{"numero_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_sha256": "7f2987e26c8b9d0d9ca83d72159594e40d6d8a1b20162695bda7158bd819baeb", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1905/12/15_01/bmtnabh_1905-12-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1905/12/15_01/bmtnabh_1905-12-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.2", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.1", "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "Sommaire\n| JEAN M ARNOLD. Dialogues des Morts.\nARMANDE DE POLIGNAC.\nMARTIAL TENEO. Miettes historiques.\nCH. LÉANDRE. Pianiste {C\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis LALOY. ..... \\\nSA. M. D- V. . /\nJEAN POUEIGH ( Les Concerts.\nLOUES REBOUL.% ;||2ËW,\nI X. MARCEL BOULESTIN.\n4 CH.-W. LŒFFLER La musique en Amérique,.\n' Louis LALOY.. J\n|J. D'AUTREY t Livres\n| PAUL GROSFILS )\nm G..... Courrier de Bruxelles.\n* SouS-OFF.. Courrier de Stuttgart.\n'PAN... Échos."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.3", "titre_corps": "DIALOGUES DES MORTS", "titre_sommaire": "DIALOGUES DES MORTS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n\nV\nRossini, Auber et quelques autres.\nROSSINI. Illustrissimoßiccardo...\nAUBER. Il n'est pas là, mais ça ne fait rien. Entrez donc,\nRossini.\nROSSINI. Ah ! canssimo...Qué Commane va ?\nAUBER. —Asseyez-vous donc, cher ami. Pas trop mal, merci,\npas trop mal : toujours un filet de voix et ma laryngite, mais,\nque voulez-vous ? Je mourrai... ou plutôt, je suis mort avec. Et\nvous, mon très bon, la santé ?...\nROSSINI. Piano, piano ;oune po meilloré...\nAUBER. Vous avez été malade ? Et moi qui me demandais\nce que vous deveniez depuis une huitaine.\nROSSINI. Z'étais à l'innfirmérie : ouné pétite inndizes-\ntione... Mais cet Hippoucrate est oune broutai, il né sait pas\nmé traiter. Oussi, zé vénais... C'est bién énnouioux qué Ric-\ncardo il né soit pas à la maisone...\nAUBER. Oh! il en a pour longtemps ; un rendez-vous chez\nles Grecs, avec des philosophes... toute une ribambelle. Il m'a\nexpliqué de quoi il s'agissait; mais c'est une histoire assez com-\npliquée et, ma foi ! comme je n'avais pas très bien compris le\ncommencement, je vous avoue que je n'ai pas écouté le reste...\nJ'avais un peu mal à la tête... Meyerbeer est venu le chercher.\nROSSINI. Giacomo?!\nAUBER. Parfaitement. Wagner lui a fait cadeau d'une robe\nde chambre, et ils sont les meilleurs amis du monde. Ça vous"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "étonne ? Avec Wagner, vous en verrez bien d'autres. Mais vous-\nmême, cher Rossini, je ne vous savais pas si intime chez...\nRiccardo, comme vous dites. Orphée aurait-il réconcilié vos\nMuses aux doux accords de sa lyre ?\nROSSINI. Oh ! nous né causons zamais dé mousique tous\nles deusse. C'est loui qu'il est rèntré da ma cabane, oune zour\nqué zé faisais couire oune macaroni, si esquouisé qué Riccardo\nil m'assoura qu'il croyait rénifler les parfoumes dé Klingsor.\nZé loui offris dé gouster, soie ma ne zé n'avais pas d'assiettes.\nAlors, il est sourti ane riane et cinqué minoutes apréss, il ane\nrappourtait doué dé cez loui, mé disane qu'il méttait sa battérie\ndé couisine à ma dispositione. Vous n'imazinez pas tout cé\nqu'il ane a. Il mé fournit cé qué z'ai bésoine et zé lé régale\navéqué des plats italiénnes à sé lésser les doigts. Mais, il a\noussi des otres soses. Zé voulais zoustémane lé prier pour\noune poco dé glycérine... et qu'il mé prétérait... cetté massine,\nqué vous appelez... vous savez... pour oune pétit lavamento.\nAUBER. Ah !... son... Oui, il en a un superbe, système per-\nfectionné.\nROSSINI. Si, si.Ouné mérveillé dé la mécanique ! Do/ce,\ndoicissimo. Hippoucrate il né counnait pas ça, loui. C'est oune\nvétérinaire, cet homme. Ah ! zé souis bièn déçou qué Ric-\ncardo...\nAUBER. Consolez-vous, cher ami, je vais vous donner\nl'objet. Je sais à peu près où tout pose, ici ; car on m'y voit plus\nsouvent qu'à mon tour. Que voulez-vous ? Ce Wagner est un\ndrôle de corps, certes assez... biscornu quelquefois, mais, en\nsomme, un bon diable. Il est bien amusant quand il me parle\nde ma Muette de Portici : il trouve ça « révolutionnaire », Il\nm'en fait un tas de compliments dont parfois, à la vérité, je ne\nsaisis pas absolument le sens précis, mais enfin, c'est toujours\nagréable, n'est-ce pas? Et puis, il est si confortablement installé !\nJe ne pourrais plus me passer de cet excellent fauteuil où je lis\nmes romans français. Cet animal de Wagner en a toute une\ncollection, sans compter du tabac à priser qui vient sûre-\nment de la Civette... Tenez, voici l'instrument, avec un flacon\nde...\nROSSINI. Zé né sais si zé dois, cer ami, dane l'assèncé dé\nRiccardo... Qué dira-t-il ?\nAUBER. Bah ! il sera enchanté. Il faudrait qu'il fût bien mal\nluné... En tout cas, vous n'en avez pas pour trois heures. On\nremettra tout à sa place ; la gtycérine, il en a encore six bom-\nbonnes : il ne s'apercevra de rien. D'ailleurs, je prends ça sur\nmoi ; soyez tranquille.\nROSSINI. Alors, zé mé décide. Millé fois merci,"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.5", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "AUBER. Mais, vous n'allez pas partir comme ça. Voyons,\nce n'est pas si pressé ; vous avez bien le temps. Mais si, mais\nsi. Asseyez-vous donc. Et qu'est-ce que vous dites de neuf?\nROSSINI. Oh ! pas grannde sose... A l'innfirmérie...\nAUBER. —Ah! c'est juste, mon pauvre cher. Vous en sor-\ntez ?\nROSSINI. —■ Dé tout à l'houre... Tiénne ! mais vous pourrez\npét-être mé rènseigner là-déssous : comme zé révénais, z'avais\nrémarqué quéqu'ouné qui pêssait à la trouite, et zé l'ai vou ane\nrétirer dé l'eau oune manifique, dé douzé livres au moinns. Zé\nvoulais lé rézoindre a faisane oune détouré cez les Grées, mais\nles céminsils né sonent pas soûrs par 1à...\nAUBER. Bah? On prétend cependant que c'est un endroit\ndes plus paisibles.\nROSSINI. Eh bién ! oui, mais la fourêt élle est oscoure\none rènconntré des inndividous bizarres. Zé m'étais èngazé par\noune sèntierquane z'ai èntèndou rémouer et zé découvris oune\ncouplé dane l'ommbré sous les arbres, probablémane des\n\\ingari qu'ils répétaient oune rôle pour oune réprésèntatione.\nC'était oune éspécé dé zéannte ane lonngué cémisé plissée,\nassisé sour les zénoux d'oune homme qu'il était... habillé, si\nz'ose m'ésprimer ainnsi,... d'oune ceinntoure dé fouillaze et\npouis c'est tout.\nAUBER. Notre père Adam en bonne fortune, sans doute.\nROSSINI. —Zé lé pènsais d'abord, mais il avait des saus-\nséttes et des bouttines à élastiques. Au brouit dé mes passes, il\nsé rétourna avéc oune zéste si terrqué, ma foi ! zé mé souis\nsové comme oune capone. La dame élle était dévénoue toute\nrouze...\nAUBER. Hé ! hé ! mais c'est très intéressant, ce que vous\nracontez là, Rossini. Il faudra m'y mener.\nROSSINI. Si, si. Zé voulais vous lé démannder,\nmente. Vous pourrez mé présènter, si vous lé connaissez, pét-\nêtre, par hasard.\nAUBER. Moi ? Pas plus lui que sa géante.\nROSSINI. Oh ! none, carissimo.Géloui-là il m'est égal. Zé\nparlais dou pêssère dé trouites.\nAUBER. Ah ! Shakspeare.\nROSSINI. Qué ? L'autoré dé 1 qué z'ai fait la mou-\nsique ? Qué zé souis conntane ! Alors, il mé donnéra des troui-\ntes. Nous irone lé voir annsamble, hein ?\nAUBER. Ne comptez pas trop sur son poisson, cher ami.\nC'est un ours mal léché. Il ne répond à personne, même quand\non lui parle anglais. Il ignore absolument la politesse.\nROSSINI. Oh ! ça né fait rien, ça né fait rièn. Il né pourra"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "pas mé réfouser quane il saura qué z'ai fait la mousiqué dé sa\npièce. Est-cé pas, nous irone, ? Zé souis cértaine\nqué... Mais, qu'est-cé qué cé tinntamarre ?\nAUBER. Ça ? C'est l'orgue.\nROSSINI. Oune organo?...\nAUBER. Comment, vous n'êtes pas au courant ? Figurez-\nvous que ce gros Allemand,... Barkch... Bâche... jamais je ne\nprononcerai ce mot-là. Enfin, vous savez qui je veux dire,\nn'est-ce pas ?\nROSSINI. Zé mé souviène pas dou tout lé nome...\nAUBER. Mais si : Bâche... Rappelez pas ? D'ailleurs, ça n'a\npas d'importance. Bref, avec des roseaux, du papier roulé en\ntuyaux et autres ingrédients hétéroclites, il a réussi à con-\nstruire un orgue mirobolant, un véritable orgue de cathédrale...\npas la nouvelle ? Il y a pourtant plus d'un mois\nde notre calendrier. C'est vrai que vous êtes si casanier...\nROSSINI. Eh ! mone cer, one est si bién cez soi.\nAUBER. Et puis, au commencement, il était plutôt embar-\nrassé pour le faire marcher. Marsyas empêchait Olympos d'y\nretourner, et, avant que cet hustuberlu de Franck...\nROSSINI. Frannke ?cé grane moussié à favouris qu'il ré-\ngardé touzours ane l'air?\nAUBER. C'est ça même : avec des pantalons trop courts. Il\ns'est constitué son souffleur en pied. Depuis, ce Bâche joue tous\nles jours et, quand les damnés du Tartare n'ont pas trop pleuré\nla veille et que le temps est sec, on l'entend jusqu'ici.\nROSSINI. Cé né mé sammblé pas très zoli. Il n'y a pas dé\nméloudie... Eh ! ni d'accompagnéma none plous !.. Qué?...\nAUBER. C'est une fugue : il ne joue que ça.\nROSSINI. Touzours qué des fougues ! C'est bién courioux.\nCé doit être oune anciénne prémier prix dé Counsérvatoire.\nAUBER.— Pour ça, non! D'après Chérubini, le bonhomme\naurait des dispositions, mais c'est incohérent, braque, et pas\npour un liard de métier. Même, Halévy, qui s'y connaît, déclare\nque ce garçon-là n'a jamais su écrire une fugue. Néanmoins, il\ny a ici des gens qui l'admirent avec exaltation, et je dois dire\nque leur nombre ne fait qu'augmenter.\nROSSINI.— Cependane, one né pé guéré discouter lacoumpé-\ntèncé dé Froumènthal, qu'il a fait lé famoux Traité dé Ché-\nroubini...\nAUBER. Evidemment, n'est-ce pas? Pour moi, ces choses-\nlà m'échappent un peu, je le confesse : c'est trop savant. Je ne\nm'en suis jamais beaucoup occupé là-bas.\nROSSINI. —Oh! moi none plous, vous savez.\nAIJBER. Eh bien ! nous avons peut-être eu tort, Rossini. Le"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.7", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "monde est devenu pédant. De mon temps, et je frisais déjà la\ncinquantaine, à peine si on donnait, par-ci par-là, quelque motet\nde ce vieux Bâche àla Société des Concerts, il yen avait deux\nou trois au répertoire, je m'en souviens vaguement, et tous\nles abonnés bâillaient. Aujourd'hui, vous ne le croiriez pas, il\nest à la mode. Mozart affirme que ses fugues font fureur à Paris.\nROSSINI. Pas poussible !\nAUBER. Tandis que nous, mon pauvre ami, ratiboisés, n, i,\nni : fichus !... Moi principalement. Un malheureux\nnoir tous les mois à l'Opéra-Comique, le jeudi de préférence,\npour les collégiens : voilà mon bilan. Quant à vous : le Barbier,\nsurtout en province, l'été, dans les casinos, et à\nl'Opéra.\nROSSINI. Hé! hé! mais cé n'est pas si bête. Anntré nous,\nc'est tout cé qué z'ai fait dé proupre.\nAUBER.— Tout de même, supplantés par des fugues !... On\nnous a changé nos Parisiens !... Tiens ! il a fini.\nROSSINI. Mone Dio !cé n'est pas doummaze.\nAUBER. Pas? On n'y comprend rien.\nROSSINI. Lé même zinre qué la mousiqué dé Riccardo.\nAUBER. Exactement. Eh bien !ce sont-là nos vainqueurs !\nSaluons, Rossini.\nROSSINI. Ma foi ! mone cer Auber, zé vous avouerai bién\nqué cé m'est pérfectémane égal, surtout mainntenane.\nAUBER. Oh ! à moi aussi, au fond : j'ai toujours été philo-\nsophe. Et puis, qui sait? La gloire est capricieuse... - comme\nles jolies... A propos, et cette bohémienne, Rossini ? Quand me\nconduisez-vous ?...\nROSSINI. Ah ! 1 édissoluto sacripane qué vous réstérez done\ntouzours lé même, Francesco !\nAUBER. —Bah ! il faut bien se distraire un peu : ces femmes-\nlà ont quelquefois des voix admirables, qui ne demanderaient\nqu'à être formées...\nROSSINI. Et vous pènsez qué c'est oune Counsérvatoire,\nici, avéqué des classés dé solfeggio?...\nAUBER.— Vous ne croyez peut-être pas si bien dire. Mais, et\nvotre homme aux truites? Vous l'oubliez?\nROSSINI. Ah! si, si.Vous voulez bien vénir avéc, hein?\nAlors, c'est connvenou pour démaine. Qué zé souis done conn-\ntane qué z'ai fait la mousiqué dé Est-ce qué vous\naimez la trouite, Auber?\nAUBER.- Saumonée; oui, beaucoup.\nROSSINI. Mone cer, vous verrez ça ! Ounique ! Divino !\nOune façone qué z'ai innvanntée : vous prénez oune\noune pétit ognone, qué vous hassez ménou ménou dane lé"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "zous dé toumate; vous faites sauffer tout doucémanedé l'houilé\nd'olive...\n... Pst!... Pst!... Auber!...\nAUBER. Tiens! Delibes. Entrez donc, cher Léo.\nDELIBES.— L'ogre n'est pas là? Je me risque. Venez-vous,\nThomas?\nAUBER. Ah ! mon cher successeur! Entrez,... entrez donc,\nn'ayez pas peur... Mais non, mais non, c'est Rossini.\nTHOMAS. Maestro...\nDELIBES. —Cher maître...\nROSSINI. Bonnzou, bonnzou.\nAUBER. Asseyez-vous donc, chers amis. Et quel bon vent\nvous amène?\nTHOMAS. Nous chasse, plutôt; car c'est bien là l'expression\nqui convient. Nous allons être obligés de déménager.\nDELIBES. • Oui, c'est ce maudit orgue. Nous faisions un whist\navec Victor Massé. Impossible de continuer : il me coupait mes car-\ntes maîtresses; Thomas, cellesde son mort.C'était un vacarme!...\nAUBER. Et quel charivari, hein !\nDELIBES.— Comment? On l'entend jusqu'ici?\nAUBER. Oh ! pas toujours, mais quelquefois comme au-\njourd'hui. Je pourrais le prédire d'avance ; ainsi, quand je ne\nsens pas mes cors, c'est sûr et certain.\nTHOMAS. Alors, où se loger? C'est intolérable !\nDELIBES. Massé est allé déposer une plainte. Vous com-\nprenez, si ça devait durer longtemps comme ça...\nAUBER. Le fait est... Tenez! le voilà qui recommence.\nDELIBES. C'est insensé!\nTHOMAS. lnouï !\nROSSINI. Mais, qu'ést-cé qué c'est qué cet inndividou avéc\nses fougues ? Zé counnais pas dou tout.\nDELIBES. Bach ?Oh ! vous avez bien dû en entendre par-\nler, voyons, cher Maître.\nROSSINI. Souviène pas dou tout, pas dou tout.\nDELIBES. Comment ?... Il est pourtant assez célèbre ! Bach,\n« le grand Bach »... Saint-Saëns en avait plein la bouche. Il est\nvrai qu'à votre époque... Oh ! il est très fort, ça, on ne peut\npas dire autrement.\nTHOMAS. Réputation très surfaite, cher ami, très surfaite,\ncroyez-moi. J'en suis bien revenu, allez.\nDELIBES. Surtout depuis trois ou quatre jours...\nTHOMAS. Oh! depuis bien longtemps. Et on en reviendra\ncomme moi, j'en ai la conviction absolue.\nAUBER. —Vous aimez ça, vous, Léo? Alors, de quoi vous\nplaignez-vous, mon cher ?"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.9", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "DELIBES. Permettez, permettez; c'est très fort comme con-\ntrepoint, mais ça n'en est pas plus drôle. Ah ! non, par exem-\nple !\nTHOMAS. Nous ne sommes pas au Conservatoire !\nAUBER. —■ Moi, je trouve ça crevant.\nDELIBES. C'est le mot. Malgré tout, c'est épatant comme\nmétier.\nTHOMAS. Même à ce point de vue, le jugement est fort dis-\ncutable. Cela fourmille de fausses relations, de quintes, voire\nd'octaves cachées, de résolutions incorrectes : on y rencontre tout\nce qui est défendu, tout, absolument, cher ami. Dans ses fugues,\noutre les mauvaises réponses, on ne découvre aucun plan ;\nil n'en a pas fait deux pareilles. Ce sont des fantaisies informes,\ndes improvisations désordonnées ; en réalité, ce ne sont point\nlà des fugues.\nAUBER. C'est l'opinion d'Halévy : pour lui, ça ne vaut pas\ntripette.\nTHOMAS. —Vous voyez.\nDELIBES. Cependant...\nRo SSINI. ■— Ecoutez : moi, zé vous dis bonnsoir. Zé vois qué\nvous parlez mousique, zé mé sove.\nAUBER. Quoi ! vous voulez nous abandonner, Rossini ?\nROSSINI. Eh ! vous savez bién qué z'ai ouné pétité médé-\ncine à prendre.\nAUBER. Allez donc dans le cabinet de toilette ; il y a tout\nce qu'il faut. Quand vous aurez fini votre affaire, vous ferez un\nsomme sur la chaise longue.\nROSSINI. Oh ! zé préféré cez moi. Vous savez, one a ses\nhabitoudes. Et pouis, Caccini il m'attane, qu'il a proumis dé\nvénir m'aider pour l'opératione...\nAUBER. —Ah bah!\nROSSINI. Oui, c'est oune bon ami, bién complaisane et très\nadroité, qu'il m'est bién précioux pour cé cas ; zé souis oune\npo corpoulènte ; tout sol, cé n'est pas coummode. Après, zé mé\ncoussérai. Caccini il vous rappourtéra la mécanique.\nAUBER. —Bon, bon ; entendu. Alors, à demain, n'est-ce pas?\nROSSINI. Si, si.Zé crois bién ! Sane fote. cers,\nTHOMAS. —Avec cet orgue, je le crains, le maestro ne pourra\njamais s'endormir.\nAUBER. —Pourquoi pas? Si j'en juge par l'effet que m'en\nproduit la musique, j'oserais presque présumer le contraire.\nDu reste, il doit être à l'abri : il demeure à la porte du pota-\nger, derrière la colline.\nDELIBES. Mon cher Directeur, nous émigrons par là, hein ?\nTHOMAS. Sans la moindre hésitation, cher ami."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.10", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "AUBER. Seulement, je vous avertis : il n'y a pas de caver-\nnes ; c'est un pays plat. Il faut se bâtir une cabane.\nDELIBES. Seigneur ! que de complications !\nTHOMAS . Cet homme est une calamité publique. On devrait\nl'enfermer.\nAUBER. Le fait est qu'il peut se vanter d'être encombrant.\nEt vous trouvez ça fort, vous, Delibes ?\nDELIBES. Comme tout le monde *, faut bien.\nTHOMAS. Je vous répète qu'on en reviendra, mon cher\nLéo ; soyez-en convaincu.\nAUBER. Halévy s'y connaît, que diable!\nTHOMAS. L'avis de l'illustre auteur de élève et\ncollaborateur du savant Chérubini, ne saurait évidemment\nêtre considéré comme quantité négligeable.\nDELIBES. Sans doute, sans doute. Mais enfin, c'est pas le\nmême genre.\nAUBER. —• Il n'y en a pas trente-six, voyons ; une fugue est\nune fugue.\nTHOMAS. Vous l'avez dit, Maître. D'ailleurs, quoi qu'il en\nsoit, et quelque talent que l'on puisse posséder, on ne s'impose\npas ainsi à toute une population de confrères. Si chacun de\nnous en faisait autant, la place ne serait plus tenable.\nDELIBES. En effet ! Brrr !...\nTHOMAS. Ce deviendrait un Enfer !\nAUBER. A la vérité, cher ami, nous y sommes; mais il y a\nEnfer et Enfer, assurément.Et il continue toujours, le mâtin!..\nAh ! il s'arrête.\nDELIBES. Oui, il était en train de finir.\nAUBER. Si vous vous y reconnaissez, vous, saperlipopette !\nvous avez de la chance. On voit que vous l'avez pratiqué.\nDELIBES. Oh ! pas des masses. A mon église, quand j'étais\norganiste, j'avais bien quelques cahiers de l'édition Peters, mais\nmon curé n'aimait pas ça. Moi, je n'y tenais pas énormément :\ncane m'a jamais emballé. Plus tard, comme professeur au Con-\nservatoire, j'étais bien forcé, n'est-ce pas ?... Ne fût-ce que pour\nen parler. Ce louffoque de Franck ne faisait jouer que ça à ses\nélèves.\nTHOMAS. Un garçon bien dangereux, ce Franck, sous ses\ndehors innocents. Je déplore profondément d'avoir prêté mes\nmains à sa nomination. Ce fut un corrupteur de la jeunesse,\nun semeur d'anarchie. Outre ses tendances wagnériennes\nsubversives, c'est grâce à lui que Bach a pénétré dans l'ensei-\ngnement du Conservatoire, sans franchir, toutefois, le seuil de\nnos classes de fugue et de composition, où, décemment, on n'en\navait que faire."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.11", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "DELIBES. Ma foi! même à la classe d'orgue, 011 s'en serait\nbien passé dans la maison. Mais il n'y avait guère moyen : on\nnous aurait traité de ganaches.\nAUBER. Vraiment?... Il a été joliment vite, ce Bâche. Dans\nma génération, on ne nous apprenait pas ça. Nous ne l'avons\nquasiment pas connu. Même à l'lnstitut, quand j'ai pris le\nfauteuil de Gossec, en 1829, on l'ignorait totalement. Alors, il\nétait déjà si célèbre de votre temps, Léo ?\nDELIBES. C'est-à-dire que, quand on a retrouvé ses œuvres,\npendant près d'un siècle, tout ça avait été oublié, aux trois\nquarts perdu, égaré, disséminé un peu partout; enfin, à\nmesure qu'on les a publiées, son nom s'était répandu peu à peu\nparmi les musiciens. Mais sa renommée dépassera difficilement\nle cercle des professionnels : c'est un art abstrait et fatigant\nauquel le public ne mordra jamais.\nAUBER. Vous croyez?\nDELIBES. A Paris, du moins, c'est sûr comme deux et deux\nfont quatre.\nAUBER. —Eh bien, cher ami, vous vous trompez du tout au\ntout, et c'est ici que l'aventure devient piquante. Il paraît\nque votre Bâche y est le lion du jour, la coqueluche des\nconcerts...\nDELIBES. Allons donc !\nAUBER. ...Et que nos Parisiens bissent ses fugues.\nDELIBES. Bissent!... Quelle bonne plaisanterie !\nTHOMAS. L'événement est d'une invraisemblance! Bisser\nune fugue !..\nAUBER. Authentique. Je le tiens de Mozart : une demoi-\nselle... Schola, la pianiste, Blanche Schola. On l'a bissée.\nDELIBES. A Paris !... Non !... je m'en vais raconter ça à\nOffenbach.\nTHOMAS. Il faudrait qu'une transformation profonde se fût\nopérée dans l'esprit du public musical. J'y soupçonnerais volon-\ntiers l'influence de mon successeur. Dubois, quoique mon\nélève, n'a jamais beaucoup penché vers le théâtre, où, d'ailleurs,\nil ne réussit qu'à moitié...\nDELIBES. A moitié ! Vous êtes généreux. Il aurait bien\nvoulu. Quels fours ! Ah ! il savait raser les gens, Théodore !\nTHOMAS. Vous allez trop loin, mon cher Delibes. Dubois\nétait une nature, évidemment peu douée sous le rapport de\nl'inspiration, mais réfléchie, pondérée et d'une instruction\nsolide, qui devait l'attirer vers la polyphonie symphonique. Je\nne serais pas surpris que, dans les hautes fonctions qui lui\néchurent après mon décès, il n'ait puissamment contribué à\nrépandre le goût du style sévère. De là, néanmoins, à la vogue"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "d'œuvres surannées et aussi arides que les fugues de Bach, il y\na un abîme que je ne m'explique pas.\nAUBER. C'est encore bien plus compliqué, cher Ambroise.\nPour moi, je n'y puis rien comprendre, comme dans\nblanche. D'abord, Dubois a donné sa démission...\nTHOMAS. Vraiment?\nAUBER. ... « Ecœuré des attaques injustes dont sa person-\nnalité était l'objet ». Et savez-vous qui le remplace?... Faure.\nTHOMAS. Je regrette la détermination de mon élève et ami\nDubois, mais Faure me paraît un choix excellent. S'il a peu\nproduit, à vrai dire, les Rameaux dénotaient l'étoffe d'un com-\npositeur distingué. Au surplus, à la tête du Conservatoire, un\nartiste aussi éminent ne me semble pas déplacé. Vous l'avez vu\ndans Hamlet ?\nAUBER. Dans Hamlet? !\nDELIBES. Il était merveilleux.\nTHOMAS. Splendide ! Personne n'a pu chanter le rôle après\nlui.\nAUBER. Voyons, voyons, confondons pas. Vous parlez du\nbaryton. Non; c'est un jeune, un certain Gabriel Faure...\nTHOMAS. Connais pas du tout...\nDELIBES. Moi non plus... A moins... Mais, ce n'est pas\npossible, suis-je bête : je songeais à Fauré.\nAUBER. Précisément : Fauré. J'écorchais un peu. Gabriel\nFauré, c'est bien ça.\nTHOMAS. Comment ! le petit Fauré!\nDELIBES. Impossible. Vous devez faire erreur: il ne sortait\nmême pas du Conservatoire.\nTHOMAS. En effet, il était de Niedermeyer...\nAUBER. —Justement. Oh! c'est bien lui.\nDELIBES. Ah ! zut alors !...\nTHOMAS. C'est inimaginable ! Où allons-nous ?\nAUBER. Et sa musique ?\nDELIBES. Oh ! là, là !\nTHOMAS. Un tissu d'excentricités absurdes, de divagations\npuériles. Ce garçon-là n'a jamais su ses premiers éléments\nd'harmonie : des successions d'accords les plus extravagantes...\nDELIBES. Une salade !... Pire que Franck.\nAUBER. Genre Manet en peinture, hein ? Des arbres vio-\nlets, des vaches bleues... Je m'en doutais : Mozart et Liszt\ntrouvent ça très bien.\nTHOMAS. Cela n'existe pas, cher ami: un monstrueux dé-\nvergondage de cerveau détraqué.\nAUBER. Eh bien ! mon cher Thomas, c'est ce monsieur-là\nqui nous succède au Conservatoire..."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.13", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "THOMAS. Vous m'en voyez tomber des nues.\nAUBER. ... Pendant que votre Bâche fait bisser ses fugues\ndans les concerts et les salons ! Arrangez ça.\nTHOMAS. En effet, comment concilier?... C'est un boule-\nversement complet...\nDELIBES. Ça n'a pas le sens commun.\nAUBER. Mais c'est pas tout. Devinez avec qui ce fort en\nthème partage les plus opulentes moissons d'applaudissements...\nAvec un nommé Bussy.\nTHOMAS. ■— Bussy?...\nAUBER. Oui : Claude-Achille.\nDELIBES. Debussy ? !... Mais c'est injouable !\nAUBER. Faut croire que non. De Bussy, parfaitement, un\nnoble. Qu'est-ce que c'est que cette musique-là ? Mozart en est\ntoqué. Cocasse, hein?\nTHOMAS. Le comble de l'insenséisme ! De la plus pure\ninsanité !...\nAUBER. Eh bien ! voilà les succès parisiens : Bâche et Bussy.\nDELIBES. Elle est raide, celle-là! Ils sont fous !\nTHOMAS. C'est de l'aliénation mentale, évidemment.\nDELIBES. Alors, et nous ?\nAUBER. Ah ! mon pauvre ami ! Ecoutez, vaut mieux ne pas\nen parler. Si nous n'étions pas au répertoire...\nDELIBES. Il me semble pourtant qu'au théâtre...\nTHOMAS. En effet, c'est là un terrain sur lequel nous n'a-\nvons pas à redouter de semblables adversaires.\nAUBER. Bâche, non, naturellement...\nDELIBES. Et l'autre encore moins, par exemple !\nAUBER. Vous ne savez donc pas qu'il a fait le maximum à\nl'Opéra-Comique ?\nDELIBES. Qui ça?\nAUBEP. Mais, ce monsieur Bussy, avec son\nMélisandre. Si vous voulez vous payer ça, vous n'avez qu'à\nrentrer chez Chopin. Il paraît que Mozart lui en joue des actes\nentiers par cœur sur son pleyel. Et à Paris, salle comble, cinq\nrappels par tableau, délire quoi !\nDELIBES. C'est Charenton ! !\nTHOMAS. Ou plutôt, la Salpêtrière ; vous pouvez aller\njusque-là, cher ami.\nAUBER. Je vous dis : moi, j'en donne ma langue au chat.\nQue voulez-vous ? Nous ne sommes plus à la hauteur. Il faut\nse résigner. A quoi bon s'en faire de la bile, n'est-ce pas ? Sur-\ntout maintenant: Rossini a bien raison. Du reste, ici, c'est à\npeu près la même chose. Je l'ai remarqué depuis longtemps\nplus ça va, moins on nous prend au sérieux."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.14", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "THOMAS. Il n'est que trop réel que nous constituons une\nminorité d'élite, je l'ose proclamer, de plus en plus mé-\nconnue dans notre propre domaine. Je n'eus guère à me louer\njamais de l'accueil que la plupart de mes confrères m'ont fait,\nni de leurs rapports, et je ne vous cache pas que je m'en suis\nsenti toujours aussi péniblement affecté que surpris, je dirais\npresque, stupéfait. Lors même que vos invraisemblables révéla-\ntions ne m'eussent pas fait vider la coupe de l'amertume jus-\nqu'à la lie, cet orgue aurait été la goutte d'eau qui fait déborder\nle vase. Depuis deux jours, j'ai étudié sérieusement la question\nsous toutes ses faces, et le résultat a été que le seul parti hono-\nrable pour moi est de prendre celui d'imiter OfFenbach et de\nme réfugier chez les littérateurs.\nDELIBES. Tiens ! c'est une idée. D'abord, ceux-là, au\nmoins, ils comprennent notre musique.\nTHOMAS. Effectivement. Ainsi Gœthe, le grand écrivain,\nchaque fois que je le rencontre, par hasard, ne manque pas une\nfois de me faire les plus grands éloges sur alors qu'ici\ncet opéra comique se trouve en butte à des sarcasmes jaloux.\nDELIBES. C'est comme moi. Cet imbécile de Mozart ne peut\npas m'apercevoir sans crier: « Llimonade, bière! » C'est\nagaçant, à la fin.\nAUBER. Bah ! c'est pour montrer qu'il sait quelques mots\nde français.\n>\nDELIBES. Il pourrait dire autre chose. J'en suis. On emmè-\nnera Massé ?\nTHOMAS. Sans aucun doute. Je me suis senti tenté par cet\nexode, surtout depuis la venue de Legouvé en ce sombre em-\npire. Ernest est un esprit charmant et cultivé, un causeur\ninépuisable, que vous avez bien connu, d'ailleurs, comme\nmoi, à l'lnstitut, une haute intelligence toujours en éveil;\nce sera un compagnon déli...\nLISZT. Richard !\nAUBER. Il n'est pas là, mais ça ne fait rien. Entrez donc,\nmon cher Liszt.\nLISZT. Quoi ! pas encore de retour...\nAUBER. Non, pas encore. Asseyez-vous donc, cher ami...\nThomas et Delibes.\nLISZT. Oh ! pardon, Messieurs... Je suis dans une inquié-\ntude...\nAUBER. A quel propos ?\nLISZT. Mais de Richard. Comme il reste longtemps !...\nAUBER. Dame ! il est à son affaire : il avait rendez-vous\navec des philosophes, des Grecs.\nLISZT. Je sais bien... Ah! quelle fâcheuse inspiration"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.15", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "Meyerbeer... Non, non, merci, je ne m'asseois pas; je vais à sa\nrencontre. Mon Dieu ! pourvu qu'il ne soit rien arrivé !\nAUBER. Bah! ne vous tourmentez donc pas. Attendez-le\nici : maintenant, il ne peut plus tarder beaucoup.\nTHOMAS. Alors, nous nous retirons, cher ami.\nDELÏBES. Oui, c'est plus prudent.\nAUBER Pourquoi donc, pourquoi donc ? Les visites sont\nloin de lui déplaire :il aime bien avoir à qui parler, surtout\nquand il est de bonne humeur.\nDELÏBES. Quand... quand... Au revoir, mon bon.\nTHOMAS. Oui, nous nous éloignons.\nLISZT. Ah ! c'est lui !\nDELÏBES. Trop tard ! !.. Flûte !\nAUBER. Oui, plus moyen. Il est trop près.\nTHOMAS. Quelle aventure !\nAUBER. Bah ! il ne vous mangera pas. Il a l'air content,\njustement. Vous avez de la veine.\nLISZT. » Enfin, te voilà, Richard !Eh bien ?\nWAGNER. Ah ! papa !... Quels génies !... Je te raconterai ça.\nInouïs, ces Grecs!... Inouïs !\nLISZT. Alors, tout s'est bien passé ?... Tu es satisfait ?...\nWAGNER.— Wunderbar !... Hô\nLISZT. Allons, tant mieux, tant mieux.\nWAGNER. —Je dois leur envoyer mon portrait.\nLISZT. Vraiment ! Ils te l'ont demandé ?\nWAGNER. J'ai prévenu leur désir : ils n'osaient pas, par\ndiscrétion. D'ailleurs, ils n'ont pas dit un mot : j'ai parlé tout\nle temps. Spinoza traduisait au furet à mesure. Mais nous nous\nreverrons bientôt, c'est convenu.\nLISZT. Ah ?... Ils t'ont demand... ?\nWAGNER. C'est moi :je leur ai fixé le jour... Je m'étais pré-\ncautionné de quatre cartes-album grand format, avec une dédi-\ncace pour chacun qui les a beaucoup flattés... A propos, papa,\ntu serais bien gentil d'emprunter à Bulow son appareil,\ncomme si c'était pour toi, tu sais.\nLISZT. Bien, bien; naturellement. Tu peux y compter.—\nMais, tu ne leur as donc pas donné les photographies ?\nWAGNER. Je tenais àce qu'elles fussent encadrées. J'ai\ncommandé cachez Phidias, en revenant; quelque chose de très\nsimple : deux branches de laurier formant ovale, en bronze et\nen or, sur fond vieil argent martelé. Ce sera très bien. Je lui ai\nlaissé mon adresse. Il m'a promis de se dépêcher... Mais,\nqu'est-ce qui remue donc comme ça, dans le coin ?... Tiens,\nvous, Auber?\nAUBER. Mais oui, c'est moi, mon cher Wagner,... avec"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "Thomas et Delibes, qui venaient vous présenter leurs respec-\ntueux hommages... Ils souhaitaient vivement... J'ai pris la\nliberté de les retenir...\nWAGNER.—• Vous avez fort bien fait, cher ami. Messieurs,\nsoyez les bienvenus chez Wagner.\nAUBER. Voilà un temps infini qu'ils en grillaient d'envie...\nSeulement, ils sont un peu timides : ils n'osaient pas... par\ndiscrétion.\nWAGNER. Et pourquoi ? Suis-je donc si terrible ? Je suis\nheureux et fier, Messieurs, d'offrir à vos talents français l'hos-\npitalité du génie allemand en l'un des plus beaux jours de ma\nvie...\nAUBER. Hum !...\nWAGNER.— Hein?... Vous disiez, Auber ?\nAUBER. Moi? Rien, rien... Toujours ma laryngite, vous\nsavez... Mais, dites donc, cher ami, vous avez l'air enroué, vous\naussi.\nLISZT. Oui, tu parles presque comme Auber, Richard. Je\nsuis sûr que tu as attrapé une extinction de voix.\nWAGNER. A la vérité, je me sens un peu las...\nTHOMAS.— Permettez-nous de prendre congé, illustre Maître,\nafin que vous puissiez prendre le repos dont vous paraissez\néprouver un besoin urgent et manifeste autant que nécessaire.\nWAGNER. Croyez que j'apprécie toute la délicatesse de\nvotre proposition, Monsieur le Directeur; je vous en remercie.\nEn effet... Mais, j'espère bien qu'à la prochaine occasion...\nAUBER. Certainement, certainement, je vous les ramènerai.\nAu revoir, cher ami. Soignez-vous : du bâton de réglisse, tenez,\nc'est souverain. A bientôt.\nWAGNER. Adieu, Messieurs, adieu... Décidément, ces\nFrançais sont des gens charmants : toujours d'un tact...\nAUBER. Mais oui, il rentre à la minute... Wagner ! c'est\nOlympos qui vous demande.\nWAGNER. —• Olympos ?... Va donc voir, papa. Moi, je ne tiens\nplus debout... Eh bien ?\nLISZT. C est singulier, ce petit Olympos... Je ne savais pas\nqu'il parlait italien... Presque sans accent, ma foi ! Il apporte\nune caisse pour toi... « per il signo »\nWAGNER. Olympos ?... C'est de Phidias.\nLISZT. Déjà ! Il a eu vite fait.\nWAGNER. —Oh! ces Grecs sont d'une habileté !...\nLISZT. Il en avait sans doute en magasin.\nWAGNER. Ils sont inouïs !... Tu n'imagines pas... Eh bien !\nmais ce n'est pas la peine de défaire le paquet, hein? C'est très\nproprement emballé. Ça pourrait abîmer le papier; et puis, je"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.17", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "ne saurais jamais le reficeler, ni toi non plus. Dis-lui qu'il porte\nça chez Platon, en s'en allant : il passe devant. Qu'il lui remette\nde ma part, à lui-même en personne... Tiens, donne-lui quel-\nques pralines à la pistache ; il les aime bien... A Platon lui-\nmême, surtout ; pas à cet idiot de Cousin : à Platon, de la part\nde Wagner... Et qu'il fasse bien attention !... Dis-lui que c'est\nfragile... Il est parti ?\nLISZT. Oui. Il l'a roulé soigneusement dans sa chlamyde :\nsois tranquille. Maintenant, tâche de dormir un peu, Richard.\nIl le faut...\nWAGNER. Le pourrai-je ?... Je suis encore en ébullition...\nAh ! ces Grecs, papa !... si tu savais !... Je te raconterai ça.\nLISZT. —Mais oui, mais oui, plus tard : tu es exténué. Veux-\ntu changer de robe de chambre ?\nWAGNER. Oh! inutile... ou plutôt... Ecoute : donne-moi\nmon veston et mon béret de velours noir... comme sur la pho-\ntographie... A gauche... C'est ça, oui. A propos, dis donc,\npapa...\nLISZT. —■ Pas cette manche-là. Tiens, laisse-moi t'aider.\nWAGNER. Dis donc, quand il verra mon portrait cnez\nEschyle et Sophocle, il va en faire un nez, ton Euripide !...\nLISZT. Mon Eur.,.? Ah! Euripide... C'est probable...\névidemment... Allons, viens, Richard 5 étends-toi...\nWAGNER. Un instant, papa...\nLISZT. A quoi penses-tu ?... Tu ne vas pas coucher sur une\nchaise ?...\nWAGNER. Regarde !... C'est sous cet aspect que, dans\nl'heure qui va sonner, les plus grands génies de l'Hellade con-\ntempleront Richard Wagner !...\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.4", "titre_corps": "CONTE DE NOËL", "titre_sommaire": "CONTE DE NOËL", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "CONTE DE NOËL\n\nChacun sait qu'une fois par an, dans la nuit de Noël, la pa-\nrole est donnée aux choses, la parole et le geste, et qu'elles\npeuvent alors manifester leur vie de la façon coutumière aux\nhumains.\nC'est dans une chambre aux lourds meubles tourmentés que\nle minuit fatidique sonnait à une pendule de bois suisse, et au\ndouzième coup la vie se déchaîna. Le vieux buffet craqua d'aise\net de suffisance, repu de sa dignité utilitaire, et jeta un coup\nd'œil un peu congestionné à la ronde. La langue pâteuse, il en-\ntama la conversation.\n« Encore une bonne année de passée et je suis content de sen-\ntir augmenter avec chaque cycle ma valeur et ma beauté per-\nsonnelles ; je suis plus lustré, plus embaumé ; je . suis le roi\nde la maison, étant le plus utile ; je distribue la nourriture aux\ngénérations qui se succèdent devant mon immuabilité. »\nUne partie de cette phrase était envoyée à l'adresse du piano\nà queue, nerveux, aristocratique et de mauvaise humeur.\n« Utilité ? dit-il entre les dents,... odeur de saucisson. Les\ntrois règnes rivalisent dans ma construction;... il me faudrait\nl'air, l'eau et le feu,... je serais plus grand encore, et il retomba\ndans un silence morbide.\nIl y a toujours un 'si, dit le buffet satisfait, sorte de Berlioz\nexalté que tu es. Quant aux odeurs que je contiens, saucisses ou\nautres, elles valent bien celles des vieilles liqueurs qu'on ren-\nversa entre tes cordes.\nMoi, j'ai la plus grande gloire, glapit tout à coup la boîte à\nviolon ; je contiens l'instrument de Paganini. C'est moi qui l'ai\naccompagné de succès en succès, moi son inséparable compa-\ngnon.\nAmphibie médiocre, mauvais intermédiaire, va, cria le\nviolon d'une chanterelle cristalline, c'est à faire tomber mon\nchevalet de rire », et il sauta dehors. « Ah! j'ai tant chanté que\ncela fait du bien de parler. Mais toute l'àme de mon prince a\npassé en moi. Quel faiseur ! Lorsqu'il secouait sa mèche noire"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.20", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "dans ses yeux, il avait déjà enlevé l'auditoire. Un regard téné-\nbieux , une scordatura,et le tour était joué. Nous savons que\npersonne n est vraiment modeste, mais beaucoup n'ont pas\nmeme le courage de vouloir le paraître. Gela porte cependant\ntrès bien aussi.\n-Tais-toi, se fit entendre d'un ton larmoyant la voix d'une\npetite vitrine laquée dans un coin, tu gaspilles notre heure\nprécieuse avec tes bavardages ; je veux parler aussi avant de\nretomber dans la tristesse et l'hypocondrie.\nJe ne vois pas de quoi tu as à te plaindre, tu es choyée\nautant que personne, dit le buffet.\n_ A quoi cela me sert-il, reprit la petite vitrine, puisque je\nvis avec un désir terrible, assoiffée d'un rêve qui ne pourra\njamais se réaliser ?\nOui, nous savons, dit légèrement le violon en tourniquant\nsur son petit pivot, tu voudrais être moi ; c'est toujours la\nmême rengaine, ta vieille marotte qui sort une fois par an. Avec\nça que tu aurais pu faire ce que j'ai fait.\nOui, je l'aurais pu, cria la vitrine. Vous ne savez pas tout\nce qui est en moi: j'aurais pu chanter, attendrir tous les cœurs;\nvous ne savez pas comme j'aurais vibré, comme les sons seraient\nsortis de mon être, chauds, doux, désespérément tendres. Ah !\ntristesse ! Que ne peut-on m'arracher les flancs pour les trans-\nformer en violon ! On s'est trompé horriblement ; j'aurais dû\nêtre violon ou violoncelle, ce n'était pas une vitrine que je de-\nvais etre. Oh ! comme je sens mon bois trembler ! je veux vibrer !\nje le veux !\nCalme-toi ! s'interposa le buffet ; dans une autre vie, dans\nle paradis peut-être, tu atteindras ton désir.\nJamais ! hurla la petite vitrine ; il n'y a pas d'autre vie\npour moi. Je durerai longtemps, si longtemps que je n'ose y\npenser, et si jejtombe en poussière ou si je péris par le feu, il ne\nrestera pas assez de cohérence en ma matière pour abriter la\nmusique. Quant au paradis, ce n'est pas là ma place. La musi-\nque y est faite par des orgues de Barbarie, car le paradis est\npour les pauvres.\nQuel intérêt cela peut-il avoir, toutes ces vibrations ? dit\nune chaise ; je n'y vois pour ma part pas tant de différences •\ntendez une corde entre deux de mes pieds et grattez dessus avec\nun archet, je ferai aussi bien que le violon.\nJe crois qu'il est temps que je vienne vous remettre tous\nà votre place, dit l'archet sortant furibond de sa boîte ; quant à\ntoi, violon de Paganini, je voudrais bien savoir où tu en serais\nsans moi.\nQuelle chance, songea entre temps la pendule, de pouvoir"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "pour une fois dire autre chose que cou-cou ; mais que vais-je\ndire à la place ? voilà la question.\nQue pourrions-nous faire pour passer agréablement cette\nheure ? bâilla la chaise.\nPasser notre heure précieuse qui vient si rarement, gar-\ndons-la plutôt, » dit le piano indigné.\nUn crépitement se fit entendre, et un vol de cartes s'abattit sur\nla table.\n« Tiens ! une idée, s'écria le violon ; faisons-nous tirer la\nbonne aventure par Madame la Dame de Trèfle.\nL'avenir, ce n'est pas la peine, il est trop connu ; plutôt\nle caractère, fit la vitrine morose.\nMoi, double effigie humaine, dit avec importance la Dame\nde Trèfle, je ne puis dire l'un sans l'autre, car l'avenir découle\nimmédiatement du caractère.\nA moi d'abord ! clama le violoncelle \", on ne me laisse\njamais la parole; je suis toujours relégué au dernier rang ; je\ndemande des égards.\nSoit! répondit la Dame de Trèfle, approchez-vous! » et\nelle examina ses lignes. « Je vois, dit-elle, beaucoup de choses.\nUn certain manque de tact, une sentimentalité quelque peu en-\nvahissante. Vous aurez à vous méfier de la Mélodie, vous pour-\nriez manquer envers d'elle de retenue.\nSi c'est là tout ce que vous avez à me dire, interrompit\nle violoncelle maussade, vous pourriez aussi bien vous taire. Je\nsuis sans doute destiné à un éternel pizzicato !\nCe n'est pas comme cela que je vous vois, dit la Dame de\nTrèfle, les yeux voilés regardant au loin, mais bien plutôt\ncomme un souvenir, une relique, quelque chose même comme\nune boîte à ouvrage.\nA mon tour ! s'avança péremptoirement le piano ; il me\nsemble qu'en qualité d'instrument solo j'aurais dû passer avant.\nCe qui me plaît en vous, dit la Dame de Trèfle après un\ncourt examen, c'est que vous n'êtes pas éclectique. Malheur à\nceux qui voudraient vous faire servir à tous les usages ! Vous\nne servez que ceux qui vous ont compris. Vous parlez lorsque\nChopin passe sur vos touches, mais pour bien d'autres vous\nretirez votre âme en vous-même. A vos dieux vous sacrifiez tous\nles autres. Hommage suprême ! Car que peut-on offrir de meil-\nleur en holocauste à des dieux, sinon d autres dieux ?\nEt mon avenir? interrogea le piano.\nC'est curieux, je vous vois comme vous êtes ; cependant\non dirait qu'il manque quelque chose, je ne sais trop quoi ;\nvercela pourrait être les cordes. Malgré cela votre couvercle s'ou-\nvre parfois."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.22", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 564, "texte": "- A moi, à moi maintenant, ô Dame aux trois feuilles, pipa\nle violon.\nToi, tu es bien brailleur, mais n'empêche qu'il faut t'ad-\njoindre au moins quarante de tes congénères afin de lutter\ncontre deux hautbois.\nQue m/importe ? repartit le violon avec une pirouette\nlorsque je parle seul, les autres se taisent, et voilà tout. Dis-moi\nmaintenant l'avenir.\nL'avenir, fit la Dame de Trèfle d'une voix mystérieuse,\nc'est qu'il n'y aura plus de musique.\nCou-cou, chanta la pendule, il est une heure. Place à la\ncomédie humaine. »\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.5", "titre_corps": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre", "titre_sommaire": "Croquis d'Album inédit de Ch. 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La preuve de cette erreur se trouve\ndans la lettre suivante de Ladvocat à l'abbé Dubos :\n« A Paris, ce Samedi 16 av.\n« Il auroit été difficile monsieur de vous écrire plus tostpuis\nquapres une répétition generalle avec les machines il dura trois\ngrosses heures et demie et pour adjouter au malheur dunne bri-\ngue peu judicieuse on en refit unne lundi ou lon convint de faire\nquelques retranchements dont les autheurs navoint peu souffrir\nun mois auparavant la seule proposition. Enfin on le repré-\nsenta mardi.On fut surpris au prologue des décorations qui sont\ndans la pièce asses belles aussi bien que les habits qui y sont\nbien imagines et nouveaux dans leurs desseins. Les machines\ny sont bien executees a lexception dun poisson sur lequel etoit\nperchée Madlle Desmatins et la gueulle de lenfer qui a été très\ningénieusement supprimée aussi bien que les momies que lon\navait trouvées dans des pieds destaux de certaines pyramides\nqui occupoint le milieu du theatre et en souvrant representoint\ndes figures illuminées que plusieurs jeunes femmes avoint peur\nde se mettre dans l'imagination. Madlle Guiart y trembla beau-\ncoup et y chanta asses mal. Le reste des acteurs executterent\nasses bien leurs rolles hormis Dumesnil qui oublia doter son\nespee au 5e acte ou lon le doibt sacrifier a Osiris. Cariclee nestoit\npoint enchainée. Joignes a touttes ses fautes la lignorance des\nspectateurs occuppes de la magnificence de M, Foissin et par"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.24", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "conséquent peu attentifs aux vers ny au sujet mais fort disposes\nau bruit car les sifflets ni sont pas si communs quailleurs et\nlimagination dunne longueur qui ny estoit pourtant pas puis-\nquil ne dura que 2 heur. 3 quarts persuadèrent a plusieurs per-\nsonnes de croire quils si estoint ennuiees. Enfin a la 2e repré-\nsentation on la racoursi et reforme tous les manquements que\nlon yavoit remarques. Il reste cependant unne ignorance de\nla fable dans la plupart de ceux qui navoint point de livre et\nceux qui en avoint et qui avoint leu le roman ils ont cru faire une\ncritique admirable de dire que lhistoire du roman y devoit etre\nmieux representee. Dautres se sont étonnés de la hardiesse de\nfaire descendre Meroebe Arsace aux enfers et que cette permis-\nsion navoit ete encor accordée qua peu de personnes dunne\nvaleur et dun meritte des plus distingues : Ulisse, Enee, Her-\ncule, etc.\n« Les vers ont ete trouves bon par Capiston (1), Longe-\npierre (2) et quelques autres véritables connoisseurs qui étonnés\naussi bien que Duché du peu de connoissance des véritables\nfautes qui pouvoint si rencontrer se trouveroint a ladvenir peu\ndisposes a vouloir sexposer aux critiques de Juges aussi peu\ninstruits des véritables maximes de la Dramatique. Il yen a\nmesme de si preoccuppes de vouloir censurer que sans avoir leu\nque Meroebe avoit conquis unne partie de legipte ils ont fort\ndoctoralement censures les piramides qu'il ont prétendu na-\nvoir jamais été en Ethiopie. Pour surcroit de malheur Dumes-\nnil se trouva malade ala 2e represent. Elles ont neantmoins\nproduit 2800 u. On verra ce qu'ils diront dimanche ou lon espere\nque Monseigneur sera. On dit tout haut sur lamphiteatre qua\nla 10e fois quon y auroit assiste on le trouveroit plus beau et\nquil falloit attendre ce temps la pour en pouvoir distinguer\ntouttes les beautés. Je le souhaittes mais japprehende bien que\nlennui du parterre ne vienne du peu de nouvauté qu'on peut\nfournir a lhumeur inquiette des françois. Tous les dieux et les\ndiables y ont paru, il est présentement difficile de leur donner\nun caractère de nouvauté qui puisse plaire.\n« On se persuade que la musique estimitee ou prise de Lully.\nOn croit que les vers et les caractères sont moins naturels que\nceux quon a voulu copier de Quinaut, on souhaiteroit autre\n\n(t) Jean Galbert de Campistron, né et mort à Toulouse (1656-1728), auteur\nmédiocre, en dépit des conseils qu'il reçut de Racine.\n(2) Hilaire Bernard de Roqueleyne, baron de Longepierre, né à Dijon en\n1659, mort à Paris en 1721. Rangé par Baillet au nombre des enfants célè-\nbres, ne fut d'abord qu'un traducteur précoce. Au théâtre, il eut la préten-\ntion d'exclure l'amour de la tragédie. Ses œuvres sont justement ou-\nbliées."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "chose que des sacrifices, des magiciens, des palais, des tem-\nples. Les enchantements ne scauroint etre plus;baux que dix ou\n12 des précédents opéra et cest la raison pour laquelle dans un\nballet du retour des plaisirs chanté et danse cette année aSaint-\nMalo dont la musique a ete composée par le le Sr le Batteux\nMtre de musique de la catedralle, le poete dont le Mercure Ga-\nlant du mois de mars i6gs ne dit point sest contente de faire\ndire à Neptune :\nTHESEE\nPartes ailes souffles Impétueux\nLe Dieu de la mer vous lordonne.\nQue rien ne trouble hycy les plaisirs et les jeux\nEloignes ce qui les etonne.\nPortes aux ennemis de ce rivage heureux\nTout ce que vous aves daffreux\nLe Dieu de la mer vous lordonne, etc.\n« Je montrerai vostre inscription aux scavants cheb Monsr le\npremier président et je vous dirai que aves pris de très bonnes\nprécautions pour que je ne puisse rien adjouter a la critique\nque vous maves envoiee DAmadis, elle est des plus scavantes\net des plus recherchées. Je suis. »\nIl ressort de cette lettre, intéressante à plus d'un titre, que\nThéagène et Charicléefut joué à Paris le 12 avril 1695 et non le\n3 février, que l'ouvrage avait nécessité de nombreuses coupures,\nque la machinerie avait été modifiée, que les costumes paru-\nrent « bien imaginés et nouveaux », ce qui est un hommage\nrendu au talent de Berain, que les artistes ne se montrèrent pas\nàla hauteur de leur tâche et que les siffleurs essayèrent de\nfaire tomber la pièce.\nDans une autre lettre datée du jeudi 5e mai 1695, après des\nconsidérations d'ordre numismatique, Ladvocat revient aux\nchoses de théâtre en ces termes :\n« Jay veu Mons1' deßosai qui est venu hyci et nous avons leu\nensemble vos dernieres critiques. Il sest charge de vous man-\nder ces remarques pour moy. Je vous dirai que Theagene se\nsoutient. Au reste vous vous souviendres si vous plaist que la\nDiablerie auroit peu etre supprimée entièrement de cet opéra et\nsi Scaliger (1) y avoit assiste il nauroit pas approuve quArsace\ndescendit aux enfers pour sçavoir sa rivale.Luy qui a trouve\nfort à redire a Virgille dy avoir fait conduire Enee pour sçavoir\n\n(1) Joseph-Juste Scaliger, un des plus grands philologues du xvie siècle,\nfils de Jules-César Scaliger,auteur du célèbre"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.26", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "les futurs empereurs romains et cela de son chef sans que cela\neut ete dit ny raporte par les anciens qui nont fait mention que\nDorphee et Dulisse. Encornontils pas parle tesle celeste comme\nEnee a son père et les reponces netaient pas si claires. Tout ce\nque je vous puis asseurer cest quil est fort contrit (il s'agit de\nDuché) de la multitude de ses fautes dont il se devroit corriger\npar unne pièce plus reguliere que celle la. On nous fait esperer\nun opéra fort bon dun jeunne homme dont on cache soigneuse-\nment le nom. On attend Mrde Franchinne affin de le lire en sa\npresence et en la mienne. Je vous en mandere ma pensee quand\nje laurai meurement examiné. Made Xaintonge a achevé son\nballet des saisons (i), Duché a presque fait le sien de Mo-\nmus (2). Ils seront tous les deux en 5 actes et lies par unne suitte\net non par un nœuf qui supposeroit un dénouement qui ne ju-\ngent pas necessre a de pareils divertissements. Je ne les ai pas\nexaminées ma capacité ne va pas jusques a cette nouvaute,\njen apprendrai les règles quand jen aurai veu admirer et réus-\nsir quelques,uns. On me dit hier que le dessein des Saisons\nest presque achevé par un autre poete et dun autre des-\nsein que celui de Made de Xaintonge et que Ion sera en estât de\nchosir lequel des deux plaira le plus. « Je suis. »\nPeu après cette lettre, l'abbé Dubos vint à Paris pour quelques\njours et retourna ensuite à Beauvais. Comme il gardait le si-\nlence, son correspondant habituel le relança par l'épître que\nvoici :\n« Cé Ier juin 1695.\n« Depuis vostre départ M. de Rosai et moi sommes demeures\ndans un oubly qui commence a nous ennuier et a moins que\nde nous flatter que vous estes à Bauvais aussy occuppe de vous\nmême queletoitTheodore dont parle Claudien mais qui, dans la\nsuitte, après avoir observe un long silence se résolut enfin a\nrejouir ses amis de lerudition qu'il setoit utilement acquise dans\nla solitude.\nQuidquid Democritus risit, dixit que tacendo\nPythagoras, uno repectore cuncta vetustas\nCondidit et major collectis viribus exit.\n\n(1) Mi»ede Gillot de Sainctonge, auteur de Didon, musique de Desmarets.\nL'ouvrage dont il est question fut remplacé par le ballet avec prologue par\nl'abbé Pic, musique de Louis Lulli et Colasse, que l'Académie de musique\nreprésenta le 18 octobre 1695.\n(2) Les Amours de Momus, musique de Desmarets opéra-ballet en\n3 actes et un prologue (et non en b actes, comme l'annonçait Ladvocat), fut\nreprésenté le 25 mai 1695,"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "« Vous nous permettres après cela desperer que nous natten-\ndrons pas en vain la description de vostre temple et le reste\ndes critiques que vous nous aves fait esperer. Je vous dirai ce-\npendant que lon continura Theagene jusques à vendredy de la\nsemaine prochainne pour donner ensuite Acis et Galathée (i)\nque lon commença hier de repeter, pour ensuitte donner le\nBallet de Mo mu s du Sieur Duché. Peut être quand vous le ver-\nres représenter vous oublirés la prévention et le peu destime\nqui vous avoit fait condamner avec justice les balets précédents.\nAussy ne les atil pas imites. C'est un sujet en trois actes asses\nsuivi et dont le nœud sans porter ni remuer le cœur par la\ncrainte et la compassion lexcitera a unne gaiete qui pour netre\npas comique ne laissera de divertir agréablement les specta-\nteurs.\n« Desmarets y a joint beaucoup dairs très chantants pour les\nacteurs et pour ceux du parterre a qui on espere quils plairont,\nqui feront que lete se passera avec plus de plaisir et plus duti-\nlite que les etes précédents. Je le souhaitte.\n« Jay la Tragédie de Sabinus imprimée a Bruselles en 1695.\nLautheur en est Mr de Passerat qui a cru devoir adoucir la\nseule cruauté que lon peut reprochera Vespasien davoir fait\nmourir Sabinus et sa femme maigre les larmes de leurs enfants\net les prières de Domitie. Mais comme cette action tient un\npeu du barbare il a tint que Vespasien amoureux dEponine pour\nse disculper aux yeux du monde et éviter les reproches quon\nluy pouvoit faire sil condamnoit a la mort le marydela maitresse\nen avoit renvoié le jugement au Sénat et quapres lexecution de\nlinfortuné Sabinus son epouse toujours constante et vertueuse\nsestoit elle meme immolée a son devoir en se tuant sur le\ncorps de ce Gaulois aux yeux de tout le peuple.\n« Lautheur a conserve avec bienseance et autant que les ré-\nglés lui ont peu permettre le caractère de Vespasien, Domitie,\nEponine, Sabinus et Mu ci en dont les aigres remontrances ont\nete bien reçues par Vespasien qui luy etoit redevable de le m pire.\nLambition de Domitie ne luy peut inspirer que des resolu-\ntions violentes et qui ne pouvoit souffrir qun autre leut éloigné\ndu Trône ou le mariage de Domitius la pouvoit elever un jour.\nToutte la tragédie se soutient par la tendresse dun mary et\ndunne femme. Lauteur prétend que dans ce temps lamour con-\njugal nest guere ala mode mais que Ihistoire en est véritable\net que dans les premiers siècles la galanterie etoit moins en\n\n(1) Il s'agissait là d'une reprise de la pastorale héroïque en 3 actes, pa-\nroles de Campistron, musique de Lulli, représentée au château d'Anet pour\nla première fois, devant le Dauphin, en 1686, et à l'Opéra, en 1687."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.28", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "regne que dans celuy cy ou lon peut dire quelle est triom-\nphante.\n«Je vous dirai que le bruit court hycy que le roy fera jouer\na Trianon des comedies de Moliere et que lopera y jour a pour\ny divertir monseigneur. Je souhaitte pourlinteretde lopera que\nce bonheur la leur arrive il ny sont presque plus connus.\nPecourt se préparé a les bien divertir par les balets de Mo-\nmus et les Saisons ou il prétend faire danser des Pantalonnes,\ndes Polichinelles, des Scaramouches et des Arlequinnes.\n« Je suis. »\nL'abbé Dubos répondit à cette lettre, comme il avait cou-\ntume de le faire en toute occasion, et il est fort regrettable que\nses lettres aient disparu. Elles nous donneraient une idée bien\nnette d'opinions contraires ou parallèles. Mais nous devons nous\ncontenter actuellement de la correspondance de Ladvocat. A la\ndate du 11 juin, il écrivait encore :\n«Je vousdiré, avec veritté monsieur que si je ne vous ai pas\nplus tostfait reponce cest que je suis si peu de loisir et si fort\noccuppé de trois ou quatre personnes très assidus dans mon cabi-\nnet que je naipas peu trouver le moment d'aller lire a monsr du\nRosai votre nouvelle critique, Jesperede luy porteraujourdhuy.\nJe vous dirésur son mariage quil fault quil soit précédé dunne\nsurvivance que Mr son pere alla demander au roy la semaine\npassée et unne place de Conser dhonneurau parlement que Mon sl'\nson fils cependant aussi bien que le pere exerceront leurs\ncharges encor trois ans. Je croi quapres cette grâce accordée\naux longs services du pere et aux meritte du fils on le marira\na quelque riche heritiere qui dégraissera plus le pere quelle ne\ndiminuera lembonpoint du fils.\n« Enfin Theagene expira mardi et le public assista en très\npetit nombre a ses funérailles. Je suis surpris quapres toutes\nnos scolies sur Theagene vous ayes encor imaginé quils ne se\nrencontre après une longue séparation que pour aller aux en-\nfers ou le public ne sattend pas quils puissent aller dans les\nvéritables maximes et pour se voir immoler aux yeux les uns\ndes autres, sans les préparations nécessaires a de pareils spec-\ntacles. Vous souvienderes sil vous plaist que cest la fin de vostre\ncaier et que je suis persuade que ne voules pas demeurer en si\nbeau chemin et qua moins que vous ne voulies que je me cha-\ngrinne vous aves eu un temps plus que suffisant pour men faire\nesperer au plus tost la suitte.\n« Momus nest pas encor fini cependant on en distribura deux\nactes en musique demain. Je ne scay si vous aves oublie que je\nvous ai mandé quil avoit un sujet et un denoument qui re-"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "jouira en trompant les parties interessee qui ne merittent pas\nque Jupiter ait dautres considérations pour leurs profession.\nMais en augmentant les belles et bonnes Idees que vous aves\npour les bonnes et louables capacités que vous connoisses dans\nMl' Duché et en se conformant entièrement aux bons avis que\nvous luy en aves donné il mest venu emprunter un Euripide\ntrès latin pour travailler incessamment et par bon conseil au\nprojet dlphigenie Taurique. Vous ne vous plaindres du sujet\nny du poete sily réussit comme je le souhaitte. Si vous aves de\nbons advis a lui donner ou quelque érudition des scoliastes\nGrecs quil ne lyra assurem1 pas il vous sera oblige si vous luy\nenvoies. Aussi bien aura il besoing pour ses divertissements\ndes habits des pasteurs de ces pais la et de scavoir si la laine\ndes moutons est bleue verte ou jaune. On représenta hier Acis\net Galatee, elle produisit maigre vos conjectures 1400 livres.\nDe vous dire que dans la suitte vous naies pas raison je ne\nsuis pas devin mais je vous apprends que la Rochevais y chante\net y eut des applaudissements tels quon auroit peinne a vous\nles exprimer si les gens de qualité et le parterre veulent y con-\ntribuer chacun de leurs part cela produira plus que le meilleur\nopéra ne pouroit faire. Cependant il nen est pas meilleur ni\nmoins froid dans le prologue et le premier acte, pour le divertis-\nsement que les cœurs contents et unis y viennent faire cela me\nparoit nouveau. Je vous dire quapres des vitres rompues départ\net dautre et affiches diffamatoires Mlle Macé a demande son congé\na Mr de Francinne qui na pu luy refuser. »\nEnfin, le 21 juin, Ladvocat continue sa correspondance en\nces termes, à la suite d'un autre récent voyage de l'abbé :\n« J'ai veu avec plaisir vostre lettre et la critique de\nDidon (1) dont cependant vous aves emporté un feuillet que je\nne scai si vous appelés la première partie ou si celuy que vous\nmenvoies ce doit appeler la seconde puisque vous en faites men-\ntion dans ce dernier. Apparament que vous nous fournires le\nreste au plus tost. Vous aves oublié en vous en allant de me\nrenvoier Momus en musique dont ma belle sœur qui aime a\nchanter se passe avec peinne. Je vous dirai que Monseig1- i\nvint mardi et que vendredy on fit 1200 livres avec les aplaudis-\nsements ordinaires et fort peu usités mesme dans les grands su-\njets et je ne scai pas par quelle raison vous voules que les opéra\nne soit pas susceptible des meme sujets que ceux quon joue sur\nle theatre françois et si lon na pas chanté des comedies. Vous\n\n(1) Tragédie lyrique en cinqactes et un prologue, créée à l'Opéra le 5 juin\n1693. Cet ouvrage est complètement oublié aujourd'hui."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.30", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "Etes vous persuade que lon nen chantera pas lannee prochainne\navec un plus grand succès. On se perfectionnera, vous seres\npeut etre surpris du bon accueil que lon leurs rendra. Au reste\nMonsr Duché ma leu une scene dîphigenie (1) dont les vers\nvous paraitront aussi bauxqua moy et sil continue delà mesme\nforce vous seres encorplus entete que ce sujet la pourra mieux\nréussir que vous ne vous limagines. Je croi que lon repetera\nles 4 saisons lundi prochain. Bien entendu neantmoins que lon\nne quittera point celuy cy tant quil produira une somme asses\nconsidérable pour le temps. Je vous apprendré aussi que la pe-\ntite Marianne doit rentrer a l'Opéra au premier jour avec pro-\nmesse de ne le plus quitter. Je vous dirai aussi que la Foire de\nBezons fait asses de bruit. C'est une petite piece que lon joueaux\nfrançois avec asses de succès. Je ne laipas encore veue et je vous\nenmandere des nouvelles.\n« Vous seres asses surpris monsieur quand je vous dirai sa-\nmedi au soir on me dit que leSrLecuier etoit mort subitement.\nJe croi quil etoit de vos amis. Voila monsieur tout ce que je scai\nen attendant le succès du voiage de Ml'de Villeroy que lon dit\naller secourir Namuret dont on voudroit avoir deja foit les feux\nde joie. Je suis très véritablement\n« Monsieur\n« Votre très humble et très obéissant serr\n« LADVOCAT. »\nDans d'autres lettres, nous verrons notre Conseiller plus près\nencore des choses de théâtre et nous fournissant des aperçus\ningénieux dont la rareté fait le mérite à nos yeux.\n(A suivre.)\n\nMartial Teneo.\n\n(i) Iphigénie en Tauride,tragédie en cinq actes et un prologue, paroles de\nDuché et Danché, musique de Desmarets et Campra. Cet ouvrage ne fut\nreprésenté que le 6 mai 1704 àl'Académie royale de musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS\nConcerts Chevillard. Concerts Colonne. Schola Cantorum. MM. Emile Mendeis et\nPlamondon. M. Risler. MM. Marneff, Fliege, Delacroix et M®6 C. Fourrier. Conservatoire.\nSociété Philharmonique. —M. Bret et MUo Selva.\nSi j'avais le goût des parallèles,je ne laisseraispas échapper celui qui vient\nà l'esprit entre la Symphonie en sol mineur de Mozart et le Prélude à VAprès-\nMidi d'un Faune, de Debussy, joués l'un et l'autre au concert Chevillard\ndu 26 novembre. Il va sans dire qu'il y a des différences : ici une rigoureuse\nsymétrie, des phrases exactement équilibrées, et là une mélodie affranchie\nde toute carrure, qui suit librement son rêve, et ne revient jamais au point\nde départ ; un plan très net, un cloisonnement très précis dans la Sym-\nphonie, et au contraire, dans le poème symphonique, une musique qui\ncroît et qui change d'aspect par degrés insensibles ; et enfin on ne trou-\nvera dans Mozart ni cette flûte aux timides désirs, ni l'écho moqueur du\ncor anglais, ni la dauceur apaisée des deux cors qui chantent au-dessus\ndes seconds violons. Les deux œuvres sont en effet de caractère très diffé-\nrent, puisque l'une est descriptive et l'autre tout abstraite ; mais elles révè-\nlent cependant des esprits de même famille, par la grâce candide des in-\nspirations, par la logique naturelle des pensées (ici plus discursive, et là\nplus continue) et enfin par la qualité du son et la couleur d'un orchestre\ntout de lumière, où pas une note n'est perdue, où tout est en valeur et\ncharme l'oreille avant que de parler au cœur; jeux divins, visions de para-\ndis, musique de soleil et d'enchantement, auprès de laquelle la tragique\nouverture de Léonore semble enveloppée de tous les nuages de la tempête;\net certes, il y a une beauté dans les grondements du tonnerre et la noire\nmenace de l'ouragan ; mais l'art le plus pur n'est-il pas celui qui ignore\ntoute souffrance ?\nJ'ai goûté, à ce même concert, le tour délicat et l'orchestration savou-\nreuse des Trois mélodies de M. Jean Gay, présentées par Mlie Emma\nGrégoire; le prélude du 4e acte de Messidor, « symphonie du Printemps\nreligieux et sacré », est une grosse, très grosse et épaisse musique, chaussée"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.32", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3875, "texte": "de lourds saboîs joliment décrits par l'Ouvreuse ; ces grands gestes et cette\nsolennité creuse font songer à quelque discours de maire à l'ouverture de\ncomices agricoles. Après tout c'est encore là un réalisme, plus complet\npeut-être et plus comique que l'auteur lui-même ne l'eût souhaité.\nL'Ouverture de Balakiref intitulée Russie est une œuvre de circonstance,\ntrès inférieure aux autres productions du maître : rhapsodie assez mono-\ntone sur trois motifs populaires, d'ailleurs fort jolis par eux-mêmes ; et\nje n'ai pas entendu les deux Danses hongroises de Brahms, instrumentées\npar Parlow, estimant qu'après le Prélude à VAprès-Midi d'un Faune, le\nsilence valait mieux.\nAu concert Colonne, on put entendre, après le beau prélude du ler acte\nde Fervaal, et parmi moult Beethoven et Wagner, une œuvre nouvelle de\nM. d'Olonne, Dans la cathédrale, où. l'on retrouve les habiletés connues\net déjà un peu fatiguées de ce jeune auteur.\nLe concert Chevillard du 3 décembre commençait par la Symphonie de la\nRéforme de Mendelssohn, que le programme intitule Reformation Sym-\nphony, a l'anglaise. Ne pouvant profiter de cette discrète indication, je reste\noù m'enchaîne un austère devoir professionnel, et je songe au mot de Claude\nDebussy sur « ce notaire élégant et facile qu'on appelle Mendelssohn ».\nLes Bolides de César Franck sont bien douces en leur chromatisme déli-\ncat ; mais cette « musique-à-bon-Dieu », comme dit l'Ouvreuse, est vrai-\nment bien éloignée de la poésie païenne de Leconte de Lisle, qui l'a inspi-\nrée. Le triomphe fut pour le Concerto de Rimsky-Korsakof et son inter-\nprète, Ricardo Vines. Ce concerto d'ailleurs est plutôt une fantaisie pour\npiano et orchestre, sur un thème d'allure populaire qui en soutient tous les\ndéveloppements. Rimsky a écrit des œuvres plus grandes et plus émou-\nvantes, mais celle-ci est parmi les plus charmantes, et rien ne saurait dire\nla grâce aisée et la délicatesse sans recherche que sut y montrer Vines :\nc'est là de très grand art, et très pur, où rien ne trahit l'effort, où tout est\nexactement à sa place et en son jour ; c'est une perfection non point glacée\net mécanique, mais animée, émue et colorée. Ce qui venait après, c'est le\nQuasimodo de M. Casadessus (d'après Notre-Dame de Paris) : lourde ma-\nchine orchestrale que l'on crut un moment interminable. Il n'y a pas de\nraison pour qu'une aussi amorphe musique prenne fin jamais ; il n'y en\navait pas non plus pour qu'elle commençât. M. Gundstoett chante avec\nbeaucoup d'expression et de précision la mélodie du pâtre au 3e acte\nde Tristan et Yseult, et les Préludes de Liszt, qui terminent, sont de\nnoble et généreuse musique, dont la romantique emphase plaît encore\nparce qu'elle est sincère ; et puis, Forchestre a une admirable ampleur de\nsonorité. Wagner a certes pris là de bonnes leçons.\nJe n'ai pu entendre, au concert Colonne, le Poème lyrique sur le livre\nde Job, de M. Henri Rabaud ; on me dit qu'il yalà de la force, beaucoup\nde force, et pas mal de Wagner. Donnons à cette œuvre, comme à la Sym-\nphonie du même auteur précédemment exécutée aux mêmes concerts, une\nmention très honorable.\nLe 24 novembre, la Schola Cantorum rouvrait ses portes pour nous faire\nentendre une sélection de YArmide de Lully (1686). C'est une fort belle\nmusique, que je trouve, pour ma part, plus émouvante, plus nuancée, et\nbeaucoup moins encombrée de formules que la musique de Gluck. La dé-\nploration d'Armide est d'une vérité d'accent inégalée, et la scène des jar-\ndins a un charme poétique discret et raffiné, que l'on peut fort bien pré-\nférer aux mélodies épanouies de Gluck : car ici, avec ce frémissement de\nfeuillages où erre, note unique et répétée, une de ces voix mystérieuses qui\nplanent sur les eaux, nous sommes tout près du délicat réalisme de 1 art\nmoderne. Marcel Labey, qui dirigeait l'orchestre, avait aussi réalisé les"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "parties sous-entendues dans le texte original : toute exécution d'une œuvre\nancienne exige une collaboration. La version qui nous fut proposée m'a\nparu d'une excellente sonorité. L'exécution matérielle a été très satisfai-\nsante, et parmi les interprètes il faut citer Mlle Marie de la Rouvière,\nM. Gébelin, et surtout M. Plamondon, dont la voix égale, facile et toujours\némue, a fait merveille dans le rôle de Renaud. Au commencement du con-\ncert, M. Pineau avait joué avec beaucoup de sûreté et de goût une fort\njolie Suite d'orgue de Clérembault (collection Guilmant).\nJ'ai retrouvé M. Plamondon le ler décembre, au concert de M. Emile\nMendels, où il a chanté le Poème d'un jour de G. Fauré, Y Invitation au\nvoyage et la Chanson triste de Henri Duparc : ce sont là des chefs-d'œuvre\ndu lied français, dont il a fort bien rendu l'émotion tantôt contenue et\n> 7\nvoilée, tantôt ardente et grave. M# Mendels aun fort joli son et un bon\nmécanisme, quoique les doubles cordes demandent à être encore travaillées ;\nce que j'ai le mieux aimé de son programme, c'est la Symphonie espagnole\nde Lalo ; la Clochette de Paganini est ce qu'on peut imaginer de plus vide\net de plus cruellement monotone pour tous ceux que n'intéresse pas l'acro-\nbatie spéciale du violon,\nM. Risler continue ses concerts, consacrés uniquement aux Sonates de\nBeethoven, devant un public d'élite où la Revue des Deux-Mondes est re-\nprésentée par M. Bellaigue, le Matin par M. Bruneau, et le Conservatoire\npar M. Pierre Lalo. Je n'aime pas trop le système d'interprétation de cet\nartiste assurément très sincère, mais trop imbu de classicisme allemand.\nDe ce que nos voisins se font de Beethoven une idée très académique et\nun peu pédantesque, il ne s'ensuit pas que nous devions les imiter. Un mu-\nsicien comme Beethoven dépasse les frontières de son pays, et il y a en\nlui de quoi satisfaire tous les goûts, à commencer par le nôtre.\nBien français, au contraire (par son jeu tout au moins), est M. Marneff,\nque j'entendais à son concert du 6 décembre : d'abord des qualités de jus-\ntesse et de sûreté que plus d'un violoncelliste, même virtuose, pourrait lui\nenvier ; et une puissance de son, une ardeur et une chaleur qui font de la\nmusique une chose vivante, et non une froide rhétorique. Rien de plus\nmérité que la longue ovation qui lui fut faite après le Concerto de Saint-\nSaëns en la mineur, gracieux, aimable et fougueux tour à tour, toujours\nplaisant, même en ses difficultés. A ce même concert Mme Camille Four-\nrier chantait trois mélodies de Debussy (Fantoches, le Jet d'Eau, l'Echelon-\nnement des haies) avec tant d'accent et d'intelligence, d'une voix si souple,\nsi nuancée et si prenante, que la salle entière comprit et fut enthousias-\nmée. C'est une grande artiste que Mme Fourrier, et la musique moderne lui\nest et lui sera encore redevable de plus d'un succès. M. Fliege se montre\nexcellent violoniste dans la Romance en fa de Beethoven et le premier\nTrio du même, et M. Delacroix, au piano, mérite de grands éloges, pour\nla sûreté du style, la netteté et la jolie qualité du son : il a rendu à mer-\nveille toutes les délicatesses, les fines oppositions et les vives touches de\ncouleur des mélodies de Debussy.\nLouis LALOY.\n***\nLes Concerts du Conservatoire ont repris le 3 décembre, avec la Sym-\nphonie sur un thème 'montagnard de Vincent d'indy, qui est, à coup sûr. une\ndes plus intéressantes utilisations des mélodies populaires servant de base\nà une œuvre aussi considérable ; car ici le thème inspire aussi bien Van-\ndante que l'allegro et le finale, l'œuvre étant, pour le reste, construite\navec toute la rigueur traditionnelle."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "Le piano y joue un rôle très particulier, tantôt marié à l'orchestre,\ntantôt prenant seul une initiative hardie, et donnant, ainsi que le lui de-\nmande Saint-Saëns dans sa Symphonie en ut mineur, des effets de force\nqu'eussent vainement cherché les harpes.\nAlfred Gortot, qui passe tour à tour du clavier au bâton, a montré là une\nfois de plus ses qualités de pianiste et de musicien.\nL'œuvre a été exécutée avec la précision qui caractérise la Société des\n,o 3\nConcerts. A signaler cependant quelques indécisions dans le rythme ——\ndu finale pendant les 10 premières mesures.\nNous avons admiré la splendeur des chœurs de Lotti, bien chantés a\ncappella, et qui font songer, par leurs harmonies franches et droites, à tout\nl'art vigoureux de leur temps.\nMais pourquoi l'étrange, plate et tortillée ouverture de Frithiof est-elle\nvenue clore par le fracas de ses cuivres en vacances cette intéressante\njournée ?\nA. M. D. V.\nBien que soit passée l'époque où la musique semblait exister seulement\npour mettre en valeur l'interprète, le public n'en garde pas moins un goût\nmarqué pour les virtuoses. Il n'a point tort. Les cascades de notes qui\ntombent avec une netteté de cristal, les effets savamment ménagés, et plus\nque cela peut-être, la savoureuse qualité du son produisent sur l'auditeur\nune sensation des plus agréables, sensation purement physique d'ailleurs\net indépendante de la valeur intrinsèque de l'œuvre exécutée. Toutefois, si\nl'on applaudit des pages médiocres, parce qu'excellemment jouées, com-\nbien la joie est plus profonde et plus délicate aussi quand de grands\nartistes mettent leur talent au service de belles œuvres ! Il en fut ainsi aux\ndeux derniers concerts de la Société Philharmonique.\nM. Richard Muhlfeld du « Meininger Trio » qui se fit entendre au\nconcert du 28 novembre est un clarinettiste allemand de grande réputa-\ntion. Les Fantasiestucke de Schumann, qu'il joua seul, nous permirent d'ap-\nprécier son velouté, sa finesse d'attaque, en un mot, toutes les qualités qui\nfont de M. Muhlfeld un clarinettiste de tout premier ordre. Dans un Trio\nde Brahms spécialement écrit pour lui, paraît-il, et dans le trio op. 11\nde Beethoven, M. Wilhelm Berger, au piano, et M. Karl Piening, violoncel-\nliste, complétaient un ensemble excellent à tous points de vue. Aussi\nl'accueil fait au « Meininger Trio » fut-il extrêmement chaleureux.\nGrand succès également pour le quatuor vocal dans O vos omnes de\nMoralès, compositeur espagnol du xvie siècle. Ce motet, douloureux et de\ngrand caractère, fut redemandé. Mmes Faliero Dalcroze, Maria Gay,\nMM. R. Plamondon et Louis Frolich le chantèrent avec beaucoup\nd'expression.\nEn disant que sur le programme du dernier concert figuraient les noms\nde M me Faliero Dalcroze et de MM. Jacques Thibaud et Lucien Wurmscr,\nj'imagine n'avoir pas à insister sur l'intérêt artistique présenté par un tel\ngroupement de célébrités. Au début de la soirée, M. Jacques Thibaud avait\nfait annoncer que, légèrement indisposé, il ne pourrait jouer la Chaconne\nde Bach. Je l'ai regretté. Non point je l'avoue humblement, Gustave\nBret dût-il m'en vouloir pour l'œuvre elle-même, mais parce que cela\nm'a privé d'entendre une fois de plus l'éminent violoniste. J'aime infini-\nment son jeu si noblement expressif et qui ne sacrifie jamais rien à l'eflet ;\naussi M. Lucien Wurmser le secondant admirablement eûmes-nous\nune magistrale exécution de la Sonate en la de Mozart et de la Sonate"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.35", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "op. i 3 de M. G. Fauré. Dans la première, le presto est très amusant. La\nseconde a été trop souvent entendue pour que j'en fasse ici l'analyse ; le\nscherzo et le finale m'en sont particulièrement agréables.\nLes Variations en fa de Mozart et le Scherzo op. 16 de Mendelssohn,\nmirent en valeur la grâce et la délicatesse de toucher qui sont la caracté-\nristique du talent de M. Lucien Wurmser. J'ai moins goûté la Polonaise\nen mi de Liszt, colorée mais commune, avec pourtant dans son milieu un\nléger parfum walkyrique.\n11 ne faudrait pas croire que les acclamations et les bravos soient tous\nallés aux deux virtuoses dont je viens de parler. Mme Faliero Dalcroze par\ndeux fois en eut largement sa part. C'était justice. Sa belle voix souple et\nchaudement homogène fit merveille dans deux lieder de Schubert et dans\nMandoline bissée de M. G. Fauré. Les autres mélodies, quoique aussi\ndélicieusement chantées, me parurent présenter un intérêt moindre.\nJEAN POUEIGH.\n•&\nL'audition des grandes œuvres de piano et d'orgue de César Franck\ndonnée le ier décembre àla Schola Cantorum par M^6 Blanche Selva et\nM. Gustave Bret a cette fois-ci, comme l'année dernière, comme chaque\nfois, attiré un nombreux public et remporté le plus grand succès. A cons-\ntater la réelle ferveur du public à l'égard des œuvres instrumentales, parti-\nculièrement des œuvres de piano de César Franck, on est en droit de se\ndemander pourquoi les pianistes, les vrais, persistent, à très peu d'excep-\ntions près, à ne pas vouloir les jouer. Ils pourraient, à vrai dire, invoquer\nune raison, une seule, mauvaise sans doute à leur avis : c'est que Mlle Selva\ninterprète ce Prélude, Choral et Fugue, et ce Prélude, Aria et Finale avec\nune si parfaite compréhension, une telle autorité, qu'elle anime ces œuvres\nd'un souffle si brûlant de vie et d'amour, qu'il semble impossible d'atteindre\nune impression artistique aussi forte, aussi complète.\nLes organistes ont peu l'occasion de se produire en dehors des églises,\naussi a-t-on trop rarement celle d'entendre ces trois chefs-d'œuvre que\nsont les trois Chorals d'orgue ; il faut être doublement reconnaissant à\nM. Gustave Bret et de nous les avoir fait entendre et de les avoir exécutés\navec une parfaite maîtrise.\nX.\n\nLA MUSIQUE A LYON\n\nGrand théâtre de Lyon : première représentation d'Armor, drame lyrique en trois actes de\nM. Sylvio Lazzari, poème de 3VL E, Jaubert.— Société lyonnaise des Grands Concerts : première\naudition.\nM. Lazzari me pardonnera l'indulgence imméritée que je puis manifes-\nter pour son œuvre. Je l'ai entendue trop peu, et dans de telles conditions\nd 7 « inconfort », qu'il m'est difficile de porter un jugement bien certain.\nAssurément nos confrères de la presse lyonnaise ont mis tout en évidence\nla décevante faiblesse du livret. Mais doit-on penser qu'il convienne d'ac-\ncorder une importance actuelle à une erreur anciennement reconnue ?Je\nne le crois pas. M. Jaubert se sera sans doute pénétré, depuis, de cette\nnécessité d'avoir un sens que partagent symboles et raisonnements. Des"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3753, "texte": "niaiseries de style ne sont rien auprès de l'ignorance évidente des systèmes\nlégendaires...\nQue 1' « histoire » d'Armor appartienne en effet à la série des romans de\nla Table ronde, des réminiscences évidentes font qu'il n'est pas permis d'en\ndouter. Mais quelle est au juste la paternité dont se réclame l'auteur ?\nVoilà un bien délicat problème. En toute bonne volonté, je n'ai pu situer\ncette invention incohérente, ni légendairement, ni littérairement.\nDans une île sauvage, loin des côtes d'Armorique, des « Korriganes »,\nvierges et guerrières, vivent sous la protection de la « Mer » : sœurs gar-\ndiennes d'Arthur. (Pourquoi ?) Débarque « Armor», chevalier breton, à\nla conquête du mystique diadème. Combat avec « Ked », reine des Korri-\nganes, et résistance victorieuse d'Armor, dont la visière se relève. Ked\nreconnaît en lui l'Elu auquel son cœur aspire. L'action est finie. Ked\noffrira son amour, Armor le repoussera : c'est tout.— Qu'importe, en effet,\nl'apparition raisonnante d'Arthur, repêchant la couronne que Ked a jetée\ndans les flots (acte 1) ? Qu'importe que nous retrouvions Armor, roi des\nBretons, faiblissant un instant aux sollicitations passionnées de la reine et\nchâtié aussitôt par l'écroulement de son palais de carton ? Qu'importe\nenfin qu'un mystérieux hasard fasse revivre tous les héros au dernier acte\npour réaliser la conversion de l'impudique princesse ? Toujours égales\ndemeurent les situations I Armor, c'est la charité spirituelle en face de\nla « diablesse Vénus » : résistance à peine justifiée de l'esprit sur la chair...\nj'ai peine à croire à la sincérité de 1' «assomption » finale, et comment Ked,\nsensuelle comme Armide, et plus illogique que Kundry, va du désir d'Armor\nà la sympathie platonicienne que lui impose un dieu chrétien et bavard !\n... D'autant que les « fonds » du drame, pour être au premier plan,\nn'y ajoutent rien d'essentiel. Il y a ici des bardes, costumés en druides,\nqui chantent la gloire d'Armor ; et là des Wickings pillards surgissent,\ncommandés par un fils de Thor (!), bien à temps pour accroître l'allégresse\ndu retour. Mais que signifie par exemple cet Arthur (roi d'Armorique, ne\nvous déplaise), qui va, suivi de ses pairs, se promenant sur les flots, et\nrépute avec une dégoûtante fatuité la sentence divine pour se voir démenti\naussitôt ? Voix d'en haut, voix d'en bas, intervention des éléments : on ne\nsaurait revenir à plus fade merveilleux de feu notre opéra national...\nL'hypothèse la plus favorable est que M. Jaubert se soit inspiré d'une\nforme décadente de la légende, où, toutes les données traditionnelles étant\nconfondues, la valeur profonde des symboles se trouve réduite en pénible\neffort d'allégorie. Je n'y veux pas voir autre chose.\nMais surtout qu'on n'aille pas reprochant à M. Lazzari le choix de son\nlivret ! Reproche trop facile, comme de ses péchés à Grainquebille...\nSans se rejeter sur la mauvaise excuse d'un début, il est normal de justifier\ncette erreur par le caractère d'exotisme de la légende d'Armor, surtout pour\nun Tyrolien (i) ! Et, pour ma part, je ne saurais assez admirer avec quelle\nbelle conscience l'artiste s'est appliqué à tirer parti du moins vivant et du\nmoins inspirateur des poèmes ! De fait, une certaine inaccoutumance des\nvaleurs de notre langue n'était pas sans le servir: comment résister autre-\nment à la force d'inhibition d'un tel livret ?\nNon seulement M. Lazzari a tiré parti du « poème », mais il a trouvé\nmoyen de l'animer, en l'expliquant et en l'unifiant. La vigueur et la sincé-\nrité de son invention musicale ont paru sensibles à tous les auditeurs\nd'Armor. Ce long duo d'amour, j'ai dit combien il est déplorable au\n\n/ [', Non qUe je veuille prétendre que M. Lazzari ne soit devenu bon Français,\nd'esprit et de cœur."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.37", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3706, "texte": "point de vue scénique, n'étant guère coupé que par des hors-d'œuvre,\nM. Lazzari réussit à le soutenir dans une belle et continue effusion sym-\nphonique. Qu'il en doive résulter une certaine uniformité, une certaine\nmonotonie même, cela paraît inévitable ; mais je ne crois pas que cette\nplénitude de son aille jamais jusqu'à la fatigue du spectateur.\nIl y avait un danger plus grand dans la nature même du scénario, et l'on\npouvait craindre que le souci d'oeuvres antérieures se fût, par instants\nimposé au compositeur. Je dois reconnaître que le péril n'a rien d'im-\nmédiat. Des critiques plus compétents ont rapproché la partition de\nM. Lazzari de certaines œuvres de Wagner, de Massenet et de Reyer. Je\nne sais pourquoi le souvenir de YArmide de Gluck me revient à l'esprit\npour se réclamer de la filiation de ces maîtres : il se peut qu il n'y ait en\ntout cela qu'une analogie de formule.. Quoi qu'il en soit, M. Lazzari de-\nmeure suffisamment original. Et si l'influence wagnérienne paraît très sen-\nsible chez lui, on peut dire qu'il la supporte sans faiblesse : ce n'est pas le\nmoindre éloge que Ton puisse faire de son art»\nLes meilleures pages du drame sont déjà connues à Paris, parles audi-\ntions de Lamoureux et de la Société nationale (lie acte, 1901). —A Lyon,\noù l'œuvre se présente pour la première fois dans son ensemble (;), on a\nparu goûter particulièrement le prélude et ce duo entre Armor et Ked au\npremier tableau qui va se répétant aux deux derniers actes (scènes 5).\nCe procédé thématique de l'auteur se révèle dès ce prélude, procédé non\nexclusivement wagnérien, puisqu'il se rencontre déjà dans cette ouverture\nde la Léonore de Beethoven dont j'aurai à parler. Le morceau est bref,\nétant constitué presque uniquement sur le thème de la Mer. Après une\nintroduction au « monde mystérieux des Korriganes », il se remplit petit à\npetit par juxtaposition progressive du thème héroïque d'Armor. La com-\nposition en est limpide et d'autant plus attachante. Du deuxième acte je\npréfère ne rien dire, craignant de reprendre trop brièvement des analyses\nexcellentes qui ont été données ailleurs.\nJe ne puis cependant m'empêcher de remarquer, toujours à ce propos,\ncombien les « successeurs » de Wagner paraissent peu s'apercevoir de la\nportée dramatique du leitmotiv et de toute la nécessité qu'il y a à lui con-\nserver son sens générique. L'origine physique de quelques thèmes wagné-\nriens paraît avoir prédominé à leurs yeux sur le caractère symbolique de\nce mode de construction. C'est encore le même rapport de l'allégorie au\nsymbole que je signalais touchant la décadence de la légende.\nM. Lazzari, tout en maintenant l'existence de thèmes d'ordre général :\namour, séduction, repentir, rédemption, pitié (celui-ci mériterait une longue\ndiscussion), et tout en pénétrant assurément tout leur sens, ne paraît\npas s'attacher à ces motifs autrement que comme à d'heureux procédés de\ncomposition. Est-ce un reproche ?... Les dérivations même qui existent\nentre quelques-uns de ces thèmes (par exemple : « mission d'Armor de\nramener Ked à Dieu» et deuxième thème d'Armor), bien qu'elles paraissent\nsuivies dans l'exact procédé wagnérien, ne revêtent pas à mes yeux la\ngrandeur « conceptuelle » nécessaire pour soutenir longuement l'intérêt\ndramatique, d'où un certain abus d'une psychologie musicale étrangère à\nl'œuvre: reprise du thème de la Mer, répétition du motif d'Elda et de sa\nballade, etc... Il manque, en somme, une forte direction dépensée qui s'en-\ntretienne et se parachève : nous nous heurtons probablement, ici encore, à\nl'erreur philosophique du poème.\nOù M. Lazzari se sépare des procédés wagnériens, à supposer qu'il y\n\n(1) Après Prague et Hambourg."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "ait jamais été attaché, c'est dans sa manière de traiter les voix ; je n'o-\nserais dire que ce soit toujours d'une manière heureuse. Il me revient\nl'impression pénible que produisent certains vers de mirliton du livret,\nsortis brusquement de la marée symphonique pour y rentrer aussitôt (i).\nIl y a d autre part (et sans doute toujours pour la cause précitée...\nn'oublions pas qu'il s'agit d'un musicien encore jeune !) une certaine\nsécheresse orchestrale, un manque de « fondu », qui rendent l'audition\nparfois déconcertante pour nos oreilles accoutumées aux liaisons wagné-\nriennes.\nCependant l'instrumentation d 1 Armor est suffisamment fournie pour per-\nmettre une grande mobilité dans les transitions (2). Le compositeur ne\nl'ignore pas, car il paraît même trop peu ménager de ses forces : d'où une\nnotable difficulté dans la progression et naturellement quelque « regret »\nchez l'auditeur. Au reste, M. Lazzari use de son orchestre avec science, et si\nles timbales et les cuivres dominent parfois un peu lourdement le qua-\ntuor, nous devons lui tenir gré de la modération de ses cors. Ce ne sont, en\nsomme, que défauts relatifs de qualités de clarté et de simplicité, qui, plus\nque tout autre, honorent un difficile effort de libération.\nMais ce m'est surtout un grand plaisir de rendre justice au talent\ndescriptif de l'auteur. Le prélude fut applaudi d'enthousiasme. On pourrait\nvanter aussi l'envahissement de la mer au deuxième acte, dont l'effet est\nmalheureusement coupé parle bruit des machines...\nBref, la musique d\"Armor est toujours intéressante, parfois attachante.\nCe n'est peut-être pas une raison suffisante pour oser lui prédire la fortune\nd'une autre œuvre qui nous vient de Prague :je veux citer Don Juan. Mais\nil y a là de très positives promesses : une originalité de pensée déjà cer-\ntaine. Si l'invention mélodique n'est pas toujours suffisamment libre,\nsurtout la fermeté de coup d'œil d'un musicien qui se connaît et la science\nde l'expression dramatique. Quoi de plus ?Et connaît-on beaucoup d'œu-\nvres actuelles dont il soit permis de faire cet éloge?\nAu fait : ces promesses d'un artiste expert et très convaincu, je ne doute\npas qu'elles se trouvent réalisées à l'heure présente, et que Y Ensorcelée,\navant Amis et Amiles, ne nous donne bientôt la joie d'applaudir au talent\naffranchi d'un maître (3).\n¥ *\nIl fallait un certain courage pour aborder la tâche de rendre à Lyon les\ngrandes auditions musicales qui lui manquaient. M. Witkowski s'y est\nattaché avec tant d'ardeur qu'il semble tout près d'avoir réussi.\nL'ouverture de Léonore (no 3), abordée avec timidité, a mis en valeur,\n\n(1) Cf. l'entrée d'Armor, au lerIer acte, p. 6\\ de la partition, pp. 98-105 ;le vœu\nd'Armor, p. 212, et, au dernier acte, le discours d'Arthur.\n(2) 3 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes, clarinette basse, 3 bassons,\n4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, tuba, 3 harpes, batterie avec glockenspiel,\nquatuor.\n(V) Je n'ai rien dit de l'interprétation. Mmfi Janssen bientôt à nouveau Isolde\nretrouve sans effort toute la mystique volupté de sa race : il faut louer la cantatrice\nde la composition de son rôle. Il y a une religion de l'amour et de l'art qui fait passer\nsur bien des livrets Sans doute, M. Verdier est toujours consciencieux et expres-\nsif: même vertu de composition, mais enthousiasme trop égal. Mlle Pierrick est bonne.\nM. Dangès, qui sera un grand artiste, paraît morose sur le cheval de bois d'Arthur.\nL'orchestre fut vraiment bon, grâce aux soins paternels de son excellent chef :\nPhilippe Flon."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "particulièrement dans la seconde partie de l'allégro, des qualités rythmi-\nques surprenantes chez un orchestre aussi frais.\nLa Jeunesse d'Hercule de Saint-Saëns m'a paru longue: je conçois qu'une\napologie morale ne va pas sans raideur, fût-elle agrémentée de nymphes et\nde bacchantes.\nEt pour l'ouverture des Maîtres Chanteurs, qui fut entreprise un peu\ntôt, j'eusse désiré que l'harmonie eût moins l'air de se pâmer au-dessus\ndu quatuor: cela produit une confusion de nuances dont s'accommode mal\nl'esprit très ciair de la partition.\nM. Ysaye prêtait son concours aux organisateurs de cette première séance.\nJe ne lui ferai pas l'injure de louer la perfection de son art. Il a paru qu'il\ncommençait avec un peu d'ennui le si touchant Concerto de Bach (en mi) ;\nmais il s'est animé, et déjà sur la fin de l'allégro sa crinière léonine marquait\ntoute la ferveur de son culte.\nJ'aime moins la Symphonie espagnole de Lalo. Comment, malgré une\nmultitude de faux bijoux, n'eût-elle pas fait grise mine au milieu d'un tel\nensemble ?... M. Ysaye a « bissé » avec un prélude de Bach qui était\ncomme une consolation de l'art à lui-même.\nIl me chagrine cependant de voir l'âme doucement volontaire du grand\nBach répandue dans ces auditions trop publiques. Nulle musique comme\nla sienne ne me paraît solliciter des prêtres... Et il y a quelque gêne pour\nl'esprit au souvenir des générations tournoyantes qui ont honoré et hono-\nrent encore la salle des Folies-Bergère !... Dirai-je que, malgré les répa-\nrations effectuées, l'acoustique est déplorable ? Le besoin d'une salle se fait\ntoujours plus sentir. Une mention en terminant à M, Fleuret, qui a\ndompté l'orgue, infiniment mobile, où-se complaît l'ingéniosité d'un de\nnos facteurs lyonnais.\nLes Grands Concerts ont triomphé. Je ne doute pas que le succès soit\ndurable, si Rédemption, qu'on annonce pour le 24 décembre, trouve\ndans les chœurs de la Schola l'appoint de perfection que l'œuvre réclame.\nTout l'honneur en revient au musicien distingué qui a pris à cœur de nous\nrendre à l'amour de son art et à l'estime de son effort.\nM. Witkowski peut déjà être fier du résultat obtenu : je le lui dirais,\nsi je n'avais peur de lui donner de l'orgueil.\n\nJacques Reboul.\n\nLA MUSIQUE EN ANGLETERRE.\n\nLondres et les environs.\nEn même temps que les premières grouses d'Ecosse, apparaissent les con-\ncerts automnaux. La province commence.\nA Worcester, Norwich, Sheffield et Bristol, ont eu lieu cette année ces\nsolennités d'une importance artistique et d'une dimension dont on ne se\nfait qu'une piètre idée à Paris, et même à Londres. Parmi ces quatre villes,\nempressées à plaire, une seule ne possédait encore ni un passé musical\nni une réputation d'Art, Worcester, uniquement célèbre pour sa sauce, « for\nsteaks, chops, every kind of boiled and fried fish », gloire qui sans doute\nne la contentait plus, Mr. Henry J. Wood et Herr Weingartner furent, de\nces Festivals, les principaux « conductors » ; les programmes comprirent,\noutre les habituelles symphonies classiques, des oeuvres modernes de\nnationalités diverses : The Drearn of Gerontius de bir Edward Elgar,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "Marino Faliero de Mr. Joseph Holbrooke, les Béatitudes de César Franck,\nla Symphonie fantastique et Leho de Berlioz. Deux chœurs à huit parties\nde Weingartner, The House of Dreams et The Song of the Storm ont été\nexécutés, ainsi que Taillefer, de Richard Strauss, ballade ayant pour sujet\nla bataille de Hastings.\nPuis à Londres, innombrables, les séances continuent. C'est Mischal\nElman, infatigable et qui ne vieillit point ; Mark Hambourg, qui donne à\nun reporter du Ladys Realm des conseils empreints de sagesse (« Vous ne\npouvez interpréter les œuvres d'un grand compositeur que si vous avez une\nlarge intelligence, l'expérience de la vie, l'habitude des voyages et une par-\nfaite connaissance des écrits des poètes, historiens, philosophes anciens et\nmodernes »... Whatnext?) ; Mr. Percy Grainger, qui révèle au public de\nBechstein Hall les Pagodes debussystes et la Lotus-land de Mr. Cyril Scott;\net tant d'autres î\nAprès un après-midi ainsi dépensé, il convient de se rafraîchir aux sources\npures de la simple musique : idéales « musical comedies » absurdes, char-\nmantes et toujours pareilles, dont on ne se lasse pas à moins de les\navoir eues, dès l'abord, en horreur. Et Maurice Farkoa dans Lady Madcap,\nMiss Ethel Irving dans Mr. Popple, Mr. Seymour Hicks dans The Catch of\nthe Season, c'est la perfection même, tout comme Mme Melba dans la\nBohême. Si vous considérez qu'une « musical comedy » n'est ni de la musi-\nque, ni de la comédie, vous ne pourrez que trouver que ce genre, typique-\nment anglais, a produit des chefs-d'œuvre. Joie des yeux! contentement de\nl'oreille! repos de l'esprit 1... Un whisky à l'entr'acte avec une « Albany »\ncigarette, et voici l'heure du souper sans qu'on s'en soit aperçu ! All's\nwell that ends well !\nCependant dans ce Covent Garden, encore tout frémissant de Tristan et\ndu Ring, triomphe l'italianisme, en des représentations, je dois le recon-\nnaître, excellentes : Madama Butterfly, Mefîstofele, la Bohême et autres\nœuvres encore pires, chéries des chanteurs, des amateurs de chant et des\nSociety people !...\n*\n* ★\nSi l'Opéra Royal s'affirme résolument transalpin, les grands Concerts\naffichent au contraire un modernisme outrancier. Loin des roulades, des\nritournelles, des mélodies faciles et des fausses musiques avancées, perpé-\ntrées par certains compositeurs soucieux de ménager l'Art et le gros public,\nDr Richter y dirige Also sprach Zarathustra, Tod und Verklœrung, Sinfo-\nnia domestica ; et Richard Strauss est The man of the moment (comme dit\nMr. Harry Melville), furieusement à la mode. Je ne sais point au monde un\nhomme dont, ces dernières semaines, il ait été plus parlé que du compo-\nsiteur de Salomé.\nCette Sinfonia domestica, que Paris ignore encore, et que Londres, après\nNew-York, applaudit, fait couler d'intarissables flots d'encre, d'aperçus\ningénieux, de dénigrements systématiques, de sottises contradictoires et\nde louanges hyperboliques. C'est fort bien.\nDivisée en trois parties se jouant sans interruption, Prélude et Scherzo,\nAdagio, Fugue et Finale, elle prétend décrire la vie d'une famille heureuse,\net ce, de façon demi-humoristique, nous apprend Strauss dans une inter-\nview; il nous révèle aussi qu'il nous faut l'écouter d'un esprit sérieux et la\nconsidérer comme de la musique pure ; que le sujet, d'ailleurs, n est pas\ntant « un jour de vie familiale » que les joies et les chagrins de la maternité\net de la paternité, la croissance de l'enfant et ses relations avec ses parents.\nVoilà tout. Il ne faut donc pas voir en cette œuvre des détails réalistes"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.41", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "particulièrement infantiles, pour ne pas dire enfantins ; ni imaginer le mo-\nment précis où le baby est mis pour la première fois en présence de l'eau\n(gammes chromatiques montantes et descendantes des violons, sanglots\ndes bois, éclaboussements des harpes, thème de l'enfant transi au hautbois\nd'amour); ni deviner « l'Etreinte des parents procréant l'Enfant Roi, l'éter-\nnelle Floraison de Vie ! » ni croire à des « mots » entre le père et la mère,\nun peu énervés. Cependant il est certain et évident qu'une façon de\nberceuse y endort le gosse et qu'un glockenspiely sonne 7 heures du matin.\nPlus généralement, le Scherzo représente « l'enfant au jeu » ; VAdagio,\nla vie calme du foyer,\n... la lueur étroite de la lampe,\nLa rêverie avec le doigt contre la tempe... ;\nle Finale, une discussion probablement au sujet de l'avenir du petit (« Il\nsera général ! ») qui se termine dans un bel élan de cuivres apothéotiques,\nvertueux, familiaux familiers.\nOn retrouve dans cette dernière œuvre de Strauss toutes ses qualités\nadmirables et ses défauts les plus intéressants : thèmes un peu simplets,\ntrituration orchestrale à la Don Quixote, nietzschéisme des dernières me-\nsures de Zarathustra, faciles envols et notes stridentes de Heldenleben,\nforce, calme et beauté de certains passages de Mort et Transfiguration. Il\nsemble que Strauss ait pris plaisir à accumuler en cette symphonie à pro-\ngramme tous ses procédés dans ce qu'ils ont de plus personnel, de plus ingé-\nnieux et de plus agressif. En vérité, son extraordinaire adresse finit par\nagacer. Si j'étais assuré que ce compositeur possède un « sense of humour »\nà la Max Beerbohm, je n'hésiterais pas à sourire et à qualifier de chef-d'œu-\nvre cette production, encore que la plaisanterie en soit bien un peu grosse\net allemande. Que si sa signification n'est point ironique, j'ai le regret\nextrême de ne point m'émouvoir devant cet enfant qui s'éveille au son des\ninstruments d'une manière que n'avait pas prévue Montaigne.\nQuand je sors du Queen's Hall, tout parfumé encore de ces « homely »\ncharmes, je trouve dans Regent Street un brouillard subitement tombé,\njaune, oppressant, implacable... Je sens autour de moi des dangers effarants\net invisibles, des cris ouatés de brume, des lueurs troubles... l'adagio de\nStrauss : «... le foyer, la lueur étroite de la lampe !... » chante en moi,\npathétique, narquoisement.\nOh! quitter l'atmosphère de la Symphonie domestique pour s'égarer\ndans un « London fog... »!\n\nX.-Marcel Boulestin.\n\nLA MUSIQUE EN AMÉRIQUE.\n\nFaits et documents.\nL'Orchestre symphonique de Boston a ouvert sa vingt-cinquième saison\nle 14 octobre avec l'ouverture Au Printemps de Goldmark, la Loreley de\nLiszt, le Pigeonneau de Dvorjak, une scène de de Wagner fa. 111,\nse. 2), et la 2e Symphonie de Beethoven. Ci-joint les programmes des\nconcerts suivants :\n21 octobre :\nSMETANA : Ouverture de l'opéra Libussa. LISZT : Concerto en la"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "majeur. R. STRAUSS : Mort et Transfigurât ion. —TCHAÏKOVSKY :Sympho-\nnie n° 4 en fa mineur.\n28 octobre :\nFR. SCHUBERT : Symphonie inachevée. DYORJAK : Concerto pour violon-\ncelle. BEETHOVEN :3e Symphonie.\n4 novembre :\nConcert consacré aux œuvres de Wagner. Solistes : Mme J. Gadski,\nM. E. van Hoose.\nL'absence d'oeuvres françaises sur ces quatre programmes est remarqua-\nble, mais s'explique par le fait que M. Vincent d'lndy doit diriger le con-\ncert du 2 décembre et que le programme sera composé de musique fran-\nçaise uniquement, comprenant :\nV. D'INDY :2E Symphonie.— G. FAURÉ : Suite de Pelléas et Mélisande.\nC. FHANCK : Psyché (suite). V. D'INDY: Sauge fleurie. DUKAS :\nL'Apprenti sorcier.\nA partir du 4 décembre, ML d'lndy entreprendra une tournée avec l'or-\nchestre symphonique de Boston, et dirigera des concerts à Philadelphie,\nBaltimore, Washington, New-York et Brooklyn, où, en plus de celles\nmentionnées plus haut, seront exécutées les œuvres suivantes :\nCHAUSSON : Symphonie. —■ MAGNARD : Chant funèbre. CL DEBUSSY :\nAprès-midi d'un faune. V. d LNDY : Istar. ROPARTZ : Danses bre-\ntonnes.\nIl est agréable de constater que l'intérêt pour la musique française est\nplus vif en Amérique que peut-être en aucun autre pays hors de France,\net le monde musical d'ici est fermement convaincu de l'importance de la\nvisite de M. d'lndy.\nPlusieurs de ses œuvres sont bien connues dans notre pays, où elles ont\nété très bien exécutées.\nLes annonces suivantes donneront une idée de la quantité de musique\nfrançaise qui sera jouée à Boston durant les quelques mois prochains :\nTrois concerts de musique de chambre pour instruments à vent, donnés\npar M. G. Longy (ter hautbois de l'orchestre symphonique de Boston),\noù seront exécutés pour la ire fois, à côté d'autres œuvres :\nNocturne de G. Fauré ;\nQuintette de A. Caplet, Scherzo de Ch. Lefebvre ;\nVariations symphoniques de E. Lacroix ;\nNonetto de E. Malherbe.\nLe quatuor Hess exécutera le Quatuor (en do mineur) de G. Fauré et le\nQuatuor avec piano de V, d'lndy.\nLe quatuor incomparable de Kneisel annonce pour sa 21e saison les\nœuvres françaises suivantes: Quatuor de Ravel, Quatuor en mi majeur de\nV. d'indy et Quatuor en la majeur de Chausson.\nM jouera lui-même à leur concert du 24 décembre à New-York\nson Quatuor pour piano et cordes avec ces grands artistes.\nMme Hopekirk, la distinguée pianiste, a fait entendre à son premier réci-\ntal le poème des Montagnes de V. d'lndy, la Barcarolle de Debussy, ainsi\nque Clair de Lune, Vis le joyeuse, Masques. Je ne veux pas omettre de men-\ntionner la première exécution à New-York, la semaine passée, du Prélude à\nVAprès-midi d'un faune, de Debussy, par l'orchestre symphonique de New-\nYork, sous la direction de M. Walter Damrosch.\nNous espérons avoir sous peu la visite de Mme Blanche Selva, car nous\navons tous un vif désir d'entendre cette grande artiste, dont le rare talent\nfait l'admiration de tous les véritables amateurs de musique.\nEn un mot, la cause de la musique française est bien défendue dans notre\npays.\n\nC. W. Lœffler."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.43", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3872, "texte": "LIVRES ET MUSIQUE.\nRomain Rolland : Jean Christophe. 3 vol., Paris, Ollendorf. Henry Expert : Extraits des\nMaîtres Musiciens de la Renaissance française. Paris, Leduc. Frédéric Hellouin : Ess.Â de\ncritique musicale. Paris, Joanin. Georges le Cardonnel et Charges Vellay : La littérature\ncontemporaine. Paris, Mercure de France. Richard Wagner et Mathiide Wesendonk :\nJournal et Lettres, 1853-1871, trad. G. Khnopff. 2 vol., Berlin, Dunckler.\nCe qui me plaît avant tout dans le livre de Romain Rolland, c'est qu'il\nne se présente pas sous les espèces du « style ». Le style, c'est l'homme ?\nQue non pas : c'est avant tout l'auteur, et le travesti qu'il met à sa pensée.\nIl est des travestis comiques, il en est de charmants, mais nous avons tort,\npeut-être, de nous laisser séduire à ces dehors, et tel de nos notoires con-\ntemporains, styliste de profession, est-il autre chose qu'un habilleur de\nvanités ? Il est d'autres beautés que celles de la toilette, et un autre art\nque celui de l'arrangement des syllabes. Sensible, plus qu'il ne faudrait\nsans doute, aux agaceries de notre coquette littérature, quelle impression\nde repos, de droiture et de grandeur n'ai-je pas eue souvent en ouvrant un\nroman de Tolstoï ! C'est qu'ici le génie, pour ne plus se dépenser au dé-\ntail, n'en gouverne que plus hautement l'ensemble et imprime au récit tout\nentier le mouvement irrésistiblement calme d'une eau profonde. Tel est\naussi, à mon sens, le souverain mérite de Jean Christophe : pensers et sen-\ntiments s'y donnent tout entiers, sans parure, sans ruse, sans détour, tels\nqu'ils jaillirent des sources de la vie, et suivant l'ordre même où la nature\nles présente aux clartés de l'esprit : œuvre de sincérité avant tout, mais\nœuvre d'art au premier chef aussi, par la puissante logique de sa compo-\nsition.\nC'est une triste et belle histoire que celle de Jean Christophe ; né dans\nune falote petite ville allemande, fils d'un musicien ivrogne et d'une mère\neffacée, orgueilleux et rude, débordant de force et de bonté, mais privé de\nsouplesse et aussi d'indulgence aux faiblesses d'autrui, il va dans la vie,\nheurtant et cognant de droite et de gauche, comme un géant partout à\nl'étroit. Pas à pas nous le suivons, depuis les terreurs de 1' « aube » jus-\nqu'aux ardeurs de la jeunesse, où Ton sent poindre le prochain génie ; et\nle géant a une âme, une pauvre âme sensible, crédule et généreuse, qui\nfrémit douloureusement aux souffrances et aux déceptions que lui inflige\nle petit monde humble ou vulgaire où, tant bien que mal, il cherche à\nloger ses sentiments démesurés. Il est bien vrai que l'on retrouve là plus\nd'un trait de Beethoven, mais infiniment plus marqué et plus suivi que\ndans ce que nous savons de la réalité : ce n'est pas là une reconstitution\nhistorique, c'est une évocation plutôt ; par les sortilèges du culte qu'il a\nvoué au Maître des douleurs, Romain Rolland a appelé son âme et la fait\nrevivre parmi nous. Bientôt sans doute nous aurons à entendre ses rigou-\nreux jugements sur nous et surtout notre musique : tels, les philosophes du\nxvme siècle critiquaient nos mœurs, par la bouche d'un Persan ou d'un\nHuron bénévole. Mais leur personne et leurs préjugés reparaissaient à\ntout endroit, sous un déguisement qui ne trompait personne. Au lieu que\nle héros de Romain Rolland vit avec une ampleur et une vérité dont on\ntrouverait, dans toute la littérature, de bien rares exemples.\nLivre moral, assurément, que celui-là ; mais que l'on n'aille pas croire à\ndes allures prêcheuses, ni àde puritaines austérités. La sympathie de\nl'auteur va à ce qui est pur, certes, mais d'abord et avant tout à ce qui est\nlargement humain. La vertu acariâtre des âmes ménagères est même peinte\nde traits fort joliment ironiques, et la paresseuse mélancolie d'une Sabine\nest étudiée avec amour. C'est d'ailleurs un charmant épisode que celui de"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3992, "texte": "Sabine, avec la tristesse soudaine, et si vraie, de son dénouement. Je ne\nveux pas commencer les citations, car je ne m'arrêterais plus, tant le cours\ndu récit est égal et soutenu : l'émotion coule à pleins bords en ce livre de\npitié, d'amour et de bonté. Nos lecteurs pourront bientôt s'en convaincre,\ncar nous publierons prochainement des parties de la suite de l'ouvrage,\nnon encore terminé, comme on sait, mais déjà récompensé du prix de la\nVie heureuse. Et c'est bien la vie heureuse dont on y trouvera le secret,\nsi le bonheur se gagne, comme le Paradis, par la douleur.\nChacun connaît aujourd'hui les admirables travaux de M. Henry Expert,\net les belles éditions où revivent ces maîtres français du xve et du xvie siècle\nqui, comme le dit Debussy un jour, « savaient faire sourire » le contre-\npoint dont nous avons fait un travail de mandarins ; maîtres qui sont cer-\ntainement parmi les plus grands de la musique, et bien nôtres par la déli-\ncatesse précise de leur pensée et la sûreté d'un style expressif et concis.\nLes volumes de la collection des Maîtres musiciens de la Renaissance\nfrançaise sont publiés avec un luxe et un soin qui ne les rendent pas\naccessibles à tous ; c'est donc une fort heureuse idée que d'en détacher,\nsous forme d'extraits, les morceaux les plus remarquables et les plus sus-\nceptibles d'être exécutés par les amateurs modernes. Il ne faut pas croire,\nen effet, que cette musique n'ait qu'une valeur historique : rien de plus\nvivant au contraire, de plus gracieux ou de plus touchant, et de mieux fait\npour plaire aux oreilles modernes : tous ceux qui ont entendu chanter ces\nœuvres, soit à l'Exposition des Primitifs français, soit à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales, soit aux Concerts du Conservatoire, peuvent en témoigner.\nRien de moins « primitif » d'ailleurs, ni de moins scolastique que cet art\nparfaitement maître de ses moyens, qui construit ses édifices sonores\ndes plus délicates mélodies, et sait ajourer finement une harmonie\nfondée tout entière sur l'accord parfait. Dans ces extraits, dont la publica-\ntion vient de commencer, on trouvera déjà la Guerre, cette symphonie\nvocale de Janequin, si tristement défigurée par l'édition du prince de la\nMoskowa et ici rétablie en sa verdeur première ; puis plusieurs chansons\ndu même auteur, beaucoup moins connues, et où il montre un sens exquis\nde la nuance et une rare entente des effets d'harmonie ; l'une surtout\n(Laissezf cela) est un chef-d'œuvre d'émotion contenue, et nul, si ce n'est\nFrançois Couperin peut-être, n'a jamais su mieux traduire tout ce qu'il\ntient de pudeur savoureuse et de langueur tendre dans un refus qui se\nmurmure. Or le thème de la chanson est le même que Wagner fait sonner\nà ses cloches, dans Parsifal; tant il est vrai qu'en musique le sujet n'est\npresque rien : tout est dans la manière de le traiter. Roland de Lassus est\nreprésenté, lui aussi, par quelques chansons robustes, gaillardes, et non\nexemptes d'une certaine pesanteur flamande. Jean Mouton et Passereau\nont plus de grâce, avec un style cependant très rigoureux, très strictement\nimitatif ; et il y a une exquise ironie dans la chanson de Pierre de la Rue\n(Ma mère, hélas ! mariez-moi). Enfin le xvie siècle finissant est représenté\npar des compositions de Costeley, Le Jeune et Mauduit, où l'on trouvera\ndes mélodies toutes modernes d'allure, et des recherches rythmiques et\nmodales où notre musique elle-même pourrait fort bien s'instruire Tel est\nd'ailleurs l'avis de M. Gabriel Fauré, directeur du Conservatoire, et, par la\nnature de son talent, digne continuateur de ces charmants et profonds\nmusiciens : il vient de les inscrire au programme d'études de notre établis-\nsement officiel. Ajoutons enfin que les Extraits sont tous publiés avec les\nclefs modernes, ce qui les rendra lisibles aux nombreux amateurs, chan-\nteurs ôt même compositeurs qu'une clef d'ut fait reculer d'effroi ; et que,\npar une entente spéciale avec la maison Leduc, nous sommes en mesure de"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "faire, à nos seuls abonnés, 40 0/0 de réduction sur les prix, déjà fort mo-\ndiques, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en se reportant au Catalogue\npublié en tête de ce numéro.\nLe livre de M. Hellouin résume un cours professé l'année dernière à l'École\ndes Hautes Etudes sociales. Il commence par une histoire très sommaire\nde la critique jusqu'au xvme siècle, où il est question de Platon et d'Aris-\ntote, mais non d'Aristoxène, celui des anciens qui nous a laissé certaine-\nment les plus belles pages de critique. La querelle des Bouffons, puis celle\ndes piccinistes et des gluckistes, sont traitées avec quelque détail, et je ne\nserais pas éloigné de donner raison à l'auteur en sa défense de Rameau.\nPour la période suivante, il faut le féliciter de s'être infligé la lecture de\nSuard et Geoffroy, les pères de la critique musico-littéraire, celle aussi de\nCastil-Blaze, Fétis et Scudo qui, un peu plus musiciens, furent de bien\npiètres écrivains : les extraits qu'il nous en montre ne donnent pas envie\nde lire jamais plus avant. Quant à la période contemporaine, c'est la partie\nla plus faible du livre ; et on me croira si je le dis, car j'y reçois de grands\néloges. L'auteur annonce, au début de ce chapitre, « l'intention bien affichée\nde parler sans réticence aucune » ; mais on s aperçoit bientôt que cette\ngrande franchise s'accommode volontiers d'insinuations malveillantes sur\nla famille, les mœurs ou la santé des chers confrères, toutes choses abso-\nlument étrangères au sujet traité. Je ne suis certes pas partisan d'un opti-\nmisme béat et bénisseur ; mais la première des règles, il me semble, est\nde ne juger les hommes que sur leurs écrits et de laisser les commérages\naux rédacteurs de fiches. Il faudrait aussi les juger sur tout ce qu'ils ont\nécrit, et c'est une singulière ignorance de M. Hellouin de ne voir en\nM. Gauthier-Villars que l'auteur des fantaisistes chroniques de XOuvreuse,\ndont il ne goûte pas la grâce piquante et le savoir ingénieusement masqué.\nLe livre conclut à un compromis entre la critique dogmatique et la criti-\nque impressionniste, et se termine par un portrait du critique idéal, où j'ai\ncru reconnaître Jean Marnold; mais, pour ménager la modestie de mon\nami, on s'est abstenu, d'un bout à l'autre du livre, de le nommer.\nLouis LALOY.\nOn n'a pas oublié la retentissante enquête de Jules Huret sur l'Evolution\nlittéraire ; voici que paraissent, reunies en un volume publié par le\nMercure de France sous ce titre qui beaucoup embrasse : La littérature\ncontemporaine, des interviews astucieusement extorquées à nos plus no-\ntoires écrivains par MM. Le Cardonnel et Ch. Vellay.\nIl serait facile de confectionner un réjouissant compte rendu de ce livre\nen ramassant les petits morceaux de sucre cassés par la plupart des in-\nterrogés sur le dos de leurs confrères.\nDéfendant avec une paternelle vivacité ses filles, Minne et Claudine,\nnotre collaborateur et ami Willy, après avoir parlé sans vénération des\ninnombrables gens de lettres sans culture « qui s'appellent légion, Paul\nBrulat ou Bouffandeau » et qualifié M. Laurent Tailhade, en passant, de\n« raclure de théière» (ce qui semble abscons), Willy, donc, déclare : « Si\nmes volumes restaient chez l'éditeur, je n'encourrais ni la malveillance des\njeunes constipés qui opèrent dans des revues discrètes, péniblement, ni les\ninjures exaspérées de certains ratés, comme cet hypo-mufle d'Henry Ner,\nqui me trouvait jadis du talent quand je tirais à petit nombre et le diable\npar la queue, et me continuerait sa bienveillance (chéri, va !) si ma prose\navait aussi peu d'acheteurs que les vers de M. Puaux, la musique de\nM. Georges Hue? etc...lnutile d'ajouter que je me soucie de cesexcommuni-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "cations intéressées aussi peu que du génie poétique de M. Jacques Nor-\nmand. »\nLe plus gai, c'est que les critiques eux-mêmes sont critiqués ; tel\nM. Ernest-Charles, sur le compte de qui M. Van Bever nous édifie à grand\nrenfort d'anecdotes acidulées : « Un jour on lui dit : Vous devriez faire un\narticle sur Ribot. Qui ça Ribot? le député ? Non, le philosophe.— Il y\na donc un philosophe qui s'appelle Ribot ? Ernest-Charles l'ignorait. Il\nenvoya un de ses secrétaires (car il ade nombreux secrétaires) copier à\nla Bibliothèque Nationale la liste des œuvres de Ribot, et un\nensuite, les acheter chez Alcan. En trois jours il les lut et il écrivit un\narticle. »\nMais les lecteurs du Mercure musical s'intéresseront surtout aux juge-\nments portés sur la musique par les littérateurs.\nL'auteur de la Symphonie avec chœurs doit se contenter d une unique\ncitation de M. Henry Bordeaux : « C'est si beau, disait Beethoven, de vivre\nmille fois la vie ! Tout grand artiste doit vivre mille fois la vie. »\nM. Camille Mauclair, qui étudie la musique en poète, juge la poésie en\nmusique : « Mes vers sont des vers de mélomane, ce sont des improvisa-\ntions sur des rythmes de Schumann » Ce même mélomane estime qu'on\ndoit juger un lied comme un tableau : « Il faut qu'en s'adressant à un\nmusicien, le critique puisse lui dire en lui montrant un Whistler : C'est du\nSchumann. »\nJe ne perdrai pas mon temps à conseiller au symboliste auteur de ces\nlignes la lecture de la Logique des sentiments par M. Ribot, celui qu'ignorait\nM. Ernest-Charles ; je dirai seulement : Les vers de M. Mauclair étant du\nSchumann, et Schumann étant égal à Whistler, j'en conclus que M. Camille\nMauclair est une manière de Whistler. On s'instruit tous les jours.\nTandis que José-Maria de Hérédia regrette l'influence mystique de Wa-\ngner sur « Verhaeren, Henri de Régnier, Viélé-Griffin, Gustave Kahn »,\nqu'il déclare tous quatre « poètes de talent »,M. Charles Morice opine que\nl'école wagnérienne eut du bon; mais, ajoute-t-il, elle dure trop longtemps,\ns'attarde. .\nHugues Rebell, « ce grand jeune homme voluptueux aux allures dis-\ncrètes », trouvait « des passages aussi beaux que certains de Mozart» dans\ncet Ofïenbach qu'un épistolier sémite, mais anonyme, du Mercure de France\nreproche aigrement à M. Henry Gauthier-Vil lars d'avoir étiqueté « youpin\npérimé ».\nM.Fernand Gregh(àqui M.Mauclairrefuse tout talent) se demande « pour-\nquoi notre poésie ne suivrait pas l'évolution de la musique qui est allée\ntoujours en se libérant, depuis le plain-chant jusqu'à Debussy » ! Car\nla confusion des deux modes d'expression esthétique est chose courante\nchez les « penseurs » de la jeune génération.\nSur la Louise de Gustave Charpentier, les opinions divergent: M Mau-\nrice Le Blond la préfère « aux princesses glacées d'un Gustave Moreau »,\ntandis que M. Stuart Merrill n y voit, « malgré l'incontestable talent mu-\nsical de M. Charpentier, qu'une transcription de Tristan et Yseult pour\nconcierges ».\nQuand nous sera-t-il donné de lire un florilège des jugements portés par\nles musiciens sur les littérateurs ?\nJ. D'AUTREY.\nC'est une traduction intégrale des lettres parues précédemment que\nM. G. Khnopfif soumet aujourd'hui au public français. L'œuvre de Wagner\nest publiée avec un souci constant de vérité et de clarté, si difficile à\nsoutenir dans une prose de cette espèce. Elle est complète, c'est-à-dire"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "qu'elle englobe toute la période de la vie du maître qui va de Zurich, en\n1853, jusqu'aux heures plus calmes qu'il vécut à Tribschen en 1871, en\npassant par les séjours intermédiaires de Venise, Lucerne, Paris et Mu-\nnich. Une partie du premier volume comprend l'émouvant Journal de Ve-\nnise, le restant, les lettres à Mathilde Wesendonk et à son entourage.\nPour un passionné de psychologie, c'est un recueil qu'il faut lire. Il n'est\npas musical, en ce sens que la musique y tient un rôle effacé, quoique pas\nsecondaire,, car ce qui est typique c'est le mélange constant, dans la pensée\nde l'écrivain, de ses productions scéniques et de ses sentiments. Toute sa\nvie ressort de son œuvre dont elle est en quelque sorte le couronnement.\nOn se demande parfois si l'amour irréel, hiératique et compliqué de Tris-\ntan ne fut pas un peu le sien, si Mathilde Wesendonk ne se confond pas\navec Isolde, et si les conditions ambiantes à la production du chef-d'œuvre\nde ses drames n'ont pas influé sur cette passion qui semble le chef-d'œuvre\nde sa vie. En mettant de côté les enthousiasmes immodérés, subits, les\nexagérations et l'auto-suggestion douloureuse qui dépare infailliblement\ntoute confession intime d'un tempérament original, les pages que\nM. Khnopff a traduites me semblent surtout remarquables comme révéla-\ntion philosophique de la genèse de l'œuvre wagnérienne des dernières\nannées. J en soumets certains passages à la logique déductive de M. Mar-\ncel Hébert, l'intéressant auteur du Sentiment religieux dans l'œuvre de\nRichard Wagner. Les détails particuliers de la vie active du maître, les\nsoucis, ses lectures, ses amitiés y prennent un caractère plus intime et plus\nsacré. C'est le Wagner des lieder qu'on lit entre les lignes et non pas celui\nde la Tétralogie. L'homme se dessine plus vivant, plus pur, plus humain\ndans les Lettres que dans n'importe quelle biographie de Glasenapp ou\nn'importe quel travail théorique comme celui de M. Henri Lichtenberger.\nIl y a là des pages touchantes, desquelles brusquement se dégage une\npersonnalité encore inconnue de l'auteur de Parsifal, et son égoïsme, son\nambition, son exclusivisme parviennent souvent à s'y faire aimer. Quoi-\nqu'on ne puisse excuser tout à fait qu'ainsi, malgré sa défense posthume, on\nait vulgarisé la mélancolie nuageuse des seuls moments heureux du maître,\non reconnaît pourtant le bien qu'une telle publication peut faire à sa mé-\nmoire. On aime ce qu'on voit de plus près ; et dans ce cas, les Lettres,\nqui s'unissent si étroitement à l'œuvre, en étendant la sympathie, n'éten-\ndront-elles pas de même la compréhension, l'intérêt? Ce seul motif justifie\nM. G. Khnopff d'avoir propagé la bonne parole dans les milieux français.\nQuelques lettres de Mathilde Wesendonk terminent le recueil, et une in-\ntroduction rapide de M. H. Lichtenberger le présente au lecteur.\nPAUL GROSFILS.\n\nCOURRIER DE BRUXELLES\n\nUne poignée de nouvelles.\nDeux délicates représentations de la Servante Maîtresse de Pergolèse au\nthéâtre Molière. Das, de la Monnaie, a été charmante dans le person-\nnage de Zerbine ; sa voix juste, adéquate au rôle et fraîche, a merveilleuse-\nment détaillé cette silhouette amusante et factice de la comédie italienne.\nUn bon point également à M. Achten, le buffo muet qui a mimé ses four-\nberies d'une façon bien originale. La partition avait subi une légère alté-\nration, et je reproche fort à M. Gevaert d'avoir orchestré pour les instru-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "ments modernes ce délicieux quatuor de Pergolèse. Une matinée musicale\ncomme celle-ci s adresse toujours a.un public averti, c'est pourquoi de très\nscrupuleuses considérations de respect artistique doivent présider au débit\ndes œuvres qu on y exécute. La représentation était précédée d'une audition\nde quelques pages légères de Martini (1780),Lotti (i 685) et Milandre (1770),\npages toutes fraîches, empreintes du charme poudré du xviue siècle frivole;\nque MM. Agniez et Kips, du Conservatoire, ont très finement détaillées au\nclavecin et àla viole de gambe à sept cordes ;il y eut,pour ouvrir la séance,\nune fastidieuse causerie de M. Ed. Joly sur le sujet représenté.\nAux Concerts populaires, j ai a enregistrer une assez bonne exécution de\nla Mer de Claude Debussy, qui a obtenu en première audition à Bruxelles\nun très franc succès. J'aurais préféré voir figurer Debussy au milieu du\nprogramme, une vague teinte d'harmonie étant peut-être favorable à l'é-\ntat d esprit qui doit présider a l'audition d'une telle symphonie; et puis il y\na des fauteuils que les retardataires remuent bruyamment. Tout cela, c'est\nun manque de respect pour le maître ; le même sentiment peut-être que\ncelui qui fait reporter aux calendes grecques une exécution de Pelléas à la\nMonnaie, depuis plusieurs années que bien des gens la demandent. Je ne\ncrois pas cependant que MM. Délius et Auguste Dupont (« le fils de celui\nqui avait tant de talent», comme dit le Soir) et leurs orchestrations tapa-\ngeuses eussent beaucoup souffert en première ligne au programme. A noter\nune fort énergique violoniste, Mile Stefi Geyer, bonne technicienne, dans\nune honnête symphonie de Goldmark.\nJe tiens encore à signaler le succès négatif d'une Belgica, symphonie\nd'Albert Dupuis, aux Concerts Ysaye, car j'y vois la réalisation de ce que je\nprédisais, dans une correspondante précédente, aux lecteurs du Mercure\nmusical. Voilà ou conduit l'exaltation mal avisée de la mauvaise musique\nnationale, parce que belge.\nA îa Monnaie, on donne Werther ; on répète à la scène le Chérubin de\nMassenet, et on vient de commander au peintre Dubosq les décors de la\nDamnation de Faust. C'est tout.\n\nP. G.\n\nCOURRIER DE STUTTGART\nDe la pantomime.\nJe considère comme un grand événement dans la pantomime la révéla-\ntion de M. Wilhelm-Weidner comme mime. M Weidner, chanteur et comé-\ndien, est un homme exquis; à côté de M. Haas, c'est l'un de nos choristes\nde l'Opéra qui donne le plus d'espérances. M, Haas étonne par ses yeux\nbrillants et toujours prêts à lancer des feux dans l'ombre. Mais M. Weid-\nner sera, s'il a de l'énergie et de la volonté, un des meilleurs mimes de nos\njours. J'en ai vu une quarantaine, et pas des plus mauvais, par exemple,\ndans la troupe de Mme Charlotte Wiehe. M, Weidner est Allemand et souf-\nfre de la maladie allemande ; il veut se cacher, il est trop modeste. Autre-\nment il se serait fait engager ailleurs, car il a beaucoup trop de loisirs ici.\nAvec un tel talent, il est absolument maladif de rester dans l'ombre. Il est\nvrai qu'il y a des milliers d'Allemands qui se croient les maîtres du monde.\nC'est l'autre maladie allemande », c'est la folie des grandeurs. M. Weid-\nner n'est pas de ceux-là, et on doit regretter qu'il se cache. Le ballet où\nil s'est révélé s'appelle Lauretta ; l'auteur en est notre maître de ballet,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "M. Scharf. Cléo de Mérode, qui était à Stuttgart ce jour-là, s'est trouvée\nempêchée de le voir, mais je suis sûr qu'après Tassez long entretien que\nj'eus avec elle, l'éminente artiste ira voir M Weidner la prochaine fois.\nIl est très bon musicien, et Cléo de Mérode voudrait avoir (elle ne disait\npas « fonder »), mais elle voudrait avoir un théâtre où l'on joue des opéras\net des ballets le même soir. Je lui ai recommandé M. Weidner, et M. le\nbaron Putlitz pourra donner à Cléo de précieuses indications pour son\nthéâtre. En tout cas, ce projet serait réalisable si MM. Isola voulaient\nse rappeler les grands services que Cleo a rendus à l'Opéra de Paris.\nMM. Isola, Cléo et Wilhelm Weidnerseraient un ensemble incomparable.\nEt Cléo resterait alors à Paris. C'est une de mes petites indiscrétions\net on m'en saura gré peut-être. On pourra donc retrouver M. Weidner au\nThéâtre Cléo.\nMais les habitués de ce théâtre à créer s'étonneront de voir Cléo de\nMérode en cantatrice wagnérienne. En effet, Cléo me dit qu'elle c ante\ntout le Wagner et qu'il n'y a plus pour elle de difficultés dans cet art. Sa\nvoix est devenue exquise et ample, et si Cléo doit être directrice de son\nthéâtre, elle chantera. A Stuttgart, c'est la cantatrice Sutter qui est une très\nbonne danseuse, c'est donc le cas contraire. MUe Sutter joue la\nde Portici,qui est au répertoire.\nPour finir, je fais mes compliments à MUe Schoenberger, qui a chanté\nOrtrude dans Lohengrin.Elle a été incomparable. C'était vraiment éton-\nnant.\n«Sous-off.»\n\nÉCHOS\n\nAu Conservatoire. Le Conseil supérieur, réuni le 5 décembre sous\nla présidence de M. Dujardin-Beaumetz, a présenté en première ligne\nMM. Lorrain et Engel, en deuxième ligne M. Hettich et Mm« Guiraudon-\nCain, pour les deux classes de chant qui viennent d'être créées.\nBach jugé par Carmen Sylva. La reine de Roumanie a conté récemment,\ndans un journal anglais, les souvenirs musicaux de sa jeunesse.\nPour elle, Bach estledieu de la musique : « Sa noble, sereine et harmo-\nnieuse perfection peut seule me reposer et renouveler mes forces... Le\nvecin bien tempéré de Bach est devenu mon livre de dévotion journalier ; c'est\navec lui que je commence chaque journée ; dans ce trésor de beaux accords\net de belles mélodies, je puise d'immenses joies avant de m'asseoir àma\ntable de travail. Rien ne pourrait remplacer pour moi ce beau « prélude »\nau jour qui se lève. Et comme il n'est pas rare que je sois levée moi-\nmême a quatre ou cinq heures du matin, je me mets à mon piano et me\nlivre une heure durant à mes jouissances de prédilection, avec un pieux\nrecueillement, pendant que les autres hommes sont encore plongés dans\nun profond sommeil... Tous les autres compositeurs ont leur époque, sont\nrejetés par la mode, n'agissent pas toujours sur nous. Bach seul embrasse\nle monde entier et tous les temps; il nous touche toujours d'aussi près à\ntoute heure, à tous les âges de la vie ; aussi bien pendant les orages de la\njeunesse qu'à travers les luttes de la maturité ou quand s'écoulent les an-\nnées plus calmes de la vieillesse. Tous les secrets pour pénétrer au fond\ndu cœur humain sont entre ses mains ; il excite toutes les passions et nous\nélève en nous conduisant de la douleur à la joie, de l'espérance au déses-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "poir. Sa musique ne nous offre pas seulement les aliments rares et précieux\ndune table garnie pour un festin de fête, elle est aussi notre pain quotidien.\nC'est un inestimable, un superbe présent de cet infatigable bienfaiteur qui\nne se reposa jamais et ne passa pas un seul jour sans que sa main prît la\nplume pour noter ses pensées. »\nC'est bien là, en effet, la vraie, la seule manière d'aimer Bach, et voilà une\nnoble page, que bien des critiques musicaux n'auraient pu écrire.\nSociété Nationale. Le Comité, renouvelé à laséance du 3 décembre 1905,\nest composé ainsi qu'il suit : MM. Gabriel Fauré, Vincent d'lndy, Pierre\nde Bréville ; Roussel, iournemire, Schmitt ; Ladmirault, Cortot, de Séve-\nrac. M. Marcel Labey, présenté par le Comité, est nommé secrétaire à l'u-\nnanimité.\nMatinées Gluny. Nous avons eu le plaisir d'entendre Mme Mellot-Jou-\nbert interpréter 2 mélodies : Y Embarquement pour Cythere, le Jardin et la\nMaison et Rosemonde du distingué compositeur René Chansarel. Nous\nsommes heureux d'annoncer que cette artiste si sympathique chantera des\nmélodies du même auteur à l'une des Soirées d'Art et à l'une des Mati-\nnées-Danbé.\nPharmacie musicale. - Plusieurs amateurs, marchands de musique et\nchefs d orchestre ont reçu la lettre suivante :\nMonsieur,\nJ'ai l'honneur de vous informer que la valse tsigane Œil-de-Rigo vient\nde paraître pour piano et chant.\nCette œuvre, particulièrement capiteuse et enveloppante, est destinée à\navoir un succès retentissant qui s'affirme du reste chaque jour davantage de-\npuis sa très récente apparition.\nElle se distingue de toute banalité, et ses motifs, tantôt langoureusement\ntendres, tantôt animés et stimulants, vous tiennent d'un bout à Vautre sous\nleur charme enjôleur.\nJe suis persuadé, Monsieur, qu'il vous sera agréable de prendre connais-\nsance ci-contre des spécimens des deux principaux motifs de cette jolie valse\nqui, en plus de toutes ses qualités, a l'avantage d être exécution extrê-\nmement facile.\nVeuille% argéer, Monsieur, mes salutations empressées.\nX.\nEditeur de musique.\nRien, on le voit, n'y manque, pas même le petit flacon d'échantillons.\nTroyes. Le 19 décembre, aura lieu dans notre ville un concert dirigé\npar M. Bas, avec le concours de M. Marneff, 1 excellent violoncelliste, qui\nexécutera le Concerto de Saint-Saëns.\nLa Rénovation esthétique publie dans son dernier numéro un prophé-\ntique article d'Armande de Polignac (Musique de scène) et un beau sonnet de\nLéon Deubel [la Musique), dont les Poésies vont paraître en janvier. Prix\nde souscription : 10 francs, à la Rénovation esthétique, 5, rue de Furstem-\nberg, Paris.\nLe sottisier musical. « L'orchestre a exécuté l'index de Mors et Vita\nde Gounod. »Le Temps, 24 novembre igos (Mariage de MUe Brugère).\n« Une voix inlassable qui, après vingt ans de carrière, est restée jeune et\nlimpide comme si elle venait de naître. » A. MANGEOTdans le Monde mu-\nsical, 3o novembre 1905, page 281."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.51", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "« Au cours de son dernier passage, il a beaucoup goûté Y Eau qui court,\nd'A. Saint-Georges. » Revue musicale, 3o novembre igos, p. 5y3.\n« Au splendide concert du 26 novembre, M. Colonne nous a fait enten-\ndre, avec l'aimable Symphonie en sol de Mozart, la Russie de Balakiref »\n(suit tout le programme du concert Chevillard). Revue musicale, 3o no-\nvembre 1905, p. 589\n« Dirons-nous qu'il n'est rien après de telles beautés ? Une chose du\nmoins est certaine, c'est que jamais l'admiration ne jaillira plus haut ni avec\ntant de force. Aussi Ton se demande comment Rossini, qui a encore deux\nactes à fournir, va s'y prendre pour renouveler ses sources d'invention et\nde pathétique. Il ne s'y prendra point. Il se laissera faiblir. » LIONEL DAU-\nRIAC, Rossini, p. 80.\n« Et bientôt, subit et sonore, plein de cris et de bruits d'armes, Tassaille-\nment de la multitude de nouveau se heurte à la cathédrale. » SAINT-\nGEORGES DE ROUHELIER, exégèse du Quasimodo de M. Casadessus, dans le\nprogramme des Concerts Chevillard (3 décembre).\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nRaymond Bouyer : Le secret de Beethoven. Paris, Fischbacher.\nMichel Brenet : Palestrina. Paris, Alcan.\nRené de Castéra : Trio en ré. Paris, Edition Mutuelle.\nJean-Baptiste Moreau : Athalie. Ed. Charles Bordes, Paris, Schola Can-\ntorum.\nEsther. Ed. Charles Bordes, Paris, Schola Can~\ntorum.\nMaurice Ravel : Sonatine, pour le piano. Paris, Durand et fils.\nRomain Rolland : La Musique à Paris (ail.). Berlin, Marquardt.\nBlanche Selva : Les Ancêtres du Lys (Adrien Mithouard). Paris, Edi-\ntion Mutuelle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.2", "titre_corps": "LES CONCERTS", "titre_sommaire": "LES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "LES CONCERTS\nConcerts Chevillard. Concerts Colonne. Schola Cantorum. MM. Emile Mendeis et\nPlamondon. M. Risler. MM. Marneff, Fliege, Delacroix et M®6 C. Fourrier. Conservatoire.\nSociété Philharmonique. —M. Bret et MUo Selva.\nSi j'avais le goût des parallèles,je ne laisseraispas échapper celui qui vient\nà l'esprit entre la Symphonie en sol mineur de Mozart et le Prélude à VAprès-\nMidi d'un Faune, de Debussy, joués l'un et l'autre au concert Chevillard\ndu 26 novembre. Il va sans dire qu'il y a des différences : ici une rigoureuse\nsymétrie, des phrases exactement équilibrées, et là une mélodie affranchie\nde toute carrure, qui suit librement son rêve, et ne revient jamais au point\nde départ ; un plan très net, un cloisonnement très précis dans la Sym-\nphonie, et au contraire, dans le poème symphonique, une musique qui\ncroît et qui change d'aspect par degrés insensibles ; et enfin on ne trou-\nvera dans Mozart ni cette flûte aux timides désirs, ni l'écho moqueur du\ncor anglais, ni la dauceur apaisée des deux cors qui chantent au-dessus\ndes seconds violons. Les deux œuvres sont en effet de caractère très diffé-\nrent, puisque l'une est descriptive et l'autre tout abstraite ; mais elles révè-\nlent cependant des esprits de même famille, par la grâce candide des in-\nspirations, par la logique naturelle des pensées (ici plus discursive, et là\nplus continue) et enfin par la qualité du son et la couleur d'un orchestre\ntout de lumière, où pas une note n'est perdue, où tout est en valeur et\ncharme l'oreille avant que de parler au cœur; jeux divins, visions de para-\ndis, musique de soleil et d'enchantement, auprès de laquelle la tragique\nouverture de Léonore semble enveloppée de tous les nuages de la tempête;\net certes, il y a une beauté dans les grondements du tonnerre et la noire\nmenace de l'ouragan ; mais l'art le plus pur n'est-il pas celui qui ignore\ntoute souffrance ?\nJ'ai goûté, à ce même concert, le tour délicat et l'orchestration savou-\nreuse des Trois mélodies de M. Jean Gay, présentées par Mlie Emma\nGrégoire; le prélude du 4e acte de Messidor, « symphonie du Printemps\nreligieux et sacré », est une grosse, très grosse et épaisse musique, chaussée"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.32", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3875, "texte": "de lourds saboîs joliment décrits par l'Ouvreuse ; ces grands gestes et cette\nsolennité creuse font songer à quelque discours de maire à l'ouverture de\ncomices agricoles. Après tout c'est encore là un réalisme, plus complet\npeut-être et plus comique que l'auteur lui-même ne l'eût souhaité.\nL'Ouverture de Balakiref intitulée Russie est une œuvre de circonstance,\ntrès inférieure aux autres productions du maître : rhapsodie assez mono-\ntone sur trois motifs populaires, d'ailleurs fort jolis par eux-mêmes ; et\nje n'ai pas entendu les deux Danses hongroises de Brahms, instrumentées\npar Parlow, estimant qu'après le Prélude à VAprès-Midi d'un Faune, le\nsilence valait mieux.\nAu concert Colonne, on put entendre, après le beau prélude du ler acte\nde Fervaal, et parmi moult Beethoven et Wagner, une œuvre nouvelle de\nM. d'Olonne, Dans la cathédrale, où. l'on retrouve les habiletés connues\net déjà un peu fatiguées de ce jeune auteur.\nLe concert Chevillard du 3 décembre commençait par la Symphonie de la\nRéforme de Mendelssohn, que le programme intitule Reformation Sym-\nphony, a l'anglaise. Ne pouvant profiter de cette discrète indication, je reste\noù m'enchaîne un austère devoir professionnel, et je songe au mot de Claude\nDebussy sur « ce notaire élégant et facile qu'on appelle Mendelssohn ».\nLes Bolides de César Franck sont bien douces en leur chromatisme déli-\ncat ; mais cette « musique-à-bon-Dieu », comme dit l'Ouvreuse, est vrai-\nment bien éloignée de la poésie païenne de Leconte de Lisle, qui l'a inspi-\nrée. Le triomphe fut pour le Concerto de Rimsky-Korsakof et son inter-\nprète, Ricardo Vines. Ce concerto d'ailleurs est plutôt une fantaisie pour\npiano et orchestre, sur un thème d'allure populaire qui en soutient tous les\ndéveloppements. Rimsky a écrit des œuvres plus grandes et plus émou-\nvantes, mais celle-ci est parmi les plus charmantes, et rien ne saurait dire\nla grâce aisée et la délicatesse sans recherche que sut y montrer Vines :\nc'est là de très grand art, et très pur, où rien ne trahit l'effort, où tout est\nexactement à sa place et en son jour ; c'est une perfection non point glacée\net mécanique, mais animée, émue et colorée. Ce qui venait après, c'est le\nQuasimodo de M. Casadessus (d'après Notre-Dame de Paris) : lourde ma-\nchine orchestrale que l'on crut un moment interminable. Il n'y a pas de\nraison pour qu'une aussi amorphe musique prenne fin jamais ; il n'y en\navait pas non plus pour qu'elle commençât. M. Gundstoett chante avec\nbeaucoup d'expression et de précision la mélodie du pâtre au 3e acte\nde Tristan et Yseult, et les Préludes de Liszt, qui terminent, sont de\nnoble et généreuse musique, dont la romantique emphase plaît encore\nparce qu'elle est sincère ; et puis, Forchestre a une admirable ampleur de\nsonorité. Wagner a certes pris là de bonnes leçons.\nJe n'ai pu entendre, au concert Colonne, le Poème lyrique sur le livre\nde Job, de M. Henri Rabaud ; on me dit qu'il yalà de la force, beaucoup\nde force, et pas mal de Wagner. Donnons à cette œuvre, comme à la Sym-\nphonie du même auteur précédemment exécutée aux mêmes concerts, une\nmention très honorable.\nLe 24 novembre, la Schola Cantorum rouvrait ses portes pour nous faire\nentendre une sélection de YArmide de Lully (1686). C'est une fort belle\nmusique, que je trouve, pour ma part, plus émouvante, plus nuancée, et\nbeaucoup moins encombrée de formules que la musique de Gluck. La dé-\nploration d'Armide est d'une vérité d'accent inégalée, et la scène des jar-\ndins a un charme poétique discret et raffiné, que l'on peut fort bien pré-\nférer aux mélodies épanouies de Gluck : car ici, avec ce frémissement de\nfeuillages où erre, note unique et répétée, une de ces voix mystérieuses qui\nplanent sur les eaux, nous sommes tout près du délicat réalisme de 1 art\nmoderne. Marcel Labey, qui dirigeait l'orchestre, avait aussi réalisé les"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "parties sous-entendues dans le texte original : toute exécution d'une œuvre\nancienne exige une collaboration. La version qui nous fut proposée m'a\nparu d'une excellente sonorité. L'exécution matérielle a été très satisfai-\nsante, et parmi les interprètes il faut citer Mlle Marie de la Rouvière,\nM. Gébelin, et surtout M. Plamondon, dont la voix égale, facile et toujours\némue, a fait merveille dans le rôle de Renaud. Au commencement du con-\ncert, M. Pineau avait joué avec beaucoup de sûreté et de goût une fort\njolie Suite d'orgue de Clérembault (collection Guilmant).\nJ'ai retrouvé M. Plamondon le ler décembre, au concert de M. Emile\nMendels, où il a chanté le Poème d'un jour de G. Fauré, Y Invitation au\nvoyage et la Chanson triste de Henri Duparc : ce sont là des chefs-d'œuvre\ndu lied français, dont il a fort bien rendu l'émotion tantôt contenue et\n> 7\nvoilée, tantôt ardente et grave. M# Mendels aun fort joli son et un bon\nmécanisme, quoique les doubles cordes demandent à être encore travaillées ;\nce que j'ai le mieux aimé de son programme, c'est la Symphonie espagnole\nde Lalo ; la Clochette de Paganini est ce qu'on peut imaginer de plus vide\net de plus cruellement monotone pour tous ceux que n'intéresse pas l'acro-\nbatie spéciale du violon,\nM. Risler continue ses concerts, consacrés uniquement aux Sonates de\nBeethoven, devant un public d'élite où la Revue des Deux-Mondes est re-\nprésentée par M. Bellaigue, le Matin par M. Bruneau, et le Conservatoire\npar M. Pierre Lalo. Je n'aime pas trop le système d'interprétation de cet\nartiste assurément très sincère, mais trop imbu de classicisme allemand.\nDe ce que nos voisins se font de Beethoven une idée très académique et\nun peu pédantesque, il ne s'ensuit pas que nous devions les imiter. Un mu-\nsicien comme Beethoven dépasse les frontières de son pays, et il y a en\nlui de quoi satisfaire tous les goûts, à commencer par le nôtre.\nBien français, au contraire (par son jeu tout au moins), est M. Marneff,\nque j'entendais à son concert du 6 décembre : d'abord des qualités de jus-\ntesse et de sûreté que plus d'un violoncelliste, même virtuose, pourrait lui\nenvier ; et une puissance de son, une ardeur et une chaleur qui font de la\nmusique une chose vivante, et non une froide rhétorique. Rien de plus\nmérité que la longue ovation qui lui fut faite après le Concerto de Saint-\nSaëns en la mineur, gracieux, aimable et fougueux tour à tour, toujours\nplaisant, même en ses difficultés. A ce même concert Mme Camille Four-\nrier chantait trois mélodies de Debussy (Fantoches, le Jet d'Eau, l'Echelon-\nnement des haies) avec tant d'accent et d'intelligence, d'une voix si souple,\nsi nuancée et si prenante, que la salle entière comprit et fut enthousias-\nmée. C'est une grande artiste que Mme Fourrier, et la musique moderne lui\nest et lui sera encore redevable de plus d'un succès. M. Fliege se montre\nexcellent violoniste dans la Romance en fa de Beethoven et le premier\nTrio du même, et M. Delacroix, au piano, mérite de grands éloges, pour\nla sûreté du style, la netteté et la jolie qualité du son : il a rendu à mer-\nveille toutes les délicatesses, les fines oppositions et les vives touches de\ncouleur des mélodies de Debussy.\nLouis LALOY.\n***\nLes Concerts du Conservatoire ont repris le 3 décembre, avec la Sym-\nphonie sur un thème 'montagnard de Vincent d'indy, qui est, à coup sûr. une\ndes plus intéressantes utilisations des mélodies populaires servant de base\nà une œuvre aussi considérable ; car ici le thème inspire aussi bien Van-\ndante que l'allegro et le finale, l'œuvre étant, pour le reste, construite\navec toute la rigueur traditionnelle."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "Le piano y joue un rôle très particulier, tantôt marié à l'orchestre,\ntantôt prenant seul une initiative hardie, et donnant, ainsi que le lui de-\nmande Saint-Saëns dans sa Symphonie en ut mineur, des effets de force\nqu'eussent vainement cherché les harpes.\nAlfred Gortot, qui passe tour à tour du clavier au bâton, a montré là une\nfois de plus ses qualités de pianiste et de musicien.\nL'œuvre a été exécutée avec la précision qui caractérise la Société des\n,o 3\nConcerts. A signaler cependant quelques indécisions dans le rythme ——\ndu finale pendant les 10 premières mesures.\nNous avons admiré la splendeur des chœurs de Lotti, bien chantés a\ncappella, et qui font songer, par leurs harmonies franches et droites, à tout\nl'art vigoureux de leur temps.\nMais pourquoi l'étrange, plate et tortillée ouverture de Frithiof est-elle\nvenue clore par le fracas de ses cuivres en vacances cette intéressante\njournée ?\nA. M. D. V.\nBien que soit passée l'époque où la musique semblait exister seulement\npour mettre en valeur l'interprète, le public n'en garde pas moins un goût\nmarqué pour les virtuoses. Il n'a point tort. Les cascades de notes qui\ntombent avec une netteté de cristal, les effets savamment ménagés, et plus\nque cela peut-être, la savoureuse qualité du son produisent sur l'auditeur\nune sensation des plus agréables, sensation purement physique d'ailleurs\net indépendante de la valeur intrinsèque de l'œuvre exécutée. Toutefois, si\nl'on applaudit des pages médiocres, parce qu'excellemment jouées, com-\nbien la joie est plus profonde et plus délicate aussi quand de grands\nartistes mettent leur talent au service de belles œuvres ! Il en fut ainsi aux\ndeux derniers concerts de la Société Philharmonique.\nM. Richard Muhlfeld du « Meininger Trio » qui se fit entendre au\nconcert du 28 novembre est un clarinettiste allemand de grande réputa-\ntion. Les Fantasiestucke de Schumann, qu'il joua seul, nous permirent d'ap-\nprécier son velouté, sa finesse d'attaque, en un mot, toutes les qualités qui\nfont de M. Muhlfeld un clarinettiste de tout premier ordre. Dans un Trio\nde Brahms spécialement écrit pour lui, paraît-il, et dans le trio op. 11\nde Beethoven, M. Wilhelm Berger, au piano, et M. Karl Piening, violoncel-\nliste, complétaient un ensemble excellent à tous points de vue. Aussi\nl'accueil fait au « Meininger Trio » fut-il extrêmement chaleureux.\nGrand succès également pour le quatuor vocal dans O vos omnes de\nMoralès, compositeur espagnol du xvie siècle. Ce motet, douloureux et de\ngrand caractère, fut redemandé. Mmes Faliero Dalcroze, Maria Gay,\nMM. R. Plamondon et Louis Frolich le chantèrent avec beaucoup\nd'expression.\nEn disant que sur le programme du dernier concert figuraient les noms\nde M me Faliero Dalcroze et de MM. Jacques Thibaud et Lucien Wurmscr,\nj'imagine n'avoir pas à insister sur l'intérêt artistique présenté par un tel\ngroupement de célébrités. Au début de la soirée, M. Jacques Thibaud avait\nfait annoncer que, légèrement indisposé, il ne pourrait jouer la Chaconne\nde Bach. Je l'ai regretté. Non point je l'avoue humblement, Gustave\nBret dût-il m'en vouloir pour l'œuvre elle-même, mais parce que cela\nm'a privé d'entendre une fois de plus l'éminent violoniste. J'aime infini-\nment son jeu si noblement expressif et qui ne sacrifie jamais rien à l'eflet ;\naussi M. Lucien Wurmser le secondant admirablement eûmes-nous\nune magistrale exécution de la Sonate en la de Mozart et de la Sonate"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.35", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "op. i 3 de M. G. Fauré. Dans la première, le presto est très amusant. La\nseconde a été trop souvent entendue pour que j'en fasse ici l'analyse ; le\nscherzo et le finale m'en sont particulièrement agréables.\nLes Variations en fa de Mozart et le Scherzo op. 16 de Mendelssohn,\nmirent en valeur la grâce et la délicatesse de toucher qui sont la caracté-\nristique du talent de M. Lucien Wurmser. J'ai moins goûté la Polonaise\nen mi de Liszt, colorée mais commune, avec pourtant dans son milieu un\nléger parfum walkyrique.\n11 ne faudrait pas croire que les acclamations et les bravos soient tous\nallés aux deux virtuoses dont je viens de parler. Mme Faliero Dalcroze par\ndeux fois en eut largement sa part. C'était justice. Sa belle voix souple et\nchaudement homogène fit merveille dans deux lieder de Schubert et dans\nMandoline bissée de M. G. Fauré. Les autres mélodies, quoique aussi\ndélicieusement chantées, me parurent présenter un intérêt moindre.\nJEAN POUEIGH.\n•&\nL'audition des grandes œuvres de piano et d'orgue de César Franck\ndonnée le ier décembre àla Schola Cantorum par M^6 Blanche Selva et\nM. Gustave Bret a cette fois-ci, comme l'année dernière, comme chaque\nfois, attiré un nombreux public et remporté le plus grand succès. A cons-\ntater la réelle ferveur du public à l'égard des œuvres instrumentales, parti-\nculièrement des œuvres de piano de César Franck, on est en droit de se\ndemander pourquoi les pianistes, les vrais, persistent, à très peu d'excep-\ntions près, à ne pas vouloir les jouer. Ils pourraient, à vrai dire, invoquer\nune raison, une seule, mauvaise sans doute à leur avis : c'est que Mlle Selva\ninterprète ce Prélude, Choral et Fugue, et ce Prélude, Aria et Finale avec\nune si parfaite compréhension, une telle autorité, qu'elle anime ces œuvres\nd'un souffle si brûlant de vie et d'amour, qu'il semble impossible d'atteindre\nune impression artistique aussi forte, aussi complète.\nLes organistes ont peu l'occasion de se produire en dehors des églises,\naussi a-t-on trop rarement celle d'entendre ces trois chefs-d'œuvre que\nsont les trois Chorals d'orgue ; il faut être doublement reconnaissant à\nM. Gustave Bret et de nous les avoir fait entendre et de les avoir exécutés\navec une parfaite maîtrise.\nX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.3", "titre_corps": "LA MUSIQUE A LYON", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A LYON", "signature_source": "Jacques Reboul", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.35", "debut_caractere": 2259, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "LA MUSIQUE A LYON\n\nGrand théâtre de Lyon : première représentation d'Armor, drame lyrique en trois actes de\nM. Sylvio Lazzari, poème de 3VL E, Jaubert.— Société lyonnaise des Grands Concerts : première\naudition.\nM. Lazzari me pardonnera l'indulgence imméritée que je puis manifes-\nter pour son œuvre. Je l'ai entendue trop peu, et dans de telles conditions\nd 7 « inconfort », qu'il m'est difficile de porter un jugement bien certain.\nAssurément nos confrères de la presse lyonnaise ont mis tout en évidence\nla décevante faiblesse du livret. Mais doit-on penser qu'il convienne d'ac-\ncorder une importance actuelle à une erreur anciennement reconnue ?Je\nne le crois pas. M. Jaubert se sera sans doute pénétré, depuis, de cette\nnécessité d'avoir un sens que partagent symboles et raisonnements. Des"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3753, "texte": "niaiseries de style ne sont rien auprès de l'ignorance évidente des systèmes\nlégendaires...\nQue 1' « histoire » d'Armor appartienne en effet à la série des romans de\nla Table ronde, des réminiscences évidentes font qu'il n'est pas permis d'en\ndouter. Mais quelle est au juste la paternité dont se réclame l'auteur ?\nVoilà un bien délicat problème. En toute bonne volonté, je n'ai pu situer\ncette invention incohérente, ni légendairement, ni littérairement.\nDans une île sauvage, loin des côtes d'Armorique, des « Korriganes »,\nvierges et guerrières, vivent sous la protection de la « Mer » : sœurs gar-\ndiennes d'Arthur. (Pourquoi ?) Débarque « Armor», chevalier breton, à\nla conquête du mystique diadème. Combat avec « Ked », reine des Korri-\nganes, et résistance victorieuse d'Armor, dont la visière se relève. Ked\nreconnaît en lui l'Elu auquel son cœur aspire. L'action est finie. Ked\noffrira son amour, Armor le repoussera : c'est tout.— Qu'importe, en effet,\nl'apparition raisonnante d'Arthur, repêchant la couronne que Ked a jetée\ndans les flots (acte 1) ? Qu'importe que nous retrouvions Armor, roi des\nBretons, faiblissant un instant aux sollicitations passionnées de la reine et\nchâtié aussitôt par l'écroulement de son palais de carton ? Qu'importe\nenfin qu'un mystérieux hasard fasse revivre tous les héros au dernier acte\npour réaliser la conversion de l'impudique princesse ? Toujours égales\ndemeurent les situations I Armor, c'est la charité spirituelle en face de\nla « diablesse Vénus » : résistance à peine justifiée de l'esprit sur la chair...\nj'ai peine à croire à la sincérité de 1' «assomption » finale, et comment Ked,\nsensuelle comme Armide, et plus illogique que Kundry, va du désir d'Armor\nà la sympathie platonicienne que lui impose un dieu chrétien et bavard !\n... D'autant que les « fonds » du drame, pour être au premier plan,\nn'y ajoutent rien d'essentiel. Il y a ici des bardes, costumés en druides,\nqui chantent la gloire d'Armor ; et là des Wickings pillards surgissent,\ncommandés par un fils de Thor (!), bien à temps pour accroître l'allégresse\ndu retour. Mais que signifie par exemple cet Arthur (roi d'Armorique, ne\nvous déplaise), qui va, suivi de ses pairs, se promenant sur les flots, et\nrépute avec une dégoûtante fatuité la sentence divine pour se voir démenti\naussitôt ? Voix d'en haut, voix d'en bas, intervention des éléments : on ne\nsaurait revenir à plus fade merveilleux de feu notre opéra national...\nL'hypothèse la plus favorable est que M. Jaubert se soit inspiré d'une\nforme décadente de la légende, où, toutes les données traditionnelles étant\nconfondues, la valeur profonde des symboles se trouve réduite en pénible\neffort d'allégorie. Je n'y veux pas voir autre chose.\nMais surtout qu'on n'aille pas reprochant à M. Lazzari le choix de son\nlivret ! Reproche trop facile, comme de ses péchés à Grainquebille...\nSans se rejeter sur la mauvaise excuse d'un début, il est normal de justifier\ncette erreur par le caractère d'exotisme de la légende d'Armor, surtout pour\nun Tyrolien (i) ! Et, pour ma part, je ne saurais assez admirer avec quelle\nbelle conscience l'artiste s'est appliqué à tirer parti du moins vivant et du\nmoins inspirateur des poèmes ! De fait, une certaine inaccoutumance des\nvaleurs de notre langue n'était pas sans le servir: comment résister autre-\nment à la force d'inhibition d'un tel livret ?\nNon seulement M. Lazzari a tiré parti du « poème », mais il a trouvé\nmoyen de l'animer, en l'expliquant et en l'unifiant. La vigueur et la sincé-\nrité de son invention musicale ont paru sensibles à tous les auditeurs\nd'Armor. Ce long duo d'amour, j'ai dit combien il est déplorable au\n\n/ [', Non qUe je veuille prétendre que M. Lazzari ne soit devenu bon Français,\nd'esprit et de cœur."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.37", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3706, "texte": "point de vue scénique, n'étant guère coupé que par des hors-d'œuvre,\nM. Lazzari réussit à le soutenir dans une belle et continue effusion sym-\nphonique. Qu'il en doive résulter une certaine uniformité, une certaine\nmonotonie même, cela paraît inévitable ; mais je ne crois pas que cette\nplénitude de son aille jamais jusqu'à la fatigue du spectateur.\nIl y avait un danger plus grand dans la nature même du scénario, et l'on\npouvait craindre que le souci d'oeuvres antérieures se fût, par instants\nimposé au compositeur. Je dois reconnaître que le péril n'a rien d'im-\nmédiat. Des critiques plus compétents ont rapproché la partition de\nM. Lazzari de certaines œuvres de Wagner, de Massenet et de Reyer. Je\nne sais pourquoi le souvenir de YArmide de Gluck me revient à l'esprit\npour se réclamer de la filiation de ces maîtres : il se peut qu il n'y ait en\ntout cela qu'une analogie de formule.. Quoi qu'il en soit, M. Lazzari de-\nmeure suffisamment original. Et si l'influence wagnérienne paraît très sen-\nsible chez lui, on peut dire qu'il la supporte sans faiblesse : ce n'est pas le\nmoindre éloge que Ton puisse faire de son art»\nLes meilleures pages du drame sont déjà connues à Paris, parles audi-\ntions de Lamoureux et de la Société nationale (lie acte, 1901). —A Lyon,\noù l'œuvre se présente pour la première fois dans son ensemble (;), on a\nparu goûter particulièrement le prélude et ce duo entre Armor et Ked au\npremier tableau qui va se répétant aux deux derniers actes (scènes 5).\nCe procédé thématique de l'auteur se révèle dès ce prélude, procédé non\nexclusivement wagnérien, puisqu'il se rencontre déjà dans cette ouverture\nde la Léonore de Beethoven dont j'aurai à parler. Le morceau est bref,\nétant constitué presque uniquement sur le thème de la Mer. Après une\nintroduction au « monde mystérieux des Korriganes », il se remplit petit à\npetit par juxtaposition progressive du thème héroïque d'Armor. La com-\nposition en est limpide et d'autant plus attachante. Du deuxième acte je\npréfère ne rien dire, craignant de reprendre trop brièvement des analyses\nexcellentes qui ont été données ailleurs.\nJe ne puis cependant m'empêcher de remarquer, toujours à ce propos,\ncombien les « successeurs » de Wagner paraissent peu s'apercevoir de la\nportée dramatique du leitmotiv et de toute la nécessité qu'il y a à lui con-\nserver son sens générique. L'origine physique de quelques thèmes wagné-\nriens paraît avoir prédominé à leurs yeux sur le caractère symbolique de\nce mode de construction. C'est encore le même rapport de l'allégorie au\nsymbole que je signalais touchant la décadence de la légende.\nM. Lazzari, tout en maintenant l'existence de thèmes d'ordre général :\namour, séduction, repentir, rédemption, pitié (celui-ci mériterait une longue\ndiscussion), et tout en pénétrant assurément tout leur sens, ne paraît\npas s'attacher à ces motifs autrement que comme à d'heureux procédés de\ncomposition. Est-ce un reproche ?... Les dérivations même qui existent\nentre quelques-uns de ces thèmes (par exemple : « mission d'Armor de\nramener Ked à Dieu» et deuxième thème d'Armor), bien qu'elles paraissent\nsuivies dans l'exact procédé wagnérien, ne revêtent pas à mes yeux la\ngrandeur « conceptuelle » nécessaire pour soutenir longuement l'intérêt\ndramatique, d'où un certain abus d'une psychologie musicale étrangère à\nl'œuvre: reprise du thème de la Mer, répétition du motif d'Elda et de sa\nballade, etc... Il manque, en somme, une forte direction dépensée qui s'en-\ntretienne et se parachève : nous nous heurtons probablement, ici encore, à\nl'erreur philosophique du poème.\nOù M. Lazzari se sépare des procédés wagnériens, à supposer qu'il y\n\n(1) Après Prague et Hambourg."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "ait jamais été attaché, c'est dans sa manière de traiter les voix ; je n'o-\nserais dire que ce soit toujours d'une manière heureuse. Il me revient\nl'impression pénible que produisent certains vers de mirliton du livret,\nsortis brusquement de la marée symphonique pour y rentrer aussitôt (i).\nIl y a d autre part (et sans doute toujours pour la cause précitée...\nn'oublions pas qu'il s'agit d'un musicien encore jeune !) une certaine\nsécheresse orchestrale, un manque de « fondu », qui rendent l'audition\nparfois déconcertante pour nos oreilles accoutumées aux liaisons wagné-\nriennes.\nCependant l'instrumentation d 1 Armor est suffisamment fournie pour per-\nmettre une grande mobilité dans les transitions (2). Le compositeur ne\nl'ignore pas, car il paraît même trop peu ménager de ses forces : d'où une\nnotable difficulté dans la progression et naturellement quelque « regret »\nchez l'auditeur. Au reste, M. Lazzari use de son orchestre avec science, et si\nles timbales et les cuivres dominent parfois un peu lourdement le qua-\ntuor, nous devons lui tenir gré de la modération de ses cors. Ce ne sont, en\nsomme, que défauts relatifs de qualités de clarté et de simplicité, qui, plus\nque tout autre, honorent un difficile effort de libération.\nMais ce m'est surtout un grand plaisir de rendre justice au talent\ndescriptif de l'auteur. Le prélude fut applaudi d'enthousiasme. On pourrait\nvanter aussi l'envahissement de la mer au deuxième acte, dont l'effet est\nmalheureusement coupé parle bruit des machines...\nBref, la musique d\"Armor est toujours intéressante, parfois attachante.\nCe n'est peut-être pas une raison suffisante pour oser lui prédire la fortune\nd'une autre œuvre qui nous vient de Prague :je veux citer Don Juan. Mais\nil y a là de très positives promesses : une originalité de pensée déjà cer-\ntaine. Si l'invention mélodique n'est pas toujours suffisamment libre,\nsurtout la fermeté de coup d'œil d'un musicien qui se connaît et la science\nde l'expression dramatique. Quoi de plus ?Et connaît-on beaucoup d'œu-\nvres actuelles dont il soit permis de faire cet éloge?\nAu fait : ces promesses d'un artiste expert et très convaincu, je ne doute\npas qu'elles se trouvent réalisées à l'heure présente, et que Y Ensorcelée,\navant Amis et Amiles, ne nous donne bientôt la joie d'applaudir au talent\naffranchi d'un maître (3).\n¥ *\nIl fallait un certain courage pour aborder la tâche de rendre à Lyon les\ngrandes auditions musicales qui lui manquaient. M. Witkowski s'y est\nattaché avec tant d'ardeur qu'il semble tout près d'avoir réussi.\nL'ouverture de Léonore (no 3), abordée avec timidité, a mis en valeur,\n\n(1) Cf. l'entrée d'Armor, au lerIer acte, p. 6\\ de la partition, pp. 98-105 ;le vœu\nd'Armor, p. 212, et, au dernier acte, le discours d'Arthur.\n(2) 3 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes, clarinette basse, 3 bassons,\n4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, tuba, 3 harpes, batterie avec glockenspiel,\nquatuor.\n(V) Je n'ai rien dit de l'interprétation. Mmfi Janssen bientôt à nouveau Isolde\nretrouve sans effort toute la mystique volupté de sa race : il faut louer la cantatrice\nde la composition de son rôle. Il y a une religion de l'amour et de l'art qui fait passer\nsur bien des livrets Sans doute, M. Verdier est toujours consciencieux et expres-\nsif: même vertu de composition, mais enthousiasme trop égal. Mlle Pierrick est bonne.\nM. Dangès, qui sera un grand artiste, paraît morose sur le cheval de bois d'Arthur.\nL'orchestre fut vraiment bon, grâce aux soins paternels de son excellent chef :\nPhilippe Flon."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "particulièrement dans la seconde partie de l'allégro, des qualités rythmi-\nques surprenantes chez un orchestre aussi frais.\nLa Jeunesse d'Hercule de Saint-Saëns m'a paru longue: je conçois qu'une\napologie morale ne va pas sans raideur, fût-elle agrémentée de nymphes et\nde bacchantes.\nEt pour l'ouverture des Maîtres Chanteurs, qui fut entreprise un peu\ntôt, j'eusse désiré que l'harmonie eût moins l'air de se pâmer au-dessus\ndu quatuor: cela produit une confusion de nuances dont s'accommode mal\nl'esprit très ciair de la partition.\nM. Ysaye prêtait son concours aux organisateurs de cette première séance.\nJe ne lui ferai pas l'injure de louer la perfection de son art. Il a paru qu'il\ncommençait avec un peu d'ennui le si touchant Concerto de Bach (en mi) ;\nmais il s'est animé, et déjà sur la fin de l'allégro sa crinière léonine marquait\ntoute la ferveur de son culte.\nJ'aime moins la Symphonie espagnole de Lalo. Comment, malgré une\nmultitude de faux bijoux, n'eût-elle pas fait grise mine au milieu d'un tel\nensemble ?... M. Ysaye a « bissé » avec un prélude de Bach qui était\ncomme une consolation de l'art à lui-même.\nIl me chagrine cependant de voir l'âme doucement volontaire du grand\nBach répandue dans ces auditions trop publiques. Nulle musique comme\nla sienne ne me paraît solliciter des prêtres... Et il y a quelque gêne pour\nl'esprit au souvenir des générations tournoyantes qui ont honoré et hono-\nrent encore la salle des Folies-Bergère !... Dirai-je que, malgré les répa-\nrations effectuées, l'acoustique est déplorable ? Le besoin d'une salle se fait\ntoujours plus sentir. Une mention en terminant à M, Fleuret, qui a\ndompté l'orgue, infiniment mobile, où-se complaît l'ingéniosité d'un de\nnos facteurs lyonnais.\nLes Grands Concerts ont triomphé. Je ne doute pas que le succès soit\ndurable, si Rédemption, qu'on annonce pour le 24 décembre, trouve\ndans les chœurs de la Schola l'appoint de perfection que l'œuvre réclame.\nTout l'honneur en revient au musicien distingué qui a pris à cœur de nous\nrendre à l'amour de son art et à l'estime de son effort.\nM. Witkowski peut déjà être fier du résultat obtenu : je le lui dirais,\nsi je n'avais peur de lui donner de l'orgueil.\n\nJacques Reboul."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.4", "titre_corps": "LA MUSIQUE EN ANGLETERRE.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE EN ANGLETERRE.", "signature_source": "X.-Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.39", "debut_caractere": 2236, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "LA MUSIQUE EN ANGLETERRE.\n\nLondres et les environs.\nEn même temps que les premières grouses d'Ecosse, apparaissent les con-\ncerts automnaux. La province commence.\nA Worcester, Norwich, Sheffield et Bristol, ont eu lieu cette année ces\nsolennités d'une importance artistique et d'une dimension dont on ne se\nfait qu'une piètre idée à Paris, et même à Londres. Parmi ces quatre villes,\nempressées à plaire, une seule ne possédait encore ni un passé musical\nni une réputation d'Art, Worcester, uniquement célèbre pour sa sauce, « for\nsteaks, chops, every kind of boiled and fried fish », gloire qui sans doute\nne la contentait plus, Mr. Henry J. Wood et Herr Weingartner furent, de\nces Festivals, les principaux « conductors » ; les programmes comprirent,\noutre les habituelles symphonies classiques, des oeuvres modernes de\nnationalités diverses : The Drearn of Gerontius de bir Edward Elgar,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "Marino Faliero de Mr. Joseph Holbrooke, les Béatitudes de César Franck,\nla Symphonie fantastique et Leho de Berlioz. Deux chœurs à huit parties\nde Weingartner, The House of Dreams et The Song of the Storm ont été\nexécutés, ainsi que Taillefer, de Richard Strauss, ballade ayant pour sujet\nla bataille de Hastings.\nPuis à Londres, innombrables, les séances continuent. C'est Mischal\nElman, infatigable et qui ne vieillit point ; Mark Hambourg, qui donne à\nun reporter du Ladys Realm des conseils empreints de sagesse (« Vous ne\npouvez interpréter les œuvres d'un grand compositeur que si vous avez une\nlarge intelligence, l'expérience de la vie, l'habitude des voyages et une par-\nfaite connaissance des écrits des poètes, historiens, philosophes anciens et\nmodernes »... Whatnext?) ; Mr. Percy Grainger, qui révèle au public de\nBechstein Hall les Pagodes debussystes et la Lotus-land de Mr. Cyril Scott;\net tant d'autres î\nAprès un après-midi ainsi dépensé, il convient de se rafraîchir aux sources\npures de la simple musique : idéales « musical comedies » absurdes, char-\nmantes et toujours pareilles, dont on ne se lasse pas à moins de les\navoir eues, dès l'abord, en horreur. Et Maurice Farkoa dans Lady Madcap,\nMiss Ethel Irving dans Mr. Popple, Mr. Seymour Hicks dans The Catch of\nthe Season, c'est la perfection même, tout comme Mme Melba dans la\nBohême. Si vous considérez qu'une « musical comedy » n'est ni de la musi-\nque, ni de la comédie, vous ne pourrez que trouver que ce genre, typique-\nment anglais, a produit des chefs-d'œuvre. Joie des yeux! contentement de\nl'oreille! repos de l'esprit 1... Un whisky à l'entr'acte avec une « Albany »\ncigarette, et voici l'heure du souper sans qu'on s'en soit aperçu ! All's\nwell that ends well !\nCependant dans ce Covent Garden, encore tout frémissant de Tristan et\ndu Ring, triomphe l'italianisme, en des représentations, je dois le recon-\nnaître, excellentes : Madama Butterfly, Mefîstofele, la Bohême et autres\nœuvres encore pires, chéries des chanteurs, des amateurs de chant et des\nSociety people !...\n*\n* ★\nSi l'Opéra Royal s'affirme résolument transalpin, les grands Concerts\naffichent au contraire un modernisme outrancier. Loin des roulades, des\nritournelles, des mélodies faciles et des fausses musiques avancées, perpé-\ntrées par certains compositeurs soucieux de ménager l'Art et le gros public,\nDr Richter y dirige Also sprach Zarathustra, Tod und Verklœrung, Sinfo-\nnia domestica ; et Richard Strauss est The man of the moment (comme dit\nMr. Harry Melville), furieusement à la mode. Je ne sais point au monde un\nhomme dont, ces dernières semaines, il ait été plus parlé que du compo-\nsiteur de Salomé.\nCette Sinfonia domestica, que Paris ignore encore, et que Londres, après\nNew-York, applaudit, fait couler d'intarissables flots d'encre, d'aperçus\ningénieux, de dénigrements systématiques, de sottises contradictoires et\nde louanges hyperboliques. C'est fort bien.\nDivisée en trois parties se jouant sans interruption, Prélude et Scherzo,\nAdagio, Fugue et Finale, elle prétend décrire la vie d'une famille heureuse,\net ce, de façon demi-humoristique, nous apprend Strauss dans une inter-\nview; il nous révèle aussi qu'il nous faut l'écouter d'un esprit sérieux et la\nconsidérer comme de la musique pure ; que le sujet, d'ailleurs, n est pas\ntant « un jour de vie familiale » que les joies et les chagrins de la maternité\net de la paternité, la croissance de l'enfant et ses relations avec ses parents.\nVoilà tout. Il ne faut donc pas voir en cette œuvre des détails réalistes"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.41", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "particulièrement infantiles, pour ne pas dire enfantins ; ni imaginer le mo-\nment précis où le baby est mis pour la première fois en présence de l'eau\n(gammes chromatiques montantes et descendantes des violons, sanglots\ndes bois, éclaboussements des harpes, thème de l'enfant transi au hautbois\nd'amour); ni deviner « l'Etreinte des parents procréant l'Enfant Roi, l'éter-\nnelle Floraison de Vie ! » ni croire à des « mots » entre le père et la mère,\nun peu énervés. Cependant il est certain et évident qu'une façon de\nberceuse y endort le gosse et qu'un glockenspiely sonne 7 heures du matin.\nPlus généralement, le Scherzo représente « l'enfant au jeu » ; VAdagio,\nla vie calme du foyer,\n... la lueur étroite de la lampe,\nLa rêverie avec le doigt contre la tempe... ;\nle Finale, une discussion probablement au sujet de l'avenir du petit (« Il\nsera général ! ») qui se termine dans un bel élan de cuivres apothéotiques,\nvertueux, familiaux familiers.\nOn retrouve dans cette dernière œuvre de Strauss toutes ses qualités\nadmirables et ses défauts les plus intéressants : thèmes un peu simplets,\ntrituration orchestrale à la Don Quixote, nietzschéisme des dernières me-\nsures de Zarathustra, faciles envols et notes stridentes de Heldenleben,\nforce, calme et beauté de certains passages de Mort et Transfiguration. Il\nsemble que Strauss ait pris plaisir à accumuler en cette symphonie à pro-\ngramme tous ses procédés dans ce qu'ils ont de plus personnel, de plus ingé-\nnieux et de plus agressif. En vérité, son extraordinaire adresse finit par\nagacer. Si j'étais assuré que ce compositeur possède un « sense of humour »\nà la Max Beerbohm, je n'hésiterais pas à sourire et à qualifier de chef-d'œu-\nvre cette production, encore que la plaisanterie en soit bien un peu grosse\net allemande. Que si sa signification n'est point ironique, j'ai le regret\nextrême de ne point m'émouvoir devant cet enfant qui s'éveille au son des\ninstruments d'une manière que n'avait pas prévue Montaigne.\nQuand je sors du Queen's Hall, tout parfumé encore de ces « homely »\ncharmes, je trouve dans Regent Street un brouillard subitement tombé,\njaune, oppressant, implacable... Je sens autour de moi des dangers effarants\net invisibles, des cris ouatés de brume, des lueurs troubles... l'adagio de\nStrauss : «... le foyer, la lueur étroite de la lampe !... » chante en moi,\npathétique, narquoisement.\nOh! quitter l'atmosphère de la Symphonie domestique pour s'égarer\ndans un « London fog... »!\n\nX.-Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.5", "titre_corps": "LA MUSIQUE EN AMÉRIQUE.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE EN AMÉRIQUE.", "signature_source": "C. W. Lœffler", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.41", "debut_caractere": 2516, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "LA MUSIQUE EN AMÉRIQUE.\n\nFaits et documents.\nL'Orchestre symphonique de Boston a ouvert sa vingt-cinquième saison\nle 14 octobre avec l'ouverture Au Printemps de Goldmark, la Loreley de\nLiszt, le Pigeonneau de Dvorjak, une scène de de Wagner fa. 111,\nse. 2), et la 2e Symphonie de Beethoven. Ci-joint les programmes des\nconcerts suivants :\n21 octobre :\nSMETANA : Ouverture de l'opéra Libussa. LISZT : Concerto en la"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3064, "texte": "majeur. R. STRAUSS : Mort et Transfigurât ion. —TCHAÏKOVSKY :Sympho-\nnie n° 4 en fa mineur.\n28 octobre :\nFR. SCHUBERT : Symphonie inachevée. DYORJAK : Concerto pour violon-\ncelle. BEETHOVEN :3e Symphonie.\n4 novembre :\nConcert consacré aux œuvres de Wagner. Solistes : Mme J. Gadski,\nM. E. van Hoose.\nL'absence d'oeuvres françaises sur ces quatre programmes est remarqua-\nble, mais s'explique par le fait que M. Vincent d'lndy doit diriger le con-\ncert du 2 décembre et que le programme sera composé de musique fran-\nçaise uniquement, comprenant :\nV. D'INDY :2E Symphonie.— G. FAURÉ : Suite de Pelléas et Mélisande.\nC. FHANCK : Psyché (suite). V. D'INDY: Sauge fleurie. DUKAS :\nL'Apprenti sorcier.\nA partir du 4 décembre, ML d'lndy entreprendra une tournée avec l'or-\nchestre symphonique de Boston, et dirigera des concerts à Philadelphie,\nBaltimore, Washington, New-York et Brooklyn, où, en plus de celles\nmentionnées plus haut, seront exécutées les œuvres suivantes :\nCHAUSSON : Symphonie. —■ MAGNARD : Chant funèbre. CL DEBUSSY :\nAprès-midi d'un faune. V. d LNDY : Istar. ROPARTZ : Danses bre-\ntonnes.\nIl est agréable de constater que l'intérêt pour la musique française est\nplus vif en Amérique que peut-être en aucun autre pays hors de France,\net le monde musical d'ici est fermement convaincu de l'importance de la\nvisite de M. d'lndy.\nPlusieurs de ses œuvres sont bien connues dans notre pays, où elles ont\nété très bien exécutées.\nLes annonces suivantes donneront une idée de la quantité de musique\nfrançaise qui sera jouée à Boston durant les quelques mois prochains :\nTrois concerts de musique de chambre pour instruments à vent, donnés\npar M. G. Longy (ter hautbois de l'orchestre symphonique de Boston),\noù seront exécutés pour la ire fois, à côté d'autres œuvres :\nNocturne de G. Fauré ;\nQuintette de A. Caplet, Scherzo de Ch. Lefebvre ;\nVariations symphoniques de E. Lacroix ;\nNonetto de E. Malherbe.\nLe quatuor Hess exécutera le Quatuor (en do mineur) de G. Fauré et le\nQuatuor avec piano de V, d'lndy.\nLe quatuor incomparable de Kneisel annonce pour sa 21e saison les\nœuvres françaises suivantes: Quatuor de Ravel, Quatuor en mi majeur de\nV. d'indy et Quatuor en la majeur de Chausson.\nM jouera lui-même à leur concert du 24 décembre à New-York\nson Quatuor pour piano et cordes avec ces grands artistes.\nMme Hopekirk, la distinguée pianiste, a fait entendre à son premier réci-\ntal le poème des Montagnes de V. d'lndy, la Barcarolle de Debussy, ainsi\nque Clair de Lune, Vis le joyeuse, Masques. Je ne veux pas omettre de men-\ntionner la première exécution à New-York, la semaine passée, du Prélude à\nVAprès-midi d'un faune, de Debussy, par l'orchestre symphonique de New-\nYork, sous la direction de M. Walter Damrosch.\nNous espérons avoir sous peu la visite de Mme Blanche Selva, car nous\navons tous un vif désir d'entendre cette grande artiste, dont le rare talent\nfait l'admiration de tous les véritables amateurs de musique.\nEn un mot, la cause de la musique française est bien défendue dans notre\npays.\n\nC. W. Lœffler."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.6", "titre_corps": "LIVRES ET MUSIQUE.", "titre_sommaire": "LIVRES ET MUSIQUE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.43", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3872, "texte": "LIVRES ET MUSIQUE.\nRomain Rolland : Jean Christophe. 3 vol., Paris, Ollendorf. Henry Expert : Extraits des\nMaîtres Musiciens de la Renaissance française. Paris, Leduc. Frédéric Hellouin : Ess.Â de\ncritique musicale. Paris, Joanin. Georges le Cardonnel et Charges Vellay : La littérature\ncontemporaine. Paris, Mercure de France. Richard Wagner et Mathiide Wesendonk :\nJournal et Lettres, 1853-1871, trad. G. Khnopff. 2 vol., Berlin, Dunckler.\nCe qui me plaît avant tout dans le livre de Romain Rolland, c'est qu'il\nne se présente pas sous les espèces du « style ». Le style, c'est l'homme ?\nQue non pas : c'est avant tout l'auteur, et le travesti qu'il met à sa pensée.\nIl est des travestis comiques, il en est de charmants, mais nous avons tort,\npeut-être, de nous laisser séduire à ces dehors, et tel de nos notoires con-\ntemporains, styliste de profession, est-il autre chose qu'un habilleur de\nvanités ? Il est d'autres beautés que celles de la toilette, et un autre art\nque celui de l'arrangement des syllabes. Sensible, plus qu'il ne faudrait\nsans doute, aux agaceries de notre coquette littérature, quelle impression\nde repos, de droiture et de grandeur n'ai-je pas eue souvent en ouvrant un\nroman de Tolstoï ! C'est qu'ici le génie, pour ne plus se dépenser au dé-\ntail, n'en gouverne que plus hautement l'ensemble et imprime au récit tout\nentier le mouvement irrésistiblement calme d'une eau profonde. Tel est\naussi, à mon sens, le souverain mérite de Jean Christophe : pensers et sen-\ntiments s'y donnent tout entiers, sans parure, sans ruse, sans détour, tels\nqu'ils jaillirent des sources de la vie, et suivant l'ordre même où la nature\nles présente aux clartés de l'esprit : œuvre de sincérité avant tout, mais\nœuvre d'art au premier chef aussi, par la puissante logique de sa compo-\nsition.\nC'est une triste et belle histoire que celle de Jean Christophe ; né dans\nune falote petite ville allemande, fils d'un musicien ivrogne et d'une mère\neffacée, orgueilleux et rude, débordant de force et de bonté, mais privé de\nsouplesse et aussi d'indulgence aux faiblesses d'autrui, il va dans la vie,\nheurtant et cognant de droite et de gauche, comme un géant partout à\nl'étroit. Pas à pas nous le suivons, depuis les terreurs de 1' « aube » jus-\nqu'aux ardeurs de la jeunesse, où Ton sent poindre le prochain génie ; et\nle géant a une âme, une pauvre âme sensible, crédule et généreuse, qui\nfrémit douloureusement aux souffrances et aux déceptions que lui inflige\nle petit monde humble ou vulgaire où, tant bien que mal, il cherche à\nloger ses sentiments démesurés. Il est bien vrai que l'on retrouve là plus\nd'un trait de Beethoven, mais infiniment plus marqué et plus suivi que\ndans ce que nous savons de la réalité : ce n'est pas là une reconstitution\nhistorique, c'est une évocation plutôt ; par les sortilèges du culte qu'il a\nvoué au Maître des douleurs, Romain Rolland a appelé son âme et la fait\nrevivre parmi nous. Bientôt sans doute nous aurons à entendre ses rigou-\nreux jugements sur nous et surtout notre musique : tels, les philosophes du\nxvme siècle critiquaient nos mœurs, par la bouche d'un Persan ou d'un\nHuron bénévole. Mais leur personne et leurs préjugés reparaissaient à\ntout endroit, sous un déguisement qui ne trompait personne. Au lieu que\nle héros de Romain Rolland vit avec une ampleur et une vérité dont on\ntrouverait, dans toute la littérature, de bien rares exemples.\nLivre moral, assurément, que celui-là ; mais que l'on n'aille pas croire à\ndes allures prêcheuses, ni àde puritaines austérités. La sympathie de\nl'auteur va à ce qui est pur, certes, mais d'abord et avant tout à ce qui est\nlargement humain. La vertu acariâtre des âmes ménagères est même peinte\nde traits fort joliment ironiques, et la paresseuse mélancolie d'une Sabine\nest étudiée avec amour. C'est d'ailleurs un charmant épisode que celui de"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3992, "texte": "Sabine, avec la tristesse soudaine, et si vraie, de son dénouement. Je ne\nveux pas commencer les citations, car je ne m'arrêterais plus, tant le cours\ndu récit est égal et soutenu : l'émotion coule à pleins bords en ce livre de\npitié, d'amour et de bonté. Nos lecteurs pourront bientôt s'en convaincre,\ncar nous publierons prochainement des parties de la suite de l'ouvrage,\nnon encore terminé, comme on sait, mais déjà récompensé du prix de la\nVie heureuse. Et c'est bien la vie heureuse dont on y trouvera le secret,\nsi le bonheur se gagne, comme le Paradis, par la douleur.\nChacun connaît aujourd'hui les admirables travaux de M. Henry Expert,\net les belles éditions où revivent ces maîtres français du xve et du xvie siècle\nqui, comme le dit Debussy un jour, « savaient faire sourire » le contre-\npoint dont nous avons fait un travail de mandarins ; maîtres qui sont cer-\ntainement parmi les plus grands de la musique, et bien nôtres par la déli-\ncatesse précise de leur pensée et la sûreté d'un style expressif et concis.\nLes volumes de la collection des Maîtres musiciens de la Renaissance\nfrançaise sont publiés avec un luxe et un soin qui ne les rendent pas\naccessibles à tous ; c'est donc une fort heureuse idée que d'en détacher,\nsous forme d'extraits, les morceaux les plus remarquables et les plus sus-\nceptibles d'être exécutés par les amateurs modernes. Il ne faut pas croire,\nen effet, que cette musique n'ait qu'une valeur historique : rien de plus\nvivant au contraire, de plus gracieux ou de plus touchant, et de mieux fait\npour plaire aux oreilles modernes : tous ceux qui ont entendu chanter ces\nœuvres, soit à l'Exposition des Primitifs français, soit à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales, soit aux Concerts du Conservatoire, peuvent en témoigner.\nRien de moins « primitif » d'ailleurs, ni de moins scolastique que cet art\nparfaitement maître de ses moyens, qui construit ses édifices sonores\ndes plus délicates mélodies, et sait ajourer finement une harmonie\nfondée tout entière sur l'accord parfait. Dans ces extraits, dont la publica-\ntion vient de commencer, on trouvera déjà la Guerre, cette symphonie\nvocale de Janequin, si tristement défigurée par l'édition du prince de la\nMoskowa et ici rétablie en sa verdeur première ; puis plusieurs chansons\ndu même auteur, beaucoup moins connues, et où il montre un sens exquis\nde la nuance et une rare entente des effets d'harmonie ; l'une surtout\n(Laissezf cela) est un chef-d'œuvre d'émotion contenue, et nul, si ce n'est\nFrançois Couperin peut-être, n'a jamais su mieux traduire tout ce qu'il\ntient de pudeur savoureuse et de langueur tendre dans un refus qui se\nmurmure. Or le thème de la chanson est le même que Wagner fait sonner\nà ses cloches, dans Parsifal; tant il est vrai qu'en musique le sujet n'est\npresque rien : tout est dans la manière de le traiter. Roland de Lassus est\nreprésenté, lui aussi, par quelques chansons robustes, gaillardes, et non\nexemptes d'une certaine pesanteur flamande. Jean Mouton et Passereau\nont plus de grâce, avec un style cependant très rigoureux, très strictement\nimitatif ; et il y a une exquise ironie dans la chanson de Pierre de la Rue\n(Ma mère, hélas ! mariez-moi). Enfin le xvie siècle finissant est représenté\npar des compositions de Costeley, Le Jeune et Mauduit, où l'on trouvera\ndes mélodies toutes modernes d'allure, et des recherches rythmiques et\nmodales où notre musique elle-même pourrait fort bien s'instruire Tel est\nd'ailleurs l'avis de M. Gabriel Fauré, directeur du Conservatoire, et, par la\nnature de son talent, digne continuateur de ces charmants et profonds\nmusiciens : il vient de les inscrire au programme d'études de notre établis-\nsement officiel. Ajoutons enfin que les Extraits sont tous publiés avec les\nclefs modernes, ce qui les rendra lisibles aux nombreux amateurs, chan-\nteurs ôt même compositeurs qu'une clef d'ut fait reculer d'effroi ; et que,\npar une entente spéciale avec la maison Leduc, nous sommes en mesure de"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.45", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "faire, à nos seuls abonnés, 40 0/0 de réduction sur les prix, déjà fort mo-\ndiques, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en se reportant au Catalogue\npublié en tête de ce numéro.\nLe livre de M. Hellouin résume un cours professé l'année dernière à l'École\ndes Hautes Etudes sociales. Il commence par une histoire très sommaire\nde la critique jusqu'au xvme siècle, où il est question de Platon et d'Aris-\ntote, mais non d'Aristoxène, celui des anciens qui nous a laissé certaine-\nment les plus belles pages de critique. La querelle des Bouffons, puis celle\ndes piccinistes et des gluckistes, sont traitées avec quelque détail, et je ne\nserais pas éloigné de donner raison à l'auteur en sa défense de Rameau.\nPour la période suivante, il faut le féliciter de s'être infligé la lecture de\nSuard et Geoffroy, les pères de la critique musico-littéraire, celle aussi de\nCastil-Blaze, Fétis et Scudo qui, un peu plus musiciens, furent de bien\npiètres écrivains : les extraits qu'il nous en montre ne donnent pas envie\nde lire jamais plus avant. Quant à la période contemporaine, c'est la partie\nla plus faible du livre ; et on me croira si je le dis, car j'y reçois de grands\néloges. L'auteur annonce, au début de ce chapitre, « l'intention bien affichée\nde parler sans réticence aucune » ; mais on s aperçoit bientôt que cette\ngrande franchise s'accommode volontiers d'insinuations malveillantes sur\nla famille, les mœurs ou la santé des chers confrères, toutes choses abso-\nlument étrangères au sujet traité. Je ne suis certes pas partisan d'un opti-\nmisme béat et bénisseur ; mais la première des règles, il me semble, est\nde ne juger les hommes que sur leurs écrits et de laisser les commérages\naux rédacteurs de fiches. Il faudrait aussi les juger sur tout ce qu'ils ont\nécrit, et c'est une singulière ignorance de M. Hellouin de ne voir en\nM. Gauthier-Villars que l'auteur des fantaisistes chroniques de XOuvreuse,\ndont il ne goûte pas la grâce piquante et le savoir ingénieusement masqué.\nLe livre conclut à un compromis entre la critique dogmatique et la criti-\nque impressionniste, et se termine par un portrait du critique idéal, où j'ai\ncru reconnaître Jean Marnold; mais, pour ménager la modestie de mon\nami, on s'est abstenu, d'un bout à l'autre du livre, de le nommer.\nLouis LALOY.\nOn n'a pas oublié la retentissante enquête de Jules Huret sur l'Evolution\nlittéraire ; voici que paraissent, reunies en un volume publié par le\nMercure de France sous ce titre qui beaucoup embrasse : La littérature\ncontemporaine, des interviews astucieusement extorquées à nos plus no-\ntoires écrivains par MM. Le Cardonnel et Ch. Vellay.\nIl serait facile de confectionner un réjouissant compte rendu de ce livre\nen ramassant les petits morceaux de sucre cassés par la plupart des in-\nterrogés sur le dos de leurs confrères.\nDéfendant avec une paternelle vivacité ses filles, Minne et Claudine,\nnotre collaborateur et ami Willy, après avoir parlé sans vénération des\ninnombrables gens de lettres sans culture « qui s'appellent légion, Paul\nBrulat ou Bouffandeau » et qualifié M. Laurent Tailhade, en passant, de\n« raclure de théière» (ce qui semble abscons), Willy, donc, déclare : « Si\nmes volumes restaient chez l'éditeur, je n'encourrais ni la malveillance des\njeunes constipés qui opèrent dans des revues discrètes, péniblement, ni les\ninjures exaspérées de certains ratés, comme cet hypo-mufle d'Henry Ner,\nqui me trouvait jadis du talent quand je tirais à petit nombre et le diable\npar la queue, et me continuerait sa bienveillance (chéri, va !) si ma prose\navait aussi peu d'acheteurs que les vers de M. Puaux, la musique de\nM. Georges Hue? etc...lnutile d'ajouter que je me soucie de cesexcommuni-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "cations intéressées aussi peu que du génie poétique de M. Jacques Nor-\nmand. »\nLe plus gai, c'est que les critiques eux-mêmes sont critiqués ; tel\nM. Ernest-Charles, sur le compte de qui M. Van Bever nous édifie à grand\nrenfort d'anecdotes acidulées : « Un jour on lui dit : Vous devriez faire un\narticle sur Ribot. Qui ça Ribot? le député ? Non, le philosophe.— Il y\na donc un philosophe qui s'appelle Ribot ? Ernest-Charles l'ignorait. Il\nenvoya un de ses secrétaires (car il ade nombreux secrétaires) copier à\nla Bibliothèque Nationale la liste des œuvres de Ribot, et un\nensuite, les acheter chez Alcan. En trois jours il les lut et il écrivit un\narticle. »\nMais les lecteurs du Mercure musical s'intéresseront surtout aux juge-\nments portés sur la musique par les littérateurs.\nL'auteur de la Symphonie avec chœurs doit se contenter d une unique\ncitation de M. Henry Bordeaux : « C'est si beau, disait Beethoven, de vivre\nmille fois la vie ! Tout grand artiste doit vivre mille fois la vie. »\nM. Camille Mauclair, qui étudie la musique en poète, juge la poésie en\nmusique : « Mes vers sont des vers de mélomane, ce sont des improvisa-\ntions sur des rythmes de Schumann » Ce même mélomane estime qu'on\ndoit juger un lied comme un tableau : « Il faut qu'en s'adressant à un\nmusicien, le critique puisse lui dire en lui montrant un Whistler : C'est du\nSchumann. »\nJe ne perdrai pas mon temps à conseiller au symboliste auteur de ces\nlignes la lecture de la Logique des sentiments par M. Ribot, celui qu'ignorait\nM. Ernest-Charles ; je dirai seulement : Les vers de M. Mauclair étant du\nSchumann, et Schumann étant égal à Whistler, j'en conclus que M. Camille\nMauclair est une manière de Whistler. On s'instruit tous les jours.\nTandis que José-Maria de Hérédia regrette l'influence mystique de Wa-\ngner sur « Verhaeren, Henri de Régnier, Viélé-Griffin, Gustave Kahn »,\nqu'il déclare tous quatre « poètes de talent »,M. Charles Morice opine que\nl'école wagnérienne eut du bon; mais, ajoute-t-il, elle dure trop longtemps,\ns'attarde. .\nHugues Rebell, « ce grand jeune homme voluptueux aux allures dis-\ncrètes », trouvait « des passages aussi beaux que certains de Mozart» dans\ncet Ofïenbach qu'un épistolier sémite, mais anonyme, du Mercure de France\nreproche aigrement à M. Henry Gauthier-Vil lars d'avoir étiqueté « youpin\npérimé ».\nM.Fernand Gregh(àqui M.Mauclairrefuse tout talent) se demande « pour-\nquoi notre poésie ne suivrait pas l'évolution de la musique qui est allée\ntoujours en se libérant, depuis le plain-chant jusqu'à Debussy » ! Car\nla confusion des deux modes d'expression esthétique est chose courante\nchez les « penseurs » de la jeune génération.\nSur la Louise de Gustave Charpentier, les opinions divergent: M Mau-\nrice Le Blond la préfère « aux princesses glacées d'un Gustave Moreau »,\ntandis que M. Stuart Merrill n y voit, « malgré l'incontestable talent mu-\nsical de M. Charpentier, qu'une transcription de Tristan et Yseult pour\nconcierges ».\nQuand nous sera-t-il donné de lire un florilège des jugements portés par\nles musiciens sur les littérateurs ?\nJ. D'AUTREY.\nC'est une traduction intégrale des lettres parues précédemment que\nM. G. Khnopfif soumet aujourd'hui au public français. L'œuvre de Wagner\nest publiée avec un souci constant de vérité et de clarté, si difficile à\nsoutenir dans une prose de cette espèce. Elle est complète, c'est-à-dire"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "qu'elle englobe toute la période de la vie du maître qui va de Zurich, en\n1853, jusqu'aux heures plus calmes qu'il vécut à Tribschen en 1871, en\npassant par les séjours intermédiaires de Venise, Lucerne, Paris et Mu-\nnich. Une partie du premier volume comprend l'émouvant Journal de Ve-\nnise, le restant, les lettres à Mathilde Wesendonk et à son entourage.\nPour un passionné de psychologie, c'est un recueil qu'il faut lire. Il n'est\npas musical, en ce sens que la musique y tient un rôle effacé, quoique pas\nsecondaire,, car ce qui est typique c'est le mélange constant, dans la pensée\nde l'écrivain, de ses productions scéniques et de ses sentiments. Toute sa\nvie ressort de son œuvre dont elle est en quelque sorte le couronnement.\nOn se demande parfois si l'amour irréel, hiératique et compliqué de Tris-\ntan ne fut pas un peu le sien, si Mathilde Wesendonk ne se confond pas\navec Isolde, et si les conditions ambiantes à la production du chef-d'œuvre\nde ses drames n'ont pas influé sur cette passion qui semble le chef-d'œuvre\nde sa vie. En mettant de côté les enthousiasmes immodérés, subits, les\nexagérations et l'auto-suggestion douloureuse qui dépare infailliblement\ntoute confession intime d'un tempérament original, les pages que\nM. Khnopff a traduites me semblent surtout remarquables comme révéla-\ntion philosophique de la genèse de l'œuvre wagnérienne des dernières\nannées. J en soumets certains passages à la logique déductive de M. Mar-\ncel Hébert, l'intéressant auteur du Sentiment religieux dans l'œuvre de\nRichard Wagner. Les détails particuliers de la vie active du maître, les\nsoucis, ses lectures, ses amitiés y prennent un caractère plus intime et plus\nsacré. C'est le Wagner des lieder qu'on lit entre les lignes et non pas celui\nde la Tétralogie. L'homme se dessine plus vivant, plus pur, plus humain\ndans les Lettres que dans n'importe quelle biographie de Glasenapp ou\nn'importe quel travail théorique comme celui de M. Henri Lichtenberger.\nIl y a là des pages touchantes, desquelles brusquement se dégage une\npersonnalité encore inconnue de l'auteur de Parsifal, et son égoïsme, son\nambition, son exclusivisme parviennent souvent à s'y faire aimer. Quoi-\nqu'on ne puisse excuser tout à fait qu'ainsi, malgré sa défense posthume, on\nait vulgarisé la mélancolie nuageuse des seuls moments heureux du maître,\non reconnaît pourtant le bien qu'une telle publication peut faire à sa mé-\nmoire. On aime ce qu'on voit de plus près ; et dans ce cas, les Lettres,\nqui s'unissent si étroitement à l'œuvre, en étendant la sympathie, n'éten-\ndront-elles pas de même la compréhension, l'intérêt? Ce seul motif justifie\nM. G. Khnopff d'avoir propagé la bonne parole dans les milieux français.\nQuelques lettres de Mathilde Wesendonk terminent le recueil, et une in-\ntroduction rapide de M. H. Lichtenberger le présente au lecteur.\nPAUL GROSFILS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.7", "titre_corps": "COURRIER DE BRUXELLES", "titre_sommaire": "COURRIER DE BRUXELLES", "signature_source": "P. 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Gevaert d'avoir orchestré pour les instru-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "ments modernes ce délicieux quatuor de Pergolèse. Une matinée musicale\ncomme celle-ci s adresse toujours a.un public averti, c'est pourquoi de très\nscrupuleuses considérations de respect artistique doivent présider au débit\ndes œuvres qu on y exécute. La représentation était précédée d'une audition\nde quelques pages légères de Martini (1780),Lotti (i 685) et Milandre (1770),\npages toutes fraîches, empreintes du charme poudré du xviue siècle frivole;\nque MM. Agniez et Kips, du Conservatoire, ont très finement détaillées au\nclavecin et àla viole de gambe à sept cordes ;il y eut,pour ouvrir la séance,\nune fastidieuse causerie de M. Ed. Joly sur le sujet représenté.\nAux Concerts populaires, j ai a enregistrer une assez bonne exécution de\nla Mer de Claude Debussy, qui a obtenu en première audition à Bruxelles\nun très franc succès. J'aurais préféré voir figurer Debussy au milieu du\nprogramme, une vague teinte d'harmonie étant peut-être favorable à l'é-\ntat d esprit qui doit présider a l'audition d'une telle symphonie; et puis il y\na des fauteuils que les retardataires remuent bruyamment. Tout cela, c'est\nun manque de respect pour le maître ; le même sentiment peut-être que\ncelui qui fait reporter aux calendes grecques une exécution de Pelléas à la\nMonnaie, depuis plusieurs années que bien des gens la demandent. Je ne\ncrois pas cependant que MM. Délius et Auguste Dupont (« le fils de celui\nqui avait tant de talent», comme dit le Soir) et leurs orchestrations tapa-\ngeuses eussent beaucoup souffert en première ligne au programme. A noter\nune fort énergique violoniste, Mile Stefi Geyer, bonne technicienne, dans\nune honnête symphonie de Goldmark.\nJe tiens encore à signaler le succès négatif d'une Belgica, symphonie\nd'Albert Dupuis, aux Concerts Ysaye, car j'y vois la réalisation de ce que je\nprédisais, dans une correspondante précédente, aux lecteurs du Mercure\nmusical. Voilà ou conduit l'exaltation mal avisée de la mauvaise musique\nnationale, parce que belge.\nA îa Monnaie, on donne Werther ; on répète à la scène le Chérubin de\nMassenet, et on vient de commander au peintre Dubosq les décors de la\nDamnation de Faust. C'est tout.\n\nP. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.8", "titre_corps": "COURRIER DE STUTTGART", "titre_sommaire": "COURRIER DE STUTTGART", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.48", "debut_caractere": 2190, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "COURRIER DE STUTTGART\nDe la pantomime.\nJe considère comme un grand événement dans la pantomime la révéla-\ntion de M. Wilhelm-Weidner comme mime. M Weidner, chanteur et comé-\ndien, est un homme exquis; à côté de M. Haas, c'est l'un de nos choristes\nde l'Opéra qui donne le plus d'espérances. M, Haas étonne par ses yeux\nbrillants et toujours prêts à lancer des feux dans l'ombre. Mais M. Weid-\nner sera, s'il a de l'énergie et de la volonté, un des meilleurs mimes de nos\njours. J'en ai vu une quarantaine, et pas des plus mauvais, par exemple,\ndans la troupe de Mme Charlotte Wiehe. M, Weidner est Allemand et souf-\nfre de la maladie allemande ; il veut se cacher, il est trop modeste. Autre-\nment il se serait fait engager ailleurs, car il a beaucoup trop de loisirs ici.\nAvec un tel talent, il est absolument maladif de rester dans l'ombre. Il est\nvrai qu'il y a des milliers d'Allemands qui se croient les maîtres du monde.\nC'est l'autre maladie allemande », c'est la folie des grandeurs. M. Weid-\nner n'est pas de ceux-là, et on doit regretter qu'il se cache. Le ballet où\nil s'est révélé s'appelle Lauretta ; l'auteur en est notre maître de ballet,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "M. Scharf. Cléo de Mérode, qui était à Stuttgart ce jour-là, s'est trouvée\nempêchée de le voir, mais je suis sûr qu'après Tassez long entretien que\nj'eus avec elle, l'éminente artiste ira voir M Weidner la prochaine fois.\nIl est très bon musicien, et Cléo de Mérode voudrait avoir (elle ne disait\npas « fonder »), mais elle voudrait avoir un théâtre où l'on joue des opéras\net des ballets le même soir. Je lui ai recommandé M. Weidner, et M. le\nbaron Putlitz pourra donner à Cléo de précieuses indications pour son\nthéâtre. En tout cas, ce projet serait réalisable si MM. Isola voulaient\nse rappeler les grands services que Cleo a rendus à l'Opéra de Paris.\nMM. Isola, Cléo et Wilhelm Weidnerseraient un ensemble incomparable.\nEt Cléo resterait alors à Paris. C'est une de mes petites indiscrétions\net on m'en saura gré peut-être. On pourra donc retrouver M. Weidner au\nThéâtre Cléo.\nMais les habitués de ce théâtre à créer s'étonneront de voir Cléo de\nMérode en cantatrice wagnérienne. En effet, Cléo me dit qu'elle c ante\ntout le Wagner et qu'il n'y a plus pour elle de difficultés dans cet art. Sa\nvoix est devenue exquise et ample, et si Cléo doit être directrice de son\nthéâtre, elle chantera. A Stuttgart, c'est la cantatrice Sutter qui est une très\nbonne danseuse, c'est donc le cas contraire. MUe Sutter joue la\nde Portici,qui est au répertoire.\nPour finir, je fais mes compliments à MUe Schoenberger, qui a chanté\nOrtrude dans Lohengrin.Elle a été incomparable. C'était vraiment éton-\nnant.\n«Sous-off.»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.9", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "Pan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.49", "debut_caractere": 1537, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "ÉCHOS\n\nAu Conservatoire. Le Conseil supérieur, réuni le 5 décembre sous\nla présidence de M. Dujardin-Beaumetz, a présenté en première ligne\nMM. Lorrain et Engel, en deuxième ligne M. Hettich et Mm« Guiraudon-\nCain, pour les deux classes de chant qui viennent d'être créées.\nBach jugé par Carmen Sylva. La reine de Roumanie a conté récemment,\ndans un journal anglais, les souvenirs musicaux de sa jeunesse.\nPour elle, Bach estledieu de la musique : « Sa noble, sereine et harmo-\nnieuse perfection peut seule me reposer et renouveler mes forces... Le\nvecin bien tempéré de Bach est devenu mon livre de dévotion journalier ; c'est\navec lui que je commence chaque journée ; dans ce trésor de beaux accords\net de belles mélodies, je puise d'immenses joies avant de m'asseoir àma\ntable de travail. Rien ne pourrait remplacer pour moi ce beau « prélude »\nau jour qui se lève. Et comme il n'est pas rare que je sois levée moi-\nmême a quatre ou cinq heures du matin, je me mets à mon piano et me\nlivre une heure durant à mes jouissances de prédilection, avec un pieux\nrecueillement, pendant que les autres hommes sont encore plongés dans\nun profond sommeil... Tous les autres compositeurs ont leur époque, sont\nrejetés par la mode, n'agissent pas toujours sur nous. Bach seul embrasse\nle monde entier et tous les temps; il nous touche toujours d'aussi près à\ntoute heure, à tous les âges de la vie ; aussi bien pendant les orages de la\njeunesse qu'à travers les luttes de la maturité ou quand s'écoulent les an-\nnées plus calmes de la vieillesse. Tous les secrets pour pénétrer au fond\ndu cœur humain sont entre ses mains ; il excite toutes les passions et nous\nélève en nous conduisant de la douleur à la joie, de l'espérance au déses-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "poir. Sa musique ne nous offre pas seulement les aliments rares et précieux\ndune table garnie pour un festin de fête, elle est aussi notre pain quotidien.\nC'est un inestimable, un superbe présent de cet infatigable bienfaiteur qui\nne se reposa jamais et ne passa pas un seul jour sans que sa main prît la\nplume pour noter ses pensées. »\nC'est bien là, en effet, la vraie, la seule manière d'aimer Bach, et voilà une\nnoble page, que bien des critiques musicaux n'auraient pu écrire.\nSociété Nationale. Le Comité, renouvelé à laséance du 3 décembre 1905,\nest composé ainsi qu'il suit : MM. Gabriel Fauré, Vincent d'lndy, Pierre\nde Bréville ; Roussel, iournemire, Schmitt ; Ladmirault, Cortot, de Séve-\nrac. M. Marcel Labey, présenté par le Comité, est nommé secrétaire à l'u-\nnanimité.\nMatinées Gluny. Nous avons eu le plaisir d'entendre Mme Mellot-Jou-\nbert interpréter 2 mélodies : Y Embarquement pour Cythere, le Jardin et la\nMaison et Rosemonde du distingué compositeur René Chansarel. Nous\nsommes heureux d'annoncer que cette artiste si sympathique chantera des\nmélodies du même auteur à l'une des Soirées d'Art et à l'une des Mati-\nnées-Danbé.\nPharmacie musicale. - Plusieurs amateurs, marchands de musique et\nchefs d orchestre ont reçu la lettre suivante :\nMonsieur,\nJ'ai l'honneur de vous informer que la valse tsigane Œil-de-Rigo vient\nde paraître pour piano et chant.\nCette œuvre, particulièrement capiteuse et enveloppante, est destinée à\navoir un succès retentissant qui s'affirme du reste chaque jour davantage de-\npuis sa très récente apparition.\nElle se distingue de toute banalité, et ses motifs, tantôt langoureusement\ntendres, tantôt animés et stimulants, vous tiennent d'un bout à Vautre sous\nleur charme enjôleur.\nJe suis persuadé, Monsieur, qu'il vous sera agréable de prendre connais-\nsance ci-contre des spécimens des deux principaux motifs de cette jolie valse\nqui, en plus de toutes ses qualités, a l'avantage d être exécution extrê-\nmement facile.\nVeuille% argéer, Monsieur, mes salutations empressées.\nX.\nEditeur de musique.\nRien, on le voit, n'y manque, pas même le petit flacon d'échantillons.\nTroyes. Le 19 décembre, aura lieu dans notre ville un concert dirigé\npar M. Bas, avec le concours de M. Marneff, 1 excellent violoncelliste, qui\nexécutera le Concerto de Saint-Saëns.\nLa Rénovation esthétique publie dans son dernier numéro un prophé-\ntique article d'Armande de Polignac (Musique de scène) et un beau sonnet de\nLéon Deubel [la Musique), dont les Poésies vont paraître en janvier. Prix\nde souscription : 10 francs, à la Rénovation esthétique, 5, rue de Furstem-\nberg, Paris.\nLe sottisier musical. « L'orchestre a exécuté l'index de Mors et Vita\nde Gounod. »Le Temps, 24 novembre igos (Mariage de MUe Brugère).\n« Une voix inlassable qui, après vingt ans de carrière, est restée jeune et\nlimpide comme si elle venait de naître. » A. MANGEOTdans le Monde mu-\nsical, 3o novembre 1905, page 281."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.51", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 1153, "texte": "« Au cours de son dernier passage, il a beaucoup goûté Y Eau qui court,\nd'A. Saint-Georges. » Revue musicale, 3o novembre igos, p. 5y3.\n« Au splendide concert du 26 novembre, M. Colonne nous a fait enten-\ndre, avec l'aimable Symphonie en sol de Mozart, la Russie de Balakiref »\n(suit tout le programme du concert Chevillard). Revue musicale, 3o no-\nvembre 1905, p. 589\n« Dirons-nous qu'il n'est rien après de telles beautés ? Une chose du\nmoins est certaine, c'est que jamais l'admiration ne jaillira plus haut ni avec\ntant de force. Aussi Ton se demande comment Rossini, qui a encore deux\nactes à fournir, va s'y prendre pour renouveler ses sources d'invention et\nde pathétique. Il ne s'y prendra point. Il se laissera faiblir. » LIONEL DAU-\nRIAC, Rossini, p. 80.\n« Et bientôt, subit et sonore, plein de cris et de bruits d'armes, Tassaille-\nment de la multitude de nouveau se heurte à la cathédrale. » SAINT-\nGEORGES DE ROUHELIER, exégèse du Quasimodo de M. Casadessus, dans le\nprogramme des Concerts Chevillard (3 décembre).\n\nPan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.7.10", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.51", "debut_caractere": 1155, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES.\nRaymond Bouyer : Le secret de Beethoven. Paris, Fischbacher.\nMichel Brenet : Palestrina. Paris, Alcan.\nRené de Castéra : Trio en ré. Paris, Edition Mutuelle.\nJean-Baptiste Moreau : Athalie. Ed. Charles Bordes, Paris, Schola Can-\ntorum.\nEsther. Ed. Charles Bordes, Paris, Schola Can~\ntorum.\nMaurice Ravel : Sonatine, pour le piano. Paris, Durand et fils.\nRomain Rolland : La Musique à Paris (ail.). Berlin, Marquardt.\nBlanche Selva : Les Ancêtres du Lys (Adrien Mithouard). Paris, Edi-\ntion Mutuelle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.8", "titre_corps": "CONTENTS", "titre_sommaire": "CONTENTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.52", "debut_caractere": 303, "fin_caractere_exclue": 998, "texte": "CONTENTS\nPAGE\nCalendar and Anniversaries\nThe Music of To -morrow Lawrence Gilman\nJulius Rontgen Jacques Hartog\nThe Uplift of Music Mrs. H. H. A. Beach\nThe Musical Year :\nNew York\nLondon Nicolas Gatty\nParis Louis Laloy\nBerlin J. G. Lusztig\nDresden Albert Noll\nMilan Aldo Franchetti\nSt. Petersburg N. Findeisen\nAmerica's Army of Musiclovers Victor Herbert\nEssay E. A. Baughan\nBiographical Notes and Sketches, with Portraits :\nAgathe Backer-Grondahl\nArthur Foote\nEmile Sjogren\nAndré Messager\nArthur Farwell\nEdward Marc Dowell\nG. W. Ghadwick\nBibliography\nCompositions, 1905—A selected list\nCadenz to the first and third movements ot Beethoven's G major\nPiano Concerto, from manuscript Julius Rontgen"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.2", "debut_caractere": 566, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": "2, rue de Louvois. PARIS, ll'\n■;n jj>' :\n-sa <?*w\nCHANT ET PIANO\n■ ■' .' ■ ; ■\nBard&C (R.)« « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir. -, . f\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil» Net,\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIL Dans le jeune et frais cimetière,\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. ]set. 3\n« Cinq mélodies ».\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\nIL Si la plage penche (P„ Valéry),\n111. Les deux Perles (Tcbang-Tsn.\nIV, L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net, 5\nD codât de Sêvérac»\nChanson de Blaisine (M. Magre), Net. i\nLe Chevrier. (P. Rey). » i\nLes Cors (P. Rey). » 2\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren), » i\nL*lnfidèle (M. Maeterlinck). » i\nDuparc(H-). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gautier). » 12 5o\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). » 2 »\n—Le Jour des Morts (G- Vanor). » i7O\nRaye! (M .). D'Anne jouant de l'Espi-\nnette.\n5o\n7°\n»\n70\n70\nD'Anne qui me jecta de la neige.\n(Epigrammes de CL Marot),\nPIANO\nBiîla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J ). Marche funèbre.\nLaßey(Mj). Sonate en quatre part.\nMeî~Bonis. Bourrée.\n—< Le moustique.\n70\n70\nNet.\n»\n»\n»\n))\n»\n»\n»\n»\nQ\n» 3\nRhenê-Baton. « Six préludes n\nL Prélude» en mi min.\nIL Prélude oriental, en /a Jfmaj.\nÏII. Prélude, en ut min.\nIVo Prélude, en la maj,\nV. Prélude suicien, en si min.\nVL Prélude* en sol min.\nRavel (M.)» Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte,\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M )« Symphonie en mi,\npiano 4 mains.\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min» (de J.-S. Bach.)\nPrélude et fugue en mi min, (de\nJ.-S. Bach). ISP|P|\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANÔ\nAlquier (M.)*- Sonate en - parties. Net\nLeclair (J.-M-). ler1er Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis. Largo en mi mçj, (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.) Sonate. »\nSêrieyx (A.)t Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violono. et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor* pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitZ Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\nî »\n2 5o\ni »\n1 70\n! 70\n3 35\n3 35\n2 »\n2 5o\n8 »\n1 70\n10\ni 5\nï 70\n8 »\n8 »\n7 »\n6 »\nib »\n2 5o\n»\n)>\n12\n5\n12\nagence 4e la Société Nationale de fttasique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.10", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "ORGANISATION DE CONCERTS\nEl® X>3EIH® JELTS9 2, rue de Louvois, PARIS, IIe\nBeaucoup d'artistes, plus famil\nleur instrument qu'avec celles de la publicité, sont fort embarrassés\nlorsqu'il s'agit d'organiser un concert : de là tant de salles vides,\ntant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre\nun véritable service en leur rappela\ndéchargera, a des conditions très\nne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans le monde\ndes musiciens et des amateurs, par sa connaissance delà musique\net son expérience professionnelle, enfin par sa probité absolue,\njointe a une grande activité, M. Demets est devenu aujourd'hui\nl'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal\nde Paris, la Société de Concerts de Chant classique,\nprivées et d'artistesvirtuoses qui l'ont choisi pour Administrateur,\nlui doivent leur existence ou leur\nments, s'adresser chez M. Demets, 2,rue de Louvois, PARIS, IIe.\nMercure musical, lerIer octobre 1905."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.11", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.53", "debut_caractere": 968, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "CHEMINS DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANÉE\nVOYAGES A ITINÉRAIRES FACULTATIFS\nDe Franee en Algérie et en Tunisie\nOU VICE\nLa Compagnie délivre toute l'année des carnets de i\", 2<= et 3e classe pour\neffectuer, à prix réduits, des voyages pouvant comporter des parcours sur les réseaux\nsuivants : Paris-Lyon-Méditerranée, Est, Etat, Midi, Nord, Orléans, Ouest,\nP.-L.-M.-Algérien, Est-Algérien, Etat (lignes algériennes), Ouest-Algérien,\nBône-Guelma, Sfax-Gafsa, ainsi que sur les lignes maritimes desservies par la\nCompagnie Générale Transatlantique, par la Compagnie de Navigation mixte (O\nTouache) ou par la Société Générale de Transports maritimes à vapeur. Ces\nvoyages, dont les itinéraires sont établis à l'avance par les voyageurs eux-mêmes,\ndoivent comporter, en même temps que des parcours français, soit des parcours\nmaritimes, soit des parcours maritimes et algériens ou tunisiens ; les parcours sur\nles réseaux français doivent être de 300 km. au moins ou comptés pour-300 km.\nLes parcours maritimes doivent être effectués exclusivement sur les paquebots\nd'une même Compagnie.\nL'itinéraire doit ramener le voyageur à son point de départ.\nLes carnets sont valables pendant 90 jours; cette validité peut être prolongée\ndune, deux ou trois périodes de 3o jours, moyennant le paiement d'un supplément\négal 10 0/0 du prix initial du carnet pour chaque prolongation.\nArrêts facultatifs dans toutes les gares du parcours.\nLes demandes de carnets peuvent être adressées aux chefs de toutes les gares\ndes réseaux participants ; elles doivent leur parvenir cinq jours au moins avant\nla date du départ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.12", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 827, "texte": "ORGUE ET HARMONIE\nMM.\n€*. Bref, suppléant de Widor à St-Sul-\npice. Cours et Leçons d'orgue, harmonie,\ncomposition, grand orgue Cavaillé-Coll à\nla disposition des élèves. 35 bis, rue de\nFleurus.\n11. ©ailler, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue. 7, boulevard Pereire.\nSEugèiie 4* i goût. 113, avenue de Villiers.\nCours et leçons d'orgue, d'improvisation\net de plain-chant, fondés en 1885.\nGrand orgue de Cavaillé-Coll à la dispo-\nsition des élèves.\n15ug, ïiacroix, organiste de St-Merri et\ndes Concerts Lamoureux. Leçons d'orgue,\nharmonium, piano, plain-chant, harmo-\nnie, contrepoint et composition. 154, bou-\nlevard Magenta.\nMaurice RaveS. Harmonie et compo-\nsition. Cours Chaigneau, 162, avenue\nVietor-Hugo.\nA. Sérieyx, 108, avenue de Wagram,\nHarmonie, contrepoint et composition."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.13", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.54", "debut_caractere": 829, "fin_caractere_exclue": 1652, "texte": "PIANO\nMM.\nEd. Bernard, 27, rue Lepic. Cours et\nleçons de piano.\nFaul-E. Brunold, 3, rue Yvon-Villar-\nceau. Leçons de piano et d'harmonie.\nGr. «Saudoin 112,, boulevard JKoche-\nchouart. Leçons particulières : salle Herz,\nCours chez Erard.\n•I. <»lemail*, piano, harmonie, contre-\npoint et fugue. 110, avenue V.-Hugo.\nJ. «Joaciiim lliii, 53, rue des Tenne-\nrolles, à Saint-Cloud. Cours et leçons de\npiano en français et en espagnol.\nRaoul B*icKaërt, 11, rue du Delta. Le-\nçons de solfège, chant, piano et orgue.\nIB>aniel Eogerie, 7, avenue Taillade.\nLeçons particulières de piano, solfège,\nharmonie.\nJiporclc. Piano, harmonie,\ncomposition. 26, rue Grange-Batelière.\nRené Vaiixande, pianiste-compositeur,\n38, rue Laborde. Leçons de piano, har-\nmonie, contrepoint et fugue.\nRicardo Vinès, 6, rue Troyon. Cours\net leçons de piano."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.14", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.54", "debut_caractere": 1654, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "vendre un violon d'Amati authen-\ntique. Prix : 7500 fr. S'adresser au bu-\nreau du journal, 2, rue de Louvois, Paris,\nIle.\nA vendre un piano Pleyel, grand\nformat. Prix 1250 fr. S'adresser au bureau\ndu journal, 2, rue de Louvois, Paris, lie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.54", "debut_caractere": 1895, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "COURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nMM.\nStéphane Awstfn, du Théâtre de la\nMonnaie. Leçons de chant. 108, rue du\nBac.\nVictor Blanc, 50, avenue de Ségur (des\nConcerts Lamoureux). Leçons de chant.\nBoucrel, des Concerts Colonne. Leçons\nde chant. 27, rue des Batignolles."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.16", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.54", "debut_caractere": 2155, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "]\\Jmes\nMathieu tl'Aney, 11, Grande-Rue, Sè-\nvres. Leçons particulières de chant.\nÉléonore lllanc, 71, rue Lafayette.\nCours d'ensemble vocal : E. Blanc et\nM. Henry Eymieu. Le vendredi à 4 h.\nBaron, 111, boulevard Port-\nRoyal, Professeur de chant. Soins et\nhygiène de la voix.\nIJOIÔS Brissel» Cours et leçons de sol-\nfège et de chant, 8, rue Garancière.\nDuporge, des Concerts Colonne et La-\nmoureux, Cours et leçons particulières\nde chant. 110, rue de Ilivoli.\nCamille Fourrier, 157, rue du Fau-\nbourg-Saint-Honorè. Cours et leçons de\nchant.\nHolmstranci, de l'Opéra-Comique. Le-\n- çons de chant 88, boulevard des Bati-\ngnolles.\nKîliiaaa, 1, rue Yvon-Villarceau. Leçons\nde chant en français et en russe.\nSuzanne Laberlhe, des Concerts La-\nmoureux, 13, rue Mazagran. Cours Che-\nvillard. L'amoureux. (Succursale : 21, bou-\nlevard de Strasbourg, le lundi.)\nFanny Lég)ine« Cours et leçons de\nchant. 89, boulevard Malesherbes.\nïàe algorge. Le lied français, cours de\nstyle vocal, sous la direction des plus cé-\nlèbres compositeurs français. Mercredi et\nsamedi» de 4 à 6 h., salle Pleyel, 22, rue\nRochechouart."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.17", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "Mmes\nCalire, élève de G. 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Théâtre, Musique, Peinture, Sculpture, Philosophie,\nHistoire, Sociologie, Sciences, Voyages, Bibliophilie, Sciences occultes, Critique,\nLittératures étrangères, Revue de la Quinzaine\nQuinzaine qui occupe plus du tiers de chacune des livraisons, comprend\nun roulement d environ cinquante rubriques ; elle s'alimente à l'Etranger autant qu'en\nains.l un nombre considérable de documents, et constitue une sorte\n« d Encyclopédie au jour le jour )> du mouvement universel des idées.\nprix du numéro : France, 1 fr. 25 net ; Etranger, 1 fr. 50\nFrance\nUN AN\nSIX MOIS\nTROIS MOIS\n: WÊ \"\n25 fr,\n14 fr.\n8 fr.\nUN AN „ .\nSix Mois .\nTROIS MOIS\nange,\n30 fr.\n17 fr.\n10 fr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1905-12-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1905-12-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1905-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 56, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.56", "debut_caractere": 776, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "... -V '.-P,\n■ -\nSEIZIÈME\nNouvelle série. Format agrandi.\n9\nRevue de Littérature et d'Art paraissant le 45 de chaque mois.\nDirecteur : Édouard Ducoté. Secrétaire: Charles Verrier.\nComité de .Rédaction: Remy de Gourmont, André Gide.\nLe numéro : UN franc.\n: Y,!' ,• ;\nABONNEMENT ÀN' » SIX MOIS, 5 fr. 50.\nÉTRANGER, UN AN, 12 fr. ; Six MOIS, 6 fr. 50.\nEnvoi d'un Spécimen sur demande accompagnée d'un timbre de O'fr. 15.\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION : 38, rue de Sèvres, 38, PARIS\n« «o«-——\nCHRONIQUES DE L'ERMITAGE\nChronique générale mensuelle, par M. ANDRÉ GIDE. Les Poèmes, par M. VIELÉ\nGRIFFIN.— Les Arts, par M. MAURICE DENIS. —La Musique, par M. JACQUES-EMILE\nBLANCHE. Philosophie, Critique, par M. MICHEL ARNAUD. Les Romans, par\nM. 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ERWYN-\nCORNÉLIUS,JAQUES-DALCROZE, M. DAUBRESSE, Claude\nDEBUSSY, Jules ECORCHEVILLE, Henr}' EXPERT, Henry\nGAUTHIER-YILLARS, Vincent D'INDY, Fr. DE LACERDA,\nLionel DE LA LAURENCIE, Ch. LÉANDRE, Gustave\nLYON, Octave MAUS, Jacques MERALY, le R. P. PEITAVÏ,\nAndré PIRRO, A. DE POLIGNAC, J.-G. PRODHOMME,\nOdilon REDON, Jules ROUANET, Romain ROLLAND,\nGustave SAMAZEUILH, Louis DE SERRES, Martial TENEO,\nEmile VUILLERMOZ, C.-M. WIDOR, Colette WILLY.\nEntretiens avec M. Croche: Claude DEBUSSY.\nLes Vrillés de la Vigne : Colette WILLY.\nPensées d'ailleurs : Armande DE POLIGNAC. Hl\nMiettes historiques : Martial TENEO.\n.-A1\nMoyen âge : Pierre AUBRY.\nRenaissance : Henry EXPERT.\nXVII et XVIII- siècle: Lionel\nDE LA LAURENCIE.\nFolk-lore : Pierre AUBRY.\nScience et théorie mus Jean\nMARNOLD.\nAllemagne : Romain ROLLAND.\nAngleterre : X. Marcel BOULESTIN.\n\"■ < y'-\nDE\nREVUE DE LA QUINZAINE :\nm V v#;. ' É:' ■ % i i ' ■\nBelgique : Paul GROSFILS.\nEspagne et Portugal : Fr.\nLACERDA,\nEtats-Unis d'Amérique: Ch. W.j\nLCEFFLER.\nItalie'. Romain ROLLAND.\nRussie et pays slaves: Louis LALOY.\nSuède et pays Scandinaves r André\nPIRRO.\nOrient : Pierre AUBRY.\nDÉPOSITAIRES DU «MERCURE MUSICAL\n»\nPARIS.\nFLAMMARION et VAILLANT\nGaleries de l'Odéon,\n36 bis, avenue de l'Opéra.\n20, rue des Mathurins.\nBOULINIER, 19, boulevard Saint-Michel.\nBRIQUET, 34 et 40» boulevard Haussmann\nFLOURY, I, boulevard des Capucines\nLAFONTAINE, .4, rue RougemonL\nMARTIN, 3, faubourg Saint-Honoré.\nREY, 8, boulevard des Italiens,\nSTOCK, place du Théâtre-Français,\nKIOSQUE 70* 10» boulevard Saint-Denis.\n213, Grand-Hôtel, boul. des Capu-\n— 296, iB> boulevard Poissonnière»\nPROVINCE.\nAmiens: LENOIR-BAYARD, Galeries du Com-\nmerce,\nCiermont-Ferrand • SOULACROUP-LÏGIER,\nÏI bis, rue Pascal,\nLyon : JAMIN frères, 10, rue du Président-\nCarnot.\nMarseille: CARRONEL, 27, rue Saint-Ferréol.\nMontpellier : LAPEYRIE, 22, rue de la Loge,\nNancy : DUPONT-METZNER, 7, rue Gam-\nbetta.\nNice : BELLET, 35, boulevard Dubouehage.\nNîmes : THIBAUT\nReims : MENNESSON, 10, rue Carnot.\nRoubaix : MARCELLI, 3, rue du Bois\nToulouse : SOCIÉTÉ MARTIN, 72, rue de la\nPomme,\nValence 1: DUREAU.\nÉTRANGER.\nBruxelles : SPINEUX, 62, Montagne~de-!a\nCour,\nËênes : RIECI et Cie, 43, Galeries Mazzïn;.\nMadrid : FERNANDO FE, 2, Carrera de San-\nJeronimo.\nStrasbourg: WOLF, 24, rue de la Mésange-\nStuttgart : (X EISELE, 26,\nstrasse."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.1", "texte": "lr® Année. N° 15 —45 Décembre 1905.\n| FRANCE ofrso | UNION P05TALE........ 0 fr. 60\nANNONCES ET PUBLICITÉ : ADMINISTRATION :\nCh. Jarlot E. Demets\n14, Boulevard Saint-Michel\nPARIS VIe PARIS IIe\n\nSommaire\n| JEAN M ARNOLD. Dialogues des Morts.\nARMANDE DE POLIGNAC.\nMARTIAL TENEO. Miettes historiques.\nCH. LÉANDRE. Pianiste {C\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis LALOY. ..... \\\nSA. M. D- V. . /\nJEAN POUEIGH ( Les Concerts.\nLOUES REBOUL.% ;||2ËW,\nI X. MARCEL BOULESTIN.\n4 CH.-W. LŒFFLER La musique en Amérique,.\n' Louis LALOY.. J\n|J. D'AUTREY t Livres\n| PAUL GROSFILS )\nm G..... Courrier de Bruxelles.\n* SouS-OFF.. Courrier de Stuttgart.\n'PAN... Échos."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.2", "texte": "le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS :\nUn aai. Six mois.\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 fr. 6 fr.\nETRANGER 15 fr. 7 fr. 50\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix cle l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste.\nRÉDACTION : 2, ruePARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\n2, rue de Louvois. PARIS, ll'\n■;n jj>' :\n-sa <?*w\nCHANT ET PIANO\n■ ■' .' ■ ; ■\nBard&C (R.)« « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir. -, . f\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil» Net,\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIL Dans le jeune et frais cimetière,\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. ]set. 3\n« Cinq mélodies ».\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\nIL Si la plage penche (P„ Valéry),\n111. Les deux Perles (Tcbang-Tsn.\nIV, L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net, 5\nD codât de Sêvérac»\nChanson de Blaisine (M. Magre), Net. i\nLe Chevrier. (P. Rey). » i\nLes Cors (P. Rey). » 2\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren), » i\nL*lnfidèle (M. Maeterlinck). » i\nDuparc(H-). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gautier). » 12 5o\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). » 2 »\n—Le Jour des Morts (G- Vanor). » i7O\nRaye! (M .). D'Anne jouant de l'Espi-\nnette.\n5o\n7°\n»\n70\n70\nD'Anne qui me jecta de la neige.\n(Epigrammes de CL Marot),\nPIANO\nBiîla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J ). Marche funèbre.\nLaßey(Mj). Sonate en quatre part.\nMeî~Bonis. Bourrée.\n—< Le moustique.\n70\n70\nNet.\n»\n»\n»\n))\n»\n»\n»\n»\nQ\n» 3\nRhenê-Baton. « Six préludes n\nL Prélude» en mi min.\nIL Prélude oriental, en /a Jfmaj.\nÏII. Prélude, en ut min.\nIVo Prélude, en la maj,\nV. Prélude suicien, en si min.\nVL Prélude* en sol min.\nRavel (M.)» Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte,\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M )« Symphonie en mi,\npiano 4 mains.\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min» (de J.-S. Bach.)\nPrélude et fugue en mi min, (de\nJ.-S. Bach). ISP|P|\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANÔ\nAlquier (M.)*- Sonate en - parties. Net\nLeclair (J.-M-). ler1er Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis. Largo en mi mçj, (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.) Sonate. »\nSêrieyx (A.)t Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violono. et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor* pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitZ Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\nî »\n2 5o\ni »\n1 70\n! 70\n3 35\n3 35\n2 »\n2 5o\n8 »\n1 70\n10\ni 5\nï 70\n8 »\n8 »\n7 »\n6 »\nib »\n2 5o\n»\n)>\n12\n5\n12\nagence 4e la Société Nationale de fttasique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.3", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n\nV\nRossini, Auber et quelques autres.\nROSSINI. Illustrissimoßiccardo...\nAUBER. Il n'est pas là, mais ça ne fait rien. Entrez donc,\nRossini.\nROSSINI. Ah ! canssimo...Qué Commane va ?\nAUBER. —Asseyez-vous donc, cher ami. Pas trop mal, merci,\npas trop mal : toujours un filet de voix et ma laryngite, mais,\nque voulez-vous ? Je mourrai... ou plutôt, je suis mort avec. Et\nvous, mon très bon, la santé ?...\nROSSINI. Piano, piano ;oune po meilloré...\nAUBER. Vous avez été malade ? Et moi qui me demandais\nce que vous deveniez depuis une huitaine.\nROSSINI. Z'étais à l'innfirmérie : ouné pétite inndizes-\ntione... Mais cet Hippoucrate est oune broutai, il né sait pas\nmé traiter. Oussi, zé vénais... C'est bién énnouioux qué Ric-\ncardo il né soit pas à la maisone...\nAUBER. Oh! il en a pour longtemps ; un rendez-vous chez\nles Grecs, avec des philosophes... toute une ribambelle. Il m'a\nexpliqué de quoi il s'agissait; mais c'est une histoire assez com-\npliquée et, ma foi ! comme je n'avais pas très bien compris le\ncommencement, je vous avoue que je n'ai pas écouté le reste...\nJ'avais un peu mal à la tête... Meyerbeer est venu le chercher.\nROSSINI. Giacomo?!\nAUBER. Parfaitement. Wagner lui a fait cadeau d'une robe\nde chambre, et ils sont les meilleurs amis du monde. Ça vous\n\nLE MERCURE MUSICAL\n40"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.4", "texte": "ÔO2\nLE MERCURE MUSICAL\n\nétonne ? Avec Wagner, vous en verrez bien d'autres. Mais vous-\nmême, cher Rossini, je ne vous savais pas si intime chez...\nRiccardo, comme vous dites. Orphée aurait-il réconcilié vos\nMuses aux doux accords de sa lyre ?\nROSSINI. Oh ! nous né causons zamais dé mousique tous\nles deusse. C'est loui qu'il est rèntré da ma cabane, oune zour\nqué zé faisais couire oune macaroni, si esquouisé qué Riccardo\nil m'assoura qu'il croyait rénifler les parfoumes dé Klingsor.\nZé loui offris dé gouster, soie ma ne zé n'avais pas d'assiettes.\nAlors, il est sourti ane riane et cinqué minoutes apréss, il ane\nrappourtait doué dé cez loui, mé disane qu'il méttait sa battérie\ndé couisine à ma dispositione. Vous n'imazinez pas tout cé\nqu'il ane a. Il mé fournit cé qué z'ai bésoine et zé lé régale\navéqué des plats italiénnes à sé lésser les doigts. Mais, il a\noussi des otres soses. Zé voulais zoustémane lé prier pour\noune poco dé glycérine... et qu'il mé prétérait... cetté massine,\nqué vous appelez... vous savez... pour oune pétit lavamento.\nAUBER. Ah !... son... Oui, il en a un superbe, système per-\nfectionné.\nROSSINI. Si, si.Ouné mérveillé dé la mécanique ! Do/ce,\ndoicissimo. Hippoucrate il né counnait pas ça, loui. C'est oune\nvétérinaire, cet homme. Ah ! zé souis bièn déçou qué Ric-\ncardo...\nAUBER. Consolez-vous, cher ami, je vais vous donner\nl'objet. Je sais à peu près où tout pose, ici ; car on m'y voit plus\nsouvent qu'à mon tour. Que voulez-vous ? Ce Wagner est un\ndrôle de corps, certes assez... biscornu quelquefois, mais, en\nsomme, un bon diable. Il est bien amusant quand il me parle\nde ma Muette de Portici : il trouve ça « révolutionnaire », Il\nm'en fait un tas de compliments dont parfois, à la vérité, je ne\nsaisis pas absolument le sens précis, mais enfin, c'est toujours\nagréable, n'est-ce pas? Et puis, il est si confortablement installé !\nJe ne pourrais plus me passer de cet excellent fauteuil où je lis\nmes romans français. Cet animal de Wagner en a toute une\ncollection, sans compter du tabac à priser qui vient sûre-\nment de la Civette... Tenez, voici l'instrument, avec un flacon\nde...\nROSSINI. Zé né sais si zé dois, cer ami, dane l'assèncé dé\nRiccardo... Qué dira-t-il ?\nAUBER. Bah ! il sera enchanté. Il faudrait qu'il fût bien mal\nluné... En tout cas, vous n'en avez pas pour trois heures. On\nremettra tout à sa place ; la gtycérine, il en a encore six bom-\nbonnes : il ne s'apercevra de rien. D'ailleurs, je prends ça sur\nmoi ; soyez tranquille.\nROSSINI. Alors, zé mé décide. Millé fois merci,"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.5", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n603\n\nAUBER. Mais, vous n'allez pas partir comme ça. Voyons,\nce n'est pas si pressé ; vous avez bien le temps. Mais si, mais\nsi. Asseyez-vous donc. Et qu'est-ce que vous dites de neuf?\nROSSINI. Oh ! pas grannde sose... A l'innfirmérie...\nAUBER. —Ah! c'est juste, mon pauvre cher. Vous en sor-\ntez ?\nROSSINI. —■ Dé tout à l'houre... Tiénne ! mais vous pourrez\npét-être mé rènseigner là-déssous : comme zé révénais, z'avais\nrémarqué quéqu'ouné qui pêssait à la trouite, et zé l'ai vou ane\nrétirer dé l'eau oune manifique, dé douzé livres au moinns. Zé\nvoulais lé rézoindre a faisane oune détouré cez les Grées, mais\nles céminsils né sonent pas soûrs par 1à...\nAUBER. Bah? On prétend cependant que c'est un endroit\ndes plus paisibles.\nROSSINI. Eh bién ! oui, mais la fourêt élle est oscoure\none rènconntré des inndividous bizarres. Zé m'étais èngazé par\noune sèntierquane z'ai èntèndou rémouer et zé découvris oune\ncouplé dane l'ommbré sous les arbres, probablémane des\n\\ingari qu'ils répétaient oune rôle pour oune réprésèntatione.\nC'était oune éspécé dé zéannte ane lonngué cémisé plissée,\nassisé sour les zénoux d'oune homme qu'il était... habillé, si\nz'ose m'ésprimer ainnsi,... d'oune ceinntoure dé fouillaze et\npouis c'est tout.\nAUBER. Notre père Adam en bonne fortune, sans doute.\nROSSINI. —Zé lé pènsais d'abord, mais il avait des saus-\nséttes et des bouttines à élastiques. Au brouit dé mes passes, il\nsé rétourna avéc oune zéste si terrqué, ma foi ! zé mé souis\nsové comme oune capone. La dame élle était dévénoue toute\nrouze...\nAUBER. Hé ! hé ! mais c'est très intéressant, ce que vous\nracontez là, Rossini. Il faudra m'y mener.\nROSSINI. Si, si. Zé voulais vous lé démannder,\nmente. Vous pourrez mé présènter, si vous lé connaissez, pét-\nêtre, par hasard.\nAUBER. Moi ? Pas plus lui que sa géante.\nROSSINI. Oh ! none, carissimo.Géloui-là il m'est égal. Zé\nparlais dou pêssère dé trouites.\nAUBER. Ah ! Shakspeare.\nROSSINI. Qué ? L'autoré dé 1 qué z'ai fait la mou-\nsique ? Qué zé souis conntane ! Alors, il mé donnéra des troui-\ntes. Nous irone lé voir annsamble, hein ?\nAUBER. Ne comptez pas trop sur son poisson, cher ami.\nC'est un ours mal léché. Il ne répond à personne, même quand\non lui parle anglais. Il ignore absolument la politesse.\nROSSINI. Oh ! ça né fait rien, ça né fait rièn. Il né pourra"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.6", "texte": "604\nLE MERCURE MUSICAL\n\npas mé réfouser quane il saura qué z'ai fait la mousiqué dé sa\npièce. Est-cé pas, nous irone, ? Zé souis cértaine\nqué... Mais, qu'est-cé qué cé tinntamarre ?\nAUBER. Ça ? C'est l'orgue.\nROSSINI. Oune organo?...\nAUBER. Comment, vous n'êtes pas au courant ? Figurez-\nvous que ce gros Allemand,... Barkch... Bâche... jamais je ne\nprononcerai ce mot-là. Enfin, vous savez qui je veux dire,\nn'est-ce pas ?\nROSSINI. Zé mé souviène pas dou tout lé nome...\nAUBER. Mais si : Bâche... Rappelez pas ? D'ailleurs, ça n'a\npas d'importance. Bref, avec des roseaux, du papier roulé en\ntuyaux et autres ingrédients hétéroclites, il a réussi à con-\nstruire un orgue mirobolant, un véritable orgue de cathédrale...\npas la nouvelle ? Il y a pourtant plus d'un mois\nde notre calendrier. C'est vrai que vous êtes si casanier...\nROSSINI. Eh ! mone cer, one est si bién cez soi.\nAUBER. Et puis, au commencement, il était plutôt embar-\nrassé pour le faire marcher. Marsyas empêchait Olympos d'y\nretourner, et, avant que cet hustuberlu de Franck...\nROSSINI. Frannke ?cé grane moussié à favouris qu'il ré-\ngardé touzours ane l'air?\nAUBER. C'est ça même : avec des pantalons trop courts. Il\ns'est constitué son souffleur en pied. Depuis, ce Bâche joue tous\nles jours et, quand les damnés du Tartare n'ont pas trop pleuré\nla veille et que le temps est sec, on l'entend jusqu'ici.\nROSSINI. Cé né mé sammblé pas très zoli. Il n'y a pas dé\nméloudie... Eh ! ni d'accompagnéma none plous !.. Qué?...\nAUBER. C'est une fugue : il ne joue que ça.\nROSSINI. Touzours qué des fougues ! C'est bién courioux.\nCé doit être oune anciénne prémier prix dé Counsérvatoire.\nAUBER.— Pour ça, non! D'après Chérubini, le bonhomme\naurait des dispositions, mais c'est incohérent, braque, et pas\npour un liard de métier. Même, Halévy, qui s'y connaît, déclare\nque ce garçon-là n'a jamais su écrire une fugue. Néanmoins, il\ny a ici des gens qui l'admirent avec exaltation, et je dois dire\nque leur nombre ne fait qu'augmenter.\nROSSINI.— Cependane, one né pé guéré discouter lacoumpé-\ntèncé dé Froumènthal, qu'il a fait lé famoux Traité dé Ché-\nroubini...\nAUBER. Evidemment, n'est-ce pas? Pour moi, ces choses-\nlà m'échappent un peu, je le confesse : c'est trop savant. Je ne\nm'en suis jamais beaucoup occupé là-bas.\nROSSINI. —Oh! moi none plous, vous savez.\nAIJBER. Eh bien ! nous avons peut-être eu tort, Rossini. Le"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.7", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n605\n\nmonde est devenu pédant. De mon temps, et je frisais déjà la\ncinquantaine, à peine si on donnait, par-ci par-là, quelque motet\nde ce vieux Bâche àla Société des Concerts, il yen avait deux\nou trois au répertoire, je m'en souviens vaguement, et tous\nles abonnés bâillaient. Aujourd'hui, vous ne le croiriez pas, il\nest à la mode. Mozart affirme que ses fugues font fureur à Paris.\nROSSINI. Pas poussible !\nAUBER. Tandis que nous, mon pauvre ami, ratiboisés, n, i,\nni : fichus !... Moi principalement. Un malheureux\nnoir tous les mois à l'Opéra-Comique, le jeudi de préférence,\npour les collégiens : voilà mon bilan. Quant à vous : le Barbier,\nsurtout en province, l'été, dans les casinos, et à\nl'Opéra.\nROSSINI. Hé! hé! mais cé n'est pas si bête. Anntré nous,\nc'est tout cé qué z'ai fait dé proupre.\nAUBER.— Tout de même, supplantés par des fugues !... On\nnous a changé nos Parisiens !... Tiens ! il a fini.\nROSSINI. Mone Dio !cé n'est pas doummaze.\nAUBER. Pas? On n'y comprend rien.\nROSSINI. Lé même zinre qué la mousiqué dé Riccardo.\nAUBER. Exactement. Eh bien !ce sont-là nos vainqueurs !\nSaluons, Rossini.\nROSSINI. Ma foi ! mone cer Auber, zé vous avouerai bién\nqué cé m'est pérfectémane égal, surtout mainntenane.\nAUBER. Oh ! à moi aussi, au fond : j'ai toujours été philo-\nsophe. Et puis, qui sait? La gloire est capricieuse... - comme\nles jolies... A propos, et cette bohémienne, Rossini ? Quand me\nconduisez-vous ?...\nROSSINI. Ah ! 1 édissoluto sacripane qué vous réstérez done\ntouzours lé même, Francesco !\nAUBER. —Bah ! il faut bien se distraire un peu : ces femmes-\nlà ont quelquefois des voix admirables, qui ne demanderaient\nqu'à être formées...\nROSSINI. Et vous pènsez qué c'est oune Counsérvatoire,\nici, avéqué des classés dé solfeggio?...\nAUBER.— Vous ne croyez peut-être pas si bien dire. Mais, et\nvotre homme aux truites? Vous l'oubliez?\nROSSINI. Ah! si, si.Vous voulez bien vénir avéc, hein?\nAlors, c'est connvenou pour démaine. Qué zé souis done conn-\ntane qué z'ai fait la mousiqué dé Est-ce qué vous\naimez la trouite, Auber?\nAUBER.- Saumonée; oui, beaucoup.\nROSSINI. Mone cer, vous verrez ça ! Ounique ! Divino !\nOune façone qué z'ai innvanntée : vous prénez oune\noune pétit ognone, qué vous hassez ménou ménou dane lé"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.8", "texte": "606\nLE MERCURE MUSICAL\n\nzous dé toumate; vous faites sauffer tout doucémanedé l'houilé\nd'olive...\n... Pst!... Pst!... Auber!...\nAUBER. Tiens! Delibes. Entrez donc, cher Léo.\nDELIBES.— L'ogre n'est pas là? Je me risque. Venez-vous,\nThomas?\nAUBER. Ah ! mon cher successeur! Entrez,... entrez donc,\nn'ayez pas peur... Mais non, mais non, c'est Rossini.\nTHOMAS. Maestro...\nDELIBES. —Cher maître...\nROSSINI. Bonnzou, bonnzou.\nAUBER. Asseyez-vous donc, chers amis. Et quel bon vent\nvous amène?\nTHOMAS. Nous chasse, plutôt; car c'est bien là l'expression\nqui convient. Nous allons être obligés de déménager.\nDELIBES. • Oui, c'est ce maudit orgue. Nous faisions un whist\navec Victor Massé. Impossible de continuer : il me coupait mes car-\ntes maîtresses; Thomas, cellesde son mort.C'était un vacarme!...\nAUBER. Et quel charivari, hein !\nDELIBES.— Comment? On l'entend jusqu'ici?\nAUBER. Oh ! pas toujours, mais quelquefois comme au-\njourd'hui. Je pourrais le prédire d'avance ; ainsi, quand je ne\nsens pas mes cors, c'est sûr et certain.\nTHOMAS. Alors, où se loger? C'est intolérable !\nDELIBES. Massé est allé déposer une plainte. Vous com-\nprenez, si ça devait durer longtemps comme ça...\nAUBER. Le fait est... Tenez! le voilà qui recommence.\nDELIBES. C'est insensé!\nTHOMAS. lnouï !\nROSSINI. Mais, qu'ést-cé qué c'est qué cet inndividou avéc\nses fougues ? Zé counnais pas dou tout.\nDELIBES. Bach ?Oh ! vous avez bien dû en entendre par-\nler, voyons, cher Maître.\nROSSINI. Souviène pas dou tout, pas dou tout.\nDELIBES. Comment ?... Il est pourtant assez célèbre ! Bach,\n« le grand Bach »... Saint-Saëns en avait plein la bouche. Il est\nvrai qu'à votre époque... Oh ! il est très fort, ça, on ne peut\npas dire autrement.\nTHOMAS. Réputation très surfaite, cher ami, très surfaite,\ncroyez-moi. J'en suis bien revenu, allez.\nDELIBES. Surtout depuis trois ou quatre jours...\nTHOMAS. Oh! depuis bien longtemps. Et on en reviendra\ncomme moi, j'en ai la conviction absolue.\nAUBER. —Vous aimez ça, vous, Léo? Alors, de quoi vous\nplaignez-vous, mon cher ?"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.9", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n607\n\nDELIBES. Permettez, permettez; c'est très fort comme con-\ntrepoint, mais ça n'en est pas plus drôle. Ah ! non, par exem-\nple !\nTHOMAS. Nous ne sommes pas au Conservatoire !\nAUBER. —■ Moi, je trouve ça crevant.\nDELIBES. C'est le mot. Malgré tout, c'est épatant comme\nmétier.\nTHOMAS. Même à ce point de vue, le jugement est fort dis-\ncutable. Cela fourmille de fausses relations, de quintes, voire\nd'octaves cachées, de résolutions incorrectes : on y rencontre tout\nce qui est défendu, tout, absolument, cher ami. Dans ses fugues,\noutre les mauvaises réponses, on ne découvre aucun plan ;\nil n'en a pas fait deux pareilles. Ce sont des fantaisies informes,\ndes improvisations désordonnées ; en réalité, ce ne sont point\nlà des fugues.\nAUBER. C'est l'opinion d'Halévy : pour lui, ça ne vaut pas\ntripette.\nTHOMAS. —Vous voyez.\nDELIBES. Cependant...\nRo SSINI. ■— Ecoutez : moi, zé vous dis bonnsoir. Zé vois qué\nvous parlez mousique, zé mé sove.\nAUBER. Quoi ! vous voulez nous abandonner, Rossini ?\nROSSINI. Eh ! vous savez bién qué z'ai ouné pétité médé-\ncine à prendre.\nAUBER. Allez donc dans le cabinet de toilette ; il y a tout\nce qu'il faut. Quand vous aurez fini votre affaire, vous ferez un\nsomme sur la chaise longue.\nROSSINI. Oh ! zé préféré cez moi. Vous savez, one a ses\nhabitoudes. Et pouis, Caccini il m'attane, qu'il a proumis dé\nvénir m'aider pour l'opératione...\nAUBER. —Ah bah!\nROSSINI. Oui, c'est oune bon ami, bién complaisane et très\nadroité, qu'il m'est bién précioux pour cé cas ; zé souis oune\npo corpoulènte ; tout sol, cé n'est pas coummode. Après, zé mé\ncoussérai. Caccini il vous rappourtéra la mécanique.\nAUBER. —Bon, bon ; entendu. Alors, à demain, n'est-ce pas?\nROSSINI. Si, si.Zé crois bién ! Sane fote. cers,\nTHOMAS. —Avec cet orgue, je le crains, le maestro ne pourra\njamais s'endormir.\nAUBER. —Pourquoi pas? Si j'en juge par l'effet que m'en\nproduit la musique, j'oserais presque présumer le contraire.\nDu reste, il doit être à l'abri : il demeure à la porte du pota-\nger, derrière la colline.\nDELIBES. Mon cher Directeur, nous émigrons par là, hein ?\nTHOMAS. Sans la moindre hésitation, cher ami."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.10", "texte": "608\nI.E MERCURE MUSICAL\n\nAUBER. Seulement, je vous avertis : il n'y a pas de caver-\nnes ; c'est un pays plat. Il faut se bâtir une cabane.\nDELIBES. Seigneur ! que de complications !\nTHOMAS . Cet homme est une calamité publique. On devrait\nl'enfermer.\nAUBER. Le fait est qu'il peut se vanter d'être encombrant.\nEt vous trouvez ça fort, vous, Delibes ?\nDELIBES. Comme tout le monde *, faut bien.\nTHOMAS. Je vous répète qu'on en reviendra, mon cher\nLéo ; soyez-en convaincu.\nAUBER. Halévy s'y connaît, que diable!\nTHOMAS. L'avis de l'illustre auteur de élève et\ncollaborateur du savant Chérubini, ne saurait évidemment\nêtre considéré comme quantité négligeable.\nDELIBES. Sans doute, sans doute. Mais enfin, c'est pas le\nmême genre.\nAUBER. —• Il n'y en a pas trente-six, voyons ; une fugue est\nune fugue.\nTHOMAS. Vous l'avez dit, Maître. D'ailleurs, quoi qu'il en\nsoit, et quelque talent que l'on puisse posséder, on ne s'impose\npas ainsi à toute une population de confrères. Si chacun de\nnous en faisait autant, la place ne serait plus tenable.\nDELIBES. En effet ! Brrr !...\nTHOMAS. Ce deviendrait un Enfer !\nAUBER. A la vérité, cher ami, nous y sommes; mais il y a\nEnfer et Enfer, assurément.Et il continue toujours, le mâtin!..\nAh ! il s'arrête.\nDELIBES. Oui, il était en train de finir.\nAUBER. Si vous vous y reconnaissez, vous, saperlipopette !\nvous avez de la chance. On voit que vous l'avez pratiqué.\nDELIBES. Oh ! pas des masses. A mon église, quand j'étais\norganiste, j'avais bien quelques cahiers de l'édition Peters, mais\nmon curé n'aimait pas ça. Moi, je n'y tenais pas énormément :\ncane m'a jamais emballé. Plus tard, comme professeur au Con-\nservatoire, j'étais bien forcé, n'est-ce pas ?... Ne fût-ce que pour\nen parler. Ce louffoque de Franck ne faisait jouer que ça à ses\nélèves.\nTHOMAS. Un garçon bien dangereux, ce Franck, sous ses\ndehors innocents. Je déplore profondément d'avoir prêté mes\nmains à sa nomination. Ce fut un corrupteur de la jeunesse,\nun semeur d'anarchie. Outre ses tendances wagnériennes\nsubversives, c'est grâce à lui que Bach a pénétré dans l'ensei-\ngnement du Conservatoire, sans franchir, toutefois, le seuil de\nnos classes de fugue et de composition, où, décemment, on n'en\navait que faire."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.11", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n609\n\nDELIBES. Ma foi! même à la classe d'orgue, 011 s'en serait\nbien passé dans la maison. Mais il n'y avait guère moyen : on\nnous aurait traité de ganaches.\nAUBER. Vraiment?... Il a été joliment vite, ce Bâche. Dans\nma génération, on ne nous apprenait pas ça. Nous ne l'avons\nquasiment pas connu. Même à l'lnstitut, quand j'ai pris le\nfauteuil de Gossec, en 1829, on l'ignorait totalement. Alors, il\nétait déjà si célèbre de votre temps, Léo ?\nDELIBES. C'est-à-dire que, quand on a retrouvé ses œuvres,\npendant près d'un siècle, tout ça avait été oublié, aux trois\nquarts perdu, égaré, disséminé un peu partout; enfin, à\nmesure qu'on les a publiées, son nom s'était répandu peu à peu\nparmi les musiciens. Mais sa renommée dépassera difficilement\nle cercle des professionnels : c'est un art abstrait et fatigant\nauquel le public ne mordra jamais.\nAUBER. Vous croyez?\nDELIBES. A Paris, du moins, c'est sûr comme deux et deux\nfont quatre.\nAUBER. —Eh bien, cher ami, vous vous trompez du tout au\ntout, et c'est ici que l'aventure devient piquante. Il paraît\nque votre Bâche y est le lion du jour, la coqueluche des\nconcerts...\nDELIBES. Allons donc !\nAUBER. ...Et que nos Parisiens bissent ses fugues.\nDELIBES. Bissent!... Quelle bonne plaisanterie !\nTHOMAS. L'événement est d'une invraisemblance! Bisser\nune fugue !..\nAUBER. Authentique. Je le tiens de Mozart : une demoi-\nselle... Schola, la pianiste, Blanche Schola. On l'a bissée.\nDELIBES. A Paris !... Non !... je m'en vais raconter ça à\nOffenbach.\nTHOMAS. Il faudrait qu'une transformation profonde se fût\nopérée dans l'esprit du public musical. J'y soupçonnerais volon-\ntiers l'influence de mon successeur. Dubois, quoique mon\nélève, n'a jamais beaucoup penché vers le théâtre, où, d'ailleurs,\nil ne réussit qu'à moitié...\nDELIBES. A moitié ! Vous êtes généreux. Il aurait bien\nvoulu. Quels fours ! Ah ! il savait raser les gens, Théodore !\nTHOMAS. Vous allez trop loin, mon cher Delibes. Dubois\nétait une nature, évidemment peu douée sous le rapport de\nl'inspiration, mais réfléchie, pondérée et d'une instruction\nsolide, qui devait l'attirer vers la polyphonie symphonique. Je\nne serais pas surpris que, dans les hautes fonctions qui lui\néchurent après mon décès, il n'ait puissamment contribué à\nrépandre le goût du style sévère. De là, néanmoins, à la vogue"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.12", "texte": "610\nLE MERCURE MUSICAL\n\nd'œuvres surannées et aussi arides que les fugues de Bach, il y\na un abîme que je ne m'explique pas.\nAUBER. C'est encore bien plus compliqué, cher Ambroise.\nPour moi, je n'y puis rien comprendre, comme dans\nblanche. D'abord, Dubois a donné sa démission...\nTHOMAS. Vraiment?\nAUBER. ... « Ecœuré des attaques injustes dont sa person-\nnalité était l'objet ». Et savez-vous qui le remplace?... Faure.\nTHOMAS. Je regrette la détermination de mon élève et ami\nDubois, mais Faure me paraît un choix excellent. S'il a peu\nproduit, à vrai dire, les Rameaux dénotaient l'étoffe d'un com-\npositeur distingué. Au surplus, à la tête du Conservatoire, un\nartiste aussi éminent ne me semble pas déplacé. Vous l'avez vu\ndans Hamlet ?\nAUBER. Dans Hamlet? !\nDELIBES. Il était merveilleux.\nTHOMAS. Splendide ! Personne n'a pu chanter le rôle après\nlui.\nAUBER. Voyons, voyons, confondons pas. Vous parlez du\nbaryton. Non; c'est un jeune, un certain Gabriel Faure...\nTHOMAS. Connais pas du tout...\nDELIBES. Moi non plus... A moins... Mais, ce n'est pas\npossible, suis-je bête : je songeais à Fauré.\nAUBER. Précisément : Fauré. J'écorchais un peu. Gabriel\nFauré, c'est bien ça.\nTHOMAS. Comment ! le petit Fauré!\nDELIBES. Impossible. Vous devez faire erreur: il ne sortait\nmême pas du Conservatoire.\nTHOMAS. En effet, il était de Niedermeyer...\nAUBER. —Justement. Oh! c'est bien lui.\nDELIBES. Ah ! zut alors !...\nTHOMAS. C'est inimaginable ! Où allons-nous ?\nAUBER. Et sa musique ?\nDELIBES. Oh ! là, là !\nTHOMAS. Un tissu d'excentricités absurdes, de divagations\npuériles. Ce garçon-là n'a jamais su ses premiers éléments\nd'harmonie : des successions d'accords les plus extravagantes...\nDELIBES. Une salade !... Pire que Franck.\nAUBER. Genre Manet en peinture, hein ? Des arbres vio-\nlets, des vaches bleues... Je m'en doutais : Mozart et Liszt\ntrouvent ça très bien.\nTHOMAS. Cela n'existe pas, cher ami: un monstrueux dé-\nvergondage de cerveau détraqué.\nAUBER. Eh bien ! mon cher Thomas, c'est ce monsieur-là\nqui nous succède au Conservatoire..."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.13", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n611\n\nTHOMAS. Vous m'en voyez tomber des nues.\nAUBER. ... Pendant que votre Bâche fait bisser ses fugues\ndans les concerts et les salons ! Arrangez ça.\nTHOMAS. En effet, comment concilier?... C'est un boule-\nversement complet...\nDELIBES. Ça n'a pas le sens commun.\nAUBER. Mais c'est pas tout. Devinez avec qui ce fort en\nthème partage les plus opulentes moissons d'applaudissements...\nAvec un nommé Bussy.\nTHOMAS. ■— Bussy?...\nAUBER. Oui : Claude-Achille.\nDELIBES. Debussy ? !... Mais c'est injouable !\nAUBER. Faut croire que non. De Bussy, parfaitement, un\nnoble. Qu'est-ce que c'est que cette musique-là ? Mozart en est\ntoqué. Cocasse, hein?\nTHOMAS. Le comble de l'insenséisme ! De la plus pure\ninsanité !...\nAUBER. Eh bien ! voilà les succès parisiens : Bâche et Bussy.\nDELIBES. Elle est raide, celle-là! Ils sont fous !\nTHOMAS. C'est de l'aliénation mentale, évidemment.\nDELIBES. Alors, et nous ?\nAUBER. Ah ! mon pauvre ami ! Ecoutez, vaut mieux ne pas\nen parler. Si nous n'étions pas au répertoire...\nDELIBES. Il me semble pourtant qu'au théâtre...\nTHOMAS. En effet, c'est là un terrain sur lequel nous n'a-\nvons pas à redouter de semblables adversaires.\nAUBER. Bâche, non, naturellement...\nDELIBES. Et l'autre encore moins, par exemple !\nAUBER. Vous ne savez donc pas qu'il a fait le maximum à\nl'Opéra-Comique ?\nDELIBES. Qui ça?\nAUBEP. Mais, ce monsieur Bussy, avec son\nMélisandre. Si vous voulez vous payer ça, vous n'avez qu'à\nrentrer chez Chopin. Il paraît que Mozart lui en joue des actes\nentiers par cœur sur son pleyel. Et à Paris, salle comble, cinq\nrappels par tableau, délire quoi !\nDELIBES. C'est Charenton ! !\nTHOMAS. Ou plutôt, la Salpêtrière ; vous pouvez aller\njusque-là, cher ami.\nAUBER. Je vous dis : moi, j'en donne ma langue au chat.\nQue voulez-vous ? Nous ne sommes plus à la hauteur. Il faut\nse résigner. A quoi bon s'en faire de la bile, n'est-ce pas ? Sur-\ntout maintenant: Rossini a bien raison. Du reste, ici, c'est à\npeu près la même chose. Je l'ai remarqué depuis longtemps\nplus ça va, moins on nous prend au sérieux."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.14", "texte": "■612\nI.E MERCURE MUSICAL\n\nTHOMAS. Il n'est que trop réel que nous constituons une\nminorité d'élite, je l'ose proclamer, de plus en plus mé-\nconnue dans notre propre domaine. Je n'eus guère à me louer\njamais de l'accueil que la plupart de mes confrères m'ont fait,\nni de leurs rapports, et je ne vous cache pas que je m'en suis\nsenti toujours aussi péniblement affecté que surpris, je dirais\npresque, stupéfait. Lors même que vos invraisemblables révéla-\ntions ne m'eussent pas fait vider la coupe de l'amertume jus-\nqu'à la lie, cet orgue aurait été la goutte d'eau qui fait déborder\nle vase. Depuis deux jours, j'ai étudié sérieusement la question\nsous toutes ses faces, et le résultat a été que le seul parti hono-\nrable pour moi est de prendre celui d'imiter OfFenbach et de\nme réfugier chez les littérateurs.\nDELIBES. Tiens ! c'est une idée. D'abord, ceux-là, au\nmoins, ils comprennent notre musique.\nTHOMAS. Effectivement. Ainsi Gœthe, le grand écrivain,\nchaque fois que je le rencontre, par hasard, ne manque pas une\nfois de me faire les plus grands éloges sur alors qu'ici\ncet opéra comique se trouve en butte à des sarcasmes jaloux.\nDELIBES. C'est comme moi. Cet imbécile de Mozart ne peut\npas m'apercevoir sans crier: « Llimonade, bière! » C'est\nagaçant, à la fin.\nAUBER. Bah ! c'est pour montrer qu'il sait quelques mots\nde français.\n>\nDELIBES. Il pourrait dire autre chose. J'en suis. On emmè-\nnera Massé ?\nTHOMAS. Sans aucun doute. Je me suis senti tenté par cet\nexode, surtout depuis la venue de Legouvé en ce sombre em-\npire. Ernest est un esprit charmant et cultivé, un causeur\ninépuisable, que vous avez bien connu, d'ailleurs, comme\nmoi, à l'lnstitut, une haute intelligence toujours en éveil;\nce sera un compagnon déli...\nLISZT. Richard !\nAUBER. Il n'est pas là, mais ça ne fait rien. Entrez donc,\nmon cher Liszt.\nLISZT. Quoi ! pas encore de retour...\nAUBER. Non, pas encore. Asseyez-vous donc, cher ami...\nThomas et Delibes.\nLISZT. Oh ! pardon, Messieurs... Je suis dans une inquié-\ntude...\nAUBER. A quel propos ?\nLISZT. Mais de Richard. Comme il reste longtemps !...\nAUBER. Dame ! il est à son affaire : il avait rendez-vous\navec des philosophes, des Grecs.\nLISZT. Je sais bien... Ah! quelle fâcheuse inspiration"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.15", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n613\n\nMeyerbeer... Non, non, merci, je ne m'asseois pas; je vais à sa\nrencontre. Mon Dieu ! pourvu qu'il ne soit rien arrivé !\nAUBER. Bah! ne vous tourmentez donc pas. Attendez-le\nici : maintenant, il ne peut plus tarder beaucoup.\nTHOMAS. Alors, nous nous retirons, cher ami.\nDELÏBES. Oui, c'est plus prudent.\nAUBER Pourquoi donc, pourquoi donc ? Les visites sont\nloin de lui déplaire :il aime bien avoir à qui parler, surtout\nquand il est de bonne humeur.\nDELÏBES. Quand... quand... Au revoir, mon bon.\nTHOMAS. Oui, nous nous éloignons.\nLISZT. Ah ! c'est lui !\nDELÏBES. Trop tard ! !.. Flûte !\nAUBER. Oui, plus moyen. Il est trop près.\nTHOMAS. Quelle aventure !\nAUBER. Bah ! il ne vous mangera pas. Il a l'air content,\njustement. Vous avez de la veine.\nLISZT. » Enfin, te voilà, Richard !Eh bien ?\nWAGNER. Ah ! papa !... Quels génies !... Je te raconterai ça.\nInouïs, ces Grecs!... Inouïs !\nLISZT. Alors, tout s'est bien passé ?... Tu es satisfait ?...\nWAGNER.— Wunderbar !... Hô\nLISZT. Allons, tant mieux, tant mieux.\nWAGNER. —Je dois leur envoyer mon portrait.\nLISZT. Vraiment ! Ils te l'ont demandé ?\nWAGNER. J'ai prévenu leur désir : ils n'osaient pas, par\ndiscrétion. D'ailleurs, ils n'ont pas dit un mot : j'ai parlé tout\nle temps. Spinoza traduisait au furet à mesure. Mais nous nous\nreverrons bientôt, c'est convenu.\nLISZT. Ah ?... Ils t'ont demand... ?\nWAGNER. C'est moi :je leur ai fixé le jour... Je m'étais pré-\ncautionné de quatre cartes-album grand format, avec une dédi-\ncace pour chacun qui les a beaucoup flattés... A propos, papa,\ntu serais bien gentil d'emprunter à Bulow son appareil,\ncomme si c'était pour toi, tu sais.\nLISZT. Bien, bien; naturellement. Tu peux y compter.—\nMais, tu ne leur as donc pas donné les photographies ?\nWAGNER. Je tenais àce qu'elles fussent encadrées. J'ai\ncommandé cachez Phidias, en revenant; quelque chose de très\nsimple : deux branches de laurier formant ovale, en bronze et\nen or, sur fond vieil argent martelé. Ce sera très bien. Je lui ai\nlaissé mon adresse. Il m'a promis de se dépêcher... Mais,\nqu'est-ce qui remue donc comme ça, dans le coin ?... Tiens,\nvous, Auber?\nAUBER. Mais oui, c'est moi, mon cher Wagner,... avec"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.16", "texte": "6Ï4\nLE MERCURE MUSICAL\n\nThomas et Delibes, qui venaient vous présenter leurs respec-\ntueux hommages... Ils souhaitaient vivement... J'ai pris la\nliberté de les retenir...\nWAGNER.—• Vous avez fort bien fait, cher ami. Messieurs,\nsoyez les bienvenus chez Wagner.\nAUBER. Voilà un temps infini qu'ils en grillaient d'envie...\nSeulement, ils sont un peu timides : ils n'osaient pas... par\ndiscrétion.\nWAGNER. Et pourquoi ? Suis-je donc si terrible ? Je suis\nheureux et fier, Messieurs, d'offrir à vos talents français l'hos-\npitalité du génie allemand en l'un des plus beaux jours de ma\nvie...\nAUBER. Hum !...\nWAGNER.— Hein?... Vous disiez, Auber ?\nAUBER. Moi? Rien, rien... Toujours ma laryngite, vous\nsavez... Mais, dites donc, cher ami, vous avez l'air enroué, vous\naussi.\nLISZT. Oui, tu parles presque comme Auber, Richard. Je\nsuis sûr que tu as attrapé une extinction de voix.\nWAGNER. A la vérité, je me sens un peu las...\nTHOMAS.— Permettez-nous de prendre congé, illustre Maître,\nafin que vous puissiez prendre le repos dont vous paraissez\néprouver un besoin urgent et manifeste autant que nécessaire.\nWAGNER. Croyez que j'apprécie toute la délicatesse de\nvotre proposition, Monsieur le Directeur; je vous en remercie.\nEn effet... Mais, j'espère bien qu'à la prochaine occasion...\nAUBER. Certainement, certainement, je vous les ramènerai.\nAu revoir, cher ami. Soignez-vous : du bâton de réglisse, tenez,\nc'est souverain. A bientôt.\nWAGNER. Adieu, Messieurs, adieu... Décidément, ces\nFrançais sont des gens charmants : toujours d'un tact...\nAUBER. Mais oui, il rentre à la minute... Wagner ! c'est\nOlympos qui vous demande.\nWAGNER. —• Olympos ?... Va donc voir, papa. Moi, je ne tiens\nplus debout... Eh bien ?\nLISZT. C est singulier, ce petit Olympos... Je ne savais pas\nqu'il parlait italien... Presque sans accent, ma foi ! Il apporte\nune caisse pour toi... « per il signo »\nWAGNER. Olympos ?... C'est de Phidias.\nLISZT. Déjà ! Il a eu vite fait.\nWAGNER. —Oh! ces Grecs sont d'une habileté !...\nLISZT. Il en avait sans doute en magasin.\nWAGNER. Ils sont inouïs !... Tu n'imagines pas... Eh bien !\nmais ce n'est pas la peine de défaire le paquet, hein? C'est très\nproprement emballé. Ça pourrait abîmer le papier; et puis, je"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.17", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\nÔIS\n\nne saurais jamais le reficeler, ni toi non plus. Dis-lui qu'il porte\nça chez Platon, en s'en allant : il passe devant. Qu'il lui remette\nde ma part, à lui-même en personne... Tiens, donne-lui quel-\nques pralines à la pistache ; il les aime bien... A Platon lui-\nmême, surtout ; pas à cet idiot de Cousin : à Platon, de la part\nde Wagner... Et qu'il fasse bien attention !... Dis-lui que c'est\nfragile... Il est parti ?\nLISZT. Oui. Il l'a roulé soigneusement dans sa chlamyde :\nsois tranquille. Maintenant, tâche de dormir un peu, Richard.\nIl le faut...\nWAGNER. Le pourrai-je ?... Je suis encore en ébullition...\nAh ! ces Grecs, papa !... si tu savais !... Je te raconterai ça.\nLISZT. —Mais oui, mais oui, plus tard : tu es exténué. Veux-\ntu changer de robe de chambre ?\nWAGNER. Oh! inutile... ou plutôt... Ecoute : donne-moi\nmon veston et mon béret de velours noir... comme sur la pho-\ntographie... A gauche... C'est ça, oui. A propos, dis donc,\npapa...\nLISZT. —■ Pas cette manche-là. Tiens, laisse-moi t'aider.\nWAGNER. Dis donc, quand il verra mon portrait cnez\nEschyle et Sophocle, il va en faire un nez, ton Euripide !...\nLISZT. Mon Eur.,.? Ah! Euripide... C'est probable...\névidemment... Allons, viens, Richard 5 étends-toi...\nWAGNER. Un instant, papa...\nLISZT. A quoi penses-tu ?... Tu ne vas pas coucher sur une\nchaise ?...\nWAGNER. Regarde !... C'est sous cet aspect que, dans\nl'heure qui va sonner, les plus grands génies de l'Hellade con-\ntempleront Richard Wagner !...\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.18", "texte": "CONTE DE NOËL\n\nChacun sait qu'une fois par an, dans la nuit de Noël, la pa-\nrole est donnée aux choses, la parole et le geste, et qu'elles\npeuvent alors manifester leur vie de la façon coutumière aux\nhumains.\nC'est dans une chambre aux lourds meubles tourmentés que\nle minuit fatidique sonnait à une pendule de bois suisse, et au\ndouzième coup la vie se déchaîna. Le vieux buffet craqua d'aise\net de suffisance, repu de sa dignité utilitaire, et jeta un coup\nd'œil un peu congestionné à la ronde. La langue pâteuse, il en-\ntama la conversation.\n« Encore une bonne année de passée et je suis content de sen-\ntir augmenter avec chaque cycle ma valeur et ma beauté per-\nsonnelles ; je suis plus lustré, plus embaumé ; je . suis le roi\nde la maison, étant le plus utile ; je distribue la nourriture aux\ngénérations qui se succèdent devant mon immuabilité. »\nUne partie de cette phrase était envoyée à l'adresse du piano\nà queue, nerveux, aristocratique et de mauvaise humeur.\n« Utilité ? dit-il entre les dents,... odeur de saucisson. Les\ntrois règnes rivalisent dans ma construction;... il me faudrait\nl'air, l'eau et le feu,... je serais plus grand encore, et il retomba\ndans un silence morbide.\nIl y a toujours un 'si, dit le buffet satisfait, sorte de Berlioz\nexalté que tu es. Quant aux odeurs que je contiens, saucisses ou\nautres, elles valent bien celles des vieilles liqueurs qu'on ren-\nversa entre tes cordes.\nMoi, j'ai la plus grande gloire, glapit tout à coup la boîte à\nviolon ; je contiens l'instrument de Paganini. C'est moi qui l'ai\naccompagné de succès en succès, moi son inséparable compa-\ngnon.\nAmphibie médiocre, mauvais intermédiaire, va, cria le\nviolon d'une chanterelle cristalline, c'est à faire tomber mon\nchevalet de rire », et il sauta dehors. « Ah! j'ai tant chanté que\ncela fait du bien de parler. Mais toute l'àme de mon prince a\npassé en moi. Quel faiseur ! Lorsqu'il secouait sa mèche noire"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.19", "texte": "Croquis d'Album inédit\nde Ch. Léandre"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.20", "texte": "CONTE DE NOËL\n617\nLE MERCURE MUSICAL.\n41\n\ndans ses yeux, il avait déjà enlevé l'auditoire. Un regard téné-\nbieux , une scordatura,et le tour était joué. Nous savons que\npersonne n est vraiment modeste, mais beaucoup n'ont pas\nmeme le courage de vouloir le paraître. Gela porte cependant\ntrès bien aussi.\n-Tais-toi, se fit entendre d'un ton larmoyant la voix d'une\npetite vitrine laquée dans un coin, tu gaspilles notre heure\nprécieuse avec tes bavardages ; je veux parler aussi avant de\nretomber dans la tristesse et l'hypocondrie.\nJe ne vois pas de quoi tu as à te plaindre, tu es choyée\nautant que personne, dit le buffet.\n_ A quoi cela me sert-il, reprit la petite vitrine, puisque je\nvis avec un désir terrible, assoiffée d'un rêve qui ne pourra\njamais se réaliser ?\nOui, nous savons, dit légèrement le violon en tourniquant\nsur son petit pivot, tu voudrais être moi ; c'est toujours la\nmême rengaine, ta vieille marotte qui sort une fois par an. Avec\nça que tu aurais pu faire ce que j'ai fait.\nOui, je l'aurais pu, cria la vitrine. Vous ne savez pas tout\nce qui est en moi: j'aurais pu chanter, attendrir tous les cœurs;\nvous ne savez pas comme j'aurais vibré, comme les sons seraient\nsortis de mon être, chauds, doux, désespérément tendres. Ah !\ntristesse ! Que ne peut-on m'arracher les flancs pour les trans-\nformer en violon ! On s'est trompé horriblement ; j'aurais dû\nêtre violon ou violoncelle, ce n'était pas une vitrine que je de-\nvais etre. Oh ! comme je sens mon bois trembler ! je veux vibrer !\nje le veux !\nCalme-toi ! s'interposa le buffet ; dans une autre vie, dans\nle paradis peut-être, tu atteindras ton désir.\nJamais ! hurla la petite vitrine ; il n'y a pas d'autre vie\npour moi. Je durerai longtemps, si longtemps que je n'ose y\npenser, et si jejtombe en poussière ou si je péris par le feu, il ne\nrestera pas assez de cohérence en ma matière pour abriter la\nmusique. Quant au paradis, ce n'est pas là ma place. La musi-\nque y est faite par des orgues de Barbarie, car le paradis est\npour les pauvres.\nQuel intérêt cela peut-il avoir, toutes ces vibrations ? dit\nune chaise ; je n'y vois pour ma part pas tant de différences •\ntendez une corde entre deux de mes pieds et grattez dessus avec\nun archet, je ferai aussi bien que le violon.\nJe crois qu'il est temps que je vienne vous remettre tous\nà votre place, dit l'archet sortant furibond de sa boîte ; quant à\ntoi, violon de Paganini, je voudrais bien savoir où tu en serais\nsans moi.\nQuelle chance, songea entre temps la pendule, de pouvoir"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.21", "texte": "618\nLE MERCURE MUSICAL\n\npour une fois dire autre chose que cou-cou ; mais que vais-je\ndire à la place ? voilà la question.\nQue pourrions-nous faire pour passer agréablement cette\nheure ? bâilla la chaise.\nPasser notre heure précieuse qui vient si rarement, gar-\ndons-la plutôt, » dit le piano indigné.\nUn crépitement se fit entendre, et un vol de cartes s'abattit sur\nla table.\n« Tiens ! une idée, s'écria le violon ; faisons-nous tirer la\nbonne aventure par Madame la Dame de Trèfle.\nL'avenir, ce n'est pas la peine, il est trop connu ; plutôt\nle caractère, fit la vitrine morose.\nMoi, double effigie humaine, dit avec importance la Dame\nde Trèfle, je ne puis dire l'un sans l'autre, car l'avenir découle\nimmédiatement du caractère.\nA moi d'abord ! clama le violoncelle \", on ne me laisse\njamais la parole; je suis toujours relégué au dernier rang ; je\ndemande des égards.\nSoit! répondit la Dame de Trèfle, approchez-vous! » et\nelle examina ses lignes. « Je vois, dit-elle, beaucoup de choses.\nUn certain manque de tact, une sentimentalité quelque peu en-\nvahissante. Vous aurez à vous méfier de la Mélodie, vous pour-\nriez manquer envers d'elle de retenue.\nSi c'est là tout ce que vous avez à me dire, interrompit\nle violoncelle maussade, vous pourriez aussi bien vous taire. Je\nsuis sans doute destiné à un éternel pizzicato !\nCe n'est pas comme cela que je vous vois, dit la Dame de\nTrèfle, les yeux voilés regardant au loin, mais bien plutôt\ncomme un souvenir, une relique, quelque chose même comme\nune boîte à ouvrage.\nA mon tour ! s'avança péremptoirement le piano ; il me\nsemble qu'en qualité d'instrument solo j'aurais dû passer avant.\nCe qui me plaît en vous, dit la Dame de Trèfle après un\ncourt examen, c'est que vous n'êtes pas éclectique. Malheur à\nceux qui voudraient vous faire servir à tous les usages ! Vous\nne servez que ceux qui vous ont compris. Vous parlez lorsque\nChopin passe sur vos touches, mais pour bien d'autres vous\nretirez votre âme en vous-même. A vos dieux vous sacrifiez tous\nles autres. Hommage suprême ! Car que peut-on offrir de meil-\nleur en holocauste à des dieux, sinon d autres dieux ?\nEt mon avenir? interrogea le piano.\nC'est curieux, je vous vois comme vous êtes ; cependant\non dirait qu'il manque quelque chose, je ne sais trop quoi ;\nvercela pourrait être les cordes. Malgré cela votre couvercle s'ou-\nvre parfois."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.22", "texte": "CONTE DE NOËL\n619\n\n- A moi, à moi maintenant, ô Dame aux trois feuilles, pipa\nle violon.\nToi, tu es bien brailleur, mais n'empêche qu'il faut t'ad-\njoindre au moins quarante de tes congénères afin de lutter\ncontre deux hautbois.\nQue m/importe ? repartit le violon avec une pirouette\nlorsque je parle seul, les autres se taisent, et voilà tout. Dis-moi\nmaintenant l'avenir.\nL'avenir, fit la Dame de Trèfle d'une voix mystérieuse,\nc'est qu'il n'y aura plus de musique.\nCou-cou, chanta la pendule, il est une heure. Place à la\ncomédie humaine. »\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.23", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nCORRESPONDANCE THÉATRALE DU XVIIe SIÈCLE\n\nII\nThéagène et Chariclêe, ayant subi de longs retards, ne fut\ndonné que le mardi 12 avril i6gs et non le 3 février, comme\nl'ont prétendu Félix Clément, Pierre Larousse et leurs conti-\nnuateurs, d'après des indications erronées provenant sans doute\nd'une date imprimée sur le livret, date prévue à l'avance et qu'il\nfut impossible de respecter. La preuve de cette erreur se trouve\ndans la lettre suivante de Ladvocat à l'abbé Dubos :\n« A Paris, ce Samedi 16 av.\n« Il auroit été difficile monsieur de vous écrire plus tostpuis\nquapres une répétition generalle avec les machines il dura trois\ngrosses heures et demie et pour adjouter au malheur dunne bri-\ngue peu judicieuse on en refit unne lundi ou lon convint de faire\nquelques retranchements dont les autheurs navoint peu souffrir\nun mois auparavant la seule proposition. Enfin on le repré-\nsenta mardi.On fut surpris au prologue des décorations qui sont\ndans la pièce asses belles aussi bien que les habits qui y sont\nbien imagines et nouveaux dans leurs desseins. Les machines\ny sont bien executees a lexception dun poisson sur lequel etoit\nperchée Madlle Desmatins et la gueulle de lenfer qui a été très\ningénieusement supprimée aussi bien que les momies que lon\navait trouvées dans des pieds destaux de certaines pyramides\nqui occupoint le milieu du theatre et en souvrant representoint\ndes figures illuminées que plusieurs jeunes femmes avoint peur\nde se mettre dans l'imagination. Madlle Guiart y trembla beau-\ncoup et y chanta asses mal. Le reste des acteurs executterent\nasses bien leurs rolles hormis Dumesnil qui oublia doter son\nespee au 5e acte ou lon le doibt sacrifier a Osiris. Cariclee nestoit\npoint enchainée. Joignes a touttes ses fautes la lignorance des\nspectateurs occuppes de la magnificence de M, Foissin et par"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.24", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n621\n\nconséquent peu attentifs aux vers ny au sujet mais fort disposes\nau bruit car les sifflets ni sont pas si communs quailleurs et\nlimagination dunne longueur qui ny estoit pourtant pas puis-\nquil ne dura que 2 heur. 3 quarts persuadèrent a plusieurs per-\nsonnes de croire quils si estoint ennuiees. Enfin a la 2e repré-\nsentation on la racoursi et reforme tous les manquements que\nlon yavoit remarques. Il reste cependant unne ignorance de\nla fable dans la plupart de ceux qui navoint point de livre et\nceux qui en avoint et qui avoint leu le roman ils ont cru faire une\ncritique admirable de dire que lhistoire du roman y devoit etre\nmieux representee. Dautres se sont étonnés de la hardiesse de\nfaire descendre Meroebe Arsace aux enfers et que cette permis-\nsion navoit ete encor accordée qua peu de personnes dunne\nvaleur et dun meritte des plus distingues : Ulisse, Enee, Her-\ncule, etc.\n« Les vers ont ete trouves bon par Capiston (1), Longe-\npierre (2) et quelques autres véritables connoisseurs qui étonnés\naussi bien que Duché du peu de connoissance des véritables\nfautes qui pouvoint si rencontrer se trouveroint a ladvenir peu\ndisposes a vouloir sexposer aux critiques de Juges aussi peu\ninstruits des véritables maximes de la Dramatique. Il yen a\nmesme de si preoccuppes de vouloir censurer que sans avoir leu\nque Meroebe avoit conquis unne partie de legipte ils ont fort\ndoctoralement censures les piramides qu'il ont prétendu na-\nvoir jamais été en Ethiopie. Pour surcroit de malheur Dumes-\nnil se trouva malade ala 2e represent. Elles ont neantmoins\nproduit 2800 u. On verra ce qu'ils diront dimanche ou lon espere\nque Monseigneur sera. On dit tout haut sur lamphiteatre qua\nla 10e fois quon y auroit assiste on le trouveroit plus beau et\nquil falloit attendre ce temps la pour en pouvoir distinguer\ntouttes les beautés. Je le souhaittes mais japprehende bien que\nlennui du parterre ne vienne du peu de nouvauté qu'on peut\nfournir a lhumeur inquiette des françois. Tous les dieux et les\ndiables y ont paru, il est présentement difficile de leur donner\nun caractère de nouvauté qui puisse plaire.\n« On se persuade que la musique estimitee ou prise de Lully.\nOn croit que les vers et les caractères sont moins naturels que\nceux quon a voulu copier de Quinaut, on souhaiteroit autre\n\n(t) Jean Galbert de Campistron, né et mort à Toulouse (1656-1728), auteur\nmédiocre, en dépit des conseils qu'il reçut de Racine.\n(2) Hilaire Bernard de Roqueleyne, baron de Longepierre, né à Dijon en\n1659, mort à Paris en 1721. Rangé par Baillet au nombre des enfants célè-\nbres, ne fut d'abord qu'un traducteur précoce. Au théâtre, il eut la préten-\ntion d'exclure l'amour de la tragédie. Ses œuvres sont justement ou-\nbliées."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.25", "texte": "622\nLE MERCURE MUSICAL\n\nchose que des sacrifices, des magiciens, des palais, des tem-\nples. Les enchantements ne scauroint etre plus;baux que dix ou\n12 des précédents opéra et cest la raison pour laquelle dans un\nballet du retour des plaisirs chanté et danse cette année aSaint-\nMalo dont la musique a ete composée par le le Sr le Batteux\nMtre de musique de la catedralle, le poete dont le Mercure Ga-\nlant du mois de mars i6gs ne dit point sest contente de faire\ndire à Neptune :\nTHESEE\nPartes ailes souffles Impétueux\nLe Dieu de la mer vous lordonne.\nQue rien ne trouble hycy les plaisirs et les jeux\nEloignes ce qui les etonne.\nPortes aux ennemis de ce rivage heureux\nTout ce que vous aves daffreux\nLe Dieu de la mer vous lordonne, etc.\n« Je montrerai vostre inscription aux scavants cheb Monsr le\npremier président et je vous dirai que aves pris de très bonnes\nprécautions pour que je ne puisse rien adjouter a la critique\nque vous maves envoiee DAmadis, elle est des plus scavantes\net des plus recherchées. Je suis. »\nIl ressort de cette lettre, intéressante à plus d'un titre, que\nThéagène et Charicléefut joué à Paris le 12 avril 1695 et non le\n3 février, que l'ouvrage avait nécessité de nombreuses coupures,\nque la machinerie avait été modifiée, que les costumes paru-\nrent « bien imaginés et nouveaux », ce qui est un hommage\nrendu au talent de Berain, que les artistes ne se montrèrent pas\nàla hauteur de leur tâche et que les siffleurs essayèrent de\nfaire tomber la pièce.\nDans une autre lettre datée du jeudi 5e mai 1695, après des\nconsidérations d'ordre numismatique, Ladvocat revient aux\nchoses de théâtre en ces termes :\n« Jay veu Mons1' deßosai qui est venu hyci et nous avons leu\nensemble vos dernieres critiques. Il sest charge de vous man-\nder ces remarques pour moy. Je vous dirai que Theagene se\nsoutient. Au reste vous vous souviendres si vous plaist que la\nDiablerie auroit peu etre supprimée entièrement de cet opéra et\nsi Scaliger (1) y avoit assiste il nauroit pas approuve quArsace\ndescendit aux enfers pour sçavoir sa rivale.Luy qui a trouve\nfort à redire a Virgille dy avoir fait conduire Enee pour sçavoir\n\n(1) Joseph-Juste Scaliger, un des plus grands philologues du xvie siècle,\nfils de Jules-César Scaliger,auteur du célèbre"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.26", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n623\n\nles futurs empereurs romains et cela de son chef sans que cela\neut ete dit ny raporte par les anciens qui nont fait mention que\nDorphee et Dulisse. Encornontils pas parle tesle celeste comme\nEnee a son père et les reponces netaient pas si claires. Tout ce\nque je vous puis asseurer cest quil est fort contrit (il s'agit de\nDuché) de la multitude de ses fautes dont il se devroit corriger\npar unne pièce plus reguliere que celle la. On nous fait esperer\nun opéra fort bon dun jeunne homme dont on cache soigneuse-\nment le nom. On attend Mrde Franchinne affin de le lire en sa\npresence et en la mienne. Je vous en mandere ma pensee quand\nje laurai meurement examiné. Made Xaintonge a achevé son\nballet des saisons (i), Duché a presque fait le sien de Mo-\nmus (2). Ils seront tous les deux en 5 actes et lies par unne suitte\net non par un nœuf qui supposeroit un dénouement qui ne ju-\ngent pas necessre a de pareils divertissements. Je ne les ai pas\nexaminées ma capacité ne va pas jusques a cette nouvaute,\njen apprendrai les règles quand jen aurai veu admirer et réus-\nsir quelques,uns. On me dit hier que le dessein des Saisons\nest presque achevé par un autre poete et dun autre des-\nsein que celui de Made de Xaintonge et que Ion sera en estât de\nchosir lequel des deux plaira le plus. « Je suis. »\nPeu après cette lettre, l'abbé Dubos vint à Paris pour quelques\njours et retourna ensuite à Beauvais. Comme il gardait le si-\nlence, son correspondant habituel le relança par l'épître que\nvoici :\n« Cé Ier juin 1695.\n« Depuis vostre départ M. de Rosai et moi sommes demeures\ndans un oubly qui commence a nous ennuier et a moins que\nde nous flatter que vous estes à Bauvais aussy occuppe de vous\nmême queletoitTheodore dont parle Claudien mais qui, dans la\nsuitte, après avoir observe un long silence se résolut enfin a\nrejouir ses amis de lerudition qu'il setoit utilement acquise dans\nla solitude.\nQuidquid Democritus risit, dixit que tacendo\nPythagoras, uno repectore cuncta vetustas\nCondidit et major collectis viribus exit.\n\n(1) Mi»ede Gillot de Sainctonge, auteur de Didon, musique de Desmarets.\nL'ouvrage dont il est question fut remplacé par le ballet avec prologue par\nl'abbé Pic, musique de Louis Lulli et Colasse, que l'Académie de musique\nreprésenta le 18 octobre 1695.\n(2) Les Amours de Momus, musique de Desmarets opéra-ballet en\n3 actes et un prologue (et non en b actes, comme l'annonçait Ladvocat), fut\nreprésenté le 25 mai 1695,"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.27", "texte": "624\nLE MERCURE MUSICAL\n\n« Vous nous permettres après cela desperer que nous natten-\ndrons pas en vain la description de vostre temple et le reste\ndes critiques que vous nous aves fait esperer. Je vous dirai ce-\npendant que lon continura Theagene jusques à vendredy de la\nsemaine prochainne pour donner ensuite Acis et Galathée (i)\nque lon commença hier de repeter, pour ensuitte donner le\nBallet de Mo mu s du Sieur Duché. Peut être quand vous le ver-\nres représenter vous oublirés la prévention et le peu destime\nqui vous avoit fait condamner avec justice les balets précédents.\nAussy ne les atil pas imites. C'est un sujet en trois actes asses\nsuivi et dont le nœud sans porter ni remuer le cœur par la\ncrainte et la compassion lexcitera a unne gaiete qui pour netre\npas comique ne laissera de divertir agréablement les specta-\nteurs.\n« Desmarets y a joint beaucoup dairs très chantants pour les\nacteurs et pour ceux du parterre a qui on espere quils plairont,\nqui feront que lete se passera avec plus de plaisir et plus duti-\nlite que les etes précédents. Je le souhaitte.\n« Jay la Tragédie de Sabinus imprimée a Bruselles en 1695.\nLautheur en est Mr de Passerat qui a cru devoir adoucir la\nseule cruauté que lon peut reprochera Vespasien davoir fait\nmourir Sabinus et sa femme maigre les larmes de leurs enfants\net les prières de Domitie. Mais comme cette action tient un\npeu du barbare il a tint que Vespasien amoureux dEponine pour\nse disculper aux yeux du monde et éviter les reproches quon\nluy pouvoit faire sil condamnoit a la mort le marydela maitresse\nen avoit renvoié le jugement au Sénat et quapres lexecution de\nlinfortuné Sabinus son epouse toujours constante et vertueuse\nsestoit elle meme immolée a son devoir en se tuant sur le\ncorps de ce Gaulois aux yeux de tout le peuple.\n« Lautheur a conserve avec bienseance et autant que les ré-\nglés lui ont peu permettre le caractère de Vespasien, Domitie,\nEponine, Sabinus et Mu ci en dont les aigres remontrances ont\nete bien reçues par Vespasien qui luy etoit redevable de le m pire.\nLambition de Domitie ne luy peut inspirer que des resolu-\ntions violentes et qui ne pouvoit souffrir qun autre leut éloigné\ndu Trône ou le mariage de Domitius la pouvoit elever un jour.\nToutte la tragédie se soutient par la tendresse dun mary et\ndunne femme. Lauteur prétend que dans ce temps lamour con-\njugal nest guere ala mode mais que Ihistoire en est véritable\net que dans les premiers siècles la galanterie etoit moins en\n\n(1) Il s'agissait là d'une reprise de la pastorale héroïque en 3 actes, pa-\nroles de Campistron, musique de Lulli, représentée au château d'Anet pour\nla première fois, devant le Dauphin, en 1686, et à l'Opéra, en 1687."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.28", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n625\n\nregne que dans celuy cy ou lon peut dire quelle est triom-\nphante.\n«Je vous dirai que le bruit court hycy que le roy fera jouer\na Trianon des comedies de Moliere et que lopera y jour a pour\ny divertir monseigneur. Je souhaitte pourlinteretde lopera que\nce bonheur la leur arrive il ny sont presque plus connus.\nPecourt se préparé a les bien divertir par les balets de Mo-\nmus et les Saisons ou il prétend faire danser des Pantalonnes,\ndes Polichinelles, des Scaramouches et des Arlequinnes.\n« Je suis. »\nL'abbé Dubos répondit à cette lettre, comme il avait cou-\ntume de le faire en toute occasion, et il est fort regrettable que\nses lettres aient disparu. Elles nous donneraient une idée bien\nnette d'opinions contraires ou parallèles. Mais nous devons nous\ncontenter actuellement de la correspondance de Ladvocat. A la\ndate du 11 juin, il écrivait encore :\n«Je vousdiré, avec veritté monsieur que si je ne vous ai pas\nplus tostfait reponce cest que je suis si peu de loisir et si fort\noccuppé de trois ou quatre personnes très assidus dans mon cabi-\nnet que je naipas peu trouver le moment d'aller lire a monsr du\nRosai votre nouvelle critique, Jesperede luy porteraujourdhuy.\nJe vous dirésur son mariage quil fault quil soit précédé dunne\nsurvivance que Mr son pere alla demander au roy la semaine\npassée et unne place de Conser dhonneurau parlement que Mon sl'\nson fils cependant aussi bien que le pere exerceront leurs\ncharges encor trois ans. Je croi quapres cette grâce accordée\naux longs services du pere et aux meritte du fils on le marira\na quelque riche heritiere qui dégraissera plus le pere quelle ne\ndiminuera lembonpoint du fils.\n« Enfin Theagene expira mardi et le public assista en très\npetit nombre a ses funérailles. Je suis surpris quapres toutes\nnos scolies sur Theagene vous ayes encor imaginé quils ne se\nrencontre après une longue séparation que pour aller aux en-\nfers ou le public ne sattend pas quils puissent aller dans les\nvéritables maximes et pour se voir immoler aux yeux les uns\ndes autres, sans les préparations nécessaires a de pareils spec-\ntacles. Vous souvienderes sil vous plaist que cest la fin de vostre\ncaier et que je suis persuade que ne voules pas demeurer en si\nbeau chemin et qua moins que vous ne voulies que je me cha-\ngrinne vous aves eu un temps plus que suffisant pour men faire\nesperer au plus tost la suitte.\n« Momus nest pas encor fini cependant on en distribura deux\nactes en musique demain. Je ne scay si vous aves oublie que je\nvous ai mandé quil avoit un sujet et un denoument qui re-"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.29", "texte": "626\nLE MERCURE MUSICAL\n\njouira en trompant les parties interessee qui ne merittent pas\nque Jupiter ait dautres considérations pour leurs profession.\nMais en augmentant les belles et bonnes Idees que vous aves\npour les bonnes et louables capacités que vous connoisses dans\nMl' Duché et en se conformant entièrement aux bons avis que\nvous luy en aves donné il mest venu emprunter un Euripide\ntrès latin pour travailler incessamment et par bon conseil au\nprojet dlphigenie Taurique. Vous ne vous plaindres du sujet\nny du poete sily réussit comme je le souhaitte. Si vous aves de\nbons advis a lui donner ou quelque érudition des scoliastes\nGrecs quil ne lyra assurem1 pas il vous sera oblige si vous luy\nenvoies. Aussi bien aura il besoing pour ses divertissements\ndes habits des pasteurs de ces pais la et de scavoir si la laine\ndes moutons est bleue verte ou jaune. On représenta hier Acis\net Galatee, elle produisit maigre vos conjectures 1400 livres.\nDe vous dire que dans la suitte vous naies pas raison je ne\nsuis pas devin mais je vous apprends que la Rochevais y chante\net y eut des applaudissements tels quon auroit peinne a vous\nles exprimer si les gens de qualité et le parterre veulent y con-\ntribuer chacun de leurs part cela produira plus que le meilleur\nopéra ne pouroit faire. Cependant il nen est pas meilleur ni\nmoins froid dans le prologue et le premier acte, pour le divertis-\nsement que les cœurs contents et unis y viennent faire cela me\nparoit nouveau. Je vous dire quapres des vitres rompues départ\net dautre et affiches diffamatoires Mlle Macé a demande son congé\na Mr de Francinne qui na pu luy refuser. »\nEnfin, le 21 juin, Ladvocat continue sa correspondance en\nces termes, à la suite d'un autre récent voyage de l'abbé :\n« J'ai veu avec plaisir vostre lettre et la critique de\nDidon (1) dont cependant vous aves emporté un feuillet que je\nne scai si vous appelés la première partie ou si celuy que vous\nmenvoies ce doit appeler la seconde puisque vous en faites men-\ntion dans ce dernier. Apparament que vous nous fournires le\nreste au plus tost. Vous aves oublié en vous en allant de me\nrenvoier Momus en musique dont ma belle sœur qui aime a\nchanter se passe avec peinne. Je vous dirai que Monseig1- i\nvint mardi et que vendredy on fit 1200 livres avec les aplaudis-\nsements ordinaires et fort peu usités mesme dans les grands su-\njets et je ne scai pas par quelle raison vous voules que les opéra\nne soit pas susceptible des meme sujets que ceux quon joue sur\nle theatre françois et si lon na pas chanté des comedies. Vous\n\n(1) Tragédie lyrique en cinqactes et un prologue, créée à l'Opéra le 5 juin\n1693. Cet ouvrage est complètement oublié aujourd'hui."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.30", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n627\n\nEtes vous persuade que lon nen chantera pas lannee prochainne\navec un plus grand succès. On se perfectionnera, vous seres\npeut etre surpris du bon accueil que lon leurs rendra. Au reste\nMonsr Duché ma leu une scene dîphigenie (1) dont les vers\nvous paraitront aussi bauxqua moy et sil continue delà mesme\nforce vous seres encorplus entete que ce sujet la pourra mieux\nréussir que vous ne vous limagines. Je croi que lon repetera\nles 4 saisons lundi prochain. Bien entendu neantmoins que lon\nne quittera point celuy cy tant quil produira une somme asses\nconsidérable pour le temps. Je vous apprendré aussi que la pe-\ntite Marianne doit rentrer a l'Opéra au premier jour avec pro-\nmesse de ne le plus quitter. Je vous dirai aussi que la Foire de\nBezons fait asses de bruit. C'est une petite piece que lon joueaux\nfrançois avec asses de succès. Je ne laipas encore veue et je vous\nenmandere des nouvelles.\n« Vous seres asses surpris monsieur quand je vous dirai sa-\nmedi au soir on me dit que leSrLecuier etoit mort subitement.\nJe croi quil etoit de vos amis. Voila monsieur tout ce que je scai\nen attendant le succès du voiage de Ml'de Villeroy que lon dit\naller secourir Namuret dont on voudroit avoir deja foit les feux\nde joie. Je suis très véritablement\n« Monsieur\n« Votre très humble et très obéissant serr\n« LADVOCAT. »\nDans d'autres lettres, nous verrons notre Conseiller plus près\nencore des choses de théâtre et nous fournissant des aperçus\ningénieux dont la rareté fait le mérite à nos yeux.\n(A suivre.)\n\nMartial Teneo.\n\n(i) Iphigénie en Tauride,tragédie en cinq actes et un prologue, paroles de\nDuché et Danché, musique de Desmarets et Campra. Cet ouvrage ne fut\nreprésenté que le 6 mai 1704 àl'Académie royale de musique."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.31", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS\nConcerts Chevillard. Concerts Colonne. Schola Cantorum. MM. Emile Mendeis et\nPlamondon. M. Risler. MM. Marneff, Fliege, Delacroix et M®6 C. Fourrier. Conservatoire.\nSociété Philharmonique. —M. Bret et MUo Selva.\nSi j'avais le goût des parallèles,je ne laisseraispas échapper celui qui vient\nà l'esprit entre la Symphonie en sol mineur de Mozart et le Prélude à VAprès-\nMidi d'un Faune, de Debussy, joués l'un et l'autre au concert Chevillard\ndu 26 novembre. Il va sans dire qu'il y a des différences : ici une rigoureuse\nsymétrie, des phrases exactement équilibrées, et là une mélodie affranchie\nde toute carrure, qui suit librement son rêve, et ne revient jamais au point\nde départ ; un plan très net, un cloisonnement très précis dans la Sym-\nphonie, et au contraire, dans le poème symphonique, une musique qui\ncroît et qui change d'aspect par degrés insensibles ; et enfin on ne trou-\nvera dans Mozart ni cette flûte aux timides désirs, ni l'écho moqueur du\ncor anglais, ni la dauceur apaisée des deux cors qui chantent au-dessus\ndes seconds violons. Les deux œuvres sont en effet de caractère très diffé-\nrent, puisque l'une est descriptive et l'autre tout abstraite ; mais elles révè-\nlent cependant des esprits de même famille, par la grâce candide des in-\nspirations, par la logique naturelle des pensées (ici plus discursive, et là\nplus continue) et enfin par la qualité du son et la couleur d'un orchestre\ntout de lumière, où pas une note n'est perdue, où tout est en valeur et\ncharme l'oreille avant que de parler au cœur; jeux divins, visions de para-\ndis, musique de soleil et d'enchantement, auprès de laquelle la tragique\nouverture de Léonore semble enveloppée de tous les nuages de la tempête;\net certes, il y a une beauté dans les grondements du tonnerre et la noire\nmenace de l'ouragan ; mais l'art le plus pur n'est-il pas celui qui ignore\ntoute souffrance ?\nJ'ai goûté, à ce même concert, le tour délicat et l'orchestration savou-\nreuse des Trois mélodies de M. Jean Gay, présentées par Mlie Emma\nGrégoire; le prélude du 4e acte de Messidor, « symphonie du Printemps\nreligieux et sacré », est une grosse, très grosse et épaisse musique, chaussée"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.32", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n629\n\nde lourds saboîs joliment décrits par l'Ouvreuse ; ces grands gestes et cette\nsolennité creuse font songer à quelque discours de maire à l'ouverture de\ncomices agricoles. Après tout c'est encore là un réalisme, plus complet\npeut-être et plus comique que l'auteur lui-même ne l'eût souhaité.\nL'Ouverture de Balakiref intitulée Russie est une œuvre de circonstance,\ntrès inférieure aux autres productions du maître : rhapsodie assez mono-\ntone sur trois motifs populaires, d'ailleurs fort jolis par eux-mêmes ; et\nje n'ai pas entendu les deux Danses hongroises de Brahms, instrumentées\npar Parlow, estimant qu'après le Prélude à VAprès-Midi d'un Faune, le\nsilence valait mieux.\nAu concert Colonne, on put entendre, après le beau prélude du ler acte\nde Fervaal, et parmi moult Beethoven et Wagner, une œuvre nouvelle de\nM. d'Olonne, Dans la cathédrale, où. l'on retrouve les habiletés connues\net déjà un peu fatiguées de ce jeune auteur.\nLe concert Chevillard du 3 décembre commençait par la Symphonie de la\nRéforme de Mendelssohn, que le programme intitule Reformation Sym-\nphony, a l'anglaise. Ne pouvant profiter de cette discrète indication, je reste\noù m'enchaîne un austère devoir professionnel, et je songe au mot de Claude\nDebussy sur « ce notaire élégant et facile qu'on appelle Mendelssohn ».\nLes Bolides de César Franck sont bien douces en leur chromatisme déli-\ncat ; mais cette « musique-à-bon-Dieu », comme dit l'Ouvreuse, est vrai-\nment bien éloignée de la poésie païenne de Leconte de Lisle, qui l'a inspi-\nrée. Le triomphe fut pour le Concerto de Rimsky-Korsakof et son inter-\nprète, Ricardo Vines. Ce concerto d'ailleurs est plutôt une fantaisie pour\npiano et orchestre, sur un thème d'allure populaire qui en soutient tous les\ndéveloppements. Rimsky a écrit des œuvres plus grandes et plus émou-\nvantes, mais celle-ci est parmi les plus charmantes, et rien ne saurait dire\nla grâce aisée et la délicatesse sans recherche que sut y montrer Vines :\nc'est là de très grand art, et très pur, où rien ne trahit l'effort, où tout est\nexactement à sa place et en son jour ; c'est une perfection non point glacée\net mécanique, mais animée, émue et colorée. Ce qui venait après, c'est le\nQuasimodo de M. Casadessus (d'après Notre-Dame de Paris) : lourde ma-\nchine orchestrale que l'on crut un moment interminable. Il n'y a pas de\nraison pour qu'une aussi amorphe musique prenne fin jamais ; il n'y en\navait pas non plus pour qu'elle commençât. M. Gundstoett chante avec\nbeaucoup d'expression et de précision la mélodie du pâtre au 3e acte\nde Tristan et Yseult, et les Préludes de Liszt, qui terminent, sont de\nnoble et généreuse musique, dont la romantique emphase plaît encore\nparce qu'elle est sincère ; et puis, Forchestre a une admirable ampleur de\nsonorité. Wagner a certes pris là de bonnes leçons.\nJe n'ai pu entendre, au concert Colonne, le Poème lyrique sur le livre\nde Job, de M. Henri Rabaud ; on me dit qu'il yalà de la force, beaucoup\nde force, et pas mal de Wagner. Donnons à cette œuvre, comme à la Sym-\nphonie du même auteur précédemment exécutée aux mêmes concerts, une\nmention très honorable.\nLe 24 novembre, la Schola Cantorum rouvrait ses portes pour nous faire\nentendre une sélection de YArmide de Lully (1686). C'est une fort belle\nmusique, que je trouve, pour ma part, plus émouvante, plus nuancée, et\nbeaucoup moins encombrée de formules que la musique de Gluck. La dé-\nploration d'Armide est d'une vérité d'accent inégalée, et la scène des jar-\ndins a un charme poétique discret et raffiné, que l'on peut fort bien pré-\nférer aux mélodies épanouies de Gluck : car ici, avec ce frémissement de\nfeuillages où erre, note unique et répétée, une de ces voix mystérieuses qui\nplanent sur les eaux, nous sommes tout près du délicat réalisme de 1 art\nmoderne. Marcel Labey, qui dirigeait l'orchestre, avait aussi réalisé les"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.33", "texte": "630\nLE MERCURE MUSICAL\n\nparties sous-entendues dans le texte original : toute exécution d'une œuvre\nancienne exige une collaboration. La version qui nous fut proposée m'a\nparu d'une excellente sonorité. L'exécution matérielle a été très satisfai-\nsante, et parmi les interprètes il faut citer Mlle Marie de la Rouvière,\nM. Gébelin, et surtout M. Plamondon, dont la voix égale, facile et toujours\némue, a fait merveille dans le rôle de Renaud. Au commencement du con-\ncert, M. Pineau avait joué avec beaucoup de sûreté et de goût une fort\njolie Suite d'orgue de Clérembault (collection Guilmant).\nJ'ai retrouvé M. Plamondon le ler décembre, au concert de M. Emile\nMendels, où il a chanté le Poème d'un jour de G. Fauré, Y Invitation au\nvoyage et la Chanson triste de Henri Duparc : ce sont là des chefs-d'œuvre\ndu lied français, dont il a fort bien rendu l'émotion tantôt contenue et\n> 7\nvoilée, tantôt ardente et grave. M# Mendels aun fort joli son et un bon\nmécanisme, quoique les doubles cordes demandent à être encore travaillées ;\nce que j'ai le mieux aimé de son programme, c'est la Symphonie espagnole\nde Lalo ; la Clochette de Paganini est ce qu'on peut imaginer de plus vide\net de plus cruellement monotone pour tous ceux que n'intéresse pas l'acro-\nbatie spéciale du violon,\nM. Risler continue ses concerts, consacrés uniquement aux Sonates de\nBeethoven, devant un public d'élite où la Revue des Deux-Mondes est re-\nprésentée par M. Bellaigue, le Matin par M. Bruneau, et le Conservatoire\npar M. Pierre Lalo. Je n'aime pas trop le système d'interprétation de cet\nartiste assurément très sincère, mais trop imbu de classicisme allemand.\nDe ce que nos voisins se font de Beethoven une idée très académique et\nun peu pédantesque, il ne s'ensuit pas que nous devions les imiter. Un mu-\nsicien comme Beethoven dépasse les frontières de son pays, et il y a en\nlui de quoi satisfaire tous les goûts, à commencer par le nôtre.\nBien français, au contraire (par son jeu tout au moins), est M. Marneff,\nque j'entendais à son concert du 6 décembre : d'abord des qualités de jus-\ntesse et de sûreté que plus d'un violoncelliste, même virtuose, pourrait lui\nenvier ; et une puissance de son, une ardeur et une chaleur qui font de la\nmusique une chose vivante, et non une froide rhétorique. Rien de plus\nmérité que la longue ovation qui lui fut faite après le Concerto de Saint-\nSaëns en la mineur, gracieux, aimable et fougueux tour à tour, toujours\nplaisant, même en ses difficultés. A ce même concert Mme Camille Four-\nrier chantait trois mélodies de Debussy (Fantoches, le Jet d'Eau, l'Echelon-\nnement des haies) avec tant d'accent et d'intelligence, d'une voix si souple,\nsi nuancée et si prenante, que la salle entière comprit et fut enthousias-\nmée. C'est une grande artiste que Mme Fourrier, et la musique moderne lui\nest et lui sera encore redevable de plus d'un succès. M. Fliege se montre\nexcellent violoniste dans la Romance en fa de Beethoven et le premier\nTrio du même, et M. Delacroix, au piano, mérite de grands éloges, pour\nla sûreté du style, la netteté et la jolie qualité du son : il a rendu à mer-\nveille toutes les délicatesses, les fines oppositions et les vives touches de\ncouleur des mélodies de Debussy.\nLouis LALOY.\n***\nLes Concerts du Conservatoire ont repris le 3 décembre, avec la Sym-\nphonie sur un thème 'montagnard de Vincent d'indy, qui est, à coup sûr. une\ndes plus intéressantes utilisations des mélodies populaires servant de base\nà une œuvre aussi considérable ; car ici le thème inspire aussi bien Van-\ndante que l'allegro et le finale, l'œuvre étant, pour le reste, construite\navec toute la rigueur traditionnelle."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.34", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n631\n\nLe piano y joue un rôle très particulier, tantôt marié à l'orchestre,\ntantôt prenant seul une initiative hardie, et donnant, ainsi que le lui de-\nmande Saint-Saëns dans sa Symphonie en ut mineur, des effets de force\nqu'eussent vainement cherché les harpes.\nAlfred Gortot, qui passe tour à tour du clavier au bâton, a montré là une\nfois de plus ses qualités de pianiste et de musicien.\nL'œuvre a été exécutée avec la précision qui caractérise la Société des\n,o 3\nConcerts. A signaler cependant quelques indécisions dans le rythme ——\ndu finale pendant les 10 premières mesures.\nNous avons admiré la splendeur des chœurs de Lotti, bien chantés a\ncappella, et qui font songer, par leurs harmonies franches et droites, à tout\nl'art vigoureux de leur temps.\nMais pourquoi l'étrange, plate et tortillée ouverture de Frithiof est-elle\nvenue clore par le fracas de ses cuivres en vacances cette intéressante\njournée ?\nA. M. D. V.\nBien que soit passée l'époque où la musique semblait exister seulement\npour mettre en valeur l'interprète, le public n'en garde pas moins un goût\nmarqué pour les virtuoses. Il n'a point tort. Les cascades de notes qui\ntombent avec une netteté de cristal, les effets savamment ménagés, et plus\nque cela peut-être, la savoureuse qualité du son produisent sur l'auditeur\nune sensation des plus agréables, sensation purement physique d'ailleurs\net indépendante de la valeur intrinsèque de l'œuvre exécutée. Toutefois, si\nl'on applaudit des pages médiocres, parce qu'excellemment jouées, com-\nbien la joie est plus profonde et plus délicate aussi quand de grands\nartistes mettent leur talent au service de belles œuvres ! Il en fut ainsi aux\ndeux derniers concerts de la Société Philharmonique.\nM. Richard Muhlfeld du « Meininger Trio » qui se fit entendre au\nconcert du 28 novembre est un clarinettiste allemand de grande réputa-\ntion. Les Fantasiestucke de Schumann, qu'il joua seul, nous permirent d'ap-\nprécier son velouté, sa finesse d'attaque, en un mot, toutes les qualités qui\nfont de M. Muhlfeld un clarinettiste de tout premier ordre. Dans un Trio\nde Brahms spécialement écrit pour lui, paraît-il, et dans le trio op. 11\nde Beethoven, M. Wilhelm Berger, au piano, et M. Karl Piening, violoncel-\nliste, complétaient un ensemble excellent à tous points de vue. Aussi\nl'accueil fait au « Meininger Trio » fut-il extrêmement chaleureux.\nGrand succès également pour le quatuor vocal dans O vos omnes de\nMoralès, compositeur espagnol du xvie siècle. Ce motet, douloureux et de\ngrand caractère, fut redemandé. Mmes Faliero Dalcroze, Maria Gay,\nMM. R. Plamondon et Louis Frolich le chantèrent avec beaucoup\nd'expression.\nEn disant que sur le programme du dernier concert figuraient les noms\nde M me Faliero Dalcroze et de MM. Jacques Thibaud et Lucien Wurmscr,\nj'imagine n'avoir pas à insister sur l'intérêt artistique présenté par un tel\ngroupement de célébrités. Au début de la soirée, M. Jacques Thibaud avait\nfait annoncer que, légèrement indisposé, il ne pourrait jouer la Chaconne\nde Bach. Je l'ai regretté. Non point je l'avoue humblement, Gustave\nBret dût-il m'en vouloir pour l'œuvre elle-même, mais parce que cela\nm'a privé d'entendre une fois de plus l'éminent violoniste. J'aime infini-\nment son jeu si noblement expressif et qui ne sacrifie jamais rien à l'eflet ;\naussi M. Lucien Wurmser le secondant admirablement eûmes-nous\nune magistrale exécution de la Sonate en la de Mozart et de la Sonate"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.35", "texte": "632\nLE MERCURE MUSICAL\n\nop. i 3 de M. G. Fauré. Dans la première, le presto est très amusant. La\nseconde a été trop souvent entendue pour que j'en fasse ici l'analyse ; le\nscherzo et le finale m'en sont particulièrement agréables.\nLes Variations en fa de Mozart et le Scherzo op. 16 de Mendelssohn,\nmirent en valeur la grâce et la délicatesse de toucher qui sont la caracté-\nristique du talent de M. Lucien Wurmser. J'ai moins goûté la Polonaise\nen mi de Liszt, colorée mais commune, avec pourtant dans son milieu un\nléger parfum walkyrique.\n11 ne faudrait pas croire que les acclamations et les bravos soient tous\nallés aux deux virtuoses dont je viens de parler. Mme Faliero Dalcroze par\ndeux fois en eut largement sa part. C'était justice. Sa belle voix souple et\nchaudement homogène fit merveille dans deux lieder de Schubert et dans\nMandoline bissée de M. G. Fauré. Les autres mélodies, quoique aussi\ndélicieusement chantées, me parurent présenter un intérêt moindre.\nJEAN POUEIGH.\n•&\nL'audition des grandes œuvres de piano et d'orgue de César Franck\ndonnée le ier décembre àla Schola Cantorum par M^6 Blanche Selva et\nM. Gustave Bret a cette fois-ci, comme l'année dernière, comme chaque\nfois, attiré un nombreux public et remporté le plus grand succès. A cons-\ntater la réelle ferveur du public à l'égard des œuvres instrumentales, parti-\nculièrement des œuvres de piano de César Franck, on est en droit de se\ndemander pourquoi les pianistes, les vrais, persistent, à très peu d'excep-\ntions près, à ne pas vouloir les jouer. Ils pourraient, à vrai dire, invoquer\nune raison, une seule, mauvaise sans doute à leur avis : c'est que Mlle Selva\ninterprète ce Prélude, Choral et Fugue, et ce Prélude, Aria et Finale avec\nune si parfaite compréhension, une telle autorité, qu'elle anime ces œuvres\nd'un souffle si brûlant de vie et d'amour, qu'il semble impossible d'atteindre\nune impression artistique aussi forte, aussi complète.\nLes organistes ont peu l'occasion de se produire en dehors des églises,\naussi a-t-on trop rarement celle d'entendre ces trois chefs-d'œuvre que\nsont les trois Chorals d'orgue ; il faut être doublement reconnaissant à\nM. Gustave Bret et de nous les avoir fait entendre et de les avoir exécutés\navec une parfaite maîtrise.\nX.\n\nLA MUSIQUE A LYON\n\nGrand théâtre de Lyon : première représentation d'Armor, drame lyrique en trois actes de\nM. Sylvio Lazzari, poème de 3VL E, Jaubert.— Société lyonnaise des Grands Concerts : première\naudition.\nM. Lazzari me pardonnera l'indulgence imméritée que je puis manifes-\nter pour son œuvre. Je l'ai entendue trop peu, et dans de telles conditions\nd 7 « inconfort », qu'il m'est difficile de porter un jugement bien certain.\nAssurément nos confrères de la presse lyonnaise ont mis tout en évidence\nla décevante faiblesse du livret. Mais doit-on penser qu'il convienne d'ac-\ncorder une importance actuelle à une erreur anciennement reconnue ?Je\nne le crois pas. M. Jaubert se sera sans doute pénétré, depuis, de cette\nnécessité d'avoir un sens que partagent symboles et raisonnements. Des"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.36", "texte": "niaiseries de style ne sont rien auprès de l'ignorance évidente des systèmes\nlégendaires...\nQue 1' « histoire » d'Armor appartienne en effet à la série des romans de\nla Table ronde, des réminiscences évidentes font qu'il n'est pas permis d'en\ndouter. Mais quelle est au juste la paternité dont se réclame l'auteur ?\nVoilà un bien délicat problème. En toute bonne volonté, je n'ai pu situer\ncette invention incohérente, ni légendairement, ni littérairement.\nDans une île sauvage, loin des côtes d'Armorique, des « Korriganes »,\nvierges et guerrières, vivent sous la protection de la « Mer » : sœurs gar-\ndiennes d'Arthur. (Pourquoi ?) Débarque « Armor», chevalier breton, à\nla conquête du mystique diadème. Combat avec « Ked », reine des Korri-\nganes, et résistance victorieuse d'Armor, dont la visière se relève. Ked\nreconnaît en lui l'Elu auquel son cœur aspire. L'action est finie. Ked\noffrira son amour, Armor le repoussera : c'est tout.— Qu'importe, en effet,\nl'apparition raisonnante d'Arthur, repêchant la couronne que Ked a jetée\ndans les flots (acte 1) ? Qu'importe que nous retrouvions Armor, roi des\nBretons, faiblissant un instant aux sollicitations passionnées de la reine et\nchâtié aussitôt par l'écroulement de son palais de carton ? Qu'importe\nenfin qu'un mystérieux hasard fasse revivre tous les héros au dernier acte\npour réaliser la conversion de l'impudique princesse ? Toujours égales\ndemeurent les situations I Armor, c'est la charité spirituelle en face de\nla « diablesse Vénus » : résistance à peine justifiée de l'esprit sur la chair...\nj'ai peine à croire à la sincérité de 1' «assomption » finale, et comment Ked,\nsensuelle comme Armide, et plus illogique que Kundry, va du désir d'Armor\nà la sympathie platonicienne que lui impose un dieu chrétien et bavard !\n... D'autant que les « fonds » du drame, pour être au premier plan,\nn'y ajoutent rien d'essentiel. Il y a ici des bardes, costumés en druides,\nqui chantent la gloire d'Armor ; et là des Wickings pillards surgissent,\ncommandés par un fils de Thor (!), bien à temps pour accroître l'allégresse\ndu retour. Mais que signifie par exemple cet Arthur (roi d'Armorique, ne\nvous déplaise), qui va, suivi de ses pairs, se promenant sur les flots, et\nrépute avec une dégoûtante fatuité la sentence divine pour se voir démenti\naussitôt ? Voix d'en haut, voix d'en bas, intervention des éléments : on ne\nsaurait revenir à plus fade merveilleux de feu notre opéra national...\nL'hypothèse la plus favorable est que M. Jaubert se soit inspiré d'une\nforme décadente de la légende, où, toutes les données traditionnelles étant\nconfondues, la valeur profonde des symboles se trouve réduite en pénible\neffort d'allégorie. Je n'y veux pas voir autre chose.\nMais surtout qu'on n'aille pas reprochant à M. Lazzari le choix de son\nlivret ! Reproche trop facile, comme de ses péchés à Grainquebille...\nSans se rejeter sur la mauvaise excuse d'un début, il est normal de justifier\ncette erreur par le caractère d'exotisme de la légende d'Armor, surtout pour\nun Tyrolien (i) ! Et, pour ma part, je ne saurais assez admirer avec quelle\nbelle conscience l'artiste s'est appliqué à tirer parti du moins vivant et du\nmoins inspirateur des poèmes ! De fait, une certaine inaccoutumance des\nvaleurs de notre langue n'était pas sans le servir: comment résister autre-\nment à la force d'inhibition d'un tel livret ?\nNon seulement M. Lazzari a tiré parti du « poème », mais il a trouvé\nmoyen de l'animer, en l'expliquant et en l'unifiant. La vigueur et la sincé-\nrité de son invention musicale ont paru sensibles à tous les auditeurs\nd'Armor. Ce long duo d'amour, j'ai dit combien il est déplorable au\n\n/ [', Non qUe je veuille prétendre que M. Lazzari ne soit devenu bon Français,\nd'esprit et de cœur.\n\nLE MERCURE MUSICAL.\nREVUE DE LA QUINZAINE\n633\n42"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.37", "texte": "634\nLE MERCURE MUSICAL\n\npoint de vue scénique, n'étant guère coupé que par des hors-d'œuvre,\nM. Lazzari réussit à le soutenir dans une belle et continue effusion sym-\nphonique. Qu'il en doive résulter une certaine uniformité, une certaine\nmonotonie même, cela paraît inévitable ; mais je ne crois pas que cette\nplénitude de son aille jamais jusqu'à la fatigue du spectateur.\nIl y avait un danger plus grand dans la nature même du scénario, et l'on\npouvait craindre que le souci d'oeuvres antérieures se fût, par instants\nimposé au compositeur. Je dois reconnaître que le péril n'a rien d'im-\nmédiat. Des critiques plus compétents ont rapproché la partition de\nM. Lazzari de certaines œuvres de Wagner, de Massenet et de Reyer. Je\nne sais pourquoi le souvenir de YArmide de Gluck me revient à l'esprit\npour se réclamer de la filiation de ces maîtres : il se peut qu il n'y ait en\ntout cela qu'une analogie de formule.. Quoi qu'il en soit, M. Lazzari de-\nmeure suffisamment original. Et si l'influence wagnérienne paraît très sen-\nsible chez lui, on peut dire qu'il la supporte sans faiblesse : ce n'est pas le\nmoindre éloge que Ton puisse faire de son art»\nLes meilleures pages du drame sont déjà connues à Paris, parles audi-\ntions de Lamoureux et de la Société nationale (lie acte, 1901). —A Lyon,\noù l'œuvre se présente pour la première fois dans son ensemble (;), on a\nparu goûter particulièrement le prélude et ce duo entre Armor et Ked au\npremier tableau qui va se répétant aux deux derniers actes (scènes 5).\nCe procédé thématique de l'auteur se révèle dès ce prélude, procédé non\nexclusivement wagnérien, puisqu'il se rencontre déjà dans cette ouverture\nde la Léonore de Beethoven dont j'aurai à parler. Le morceau est bref,\nétant constitué presque uniquement sur le thème de la Mer. Après une\nintroduction au « monde mystérieux des Korriganes », il se remplit petit à\npetit par juxtaposition progressive du thème héroïque d'Armor. La com-\nposition en est limpide et d'autant plus attachante. Du deuxième acte je\npréfère ne rien dire, craignant de reprendre trop brièvement des analyses\nexcellentes qui ont été données ailleurs.\nJe ne puis cependant m'empêcher de remarquer, toujours à ce propos,\ncombien les « successeurs » de Wagner paraissent peu s'apercevoir de la\nportée dramatique du leitmotiv et de toute la nécessité qu'il y a à lui con-\nserver son sens générique. L'origine physique de quelques thèmes wagné-\nriens paraît avoir prédominé à leurs yeux sur le caractère symbolique de\nce mode de construction. C'est encore le même rapport de l'allégorie au\nsymbole que je signalais touchant la décadence de la légende.\nM. Lazzari, tout en maintenant l'existence de thèmes d'ordre général :\namour, séduction, repentir, rédemption, pitié (celui-ci mériterait une longue\ndiscussion), et tout en pénétrant assurément tout leur sens, ne paraît\npas s'attacher à ces motifs autrement que comme à d'heureux procédés de\ncomposition. Est-ce un reproche ?... Les dérivations même qui existent\nentre quelques-uns de ces thèmes (par exemple : « mission d'Armor de\nramener Ked à Dieu» et deuxième thème d'Armor), bien qu'elles paraissent\nsuivies dans l'exact procédé wagnérien, ne revêtent pas à mes yeux la\ngrandeur « conceptuelle » nécessaire pour soutenir longuement l'intérêt\ndramatique, d'où un certain abus d'une psychologie musicale étrangère à\nl'œuvre: reprise du thème de la Mer, répétition du motif d'Elda et de sa\nballade, etc... Il manque, en somme, une forte direction dépensée qui s'en-\ntretienne et se parachève : nous nous heurtons probablement, ici encore, à\nl'erreur philosophique du poème.\nOù M. Lazzari se sépare des procédés wagnériens, à supposer qu'il y\n\n(1) Après Prague et Hambourg."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.38", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n635\n\nait jamais été attaché, c'est dans sa manière de traiter les voix ; je n'o-\nserais dire que ce soit toujours d'une manière heureuse. Il me revient\nl'impression pénible que produisent certains vers de mirliton du livret,\nsortis brusquement de la marée symphonique pour y rentrer aussitôt (i).\nIl y a d autre part (et sans doute toujours pour la cause précitée...\nn'oublions pas qu'il s'agit d'un musicien encore jeune !) une certaine\nsécheresse orchestrale, un manque de « fondu », qui rendent l'audition\nparfois déconcertante pour nos oreilles accoutumées aux liaisons wagné-\nriennes.\nCependant l'instrumentation d 1 Armor est suffisamment fournie pour per-\nmettre une grande mobilité dans les transitions (2). Le compositeur ne\nl'ignore pas, car il paraît même trop peu ménager de ses forces : d'où une\nnotable difficulté dans la progression et naturellement quelque « regret »\nchez l'auditeur. Au reste, M. Lazzari use de son orchestre avec science, et si\nles timbales et les cuivres dominent parfois un peu lourdement le qua-\ntuor, nous devons lui tenir gré de la modération de ses cors. Ce ne sont, en\nsomme, que défauts relatifs de qualités de clarté et de simplicité, qui, plus\nque tout autre, honorent un difficile effort de libération.\nMais ce m'est surtout un grand plaisir de rendre justice au talent\ndescriptif de l'auteur. Le prélude fut applaudi d'enthousiasme. On pourrait\nvanter aussi l'envahissement de la mer au deuxième acte, dont l'effet est\nmalheureusement coupé parle bruit des machines...\nBref, la musique d\"Armor est toujours intéressante, parfois attachante.\nCe n'est peut-être pas une raison suffisante pour oser lui prédire la fortune\nd'une autre œuvre qui nous vient de Prague :je veux citer Don Juan. Mais\nil y a là de très positives promesses : une originalité de pensée déjà cer-\ntaine. Si l'invention mélodique n'est pas toujours suffisamment libre,\nsurtout la fermeté de coup d'œil d'un musicien qui se connaît et la science\nde l'expression dramatique. Quoi de plus ?Et connaît-on beaucoup d'œu-\nvres actuelles dont il soit permis de faire cet éloge?\nAu fait : ces promesses d'un artiste expert et très convaincu, je ne doute\npas qu'elles se trouvent réalisées à l'heure présente, et que Y Ensorcelée,\navant Amis et Amiles, ne nous donne bientôt la joie d'applaudir au talent\naffranchi d'un maître (3).\n¥ *\nIl fallait un certain courage pour aborder la tâche de rendre à Lyon les\ngrandes auditions musicales qui lui manquaient. M. Witkowski s'y est\nattaché avec tant d'ardeur qu'il semble tout près d'avoir réussi.\nL'ouverture de Léonore (no 3), abordée avec timidité, a mis en valeur,\n\n(1) Cf. l'entrée d'Armor, au lerIer acte, p. 6\\ de la partition, pp. 98-105 ;le vœu\nd'Armor, p. 212, et, au dernier acte, le discours d'Arthur.\n(2) 3 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes, clarinette basse, 3 bassons,\n4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, tuba, 3 harpes, batterie avec glockenspiel,\nquatuor.\n(V) Je n'ai rien dit de l'interprétation. Mmfi Janssen bientôt à nouveau Isolde\nretrouve sans effort toute la mystique volupté de sa race : il faut louer la cantatrice\nde la composition de son rôle. Il y a une religion de l'amour et de l'art qui fait passer\nsur bien des livrets Sans doute, M. Verdier est toujours consciencieux et expres-\nsif: même vertu de composition, mais enthousiasme trop égal. Mlle Pierrick est bonne.\nM. Dangès, qui sera un grand artiste, paraît morose sur le cheval de bois d'Arthur.\nL'orchestre fut vraiment bon, grâce aux soins paternels de son excellent chef :\nPhilippe Flon."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.39", "texte": "636\nLE MERCURE MUSICAL\n\nparticulièrement dans la seconde partie de l'allégro, des qualités rythmi-\nques surprenantes chez un orchestre aussi frais.\nLa Jeunesse d'Hercule de Saint-Saëns m'a paru longue: je conçois qu'une\napologie morale ne va pas sans raideur, fût-elle agrémentée de nymphes et\nde bacchantes.\nEt pour l'ouverture des Maîtres Chanteurs, qui fut entreprise un peu\ntôt, j'eusse désiré que l'harmonie eût moins l'air de se pâmer au-dessus\ndu quatuor: cela produit une confusion de nuances dont s'accommode mal\nl'esprit très ciair de la partition.\nM. Ysaye prêtait son concours aux organisateurs de cette première séance.\nJe ne lui ferai pas l'injure de louer la perfection de son art. Il a paru qu'il\ncommençait avec un peu d'ennui le si touchant Concerto de Bach (en mi) ;\nmais il s'est animé, et déjà sur la fin de l'allégro sa crinière léonine marquait\ntoute la ferveur de son culte.\nJ'aime moins la Symphonie espagnole de Lalo. Comment, malgré une\nmultitude de faux bijoux, n'eût-elle pas fait grise mine au milieu d'un tel\nensemble ?... M. Ysaye a « bissé » avec un prélude de Bach qui était\ncomme une consolation de l'art à lui-même.\nIl me chagrine cependant de voir l'âme doucement volontaire du grand\nBach répandue dans ces auditions trop publiques. Nulle musique comme\nla sienne ne me paraît solliciter des prêtres... Et il y a quelque gêne pour\nl'esprit au souvenir des générations tournoyantes qui ont honoré et hono-\nrent encore la salle des Folies-Bergère !... Dirai-je que, malgré les répa-\nrations effectuées, l'acoustique est déplorable ? Le besoin d'une salle se fait\ntoujours plus sentir. Une mention en terminant à M, Fleuret, qui a\ndompté l'orgue, infiniment mobile, où-se complaît l'ingéniosité d'un de\nnos facteurs lyonnais.\nLes Grands Concerts ont triomphé. Je ne doute pas que le succès soit\ndurable, si Rédemption, qu'on annonce pour le 24 décembre, trouve\ndans les chœurs de la Schola l'appoint de perfection que l'œuvre réclame.\nTout l'honneur en revient au musicien distingué qui a pris à cœur de nous\nrendre à l'amour de son art et à l'estime de son effort.\nM. Witkowski peut déjà être fier du résultat obtenu : je le lui dirais,\nsi je n'avais peur de lui donner de l'orgueil.\n\nJacques Reboul.\n\nLA MUSIQUE EN ANGLETERRE.\n\nLondres et les environs.\nEn même temps que les premières grouses d'Ecosse, apparaissent les con-\ncerts automnaux. La province commence.\nA Worcester, Norwich, Sheffield et Bristol, ont eu lieu cette année ces\nsolennités d'une importance artistique et d'une dimension dont on ne se\nfait qu'une piètre idée à Paris, et même à Londres. Parmi ces quatre villes,\nempressées à plaire, une seule ne possédait encore ni un passé musical\nni une réputation d'Art, Worcester, uniquement célèbre pour sa sauce, « for\nsteaks, chops, every kind of boiled and fried fish », gloire qui sans doute\nne la contentait plus, Mr. Henry J. Wood et Herr Weingartner furent, de\nces Festivals, les principaux « conductors » ; les programmes comprirent,\noutre les habituelles symphonies classiques, des oeuvres modernes de\nnationalités diverses : The Drearn of Gerontius de bir Edward Elgar,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n637\n\nMarino Faliero de Mr. Joseph Holbrooke, les Béatitudes de César Franck,\nla Symphonie fantastique et Leho de Berlioz. Deux chœurs à huit parties\nde Weingartner, The House of Dreams et The Song of the Storm ont été\nexécutés, ainsi que Taillefer, de Richard Strauss, ballade ayant pour sujet\nla bataille de Hastings.\nPuis à Londres, innombrables, les séances continuent. C'est Mischal\nElman, infatigable et qui ne vieillit point ; Mark Hambourg, qui donne à\nun reporter du Ladys Realm des conseils empreints de sagesse (« Vous ne\npouvez interpréter les œuvres d'un grand compositeur que si vous avez une\nlarge intelligence, l'expérience de la vie, l'habitude des voyages et une par-\nfaite connaissance des écrits des poètes, historiens, philosophes anciens et\nmodernes »... Whatnext?) ; Mr. Percy Grainger, qui révèle au public de\nBechstein Hall les Pagodes debussystes et la Lotus-land de Mr. Cyril Scott;\net tant d'autres î\nAprès un après-midi ainsi dépensé, il convient de se rafraîchir aux sources\npures de la simple musique : idéales « musical comedies » absurdes, char-\nmantes et toujours pareilles, dont on ne se lasse pas à moins de les\navoir eues, dès l'abord, en horreur. Et Maurice Farkoa dans Lady Madcap,\nMiss Ethel Irving dans Mr. Popple, Mr. Seymour Hicks dans The Catch of\nthe Season, c'est la perfection même, tout comme Mme Melba dans la\nBohême. Si vous considérez qu'une « musical comedy » n'est ni de la musi-\nque, ni de la comédie, vous ne pourrez que trouver que ce genre, typique-\nment anglais, a produit des chefs-d'œuvre. Joie des yeux! contentement de\nl'oreille! repos de l'esprit 1... Un whisky à l'entr'acte avec une « Albany »\ncigarette, et voici l'heure du souper sans qu'on s'en soit aperçu ! All's\nwell that ends well !\nCependant dans ce Covent Garden, encore tout frémissant de Tristan et\ndu Ring, triomphe l'italianisme, en des représentations, je dois le recon-\nnaître, excellentes : Madama Butterfly, Mefîstofele, la Bohême et autres\nœuvres encore pires, chéries des chanteurs, des amateurs de chant et des\nSociety people !...\n*\n* ★\nSi l'Opéra Royal s'affirme résolument transalpin, les grands Concerts\naffichent au contraire un modernisme outrancier. Loin des roulades, des\nritournelles, des mélodies faciles et des fausses musiques avancées, perpé-\ntrées par certains compositeurs soucieux de ménager l'Art et le gros public,\nDr Richter y dirige Also sprach Zarathustra, Tod und Verklœrung, Sinfo-\nnia domestica ; et Richard Strauss est The man of the moment (comme dit\nMr. Harry Melville), furieusement à la mode. Je ne sais point au monde un\nhomme dont, ces dernières semaines, il ait été plus parlé que du compo-\nsiteur de Salomé.\nCette Sinfonia domestica, que Paris ignore encore, et que Londres, après\nNew-York, applaudit, fait couler d'intarissables flots d'encre, d'aperçus\ningénieux, de dénigrements systématiques, de sottises contradictoires et\nde louanges hyperboliques. C'est fort bien.\nDivisée en trois parties se jouant sans interruption, Prélude et Scherzo,\nAdagio, Fugue et Finale, elle prétend décrire la vie d'une famille heureuse,\net ce, de façon demi-humoristique, nous apprend Strauss dans une inter-\nview; il nous révèle aussi qu'il nous faut l'écouter d'un esprit sérieux et la\nconsidérer comme de la musique pure ; que le sujet, d'ailleurs, n est pas\ntant « un jour de vie familiale » que les joies et les chagrins de la maternité\net de la paternité, la croissance de l'enfant et ses relations avec ses parents.\nVoilà tout. Il ne faut donc pas voir en cette œuvre des détails réalistes"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.41", "texte": "638\nLE MERCURE MUSICAL\n\nparticulièrement infantiles, pour ne pas dire enfantins ; ni imaginer le mo-\nment précis où le baby est mis pour la première fois en présence de l'eau\n(gammes chromatiques montantes et descendantes des violons, sanglots\ndes bois, éclaboussements des harpes, thème de l'enfant transi au hautbois\nd'amour); ni deviner « l'Etreinte des parents procréant l'Enfant Roi, l'éter-\nnelle Floraison de Vie ! » ni croire à des « mots » entre le père et la mère,\nun peu énervés. Cependant il est certain et évident qu'une façon de\nberceuse y endort le gosse et qu'un glockenspiely sonne 7 heures du matin.\nPlus généralement, le Scherzo représente « l'enfant au jeu » ; VAdagio,\nla vie calme du foyer,\n... la lueur étroite de la lampe,\nLa rêverie avec le doigt contre la tempe... ;\nle Finale, une discussion probablement au sujet de l'avenir du petit (« Il\nsera général ! ») qui se termine dans un bel élan de cuivres apothéotiques,\nvertueux, familiaux familiers.\nOn retrouve dans cette dernière œuvre de Strauss toutes ses qualités\nadmirables et ses défauts les plus intéressants : thèmes un peu simplets,\ntrituration orchestrale à la Don Quixote, nietzschéisme des dernières me-\nsures de Zarathustra, faciles envols et notes stridentes de Heldenleben,\nforce, calme et beauté de certains passages de Mort et Transfiguration. Il\nsemble que Strauss ait pris plaisir à accumuler en cette symphonie à pro-\ngramme tous ses procédés dans ce qu'ils ont de plus personnel, de plus ingé-\nnieux et de plus agressif. En vérité, son extraordinaire adresse finit par\nagacer. Si j'étais assuré que ce compositeur possède un « sense of humour »\nà la Max Beerbohm, je n'hésiterais pas à sourire et à qualifier de chef-d'œu-\nvre cette production, encore que la plaisanterie en soit bien un peu grosse\net allemande. Que si sa signification n'est point ironique, j'ai le regret\nextrême de ne point m'émouvoir devant cet enfant qui s'éveille au son des\ninstruments d'une manière que n'avait pas prévue Montaigne.\nQuand je sors du Queen's Hall, tout parfumé encore de ces « homely »\ncharmes, je trouve dans Regent Street un brouillard subitement tombé,\njaune, oppressant, implacable... Je sens autour de moi des dangers effarants\net invisibles, des cris ouatés de brume, des lueurs troubles... l'adagio de\nStrauss : «... le foyer, la lueur étroite de la lampe !... » chante en moi,\npathétique, narquoisement.\nOh! quitter l'atmosphère de la Symphonie domestique pour s'égarer\ndans un « London fog... »!\n\nX.-Marcel Boulestin.\n\nLA MUSIQUE EN AMÉRIQUE.\n\nFaits et documents.\nL'Orchestre symphonique de Boston a ouvert sa vingt-cinquième saison\nle 14 octobre avec l'ouverture Au Printemps de Goldmark, la Loreley de\nLiszt, le Pigeonneau de Dvorjak, une scène de de Wagner fa. 111,\nse. 2), et la 2e Symphonie de Beethoven. Ci-joint les programmes des\nconcerts suivants :\n21 octobre :\nSMETANA : Ouverture de l'opéra Libussa. LISZT : Concerto en la"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n639\n\nmajeur. R. STRAUSS : Mort et Transfigurât ion. —TCHAÏKOVSKY :Sympho-\nnie n° 4 en fa mineur.\n28 octobre :\nFR. SCHUBERT : Symphonie inachevée. DYORJAK : Concerto pour violon-\ncelle. BEETHOVEN :3e Symphonie.\n4 novembre :\nConcert consacré aux œuvres de Wagner. Solistes : Mme J. Gadski,\nM. E. van Hoose.\nL'absence d'oeuvres françaises sur ces quatre programmes est remarqua-\nble, mais s'explique par le fait que M. Vincent d'lndy doit diriger le con-\ncert du 2 décembre et que le programme sera composé de musique fran-\nçaise uniquement, comprenant :\nV. D'INDY :2E Symphonie.— G. FAURÉ : Suite de Pelléas et Mélisande.\nC. FHANCK : Psyché (suite). V. D'INDY: Sauge fleurie. DUKAS :\nL'Apprenti sorcier.\nA partir du 4 décembre, ML d'lndy entreprendra une tournée avec l'or-\nchestre symphonique de Boston, et dirigera des concerts à Philadelphie,\nBaltimore, Washington, New-York et Brooklyn, où, en plus de celles\nmentionnées plus haut, seront exécutées les œuvres suivantes :\nCHAUSSON : Symphonie. —■ MAGNARD : Chant funèbre. CL DEBUSSY :\nAprès-midi d'un faune. V. d LNDY : Istar. ROPARTZ : Danses bre-\ntonnes.\nIl est agréable de constater que l'intérêt pour la musique française est\nplus vif en Amérique que peut-être en aucun autre pays hors de France,\net le monde musical d'ici est fermement convaincu de l'importance de la\nvisite de M. d'lndy.\nPlusieurs de ses œuvres sont bien connues dans notre pays, où elles ont\nété très bien exécutées.\nLes annonces suivantes donneront une idée de la quantité de musique\nfrançaise qui sera jouée à Boston durant les quelques mois prochains :\nTrois concerts de musique de chambre pour instruments à vent, donnés\npar M. G. Longy (ter hautbois de l'orchestre symphonique de Boston),\noù seront exécutés pour la ire fois, à côté d'autres œuvres :\nNocturne de G. Fauré ;\nQuintette de A. Caplet, Scherzo de Ch. Lefebvre ;\nVariations symphoniques de E. Lacroix ;\nNonetto de E. Malherbe.\nLe quatuor Hess exécutera le Quatuor (en do mineur) de G. Fauré et le\nQuatuor avec piano de V, d'lndy.\nLe quatuor incomparable de Kneisel annonce pour sa 21e saison les\nœuvres françaises suivantes: Quatuor de Ravel, Quatuor en mi majeur de\nV. d'indy et Quatuor en la majeur de Chausson.\nM jouera lui-même à leur concert du 24 décembre à New-York\nson Quatuor pour piano et cordes avec ces grands artistes.\nMme Hopekirk, la distinguée pianiste, a fait entendre à son premier réci-\ntal le poème des Montagnes de V. d'lndy, la Barcarolle de Debussy, ainsi\nque Clair de Lune, Vis le joyeuse, Masques. Je ne veux pas omettre de men-\ntionner la première exécution à New-York, la semaine passée, du Prélude à\nVAprès-midi d'un faune, de Debussy, par l'orchestre symphonique de New-\nYork, sous la direction de M. Walter Damrosch.\nNous espérons avoir sous peu la visite de Mme Blanche Selva, car nous\navons tous un vif désir d'entendre cette grande artiste, dont le rare talent\nfait l'admiration de tous les véritables amateurs de musique.\nEn un mot, la cause de la musique française est bien défendue dans notre\npays.\n\nC. W. Lœffler."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.43", "texte": "640\nIE MERCURE MUSICAL\n\nLIVRES ET MUSIQUE.\nRomain Rolland : Jean Christophe. 3 vol., Paris, Ollendorf. Henry Expert : Extraits des\nMaîtres Musiciens de la Renaissance française. Paris, Leduc. Frédéric Hellouin : Ess.Â de\ncritique musicale. Paris, Joanin. Georges le Cardonnel et Charges Vellay : La littérature\ncontemporaine. Paris, Mercure de France. Richard Wagner et Mathiide Wesendonk :\nJournal et Lettres, 1853-1871, trad. G. Khnopff. 2 vol., Berlin, Dunckler.\nCe qui me plaît avant tout dans le livre de Romain Rolland, c'est qu'il\nne se présente pas sous les espèces du « style ». Le style, c'est l'homme ?\nQue non pas : c'est avant tout l'auteur, et le travesti qu'il met à sa pensée.\nIl est des travestis comiques, il en est de charmants, mais nous avons tort,\npeut-être, de nous laisser séduire à ces dehors, et tel de nos notoires con-\ntemporains, styliste de profession, est-il autre chose qu'un habilleur de\nvanités ? Il est d'autres beautés que celles de la toilette, et un autre art\nque celui de l'arrangement des syllabes. Sensible, plus qu'il ne faudrait\nsans doute, aux agaceries de notre coquette littérature, quelle impression\nde repos, de droiture et de grandeur n'ai-je pas eue souvent en ouvrant un\nroman de Tolstoï ! C'est qu'ici le génie, pour ne plus se dépenser au dé-\ntail, n'en gouverne que plus hautement l'ensemble et imprime au récit tout\nentier le mouvement irrésistiblement calme d'une eau profonde. Tel est\naussi, à mon sens, le souverain mérite de Jean Christophe : pensers et sen-\ntiments s'y donnent tout entiers, sans parure, sans ruse, sans détour, tels\nqu'ils jaillirent des sources de la vie, et suivant l'ordre même où la nature\nles présente aux clartés de l'esprit : œuvre de sincérité avant tout, mais\nœuvre d'art au premier chef aussi, par la puissante logique de sa compo-\nsition.\nC'est une triste et belle histoire que celle de Jean Christophe ; né dans\nune falote petite ville allemande, fils d'un musicien ivrogne et d'une mère\neffacée, orgueilleux et rude, débordant de force et de bonté, mais privé de\nsouplesse et aussi d'indulgence aux faiblesses d'autrui, il va dans la vie,\nheurtant et cognant de droite et de gauche, comme un géant partout à\nl'étroit. Pas à pas nous le suivons, depuis les terreurs de 1' « aube » jus-\nqu'aux ardeurs de la jeunesse, où Ton sent poindre le prochain génie ; et\nle géant a une âme, une pauvre âme sensible, crédule et généreuse, qui\nfrémit douloureusement aux souffrances et aux déceptions que lui inflige\nle petit monde humble ou vulgaire où, tant bien que mal, il cherche à\nloger ses sentiments démesurés. Il est bien vrai que l'on retrouve là plus\nd'un trait de Beethoven, mais infiniment plus marqué et plus suivi que\ndans ce que nous savons de la réalité : ce n'est pas là une reconstitution\nhistorique, c'est une évocation plutôt ; par les sortilèges du culte qu'il a\nvoué au Maître des douleurs, Romain Rolland a appelé son âme et la fait\nrevivre parmi nous. Bientôt sans doute nous aurons à entendre ses rigou-\nreux jugements sur nous et surtout notre musique : tels, les philosophes du\nxvme siècle critiquaient nos mœurs, par la bouche d'un Persan ou d'un\nHuron bénévole. Mais leur personne et leurs préjugés reparaissaient à\ntout endroit, sous un déguisement qui ne trompait personne. Au lieu que\nle héros de Romain Rolland vit avec une ampleur et une vérité dont on\ntrouverait, dans toute la littérature, de bien rares exemples.\nLivre moral, assurément, que celui-là ; mais que l'on n'aille pas croire à\ndes allures prêcheuses, ni àde puritaines austérités. La sympathie de\nl'auteur va à ce qui est pur, certes, mais d'abord et avant tout à ce qui est\nlargement humain. La vertu acariâtre des âmes ménagères est même peinte\nde traits fort joliment ironiques, et la paresseuse mélancolie d'une Sabine\nest étudiée avec amour. C'est d'ailleurs un charmant épisode que celui de"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.44", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n641\n\nSabine, avec la tristesse soudaine, et si vraie, de son dénouement. Je ne\nveux pas commencer les citations, car je ne m'arrêterais plus, tant le cours\ndu récit est égal et soutenu : l'émotion coule à pleins bords en ce livre de\npitié, d'amour et de bonté. Nos lecteurs pourront bientôt s'en convaincre,\ncar nous publierons prochainement des parties de la suite de l'ouvrage,\nnon encore terminé, comme on sait, mais déjà récompensé du prix de la\nVie heureuse. Et c'est bien la vie heureuse dont on y trouvera le secret,\nsi le bonheur se gagne, comme le Paradis, par la douleur.\nChacun connaît aujourd'hui les admirables travaux de M. Henry Expert,\net les belles éditions où revivent ces maîtres français du xve et du xvie siècle\nqui, comme le dit Debussy un jour, « savaient faire sourire » le contre-\npoint dont nous avons fait un travail de mandarins ; maîtres qui sont cer-\ntainement parmi les plus grands de la musique, et bien nôtres par la déli-\ncatesse précise de leur pensée et la sûreté d'un style expressif et concis.\nLes volumes de la collection des Maîtres musiciens de la Renaissance\nfrançaise sont publiés avec un luxe et un soin qui ne les rendent pas\naccessibles à tous ; c'est donc une fort heureuse idée que d'en détacher,\nsous forme d'extraits, les morceaux les plus remarquables et les plus sus-\nceptibles d'être exécutés par les amateurs modernes. Il ne faut pas croire,\nen effet, que cette musique n'ait qu'une valeur historique : rien de plus\nvivant au contraire, de plus gracieux ou de plus touchant, et de mieux fait\npour plaire aux oreilles modernes : tous ceux qui ont entendu chanter ces\nœuvres, soit à l'Exposition des Primitifs français, soit à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales, soit aux Concerts du Conservatoire, peuvent en témoigner.\nRien de moins « primitif » d'ailleurs, ni de moins scolastique que cet art\nparfaitement maître de ses moyens, qui construit ses édifices sonores\ndes plus délicates mélodies, et sait ajourer finement une harmonie\nfondée tout entière sur l'accord parfait. Dans ces extraits, dont la publica-\ntion vient de commencer, on trouvera déjà la Guerre, cette symphonie\nvocale de Janequin, si tristement défigurée par l'édition du prince de la\nMoskowa et ici rétablie en sa verdeur première ; puis plusieurs chansons\ndu même auteur, beaucoup moins connues, et où il montre un sens exquis\nde la nuance et une rare entente des effets d'harmonie ; l'une surtout\n(Laissezf cela) est un chef-d'œuvre d'émotion contenue, et nul, si ce n'est\nFrançois Couperin peut-être, n'a jamais su mieux traduire tout ce qu'il\ntient de pudeur savoureuse et de langueur tendre dans un refus qui se\nmurmure. Or le thème de la chanson est le même que Wagner fait sonner\nà ses cloches, dans Parsifal; tant il est vrai qu'en musique le sujet n'est\npresque rien : tout est dans la manière de le traiter. Roland de Lassus est\nreprésenté, lui aussi, par quelques chansons robustes, gaillardes, et non\nexemptes d'une certaine pesanteur flamande. Jean Mouton et Passereau\nont plus de grâce, avec un style cependant très rigoureux, très strictement\nimitatif ; et il y a une exquise ironie dans la chanson de Pierre de la Rue\n(Ma mère, hélas ! mariez-moi). Enfin le xvie siècle finissant est représenté\npar des compositions de Costeley, Le Jeune et Mauduit, où l'on trouvera\ndes mélodies toutes modernes d'allure, et des recherches rythmiques et\nmodales où notre musique elle-même pourrait fort bien s'instruire Tel est\nd'ailleurs l'avis de M. Gabriel Fauré, directeur du Conservatoire, et, par la\nnature de son talent, digne continuateur de ces charmants et profonds\nmusiciens : il vient de les inscrire au programme d'études de notre établis-\nsement officiel. Ajoutons enfin que les Extraits sont tous publiés avec les\nclefs modernes, ce qui les rendra lisibles aux nombreux amateurs, chan-\nteurs ôt même compositeurs qu'une clef d'ut fait reculer d'effroi ; et que,\npar une entente spéciale avec la maison Leduc, nous sommes en mesure de"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.45", "texte": "642\nLE MERCURE MUSICAL\n\nfaire, à nos seuls abonnés, 40 0/0 de réduction sur les prix, déjà fort mo-\ndiques, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en se reportant au Catalogue\npublié en tête de ce numéro.\nLe livre de M. Hellouin résume un cours professé l'année dernière à l'École\ndes Hautes Etudes sociales. Il commence par une histoire très sommaire\nde la critique jusqu'au xvme siècle, où il est question de Platon et d'Aris-\ntote, mais non d'Aristoxène, celui des anciens qui nous a laissé certaine-\nment les plus belles pages de critique. La querelle des Bouffons, puis celle\ndes piccinistes et des gluckistes, sont traitées avec quelque détail, et je ne\nserais pas éloigné de donner raison à l'auteur en sa défense de Rameau.\nPour la période suivante, il faut le féliciter de s'être infligé la lecture de\nSuard et Geoffroy, les pères de la critique musico-littéraire, celle aussi de\nCastil-Blaze, Fétis et Scudo qui, un peu plus musiciens, furent de bien\npiètres écrivains : les extraits qu'il nous en montre ne donnent pas envie\nde lire jamais plus avant. Quant à la période contemporaine, c'est la partie\nla plus faible du livre ; et on me croira si je le dis, car j'y reçois de grands\néloges. L'auteur annonce, au début de ce chapitre, « l'intention bien affichée\nde parler sans réticence aucune » ; mais on s aperçoit bientôt que cette\ngrande franchise s'accommode volontiers d'insinuations malveillantes sur\nla famille, les mœurs ou la santé des chers confrères, toutes choses abso-\nlument étrangères au sujet traité. Je ne suis certes pas partisan d'un opti-\nmisme béat et bénisseur ; mais la première des règles, il me semble, est\nde ne juger les hommes que sur leurs écrits et de laisser les commérages\naux rédacteurs de fiches. Il faudrait aussi les juger sur tout ce qu'ils ont\nécrit, et c'est une singulière ignorance de M. Hellouin de ne voir en\nM. Gauthier-Villars que l'auteur des fantaisistes chroniques de XOuvreuse,\ndont il ne goûte pas la grâce piquante et le savoir ingénieusement masqué.\nLe livre conclut à un compromis entre la critique dogmatique et la criti-\nque impressionniste, et se termine par un portrait du critique idéal, où j'ai\ncru reconnaître Jean Marnold; mais, pour ménager la modestie de mon\nami, on s'est abstenu, d'un bout à l'autre du livre, de le nommer.\nLouis LALOY.\nOn n'a pas oublié la retentissante enquête de Jules Huret sur l'Evolution\nlittéraire ; voici que paraissent, reunies en un volume publié par le\nMercure de France sous ce titre qui beaucoup embrasse : La littérature\ncontemporaine, des interviews astucieusement extorquées à nos plus no-\ntoires écrivains par MM. Le Cardonnel et Ch. Vellay.\nIl serait facile de confectionner un réjouissant compte rendu de ce livre\nen ramassant les petits morceaux de sucre cassés par la plupart des in-\nterrogés sur le dos de leurs confrères.\nDéfendant avec une paternelle vivacité ses filles, Minne et Claudine,\nnotre collaborateur et ami Willy, après avoir parlé sans vénération des\ninnombrables gens de lettres sans culture « qui s'appellent légion, Paul\nBrulat ou Bouffandeau » et qualifié M. Laurent Tailhade, en passant, de\n« raclure de théière» (ce qui semble abscons), Willy, donc, déclare : « Si\nmes volumes restaient chez l'éditeur, je n'encourrais ni la malveillance des\njeunes constipés qui opèrent dans des revues discrètes, péniblement, ni les\ninjures exaspérées de certains ratés, comme cet hypo-mufle d'Henry Ner,\nqui me trouvait jadis du talent quand je tirais à petit nombre et le diable\npar la queue, et me continuerait sa bienveillance (chéri, va !) si ma prose\navait aussi peu d'acheteurs que les vers de M. Puaux, la musique de\nM. Georges Hue? etc...lnutile d'ajouter que je me soucie de cesexcommuni-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.46", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n643\n\ncations intéressées aussi peu que du génie poétique de M. Jacques Nor-\nmand. »\nLe plus gai, c'est que les critiques eux-mêmes sont critiqués ; tel\nM. Ernest-Charles, sur le compte de qui M. Van Bever nous édifie à grand\nrenfort d'anecdotes acidulées : « Un jour on lui dit : Vous devriez faire un\narticle sur Ribot. Qui ça Ribot? le député ? Non, le philosophe.— Il y\na donc un philosophe qui s'appelle Ribot ? Ernest-Charles l'ignorait. Il\nenvoya un de ses secrétaires (car il ade nombreux secrétaires) copier à\nla Bibliothèque Nationale la liste des œuvres de Ribot, et un\nensuite, les acheter chez Alcan. En trois jours il les lut et il écrivit un\narticle. »\nMais les lecteurs du Mercure musical s'intéresseront surtout aux juge-\nments portés sur la musique par les littérateurs.\nL'auteur de la Symphonie avec chœurs doit se contenter d une unique\ncitation de M. Henry Bordeaux : « C'est si beau, disait Beethoven, de vivre\nmille fois la vie ! Tout grand artiste doit vivre mille fois la vie. »\nM. Camille Mauclair, qui étudie la musique en poète, juge la poésie en\nmusique : « Mes vers sont des vers de mélomane, ce sont des improvisa-\ntions sur des rythmes de Schumann » Ce même mélomane estime qu'on\ndoit juger un lied comme un tableau : « Il faut qu'en s'adressant à un\nmusicien, le critique puisse lui dire en lui montrant un Whistler : C'est du\nSchumann. »\nJe ne perdrai pas mon temps à conseiller au symboliste auteur de ces\nlignes la lecture de la Logique des sentiments par M. Ribot, celui qu'ignorait\nM. Ernest-Charles ; je dirai seulement : Les vers de M. Mauclair étant du\nSchumann, et Schumann étant égal à Whistler, j'en conclus que M. Camille\nMauclair est une manière de Whistler. On s'instruit tous les jours.\nTandis que José-Maria de Hérédia regrette l'influence mystique de Wa-\ngner sur « Verhaeren, Henri de Régnier, Viélé-Griffin, Gustave Kahn »,\nqu'il déclare tous quatre « poètes de talent »,M. Charles Morice opine que\nl'école wagnérienne eut du bon; mais, ajoute-t-il, elle dure trop longtemps,\ns'attarde. .\nHugues Rebell, « ce grand jeune homme voluptueux aux allures dis-\ncrètes », trouvait « des passages aussi beaux que certains de Mozart» dans\ncet Ofïenbach qu'un épistolier sémite, mais anonyme, du Mercure de France\nreproche aigrement à M. Henry Gauthier-Vil lars d'avoir étiqueté « youpin\npérimé ».\nM.Fernand Gregh(àqui M.Mauclairrefuse tout talent) se demande « pour-\nquoi notre poésie ne suivrait pas l'évolution de la musique qui est allée\ntoujours en se libérant, depuis le plain-chant jusqu'à Debussy » ! Car\nla confusion des deux modes d'expression esthétique est chose courante\nchez les « penseurs » de la jeune génération.\nSur la Louise de Gustave Charpentier, les opinions divergent: M Mau-\nrice Le Blond la préfère « aux princesses glacées d'un Gustave Moreau »,\ntandis que M. Stuart Merrill n y voit, « malgré l'incontestable talent mu-\nsical de M. Charpentier, qu'une transcription de Tristan et Yseult pour\nconcierges ».\nQuand nous sera-t-il donné de lire un florilège des jugements portés par\nles musiciens sur les littérateurs ?\nJ. D'AUTREY.\nC'est une traduction intégrale des lettres parues précédemment que\nM. G. Khnopfif soumet aujourd'hui au public français. L'œuvre de Wagner\nest publiée avec un souci constant de vérité et de clarté, si difficile à\nsoutenir dans une prose de cette espèce. Elle est complète, c'est-à-dire"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.47", "texte": "644\nLE MERCURE MUSICAL\n\nqu'elle englobe toute la période de la vie du maître qui va de Zurich, en\n1853, jusqu'aux heures plus calmes qu'il vécut à Tribschen en 1871, en\npassant par les séjours intermédiaires de Venise, Lucerne, Paris et Mu-\nnich. Une partie du premier volume comprend l'émouvant Journal de Ve-\nnise, le restant, les lettres à Mathilde Wesendonk et à son entourage.\nPour un passionné de psychologie, c'est un recueil qu'il faut lire. Il n'est\npas musical, en ce sens que la musique y tient un rôle effacé, quoique pas\nsecondaire,, car ce qui est typique c'est le mélange constant, dans la pensée\nde l'écrivain, de ses productions scéniques et de ses sentiments. Toute sa\nvie ressort de son œuvre dont elle est en quelque sorte le couronnement.\nOn se demande parfois si l'amour irréel, hiératique et compliqué de Tris-\ntan ne fut pas un peu le sien, si Mathilde Wesendonk ne se confond pas\navec Isolde, et si les conditions ambiantes à la production du chef-d'œuvre\nde ses drames n'ont pas influé sur cette passion qui semble le chef-d'œuvre\nde sa vie. En mettant de côté les enthousiasmes immodérés, subits, les\nexagérations et l'auto-suggestion douloureuse qui dépare infailliblement\ntoute confession intime d'un tempérament original, les pages que\nM. Khnopff a traduites me semblent surtout remarquables comme révéla-\ntion philosophique de la genèse de l'œuvre wagnérienne des dernières\nannées. J en soumets certains passages à la logique déductive de M. Mar-\ncel Hébert, l'intéressant auteur du Sentiment religieux dans l'œuvre de\nRichard Wagner. Les détails particuliers de la vie active du maître, les\nsoucis, ses lectures, ses amitiés y prennent un caractère plus intime et plus\nsacré. C'est le Wagner des lieder qu'on lit entre les lignes et non pas celui\nde la Tétralogie. L'homme se dessine plus vivant, plus pur, plus humain\ndans les Lettres que dans n'importe quelle biographie de Glasenapp ou\nn'importe quel travail théorique comme celui de M. Henri Lichtenberger.\nIl y a là des pages touchantes, desquelles brusquement se dégage une\npersonnalité encore inconnue de l'auteur de Parsifal, et son égoïsme, son\nambition, son exclusivisme parviennent souvent à s'y faire aimer. Quoi-\nqu'on ne puisse excuser tout à fait qu'ainsi, malgré sa défense posthume, on\nait vulgarisé la mélancolie nuageuse des seuls moments heureux du maître,\non reconnaît pourtant le bien qu'une telle publication peut faire à sa mé-\nmoire. On aime ce qu'on voit de plus près ; et dans ce cas, les Lettres,\nqui s'unissent si étroitement à l'œuvre, en étendant la sympathie, n'éten-\ndront-elles pas de même la compréhension, l'intérêt? Ce seul motif justifie\nM. G. Khnopff d'avoir propagé la bonne parole dans les milieux français.\nQuelques lettres de Mathilde Wesendonk terminent le recueil, et une in-\ntroduction rapide de M. H. Lichtenberger le présente au lecteur.\nPAUL GROSFILS.\n\nCOURRIER DE BRUXELLES\n\nUne poignée de nouvelles.\nDeux délicates représentations de la Servante Maîtresse de Pergolèse au\nthéâtre Molière. Das, de la Monnaie, a été charmante dans le person-\nnage de Zerbine ; sa voix juste, adéquate au rôle et fraîche, a merveilleuse-\nment détaillé cette silhouette amusante et factice de la comédie italienne.\nUn bon point également à M. Achten, le buffo muet qui a mimé ses four-\nberies d'une façon bien originale. La partition avait subi une légère alté-\nration, et je reproche fort à M. Gevaert d'avoir orchestré pour les instru-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.48", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n645\n\nments modernes ce délicieux quatuor de Pergolèse. Une matinée musicale\ncomme celle-ci s adresse toujours a.un public averti, c'est pourquoi de très\nscrupuleuses considérations de respect artistique doivent présider au débit\ndes œuvres qu on y exécute. La représentation était précédée d'une audition\nde quelques pages légères de Martini (1780),Lotti (i 685) et Milandre (1770),\npages toutes fraîches, empreintes du charme poudré du xviue siècle frivole;\nque MM. Agniez et Kips, du Conservatoire, ont très finement détaillées au\nclavecin et àla viole de gambe à sept cordes ;il y eut,pour ouvrir la séance,\nune fastidieuse causerie de M. Ed. Joly sur le sujet représenté.\nAux Concerts populaires, j ai a enregistrer une assez bonne exécution de\nla Mer de Claude Debussy, qui a obtenu en première audition à Bruxelles\nun très franc succès. J'aurais préféré voir figurer Debussy au milieu du\nprogramme, une vague teinte d'harmonie étant peut-être favorable à l'é-\ntat d esprit qui doit présider a l'audition d'une telle symphonie; et puis il y\na des fauteuils que les retardataires remuent bruyamment. Tout cela, c'est\nun manque de respect pour le maître ; le même sentiment peut-être que\ncelui qui fait reporter aux calendes grecques une exécution de Pelléas à la\nMonnaie, depuis plusieurs années que bien des gens la demandent. Je ne\ncrois pas cependant que MM. Délius et Auguste Dupont (« le fils de celui\nqui avait tant de talent», comme dit le Soir) et leurs orchestrations tapa-\ngeuses eussent beaucoup souffert en première ligne au programme. A noter\nune fort énergique violoniste, Mile Stefi Geyer, bonne technicienne, dans\nune honnête symphonie de Goldmark.\nJe tiens encore à signaler le succès négatif d'une Belgica, symphonie\nd'Albert Dupuis, aux Concerts Ysaye, car j'y vois la réalisation de ce que je\nprédisais, dans une correspondante précédente, aux lecteurs du Mercure\nmusical. Voilà ou conduit l'exaltation mal avisée de la mauvaise musique\nnationale, parce que belge.\nA îa Monnaie, on donne Werther ; on répète à la scène le Chérubin de\nMassenet, et on vient de commander au peintre Dubosq les décors de la\nDamnation de Faust. C'est tout.\n\nP. G.\n\nCOURRIER DE STUTTGART\nDe la pantomime.\nJe considère comme un grand événement dans la pantomime la révéla-\ntion de M. Wilhelm-Weidner comme mime. M Weidner, chanteur et comé-\ndien, est un homme exquis; à côté de M. Haas, c'est l'un de nos choristes\nde l'Opéra qui donne le plus d'espérances. M, Haas étonne par ses yeux\nbrillants et toujours prêts à lancer des feux dans l'ombre. Mais M. Weid-\nner sera, s'il a de l'énergie et de la volonté, un des meilleurs mimes de nos\njours. J'en ai vu une quarantaine, et pas des plus mauvais, par exemple,\ndans la troupe de Mme Charlotte Wiehe. M, Weidner est Allemand et souf-\nfre de la maladie allemande ; il veut se cacher, il est trop modeste. Autre-\nment il se serait fait engager ailleurs, car il a beaucoup trop de loisirs ici.\nAvec un tel talent, il est absolument maladif de rester dans l'ombre. Il est\nvrai qu'il y a des milliers d'Allemands qui se croient les maîtres du monde.\nC'est l'autre maladie allemande », c'est la folie des grandeurs. M. Weid-\nner n'est pas de ceux-là, et on doit regretter qu'il se cache. Le ballet où\nil s'est révélé s'appelle Lauretta ; l'auteur en est notre maître de ballet,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.49", "texte": "646\nLE MERCURE MUSICAL\n\nM. Scharf. Cléo de Mérode, qui était à Stuttgart ce jour-là, s'est trouvée\nempêchée de le voir, mais je suis sûr qu'après Tassez long entretien que\nj'eus avec elle, l'éminente artiste ira voir M Weidner la prochaine fois.\nIl est très bon musicien, et Cléo de Mérode voudrait avoir (elle ne disait\npas « fonder »), mais elle voudrait avoir un théâtre où l'on joue des opéras\net des ballets le même soir. Je lui ai recommandé M. Weidner, et M. le\nbaron Putlitz pourra donner à Cléo de précieuses indications pour son\nthéâtre. En tout cas, ce projet serait réalisable si MM. Isola voulaient\nse rappeler les grands services que Cleo a rendus à l'Opéra de Paris.\nMM. Isola, Cléo et Wilhelm Weidnerseraient un ensemble incomparable.\nEt Cléo resterait alors à Paris. C'est une de mes petites indiscrétions\net on m'en saura gré peut-être. On pourra donc retrouver M. Weidner au\nThéâtre Cléo.\nMais les habitués de ce théâtre à créer s'étonneront de voir Cléo de\nMérode en cantatrice wagnérienne. En effet, Cléo me dit qu'elle c ante\ntout le Wagner et qu'il n'y a plus pour elle de difficultés dans cet art. Sa\nvoix est devenue exquise et ample, et si Cléo doit être directrice de son\nthéâtre, elle chantera. A Stuttgart, c'est la cantatrice Sutter qui est une très\nbonne danseuse, c'est donc le cas contraire. MUe Sutter joue la\nde Portici,qui est au répertoire.\nPour finir, je fais mes compliments à MUe Schoenberger, qui a chanté\nOrtrude dans Lohengrin.Elle a été incomparable. C'était vraiment éton-\nnant.\n«Sous-off.»\n\nÉCHOS\n\nAu Conservatoire. Le Conseil supérieur, réuni le 5 décembre sous\nla présidence de M. Dujardin-Beaumetz, a présenté en première ligne\nMM. Lorrain et Engel, en deuxième ligne M. Hettich et Mm« Guiraudon-\nCain, pour les deux classes de chant qui viennent d'être créées.\nBach jugé par Carmen Sylva. La reine de Roumanie a conté récemment,\ndans un journal anglais, les souvenirs musicaux de sa jeunesse.\nPour elle, Bach estledieu de la musique : « Sa noble, sereine et harmo-\nnieuse perfection peut seule me reposer et renouveler mes forces... Le\nvecin bien tempéré de Bach est devenu mon livre de dévotion journalier ; c'est\navec lui que je commence chaque journée ; dans ce trésor de beaux accords\net de belles mélodies, je puise d'immenses joies avant de m'asseoir àma\ntable de travail. Rien ne pourrait remplacer pour moi ce beau « prélude »\nau jour qui se lève. Et comme il n'est pas rare que je sois levée moi-\nmême a quatre ou cinq heures du matin, je me mets à mon piano et me\nlivre une heure durant à mes jouissances de prédilection, avec un pieux\nrecueillement, pendant que les autres hommes sont encore plongés dans\nun profond sommeil... Tous les autres compositeurs ont leur époque, sont\nrejetés par la mode, n'agissent pas toujours sur nous. Bach seul embrasse\nle monde entier et tous les temps; il nous touche toujours d'aussi près à\ntoute heure, à tous les âges de la vie ; aussi bien pendant les orages de la\njeunesse qu'à travers les luttes de la maturité ou quand s'écoulent les an-\nnées plus calmes de la vieillesse. Tous les secrets pour pénétrer au fond\ndu cœur humain sont entre ses mains ; il excite toutes les passions et nous\nélève en nous conduisant de la douleur à la joie, de l'espérance au déses-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.50", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n647\n\npoir. Sa musique ne nous offre pas seulement les aliments rares et précieux\ndune table garnie pour un festin de fête, elle est aussi notre pain quotidien.\nC'est un inestimable, un superbe présent de cet infatigable bienfaiteur qui\nne se reposa jamais et ne passa pas un seul jour sans que sa main prît la\nplume pour noter ses pensées. »\nC'est bien là, en effet, la vraie, la seule manière d'aimer Bach, et voilà une\nnoble page, que bien des critiques musicaux n'auraient pu écrire.\nSociété Nationale. Le Comité, renouvelé à laséance du 3 décembre 1905,\nest composé ainsi qu'il suit : MM. Gabriel Fauré, Vincent d'lndy, Pierre\nde Bréville ; Roussel, iournemire, Schmitt ; Ladmirault, Cortot, de Séve-\nrac. M. Marcel Labey, présenté par le Comité, est nommé secrétaire à l'u-\nnanimité.\nMatinées Gluny. Nous avons eu le plaisir d'entendre Mme Mellot-Jou-\nbert interpréter 2 mélodies : Y Embarquement pour Cythere, le Jardin et la\nMaison et Rosemonde du distingué compositeur René Chansarel. Nous\nsommes heureux d'annoncer que cette artiste si sympathique chantera des\nmélodies du même auteur à l'une des Soirées d'Art et à l'une des Mati-\nnées-Danbé.\nPharmacie musicale. - Plusieurs amateurs, marchands de musique et\nchefs d orchestre ont reçu la lettre suivante :\nMonsieur,\nJ'ai l'honneur de vous informer que la valse tsigane Œil-de-Rigo vient\nde paraître pour piano et chant.\nCette œuvre, particulièrement capiteuse et enveloppante, est destinée à\navoir un succès retentissant qui s'affirme du reste chaque jour davantage de-\npuis sa très récente apparition.\nElle se distingue de toute banalité, et ses motifs, tantôt langoureusement\ntendres, tantôt animés et stimulants, vous tiennent d'un bout à Vautre sous\nleur charme enjôleur.\nJe suis persuadé, Monsieur, qu'il vous sera agréable de prendre connais-\nsance ci-contre des spécimens des deux principaux motifs de cette jolie valse\nqui, en plus de toutes ses qualités, a l'avantage d être exécution extrê-\nmement facile.\nVeuille% argéer, Monsieur, mes salutations empressées.\nX.\nEditeur de musique.\nRien, on le voit, n'y manque, pas même le petit flacon d'échantillons.\nTroyes. Le 19 décembre, aura lieu dans notre ville un concert dirigé\npar M. Bas, avec le concours de M. Marneff, 1 excellent violoncelliste, qui\nexécutera le Concerto de Saint-Saëns.\nLa Rénovation esthétique publie dans son dernier numéro un prophé-\ntique article d'Armande de Polignac (Musique de scène) et un beau sonnet de\nLéon Deubel [la Musique), dont les Poésies vont paraître en janvier. Prix\nde souscription : 10 francs, à la Rénovation esthétique, 5, rue de Furstem-\nberg, Paris.\nLe sottisier musical. « L'orchestre a exécuté l'index de Mors et Vita\nde Gounod. »Le Temps, 24 novembre igos (Mariage de MUe Brugère).\n« Une voix inlassable qui, après vingt ans de carrière, est restée jeune et\nlimpide comme si elle venait de naître. » A. MANGEOTdans le Monde mu-\nsical, 3o novembre 1905, page 281."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.51", "texte": "648\nLE MERCURE MUSICAL\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et fie Librairie.\n\n« Au cours de son dernier passage, il a beaucoup goûté Y Eau qui court,\nd'A. Saint-Georges. » Revue musicale, 3o novembre igos, p. 5y3.\n« Au splendide concert du 26 novembre, M. Colonne nous a fait enten-\ndre, avec l'aimable Symphonie en sol de Mozart, la Russie de Balakiref »\n(suit tout le programme du concert Chevillard). Revue musicale, 3o no-\nvembre 1905, p. 589\n« Dirons-nous qu'il n'est rien après de telles beautés ? Une chose du\nmoins est certaine, c'est que jamais l'admiration ne jaillira plus haut ni avec\ntant de force. Aussi Ton se demande comment Rossini, qui a encore deux\nactes à fournir, va s'y prendre pour renouveler ses sources d'invention et\nde pathétique. Il ne s'y prendra point. Il se laissera faiblir. » LIONEL DAU-\nRIAC, Rossini, p. 80.\n« Et bientôt, subit et sonore, plein de cris et de bruits d'armes, Tassaille-\nment de la multitude de nouveau se heurte à la cathédrale. » SAINT-\nGEORGES DE ROUHELIER, exégèse du Quasimodo de M. Casadessus, dans le\nprogramme des Concerts Chevillard (3 décembre).\n\nPan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nRaymond Bouyer : Le secret de Beethoven. Paris, Fischbacher.\nMichel Brenet : Palestrina. Paris, Alcan.\nRené de Castéra : Trio en ré. Paris, Edition Mutuelle.\nJean-Baptiste Moreau : Athalie. Ed. Charles Bordes, Paris, Schola Can-\ntorum.\nEsther. Ed. Charles Bordes, Paris, Schola Can~\ntorum.\nMaurice Ravel : Sonatine, pour le piano. Paris, Durand et fils.\nRomain Rolland : La Musique à Paris (ail.). Berlin, Marquardt.\nBlanche Selva : Les Ancêtres du Lys (Adrien Mithouard). Paris, Edi-\ntion Mutuelle."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.52", "texte": "Pour paraîtra\nThe Musiclovers Calendar\nVolume I\nDECEMBER, MCMV\nNumber |\nPublished by The Musiclovers Company at 37 St. Botolph Street, Boston, U. S.A. MCMV\nCopyright, 1905\nEntered at Boston post-office as second-class mail matter\nEn vente au Bureau du Mercure Musical, 2, rue de Louvois, PARIS (2e)\n**\n\nCONTENTS\nPAGE\nCalendar and Anniversaries\nThe Music of To -morrow Lawrence Gilman\nJulius Rontgen Jacques Hartog\nThe Uplift of Music Mrs. H. H. A. Beach\nThe Musical Year :\nNew York\nLondon Nicolas Gatty\nParis Louis Laloy\nBerlin J. G. Lusztig\nDresden Albert Noll\nMilan Aldo Franchetti\nSt. Petersburg N. Findeisen\nAmerica's Army of Musiclovers Victor Herbert\nEssay E. A. Baughan\nBiographical Notes and Sketches, with Portraits :\nAgathe Backer-Grondahl\nArthur Foote\nEmile Sjogren\nAndré Messager\nArthur Farwell\nEdward Marc Dowell\nG. W. Ghadwick\nBibliography\nCompositions, 1905—A selected list\nCadenz to the first and third movements ot Beethoven's G major\nPiano Concerto, from manuscript Julius Rontgen"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.53", "texte": "ORGANISATION DE CONCERTS\nEl® X>3EIH® JELTS9 2, rue de Louvois, PARIS, IIe\nBeaucoup d'artistes, plus famil\nleur instrument qu'avec celles de la publicité, sont fort embarrassés\nlorsqu'il s'agit d'organiser un concert : de là tant de salles vides,\ntant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre\nun véritable service en leur rappela\ndéchargera, a des conditions très\nne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans le monde\ndes musiciens et des amateurs, par sa connaissance delà musique\net son expérience professionnelle, enfin par sa probité absolue,\njointe a une grande activité, M. Demets est devenu aujourd'hui\nl'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal\nde Paris, la Société de Concerts de Chant classique,\nprivées et d'artistesvirtuoses qui l'ont choisi pour Administrateur,\nlui doivent leur existence ou leur\nments, s'adresser chez M. Demets, 2,rue de Louvois, PARIS, IIe.\nMercure musical, lerIer octobre 1905.\n\nCHEMINS DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANÉE\nVOYAGES A ITINÉRAIRES FACULTATIFS\nDe Franee en Algérie et en Tunisie\nOU VICE\nLa Compagnie délivre toute l'année des carnets de i\", 2<= et 3e classe pour\neffectuer, à prix réduits, des voyages pouvant comporter des parcours sur les réseaux\nsuivants : Paris-Lyon-Méditerranée, Est, Etat, Midi, Nord, Orléans, Ouest,\nP.-L.-M.-Algérien, Est-Algérien, Etat (lignes algériennes), Ouest-Algérien,\nBône-Guelma, Sfax-Gafsa, ainsi que sur les lignes maritimes desservies par la\nCompagnie Générale Transatlantique, par la Compagnie de Navigation mixte (O\nTouache) ou par la Société Générale de Transports maritimes à vapeur. Ces\nvoyages, dont les itinéraires sont établis à l'avance par les voyageurs eux-mêmes,\ndoivent comporter, en même temps que des parcours français, soit des parcours\nmaritimes, soit des parcours maritimes et algériens ou tunisiens ; les parcours sur\nles réseaux français doivent être de 300 km. au moins ou comptés pour-300 km.\nLes parcours maritimes doivent être effectués exclusivement sur les paquebots\nd'une même Compagnie.\nL'itinéraire doit ramener le voyageur à son point de départ.\nLes carnets sont valables pendant 90 jours; cette validité peut être prolongée\ndune, deux ou trois périodes de 3o jours, moyennant le paiement d'un supplément\négal 10 0/0 du prix initial du carnet pour chaque prolongation.\nArrêts facultatifs dans toutes les gares du parcours.\nLes demandes de carnets peuvent être adressées aux chefs de toutes les gares\ndes réseaux participants ; elles doivent leur parvenir cinq jours au moins avant\nla date du départ."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.54", "texte": "ORGUE ET HARMONIE\nMM.\n€*. Bref, suppléant de Widor à St-Sul-\npice. Cours et Leçons d'orgue, harmonie,\ncomposition, grand orgue Cavaillé-Coll à\nla disposition des élèves. 35 bis, rue de\nFleurus.\n11. ©ailler, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue. 7, boulevard Pereire.\nSEugèiie 4* i goût. 113, avenue de Villiers.\nCours et leçons d'orgue, d'improvisation\net de plain-chant, fondés en 1885.\nGrand orgue de Cavaillé-Coll à la dispo-\nsition des élèves.\n15ug, ïiacroix, organiste de St-Merri et\ndes Concerts Lamoureux. Leçons d'orgue,\nharmonium, piano, plain-chant, harmo-\nnie, contrepoint et composition. 154, bou-\nlevard Magenta.\nMaurice RaveS. Harmonie et compo-\nsition. Cours Chaigneau, 162, avenue\nVietor-Hugo.\nA. Sérieyx, 108, avenue de Wagram,\nHarmonie, contrepoint et composition.\n\nPIANO\nMM.\nEd. Bernard, 27, rue Lepic. Cours et\nleçons de piano.\nFaul-E. Brunold, 3, rue Yvon-Villar-\nceau. Leçons de piano et d'harmonie.\nGr. «Saudoin 112,, boulevard JKoche-\nchouart. Leçons particulières : salle Herz,\nCours chez Erard.\n•I. <»lemail*, piano, harmonie, contre-\npoint et fugue. 110, avenue V.-Hugo.\nJ. «Joaciiim lliii, 53, rue des Tenne-\nrolles, à Saint-Cloud. Cours et leçons de\npiano en français et en espagnol.\nRaoul B*icKaërt, 11, rue du Delta. Le-\nçons de solfège, chant, piano et orgue.\nIB>aniel Eogerie, 7, avenue Taillade.\nLeçons particulières de piano, solfège,\nharmonie.\nJiporclc. Piano, harmonie,\ncomposition. 26, rue Grange-Batelière.\nRené Vaiixande, pianiste-compositeur,\n38, rue Laborde. Leçons de piano, har-\nmonie, contrepoint et fugue.\nRicardo Vinès, 6, rue Troyon. Cours\net leçons de piano.\n\nvendre un violon d'Amati authen-\ntique. Prix : 7500 fr. S'adresser au bu-\nreau du journal, 2, rue de Louvois, Paris,\nIle.\nA vendre un piano Pleyel, grand\nformat. Prix 1250 fr. S'adresser au bureau\ndu journal, 2, rue de Louvois, Paris, lie.\n\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nMM.\nStéphane Awstfn, du Théâtre de la\nMonnaie. Leçons de chant. 108, rue du\nBac.\nVictor Blanc, 50, avenue de Ségur (des\nConcerts Lamoureux). Leçons de chant.\nBoucrel, des Concerts Colonne. Leçons\nde chant. 27, rue des Batignolles.\n\n]\\Jmes\nMathieu tl'Aney, 11, Grande-Rue, Sè-\nvres. Leçons particulières de chant.\nÉléonore lllanc, 71, rue Lafayette.\nCours d'ensemble vocal : E. Blanc et\nM. Henry Eymieu. Le vendredi à 4 h.\nBaron, 111, boulevard Port-\nRoyal, Professeur de chant. Soins et\nhygiène de la voix.\nIJOIÔS Brissel» Cours et leçons de sol-\nfège et de chant, 8, rue Garancière.\nDuporge, des Concerts Colonne et La-\nmoureux, Cours et leçons particulières\nde chant. 110, rue de Ilivoli.\nCamille Fourrier, 157, rue du Fau-\nbourg-Saint-Honorè. Cours et leçons de\nchant.\nHolmstranci, de l'Opéra-Comique. Le-\n- çons de chant 88, boulevard des Bati-\ngnolles.\nKîliiaaa, 1, rue Yvon-Villarceau. Leçons\nde chant en français et en russe.\nSuzanne Laberlhe, des Concerts La-\nmoureux, 13, rue Mazagran. Cours Che-\nvillard. L'amoureux. (Succursale : 21, bou-\nlevard de Strasbourg, le lundi.)\nFanny Lég)ine« Cours et leçons de\nchant. 89, boulevard Malesherbes.\nïàe algorge. Le lied français, cours de\nstyle vocal, sous la direction des plus cé-\nlèbres compositeurs français. Mercredi et\nsamedi» de 4 à 6 h., salle Pleyel, 22, rue\nRochechouart."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.55", "texte": "Mmes\nCalire, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nP. Liamloraiy, 30, rue Saint-Sulpice,\nCours et leçons particulières de piano.\nWamfa 236, faubourg\nSaint-Honoré. Leçons et cours de piano.\nifeven. 8, rue Mouton-Duvernet. Leçons\nde piano et solfège.\nA . Sotilaertoieïle, 204, boulevard Pereire.\nCours et leçons de piano\nJolies\nBertfte Duranton, 11, rue Saint-La-\nzare. Officier d'Académie. Leçons de pia-\nno et cours de musique d'ensemble.\nFailli y liaming, 18, rue Godot-de-Mau-\nroi, et 101, avenue de Villiers. Cours et\nleçons de piano et de musique.\n\nVIOLONCELLE\nMM.\nde 11e*h yn, 118, rue de la Pompe. Le-\nçons de violoncelle et d'accompagnement.\nilanicff, 51 bis9 avenue de la République.\nVioloncelle solo des Concerts Lamoureux.\nLeçons de violoncelle.\nHKlnssart, des Concerts Colonne, 45, rue\nRochechouart. Leçons de violoncelle et\nd'accompagnement.\n\nVIOLON\nMM.\nIjOiiis Bail!y, 22, rue Chauchat, lp*\nprix du Conservatoire. Leçons d'alto,\nviolon et accompagnement.\nE. Borreï, 11, rue des Halles. Concer-\ntiste. Leçons de yiolon.\nCliarles Bouvet, officier de l'lnstruc-\ntion publique, 42, avenue de Wagram.\nLeçons de violon et d'accompagnement.\n\nEdouard Bron, 30, rue de Naples. Le-\nçons de violon et d'accompagnement.\n11. de Bruyne, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particuliè-\nres de violon et d'accompagnement.\nfi. l&iaa'ot, 22, rue Baudin. Leçons parti-\nculières de violon et d'accompagnement.\nYwan Fliege. Leçons de violon et d'ac-\ncompagnement. 207, boulevard Saint-\nGermain.\n3, avenue Bosquet. Leçons de\nviolon. Concerts.\nPomposî, 75, rue Mozart. Leçons de\nviolon et d'accompagnement.\nHenry des Concerts Lamou-\nreux, 5, rue d'Enghien. Leçons de violon\net d'accompagnement.\n\nCLARINETTE\nM.\nstiévenai*d, des Concerts Lamoureux,\n75, rue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\n\nPROVINCE\n4\nDIJON\nM. IMetrictï. Piano, orgue, harmonie.\n105, rue de la Préfecture.\nLYON\nM. Ctiarles Boitclié. Leçons de violon.\n7, place Edgar Quinet.\nM. A. fwiiicliarclOßi, professeur au Con-\nservatoire. Cours et leçons particulières\nde violon et d'accompagnement. 24, rue\nRabelais\nMUe Piano, accompagne-\nment. 7, rue des Archers.\nPAU\nParai Mata fret, 29, rue Carnot. Leçons\nde piano et d'harmonie\nTOULOUSE\n11. Omer Cwiiiratacl. Orgue, harmonie.\n18, rue Saint-Bernard.\n\nECOLE BEETHOVEN,\ndirigée par Mlle M. Baie Cet, 80, rue Blanche, à\nParis. Cours de piano, solfège, harmonie, pédagogie,\npréparation aux examens des Ecoles normales.\nSection : Amateurs ; 2e Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n(Diplômes) ; 3& Section : Cours par correspondance®"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.56", "texte": "MERCVRE DE FRANCE\n26, rue de Gondé, PARIS\n\"PARAIT LE ler ET LE 15 DE CHAQUE MOIS\nSEIZIEME ANNEE\nuietAÎ\"Jré!^îU Poési®. Théâtre, Musique, Peinture, Sculpture, Philosophie,\nHistoire, Sociologie, Sciences, Voyages, Bibliophilie, Sciences occultes, Critique,\nLittératures étrangères, Revue de la Quinzaine\nQuinzaine qui occupe plus du tiers de chacune des livraisons, comprend\nun roulement d environ cinquante rubriques ; elle s'alimente à l'Etranger autant qu'en\nains.l un nombre considérable de documents, et constitue une sorte\n« d Encyclopédie au jour le jour )> du mouvement universel des idées.\nprix du numéro : France, 1 fr. 25 net ; Etranger, 1 fr. 50\nFrance\nUN AN\nSIX MOIS\nTROIS MOIS\n: WÊ \"\n25 fr,\n14 fr.\n8 fr.\nUN AN „ .\nSix Mois .\nTROIS MOIS\nange,\n30 fr.\n17 fr.\n10 fr.\n\n... -V '.-P,\n■ -\nSEIZIÈME\nNouvelle série. Format agrandi.\n9\nRevue de Littérature et d'Art paraissant le 45 de chaque mois.\nDirecteur : Édouard Ducoté. Secrétaire: Charles Verrier.\nComité de .Rédaction: Remy de Gourmont, André Gide.\nLe numéro : UN franc.\n: Y,!' ,• ;\nABONNEMENT ÀN' » SIX MOIS, 5 fr. 50.\nÉTRANGER, UN AN, 12 fr. ; Six MOIS, 6 fr. 50.\nEnvoi d'un Spécimen sur demande accompagnée d'un timbre de O'fr. 15.\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION : 38, rue de Sèvres, 38, PARIS\n« «o«-——\nCHRONIQUES DE L'ERMITAGE\nChronique générale mensuelle, par M. ANDRÉ GIDE. Les Poèmes, par M. VIELÉ\nGRIFFIN.— Les Arts, par M. MAURICE DENIS. —La Musique, par M. JACQUES-EMILE\nBLANCHE. Philosophie, Critique, par M. MICHEL ARNAUD. Les Romans, par\nM. HENRI GHÉON. —Le Théâtre, par JACQUES COPEAU.\n\nL'Œuvre\nLE NUMERO : JB|\nABONNEMENTS : France. . , 10 fr\nh ;\nREVUE MENSUELLE D'ART, DE LITTÉRATURE ET DE SOCIOLOGIE\n-®r\nDirecteur: Marcel CLAVIÉ\n\" '<>\nÉtranger.\n«. »•\n12 fr\n-®r\nDIRECTION ET ADMINISTRATION\n6, rue Carilinet\n«S»!\nmm"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19051215-01.1.57", "texte": "£e\neveuve\nm 'A\n2, rae Je Louvois, 2\nPÂRfrS'\"^m\nDirecteurs : Louis LALOY et Jean IVSÂRNOLD\n•*.\nPierre AUBRY, Charles BORDES, Raymond BOUYER,MicheI\nBRENET, Ricciotto CANUDO, Gaston CARRAUD, René\nDE CASTÉRA, Jean GHANTAVOINE, J.-G. ERWYN-\nCORNÉLIUS,JAQUES-DALCROZE, M. DAUBRESSE, Claude\nDEBUSSY, Jules ECORCHEVILLE, Henr}' EXPERT, Henry\nGAUTHIER-YILLARS, Vincent D'INDY, Fr. DE LACERDA,\nLionel DE LA LAURENCIE, Ch. LÉANDRE, Gustave\nLYON, Octave MAUS, Jacques MERALY, le R. P. PEITAVÏ,\nAndré PIRRO, A. DE POLIGNAC, J.-G. PRODHOMME,\nOdilon REDON, Jules ROUANET, Romain ROLLAND,\nGustave SAMAZEUILH, Louis DE SERRES, Martial TENEO,\nEmile VUILLERMOZ, C.-M. WIDOR, Colette WILLY.\nEntretiens avec M. Croche: Claude DEBUSSY.\nLes Vrillés de la Vigne : Colette WILLY.\nPensées d'ailleurs : Armande DE POLIGNAC. Hl\nMiettes historiques : Martial TENEO.\n.-A1\nMoyen âge : Pierre AUBRY.\nRenaissance : Henry EXPERT.\nXVII et XVIII- siècle: Lionel\nDE LA LAURENCIE.\nFolk-lore : Pierre AUBRY.\nScience et théorie mus Jean\nMARNOLD.\nAllemagne : Romain ROLLAND.\nAngleterre : X. Marcel BOULESTIN.\n\"■ < y'-\nDE\nREVUE DE LA QUINZAINE :\nm V v#;. ' É:' ■ % i i ' ■\nBelgique : Paul GROSFILS.\nEspagne et Portugal : Fr.\nLACERDA,\nEtats-Unis d'Amérique: Ch. W.j\nLCEFFLER.\nItalie'. Romain ROLLAND.\nRussie et pays slaves: Louis LALOY.\nSuède et pays Scandinaves r André\nPIRRO.\nOrient : Pierre AUBRY.\nDÉPOSITAIRES DU «MERCURE MUSICAL\n»\nPARIS.\nFLAMMARION et VAILLANT\nGaleries de l'Odéon,\n36 bis, avenue de l'Opéra.\n20, rue des Mathurins.\nBOULINIER, 19, boulevard Saint-Michel.\nBRIQUET, 34 et 40» boulevard Haussmann\nFLOURY, I, boulevard des Capucines\nLAFONTAINE, .4, rue RougemonL\nMARTIN, 3, faubourg Saint-Honoré.\nREY, 8, boulevard des Italiens,\nSTOCK, place du Théâtre-Français,\nKIOSQUE 70* 10» boulevard Saint-Denis.\n213, Grand-Hôtel, boul. des Capu-\n— 296, iB> boulevard Poissonnière»\nPROVINCE.\nAmiens: LENOIR-BAYARD, Galeries du Com-\nmerce,\nCiermont-Ferrand • SOULACROUP-LÏGIER,\nÏI bis, rue Pascal,\nLyon : JAMIN frères, 10, rue du Président-\nCarnot.\nMarseille: CARRONEL, 27, rue Saint-Ferréol.\nMontpellier : LAPEYRIE, 22, rue de la Loge,\nNancy : DUPONT-METZNER, 7, rue Gam-\nbetta.\nNice : BELLET, 35, boulevard Dubouehage.\nNîmes : THIBAUT\nReims : MENNESSON, 10, rue Carnot.\nRoubaix : MARCELLI, 3, rue du Bois\nToulouse : SOCIÉTÉ MARTIN, 72, rue de la\nPomme,\nValence 1: DUREAU.\nÉTRANGER.\nBruxelles : SPINEUX, 62, Montagne~de-!a\nCour,\nËênes : RIECI et Cie, 43, Galeries Mazzïn;.\nMadrid : FERNANDO FE, 2, Carrera de San-\nJeronimo.\nStrasbourg: WOLF, 24, rue de la Mésange-\nStuttgart : (X EISELE, 26,\nstrasse."}]}