{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_sha256": "7f738f963c2bb2bacb0cae5654798aa243344420210496cfafa33172febb0e15", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/02/01_01/bmtnabh_1906-02-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/02/01_01/bmtnabh_1906-02-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.1", "debut_caractere": 326, "fin_caractere_exclue": 893, "texte": "Sommaire\nCH. LÉANDRE . . .... Déodat de Séverac (Croquis d'album inédit).\nJEAN MARNOLD Dialogues d\nARMANDE DE POLIGNAC . Pensées d'ailleurs\nJEAN RAGE Salade\nREVUE DE LA QUINZAINE\n————————\n■\nLouis Laloy, Ch. Chambellan, Jean Poueigh, Joseph Trillat, Nezeu : Les\nConcerts. Jean Marnold: A la Nationale.— Raymond Bouyer:\nParent. X.-Marcel Boulestin : Accords Joseph Trillat :\nLes Revues. Jacques Reboul, A. G. : La musique à Lyon. Marcel Mon-:\ntandon : Courrier de Munich. Sous-Off : Courrier de Stuttgart. Courrier\nde Reims. Courrier de Nantes.\nCalendrier des concerts."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.2", "titre_corps": "DIALOGUES DES MORTS", "titre_sommaire": "DIALOGUES DES MORTS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "DIALOGUES DES MORTS\nTerpander, Palestrina.\n\nVI\nTERPANDRE. Parlez encore, seigneur Pierluigi, j'aime tant\nvous entendre. Combien je bénis Olympos, qui m'enseigna votre\ndivin langage ! Dès le jour que j'en sus articuler quelques syl-\nlabes, ma voix ravie ne se pouvait lasser d'en rythmer tout\nhaut la caresse. De l'ombre mauve où gît son fantôme aux\naguets, la nymphe Echo m'en renvoyait l'harmonieux mélos\nqui s'égrenait sur la cime des chênes, répercuté cent fois par\nles rocs d'alentour, et retombait en cascades sonores comme une\nondée diaprée et ruisselante. Lorsque j'écoute résonner vos\ndiscours dans la sérénité de ces bois, il me semble revivre, à\nLesbos, les concerts de nos rossignols, au chant plus doux qu'en\naucun lieu du monde, privilège sacré des forêts d'Antissa, ma\npatrie, par la grâce d'Apollon Musagète. Parlez, ô seigneur\nPierluigi ; redites-moi ce sonnet de Pétrarque ou récitez quel-\nques tercets de Dante Alighieri. Parlez encore, j'aime tant\nvous entendre !\nPALESTRINA. Votre enthousiasme, ami, m'émeut soudain\nd'une inquiétude étrange. Mon âme en est troublée comme d'un\nsacrilège, où je faillis souvent par ignorance, car notre con-\nscience est obscure, et j'éprouve un remords en sentant, malgré\nmoi, s'éjouir à vos propos mon cœur de misérable et vaine\ncréature de péché, trop justement bannie, en ce mystérieux\nséjour, par Celui dont le Fils incréé a versé sur la Croix son"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.4", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "Sang pour de plus dignes. Que sa sainte Volonté s'accomplisse !\nAmen. L'ardeur de votre admiration fait sourdre en mon tré-\nfonds de confuses clartés ; on dirait, devant mes regaids intei-\ndits, qu'un voile d'erreur se déchire. La parole humaine est un\ndon du Très-Haut, bienfait gratuit de sa providence adorable.\nN'est-ce point une offense à sa gloire, que détourner de lui\nnotre pensée, en l'oubliant, fût-ce qu une heute, dans un égoïste\nplaisir issu des Iruits de sa miséricorde ? La musique des mots\nque nos langues bégaient a pour suprême fin d'exprimer, dans\nnos oraisons, les louanges du seul Dieu qui règne en 1 rois Per-\nsonnes au ciel et sur la terre, de nous servir à supplier la gra-\ncieuse Madone, à vénérer les Saints du Paradis : c'est la vertu\nprédestinée du verbe en nos poèmes ou nos chants, l'unique\nadmirable beauté attachée à leur bruit illusoire. Le Malin est\nfourbe et retors. Ne serait-ce pas lui qui nous induit tout bas\nà dresser un autel au mensonge du simulacre, afin d'en adorer\nla mélodieuse Idole en croyant implorer notre Père céleste, et\nsuis-je point châtié moi-même, en cet exil, de l'insue voluptéqui\nm'étreignait naguère aux Lamentations des voix pures s'élevant,\ndéchaînées sous mon geste, enchevêtrées selon mon art subtil,\nde la nef à l'abside augustes de Latran, basilique ineffable?\nTERPANDRE. Las ! je ne connais pas ces derniers enfants de\nKronos dont vous m'entretenez avec des mots plus doux que le\nmiel de l'Hymette. Quand l'empire d'Adès me reçut, ceux-là\nn'étaient point nés encore. Vous m'instruirez de leurs exploits,\nbon seigneur Pierluigi, et je composerai un nome en leur hon-\nneur, car tous les dieux doivent être célébrés par un pieux\ncitharède, en souvenir d'Hermès, inventeur de la lyre, et d'Or-\nphée, qui fut son élève, notre ancêtre et notre patron. Mais\npourquoi craindre leur colère pour admirer des Immortels ce\nque nous en tenons d'admirable? Serait-ce pas plutôt un outrage,\nde sembler dédaigner leurs présents les plus merveilleux?\nPALESTRINA. Ce n'est point mépriser l'œuvre du Créateur\nque lui en consacrer l'emploi dont sa bonté nous a réparti la\nlicence. Quoiqu'il accueille avec prédilection la prière naïve\ndes simples, le désir est louable, aux plus favorisés, d'évertuer\nleurs talents à lui rendre de moins grossiers hommages. Mais,\ns'il faut se garder de tirer quelque orgueil d'une insigne et\nindue prérogative, ne doit-on pas redouter plus encore de\nsuccomber à cette ivresse impie dont l'Archange déchu tente les\nmieux comblés des grâces d'un Maître bénévole? Comme les\nmots, les sons que notre verve assemble avec amour n'ont de\nprix qu'en tant que moyen de notre salut éternel, que truche-\nment de notre foi. Malgré l'immuable secours de la parole,\ncondition de tout culte dévot et sauvegarde de mon art, ne"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "l'ai-je pas trop oublié jadis, voire en chantant la dolente Mère\nde Jésus crucifié ? Méconnus-je pas, juste ici, ses larmes et\nsa plainte, pour goûter une joie païenne à l'harmonie de suaves\naccords enchaînés de façon singulière et jusqu'avant moi sans\nexemple? Et cependant, —je l'avoue àma honte et pour ma\npénitence, tandis que leur murmure s'éveille en ma mémoire\noù vient se dérouler leur audacieux cortège, un enchantement\nm'envahit, mêlé d'impure vanité la sainte Vierge m'en\npardonne le blasphème! pour avoir créé le premier cette\nbeauté sonore en gémissant : St\nTERPANDRE. Non, vous n'offensez pas votre bonne Déesse\npar une fierté légitime, ô seigneur Pierluigi, car c'est d'avoir\npleuré sur son martyre que jaillit votre inspiration radieuse.\nAinsi l'antique aède, Homère aux yeux sans prunelles, chanta\ndans ses vers cadencés le rapt de Perséphone et la douleur de\nDéméter. Les sanglots du génie sont de surhumaine nature ;\nles plus cruels s'exhalent en soupirs plus mélodieux que les\nchœurs des Sirènes, et, sous la pluie magique de ses larmes,\n011 voit naître des fleurs éclatantes, des roses pourpres, des\njacinthes, des violettes sombres et sereines comme Ouranos\ndurant les nuits limpides, des narcisses odorants pressés en\ntouffes glauques;— et les Dieux protègent celui qui leur en\ntresse des couronnes. On ne doit pas faire fi de la faveur des\nImmortels, dispensateurs de gloire, et c'est les adorer, quand\nils nous ont choisis, que de la mériter par la perfection de notre\nart et d'en montrer notre reconnaissant orgueil. Et puis, doux\nseigneur Pierluigi, tout ce qui vient des Dieux est d'essence\ndivine, et participe, vie irradiée ou infuse, de leur existence\nimmortelle, car rien ne peut émaner d'eux qui leur soit étran-\nger ; mais, lorsque sa main s'est ouverte, ce qui en tombe dans\nl'espace échappe à tout jamais au pouvoir du Démiurge, su-\nblime parcelle de lui-même abdiquée désormais, soumise au\nseul Destin dont elle enclôt le germe. Je vous en fais l'aveu, bon\nseigneur Pierluigi, j'ai toujours soupçonné très fort que, s'ils\nparlent volontiers aux humains par énigmes, dans leurs plus\nrenommés oracles, c'est peut-être surtout que les Dieux ont\npeur de se tromper. La vie qu'ils ont créée, et qui, de toutes\nparts nous enveloppe, est un mystère pour eux, sans doute,\naussi bien que pour nous, et c'est leur joie, dont les éclats par-\nfois secouent les nuages sur nos têtes, d'assister du haut de\nl'Olympe au spectacle imprévu qu'engendra leur inconscient\ncaprice.Etils applaudissent les bonsacteurs.lls aiment et choient\nles Voyants qui savent déchiffrer l'hiéroglyphe de vie, qui vio-\nlent l'arcane inscruté, démasquent les virtualités furtives et\nsemblent, l'éveillant soudain, créer le monde de beauté qui"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.6", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "dormait latent sous l'apparence. Or, c'est là ce que: nous fai-\nsons, noble ami et confrère, en combinant le melos de nos\nhymnes, car le son n'est point vile et inerte matière, mais,\nprovenant des Dieux par origine, il vit, et d une vie doréna-\nvant autonome en son éternel Devenir, détermine par les vertus\nincoercibles qu'il renferme en puissance et tient de son extrac-\ntion primordiale. Sa foule animée s'organise, s attire, se heurte\nou s'accouple selon l'inéluctable loi d'affinités et de repulsions\nmystérieuses. Notre race inspirée pénètre ces secrets jaloux, en\ndevine et divulgue la féerie d'irréalisés prestiges, et, sous leurs\nregards fascinés, c'est pour avoir vaincu le Sphinx sonore que\nles Immortels nous chérissent et parent nos fronts de lauriers.\nAussi, ne croyez pas que l'unique prière qui plaise aux Dieux\nsoit celle que notre bouche exprime avec le secours des paio-\nles. Sous le toit de marbre de nos temples, pendant 1 acte des\nlibations conforme au rite solennel des sacrifices, la flûte de\nTaulète Olympos retentissait seule dans le silence, et, seule,\nmodulait l'invocation propitiatoire. Et peut-être, en cet idéal\nimpollué du verbe, le mélos parle-t-il la vraie langue des Dieux,\nidoine avant toute autre à résonner devant leurs sanctuaires,\npur idiome issu d'eux, immédiat, dans la palpitante splen-\ndeur de sa substance éthéréenne. Epiphanie du Nombre imma-\ntériel, son canon est réglé sur le pouls du Cosmos et traduit\nl'harmonie des sphères et des astres. Bien différente est la\nnature du chant qui passe par nos lèvres...\nPALESTRINA. Ne fut-ce point le premier des langages,\namoureux effluve du cœur, musique innée que, d'abord et tou-\njours, porta jusqu'au trône de Dieu la voix humaine, organe\nélu de la prière ?\nTERPANDRE. Dites-vous cela sérieusement, cher seigneur ?\nQuand vous vécûtes parmi les hommes, ceux-ci, je le vois bien,\nprofitaient avec vous d'un passé dont ils ignoraient les patien-\ntes conquêtes, et méconnaissaient les services. Non, les fils de\nla terre n'ont pas chanté toujours. Comment l'auraient-ils su,\navant que leur oreille entendît des sons véritables ? Où trou-\nver le modèle de l'enchaînement du mélos, de son ordonnance\nobligée pour constituer les harmonies diverses, comment\nl'imaginer, sans les révélations des proportions symphones ?\nCe sont les tuyaux et les cordes qui fournirent les primes assises\nde l'art hégémon du Parnasse et trésor commun des neuf\nMuses, pour cette cause appelé la Musique. Il lui fallut un\nlong apprentissage, afin que la voix réussît à en imiter les con-\ncerts...\nPALESTRINA. Votre discours me remplit de surprise. Préci-\nsément chez votre peuple hellène, la musique ne fut-elle point"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.7", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "la sœur jumelle du langage ? Ne naquit-elle pas avec lui dans\nl'épos et l'hymne homériques, génération simultanée, fruit\ndouble et merveilleux du génie de vos aèdes ?\nTERPANDRE. Hélas ! que notre gloire est un jouet fragile\nentre les doigts gourds de Kronos ! notre œuvre, bientôt débris\ninformes, puis poussière foulée sous ses pas insouciants! Tout\nun amas de siècles nous sépare, ô seigneur Pierluigi ; néan-\nmoins, je m'osais flatter qu'ils eussent respecté, en même temps\nque mon nom fameux, le témoignage de ce qui le rendit illustre\npour toujours. Le premier, je réalisai l'union intime et désor-\nmais féconde du mélos et du verbe scandé. Avant moi, loin de\nse confondre, les deux arts demeuraient distincts ; leur alliance\nrestait factice, spécieuse, tout éventuelle. Même alors que\ndepuis bien longtemps les poètes rythmaient l'entrelacs des\nsyllabes en leurs vers héroïques, ils s'y contentaient d'ajuster,\nparfois et après coup, quelque inspiration de rencontre. Les\nrapsodes chantaient à peine *, leur débit monotone obéissait au\nmètre indifférent des mots et rabâchait un rudiment de mélo-\npée postiche. Nulle norme ne réglait l'association incohérente.\nA la louange de Zeus Assembleur de Nuages, mon hymne,\navant tout autre, fit entendre un chant mesuré, qui fut spon-\ntanément Musique et Poésie, et je sus accorder, le premier, à\nl'épopée d'Homère une adéquate cantilène. Or ceci, cher sei-\ngneur Pierluigi, n'était qu'une admirable conséquence de mon\nœuvre capitale et régulatrice, qui rénova tout l'art sonore et à\ntout jamais instaura la domination d'Apollon sur celui de\nl'Hellade. Ce fut sans doute un jeu prémédité du Destin qui\nconduisit, sur la crête des vagues, la tête exsangue et la lyre\nd'Orphée s'échouer aux rives de Lesbos, ma patrie, vouée de\ntout temps et de tout temps fidèle au culte du fils de Latone.\nAvant moi, certes, on chantait, et la voix peu à peu prenait\nconscience de soi-même, mais livrée au Hasard aveugle. Dans\nles carrefours et aux champs, la chanson novice poussait à\nl'aventure, délaissée aux plaisirs faciles du vulgaire. Certains,\net dès les plus lointaines origines, adaptaient gauchement des\nmots aux airs trouvés sur lasyrinx ou sur l'aulos; d'autres, chez\nles Barbares et les Lydiens frivoles, tendaient les cordes à\nl'unisson de leurs refrains de table, faisant de l'instrument pas-\nsif l'esclave de l'ivresse, l'ilote du caprice inconstant, arbi-\ntraire. J'apportai l'ordre dans ce chaos en découvrant sa cause.\nLa lyre, au temps jadis, n'avait que quatre cordes. Ainsi, des\nmains d'Hermès, l'avait reçue Orphée, et ses improvisations\ndivines évoluaient sans contrainte, mais aussi sans loi révélée,\nentre les mailles écartées des consonances fondamentales. Jus-\ntement là, les harmonies variées surgies sous les doigts des"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.8", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "aulètes offraient des sons déterminés et stables, mais différant\nde ceux dont se formait la monodie vocale. Le premier, je\npressentis le mystère d'un antagonisme essentiel et susfondie\nen un tout concret des éléments hétérogènes et d'apparence\nincompatible. J'inventai la phorminx à sept cordes imposant, à\nl'anarchie de l'Ode, la discipline du Nombre, son salut. Mon\nnome citharodique assura la synthèse de la parole et du son\npar la vertu d'un rythme occulte et unanime. Un indice com-\nmun prescrivait la mesure du vers et du mélos. Je fis mieux :\nje métamorphosai la pectis des orgies lydiennes en doublant ses\nressources avec le barbiton, et j'en créai la magadis aux vingt\ncordes, inaugurant l'usage et dévoilant ainsi la nature des anti-\nphones. Je préparai par là les voies à l'ardent génie d'Àrchi-\nloque ; mon intuition lui suggéra la lexis inverse facultative,\nsubstituant le trochée à l'ïambe selon l'agoge propre à l'ode ou\ndérivée de la crousis : or, ce fut l'âme, l'hybride archée du\nDithyrambe. Par tout cela, je constituai en organisme apolli-\nnien l'art naissant de l'Hellade et le basai sur l'harmonie do-\nrienne, schème du Zodiaque, image des domifications sidérales\net figurée par les signes des orbes se mouvant dans l'Ether,\nprincipe et source de tout mélos, apte à engendrer les sem-\nblables et à refléter les contraires en son miroir procréateur,\nouvrage et don des Dieux. Par tout cela, je fus le précurseur\nde Pythagore. Devancier inconscient peut-être, mais, peut-être\naussi, nécessaire, mon œuvre incita son génie à des méditations\navides, lui souffla l'épreuve objective, le contrôle des sens par\nla matière réalisé dans l'expérience des cordes et des marteaux\nqui lui valut sa découverte immortelle : le Canon absolu, fon-\ndement de tout art sonore, qu'on nomma et\nd'où ma pratique intuitive fut corroborée par le Nombre. Car\ntout est Nombre ou bien soumis au Nombre, ô seigneur Pier-\nluigi ; tout et, avant toutes choses, la Musique, âme et souffle\ndu monde, principe dicéphale et loi de tout ce qui se peut orga-\nniser, en sa dualité d'essence et d'origine que, le premier, je\nsoupçonnai et que j'attestai par des actes. Et c'est grâce à moi\nque Platon, l'évoquant, put énoncer plus tard : « Il est, de\ngenèse divine, un cycle périodique et fermé, qu'un Nombre\nparfait limite à la fois et embrasse, d'humaine génération\nd'autre part et dans l'autre sens ; progression primordiale où\ndes accroissements dominants et dominés, comprenant trois\nintervalles et quatre termes, au moyen des semblables et des\ndissemblables, en série ascendante et décroissante, présentent\nentre eux tous des rapports analogues et rationnels... »\nPALESTRINA. Pardonnez que je vous interrompe un ins-\ntant, seigneur Terpandre. Encore que vos récits ne restent"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.9", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "point pour moi sans quelque obscurité, vos mérites m'en appa-\nraissent à peine assez récompensés par la gloire qui fut la\nvôtre et le souvenir qu'en garda une postérité ignorante. Mais\nvous m'étonnez, je l'avoue, par l'avis de Platon que vous me\nrapportez. Le philosophe aurait ainsi proclamé dans notre art\nla prédominance du nombre. Tout autre est I'opmion qu'on lui\nprêtait, paraît-il, un peu après ma mort, et qui fut l'argument\nsuprême des détracteurs du contrepoint, au temps où quelques-\nuns, chez nous, entreprirent d'imposer un lyrisme profane en\nimitant la Tragédie de vos poètes-musiciens. Ils prétendaient\nque Platon écrivit : « La Musique est d'abord et avant tout\nParole ; ensuite et seulement après, Rythme et Son. »\nTERPANDRE. Hein? Platon... ?\nPALESTRINA. Du moins, c'est Maître Caccini qui l'affirme\net qui m'en enseigna le texte et sa portée, car je suis peu versé\nen ces matières. Il m'a dit l'avoir imprimé dans ses Nuove\nMusiche.\nTERPANDRE. Quoi! le seigneur Caccini? C'est de lui qu'O-\nlympos apprit votre langage et m'en procura les délices. Que\nje souhaiterais le connaître, et combien je déplore l'ombrageuse\namitié de Socrate qui s'est jalousement opposée jusqu'ici à\nnotre commun désir ! C'est une âme adorable, dit-on, tendre,\npassionnée, enthousiaste ; un homme affable et beau, au geste\nnoble, aux regards pleins de feu dont l'ardente douceur ensor-\ncelle ; la séduction émanerait de tout son être : sa voix dompte\net ravit Cerbère et ses discours ont la liuide magie du mélos et\ndes odes. Puisque vous êtes son ami et qu'il vous parle, confiez-\nmoi quelqu'un des secrets dont ses propos vous ont panois\nbercé...\nPALESTRINA. Mais je ne vois guère quels secrets... Nous\nne causâmes jamais que de musique ensemble, et, s il m a sou-\nvent fort intéressé par son savoir et son esprit, sa personne, en\nrevanche, ne m'apparut pas telle qu'on semble vous l'avoir dé-\ncrite. Elle évoque bien plutôt, chez moi, la vision d'indécis,\nmais hostiles et glabres visages, et, par un rapprochement\ninvolontaire assez inexplicable, sa présence aussitôt me rappelle\nune triste aventure dont je fus la victime, quand, excité pai des\nchantres envieux, notre vénéré souverain, Paul, Pape et qua-\ntrième de ce nom, m'exclut du collège et des chœurs de la\nchapelle Sixtine, pour l'unique raison que j avais une épouse\nfidèle à qui me liait indissolublement, d'une union légitime et\nbénie, le très saint Sacrement du mariage.\nTERPANDRE. Ah !... j'ignorais parcion, cher seigneur Pier-\nluigi que... vous eussiez pris femme... Toutefois, l'ostra-\ncisme dont vous fûtes frappé me confond nos Dieux, h nous,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "avaient des prêtres et des prêtresses desquels, à dire vrai, ils\ntoléraient sans l'exiger un célibat selon leurs olympiens exem-\nples. Mais toute époque a son Olympe, et je connais trop peu\nvotre Ciel et ses mœurs. Notre Empyrée, autour des tables\nd'or, réunissait Héra, Pallas et Aphrodite, et Ganymède y\nversait l'ambroisie dans la coupe de Zeus. Or, sachez-le bien,\ndoux seigneur, prêtres, suppliants ou impies, les humains, de\ntout temps, ont imité les Immortels. Oh ! dites : ne pour-\nriez-vous m'amener quelque jour en ce bocage l'illustre et savant\nCaccini ? J'augure d'où vient son erreur et j'aimerais à l'en\nconvaincre : c'est simplement ce que, je crois, vous appelez un\ncontresens. Dans notre langue autant que dans la vôtre, un\nmot a quelquefois des acceptions diverses. Logos ne signifie\npas toujours « parole », mais aussi bien « canon », « proportion\nréciproque », ainsi que nous avons vu l'employer Pythagore et\ncomme on doit l'entendre dans la phrase dont me déconcerta la\ntraduction qu'on vous en fit.\nPALESTRINA. Mais alors, en voulant combattre et condam-\nner notre vieux contrepoint polyphone, Caccini et les siens\ninvoquaient justement ce qui eût dû servir sa cause ?...\nTERPANDRE. Rien ne me semble plus probable, si l'art dont\nvous parlez résulte de combinaisons sonores régies, sciemment\nou non, par le Nombre, ainsi que toute imaginable musique.\nNe serait-ce pas, d'ailleurs, impensable autant qu'impossible,\nqu'il en fût autrement? D'où naquirent les primordiales conso-\nnances, prototype et condition de toutes harmonies, armature de\ntout mélos, sinon de rapports numériques, ignorés d'abord et\nlongtemps, puis trouvés, reconnus peu à peu et dûment me-\nsurés par les faiseurs de syrinx et d'aulos ? La voix qui chante\ny obéit à son insu aussi fatalement que doit s'y conformer le\ncitharode en accordant sa lyre. Ma gloire fut de démêler cette\nénigme de la Nature, d'évoquer, le premier, la loi double et\ncommune du Nombre et ses vertus régulatrices en leur essence\nopposée. Pour l'avoir démontrée plus tard, Pythagore fut con-\nsidéré comme un Dieu ; ses adeptes adoraient son nom jusqu'à\nn'en oser point prononcer les trois fois sacro-saintes syllabes.\nC'est de moi, pourtant, qu'il reçut leséléments du problème insi-\ngne; de moi, à travers lui et ses disciples idolâtres, que s'inspi-\nrait Platon législateur, édictant pour les siècles l'oracle du Nom-\nbre ; car, ayant établi la période cyclique et constaté l'unanimité\ndes rapports, il poursuivait : « ... Conjoint et conjugué par cinq,\nleur principe épitrite donne deux harmonies par trois accroisse-\nments successifs. L'une également égale en ses facteurs et cen-\ntuple dans son produit. L'autre égale ou pareille en longueur,\nmais inégale en ses facteurs et différant dans l'un et l'autre"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.11", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "sens : chaque nombre exprimé par des termes correspondant à\ndes diagonales rationnelles de la pempade, dont l'une inexpri-\nmable et manquant dans chacune des séries; deux termes étant\nirrationnels ; enfin, pour produit des facteurs, cent fois le cube de\nla triade. De la sorte et dans son ensemble tout entier, ce Nom-\nbre géométrique est maître des générations meilleures ou\npires. » Le divin Platon, en effet, trouvait ainsi dans la musi-\nque mieux que l'image la cause même de l'harmonie de\nl'univers, la source et la raison de toutes affinités ou de tout\nagrégat réalisable. Il en estimait la science nécessaire et la pla-\nçait au-dessus de toute autre, en proclamant son quadruple\npouvoir efficace dans l'eurythmie de ce qui constitue la subs-\ntance et la vie de toute humanité ; à savoir, l'esprit et le corps,\nla famille et l'État. Et, bien avant comme après lui, publiant\nla sentence du Maître, sans moi peut-être inconcevable, ceux de\nPythagore enseignaient : « La musique est l'union parfaite des\ncontraires, l'unification du multiple et l'accord de la dualité\ndiscordante. Car elle ne règle pas seulement le rythme et le\nmélos ; elle organise tout ensemble et coordonne tout système.\nSa fin est l'ordre et l'unité. » Et ils ajoutaient : « Or, le Dé-\nmiurge, lui aussi, est l'unificateur et le régulateur des choses, de\nqui la plus haute œuvre et la tâche suprême est d'harmonieu-\nsement pondérer la diversité discordante à l'instar de la Musi-\nque et de la Médecine, d'apaiser les conflits innés, d'imposer\nl'amour à la haine et de réconcilier, en un tout ordonné désor-\nmais, les antagonismes obscurs ou confus du Chaos. » Calmez\ndonc les scrupules où votre foi s'égare, je le soupçonne, ô pieux\nseigneur Pierluigi. Croyez-moi, la musique est agréable aux\nDieux surtout quand elle est belle, et lorsque nous chantons ils\nne s'embarrassent pas autant que vous vous figurez de saisir nos\nparoles ; car, depuis l'origine des siècles et des temples,\nelles n'ont pas beaucoup changé. Ils en connaissent trop la\nrengaine ; tandis que notre art est pour eux toujours plein de\nsurprises dont ils savourent l'inopinée jouissance et accueillent\nl'hommage comme une prière condigne, une aspiration vers\neux-mêmes par un acte à la ressemblance du leur. Notre génie\ncollabore à leur plus sublime ouvrage en coordonnant peu à\npeu le Chaos des harmonies occultes. C'est leur plus doux\nplaisir de nous voir étirer l'étoupe du chanvre sonore, la tordre,\nl'amincir sous leurs veux dans le fil ondulé du mélos, et en\ntisser pour eux des toiles délicates, d'éclatantes étoffes aux bro-\nderies toujours nouvelles, sans épuiser jamais la quenouille\ndes avenirs.\nPALESTRINA. Vos paroles, pour moi, sont pleines de mys-\ntère, ami proche et lointain. Durant ma vie mortelle et pèche-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.12", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "cheresse je ne sus que chanter avec mon cœur, en esperant\nprier. Mon art, à cette fin, n'employa que les sons de notre\nvoix humaine, tels qu'ils résonnaient de mon temps com ines\nselon les tons du plain-cbant de notre sainte Kghse e\naies du contrepoint de nos maîtres flamands et fiançois. J i&\nrais tout d'un passé bien plus court que le vôtre enseveli sous\ntant de siècles, et je ne songeais pas a 1 avenir. Depuis que\ni'erre en ce déconcertant séjour, je connus, il est vrai, des eton-\nnements singuliers en découvrant l'œuvre des lendemains au\nhasard de troublantes rencontres, et ma stupeur n y lut pas\nmoindre qu'à vos dires touchant ce qui précéda de si loin mon\népoque. ...\nTERPANDRE. C'est que la matière sonore est vivante, o sei-\ngneur Pierluigi. Quand nous filons sa laine frémissante, nous\nimitons la plus douce des Moires : c'est de la vie qui sous nos\ndoigts palpite harmonieuse et s'incarne en une créature divine\ndouée de souffle à l'égal quasiment des êtres animés dont nous\nfûmes, et qui changent en grandissant. Seulement elle est im-\nmortelle, et nous passons. Pour elle, il n est pas d Athiopos,\net le fuseau de Lachésis après nous tourne en d auties mains\nqui dévident sans trêve l'éternel écheveau d inconnu. Je suis\nmal informé sur votre contrepoint, noble et savant confrère,\nmais je sais que votre musique est bien peu pareille a la nôtre\net possède une étrange beauté. Olympos arriva ici, un joui,\nencore tout éperdu d'en avoir éprouvé pour la première fois la\npuissance. lime conta l'extraordinaire histoiie de ce l>aibaie\n—un « Germain », disait-il improvisant des nomes inouïs\nsur une gigantesque hydraule...\nPALESTRINA. —Oui, je sais... C'est Bach qu on 1 appelle...\nJ'en suis aussi bouleversé que votre jeune ami put 1 être... Il\nvécut presque deux cents ans plus tard que moi. Je n'eusse\npoint imaginé la force et la subtile audace d'une telle polypho-\nnie, ni soupçonné la véhémence des sensations que j'y trouvai.\nCertes, cela est bien beau et je ne me lasse pas de l'entendre.\nMais peut-être payé-je ici d'analogues impures délectations\ngoûtées jadis, quoi que je fisse, devant l'autel où reposait l'hos-\ntie, réceptacle du Corps et du Sang de notre Sauveur.\n- TERPANDRE. Cet instrument, qu'il réussit comme par un\nprodige à construire, était pourtant, sinon spécial à votre litur-\ngie, du moins autorisé par elle, admis dans votre culte ?...\nPALESTRINA. En effet, déjà vers le soir de mes jours, l'usage\nde l'orgue commençait à s'implanter dans nos églises, où ses\nsymphonies alternaient avec les versets de nos cantiques.\nMaître Claudio Merullo, un de mes jeunes contemporains qui\nbrilla par son jeu à Saint-Marc de Venise, y gagna, je crains"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.13", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "bien, plus de vaine célébrité terrestre que d'indulgences, si\npuissante est la séduction dont la musique nous enivre alors en\nsa polyphonie captieuse. Je remercie le Seigneur de m'avoir\nfait naître trop tôt pour acquérir quelque virtuosité dans cet art,\nde mon temps novice, et pour en déployer peut-être l'industrie\nau pied des tabernacles, exposé, livré sans défense au charme\ninsidieux des sons, à profaner le lieu sacré par un libertinage.\nCar je le crois encore, en dépit de vos rassurants sophismes,\non ne doit penser qu'au bon Dien en s'adressant à lui dans\nsa maison. Bienheureux les simples qui ne sont pas distraits\npar la beauté des choses! Le Royaume du Ciel est pour eux.\nTERPANDRE. N'aviez-vous donc point d'Apollon dans votre\nmorne Olympe, ou bien votre Zeus Triprôsope fut-il quelque\npetit-neveu d'Hécate au Triple Visage ? Mais je présume fort,\nbon seigneur Pierluigi, que l'ardeur de votre piété vous abuse,\ncar ces sombres divinités que j'ignore et dont vous redoutez la\ncolère formeraient une caste à part, jalouse, ignare autant\nqu'unique, dans la race des Immortels. Ceux-ci, venus de tous\nles Cieux, nous envahissent, depuis que de nouveaux concerts\nont retenti dans ce domaine. Nos Dieux amoureux de musique\nnous visitent plus volontiers et, dans leur lumineux cortège,\napparaissent soudain des êtres inconnus qu'on n'aperçut jamais\nen cet empire. C'est comme un flot mouvant de théogonies dis-\nparates qui monte, nous entoure et s'écoule impalpable en\nradieux méandres. A la vérité, je n'en saurais parler encore\nque d'ouï-dire, car je m'écarte peu du quartier des Hellènes et\nde ces bois paisibles ; mais Olympos m'a promis de me servir\nde guide chez les vôtres ou ceux qui vinrent après vous. C'est\nde lui que je tiens ces nouvelles, et, quelquefois, il fut témoin\nlà-bas de mystérieuses scènes. Vous connaissez sans doute un\nantre solitaire, tapis dans la verdure, où résonne à toute heure\nune sorte de cithare immense ?...\nPAT.ESTRINA. Certes. J'ai su, puis oublié le nom de celui\nqui l'habite, mais je surpris souvent Mozart y pénétrer. C'est\nlui qui joue ainsi. Je l'écoutai maintes fois du dehors, ému\njusqu'aux larmes, sans oser cependant m'approcher, car un\ngroupe attentif et bizarre barrait l'entrée de la caverne et sem-\nblait l'envelopper de clartés. Or ces gens étaient nus, la plu-\npart...\nTERPANDRE. Ah ! vos yeux l'ont donc vu comme ceux d O-\nlympos ! C'étaient, pêle-mêle étendus, enchaînés par la magie\ndes accords, l'ardent Dionysos et Psyché, les Grâces et Pan\ncôte à côte, Orphée et l'élégante Hébé près de Cybèle. Mais les\nDieux ont leurs préférences. Votre Bach est le favori d Apollon\nassidu, paraît-il, à l'entendre, en compagnie dun étranger"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.14", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "qu'Olympos ne sut reconnaître. C'est un jeune homme a face\npâle aux longs cheveux bouclés et noirs comme sa ar\npue II paraît frêle et maladif. Ses mains blessées saignent par-\nfois et tachent sa tunique. Son front livide est déchire par une\ncouronne d'épines...\nPALESTRINA. Que dites-vous ?... .\nTERPANDRE. Un jour, à la fin d'un nome admirable, Olym-\npos le vit s'avancer tout à coup pour venir essuyer du pan\nde son manteau la sueur qui ruisselait sur les joues du Barbare\nessoufflé. Ensuite, il étendit les bras, comme s il eut voulu lui\nrendre hommage ou le bénir...\nPALESTRINA. Est-ce possible ?... Un hérétique ....\nTERPANDRE. Mais c'est, je crois, l'un de vos compatriotes,\nun certain seigneur « Riccardo », qui réunit chez soi les Dieux\nles plus divers Là, toutefois, ils entrent au lieu de rester à la\nporte, car sa demeure est somptueuse et vaste. Certain soir,\nOlympos s'y cacha dans la garde-robe encombrée de précieux\ntissus, au moment où, se croyant seul, Riccardo s asseyait de-\nvant l'un de ces instruments miraculeux, qui ont le son des\nvoix humaines ou de cent formidables lyres et 1 aspect des ailes\nde Kronos. Ce fut un spectacle indicible. L'homme semblait\nperdu dans un rêve d'extase enthousiaste ou mystique ; il\njouait et chantait tout ensemble, hurlant, trépignant, se pâmant\ncomme un énergumène inspiré. Il invoquait l'Amour fatal, la\nNuit auguste, un Fleuve d'or, un Anneau malfaisant et sans\ndoute aussi des Démons, qu'il appelait Klingsor, Vénus, Eli-\nsabeth ou Graal. Et, peu à peu, tout l'antre resplendit comme\ninondé d'une aube. Flottantes d'abord, incertaines, des figures\ndiaphanes surgirent, qu'on eût dit émanées de l'ombre. Olym-\npos reconnut Eros, très grave et blond, et la sentimentale\nAphrodite. Auprès d'eux, un Géant, borgne, armé d'un épieu,\nse dressait au milieu d'un troupeau de rousses Amazones cou-\nchées, bardées de fer, sur un amas de lances et de boucliers.\nEnfin, non loin de là, mais isolée pourtant, une femme au\ndoux visage berçait, pleine de grâce, un tout petit enfant sur\nses genoux. Elle lui souriait tendrement, encadrée du bleu cru\nde son voile semé d'étoiles découpées et dont les plis raides\nd'empois se cassaient sur le lin de sa robe écarlate. Et son\ndoigt battait la mesure, tandis que le bambin contemplait le\nfougueux aède et, tout joyeux, lui envoyait des baisers brusques,\nqui dérangeaient son auréole...\nPALESTRINA. Dites-vous vrai ? Quoi !... la Madone !... notre\nSainte Vierge Marie !...\nTERPANDRE. Serait-ce là votre bonne Déesse, celle que vous\ncraigniez si fortd'avoirnaguère offensée enchantantses douleurs?"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.15", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "PALESTRINA. Oui, c'est e11e... et son divin Fils : ici, symbole\nd'innocence, pur Chérubin, Agneau sans tache promis à l'holo-\ncauste ; là, sous les traits du Rédempteur flagellé, couronné\nde sang et d'épines...\nTERPANDRE. Je n'espérais pas tant pour vous convaincre.\nVous le voyez, cher et pieux seigneur Pierluigi ; vos Dieux\naussi subissent l'enchantement vainqueur. La musique est la\nplus puissante des prières, puisque nul Immortel ne résiste à\nson charme. Tous les Dieux l'aiment, l'honorent ou la cultivent,\net en recherchent les ivresses. Les vôtres vous en donnent\nl'exemple. Imitez-les, et jouissez sans remords d'une beauté qui\nles ravit eux-mêmes.\nPALESTRINA. —Mon âme est trop troublée, ami, pour que je\nsache vous répondre... Une joie secrète, invincible, descend sur\nmoi comme un pardon... Et cependant, j'ai peur encore ; non\nplus de mon plaisir, peut-être, mais du péché d'orgueil auquel\nje succombai jadis... Le Saint-Esprit m'éclaire, m'assiste et\nm'en préserve !...\nTERPANDRE. Rassurez-vous, bon seigneur Pierluigi. Aimez,\ncomme vos Dieux, notre doux art sonore et soyez fier toujours\ndes chefs-d'œuvre du génie qui fut vôtre. C'est adorer les Dieux\nqu'admirer la beauté des choses. Mais la créer, c'est mieux que\nles prier : c'est leur plaire et les égaler.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c005", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.3", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande De Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2025, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\nARS ET HUMANITAS\n\nIl semblerait que la qualité la plus caractérisée chezl homme\nsoit la destructivité. Cette triste propension est un des vesti-\nges les plus invétérés de notre hérédité pré-adamique, poui em-\nployer un mot tant soit peu courtois. En effet, poui dix qui\ncréent, il yen a cent qui détruisent \\ car non seulement ceux\nqui produisent sont les plus acharnés à défaire le travail des\nautres, ce qui peut s expliquer, sinon s excuser, niais ceux cjji\nne font rien sont toujours prêts à miner ou attaquer de toutes\nfaçons ce qui a été fait. Que nous importe que les œuvres soient\nbonnes ou mauvaises, pourvu qu'elles ne se gênent pas mutuel-\nlement et qu'elles ne s'imposent pas a ceux qui ne les deman-\ndent pas ? (Du reste, quel critérium ne serait arbitraire ?)\nL'existence d'une œuvre est sacrée. Il y a eu dépense de\nforce, de vitalité, quelque chose delà matière créatrice quia\ntraversé l'homme et que l'on n'a pas plus le droit de détruire\nque l'on n'a celui de détruire delà vie. C'est travailler à rebours,\nc'est empêcher la marche que de vouloir supprimer quoi que\nce soit. Quel découragement pour qui désire faire n'importe\nquoi, de voir qu'il n'y a pas une seule œuvre au monde qui\nn'ait été l'objet d'une attaque, depuis la folie incendiaire d'E-\nrostrate jusqu'aux dernières poses des garnitures de loges, dont\nla profession est d'afficher du mépris pour les gloires trop uni-\nversellement estimées ! Pourquoi ne pas supporter la libre co-\nexistence d'œuvres diverses? On dirait que dans les arts encore\nplus qu'ailleurs on n'a pas ses coudées franches.\nCréer pour détruire semble être la devise humaine, et même\nsi l'on ne va pas jusqu'à détruire sa propre œuvre, la solidarité\nhumaine devrait être assez étroite pour qu'on ne fît pas aux\nautres ce que l'on craindrait pour soi. Curieuse conformation\nde la nature humaine, de ne jamais pouvoir aimer sans éprou-\nver en même temps le sentiment contraire, c'est-à-dire une\naversion militante pour l'art dont l'idéal est opposé. A quoi"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.17", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "bon et quelle fatigue ! Les hommes sont si infimes que lors-\nqu'un d'eux est devenu grand, ils croient que c'est un Dieu et\ns'acharnent aie rabaisser, à l'avilir, oubliant qu il était un des\nleurs et rien de plus. Ils lui substituent le Dieu de\nleur snobisme, car ils restent malgré tout idolâtres il ny a\nque le respect auquel ils se refusent.\nUne certaine superstition a cependant sacré les choses ap-\npelées antiques, dont on ne sait plus les auteurs ; alors le com-\nbat finit pour ainsi dire faute de combattants. Dans d autres\ncas on se rattrape, lorsqu'on se trouve malgré tout poussé a\nadmirer, en niant la paternité ou en lui substituant une autie.\nEvidemment Shakspeare n'a jamais écrit ses drames, mais\nbien probablement c'est Bacon qui en est l'auteur. La belle\naffaire ! Que le tas de poussière (toujours pour parler poliment)\nse soit appelé Shakspeare ou autrement, cela n empêchei a\ntoujours pas Jules César de me remuer 1 âme.\nEgalement ridicule le « hero-worship » qui s'attache au grand\nhomme à la mode : tels, à Bayreuth, les bouchons de carafe à\nl'effigie de Wagner.\nPuisque nous prononçons ce nom, ce serait la place de remai-\nquer combien les « libres penseurs » de la musique sont déchaî-\nnés contre ce malheureux grand homme. Mais aussi qui a été\nplus imposé ? On en a rebattu les oreilles les plus paisible^.\nIl y a de plus réaction contre la ridicule adulation de la per-\nsonnalité, cette dernière toujours confondue et embiouillée avec\nl'œuvre. C'est une erreur assez naturelle, mais qui n en est pas\nmoins, je crois, erreur, que de vouloir déduire quoi que ce soit\nsur la production par la connaissance du producteur ou îéci-\nproquement. La sincérité en art n'existe chez le grand altiste\nqu'autant qu'il imprime à son art sa façon de se manifestei.\nMais ceux qui mettent la sincérité dans l'expression scrupu-\nleuse de leurs sentiments vrais seulement, mettons de leui ca-\nractère, ne vibreront que sur une corde. C'est, je crois, le cas de\nCésar Franck; une sorte de béatitude ou de douceur céleste\némane de son œuvre. Peut-être faut-il être un peu « bluneui »\npour traduire également bien l'érotisme païen de l risian et la\nreligiosité protestante de Parsifûl. Du îeste, laïc ne do.i\nservir à exprimer les sentiments de l'auteur, mais doit en éveil-\nler chez les autres. Sans cela on a des compositeurs comme\nJ.-J. Rousseau ou comme Nietzsche. Il ne doit pas etre un\ninstrument. En art rien ne doit être utilitaire, il iaut_ que\nmême le point de départ soit plastique. L artiste musicien a\nla musique dans la tête, et non des émotions qu il va traduire\npar ce langage-là parce que par hasard c'était celui qui ui\nconvenait le mieux. Le génie naît avec mille mélodies qui"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.18", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "lui chantent à son insu et à l'instar de tous ses états d àme.\nL'enfant Mozart ou les enfants-peintres ne se mettaient pas\nà l'œuvre pour essayer d'exprimer des sentiments abstraits\nqu'ils ne pouvaient avoir et pour - lesquels la parole a été créée\ndans l'adolescence seulement de l'humanité, mais les enfants-\ngénie sentent déjà en eux la poussée de la création du beau plas-\ntique. Lorsque Aubrey-Beardsley s'asseyait pour faire un de ses\ndessins surnaturels, il ne savait souvent ce qu il allait dessiner*\net laissait errer sa plume. Rien de moins littéraire que le. point\nde départ de son art. ....\nLe génie doit jouer avec le cœur humain, faire vibrer en\nlui toutes les cordes ; il doit pouvoir élever jusqu'aux cieux,\nprécipiter jusqu'aux enfers. Un art qui reste unilatéral et qui\nvoudrait servir à la moralisation ou à un but utilitaire sera\nforcément incomplet et s'écartera de nouveau de la plastique\npure. Cet autre art sera-t-il moins honnête, moins sincère que\ncelui-ci ? Peut-être, mais il sera plus grand et sera à la fois\nhumain et divin. Et le demi-dieu qui, sans descendre de son\npiédestal, sans succomber aux faiblesses, sans subir les défail-\nlances de ceux qui l'écoutent, s'amusera à faire rendre à la lyre\nhumaine toutes les sonorités qu'elle possède, ses cris, ses\npleurs, ses extases, ses joies et ses béatitudes, celui-là ne sera-t-il\npas un peu charlatan? Et même s'il se suggère momentané-\nment pour les besoins de sa cause les sentiments qu'il provoque,\nne faut-il pas qu'il garde la tête froide ? Car il faut se posséder\nsoi-même si l'on veut posséder les autres.\nPour en revenir à la critique et terminer ces réflexions\ncomme elles ont commencé, je dirai encore que chez celle-ci\nl'esprit de contradiction (toujours la destructivité) joue les trois\nquarts du rôle ; le dernier quart consiste à mettre son dieu à la\nmode pour être ensuite écœuré de l'aplatissement des masses\ndevant le nouveau pantin articulé à mécanique. La vérité, c'est\nque l'on ne veut pas être comme tout le monde, mais on veut\nque tout le monde soit comme on est.\nQu'importe que Wagner ait été oui ou non grand, musicien,\nphilosophe, poète ou autre chose ? Son œuvre existe, cela suffit.\nCeux qui voudront l'entendre s'arrangeront pour cela ; ceux\nqui voudront y trouver goût devront le faire sans fausse honte.\nCe sont de petits plaisirs d'un ordre privé qui ne devraient\nen rien gêner les antiwagnériens ouïes empêcher de se délecter\naussi comme bon leur semble.\nMais tout ceci est dans la force des choses. On peut se dire\nque la loi la plus fatale est celle de la réaction. Le tour de cha-\ncun viendra, et il est inutile d'aller à l'encontre. La productivité\nse défend toute seule, de même que la terre se défend contre la"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "surpopulation par les épidémies, guerres et de mille autres\nmanières. Il vaut mieux empêcher la production que de la\ndétruire.\nEt les hommes dans tous ces efforts de contrebalancement\nne voient pas qu'ils ne sont que l'instrument aveugle de l'équi-\nlibre et de l'impitoyable statique universelle.\n\nArmande De Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c007", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.4", "titre_corps": "Croquis d'Album inédit de Ch. Lèandre", "titre_sommaire": "Croquis d'Album inédit de Ch. 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Lagrille monte, a aenu reveiJe , il\nsemble gravir un calvaire; son petit chapeau rond et sombie de\nfeutre mou simule vaguement, dans la pénombre, une couronne\nmortuaire: le petit homme à barbe blanche arnve enfin dans\nle foyer où les choristes, en attendant l'heure du supp ice, se\nsaluent en singeant les manières du grand monde, s interpellent\nen exagérant le timbre de leuis voix.\nLes parties sont distribuées; le pianiste frappe les premiers\naccords. On s'installe alors sur les banquettes sans dossiers et,\ncomme le nombre en est insuffisant, on se tasse, on se serre, on\nse rentre les coudes dans les hanches. L'électricité s ahume ; on\nne se parle plus qu'à voix basse, on se mouche, on tousse, on\ncrache dans ses mouchoirs. Lagrille monte au pupitre, le bâton\nse lève pour la première mesure d'un oratorio marocain de\nGrandbois. Pas facile cet oratorio, les respirations en sont lon-\ngues, les intonations épineuses, et puis, «. c est le matin », les\npoumons ne fonctionnent qu'à grand peine; il y a des enats dann\nles gosiers, les voix baissent lamentablement en dépit des gri\nmaces d'horreur du sous-chef et du pianiste, en dépit du biblio-\nthécaire qui fait la navette des ténors aux basses, donne la note\net tente vainement de reprendre le ton. On reprend, on détaille,\non nuance, on décompose la mesure, on fait du solfège, on dit\nles notes, puis les paroles, on chique toutes les pastilles de\nFrance et de Navarre. Au bout d'une heure on est à court de\nsouffle, les traits se tirent, les yeux s'injectent de sang, les\nvisages sont congestionnés, et comme faute de pendeiies on a\ngardé pardessus, foulards, chapeaux, en sortant on pincera une\npneumonie ; la semaine suivante on se dira avec des larmes\ndans la voix : « Ce pauvre Machin est mort ! »\nLagrille est bon enfant; il a pour ses choristes une affection"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.22", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "toute paternelle ;il voudrait bien ne pas les fatiguer, les sur-\nmener, les harasser, les exploiter au compte du patron qui,\npour avoir moins de répétitions à payer, met les bouchées\ndoubles.\nDix heures et demie !\nYodor, le cher maître Vodor, envoie sa serviette par le con-\ncierge de l'établissement, car une serviette, une simple serviette\nd'avocat sied peu à celui dont le génie consiste à faire prendre\ndes Messie pour des lanternes.\nVodor apparaît à la porte de l'enfer, descend majestueuse-\nment un, deux, trois, quatre degrés, comme s'il était drapé d'un\nfabuleux manteau d'hermine, avance comme au son d'une mar-\nche solennelle. C'est lui ! le maestro à manchettes ! lui ! que sa\nfemme appelle dans l'intimité : le « mangeur de lauriers ! »\nlui ! que le public applaudit comme à Guignol... Il arrive,\nsavonne d'importance le malheureux Lagrille,qui n'a pas assuré\nle matériel nécessaire à la répétition d'une œuvre de Berlioz.\nBerlioz ! Beethoven ! dont les initiales font Bébé, tels sont ses\ndeux grands chevaux, ses favoris. Lagrille baisse la tête sous\nl'orage ; s'il n'a pas assuré le matériel, c'est peut-être avec in-\ntention, dans l'intérêt même de ses choristes, sachant que le\npatron, en attendant l'arrivée du compositeur Grandbois, ne\nmanquerait pas de faire travailler Berlioz afin d'économiser une\nrépétition. Lagrille rougit, s'efforce de sourire, nul n'a le cou-\nrage de le défendre. Pensez donc ! Tenir tête à Yodor, ce bras-\nseur d'affaires et de symphonies !...\nM. Grandbois arrive à son tour, il est une demi-heure en\nretard, ne s'excuse pas, prend la baguette, dirige son œuvre.\nTrès satisfait de l'exécution, il félicite Vodor, qui n'a rien fait.\nLagrille jubile! Vodor fronce les sourcils : il sait que, pour les\nchoristes, les louanges ne s'adressent pas à lui, mais à son sous-\nchef. Il bondit au pupitre, fait reprendre, discute longuement\nsur le point d'une noire, sur le cinquième d'un pianississimo\net, très content de lui, termine la répétition à midi et quart.\nChacun se retire ; les choristes sortent abrutis, épuisés, à demi\nmorts, et pour leur peine toucheront quatre francs, juste de\nquoi s'acheter quelques potions pour recoller les cordes vocales.\nM. Vodor monte dans une voiture au mois (aux frais de\nl'orchestre) et, tout bouffi d'un ineffable orgueil, regagne son\nhôtel.\n(A suivre.)\n\nJean Rage."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c010", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard : Liszt et M. Arthur Coquard. Concerts Colonne : M. Enesco.\nMlle Selva, MM. Henry Expert et Romain Rolland. MM. Poueigh et Inghelbrecht. M. R\nVines. MM. Hamburg et Kreisler. —M. Walter et Mm 9 Blanc. Soirées d'Art. Mme Lan-\ndormy-Plançon et le Quatuor Parent. M. Josef Hofmann. M. G. Hue. Concert Galeotti-\nCapet.\nAprès la tumultueuse, gesticulante et quelque peu blagueuse\nde Faust de Berlioz, avant le mystique oratorio de Schumann, M. Chevil-\nlard a fort bien fait de nous remémorer l'Ouverture et le Poème symphoni-\nque dont Wagner et Liszt illustrèrent, eux aussi, le plus beau mythe de la\npoésie moderne. UOuverture pour Faust date, sous sa première forme, de\n1840 ; elle est donc antérieure à Rienzi et au Vaisseau-Fantôme. Il est\nd'autant plus curieux d'y trouver déjà esquissés un motif du Tannhauser\net l'un des principaux thèmes de Tristan ; l'écriture des instruments à vent\nfait aussi présager le futur maître de l'orchestre ; et cela, en rappelant\nWeber. La couleur générale est sombre : Wagner a voulu peindre la lutte\ndésespérée de Faust avec les esprits de vie ; et cette lutte ressemble à\ncelle qu'il dut soutenir aussi, pour gagner l'anneau de la toute-puissance\ncréatrice, le même qu'une fée bienveillante avait passé au doigt de Liszt\ndès son berceau. La facilité heureuse, la grandeur sans effort et la généro-\nsité : qualités rares, de plus en plus rares en la laborieuse musique d'au-\njourd'hui ; ce sont celles de Liszt. Son Faust, d'abord sombre et désespéré,\nlui aussi, finit par des accents d'espoir et de joie conquérante ; Siegfried,\nà son départ, ne chevauche pas un plus noble coursier. Et de quelle déli-\ncate et pure mélodie il sut tracer la figure de sa Marguerite, vierge candide,\nembaumée de tendresse, qui veut guérir ce cœur inquiet, et ouvre ses bras\nintacts en un chaste abandon de soi-même! Nous sommes ici bien plus\nprès de l'Eloa de Vigny que de la petite bourgeoise sentimentale dont\nGœthe esquissa, non sans quelque ironie, le profil enfantin. Gela tient à ce"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.24", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3898, "texte": "qu'un génie comme Liszt embellit tout ce qu'il touche, et aussi peut-etre\nà ce que le bon abbé comprit, mieux que le hautain poète, le dogme de la\nrédemption par la Femme. Le personnage de Méphisto, qui ferme le\ntriptyque, est admirablement tracé, lui aussi : il y a dans son rire satani-\nque toute la hardiesse d'écriture d'un Strauss, mais appliquée à des idées\nmusicales, et toutes les intentions de coloris d'un Berlioz, mais réalisées.\nEt cela se termine par une merveilleuse ascension d'accords : une calme\nlumière rayonne, le ciel s'entr'ouvre, où l'on entend planer les voix du\nchœur mystique sur le motif de Marguerite transfigurée. Je ne connais pas\nde plus belle, de plus émouvante apothéose, et je me demande si le nom\nde Père, dont nos musiciens saluent aujourd'hui leur maître Franck, ne\nconviendrait pas bien plutôt à Liszt, père magnifique et souverainement\nbon de toute la musique moderne.\nM. Chevillard a conduit ce chef-d'œuvre avec une précision, une\nénergie et une ardeur de conviction qui ont déchaîné 1 enthousiasme. Du\nConcerto pour violon de Sinding, qui précédait, je n'ai pas grand'chose à\ndire : c'est de l'art bien plus allemand que Scandinave, et allemand dans\nle mauvais sens du mot. Car nous ne sommes pas les seuls à connaître\nles platitudes de la musique de métier. Les impressions norvégiennes de\nM. Coquard sont fort jolies, au contraire, et plus personnelles que je n'osais\nespérer, connaissant la réserve habituelle de leur auteur. L orchestre,\nsonore et délicat, a de poétiques couleurs, et j'ai beaucoup goûté la\ndouceur aérienne qui succédé, dans le second tableau, a la danse rustique\ndu début; ainsi que les mélancoliques grisailles du Cap Nord, et leur\nillumination par la crudité des cuivres, et la lente retombée, irrésistible,\ndes froids brouillards. Le premier morceau commence d'une manière\ncharmante, avec ce chant de hautbois prolongé par la flûte grave ; dans la\nsuite je rencontre une marche d'harmonie un peu trop marquée, et une\nmélodie moins distinguée que je ne voudrais. La mélodie, je veux dire\nla grande phrase développée, à l'ancienne mode, est-elle bien ce qui\nconvient à M. Coquard? Je ne sais trop ; pour ma part, j aime mieux sa\nmusique lorsqu'elle traduit finement de justes impressions, et ne s'exténue\npas à être sentimentale. Et voilà pourquoi je mets cette suite d'orchestre\nau-dessus de tout ce qu'il a écrit jusqu'ici.\nLe 16 janvier, M'ie Blanche Selva reprenait la série coutumiere de ses\nhommages à Jean-Sébastien Bach, dont elle est sans contredit la plus\ndigne prêtresse : car mieux que tout autre elle sait dessiner en lignes\npuissantes la figure du dieu, qui ne fut du tout un dieu insensible, mais\nun dieu fort, dont la tristesse était vaste et grave comme la nuit, et dont\nla joie faisait bondir les montagnes pareillement aux agneaux des brebis.\nTelle est, en effet, la vertu de cet art multiplicateur, où toute idée se\nrépercute à plusieurs reprises, que tout y prend un caractère d immen-\nsité. C'est ce caractère que Mlle Selva sait excellemment garder aux\noeuvres même les plus légères, telles que le Vabsence\nfrère chéri, ou la charmante Suite française (2e du recueil), par la haute\ndignité d'un style toujours expressif, mais jamais infléchi en accents\npersonnels. Le concert commençait et se terminait par une Sonate pour\nviolon et piano : M. Nestor Lejeune, au nom contradictoire, s'y est\nmontré bon musicien, mais violoniste inexpert et mal assuré . on ne\nreconnaissait plus le valeureux alto du quatuor Zimmer.\nA l'école des Hautes Études sociales, M.Henry Expert retraçait, en\nune fort jolie causerie, l'histoire de la musique vocale, depuis 1 organum\nd'Hucbald jusqu'à Mouton, Certon et Passereau : et ses chanteurs, après\nlui, firent éclore les grêles et souvent délicieuses fleurs de 1 art primitif. Le\n18' janvier, M. Romain Rolland nous faisait connaître les précurseurs de"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.25", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3632, "texte": "Beethoven dans cet art si particulier, et si vraiment « social », du lied\nallemand : Mll6 Luini, timide à juste titre, et M. Jan Reder, admirable de\nvoix et de style, illustraient cette claire et très instructive leçon d'exemples\npresque tous nouveaux pour nous, desquels je retiendrai surtout un air de\nGluck, d'une vigueur admirable ( Willkommen, du silberner Mond), et de\njolies chansons du bon Hiller et de Peter Schulz. On trouve là les pre-\nmiers traits de plus d'une mélodie de Beethoven, ou, pour mieux dire,\nde la mélodie de Beethoven, qui prit la forme, mais y répandit toute son\nâme.\nDes diverses œuvres nouvelles exécutées au dernier concert de la\nSociété Nationale (20 janvier), la Sonate pour piano et violon de Jean\nPoueigh est sans doute la plus belle d'espérances et la plus riche de\npromesses. Car on y remarque un accent très sincère et une inspiration\nmélodique qui se ressent encore un peu trop de Franck et de Lekeu,\nmais dont on reconnaît, à certaines inflexions, la personnalité prochaine.\nLa forme n'est pas parfaite encore : je ne parle pas de l'écriture, fort\ncorrecte, mais du plan, qui n'est pas assez suivi. L'œuvre sera sans\ndoute remaniée et resserrée quelque peu avant de paraître chez Demets,\ndont elle sera loin de déparer la belle collection moderne. MM. Enesco\net Aubert l'ont interprétée avec beaucoup de charme et des mouvements\nun peu trop lents à mon gré.\nLe Noclume pour piano et violoncelle de M. Inghelbrecht décèle, au\ncontraire, un talent très sûr et très maître de ses effets; les sonorités du\npiano sont d'une mélancolie charmante, je les préfère au chant du vio-\nloncelle, peut-être oiseux. M. Inghelbrecht me paraît un musicien bien\ndoué, dont on appréciera mieux les qualités à l'orchestre. Quant à\nM. Claude Guillon, il n'a tiré qu'un assez médiocre parti des jolis tableaux\nrustiques que lui proposait une muse familière. Malgré une déclamation\nsoignée, beaucoup de bonnes intentions, et tout le talent de MUe Jane\nArger, ces mélodies m'ont paru un peu pauvres en musique. Il est vrai\nque trois exquises chansons de G. Fauré leur portaient un ombrage plus\nfuneste que celui du mancenillier.\nOn me demande, de différents côtés, des nouvelles de la conférence\nque j'ai faite le i 5 janvier, au Cercle catholique, sur la musique de\nl'Extrême-Orient. Il m'est bien difficile d'en parler décemment ici ; mais\nje la publierai dans une de nos prochaines livraisons, et l'on pourra juger\nde la sorte si 1 accueil si flatteur qu'elle a reçu du public fut ou non\nmérité. Mais je puis dire au moins que Ricardo Vinos a joué des danses\njavanaises et les Pagodes de Debussy avec cet art merveilleux, qui sup-\nprime l'effort et fait apparaître, toute pure et toute simple, la beauté de\nl'œuvre.\nbien des choses à dire encore : à louer M. Emile Bosquet\ndevoir mis à son programme les Jardins sous la pluie, M. Riccardi Prati\nd'avoir choisi, parmi ses compatriotes, Frescobaldi, Scarlatti et Martucci,\nMHe Guimaraès d'avoir brillamment exécuté Liszt, Schumann et Chopin,\net M. Pomposi d'avoir joué, avec la nervosité la plus distinguée, la Sonate\nde Franck et le Quatuor de Debussy. Mais il me semble que je sévis\nbien longuement aujourd'hui. Un mot encore, pour dire que le trio du\nFreyschut? fut délicieusement interprété, au dernier concert Clémandh,\npar MU0 Suzanne Labarthe, charmante Agathe, Mme di Marco, excellente\nélève de Mmo Chevillard, et M. Fernet. Et je vais me délasser en lisant\nle Mercure musical Louis LALOY.\nIl faut féliciter M. Colonne d'avoir encouragé un jeune en jouant de\nlui autre chose qu'une œuvrette : la symphonie de M. Enesco est une"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3616, "texte": "œuvre de belle dimension et qu'il importe de ne pas laisser inaperçue.\nDélaissant la forme du poème symphonique et la musique descriptive,\nM. Enesco a fait œuvre de musique pure dans cette symphonie aux allures\npresque classiques.\nLe premier mouvement, qui est le plus développé, s'annonce par des\ncuivres dont l'éclat gagnerait à être un peu moins vif. Le développement\net la combinaison avec un second thème qualifié par le programme de\n« féminin » sont très bien venus et d'une belle envolée. L'andante qui\nlui succède a été le mouvement le plus applaudi. La mélodie exquise se\npromène des clarinettes aux flûtes puis aux violoncelles avec une aisance\net une passion discrètement exaltée qui en font une page délicieuse. J'aime\nmoins le dernier mouvement, dGnt le développement moins poussé que\ndans les deux parties précédentes paraît décousu et où quelques bruta-\nlités orchestrales n'atténuent point la légère déception qu'il provoque.\nL'œuvre n'en est pas moins très intéressante,pleine de qualités qui dénotent\nen M. Enesco une âme de vrai musicien.\nCH.\nAinsi qu'il sied à des têtes couronnées, les rois du clavier et les princes\nde l'archet qui se font entendre àla Société philharmonique, sont, en géné-\nral, dépourvus de toute modestie. En revanche, ils ont beaucoup de talent.\nDe ceux-là sont MM. Mark Hambourg et Fritz Kreisler, applaudis tous\ndeux au concert du 16 janvier.\nLe premier, un Russe naturalisé Anglais, fit son éducation artistique à\nVienne. (Toute l'Europe, quoi!) Au piano, avec un éclairage complice, il\nressemble à M. de Max, en plus maigre il est vrai. M. Fritz Kreisler, né à\nVienne, est un lauréat de notre Conservatoire. On nous dit qu'il « se tira\nheureusement, quoique blessé, de trois duels dangereux ». Cette épithète\nme ravit. Quoi qu'il en soit, M. Kreisler brandit son archet avec tellement\nde fougue que Ton se demande si, parfois, il ne se figure pas tenir encore\nepee.\nJe me vois dans la nécessité de faire quelques réserves sur la manière\ndont ces deux virtuoses ont interprété la Sonate en la majeur de Mozart.\nLà où il fallait de la simplicité et du moelleux, nous avons eu peut-être\npar une exagération inutile des nuances —une exécution trop souvent sac-\ncadée. Par contre, M. Hambourg dans du Chopin et la Ballade de Grieg\n(le programme annonçait Gavotte et Variations de Rameau) et M. Kreis-\nler— dans Allemande, Courante et Double de Bach, et, surtout, dans Chan-\nson Louis XIII et Pavane de Louis Couperin, œuvre d'une musicalité char-\nmante et d'une fraîcheur exquise, méritèrent amplement les acclama-\ntions et les rappels qu'un public enthousiaste ne leur marchanda point.\nTout l'intérêt du dernier concert de la Société Bach allait à M. Georg\nWalter, ténor solo de la Singakademie et de la Société Bach de Berlin.\nRien de plus justifié. La très belle voix de M. Walter est d'un timbre ex-\ntrêmement agréable, et il la manie avec une absolue maîtrise. C'est dans un\nstyle excellent qu'il a chanté la cantate pour ténor solo : Misérable mortel\nque je suis, et celle :Oh ! viens, Jésus, notre Sauveur! Mlle Eléonore Blanc\net M. Louis Bourgeois lui donnaient ici la réplique ; ils eurent donc, et à\nbon droit, leur part dans les ovations qui furent nombreuses et répétées.\nSignalons aussi une très bonne exécution du Concerto en la mineur pour\npiano, flûte et violon, par Mlle Ritter, et MM. Hennebains et Daniel Herr-\nmann. L'on regrette de trouver un peu de flottement dans les chœurs ;\nmais l'orchestre, dirigé par M. Bret, se montre toujours discipliné à\nsouhait.\nMlle Eléonore Blanc triompha également àla Matinèe-Danbé du 17 jan-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.27", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": "vier. Ces séances se poursuivent avec un très vif succès ; mais celle-ci fut\nparticulièrement intéressante. C'est dans du Rameau : air de Castor et Pol-\nlux, et du Berlioz : Y Absence, que l'excellente artiste se fit applaudir. A\ncôté d'elle, citons Mlle Renié, harpiste talentueuse, dans des musiques qui\nTétaient moins; Ml*6 Mary Garnier et M. Delvoye de l'Opéra-Comique, et\nenfin le quatuor Soudant, qui interpréta avec sa vaillance habituelle un\nQuatuor de Weingartner et le Finale du quatuor no 4 de Beethoven.\nJEAN POUEIGH.\nSoirées d'art. Jeudi 11 janvier. Admirable exécution du ise quatuor,\nen la mineur (op. 132) de Beethoven, où s'exhale et prie une humanité si dou-\nloureuse et si sereine. « La joie par la souffrance », la maxime de Beetho-\nven, est la devise de l'œuvre. L'art qui idéalise tant d'angoisse reste incom-\nparablement simple, avec des retours imprévus au style des vieux maîtres.\nLe quatuor Capet a dit avec la gravité qui convient le chant religieux sur le\nmode lydien, qui sert d'andante, voix qui montent, se pressentvers un inac-\ncessible infini et meurent, entrecoupées de larges accords des orgues. Et\nquel réveil après l'apaisement ! Le finale, avec ses trois mouvements, alla\nrnarcia, assai vivace, allegro appassionato, frémit d'une joie fièrement con-\nquise. La Grande fugue (op. i 33), en si bémol (qu'un programme facétieux\nintitule Grosse fugue), est un défi à toute formule, je n'ose dire à toute exé-\ncution instrumentale, après la généreuse interprétation de M. Capet. Est-ce\ntout ? Mettons que ce fut tout et que nous n'avons pas trébuché de si haut.\nJeudi 18 janvier. —On a su gré à trois mélodies de M. Léo Sachs de\nfaire valoir la diction dramatique et fort habile de MU® Louise Grandjean.\nMais dans deux œuvres dignes de son talent, Rêves de Wagner et Ich\ngrolle nicht de Schumann, elle a pu affirmer sa haute intelligence de l'art\nallemand, disons mieux, de l'art. M. Richard Buhlig était pour moi un\ninconnu. Je crois que son agilité très nerveuse pourrait s'exercer mieux\nqu'aux dépens du Prélude, Choral et Fugue de Franck. Le quatuor Capet\nobtient son succès ordinaire, plus mérité que jamais, dans le dernier quatuor\nde Beethoven.\nDans la salle sEolian, maquillée d'un vernis céleste, comme tel cabaret\nde Montmartre, le Quintette de Franck, par un contraste spirituel, reçoit une\ninterprétation convaincue, respectueuse, grave. Mme Landormy-Plançon et\nle quatuor Parent forment un excellent ensemble.\nM. Joseph Hofmann est un enfant de génie depuis l'âge de neuf ans. Quel-\nques années ont passé depuis. Je n'ai entendu que le second concert qu'il\na donné salle Erard. Son mécanisme vigoureux, la solidité de son rythme\ncarré doivent faire merveille dans Schumann : je ne lui ai entendu jouer que\nChopin, où j'avoue qu'un jeu moins cadencé me toucherait plus.\nJOSEPH TRILLAT.\nLa Belle au 001 s dormant, de M. Georges Hue, exécutée au dernier con-\ncert du Gonseï\\ atoire, est amusante a force d etre prevue * le sommeil est?\ncomme il convient, suggéré par une note tenue en pédale ; l'entrée du\nPrince, tout naturellement, se trouve signalée par les cors ; l'Aurore, ainsi\nqu on pouvait s y attendie, appelle un trémolo des mêmes cordes qui, agré-\nmentées de sourdines, font le bruissement bien connu du rouet ; et une\nflûte qui se souvient de Siegfried prétend chanter à l'instar de l'oiseau.\nQuant à la Fée du mal, c est le mal aux oreilles qui est sans aucun doute son\ndomaine, si j'en crois ces cuivres horrifiques.\nLa perle du concert fut le chœur des de Schumann, délicieux\nde couleur et de rythme."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.28", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "Concert Galeotti-Capet. Tous ceux qui ont déjà entendu Cesare Galeotti\nconnaissent ce toucher extraordinaire par lequel les notes semblent naître\nsans l'intermédiaire du piano. Dans la Sonate en sol majeur (op. 96) de\nBeethoven les deux exécutants ont un ensemble et une délicatesse qui est\npresque de rêve. Quant à la sonate de Franck, on voudrait ne plus l'en-\ntendre après cette exécution. Elle n'a jamais été rendue avec une aussi\nnoble piété, une aussi ésotérique passion. Dans le premier mouvement, un\nsentiment si profond et si ému qu'il semblait que les deux artistes jouaient\npour eux seuls dans une presque inconsciente et harmonieuse union. L'al-\nlegro exécuté avec une fougue magistrale qui n'excluait pas la musicalité\nintime. La séance se terminait par une sonate de Saint-Saëns.\nLe succès du concert a été énorme.\nNEZEU.\n\nA LA NATIONALE.\n\nMiroirs, cinq pièces pour piano par M. Ravel.\nAprès la première audition de son Quatuor à cordes à la Schola, il y a plus\nd'une année, j'écrivais dans \\e Mercure de : « Il faut retenir le nom\nde Maurice Ravel : c'est celui d'un des maîtres de demain. » Depuis, il\navait fait Asie et remporté au concours préparatoire du Prix de Rome le\nsuccès d'un retentissant échec qui le rendit soudain plus célèbre que tout\nce qu'il avait publié jusqu'alors. La veste à lui destinée se trouva aller\ncomme un gant à celui qui la lui avait préparée, soigneusement taillée sur\nmesure, et qui dut la garder pour soi-même et l'endosser. Le scandale\ndont Maurice Ravel fut l'irresponsable occasion et la victime eut tout\nd'abord le résultat d'imposer la nomination de M. Gabriel Fauré, son pro-\nfesseur précisément, au poste de Directeur de notre Conservatoire, pour la\nsauvegarde et l'honneur de notre musique nationale. Outre ce bienfait cer-\ntain, il apparaît bien que celle-ci puisse attendre du blackboulé quelque\ntribut plus personnel, sinon moins involontaire, et qui ressemble fort, déjà,\nà ce qu'on appelle de la gloire en véridique et bon français. Il est rare\nd'avoir à constater chez un jeune artiste une évolution aussi rapide et\naussi remarquable. Venant après le pittoresque des la\ngrâce romantique du Quatuor et l'exotisme étincelant ces\nfont un effet très analogue à la brusque révélation des dans\nl'œuvre de Schumann. On procède toujours de quelqu'un, et le génie lui-\nmême n'échappe pas à l'ascendant de devanciers lointains ou proches ; la\nformation de la personnalité est chose assez mystérieuse et complexe, à\nquoi contribuent plus ou moins fortement des apports souvent très divers.\nL'éventuelle assimilation, ici, est décidément accomplie. Maurice Ravel\naime Schumann et s'en prévaudrait volontiers ; mais ce n'est guère que\ndans Noctuelles qu'on pourrait découvrir quelques indices de la ferveur de\nson culte. Tout le reste est d'une inspiration originale et neuve qui n'évoque\nplus aucun souvenir. On m'assura, sans que j'aie pu vérifier l'exactitude\ndu fait ou la coïncidence, qu'au moment probable de leur gestation, l'au-\nteur de Miroirs était de son propre aveu plongé passionnément dans Bee-\nthoven, celui de la fin, de la « dernière manière ». Si l'influence fut réelle,\nle musicien qui l'éprouva était de taille à la supporter sans dommage.\nEncore que non pas peut-être fatalement indispensable aux résultats, elle"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.29", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "serait plausible pourtant à l'égard d'une simplicité plus évidente, dune lar-\ngeur et sécurité de touche émancipées de tout vain fignolage dont on est\nfrappé dans Miroirs, et peut-être aussi pour l'émotion intime et la profon-\ndeur d'une pensée émanée ou vêtue d'harmonies irrêvables au « Vieux\nSourd ». De ses doigts infaillibles, Ricardo Vines en déroula délicieuse-\nment l'arabesque sonore et dut bisser YAlborada del Gracioso au milieu\nd'applaudissements qui s'adressaient à la fois à lui et à la musique. Lors-\nque, bientôt, ces pièces seront éditées par Demets, on pourra mieux juger\nde la valeur exceptionnelle de leur contenu musical. Il ne faut pas se fier\naux apparences : tels courts lieder de Schumann dureront bien probable-\nment plus longtemps que ses quatre symphonies. Quelques-uns de ces\nMiroirs fourniraient un admirable prétexte au jeu des timbres de l'or-\nchestre ; ils n'y gagneraient rien musicalement. Malgré leur modestie d'al-\nlure ou de dimension, parmi ces cinq morceaux également exquis, il est\nau moins deux purs chefs-d'œuvre, Une barque sur locéan et Oiseaux\ntristes ; celui-ci surtout, peut-être, imprévu, simple et poignant entre\ntous. La réponse est cinglante au jury d'hier ; elle est si belle qu'on en\nserait presque tenté de plaindre ces gens obtus, s'il est vrai qu'ils étaient\nsincères. Oublions-les, eux, leur acte et leurs noms introuvables déjà, la\nplupart, dans nos mémoires indifférentes. Il y a si peu, si peu de rapport\naujourd'hui entre tout cela et notre art ! C'est bien loin d'eux qu'ailleurs\nvit et grandit notre musique, à quoi ils ne comprennent rien, car ils\nn'ont pas la « debussyte », ô Mauclair, et ne l'auront jamais : ils en sont\nincapables, les pauvres. En vérité, plaignons leur triste sort.\n\nJean Marnold.\n\nLE QUATUOR PARENT\nLes « trois manières » de Beethoven et l'impressionnisme en musique.\nLe vendredi soir 5 janvier 1906, l'excellent Quatuor Parent inaugurait\nnon seulement sa saison 1906 à la salle mais un cycle Beethoven\nsans précédent qui, pour la première fois en France et en Europe—\nnous promet, pendant quatre ans, l'intégrale audition des œuvres de mu-\nsique de chambre, instrumentales ou vocales, du maître suprême en l'art\nde toucher nos âmes.\nLes vrais amis de la musique savent ce que l'artiste Armand Parent a\nfait, depuis plus de quinze ans, pour les maîtres et pour les jeunes, et parti-\nculièrement pour Beethoven, ce maître toujours jeune par le prime saut\npuissant de la pensée, dont il a joué déjà deux fois les dix-sept quatuors\n(«ivec la Grande fugue), sans délaisser les modernes consacrés 011 discutés,,\ndepuis le précurseur César Franck jusqu'aux admirateurs de Claude\nDebussy,.. Nous 1 avons dit : c est un véritable musée de la musique, hélas f\nephemère, mais enchanteur comme elle, où le Salon carré du Louvre ser-\nvirait de section rétrospective au Salon d'automne.\nEt cette comparaison naturelle avec la peinture ajoute à la ressemblance\nd un portiait d Armand Parent : une autre fois, moins pressés, nous esquis-\nseions la physionomie ferme et loyale de ce véritable artiste, autoritaire\navec douceur, lier sans pose, littéraire sans snobisme et sans pédantisme-\ndont la virtuosité, jamais exclusive, trouve le temps de s'intéresser à l'im,\npressionnisme de tous les jeunes sans lui sacrifierla ligne plus reconfortante"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.30", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3741, "texte": "des maîtres. Par son caractère comme par son jeu, Parent se manifeste un\nclassique ouvert à toute nouveauté, pourvu qu'elle soit inspirée, même témé-\nrairement, par l'art pur.\nAujoura hui, c est le règne de Beethoven, ce Michel-Ange émouvant, ce\nmaître du « siècle dernier », dont le génie reste à l'avant-garde. Une\nsubstantielle causerie de M. Paul Landormy, musicien doublé d'un penseur,\na commencé par nous dire ce qu'il faut exactement penser des « trois ma-\nnières » (comme disait Lenz) de celui de tous les maîtres-musiciens qui\ns'est constamment et le plus spontanément renouvelé (comme nous disons),\nsans excepter Richard Wagner ! Exagération scolastique, n'est-ce pas?\nque de morceler l'œuvre d'un libre génie en trois compartiments comme\nune bibliothèque à triple rayon! Une mélodie datée de 1795 ne contient-elle\npas déjà le thème futur de la Neuvième} Et la Fantaisie avec chœur de 1807\naussi ?\nIl faut dire simplement ; la première étape, de 1795 à iBos, de la vingt-\ncinquième à la trente-cinquième année de l'auteur, respecte les formes*\ntraditionnelles de la sonate avec ses développements ou ses divertissements\nprévus comme une « patience » à réussir, le jeu de la musique formelle\net mondaine, où l'atmosphère deVienne se mêle aux souvenirs de Bonn.\nLa seconde étape du génie en marche à la conquête de soi-même, de\niBos à 181 5, débute par YEroica (op. 55), symphonie révolutionnaire et\ngéante, qui garde encore le souci de l'architecture musicale comme les trois\nquatuors de YOpus 5g (qui paraissaient à Romberg aussi fous déjà que la\nSymphonie en la, selon Weber...) C'est le vrai Beethoven, c'est-à-dire le-\nBeethoven intermédiaire et le plus connu.\nTroisième et dernière étape, de 1815 à 1827 : douze ans de création soli-\ntaire et silencieuse, où le génie sourd ne cherche plus à plaire (dernier mot\nde l'esthétique pour le jeune Mozart), mais à s'exprimer librement, popu-\nlaire et plébéien, héroïque, tragique, pathétique, et, parfois, « infiniment\ntendre ou diversement jovial et spontané ». Pendant trois ans de recueil-\nlement, Beethoven arrange i 32 mélodies écossaises pour l'éditeur Georg\nThomson, afin de se rapprocher des sources vives de la nature et du peuple ;\net quand il recommencera d'élever la voix qu'il n'entend plus lui-même\nque dans le silence intérieur de son être, il se sera délivré (selon le mot de\nWagner) « du péché originel de la forme extérieure ». De là, ces synthèses\nqui nous ressuscitent des « mémoires d'outre-tombe », des voix de l'au-\ndelà, dernières sonates ou derniers quatuors, chants libres d'une âme\nimmense, harmonies mélodiques aussi novatrices que la mélodie harmo-\nnique d'un César Franck, essors imprévus avec des souvenirs volontaires-\nde Bach, cette dernière manière, enfin, qui troublait les académiciens\nde iB3o en « foudroyant » Berlioz, et qui ne laisserait pas que d'inquiéter\nceux encore de 1905, signée Wagner ou Debussy...\nEn remerciant M. Landormy de nous avoir inconsciemment dicté ces\nlignes, observons à notre tour, sans insister, d'un trait, le rapport de ces\ntrois phases d'un art en perpétuel devenir avec l'évolution douloureuse,\nenviable et sublime d'une vie tout intérieure, dont les neuf\nles dix-sept quatuors et les trente-deux sonates, et même les Lieder sont\nles chapitres parallèles et mystérieux : autobiographie qui contient, comme\nla musique même, le secret d'un cœur débordant de sève affectueuse et\nrobuste... Et, vers son automne aux fruits géants comme la grappe que\nPoussin nous a rapportée de la terre promise, le candide Beethoven se\nlamentait d'avoir à peine écrit « quelques notes ».\nContentons-nous du peu qu'il nous laisse : il y en a pour quatre ans L\nEt cela, pour la seule musique de chambre...\n*\n* *"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.31", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "Sans être esclave de l'ordre chronologique, chaque séance du Quatuor\nParlent nous proposera comme un raccourci contrasté de ce grand œuvre :\ndans les deux premières, par exemple, nous avons applaudi de parfaites et\nvivantes exécutions du premier trio (op. i, n° i), de l'élégante sonate pour\npiano et violon (op. 24), de quelques naïfs Lieder, du VIIIe et splendide\nquatuor, où Parent et ses partenaires (MM. Loiseau, Vieux et Pournier)\nse sont surpassés, comme Bleuzet et les siens dans le trio de 1794 £t\nl'octuor de 1796 pour l'harmonie seule, et comme M^e Marthe Dron : la\ncharmante et distinguée pianiste, au profil fier comme son jeu, ne doit\npas regretter d'avoir abordé la 32e et dernière sonate (op. in) qu elle joue\navec un brio réfléchi qui nous fait attendre impatiemment son interpréta-\ntion des Adieux (op. 81 a)...\n*\n* *\nEt la troisième soirée, du 19 janvier? Une séance moderne, une séance\nimpressionniste, pour laisser reposer Beethoven, ou plutôt pour le con-\ntinuer; carie génie libre a suivi son sentiment; et pourrait-il reprocher\naux derniers venus d'avoir suivi le leur ? N'a-t-il point défini lui-même,\ndans la dédicace de cet Op. 111 à l'archiduc Rodolphe «ce désir, essen-\ntiel aux nobles natures, de n'exprimer jamais que ce qu'elles sentent » ?\nCette épigraphe est toute la genèse du Debussysme. Nous la sentions\nflotter, l'autre soir, comme l'âme même du dieu Beethoven et le conseil\nmuet du génie, dans l'atmosphère où, bizarrement mais poétiquement,\nmurmuraient le quatuor (op. 10) de Claude Debussy, que nous tenons pour\nson chef-d'œuvre, et le quatuor tout récent de son jeune émule, Maurice\nRavel, qui garde intacte sa personnalité.\nNous l'exprimions, au printemps dernier : c'est étonnant ce que des\nauditions successives et les amoureuses exécutions du Quatuor Parent\nnous ménagent de découvertes en ces terres avancées : ultima Thule !\nL'impressionnisme musical ne libère pas seulement les développements : il\nles supprime; il pousse l'indépendance des parties jusqu'au coloris le\nplus immatériel ; il ne décrit jamais : il suggère. Mais il demeure très\nconstruit sous ses fluides apparences, où clapotent les pizzicati de la pluie,\noù s'enroulent des nuées échevelées, écharpes de ténèbres lunaires et de\npensées lunatiques... Il y pleut de l'ombre et des étoiles (cf. Yandantino\ndebussyste et Ravel passim). De l'irréel dans du réel, poésie vague; frisson\nnouveau, qui fait plaisir et qui fait peur... telle la parole d'un Mallarmé,\nl'eau-forte d'un Whistler ou d'un Buhot, sur les toits noirs, dans une\nvieille chambre provinciale où lèvent cause avec l'ombre, par la nuit noire\nau fond du vieux parc, ou dans une traversée sous une nuit sans lune...\nDes bouffées de musique russe, archaïque, grégorienne, extrême-orientale,\nsingularisent cette âme moderne, violente ou pâmée, son mélos fugitif,\nplein d humour et de poésie... Non, l'Allemagne d'aujourd'hui n'a rien de\ntel à nous offrir !\nEt les zélateurs de Beethoven, qui conservent, malgré tout et malgré les\nultima verba de Beethoven en personne, un culte quasi latin pour la\npensée plus concise et pour la forme plus sculpturale, ont fait le plus bel\naccueil, entre nos deux quatuors impressionnistes, aux Lieder français de\nM. Fauré, puis à la première audition d'un vigoureux et mélodieux Trio\n(op. 18) d Alberic Magnard, dont la sonate et la symphonie décèlent les\nmêmes qualités dynamiques, ardentes, hautaines, probes et profondes. Un\nnouveau classicisme... Et remercions, une fois de plus, Mlle Dron, MM. Pa-\nrent et Fournier !\nRAYMDND BOUYER."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.32", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "Société Beethoven. A cette société, fondée par le graveur mélomane\nJacques Beltrand pour l'annuelle audition des dix-sept quatuors de Beetho-\nven, réconfort et religion des artistes, grand succès pour le pianiste\nRicardo Vifies dans Yop. 24, pour Mme Jeanne Raunay dans l'air sublime\nde Fidelio, pour Mme Jane Arger, délicate interprète de trois lieder : le\ncandide Adieu de Molly, la pénétrante Prière de iBo3, le délicieux chant,\nencore mozartien de 1810 : Nouvel amour, nouvelle vie\\ les lieder bien dits\ncomplètent l'idée que nous voulons enfin nous faire de Beethoven.\nR. B.\n\nACCORDS ANGLO-FRANÇAIS\nExportation et importation.\nAprès les chefs d'Etat, les navires de guerre et les conseillers munici-\npaux, la musique vient apporter à l'entente cordiale son aide harmonieuse.\nC'est fort bien. 1 t is good, too, that a\nexcentricities as well as in our conventions.\nthat perfect knowledge which makes for the entente cordiale. Itis as désira-\nble that the epicures oflife and literature\nthe sailors and the Mayors and Corporations,dit justement.\nDéjà, au cours de ces derniers mois, des manifestations artistiques de\nhaut goût dénoncèrent aux foules les sentiments amicaux du Royaume-\nUni et de la République française. Ce fut, à l'Alhambra de Leicester\nSquare, un ballet en lequel une jeune personne, vêtue d'une robe aux trois\ncouleurs, dansait des pas légers, graves de signification ; ce fut, au Coronet\ntheatre, Mme Sarah Bernhardt interprétant Pelléas aux côtés de la Méli-\nsande anglo-française de Mrs. Patrick-Campbell ; et encore — et toujours!\n— la grande tragédienne posant la première pierre de la nouvelle bouti-\nque de Mr. Clarkson, fabricant de perruques ; ce fut Mme Le Bargy jouant\nY Adversaire dans la langue de Shelley, qu'elle traduisit.\nA Paris, les revues de fin d'année révélèrent au peuple français\nAnona, Little Mary et autres refrains, prototypes du génie musical britan-\nnique, tandis que des régiments de chorus girls exhibaient leurs épaules\net leurs jambes pour démentir la légende prétendant qu'ils n en ont pas en\nAngleterre. Sur les boulevards ombragés de platanes, destailleurs bien pari-\nsiens s'étiquettèrent tailors ou cutters et remplirent leurs vitrines de pro-\nduits et de modes as now wornet l a dessein de\nrépondre aux derniers Paris modelset des étalages\nlondoniens.\nMais les événements de la semaine passée, plus que tous autres, confir-\nment la bonne foi réciproque et l'enthousiasme définitif, — à la demande\ngénérale et irrévocablement. Car, quoi de plus satisfaisant qu un échange\nde chefs d'orchestre et de compositions nationales ? Douces harmonies !\nAccords plus que parfaits ! Vive Edward VII ! Long life Loubet 1 Hip 1\nHip! Hurrah !...\n*\n**\nExportation. — Nombre de gens, même avertis, considèrent l'Ecosse\ncomme la patrie des Kilts, des grouses, des moors, des légendes gaéliques,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "et d'une hospitalité connue de tous, principalement des choristes de la\nDame Blanche. Quelques voyageurs qui s'y risquèrent en revinrent avec\ncette idée, d'ailleurs exacte, que les bars y ferment à 10 heures du soir,\nparce que c'est un pays très moral et que, faute de cette précaution, les\nindigènes s'y livreraient sans mesure aux douceurs un peu rugueuses du\nscotch whisky ou même du gin. Déplus, ces intrépides répandirent le bruit\nque la seule musique pratiquée dans cette contrée septentrionale, ceile des\nbag-pipcs, nostalgique et monotone, s'extériorisait en en reels, en\nsword-dances. Jugement absurde ! Relation de voyage erronée! J'ai sous\nles yeux des programmes qui témoignent de l'existence en Ecosse de\ngrands concerts hebdomadaires, d'un orchestre de quatre-vingts musiciens,\net M. Edouard Colonne, qui vient de les diriger, me les affirme de premier\nordre. Il s'y connaît.\nCe chef d'orchestre a triomphé à Glasgow et à Edimburgh, conduisant\nce Scottish orchestra dont le Dr Cowen est le « conductpr » attitré, révé-\nlant aux Ecossais ahuris entre autres musiques le Prélude de Messidor;\naprès quoi cet estimable peuple dut perdre cette idée préconçue que the\nFrenchman9 and every thing pertaining to him, is light and volatile, and\nmore or less reminiscent of a Palais Royal farce !... Aujourd'hui, 7he\nScotsman, à qui j'emprunte quelques renseignements, ne tarit pas en éloges\nsur ces deux beaux concerts ; l'orchestre, dit-il, sembla l'autre soir réson-\nner de façon inaccoutumée, comme guidé par une personnalité puissante.\nSiegfried Idyll, jouée avec toute la délicatesse désirable et la 2e Symphonie\nde Brahms furent tout particulièrement applaudies.\nNous devons nous en réjouir.\n*,\n* *\nImportation. Cependant que M. Edouard Colonne opérait de l'autre\ncôté du Channel, the London Symphony orchestra et the Leeds Festival Choir\noccupaient sa salle du Châtelet. On ne peut se dissimuler l'importance\nd'une telle manifestation, puisqu'un de nos plus graves critiques, j'ai nommé\nM. Henry Gauthier-Villars, écrit dans Y Echo de Paris : « Par les soins\nréunis de S. M. Edouard VII, roi d'Angleterre, de M. Emile Loubet, prési-\ndent de la République, et de M. Gabriel Astruc, directeur de la Société\nmusicale, l'entente cordiale vient d'être scellée définitivement sous les\nauspices delà Musique et de la Poésie, cette Blest pair of Sirens. »\nMe voici donc bien à mon aise, et puisqu'on ne doit aux amis que la\nvérité, je puis, à l'occasion des deux concerts anglais, risquer sans\ncrainte d'être accusé de mauvaise foi de modestes réserves.\n... Lorsque j'arrivai au Châtelet, dont les mélomanes en foule inon-\ndaient les portiques, un marchand de billets m'offrit des places « plus\ncher qu'au bureau». Je m'en réjouis. Des palmiers et des fougères ornaient\nles vestibules et, jusque sur le trottoir, un tapis se déroulait, sûr indice\nd'une présence auguste. Au haut des marches, je fus reçu « d'une façon\ncharmante » par des ouvreuses inhabituelles à petits tabliers et à bavolets\nblancs, qui semblaient avoir emprunté pour cette solennité des airs atten-\ntifs de.nurses... Et quelle salle ! On pouvait voir, séparés par une cloison\ninexpliquée, M. et Mme Loubet assistés d'officiels figurants ; dans une loge,\nles frères Isola, enthousiastes ; au balcon, sage et attentif, M. Cheviliard;\nM. Gabriel Astruc partout à la fois. Je crois y être encore...\nTout de suite la Marseillaise assume une allure et des accents nou-\nveaux en passant par ces voix anglaises qui lui imposent comme un ralen-\ntissement d'hymne ; tout de suite bouillonne l'enthousiasme, débordant"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3790, "texte": "quand apparaissent Sir Charles V. Stanford, compositeur, et M. André\nMessager, manager du Royal Opéra de Govent Garden. Cependant que\nretentit le Don Juan de Strauss, romantique et passionné, quelques cho-\nristes de Leeds, qui n'ont rien à faire, sortent d'imprévues lorgnettes et,\nfroidement, se mettent à inspecter les spectateurs. Après l'ouverture des\nMaîtres Chanteurs, conduite par l'auteur de Véronique avec de curieuses\noppositions de nuances, sous les applaudissements qui crépitent, M. le\nPrésident de la République se lève, salue, sourit et sort.\nSir Charles V. Stanford regarde ce départ « de haut et largement »,\ncomme tout bon professeur de philosophie, ô Bazaillas ! doit regarder la vie.\nLa séance continue par des œuvres anglaises. C'est: l'ode Ulest pair of\nSirens de Sir Hubert Parry, un peu longuette, d'une élégance et d'une\nvigueur assez monotones et mendelssohniennes; la gentille Da:\\ce of Nymphs\nand Reapers qui sautille aux violons avec des rusticités affadies — du Corot\npour keepsakes !— un Scherzo Scandinave de Mr. F.-H. Cowen, aérien et\nshakspearien, où s'attarde la reine Mab ; un Benedictus adroit, correct et\njoli, sans doute composé par Sir Alexander Mackenzie à l'usage des églises\nchics et des Society people\\ une Irish Symphony enfin, de Sir Charles V.\nStanford, ah! si typiquement irlandaise ! Certes, on peut préférer à ces\naimables orchestrations les recherches polyphoniques des musiciens\nfrançais modernes, n'empêche que l'andante de cette œuvre ravit par sa\nsentimentalité fraîche; tout le charme agreste de la verte Erin y fleurit, de\nmême que, dons le finale, une paysanne énergie martèle avec rudesse le\nbondissement de ses danses sévères ; aux trompettes vibre un mélanco-\nlique chant populaire — teinté d'espérance.\nA côté de cette Symphonie assez caractéristique, j'eusse aimé à voir\nfigurer des fragments importants du Dream of Gerontius par exemple, le\ntrès bel oratorio de Sir Edward Elgar, le plus personnel des compositeurs\nanglais actuels ; The Challenge of Thor ne compte point parmi ses\nmeilleures productions, et l'on comprend malaisément la raison de ce\nchoix. Quant au Requiem de Sir Charles V. Stanford, il s'affirme théâtral\nplus que religieux, avec une recherche d'eiïets déconcertante et des\njoliesses déplacées que n'approuverait point la Grégorienne Cour de\nRome.\nCurieusement, l'influence de ce Mendelssohn — pour nous si désuet —\ndomine toutes ces musiques, étouffant, sous la prolixité de ses développe-\nments faciles et sous la grâce molle de ses harmonies trop prévues, des\npersonnalités possibles et des talents réels. Voilà de quoi étonner des audi-\nteurs habitués aux subtils impressionnismes des imitateurs de M. Claude\nDebussy, dans une capitale où Wagner se trouve déjà démodé.\nL'interprétation du London Symphony orchestra, qu'il soit dirigé par\nSir Charles, par M. Messager ou par M. Colonne, reste toujours inté-\nressante et probe, grâce aux grandes qualités des cordes, et malgré cer-\ntaines défectuosités des bois, parfois nasillards (through the nose), avec un\naccent on dirait américain. Pour le Leeds Festival Choir, tout simplement\nadmirable, on a pu se rendre compte de sa vigueur, de sa justesse, de sa\nnetteté, dans des œuvres de Bach et de Haendel, comme dans le finale de\nla Symphonie avec choeurs, superbement exécute, et dont le quatuor vocal\n(Miss Marie Brema, Miss Perceval Allen, Mr. John Coates, Mr. Francis\nBraun) brilla d'un pur éclat d'étoiles. Que ne puis-je, comme dans le\nMotet de Bach, « célébrer leurs louanges avec le tambour et l'instrument à\ndix cordes » !... puisque aussi bien les paroles sont vaines...\nEn sortant du Châtelet, je rencontrai M. R. df... n, le grand couturier de\nla rue de Rivoli, qui veut bien, parfois, m'honorer de quelques paroles :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.35", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "« Eh bien, lui dis-je, quels beaux concerts! Oui, me répondit 1 illustre,\ngrande musique,... entente cordiale... évidemment, évidemment... Mais,\nmon Dieu ! ces choristes, la façon dont elles étaient habillées . » A ce\nmoment l'une d'elles passait que je ne connaissais point ; je 1 interpellai\ncependant dans la langue de Shakspeare et de Marie Corelji : « Well,\nêtes-vous satisfaite de la réception?... de Paris ?... Oh . s extasia la\nfille d'Albion, I do love it !... J'ai été trois soirs... running aux naughty\nFolies-Bergère!»...\nX.-MARCEL BOULESTIN.\np.-S. Entente cordiale musicale (encore!). A Londres, on attend la\nvisite de la Garde Républicaine et de son chef renommé.\nAu Moulin-Rouge réouvert enfin, des Highlanders fonctionnent, jambes\nnues, cornemusant à tour de bras ou dansant des gigues\nleusement. Mais pourquoi ajouter a leur programme écossais d inutiles,\nfades et chichiteuses musiques contemporaines, tout au plus dignes dun\nAdalbert Mercier qui aurait été se faire blanchir à Londres, musique pour\nCeylon tea-roomde vieille dame qui se souvient!...\nX.-M. B.\n\nLES REVUES.\n\nDans la Revue hebdomaire(ôjanvier 1906), M.JeanChantavoineconsacre\nun article au beau drame de Widor. « M. Widor a dominé son sujet avec une\nrare sûreté de coup d'oeil : il y a distribué la musique, pour ainsi parler, avec\nun équilibre remarquable ; il a su varier les scènes, donnant à chacune une\nteneur musicale qui lui est propre et qui pour chacune est celle qui lui con-\nvenait. On chercherait en vain dans la conception d'une oeuvre aussi solide-\nment pensée et aussi sûrement réalisée l'influence d'un système ou d'une\nmode. M. Widor n'obéit qu'à sa conviction, de même que sa science magis-\ntrale lui permet de parler toujours la langue quïl veut, sans emprunter de\nprocédés ni de formules : pareils mérites ont assuré le succès de l'œuvre,\nsuccès sain, de bon aloi, que n'avait préparé aucune réclame, que ne chauf-\nfait aucun snobisme. »\nRevue musicale de Lyon. —M. Léon Vallaspoursuitune intéressante polé-\nmique au sujet de la musique du Pygmade J.-J. Rousseau. Il a re-\ntrouvé dans la bibliothèque du musicographe genevois Becker, acquise\nrécemment par la ville de Lyon, une édition de publiée en\n1772 à Vienne. Il reproduit le texte de cette curieuse brochure, où le livret\nest accompagné d'indications musicales qui semblent bien être de Rousseau.\nFragment d'une étude de M. Vingtrinier sur l'histoire de l'ancien grand\nThéâtre de Lyon, construit par Soufflot en 1756. Ce théâtre « fut le pre-\nmier en France où, suivant l'idée de Voltaire, les balcons des divers\nétages étaient disposés en gradins pour permettre aux spectateurs de se\nvoir réciproquement et faire pénétrer la lumière jusqu'au fond des loges ».\nLe Guide musical (7 janvier 1906). A propos de la Chaconne de Bach,\nM. Hartmann signale aux violonistes quelques traits défigurés dans les édi-\ntions classiques et demande que l'on accorde plus de soin « à l'exécution\nrationnelle, à l'appropriation polyphone, à la distribution dynamique des\nvoix et à la lecture historiquement correcte de l'ornementation propre à la\npériode anté-beethovienne »."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "M. May de Ridder analyse quelques lieder de Jean Sibelius, la Chanson\ndu jeune chasseur, Frigga et le Cygne deTuonela, troublante évocation de\n« ce pays aux mille lacs tranquilles et profonds, s'étendant à fleur de\nterre dans les grands espaces solitaires ou dormant impassibles à la lisière\nde mystérieuses forêts ».\nRevue d'Egypte et d'Orient (décembre igo5).— M. Georges Amaryllis nous\nentretient delà saisonthéâtrale à Alexandrie. La société artistique d'Egypte\na tenté quelques innovations : l'orchestre est descendu d'un degré au-\ndessous du plancher ; on éteint les lustres durant le spectacle. Mme Bellin-\ncioni a triomphé dans Fedoraet Tos; Mme Lavin dans Mais\nAida demeure, paraît-il, «la pièce favorite du grand public alexandrin ».\nLes anciens Egyptiens avaient déjà le secret d'embaumer les morts.\nLa Sonntags-Zeit,supplément de la de Vienne, publie en son\nnuméro du 21 janvier une brochette d'opinions sur Mozart.\nLe professeur Joachim lui attribue « un pouvoir irrésistible » et raconte\nqu'il vit pleurer Berlioz à la première représentation de la Flûte enchantée ;\n« cela montre, ajoute-t-il, que ceux-là même qui sacrifient à un autre\nidéal ne peuvent se dérober au charme de ce génie ». Le compositeur\nHumperdinck a toujours été frappé par le goût de Mozart pour le chroma-\ntisme, qui le distingue de tous ses contemporains, et particulièrement de\nBeethoven, dont l'inspiration est toute diatonique. « C'est ce caractère\nchromatique, reconnaissable dans Don dans ses symphonies et dans\nsa musique de chambre, qui donne aux mélodies cette couleur tendre et\npassionnée, si particulière à Mozart, et qui se perd chez ses successeurs\njusqu'au moment où Wagner lui donne un éclat et une puissance incompa-\nrables. » Notre très cher collaborateur Willy regrette qu'on ne nous donne\npas la Flûte enchantée sous sa forme primitive ; il voudrait « qu'on ne nous\népargnât ni le serpent empaillé du début, ni les plumes du perroquet de\nPapageno, ni les coq-à-l'âne du texte, bien préférables, en leur absurdité\ntouchante, à tout ce qu'on a mis à leur place ». 11 loue en termes émus le\nsourire de Mozart, « qui paraît trempé de larmes claires », et la pureté de\nce génie qui prête une idéale beauté à une âpre satire de Beaumarchais\nou aux plates facéties d'un Schikaneder. La note comique est donnée par\nle ténor G. Walter : « Je dois au divin Mozart mes plus grands succès.\nJ'ai chanté l'air de Cosi fan lutte aux fêtes de Salzburg avec un succès\ncolossal (mit Riesenerfolg). » Mme Cosima Wagner lui tient tête avantageu-\nsement : elle excuse son fils, sur ses nombreuses occupations, et s'excuse\nelle-même, « parce qu'elle n'appartient pas au public ». Et elle conseille\nau rédacteur de la Zeit de chercher le mot Mozart dans la « Wagner-\nEnyclopédie, ou les grandes manifestations\ndevant la pensée de Wagner, citations littérales tirées de ses œuvres par\nC. F. Glasenapp. Leipzig, G. W. Fritzsche, éditeur. » Le prix seul n'est\npas indiqué.\n\nJoseph Trillat.\n\nLA MUSIQUE A LYON\nGRAND-THÉATRE : Représentations de MME Kutcherra. Siberia.\nLES CONCERTS : Symphonie classique. Symphonie lyonnaise. Salle Philharmonique.\nOn sait q'un mal « heugélien » sévit sur les scènes lyriques du Midi de\nla France, qui nous prive des joies harpiques de M. Massenet et de\nM. Reynaldo Hahn (i).\n\n(i) Je ne voudrais pas qu'on m'attribuât la mauvaise intention de dénigrer pour si peu\ndes musiciens honorablement connus. Ce rapprochement n'a rien de symptomatique."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "C'est pourquoi le répertoire est riche en Wagner et en vieille musique\nfrançaise, Saint-Saëns inclus. Il me semble que l'on perd ainsi une belle\noccasion d'abuser des auteurs nouveaux ! Mais cela viendra peut-être :\nM. Broussan devient actif à l'annonce de son départ. Très loin àArmor,\nSiberia et Tiphaine se précipitent en moins d'une semaine. Et déjà sur-\nviennent, en des sens différents, Riquet, ballet (!...) de Ph. Flon et une\nreprise prochaine de Tristan et Isolde, sans parler de Fideho.\nOn sait aussi que les bureaux de l'hôtel de ville s'occupent de la transfor_\nmation de la régie directe en régie mixte. Les maires seront moins respon_\nsables des aphonies des chanteurs. Question sociale, ou question adminis-\ntrative ? Je me le demande. M. Herriot, normalien et maire de Lyon, mal-\ngré une probable intelligence des causes, adopte une solution bâtarde, en\nconformité avec la nature indécise de son caractère. Maisun littérateurn'est\npas forcé de connaître les nécessités du théâtre... Il y a quelque bien\nà augurer de la nouvelle direction : M. Flon en assume le côté artistique\nsa compétence wagnérienne est indiscutable. Il n'y aurait cependant pas\nlieu de s'étonner si la prochaine saison nous réservait des déceptions. Tout\nest encore à faire ici.\nSur un point important : on prête à l'administration du théâtre le projet\nd'agrandir l'orchestre. Que ne l'abaisse-t-on sous l'avant-scène, ainsi que\ncela a été réalisé à Munich? Les dessous ne doivent pas être encombrés de:\nmachineries, si j'en crois la puérilité des trucs à!Armide. On en profi-\nterait pour modifier un système d'éclairage très défectueux. La suppression\nde la rampe s'impose dans certaines œuvres modernes, ou du moins sa\nneutralisation par un système de herses doubles : on diminuerait ainsi ce\nfaux-jour de neige qui n'a rien à voir avec la mise en valeur des décors.\nEt j'aimerais voir réapparaître le rideau à l'italienne, au moins pour Tristan\net la Tétralogie. Il est triste de garder dans les yeux la vision imperson-\nnelle de tant de mollets.\n*\n★ *\nj\\lmc Kutcherra nous rend visite dans et dans Je\ncrois que Mme Janssen est encore incomparable dans ces deux rôles. D'au-\ntre part j'ai beaucoup de peine à digérer la philosophie musicale de ces\nœuvres. On s'est trompé en nous présentant la célèbre artiste viennoise sous\nun jour défavorable : elle fut intéressante dans Lohengrin, moins bonne\ndans Tannhàuser. J'ose espérer que lui permettra une facile\nrevanche, à moins du Crépuscule s'il doit bientôt reparaître... (On ne con-\nnaît rien de l'avenir ici ! Mais vers qui irions-nous dolents, entre un direc-\nteur qui a la modestie de se déclarer incompétent et un maire qui n'aurait\npas la prétention de le démentir ?)\nAssurément Mme Kutcherra ne possède pas la pureté d'expression de\nM'\"û Janssen. Elle est plus femme, et en cela peut-être plus près de la vérité\nEt il y a par ailleurs dans la partie vocale de son interprétation\nde grands instants de faiblesse, un manque de transition sensible4 du mé-\ndium au gtave et a 1 aigu. Je sais qu'il faut être reconnaissant à Mme Kut-\ncherra des grands et loyaux services dont elle a honoré l'art allemand - je\ncrois que c est une excellente artiste. On pourraadmirer son intelligence de\naction dramatique, sincère et touchante : jeu très germanique ! Mme Kut-\ncherra est bien servie par sa plastique et par un goût remarquable dans la\ndraperie. Il faut louer en somme le noble courage d'affronter trop tard'\nune scene française, dans notre langue, avec un accent dix-huitième siècle\nqui surprend, mais une excellente prononciation.\nL'orchestre est toujours consciencieux. Il me semble cependant que,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "M. T lon ait fait des concessions à la facilité du travail d'ensemble, en\ns attachant moins qu autrefois à la discrétion des nuances. Après tout, c'est\nune maniéré ! A-t-on tant de soins pour Aleyerbeer?\nIl était dit que Siberia (i) nous envahirait, en même temps .que tous les\npays latins. Décidément « Paris » est quelquefois nuisible : il faudra aviser\nà le supprimer, selon les vues du conventionnel Isnard.\nSi 1 on tient compte que dans Siberia il n y a pas de musique, ou plutôt\npas de musicien, et que par conséquent cette oeuvre n aurait pas dû\ntrouver place sur une scène lyrique, je reconnais qu'elle présente un\ncertain intérêt pour les âmes pures, à 1 instar de Résurrection et de A'lich el\nStrogoff. On s'e e cependant un peu trop pour que ce soit conve-\nnable.\nPourquoi 3-t-on décidé de jouer SibC]e n'est pci s par patriotisme ?\nni dans un but commercial ?ni par amour de l'art ?... Alors ! Je sais\nbien que M. Giordano n'est pas un inconnu sur cette scène, et qu'André\nChénier y parut longtemps avant les entreprises Sonzogno. Mais vraiment\nil est tel Ben iowskicentenaire qui garde plus d'intérêt que cette simpliste\ncomposition.\nCar de ces trois actes, brefs comme des baisers italiens « appassionati »,\nil ne demeure rien qu'une petite impression de mise en scène et un miè-\nvre extrait de couleur locale : la brutalité de la fausse jeune école italienne\nsachant au besoin se faire précieuse. Je félicite M. Giordano de connaître\nquelques airs populaires de la Russie, il gagnerait à en connaître beau-\ncoup. La presse lyonnaise rappelle, avec un ensemble charmant, que ces\nchoeurs des bateliers de la Volga, la « Chapelle russe » de M. Slaviansky\nd'Agrenef les apporta autrefois au théâtre Bellecour. Pouquoi donc a-t-on\ndonné Siberia} J'en veux à ce nom seul qui semble d'une héroïne de Xa-\nvier de Maistre : autrefois la Siberia s'appellait Sibérie. Nous aurons eu\nla primeur d'une traduction française de M. Paul Milliet qui ne le cède en\nrien aux vers dorés de M. Jaubert ; les syllabes muettes s'y acharnent à la\npoursuite des notes hautes, c'est une gageure.\nLa bienveillance et la distinction de l'interprétation masculine (MM. Ver-\ndier, Dangès, Lafont) a failli sauver cette première soirée.\nLe public s'est cependant un peu amusé. Les chœurs ont chanté juste.\nM. Bardey avait brossé des décors consciencieux, moins consciencieux\nque les coursiers de la steppe qui portaient une neige de farine sur le dos.\nDépense inutile !\nAu fait, 11 n y a pas de ballet. C'est regrettable. A tant que d'introduire\nle répertoire du Châtelet, il faut le taire en plein. J'aurais bien aimé une\n« cosaque » emmi les mollets gracieux de Josefa Cerny. « Vinavat ! »\nJe n'ai pu assiste rau concert de la Symphonie classique, ayant déjà abusé\nde musique imparfaite et étant retenu ailleurs. Une symphonie de Haydn,\nle prélude de Hœnsel et Gretel,celui du une exécution fragmen-\ntaire du Ballet comique de la Reine de Beaujoyeux, d'après Weckerlin :\ncela forme un ensemble intéressant. On peut bien augurer de l'avenir de\nla Symphonie classique si M. Daumas entreprend résolument de lui ôter\nson caractère enfantin.\nJe ne sais s'il ne vaudrait pas mieux écarter des programmes des comé-\ndies comme la Farce du pâté ou Maître Pathelin, d'intérêt philologique évi-\ndent, mais qui sont mieux à leur place dans une distribution de prix que\ndans un concert, du moins une fois le vocabulaire éliminé pour les besoins\nde la cause.\nIl est vrai qu'on peut y voir une préparation au mais\n\n(1) Voir le Mercure du 15 mai 1905, compte rendu de Louis Laloy."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "après ? Pourquoi pas aussi bien les Vierges folles et le drame d'Adam ?\nToutes questions accessoires si le travail des musiciens compense la fan-\ntaisie du principe : cette jeune Société doit beaucoup au dévouement de\nM. J. Chanel.\nJ. R.\nConcert Péronnet. Le 24 janvier, nous fûmes conviés àun Concert\ndonné par le violoniste Péronnet et sa fille, MUe Jeanne Péronnet. L'attrait\nde cette audition était une Sonate pour piano et violon de E. Lazzari.\nL'œuvre m'a paru intéressante, surtout dans ses deux premiers mou-\nvements : lento allegro et lento. Il faut bien que je fasse amende hono-\nrable et que je proclame la vérité quand elle se manifeste. Des idées fran-\nchement exprimées, une phrase bien construite, d'allure nette, une mélodie\ndistinguée, pas banale, voilà ce qui m'a surtout frappé. On s'en étonnera\nmoins quand j'aurai dit que l'influence de Franck n'y était pas\nétrangère, ce qui du reste est un éloge, je suppose. J'ai moins goûté le\nfinale con fuoco.\nM. Péronnet avait assumé là une lourde tâche. Il convient de le louer\ndu choix qu il a fait ; je ne sache pas que cette sonate nous ait été révélée\navant lui. Il faut le féliciter hautement de son courage, de son exécu-\ntion probe et très honorable, bien qu'il ait manqué un peu d'assurance\ndans le début ; la phrase initiale et le eussent gagné à être\njouées avec plus de largeur et d'amplitude de son. Pas assez de vigueur\ndans le con fuoco.\n11 nous donna ensuite une Romance de Hubay d'une musicalité\nîen effacee et des Airs de Ballet de Lalo dont la difficulté ne rachète\npas 1 insignifiance.\nMlle Jeanne Péronnet, lel'1e1' prix du Conservatoire de Bruxelles, après nous\navoir fait apprécier dans la Sonate de Lazzari un jeu solide et franc,\nnous joua les Variations en ut mineur de Beethoven. Mon Dieu ! peut-\netre eut-elle pu mieux choisir dans l'œuvre du maître. Elle nous fit enten-\ndre ensuite Reve d'amour de Liszt, tant de fois entendu et d'une vul-\nfonLen?tSSlVe' Êt-Une Tarentelle de Mozkowski. Nous appréciâmes\nn jeu net, un poignet souple, des doigts agiles ; la tarentelle surtout\nrendue avec toute la légèreté et la délicatesse désirables.\nConcert de la Symphonie lyonnaise. Programme touffu, copieux\nPréludé du 4e acte de Messidor ; Procession de Rabaud ouverture\nde Rosamunde ; Concerto de Lalo, et Havanaise de Saint Sagnl nour\nle bilan Concerto de Grieg pour piano, et diverses mélodies, es î\nA retenir surtout la Procession nocturne de H. Rabaud, que nous enten\ndions pour la première fois. La notice de la partition\n---ne\" orchestrale6inc^on-\nJe passe sur Messidor de Bruneau trnn „ • •\nRosamunde, on aurait pu ? u P 7 lnsister- Quai* à\nouvertures. P Un Ch°lX Plus dans l'arsenal des\nM. Rosset joua la première partie du Concerto de I iln\nmen, trop lent, ce qui „e parut aggraver £ cet' \"te"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "recommande pas par une inspiration bien élevée. Quelques traits épineux\nmanquèrent de justesse, mais il serait injuste de ne pas reconnaître que\nl'exécution en fut satisfaisante. Je n'ai pas goûté du tout une\nde Saint-Saëns, dénuée de tout intérêt.\nMlle Marthe Gauthier, ier prix de notre Conservatoire, dans le\nde Grieg, fit valoir un mécanisme suffisant dans cette œuvre de grande\ndifficulté. Ses traits manquèrent un peu de netteté dans certains passages.\nJe lui reprocherais un peu de froid, surtout dans la phrase du premier mou-\nvement qui aurait demandé plus de sensibilité et d'ampleur. Mais l'éloge\ndevant succéder à la critique, je constate qu'elle a donné de ce terrible\nconcerto, effrayant à juste titre, une exécution plus que satisfaisante.\nMlle A. Comte, professeur de chant, dans un air de\nfait preuve de grâce et de simplicité : dans le de Leroux, d'une discrète\nsensibilité. J'ai moins aimé une mélodie de M. J. Benoît intitulée : la\nVague,qui me mit en effet du vague à l'âme, oh ! combien !\nEn somme, concert intéressant, où se prodigua tour à tour comme chef\nd'orchestre et pianiste accompagnateur son distingué directeur, M. Ma-\nriotte.\nA. G.\n\nCOURRIER DE MUNICH\n\nMunich est bien une des villes d'Allemagne, et du monde, où l'on fait le\nplus de musique, et je dirai très sincèrement de musique. C'est bien\nle moins, après tout, quand on met à la tête de ses orchestres les Mottl,\nles Weingartner (jusqu'à l'an passé), les Schneevoigt, les Peter Raabe,\nB. Stavenhagen et d'autres à l'occasion. Il y a tant de concerts qu'il s'en\ndonne chaque soir plusieurs à la fois, et tous, sans faire toujours leurs frais,\ntrouvent un public. C'est à YOdéon, au Kaimsaal, les grands concerts sym-\nphoniques et ceux des sociétés chorales ; c'est au Muséum, dans la salle\ndes Fêtes du Bayerischen Hof ou dans celle modernée des Vier\nten, les solistes et la musique de chambre. Heureusement ces soirées,\ncomme les représentations théâtrales,, commencent tôt et finissent tôt ; on\nen est toujours sorti à dix heures.\nLe mérite de cette grande « musicalité » munichoise revient, pour une\nlarge part, à M. le Hofrath (1) Dr Franz Kaim : c'est lui qui a établi la\nconcurrence, par la fondation d'un Institut de musique rival de l'Académie.\nDès 1891 il avait organisé des soirées de virtuoses ; en 1893 un orchestre\nconstitué donnait des saisons de concerts. En 1895 M. Kaim entreprit de\nses deniers la construction d'un local stable et définitif : le « Kaimsaal »\nétait fondé (2) ; de généreuses donations assurèrent son existence, M. Ga-\nbriel Sedlmayer donna l'exemple. Le 16 octobre dernier, un concert fêtait\nle 10e anniversaire de la fondation du Kaim-orchestre, et le programme dis-\ntribué à cette occasion en résumait les états de service : son premier chef,\n\n(1) Faudrait-il traduire des titres qui n'ont pas leur équivalent chez nous ?\n(2) Par suite de conventions que j'ignore, le Kaimsaal porte, à partir de cette année,\nle nom de Tonhalle ; c'est dommage, ce mot sent la brasserie. Et quel que soit désor-\nmais le rôle de M. Kaim dans l'établissement, il me semble que son nom devait y\ndemeurer attaché de droit ; sans compter que le Kaimsaal est d'ores et déjà passé dans\nle domaine de l'histoire de la musique à Munich."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4026, "texte": "Hermann Zumpe, donna en été 1896 et 97 deux exécutions cycliques des\nIX Symphonies de Beethoven. En 1897 Ferdinand Lœwe, qui lui succédé,\nconduit pour la première fois l'orchestre à l'étranger: il va imposer aux\nViennois la V de Bruckner. En octobre 1898, c'est Félix Weingartner qui\nfait à Munich son entrée triomphale ; avec lui, le renom et les voyages du\nKaim-orchestre s'étendent au loin, de Kiel à Naples, d'Amsterdam à Vienne,\ndans plus de 65 villes ; le succès l'oblige à concéder au public des répétitions\ngénérales. C'est en 1898 aussi que le Hofrath Kaim prend l'initiative des\nConcerts symphoniques populaires, avec exécution, par le même orchestre,\ndes mêmes œuvres qu'aux concerts d'abonnement; seul le kapellmeister\nchange ; les prix d'entrée sont réduits à soet 3o pfennig, places assises\n—et la soirée commence à 8 heures, —au lieu de 7h. 1/2 pour donnei\naux petites gens qui viennent là achever leur journée, le temps de changei\nde vêtement. Institution modèle, pleine de bonhomie, qui rend d immenses\nservices à la classe moyenne ; on y rencontre aussi le simple pitou: laper-\nmission de dix heures lui suffit et il se trouve mieux là qu'au La\nvilie accorde une subvention annuelle de 6000 marks. Plusieurs chefs d'or-\nchestre s'y sont formés qui poursuivent aujourd'hui une carrière brillante.\nLe premier fut Richard Langenhan ; puis vint le Dr G. Dohrn, secondé par\nM. Sigmund de Hausegger, enfin celui-ci demeura seul. C'était un long\njeune homme maigre, travailleur et vibrant, qui sabrait son orchestre à\ntours de bras ; il étudiait si à fond les œuvres qu'il les faisait ensuite tra-\nvailler par cœur à son orchestre ; il était parvenu à mettre dans ses exécu-\ntions autant de clarté et de précision que de fougue; il avait aussi des\nidées et s'avisait d'affronter au même concert Brahms et Bruckner avec\nune complète impartialité ; c'est lui qui introduisit la louable coutume de\nfaire écouter les quatre parties d'une symphonie sans interruption ; il a\npassé depuis à Graz et aujourd'hui, à Francfort, il fait la pluie et le beau\ntemps. A sa suite M. Bernard Stavenhagen accepta pour un an la direction\ndes concerts et s'y fit particulièrement remarquer par une exécution inté-\ngrale des grands poèmes symphoniques de Liszt, son maître. Depuis deux\nans, M. Peter Raabe lui a succédé, et il est fort à souhaiter que le Kaimsaal\nle conserve longtemps ; il crut bien faire au début de prendre un peu le\ngenre de Weingartner, dont il a même risqué quelques gestes impératifs ;\nl'arrivée de Mottl à l'Odéon, coïncidant avec le départ de Weingartner pour\nBerlin, lui offrit un nouveau modèle, tout en lui laissant les coudées plus\nfranches. Je compte comme une des joies que j'ai eues d'avoir trouvé dans\nles couloirs de l'Odéon, debout comme moi, M. Raabe se faisant petit gar-\nçon à l'école, écoutant modestementun vendredi la symphonie qu'il venait\nlui -même de diriger le mercredi. Bref, à force de travail, il a complète-\nment assoupli, mûri, dégagé sa personnalité, et il est tout simplement en\npasse de devenir un des premiers chefs d'orchestre d'Allemagne. Il a clos\nla saison 1904-05 par un cycle des Symphonies de Beethoven tellement\ncouru qu'on s'empilait au Kaimsaal et qu'on refusait du monde à la porte ;\ndernièrement il donnait d'affilée les Symphonies de Brahms, et pour l'anni-\nversaire de Berlioz son interprétation de la Symphonie fantastique surpas-\nsait, dans l'ensemble, celle même de M. Schneevoigt deux jours aupara-\nvant, et comportait dans le geste déjà quelques indications qui valaient\nun commentaire.\nPour revenir aux Kaim-Concerts, M. Schneevoigt, à la fin de la saison\ndernière, y a remplacé Weingartner. Dire que le Kaim-orchestre n'a pas\nperdu au change constitue déjà le plus bel éloge que l'on puisse adresser\nà M. Schneevoigt ; il a le geste aussi ferme, avec moins de véhémence ; il\nest aussi sûr, sans sécheresse aucune ; il met plus de simplicité convaincue\nà obtenir les mêmes effets; cependant c'est plutôt un analyste délicat qu'un"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3901, "texte": "grand conducteur, et il lui arrive parfois de sacrifier la ligne au profit de\ndétails d ailleurs exquisement présentés ; cela engendre une certaine mo-\nnotonie. Chez Beethoven, en tous cas, cette recherche affinée de nuances\nlocales est déplacée ; le concerto en sol majeur (i 3 nov.) en devint mécon-\nnaissable. Il est vrai que, ce soir-là, jouait Mme Sigrid Sundgreen-Schnee-\nvoigt, et cette pianiste charmante, dont le jeu perlé est tout à l'image de sa\ngrâce mutine et de sa sveltesse personnelles, ne lutterait pas toujours avec\navantage contre la masse orchestrale déchaînée par le premier venu. Je la\npréfère de beaucoup dans les accompagnements d'œuvres plus intimes :\naux séances de musique de chambre que le Kaimsaal offre aussi à son\npublic populaire, elle a tenu plusieurs fois le piano, et son doigté pur la\nsert admirablement dans le classique ; déjà dans le poignant Trio « à la\nmémoire de Nicolas Rubinstein » (Tchaïkowsky) elle ne faisait pas oublier\nMme Anna Hirzel de Tannée précédente.\nUn seul grief contre les directions des Concerts munichois : le manque\nde nouveautés. Si les concerts populaires ont pour mission de familiariser\nle grand public avec les oeuvres modèles, il appartiendrait aux Kaim-Con-\ncerts de produire plus de musique toute neuve. De son temps M. Wein-\ngartner savait exciper d'une bonne confraternité internationale et exécu-\ntait tour à tour une Ile Symphonie de d'lndy,une IVe de Mahler, les Varia-\ntions de Elgar ou le dernier poème de R. Strauss, quand même il laissait\nmieux poindre ses opinions les soirs où il intercalait Brahms entre Haydn\net Beethoven, comme « maître classique » (6 mars igos). En fait d'innova-\ntion, le Kaimsaal inaugurait, fin décembre, sous la direction de M. Gustav\nDrechsel, musicographe distingué, des concerts rétrospectifs de musique\n« anciennne, inédite ou peu connue, dans sa forme originale » ; c'est plus\ninstructif que passionnant. Le premier soir, 3o déc., se composait de la\nSinfonia ?i° 3 {fa majeur) de C. Ph. E. Bach, du Concerto grosso n° 2 {fa\nmajeur) de Haendel, de la 7reSymphonie (ré majeur) de Haydn, de la Séré-\nnade n° 6 pour deux petits orchestres et timbales de Mozart. La basse chif-\nfrée de Bach, réalisée par M. Drechsel, était donnée au cembalo par\nMlle E. Frey, qui s'acquittait avec tact de cette partie peu saillante ;\nmais quelle intime union de la sonorité de cet instrument avec le\nquatuor !\nC'est encore à M. Stavenhagen que l'on doit les plus intéressantes révé-\nlations, depuis deux ou trois ans qu'il organise chaque hiver trois « Soirées\nmodernes » (Moderne Abende) ; tantôt il y ressuscite quelques maîtres con-\ntemporains négligés ou méconnus, tels que Alexandre Ritter ou Rheinber-\nger, tantôt il présente quelqu'une de ces étranges symphonies de Gustav\nMahler autour desquelles la dispute retrouve des vivacités d'autrefois, mais\noù il faut reconnaître, à travers une orchestration sabbatique, un immense\ngénie musical. Et c'est M. Stavenhagen qui le premier apporta à Munich\nla IXe de Bruckner, celle dédiée dem lieben Gott et interrompue par la\nmort. A ces concerts encore M. Schillings dirigea personnellement un\nHexenlied dont la musique splendide [est déplorablement hachée par la\nrécitation du poème.\nM. Alonso Cor de Las, de son côté, est à peu près le seul à Munich à\nfaire entendre de temps à autre, timidement, un peu de vraie musique russe.\nQuant à YAcadéjnie de musique (Odéon), M. Félix Mottl, Generalmusik-\ndirektor, s'y suffit à lui-même ; et quoi qu'il donne, fût-ce dans la même\nsemaine la même Vile de Beethoven ou la même Vile de Schubert qu'au\nKaim-Concert (comme cela est arrivé malencontreusement les 20 et 24 no-\nvembre p. Ex. pour Schubert), on irait l'entendre tous les jours, tant\nla perfection de cet orchestre fondu, souple, univoque et nombreux est à la\nhauteur de toutes les tâches :1a Ve de Bruckner au finale monumental 0u..."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "le Concerto de violon de M. Dubois ! C'est, il est vrai, l'orchestre de l'O-\npéra, le Hoforchester, le plus ancien, le plus complet de Munich, stylé,\n« routiniert »,ce qui en allemand est un éloge et signifie « entraîné », et l'a-\ncoustique excellente de l'Odéon le seconde beaucoup ; tandis qu'un incon-\nvénient du Kaimsaal, c'est la différence qu'il y a d'une audition au parquet\nà une audition de la galerie. Aux programmes de l'Odéon nous rencontre-\nrons aussi deux ou trois nouveautés à peine. Dès le premier soir, avec le\nConcerto de Brandebourg carré et sonore, et rythmé jusqu'au martèlement,\nvoici le IVe et dernier poème symphonique d'une suite homérique\nM. Ernest Bœhe : le Retour d'Ulysse.Le jeune compositeur, qui venait\nd'être fêté à Graz, à Berlin, dans plusieurs grandes villes, dirigeait lui-\nmême, et franchement l'honneur n'était pas mince de figurer, comme\nkapellmeister, à la place de Mottl et, comme auteur, entre Bach et Beetho-\nven (VIIe). On avait déjà entendu, les années précédentes :le\nlysse,le Naufrage,la Plainte de Nausikaa ;de l'une à l'autre de ces pièces\nla croissance des formes et des moyens est remarquable ; on ne voit pas ce\nqu'il pourrait y avoir là de grec ou de méditerranéen, sauf peut-être une\nrecherche, dans le dernier poème, de mélodie antique, ou une ampleur de\nfanfares qui font songer à des portiques de palais mycéniens ; de beaux mo-\ntifs, travaillés avec une richesse profuse, quelquefois formidable, traversent\nle cycle et lui prêtent une certaine unité. Mais en somme il y a trop. Je dirai\nd emblée que M. Bœhe est encore d'âge à jeter ses gourmes, il ne compte\npas vingt-cinq ans; et pour cet âge son savoir apparaît presque trop grand*\nrien ne manque à son orchestre, et la S info nia domestica le fait sourire'\nC est un cérébral, comme R. Strauss, comme Schillings, Pfitzner, Max Re-\nger ; tous ces musiciens ont plus de tête que de cœur et écrivent de la mu-\nsique pittoresque mieux que delà musique dramatique ; ils ont renforcé\ndéveloppe, complété Berlioz, mais ne sont pas souvent plus profonds • les\nuns comme les autres sont très forts, trop forts ; ils savent dire admirable-\nSs terme Tet ™ !T TTï à dire ; chez eux la Poésie dans\nes termes et pas dans le fond ; ils en sont à l'impressionnisme de la mu-\nr tTs et d'L7mnnri C°*leurs Pour la couleur, de timbres et de sono-\nperfec ionn Zn soi ; ils apportent évidemment à l'art orchestral des\nperfectionnements analogues a ceux des luministes en peinture • la libéra\nnon de toutes formules, la liberté de tous les modes d'expression •la façon\nl'éêàl d\\sboisaëtPdefeSSeî CUiïreS' au)°urd'hui assouplis, nuancés à\nTWI , , cordes, est extraordinaire même après Wagner et\npou des Zfifsoui\"dfUrS- Sei\"emem Bruckner S'est SOTi des\nque • and,\" a{esl l er°nt.Parmi leS sP'«\"i«»rs de la musi-\nMahler.S raC,Ue\"e M.^\nBrack-\nTrm- pter iz\ncompacte à force d'être châtié • Un 6U sous une écriture\ngénérale, ce trouble-fête de « dysaUélistf» \"a déchT' fo\"' rordonnance\nde nous ramener àla réalité ni , , declamatlon, comme moyen\npu\" et Tmpîë «n™ oT'f '' P\" °b\"enU;\nmeme intensité. M. Mottl, à qui l'œuvre JVw ' P°rtée et la\npremières auditions à Karlsrnhp ot \\ • > dedlee, en a donné les deux\n« symphonie dramatique ~ IheHll es, e°°ore ' •\nP -Se viennois, a publié une étude très"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3841, "texte": "élogieuse et très serrée du poème de M. Klose (i), et je lui emprunterai\nbien des renseignements.\nLa troisième nouveauté était une Sérénade pour quinze instruments à\nvent de M. Walter Lampe ; elle présente quelques curieuses sonorités, mais\nl'originalité manque: ces bruits imprévus mêmes, c'est Mahler qui les\na découverts ; quant au reste, on y retrouve des dessins de clarinette chers\nà Brahms, un son de cor de Tristan, une mélodie de Gounod, l'Oubli de\nSiegfried. L'adagio nocturne est lourd. Le finale est de beaucoup le plus\nréussi, avec une vivacité populaire des airs pas très éloignée du Wurstel-\nprater, mais combien distante de l'allure minaudante et spirituelle des\nsérénades de Mozart jouant à cache-cache derrière les bosquets dans les\nparcs ! Un « poème tragique » que M. Lampe dirigeait lui-même au Kaim-\nsaal le 27 novembre se morcelait en tressaillements, en grondements déta-\nchés, et avait surtout de tragique une pesante uniformité.\nM. Schneevoigt ne nous a guère donné que la Sarka de Smetana, extraite\ndu cycle de poèmes « Ma Patrie », qu'il faut, pour bien faire, entendre à\nPrague, dans leur atmosphère spéciale, et les deux pièces de Sibelius : Une\nLégende et Finlandia ; celle-ci m'a ravi plus encore que le Printemps et la\nLégende, parce qu'à côté des délicatesses en sourdine et du charme triste,\nelle a aussi la force et la volonté. Oh ! les chants mélancoliques des bois\ny sont toujours, avec ce même bourdon continu qui fait fond de tapisserie\ndans la musique de ce compositeur; mais aussi quelle resplendissante fan-\nfare ouvre ce poème du pays natal ! Les trompettes crépitent à tout bout\nde phrases, les timbales à leur tour reprennent seules le rythme fier, et\nvoici lancé un thème populaire (on le suppose du moins), alerte et gai avec\ndes piétinements de danse ; une manière de choral, solitaire, recueilli, s'é-\nlève comme un hymne d'attachement et de confiance, et avec une assu-\nrance superbe clôt le poème en un fortissimo auquel Sibelius ne nous avait\npas encore préparés, aussi puissant et clair qu'il s'était montré jusqu'ici\nlégendaire et brumeux.\nLa Société chorale Porges, sous la direction de M. Max Reger, a suivi\nson programme traditionnel de donner tous les ans une grande œuvre\nd'exécution exigeante : c'était cette fois le Prométhée de Liszt avec la mu-\nsique de scène écrite pour le Prométhée délivré de Herder lors de l'érection\nde sa statue à Weimar en iBso et que l'on n'entend jamais ; puis la Nuit\nde Noël de Hugo Wolff, une de ses plus heureuses inspirations, fraîche et\njoyeuse, et remplie de détails gentils : la musette du berger, le chant des\nviolons qui réalise la vision des pâtres, le chant tout ondoyant de l'ange de\nl'annonciation, les traits en fusées qui accompagnent le chœur des séra-\nphins, la nuance endolorie et le rapprochement des violons et des cuivres\nà la prévision du jour des douleurs, presque tout serait à citer.\nJe m'en voudrais d'omettre le concert de ses propres œuvres qu'organi-\nsait le 19 décembre, au Kaimsaal, un nouveau venu, un tout jeune homme :\nM. Johann Binenbaum. J'ai beaucoup aimé sa hardiesse; on lui en a fait\nun grief : Beethoven, quelques tout grands seraient à peine capables d oc-\ncuper à eux seuls une entière soirée sans lasser; c'est possible; je crois\naussi qu'en face des maîtres on aurait la petite hypocrisie de ne pas avouer\nsa fatigue. Mais je dois dire que j'ai aussi aimé la musique de M. Binen-\nbaum : d'abord il ne fait ni du Wagner, ni du Mahler, ni du Strauss, ni de\nl'ultra-moderne ; c'est déjà quelque chose, il est sincère avec lui-même.\nEnsuite il apporte une ouverture de concert et deux grandes symphonies;\n\n(i) Dans la collection des (( Miinchener Brochiïren )) à i mark de la maison Georg\nMuller, où se trouve aussi le Cart Spitteiei de M. Weingartner et le Hctns de\nP. N. Cossmann."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.46", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "c'est aussi mieux que de petits lieder. Il a encore des défaillances, des\nnaïvetés, c'est certain ; mais son orchestre est bien conduit, la trame est\nfournie ; sa mélodie existe, il a même du souffle, et pourtant des curiosités\naussi : une partie prépondérante d'altos m'a frappé dons le finale de la\nire Symphonie (ut mineur). Enfin lui-même avait du tempérament, du nerf,\net point déposé : une modestie presque timide. Et tout cela chez un garçon\nqui ne porte pas vingt ans ? Gela vaut la peine d'attendre la suite avec\nintérêt.\nJe citerai encore en hâte, parmi les solistes : Petchnikoff, inouï de pres-\ntidigitation, Rebner, un des bons Sefcik, Mlle Elsie Playfair, plus à l'aise\ndans les dentelures légères que dans les exercices de grande virtuosité,\nM. E. Heyde, conzertmeister du Kaim-Orchestre, qui, même mis à contri-\nbution à l'improviste, s'est fort bien tiré de la belle Symphonie espagnole\nde Lalo ; au piano : Mme Schneevoigt, M. Liebling de Londres, à l'épate\nfacile, et l'exquis Ossip Gabrilowitch, que l'on ne peut comparer qu'à\nSauer ; pour le chant: M. Ludvig Hess, qui a admirablement chanté le\nPreislied, Mlle Nellie de Fœdransperg, gracieuse dans des lieder de Wein-\ngartner, de D'Albert, Mahler, enfin Mue Tilly Kœnen, d'Amsterdam, cer-\ntainement une des grandes cantatrices de l'heure actuelle.\n\nMarcel Montandon.\n\nCOURRIER DE STUTTGART\n\nInterprètes et mise en scène.\nA propos de Carmen, jouée ici pour la première fois le 4 janvier iBB3,\nM. Palm disait dans sa critique d'il y a 23 ans que cet opéra pourrait être\njoue encore quelque temps et qu'il ne ressemble pas àla F Er-\nmite de Maillart. Carmen a eu la même fortune que le baron de Putlitz;\nun et autre ont fourni une longue carrière. Et cette carrière est marquée\npai deux grands noms, la Carmen d'alors, qui démissionna sous M. le\n\" au)ourd'hui> qui fut engagée par le même baron,\nsavoir M mes Riegl et Sutter.\nMme\"'pî? k chanté la Suzanne de Mozart, qui appartient aujourd'hui à\nKossenberger, qui ne cesse pas de crier, et à Mme Augustine Bopp-\nmarïïstXectr'rr bi6n délicieuse' Elle est de Mannheim, où son\naii est directeur du Conservatoire. Un de ses amis m'a envoyé une étude\nmentTde BoPP\"Glaser en me permettant « roVale-\nami soi di.nnt P eXtenSo- Je Ie remercie très humblement ; mais cet\nsoi-disant « littéraire » est sans doute très épris de la célèbre artiste\ndocteur BénédicTduATe & Procfcdéclue confrère le\nM- ai,, ™\ndes qualités bien humaines. ' COmme 11 dlt> mais qu'elle a\nles hommes de°petite tafhe^Ct 3 SanS aoute \"n moYen pour faire grandir\nM. Bolz dans Y Anneau 'du Ni h)' sans reconnaitre les progrès immenses de\n*oi« à «« artiste que sa taille\nans doute, ce cher confrère estime qu'il est compromettant de cons-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3965, "texte": "îater ces merveilleux progrès, savoir une excellente diction, un jeu splen-\ndide, un piano aussi doux que possible, une voix immense et un chant\ntrès artistique, M. Briesemeister, de Rayreuth, a un rival très dangereux\nen M. Bolz. M. Briesemeister n'est pas gros et a des mouvements fort\nlégers ; mais sa voix n'est pas meilleure que celle de M. Bolz.\nM. Costa, de Nuremberg, et M. Gieswein, de Dusseldorf, ne valent pas un\nton de la voix de M. Bolz. J'ai parlé le ier novembre de M. Rothmuhl\nde Berlin . je constate aujourd hui que Al. Rothniuhl, lui est infé-\nrieur a Al. Bolz, mais surtout Al. Gieswein, qui est assez grossier. Si vous\ncomparez le Berlinois Kraus, il faut dire que M. Kraus n'est plus a la\nhauteur. Il a perdu beaucoup de sa voix merveilleuse, et M. Bolz n'a rien à\ncraindre.\nLe Siegfried de Alannheim, M. Carlen, ne réussira pas du tout à\nStuttgart, pas plus que M. Graebke, le Siegfried actuel de Munich et de\nHanovre. Et on parle toujours et partout de ces artistes les plus gran-\ndioses de Munich. Par hasard, je suis renseigné. Voici : M. Knote étant\nen Amérique, les Munichois sont privés de leur « star », et les représenta-\ntions de leur Opéra sont bien vulgaires. Et les artistes actuels de Munich\nne sont pas meilleurs que ceux de Stuttgart, c'est là une pure imagination.\nMais que voulez-vous ? la vie imaginaire est une belle chose. Les artistes\nde Munich ont une si grande renommée, parce que AIM. les critiques de\nMunich ne sont pas inférieurs à leur métier, comme ceux de Stuttgart. Et\nla réclame fait tout. A Alunich, par exemple, M. Wilhem Weidner serait\ncélèbre. Mais les critiques de Stuttgart croient que leurs artistes sont au\nmême niveau qu'eux-mêmes. Et ils les jugent d'après cela.\nEt les bons juges pardon, les critiques de Stuttgart jugent les artistes\nd'après la grandeur de la maison. Et le Théâtre à Stuttgart est un petit\nbâtiment de 900 places, parce que le Grand-Théâtre est brûlé. Et dans ce\npetitbâtiment on avait delà peine à entendre Al. Desider Zâdor, de Alunich,\nqui chantait Figaro, après avoir brillamment chanté le rôle d'Albérich de\nl'Or du Rhin, où M. Wiedenmann a brillé chez nous. Dans ce rôle\nM. Zâdor est unique; mais ce rôle est sa spécialité, il l'a chanté en 1905\ndouze fois et partout. Comme Figaro, il a complètement déçu. Et\nAlme Senger-Bettaque, l'Ortrude et la Vénus de Munich, n'avait pas mieux\nchanté que Aime Ingeborg Zink, qui quitte l'Opéra parce qu'elle a gâté sa\nvoix à Stuttgart. Seulement la Brunhilde du Crépuscule des Dieux a été\nextraordinaire. Et Mlle Hermine Bosetti et MUe Zdenka Fassbender m'ont\nétonné aussi. MUe Fassbender, de Karlsruhe, est engagée à Alunich, à\nla place de Mue Senger-Bettaque. Elle lui est bien inférieure, et à Stuttgart,\npar exemple, elle n'a pas tenu ses promesses dans la Juive. Allle Fassbender\nest très bonne pour Alunich, mais Mme Zink lui est supérieure. Mm° Zink a\nfait un long stage à Zurich, et fut engagée à Stuttgart. Mlle Agloda, d'Augs-\nbourg, qui a chanté dans les Huguenots, n'est pas meilleure non plus. Et\nMl!© Bosetti, qui est si célèbre, a déçu, elle aussi. C'est une personne\nfroide comme tout; elle a remplacé Aille Sutter, Sa voix est grande, mais\nun peu féroce ; la voix de Allie Sutter est plus ample encore. Comme Fille du\nrégiment, Mlle Bosetti n'a pas satisfait. M. Fricke, qui dirigeait la mise en\nscène, a dû mettre en lumière tout le gracieux comique qui lui est propre.\nMême sans voix, il pourrait satisfaire son public, car il est extrêmement\nhumoristique. Alais sa voix est encore assez bonne, et il a eu un fort grand\nsuccès dans Y Armurier de Lortzing, où Aille Hieser a développé tout ce\nqu'il y a de plus comique. M. Fricke, qui a 170 rôles dans son répertoire,\na pu amuser son public, car Mlle Bosetti a fait défaut. Mais je demande à\nM. Fricke pourquoi sa mise en scène laisse toujours à désirer. Je ne crois\npas que ce soit de sa faute. Je m'adresse donc au baron Putlitz. Je remarque"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.48", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "que MM. les régisseurs généraux peuvent faire ce qu'ils veulent: mais\nà MM. Fricke, Stephany et Edmond Franck on donne toutes les vieilles\nmachines. Il est donc très difficile à ces régisseurs de faire quelque chose\nde beau. Si l'on prive ces trois messieurs de tout ce qu'il y a d'élégant et de\nbon dans les magasins du théâtre, il ne faudrait pas compromettre leur\nsituation. Car on les critique d'après leur pauvre mise en scène, et MM. les\nrégisseurs généraux ont de bonnes critiques. Pourquoi MM. Fricke, Ste-\nphany et Franck sont-ils forcés de travailler avec un matériel si vieux ?\nJ'espère que cet état de choses changera.\n\nSous-Off.\n\nCOURRIER DE REIMS\nConcert Sarasate.\nMercredi io janvier dernier, salle Degermann, deux éminents artistes don-\nnaient un superbe concert qui avait attiré tout le monde artistique de notre\nville. Les noms de Sarasate et de Berthe Mary'Goldschmidt réunis sur\nun même programme étaient un sûr garant de Téctat tout particulier de cette\nsoirée, et c'était pour les Rémois une véritable aubaine de pouvoir fêter ces\ntalents exceptionnels. Les triomphes de Sarasate sont justifiés par ses qua-\nlités multiples ; il possède, en effet, la pureté de son, un style élégant et cor-\nrect, une délicatesse extrême, une chaude coloration et une virtuosité éton-\nnante. Des ovations enthousiastes, des rappels frénétiques ont conclu chacun\ndes morceaux joués parl'illustre violoniste. Mme Marf.Goldschmidt, une des\nplus célèbres pianistes de l'époque, a obtenu également un grand succès ;\nelle a été tout à fait remarquable dans l'exécution de la Sonate de Beetho-\nven et superbe dans les variations de l'andante qu'elle a merveilleusement\ndétaillées. Tout le reste du programme, où elle s'est dépensée sans faiblir,\na été pour elle une longue suite d'acclamations pleinement justifiées.\n\nCOURRIER DE NANTES\n\nL Association des Concerts historiques.\n, îf\" Destranges> réminent critique, rend compte en ces termes,\nOueu Artiste,du premier concert de cette intéressante Société :\nnlH°USt aV°\"Sf à JfSaUe Turcaud\nesnéZc 7S,7S\"r laquelle on peu\nS «—ftp fAssociation dos Concerts historiques,\nde rtitJJuLl rl\"rM- de Lacerda, avec le concours\nun complet succès \"éâ\nieLD7etiTus7sht7jjariM', deraT'âa\nn'est naseZoÎTZ J ? ,\"\"\"■ ims ce\"e phalanqe,\nn est pas encore paifait, mais le résultat obtenu permet de prédire à coup\ntem>;s:;' !ors1\"e ><>s \"\"Kiciens se sentiront bien les\n■râiTe'teTm!csTirl,JJ' ! pourront nous être oBertes.\ndébut9 naîtra Ln < lo Sociele qui a fait, hier soir, de si brillants\nnaitra une nouvelle pour la musique dans notre ville. Grâce à"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3791, "texte": "l'Association des Concerts historiques, une Société de Concerts populaires\npourra peut-être enfin se reconstituer en dehors des concours officiels sur\nlesquels F expérience prouve, tous les jours, qu'il est inutile de compter.\nM. de Lacerda est un chef d'orchestre de premier ordre. J'ai pu fap-\nprécier aux répétitions et j'ai admiré, en même temps que son autorité, la\nfaçon claire et précise dont il explique aux musiciens ce quil attend d'eux.\nLe programme de la soirée faisait une part à peu près égale a la musique\nancienne et a la musique moderne.\nScylla et Glaucus est un opéra de J.-M. Leclair, l'un des représentants\nles plus éminents de fEcole française du violon au XVIII* siècle et composi-\nteur de talent. Scylla et Glaucus fut joué a F Académie royale de Musique,\nen 1747. Depuis lors, F ouvrage était tombé dans F oubli. M. de Lacerda en\ndénicha la partition à la Bibliothèque de F Opéra et estima, avec juste raison,\nque F ouverture méritait de voir le jour. C'est une véritable première audi-\ntion que nous avons eue hier9 car depuis 1747, elle n'avait pas été rejouée.\nCette ouverture est pourtant une page de valeur, d'une noble et haute tenue,\nd'un style qui rappelle quelque peu celui d'Haendel. Sous la belle direction\nde M. de Lacerda, l'orchestre a exécuté avec ensemble l'ouverture de\nScylla et Glaucus.\nDeux gracieuses compositions de Grieg : Mélodies Norwégiennes, et la\njolie Sarabande de la Suite en ré de M. Vincent d'lndy9 dont le solo\nde flûte a permis d'applaudir M. Esseul, ont été bien rendues elles aussi.\nUn jeune pianiste de réel talent, M. J.-J. Nin, a joué d'excellente façon\net avec un beau style deux adorables pièces de Rameau: L'Enharmonique\net Villageoise. Il s'est fait applaudir aussi dans le Concerto en ré mi-\nneur de Jean-Sébastien Bach, pur chef-dœuvre qu'on ne se lasserait pas\nd'entendre. L'Allégro est une admirable inspiration et le Finale, d'une gaieté\nsi franche, une chose véritablement exquise. Cette musique est bâtie avec\nle granit le plus dur ; les ans ont passé dessus sans F entamer.\nMme Fernande Caldaguès a chanté avec sa voix prenante et sa diction\nimpeccable, le superbe air de Castor et Pollux: Tristes Apprêts, de Rameau.\nSon succès a été très grand.\nA/He Lenars a fort bien joué, sur la harpe chromatique, — instrument\nqui n'arrivera jamais à remplacer la harpe ordinaire, mais qui, considéré\ncomme instrument spécial, peut apporter à la palette orchestrale une nou-\nvelle couleur, — une jolie Fantaisie de Saint-Saëns. Les délicieuses Danses\nde M. Debussy figuraient au programme. Au dernier moment, elles ont été\nremplacées par un morceau de M. Reynaldo Hahn, d'une complète banalité,\nmais plus facile. On aurait dû prévenir le public de cette substitution.\nUéminent auteur de Pelléas et Mélisande serait sans doute peu flatté de se\nvoir attribuer une composition du musicien de la Carmélite.\nM. Samuel Bonjour a joué avec le talent quon lui connaît deux charmantes\npièces pour violoncelle de Corelli et de Porpora.\nLes chœurs, réunis et dressés par Mme Caldaguès et M. Morisson, ont\nbien interprêté un fragment de la Passion selon saint Matthieu, de\nH. Schutz9 — passage d'une grandeur sublimey l'une des plus belles inspi-\nrations du vieux musicien, — et le beau Chant Elégiaque de Beethoven. Très\napplaudi aussi, le ravissant chœur pour voix de femmes : La Vierge à la\nCrèche, de César Franck, fort habilement instrumenté par M. de Lacerda.\nPar contre, le délicieux Madrigal de Gabriel Fauré, d'une grande difficulté\nd'exécution, a été moins parfaitement rendu.\nLe public connaisseur qui remplissait la salle Turcaud a acclamé à\nplusieurs reprises M. de Lacerda, lui prouvant ainsi qu'il estimait à sa\njuste valeur le grand effort artistique qu'il vient d'accomplir.\n\nEtienne DESTRANGES."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.50", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "ÉCHOS\nLa Société Nationale donnera son prochain concert le samedi 3 février,\nà la salle Pleyel. Au programme : le Trio de Coindreau Bl. Selva,\nMM. Lejeune et de Bruynl, la suite En Languedoc, de Déodat de Séverac\n(i\\Ule 81. Selva), et trois mélodies de R. Bardac :Si la plage penche, les\ndeux Perles et l'Air (Mme Russel).\nSociété J.-S. Bach. Salle de l'Union, 14, rue de Trévise. Le mercredi\n7 février, concert avec soli, chœurs et orchestre (4e de la série A). Pro-\ngramme : ler Concerto brandebourgeois pourviolon principal, 2 cors, 3 haut-\nbois, basson et orchestre (audition redemandée), cantate, Ach, wie fluchtig\n(ire audition), Suite en si mineur, cantate Her wie du wilt; solistes, MM. Pla-\nmondon, Sigwalt, etc...\nL'autre joue, onde la musique àFassyriologie. Pour remplacer (combien\navantageusement) le vénérable Oppert, le Collège de France présentait le\nP. Scheil, savant de premier ordre, connu et respecté de toute l'Europe\npour son érudition immense et la sûreté d'un goût que nulle tiare n'induisit\njamais en divagation. Après son nom, on avait inscrit celui d'un nommé\nFossey, jeune agrégé de grammaire qui se fit assyriologue pour mettre sa\nmédiocrité à l'abri de toute comparaison fâcheuse. La présentation en\nseconde ligne était jusqu'à ces derniers temps une pure formalité, le mi-\nnistre ratifiant toujours les préférences de la compagnie.\nMais les politiciens d aujourd nui ne l'entendent pas ainsi, et après une\nvigoureuse campagne de 1 assyriologue Clémenceau, le nommé Fossey fut\nchoisi, pour la raison qu il n'appartient à aucune congrégation, sinon à\ncelle des sots, cnaque jour plus puissante. C'est là une grossière insulte à\nla science, et aux professeurs qui l'enseignent en cette illustre maison.\nS ont-rte bien a plaindre ? Non certes, et le soufflet reçu n'est que la suite et\nle châtiment de leur iaiblesse. Pourquoi se sont-ils laissé imposer certain\ncours libre de musique, dont ils ne voulaient pas, et qui est un scandale ?\nIntimités d art.— C'est sous ce titre que l'éminente pianiste Roger-Miclos\nva, en quelques séances, passer en revue les plus célèbres musiciens depuis\ne xvue siecle jusqu'à nos jours. De forme nouvelle, les programmes au-\nront, chaque fois, un intermède consacré à la poésie de la même époque,\nun de donner a ces matinées un éclat unique, Mme Roeer-Miclos en\neiors de son nom et de son talent, s'est assuré le concours des artistes\nles plus célébrés et les plus aimés du public. Citons : Mme. Bréval,\nJane Hadmg, Marie Lecomte, Lina Pacary, Madeleine Roch, Segond-\nGaubert, Albert Lambert fils, Mounet-Sully, Sylvain Firmin Touche Pqul\nViardot, Johanès Wolff ; M™ Sandrini et M. P.Vymond, de l'Opéra'.\nville6et pUasU°HérardCh' BattaiUe : M\"'es Astruc> Olivier et MM. Drou-\nlSures, d'art leur caractère de discrète intimité élé-\nRoval 23 Si - f -le pIUS joli Cadre de Paris' le Théâtre\nraffinés dilettantes, '°U auteuils sont dignes de recevoir les plus\nLes « Intimités d'art » auront lieu tous les samedis à 3 heures précises.\nGe^^omrieetm,!înVier.'. Marie Gap°y' œuvres d'Alexandre\nM^:^anrs'^d\net Vexcenem flûtis^H^nneba^ns^510 musicien> M* Fernet,ténor généreux,"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.51", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3520, "texte": "Le cas d'un Maestro. Une revue de Milan nous peint sous les couleurs\nles plus émouvantes l'état d'angoissante perplexité du maestro Puccini,\nqui depuis quelque temps est à la recherche d'un libretto. Accablé sous l'a-\nvalanche des livrets que chaque courrier lui apporte, le pauvre maestro lit,\nrelit, étudie, et ne trouve point le mélos poétique digne de l'exciter musica-\nlement. Il a donc exprimé publiquement son regret « de ne point trouver\nle libretto capable de susciter son enthousiasme et de l'inspirer ». C'est\nnavrant. Il voudrait « quelque chose » qui fût, paraît-il, comme un poème\ndramatique d'amour dans un milieu chaud et vif, comme l'ltalie ou comme\nl'Espagne. Nos librettistes sont avertis; ils peuvent toujours essayer ! L'au-\nteur de l'article ajoute que si le mélancolique maestro trouve le livret idéal,\nil donnera un chef-d'œuvre qui sera « le chef-d'œuvre attendu par l'Art\nlatin moderne... » Vraiment?\nMunich. Le 3o décembre, le Théâtre National et Royal donnait une\nreprésentation de fête de Tannhàuser en l'honneur de M. Franz Fischer :\nvoilà 25 ans, en effet, que celui-ci dirige l'orchestre de l'Opéra. Il n'y a\njamais été directeur en chef, sauf pendant les guerres de succession des\nGeneralmusikdirektoren : à la mort de Levi et, récemment, à la mort de\nZumpe, que Félix Mottl a heureusement remplacé.\nCependant Franz Fischer, s'il n'est pas delà lignée des grands, est de\ncelle des consciencieux et des dévoués, des fidèles. C'est sur la recomman-\ndation de Wagner en personne que Levi l'accepta en second à l'Opéra de\nMunich vers 18S1. Il était auparavant violoncelliste dans l'orchestre de\nHans Richter à Budapest ; il avait aussi fait des études complètes de cor\navec Franz Strauss, le père de Richard. Il eut la bonne fortune d'accompa-\ngner Levi lorsque Louis II mit son orchestre à la disposition de Bayreuth\npour les premières représentations de Parsifal, et par conséquent celle\nd'étudier encore la partition avec le maître ; Wagner lui témoigna à diffé-\nrentes reprises sa satisfaction pour sa manière de l'interpréter. En 1899,\nil fut appelé de nouveau à Bayreuth pour diriger, avec le Ring, les Maîtres\nChanteurs et Parsifal.\nM. Fischer est encore excellent pianiste et s'est fait, ces dernières-\nannées, une spécialité fort goûtée d'auditions de Wagner au piano.\nLe Sottisier musical. « Encore à l'aurore d'une carrière déjà si riche\nen floraisons, mais qui semble seulement s'épanouir tant elle grandit cha-\nque jour, elle s'est déjà illustrée dans le chant, dans la déclamation, dans la\nlittérature, dans l'art de la mise en scène et elle a montré l'habileté de sa\nmain à diriger un crayon. » A. MANGEOT, dans le Monde musical, 5 jan-\nvier 1906, page 1.\na Dans cette œuvre écrite en trois parties, on dirait que le maître\n(M. Théodore Dubois) a voulu rappeler des scènes vécues et d'un souvenir\nineffaçable. L'Allegretto con moto e calore pourrait facilement s'intituler\n« Supplique », à cause de la seule phrase du commencement. » —La\nRevue musicale, i 5 janvier, p. 48.\n« Supposez qu'après avoir assisté à un cours sur la théorie de la lumière\nou après vous être fait expliquer la télégraphie sans fil par quelqu'un qui la\ncomprend, vous entriez dans une classe d'école primaire et qu on vous\nmontre de saines frimousses enluminées de traces de confitures et occupées\nà une fable, cela vous reposera autant que nous d'entendre la musique des\nChansons bretonnes harmonisées avec goût par M. P. Ladmirault. »\nLa Revue musicale, i 5 janvier, p. 53."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.52", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "PUBLICATIONS RÈCENTES.\nLes R. P. Bénédictins de Solesmes : Kconforme à l'édition vaticane\net muni de signes rythmiques. Tournai et Rome, Desclée-Lefebvre.\nAlbert Groz : Heures d'Été,préludes et mélodies (A. Samain). Paris,\nBellon-Ponscarme.\nPrélude,pour piano. Paris, Bellon-Ponscarme.\nClaude le Jeune: Psaumes en vers mesurés, 2e fascicule, 21e livraison\ndes Maîtres Musiciens de la Renaissance publiés par HENRY\nEXPERT. Paris, Leduc et Demets.\nAdolphe Boschot : La jeunesse d'un Paris,\nPion.\nPaul Dukas : L'apprenti Sorcier.Partition d'orchestre. Paris, Durand et\nfils.\nLionel de la Laurencie : L'Académie\n[iy2y-iy6y). Paris, Société française d'lmprimerie et de Librairie.\nExtraits des Maîtres Musiciens,publiés par HENRY EXPERT, Paris >\nLeduc et Demets. (Voir les conditions aux annonces) :\nCerton : Si par fortune.\nLe Heurteur : Souvent amour.\nCl. Janequin : Au jolyjeu.\nAu verd boys.\nLe Peletier : Si mon malheur.\nClaudin de Sermisy : Contentez-vous.\nHau, hau, hau,\nPour ung plaisir.\n\nCALENDRIER DES CONCERTS.\n2 février. Salle Pleyel. Fondation Bach.\nSalle Erard. Georges Enesco.\n— Schola Cantorum. Concert mensuel.\n3 février. Salle Pleyel. Société Nationale.\n, Salle Erard. Arnold Reitlinger.\n6 février• balle Erard. Hélène Barry.\nSalle Pleyel. Jeanne Réol.\n. Salle des Agriculteurs (4 h.) Camille Fourrier.\n7 feyner. Ambigu (4 h. 1/2). Matinées-Danbé.\n8 février. Salle Erard. Georges Enesco.\n10 fevner. Salle Erard. Victor Stanb,\nn• . Salle Pleyel. Nelly et Alice Eminger.\n12 fe,vri.er• Salle Pleyel. Gabrielle Steiger.\n13 février. Schola Cantorum. Blanche Sel va\n14 février. £mbigu (4 h. 1/2). Matinées-Danbè.\n7fevner. ,1e Société Nationale.\n— balle Erard. Thérèse Rrmpr\n11 SÏW4 \"• ,/2)' Matinées-Danbé.\n26 fevner. bchola Cantorum. Blanche Selva.\nballe Pleyel. Théo Delacroix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c012", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.2", "titre_corps": "LES CONCERTS.", "titre_sommaire": "LES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "LES CONCERTS.\nConcerts Chevillard : Liszt et M. Arthur Coquard. Concerts Colonne : M. Enesco.\nMlle Selva, MM. Henry Expert et Romain Rolland. MM. Poueigh et Inghelbrecht. M. R\nVines. MM. Hamburg et Kreisler. —M. Walter et Mm 9 Blanc. Soirées d'Art. Mme Lan-\ndormy-Plançon et le Quatuor Parent. M. Josef Hofmann. M. G. Hue. Concert Galeotti-\nCapet.\nAprès la tumultueuse, gesticulante et quelque peu blagueuse\nde Faust de Berlioz, avant le mystique oratorio de Schumann, M. Chevil-\nlard a fort bien fait de nous remémorer l'Ouverture et le Poème symphoni-\nque dont Wagner et Liszt illustrèrent, eux aussi, le plus beau mythe de la\npoésie moderne. UOuverture pour Faust date, sous sa première forme, de\n1840 ; elle est donc antérieure à Rienzi et au Vaisseau-Fantôme. Il est\nd'autant plus curieux d'y trouver déjà esquissés un motif du Tannhauser\net l'un des principaux thèmes de Tristan ; l'écriture des instruments à vent\nfait aussi présager le futur maître de l'orchestre ; et cela, en rappelant\nWeber. La couleur générale est sombre : Wagner a voulu peindre la lutte\ndésespérée de Faust avec les esprits de vie ; et cette lutte ressemble à\ncelle qu'il dut soutenir aussi, pour gagner l'anneau de la toute-puissance\ncréatrice, le même qu'une fée bienveillante avait passé au doigt de Liszt\ndès son berceau. La facilité heureuse, la grandeur sans effort et la généro-\nsité : qualités rares, de plus en plus rares en la laborieuse musique d'au-\njourd'hui ; ce sont celles de Liszt. Son Faust, d'abord sombre et désespéré,\nlui aussi, finit par des accents d'espoir et de joie conquérante ; Siegfried,\nà son départ, ne chevauche pas un plus noble coursier. Et de quelle déli-\ncate et pure mélodie il sut tracer la figure de sa Marguerite, vierge candide,\nembaumée de tendresse, qui veut guérir ce cœur inquiet, et ouvre ses bras\nintacts en un chaste abandon de soi-même! Nous sommes ici bien plus\nprès de l'Eloa de Vigny que de la petite bourgeoise sentimentale dont\nGœthe esquissa, non sans quelque ironie, le profil enfantin. Gela tient à ce"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.24", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3898, "texte": "qu'un génie comme Liszt embellit tout ce qu'il touche, et aussi peut-etre\nà ce que le bon abbé comprit, mieux que le hautain poète, le dogme de la\nrédemption par la Femme. Le personnage de Méphisto, qui ferme le\ntriptyque, est admirablement tracé, lui aussi : il y a dans son rire satani-\nque toute la hardiesse d'écriture d'un Strauss, mais appliquée à des idées\nmusicales, et toutes les intentions de coloris d'un Berlioz, mais réalisées.\nEt cela se termine par une merveilleuse ascension d'accords : une calme\nlumière rayonne, le ciel s'entr'ouvre, où l'on entend planer les voix du\nchœur mystique sur le motif de Marguerite transfigurée. Je ne connais pas\nde plus belle, de plus émouvante apothéose, et je me demande si le nom\nde Père, dont nos musiciens saluent aujourd'hui leur maître Franck, ne\nconviendrait pas bien plutôt à Liszt, père magnifique et souverainement\nbon de toute la musique moderne.\nM. Chevillard a conduit ce chef-d'œuvre avec une précision, une\nénergie et une ardeur de conviction qui ont déchaîné 1 enthousiasme. Du\nConcerto pour violon de Sinding, qui précédait, je n'ai pas grand'chose à\ndire : c'est de l'art bien plus allemand que Scandinave, et allemand dans\nle mauvais sens du mot. Car nous ne sommes pas les seuls à connaître\nles platitudes de la musique de métier. Les impressions norvégiennes de\nM. Coquard sont fort jolies, au contraire, et plus personnelles que je n'osais\nespérer, connaissant la réserve habituelle de leur auteur. L orchestre,\nsonore et délicat, a de poétiques couleurs, et j'ai beaucoup goûté la\ndouceur aérienne qui succédé, dans le second tableau, a la danse rustique\ndu début; ainsi que les mélancoliques grisailles du Cap Nord, et leur\nillumination par la crudité des cuivres, et la lente retombée, irrésistible,\ndes froids brouillards. Le premier morceau commence d'une manière\ncharmante, avec ce chant de hautbois prolongé par la flûte grave ; dans la\nsuite je rencontre une marche d'harmonie un peu trop marquée, et une\nmélodie moins distinguée que je ne voudrais. La mélodie, je veux dire\nla grande phrase développée, à l'ancienne mode, est-elle bien ce qui\nconvient à M. Coquard? Je ne sais trop ; pour ma part, j aime mieux sa\nmusique lorsqu'elle traduit finement de justes impressions, et ne s'exténue\npas à être sentimentale. Et voilà pourquoi je mets cette suite d'orchestre\nau-dessus de tout ce qu'il a écrit jusqu'ici.\nLe 16 janvier, M'ie Blanche Selva reprenait la série coutumiere de ses\nhommages à Jean-Sébastien Bach, dont elle est sans contredit la plus\ndigne prêtresse : car mieux que tout autre elle sait dessiner en lignes\npuissantes la figure du dieu, qui ne fut du tout un dieu insensible, mais\nun dieu fort, dont la tristesse était vaste et grave comme la nuit, et dont\nla joie faisait bondir les montagnes pareillement aux agneaux des brebis.\nTelle est, en effet, la vertu de cet art multiplicateur, où toute idée se\nrépercute à plusieurs reprises, que tout y prend un caractère d immen-\nsité. C'est ce caractère que Mlle Selva sait excellemment garder aux\noeuvres même les plus légères, telles que le Vabsence\nfrère chéri, ou la charmante Suite française (2e du recueil), par la haute\ndignité d'un style toujours expressif, mais jamais infléchi en accents\npersonnels. Le concert commençait et se terminait par une Sonate pour\nviolon et piano : M. Nestor Lejeune, au nom contradictoire, s'y est\nmontré bon musicien, mais violoniste inexpert et mal assuré . on ne\nreconnaissait plus le valeureux alto du quatuor Zimmer.\nA l'école des Hautes Études sociales, M.Henry Expert retraçait, en\nune fort jolie causerie, l'histoire de la musique vocale, depuis 1 organum\nd'Hucbald jusqu'à Mouton, Certon et Passereau : et ses chanteurs, après\nlui, firent éclore les grêles et souvent délicieuses fleurs de 1 art primitif. Le\n18' janvier, M. Romain Rolland nous faisait connaître les précurseurs de"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.25", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3632, "texte": "Beethoven dans cet art si particulier, et si vraiment « social », du lied\nallemand : Mll6 Luini, timide à juste titre, et M. Jan Reder, admirable de\nvoix et de style, illustraient cette claire et très instructive leçon d'exemples\npresque tous nouveaux pour nous, desquels je retiendrai surtout un air de\nGluck, d'une vigueur admirable ( Willkommen, du silberner Mond), et de\njolies chansons du bon Hiller et de Peter Schulz. On trouve là les pre-\nmiers traits de plus d'une mélodie de Beethoven, ou, pour mieux dire,\nde la mélodie de Beethoven, qui prit la forme, mais y répandit toute son\nâme.\nDes diverses œuvres nouvelles exécutées au dernier concert de la\nSociété Nationale (20 janvier), la Sonate pour piano et violon de Jean\nPoueigh est sans doute la plus belle d'espérances et la plus riche de\npromesses. Car on y remarque un accent très sincère et une inspiration\nmélodique qui se ressent encore un peu trop de Franck et de Lekeu,\nmais dont on reconnaît, à certaines inflexions, la personnalité prochaine.\nLa forme n'est pas parfaite encore : je ne parle pas de l'écriture, fort\ncorrecte, mais du plan, qui n'est pas assez suivi. L'œuvre sera sans\ndoute remaniée et resserrée quelque peu avant de paraître chez Demets,\ndont elle sera loin de déparer la belle collection moderne. MM. Enesco\net Aubert l'ont interprétée avec beaucoup de charme et des mouvements\nun peu trop lents à mon gré.\nLe Noclume pour piano et violoncelle de M. Inghelbrecht décèle, au\ncontraire, un talent très sûr et très maître de ses effets; les sonorités du\npiano sont d'une mélancolie charmante, je les préfère au chant du vio-\nloncelle, peut-être oiseux. M. Inghelbrecht me paraît un musicien bien\ndoué, dont on appréciera mieux les qualités à l'orchestre. Quant à\nM. Claude Guillon, il n'a tiré qu'un assez médiocre parti des jolis tableaux\nrustiques que lui proposait une muse familière. Malgré une déclamation\nsoignée, beaucoup de bonnes intentions, et tout le talent de MUe Jane\nArger, ces mélodies m'ont paru un peu pauvres en musique. Il est vrai\nque trois exquises chansons de G. Fauré leur portaient un ombrage plus\nfuneste que celui du mancenillier.\nOn me demande, de différents côtés, des nouvelles de la conférence\nque j'ai faite le i 5 janvier, au Cercle catholique, sur la musique de\nl'Extrême-Orient. Il m'est bien difficile d'en parler décemment ici ; mais\nje la publierai dans une de nos prochaines livraisons, et l'on pourra juger\nde la sorte si 1 accueil si flatteur qu'elle a reçu du public fut ou non\nmérité. Mais je puis dire au moins que Ricardo Vinos a joué des danses\njavanaises et les Pagodes de Debussy avec cet art merveilleux, qui sup-\nprime l'effort et fait apparaître, toute pure et toute simple, la beauté de\nl'œuvre.\nbien des choses à dire encore : à louer M. Emile Bosquet\ndevoir mis à son programme les Jardins sous la pluie, M. Riccardi Prati\nd'avoir choisi, parmi ses compatriotes, Frescobaldi, Scarlatti et Martucci,\nMHe Guimaraès d'avoir brillamment exécuté Liszt, Schumann et Chopin,\net M. Pomposi d'avoir joué, avec la nervosité la plus distinguée, la Sonate\nde Franck et le Quatuor de Debussy. Mais il me semble que je sévis\nbien longuement aujourd'hui. Un mot encore, pour dire que le trio du\nFreyschut? fut délicieusement interprété, au dernier concert Clémandh,\npar MU0 Suzanne Labarthe, charmante Agathe, Mme di Marco, excellente\nélève de Mmo Chevillard, et M. Fernet. Et je vais me délasser en lisant\nle Mercure musical Louis LALOY.\nIl faut féliciter M. Colonne d'avoir encouragé un jeune en jouant de\nlui autre chose qu'une œuvrette : la symphonie de M. Enesco est une"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3616, "texte": "œuvre de belle dimension et qu'il importe de ne pas laisser inaperçue.\nDélaissant la forme du poème symphonique et la musique descriptive,\nM. Enesco a fait œuvre de musique pure dans cette symphonie aux allures\npresque classiques.\nLe premier mouvement, qui est le plus développé, s'annonce par des\ncuivres dont l'éclat gagnerait à être un peu moins vif. Le développement\net la combinaison avec un second thème qualifié par le programme de\n« féminin » sont très bien venus et d'une belle envolée. L'andante qui\nlui succède a été le mouvement le plus applaudi. La mélodie exquise se\npromène des clarinettes aux flûtes puis aux violoncelles avec une aisance\net une passion discrètement exaltée qui en font une page délicieuse. J'aime\nmoins le dernier mouvement, dGnt le développement moins poussé que\ndans les deux parties précédentes paraît décousu et où quelques bruta-\nlités orchestrales n'atténuent point la légère déception qu'il provoque.\nL'œuvre n'en est pas moins très intéressante,pleine de qualités qui dénotent\nen M. Enesco une âme de vrai musicien.\nCH.\nAinsi qu'il sied à des têtes couronnées, les rois du clavier et les princes\nde l'archet qui se font entendre àla Société philharmonique, sont, en géné-\nral, dépourvus de toute modestie. En revanche, ils ont beaucoup de talent.\nDe ceux-là sont MM. Mark Hambourg et Fritz Kreisler, applaudis tous\ndeux au concert du 16 janvier.\nLe premier, un Russe naturalisé Anglais, fit son éducation artistique à\nVienne. (Toute l'Europe, quoi!) Au piano, avec un éclairage complice, il\nressemble à M. de Max, en plus maigre il est vrai. M. Fritz Kreisler, né à\nVienne, est un lauréat de notre Conservatoire. On nous dit qu'il « se tira\nheureusement, quoique blessé, de trois duels dangereux ». Cette épithète\nme ravit. Quoi qu'il en soit, M. Kreisler brandit son archet avec tellement\nde fougue que Ton se demande si, parfois, il ne se figure pas tenir encore\nepee.\nJe me vois dans la nécessité de faire quelques réserves sur la manière\ndont ces deux virtuoses ont interprété la Sonate en la majeur de Mozart.\nLà où il fallait de la simplicité et du moelleux, nous avons eu peut-être\npar une exagération inutile des nuances —une exécution trop souvent sac-\ncadée. Par contre, M. Hambourg dans du Chopin et la Ballade de Grieg\n(le programme annonçait Gavotte et Variations de Rameau) et M. Kreis-\nler— dans Allemande, Courante et Double de Bach, et, surtout, dans Chan-\nson Louis XIII et Pavane de Louis Couperin, œuvre d'une musicalité char-\nmante et d'une fraîcheur exquise, méritèrent amplement les acclama-\ntions et les rappels qu'un public enthousiaste ne leur marchanda point.\nTout l'intérêt du dernier concert de la Société Bach allait à M. Georg\nWalter, ténor solo de la Singakademie et de la Société Bach de Berlin.\nRien de plus justifié. La très belle voix de M. Walter est d'un timbre ex-\ntrêmement agréable, et il la manie avec une absolue maîtrise. C'est dans un\nstyle excellent qu'il a chanté la cantate pour ténor solo : Misérable mortel\nque je suis, et celle :Oh ! viens, Jésus, notre Sauveur! Mlle Eléonore Blanc\net M. Louis Bourgeois lui donnaient ici la réplique ; ils eurent donc, et à\nbon droit, leur part dans les ovations qui furent nombreuses et répétées.\nSignalons aussi une très bonne exécution du Concerto en la mineur pour\npiano, flûte et violon, par Mlle Ritter, et MM. Hennebains et Daniel Herr-\nmann. L'on regrette de trouver un peu de flottement dans les chœurs ;\nmais l'orchestre, dirigé par M. Bret, se montre toujours discipliné à\nsouhait.\nMlle Eléonore Blanc triompha également àla Matinèe-Danbé du 17 jan-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.27", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": "vier. Ces séances se poursuivent avec un très vif succès ; mais celle-ci fut\nparticulièrement intéressante. C'est dans du Rameau : air de Castor et Pol-\nlux, et du Berlioz : Y Absence, que l'excellente artiste se fit applaudir. A\ncôté d'elle, citons Mlle Renié, harpiste talentueuse, dans des musiques qui\nTétaient moins; Ml*6 Mary Garnier et M. Delvoye de l'Opéra-Comique, et\nenfin le quatuor Soudant, qui interpréta avec sa vaillance habituelle un\nQuatuor de Weingartner et le Finale du quatuor no 4 de Beethoven.\nJEAN POUEIGH.\nSoirées d'art. Jeudi 11 janvier. Admirable exécution du ise quatuor,\nen la mineur (op. 132) de Beethoven, où s'exhale et prie une humanité si dou-\nloureuse et si sereine. « La joie par la souffrance », la maxime de Beetho-\nven, est la devise de l'œuvre. L'art qui idéalise tant d'angoisse reste incom-\nparablement simple, avec des retours imprévus au style des vieux maîtres.\nLe quatuor Capet a dit avec la gravité qui convient le chant religieux sur le\nmode lydien, qui sert d'andante, voix qui montent, se pressentvers un inac-\ncessible infini et meurent, entrecoupées de larges accords des orgues. Et\nquel réveil après l'apaisement ! Le finale, avec ses trois mouvements, alla\nrnarcia, assai vivace, allegro appassionato, frémit d'une joie fièrement con-\nquise. La Grande fugue (op. i 33), en si bémol (qu'un programme facétieux\nintitule Grosse fugue), est un défi à toute formule, je n'ose dire à toute exé-\ncution instrumentale, après la généreuse interprétation de M. Capet. Est-ce\ntout ? Mettons que ce fut tout et que nous n'avons pas trébuché de si haut.\nJeudi 18 janvier. —On a su gré à trois mélodies de M. Léo Sachs de\nfaire valoir la diction dramatique et fort habile de MU® Louise Grandjean.\nMais dans deux œuvres dignes de son talent, Rêves de Wagner et Ich\ngrolle nicht de Schumann, elle a pu affirmer sa haute intelligence de l'art\nallemand, disons mieux, de l'art. M. Richard Buhlig était pour moi un\ninconnu. Je crois que son agilité très nerveuse pourrait s'exercer mieux\nqu'aux dépens du Prélude, Choral et Fugue de Franck. Le quatuor Capet\nobtient son succès ordinaire, plus mérité que jamais, dans le dernier quatuor\nde Beethoven.\nDans la salle sEolian, maquillée d'un vernis céleste, comme tel cabaret\nde Montmartre, le Quintette de Franck, par un contraste spirituel, reçoit une\ninterprétation convaincue, respectueuse, grave. Mme Landormy-Plançon et\nle quatuor Parent forment un excellent ensemble.\nM. Joseph Hofmann est un enfant de génie depuis l'âge de neuf ans. Quel-\nques années ont passé depuis. Je n'ai entendu que le second concert qu'il\na donné salle Erard. Son mécanisme vigoureux, la solidité de son rythme\ncarré doivent faire merveille dans Schumann : je ne lui ai entendu jouer que\nChopin, où j'avoue qu'un jeu moins cadencé me toucherait plus.\nJOSEPH TRILLAT.\nLa Belle au 001 s dormant, de M. Georges Hue, exécutée au dernier con-\ncert du Gonseï\\ atoire, est amusante a force d etre prevue * le sommeil est?\ncomme il convient, suggéré par une note tenue en pédale ; l'entrée du\nPrince, tout naturellement, se trouve signalée par les cors ; l'Aurore, ainsi\nqu on pouvait s y attendie, appelle un trémolo des mêmes cordes qui, agré-\nmentées de sourdines, font le bruissement bien connu du rouet ; et une\nflûte qui se souvient de Siegfried prétend chanter à l'instar de l'oiseau.\nQuant à la Fée du mal, c est le mal aux oreilles qui est sans aucun doute son\ndomaine, si j'en crois ces cuivres horrifiques.\nLa perle du concert fut le chœur des de Schumann, délicieux\nde couleur et de rythme."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.28", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 862, "texte": "Concert Galeotti-Capet. Tous ceux qui ont déjà entendu Cesare Galeotti\nconnaissent ce toucher extraordinaire par lequel les notes semblent naître\nsans l'intermédiaire du piano. Dans la Sonate en sol majeur (op. 96) de\nBeethoven les deux exécutants ont un ensemble et une délicatesse qui est\npresque de rêve. Quant à la sonate de Franck, on voudrait ne plus l'en-\ntendre après cette exécution. Elle n'a jamais été rendue avec une aussi\nnoble piété, une aussi ésotérique passion. Dans le premier mouvement, un\nsentiment si profond et si ému qu'il semblait que les deux artistes jouaient\npour eux seuls dans une presque inconsciente et harmonieuse union. L'al-\nlegro exécuté avec une fougue magistrale qui n'excluait pas la musicalité\nintime. La séance se terminait par une sonate de Saint-Saëns.\nLe succès du concert a été énorme.\nNEZEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c014", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.3", "titre_corps": "A LA NATIONALE.", "titre_sommaire": "A LA NATIONALE.", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.28", "debut_caractere": 864, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "A LA NATIONALE.\n\nMiroirs, cinq pièces pour piano par M. Ravel.\nAprès la première audition de son Quatuor à cordes à la Schola, il y a plus\nd'une année, j'écrivais dans \\e Mercure de : « Il faut retenir le nom\nde Maurice Ravel : c'est celui d'un des maîtres de demain. » Depuis, il\navait fait Asie et remporté au concours préparatoire du Prix de Rome le\nsuccès d'un retentissant échec qui le rendit soudain plus célèbre que tout\nce qu'il avait publié jusqu'alors. La veste à lui destinée se trouva aller\ncomme un gant à celui qui la lui avait préparée, soigneusement taillée sur\nmesure, et qui dut la garder pour soi-même et l'endosser. Le scandale\ndont Maurice Ravel fut l'irresponsable occasion et la victime eut tout\nd'abord le résultat d'imposer la nomination de M. Gabriel Fauré, son pro-\nfesseur précisément, au poste de Directeur de notre Conservatoire, pour la\nsauvegarde et l'honneur de notre musique nationale. Outre ce bienfait cer-\ntain, il apparaît bien que celle-ci puisse attendre du blackboulé quelque\ntribut plus personnel, sinon moins involontaire, et qui ressemble fort, déjà,\nà ce qu'on appelle de la gloire en véridique et bon français. Il est rare\nd'avoir à constater chez un jeune artiste une évolution aussi rapide et\naussi remarquable. Venant après le pittoresque des la\ngrâce romantique du Quatuor et l'exotisme étincelant ces\nfont un effet très analogue à la brusque révélation des dans\nl'œuvre de Schumann. On procède toujours de quelqu'un, et le génie lui-\nmême n'échappe pas à l'ascendant de devanciers lointains ou proches ; la\nformation de la personnalité est chose assez mystérieuse et complexe, à\nquoi contribuent plus ou moins fortement des apports souvent très divers.\nL'éventuelle assimilation, ici, est décidément accomplie. Maurice Ravel\naime Schumann et s'en prévaudrait volontiers ; mais ce n'est guère que\ndans Noctuelles qu'on pourrait découvrir quelques indices de la ferveur de\nson culte. Tout le reste est d'une inspiration originale et neuve qui n'évoque\nplus aucun souvenir. On m'assura, sans que j'aie pu vérifier l'exactitude\ndu fait ou la coïncidence, qu'au moment probable de leur gestation, l'au-\nteur de Miroirs était de son propre aveu plongé passionnément dans Bee-\nthoven, celui de la fin, de la « dernière manière ». Si l'influence fut réelle,\nle musicien qui l'éprouva était de taille à la supporter sans dommage.\nEncore que non pas peut-être fatalement indispensable aux résultats, elle"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.29", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "serait plausible pourtant à l'égard d'une simplicité plus évidente, dune lar-\ngeur et sécurité de touche émancipées de tout vain fignolage dont on est\nfrappé dans Miroirs, et peut-être aussi pour l'émotion intime et la profon-\ndeur d'une pensée émanée ou vêtue d'harmonies irrêvables au « Vieux\nSourd ». De ses doigts infaillibles, Ricardo Vines en déroula délicieuse-\nment l'arabesque sonore et dut bisser YAlborada del Gracioso au milieu\nd'applaudissements qui s'adressaient à la fois à lui et à la musique. Lors-\nque, bientôt, ces pièces seront éditées par Demets, on pourra mieux juger\nde la valeur exceptionnelle de leur contenu musical. Il ne faut pas se fier\naux apparences : tels courts lieder de Schumann dureront bien probable-\nment plus longtemps que ses quatre symphonies. Quelques-uns de ces\nMiroirs fourniraient un admirable prétexte au jeu des timbres de l'or-\nchestre ; ils n'y gagneraient rien musicalement. Malgré leur modestie d'al-\nlure ou de dimension, parmi ces cinq morceaux également exquis, il est\nau moins deux purs chefs-d'œuvre, Une barque sur locéan et Oiseaux\ntristes ; celui-ci surtout, peut-être, imprévu, simple et poignant entre\ntous. La réponse est cinglante au jury d'hier ; elle est si belle qu'on en\nserait presque tenté de plaindre ces gens obtus, s'il est vrai qu'ils étaient\nsincères. Oublions-les, eux, leur acte et leurs noms introuvables déjà, la\nplupart, dans nos mémoires indifférentes. Il y a si peu, si peu de rapport\naujourd'hui entre tout cela et notre art ! C'est bien loin d'eux qu'ailleurs\nvit et grandit notre musique, à quoi ils ne comprennent rien, car ils\nn'ont pas la « debussyte », ô Mauclair, et ne l'auront jamais : ils en sont\nincapables, les pauvres. En vérité, plaignons leur triste sort.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c016", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.4", "titre_corps": "LE QUATUOR PARENT", "titre_sommaire": "LE QUATUOR PARENT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.29", "debut_caractere": 1801, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "LE QUATUOR PARENT\nLes « trois manières » de Beethoven et l'impressionnisme en musique.\nLe vendredi soir 5 janvier 1906, l'excellent Quatuor Parent inaugurait\nnon seulement sa saison 1906 à la salle mais un cycle Beethoven\nsans précédent qui, pour la première fois en France et en Europe—\nnous promet, pendant quatre ans, l'intégrale audition des œuvres de mu-\nsique de chambre, instrumentales ou vocales, du maître suprême en l'art\nde toucher nos âmes.\nLes vrais amis de la musique savent ce que l'artiste Armand Parent a\nfait, depuis plus de quinze ans, pour les maîtres et pour les jeunes, et parti-\nculièrement pour Beethoven, ce maître toujours jeune par le prime saut\npuissant de la pensée, dont il a joué déjà deux fois les dix-sept quatuors\n(«ivec la Grande fugue), sans délaisser les modernes consacrés 011 discutés,,\ndepuis le précurseur César Franck jusqu'aux admirateurs de Claude\nDebussy,.. Nous 1 avons dit : c est un véritable musée de la musique, hélas f\nephemère, mais enchanteur comme elle, où le Salon carré du Louvre ser-\nvirait de section rétrospective au Salon d'automne.\nEt cette comparaison naturelle avec la peinture ajoute à la ressemblance\nd un portiait d Armand Parent : une autre fois, moins pressés, nous esquis-\nseions la physionomie ferme et loyale de ce véritable artiste, autoritaire\navec douceur, lier sans pose, littéraire sans snobisme et sans pédantisme-\ndont la virtuosité, jamais exclusive, trouve le temps de s'intéresser à l'im,\npressionnisme de tous les jeunes sans lui sacrifierla ligne plus reconfortante"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.30", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3741, "texte": "des maîtres. Par son caractère comme par son jeu, Parent se manifeste un\nclassique ouvert à toute nouveauté, pourvu qu'elle soit inspirée, même témé-\nrairement, par l'art pur.\nAujoura hui, c est le règne de Beethoven, ce Michel-Ange émouvant, ce\nmaître du « siècle dernier », dont le génie reste à l'avant-garde. Une\nsubstantielle causerie de M. Paul Landormy, musicien doublé d'un penseur,\na commencé par nous dire ce qu'il faut exactement penser des « trois ma-\nnières » (comme disait Lenz) de celui de tous les maîtres-musiciens qui\ns'est constamment et le plus spontanément renouvelé (comme nous disons),\nsans excepter Richard Wagner ! Exagération scolastique, n'est-ce pas?\nque de morceler l'œuvre d'un libre génie en trois compartiments comme\nune bibliothèque à triple rayon! Une mélodie datée de 1795 ne contient-elle\npas déjà le thème futur de la Neuvième} Et la Fantaisie avec chœur de 1807\naussi ?\nIl faut dire simplement ; la première étape, de 1795 à iBos, de la vingt-\ncinquième à la trente-cinquième année de l'auteur, respecte les formes*\ntraditionnelles de la sonate avec ses développements ou ses divertissements\nprévus comme une « patience » à réussir, le jeu de la musique formelle\net mondaine, où l'atmosphère deVienne se mêle aux souvenirs de Bonn.\nLa seconde étape du génie en marche à la conquête de soi-même, de\niBos à 181 5, débute par YEroica (op. 55), symphonie révolutionnaire et\ngéante, qui garde encore le souci de l'architecture musicale comme les trois\nquatuors de YOpus 5g (qui paraissaient à Romberg aussi fous déjà que la\nSymphonie en la, selon Weber...) C'est le vrai Beethoven, c'est-à-dire le-\nBeethoven intermédiaire et le plus connu.\nTroisième et dernière étape, de 1815 à 1827 : douze ans de création soli-\ntaire et silencieuse, où le génie sourd ne cherche plus à plaire (dernier mot\nde l'esthétique pour le jeune Mozart), mais à s'exprimer librement, popu-\nlaire et plébéien, héroïque, tragique, pathétique, et, parfois, « infiniment\ntendre ou diversement jovial et spontané ». Pendant trois ans de recueil-\nlement, Beethoven arrange i 32 mélodies écossaises pour l'éditeur Georg\nThomson, afin de se rapprocher des sources vives de la nature et du peuple ;\net quand il recommencera d'élever la voix qu'il n'entend plus lui-même\nque dans le silence intérieur de son être, il se sera délivré (selon le mot de\nWagner) « du péché originel de la forme extérieure ». De là, ces synthèses\nqui nous ressuscitent des « mémoires d'outre-tombe », des voix de l'au-\ndelà, dernières sonates ou derniers quatuors, chants libres d'une âme\nimmense, harmonies mélodiques aussi novatrices que la mélodie harmo-\nnique d'un César Franck, essors imprévus avec des souvenirs volontaires-\nde Bach, cette dernière manière, enfin, qui troublait les académiciens\nde iB3o en « foudroyant » Berlioz, et qui ne laisserait pas que d'inquiéter\nceux encore de 1905, signée Wagner ou Debussy...\nEn remerciant M. Landormy de nous avoir inconsciemment dicté ces\nlignes, observons à notre tour, sans insister, d'un trait, le rapport de ces\ntrois phases d'un art en perpétuel devenir avec l'évolution douloureuse,\nenviable et sublime d'une vie tout intérieure, dont les neuf\nles dix-sept quatuors et les trente-deux sonates, et même les Lieder sont\nles chapitres parallèles et mystérieux : autobiographie qui contient, comme\nla musique même, le secret d'un cœur débordant de sève affectueuse et\nrobuste... Et, vers son automne aux fruits géants comme la grappe que\nPoussin nous a rapportée de la terre promise, le candide Beethoven se\nlamentait d'avoir à peine écrit « quelques notes ».\nContentons-nous du peu qu'il nous laisse : il y en a pour quatre ans L\nEt cela, pour la seule musique de chambre...\n*\n* *"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.31", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "Sans être esclave de l'ordre chronologique, chaque séance du Quatuor\nParlent nous proposera comme un raccourci contrasté de ce grand œuvre :\ndans les deux premières, par exemple, nous avons applaudi de parfaites et\nvivantes exécutions du premier trio (op. i, n° i), de l'élégante sonate pour\npiano et violon (op. 24), de quelques naïfs Lieder, du VIIIe et splendide\nquatuor, où Parent et ses partenaires (MM. Loiseau, Vieux et Pournier)\nse sont surpassés, comme Bleuzet et les siens dans le trio de 1794 £t\nl'octuor de 1796 pour l'harmonie seule, et comme M^e Marthe Dron : la\ncharmante et distinguée pianiste, au profil fier comme son jeu, ne doit\npas regretter d'avoir abordé la 32e et dernière sonate (op. in) qu elle joue\navec un brio réfléchi qui nous fait attendre impatiemment son interpréta-\ntion des Adieux (op. 81 a)...\n*\n* *\nEt la troisième soirée, du 19 janvier? Une séance moderne, une séance\nimpressionniste, pour laisser reposer Beethoven, ou plutôt pour le con-\ntinuer; carie génie libre a suivi son sentiment; et pourrait-il reprocher\naux derniers venus d'avoir suivi le leur ? N'a-t-il point défini lui-même,\ndans la dédicace de cet Op. 111 à l'archiduc Rodolphe «ce désir, essen-\ntiel aux nobles natures, de n'exprimer jamais que ce qu'elles sentent » ?\nCette épigraphe est toute la genèse du Debussysme. Nous la sentions\nflotter, l'autre soir, comme l'âme même du dieu Beethoven et le conseil\nmuet du génie, dans l'atmosphère où, bizarrement mais poétiquement,\nmurmuraient le quatuor (op. 10) de Claude Debussy, que nous tenons pour\nson chef-d'œuvre, et le quatuor tout récent de son jeune émule, Maurice\nRavel, qui garde intacte sa personnalité.\nNous l'exprimions, au printemps dernier : c'est étonnant ce que des\nauditions successives et les amoureuses exécutions du Quatuor Parent\nnous ménagent de découvertes en ces terres avancées : ultima Thule !\nL'impressionnisme musical ne libère pas seulement les développements : il\nles supprime; il pousse l'indépendance des parties jusqu'au coloris le\nplus immatériel ; il ne décrit jamais : il suggère. Mais il demeure très\nconstruit sous ses fluides apparences, où clapotent les pizzicati de la pluie,\noù s'enroulent des nuées échevelées, écharpes de ténèbres lunaires et de\npensées lunatiques... Il y pleut de l'ombre et des étoiles (cf. Yandantino\ndebussyste et Ravel passim). De l'irréel dans du réel, poésie vague; frisson\nnouveau, qui fait plaisir et qui fait peur... telle la parole d'un Mallarmé,\nl'eau-forte d'un Whistler ou d'un Buhot, sur les toits noirs, dans une\nvieille chambre provinciale où lèvent cause avec l'ombre, par la nuit noire\nau fond du vieux parc, ou dans une traversée sous une nuit sans lune...\nDes bouffées de musique russe, archaïque, grégorienne, extrême-orientale,\nsingularisent cette âme moderne, violente ou pâmée, son mélos fugitif,\nplein d humour et de poésie... Non, l'Allemagne d'aujourd'hui n'a rien de\ntel à nous offrir !\nEt les zélateurs de Beethoven, qui conservent, malgré tout et malgré les\nultima verba de Beethoven en personne, un culte quasi latin pour la\npensée plus concise et pour la forme plus sculpturale, ont fait le plus bel\naccueil, entre nos deux quatuors impressionnistes, aux Lieder français de\nM. Fauré, puis à la première audition d'un vigoureux et mélodieux Trio\n(op. 18) d Alberic Magnard, dont la sonate et la symphonie décèlent les\nmêmes qualités dynamiques, ardentes, hautaines, probes et profondes. Un\nnouveau classicisme... Et remercions, une fois de plus, Mlle Dron, MM. Pa-\nrent et Fournier !\nRAYMDND BOUYER."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.32", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "Société Beethoven. A cette société, fondée par le graveur mélomane\nJacques Beltrand pour l'annuelle audition des dix-sept quatuors de Beetho-\nven, réconfort et religion des artistes, grand succès pour le pianiste\nRicardo Vifies dans Yop. 24, pour Mme Jeanne Raunay dans l'air sublime\nde Fidelio, pour Mme Jane Arger, délicate interprète de trois lieder : le\ncandide Adieu de Molly, la pénétrante Prière de iBo3, le délicieux chant,\nencore mozartien de 1810 : Nouvel amour, nouvelle vie\\ les lieder bien dits\ncomplètent l'idée que nous voulons enfin nous faire de Beethoven.\nR. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 32, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.5", "titre_corps": "ACCORDS ANGLO-FRANÇAIS", "titre_sommaire": "ACCORDS ANGLO-FRANÇAIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.32", "debut_caractere": 608, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "ACCORDS ANGLO-FRANÇAIS\nExportation et importation.\nAprès les chefs d'Etat, les navires de guerre et les conseillers munici-\npaux, la musique vient apporter à l'entente cordiale son aide harmonieuse.\nC'est fort bien. 1 t is good, too, that a\nexcentricities as well as in our conventions.\nthat perfect knowledge which makes for the entente cordiale. Itis as désira-\nble that the epicures oflife and literature\nthe sailors and the Mayors and Corporations,dit justement.\nDéjà, au cours de ces derniers mois, des manifestations artistiques de\nhaut goût dénoncèrent aux foules les sentiments amicaux du Royaume-\nUni et de la République française. Ce fut, à l'Alhambra de Leicester\nSquare, un ballet en lequel une jeune personne, vêtue d'une robe aux trois\ncouleurs, dansait des pas légers, graves de signification ; ce fut, au Coronet\ntheatre, Mme Sarah Bernhardt interprétant Pelléas aux côtés de la Méli-\nsande anglo-française de Mrs. Patrick-Campbell ; et encore — et toujours!\n— la grande tragédienne posant la première pierre de la nouvelle bouti-\nque de Mr. Clarkson, fabricant de perruques ; ce fut Mme Le Bargy jouant\nY Adversaire dans la langue de Shelley, qu'elle traduisit.\nA Paris, les revues de fin d'année révélèrent au peuple français\nAnona, Little Mary et autres refrains, prototypes du génie musical britan-\nnique, tandis que des régiments de chorus girls exhibaient leurs épaules\net leurs jambes pour démentir la légende prétendant qu'ils n en ont pas en\nAngleterre. Sur les boulevards ombragés de platanes, destailleurs bien pari-\nsiens s'étiquettèrent tailors ou cutters et remplirent leurs vitrines de pro-\nduits et de modes as now wornet l a dessein de\nrépondre aux derniers Paris modelset des étalages\nlondoniens.\nMais les événements de la semaine passée, plus que tous autres, confir-\nment la bonne foi réciproque et l'enthousiasme définitif, — à la demande\ngénérale et irrévocablement. Car, quoi de plus satisfaisant qu un échange\nde chefs d'orchestre et de compositions nationales ? Douces harmonies !\nAccords plus que parfaits ! Vive Edward VII ! Long life Loubet 1 Hip 1\nHip! Hurrah !...\n*\n**\nExportation. — Nombre de gens, même avertis, considèrent l'Ecosse\ncomme la patrie des Kilts, des grouses, des moors, des légendes gaéliques,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "et d'une hospitalité connue de tous, principalement des choristes de la\nDame Blanche. Quelques voyageurs qui s'y risquèrent en revinrent avec\ncette idée, d'ailleurs exacte, que les bars y ferment à 10 heures du soir,\nparce que c'est un pays très moral et que, faute de cette précaution, les\nindigènes s'y livreraient sans mesure aux douceurs un peu rugueuses du\nscotch whisky ou même du gin. Déplus, ces intrépides répandirent le bruit\nque la seule musique pratiquée dans cette contrée septentrionale, ceile des\nbag-pipcs, nostalgique et monotone, s'extériorisait en en reels, en\nsword-dances. Jugement absurde ! Relation de voyage erronée! J'ai sous\nles yeux des programmes qui témoignent de l'existence en Ecosse de\ngrands concerts hebdomadaires, d'un orchestre de quatre-vingts musiciens,\net M. Edouard Colonne, qui vient de les diriger, me les affirme de premier\nordre. Il s'y connaît.\nCe chef d'orchestre a triomphé à Glasgow et à Edimburgh, conduisant\nce Scottish orchestra dont le Dr Cowen est le « conductpr » attitré, révé-\nlant aux Ecossais ahuris entre autres musiques le Prélude de Messidor;\naprès quoi cet estimable peuple dut perdre cette idée préconçue que the\nFrenchman9 and every thing pertaining to him, is light and volatile, and\nmore or less reminiscent of a Palais Royal farce !... Aujourd'hui, 7he\nScotsman, à qui j'emprunte quelques renseignements, ne tarit pas en éloges\nsur ces deux beaux concerts ; l'orchestre, dit-il, sembla l'autre soir réson-\nner de façon inaccoutumée, comme guidé par une personnalité puissante.\nSiegfried Idyll, jouée avec toute la délicatesse désirable et la 2e Symphonie\nde Brahms furent tout particulièrement applaudies.\nNous devons nous en réjouir.\n*,\n* *\nImportation. Cependant que M. Edouard Colonne opérait de l'autre\ncôté du Channel, the London Symphony orchestra et the Leeds Festival Choir\noccupaient sa salle du Châtelet. On ne peut se dissimuler l'importance\nd'une telle manifestation, puisqu'un de nos plus graves critiques, j'ai nommé\nM. Henry Gauthier-Villars, écrit dans Y Echo de Paris : « Par les soins\nréunis de S. M. Edouard VII, roi d'Angleterre, de M. Emile Loubet, prési-\ndent de la République, et de M. Gabriel Astruc, directeur de la Société\nmusicale, l'entente cordiale vient d'être scellée définitivement sous les\nauspices delà Musique et de la Poésie, cette Blest pair of Sirens. »\nMe voici donc bien à mon aise, et puisqu'on ne doit aux amis que la\nvérité, je puis, à l'occasion des deux concerts anglais, risquer sans\ncrainte d'être accusé de mauvaise foi de modestes réserves.\n... Lorsque j'arrivai au Châtelet, dont les mélomanes en foule inon-\ndaient les portiques, un marchand de billets m'offrit des places « plus\ncher qu'au bureau». Je m'en réjouis. Des palmiers et des fougères ornaient\nles vestibules et, jusque sur le trottoir, un tapis se déroulait, sûr indice\nd'une présence auguste. Au haut des marches, je fus reçu « d'une façon\ncharmante » par des ouvreuses inhabituelles à petits tabliers et à bavolets\nblancs, qui semblaient avoir emprunté pour cette solennité des airs atten-\ntifs de.nurses... Et quelle salle ! On pouvait voir, séparés par une cloison\ninexpliquée, M. et Mme Loubet assistés d'officiels figurants ; dans une loge,\nles frères Isola, enthousiastes ; au balcon, sage et attentif, M. Cheviliard;\nM. Gabriel Astruc partout à la fois. Je crois y être encore...\nTout de suite la Marseillaise assume une allure et des accents nou-\nveaux en passant par ces voix anglaises qui lui imposent comme un ralen-\ntissement d'hymne ; tout de suite bouillonne l'enthousiasme, débordant"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3790, "texte": "quand apparaissent Sir Charles V. Stanford, compositeur, et M. André\nMessager, manager du Royal Opéra de Govent Garden. Cependant que\nretentit le Don Juan de Strauss, romantique et passionné, quelques cho-\nristes de Leeds, qui n'ont rien à faire, sortent d'imprévues lorgnettes et,\nfroidement, se mettent à inspecter les spectateurs. Après l'ouverture des\nMaîtres Chanteurs, conduite par l'auteur de Véronique avec de curieuses\noppositions de nuances, sous les applaudissements qui crépitent, M. le\nPrésident de la République se lève, salue, sourit et sort.\nSir Charles V. Stanford regarde ce départ « de haut et largement »,\ncomme tout bon professeur de philosophie, ô Bazaillas ! doit regarder la vie.\nLa séance continue par des œuvres anglaises. C'est: l'ode Ulest pair of\nSirens de Sir Hubert Parry, un peu longuette, d'une élégance et d'une\nvigueur assez monotones et mendelssohniennes; la gentille Da:\\ce of Nymphs\nand Reapers qui sautille aux violons avec des rusticités affadies — du Corot\npour keepsakes !— un Scherzo Scandinave de Mr. F.-H. Cowen, aérien et\nshakspearien, où s'attarde la reine Mab ; un Benedictus adroit, correct et\njoli, sans doute composé par Sir Alexander Mackenzie à l'usage des églises\nchics et des Society people\\ une Irish Symphony enfin, de Sir Charles V.\nStanford, ah! si typiquement irlandaise ! Certes, on peut préférer à ces\naimables orchestrations les recherches polyphoniques des musiciens\nfrançais modernes, n'empêche que l'andante de cette œuvre ravit par sa\nsentimentalité fraîche; tout le charme agreste de la verte Erin y fleurit, de\nmême que, dons le finale, une paysanne énergie martèle avec rudesse le\nbondissement de ses danses sévères ; aux trompettes vibre un mélanco-\nlique chant populaire — teinté d'espérance.\nA côté de cette Symphonie assez caractéristique, j'eusse aimé à voir\nfigurer des fragments importants du Dream of Gerontius par exemple, le\ntrès bel oratorio de Sir Edward Elgar, le plus personnel des compositeurs\nanglais actuels ; The Challenge of Thor ne compte point parmi ses\nmeilleures productions, et l'on comprend malaisément la raison de ce\nchoix. Quant au Requiem de Sir Charles V. Stanford, il s'affirme théâtral\nplus que religieux, avec une recherche d'eiïets déconcertante et des\njoliesses déplacées que n'approuverait point la Grégorienne Cour de\nRome.\nCurieusement, l'influence de ce Mendelssohn — pour nous si désuet —\ndomine toutes ces musiques, étouffant, sous la prolixité de ses développe-\nments faciles et sous la grâce molle de ses harmonies trop prévues, des\npersonnalités possibles et des talents réels. Voilà de quoi étonner des audi-\nteurs habitués aux subtils impressionnismes des imitateurs de M. Claude\nDebussy, dans une capitale où Wagner se trouve déjà démodé.\nL'interprétation du London Symphony orchestra, qu'il soit dirigé par\nSir Charles, par M. Messager ou par M. Colonne, reste toujours inté-\nressante et probe, grâce aux grandes qualités des cordes, et malgré cer-\ntaines défectuosités des bois, parfois nasillards (through the nose), avec un\naccent on dirait américain. Pour le Leeds Festival Choir, tout simplement\nadmirable, on a pu se rendre compte de sa vigueur, de sa justesse, de sa\nnetteté, dans des œuvres de Bach et de Haendel, comme dans le finale de\nla Symphonie avec choeurs, superbement exécute, et dont le quatuor vocal\n(Miss Marie Brema, Miss Perceval Allen, Mr. John Coates, Mr. Francis\nBraun) brilla d'un pur éclat d'étoiles. Que ne puis-je, comme dans le\nMotet de Bach, « célébrer leurs louanges avec le tambour et l'instrument à\ndix cordes » !... puisque aussi bien les paroles sont vaines...\nEn sortant du Châtelet, je rencontrai M. R. df... n, le grand couturier de\nla rue de Rivoli, qui veut bien, parfois, m'honorer de quelques paroles :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.35", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "« Eh bien, lui dis-je, quels beaux concerts! Oui, me répondit 1 illustre,\ngrande musique,... entente cordiale... évidemment, évidemment... Mais,\nmon Dieu ! ces choristes, la façon dont elles étaient habillées . » A ce\nmoment l'une d'elles passait que je ne connaissais point ; je 1 interpellai\ncependant dans la langue de Shakspeare et de Marie Corelji : « Well,\nêtes-vous satisfaite de la réception?... de Paris ?... Oh . s extasia la\nfille d'Albion, I do love it !... J'ai été trois soirs... running aux naughty\nFolies-Bergère!»...\nX.-MARCEL BOULESTIN.\np.-S. Entente cordiale musicale (encore!). A Londres, on attend la\nvisite de la Garde Républicaine et de son chef renommé.\nAu Moulin-Rouge réouvert enfin, des Highlanders fonctionnent, jambes\nnues, cornemusant à tour de bras ou dansant des gigues\nleusement. Mais pourquoi ajouter a leur programme écossais d inutiles,\nfades et chichiteuses musiques contemporaines, tout au plus dignes dun\nAdalbert Mercier qui aurait été se faire blanchir à Londres, musique pour\nCeylon tea-roomde vieille dame qui se souvient!...\nX.-M. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c020", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.6", "titre_corps": "LES REVUES.", "titre_sommaire": "LES REVUES.", "signature_source": "Joseph Trillat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.35", "debut_caractere": 1111, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "LES REVUES.\n\nDans la Revue hebdomaire(ôjanvier 1906), M.JeanChantavoineconsacre\nun article au beau drame de Widor. « M. Widor a dominé son sujet avec une\nrare sûreté de coup d'oeil : il y a distribué la musique, pour ainsi parler, avec\nun équilibre remarquable ; il a su varier les scènes, donnant à chacune une\nteneur musicale qui lui est propre et qui pour chacune est celle qui lui con-\nvenait. On chercherait en vain dans la conception d'une oeuvre aussi solide-\nment pensée et aussi sûrement réalisée l'influence d'un système ou d'une\nmode. M. Widor n'obéit qu'à sa conviction, de même que sa science magis-\ntrale lui permet de parler toujours la langue quïl veut, sans emprunter de\nprocédés ni de formules : pareils mérites ont assuré le succès de l'œuvre,\nsuccès sain, de bon aloi, que n'avait préparé aucune réclame, que ne chauf-\nfait aucun snobisme. »\nRevue musicale de Lyon. —M. Léon Vallaspoursuitune intéressante polé-\nmique au sujet de la musique du Pygmade J.-J. Rousseau. Il a re-\ntrouvé dans la bibliothèque du musicographe genevois Becker, acquise\nrécemment par la ville de Lyon, une édition de publiée en\n1772 à Vienne. Il reproduit le texte de cette curieuse brochure, où le livret\nest accompagné d'indications musicales qui semblent bien être de Rousseau.\nFragment d'une étude de M. Vingtrinier sur l'histoire de l'ancien grand\nThéâtre de Lyon, construit par Soufflot en 1756. Ce théâtre « fut le pre-\nmier en France où, suivant l'idée de Voltaire, les balcons des divers\nétages étaient disposés en gradins pour permettre aux spectateurs de se\nvoir réciproquement et faire pénétrer la lumière jusqu'au fond des loges ».\nLe Guide musical (7 janvier 1906). A propos de la Chaconne de Bach,\nM. Hartmann signale aux violonistes quelques traits défigurés dans les édi-\ntions classiques et demande que l'on accorde plus de soin « à l'exécution\nrationnelle, à l'appropriation polyphone, à la distribution dynamique des\nvoix et à la lecture historiquement correcte de l'ornementation propre à la\npériode anté-beethovienne »."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "M. May de Ridder analyse quelques lieder de Jean Sibelius, la Chanson\ndu jeune chasseur, Frigga et le Cygne deTuonela, troublante évocation de\n« ce pays aux mille lacs tranquilles et profonds, s'étendant à fleur de\nterre dans les grands espaces solitaires ou dormant impassibles à la lisière\nde mystérieuses forêts ».\nRevue d'Egypte et d'Orient (décembre igo5).— M. Georges Amaryllis nous\nentretient delà saisonthéâtrale à Alexandrie. La société artistique d'Egypte\na tenté quelques innovations : l'orchestre est descendu d'un degré au-\ndessous du plancher ; on éteint les lustres durant le spectacle. Mme Bellin-\ncioni a triomphé dans Fedoraet Tos; Mme Lavin dans Mais\nAida demeure, paraît-il, «la pièce favorite du grand public alexandrin ».\nLes anciens Egyptiens avaient déjà le secret d'embaumer les morts.\nLa Sonntags-Zeit,supplément de la de Vienne, publie en son\nnuméro du 21 janvier une brochette d'opinions sur Mozart.\nLe professeur Joachim lui attribue « un pouvoir irrésistible » et raconte\nqu'il vit pleurer Berlioz à la première représentation de la Flûte enchantée ;\n« cela montre, ajoute-t-il, que ceux-là même qui sacrifient à un autre\nidéal ne peuvent se dérober au charme de ce génie ». Le compositeur\nHumperdinck a toujours été frappé par le goût de Mozart pour le chroma-\ntisme, qui le distingue de tous ses contemporains, et particulièrement de\nBeethoven, dont l'inspiration est toute diatonique. « C'est ce caractère\nchromatique, reconnaissable dans Don dans ses symphonies et dans\nsa musique de chambre, qui donne aux mélodies cette couleur tendre et\npassionnée, si particulière à Mozart, et qui se perd chez ses successeurs\njusqu'au moment où Wagner lui donne un éclat et une puissance incompa-\nrables. » Notre très cher collaborateur Willy regrette qu'on ne nous donne\npas la Flûte enchantée sous sa forme primitive ; il voudrait « qu'on ne nous\népargnât ni le serpent empaillé du début, ni les plumes du perroquet de\nPapageno, ni les coq-à-l'âne du texte, bien préférables, en leur absurdité\ntouchante, à tout ce qu'on a mis à leur place ». 11 loue en termes émus le\nsourire de Mozart, « qui paraît trempé de larmes claires », et la pureté de\nce génie qui prête une idéale beauté à une âpre satire de Beaumarchais\nou aux plates facéties d'un Schikaneder. La note comique est donnée par\nle ténor G. Walter : « Je dois au divin Mozart mes plus grands succès.\nJ'ai chanté l'air de Cosi fan lutte aux fêtes de Salzburg avec un succès\ncolossal (mit Riesenerfolg). » Mme Cosima Wagner lui tient tête avantageu-\nsement : elle excuse son fils, sur ses nombreuses occupations, et s'excuse\nelle-même, « parce qu'elle n'appartient pas au public ». Et elle conseille\nau rédacteur de la Zeit de chercher le mot Mozart dans la « Wagner-\nEnyclopédie, ou les grandes manifestations\ndevant la pensée de Wagner, citations littérales tirées de ses œuvres par\nC. F. Glasenapp. Leipzig, G. W. Fritzsche, éditeur. » Le prix seul n'est\npas indiqué.\n\nJoseph Trillat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.7", "titre_corps": "LA MUSIQUE A LYON", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A LYON", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.37", "debut_caractere": 2970, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "LA MUSIQUE A LYON\nGRAND-THÉATRE : Représentations de MME Kutcherra. Siberia.\nLES CONCERTS : Symphonie classique. Symphonie lyonnaise. Salle Philharmonique.\nOn sait q'un mal « heugélien » sévit sur les scènes lyriques du Midi de\nla France, qui nous prive des joies harpiques de M. Massenet et de\nM. Reynaldo Hahn (i).\n\n(i) Je ne voudrais pas qu'on m'attribuât la mauvaise intention de dénigrer pour si peu\ndes musiciens honorablement connus. Ce rapprochement n'a rien de symptomatique."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "C'est pourquoi le répertoire est riche en Wagner et en vieille musique\nfrançaise, Saint-Saëns inclus. Il me semble que l'on perd ainsi une belle\noccasion d'abuser des auteurs nouveaux ! Mais cela viendra peut-être :\nM. Broussan devient actif à l'annonce de son départ. Très loin àArmor,\nSiberia et Tiphaine se précipitent en moins d'une semaine. Et déjà sur-\nviennent, en des sens différents, Riquet, ballet (!...) de Ph. Flon et une\nreprise prochaine de Tristan et Isolde, sans parler de Fideho.\nOn sait aussi que les bureaux de l'hôtel de ville s'occupent de la transfor_\nmation de la régie directe en régie mixte. Les maires seront moins respon_\nsables des aphonies des chanteurs. Question sociale, ou question adminis-\ntrative ? Je me le demande. M. Herriot, normalien et maire de Lyon, mal-\ngré une probable intelligence des causes, adopte une solution bâtarde, en\nconformité avec la nature indécise de son caractère. Maisun littérateurn'est\npas forcé de connaître les nécessités du théâtre... Il y a quelque bien\nà augurer de la nouvelle direction : M. Flon en assume le côté artistique\nsa compétence wagnérienne est indiscutable. Il n'y aurait cependant pas\nlieu de s'étonner si la prochaine saison nous réservait des déceptions. Tout\nest encore à faire ici.\nSur un point important : on prête à l'administration du théâtre le projet\nd'agrandir l'orchestre. Que ne l'abaisse-t-on sous l'avant-scène, ainsi que\ncela a été réalisé à Munich? Les dessous ne doivent pas être encombrés de:\nmachineries, si j'en crois la puérilité des trucs à!Armide. On en profi-\nterait pour modifier un système d'éclairage très défectueux. La suppression\nde la rampe s'impose dans certaines œuvres modernes, ou du moins sa\nneutralisation par un système de herses doubles : on diminuerait ainsi ce\nfaux-jour de neige qui n'a rien à voir avec la mise en valeur des décors.\nEt j'aimerais voir réapparaître le rideau à l'italienne, au moins pour Tristan\net la Tétralogie. Il est triste de garder dans les yeux la vision imperson-\nnelle de tant de mollets.\n*\n★ *\nj\\lmc Kutcherra nous rend visite dans et dans Je\ncrois que Mme Janssen est encore incomparable dans ces deux rôles. D'au-\ntre part j'ai beaucoup de peine à digérer la philosophie musicale de ces\nœuvres. On s'est trompé en nous présentant la célèbre artiste viennoise sous\nun jour défavorable : elle fut intéressante dans Lohengrin, moins bonne\ndans Tannhàuser. J'ose espérer que lui permettra une facile\nrevanche, à moins du Crépuscule s'il doit bientôt reparaître... (On ne con-\nnaît rien de l'avenir ici ! Mais vers qui irions-nous dolents, entre un direc-\nteur qui a la modestie de se déclarer incompétent et un maire qui n'aurait\npas la prétention de le démentir ?)\nAssurément Mme Kutcherra ne possède pas la pureté d'expression de\nM'\"û Janssen. Elle est plus femme, et en cela peut-être plus près de la vérité\nEt il y a par ailleurs dans la partie vocale de son interprétation\nde grands instants de faiblesse, un manque de transition sensible4 du mé-\ndium au gtave et a 1 aigu. Je sais qu'il faut être reconnaissant à Mme Kut-\ncherra des grands et loyaux services dont elle a honoré l'art allemand - je\ncrois que c est une excellente artiste. On pourraadmirer son intelligence de\naction dramatique, sincère et touchante : jeu très germanique ! Mme Kut-\ncherra est bien servie par sa plastique et par un goût remarquable dans la\ndraperie. Il faut louer en somme le noble courage d'affronter trop tard'\nune scene française, dans notre langue, avec un accent dix-huitième siècle\nqui surprend, mais une excellente prononciation.\nL'orchestre est toujours consciencieux. Il me semble cependant que,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "M. T lon ait fait des concessions à la facilité du travail d'ensemble, en\ns attachant moins qu autrefois à la discrétion des nuances. Après tout, c'est\nune maniéré ! A-t-on tant de soins pour Aleyerbeer?\nIl était dit que Siberia (i) nous envahirait, en même temps .que tous les\npays latins. Décidément « Paris » est quelquefois nuisible : il faudra aviser\nà le supprimer, selon les vues du conventionnel Isnard.\nSi 1 on tient compte que dans Siberia il n y a pas de musique, ou plutôt\npas de musicien, et que par conséquent cette oeuvre n aurait pas dû\ntrouver place sur une scène lyrique, je reconnais qu'elle présente un\ncertain intérêt pour les âmes pures, à 1 instar de Résurrection et de A'lich el\nStrogoff. On s'e e cependant un peu trop pour que ce soit conve-\nnable.\nPourquoi 3-t-on décidé de jouer SibC]e n'est pci s par patriotisme ?\nni dans un but commercial ?ni par amour de l'art ?... Alors ! Je sais\nbien que M. Giordano n'est pas un inconnu sur cette scène, et qu'André\nChénier y parut longtemps avant les entreprises Sonzogno. Mais vraiment\nil est tel Ben iowskicentenaire qui garde plus d'intérêt que cette simpliste\ncomposition.\nCar de ces trois actes, brefs comme des baisers italiens « appassionati »,\nil ne demeure rien qu'une petite impression de mise en scène et un miè-\nvre extrait de couleur locale : la brutalité de la fausse jeune école italienne\nsachant au besoin se faire précieuse. Je félicite M. Giordano de connaître\nquelques airs populaires de la Russie, il gagnerait à en connaître beau-\ncoup. La presse lyonnaise rappelle, avec un ensemble charmant, que ces\nchoeurs des bateliers de la Volga, la « Chapelle russe » de M. Slaviansky\nd'Agrenef les apporta autrefois au théâtre Bellecour. Pouquoi donc a-t-on\ndonné Siberia} J'en veux à ce nom seul qui semble d'une héroïne de Xa-\nvier de Maistre : autrefois la Siberia s'appellait Sibérie. Nous aurons eu\nla primeur d'une traduction française de M. Paul Milliet qui ne le cède en\nrien aux vers dorés de M. Jaubert ; les syllabes muettes s'y acharnent à la\npoursuite des notes hautes, c'est une gageure.\nLa bienveillance et la distinction de l'interprétation masculine (MM. Ver-\ndier, Dangès, Lafont) a failli sauver cette première soirée.\nLe public s'est cependant un peu amusé. Les chœurs ont chanté juste.\nM. Bardey avait brossé des décors consciencieux, moins consciencieux\nque les coursiers de la steppe qui portaient une neige de farine sur le dos.\nDépense inutile !\nAu fait, 11 n y a pas de ballet. C'est regrettable. A tant que d'introduire\nle répertoire du Châtelet, il faut le taire en plein. J'aurais bien aimé une\n« cosaque » emmi les mollets gracieux de Josefa Cerny. « Vinavat ! »\nJe n'ai pu assiste rau concert de la Symphonie classique, ayant déjà abusé\nde musique imparfaite et étant retenu ailleurs. Une symphonie de Haydn,\nle prélude de Hœnsel et Gretel,celui du une exécution fragmen-\ntaire du Ballet comique de la Reine de Beaujoyeux, d'après Weckerlin :\ncela forme un ensemble intéressant. On peut bien augurer de l'avenir de\nla Symphonie classique si M. Daumas entreprend résolument de lui ôter\nson caractère enfantin.\nJe ne sais s'il ne vaudrait pas mieux écarter des programmes des comé-\ndies comme la Farce du pâté ou Maître Pathelin, d'intérêt philologique évi-\ndent, mais qui sont mieux à leur place dans une distribution de prix que\ndans un concert, du moins une fois le vocabulaire éliminé pour les besoins\nde la cause.\nIl est vrai qu'on peut y voir une préparation au mais\n\n(1) Voir le Mercure du 15 mai 1905, compte rendu de Louis Laloy."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "après ? Pourquoi pas aussi bien les Vierges folles et le drame d'Adam ?\nToutes questions accessoires si le travail des musiciens compense la fan-\ntaisie du principe : cette jeune Société doit beaucoup au dévouement de\nM. J. Chanel.\nJ. R.\nConcert Péronnet. Le 24 janvier, nous fûmes conviés àun Concert\ndonné par le violoniste Péronnet et sa fille, MUe Jeanne Péronnet. L'attrait\nde cette audition était une Sonate pour piano et violon de E. Lazzari.\nL'œuvre m'a paru intéressante, surtout dans ses deux premiers mou-\nvements : lento allegro et lento. Il faut bien que je fasse amende hono-\nrable et que je proclame la vérité quand elle se manifeste. Des idées fran-\nchement exprimées, une phrase bien construite, d'allure nette, une mélodie\ndistinguée, pas banale, voilà ce qui m'a surtout frappé. On s'en étonnera\nmoins quand j'aurai dit que l'influence de Franck n'y était pas\nétrangère, ce qui du reste est un éloge, je suppose. J'ai moins goûté le\nfinale con fuoco.\nM. Péronnet avait assumé là une lourde tâche. Il convient de le louer\ndu choix qu il a fait ; je ne sache pas que cette sonate nous ait été révélée\navant lui. Il faut le féliciter hautement de son courage, de son exécu-\ntion probe et très honorable, bien qu'il ait manqué un peu d'assurance\ndans le début ; la phrase initiale et le eussent gagné à être\njouées avec plus de largeur et d'amplitude de son. Pas assez de vigueur\ndans le con fuoco.\n11 nous donna ensuite une Romance de Hubay d'une musicalité\nîen effacee et des Airs de Ballet de Lalo dont la difficulté ne rachète\npas 1 insignifiance.\nMlle Jeanne Péronnet, lel'1e1' prix du Conservatoire de Bruxelles, après nous\navoir fait apprécier dans la Sonate de Lazzari un jeu solide et franc,\nnous joua les Variations en ut mineur de Beethoven. Mon Dieu ! peut-\netre eut-elle pu mieux choisir dans l'œuvre du maître. Elle nous fit enten-\ndre ensuite Reve d'amour de Liszt, tant de fois entendu et d'une vul-\nfonLen?tSSlVe' Êt-Une Tarentelle de Mozkowski. Nous appréciâmes\nn jeu net, un poignet souple, des doigts agiles ; la tarentelle surtout\nrendue avec toute la légèreté et la délicatesse désirables.\nConcert de la Symphonie lyonnaise. Programme touffu, copieux\nPréludé du 4e acte de Messidor ; Procession de Rabaud ouverture\nde Rosamunde ; Concerto de Lalo, et Havanaise de Saint Sagnl nour\nle bilan Concerto de Grieg pour piano, et diverses mélodies, es î\nA retenir surtout la Procession nocturne de H. Rabaud, que nous enten\ndions pour la première fois. La notice de la partition\n---ne\" orchestrale6inc^on-\nJe passe sur Messidor de Bruneau trnn „ • •\nRosamunde, on aurait pu ? u P 7 lnsister- Quai* à\nouvertures. P Un Ch°lX Plus dans l'arsenal des\nM. Rosset joua la première partie du Concerto de I iln\nmen, trop lent, ce qui „e parut aggraver £ cet' \"te"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1191, "texte": "recommande pas par une inspiration bien élevée. Quelques traits épineux\nmanquèrent de justesse, mais il serait injuste de ne pas reconnaître que\nl'exécution en fut satisfaisante. Je n'ai pas goûté du tout une\nde Saint-Saëns, dénuée de tout intérêt.\nMlle Marthe Gauthier, ier prix de notre Conservatoire, dans le\nde Grieg, fit valoir un mécanisme suffisant dans cette œuvre de grande\ndifficulté. Ses traits manquèrent un peu de netteté dans certains passages.\nJe lui reprocherais un peu de froid, surtout dans la phrase du premier mou-\nvement qui aurait demandé plus de sensibilité et d'ampleur. Mais l'éloge\ndevant succéder à la critique, je constate qu'elle a donné de ce terrible\nconcerto, effrayant à juste titre, une exécution plus que satisfaisante.\nMlle A. Comte, professeur de chant, dans un air de\nfait preuve de grâce et de simplicité : dans le de Leroux, d'une discrète\nsensibilité. J'ai moins aimé une mélodie de M. J. Benoît intitulée : la\nVague,qui me mit en effet du vague à l'âme, oh ! combien !\nEn somme, concert intéressant, où se prodigua tour à tour comme chef\nd'orchestre et pianiste accompagnateur son distingué directeur, M. Ma-\nriotte.\nA. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c024", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.8", "titre_corps": "COURRIER DE MUNICH", "titre_sommaire": "COURRIER DE MUNICH", "signature_source": "Marcel Montandon", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.41", "debut_caractere": 1193, "fin_caractere_exclue": 3261, "texte": "COURRIER DE MUNICH\n\nMunich est bien une des villes d'Allemagne, et du monde, où l'on fait le\nplus de musique, et je dirai très sincèrement de musique. C'est bien\nle moins, après tout, quand on met à la tête de ses orchestres les Mottl,\nles Weingartner (jusqu'à l'an passé), les Schneevoigt, les Peter Raabe,\nB. Stavenhagen et d'autres à l'occasion. Il y a tant de concerts qu'il s'en\ndonne chaque soir plusieurs à la fois, et tous, sans faire toujours leurs frais,\ntrouvent un public. C'est à YOdéon, au Kaimsaal, les grands concerts sym-\nphoniques et ceux des sociétés chorales ; c'est au Muséum, dans la salle\ndes Fêtes du Bayerischen Hof ou dans celle modernée des Vier\nten, les solistes et la musique de chambre. Heureusement ces soirées,\ncomme les représentations théâtrales,, commencent tôt et finissent tôt ; on\nen est toujours sorti à dix heures.\nLe mérite de cette grande « musicalité » munichoise revient, pour une\nlarge part, à M. le Hofrath (1) Dr Franz Kaim : c'est lui qui a établi la\nconcurrence, par la fondation d'un Institut de musique rival de l'Académie.\nDès 1891 il avait organisé des soirées de virtuoses ; en 1893 un orchestre\nconstitué donnait des saisons de concerts. En 1895 M. Kaim entreprit de\nses deniers la construction d'un local stable et définitif : le « Kaimsaal »\nétait fondé (2) ; de généreuses donations assurèrent son existence, M. Ga-\nbriel Sedlmayer donna l'exemple. Le 16 octobre dernier, un concert fêtait\nle 10e anniversaire de la fondation du Kaim-orchestre, et le programme dis-\ntribué à cette occasion en résumait les états de service : son premier chef,\n\n(1) Faudrait-il traduire des titres qui n'ont pas leur équivalent chez nous ?\n(2) Par suite de conventions que j'ignore, le Kaimsaal porte, à partir de cette année,\nle nom de Tonhalle ; c'est dommage, ce mot sent la brasserie. Et quel que soit désor-\nmais le rôle de M. Kaim dans l'établissement, il me semble que son nom devait y\ndemeurer attaché de droit ; sans compter que le Kaimsaal est d'ores et déjà passé dans\nle domaine de l'histoire de la musique à Munich."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4026, "texte": "Hermann Zumpe, donna en été 1896 et 97 deux exécutions cycliques des\nIX Symphonies de Beethoven. En 1897 Ferdinand Lœwe, qui lui succédé,\nconduit pour la première fois l'orchestre à l'étranger: il va imposer aux\nViennois la V de Bruckner. En octobre 1898, c'est Félix Weingartner qui\nfait à Munich son entrée triomphale ; avec lui, le renom et les voyages du\nKaim-orchestre s'étendent au loin, de Kiel à Naples, d'Amsterdam à Vienne,\ndans plus de 65 villes ; le succès l'oblige à concéder au public des répétitions\ngénérales. C'est en 1898 aussi que le Hofrath Kaim prend l'initiative des\nConcerts symphoniques populaires, avec exécution, par le même orchestre,\ndes mêmes œuvres qu'aux concerts d'abonnement; seul le kapellmeister\nchange ; les prix d'entrée sont réduits à soet 3o pfennig, places assises\n—et la soirée commence à 8 heures, —au lieu de 7h. 1/2 pour donnei\naux petites gens qui viennent là achever leur journée, le temps de changei\nde vêtement. Institution modèle, pleine de bonhomie, qui rend d immenses\nservices à la classe moyenne ; on y rencontre aussi le simple pitou: laper-\nmission de dix heures lui suffit et il se trouve mieux là qu'au La\nvilie accorde une subvention annuelle de 6000 marks. Plusieurs chefs d'or-\nchestre s'y sont formés qui poursuivent aujourd'hui une carrière brillante.\nLe premier fut Richard Langenhan ; puis vint le Dr G. Dohrn, secondé par\nM. Sigmund de Hausegger, enfin celui-ci demeura seul. C'était un long\njeune homme maigre, travailleur et vibrant, qui sabrait son orchestre à\ntours de bras ; il étudiait si à fond les œuvres qu'il les faisait ensuite tra-\nvailler par cœur à son orchestre ; il était parvenu à mettre dans ses exécu-\ntions autant de clarté et de précision que de fougue; il avait aussi des\nidées et s'avisait d'affronter au même concert Brahms et Bruckner avec\nune complète impartialité ; c'est lui qui introduisit la louable coutume de\nfaire écouter les quatre parties d'une symphonie sans interruption ; il a\npassé depuis à Graz et aujourd'hui, à Francfort, il fait la pluie et le beau\ntemps. A sa suite M. Bernard Stavenhagen accepta pour un an la direction\ndes concerts et s'y fit particulièrement remarquer par une exécution inté-\ngrale des grands poèmes symphoniques de Liszt, son maître. Depuis deux\nans, M. Peter Raabe lui a succédé, et il est fort à souhaiter que le Kaimsaal\nle conserve longtemps ; il crut bien faire au début de prendre un peu le\ngenre de Weingartner, dont il a même risqué quelques gestes impératifs ;\nl'arrivée de Mottl à l'Odéon, coïncidant avec le départ de Weingartner pour\nBerlin, lui offrit un nouveau modèle, tout en lui laissant les coudées plus\nfranches. Je compte comme une des joies que j'ai eues d'avoir trouvé dans\nles couloirs de l'Odéon, debout comme moi, M. Raabe se faisant petit gar-\nçon à l'école, écoutant modestementun vendredi la symphonie qu'il venait\nlui -même de diriger le mercredi. Bref, à force de travail, il a complète-\nment assoupli, mûri, dégagé sa personnalité, et il est tout simplement en\npasse de devenir un des premiers chefs d'orchestre d'Allemagne. Il a clos\nla saison 1904-05 par un cycle des Symphonies de Beethoven tellement\ncouru qu'on s'empilait au Kaimsaal et qu'on refusait du monde à la porte ;\ndernièrement il donnait d'affilée les Symphonies de Brahms, et pour l'anni-\nversaire de Berlioz son interprétation de la Symphonie fantastique surpas-\nsait, dans l'ensemble, celle même de M. Schneevoigt deux jours aupara-\nvant, et comportait dans le geste déjà quelques indications qui valaient\nun commentaire.\nPour revenir aux Kaim-Concerts, M. Schneevoigt, à la fin de la saison\ndernière, y a remplacé Weingartner. Dire que le Kaim-orchestre n'a pas\nperdu au change constitue déjà le plus bel éloge que l'on puisse adresser\nà M. Schneevoigt ; il a le geste aussi ferme, avec moins de véhémence ; il\nest aussi sûr, sans sécheresse aucune ; il met plus de simplicité convaincue\nà obtenir les mêmes effets; cependant c'est plutôt un analyste délicat qu'un"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3901, "texte": "grand conducteur, et il lui arrive parfois de sacrifier la ligne au profit de\ndétails d ailleurs exquisement présentés ; cela engendre une certaine mo-\nnotonie. Chez Beethoven, en tous cas, cette recherche affinée de nuances\nlocales est déplacée ; le concerto en sol majeur (i 3 nov.) en devint mécon-\nnaissable. Il est vrai que, ce soir-là, jouait Mme Sigrid Sundgreen-Schnee-\nvoigt, et cette pianiste charmante, dont le jeu perlé est tout à l'image de sa\ngrâce mutine et de sa sveltesse personnelles, ne lutterait pas toujours avec\navantage contre la masse orchestrale déchaînée par le premier venu. Je la\npréfère de beaucoup dans les accompagnements d'œuvres plus intimes :\naux séances de musique de chambre que le Kaimsaal offre aussi à son\npublic populaire, elle a tenu plusieurs fois le piano, et son doigté pur la\nsert admirablement dans le classique ; déjà dans le poignant Trio « à la\nmémoire de Nicolas Rubinstein » (Tchaïkowsky) elle ne faisait pas oublier\nMme Anna Hirzel de Tannée précédente.\nUn seul grief contre les directions des Concerts munichois : le manque\nde nouveautés. Si les concerts populaires ont pour mission de familiariser\nle grand public avec les oeuvres modèles, il appartiendrait aux Kaim-Con-\ncerts de produire plus de musique toute neuve. De son temps M. Wein-\ngartner savait exciper d'une bonne confraternité internationale et exécu-\ntait tour à tour une Ile Symphonie de d'lndy,une IVe de Mahler, les Varia-\ntions de Elgar ou le dernier poème de R. Strauss, quand même il laissait\nmieux poindre ses opinions les soirs où il intercalait Brahms entre Haydn\net Beethoven, comme « maître classique » (6 mars igos). En fait d'innova-\ntion, le Kaimsaal inaugurait, fin décembre, sous la direction de M. Gustav\nDrechsel, musicographe distingué, des concerts rétrospectifs de musique\n« anciennne, inédite ou peu connue, dans sa forme originale » ; c'est plus\ninstructif que passionnant. Le premier soir, 3o déc., se composait de la\nSinfonia ?i° 3 {fa majeur) de C. Ph. E. Bach, du Concerto grosso n° 2 {fa\nmajeur) de Haendel, de la 7reSymphonie (ré majeur) de Haydn, de la Séré-\nnade n° 6 pour deux petits orchestres et timbales de Mozart. La basse chif-\nfrée de Bach, réalisée par M. Drechsel, était donnée au cembalo par\nMlle E. Frey, qui s'acquittait avec tact de cette partie peu saillante ;\nmais quelle intime union de la sonorité de cet instrument avec le\nquatuor !\nC'est encore à M. Stavenhagen que l'on doit les plus intéressantes révé-\nlations, depuis deux ou trois ans qu'il organise chaque hiver trois « Soirées\nmodernes » (Moderne Abende) ; tantôt il y ressuscite quelques maîtres con-\ntemporains négligés ou méconnus, tels que Alexandre Ritter ou Rheinber-\nger, tantôt il présente quelqu'une de ces étranges symphonies de Gustav\nMahler autour desquelles la dispute retrouve des vivacités d'autrefois, mais\noù il faut reconnaître, à travers une orchestration sabbatique, un immense\ngénie musical. Et c'est M. Stavenhagen qui le premier apporta à Munich\nla IXe de Bruckner, celle dédiée dem lieben Gott et interrompue par la\nmort. A ces concerts encore M. Schillings dirigea personnellement un\nHexenlied dont la musique splendide [est déplorablement hachée par la\nrécitation du poème.\nM. Alonso Cor de Las, de son côté, est à peu près le seul à Munich à\nfaire entendre de temps à autre, timidement, un peu de vraie musique russe.\nQuant à YAcadéjnie de musique (Odéon), M. Félix Mottl, Generalmusik-\ndirektor, s'y suffit à lui-même ; et quoi qu'il donne, fût-ce dans la même\nsemaine la même Vile de Beethoven ou la même Vile de Schubert qu'au\nKaim-Concert (comme cela est arrivé malencontreusement les 20 et 24 no-\nvembre p. Ex. pour Schubert), on irait l'entendre tous les jours, tant\nla perfection de cet orchestre fondu, souple, univoque et nombreux est à la\nhauteur de toutes les tâches :1a Ve de Bruckner au finale monumental 0u..."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "le Concerto de violon de M. Dubois ! C'est, il est vrai, l'orchestre de l'O-\npéra, le Hoforchester, le plus ancien, le plus complet de Munich, stylé,\n« routiniert »,ce qui en allemand est un éloge et signifie « entraîné », et l'a-\ncoustique excellente de l'Odéon le seconde beaucoup ; tandis qu'un incon-\nvénient du Kaimsaal, c'est la différence qu'il y a d'une audition au parquet\nà une audition de la galerie. Aux programmes de l'Odéon nous rencontre-\nrons aussi deux ou trois nouveautés à peine. Dès le premier soir, avec le\nConcerto de Brandebourg carré et sonore, et rythmé jusqu'au martèlement,\nvoici le IVe et dernier poème symphonique d'une suite homérique\nM. Ernest Bœhe : le Retour d'Ulysse.Le jeune compositeur, qui venait\nd'être fêté à Graz, à Berlin, dans plusieurs grandes villes, dirigeait lui-\nmême, et franchement l'honneur n'était pas mince de figurer, comme\nkapellmeister, à la place de Mottl et, comme auteur, entre Bach et Beetho-\nven (VIIe). On avait déjà entendu, les années précédentes :le\nlysse,le Naufrage,la Plainte de Nausikaa ;de l'une à l'autre de ces pièces\nla croissance des formes et des moyens est remarquable ; on ne voit pas ce\nqu'il pourrait y avoir là de grec ou de méditerranéen, sauf peut-être une\nrecherche, dans le dernier poème, de mélodie antique, ou une ampleur de\nfanfares qui font songer à des portiques de palais mycéniens ; de beaux mo-\ntifs, travaillés avec une richesse profuse, quelquefois formidable, traversent\nle cycle et lui prêtent une certaine unité. Mais en somme il y a trop. Je dirai\nd emblée que M. Bœhe est encore d'âge à jeter ses gourmes, il ne compte\npas vingt-cinq ans; et pour cet âge son savoir apparaît presque trop grand*\nrien ne manque à son orchestre, et la S info nia domestica le fait sourire'\nC est un cérébral, comme R. Strauss, comme Schillings, Pfitzner, Max Re-\nger ; tous ces musiciens ont plus de tête que de cœur et écrivent de la mu-\nsique pittoresque mieux que delà musique dramatique ; ils ont renforcé\ndéveloppe, complété Berlioz, mais ne sont pas souvent plus profonds • les\nuns comme les autres sont très forts, trop forts ; ils savent dire admirable-\nSs terme Tet ™ !T TTï à dire ; chez eux la Poésie dans\nes termes et pas dans le fond ; ils en sont à l'impressionnisme de la mu-\nr tTs et d'L7mnnri C°*leurs Pour la couleur, de timbres et de sono-\nperfec ionn Zn soi ; ils apportent évidemment à l'art orchestral des\nperfectionnements analogues a ceux des luministes en peinture • la libéra\nnon de toutes formules, la liberté de tous les modes d'expression •la façon\nl'éêàl d\\sboisaëtPdefeSSeî CUiïreS' au)°urd'hui assouplis, nuancés à\nTWI , , cordes, est extraordinaire même après Wagner et\npou des Zfifsoui\"dfUrS- Sei\"emem Bruckner S'est SOTi des\nque • and,\" a{esl l er°nt.Parmi leS sP'«\"i«»rs de la musi-\nMahler.S raC,Ue\"e M.^\nBrack-\nTrm- pter iz\ncompacte à force d'être châtié • Un 6U sous une écriture\ngénérale, ce trouble-fête de « dysaUélistf» \"a déchT' fo\"' rordonnance\nde nous ramener àla réalité ni , , declamatlon, comme moyen\npu\" et Tmpîë «n™ oT'f '' P\" °b\"enU;\nmeme intensité. M. Mottl, à qui l'œuvre JVw ' P°rtée et la\npremières auditions à Karlsrnhp ot \\ • > dedlee, en a donné les deux\n« symphonie dramatique ~ IheHll es, e°°ore ' •\nP -Se viennois, a publié une étude très"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3841, "texte": "élogieuse et très serrée du poème de M. Klose (i), et je lui emprunterai\nbien des renseignements.\nLa troisième nouveauté était une Sérénade pour quinze instruments à\nvent de M. Walter Lampe ; elle présente quelques curieuses sonorités, mais\nl'originalité manque: ces bruits imprévus mêmes, c'est Mahler qui les\na découverts ; quant au reste, on y retrouve des dessins de clarinette chers\nà Brahms, un son de cor de Tristan, une mélodie de Gounod, l'Oubli de\nSiegfried. L'adagio nocturne est lourd. Le finale est de beaucoup le plus\nréussi, avec une vivacité populaire des airs pas très éloignée du Wurstel-\nprater, mais combien distante de l'allure minaudante et spirituelle des\nsérénades de Mozart jouant à cache-cache derrière les bosquets dans les\nparcs ! Un « poème tragique » que M. Lampe dirigeait lui-même au Kaim-\nsaal le 27 novembre se morcelait en tressaillements, en grondements déta-\nchés, et avait surtout de tragique une pesante uniformité.\nM. Schneevoigt ne nous a guère donné que la Sarka de Smetana, extraite\ndu cycle de poèmes « Ma Patrie », qu'il faut, pour bien faire, entendre à\nPrague, dans leur atmosphère spéciale, et les deux pièces de Sibelius : Une\nLégende et Finlandia ; celle-ci m'a ravi plus encore que le Printemps et la\nLégende, parce qu'à côté des délicatesses en sourdine et du charme triste,\nelle a aussi la force et la volonté. Oh ! les chants mélancoliques des bois\ny sont toujours, avec ce même bourdon continu qui fait fond de tapisserie\ndans la musique de ce compositeur; mais aussi quelle resplendissante fan-\nfare ouvre ce poème du pays natal ! Les trompettes crépitent à tout bout\nde phrases, les timbales à leur tour reprennent seules le rythme fier, et\nvoici lancé un thème populaire (on le suppose du moins), alerte et gai avec\ndes piétinements de danse ; une manière de choral, solitaire, recueilli, s'é-\nlève comme un hymne d'attachement et de confiance, et avec une assu-\nrance superbe clôt le poème en un fortissimo auquel Sibelius ne nous avait\npas encore préparés, aussi puissant et clair qu'il s'était montré jusqu'ici\nlégendaire et brumeux.\nLa Société chorale Porges, sous la direction de M. Max Reger, a suivi\nson programme traditionnel de donner tous les ans une grande œuvre\nd'exécution exigeante : c'était cette fois le Prométhée de Liszt avec la mu-\nsique de scène écrite pour le Prométhée délivré de Herder lors de l'érection\nde sa statue à Weimar en iBso et que l'on n'entend jamais ; puis la Nuit\nde Noël de Hugo Wolff, une de ses plus heureuses inspirations, fraîche et\njoyeuse, et remplie de détails gentils : la musette du berger, le chant des\nviolons qui réalise la vision des pâtres, le chant tout ondoyant de l'ange de\nl'annonciation, les traits en fusées qui accompagnent le chœur des séra-\nphins, la nuance endolorie et le rapprochement des violons et des cuivres\nà la prévision du jour des douleurs, presque tout serait à citer.\nJe m'en voudrais d'omettre le concert de ses propres œuvres qu'organi-\nsait le 19 décembre, au Kaimsaal, un nouveau venu, un tout jeune homme :\nM. Johann Binenbaum. J'ai beaucoup aimé sa hardiesse; on lui en a fait\nun grief : Beethoven, quelques tout grands seraient à peine capables d oc-\ncuper à eux seuls une entière soirée sans lasser; c'est possible; je crois\naussi qu'en face des maîtres on aurait la petite hypocrisie de ne pas avouer\nsa fatigue. Mais je dois dire que j'ai aussi aimé la musique de M. Binen-\nbaum : d'abord il ne fait ni du Wagner, ni du Mahler, ni du Strauss, ni de\nl'ultra-moderne ; c'est déjà quelque chose, il est sincère avec lui-même.\nEnsuite il apporte une ouverture de concert et deux grandes symphonies;\n\n(i) Dans la collection des (( Miinchener Brochiïren )) à i mark de la maison Georg\nMuller, où se trouve aussi le Cart Spitteiei de M. Weingartner et le Hctns de\nP. N. Cossmann."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.46", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "c'est aussi mieux que de petits lieder. Il a encore des défaillances, des\nnaïvetés, c'est certain ; mais son orchestre est bien conduit, la trame est\nfournie ; sa mélodie existe, il a même du souffle, et pourtant des curiosités\naussi : une partie prépondérante d'altos m'a frappé dons le finale de la\nire Symphonie (ut mineur). Enfin lui-même avait du tempérament, du nerf,\net point déposé : une modestie presque timide. Et tout cela chez un garçon\nqui ne porte pas vingt ans ? Gela vaut la peine d'attendre la suite avec\nintérêt.\nJe citerai encore en hâte, parmi les solistes : Petchnikoff, inouï de pres-\ntidigitation, Rebner, un des bons Sefcik, Mlle Elsie Playfair, plus à l'aise\ndans les dentelures légères que dans les exercices de grande virtuosité,\nM. E. Heyde, conzertmeister du Kaim-Orchestre, qui, même mis à contri-\nbution à l'improviste, s'est fort bien tiré de la belle Symphonie espagnole\nde Lalo ; au piano : Mme Schneevoigt, M. Liebling de Londres, à l'épate\nfacile, et l'exquis Ossip Gabrilowitch, que l'on ne peut comparer qu'à\nSauer ; pour le chant: M. Ludvig Hess, qui a admirablement chanté le\nPreislied, Mlle Nellie de Fœdransperg, gracieuse dans des lieder de Wein-\ngartner, de D'Albert, Mahler, enfin Mue Tilly Kœnen, d'Amsterdam, cer-\ntainement une des grandes cantatrices de l'heure actuelle.\n\nMarcel Montandon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.9", "titre_corps": "COURRIER DE STUTTGART", "titre_sommaire": "COURRIER DE STUTTGART", "signature_source": "Sous-Off", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.46", "debut_caractere": 1372, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "COURRIER DE STUTTGART\n\nInterprètes et mise en scène.\nA propos de Carmen, jouée ici pour la première fois le 4 janvier iBB3,\nM. Palm disait dans sa critique d'il y a 23 ans que cet opéra pourrait être\njoue encore quelque temps et qu'il ne ressemble pas àla F Er-\nmite de Maillart. Carmen a eu la même fortune que le baron de Putlitz;\nun et autre ont fourni une longue carrière. Et cette carrière est marquée\npai deux grands noms, la Carmen d'alors, qui démissionna sous M. le\n\" au)ourd'hui> qui fut engagée par le même baron,\nsavoir M mes Riegl et Sutter.\nMme\"'pî? k chanté la Suzanne de Mozart, qui appartient aujourd'hui à\nKossenberger, qui ne cesse pas de crier, et à Mme Augustine Bopp-\nmarïïstXectr'rr bi6n délicieuse' Elle est de Mannheim, où son\naii est directeur du Conservatoire. Un de ses amis m'a envoyé une étude\nmentTde BoPP\"Glaser en me permettant « roVale-\nami soi di.nnt P eXtenSo- Je Ie remercie très humblement ; mais cet\nsoi-disant « littéraire » est sans doute très épris de la célèbre artiste\ndocteur BénédicTduATe & Procfcdéclue confrère le\nM- ai,, ™\ndes qualités bien humaines. ' COmme 11 dlt> mais qu'elle a\nles hommes de°petite tafhe^Ct 3 SanS aoute \"n moYen pour faire grandir\nM. Bolz dans Y Anneau 'du Ni h)' sans reconnaitre les progrès immenses de\n*oi« à «« artiste que sa taille\nans doute, ce cher confrère estime qu'il est compromettant de cons-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3965, "texte": "îater ces merveilleux progrès, savoir une excellente diction, un jeu splen-\ndide, un piano aussi doux que possible, une voix immense et un chant\ntrès artistique, M. Briesemeister, de Rayreuth, a un rival très dangereux\nen M. Bolz. M. Briesemeister n'est pas gros et a des mouvements fort\nlégers ; mais sa voix n'est pas meilleure que celle de M. Bolz.\nM. Costa, de Nuremberg, et M. Gieswein, de Dusseldorf, ne valent pas un\nton de la voix de M. Bolz. J'ai parlé le ier novembre de M. Rothmuhl\nde Berlin . je constate aujourd hui que Al. Rothniuhl, lui est infé-\nrieur a Al. Bolz, mais surtout Al. Gieswein, qui est assez grossier. Si vous\ncomparez le Berlinois Kraus, il faut dire que M. Kraus n'est plus a la\nhauteur. Il a perdu beaucoup de sa voix merveilleuse, et M. Bolz n'a rien à\ncraindre.\nLe Siegfried de Alannheim, M. Carlen, ne réussira pas du tout à\nStuttgart, pas plus que M. Graebke, le Siegfried actuel de Munich et de\nHanovre. Et on parle toujours et partout de ces artistes les plus gran-\ndioses de Munich. Par hasard, je suis renseigné. Voici : M. Knote étant\nen Amérique, les Munichois sont privés de leur « star », et les représenta-\ntions de leur Opéra sont bien vulgaires. Et les artistes actuels de Munich\nne sont pas meilleurs que ceux de Stuttgart, c'est là une pure imagination.\nMais que voulez-vous ? la vie imaginaire est une belle chose. Les artistes\nde Munich ont une si grande renommée, parce que AIM. les critiques de\nMunich ne sont pas inférieurs à leur métier, comme ceux de Stuttgart. Et\nla réclame fait tout. A Alunich, par exemple, M. Wilhem Weidner serait\ncélèbre. Mais les critiques de Stuttgart croient que leurs artistes sont au\nmême niveau qu'eux-mêmes. Et ils les jugent d'après cela.\nEt les bons juges pardon, les critiques de Stuttgart jugent les artistes\nd'après la grandeur de la maison. Et le Théâtre à Stuttgart est un petit\nbâtiment de 900 places, parce que le Grand-Théâtre est brûlé. Et dans ce\npetitbâtiment on avait delà peine à entendre Al. Desider Zâdor, de Alunich,\nqui chantait Figaro, après avoir brillamment chanté le rôle d'Albérich de\nl'Or du Rhin, où M. Wiedenmann a brillé chez nous. Dans ce rôle\nM. Zâdor est unique; mais ce rôle est sa spécialité, il l'a chanté en 1905\ndouze fois et partout. Comme Figaro, il a complètement déçu. Et\nAlme Senger-Bettaque, l'Ortrude et la Vénus de Munich, n'avait pas mieux\nchanté que Aime Ingeborg Zink, qui quitte l'Opéra parce qu'elle a gâté sa\nvoix à Stuttgart. Seulement la Brunhilde du Crépuscule des Dieux a été\nextraordinaire. Et Mlle Hermine Bosetti et MUe Zdenka Fassbender m'ont\nétonné aussi. MUe Fassbender, de Karlsruhe, est engagée à Alunich, à\nla place de Mue Senger-Bettaque. Elle lui est bien inférieure, et à Stuttgart,\npar exemple, elle n'a pas tenu ses promesses dans la Juive. Allle Fassbender\nest très bonne pour Alunich, mais Mme Zink lui est supérieure. Mm° Zink a\nfait un long stage à Zurich, et fut engagée à Stuttgart. Mlle Agloda, d'Augs-\nbourg, qui a chanté dans les Huguenots, n'est pas meilleure non plus. Et\nMl!© Bosetti, qui est si célèbre, a déçu, elle aussi. C'est une personne\nfroide comme tout; elle a remplacé Aille Sutter, Sa voix est grande, mais\nun peu féroce ; la voix de Allie Sutter est plus ample encore. Comme Fille du\nrégiment, Mlle Bosetti n'a pas satisfait. M. Fricke, qui dirigeait la mise en\nscène, a dû mettre en lumière tout le gracieux comique qui lui est propre.\nMême sans voix, il pourrait satisfaire son public, car il est extrêmement\nhumoristique. Alais sa voix est encore assez bonne, et il a eu un fort grand\nsuccès dans Y Armurier de Lortzing, où Aille Hieser a développé tout ce\nqu'il y a de plus comique. M. Fricke, qui a 170 rôles dans son répertoire,\na pu amuser son public, car Mlle Bosetti a fait défaut. Mais je demande à\nM. Fricke pourquoi sa mise en scène laisse toujours à désirer. Je ne crois\npas que ce soit de sa faute. Je m'adresse donc au baron Putlitz. Je remarque"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.48", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "que MM. les régisseurs généraux peuvent faire ce qu'ils veulent: mais\nà MM. Fricke, Stephany et Edmond Franck on donne toutes les vieilles\nmachines. Il est donc très difficile à ces régisseurs de faire quelque chose\nde beau. Si l'on prive ces trois messieurs de tout ce qu'il y a d'élégant et de\nbon dans les magasins du théâtre, il ne faudrait pas compromettre leur\nsituation. Car on les critique d'après leur pauvre mise en scène, et MM. les\nrégisseurs généraux ont de bonnes critiques. Pourquoi MM. Fricke, Ste-\nphany et Franck sont-ils forcés de travailler avec un matériel si vieux ?\nJ'espère que cet état de choses changera.\n\nSous-Off."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.10", "titre_corps": "COURRIER DE REIMS", "titre_sommaire": "COURRIER DE REIMS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.48", "debut_caractere": 677, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "COURRIER DE REIMS\nConcert Sarasate.\nMercredi io janvier dernier, salle Degermann, deux éminents artistes don-\nnaient un superbe concert qui avait attiré tout le monde artistique de notre\nville. Les noms de Sarasate et de Berthe Mary'Goldschmidt réunis sur\nun même programme étaient un sûr garant de Téctat tout particulier de cette\nsoirée, et c'était pour les Rémois une véritable aubaine de pouvoir fêter ces\ntalents exceptionnels. Les triomphes de Sarasate sont justifiés par ses qua-\nlités multiples ; il possède, en effet, la pureté de son, un style élégant et cor-\nrect, une délicatesse extrême, une chaude coloration et une virtuosité éton-\nnante. Des ovations enthousiastes, des rappels frénétiques ont conclu chacun\ndes morceaux joués parl'illustre violoniste. Mme Marf.Goldschmidt, une des\nplus célèbres pianistes de l'époque, a obtenu également un grand succès ;\nelle a été tout à fait remarquable dans l'exécution de la Sonate de Beetho-\nven et superbe dans les variations de l'andante qu'elle a merveilleusement\ndétaillées. Tout le reste du programme, où elle s'est dépensée sans faiblir,\na été pour elle une longue suite d'acclamations pleinement justifiées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.11", "titre_corps": "COURRIER DE NANTES", "titre_sommaire": "COURRIER DE NANTES", "signature_source": "Etienne DESTRANGES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.48", "debut_caractere": 1850, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "COURRIER DE NANTES\n\nL Association des Concerts historiques.\n, îf\" Destranges> réminent critique, rend compte en ces termes,\nOueu Artiste,du premier concert de cette intéressante Société :\nnlH°USt aV°\"Sf à JfSaUe Turcaud\nesnéZc 7S,7S\"r laquelle on peu\nS «—ftp fAssociation dos Concerts historiques,\nde rtitJJuLl rl\"rM- de Lacerda, avec le concours\nun complet succès \"éâ\nieLD7etiTus7sht7jjariM', deraT'âa\nn'est naseZoÎTZ J ? ,\"\"\"■ ims ce\"e phalanqe,\nn est pas encore paifait, mais le résultat obtenu permet de prédire à coup\ntem>;s:;' !ors1\"e ><>s \"\"Kiciens se sentiront bien les\n■râiTe'teTm!csTirl,JJ' ! pourront nous être oBertes.\ndébut9 naîtra Ln < lo Sociele qui a fait, hier soir, de si brillants\nnaitra une nouvelle pour la musique dans notre ville. Grâce à"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3791, "texte": "l'Association des Concerts historiques, une Société de Concerts populaires\npourra peut-être enfin se reconstituer en dehors des concours officiels sur\nlesquels F expérience prouve, tous les jours, qu'il est inutile de compter.\nM. de Lacerda est un chef d'orchestre de premier ordre. J'ai pu fap-\nprécier aux répétitions et j'ai admiré, en même temps que son autorité, la\nfaçon claire et précise dont il explique aux musiciens ce quil attend d'eux.\nLe programme de la soirée faisait une part à peu près égale a la musique\nancienne et a la musique moderne.\nScylla et Glaucus est un opéra de J.-M. Leclair, l'un des représentants\nles plus éminents de fEcole française du violon au XVIII* siècle et composi-\nteur de talent. Scylla et Glaucus fut joué a F Académie royale de Musique,\nen 1747. Depuis lors, F ouvrage était tombé dans F oubli. M. de Lacerda en\ndénicha la partition à la Bibliothèque de F Opéra et estima, avec juste raison,\nque F ouverture méritait de voir le jour. C'est une véritable première audi-\ntion que nous avons eue hier9 car depuis 1747, elle n'avait pas été rejouée.\nCette ouverture est pourtant une page de valeur, d'une noble et haute tenue,\nd'un style qui rappelle quelque peu celui d'Haendel. Sous la belle direction\nde M. de Lacerda, l'orchestre a exécuté avec ensemble l'ouverture de\nScylla et Glaucus.\nDeux gracieuses compositions de Grieg : Mélodies Norwégiennes, et la\njolie Sarabande de la Suite en ré de M. Vincent d'lndy9 dont le solo\nde flûte a permis d'applaudir M. Esseul, ont été bien rendues elles aussi.\nUn jeune pianiste de réel talent, M. J.-J. Nin, a joué d'excellente façon\net avec un beau style deux adorables pièces de Rameau: L'Enharmonique\net Villageoise. Il s'est fait applaudir aussi dans le Concerto en ré mi-\nneur de Jean-Sébastien Bach, pur chef-dœuvre qu'on ne se lasserait pas\nd'entendre. L'Allégro est une admirable inspiration et le Finale, d'une gaieté\nsi franche, une chose véritablement exquise. Cette musique est bâtie avec\nle granit le plus dur ; les ans ont passé dessus sans F entamer.\nMme Fernande Caldaguès a chanté avec sa voix prenante et sa diction\nimpeccable, le superbe air de Castor et Pollux: Tristes Apprêts, de Rameau.\nSon succès a été très grand.\nA/He Lenars a fort bien joué, sur la harpe chromatique, — instrument\nqui n'arrivera jamais à remplacer la harpe ordinaire, mais qui, considéré\ncomme instrument spécial, peut apporter à la palette orchestrale une nou-\nvelle couleur, — une jolie Fantaisie de Saint-Saëns. Les délicieuses Danses\nde M. Debussy figuraient au programme. Au dernier moment, elles ont été\nremplacées par un morceau de M. Reynaldo Hahn, d'une complète banalité,\nmais plus facile. On aurait dû prévenir le public de cette substitution.\nUéminent auteur de Pelléas et Mélisande serait sans doute peu flatté de se\nvoir attribuer une composition du musicien de la Carmélite.\nM. Samuel Bonjour a joué avec le talent quon lui connaît deux charmantes\npièces pour violoncelle de Corelli et de Porpora.\nLes chœurs, réunis et dressés par Mme Caldaguès et M. Morisson, ont\nbien interprêté un fragment de la Passion selon saint Matthieu, de\nH. Schutz9 — passage d'une grandeur sublimey l'une des plus belles inspi-\nrations du vieux musicien, — et le beau Chant Elégiaque de Beethoven. Très\napplaudi aussi, le ravissant chœur pour voix de femmes : La Vierge à la\nCrèche, de César Franck, fort habilement instrumenté par M. de Lacerda.\nPar contre, le délicieux Madrigal de Gabriel Fauré, d'une grande difficulté\nd'exécution, a été moins parfaitement rendu.\nLe public connaisseur qui remplissait la salle Turcaud a acclamé à\nplusieurs reprises M. de Lacerda, lui prouvant ainsi qu'il estimait à sa\njuste valeur le grand effort artistique qu'il vient d'accomplir.\n\nEtienne DESTRANGES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c031", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.12", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.50", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "ÉCHOS\nLa Société Nationale donnera son prochain concert le samedi 3 février,\nà la salle Pleyel. Au programme : le Trio de Coindreau Bl. Selva,\nMM. Lejeune et de Bruynl, la suite En Languedoc, de Déodat de Séverac\n(i\\Ule 81. Selva), et trois mélodies de R. Bardac :Si la plage penche, les\ndeux Perles et l'Air (Mme Russel).\nSociété J.-S. Bach. Salle de l'Union, 14, rue de Trévise. Le mercredi\n7 février, concert avec soli, chœurs et orchestre (4e de la série A). Pro-\ngramme : ler Concerto brandebourgeois pourviolon principal, 2 cors, 3 haut-\nbois, basson et orchestre (audition redemandée), cantate, Ach, wie fluchtig\n(ire audition), Suite en si mineur, cantate Her wie du wilt; solistes, MM. Pla-\nmondon, Sigwalt, etc...\nL'autre joue, onde la musique àFassyriologie. Pour remplacer (combien\navantageusement) le vénérable Oppert, le Collège de France présentait le\nP. Scheil, savant de premier ordre, connu et respecté de toute l'Europe\npour son érudition immense et la sûreté d'un goût que nulle tiare n'induisit\njamais en divagation. Après son nom, on avait inscrit celui d'un nommé\nFossey, jeune agrégé de grammaire qui se fit assyriologue pour mettre sa\nmédiocrité à l'abri de toute comparaison fâcheuse. La présentation en\nseconde ligne était jusqu'à ces derniers temps une pure formalité, le mi-\nnistre ratifiant toujours les préférences de la compagnie.\nMais les politiciens d aujourd nui ne l'entendent pas ainsi, et après une\nvigoureuse campagne de 1 assyriologue Clémenceau, le nommé Fossey fut\nchoisi, pour la raison qu il n'appartient à aucune congrégation, sinon à\ncelle des sots, cnaque jour plus puissante. C'est là une grossière insulte à\nla science, et aux professeurs qui l'enseignent en cette illustre maison.\nS ont-rte bien a plaindre ? Non certes, et le soufflet reçu n'est que la suite et\nle châtiment de leur iaiblesse. Pourquoi se sont-ils laissé imposer certain\ncours libre de musique, dont ils ne voulaient pas, et qui est un scandale ?\nIntimités d art.— C'est sous ce titre que l'éminente pianiste Roger-Miclos\nva, en quelques séances, passer en revue les plus célèbres musiciens depuis\ne xvue siecle jusqu'à nos jours. De forme nouvelle, les programmes au-\nront, chaque fois, un intermède consacré à la poésie de la même époque,\nun de donner a ces matinées un éclat unique, Mme Roeer-Miclos en\neiors de son nom et de son talent, s'est assuré le concours des artistes\nles plus célébrés et les plus aimés du public. Citons : Mme. Bréval,\nJane Hadmg, Marie Lecomte, Lina Pacary, Madeleine Roch, Segond-\nGaubert, Albert Lambert fils, Mounet-Sully, Sylvain Firmin Touche Pqul\nViardot, Johanès Wolff ; M™ Sandrini et M. P.Vymond, de l'Opéra'.\nville6et pUasU°HérardCh' BattaiUe : M\"'es Astruc> Olivier et MM. Drou-\nlSures, d'art leur caractère de discrète intimité élé-\nRoval 23 Si - f -le pIUS joli Cadre de Paris' le Théâtre\nraffinés dilettantes, '°U auteuils sont dignes de recevoir les plus\nLes « Intimités d'art » auront lieu tous les samedis à 3 heures précises.\nGe^^omrieetm,!înVier.'. Marie Gap°y' œuvres d'Alexandre\nM^:^anrs'^d\net Vexcenem flûtis^H^nneba^ns^510 musicien> M* Fernet,ténor généreux,"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.51", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3520, "texte": "Le cas d'un Maestro. Une revue de Milan nous peint sous les couleurs\nles plus émouvantes l'état d'angoissante perplexité du maestro Puccini,\nqui depuis quelque temps est à la recherche d'un libretto. Accablé sous l'a-\nvalanche des livrets que chaque courrier lui apporte, le pauvre maestro lit,\nrelit, étudie, et ne trouve point le mélos poétique digne de l'exciter musica-\nlement. Il a donc exprimé publiquement son regret « de ne point trouver\nle libretto capable de susciter son enthousiasme et de l'inspirer ». C'est\nnavrant. Il voudrait « quelque chose » qui fût, paraît-il, comme un poème\ndramatique d'amour dans un milieu chaud et vif, comme l'ltalie ou comme\nl'Espagne. Nos librettistes sont avertis; ils peuvent toujours essayer ! L'au-\nteur de l'article ajoute que si le mélancolique maestro trouve le livret idéal,\nil donnera un chef-d'œuvre qui sera « le chef-d'œuvre attendu par l'Art\nlatin moderne... » Vraiment?\nMunich. Le 3o décembre, le Théâtre National et Royal donnait une\nreprésentation de fête de Tannhàuser en l'honneur de M. Franz Fischer :\nvoilà 25 ans, en effet, que celui-ci dirige l'orchestre de l'Opéra. Il n'y a\njamais été directeur en chef, sauf pendant les guerres de succession des\nGeneralmusikdirektoren : à la mort de Levi et, récemment, à la mort de\nZumpe, que Félix Mottl a heureusement remplacé.\nCependant Franz Fischer, s'il n'est pas delà lignée des grands, est de\ncelle des consciencieux et des dévoués, des fidèles. C'est sur la recomman-\ndation de Wagner en personne que Levi l'accepta en second à l'Opéra de\nMunich vers 18S1. Il était auparavant violoncelliste dans l'orchestre de\nHans Richter à Budapest ; il avait aussi fait des études complètes de cor\navec Franz Strauss, le père de Richard. Il eut la bonne fortune d'accompa-\ngner Levi lorsque Louis II mit son orchestre à la disposition de Bayreuth\npour les premières représentations de Parsifal, et par conséquent celle\nd'étudier encore la partition avec le maître ; Wagner lui témoigna à diffé-\nrentes reprises sa satisfaction pour sa manière de l'interpréter. En 1899,\nil fut appelé de nouveau à Bayreuth pour diriger, avec le Ring, les Maîtres\nChanteurs et Parsifal.\nM. Fischer est encore excellent pianiste et s'est fait, ces dernières-\nannées, une spécialité fort goûtée d'auditions de Wagner au piano.\nLe Sottisier musical. « Encore à l'aurore d'une carrière déjà si riche\nen floraisons, mais qui semble seulement s'épanouir tant elle grandit cha-\nque jour, elle s'est déjà illustrée dans le chant, dans la déclamation, dans la\nlittérature, dans l'art de la mise en scène et elle a montré l'habileté de sa\nmain à diriger un crayon. » A. MANGEOT, dans le Monde musical, 5 jan-\nvier 1906, page 1.\na Dans cette œuvre écrite en trois parties, on dirait que le maître\n(M. Théodore Dubois) a voulu rappeler des scènes vécues et d'un souvenir\nineffaçable. L'Allegretto con moto e calore pourrait facilement s'intituler\n« Supplique », à cause de la seule phrase du commencement. » —La\nRevue musicale, i 5 janvier, p. 48.\n« Supposez qu'après avoir assisté à un cours sur la théorie de la lumière\nou après vous être fait expliquer la télégraphie sans fil par quelqu'un qui la\ncomprend, vous entriez dans une classe d'école primaire et qu on vous\nmontre de saines frimousses enluminées de traces de confitures et occupées\nà une fable, cela vous reposera autant que nous d'entendre la musique des\nChansons bretonnes harmonisées avec goût par M. P. Ladmirault. »\nLa Revue musicale, i 5 janvier, p. 53."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c033", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.13", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÈCENTES.", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÈCENTES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.52", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "PUBLICATIONS RÈCENTES.\nLes R. P. Bénédictins de Solesmes : Kconforme à l'édition vaticane\net muni de signes rythmiques. Tournai et Rome, Desclée-Lefebvre.\nAlbert Groz : Heures d'Été,préludes et mélodies (A. Samain). Paris,\nBellon-Ponscarme.\nPrélude,pour piano. Paris, Bellon-Ponscarme.\nClaude le Jeune: Psaumes en vers mesurés, 2e fascicule, 21e livraison\ndes Maîtres Musiciens de la Renaissance publiés par HENRY\nEXPERT. Paris, Leduc et Demets.\nAdolphe Boschot : La jeunesse d'un Paris,\nPion.\nPaul Dukas : L'apprenti Sorcier.Partition d'orchestre. Paris, Durand et\nfils.\nLionel de la Laurencie : L'Académie\n[iy2y-iy6y). Paris, Société française d'lmprimerie et de Librairie.\nExtraits des Maîtres Musiciens,publiés par HENRY EXPERT, Paris >\nLeduc et Demets. (Voir les conditions aux annonces) :\nCerton : Si par fortune.\nLe Heurteur : Souvent amour.\nCl. Janequin : Au jolyjeu.\nAu verd boys.\nLe Peletier : Si mon malheur.\nClaudin de Sermisy : Contentez-vous.\nHau, hau, hau,\nPour ung plaisir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c035", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.6.14", "titre_corps": "CALENDRIER DES CONCERTS.", "titre_sommaire": "CALENDRIER DES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.52", "debut_caractere": 1118, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "CALENDRIER DES CONCERTS.\n2 février. Salle Pleyel. Fondation Bach.\nSalle Erard. Georges Enesco.\n— Schola Cantorum. Concert mensuel.\n3 février. Salle Pleyel. Société Nationale.\n, Salle Erard. Arnold Reitlinger.\n6 février• balle Erard. Hélène Barry.\nSalle Pleyel. Jeanne Réol.\n. Salle des Agriculteurs (4 h.) Camille Fourrier.\n7 feyner. Ambigu (4 h. 1/2). Matinées-Danbé.\n8 février. Salle Erard. Georges Enesco.\n10 fevner. Salle Erard. Victor Stanb,\nn• . Salle Pleyel. Nelly et Alice Eminger.\n12 fe,vri.er• Salle Pleyel. Gabrielle Steiger.\n13 février. Schola Cantorum. Blanche Sel va\n14 février. £mbigu (4 h. 1/2). Matinées-Danbè.\n7fevner. ,1e Société Nationale.\n— balle Erard. Thérèse Rrmpr\n11 SÏW4 \"• ,/2)' Matinées-Danbé.\n26 fevner. bchola Cantorum. Blanche Selva.\nballe Pleyel. Théo Delacroix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c036", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.7", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.2", "debut_caractere": 555, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.)- 11 Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nII Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil Net. 3 f\n« Cinq mélodies »•\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang~Tsi;.\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire),\nEn recueil. Net.\nDêodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier. (P Rey), »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). »\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck), »\nPuparp (H,). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier), »\nDupont (G*)» Les Effarés (J.-A,\nRimbaud). »\n—Le Jour des Morts (G, Vanor). »\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi*\nnette. »\nD'Anne qui me jecta de la neige, >»\n(Epigrammes de CL Marot).\nPIANO\nBilla (R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.)„ Marche funèbre,\nLabey(M,)- Sonate en quatre part.\nMiel-Bonis. Bourrée,\n«s\" Le moustique.\n5\n1\n1\n2\nI\nI\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 5o\n2 »\ni 70\n1 70\n1 70\n2 »\n2 »\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 2»\nRhenê-Baton. « Six préludes »\nL Prélude, en mi min.\n11, Prélude oriental, en fa Jfmaj\n111. Prélude, en ut min.\nIV* Prélude, en la [> maj,\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en sol min.\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte.\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M.). Symphonie en mt9\npiano 4 mains.\nDuparc(H.), Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.)\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier |M.)i Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.). ler1er Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H,). Sonate. »\nSêrieyx {A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis« Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nJffel Bonis, Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.), Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.~M ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc, et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte et violonc. »\nSeitz ). Quatuor, pour instru-\nments à cordes. »\n10 »\n15 »\n1 70\n8 »\n8 »\n7 »\n6 »\n7 »\n15 »\n2 5o\n12 »\n5 »\n12 »\nflgenee de la Soeiété Nationale de Musique\nAchat et vente d Instruments de musique neufs et d'occasion"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-01_01#c037", "volume": "bmtnabh_1906-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.2.8", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "SALLE DES AGRICULTEURS\nRUE D'ATHÈNES, 8\nTftard; Q> Vévrier, à 4* heures du\nsoir\n©\nli'QEUVRE de Glaade DEBUSSY\nUne Causerie par M. Louis LALOY\nDirecteur du Mercure Musical\n-4 X\nPROGRAMME\n-©-\n1. a) Li'Eehelonnement des\nhaies (Baudelaire).\nb)Lie Jet d'eau (Baudelaire).\nMME CAMILLE FOURRIER.\n2. a) Pagodes (Extrait des Estam-\npes).\nb)Li'lsle joyeuse.\nM. RICARDO VINÈS.\n3. Chansons de ppance.\na) Rondel(Charles Duc d'Orléans).\nb) La Grotte (Tristan Lhermite\\\n/\nc) Rondel (Charles Duc d'Orléans).\nM. JEAN PÉRIER.\nme\n?\n■4. a)Clair de lune (Verlaine).\n/ Li'ombpe des afbces (y\nAriette oubliée(Verlaine),\nc) Chevaux de bois (Verlaine).\nMRAE C. FOURRIER.\nv Images (/\" aud\na) Reflets dans l\nb) Hommage à Rameau.\nc) Mouvement.\nM. RICARDO VINÈS.\n6» Chansons de fôilitis (Pierre\nLoùys).\nM\"1' LUCIENNE BRÉVAL.\n7. Dialogue du Vent et de la JVlen [Extrait de la Mer).\nRéduction pour piano à quatre mains.\nMM. A. DELACROIX et A. PETIT.\nH\nPRIX DES PLACES\nFAUTEUILS IR<\" SÉRIE : 10 fr. ; FAUTEUILS 2E SÉRIE : 5 fr. ; GALERIES : 2 fr.\nOn trouve des billets : Salle des Agriculteurs, 8, rue d'Athènes, à la Maison\nDurand, 4, place de la Madeleine, à Orphée, 114, boulevard Saint-Germain, et\nau bureau du Mercure Musical."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.1", "texte": "2e Année. —N° 3 ler1er Février 1906\nFIN lf| A B BL fl\nJMmmmtm mm ▼ mmk\nM * T | V.' •' ' '« WjÊfc oÊÊjjï\n■\n\\ Jsf IBË M \"|SL\nm 1 \\ m vR ■ ■ iB» I\nIIIWB■ M f I .\nmm y mm JBmmusÉm\nFRANCE .. 0 fr. 60 | UNION POSTALE 0 fr. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\nCh. Jarlot\n14-, Boulevard.\nPARIS vi«\nADMINISTRATION :\nE. Demets\n2, Rue\nPARIS IIE\n\nSommaire\nCH. LÉANDRE . . .... Déodat de Séverac (Croquis d'album inédit).\nJEAN MARNOLD Dialogues d\nARMANDE DE POLIGNAC . Pensées d'ailleurs\nJEAN RAGE Salade\nREVUE DE LA QUINZAINE\n————————\n■\nLouis Laloy, Ch. Chambellan, Jean Poueigh, Joseph Trillat, Nezeu : Les\nConcerts. Jean Marnold: A la Nationale.— Raymond Bouyer:\nParent. X.-Marcel Boulestin : Accords Joseph Trillat :\nLes Revues. Jacques Reboul, A. G. : La musique à Lyon. Marcel Mon-:\ntandon : Courrier de Munich. Sous-Off : Courrier de Stuttgart. Courrier\nde Reims. Courrier de Nantes.\nCalendrier des concerts."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît I© ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\n(DM ler de cha\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 tr.\nÉTRANGER 15 FR*\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 Ir. (Paris et départements)\net à 13 fr (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste\nRÉDACTION : 2, rue de Louvois, PARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.)- 11 Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nII Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil Net. 3 f\n« Cinq mélodies »•\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang~Tsi;.\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire),\nEn recueil. Net.\nDêodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier. (P Rey), »\nLes Cors (P. 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Lorsque j'écoute résonner vos\ndiscours dans la sérénité de ces bois, il me semble revivre, à\nLesbos, les concerts de nos rossignols, au chant plus doux qu'en\naucun lieu du monde, privilège sacré des forêts d'Antissa, ma\npatrie, par la grâce d'Apollon Musagète. Parlez, ô seigneur\nPierluigi ; redites-moi ce sonnet de Pétrarque ou récitez quel-\nques tercets de Dante Alighieri. Parlez encore, j'aime tant\nvous entendre !\nPALESTRINA. Votre enthousiasme, ami, m'émeut soudain\nd'une inquiétude étrange. Mon âme en est troublée comme d'un\nsacrilège, où je faillis souvent par ignorance, car notre con-\nscience est obscure, et j'éprouve un remords en sentant, malgré\nmoi, s'éjouir à vos propos mon cœur de misérable et vaine\ncréature de péché, trop justement bannie, en ce mystérieux\nséjour, par Celui dont le Fils incréé a versé sur la Croix son\n\nLE MERCURE MUSICAL.\nJ"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.4", "texte": "98\nLE MERCURE MUSICAL I-11-0Ô\n\nSang pour de plus dignes. Que sa sainte Volonté s'accomplisse !\nAmen. L'ardeur de votre admiration fait sourdre en mon tré-\nfonds de confuses clartés ; on dirait, devant mes regaids intei-\ndits, qu'un voile d'erreur se déchire. La parole humaine est un\ndon du Très-Haut, bienfait gratuit de sa providence adorable.\nN'est-ce point une offense à sa gloire, que détourner de lui\nnotre pensée, en l'oubliant, fût-ce qu une heute, dans un égoïste\nplaisir issu des Iruits de sa miséricorde ? La musique des mots\nque nos langues bégaient a pour suprême fin d'exprimer, dans\nnos oraisons, les louanges du seul Dieu qui règne en 1 rois Per-\nsonnes au ciel et sur la terre, de nous servir à supplier la gra-\ncieuse Madone, à vénérer les Saints du Paradis : c'est la vertu\nprédestinée du verbe en nos poèmes ou nos chants, l'unique\nadmirable beauté attachée à leur bruit illusoire. Le Malin est\nfourbe et retors. Ne serait-ce pas lui qui nous induit tout bas\nà dresser un autel au mensonge du simulacre, afin d'en adorer\nla mélodieuse Idole en croyant implorer notre Père céleste, et\nsuis-je point châtié moi-même, en cet exil, de l'insue voluptéqui\nm'étreignait naguère aux Lamentations des voix pures s'élevant,\ndéchaînées sous mon geste, enchevêtrées selon mon art subtil,\nde la nef à l'abside augustes de Latran, basilique ineffable?\nTERPANDRE. Las ! je ne connais pas ces derniers enfants de\nKronos dont vous m'entretenez avec des mots plus doux que le\nmiel de l'Hymette. Quand l'empire d'Adès me reçut, ceux-là\nn'étaient point nés encore. Vous m'instruirez de leurs exploits,\nbon seigneur Pierluigi, et je composerai un nome en leur hon-\nneur, car tous les dieux doivent être célébrés par un pieux\ncitharède, en souvenir d'Hermès, inventeur de la lyre, et d'Or-\nphée, qui fut son élève, notre ancêtre et notre patron. Mais\npourquoi craindre leur colère pour admirer des Immortels ce\nque nous en tenons d'admirable? Serait-ce pas plutôt un outrage,\nde sembler dédaigner leurs présents les plus merveilleux?\nPALESTRINA. Ce n'est point mépriser l'œuvre du Créateur\nque lui en consacrer l'emploi dont sa bonté nous a réparti la\nlicence. Quoiqu'il accueille avec prédilection la prière naïve\ndes simples, le désir est louable, aux plus favorisés, d'évertuer\nleurs talents à lui rendre de moins grossiers hommages. Mais,\ns'il faut se garder de tirer quelque orgueil d'une insigne et\nindue prérogative, ne doit-on pas redouter plus encore de\nsuccomber à cette ivresse impie dont l'Archange déchu tente les\nmieux comblés des grâces d'un Maître bénévole? Comme les\nmots, les sons que notre verve assemble avec amour n'ont de\nprix qu'en tant que moyen de notre salut éternel, que truche-\nment de notre foi. Malgré l'immuable secours de la parole,\ncondition de tout culte dévot et sauvegarde de mon art, ne"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.5", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n99\n\nl'ai-je pas trop oublié jadis, voire en chantant la dolente Mère\nde Jésus crucifié ? Méconnus-je pas, juste ici, ses larmes et\nsa plainte, pour goûter une joie païenne à l'harmonie de suaves\naccords enchaînés de façon singulière et jusqu'avant moi sans\nexemple? Et cependant, —je l'avoue àma honte et pour ma\npénitence, tandis que leur murmure s'éveille en ma mémoire\noù vient se dérouler leur audacieux cortège, un enchantement\nm'envahit, mêlé d'impure vanité la sainte Vierge m'en\npardonne le blasphème! pour avoir créé le premier cette\nbeauté sonore en gémissant : St\nTERPANDRE. Non, vous n'offensez pas votre bonne Déesse\npar une fierté légitime, ô seigneur Pierluigi, car c'est d'avoir\npleuré sur son martyre que jaillit votre inspiration radieuse.\nAinsi l'antique aède, Homère aux yeux sans prunelles, chanta\ndans ses vers cadencés le rapt de Perséphone et la douleur de\nDéméter. Les sanglots du génie sont de surhumaine nature ;\nles plus cruels s'exhalent en soupirs plus mélodieux que les\nchœurs des Sirènes, et, sous la pluie magique de ses larmes,\n011 voit naître des fleurs éclatantes, des roses pourpres, des\njacinthes, des violettes sombres et sereines comme Ouranos\ndurant les nuits limpides, des narcisses odorants pressés en\ntouffes glauques;— et les Dieux protègent celui qui leur en\ntresse des couronnes. On ne doit pas faire fi de la faveur des\nImmortels, dispensateurs de gloire, et c'est les adorer, quand\nils nous ont choisis, que de la mériter par la perfection de notre\nart et d'en montrer notre reconnaissant orgueil. Et puis, doux\nseigneur Pierluigi, tout ce qui vient des Dieux est d'essence\ndivine, et participe, vie irradiée ou infuse, de leur existence\nimmortelle, car rien ne peut émaner d'eux qui leur soit étran-\nger ; mais, lorsque sa main s'est ouverte, ce qui en tombe dans\nl'espace échappe à tout jamais au pouvoir du Démiurge, su-\nblime parcelle de lui-même abdiquée désormais, soumise au\nseul Destin dont elle enclôt le germe. Je vous en fais l'aveu, bon\nseigneur Pierluigi, j'ai toujours soupçonné très fort que, s'ils\nparlent volontiers aux humains par énigmes, dans leurs plus\nrenommés oracles, c'est peut-être surtout que les Dieux ont\npeur de se tromper. La vie qu'ils ont créée, et qui, de toutes\nparts nous enveloppe, est un mystère pour eux, sans doute,\naussi bien que pour nous, et c'est leur joie, dont les éclats par-\nfois secouent les nuages sur nos têtes, d'assister du haut de\nl'Olympe au spectacle imprévu qu'engendra leur inconscient\ncaprice.Etils applaudissent les bonsacteurs.lls aiment et choient\nles Voyants qui savent déchiffrer l'hiéroglyphe de vie, qui vio-\nlent l'arcane inscruté, démasquent les virtualités furtives et\nsemblent, l'éveillant soudain, créer le monde de beauté qui"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.6", "texte": "100\nLE MERCURE MUSICAL T-ÎI-OÔ\n\ndormait latent sous l'apparence. Or, c'est là ce que: nous fai-\nsons, noble ami et confrère, en combinant le melos de nos\nhymnes, car le son n'est point vile et inerte matière, mais,\nprovenant des Dieux par origine, il vit, et d une vie doréna-\nvant autonome en son éternel Devenir, détermine par les vertus\nincoercibles qu'il renferme en puissance et tient de son extrac-\ntion primordiale. Sa foule animée s'organise, s attire, se heurte\nou s'accouple selon l'inéluctable loi d'affinités et de repulsions\nmystérieuses. Notre race inspirée pénètre ces secrets jaloux, en\ndevine et divulgue la féerie d'irréalisés prestiges, et, sous leurs\nregards fascinés, c'est pour avoir vaincu le Sphinx sonore que\nles Immortels nous chérissent et parent nos fronts de lauriers.\nAussi, ne croyez pas que l'unique prière qui plaise aux Dieux\nsoit celle que notre bouche exprime avec le secours des paio-\nles. Sous le toit de marbre de nos temples, pendant 1 acte des\nlibations conforme au rite solennel des sacrifices, la flûte de\nTaulète Olympos retentissait seule dans le silence, et, seule,\nmodulait l'invocation propitiatoire. Et peut-être, en cet idéal\nimpollué du verbe, le mélos parle-t-il la vraie langue des Dieux,\nidoine avant toute autre à résonner devant leurs sanctuaires,\npur idiome issu d'eux, immédiat, dans la palpitante splen-\ndeur de sa substance éthéréenne. Epiphanie du Nombre imma-\ntériel, son canon est réglé sur le pouls du Cosmos et traduit\nl'harmonie des sphères et des astres. Bien différente est la\nnature du chant qui passe par nos lèvres...\nPALESTRINA. Ne fut-ce point le premier des langages,\namoureux effluve du cœur, musique innée que, d'abord et tou-\njours, porta jusqu'au trône de Dieu la voix humaine, organe\nélu de la prière ?\nTERPANDRE. Dites-vous cela sérieusement, cher seigneur ?\nQuand vous vécûtes parmi les hommes, ceux-ci, je le vois bien,\nprofitaient avec vous d'un passé dont ils ignoraient les patien-\ntes conquêtes, et méconnaissaient les services. Non, les fils de\nla terre n'ont pas chanté toujours. Comment l'auraient-ils su,\navant que leur oreille entendît des sons véritables ? Où trou-\nver le modèle de l'enchaînement du mélos, de son ordonnance\nobligée pour constituer les harmonies diverses, comment\nl'imaginer, sans les révélations des proportions symphones ?\nCe sont les tuyaux et les cordes qui fournirent les primes assises\nde l'art hégémon du Parnasse et trésor commun des neuf\nMuses, pour cette cause appelé la Musique. Il lui fallut un\nlong apprentissage, afin que la voix réussît à en imiter les con-\ncerts...\nPALESTRINA. Votre discours me remplit de surprise. Préci-\nsément chez votre peuple hellène, la musique ne fut-elle point"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.7", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n101\n\nla sœur jumelle du langage ? Ne naquit-elle pas avec lui dans\nl'épos et l'hymne homériques, génération simultanée, fruit\ndouble et merveilleux du génie de vos aèdes ?\nTERPANDRE. Hélas ! que notre gloire est un jouet fragile\nentre les doigts gourds de Kronos ! notre œuvre, bientôt débris\ninformes, puis poussière foulée sous ses pas insouciants! Tout\nun amas de siècles nous sépare, ô seigneur Pierluigi ; néan-\nmoins, je m'osais flatter qu'ils eussent respecté, en même temps\nque mon nom fameux, le témoignage de ce qui le rendit illustre\npour toujours. Le premier, je réalisai l'union intime et désor-\nmais féconde du mélos et du verbe scandé. Avant moi, loin de\nse confondre, les deux arts demeuraient distincts ; leur alliance\nrestait factice, spécieuse, tout éventuelle. Même alors que\ndepuis bien longtemps les poètes rythmaient l'entrelacs des\nsyllabes en leurs vers héroïques, ils s'y contentaient d'ajuster,\nparfois et après coup, quelque inspiration de rencontre. Les\nrapsodes chantaient à peine *, leur débit monotone obéissait au\nmètre indifférent des mots et rabâchait un rudiment de mélo-\npée postiche. Nulle norme ne réglait l'association incohérente.\nA la louange de Zeus Assembleur de Nuages, mon hymne,\navant tout autre, fit entendre un chant mesuré, qui fut spon-\ntanément Musique et Poésie, et je sus accorder, le premier, à\nl'épopée d'Homère une adéquate cantilène. Or ceci, cher sei-\ngneur Pierluigi, n'était qu'une admirable conséquence de mon\nœuvre capitale et régulatrice, qui rénova tout l'art sonore et à\ntout jamais instaura la domination d'Apollon sur celui de\nl'Hellade. Ce fut sans doute un jeu prémédité du Destin qui\nconduisit, sur la crête des vagues, la tête exsangue et la lyre\nd'Orphée s'échouer aux rives de Lesbos, ma patrie, vouée de\ntout temps et de tout temps fidèle au culte du fils de Latone.\nAvant moi, certes, on chantait, et la voix peu à peu prenait\nconscience de soi-même, mais livrée au Hasard aveugle. Dans\nles carrefours et aux champs, la chanson novice poussait à\nl'aventure, délaissée aux plaisirs faciles du vulgaire. Certains,\net dès les plus lointaines origines, adaptaient gauchement des\nmots aux airs trouvés sur lasyrinx ou sur l'aulos; d'autres, chez\nles Barbares et les Lydiens frivoles, tendaient les cordes à\nl'unisson de leurs refrains de table, faisant de l'instrument pas-\nsif l'esclave de l'ivresse, l'ilote du caprice inconstant, arbi-\ntraire. J'apportai l'ordre dans ce chaos en découvrant sa cause.\nLa lyre, au temps jadis, n'avait que quatre cordes. Ainsi, des\nmains d'Hermès, l'avait reçue Orphée, et ses improvisations\ndivines évoluaient sans contrainte, mais aussi sans loi révélée,\nentre les mailles écartées des consonances fondamentales. Jus-\ntement là, les harmonies variées surgies sous les doigts des"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.8", "texte": "102\nLE MERCURE MUSICAL I-11-06\n\naulètes offraient des sons déterminés et stables, mais différant\nde ceux dont se formait la monodie vocale. Le premier, je\npressentis le mystère d'un antagonisme essentiel et susfondie\nen un tout concret des éléments hétérogènes et d'apparence\nincompatible. J'inventai la phorminx à sept cordes imposant, à\nl'anarchie de l'Ode, la discipline du Nombre, son salut. Mon\nnome citharodique assura la synthèse de la parole et du son\npar la vertu d'un rythme occulte et unanime. Un indice com-\nmun prescrivait la mesure du vers et du mélos. Je fis mieux :\nje métamorphosai la pectis des orgies lydiennes en doublant ses\nressources avec le barbiton, et j'en créai la magadis aux vingt\ncordes, inaugurant l'usage et dévoilant ainsi la nature des anti-\nphones. Je préparai par là les voies à l'ardent génie d'Àrchi-\nloque ; mon intuition lui suggéra la lexis inverse facultative,\nsubstituant le trochée à l'ïambe selon l'agoge propre à l'ode ou\ndérivée de la crousis : or, ce fut l'âme, l'hybride archée du\nDithyrambe. Par tout cela, je constituai en organisme apolli-\nnien l'art naissant de l'Hellade et le basai sur l'harmonie do-\nrienne, schème du Zodiaque, image des domifications sidérales\net figurée par les signes des orbes se mouvant dans l'Ether,\nprincipe et source de tout mélos, apte à engendrer les sem-\nblables et à refléter les contraires en son miroir procréateur,\nouvrage et don des Dieux. Par tout cela, je fus le précurseur\nde Pythagore. Devancier inconscient peut-être, mais, peut-être\naussi, nécessaire, mon œuvre incita son génie à des méditations\navides, lui souffla l'épreuve objective, le contrôle des sens par\nla matière réalisé dans l'expérience des cordes et des marteaux\nqui lui valut sa découverte immortelle : le Canon absolu, fon-\ndement de tout art sonore, qu'on nomma et\nd'où ma pratique intuitive fut corroborée par le Nombre. Car\ntout est Nombre ou bien soumis au Nombre, ô seigneur Pier-\nluigi ; tout et, avant toutes choses, la Musique, âme et souffle\ndu monde, principe dicéphale et loi de tout ce qui se peut orga-\nniser, en sa dualité d'essence et d'origine que, le premier, je\nsoupçonnai et que j'attestai par des actes. Et c'est grâce à moi\nque Platon, l'évoquant, put énoncer plus tard : « Il est, de\ngenèse divine, un cycle périodique et fermé, qu'un Nombre\nparfait limite à la fois et embrasse, d'humaine génération\nd'autre part et dans l'autre sens ; progression primordiale où\ndes accroissements dominants et dominés, comprenant trois\nintervalles et quatre termes, au moyen des semblables et des\ndissemblables, en série ascendante et décroissante, présentent\nentre eux tous des rapports analogues et rationnels... »\nPALESTRINA. Pardonnez que je vous interrompe un ins-\ntant, seigneur Terpandre. Encore que vos récits ne restent"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.9", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n103\n\npoint pour moi sans quelque obscurité, vos mérites m'en appa-\nraissent à peine assez récompensés par la gloire qui fut la\nvôtre et le souvenir qu'en garda une postérité ignorante. Mais\nvous m'étonnez, je l'avoue, par l'avis de Platon que vous me\nrapportez. Le philosophe aurait ainsi proclamé dans notre art\nla prédominance du nombre. Tout autre est I'opmion qu'on lui\nprêtait, paraît-il, un peu après ma mort, et qui fut l'argument\nsuprême des détracteurs du contrepoint, au temps où quelques-\nuns, chez nous, entreprirent d'imposer un lyrisme profane en\nimitant la Tragédie de vos poètes-musiciens. Ils prétendaient\nque Platon écrivit : « La Musique est d'abord et avant tout\nParole ; ensuite et seulement après, Rythme et Son. »\nTERPANDRE. Hein? Platon... ?\nPALESTRINA. Du moins, c'est Maître Caccini qui l'affirme\net qui m'en enseigna le texte et sa portée, car je suis peu versé\nen ces matières. Il m'a dit l'avoir imprimé dans ses Nuove\nMusiche.\nTERPANDRE. Quoi! le seigneur Caccini? C'est de lui qu'O-\nlympos apprit votre langage et m'en procura les délices. Que\nje souhaiterais le connaître, et combien je déplore l'ombrageuse\namitié de Socrate qui s'est jalousement opposée jusqu'ici à\nnotre commun désir ! C'est une âme adorable, dit-on, tendre,\npassionnée, enthousiaste ; un homme affable et beau, au geste\nnoble, aux regards pleins de feu dont l'ardente douceur ensor-\ncelle ; la séduction émanerait de tout son être : sa voix dompte\net ravit Cerbère et ses discours ont la liuide magie du mélos et\ndes odes. Puisque vous êtes son ami et qu'il vous parle, confiez-\nmoi quelqu'un des secrets dont ses propos vous ont panois\nbercé...\nPALESTRINA. Mais je ne vois guère quels secrets... Nous\nne causâmes jamais que de musique ensemble, et, s il m a sou-\nvent fort intéressé par son savoir et son esprit, sa personne, en\nrevanche, ne m'apparut pas telle qu'on semble vous l'avoir dé-\ncrite. Elle évoque bien plutôt, chez moi, la vision d'indécis,\nmais hostiles et glabres visages, et, par un rapprochement\ninvolontaire assez inexplicable, sa présence aussitôt me rappelle\nune triste aventure dont je fus la victime, quand, excité pai des\nchantres envieux, notre vénéré souverain, Paul, Pape et qua-\ntrième de ce nom, m'exclut du collège et des chœurs de la\nchapelle Sixtine, pour l'unique raison que j avais une épouse\nfidèle à qui me liait indissolublement, d'une union légitime et\nbénie, le très saint Sacrement du mariage.\nTERPANDRE. Ah !... j'ignorais parcion, cher seigneur Pier-\nluigi que... vous eussiez pris femme... Toutefois, l'ostra-\ncisme dont vous fûtes frappé me confond nos Dieux, h nous,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.10", "texte": "104\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\navaient des prêtres et des prêtresses desquels, à dire vrai, ils\ntoléraient sans l'exiger un célibat selon leurs olympiens exem-\nples. Mais toute époque a son Olympe, et je connais trop peu\nvotre Ciel et ses mœurs. Notre Empyrée, autour des tables\nd'or, réunissait Héra, Pallas et Aphrodite, et Ganymède y\nversait l'ambroisie dans la coupe de Zeus. Or, sachez-le bien,\ndoux seigneur, prêtres, suppliants ou impies, les humains, de\ntout temps, ont imité les Immortels. Oh ! dites : ne pour-\nriez-vous m'amener quelque jour en ce bocage l'illustre et savant\nCaccini ? J'augure d'où vient son erreur et j'aimerais à l'en\nconvaincre : c'est simplement ce que, je crois, vous appelez un\ncontresens. Dans notre langue autant que dans la vôtre, un\nmot a quelquefois des acceptions diverses. Logos ne signifie\npas toujours « parole », mais aussi bien « canon », « proportion\nréciproque », ainsi que nous avons vu l'employer Pythagore et\ncomme on doit l'entendre dans la phrase dont me déconcerta la\ntraduction qu'on vous en fit.\nPALESTRINA. Mais alors, en voulant combattre et condam-\nner notre vieux contrepoint polyphone, Caccini et les siens\ninvoquaient justement ce qui eût dû servir sa cause ?...\nTERPANDRE. Rien ne me semble plus probable, si l'art dont\nvous parlez résulte de combinaisons sonores régies, sciemment\nou non, par le Nombre, ainsi que toute imaginable musique.\nNe serait-ce pas, d'ailleurs, impensable autant qu'impossible,\nqu'il en fût autrement? D'où naquirent les primordiales conso-\nnances, prototype et condition de toutes harmonies, armature de\ntout mélos, sinon de rapports numériques, ignorés d'abord et\nlongtemps, puis trouvés, reconnus peu à peu et dûment me-\nsurés par les faiseurs de syrinx et d'aulos ? La voix qui chante\ny obéit à son insu aussi fatalement que doit s'y conformer le\ncitharode en accordant sa lyre. Ma gloire fut de démêler cette\nénigme de la Nature, d'évoquer, le premier, la loi double et\ncommune du Nombre et ses vertus régulatrices en leur essence\nopposée. Pour l'avoir démontrée plus tard, Pythagore fut con-\nsidéré comme un Dieu ; ses adeptes adoraient son nom jusqu'à\nn'en oser point prononcer les trois fois sacro-saintes syllabes.\nC'est de moi, pourtant, qu'il reçut leséléments du problème insi-\ngne; de moi, à travers lui et ses disciples idolâtres, que s'inspi-\nrait Platon législateur, édictant pour les siècles l'oracle du Nom-\nbre ; car, ayant établi la période cyclique et constaté l'unanimité\ndes rapports, il poursuivait : « ... Conjoint et conjugué par cinq,\nleur principe épitrite donne deux harmonies par trois accroisse-\nments successifs. L'une également égale en ses facteurs et cen-\ntuple dans son produit. L'autre égale ou pareille en longueur,\nmais inégale en ses facteurs et différant dans l'un et l'autre"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.11", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n105\n\nsens : chaque nombre exprimé par des termes correspondant à\ndes diagonales rationnelles de la pempade, dont l'une inexpri-\nmable et manquant dans chacune des séries; deux termes étant\nirrationnels ; enfin, pour produit des facteurs, cent fois le cube de\nla triade. De la sorte et dans son ensemble tout entier, ce Nom-\nbre géométrique est maître des générations meilleures ou\npires. » Le divin Platon, en effet, trouvait ainsi dans la musi-\nque mieux que l'image la cause même de l'harmonie de\nl'univers, la source et la raison de toutes affinités ou de tout\nagrégat réalisable. Il en estimait la science nécessaire et la pla-\nçait au-dessus de toute autre, en proclamant son quadruple\npouvoir efficace dans l'eurythmie de ce qui constitue la subs-\ntance et la vie de toute humanité ; à savoir, l'esprit et le corps,\nla famille et l'État. Et, bien avant comme après lui, publiant\nla sentence du Maître, sans moi peut-être inconcevable, ceux de\nPythagore enseignaient : « La musique est l'union parfaite des\ncontraires, l'unification du multiple et l'accord de la dualité\ndiscordante. Car elle ne règle pas seulement le rythme et le\nmélos ; elle organise tout ensemble et coordonne tout système.\nSa fin est l'ordre et l'unité. » Et ils ajoutaient : « Or, le Dé-\nmiurge, lui aussi, est l'unificateur et le régulateur des choses, de\nqui la plus haute œuvre et la tâche suprême est d'harmonieu-\nsement pondérer la diversité discordante à l'instar de la Musi-\nque et de la Médecine, d'apaiser les conflits innés, d'imposer\nl'amour à la haine et de réconcilier, en un tout ordonné désor-\nmais, les antagonismes obscurs ou confus du Chaos. » Calmez\ndonc les scrupules où votre foi s'égare, je le soupçonne, ô pieux\nseigneur Pierluigi. Croyez-moi, la musique est agréable aux\nDieux surtout quand elle est belle, et lorsque nous chantons ils\nne s'embarrassent pas autant que vous vous figurez de saisir nos\nparoles ; car, depuis l'origine des siècles et des temples,\nelles n'ont pas beaucoup changé. Ils en connaissent trop la\nrengaine ; tandis que notre art est pour eux toujours plein de\nsurprises dont ils savourent l'inopinée jouissance et accueillent\nl'hommage comme une prière condigne, une aspiration vers\neux-mêmes par un acte à la ressemblance du leur. Notre génie\ncollabore à leur plus sublime ouvrage en coordonnant peu à\npeu le Chaos des harmonies occultes. C'est leur plus doux\nplaisir de nous voir étirer l'étoupe du chanvre sonore, la tordre,\nl'amincir sous leurs veux dans le fil ondulé du mélos, et en\ntisser pour eux des toiles délicates, d'éclatantes étoffes aux bro-\nderies toujours nouvelles, sans épuiser jamais la quenouille\ndes avenirs.\nPALESTRINA. Vos paroles, pour moi, sont pleines de mys-\ntère, ami proche et lointain. Durant ma vie mortelle et pèche-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.12", "texte": "106\nI.E MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\ncheresse je ne sus que chanter avec mon cœur, en esperant\nprier. Mon art, à cette fin, n'employa que les sons de notre\nvoix humaine, tels qu'ils résonnaient de mon temps com ines\nselon les tons du plain-cbant de notre sainte Kghse e\naies du contrepoint de nos maîtres flamands et fiançois. J i&\nrais tout d'un passé bien plus court que le vôtre enseveli sous\ntant de siècles, et je ne songeais pas a 1 avenir. Depuis que\ni'erre en ce déconcertant séjour, je connus, il est vrai, des eton-\nnements singuliers en découvrant l'œuvre des lendemains au\nhasard de troublantes rencontres, et ma stupeur n y lut pas\nmoindre qu'à vos dires touchant ce qui précéda de si loin mon\népoque. ...\nTERPANDRE. C'est que la matière sonore est vivante, o sei-\ngneur Pierluigi. Quand nous filons sa laine frémissante, nous\nimitons la plus douce des Moires : c'est de la vie qui sous nos\ndoigts palpite harmonieuse et s'incarne en une créature divine\ndouée de souffle à l'égal quasiment des êtres animés dont nous\nfûmes, et qui changent en grandissant. Seulement elle est im-\nmortelle, et nous passons. Pour elle, il n est pas d Athiopos,\net le fuseau de Lachésis après nous tourne en d auties mains\nqui dévident sans trêve l'éternel écheveau d inconnu. Je suis\nmal informé sur votre contrepoint, noble et savant confrère,\nmais je sais que votre musique est bien peu pareille a la nôtre\net possède une étrange beauté. Olympos arriva ici, un joui,\nencore tout éperdu d'en avoir éprouvé pour la première fois la\npuissance. lime conta l'extraordinaire histoiie de ce l>aibaie\n—un « Germain », disait-il improvisant des nomes inouïs\nsur une gigantesque hydraule...\nPALESTRINA. —Oui, je sais... C'est Bach qu on 1 appelle...\nJ'en suis aussi bouleversé que votre jeune ami put 1 être... Il\nvécut presque deux cents ans plus tard que moi. Je n'eusse\npoint imaginé la force et la subtile audace d'une telle polypho-\nnie, ni soupçonné la véhémence des sensations que j'y trouvai.\nCertes, cela est bien beau et je ne me lasse pas de l'entendre.\nMais peut-être payé-je ici d'analogues impures délectations\ngoûtées jadis, quoi que je fisse, devant l'autel où reposait l'hos-\ntie, réceptacle du Corps et du Sang de notre Sauveur.\n- TERPANDRE. Cet instrument, qu'il réussit comme par un\nprodige à construire, était pourtant, sinon spécial à votre litur-\ngie, du moins autorisé par elle, admis dans votre culte ?...\nPALESTRINA. En effet, déjà vers le soir de mes jours, l'usage\nde l'orgue commençait à s'implanter dans nos églises, où ses\nsymphonies alternaient avec les versets de nos cantiques.\nMaître Claudio Merullo, un de mes jeunes contemporains qui\nbrilla par son jeu à Saint-Marc de Venise, y gagna, je crains"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.13", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n107\n\nbien, plus de vaine célébrité terrestre que d'indulgences, si\npuissante est la séduction dont la musique nous enivre alors en\nsa polyphonie captieuse. Je remercie le Seigneur de m'avoir\nfait naître trop tôt pour acquérir quelque virtuosité dans cet art,\nde mon temps novice, et pour en déployer peut-être l'industrie\nau pied des tabernacles, exposé, livré sans défense au charme\ninsidieux des sons, à profaner le lieu sacré par un libertinage.\nCar je le crois encore, en dépit de vos rassurants sophismes,\non ne doit penser qu'au bon Dien en s'adressant à lui dans\nsa maison. Bienheureux les simples qui ne sont pas distraits\npar la beauté des choses! Le Royaume du Ciel est pour eux.\nTERPANDRE. N'aviez-vous donc point d'Apollon dans votre\nmorne Olympe, ou bien votre Zeus Triprôsope fut-il quelque\npetit-neveu d'Hécate au Triple Visage ? Mais je présume fort,\nbon seigneur Pierluigi, que l'ardeur de votre piété vous abuse,\ncar ces sombres divinités que j'ignore et dont vous redoutez la\ncolère formeraient une caste à part, jalouse, ignare autant\nqu'unique, dans la race des Immortels. Ceux-ci, venus de tous\nles Cieux, nous envahissent, depuis que de nouveaux concerts\nont retenti dans ce domaine. Nos Dieux amoureux de musique\nnous visitent plus volontiers et, dans leur lumineux cortège,\napparaissent soudain des êtres inconnus qu'on n'aperçut jamais\nen cet empire. C'est comme un flot mouvant de théogonies dis-\nparates qui monte, nous entoure et s'écoule impalpable en\nradieux méandres. A la vérité, je n'en saurais parler encore\nque d'ouï-dire, car je m'écarte peu du quartier des Hellènes et\nde ces bois paisibles ; mais Olympos m'a promis de me servir\nde guide chez les vôtres ou ceux qui vinrent après vous. C'est\nde lui que je tiens ces nouvelles, et, quelquefois, il fut témoin\nlà-bas de mystérieuses scènes. Vous connaissez sans doute un\nantre solitaire, tapis dans la verdure, où résonne à toute heure\nune sorte de cithare immense ?...\nPAT.ESTRINA. Certes. J'ai su, puis oublié le nom de celui\nqui l'habite, mais je surpris souvent Mozart y pénétrer. C'est\nlui qui joue ainsi. Je l'écoutai maintes fois du dehors, ému\njusqu'aux larmes, sans oser cependant m'approcher, car un\ngroupe attentif et bizarre barrait l'entrée de la caverne et sem-\nblait l'envelopper de clartés. Or ces gens étaient nus, la plu-\npart...\nTERPANDRE. Ah ! vos yeux l'ont donc vu comme ceux d O-\nlympos ! C'étaient, pêle-mêle étendus, enchaînés par la magie\ndes accords, l'ardent Dionysos et Psyché, les Grâces et Pan\ncôte à côte, Orphée et l'élégante Hébé près de Cybèle. Mais les\nDieux ont leurs préférences. Votre Bach est le favori d Apollon\nassidu, paraît-il, à l'entendre, en compagnie dun étranger"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.14", "texte": "108\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nqu'Olympos ne sut reconnaître. C'est un jeune homme a face\npâle aux longs cheveux bouclés et noirs comme sa ar\npue II paraît frêle et maladif. Ses mains blessées saignent par-\nfois et tachent sa tunique. Son front livide est déchire par une\ncouronne d'épines...\nPALESTRINA. Que dites-vous ?... .\nTERPANDRE. Un jour, à la fin d'un nome admirable, Olym-\npos le vit s'avancer tout à coup pour venir essuyer du pan\nde son manteau la sueur qui ruisselait sur les joues du Barbare\nessoufflé. Ensuite, il étendit les bras, comme s il eut voulu lui\nrendre hommage ou le bénir...\nPALESTRINA. Est-ce possible ?... Un hérétique ....\nTERPANDRE. Mais c'est, je crois, l'un de vos compatriotes,\nun certain seigneur « Riccardo », qui réunit chez soi les Dieux\nles plus divers Là, toutefois, ils entrent au lieu de rester à la\nporte, car sa demeure est somptueuse et vaste. Certain soir,\nOlympos s'y cacha dans la garde-robe encombrée de précieux\ntissus, au moment où, se croyant seul, Riccardo s asseyait de-\nvant l'un de ces instruments miraculeux, qui ont le son des\nvoix humaines ou de cent formidables lyres et 1 aspect des ailes\nde Kronos. Ce fut un spectacle indicible. L'homme semblait\nperdu dans un rêve d'extase enthousiaste ou mystique ; il\njouait et chantait tout ensemble, hurlant, trépignant, se pâmant\ncomme un énergumène inspiré. Il invoquait l'Amour fatal, la\nNuit auguste, un Fleuve d'or, un Anneau malfaisant et sans\ndoute aussi des Démons, qu'il appelait Klingsor, Vénus, Eli-\nsabeth ou Graal. Et, peu à peu, tout l'antre resplendit comme\ninondé d'une aube. Flottantes d'abord, incertaines, des figures\ndiaphanes surgirent, qu'on eût dit émanées de l'ombre. Olym-\npos reconnut Eros, très grave et blond, et la sentimentale\nAphrodite. Auprès d'eux, un Géant, borgne, armé d'un épieu,\nse dressait au milieu d'un troupeau de rousses Amazones cou-\nchées, bardées de fer, sur un amas de lances et de boucliers.\nEnfin, non loin de là, mais isolée pourtant, une femme au\ndoux visage berçait, pleine de grâce, un tout petit enfant sur\nses genoux. Elle lui souriait tendrement, encadrée du bleu cru\nde son voile semé d'étoiles découpées et dont les plis raides\nd'empois se cassaient sur le lin de sa robe écarlate. Et son\ndoigt battait la mesure, tandis que le bambin contemplait le\nfougueux aède et, tout joyeux, lui envoyait des baisers brusques,\nqui dérangeaient son auréole...\nPALESTRINA. Dites-vous vrai ? Quoi !... la Madone !... notre\nSainte Vierge Marie !...\nTERPANDRE. Serait-ce là votre bonne Déesse, celle que vous\ncraigniez si fortd'avoirnaguère offensée enchantantses douleurs?"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.15", "texte": "DIALOGUES DES MORTS\n109\n\nPALESTRINA. Oui, c'est e11e... et son divin Fils : ici, symbole\nd'innocence, pur Chérubin, Agneau sans tache promis à l'holo-\ncauste ; là, sous les traits du Rédempteur flagellé, couronné\nde sang et d'épines...\nTERPANDRE. Je n'espérais pas tant pour vous convaincre.\nVous le voyez, cher et pieux seigneur Pierluigi ; vos Dieux\naussi subissent l'enchantement vainqueur. La musique est la\nplus puissante des prières, puisque nul Immortel ne résiste à\nson charme. Tous les Dieux l'aiment, l'honorent ou la cultivent,\net en recherchent les ivresses. Les vôtres vous en donnent\nl'exemple. Imitez-les, et jouissez sans remords d'une beauté qui\nles ravit eux-mêmes.\nPALESTRINA. —Mon âme est trop troublée, ami, pour que je\nsache vous répondre... Une joie secrète, invincible, descend sur\nmoi comme un pardon... Et cependant, j'ai peur encore ; non\nplus de mon plaisir, peut-être, mais du péché d'orgueil auquel\nje succombai jadis... Le Saint-Esprit m'éclaire, m'assiste et\nm'en préserve !...\nTERPANDRE. Rassurez-vous, bon seigneur Pierluigi. Aimez,\ncomme vos Dieux, notre doux art sonore et soyez fier toujours\ndes chefs-d'œuvre du génie qui fut vôtre. C'est adorer les Dieux\nqu'admirer la beauté des choses. Mais la créer, c'est mieux que\nles prier : c'est leur plaire et les égaler.\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.16", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\nARS ET HUMANITAS\n\nIl semblerait que la qualité la plus caractérisée chezl homme\nsoit la destructivité. Cette triste propension est un des vesti-\nges les plus invétérés de notre hérédité pré-adamique, poui em-\nployer un mot tant soit peu courtois. En effet, poui dix qui\ncréent, il yen a cent qui détruisent \\ car non seulement ceux\nqui produisent sont les plus acharnés à défaire le travail des\nautres, ce qui peut s expliquer, sinon s excuser, niais ceux cjji\nne font rien sont toujours prêts à miner ou attaquer de toutes\nfaçons ce qui a été fait. Que nous importe que les œuvres soient\nbonnes ou mauvaises, pourvu qu'elles ne se gênent pas mutuel-\nlement et qu'elles ne s'imposent pas a ceux qui ne les deman-\ndent pas ? (Du reste, quel critérium ne serait arbitraire ?)\nL'existence d'une œuvre est sacrée. Il y a eu dépense de\nforce, de vitalité, quelque chose delà matière créatrice quia\ntraversé l'homme et que l'on n'a pas plus le droit de détruire\nque l'on n'a celui de détruire delà vie. C'est travailler à rebours,\nc'est empêcher la marche que de vouloir supprimer quoi que\nce soit. Quel découragement pour qui désire faire n'importe\nquoi, de voir qu'il n'y a pas une seule œuvre au monde qui\nn'ait été l'objet d'une attaque, depuis la folie incendiaire d'E-\nrostrate jusqu'aux dernières poses des garnitures de loges, dont\nla profession est d'afficher du mépris pour les gloires trop uni-\nversellement estimées ! Pourquoi ne pas supporter la libre co-\nexistence d'œuvres diverses? On dirait que dans les arts encore\nplus qu'ailleurs on n'a pas ses coudées franches.\nCréer pour détruire semble être la devise humaine, et même\nsi l'on ne va pas jusqu'à détruire sa propre œuvre, la solidarité\nhumaine devrait être assez étroite pour qu'on ne fît pas aux\nautres ce que l'on craindrait pour soi. Curieuse conformation\nde la nature humaine, de ne jamais pouvoir aimer sans éprou-\nver en même temps le sentiment contraire, c'est-à-dire une\naversion militante pour l'art dont l'idéal est opposé. A quoi"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.17", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n111\n\nbon et quelle fatigue ! Les hommes sont si infimes que lors-\nqu'un d'eux est devenu grand, ils croient que c'est un Dieu et\ns'acharnent aie rabaisser, à l'avilir, oubliant qu il était un des\nleurs et rien de plus. Ils lui substituent le Dieu de\nleur snobisme, car ils restent malgré tout idolâtres il ny a\nque le respect auquel ils se refusent.\nUne certaine superstition a cependant sacré les choses ap-\npelées antiques, dont on ne sait plus les auteurs ; alors le com-\nbat finit pour ainsi dire faute de combattants. Dans d autres\ncas on se rattrape, lorsqu'on se trouve malgré tout poussé a\nadmirer, en niant la paternité ou en lui substituant une autie.\nEvidemment Shakspeare n'a jamais écrit ses drames, mais\nbien probablement c'est Bacon qui en est l'auteur. La belle\naffaire ! Que le tas de poussière (toujours pour parler poliment)\nse soit appelé Shakspeare ou autrement, cela n empêchei a\ntoujours pas Jules César de me remuer 1 âme.\nEgalement ridicule le « hero-worship » qui s'attache au grand\nhomme à la mode : tels, à Bayreuth, les bouchons de carafe à\nl'effigie de Wagner.\nPuisque nous prononçons ce nom, ce serait la place de remai-\nquer combien les « libres penseurs » de la musique sont déchaî-\nnés contre ce malheureux grand homme. Mais aussi qui a été\nplus imposé ? On en a rebattu les oreilles les plus paisible^.\nIl y a de plus réaction contre la ridicule adulation de la per-\nsonnalité, cette dernière toujours confondue et embiouillée avec\nl'œuvre. C'est une erreur assez naturelle, mais qui n en est pas\nmoins, je crois, erreur, que de vouloir déduire quoi que ce soit\nsur la production par la connaissance du producteur ou îéci-\nproquement. La sincérité en art n'existe chez le grand altiste\nqu'autant qu'il imprime à son art sa façon de se manifestei.\nMais ceux qui mettent la sincérité dans l'expression scrupu-\nleuse de leurs sentiments vrais seulement, mettons de leui ca-\nractère, ne vibreront que sur une corde. C'est, je crois, le cas de\nCésar Franck; une sorte de béatitude ou de douceur céleste\némane de son œuvre. Peut-être faut-il être un peu « bluneui »\npour traduire également bien l'érotisme païen de l risian et la\nreligiosité protestante de Parsifûl. Du îeste, laïc ne do.i\nservir à exprimer les sentiments de l'auteur, mais doit en éveil-\nler chez les autres. Sans cela on a des compositeurs comme\nJ.-J. Rousseau ou comme Nietzsche. Il ne doit pas etre un\ninstrument. En art rien ne doit être utilitaire, il iaut_ que\nmême le point de départ soit plastique. L artiste musicien a\nla musique dans la tête, et non des émotions qu il va traduire\npar ce langage-là parce que par hasard c'était celui qui ui\nconvenait le mieux. Le génie naît avec mille mélodies qui"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.18", "texte": "I 12\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nlui chantent à son insu et à l'instar de tous ses états d àme.\nL'enfant Mozart ou les enfants-peintres ne se mettaient pas\nà l'œuvre pour essayer d'exprimer des sentiments abstraits\nqu'ils ne pouvaient avoir et pour - lesquels la parole a été créée\ndans l'adolescence seulement de l'humanité, mais les enfants-\ngénie sentent déjà en eux la poussée de la création du beau plas-\ntique. Lorsque Aubrey-Beardsley s'asseyait pour faire un de ses\ndessins surnaturels, il ne savait souvent ce qu il allait dessiner*\net laissait errer sa plume. Rien de moins littéraire que le. point\nde départ de son art. ....\nLe génie doit jouer avec le cœur humain, faire vibrer en\nlui toutes les cordes ; il doit pouvoir élever jusqu'aux cieux,\nprécipiter jusqu'aux enfers. Un art qui reste unilatéral et qui\nvoudrait servir à la moralisation ou à un but utilitaire sera\nforcément incomplet et s'écartera de nouveau de la plastique\npure. Cet autre art sera-t-il moins honnête, moins sincère que\ncelui-ci ? Peut-être, mais il sera plus grand et sera à la fois\nhumain et divin. Et le demi-dieu qui, sans descendre de son\npiédestal, sans succomber aux faiblesses, sans subir les défail-\nlances de ceux qui l'écoutent, s'amusera à faire rendre à la lyre\nhumaine toutes les sonorités qu'elle possède, ses cris, ses\npleurs, ses extases, ses joies et ses béatitudes, celui-là ne sera-t-il\npas un peu charlatan? Et même s'il se suggère momentané-\nment pour les besoins de sa cause les sentiments qu'il provoque,\nne faut-il pas qu'il garde la tête froide ? Car il faut se posséder\nsoi-même si l'on veut posséder les autres.\nPour en revenir à la critique et terminer ces réflexions\ncomme elles ont commencé, je dirai encore que chez celle-ci\nl'esprit de contradiction (toujours la destructivité) joue les trois\nquarts du rôle ; le dernier quart consiste à mettre son dieu à la\nmode pour être ensuite écœuré de l'aplatissement des masses\ndevant le nouveau pantin articulé à mécanique. La vérité, c'est\nque l'on ne veut pas être comme tout le monde, mais on veut\nque tout le monde soit comme on est.\nQu'importe que Wagner ait été oui ou non grand, musicien,\nphilosophe, poète ou autre chose ? Son œuvre existe, cela suffit.\nCeux qui voudront l'entendre s'arrangeront pour cela ; ceux\nqui voudront y trouver goût devront le faire sans fausse honte.\nCe sont de petits plaisirs d'un ordre privé qui ne devraient\nen rien gêner les antiwagnériens ouïes empêcher de se délecter\naussi comme bon leur semble.\nMais tout ceci est dans la force des choses. On peut se dire\nque la loi la plus fatale est celle de la réaction. Le tour de cha-\ncun viendra, et il est inutile d'aller à l'encontre. La productivité\nse défend toute seule, de même que la terre se défend contre la"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.19", "texte": "Croquis d'Album inédit de Ch. Lèandre"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.20", "texte": "surpopulation par les épidémies, guerres et de mille autres\nmanières. Il vaut mieux empêcher la production que de la\ndétruire.\nEt les hommes dans tous ces efforts de contrebalancement\nne voient pas qu'ils ne sont que l'instrument aveugle de l'équi-\nlibre et de l'impitoyable statique universelle.\n\nArmande De Polignac.\n\nLE MERCURE MU9ICAL.\nPENSÉES D'AILLEURS\n113\n8"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.21", "texte": "SALADE ROSSE\nUNE RÉPÉTITION DES CHŒURS.\n\nM Laerille le sympathique sous-chef, monte lentement les\nétaL qui cônduisem au foyer de l'Amphithéâtre, ou, en\nd'autres termes, à l'Enfer du Paradis. , . , ..\nNeuf heures du matin ! Lagrille monte, a aenu reveiJe , il\nsemble gravir un calvaire; son petit chapeau rond et sombie de\nfeutre mou simule vaguement, dans la pénombre, une couronne\nmortuaire: le petit homme à barbe blanche arnve enfin dans\nle foyer où les choristes, en attendant l'heure du supp ice, se\nsaluent en singeant les manières du grand monde, s interpellent\nen exagérant le timbre de leuis voix.\nLes parties sont distribuées; le pianiste frappe les premiers\naccords. On s'installe alors sur les banquettes sans dossiers et,\ncomme le nombre en est insuffisant, on se tasse, on se serre, on\nse rentre les coudes dans les hanches. L'électricité s ahume ; on\nne se parle plus qu'à voix basse, on se mouche, on tousse, on\ncrache dans ses mouchoirs. Lagrille monte au pupitre, le bâton\nse lève pour la première mesure d'un oratorio marocain de\nGrandbois. Pas facile cet oratorio, les respirations en sont lon-\ngues, les intonations épineuses, et puis, «. c est le matin », les\npoumons ne fonctionnent qu'à grand peine; il y a des enats dann\nles gosiers, les voix baissent lamentablement en dépit des gri\nmaces d'horreur du sous-chef et du pianiste, en dépit du biblio-\nthécaire qui fait la navette des ténors aux basses, donne la note\net tente vainement de reprendre le ton. On reprend, on détaille,\non nuance, on décompose la mesure, on fait du solfège, on dit\nles notes, puis les paroles, on chique toutes les pastilles de\nFrance et de Navarre. Au bout d'une heure on est à court de\nsouffle, les traits se tirent, les yeux s'injectent de sang, les\nvisages sont congestionnés, et comme faute de pendeiies on a\ngardé pardessus, foulards, chapeaux, en sortant on pincera une\npneumonie ; la semaine suivante on se dira avec des larmes\ndans la voix : « Ce pauvre Machin est mort ! »\nLagrille est bon enfant; il a pour ses choristes une affection"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.22", "texte": "SAI-ADE ROSSE\n115\n\ntoute paternelle ;il voudrait bien ne pas les fatiguer, les sur-\nmener, les harasser, les exploiter au compte du patron qui,\npour avoir moins de répétitions à payer, met les bouchées\ndoubles.\nDix heures et demie !\nYodor, le cher maître Vodor, envoie sa serviette par le con-\ncierge de l'établissement, car une serviette, une simple serviette\nd'avocat sied peu à celui dont le génie consiste à faire prendre\ndes Messie pour des lanternes.\nVodor apparaît à la porte de l'enfer, descend majestueuse-\nment un, deux, trois, quatre degrés, comme s'il était drapé d'un\nfabuleux manteau d'hermine, avance comme au son d'une mar-\nche solennelle. C'est lui ! le maestro à manchettes ! lui ! que sa\nfemme appelle dans l'intimité : le « mangeur de lauriers ! »\nlui ! que le public applaudit comme à Guignol... Il arrive,\nsavonne d'importance le malheureux Lagrille,qui n'a pas assuré\nle matériel nécessaire à la répétition d'une œuvre de Berlioz.\nBerlioz ! Beethoven ! dont les initiales font Bébé, tels sont ses\ndeux grands chevaux, ses favoris. Lagrille baisse la tête sous\nl'orage ; s'il n'a pas assuré le matériel, c'est peut-être avec in-\ntention, dans l'intérêt même de ses choristes, sachant que le\npatron, en attendant l'arrivée du compositeur Grandbois, ne\nmanquerait pas de faire travailler Berlioz afin d'économiser une\nrépétition. Lagrille rougit, s'efforce de sourire, nul n'a le cou-\nrage de le défendre. Pensez donc ! Tenir tête à Yodor, ce bras-\nseur d'affaires et de symphonies !...\nM. Grandbois arrive à son tour, il est une demi-heure en\nretard, ne s'excuse pas, prend la baguette, dirige son œuvre.\nTrès satisfait de l'exécution, il félicite Vodor, qui n'a rien fait.\nLagrille jubile! Vodor fronce les sourcils : il sait que, pour les\nchoristes, les louanges ne s'adressent pas à lui, mais à son sous-\nchef. Il bondit au pupitre, fait reprendre, discute longuement\nsur le point d'une noire, sur le cinquième d'un pianississimo\net, très content de lui, termine la répétition à midi et quart.\nChacun se retire ; les choristes sortent abrutis, épuisés, à demi\nmorts, et pour leur peine toucheront quatre francs, juste de\nquoi s'acheter quelques potions pour recoller les cordes vocales.\nM. Vodor monte dans une voiture au mois (aux frais de\nl'orchestre) et, tout bouffi d'un ineffable orgueil, regagne son\nhôtel.\n(A suivre.)\n\nJean Rage."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.23", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard : Liszt et M. Arthur Coquard. Concerts Colonne : M. Enesco.\nMlle Selva, MM. Henry Expert et Romain Rolland. MM. Poueigh et Inghelbrecht. M. R\nVines. MM. Hamburg et Kreisler. —M. Walter et Mm 9 Blanc. Soirées d'Art. Mme Lan-\ndormy-Plançon et le Quatuor Parent. M. Josef Hofmann. M. G. Hue. Concert Galeotti-\nCapet.\nAprès la tumultueuse, gesticulante et quelque peu blagueuse\nde Faust de Berlioz, avant le mystique oratorio de Schumann, M. Chevil-\nlard a fort bien fait de nous remémorer l'Ouverture et le Poème symphoni-\nque dont Wagner et Liszt illustrèrent, eux aussi, le plus beau mythe de la\npoésie moderne. UOuverture pour Faust date, sous sa première forme, de\n1840 ; elle est donc antérieure à Rienzi et au Vaisseau-Fantôme. Il est\nd'autant plus curieux d'y trouver déjà esquissés un motif du Tannhauser\net l'un des principaux thèmes de Tristan ; l'écriture des instruments à vent\nfait aussi présager le futur maître de l'orchestre ; et cela, en rappelant\nWeber. La couleur générale est sombre : Wagner a voulu peindre la lutte\ndésespérée de Faust avec les esprits de vie ; et cette lutte ressemble à\ncelle qu'il dut soutenir aussi, pour gagner l'anneau de la toute-puissance\ncréatrice, le même qu'une fée bienveillante avait passé au doigt de Liszt\ndès son berceau. La facilité heureuse, la grandeur sans effort et la généro-\nsité : qualités rares, de plus en plus rares en la laborieuse musique d'au-\njourd'hui ; ce sont celles de Liszt. Son Faust, d'abord sombre et désespéré,\nlui aussi, finit par des accents d'espoir et de joie conquérante ; Siegfried,\nà son départ, ne chevauche pas un plus noble coursier. Et de quelle déli-\ncate et pure mélodie il sut tracer la figure de sa Marguerite, vierge candide,\nembaumée de tendresse, qui veut guérir ce cœur inquiet, et ouvre ses bras\nintacts en un chaste abandon de soi-même! Nous sommes ici bien plus\nprès de l'Eloa de Vigny que de la petite bourgeoise sentimentale dont\nGœthe esquissa, non sans quelque ironie, le profil enfantin. Gela tient à ce"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.24", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n117\n\nqu'un génie comme Liszt embellit tout ce qu'il touche, et aussi peut-etre\nà ce que le bon abbé comprit, mieux que le hautain poète, le dogme de la\nrédemption par la Femme. Le personnage de Méphisto, qui ferme le\ntriptyque, est admirablement tracé, lui aussi : il y a dans son rire satani-\nque toute la hardiesse d'écriture d'un Strauss, mais appliquée à des idées\nmusicales, et toutes les intentions de coloris d'un Berlioz, mais réalisées.\nEt cela se termine par une merveilleuse ascension d'accords : une calme\nlumière rayonne, le ciel s'entr'ouvre, où l'on entend planer les voix du\nchœur mystique sur le motif de Marguerite transfigurée. Je ne connais pas\nde plus belle, de plus émouvante apothéose, et je me demande si le nom\nde Père, dont nos musiciens saluent aujourd'hui leur maître Franck, ne\nconviendrait pas bien plutôt à Liszt, père magnifique et souverainement\nbon de toute la musique moderne.\nM. Chevillard a conduit ce chef-d'œuvre avec une précision, une\nénergie et une ardeur de conviction qui ont déchaîné 1 enthousiasme. Du\nConcerto pour violon de Sinding, qui précédait, je n'ai pas grand'chose à\ndire : c'est de l'art bien plus allemand que Scandinave, et allemand dans\nle mauvais sens du mot. Car nous ne sommes pas les seuls à connaître\nles platitudes de la musique de métier. Les impressions norvégiennes de\nM. Coquard sont fort jolies, au contraire, et plus personnelles que je n'osais\nespérer, connaissant la réserve habituelle de leur auteur. L orchestre,\nsonore et délicat, a de poétiques couleurs, et j'ai beaucoup goûté la\ndouceur aérienne qui succédé, dans le second tableau, a la danse rustique\ndu début; ainsi que les mélancoliques grisailles du Cap Nord, et leur\nillumination par la crudité des cuivres, et la lente retombée, irrésistible,\ndes froids brouillards. Le premier morceau commence d'une manière\ncharmante, avec ce chant de hautbois prolongé par la flûte grave ; dans la\nsuite je rencontre une marche d'harmonie un peu trop marquée, et une\nmélodie moins distinguée que je ne voudrais. La mélodie, je veux dire\nla grande phrase développée, à l'ancienne mode, est-elle bien ce qui\nconvient à M. Coquard? Je ne sais trop ; pour ma part, j aime mieux sa\nmusique lorsqu'elle traduit finement de justes impressions, et ne s'exténue\npas à être sentimentale. Et voilà pourquoi je mets cette suite d'orchestre\nau-dessus de tout ce qu'il a écrit jusqu'ici.\nLe 16 janvier, M'ie Blanche Selva reprenait la série coutumiere de ses\nhommages à Jean-Sébastien Bach, dont elle est sans contredit la plus\ndigne prêtresse : car mieux que tout autre elle sait dessiner en lignes\npuissantes la figure du dieu, qui ne fut du tout un dieu insensible, mais\nun dieu fort, dont la tristesse était vaste et grave comme la nuit, et dont\nla joie faisait bondir les montagnes pareillement aux agneaux des brebis.\nTelle est, en effet, la vertu de cet art multiplicateur, où toute idée se\nrépercute à plusieurs reprises, que tout y prend un caractère d immen-\nsité. C'est ce caractère que Mlle Selva sait excellemment garder aux\noeuvres même les plus légères, telles que le Vabsence\nfrère chéri, ou la charmante Suite française (2e du recueil), par la haute\ndignité d'un style toujours expressif, mais jamais infléchi en accents\npersonnels. Le concert commençait et se terminait par une Sonate pour\nviolon et piano : M. Nestor Lejeune, au nom contradictoire, s'y est\nmontré bon musicien, mais violoniste inexpert et mal assuré . on ne\nreconnaissait plus le valeureux alto du quatuor Zimmer.\nA l'école des Hautes Études sociales, M.Henry Expert retraçait, en\nune fort jolie causerie, l'histoire de la musique vocale, depuis 1 organum\nd'Hucbald jusqu'à Mouton, Certon et Passereau : et ses chanteurs, après\nlui, firent éclore les grêles et souvent délicieuses fleurs de 1 art primitif. Le\n18' janvier, M. Romain Rolland nous faisait connaître les précurseurs de"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.25", "texte": "118\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nBeethoven dans cet art si particulier, et si vraiment « social », du lied\nallemand : Mll6 Luini, timide à juste titre, et M. Jan Reder, admirable de\nvoix et de style, illustraient cette claire et très instructive leçon d'exemples\npresque tous nouveaux pour nous, desquels je retiendrai surtout un air de\nGluck, d'une vigueur admirable ( Willkommen, du silberner Mond), et de\njolies chansons du bon Hiller et de Peter Schulz. On trouve là les pre-\nmiers traits de plus d'une mélodie de Beethoven, ou, pour mieux dire,\nde la mélodie de Beethoven, qui prit la forme, mais y répandit toute son\nâme.\nDes diverses œuvres nouvelles exécutées au dernier concert de la\nSociété Nationale (20 janvier), la Sonate pour piano et violon de Jean\nPoueigh est sans doute la plus belle d'espérances et la plus riche de\npromesses. Car on y remarque un accent très sincère et une inspiration\nmélodique qui se ressent encore un peu trop de Franck et de Lekeu,\nmais dont on reconnaît, à certaines inflexions, la personnalité prochaine.\nLa forme n'est pas parfaite encore : je ne parle pas de l'écriture, fort\ncorrecte, mais du plan, qui n'est pas assez suivi. L'œuvre sera sans\ndoute remaniée et resserrée quelque peu avant de paraître chez Demets,\ndont elle sera loin de déparer la belle collection moderne. MM. Enesco\net Aubert l'ont interprétée avec beaucoup de charme et des mouvements\nun peu trop lents à mon gré.\nLe Noclume pour piano et violoncelle de M. Inghelbrecht décèle, au\ncontraire, un talent très sûr et très maître de ses effets; les sonorités du\npiano sont d'une mélancolie charmante, je les préfère au chant du vio-\nloncelle, peut-être oiseux. M. Inghelbrecht me paraît un musicien bien\ndoué, dont on appréciera mieux les qualités à l'orchestre. Quant à\nM. Claude Guillon, il n'a tiré qu'un assez médiocre parti des jolis tableaux\nrustiques que lui proposait une muse familière. Malgré une déclamation\nsoignée, beaucoup de bonnes intentions, et tout le talent de MUe Jane\nArger, ces mélodies m'ont paru un peu pauvres en musique. Il est vrai\nque trois exquises chansons de G. Fauré leur portaient un ombrage plus\nfuneste que celui du mancenillier.\nOn me demande, de différents côtés, des nouvelles de la conférence\nque j'ai faite le i 5 janvier, au Cercle catholique, sur la musique de\nl'Extrême-Orient. Il m'est bien difficile d'en parler décemment ici ; mais\nje la publierai dans une de nos prochaines livraisons, et l'on pourra juger\nde la sorte si 1 accueil si flatteur qu'elle a reçu du public fut ou non\nmérité. Mais je puis dire au moins que Ricardo Vinos a joué des danses\njavanaises et les Pagodes de Debussy avec cet art merveilleux, qui sup-\nprime l'effort et fait apparaître, toute pure et toute simple, la beauté de\nl'œuvre.\nbien des choses à dire encore : à louer M. Emile Bosquet\ndevoir mis à son programme les Jardins sous la pluie, M. Riccardi Prati\nd'avoir choisi, parmi ses compatriotes, Frescobaldi, Scarlatti et Martucci,\nMHe Guimaraès d'avoir brillamment exécuté Liszt, Schumann et Chopin,\net M. Pomposi d'avoir joué, avec la nervosité la plus distinguée, la Sonate\nde Franck et le Quatuor de Debussy. Mais il me semble que je sévis\nbien longuement aujourd'hui. Un mot encore, pour dire que le trio du\nFreyschut? fut délicieusement interprété, au dernier concert Clémandh,\npar MU0 Suzanne Labarthe, charmante Agathe, Mme di Marco, excellente\nélève de Mmo Chevillard, et M. Fernet. Et je vais me délasser en lisant\nle Mercure musical Louis LALOY.\nIl faut féliciter M. Colonne d'avoir encouragé un jeune en jouant de\nlui autre chose qu'une œuvrette : la symphonie de M. Enesco est une"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.26", "texte": "REVUE 1»E LA QUINZAINE\n119\n\nœuvre de belle dimension et qu'il importe de ne pas laisser inaperçue.\nDélaissant la forme du poème symphonique et la musique descriptive,\nM. Enesco a fait œuvre de musique pure dans cette symphonie aux allures\npresque classiques.\nLe premier mouvement, qui est le plus développé, s'annonce par des\ncuivres dont l'éclat gagnerait à être un peu moins vif. Le développement\net la combinaison avec un second thème qualifié par le programme de\n« féminin » sont très bien venus et d'une belle envolée. L'andante qui\nlui succède a été le mouvement le plus applaudi. La mélodie exquise se\npromène des clarinettes aux flûtes puis aux violoncelles avec une aisance\net une passion discrètement exaltée qui en font une page délicieuse. J'aime\nmoins le dernier mouvement, dGnt le développement moins poussé que\ndans les deux parties précédentes paraît décousu et où quelques bruta-\nlités orchestrales n'atténuent point la légère déception qu'il provoque.\nL'œuvre n'en est pas moins très intéressante,pleine de qualités qui dénotent\nen M. Enesco une âme de vrai musicien.\nCH.\nAinsi qu'il sied à des têtes couronnées, les rois du clavier et les princes\nde l'archet qui se font entendre àla Société philharmonique, sont, en géné-\nral, dépourvus de toute modestie. En revanche, ils ont beaucoup de talent.\nDe ceux-là sont MM. Mark Hambourg et Fritz Kreisler, applaudis tous\ndeux au concert du 16 janvier.\nLe premier, un Russe naturalisé Anglais, fit son éducation artistique à\nVienne. (Toute l'Europe, quoi!) Au piano, avec un éclairage complice, il\nressemble à M. de Max, en plus maigre il est vrai. M. Fritz Kreisler, né à\nVienne, est un lauréat de notre Conservatoire. On nous dit qu'il « se tira\nheureusement, quoique blessé, de trois duels dangereux ». Cette épithète\nme ravit. Quoi qu'il en soit, M. Kreisler brandit son archet avec tellement\nde fougue que Ton se demande si, parfois, il ne se figure pas tenir encore\nepee.\nJe me vois dans la nécessité de faire quelques réserves sur la manière\ndont ces deux virtuoses ont interprété la Sonate en la majeur de Mozart.\nLà où il fallait de la simplicité et du moelleux, nous avons eu peut-être\npar une exagération inutile des nuances —une exécution trop souvent sac-\ncadée. Par contre, M. Hambourg dans du Chopin et la Ballade de Grieg\n(le programme annonçait Gavotte et Variations de Rameau) et M. Kreis-\nler— dans Allemande, Courante et Double de Bach, et, surtout, dans Chan-\nson Louis XIII et Pavane de Louis Couperin, œuvre d'une musicalité char-\nmante et d'une fraîcheur exquise, méritèrent amplement les acclama-\ntions et les rappels qu'un public enthousiaste ne leur marchanda point.\nTout l'intérêt du dernier concert de la Société Bach allait à M. Georg\nWalter, ténor solo de la Singakademie et de la Société Bach de Berlin.\nRien de plus justifié. La très belle voix de M. Walter est d'un timbre ex-\ntrêmement agréable, et il la manie avec une absolue maîtrise. C'est dans un\nstyle excellent qu'il a chanté la cantate pour ténor solo : Misérable mortel\nque je suis, et celle :Oh ! viens, Jésus, notre Sauveur! Mlle Eléonore Blanc\net M. Louis Bourgeois lui donnaient ici la réplique ; ils eurent donc, et à\nbon droit, leur part dans les ovations qui furent nombreuses et répétées.\nSignalons aussi une très bonne exécution du Concerto en la mineur pour\npiano, flûte et violon, par Mlle Ritter, et MM. Hennebains et Daniel Herr-\nmann. L'on regrette de trouver un peu de flottement dans les chœurs ;\nmais l'orchestre, dirigé par M. Bret, se montre toujours discipliné à\nsouhait.\nMlle Eléonore Blanc triompha également àla Matinèe-Danbé du 17 jan-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.27", "texte": "120\nLE MERCURE MUSICAL I-11-0Ô\n\nvier. Ces séances se poursuivent avec un très vif succès ; mais celle-ci fut\nparticulièrement intéressante. C'est dans du Rameau : air de Castor et Pol-\nlux, et du Berlioz : Y Absence, que l'excellente artiste se fit applaudir. A\ncôté d'elle, citons Mlle Renié, harpiste talentueuse, dans des musiques qui\nTétaient moins; Ml*6 Mary Garnier et M. Delvoye de l'Opéra-Comique, et\nenfin le quatuor Soudant, qui interpréta avec sa vaillance habituelle un\nQuatuor de Weingartner et le Finale du quatuor no 4 de Beethoven.\nJEAN POUEIGH.\nSoirées d'art. Jeudi 11 janvier. Admirable exécution du ise quatuor,\nen la mineur (op. 132) de Beethoven, où s'exhale et prie une humanité si dou-\nloureuse et si sereine. « La joie par la souffrance », la maxime de Beetho-\nven, est la devise de l'œuvre. L'art qui idéalise tant d'angoisse reste incom-\nparablement simple, avec des retours imprévus au style des vieux maîtres.\nLe quatuor Capet a dit avec la gravité qui convient le chant religieux sur le\nmode lydien, qui sert d'andante, voix qui montent, se pressentvers un inac-\ncessible infini et meurent, entrecoupées de larges accords des orgues. Et\nquel réveil après l'apaisement ! Le finale, avec ses trois mouvements, alla\nrnarcia, assai vivace, allegro appassionato, frémit d'une joie fièrement con-\nquise. La Grande fugue (op. i 33), en si bémol (qu'un programme facétieux\nintitule Grosse fugue), est un défi à toute formule, je n'ose dire à toute exé-\ncution instrumentale, après la généreuse interprétation de M. Capet. Est-ce\ntout ? Mettons que ce fut tout et que nous n'avons pas trébuché de si haut.\nJeudi 18 janvier. —On a su gré à trois mélodies de M. Léo Sachs de\nfaire valoir la diction dramatique et fort habile de MU® Louise Grandjean.\nMais dans deux œuvres dignes de son talent, Rêves de Wagner et Ich\ngrolle nicht de Schumann, elle a pu affirmer sa haute intelligence de l'art\nallemand, disons mieux, de l'art. M. Richard Buhlig était pour moi un\ninconnu. Je crois que son agilité très nerveuse pourrait s'exercer mieux\nqu'aux dépens du Prélude, Choral et Fugue de Franck. Le quatuor Capet\nobtient son succès ordinaire, plus mérité que jamais, dans le dernier quatuor\nde Beethoven.\nDans la salle sEolian, maquillée d'un vernis céleste, comme tel cabaret\nde Montmartre, le Quintette de Franck, par un contraste spirituel, reçoit une\ninterprétation convaincue, respectueuse, grave. Mme Landormy-Plançon et\nle quatuor Parent forment un excellent ensemble.\nM. Joseph Hofmann est un enfant de génie depuis l'âge de neuf ans. Quel-\nques années ont passé depuis. Je n'ai entendu que le second concert qu'il\na donné salle Erard. Son mécanisme vigoureux, la solidité de son rythme\ncarré doivent faire merveille dans Schumann : je ne lui ai entendu jouer que\nChopin, où j'avoue qu'un jeu moins cadencé me toucherait plus.\nJOSEPH TRILLAT.\nLa Belle au 001 s dormant, de M. Georges Hue, exécutée au dernier con-\ncert du Gonseï\\ atoire, est amusante a force d etre prevue * le sommeil est?\ncomme il convient, suggéré par une note tenue en pédale ; l'entrée du\nPrince, tout naturellement, se trouve signalée par les cors ; l'Aurore, ainsi\nqu on pouvait s y attendie, appelle un trémolo des mêmes cordes qui, agré-\nmentées de sourdines, font le bruissement bien connu du rouet ; et une\nflûte qui se souvient de Siegfried prétend chanter à l'instar de l'oiseau.\nQuant à la Fée du mal, c est le mal aux oreilles qui est sans aucun doute son\ndomaine, si j'en crois ces cuivres horrifiques.\nLa perle du concert fut le chœur des de Schumann, délicieux\nde couleur et de rythme."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.28", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n121\n\nConcert Galeotti-Capet. Tous ceux qui ont déjà entendu Cesare Galeotti\nconnaissent ce toucher extraordinaire par lequel les notes semblent naître\nsans l'intermédiaire du piano. Dans la Sonate en sol majeur (op. 96) de\nBeethoven les deux exécutants ont un ensemble et une délicatesse qui est\npresque de rêve. Quant à la sonate de Franck, on voudrait ne plus l'en-\ntendre après cette exécution. Elle n'a jamais été rendue avec une aussi\nnoble piété, une aussi ésotérique passion. Dans le premier mouvement, un\nsentiment si profond et si ému qu'il semblait que les deux artistes jouaient\npour eux seuls dans une presque inconsciente et harmonieuse union. L'al-\nlegro exécuté avec une fougue magistrale qui n'excluait pas la musicalité\nintime. La séance se terminait par une sonate de Saint-Saëns.\nLe succès du concert a été énorme.\nNEZEU.\n\nA LA NATIONALE.\n\nMiroirs, cinq pièces pour piano par M. Ravel.\nAprès la première audition de son Quatuor à cordes à la Schola, il y a plus\nd'une année, j'écrivais dans \\e Mercure de : « Il faut retenir le nom\nde Maurice Ravel : c'est celui d'un des maîtres de demain. » Depuis, il\navait fait Asie et remporté au concours préparatoire du Prix de Rome le\nsuccès d'un retentissant échec qui le rendit soudain plus célèbre que tout\nce qu'il avait publié jusqu'alors. La veste à lui destinée se trouva aller\ncomme un gant à celui qui la lui avait préparée, soigneusement taillée sur\nmesure, et qui dut la garder pour soi-même et l'endosser. Le scandale\ndont Maurice Ravel fut l'irresponsable occasion et la victime eut tout\nd'abord le résultat d'imposer la nomination de M. Gabriel Fauré, son pro-\nfesseur précisément, au poste de Directeur de notre Conservatoire, pour la\nsauvegarde et l'honneur de notre musique nationale. Outre ce bienfait cer-\ntain, il apparaît bien que celle-ci puisse attendre du blackboulé quelque\ntribut plus personnel, sinon moins involontaire, et qui ressemble fort, déjà,\nà ce qu'on appelle de la gloire en véridique et bon français. Il est rare\nd'avoir à constater chez un jeune artiste une évolution aussi rapide et\naussi remarquable. Venant après le pittoresque des la\ngrâce romantique du Quatuor et l'exotisme étincelant ces\nfont un effet très analogue à la brusque révélation des dans\nl'œuvre de Schumann. On procède toujours de quelqu'un, et le génie lui-\nmême n'échappe pas à l'ascendant de devanciers lointains ou proches ; la\nformation de la personnalité est chose assez mystérieuse et complexe, à\nquoi contribuent plus ou moins fortement des apports souvent très divers.\nL'éventuelle assimilation, ici, est décidément accomplie. Maurice Ravel\naime Schumann et s'en prévaudrait volontiers ; mais ce n'est guère que\ndans Noctuelles qu'on pourrait découvrir quelques indices de la ferveur de\nson culte. Tout le reste est d'une inspiration originale et neuve qui n'évoque\nplus aucun souvenir. On m'assura, sans que j'aie pu vérifier l'exactitude\ndu fait ou la coïncidence, qu'au moment probable de leur gestation, l'au-\nteur de Miroirs était de son propre aveu plongé passionnément dans Bee-\nthoven, celui de la fin, de la « dernière manière ». Si l'influence fut réelle,\nle musicien qui l'éprouva était de taille à la supporter sans dommage.\nEncore que non pas peut-être fatalement indispensable aux résultats, elle"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.29", "texte": "122\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nserait plausible pourtant à l'égard d'une simplicité plus évidente, dune lar-\ngeur et sécurité de touche émancipées de tout vain fignolage dont on est\nfrappé dans Miroirs, et peut-être aussi pour l'émotion intime et la profon-\ndeur d'une pensée émanée ou vêtue d'harmonies irrêvables au « Vieux\nSourd ». De ses doigts infaillibles, Ricardo Vines en déroula délicieuse-\nment l'arabesque sonore et dut bisser YAlborada del Gracioso au milieu\nd'applaudissements qui s'adressaient à la fois à lui et à la musique. Lors-\nque, bientôt, ces pièces seront éditées par Demets, on pourra mieux juger\nde la valeur exceptionnelle de leur contenu musical. Il ne faut pas se fier\naux apparences : tels courts lieder de Schumann dureront bien probable-\nment plus longtemps que ses quatre symphonies. Quelques-uns de ces\nMiroirs fourniraient un admirable prétexte au jeu des timbres de l'or-\nchestre ; ils n'y gagneraient rien musicalement. Malgré leur modestie d'al-\nlure ou de dimension, parmi ces cinq morceaux également exquis, il est\nau moins deux purs chefs-d'œuvre, Une barque sur locéan et Oiseaux\ntristes ; celui-ci surtout, peut-être, imprévu, simple et poignant entre\ntous. La réponse est cinglante au jury d'hier ; elle est si belle qu'on en\nserait presque tenté de plaindre ces gens obtus, s'il est vrai qu'ils étaient\nsincères. Oublions-les, eux, leur acte et leurs noms introuvables déjà, la\nplupart, dans nos mémoires indifférentes. Il y a si peu, si peu de rapport\naujourd'hui entre tout cela et notre art ! C'est bien loin d'eux qu'ailleurs\nvit et grandit notre musique, à quoi ils ne comprennent rien, car ils\nn'ont pas la « debussyte », ô Mauclair, et ne l'auront jamais : ils en sont\nincapables, les pauvres. En vérité, plaignons leur triste sort.\n\nJean Marnold.\n\nLE QUATUOR PARENT\nLes « trois manières » de Beethoven et l'impressionnisme en musique.\nLe vendredi soir 5 janvier 1906, l'excellent Quatuor Parent inaugurait\nnon seulement sa saison 1906 à la salle mais un cycle Beethoven\nsans précédent qui, pour la première fois en France et en Europe—\nnous promet, pendant quatre ans, l'intégrale audition des œuvres de mu-\nsique de chambre, instrumentales ou vocales, du maître suprême en l'art\nde toucher nos âmes.\nLes vrais amis de la musique savent ce que l'artiste Armand Parent a\nfait, depuis plus de quinze ans, pour les maîtres et pour les jeunes, et parti-\nculièrement pour Beethoven, ce maître toujours jeune par le prime saut\npuissant de la pensée, dont il a joué déjà deux fois les dix-sept quatuors\n(«ivec la Grande fugue), sans délaisser les modernes consacrés 011 discutés,,\ndepuis le précurseur César Franck jusqu'aux admirateurs de Claude\nDebussy,.. Nous 1 avons dit : c est un véritable musée de la musique, hélas f\nephemère, mais enchanteur comme elle, où le Salon carré du Louvre ser-\nvirait de section rétrospective au Salon d'automne.\nEt cette comparaison naturelle avec la peinture ajoute à la ressemblance\nd un portiait d Armand Parent : une autre fois, moins pressés, nous esquis-\nseions la physionomie ferme et loyale de ce véritable artiste, autoritaire\navec douceur, lier sans pose, littéraire sans snobisme et sans pédantisme-\ndont la virtuosité, jamais exclusive, trouve le temps de s'intéresser à l'im,\npressionnisme de tous les jeunes sans lui sacrifierla ligne plus reconfortante"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.30", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n123\n\ndes maîtres. Par son caractère comme par son jeu, Parent se manifeste un\nclassique ouvert à toute nouveauté, pourvu qu'elle soit inspirée, même témé-\nrairement, par l'art pur.\nAujoura hui, c est le règne de Beethoven, ce Michel-Ange émouvant, ce\nmaître du « siècle dernier », dont le génie reste à l'avant-garde. Une\nsubstantielle causerie de M. Paul Landormy, musicien doublé d'un penseur,\na commencé par nous dire ce qu'il faut exactement penser des « trois ma-\nnières » (comme disait Lenz) de celui de tous les maîtres-musiciens qui\ns'est constamment et le plus spontanément renouvelé (comme nous disons),\nsans excepter Richard Wagner ! Exagération scolastique, n'est-ce pas?\nque de morceler l'œuvre d'un libre génie en trois compartiments comme\nune bibliothèque à triple rayon! Une mélodie datée de 1795 ne contient-elle\npas déjà le thème futur de la Neuvième} Et la Fantaisie avec chœur de 1807\naussi ?\nIl faut dire simplement ; la première étape, de 1795 à iBos, de la vingt-\ncinquième à la trente-cinquième année de l'auteur, respecte les formes*\ntraditionnelles de la sonate avec ses développements ou ses divertissements\nprévus comme une « patience » à réussir, le jeu de la musique formelle\net mondaine, où l'atmosphère deVienne se mêle aux souvenirs de Bonn.\nLa seconde étape du génie en marche à la conquête de soi-même, de\niBos à 181 5, débute par YEroica (op. 55), symphonie révolutionnaire et\ngéante, qui garde encore le souci de l'architecture musicale comme les trois\nquatuors de YOpus 5g (qui paraissaient à Romberg aussi fous déjà que la\nSymphonie en la, selon Weber...) C'est le vrai Beethoven, c'est-à-dire le-\nBeethoven intermédiaire et le plus connu.\nTroisième et dernière étape, de 1815 à 1827 : douze ans de création soli-\ntaire et silencieuse, où le génie sourd ne cherche plus à plaire (dernier mot\nde l'esthétique pour le jeune Mozart), mais à s'exprimer librement, popu-\nlaire et plébéien, héroïque, tragique, pathétique, et, parfois, « infiniment\ntendre ou diversement jovial et spontané ». Pendant trois ans de recueil-\nlement, Beethoven arrange i 32 mélodies écossaises pour l'éditeur Georg\nThomson, afin de se rapprocher des sources vives de la nature et du peuple ;\net quand il recommencera d'élever la voix qu'il n'entend plus lui-même\nque dans le silence intérieur de son être, il se sera délivré (selon le mot de\nWagner) « du péché originel de la forme extérieure ». De là, ces synthèses\nqui nous ressuscitent des « mémoires d'outre-tombe », des voix de l'au-\ndelà, dernières sonates ou derniers quatuors, chants libres d'une âme\nimmense, harmonies mélodiques aussi novatrices que la mélodie harmo-\nnique d'un César Franck, essors imprévus avec des souvenirs volontaires-\nde Bach, cette dernière manière, enfin, qui troublait les académiciens\nde iB3o en « foudroyant » Berlioz, et qui ne laisserait pas que d'inquiéter\nceux encore de 1905, signée Wagner ou Debussy...\nEn remerciant M. Landormy de nous avoir inconsciemment dicté ces\nlignes, observons à notre tour, sans insister, d'un trait, le rapport de ces\ntrois phases d'un art en perpétuel devenir avec l'évolution douloureuse,\nenviable et sublime d'une vie tout intérieure, dont les neuf\nles dix-sept quatuors et les trente-deux sonates, et même les Lieder sont\nles chapitres parallèles et mystérieux : autobiographie qui contient, comme\nla musique même, le secret d'un cœur débordant de sève affectueuse et\nrobuste... Et, vers son automne aux fruits géants comme la grappe que\nPoussin nous a rapportée de la terre promise, le candide Beethoven se\nlamentait d'avoir à peine écrit « quelques notes ».\nContentons-nous du peu qu'il nous laisse : il y en a pour quatre ans L\nEt cela, pour la seule musique de chambre...\n*\n* *"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.31", "texte": "124\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nSans être esclave de l'ordre chronologique, chaque séance du Quatuor\nParlent nous proposera comme un raccourci contrasté de ce grand œuvre :\ndans les deux premières, par exemple, nous avons applaudi de parfaites et\nvivantes exécutions du premier trio (op. i, n° i), de l'élégante sonate pour\npiano et violon (op. 24), de quelques naïfs Lieder, du VIIIe et splendide\nquatuor, où Parent et ses partenaires (MM. Loiseau, Vieux et Pournier)\nse sont surpassés, comme Bleuzet et les siens dans le trio de 1794 £t\nl'octuor de 1796 pour l'harmonie seule, et comme M^e Marthe Dron : la\ncharmante et distinguée pianiste, au profil fier comme son jeu, ne doit\npas regretter d'avoir abordé la 32e et dernière sonate (op. in) qu elle joue\navec un brio réfléchi qui nous fait attendre impatiemment son interpréta-\ntion des Adieux (op. 81 a)...\n*\n* *\nEt la troisième soirée, du 19 janvier? Une séance moderne, une séance\nimpressionniste, pour laisser reposer Beethoven, ou plutôt pour le con-\ntinuer; carie génie libre a suivi son sentiment; et pourrait-il reprocher\naux derniers venus d'avoir suivi le leur ? N'a-t-il point défini lui-même,\ndans la dédicace de cet Op. 111 à l'archiduc Rodolphe «ce désir, essen-\ntiel aux nobles natures, de n'exprimer jamais que ce qu'elles sentent » ?\nCette épigraphe est toute la genèse du Debussysme. Nous la sentions\nflotter, l'autre soir, comme l'âme même du dieu Beethoven et le conseil\nmuet du génie, dans l'atmosphère où, bizarrement mais poétiquement,\nmurmuraient le quatuor (op. 10) de Claude Debussy, que nous tenons pour\nson chef-d'œuvre, et le quatuor tout récent de son jeune émule, Maurice\nRavel, qui garde intacte sa personnalité.\nNous l'exprimions, au printemps dernier : c'est étonnant ce que des\nauditions successives et les amoureuses exécutions du Quatuor Parent\nnous ménagent de découvertes en ces terres avancées : ultima Thule !\nL'impressionnisme musical ne libère pas seulement les développements : il\nles supprime; il pousse l'indépendance des parties jusqu'au coloris le\nplus immatériel ; il ne décrit jamais : il suggère. Mais il demeure très\nconstruit sous ses fluides apparences, où clapotent les pizzicati de la pluie,\noù s'enroulent des nuées échevelées, écharpes de ténèbres lunaires et de\npensées lunatiques... Il y pleut de l'ombre et des étoiles (cf. Yandantino\ndebussyste et Ravel passim). De l'irréel dans du réel, poésie vague; frisson\nnouveau, qui fait plaisir et qui fait peur... telle la parole d'un Mallarmé,\nl'eau-forte d'un Whistler ou d'un Buhot, sur les toits noirs, dans une\nvieille chambre provinciale où lèvent cause avec l'ombre, par la nuit noire\nau fond du vieux parc, ou dans une traversée sous une nuit sans lune...\nDes bouffées de musique russe, archaïque, grégorienne, extrême-orientale,\nsingularisent cette âme moderne, violente ou pâmée, son mélos fugitif,\nplein d humour et de poésie... Non, l'Allemagne d'aujourd'hui n'a rien de\ntel à nous offrir !\nEt les zélateurs de Beethoven, qui conservent, malgré tout et malgré les\nultima verba de Beethoven en personne, un culte quasi latin pour la\npensée plus concise et pour la forme plus sculpturale, ont fait le plus bel\naccueil, entre nos deux quatuors impressionnistes, aux Lieder français de\nM. Fauré, puis à la première audition d'un vigoureux et mélodieux Trio\n(op. 18) d Alberic Magnard, dont la sonate et la symphonie décèlent les\nmêmes qualités dynamiques, ardentes, hautaines, probes et profondes. Un\nnouveau classicisme... Et remercions, une fois de plus, Mlle Dron, MM. Pa-\nrent et Fournier !\nRAYMDND BOUYER."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.32", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n125\n\nSociété Beethoven. A cette société, fondée par le graveur mélomane\nJacques Beltrand pour l'annuelle audition des dix-sept quatuors de Beetho-\nven, réconfort et religion des artistes, grand succès pour le pianiste\nRicardo Vifies dans Yop. 24, pour Mme Jeanne Raunay dans l'air sublime\nde Fidelio, pour Mme Jane Arger, délicate interprète de trois lieder : le\ncandide Adieu de Molly, la pénétrante Prière de iBo3, le délicieux chant,\nencore mozartien de 1810 : Nouvel amour, nouvelle vie\\ les lieder bien dits\ncomplètent l'idée que nous voulons enfin nous faire de Beethoven.\nR. B.\n\nACCORDS ANGLO-FRANÇAIS\nExportation et importation.\nAprès les chefs d'Etat, les navires de guerre et les conseillers munici-\npaux, la musique vient apporter à l'entente cordiale son aide harmonieuse.\nC'est fort bien. 1 t is good, too, that a\nexcentricities as well as in our conventions.\nthat perfect knowledge which makes for the entente cordiale. Itis as désira-\nble that the epicures oflife and literature\nthe sailors and the Mayors and Corporations,dit justement.\nDéjà, au cours de ces derniers mois, des manifestations artistiques de\nhaut goût dénoncèrent aux foules les sentiments amicaux du Royaume-\nUni et de la République française. Ce fut, à l'Alhambra de Leicester\nSquare, un ballet en lequel une jeune personne, vêtue d'une robe aux trois\ncouleurs, dansait des pas légers, graves de signification ; ce fut, au Coronet\ntheatre, Mme Sarah Bernhardt interprétant Pelléas aux côtés de la Méli-\nsande anglo-française de Mrs. Patrick-Campbell ; et encore — et toujours!\n— la grande tragédienne posant la première pierre de la nouvelle bouti-\nque de Mr. Clarkson, fabricant de perruques ; ce fut Mme Le Bargy jouant\nY Adversaire dans la langue de Shelley, qu'elle traduisit.\nA Paris, les revues de fin d'année révélèrent au peuple français\nAnona, Little Mary et autres refrains, prototypes du génie musical britan-\nnique, tandis que des régiments de chorus girls exhibaient leurs épaules\net leurs jambes pour démentir la légende prétendant qu'ils n en ont pas en\nAngleterre. Sur les boulevards ombragés de platanes, destailleurs bien pari-\nsiens s'étiquettèrent tailors ou cutters et remplirent leurs vitrines de pro-\nduits et de modes as now wornet l a dessein de\nrépondre aux derniers Paris modelset des étalages\nlondoniens.\nMais les événements de la semaine passée, plus que tous autres, confir-\nment la bonne foi réciproque et l'enthousiasme définitif, — à la demande\ngénérale et irrévocablement. Car, quoi de plus satisfaisant qu un échange\nde chefs d'orchestre et de compositions nationales ? Douces harmonies !\nAccords plus que parfaits ! Vive Edward VII ! Long life Loubet 1 Hip 1\nHip! Hurrah !...\n*\n**\nExportation. — Nombre de gens, même avertis, considèrent l'Ecosse\ncomme la patrie des Kilts, des grouses, des moors, des légendes gaéliques,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.33", "texte": "126\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\net d'une hospitalité connue de tous, principalement des choristes de la\nDame Blanche. Quelques voyageurs qui s'y risquèrent en revinrent avec\ncette idée, d'ailleurs exacte, que les bars y ferment à 10 heures du soir,\nparce que c'est un pays très moral et que, faute de cette précaution, les\nindigènes s'y livreraient sans mesure aux douceurs un peu rugueuses du\nscotch whisky ou même du gin. Déplus, ces intrépides répandirent le bruit\nque la seule musique pratiquée dans cette contrée septentrionale, ceile des\nbag-pipcs, nostalgique et monotone, s'extériorisait en en reels, en\nsword-dances. Jugement absurde ! Relation de voyage erronée! J'ai sous\nles yeux des programmes qui témoignent de l'existence en Ecosse de\ngrands concerts hebdomadaires, d'un orchestre de quatre-vingts musiciens,\net M. Edouard Colonne, qui vient de les diriger, me les affirme de premier\nordre. Il s'y connaît.\nCe chef d'orchestre a triomphé à Glasgow et à Edimburgh, conduisant\nce Scottish orchestra dont le Dr Cowen est le « conductpr » attitré, révé-\nlant aux Ecossais ahuris entre autres musiques le Prélude de Messidor;\naprès quoi cet estimable peuple dut perdre cette idée préconçue que the\nFrenchman9 and every thing pertaining to him, is light and volatile, and\nmore or less reminiscent of a Palais Royal farce !... Aujourd'hui, 7he\nScotsman, à qui j'emprunte quelques renseignements, ne tarit pas en éloges\nsur ces deux beaux concerts ; l'orchestre, dit-il, sembla l'autre soir réson-\nner de façon inaccoutumée, comme guidé par une personnalité puissante.\nSiegfried Idyll, jouée avec toute la délicatesse désirable et la 2e Symphonie\nde Brahms furent tout particulièrement applaudies.\nNous devons nous en réjouir.\n*,\n* *\nImportation. Cependant que M. Edouard Colonne opérait de l'autre\ncôté du Channel, the London Symphony orchestra et the Leeds Festival Choir\noccupaient sa salle du Châtelet. On ne peut se dissimuler l'importance\nd'une telle manifestation, puisqu'un de nos plus graves critiques, j'ai nommé\nM. Henry Gauthier-Villars, écrit dans Y Echo de Paris : « Par les soins\nréunis de S. M. Edouard VII, roi d'Angleterre, de M. Emile Loubet, prési-\ndent de la République, et de M. Gabriel Astruc, directeur de la Société\nmusicale, l'entente cordiale vient d'être scellée définitivement sous les\nauspices delà Musique et de la Poésie, cette Blest pair of Sirens. »\nMe voici donc bien à mon aise, et puisqu'on ne doit aux amis que la\nvérité, je puis, à l'occasion des deux concerts anglais, risquer sans\ncrainte d'être accusé de mauvaise foi de modestes réserves.\n... Lorsque j'arrivai au Châtelet, dont les mélomanes en foule inon-\ndaient les portiques, un marchand de billets m'offrit des places « plus\ncher qu'au bureau». Je m'en réjouis. Des palmiers et des fougères ornaient\nles vestibules et, jusque sur le trottoir, un tapis se déroulait, sûr indice\nd'une présence auguste. Au haut des marches, je fus reçu « d'une façon\ncharmante » par des ouvreuses inhabituelles à petits tabliers et à bavolets\nblancs, qui semblaient avoir emprunté pour cette solennité des airs atten-\ntifs de.nurses... Et quelle salle ! On pouvait voir, séparés par une cloison\ninexpliquée, M. et Mme Loubet assistés d'officiels figurants ; dans une loge,\nles frères Isola, enthousiastes ; au balcon, sage et attentif, M. Cheviliard;\nM. Gabriel Astruc partout à la fois. Je crois y être encore...\nTout de suite la Marseillaise assume une allure et des accents nou-\nveaux en passant par ces voix anglaises qui lui imposent comme un ralen-\ntissement d'hymne ; tout de suite bouillonne l'enthousiasme, débordant"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.34", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n127\n\nquand apparaissent Sir Charles V. Stanford, compositeur, et M. André\nMessager, manager du Royal Opéra de Govent Garden. Cependant que\nretentit le Don Juan de Strauss, romantique et passionné, quelques cho-\nristes de Leeds, qui n'ont rien à faire, sortent d'imprévues lorgnettes et,\nfroidement, se mettent à inspecter les spectateurs. Après l'ouverture des\nMaîtres Chanteurs, conduite par l'auteur de Véronique avec de curieuses\noppositions de nuances, sous les applaudissements qui crépitent, M. le\nPrésident de la République se lève, salue, sourit et sort.\nSir Charles V. Stanford regarde ce départ « de haut et largement »,\ncomme tout bon professeur de philosophie, ô Bazaillas ! doit regarder la vie.\nLa séance continue par des œuvres anglaises. C'est: l'ode Ulest pair of\nSirens de Sir Hubert Parry, un peu longuette, d'une élégance et d'une\nvigueur assez monotones et mendelssohniennes; la gentille Da:\\ce of Nymphs\nand Reapers qui sautille aux violons avec des rusticités affadies — du Corot\npour keepsakes !— un Scherzo Scandinave de Mr. F.-H. Cowen, aérien et\nshakspearien, où s'attarde la reine Mab ; un Benedictus adroit, correct et\njoli, sans doute composé par Sir Alexander Mackenzie à l'usage des églises\nchics et des Society people\\ une Irish Symphony enfin, de Sir Charles V.\nStanford, ah! si typiquement irlandaise ! Certes, on peut préférer à ces\naimables orchestrations les recherches polyphoniques des musiciens\nfrançais modernes, n'empêche que l'andante de cette œuvre ravit par sa\nsentimentalité fraîche; tout le charme agreste de la verte Erin y fleurit, de\nmême que, dons le finale, une paysanne énergie martèle avec rudesse le\nbondissement de ses danses sévères ; aux trompettes vibre un mélanco-\nlique chant populaire — teinté d'espérance.\nA côté de cette Symphonie assez caractéristique, j'eusse aimé à voir\nfigurer des fragments importants du Dream of Gerontius par exemple, le\ntrès bel oratorio de Sir Edward Elgar, le plus personnel des compositeurs\nanglais actuels ; The Challenge of Thor ne compte point parmi ses\nmeilleures productions, et l'on comprend malaisément la raison de ce\nchoix. Quant au Requiem de Sir Charles V. Stanford, il s'affirme théâtral\nplus que religieux, avec une recherche d'eiïets déconcertante et des\njoliesses déplacées que n'approuverait point la Grégorienne Cour de\nRome.\nCurieusement, l'influence de ce Mendelssohn — pour nous si désuet —\ndomine toutes ces musiques, étouffant, sous la prolixité de ses développe-\nments faciles et sous la grâce molle de ses harmonies trop prévues, des\npersonnalités possibles et des talents réels. Voilà de quoi étonner des audi-\nteurs habitués aux subtils impressionnismes des imitateurs de M. Claude\nDebussy, dans une capitale où Wagner se trouve déjà démodé.\nL'interprétation du London Symphony orchestra, qu'il soit dirigé par\nSir Charles, par M. Messager ou par M. Colonne, reste toujours inté-\nressante et probe, grâce aux grandes qualités des cordes, et malgré cer-\ntaines défectuosités des bois, parfois nasillards (through the nose), avec un\naccent on dirait américain. Pour le Leeds Festival Choir, tout simplement\nadmirable, on a pu se rendre compte de sa vigueur, de sa justesse, de sa\nnetteté, dans des œuvres de Bach et de Haendel, comme dans le finale de\nla Symphonie avec choeurs, superbement exécute, et dont le quatuor vocal\n(Miss Marie Brema, Miss Perceval Allen, Mr. John Coates, Mr. Francis\nBraun) brilla d'un pur éclat d'étoiles. Que ne puis-je, comme dans le\nMotet de Bach, « célébrer leurs louanges avec le tambour et l'instrument à\ndix cordes » !... puisque aussi bien les paroles sont vaines...\nEn sortant du Châtelet, je rencontrai M. R. df... n, le grand couturier de\nla rue de Rivoli, qui veut bien, parfois, m'honorer de quelques paroles :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.35", "texte": "128\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\n« Eh bien, lui dis-je, quels beaux concerts! Oui, me répondit 1 illustre,\ngrande musique,... entente cordiale... évidemment, évidemment... Mais,\nmon Dieu ! ces choristes, la façon dont elles étaient habillées . » A ce\nmoment l'une d'elles passait que je ne connaissais point ; je 1 interpellai\ncependant dans la langue de Shakspeare et de Marie Corelji : « Well,\nêtes-vous satisfaite de la réception?... de Paris ?... Oh . s extasia la\nfille d'Albion, I do love it !... J'ai été trois soirs... running aux naughty\nFolies-Bergère!»...\nX.-MARCEL BOULESTIN.\np.-S. Entente cordiale musicale (encore!). A Londres, on attend la\nvisite de la Garde Républicaine et de son chef renommé.\nAu Moulin-Rouge réouvert enfin, des Highlanders fonctionnent, jambes\nnues, cornemusant à tour de bras ou dansant des gigues\nleusement. Mais pourquoi ajouter a leur programme écossais d inutiles,\nfades et chichiteuses musiques contemporaines, tout au plus dignes dun\nAdalbert Mercier qui aurait été se faire blanchir à Londres, musique pour\nCeylon tea-roomde vieille dame qui se souvient!...\nX.-M. B.\n\nLES REVUES.\n\nDans la Revue hebdomaire(ôjanvier 1906), M.JeanChantavoineconsacre\nun article au beau drame de Widor. « M. Widor a dominé son sujet avec une\nrare sûreté de coup d'oeil : il y a distribué la musique, pour ainsi parler, avec\nun équilibre remarquable ; il a su varier les scènes, donnant à chacune une\nteneur musicale qui lui est propre et qui pour chacune est celle qui lui con-\nvenait. On chercherait en vain dans la conception d'une oeuvre aussi solide-\nment pensée et aussi sûrement réalisée l'influence d'un système ou d'une\nmode. M. Widor n'obéit qu'à sa conviction, de même que sa science magis-\ntrale lui permet de parler toujours la langue quïl veut, sans emprunter de\nprocédés ni de formules : pareils mérites ont assuré le succès de l'œuvre,\nsuccès sain, de bon aloi, que n'avait préparé aucune réclame, que ne chauf-\nfait aucun snobisme. »\nRevue musicale de Lyon. —M. Léon Vallaspoursuitune intéressante polé-\nmique au sujet de la musique du Pygmade J.-J. Rousseau. Il a re-\ntrouvé dans la bibliothèque du musicographe genevois Becker, acquise\nrécemment par la ville de Lyon, une édition de publiée en\n1772 à Vienne. Il reproduit le texte de cette curieuse brochure, où le livret\nest accompagné d'indications musicales qui semblent bien être de Rousseau.\nFragment d'une étude de M. Vingtrinier sur l'histoire de l'ancien grand\nThéâtre de Lyon, construit par Soufflot en 1756. Ce théâtre « fut le pre-\nmier en France où, suivant l'idée de Voltaire, les balcons des divers\nétages étaient disposés en gradins pour permettre aux spectateurs de se\nvoir réciproquement et faire pénétrer la lumière jusqu'au fond des loges ».\nLe Guide musical (7 janvier 1906). A propos de la Chaconne de Bach,\nM. Hartmann signale aux violonistes quelques traits défigurés dans les édi-\ntions classiques et demande que l'on accorde plus de soin « à l'exécution\nrationnelle, à l'appropriation polyphone, à la distribution dynamique des\nvoix et à la lecture historiquement correcte de l'ornementation propre à la\npériode anté-beethovienne »."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.36", "texte": "SALLE DES AGRICULTEURS\nRUE D'ATHÈNES, 8\nTftard; Q> Vévrier, à 4* heures du\nsoir\n©\nli'QEUVRE de Glaade DEBUSSY\nUne Causerie par M. Louis LALOY\nDirecteur du Mercure Musical\n-4 X\nPROGRAMME\n-©-\n1. a) Li'Eehelonnement des\nhaies (Baudelaire).\nb)Lie Jet d'eau (Baudelaire).\nMME CAMILLE FOURRIER.\n2. a) Pagodes (Extrait des Estam-\npes).\nb)Li'lsle joyeuse.\nM. RICARDO VINÈS.\n3. Chansons de ppance.\na) Rondel(Charles Duc d'Orléans).\nb) La Grotte (Tristan Lhermite\\\n/\nc) Rondel (Charles Duc d'Orléans).\nM. JEAN PÉRIER.\nme\n?\n■4. a)Clair de lune (Verlaine).\n/ Li'ombpe des afbces (y\nAriette oubliée(Verlaine),\nc) Chevaux de bois (Verlaine).\nMRAE C. FOURRIER.\nv Images (/\" aud\na) Reflets dans l\nb) Hommage à Rameau.\nc) Mouvement.\nM. RICARDO VINÈS.\n6» Chansons de fôilitis (Pierre\nLoùys).\nM\"1' LUCIENNE BRÉVAL.\n7. Dialogue du Vent et de la JVlen [Extrait de la Mer).\nRéduction pour piano à quatre mains.\nMM. A. DELACROIX et A. PETIT.\nH\nPRIX DES PLACES\nFAUTEUILS IR<\" SÉRIE : 10 fr. ; FAUTEUILS 2E SÉRIE : 5 fr. ; GALERIES : 2 fr.\nOn trouve des billets : Salle des Agriculteurs, 8, rue d'Athènes, à la Maison\nDurand, 4, place de la Madeleine, à Orphée, 114, boulevard Saint-Germain, et\nau bureau du Mercure Musical."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.37", "texte": "M. May de Ridder analyse quelques lieder de Jean Sibelius, la Chanson\ndu jeune chasseur, Frigga et le Cygne deTuonela, troublante évocation de\n« ce pays aux mille lacs tranquilles et profonds, s'étendant à fleur de\nterre dans les grands espaces solitaires ou dormant impassibles à la lisière\nde mystérieuses forêts ».\nRevue d'Egypte et d'Orient (décembre igo5).— M. Georges Amaryllis nous\nentretient delà saisonthéâtrale à Alexandrie. La société artistique d'Egypte\na tenté quelques innovations : l'orchestre est descendu d'un degré au-\ndessous du plancher ; on éteint les lustres durant le spectacle. Mme Bellin-\ncioni a triomphé dans Fedoraet Tos; Mme Lavin dans Mais\nAida demeure, paraît-il, «la pièce favorite du grand public alexandrin ».\nLes anciens Egyptiens avaient déjà le secret d'embaumer les morts.\nLa Sonntags-Zeit,supplément de la de Vienne, publie en son\nnuméro du 21 janvier une brochette d'opinions sur Mozart.\nLe professeur Joachim lui attribue « un pouvoir irrésistible » et raconte\nqu'il vit pleurer Berlioz à la première représentation de la Flûte enchantée ;\n« cela montre, ajoute-t-il, que ceux-là même qui sacrifient à un autre\nidéal ne peuvent se dérober au charme de ce génie ». Le compositeur\nHumperdinck a toujours été frappé par le goût de Mozart pour le chroma-\ntisme, qui le distingue de tous ses contemporains, et particulièrement de\nBeethoven, dont l'inspiration est toute diatonique. « C'est ce caractère\nchromatique, reconnaissable dans Don dans ses symphonies et dans\nsa musique de chambre, qui donne aux mélodies cette couleur tendre et\npassionnée, si particulière à Mozart, et qui se perd chez ses successeurs\njusqu'au moment où Wagner lui donne un éclat et une puissance incompa-\nrables. » Notre très cher collaborateur Willy regrette qu'on ne nous donne\npas la Flûte enchantée sous sa forme primitive ; il voudrait « qu'on ne nous\népargnât ni le serpent empaillé du début, ni les plumes du perroquet de\nPapageno, ni les coq-à-l'âne du texte, bien préférables, en leur absurdité\ntouchante, à tout ce qu'on a mis à leur place ». 11 loue en termes émus le\nsourire de Mozart, « qui paraît trempé de larmes claires », et la pureté de\nce génie qui prête une idéale beauté à une âpre satire de Beaumarchais\nou aux plates facéties d'un Schikaneder. La note comique est donnée par\nle ténor G. Walter : « Je dois au divin Mozart mes plus grands succès.\nJ'ai chanté l'air de Cosi fan lutte aux fêtes de Salzburg avec un succès\ncolossal (mit Riesenerfolg). » Mme Cosima Wagner lui tient tête avantageu-\nsement : elle excuse son fils, sur ses nombreuses occupations, et s'excuse\nelle-même, « parce qu'elle n'appartient pas au public ». Et elle conseille\nau rédacteur de la Zeit de chercher le mot Mozart dans la « Wagner-\nEnyclopédie, ou les grandes manifestations\ndevant la pensée de Wagner, citations littérales tirées de ses œuvres par\nC. F. Glasenapp. Leipzig, G. W. Fritzsche, éditeur. » Le prix seul n'est\npas indiqué.\n\nJoseph Trillat.\n\nLA MUSIQUE A LYON\nGRAND-THÉATRE : Représentations de MME Kutcherra. Siberia.\nLES CONCERTS : Symphonie classique. Symphonie lyonnaise. Salle Philharmonique.\nOn sait q'un mal « heugélien » sévit sur les scènes lyriques du Midi de\nla France, qui nous prive des joies harpiques de M. Massenet et de\nM. Reynaldo Hahn (i).\n\n(i) Je ne voudrais pas qu'on m'attribuât la mauvaise intention de dénigrer pour si peu\ndes musiciens honorablement connus. Ce rapprochement n'a rien de symptomatique.\n\nLE MERCURE MUSICAL\nREVUE DE LA QUINZAINE\n129\n9"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.38", "texte": "130\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nC'est pourquoi le répertoire est riche en Wagner et en vieille musique\nfrançaise, Saint-Saëns inclus. Il me semble que l'on perd ainsi une belle\noccasion d'abuser des auteurs nouveaux ! Mais cela viendra peut-être :\nM. Broussan devient actif à l'annonce de son départ. Très loin àArmor,\nSiberia et Tiphaine se précipitent en moins d'une semaine. Et déjà sur-\nviennent, en des sens différents, Riquet, ballet (!...) de Ph. Flon et une\nreprise prochaine de Tristan et Isolde, sans parler de Fideho.\nOn sait aussi que les bureaux de l'hôtel de ville s'occupent de la transfor_\nmation de la régie directe en régie mixte. Les maires seront moins respon_\nsables des aphonies des chanteurs. Question sociale, ou question adminis-\ntrative ? Je me le demande. M. Herriot, normalien et maire de Lyon, mal-\ngré une probable intelligence des causes, adopte une solution bâtarde, en\nconformité avec la nature indécise de son caractère. Maisun littérateurn'est\npas forcé de connaître les nécessités du théâtre... Il y a quelque bien\nà augurer de la nouvelle direction : M. Flon en assume le côté artistique\nsa compétence wagnérienne est indiscutable. Il n'y aurait cependant pas\nlieu de s'étonner si la prochaine saison nous réservait des déceptions. Tout\nest encore à faire ici.\nSur un point important : on prête à l'administration du théâtre le projet\nd'agrandir l'orchestre. Que ne l'abaisse-t-on sous l'avant-scène, ainsi que\ncela a été réalisé à Munich? Les dessous ne doivent pas être encombrés de:\nmachineries, si j'en crois la puérilité des trucs à!Armide. On en profi-\nterait pour modifier un système d'éclairage très défectueux. La suppression\nde la rampe s'impose dans certaines œuvres modernes, ou du moins sa\nneutralisation par un système de herses doubles : on diminuerait ainsi ce\nfaux-jour de neige qui n'a rien à voir avec la mise en valeur des décors.\nEt j'aimerais voir réapparaître le rideau à l'italienne, au moins pour Tristan\net la Tétralogie. Il est triste de garder dans les yeux la vision imperson-\nnelle de tant de mollets.\n*\n★ *\nj\\lmc Kutcherra nous rend visite dans et dans Je\ncrois que Mme Janssen est encore incomparable dans ces deux rôles. D'au-\ntre part j'ai beaucoup de peine à digérer la philosophie musicale de ces\nœuvres. On s'est trompé en nous présentant la célèbre artiste viennoise sous\nun jour défavorable : elle fut intéressante dans Lohengrin, moins bonne\ndans Tannhàuser. J'ose espérer que lui permettra une facile\nrevanche, à moins du Crépuscule s'il doit bientôt reparaître... (On ne con-\nnaît rien de l'avenir ici ! Mais vers qui irions-nous dolents, entre un direc-\nteur qui a la modestie de se déclarer incompétent et un maire qui n'aurait\npas la prétention de le démentir ?)\nAssurément Mme Kutcherra ne possède pas la pureté d'expression de\nM'\"û Janssen. Elle est plus femme, et en cela peut-être plus près de la vérité\nEt il y a par ailleurs dans la partie vocale de son interprétation\nde grands instants de faiblesse, un manque de transition sensible4 du mé-\ndium au gtave et a 1 aigu. Je sais qu'il faut être reconnaissant à Mme Kut-\ncherra des grands et loyaux services dont elle a honoré l'art allemand - je\ncrois que c est une excellente artiste. On pourraadmirer son intelligence de\naction dramatique, sincère et touchante : jeu très germanique ! Mme Kut-\ncherra est bien servie par sa plastique et par un goût remarquable dans la\ndraperie. Il faut louer en somme le noble courage d'affronter trop tard'\nune scene française, dans notre langue, avec un accent dix-huitième siècle\nqui surprend, mais une excellente prononciation.\nL'orchestre est toujours consciencieux. Il me semble cependant que,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\nI3i\n\nM. T lon ait fait des concessions à la facilité du travail d'ensemble, en\ns attachant moins qu autrefois à la discrétion des nuances. Après tout, c'est\nune maniéré ! A-t-on tant de soins pour Aleyerbeer?\nIl était dit que Siberia (i) nous envahirait, en même temps .que tous les\npays latins. Décidément « Paris » est quelquefois nuisible : il faudra aviser\nà le supprimer, selon les vues du conventionnel Isnard.\nSi 1 on tient compte que dans Siberia il n y a pas de musique, ou plutôt\npas de musicien, et que par conséquent cette oeuvre n aurait pas dû\ntrouver place sur une scène lyrique, je reconnais qu'elle présente un\ncertain intérêt pour les âmes pures, à 1 instar de Résurrection et de A'lich el\nStrogoff. On s'e e cependant un peu trop pour que ce soit conve-\nnable.\nPourquoi 3-t-on décidé de jouer SibC]e n'est pci s par patriotisme ?\nni dans un but commercial ?ni par amour de l'art ?... Alors ! Je sais\nbien que M. Giordano n'est pas un inconnu sur cette scène, et qu'André\nChénier y parut longtemps avant les entreprises Sonzogno. Mais vraiment\nil est tel Ben iowskicentenaire qui garde plus d'intérêt que cette simpliste\ncomposition.\nCar de ces trois actes, brefs comme des baisers italiens « appassionati »,\nil ne demeure rien qu'une petite impression de mise en scène et un miè-\nvre extrait de couleur locale : la brutalité de la fausse jeune école italienne\nsachant au besoin se faire précieuse. Je félicite M. Giordano de connaître\nquelques airs populaires de la Russie, il gagnerait à en connaître beau-\ncoup. La presse lyonnaise rappelle, avec un ensemble charmant, que ces\nchoeurs des bateliers de la Volga, la « Chapelle russe » de M. Slaviansky\nd'Agrenef les apporta autrefois au théâtre Bellecour. Pouquoi donc a-t-on\ndonné Siberia} J'en veux à ce nom seul qui semble d'une héroïne de Xa-\nvier de Maistre : autrefois la Siberia s'appellait Sibérie. Nous aurons eu\nla primeur d'une traduction française de M. Paul Milliet qui ne le cède en\nrien aux vers dorés de M. Jaubert ; les syllabes muettes s'y acharnent à la\npoursuite des notes hautes, c'est une gageure.\nLa bienveillance et la distinction de l'interprétation masculine (MM. Ver-\ndier, Dangès, Lafont) a failli sauver cette première soirée.\nLe public s'est cependant un peu amusé. Les chœurs ont chanté juste.\nM. Bardey avait brossé des décors consciencieux, moins consciencieux\nque les coursiers de la steppe qui portaient une neige de farine sur le dos.\nDépense inutile !\nAu fait, 11 n y a pas de ballet. C'est regrettable. A tant que d'introduire\nle répertoire du Châtelet, il faut le taire en plein. J'aurais bien aimé une\n« cosaque » emmi les mollets gracieux de Josefa Cerny. « Vinavat ! »\nJe n'ai pu assiste rau concert de la Symphonie classique, ayant déjà abusé\nde musique imparfaite et étant retenu ailleurs. Une symphonie de Haydn,\nle prélude de Hœnsel et Gretel,celui du une exécution fragmen-\ntaire du Ballet comique de la Reine de Beaujoyeux, d'après Weckerlin :\ncela forme un ensemble intéressant. On peut bien augurer de l'avenir de\nla Symphonie classique si M. Daumas entreprend résolument de lui ôter\nson caractère enfantin.\nJe ne sais s'il ne vaudrait pas mieux écarter des programmes des comé-\ndies comme la Farce du pâté ou Maître Pathelin, d'intérêt philologique évi-\ndent, mais qui sont mieux à leur place dans une distribution de prix que\ndans un concert, du moins une fois le vocabulaire éliminé pour les besoins\nde la cause.\nIl est vrai qu'on peut y voir une préparation au mais\n\n(1) Voir le Mercure du 15 mai 1905, compte rendu de Louis Laloy."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.40", "texte": "132\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\naprès ? Pourquoi pas aussi bien les Vierges folles et le drame d'Adam ?\nToutes questions accessoires si le travail des musiciens compense la fan-\ntaisie du principe : cette jeune Société doit beaucoup au dévouement de\nM. J. Chanel.\nJ. R.\nConcert Péronnet. Le 24 janvier, nous fûmes conviés àun Concert\ndonné par le violoniste Péronnet et sa fille, MUe Jeanne Péronnet. L'attrait\nde cette audition était une Sonate pour piano et violon de E. Lazzari.\nL'œuvre m'a paru intéressante, surtout dans ses deux premiers mou-\nvements : lento allegro et lento. Il faut bien que je fasse amende hono-\nrable et que je proclame la vérité quand elle se manifeste. Des idées fran-\nchement exprimées, une phrase bien construite, d'allure nette, une mélodie\ndistinguée, pas banale, voilà ce qui m'a surtout frappé. On s'en étonnera\nmoins quand j'aurai dit que l'influence de Franck n'y était pas\nétrangère, ce qui du reste est un éloge, je suppose. J'ai moins goûté le\nfinale con fuoco.\nM. Péronnet avait assumé là une lourde tâche. Il convient de le louer\ndu choix qu il a fait ; je ne sache pas que cette sonate nous ait été révélée\navant lui. Il faut le féliciter hautement de son courage, de son exécu-\ntion probe et très honorable, bien qu'il ait manqué un peu d'assurance\ndans le début ; la phrase initiale et le eussent gagné à être\njouées avec plus de largeur et d'amplitude de son. Pas assez de vigueur\ndans le con fuoco.\n11 nous donna ensuite une Romance de Hubay d'une musicalité\nîen effacee et des Airs de Ballet de Lalo dont la difficulté ne rachète\npas 1 insignifiance.\nMlle Jeanne Péronnet, lel'1e1' prix du Conservatoire de Bruxelles, après nous\navoir fait apprécier dans la Sonate de Lazzari un jeu solide et franc,\nnous joua les Variations en ut mineur de Beethoven. Mon Dieu ! peut-\netre eut-elle pu mieux choisir dans l'œuvre du maître. Elle nous fit enten-\ndre ensuite Reve d'amour de Liszt, tant de fois entendu et d'une vul-\nfonLen?tSSlVe' Êt-Une Tarentelle de Mozkowski. Nous appréciâmes\nn jeu net, un poignet souple, des doigts agiles ; la tarentelle surtout\nrendue avec toute la légèreté et la délicatesse désirables.\nConcert de la Symphonie lyonnaise. Programme touffu, copieux\nPréludé du 4e acte de Messidor ; Procession de Rabaud ouverture\nde Rosamunde ; Concerto de Lalo, et Havanaise de Saint Sagnl nour\nle bilan Concerto de Grieg pour piano, et diverses mélodies, es î\nA retenir surtout la Procession nocturne de H. Rabaud, que nous enten\ndions pour la première fois. La notice de la partition\n---ne\" orchestrale6inc^on-\nJe passe sur Messidor de Bruneau trnn „ • •\nRosamunde, on aurait pu ? u P 7 lnsister- Quai* à\nouvertures. P Un Ch°lX Plus dans l'arsenal des\nM. Rosset joua la première partie du Concerto de I iln\nmen, trop lent, ce qui „e parut aggraver £ cet' \"te"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n133\n\nrecommande pas par une inspiration bien élevée. Quelques traits épineux\nmanquèrent de justesse, mais il serait injuste de ne pas reconnaître que\nl'exécution en fut satisfaisante. Je n'ai pas goûté du tout une\nde Saint-Saëns, dénuée de tout intérêt.\nMlle Marthe Gauthier, ier prix de notre Conservatoire, dans le\nde Grieg, fit valoir un mécanisme suffisant dans cette œuvre de grande\ndifficulté. Ses traits manquèrent un peu de netteté dans certains passages.\nJe lui reprocherais un peu de froid, surtout dans la phrase du premier mou-\nvement qui aurait demandé plus de sensibilité et d'ampleur. Mais l'éloge\ndevant succéder à la critique, je constate qu'elle a donné de ce terrible\nconcerto, effrayant à juste titre, une exécution plus que satisfaisante.\nMlle A. Comte, professeur de chant, dans un air de\nfait preuve de grâce et de simplicité : dans le de Leroux, d'une discrète\nsensibilité. J'ai moins aimé une mélodie de M. J. Benoît intitulée : la\nVague,qui me mit en effet du vague à l'âme, oh ! combien !\nEn somme, concert intéressant, où se prodigua tour à tour comme chef\nd'orchestre et pianiste accompagnateur son distingué directeur, M. Ma-\nriotte.\nA. G.\n\nCOURRIER DE MUNICH\n\nMunich est bien une des villes d'Allemagne, et du monde, où l'on fait le\nplus de musique, et je dirai très sincèrement de musique. C'est bien\nle moins, après tout, quand on met à la tête de ses orchestres les Mottl,\nles Weingartner (jusqu'à l'an passé), les Schneevoigt, les Peter Raabe,\nB. Stavenhagen et d'autres à l'occasion. Il y a tant de concerts qu'il s'en\ndonne chaque soir plusieurs à la fois, et tous, sans faire toujours leurs frais,\ntrouvent un public. C'est à YOdéon, au Kaimsaal, les grands concerts sym-\nphoniques et ceux des sociétés chorales ; c'est au Muséum, dans la salle\ndes Fêtes du Bayerischen Hof ou dans celle modernée des Vier\nten, les solistes et la musique de chambre. Heureusement ces soirées,\ncomme les représentations théâtrales,, commencent tôt et finissent tôt ; on\nen est toujours sorti à dix heures.\nLe mérite de cette grande « musicalité » munichoise revient, pour une\nlarge part, à M. le Hofrath (1) Dr Franz Kaim : c'est lui qui a établi la\nconcurrence, par la fondation d'un Institut de musique rival de l'Académie.\nDès 1891 il avait organisé des soirées de virtuoses ; en 1893 un orchestre\nconstitué donnait des saisons de concerts. En 1895 M. Kaim entreprit de\nses deniers la construction d'un local stable et définitif : le « Kaimsaal »\nétait fondé (2) ; de généreuses donations assurèrent son existence, M. Ga-\nbriel Sedlmayer donna l'exemple. Le 16 octobre dernier, un concert fêtait\nle 10e anniversaire de la fondation du Kaim-orchestre, et le programme dis-\ntribué à cette occasion en résumait les états de service : son premier chef,\n\n(1) Faudrait-il traduire des titres qui n'ont pas leur équivalent chez nous ?\n(2) Par suite de conventions que j'ignore, le Kaimsaal porte, à partir de cette année,\nle nom de Tonhalle ; c'est dommage, ce mot sent la brasserie. Et quel que soit désor-\nmais le rôle de M. Kaim dans l'établissement, il me semble que son nom devait y\ndemeurer attaché de droit ; sans compter que le Kaimsaal est d'ores et déjà passé dans\nle domaine de l'histoire de la musique à Munich."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.42", "texte": "134\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nHermann Zumpe, donna en été 1896 et 97 deux exécutions cycliques des\nIX Symphonies de Beethoven. En 1897 Ferdinand Lœwe, qui lui succédé,\nconduit pour la première fois l'orchestre à l'étranger: il va imposer aux\nViennois la V de Bruckner. En octobre 1898, c'est Félix Weingartner qui\nfait à Munich son entrée triomphale ; avec lui, le renom et les voyages du\nKaim-orchestre s'étendent au loin, de Kiel à Naples, d'Amsterdam à Vienne,\ndans plus de 65 villes ; le succès l'oblige à concéder au public des répétitions\ngénérales. C'est en 1898 aussi que le Hofrath Kaim prend l'initiative des\nConcerts symphoniques populaires, avec exécution, par le même orchestre,\ndes mêmes œuvres qu'aux concerts d'abonnement; seul le kapellmeister\nchange ; les prix d'entrée sont réduits à soet 3o pfennig, places assises\n—et la soirée commence à 8 heures, —au lieu de 7h. 1/2 pour donnei\naux petites gens qui viennent là achever leur journée, le temps de changei\nde vêtement. Institution modèle, pleine de bonhomie, qui rend d immenses\nservices à la classe moyenne ; on y rencontre aussi le simple pitou: laper-\nmission de dix heures lui suffit et il se trouve mieux là qu'au La\nvilie accorde une subvention annuelle de 6000 marks. Plusieurs chefs d'or-\nchestre s'y sont formés qui poursuivent aujourd'hui une carrière brillante.\nLe premier fut Richard Langenhan ; puis vint le Dr G. Dohrn, secondé par\nM. Sigmund de Hausegger, enfin celui-ci demeura seul. C'était un long\njeune homme maigre, travailleur et vibrant, qui sabrait son orchestre à\ntours de bras ; il étudiait si à fond les œuvres qu'il les faisait ensuite tra-\nvailler par cœur à son orchestre ; il était parvenu à mettre dans ses exécu-\ntions autant de clarté et de précision que de fougue; il avait aussi des\nidées et s'avisait d'affronter au même concert Brahms et Bruckner avec\nune complète impartialité ; c'est lui qui introduisit la louable coutume de\nfaire écouter les quatre parties d'une symphonie sans interruption ; il a\npassé depuis à Graz et aujourd'hui, à Francfort, il fait la pluie et le beau\ntemps. A sa suite M. Bernard Stavenhagen accepta pour un an la direction\ndes concerts et s'y fit particulièrement remarquer par une exécution inté-\ngrale des grands poèmes symphoniques de Liszt, son maître. Depuis deux\nans, M. Peter Raabe lui a succédé, et il est fort à souhaiter que le Kaimsaal\nle conserve longtemps ; il crut bien faire au début de prendre un peu le\ngenre de Weingartner, dont il a même risqué quelques gestes impératifs ;\nl'arrivée de Mottl à l'Odéon, coïncidant avec le départ de Weingartner pour\nBerlin, lui offrit un nouveau modèle, tout en lui laissant les coudées plus\nfranches. Je compte comme une des joies que j'ai eues d'avoir trouvé dans\nles couloirs de l'Odéon, debout comme moi, M. Raabe se faisant petit gar-\nçon à l'école, écoutant modestementun vendredi la symphonie qu'il venait\nlui -même de diriger le mercredi. Bref, à force de travail, il a complète-\nment assoupli, mûri, dégagé sa personnalité, et il est tout simplement en\npasse de devenir un des premiers chefs d'orchestre d'Allemagne. Il a clos\nla saison 1904-05 par un cycle des Symphonies de Beethoven tellement\ncouru qu'on s'empilait au Kaimsaal et qu'on refusait du monde à la porte ;\ndernièrement il donnait d'affilée les Symphonies de Brahms, et pour l'anni-\nversaire de Berlioz son interprétation de la Symphonie fantastique surpas-\nsait, dans l'ensemble, celle même de M. Schneevoigt deux jours aupara-\nvant, et comportait dans le geste déjà quelques indications qui valaient\nun commentaire.\nPour revenir aux Kaim-Concerts, M. Schneevoigt, à la fin de la saison\ndernière, y a remplacé Weingartner. Dire que le Kaim-orchestre n'a pas\nperdu au change constitue déjà le plus bel éloge que l'on puisse adresser\nà M. Schneevoigt ; il a le geste aussi ferme, avec moins de véhémence ; il\nest aussi sûr, sans sécheresse aucune ; il met plus de simplicité convaincue\nà obtenir les mêmes effets; cependant c'est plutôt un analyste délicat qu'un"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n135\n\ngrand conducteur, et il lui arrive parfois de sacrifier la ligne au profit de\ndétails d ailleurs exquisement présentés ; cela engendre une certaine mo-\nnotonie. Chez Beethoven, en tous cas, cette recherche affinée de nuances\nlocales est déplacée ; le concerto en sol majeur (i 3 nov.) en devint mécon-\nnaissable. Il est vrai que, ce soir-là, jouait Mme Sigrid Sundgreen-Schnee-\nvoigt, et cette pianiste charmante, dont le jeu perlé est tout à l'image de sa\ngrâce mutine et de sa sveltesse personnelles, ne lutterait pas toujours avec\navantage contre la masse orchestrale déchaînée par le premier venu. Je la\npréfère de beaucoup dans les accompagnements d'œuvres plus intimes :\naux séances de musique de chambre que le Kaimsaal offre aussi à son\npublic populaire, elle a tenu plusieurs fois le piano, et son doigté pur la\nsert admirablement dans le classique ; déjà dans le poignant Trio « à la\nmémoire de Nicolas Rubinstein » (Tchaïkowsky) elle ne faisait pas oublier\nMme Anna Hirzel de Tannée précédente.\nUn seul grief contre les directions des Concerts munichois : le manque\nde nouveautés. Si les concerts populaires ont pour mission de familiariser\nle grand public avec les oeuvres modèles, il appartiendrait aux Kaim-Con-\ncerts de produire plus de musique toute neuve. De son temps M. Wein-\ngartner savait exciper d'une bonne confraternité internationale et exécu-\ntait tour à tour une Ile Symphonie de d'lndy,une IVe de Mahler, les Varia-\ntions de Elgar ou le dernier poème de R. Strauss, quand même il laissait\nmieux poindre ses opinions les soirs où il intercalait Brahms entre Haydn\net Beethoven, comme « maître classique » (6 mars igos). En fait d'innova-\ntion, le Kaimsaal inaugurait, fin décembre, sous la direction de M. Gustav\nDrechsel, musicographe distingué, des concerts rétrospectifs de musique\n« anciennne, inédite ou peu connue, dans sa forme originale » ; c'est plus\ninstructif que passionnant. Le premier soir, 3o déc., se composait de la\nSinfonia ?i° 3 {fa majeur) de C. Ph. E. Bach, du Concerto grosso n° 2 {fa\nmajeur) de Haendel, de la 7reSymphonie (ré majeur) de Haydn, de la Séré-\nnade n° 6 pour deux petits orchestres et timbales de Mozart. La basse chif-\nfrée de Bach, réalisée par M. Drechsel, était donnée au cembalo par\nMlle E. Frey, qui s'acquittait avec tact de cette partie peu saillante ;\nmais quelle intime union de la sonorité de cet instrument avec le\nquatuor !\nC'est encore à M. Stavenhagen que l'on doit les plus intéressantes révé-\nlations, depuis deux ou trois ans qu'il organise chaque hiver trois « Soirées\nmodernes » (Moderne Abende) ; tantôt il y ressuscite quelques maîtres con-\ntemporains négligés ou méconnus, tels que Alexandre Ritter ou Rheinber-\nger, tantôt il présente quelqu'une de ces étranges symphonies de Gustav\nMahler autour desquelles la dispute retrouve des vivacités d'autrefois, mais\noù il faut reconnaître, à travers une orchestration sabbatique, un immense\ngénie musical. Et c'est M. Stavenhagen qui le premier apporta à Munich\nla IXe de Bruckner, celle dédiée dem lieben Gott et interrompue par la\nmort. A ces concerts encore M. Schillings dirigea personnellement un\nHexenlied dont la musique splendide [est déplorablement hachée par la\nrécitation du poème.\nM. Alonso Cor de Las, de son côté, est à peu près le seul à Munich à\nfaire entendre de temps à autre, timidement, un peu de vraie musique russe.\nQuant à YAcadéjnie de musique (Odéon), M. Félix Mottl, Generalmusik-\ndirektor, s'y suffit à lui-même ; et quoi qu'il donne, fût-ce dans la même\nsemaine la même Vile de Beethoven ou la même Vile de Schubert qu'au\nKaim-Concert (comme cela est arrivé malencontreusement les 20 et 24 no-\nvembre p. Ex. pour Schubert), on irait l'entendre tous les jours, tant\nla perfection de cet orchestre fondu, souple, univoque et nombreux est à la\nhauteur de toutes les tâches :1a Ve de Bruckner au finale monumental 0u..."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.44", "texte": "136\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nle Concerto de violon de M. Dubois ! C'est, il est vrai, l'orchestre de l'O-\npéra, le Hoforchester, le plus ancien, le plus complet de Munich, stylé,\n« routiniert »,ce qui en allemand est un éloge et signifie « entraîné », et l'a-\ncoustique excellente de l'Odéon le seconde beaucoup ; tandis qu'un incon-\nvénient du Kaimsaal, c'est la différence qu'il y a d'une audition au parquet\nà une audition de la galerie. Aux programmes de l'Odéon nous rencontre-\nrons aussi deux ou trois nouveautés à peine. Dès le premier soir, avec le\nConcerto de Brandebourg carré et sonore, et rythmé jusqu'au martèlement,\nvoici le IVe et dernier poème symphonique d'une suite homérique\nM. Ernest Bœhe : le Retour d'Ulysse.Le jeune compositeur, qui venait\nd'être fêté à Graz, à Berlin, dans plusieurs grandes villes, dirigeait lui-\nmême, et franchement l'honneur n'était pas mince de figurer, comme\nkapellmeister, à la place de Mottl et, comme auteur, entre Bach et Beetho-\nven (VIIe). On avait déjà entendu, les années précédentes :le\nlysse,le Naufrage,la Plainte de Nausikaa ;de l'une à l'autre de ces pièces\nla croissance des formes et des moyens est remarquable ; on ne voit pas ce\nqu'il pourrait y avoir là de grec ou de méditerranéen, sauf peut-être une\nrecherche, dans le dernier poème, de mélodie antique, ou une ampleur de\nfanfares qui font songer à des portiques de palais mycéniens ; de beaux mo-\ntifs, travaillés avec une richesse profuse, quelquefois formidable, traversent\nle cycle et lui prêtent une certaine unité. Mais en somme il y a trop. Je dirai\nd emblée que M. Bœhe est encore d'âge à jeter ses gourmes, il ne compte\npas vingt-cinq ans; et pour cet âge son savoir apparaît presque trop grand*\nrien ne manque à son orchestre, et la S info nia domestica le fait sourire'\nC est un cérébral, comme R. Strauss, comme Schillings, Pfitzner, Max Re-\nger ; tous ces musiciens ont plus de tête que de cœur et écrivent de la mu-\nsique pittoresque mieux que delà musique dramatique ; ils ont renforcé\ndéveloppe, complété Berlioz, mais ne sont pas souvent plus profonds • les\nuns comme les autres sont très forts, trop forts ; ils savent dire admirable-\nSs terme Tet ™ !T TTï à dire ; chez eux la Poésie dans\nes termes et pas dans le fond ; ils en sont à l'impressionnisme de la mu-\nr tTs et d'L7mnnri C°*leurs Pour la couleur, de timbres et de sono-\nperfec ionn Zn soi ; ils apportent évidemment à l'art orchestral des\nperfectionnements analogues a ceux des luministes en peinture • la libéra\nnon de toutes formules, la liberté de tous les modes d'expression •la façon\nl'éêàl d\\sboisaëtPdefeSSeî CUiïreS' au)°urd'hui assouplis, nuancés à\nTWI , , cordes, est extraordinaire même après Wagner et\npou des Zfifsoui\"dfUrS- Sei\"emem Bruckner S'est SOTi des\nque • and,\" a{esl l er°nt.Parmi leS sP'«\"i«»rs de la musi-\nMahler.S raC,Ue\"e M.^\nBrack-\nTrm- pter iz\ncompacte à force d'être châtié • Un 6U sous une écriture\ngénérale, ce trouble-fête de « dysaUélistf» \"a déchT' fo\"' rordonnance\nde nous ramener àla réalité ni , , declamatlon, comme moyen\npu\" et Tmpîë «n™ oT'f '' P\" °b\"enU;\nmeme intensité. M. Mottl, à qui l'œuvre JVw ' P°rtée et la\npremières auditions à Karlsrnhp ot \\ • > dedlee, en a donné les deux\n« symphonie dramatique ~ IheHll es, e°°ore ' •\nP -Se viennois, a publié une étude très"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n137\n\nélogieuse et très serrée du poème de M. Klose (i), et je lui emprunterai\nbien des renseignements.\nLa troisième nouveauté était une Sérénade pour quinze instruments à\nvent de M. Walter Lampe ; elle présente quelques curieuses sonorités, mais\nl'originalité manque: ces bruits imprévus mêmes, c'est Mahler qui les\na découverts ; quant au reste, on y retrouve des dessins de clarinette chers\nà Brahms, un son de cor de Tristan, une mélodie de Gounod, l'Oubli de\nSiegfried. L'adagio nocturne est lourd. Le finale est de beaucoup le plus\nréussi, avec une vivacité populaire des airs pas très éloignée du Wurstel-\nprater, mais combien distante de l'allure minaudante et spirituelle des\nsérénades de Mozart jouant à cache-cache derrière les bosquets dans les\nparcs ! Un « poème tragique » que M. Lampe dirigeait lui-même au Kaim-\nsaal le 27 novembre se morcelait en tressaillements, en grondements déta-\nchés, et avait surtout de tragique une pesante uniformité.\nM. Schneevoigt ne nous a guère donné que la Sarka de Smetana, extraite\ndu cycle de poèmes « Ma Patrie », qu'il faut, pour bien faire, entendre à\nPrague, dans leur atmosphère spéciale, et les deux pièces de Sibelius : Une\nLégende et Finlandia ; celle-ci m'a ravi plus encore que le Printemps et la\nLégende, parce qu'à côté des délicatesses en sourdine et du charme triste,\nelle a aussi la force et la volonté. Oh ! les chants mélancoliques des bois\ny sont toujours, avec ce même bourdon continu qui fait fond de tapisserie\ndans la musique de ce compositeur; mais aussi quelle resplendissante fan-\nfare ouvre ce poème du pays natal ! Les trompettes crépitent à tout bout\nde phrases, les timbales à leur tour reprennent seules le rythme fier, et\nvoici lancé un thème populaire (on le suppose du moins), alerte et gai avec\ndes piétinements de danse ; une manière de choral, solitaire, recueilli, s'é-\nlève comme un hymne d'attachement et de confiance, et avec une assu-\nrance superbe clôt le poème en un fortissimo auquel Sibelius ne nous avait\npas encore préparés, aussi puissant et clair qu'il s'était montré jusqu'ici\nlégendaire et brumeux.\nLa Société chorale Porges, sous la direction de M. Max Reger, a suivi\nson programme traditionnel de donner tous les ans une grande œuvre\nd'exécution exigeante : c'était cette fois le Prométhée de Liszt avec la mu-\nsique de scène écrite pour le Prométhée délivré de Herder lors de l'érection\nde sa statue à Weimar en iBso et que l'on n'entend jamais ; puis la Nuit\nde Noël de Hugo Wolff, une de ses plus heureuses inspirations, fraîche et\njoyeuse, et remplie de détails gentils : la musette du berger, le chant des\nviolons qui réalise la vision des pâtres, le chant tout ondoyant de l'ange de\nl'annonciation, les traits en fusées qui accompagnent le chœur des séra-\nphins, la nuance endolorie et le rapprochement des violons et des cuivres\nà la prévision du jour des douleurs, presque tout serait à citer.\nJe m'en voudrais d'omettre le concert de ses propres œuvres qu'organi-\nsait le 19 décembre, au Kaimsaal, un nouveau venu, un tout jeune homme :\nM. Johann Binenbaum. J'ai beaucoup aimé sa hardiesse; on lui en a fait\nun grief : Beethoven, quelques tout grands seraient à peine capables d oc-\ncuper à eux seuls une entière soirée sans lasser; c'est possible; je crois\naussi qu'en face des maîtres on aurait la petite hypocrisie de ne pas avouer\nsa fatigue. Mais je dois dire que j'ai aussi aimé la musique de M. Binen-\nbaum : d'abord il ne fait ni du Wagner, ni du Mahler, ni du Strauss, ni de\nl'ultra-moderne ; c'est déjà quelque chose, il est sincère avec lui-même.\nEnsuite il apporte une ouverture de concert et deux grandes symphonies;\n\n(i) Dans la collection des (( Miinchener Brochiïren )) à i mark de la maison Georg\nMuller, où se trouve aussi le Cart Spitteiei de M. Weingartner et le Hctns de\nP. N. Cossmann."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.46", "texte": "138\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nc'est aussi mieux que de petits lieder. Il a encore des défaillances, des\nnaïvetés, c'est certain ; mais son orchestre est bien conduit, la trame est\nfournie ; sa mélodie existe, il a même du souffle, et pourtant des curiosités\naussi : une partie prépondérante d'altos m'a frappé dons le finale de la\nire Symphonie (ut mineur). Enfin lui-même avait du tempérament, du nerf,\net point déposé : une modestie presque timide. Et tout cela chez un garçon\nqui ne porte pas vingt ans ? Gela vaut la peine d'attendre la suite avec\nintérêt.\nJe citerai encore en hâte, parmi les solistes : Petchnikoff, inouï de pres-\ntidigitation, Rebner, un des bons Sefcik, Mlle Elsie Playfair, plus à l'aise\ndans les dentelures légères que dans les exercices de grande virtuosité,\nM. E. Heyde, conzertmeister du Kaim-Orchestre, qui, même mis à contri-\nbution à l'improviste, s'est fort bien tiré de la belle Symphonie espagnole\nde Lalo ; au piano : Mme Schneevoigt, M. Liebling de Londres, à l'épate\nfacile, et l'exquis Ossip Gabrilowitch, que l'on ne peut comparer qu'à\nSauer ; pour le chant: M. Ludvig Hess, qui a admirablement chanté le\nPreislied, Mlle Nellie de Fœdransperg, gracieuse dans des lieder de Wein-\ngartner, de D'Albert, Mahler, enfin Mue Tilly Kœnen, d'Amsterdam, cer-\ntainement une des grandes cantatrices de l'heure actuelle.\n\nMarcel Montandon.\n\nCOURRIER DE STUTTGART\n\nInterprètes et mise en scène.\nA propos de Carmen, jouée ici pour la première fois le 4 janvier iBB3,\nM. Palm disait dans sa critique d'il y a 23 ans que cet opéra pourrait être\njoue encore quelque temps et qu'il ne ressemble pas àla F Er-\nmite de Maillart. Carmen a eu la même fortune que le baron de Putlitz;\nun et autre ont fourni une longue carrière. Et cette carrière est marquée\npai deux grands noms, la Carmen d'alors, qui démissionna sous M. le\n\" au)ourd'hui> qui fut engagée par le même baron,\nsavoir M mes Riegl et Sutter.\nMme\"'pî? k chanté la Suzanne de Mozart, qui appartient aujourd'hui à\nKossenberger, qui ne cesse pas de crier, et à Mme Augustine Bopp-\nmarïïstXectr'rr bi6n délicieuse' Elle est de Mannheim, où son\naii est directeur du Conservatoire. Un de ses amis m'a envoyé une étude\nmentTde BoPP\"Glaser en me permettant « roVale-\nami soi di.nnt P eXtenSo- Je Ie remercie très humblement ; mais cet\nsoi-disant « littéraire » est sans doute très épris de la célèbre artiste\ndocteur BénédicTduATe & Procfcdéclue confrère le\nM- ai,, ™\ndes qualités bien humaines. ' COmme 11 dlt> mais qu'elle a\nles hommes de°petite tafhe^Ct 3 SanS aoute \"n moYen pour faire grandir\nM. Bolz dans Y Anneau 'du Ni h)' sans reconnaitre les progrès immenses de\n*oi« à «« artiste que sa taille\nans doute, ce cher confrère estime qu'il est compromettant de cons-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n139\n\nîater ces merveilleux progrès, savoir une excellente diction, un jeu splen-\ndide, un piano aussi doux que possible, une voix immense et un chant\ntrès artistique, M. Briesemeister, de Rayreuth, a un rival très dangereux\nen M. Bolz. M. Briesemeister n'est pas gros et a des mouvements fort\nlégers ; mais sa voix n'est pas meilleure que celle de M. Bolz.\nM. Costa, de Nuremberg, et M. Gieswein, de Dusseldorf, ne valent pas un\nton de la voix de M. Bolz. J'ai parlé le ier novembre de M. Rothmuhl\nde Berlin . je constate aujourd hui que Al. Rothniuhl, lui est infé-\nrieur a Al. Bolz, mais surtout Al. Gieswein, qui est assez grossier. Si vous\ncomparez le Berlinois Kraus, il faut dire que M. Kraus n'est plus a la\nhauteur. Il a perdu beaucoup de sa voix merveilleuse, et M. Bolz n'a rien à\ncraindre.\nLe Siegfried de Alannheim, M. Carlen, ne réussira pas du tout à\nStuttgart, pas plus que M. Graebke, le Siegfried actuel de Munich et de\nHanovre. Et on parle toujours et partout de ces artistes les plus gran-\ndioses de Munich. Par hasard, je suis renseigné. Voici : M. Knote étant\nen Amérique, les Munichois sont privés de leur « star », et les représenta-\ntions de leur Opéra sont bien vulgaires. Et les artistes actuels de Munich\nne sont pas meilleurs que ceux de Stuttgart, c'est là une pure imagination.\nMais que voulez-vous ? la vie imaginaire est une belle chose. Les artistes\nde Munich ont une si grande renommée, parce que AIM. les critiques de\nMunich ne sont pas inférieurs à leur métier, comme ceux de Stuttgart. Et\nla réclame fait tout. A Alunich, par exemple, M. Wilhem Weidner serait\ncélèbre. Mais les critiques de Stuttgart croient que leurs artistes sont au\nmême niveau qu'eux-mêmes. Et ils les jugent d'après cela.\nEt les bons juges pardon, les critiques de Stuttgart jugent les artistes\nd'après la grandeur de la maison. Et le Théâtre à Stuttgart est un petit\nbâtiment de 900 places, parce que le Grand-Théâtre est brûlé. Et dans ce\npetitbâtiment on avait delà peine à entendre Al. Desider Zâdor, de Alunich,\nqui chantait Figaro, après avoir brillamment chanté le rôle d'Albérich de\nl'Or du Rhin, où M. Wiedenmann a brillé chez nous. Dans ce rôle\nM. Zâdor est unique; mais ce rôle est sa spécialité, il l'a chanté en 1905\ndouze fois et partout. Comme Figaro, il a complètement déçu. Et\nAlme Senger-Bettaque, l'Ortrude et la Vénus de Munich, n'avait pas mieux\nchanté que Aime Ingeborg Zink, qui quitte l'Opéra parce qu'elle a gâté sa\nvoix à Stuttgart. Seulement la Brunhilde du Crépuscule des Dieux a été\nextraordinaire. Et Mlle Hermine Bosetti et MUe Zdenka Fassbender m'ont\nétonné aussi. MUe Fassbender, de Karlsruhe, est engagée à Alunich, à\nla place de Mue Senger-Bettaque. Elle lui est bien inférieure, et à Stuttgart,\npar exemple, elle n'a pas tenu ses promesses dans la Juive. Allle Fassbender\nest très bonne pour Alunich, mais Mme Zink lui est supérieure. Mm° Zink a\nfait un long stage à Zurich, et fut engagée à Stuttgart. Mlle Agloda, d'Augs-\nbourg, qui a chanté dans les Huguenots, n'est pas meilleure non plus. Et\nMl!© Bosetti, qui est si célèbre, a déçu, elle aussi. C'est une personne\nfroide comme tout; elle a remplacé Aille Sutter, Sa voix est grande, mais\nun peu féroce ; la voix de Allie Sutter est plus ample encore. Comme Fille du\nrégiment, Mlle Bosetti n'a pas satisfait. M. Fricke, qui dirigeait la mise en\nscène, a dû mettre en lumière tout le gracieux comique qui lui est propre.\nMême sans voix, il pourrait satisfaire son public, car il est extrêmement\nhumoristique. Alais sa voix est encore assez bonne, et il a eu un fort grand\nsuccès dans Y Armurier de Lortzing, où Aille Hieser a développé tout ce\nqu'il y a de plus comique. M. Fricke, qui a 170 rôles dans son répertoire,\na pu amuser son public, car Mlle Bosetti a fait défaut. Mais je demande à\nM. Fricke pourquoi sa mise en scène laisse toujours à désirer. Je ne crois\npas que ce soit de sa faute. Je m'adresse donc au baron Putlitz. Je remarque"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.48", "texte": "140\nLE MERCURE MUSICAL — I-II-OÔ\n\nque MM. les régisseurs généraux peuvent faire ce qu'ils veulent: mais\nà MM. Fricke, Stephany et Edmond Franck on donne toutes les vieilles\nmachines. Il est donc très difficile à ces régisseurs de faire quelque chose\nde beau. Si l'on prive ces trois messieurs de tout ce qu'il y a d'élégant et de\nbon dans les magasins du théâtre, il ne faudrait pas compromettre leur\nsituation. Car on les critique d'après leur pauvre mise en scène, et MM. les\nrégisseurs généraux ont de bonnes critiques. Pourquoi MM. Fricke, Ste-\nphany et Franck sont-ils forcés de travailler avec un matériel si vieux ?\nJ'espère que cet état de choses changera.\n\nSous-Off.\n\nCOURRIER DE REIMS\nConcert Sarasate.\nMercredi io janvier dernier, salle Degermann, deux éminents artistes don-\nnaient un superbe concert qui avait attiré tout le monde artistique de notre\nville. Les noms de Sarasate et de Berthe Mary'Goldschmidt réunis sur\nun même programme étaient un sûr garant de Téctat tout particulier de cette\nsoirée, et c'était pour les Rémois une véritable aubaine de pouvoir fêter ces\ntalents exceptionnels. Les triomphes de Sarasate sont justifiés par ses qua-\nlités multiples ; il possède, en effet, la pureté de son, un style élégant et cor-\nrect, une délicatesse extrême, une chaude coloration et une virtuosité éton-\nnante. Des ovations enthousiastes, des rappels frénétiques ont conclu chacun\ndes morceaux joués parl'illustre violoniste. Mme Marf.Goldschmidt, une des\nplus célèbres pianistes de l'époque, a obtenu également un grand succès ;\nelle a été tout à fait remarquable dans l'exécution de la Sonate de Beetho-\nven et superbe dans les variations de l'andante qu'elle a merveilleusement\ndétaillées. Tout le reste du programme, où elle s'est dépensée sans faiblir,\na été pour elle une longue suite d'acclamations pleinement justifiées.\n\nCOURRIER DE NANTES\n\nL Association des Concerts historiques.\n, îf\" Destranges> réminent critique, rend compte en ces termes,\nOueu Artiste,du premier concert de cette intéressante Société :\nnlH°USt aV°\"Sf à JfSaUe Turcaud\nesnéZc 7S,7S\"r laquelle on peu\nS «—ftp fAssociation dos Concerts historiques,\nde rtitJJuLl rl\"rM- de Lacerda, avec le concours\nun complet succès \"éâ\nieLD7etiTus7sht7jjariM', deraT'âa\nn'est naseZoÎTZ J ? ,\"\"\"■ ims ce\"e phalanqe,\nn est pas encore paifait, mais le résultat obtenu permet de prédire à coup\ntem>;s:;' !ors1\"e ><>s \"\"Kiciens se sentiront bien les\n■râiTe'teTm!csTirl,JJ' ! pourront nous être oBertes.\ndébut9 naîtra Ln < lo Sociele qui a fait, hier soir, de si brillants\nnaitra une nouvelle pour la musique dans notre ville. Grâce à"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n141\n\nl'Association des Concerts historiques, une Société de Concerts populaires\npourra peut-être enfin se reconstituer en dehors des concours officiels sur\nlesquels F expérience prouve, tous les jours, qu'il est inutile de compter.\nM. de Lacerda est un chef d'orchestre de premier ordre. J'ai pu fap-\nprécier aux répétitions et j'ai admiré, en même temps que son autorité, la\nfaçon claire et précise dont il explique aux musiciens ce quil attend d'eux.\nLe programme de la soirée faisait une part à peu près égale a la musique\nancienne et a la musique moderne.\nScylla et Glaucus est un opéra de J.-M. Leclair, l'un des représentants\nles plus éminents de fEcole française du violon au XVIII* siècle et composi-\nteur de talent. Scylla et Glaucus fut joué a F Académie royale de Musique,\nen 1747. Depuis lors, F ouvrage était tombé dans F oubli. M. de Lacerda en\ndénicha la partition à la Bibliothèque de F Opéra et estima, avec juste raison,\nque F ouverture méritait de voir le jour. C'est une véritable première audi-\ntion que nous avons eue hier9 car depuis 1747, elle n'avait pas été rejouée.\nCette ouverture est pourtant une page de valeur, d'une noble et haute tenue,\nd'un style qui rappelle quelque peu celui d'Haendel. Sous la belle direction\nde M. de Lacerda, l'orchestre a exécuté avec ensemble l'ouverture de\nScylla et Glaucus.\nDeux gracieuses compositions de Grieg : Mélodies Norwégiennes, et la\njolie Sarabande de la Suite en ré de M. Vincent d'lndy9 dont le solo\nde flûte a permis d'applaudir M. Esseul, ont été bien rendues elles aussi.\nUn jeune pianiste de réel talent, M. J.-J. Nin, a joué d'excellente façon\net avec un beau style deux adorables pièces de Rameau: L'Enharmonique\net Villageoise. Il s'est fait applaudir aussi dans le Concerto en ré mi-\nneur de Jean-Sébastien Bach, pur chef-dœuvre qu'on ne se lasserait pas\nd'entendre. L'Allégro est une admirable inspiration et le Finale, d'une gaieté\nsi franche, une chose véritablement exquise. Cette musique est bâtie avec\nle granit le plus dur ; les ans ont passé dessus sans F entamer.\nMme Fernande Caldaguès a chanté avec sa voix prenante et sa diction\nimpeccable, le superbe air de Castor et Pollux: Tristes Apprêts, de Rameau.\nSon succès a été très grand.\nA/He Lenars a fort bien joué, sur la harpe chromatique, — instrument\nqui n'arrivera jamais à remplacer la harpe ordinaire, mais qui, considéré\ncomme instrument spécial, peut apporter à la palette orchestrale une nou-\nvelle couleur, — une jolie Fantaisie de Saint-Saëns. Les délicieuses Danses\nde M. Debussy figuraient au programme. Au dernier moment, elles ont été\nremplacées par un morceau de M. Reynaldo Hahn, d'une complète banalité,\nmais plus facile. On aurait dû prévenir le public de cette substitution.\nUéminent auteur de Pelléas et Mélisande serait sans doute peu flatté de se\nvoir attribuer une composition du musicien de la Carmélite.\nM. Samuel Bonjour a joué avec le talent quon lui connaît deux charmantes\npièces pour violoncelle de Corelli et de Porpora.\nLes chœurs, réunis et dressés par Mme Caldaguès et M. Morisson, ont\nbien interprêté un fragment de la Passion selon saint Matthieu, de\nH. Schutz9 — passage d'une grandeur sublimey l'une des plus belles inspi-\nrations du vieux musicien, — et le beau Chant Elégiaque de Beethoven. Très\napplaudi aussi, le ravissant chœur pour voix de femmes : La Vierge à la\nCrèche, de César Franck, fort habilement instrumenté par M. de Lacerda.\nPar contre, le délicieux Madrigal de Gabriel Fauré, d'une grande difficulté\nd'exécution, a été moins parfaitement rendu.\nLe public connaisseur qui remplissait la salle Turcaud a acclamé à\nplusieurs reprises M. de Lacerda, lui prouvant ainsi qu'il estimait à sa\njuste valeur le grand effort artistique qu'il vient d'accomplir.\n\nEtienne DESTRANGES."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.50", "texte": "142\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\n\nÉCHOS\nLa Société Nationale donnera son prochain concert le samedi 3 février,\nà la salle Pleyel. Au programme : le Trio de Coindreau Bl. Selva,\nMM. Lejeune et de Bruynl, la suite En Languedoc, de Déodat de Séverac\n(i\\Ule 81. Selva), et trois mélodies de R. Bardac :Si la plage penche, les\ndeux Perles et l'Air (Mme Russel).\nSociété J.-S. Bach. Salle de l'Union, 14, rue de Trévise. Le mercredi\n7 février, concert avec soli, chœurs et orchestre (4e de la série A). Pro-\ngramme : ler Concerto brandebourgeois pourviolon principal, 2 cors, 3 haut-\nbois, basson et orchestre (audition redemandée), cantate, Ach, wie fluchtig\n(ire audition), Suite en si mineur, cantate Her wie du wilt; solistes, MM. Pla-\nmondon, Sigwalt, etc...\nL'autre joue, onde la musique àFassyriologie. Pour remplacer (combien\navantageusement) le vénérable Oppert, le Collège de France présentait le\nP. Scheil, savant de premier ordre, connu et respecté de toute l'Europe\npour son érudition immense et la sûreté d'un goût que nulle tiare n'induisit\njamais en divagation. Après son nom, on avait inscrit celui d'un nommé\nFossey, jeune agrégé de grammaire qui se fit assyriologue pour mettre sa\nmédiocrité à l'abri de toute comparaison fâcheuse. La présentation en\nseconde ligne était jusqu'à ces derniers temps une pure formalité, le mi-\nnistre ratifiant toujours les préférences de la compagnie.\nMais les politiciens d aujourd nui ne l'entendent pas ainsi, et après une\nvigoureuse campagne de 1 assyriologue Clémenceau, le nommé Fossey fut\nchoisi, pour la raison qu il n'appartient à aucune congrégation, sinon à\ncelle des sots, cnaque jour plus puissante. C'est là une grossière insulte à\nla science, et aux professeurs qui l'enseignent en cette illustre maison.\nS ont-rte bien a plaindre ? Non certes, et le soufflet reçu n'est que la suite et\nle châtiment de leur iaiblesse. Pourquoi se sont-ils laissé imposer certain\ncours libre de musique, dont ils ne voulaient pas, et qui est un scandale ?\nIntimités d art.— C'est sous ce titre que l'éminente pianiste Roger-Miclos\nva, en quelques séances, passer en revue les plus célèbres musiciens depuis\ne xvue siecle jusqu'à nos jours. De forme nouvelle, les programmes au-\nront, chaque fois, un intermède consacré à la poésie de la même époque,\nun de donner a ces matinées un éclat unique, Mme Roeer-Miclos en\neiors de son nom et de son talent, s'est assuré le concours des artistes\nles plus célébrés et les plus aimés du public. Citons : Mme. Bréval,\nJane Hadmg, Marie Lecomte, Lina Pacary, Madeleine Roch, Segond-\nGaubert, Albert Lambert fils, Mounet-Sully, Sylvain Firmin Touche Pqul\nViardot, Johanès Wolff ; M™ Sandrini et M. P.Vymond, de l'Opéra'.\nville6et pUasU°HérardCh' BattaiUe : M\"'es Astruc> Olivier et MM. Drou-\nlSures, d'art leur caractère de discrète intimité élé-\nRoval 23 Si - f -le pIUS joli Cadre de Paris' le Théâtre\nraffinés dilettantes, '°U auteuils sont dignes de recevoir les plus\nLes « Intimités d'art » auront lieu tous les samedis à 3 heures précises.\nGe^^omrieetm,!înVier.'. Marie Gap°y' œuvres d'Alexandre\nM^:^anrs'^d\net Vexcenem flûtis^H^nneba^ns^510 musicien> M* Fernet,ténor généreux,"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.51", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n143\n\nLe cas d'un Maestro. Une revue de Milan nous peint sous les couleurs\nles plus émouvantes l'état d'angoissante perplexité du maestro Puccini,\nqui depuis quelque temps est à la recherche d'un libretto. Accablé sous l'a-\nvalanche des livrets que chaque courrier lui apporte, le pauvre maestro lit,\nrelit, étudie, et ne trouve point le mélos poétique digne de l'exciter musica-\nlement. Il a donc exprimé publiquement son regret « de ne point trouver\nle libretto capable de susciter son enthousiasme et de l'inspirer ». C'est\nnavrant. Il voudrait « quelque chose » qui fût, paraît-il, comme un poème\ndramatique d'amour dans un milieu chaud et vif, comme l'ltalie ou comme\nl'Espagne. Nos librettistes sont avertis; ils peuvent toujours essayer ! L'au-\nteur de l'article ajoute que si le mélancolique maestro trouve le livret idéal,\nil donnera un chef-d'œuvre qui sera « le chef-d'œuvre attendu par l'Art\nlatin moderne... » Vraiment?\nMunich. Le 3o décembre, le Théâtre National et Royal donnait une\nreprésentation de fête de Tannhàuser en l'honneur de M. Franz Fischer :\nvoilà 25 ans, en effet, que celui-ci dirige l'orchestre de l'Opéra. Il n'y a\njamais été directeur en chef, sauf pendant les guerres de succession des\nGeneralmusikdirektoren : à la mort de Levi et, récemment, à la mort de\nZumpe, que Félix Mottl a heureusement remplacé.\nCependant Franz Fischer, s'il n'est pas delà lignée des grands, est de\ncelle des consciencieux et des dévoués, des fidèles. C'est sur la recomman-\ndation de Wagner en personne que Levi l'accepta en second à l'Opéra de\nMunich vers 18S1. Il était auparavant violoncelliste dans l'orchestre de\nHans Richter à Budapest ; il avait aussi fait des études complètes de cor\navec Franz Strauss, le père de Richard. Il eut la bonne fortune d'accompa-\ngner Levi lorsque Louis II mit son orchestre à la disposition de Bayreuth\npour les premières représentations de Parsifal, et par conséquent celle\nd'étudier encore la partition avec le maître ; Wagner lui témoigna à diffé-\nrentes reprises sa satisfaction pour sa manière de l'interpréter. En 1899,\nil fut appelé de nouveau à Bayreuth pour diriger, avec le Ring, les Maîtres\nChanteurs et Parsifal.\nM. Fischer est encore excellent pianiste et s'est fait, ces dernières-\nannées, une spécialité fort goûtée d'auditions de Wagner au piano.\nLe Sottisier musical. « Encore à l'aurore d'une carrière déjà si riche\nen floraisons, mais qui semble seulement s'épanouir tant elle grandit cha-\nque jour, elle s'est déjà illustrée dans le chant, dans la déclamation, dans la\nlittérature, dans l'art de la mise en scène et elle a montré l'habileté de sa\nmain à diriger un crayon. » A. MANGEOT, dans le Monde musical, 5 jan-\nvier 1906, page 1.\na Dans cette œuvre écrite en trois parties, on dirait que le maître\n(M. Théodore Dubois) a voulu rappeler des scènes vécues et d'un souvenir\nineffaçable. L'Allegretto con moto e calore pourrait facilement s'intituler\n« Supplique », à cause de la seule phrase du commencement. » —La\nRevue musicale, i 5 janvier, p. 48.\n« Supposez qu'après avoir assisté à un cours sur la théorie de la lumière\nou après vous être fait expliquer la télégraphie sans fil par quelqu'un qui la\ncomprend, vous entriez dans une classe d'école primaire et qu on vous\nmontre de saines frimousses enluminées de traces de confitures et occupées\nà une fable, cela vous reposera autant que nous d'entendre la musique des\nChansons bretonnes harmonisées avec goût par M. P. Ladmirault. »\nLa Revue musicale, i 5 janvier, p. 53."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060201-01.1.52", "texte": "144\nLE MERCURE MUSICAL I-11-OÔ\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\n\nPUBLICATIONS RÈCENTES.\nLes R. P. Bénédictins de Solesmes : Kconforme à l'édition vaticane\net muni de signes rythmiques. Tournai et Rome, Desclée-Lefebvre.\nAlbert Groz : Heures d'Été,préludes et mélodies (A. Samain). Paris,\nBellon-Ponscarme.\nPrélude,pour piano. Paris, Bellon-Ponscarme.\nClaude le Jeune: Psaumes en vers mesurés, 2e fascicule, 21e livraison\ndes Maîtres Musiciens de la Renaissance publiés par HENRY\nEXPERT. Paris, Leduc et Demets.\nAdolphe Boschot : La jeunesse d'un Paris,\nPion.\nPaul Dukas : L'apprenti Sorcier.Partition d'orchestre. Paris, Durand et\nfils.\nLionel de la Laurencie : L'Académie\n[iy2y-iy6y). Paris, Société française d'lmprimerie et de Librairie.\nExtraits des Maîtres Musiciens,publiés par HENRY EXPERT, Paris >\nLeduc et Demets. (Voir les conditions aux annonces) :\nCerton : Si par fortune.\nLe Heurteur : Souvent amour.\nCl. Janequin : Au jolyjeu.\nAu verd boys.\nLe Peletier : Si mon malheur.\nClaudin de Sermisy : Contentez-vous.\nHau, hau, hau,\nPour ung plaisir.\n\nCALENDRIER DES CONCERTS.\n2 février. Salle Pleyel. Fondation Bach.\nSalle Erard. Georges Enesco.\n— Schola Cantorum. Concert mensuel.\n3 février. Salle Pleyel. Société Nationale.\n, Salle Erard. Arnold Reitlinger.\n6 février• balle Erard. Hélène Barry.\nSalle Pleyel. Jeanne Réol.\n. Salle des Agriculteurs (4 h.) Camille Fourrier.\n7 feyner. Ambigu (4 h. 1/2). Matinées-Danbé.\n8 février. Salle Erard. Georges Enesco.\n10 fevner. Salle Erard. Victor Stanb,\nn• . Salle Pleyel. Nelly et Alice Eminger.\n12 fe,vri.er• Salle Pleyel. Gabrielle Steiger.\n13 février. Schola Cantorum. Blanche Sel va\n14 février. £mbigu (4 h. 1/2). Matinées-Danbè.\n7fevner. ,1e Société Nationale.\n— balle Erard. Thérèse Rrmpr\n11 SÏW4 \"• ,/2)' Matinées-Danbé.\n26 fevner. bchola Cantorum. Blanche Selva.\nballe Pleyel. Théo Delacroix."}]}