione musicce libri quinque."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.10", "texte": "560\nLE MERCURE MUSICAL\n\nà la notation musicale de l'Europe, et en Espagne, ils furent en\ncontact pendant plusieurs siècles avec les Mozarabes qui avaient\ndes neumes spéciaux avant d'adopter la notation d'Aquitaine ( 1 ).\nLes Arabes connurent assurément les règles de la notation de\nla liturgie byzantine, la notation du vme siècle de Jean Damas-\ncène (2), celle de la liturgie arménienne (3) ; ils furent au cou-\nrant des grandes réformes de Guy d'Arezzo (4), de Jean de\nGarlande (5), de Walter Odington, le bénédictin de Worces-\nter (6), de Marchetto de Padoue (7) et de Philippe de Vitry(B)\nIls purent enfin et de très bonne heure voir les Juifs employer\nles accents toniques et les points diacritiques, au moins depuis\nle ve siècle de notre ère au temps des Massarètes de l'école de\nTibériade, après la rédaction définitive du Talmud (9).\nTous ces exemples furent vains et les Arabes n'écrivirent pas\nleur musique.\nOn a dit, pour expliquer ce fait, que chez les Sémites de la\nvieille Egypte et de la Mésopotamie la musique était considérée\ncomme un art inférieur auquel les castes nobles refusèrent de\ns'adonner et que la profession de musicien était abandonnée\naux mendiants, aux aveugles et aux esclaves. Un peuple imbu\nde tels préjugés ne se donnait pas la peine de formuler des règles\n\n(1) Liber ordinum en usage dans l'Eglise Wisighote et Mozarabe du Fe au\nsiècle,par D. Marius Pérotin, bénédictin de Farnsborough, dans\nmenta Ecclesiae liturgica, volume V, 1904. Le manuscrit provient de l'abbaye\nde Silos (Espagne) ; il date de la deuxième moitié du vue siècle et con-\ntient un grand nombre de morceaux notés en neumes. Un autre manuscrit\n(Madrid, Bibliothèque royale, no 56, ancien no F. 224) contient un grand\nnombre de formules avec la notation musicale propre aux Eglises d'Es-\npagne avant l'introduction de la liturgie romaine. Sur certains feuillets, la\nnotation mozarabe a été effacée avec le grattoir et remplacée par la nota-\ntion française à points superposés.\nCf. aussi sur ce fait historique important la des\nBénédictins de Solesmes, t. I, pl. 2, 1889; Don Juan Faccundo Riano (fac-\nsimilé d'un feuillet entier de 1' « Ordo pro solo rege ») et Critical and\nbibliographical notes on early spanish Londres, 1887.\n(2) Traité de musique ecclésiastique(Vlll® siècle), publié par l'abbé Ger-\nbert dans De cantu et musicâ sacrâ à\nsenstempus. Ex typis San Blasianis, 1774.\n(3) Traduits par Schrœder dans Thé\net hodiernae,Amsterdam, 1660.\n(4) xie siècle.\n(5) xue siècle.\n(6) xme siècle.\n(7) xme siècle.\n(8) xive siècle.\n(9) C'est l'opinion qui a prévalu sur cette question historique très con-\ntroversée ; elle est due au célèbre grammairien juif cinq-centiste Elias\nLevita. (E. David et M. Lussy, Histoire Paris,\n1882.)"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.11", "texte": "LA MUSIQUE EN ALGÉRIE\n561\n\net d'inventer ou d'adopter un système de notation pour conser-\nver sa musique.\nCette interprétation semble détruite par les faits les plus\npositifs, par la place considérable occupée de tout temps par la\nmusique dans la vie sociale des Arabes, par l'importance don-\nnée à la musique dans l'éducation et l'instruction, parla minutie\navec laquelle les théoriciens étudient ses lois et les consignent\ndans leurs ouvrages.\nD'autres ont pensé que les Arabes ont voulu, ce faisant, gar-\nder leur art musical de toute profanation par les infidèles,\ncomme les mevlevis turcs refusent encore aujourd'hui de\nlaisser écrire leur musique, bien que les Turcs aient une nota-\ntion musicale, pour sauver leurs chants religieux du contact du\nvulgaire, de la moquerie et de la vaine curiosité des étrangers.\nPeut-être faut-il chercher moins haut et dans une pensée plus\nterre à terre une explication plausible.\nLa profession de chanteur et de musicien fut autrefois extrê-\nmement lucrative. Pendant les grandes périodes des khalifes, les\nsouverains et les riches particuliers rivalisaient de largesses en\nfaveur des instrumentistes qui leur procuraient une sensation\nagréable ou des poètes qui improvisaient en leur honneur ou\nen l'honneur de leur belle favorite un quatrain bien tourné.\nIbrahim el Mauceli (i), pour avoir composé trois airs, reçut\n600.000 dirhams et une maison de campagne de la valeur de\n160.000 dirhams. Nos musiciens n'ont pas connu ces temps\nfabuleux; mais au siècle dernier, leurs chanteurs et leurs joueurs\nde rebeb et de kouïtra ne quittaient jamais une fête sans avoir\nreçu de tous les invités une offrande généreuse qui rendait très\nfructueux le monopole de leur profession et ne pouvait que les\ninciter à garder soigneusement pour eux seuls leur répertoire\nmusical.\nPeut-être pensaient-ils, comme le moine d'Angoulême du\ntemps de Charlemagne, que les infidèles sont incapables de\nrendre les sons tremblants, battus et coupés de leurs cantilènes,\n« à cause de la rudesse de leur gosier ».\nToujours est-il qu'ils se contentaient d'apprendre à quelques\nrares élèves, de voix à voix, ce qu'ils savaient, pour éviter la\nconcurrence d'un trop grand nombre de confrères et, dût leur\nrépertoire disparaître avec eux, pour conserver jusqu'au bout\nles prérogatives et les bénéfices d'une profession qui nécessite\nune mémoire prodigieuse et un apprentissage fait de doses\ninouïes de patience et de persévérance.\n\n(1) Caussin de Perceval : Notice sur les principaux musiciens arabes des\ntrois premiers siècles de l'islamisme. Journal asiatique, 1873."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.12", "texte": "562\nLE MERCURE MUSICAL\n\nJ'ai le devoir d'ajouter que ces sentiments ne sont pas ceux\nde quelques artistes indigènes algériens qui ont consenti à me\nfaire connaître leur répertoire et à m'en laisser publier les pièces\nles plus intéressantes. Ils ont compris qu'au lieu d'amoindrir la\nmusique arabe, sa notation permettrait de dresser un monu-\nment de plus à la gloire artistique de leur race, et ils ont con-\nsenti àme dicter leur répertoire, accomplissant ainsi une œuvre\nintelligente dont il n'est que juste de les féliciter publiquement.\nNous n'en sommes pas moins condamnés à ne pas retrouver\ndes manuscrits de musique arabe, et c'est sans doute ce qui a\ndétourné les musicologues et les orientalistes des études où ils\nsuivaient forcément le chemin obsc\n(A suivr\n\nJules Rouanet."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.13", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nPARALIPOMENA.\nLe spectateur souriant se promenait et parlait en aphorismes.\nVoyant une classe de composition musicale remplie d'élèves\nconvaincus et atterrés par la perspective de leur future respon-\nsabilité : « O masse aveugle, dit-il, ne feriez-vous pas mieux de\nvous asseoir devant une belle fleur et de la contempler que de\ntravailler vingt ans de votre vie à la copier ? L'art est pour les\nprêtres et non pour les artisans. Il n'y a pas de génie parmi\nvous, car vous croyez tous que quelqu'un est au-dessus de vous,\ndonc vous n'êtes rien. Levez la tête en haut et vous verrez ceux-\nlà sourire sur vous. »\n* *\nUn visiteur lui racontait : « Le jeune Musico est vraiment\nétonnant, il transpose des partitions à première vue, il distin-\ngue, les yeux fermés, n'importe quel assemblage de notes\nplaqué sur un piano, i 1... Idiosyncrasies, rien de plus, » inter-\nrompit le spectateur.\n*\n* *\nUn jour les Pharisiens lui demandèrent pour l'embarrasser :\n« L'harmonie est-elle née du contrepoint ou bien a-t-elle\ntoujours vécu de sa vie propre ? Les grands maîtres du contre-\npoint ont-ils été quelquefois des harmonistes purs ?\n« __ Messieurs, répondit-il, on peut toujours dire tout ce\nque l'on veut. L'harmonie est née avant le contrepoint. Dans la\nplus haute antiquité ou chez les sauvages la mélodie est ponc-\ntuée par un rythme. Pour peu que l'instrument à percussion\ndonne une note, l'idée de l'harmonie s éveille. Celle-ci doit etre\nplus naturelle que la polyphonie, qui est plus raisonnée.De plus,\nl'harmonie est dans les lois naturelles, la polyphonie ne l'est pas.\nEst-il naturel qu'on ait l'idée de chanter autre chose à l'instant"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.14", "texte": "5 64\nLE MERCURE MUSICAL\n\nmême où l'on entend un air chéri? N'est-il pas plus probable\nqu'on essaie de soutenir agréablement cet air, de l'encadrer\nplutôt que de lui ôter de son importance et de son caractère\nen lui adjoignant un concurrent ? Plus tard, avec le désir\nde briller si connu chez les choristes, les seconds dirent : Pour-\nquoi ma partie ne serait-elle pas aussi intéressante? Du\nmoment qu'on ne me laisse pas chanter plus fort, j'attirerai\nl'attention par d'autres stratagèmes. La polyphonie des Grecs\nconsistait seulement dans l'octave, ce qui prouve le désir d'ac-\ncompagner chaque note d'une consonance. La polyphonie du\nmoyen âge est partie d'une basse stationnaire, ce qui serait con-\ntraire à l'idée de deux mélodies simultanées indépendantes.\nL'organum en quartes et quintes parallèles prouve que l'on\ncherchait un accompagnement consonant. Ce n'est qu'au dé-\nbut du xne siècle (Jean Cotton) qu'on s'occupe d'une marche\nindépendante des voix théoriquement établie. Et cependant\nune des règles du déchant est la suivante : « La voix qui fait\nle déchant prendra contre le cantus firmus alternativement la\nquinte et l'octave. » Ce n'est toujours pas une mélodie indépen-\ndante, mais bien un accompagnement au choral.\n« Au xne siècle, il naît de cette harmonie élémentaire le dé-\nchant figuré avec notes de passage. Enfin vers le xme siècle, au\nmoment où les tierces et sixtes se classaient tout doucement\nparmi les consonances, quoique imparfaites, nous avons le\nfaux-bourdon, mouvement parallèle fondé sur ces intervalles.\nIci encore rien d'étranger au choral.\n« Pour répondre maintenant à votre deuxième question, sau-\ntons l'époque de gloire du contrepoint, et aussi celle de la mo-\nnodie accompagnée, période uniquement harmonique, pour\narriver à quelques grands maîtres chez qui le contrepoint est si\nsouvent au service de l'harmonie. Je citerai d'abord dans les\nœuvres de J.-S. Bach celles où l'harmonie existe pour elle-\nmême et non à cause du contrepoint. Prenons dans le premier\nvolume du Clavecin bien tempéré le premier prélude en\nmajeur, simple enchaînement d'accords brisés, si essentielle-\nment harmonique qu'il inspira à Gounod l'idée d'écrire une\nmélodie au-dessus. De même pour le prélude n° 2, où\nles broderies sont harmoniques ; la note appuyée formant une\nmélodie est le résultat de cette harmonie. Prenons encore au\nhasard : le prélude n° 3, ut dièse majeur, le sixième, ré mineur,\nsuite d'accords brisés, le sublime prélude n° 8 en mi bémol\nmineur, ou la mélodie si grande et noble est accompagnée\nharmoniquement jusqu'au bout, soit à la main gauche, soit à\nla main droite, à l'exception de mesures formant canon.\nLe prélude i 5, sol majeur, le prélude 21, bémol majeur, le"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.15", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n565\n\ntouchant prélude 22, si bémol mineur, qui, polyphonique\nd'écriture, reste cependant essentiellement harmonique. Dans\nle second volume le prélude 3, dièse majeur, suite harmo-\nnique sur un dessin fixe..., mais je neveux pas abuser. Passons-\nà Beethoven. Je ne vous citerai pas d'exemples purement har-\nmoniques, ils seraient trop nombreux, mais ne choisirai dans sa\nmusique que des passages où le contrepoint gravite autour de\nl'harmonie pour l'embellir et où il est clair que celle-ci ne\nressort pas de la polyphonie. Par exemple dans la Pastorale (ne\nhuez pas ! chaque œuvre de Beethoven ne pouvait cependant\nêtre sa dernière), donc dans 1 'andade la 6° symphonie les\ndessins aux cordes créent une jolie ambiance de bruissement\nsur lequel plane serein l'accord de si bémol majeur, puis celui de\nfa ou de sa dominante, et ainsi de suite. Ce n'est plus la même\nchose que les dessins qui servent à varier un thème, comme\ndans l'adagio de la neuvième, ceux-là essentiellement mélo-\ndiques. Broderies également harmoniques dans l'adagio de la\nire symphonie.\n« Pour terminer, je citerai encore rapidement dans Wagner le\nprélude du Rheingold,où plus de cent mesures concourent avec\nmille dessins à l'apothéose de l'accord de bémol majeur. (Il\ny a un effet un peu du même ordre d'idées dans le commence-\nment â'Orfeode Monteverdi, où il se complaît pendant quelque\ntemps dans un accord de ré majeur.) Et maintenant, assez pour\naujourd'hui \\car les énumérations sont chose ennuyeuse, et\nje pense avec Mark Twain qu'il y a trois espèces de men-\nsonges : le mensonge proprement dit, le parjure et la statis-\ntique. »\n*\nIl dit encore à un chef d'orchestre : « Pourquoi voulez-vous\ntoujours ponctuer le temps ? N'y a-t-il pas assez d'horloges et de\nmontres qui nous le rappellent si inutilement ?Ne suffit-il pas\nque nous le voyions passer seconde par seconde sans que vous\nnous en fassiez entend?~ela mesure par le rythme de la musique ?\nEt lorsque vous mourrez on pourra calculer exactement quelle\nquantité de votre vie aura battu au bout de votre bâton. »\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.16", "texte": "ESQUISSES MUSICALES\nD'OUTRE-MANCHE\n\n(0\nIII\nNOEL ET LES «CHRISTMAS CAROLS».\nThe timedraws tiear the birth of Christ :\nThe moon is hid ; the night is still ;\nThe Christ?nas bells from hill to hill\nAnswer each other in the mist.\n(Tennyson, In Memoriam.)\nOld merry Engîand! La vieille et joyeuse Angleterre! C'est\nainsi que les Anglais appellent leur île.\nPojr quiconque les connaît, tels que je les décrivais naguère,\npiofondément soucieux de leurs affaires; sans cesse préoccupés\nde réussir, beaucoup plus spéculateurs que spéculatifs, âpres au\ngain, prenant à la lutte pour la vie une part que les peuples du\nMidi, plus insouciants et plus légers, ne sauraient y prendre,\nce beau nom qu'ils se donnent peut paraître un étrange indice\nde don-quichottisme ou un trompe-l'œil.\nMais enfin, il faut bien les croire, puisqu'ils affirment. Peut-\nêtre alors parviendrons-nous à découvrir qu'ils ont une façon\noriginale et bien « anglaise » de se réjouir. Ç\nJe les soupçonne fort, ces pince-sans-rire, de contenir au\ndedans d eux-mêmes, plus d'une fois, des éclats de rire et des\nsarcasmes. Sous un masque froid, impassible, ils s'amusent\nréellement aux spectacles de la vie et de ses contrastes.\nEn réalité, l'âme anglaise se présente sous un double aspect.\nAucun muscle du visage de l'Anglo-Saxon ne tressaille ja-\nmais sous l'impulsion des pensées qui s'agitent en lui. Souffre-\n' heureux ? Quels sont les sentiments qui le domi-\nnent ? Nul scalpel n'ira fouiller dans ce sanctuaire intime, et, de\nmeme que dans son foyer, l'Anglais prétend que tout y soit\n\n(i) Suite. Voir les nos du i 5 octobre et du i«r novembre."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.17", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n567\n\nsacré. D'où son respect du décorum, des formes extérieures qui\nenveloppent sa personnalité sans la trahir.\nCependant, en lui dort un fond de rêve, somnole une vieille\nchanson : la chanson des souvenances, les rêves des choses\néteintes. Cela est vague, insaisissable ; mais à certains jours cela\nparaîtra. Et alors, ce sera un abandonnement plus doux aux\nanniversaires du cœur, comme une espèce de relâche, une\néchappée nécessaire, un peu d'envol, de poésie, d'amour. Sans\ndoute, ces traits seront fugitifs. Mais pour ne se manifester qu'à\nintervalles, ils n'en reposent pas moins au fond de la conscience.\nC'est le feu à demi éteint qui grésille encore sous la cendre.\nVienne une occasion, et il revivra.\nAllons plus loin. Quoi qu'elle en ait, en dépit d'elle-même,\nl'àme anglaise est pétrie de catholicisme. La religion qu elle\nbannit il y a trois cents ans l'imprègne, la pénètre malgré\ntout. Les traditions, les coutumes d'autrefois, celles qu'elle\na empruntées à l'Eglise catholique, non seulement l'effleurent,\nmais l'ouatent. Ce sont des traits quasi effacés ; des fresques\ndormant, depuis des âges, sous le stuc, comme jadis les\nbelles scènes de Michel-Ange languissaient sous des couches de\nplâtre, à la Sixtine. Mais le réveil, tôt ou tard, doit s'accom-\nplir.\nEt de cette persistance je vois le symbole et l'effet dans\ncette Vierge accueillanteet souriante de Westminster, au regard\nsi bénévole et si tendre, tenant son Fils entre ses bras, et jouant\nd'une main avec un bouquet de roses. Les niches d alentoui sont\nvides, et les saints de pierre ne s'y dressent plus dans leurs traits\nd'ascètes et leurs vêtements monastiques ; mais la Vierge, elle,\nreste. On n'a pas osé l'enlever, car l'Angleterre tient encore par\nplus d'un fil à cette vieille foi qui a inspiré ses primitifs artistes.\nNous verrons, dans les chants de Noël, des ressouvenirs de\nl'époque ancienne : la suave apercevance de Marie saluée comme\nMère de Dieu, en des couplets d'une naïveté délicieuse. Et\nenfin, n'est-ce rien que cet Adsstë conservé comme un\ndes airs les plus populaires du temps de Noël ?\nA ces natures anglo-saxonnes il faut, à de certaines heuies,\nles eaux de cette fontaine de Jouvence : renouveaux du cœur\net vieux airs \\ retour aux coutumes, aux fetes du passé.\nDans le naufrage déplorable de ces solennités de l'ancien\nculte ont disparu bien des symboles attirants et inspiiateurs.\nProtestants et puritains prétendirent faire régner la raison\nfroide et sèche, dominant les décombres de ce qui, jusque-là,\navait été poétique et profond. Elle n est plus, cette fête des\nmorts, si puissamment évocatrice. Autour de Pâques ne res-\nplendit plus ce halo divin qui en faisait le charme. Le Vendredi"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.18", "texte": "568\nI.E MERCURE MUSICAL\n\nsaint est un jour de réjouissances; le bas peuple le célèbre à\nsa façon, qui n'est pas très élevée, - sur les banquettes du\npublic-house entre deux verres de stout.\nLe symbolisme émouvant du cycle liturgique, où est-il ? Où\nles fêtes ? Elles sont remplacées par des Ce\njour-là, on chôme, on va se rouler sur les pelouses des parcs ;\non fait la dînette et l'on s'en retourne le soir. La religion ni\nl'art n'y interviennent, et c'est grand'pitié !\nHeureusement encore que de Noël ont surnagé—\nles vieux airs, les chants d'une naïveté pure. En Angleterre,\ncertes, il y a moins de poésie amassée autour des choses qu'en\nnotre pays de France. Ils y sont inconnus ou presque, les\ncarillons du soir, et les cantiques des paysans en sabots allant\nà la messe de minuit, leurs silhouettes s'esquissant sur le che-\nmin tout blanc de neige. Et les chants en patois que Ton redit\ndevant la crèche, et ce parfum insaisissable de souvenirs qui\nvous prend alors et dont on garde l'impression très nette sans\nla pouvoir définir à son gré. Que si Tennyson vous parle des\n« cloches de Noël qui, de colline en colline, se répondent les\nunes aux autres, parmi la brume », n'allez pas trop le croire sur\nparole. Il l'eût peut-être rêvée ainsi, lui, la veillée de Noël ;\npeut-être en avait-il eu la vision en France, dans un village de\nprovince reculée ; mais en Angleterre, rien de cela ne subsiste,\nCar où sont les neiges d'antan ?\nUne chose pourtant demeure dont il faut apprécier l'impor-\ntance artistique : les mille petites coutumes, les paysanneries\ndu peuple, les légendes et aussi les chants, les Christmas\nCarols,la plupart anciens, quelques-uns nouveaux, tous d'un\ncharme pénétrant comme une mélodie captivante et que, tout\nde suite, l'on aime d'instinct.\nIl est vrai, le cadre diffère.\nAutrefois, on les répétait sous les voûtes des cathédrales et\ndes églises. Le peuple entier y prenait part et, dans sa langue,\ndisait les merveilles de la naissance du Sauveur. C'était alors\ncomme une intense communion d'âmes dans une même louange\net une même prière. Chacun s'y unissait, et de se sentir ensem-\nble, d'entendre la puissance de leurs voix réunies, cela devait\nles faire vibrer, ces primitifs.\nAujourd'hui, le cycle de Noël revient. A l'église il y aura\nquelques hymnes. Seulement, dans le chez soi, l'An-\nglais prend plaisir à redire les mélodies traditionnelles, ces\nd'inspiration suggestive. Simples ouvriers ou membres de l'a-\nristocratie, ils se laissent aller à ce charme intime et le goûtent\nd'autant plus qu'il est plus rare. Noël, Christmas, en Angle-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.19", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n5 69\nLE MERCURE MUSICAL.\n38\n\nten e 9 n est-ce pas une sorte de fête nationale et\ndurant laquelle il convient de se réjouir et, pour les pauvres\ngens, de s abstraire un moment des soucis du pain quotidien,\nd'oublier les meurtrissures de la vie ?\nA 1 intérieui des maisons, au-dessus des tableaux, dans les\ncoins, sur la table, des branches de houx étalent leurs feuilles\nvernies mouchetees de boulettes couleur de sang. Au milieu\nle gui, d un vert plus pâle orné de fleurettes blanches. Il\nparait que c est de bon augure. Mais c est le houx qui triomphe!\nune chanson d'origine très reculée en raconte les vertus. Il y en\na partout : à la boutonnière des passants, aux harnais des che-\nvaux, aux fouets des cochers d'omnibus.\nLa fête musicale commence la veille ou même huit jours\naupaiavant. Les enfantsdes pauvres, soufflant dans leurs mains\nlées, la tête dans les épaules, l'air frileux, s'en viennent, aux\nportes des plus riches, donner une aubade, la sérénade de Noël.\nDe leurs voix d'abord hésitantes, puis plus affermies, sur un ton\nmélancolique et doux, ils chantent Noël, puis entonnent un\ntrès vieux carolsur l'air de VA d Même ils essayent\n■— au de 1 haimonie quelquefois - d'exécuter cela\nen quatre parties. Tout cela est un peu maladroit ; on les sent\nmal exeices, les petits miseieux, et que peut-être ils sont bien\nfaibles et ont bien froid ; mais c'est d'une grâce touchante. Le\nvent semble les accompagner de sa basse puissante qui fris-\nsonne en trémolo à travers les arbres nus. Je ne connais rien de\nP'us gentil que ceite scene et que ces mélangés de gosiers fluets,\nil agiles comme du cristal, îedisant aux échos de la nuit tom-\nbante, sur un vieil air très religieux, priant, recueilli, que\n<( 1 aube dun nouveau jour va bientôt se lever, apDortant es-\npoir et joie », et que « là-bas, en Orient, le soleil, tout rouge\ndans sa splendeur matutinale, va éclairer » le nouveau-né de\nBethléem... Ils sont vraiment ses frères, eux, les déshérités, et\nils paraissent avoir conscience de cette parenté mystique... Une\nfenêtre s'ouvre, laisse filtrer un rayon de lumière qui tombe\ndroit sur le groupe ; une main se tend et leur distribue quelques\npence et quelques douceurs. Et ils s'en vont, les tout petits\n« chanteurs de Noël », en continuant leur cantique. Tout à\nl'heure ils étaient timides, hésitants ; maintenant ils s'enthou-\nsiasment eux-mêmes au bruit de leurs voix qui courent, dans\nl'air, de tous côtés. Ils chantent, en se rendant d'une maison à\nl'autre, par goût, parce que cela leur fait du bien, les réchauffe\net les anime. Ils vont, les petits « chanteurs de Noël », et jettent\ntout à l'entour la poésie de Christmas, du Christmas anglais.\nOh ! le charme de cette poésie î Oh ! l'attirance de ces chanl\nsons !"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.20", "texte": "570\nLE MERCURE MUSICAL\n\nAvez-vous lu, dans un livre bien connu de Dickens, l'his-\ntoire de l'avare Scrooge ? Cet homme repousse tout le monde.\nPour lui, l'idéal c'est l'or, l'or entassé, ruisselant. Au delà des\nreflets fauves des pièces de son bas de laine, il connaît fort peu\nde choses ou rien. Christmas ne le touche plus : illusions du\ncœur, « pensées d'ailleurs ». Mais voici que, emporté loin, très\nloin, sur les ailes de l'« esprit de Noël passé », il se retrouve,\ncomme en rêve, au temps de son enfance. Il se revoit, parmi\nles chanteurs de Christmas, à chanter et à danser des rondes ; il\nest rejeté dans l'intimité du home de jadis, et de rire, et de\nsauter ! Puis « l'esprit de Noël présent » l'enlève au-dessus des\ntoits et le fait assister aux joyeuses réunions des familles : tout\ny est gaieté, contentement, musique. « L'esprit de Noël futur »\nintervient à son tour. Scrooge, guidé par lui, voit les délaisse-\nments et les malheurs qui l'attendent s'il persiste à s'endurcir.\nScrooge n'y tient plus. Il jure de réformer et de refaire son\nexistence ; il s'humanise et, quand viendra le Noël de l'an pro-\nchain, vous le verrez parmi les plus allègres, Scrooge, le vieil\navare converti par les chants et la poésie de Christmas.\nTelle est donc l'influence des carols de Noël. On y résiste dif-\nficilement. L'âme anglaise se fond à leur contact.\nC'est en France, nous dit-on, que la coutume des chants de\nNoël s'est d'abord introduite. Je le veux bien. Mais ne serait-ce\npas plutôt une coutume universelle ? N'existe-t-elle pas aussi\nbien en Russie, où, la nuit, des bandes de paysans portant des\nflambeaux parcourent enchantant les rues des villages? N'existe-\nt-elle pas en Angleterre, où nous venons d'écouter les « chan-\nteurs de Christmas » ? Ce qui est vrai, c'est que chaque peuple\na laissé dans la musique sa marque plus ou moins prononcée,\nquelque chose de son génie propre.\nLes « noëls » français sont d'ordinaire enjoués, gais, comiques\nau demeurant. Ce sont des scènes que l'imagination brode à\nplaisir. Sur une musique sautillante, d'une insouciance bien\ngauloise, on répète, par exemple, que le Sauveur est né et qu'il\nfaut aller le voir, « ce divin poupon » :\nAllons zau, zau, zau,\nAllons plus, plus, plus,\nAllons zau, allons plus, allons zau plus vite\nA ce pauvre gîte.\nCela est spontané, charmant. On s'y inquiète peu des paroles,\npourvu que l'air soit entraînant. Les sentiments y poussent à\nl'aventure, pourvu qu'ils soient sincères.\nLe tempérament anglais est fait d'autre sorte. Il est plus grave,\nplus réfléchi, et on le devine à certains de ses carols. Tels d'entre"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.21", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n571\n\neux pourraient être pris pour de véritables chants d'Eglise,\nlents, solennels, imposants. Il en est dont la mélodie est re-\ncueillie, mystérieuse et grave par endroits, aux passages sail-\nlants. On diiait un Credo glorieux,mais où la musique est toute\npénétrée de la splendeur des choses qu'elle célèbre. Quand le\npoète écrit :Etll a assumé notre nature (and took on Him\nour nature),le musicien donne à sa composition une tour-\nnure plus lente, plus serieuse, quelque chose comme la gravité\n.méditative de 1 Et Homo Jactus dans les messes en plain-\nchant, et que le peuple dit à genoux, le front incliné et en don-\nnant à sa voix je ne sais quoi de plus profondément pieux,\ncomme pour mieux se donner le temps d'adorer et de penser.\nEt cette gravité n est pas sans causes. Le thème des poésies\ny est poui beaucoup. Ce sont, d ordinaire, des considérations\nélevées, quelquefois des développements théologiques. La con-\nception genei aie est moins Imaginative que celle des délicieux\nNouvê de Roumanille ; et la musique, même lorsqu'elle est\nplus dégagée, cependant n a jamais cet entrain délibéré, bon\nenfant, des compositions provençales.\nChez Roumanille, tout le personnel d un village, d'une ferme\nbetes et gens, s intéiesse a 1 événement et le célèbre en\ncouplets fins ou la vie du peuple s'étale. Chacun y va de sa\npetite obseï vation, naïve, insignifiante parfois, mais toujours\nattachante. C est le cri du cceur de paysans encore frustes qui\ns embai rasseï aient dans les belles phrases à la PoniDadour et\nqui, d un tiait, se découvrent. Ils ne sont pas spéculatifs ; vous\nle sentez tout de suite à les entendre :\nSus, sus ! car nous allons partir :\nTounin, va donner à boire au mulet;\nEspérite, dans la dépense,\nVa chercher une douzaine d'oeufs..., etc.\n\"V oilà ce que j appelle un tableau et une peinture de la vie vil-\nlageoise. Et tout cela est dit sur un ton alerte où circule la joie\nde vivre. On a l'air d'aller à la noce.\n_ L imagination anglaise est loin d'avoir cette ampleur et cette\nvivacité. Elle n'invente pas de ces situations, elle ne peint pas\nde ces tableaux. Chez elle, ce sont surtout des paraphrases de la\nBible, des scènes évangéliques où la fantaisie se contient et se\nmodère naturellement ; la musique s'inspire de ces données, un\npeu froides à la longue. Les vieux airs sont, pour ainsi parler,\nplus « aristocrates » que ceux de France ou de Provence, sans\ntoutefois manquer d'une réelle fraîcheur dont les Anglais goû-\ntent bien le charme.\nDans les anciens carols de la. province, la Vierge occupe son"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.22", "texte": "572\nLE MERCURE MUSICAL\n\nrôle de Mère de Dieu. Sa figure très douce inspire le chant et\ndonne à la mélodie une allure plus gracieuse. Parfois, ce sont\ndes hymnes où tout se trouve, même la doxologie. Si vous en\nvoulez un exemple, arrêtez-vous à ce très ancien de Win-\nchester. La musique en est agréable, décidée cette fois, en même\ntemps que pieuse. Pas de détours inutiles, pas de fleurs super-\nflues : un bouquet de violettes d'un arôme doucement caressant.\nVous ne pouvez manquer d'en être captivés :\nNe trouvez-vous pas que ce motif se rapproche étrangement\nde l'air sur lequel on a coutume, dans nos églises, de chanter les\nleçons du premier nocturne de l'office de la Nativité ? Il n'est\npas improbable que le peuple, au temps où il était catholique,\nse soit emparé de ces fragments d'airs liturgiques qui lui étaient\nrestés dans l'oreille, et les ait développés peu à peu, en les adap-\n\n(1) Tandis que les bergers gardaient leurs troupeaux durant la nuit, Tous assis\npar terre, —L'Ange du Seigneur descendit Et sa gloire tout alentour resplendit.\n(2) Une Vierge très pure, comme l'avaient prédit les prophètes, A engendré un\nbébé tout gentil à voir, —Pour qu'il nous rachète de la mort, de l'enfer et du péché\nOù la désobéissance d'Adam nous avait tous précipités."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.23", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n573\n\ntant à ses goûts. Il en a été ainsi plus d'une fois en France. Et\ndu reste, la limite déterminée est souvent difficile à établir entre\nce qui est de tradition purement anglaise et ce qui a été pris\nailleurs. Je ne jurerais pas que ce morceau n'a rien à voir avec\nles « noëls » de nos campagnes françaises.\nRemarquons, en passant, qu'il est très heureux, pour l'inspi-\nration poétique et musicale, que la Vierge ait droit d'asile\nparmi la plupart des couplets anciens. Il est vrai, on n'osera\npas se permettre de la représenter avec cette familiarité naïve\nqui est le propre des « nouvé » provençaux. Au contraire, on\nsera tout pénétré de son rôle important dans l'œuvre du salut ;\nl'affection se nuancera de respect.\nIl ya, dans Ben-Hur, de Wallace, une scène touchante :\nl'arrivée de Joseph et de Marie à Jérusalem d'abord, ensuite à\nBethléem ; la confusion qui règne dans la ville, le désarroi qu'y\njette l'affluence des étrangers, l'impossibilité de trouver un gîte,\nles angoisses de Joseph. Et Marie, à moitié voilée, semble nim-\nbée de mystère, irréelle, éthérée, apercevance que l'on dirait\nimmatérielle. Cette conception est celle du génie anglais, que\nje vous présentais comme singulièrement mystique et d'une\nsentimentalité imprécise.\nOui, tous ces « noëls » anciens ont bien la saveur des vieilles\nreliques, que l'on exhume parfois de tiroirs longtemps fermés,\ncomme de précieuses chartes de famille que l'on aimerait et\nrelirait de temps à autre, quoi qu'elles fussent un peu pas-\nsées et de style vieillot, parce qu'on y retrouverait le parfum\nconsolant de l'antan disparu. Oyez maintenant, si vous voulez\nm'en croire, ce dernier spécimen, d'allure dégagée, franche,\nsans arrière-pensée de tristesse, joyeux comme un chant de\npartance.\nmorn, The Sa-viour which is Christ our king, Who on this day was born.\nQue le ciel et la terre se réjouissent et chantent, Saluons en cette heureuse\nmatinée Le Sauveur, le Christ notre Roi, Qui en ce jour est né.\nCe qui est tout à fait anglais, par exemple, ce sont ces carols\nlégèrement épicuriens qui vous ramènent a la matière. Des sen-\ntiments d'un terre-à-terre rabelaisien y poussent sans vergogne.\nOn y parle de bien passer Christmas, devant une belle flambée\nou devant une table bien servie, « comme c était 1 usage jadis »."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.24", "texte": "574\nLE MERCURE MUSICAL\n\nOn vous déclare que le pudding sera excellent et le clairet de\npremière classe ; que l'hôte est généreux, car il tient de son père\nle respect des traditions et ne prétend pas que l'on passe son\n« Noël » à pleurer ou à geindre.\nAprès cela, si vous ne vous laissez pas tenter par ces invi-\ntations faites sur une musique engageante, quelque peu « en\ngoguette », flattez-vous d'avoir remporté sur le démon du jour\nune victoire signalée.\nIl fallait bien que l'Anglais l'Anglais-Pansa, vous savez,\ncelui qui est pratique et ami du « confortable », finît par\nmontrer le bout de l'oreille.\nC'est, sans doute, par suite de ce malheureux réveil du « na-\nturel » qui « revient au galop », que les pauvres hères du bas\npeuple, dès la veille, s'enfournent dans les et,\npendant deux jours, excités par les vapeurs montantes du\nwhisky, fêtent Noël à la manière des truands du vieux temps,\n« estudiants moultallègres »,compagnons tapageurs de Villon...\nTirons un voile sur ces côtés plutôt déplaisants et laids de\nchoses très nobles.\nCe qui est excellent, au point de vue musical, ce sont les\nconcerts sacrés donnés à l'occasion de Christmas. Avec un sen-\ntiment des convenances très louable, les Anglais comprennent\nque, en certaines occasions, la musique sacrée doit seule paraî-\ntre. Noël voit donc arriver une floraison d'œuvres religieuses,\net, pour un moment, le théâtre est quasi le vestibule de l'église.\nD'ordinaire, le Messie de Haendel paraît sur la plupart des affi-\nches. Les exécutions de Albert Hall, de Queen's Hall et autres\nde ce genre sont excellentes. Celles de People's Palace, dans\nYEast-End, s'adressent surtout aux ouvriers. Le prix d'entrée\nest à la portée de toutes les bourses, et les exécutions, quoique\nde second ordre, assez bonnes pour pouvoir donner aux audi-\nteurs l'amour de la belle et noble musique:\nCette idylle légère et gracieuse du s'adapte parfaite-\nment au caractère anglais.\nC'est donc ainsi, par le retour aux vieux noëls et aux œuvres\nsainement fortes que se fait l'éducation musicale du peuple\nanglais. Nous venons de l'y voir à l'œuvre, et que dans tout\ncela il a laissé comme une cristallisation de ses sentiments, une\ncopie de lui-même.\nGrâce aux multiples attraits dont il a su l'entourer, le Ynle-\nTide restera pour lui la fête du cœur et des souvenances. N'est-\nce pas à l'occasion de Christmas que les Anglais s'envoient à pro-\nfusion ces cartes si frêles, aux couleurs si diversementsuggestives,\ncontenant leurs vœux de Noël et de bonne année ? Le «home »\nalors, le «doux home » se repeuple et se ranime plus que jamais."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.25", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n575\n\nOn y revient de fort loin. Etudiants d'Oxford ou de Cambridge\nlaissent leurs livres, leurs sports, les charmes de la vie univer-\nsitaire pour se retremper un instant dans l'étreinte intime de\nla famille, autour du pudding traditionnel, au chant des vieux\nairs qui, doucement, bercent les âmes reliées par une affection\ncommune. Et quand ils seront partis, celles qui restent, les\nmères et les sœurs, se surprendront plus d'une fois à fredonner\nde très anciens couplets où l'on parle de « Noël, de Sauveur, de\nVierge et d'Enfant-Dieu ». Tout cela, n'est-ce pas l'invincible\nattirance des choses éteintes ?\nC'est le dépôt sacrosaint qui, d'âge en âge, ira s'augmentant,\nconduisant les générations du berceau à la tombe et leur\nfaisant toujours entendre des accents de consolation et des pa-\nroles d'amour. Les vieux carols anglais —il faut oser le dire,—\nc'est la conscience catholique qui somnole, qui persiste et qui,\nun jour, doit se réveiller ; c'est le tribut de la religion du passé,\ncelle d'Augustin et de Thomas de Cantorbéry. Ce tribut est un\ngage, et il demeure. Ne sera-t-il pas, un jour, l'instrument d'une\nautre résurrection?\nOlim meminisse juvabit.\n(A suiv\n\nSalvator Peïtavi."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.26", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nCORRESPONDANCE THÉATRALE DU XVIIe SIÈCLE.\n\nI\nNotre époque est si gourmande de révélations intimes, si fort\néprise de vérité vraie, passée au crible de l'histoire anecdotique,\nsi amoureuse du passé, fût-il très lointain, que l'on ne saurait\ntrop s'appliquer, en ce qui concerne particulièrement le théâ-\ntre, à mettre en lumière des « papiers » que nos devanciers\neussent tenus pour méprisables. Nous sommes au temps des\n« Mémoires », des « Confessions», des « Souvenirs » et aussi\ndes « Correspondances ». Celles-ci ont un attrait bien spécial,\nattirant, délicieux, provoqué par leur sincérité. Le charme des\nlettres, c'est qu'on se trouve en face de documents toujours\nvivants, fidèlement évocateurs de certains états d'âme, d'une\npsychologie précieuse, point revue et corrigée. Tel homme qui,\nsous Louis XIV, a dit son opinion sans apprêts, dans un style\namical et confidentiel, a fait plus pour l'histoire que maints\nnarrateurs soucieux de frapper l'esprit public.\nC'est pourquoi, personnellement, j'attache une grande im-\nportance aux missives privées de la fin du xvne siècle et de tout\nle xvnie. Je me permets donc d'appeler l'attention des spécia-\nlistes, en matière de théâtre, sur les lettres inédites que je viens\nleur offrir et qui émanent presque toutes d'un conseiller au\nGrand Conseil, fervent amateur d'opéras. En les lisant, ils se\ntrouveront enveloppés par une atmosphère de vérité qui leur\ndonnera le goût de la recherche pour une époque assez mal\nconnue de ceux-là même qui se sont permis d'en parler, d'après\ndes on-dit fort douteux.\nLouis François Ladvocat, conseiller du Roy, ensuite maître\nordinaire de la chambre des Comptes, né à Paris le 5 avril\n1644 ®t mort dans la même ville, doyen de sa compagnie, le\n8 février 1735, était un homme d'une complexion robuste.\nPorté par sa nature vers la théâtralité, vers les phénomènes ex-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.27", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n577\n\ntérieurs, il suivait avec une attention soutenue les spectacles de\nParis et d'une façon toute spéciale ceux de l'Académie royale de\nMusique. Il correspondait assez régulièrement avec l'abbé Jean-\nBaptiste Dubos, historien, critique et diplomate, né à Beauvais\nen 1670 et mort à Paris en 1742. Celui-ci avait 24 ans lorsque\nLadvocat, cinquantenaire, commença de l'initier aux mystères\ndu théâtre de son époque. La première en date, parmi ces\nlettres curieuses, remonte à 1694. La voici dans sa teneur ori-\nginale :\n« Ce mardi 5e septembre (1).\n« Je commence monsieur à vous faire reponce a la derniere\nque vous aves eu la bonté de mecrire et a vous dire que jeudi\ndernier M. Pecourt(2) fit venir chez luy Mlte Cherier il ny avoit\ndans la chambre que Colasse (3). Elle chanta et mayantprié de\ndire mon advis après quelle fut sortie je leurs dis que je luy trou-\nvoisla voixegalle et beaucoup de justesse, quelle avoit quelques\ncadences trop longues et trop tremblantes que cela se pouroit\ncorriger dans la suitte, que la représentation sur le theatre en\nseroit agreable quoique dailleurs elle ne fut aussi touchante que\nles actrices que nous avons neantmoings elle avoit un visage à la\nromaine qui exprimerait asses bien les passions tendres etc.,\nquen un mot elle doubleroit asses bien les rolles de la des M. (4)\net de F. Morau. Le geste est assez naturel et les yeux ressen-\ntentassez les mouvements des passions quelles représentent si\nleurs mouvements netoit si violent par une agitation trop fré-\nquente, quelle donne a ses prunelles en les tenant presque tou-\njours attachés au plafond de la salle. En un mot les trois repré-\nsentations quelle a donnes au public nous ont fait connoitre sa\ndocilité puisquelle a profité des advis qu'on lui a donné. Elle n'a\npas la voix si haute que Mlle Renaud, mais elle la plus reguliere\net plus tendre et je croi que quand vous lentenderes elle vous\nplaira.\n\n(1) Le 5 septembre ne se trouve un mardi qu'aux années 1684, 1690,\n1702, 1719. La lettre étant de 1694, à n'en pas douter, il faut supposer que\nle scripteur devait mettre mardi 7 et non mardi 5.\n(2) Guillaume-Louis Pécourt, fameux danseur fort recherché de quelques\ngrandes dames dont la folie libertine se disputait la possession des artistes\nà la mode. Pécourt a été peint dans les Caractères de La Bruyère, sous le\nnom de Bathylle. Il fut le favori préféré de Ninon de Lenclos.\n(3) Maître de musique de chambre de Louis XIV en r 696 et d'abord maî-\ntre de musique de la chapelle du roi. Compositeur fort médiocre et dont\nles ouvrages n'eurent aucun succès.\n(4) Desmatins, chanteuse de l'Opéra très renommée à cette époque."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.28", "texte": "578\nLE MERCURE MUSICAL\n\n« J'ai entendu lire l'opéra de Theagene et de Cariclee (1) où\nil manque deux actes. Le cannevas men parut extrêmement in-\ntrigué et je croi quil auroit peinne a le développer avec toute la\nnetteté qu'il est nécessaire dans un sujet d'aussi peu detendue\nque lest un opéra dont les expressions sont couppes par le peu\ndetendue que laisse le chant pour sexprimer. Cependant dans\nles vers quil nous leut nous trouvâmes quil nous avoit entiè-\nrement satisfaits. Il y a de l'heroique et du surprenant par la di-\nversité des incidents vraisemblables qui se contrastent si bien\nles uns avec les autres quils surprennent agréablement lesprit\nde lauditeur par leur nouvauté et le denoument ingénieux qui\nestdautant plus agreable quelon lavoit le moins preveu. Desma-\nrets en a fait lepremierair qui repond parfaitement a la noblesse\ndu sujet qui est grave et serieux. Pour Ladonis (2) je vous dirai\nque je croi asses difficille de le mettre en des meilleurs mains,\njen suis dautant plus persuadé que jen ai de bonnes preuves\ndans les vers que vous aves eu la bonté de menvoier. Il est\nvray que Biaise de Vigiriere (?) sur Titelive tome dr, page 495\nde lunique édition française, il fait Venus engendree de Syrus\net Syria autrement Astarté qui se maria avec Adonis. Il pré-\ntends qu'il est fait mention de cet Venus au livre des roys soubs\nle nom de deesse des Sydoniens. Il veut aussi que ce soit la\nmême que celle que Lucain nomme deesse syrienne. Probus\nqui a fait un commentaire sur la Xe eglogue de Virgile fait des-\ncendre Adonis de Phœnice et Dalphoesibea, fille Dagenor roi\nDarabie (si roys y ont été en ce temps). Antimachus fait Adonis\nun des roys de Cypre et Philo-Stephanus le fait fils de Jupiter.\nServius sur leglogue VIIIe de Virgile, au vers\nraporte que Melus originaire de Delos shabitua dans Cypre\ndans le temps que Cynira y regnoit, quelle donna a Adonis\nson fils pour laccompagner partout et ayant recogneu dans la\nsuitte les rares qualités de Melus le roi souhailtat quil épousât\nPetra sa parente vouee au culte du temple de Venus. De ce\nmariage est issu Melus et Venus aimant Adonis souhaitât que\nMelus fut consacré au service de ses autels etc. Le même Ser-\nvius sur leglogue X et le mot Adonis après avoir raporté la\nfable de Cynira et deMyrrha sa fille, il dit quelle est autrement\nraportee par les egiptiens et prétend que deux freres abordèrent\nen Cypre, quils sy marièrent, que de lun de ces mariages sortit\n\n(1) Théagène et Chariclée, tragédie lyrique en 5 actes, paroles de Duché,\nmusique de Desmarets, représentée à l'Académie de musique le 3 février\ni6gs, sans succès. Le même sujet avait été traité déjà en 1601, par Alexan-\ndre Hardy, sous le titre de : Les chastes et loyales amours de Chariclée, en\nhuit journées.\n(2) Il s'agissait là]d'un poème que l'abbé Dubos avait l'intention d'écrire."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.29", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n579\n\nCeles qui eut Erinone pour fille qui fut si chaste quelle en fut dau-\ntant plus aimee de Minerve et de Diane et par une conséquence\nindubitablement mythologique plus haie de Venus qui en ren-\ndit Jupiter amoureux. Mais Junon plus finne que Venus la pria\nde rendre amoureux Adonis d'Ermone, Elle luyrésista. Junon\na la faveur de quelques nuages officieux et obéissant fit coucher\nAdonis avec la belle. Diane fut si courouce quelle changea\nErinone en pan. Adonis sappercevant qu'il avoit eu a faire\navec la maîtresse de Jupiter se retira dans les bois du mont\nCassius au pied duquel il fut tué non pas par un sanglier mais\nparla foudre de Jupiter. Venus irritée jusques alexcesdemanda\na Jupiter par lentremise de Junon de faire revivre Adonis et\nDiane consentit quon ressussitat Erinone pour la marier a\nAdonis. De ce mariage ils eurent Taleus et vécurent du depuis-\ntrès heureux. Apollodore nous apprend que Cynira étant aborde\navec quelques trouppes en Cypre, quily engendra un fils nomme\nPaphudis qui y bâtit la ville de son nom. Vous scaves que cest:\nau port de Paphos quaborda Venus. Lucain mesme prétend\nquelle y est nee : sic numina nasci credimus aut fas est etc.\nLiv. VIII. Elle y eut un temple : ipsa paphum sublimis abit\nsedesque vêtus etc. Il y avoit dans ce temple un oracle fameux\nsi vous en voules croire Suetone. Pline remarque quil ne pleu-\nvoit jamais sur lautel, votre bon ami Tacite his. lib. 2 quil yen\navoit plusieurs aussi privilégiés dans lesquels Igne puro altaria-\nadolentur etc. Je ne suis pas de l'advis des auteurs qui préten-\ndent que ce netoit Venus celeste mais la vulgaire qui etoit adoree\na Paphos. Apulee Miles XI. Seu tu carestis. Venus qui primis\nrerum exordiis sexuurn diversitatem generatoamore sociastietc-\nC'est la meme selon Pausonias qui fut adoree par les Syriens :\nprope est fanum veneris carestis quam primi omnium etc.,\net le temple d'Ascalon etoit fait et construit sur le modèle de\nPaphos, selon Herodote Liv. ler.Ier. Pour le simulachre de la\ndéesse, vous êtes trop instruit des médaillés et trop bien ins-\ntruit de Tacite pour vous en ennuier. Je vous remarque que\nselon Virgille et Horace, ode xxx, 1. ler.Ier. Thure multo hinc\nara odorata. Mais peut-etre ne seres pas fâché de scavoir que\nle vase ou étoit lencens etoit propre a Venus aussi bien que le\ncanthare a Bacchus et quil sappelloit selon Hesychius Cichetus\nKi^y]xbq. Ovide, Mét. 1. prétend quon y sacrifioit, nivea cervice\njuvenia, mais si vous en lises jamais les vers vous y remarque-\nrez totâ celeberrima cypro. Cela veut bien dire dans lisle de\nCypre. Mais lon peut raisonnablement doubter que ce fut a\nPaphos et le sacrifice se pouvoit faire dans dautres villes qui\nluy étoient aussi consacres. Tacite prétend quon y immolait\ndans lisle : hœdos sed sanguinem ara affundere vetitum preci-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.30", "texte": "580\nLE MERCURE MUSICAL\n\nbus tantum et igné puro. Accordes le avec lui mesme et eris\nmihi magnus Apollo, a moins que de distinguer lisle des villes.\nIl y a une remarque nécessaire à faire pour vostre sujet cest\nque Thamiras ayant aporté de Cilicie la manière de sacrifier,\nla sacrificature demeura dans la famille de Cynara, fondateur\net de Thamiras et fut conféré a Ptolomee par Caton ainsi que le\nremarque Plutarque dans sa vie.\n«Nous avons donné, avec asses dauthorite pour nen etre de-\nsadvoué par les scavants, un caractère dhonètete et de celeste a\nVenus. Voions la naissance d'Adonis. Cynire son père etoit fils\nd'Apollon et de Pharnace. Il eut pour femme Metarmen fille\nde Pygmalion aussi roy dans Cypre ou il y avoit presque autant\nde rois que de villes. Il eut de sa femme deux fils Oxyporus et\nAdonis et de filles Orsedicen, Laogorem, et Brasiam, cest le\nsentiment d'Apollodore Lib. lIIe. Lutatius, sur lepitome des\nMétamorphosés lib. X. prétend que la mère deMyrrha s'appel-\nloit Ceuchreide, cest dont nous navons pas besoing ainsi je ne\nvous en dirai rien, mais pour Smirne le mesme Apollodore la\ncroit fille de Thyante et non pas de Cynire. Clement Alex,\nadjoute que ce fut lui qui mit au nombre des Dieux Venus\norgiaque et pour ne vous rien déguiser de l'histoire, Arnobe,\nL. IV arege Cyprio cui nomen Cynirasestditatam meretriculam\nvenerem divorum in numéro consecratam. Voilà cette nais-\nsance dont le poete ne vouloit quil fut permis de reveler et dont\nFirmicus vous instruira un peu mieux de en. prof, rege Audro\nCynaram cyprium templum amica meretricis donasse : ei erat\nVenus nomen initiasse etiam cypria veneri plurimos, etc. Il étoit\ndu temps d'Agamennon puisquil luy donna une cuirasse d'airain\net lui promit cent navires dont il ne luy en envoiapas un ce qui\nfut en partie la cause si Agamennon le chassa de lisle. Il mourut\nensuitte de chagrin et fut enterré dans le temple quil avoit bati\ndans Paphos. C'est le sentiment de Clément qui en raporte la\nmeme autorité presque dans les termes d'Arnobe. Je croi que les\nauthorites que je vous ai raportes dans ma lettre sont plus que\nsuffisantes pour authoriser la vraisemblance que vous iugeres\na propos de mesler dans votre poesie. Il y en a bien de moins\nscavants qui ne seroient pas scrupuleux a ce point et qui aiment\nmieux imposer manque de capacité que dinstruire avec des\nauthorites aussi bonnes que celles que vous aves et que je vous\nenvoie. Je voudrais bien scavoir ou M. de Corneille a pris dans\nBellerophon que leffigie d'Apollon eut la face humaine et\nque la pythie fut en Lycie comme a Delos et que contre ce que\nPalamede auroit appris aux Grecs et a ce que pratiquoient les\négyptiens on sacrifiait ailleurs qua Rome un taurau blanc a\nApollon aussy bien qua Neptune."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.31", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n581\n\n« Si je netois pas aussi pressé que je le suis de finir et dache-\nver ma lettre jen aporterois les authorites qui ne vous seront\npas aussy inconnues que beaucoup d'autres. Pour moi il na\njamais été marie mais il a aimé Seta, Clitobule, Helice, Theo-\ngone, Menalippe sœur d'Antiope reinne des Amazones. Vous\nscaves la possession dans laquelle ils etoient de ce choisir des\namants sans crainte daucune censure. Il a aimé aussy Astioche\nfille d'Actor qui enfanta Ascalaphe et Ismène. Car pour la ves-\ntale Rea Sylvia dont il eut Remus et Romulus, cela seroit trop\nloing de Cypre. Je finis, monsieur, en attendant vostre projet et\nvous priant de mécrire sans façon. Je vous en donne le premier\nlexemple et je nen suis pas moins\n« Vostre très humble et très obéissant serviteur,\n« LADVOCAT.\n« Vos garderes apparemment ma lettre comme je garde les\nvostres. Au moins si jay manque a vous repondre, vous aurez\nla bonté de m'en advertir. »\nPar le tour de cette missive, on se rend compte de la valeur\nqu'avait Ladvocat comme lettré.\nHomme de bon sens, nous le verrons par la suite faire des\ncritiques remarquables sur maints ouvrages.\nLe samedi 26 février 1695, il écrivait à l'abbé Dubos :\n« M. du Rosai ne ma pas encore remis la critique de Bellero-\nphon (1). Pour celle de Persée (2) elle me plaist extrêmement\nmais jaurois souhaitté que vous eussies parlé de celle Dandro-\nmède de M. de Corneille et vous auries condamné des héros\nqui ne font rien sans l'assistance des Dieux. Cependant c'est\nun très bon precepte de ménager leurs présence et leurs actions\nde telle sorte que l'on puisse retrancher tout ce qu'il y a dex-\ntraordinaire et de miraculeux sans faire prendre unne autre\ncours a laction des hommes qui ne peut etre augmentée que\npar le secours des dieux mais qui ne doibt jamais etre entière-\nment executée par les dieux. COR. ANDR.\nOn simpose aisement quand on a rien a craindre.\nLe ciel qui mieux que nous connoit ce que nous sommes\nMesure les faveurs au mérité des hommes.\n« En un mot il ne faut pas abuser de la puissance des dieux\n\n(1) Opéra en cinq actes de Thomas Corneille, Fontenelie et Boileau,\nmusique de Lulli (1679), et qui fut remis en musique par Berton et Grenier\nen l'y h] 3.\n(2) Tragédie lyrique en cinq actes et un prologue, paroles de Quinault,\nmusique de Lulli, créée à l'Académie Royale de musique le 17 avril 1682.\nC'était le sujet d'Andromède déjà traité par Thomas Corneille."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.32", "texte": "582\nLE MERCURE MUSICAL\n\net leurs attribuer une force qui choque la vraisemblance poéti-\nque et qui peut faire reprocher au poete que faute d'art et din-\nvention il a été obligé dimplorer le secours des puissances\nsurnaturelles. Il faut que le poete ne les emploie que lors quil\npeut sen passer et qu'il fasse en sorte que laction de son héros\nne les exige pas nécessairement et que cela nempeche pas de\nfaire rentrer dans l'ordre naturel laction miraculeuse dont il\nse sert.\n« Monsieur Foissin ma appris que vous arrivies hycy le dix\ndu prochain. Je serois pourtant bien aise que vous menvoiassiez\nencore quelque critique auparavant et que vous me mandies\ncelles que vous voules encore faire.\n« Je croi quoi que lon dise que lon ne joura iquapres Pas-\nques Theagene, on fait ce que l'on peut pour le faire tomber\net quand l'on répétera la mort Darmide la faction contraire\nemploira son crédit pour la faire décrier. Capistron fait lopera\nde Clytemnestre (1) et monsieur le grand Prieur a dit a Des-\nmarets dayder à Lully qui en doibt faire la musique.\n« Je n'ai point vu les Heraclides (2) parce qu'on ne les re-\nprésente plus depuis huit jours.\n« Je ne crois pas que vous songeassies encor a Adonis. Jattends\navec impatience sa résurrection et la fin de vos critiques devant\nvotre retour. Je suis monsieur\n« Votre très humble et très obéissant serviteur\n« LADVOCAT. »\nUne dizaine de jours plus tard, l'abbé Dubos n'étant pas\nencore venu a Paris, Ladvocat, que son amitié pour Desmarets\nportait a défendre Théagène et Char iclée écrit de nouveau :\n« A Paris, ce 10 mars 1695.\n« Je vous dirai monsieur que Theagène est absolument remis\npoui après Pasques et dans touttes les répétitions il duroit sans\nle prologue 3 heures ce qui nous a obligé d'en retrancher avec\nMons de Fianchinne(3) nonpas ce que nous aurions voulu mais\nce que Desmarets et Duché ont bien voulu souffrir qui fut oté\navec bien de la peinne. Vous vous formalises du temple du Styx\net de sa peisonnalite. Vous pouves y joindre Fiecate qui sera\nhabillee de blanc avec un croissant sur la teste du dessein du\nMythologiste Berin (4) qui ne scait pas que dans le ciel on\npnoit la Lunne, quon invoquait Diane sur la terre et dans les\n\n(1) Cette œuvre ne vit pas le jour.\n(2) Tragédie de de Brie.\n{3) Directeur de l'Opéra.\n(4) Berain, fameux dessinateur des costumes de l'Opéra."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.33", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n583\n\nenfers Hecate que quelques uns confondoint avec Proserpinne\net qu'Hesiode prétend se devoir appeller Perseis sœur de la\nfille de Latone et fille de Persee adoree dans la Beocie, a qui\nJupiter donna pouvoir sur tous les elements etc. Quand vous\nla verres représenter vous y remarqueres assurément quil faut\nplacer les actions ou il est plus facile et mieux scans quelles\narrivent et les faire arriver dans un loisir raisonnable sans les\npresser extraordinairement.\n« Pour les sujets tires des métamorphosés ou des romans\nMr de Corneille prétend que cela doibt avoir unne égalé autho-\nrite sur nos théâtres et quoique la métamorphosé d'Ovide soit\ndinvention on peut en tirer des sujets de tragédie mais quon ne\ndoibt jamais inventer sur ce modèle. Il n'est permis quau\nSr Duché de se servir de quatre oracles, de quatre divinités, des\nombres de touttes legipte et de tous les diables de lenferpour\nfaire épouser Théagene a Gariclee. En un mot monsr il est de\nla science d'un bon poete de bien préparer ses incidents et ne les\npoint précipiter et je pense que vous aures peu veu de poemes\ndramatiques ou unne passion très amoureuse de deux rivales\ndont lune devient jalouse au point dinvoquer le Styx au 2e acte,\nque loin de luy donner quelque esperance a peinne a repondre\npendant deux actes.\n« Au 4me Thetis donne une épee a Theagene que les diables\ndarsace et de Meroebe quil nest nullement nécessaire qui soit\nmagicien pour etre brave et général darmee Ethiopique et que\nla deesse Thetis luy vend pour tuer Meroebe et quarsace ensuitte\nse mocque de la protection de Thetys et décrété dun décret de\nprise de corps, Teagene et Gariclee quelle fait executer par des\ndiables de nautonniers qui les remettent es prisons d'Ethiopie,\na qui Osiris donne des lettres de remission et sur lappel in-\nterietté par Thetis et autres deux celestes pour avoir attenté\nsur la supériorité de Thetis condamne Arasce a se poignarder\naprès avoir assiste aux fiançailles de son amant avec sa rivalle.\nIl faudra cependant que vous et moi applaudissions aux pre-\nmières représentations qui sen feront et que nous oublions Aris-\ntote, Horace, etc. et que nous paroissions plus badaux et plus\nprovinciaux que nous ne sommes.\n« Je suis monsieur, votre très humble et très obéissant\nserviteur. « LADVOCAT.\n« Mr du Rosai ne m'a pas encor remis votre derniere criti-\nque. »\nNous verrons par la suite que le Conseiller du Roy était un\njuge vraiment habile pour son époque.\n(A suivr\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.34", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS\nConcerts Colonne. Concerts Chevillard. *— Mlle Elisabeth Delhez. • - Soirées d'Art.\nSociété Philarmonique. Société Bach.\nC'est à M. Perilhou qu'échut le périlleux (pardon !) honneur de représen-\nter, au concert Colonne du 12 novembre, la jeune école française. Sa\nBallade pour harpe, flûte et orchestre est honnête, niais elle est pauvre\naussi : les si jolis instruments ne sont guère mis en valeur par une musique\ngrise, terne, appliquée, qui sent le devoir d'école. À ce même concert,\nM. Diémer faisait applaudir le Concerto en sol de Beethoven, et M. Jan\nReder chantait admirablement les six Chants religieux du même, correcte-\nment orchestrés par Rabaud.\nFoule épaisse au concert Chevillard, attirée par un programme où figurent\nà la fois Schumann, César Franck, Weber, Berlioz, Rimsky-Korsakof,\nWagner et M. Lefèvre-Derodé, Le Soleil couchant de ce dernier auteur\nla nouveauté du concert est inspiré par un fort beau sonnet de Hérédia,\nque la musique imite sans l'égaler. C'est de bonne musique cependant, très\ncongrument descriptive, et j'ai goûté ces palpitations du quatuor sur les-\nquelles chantent le cor anglais du pâtre, puis VAngélus sonné parles harpes\net les flûtes ; la conclusion m'a paru, en revanche, donner une assez\npauvre idée des splendeurs du couchant, où\n... Le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,\nFerme les branches d'or de son rouge éventail.\nLe concert continuait par Y Ouverture du Freischûtjoué en ce moment\nà l'Opéra une ou deux fois par semaine. C'est là une délicate attention à\nl'adresse de M. Taffanel et pour nous, critiques, une invitation au parallèle\nque nous ne pouvons décemment refuser. Je dirai simplement que l'intro-\nduction de Y Ouverture a été plus lente, plus solennelle et mystérieuse qu'à\nl'Opéra, mais que le trait des violons, à la péroraison, a manqué un peu de\nfougue; et surtout le son était trop écrasé par la pression des archets. Le\nCapriccio espagnol de Rimsky-Korsakof, redemandé, a été couvert d'accla-\nmations, et je dois avouer qu'après cet éblouissement Roméo et Juliette de\nBerlioz m'a paru fruste et nu, malgré les efforts de mélodies empressées à\nsignifier l'amour, la joie ou le désespoir : cela manque de richesse et de\ncouleur, ou plutôt cela manque de musique ; l'oreille n'est charmée ni par\nles harmonies, ni par les effets de timbre ; il y a des lacunes, des creux,\npuis des heurts désagréables ; une gaucherie touchante, mais pénible.\nL'œuvre de Rimsky-Korsakof au contraire, comme presque toutes les"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.35", "texte": "REVUE I)E LA QUINZAINE\n585\nLE MERCURE MUSICAL\n39\n\nœuvres russes modernes, révèle des facultés d'audition merveilleuses et\ntoutes fraîches, un jeune et fougueux amour du son pour lui-même, et une\nprestigieuse habileté d'orchestration : c'est une orgie de musique, mais une\norgie aussi délicate que violente : non ! Lucullus.\nLe concert commençait par Y Ouverture de Manfred et la Symphonie de\nFranck, toutes deux fort bien rendues, sauf en ce qui concerne les mouve-\nments, que je voudrais plus nuancés.\nLe concert du 19 novembre nous offrait encore une grande variété d'œu-\nvres, toutes intéressantes par quelque endroit. D'abord la 3e Symphonie de\nSchumann, qui est en réalité la dernière, et, malgré de gracieuses idées, ne\nme plaît pas beaucoup : le développement est tout en redites, et la compo-\nsition incertaine ; un maestoso succède à Yandante sans que Ton sache trop\npourquoi; l'orchestre n'a que deux tons : cuivres et cordes, et les cordes\nsont grises, et les cuivres sans vigueur ; dans la première partie, la perpé-\ntuelle agitation du quatuor produit à la longue une impression de papillo-\ntement presque insupportable. L'orchestre n'a jamais réussi à Schumann, et\nle plus curieux, c'est (comme me le faisait remarquer Claude Debussy un\njour] qu'à tout moment, dans ses œuvres de piano, on sent, on entend, on\ndevine l'orchestre ; au lieu que ses symphonies ne sonnent bien qu'au\npiano. L'Apprenti Sorcier, de Paul Dukas, me paraît au contraire trop bien\nécrit pour l'orchestre : tant de science, tant d'instruments, tant de timbres\ningénieusement variés, tant d'altérations harmoniques, pour n'aboutir après\ntout qu'à nous divertir un moment ; voilà du comique chèrement acheté,\net la matière ne méritait peut-être pas tant de travail : c'est de très délicate\norfèvrerie de cuivre ou de plomb ; je me méfie d'un art aussi indiscret.\nJe n'avais jamais eu occasion d'entendre la légende pour orchestre de\nVincent d'lndy intitulée Saugefleurie ; le début est d'une poésie enchante-\nresse, avec ce chant d'altos en sourdine qui s'élève sur le fond sombre des\nbassons, bientôt aggravés d'un cor très profond : la fée erre, pensive, dans\nla forêt d'ombre. Le fils du roi vient à passer, et ce sont des fanfares, qui\nont pour moi moins de charme ; puis une scène d'amour, un peu plus tour,\nmentée que je ne voudrais ; mais la fée meurt pour avoir aimé un mortel,\net la mélodie du début revient, enveloppée d'harmonies douloureuses, qui\ntombent comme des linceuls : on reste sur cette impression de grandeur\nmélancolique, qui appartient en propre à Vincent d'lndy, et donne un prix\ninestimable à quelques-unes des pages qu'il a écrites.\nA ce même concert Mme Mellot-Joubert chantait d'une voix agréable,\nmais mal posée, une cantate assez insignifiante de Rameau, Diane et Actéon,\net le Nocturne de César Franck, orchestré par Guy Ropartz avec beau-\ncoup de respect et de conscience, certes, mais j'aime mieux le simple\naccompagnement de piano, surtout quand c'est Mlle Delhez qui chante.\nEnfin on nous a servi pour terminer une Kermesse de Jaques-Dalcroze,\nbâtie, paraît-il, sur des thèmes romands ou vaudois qu'il valait mieux\nlaisser où ils étaient; ou bien alors il fallait en tirer des développements\nplus intéressants qu'eux-mêmes. C'est ce qu'on n'a pas fait : et pour comble\nde malheur, une sorte d'épisode sentimental vient juste à point pour rappeler\nle trio à la sous-dominante de nos pas redoublés, marches, galops, et\nautres musiques plus triviales que populaires. J'espère que ce n'est là le\nchef-d'œuvre ni de Jaques-Dalcroze, ni de la musique suisse?\nJ'ai cité un peu plus haut Mlle Elisabeth Delhez, qui vient de donner\ndeux concerts, à Paris, le 13 et le 22 novembre. J'ai pu assister au premier, et\nce fut là une des meilleures soirées que j'aie eues depuis bien longtemps.\nD'abord c'est un si grand plaisir d'entendre une voix fraîche et nourrie, bien\nposée et bien timbrée en toute son étendue ! Mais à ces qualités naturelles\nMlle Delhez joint une puissance d'interprétation qui va droit au cœur. Je"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.36", "texte": "586\nLE MERCURE MUSICAL\n\nne crois pas possible de sentir mieux la passion candide de Frauenliebe,\nou le recueillement religieux du Nocturn de César Franck, si rarement\nchanté et si ingrat pour tous ceux qui ne cherchent que les effets; car\nc'est une mélodie de quelques notes seulement, très soutenue, et qui se\nrépète, chant naïf de l'âme en prière, cantique sublime, suave litanie.\nVoilà ce que MUe Delhez a su, sans effort, nous faire entendre ; elle n'a\npas moins bien traduit l'ardeur des lieder de Beethoven ou l'insouciante\nmélancolie de la Ronde de Lekeu. Et la de Debussy, rendue\nen une charmante nuance clair de lune, a été redemandée par l'auditoire\nenthousiasmé. On voit par ces noms seuls que Mue Delhez ne reste étran-\ngère à aucune forme de la beauté musicale ; elle y a d'autant plus de\nmérite que sa sincérité reste toujours entière, manifeste, saisissante. La\nseconde séance, qui réunissait Bach, Wagner, Mozart, Liszt, Brahms, Schu-\nbert, Fauré, Duparc, Borodine et Chabrier, a eu, paraît-il, plus de succès\nencore que la première. J'espère que nous aurons bientôt occasion d'en-\ntendre de nouveau MUe Delhez; des talents aussi purs que le sien sont rares\nà Paris, autant et peut-être plus que partout ailleurs.\nEt cependant, au Châtelet, Mme Roger Miclos mène à la victoire\nappassionato de Saint-Saëns, Mme de Montalant chante la Procession de\nFranck, M. Colonne recueille bravos et après le chœur des\nd'Athènes, où l'Ouvreuse loue avec raison « ce vieil orientalisme en\nchambre, savoureux quoi qu'en pense certain abonné à poire entière ».\nLouis LALOY.\n*\n* *\nLa société des Soirées d'Art donnait le 16 novembre son deuxième con-\ncert, dont le succès a peut-être dépassé encore celui du premier. Au pro-\ngramme, les troisième et quatrième Qu de Beethoven, exécutés par\nMM. Capet, Tourret, Bailly et Hasselmans avec une rare perfection : pré-\ncision des attaques, équilibre des sonorités, homogénéité des nuances, et\npar-dessus tout le souci constant de tous les détails de l'interprétation,\nrien ne laisse à désirer. Mlle Geneviève Dehelly a joué très brillamment la\nRhapsodie espagnole de Liszt, où elle a su faire valoir la vigueur de son\nattaque et la précision de son mécanisme.\nDans un style simple et pur, Mme Gaëtane Vicq-Challet nous a chanté de\ntrès belles pages de Lulli et de Hasndel ainsi que des mélodies modernes\nde Fauré, Erlanger et Balakirew auxquelles le public a fait excellent ac-\ncueil.\nE. BORREL.\n* *\nLes concerts de la Société Philharmonique sont suivis chaque année par\nun très nombreux public, assuré par la personnalité de l'interprète\nd'avoir de l'œuvre une exécution irréprochable. Mais si, en général, la\nvaleur des œuvres entendues est indiscutable, il faut regretter, à cause de\ncela même, le choix de certaines pages d'un degré d'art inférieur ou ne\nprésentant qu'un intérêt médiocre.\nLe premier concert de la saison, donné le 21 novembre, portait au pro-\ngramme les noms de M\"e Marie Bréma et du quatuor Dessau (de Berlin).\nAvec beaucoup d'entrain, d'une belle voix fort expressive, MUe Bréma a\ndétaillé neuf mélodies dont certaines (chanson du\nxve siècle) et Menuet chanté,de Rameau sont tout à fait charmantes ;\nVenez Camarades, deMelchior Franck (xvue siecle), et le\nBrahms, très gaies et d'un joli mouvement. Par contre, les Chants de Noëlf"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n587\n\nde Peter Cornélius, et Babillage, de F. Weingartner, sont beaucoup moins\nintéressants ; quant à la Chanson de Weyla, de Hugo Wolf, c'est de la\nmusique de salon, fade, banale et sans caractère. Je dois reconnaître que\nla majeure partie du public ne partage pas mon opinion, car cette mélodie\na été redemandée.\nUn quatuor de Haydn joue en premier lieu nous avait permis d'apprécier\nle jeu sobre, la délicatesse de coup d'archet, le fini des nuances du qua-\ntuor Dessau. Signalons en passant le second mouvement du quatuor de\nHaydn • — écrit, si j'ai bien entendu, en ut, tonalité assez\néloignée du ton général de l'œuvre, qui est ré majeur. L'adagio n'est point\ndésagréable et le finale est d'une vivacité charmante. Pour terminer: le\nquatuor en la mineur de Schubert, qui m'a paru contenir beaucoup de\nlongueurs ; cela malgré le talent avec lequel l'ont joué MM. Bernhard\nDessau, Bernhard Gehwald, Robert Konecke et Fritz Espenhahn. Je m'en\nvoudrais d'oublier M. Eugène Wagner qui fut, suivant son habitude,\nexcellent accompagnateur.\n%\n% *\nTrès intéressant concert d'orchestre le 22 novembre à la Société J.-S.\nBach. Je me plais d'autant plus à le reconnaître que deux heures de musi-\nque de Bach constituent pour moi un maximum. On ne saurait nier, en\neffet, malgré l'admiration que nous avons tous pour ce musicien, que,\nsouvent, des redites copieuses rendent pénible l'audition de ses œuvres\nimportantes. Il n'en a pas été de même cette fois.\nM. Louis Diémer et MM. Lazare Lévy et Alfred Casella nous ont\ndonné une très belle exécution de deux Concertos pour trois pianos et\norchestre. Dans le premier concerto en ut majeur les trois instruments\nont une importance égale; j'ai particulièrement aimé le premier mouve-\nment, de rythme vigoureux. Dans le second concerto en ré mineur\nun des pianos prédomine sur les autres; délicieusement joué par M. Louis\nDiémer, l'expressif alla siciliana fut surtout goûté. Pourquoi cacherais-je\nque ces deux œuvres m'ont été plus agréables à entendre que les deux\nautres : deux cantates dont c'était la première audition ? La Cantate\nnuptiale: O jour heureux, est, paraît-il, une œuvre de circonstance destinée\nà accompagner un repas de noces. Avec ses récitatifs monotones et son\nmilieu où flûte et chant alternent par trop longtemps, cette cantate est bien\nprès de rentrer dans la catégorie des œuvres dont je parlais plus haut ;\nheureusement que le finale très allègre arrive à point. Mlle Mathieu d'Ancy\ns'est tirée avec honneur de la partie de chant écrite presque constam-\nment dans un registre élevé, et semée de périlleux passages. La Cantate\nsacrée pour le premier dimanche après l'Epiphanie: O mon Jésus, mon seul\ndésir, chante la nostalgie de la mort, la lassitude de vivre, l'attente de plus\nen plus sereine de cette mort libératrice. Cette œuvre fut chantée avec\nbeaucoup d'expression par MUe Gabrielle Noiriel et M. Jan Reder. L'or-\nchestre était, comme d'habitude, très bien dirigé par M. Gustave Bret;\nparmi les instrumentistes, je signalerai Mlle Nadia Boulanger et MM. Da-\nniel Herrmann, Krauss et Mondain.\nJEAN POUEIGH.\nL'abondance des matières nous oblige à renvoyer à notre prochain numéro\nles comptes rendus des concerts des Soirées d'Art (28 novembre) et de la\nSchola Cantorum [24 novembre), ainsi que de la ire représentation d!Armor\nà Lyon."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.38", "texte": "588\nLE MERCURE MUSICAL\n\nLA MUSIQUE EN BELGIQUE.\n\nA propos d'Armide.\nLe récent succès d 9 Armide était attendu. On savait à Bruxelles la haute\ncompétence artistique des directeurs du théâtre de la Monnaie, le savant\nconcours que M. Gevaert avait apporte dans l'ordonnance scénique de\nl'œuvre, le constant souci qui présidait au règlement des détails, et l'excel-\nlence des interprètes. Déplus, on est un peu gluckiste en Belgique ; par\ntempérament, par goût et, qui sait, par tradition, on répudié bénévolement\nla musique ialienne. Nous sommes tous des harmonistes. Les succès pré-\ncédents des modernes français, notre penchant pour le drame musical, la\ndirection que prennent en général nos œuvres originales, et le mouvement\nwagnérien d'il y a dix ans en font foi. Donc, Armide a eu du succès, et\ntoute la presse l'a chanté. On a exalté, en effet, dans les journaux spéciaux\net dans les autres, l'excellence du procédé gluckiste, l'union de la parole\net de la musique, la préface révolutionnaire dy Alceste et les querelles pic-\ncinistes du xvme siècle ; on a exhumé les vieilles chroniques du Mercure\nde France d'il y a cent trente ans, d'anciennes lettres de La Harpe et de\nlongs souvenirs d'interprétations précédentes que Ton a accommodés à tou-\ntes les sauces. Les correspondants habituels le vieil abonne, le monsieur\nde l'orchestre, firent leur réapparition pour la circonstance. On a parlé de\nl'avenir du drame musical, de Gluck et du bonnet de nuit qu il portait\naux répétitions ; on a fait le parallèle entre Armide et Tristan et on a con-\nclu par d'enthousiastes panégyriques en faveur d'une théorie musicale\nqu'au fond on ne connaissait pas toujours fort bien. Il y eut dans la presse\nen Belgique, sous cette pauvre rubrique théâtrale, une vraie débauche de\nmots. Le sujet d'ailleurs était facile et prêtait à écrire. L'union de la musi-\nque et de la poésie a été traitée dans tous les recueils wagnériens, et ceux-\nci abondent sur le marché. Il y avait là matière à de belles pages de prose,\net franchement on s'en est donné à cœur joie dans tous les domaines,\nesthétique, historique, anecdotique, en oubliant seulement, dans l'ardeur\nde l'inspiration littéraire, de parler un peu de musique.\nTel est le grand défaut de la critique musicale du pays. C'est à la litté-\nrature que l'on doit tout ce mal. Loin de moi de contester au littérateur,\nou, plus généralement, à celui qui ne connaît pas la musique, le droit de\nfaire part au public de ses sensations si elles sont originales ; je sais bien\ndes littérateurs dont les impressions artistiques sont heureuses, et la lec-\nture des articles musicaux que le peintre J.-E. Blanche publie parfois dans\nY Ermitage m'ont causé trop de plaisir pour que je les oublie. Mais lors-\nque le littérateur veut faire l'office de critique musical, et critiquer, c'est-à-\n-dire enseigner, diriger, justifier une opinion et louer ou démolir une œuvre\nd'un art auquel il est étranger, je le réprouve. En Belgique, la chronique\nmusicale des grands quotidiens, aussi bien que des gazettes spéciales\nd'ailleurs en nombre restreint— est dévolue à des écrivains qui sont sou-\nvent plus littérateurs que musiciens, et parfois plus folliculaires que litté-\nrateurs. S'il est des exceptions, elles ne sont pas nombreuses. Cette situa-\ntion mène la critique musicale dans une voie misérable, et fausse com-\nplètement le goût du lecteur. Elle nous a procuré des chroniqueurs qui ont\nmal décalqué des formules ; une surproduction de théories odieuses et\nd'opinions irraisonnées ; des gens qui ont affirmé les choses les plus fan-\ntaisistes et cherché à démontrer par l'analogie fortuite de quatre notes\nconsécutives dans l'œuvre d'un maître, l'influence subie ou le plagiat d'un\nautre. On a pillé les livres des critiques renommés; on s'est souvent ap-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n589\n\nproprié leurs opinions, parfois leur style, et toujours on a cru inutile d'en\nsignaler la source. Certes, on peut dire qu'il est préférable pour le public\nde lire une copie exacte de Berlioz, fût-elle signée d'un autre nom, que les\ninventions fantaisistes d'un musicâtre de mauvais aloi ; c'est un point de\nvue, mais il faut encore savoir placer la copie dans une discussion où elle\nsoit justifiée, et cela n'est pas à la portée de tout le monde. De plus, on a\ntoujours dépouillé les mêmes. Berlioz, par exemple, est un musicien connu,\ndont la science est incontestable, le goût moderne ; dont les œuvres à trois\ncinquante traînent chez tous les libraires, sont amusantes et faciles à lire,\net réunissent toutes les conditions propices pour satisfaire le lecteur super-\nficiel. Et l'on a pillé Berlioz. C'est peut-être pourquoi, en face du grand\nchoix de notes sur Armide qu'il existe, et du peu de diversité des informa-\ntions que j'ai recueillies dans la presse belge ces jours derniers, je me\nsuis plu à l'usage de certains de mes collègues à élaborer modeste-\nment la rapide notice bibliographique qui suit.\n*\n* *\nOn connaît les violentes polémiques qui saluèrent en France l'apparition\ndes dernières tragédies de Gluck sur la scène de l'Académie royale de\nmusique. Avec Armide la querelle arriva au plus haut point. Armide, en\neffet, réconciliait les lullistes exaspérés avec les bouffons, et provoquait\nspontanément une recrudescence considérable de discussions et de dis-\ncordes. La collection des écrits du temps est fatalement incomplète; et\npourtant on pourrait former toute une bibliothèque des pamphlets qui\nnous sont restés. M. Henri de Curzon, dans un des derniers numéros du\nGuide musical, ne relève pas moins de dix-huit lettres, articles et couplets\nsatiriques, parus à propos d'Armide dans une seule revue de l'époque, en\nl'espace de trois mois; en ajoutant à cela le produit d'une collaboration\nrégulière de l'anonyme de Vaugirard (Suard) au Journal politique et litté-\nraire,les nombreux articles du Journal de l'Europe et les incisives chro-\nniques du Mercure de France, on arrive à un chiffre considérable. Les\npamphlets qui furent répandus dans le public ne sont pas moins nombreux.\nLe recueil de l'abbé Leblond : Mémoires pour servir à Vhistoire de la révo-\nlution opérée dans la Musique par M. le chevalier Gluck (Naples et Paris,\n1781), tout en étant fort complet, ne contient que les écrits les plus impor-\ntants : ceux de Gluck, du Roullet, Arnaud, J.-J. Rousseau, Suard, Fra-\nmery et Marmontel. Des autres on trouvera une liste très complète au\nSupplément de la Biographie générale des musiciens de Fétis (Gluck).\nEn face de toute cette polémique on comprend la difficulté de définir le\nmobile initial de cette agitation musicale de la fin du xvme siècle. On ne\nvoit pas au juste à qui ces fougueux pamphlétaires en ont, et où ils veulent\nen venir. La querelle des piccinistes et des gluckistes est un dérivé de la\nquerelle des bouffons, les ingénieux paradoxes de Diderot en moins. Ces\ndisputes n'ont en réalité aucun motif musical. Elles roulent sur les sujets\nvagues, indéfinis, de l'esthétique du temps, et n'amènent aucun argument\nsérieux en faveur ou en défaveur de l'un ou l'autre des partis. Leur\nlecture est en somme assez monotone. De l'exposé théorique des éléments\nde la mélodie, on en est venu petit à petit aux gros mots, et c'est bien plus\ndes injures que l'on lit à la place de réfutations savantes et soignées. Les\nbouffons, Marmontel en tête, s'ingéniaient plus à défendre ce pauvre Pic-\ncini, qui fait là bien piètre mine, qu'à discuter Jla musique. Suard et\nl'abbé Arnaud, de leur côté, se lancent dans des considérations métaphysi-\nques, et par leur maladresse font souvent plus de tort que de bien à leur\nhéros. Pour Grimm et Rousseau, c'est la question du langage français dans"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.40", "texte": "590\nLE MERCURE MUSICAL\n\nses rapports avec la musique qu'ils ont envisagée pour finir par exalter,\nsous des pseudonymes divers, l'art de celui qui réfutait'pratiquement leurs\ndiscours. En publiant la partition d'Alceste, Gluck avait mis le pied dans\nl'engrenage de la discussion théorique, et, moins bon dialecticien que\nRameau, qui avait fait de même., ce n'est point par ses écrits qu'il a triom-\nphé. Au point de vue purement musical, il ne reste rien de tout ce fatras\nlittéraire. Jeaji-Jacques Rousseau, qui nous apparaît ridicule et même igno-\nrant, fait tort à l'auteur du Devin du village. Les affirmations imprudentes\nd'Arnaud font preuve d'une complète incompétence en matière musicale.\nLes saillies de Marmontel font sourire. Le sérieux imperturbable au milieu\nduquel La Harpe déroule ses théories fantaisistes montre l'inanité de la\ncritique du temps,, et si seuls les arguments de Suard paraissent sérieux,\nses écarts de langage ne gâtent que trop l'effet qu'ils auraient produit si\nles opinions n'eussent été préconçues. En un mot, la guerre entre picci-\nnistes et gluckistes fut l'invasion de la littérature dans le domaine de la\nmusique. Elle retarda l'éclosion d'œuvres complètes et raisonnées, comme\ncelles que Mozart et Spontini ont données par la suite. Elle fut néfaste au\npoint de vue critique, en divisant deux coteries qui eussent condensé leurs\nénergies et produit quelque chose de convenable. Elle jeta le discrédit sur\nla science musicale française, qui devint en Allemagne l'objet d'une risée\net d'une réprobation générale. Il suffit de lire les notes que Forkel publiait\nalors dans la Musikalisch kritische Bibliothek pour être fixé à ce sujet et\npour regretter les errements odieux des bouffons tapageurs (i).\nLes écrits secondaires du temps donnent, d'un autre côté, fort peu d'in-\nformations intéressantes. Les Lettres de Rousseau à Gorancez, de Grimm à\nDiderot, le Cours de littérature de La Harpe et les Mémoires secrets de\nBachaumont ne parlent qu'indirectement de Gluck et de son Armide. Les\ntimides réserves d'Escherny et les anecdotes qu'on retrouve à ce sujet au\ncours des Mémoires de Grétry compensent de leur côté l'ampleur fasti-\ndieuse des louanges que Burney dans The présent state of rnusic in France\nand haly consacre à celui qu'il appelait, un peu pompeusement, le « Michel-\nAnge de la musique ».\nCe n'est que quelques années plus tard qu'une critique sérieuse s'empare\ndu sujet. En iBos, Weber avait donné Armide à l'Opéra de Berlin (2) et\ncet événement fut le point de départ en Allemagne d'une lente et minu-\ntieuse étude de l'œuvre et des théories de son auteur. L'Allemagne était\nalors le pays de la vraie critique musicale. A cette époque, où la produc-\ntion littéraire n'atteignait pas la dixième partie de ce qu'elle est aujourd'hui,\nil se publiait en fait de littérature musicale deux fois autant d'ouvrages\nqu'à présent. Sous l'impulsion de Prinz, de Mattheson, de Forkel, la musi-\ncologie avait pris une telle extension qu'elle étendait déjà le simple do-\nmaine musical, à la métaphysique avec Lessing, Leibniz et Hégel, aux\nmathématiques avec Mitzler, Euler et Bernouilli. Ici se passe un phéno-\nmène intéressant. Nous avons vu plus haut l'insignifiance des discussions\nde Paris, et le mal qui en résultait pour le théâtre lyrique. Or, par un effet\nindirect et bien involontaire, ces querelles tapageuses eurent un utile reten-\ntissement en Allemagne. En effet, Klopstock et Herder prirent l'argumen-\ntation gluckiste pour leur compte, et provoquèrent de l'autre côté du Rhin\nune polémique identique, mais plus sérieuse et mieux définie que la précé-\ndente Il en résulta un déblayage, inconscient peut-être mais nécessaire,\nde ces bons vieux maîtres de la tablature liturgique, une plus exacte com-\npréhension de ce que doit être le style dramatique, et une préparation\n\n(1 ) Ueber die Musik des Ritters von Gluck.\n(2) Schneider. Geschichte der Oper in Berlin."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n591\n*\n\nheureuse de la « musique galante » d'où sont sortis, malgré tout, Haydn\net Mozart.\nLa critique spéciale prit une voie historique. Parmi les écrits sur Gluck\net son œuvre, le recueil des lettres que Siegmeyer publie en 1825 sous le\ntitre: Ueber den Ritter Gluck und seine Werke, prépare déjà les livres plus\ncontemporains et plus importants d'Anton Schmid (Christoph Willibald\nRitter von Gluck. Leipzig, 1854), de A,-B. Marx (Gluck und die Oper,\nBerlin, 1863, 2 vol.) et plus tard de Cf.-H. Bitter (Die Reform der Oper\ndurch Gluck. Brunswick, 1884). Ces volumes fort complets sont certaine-\nment les meilleurs qu'on ait publiés sur la question gluckiste. Ils envisagent\nle maître au plus profond des phases aventureuses de sa vie et de ses\nœuvres, mais, ce qui pourrait être un tort, déduisent trop exactement, de\nses séjours en divers pays, les influences possibles qui ont provoqué ses\nméthodes. C'est ici l'esprit systématique des Allemands qui agit. Diviser\nexactement la carrière de Gluck en trois parties : italienne, viennoise et\nfrançaise, me paraît illogique ; aussi rencontre-t-on à certains passages,\ndans Marx surtout, de réelles subtilités qui doivent démontrer que Tele-\nmaco qui se rapproche incontestablement d'Armide relève de l'esthé-\ntique italienne ou que la première Alceste ressemble au mélodique Paride\ned Elena, qui date à peu près de la même époque.\nEn France, la polémique gluckiste eut de tout temps un certain carac-\ntère de combattivité. Armide avait quitté le répertoire de l'Opéra en 1827,\net l'italianisme de Rossini triomphait à sa place. Il y eut bien de-ci de-là\nquelques auditions de Gluck au concert, quelques pages hâtives et acciden-\ntelles à son sujet, dans les chroniques de Castil-Blaze, de Scudo ou de\nFétis ; mais, jusqu'en 1858, on en parla en réalité fort peu. Il fallut l'étude\nintéressante que le président Troplong publia sur Armide dans la Revue\ncontemporaine du 3i décembre 1858 pour ranimer les esprits. En amateur\ndélicat et éclairé, il rendit hommage aux beautés de l'œuvre oubliée ; il\nl'étudia dans ses détails, plutôt comme quelqu'un qui aime la musique\nqu'en homme qui la sait, et réveilla bien involontairement la discussion du\npassé, dans laquelle Berlioz se lança à corps perdu. Mais amenée sur un\nterrain sérieux, Armide devait renaître. C'est en vain qu'un autre sénateur\ninfluent, le prince Poniatowski, voulut lui opposer la Semiramide de\nRossini et le Trovatore de Verdi ou que Scudo fulmina contre Gluck dans\nla Revue des Deux Mondes (1), la question, définitivement posée, ne devait\nse résoudre qu'à une réalisation pratique de l'œuvre sur une scène subven-\ntionnée. Rien ne résista, en effet, aux vigoureuses diatribes de Berlioz, et\nles « Polonius imbéciles » qui n'aimaient pas la musique de Gluck et qu'il\nmaltraitait dans ses feuilletons, restés légendaires, eurent cette fois le des-\nsous. Le « despote doux et rêveur qui régnait sur la France », comme dit\nGevaert, s'intéressait à la question, et trois ans plus tard, en 1862, Perrin\nfut chargé de monter Armide à l'Opéra. On ne sait que trop ce qui empê-\ncha l'exécution d'un si beau projet.\nPeu d'études importantes parurent sur Armide à cette époque. Celles\nqui répètent les choses déjà mieux dites ne doivent pas être citées; aussi je\nne vois en réalité que les quelques critiques de Berlioz qui méritent men-\ntion ; encore, disséminées au travers de ses volumes, ne traitent-elles que\nde sujets particuliers (2). Ici, pourtant, j'ouvre une parenthèse, et je tiens à\nétablir un parallèle intéressant. A cette époque, Wagner écrivait en Suisse\nses Lettres sur la musique, et inondait la presse spéciale d'outre-Rhin de\nses notes critiques souvent contestables, mais toujours originales. Berlioz\n\n(1) Il y a là quelques chroniques qu'il est très intéressant de retire.\n(2) Mémoires. A travers chants."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.42", "texte": "592\nLE MERCURE MUSICAL\n\net Wagner partent d'un même culte pour Gluck, et aboutissent à des con-\nclusions différentes. Ces deux hommes qui, faits pour s'entendre, ne se\ncomprirent jamais, étalent involontairement dans leurs divergences d'opi-\nnions le profond désaccord de leur tempérament. Berlioz adorait Gluck.\nIl voyait en lui le précurseur de cette musique de Weber et Spontini qu'il\naimait et ne lui ménageait pas les louanges. Richard Wagner, de son côté,\naimait Gluck, le respectait, mais ne lui reconnaissait que des qualités\nstrictement musicales. On a dit que la préface d'Alceste était le point de\ndépart de la réforme de Bayreuth, et appelé Gluck le fondateur du drame\nmusical. Les engouements wagnériens ont donné libre cours à cette opi-\nnion erronée ; aussi de ceux qui acclamaient hier à l'Opéra ou bien\nà la Monnaie, combien applaudissaient par snobisme un supposé drame\nmusical à la façon de Tristan ! Or dans ses Gesamelte Schriften, que ce\nsoit à propos d Iphigénie,de l'ouverture, ou d'une simple discussion d'es-\nthétique, Richard Wagner ne manque aucune occasion de jeter la pierre à\nson rival (i). Ces passages, malheureusement perdus au milieu du fouillis\nexubérant de dix longs volumes, méritent une étude spéciale plus appro-\nfondie. Ils établissent nettement la distinction qn'il y a entre le drame\nmusical symphonique et la tragédie chantée avec accompagnement d'or-\nchestre, telle que la realise si complètement Gluck, dans ses dernières pro-\nductions. Wagner fait de la musique un art qu'il présente adéquat à la\nparole et aux circonstances du drame. Gluck, différemment, unit la musi-\nque à la parole, lui subordonne le drame, et fait ce qu'on peut appeler de\nla musique dramatique, ce qui n'est pas du tout la même chose. C'est d'une\ncomparaison raisonnée des deux points de vue critiques de Berlioz et de\nWagner qu'une plus juste compréhension de l'œuvre dont nous parlons\npeut s'obtenir. Je la recommande vivement aux intéressés de la question.\nIl reste encore à mentionner le remarquable travail que M. G. Desnoires-\nterres a publié quinze ans plus tard sur Gluck et Piccini. C'est une étude\nqui, si elle n'est pas musicale, n'intéresse pas moins l'histoire de la mu-\nsique au xvnie siècle. C'est le volume qui raconte le plus délicieusement la\nquerelle entre piccinistes et gluckistes, avec ses détails anecdotiques et\namusants. Le caractère frivole et enthousiaste du temps y est clairement\nposé, et le dilettantisme qui faisait s'insurger une moitié de Paris contre\nl'autre, à propos d'un récitatif ou d'une ariette, semble tout naturel dans\nce milieu léger que M. Desnoiresterres contourne avec joliesse. Je cite\nencore le volume concis que M. Barbedette a édité sur\nsystème et ses œuvres, dans la collection du Ménestrel en 1882, et un\nouvrage anglais du meilleur aloi, Gluck and the Opéra, deM. ErnestNewman,\nle seul, je crois, qui résoud la question gluckiste d'une façon historique,\net pose le problème de l'opéra, dans ses milieux, ses ambiances et son\népoque. En un mot, quoique bien fournie, la critique de Gluck n'est pas\ncomplète. Les ouvrages sont trop longs, trop systématiques ou bien trop\nexclusifs. Il reste d ailleurs toute une bibliothèque de volumes spéciaux\nque je n'ai pas cités, afin de ne pas surcharger cette chronique : les\nsur la danse et les ballets,de Noverre (Lyon, 1760),\nde Planelli (Naples, 1772), l'essai d'Artéaga (Le del teatre musi-\ncale (Venise, 1785), qui a été traduit en allemand, et les volumes plus ré-\ncents de Reissmann : Christoph Williba (Leipzig, 1882), de\nCoquard sur la Musique française depuis Rameau, sans oublier le fort beau\ntravail de Ludwig Nohl, Gluck und (Munich, 1870). Mais il\n\n(1) Voir particulièrement Oper und v. 111, p. 237-40,\n(Dritt® auflage). » r /t »"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n593\n\nmanque dans une telle bibliographie l'ouvrage terminal et définitif qui serait\npour Gluck ce que l'admirable livre de M. Schweitzer a été pour J.-S. Bach.\nre-\nconsidérée à un point de vue purement musical, l'œuvre de Gluck\nprésente une opposition frappante avec le programme élaboré dans l'épître\ndédicatoire d'Alceste. En réalité, le maître a strictement respecté le prin-\ncipe et l'ordonnance de Yopera séria. Seul, le récitatif a été dramatisé, a\npris de l'ampleur par un procédé instrumental plus brillant, et s'est libéré\ndes exigences mélodiques de l'opéra italien. Si Gluck avait suivi ses parti-\nsans dans la réalisation pratique de ses œuvres, le drame lyrique eût été\nperdu. Son innovation consistait surtout à transposer la mélodie à l'or-\nchestre afin d'intensifier vivement la déclamation des paroles. Tout ce qu'il\ny a d'original dans Armide : le duo d'Armide et Hidraot au premier acte,\nl'air de Renaud au deuxième, le duo du quatrième (Redoublons nos soins)y\nsont des exemples de l'application de ce procédé. Partout c'est l'orchestre\nqui forme la trame mélodique, et ce sont ces phrases instrumentales qui\nremplacent les trémolos, les longues tenues, les accords plaqués qu'on\nrencontre dans les œuvres précédentes du maître. La science musicale de\nGluck est, de plus, peu étendue. On connaît les appréciations sévères de\nHaendel a l'égard de son contrepoint. Mais il est clair que cette pauvreté\nd'argumentation harmonique a facilité, chez lui, la réforme du théâtre, que\nla technique symphonique lourde et savante de Haydn et Haendel aurait\ndifficilement réalisée. C'est par cette simplicité, plus obligée que voulue,\nque le récitatif a acquis son expression ; mais c'est par une science fouillée,\nune connaissance approfondie de la valeur et de l'emploi des instruments\nque Gluck a pu étendre cette expression à la monotonie du récitatif. Ce\nqu'il a pu tirer de l'orchestre restreint d'alors est surprenant; c'est à dater\nde lui que l'instrument devient un vrai moyen expressif, un facteur réel,\ndramatique et passionné qui trouve sa raison d'être en lui-même tout\ncomme le virtuose ou le chanteur florentin, et que les combinaisons orches-\ntrales prennent leur essor vers Mozart, Beethoven et Weber.\nIl existe sur l'œuvre de Gluck, musicalement considérée, un ouvrage\ncomplet : c'est le Catalogue thématique de M. Wotquenne, Ce bénédictin\nlaïque, qui est secrétaire au Conservatoire de Bruxelles, a réuni en un volume\nles fruits d'une lente et patiente étude des travaux de l'auteur dy Armide.\nCe qui est louable avant tout, dans un tel ouvrage, c'est sa grande sincérité\nartistique. M. Wotquenne n'y a pas seulement fait preuve d'une érudition\ncomplète, mais d'une érudition raisonnée ; c'est-à-dire qu'il a préféré\nécarter les mauvais textes et omettre les partitions tronquées, dans la partie\nexplicative de son livre. En musique, plus peut-être qu'en tout autre\nart, il n'y a pas de demi-mesures. Toute hérésie est un crime. Il faut un res-\npect sincère de l'exactitude et de la vérité pour transcrire une page de\nmaître; justifier des dissonances de Beethoven en invoquant sa surdiré est\naussi odieux que de représenter Armide avec des surcharges et des fautes,\ncomme on le fit dernièrement àl'Opéra. C'est ce que connaît M. Wotquenne*\naussi son travail est-il un hommage pour ceux qui ont apporté une\nrespectueuse contribution au génie de Gluck et propagé ses œuvres.\nDu catalogue thématique ressort clairement la justification des ré-\nflexions qui précèdent. On y découvre de quelle façon une œuvre telle\nqu Armide & été construite. La pauvreté d'invention et la méthode vraiment\nitalienne du maître se font jour à chaque pas. Armide, l'opéra le plus ex-\npressif, le mieux ordonné, le plus vivant, celui qui expose peut-être le plus\nclairement cette subordination adéquate du drame à la musique, n'est en\nlui-même qu'une habile combinaison d'airs, d'ariettes et de récitatifs évo-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.44", "texte": "594\nLE MERCURE MUSICAL\n\nqués des œuvres précédentes du maître. U Ouverture, presque entière, se\nretrouve en divers passages des Feste d'Apollo (1769) et de Telemaco\n(1765). Au premier acte, M. Wotquenne retrouve deux airs, l'ariette de\nSidonie : Vous troublez-vous d'une image légère, et Farioso d'Hidraot :\nPour vous quand il vous plaît, qui proviennent de Paride ed Elena (1769)\net de Tedide (1760). Au second, après l'introduction orchestrale qui prélude\nla deuxième scène et qui vient de Telemaco, le duo d'Armide et Hidraot :\nEsprits de haine et de rage, développe un thème familier à Gluck, qu'on\nretrouve d'ailleurs cinq fois dans son œuvre ; en 1744, en 1747, 1752, 1765\net enfin en 1777 dans Armide. Le troisième acte, que l'on considère\ncomme le plus beau de l'ouvrage, est entièrement fait d'adaptations étran-\ngères. On connaît la petite légende de Castil-Blaze à propos de l'invoca-\ntion à l'Amour, en quatre vers, que Gluck inspiré ajouta de sa main au\nçoème de Quinault. En réalité, l'inspiration y était pour peu de chose, et\nla prière monodique, si vibrante et si belle : O ciel, quelle horrible menace,\nvient bien simplement d'un air de Paride ed Elena. La scène dansée des\nFuries est entièrement tirée du ballet de Don Juan( 1761). L'évocation: Haine\nimplacable, se retrouve dans une ariette d'Artamene (1742) et dans Y Inno-\ncenta giustijicata (1755). Dans Telemaco il est facile de découvrir le dia-\nlogue entre la basse et le chœur: Plus on connaît Vamour et plus on le\ndéteste, qui provient également d'un air d'lppolito (1745). Le serment des\nFuries : Amour, sors pour jamais, est travaillé d'un thème de Telemaco et de\nFeste d'Apollo. La Bacchanale, c'est l'ouverture transposée de Y Ivrogne\ncorrigé (1760), alors que le beau chœur: Sors du sein d'Armide, vient de la\nmême source. Quant au finale de cet acte, Pair avec chœur : Suis VAmour\n.puisque tu le veux, il vient de Telemaco et d'une aria de Paride ed Elena.\nDans de moins grandes proportions, il en est de même des actes suivants.\nLe duo final du quatrième : Fuyons les douceurs dangereuses, est tiré de\nl'lnnocenta giustijicata, et au cinquième on retrouve dans le chœur dansé : Les\nplaisirs ont choisi pour asile, une page du Cadi dupé (1761), et dans la sici-\nlienne de flûte du divertissement, le thème principal du ballet de Don Juan.\nCe truquage étonnant, qui surprend tout d'abord, n'est pas au désavan-\ntage de Gluck, qui n'en reste pas moins le plus beau musicien français\nde l'école française, je veux dire du xviii 6 siècle. Il ne démontre qu'une\nchose : c'est la pauvreté d'imagination directe chez le maître En effet, sitôt un\n4hème découvert, son développement lui est facile et les circonvolutions ne\nl'effrayent plus. L'ordonnance de ses morceaux àce point de vue est d'ail-\nleurs typique. Gluck ne copie pas intégralement ses thèmes précédents ; il\nva les rechercher pour en faire simplement, en une, deux ou trois mesures,\nle motif initial du passage nouveau. Je donne ici un exemple de ce façon-\nnement : le passage final du 3e acte d'Armide qui débute par :"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.45", "texte": "REVUE DE I.A QUINZAINE\n595\n\nde Paride ed Elena (acte IV), et le thème mélodique provient lui-même de\ncette simple phrase de Telemaco (acte II) :\nqui apparaît pour la première fois douze années auparavant. On s'étonne\nalors à juste titre de cette continuité dans le développement d'Armide et\nde la cohésion musicale qui coordonne entre elles toutes les parties.\nLes partitions d Armide existent malheureusement en un assez grand\nnombre. C'est un tort, car elles diffèrent toutes les unes des autres ; ce\nqui prouve qu'un ouvrage peut se transformer, même en l'espace d'un\nsiècle, et qu'il y a parfois des écrivains de second ordre qui transposent\nl'œuvre ou bien qui l'adaptent au goût du temps. C'est Cherubini qui\nitalianisait Gluck, et ajoutait des trombones pour renforcer la basse à la\nscène des Furies ! On sait, par Berlioz, l'état lamentable dans lequel se\ntrouvaient les partitions de Gluck, et l'infinité de ratures et d'ajoutés\nétrangers qui en rendaient la lecture difficile. De plus, on sait que la\nnotation musicale du xviii0 siècle était autre que la nôtre, et que si les\nsignes étaient les mêmes, leur agencement différait. De ce temps-là, la\npartition principale, autrement dit, le cahier qui devait servir au chef\nd'orchestre, ne marquait que la mesure des temps, et les notes principales\nde chaque instrument, de façon que celui qui battait la mesure ne con-\nnaissait qu'approximativement les passages que le soliste devait jouer; les\nparties instrumentales seules étaient soignées. 11 en résulte que la partition\ndu chef, incomplète, servait uniquement comme régulateur rythmique et\nmélodique. Ceci est une des causes de la grande désorganisation qui a\nrégné dans la mise au point des partitions de Gluck. Il en est advenu une\nfoule d'hérésies frappantes, surtout dans la partie d'accompagnement, et\nune mauvaise rythmique de l'œuvre que les gluckistes les plus sincères, —»\nMM. Saint-Saëns et Damcke, dans l'édition Pelletan n'ont pu enrayer.\nIls eurent le tort de ne se baser que sur la partition d'orchestre, et de rem-\nplacer les passages vides par l'accord parfait complet, pour maintenir la\ntonalité. Une autre faute, du plus mauvais aloi, que je reproche aux\néditions Litolff et Peters, c'est le point de vue uniquement vocal auquel le\ncopiste s'est placé. Elle a amené la transformation des notes d'harmonie en\nappoggiatures barrées, ce qui transforme le rythme et donne aux pages les\nplus majestueuses un aspect hybride, sautillant et sévère àlafois, d'ailleurs\ndu plus mauvais goût. J'en donne un exemple rapide {Armide, acte 11,\nse. v, Monologue) :\nqui montre incontestablement que c'est dans Gevaert qu'on rencontre la\ntransposition exacte.\nM. Gevaert est renommé pour ses partitions de Gluck. Son travail suivi\net éclairé n'a rien laissé échapper de ces subtilités. Il a reconstruit\nArmide sur les parties spéciales des instruments qu'une à une il acolligées,\nlorsqu'il était directeur de musique à l'Opéra. On sait l'histoire du beau\nprojet de remonter Armide que Perrin avait eu, et qui après dix ans"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.46", "texte": "596\nLE MERCURE MUSICAL\n\ndevait avoir sa réalisation dans des conditions d'interprétation vraiment\nexceptionnelles. UArmide que la Monnaie de Bruxelles représente aujour-\nd'hui est celle que l'Opéra eût donnée sans l'année terrible. C'est VArmide\nde M. Gevaert. Aussi se présente-t-elle purgée de toutes les hérésies qu'on\na vues à l'Opéra l'année dernière. M. Gevaert a longuement exposé dans\nsa préface par quelles circonstances le chef-d'œuvre devait revoir le jour\nen 1870, mais il n'a pas dit après combien d'efforts et d'études il était\nparvenu à reconstituer ces pages que Gluck avait laissées à la postérité.\nIl n'a pas dit non plus que son ouvrage était définitif, car les textes\noriginaux sont perdus, et que son travail d'il y a quarante ans a sauvé un\nchef-d'œuvre de l'oubli. On connaît l'anecdote : elle est piquante et triste.\nLe Guide inusicalïa. racontée dernièrement (1). C'était pendant la Commune\nde Paris. On devait donner un concert aux Tuileries, et le maître de\nmusique improvisé, l'admirable pianiste d'aujourd'hui, Raoul Pugno, devait\ndiriger le chœur du quatrième acte d'Armide. Les partitions avaient été,\npour les études, transportées de l'Opéra au palais des anciens empereurs ;\non les y laissa, et moins d'un mois après, les troupes de Versailles entraient\ndans Paris et les Tuileries flambaient. Le vieux chef-d'œuvre était perdu.\nHeureusement qu'un homme avait veillé et gardait dans son bureau du\nConservatoire de Bruxelles la copie des manuscrits du vieux maître\nallemand. Il rendit un monument à l'humanité, et reconstitua cette année,\nà Bruxelles, YArmide telle qu'elle avait été conçue, avec toutes ses beautés\net toutes ses fautes, et telle qu'elle vivra dans l'avenir.\n\nPaul Grosfils.\n\nCOURRIER DE STUTTGART\nIl y a des personnes singulières. On écrit beaucoup à Mlle Wiborg; à la\nsuite de mon article du ler novembre, on m'honore aussi de missives, qui\nne sont vraiment pas raisonnables. Ces personnages menacent la cantatrice\nWiborg de leur haine ; et ils rappellent eux-mêmes, au théâtre, huit fois\nMU® Wiborg (dans la Walkyrie) et seulement trois fois MLLE Anna Sutter\n(dans Carmen). Mlle Elisa Wiborg a donc un grand avantage sur Mlle Sutter.\nEnsuite, on me reproche ce fait. C'est bizarre. Les gens, et surtout les\njeunes gens, ne savent pas ce qu'ils veulent. Et moi, critique, je dis que\nles deux cantatrices,— exquises toutes deux, chantent très bien, mais\nMUe Wiborg est plus admirée. Car neuf rappels sont plus que trois. Ce n'est\ndonc pas ma faute. Je ne peux provoquer les applaudissements, parce que\nje suis critique. Et encore ! Qui sait? Et les critiques, même celles du sous-\noff3 n'ont jamais protesté contre la cantatrice Wiborg.\nCar la critique dramatique ne s'occupe, généralement, que de ce qu'elle\nvoit et entend sur la scène, et non pas de bruits de coulisses bien incertains.\nCeux qui n'admirent pas MUe Wiborg devraient le lui dire et non pas lui\nenvoyer des lettres anonymes et menaçantes. Ces gens-là manquent un peu\nde courage et de culture. Il y en a de la « Haute ». On ne peut que les\nblâmer. Ceci s'applique aussi à ces jeunes gens qui ont eu des accès de\nfolie en lisant mon dernier article. Je ne veux pas examiner la nature de\nleur folie, mais, en tout cas, ils se sont bien compromis en croyant que le\ndirecteur des théâtres royaux, M. le baron Putlitz, voudrait supprimer la\n\n(1) Le Guide musical, iôavril 1905, n° 16."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n597\n\nliberté de la critique. M. le baron vient de m'écrire qu'il n'exercera aucune\npression sur un critique et que la critique est libre. M. le baron, qui a une\ntrès grande expérience et une science théâtrale qui n'est pas ordinaire, ne\ndéfend aucunement à un critique de parler de son théâtre dans des jour-\nnaux étrangers, Non, au contraire, M. le baron est assez libéral pour sup-\nporter ces critiques, et ce n'est pas lui qui nie la valeur de la critique dans\nun journal parisien. Mais il faut qu'on critique son théâtre sans parti pris ;\nautrement ce ne serait plus de la critique, mais du bavardage inutile. Et le\nthéâtre de M. le baron peut bien supporter quelques petits coups de la\npart de la critique, car il est un des premiers de l'Allemagne, malgré ces\njeunes gens qui en doutent. M. le baron fait tout pour satisfaire sa clientèle\net le bon Dieu, mais il y a des limites où il se heurte. Il ne faut pas exiger\nl'impossible, parce que le directeur de ce théâtre est précisément un baron,\net il ne faut pas décourager les acteurs et leur couper les moyens de se\ndévelopper. Je parle, par exemple, dans ce moment, de Mlles Hieser, Born-\nai er et Dietz. M*ie Hieser a chanté le rôle de Fricka dans la Valkyriey\ndonnée en l'honneur de la reine de Hollande. C'est la première fois, cette\nsaison, qu'elle avait un grand rôle. Cette artiste perdra l'habitude de la\nscène, si M. le baron lui coupe ses rôles. Il est absolument nécessaire que\nMlle Hieser chante dans la Légende de sainte Elisabeth, donnée pour l'anni-\nversaire de lanaissance de Liszt. Le chœur a été admirable,mais Mlle Schoen-\nberger tenait deux rôles, celui de la belle-mère et celui d'un ange. Et\nMile Hieser ne chantait pas non plus dans Terre basse, de M. d'Albert, ni\ndans les Joyeuses commères de Windsor, où M. Emile Holm et M. Frické\nont été grandioses. Elle ne jouait pas non plus dans Martha,où.MM. Peter-\nMuller et Holm brillaient ; elle ne chantait pas dans la Fille aux violettes,\noù M. Félix Decken imite à ravir la belle Otéro ; elle ne chantait pas dans\nla Chauve-Souris, où MU® Bommer a été la plus belle et la plus véritable\nRosalinde. Mlle Bommer, qui nous faisait bien du plaisir dans l'opérette\nDorothée d'Offenbach, en même temps que M»® Dietz, qui dans les Hugue-\nnots a, en page, de très jolies jambes, cette petite Bommer, dis-je9 vous\nmontre le véritable art du chant. Elle est un nouvel exemple pour de\nson professeur du Conservatoire, M. Frické. L'opéra a donné aussi la\nMuette dePortici, la Juive, Cavalieria rusticana avec Peter-Muller. Hie-\nser a été privée aussi de son rôle dans cette pièce. J espère qu'enfin\nMlle Hieser ne sera plus négligée par la direction. M. Jean Islaub me\nsemble être un très bon chanteur. On l'occupe fort peu; M. Neudoerfïer\ndevrait chanter davantage, car il a été toujours, par exemple dans les Contes\nd'Hoffmann, inattaquable. Le ier novembre on alu le contraire, c'est une\nerreur très regrettable. Je m'excuse auprès de ce grand artiste, c'était pro-\nbablement l'erreur du « typo ». M. Neudoerfïer a su, lui-même, s'il en était\nainsi.\nIl y avait un grand nombre de concerts, par exemple les concerts de l'or-\nchestre Keim, de MM. Rùckbeil et Seyffardt, de l'orchestre de M. Ruckbeil\net de celui de Karl Pohlig. Mme Rùckbeil-Hiller est la plus brillante canta-\ntrice de l'Allemagne. MM. Benzingeret Dunn ont joué du piano, Mllcs Benk\nont bien chanté. Et M. Dunn, surtout, est un merveilleux pianiste. Je par-\nlerai de lui la prochaine fois. M. Serato, violoniste de Paris, et la belle\nOtéro, ont eu le plus grand succès jusqu'à présent. M. Serato a été telle-\nment admiré pour son jeu le plus exquis du monde, qu'il est impossible de\nrêver plus d'enthousiasme que celui que le public du très beau concert du\nLiederkranf adépenséen son honneur. M. Serato est un très grand\nil est « le Risler du violon ».\n« SOUS-OFF. »"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.48", "texte": "598\nLE MERCURE MUSICAL\n\nÉCHOS\n\nL'Almanach des Amateurs (The Musiclovers sera en vente, à\npartir du i 5 décembre, aux bureaux du Cette luxueuse\npublication annuelle, tirée sur papier à la forme avec ornements originaux,\nrenseignera les lecteurs sur le mouvement musical du monde entier pen-\ndant l'année écoulée, par une série d'articles sur la saison à New-York\n(H. E. Krehbiel), Londres (E. A. Baughan, du Daily News), Paris (Louis\nLaloy, du Mercure musical), Berlin (J.-G. Lusztig), Dresde (A. Noll),\nMilan (A. Franchetti) et Saint-Pétersbourg (N. Findeisen, du\nde musique).De nombreuxportraits l'illustreront;ce seront, pour la France,\nceux de Vincent d'lndy, Claude Debussy et André Messager. Des articles\nfort curieux de Lawrence Gilman sur la H. H. A.\nBeach sur VEssor de la musique, Victor Herbert sur\nteurs d'Amérique, en augmenteront encore l'intérêt. Cette publication fait\nle plus grand honneur à la Société américaine des amateurs (37, S.-\nBotolph Street, Boston Mass., U. S. A.) et au goût éclairé de l'Amérique\ndont elle témoigne. Et elle sera un document de premier ordre pour l'his-\ntoire de la musique contemporaine.\nMatinées Danbé. Les anciennes Matinées Danbé vont reprendre\nleurs intéressantes séances des mercredis au théâtre de l'Ambigu. Pour\nconserver tout son éclat à cette œuvre si appréciée du public, MM. Sou-\ndant, de Bruyne, Migard et Bedetti, qui représentent le quatuor de fonda-\ntion de la société, ont demandé à M.Alexandre Luigini, l'éminent direc-\nteur de la musique à l'Opéra-Comique, de prendre la direction artistique\nde ces concerts. M. A. Luigini, autorisé par M. Albert Carré, directeur de\nl'Opéra-Comique, a bien voulu accepter cette proposition, montrant ainsi\ntoute sa sympathie aux solistes distingués de son orchestre.\nPour ces séances qui auront pour titre :\nres (anciennes Matinées Danbé),on peut dès aujourd'hui s'abonner au\nbureau de location du théâtre de l'Ambigu. Prix des places : 2 fr. ; 1 fr. 50,\n1 fr. et 0,50. Abonnement sans augmentation de prix pour six ou douze\nséances.\nLa ire séance est fixée au mercredi i 3 décembre a 4 h. 1/2, avec le\nconcours de Mme Marguerite Carré, M. Lucien Fugère, de l'Opéra-\nComique, M. Alexandre Georges, etc.\nConcerts Mameff. Le premier concert aura lieu le mercredi 6 décem-\nbre à 9 heures du soir, à la salle de Géographie, 184, boulevard Saint-Ger-\nmain. Cette séance sera donnée avecle concours de Mme Camille Fourrier,\nM. Iwan Fliege, violoniste, et M. Auguste Delacroix, pianiste. Le pro-\ngramme, des plus intéressants, comporte des œuvres de Beethoven, Schu-\nmann, Chopin, Max Bruch, Saint-Saëns et Debussy.\nLa Société Bach donnera son second concert le samedi 9 décembre;\nau programme,entre autres œuvres non encore entendues à Paris, le Choix\nd'Hercule. Répétition générale publique le vendredi 8, à 4 heures.\nFondation Bach.— Le premier concert de la saison aura lieu le i 5 dé-\ncembre prochain, à la salle des Quatuors Pleyel. Rappelons que cette inté-\nressante société a pour objet de faire connaître non l'œuvre de Bach seu-\nlement, mais aussi celles des maîtres du xviie et du xvme siècle. C'est\nainsi que Corelli, Couperin, Francœur, Haendel, Leclair, Locatelli, Pur-\ncell, Rameau, Torelli, Lulli et Gluck ont déjà figuré à maintes reprises sur"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n599\n\nses programmes. En outre, la société publie les oeuvres exécutées, et chaque\nmembre fondateur a droit àun exemplaire ; tous ceux qui savent combien\non aime à lire ce qu'on a pris plaisir à entendre goûteront fort cette com-\nbinaison. Le directeur de la Fondation Bach est M. Charles Bouvet, rémi-\nnent violoniste.\nBruxelles. Deux événements musicaux intéressants parmi tant d'autres\nnégligeables. A la Monnaie, la première d'Armide a été un succès. Il est\nvrai qu'à tous les points de vue l'interprétation est de premier ordre. L'œu-\nvre s'y présente dans des conditions plus respectueuses et plus adéquates\nqu'à l'Opéra. C'est d'ailleurs au plus sincère et au mieux informé des gluc-\nkistes, M. Gevaert, que nous devons une telle reconstitution. Mme Litvinne\npersonnifie Armide avec une assurance et une continuité surprenantes.\nLes principaux rôles tenus par Mmes Bourgeois, Maubourg, Carlhant, Das\net MM. Bourbon, Laffite et Alchevski, méritent autant d'éloges. L'orches-\ntre de M. S. Dupuis, les ballets, les décors, tout a fort bien marché. Bref,\nun succès très brillant et vaillamment mérité.\nM, Ernest Clessen publie chez Schott frères, à Bruxelles, une anthologie\ncomplète des Chansons populaires des provinces belges (prix 6 francs) qui\nintéressera au plus haut point les folkloristes de la musique. De nombreu-\nses notes et une préface détaillée ajoutent beaucoup de renseignements\nutiles à cet ouvrage. Nous en reparlerons plus amplement, car il le mérite.\nLyon. Nous ne voudrions pas, en nous étendant sur les débuts de la\nsaison lyrique à Lyon, décourager le lecteur et lui inspirer la fâcheuse\nrésolution d'oublier à l'avenir les comptes rendus de notre bonne ville.\nOn nous présente, à côté d'excellents artistes comme Mmes Jannssen et\nMaria Gay, MM. Jérôme, Verdier, Dangès, des éléments insuffisants qui\nsecondent mal les protagonistes. La tenue fâcheuse des chœurs et la mise\nen scène peu soignée achèvent de compromettre le succès de nouveautés\ncomme Aïda, Y Africaine, les Huguenots, etc.\nLa saison musicale du moins nous promet des soirées satisfaisantes, si\nl'on en juge par la merveilleuse bonne volonté des organisateurs. La\nSociété des grands Concerts, activement dirigée par M. Witkowski, prépare\ncertainement un début éclatant au concert du 28 novembre, avec le con-\ncours d'lsaye. La Symphonie classique, œuvre de jeunes, qui réunissait à\nson dernier concert plus de soixante-dix amateurs, la Schola cantorum,\nla Symphonie Lyonnaise, ont repris leurs travaux.\nLes sociétés de musique de chambre (Quatuor Rinuccini, Société de mu-\nsique ancienne, concerts de la Revue musicale) nous font espérer de bonnes\nexécutions.\nEn résumé, pour ce qui regarde les efforts individuels, on a tout lieu de\nconstater à Lyon un mouvement musical méritoire.\nNancy. Grand succès pour MUft Gavelle, qui a chanté avec beaucoup\nde vigueur et de sentiment le rôle d'Elvire dans Don Juan, fort bien monté\nd'ailleurs par M. Mirel. On nous annonce le prochain mariage de Mil® Ga-\nvelle avec M. Paul Minssart, l'excellentvioloncelliste des Concerts Colonne.\nToutes nos félicitations à ces deux artistes égaux entaient.\nNantes. La saison promet d'être d'un intérêt exceptionnel cet hiver,\ngrâce à une nouvelle société, Y Association des concerts historiques de\nNantes (chœurs et orchestre :70 exécutants) ; placée sous le haut patro-\nnage de MM. Gabriel Fauré et Vincent d'lndy, dirigéepar M. Fr.de Lacerda,\nde qui son maître Vincent d'lndy disait un jour : «Il est né chef d'or-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051201-01.1.50", "texte": "600\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALO Y.\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de Librairie»\n\nchestre », cette société fera connaître ici une sélection d'oeuvres anciennes\net modernes que Ton n'a jamais l'occasion d'entendre en province : Schùtz,\nCorelli, Bach, Leclair, Rameau, Beethoven, Fauré, d'lndy et Debussy figu-\nrent à ses programmes. Le concert d'inauguration aura lieu le 29 décembre.\nAvec un chef aussi éprouvé que M. de Lacerda, on ne peut douter du\nsuccès de cette généreuse et sérieuse entreprise.\nL'Argus de la Presse envoie cette année àM. Loubet son dernier album\nprésidentiel. Adresse : la Bégude de Mazenc.\nLe sottisier musical.\n(( La nomination de M. Pierre Lalo dément le vers de Boileau :\nLa critique est facile, mais Y art est difficile. »\n{Le Monde musical, i 5 novembre, page 277.)\n<( Connaissez-vous des exemples de la modulation suivante {ut naturel\nmajeur à sol bémol majeur), qui produit, au moins comme transition, un\nsi bel effet, quand elle est confiée aux cuivres :\n[La Revue musicale, i 5 novembre, page 530.)\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nRaoul Bardac : Cinq mélodies, Paris, Demets.\nTrois stances (Jean Moréas), Paris, Demets.\nTel qu'en songe (Henri de Régnier). Paris, Demets.\nL. de Grèvecœur : La Fée des ondes (Ferdinand Hérold). Paris, Demets.\nClaude Debussy : Images, pour piano à deux mains (Reflets dans Veau,\nHommage à Rameau, Mouvement). Paris, Durand et fils.\nClaude Debussy : La Mer. Trois esquisses symphoniques, partition d'or-\nchestre. Paris, Durand et fils.\nAlphonse Diepenbrock : Deux mélodies (Paul Verlaine). Middelburg,\nA. A. Noske.\nFrédéric Hellouin : Essai de critique de la critique musicale. Paris, Joa-\nnin.\nLouis Lambert : Chants et chansons populaires du Languedoc. 2 volumes.\nParis, H. Welter.\nJ.-Ph. Rameau. Diane et Actéon, cantate pour voix seule. Paris, Durand\net fils.\nCari Smulders : Il pleure dans mon cœur (Paul Verlaine). Middelburg,\nA. A. Noske.\nCornelie van Vostersee : Chanson sentimentale (Fr. Coppée).\nCarnaval, pour piano. Middelburg, A. A. Noske."}]}