{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_sha256": "b921ed6f0d5e505d471d2e31f074a3f7b55a496e36f97d29bfdd54fbfed2fd22", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/01/15_01/bmtnabh_1906-01-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/01/15_01/bmtnabh_1906-01-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.1", "debut_caractere": 311, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "Sommaire\nRICCIOTTO CAN-UDO.. • . Origine de la Danse et du Chant.\nJEAN M ARNOLD .... Cloches.\nRAYMOND BOUYER Impressions\nROMAIN ROLLAND. VOpéra pop\nMARTIAL TENEO -.... Miettes histo\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis Laloy, Jean Poueigh, Colette WiUy : Les Concerts. Louis Lalov : Les\n112« Pecheurs de Saint-Jean » à VOpéra-Comique. ~ Raoul Davray : Le Théâtre en\nprovince.A. G. etL. L. : Correspondance - Sous-Off :\nLa musique à Stuttgart. —J.R. : Courrie\nPublications récentes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.2", "titre_corps": "ORIGINE DE LA DANSE ET DU CHANT", "titre_sommaire": "ORIGINE DE LA DANSE ET DU CHANT", "signature_source": "Ricciotto Canudo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1411, "texte": "ORIGINE DE LA DANSE\nET DU CHANT\n\n(*)\nLa poésie est le réel absolu. Ceci\nest le noyau de ma\nune chose est poétique\nréelle. (NOVALIS.)\nL'humanité barbare se courba sous la menace de l'orage.\nL'homme à la toison rouge rouge comme le feu, rouge comme\nle sang, rouge comme le soleil qui meurt dans la violence de\nla nuit envahissante s'avança vers la femme qui ne savait\npas pleurer. Et la Bête fauve prit la femme dans ses bras et\nfatigua ses reins. La menace de l'orage n'était qu'une extra-\nordinaire clarté qui, semblable à un sang extrêmement pâle, se\nrépandait sur la forêt silencieuse.\nTout dans l'attente était silencieux et immobile. Et cette\nénorme stupeur s'étendait sur toutes les choses comme une\n\n(i) Tiré du Livre de l'Évolution,deuxième volume du\nphysique contemporaine,de prochaine publication. Le\nfait suite au Livre de la Genèse,paru en juillet dernier aux Editions de\nPlume. Dans ce second volume, M. Ricciotto Ganudo suit l'évolution de\nl'Homme de l'Orient vers l'Occident et fait le premier une histoire des\nCivilisations à travers l'évolution des manifestations musicales des peuples.\nLe style est toujours le même, si particulier au jeune poète philosophe,\nc'est-à-dire qu'il procède, par visions lyriques, développées selon une\nméthode rigoureusement historique et positive. Nos lecteurs nous sauront\ngré de leur faire connaître des fragments inédits du\nde M. Ricciotto Ganudo. (N. D. L* R.)"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.4", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "eau tranquille, comme l'eau de la lune sur les rêves des nuits d'été.\nLe silence n'était trouble par aucun bruit, il était exagere par\nl'immobilité même de toutes les choses, sous Timmense clarté,\ntranquille et chaude, semblable a un sang extrêmement pâle.\nL'homme à la toison rouge, couché sur la femme, cachait\nsa tête de lion entre les deux petites mamelles, les deux petits\nseins ronds et polis comme de l'or, qui n'avaient jamais connu\nles morsures anxieuses de l'enfant. Ainsi l'homme voulait\noublier la menace de l'orage. Son corps était glacé de stupeur,\net son âme frissonnait. Et la femme regardait le ciel et la\ncime immobile des chênes immenses qui semblaient désirer la\nterre, et les cyprès hardis qui semblaient atteindre le ciel. Elle\nécoutait aussi le bruit de leurs deux cœurs unis, de leurs cœurs\nhumains unis, et ce bruit lui semblait monter de profondeurs\ninconnues, se répandre tout à l'entour, faire trembler un peu la\nterre, et s'élever vers le ciel. Pourtant tout était immobile,\nstupéfié. Et elle avait les yeux voilés et les joues chaudes de\nlarmes, et ne comprenait pas.\nL'orage éclata. Tout d'un coup il se déchaîna de tous les coins\nde l'horizon. Un long frémissement passa sur les arbres, qui\nsecouèrent leur chevelure, lentement d'abord, puis violemment,\ncomme en un réveil plein d'angoisse. Les plus petits se cour-\nbaient jusqu'à toucher la terre, jusqu'à l'embrasser comme pour\nlui demander de les engloutir, afin d'échapper à la violence de\nl'orage impitoyable. Des gouttes d'eau commencèrent à tomber\ngrosses et chaudes, comme des gouttes du sang pâle répandu\ndans la clarté terrible, mère de l'orage. Des voix se levèrent de\npartout. Des voix, frêles, plaintives, des voix fortes, toutes lan-\ncées, toutes mêlées, toutes perdues dans la violence toujours\ncroissante et toujours nouvelle de l'orage. L'eau tomba sur la\nforêt avec une fureur telle, qu'elle semblait percer la croûte\nterrestre et pénétrer jusqu'aux entrailles de la terre. Alors\nles choses furent unies par les liens de l'eau, et commencèrent\ntoutes ensemble à vibrer, à se courber, à se relever, à crier,\npuis à rire ou à pleurer.\nLe ciel descendait sur la forêt. Et de cette voûte accablante se\nprécipitaient des âmes, des âmes lumineuses et ardentes, étroi-\ntes et aiguës, qui se posaient sur la chevelure agitée des arbres\nen les enflammant. De grandes lueurs rouges et chaudes enve-\nloppèrent les plantes qui se tordaient, se relevaient, puis\ndisparaissaient. Et grande était la lutte entre le feu et l'eau. Les\narbres exhalaient des gémissements aigus et terribles, l'air\nenflammé gémissait et criait, et les flammes longues et droites\nqui semblaient percer la voûte basse du ciel couvraient de leur\nvoix subtile toutes les voix des fureurs déchaînées.\n(tr'; > l i _ !"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "C'est alors que les oiseaux et tous les animaux accoururent et\nse groupèrent autour de l'homme qui relevait la tète, se redres-\nsait et restait debout au milieu de l'orage, concentrant les feux et\nles étincelles sur sa poitrine rouge et sur ses jambes immobiles.\nLes oiseaux touchaient le sol de leurs ailes baissées, et les\nanimaux de leurs poitrines gonflées et alourdies. Semblables\naux enfants qui, ne pouvant comme les hommes articuler leurs\nplaintes dans la parole, gémissent et pleurent leur souffrance, les\ncréatures mobiles gémissaient sourdement. Tous les cœurs\nbattaient violemment; dans les gorges enflées et palpitantes, les\nbouches qui ne savaient pas crier, les bouches qui ne savaient\npas pleurer, les bouches qui ne savaient pas rire, s'ouvraient\npour le cri sauveur. Le groupe des créatures mobiles gémissait\nsourdement dans son isolement.\nEt la fureur de l'orage augmentait. Le feu, le vent et l'eau\nétaient déchaînés. De terribles frissons parcouraient la terre qui\ns'ouvrait en bouches béantes, noires, horribles, immenses, où\nla fureur du feu, du vent et de l'eau se précipitait. Et de ces\nbouches béantes sortaient de fortes voix, des rires et des pleurs.\nTout semblait sangloter de joie et de douleur. L'âme de la\nterre de ses abîmes de feu montait à la surface et dans le chaos\ndes voix de l'orage apportait des paroles nouvelles. Du haut en\nbas, jusqu'aux profondeurs invisibles, toutes les choses sem-\nblaient unies, fondues, en une masse unique, grande comme\nl'horizon, et plus vaste, et plus haute, et plus profonde encore\nque tout l'horizon. Dans la communion des voix de l'orage et\ndans la fureur tout se résorbait en une âme unique et immense.\nSeules les créatures mobiles restaient à part, et gémissaient\nde leur isolement. Leurs gémissements devenaient de plus en\nplus profonds et désespérés, leurs gorges commençaient à hale-\nter. Leurs extrémités tremblaient comme les arbres et comme\nles flammes qui, des arbres incendiés, se levaient toujours plus\nnombreuses perçant la voûte basse du ciel.\nDe la terre entr'ouverte montaient des mugissements si puis-\nsants et si graves que l'air en paraissait ébranlé. La vie s'ef-\nforçait de fondre toutes ses créatures dans un seul élan de\nfureur, dans un seul mouvement d'orgie. Mais les créatures\nmobiles demeuraient isolées, secouées par les sanglots du sol\net par la violence de l'orage qui sans un instant de répit faisait\ntrembler leurs poitrines et leurs têtes. Cependant un événement\nétait suspendu dans l'atmosphère en fureur. L'air se gonflait\npour une évolution. La voix des animaux encore muets devait\n-s'unir à la voix végétale. Et tout d'un coup les animaux se\nmirent à hurler. Les oiseaux en criant ouvrirent leurs grandes\nailes ; unis en de grands cercles, ils prirent leur essor sur les ailes"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "du vent et, avec le tourbillon, devinrent une chose seule. Les\nanimaux s'éloignèrent en hurlant, et en courant a travers 1 eau,\nle vent, le feu. Toute la forêt et l'air et tout furent un hurle-\nment, unique, formidable. Les animaux se précipiteient dans\nl'orage, dont eux-mêmes devinrent un élément palpitant et\nsonore! L'homme seul restait seul, muet, immobile, incapable\nde crier son angoisse, incapable de mouvoir sa terreur.\nAlors il se tourna vers la femme qui, debout, pâle et trem-\nblante, attendait. Leurs corps ondoyaient avec le vent et se\ntordaient comme les flammes. Tous les membres vibraient sur\nle rythme uranique de la nature en fureur. Et leurs bouches\ns'ouvrirent. Et le cri sauveur sortit. Et il fut plus fort que les\nmugissements de la terre et la voix des flammes et de 1 eau et\ndu vent. Tous les cris et les rires et les pleurs de la nature passè-\nrent dans leur voix, et dans le rythme de leurs corps vibrants.\nTrois fois leurs mains se joignirent. Trois fois de leurs pieds ils\nfrappèrent la terre. Trois fois ils exhalèrent en cris immenses\nleur âme libérée, communiant avec toute la vie qui les\nenvironnait. L'homme à la toison rouge comme un sang éblouis-\nsant, prit la femme dans ses bras ; hurlant ils s'enfuirent sur\nles ailes du vent, en répétant avec leurs corps furieux le\nmouvement des arbres, pour ne pas être vaincus et anéantis,\net en surpassant avec leurs cris tous les cris de la nature.\nAvec toute la nature ils ne firent plus qu'une chose seule :\nl'expression unique et rythmée d'une âme unique et immense.\nC'est ainsi que la Terre extériorisa dans l'homme son appel\nimpétueux à l'Harmonie, qu'on appelle Musique. Dans sa pre-\nmière nuit d'angoisse, l'homme connut la nécessité du Rythme\net du Chant, pour s'unir à toutes les créatures, pour résister à\ntoutes les hostilités. Le souvenir profond de cette connais-\nsance, pendant les orages de l'air et les orages de son âme, le\npoussa à répéter les mêmes gestes devant les mêmes terreurs,\net peu à peu, en se compliquant avec l'âme des temps, il\ndétermina l'évolution de la Musique.\n*\n* *\nUne fois fondu dans la nature en fureur et avec elle devenu,\npar sa propre exaspération, une chose unique, l'homme initié au\ngrand mystère de l'harmonie dans la nature\nl'unité retrouvée avec les choses environnantes n'oublia plus\nla sagesse acquise. Il avait appris la joie et la douleur, en appre-\nnant leur extériorisation par les gestes et par la voix. Il avait\nappris le mouvement extatique des nuits éclairées par les yeux\namoureux des étoiles, et le mouvem"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "enchaînées par le rythme tumultueux de l'orage. Il avait appris\nla danse. Et jamais il ne put l'oublier.\nLa grande clef des mystères lui était donnée. Et quand\nle couple devint une famille, puis un peuple, puis une race,\ndans cette danse qui exprimait sa joie, dans cette danse qui\nexprimait sa douleur, qui seule revenait devant les yeux brûlés\npar le désir; dans la fièvre de son délire anxieux, se révéla à\nlui, confusément mais impérieusement, la raison primordiale de\nson être, l'essence uranique de son existence, l'unité de sa per-\nsonne que l'isolement d'avec les hommes et les choses envi-\nronnantes accablait.\nLa opjn lui était révélée ; la Fureur, la puissance invisible et\nsuprême qui était en lui se réveillait, et en se réveillant l'en-\nchaînait avec les choses extérieures et l'attirait par un attrait\ncontinuel, inextinguible comme une soif mortelle, d'où sur-\ngissait, comme d'un abîme insondable, sa douleur. Dans la\nFureur il oubliait cette douleur, s'unissait avec toute la création,\net son âme riait et pleurait, satisfaite et ardente. Devant ses\nyeux voilés par ses flammes intérieures paraissait le fantôme\nblanc de l'unité. La folie uranique saisissait à jamais l'individu.\nLes hommes et les animaux et les végétaux et les pierres, tou-\njours détachés, individualisés dans la souffrance, c'est-à-dire\ndans l'insatisfait primordial et éternel de leur séparation, se\nheurtaient, se mêlaient, se fondaient. Le grand creuset était\nla nature. Le grand feu était la opyo, la Fureur, la puissance\nsublime qui formait de toutes choses un corps invisible et\nmagnifique qui ouvrait ses mains innombrables vers les espa-\nces infinis et faisait flotter sa chevelure vers le soleil, ou vers\nles étoiles dans les cieux infinis.\nAyant appris que par sa danse il oubliait la faim, la soif et\nla fatigue, qu'il s'oubliait lui-même, l'homme salua avec de grands\ncris chaque réveil de la Bête irrésistible et unique. Par les lon-\ngues mélancolies de la séparation et par le désir nostalgique et\nperpétuel de la grande Fureur, il avait appris aussi plusieurs\nchoses qui étonnaient son âme. Il avait appris la peur. Et la\nnuit, lorsque des voix insidieuses le faisaient tressaillir dans son\nsommeil, que des mains tremblantes de femme l'étreignaient,\nque son enfant terrifié s'attachait à lui, il sentait dans sa bouche\nsèche et amère le désir violent de cette sublime Fureur, seule,\ndans la joie et dans la douleur, capable de l'unir à toutes\nchoses, et qui, en allégeant le poids même de sa chair lourde\net tremblante, lui faisait oublier la peur, la faim, la soif et\nla fatigue.\nAlors violemment il aspira à cet état d'orgie, qui était le\nrepos de tout son être. Il commença à aimer son désir, il com-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.8", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "mença dans les moments terribles de sa solitude à invoquer l'ob-\njet de son aspiration la plus profonde. Et lorsque son âme\ns'ouvrait, telle une fleur libérée du vert sombre et humide de\nla plante, lorsque le soleil, comme un bon pasteur, chassait\nles brebis à la longue laine du brouillard insidieux qui avait\nenveloppé et accablé le cœur de la terre, l'homme répétait le\nmouvement des arbres tout frissonnant de plaisir. Il imitait\naussi leur désespoir lorsque le vent agitait leurs chevelures\net tordait leurs membres. Il imitait la voix du vent à travers\nles arbres et sur les rochers immobiles, sombres et lumineux,\nqui pleuraient et riaient de leurs couleurs dans la nuit et dans\nle soleil. Son corps connaissait le du soleil et de la\nnuit, pour s'unir à toutes les choses et aussi aux autres hommes,\nseuls et craintifs comme lui. Sa bouche connaissait le son qui\ns'unifiait avec le rythme de son corps et de toutes les choses.\nEt son âme connaissait l'aspiration suprême, l'aspiration apai-\nsante, l'aspiration au bonheur, à la Orghé, à la puissance\ninvisible et sublime qui était dans toutes les choses et sortait\nde toutes les choses en les unissant : l'aspiration au divin.\nCette puissance est celle du Feu qui est contenu dans chaque\natome, qui est la monade de vie, qui est la vie, car tout existe\npar l'aspiration à l'état de suprême légèreté, d'extrême subtili-\nsation à l'état de feu. Le Feu est le grand synthétiseur, la grande\nâme du monde que la danse symbolise. L'homme apprit à le\nsaluer, en riant et en pleurant, par les rythmes unis de son\ncorps, de sa voix et de l'élan de son âme.\nIl connut ainsi l'aspiration à Dieu, et l'exprima dans la con-\nscience et dans la science acquises de la Danse et du Chant.\n\nRicciotto Canudo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.3", "titre_corps": "CLOCHES", "titre_sommaire": "CLOCHES", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 17, "texte": "CLOCHES\n\nI\nII\n111"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 54, "texte": "IV\ny\nVI\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.4", "titre_corps": "IMPRESSIONS MUSICALES", "titre_sommaire": "IMPRESSIONS MUSICALES", "signature_source": "Raymond Bouyer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES\n\nA PROPOS D'UNE SYMPHONIE PATHÉTIQUE\nA M. Lionel Dauriaç, au psychologue de\nVa Essai sur l'Esprit musical ».\nElle paraît d'actualité, puisqu'elle est pathétique et qu'elle\nest russe...\nElle est aimée de tous les virtuoses du bâton de mesure, de\ntous ceux qui jouent de l'orchestre ou qui, plus subtilement,\ns'amusent à jouer au Kapellmeisterdevant un orchestre éprouvé\nqu'ils suivent en ayant l'air de le conduire : sport nouveau,\ntrès répandu dans les deux mondes !\nMais pourquoi cette prédilection? Serait-ce parce que les-\ndits virtuoses, dont le geste est beau, trouvent, dans ces quatre\nmorceaux mystérieux, ample matière à brillants contrastes ?\nEt, d'abord, comment une Symphonie, un poème instrumental\nsans paroles, peut-il être dit pathétique ? Qu'est-ce que le pathé-\ntique ?\nNous manquons ici du traité classique, analogue à celui que\nle rhéteur grec Longin, traduit par Despréaux, écrivit sur le\nSublime : depuis les Anciens, qui cultivaient mieux que nous le\njardin de l'éloquence et les fleurs, encore fraîches, de la rhéto-\nrique, on cause, on dispute, sans se mettre absolument d'accord\nsur le domaine circonscrit par ce grand mot ; et les Encyclopé-\ndistes n'ont fait que délayer les Anciens ; mais, après quelques\nhésitations scolastiques, le romantique Jean-Jacques, cité par\nM. Charles Malherbe, a dit en mélomane : « Le vrai pathé-\nest dans 1 accent passionné qui ne se détermine point par\nles règles, mais que le génie trouve et que le cœur sent, sans\nque l'art puisse, en aucune manière, en donner la 10i... » C'est\ntou joui s le transport d'enthousiasme, Y œstre admiré par la\nsagesse des Anciens. Et le plus spontané disciple de Jean-\nJacques, Beethoven jeune a donné cette épithète à son Opus i 3,\nà cette Sonate immortelle que Risler joue loyalement et dont\ninventeur Mathis Lussy scande à nouveau les mesures selon"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.12", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "les lois récentes de l'Anacrouse. Mais, chez Beethoven, les\nmeilleurs interprètes ont remarqué, d'accord avec Rubinstein,\nque l'épithète s'appliquait à tel morceau (le premier), plutôt\nqu'à toute la Sonate pathétique...La Symphonie, au contraire,\nsemble revendiquer cet attribut pour sa personne tout entière»\nEt c'est là sa plus réelle originalité.\nL 'Op. 74n'est pas seulement la dernière des six sympho-\nnies écrites par Tschaïkowsky ; elle est le dernier ouvrage qu'il\ncomposa, qu'il entendit même : car l'auteur mourait du choléra\nle 6 novembre 1893, vingt-deux jours après en avoir dirigé\nla première audition ! Œuvre suprême, et, biographiquement\ndéjà, pathétique! Mais l'artiste n'avait pu prévoir ce dénoue-\nment... Il faut chercher ailleurs les raisons d'un secret que la\nmusique seule laisse entrevoir sans l'expliquer. D'un éclectisme\nassez inégal et surfait, la Symphonie\nconstruction même ; c'est son plan qui lui communique l'émo-\ntion que chacun de ses quatre morceaux laisserait indécise : par\nun artifice poétique, et qui paraîtra aux musiciens\npurs, le symphoniste a rejeté le mouvement lent à la fin de\nson œuvre ; et, succédant aux chaleureuses et faciles mélodies\ndu premier temps, à la joliesse printanière du second, à la\nmarche violente du troisième, ce final prend l'aspect\nd'une conclusion mineure et désolée : sa place lui confère une\nallure d'étoile éteinte, de métaphore ambitieuse, le ton d'un\nultime chapitre, à points suspensifs, dans un roman pessimiste\nc'est une vie d'artiste qui succombe ou de héros qui survit à\nson rêve :\nVitaque cum gemitu fugit indignata sub umbras...\nTel est l'étrange pouvoir de suggestion de l'art musical ! Et\nc est la que nous voulions vite aboutir, afin de compléter nos\nimpressions de l'année dernière, déjà si lointaines (1)! Une\nseule modification de plan suffit à faire parler la\nlorme, a bouleverser la technique, à défigurer la\nsonore, aussi discrète qu'un silence !\na^A !? Symphonie pathétique,un auditeur intelligent reproche\ne n etie que « 1 illustration extérieure d'un drame que l'on ne\ndevine pas » (2). Mais la musique sans programme peut-elle\nfournir autre chose ? Propose-t-elle « illustration ! ?\n\n''•\":,ût\",novcmbre \"904!, notre série d'études et\nimpressions sur la.physionomie de la Musique.\npiw».«îrSéedaUx°ro COnfrfe J' emain à propos de la\ndimanche aà janvier ,9o5par le maestro Mafcagni, le"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.13", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "La musique est moins un décor expressif qu'une atmosphère\nsuggestive : c'est le parfum qui réveille l'âme par les sens. Un\ntableau sans titre ne vous livre point son sujet particulier ;\nmais il vous impose, au moins, des formes précises (i); les\nmots d'une page descriptive, en vers ou en prose, demeurent\nbien généraux et bien vagues : un romancier nous a-t-il fort\navancés quand il a poussé l'indiscrétion jusqu'à nous suggérer\nd'un mot la couleur des yeux et des cheveux de son héroïne ?\nMais, au moins, savons-nous pertinemment qu'il s'agit d'une\nhéroïne... et qu'elle a les yeux gris, les cheveux châtains !\nTandis que la lente rêverie du vieil Hans Sachs amoureux de\nla jeune Eva ne livre rien de son sublime renoncement.\nImpuissante à trahir son secret, la musique la plus volon-\ntairement pathétique semble seulement nous dire : « En m'é-\ncoutant, votre âme est libre de préciser le poème. Je suis la\nphysionomie mobile : mettez un caractère sur mon visage et\nfaites-en le miroir d'une âme! Je fournis la nuance : ajoutez la\nligne. A chacun sa chimère et son rêve ! »\n\nRaymond Bouyer.\n\n(i) A propos de la « musique à programme », M. Saint-Saëns rappro-\nchait déjà (dans Harmonie et Mélodie, en 1885) la musique de la peinture ;\nmais la plus vague peinture, sans notice explicative, est plus explicite que\ntoute musique, un Monticelli seul excepté !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.5", "titre_corps": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE", "titre_sommaire": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE", "signature_source": "Romain Rolland", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n\nFRANCESCO CAVALLI.\nLes théâtres d'opéra vénitiens furent les premiers théâtres\nd'opéra réguliers et publics (i). Tous les théâtres qui avaient\nété ouverts jusque-là étaient aristocratiques. Ainsi, le grand\nthéâtre Barberini à Rome, qui, malgré ses 3.500 places, était\nun théâtre d'invités. Une anecdote nous montre, pendant une\nreprésentation, en 163 g, le maître du logis, le cardinal Antonio\nBarberini, futur archevêque de Reims, chassant à coups de\nbâton un de ses invités, un jeune homme de bonne mine, pour\nfaire de la place aux gens de marque.\nDésormais, à Venise, c'est le peuple qui a son théâtre d'o-\npéra. Il paye : il est maître chez lui. Monteverdi, établi à Venise\ndepuis 1613, avait prévu cette transformation artistique et\nsociale, et il semblait l'appeler depuis longtemps ; car il écri-\nvait déjà en 1607 ces lignes si nouvelles pour son siècle : « Les\nhommes de science protestent que le peuple se trompe, et ne\nsaurait juger. Non, le peuple a raison ; et s'il contredit l'élite,\nc'est à l'élite à se taire. »\nLe peuple eut-il raison ? On peut le discuter. Mais ce qui est\ncertain, c'est qu'il força l'élite à se taire, et qu'il transforma\nl'opéra à son image.\n*\n* *\nVenise était alors une ville d'environ i 50.000 habitants,\nla troisième d'ltalie pour la population. Elle eut, pendant un\ntemps, jusqu'à huit théâtres d'opéra à laifois. Ils jouaient de la\nSaint-Etienne (26 décembre) à la fin mars, du deuxième di-\nmanche de Pâques au i 5 juin, et i 5 septembre à la fin novem-\nbre. Le prix des places était d'environ deux lires. Les bourgeois\navaient 1 habitude d'y venir en famille avec leurs femmes et\nleurs enfants. Les nobles se crurent de bonne heure obligés à\n\n_(0 premier théâtre public d'opéra à Venise, le S. Cassiano Nuovo,\ns'ouvrit en 1637."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.15", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "posséder des loges ; et il est bien probable que, dès l'origine,\ns'établit la coutume, que mentionne Burney, un siècle après,\nde laisser entrer le peuple sans payer. Burney ajoute même que,\nde son temps, « lorsqu'une loge, appartenant à une famille noble,\nn'était point occupée, le directeur de l'Opéra permettait aux\ngondoliers de s'y installer ».\nUn tel public, véritablement populaire, ne pouvait manquer\nde marquer de son empreinte tous ceux qui travaillaient pour\nlui, poètes et musiciens. L'opéra, composé jusque-là pour des\nsociétés de grands seigneurs et de lettrés, en fut aussitôt changé\nde fond en comble. Au lieu des froides et nobles mythologies,\nau lieu des allégories néo-antiques de Florence et de Rome,\nles poètes vénitiens s'attaquent à l'histoire. Le premier et le\nplus grand, le collaborateur de Monteverdi, le poète de cet\nadmirable Couronnement de Poppée (1642), dont la Schola\nfaisait entendre, l'an dernier, quelques fragments, Francesco\nBusenello, a une vérité d'observation et une psychologiepresque\nshakspeariennes. Nul ne l'égala en cela ; mais tous eurent,\ncomme lui, le goût du mouvement et de la vie. L'histoire était\npour eux une mine d'épisodes extraordinaires; ils y faisaient\nchoix des aventures les plus romanesques et des catastrophes\nles plus épouvantables. Gela ne suffisait pas encore à l'amuse-\nment de ces grands enfants : ils y ajoutaient tout ce que leur\nimagination pouvait inventer de morts, de conjurations, d'in-\ntrigues, d'imbroglios, de niaiseries colossales. Et le monde\nétant épuisé, ils avaient recours à l'autre monde, au fantas-\ntique, au surnaturel, aux magiciennes, aux incantations de\nsorcières. Si l'on veut chercher les origines du romantisme au\nthéâtre d'opéra, de ce romantisme qui a pris un tel dévelop-\npement, entre 1770 et 1820, dans les allemands,\non peut le trouver ici déjà, en pleine floraison.\nA côté de cela, le besoin national de la bouffonnerie, la tradi-\ntion de la commedia dell' arte, remplit les opéras vénitiens de\nscènes et de personnages burlesques, de bègues, de sourds,\nd'infirmes grotesques, d'idiots exhilarants. C'est un mélange de\ngrand opéra et de parodie d'opéra. Il y a là quelque chose de\nl'opérette d'Offenbach : c'est ce comique de qui\nconsiste à montrer les héros de l'antiquité dans des postures\nridicules (1 ).\n\n(1 ) On trouvera, dans la remarquable étude de M. Hermann Kretzschmar\nsur Y Opéra vénitien, une analyse sommaire de ces principaux livrets\nd'opéras, dont les poètes les plus connus se nomment Cicognini, Minato,\nFaustini, Piantanida, (Vierteljahrsschrijt 112. Musikwissejischaft, février\n1892.)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.16", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "Ni les auteurs ni le public ne pouvaient prendre ces œuvres\nau sérieux. Ils. cherchaient à s'amuser, et ils y réussissaient\nlargement. D'ailleurs, dans cet imbroglio, il y a beaucoup de\ntrouvailles, de situations dramatiques ou comiques, et d'obser-\nvations vraies. Tout en parlant de Rome ou de la Grèce, ils\nprennent leurs modèles autour d'eux, auprès d'eux, parmi\nleurs contemporains ; et la Venise d'alors, cette grande masca-\nrade perpétuelle, pleine de fantoches, d'intrigues, de coups de\npoignards et de pitreries de foire, revit et grouille dans ces\nopéras d'une façon amusante. Impossible d'être sévère pour\nun tel art. Il vit : c'est l'essentiel.\n#\n# #\nLes musiciens ne furent pas moins transformés que les\npoètes. Ils durent compter désormais avec le public. Les\nthéâtres n'étaient plus soutenus par l'argent des grands sei-\ngneurs; il leur fallait subsister avec leurs propres ressources,\net vivre de ce qu'ils gagnaient. Ils avaient donc grand besoin\nd'œuvres bonnes ou mauvaises, originales ou non qui\neussent cette première qualité : de réussir. Monteverdi et ses\ncontemporains en prenaient à leur aise, quand ils avaient à\nécrire des pièces ; ils pouvaient, au besoin, se payer le luxe\nde n'être pas compris. De plus, ils disposaient de tous les\nmoyens instrumentaux et vocaux qui leur étaient nécessaires.\nIls écrivaient pour eux, et ne se gênaient en rien. Tout cela\nfut changé. Les musiciens de Venise durent s'accommoder des\nmoyens très restreints de leurs théâtres (i), et plaire au grand\npublic. Cette obligation, assez saine après tout, quand il s'agit\ndu théâtre, dont la première loi est d'être compris de tous, les\nconduisit à chercher passionnément l'effet théâtral, et tout ce\nqui agit sur la foule de la façon la plus immédiate et la plus\nsaisissante. Elle leur fit aussi parler la langue de tous : ils\npuisèrent aux sources populaires des rythmes et des mélodies.\nCavalli fut 1 homme par excellence que réclamait cet art\nnouveau. Il était un génie populaire et fait pour inaugurer\n1 opéra ouvert au peuple.\nCes distinctions d'art populaire et d'art aristocratique ne\nsont pas, comme on pourrait croire, des inventions moder-\nnes. Elles ne sont pas seulement des distinctions sociales ; ce\nsont, bien plus encore, des catégories d'esprits absolument\nopposés ; et on les retrouve dans toute la suite de l'histoire de\n\ntElônt aU p. | x ,\nde se passer des chœurs. Ils coû-\ncher- 0n nen vlt Plus» à Partir de i 650, dans les opéras vénitiens."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.17", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2775, "texte": "l'art. Je suis persuadé que la plupart des discussions musicales :\nRamistes contre Gluckistes, Debussystes contre Wagnériens,\nse ramènent au fond à cette grande question de l'art aristo-\ncratique et de l'art populaire. Il ne s'agit pas du public qui peut,\nou non, assister à ces spectacles : il s'agit de la conception de\nl'artiste, qui s'il est dramaturge ne peut écrire son\nœuvre sans penser à un public idéal : populaire ou aristocra-\ntique; il s'agit, par suite, du style qu'il adoptera, pour s'en\nfaire comprendre ; et il s'agit, en fin de compte, de son tempé-\nrament, qui lui dicte ce style et le rapproche ou de la foule\nou de l'élite. Gluck, qui concevait ses œuvres pour des foules\nassemblées dans de vastes théâtres à la façon des Grecs,\nGluck, qui, par suite, écrivait à grands traits, par grandes\nmasses, larges, rudes, heurtées, un peu lourdes, grandioses,\nétait populaire d'instinct et de volonté. Rameau, plus raffiné,\nplus complexe, plus nuancé, voulait un public plus musicien et\nplus aristocratique. De même, c'est à tort qu'aujourd'hui on\nreproche, en France, à Wagner son orchestre compact, l'unité\nmassive de ses œuvres, l'insistance acharnée de ses motifs, la\nlourdeur de sa déclamation, ses effets appuyés. C'était ainsi\nqu'il fallait écrire pour ses immenses Fesispiele. Eût-on voulu\nqu'il écrivît pour un public de musique de chambre ?\nLes mêmes observations peuvent être faites au sujet des mu-\nsiciens italiens du xvne siècle. Monteverdi, qui le premier conçut\n1 importance du peuple en art et qui entrevit les temps nou-\nveaux, lut pourtant, par les conditions où il passa la plus grande\npartie de sa vie, par ses habitudes d'esprit, par son génie subtil,\ntoujours à la recherche de nuances nouvelles, plus justes et\nplus fines, un artiste aristocratique. Cavalli, par opposition\navec Monteverdi, son maître, fut le premier grand musicièn\npopulaire au théâtre.\nPopulaire, il l'est, non seulement parce qu'il met en musique\ndes pièces qui sont à la portée du peuple, des sortes de mélo-\ndrames et d'opérettes ; non seulement parce qu'il tire parti\nde motifs musicaux populaires, mais parce que le style naturel\noù il écrit est fait pour être immédiatement compris de tous, et\npour porter, si grand que soit le théâtre, jusqu'aux dernières\nplaces des amphithéâtres et du parterre. Ce sont des mélodies\nà lignes nettes, d'un dessin presque élémentaire le plus sou-\nvent, avec des rythmes accusés : nul doute sur ce qu'elles\nexpriment. Il n'y a pas là ces expressions flottantes à dessein\net complexes que Monteverdi emploie dans son\nde Poppée, pour rendre des âmes troubles et doubles, comme\ncelles d'Othon ou de Poppée. Cavalli voit clair, net et fort. Ses\npersonnages ne sont pas des êtres de roman, avec des dessous"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.18", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "mystérieux. Il les campe sur le théâtre, en pleine lumière ; et\nils agissent avec une fougue sans pareille. On comprend que\nl'admirable Couronnement de Popde Monteverdi ait fait si\npeu de bruit dans son temps, et que le Jason de Cavalli, non\nmoins admirable, mais d'un genre tout différent, ait au con-\ntraire triomphé pendant trente ans, dans toute l'ltalie et au\ndehors (i).\n#\nCavalli (2) écrivit 39 opéras, dont aucun ne fut publié; mais\nil fut bien partagé par le sort ; car on en a conservé 26 à la\nbibliothèqueS. Marco de Venise: le premier, de 1639; le der-\nnier, de 1670. Ces partitions manuscrites sont souvent autogra-\nphes et nous révèlent sa façon de composer. Elle est prodigieu-\nsement italienne ; elle fait penser à Rossini, qui, dans sa\njeunesse, prenait à peine le temps de lire ses avant d'en\nécrire la musique. On connaît cette anecdote : Rossini, étant\nau lit, venait d'écrire un trio d'opéra ; le trio vint à tomber\nsous le lit : plutôt que de se lever pour le ramasser, Rossini\naima mieux en écrire un autre, tout nouveau. Cavalli est de\ncette force. Il écrit du premier jet; il est si pressé d'écrire qu'il\nlui arrive, comme le montre M. Kretzschmar, d'écrire brave-\nment un duo, puis, arrivé à la fin, de s'apercevoir qu'il y avait\ntrois personnages en scène, et non pas deux ; alors il rature\nson duo et écrit un trio (3). Cela lui prenait moins de temps\nencore que de réfléchir avant d'écrire. Et ce détestable\nsystème ne prouve pas contre la valeur de ses œuvres: il\nprouve pour son génie exceptionnel et prime-sautier.\nJe n ai pas la prétention d'étudier la suite de ces 39 pièces,\ndont la première, le di Teti e Peleo (1639), semble avoir\ninauguié dans le monde le nom d'opéra. Je renvoie pour cette\nanalyse à l'excellent travail de M. Kretzschmar sur Cavalli. Je\nvoudrais seulement examiner ici deux de ses meilleures œuvres\nqui pourront servir comme spécimens de son talent.\nLa première est le fameux Giusone (1649), le plus célèbre de\ntous ses opéras.\nLe poème, qui est de Cicognini, est plein de coq-à-l'âne, de\nscenes baroques et burlesques; le manque de goût en est parfait.\n\n(1) Joué à Venise en 1649, il fut donné, dès l'année suivante, à Munich\net a Vienne.\nJ^e^ranCeSC° C,aietti Bruni' dit Cavalli> né en à Grema, mort\nOPJft a Venise> ou l] fut tour a tour chanteur de Saint-Marc, deuxième\norganiste (1640), premier organiste (i 665), et maître de chapelle (1668).\n(0) Dans le morceau final de Calisto (ï652)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2168, "texte": "Mais il y a là, comme toujours dans ces pièces vénitiennes,\nbeaucoup d'intelligence psychologique, d'observation, de vie, et\nmême de pensée. Si l'on voulait dégager du chaos de sottises\namoncelées par les écrivains italiens de cette époque tout ce\nqu'ils ont dit de fin, de vrai, et parfois de profond, on serait\nbien surpris. On ne peut pas s'être gaspillé davantage que ne\nl'ont fait ces Italiens du XVII® siècle, bien doués et paresseux.\nOn trouve de tout dans le Giade Cicognini: des dialo-\ngues sentencieux à la Corneille :\nHercule : Le sage peut dominer les étoiles.\nBeppo: Oui, si l'étoile du savoir l'assiste.\nHercule : L'usage de la raison est commun à tous.\nBeppo : Chacun présume agir avec la raison.\nHercule : Qui suit ses sens bannit la raison.\nBeppo : Les sens sont la raison de qui les suit.\nOn trouve des caractères vivants et passionnés :\nMédée : Egée, tu es roi, tu as grandeur, pouvoir, beauté, tu as toutes les\nqualités du monde, tu m'as aimée, je t'ai aimé ; tu as été toujours fidèle,\nloyal et constant envers moi, jamais tu ne m'as offensée, fût-ce seulement\nen pensée,... tout cela est vrai, tout cela est vrai, tout, tout est ainsi;\nmais si l'amour a disparu de moi, si je ne peux plus t'aimer, qu'est-ce que\nje puis faire, qu'est-ce que tu ferais, toi ?\nP .\nEgée, désespéré, lui demande une grâce.\nMédée: Parle, mais à condition que ce ne soit pas d'amour. Situ me\nparles d'amour, je ne t'écoute pas, je m'en vais, adieu !...\nEgée la supplie de le tuer. Médée y consent, elle prend l'épée\nqu'il lui tend, la lève pour frapper, puis brusquement la jette\nà terre, et s'en va, en haussant les épaules :\nAh ! tu es fou !\nLes caractères sont vrais, même quand les situations ne le\nsont pas. Le goût de l'extravagant l'emporte dans l'intrigue ;\nmais le naturel italien ne se perd presque jamais dans la pein-\ntuie des peisonnages. \\ oici Jason qui, depuis des mois, a une\nmaîtresse, dont il n'a jamais vu les traits, et dont il ne sait\npas le nom. Médée lui reproche d'avoir déshonoré cette femme,\net elle veut qu'il répare son tort en l'épousant. '\nJason : La dame est noble ?\nMédée : Egale à toi.\nJason : Je suis fils de roi.\nMédée : Egale à toi."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.20", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "Jason demande à la voir. Médée lui présente sa nourrice\nDelfa. Jason rit et n'en croit rien. Alors, Médée :\nJason, Jason, mon âme, 'cette fille, qui, languissant d'amour, la nuit, a\npartagé ton lit, celle que tu as rendue mère, celle qui à ta foi confia son\nhonneur, celle que tu appelais ta déesse et ton cœur, celle à qui tu juras,\nparmi les secrètes délices, un amour éternel, Jason, mon âme, mon espoir,\nmon idole, ta femme, ton bien, celle-là, celle-là, c'est moi !\nCri de Jason. Air. Duo, etc.\nLa scène est d'une invraisemblance presque ridicule ; et\npourtant elle est pleine de talent et prête admirablement à\nl'expression musicale.\nPour la partie comique, voici Oreste, qui, indigné de la\nlégèreté des femmes, s'écrie : « Avant que j'en serve encore une,\nje veux bien devenir boiteux, louche et bossu » (gobbo).\nAussitôt surgit un gobbo,le bossu et bègue Demo. Il prétend\nqu'Oreste l'a appelé. Oreste ne comprend rien à ses aboie-\nments :\nDemo(lurieux) : A on in\\nte-te-te... ? (Est-ce que tu ne\nm'entends pas ? »)\nOreste : Moi ? Ah! je croyais que tu appelais un chien !\nAlors Demo chante un air vif et comique : «\nDemo, son bravo », un air bègue naturellement, accompagné\nde deux violons, qui répondent à la voix et bavardent ensemble,\navec une verve et une hâblerie joyeuse, qui fait penser un\npeu à l'entrain endiablé du Barbier de Rossini. Comme on s'y\nattend, au milieu de son chant, le begue échoue piteusement\ncontre certains mots, et Oreste doit lui en souffler la fin. Le\nmusicien sait habilement tirer parti de cet effet comique, pour\nfaire attendre la cadence."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.23", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 513, "texte": "A la fin, Demo se fâche et veut se battre contre Oreste.\nOleste cherche à 1 apaiser et se fait très humble: le matamore\ndevient outrecuidant. 11 daigne accepter pourtant ses excuses\net reprend la conversation ; mais, au bout d'un instant, brus-\nquement, s ecrie . « Ha! Ha! cju est-ce que )e sens? JYIa fureur\nne s'est pas encore tout à fait apaisée. Laisse-toi donner\nau moins un coup d épee ! » Oreste proteste. Et comme\nDemo insiste, Oreste met la main à l'épée. Aussitôt le sang"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.24", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "de Demo se calme : « J'oubliais, dit-i1... Je n'en tue qu'un par\njour. » —Oreste finit par accabler d'injures Demo, qui, bégayant\nde plus en plus, s'humilie, confondu, tandis qu'Oreste se\nmoque de lui, en singeant son bégaiement.\nAilleurs, le bègue s'en va furieux, sans avoir réussi à dire le\nmot qu'il voulait. Mais, un moment après, il surgit de la cou-\nlisse, et le crie, triomphant.\nNous voilà loin des correctes tragédies florentines. C'est\nl'opéra bouffe. Et à côté de ces scènes comiques, voici des\nscènes fantastiques. C'est exactement le même mélange de\nbouffonnerie et de surnaturel que l'on trouve, à la fin du\nxvme siècle, dans le Singspielallemand, d'où sortira l'opéra\nromantique.\n(A suivi\n\nRomain Rolland."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.6", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nCORRESPONDANCE THÉATRALE DU XVIIe SIÈCLE\n\nIV\nJ'arrive à la dernière partie de la correspondance du Con-\nseiller au Grand Conseil du Roy, personnage qui eut certaine-\nment son heure de célébrité dans les coulisses de l'Opéra.\n« Le « Samedy, 28 janvier 1696 » il écrivait à l'abbé Dubos :\nJai envoié chez Monsr Gendron qui a rescu vostre pacquet.\nJe vous ai envoie par la voie de Mr du Rosai le Jason que\nmonsr Rousseau mavoit donne et je vous envoie par la poste la\nreponce a vostre livre que Mr Le premier président vient de me\nmettre entre les mains. Jason ne se soutient que sur 12 a i 3\ncent francs (1).\n« Quelque envie que vous aies pour Colasse et moi pour\nMr de Francinne je croi que nous perdrons nostre procès-\nCe nest pas quil ny ait unne récit du prologue en basse chantee\npar Mile Desmatins quon écouté avec plaisir aussi bien que\nle récit des Tauraux et quelques endroits d'lpsipile, mais\nle reste est il me semble sans aucun agrément pour le chant et\nnapproche pas de la haute opinion quil setoit acquise par le bel\nendroit de Thetis et Pelee et la belle scene des Saisons de\nThevenard et de Mlle Morau. En attendant vostre advis après\nla lecture de Jason, je suis. »\nL insuccès de l'opéra de Jean-Baptiste Rousseau et Colasse\ndevint tel que l'on dut cesser les représentations au bout de\nmoins de trois semaines. En dépit de ses relations amicales\navec les auteuis, Ladvocat parle de cette chute d'un cceur léger 1\n« Ce 6fferbr a Paris 1696.\n« Enfin monsieur Jason expira hier. Il na laissé en mourant\nque 700 livres et le parterre et les loges en chantèrent le libéra\n\n(1) Il faut remarquer que cette recette, qui paraît maigre à Ladvocat, ne\ndevait pas être beaucoup au-dessous de la moyenne, pour l'époque."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.26", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "ou la délivrance pour lennuyquil leurs a causé pendant sa vie\nsans baucoup de regret. Nous avons leu nions1' du Rosay et\nmoy vostre critique comme unne des meilleures que vous aies\nfaittes et des plus judicieuses. Je nay peu encore rendre vostre\nlettre au Sl' Roussau qui particippe si fort aux louanges quon\ndonne a lautheur de Polixenne quil oublie le mauvais succès\nde sa piece. On dit pourtant que le cinqeme acte nest pas de la\nforce des autres mais au surplus il sest plus attaché a imiter\nMonsr de Corneille que Racinne. Je vous en dirai davantage\nquand je laurai veu.\n« On joura mardi les Saisons et lon répété Ariadneet Bacchus\nquon espère donner le 20 du présent (1). On a répété dans mon\ncabinet les airs de violon qui mont paru des meilleurs, les\nchœurs en sont très baux, pour les Rolles on en est pas si con-\ntent, peut etre que le 3, 4et 5e acte seront plus baux, ainsi\nsoit-il. Pour les vers ils sont des plus courts et le sujet de là\npiece est incriticable, rien ne si fait que par les dieux, Junon\nprend la figure de Dircee, elle endort Ariadne, les songes font\nparoistre Bacchus amoureux de Dircee. Ariadne se reveille,\nLamour la détrompé et lui fait conoitre la fourberie de\nJunon. Geralde eveque de Cahors et magicien dans la piece\nveut endiabler Bacchus mais ses charmes paroissent impuis-\nsants. Il fait venir Alecton qui met en fureur Ariadne qui veut\ntout tuer hors Bacchus pour laquelle elle a « dilucida inter-\nvalla ». Junon fait revenir Dircee qui etoit chez les anciens un\npoete corinthien et dans la piece un confidente DAriadne. Bacchus\ndesarme Ariadne qui se veut poignarder. Adraste amant d'A-\nriadne et prince d Itaque inconnu pour tel chez les anciens et\nqui a pris des aisles pour venir de la mer dlonie 500 bonnes\nlieues distante de Naxe dans la mer liigee ou est la scene croit\nque Bacchus avec le poignard qui luy voit en sa main en veut\ntuer Aiiadne, se bat avec ses amis contre la troupe de Bacchus\nqui en demeure vainqueur et revenant en témoigner sa joie a\nAiiadne qui le veut tuer dans sa fureur, Adraste arrive expirant\naux pieds dAriadne des blessures de Bacchus. Jupiter descend\ndu ciel qui commande a Bacchus depouser Ariadne. Junon ni\nest plus contraire les dieux étant pour elle. Mercure par la lon-\ngueur de son caducee guérit Ariadne de sa fureur. Bacchus et\nAriadne chantent ensemble :\nAmour cher autheur de ma peinne\nExprime en ce moment mes transports amoureux\nRecompense de si baux feux\nEn unissant nos coeurs dune éternelle chaîne.\n\n(1) On ne joua cet ouvrage que le 8 mars."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "« Le Roy qui s'appelle iEnarus aussi inconnu pour estre roy\nde Naxe que Dircee sa sœur et Geralde magicien et Adraste\nsen rejouit avec les suivt® de Bacchus et les sujets du roy\nforment des dances. Deux amours viennent décoiffer Ariadne\net portent dans le ciel sa coeffure. Mlle Desmatins qui a perdu\ntous ses cheveux restera sur le Theatre en attendant son bonnet\nde nuit qui pourra l'enrumer a force de lattendre attendu que\nles demoiselles\nAbandonne leurs ames\nAux charmes des amours,\nSans leur aimable flame\nOn na point dheureux jours.\n« La coeffure est changé en couronne detoilles et l'opéra\nfinira. »\nCette petite critique avant la lettre de l'ouvrage de Saint-\nJean et Marais n'est-elle pas délicieuse ? Ne la dirait-on pas\nsortie de la plume d'un précurseur de Willy ? Elle condamna\ndans le raccourci de sa raillerie qui ne va pas sans insinuations\nrisquées, la faiblesse de conception des librettistes de l'époque.\nA ce point de vue, elle devance son temps et met en évidence\nun esprit critique avisé.\nUne semaine plus tard, dans une nouvelle épître à Dubos,\nLadvocat fournit des renseignements qui ont la plus grande\nvaleur, attendu qu'ils fixent des jours de « jeu » et précisent\ndes détails ignorés jusqu'ici :\n« A Paris ce Lundi i3me [février 1696].\n« Je vous suis infiniment redevable de vostre présent. Nous\nboirons bien a vostre santé pourveu quil arrive demain a bon\nport. Jay rendu avant hier vostre lettre au Sl' Rousseau et je\nnay pu trouver le temps de parler a Mr de Longepierre que\nMllB Rochois ma assuré etre toujours a Yersaille. On a recom-\nmence mardi les Saisons (1) qui continuront jusques au vingt\ntrois que lon donnera Ariadne et Bacchus et lon espere jouer\ntous les jours jusques au Jubilé cest a dire le jeudi, vendredy,\nles dimanche et mardi et le samedi, lundi, mercredi les Saisons\navec une scene de Porsonnac (2) chantee par Dumenil et quel-\n\n(1) Par conséquent, le 7 février 1696.\n(2) Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet de Molière et de Lulli.\nPersonne n'a signalé cette « mise » à l'Opéra d'un fragment de la fameuse\nfarce que Diderot regardait comme un chef-d'œuvre. Clément et Larousse\nn'en parlent qu'à la date de 1716."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.28", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "que entree comique et après le Jubilé les i 5 jours qui l esteront\njusques a la semaine de la Passion les Saisons ou Ariadne sil\nplaist, mais on refera aux Saisons un quatrième acte tout nou-\nveau pour après Pasques, videbitur. Je ne scais pas ce que\nvous a pu mander Mr Rosay que je ne pus rencontier hier\nchez luy et qui ne ma pas encor envoie la critique pour\nPolixene ou jay été. Il me semble que quelque bien conduitte\nque ce soit unne piece pour les vers les sentiments et la diction,\nquand elle manque par la catastrophe cest une marque que\nlautheur a mal choisi son sujet. Jattendrai que vous soies a\nParis pour y remarquer vous mesme des manque de prépa-\nrations a certains incidents outres et peu vraisemblables qui\nempêcheront les bons connoisseurs de donner leurs suffrages a\nunne piece qui finit aussi mal que celle la. Je ne croi pas vous\navoir mandé que MUe Desmatins faisoit aux Saisons le rolle de\nMUe Rochois et quelle sest attirée lapprobation de tout le monde.\n« Je nai pu encore aller chez Mr le prr président étant occuppe\nau Conslle mais jay fait remarque lacronisme de Jules capit. et\nde Josime dont lun vivoit en 255 et lautre en 425. Jay parle au\nSr Gendron de lhistoire des médecins et ma promis de vous es-\ncrire. Je vous repond monsr que le Sr Roussau nabandon-\nnera point le métier et quil ne croit pas quil luy soit arrive\naucun accident. Il nest pas garant si le public ne se connoit\npas aux bonnes choses. Pour Iphigenie le 5 acte est commence\net nest pas achevé. Duché travaille a un ballet ou comedie en\ncinq actes dont il y en a trois de faits. Monsr de Francinne\nnest pas encor déterminé a qui il le donnera a composer en mu-\nsique. Colasse travaille au ballet de la Naissance de Venus (1)\ndont il a fait deux actes quon dit etre très baux. Il y mettra des\nairs de violon de Ml' de Lully. Le poete est le mesme que celui\ndes Saisons. Neptune aime Amphitrite qui est aimée de Neree\nlequel dans sa jalousie prédit à Amphitrite l'inconstance de Nep-\ntune. Venus arrive, Neptune en est épris, Mercure apprend\nen vain a Neptune que Jupiter en veut disposer. Neptune a re-\ncours a Eole qui fait soulever les vents. Junon sen mesle au 111\npour Vulcain qui nest pas rescu agréablement deVenus. Enfin\nVenus voiant les deux frères prêts a se faire a son sujet un des\nplus cruelles guerres ou meme lunivers ne pouroit manquer\ndetre fort intéressé, Jupiter, Neptune, Melius consultés et pour\nle bien de Lunivers font epouser Venus a Vulcain et Amphi-\ntrite a Neptune et Neree a Dorise.\n\n(1 )La Naissance de Vénus, opéra en 5 actes avec un prologue, livret de\nl'abbé Pic, musique de Colasse, représenté à l'Académie royale de Musique\nle ici' mai 1696."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "« Je lis présentement l'histoire evangelique de Dom Peseron\nmais je ne sais si je suis de son advis sur l'adoption de Tibere\npar Néron. Il y a encor quelque chose de particulier que je\nvous mandre quand je le relirai pour lexaminer, il en vaut bien\nla peinne. Je suis. »\nDans la lettre précédente nous avons vu de nouveau Ladvocat\njuger railleusement J.-B. Rousseau, qu'il ne tenait point alors\npour un dramaturge de mérite. Sous ce même j our, et à des\nmois de distance, nous allons le retrouver encore avec son\nfranc-parler teinté de moquerie :\n« Ce Jeudi i 5 octobre [1696].\n« Je suis arrivé hycy monsr dimanche a cinq heures et ne\nfus point a lopera ou estoit Monsr du Rosai. Je le vis le lundi\na laudiance et lapres midi nous fumes dans mon cabinet 4\nbonnes heures ou nous entretimmes de vous. Je suis convenu\navec luy de vous représenter ce quHesiode a appris a tous\nceux qui lont voulu lire quil y avoit dans le monde deux sorte\nde personnes. Les uns scavent prendre conseil deux-mesme et\nles autres qui suivent celuy quon a la bonté de leurs vou-\nloir bien donner en amy. Il y a aussy des Abes a simple\ntonsure irrésolus sur le choix des finances qui ne scavent que\npar géni interesses pour eux meme sils niront point au Fort\nlevesque après setre mis dans quelque bonne affaire ou ils espe-\nroint entretenir unne des grandes queus de lopera ou s'ils ne se-\nroint point plus idoines après unne bonne éducation estant Li-\nbéraux a trouver deuxmesme lart défaire de bons vers. Enfin\naprès unne meure et serieuse reflectionprecedee dunne rettraite\neloignee de Paris on sexamine et lon se persuade quêtant doué\ndunne heureuse mémoire nourrie des sucs de Racinne et de\nCorneille assaisonnée de la lecture des meilleurs autheurs en\nfait de poesie on sera capable dadjouter quelque chose a lart\nde netre pas inférieur a ceux qui nous ont précédé his positis.\nPétrarque dans un epistre a un sien amy advoue qu'il au-\nroit beaucoup de peinne sil vouloit faire des vers a sen méta-\nmorphoser en vers a soie et qu'il sabilleroit plus tost en\nmouche a miel qui habit aures, etc. On peut devenir ora-\nteur sans avoir de naturel a leloquence parce que lon peut\nsuppléer au deffaut de la nature mais lon ne peut etre poete\nsans genie dont rien ne peut tenir la place et au deffaut du-\nquel tout lart nest pas capable de suppléer. Igneus est olli vi-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.30", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "cror etc. Tel fut parmi nous Racan (1). H nen scavoit asseure-\nment pas tant que labbé dont je vous parle mais il était poete\net sil eut des concurrents il eut peu de semblables et vous aves\nfort bien conceu vous meme que les vers ne sont pas suppor-\ntables quand ils ne sont que médiocres et quils sont ridicules\ndés qu'ils ne sont pas admirables. Vous scaves Monsr que\nPindare se crut au dessus de Bacchilide (2) et de Simonide (3)\nquod ipse naturâ carmen sevibat illi exorte capandant\nquam a magistris didicerunt etc. La version de Hidorius\nconseiller est raportée par Rossius qui vous sera libre de\nlire.\n« On espere jeudy prochain donner le ballet du! riomphe de\nLamour (4), les habits que jay veu me paroissent assesbien\nimagines pour la pièce des flatteurs. Nayant point veu Roussau\nje ne vous en puis que mander, mais j'aurois bien a vous prier\nde me procurer pour de largent unne édition du livre de\nMonsr. Bayle (5) et du Thésaurus Brandeburgient a moins\nque vous ne me croies asses riche pour nen pouvoir pas\nesperer meilleur marché que chez Amisson. Je croois que\nvous scavies que Ma belle sœur fut accouchée dun gros garçon\nqui a fort pleuré la bonne nourriture quelle luy donna in\nutero.\n« Vous scaves que lempereur a acceptté la neutralité dltalie\net que le comte de S'-Pierre et le comte de Mansfel sont en\notage en attendant la ratification de lempereur et du roi Des-\npagne. On attend la duchesse de Bourgogne a Fontainebleau\nle 4 ou le cinq du courant. On croit que le roy partira inconti-\nnent après pour Versaille ayant ressenti quelques attaques de\ngoutte. M. Labbe Pelletier frère du ministre mourut hier da-\npoplexie a midi. On dit que ceux Damsterdam prétendent obli-\nger les états dhollande a représenter a lempereur quils accep-\n\n(1) Honoré de Bueil, marquis de Racan, ne méritait pas d'être taxé de\ngénie, mais il est certain qu'il fut poète-né et qu'il montra dans ses œuvres,\nnon seulement beaucoup de charme, un vif amour de la nature, mais encore\nune douce mélodie qui fait songer à un Lamartine d'un autre âge.\n(2) Bacchylides, poète lyrique grec, né dans l'ile de Céos et qui vécut à la\ncour d'Hiéron, tyran de Syracuse.\n(3) Simonide, oncle de Bacchylides, poète également et ancien direc-\nteur des chœurs aux fêtes d'Apollon.\n(4) Le Triomphe de l'Amour, opéra-ballet encinq actes, paroles de Ben-\nserade et Quinault, musique de Lulli, représenté à Saint-Germain-en-Laye\nle 21 janvier 1681. Ce ballet eut un énorme succès et fut constamment re-\npris pendant trente ans.\n(5) Pierre Bayle, philosophe français (1647-1706). Il s'agissait là proba-\nblement d'un des petits ouvrages publiés par Bayle à Rotterdam, où il s'é-\ntait retiré."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "tent les propositions que le Sr de Calliere (1) leurs a faittes\ncomme très resonables et quil en doibt faire le meme comme\nluy étant très avantageuses.\n« Nostre famille vous salue. »\nJe ne saurais dire exactement quel est l'abbé que visait Lad-\nvocat dans sa lettre, encore qu'il 111 e paraît probable que ses\ncritiques s'adressaient à l'abbé Pic, librettiste fort médiocre\net plein d'outrecuidance, ou à l'abbé Boyer, autre librettiste sans\ntalent.\nLa dernière missive que je vais donner a été écrite par le\nconseiller durant des vacances passées en Bourgogne l'année\nsuivante et elle était adressée a « 1 Abbé du Bos lue du Roule, a\nla seconde porte cocliere, a Paris ». Elle est intéressante et\nd'une jolie tournure :\n« Ce Vendredy 14 juin [1697].\n« Je nayreçeu vostre lettre dattee du samedy huitième qua-\njourdhuy et dans ce moment je suis pressé de vous faire re-\nponce par le meme homme qui nous la aportee. Tout ce qua\npeu faire le reverend pere cest de croire qu'il y avoit unne\nfontaine de Jouvence ou elle aimeroit mieux aller quaux eaux\nde Vichy. Je suis ravi que Sublignon dance et sexerce et je suis\nmesme bien aise quelle vous plaise et je suis fort persuadé que\nvous la laisseries moins reposer que moy et quelle profiteroit\nasseurement mieux de vos assiduités que des miennes.\n« Je souhaitte que Monsr Rousseau réussisse dans les empiri-\nques comme il nen nest pas lautheur quant a linvention cela ne\nlui oteroit point celle que son flatteur lui a meritee. Mais si Ado-\nnis venoit a netre pas aplaudi, comme on la beaucoup proné je\ncrois qun second accès pourrait mettre sa réputation alagonie.\nJe vous dispense de mecrire des nouvelles, nous en recevons\nhycy deux fois la semaine mais jay peinne ame persuader quil\nnarive point de tourmente dans la mer orageuse de Lopera.\nAsseurement que vous naves pas ete aussi assidu a Meduse (2)\nque vous le seres a Armide (3) ou lon vous pourra apprendre\n\n(1) François de Callières, diplomate français, fils du maréchal de ba-\ntaille des armées de Louis XIV. Il fut ministre plénipotentiaire en Hol-\nlande et prit une part active aux conférences qui précédèrent la paix de\nRyswick.\n(2) Méduse, tragédie lyrique en 5 actes, avec un prologue, paroles de\nl'abbé Boyer, musique de Gervais, représentée à l'Académie de Musique\nle i 3 janvier 1697.\n(3) Il s'agit là d'une reprise de l'ouvrage de Lulli."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.32", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "le présent queMr de Franc, aura fait a Labbé Boier pour lap-\nplaudissement que les gascons ont fait de cet opéra. Jespere\netre hycy encor douze ou i 3 jours et jespere de recevoir encor\nde vos lettres. On peut écrire le mercredy et vendredy par la\nposte de Bourgogne qui passe a Villeneuve le Guiastou La-\nguerre selon le vulgaire et adresser vos lettres aMr Michel\nofficier de La feu reinne et je vous prie de navoir aucunne peur\nde me chagrinner. Je consens mesrae que vous noublies pas la\ngrande fille comme vous aves fait et que vous asseures M 1 Bris-\nsonnet de mes amitiés. Mais en vérité il falloit me mander sil\na eu cette charge de Maistre des requestes en question ou unne\nautre.\n« Apres cela monsr je nai plus qua vous remercier de\nmavoir donne vos 3 Tomes de Lhistoire des scavants cest un\nvrai parterre pour la diversitte des fleurs et la variété des\nfruits y tient lieu dunne bibliothèque. Ce nest pas quil ny eut\nhycy des historiens, les gentilshommes des environs en sont\nfournis. Ainsi monsieur au chagrin près de netre pas auprès\nde ses amis et Amies la solitude en seroit fort agreable. Je\nsuis. »\nLe véritable Opéra fondé par Lulli rue de Vaugirard et\ninauguré le vendredi 11 novembre 1672 avait grandi très vite\nen vingt-cinq années. Véritable créatrice de mœurs spéciales,\naussi bien dans le monde de la cour que dans celui de la ville,\nà l'époque où Ladvocat se faisait le colporteur des nouvelles\nglanées dans les coulisses, dans les salons et dans son propre\ncabinet, lieu de rendez-vous des auteurs et des artistes, l'Aca-\ndémie Royale de Musique était devenue la préoccupation de\nbeaucoup d'esprits. Depuis qu'il avait été transporté à la Salle\ndu Palais-Royal en 1673, l'Opéra formait un centre d'intrigues,\nde convoitises, de rendez-vous galants, et lorsque M. de Fran-\ncine en devint directeur, il était déjà un État dans l'État.\nDe cette époque lointaine il ne reste pas grand'chose, à telle\nenseigne que les historiens n'ont presque rien trouvé à dire\nd'exact. Il n'était donc pas inutile de publier ces quelques\nlettres d'un Conseiller au Grand Conseil du Roi,homme remuant\ns'il en fut, puisqu'elles précisaient des dates discutées, des dé-\ntails ignorés, et qu elles donnaient une physionomie curieuse de\nla vie a 1 Opéra au xvne siecle. Ace point de vue, je crois avoir, par\nmon modeste apport, ouvert un champ nouveau, et je serai\nheureux si j'ai su piquer la curiosité des chercheurs.\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Schola Cantorum. Mme Yvette Guilbert et les Chanteurs de Saint-\nGervais. Soirées d'Art. —M. Calvocoressi. Maurice Ravel et Ricardo Vifïes. —La Mort de\nTintagilès.\nAu Concert Chevillard du 24 décembre, M. van Dyck attirait des flots\nd'auditeurs et faisait merveille encore avec ce qui lui reste de voix, cepen-\ndant que M. Colonne, dévotement, fêtait Noël avec le concours de Bach,\nHaendel, Berlioz, Liszt, Saint-Saëns, César Franck et Fauré. Et le 3i dé-\ncembre je retrouvais, au Concert Chevillard, la Symphonie de Franck, tou-\njours admirable et de mieux en mieux interprétée. Qui donc médisait de\nl'orchestration du « père Franck »? Il m'a semblé cette fois que le premier\nmouvement avait des sonorités magnifiques ; surtout au retour de la\npremière idée, exposée en canon par les trombones et trompettes, et en-\nveloppée d'un frémissement de cordes qui, par influence, prend le timbre\ndes cuivres : on croit voir un brocart royal où se détache, éclat sur éclat, un\ndessin de vieil or. Le second mouvement a été pris un peu plus vite que de\ncoutume, ce qui me plaît assez, car ce morceau, par sa structure comme par\nson caractère, tient autant du scherzo que de l'andante. Seul le finale ne\nme semble pas digne des autres parties de ce chef-d'œuvre : car son idée\nprincipale, d ailleurs aimable, revient avec quelque insistance et quelque\nfracas inutile. Je ne sais trop si la Symphonie de Franck ne devait pas clore\nl'ère de la symphonie: ce serait une belle fin, et il me semble difficile de\nrenouveler encore une forme qui vraiment a beaucoup donné déjà. Mais\non ne sait jamais...\nLa Nuit sur le Mont-Chauve, de Moussorgsky, me plaît beaucoup mieux\nà l'orchestre qu'au piano ; or l'orchestration est de On y\ntrouve un charmant motif de danse, une fanfare qui annonce congrûment\nTchernobog (le dieu noir), un sabbat peu coloré, et un joli lever du jour,\noù la clarinette et la flûte chantent avec une douceur presque berliozienne ;"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.34", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "tout cela un peu grêle, douloureux et souffreteux, écrit sans doute entre\ndeux accès de fièvre, dans une chambre d'auberge, par cet enfant perdu,\ncœur tendre et capricieux, qui ne sut jamais s'accommoder de la vie.\nC'estM. Chevillard qui avait orchestré les 4 Esquisses de Schumann, pour\nle piano-pédalier, que nous entendîmes ensuite : orchestration très sobre\net peut-être respectueuse à l'excès de cette uniformité de timbre qui est le\ndéfaut du piano ; mais cette volontaire discrétion est en soi fort louable\net a donné plus de prix à des pages d'un coloris charmant dans la 2e et la\n4 0 Esquisse.Après quoi, retour offensif de .Wagner, magnifiquement inter-\nprété d'ailleurs par M. Frohlich.\nLe 7 janvier, au Concert Chevillard, la de Berlioz,\navec Mme Gaétane Vicq, MM. Delmas, Laffitte et Petit (admirable inter-\nprétation). Et le 14 aussi.\nLe 7 janvier, au Concert Colonne, la de Berlioz.\nEt le 14 aussi.\nIndifférent à ces records, j'aime mieux revenir à des concerts où l'on\nnous fit entendre des musiques plus anciennes, plus fraîches par consé-\nquent. D'abord celui de la Schola Cantorum, le 29 décembre, tout entier\nreligieux : il commençait par sept pièces de chant grégorien, dont l'exécu-\ntion a fait le plus grand honneur à la classe de Mme Jumel et à M. Gas-\ntoué, qui dirigeait ce petit chœur. Il y avait là des mélodies de l'époque\nromane, très fermes et simples de contour, et d'autres plus anciennes et\npour moi plus plaisantes, avec la richesse byzantine de leurs vocalises, où\nl'on put admirer la pureté de voix exquise de Mme Jumel (oui, je sais, cela\nn'est pas liturgique; mais le rigorisme qui proscrit aujourd'hui les voix\ntéminines n existait pas aux temps d'innocence). Venaient ensuite quatre\nmotets, dont les plus beaux sont certainement ceux de Josquin, avec l'élan\nde ses voix ferventes, et de Vittoria, grave et sombre ; il y a dans Palestrina\nplus de facilité, un dessin gracieux et une aimable abondance de détails :\nquelque chose de la manière de Raphaël, et un soupçon d'indifférence.\nL intermède tut un Noël fiamand du xve siècle, chanté avec agrément par\nMlle Maurat et Mme Marthe Legrand, et la Passacailie de Bach, où M. Guil-\nmant montra la plus ingénieuse variété de registration. C'était un maeni-\nfique prélude à YActus tragicus, l'œuvre laplus expressive peut-être, la plus\nsobre et la plus serrée que Bach ait jamais écrite. Tout porte ici, parce que\ntout est àsa place ; les airs, comme dans le drame musical moderne re-\nçoivent leur forme des paroles mêmes, au lieu de s'astreindre à la règle\ni talienne des reprises. Toute la cantate d'ailleurs (etpar là se justifie son titre)\na un caractère dramatique qui amène des libertés d'écriture fort expressives!\ncomme cette vocalise des sopranos, prière d'espoir après un chœur d'é-\npouvante, qui reste isolée et plane, la basse continue elle-même se taisant\npour écouter. Berlioz n'a jamais rien inventé de plus saisissant. Ce qu'il eût\nmoins aime certes, c'est le chœur final sur le mot fort vigoureux,\nmais qui lui eut semblé un retour à la scolastique. Il eût été toufhé jus-\nqu aux larmes par la voix et le style de Mme Marthe Legrand MM Caze-\nÛXSonrr \"fiT beaUCOUP.d'éI°gM —« l'orchestre, sous\nla direction de Marcel Labey, a ete très net et précis.\nà H S^Gervais' P°ur Noël nous avaient fait entendre,\na chapelle de la Sorbonne, une belle messe de C-ucrrero Daraissaient\nfiuiibertei?ireSUr;a pe,i'e est,rade des Agriculteurs, à côté de M». Twtte\nSe société vfen dèw ' dechanso\"s- .■»«» chansons anciennes :\nd'un genre où nous av<,'n touJciu?s'Txcelié' \"e'concTt™'™ \"\"\"\"\nquatre chansons du siècle (Couvées et publiée^"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3885, "texte": "signées des noms illustres de Costeley, Roland de Lassus, Claude Le fer. ne\net Clément Janequin, le plus gracieux de tous, peut-être; elles furent inter-\nprétées avec une aisance et une souplesse dignes de l'ancienne renommée\ndes Chanteurs de Saint-Gervais. Mme Yvette Guilbert ne remonte guère an\ndelà du xvme siècle, en quoi elle a bien raison, car le xvne, représenté â ce-\nmême concert par des airs galants et un peu cérémonieux de Boesset, n'a\nrien qui annonce la chanson moderne ; au lieu que l'époque de Louis XV\nconnut comme nous l'art des sous-entendus. C'est encore une grivoiserie\nassez naïve, sans doute, et mêlée de pastorale à la Florian; nous faisons\nmieux aujourd'hui, ou tout au moins plus fort. Que l'on compare la Peu-\nreuse, « chanson favorite de Mme Dubarry », et son maternel dénouement,\nà telle chanson du répertoire ancien, je veux dire moderne, d'Yvette Guiî-\nbert, par exemple à ce fiacre symboliquement jaune dont elle nous contaiî\njadis la meurtrière odyssée : on conclura que les plus égarées des M innés\nd'aujourd'hui n'ont plus peur de rien, même en voiture ; ce qui prouvé la\ndélicatesse de nos mœurs. Mais, au fond, c'est bien la même sorte d'esprit,\net l'interprétation, avec quelques nuances, doit être identique. Mme Yvette\nGuilbert m'y a paru aussi précise et mordante qu'autrefois, et plus fine. Ce\nn'est plus cette diction martelée qui, mettant tout en valeur, atteignait fata-\nlement aussi le mot à effet double ou triple ; c'est un art bien plus délicat»\nqui souligne à propos ; et c'est une variété d'intonations qui fait entendre\ntout sans exagérer rien ; avec cela un masque puissamment expressif, éga-\nlement propre au comique et au tragique, et des gestes volontairement\ndégingandés, d'une bouffonnerie inimitable. Mme Yvette Guilbert porte à\nsa perfection un genre qui, traité par elle, me paraît hautement artis-\ntique.\nSoirées d'Art. Nous approchons des derniers quatuors, et le parfait\nensemble, la sûreté de style et la profondeur d'émotion du quatuor Capeî\nsont de plus en plus admirables. On a beaucoup applaudi, le 21 décembre,.\nMlle Long pour son interprétation élégante de pièces de Fauré, Scarlaîti\net Saint-Saëns, et, le 28, M. Frohlich dans les six M.élodies religieuses de\nBeethoven (traduites par Mme Chevillard), ainsi que Mlle Emma Grégoire\ndans la Vie d'une femme de Schumann. Le 4 janvier, la pianiste était\nMme Thérèse Stiévenard, qui joue avec charme et simplicité es\nfa dièse majeur de Chopin et la Bourrée fantasque de Chabrier. Elle »o\ncompagne, dans la seconde Sonata de Haendel, M. Gillet, qui enlève les\narpèges et batteries avec une virtuosité étourdissante (or le hautbois ne se\nprête pas à ces jeux avec la docilité du violon ou de la clarinette) et a de\nplus un son ample et nourri, peut-être un peu tendu parfois. M»' Jeanne\nRaunay chante avec un lyrisme délicat et contenu le troublant Mariage des\nRoses de César Franck : sujet digne de Verlaine, vers de mirliton, musique\ncandide. Elle donne beaucoup d'accent à une mélodie de Boussion, simple\nd'inspiration et ausd d'harmonie, assez plaisante, et à une autre du même\nauteur, dont je ne goûte pas trop l'effort tragique. Elle a une variété de ton\net une conviction admirable dans le poème mélodique de Beethoven,\nbien-aimee absente. Et nous étions ainsi fort bien préparés à entendre îe\nquatorzième Quatuor,interrompu par la sortie malencontreuse d'auditeurs\ninexperts qui crurent 1 oeuvre terminée après son cinquième mouvement\nmais joué avec une gravité, une dignité, un ensemble et une entente de la\nperspective musicale qui se manifestèrent particulièrement dans la sombre\nfugue du début, et dans l'andante plus doux, comme brisé de tendresse\nCes derniers Quatuors de Beethoven marquent probablement le plus erarii\neffort que la musique ait fait pour traduire les émotions profondes de\name humaine ; et non seulement ses émotions, mais ses méditations"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.36", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3605, "texte": "aussi, et les bons propos qui succèdent à l'épreuve. Chacun de ces poèmes\nmusicaux est comme un dialogue entre l'homme et sa conscience, ou son\n\"Dieu, pour parler le langage de Beethoven. Musique avant tout intérieure,\net religieuse à la manière protestante. Musique étroitement attachée àla\n~rie humaine, qui est toute sa substance et dont elle pose sans cesse les\ndouloureuses interrogations. Testament moral d'une âme haute et sévère,\nque les meilleurs d'entre nous peuvent aimer, et que les autres admirent\navec componction. Louis LALOY.\nEcole des Hautes Études sociales. Dans une sobre et substantielle\n« lecture », M. Calvocoressi évoque les chants et danses populaires de la\nGrèce actuelle et appelle de ses vœux une renaissance de la musique hel-\nlène. Délicatement harmonisés par MM. Ingelbrecht et Ravel, interprétés\navec goût par Thomasset et M. Rœlens (remplaçant au pied levé\nM. Sandré), ces chants et danses ont plu par le caprice déjà semi-oriental\nde leur mélancolie ou de leur animation.\nJ. CH.\nApôtre de la musique russe, M. Calvocoressi allait, le n décembre, por-\nter la bonne parole à l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine. Il\nétait tout indiqué, à la fois par les circonstances et par la vérité même, de\nmontrer Part russe puisant sa force aux sources populaires. C'est ce que\nM. Calvocoressi a fort bien su faire, en une causerie fort appréciée du pu-\nblic, et que suivirent des auditions de chants populaires et d'œuvres de\nMoussorgsky, Borodine, Balakiref, Rimsky-Korsakof et Akimenko. Muc Ba-\nbaïan et M. Mougounian ont dû bisser un charmant duo, et Mlle Thomas-\nset a eu le plus grand succès dans la Reine de h Mer de Borodine, le\nChant d'amour de Balakiref, et deux belles mélodies d'Akimenko. L'éblouis-\nsante Islameyl de Balakiref, jouée par M. Vinès avec une aisance souve-\nraine et une verve incroyable, a porté l'enthousiasme à son comble.\nL. L.\nLa mélodie populaire refleurit. Récemment, Mme Yvette Guilbert faisait\napplaudir, rue d'Athènes, des chansons du xvme siècle, délicieusement\nharmonisées par Déodat de Séverac ; le 6 janvier, c'était la Société Na-\ntionale qui mettait au programme de son premier concert, des chansons\nbretonnes avec adaptation française et harmonisation de Paul Ladmirault.\nLa musicalité de M. Ladmirault musicalité qualifiée naguère par M. De-\nbussy de « rêveuse et fine, comme un peu peureuse de se trop formuler »\nest bien celle qui convient à ces vieux chants populaires, patrimoine d'une\nrace et 1 essence même de son génie. Aussi ces chansons bretonnes furent-\nelles, par lui, enguirlandées d'harmonies rares, avec le même soin pieux des\nmaîtres d'autrefois lorsqu'ils ornaient d'enluminures les missels. Mlle Marie\nLasne les chanta avec expression et dans un sentiment juste, et M. Louis\nAubert tint le piano d'accompagnement avec infiniment de délicatesse.\nParmi les compositeurs de la jeune école, M. Maurice Ravel est un de\nceux dont les œuvres sont, a bon droit, attendues avec une impatiente\ncuriosité. Cette fois il s agissait de pièces pour piano : Miroirs. Noctuelles\net Une barque sur l Océan me semblent écrites dans le genre de virtuosité\ntout particulier des Jeux d'eau du même auteur. Mais Oiseaux tristes, la\nVallée des Cloches et Alborada, plus simples de lignes, sont vraiment d'une\noriginalité puissante; la dernière surtout, par sa verve rythmique et aussi\npar sa netteté de construction, est extrêmement savoureuse. Elle fut, du\nleste, redemandée, et lon sait qu'a la Nationale les « bis » ont une tout\nautre valeur que dans maint endroit où ce n'est pas toujours l'œuvre la-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.37", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3162, "texte": "meilleure qui reçoit le meilleur accueil. J'ajoute que dans chacune de\nces pièces qui paraîtront prochainement chez l'éditeur Demets le\npiano est traité avec une entente merveilleuse de ses moyens : Liszt mo-\nderne. Quant à M. Ricardo Vines, il faut le féliciter, non point de son\nprestigieux talent aujourd'hui universellement reconnu, mais de sa vaillance\nà lutter pour la bonne cause : je veux dire pour le succès de notre jeune\nécole. Je ne m appesantirai donc pas sur la manière extraordinairement\naisée et vivante dont il a joué les Miroirs. Cet artiste semble fait pour\ninterpréter cette musique comme cette musique semble faite pour être\ninterprétée par lui. C'est tout dire.\nBonne exécution d'une Sonate piano et violon de M. P. Le Flem, par\nMM. Masson et Lefeuve. L'auteur est très jeune, me dit-on ; c'est à 'cela\nqu il faut attribuer sans doute certaines incohérences et le manque d'équi-\nlibre de cette œuvre qui, je me hâte de le dire, présente par ailleurs de\nréelles qualités. Et, pour finir, le Premier quatuor de V. d'lndy, dans lequel\nMM. Lejeune, Claveau, Drouet, de Bruyn s'employèrent courageusement.\nJEAN POUEIGH.\nLa mort de Tintagiles. « Ma chère Ouvreuse, venez donc aux Mathu-\nrins. Devant une assistance panachée, empanachée (Américaines écla-\ntantes, gens de lettres et musiciens, peintres de mondaines et modèles\nd'iceulx), Georgette Leblanc interprète l'angoissante légende de Maeter-\nlinck, pieusement commentée par les musiques de M. Nouguès dont les con-\nnaisseurs m ont déclaré apprécier l'atmosphère mystérieuse et qui me\ncharme par l'intelligente déclamation des récitatifs.\n« Faut-il avouer que Georgette Leblanc me les fait parfois oublier à moi\nprofane, ces musiques ? Blanche à éblouir, sous de lourdes étoffes où le\nrose cramoisi et le rouge ancien s'affrontent intervalle de seconde risqué\net magnifique elle est une Ygraine dont les beaux bras faibles se meur-\ntrissent ala porte de fer; une tragique et tendre sœur qui meurt dans sa\nchevelure blonde, après des brisements d'ongles contre la porte terrible\naprès des cris et des plaintes dont le publie demeure un long instant fré-\nmissant et silencieux.\n« Your loving,\n« COLETTE ».\n\nA L'OPÉRA-COMIQUE\n\nHenri Gain et Ch.-M. Widor : Les Pêcheurs de Saint-Jean, scènes de la vie maritime.\nJVXatrat et Gabriel Pierné : La Coupe enchantée, d'après La Fontaine.\nLe sujet des Pêcheurs de Saint-Jean (de Luz) me rappelle une nouvelle du\ndélicieux et trop rare Emile Pouvillon : Mais ici ce n'est\nplus le brave Jeantil qui aime Suzon, la fille à Ittié, le maître de la Borde-\niV,°n?Ue\" est Jacques, le bon marin, que son cœur fiance à Marie-Anne\nheritiere de son propre patron Jean-Pierre. Pêcheur et laboureur ne veu-\nent pas pour gendreun sans-le-sou. La résistance exaspère l'amour et l'on\nse rencontre, qui dans un ravin touffu, qui sur la grèvepar miracle déserte.\nai* il faut, pour vaincre l'obstination d'un père trop prudent, que Jeantii\ntasse sauter la courroie de la mécanique prête à dévorer le bras d'lttié et\ncomme0 de sauvetage dont il est patron (et non pilote,\ncomme dit M. Gain), pour secourir Jean-Pierre. Et la nouvelle de Pouvillon"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4061, "texte": "1 est d une naïveté subtile et d'une rusticité raffinée, qui font pensera\nThéocrite. Et le drame de M. Gain ne manque pas de couleur, mais cette\ncouleur est grosse, comme il convient au théâtre, et elle ne pénètre pas le\nsujet, elle l'encadre plutôt, et lui est superposée : c'est un vieux cantique,\npuis une chanson de matelot, puis le baptême du nouveau bateau de Jean-\nPierre ; c'est encore une scène de cabaret, et des chants d'ivrognes ;et c'est\nenfin lamarche de Noël, et les petits enfants costumés en Rois Mages. Mais\ncet ensemble un peu composite ne manque ni de force ni d'agrément. G est\nune scène fort dramatique que celle où Jacques, fou de désespoir, va boire\navec les autres et chanter leurs chansons, se prend de querelle avec Jean-\nPierre et tire son couteau, puis brusquement, à la vue de sa mère, se\nretrouve faible et honteux, et sanglote comme un enfant. M. Salignac s'y est\nmontré excellentacteur, et les mouvements de la foule, partagée entre lapeur\net le désir de désarmer le furieux, ont été d'une vérité saisissante. Plus loin,\nlorsque Jacques est allé trouver son amie, toute seule à la maison où le père\nn'est pas encore revenu, et qu'il est reparti, l'injure à labouche, parce qu'elle\nse refuse à fuir avec lui, c'est un joli tableau, et bien émouvant, que l'entrée\ndes petits mendiants de Noël qui chantent leur cantique à la jeune fille\nsouriante et navrée. Et puis, ce qui me plaît en tout cela, c'est qu'on n'y\nrencontre pas l'ombre d'un symbole. Oh! les braves gens qui se contentent\nd'être des hommes, et de souffrir, et de s'efforcer, et de s'entendre enfin,\nsans vouloir personnifier à nos yeux ébahis la Souffrance, ou l'Abnégation,\nla Soif de l'or, ou le Salut par l'amour ! Comme on se sent à l'aiseavec eux,\ncomme on les prend volontiers en pitié, et comme on les aimerait, s'ils\nparlaient seulement (O Monsieur Henri Gain, exaucez ma prière à votre\nprochain livret) une langue un peu moins conventionnelle. Certes cette\nprose est meilleure que celle d'un Zola ou d'un Charpentier : plus ferme\nd'abord, exempte de toute phraséologie montmartroise, et par endroits\nénergique. Il me plaît que Marie-Anne appelle la mer « chienne, gueuse,\ntueuse, infâme », et les paroles des diverses chansons insérées dans la pièce\nsont le plus souvent d'une simplicité populaire et charmante. Mais je ne\nserai tranquille que le jour où un matelot amoureux ne parlera plus de «ce\ndivin baiser où tressaille son âme », ni du « rire d'enfant dont est fait son\nbonheur ». Combien je préfère les simples lignes de Pouvillon, et cette\nfuite virginale :\nElle se levait, mais il la retint de force et garda ses mains prisonnières\ndans les siennes. « Suqon, Suqon », sécrie-t-il, et il attire sa poitrine sur\nsa poitrine, ses lèvres sur ses lèvres. Elle résiste ; son sein timide, sa lèvre\nignorante se dérobent à l'étreinte; avertie par l'instinct de la pudeur,\nelle échappe aux prises de son amant. Dépité de sa faiblesse, honteux,\ncelui-ci s'éloigne à son tour.\nQuand donc pourra-t-on s'aimer au théâtre, sans grands gestes, sans\n« folle étreinte », sans invocations au ciel, et, pour tout dire, sans « duo »?\nSur ce poème inégal, mais où ne manquent ni le dramatique ni le pit-\ntoresque, M. Ch.-M. Widor a écrit une musique sincère et forte, soutenue\net nourrie, dont le seul défaut, à mon sens, serait de trop détailler et trop\nmettre en valeur parfois des paroles qu'il valait mieux faire passer le plus\nvite possible, voire submerger sous les flots de l'orchestre complice. Mais\nl'auteur s'est fait une loi de laisser toujours la déclamation en pleine lu-\nmière ;et cette loi, fondamentale dans le drame lyrique et trop rarement\nobservée depuis Wagner, n'a ici de fâcheux effets parfois que parla faute\ndu librettiste. Si lon voulait aller au fond des choses, on trouverait peut-\nêtre qu'à un drame lyrique il faut un auteur et non un librettiste. Mais ne\nposons pas une aussi grave question ; ce qui est certain, c'est que l'inten-\ntion du musicien est excellente : il faut avant tout, au théâtre, que nous"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.39", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "sachions de quoi il s'agit. Qu'on ne croie pas d'ailleurs que cette musique,\npour savoir être discrète, soit insignifiante, et réduise àun perpétuel\nrécitatif accompagné. Bien au contraire, la méloaie est partout\net très nettement dessinée, àla française ; plus abondante même qu en\nmaint autre drame moderne, car elle ne s'immobilise pas dans ces laides\nformules qui, sous le nom de leit-motive ou motifs conducteurs, font non\nseulement la charpente, mais toute l'architecture de plus d'un de ces ou-\nvrages. Ce procédé, moins wagnérien qu'on ne croit, et plus commode qu'on\nne dit, n'a pas été employé ici, et j'en suis fort aise ; d'abord parce que\nc'est une affirmation d'originalité assez rare pour qu'on la remarque ;\nensuite parce que le lien que je crois apercevoir entre l'emploi des sym-\nboles dans le drame et des motifs conducteurs dans la musique se trouve\nainsi vérifié par contre-épreuve (i). Ce qui me paraît excellent aussi, c'est\nl'appel que l'on a fait aux mélodies populaires, ou d'allure Si\nl'on veut, comme ce semble être la mode aujourd'hui, mettre en scène\nl'homme du peuple, c'est par son chant traditionnel que Yon exprimera tout\nle meilleur de son âme. M. d'lndy l'a fort bien compris, et ce qui me\ncharme le plus dans Y Étranger peut-être, c'est la ronde du début (Dans la\ntour du palais). La chanson populaire aun rôle plus important dans les\nPêcheurs de Saint-Jean, et elle s'y trouve même fort ingénieusement reliée à\nl'action : témoin, au premier acte, la complainte de Jacques, écoutée par\nMarie-Anne (On a quitté sa belle amie), et la délicieuse chanson de Marie-\nAnne dans la nuit d'attente (Partant pour un lointain voyage). Les can-\ntiques du baptême, les chansons à boire, et surtout les chants de Noël, pour\nêtre plus épisodiques, n'en ont pas moins une bien jolie couleur. Et quel\nart délicat, sobre à dessein, mais si maître de ses moyens, que celui qui\nunit la marche de noël au choeur des enfants, ou fait sans effort un canon\nà deux parties, avec contre-sujet, de la prière au petit Jésus ! Nul pédan-\ntisme en cette écriture, bien au contraire : un archaïsme attendrissant,\nquelque chose de grêle et de doux, enfin un peu de ce « style innocent » où\natteignit Berlioz dans Y Enfance du Christ.\nJ'ai un faible pour ces pages ; je les préfère même à d'autres, bien plus\ndramatiques cependant, et dont je ne méconnais pas les mérites. La tempête\ndu dernier acte est certainement une belle tempête ; mais je suis un peu\nblasé sur ce genre de spectacle, depuis Siegfried, depuis l'Étranger, et\nsurtout depuis Y Ouragan, où M. Bruneau, avec un cornet à pistons et trois\nnotes obstinées, arrivait, lui aussi, à nous secouer les nerfs. Le troisième\nacte me paraît supérieur au quatrième : l'inquiétude de Marie-Anne, la\nsombre fureur de Jacques, l'impuissante tendresse de son amie, se traduisent\npar une musique tour à tour agitée et berceuse, toujours émouvante, et\nd'une noble simplicité. De même encore, àla fin du second acte, lorsque\nJacques à bout de forces retombe dans les bras de sa mère, on rencontre\ncette caresse désolée que je veux citer, car l'effet, surtout après la scène ter-\nrible qui vient de se dérouler, est un des plus touchants qu'on puisse ima-\nginer :\n\n1 ) Voir mes études sur le Drame musical moderne."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.40", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "Mélodique avant tout, mais rehaussée de fortes harmonies, telle est la\nmusique de M. Widor : on ne peut, il me semble, en méconnaître le\ncaractère et la puissance. Et ceux même dont l'idéal est tout autre admi-\nreront la conviction et le désintéressement d'un grand artiste dédaigneux\nde plaire au snobisme contemporain par des artifices qui cependant ne lui\ncoûteraient nulle peine, que celle de mal traduire sa pensée. L'œuvre\nnouvelle est une œuvre sérieuse, librement conçue et mûrement réfléchie;\nc'est une œuvre hardie par la clarté probe de son style ; et c'est une belle\nœuvre, à mon gré, parce que la musique y est partout vibrante d'émotion\nou de poésie.\nest très satisfaisante. M. Salignac, fort bon acteur, sera\nun excellent chanteur lorsqu'il se retrouvera en possession de tous ses\nmoyens. Mlle Friché a une voix fraîche et une grâce simplette qui va fort\nbien à son rôle. M. Vieulle est un Jean-Pierre plein d'autorité, et il n'est\npas jusqu'au corps de ballet qui ne se montre à son avantage dans un pas de\nsardinières fortement hanché, sans doute à cause du voisinage de l'Espagne.\nLe spectacle commençait par la Coupe enchantée, assez insipide badi-\nnage tiré par M. Matrat du conte de La Fontaine et orné par M. Pierné\nd'un pastiche musical qui fatigue vite : encore est-il intermittent, car il y a\nici de longs et reposants « parlés », comme dans l'ancien opéra comique.\nOn évoquait auprès de moi le souvenir de Poize. C'est exact : mais pour-\nquoi donc refaire ce qui existe déjà ?\n\nLouis Laloy.\n\nLE THÉATRE EN PROVINCE\n\nLes Débuts.\nM\"e Margyl, qui vient de paraître sur les planches de l'Opéra, les jeunes\neleves de M. de Féraudy que la Maison de Molière accueille avec une con-\nsidération distinguée, ne se doutent certainement pas de ce que sont, en\nprovince, les trois traditionnelles épreuves et les vicissitudes de la période\ntheâtro-électorale. Qu'elles me permettent de les en instruire.\nLes débuts, c est la saison où l'abonné est plus grave et le chroniqueur\nmoins léger (l'Ouvreuse elle-même y perdrait son esprit), où le directeur\na les poches bourrées de papiers télégraphiques (Acceptez-vous 600 ?\nNon, rien de fait), ou le rideau se lève et se relève comme une chemise et\ndécouvre le régisseur, en frac, s'inclinant par trois fois devant le public\nsouverain, ou, derrière les portants, on voit des chanteuses aphones et des\nuegnes apeurees, où Méphisto et Carmen font, en ronchonnant, leurs\nmalles de costumes pour les diriger vers des scènes plus écossaises, où l'on\nsubit, supplicies, sept ou huit fois l'audition du Chalet dans les recoins\namuëtPre|/HonneS attendent les ténorinos détenteurs de demi-teintes\nen salle dI v^Bf.°nS T ,son;.comédiennes (sic), où le foyer, transformé\net\\e crpirif la 1 u empli de discussions sur la voix blanche (!) du ténor\ne creux de la basse, ou un commissaire, dont le goût musical dit\nïbTtfom ron\"6 ? '\"'H\"' fCîde de 'a \"CeP,ion du pauvres\n.\". 'S\"1 a,vec de,s larm« u\" \">aigre morceau de pain, tout cela\npoui la satisfaction de quelques Bouddhas maléfiques nommés dans l'ar-\nest dilettinrpteS' ttantl Çf.n Province, par droit de conquête, tout abonné\nprétend 1tOUt dlr,fCteur symPathique). Notre république, qui se\ndevrak elk 3f6 SUbSlSter Cet Usa§e suranné> et barbare.\niNe devrait-elle pas abolir ces pratiques, survivance d'un autre âge ?"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.41", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3987, "texte": "Les résultats produits par le système actuel ont été par trop bizarres.\nSongez à la scène lyrique que pourraient constituer les artistes s'ils s'avi-\nsaient de créer, à l'imitation des peintres, un « Théâtre des Refusés ». Si»\nà l'inverse, quelque imprésario ironiste et désabusé rassemblait en corps\nde troupe les plus notoires médiocrités admises, un toile accueillerait cette\nexhibition. Des admissions et des refus sont inexplicables. Pourquoi des\nchanteurs de mérite sensiblement égal sont-ils diversement traités ? La\nmétéorologie théâtrale est une science en faillite. Elle ne peut conjecturer\nles subites sautes de vent, ni expliquer les calmes plats soudains. Tel qui\nplaît vendredi, dimanche tombera.\nIl se commet, chaque saison, pas mal d'iniquités. Dans les villes dont !&\nmunicipalité subventionne les plaisirs, se retrouve la torture, partout abo-\nlie. Des aficionados, en proie, dirait le Dr Mauclair, au « vertige meurtrier\nde l'amok », « emboîtent » les ténors, « tombent » les divettes et Meyer-\nbeer conduit le bal ! Hélas ! que j'en ai vu mourir des ténorinos !... Point\nn'est besoin, pour ces exécutions sommaires, d'une centaine de votants»,\nDeux, trois voix de spectateurs du parterre, incapables, je gage, de distin-\nguer un mi d'un la, suffisent pour enlever à une femme, le plus souvent\nmalheureuse, le morceau de pain qu'elle sollicite. Doux pays ! dirait Fo-\nrain... Mais on voit pis. S'il advient qu'un artiste cesse, après son admis-\nsion, de plaire à quelques spectateurs, les maires s'empressent, après quel-\nques soirs de tapage, de prendre un arrêté excluant de la scène le pauvre\ncabot. Ainsi les enfants rejettent leur poupée après lui avoir cassé les bras\net vidé le ventre. Je n'exagère rien. Une signature, et voilà des malheureux\nsur le pavé. Ils sont élus et sans place. Ah 1 le bon billet!\nJe ne sais si l'on peut expliquer par le « plaisir de rompre », délicate-\nment analysé par M. Jules Renard, l'acharnement de certains\nToujours est-il que nous manquons absolument de charité, Enfants, nous\nsupplicions les bêtes ; collégiens, nos pions ; hommes, nos amuseurs...*\nNe serait-il pas plus humain de compatir à la nervosité des\nimpressionnables à l'excès (genns irritabile actorum), dans la gorge des-\nquels le trac étrangle la note et arrête la vocalise ? A celte démoralisation\nqui est réelle, s'ajoutent les mille et un chantages de la ville. Certakrs\nagents persuadent aux actrices qu'elles feraient bien d'acheter l'appui de\nquelques abonnés pour les trois épreuves. Cette histoire est arrivée, enlne\nautres, àla regrettée Priola, de l'Opéra-Comique. Elle dut donner 5.00 c\nfrancs à un individu d'une grande ville du Midi. Et l'on pourrait accumuler\nles faits et allonger le réquisitoire. Visites aux gros bonnets de l'endroit*\nabonnement et subvention au journal les Frises, assauts de « tapeurs »et\nde Lovelace, voilà, et j'en oublie, les désagréments qu'ont à subir, chaque\nsaison, les artistes, s'ils veulent vivre.\nUne fois reçus, ils ne sont pas au bout de leurs peines. Ils restent àla\nmerci du directeur qui conserve, de par l'acte d'engagement, le droit de\nrésiliation (qu'il peut souvent exercer à toute époque de la saison), et ce,\n« quel que soit le résultat des débuts et avant même qu'ils soient terminés vu\nAinsi la décision favorable du suffrage universel peut être infirmée parie\nveto du directeur. L'artiste a donc deux ennemis : le public,\nterrible en ses emportements, et le directeur, caché à la cantonade. Le\nsecond n'est pas le moins perfide ni le moins redoutable. On a vu des direc-\nteurs faussant les scrutins, faisant siffler les artistes pour s'en débarrasser\navec un semblant de justice ou leur imposer de grosses diminutions d'ap-\npointements. Ce sont les « affameurs » de la traite des planches, pour qiiî\nle jiu-jitsu n'a plus de secrets.\nD'autres fois, les mécontents transforment les débuts en une arme contre\nl'imprésario. On refuse en bloc. On boycotte. On se bat sur le dos des"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.42", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "artistes qui n'en peuvent mais, tant et si bien que le directeur, à bout de\nmunitions, acculé à la faillite, abandonne la lutte et démissionne. Les ac-\nteurs, admis ou refusés, sont tous à la rue.\nTelles sont les charges graves que Ton peut accumuler contre ce mode\nde recrutement des troupes de province. Puissent ces lignes contribuer à\nson abolition et apporter un peu de bonheur aux artistes assez malheureux\nde chanter de l'Adam ou de l'Halévy pour n'être pas soumis, par surcroît,\naux bizarres caprices des foules !\n\nRaoul Davray.\n\nCORRESPONDANCE\nÂ propos d'Armor.\nJ'ai reçu la lettre suivante ; elle fait grand honneur à celui qui l'a écrite,\net je crois que nos lecteurs me sauront gré de la leur communiquer.\nÂ M. Louis LALOY.\nMONSIEUR,\nt nie permetti aïs, si ce n est pas abuser, de faire appel à vos lumières\npowr éclairer ma religion musicale sur\nhieui, ,n est qu une correspondance privée,\nces idées avec vous, pour en Unir une fois pour toutes avec les appréciations,\nsincères ou non, que Ton entend émettre\nœuvres dont on détermine la valeur o\nréjouissant.\nes quelques considérations m'ont été suggérées par la représentation\n«fArmor, de Sylvio Lazzari, donnée au Grand-Théâtre. Les critiques des\njournaux quotidiens ont célébré sur le mode dithyrambique le succès de ce\ngraine musical; ils se sont accordés cep F insignifiance\nlité du livret. Après une première audition\nU partition, J'ai essayé d'y voir clair\nsensations. Sans plus de préambule, voi\n, MlJat nen entendu que la forme surannée de l'opéra, telle que l'ont connue\nses iossini, Meyerbeer, Verdi, Gounod, est démodée et a vécu. Nous ne pou-\nvans plus nous accommoder des puérilités\nces compositeurs Wagner, avec son\ndu drame musical, de cette intime association de la forme dramatique et de\n£ expression musicale celle-ci suivant\nZJfnrHfl Pt/, / ' pour 01 \"S 1 dire' au\nJ&i fortilient nos aperceptions.\nArmor est bien en ce sens de l'école wagnérienne, trop même car les ré-\nminiscences y sont claires. Mais, et vo\nennui fatal, une monotonie excessive de cette œuvre. Point d'action point de\nme; les héros sont gelés. Je n'ignore\nmais ceci n'est pas une excuse, je suppose. Et enfin, voici mon grandi reproché\nmâzztzTsZ\" aetae's r\"\"em\" <\"*»> «» ®\n\"\"\" ■ mf *yue> f'ils admette,,, le corn-\nJ. '. qu Us chassent toute pensee musical\n« De 1. découlent ces heurts, ces entres; les ptrZs Z éZcZ"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.43", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3633, "texte": "de phrases se coupent, se superposent, se succèdent sans logique (que pro-\nbablement je n'ai pas su y trouver). Le tutti étant la règle, l'orchestration\nen est lourde, écrasante. Je ne nie pas la puissance, si par puissance il faut\nentendre éclat, sonorité. Oserais-je le dire ? J'ai la faiblesse inavouable de\ndemander à la musique, non pas seulement de me faire évader des contin-\ngencesde me faire penser, mais encore et surtout de m'émouvoir ; non pas\nl'émoi quelque peu ridicule, qui ébranle une sensibilité à fleur de peau, mais\nl'émotion plus élevée qui vient réveiller et mettre en jeu les aspirations\nnobles de mon moi moral : et vous savez mieux que moi que F idée sans le\nsentiment a bien peu de force. Or Vœuvre dont nous nous occupons satisfait-\nelle les désirs formulés ? Point. Un thème de 4ou 5 notes est proposé par\nun instrument, et par un procédé bien connu passe d'un instrument à F autre5\njusqu'à complet épuisement. CTest assez futile. On ne trouve pas cette harmo-\nnie enveloppante du duo d'amour de Tristan, duo auquel on a assimilé celui\nd'Armor. Bref, une musique qui se développe sans lien conducteur, et surtout\nmonotone et froide.\nEt cependant, on a parlé de grand succès ; on y a découvert beaucoup de\nchoses, dans cette musique. Je ne m'explique pas cet état d'esprit. L'auteur\nest évidemment un musicien de grand talent, maniant son orchestre en com-\npositeur adroit et savant. Belles sonorités, trouvailles de timbres heureux,\nassociation nouvelle d'instruments, puissance, force, aucune banalité, sévé-\nrité, je lui reconnais tout cela ; et cependant je suis resté complètement froid\nà l'audition.\nVoilà mon état d'âme musical. Peut-être, Monsieur, vais-je passer à vos\nyeux pour un barbare ? Mais c'est un musicien convaincu qui vous écrit,\nqui adore la musique, et qui s'inquiète de la tournure d'esprit qu'affectent\ncertains milieux, quand on agite quelques questions musicales, et c'est là\nla seule excuse à un bavardage qui vous semblera long, prétentieux et inu-\ntile.\nOserais-je espérer, Monsieur, une réponse de votre part qui, j en suis sûr,\nsera le baume apaisant désiré?\nDaignez agréer F assurance de ma parfaite considération.\nP.-S. —Il est bien entendu que cette lettre est toute personnelle. Si toute-\nfois vous jugiez que quelques-unes des idées qui y sont contenues pouvaient\nintéresser les lecteurs, vous avez tout pouvoir, a la seule condition de taire\nmon nom, ou de ne mettre que les initiales :\nA, G.\nA Dieu ne plaise que je traite de barbare un amateur aussi éclairé et\naussi sincère en ses impressions ! Retenu à Paris par des devoirs multi-\nples et inégalement pénibles, je n'ai point entendu Armor ; mais j'ai lu\nl'excellent compte rendu de M. Reboul, et mon impression, c'est que moi\naussi j'aurais accordé à Armor, et à son chaste héros, et à son érudit\ncompositeur, un prix de vertu plutôt que de beauté. Il faut songer que\nl'œuvre remonte à une époque où nous étions tous empoisonnés de\nWagner. Oui, empoisonnés. Nietzsche avait raison : « Il a rendu la mu-\nsique malade. » Malade de philosophie d'abord. La musique n'est point\nfaite pour prôner le renoncement, disserter sur le jour et la nuit, la vie\net le néant, l'amour et la mort, ou pour commenter un Evangile plus ou\nmoins apocryphe. Chez Wagner lui-même, toute cette « profondeur » alle-\nmande ne nous apparaît plus aujourd'hui que comme un solennel attrape-\nnigauds, déjà tout vermoulu de ridicule. Que dire de ses continuateurs ?\nIl est sorti de la Tétralogie et de Parsifal toute une lignée de héros purs,\nen lutte avec d'aimables enchanteresses dont les artifices ont bientôt raison"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.44", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": "de leur vertu : il faut voir alors les remords affreux de ces bons jeunes\ncrens et leur châtiment aussi ne se fait guère attendre. Comme si la purete\nétait'la seule affaire importante de ce monde, surtout pour un héros . Voila\nune superstition qui fera toujours sourire, dans un pays comme le notre,\noù les mœurs ont su rester si joliment païennes.\nMais cela n'est rien : un sot livret peut encore supporter non pas un chet-\nd'œuvre, mais une belle œuvre ou de belles pages. Ce qui est plus grave, c est\nque la musique a été atteinte dans sa source même et sa structure. Comme\nle remarque fort bien mon correspondant, Wagner a créé un poncif . les\nédifices sonores qu'il bâtissait avec des mélodies fortement caractérisées,\non a voulu les refaire en matériaux beaucoup moins solides : il n est si\npauvre et insignifiante agrégation de notes qui, promue à la dignité de\nleit-motiv, n'ait été traitée selon toutes les formules de la multiplication\nwagnérienne, et engagée à tout propos en de pyramidales constructions : d où\ndes catastrophes sonores et des ruines retentissantes sous lesquelles 1 au-\nditeur reste le plus souvent enseveli. Cet art, si c'en est un, a certainement\nfait son temps. Le drame musical moderne, s'il veut vivre, doit suivre la\nroute de lumière que lui a ouverte en 1 902 date mémorable entre toutes\nClaude Debussy. Plus de pédantisme ici, plus de laborieuses superposi-\ntions d'insignifiances, plus de lourdes sonorités, plus de tortueuses harmo-\nnies : la mélodie en toute sa pureté, l'harmonie naturelle et neuve, l'émo-\ntion toute fraîche et le charme partout répandu. Ne nous reprochons point\nl'ennui que nous inspirent des œuvres surannées ; et comme Agnès,\navouons candidement à tous les Arnolphes wagnériens, qu'\n« Horace avec deux mots en ferait plus que vous ».\nL. L.\n\nLA MUSIQUE A STUTTGART.\n\nA M. Kirl Beulter (Roscnfeld).\nLe2B janvier prochain, le baron Putlitz aura 14 ans de direction. Lors-\nqu il entra au Théâtre-Royal, on lui prédit six mois de durée, car, disaient\nles journaux, « ce beau jeune homme n'a pas d'expérience ni de talent ».\nCe « beau jeune homme » a subi les crises les plus graves, par exemple\n1 incendie du Grand-1 héâtre, huit jours avant sa dixième année de direction,\net il a promené ses artistes à travers l'Allemagne et notamment à Berlin»\noù les critiques les plus illustres ont écrit que les artistes de l'Opéra-Royal\nde Beilin pouvaient prendre modèle sur les artistes de Stuttgart. Le « beau\njeune nomme » d il y a quatorze ans était officier badoiset avait appris l'art\ntheatral au foyer domestique, carsonpere était le poete bien connu et admi-\nnistrateur général des théâtres badois de Karlsruhe. Il avait donc eu l'occa-\nsion, dès son enfance, de se préparer à sa carrière future, et il est absolument\nfaux de dit e qu un « officier prussien » arrivait un beau jour pour mettre à la\nporte un bourgeois, citoyen duroyaume de Wurtemberg. M. Kiedaisch, son\nprédécesseur, est, tout naturellement, l'ennemi acharné du baron Putlitz,\ncar, sous la direction Wehl, il avait administré le théâtre pendant vingt\nans et avait cinquante ans de services. Mais la faute n'est pas du tout au «beau\njeune homme » de vingt-huit ans ; le Roi voulait un gentilhomme à la tête\ne son theatre, et M. Kiedaisch y est entré comme second caissier. Sous les\nrégimes des predecesseurs du baron Putlitz, la célèbre renommée des théâ-\ntres royaux tombait en ruines, et on a dit qu'il n'en restait plus que des lam-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.45", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3918, "texte": "eaux. Mais, en tout cas, 1 art en souffrait, et on ne parlait que du magasin\nqu avait ouvert le roi Charles, mort il y a quinze ans. Le roi Guillaume avait\nepouse une charmante petite princesse, excellente pianiste ; et la reine est,\nsans vouloir la flatter, encore très renommée comme pianiste. Arrivé au\npouvoir, Guillaume ne supporta plus longtemps cette décadence et nomma\nun jeune homme, pour réformer et pour rajeunir ses théâtres. M. Kiedaisch\navait engage le célèbre Zumpé, mort il y atrois ans, et M. Péter-Mullerqui\nest aujourd'hui l'artiste favori du public. Le baron Putlitz rompit les rela-\ntions avedes anciens serviteurs du roi et appela un homme du métier, le ré-\ngisseurgéneral de Berlin, M. Hans Meery, et un de nos confrères, M. Gerst-\nmann, rédacteur du Journal national de Berlin. Ce dernier, aujourd'hui\nprofesseur royal, n a plus 1 habitude de son ancien métier. Car il m'a\nrefusé (du reste de la manière la plus courtoise) toutes les notes relatives\nau pouvoir du baron, car « M. le baron ne travaille qu'au nom de l'art ». Il\ndevrau savoir qu un chroniqueur ne doit pas inventer ce qu'il avance.\nM. Gerstmann est d ailleurs un homme très habile, et nous espérons qu'il\nnous restera.\n? Prédictions sur le baron Putlitz avaient tort, heureusement, et il\ns est montré le digne héritier de son père, qu'il avait honoré en montant un\nde ses opéras, dont la musique est de Flotow, compositeur de Martha. Le\nbaron est un des fondateurs de la Société Richard Wagner et de la Société\nGœthe, il cultive sans cesse la mémoire de Richard Wagner, en compagnie\ndun élève favori de Liszt, M. Karl Pohlig, successeur de M. Zumpé, qui\navait collaboré avec Richard Wagner lui-même de 1873 à 1876 à Bayreuth.\nZumpé corrigeait avec Wagner les partitions de Y Anneau du Nibelung, qui\nut joué à Stuttgart, pour la dernière fois, au commencement du mois de\ndécembre avec le concours du célèbre docteur Briesemeister de Bayreuth\n(Loge), de MM. Desider Zâdor de Munich, Brestenfeld de Francfort et\nIslaub (Albérich), de M«10 Senger-Bettaque de Munich (Brunhilde) et de\nM»e Schwenker de Karlsruhe (une des filles du Rhin). Un des plus grands\nmérites du baron, sinon le plus grand, c'est d'avoir engagé, il y a douze\nans, Mlle Sutter d Augsbourg, qui succédait à Mlle Anna Riegl, la première\nCarmen de Stuttgart. Le 4 janvier 1906 est le 23e anniversaire de la pre-\nmière représentation de Carmen ici. Un autre mérite du baron c'est d'avoir\naboli la censure et monté le premier en Allemagne Tolstoï, Wilde, Gorki,\nBjoemson. Ensuite il jouait des jeunes; avant lui, l'Opéra montait toujours\nFidel 10, le/* / eischutç, Obéron, 1 IpJugénie de Gluck,les Huguenots, Martha,\nPreciosa, tout le répertoire d'Auber, d'Adam, d'Halévy, de Méhul,\nBoïeldieu, de Hérold et de Balfe.\nIl a joué les jeunes auteurs suivants: MM. Joseph-Antoine Mayer, Hum-\nmel, Kistler, Langer, Zumpe, Krug-Waldsee, Kienzl, Goldmark, Mascagni,\nLinder, Jaques-Dalcroze, Kulenkampf, Thuille, Seyffardt, Sandberger,\nStenhammar, d Albert. Et M. le baron n'a pas de raison pour ne pas jouer\nM. Esslinger, jeune compositeur de Stuttgart. Est-ce que M. le baron serait\nhostile aux jeunes d aujourd'hui ? M. Esslinger est un compositeur très doué\net a terminé un grand opéra, dont le texte est d'Henri Heine ; il y a un\ntrès beau ballet dans cet opéra.\nM. Joseph-Antoine Mayer est chef d'orchestre de l'Opéra; il a monté\n1 opéra le Kyffhaeuser, et attend les répétitions de son nouvel opéra, la\nFontaine de Madeleine, texte du docteur Ernest Kapff, auteur de Colomb.\nM. Mayer a composé un oratorio, Jephta, et un opéra, le Violoniste de\nGmiindy représenté il y a quelques années. M. Joseph-Frédéric Hummel est\nné le 14 août 1841 et a tait monter à Stuttgart Mara ; il est auteur d'ouvrages\ninnombrables et des opéras suivants : Augla, Assarpaï, Sofie de Brabant\nla Confession ; M. Gustave Kulenkampf a monté le Roi Drosselbart et est le"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.46", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "compositeur du Page, du Prince des nègres, de la Fiancée de Cypre,\nà'Anne-Marie. M.Ferdinand Langer, né le 21 janvier 1889, monta son\nSijjleur de Haardt et a publié les opéras : le Voisinage dangereux, la Belle au\nbois dormant, Murillo; ses succès n'ont été que locaux.\nM. Guillaume Stenhammar, né le 7 février 1871, monta son opéra, la Fête\nde Solhaug, que l'Opéra de Berlin vient de jouer. Le texte est de Henrik\nIbsen. M. Stenhammar a écrit le drame musical Tirfing.\nAprès lui, ce fut le tour de M. Kistler, né le 12 mars 1848, qui montait\nKunihild ; il est auteur des opéras : Eulenspiegel, La pauvre Else, et\nd'autres. M. Louis Thuilie, né le 3o novembre 1861, fît jouer Lobetan% ;il\n•écrivit les opéras Gugeline et Theuerdank. M. Gottfried Linder, professeur\nau Conservatoire, donnait au Théâtre-Royal Konradin de Souabe et publia\nune Belle au bois dormant, une Légende de Forêt, suite pour orchestre. Il\nest né le 22 juillet 1842. M. Adolphe Sandberger de Munich, membre de la\nSociété des Arts et des Sciences de Mons et né le 19 décembre 1864, fit\njouer son Louis le Coureur. M. Sandberger publia un ouvrage sur Pierre\nCornélius et un autre sur la Gwendoline de Chabrier que le baron Putlitz\nmonta également. Il représenta Astorre deM.Krug-Waldsee,néleß novembre\n1858, ancien chef d'orchestre de la « Nouvelle Société de Chant »,aont le\nchef actuel, M. Ernest Seyfifard, a été joué, lui aussi, à l'Opéra. M. Krug-\nWaldsee est auteur de Harald, du Roi Rother et d'un Violoniste de Gmund>\nd'une symphonie et d'une ouverture de Turandot de Schiller.\nLe baron Putlitz monta en 1893 Falstaff de Verdi, avec M. Frické;\nDjam ileh de Bizet, la Poupée de Nuremberg d'Adam (au répertoire avec\nMlle Sutter), Siegfried de Wagner, les Macliabées de Rubinstein. Le baron\nPutlitz monta la saison suivante (1894 à 1895) la Fiancée vendue de Sme-\ntana, îphigéme de Gluck, Haensel et Gretel (avec Mlle Sutter) d'Humper-\ndinck ; Sigrun ; la Belle Galathée ; Farinelli de Zumpe ; Janie, idylle\nmusicale d'un collaborateur de notre Mercure, M. Jaques-Dalcroze, et de\nM. Philippe Godet.\nC est très louable d'avoir joué Jaques-Dalcroze, qui n'est pas inconnu en\nAllemagne ; on cultive ses jeux mimiques partout, et son ami, M. Philippe\nGodet, auteur d'une Histoire de la littérature suisse-française, est très ré-\nputé partout. M. Philippe Godet est le successeur de feu Henry Warnery,\npoète vaudois et professeur à l'Académie de Neuchâtel, où est le foyer de\na poésie romande et de la musique suisse. C'est un très heureux pays, ce\ncanton suisse, isolé du reste du monde ; il est d'autant plus louable que\nMM. Jaques-Dalcroze et Godet soient venus nous faire connaître leur\nœuvre. Les Vaudois n'en ont pas fait autant.\nNous avons ensuite Zaïre de M. delà Nux, Ratcliff de Mascagni, Boccace,\nDahbor de Smetana, Zanetto de Mascagni, Silvano du même auteur, Tris-\ntan et Isolde , Otello de Verdi ; Manon ;la Serva padrona de Pergolèse ;\nGo ouvrages de Lortzing, Reine de mai de Gluck ; la fin de François Moov\nde Délia Noce ; de Suppé ; un ouvrage de Siegfried Wagner; les\netites Michus ;la Poupée ; Louise ;la Bohème ;le Petit Corse fut créé à\ntuttgart par Mme Charlotte Wiehe; auparavant il n'avait jamais été joué\nailleurs. La Main fut créée par Mile Sutter ; cet ouvrage de M. Bereny est\nau repertoire. M. le baron fera bien de confier enfin un rôle dans cette\npantomime à M. Wiihelm Weidnér, celui du baron, ou du voleur. Mais je\ncrois que le voleur serait mieux pour le grand talent de M. Wiihelm Wei-\ndner M* Bereng et Mme Charlotte Wiehe devraient demander M. Wilhem\nV\\ eidner ; car c'est une injustice de le cacher. M. le baron a maints ar-\ntistes dans son admirable chœur ; il faut qu'il les mette en lumière. Et il\ny a pas e raison pour engager des personnes à qui manque tout pour\netre un artiste, comme c'est le cas avec M\"o Charlotte Bouché. Cette dame"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.47", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "n est pas une mauvaise actrice; aux Gobelins ou à Montparnasse elle pour-\nrait jouer les vieilles et les jeunes femmes et les rôles d'hommes. On\nen serait content. Mais à 1 Opéra, elle est impossible, matériellement im-\npossible, Monsieur le baron, aussi impossible pour l'Opéra que Mlle Doe-\nlitzscher l'a été.\nC est bien méchant de ma part de dire la vérité ; mais je m'efforce d'être\nplus gentil en vous faisant mes compliments à cause de Mile Hoetzel et de\nM. Buiger. Mlle Hoetzel est, et c'est la vérité, une toute délicieuse prima\nina, et M. Albert Burger est un danseur de premier ordre. La mimi-\nque de M. Burger est réglée par son professeur, mais à M. Wilhelm Wei-\ndner elle est innée. M. Burger est devenu un maître dans son art, parce\nqu'il avait une excellente école, celle de M. Scharf. Mais M. Wilhelm\nWeidner est doué par la nature et n'avait pas besoin d'étudier la panto-\nmime dans une ecole. M^e Hoetzel nous revele une artiste exquise \\ ce\nqu'elle sait n'est pas d'elle-même. Elle avait la même école que M. Burger.\nC'est donc la différence entre ces deux et M. Wilhelm Weidner]\nqui est un enfant précoce.\nM. le baron a tort de le négliger ; beaucoup d'étrangers seraient très heu-\nreux de voir M. Wilhelm Weidner, par exemple dans la Main. Le public\nne se plaindrait pas si cette pantomime était reprise, car MU0 Sutter, qui\nest une belle Pille du régiment et un Chérubin fort distingué dans \\e Ma-\nriage de Figaro, serait sur l'affiche. Et cette grande artiste, qui, dit-on, est\nla meilleure Carmen de l'Allemagne, est une attraction comme la belle\nOtéro ou Cléo de Mérode.\n\nSous-Off.\n\nCOURRIER DE LYON.\nRédemption en deux auditions consécutives : c'est le plus encourageant\nsuccès pour M. Witkowski et pour la Société'des Grands Concerts. Mais\nque les anges ne se fatiguent-ils d'être heureux, du moins s'ils le sont à la\nfaçon des hommes !\nLes anges de la Schola nous offrent les plus belles robes du monde, et\n1 innocence de voix timides, qui n'osent pas « tout de suite » s'approcher\ndes notes. Les chœurs d'hommes, eux, sont très... masculins. Pour MllO de\nla Rouvière, c'est un archange terrible, même lorsqu'il professe les plus\ndouces choses en doux accents.\nEt puis cette acoustique des Folies-Bergère ne se modifie décidément\npas. Je pense à un lieu très simple, plein d'une continuelle pénombre,\noù ceux qui croient aimer la musique, et qui l'aiment, iraient entendre le\nsourd travail des violons et de l'orgue. Quel bel effort libérateur ne pour-\nrait-on inscrire sur les murs de cette antique chapelle, pour nos âmes qu'é-\ntouffent les fumées urbaines ? Ce serait une douce lumière, dans les brumes\nv\nde nos hivers fluviaux, que celle du génie des maîtres illuminant chaque\nsoir les voûtes de Saint-Pierre désaffecté. L'on veut transformer ce bel\nédifice en musée, ne vaut-il pas mieux lui garder son usage sonore ?\nPour en revenir à Rédemption, que j'aurais voulu entendre en d'autres\nconditions, M. Witkowski a tiré le meilleur parti d'éléments nombreux et\ninexpérimentés : son succès personnel est vif, et justifié. Le quatuor d'or-\nchestre paraît encore en progrès, mais je crois que pour l'instant il fau-\ndrait renoncer aux chœurs."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3340, "texte": "En début de programme, quelques morceaux d'appétit. Je ne sais\nrien de la Belle Mélusine de Mendelssohn, sinon que ce doit etre un ef-\nfrayant bavardage. Phidylé est déjà trop connue pour que Mlle de la Rou-\nvière ait pu modifier notre impression. Il y avait aussi du Rameau quelque\npart. Air de Phèdre, d'Hipployte et Aricie. Mais je ne suis pas bien\nsûr de l'avoir entendu.\nN. B. Je regrette de n'avoir pu assister à la conférence deM. Salles, à la Société\nlittéraire, sur le Pygmalion de Rousseau, et à l'audition de la musique de scène\nd'Horace Coignet, « Lyonnois ». L'intérêt est certain de ces reconstitutions d art\nrégional. Mais j'attends celui qui nous rendra la musique de 1 école d Avignon, d Elzéar\nGenet et d'lntermet aux deux Granier.\nA propos de VAttaque du Moulin, un typographe me fait dire « vague », de lait\nde M. Bruneau, alors que j'avais écrit « vogue », puisqu'il s'agissait de ton local.\nEt aussi je ne résiste pas à la malveillance de vous signaler que 1 aflection de notre\ndémocratie s'est éteinte dans une seconde et ultime représentation. Alors... !\n\nÉCHOS\nDocuments historiques. Après les beaux concerts de musique française\n-donnés par M. Vincent d'lndy, on vit paraître dans la presse américaine\ndiverses appréciations dont la plus remarquable nous paraît être celle\nde Y Evening Post:\nNew-York, lundi il décembre 1905.\nM. Vincent d'lndy a conduit encore une fois Vorchestre de Boston ; il avait mis\nau programme la Symphonie en si bémol d'Emet Chausson ; le poème sym-\nphonique Eros et Psyché de César Franck ; deux Nocturnes de Claude De-\nbussy ; un Chant funèbre d'Albéric Magnard, et Istar, de Vincent d'lndy lui-\nmême. Plus d'une de ces œuvres avait déjà été entendue ici, mais il n'en était pas\nmoins désirable de les entendre encore, sous le bâton autoritaire et sympathique\nde M. d'lndy9 qui sut en tirer le meilleur parti possible, avec l'aide de Vexcellent\norchestre de Boston. La Symphonie de Chausson n'a que trois mouvements ;le\nquatrième manque. Les trois premiers pourraient manquer aussi9 sans grand\ndommage pour les musiciens. Il y a là bien peu d'indices d un pouvoir créateur. Le\nmouvement lent est le meilleur des trois ; il révèle une étude attentive de Parsifal.\nLe morceau de César Franck est écrit avec recherche, mais absolument banal au\npoint de vue mélodique. Le second des deux Nocturnes de Debussy, Fêtes, in-\ntéresse par une splendeur à demi barbare. Le Chant funèbre de Magnard se\nmontre lourd, terne, revêche : cela sent l'amateur, et cela n'en finit pas. Ce fut\nensuite un vrai soulagement que d'entendre la familière et ingénieuse série de va-\nriations de M. d'lndy intitulée Istar, qui terminait brillamment le concert. Mais\naprès ces deux séances de musique française, une réflexion s'impose à l'esprit :\n«Pourquoi ces jeunes Français ne prennent-ils pas Saint-Saëns pour modèle, au\nlieu de César Franck, si absurdement surfait ? » Saint-Saëns, quoique influencé\npar Bach et Wagner, est bien plus Français en sa pensée et son style que les\ncompositeurs de l'école de Franck. Il a, par-dessus tout, ce qui semble leur man-\nquer à tous : le don divin de la mélodie. C'est sa musique qui est la musique de\nl'avenir en France.\nIl semble difficile de pousser plus loin l'art de ne pas comprendre. On y\narrive cependant, tout près de nous, et ce n'est pas sans surprise que nous"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.49", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3125, "texte": "lisions récemment, dans une revue cependant sérieuse et bien rédigée\nd'habitude, ces lignes signées Jean d'Offoel :\nUne notable partie du public a paru charmée de ces imprécisions blanches\naux harmonies fluides, qui ne peuvent\nqui court et s'obstine à travers Vœuvre.\nLe thème dé A ida! Il n'y en a donc qu'un ? Et sait-on en quelle œuvre\nl'oreille plus que subtile de notre confrère retrouve ce thème mystérieux ?\nC'est dans le Prélude à VAprès-midi d\nVoici maintenant une fantaisie plus macabre ; elle nous vient de Suède.\nLe Dagens Nyheter de Stockholm, en son numéro du 3o décembre der-\nnier, annonce en ces termes la première représentation des\nSaint-Je an :\nA VOpéra-Comique on a donné, le d\nœuvres qui ont été accueillies toutes les\nL'une était un opéra en quatre actes, é\nle compositeur Charles-Marie Widor,\nmort dés IBBJ, qui, Vannée avant sa mort, put faire jouer son premier et\nunique drame lyrique, Maître Ambros.\nlivrer à la publicité s'appelle les Pêcheurs de Saint-Jean.\nM. Armand Parent vient de commencer, à la salle la série des\nconcerts consacrés à l'audition intégrale des oeuvres de musique de chambre\nde Beethoven. Rappelons à ce sujet que quatre séances resteront con-\nsacrées, chaque année, à la musique française moderne ; on n'attendait\npas moins d'un artiste qui fut, nous croyons bien, le premier à faire con-\nnaître les œuvres de nos jeunes compositeurs, et qui sait que son rôle est\nde diriger le goût du public, non de le suivre.\nM. Louis Laloy, directeur du Mercure fera, le i 5 janvier à 3 heures,\nau cercle des Etudiants catholiques, 18, rue du Luxembourg, une confé-\nrence sur la musique de l'Extrême-Orient (Chine, Japon, Java), avec le\nconcours de M. Ricardo Vines.\nM. Charles Tournemire, présenté en Hollande par le maître Daniel de\nLange, l'éminent directeur du Conservatoire d'Amsterdam, vient de diriger\ndeux brillantes auditions de son œuvre grand prix\nde la ville de Paris en 1904. A Leyde le 8 décembre, et à la Haye le\n12 décembre, avec le concours du merveilleux orchestre royal de la Haye\net des splendides chœurs de la Toonkunst de Leyde. Les solistes,\ntous très remarquables : Mmes Madier de Montjau, D. Brunings, Jacoba\nDhont, MM. Martien Smits et Jos. M. Orelio, surent merveilleusement\nfaire valoir les récits de l'œuvre. La critique hollandaise a été extrême-\nment élogieuse.\nA ces deux séances de Leyde et de la Haye, le maître Daniel de Lange\na dirigé en très grand musicien deux chœurs admirables de R. Strauss à\n16 parties réelles, chantés supérieurement par la célèbre Société la Toon-\nkunst de Leyde. Le concert commençait par l'ouverture de\nBeethoven, admirablement rendue par le superbe orchestre de la Haye.\nM. Calvocoressi fera, le 3i janvier à Bh. 1/2 du soir, àla\ndes idées (Université populaire, 157, faub. Saint-Antoine), une conférence\nsur Les origines de la musique de clavieavec audition, par M. J. Joachim\nNin, d'œuvres de Cabezon, Byrd, Couperin, Frescobaldi, Kuhnau, J.-S.\nBach, etc.\nSociété J.-S.-Bach. Le prochain concert avec orchestre aura lieu le\nmercredi 17 janvier (répétition publique le mardi 16), avec le concours du"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.50", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "célèbre ténor allemand Georg Walter. Au programme (ire audition à Paris)\nla cantate Ich armer Mensch: pour ténor solo, la cantate Nnn komm der\nHeiden Heiland pour soli et chœurs, des GeistlicJie Lieder, et le Concerto\nen la mineur pour piano, flûte et violon.\nBruxelles. Nous apprenons avec plaisir que M. Paul Grosfils, notre\ncorrespondant pour la Belgique, vient d'être chargé de la critique musi-\ncale au journal Xlndépendance belge.\nNantes. Ce fut un triomphe que le concert du 29 décembre, dirigé\npar M. de Lacerda. Nous en reparlerons.\nGrand Concours de Composition musicale. L'Académie des Artistes\nmusiciens de Province, qui est sous la présidence d'honneur d'Emile Pala-\ndilhe, de l'lnstitut, et qui a à sa tête un Comité composé des principales\nnotabilités artistiques de France, sous la présidence de Paul Lacombe,\nmembre correspondant de l'lnstitut, vient d'ouvrir pour 1906 son cinquième\nGrand Concours international annuel de Composition musicale.\nOutre les récompenses qui seront décernées dans chaque section, les\nmeilleures œuvres couronnées seront éditées gratuitement, et les œuvres cho-\nrales primées seront imposées dans les principaux concours orphéoniques.\nLe règlement est adressé franco à tous ceux qui en font la demande à\nM. François Fargues, compositeur de musique, directeur de VAcadémie des\nArtistes musiciens de Province, rue Voltaire, 49, Carcassonne (Aude).\nLe Sottisier musical. «La valeur d'une interprétation dépend surtout\nde l'esprit qu'elle renferme... Un cheval est aussi bon coursier qu'un cerf.\nIl est cependant certain que si tous deux étaient attelés à la même voiture,,\nl'équipage irait fort mal. » —A. M. dans le Monde musical, i 5\n1905.\n« Ah ! quelles merveilleuses sélections on ferait dans les Symphonies de\nHaydn et de Mozart et pourquoi s'obstiner à les jouer tout entières, ce\nqui, du reste, revient le plus souvent à ne pas les jouer du tout. »\nJ. D OFFOEL dans le Guide musical, 23 décembre 1905, p. 830.\n« Je ne sais si mon pauvre cerveau a pu s'assimiler le mugissement de\nces grandes douleurs. » GUNSBOURG dans Musica, lER janvier 1906, p. 2.\n\nNÉCROLOGIE.\nLe D janvier, ont eu lieu a 1 église Saint-P rançois-Xavier les funérailles de*\nMine la comtesse d Indy, nee de Pampelonne, femme du grand compositeur\nà qui nous offrons ici nos respectueuses condoléances."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.7.2", "titre_corps": "LES CONCERTS.", "titre_sommaire": "LES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "LES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Schola Cantorum. Mme Yvette Guilbert et les Chanteurs de Saint-\nGervais. Soirées d'Art. —M. Calvocoressi. Maurice Ravel et Ricardo Vifïes. —La Mort de\nTintagilès.\nAu Concert Chevillard du 24 décembre, M. van Dyck attirait des flots\nd'auditeurs et faisait merveille encore avec ce qui lui reste de voix, cepen-\ndant que M. Colonne, dévotement, fêtait Noël avec le concours de Bach,\nHaendel, Berlioz, Liszt, Saint-Saëns, César Franck et Fauré. Et le 3i dé-\ncembre je retrouvais, au Concert Chevillard, la Symphonie de Franck, tou-\njours admirable et de mieux en mieux interprétée. Qui donc médisait de\nl'orchestration du « père Franck »? Il m'a semblé cette fois que le premier\nmouvement avait des sonorités magnifiques ; surtout au retour de la\npremière idée, exposée en canon par les trombones et trompettes, et en-\nveloppée d'un frémissement de cordes qui, par influence, prend le timbre\ndes cuivres : on croit voir un brocart royal où se détache, éclat sur éclat, un\ndessin de vieil or. Le second mouvement a été pris un peu plus vite que de\ncoutume, ce qui me plaît assez, car ce morceau, par sa structure comme par\nson caractère, tient autant du scherzo que de l'andante. Seul le finale ne\nme semble pas digne des autres parties de ce chef-d'œuvre : car son idée\nprincipale, d ailleurs aimable, revient avec quelque insistance et quelque\nfracas inutile. Je ne sais trop si la Symphonie de Franck ne devait pas clore\nl'ère de la symphonie: ce serait une belle fin, et il me semble difficile de\nrenouveler encore une forme qui vraiment a beaucoup donné déjà. Mais\non ne sait jamais...\nLa Nuit sur le Mont-Chauve, de Moussorgsky, me plaît beaucoup mieux\nà l'orchestre qu'au piano ; or l'orchestration est de On y\ntrouve un charmant motif de danse, une fanfare qui annonce congrûment\nTchernobog (le dieu noir), un sabbat peu coloré, et un joli lever du jour,\noù la clarinette et la flûte chantent avec une douceur presque berliozienne ;"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.34", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "tout cela un peu grêle, douloureux et souffreteux, écrit sans doute entre\ndeux accès de fièvre, dans une chambre d'auberge, par cet enfant perdu,\ncœur tendre et capricieux, qui ne sut jamais s'accommoder de la vie.\nC'estM. Chevillard qui avait orchestré les 4 Esquisses de Schumann, pour\nle piano-pédalier, que nous entendîmes ensuite : orchestration très sobre\net peut-être respectueuse à l'excès de cette uniformité de timbre qui est le\ndéfaut du piano ; mais cette volontaire discrétion est en soi fort louable\net a donné plus de prix à des pages d'un coloris charmant dans la 2e et la\n4 0 Esquisse.Après quoi, retour offensif de .Wagner, magnifiquement inter-\nprété d'ailleurs par M. Frohlich.\nLe 7 janvier, au Concert Chevillard, la de Berlioz,\navec Mme Gaétane Vicq, MM. Delmas, Laffitte et Petit (admirable inter-\nprétation). Et le 14 aussi.\nLe 7 janvier, au Concert Colonne, la de Berlioz.\nEt le 14 aussi.\nIndifférent à ces records, j'aime mieux revenir à des concerts où l'on\nnous fit entendre des musiques plus anciennes, plus fraîches par consé-\nquent. D'abord celui de la Schola Cantorum, le 29 décembre, tout entier\nreligieux : il commençait par sept pièces de chant grégorien, dont l'exécu-\ntion a fait le plus grand honneur à la classe de Mme Jumel et à M. Gas-\ntoué, qui dirigeait ce petit chœur. Il y avait là des mélodies de l'époque\nromane, très fermes et simples de contour, et d'autres plus anciennes et\npour moi plus plaisantes, avec la richesse byzantine de leurs vocalises, où\nl'on put admirer la pureté de voix exquise de Mme Jumel (oui, je sais, cela\nn'est pas liturgique; mais le rigorisme qui proscrit aujourd'hui les voix\ntéminines n existait pas aux temps d'innocence). Venaient ensuite quatre\nmotets, dont les plus beaux sont certainement ceux de Josquin, avec l'élan\nde ses voix ferventes, et de Vittoria, grave et sombre ; il y a dans Palestrina\nplus de facilité, un dessin gracieux et une aimable abondance de détails :\nquelque chose de la manière de Raphaël, et un soupçon d'indifférence.\nL intermède tut un Noël fiamand du xve siècle, chanté avec agrément par\nMlle Maurat et Mme Marthe Legrand, et la Passacailie de Bach, où M. Guil-\nmant montra la plus ingénieuse variété de registration. C'était un maeni-\nfique prélude à YActus tragicus, l'œuvre laplus expressive peut-être, la plus\nsobre et la plus serrée que Bach ait jamais écrite. Tout porte ici, parce que\ntout est àsa place ; les airs, comme dans le drame musical moderne re-\nçoivent leur forme des paroles mêmes, au lieu de s'astreindre à la règle\ni talienne des reprises. Toute la cantate d'ailleurs (etpar là se justifie son titre)\na un caractère dramatique qui amène des libertés d'écriture fort expressives!\ncomme cette vocalise des sopranos, prière d'espoir après un chœur d'é-\npouvante, qui reste isolée et plane, la basse continue elle-même se taisant\npour écouter. Berlioz n'a jamais rien inventé de plus saisissant. Ce qu'il eût\nmoins aime certes, c'est le chœur final sur le mot fort vigoureux,\nmais qui lui eut semblé un retour à la scolastique. Il eût été toufhé jus-\nqu aux larmes par la voix et le style de Mme Marthe Legrand MM Caze-\nÛXSonrr \"fiT beaUCOUP.d'éI°gM —« l'orchestre, sous\nla direction de Marcel Labey, a ete très net et précis.\nà H S^Gervais' P°ur Noël nous avaient fait entendre,\na chapelle de la Sorbonne, une belle messe de C-ucrrero Daraissaient\nfiuiibertei?ireSUr;a pe,i'e est,rade des Agriculteurs, à côté de M». Twtte\nSe société vfen dèw ' dechanso\"s- .■»«» chansons anciennes :\nd'un genre où nous av<,'n touJciu?s'Txcelié' \"e'concTt™'™ \"\"\"\"\nquatre chansons du siècle (Couvées et publiée^"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3885, "texte": "signées des noms illustres de Costeley, Roland de Lassus, Claude Le fer. ne\net Clément Janequin, le plus gracieux de tous, peut-être; elles furent inter-\nprétées avec une aisance et une souplesse dignes de l'ancienne renommée\ndes Chanteurs de Saint-Gervais. Mme Yvette Guilbert ne remonte guère an\ndelà du xvme siècle, en quoi elle a bien raison, car le xvne, représenté â ce-\nmême concert par des airs galants et un peu cérémonieux de Boesset, n'a\nrien qui annonce la chanson moderne ; au lieu que l'époque de Louis XV\nconnut comme nous l'art des sous-entendus. C'est encore une grivoiserie\nassez naïve, sans doute, et mêlée de pastorale à la Florian; nous faisons\nmieux aujourd'hui, ou tout au moins plus fort. Que l'on compare la Peu-\nreuse, « chanson favorite de Mme Dubarry », et son maternel dénouement,\nà telle chanson du répertoire ancien, je veux dire moderne, d'Yvette Guiî-\nbert, par exemple à ce fiacre symboliquement jaune dont elle nous contaiî\njadis la meurtrière odyssée : on conclura que les plus égarées des M innés\nd'aujourd'hui n'ont plus peur de rien, même en voiture ; ce qui prouvé la\ndélicatesse de nos mœurs. Mais, au fond, c'est bien la même sorte d'esprit,\net l'interprétation, avec quelques nuances, doit être identique. Mme Yvette\nGuilbert m'y a paru aussi précise et mordante qu'autrefois, et plus fine. Ce\nn'est plus cette diction martelée qui, mettant tout en valeur, atteignait fata-\nlement aussi le mot à effet double ou triple ; c'est un art bien plus délicat»\nqui souligne à propos ; et c'est une variété d'intonations qui fait entendre\ntout sans exagérer rien ; avec cela un masque puissamment expressif, éga-\nlement propre au comique et au tragique, et des gestes volontairement\ndégingandés, d'une bouffonnerie inimitable. Mme Yvette Guilbert porte à\nsa perfection un genre qui, traité par elle, me paraît hautement artis-\ntique.\nSoirées d'Art. Nous approchons des derniers quatuors, et le parfait\nensemble, la sûreté de style et la profondeur d'émotion du quatuor Capeî\nsont de plus en plus admirables. On a beaucoup applaudi, le 21 décembre,.\nMlle Long pour son interprétation élégante de pièces de Fauré, Scarlaîti\net Saint-Saëns, et, le 28, M. Frohlich dans les six M.élodies religieuses de\nBeethoven (traduites par Mme Chevillard), ainsi que Mlle Emma Grégoire\ndans la Vie d'une femme de Schumann. Le 4 janvier, la pianiste était\nMme Thérèse Stiévenard, qui joue avec charme et simplicité es\nfa dièse majeur de Chopin et la Bourrée fantasque de Chabrier. Elle »o\ncompagne, dans la seconde Sonata de Haendel, M. Gillet, qui enlève les\narpèges et batteries avec une virtuosité étourdissante (or le hautbois ne se\nprête pas à ces jeux avec la docilité du violon ou de la clarinette) et a de\nplus un son ample et nourri, peut-être un peu tendu parfois. M»' Jeanne\nRaunay chante avec un lyrisme délicat et contenu le troublant Mariage des\nRoses de César Franck : sujet digne de Verlaine, vers de mirliton, musique\ncandide. Elle donne beaucoup d'accent à une mélodie de Boussion, simple\nd'inspiration et ausd d'harmonie, assez plaisante, et à une autre du même\nauteur, dont je ne goûte pas trop l'effort tragique. Elle a une variété de ton\net une conviction admirable dans le poème mélodique de Beethoven,\nbien-aimee absente. Et nous étions ainsi fort bien préparés à entendre îe\nquatorzième Quatuor,interrompu par la sortie malencontreuse d'auditeurs\ninexperts qui crurent 1 oeuvre terminée après son cinquième mouvement\nmais joué avec une gravité, une dignité, un ensemble et une entente de la\nperspective musicale qui se manifestèrent particulièrement dans la sombre\nfugue du début, et dans l'andante plus doux, comme brisé de tendresse\nCes derniers Quatuors de Beethoven marquent probablement le plus erarii\neffort que la musique ait fait pour traduire les émotions profondes de\name humaine ; et non seulement ses émotions, mais ses méditations"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.36", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3605, "texte": "aussi, et les bons propos qui succèdent à l'épreuve. Chacun de ces poèmes\nmusicaux est comme un dialogue entre l'homme et sa conscience, ou son\n\"Dieu, pour parler le langage de Beethoven. Musique avant tout intérieure,\net religieuse à la manière protestante. Musique étroitement attachée àla\n~rie humaine, qui est toute sa substance et dont elle pose sans cesse les\ndouloureuses interrogations. Testament moral d'une âme haute et sévère,\nque les meilleurs d'entre nous peuvent aimer, et que les autres admirent\navec componction. Louis LALOY.\nEcole des Hautes Études sociales. Dans une sobre et substantielle\n« lecture », M. Calvocoressi évoque les chants et danses populaires de la\nGrèce actuelle et appelle de ses vœux une renaissance de la musique hel-\nlène. Délicatement harmonisés par MM. Ingelbrecht et Ravel, interprétés\navec goût par Thomasset et M. Rœlens (remplaçant au pied levé\nM. Sandré), ces chants et danses ont plu par le caprice déjà semi-oriental\nde leur mélancolie ou de leur animation.\nJ. CH.\nApôtre de la musique russe, M. Calvocoressi allait, le n décembre, por-\nter la bonne parole à l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine. Il\nétait tout indiqué, à la fois par les circonstances et par la vérité même, de\nmontrer Part russe puisant sa force aux sources populaires. C'est ce que\nM. Calvocoressi a fort bien su faire, en une causerie fort appréciée du pu-\nblic, et que suivirent des auditions de chants populaires et d'œuvres de\nMoussorgsky, Borodine, Balakiref, Rimsky-Korsakof et Akimenko. Muc Ba-\nbaïan et M. Mougounian ont dû bisser un charmant duo, et Mlle Thomas-\nset a eu le plus grand succès dans la Reine de h Mer de Borodine, le\nChant d'amour de Balakiref, et deux belles mélodies d'Akimenko. L'éblouis-\nsante Islameyl de Balakiref, jouée par M. Vinès avec une aisance souve-\nraine et une verve incroyable, a porté l'enthousiasme à son comble.\nL. L.\nLa mélodie populaire refleurit. Récemment, Mme Yvette Guilbert faisait\napplaudir, rue d'Athènes, des chansons du xvme siècle, délicieusement\nharmonisées par Déodat de Séverac ; le 6 janvier, c'était la Société Na-\ntionale qui mettait au programme de son premier concert, des chansons\nbretonnes avec adaptation française et harmonisation de Paul Ladmirault.\nLa musicalité de M. Ladmirault musicalité qualifiée naguère par M. De-\nbussy de « rêveuse et fine, comme un peu peureuse de se trop formuler »\nest bien celle qui convient à ces vieux chants populaires, patrimoine d'une\nrace et 1 essence même de son génie. Aussi ces chansons bretonnes furent-\nelles, par lui, enguirlandées d'harmonies rares, avec le même soin pieux des\nmaîtres d'autrefois lorsqu'ils ornaient d'enluminures les missels. Mlle Marie\nLasne les chanta avec expression et dans un sentiment juste, et M. Louis\nAubert tint le piano d'accompagnement avec infiniment de délicatesse.\nParmi les compositeurs de la jeune école, M. Maurice Ravel est un de\nceux dont les œuvres sont, a bon droit, attendues avec une impatiente\ncuriosité. Cette fois il s agissait de pièces pour piano : Miroirs. Noctuelles\net Une barque sur l Océan me semblent écrites dans le genre de virtuosité\ntout particulier des Jeux d'eau du même auteur. Mais Oiseaux tristes, la\nVallée des Cloches et Alborada, plus simples de lignes, sont vraiment d'une\noriginalité puissante; la dernière surtout, par sa verve rythmique et aussi\npar sa netteté de construction, est extrêmement savoureuse. Elle fut, du\nleste, redemandée, et lon sait qu'a la Nationale les « bis » ont une tout\nautre valeur que dans maint endroit où ce n'est pas toujours l'œuvre la-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.37", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "meilleure qui reçoit le meilleur accueil. J'ajoute que dans chacune de\nces pièces qui paraîtront prochainement chez l'éditeur Demets le\npiano est traité avec une entente merveilleuse de ses moyens : Liszt mo-\nderne. Quant à M. Ricardo Vines, il faut le féliciter, non point de son\nprestigieux talent aujourd'hui universellement reconnu, mais de sa vaillance\nà lutter pour la bonne cause : je veux dire pour le succès de notre jeune\nécole. Je ne m appesantirai donc pas sur la manière extraordinairement\naisée et vivante dont il a joué les Miroirs. Cet artiste semble fait pour\ninterpréter cette musique comme cette musique semble faite pour être\ninterprétée par lui. C'est tout dire.\nBonne exécution d'une Sonate piano et violon de M. P. Le Flem, par\nMM. Masson et Lefeuve. L'auteur est très jeune, me dit-on ; c'est à 'cela\nqu il faut attribuer sans doute certaines incohérences et le manque d'équi-\nlibre de cette œuvre qui, je me hâte de le dire, présente par ailleurs de\nréelles qualités. Et, pour finir, le Premier quatuor de V. d'lndy, dans lequel\nMM. Lejeune, Claveau, Drouet, de Bruyn s'employèrent courageusement.\nJEAN POUEIGH.\nLa mort de Tintagiles. « Ma chère Ouvreuse, venez donc aux Mathu-\nrins. Devant une assistance panachée, empanachée (Américaines écla-\ntantes, gens de lettres et musiciens, peintres de mondaines et modèles\nd'iceulx), Georgette Leblanc interprète l'angoissante légende de Maeter-\nlinck, pieusement commentée par les musiques de M. Nouguès dont les con-\nnaisseurs m ont déclaré apprécier l'atmosphère mystérieuse et qui me\ncharme par l'intelligente déclamation des récitatifs.\n« Faut-il avouer que Georgette Leblanc me les fait parfois oublier à moi\nprofane, ces musiques ? Blanche à éblouir, sous de lourdes étoffes où le\nrose cramoisi et le rouge ancien s'affrontent intervalle de seconde risqué\net magnifique elle est une Ygraine dont les beaux bras faibles se meur-\ntrissent ala porte de fer; une tragique et tendre sœur qui meurt dans sa\nchevelure blonde, après des brisements d'ongles contre la porte terrible\naprès des cris et des plaintes dont le publie demeure un long instant fré-\nmissant et silencieux.\n« Your loving,\n« COLETTE »."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.7.3", "titre_corps": "A L'OPÉRA-COMIQUE", "titre_sommaire": "A L'OPÉRA-COMIQUE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.37", "debut_caractere": 2203, "fin_caractere_exclue": 3162, "texte": "A L'OPÉRA-COMIQUE\n\nHenri Gain et Ch.-M. Widor : Les Pêcheurs de Saint-Jean, scènes de la vie maritime.\nJVXatrat et Gabriel Pierné : La Coupe enchantée, d'après La Fontaine.\nLe sujet des Pêcheurs de Saint-Jean (de Luz) me rappelle une nouvelle du\ndélicieux et trop rare Emile Pouvillon : Mais ici ce n'est\nplus le brave Jeantil qui aime Suzon, la fille à Ittié, le maître de la Borde-\niV,°n?Ue\" est Jacques, le bon marin, que son cœur fiance à Marie-Anne\nheritiere de son propre patron Jean-Pierre. Pêcheur et laboureur ne veu-\nent pas pour gendreun sans-le-sou. La résistance exaspère l'amour et l'on\nse rencontre, qui dans un ravin touffu, qui sur la grèvepar miracle déserte.\nai* il faut, pour vaincre l'obstination d'un père trop prudent, que Jeantii\ntasse sauter la courroie de la mécanique prête à dévorer le bras d'lttié et\ncomme0 de sauvetage dont il est patron (et non pilote,\ncomme dit M. Gain), pour secourir Jean-Pierre. Et la nouvelle de Pouvillon"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4061, "texte": "1 est d une naïveté subtile et d'une rusticité raffinée, qui font pensera\nThéocrite. Et le drame de M. Gain ne manque pas de couleur, mais cette\ncouleur est grosse, comme il convient au théâtre, et elle ne pénètre pas le\nsujet, elle l'encadre plutôt, et lui est superposée : c'est un vieux cantique,\npuis une chanson de matelot, puis le baptême du nouveau bateau de Jean-\nPierre ; c'est encore une scène de cabaret, et des chants d'ivrognes ;et c'est\nenfin lamarche de Noël, et les petits enfants costumés en Rois Mages. Mais\ncet ensemble un peu composite ne manque ni de force ni d'agrément. G est\nune scène fort dramatique que celle où Jacques, fou de désespoir, va boire\navec les autres et chanter leurs chansons, se prend de querelle avec Jean-\nPierre et tire son couteau, puis brusquement, à la vue de sa mère, se\nretrouve faible et honteux, et sanglote comme un enfant. M. Salignac s'y est\nmontré excellentacteur, et les mouvements de la foule, partagée entre lapeur\net le désir de désarmer le furieux, ont été d'une vérité saisissante. Plus loin,\nlorsque Jacques est allé trouver son amie, toute seule à la maison où le père\nn'est pas encore revenu, et qu'il est reparti, l'injure à labouche, parce qu'elle\nse refuse à fuir avec lui, c'est un joli tableau, et bien émouvant, que l'entrée\ndes petits mendiants de Noël qui chantent leur cantique à la jeune fille\nsouriante et navrée. Et puis, ce qui me plaît en tout cela, c'est qu'on n'y\nrencontre pas l'ombre d'un symbole. Oh! les braves gens qui se contentent\nd'être des hommes, et de souffrir, et de s'efforcer, et de s'entendre enfin,\nsans vouloir personnifier à nos yeux ébahis la Souffrance, ou l'Abnégation,\nla Soif de l'or, ou le Salut par l'amour ! Comme on se sent à l'aiseavec eux,\ncomme on les prend volontiers en pitié, et comme on les aimerait, s'ils\nparlaient seulement (O Monsieur Henri Gain, exaucez ma prière à votre\nprochain livret) une langue un peu moins conventionnelle. Certes cette\nprose est meilleure que celle d'un Zola ou d'un Charpentier : plus ferme\nd'abord, exempte de toute phraséologie montmartroise, et par endroits\nénergique. Il me plaît que Marie-Anne appelle la mer « chienne, gueuse,\ntueuse, infâme », et les paroles des diverses chansons insérées dans la pièce\nsont le plus souvent d'une simplicité populaire et charmante. Mais je ne\nserai tranquille que le jour où un matelot amoureux ne parlera plus de «ce\ndivin baiser où tressaille son âme », ni du « rire d'enfant dont est fait son\nbonheur ». Combien je préfère les simples lignes de Pouvillon, et cette\nfuite virginale :\nElle se levait, mais il la retint de force et garda ses mains prisonnières\ndans les siennes. « Suqon, Suqon », sécrie-t-il, et il attire sa poitrine sur\nsa poitrine, ses lèvres sur ses lèvres. Elle résiste ; son sein timide, sa lèvre\nignorante se dérobent à l'étreinte; avertie par l'instinct de la pudeur,\nelle échappe aux prises de son amant. Dépité de sa faiblesse, honteux,\ncelui-ci s'éloigne à son tour.\nQuand donc pourra-t-on s'aimer au théâtre, sans grands gestes, sans\n« folle étreinte », sans invocations au ciel, et, pour tout dire, sans « duo »?\nSur ce poème inégal, mais où ne manquent ni le dramatique ni le pit-\ntoresque, M. Ch.-M. Widor a écrit une musique sincère et forte, soutenue\net nourrie, dont le seul défaut, à mon sens, serait de trop détailler et trop\nmettre en valeur parfois des paroles qu'il valait mieux faire passer le plus\nvite possible, voire submerger sous les flots de l'orchestre complice. Mais\nl'auteur s'est fait une loi de laisser toujours la déclamation en pleine lu-\nmière ;et cette loi, fondamentale dans le drame lyrique et trop rarement\nobservée depuis Wagner, n'a ici de fâcheux effets parfois que parla faute\ndu librettiste. Si lon voulait aller au fond des choses, on trouverait peut-\nêtre qu'à un drame lyrique il faut un auteur et non un librettiste. Mais ne\nposons pas une aussi grave question ; ce qui est certain, c'est que l'inten-\ntion du musicien est excellente : il faut avant tout, au théâtre, que nous"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.39", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "sachions de quoi il s'agit. Qu'on ne croie pas d'ailleurs que cette musique,\npour savoir être discrète, soit insignifiante, et réduise àun perpétuel\nrécitatif accompagné. Bien au contraire, la méloaie est partout\net très nettement dessinée, àla française ; plus abondante même qu en\nmaint autre drame moderne, car elle ne s'immobilise pas dans ces laides\nformules qui, sous le nom de leit-motive ou motifs conducteurs, font non\nseulement la charpente, mais toute l'architecture de plus d'un de ces ou-\nvrages. Ce procédé, moins wagnérien qu'on ne croit, et plus commode qu'on\nne dit, n'a pas été employé ici, et j'en suis fort aise ; d'abord parce que\nc'est une affirmation d'originalité assez rare pour qu'on la remarque ;\nensuite parce que le lien que je crois apercevoir entre l'emploi des sym-\nboles dans le drame et des motifs conducteurs dans la musique se trouve\nainsi vérifié par contre-épreuve (i). Ce qui me paraît excellent aussi, c'est\nl'appel que l'on a fait aux mélodies populaires, ou d'allure Si\nl'on veut, comme ce semble être la mode aujourd'hui, mettre en scène\nl'homme du peuple, c'est par son chant traditionnel que Yon exprimera tout\nle meilleur de son âme. M. d'lndy l'a fort bien compris, et ce qui me\ncharme le plus dans Y Étranger peut-être, c'est la ronde du début (Dans la\ntour du palais). La chanson populaire aun rôle plus important dans les\nPêcheurs de Saint-Jean, et elle s'y trouve même fort ingénieusement reliée à\nl'action : témoin, au premier acte, la complainte de Jacques, écoutée par\nMarie-Anne (On a quitté sa belle amie), et la délicieuse chanson de Marie-\nAnne dans la nuit d'attente (Partant pour un lointain voyage). Les can-\ntiques du baptême, les chansons à boire, et surtout les chants de Noël, pour\nêtre plus épisodiques, n'en ont pas moins une bien jolie couleur. Et quel\nart délicat, sobre à dessein, mais si maître de ses moyens, que celui qui\nunit la marche de noël au choeur des enfants, ou fait sans effort un canon\nà deux parties, avec contre-sujet, de la prière au petit Jésus ! Nul pédan-\ntisme en cette écriture, bien au contraire : un archaïsme attendrissant,\nquelque chose de grêle et de doux, enfin un peu de ce « style innocent » où\natteignit Berlioz dans Y Enfance du Christ.\nJ'ai un faible pour ces pages ; je les préfère même à d'autres, bien plus\ndramatiques cependant, et dont je ne méconnais pas les mérites. La tempête\ndu dernier acte est certainement une belle tempête ; mais je suis un peu\nblasé sur ce genre de spectacle, depuis Siegfried, depuis l'Étranger, et\nsurtout depuis Y Ouragan, où M. Bruneau, avec un cornet à pistons et trois\nnotes obstinées, arrivait, lui aussi, à nous secouer les nerfs. Le troisième\nacte me paraît supérieur au quatrième : l'inquiétude de Marie-Anne, la\nsombre fureur de Jacques, l'impuissante tendresse de son amie, se traduisent\npar une musique tour à tour agitée et berceuse, toujours émouvante, et\nd'une noble simplicité. De même encore, àla fin du second acte, lorsque\nJacques à bout de forces retombe dans les bras de sa mère, on rencontre\ncette caresse désolée que je veux citer, car l'effet, surtout après la scène ter-\nrible qui vient de se dérouler, est un des plus touchants qu'on puisse ima-\nginer :\n\n1 ) Voir mes études sur le Drame musical moderne."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.40", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1547, "texte": "Mélodique avant tout, mais rehaussée de fortes harmonies, telle est la\nmusique de M. Widor : on ne peut, il me semble, en méconnaître le\ncaractère et la puissance. Et ceux même dont l'idéal est tout autre admi-\nreront la conviction et le désintéressement d'un grand artiste dédaigneux\nde plaire au snobisme contemporain par des artifices qui cependant ne lui\ncoûteraient nulle peine, que celle de mal traduire sa pensée. L'œuvre\nnouvelle est une œuvre sérieuse, librement conçue et mûrement réfléchie;\nc'est une œuvre hardie par la clarté probe de son style ; et c'est une belle\nœuvre, à mon gré, parce que la musique y est partout vibrante d'émotion\nou de poésie.\nest très satisfaisante. M. Salignac, fort bon acteur, sera\nun excellent chanteur lorsqu'il se retrouvera en possession de tous ses\nmoyens. Mlle Friché a une voix fraîche et une grâce simplette qui va fort\nbien à son rôle. M. Vieulle est un Jean-Pierre plein d'autorité, et il n'est\npas jusqu'au corps de ballet qui ne se montre à son avantage dans un pas de\nsardinières fortement hanché, sans doute à cause du voisinage de l'Espagne.\nLe spectacle commençait par la Coupe enchantée, assez insipide badi-\nnage tiré par M. Matrat du conte de La Fontaine et orné par M. Pierné\nd'un pastiche musical qui fatigue vite : encore est-il intermittent, car il y a\nici de longs et reposants « parlés », comme dans l'ancien opéra comique.\nOn évoquait auprès de moi le souvenir de Poize. C'est exact : mais pour-\nquoi donc refaire ce qui existe déjà ?\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.7.4", "titre_corps": "LE THÉATRE EN PROVINCE", "titre_sommaire": "LE THÉATRE EN PROVINCE", "signature_source": "Raoul Davray", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.40", "debut_caractere": 1549, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "LE THÉATRE EN PROVINCE\n\nLes Débuts.\nM\"e Margyl, qui vient de paraître sur les planches de l'Opéra, les jeunes\neleves de M. de Féraudy que la Maison de Molière accueille avec une con-\nsidération distinguée, ne se doutent certainement pas de ce que sont, en\nprovince, les trois traditionnelles épreuves et les vicissitudes de la période\ntheâtro-électorale. Qu'elles me permettent de les en instruire.\nLes débuts, c est la saison où l'abonné est plus grave et le chroniqueur\nmoins léger (l'Ouvreuse elle-même y perdrait son esprit), où le directeur\na les poches bourrées de papiers télégraphiques (Acceptez-vous 600 ?\nNon, rien de fait), ou le rideau se lève et se relève comme une chemise et\ndécouvre le régisseur, en frac, s'inclinant par trois fois devant le public\nsouverain, ou, derrière les portants, on voit des chanteuses aphones et des\nuegnes apeurees, où Méphisto et Carmen font, en ronchonnant, leurs\nmalles de costumes pour les diriger vers des scènes plus écossaises, où l'on\nsubit, supplicies, sept ou huit fois l'audition du Chalet dans les recoins\namuëtPre|/HonneS attendent les ténorinos détenteurs de demi-teintes\nen salle dI v^Bf.°nS T ,son;.comédiennes (sic), où le foyer, transformé\net\\e crpirif la 1 u empli de discussions sur la voix blanche (!) du ténor\ne creux de la basse, ou un commissaire, dont le goût musical dit\nïbTtfom ron\"6 ? '\"'H\"' fCîde de 'a \"CeP,ion du pauvres\n.\". 'S\"1 a,vec de,s larm« u\" \">aigre morceau de pain, tout cela\npoui la satisfaction de quelques Bouddhas maléfiques nommés dans l'ar-\nest dilettinrpteS' ttantl Çf.n Province, par droit de conquête, tout abonné\nprétend 1tOUt dlr,fCteur symPathique). Notre république, qui se\ndevrak elk 3f6 SUbSlSter Cet Usa§e suranné> et barbare.\niNe devrait-elle pas abolir ces pratiques, survivance d'un autre âge ?"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.41", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3987, "texte": "Les résultats produits par le système actuel ont été par trop bizarres.\nSongez à la scène lyrique que pourraient constituer les artistes s'ils s'avi-\nsaient de créer, à l'imitation des peintres, un « Théâtre des Refusés ». Si»\nà l'inverse, quelque imprésario ironiste et désabusé rassemblait en corps\nde troupe les plus notoires médiocrités admises, un toile accueillerait cette\nexhibition. Des admissions et des refus sont inexplicables. Pourquoi des\nchanteurs de mérite sensiblement égal sont-ils diversement traités ? La\nmétéorologie théâtrale est une science en faillite. Elle ne peut conjecturer\nles subites sautes de vent, ni expliquer les calmes plats soudains. Tel qui\nplaît vendredi, dimanche tombera.\nIl se commet, chaque saison, pas mal d'iniquités. Dans les villes dont !&\nmunicipalité subventionne les plaisirs, se retrouve la torture, partout abo-\nlie. Des aficionados, en proie, dirait le Dr Mauclair, au « vertige meurtrier\nde l'amok », « emboîtent » les ténors, « tombent » les divettes et Meyer-\nbeer conduit le bal ! Hélas ! que j'en ai vu mourir des ténorinos !... Point\nn'est besoin, pour ces exécutions sommaires, d'une centaine de votants»,\nDeux, trois voix de spectateurs du parterre, incapables, je gage, de distin-\nguer un mi d'un la, suffisent pour enlever à une femme, le plus souvent\nmalheureuse, le morceau de pain qu'elle sollicite. Doux pays ! dirait Fo-\nrain... Mais on voit pis. S'il advient qu'un artiste cesse, après son admis-\nsion, de plaire à quelques spectateurs, les maires s'empressent, après quel-\nques soirs de tapage, de prendre un arrêté excluant de la scène le pauvre\ncabot. Ainsi les enfants rejettent leur poupée après lui avoir cassé les bras\net vidé le ventre. Je n'exagère rien. Une signature, et voilà des malheureux\nsur le pavé. Ils sont élus et sans place. Ah 1 le bon billet!\nJe ne sais si l'on peut expliquer par le « plaisir de rompre », délicate-\nment analysé par M. Jules Renard, l'acharnement de certains\nToujours est-il que nous manquons absolument de charité, Enfants, nous\nsupplicions les bêtes ; collégiens, nos pions ; hommes, nos amuseurs...*\nNe serait-il pas plus humain de compatir à la nervosité des\nimpressionnables à l'excès (genns irritabile actorum), dans la gorge des-\nquels le trac étrangle la note et arrête la vocalise ? A celte démoralisation\nqui est réelle, s'ajoutent les mille et un chantages de la ville. Certakrs\nagents persuadent aux actrices qu'elles feraient bien d'acheter l'appui de\nquelques abonnés pour les trois épreuves. Cette histoire est arrivée, enlne\nautres, àla regrettée Priola, de l'Opéra-Comique. Elle dut donner 5.00 c\nfrancs à un individu d'une grande ville du Midi. Et l'on pourrait accumuler\nles faits et allonger le réquisitoire. Visites aux gros bonnets de l'endroit*\nabonnement et subvention au journal les Frises, assauts de « tapeurs »et\nde Lovelace, voilà, et j'en oublie, les désagréments qu'ont à subir, chaque\nsaison, les artistes, s'ils veulent vivre.\nUne fois reçus, ils ne sont pas au bout de leurs peines. Ils restent àla\nmerci du directeur qui conserve, de par l'acte d'engagement, le droit de\nrésiliation (qu'il peut souvent exercer à toute époque de la saison), et ce,\n« quel que soit le résultat des débuts et avant même qu'ils soient terminés vu\nAinsi la décision favorable du suffrage universel peut être infirmée parie\nveto du directeur. L'artiste a donc deux ennemis : le public,\nterrible en ses emportements, et le directeur, caché à la cantonade. Le\nsecond n'est pas le moins perfide ni le moins redoutable. On a vu des direc-\nteurs faussant les scrutins, faisant siffler les artistes pour s'en débarrasser\navec un semblant de justice ou leur imposer de grosses diminutions d'ap-\npointements. Ce sont les « affameurs » de la traite des planches, pour qiiî\nle jiu-jitsu n'a plus de secrets.\nD'autres fois, les mécontents transforment les débuts en une arme contre\nl'imprésario. On refuse en bloc. On boycotte. On se bat sur le dos des"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.42", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "artistes qui n'en peuvent mais, tant et si bien que le directeur, à bout de\nmunitions, acculé à la faillite, abandonne la lutte et démissionne. Les ac-\nteurs, admis ou refusés, sont tous à la rue.\nTelles sont les charges graves que Ton peut accumuler contre ce mode\nde recrutement des troupes de province. Puissent ces lignes contribuer à\nson abolition et apporter un peu de bonheur aux artistes assez malheureux\nde chanter de l'Adam ou de l'Halévy pour n'être pas soumis, par surcroît,\naux bizarres caprices des foules !\n\nRaoul Davray."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.7.5", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.42", "debut_caractere": 568, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "CORRESPONDANCE\nÂ propos d'Armor.\nJ'ai reçu la lettre suivante ; elle fait grand honneur à celui qui l'a écrite,\net je crois que nos lecteurs me sauront gré de la leur communiquer.\nÂ M. Louis LALOY.\nMONSIEUR,\nt nie permetti aïs, si ce n est pas abuser, de faire appel à vos lumières\npowr éclairer ma religion musicale sur\nhieui, ,n est qu une correspondance privée,\nces idées avec vous, pour en Unir une fois pour toutes avec les appréciations,\nsincères ou non, que Ton entend émettre\nœuvres dont on détermine la valeur o\nréjouissant.\nes quelques considérations m'ont été suggérées par la représentation\n«fArmor, de Sylvio Lazzari, donnée au Grand-Théâtre. Les critiques des\njournaux quotidiens ont célébré sur le mode dithyrambique le succès de ce\ngraine musical; ils se sont accordés cep F insignifiance\nlité du livret. Après une première audition\nU partition, J'ai essayé d'y voir clair\nsensations. Sans plus de préambule, voi\n, MlJat nen entendu que la forme surannée de l'opéra, telle que l'ont connue\nses iossini, Meyerbeer, Verdi, Gounod, est démodée et a vécu. Nous ne pou-\nvans plus nous accommoder des puérilités\nces compositeurs Wagner, avec son\ndu drame musical, de cette intime association de la forme dramatique et de\n£ expression musicale celle-ci suivant\nZJfnrHfl Pt/, / ' pour 01 \"S 1 dire' au\nJ&i fortilient nos aperceptions.\nArmor est bien en ce sens de l'école wagnérienne, trop même car les ré-\nminiscences y sont claires. Mais, et vo\nennui fatal, une monotonie excessive de cette œuvre. Point d'action point de\nme; les héros sont gelés. Je n'ignore\nmais ceci n'est pas une excuse, je suppose. Et enfin, voici mon grandi reproché\nmâzztzTsZ\" aetae's r\"\"em\" <\"*»> «» ®\n\"\"\" ■ mf *yue> f'ils admette,,, le corn-\nJ. '. qu Us chassent toute pensee musical\n« De 1. découlent ces heurts, ces entres; les ptrZs Z éZcZ"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.43", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3633, "texte": "de phrases se coupent, se superposent, se succèdent sans logique (que pro-\nbablement je n'ai pas su y trouver). Le tutti étant la règle, l'orchestration\nen est lourde, écrasante. Je ne nie pas la puissance, si par puissance il faut\nentendre éclat, sonorité. Oserais-je le dire ? J'ai la faiblesse inavouable de\ndemander à la musique, non pas seulement de me faire évader des contin-\ngencesde me faire penser, mais encore et surtout de m'émouvoir ; non pas\nl'émoi quelque peu ridicule, qui ébranle une sensibilité à fleur de peau, mais\nl'émotion plus élevée qui vient réveiller et mettre en jeu les aspirations\nnobles de mon moi moral : et vous savez mieux que moi que F idée sans le\nsentiment a bien peu de force. Or Vœuvre dont nous nous occupons satisfait-\nelle les désirs formulés ? Point. Un thème de 4ou 5 notes est proposé par\nun instrument, et par un procédé bien connu passe d'un instrument à F autre5\njusqu'à complet épuisement. CTest assez futile. On ne trouve pas cette harmo-\nnie enveloppante du duo d'amour de Tristan, duo auquel on a assimilé celui\nd'Armor. Bref, une musique qui se développe sans lien conducteur, et surtout\nmonotone et froide.\nEt cependant, on a parlé de grand succès ; on y a découvert beaucoup de\nchoses, dans cette musique. Je ne m'explique pas cet état d'esprit. L'auteur\nest évidemment un musicien de grand talent, maniant son orchestre en com-\npositeur adroit et savant. Belles sonorités, trouvailles de timbres heureux,\nassociation nouvelle d'instruments, puissance, force, aucune banalité, sévé-\nrité, je lui reconnais tout cela ; et cependant je suis resté complètement froid\nà l'audition.\nVoilà mon état d'âme musical. Peut-être, Monsieur, vais-je passer à vos\nyeux pour un barbare ? Mais c'est un musicien convaincu qui vous écrit,\nqui adore la musique, et qui s'inquiète de la tournure d'esprit qu'affectent\ncertains milieux, quand on agite quelques questions musicales, et c'est là\nla seule excuse à un bavardage qui vous semblera long, prétentieux et inu-\ntile.\nOserais-je espérer, Monsieur, une réponse de votre part qui, j en suis sûr,\nsera le baume apaisant désiré?\nDaignez agréer F assurance de ma parfaite considération.\nP.-S. —Il est bien entendu que cette lettre est toute personnelle. Si toute-\nfois vous jugiez que quelques-unes des idées qui y sont contenues pouvaient\nintéresser les lecteurs, vous avez tout pouvoir, a la seule condition de taire\nmon nom, ou de ne mettre que les initiales :\nA, G.\nA Dieu ne plaise que je traite de barbare un amateur aussi éclairé et\naussi sincère en ses impressions ! Retenu à Paris par des devoirs multi-\nples et inégalement pénibles, je n'ai point entendu Armor ; mais j'ai lu\nl'excellent compte rendu de M. Reboul, et mon impression, c'est que moi\naussi j'aurais accordé à Armor, et à son chaste héros, et à son érudit\ncompositeur, un prix de vertu plutôt que de beauté. Il faut songer que\nl'œuvre remonte à une époque où nous étions tous empoisonnés de\nWagner. Oui, empoisonnés. Nietzsche avait raison : « Il a rendu la mu-\nsique malade. » Malade de philosophie d'abord. La musique n'est point\nfaite pour prôner le renoncement, disserter sur le jour et la nuit, la vie\net le néant, l'amour et la mort, ou pour commenter un Evangile plus ou\nmoins apocryphe. Chez Wagner lui-même, toute cette « profondeur » alle-\nmande ne nous apparaît plus aujourd'hui que comme un solennel attrape-\nnigauds, déjà tout vermoulu de ridicule. Que dire de ses continuateurs ?\nIl est sorti de la Tétralogie et de Parsifal toute une lignée de héros purs,\nen lutte avec d'aimables enchanteresses dont les artifices ont bientôt raison"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.44", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1832, "texte": "de leur vertu : il faut voir alors les remords affreux de ces bons jeunes\ncrens et leur châtiment aussi ne se fait guère attendre. Comme si la purete\nétait'la seule affaire importante de ce monde, surtout pour un héros . Voila\nune superstition qui fera toujours sourire, dans un pays comme le notre,\noù les mœurs ont su rester si joliment païennes.\nMais cela n'est rien : un sot livret peut encore supporter non pas un chet-\nd'œuvre, mais une belle œuvre ou de belles pages. Ce qui est plus grave, c est\nque la musique a été atteinte dans sa source même et sa structure. Comme\nle remarque fort bien mon correspondant, Wagner a créé un poncif . les\nédifices sonores qu'il bâtissait avec des mélodies fortement caractérisées,\non a voulu les refaire en matériaux beaucoup moins solides : il n est si\npauvre et insignifiante agrégation de notes qui, promue à la dignité de\nleit-motiv, n'ait été traitée selon toutes les formules de la multiplication\nwagnérienne, et engagée à tout propos en de pyramidales constructions : d où\ndes catastrophes sonores et des ruines retentissantes sous lesquelles 1 au-\nditeur reste le plus souvent enseveli. Cet art, si c'en est un, a certainement\nfait son temps. Le drame musical moderne, s'il veut vivre, doit suivre la\nroute de lumière que lui a ouverte en 1 902 date mémorable entre toutes\nClaude Debussy. Plus de pédantisme ici, plus de laborieuses superposi-\ntions d'insignifiances, plus de lourdes sonorités, plus de tortueuses harmo-\nnies : la mélodie en toute sa pureté, l'harmonie naturelle et neuve, l'émo-\ntion toute fraîche et le charme partout répandu. Ne nous reprochons point\nl'ennui que nous inspirent des œuvres surannées ; et comme Agnès,\navouons candidement à tous les Arnolphes wagnériens, qu'\n« Horace avec deux mots en ferait plus que vous ».\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.7.6", "titre_corps": "LA MUSIQUE A STUTTGART.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A STUTTGART.", "signature_source": "Sous-Off", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.44", "debut_caractere": 1834, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": "LA MUSIQUE A STUTTGART.\n\nA M. Kirl Beulter (Roscnfeld).\nLe2B janvier prochain, le baron Putlitz aura 14 ans de direction. Lors-\nqu il entra au Théâtre-Royal, on lui prédit six mois de durée, car, disaient\nles journaux, « ce beau jeune homme n'a pas d'expérience ni de talent ».\nCe « beau jeune homme » a subi les crises les plus graves, par exemple\n1 incendie du Grand-1 héâtre, huit jours avant sa dixième année de direction,\net il a promené ses artistes à travers l'Allemagne et notamment à Berlin»\noù les critiques les plus illustres ont écrit que les artistes de l'Opéra-Royal\nde Beilin pouvaient prendre modèle sur les artistes de Stuttgart. Le « beau\njeune nomme » d il y a quatorze ans était officier badoiset avait appris l'art\ntheatral au foyer domestique, carsonpere était le poete bien connu et admi-\nnistrateur général des théâtres badois de Karlsruhe. Il avait donc eu l'occa-\nsion, dès son enfance, de se préparer à sa carrière future, et il est absolument\nfaux de dit e qu un « officier prussien » arrivait un beau jour pour mettre à la\nporte un bourgeois, citoyen duroyaume de Wurtemberg. M. Kiedaisch, son\nprédécesseur, est, tout naturellement, l'ennemi acharné du baron Putlitz,\ncar, sous la direction Wehl, il avait administré le théâtre pendant vingt\nans et avait cinquante ans de services. Mais la faute n'est pas du tout au «beau\njeune homme » de vingt-huit ans ; le Roi voulait un gentilhomme à la tête\ne son theatre, et M. Kiedaisch y est entré comme second caissier. Sous les\nrégimes des predecesseurs du baron Putlitz, la célèbre renommée des théâ-\ntres royaux tombait en ruines, et on a dit qu'il n'en restait plus que des lam-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.45", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3918, "texte": "eaux. Mais, en tout cas, 1 art en souffrait, et on ne parlait que du magasin\nqu avait ouvert le roi Charles, mort il y a quinze ans. Le roi Guillaume avait\nepouse une charmante petite princesse, excellente pianiste ; et la reine est,\nsans vouloir la flatter, encore très renommée comme pianiste. Arrivé au\npouvoir, Guillaume ne supporta plus longtemps cette décadence et nomma\nun jeune homme, pour réformer et pour rajeunir ses théâtres. M. Kiedaisch\navait engage le célèbre Zumpé, mort il y atrois ans, et M. Péter-Mullerqui\nest aujourd'hui l'artiste favori du public. Le baron Putlitz rompit les rela-\ntions avedes anciens serviteurs du roi et appela un homme du métier, le ré-\ngisseurgéneral de Berlin, M. Hans Meery, et un de nos confrères, M. Gerst-\nmann, rédacteur du Journal national de Berlin. Ce dernier, aujourd'hui\nprofesseur royal, n a plus 1 habitude de son ancien métier. Car il m'a\nrefusé (du reste de la manière la plus courtoise) toutes les notes relatives\nau pouvoir du baron, car « M. le baron ne travaille qu'au nom de l'art ». Il\ndevrau savoir qu un chroniqueur ne doit pas inventer ce qu'il avance.\nM. Gerstmann est d ailleurs un homme très habile, et nous espérons qu'il\nnous restera.\n? Prédictions sur le baron Putlitz avaient tort, heureusement, et il\ns est montré le digne héritier de son père, qu'il avait honoré en montant un\nde ses opéras, dont la musique est de Flotow, compositeur de Martha. Le\nbaron est un des fondateurs de la Société Richard Wagner et de la Société\nGœthe, il cultive sans cesse la mémoire de Richard Wagner, en compagnie\ndun élève favori de Liszt, M. Karl Pohlig, successeur de M. Zumpé, qui\navait collaboré avec Richard Wagner lui-même de 1873 à 1876 à Bayreuth.\nZumpé corrigeait avec Wagner les partitions de Y Anneau du Nibelung, qui\nut joué à Stuttgart, pour la dernière fois, au commencement du mois de\ndécembre avec le concours du célèbre docteur Briesemeister de Bayreuth\n(Loge), de MM. Desider Zâdor de Munich, Brestenfeld de Francfort et\nIslaub (Albérich), de M«10 Senger-Bettaque de Munich (Brunhilde) et de\nM»e Schwenker de Karlsruhe (une des filles du Rhin). Un des plus grands\nmérites du baron, sinon le plus grand, c'est d'avoir engagé, il y a douze\nans, Mlle Sutter d Augsbourg, qui succédait à Mlle Anna Riegl, la première\nCarmen de Stuttgart. Le 4 janvier 1906 est le 23e anniversaire de la pre-\nmière représentation de Carmen ici. Un autre mérite du baron c'est d'avoir\naboli la censure et monté le premier en Allemagne Tolstoï, Wilde, Gorki,\nBjoemson. Ensuite il jouait des jeunes; avant lui, l'Opéra montait toujours\nFidel 10, le/* / eischutç, Obéron, 1 IpJugénie de Gluck,les Huguenots, Martha,\nPreciosa, tout le répertoire d'Auber, d'Adam, d'Halévy, de Méhul,\nBoïeldieu, de Hérold et de Balfe.\nIl a joué les jeunes auteurs suivants: MM. Joseph-Antoine Mayer, Hum-\nmel, Kistler, Langer, Zumpe, Krug-Waldsee, Kienzl, Goldmark, Mascagni,\nLinder, Jaques-Dalcroze, Kulenkampf, Thuille, Seyffardt, Sandberger,\nStenhammar, d Albert. Et M. le baron n'a pas de raison pour ne pas jouer\nM. Esslinger, jeune compositeur de Stuttgart. Est-ce que M. le baron serait\nhostile aux jeunes d aujourd'hui ? M. Esslinger est un compositeur très doué\net a terminé un grand opéra, dont le texte est d'Henri Heine ; il y a un\ntrès beau ballet dans cet opéra.\nM. Joseph-Antoine Mayer est chef d'orchestre de l'Opéra; il a monté\n1 opéra le Kyffhaeuser, et attend les répétitions de son nouvel opéra, la\nFontaine de Madeleine, texte du docteur Ernest Kapff, auteur de Colomb.\nM. Mayer a composé un oratorio, Jephta, et un opéra, le Violoniste de\nGmiindy représenté il y a quelques années. M. Joseph-Frédéric Hummel est\nné le 14 août 1841 et a tait monter à Stuttgart Mara ; il est auteur d'ouvrages\ninnombrables et des opéras suivants : Augla, Assarpaï, Sofie de Brabant\nla Confession ; M. Gustave Kulenkampf a monté le Roi Drosselbart et est le"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.46", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "compositeur du Page, du Prince des nègres, de la Fiancée de Cypre,\nà'Anne-Marie. M.Ferdinand Langer, né le 21 janvier 1889, monta son\nSijjleur de Haardt et a publié les opéras : le Voisinage dangereux, la Belle au\nbois dormant, Murillo; ses succès n'ont été que locaux.\nM. Guillaume Stenhammar, né le 7 février 1871, monta son opéra, la Fête\nde Solhaug, que l'Opéra de Berlin vient de jouer. Le texte est de Henrik\nIbsen. M. Stenhammar a écrit le drame musical Tirfing.\nAprès lui, ce fut le tour de M. Kistler, né le 12 mars 1848, qui montait\nKunihild ; il est auteur des opéras : Eulenspiegel, La pauvre Else, et\nd'autres. M. Louis Thuilie, né le 3o novembre 1861, fît jouer Lobetan% ;il\n•écrivit les opéras Gugeline et Theuerdank. M. Gottfried Linder, professeur\nau Conservatoire, donnait au Théâtre-Royal Konradin de Souabe et publia\nune Belle au bois dormant, une Légende de Forêt, suite pour orchestre. Il\nest né le 22 juillet 1842. M. Adolphe Sandberger de Munich, membre de la\nSociété des Arts et des Sciences de Mons et né le 19 décembre 1864, fit\njouer son Louis le Coureur. M. Sandberger publia un ouvrage sur Pierre\nCornélius et un autre sur la Gwendoline de Chabrier que le baron Putlitz\nmonta également. Il représenta Astorre deM.Krug-Waldsee,néleß novembre\n1858, ancien chef d'orchestre de la « Nouvelle Société de Chant »,aont le\nchef actuel, M. Ernest Seyfifard, a été joué, lui aussi, à l'Opéra. M. Krug-\nWaldsee est auteur de Harald, du Roi Rother et d'un Violoniste de Gmund>\nd'une symphonie et d'une ouverture de Turandot de Schiller.\nLe baron Putlitz monta en 1893 Falstaff de Verdi, avec M. Frické;\nDjam ileh de Bizet, la Poupée de Nuremberg d'Adam (au répertoire avec\nMlle Sutter), Siegfried de Wagner, les Macliabées de Rubinstein. Le baron\nPutlitz monta la saison suivante (1894 à 1895) la Fiancée vendue de Sme-\ntana, îphigéme de Gluck, Haensel et Gretel (avec Mlle Sutter) d'Humper-\ndinck ; Sigrun ; la Belle Galathée ; Farinelli de Zumpe ; Janie, idylle\nmusicale d'un collaborateur de notre Mercure, M. Jaques-Dalcroze, et de\nM. Philippe Godet.\nC est très louable d'avoir joué Jaques-Dalcroze, qui n'est pas inconnu en\nAllemagne ; on cultive ses jeux mimiques partout, et son ami, M. Philippe\nGodet, auteur d'une Histoire de la littérature suisse-française, est très ré-\nputé partout. M. Philippe Godet est le successeur de feu Henry Warnery,\npoète vaudois et professeur à l'Académie de Neuchâtel, où est le foyer de\na poésie romande et de la musique suisse. C'est un très heureux pays, ce\ncanton suisse, isolé du reste du monde ; il est d'autant plus louable que\nMM. Jaques-Dalcroze et Godet soient venus nous faire connaître leur\nœuvre. Les Vaudois n'en ont pas fait autant.\nNous avons ensuite Zaïre de M. delà Nux, Ratcliff de Mascagni, Boccace,\nDahbor de Smetana, Zanetto de Mascagni, Silvano du même auteur, Tris-\ntan et Isolde , Otello de Verdi ; Manon ;la Serva padrona de Pergolèse ;\nGo ouvrages de Lortzing, Reine de mai de Gluck ; la fin de François Moov\nde Délia Noce ; de Suppé ; un ouvrage de Siegfried Wagner; les\netites Michus ;la Poupée ; Louise ;la Bohème ;le Petit Corse fut créé à\ntuttgart par Mme Charlotte Wiehe; auparavant il n'avait jamais été joué\nailleurs. La Main fut créée par Mile Sutter ; cet ouvrage de M. Bereny est\nau repertoire. M. le baron fera bien de confier enfin un rôle dans cette\npantomime à M. Wiihelm Weidnér, celui du baron, ou du voleur. Mais je\ncrois que le voleur serait mieux pour le grand talent de M. Wiihelm Wei-\ndner M* Bereng et Mme Charlotte Wiehe devraient demander M. Wilhem\nV\\ eidner ; car c'est une injustice de le cacher. M. le baron a maints ar-\ntistes dans son admirable chœur ; il faut qu'il les mette en lumière. Et il\ny a pas e raison pour engager des personnes à qui manque tout pour\netre un artiste, comme c'est le cas avec M\"o Charlotte Bouché. Cette dame"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.47", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1632, "texte": "n est pas une mauvaise actrice; aux Gobelins ou à Montparnasse elle pour-\nrait jouer les vieilles et les jeunes femmes et les rôles d'hommes. On\nen serait content. Mais à 1 Opéra, elle est impossible, matériellement im-\npossible, Monsieur le baron, aussi impossible pour l'Opéra que Mlle Doe-\nlitzscher l'a été.\nC est bien méchant de ma part de dire la vérité ; mais je m'efforce d'être\nplus gentil en vous faisant mes compliments à cause de Mile Hoetzel et de\nM. Buiger. Mlle Hoetzel est, et c'est la vérité, une toute délicieuse prima\nina, et M. Albert Burger est un danseur de premier ordre. La mimi-\nque de M. Burger est réglée par son professeur, mais à M. Wilhelm Wei-\ndner elle est innée. M. Burger est devenu un maître dans son art, parce\nqu'il avait une excellente école, celle de M. Scharf. Mais M. Wilhelm\nWeidner est doué par la nature et n'avait pas besoin d'étudier la panto-\nmime dans une ecole. M^e Hoetzel nous revele une artiste exquise \\ ce\nqu'elle sait n'est pas d'elle-même. Elle avait la même école que M. Burger.\nC'est donc la différence entre ces deux et M. Wilhelm Weidner]\nqui est un enfant précoce.\nM. le baron a tort de le négliger ; beaucoup d'étrangers seraient très heu-\nreux de voir M. Wilhelm Weidner, par exemple dans la Main. Le public\nne se plaindrait pas si cette pantomime était reprise, car MU0 Sutter, qui\nest une belle Pille du régiment et un Chérubin fort distingué dans \\e Ma-\nriage de Figaro, serait sur l'affiche. Et cette grande artiste, qui, dit-on, est\nla meilleure Carmen de l'Allemagne, est une attraction comme la belle\nOtéro ou Cléo de Mérode.\n\nSous-Off."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.7.7", "titre_corps": "COURRIER DE LYON.", "titre_sommaire": "COURRIER DE LYON.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.47", "debut_caractere": 1634, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "COURRIER DE LYON.\nRédemption en deux auditions consécutives : c'est le plus encourageant\nsuccès pour M. Witkowski et pour la Société'des Grands Concerts. Mais\nque les anges ne se fatiguent-ils d'être heureux, du moins s'ils le sont à la\nfaçon des hommes !\nLes anges de la Schola nous offrent les plus belles robes du monde, et\n1 innocence de voix timides, qui n'osent pas « tout de suite » s'approcher\ndes notes. Les chœurs d'hommes, eux, sont très... masculins. Pour MllO de\nla Rouvière, c'est un archange terrible, même lorsqu'il professe les plus\ndouces choses en doux accents.\nEt puis cette acoustique des Folies-Bergère ne se modifie décidément\npas. Je pense à un lieu très simple, plein d'une continuelle pénombre,\noù ceux qui croient aimer la musique, et qui l'aiment, iraient entendre le\nsourd travail des violons et de l'orgue. Quel bel effort libérateur ne pour-\nrait-on inscrire sur les murs de cette antique chapelle, pour nos âmes qu'é-\ntouffent les fumées urbaines ? Ce serait une douce lumière, dans les brumes\nv\nde nos hivers fluviaux, que celle du génie des maîtres illuminant chaque\nsoir les voûtes de Saint-Pierre désaffecté. L'on veut transformer ce bel\nédifice en musée, ne vaut-il pas mieux lui garder son usage sonore ?\nPour en revenir à Rédemption, que j'aurais voulu entendre en d'autres\nconditions, M. Witkowski a tiré le meilleur parti d'éléments nombreux et\ninexpérimentés : son succès personnel est vif, et justifié. Le quatuor d'or-\nchestre paraît encore en progrès, mais je crois que pour l'instant il fau-\ndrait renoncer aux chœurs."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "En début de programme, quelques morceaux d'appétit. Je ne sais\nrien de la Belle Mélusine de Mendelssohn, sinon que ce doit etre un ef-\nfrayant bavardage. Phidylé est déjà trop connue pour que Mlle de la Rou-\nvière ait pu modifier notre impression. Il y avait aussi du Rameau quelque\npart. Air de Phèdre, d'Hipployte et Aricie. Mais je ne suis pas bien\nsûr de l'avoir entendu.\nN. B. Je regrette de n'avoir pu assister à la conférence deM. Salles, à la Société\nlittéraire, sur le Pygmalion de Rousseau, et à l'audition de la musique de scène\nd'Horace Coignet, « Lyonnois ». L'intérêt est certain de ces reconstitutions d art\nrégional. Mais j'attends celui qui nous rendra la musique de 1 école d Avignon, d Elzéar\nGenet et d'lntermet aux deux Granier.\nA propos de VAttaque du Moulin, un typographe me fait dire « vague », de lait\nde M. Bruneau, alors que j'avais écrit « vogue », puisqu'il s'agissait de ton local.\nEt aussi je ne résiste pas à la malveillance de vous signaler que 1 aflection de notre\ndémocratie s'est éteinte dans une seconde et ultime représentation. 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Après les beaux concerts de musique française\n-donnés par M. Vincent d'lndy, on vit paraître dans la presse américaine\ndiverses appréciations dont la plus remarquable nous paraît être celle\nde Y Evening Post:\nNew-York, lundi il décembre 1905.\nM. Vincent d'lndy a conduit encore une fois Vorchestre de Boston ; il avait mis\nau programme la Symphonie en si bémol d'Emet Chausson ; le poème sym-\nphonique Eros et Psyché de César Franck ; deux Nocturnes de Claude De-\nbussy ; un Chant funèbre d'Albéric Magnard, et Istar, de Vincent d'lndy lui-\nmême. Plus d'une de ces œuvres avait déjà été entendue ici, mais il n'en était pas\nmoins désirable de les entendre encore, sous le bâton autoritaire et sympathique\nde M. d'lndy9 qui sut en tirer le meilleur parti possible, avec l'aide de Vexcellent\norchestre de Boston. La Symphonie de Chausson n'a que trois mouvements ;le\nquatrième manque. Les trois premiers pourraient manquer aussi9 sans grand\ndommage pour les musiciens. Il y a là bien peu d'indices d un pouvoir créateur. Le\nmouvement lent est le meilleur des trois ; il révèle une étude attentive de Parsifal.\nLe morceau de César Franck est écrit avec recherche, mais absolument banal au\npoint de vue mélodique. Le second des deux Nocturnes de Debussy, Fêtes, in-\ntéresse par une splendeur à demi barbare. Le Chant funèbre de Magnard se\nmontre lourd, terne, revêche : cela sent l'amateur, et cela n'en finit pas. Ce fut\nensuite un vrai soulagement que d'entendre la familière et ingénieuse série de va-\nriations de M. d'lndy intitulée Istar, qui terminait brillamment le concert. Mais\naprès ces deux séances de musique française, une réflexion s'impose à l'esprit :\n«Pourquoi ces jeunes Français ne prennent-ils pas Saint-Saëns pour modèle, au\nlieu de César Franck, si absurdement surfait ? » Saint-Saëns, quoique influencé\npar Bach et Wagner, est bien plus Français en sa pensée et son style que les\ncompositeurs de l'école de Franck. Il a, par-dessus tout, ce qui semble leur man-\nquer à tous : le don divin de la mélodie. C'est sa musique qui est la musique de\nl'avenir en France.\nIl semble difficile de pousser plus loin l'art de ne pas comprendre. On y\narrive cependant, tout près de nous, et ce n'est pas sans surprise que nous"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.49", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3125, "texte": "lisions récemment, dans une revue cependant sérieuse et bien rédigée\nd'habitude, ces lignes signées Jean d'Offoel :\nUne notable partie du public a paru charmée de ces imprécisions blanches\naux harmonies fluides, qui ne peuvent\nqui court et s'obstine à travers Vœuvre.\nLe thème dé A ida! Il n'y en a donc qu'un ? Et sait-on en quelle œuvre\nl'oreille plus que subtile de notre confrère retrouve ce thème mystérieux ?\nC'est dans le Prélude à VAprès-midi d\nVoici maintenant une fantaisie plus macabre ; elle nous vient de Suède.\nLe Dagens Nyheter de Stockholm, en son numéro du 3o décembre der-\nnier, annonce en ces termes la première représentation des\nSaint-Je an :\nA VOpéra-Comique on a donné, le d\nœuvres qui ont été accueillies toutes les\nL'une était un opéra en quatre actes, é\nle compositeur Charles-Marie Widor,\nmort dés IBBJ, qui, Vannée avant sa mort, put faire jouer son premier et\nunique drame lyrique, Maître Ambros.\nlivrer à la publicité s'appelle les Pêcheurs de Saint-Jean.\nM. Armand Parent vient de commencer, à la salle la série des\nconcerts consacrés à l'audition intégrale des oeuvres de musique de chambre\nde Beethoven. Rappelons à ce sujet que quatre séances resteront con-\nsacrées, chaque année, à la musique française moderne ; on n'attendait\npas moins d'un artiste qui fut, nous croyons bien, le premier à faire con-\nnaître les œuvres de nos jeunes compositeurs, et qui sait que son rôle est\nde diriger le goût du public, non de le suivre.\nM. Louis Laloy, directeur du Mercure fera, le i 5 janvier à 3 heures,\nau cercle des Etudiants catholiques, 18, rue du Luxembourg, une confé-\nrence sur la musique de l'Extrême-Orient (Chine, Japon, Java), avec le\nconcours de M. Ricardo Vines.\nM. Charles Tournemire, présenté en Hollande par le maître Daniel de\nLange, l'éminent directeur du Conservatoire d'Amsterdam, vient de diriger\ndeux brillantes auditions de son œuvre grand prix\nde la ville de Paris en 1904. A Leyde le 8 décembre, et à la Haye le\n12 décembre, avec le concours du merveilleux orchestre royal de la Haye\net des splendides chœurs de la Toonkunst de Leyde. Les solistes,\ntous très remarquables : Mmes Madier de Montjau, D. Brunings, Jacoba\nDhont, MM. Martien Smits et Jos. M. Orelio, surent merveilleusement\nfaire valoir les récits de l'œuvre. La critique hollandaise a été extrême-\nment élogieuse.\nA ces deux séances de Leyde et de la Haye, le maître Daniel de Lange\na dirigé en très grand musicien deux chœurs admirables de R. Strauss à\n16 parties réelles, chantés supérieurement par la célèbre Société la Toon-\nkunst de Leyde. Le concert commençait par l'ouverture de\nBeethoven, admirablement rendue par le superbe orchestre de la Haye.\nM. Calvocoressi fera, le 3i janvier à Bh. 1/2 du soir, àla\ndes idées (Université populaire, 157, faub. Saint-Antoine), une conférence\nsur Les origines de la musique de clavieavec audition, par M. J. Joachim\nNin, d'œuvres de Cabezon, Byrd, Couperin, Frescobaldi, Kuhnau, J.-S.\nBach, etc.\nSociété J.-S.-Bach. Le prochain concert avec orchestre aura lieu le\nmercredi 17 janvier (répétition publique le mardi 16), avec le concours du"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.50", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "célèbre ténor allemand Georg Walter. Au programme (ire audition à Paris)\nla cantate Ich armer Mensch: pour ténor solo, la cantate Nnn komm der\nHeiden Heiland pour soli et chœurs, des GeistlicJie Lieder, et le Concerto\nen la mineur pour piano, flûte et violon.\nBruxelles. Nous apprenons avec plaisir que M. Paul Grosfils, notre\ncorrespondant pour la Belgique, vient d'être chargé de la critique musi-\ncale au journal Xlndépendance belge.\nNantes. Ce fut un triomphe que le concert du 29 décembre, dirigé\npar M. de Lacerda. Nous en reparlerons.\nGrand Concours de Composition musicale. L'Académie des Artistes\nmusiciens de Province, qui est sous la présidence d'honneur d'Emile Pala-\ndilhe, de l'lnstitut, et qui a à sa tête un Comité composé des principales\nnotabilités artistiques de France, sous la présidence de Paul Lacombe,\nmembre correspondant de l'lnstitut, vient d'ouvrir pour 1906 son cinquième\nGrand Concours international annuel de Composition musicale.\nOutre les récompenses qui seront décernées dans chaque section, les\nmeilleures œuvres couronnées seront éditées gratuitement, et les œuvres cho-\nrales primées seront imposées dans les principaux concours orphéoniques.\nLe règlement est adressé franco à tous ceux qui en font la demande à\nM. François Fargues, compositeur de musique, directeur de VAcadémie des\nArtistes musiciens de Province, rue Voltaire, 49, Carcassonne (Aude).\nLe Sottisier musical. «La valeur d'une interprétation dépend surtout\nde l'esprit qu'elle renferme... Un cheval est aussi bon coursier qu'un cerf.\nIl est cependant certain que si tous deux étaient attelés à la même voiture,,\nl'équipage irait fort mal. » —A. M. dans le Monde musical, i 5\n1905.\n« Ah ! quelles merveilleuses sélections on ferait dans les Symphonies de\nHaydn et de Mozart et pourquoi s'obstiner à les jouer tout entières, ce\nqui, du reste, revient le plus souvent à ne pas les jouer du tout. »\nJ. D OFFOEL dans le Guide musical, 23 décembre 1905, p. 830.\n« Je ne sais si mon pauvre cerveau a pu s'assimiler le mugissement de\nces grandes douleurs. » GUNSBOURG dans Musica, lER janvier 1906, p. 2."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.7.9", "titre_corps": "NÉCROLOGIE.", "titre_sommaire": "NÉCROLOGIE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.50", "debut_caractere": 2227, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "NÉCROLOGIE.\nLe D janvier, ont eu lieu a 1 église Saint-P rançois-Xavier les funérailles de*\nMine la comtesse d Indy, nee de Pampelonne, femme du grand compositeur\nà qui nous offrons ici nos respectueuses condoléances."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.8", "titre_corps": "CONTENTS", "titre_sommaire": "CONTENTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.51", "debut_caractere": 267, "fin_caractere_exclue": 961, "texte": "CONTENTS\nPAGE\nCalendar and Anniversaries\nThe Music of To-morrow Lawrence Gilman\nJulius Rontgen Jacques Hartog\nThe Uplift of Music Mrs. H. H. A. Beach\nThe Musical Year :\nNew York\nLondon Nicolas Gatty\nParis Louis Laloy\nBerlin J. C. Lusztig\nDresden Albert Noll\nMilan Aldo Franchetti\nSt. Petersburg N. Findeisen\nAmerica's Army of Musiclovers Victor Herbert\nEssay E. A. Baughan\nBiographical Notes and Sketches, with Portraits :\nAgathe Backer-Grondahl\nArthur Foote\nEmile Sjogren\nAndré Messager\nArthur Farwell\nEdward Marc Dowell\nG. W. Ghadwick\nBibliography\nCompositions, 1905—A selected list\nCadenz to the first and third movements of Beethoven's G major\nPiano Concerto, from manuscript Julius Rontgen"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.2", "debut_caractere": 596, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "E. D\nv /\n,57:\n. • g»**\n■ c -\n• 3iu\\''*>\niteur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\n■rf-s». erw'-\nCHANT ET PIANO\n■ - •\nBardàc(R.). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net, 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-ôn songer à l'automne.\nEn recueil Net.\n« Cinq mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net.\nDéodat de Sèverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier. (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). »\nL'infidèle (M- Maeterlinck). »\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier). »\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). »\n—Le Jour des Morts (G. Vanor). »\nRavel (M.), D'Anne jouant deTEspi-\nnette. »\nD'Anne qui me jecta de la neige. »»\n(Epigrammes de Cl. Marot).\n5 »\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 »\n1 70\n70\n70\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.J. Marche funèbre.\nLabey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\n2 »\n2 »\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 D\nRhenê-Baton. « Six préludes »\nï. Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en fa jjmaj. »\n111. Prélude, en ut min. »\nIV» Prélude, en la [> maj. »\nV. Prélude ancien, en si min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nRavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.). Marine. »\nLabey (M.). Symphonie en ml,\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nta min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net,\nLeclair (J.-M.). i*r Livre de b So-\nnates. ;; * »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSérieyx (A.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate» »\nFLUTE ET PIANO\nMel Bonis» Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.-M ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte étviolonc. »\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\nflgeoee de la Société Nationale de Musique\nm.SfPi\n1 »\n2 3o\nI »\n1 70\n« 70\n3 33\n3 3d\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 ; »\n170\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.10", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "ORGANISATION DE CONCERTS\nEX* 2, rue de Louvois, PARIS, II»\n>i<\nBeaucoup d'artistes, plus famil\nleur instrument qu'nvec celles de\nlorsqu'il s'agit d'organiser un conc\ntant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre\nun véritable service en leur rappela\ndéchargera, à des conditions très\nne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans le monde\ndes musiciens et des amateurs, par\net son expérience professionnelle, enfin par sa probité absolue,\njointe a une grande activité, M. Demets est devenu aujourd'hui\nl'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal\nde Paris, la Société de Concerts de Chant classique, nombre d'oeuvres\nprivées et d'artistes virtuoses qui l'ont choisi pour Administrateur,\nlui doivent leur existence ou leur pros\nments, s'adresser chez M. Demets,2,ru\nMercure musical, ier octobre 1905."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.11", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.52", "debut_caractere": 853, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "CHEiMINS DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANÉE\n/ v \\\nVOYAGES A ITINÉRAIRES FACULTATIES\nDe Franee en Algérie et en Tunisie\nOU VICE VERSA\nLa Compagnie délivre toute l'année des carnets de ire, 2e et 3e ciasse pour\nectuer,àprix îéduits, des voyages pouvant comporter des parcours sur les réseaux\nsuivants : Paris-Lyon-Mediterranée, Est, Etat, Midi, Nord, Orléans, Ouest,\nBônp ien' 1 (h,Bne,S- algériennes), Ouest-Algérien,\nBone-Guelma, Sfax-Gafsa, ainsi que sur les lignes maritimes desservies par la\nCompagnie Generale transatlantique, par la Compagnie de Navigation mixte (O\nlouache) ou par la Société Generale de Transports maritimes à vapeur - Ces\nvoyages, dont les itinéraires sont établis à l'avance par les voyageurs eux-mêmes\ndoivent comporter, en meme temps que des parcours français\", soit des parcours\nmaritimes, soit des parcours maritimes et algériens ou tunisiens • les parcours sur\nles reseaux français doivent être de 300 km. au moins ou comptés pour 300 km\nLes parcours maritimes doivent être effectués exclusivement sur ifs nauuebots\nd'une même Compagnie. s PatiueDOls\nL'itinéraire doit ramener le voyageur à son point de départ.\nLes carnets sont valables pendant 90 jours; cette validité peut être prolongée\nuye> deUx ou trois périodes de 3o jours, moyennant le paiement d'un supplément\negai aA . o 0/0 du prix initial du carnet pour chaque prolongation. suPPleme\nAi rets facultatifs daîlô toutes les gares du pàrcotirsi\nLes demandes de carnets pêiitëoi être adressées aux chefs de toutes les o&ni\n1» a.»\"dolvsm Uaf ?*rvenir «N )««» '«• »!«. 82*"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.12", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 241, "texte": "A vendre un violon d'Amati authen-\ntique. Prix : 7500 fr. Sad resser au bu-\nreau du journal, 2, rue de Louvois, Paris,\nIle.\nA vendre un piano Pleyel, grand\nformat. Prix 1250 fr. 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Leçons particulières de chant.\nÉléonore Ifclanc, 71, rue Lafayette.\nCours d'ensemble vocal : Mlle E. Blanc et\nM. Henry Eymieu. Le vendredi à 4 h.\nBoui jïarel IBaa 088, 111. boulevard Port-\nRoyal, Professeur de chant. Soins et\nhygiène de la voix.\nInouïs SSrisseà. Cours et leçons de sol-\nfège et de chant, 8, rue Garancière.\nl)ti|>ors?e, des Concerts Colonne et La-\nmoureux, Cours et leçons particulières\nde chant. 110, rue de Rivoli.\nCamille Fourrier, 157, rue du Fau-\nbourg-Saint-Honorè. Cours et leçons de\nchant.\nIlolfiiistraaa*!, de l'Opéra-Comique. Le-\nçons de chant. 88, boulevard des Bati-\ngnolles.\nKikina, 1, rue Yvon-Yillarceau. Leçons\nde chant en français et en russe.\nHiiKaufiîe La§»arl6ie, des Concerts La-\nmoureux, 13, rue Mazagran. Cours Che-\nvillard-Lamoureux. (Succursale: 21, bou-\nlevard de Strasbourg, le-lundi.)\nFail 01 y Léfune. Cours et leçons de\nchant. 89, boulevard Malesherbes.\nIle Le lied français, cours de\nstyle vocal, sous la direction cjes plu§ cé*\nlibres compositeurs français, Me£gr®di et\n4 à 6 h,, mlh Plsyel, §g, rui"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-01-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-01-15_01#c052", "volume": "bmtnabh_1906-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.53", "debut_caractere": 1604, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "MM\nCf. SSi'ef,, suppléant de Widor à St-Sul-\npice. Cours et Leçons d'orgue, harmonie,\ncomposition, grand orgue Cavaillé-Coll à\nla disposition des élèves. 35 bis, rue de\nFleurus.\nIf. I>allier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue. 7, boulevard Pereire.\nEugène Gigout. 113, avenue de Villiers.\nCours et leçons d'orgue, d'improvisation\net de plain-chant, fondés en 1885.\nGrand orgue de Cavaillé-Coll à la dispo-\nsition des élèves.\nEug, organiste de St-Merri et\ndes Concerts Lamoureux. Leçons d'orgue,\nharmonium, piano, plain-chant, harmo-\nnie, contrepoint et composition. 154, bou-\nlevard Magenta.\ntf eau Poueigli, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orches-\ntration.\nMaurice Ravel. Harmonie et compo-\nsition. Cours Chaigneau, 162, avenue\nVictor-Hugo.\nA. 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Bernard, 27, rue Lepic. Cours et\nleçons de piano.\nl'aitB-E. Brunoltl, 3, rue Yvon-Villar-\nceau. Leçons de piano et d'harmonie.\nG*. eliiiidolci, 11boulevard Roche-\nchouart. Leçons particulières : salle Herz,\nCours chez Erard.\nJemain, piano, harmonie, contre-\npoint et fugue. 110, avenue V.-Hugo.\nS. «loacliim Htm, 53, rue des Tenne-\nrolles, à Saint-Cloud. Cours et leçons de\npiano en français et en espagnol.\nllao»! PicKaërt, 11, rue du Delta. Le-\nçons de solfège, chant, piano et orgue.\nDaniel Rouerie, 7, avenue Taillade.\nLeçons particulières de piano, solfège,\nharmonie.\nSporclc. Piano, harmonie,\ncomposition. 26, rue Grange-Batelière.\nMené Vanasancle, pianiste-compositeur,\n38> rue Laborde. Leçons de piano, har-\nmonie? contrepoint et fugue.\nttiear# Vinèi) 0, tue Troyon. 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Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nI*., Laißdormy, 30, rue Saint-Sulpice,\nCours et leçons particulières de piano.\nWanda 236, faubourg\nSaint-Honoré. Leçons et cours de piano.\nNeveu, 8, rue Mouton-Duvernet. Leçons\nde piano et solfège.\nA. Soutaerliielle,2o4,boulevardPereire.\nCours et leçons de piano.\nMites\nBerthe uranton? 11, rue Saint-La-\nzare. Officiel d'Académie. Leçons de piano\net cours de musique d'ensemble.\nFaiiny liaming, 18, rue Godot-de-Mau-\nroi, et 101, avenue de Villiers. 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Bruynê, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particuliè-\nres de violon et d'accompagnement.\nM. Dui'ol, 22, rue Baudin. Leçons parti-\nculières de violon et d'accompagnement.\nYwast Fliege. Leçons de violon et d'ac-\ncompagnement. 207, boulevard Saint-\nGermain.\nHerwegti, 3, avenue Bosquet. Leçons de\nviolon. Concerts.\nPoiîiposi, 75, rue Mozart. Leçons de\nviolon et d'accompagnement.\nHenry Schickel, des Concerts Lamou*\nreux, 5, rue d'Enghien. Leçons de violon\net d'accompagnement.\ntfosepta %eligman, prix Joachim de\nl'Académie royale de Berlin. 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BMeti'tcli. Piano, orgue, harmonie.\n105, rue de la Préfecture.\nLYON\nM. Cliarles Koiiclié. Leçons de violon.\n7, place Edgar Quinet.\nM. A. CfUicliarcion, professeur au Con-\nservatoire. Cours et leçons particulières\nde violon et d accompagnement. 24, rue\nRabelais\nMHÔ Lacharrière, Piano, accompagne-\nment. 7, rue des Archers.\nPAU\nPaul Mail fret, 29, rue Carnot. Leçons\nde piano et d'harmonie.\nTOULOUSE\nAi. Ouïes9 &tii ranci. 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Miettes histo\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis Laloy, Jean Poueigh, Colette WiUy : Les Concerts. Louis Lalov : Les\n112« Pecheurs de Saint-Jean » à VOpéra-Comique. ~ Raoul Davray : Le Théâtre en\nprovince.A. G. etL. L. : Correspondance - Sous-Off :\nLa musique à Stuttgart. —J.R. : Courrie\nPublications récentes."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\n(Du ler de chaque mois)\nPARIS ET DÉPARTEMENTS ..... 12 FV.\nETRANGER.«.«»«.•• • • * 15 FR.\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix de 1 abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée dun timbre\nde 0 fr. 15*\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste\nRÉDACTION : 2, rue de Louvois, PARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. D\nv /\n,57:\n. • g»**\n■ c -\n• 3iu\\''*>\niteur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\n■rf-s». erw'-\nCHANT ET PIANO\n■ - •\nBardàc(R.). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net, 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-ôn songer à l'automne.\nEn recueil Net.\n« Cinq mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net.\nDéodat de Sèverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier. (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). »\nL'infidèle (M- Maeterlinck). »\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier). »\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). »\n—Le Jour des Morts (G. Vanor). »\nRavel (M.), D'Anne jouant deTEspi-\nnette. »\nD'Anne qui me jecta de la neige. »»\n(Epigrammes de Cl. Marot).\n5 »\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 »\n1 70\n70\n70\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.J. Marche funèbre.\nLabey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\n2 »\n2 »\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 D\nRhenê-Baton. « Six préludes »\nï. Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en fa jjmaj. »\n111. Prélude, en ut min. »\nIV» Prélude, en la [> maj. »\nV. Prélude ancien, en si min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nRavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.). Marine. »\nLabey (M.). Symphonie en ml,\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nta min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net,\nLeclair (J.-M.). i*r Livre de b So-\nnates. ;; * »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSérieyx (A.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate» »\nFLUTE ET PIANO\nMel Bonis» Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.-M ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte étviolonc. »\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\nflgeoee de la Société Nationale de Musique\nm.SfPi\n1 »\n2 3o\nI »\n1 70\n« 70\n3 33\n3 3d\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 ; »\n170\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.3", "texte": "ORIGINE DE LA DANSE\nET DU CHANT\n\n(*)\nLa poésie est le réel absolu. Ceci\nest le noyau de ma\nune chose est poétique\nréelle. (NOVALIS.)\nL'humanité barbare se courba sous la menace de l'orage.\nL'homme à la toison rouge rouge comme le feu, rouge comme\nle sang, rouge comme le soleil qui meurt dans la violence de\nla nuit envahissante s'avança vers la femme qui ne savait\npas pleurer. Et la Bête fauve prit la femme dans ses bras et\nfatigua ses reins. La menace de l'orage n'était qu'une extra-\nordinaire clarté qui, semblable à un sang extrêmement pâle, se\nrépandait sur la forêt silencieuse.\nTout dans l'attente était silencieux et immobile. Et cette\nénorme stupeur s'étendait sur toutes les choses comme une\n\n(i) Tiré du Livre de l'Évolution,deuxième volume du\nphysique contemporaine,de prochaine publication. Le\nfait suite au Livre de la Genèse,paru en juillet dernier aux Editions de\nPlume. Dans ce second volume, M. Ricciotto Ganudo suit l'évolution de\nl'Homme de l'Orient vers l'Occident et fait le premier une histoire des\nCivilisations à travers l'évolution des manifestations musicales des peuples.\nLe style est toujours le même, si particulier au jeune poète philosophe,\nc'est-à-dire qu'il procède, par visions lyriques, développées selon une\nméthode rigoureusement historique et positive. Nos lecteurs nous sauront\ngré de leur faire connaître des fragments inédits du\nde M. Ricciotto Ganudo. (N. D. L* R.)\n\nLE MERCURE MUSICAL.\n4"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.4", "texte": "50\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\neau tranquille, comme l'eau de la lune sur les rêves des nuits d'été.\nLe silence n'était trouble par aucun bruit, il était exagere par\nl'immobilité même de toutes les choses, sous Timmense clarté,\ntranquille et chaude, semblable a un sang extrêmement pâle.\nL'homme à la toison rouge, couché sur la femme, cachait\nsa tête de lion entre les deux petites mamelles, les deux petits\nseins ronds et polis comme de l'or, qui n'avaient jamais connu\nles morsures anxieuses de l'enfant. Ainsi l'homme voulait\noublier la menace de l'orage. Son corps était glacé de stupeur,\net son âme frissonnait. Et la femme regardait le ciel et la\ncime immobile des chênes immenses qui semblaient désirer la\nterre, et les cyprès hardis qui semblaient atteindre le ciel. Elle\nécoutait aussi le bruit de leurs deux cœurs unis, de leurs cœurs\nhumains unis, et ce bruit lui semblait monter de profondeurs\ninconnues, se répandre tout à l'entour, faire trembler un peu la\nterre, et s'élever vers le ciel. Pourtant tout était immobile,\nstupéfié. Et elle avait les yeux voilés et les joues chaudes de\nlarmes, et ne comprenait pas.\nL'orage éclata. Tout d'un coup il se déchaîna de tous les coins\nde l'horizon. Un long frémissement passa sur les arbres, qui\nsecouèrent leur chevelure, lentement d'abord, puis violemment,\ncomme en un réveil plein d'angoisse. Les plus petits se cour-\nbaient jusqu'à toucher la terre, jusqu'à l'embrasser comme pour\nlui demander de les engloutir, afin d'échapper à la violence de\nl'orage impitoyable. Des gouttes d'eau commencèrent à tomber\ngrosses et chaudes, comme des gouttes du sang pâle répandu\ndans la clarté terrible, mère de l'orage. Des voix se levèrent de\npartout. Des voix, frêles, plaintives, des voix fortes, toutes lan-\ncées, toutes mêlées, toutes perdues dans la violence toujours\ncroissante et toujours nouvelle de l'orage. L'eau tomba sur la\nforêt avec une fureur telle, qu'elle semblait percer la croûte\nterrestre et pénétrer jusqu'aux entrailles de la terre. Alors\nles choses furent unies par les liens de l'eau, et commencèrent\ntoutes ensemble à vibrer, à se courber, à se relever, à crier,\npuis à rire ou à pleurer.\nLe ciel descendait sur la forêt. Et de cette voûte accablante se\nprécipitaient des âmes, des âmes lumineuses et ardentes, étroi-\ntes et aiguës, qui se posaient sur la chevelure agitée des arbres\nen les enflammant. De grandes lueurs rouges et chaudes enve-\nloppèrent les plantes qui se tordaient, se relevaient, puis\ndisparaissaient. Et grande était la lutte entre le feu et l'eau. Les\narbres exhalaient des gémissements aigus et terribles, l'air\nenflammé gémissait et criait, et les flammes longues et droites\nqui semblaient percer la voûte basse du ciel couvraient de leur\nvoix subtile toutes les voix des fureurs déchaînées.\n(tr'; > l i _ !"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.5", "texte": "ORIGINE DE LA DANSE\n51\n\nC'est alors que les oiseaux et tous les animaux accoururent et\nse groupèrent autour de l'homme qui relevait la tète, se redres-\nsait et restait debout au milieu de l'orage, concentrant les feux et\nles étincelles sur sa poitrine rouge et sur ses jambes immobiles.\nLes oiseaux touchaient le sol de leurs ailes baissées, et les\nanimaux de leurs poitrines gonflées et alourdies. Semblables\naux enfants qui, ne pouvant comme les hommes articuler leurs\nplaintes dans la parole, gémissent et pleurent leur souffrance, les\ncréatures mobiles gémissaient sourdement. Tous les cœurs\nbattaient violemment; dans les gorges enflées et palpitantes, les\nbouches qui ne savaient pas crier, les bouches qui ne savaient\npas pleurer, les bouches qui ne savaient pas rire, s'ouvraient\npour le cri sauveur. Le groupe des créatures mobiles gémissait\nsourdement dans son isolement.\nEt la fureur de l'orage augmentait. Le feu, le vent et l'eau\nétaient déchaînés. De terribles frissons parcouraient la terre qui\ns'ouvrait en bouches béantes, noires, horribles, immenses, où\nla fureur du feu, du vent et de l'eau se précipitait. Et de ces\nbouches béantes sortaient de fortes voix, des rires et des pleurs.\nTout semblait sangloter de joie et de douleur. L'âme de la\nterre de ses abîmes de feu montait à la surface et dans le chaos\ndes voix de l'orage apportait des paroles nouvelles. Du haut en\nbas, jusqu'aux profondeurs invisibles, toutes les choses sem-\nblaient unies, fondues, en une masse unique, grande comme\nl'horizon, et plus vaste, et plus haute, et plus profonde encore\nque tout l'horizon. Dans la communion des voix de l'orage et\ndans la fureur tout se résorbait en une âme unique et immense.\nSeules les créatures mobiles restaient à part, et gémissaient\nde leur isolement. Leurs gémissements devenaient de plus en\nplus profonds et désespérés, leurs gorges commençaient à hale-\nter. Leurs extrémités tremblaient comme les arbres et comme\nles flammes qui, des arbres incendiés, se levaient toujours plus\nnombreuses perçant la voûte basse du ciel.\nDe la terre entr'ouverte montaient des mugissements si puis-\nsants et si graves que l'air en paraissait ébranlé. La vie s'ef-\nforçait de fondre toutes ses créatures dans un seul élan de\nfureur, dans un seul mouvement d'orgie. Mais les créatures\nmobiles demeuraient isolées, secouées par les sanglots du sol\net par la violence de l'orage qui sans un instant de répit faisait\ntrembler leurs poitrines et leurs têtes. Cependant un événement\nétait suspendu dans l'atmosphère en fureur. L'air se gonflait\npour une évolution. La voix des animaux encore muets devait\n-s'unir à la voix végétale. Et tout d'un coup les animaux se\nmirent à hurler. Les oiseaux en criant ouvrirent leurs grandes\nailes ; unis en de grands cercles, ils prirent leur essor sur les ailes"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.6", "texte": "du vent et, avec le tourbillon, devinrent une chose seule. Les\nanimaux s'éloignèrent en hurlant, et en courant a travers 1 eau,\nle vent, le feu. Toute la forêt et l'air et tout furent un hurle-\nment, unique, formidable. Les animaux se précipiteient dans\nl'orage, dont eux-mêmes devinrent un élément palpitant et\nsonore! L'homme seul restait seul, muet, immobile, incapable\nde crier son angoisse, incapable de mouvoir sa terreur.\nAlors il se tourna vers la femme qui, debout, pâle et trem-\nblante, attendait. Leurs corps ondoyaient avec le vent et se\ntordaient comme les flammes. Tous les membres vibraient sur\nle rythme uranique de la nature en fureur. Et leurs bouches\ns'ouvrirent. Et le cri sauveur sortit. Et il fut plus fort que les\nmugissements de la terre et la voix des flammes et de 1 eau et\ndu vent. Tous les cris et les rires et les pleurs de la nature passè-\nrent dans leur voix, et dans le rythme de leurs corps vibrants.\nTrois fois leurs mains se joignirent. Trois fois de leurs pieds ils\nfrappèrent la terre. Trois fois ils exhalèrent en cris immenses\nleur âme libérée, communiant avec toute la vie qui les\nenvironnait. L'homme à la toison rouge comme un sang éblouis-\nsant, prit la femme dans ses bras ; hurlant ils s'enfuirent sur\nles ailes du vent, en répétant avec leurs corps furieux le\nmouvement des arbres, pour ne pas être vaincus et anéantis,\net en surpassant avec leurs cris tous les cris de la nature.\nAvec toute la nature ils ne firent plus qu'une chose seule :\nl'expression unique et rythmée d'une âme unique et immense.\nC'est ainsi que la Terre extériorisa dans l'homme son appel\nimpétueux à l'Harmonie, qu'on appelle Musique. Dans sa pre-\nmière nuit d'angoisse, l'homme connut la nécessité du Rythme\net du Chant, pour s'unir à toutes les créatures, pour résister à\ntoutes les hostilités. Le souvenir profond de cette connais-\nsance, pendant les orages de l'air et les orages de son âme, le\npoussa à répéter les mêmes gestes devant les mêmes terreurs,\net peu à peu, en se compliquant avec l'âme des temps, il\ndétermina l'évolution de la Musique.\n*\n* *\nUne fois fondu dans la nature en fureur et avec elle devenu,\npar sa propre exaspération, une chose unique, l'homme initié au\ngrand mystère de l'harmonie dans la nature\nl'unité retrouvée avec les choses environnantes n'oublia plus\nla sagesse acquise. Il avait appris la joie et la douleur, en appre-\nnant leur extériorisation par les gestes et par la voix. Il avait\nappris le mouvement extatique des nuits éclairées par les yeux\namoureux des étoiles, et le mouvem\n\n52\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.7", "texte": "ORIGINE DE LA DANSE\n53\n\nenchaînées par le rythme tumultueux de l'orage. Il avait appris\nla danse. Et jamais il ne put l'oublier.\nLa grande clef des mystères lui était donnée. Et quand\nle couple devint une famille, puis un peuple, puis une race,\ndans cette danse qui exprimait sa joie, dans cette danse qui\nexprimait sa douleur, qui seule revenait devant les yeux brûlés\npar le désir; dans la fièvre de son délire anxieux, se révéla à\nlui, confusément mais impérieusement, la raison primordiale de\nson être, l'essence uranique de son existence, l'unité de sa per-\nsonne que l'isolement d'avec les hommes et les choses envi-\nronnantes accablait.\nLa opjn lui était révélée ; la Fureur, la puissance invisible et\nsuprême qui était en lui se réveillait, et en se réveillant l'en-\nchaînait avec les choses extérieures et l'attirait par un attrait\ncontinuel, inextinguible comme une soif mortelle, d'où sur-\ngissait, comme d'un abîme insondable, sa douleur. Dans la\nFureur il oubliait cette douleur, s'unissait avec toute la création,\net son âme riait et pleurait, satisfaite et ardente. Devant ses\nyeux voilés par ses flammes intérieures paraissait le fantôme\nblanc de l'unité. La folie uranique saisissait à jamais l'individu.\nLes hommes et les animaux et les végétaux et les pierres, tou-\njours détachés, individualisés dans la souffrance, c'est-à-dire\ndans l'insatisfait primordial et éternel de leur séparation, se\nheurtaient, se mêlaient, se fondaient. Le grand creuset était\nla nature. Le grand feu était la opyo, la Fureur, la puissance\nsublime qui formait de toutes choses un corps invisible et\nmagnifique qui ouvrait ses mains innombrables vers les espa-\nces infinis et faisait flotter sa chevelure vers le soleil, ou vers\nles étoiles dans les cieux infinis.\nAyant appris que par sa danse il oubliait la faim, la soif et\nla fatigue, qu'il s'oubliait lui-même, l'homme salua avec de grands\ncris chaque réveil de la Bête irrésistible et unique. Par les lon-\ngues mélancolies de la séparation et par le désir nostalgique et\nperpétuel de la grande Fureur, il avait appris aussi plusieurs\nchoses qui étonnaient son âme. Il avait appris la peur. Et la\nnuit, lorsque des voix insidieuses le faisaient tressaillir dans son\nsommeil, que des mains tremblantes de femme l'étreignaient,\nque son enfant terrifié s'attachait à lui, il sentait dans sa bouche\nsèche et amère le désir violent de cette sublime Fureur, seule,\ndans la joie et dans la douleur, capable de l'unir à toutes\nchoses, et qui, en allégeant le poids même de sa chair lourde\net tremblante, lui faisait oublier la peur, la faim, la soif et\nla fatigue.\nAlors violemment il aspira à cet état d'orgie, qui était le\nrepos de tout son être. Il commença à aimer son désir, il com-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.8", "texte": "54\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nmença dans les moments terribles de sa solitude à invoquer l'ob-\njet de son aspiration la plus profonde. Et lorsque son âme\ns'ouvrait, telle une fleur libérée du vert sombre et humide de\nla plante, lorsque le soleil, comme un bon pasteur, chassait\nles brebis à la longue laine du brouillard insidieux qui avait\nenveloppé et accablé le cœur de la terre, l'homme répétait le\nmouvement des arbres tout frissonnant de plaisir. Il imitait\naussi leur désespoir lorsque le vent agitait leurs chevelures\net tordait leurs membres. Il imitait la voix du vent à travers\nles arbres et sur les rochers immobiles, sombres et lumineux,\nqui pleuraient et riaient de leurs couleurs dans la nuit et dans\nle soleil. Son corps connaissait le du soleil et de la\nnuit, pour s'unir à toutes les choses et aussi aux autres hommes,\nseuls et craintifs comme lui. Sa bouche connaissait le son qui\ns'unifiait avec le rythme de son corps et de toutes les choses.\nEt son âme connaissait l'aspiration suprême, l'aspiration apai-\nsante, l'aspiration au bonheur, à la Orghé, à la puissance\ninvisible et sublime qui était dans toutes les choses et sortait\nde toutes les choses en les unissant : l'aspiration au divin.\nCette puissance est celle du Feu qui est contenu dans chaque\natome, qui est la monade de vie, qui est la vie, car tout existe\npar l'aspiration à l'état de suprême légèreté, d'extrême subtili-\nsation à l'état de feu. Le Feu est le grand synthétiseur, la grande\nâme du monde que la danse symbolise. L'homme apprit à le\nsaluer, en riant et en pleurant, par les rythmes unis de son\ncorps, de sa voix et de l'élan de son âme.\nIl connut ainsi l'aspiration à Dieu, et l'exprima dans la con-\nscience et dans la science acquises de la Danse et du Chant.\n\nRicciotto Canudo."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.9", "texte": "CLOCHES\n\nI\nII\n111"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.10", "texte": "56\nI.E MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nIV\ny\nVI\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.11", "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES\n\nA PROPOS D'UNE SYMPHONIE PATHÉTIQUE\nA M. Lionel Dauriaç, au psychologue de\nVa Essai sur l'Esprit musical ».\nElle paraît d'actualité, puisqu'elle est pathétique et qu'elle\nest russe...\nElle est aimée de tous les virtuoses du bâton de mesure, de\ntous ceux qui jouent de l'orchestre ou qui, plus subtilement,\ns'amusent à jouer au Kapellmeisterdevant un orchestre éprouvé\nqu'ils suivent en ayant l'air de le conduire : sport nouveau,\ntrès répandu dans les deux mondes !\nMais pourquoi cette prédilection? Serait-ce parce que les-\ndits virtuoses, dont le geste est beau, trouvent, dans ces quatre\nmorceaux mystérieux, ample matière à brillants contrastes ?\nEt, d'abord, comment une Symphonie, un poème instrumental\nsans paroles, peut-il être dit pathétique ? Qu'est-ce que le pathé-\ntique ?\nNous manquons ici du traité classique, analogue à celui que\nle rhéteur grec Longin, traduit par Despréaux, écrivit sur le\nSublime : depuis les Anciens, qui cultivaient mieux que nous le\njardin de l'éloquence et les fleurs, encore fraîches, de la rhéto-\nrique, on cause, on dispute, sans se mettre absolument d'accord\nsur le domaine circonscrit par ce grand mot ; et les Encyclopé-\ndistes n'ont fait que délayer les Anciens ; mais, après quelques\nhésitations scolastiques, le romantique Jean-Jacques, cité par\nM. Charles Malherbe, a dit en mélomane : « Le vrai pathé-\nest dans 1 accent passionné qui ne se détermine point par\nles règles, mais que le génie trouve et que le cœur sent, sans\nque l'art puisse, en aucune manière, en donner la 10i... » C'est\ntou joui s le transport d'enthousiasme, Y œstre admiré par la\nsagesse des Anciens. Et le plus spontané disciple de Jean-\nJacques, Beethoven jeune a donné cette épithète à son Opus i 3,\nà cette Sonate immortelle que Risler joue loyalement et dont\ninventeur Mathis Lussy scande à nouveau les mesures selon"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.12", "texte": "58\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nles lois récentes de l'Anacrouse. Mais, chez Beethoven, les\nmeilleurs interprètes ont remarqué, d'accord avec Rubinstein,\nque l'épithète s'appliquait à tel morceau (le premier), plutôt\nqu'à toute la Sonate pathétique...La Symphonie, au contraire,\nsemble revendiquer cet attribut pour sa personne tout entière»\nEt c'est là sa plus réelle originalité.\nL 'Op. 74n'est pas seulement la dernière des six sympho-\nnies écrites par Tschaïkowsky ; elle est le dernier ouvrage qu'il\ncomposa, qu'il entendit même : car l'auteur mourait du choléra\nle 6 novembre 1893, vingt-deux jours après en avoir dirigé\nla première audition ! Œuvre suprême, et, biographiquement\ndéjà, pathétique! Mais l'artiste n'avait pu prévoir ce dénoue-\nment... Il faut chercher ailleurs les raisons d'un secret que la\nmusique seule laisse entrevoir sans l'expliquer. D'un éclectisme\nassez inégal et surfait, la Symphonie\nconstruction même ; c'est son plan qui lui communique l'émo-\ntion que chacun de ses quatre morceaux laisserait indécise : par\nun artifice poétique, et qui paraîtra aux musiciens\npurs, le symphoniste a rejeté le mouvement lent à la fin de\nson œuvre ; et, succédant aux chaleureuses et faciles mélodies\ndu premier temps, à la joliesse printanière du second, à la\nmarche violente du troisième, ce final prend l'aspect\nd'une conclusion mineure et désolée : sa place lui confère une\nallure d'étoile éteinte, de métaphore ambitieuse, le ton d'un\nultime chapitre, à points suspensifs, dans un roman pessimiste\nc'est une vie d'artiste qui succombe ou de héros qui survit à\nson rêve :\nVitaque cum gemitu fugit indignata sub umbras...\nTel est l'étrange pouvoir de suggestion de l'art musical ! Et\nc est la que nous voulions vite aboutir, afin de compléter nos\nimpressions de l'année dernière, déjà si lointaines (1)! Une\nseule modification de plan suffit à faire parler la\nlorme, a bouleverser la technique, à défigurer la\nsonore, aussi discrète qu'un silence !\na^A !? Symphonie pathétique,un auditeur intelligent reproche\ne n etie que « 1 illustration extérieure d'un drame que l'on ne\ndevine pas » (2). Mais la musique sans programme peut-elle\nfournir autre chose ? Propose-t-elle « illustration ! ?\n\n''•\":,ût\",novcmbre \"904!, notre série d'études et\nimpressions sur la.physionomie de la Musique.\npiw».«îrSéedaUx°ro COnfrfe J' emain à propos de la\ndimanche aà janvier ,9o5par le maestro Mafcagni, le"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.13", "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES\n59\n\nLa musique est moins un décor expressif qu'une atmosphère\nsuggestive : c'est le parfum qui réveille l'âme par les sens. Un\ntableau sans titre ne vous livre point son sujet particulier ;\nmais il vous impose, au moins, des formes précises (i); les\nmots d'une page descriptive, en vers ou en prose, demeurent\nbien généraux et bien vagues : un romancier nous a-t-il fort\navancés quand il a poussé l'indiscrétion jusqu'à nous suggérer\nd'un mot la couleur des yeux et des cheveux de son héroïne ?\nMais, au moins, savons-nous pertinemment qu'il s'agit d'une\nhéroïne... et qu'elle a les yeux gris, les cheveux châtains !\nTandis que la lente rêverie du vieil Hans Sachs amoureux de\nla jeune Eva ne livre rien de son sublime renoncement.\nImpuissante à trahir son secret, la musique la plus volon-\ntairement pathétique semble seulement nous dire : « En m'é-\ncoutant, votre âme est libre de préciser le poème. Je suis la\nphysionomie mobile : mettez un caractère sur mon visage et\nfaites-en le miroir d'une âme! Je fournis la nuance : ajoutez la\nligne. A chacun sa chimère et son rêve ! »\n\nRaymond Bouyer.\n\n(i) A propos de la « musique à programme », M. Saint-Saëns rappro-\nchait déjà (dans Harmonie et Mélodie, en 1885) la musique de la peinture ;\nmais la plus vague peinture, sans notice explicative, est plus explicite que\ntoute musique, un Monticelli seul excepté !"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.14", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n\nFRANCESCO CAVALLI.\nLes théâtres d'opéra vénitiens furent les premiers théâtres\nd'opéra réguliers et publics (i). Tous les théâtres qui avaient\nété ouverts jusque-là étaient aristocratiques. Ainsi, le grand\nthéâtre Barberini à Rome, qui, malgré ses 3.500 places, était\nun théâtre d'invités. Une anecdote nous montre, pendant une\nreprésentation, en 163 g, le maître du logis, le cardinal Antonio\nBarberini, futur archevêque de Reims, chassant à coups de\nbâton un de ses invités, un jeune homme de bonne mine, pour\nfaire de la place aux gens de marque.\nDésormais, à Venise, c'est le peuple qui a son théâtre d'o-\npéra. Il paye : il est maître chez lui. Monteverdi, établi à Venise\ndepuis 1613, avait prévu cette transformation artistique et\nsociale, et il semblait l'appeler depuis longtemps ; car il écri-\nvait déjà en 1607 ces lignes si nouvelles pour son siècle : « Les\nhommes de science protestent que le peuple se trompe, et ne\nsaurait juger. Non, le peuple a raison ; et s'il contredit l'élite,\nc'est à l'élite à se taire. »\nLe peuple eut-il raison ? On peut le discuter. Mais ce qui est\ncertain, c'est qu'il força l'élite à se taire, et qu'il transforma\nl'opéra à son image.\n*\n* *\nVenise était alors une ville d'environ i 50.000 habitants,\nla troisième d'ltalie pour la population. Elle eut, pendant un\ntemps, jusqu'à huit théâtres d'opéra à laifois. Ils jouaient de la\nSaint-Etienne (26 décembre) à la fin mars, du deuxième di-\nmanche de Pâques au i 5 juin, et i 5 septembre à la fin novem-\nbre. Le prix des places était d'environ deux lires. Les bourgeois\navaient 1 habitude d'y venir en famille avec leurs femmes et\nleurs enfants. Les nobles se crurent de bonne heure obligés à\n\n_(0 premier théâtre public d'opéra à Venise, le S. Cassiano Nuovo,\ns'ouvrit en 1637."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.15", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n61\n\nposséder des loges ; et il est bien probable que, dès l'origine,\ns'établit la coutume, que mentionne Burney, un siècle après,\nde laisser entrer le peuple sans payer. Burney ajoute même que,\nde son temps, « lorsqu'une loge, appartenant à une famille noble,\nn'était point occupée, le directeur de l'Opéra permettait aux\ngondoliers de s'y installer ».\nUn tel public, véritablement populaire, ne pouvait manquer\nde marquer de son empreinte tous ceux qui travaillaient pour\nlui, poètes et musiciens. L'opéra, composé jusque-là pour des\nsociétés de grands seigneurs et de lettrés, en fut aussitôt changé\nde fond en comble. Au lieu des froides et nobles mythologies,\nau lieu des allégories néo-antiques de Florence et de Rome,\nles poètes vénitiens s'attaquent à l'histoire. Le premier et le\nplus grand, le collaborateur de Monteverdi, le poète de cet\nadmirable Couronnement de Poppée (1642), dont la Schola\nfaisait entendre, l'an dernier, quelques fragments, Francesco\nBusenello, a une vérité d'observation et une psychologiepresque\nshakspeariennes. Nul ne l'égala en cela ; mais tous eurent,\ncomme lui, le goût du mouvement et de la vie. L'histoire était\npour eux une mine d'épisodes extraordinaires; ils y faisaient\nchoix des aventures les plus romanesques et des catastrophes\nles plus épouvantables. Gela ne suffisait pas encore à l'amuse-\nment de ces grands enfants : ils y ajoutaient tout ce que leur\nimagination pouvait inventer de morts, de conjurations, d'in-\ntrigues, d'imbroglios, de niaiseries colossales. Et le monde\nétant épuisé, ils avaient recours à l'autre monde, au fantas-\ntique, au surnaturel, aux magiciennes, aux incantations de\nsorcières. Si l'on veut chercher les origines du romantisme au\nthéâtre d'opéra, de ce romantisme qui a pris un tel dévelop-\npement, entre 1770 et 1820, dans les allemands,\non peut le trouver ici déjà, en pleine floraison.\nA côté de cela, le besoin national de la bouffonnerie, la tradi-\ntion de la commedia dell' arte, remplit les opéras vénitiens de\nscènes et de personnages burlesques, de bègues, de sourds,\nd'infirmes grotesques, d'idiots exhilarants. C'est un mélange de\ngrand opéra et de parodie d'opéra. Il y a là quelque chose de\nl'opérette d'Offenbach : c'est ce comique de qui\nconsiste à montrer les héros de l'antiquité dans des postures\nridicules (1 ).\n\n(1 ) On trouvera, dans la remarquable étude de M. Hermann Kretzschmar\nsur Y Opéra vénitien, une analyse sommaire de ces principaux livrets\nd'opéras, dont les poètes les plus connus se nomment Cicognini, Minato,\nFaustini, Piantanida, (Vierteljahrsschrijt 112. Musikwissejischaft, février\n1892.)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.16", "texte": "62\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nNi les auteurs ni le public ne pouvaient prendre ces œuvres\nau sérieux. Ils. cherchaient à s'amuser, et ils y réussissaient\nlargement. D'ailleurs, dans cet imbroglio, il y a beaucoup de\ntrouvailles, de situations dramatiques ou comiques, et d'obser-\nvations vraies. Tout en parlant de Rome ou de la Grèce, ils\nprennent leurs modèles autour d'eux, auprès d'eux, parmi\nleurs contemporains ; et la Venise d'alors, cette grande masca-\nrade perpétuelle, pleine de fantoches, d'intrigues, de coups de\npoignards et de pitreries de foire, revit et grouille dans ces\nopéras d'une façon amusante. Impossible d'être sévère pour\nun tel art. Il vit : c'est l'essentiel.\n#\n# #\nLes musiciens ne furent pas moins transformés que les\npoètes. Ils durent compter désormais avec le public. Les\nthéâtres n'étaient plus soutenus par l'argent des grands sei-\ngneurs; il leur fallait subsister avec leurs propres ressources,\net vivre de ce qu'ils gagnaient. Ils avaient donc grand besoin\nd'œuvres bonnes ou mauvaises, originales ou non qui\neussent cette première qualité : de réussir. Monteverdi et ses\ncontemporains en prenaient à leur aise, quand ils avaient à\nécrire des pièces ; ils pouvaient, au besoin, se payer le luxe\nde n'être pas compris. De plus, ils disposaient de tous les\nmoyens instrumentaux et vocaux qui leur étaient nécessaires.\nIls écrivaient pour eux, et ne se gênaient en rien. Tout cela\nfut changé. Les musiciens de Venise durent s'accommoder des\nmoyens très restreints de leurs théâtres (i), et plaire au grand\npublic. Cette obligation, assez saine après tout, quand il s'agit\ndu théâtre, dont la première loi est d'être compris de tous, les\nconduisit à chercher passionnément l'effet théâtral, et tout ce\nqui agit sur la foule de la façon la plus immédiate et la plus\nsaisissante. Elle leur fit aussi parler la langue de tous : ils\npuisèrent aux sources populaires des rythmes et des mélodies.\nCavalli fut 1 homme par excellence que réclamait cet art\nnouveau. Il était un génie populaire et fait pour inaugurer\n1 opéra ouvert au peuple.\nCes distinctions d'art populaire et d'art aristocratique ne\nsont pas, comme on pourrait croire, des inventions moder-\nnes. Elles ne sont pas seulement des distinctions sociales ; ce\nsont, bien plus encore, des catégories d'esprits absolument\nopposés ; et on les retrouve dans toute la suite de l'histoire de\n\ntElônt aU p. | x ,\nde se passer des chœurs. Ils coû-\ncher- 0n nen vlt Plus» à Partir de i 650, dans les opéras vénitiens."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.17", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n63\n\nl'art. Je suis persuadé que la plupart des discussions musicales :\nRamistes contre Gluckistes, Debussystes contre Wagnériens,\nse ramènent au fond à cette grande question de l'art aristo-\ncratique et de l'art populaire. Il ne s'agit pas du public qui peut,\nou non, assister à ces spectacles : il s'agit de la conception de\nl'artiste, qui s'il est dramaturge ne peut écrire son\nœuvre sans penser à un public idéal : populaire ou aristocra-\ntique; il s'agit, par suite, du style qu'il adoptera, pour s'en\nfaire comprendre ; et il s'agit, en fin de compte, de son tempé-\nrament, qui lui dicte ce style et le rapproche ou de la foule\nou de l'élite. Gluck, qui concevait ses œuvres pour des foules\nassemblées dans de vastes théâtres à la façon des Grecs,\nGluck, qui, par suite, écrivait à grands traits, par grandes\nmasses, larges, rudes, heurtées, un peu lourdes, grandioses,\nétait populaire d'instinct et de volonté. Rameau, plus raffiné,\nplus complexe, plus nuancé, voulait un public plus musicien et\nplus aristocratique. De même, c'est à tort qu'aujourd'hui on\nreproche, en France, à Wagner son orchestre compact, l'unité\nmassive de ses œuvres, l'insistance acharnée de ses motifs, la\nlourdeur de sa déclamation, ses effets appuyés. C'était ainsi\nqu'il fallait écrire pour ses immenses Fesispiele. Eût-on voulu\nqu'il écrivît pour un public de musique de chambre ?\nLes mêmes observations peuvent être faites au sujet des mu-\nsiciens italiens du xvne siècle. Monteverdi, qui le premier conçut\n1 importance du peuple en art et qui entrevit les temps nou-\nveaux, lut pourtant, par les conditions où il passa la plus grande\npartie de sa vie, par ses habitudes d'esprit, par son génie subtil,\ntoujours à la recherche de nuances nouvelles, plus justes et\nplus fines, un artiste aristocratique. Cavalli, par opposition\navec Monteverdi, son maître, fut le premier grand musicièn\npopulaire au théâtre.\nPopulaire, il l'est, non seulement parce qu'il met en musique\ndes pièces qui sont à la portée du peuple, des sortes de mélo-\ndrames et d'opérettes ; non seulement parce qu'il tire parti\nde motifs musicaux populaires, mais parce que le style naturel\noù il écrit est fait pour être immédiatement compris de tous, et\npour porter, si grand que soit le théâtre, jusqu'aux dernières\nplaces des amphithéâtres et du parterre. Ce sont des mélodies\nà lignes nettes, d'un dessin presque élémentaire le plus sou-\nvent, avec des rythmes accusés : nul doute sur ce qu'elles\nexpriment. Il n'y a pas là ces expressions flottantes à dessein\net complexes que Monteverdi emploie dans son\nde Poppée, pour rendre des âmes troubles et doubles, comme\ncelles d'Othon ou de Poppée. Cavalli voit clair, net et fort. Ses\npersonnages ne sont pas des êtres de roman, avec des dessous"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.18", "texte": "64\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nmystérieux. Il les campe sur le théâtre, en pleine lumière ; et\nils agissent avec une fougue sans pareille. On comprend que\nl'admirable Couronnement de Popde Monteverdi ait fait si\npeu de bruit dans son temps, et que le Jason de Cavalli, non\nmoins admirable, mais d'un genre tout différent, ait au con-\ntraire triomphé pendant trente ans, dans toute l'ltalie et au\ndehors (i).\n#\nCavalli (2) écrivit 39 opéras, dont aucun ne fut publié; mais\nil fut bien partagé par le sort ; car on en a conservé 26 à la\nbibliothèqueS. Marco de Venise: le premier, de 1639; le der-\nnier, de 1670. Ces partitions manuscrites sont souvent autogra-\nphes et nous révèlent sa façon de composer. Elle est prodigieu-\nsement italienne ; elle fait penser à Rossini, qui, dans sa\njeunesse, prenait à peine le temps de lire ses avant d'en\nécrire la musique. On connaît cette anecdote : Rossini, étant\nau lit, venait d'écrire un trio d'opéra ; le trio vint à tomber\nsous le lit : plutôt que de se lever pour le ramasser, Rossini\naima mieux en écrire un autre, tout nouveau. Cavalli est de\ncette force. Il écrit du premier jet; il est si pressé d'écrire qu'il\nlui arrive, comme le montre M. Kretzschmar, d'écrire brave-\nment un duo, puis, arrivé à la fin, de s'apercevoir qu'il y avait\ntrois personnages en scène, et non pas deux ; alors il rature\nson duo et écrit un trio (3). Cela lui prenait moins de temps\nencore que de réfléchir avant d'écrire. Et ce détestable\nsystème ne prouve pas contre la valeur de ses œuvres: il\nprouve pour son génie exceptionnel et prime-sautier.\nJe n ai pas la prétention d'étudier la suite de ces 39 pièces,\ndont la première, le di Teti e Peleo (1639), semble avoir\ninauguié dans le monde le nom d'opéra. Je renvoie pour cette\nanalyse à l'excellent travail de M. Kretzschmar sur Cavalli. Je\nvoudrais seulement examiner ici deux de ses meilleures œuvres\nqui pourront servir comme spécimens de son talent.\nLa première est le fameux Giusone (1649), le plus célèbre de\ntous ses opéras.\nLe poème, qui est de Cicognini, est plein de coq-à-l'âne, de\nscenes baroques et burlesques; le manque de goût en est parfait.\n\n(1) Joué à Venise en 1649, il fut donné, dès l'année suivante, à Munich\net a Vienne.\nJ^e^ranCeSC° C,aietti Bruni' dit Cavalli> né en à Grema, mort\nOPJft a Venise> ou l] fut tour a tour chanteur de Saint-Marc, deuxième\norganiste (1640), premier organiste (i 665), et maître de chapelle (1668).\n(0) Dans le morceau final de Calisto (ï652)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.19", "texte": "Mais il y a là, comme toujours dans ces pièces vénitiennes,\nbeaucoup d'intelligence psychologique, d'observation, de vie, et\nmême de pensée. Si l'on voulait dégager du chaos de sottises\namoncelées par les écrivains italiens de cette époque tout ce\nqu'ils ont dit de fin, de vrai, et parfois de profond, on serait\nbien surpris. On ne peut pas s'être gaspillé davantage que ne\nl'ont fait ces Italiens du XVII® siècle, bien doués et paresseux.\nOn trouve de tout dans le Giade Cicognini: des dialo-\ngues sentencieux à la Corneille :\nHercule : Le sage peut dominer les étoiles.\nBeppo: Oui, si l'étoile du savoir l'assiste.\nHercule : L'usage de la raison est commun à tous.\nBeppo : Chacun présume agir avec la raison.\nHercule : Qui suit ses sens bannit la raison.\nBeppo : Les sens sont la raison de qui les suit.\nOn trouve des caractères vivants et passionnés :\nMédée : Egée, tu es roi, tu as grandeur, pouvoir, beauté, tu as toutes les\nqualités du monde, tu m'as aimée, je t'ai aimé ; tu as été toujours fidèle,\nloyal et constant envers moi, jamais tu ne m'as offensée, fût-ce seulement\nen pensée,... tout cela est vrai, tout cela est vrai, tout, tout est ainsi;\nmais si l'amour a disparu de moi, si je ne peux plus t'aimer, qu'est-ce que\nje puis faire, qu'est-ce que tu ferais, toi ?\nP .\nEgée, désespéré, lui demande une grâce.\nMédée: Parle, mais à condition que ce ne soit pas d'amour. Situ me\nparles d'amour, je ne t'écoute pas, je m'en vais, adieu !...\nEgée la supplie de le tuer. Médée y consent, elle prend l'épée\nqu'il lui tend, la lève pour frapper, puis brusquement la jette\nà terre, et s'en va, en haussant les épaules :\nAh ! tu es fou !\nLes caractères sont vrais, même quand les situations ne le\nsont pas. Le goût de l'extravagant l'emporte dans l'intrigue ;\nmais le naturel italien ne se perd presque jamais dans la pein-\ntuie des peisonnages. \\ oici Jason qui, depuis des mois, a une\nmaîtresse, dont il n'a jamais vu les traits, et dont il ne sait\npas le nom. Médée lui reproche d'avoir déshonoré cette femme,\net elle veut qu'il répare son tort en l'épousant. '\nJason : La dame est noble ?\nMédée : Egale à toi.\nJason : Je suis fils de roi.\nMédée : Egale à toi.\n\nLE MERCURE MUSICAL\nL'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n65\n5"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.20", "texte": "66\nLE MERCURE MUSICAL 15-1-06\n\nJason demande à la voir. Médée lui présente sa nourrice\nDelfa. Jason rit et n'en croit rien. Alors, Médée :\nJason, Jason, mon âme, 'cette fille, qui, languissant d'amour, la nuit, a\npartagé ton lit, celle que tu as rendue mère, celle qui à ta foi confia son\nhonneur, celle que tu appelais ta déesse et ton cœur, celle à qui tu juras,\nparmi les secrètes délices, un amour éternel, Jason, mon âme, mon espoir,\nmon idole, ta femme, ton bien, celle-là, celle-là, c'est moi !\nCri de Jason. Air. Duo, etc.\nLa scène est d'une invraisemblance presque ridicule ; et\npourtant elle est pleine de talent et prête admirablement à\nl'expression musicale.\nPour la partie comique, voici Oreste, qui, indigné de la\nlégèreté des femmes, s'écrie : « Avant que j'en serve encore une,\nje veux bien devenir boiteux, louche et bossu » (gobbo).\nAussitôt surgit un gobbo,le bossu et bègue Demo. Il prétend\nqu'Oreste l'a appelé. Oreste ne comprend rien à ses aboie-\nments :\nDemo(lurieux) : A on in\\nte-te-te... ? (Est-ce que tu ne\nm'entends pas ? »)\nOreste : Moi ? Ah! je croyais que tu appelais un chien !\nAlors Demo chante un air vif et comique : «\nDemo, son bravo », un air bègue naturellement, accompagné\nde deux violons, qui répondent à la voix et bavardent ensemble,\navec une verve et une hâblerie joyeuse, qui fait penser un\npeu à l'entrain endiablé du Barbier de Rossini. Comme on s'y\nattend, au milieu de son chant, le begue échoue piteusement\ncontre certains mots, et Oreste doit lui en souffler la fin. Le\nmusicien sait habilement tirer parti de cet effet comique, pour\nfaire attendre la cadence."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.21", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n67"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.22", "texte": "68\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-O6"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.23", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n69\n\nA la fin, Demo se fâche et veut se battre contre Oreste.\nOleste cherche à 1 apaiser et se fait très humble: le matamore\ndevient outrecuidant. 11 daigne accepter pourtant ses excuses\net reprend la conversation ; mais, au bout d'un instant, brus-\nquement, s ecrie . « Ha! Ha! cju est-ce que )e sens? JYIa fureur\nne s'est pas encore tout à fait apaisée. Laisse-toi donner\nau moins un coup d épee ! » Oreste proteste. Et comme\nDemo insiste, Oreste met la main à l'épée. Aussitôt le sang"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.24", "texte": "70\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nde Demo se calme : « J'oubliais, dit-i1... Je n'en tue qu'un par\njour. » —Oreste finit par accabler d'injures Demo, qui, bégayant\nde plus en plus, s'humilie, confondu, tandis qu'Oreste se\nmoque de lui, en singeant son bégaiement.\nAilleurs, le bègue s'en va furieux, sans avoir réussi à dire le\nmot qu'il voulait. Mais, un moment après, il surgit de la cou-\nlisse, et le crie, triomphant.\nNous voilà loin des correctes tragédies florentines. C'est\nl'opéra bouffe. Et à côté de ces scènes comiques, voici des\nscènes fantastiques. C'est exactement le même mélange de\nbouffonnerie et de surnaturel que l'on trouve, à la fin du\nxvme siècle, dans le Singspielallemand, d'où sortira l'opéra\nromantique.\n(A suivi\n\nRomain Rolland."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.25", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nCORRESPONDANCE THÉATRALE DU XVIIe SIÈCLE\n\nIV\nJ'arrive à la dernière partie de la correspondance du Con-\nseiller au Grand Conseil du Roy, personnage qui eut certaine-\nment son heure de célébrité dans les coulisses de l'Opéra.\n« Le « Samedy, 28 janvier 1696 » il écrivait à l'abbé Dubos :\nJai envoié chez Monsr Gendron qui a rescu vostre pacquet.\nJe vous ai envoie par la voie de Mr du Rosai le Jason que\nmonsr Rousseau mavoit donne et je vous envoie par la poste la\nreponce a vostre livre que Mr Le premier président vient de me\nmettre entre les mains. Jason ne se soutient que sur 12 a i 3\ncent francs (1).\n« Quelque envie que vous aies pour Colasse et moi pour\nMr de Francinne je croi que nous perdrons nostre procès-\nCe nest pas quil ny ait unne récit du prologue en basse chantee\npar Mile Desmatins quon écouté avec plaisir aussi bien que\nle récit des Tauraux et quelques endroits d'lpsipile, mais\nle reste est il me semble sans aucun agrément pour le chant et\nnapproche pas de la haute opinion quil setoit acquise par le bel\nendroit de Thetis et Pelee et la belle scene des Saisons de\nThevenard et de Mlle Morau. En attendant vostre advis après\nla lecture de Jason, je suis. »\nL insuccès de l'opéra de Jean-Baptiste Rousseau et Colasse\ndevint tel que l'on dut cesser les représentations au bout de\nmoins de trois semaines. En dépit de ses relations amicales\navec les auteuis, Ladvocat parle de cette chute d'un cceur léger 1\n« Ce 6fferbr a Paris 1696.\n« Enfin monsieur Jason expira hier. Il na laissé en mourant\nque 700 livres et le parterre et les loges en chantèrent le libéra\n\n(1) Il faut remarquer que cette recette, qui paraît maigre à Ladvocat, ne\ndevait pas être beaucoup au-dessous de la moyenne, pour l'époque."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.26", "texte": "72\nLE MERCURE MUSICAL Is-I-OÔ\n\nou la délivrance pour lennuyquil leurs a causé pendant sa vie\nsans baucoup de regret. Nous avons leu nions1' du Rosay et\nmoy vostre critique comme unne des meilleures que vous aies\nfaittes et des plus judicieuses. Je nay peu encore rendre vostre\nlettre au Sl' Roussau qui particippe si fort aux louanges quon\ndonne a lautheur de Polixenne quil oublie le mauvais succès\nde sa piece. On dit pourtant que le cinqeme acte nest pas de la\nforce des autres mais au surplus il sest plus attaché a imiter\nMonsr de Corneille que Racinne. Je vous en dirai davantage\nquand je laurai veu.\n« On joura mardi les Saisons et lon répété Ariadneet Bacchus\nquon espère donner le 20 du présent (1). On a répété dans mon\ncabinet les airs de violon qui mont paru des meilleurs, les\nchœurs en sont très baux, pour les Rolles on en est pas si con-\ntent, peut etre que le 3, 4et 5e acte seront plus baux, ainsi\nsoit-il. Pour les vers ils sont des plus courts et le sujet de là\npiece est incriticable, rien ne si fait que par les dieux, Junon\nprend la figure de Dircee, elle endort Ariadne, les songes font\nparoistre Bacchus amoureux de Dircee. Ariadne se reveille,\nLamour la détrompé et lui fait conoitre la fourberie de\nJunon. Geralde eveque de Cahors et magicien dans la piece\nveut endiabler Bacchus mais ses charmes paroissent impuis-\nsants. Il fait venir Alecton qui met en fureur Ariadne qui veut\ntout tuer hors Bacchus pour laquelle elle a « dilucida inter-\nvalla ». Junon fait revenir Dircee qui etoit chez les anciens un\npoete corinthien et dans la piece un confidente DAriadne. Bacchus\ndesarme Ariadne qui se veut poignarder. Adraste amant d'A-\nriadne et prince d Itaque inconnu pour tel chez les anciens et\nqui a pris des aisles pour venir de la mer dlonie 500 bonnes\nlieues distante de Naxe dans la mer liigee ou est la scene croit\nque Bacchus avec le poignard qui luy voit en sa main en veut\ntuer Aiiadne, se bat avec ses amis contre la troupe de Bacchus\nqui en demeure vainqueur et revenant en témoigner sa joie a\nAiiadne qui le veut tuer dans sa fureur, Adraste arrive expirant\naux pieds dAriadne des blessures de Bacchus. Jupiter descend\ndu ciel qui commande a Bacchus depouser Ariadne. Junon ni\nest plus contraire les dieux étant pour elle. Mercure par la lon-\ngueur de son caducee guérit Ariadne de sa fureur. Bacchus et\nAriadne chantent ensemble :\nAmour cher autheur de ma peinne\nExprime en ce moment mes transports amoureux\nRecompense de si baux feux\nEn unissant nos coeurs dune éternelle chaîne.\n\n(1) On ne joua cet ouvrage que le 8 mars."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.27", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n73\n\n« Le Roy qui s'appelle iEnarus aussi inconnu pour estre roy\nde Naxe que Dircee sa sœur et Geralde magicien et Adraste\nsen rejouit avec les suivt® de Bacchus et les sujets du roy\nforment des dances. Deux amours viennent décoiffer Ariadne\net portent dans le ciel sa coeffure. Mlle Desmatins qui a perdu\ntous ses cheveux restera sur le Theatre en attendant son bonnet\nde nuit qui pourra l'enrumer a force de lattendre attendu que\nles demoiselles\nAbandonne leurs ames\nAux charmes des amours,\nSans leur aimable flame\nOn na point dheureux jours.\n« La coeffure est changé en couronne detoilles et l'opéra\nfinira. »\nCette petite critique avant la lettre de l'ouvrage de Saint-\nJean et Marais n'est-elle pas délicieuse ? Ne la dirait-on pas\nsortie de la plume d'un précurseur de Willy ? Elle condamna\ndans le raccourci de sa raillerie qui ne va pas sans insinuations\nrisquées, la faiblesse de conception des librettistes de l'époque.\nA ce point de vue, elle devance son temps et met en évidence\nun esprit critique avisé.\nUne semaine plus tard, dans une nouvelle épître à Dubos,\nLadvocat fournit des renseignements qui ont la plus grande\nvaleur, attendu qu'ils fixent des jours de « jeu » et précisent\ndes détails ignorés jusqu'ici :\n« A Paris ce Lundi i3me [février 1696].\n« Je vous suis infiniment redevable de vostre présent. Nous\nboirons bien a vostre santé pourveu quil arrive demain a bon\nport. Jay rendu avant hier vostre lettre au Sl' Rousseau et je\nnay pu trouver le temps de parler a Mr de Longepierre que\nMllB Rochois ma assuré etre toujours a Yersaille. On a recom-\nmence mardi les Saisons (1) qui continuront jusques au vingt\ntrois que lon donnera Ariadne et Bacchus et lon espere jouer\ntous les jours jusques au Jubilé cest a dire le jeudi, vendredy,\nles dimanche et mardi et le samedi, lundi, mercredi les Saisons\navec une scene de Porsonnac (2) chantee par Dumenil et quel-\n\n(1) Par conséquent, le 7 février 1696.\n(2) Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet de Molière et de Lulli.\nPersonne n'a signalé cette « mise » à l'Opéra d'un fragment de la fameuse\nfarce que Diderot regardait comme un chef-d'œuvre. Clément et Larousse\nn'en parlent qu'à la date de 1716."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.28", "texte": "74\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nque entree comique et après le Jubilé les i 5 jours qui l esteront\njusques a la semaine de la Passion les Saisons ou Ariadne sil\nplaist, mais on refera aux Saisons un quatrième acte tout nou-\nveau pour après Pasques, videbitur. Je ne scais pas ce que\nvous a pu mander Mr Rosay que je ne pus rencontier hier\nchez luy et qui ne ma pas encor envoie la critique pour\nPolixene ou jay été. Il me semble que quelque bien conduitte\nque ce soit unne piece pour les vers les sentiments et la diction,\nquand elle manque par la catastrophe cest une marque que\nlautheur a mal choisi son sujet. Jattendrai que vous soies a\nParis pour y remarquer vous mesme des manque de prépa-\nrations a certains incidents outres et peu vraisemblables qui\nempêcheront les bons connoisseurs de donner leurs suffrages a\nunne piece qui finit aussi mal que celle la. Je ne croi pas vous\navoir mandé que MUe Desmatins faisoit aux Saisons le rolle de\nMUe Rochois et quelle sest attirée lapprobation de tout le monde.\n« Je nai pu encore aller chez Mr le prr président étant occuppe\nau Conslle mais jay fait remarque lacronisme de Jules capit. et\nde Josime dont lun vivoit en 255 et lautre en 425. Jay parle au\nSr Gendron de lhistoire des médecins et ma promis de vous es-\ncrire. Je vous repond monsr que le Sr Roussau nabandon-\nnera point le métier et quil ne croit pas quil luy soit arrive\naucun accident. Il nest pas garant si le public ne se connoit\npas aux bonnes choses. Pour Iphigenie le 5 acte est commence\net nest pas achevé. Duché travaille a un ballet ou comedie en\ncinq actes dont il y en a trois de faits. Monsr de Francinne\nnest pas encor déterminé a qui il le donnera a composer en mu-\nsique. Colasse travaille au ballet de la Naissance de Venus (1)\ndont il a fait deux actes quon dit etre très baux. Il y mettra des\nairs de violon de Ml' de Lully. Le poete est le mesme que celui\ndes Saisons. Neptune aime Amphitrite qui est aimée de Neree\nlequel dans sa jalousie prédit à Amphitrite l'inconstance de Nep-\ntune. Venus arrive, Neptune en est épris, Mercure apprend\nen vain a Neptune que Jupiter en veut disposer. Neptune a re-\ncours a Eole qui fait soulever les vents. Junon sen mesle au 111\npour Vulcain qui nest pas rescu agréablement deVenus. Enfin\nVenus voiant les deux frères prêts a se faire a son sujet un des\nplus cruelles guerres ou meme lunivers ne pouroit manquer\ndetre fort intéressé, Jupiter, Neptune, Melius consultés et pour\nle bien de Lunivers font epouser Venus a Vulcain et Amphi-\ntrite a Neptune et Neree a Dorise.\n\n(1 )La Naissance de Vénus, opéra en 5 actes avec un prologue, livret de\nl'abbé Pic, musique de Colasse, représenté à l'Académie royale de Musique\nle ici' mai 1696."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.29", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n75\n\n« Je lis présentement l'histoire evangelique de Dom Peseron\nmais je ne sais si je suis de son advis sur l'adoption de Tibere\npar Néron. Il y a encor quelque chose de particulier que je\nvous mandre quand je le relirai pour lexaminer, il en vaut bien\nla peinne. Je suis. »\nDans la lettre précédente nous avons vu de nouveau Ladvocat\njuger railleusement J.-B. Rousseau, qu'il ne tenait point alors\npour un dramaturge de mérite. Sous ce même j our, et à des\nmois de distance, nous allons le retrouver encore avec son\nfranc-parler teinté de moquerie :\n« Ce Jeudi i 5 octobre [1696].\n« Je suis arrivé hycy monsr dimanche a cinq heures et ne\nfus point a lopera ou estoit Monsr du Rosai. Je le vis le lundi\na laudiance et lapres midi nous fumes dans mon cabinet 4\nbonnes heures ou nous entretimmes de vous. Je suis convenu\navec luy de vous représenter ce quHesiode a appris a tous\nceux qui lont voulu lire quil y avoit dans le monde deux sorte\nde personnes. Les uns scavent prendre conseil deux-mesme et\nles autres qui suivent celuy quon a la bonté de leurs vou-\nloir bien donner en amy. Il y a aussy des Abes a simple\ntonsure irrésolus sur le choix des finances qui ne scavent que\npar géni interesses pour eux meme sils niront point au Fort\nlevesque après setre mis dans quelque bonne affaire ou ils espe-\nroint entretenir unne des grandes queus de lopera ou s'ils ne se-\nroint point plus idoines après unne bonne éducation estant Li-\nbéraux a trouver deuxmesme lart défaire de bons vers. Enfin\naprès unne meure et serieuse reflectionprecedee dunne rettraite\neloignee de Paris on sexamine et lon se persuade quêtant doué\ndunne heureuse mémoire nourrie des sucs de Racinne et de\nCorneille assaisonnée de la lecture des meilleurs autheurs en\nfait de poesie on sera capable dadjouter quelque chose a lart\nde netre pas inférieur a ceux qui nous ont précédé his positis.\nPétrarque dans un epistre a un sien amy advoue qu'il au-\nroit beaucoup de peinne sil vouloit faire des vers a sen méta-\nmorphoser en vers a soie et qu'il sabilleroit plus tost en\nmouche a miel qui habit aures, etc. On peut devenir ora-\nteur sans avoir de naturel a leloquence parce que lon peut\nsuppléer au deffaut de la nature mais lon ne peut etre poete\nsans genie dont rien ne peut tenir la place et au deffaut du-\nquel tout lart nest pas capable de suppléer. Igneus est olli vi-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.30", "texte": "76\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\ncror etc. Tel fut parmi nous Racan (1). H nen scavoit asseure-\nment pas tant que labbé dont je vous parle mais il était poete\net sil eut des concurrents il eut peu de semblables et vous aves\nfort bien conceu vous meme que les vers ne sont pas suppor-\ntables quand ils ne sont que médiocres et quils sont ridicules\ndés qu'ils ne sont pas admirables. Vous scaves Monsr que\nPindare se crut au dessus de Bacchilide (2) et de Simonide (3)\nquod ipse naturâ carmen sevibat illi exorte capandant\nquam a magistris didicerunt etc. La version de Hidorius\nconseiller est raportée par Rossius qui vous sera libre de\nlire.\n« On espere jeudy prochain donner le ballet du! riomphe de\nLamour (4), les habits que jay veu me paroissent assesbien\nimagines pour la pièce des flatteurs. Nayant point veu Roussau\nje ne vous en puis que mander, mais j'aurois bien a vous prier\nde me procurer pour de largent unne édition du livre de\nMonsr. Bayle (5) et du Thésaurus Brandeburgient a moins\nque vous ne me croies asses riche pour nen pouvoir pas\nesperer meilleur marché que chez Amisson. Je croois que\nvous scavies que Ma belle sœur fut accouchée dun gros garçon\nqui a fort pleuré la bonne nourriture quelle luy donna in\nutero.\n« Vous scaves que lempereur a acceptté la neutralité dltalie\net que le comte de S'-Pierre et le comte de Mansfel sont en\notage en attendant la ratification de lempereur et du roi Des-\npagne. On attend la duchesse de Bourgogne a Fontainebleau\nle 4 ou le cinq du courant. On croit que le roy partira inconti-\nnent après pour Versaille ayant ressenti quelques attaques de\ngoutte. M. Labbe Pelletier frère du ministre mourut hier da-\npoplexie a midi. On dit que ceux Damsterdam prétendent obli-\nger les états dhollande a représenter a lempereur quils accep-\n\n(1) Honoré de Bueil, marquis de Racan, ne méritait pas d'être taxé de\ngénie, mais il est certain qu'il fut poète-né et qu'il montra dans ses œuvres,\nnon seulement beaucoup de charme, un vif amour de la nature, mais encore\nune douce mélodie qui fait songer à un Lamartine d'un autre âge.\n(2) Bacchylides, poète lyrique grec, né dans l'ile de Céos et qui vécut à la\ncour d'Hiéron, tyran de Syracuse.\n(3) Simonide, oncle de Bacchylides, poète également et ancien direc-\nteur des chœurs aux fêtes d'Apollon.\n(4) Le Triomphe de l'Amour, opéra-ballet encinq actes, paroles de Ben-\nserade et Quinault, musique de Lulli, représenté à Saint-Germain-en-Laye\nle 21 janvier 1681. Ce ballet eut un énorme succès et fut constamment re-\npris pendant trente ans.\n(5) Pierre Bayle, philosophe français (1647-1706). Il s'agissait là proba-\nblement d'un des petits ouvrages publiés par Bayle à Rotterdam, où il s'é-\ntait retiré."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.31", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n77\n\ntent les propositions que le Sr de Calliere (1) leurs a faittes\ncomme très resonables et quil en doibt faire le meme comme\nluy étant très avantageuses.\n« Nostre famille vous salue. »\nJe ne saurais dire exactement quel est l'abbé que visait Lad-\nvocat dans sa lettre, encore qu'il 111 e paraît probable que ses\ncritiques s'adressaient à l'abbé Pic, librettiste fort médiocre\net plein d'outrecuidance, ou à l'abbé Boyer, autre librettiste sans\ntalent.\nLa dernière missive que je vais donner a été écrite par le\nconseiller durant des vacances passées en Bourgogne l'année\nsuivante et elle était adressée a « 1 Abbé du Bos lue du Roule, a\nla seconde porte cocliere, a Paris ». Elle est intéressante et\nd'une jolie tournure :\n« Ce Vendredy 14 juin [1697].\n« Je nayreçeu vostre lettre dattee du samedy huitième qua-\njourdhuy et dans ce moment je suis pressé de vous faire re-\nponce par le meme homme qui nous la aportee. Tout ce qua\npeu faire le reverend pere cest de croire qu'il y avoit unne\nfontaine de Jouvence ou elle aimeroit mieux aller quaux eaux\nde Vichy. Je suis ravi que Sublignon dance et sexerce et je suis\nmesme bien aise quelle vous plaise et je suis fort persuadé que\nvous la laisseries moins reposer que moy et quelle profiteroit\nasseurement mieux de vos assiduités que des miennes.\n« Je souhaitte que Monsr Rousseau réussisse dans les empiri-\nques comme il nen nest pas lautheur quant a linvention cela ne\nlui oteroit point celle que son flatteur lui a meritee. Mais si Ado-\nnis venoit a netre pas aplaudi, comme on la beaucoup proné je\ncrois qun second accès pourrait mettre sa réputation alagonie.\nJe vous dispense de mecrire des nouvelles, nous en recevons\nhycy deux fois la semaine mais jay peinne ame persuader quil\nnarive point de tourmente dans la mer orageuse de Lopera.\nAsseurement que vous naves pas ete aussi assidu a Meduse (2)\nque vous le seres a Armide (3) ou lon vous pourra apprendre\n\n(1) François de Callières, diplomate français, fils du maréchal de ba-\ntaille des armées de Louis XIV. Il fut ministre plénipotentiaire en Hol-\nlande et prit une part active aux conférences qui précédèrent la paix de\nRyswick.\n(2) Méduse, tragédie lyrique en 5 actes, avec un prologue, paroles de\nl'abbé Boyer, musique de Gervais, représentée à l'Académie de Musique\nle i 3 janvier 1697.\n(3) Il s'agit là d'une reprise de l'ouvrage de Lulli."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.32", "texte": "78\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nle présent queMr de Franc, aura fait a Labbé Boier pour lap-\nplaudissement que les gascons ont fait de cet opéra. Jespere\netre hycy encor douze ou i 3 jours et jespere de recevoir encor\nde vos lettres. On peut écrire le mercredy et vendredy par la\nposte de Bourgogne qui passe a Villeneuve le Guiastou La-\nguerre selon le vulgaire et adresser vos lettres aMr Michel\nofficier de La feu reinne et je vous prie de navoir aucunne peur\nde me chagrinner. Je consens mesrae que vous noublies pas la\ngrande fille comme vous aves fait et que vous asseures M 1 Bris-\nsonnet de mes amitiés. Mais en vérité il falloit me mander sil\na eu cette charge de Maistre des requestes en question ou unne\nautre.\n« Apres cela monsr je nai plus qua vous remercier de\nmavoir donne vos 3 Tomes de Lhistoire des scavants cest un\nvrai parterre pour la diversitte des fleurs et la variété des\nfruits y tient lieu dunne bibliothèque. Ce nest pas quil ny eut\nhycy des historiens, les gentilshommes des environs en sont\nfournis. Ainsi monsieur au chagrin près de netre pas auprès\nde ses amis et Amies la solitude en seroit fort agreable. Je\nsuis. »\nLe véritable Opéra fondé par Lulli rue de Vaugirard et\ninauguré le vendredi 11 novembre 1672 avait grandi très vite\nen vingt-cinq années. Véritable créatrice de mœurs spéciales,\naussi bien dans le monde de la cour que dans celui de la ville,\nà l'époque où Ladvocat se faisait le colporteur des nouvelles\nglanées dans les coulisses, dans les salons et dans son propre\ncabinet, lieu de rendez-vous des auteurs et des artistes, l'Aca-\ndémie Royale de Musique était devenue la préoccupation de\nbeaucoup d'esprits. Depuis qu'il avait été transporté à la Salle\ndu Palais-Royal en 1673, l'Opéra formait un centre d'intrigues,\nde convoitises, de rendez-vous galants, et lorsque M. de Fran-\ncine en devint directeur, il était déjà un État dans l'État.\nDe cette époque lointaine il ne reste pas grand'chose, à telle\nenseigne que les historiens n'ont presque rien trouvé à dire\nd'exact. Il n'était donc pas inutile de publier ces quelques\nlettres d'un Conseiller au Grand Conseil du Roi,homme remuant\ns'il en fut, puisqu'elles précisaient des dates discutées, des dé-\ntails ignorés, et qu elles donnaient une physionomie curieuse de\nla vie a 1 Opéra au xvne siecle. Ace point de vue, je crois avoir, par\nmon modeste apport, ouvert un champ nouveau, et je serai\nheureux si j'ai su piquer la curiosité des chercheurs.\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Schola Cantorum. Mme Yvette Guilbert et les Chanteurs de Saint-\nGervais. Soirées d'Art. —M. Calvocoressi. Maurice Ravel et Ricardo Vifïes. —La Mort de\nTintagilès.\nAu Concert Chevillard du 24 décembre, M. van Dyck attirait des flots\nd'auditeurs et faisait merveille encore avec ce qui lui reste de voix, cepen-\ndant que M. Colonne, dévotement, fêtait Noël avec le concours de Bach,\nHaendel, Berlioz, Liszt, Saint-Saëns, César Franck et Fauré. Et le 3i dé-\ncembre je retrouvais, au Concert Chevillard, la Symphonie de Franck, tou-\njours admirable et de mieux en mieux interprétée. Qui donc médisait de\nl'orchestration du « père Franck »? Il m'a semblé cette fois que le premier\nmouvement avait des sonorités magnifiques ; surtout au retour de la\npremière idée, exposée en canon par les trombones et trompettes, et en-\nveloppée d'un frémissement de cordes qui, par influence, prend le timbre\ndes cuivres : on croit voir un brocart royal où se détache, éclat sur éclat, un\ndessin de vieil or. Le second mouvement a été pris un peu plus vite que de\ncoutume, ce qui me plaît assez, car ce morceau, par sa structure comme par\nson caractère, tient autant du scherzo que de l'andante. Seul le finale ne\nme semble pas digne des autres parties de ce chef-d'œuvre : car son idée\nprincipale, d ailleurs aimable, revient avec quelque insistance et quelque\nfracas inutile. Je ne sais trop si la Symphonie de Franck ne devait pas clore\nl'ère de la symphonie: ce serait une belle fin, et il me semble difficile de\nrenouveler encore une forme qui vraiment a beaucoup donné déjà. Mais\non ne sait jamais...\nLa Nuit sur le Mont-Chauve, de Moussorgsky, me plaît beaucoup mieux\nà l'orchestre qu'au piano ; or l'orchestration est de On y\ntrouve un charmant motif de danse, une fanfare qui annonce congrûment\nTchernobog (le dieu noir), un sabbat peu coloré, et un joli lever du jour,\noù la clarinette et la flûte chantent avec une douceur presque berliozienne ;"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.34", "texte": "80\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\ntout cela un peu grêle, douloureux et souffreteux, écrit sans doute entre\ndeux accès de fièvre, dans une chambre d'auberge, par cet enfant perdu,\ncœur tendre et capricieux, qui ne sut jamais s'accommoder de la vie.\nC'estM. Chevillard qui avait orchestré les 4 Esquisses de Schumann, pour\nle piano-pédalier, que nous entendîmes ensuite : orchestration très sobre\net peut-être respectueuse à l'excès de cette uniformité de timbre qui est le\ndéfaut du piano ; mais cette volontaire discrétion est en soi fort louable\net a donné plus de prix à des pages d'un coloris charmant dans la 2e et la\n4 0 Esquisse.Après quoi, retour offensif de .Wagner, magnifiquement inter-\nprété d'ailleurs par M. Frohlich.\nLe 7 janvier, au Concert Chevillard, la de Berlioz,\navec Mme Gaétane Vicq, MM. Delmas, Laffitte et Petit (admirable inter-\nprétation). Et le 14 aussi.\nLe 7 janvier, au Concert Colonne, la de Berlioz.\nEt le 14 aussi.\nIndifférent à ces records, j'aime mieux revenir à des concerts où l'on\nnous fit entendre des musiques plus anciennes, plus fraîches par consé-\nquent. D'abord celui de la Schola Cantorum, le 29 décembre, tout entier\nreligieux : il commençait par sept pièces de chant grégorien, dont l'exécu-\ntion a fait le plus grand honneur à la classe de Mme Jumel et à M. Gas-\ntoué, qui dirigeait ce petit chœur. Il y avait là des mélodies de l'époque\nromane, très fermes et simples de contour, et d'autres plus anciennes et\npour moi plus plaisantes, avec la richesse byzantine de leurs vocalises, où\nl'on put admirer la pureté de voix exquise de Mme Jumel (oui, je sais, cela\nn'est pas liturgique; mais le rigorisme qui proscrit aujourd'hui les voix\ntéminines n existait pas aux temps d'innocence). Venaient ensuite quatre\nmotets, dont les plus beaux sont certainement ceux de Josquin, avec l'élan\nde ses voix ferventes, et de Vittoria, grave et sombre ; il y a dans Palestrina\nplus de facilité, un dessin gracieux et une aimable abondance de détails :\nquelque chose de la manière de Raphaël, et un soupçon d'indifférence.\nL intermède tut un Noël fiamand du xve siècle, chanté avec agrément par\nMlle Maurat et Mme Marthe Legrand, et la Passacailie de Bach, où M. Guil-\nmant montra la plus ingénieuse variété de registration. C'était un maeni-\nfique prélude à YActus tragicus, l'œuvre laplus expressive peut-être, la plus\nsobre et la plus serrée que Bach ait jamais écrite. Tout porte ici, parce que\ntout est àsa place ; les airs, comme dans le drame musical moderne re-\nçoivent leur forme des paroles mêmes, au lieu de s'astreindre à la règle\ni talienne des reprises. Toute la cantate d'ailleurs (etpar là se justifie son titre)\na un caractère dramatique qui amène des libertés d'écriture fort expressives!\ncomme cette vocalise des sopranos, prière d'espoir après un chœur d'é-\npouvante, qui reste isolée et plane, la basse continue elle-même se taisant\npour écouter. Berlioz n'a jamais rien inventé de plus saisissant. Ce qu'il eût\nmoins aime certes, c'est le chœur final sur le mot fort vigoureux,\nmais qui lui eut semblé un retour à la scolastique. Il eût été toufhé jus-\nqu aux larmes par la voix et le style de Mme Marthe Legrand MM Caze-\nÛXSonrr \"fiT beaUCOUP.d'éI°gM —« l'orchestre, sous\nla direction de Marcel Labey, a ete très net et précis.\nà H S^Gervais' P°ur Noël nous avaient fait entendre,\na chapelle de la Sorbonne, une belle messe de C-ucrrero Daraissaient\nfiuiibertei?ireSUr;a pe,i'e est,rade des Agriculteurs, à côté de M». Twtte\nSe société vfen dèw ' dechanso\"s- .■»«» chansons anciennes :\nd'un genre où nous av<,'n touJciu?s'Txcelié' \"e'concTt™'™ \"\"\"\"\nquatre chansons du siècle (Couvées et publiée^"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.35", "texte": "signées des noms illustres de Costeley, Roland de Lassus, Claude Le fer. ne\net Clément Janequin, le plus gracieux de tous, peut-être; elles furent inter-\nprétées avec une aisance et une souplesse dignes de l'ancienne renommée\ndes Chanteurs de Saint-Gervais. Mme Yvette Guilbert ne remonte guère an\ndelà du xvme siècle, en quoi elle a bien raison, car le xvne, représenté â ce-\nmême concert par des airs galants et un peu cérémonieux de Boesset, n'a\nrien qui annonce la chanson moderne ; au lieu que l'époque de Louis XV\nconnut comme nous l'art des sous-entendus. C'est encore une grivoiserie\nassez naïve, sans doute, et mêlée de pastorale à la Florian; nous faisons\nmieux aujourd'hui, ou tout au moins plus fort. Que l'on compare la Peu-\nreuse, « chanson favorite de Mme Dubarry », et son maternel dénouement,\nà telle chanson du répertoire ancien, je veux dire moderne, d'Yvette Guiî-\nbert, par exemple à ce fiacre symboliquement jaune dont elle nous contaiî\njadis la meurtrière odyssée : on conclura que les plus égarées des M innés\nd'aujourd'hui n'ont plus peur de rien, même en voiture ; ce qui prouvé la\ndélicatesse de nos mœurs. Mais, au fond, c'est bien la même sorte d'esprit,\net l'interprétation, avec quelques nuances, doit être identique. Mme Yvette\nGuilbert m'y a paru aussi précise et mordante qu'autrefois, et plus fine. Ce\nn'est plus cette diction martelée qui, mettant tout en valeur, atteignait fata-\nlement aussi le mot à effet double ou triple ; c'est un art bien plus délicat»\nqui souligne à propos ; et c'est une variété d'intonations qui fait entendre\ntout sans exagérer rien ; avec cela un masque puissamment expressif, éga-\nlement propre au comique et au tragique, et des gestes volontairement\ndégingandés, d'une bouffonnerie inimitable. Mme Yvette Guilbert porte à\nsa perfection un genre qui, traité par elle, me paraît hautement artis-\ntique.\nSoirées d'Art. Nous approchons des derniers quatuors, et le parfait\nensemble, la sûreté de style et la profondeur d'émotion du quatuor Capeî\nsont de plus en plus admirables. On a beaucoup applaudi, le 21 décembre,.\nMlle Long pour son interprétation élégante de pièces de Fauré, Scarlaîti\net Saint-Saëns, et, le 28, M. Frohlich dans les six M.élodies religieuses de\nBeethoven (traduites par Mme Chevillard), ainsi que Mlle Emma Grégoire\ndans la Vie d'une femme de Schumann. Le 4 janvier, la pianiste était\nMme Thérèse Stiévenard, qui joue avec charme et simplicité es\nfa dièse majeur de Chopin et la Bourrée fantasque de Chabrier. Elle »o\ncompagne, dans la seconde Sonata de Haendel, M. Gillet, qui enlève les\narpèges et batteries avec une virtuosité étourdissante (or le hautbois ne se\nprête pas à ces jeux avec la docilité du violon ou de la clarinette) et a de\nplus un son ample et nourri, peut-être un peu tendu parfois. M»' Jeanne\nRaunay chante avec un lyrisme délicat et contenu le troublant Mariage des\nRoses de César Franck : sujet digne de Verlaine, vers de mirliton, musique\ncandide. Elle donne beaucoup d'accent à une mélodie de Boussion, simple\nd'inspiration et ausd d'harmonie, assez plaisante, et à une autre du même\nauteur, dont je ne goûte pas trop l'effort tragique. Elle a une variété de ton\net une conviction admirable dans le poème mélodique de Beethoven,\nbien-aimee absente. Et nous étions ainsi fort bien préparés à entendre îe\nquatorzième Quatuor,interrompu par la sortie malencontreuse d'auditeurs\ninexperts qui crurent 1 oeuvre terminée après son cinquième mouvement\nmais joué avec une gravité, une dignité, un ensemble et une entente de la\nperspective musicale qui se manifestèrent particulièrement dans la sombre\nfugue du début, et dans l'andante plus doux, comme brisé de tendresse\nCes derniers Quatuors de Beethoven marquent probablement le plus erarii\neffort que la musique ait fait pour traduire les émotions profondes de\name humaine ; et non seulement ses émotions, mais ses méditations\n\nLE MERCURE MUSICAL.\nREVUE DE LA QUINZAINE\n81\n(>"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.36", "texte": "82\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\naussi, et les bons propos qui succèdent à l'épreuve. Chacun de ces poèmes\nmusicaux est comme un dialogue entre l'homme et sa conscience, ou son\n\"Dieu, pour parler le langage de Beethoven. Musique avant tout intérieure,\net religieuse à la manière protestante. Musique étroitement attachée àla\n~rie humaine, qui est toute sa substance et dont elle pose sans cesse les\ndouloureuses interrogations. Testament moral d'une âme haute et sévère,\nque les meilleurs d'entre nous peuvent aimer, et que les autres admirent\navec componction. Louis LALOY.\nEcole des Hautes Études sociales. Dans une sobre et substantielle\n« lecture », M. Calvocoressi évoque les chants et danses populaires de la\nGrèce actuelle et appelle de ses vœux une renaissance de la musique hel-\nlène. Délicatement harmonisés par MM. Ingelbrecht et Ravel, interprétés\navec goût par Thomasset et M. Rœlens (remplaçant au pied levé\nM. Sandré), ces chants et danses ont plu par le caprice déjà semi-oriental\nde leur mélancolie ou de leur animation.\nJ. CH.\nApôtre de la musique russe, M. Calvocoressi allait, le n décembre, por-\nter la bonne parole à l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine. Il\nétait tout indiqué, à la fois par les circonstances et par la vérité même, de\nmontrer Part russe puisant sa force aux sources populaires. C'est ce que\nM. Calvocoressi a fort bien su faire, en une causerie fort appréciée du pu-\nblic, et que suivirent des auditions de chants populaires et d'œuvres de\nMoussorgsky, Borodine, Balakiref, Rimsky-Korsakof et Akimenko. Muc Ba-\nbaïan et M. Mougounian ont dû bisser un charmant duo, et Mlle Thomas-\nset a eu le plus grand succès dans la Reine de h Mer de Borodine, le\nChant d'amour de Balakiref, et deux belles mélodies d'Akimenko. L'éblouis-\nsante Islameyl de Balakiref, jouée par M. Vinès avec une aisance souve-\nraine et une verve incroyable, a porté l'enthousiasme à son comble.\nL. L.\nLa mélodie populaire refleurit. Récemment, Mme Yvette Guilbert faisait\napplaudir, rue d'Athènes, des chansons du xvme siècle, délicieusement\nharmonisées par Déodat de Séverac ; le 6 janvier, c'était la Société Na-\ntionale qui mettait au programme de son premier concert, des chansons\nbretonnes avec adaptation française et harmonisation de Paul Ladmirault.\nLa musicalité de M. Ladmirault musicalité qualifiée naguère par M. De-\nbussy de « rêveuse et fine, comme un peu peureuse de se trop formuler »\nest bien celle qui convient à ces vieux chants populaires, patrimoine d'une\nrace et 1 essence même de son génie. Aussi ces chansons bretonnes furent-\nelles, par lui, enguirlandées d'harmonies rares, avec le même soin pieux des\nmaîtres d'autrefois lorsqu'ils ornaient d'enluminures les missels. Mlle Marie\nLasne les chanta avec expression et dans un sentiment juste, et M. Louis\nAubert tint le piano d'accompagnement avec infiniment de délicatesse.\nParmi les compositeurs de la jeune école, M. Maurice Ravel est un de\nceux dont les œuvres sont, a bon droit, attendues avec une impatiente\ncuriosité. Cette fois il s agissait de pièces pour piano : Miroirs. Noctuelles\net Une barque sur l Océan me semblent écrites dans le genre de virtuosité\ntout particulier des Jeux d'eau du même auteur. Mais Oiseaux tristes, la\nVallée des Cloches et Alborada, plus simples de lignes, sont vraiment d'une\noriginalité puissante; la dernière surtout, par sa verve rythmique et aussi\npar sa netteté de construction, est extrêmement savoureuse. Elle fut, du\nleste, redemandée, et lon sait qu'a la Nationale les « bis » ont une tout\nautre valeur que dans maint endroit où ce n'est pas toujours l'œuvre la-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n83\n\nmeilleure qui reçoit le meilleur accueil. J'ajoute que dans chacune de\nces pièces qui paraîtront prochainement chez l'éditeur Demets le\npiano est traité avec une entente merveilleuse de ses moyens : Liszt mo-\nderne. Quant à M. Ricardo Vines, il faut le féliciter, non point de son\nprestigieux talent aujourd'hui universellement reconnu, mais de sa vaillance\nà lutter pour la bonne cause : je veux dire pour le succès de notre jeune\nécole. Je ne m appesantirai donc pas sur la manière extraordinairement\naisée et vivante dont il a joué les Miroirs. Cet artiste semble fait pour\ninterpréter cette musique comme cette musique semble faite pour être\ninterprétée par lui. C'est tout dire.\nBonne exécution d'une Sonate piano et violon de M. P. Le Flem, par\nMM. Masson et Lefeuve. L'auteur est très jeune, me dit-on ; c'est à 'cela\nqu il faut attribuer sans doute certaines incohérences et le manque d'équi-\nlibre de cette œuvre qui, je me hâte de le dire, présente par ailleurs de\nréelles qualités. Et, pour finir, le Premier quatuor de V. d'lndy, dans lequel\nMM. Lejeune, Claveau, Drouet, de Bruyn s'employèrent courageusement.\nJEAN POUEIGH.\nLa mort de Tintagiles. « Ma chère Ouvreuse, venez donc aux Mathu-\nrins. Devant une assistance panachée, empanachée (Américaines écla-\ntantes, gens de lettres et musiciens, peintres de mondaines et modèles\nd'iceulx), Georgette Leblanc interprète l'angoissante légende de Maeter-\nlinck, pieusement commentée par les musiques de M. Nouguès dont les con-\nnaisseurs m ont déclaré apprécier l'atmosphère mystérieuse et qui me\ncharme par l'intelligente déclamation des récitatifs.\n« Faut-il avouer que Georgette Leblanc me les fait parfois oublier à moi\nprofane, ces musiques ? Blanche à éblouir, sous de lourdes étoffes où le\nrose cramoisi et le rouge ancien s'affrontent intervalle de seconde risqué\net magnifique elle est une Ygraine dont les beaux bras faibles se meur-\ntrissent ala porte de fer; une tragique et tendre sœur qui meurt dans sa\nchevelure blonde, après des brisements d'ongles contre la porte terrible\naprès des cris et des plaintes dont le publie demeure un long instant fré-\nmissant et silencieux.\n« Your loving,\n« COLETTE ».\n\nA L'OPÉRA-COMIQUE\n\nHenri Gain et Ch.-M. Widor : Les Pêcheurs de Saint-Jean, scènes de la vie maritime.\nJVXatrat et Gabriel Pierné : La Coupe enchantée, d'après La Fontaine.\nLe sujet des Pêcheurs de Saint-Jean (de Luz) me rappelle une nouvelle du\ndélicieux et trop rare Emile Pouvillon : Mais ici ce n'est\nplus le brave Jeantil qui aime Suzon, la fille à Ittié, le maître de la Borde-\niV,°n?Ue\" est Jacques, le bon marin, que son cœur fiance à Marie-Anne\nheritiere de son propre patron Jean-Pierre. Pêcheur et laboureur ne veu-\nent pas pour gendreun sans-le-sou. La résistance exaspère l'amour et l'on\nse rencontre, qui dans un ravin touffu, qui sur la grèvepar miracle déserte.\nai* il faut, pour vaincre l'obstination d'un père trop prudent, que Jeantii\ntasse sauter la courroie de la mécanique prête à dévorer le bras d'lttié et\ncomme0 de sauvetage dont il est patron (et non pilote,\ncomme dit M. Gain), pour secourir Jean-Pierre. Et la nouvelle de Pouvillon"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.38", "texte": "84\nLE MERCURE MUSICAL I 5-I-06\n\n1 est d une naïveté subtile et d'une rusticité raffinée, qui font pensera\nThéocrite. Et le drame de M. Gain ne manque pas de couleur, mais cette\ncouleur est grosse, comme il convient au théâtre, et elle ne pénètre pas le\nsujet, elle l'encadre plutôt, et lui est superposée : c'est un vieux cantique,\npuis une chanson de matelot, puis le baptême du nouveau bateau de Jean-\nPierre ; c'est encore une scène de cabaret, et des chants d'ivrognes ;et c'est\nenfin lamarche de Noël, et les petits enfants costumés en Rois Mages. Mais\ncet ensemble un peu composite ne manque ni de force ni d'agrément. G est\nune scène fort dramatique que celle où Jacques, fou de désespoir, va boire\navec les autres et chanter leurs chansons, se prend de querelle avec Jean-\nPierre et tire son couteau, puis brusquement, à la vue de sa mère, se\nretrouve faible et honteux, et sanglote comme un enfant. M. Salignac s'y est\nmontré excellentacteur, et les mouvements de la foule, partagée entre lapeur\net le désir de désarmer le furieux, ont été d'une vérité saisissante. Plus loin,\nlorsque Jacques est allé trouver son amie, toute seule à la maison où le père\nn'est pas encore revenu, et qu'il est reparti, l'injure à labouche, parce qu'elle\nse refuse à fuir avec lui, c'est un joli tableau, et bien émouvant, que l'entrée\ndes petits mendiants de Noël qui chantent leur cantique à la jeune fille\nsouriante et navrée. Et puis, ce qui me plaît en tout cela, c'est qu'on n'y\nrencontre pas l'ombre d'un symbole. Oh! les braves gens qui se contentent\nd'être des hommes, et de souffrir, et de s'efforcer, et de s'entendre enfin,\nsans vouloir personnifier à nos yeux ébahis la Souffrance, ou l'Abnégation,\nla Soif de l'or, ou le Salut par l'amour ! Comme on se sent à l'aiseavec eux,\ncomme on les prend volontiers en pitié, et comme on les aimerait, s'ils\nparlaient seulement (O Monsieur Henri Gain, exaucez ma prière à votre\nprochain livret) une langue un peu moins conventionnelle. Certes cette\nprose est meilleure que celle d'un Zola ou d'un Charpentier : plus ferme\nd'abord, exempte de toute phraséologie montmartroise, et par endroits\nénergique. Il me plaît que Marie-Anne appelle la mer « chienne, gueuse,\ntueuse, infâme », et les paroles des diverses chansons insérées dans la pièce\nsont le plus souvent d'une simplicité populaire et charmante. Mais je ne\nserai tranquille que le jour où un matelot amoureux ne parlera plus de «ce\ndivin baiser où tressaille son âme », ni du « rire d'enfant dont est fait son\nbonheur ». Combien je préfère les simples lignes de Pouvillon, et cette\nfuite virginale :\nElle se levait, mais il la retint de force et garda ses mains prisonnières\ndans les siennes. « Suqon, Suqon », sécrie-t-il, et il attire sa poitrine sur\nsa poitrine, ses lèvres sur ses lèvres. Elle résiste ; son sein timide, sa lèvre\nignorante se dérobent à l'étreinte; avertie par l'instinct de la pudeur,\nelle échappe aux prises de son amant. Dépité de sa faiblesse, honteux,\ncelui-ci s'éloigne à son tour.\nQuand donc pourra-t-on s'aimer au théâtre, sans grands gestes, sans\n« folle étreinte », sans invocations au ciel, et, pour tout dire, sans « duo »?\nSur ce poème inégal, mais où ne manquent ni le dramatique ni le pit-\ntoresque, M. Ch.-M. Widor a écrit une musique sincère et forte, soutenue\net nourrie, dont le seul défaut, à mon sens, serait de trop détailler et trop\nmettre en valeur parfois des paroles qu'il valait mieux faire passer le plus\nvite possible, voire submerger sous les flots de l'orchestre complice. Mais\nl'auteur s'est fait une loi de laisser toujours la déclamation en pleine lu-\nmière ;et cette loi, fondamentale dans le drame lyrique et trop rarement\nobservée depuis Wagner, n'a ici de fâcheux effets parfois que parla faute\ndu librettiste. Si lon voulait aller au fond des choses, on trouverait peut-\nêtre qu'à un drame lyrique il faut un auteur et non un librettiste. Mais ne\nposons pas une aussi grave question ; ce qui est certain, c'est que l'inten-\ntion du musicien est excellente : il faut avant tout, au théâtre, que nous"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n85\n\nsachions de quoi il s'agit. Qu'on ne croie pas d'ailleurs que cette musique,\npour savoir être discrète, soit insignifiante, et réduise àun perpétuel\nrécitatif accompagné. Bien au contraire, la méloaie est partout\net très nettement dessinée, àla française ; plus abondante même qu en\nmaint autre drame moderne, car elle ne s'immobilise pas dans ces laides\nformules qui, sous le nom de leit-motive ou motifs conducteurs, font non\nseulement la charpente, mais toute l'architecture de plus d'un de ces ou-\nvrages. Ce procédé, moins wagnérien qu'on ne croit, et plus commode qu'on\nne dit, n'a pas été employé ici, et j'en suis fort aise ; d'abord parce que\nc'est une affirmation d'originalité assez rare pour qu'on la remarque ;\nensuite parce que le lien que je crois apercevoir entre l'emploi des sym-\nboles dans le drame et des motifs conducteurs dans la musique se trouve\nainsi vérifié par contre-épreuve (i). Ce qui me paraît excellent aussi, c'est\nl'appel que l'on a fait aux mélodies populaires, ou d'allure Si\nl'on veut, comme ce semble être la mode aujourd'hui, mettre en scène\nl'homme du peuple, c'est par son chant traditionnel que Yon exprimera tout\nle meilleur de son âme. M. d'lndy l'a fort bien compris, et ce qui me\ncharme le plus dans Y Étranger peut-être, c'est la ronde du début (Dans la\ntour du palais). La chanson populaire aun rôle plus important dans les\nPêcheurs de Saint-Jean, et elle s'y trouve même fort ingénieusement reliée à\nl'action : témoin, au premier acte, la complainte de Jacques, écoutée par\nMarie-Anne (On a quitté sa belle amie), et la délicieuse chanson de Marie-\nAnne dans la nuit d'attente (Partant pour un lointain voyage). Les can-\ntiques du baptême, les chansons à boire, et surtout les chants de Noël, pour\nêtre plus épisodiques, n'en ont pas moins une bien jolie couleur. Et quel\nart délicat, sobre à dessein, mais si maître de ses moyens, que celui qui\nunit la marche de noël au choeur des enfants, ou fait sans effort un canon\nà deux parties, avec contre-sujet, de la prière au petit Jésus ! Nul pédan-\ntisme en cette écriture, bien au contraire : un archaïsme attendrissant,\nquelque chose de grêle et de doux, enfin un peu de ce « style innocent » où\natteignit Berlioz dans Y Enfance du Christ.\nJ'ai un faible pour ces pages ; je les préfère même à d'autres, bien plus\ndramatiques cependant, et dont je ne méconnais pas les mérites. La tempête\ndu dernier acte est certainement une belle tempête ; mais je suis un peu\nblasé sur ce genre de spectacle, depuis Siegfried, depuis l'Étranger, et\nsurtout depuis Y Ouragan, où M. Bruneau, avec un cornet à pistons et trois\nnotes obstinées, arrivait, lui aussi, à nous secouer les nerfs. Le troisième\nacte me paraît supérieur au quatrième : l'inquiétude de Marie-Anne, la\nsombre fureur de Jacques, l'impuissante tendresse de son amie, se traduisent\npar une musique tour à tour agitée et berceuse, toujours émouvante, et\nd'une noble simplicité. De même encore, àla fin du second acte, lorsque\nJacques à bout de forces retombe dans les bras de sa mère, on rencontre\ncette caresse désolée que je veux citer, car l'effet, surtout après la scène ter-\nrible qui vient de se dérouler, est un des plus touchants qu'on puisse ima-\nginer :\n\n1 ) Voir mes études sur le Drame musical moderne."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.40", "texte": "86\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-O6\n\nMélodique avant tout, mais rehaussée de fortes harmonies, telle est la\nmusique de M. Widor : on ne peut, il me semble, en méconnaître le\ncaractère et la puissance. Et ceux même dont l'idéal est tout autre admi-\nreront la conviction et le désintéressement d'un grand artiste dédaigneux\nde plaire au snobisme contemporain par des artifices qui cependant ne lui\ncoûteraient nulle peine, que celle de mal traduire sa pensée. L'œuvre\nnouvelle est une œuvre sérieuse, librement conçue et mûrement réfléchie;\nc'est une œuvre hardie par la clarté probe de son style ; et c'est une belle\nœuvre, à mon gré, parce que la musique y est partout vibrante d'émotion\nou de poésie.\nest très satisfaisante. M. Salignac, fort bon acteur, sera\nun excellent chanteur lorsqu'il se retrouvera en possession de tous ses\nmoyens. Mlle Friché a une voix fraîche et une grâce simplette qui va fort\nbien à son rôle. M. Vieulle est un Jean-Pierre plein d'autorité, et il n'est\npas jusqu'au corps de ballet qui ne se montre à son avantage dans un pas de\nsardinières fortement hanché, sans doute à cause du voisinage de l'Espagne.\nLe spectacle commençait par la Coupe enchantée, assez insipide badi-\nnage tiré par M. Matrat du conte de La Fontaine et orné par M. Pierné\nd'un pastiche musical qui fatigue vite : encore est-il intermittent, car il y a\nici de longs et reposants « parlés », comme dans l'ancien opéra comique.\nOn évoquait auprès de moi le souvenir de Poize. C'est exact : mais pour-\nquoi donc refaire ce qui existe déjà ?\n\nLouis Laloy.\n\nLE THÉATRE EN PROVINCE\n\nLes Débuts.\nM\"e Margyl, qui vient de paraître sur les planches de l'Opéra, les jeunes\neleves de M. de Féraudy que la Maison de Molière accueille avec une con-\nsidération distinguée, ne se doutent certainement pas de ce que sont, en\nprovince, les trois traditionnelles épreuves et les vicissitudes de la période\ntheâtro-électorale. Qu'elles me permettent de les en instruire.\nLes débuts, c est la saison où l'abonné est plus grave et le chroniqueur\nmoins léger (l'Ouvreuse elle-même y perdrait son esprit), où le directeur\na les poches bourrées de papiers télégraphiques (Acceptez-vous 600 ?\nNon, rien de fait), ou le rideau se lève et se relève comme une chemise et\ndécouvre le régisseur, en frac, s'inclinant par trois fois devant le public\nsouverain, ou, derrière les portants, on voit des chanteuses aphones et des\nuegnes apeurees, où Méphisto et Carmen font, en ronchonnant, leurs\nmalles de costumes pour les diriger vers des scènes plus écossaises, où l'on\nsubit, supplicies, sept ou huit fois l'audition du Chalet dans les recoins\namuëtPre|/HonneS attendent les ténorinos détenteurs de demi-teintes\nen salle dI v^Bf.°nS T ,son;.comédiennes (sic), où le foyer, transformé\net\\e crpirif la 1 u empli de discussions sur la voix blanche (!) du ténor\ne creux de la basse, ou un commissaire, dont le goût musical dit\nïbTtfom ron\"6 ? '\"'H\"' fCîde de 'a \"CeP,ion du pauvres\n.\". 'S\"1 a,vec de,s larm« u\" \">aigre morceau de pain, tout cela\npoui la satisfaction de quelques Bouddhas maléfiques nommés dans l'ar-\nest dilettinrpteS' ttantl Çf.n Province, par droit de conquête, tout abonné\nprétend 1tOUt dlr,fCteur symPathique). Notre république, qui se\ndevrak elk 3f6 SUbSlSter Cet Usa§e suranné> et barbare.\niNe devrait-elle pas abolir ces pratiques, survivance d'un autre âge ?"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n87\n\nLes résultats produits par le système actuel ont été par trop bizarres.\nSongez à la scène lyrique que pourraient constituer les artistes s'ils s'avi-\nsaient de créer, à l'imitation des peintres, un « Théâtre des Refusés ». Si»\nà l'inverse, quelque imprésario ironiste et désabusé rassemblait en corps\nde troupe les plus notoires médiocrités admises, un toile accueillerait cette\nexhibition. Des admissions et des refus sont inexplicables. Pourquoi des\nchanteurs de mérite sensiblement égal sont-ils diversement traités ? La\nmétéorologie théâtrale est une science en faillite. Elle ne peut conjecturer\nles subites sautes de vent, ni expliquer les calmes plats soudains. Tel qui\nplaît vendredi, dimanche tombera.\nIl se commet, chaque saison, pas mal d'iniquités. Dans les villes dont !&\nmunicipalité subventionne les plaisirs, se retrouve la torture, partout abo-\nlie. Des aficionados, en proie, dirait le Dr Mauclair, au « vertige meurtrier\nde l'amok », « emboîtent » les ténors, « tombent » les divettes et Meyer-\nbeer conduit le bal ! Hélas ! que j'en ai vu mourir des ténorinos !... Point\nn'est besoin, pour ces exécutions sommaires, d'une centaine de votants»,\nDeux, trois voix de spectateurs du parterre, incapables, je gage, de distin-\nguer un mi d'un la, suffisent pour enlever à une femme, le plus souvent\nmalheureuse, le morceau de pain qu'elle sollicite. Doux pays ! dirait Fo-\nrain... Mais on voit pis. S'il advient qu'un artiste cesse, après son admis-\nsion, de plaire à quelques spectateurs, les maires s'empressent, après quel-\nques soirs de tapage, de prendre un arrêté excluant de la scène le pauvre\ncabot. Ainsi les enfants rejettent leur poupée après lui avoir cassé les bras\net vidé le ventre. Je n'exagère rien. Une signature, et voilà des malheureux\nsur le pavé. Ils sont élus et sans place. Ah 1 le bon billet!\nJe ne sais si l'on peut expliquer par le « plaisir de rompre », délicate-\nment analysé par M. Jules Renard, l'acharnement de certains\nToujours est-il que nous manquons absolument de charité, Enfants, nous\nsupplicions les bêtes ; collégiens, nos pions ; hommes, nos amuseurs...*\nNe serait-il pas plus humain de compatir à la nervosité des\nimpressionnables à l'excès (genns irritabile actorum), dans la gorge des-\nquels le trac étrangle la note et arrête la vocalise ? A celte démoralisation\nqui est réelle, s'ajoutent les mille et un chantages de la ville. Certakrs\nagents persuadent aux actrices qu'elles feraient bien d'acheter l'appui de\nquelques abonnés pour les trois épreuves. Cette histoire est arrivée, enlne\nautres, àla regrettée Priola, de l'Opéra-Comique. Elle dut donner 5.00 c\nfrancs à un individu d'une grande ville du Midi. Et l'on pourrait accumuler\nles faits et allonger le réquisitoire. Visites aux gros bonnets de l'endroit*\nabonnement et subvention au journal les Frises, assauts de « tapeurs »et\nde Lovelace, voilà, et j'en oublie, les désagréments qu'ont à subir, chaque\nsaison, les artistes, s'ils veulent vivre.\nUne fois reçus, ils ne sont pas au bout de leurs peines. Ils restent àla\nmerci du directeur qui conserve, de par l'acte d'engagement, le droit de\nrésiliation (qu'il peut souvent exercer à toute époque de la saison), et ce,\n« quel que soit le résultat des débuts et avant même qu'ils soient terminés vu\nAinsi la décision favorable du suffrage universel peut être infirmée parie\nveto du directeur. L'artiste a donc deux ennemis : le public,\nterrible en ses emportements, et le directeur, caché à la cantonade. Le\nsecond n'est pas le moins perfide ni le moins redoutable. On a vu des direc-\nteurs faussant les scrutins, faisant siffler les artistes pour s'en débarrasser\navec un semblant de justice ou leur imposer de grosses diminutions d'ap-\npointements. Ce sont les « affameurs » de la traite des planches, pour qiiî\nle jiu-jitsu n'a plus de secrets.\nD'autres fois, les mécontents transforment les débuts en une arme contre\nl'imprésario. On refuse en bloc. On boycotte. On se bat sur le dos des"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.42", "texte": "m\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nartistes qui n'en peuvent mais, tant et si bien que le directeur, à bout de\nmunitions, acculé à la faillite, abandonne la lutte et démissionne. Les ac-\nteurs, admis ou refusés, sont tous à la rue.\nTelles sont les charges graves que Ton peut accumuler contre ce mode\nde recrutement des troupes de province. Puissent ces lignes contribuer à\nson abolition et apporter un peu de bonheur aux artistes assez malheureux\nde chanter de l'Adam ou de l'Halévy pour n'être pas soumis, par surcroît,\naux bizarres caprices des foules !\n\nRaoul Davray.\n\nCORRESPONDANCE\nÂ propos d'Armor.\nJ'ai reçu la lettre suivante ; elle fait grand honneur à celui qui l'a écrite,\net je crois que nos lecteurs me sauront gré de la leur communiquer.\nÂ M. Louis LALOY.\nMONSIEUR,\nt nie permetti aïs, si ce n est pas abuser, de faire appel à vos lumières\npowr éclairer ma religion musicale sur\nhieui, ,n est qu une correspondance privée,\nces idées avec vous, pour en Unir une fois pour toutes avec les appréciations,\nsincères ou non, que Ton entend émettre\nœuvres dont on détermine la valeur o\nréjouissant.\nes quelques considérations m'ont été suggérées par la représentation\n«fArmor, de Sylvio Lazzari, donnée au Grand-Théâtre. Les critiques des\njournaux quotidiens ont célébré sur le mode dithyrambique le succès de ce\ngraine musical; ils se sont accordés cep F insignifiance\nlité du livret. Après une première audition\nU partition, J'ai essayé d'y voir clair\nsensations. Sans plus de préambule, voi\n, MlJat nen entendu que la forme surannée de l'opéra, telle que l'ont connue\nses iossini, Meyerbeer, Verdi, Gounod, est démodée et a vécu. Nous ne pou-\nvans plus nous accommoder des puérilités\nces compositeurs Wagner, avec son\ndu drame musical, de cette intime association de la forme dramatique et de\n£ expression musicale celle-ci suivant\nZJfnrHfl Pt/, / ' pour 01 \"S 1 dire' au\nJ&i fortilient nos aperceptions.\nArmor est bien en ce sens de l'école wagnérienne, trop même car les ré-\nminiscences y sont claires. Mais, et vo\nennui fatal, une monotonie excessive de cette œuvre. Point d'action point de\nme; les héros sont gelés. Je n'ignore\nmais ceci n'est pas une excuse, je suppose. Et enfin, voici mon grandi reproché\nmâzztzTsZ\" aetae's r\"\"em\" <\"*»> «» ®\n\"\"\" ■ mf *yue> f'ils admette,,, le corn-\nJ. '. qu Us chassent toute pensee musical\n« De 1. découlent ces heurts, ces entres; les ptrZs Z éZcZ"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n89\n\nde phrases se coupent, se superposent, se succèdent sans logique (que pro-\nbablement je n'ai pas su y trouver). Le tutti étant la règle, l'orchestration\nen est lourde, écrasante. Je ne nie pas la puissance, si par puissance il faut\nentendre éclat, sonorité. Oserais-je le dire ? J'ai la faiblesse inavouable de\ndemander à la musique, non pas seulement de me faire évader des contin-\ngencesde me faire penser, mais encore et surtout de m'émouvoir ; non pas\nl'émoi quelque peu ridicule, qui ébranle une sensibilité à fleur de peau, mais\nl'émotion plus élevée qui vient réveiller et mettre en jeu les aspirations\nnobles de mon moi moral : et vous savez mieux que moi que F idée sans le\nsentiment a bien peu de force. Or Vœuvre dont nous nous occupons satisfait-\nelle les désirs formulés ? Point. Un thème de 4ou 5 notes est proposé par\nun instrument, et par un procédé bien connu passe d'un instrument à F autre5\njusqu'à complet épuisement. CTest assez futile. On ne trouve pas cette harmo-\nnie enveloppante du duo d'amour de Tristan, duo auquel on a assimilé celui\nd'Armor. Bref, une musique qui se développe sans lien conducteur, et surtout\nmonotone et froide.\nEt cependant, on a parlé de grand succès ; on y a découvert beaucoup de\nchoses, dans cette musique. Je ne m'explique pas cet état d'esprit. L'auteur\nest évidemment un musicien de grand talent, maniant son orchestre en com-\npositeur adroit et savant. Belles sonorités, trouvailles de timbres heureux,\nassociation nouvelle d'instruments, puissance, force, aucune banalité, sévé-\nrité, je lui reconnais tout cela ; et cependant je suis resté complètement froid\nà l'audition.\nVoilà mon état d'âme musical. Peut-être, Monsieur, vais-je passer à vos\nyeux pour un barbare ? Mais c'est un musicien convaincu qui vous écrit,\nqui adore la musique, et qui s'inquiète de la tournure d'esprit qu'affectent\ncertains milieux, quand on agite quelques questions musicales, et c'est là\nla seule excuse à un bavardage qui vous semblera long, prétentieux et inu-\ntile.\nOserais-je espérer, Monsieur, une réponse de votre part qui, j en suis sûr,\nsera le baume apaisant désiré?\nDaignez agréer F assurance de ma parfaite considération.\nP.-S. —Il est bien entendu que cette lettre est toute personnelle. Si toute-\nfois vous jugiez que quelques-unes des idées qui y sont contenues pouvaient\nintéresser les lecteurs, vous avez tout pouvoir, a la seule condition de taire\nmon nom, ou de ne mettre que les initiales :\nA, G.\nA Dieu ne plaise que je traite de barbare un amateur aussi éclairé et\naussi sincère en ses impressions ! Retenu à Paris par des devoirs multi-\nples et inégalement pénibles, je n'ai point entendu Armor ; mais j'ai lu\nl'excellent compte rendu de M. Reboul, et mon impression, c'est que moi\naussi j'aurais accordé à Armor, et à son chaste héros, et à son érudit\ncompositeur, un prix de vertu plutôt que de beauté. Il faut songer que\nl'œuvre remonte à une époque où nous étions tous empoisonnés de\nWagner. Oui, empoisonnés. Nietzsche avait raison : « Il a rendu la mu-\nsique malade. » Malade de philosophie d'abord. La musique n'est point\nfaite pour prôner le renoncement, disserter sur le jour et la nuit, la vie\net le néant, l'amour et la mort, ou pour commenter un Evangile plus ou\nmoins apocryphe. Chez Wagner lui-même, toute cette « profondeur » alle-\nmande ne nous apparaît plus aujourd'hui que comme un solennel attrape-\nnigauds, déjà tout vermoulu de ridicule. Que dire de ses continuateurs ?\nIl est sorti de la Tétralogie et de Parsifal toute une lignée de héros purs,\nen lutte avec d'aimables enchanteresses dont les artifices ont bientôt raison"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.44", "texte": "90\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\nde leur vertu : il faut voir alors les remords affreux de ces bons jeunes\ncrens et leur châtiment aussi ne se fait guère attendre. Comme si la purete\nétait'la seule affaire importante de ce monde, surtout pour un héros . Voila\nune superstition qui fera toujours sourire, dans un pays comme le notre,\noù les mœurs ont su rester si joliment païennes.\nMais cela n'est rien : un sot livret peut encore supporter non pas un chet-\nd'œuvre, mais une belle œuvre ou de belles pages. Ce qui est plus grave, c est\nque la musique a été atteinte dans sa source même et sa structure. Comme\nle remarque fort bien mon correspondant, Wagner a créé un poncif . les\nédifices sonores qu'il bâtissait avec des mélodies fortement caractérisées,\non a voulu les refaire en matériaux beaucoup moins solides : il n est si\npauvre et insignifiante agrégation de notes qui, promue à la dignité de\nleit-motiv, n'ait été traitée selon toutes les formules de la multiplication\nwagnérienne, et engagée à tout propos en de pyramidales constructions : d où\ndes catastrophes sonores et des ruines retentissantes sous lesquelles 1 au-\nditeur reste le plus souvent enseveli. Cet art, si c'en est un, a certainement\nfait son temps. Le drame musical moderne, s'il veut vivre, doit suivre la\nroute de lumière que lui a ouverte en 1 902 date mémorable entre toutes\nClaude Debussy. Plus de pédantisme ici, plus de laborieuses superposi-\ntions d'insignifiances, plus de lourdes sonorités, plus de tortueuses harmo-\nnies : la mélodie en toute sa pureté, l'harmonie naturelle et neuve, l'émo-\ntion toute fraîche et le charme partout répandu. Ne nous reprochons point\nl'ennui que nous inspirent des œuvres surannées ; et comme Agnès,\navouons candidement à tous les Arnolphes wagnériens, qu'\n« Horace avec deux mots en ferait plus que vous ».\nL. L.\n\nLA MUSIQUE A STUTTGART.\n\nA M. Kirl Beulter (Roscnfeld).\nLe2B janvier prochain, le baron Putlitz aura 14 ans de direction. Lors-\nqu il entra au Théâtre-Royal, on lui prédit six mois de durée, car, disaient\nles journaux, « ce beau jeune homme n'a pas d'expérience ni de talent ».\nCe « beau jeune homme » a subi les crises les plus graves, par exemple\n1 incendie du Grand-1 héâtre, huit jours avant sa dixième année de direction,\net il a promené ses artistes à travers l'Allemagne et notamment à Berlin»\noù les critiques les plus illustres ont écrit que les artistes de l'Opéra-Royal\nde Beilin pouvaient prendre modèle sur les artistes de Stuttgart. Le « beau\njeune nomme » d il y a quatorze ans était officier badoiset avait appris l'art\ntheatral au foyer domestique, carsonpere était le poete bien connu et admi-\nnistrateur général des théâtres badois de Karlsruhe. Il avait donc eu l'occa-\nsion, dès son enfance, de se préparer à sa carrière future, et il est absolument\nfaux de dit e qu un « officier prussien » arrivait un beau jour pour mettre à la\nporte un bourgeois, citoyen duroyaume de Wurtemberg. M. Kiedaisch, son\nprédécesseur, est, tout naturellement, l'ennemi acharné du baron Putlitz,\ncar, sous la direction Wehl, il avait administré le théâtre pendant vingt\nans et avait cinquante ans de services. Mais la faute n'est pas du tout au «beau\njeune homme » de vingt-huit ans ; le Roi voulait un gentilhomme à la tête\ne son theatre, et M. Kiedaisch y est entré comme second caissier. Sous les\nrégimes des predecesseurs du baron Putlitz, la célèbre renommée des théâ-\ntres royaux tombait en ruines, et on a dit qu'il n'en restait plus que des lam-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n91\n\neaux. Mais, en tout cas, 1 art en souffrait, et on ne parlait que du magasin\nqu avait ouvert le roi Charles, mort il y a quinze ans. Le roi Guillaume avait\nepouse une charmante petite princesse, excellente pianiste ; et la reine est,\nsans vouloir la flatter, encore très renommée comme pianiste. Arrivé au\npouvoir, Guillaume ne supporta plus longtemps cette décadence et nomma\nun jeune homme, pour réformer et pour rajeunir ses théâtres. M. Kiedaisch\navait engage le célèbre Zumpé, mort il y atrois ans, et M. Péter-Mullerqui\nest aujourd'hui l'artiste favori du public. Le baron Putlitz rompit les rela-\ntions avedes anciens serviteurs du roi et appela un homme du métier, le ré-\ngisseurgéneral de Berlin, M. Hans Meery, et un de nos confrères, M. Gerst-\nmann, rédacteur du Journal national de Berlin. Ce dernier, aujourd'hui\nprofesseur royal, n a plus 1 habitude de son ancien métier. Car il m'a\nrefusé (du reste de la manière la plus courtoise) toutes les notes relatives\nau pouvoir du baron, car « M. le baron ne travaille qu'au nom de l'art ». Il\ndevrau savoir qu un chroniqueur ne doit pas inventer ce qu'il avance.\nM. Gerstmann est d ailleurs un homme très habile, et nous espérons qu'il\nnous restera.\n? Prédictions sur le baron Putlitz avaient tort, heureusement, et il\ns est montré le digne héritier de son père, qu'il avait honoré en montant un\nde ses opéras, dont la musique est de Flotow, compositeur de Martha. Le\nbaron est un des fondateurs de la Société Richard Wagner et de la Société\nGœthe, il cultive sans cesse la mémoire de Richard Wagner, en compagnie\ndun élève favori de Liszt, M. Karl Pohlig, successeur de M. Zumpé, qui\navait collaboré avec Richard Wagner lui-même de 1873 à 1876 à Bayreuth.\nZumpé corrigeait avec Wagner les partitions de Y Anneau du Nibelung, qui\nut joué à Stuttgart, pour la dernière fois, au commencement du mois de\ndécembre avec le concours du célèbre docteur Briesemeister de Bayreuth\n(Loge), de MM. Desider Zâdor de Munich, Brestenfeld de Francfort et\nIslaub (Albérich), de M«10 Senger-Bettaque de Munich (Brunhilde) et de\nM»e Schwenker de Karlsruhe (une des filles du Rhin). Un des plus grands\nmérites du baron, sinon le plus grand, c'est d'avoir engagé, il y a douze\nans, Mlle Sutter d Augsbourg, qui succédait à Mlle Anna Riegl, la première\nCarmen de Stuttgart. Le 4 janvier 1906 est le 23e anniversaire de la pre-\nmière représentation de Carmen ici. Un autre mérite du baron c'est d'avoir\naboli la censure et monté le premier en Allemagne Tolstoï, Wilde, Gorki,\nBjoemson. Ensuite il jouait des jeunes; avant lui, l'Opéra montait toujours\nFidel 10, le/* / eischutç, Obéron, 1 IpJugénie de Gluck,les Huguenots, Martha,\nPreciosa, tout le répertoire d'Auber, d'Adam, d'Halévy, de Méhul,\nBoïeldieu, de Hérold et de Balfe.\nIl a joué les jeunes auteurs suivants: MM. Joseph-Antoine Mayer, Hum-\nmel, Kistler, Langer, Zumpe, Krug-Waldsee, Kienzl, Goldmark, Mascagni,\nLinder, Jaques-Dalcroze, Kulenkampf, Thuille, Seyffardt, Sandberger,\nStenhammar, d Albert. Et M. le baron n'a pas de raison pour ne pas jouer\nM. Esslinger, jeune compositeur de Stuttgart. Est-ce que M. le baron serait\nhostile aux jeunes d aujourd'hui ? M. Esslinger est un compositeur très doué\net a terminé un grand opéra, dont le texte est d'Henri Heine ; il y a un\ntrès beau ballet dans cet opéra.\nM. Joseph-Antoine Mayer est chef d'orchestre de l'Opéra; il a monté\n1 opéra le Kyffhaeuser, et attend les répétitions de son nouvel opéra, la\nFontaine de Madeleine, texte du docteur Ernest Kapff, auteur de Colomb.\nM. Mayer a composé un oratorio, Jephta, et un opéra, le Violoniste de\nGmiindy représenté il y a quelques années. M. Joseph-Frédéric Hummel est\nné le 14 août 1841 et a tait monter à Stuttgart Mara ; il est auteur d'ouvrages\ninnombrables et des opéras suivants : Augla, Assarpaï, Sofie de Brabant\nla Confession ; M. Gustave Kulenkampf a monté le Roi Drosselbart et est le"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.46", "texte": "92\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\n\ncompositeur du Page, du Prince des nègres, de la Fiancée de Cypre,\nà'Anne-Marie. M.Ferdinand Langer, né le 21 janvier 1889, monta son\nSijjleur de Haardt et a publié les opéras : le Voisinage dangereux, la Belle au\nbois dormant, Murillo; ses succès n'ont été que locaux.\nM. Guillaume Stenhammar, né le 7 février 1871, monta son opéra, la Fête\nde Solhaug, que l'Opéra de Berlin vient de jouer. Le texte est de Henrik\nIbsen. M. Stenhammar a écrit le drame musical Tirfing.\nAprès lui, ce fut le tour de M. Kistler, né le 12 mars 1848, qui montait\nKunihild ; il est auteur des opéras : Eulenspiegel, La pauvre Else, et\nd'autres. M. Louis Thuilie, né le 3o novembre 1861, fît jouer Lobetan% ;il\n•écrivit les opéras Gugeline et Theuerdank. M. Gottfried Linder, professeur\nau Conservatoire, donnait au Théâtre-Royal Konradin de Souabe et publia\nune Belle au bois dormant, une Légende de Forêt, suite pour orchestre. Il\nest né le 22 juillet 1842. M. Adolphe Sandberger de Munich, membre de la\nSociété des Arts et des Sciences de Mons et né le 19 décembre 1864, fit\njouer son Louis le Coureur. M. Sandberger publia un ouvrage sur Pierre\nCornélius et un autre sur la Gwendoline de Chabrier que le baron Putlitz\nmonta également. Il représenta Astorre deM.Krug-Waldsee,néleß novembre\n1858, ancien chef d'orchestre de la « Nouvelle Société de Chant »,aont le\nchef actuel, M. Ernest Seyfifard, a été joué, lui aussi, à l'Opéra. M. Krug-\nWaldsee est auteur de Harald, du Roi Rother et d'un Violoniste de Gmund>\nd'une symphonie et d'une ouverture de Turandot de Schiller.\nLe baron Putlitz monta en 1893 Falstaff de Verdi, avec M. Frické;\nDjam ileh de Bizet, la Poupée de Nuremberg d'Adam (au répertoire avec\nMlle Sutter), Siegfried de Wagner, les Macliabées de Rubinstein. Le baron\nPutlitz monta la saison suivante (1894 à 1895) la Fiancée vendue de Sme-\ntana, îphigéme de Gluck, Haensel et Gretel (avec Mlle Sutter) d'Humper-\ndinck ; Sigrun ; la Belle Galathée ; Farinelli de Zumpe ; Janie, idylle\nmusicale d'un collaborateur de notre Mercure, M. Jaques-Dalcroze, et de\nM. Philippe Godet.\nC est très louable d'avoir joué Jaques-Dalcroze, qui n'est pas inconnu en\nAllemagne ; on cultive ses jeux mimiques partout, et son ami, M. Philippe\nGodet, auteur d'une Histoire de la littérature suisse-française, est très ré-\nputé partout. M. Philippe Godet est le successeur de feu Henry Warnery,\npoète vaudois et professeur à l'Académie de Neuchâtel, où est le foyer de\na poésie romande et de la musique suisse. C'est un très heureux pays, ce\ncanton suisse, isolé du reste du monde ; il est d'autant plus louable que\nMM. Jaques-Dalcroze et Godet soient venus nous faire connaître leur\nœuvre. Les Vaudois n'en ont pas fait autant.\nNous avons ensuite Zaïre de M. delà Nux, Ratcliff de Mascagni, Boccace,\nDahbor de Smetana, Zanetto de Mascagni, Silvano du même auteur, Tris-\ntan et Isolde , Otello de Verdi ; Manon ;la Serva padrona de Pergolèse ;\nGo ouvrages de Lortzing, Reine de mai de Gluck ; la fin de François Moov\nde Délia Noce ; de Suppé ; un ouvrage de Siegfried Wagner; les\netites Michus ;la Poupée ; Louise ;la Bohème ;le Petit Corse fut créé à\ntuttgart par Mme Charlotte Wiehe; auparavant il n'avait jamais été joué\nailleurs. La Main fut créée par Mile Sutter ; cet ouvrage de M. Bereny est\nau repertoire. M. le baron fera bien de confier enfin un rôle dans cette\npantomime à M. Wiihelm Weidnér, celui du baron, ou du voleur. Mais je\ncrois que le voleur serait mieux pour le grand talent de M. Wiihelm Wei-\ndner M* Bereng et Mme Charlotte Wiehe devraient demander M. Wilhem\nV\\ eidner ; car c'est une injustice de le cacher. M. le baron a maints ar-\ntistes dans son admirable chœur ; il faut qu'il les mette en lumière. Et il\ny a pas e raison pour engager des personnes à qui manque tout pour\netre un artiste, comme c'est le cas avec M\"o Charlotte Bouché. Cette dame"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n93\n\nn est pas une mauvaise actrice; aux Gobelins ou à Montparnasse elle pour-\nrait jouer les vieilles et les jeunes femmes et les rôles d'hommes. On\nen serait content. Mais à 1 Opéra, elle est impossible, matériellement im-\npossible, Monsieur le baron, aussi impossible pour l'Opéra que Mlle Doe-\nlitzscher l'a été.\nC est bien méchant de ma part de dire la vérité ; mais je m'efforce d'être\nplus gentil en vous faisant mes compliments à cause de Mile Hoetzel et de\nM. Buiger. Mlle Hoetzel est, et c'est la vérité, une toute délicieuse prima\nina, et M. Albert Burger est un danseur de premier ordre. La mimi-\nque de M. Burger est réglée par son professeur, mais à M. Wilhelm Wei-\ndner elle est innée. M. Burger est devenu un maître dans son art, parce\nqu'il avait une excellente école, celle de M. Scharf. Mais M. Wilhelm\nWeidner est doué par la nature et n'avait pas besoin d'étudier la panto-\nmime dans une ecole. M^e Hoetzel nous revele une artiste exquise \\ ce\nqu'elle sait n'est pas d'elle-même. Elle avait la même école que M. Burger.\nC'est donc la différence entre ces deux et M. Wilhelm Weidner]\nqui est un enfant précoce.\nM. le baron a tort de le négliger ; beaucoup d'étrangers seraient très heu-\nreux de voir M. Wilhelm Weidner, par exemple dans la Main. Le public\nne se plaindrait pas si cette pantomime était reprise, car MU0 Sutter, qui\nest une belle Pille du régiment et un Chérubin fort distingué dans \\e Ma-\nriage de Figaro, serait sur l'affiche. Et cette grande artiste, qui, dit-on, est\nla meilleure Carmen de l'Allemagne, est une attraction comme la belle\nOtéro ou Cléo de Mérode.\n\nSous-Off.\n\nCOURRIER DE LYON.\nRédemption en deux auditions consécutives : c'est le plus encourageant\nsuccès pour M. Witkowski et pour la Société'des Grands Concerts. Mais\nque les anges ne se fatiguent-ils d'être heureux, du moins s'ils le sont à la\nfaçon des hommes !\nLes anges de la Schola nous offrent les plus belles robes du monde, et\n1 innocence de voix timides, qui n'osent pas « tout de suite » s'approcher\ndes notes. Les chœurs d'hommes, eux, sont très... masculins. Pour MllO de\nla Rouvière, c'est un archange terrible, même lorsqu'il professe les plus\ndouces choses en doux accents.\nEt puis cette acoustique des Folies-Bergère ne se modifie décidément\npas. Je pense à un lieu très simple, plein d'une continuelle pénombre,\noù ceux qui croient aimer la musique, et qui l'aiment, iraient entendre le\nsourd travail des violons et de l'orgue. Quel bel effort libérateur ne pour-\nrait-on inscrire sur les murs de cette antique chapelle, pour nos âmes qu'é-\ntouffent les fumées urbaines ? Ce serait une douce lumière, dans les brumes\nv\nde nos hivers fluviaux, que celle du génie des maîtres illuminant chaque\nsoir les voûtes de Saint-Pierre désaffecté. L'on veut transformer ce bel\nédifice en musée, ne vaut-il pas mieux lui garder son usage sonore ?\nPour en revenir à Rédemption, que j'aurais voulu entendre en d'autres\nconditions, M. Witkowski a tiré le meilleur parti d'éléments nombreux et\ninexpérimentés : son succès personnel est vif, et justifié. Le quatuor d'or-\nchestre paraît encore en progrès, mais je crois que pour l'instant il fau-\ndrait renoncer aux chœurs."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.48", "texte": "En début de programme, quelques morceaux d'appétit. Je ne sais\nrien de la Belle Mélusine de Mendelssohn, sinon que ce doit etre un ef-\nfrayant bavardage. Phidylé est déjà trop connue pour que Mlle de la Rou-\nvière ait pu modifier notre impression. Il y avait aussi du Rameau quelque\npart. Air de Phèdre, d'Hipployte et Aricie. Mais je ne suis pas bien\nsûr de l'avoir entendu.\nN. B. Je regrette de n'avoir pu assister à la conférence deM. Salles, à la Société\nlittéraire, sur le Pygmalion de Rousseau, et à l'audition de la musique de scène\nd'Horace Coignet, « Lyonnois ». L'intérêt est certain de ces reconstitutions d art\nrégional. Mais j'attends celui qui nous rendra la musique de 1 école d Avignon, d Elzéar\nGenet et d'lntermet aux deux Granier.\nA propos de VAttaque du Moulin, un typographe me fait dire « vague », de lait\nde M. Bruneau, alors que j'avais écrit « vogue », puisqu'il s'agissait de ton local.\nEt aussi je ne résiste pas à la malveillance de vous signaler que 1 aflection de notre\ndémocratie s'est éteinte dans une seconde et ultime représentation. Alors... !\n\nÉCHOS\nDocuments historiques. Après les beaux concerts de musique française\n-donnés par M. Vincent d'lndy, on vit paraître dans la presse américaine\ndiverses appréciations dont la plus remarquable nous paraît être celle\nde Y Evening Post:\nNew-York, lundi il décembre 1905.\nM. Vincent d'lndy a conduit encore une fois Vorchestre de Boston ; il avait mis\nau programme la Symphonie en si bémol d'Emet Chausson ; le poème sym-\nphonique Eros et Psyché de César Franck ; deux Nocturnes de Claude De-\nbussy ; un Chant funèbre d'Albéric Magnard, et Istar, de Vincent d'lndy lui-\nmême. Plus d'une de ces œuvres avait déjà été entendue ici, mais il n'en était pas\nmoins désirable de les entendre encore, sous le bâton autoritaire et sympathique\nde M. d'lndy9 qui sut en tirer le meilleur parti possible, avec l'aide de Vexcellent\norchestre de Boston. La Symphonie de Chausson n'a que trois mouvements ;le\nquatrième manque. Les trois premiers pourraient manquer aussi9 sans grand\ndommage pour les musiciens. Il y a là bien peu d'indices d un pouvoir créateur. Le\nmouvement lent est le meilleur des trois ; il révèle une étude attentive de Parsifal.\nLe morceau de César Franck est écrit avec recherche, mais absolument banal au\npoint de vue mélodique. Le second des deux Nocturnes de Debussy, Fêtes, in-\ntéresse par une splendeur à demi barbare. Le Chant funèbre de Magnard se\nmontre lourd, terne, revêche : cela sent l'amateur, et cela n'en finit pas. Ce fut\nensuite un vrai soulagement que d'entendre la familière et ingénieuse série de va-\nriations de M. d'lndy intitulée Istar, qui terminait brillamment le concert. Mais\naprès ces deux séances de musique française, une réflexion s'impose à l'esprit :\n«Pourquoi ces jeunes Français ne prennent-ils pas Saint-Saëns pour modèle, au\nlieu de César Franck, si absurdement surfait ? » Saint-Saëns, quoique influencé\npar Bach et Wagner, est bien plus Français en sa pensée et son style que les\ncompositeurs de l'école de Franck. Il a, par-dessus tout, ce qui semble leur man-\nquer à tous : le don divin de la mélodie. C'est sa musique qui est la musique de\nl'avenir en France.\nIl semble difficile de pousser plus loin l'art de ne pas comprendre. On y\narrive cependant, tout près de nous, et ce n'est pas sans surprise que nous\n\n94\nLE MERCURE MUSICAL IJ-t-OÔ"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n95\n\nlisions récemment, dans une revue cependant sérieuse et bien rédigée\nd'habitude, ces lignes signées Jean d'Offoel :\nUne notable partie du public a paru charmée de ces imprécisions blanches\naux harmonies fluides, qui ne peuvent\nqui court et s'obstine à travers Vœuvre.\nLe thème dé A ida! Il n'y en a donc qu'un ? Et sait-on en quelle œuvre\nl'oreille plus que subtile de notre confrère retrouve ce thème mystérieux ?\nC'est dans le Prélude à VAprès-midi d\nVoici maintenant une fantaisie plus macabre ; elle nous vient de Suède.\nLe Dagens Nyheter de Stockholm, en son numéro du 3o décembre der-\nnier, annonce en ces termes la première représentation des\nSaint-Je an :\nA VOpéra-Comique on a donné, le d\nœuvres qui ont été accueillies toutes les\nL'une était un opéra en quatre actes, é\nle compositeur Charles-Marie Widor,\nmort dés IBBJ, qui, Vannée avant sa mort, put faire jouer son premier et\nunique drame lyrique, Maître Ambros.\nlivrer à la publicité s'appelle les Pêcheurs de Saint-Jean.\nM. Armand Parent vient de commencer, à la salle la série des\nconcerts consacrés à l'audition intégrale des oeuvres de musique de chambre\nde Beethoven. Rappelons à ce sujet que quatre séances resteront con-\nsacrées, chaque année, à la musique française moderne ; on n'attendait\npas moins d'un artiste qui fut, nous croyons bien, le premier à faire con-\nnaître les œuvres de nos jeunes compositeurs, et qui sait que son rôle est\nde diriger le goût du public, non de le suivre.\nM. Louis Laloy, directeur du Mercure fera, le i 5 janvier à 3 heures,\nau cercle des Etudiants catholiques, 18, rue du Luxembourg, une confé-\nrence sur la musique de l'Extrême-Orient (Chine, Japon, Java), avec le\nconcours de M. Ricardo Vines.\nM. Charles Tournemire, présenté en Hollande par le maître Daniel de\nLange, l'éminent directeur du Conservatoire d'Amsterdam, vient de diriger\ndeux brillantes auditions de son œuvre grand prix\nde la ville de Paris en 1904. A Leyde le 8 décembre, et à la Haye le\n12 décembre, avec le concours du merveilleux orchestre royal de la Haye\net des splendides chœurs de la Toonkunst de Leyde. Les solistes,\ntous très remarquables : Mmes Madier de Montjau, D. Brunings, Jacoba\nDhont, MM. Martien Smits et Jos. M. Orelio, surent merveilleusement\nfaire valoir les récits de l'œuvre. La critique hollandaise a été extrême-\nment élogieuse.\nA ces deux séances de Leyde et de la Haye, le maître Daniel de Lange\na dirigé en très grand musicien deux chœurs admirables de R. Strauss à\n16 parties réelles, chantés supérieurement par la célèbre Société la Toon-\nkunst de Leyde. Le concert commençait par l'ouverture de\nBeethoven, admirablement rendue par le superbe orchestre de la Haye.\nM. Calvocoressi fera, le 3i janvier à Bh. 1/2 du soir, àla\ndes idées (Université populaire, 157, faub. Saint-Antoine), une conférence\nsur Les origines de la musique de clavieavec audition, par M. J. Joachim\nNin, d'œuvres de Cabezon, Byrd, Couperin, Frescobaldi, Kuhnau, J.-S.\nBach, etc.\nSociété J.-S.-Bach. Le prochain concert avec orchestre aura lieu le\nmercredi 17 janvier (répétition publique le mardi 16), avec le concours du"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.50", "texte": "96\nLE MERCURE MUSICAL 15-I-06\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de Librairie.\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\n\ncélèbre ténor allemand Georg Walter. Au programme (ire audition à Paris)\nla cantate Ich armer Mensch: pour ténor solo, la cantate Nnn komm der\nHeiden Heiland pour soli et chœurs, des GeistlicJie Lieder, et le Concerto\nen la mineur pour piano, flûte et violon.\nBruxelles. Nous apprenons avec plaisir que M. Paul Grosfils, notre\ncorrespondant pour la Belgique, vient d'être chargé de la critique musi-\ncale au journal Xlndépendance belge.\nNantes. Ce fut un triomphe que le concert du 29 décembre, dirigé\npar M. de Lacerda. Nous en reparlerons.\nGrand Concours de Composition musicale. L'Académie des Artistes\nmusiciens de Province, qui est sous la présidence d'honneur d'Emile Pala-\ndilhe, de l'lnstitut, et qui a à sa tête un Comité composé des principales\nnotabilités artistiques de France, sous la présidence de Paul Lacombe,\nmembre correspondant de l'lnstitut, vient d'ouvrir pour 1906 son cinquième\nGrand Concours international annuel de Composition musicale.\nOutre les récompenses qui seront décernées dans chaque section, les\nmeilleures œuvres couronnées seront éditées gratuitement, et les œuvres cho-\nrales primées seront imposées dans les principaux concours orphéoniques.\nLe règlement est adressé franco à tous ceux qui en font la demande à\nM. François Fargues, compositeur de musique, directeur de VAcadémie des\nArtistes musiciens de Province, rue Voltaire, 49, Carcassonne (Aude).\nLe Sottisier musical. «La valeur d'une interprétation dépend surtout\nde l'esprit qu'elle renferme... Un cheval est aussi bon coursier qu'un cerf.\nIl est cependant certain que si tous deux étaient attelés à la même voiture,,\nl'équipage irait fort mal. » —A. M. dans le Monde musical, i 5\n1905.\n« Ah ! quelles merveilleuses sélections on ferait dans les Symphonies de\nHaydn et de Mozart et pourquoi s'obstiner à les jouer tout entières, ce\nqui, du reste, revient le plus souvent à ne pas les jouer du tout. »\nJ. D OFFOEL dans le Guide musical, 23 décembre 1905, p. 830.\n« Je ne sais si mon pauvre cerveau a pu s'assimiler le mugissement de\nces grandes douleurs. » GUNSBOURG dans Musica, lER janvier 1906, p. 2.\n\nNÉCROLOGIE.\nLe D janvier, ont eu lieu a 1 église Saint-P rançois-Xavier les funérailles de*\nMine la comtesse d Indy, nee de Pampelonne, femme du grand compositeur\nà qui nous offrons ici nos respectueuses condoléances."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.51", "texte": "'\nVolume I\nDECEMBER, MCMV\nfslumber I\nPublished by The Musiclovers Company at 37 St. Botolph Street, Boston, U.S. A. MCMV\nCopyright, 1905 Entered at Boston post-office as second-class mail matter\nEn vente au Bureau du Mereure Musieal,2, rue de JLouvois,PARIS(2.)\nftk\n\nCONTENTS\nPAGE\nCalendar and Anniversaries\nThe Music of To-morrow Lawrence Gilman\nJulius Rontgen Jacques Hartog\nThe Uplift of Music Mrs. H. H. A. Beach\nThe Musical Year :\nNew York\nLondon Nicolas Gatty\nParis Louis Laloy\nBerlin J. C. Lusztig\nDresden Albert Noll\nMilan Aldo Franchetti\nSt. Petersburg N. Findeisen\nAmerica's Army of Musiclovers Victor Herbert\nEssay E. A. Baughan\nBiographical Notes and Sketches, with Portraits :\nAgathe Backer-Grondahl\nArthur Foote\nEmile Sjogren\nAndré Messager\nArthur Farwell\nEdward Marc Dowell\nG. W. Ghadwick\nBibliography\nCompositions, 1905—A selected list\nCadenz to the first and third movements of Beethoven's G major\nPiano Concerto, from manuscript Julius Rontgen"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.52", "texte": "ORGANISATION DE CONCERTS\nEX* 2, rue de Louvois, PARIS, II»\n>i<\nBeaucoup d'artistes, plus famil\nleur instrument qu'nvec celles de\nlorsqu'il s'agit d'organiser un conc\ntant d'entreprises en déficit. A tous ceux-là nous croyons rendre\nun véritable service en leur rappela\ndéchargera, à des conditions très\nne sont pas les leurs. Par ses relations étendues dans le monde\ndes musiciens et des amateurs, par\net son expérience professionnelle, enfin par sa probité absolue,\njointe a une grande activité, M. Demets est devenu aujourd'hui\nl'organisateur sans rival. Et la Société Nationale, le Quatuor vocal\nde Paris, la Société de Concerts de Chant classique, nombre d'oeuvres\nprivées et d'artistes virtuoses qui l'ont choisi pour Administrateur,\nlui doivent leur existence ou leur pros\nments, s'adresser chez M. Demets,2,ru\nMercure musical, ier octobre 1905.\n\nCHEiMINS DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANÉE\n/ v \\\nVOYAGES A ITINÉRAIRES FACULTATIES\nDe Franee en Algérie et en Tunisie\nOU VICE VERSA\nLa Compagnie délivre toute l'année des carnets de ire, 2e et 3e ciasse pour\nectuer,àprix îéduits, des voyages pouvant comporter des parcours sur les réseaux\nsuivants : Paris-Lyon-Mediterranée, Est, Etat, Midi, Nord, Orléans, Ouest,\nBônp ien' 1 (h,Bne,S- algériennes), Ouest-Algérien,\nBone-Guelma, Sfax-Gafsa, ainsi que sur les lignes maritimes desservies par la\nCompagnie Generale transatlantique, par la Compagnie de Navigation mixte (O\nlouache) ou par la Société Generale de Transports maritimes à vapeur - Ces\nvoyages, dont les itinéraires sont établis à l'avance par les voyageurs eux-mêmes\ndoivent comporter, en meme temps que des parcours français\", soit des parcours\nmaritimes, soit des parcours maritimes et algériens ou tunisiens • les parcours sur\nles reseaux français doivent être de 300 km. au moins ou comptés pour 300 km\nLes parcours maritimes doivent être effectués exclusivement sur ifs nauuebots\nd'une même Compagnie. s PatiueDOls\nL'itinéraire doit ramener le voyageur à son point de départ.\nLes carnets sont valables pendant 90 jours; cette validité peut être prolongée\nuye> deUx ou trois périodes de 3o jours, moyennant le paiement d'un supplément\negai aA . o 0/0 du prix initial du carnet pour chaque prolongation. suPPleme\nAi rets facultatifs daîlô toutes les gares du pàrcotirsi\nLes demandes de carnets pêiitëoi être adressées aux chefs de toutes les o&ni\n1» a.»\"dolvsm Uaf ?*rvenir «N )««» '«• »!«. 82*"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.53", "texte": "A vendre un violon d'Amati authen-\ntique. Prix : 7500 fr. Sad resser au bu-\nreau du journal, 2, rue de Louvois, Paris,\nIle.\nA vendre un piano Pleyel, grand\nformat. Prix 1250 fr. S'adresser au bureau\ndu journal, 2, rue de Louvois, Paris, lle.\n\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nMM.\nStéphane Ans tin, du Théâtre de la\nMonnaie. Leçons de chant. 108, rue du\nBac.\nVictor Blanc, 50, avenue de Ségur (des\nConcerts Lamoureux). Leçons de chant.\nBoucrel, des Concerts Colonne. Leçons\nde chant. 27, rue des Batignolles.\n\njyjmes\nMatfiieu d'Aney, 11, Grande-Rue, Sè-\nvres. Leçons particulières de chant.\nÉléonore Ifclanc, 71, rue Lafayette.\nCours d'ensemble vocal : Mlle E. Blanc et\nM. Henry Eymieu. Le vendredi à 4 h.\nBoui jïarel IBaa 088, 111. boulevard Port-\nRoyal, Professeur de chant. Soins et\nhygiène de la voix.\nInouïs SSrisseà. Cours et leçons de sol-\nfège et de chant, 8, rue Garancière.\nl)ti|>ors?e, des Concerts Colonne et La-\nmoureux, Cours et leçons particulières\nde chant. 110, rue de Rivoli.\nCamille Fourrier, 157, rue du Fau-\nbourg-Saint-Honorè. Cours et leçons de\nchant.\nIlolfiiistraaa*!, de l'Opéra-Comique. Le-\nçons de chant. 88, boulevard des Bati-\ngnolles.\nKikina, 1, rue Yvon-Yillarceau. Leçons\nde chant en français et en russe.\nHiiKaufiîe La§»arl6ie, des Concerts La-\nmoureux, 13, rue Mazagran. Cours Che-\nvillard-Lamoureux. (Succursale: 21, bou-\nlevard de Strasbourg, le-lundi.)\nFail 01 y Léfune. Cours et leçons de\nchant. 89, boulevard Malesherbes.\nIle Le lied français, cours de\nstyle vocal, sous la direction cjes plu§ cé*\nlibres compositeurs français, Me£gr®di et\n4 à 6 h,, mlh Plsyel, §g, rui\n\nMM\nCf. SSi'ef,, suppléant de Widor à St-Sul-\npice. Cours et Leçons d'orgue, harmonie,\ncomposition, grand orgue Cavaillé-Coll à\nla disposition des élèves. 35 bis, rue de\nFleurus.\nIf. I>allier, organiste de la Madeleine.\nLeçons de piano, orgue, harmonie, contre-\npoint, fugue. 7, boulevard Pereire.\nEugène Gigout. 113, avenue de Villiers.\nCours et leçons d'orgue, d'improvisation\net de plain-chant, fondés en 1885.\nGrand orgue de Cavaillé-Coll à la dispo-\nsition des élèves.\nEug, organiste de St-Merri et\ndes Concerts Lamoureux. Leçons d'orgue,\nharmonium, piano, plain-chant, harmo-\nnie, contrepoint et composition. 154, bou-\nlevard Magenta.\ntf eau Poueigli, 16, rue Duperré. Leçons\nd'harmonie et de composition. Orches-\ntration.\nMaurice Ravel. Harmonie et compo-\nsition. Cours Chaigneau, 162, avenue\nVictor-Hugo.\nA. Sérieyx, 108, avenue de Wagram,\nHarmonie, contrepoint et composition.\n\nPIANO\nMM.\nEd. Bernard, 27, rue Lepic. Cours et\nleçons de piano.\nl'aitB-E. Brunoltl, 3, rue Yvon-Villar-\nceau. Leçons de piano et d'harmonie.\nG*. eliiiidolci, 11boulevard Roche-\nchouart. Leçons particulières : salle Herz,\nCours chez Erard.\nJemain, piano, harmonie, contre-\npoint et fugue. 110, avenue V.-Hugo.\nS. «loacliim Htm, 53, rue des Tenne-\nrolles, à Saint-Cloud. Cours et leçons de\npiano en français et en espagnol.\nllao»! PicKaërt, 11, rue du Delta. Le-\nçons de solfège, chant, piano et orgue.\nDaniel Rouerie, 7, avenue Taillade.\nLeçons particulières de piano, solfège,\nharmonie.\nSporclc. Piano, harmonie,\ncomposition. 26, rue Grange-Batelière.\nMené Vanasancle, pianiste-compositeur,\n38> rue Laborde. Leçons de piano, har-\nmonie? contrepoint et fugue.\nttiear# Vinèi) 0, tue Troyon. Court\nêttefuftà de gUuo."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060115-01.1.54", "texte": "]V[mes\nCatore, élève de G. Falkenberg, 41, rue de\nSeine. Leçons de piano et de solfège.\nI*., Laißdormy, 30, rue Saint-Sulpice,\nCours et leçons particulières de piano.\nWanda 236, faubourg\nSaint-Honoré. Leçons et cours de piano.\nNeveu, 8, rue Mouton-Duvernet. Leçons\nde piano et solfège.\nA. Soutaerliielle,2o4,boulevardPereire.\nCours et leçons de piano.\nMites\nBerthe uranton? 11, rue Saint-La-\nzare. Officiel d'Académie. Leçons de piano\net cours de musique d'ensemble.\nFaiiny liaming, 18, rue Godot-de-Mau-\nroi, et 101, avenue de Villiers. Cours et\nleçons de piano et de musique.\n\nÈcloisarcl fti'on, 30, rue de\nçons de violon et d'accompagnement,\n11. Bruynê, des Concerts Lamoureux,\n29, rue de Maubeuge. Leçons particuliè-\nres de violon et d'accompagnement.\nM. Dui'ol, 22, rue Baudin. Leçons parti-\nculières de violon et d'accompagnement.\nYwast Fliege. Leçons de violon et d'ac-\ncompagnement. 207, boulevard Saint-\nGermain.\nHerwegti, 3, avenue Bosquet. Leçons de\nviolon. Concerts.\nPoiîiposi, 75, rue Mozart. Leçons de\nviolon et d'accompagnement.\nHenry Schickel, des Concerts Lamou*\nreux, 5, rue d'Enghien. Leçons de violon\net d'accompagnement.\ntfosepta %eligman, prix Joachim de\nl'Académie royale de Berlin. Leçons de\nviolon et d'accompagnement. 33, rue de\nTocqueville.\n\nCLARINETTE\nM.\nStiévenard, des Concerts Lamoureux,\n75, rue Blanche. Leçons de clarinette et\nd'accompagnement.\n\nVIOLONCELLE\nMM.\n«le Bi'uyii, 118, rue de la Pompe. Le-\nçons de violoncelle et d'accompagnement.\nMarneff, 51 bis, avenue de la République.\nVioloncelle solo des Concerts Lamoureux.\nLeçons de violoncelle.\nMinssart, des Concerts Colonne, 45, rue\nRochechouart. Leçons de violoncelle et\nd'accompagnement.\n\nPROVINCE\nDIJON\nM. BMeti'tcli. Piano, orgue, harmonie.\n105, rue de la Préfecture.\nLYON\nM. Cliarles Koiiclié. Leçons de violon.\n7, place Edgar Quinet.\nM. A. CfUicliarcion, professeur au Con-\nservatoire. Cours et leçons particulières\nde violon et d accompagnement. 24, rue\nRabelais\nMHÔ Lacharrière, Piano, accompagne-\nment. 7, rue des Archers.\nPAU\nPaul Mail fret, 29, rue Carnot. Leçons\nde piano et d'harmonie.\nTOULOUSE\nAi. Ouïes9 &tii ranci. Orgue, harmonie.\n18, rue Saint-Bernard,\n\nVIOLON\nMM.\nLouis Bail! y, 22, rue Chauchat,\nprix du Conservatoire. Leçons d'alto,\nviolon et accompagnement.\nE. Borrcl, 11, rue des Halles. Concer-\ntiste. Leçons de violon.\nCliarles Bouvet, officier de l'lnstruc-\ntion publique, 42, avenue de Wagram,\nLeçons de violon et d'accompagnement.\n\nFPfiii F RFFTHHVPN dirigée par Mlle M. Italntet, 80, rue - Blanche, à\nV . J L,L. 1 l!U® Bil Paris. Cours de piano, solfège, harmonie, pédasoffie,\npréparation aux examens des Ecoles normales. .\n/T.\"{ie. Section. Amateurs ; 2» Section : Artistes se préparant au professorat du piano\n(Diplômes) $ 3® oection : Cours par correspondance*"}]}