{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_sha256": "a4604022f97a8aeef077189cc9ba0e8057ab7bdf8d2a7ad59298af9ff8e8cae1", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/02/15_01/bmtnabh_1906-02-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/02/15_01/bmtnabh_1906-02-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.1", "debut_caractere": 266, "fin_caractere_exclue": 887, "texte": "Sommaire\nEDGAR SULL. POE Le Corbeau ( Version nouvelle).\nREMY DE GOURMONT Mélodie.\nROMAIN ROLLAND L'Opéra (suite et fin).\nJEAN RAGE Salade rosse,\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis Laloy, C. de Malaret, M. S. Joseph TriUat, J. R. : Les Concerts.\nMagnus Synnestvedt : Musique d'Ex Michel Brenet :\nBerlioz et ses derniers biographes. Du Robec : La Musique à Rouen.\n—H. G. • La Musique à Lille. Sous Off : La Musique à Stuttgart,\nEdouard Perrin : La Musique à Nice. J. R., A. G. : Courrier de Lyon.\nElizabeth d'irvel : Courrier de Manchester. —Un Passant :\nhn' Correspondance. Échos. Publications récentes. Calendrier des\nconcerts."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.2", "titre_corps": "LE CORBEAU", "titre_sommaire": "LE CORBEAU", "signature_source": "Edgar Sull. Poë", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1563, "texte": "LE CORBEAU\n\n(l)\nCAUCHEMAR QUI DE temps EN ÇUttipô OBSÈDE\nUN CRITIQUE\nLà l'eau luit.\n« Ça, l'eau du rêve !...\nBrune eau, fuis l\nOu je te crève. »\nBreak et Coax :\nRondels de cuivre\n(en tous cas libres)»\nUne fois, par un minuit lugubre, tandis que je m'appesan-\ntissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de\nmusique oubliée, tandis que je dodelinais la tête, somnolant\npresque, soudain se fit un heurt, comme de quelqu'un frappant\n\n(i) Au cours des récentes séances spirites d'Alger, l'inoubliable série des\nfantômes BB, KK, PP, TT, et autres matérialisations obstinément alphabé-\ntiques, fut interrompue par l'apparition subite d'un fantôme de petite taille\ns'exprimant, dit la Galette d'Alger du 23 novembre IQO5, avec une extrême\nvolubilité et un fort accent anglais. Après avoir dûment prouvé son exis-\ntence objective en soufflant dans un tube de baryte et en tirant la barbe du\nDr Richet, le fantôme a dicté les lignes qu'on va lire. Interrogé sur sa\npersonnalité et sur l'origine de ce document, il a textuellement répondu :\ncc Toute chose, étant chose, se suffit à elle-même ; et cela vaut mieux\nainsi, caria série des antécédences est infinie, jusqu'à la Volition Divine.\nDonc, sans remonter jusqu'au Principe, sachez que ceci est une variante\nde la traduction faite du corbeau par mon cher Mallarmé, actuellement\nen mission, et que je suis moi-même Edgar Sull. Poe. » Et le fantôme\ndisparut.\nCe document ne devant pas, à cause de son caractère tout spécial, être\nannexé au rapport que prépare le Dr Richet sur les séances mémorables de"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.4", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "doucement, frappant à la porte de ma chambre, cela seul et\nrien de plus. .\nOh ! distinctement je me souviens que c était en le pluvieux\nnovembre, vevs Ici Jîii du scilou /), et\nchaque tison, mourant isole, ouvrageait son spectre sut le sol.\nArdemment je souhaitais le jour} vainement j avais cherché\nd'emprunter à mes livres un sursis au chagrin de 1 ŒUVI e pa-\nievnelle méconnue de l œuvverare et îayonnante que ics\nanges chantent entve eux nom de nom, mais ici-bas, non,.\njamais plus.\nEt de la soie l'incertain et triste bruissement en chaque-\nrideau purpural me traversait, m'emplissait de fantastiques\nterreurs pas senties encore : si bien que, pour calmer le batte-\nment de mon cœur, je demeurais maintenant à répéter: « C'est\nquelque compositeuv qui sollicite l'entrée, à la porte de mow\nve\\-de-chaussée quelque compositeuv qui sollicite l'entrée, à\nla porte de mon ve\\-de-chaussêe, c'est cela et rien de plus. »\nMon âme se fit subitement plus forte, et n'hésitant davan-\ntage : «Monsieur, dis-je, ou Madame\nvandve\\ jamais ce que vos paveils, bv aient,\nj'implore véritablement votre pardon ; mais le fait est que je\nsomnolais, songeant à Messidov,et vous vîntes si doucement\nfrapper, et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte\nde mon ve\\-de-chaussêe, que j'étais à peine sûr de vous avoir\n\nla villa Saïd, le Mercure Musical a pu obtenir de le livrer à la curiosité\ndu public lettré : il en exprime ici toute sa reconnaissance aux détenteurs\ndu manuscrit.\nNous ne nous cachons pas que cette publication peut susciter des con-\ntroverses passionnées, portant aussi bien sur le texte que sur son origine.\nOn insistera sans doute sur l'étrangeté de certains détails : l'épigraphe,\nd'ailleurs inédite, dont on inférera que les auteurs en vogue sur les bords\ndu Styx sont les mêmes qu'au temps d'Aristophane, la persistance de\nl'accent anglais au delà de la vie, la nature de la mission confiée à\nMaliarmé, —le prénom Sull., probable abréviation de Sullivan, qui rem-\nplace ici le prénom Allen qu'attribuent à Edgar Poë la plupart de ses\nbiographes. Mais nous n'entamerons pas ces discussions, car ce serait\nouvrir la controverse sur l'authenticité du document ou la personnalité du\nfantôme ; or, pour une discussion complète de ces questions, un volume\nin-40 serait au moins nécessaire. Nous abandonnons cette tâche à des\npersonnalités scientifiques plus autorisées, et suivant la maxime du\nfantôme : « Toute chose, étant chose, se suffit à elle-même», nous prions\nqu'on se contente de lire ce document sans prévention d'aucune sorte\n(n avons-nous pas nous-même sursauté, à cette lecture, devant certaines\nassertions violentes, peut être injustes ?) et de concentrer toute l'attention\nsur la valeur que donnent à l'ensemble du texte non modifié les parties\nimprimées en italique, qui constituent à elles seules ce que nous proposons\nde dénommer à l'avenir (si le cas se reproduit) : les interpolations spec-\ntrales."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.5", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "entendu. » Ici j'ouvris grande la porte : les ténèbres, et rien de\nplus.\nLoin dans l'ombre regardant, je me tins longtemps à douter,\nm'étonner et craindre, à rêver des qu'aucun\nn'avait osé rêver encore \\mais le silence ne se rompit point, et\nla quiétude ne donna de signe, et le seul mot qui se dit fut le\nmot chuchoté « Conservatoire 1 » Je le chuchotai —et un écho\nmurmura de retour le mot « Po», purement cela, et rien\nde plus.\nRentrant dans la chambre, toute lame en feu, j'entendis bien-\ntôt un heurt en quelque sorte plus fort qu'auparavant. « Sûre-\nment, dis-je, sûrement on joue sur la persienne\nde ma fenêtre. Voyons donc ce qu'il y a et explorons ce mys-\ntère que mon cœur se calme un moment et explore ce mys-\ntère : c'est du vent, et rien de plus.\nAu large je poussai le volet, quand avec maints\net agitations d'ailes, entra un majestueux corbeau des sacro-\nsaints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne\ns'arrêta ni n'hésita un instant, mais avec une mine de\nou d'académicien, se percha au-dessus de la porte de ma cham-\nbre, se percha sur un buste de Pelléas, juste au-dessus de\nla porte de ma chambre et se croyant peut-être à l'lnstitut\nse percha, siégea, et rien de plus.\nAlors cet oiseau du néant induisant ma triste imagination\nau sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance\nqu'il eut : « Quoique ta crête soit chue et rase, non ! dis-je, tu\nn'es pas pour sûr un poltron, spectral, lugubre et ancien cor-\nbeau, errant loin du faubourg la nuit dis-moi quel est ton\nnom seigneurial au rivage Plutonien de Nuit. » Le corbeau\ndit : « Je suis M. Dubois.Gela seul... et rien de plus ! »\nJe m'émerveillai fort d'entendre disgracieux volatile s'é-\nnoncer aussi clairement, et donner avec tant d'humilité une\nréponse aussi pleine de sens et d'à-propos ; car on ne peut\ns'empêcher de convenir que nul homme vivant n'eut encore\nl'heur de voir M. Dubois au-dessus de sa chambre,\nou toute autre bête sur le buste sculpté au-dessus de la porte\nde sa chambre, avouant ingênîi\ndans la grâce exquise de son nom.Cela seul, et rien de plus.\nMais le corbeau perché solitairement sur le buste placide\nparla ces seuls mots comme si mon âme, en ces seuls mots, il\nla répandait. Je ne proférai donc rien de plus, il n'agita donc\npas de plume, jusqu'à ce que je fis à peine davantage que\nmarmotter : « D'autres de ses amis déjà ont pris leur vol\ndemain il me laissera comme mes espérances déjà ont pris\nleur vol. » Alors l'oiseau dit : « Jamais plus. »"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.6", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien par-\nlée : « Sans doute, dis-je, ce qu'il profère est tout son fonds et\nson bagage, pris à quelque malheureux, le neveu ou la tante,\nque dans l'impitoyable désastre il suivit, et de très près suivit\njusqu'à ce que leurs chansons comportassent un unique refrain ;\njusqu'à ce que les chants funèbres de leur Espérance compor-\ntassent le mélancolique reîrain de : Jamais jamais plus. »\nLe corbeau induisant toute ma triste âme encore au souriie,\nje roulai soudain un siège un\nen face de l'oiseau, et du buste et de la porte ; et m'enfonçant\ndans le velours, je me pris à enchaîner songerie à songerie,\npensant à ce que cet augurai oiseau de jadis, à ce que ce som-\nbre, disgracieux, sinistre, maigre et augurai oiseau de jadis,\nsignifiait en croassant : « Jamais plus. »\nDans le fauteuil des concours je m'assis occupé à le conjec-\nturer, mais n'adressant pas une syllabe à l'oiseau dont les yeux\nde feu brûlaient, maintenant, au fond de mon sein ; ils fixaient\navec détresse ma tête reposant à l'aise sur la housse de velours\ndes coussins que dévorait la lumière de la lampe, housse vio-\nlette de velours que son crâne ne pressera plus,\nah ! jamais plus !\nL'air, me sembla-t-il, à cette pensée devint alors plus dense,\nparfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séra-\nphins, dont le pied, dans sa chute, tintait sur l'étoffe du par-\nquet : « Misérable ! m'écriai-je, t'a offert il t'a\nenvoyé par ses anges le répit le répit et le népenthès\nla forme du remords.Bois Z)wbois ce bon népenthès,\nnais le mérite des réformes et oublie ce Conservatoire perdu\nperdu pour toi et par toi. » Le corbeau dit « Jamais plus ! »\n« Professeur, dis-je, être de malheur! professeur, oui, oiseau\nou démon ! Que si le Tentateur t'envoya ou la tempête t'échoua\nvers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette\ndéserte terre enchantée, vers ce logis tout rayonnant des pro-\nmesses de l'avenir, dis-moi véritablement, je t'implore : « Y\na-t-il de la musique dans Debussy.» Dis-moi, je t'implore. »\nLe corbeau dit : « Jamais plus. »\n« Professeur, dis-je, être de malheur, professeur, oui, oiseau\nou démon ! Par les sons autour de nous épars, par la Musc\nque si différemment nous adorons tous deux,\nmerveille 1 esprit de la maison qui\nFranck, Lalo, d'lndjFauré, Dukas, Magnard, Ravel... »Le\ncorbeau dit : « Ceux-là seuls...,et rien de plus. »\n« Que ces mots soient le signal de notre séparation, oiseau ou\nmalin esprit, hurlai-je en me dressant. Recule en la tempête\net le rivage pîutonien de nuit !"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.7", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "rlnstitut !Ne laisse pas une plume noire ici comme gage du\nblasphème qu'a proféré ton âme. Laisse inviolée ma bien-\nveillance accoutumée ! quitte le buste au-dessus de ma porte !\nSurtout ne me prends pas mon te ôte ton bec de mon cœur\net jette ton haut-de-ioeme loin de ma porte ». Le corbeau\ndit : « Jamais plus ! »\nEt le corbeau, sans dignité^siège encore siège encore sur\nle buste placide de Pelléas,juste au-dessus de la porte de ma\nchambre, et ses yeux ont toute la semblance d'un démon qui\nrêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son\nombre à terre, et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à\nterre, ne s'élèvera jamais plus.\n\nEdgar Sull. Poë."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.3", "titre_corps": "MÉLODIE", "titre_sommaire": "MÉLODIE", "signature_source": "Remy de Gourmont", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 55, "texte": "MÉLODIE\nRemy de Gourmont.\nSUR DES VERS DE PAUL VERLAINE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.4", "titre_corps": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE", "titre_sommaire": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE", "signature_source": "Romain Rolland", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n\n(I>\nFRANCE SCO\nLa plus fameuse scène fantastique de tout l'opéra vénitien\nest l'incantation de Médée, à la fin du premier acte de Jason (2).\nLe génie de Cavalli s'y révèle tout entier, avec ses traits carac-\ntéristiques : l'un qui lui est commun avec Gluck : la per-\nsistance d'un dessin harmonique et rythmique répété, pour\nrendre la persistance d'une idée, pour l'enfoncer dans le cœur,\ncomme à coups de marteau ; l'autre qui lui est commun\navec Beethoven (3) : une prédilection pour les thèmes mélodi-\nques construits sur l'accord parfait tonique. Aucun musicien\ndu XVII6 siècle n'a eu à un tel degré ce goût passionné de la\ntonalité : ni Monteverdi, son précurseur, ni Cesti, son succes-\nseur. Il faut y voir la marque de ce tempérament sain, droit,\nentier, ennemi de tout ce qui est mièvre et contourné. L'in-\ncantation de Médée en est le meilleur exemple. La simplifica-\ntion voulue des lignes et la vigueur du relief font penser aux\nprocédés de la sculpture colossale. Dans l'harmonie, deux seuls\naccords, en mi mineur et en ut majeur. Léchant repose sur l'ac-\ncord parfait. Un rythme saisissant. L'insistance obstinée de\ngroupes rythmiques, formés par un seul accord, répété quatre\nfois, et suivi de silences, dont l'effet est poignant, au milieu de\nla fureur du morceau. La voix bondit, avec des sauts d'octave\nsauvages, presque fous.\n\n(1) Suite et fin. Voir le Mercure musica du i 5 janvier 1906.\n(2) M. Gevaert a donné cette scène dans les Gloires de Vltalie\\ et Robert\nEitner a publié le ier acte de Jason dans le t. XII de sa collection:\nkation œlterer praktischer und theoretischer Musikwerke ( 1883, Berlin).\n(3) La plupart des thèmes de Beethoven, depuis le premier morceau de\nl'op. 1, n° 1, jusqu'au premier morceau de la Neuvième Symphonie, sont\nconstruits avec ces trois notes de l'accord parfait."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.11", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "Bien que la partition conservée ne porte aucune indication\ninstrumentale, on est à peu près certain que Cavalli faisait\nemploi ici des trombones, dont les compositeurs vénitiens ne\nmanquent guère de se servir dans les scènes fantastiques (1).\nAprès ce chant de Médée vient un récitatif extrêmement\nexpressif, entremêlé de phrases énergiques à 3/2, puis un\nchœur d'esprits infernaux, à quatre parties: de courtes phrases\nde sept syllabes, lourdes et très rythmées, que coupent de larges\nsilences.\nCette scène fut de bonne heure célèbre, et même populaire\nen Italie ; car M. Goldschmidt en a signalé une curieuse paro-\ndie dans un opéra bouffe, joué à Florence, au Teatro délia via\ndélia Pergola, en 1657 : la Tan\ngnole., par Jacopo Melani (2}. Le valet Bruscolo cherche à voler\n\n(1) Pour l'orchestration de l'opéra vénitien, voir Hugo Goldschmidt :\nStudien qttr Geschichte der italienischen Oper im IJ Jahrhundert, 1901.\nLa base de l'orchestre était le cembalqui accompagnait en général le\nchant. Parfois plusieurs cembaliétaient réunis. Les violons, qui avaient\npris le pas sur les autres instruments à cordes, exécutaient les ritournelles\net les sinfonie. Les violes n'apparaissent plus qu'exceptionnellement. Les\ntrompettes jouaient un grand rôle dans les marches et les ouvertures, et\nelles concertaient souvent avec la voix, comme chez Haendel. Les cornets,\ntrombones et bassons servaient pour les effets fantastiques. Les cors\navaient aussi leur emploi. Les flûtes étaient beaucoup moins en faveur que\ndans l'opéra français. Enfin il y avait abondance de tambours et timbales.\n(2) Jacopo Melani était le frère d'Atto Melani, qui vint en France, au\nservice de Mazarin, comme chanteur et agent secret. Il écrivit toute une\nsuite de comédies musicales, dont la renommée s'étendit jusqu'en Prusse.\nLa Tancia est une comédie paysanne, écrite par le poète Moniglia en\npatois toscan. Voir Hugo Goldschmidt:"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.12", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 482, "texte": "le vieil avare Anselmo; et, pour mieux arriver à ses fins, il ima-\ngine une évocation burlesque du diable, dont le rôle est joué\npar un compère. Melani a repris pour cette scène les rythmes,\nles harmonies élémentaires, les lourdes basses, la déclamation\npathétique, et très probablement aussi l'orchestration de l'in-\ncantation de Médée : le comique naissait pour les auditeurs du\nrapprochement qui se faisait dans leur esprit entre les deux\nscènes."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.13", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "Après Giasone, le stjde de Cavalli commence à changer, Sa\ngrande facilité d'invention mélodique, et le goût du public\nfrivole, qui se désintéressait de tout ce dans l'opéra, pou-\nvait faire penser, l'amène peu à peu à négliger le drame et à ne\nplus se soucier que d'écrire de beaux airs.\nUEritrea(i) de 1662 est un des types les plus intéressants\nde cette période. Nous en avons au Conservatoire de Paris\nune partition manuscrite, dont quelques pages au moins sem-\nblent de la main de Cavalli : on y trouve ses ratures, ses retou-\nches hâtives, le plus souvent des lambeaux de papier intercalés\nentre les feuilles, pour les variantes.\nLe style de l'œuvre est d'une grâce et d'une souplesse admi-\nrables. Ce sont en général des morceaux courts, et de toutes les\nformes : des récitatifs mêlés à des phrases mélodiques, des airs\nstrophiques, des airs da capo, des airs à 3 parties différentes,\ndes airs populaires. Les voix se marient aux instruments de\nfaçons très variées : tantôt avec violon solo, tantôt avec 3 violes,\ntantôt avec tiorba, tantôt avec tromba, etc. Il semble que ce\nsoit un concert, plutôt qu'une représentation dramatique. Je\nciterai surtout le joli air de Célinda, concertant avec violon\nsolo : Mio cor, alla vendetta(2). C'est déjà le style lumineux\nde Hsendel, et cette virtuosité sereine de YOde à sainte Cécile.\n\n(1) Poète: Faustini.\n(2) Acte 11, scène ix."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.15", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "Ailleurs, nous retrouvons encore Haendel, avec ses grandes\nvocalises héroïques (i). A vrai dire, il est peu probable qu'il\nait subi directement l'influence de Cavalli ; mais il l'a ressentie\nau travers de Stradella, qui fut un de ses modèles préférés, et\nqui certainement a beaucoup profité de l'exemple de Cavalli.\nUne autre scène de Celinda, avec 3 violes (2), annonce les\ncélèbres scènes de Sommeils de l'opéra français ; et il est natu-\nrel de se rappeler que, huit ans plus tard, en 1660, Cavalli se\nrencontrait à Paris avec Lully, et que celui-ci, encore débu-\ntant, écrivait des danses pour le de Cavalli. De\nnombreux et excellents petits airs comiques sont les prototypes\nde 1 'opéra buffanapolitain. Certains ont un caractère popu-\nlaire, et l'un d'entre eux : Laberinti di pensieri (3), évoque\nun tambourin fameux de Rameau, dans les Festes d'Hébê :\n\n(1) Acte I, scène xv.\n(2) Acte I, scène xix.\n(3) Acte I, scène vu."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.16", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 184, "texte": "Enfin, malgré la prédominance de la forme sur l'expression\ndramatique, YEritrea ne manque pas de récitatifs énergiques,\navec de beaux cris de passion i"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.17", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "Pourquoi un tel artiste, si abondant et si fort, ne réussit-il\npas mieux, lorsqu'il vint en France, où il donna en 1660,\net Ercole en 1662 ? S'il eût été possible, à la rigueur, dans son\npays, de le trouver superficiel et un peu banal après Monte-\nverdi, ou auprès de Carissimi et de Provenzale, en France il\neût dû paraître le dieu de la musique à côté de Cambert et du\njeune Lully. Il n'en fut rien. échoua et ne fit\nguère de bruit. Cependant le premier compte des pages d'une\nbeauté classique, et l'autre est non seulement un chef-d'œuvre,\nmais, dans une certaine mesure, une œuvre à la française :\nCavalli avait tâché de s'y adapter à notre goût, sans rien sacri-\nfier de sa personnalité, mais bien plutôt en l'élargissant : il\navait écrit une ouverture instrumentale, des chœurs, des réci-\ntatifs déclamés. Rien n'y fit. Cavalli tombait à une heure où\nle chauvinisme français venait de se réveiller. paraissait\nun an après la Pastorale de Cambert, et quand la lutte était\nengagée entre les deux pays : Lully venait de résumer le débat"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "dans son Ballet de la Raillerie, où les deux musiques plaident\nl'une contre l'autre. La mort de Mazarin, en janvier 1661,\nenleva aux Italiens leur plus fort défenseur. La nouvelle cour,\net surtout le ministre Colbert, étaient mal disposés à 1 égard des\nartistes étrangers ; il leur déplaisait d'admettre la supériorité\nde la musique italienne. Le désir secret de tous était qu un\nartiste français ravît à l'ltalie la gloire de 1 opéra, dont elle\ns'attribuait le monopole. Perrin et Cambert l'avaient compris\nplus tôt que Lully, qui s'obstinait à croire l'opéra impossible en\nFrance et qui, pour une dizaine d'années encore, devait cher-\ncher sa voie dans la comédie-ballet. Mais Lully, comme Perrin\net Cambert, acharnés à se nuire mutuellement, se retrouvaient\nd'accord contre l'opéra de Cavalli : Lully, parce qu'il con-\ndamnait en bloc tous les opéras, Perrin parce qu'il considé-\nrait l'opéra italien comme son ennemi personnel. Pris entre\nces deux cabales, Cavalli fut étouffé. On fit le silence sur son\nadmirable Ercole. Mais Lully, tout bas, ne manqua pas d'en\nfaire son profit. Et Ercole fraie la voie où il entrera dix ans\nplus tard. Ce sont déjà les grandes lignes du plan qu'il adoptera\npour ses opéras : la forme de l'ouverture, la structure du pro-\nlogue aux chœurs massifs et triomphaux, la déclamation lyrique,\nles chœurs et les danses à la fin des actes.\nPeut-être est-il regrettable, puisque notre théâtre d'opéra\ndevait être fondé de toute façon par un Italien, qu'il ne l'ait\npas été par Cavalli, plutôt que par Lully. Il était bien plus\ngrand musicien; et s'il n'avait pas l'intelligence lucide et\nfroide, l'impérieuse volonté de son jeune rival, son souple\ngénie n'avait rien d'oppressif\", l'art français eût pu continuer\nde se développer librement auprès de lui, et l'on eût évité\nl'absolutisme, que la tradition de Lully, plus intolérante encore\nque Lully lui-même, fit peser pendant un siècle sur notre\nmusique d'opéra.\n\nRomain Rolland."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.5", "titre_corps": "SALADE ROSSE", "titre_sommaire": "SALADE ROSSE", "signature_source": "Jean Rage", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "SALADE ROSSE\n\nUNE RÉPÉTITION\nDans le public, des femmes de ménage se promènent avec des\nlanternes à la recherche des objets perdus ; entre temps elles\nbalayent.\nUN AUDITEUR DES FAUTEUILS. Dire qu'on paye pour se voir\népousseter la poussière des balcons sur nos têtes !\nUN AUTRE AUX GALERIES. C'était bien la peine d'apporter sa\npartition, on n'y voit goutte ici !\nUN GRAND AMATEUR AU BALCON. Pourvu qu'il n'arrête pas\nl'orchestre aussi souvent que la dernière fois !\nDans une loge. X à Y. Qu'est-ce qu'on vend aujourd'hui ?\nY à X : Du Berlioz !\nXà Y : Encore ! •\nY à X : Chut ! le voilà !\nVodor, le majestueux Vodor se montre à la porte des coulisses ;\nil regarde son orchestre, ses chœurs, son public ; puis il se fait\nun chemin au milieu de ses musiciens qui, derrière leurs parties,\nvomissent, à l'adresse du chef, de haineuses injures. Le maestro\naccède à son pupitre à la manière d'un prêtre antique à l'autel.\nDe loin et sous un certain angle on croirait voir un prestidi-\ngitateur ; les manches sont assez larges ; qui sait si le ventre,\nen saillie, ne contient pas un double fond ? Vodor fait en\neffet des tours de passe-passe ; il fait parfois aussi tourner\nses musiciens en bourriques. N'importe ! il monte sur son\ntremplin, pose les mains sur le velours de son garde-fou,\nappelle son premier ministre : Monsieur Girouette ; ce mi-\nnistre sert de tampon entre l'orchestre et Vodor les jours\nde grabuge 5 il reçoit les ordres du chef en se trémoussant,\nsigne d'un ardent excès de zèle \\ c'est lui qui aide aussi le\nmaître à\nDraper sa gueuserie avec son arrogance."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.20", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "Le grand homme enfin s'empare de sa baguette \\jl\nlui arrive de nager dans les eaux modernes) ; cette baguette à\nses yeux se transforme aisément en sceptre dor ; il 1 élève , il\nfouille de son œil vitreux son peuple esclave, esclave de son\nautocratie, de sa rapacité, de son acrimonie, de son hypocrisie,\nde son farouche égoïsme. « Ah ! terre et ciel ! quel giand\ngénie je suis ! » semble-t-il se dire.\nPar malheur, un hautboïste dut un jour lui faire avaler son\nanche; il a une vilaine voix. « Je vous en prie, Messieurs ! »\ns'écrie-t-il. Des éclairs illuminent ses regards, sa moustache\nfait la roue et laisse passer un sifflement de serpent à sornettes.\nLes musiciens courbent l'échiné comme pour se garer d'un\nmortel venin ; le silence se rétablit à grand'peine.\n« Franchement, Messieurs ! » dit le maître en dodelinant de\nla tête, « j'aime mieux voyager ».\nUN MUSICIEN. Oui ! tu la bats la campagne !\nLTN AUTRE. A London, Von plus qu'ici.\nLes solistes prennent leurs places respectives ; on ne les re-\nçarde même plus, on les connaît de longue date. Ah ! en voilà\nqui tiennent bon la rampe ! Mais du moins ceux-là chantent ;\nc'est pourquoi, dans le public, on les préfère à certaines voisis-\nsures brevetées par Madame Vodor qui fait l'élevage des voix\nlactées où l'acide lactique en effet entre pour une large part\nquand ces voix ne rappellent pas celles des sirènes modernes\nd'autos.\nLa répétition commence ; tout marche à souhait, mais Vodor,\nqui tient absolument à répéter plusieurs fois ses effets de\nmanchettes, arrête à chaque instant ; onze heures sonnent, on\nn'est pas encore à la moitié de la partition.\nUN AUDITEUR. —C'est assommant ! ce n'est plus de la musique,\nc'est du hachis !\nSON VOISIN. Estimons-nous heureux que ce ne soit pas du\ngâchis.\nA midi une partie du public se retire au beau milieu d'une\nroucoulade éperdue ; les portes claquent : à la façon dont ils les\nferment, on voit bien qu'ils ne sont pas contents. Le maestro\nse retourne, rageur, vexé, lui qui croyait avoir médusé ses audi-\nteurs.\nA partir de midi, les musiciens s'énervent ; seule, la moitié\nde l'orchestre joue ; on se relaie comme des chevaux de poste\nlas de souffler et de tirer l'archet ; à midi quinze les vents pas-\nsent des torchons dans leurs instruments ; à midi vingt-cinq\nVodor menace de reprendre toute la dernière partie. De sourdes\net hostiles rumeurs s'élèvent ; les choristes debout depuis neuf\nheures ont des fourmis dans les ïambes et s'assevent."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.21", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "Devant la mauvaise volonté (? ! !...) du personnel, Vodor met\nfin à la répétition.\nAu tramway on ne trouve pas de place, ceux qui habitent un\npeu loin rentrent chez eux entre une heure et deux heures de\nl'après-midi ; aussi la plupart de ceux qui ont des leçons n'ont\npas le temps d'aller déjeuner.\n(A suivre.)\n\nJean Rage."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard :le Faust de Schumann. L'œuvre de Cl. Debussy (Mrae Camille tourner,\nMUc Lucienne Bréval, MM. Jean Perier, R. Vines, A. Delacroix, A. Petit et Louis Laloy).\nVux Mathurins. Musique ancienne. L'Or/eo de Monteverdi et M. de Lacerda. Société\nNationale : MM. Coindreau, Jongen et Bardac, Au Conservatoire : le Quatuor Capet. Con-\ncerts Barreau. —M. Salmon. M. Revel.\nv 'i.\n0\nLe Faust de Schumann, donné pour la première fois aux Concerts Che\nvillard le 28 janvier et le 4 février derniers, est une œuvre que j'aime, d'a-\nbord pour le poème admirable dont elle est inspirée, ensuite pour cette\nnoble musique dont le flot égal semble jaillir doucement des profondeurs\nd'une âme pure. Hélas ! pourquoi faut-il que cette partition tant de fois\nfeuilletée au piano m'ait toujours donné l'amertume d'un irrécusable ennui,\nlorsque je l'ai entendue au concertîTel fut le cas il y a deux ou trois ans,\nau Châtelet; encore pouvait-on s'en prendre aune exécution des plus gros-\nsières ; mais l'impression ne fut pas de beaucoup meilleure au Nouveau-\nThéâtre, où une telle excuse cesse d'être valable. A peine si l'on peut\nreprocher à M. Chevillard une tendance à accélérer les mouvements et a\nmarquer trop fortement des rythmes déjà pesants : chœurs et orchestre\nont été vigoureux et précis, et Mme Raunay, MM. Frohlich, Cazeneuve,\nSigwalt et Nivette ont donné tout ce qu'on était en droit d'attendre d'eux\n(les trois premiers surtout). Et je reconnaissais, au passage, des mélodies\nfamilières ; mais c'étaient comme de beaux visages entrevus dans un rêve,\ndont on n'arrive pas à ressaisir les traits; et toujours, toujours, de l'orches-\ntre chargé tombait, à perte de vue, une pluie de notes grises, trouée de\ntemps en temps par un sursaut de cuivres pareil à l'éclat brusque d'un\nfanal dans le brouillard. Le tout accompagnant une morne traduction de\nRomain Bussine, musicien de mérite qui fait rimer bravement flamme et\nenflamme, caresses et tendresses, frémissantes et frémissantes, et lorsque"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "Gœthe nous peint Faust ébloui par l'ardeur surhumaine du soleil, et dé-\ntournant ses faibles yeux, lui prête cette apostrophe inattendue : Viens\ndonc, soleil de flamme, viens, je t'appelle. Le contresens fleurit toujours, on\nle voit, dans les plates-bandes (combien plates! )des traducteurs musicaux.\nDe belles scènes rayonnent cependant parmi ces molles ténèbres : d'a-\nbord, la prière de Marguerite à la Vierge, presque libérée de tout envelop-\npement d'orchestre ; plainte déchirante, imploration désespérée, que\nMme Raunay a dite avec la plus tragique et profonde émotion. Puis le dia-\nlogue de Faust avec le Souci, et sa noble réponse au monstre qui, en\nl'aveuglant, lui rend plus claires, et plus chères, les lumières de son esprit :\net ici M. Frôhlich, dont le style est parfois un peu trop grand et trop nu\npour Schumann, a été admirable de joie sereine et grave. Quoi encore? la\nmort de Faust, avec ses trombones héroïques et funèbres, enfin libérés du\nquatuor, et, dans la dernière partie, l'hymne à la Reine du ciel du Doctor\nMarianus, où nous retrouvons la voix pieuse de M. Frôhlich. Mais àce\nmoment nous étions déjà bien fatigués. Et j'en viens à me demander si la\ncoupure, la sacrilège coupure tant de fois maudite, ne serait pas ici un\nbienfait ;ce pendant que le Mauvais Esprit me chuchote à l'oreille : « La\ncoupure ? Non pas. On a orchestré des compositions de Schumann pour\nle piano. Combien ses œuvres d'orchestre mériteraient que l'on s'occupât\nd'elles à leur tour ! » Horreur !\nJe suis un peu gêné pour parler du concert du 6 février, organisé par\nMme Camille Fourrier et consacré à l'œuvre de Claude Debussy ; mais il\nétait si beau que, malgré la présence de mon propre nom sur le pro-\ngramme, je veux essayer de dire ici la joie de cette heure, où une musi-\nque de rêve fut parmi nous, miraculeuse et réelle. D'abord, la preuve est\nfaite une fois de plus que Debussy a plus que tout autre aujourd'hui la\nvertu d'attirer les auditeurs et de faire, comme on dit, salle comble : j'espère\nque nos chefs d'orchestre et directeurs de théâtre feront leur profit de cette\nvérité. Et quel auditoire ! Chargé des modestes fonctions d'introducteur des\nchefs-d'œuvre, j'ai senti dès l'entree ce frémissement particulier, puis ces\nvifs et intelligents mouvements d approbation, qui prouvent 1 entente des\nesprits. La suite, je veux dire le concert lui-même, ne fut qu'un long en-\nthousiasme. Et telles doivent bien etre en eflet ces manifestations dait\ndénommées concerts, ou n'etre pas i des fetes, ou 1 exaltation tire les\nhommes d'eux-mêmes et les jette, loin de la vie quotidienne, dans une\ncontemplation unanime de l'inaccessible. L art est bien une religion, je\nveux dire un lien entre les consciences, et ses solennités sont des commu-\nnions : c'est ce que nous avons senti en ce jour, et je ne crois pas exagérer\nen disant que le souffle de Dionysos fut pour quelques instants en nous.\nGrâces soient rendues, pour ce triomphe de la musique, et aux œuvres,\net à leurs interprètes, admirables aussi ! Mme Camille Fourrier s'est sur-\npassée : avec autant d'intelligence, de vie et d'ardeur dans les chants de\njoie tels que Y Echelonnement des Haies ou les Chevaux de Bois, autant de\nlangueur recueillie dans le Jet d}Eau ou la mélancolique Ombre des Arbres,\nelle m'a paru montrer une diction plus nette encore et une voix plus fraî-\nche et plus assurée que jamais. Venait ensuite M Ricardo Vines, pianiste\nnon virtuose, mais magicien, qui semble jouer avec les sons eux-mêmes,\net non avec les touches d'ivoire ; rien ne peut dire 1 enchantement de\nVlsle joyeuse ou du Mouvement, joués par lui : musique aérienne, raite de\nlumière qui jaillit de tous côtés, en une fantaisie vertigineuse et précisé a\nla fois • rien non plus, la sonorité enveloppante des Pagodes, la fuyante\ngrâce des Reflets dans Veau, ou la tristesse très douce de VHommage à\nPameau. M. Jean Périer nous fit retrouver, dans les Chansons de France,\nl'âme de l'immortel Pelléas, mais avec des accents plus contenus et non"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4068, "texte": "moins émouvants ; car ce grand artiste, honneur de notre Opéra-Comique,\ncherche avant tout une exacte appropriation de son style à la pensée de\nl'auteur, et tel est le secret de la beauté de ses créations, qu'il ne prononce\npas une syllabe et ne profère pas une note dont il n'ait senti la valeur et\nla portée : une haute intelligence le sert en cela, unie à une diction merveil-\nleuse, à une voix qui charme, et au don si rare de la tendresse ; on ne peut\nentendre M. Jean Périer sans être aussitôt touché au cœur. Mi'e Lucienne\nBréval, enfin, nous chanta les trois Chansons de Bilitis, les plus merveil-\nleuses peut-être de toutes les chansons, parce que la sensualité païenne y\nretrouve sa noblesse et sa troublante majesté. Ce furent là des minutes\ninoubliables; on ne peut concevoir une émotion plus intense, un style plus\ndélicat et plus large à la fois, une voix plus chaude et plus pure ; et sur-\ntout cette ardeur profonde, cette sorte de vibration intérieure, qui fait\nfrissonner ! Il n'est point de plus grand art, et tant de puissance avec tant de\nnoblesse font bien deMUeßrévallaplus sublime tragédienne de notre temps.\nLa seconde de ces chansons (Cette fut redemandée par le\npublic transporté. Au sortir de là, on croit avoir rêvé en effet, et l'on a\nquelque peine, en rouvrant les yeux, à découvrir que les êtres sont restés\nles mêmes. Que de remerciements ne devons-nous pas, pour la bonne\ngrâce charmante que l'on mit à renouveler notre chère illusion ! M. A.\nDelacroix a accompagné en maître tous ces chants ; l'expression n'est pas\ntrop forte, et tous ceux qui savent le rôle dévolu, en cet art, à l'harmonie,\nn'y contrediront point. La délicatesse de son jeu est exquise autant que sa\nprécision extrême ; tout est expressif, choisi, senti, et par ses soins la\nmélodie est comme enveloppée de draperies légères, qui en laissent voir et\nen embellissent cependant tous les contours. Une bonne part du succès de\nla journée revient certainement à M. Delacroix, qui, pour terminer, nous\njouait, avec un de ses élèves, M. Petit, le dernier tableau de la Mer. J'ai\npeur de sembler délirer, mais maintenant que je connais la couleur\norchestrale de 1 œuvre, j ai bien plus de plaisir à l'entendre au piano qu'à\n1 orchestre, lorsqu elle est exécutée par de tels artistes, qui savent en tra-\nduire les émouvants colloques avec une vie, une fougue, une variété et une\npuissance de nuances que nul orchestre n'atteindra jamais. Ce fut là une\nadrniiable conclusion à cette belle fete, la plus belle certainement qui nous\nait été donnée depuis bien longtemps. Nous la devons à Mme Camille\nFourriei, qui sut grouper autour d'elle cette élite d'artistes, unis par une\nadmiration commune et une estime réciproque. Ah ! qui dira jamais la sim-\nplicité, le dévouement et la générosité des artistes véritables ?\nJe dois avouer que ce soir-là je n'ai plus voulu entendre de musique :\nmanquant donc à tous mes devoirs, je n'ai point paru au concert de la\nPhilharmonique,où cependant chantait la charmante Mysz-Gmeiner ;et je\nsuis allé aux Mathurins, où débutait, dans une pantomime à l'antique, un\npetit Faune exquis, d'une grâce mutine et d'une frivolité que le désir sou-\ndain rend grave, mais d une gravité enfantine encore, et attendrissante.\nEt a danse du Faune est admirable de fantaisie harmonieuse : on le croirait\ndescendu des parois d'un vase grec, et Isadora Duncan elle-même en serait\nemerveillee. Signe particulier : il m'a semblé reconnaître que ses cheveux\nnoirs et crépus étaient entrelacés, non certes de serpents, mais de vrilles de\nvigne. On me dit d'autre part que je me suis trompé si j'ai voulu trouver là\nle silence, et qu'une musique accompagnait la pantomime. C'est possible,\nmais je ne lai point entendue. Il faudra que je retourne m'assurer de ce\ndétail qui a échappé à mon attention captivée.\nCependant la musique ancienne renaît de ses cendres avec une ardeur de\nplus en plus phenicoïdale. C'est, aux Hautes Études Sociales, M. Calvoco-\nressi qui, aide de M. J.-J. Nin, pianiste remarquable autant que dévoué,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3697, "texte": "retrace l'histoire de la musique de clavecin et montre fort justement que\nnos maîtres d'aujourd'hui sont les descendants directs, par delà la période\nallemande, des maîtres du xvie et du xvme siècle ; après lui, M. de la Lan-\nrencie, terminant la série de ses instructives conférences, nous fait entendre\nune fort belle sonate de Rebel, un charmant divertissement d'Anet, et une\nadmirable gigue de Jean-Marie Leclair. Cependant, à la Société Internatio-\nnale de Musique, M. de Bricqueville ressuscitait Marais le joueur de viole,\net M. Ecorcheville, aidé par Mme Landowska, délicieuse claveciniste, nous\nrévélait l'aristocratique beauté de la musique de luth. Enfin la\ntorum nous rendait une fois de plus YOrfeo de Monteverdi, conduit cette\nfois par M. de Lacerda. On a remarqué que la direction de ce jeune chef dif-\nférait de celle de M. d'lndy ; c'est exact ; mais la personnalité, même dis-\ncutable, vaut mieux que l'imitation, et je trouve que mon excellent et très\ndistingué confrère M. Pierre Lalo s'est montré un peu bien sévère en cette\noccurrence. M. d'lndy est un admirable chef d'orchestre, d'une précision\nsans égale dans le rythme et d'un relief dans les nuances que l'on\nne saurait atteindre, à moins d'être lui-même. M. de Lacerda ne\nsoutient ni ne recherche la comparaison sur ces deux points ; mais il a\npour lui d'autres qualités, qui sont une rare puissance expressive, et\nune chaleur de geste qui fait merveille à l'occasion. Pour ma part, je\nn'avais jamais mieux senti la beauté des chœurs d et leur caractère\némouvant ; et il faut certes une énergie peu commune pour soulever la\nmasse pesante des chœurs de la Schola.Et encore, le si difficile divertisse-\nment pour harpes et flûtes n'a jamais été mieux réglé, ni le chant des trom-\nbones infernaux plus terrible. Quant à MUe Marthe Legrand et àM. Bour-\ngeois, leur éloge n'est plus à faire dans les rôles d'Orphée et de la Messa-\ngère. M. Marc David, porteur d'un nom cher à la s'est montré bon\nchanteur et excellent musicien ; et Mlle Marie Pironnet m'a paru en grands\nprogrès pour le style et la délicatesse de la voix ; en récompense, je lui\ndécerne deuxlettres de noblesse (je n'en ai qu'une moi-même), et consens à\nl'appeler d'ores en avant : Mary Pironnay.\nLe concert commençait par des fragments du\nde Beaujoyeux, et de la Philothée d'un jésuite inconnu : œuvres d'un inté-\nrêt tout historique, faites pour les assemblées d'érudits plus que pour le\nconcert.\nLouis LALOY.\nSamedi 3 février. « Nous n'irons plus aux bois »... s'ils continuent à\nse fleurir d'un aussi grand nombre d'agréables mélodies, agréablement\ninterprétées... Passons discrètement !\nTout l'intérêt du concert s'est concentré sur les premières auditions\nd'œuvres de MM. Henri Woollet et D. E. Inghelbrecht.\nNous connaissions déjà de M. Woollett de charmantes mélodies, une\nœuvre lyrique, la Rose de Saron,et la partition dun très beau drame,\nles Amants byzantins, toutes œuvres qui nous permettent de fonder sur\nce musicien de grandes espérances. Cette fois-ci M. Woollett présentait\nCinq pièces pour instruments à vent qui marquent une évolution\ntrès sensible de son art : nous serions fort étonné si d'ici peu M. Woollett\nne s'engageait définitivement sur la route de lumière dont parlait derniè-\nrement Louis Laloy, la route de liberté et de vérité qui fut ouverte en\n1902 par Claude Debussy ; cette œuvre de transition applique encore\navec maîtrise, quoique un peu longuement les recettes éprouvées de la\nmusique purement thématique ; mais çà et là la pensée du compositeur se\ncomplaît dans la traduction libre des émotions intimes, des impressions\nfugitives 5 cependant c'est surtout dans la matière harmonique que se"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.26", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "trahit révolution du compositeur, qui manie hardiment les gammes par\ntons entiers, les successions de neuvièmes et de quintes, les frottements de\nsecondes, etc... Ce n'est là sans doute que le côté extérieur de la musique ;\nmais l'emploi de ces procédés, nous le répétons, marque le premier terme\nd'une évolution, qui sera suivie avec intérêt à cause de la valeur, déjà\nprouvée, du musicien en cause.\nDe M. Inghelbrecht nous avons entendu avec un vif plaisir\nantiques pour flûte et harpe, et surtout un sylvesti e pour double\nquintette à vent et harpe qui évoque avec une précision troublante une de\nces légendaires forêts de l'Attique primitive toutes peuplees de sylvains, de\nfaunes et de nymphes, et vibrantes de toutes les voix, de tous les chucho-\ntements d'une nature divinisée. Il faut surtout louer le mouvement très\nlarge qui sucède aux jeux des nymphes et des faunes et dont les solen-\nnelles harmonies semblent illustrer la célébration d'un mystérieux sacrifice\nau plus profond de la forêt millénaire. Dans cette œuvre charmante, et\npar moments puissante, nous avons retrouvé, plus développées, les qualités\nsi personnelles dont M. Inghelbrecht avait fait preuve l'année dernière\ndans ses esquisses automnales ; nous attendons avec intérêt une nouvelle\noeuvre orchestrale, qui lui permette d'étaler librement les mille couleurs\nde sa brillante palette.\nNous devons aussi mentionner l'exécution à cette séance de YOctuor de\nBeethoven, et d'une Suite de M. Devanchy, d'âge et d'intérêt inégaux.\nM. S.\nLa Société Nationale donnait à la salle Pleyel son 333 e concert. Au pro-\ngramme des œuvres de MM. Jongen, R. Bardac, de Séverac et P. Coin-\ndreau.\nLa Sonate de J. Jongen est une œuvre intéressante, très expressive, se\nressentant un peu de l'influence de Franck et de Leken, mais, malgré cela,\npersonnelle. Je n'en aime pas beaucoup le dernier mouvement : qui\nme paraît contenir des développements oiseux. Mais M. J. Jongen est un\nvioloniste si remarquable qu'il ferait passer sur bien des choses.\nLes Mélodies de R. Bardac manquent d'originalité. Peut-être était-ce\nparce que l'interprétation laissait... mais non ! n'en parlons pas, cela vaut\nmieux.\nHeureusement qu'après cela nous avions une exécution superbe de\nLanguedoc,de Déodat de Séverac.\nCette suite pour piano se compose de cinq pièces; deux d'entre elles :\ncheval dans la prairie et Coin de cimetière au printemps, avaient déjà été\nentendues. Les trois autres étaient jouées pour la première fois.\nVers le Mas en fête donne l'impression nette d'une montée pénible vers\nle mas, par le chemin du torrent.On voit à peine le toit du mas, la pointe\ndu clocher, et petit à petit la vision se pour devenir à la fin extrê-\nmement claire. Entre temps, le délicieux épisode de la Halte à la fontaine*\nsi frais et si vrai. On entend au loin la flûte de Pan d'un chevrier et, montant\ntoujours, on trouve le Mas en fête. La joie se teinte d'une mélancolie douce\nà la pensée de ceux qu'on aurait pu y trouver et qui n'y sont plus. On pres-\nsent le coin de cimetière au printemps.\nSur V Etang le soir se prêterait admirablement, semble-t-il, aux jeux des\ntimbres de l'orchestre, qui en feraient ressortir, plus que le piano, les sono-\nrités berceuses.\nOn a déjà parlé de A cheval dans la pièce pleine d'humour et de\nvérité, et exquisement teintée de poésie dans la Halte à la fontaine.\nOn a parlé aussi du Coin de cimetière au printemps, à l'émotion si\nintense."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "Quanta la dernière pièce, le Jour de la foire au Masy c'est un bruisse-\nment continuel de sonnailles, un grouillement de foule joyeuse, dominés\npar les cris de pintades et de poules effarouchées.\nAu milieu de tout cela, la note de poésie délicieuse donnée par les clo-\nches sonnant VAngélus de l'aube.\nEt tout cela est exquis. C'est la nature avec sa poésie et sa vie. Nul\neffet cherché, tout est sincère et vrai. Le musicien qui a écrit cela possède\nune personnalité peu ordinaire, et qui permet de fonder sur ses œuvres à\nvenir les espérances les plus vives.\nM,le Blanche Selva a joué ces cinq pièces avec une perfection inégalable.\nLa façon dont elle s'identifie à la pensée d'un auteur et sa compréhension\ndes œuvres, si diverses pourtant, qu'elle interp?ète, sont prodigieuses.\nQuelle souplesse exquise et quelle poésie dans le jeu !\nLe Trio de P. Coindreau terminait le programme.\nC'est une œuvre fort intéressante, surtout dans ses deux dernières parties,\noù l'on trouve les superpositions de rythmes les plus imprévues.\nL'œuvre fut exécutée avec ensemble par MM. N. Lejeune, de Bruyn et\nMlle 81. Selva.\nMais M. Lejeune, qui est cependant un musicien tout à fait excellent, a,\ndans les notes élevées, une tendance à jouer trop haut. Il est évident que\ncela provient de l'habitude de l'alto, joué autrefois par lui au Quatuor\nZimmer.\nPourquoi M. Lejeune a-t-il abandonné cet alto où il était, disons le mot,\nremarquable ?\nA la salle des Concerts du Conservatoire, splendide exécution des XIIe,\nXIVe et XVIe Quatuors de Beethoven par le quatuor Capet.\nCes œuvres atteignent à une telle profondeur et renferment une telle\nintensité d'émotion qu'elles sont plus que de la musique et que Ton devrait\nles écouter recueilli comme en présence d'une divinité. Et vraiment n'y avait-\nil pas une parcelle de divinité en leur auteur lorsqu'il conçut des œuvres\npareilles? Parmi le public, beaucoup ne paraissaient pas s'en douter.\nDes vieilles dames, et aussi des jeunes (et jolies, ce qui est déplorable !)\ndodelinaient de la tête en mesure (?) et marquaient le rythme de la main(!)\npendant que l'âme de Beethoven palpitait dans les adagios des œuvres 131\net 135.\nEt ces auditeurs-là se disent certainement des fidèles du Maître !\nIls sont à plaindre, plus qu'à blâmter, car ils ne connaissent pas les joies\nréservées aux artistes, à ceux qui pénètrent sa pensée.\nA ceux-là seuls est permise la joie de se laisser aller, muets, où les\nconduit la pensée du Maître et de sentir alors leur âme frissonner au con-\ntact de la sienne.\nL'interprétation donnée par MM. Capet, A. Tourret, L. Bailly et\nL. Hasselmans, a été, ce me semble, parfaite. Il ne me paraît pas\npossible de mettre plus en valeur les divers plans d'une œuvre et d'en\nfaire ressortir davantage les qualités émotionnelles. Et ce n était pas\nchose facile.\nLes auditeurs, fort nombreux, ont montré qu'ils comprenaient la valeur de\nla tâche accomplie par M. Capet et ses partenaires, par des applaudisse-\nments frénétiques et de nombreux rappels.\nC. DE MALARET.\nAu Concert-Barrau du 2 5 janvier, M. Capet conduit le septuor de\nBeethoven avec une ardeur de jeunesse et une surete tout a fait remar-\nquables. Le menuet, si frêle, et le scherzo, si joliment contourné, ont été"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.28", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "un enchantement de rythme et de gaieté. Les variations demandante, bro-\nderies autour d'un lied du Rhin, ont mis en valeur la dextérité propre de\nchaque artiste, même du corniste, qui s'est permis un faux pas, sans doute\npar pitié des critiques et pour procurer à toute oreille la satisfaction de\njuger. Il nous a été débité d'une traite tant de mélodies de Schumann\nque j'aurais peur cPen oublier et peut-être aussi de m'en souvenir. Il faudrait\nbeaucoup de souplesse et de naturel pour rendre cette rare passion, émue\njusque dans la subtilité, badinage sophistiqué, brusques accès d'humeur et\nretours attendris. Accompagnement très expert de M. Chevillard, et traduc-\ntion du même, si l'on en croit le programme. JVHIe Renié a exécuté sur\nune harpe Erard une fantaisie de Saint-Saëns. J'ai fort goûté la délicatesse\ndes nuances et les riches sonorités de l'instrument.\nLe ier février, Raunay nous fait connaître tout un cycle inédit de\nmélodies, inspirées à M. Messager par Heine. Elle en a fait aimer la teinte\nmélancolique. Dans Absence de Berlioz et les Stances de Roméo et Juliette,\nla sincérité de son accent dramatique et la noblesse de son attitude ont été\ntrès émouvantes. Elle sait que pour se faire entendre il faut d'abord se\nfaire écouter.\nJe me rappelle encore avec plaisir la séance de Concertos donnée salle\nPleyel par M. et Mmo Salmon. Le Concerto de Lalo pour violoncelle est\nd'une poésie et d'un coloris charmants.\nJOSEPH TRILLAT.\nSalle comble, l'autre soir, aux Agriculteurs, où un public d'élite applaudit\nun jeune violoncelliste : Louis Revel, professeur à la Schola Cantorum. Son\nstyle classique, sobre, sévère, son ample sonorité, son mécanisme, révé-\nlèrent un bel artiste que nous avons particulièrement apprécié dans Bach\net l'exquise Sonate ancienne de Caix d'Hervelois ; il joua le Cygne délicieu-\nsement et la Source de Davidoff en virtuose. La voix vibrante et sympa-\nthique de Mile Braquaval sut mettre parfaitement en relief les délicates\nmélodies de Louis de Serres. Le Trio de Vincent d'lndy permit aussi de\nreconnaître en M. Pichard le talentueux clarinettiste de l'Opéra et des\nConcerts Colonne. Il convient d'ajouter que ces artistes furent merveilleu-\nsement secondés par Mme Gaston Revel-Germain, une pianiste qu'on en-\ntendrait volontiers plus souvent ; celle-ci du moins nous repose des cas-\ncades de petits cailloux propres à beaucoup de virtuoses du piano. Nos\nplus sincères félicitations à Louis Revel, dont le concert laissera le meilleur\nsouvenir.\nJ. R.\nN. B. Lne indisposition de notre collaborateur Jean Poueigh nous force\nà remettre à notre prochain numéro les comptes rendus de la Société Phil-\nharmonique et des Mallnées-Danbé9 où triomphe Miguel Llobet, le merveil-\nleux guitariste.\n\nMUSIQUE D'EXTRÊME-ORIENT\n\nConférence de Louis Laloy au Cercle du Luxembourg.\nEchappant un instant aux concerts, conférences, et autres agapes artis-\ntiques à menus composites et souvent indigestes, nous avons eu le plaisir\nrare a assister à la séance d'évocation donnée par ces deux subtils magi-\nciens, Louis Laloy et Ricardo Viîïes."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3987, "texte": "Par la vertu de son verbe, « puissante machine à explorer le temps », le\npremier nous a fait en une heure parcourir 5.000 ans de musique extrême-\norientale ; et l'évocation fut si intense qu'aujourd'hui encore il me semble\nimpossible d'en donner un froid compte rendu. Qu'il me soit donc per-\nmis de rappeler ici les exquises visions suscitées en nous-mêmes. Je\nsouhaite simplement que ceux qui n'ont pu entendre la conférence en\ntrouvent ici un écho peut-être personnel, mais fervent.\nNous voici d'abord à Pë-Kïng, au sein même de la Cité impériale, dans\nle Palais du Fils du Ciel, Houâng-Tï. Las de l'imprécision et des diffi-\ncultés qui résultent pour son orchestre de l'indétermination de la hauteur\nabsolue des sons, l'empereur choisit comme fondamental le son que donne\nla voix de son cher premier ministre, Lîng-Liûn, « dans les moments où\naucune passion ne le sollicite » ; il lui donne l'ordre d'aller en Tartarie,\n-aux sources mêmes du fleuve Jaune, et d'y choisir parmi les bambous qui\ny croissent, d'une régularité cylindrique presque absolue, un tube qui\nrende exactement le son de sa voix... Et c'est l'invention du diapason,\n2697 ans avant notre ère, 4500 avant son adoption définitive en Europe.\nMais le Président du Conseil, dont la voix normalement donnait le fa\n(qui donc dans 5.000 ans connaîtra la hauteur de la voix de Rouvier\nlorsqu'aucune passionne le sollicite?),traverse les déserts de la Chine sep-\ntentrionale, se rend en Tartarie et coupe des tubes de bambous de tous\ncalibres, et reconnaît enfin en l'un d'eux le son fondamental.\nSa mission est terminée, mais il ne peut se résoudre à quitter cette\nfraîche et miraculeuse oasis : ses yeux, qu'enténébraient les incessantes\nangoisses du pouvoir, se reposent sur les sources étincelantes et claires,\nsur les horizons tout vibrants des vertigineuses féeries de la lumière ; ses\noreilles, obsédées des perpétuelles criailleries des solliciteurs, s'emplissent\ndes bourdonnants murmures de la solitude ; il se recueille et médite.\nParmi tous les bambous qui gisent autour de lui, il en trouve un qui\ndonne l'octave, et dix intercalaires dont la limpidité est parfaite. Il divise\ndonc l'octave en 12 degrés, 7 mâles et 5 femelles ; il fixe sept modes com-\nposés de cinq tons et deux demi-tons... Et c'est l'invention de la gamme\nchromatique, et des différents modes de la musique ancienne, parmi les-\nquels d'ailleurs apparaît notre majeur, mais basé sur la dominante.\nComme le fera plus tard Pythagore, Lîng-Liûn détermine ensuite la\ndimension des douze tubes et leurs rapports de mesure et de poids, et ses\ncalculs aujourd'hui encore sont inattaquables, alors que ceux du philoso-\nphe grec, de 2.000 ans postérieurs, contiennent de notables erreurs.\nQuelques siècles plus tard, vers 2.200 avant notre ère, nous voici\ndans la grande salle des concerts, au Palais du Fils du Ciel, à l'inaugura-\ntion du Conservatoire de musique que vient de fonder l'Empereur Chouénn.\nAprès les discours, commence le concert. Et nous en imaginons avec curio-\nsité les éléments sonores : les flûtes en roseau, bambou et terre cuite,\nles flûtes de Pan à 12 et 16 notes, la grande lyre, les tambours, les grosses\ncloches isolées, et les claviers de cloches graduées, les régimes de pierres\nsonores ou équerres de jade. Et la symphonie est audacieusement polypho-\nnique 4.000 ans avant que J.-J. Rousseau se refuse à l'admettre.\n... Et voici maintenant qu'un chant s'élève, très doux,très lent, d'une mo-\ndalité fuyante et d'un rythme caressant. Nous sommes au Japon, dans une\nmaison de thé. A la lueur tremblante des lanternes en papier, une geisha,\npieds nus, danse sur une natte, pendant qu'autour d'elle des mousmés\naccroupies chantent en caressant les shamisen. L'impression est très\néloignée de celle que nous avons rapportée de Chine. Là-bas l'orchestre\nctait sonore, bruyant même, l'expression musicale était âpre et sauvage ;\nici tout est doux, modeste et simple, mais la délicatesse des nuances, la"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.30", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3955, "texte": "subtilité de l'expression sont infinies ; tous les sentiments et leurs nuances\nles plus fuyantes sont soulignés d'un trait délicat, mais souple et intense.\nSi l'on devait assimiler la musicalité chinoise à celle de Wagner, articule\nLoù-Hi-Lâ-Lou-A, notre savant nécromant, une analogie correspondante\npourrait être établie entre la musicalité japonaise et celle de Debussy,\nSans laisser aux passions contraires le temps de s'exaspérer dans cette\nnouvelle voie de comparaisons et d'argumentation, on nous emmène dans\nla mystérieuse patrie du Gamelang, l'île sainte de Java... Et voici que dans\nla sanctuaire tout empli des lourds parfums, sous Fœil fixe des dieux, les\nfrêles danseuses casquées d'or et de pierres commencent leurs gestes lents\net souples, amples et pourtant précieux ; leur chair cuivrée par le soleil\nsemble vibrer à d'étranges caresses invisibles, leurs bras ondulent comme\nen un rêve,leurs doigts au bout des bras raidis ont des torsions nerveuses,\net leur visage grave s'éclaire d'un sourire. Cependant de jeunes hommes\nbasanés, vêtus de blanc, sont accroupis devant des châssis de bambous\ngarnis de cloches multiformes, de lames métalliques, de touches de bois, et\nde gongs. Impassibles, ils agitent sans hâte de longues baguettes, dont\nl'extrémité est garnie de gomme élastique. Il touchent avec une délicatesse\ninfinie les énormes cloches ; et les sons montent, planent et s'entrecroi-\nsent, fils capricieux d'une trame harmonique étrangement cristalline.\nLeurs gestes lents, timides presque, révèlent une crainte de briser le\nmystère, le rêve sonore. On n'entend pas surgir les sons, on ne les sent\npresque pas évoluer, et pourtant la ligne mélodique est délicieusement\nsensible, les sons très estompés s'ordonnent sur un rythme précis.\nQue nous voilà loin des virtuoses occidentaux, qui jusqu'ici traduisaient\nobstinément « très rythmé » par « avec des attaques brutales » ! Du reste\n(et c'est peut-être là une conquête dont nous sommes surtout redevables\nau Gamelang), une évolution s'accomplit actuellement vers l'émancipation\ndu rythme des vieilles formes scolastiques : rappelons les deux Danses\net les Pagodes de Debussy, les Jeux d'Eaux et Asie de Ravel.\nEt ce n'est pas dans le ryihme seul que notre musique subit l'influence\norientale ; il faut encore la voir dans l'emploi toujours croissant des\nmodes anciens, des harmonies coruscantes, des instruments de percus-\nsion à clavier, dans le caractère descriptif, évocateur qui caractérise si déli-\ncieusement notre jeune école.\nPour illustrer cette assertion, voici que Ricardo Vines nous joue, comme\nseul il peut le faire,les Pagodes. Quand le crépitement des bravos s'est éteint,\nil s'incline vers le clavier dans l'attitude grave et recueillie des joueurs du\nGamelang ; il étend les bras d'un geste las, mais souple ; sans doute à\n1 instar des prestidigitateurs (ce nom lui convient étymologiquement) qui\ndissimulent dans un couvre-chef une foule d'objets hétéroclites, Vines,\npar ce seul geste, fait disparaître dans son Erard plusieurs bonangs ou\nclaviers de cloches, un gambang ou xylophone, un kénang ou métallo-\nphone, deux penneros ou grands gongs, toute une série de kempouls ou\ntam-tams, et même un guendang ou tambour; car tout le temps que les\ndoigts du cher musicien arpègent sur le clavier leurs caressantes arabes-\nques, nos oreilles s emplissent du délicieux bourdonnement des gongs,\ndes vibrations cristallines des cloches, et des battements voilés du tam-\nbour... Ce sont des danses javanaises délicatement transcrites, l'une par\nLaloy, l'autre par de Ratz, miraculeusement interprétées par Vines sur l'in-\ndigent factotum sonore.\nC est en répétant la formule éleusiaque : « J'ai mangé du tambour et bu\nla cymbale », que nous sortons de cette exquise féerie de chairs am-\nbrées, de flores inconnues, de scintillantes immensités... Et noirs, comme\nnous étions venus, coiffés d'informes cylindres, armés de parapluies, nous"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "traversons le Luxembourg, dont les arbres, noirs aussi, dressent vers le\nciel sale leurs bras démodés par l'hiver... Un orgue emphyzémateux ha-\nlète Cavalleria.\n\nMagnus Synnestvedt.\n\nBERLIOZ ET SES DERNIERS BIOGRAPHES.\n\nAdolphe Boschot : Hector Berliof. (1803-I83I.) Paris, Pion.\nLes volumes de biographie et de critique qui se succèdent sur Berlioz\nnous font penser aux annonces lumineuses dont l'industrie moderne sur-\nmonte les toitures des boulevards. Le mouvement perpétuel d'un impla-\ncable mécanisme nous y force à épeler tour à tour en bleu, en jaune, en\nrouge, les mêmes lettres, les mêmes mots auxquels l'alternance des verres\ndifféremment colorés communique un autre aspect. De même, en chaque\nnouveau livre, voyons-nous toujours apparaître le visage de Berlioz ; mais\nil est éclairé de reflets changeants, et nous semble tantôt agrandi par les\nrougeoyantes fumées d'un triomphal feu de joie, et tantôt rapetissé sous\nl'abat-jour vert de la lampe de travail. Quelle est la vraie lumière ? et par\nquel bout faut-il que nous tenions la lorgnette ? Puisque dans un rayon de\nsoleil toutes les couleurs se confondent, ce sera en additionnant les résul-\ntats des études entreprises par chaque écrivain selon son prisme indivi-\nduel, que nous pourrons voir en plein jour l'homme tel qu'il fut, le génie\ntel qu'il demeure. Félicitons-nous donc si les travaux se multiplient, et si\nsurtout les progrès de la curiosité musicale créent enfin un public à ce\ngenre de lectures.\nDe tout ce qui a paru depuis la célébration du « centenaire » de Berlioz,\ntrois livres se détachent et réclament l'attention par leur importance ma-\ntérielle, par leurs mérites d'information et d'exécution, et par cette diversité\nde vues dans l'exposé des mêmes faits, qui provient non seulement\nde la complexité du sujet traité et de ses rapports avec les brûlants pro-\nblèmes de l'esthétique moderne, mais de la vivacité et de la sincérité\ndes convictions puisées ou apportées par chaque auteur dans une étude\nqui ne peut laisser personne indifférent. M. Julien Tiersot, en 1904, se\ndéfendant d'écrire une biographie, a voulu en faisant « revivre Berlioz dans\nles milieux au travers desquelsilapassé..., pénétrer dans sa vie intérieure ».\nM. Prod'homme. en 1905, laissant « volontairement de côté, autant que\nfaire se pouvait sans tomber dans l'absurde, l'étude de Berlioz musicien »,\ns'est proposé « pour but unique » de retracer sa biographie, « d'après les\ndocuments mis au jour récemment et d'après des recherches personnelles ».\nM. Boschot, aujourd'hui, reprend le sujet dans son ensemble, et nous offre,\nen un premier tome, que deux autres suivront, le tableau de la jeunesse\nde Berlioz (1).\n\n(i ) Julien Tiersot : Hector Berlioz et la société de son temps. Paris, Hachette, 1904,\nin-16 dem-373 p. J.-G. Prod'homme : Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres. Paris,\nDelagrave, s. d., in-ï6 de vm-495 p. Adolphe Boschot : la Jeunesse d'un roman-\ntique. Hector Berlioz, 1803- / 831. Paris, Pion, 1906, in-16 dexii-543 p.— Nous lais-\nsons à dessein de côté les beaux articles de M. Romain Kolland (Revue de Paris des\nler et 15 mars 1904), qui deviendront certainement le noyau d'un livre. Pour l'appré-\nciation du volume de M. Prod'homme, nous renvoyons nos lecteurs àla livraison du\nMercure musical du ier janvier 1906, où M. Laloy en a rendu compte en des termes\nauxquels nous avons plaisir à nous associer."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.32", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3817, "texte": "Tous trois, les nouveaux historiens insistent sur « l'abondance des ren-\nseignements », qui permet, en les classant par ordre chronologique, de\ndisposer en moyenne d'« au moins un document par semaine », pour la\npériode active de la vie de Berlioz, de 1822 à 1864. Le calcul des proba-\nbilités, joint à celui des moyennes, porte à croire qu'a présent rien de très\nimportant ne reste à découvrir, et que la difficulté, désormais, sera plutôt\nde choisir que d'apprendre. - De choisir, et de vérifier, car nombre de\ndocuments, en apparence les plus sûrs, doivent être soumis a un contrôle\nsévère. Il ne s'agit pas seulement des Mémoires de Berlioz. M. boschot\ns'est convaincu, « sur les manuscrits mêmes, que les lettres déjà publiées\ncontenaient encore beaucoup d'inédit, et de 1 inédit très significatif, tant\nles publications étaient mal datées, incorrectes, tronquées et truquées ».\nNous nous en étions tous doutés, et pour un passage essentiel de la lettre à\nHorace Vernet, du 18 avril 1831, M. Adolphe Jullien et M. Tiersot avaient\nsignalé déjà la « fâcheuse altération » introduite dans le texte par l'éditeur\nde la Correspondance, Daniel Bernard. De tels procédés, dont l'exemple\ncité n'est évidemment pas unique (1), font naître une méfiance qui ne se\nsatisfait plus que de la consultation directe des originaux : et ceux-ci, en\nmajeure partie, étant disséminés dans des collections privées, l'on en vient\npresque à regretter qu'une publication nouvelle des lettres de Berlioz —et\nde certaines de ses œuvres musicales ne puisse pas se taire en fac-similé.\nOn se demande en tous cas jusqu'à quel point une vaste et scrupuleuse\nréédition de documents ne devrait pas précéder toute nouvelle étude bio-\ngraphique. L'intention de M. Boschot est de terminer son œuvre par un\n« répertoire de documents » et une « bibliographie générale ». Puisque nous\nsommes convaincus de sa « constance » à remonter jusqu'aux sources,\nfaisons-lui donc crédit jusqu'à l'achèvement de son œuvre, et acceptons,\nsans la recommander, sa méthode, qui consiste, comme il nous l'ex-\nplique, une fois la maison bâtie, à « enlever l'appareil critique comme on\nenlève les échafaudages », c'est-à-dire à « supprimer la plupart des réfé-\nrences ».\nM. Prod'homme s'était beaucoup servi des journaux et y avait relevé\nune foule de choses utiles et curieuses (2). M. Boschot, non sans y glaner\nencore, s'est davantage attaché aux manuscrits, dont, en dehors des dé-\npôts publics, l'accueil bienveillant de la famille Berlioz et de précieuses\namitiés lui ont fait atteindre un grand nombre. Sur plus d'une question,\nil nous offre donc du nouveau, de l'inédit ; et pas seulement sur Ber-\nlioz : car l'un de ses chapitres les plus intéressants est celui qui concerne\nLesueur.\nLe privilège reste à Fouque d'avoir, par une sérieuse esquisse, rappelé\nl'attention sur ce maître, et signalé la filiation qui fait de lui le père spi-\nrituel de Berlioz. Dernièrement, M. Georges Servières, poussant très\nloin certaines parties de la même étude, nous a fait espérer une mono-\ngraphie complète et documentée de cet étrange musicien, dont il semble\nbien que le chef-d'œuvre fut Berlioz, son élève. Dans ce « novateur d'avant\n89 ». vie, talent, écrits, caractère, et « jusqu'au style littéraire » avaient,\n« par avance, un cachet de berliozisme ». Autrement dit, à l'époque déci-\n\n(i) Au moins doit-on espérer que de plus consciencieux éditeurs n'ont pas agi de\nmême à i égard des lettres à Liszt, àla princesse Wittgenstein, et d'autres séries\nrécemment publiées.\n{2) Un des meilleurs services rendus en ces derniers temps à l'histoire de Berlioz\na été le catalogue de ses articles et feuilletons, dressé et publié par M. Piod homme»\ndans le Recueil trimestriel de la Société internationale de musique 5e année, 1904.\np. 622-659."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3989, "texte": "sive de sa formation intellectuelle, l'empire exercé sur Berlioz par les\nleçons, les conversations, les œuvres, l'exemple journalier de son maître,\nfut absolu jusqu'à un point que peu d'autres biographies révèlent. C'est à\nla loupe et par une minutieuse analyse qu'il faut chercher, chez d'autres\ngrands créateurs de l'art des sons, les traces de l'influence directe d'un\nprofesseur. Chez Berlioz, elles crient leur présence. A travers l'ombre que\nprojettent sur lui les trois dieux germaniques de sa religion musicale,\nBeethoven, Gluck, Weber, transparaît nettement le spectre de Lesueur.\nPar Lesueur, il échappe à ce qu'auraient eu d'oppressif pour son tempé-\nrament latin les influences étrangères, et il se rattache à la longue généa-\nlogie des peintres-musiciens français, qui remonte jusqu'à Jannequin, par\nune chaîne dont les anneaux s'appellent Lesueur, Gossec, Daquin, Cal-\nvière, Rameau, Rebel, Couperin, Charpentier, Marais et autres.\nIl faut lire, dans le livre de M. Boschot, les extraits et les résumés des\nécrits imprimés ou inédits de Lesueur, pour mesurer en quoi Berlioz\ncontinue, répète ou réforme l'auteur des Bardes. Le disciple, professait\nLesueur, doit « rendre siennes les idées qu'il puise dans un grand homme;\nil doit sentir les principes de son maître, et non pas seulement les ap-\nprendre par cœur ». Ainsi Berlioz, moins pédant mais tout aussi intolé-\nrant que Lesueur, a comme lui détesté la musique pure, la fugue, le con-\ntrepoint, Bach et Palestrina; moins chimérique et moins prolixe en\nthéorie, mais pareillement excessif et plus génial en pratique, il a cru et\npresque prouvé que la musique, « par la magie de ses effets », pouvait\n« peindre tout, en quelque sorte » ; comme son maître aussi, mais en\nprétendant le faire à contre-cœur, Berlioz a énormément écrit et aimé\nd'écrire sur la musique. Dans le trait dominant de leur caractère moral, les\ndeux hommes se sont aussi ressemblé. \\J « enfantin orgueil » de Lesueur\navait pris chez Berlioz une forme aiguë, combattive et altière. De toutes les\nparoles qui furent jamais prononcées sur la terre, celle qui, de l'enfance\njusqu'à la mort, lui resta le plus étrangère, et dont il se serait moqué,\nsi le doigt d'un ami l'avait soulignée pour lui dans un livre que peut-être\nil n'avait jamais ouvert, c'était la douce et paisible maxime évangélique :\n« Soyez doux et humbles de cœur. »\nD'un alinéa où M. Boschot condense le portrait de Lesueur, retranchons\nl'épithète finale et quelques mots restrictifs, et nous posséderons une\népreuve assez nette de la photographie de Berlioz: «Malgré quelques\nfaiblesses, qui sont de l'homme et auxquelles Lesueur sut échapper assez\nsouvent, c'était presque une grande âme, presque un grand caractère ; un\nesprit hardi, un novateur qui avait beaucoup appris par lui-même, qui\nsavait beaucoup de choses inutiles ou fausses, un musicien qui savait peu\nde musique mais qui avait le sens inné, très développé, très averti (presque\nle génie) de l'expression, du pittoresque et du dramatique; un artiste qui\ns'était laborieusement improvisé un style à lui, un style fait de la bigar-\nrure d'autres styles et où ce qui aurait dû être purement musical était\nrégi par des intentions picturales ou littéraires; un inventeur et un érudit,\nun homme à idées... En somme, une sorte de grand génie avorté. »\nIl serait tout naturel qu'en écrivant cette page, M. Boschot ait autant\nsongé à l'élève qu'au professeur. D'autant plus que cette « filiation spi-\nrituelle » devait le séduire davantage. Car il est ennemi de la théorie de\nl'hérédité, et prend Taine vivement à partie, en démontrant que chez\naucun ascendant de Berlioz n'a existé « le pouvoir de combiner les notes\nd'une manière qui donne le branle à la sensibilité des autres hommes ».\nEn bon biographe, il cède cependant à la tentation de trouver chez le père\nd'un homme de génie quelque chose qui sorte du commun. M. Tiersot\ndéjà nous avait présenté le médecin dauphinois, Louis Berlioz, comme un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.34", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3843, "texte": "« esprit libéral, éclairé, travailleur plein d'initiative ». M Bosc otle\ndéclare un « esprit d'élite », un « novateur solitaire » dont les « décou-\nvertes » passèrent inaperçues parce qu'il les exposait dune « maniéré 1-\nza e», qu'il « n avait pas pris l'air de l'école », et qu'il manquai d entre-\ngent. « Aussi le professeur Trousseau l'enterra » en quelques mots de son\nITraité de thérapeutique. Ces mots, recueillis par M. Tiersot, se rapportent\naux mémoires « sur les maladies chroniques » et « sur 1 acupuncture »\npubliés en un seul volume, par Louis Berlioz, en 1816. « Il faut avouer,\ndit Trousseau, que les faits rapportés par ce médecin, que son style, et\nque les singularités dont son livre fourmille, étaient peu propres a encou-\nrager les praticiens à tenter l'acupuncture ». t\nLa musicologie a beau n'avoir aucun lien avec les sciences médicales,\nnous sommes surpris qu'aucun berliozien n'ait eu la curiosité de recher-\ncher, dans l'ouvrage même du médecin de la Cote de Saint-Andre, en quoi\nconsistent ces singularités, et si elles ne dénotent pas, entre le père et le\nfils, la transmission de certaines dispositions mentales, cultivées par\nchacun dans un terrain différent. Or, ce n'est pas à une conclusion affir-\nmative que l'on parvient en feuilletant ce livre « enterré » (i). Le docteur\nBerlioz, tout en préconisant, dans <( l'acupuncture », une « nouveauté »\nempruntée à la médecine des Chinois, se montre un partisan fidèle des\nanciennes traditions ; il déploré comme un acte de décadence ou de folie\nl'abandon partiel de la « saignée »; et il recourt à des médicaments qui,\ndès 1816, ne ressortaient plus que de la pharmacopée du folk-lore. Nous\ncopions à la page 304 un seul des « faits » visés par Trousseau: « Un pay-\nsan, âgé de 40 ans, était depuis un mois attaqué de toux convulsive avec\ndouleur à l'épigastre. L'usage du lait de vache, dans lequel j'avais prescrit\nde faire bouillir des crottes de chèvre, lui avait procuré quelque soulage-\nment; l'opium avait eu encore plus de succès; néanmoins il était extrême-\nment fatigué par la toux lorsqu'il marchait avec promptitude, et il eut\nbeaucoup de peine à faire deux lieues à cheval pour se rendre chez moi »,\netc.\nIl faut y renoncer : le médecin Berlioz n'était pas « un esprit d'élite » ; et\nil ne put léguer à son fils que cette « incroyable faiblesse » de caractère,\nqu'en plusieurs circonstances M. Boschot note chez lui, et que M. Romain\nRolland a signalée comme la source de la plupart des souffrances morales\ndu musicien.\nDe l'étude qu'il a entreprise des manuscrits autographes, M. Boschot fait\njaillir beaucoup de lumière surnombre de détails contestés ou mal connus.\nNous en mentionnerons un seul, le fait du transport de la « marche des\ngardes», des Francs-Juges, dans la Symphonie fantastique, où elle est\ndevenue « la marche au supplice ». Cette assertion souvent produite, et à\nlaquelle jusqu'ici nous refusions de nous soumettre tant paraissait im-\nprobable l'utilisation par Berlioz d'un morceau de son opéra, longtemps\navant qu'il eût perdu tout espoir de le faire représenter, est confirmée par\nM. Boschot par la description delà partition dans laquelle une « collette »\nsuffit à contenir le court changement de texte musical nécessité par le pro-\ngramme littéraire de la symphonie. M. Boschot ajoute que « M. Ch. Malherbe\nse réserve d'écrire une étude spéciale sur le manuscrit qu'il possède. Alors\nquelques légendes seront réduites àla vérité historique ». Plusieurs déjà\nsont détruites ou ébranlées. Il ne faut, croyons-nous, ni s'en étonner ni\nsen plaindre. La gloire de Berlioz n'exige pas que nous prenions àla\nlettre les fantasques récits, les amusantes « galéjades », ni les erreurs,\nvolontaires ou non, des Mémoires, des feuilletons et des lettres. Avec un\n\n(ï) Il existe à la Bibliothèque nationale."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "zèle pieux M. Tiersot s'est appliqué à mettre toutes les informations\n«toujours d accord avec les propres dires » du compositeur, que, dans sa\nconviction, « elles confirment perpétuellement ». M. Boschot ne met pas\nmoins de soin et de plaisir à établir le contraire, et à constater chez\nun peu p us que de 1 entraînement verbal ou scriptural, un peu\np us que de la « blague », quelque chose qui ressemble à de la ruse, et qui\nne recule pas devant le mensonge.\n« Que dire pour être juste ? » sinon qu'il y avait, en ce temps de\nromantisme effervescent, une atmosphère troublante d'illusion, de pose,\nde boursouflure. La doctrine du « surhomme » n'avait pas encore été for-\nmulée, qu'elle se concrétisait déjà dans l'artiste, le poète ; Berlioz, comme\nHugo, assure d être « un génie », faussait sciemment plus d'un barreau\naux grilles de la morale naturelle. Nous l'aimerions mieux plus parfait*\nnous ne saurions le rêver plus grand, et si, froissé à la vue de son effroyable\negoisme, nous sommes par instants tout près de le haïr, nous ne pouvons\nen même temps guère cesser de l'admirer.\nC'est aussi de cette façon qu'en face de lui se comporte M. Boschot. lia\nbeau disséquer le cœur et le cerveau de Berlioz, confronter ses manuscrits,\ndemonter ses trucs pièce à pièce, il reste subjugué, comme nous tous, par\nla « magie » de ce « véritable enchanteur». A dessein même il s'imprègne\nde son langage, si bien que les locutions de Berlioz viennent se placer sous\nsa plume, encore plus souvent que sous celle de leur auteur. Les excla-\nmations symétriques : « Feux et tonnerre ! Mort et furies ! Enfer et dam-\nnation ! Enfer et dérision ! » ponctuent, seules ou par enfilades, moitié\nsarcasme et moitié passion, d'un rythme « fracassant », ses « turgescentes »\npériodes. Revivant en esprit les ardeurs de la lutte romantique, l'auteur\ns est drapé, pour les peindre, dans une cape « Jeune France » de couleur\n« verte ou ponceau », piquée de « boutons d'or » et soutachée de brande-\nbourgs.\nAu tome suivant, le reverrons-nous boutonné dans la redingote sévère\nGuizot ? Sous tel déguisement qu'il lui plaise d'écrire, il est assuré\netre lu. Quelque part dans son volume, il exprime le désir de rencontrer\n« es lecteurs qui relisent ». On peut lui souhaiter mieux encore : des\nlecteurs qui réfléchissent.\n\nMichel Brenet.\n\nLA MUSIQUE\n\nL'Etranger, de V. d'lndy. Le de F. Le Borne.\nL Eti anger et les Girondins viennent d'etre représentés simultanément\nthéâtre des Aits. Cette rencontre, pleine d'intérêt, permet de comparer\nl'évolution divergente de deux élèves de César Franck.\nL'art de M. d'lndy, profondément sincère, obtient l'émotion par des\nmoyens surtout musicaux. L art de M. Le Borne, plus atavique, cherche le\nsuccès dans les moyens chers aux auteurs d'opéras surannés.\nAprès une exportation, sans bonheur, de son art à Berlin, M. Le Borne\na jugé opportun de reprendre la tentative de Litolff et de mettre en mu-\nsique les Girondins ;ii doit s'en féliciter, car, ainsi que Lyon, Rouen vient\nd'applaudir sa nouvelle oeuvre. Et il le mérite : c'est un auteur désireux de\nplaire à tous ceux que déroute une musique personnelle. Ce désir se révèle\ndans les moindres détails, soit dans la mise en scène de sa pièce, soit dans"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.36", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "la mise en pages de sa partition. ~\nd'abord présentés sous le titre e g - absolument diffèrent et\ntroisième \".ré : »,*« s'im-\nLicences ,»i von, suivre.\nL'œuvre livret Met musique - évoque l'idée d'une personne falote,\ntout de (tris habillée, de bon caractère mais mal définie, hardie dans ses\noromesses timide dans ses réalisations. Certes, c'est une Terreur - les titres\nen font bonne foi, - mais elle n'a rien de très révou,nonna.re bien ,u elle\nporte sur le chignon un bonnet rouge et chante plusieurs\navec des auditeurs susceptibles ou timorés, aurait pu créer des\ndifficultés ? L'auteur l'a obligeamment supprime, mais consacre quelques\nmesures à son souvenir. . rr\nRobespierre, lui, était moralement tenu de figurer dans la Terreur :\nchantant une ode politique ou amoureuse, cela pouvait évidemment con-\nduire fort loin ! L'auteur, très moderne, a « bu l'obstacle » et, tranquille-\nment, l'a fait parler (on eût préféré qu'il le fit taire), tandis qu a 1 orc estre\nune phrase de caractère par trop lugubre a ete conhee a des instruments\ndu timbre le plus aimable.\nL'œuvre, fort applaudie, semble en effet suffisante pour un gros succès :\nla musique de Gossec offre aux fauteuils un attrait d art rétrospeeti , e\nmélanee de la rafale révolutionnaire, du Ça ira et des glas impressionnent\nmais sans rigueur les âmes sensibles ; le suffrage des amateurs de\nballets est conquis par une sculpturale déesse de la Raison ; et tous sont\ncontents !\nL'auteur, dans le dessein de rendre son drame lyrique moins tragique\nou sa tragédie lyrique moins dramatique, a renoncé au tableau de « 1 exé\ncution » des Girondins ; mais, voulant en consacrer la sensation musicale,\nil a cru indispensable de déranger la C'est une erreur : la\nMarseillaise,transposée dans le mode mineur, n'atteint pas nécessairement\nau tragique. ' ,\nCeci dit, nous devons déclarer que M. Le Borne, toujours conciliant,\nrend, au dénouement, la Marseillaise à son vrai mode, et l'heureux auteur\nclôt là son œuvre par une bonne action...\nTout en reconnaissant que les Girondins ont été montés avec beaucoup\nde soin, nous féliciterons surtout le directeur du théâtre des Arts de nous\navoir donné 1 'Etranger,que l'orchestre et les interprètes, notamment\nM. Grimaud, ont fort bien rendu, et nous nous réjouirons de son succès.\nLe maître incontesté de Fervaal et du Chant de la Cloche n'a pas cher-\nché le succès dans des accessoires historiques, mais dans l'interprétation\nmusicale des divers sentiments de ses personnages : il a choisi la bonne\npart, croyons-nous !\nLes qualités de cette belle œuvre ont été détaillées ailleurs.\nNous dirons cependant combien nous aimons cet Etranger à la voix\ncharmeuse comme celle des vagues, aussi énigmatique que le marin sédui-\nsant de la Dame de la Mer, Etranger qui chante tout notre rêve, Etranger\nétrange parmi les autres hommes...\n(1) L'amour des fiancés Ducos girondin) et Laurence est contrarié par Varlet\n(jacobin) qui, au premier acte, offre sans succès à celle-ci, en échange de sa vertu,\nun sauf-conduit pour Ducos, lequel préfère mourir au sixième tableau\n\nDu Robec."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3628, "texte": "LA MUSIQUE A LILLE\n\nJ'ai connu Lille, il y a 15 ans, réduite, en tant que musique symphonique,\nà l'ancienne Société des Concerts populaires, qui sous différentes directions\navec Martin, Viardot, vivait tranquillement, et, composée en grande partie,\nsinon complètement, des éléments du Conservatoire, sans concurrence,\nreprésentait l'orchestre local.\nQuelques rares séances de musique de chambre, de temps à autre, une\nbonne# représentation au théâtre municipal, voilà tout ce que l'amateur\nlillois trouvait dans sa bonne ville. J'oublie volontairement les auditions\ndes fanfares et harmonies, si nombreuses dans le nord de la France, et\nqui à l'époque des fêtes religieuses suppléaient à l'absence de chants gré-\ngoriens par des pas redoublés, valses à la Bléger, fantaisies variées toni-\ntruant sous les voûtes de nos églises.\nDepuis quelques années tout est bien changé, et en igo6 trois grandes\nassociations symphoniques se disputent les faveurs de nos concitoyens :\nLa Société des Concerts populaires déjà citée, sous la direction de\nl'excellent musicien qu'est M. Ratez, directeur du Conservatoire, continue\nses séances, malheureusement trop peu suivies.\n\\ \"Asociation symphonique, dont Cortot est le chef, a succédé, en sep-\ntembre iqoS, à la Société de Musique de Lille, qui depuis 5 ans avait révo-\nlutionné la ville par l'excellence de son orchestre, la valeur de ses chœurs\nmixtes, la réputation de son directeur, non professionnel. A sa disparition,\nY Association symphonique, composée de la plupart des membres de\nl'ancien orchestre, se fonda pour combler le vide que devait entraîner la\nsuppression d'auditions suivies avec ardeur. Alfred Cortot voulut bien\naccepter de diriger l'Association et a remporté un succès considérable. La\npresse locale a été unanime à louer dans ce jeune chef l'intelligence artis-\ntique, la sobriété du geste et aussi l'attraction puissante qu'il exerce sur\nses musiciens dont il obtint des résultats superbes dès le premier con-\ncert. Au programme, l'ouverture des Maîtres Chanteurs, le Concerto de\nBeethoven avec Hayot applaudi pour sa grande maîtrise, son style clas-\nsique, le Concerto brandebourgeois de Bach, avec Charlier, trompette\nsolo d'une virtuosité extraordinaire, mais un peu fatigant à entendre, la\nSymphonie fantastique que Cortot conduisit avec une fougue romantique\nqui emballa l'auditoire et fit oublier ce qu'il y a dans l'œuvre par moments\nd'un peu poncif et suranné.\nAu second concert, la première suite sur PArlésienne, la Symphonie de\nVincent d'lndy sur un thème montagnard avec Selva au piano, jouant\ndans la perfection différentes pièces, le Ballet comique de la Reine de\nBeaujoyeux avec l'orchestration de Cortot, le Rigaudon de Dardanus,\nYEspaha de Chabrier, le Soir d'Eté de Roussel, d'une écriture un peu\ncompliquée, avec des trouvailles charmantes de sonorités discrètes, court\nthème que module l'alto, puis le violon et enfin le cor en sourdine, évo-\ncateur des soleils couchants. Le public, pas très habitué aux audaces har-\nmoniques, a dégusté de confiance, mais peut-être moins bien digéré.\nMlle J. Leclerc, à la voix peu puissante mais d'un timbre charmant et\nd'une sonorité prenante, avait fait grand plaisir en chantant l'air de la\nGuirlande de Rameau, accompagnée au piano par Cortot, et Bouil-\nlard, dont la flûte rivalisait de virtuosité avec le chant qu'elle entoure\nd'une guirlande très précieuse.\nEnfin Colonne et son orchestre donnent cet hiver 4 concerts par abon-\nnements, et le fait en lui-même est gros d'importance. Nul besoin ne se\nfaisait sentir, en effet, de cette invasion mensuelle. On faisait à Lille de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.38", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3189, "texte": "bonne musique, et deux Associations symphoniques suffisaient grande-\nment aux besoins artistiques de la population. Entourée de mystères, la\nvenue de cet orchestre ne peut que nuire aux Sociétés préexistantes,\nservant de prétexte à des comparaisons trop faciles et les étouffant de son\nimportance. Je pose la question à M. Dujardin-Beaumetz, confiant dans la\nsollicitude qu'il montre aux artistes de province. Une société parisienne\nsubventionnée par l'Etat a-t-elle le droit de venir donner des concerts par\nabonnements dans une grande ville pcssédant un Conservatoire remar-\nquable et deux Associations symphoniques, dont une subventionnée par\nl'Etat, qui a tout intérêt à sa réussite?\nPour ma part, je prétends que non, et j'espère que, devant les protesta-\ntions des sénateurs et députés locaux, un règlement dans le cahier des\ncharges mettra fin à un état de choses qui tend tout simplement a tuer la\nmusique en province. Je sais d'ailleurs de grandes vilies moins bien par-\ntagées que Lille sous le rapport de la musique symphonique et où pareille\ninvasion ne se produirait, et pour cause.\nCertes on ne peut empêcher une Société parisienne subventionnée de\nvenir donner un concert en province ; mais ce que l'on doit interdire, c'est\nle principe d'une série de séances par abonnements au détriment'des Asso-\nciations locales florissantes (y compris le théâtre).\nEn résumé, à Lille, trois orchestres symphoniques, trois Sociétés de\nMusique de chambre, plusieurs excellentes harmonies (le Cercle Berlioz)\nse partagent les heures disponibles du public amateur de bonne musique;\njoignez à cela les Concerts d'orchestre à Roubaix, Tourcoing, Douai... et\njugez si nous sommes à plaindre. Mais pourquoi Colonne est-il venu?...\n\nH. G.\n\nLA MUSIQUE A STUTTGART\n\nLes Concerts.\nM. Max Reger a été plus que sensationnel. J'ai goûté avec beaucoup de\nvif intérêt, comme une vingtaine d'autres personnes de chez nous, l'ex-\nquise étude de notre cher confrère Marcel Montandon sur la musique à\niVLunich. Mais il n'a pas parlé du « cas » sensationnel, qu'on appelle « le\ncas Reger ». Mes lecteurs connaissent la valeur de ce musicien par\nM. Montandon, qui a, maintes fois, prouvé sa valeur d'écrivain et de cri-\ntique, et mes lecteurs, qui viennent de me l'écrire, sont fort heureux que\nnotre Mercure assure sa collaboration. Donc, voici « le cas Reger ».\nM. Pohlig a, tout naturellement, joué sa Sinfonietta dans son sixième\nconcert d abonnement, et le quatuor Wendling le présente à ses clients qui\nsont bien nombreux. Cette Sinfonietta n'est pas une petite symphonie,\ncomme vous pourriez supposer, mais elle est presque plus grande qu'une\nsymphonie ordinaire.\nSans sa musique, M Reger vous semble vieux; le dos courbé, il marche\ncomme un petit vieillard. Sa bouche est bien ironique et ses yeux se fer-\nment et s ouvrent, comme sil versait des larmes. Mais aussitôt que\ni . 1 ohlig lui dit que sa composition sera jouée, ce petit vieux devient\nun homme tort grave, distingué, sévère, oh ! combien sévère et si peu\nindulgent ; ses jambes se redressent, il suit des yeux la partition et fait des\nremarques. Et à la question de M. Pohlig : « Ail right », il ne dit que"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3997, "texte": "« oui »? comme un homme qui est fort mécontent. Qui est donc ce Max\nReger, dont le monde musicien allemand parle jour et nuit?\nIl est fils d'un maître d'école qui tut son professeur de musique. Il habi-\ntait les environs de Bayreuth. Mais il n'a rien, absolument rien du maître\nde Bayreuth, il est Max Reger. Ses autres professeurs étaient MM. Lindner\nà Weiden et Riemann à Sondershausen en 189 > et à Wiesbaden en 1891\n(jusqu à 1895). Dans ce dernier lieu il était professeur au Conservatoire\ndepuis 1896. Il est à Munich depuis 1901. Max Reger a composé des pièces\npour le piano, des lieds, de la musique de chambre, des chœurs, mois\npoint d'opéras. Il n'aime pas Liszt. Ce qui m'étonne le plus, c'est que\nM. Pohlig l'ait joué dans ces conditions.\nMax Reger n'aime pas ce qui est dramatique ni les titres des pièces,\ncomme M. Pfitzner dont nous parlerons tout à l'heure. 11 n'y a pas de\ndifficultés pour Reger, il a des qualités poétiques et une royale insolence,\npar exemple dans sa Sinfonietta. Il admire Bach, Brahms, Beethoven, mais\nil n'est pas Beethoven, Brahms, Bach ; il est lui-même, et il est tellement\nMax Reger qu'il met en fuite les gens les mieux intentionnés, mais les\nWagnériens l'adorent. Je ne sais pas pourquoi. Les autres le haïssent, le\ndétestent. Ses lieds sont adorables et nous savons un gré infini à la toute\ndélicieuse Anna de Bertrand, qui fait l'éducation du public par le chant,\nde nous avoir présenté Max Reger sous un point de vue tout nouveau.\nL'accompagnateur de Mlle de Bertrand, le Dr Jean Kirchholz, a des qua-\nlités bien rares. Il observe si bien la mesure que le chant et le piano for-\nment un tout. Vous pourriez faire objection que c'est naturel. Mais vous\nignorez la manière dont il le fait ; le docteur Kirchholz, un tout jeune\nhomme de 24 ans, a étudié à Genève, avec Mlle de Bertrand, et à Bonn,\net aun extérieur des plus sympathiques que vous cherchez en vain chez\nles autres. Cet homme fort distingué est sorti d'une école franco-allemande\net révèle un art qui ne peut être acquis que par la connaissance des qualités\nfranco-allemandes. Ml]e de Bertrand, qui a une voix superbe, nous instruit\nsi élégamment et si spirituellement que je lui souhaiterais de se faire en-\ntendre à Paris. Elle est l'élève du père du Dr Wûllner, qui chantait à Paris.\nCe docteur fut admiré dans cette capitale. En Allemagne, il l'est moins.\nOn sait qu'il manque de voix. Né le 19 août r 858, Wûllner fut professeur\nd'Université, ensuite élève du conservatoire de Cologne, où le docteur\nKirchholz étudiait ; après il fut acteur à Munich, puis conférencier voya-\ngeur et en 1896 chanteur. Il chante Brahms, même à Stuttgart, où nous\nentendions Mme Lula Mysz Gmeiner, qui serait une fort bonne cantatrice\nsi elle n'était pas enrhumée et si elle chantait mieux. MHe de Bertrand a\nbeaucoup de qualités que Mme Gmeiner n'a pas. Celle-ci est quelquefois\nbien ennuyeuse, parce qu'elle ne se permet pas de changer de programme.\nOn dirait qu'elle est l'émule du chanteur élégant M. de Zur Mûhlen, qui\nchante des lieds protestants qui sont presque des cantiques, des composi-\ntions de Bach et de Strattner. M. de Zur Mûhlen ferme les yeux et chante\net ne finit plus. Il chante 12 compositions de Schumann et 5 de Tchai-\nkowsky. Mais il a perdu sa belle voix, et ce qui lui reste ne permet pas à\nM. Raimond de Zur Mûhlen de changer de programme. Dans un salon, il\nferait sensation. 11 est fort élégant, Mme Gmeiner aussi. Elle est née !e i 3\naoût 1876, a été élève, pour le violon, d'Olga Grigorowicz et pour le chant\nde Lassel, de Gustave Walter à Vienne, d'Emilienne Herzog et d'Etelka\nGerster. Et M. de Zur Mûhlen est né le 10 novembre [854 et a été l'élève de\nStokhaùsen et de Bussine à Paris, tandis que M. Willy Burmester, né le 16\nmars 1869 et voyageant depuis 1886, a été l'élève de M. Joachim qui nous\navait envoyé son cher Halir pour jouer en compagnie de M. Weadling au\nconcert de M. Pohlig. M. Halir, qui est un peu gros, étudia chez Bennewitz"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.40", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3951, "texte": "à Prague et est membre du quatuor Joachim. Il m intéressait plus que\nM. Burmester, qui ne change pas de programme non plus. Qu'ils prennent\nun exemple sur Mlle de Bertrand, ces artistes-là. M\"e de Bertrand et\nlicieux Dr Kirchholz ont fait 1 éducation de leur public select par 5 lieds\nde Brahms, 6 lieds d'Hugo Woll, trois de Reger, un de Gottlieb Neefe (de\n1748 à 1798', deux de G. H. Himmel (de 1765-1814) et un de Mozart.\nM. Kirchholz avait le plus grand succès personnel qu'un accompagnateur\npuisse avoir et notamment dans les compositions de Himmel et de Mozart.\nMM. Lazzaro Uzielli, Schmidt, Badekow, Friedenthal ne sont pas de si\ngrands artistes que M. Kirchholz. Ce jeune homme devrait être connu de\ntout le monde. En outre, il est bien intéressant. Les trois pianistes que\nj'ai mentionnés plus haut n'ont pas la spirituelle discrétion du docteur\nKirchholz ;du reste, M. Friedenthal, qui accompagnait Mlle Ciska\nSchattka, joue bien. Cette cantatrice est b nne et elle est jeune.\nSi elle chantait en France, ce qui ne serait pas nécessaire, elle devrait\nprononcer mieux et apprendre à chanter en français. La Chanson slave de\nChaminade n!est pas anglaise ; mais sa manière de chanter cette composi-\ntion était anglaise, la prononciation aussi. Et il est inutile de chanter dix\ncompositeurs à la fois. C'est un trop grand désordre ; ce pot-pourri ne\ncharme pas, surtout si les compositions sont si inégales. Que Ml*e Schattka\npense à Mlle de Bertrand.\nRevenons à la critique des orchestres à l'occasion des festivals Mozart.\nM. Beinroth, de l'Opéra, est un chef d'orchestre très habile. Son orchestre\na joué Y Ave ve?~um, un menuet et une ouverture, et nous avons constaté\nque l'esprit borné d'un certain temps a disparu. Je ne suppose pas que ce\nsoit dans tous les lycées, certainement pas au lycée Charles, près de l'église\nde la Sainte-Marie. Là, l'air est toujours touffu et pourri. 11 y a beaucoup\nd'exceptions, tout naturellement, car je ne parle que de la direction de ce\nlycée. Mais le lycée « Eberard-Louis » a un directeur qui est animé de\nl'esprit moderne. C'est pourquoi il a pu nous offrir un festival Mozart.\nJe ne manque pas l'occasion de dire que l'exécution était admirable.\nM. Beinroth nous a révélé ce jeune orchestre qui a des artistes parmi les\nviolonistes, par exemple M. Charles Elsaesser. Ce jeune homme, qui est\nsoliste, a une très grande nervosité à la main droite. 11 est jeune encore et\ndtviait s exercer davantage. Le jeu de M. Otto Ackermann a laissé beau-\ncoup à desirer au point de vue technique. Et M. Louis Schenk est encore\ntrop peu expérimenté pour jouer du piano devant le gros public. Il lui man-\nque quelque chose, c est un professeur et l'exercice. M. Heilmann; par\nexemple, joue beaucoup mieux. M. Adolphe Werner, qui est violoniste, a\nbien fait de faiie paitie de 1 orchestre Beinroth. L'ensemble a été plus\nqu admirable. M. Haidlen a fait la conférence sur Mozart. Son style est\nadorable et son intelligence est grande. Il a été de beaucoup supérieur au\ndirecteur Louis Hils qui a fait la conférence au « concert populaire » qui\nnous faisait entendre le Requiem de Mozart. L''orchestre de M. Prem a\njoue l'ouverture de Titus en l'honneur de Mozart, et l'orchestre Ruckbeil a\nconsacré une soirée à cet anniversaire.\nLe quatuor Wendling a donné son festival Mozart le 22 janvier Ce qua-\ntuor se compose du célèbre Wendling, de MM. Kùnzel, Presuhn et Seitz,\nde 1 Opéra. Jen parlerai la prochaine fois. M. Horstmann, de l'Opéra, a\njoue de la clarinette en accompagnant M. Wendling. Il est né le 25 mai\n18M ; comme fils de paysans, il fréquentait en hiver l'école de son village,\net en ete il travaillait à la campagne. Il aimait toujours la musique. On\nac mirait son chant. 11 fut élève d'un musicien pendant 5 ans, mais il\nn apprit rien, parce que ce musicien villageois ignorait son art. Il jouait de\nla basse a la toire de son village et à la campagne. A 19 ans enfin il"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "avait l'occasion d'entrer dans une école d'orchestre. A 21 ans, il était\nmembre du corps de musique duBe>e régiment. A 25 ans,il semariaet s'établit\nàFribourg de Bade. A 39 ans, il fut nommé premier clarinettiste de l'Opéra\net possède aujourd'hui de bien grands titres. 11 est professeur au Conser-\nvatoire royal. Il a joué le concerto de Weber lorsqu'il se produisit pour la\npremière fois, ensuite Mozart, Beethoven, Brahms, Draeseke.\nM. Henri Horstmann joue comme un jeune dieu. A l'entendre, on de-\nvient amoureux ; et cela a une cause bien déterminée. Car son jeu est plein\nde grâce, de beauté, de grandeur d'âme. Il faut remercier l'illustre Wen-\ndling de nous avoir donné l'occasion de goûter cet artiste. Le directeur\ndes « Concerts populaires » aurait pu faire une révélation semblable, lors-\nqu'il a joué le Requiem devant deux mille personnes. M. Louis Feuerlein\nn'était pas sur le programme. Et c'était nécessaire. M. Louis Feuerlein\nest né le 26 avril 1870 et a fait le baccalauréat et était ingénieur. Ensuite\nil a été élève du Conservatoire. Son professeur était Antoine Hromada. Il\nétait chanteur d'opéras et, depuis sept ans, il chante dans les concerts les\ngrands rôles de basse. Il est professeur de chant et se produisait à Berlin,\nà Cologne, à Strasbourg, à Magdebourg, à Nuremberg, à Augsbourg. Il\npréfère Schubert, Schumann, Hugo Wolf, Bach, Haendel. Il a déjà chanté\nà la « Société d'oratorios » d F.sslingen, qui exécutait admirablement le\nRequiem. Pourquoi M. Nagel n'a-t-il pas engagé M. heueriein?\n\nSous-Off.\n\nLA MUSIQUE A NICE\n\nWilliam Rattcliff de Xavier Leroux. Concerts.\nJe l'avais prévu: le William Rattcliff de M. Xavier Leroux n'a pas beau-\ncoup plu, et c'est presque un éloge que je lui décerne en disantcela. Certes,\nil ne faut pas vanter outre mesure une œuvre de jeunesse évidemment\nsincère, mais écrite trop tôt et représentée trop tard. Cependant il faut bien\nreconnaître sa valeur si on la compare à tant d'autres productions autour\ndesquelles éditeurs et journalistes font une réclame digne d'un chocolat ou\nde pastilles créosotées.\nNous devons le sujet de ce drame très romantique à Henri Heine. Notre\nscepticisme s'accommode peu volontiers de la fatalité et de l'atavisme qui\npèsent sur les héros de cette tragédie ; William Rattcliff nous paraît un\namoureux bien vieux jeu, et son socialisme à la Schiller bien enfantin.\nNéanmoins son personnage se soutient d'un bout à l'autre de la pièce, et\nles vers de M. Louis de Gramont sont moins mauvais que ceux de bon\nnombre de livrets d'opéra.\nCe drame lyrique est divisé en quatre tableaux. Au premier, après un\nprélude assez court où figure l'orgue qui veut sans doute être nuptial, Mac-\nGregor, laird écossais, félicite lord Douglas, à qui il vient d'unir sa fille\nMarie. Celle-ci est fort jolie. Car c'est Mlle Mastio. Elle prie son époux de\nlui faire le récit de son voyage, ce qui est fort poli et surtout très utile pour\nl'exposition du sujet. Douglas a été assailli par des bandits... iciMHe Mastio-\nMarie s'évanouit, et une servante folle chante lugubrement (cor anglais,\nbasson, clarinette) : Ton épée, Edwar, Cette folle c'est\nMme Héglon, qui en compose le personnage de façon si admirable qu'on lui\npardonne volontiers d'avoir des notes élevées brisées par autre chose que"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.42", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "rémotion. Je vais vous expliquer tout de suite pourquoi Marie s'est éva-\nnouie, parce que dans cet opéra les explications en général sont un peu\nlonguettes. William Rattcliff a prétendu autrefois à la main de la douce\njeune fille. Ils sont allés tous deux jusqu'au baiser ; puis, sans savoir pour-\nquoi, Marie congédie William, qui, désespéré, a provoqué et occis succes-\nsivement deux autres prétendants, Macdonald et Duncan, et la jeune femme\nredoute naturellement le même sort pour celui qui est maintenant son\népoux. Aussi elle respire quand Doublas ajoute qu'un personnage inconnu,\nqui n'est autre que Rattcliff, l'a tiré de ce mauvais pas, L'acte prend fin\nsur une danse assez agréable pendant laquelle un messager vient prier\nDouglas de se rendre à un rendez-vous, aux Rochers Noirs, où il doit com-\npléter le trio avec Macdonald et Duncan.\nLe deuxième tableau est très curieux comme couleur. Il représente Tinté-\nrieur d'un bouge londonien fréquenté par Rattcliff, et qu'aurait pu rêver\net décrire Th. Gautier. Essai intéressant de réalisme assez discret où, à\ndes souvenirs de Berlioz et de la taverne d'Auerbach, s'ajoutent des pro-\ncédés qui font penser, l'usage de la trompette avec sourdine aidant, à la\nmusique montmartroise de M. Charpentier. Cet acte n'a qu'un défaut, c'est\nd'être absolument inutile.\nAu troisième tableau, le plus beau, celui qui fut exécuté au Châtelet en\n1895, a lieu le duel. L'apparition de fantômes trouble William Rattcliff. Il\nest blessé par son adversaire, qui, ayant reconnu en lui son sauveur in-\nconnu, refuse de l'achever. Le blessé court au château de Mac-Gregor,\ntente d'enlever Marie, presque consentante, puis, sur le refus définitif de\ncelle-ci, la tue et se suicide ensuite.\nEn écrivant la musique de cette œuvre, le musicien a été hanté par le\nsouvenir de Tristan et Yseult. Ce souvenir va parfois jusqu'à la réminis-\ncence. De nombreux thèmes conducteurs assez expressifs ont servi de\nbase,à tout l'édifice musical de l'opéra. Il y a le thème de Douglas, joli et\nmartial, joué parles trompettes en demi-teinte ; celui de Marie ; celui des\nRochers Noirs; celui des apparitions, etc. Le motif de William Rattcliff, le\nplus répété, est un peu agaçant avec la broderie incisive qui le termine\nsuivie dun coup de timbale. Des enchaînements d'accords mineurs par\ntierces majeures ou mineures donnent une couleur sombre et bien wagné-\nrienne à tout 1 ouvrage. Le motif des apparitions aussi n'est pas sans ana-\nlogie avec celui de Psyché : « Rappelle-toi... » Au deuxième tableau, pen-\ndant un assez beau récit de Rattcliff, un procédé que conservera le compo-\nsiteur est employé, celui de souligner le sens des paroles par des effets\nd orchestre, lorsque par exemple le héros raconte qu il s'est réjoui auchant\ndes oiseaux ou au murmure des ruisseaux.\nLa mise en scène est convenable et les décors sont suffisants, malgré des\narbres en zinc dont une tempête trop tranquille ne fait pas bouger une\nfeuille, et une flore écossaise peut-être contestable. M. Delmas a créé le\nrôle de William Rattcliff et lui a donné un relief incroyable. Quel grand\nartiste, vraiment !\nOn trouvera peut- être que je me suis étendu beaucoup sur une œuvre de\njeunesse dont les tendances et les procédés ne sont déjà plus les nôtres. Il\nm a plu cependant d y insister ainsi pour faire la contre-partie à une criti-\nque locale singulièrement partiale. L'un louange à tort et à travers, van-\ntant la douceur de 1 orchestration alors que les trombones et la petite flûte\npar r âge, couvrant la voix du chanteur, et que la grosse caisse\nrappee en même temps que les cymbales aurait pu être avantageusement\nremp acee par les deux paires de timbales dont le compositeur fait usage.\nautre, après deux auditions, est sous une impression encore sommaire et\nconîuse et fait de grandes réserves. Ii approuve la froideur du public. Je"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "n'y verrais pas d'inconvénients si, en retour, le même censeur ne parlait\npas avec un enthousiasme calculé de « triomphe colossal » et de « chef-\nd'œuvre admirable » lorsqu'il s'agit de Zaja} de La Tosca, ou de Siberia,\ndans lesquelles il trouve quantité de défauts, mais qu'il qualifie de chefs-\nd'œuvre tout de même. S'il loue quelques parties de William Rattcliff,\nc'est avec une mauvaise humeur évidente, et il se rattrape en éreintant la\npauvre Mastio, pas très en voix ce soir-là, et en vantant à l'excès le\nténor que j'ai trouvé parfaitement désagréable Ce critique manque d'im-\npartialité et de générosité et n a décidément de royal que son nom.\n*\n★ *\nUne association « Beethoven » s'est créée sans bruit, et dans sa pre-\nmière séance, au coquet théâtre de l'Olympia, nous a exécuté le quatuor à\ncordes op. 35 de Haydn, le quatuor op. 16 et le Clair de lune de Beetho-\nven. Programme intéressant et bien exécuté. Le lendemain un seul jour-\nnal a rendu compte de ce concert en louant seulement les auditeurs de leur\npatience pour écouter pendant deux heures de la musique aussi sérieuse !\nje n'invente rien, lisez les journaux niçois du mois de janvier.\nAla salle Bellet, Mlle Ninck, une bonne pianiste au ieu précis et brillant,\net M. Ricardou, jeune et talentueux violoniste-altiste, plus à l'aise encore\nsur l'alto que sur le violon, nous ont donné deux séances de sonates fort\nagréables. Aux programmes la 2e et la 5e sonate de Beethoven, dont une,\nen fa, est très connue ; une de Mendelssohn également souvent jouée, une\nautre de B. Godard en ré. Mais j'ai particulièrement goûté la robuste\nsonate de Hsendel, et celle de César Franck, si belle, que les deux artistes\nont très bien jouées. Une cantatrice, Mlle Alice Williams, prêtait le con-\ncours de son talent délicat et de sa très jolie voix en chantant une naïve\npastorale de Haydn et le Rêve d'Eisa, délicieusement.\nDans le désert aride des musiques qu'il nous faut subir, il est particuliè-\nrement doux de se reposer ainsi à l'ombre bienfaisante de fraîches oasis.\n\nEdouard Perrin.\n\nCOURRIER DE LYON\nLES CONCERTS. Société des grands Concerts. 3e concert de l'abonnement.\nTHÉÂTRES. Ttphaine, drame lyrique de V. Neuville, sur un livret de Louis Payen.\nRiquet} ballet de Pli. Flon.\nUne symphonie delà jeunesse d'Haydn : c'est un terrible remède contre\nl'amour. Gela vous décompose l'âme en une série de petites sensations\nnaïves qui déchantent sur nos industrieuses passions. Je goûte peu les plai-\nsanteries de PAdieu (Abschieds Symphonie). Elles pèchent par une allure\nsimiesque qui fait qu'on médite avec inquiétude la nature présente de son\ncoccyx... L'Allégro me semble préférable !\nLes chefs-d'œuvre de Mozart doivent être admirés. 11 en est qui sont\ncomme certains enfants : ils intéressent parce qu'ils ont le sourire de leur\nmère. (Cette fois la mère était M. Arthur de Greef). Le concerto en ut\nmineur ne m'intéresse pas. M. de Greef a traduit assez simplement les\nArabesques perfides de Schumann et le Caprice de M. Saint-Saëns, sur les\nairs de ballet d'Alceste.\nLa vraie joie du concert était dans une introduction, excellente, aux au-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.44", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "teurs contemporains. M. Witkowski débute toujours avec un rare bon-\nheur. La Pavane de M. Gabriel Fauré se fait toute une petite existence de\nla délicate distinction de son auteur : je ne la crois pas des plus caracté-\nristiques. Mais que dire du « morceau » suivant ?... Tant de vibrante\nlumière, tant de murmures irrités sur la terre chaude, un ciel qui s écrase\ncontre l'horizon des marais, le mystère des sources qui murmurent sous\nles troncs des oliviers morts : tout l'universel étonnement de la vie berce\nle sommeil d'un demi-dieu lascif. Gela est beau.\nLe Prélude a VAprès-Midi d'un Faune distend les bornes de 1 ordinaire\ndésir. Sur la pureté formelle de son rêve, à peine esquissé, se dresse, im-\nmédiat, tout l'avenir très grave des sons. Peut-être la musique de\\rait\nmourir ? Mais non. Bien plutôt le drame organique redescend dans le\ncœur des hommes et l'oubli des symphonies mystiques se tait habitude. De\nnouveau, sans doute, l'homme ira se nourrissant à la communion de la terre.\nLe temps des amuseurs n'est plus.\n... Ouverture des Maîtres Chanteurs. L'admirable brutalité de ce génie\n« terminal » fait mieux concevoir l'opposition de l'avenir au passé. Oui,\ntoute la limpidité de nos rêves ! La musique est au temps d'amour.\n« A peine refrénés les élans tumultueux de la première jeunesse... » Il lui\nconvient d'un scepticisme profond.\nM. Debussy compte beaucoup d'admirateurs ici.\nUne œuvre pure!— une œuvre triste et sincère dans le romantisme\ndésuet des situations Je me sens un peu gêné de tout le respect, de\nl'affection que je porte à un ancien maître.\nLa modestie d'un musicien vraiment rare se résigne aux curiosités du\nsuccès. Ceci n'est qu'un prélude : j'ai bon espoir que VAveugle, et Willis,\net le Trèfle à quatre feuilles nous reviendront aussi de l'étranger. Et les\nœuvres nouvelles attendront leur tour : oratorios, drames et symphonies:\nil faut que toute la noble pensée de M. Neuville nous soit livrée triom-\nphante, comme il s'est donné à nous en venant habiter la triste ville...\n. Sur un motif excellemment lyrique, M. Louis Payen a construitun drame\nque je crois intéressant.\nTiphaine est jeune, dans la rigueur de l'hiver, sous les décevantes\ncaresses d'un vieil époux. Le seigneur Edme est un sage : il sait l'incons-\ntance des femmes; il tente d'adoucir la nécessité des coutumes; il est bon.\nPourquoi les dames ont-elles des pages, jeunes, aupourpoint bien taillé,\nà la voix sympathique, au cœur faible? Trop longues sont les heures inu-\ntiles pour Wilfrid affamé d'amour, trop courtes sont les heures excédantes\npassées aux pieds de Tiphaine, blonde maîtresse. Trop bienveillantes sont\nles mains de la dame, qui s attardent sur le front de l'adolescent. Ainsi naît\nl'amour.\nAinsi naît la haine de I obstacle ! Le crime s'ébauche dans la poétique\nsuggestion de balla les barbares. Bohémiens damnés, errant dans les\nvallons creux, blancs de givre, un homme et deux femmes arrivent au châ-\nteau. Le chant de la gitane sauvage dit la loi de l'invincible amour, et son\ntriomphe au delà des règles humaines.\nAinsi Edme meurt, frappé par Wilfrid, frappé surtout par Tiphaine qui\narme la de son page, et mourant, il pardonne à ses assassins.\nL amante criminelle veut poursuivre son rêve exalté, mais le repentir est\nentré au cœur chevalier de Wilfrid. Et dans le triste chant des funérailles\nu maître, il se frappe et meurt à son tour... Sans but, sans avenir à son"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3587, "texte": "crime, i iphaine, folie de desespoir, couvre désespérément le cadavre des\nderniers baisers de sa honte.\nCertaines parties de ce livret sont bien traitées : la ballade de Wilfrid au pre-\nmier acte et la scène des bohémiens. Lesecond acte renferme les éléments de\ndeux actes entiers : il manque d'harmonie. J'ai cependant beaucoup admiré\nle passage où Edme rejoint les amants qui déjà s'étreignaient, blessé, leur\nreproche doucement leur perfidie et leur pardonne. Il ya, tout au début,\nune situation vraiment shakspearienne, dans ce vieillard chancelant dressé\ncontre les adultères, qui écrasent contre les murs leurs mains exsangues.—\nPlus tard le passage lointain du cortège funèbre, sous le rougeoiement des\ntorches, ces chants douloureux qui séparent, les bouches\npales des amants, sont d une heureuse invention. — On pourra critiquer\nquelques tournures verbales, et en particulier, l'aphorisme : « La femme est\nplus arnèreque la mort », que répètent avec insistance, tour à tour, les deux\nmoribonds. La philosophie du théâtre se crée dans les gestes, non dans\nles paroles.\nQuoiqu'il en soit, le musicien a réalisé une œuvre très dense, d'un wa-\ngnérisme discret qui se livre tout dans l'art suprême des transitions. Que\n1 on ne me demande pas s il y a des thèmes dans Tiphaine, je répon-\ndrais que je n'en sais rien ; on a abusé de cette expression au point de lui\nôter tout son sens. Ceci admis, on pourra reconnaître dans cette œuvre des\n«indices de construction musicale» qui se définissent: la Bonté d'Edme et\nson Amour, la Tristesse de Tiphaine, l'Exaltation passionnelle, la Haine ou\nle Crime, en filiation au motif des bohémiens, etc... Mais, à mon gré, la\nprogression dramatique ne se fait nullement par l'emploi de ces « ficelles »\norchestrales, mais bien par la forme organique de l'inspiration. Je m'ex-\nplique. C'est le sentiment du musicien qui crée l'unité de l'œuvre.\nCe qui frappe chez M. Neuville, c'est la rapidité de son « mouvement\nsymphonique ». Elle entraîne l'auditeur, très vite, et ralentit rarement : d'où\nvient qu'on ait une sensation d'amoindrissement lorsque cette hâte dimi-\nnue. Ce n'est pas défaut comme on pourrait croire ; bien plus justement\npeut-on prétendre que l'inspiration n'est pas assez « étoffée». Une grande\nlenteui dans l'action dramatique ne se peut compenser que par une minu-\ntieuse diversité dans l'action intérieure.\nM. Neuville a une prédilection pour l'écriture « franckiste ». Son édu-\ncation se révèle peut-être ici. Je croisquil aura lieu à s'en libérer, car la\nscène lyrique exige des qualités plus vigoureuses Les appoggiatures « en\nvase clos» sont d'un maniement délicat dans le drame. Celles du prélude\nm'ont jeté tout droit dans Tristan. Et il est des surprises dont on revient\ndifficilement.\nLa technique orchestrale de M. Neuville est aujourd'hui consacrée par\nla plupart des critiques musicaux d'Allemagne. Il est donc inutile d'en faire\nréloge ; ces gros hommes le savent bien.\nBref, cette symphonie d'un noble idéaliste console des bouffonneries ita-\nliennes ou du sucre candi des disciples de M. Massenet. J'avoue que la for-\ntune du drame m'intéresse peu : l'œuvre arrive trop tard, trop près de\nPelléas. — Mais elle a encore une belle carrière à fournir en combat-\ntant pour le droit divin de « Musique ».\nL'interprétation est mauvaise. L'orchestre, bon.\nJ. R.\n★\n* ★\nLa princesse Glycine, dont on célèbre les fiançailles dans l'île d'Eme-\nrande, refuse net les deux prétendants à sa main, parce que, âme sensible,\nelle a été touchée par la ballade d'amour du pauvre Riquet, bateleur,poète"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.46", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "et difforme. Glycine évanouie dans la forêt voit en rêve des couples de\npetits Riquets et de petites Glycines s'enlaçant et dansant autour d elle.\nEnfin, une fée bienfaisante, émue par ces amours ingénues, transforme\nRiquet en prince charmant, et, selon un usage séculaire, tout s ai range et\nfinit par un mariage. . ,\nM. Flon a écrit sur ce scénario une musique agreable, dont les rythmes\nfaciles bercent gentiment les auditeurs. A signaler le rêve de Glycine, d un\njoli sentiment, agrémenté d'une valse lente, charmante, une mazurka, une\nsabotière, qui fut sabotée, selon l'expression dun de nos contrères. Le\ncompositeur s'est surtout attaché à mimer musicalement les gestes et sen-\ntiments des personnages ; c'est moins un ballet qu une pantomime. J allais\noublier l'interlude symphonique séparant les deux d un phrasé très\nlarge mais un peu banal. Je reprocherais enfin une sonorité parfois exces-\nsive et peu en harmonie avec ce petit conte de fées.\nLe public a pris plaisir à ce badinage. M. Flon se laissa traîner sur\nla scène entre la princesse Glycine, MU® Sosso, et 1 affreux Riquet, bien\nagréable sous les traits de MUe Cerny.\nLe lundi 29, M. Béai nous conviait à venir entendre M. A. Mustel et\nl'une de ses élèves MHe Ncyrat, qui donnaient une audition sur les excel-\nlents harmoniums bien connus. Je ne veux pas faire ici l'éloge de ces mer-\nveilleux instruments, assez peu connus de la masse du public ; aussi est-ce\navec empressement qu'il avait répondu à l'invitation qui lui avait été faite.\nMlle Neyrat fait valoir un jeu précis et net dans le Prélude, fugue et va-\nriations de C. Franck, un menuet de Bach et la fanfare de Lemmens. Ces\ndivers morceaux sont bien rendus sur l'instrument qui traduit les nuances\nles plus délicates. La personnalité et l'originalité de l'artiste peuvent s'y\ndonner libre cours.\nM. A. Mustel nous donne quelques-unes de ses compositions. Sans au-\ncunement discuter la valeur de ces productions honorables, évidemment\npropres à mettre en valeur les ressources variées de l'instrument auquel\nétait adjoint un célesta, nous eussions préféré, pour notre part, que M. Mus-\ntel qui est un virtuose nous fît entendre des pages telles que le Prélude de\nLohengrin ou le Chœur des pèlerins du Tannhaiïser dans lesquelles nous\naurions eu l'illusion de l'orchestre.\nM. G. Beyle chante avec goût deux mélodies, de Pouget et Guilmant.\nN'ayons garde d'oublier dans la partie ingrate du piano Mlle Magnin, qui\nfit preuve d'un talent sûr et éprouvé, mais qui dans la mélodie : « Ce que\ndit le silence », de Guilmant, accentua les basses de l'Erard pour des rai-\nsons qui m'échappent.\nEnfin le public put apprécier toute la puissance de l'instrument dans\nla Marche nuptiale du Conte d'Avril de Widor.\nSoirée agréable et peu commune où, pour notre compte, nous avons été\ncharmés et surpris des ressources d'expression qu'offre un pareil instru-\nment.\nA. G.\n\nCOURRIER DE MANCHESTER\n\nLa soirée de cette semaine chez Richter a été consacrée à Berlioz : ou-\nverture du Roi Lear. La Captive. Fragments de Roméo et Juliette. L'inter-\nprétation a été pitoyable. Pas plus l'orchestre que les solistes n'ont cherché\nà pénétrer l'esprit d'un compositeur qui ne leur est pas familier. Et ceci"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.47", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "nous explique pourquoi les mêmes œuvres reviennent souvent aux pro-\ngrammes des concerts c'est que, comme le public, les exécutants\nmettent longtemps à comprendre une nouvelle chose. Ils bien\nque ce qu'ils ont ressassé. O Darwin ! aurais-tu raison?\nNous craignons aussi que le Dr Richter ne se laisse aller à quelque doux\naccès de far-niente (et c'est bien naturel, il a tant à faire !) lorsqu'il s'agit\nd'introduire en Angleterre quelque chose qui n'est pas allemand.\nLes programmes de musique de chambre sont d'une désolante monoto-\nnie. Seul le Dr Kendrick Pyne à ses récitals d'orgue hebdomadaires fait\nconsciencieusement entendre deux ou trois morceaux français. Il n'est pas\ntoujours très judicieux dans son choix, mais sachons-lui gré de ses efforts.\n\nElizabeth D'Irvel.\n\nCOURRIER DE BERLIN\nUn Passant.\nLe 27 janvier, anniversaire de naissance de l'empereur. Tous les maga-\nsins ont remplacé leurs étalages techniques par des sortes de petits autels\nlaïques, ornés de bougies, de fleurs, de feuillages, et que domine la statue\nen plâtre du souverain... Sous la pluie qui ne fait pas grâce un instant, le\npopulaire en habits de fête et les soldats en pompeux uniformes défilent et\nconstatent que rien n'a changé dans les rites des bons commerçants ber-\nlinois.\nLes Académies se sont réunies pour chanter la louange de Mozart, mort\ndepuis si longtemps que sa réputation ne fait ombrage à personne. On re-\nmercie Dieu officiellement par un Te Deum... dû à la plume non\nmoins officielle de Kiel... A cette musique... gouvernementale, combien\nje préfère les plantureux programmes d'un Edouard Risler offrant au\npublic treize sonates de Beethoven (en trois séances), ou d'une Eisa\nRiess passant dans un seul concert une revue du lied depuis Beetho-\nven jusqu'à Behm en passant par Brahms et Flagny et les interprétant avec\npiété artistique rare, ou d'une Lily Lehman, la grande doyenne des chan-\nteuses, s'en tenant à Schumann et à Franz qu'elle rend si plastiquement\nque les auditeurs émerveillés voient passer devant leur imagination les\ndélicieuses peintures qu'ont évoquées les auteurs,... de duettistes comme\nFranz et Magda von Dulong dont les voix se marient avec un fini d'exécu-\ntion et un art de nuances tel qu'on n'en peut avoir aucune idée si on ne les\na entendus."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.48", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "CORRESPONDANCE\nC. F. Kahnt Nachfolger.\nM. Kahnt, éditeur à Leipzig, 27, Nurnbergstrasse, nous adresse la lettre\nsuivante, que nous insérons bien volontiers :\nMONSIEUR LE DIRECTEUR DU « MERCURE MUSICAL ».\nLeipzig, 2 février 1906.\nMonsieur le Directeur,\nCest toujours avec grand intérêt que nous lisons régulièrement le Mercure\nMusical, qui nous donne des nouvelles importantes de la vie musicale dans votre\npays et ailleurs.\nDans le numéro du ler courant nous trouvons une correspondance de la plume\nde votre collaborateur à Munich, M Marcel Montandon, qui dit, page 137, con-\ncernant les concerts de la Société chorale Porges :\n« C'était cette fois le Prornéthee de Liszt avec la musique de scène écrite pour\nle Prométhée délivré de Herder lors de l érection de sa statue à Weimar en\n1850, et que l'on n'entend jamais. »\nQuant à cette dernière remarque, nous avons l'honneur de vous dire que\nM. Montandon a bien tort Heureusement le Prométhée nest pas oublié, mais\nest exécuté chaque année plusieurs fois en Allemagne et en Autriche, et ces exé-\ncutions ont toujours un grand succès Dernièrement, en décembre 1905 s on l'a\nexécuté à Dresde ; dans cette saison on le monte à Bernburg Reichenberg et au\nSchlesichem Musikfest à Gôrlitz au mois de juin.\nNous regrettons beaucoup qu on ne connaisse pas cette belle musique en\nbrance, et pour l'introduire chez vous nous avons publié une édition avec paroles\nfrançaises, dont nous avons envoyéla partition pour piano et chant à M. Demets\nle 17 janvier dernier, en le priant de nous prêter son assistance, attendu que nous\nn'avons pas de relations avec vos grandes Sociétés chorales.\nF\\ous vous sciions bien obliges si vous vouliez bien en dire un mot dans votre\nrevue, pour faire connaître Védition française au public.\nRecevez, Monsieur, nos salutations empressées.\n\nECHOS\nCamille Chevillard.\nintente cordiale M. Franck Ghoisy, éphore du Conservatoire d'A-\nthenes, a demande a différents chefs d'orchestre s'il fallait ou non diriger\npar cœur, et comment, en ce cas, on pouvait donner les départs justes dans\ncertains cas difficiles, par exemple à la fin du Scherzo de la Ve Symphonie\nde Beethoven. Voici les réponses de deux hommes d'une autorit/sensible-\nment égalé en la matière î\n« ... Pour ce qui est du célèbre crescendo Symphonie ut\nomp cld mesuies pour faire signe aux seconds violons et 16 pour les premiers.\nprïZ'ZX. Tf'\"\" Pro*id\"\" de mime '»' \"■'« >««*•*"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3262, "texte": "(( ... Ce passage ne ma jamais semblé une difficulté de direction par cœur :\nquant à compter les mesures... c'est un expédient digne des chefs d'orphéons et\nde fanfares, mais que jamais aucun musicien n'a, je pense, songé sérieusement à\nemployer !... » VINCENT D INDY.\nComment M. t ranck Choisy, éphore du Conservatoire d'Athènes, fera-\nt-il pour s'y reconnaître ?\nAvis. Nous recommandons particulièrement à nos lecteurs les con-\ncerts de Mlle Thérèse Roger, de MM. Feuillard et Willaume, de M. Théo\nDelacroix, et de M. Julius Isserlis, jeune et prodigieux pianiste russe.\n(Voir le Calendrier des concerts.)\nLe Havre. Un groupe d'artistes peintres, sculpteurs, musiciens, d'ar-\nchitectes, de littérateurs et d'amateurs d'art, attirés par une sympathie com-\nmune pour les tendances artistiques modernes, vient de se fonder dans\nnotre ville, dans le but de faciliter les manifestations d'art personnel en\norganisant des expositions d'art, des concerts de musique de chambre, et\ndes conférences de vulgarisation artistique.\nLe Conseil de direction est présidé par M. Choupay, architecte en chef\nde la ville du Havre, avec pour secrétaire M.-G. Jean Aubry et pour tré-\nsorier M. J. Ausset,\nLyon. Mlle Andrée Lorec, des Concerts Colonne, vient d'interpréter\navec beaucoup d'agrément et de goût les Chansons canadiennes, si joliment\nharmonisées par notre spirituel collaborateur Emile Vuillermoz.\nQuatuor Parent. Les Miroirs, de M. Ravel, seront joués par R. Vines\nà la séance du 2 mars.\nAuditions d'élèves. A la salle Pleyel. le 27 janvier, première matinée\ndonnée cette saison par les cours Chevillard-Lamoureux. Séance con-\nsacrée à la musique allemande.\nIl faudrait citer tous les numéros de cet intéressant programme, car la\nplupart de ces jeunes interprètes sont plus que des élèves, mais des ar-\ntistes.\nNotons Mlle Delcourt, le magnifique contralto qui obtint un triomphe\nmérité avec Actus tragicus, de Bach Mlle Labarthe, superbe interpréta-\ntion du grand air d\"Obéron —Mme Hermann, absolument parfaite dans des\nmélodies de Brahms. A remarquer un intéressant fragment du Freyschiitç,\npar Mlles Periilard et Pelette. L'air de la Fête d'Alexandre, par Mme Fer-\nnand Depas. Puis de ravissantes mélodies de Félix Weingartner par\nMlles Emma Grégoire et Bertha Haas.\nNous oublions encore de très bons numéros...\nL'excellent professeur, Mme C. Chevillard, communiqua une émotion\nprofonde à tout son auditoire avec Wonne der Wehmut, de Beethoven,\nPauvre Pierre, de Schumann, et Le pèlerinage de Kevlar, de Félix Wein-\ngartner.\nIl n'est pas possible de joindre à une parfaite science vocale plus de\nsimplicité d'interprétation et d'intensité de sentiment.\nOn reconnaît la belle école d'art pur et vrai qui a déjà formé des élèves\ntels que l'admirable interprète du Faust de Schumann : M. Louis Frolich,\ndevenu précieux collaborateur comme professeur aux cours Chevillard.\nN'oublions pas de noter le grand succès remporté par l'archet de maître\nde M. Hermann, dans Passacaglia de Hândel ainsi que celui obtenu avec\nune de ses élèves du cours d'accompagnement dans un Allegro de Mozart.\nA de tels artistes s'adjoint un merveilleux collaborateur, l'accompagna-\ntrice Mme Madeleine Raff, de qui nous avions applaudi des élèves du cours\nde piano."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.50", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "Le sottisier musical. « Le programme comportait un concert où des\nartistes de haut talent ont charmé l'assistance. M,le de la Rouviere a inter-\nprété merveilleusement les morceaux suivants :\n« Ouverture de Léonorede Beethoven, U Apres-midi de\nDebussy, L'Absence, de Berlioz, et Phydilé de buparc.\n« Après le concert, un orchestre de 5o exécutants, sous 1 habile direction\nde M. Witkowski, a entraîné danseurs et danseuses dans des tourbillons\nde valse folle et jusqu'à une heure avancée de la nuit, cette fête s est pro-\nlongée. » L'Express de Lyon, 28 janvier 1905.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nCamille Saint-Saëns : La Danse macabre, Petite partition d'orchestre,\nParis, Durand et fils.\n\nCALENDRIER DES CONCERTS.\n15 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel 4 h.\nSalle Pleyel 9 h.\n16 février. Sci lie Erard.\nSalie Pleyel.\n17 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nAgriculteurs.\n18 février. Salle Erard 2 h.\n19 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n20 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n21 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n22 février. Salle Erard.\nS îlie Pleyel.\n23 février. Salle Erard,\nSalle Pleyel.\n24 février. Salle Pleyel 2 h.\nSalle Pleyel 9 h.\nSalle Pleyel 9 h.\n25 février. Salle Erard 2 h.\n26 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n28 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle Pleyel.\nM. Isnardon (élèves*.\nInstruments à vent.\nMme Jane Arger.\nMme Marty.\nMme Alice Goguey.\nMme Th. Roger.\nSociété Nationale.\nM. Julius Isserlis.\nMme Girardin-Marchai élèves).\nMme Veyron Lacroix.\nM. Joseph Debroux\nMM. Feuilîard et Willaume\nM. David Blitz.\nM Victor Staub.\nMme Monteux-Barrière.\nSociété chorale d'amateurs.\nM. Daniel Herrmann.\nMlle Gapoccetti.\nMrae M. Bétille.\nMme G. Ghevillard (élèves).\nMlle H. Laye.\nMlle d'Albas et M. J. Dumas.\nM. Dimitri (élèves).\nMme Schuîtz-Gaugain.\nM Théo Delacroix\nMlle Henriette Picot.\nM. F. Mazzi.\nQuatuor Calliat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.2", "titre_corps": "LES CONCERTS.", "titre_sommaire": "LES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "LES CONCERTS.\nConcerts Chevillard :le Faust de Schumann. L'œuvre de Cl. Debussy (Mrae Camille tourner,\nMUc Lucienne Bréval, MM. Jean Perier, R. Vines, A. Delacroix, A. Petit et Louis Laloy).\nVux Mathurins. Musique ancienne. L'Or/eo de Monteverdi et M. de Lacerda. Société\nNationale : MM. Coindreau, Jongen et Bardac, Au Conservatoire : le Quatuor Capet. Con-\ncerts Barreau. —M. Salmon. M. Revel.\nv 'i.\n0\nLe Faust de Schumann, donné pour la première fois aux Concerts Che\nvillard le 28 janvier et le 4 février derniers, est une œuvre que j'aime, d'a-\nbord pour le poème admirable dont elle est inspirée, ensuite pour cette\nnoble musique dont le flot égal semble jaillir doucement des profondeurs\nd'une âme pure. Hélas ! pourquoi faut-il que cette partition tant de fois\nfeuilletée au piano m'ait toujours donné l'amertume d'un irrécusable ennui,\nlorsque je l'ai entendue au concertîTel fut le cas il y a deux ou trois ans,\nau Châtelet; encore pouvait-on s'en prendre aune exécution des plus gros-\nsières ; mais l'impression ne fut pas de beaucoup meilleure au Nouveau-\nThéâtre, où une telle excuse cesse d'être valable. A peine si l'on peut\nreprocher à M. Chevillard une tendance à accélérer les mouvements et a\nmarquer trop fortement des rythmes déjà pesants : chœurs et orchestre\nont été vigoureux et précis, et Mme Raunay, MM. Frohlich, Cazeneuve,\nSigwalt et Nivette ont donné tout ce qu'on était en droit d'attendre d'eux\n(les trois premiers surtout). Et je reconnaissais, au passage, des mélodies\nfamilières ; mais c'étaient comme de beaux visages entrevus dans un rêve,\ndont on n'arrive pas à ressaisir les traits; et toujours, toujours, de l'orches-\ntre chargé tombait, à perte de vue, une pluie de notes grises, trouée de\ntemps en temps par un sursaut de cuivres pareil à l'éclat brusque d'un\nfanal dans le brouillard. Le tout accompagnant une morne traduction de\nRomain Bussine, musicien de mérite qui fait rimer bravement flamme et\nenflamme, caresses et tendresses, frémissantes et frémissantes, et lorsque"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "Gœthe nous peint Faust ébloui par l'ardeur surhumaine du soleil, et dé-\ntournant ses faibles yeux, lui prête cette apostrophe inattendue : Viens\ndonc, soleil de flamme, viens, je t'appelle. Le contresens fleurit toujours, on\nle voit, dans les plates-bandes (combien plates! )des traducteurs musicaux.\nDe belles scènes rayonnent cependant parmi ces molles ténèbres : d'a-\nbord, la prière de Marguerite à la Vierge, presque libérée de tout envelop-\npement d'orchestre ; plainte déchirante, imploration désespérée, que\nMme Raunay a dite avec la plus tragique et profonde émotion. Puis le dia-\nlogue de Faust avec le Souci, et sa noble réponse au monstre qui, en\nl'aveuglant, lui rend plus claires, et plus chères, les lumières de son esprit :\net ici M. Frôhlich, dont le style est parfois un peu trop grand et trop nu\npour Schumann, a été admirable de joie sereine et grave. Quoi encore? la\nmort de Faust, avec ses trombones héroïques et funèbres, enfin libérés du\nquatuor, et, dans la dernière partie, l'hymne à la Reine du ciel du Doctor\nMarianus, où nous retrouvons la voix pieuse de M. Frôhlich. Mais àce\nmoment nous étions déjà bien fatigués. Et j'en viens à me demander si la\ncoupure, la sacrilège coupure tant de fois maudite, ne serait pas ici un\nbienfait ;ce pendant que le Mauvais Esprit me chuchote à l'oreille : « La\ncoupure ? Non pas. On a orchestré des compositions de Schumann pour\nle piano. Combien ses œuvres d'orchestre mériteraient que l'on s'occupât\nd'elles à leur tour ! » Horreur !\nJe suis un peu gêné pour parler du concert du 6 février, organisé par\nMme Camille Fourrier et consacré à l'œuvre de Claude Debussy ; mais il\nétait si beau que, malgré la présence de mon propre nom sur le pro-\ngramme, je veux essayer de dire ici la joie de cette heure, où une musi-\nque de rêve fut parmi nous, miraculeuse et réelle. D'abord, la preuve est\nfaite une fois de plus que Debussy a plus que tout autre aujourd'hui la\nvertu d'attirer les auditeurs et de faire, comme on dit, salle comble : j'espère\nque nos chefs d'orchestre et directeurs de théâtre feront leur profit de cette\nvérité. Et quel auditoire ! Chargé des modestes fonctions d'introducteur des\nchefs-d'œuvre, j'ai senti dès l'entree ce frémissement particulier, puis ces\nvifs et intelligents mouvements d approbation, qui prouvent 1 entente des\nesprits. La suite, je veux dire le concert lui-même, ne fut qu'un long en-\nthousiasme. Et telles doivent bien etre en eflet ces manifestations dait\ndénommées concerts, ou n'etre pas i des fetes, ou 1 exaltation tire les\nhommes d'eux-mêmes et les jette, loin de la vie quotidienne, dans une\ncontemplation unanime de l'inaccessible. L art est bien une religion, je\nveux dire un lien entre les consciences, et ses solennités sont des commu-\nnions : c'est ce que nous avons senti en ce jour, et je ne crois pas exagérer\nen disant que le souffle de Dionysos fut pour quelques instants en nous.\nGrâces soient rendues, pour ce triomphe de la musique, et aux œuvres,\net à leurs interprètes, admirables aussi ! Mme Camille Fourrier s'est sur-\npassée : avec autant d'intelligence, de vie et d'ardeur dans les chants de\njoie tels que Y Echelonnement des Haies ou les Chevaux de Bois, autant de\nlangueur recueillie dans le Jet d}Eau ou la mélancolique Ombre des Arbres,\nelle m'a paru montrer une diction plus nette encore et une voix plus fraî-\nche et plus assurée que jamais. Venait ensuite M Ricardo Vines, pianiste\nnon virtuose, mais magicien, qui semble jouer avec les sons eux-mêmes,\net non avec les touches d'ivoire ; rien ne peut dire 1 enchantement de\nVlsle joyeuse ou du Mouvement, joués par lui : musique aérienne, raite de\nlumière qui jaillit de tous côtés, en une fantaisie vertigineuse et précisé a\nla fois • rien non plus, la sonorité enveloppante des Pagodes, la fuyante\ngrâce des Reflets dans Veau, ou la tristesse très douce de VHommage à\nPameau. M. Jean Périer nous fit retrouver, dans les Chansons de France,\nl'âme de l'immortel Pelléas, mais avec des accents plus contenus et non"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4068, "texte": "moins émouvants ; car ce grand artiste, honneur de notre Opéra-Comique,\ncherche avant tout une exacte appropriation de son style à la pensée de\nl'auteur, et tel est le secret de la beauté de ses créations, qu'il ne prononce\npas une syllabe et ne profère pas une note dont il n'ait senti la valeur et\nla portée : une haute intelligence le sert en cela, unie à une diction merveil-\nleuse, à une voix qui charme, et au don si rare de la tendresse ; on ne peut\nentendre M. Jean Périer sans être aussitôt touché au cœur. Mi'e Lucienne\nBréval, enfin, nous chanta les trois Chansons de Bilitis, les plus merveil-\nleuses peut-être de toutes les chansons, parce que la sensualité païenne y\nretrouve sa noblesse et sa troublante majesté. Ce furent là des minutes\ninoubliables; on ne peut concevoir une émotion plus intense, un style plus\ndélicat et plus large à la fois, une voix plus chaude et plus pure ; et sur-\ntout cette ardeur profonde, cette sorte de vibration intérieure, qui fait\nfrissonner ! Il n'est point de plus grand art, et tant de puissance avec tant de\nnoblesse font bien deMUeßrévallaplus sublime tragédienne de notre temps.\nLa seconde de ces chansons (Cette fut redemandée par le\npublic transporté. Au sortir de là, on croit avoir rêvé en effet, et l'on a\nquelque peine, en rouvrant les yeux, à découvrir que les êtres sont restés\nles mêmes. Que de remerciements ne devons-nous pas, pour la bonne\ngrâce charmante que l'on mit à renouveler notre chère illusion ! M. A.\nDelacroix a accompagné en maître tous ces chants ; l'expression n'est pas\ntrop forte, et tous ceux qui savent le rôle dévolu, en cet art, à l'harmonie,\nn'y contrediront point. La délicatesse de son jeu est exquise autant que sa\nprécision extrême ; tout est expressif, choisi, senti, et par ses soins la\nmélodie est comme enveloppée de draperies légères, qui en laissent voir et\nen embellissent cependant tous les contours. Une bonne part du succès de\nla journée revient certainement à M. Delacroix, qui, pour terminer, nous\njouait, avec un de ses élèves, M. Petit, le dernier tableau de la Mer. J'ai\npeur de sembler délirer, mais maintenant que je connais la couleur\norchestrale de 1 œuvre, j ai bien plus de plaisir à l'entendre au piano qu'à\n1 orchestre, lorsqu elle est exécutée par de tels artistes, qui savent en tra-\nduire les émouvants colloques avec une vie, une fougue, une variété et une\npuissance de nuances que nul orchestre n'atteindra jamais. Ce fut là une\nadrniiable conclusion à cette belle fete, la plus belle certainement qui nous\nait été donnée depuis bien longtemps. Nous la devons à Mme Camille\nFourriei, qui sut grouper autour d'elle cette élite d'artistes, unis par une\nadmiration commune et une estime réciproque. Ah ! qui dira jamais la sim-\nplicité, le dévouement et la générosité des artistes véritables ?\nJe dois avouer que ce soir-là je n'ai plus voulu entendre de musique :\nmanquant donc à tous mes devoirs, je n'ai point paru au concert de la\nPhilharmonique,où cependant chantait la charmante Mysz-Gmeiner ;et je\nsuis allé aux Mathurins, où débutait, dans une pantomime à l'antique, un\npetit Faune exquis, d'une grâce mutine et d'une frivolité que le désir sou-\ndain rend grave, mais d une gravité enfantine encore, et attendrissante.\nEt a danse du Faune est admirable de fantaisie harmonieuse : on le croirait\ndescendu des parois d'un vase grec, et Isadora Duncan elle-même en serait\nemerveillee. Signe particulier : il m'a semblé reconnaître que ses cheveux\nnoirs et crépus étaient entrelacés, non certes de serpents, mais de vrilles de\nvigne. On me dit d'autre part que je me suis trompé si j'ai voulu trouver là\nle silence, et qu'une musique accompagnait la pantomime. C'est possible,\nmais je ne lai point entendue. Il faudra que je retourne m'assurer de ce\ndétail qui a échappé à mon attention captivée.\nCependant la musique ancienne renaît de ses cendres avec une ardeur de\nplus en plus phenicoïdale. C'est, aux Hautes Études Sociales, M. Calvoco-\nressi qui, aide de M. J.-J. Nin, pianiste remarquable autant que dévoué,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3697, "texte": "retrace l'histoire de la musique de clavecin et montre fort justement que\nnos maîtres d'aujourd'hui sont les descendants directs, par delà la période\nallemande, des maîtres du xvie et du xvme siècle ; après lui, M. de la Lan-\nrencie, terminant la série de ses instructives conférences, nous fait entendre\nune fort belle sonate de Rebel, un charmant divertissement d'Anet, et une\nadmirable gigue de Jean-Marie Leclair. Cependant, à la Société Internatio-\nnale de Musique, M. de Bricqueville ressuscitait Marais le joueur de viole,\net M. Ecorcheville, aidé par Mme Landowska, délicieuse claveciniste, nous\nrévélait l'aristocratique beauté de la musique de luth. Enfin la\ntorum nous rendait une fois de plus YOrfeo de Monteverdi, conduit cette\nfois par M. de Lacerda. On a remarqué que la direction de ce jeune chef dif-\nférait de celle de M. d'lndy ; c'est exact ; mais la personnalité, même dis-\ncutable, vaut mieux que l'imitation, et je trouve que mon excellent et très\ndistingué confrère M. Pierre Lalo s'est montré un peu bien sévère en cette\noccurrence. M. d'lndy est un admirable chef d'orchestre, d'une précision\nsans égale dans le rythme et d'un relief dans les nuances que l'on\nne saurait atteindre, à moins d'être lui-même. M. de Lacerda ne\nsoutient ni ne recherche la comparaison sur ces deux points ; mais il a\npour lui d'autres qualités, qui sont une rare puissance expressive, et\nune chaleur de geste qui fait merveille à l'occasion. Pour ma part, je\nn'avais jamais mieux senti la beauté des chœurs d et leur caractère\némouvant ; et il faut certes une énergie peu commune pour soulever la\nmasse pesante des chœurs de la Schola.Et encore, le si difficile divertisse-\nment pour harpes et flûtes n'a jamais été mieux réglé, ni le chant des trom-\nbones infernaux plus terrible. Quant à MUe Marthe Legrand et àM. Bour-\ngeois, leur éloge n'est plus à faire dans les rôles d'Orphée et de la Messa-\ngère. M. Marc David, porteur d'un nom cher à la s'est montré bon\nchanteur et excellent musicien ; et Mlle Marie Pironnet m'a paru en grands\nprogrès pour le style et la délicatesse de la voix ; en récompense, je lui\ndécerne deuxlettres de noblesse (je n'en ai qu'une moi-même), et consens à\nl'appeler d'ores en avant : Mary Pironnay.\nLe concert commençait par des fragments du\nde Beaujoyeux, et de la Philothée d'un jésuite inconnu : œuvres d'un inté-\nrêt tout historique, faites pour les assemblées d'érudits plus que pour le\nconcert.\nLouis LALOY.\nSamedi 3 février. « Nous n'irons plus aux bois »... s'ils continuent à\nse fleurir d'un aussi grand nombre d'agréables mélodies, agréablement\ninterprétées... Passons discrètement !\nTout l'intérêt du concert s'est concentré sur les premières auditions\nd'œuvres de MM. Henri Woollet et D. E. Inghelbrecht.\nNous connaissions déjà de M. Woollett de charmantes mélodies, une\nœuvre lyrique, la Rose de Saron,et la partition dun très beau drame,\nles Amants byzantins, toutes œuvres qui nous permettent de fonder sur\nce musicien de grandes espérances. Cette fois-ci M. Woollett présentait\nCinq pièces pour instruments à vent qui marquent une évolution\ntrès sensible de son art : nous serions fort étonné si d'ici peu M. Woollett\nne s'engageait définitivement sur la route de lumière dont parlait derniè-\nrement Louis Laloy, la route de liberté et de vérité qui fut ouverte en\n1902 par Claude Debussy ; cette œuvre de transition applique encore\navec maîtrise, quoique un peu longuement les recettes éprouvées de la\nmusique purement thématique ; mais çà et là la pensée du compositeur se\ncomplaît dans la traduction libre des émotions intimes, des impressions\nfugitives 5 cependant c'est surtout dans la matière harmonique que se"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.26", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "trahit révolution du compositeur, qui manie hardiment les gammes par\ntons entiers, les successions de neuvièmes et de quintes, les frottements de\nsecondes, etc... Ce n'est là sans doute que le côté extérieur de la musique ;\nmais l'emploi de ces procédés, nous le répétons, marque le premier terme\nd'une évolution, qui sera suivie avec intérêt à cause de la valeur, déjà\nprouvée, du musicien en cause.\nDe M. Inghelbrecht nous avons entendu avec un vif plaisir\nantiques pour flûte et harpe, et surtout un sylvesti e pour double\nquintette à vent et harpe qui évoque avec une précision troublante une de\nces légendaires forêts de l'Attique primitive toutes peuplees de sylvains, de\nfaunes et de nymphes, et vibrantes de toutes les voix, de tous les chucho-\ntements d'une nature divinisée. Il faut surtout louer le mouvement très\nlarge qui sucède aux jeux des nymphes et des faunes et dont les solen-\nnelles harmonies semblent illustrer la célébration d'un mystérieux sacrifice\nau plus profond de la forêt millénaire. Dans cette œuvre charmante, et\npar moments puissante, nous avons retrouvé, plus développées, les qualités\nsi personnelles dont M. Inghelbrecht avait fait preuve l'année dernière\ndans ses esquisses automnales ; nous attendons avec intérêt une nouvelle\noeuvre orchestrale, qui lui permette d'étaler librement les mille couleurs\nde sa brillante palette.\nNous devons aussi mentionner l'exécution à cette séance de YOctuor de\nBeethoven, et d'une Suite de M. Devanchy, d'âge et d'intérêt inégaux.\nM. S.\nLa Société Nationale donnait à la salle Pleyel son 333 e concert. Au pro-\ngramme des œuvres de MM. Jongen, R. Bardac, de Séverac et P. Coin-\ndreau.\nLa Sonate de J. Jongen est une œuvre intéressante, très expressive, se\nressentant un peu de l'influence de Franck et de Leken, mais, malgré cela,\npersonnelle. Je n'en aime pas beaucoup le dernier mouvement : qui\nme paraît contenir des développements oiseux. Mais M. J. Jongen est un\nvioloniste si remarquable qu'il ferait passer sur bien des choses.\nLes Mélodies de R. Bardac manquent d'originalité. Peut-être était-ce\nparce que l'interprétation laissait... mais non ! n'en parlons pas, cela vaut\nmieux.\nHeureusement qu'après cela nous avions une exécution superbe de\nLanguedoc,de Déodat de Séverac.\nCette suite pour piano se compose de cinq pièces; deux d'entre elles :\ncheval dans la prairie et Coin de cimetière au printemps, avaient déjà été\nentendues. Les trois autres étaient jouées pour la première fois.\nVers le Mas en fête donne l'impression nette d'une montée pénible vers\nle mas, par le chemin du torrent.On voit à peine le toit du mas, la pointe\ndu clocher, et petit à petit la vision se pour devenir à la fin extrê-\nmement claire. Entre temps, le délicieux épisode de la Halte à la fontaine*\nsi frais et si vrai. On entend au loin la flûte de Pan d'un chevrier et, montant\ntoujours, on trouve le Mas en fête. La joie se teinte d'une mélancolie douce\nà la pensée de ceux qu'on aurait pu y trouver et qui n'y sont plus. On pres-\nsent le coin de cimetière au printemps.\nSur V Etang le soir se prêterait admirablement, semble-t-il, aux jeux des\ntimbres de l'orchestre, qui en feraient ressortir, plus que le piano, les sono-\nrités berceuses.\nOn a déjà parlé de A cheval dans la pièce pleine d'humour et de\nvérité, et exquisement teintée de poésie dans la Halte à la fontaine.\nOn a parlé aussi du Coin de cimetière au printemps, à l'émotion si\nintense."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "Quanta la dernière pièce, le Jour de la foire au Masy c'est un bruisse-\nment continuel de sonnailles, un grouillement de foule joyeuse, dominés\npar les cris de pintades et de poules effarouchées.\nAu milieu de tout cela, la note de poésie délicieuse donnée par les clo-\nches sonnant VAngélus de l'aube.\nEt tout cela est exquis. C'est la nature avec sa poésie et sa vie. Nul\neffet cherché, tout est sincère et vrai. Le musicien qui a écrit cela possède\nune personnalité peu ordinaire, et qui permet de fonder sur ses œuvres à\nvenir les espérances les plus vives.\nM,le Blanche Selva a joué ces cinq pièces avec une perfection inégalable.\nLa façon dont elle s'identifie à la pensée d'un auteur et sa compréhension\ndes œuvres, si diverses pourtant, qu'elle interp?ète, sont prodigieuses.\nQuelle souplesse exquise et quelle poésie dans le jeu !\nLe Trio de P. Coindreau terminait le programme.\nC'est une œuvre fort intéressante, surtout dans ses deux dernières parties,\noù l'on trouve les superpositions de rythmes les plus imprévues.\nL'œuvre fut exécutée avec ensemble par MM. N. Lejeune, de Bruyn et\nMlle 81. Selva.\nMais M. Lejeune, qui est cependant un musicien tout à fait excellent, a,\ndans les notes élevées, une tendance à jouer trop haut. Il est évident que\ncela provient de l'habitude de l'alto, joué autrefois par lui au Quatuor\nZimmer.\nPourquoi M. Lejeune a-t-il abandonné cet alto où il était, disons le mot,\nremarquable ?\nA la salle des Concerts du Conservatoire, splendide exécution des XIIe,\nXIVe et XVIe Quatuors de Beethoven par le quatuor Capet.\nCes œuvres atteignent à une telle profondeur et renferment une telle\nintensité d'émotion qu'elles sont plus que de la musique et que Ton devrait\nles écouter recueilli comme en présence d'une divinité. Et vraiment n'y avait-\nil pas une parcelle de divinité en leur auteur lorsqu'il conçut des œuvres\npareilles? Parmi le public, beaucoup ne paraissaient pas s'en douter.\nDes vieilles dames, et aussi des jeunes (et jolies, ce qui est déplorable !)\ndodelinaient de la tête en mesure (?) et marquaient le rythme de la main(!)\npendant que l'âme de Beethoven palpitait dans les adagios des œuvres 131\net 135.\nEt ces auditeurs-là se disent certainement des fidèles du Maître !\nIls sont à plaindre, plus qu'à blâmter, car ils ne connaissent pas les joies\nréservées aux artistes, à ceux qui pénètrent sa pensée.\nA ceux-là seuls est permise la joie de se laisser aller, muets, où les\nconduit la pensée du Maître et de sentir alors leur âme frissonner au con-\ntact de la sienne.\nL'interprétation donnée par MM. Capet, A. Tourret, L. Bailly et\nL. Hasselmans, a été, ce me semble, parfaite. Il ne me paraît pas\npossible de mettre plus en valeur les divers plans d'une œuvre et d'en\nfaire ressortir davantage les qualités émotionnelles. Et ce n était pas\nchose facile.\nLes auditeurs, fort nombreux, ont montré qu'ils comprenaient la valeur de\nla tâche accomplie par M. Capet et ses partenaires, par des applaudisse-\nments frénétiques et de nombreux rappels.\nC. DE MALARET.\nAu Concert-Barrau du 2 5 janvier, M. Capet conduit le septuor de\nBeethoven avec une ardeur de jeunesse et une surete tout a fait remar-\nquables. Le menuet, si frêle, et le scherzo, si joliment contourné, ont été"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.28", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "un enchantement de rythme et de gaieté. Les variations demandante, bro-\nderies autour d'un lied du Rhin, ont mis en valeur la dextérité propre de\nchaque artiste, même du corniste, qui s'est permis un faux pas, sans doute\npar pitié des critiques et pour procurer à toute oreille la satisfaction de\njuger. Il nous a été débité d'une traite tant de mélodies de Schumann\nque j'aurais peur cPen oublier et peut-être aussi de m'en souvenir. Il faudrait\nbeaucoup de souplesse et de naturel pour rendre cette rare passion, émue\njusque dans la subtilité, badinage sophistiqué, brusques accès d'humeur et\nretours attendris. Accompagnement très expert de M. Chevillard, et traduc-\ntion du même, si l'on en croit le programme. JVHIe Renié a exécuté sur\nune harpe Erard une fantaisie de Saint-Saëns. J'ai fort goûté la délicatesse\ndes nuances et les riches sonorités de l'instrument.\nLe ier février, Raunay nous fait connaître tout un cycle inédit de\nmélodies, inspirées à M. Messager par Heine. Elle en a fait aimer la teinte\nmélancolique. Dans Absence de Berlioz et les Stances de Roméo et Juliette,\nla sincérité de son accent dramatique et la noblesse de son attitude ont été\ntrès émouvantes. Elle sait que pour se faire entendre il faut d'abord se\nfaire écouter.\nJe me rappelle encore avec plaisir la séance de Concertos donnée salle\nPleyel par M. et Mmo Salmon. Le Concerto de Lalo pour violoncelle est\nd'une poésie et d'un coloris charmants.\nJOSEPH TRILLAT.\nSalle comble, l'autre soir, aux Agriculteurs, où un public d'élite applaudit\nun jeune violoncelliste : Louis Revel, professeur à la Schola Cantorum. Son\nstyle classique, sobre, sévère, son ample sonorité, son mécanisme, révé-\nlèrent un bel artiste que nous avons particulièrement apprécié dans Bach\net l'exquise Sonate ancienne de Caix d'Hervelois ; il joua le Cygne délicieu-\nsement et la Source de Davidoff en virtuose. La voix vibrante et sympa-\nthique de Mile Braquaval sut mettre parfaitement en relief les délicates\nmélodies de Louis de Serres. Le Trio de Vincent d'lndy permit aussi de\nreconnaître en M. Pichard le talentueux clarinettiste de l'Opéra et des\nConcerts Colonne. Il convient d'ajouter que ces artistes furent merveilleu-\nsement secondés par Mme Gaston Revel-Germain, une pianiste qu'on en-\ntendrait volontiers plus souvent ; celle-ci du moins nous repose des cas-\ncades de petits cailloux propres à beaucoup de virtuoses du piano. Nos\nplus sincères félicitations à Louis Revel, dont le concert laissera le meilleur\nsouvenir.\nJ. R.\nN. B. Lne indisposition de notre collaborateur Jean Poueigh nous force\nà remettre à notre prochain numéro les comptes rendus de la Société Phil-\nharmonique et des Mallnées-Danbé9 où triomphe Miguel Llobet, le merveil-\nleux guitariste."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.3", "titre_corps": "MUSIQUE D'EXTRÊME-ORIENT", "titre_sommaire": "MUSIQUE D'EXTRÊME-ORIENT", "signature_source": "Magnus Synnestvedt", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.28", "debut_caractere": 2771, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "MUSIQUE D'EXTRÊME-ORIENT\n\nConférence de Louis Laloy au Cercle du Luxembourg.\nEchappant un instant aux concerts, conférences, et autres agapes artis-\ntiques à menus composites et souvent indigestes, nous avons eu le plaisir\nrare a assister à la séance d'évocation donnée par ces deux subtils magi-\nciens, Louis Laloy et Ricardo Viîïes."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3987, "texte": "Par la vertu de son verbe, « puissante machine à explorer le temps », le\npremier nous a fait en une heure parcourir 5.000 ans de musique extrême-\norientale ; et l'évocation fut si intense qu'aujourd'hui encore il me semble\nimpossible d'en donner un froid compte rendu. Qu'il me soit donc per-\nmis de rappeler ici les exquises visions suscitées en nous-mêmes. Je\nsouhaite simplement que ceux qui n'ont pu entendre la conférence en\ntrouvent ici un écho peut-être personnel, mais fervent.\nNous voici d'abord à Pë-Kïng, au sein même de la Cité impériale, dans\nle Palais du Fils du Ciel, Houâng-Tï. Las de l'imprécision et des diffi-\ncultés qui résultent pour son orchestre de l'indétermination de la hauteur\nabsolue des sons, l'empereur choisit comme fondamental le son que donne\nla voix de son cher premier ministre, Lîng-Liûn, « dans les moments où\naucune passion ne le sollicite » ; il lui donne l'ordre d'aller en Tartarie,\n-aux sources mêmes du fleuve Jaune, et d'y choisir parmi les bambous qui\ny croissent, d'une régularité cylindrique presque absolue, un tube qui\nrende exactement le son de sa voix... Et c'est l'invention du diapason,\n2697 ans avant notre ère, 4500 avant son adoption définitive en Europe.\nMais le Président du Conseil, dont la voix normalement donnait le fa\n(qui donc dans 5.000 ans connaîtra la hauteur de la voix de Rouvier\nlorsqu'aucune passionne le sollicite?),traverse les déserts de la Chine sep-\ntentrionale, se rend en Tartarie et coupe des tubes de bambous de tous\ncalibres, et reconnaît enfin en l'un d'eux le son fondamental.\nSa mission est terminée, mais il ne peut se résoudre à quitter cette\nfraîche et miraculeuse oasis : ses yeux, qu'enténébraient les incessantes\nangoisses du pouvoir, se reposent sur les sources étincelantes et claires,\nsur les horizons tout vibrants des vertigineuses féeries de la lumière ; ses\noreilles, obsédées des perpétuelles criailleries des solliciteurs, s'emplissent\ndes bourdonnants murmures de la solitude ; il se recueille et médite.\nParmi tous les bambous qui gisent autour de lui, il en trouve un qui\ndonne l'octave, et dix intercalaires dont la limpidité est parfaite. Il divise\ndonc l'octave en 12 degrés, 7 mâles et 5 femelles ; il fixe sept modes com-\nposés de cinq tons et deux demi-tons... Et c'est l'invention de la gamme\nchromatique, et des différents modes de la musique ancienne, parmi les-\nquels d'ailleurs apparaît notre majeur, mais basé sur la dominante.\nComme le fera plus tard Pythagore, Lîng-Liûn détermine ensuite la\ndimension des douze tubes et leurs rapports de mesure et de poids, et ses\ncalculs aujourd'hui encore sont inattaquables, alors que ceux du philoso-\nphe grec, de 2.000 ans postérieurs, contiennent de notables erreurs.\nQuelques siècles plus tard, vers 2.200 avant notre ère, nous voici\ndans la grande salle des concerts, au Palais du Fils du Ciel, à l'inaugura-\ntion du Conservatoire de musique que vient de fonder l'Empereur Chouénn.\nAprès les discours, commence le concert. Et nous en imaginons avec curio-\nsité les éléments sonores : les flûtes en roseau, bambou et terre cuite,\nles flûtes de Pan à 12 et 16 notes, la grande lyre, les tambours, les grosses\ncloches isolées, et les claviers de cloches graduées, les régimes de pierres\nsonores ou équerres de jade. Et la symphonie est audacieusement polypho-\nnique 4.000 ans avant que J.-J. Rousseau se refuse à l'admettre.\n... Et voici maintenant qu'un chant s'élève, très doux,très lent, d'une mo-\ndalité fuyante et d'un rythme caressant. Nous sommes au Japon, dans une\nmaison de thé. A la lueur tremblante des lanternes en papier, une geisha,\npieds nus, danse sur une natte, pendant qu'autour d'elle des mousmés\naccroupies chantent en caressant les shamisen. L'impression est très\néloignée de celle que nous avons rapportée de Chine. Là-bas l'orchestre\nctait sonore, bruyant même, l'expression musicale était âpre et sauvage ;\nici tout est doux, modeste et simple, mais la délicatesse des nuances, la"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.30", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3955, "texte": "subtilité de l'expression sont infinies ; tous les sentiments et leurs nuances\nles plus fuyantes sont soulignés d'un trait délicat, mais souple et intense.\nSi l'on devait assimiler la musicalité chinoise à celle de Wagner, articule\nLoù-Hi-Lâ-Lou-A, notre savant nécromant, une analogie correspondante\npourrait être établie entre la musicalité japonaise et celle de Debussy,\nSans laisser aux passions contraires le temps de s'exaspérer dans cette\nnouvelle voie de comparaisons et d'argumentation, on nous emmène dans\nla mystérieuse patrie du Gamelang, l'île sainte de Java... Et voici que dans\nla sanctuaire tout empli des lourds parfums, sous Fœil fixe des dieux, les\nfrêles danseuses casquées d'or et de pierres commencent leurs gestes lents\net souples, amples et pourtant précieux ; leur chair cuivrée par le soleil\nsemble vibrer à d'étranges caresses invisibles, leurs bras ondulent comme\nen un rêve,leurs doigts au bout des bras raidis ont des torsions nerveuses,\net leur visage grave s'éclaire d'un sourire. Cependant de jeunes hommes\nbasanés, vêtus de blanc, sont accroupis devant des châssis de bambous\ngarnis de cloches multiformes, de lames métalliques, de touches de bois, et\nde gongs. Impassibles, ils agitent sans hâte de longues baguettes, dont\nl'extrémité est garnie de gomme élastique. Il touchent avec une délicatesse\ninfinie les énormes cloches ; et les sons montent, planent et s'entrecroi-\nsent, fils capricieux d'une trame harmonique étrangement cristalline.\nLeurs gestes lents, timides presque, révèlent une crainte de briser le\nmystère, le rêve sonore. On n'entend pas surgir les sons, on ne les sent\npresque pas évoluer, et pourtant la ligne mélodique est délicieusement\nsensible, les sons très estompés s'ordonnent sur un rythme précis.\nQue nous voilà loin des virtuoses occidentaux, qui jusqu'ici traduisaient\nobstinément « très rythmé » par « avec des attaques brutales » ! Du reste\n(et c'est peut-être là une conquête dont nous sommes surtout redevables\nau Gamelang), une évolution s'accomplit actuellement vers l'émancipation\ndu rythme des vieilles formes scolastiques : rappelons les deux Danses\net les Pagodes de Debussy, les Jeux d'Eaux et Asie de Ravel.\nEt ce n'est pas dans le ryihme seul que notre musique subit l'influence\norientale ; il faut encore la voir dans l'emploi toujours croissant des\nmodes anciens, des harmonies coruscantes, des instruments de percus-\nsion à clavier, dans le caractère descriptif, évocateur qui caractérise si déli-\ncieusement notre jeune école.\nPour illustrer cette assertion, voici que Ricardo Vines nous joue, comme\nseul il peut le faire,les Pagodes. Quand le crépitement des bravos s'est éteint,\nil s'incline vers le clavier dans l'attitude grave et recueillie des joueurs du\nGamelang ; il étend les bras d'un geste las, mais souple ; sans doute à\n1 instar des prestidigitateurs (ce nom lui convient étymologiquement) qui\ndissimulent dans un couvre-chef une foule d'objets hétéroclites, Vines,\npar ce seul geste, fait disparaître dans son Erard plusieurs bonangs ou\nclaviers de cloches, un gambang ou xylophone, un kénang ou métallo-\nphone, deux penneros ou grands gongs, toute une série de kempouls ou\ntam-tams, et même un guendang ou tambour; car tout le temps que les\ndoigts du cher musicien arpègent sur le clavier leurs caressantes arabes-\nques, nos oreilles s emplissent du délicieux bourdonnement des gongs,\ndes vibrations cristallines des cloches, et des battements voilés du tam-\nbour... Ce sont des danses javanaises délicatement transcrites, l'une par\nLaloy, l'autre par de Ratz, miraculeusement interprétées par Vines sur l'in-\ndigent factotum sonore.\nC est en répétant la formule éleusiaque : « J'ai mangé du tambour et bu\nla cymbale », que nous sortons de cette exquise féerie de chairs am-\nbrées, de flores inconnues, de scintillantes immensités... Et noirs, comme\nnous étions venus, coiffés d'informes cylindres, armés de parapluies, nous"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 208, "texte": "traversons le Luxembourg, dont les arbres, noirs aussi, dressent vers le\nciel sale leurs bras démodés par l'hiver... 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(1803-I83I.) Paris, Pion.\nLes volumes de biographie et de critique qui se succèdent sur Berlioz\nnous font penser aux annonces lumineuses dont l'industrie moderne sur-\nmonte les toitures des boulevards. Le mouvement perpétuel d'un impla-\ncable mécanisme nous y force à épeler tour à tour en bleu, en jaune, en\nrouge, les mêmes lettres, les mêmes mots auxquels l'alternance des verres\ndifféremment colorés communique un autre aspect. De même, en chaque\nnouveau livre, voyons-nous toujours apparaître le visage de Berlioz ; mais\nil est éclairé de reflets changeants, et nous semble tantôt agrandi par les\nrougeoyantes fumées d'un triomphal feu de joie, et tantôt rapetissé sous\nl'abat-jour vert de la lampe de travail. Quelle est la vraie lumière ? et par\nquel bout faut-il que nous tenions la lorgnette ? Puisque dans un rayon de\nsoleil toutes les couleurs se confondent, ce sera en additionnant les résul-\ntats des études entreprises par chaque écrivain selon son prisme indivi-\nduel, que nous pourrons voir en plein jour l'homme tel qu'il fut, le génie\ntel qu'il demeure. Félicitons-nous donc si les travaux se multiplient, et si\nsurtout les progrès de la curiosité musicale créent enfin un public à ce\ngenre de lectures.\nDe tout ce qui a paru depuis la célébration du « centenaire » de Berlioz,\ntrois livres se détachent et réclament l'attention par leur importance ma-\ntérielle, par leurs mérites d'information et d'exécution, et par cette diversité\nde vues dans l'exposé des mêmes faits, qui provient non seulement\nde la complexité du sujet traité et de ses rapports avec les brûlants pro-\nblèmes de l'esthétique moderne, mais de la vivacité et de la sincérité\ndes convictions puisées ou apportées par chaque auteur dans une étude\nqui ne peut laisser personne indifférent. M. Julien Tiersot, en 1904, se\ndéfendant d'écrire une biographie, a voulu en faisant « revivre Berlioz dans\nles milieux au travers desquelsilapassé..., pénétrer dans sa vie intérieure ».\nM. Prod'homme. en 1905, laissant « volontairement de côté, autant que\nfaire se pouvait sans tomber dans l'absurde, l'étude de Berlioz musicien »,\ns'est proposé « pour but unique » de retracer sa biographie, « d'après les\ndocuments mis au jour récemment et d'après des recherches personnelles ».\nM. Boschot, aujourd'hui, reprend le sujet dans son ensemble, et nous offre,\nen un premier tome, que deux autres suivront, le tableau de la jeunesse\nde Berlioz (1).\n\n(i ) Julien Tiersot : Hector Berlioz et la société de son temps. Paris, Hachette, 1904,\nin-16 dem-373 p. J.-G. Prod'homme : Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres. Paris,\nDelagrave, s. d., in-ï6 de vm-495 p. Adolphe Boschot : la Jeunesse d'un roman-\ntique. Hector Berlioz, 1803- / 831. Paris, Pion, 1906, in-16 dexii-543 p.— Nous lais-\nsons à dessein de côté les beaux articles de M. Romain Kolland (Revue de Paris des\nler et 15 mars 1904), qui deviendront certainement le noyau d'un livre. Pour l'appré-\nciation du volume de M. Prod'homme, nous renvoyons nos lecteurs àla livraison du\nMercure musical du ier janvier 1906, où M. Laloy en a rendu compte en des termes\nauxquels nous avons plaisir à nous associer."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.32", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3817, "texte": "Tous trois, les nouveaux historiens insistent sur « l'abondance des ren-\nseignements », qui permet, en les classant par ordre chronologique, de\ndisposer en moyenne d'« au moins un document par semaine », pour la\npériode active de la vie de Berlioz, de 1822 à 1864. Le calcul des proba-\nbilités, joint à celui des moyennes, porte à croire qu'a présent rien de très\nimportant ne reste à découvrir, et que la difficulté, désormais, sera plutôt\nde choisir que d'apprendre. - De choisir, et de vérifier, car nombre de\ndocuments, en apparence les plus sûrs, doivent être soumis a un contrôle\nsévère. Il ne s'agit pas seulement des Mémoires de Berlioz. M. boschot\ns'est convaincu, « sur les manuscrits mêmes, que les lettres déjà publiées\ncontenaient encore beaucoup d'inédit, et de 1 inédit très significatif, tant\nles publications étaient mal datées, incorrectes, tronquées et truquées ».\nNous nous en étions tous doutés, et pour un passage essentiel de la lettre à\nHorace Vernet, du 18 avril 1831, M. Adolphe Jullien et M. Tiersot avaient\nsignalé déjà la « fâcheuse altération » introduite dans le texte par l'éditeur\nde la Correspondance, Daniel Bernard. De tels procédés, dont l'exemple\ncité n'est évidemment pas unique (1), font naître une méfiance qui ne se\nsatisfait plus que de la consultation directe des originaux : et ceux-ci, en\nmajeure partie, étant disséminés dans des collections privées, l'on en vient\npresque à regretter qu'une publication nouvelle des lettres de Berlioz —et\nde certaines de ses œuvres musicales ne puisse pas se taire en fac-similé.\nOn se demande en tous cas jusqu'à quel point une vaste et scrupuleuse\nréédition de documents ne devrait pas précéder toute nouvelle étude bio-\ngraphique. L'intention de M. Boschot est de terminer son œuvre par un\n« répertoire de documents » et une « bibliographie générale ». Puisque nous\nsommes convaincus de sa « constance » à remonter jusqu'aux sources,\nfaisons-lui donc crédit jusqu'à l'achèvement de son œuvre, et acceptons,\nsans la recommander, sa méthode, qui consiste, comme il nous l'ex-\nplique, une fois la maison bâtie, à « enlever l'appareil critique comme on\nenlève les échafaudages », c'est-à-dire à « supprimer la plupart des réfé-\nrences ».\nM. Prod'homme s'était beaucoup servi des journaux et y avait relevé\nune foule de choses utiles et curieuses (2). M. Boschot, non sans y glaner\nencore, s'est davantage attaché aux manuscrits, dont, en dehors des dé-\npôts publics, l'accueil bienveillant de la famille Berlioz et de précieuses\namitiés lui ont fait atteindre un grand nombre. Sur plus d'une question,\nil nous offre donc du nouveau, de l'inédit ; et pas seulement sur Ber-\nlioz : car l'un de ses chapitres les plus intéressants est celui qui concerne\nLesueur.\nLe privilège reste à Fouque d'avoir, par une sérieuse esquisse, rappelé\nl'attention sur ce maître, et signalé la filiation qui fait de lui le père spi-\nrituel de Berlioz. Dernièrement, M. Georges Servières, poussant très\nloin certaines parties de la même étude, nous a fait espérer une mono-\ngraphie complète et documentée de cet étrange musicien, dont il semble\nbien que le chef-d'œuvre fut Berlioz, son élève. Dans ce « novateur d'avant\n89 ». vie, talent, écrits, caractère, et « jusqu'au style littéraire » avaient,\n« par avance, un cachet de berliozisme ». Autrement dit, à l'époque déci-\n\n(i) Au moins doit-on espérer que de plus consciencieux éditeurs n'ont pas agi de\nmême à i égard des lettres à Liszt, àla princesse Wittgenstein, et d'autres séries\nrécemment publiées.\n{2) Un des meilleurs services rendus en ces derniers temps à l'histoire de Berlioz\na été le catalogue de ses articles et feuilletons, dressé et publié par M. Piod homme»\ndans le Recueil trimestriel de la Société internationale de musique 5e année, 1904.\np. 622-659."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3989, "texte": "sive de sa formation intellectuelle, l'empire exercé sur Berlioz par les\nleçons, les conversations, les œuvres, l'exemple journalier de son maître,\nfut absolu jusqu'à un point que peu d'autres biographies révèlent. C'est à\nla loupe et par une minutieuse analyse qu'il faut chercher, chez d'autres\ngrands créateurs de l'art des sons, les traces de l'influence directe d'un\nprofesseur. Chez Berlioz, elles crient leur présence. A travers l'ombre que\nprojettent sur lui les trois dieux germaniques de sa religion musicale,\nBeethoven, Gluck, Weber, transparaît nettement le spectre de Lesueur.\nPar Lesueur, il échappe à ce qu'auraient eu d'oppressif pour son tempé-\nrament latin les influences étrangères, et il se rattache à la longue généa-\nlogie des peintres-musiciens français, qui remonte jusqu'à Jannequin, par\nune chaîne dont les anneaux s'appellent Lesueur, Gossec, Daquin, Cal-\nvière, Rameau, Rebel, Couperin, Charpentier, Marais et autres.\nIl faut lire, dans le livre de M. Boschot, les extraits et les résumés des\nécrits imprimés ou inédits de Lesueur, pour mesurer en quoi Berlioz\ncontinue, répète ou réforme l'auteur des Bardes. Le disciple, professait\nLesueur, doit « rendre siennes les idées qu'il puise dans un grand homme;\nil doit sentir les principes de son maître, et non pas seulement les ap-\nprendre par cœur ». Ainsi Berlioz, moins pédant mais tout aussi intolé-\nrant que Lesueur, a comme lui détesté la musique pure, la fugue, le con-\ntrepoint, Bach et Palestrina; moins chimérique et moins prolixe en\nthéorie, mais pareillement excessif et plus génial en pratique, il a cru et\npresque prouvé que la musique, « par la magie de ses effets », pouvait\n« peindre tout, en quelque sorte » ; comme son maître aussi, mais en\nprétendant le faire à contre-cœur, Berlioz a énormément écrit et aimé\nd'écrire sur la musique. Dans le trait dominant de leur caractère moral, les\ndeux hommes se sont aussi ressemblé. \\J « enfantin orgueil » de Lesueur\navait pris chez Berlioz une forme aiguë, combattive et altière. De toutes les\nparoles qui furent jamais prononcées sur la terre, celle qui, de l'enfance\njusqu'à la mort, lui resta le plus étrangère, et dont il se serait moqué,\nsi le doigt d'un ami l'avait soulignée pour lui dans un livre que peut-être\nil n'avait jamais ouvert, c'était la douce et paisible maxime évangélique :\n« Soyez doux et humbles de cœur. »\nD'un alinéa où M. Boschot condense le portrait de Lesueur, retranchons\nl'épithète finale et quelques mots restrictifs, et nous posséderons une\népreuve assez nette de la photographie de Berlioz: «Malgré quelques\nfaiblesses, qui sont de l'homme et auxquelles Lesueur sut échapper assez\nsouvent, c'était presque une grande âme, presque un grand caractère ; un\nesprit hardi, un novateur qui avait beaucoup appris par lui-même, qui\nsavait beaucoup de choses inutiles ou fausses, un musicien qui savait peu\nde musique mais qui avait le sens inné, très développé, très averti (presque\nle génie) de l'expression, du pittoresque et du dramatique; un artiste qui\ns'était laborieusement improvisé un style à lui, un style fait de la bigar-\nrure d'autres styles et où ce qui aurait dû être purement musical était\nrégi par des intentions picturales ou littéraires; un inventeur et un érudit,\nun homme à idées... En somme, une sorte de grand génie avorté. »\nIl serait tout naturel qu'en écrivant cette page, M. Boschot ait autant\nsongé à l'élève qu'au professeur. D'autant plus que cette « filiation spi-\nrituelle » devait le séduire davantage. Car il est ennemi de la théorie de\nl'hérédité, et prend Taine vivement à partie, en démontrant que chez\naucun ascendant de Berlioz n'a existé « le pouvoir de combiner les notes\nd'une manière qui donne le branle à la sensibilité des autres hommes ».\nEn bon biographe, il cède cependant à la tentation de trouver chez le père\nd'un homme de génie quelque chose qui sorte du commun. M. Tiersot\ndéjà nous avait présenté le médecin dauphinois, Louis Berlioz, comme un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.34", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3843, "texte": "« esprit libéral, éclairé, travailleur plein d'initiative ». M Bosc otle\ndéclare un « esprit d'élite », un « novateur solitaire » dont les « décou-\nvertes » passèrent inaperçues parce qu'il les exposait dune « maniéré 1-\nza e», qu'il « n avait pas pris l'air de l'école », et qu'il manquai d entre-\ngent. « Aussi le professeur Trousseau l'enterra » en quelques mots de son\nITraité de thérapeutique. Ces mots, recueillis par M. Tiersot, se rapportent\naux mémoires « sur les maladies chroniques » et « sur 1 acupuncture »\npubliés en un seul volume, par Louis Berlioz, en 1816. « Il faut avouer,\ndit Trousseau, que les faits rapportés par ce médecin, que son style, et\nque les singularités dont son livre fourmille, étaient peu propres a encou-\nrager les praticiens à tenter l'acupuncture ». t\nLa musicologie a beau n'avoir aucun lien avec les sciences médicales,\nnous sommes surpris qu'aucun berliozien n'ait eu la curiosité de recher-\ncher, dans l'ouvrage même du médecin de la Cote de Saint-Andre, en quoi\nconsistent ces singularités, et si elles ne dénotent pas, entre le père et le\nfils, la transmission de certaines dispositions mentales, cultivées par\nchacun dans un terrain différent. Or, ce n'est pas à une conclusion affir-\nmative que l'on parvient en feuilletant ce livre « enterré » (i). Le docteur\nBerlioz, tout en préconisant, dans <( l'acupuncture », une « nouveauté »\nempruntée à la médecine des Chinois, se montre un partisan fidèle des\nanciennes traditions ; il déploré comme un acte de décadence ou de folie\nl'abandon partiel de la « saignée »; et il recourt à des médicaments qui,\ndès 1816, ne ressortaient plus que de la pharmacopée du folk-lore. Nous\ncopions à la page 304 un seul des « faits » visés par Trousseau: « Un pay-\nsan, âgé de 40 ans, était depuis un mois attaqué de toux convulsive avec\ndouleur à l'épigastre. L'usage du lait de vache, dans lequel j'avais prescrit\nde faire bouillir des crottes de chèvre, lui avait procuré quelque soulage-\nment; l'opium avait eu encore plus de succès; néanmoins il était extrême-\nment fatigué par la toux lorsqu'il marchait avec promptitude, et il eut\nbeaucoup de peine à faire deux lieues à cheval pour se rendre chez moi »,\netc.\nIl faut y renoncer : le médecin Berlioz n'était pas « un esprit d'élite » ; et\nil ne put léguer à son fils que cette « incroyable faiblesse » de caractère,\nqu'en plusieurs circonstances M. Boschot note chez lui, et que M. Romain\nRolland a signalée comme la source de la plupart des souffrances morales\ndu musicien.\nDe l'étude qu'il a entreprise des manuscrits autographes, M. Boschot fait\njaillir beaucoup de lumière surnombre de détails contestés ou mal connus.\nNous en mentionnerons un seul, le fait du transport de la « marche des\ngardes», des Francs-Juges, dans la Symphonie fantastique, où elle est\ndevenue « la marche au supplice ». Cette assertion souvent produite, et à\nlaquelle jusqu'ici nous refusions de nous soumettre tant paraissait im-\nprobable l'utilisation par Berlioz d'un morceau de son opéra, longtemps\navant qu'il eût perdu tout espoir de le faire représenter, est confirmée par\nM. Boschot par la description delà partition dans laquelle une « collette »\nsuffit à contenir le court changement de texte musical nécessité par le pro-\ngramme littéraire de la symphonie. M. Boschot ajoute que « M. Ch. Malherbe\nse réserve d'écrire une étude spéciale sur le manuscrit qu'il possède. Alors\nquelques légendes seront réduites àla vérité historique ». Plusieurs déjà\nsont détruites ou ébranlées. Il ne faut, croyons-nous, ni s'en étonner ni\nsen plaindre. La gloire de Berlioz n'exige pas que nous prenions àla\nlettre les fantasques récits, les amusantes « galéjades », ni les erreurs,\nvolontaires ou non, des Mémoires, des feuilletons et des lettres. Avec un\n\n(ï) Il existe à la Bibliothèque nationale."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "zèle pieux M. Tiersot s'est appliqué à mettre toutes les informations\n«toujours d accord avec les propres dires » du compositeur, que, dans sa\nconviction, « elles confirment perpétuellement ». M. Boschot ne met pas\nmoins de soin et de plaisir à établir le contraire, et à constater chez\nun peu p us que de 1 entraînement verbal ou scriptural, un peu\np us que de la « blague », quelque chose qui ressemble à de la ruse, et qui\nne recule pas devant le mensonge.\n« Que dire pour être juste ? » sinon qu'il y avait, en ce temps de\nromantisme effervescent, une atmosphère troublante d'illusion, de pose,\nde boursouflure. La doctrine du « surhomme » n'avait pas encore été for-\nmulée, qu'elle se concrétisait déjà dans l'artiste, le poète ; Berlioz, comme\nHugo, assure d être « un génie », faussait sciemment plus d'un barreau\naux grilles de la morale naturelle. Nous l'aimerions mieux plus parfait*\nnous ne saurions le rêver plus grand, et si, froissé à la vue de son effroyable\negoisme, nous sommes par instants tout près de le haïr, nous ne pouvons\nen même temps guère cesser de l'admirer.\nC'est aussi de cette façon qu'en face de lui se comporte M. Boschot. lia\nbeau disséquer le cœur et le cerveau de Berlioz, confronter ses manuscrits,\ndemonter ses trucs pièce à pièce, il reste subjugué, comme nous tous, par\nla « magie » de ce « véritable enchanteur». A dessein même il s'imprègne\nde son langage, si bien que les locutions de Berlioz viennent se placer sous\nsa plume, encore plus souvent que sous celle de leur auteur. Les excla-\nmations symétriques : « Feux et tonnerre ! Mort et furies ! Enfer et dam-\nnation ! Enfer et dérision ! » ponctuent, seules ou par enfilades, moitié\nsarcasme et moitié passion, d'un rythme « fracassant », ses « turgescentes »\npériodes. Revivant en esprit les ardeurs de la lutte romantique, l'auteur\ns est drapé, pour les peindre, dans une cape « Jeune France » de couleur\n« verte ou ponceau », piquée de « boutons d'or » et soutachée de brande-\nbourgs.\nAu tome suivant, le reverrons-nous boutonné dans la redingote sévère\nGuizot ? Sous tel déguisement qu'il lui plaise d'écrire, il est assuré\netre lu. Quelque part dans son volume, il exprime le désir de rencontrer\n« es lecteurs qui relisent ». On peut lui souhaiter mieux encore : des\nlecteurs qui réfléchissent.\n\nMichel Brenet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.5", "titre_corps": "LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE", "signature_source": "Du Robec", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.35", "debut_caractere": 2314, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "LA MUSIQUE\n\nL'Etranger, de V. d'lndy. Le de F. Le Borne.\nL Eti anger et les Girondins viennent d'etre représentés simultanément\nthéâtre des Aits. Cette rencontre, pleine d'intérêt, permet de comparer\nl'évolution divergente de deux élèves de César Franck.\nL'art de M. d'lndy, profondément sincère, obtient l'émotion par des\nmoyens surtout musicaux. L art de M. Le Borne, plus atavique, cherche le\nsuccès dans les moyens chers aux auteurs d'opéras surannés.\nAprès une exportation, sans bonheur, de son art à Berlin, M. Le Borne\na jugé opportun de reprendre la tentative de Litolff et de mettre en mu-\nsique les Girondins ;ii doit s'en féliciter, car, ainsi que Lyon, Rouen vient\nd'applaudir sa nouvelle oeuvre. Et il le mérite : c'est un auteur désireux de\nplaire à tous ceux que déroute une musique personnelle. Ce désir se révèle\ndans les moindres détails, soit dans la mise en scène de sa pièce, soit dans"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.36", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3109, "texte": "la mise en pages de sa partition. ~\nd'abord présentés sous le titre e g - absolument diffèrent et\ntroisième \".ré : »,*« s'im-\nLicences ,»i von, suivre.\nL'œuvre livret Met musique - évoque l'idée d'une personne falote,\ntout de (tris habillée, de bon caractère mais mal définie, hardie dans ses\noromesses timide dans ses réalisations. Certes, c'est une Terreur - les titres\nen font bonne foi, - mais elle n'a rien de très révou,nonna.re bien ,u elle\nporte sur le chignon un bonnet rouge et chante plusieurs\navec des auditeurs susceptibles ou timorés, aurait pu créer des\ndifficultés ? L'auteur l'a obligeamment supprime, mais consacre quelques\nmesures à son souvenir. . rr\nRobespierre, lui, était moralement tenu de figurer dans la Terreur :\nchantant une ode politique ou amoureuse, cela pouvait évidemment con-\nduire fort loin ! L'auteur, très moderne, a « bu l'obstacle » et, tranquille-\nment, l'a fait parler (on eût préféré qu'il le fit taire), tandis qu a 1 orc estre\nune phrase de caractère par trop lugubre a ete conhee a des instruments\ndu timbre le plus aimable.\nL'œuvre, fort applaudie, semble en effet suffisante pour un gros succès :\nla musique de Gossec offre aux fauteuils un attrait d art rétrospeeti , e\nmélanee de la rafale révolutionnaire, du Ça ira et des glas impressionnent\nmais sans rigueur les âmes sensibles ; le suffrage des amateurs de\nballets est conquis par une sculpturale déesse de la Raison ; et tous sont\ncontents !\nL'auteur, dans le dessein de rendre son drame lyrique moins tragique\nou sa tragédie lyrique moins dramatique, a renoncé au tableau de « 1 exé\ncution » des Girondins ; mais, voulant en consacrer la sensation musicale,\nil a cru indispensable de déranger la C'est une erreur : la\nMarseillaise,transposée dans le mode mineur, n'atteint pas nécessairement\nau tragique. ' ,\nCeci dit, nous devons déclarer que M. Le Borne, toujours conciliant,\nrend, au dénouement, la Marseillaise à son vrai mode, et l'heureux auteur\nclôt là son œuvre par une bonne action...\nTout en reconnaissant que les Girondins ont été montés avec beaucoup\nde soin, nous féliciterons surtout le directeur du théâtre des Arts de nous\navoir donné 1 'Etranger,que l'orchestre et les interprètes, notamment\nM. Grimaud, ont fort bien rendu, et nous nous réjouirons de son succès.\nLe maître incontesté de Fervaal et du Chant de la Cloche n'a pas cher-\nché le succès dans des accessoires historiques, mais dans l'interprétation\nmusicale des divers sentiments de ses personnages : il a choisi la bonne\npart, croyons-nous !\nLes qualités de cette belle œuvre ont été détaillées ailleurs.\nNous dirons cependant combien nous aimons cet Etranger à la voix\ncharmeuse comme celle des vagues, aussi énigmatique que le marin sédui-\nsant de la Dame de la Mer, Etranger qui chante tout notre rêve, Etranger\nétrange parmi les autres hommes...\n(1) L'amour des fiancés Ducos girondin) et Laurence est contrarié par Varlet\n(jacobin) qui, au premier acte, offre sans succès à celle-ci, en échange de sa vertu,\nun sauf-conduit pour Ducos, lequel préfère mourir au sixième tableau\n\nDu Robec."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.6", "titre_corps": "LA MUSIQUE A LILLE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A LILLE", "signature_source": "H. 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J'oublie volontairement les auditions\ndes fanfares et harmonies, si nombreuses dans le nord de la France, et\nqui à l'époque des fêtes religieuses suppléaient à l'absence de chants gré-\ngoriens par des pas redoublés, valses à la Bléger, fantaisies variées toni-\ntruant sous les voûtes de nos églises.\nDepuis quelques années tout est bien changé, et en igo6 trois grandes\nassociations symphoniques se disputent les faveurs de nos concitoyens :\nLa Société des Concerts populaires déjà citée, sous la direction de\nl'excellent musicien qu'est M. Ratez, directeur du Conservatoire, continue\nses séances, malheureusement trop peu suivies.\n\\ \"Asociation symphonique, dont Cortot est le chef, a succédé, en sep-\ntembre iqoS, à la Société de Musique de Lille, qui depuis 5 ans avait révo-\nlutionné la ville par l'excellence de son orchestre, la valeur de ses chœurs\nmixtes, la réputation de son directeur, non professionnel. A sa disparition,\nY Association symphonique, composée de la plupart des membres de\nl'ancien orchestre, se fonda pour combler le vide que devait entraîner la\nsuppression d'auditions suivies avec ardeur. Alfred Cortot voulut bien\naccepter de diriger l'Association et a remporté un succès considérable. La\npresse locale a été unanime à louer dans ce jeune chef l'intelligence artis-\ntique, la sobriété du geste et aussi l'attraction puissante qu'il exerce sur\nses musiciens dont il obtint des résultats superbes dès le premier con-\ncert. Au programme, l'ouverture des Maîtres Chanteurs, le Concerto de\nBeethoven avec Hayot applaudi pour sa grande maîtrise, son style clas-\nsique, le Concerto brandebourgeois de Bach, avec Charlier, trompette\nsolo d'une virtuosité extraordinaire, mais un peu fatigant à entendre, la\nSymphonie fantastique que Cortot conduisit avec une fougue romantique\nqui emballa l'auditoire et fit oublier ce qu'il y a dans l'œuvre par moments\nd'un peu poncif et suranné.\nAu second concert, la première suite sur PArlésienne, la Symphonie de\nVincent d'lndy sur un thème montagnard avec Selva au piano, jouant\ndans la perfection différentes pièces, le Ballet comique de la Reine de\nBeaujoyeux avec l'orchestration de Cortot, le Rigaudon de Dardanus,\nYEspaha de Chabrier, le Soir d'Eté de Roussel, d'une écriture un peu\ncompliquée, avec des trouvailles charmantes de sonorités discrètes, court\nthème que module l'alto, puis le violon et enfin le cor en sourdine, évo-\ncateur des soleils couchants. Le public, pas très habitué aux audaces har-\nmoniques, a dégusté de confiance, mais peut-être moins bien digéré.\nMlle J. Leclerc, à la voix peu puissante mais d'un timbre charmant et\nd'une sonorité prenante, avait fait grand plaisir en chantant l'air de la\nGuirlande de Rameau, accompagnée au piano par Cortot, et Bouil-\nlard, dont la flûte rivalisait de virtuosité avec le chant qu'elle entoure\nd'une guirlande très précieuse.\nEnfin Colonne et son orchestre donnent cet hiver 4 concerts par abon-\nnements, et le fait en lui-même est gros d'importance. Nul besoin ne se\nfaisait sentir, en effet, de cette invasion mensuelle. On faisait à Lille de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.38", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "bonne musique, et deux Associations symphoniques suffisaient grande-\nment aux besoins artistiques de la population. Entourée de mystères, la\nvenue de cet orchestre ne peut que nuire aux Sociétés préexistantes,\nservant de prétexte à des comparaisons trop faciles et les étouffant de son\nimportance. Je pose la question à M. Dujardin-Beaumetz, confiant dans la\nsollicitude qu'il montre aux artistes de province. Une société parisienne\nsubventionnée par l'Etat a-t-elle le droit de venir donner des concerts par\nabonnements dans une grande ville pcssédant un Conservatoire remar-\nquable et deux Associations symphoniques, dont une subventionnée par\nl'Etat, qui a tout intérêt à sa réussite?\nPour ma part, je prétends que non, et j'espère que, devant les protesta-\ntions des sénateurs et députés locaux, un règlement dans le cahier des\ncharges mettra fin à un état de choses qui tend tout simplement a tuer la\nmusique en province. Je sais d'ailleurs de grandes vilies moins bien par-\ntagées que Lille sous le rapport de la musique symphonique et où pareille\ninvasion ne se produirait, et pour cause.\nCertes on ne peut empêcher une Société parisienne subventionnée de\nvenir donner un concert en province ; mais ce que l'on doit interdire, c'est\nle principe d'une série de séances par abonnements au détriment'des Asso-\nciations locales florissantes (y compris le théâtre).\nEn résumé, à Lille, trois orchestres symphoniques, trois Sociétés de\nMusique de chambre, plusieurs excellentes harmonies (le Cercle Berlioz)\nse partagent les heures disponibles du public amateur de bonne musique;\njoignez à cela les Concerts d'orchestre à Roubaix, Tourcoing, Douai... et\njugez si nous sommes à plaindre. Mais pourquoi Colonne est-il venu?...\n\nH. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.7", "titre_corps": "LA MUSIQUE A STUTTGART", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A STUTTGART", "signature_source": "Sous-Off", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.38", "debut_caractere": 1767, "fin_caractere_exclue": 3189, "texte": "LA MUSIQUE A STUTTGART\n\nLes Concerts.\nM. Max Reger a été plus que sensationnel. J'ai goûté avec beaucoup de\nvif intérêt, comme une vingtaine d'autres personnes de chez nous, l'ex-\nquise étude de notre cher confrère Marcel Montandon sur la musique à\niVLunich. Mais il n'a pas parlé du « cas » sensationnel, qu'on appelle « le\ncas Reger ». Mes lecteurs connaissent la valeur de ce musicien par\nM. Montandon, qui a, maintes fois, prouvé sa valeur d'écrivain et de cri-\ntique, et mes lecteurs, qui viennent de me l'écrire, sont fort heureux que\nnotre Mercure assure sa collaboration. Donc, voici « le cas Reger ».\nM. Pohlig a, tout naturellement, joué sa Sinfonietta dans son sixième\nconcert d abonnement, et le quatuor Wendling le présente à ses clients qui\nsont bien nombreux. Cette Sinfonietta n'est pas une petite symphonie,\ncomme vous pourriez supposer, mais elle est presque plus grande qu'une\nsymphonie ordinaire.\nSans sa musique, M Reger vous semble vieux; le dos courbé, il marche\ncomme un petit vieillard. Sa bouche est bien ironique et ses yeux se fer-\nment et s ouvrent, comme sil versait des larmes. Mais aussitôt que\ni . 1 ohlig lui dit que sa composition sera jouée, ce petit vieux devient\nun homme tort grave, distingué, sévère, oh ! combien sévère et si peu\nindulgent ; ses jambes se redressent, il suit des yeux la partition et fait des\nremarques. Et à la question de M. Pohlig : « Ail right », il ne dit que"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3997, "texte": "« oui »? comme un homme qui est fort mécontent. Qui est donc ce Max\nReger, dont le monde musicien allemand parle jour et nuit?\nIl est fils d'un maître d'école qui tut son professeur de musique. Il habi-\ntait les environs de Bayreuth. Mais il n'a rien, absolument rien du maître\nde Bayreuth, il est Max Reger. Ses autres professeurs étaient MM. Lindner\nà Weiden et Riemann à Sondershausen en 189 > et à Wiesbaden en 1891\n(jusqu à 1895). Dans ce dernier lieu il était professeur au Conservatoire\ndepuis 1896. Il est à Munich depuis 1901. Max Reger a composé des pièces\npour le piano, des lieds, de la musique de chambre, des chœurs, mois\npoint d'opéras. Il n'aime pas Liszt. Ce qui m'étonne le plus, c'est que\nM. Pohlig l'ait joué dans ces conditions.\nMax Reger n'aime pas ce qui est dramatique ni les titres des pièces,\ncomme M. Pfitzner dont nous parlerons tout à l'heure. 11 n'y a pas de\ndifficultés pour Reger, il a des qualités poétiques et une royale insolence,\npar exemple dans sa Sinfonietta. Il admire Bach, Brahms, Beethoven, mais\nil n'est pas Beethoven, Brahms, Bach ; il est lui-même, et il est tellement\nMax Reger qu'il met en fuite les gens les mieux intentionnés, mais les\nWagnériens l'adorent. Je ne sais pas pourquoi. Les autres le haïssent, le\ndétestent. Ses lieds sont adorables et nous savons un gré infini à la toute\ndélicieuse Anna de Bertrand, qui fait l'éducation du public par le chant,\nde nous avoir présenté Max Reger sous un point de vue tout nouveau.\nL'accompagnateur de Mlle de Bertrand, le Dr Jean Kirchholz, a des qua-\nlités bien rares. Il observe si bien la mesure que le chant et le piano for-\nment un tout. Vous pourriez faire objection que c'est naturel. Mais vous\nignorez la manière dont il le fait ; le docteur Kirchholz, un tout jeune\nhomme de 24 ans, a étudié à Genève, avec Mlle de Bertrand, et à Bonn,\net aun extérieur des plus sympathiques que vous cherchez en vain chez\nles autres. Cet homme fort distingué est sorti d'une école franco-allemande\net révèle un art qui ne peut être acquis que par la connaissance des qualités\nfranco-allemandes. Ml]e de Bertrand, qui a une voix superbe, nous instruit\nsi élégamment et si spirituellement que je lui souhaiterais de se faire en-\ntendre à Paris. Elle est l'élève du père du Dr Wûllner, qui chantait à Paris.\nCe docteur fut admiré dans cette capitale. En Allemagne, il l'est moins.\nOn sait qu'il manque de voix. Né le 19 août r 858, Wûllner fut professeur\nd'Université, ensuite élève du conservatoire de Cologne, où le docteur\nKirchholz étudiait ; après il fut acteur à Munich, puis conférencier voya-\ngeur et en 1896 chanteur. Il chante Brahms, même à Stuttgart, où nous\nentendions Mme Lula Mysz Gmeiner, qui serait une fort bonne cantatrice\nsi elle n'était pas enrhumée et si elle chantait mieux. MHe de Bertrand a\nbeaucoup de qualités que Mme Gmeiner n'a pas. Celle-ci est quelquefois\nbien ennuyeuse, parce qu'elle ne se permet pas de changer de programme.\nOn dirait qu'elle est l'émule du chanteur élégant M. de Zur Mûhlen, qui\nchante des lieds protestants qui sont presque des cantiques, des composi-\ntions de Bach et de Strattner. M. de Zur Mûhlen ferme les yeux et chante\net ne finit plus. Il chante 12 compositions de Schumann et 5 de Tchai-\nkowsky. Mais il a perdu sa belle voix, et ce qui lui reste ne permet pas à\nM. Raimond de Zur Mûhlen de changer de programme. Dans un salon, il\nferait sensation. 11 est fort élégant, Mme Gmeiner aussi. Elle est née !e i 3\naoût 1876, a été élève, pour le violon, d'Olga Grigorowicz et pour le chant\nde Lassel, de Gustave Walter à Vienne, d'Emilienne Herzog et d'Etelka\nGerster. Et M. de Zur Mûhlen est né le 10 novembre [854 et a été l'élève de\nStokhaùsen et de Bussine à Paris, tandis que M. Willy Burmester, né le 16\nmars 1869 et voyageant depuis 1886, a été l'élève de M. Joachim qui nous\navait envoyé son cher Halir pour jouer en compagnie de M. Weadling au\nconcert de M. Pohlig. M. Halir, qui est un peu gros, étudia chez Bennewitz"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.40", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3951, "texte": "à Prague et est membre du quatuor Joachim. Il m intéressait plus que\nM. Burmester, qui ne change pas de programme non plus. Qu'ils prennent\nun exemple sur Mlle de Bertrand, ces artistes-là. M\"e de Bertrand et\nlicieux Dr Kirchholz ont fait 1 éducation de leur public select par 5 lieds\nde Brahms, 6 lieds d'Hugo Woll, trois de Reger, un de Gottlieb Neefe (de\n1748 à 1798', deux de G. H. Himmel (de 1765-1814) et un de Mozart.\nM. Kirchholz avait le plus grand succès personnel qu'un accompagnateur\npuisse avoir et notamment dans les compositions de Himmel et de Mozart.\nMM. Lazzaro Uzielli, Schmidt, Badekow, Friedenthal ne sont pas de si\ngrands artistes que M. Kirchholz. Ce jeune homme devrait être connu de\ntout le monde. En outre, il est bien intéressant. Les trois pianistes que\nj'ai mentionnés plus haut n'ont pas la spirituelle discrétion du docteur\nKirchholz ;du reste, M. Friedenthal, qui accompagnait Mlle Ciska\nSchattka, joue bien. Cette cantatrice est b nne et elle est jeune.\nSi elle chantait en France, ce qui ne serait pas nécessaire, elle devrait\nprononcer mieux et apprendre à chanter en français. La Chanson slave de\nChaminade n!est pas anglaise ; mais sa manière de chanter cette composi-\ntion était anglaise, la prononciation aussi. Et il est inutile de chanter dix\ncompositeurs à la fois. C'est un trop grand désordre ; ce pot-pourri ne\ncharme pas, surtout si les compositions sont si inégales. Que Ml*e Schattka\npense à Mlle de Bertrand.\nRevenons à la critique des orchestres à l'occasion des festivals Mozart.\nM. Beinroth, de l'Opéra, est un chef d'orchestre très habile. Son orchestre\na joué Y Ave ve?~um, un menuet et une ouverture, et nous avons constaté\nque l'esprit borné d'un certain temps a disparu. Je ne suppose pas que ce\nsoit dans tous les lycées, certainement pas au lycée Charles, près de l'église\nde la Sainte-Marie. Là, l'air est toujours touffu et pourri. 11 y a beaucoup\nd'exceptions, tout naturellement, car je ne parle que de la direction de ce\nlycée. Mais le lycée « Eberard-Louis » a un directeur qui est animé de\nl'esprit moderne. C'est pourquoi il a pu nous offrir un festival Mozart.\nJe ne manque pas l'occasion de dire que l'exécution était admirable.\nM. Beinroth nous a révélé ce jeune orchestre qui a des artistes parmi les\nviolonistes, par exemple M. Charles Elsaesser. Ce jeune homme, qui est\nsoliste, a une très grande nervosité à la main droite. 11 est jeune encore et\ndtviait s exercer davantage. Le jeu de M. Otto Ackermann a laissé beau-\ncoup à desirer au point de vue technique. Et M. Louis Schenk est encore\ntrop peu expérimenté pour jouer du piano devant le gros public. Il lui man-\nque quelque chose, c est un professeur et l'exercice. M. Heilmann; par\nexemple, joue beaucoup mieux. M. Adolphe Werner, qui est violoniste, a\nbien fait de faiie paitie de 1 orchestre Beinroth. L'ensemble a été plus\nqu admirable. M. Haidlen a fait la conférence sur Mozart. Son style est\nadorable et son intelligence est grande. Il a été de beaucoup supérieur au\ndirecteur Louis Hils qui a fait la conférence au « concert populaire » qui\nnous faisait entendre le Requiem de Mozart. L''orchestre de M. Prem a\njoue l'ouverture de Titus en l'honneur de Mozart, et l'orchestre Ruckbeil a\nconsacré une soirée à cet anniversaire.\nLe quatuor Wendling a donné son festival Mozart le 22 janvier Ce qua-\ntuor se compose du célèbre Wendling, de MM. Kùnzel, Presuhn et Seitz,\nde 1 Opéra. Jen parlerai la prochaine fois. M. Horstmann, de l'Opéra, a\njoue de la clarinette en accompagnant M. Wendling. Il est né le 25 mai\n18M ; comme fils de paysans, il fréquentait en hiver l'école de son village,\net en ete il travaillait à la campagne. Il aimait toujours la musique. On\nac mirait son chant. 11 fut élève d'un musicien pendant 5 ans, mais il\nn apprit rien, parce que ce musicien villageois ignorait son art. Il jouait de\nla basse a la toire de son village et à la campagne. A 19 ans enfin il"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "avait l'occasion d'entrer dans une école d'orchestre. A 21 ans, il était\nmembre du corps de musique duBe>e régiment. A 25 ans,il semariaet s'établit\nàFribourg de Bade. A 39 ans, il fut nommé premier clarinettiste de l'Opéra\net possède aujourd'hui de bien grands titres. 11 est professeur au Conser-\nvatoire royal. Il a joué le concerto de Weber lorsqu'il se produisit pour la\npremière fois, ensuite Mozart, Beethoven, Brahms, Draeseke.\nM. Henri Horstmann joue comme un jeune dieu. A l'entendre, on de-\nvient amoureux ; et cela a une cause bien déterminée. Car son jeu est plein\nde grâce, de beauté, de grandeur d'âme. Il faut remercier l'illustre Wen-\ndling de nous avoir donné l'occasion de goûter cet artiste. Le directeur\ndes « Concerts populaires » aurait pu faire une révélation semblable, lors-\nqu'il a joué le Requiem devant deux mille personnes. M. Louis Feuerlein\nn'était pas sur le programme. Et c'était nécessaire. M. Louis Feuerlein\nest né le 26 avril 1870 et a fait le baccalauréat et était ingénieur. Ensuite\nil a été élève du Conservatoire. Son professeur était Antoine Hromada. Il\nétait chanteur d'opéras et, depuis sept ans, il chante dans les concerts les\ngrands rôles de basse. Il est professeur de chant et se produisait à Berlin,\nà Cologne, à Strasbourg, à Magdebourg, à Nuremberg, à Augsbourg. Il\npréfère Schubert, Schumann, Hugo Wolf, Bach, Haendel. Il a déjà chanté\nà la « Société d'oratorios » d F.sslingen, qui exécutait admirablement le\nRequiem. Pourquoi M. Nagel n'a-t-il pas engagé M. heueriein?\n\nSous-Off."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.8", "titre_corps": "LA MUSIQUE A NICE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A NICE", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.41", "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "LA MUSIQUE A NICE\n\nWilliam Rattcliff de Xavier Leroux. Concerts.\nJe l'avais prévu: le William Rattcliff de M. Xavier Leroux n'a pas beau-\ncoup plu, et c'est presque un éloge que je lui décerne en disantcela. Certes,\nil ne faut pas vanter outre mesure une œuvre de jeunesse évidemment\nsincère, mais écrite trop tôt et représentée trop tard. Cependant il faut bien\nreconnaître sa valeur si on la compare à tant d'autres productions autour\ndesquelles éditeurs et journalistes font une réclame digne d'un chocolat ou\nde pastilles créosotées.\nNous devons le sujet de ce drame très romantique à Henri Heine. Notre\nscepticisme s'accommode peu volontiers de la fatalité et de l'atavisme qui\npèsent sur les héros de cette tragédie ; William Rattcliff nous paraît un\namoureux bien vieux jeu, et son socialisme à la Schiller bien enfantin.\nNéanmoins son personnage se soutient d'un bout à l'autre de la pièce, et\nles vers de M. Louis de Gramont sont moins mauvais que ceux de bon\nnombre de livrets d'opéra.\nCe drame lyrique est divisé en quatre tableaux. Au premier, après un\nprélude assez court où figure l'orgue qui veut sans doute être nuptial, Mac-\nGregor, laird écossais, félicite lord Douglas, à qui il vient d'unir sa fille\nMarie. Celle-ci est fort jolie. Car c'est Mlle Mastio. Elle prie son époux de\nlui faire le récit de son voyage, ce qui est fort poli et surtout très utile pour\nl'exposition du sujet. Douglas a été assailli par des bandits... iciMHe Mastio-\nMarie s'évanouit, et une servante folle chante lugubrement (cor anglais,\nbasson, clarinette) : Ton épée, Edwar, Cette folle c'est\nMme Héglon, qui en compose le personnage de façon si admirable qu'on lui\npardonne volontiers d'avoir des notes élevées brisées par autre chose que"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.42", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "rémotion. Je vais vous expliquer tout de suite pourquoi Marie s'est éva-\nnouie, parce que dans cet opéra les explications en général sont un peu\nlonguettes. William Rattcliff a prétendu autrefois à la main de la douce\njeune fille. Ils sont allés tous deux jusqu'au baiser ; puis, sans savoir pour-\nquoi, Marie congédie William, qui, désespéré, a provoqué et occis succes-\nsivement deux autres prétendants, Macdonald et Duncan, et la jeune femme\nredoute naturellement le même sort pour celui qui est maintenant son\népoux. Aussi elle respire quand Doublas ajoute qu'un personnage inconnu,\nqui n'est autre que Rattcliff, l'a tiré de ce mauvais pas, L'acte prend fin\nsur une danse assez agréable pendant laquelle un messager vient prier\nDouglas de se rendre à un rendez-vous, aux Rochers Noirs, où il doit com-\npléter le trio avec Macdonald et Duncan.\nLe deuxième tableau est très curieux comme couleur. Il représente Tinté-\nrieur d'un bouge londonien fréquenté par Rattcliff, et qu'aurait pu rêver\net décrire Th. Gautier. Essai intéressant de réalisme assez discret où, à\ndes souvenirs de Berlioz et de la taverne d'Auerbach, s'ajoutent des pro-\ncédés qui font penser, l'usage de la trompette avec sourdine aidant, à la\nmusique montmartroise de M. Charpentier. Cet acte n'a qu'un défaut, c'est\nd'être absolument inutile.\nAu troisième tableau, le plus beau, celui qui fut exécuté au Châtelet en\n1895, a lieu le duel. L'apparition de fantômes trouble William Rattcliff. Il\nest blessé par son adversaire, qui, ayant reconnu en lui son sauveur in-\nconnu, refuse de l'achever. Le blessé court au château de Mac-Gregor,\ntente d'enlever Marie, presque consentante, puis, sur le refus définitif de\ncelle-ci, la tue et se suicide ensuite.\nEn écrivant la musique de cette œuvre, le musicien a été hanté par le\nsouvenir de Tristan et Yseult. Ce souvenir va parfois jusqu'à la réminis-\ncence. De nombreux thèmes conducteurs assez expressifs ont servi de\nbase,à tout l'édifice musical de l'opéra. Il y a le thème de Douglas, joli et\nmartial, joué parles trompettes en demi-teinte ; celui de Marie ; celui des\nRochers Noirs; celui des apparitions, etc. Le motif de William Rattcliff, le\nplus répété, est un peu agaçant avec la broderie incisive qui le termine\nsuivie dun coup de timbale. Des enchaînements d'accords mineurs par\ntierces majeures ou mineures donnent une couleur sombre et bien wagné-\nrienne à tout 1 ouvrage. Le motif des apparitions aussi n'est pas sans ana-\nlogie avec celui de Psyché : « Rappelle-toi... » Au deuxième tableau, pen-\ndant un assez beau récit de Rattcliff, un procédé que conservera le compo-\nsiteur est employé, celui de souligner le sens des paroles par des effets\nd orchestre, lorsque par exemple le héros raconte qu il s'est réjoui auchant\ndes oiseaux ou au murmure des ruisseaux.\nLa mise en scène est convenable et les décors sont suffisants, malgré des\narbres en zinc dont une tempête trop tranquille ne fait pas bouger une\nfeuille, et une flore écossaise peut-être contestable. M. Delmas a créé le\nrôle de William Rattcliff et lui a donné un relief incroyable. Quel grand\nartiste, vraiment !\nOn trouvera peut- être que je me suis étendu beaucoup sur une œuvre de\njeunesse dont les tendances et les procédés ne sont déjà plus les nôtres. Il\nm a plu cependant d y insister ainsi pour faire la contre-partie à une criti-\nque locale singulièrement partiale. L'un louange à tort et à travers, van-\ntant la douceur de 1 orchestration alors que les trombones et la petite flûte\npar r âge, couvrant la voix du chanteur, et que la grosse caisse\nrappee en même temps que les cymbales aurait pu être avantageusement\nremp acee par les deux paires de timbales dont le compositeur fait usage.\nautre, après deux auditions, est sous une impression encore sommaire et\nconîuse et fait de grandes réserves. Ii approuve la froideur du public. Je"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "n'y verrais pas d'inconvénients si, en retour, le même censeur ne parlait\npas avec un enthousiasme calculé de « triomphe colossal » et de « chef-\nd'œuvre admirable » lorsqu'il s'agit de Zaja} de La Tosca, ou de Siberia,\ndans lesquelles il trouve quantité de défauts, mais qu'il qualifie de chefs-\nd'œuvre tout de même. S'il loue quelques parties de William Rattcliff,\nc'est avec une mauvaise humeur évidente, et il se rattrape en éreintant la\npauvre Mastio, pas très en voix ce soir-là, et en vantant à l'excès le\nténor que j'ai trouvé parfaitement désagréable Ce critique manque d'im-\npartialité et de générosité et n a décidément de royal que son nom.\n*\n★ *\nUne association « Beethoven » s'est créée sans bruit, et dans sa pre-\nmière séance, au coquet théâtre de l'Olympia, nous a exécuté le quatuor à\ncordes op. 35 de Haydn, le quatuor op. 16 et le Clair de lune de Beetho-\nven. Programme intéressant et bien exécuté. Le lendemain un seul jour-\nnal a rendu compte de ce concert en louant seulement les auditeurs de leur\npatience pour écouter pendant deux heures de la musique aussi sérieuse !\nje n'invente rien, lisez les journaux niçois du mois de janvier.\nAla salle Bellet, Mlle Ninck, une bonne pianiste au ieu précis et brillant,\net M. Ricardou, jeune et talentueux violoniste-altiste, plus à l'aise encore\nsur l'alto que sur le violon, nous ont donné deux séances de sonates fort\nagréables. Aux programmes la 2e et la 5e sonate de Beethoven, dont une,\nen fa, est très connue ; une de Mendelssohn également souvent jouée, une\nautre de B. Godard en ré. Mais j'ai particulièrement goûté la robuste\nsonate de Hsendel, et celle de César Franck, si belle, que les deux artistes\nont très bien jouées. Une cantatrice, Mlle Alice Williams, prêtait le con-\ncours de son talent délicat et de sa très jolie voix en chantant une naïve\npastorale de Haydn et le Rêve d'Eisa, délicieusement.\nDans le désert aride des musiques qu'il nous faut subir, il est particuliè-\nrement doux de se reposer ainsi à l'ombre bienfaisante de fraîches oasis.\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.9", "titre_corps": "COURRIER DE LYON", "titre_sommaire": "COURRIER DE LYON", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.43", "debut_caractere": 2079, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "COURRIER DE LYON\nLES CONCERTS. Société des grands Concerts. 3e concert de l'abonnement.\nTHÉÂTRES. Ttphaine, drame lyrique de V. Neuville, sur un livret de Louis Payen.\nRiquet} ballet de Pli. Flon.\nUne symphonie delà jeunesse d'Haydn : c'est un terrible remède contre\nl'amour. Gela vous décompose l'âme en une série de petites sensations\nnaïves qui déchantent sur nos industrieuses passions. Je goûte peu les plai-\nsanteries de PAdieu (Abschieds Symphonie). Elles pèchent par une allure\nsimiesque qui fait qu'on médite avec inquiétude la nature présente de son\ncoccyx... L'Allégro me semble préférable !\nLes chefs-d'œuvre de Mozart doivent être admirés. 11 en est qui sont\ncomme certains enfants : ils intéressent parce qu'ils ont le sourire de leur\nmère. (Cette fois la mère était M. Arthur de Greef). Le concerto en ut\nmineur ne m'intéresse pas. M. de Greef a traduit assez simplement les\nArabesques perfides de Schumann et le Caprice de M. Saint-Saëns, sur les\nairs de ballet d'Alceste.\nLa vraie joie du concert était dans une introduction, excellente, aux au-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.44", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "teurs contemporains. M. Witkowski débute toujours avec un rare bon-\nheur. La Pavane de M. Gabriel Fauré se fait toute une petite existence de\nla délicate distinction de son auteur : je ne la crois pas des plus caracté-\nristiques. Mais que dire du « morceau » suivant ?... Tant de vibrante\nlumière, tant de murmures irrités sur la terre chaude, un ciel qui s écrase\ncontre l'horizon des marais, le mystère des sources qui murmurent sous\nles troncs des oliviers morts : tout l'universel étonnement de la vie berce\nle sommeil d'un demi-dieu lascif. Gela est beau.\nLe Prélude a VAprès-Midi d'un Faune distend les bornes de 1 ordinaire\ndésir. Sur la pureté formelle de son rêve, à peine esquissé, se dresse, im-\nmédiat, tout l'avenir très grave des sons. Peut-être la musique de\\rait\nmourir ? Mais non. Bien plutôt le drame organique redescend dans le\ncœur des hommes et l'oubli des symphonies mystiques se tait habitude. De\nnouveau, sans doute, l'homme ira se nourrissant à la communion de la terre.\nLe temps des amuseurs n'est plus.\n... Ouverture des Maîtres Chanteurs. L'admirable brutalité de ce génie\n« terminal » fait mieux concevoir l'opposition de l'avenir au passé. Oui,\ntoute la limpidité de nos rêves ! La musique est au temps d'amour.\n« A peine refrénés les élans tumultueux de la première jeunesse... » Il lui\nconvient d'un scepticisme profond.\nM. Debussy compte beaucoup d'admirateurs ici.\nUne œuvre pure!— une œuvre triste et sincère dans le romantisme\ndésuet des situations Je me sens un peu gêné de tout le respect, de\nl'affection que je porte à un ancien maître.\nLa modestie d'un musicien vraiment rare se résigne aux curiosités du\nsuccès. Ceci n'est qu'un prélude : j'ai bon espoir que VAveugle, et Willis,\net le Trèfle à quatre feuilles nous reviendront aussi de l'étranger. Et les\nœuvres nouvelles attendront leur tour : oratorios, drames et symphonies:\nil faut que toute la noble pensée de M. Neuville nous soit livrée triom-\nphante, comme il s'est donné à nous en venant habiter la triste ville...\n. Sur un motif excellemment lyrique, M. Louis Payen a construitun drame\nque je crois intéressant.\nTiphaine est jeune, dans la rigueur de l'hiver, sous les décevantes\ncaresses d'un vieil époux. Le seigneur Edme est un sage : il sait l'incons-\ntance des femmes; il tente d'adoucir la nécessité des coutumes; il est bon.\nPourquoi les dames ont-elles des pages, jeunes, aupourpoint bien taillé,\nà la voix sympathique, au cœur faible? Trop longues sont les heures inu-\ntiles pour Wilfrid affamé d'amour, trop courtes sont les heures excédantes\npassées aux pieds de Tiphaine, blonde maîtresse. Trop bienveillantes sont\nles mains de la dame, qui s attardent sur le front de l'adolescent. Ainsi naît\nl'amour.\nAinsi naît la haine de I obstacle ! Le crime s'ébauche dans la poétique\nsuggestion de balla les barbares. Bohémiens damnés, errant dans les\nvallons creux, blancs de givre, un homme et deux femmes arrivent au châ-\nteau. Le chant de la gitane sauvage dit la loi de l'invincible amour, et son\ntriomphe au delà des règles humaines.\nAinsi Edme meurt, frappé par Wilfrid, frappé surtout par Tiphaine qui\narme la de son page, et mourant, il pardonne à ses assassins.\nL amante criminelle veut poursuivre son rêve exalté, mais le repentir est\nentré au cœur chevalier de Wilfrid. Et dans le triste chant des funérailles\nu maître, il se frappe et meurt à son tour... Sans but, sans avenir à son"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3587, "texte": "crime, i iphaine, folie de desespoir, couvre désespérément le cadavre des\nderniers baisers de sa honte.\nCertaines parties de ce livret sont bien traitées : la ballade de Wilfrid au pre-\nmier acte et la scène des bohémiens. Lesecond acte renferme les éléments de\ndeux actes entiers : il manque d'harmonie. J'ai cependant beaucoup admiré\nle passage où Edme rejoint les amants qui déjà s'étreignaient, blessé, leur\nreproche doucement leur perfidie et leur pardonne. Il ya, tout au début,\nune situation vraiment shakspearienne, dans ce vieillard chancelant dressé\ncontre les adultères, qui écrasent contre les murs leurs mains exsangues.—\nPlus tard le passage lointain du cortège funèbre, sous le rougeoiement des\ntorches, ces chants douloureux qui séparent, les bouches\npales des amants, sont d une heureuse invention. — On pourra critiquer\nquelques tournures verbales, et en particulier, l'aphorisme : « La femme est\nplus arnèreque la mort », que répètent avec insistance, tour à tour, les deux\nmoribonds. La philosophie du théâtre se crée dans les gestes, non dans\nles paroles.\nQuoiqu'il en soit, le musicien a réalisé une œuvre très dense, d'un wa-\ngnérisme discret qui se livre tout dans l'art suprême des transitions. Que\n1 on ne me demande pas s il y a des thèmes dans Tiphaine, je répon-\ndrais que je n'en sais rien ; on a abusé de cette expression au point de lui\nôter tout son sens. Ceci admis, on pourra reconnaître dans cette œuvre des\n«indices de construction musicale» qui se définissent: la Bonté d'Edme et\nson Amour, la Tristesse de Tiphaine, l'Exaltation passionnelle, la Haine ou\nle Crime, en filiation au motif des bohémiens, etc... Mais, à mon gré, la\nprogression dramatique ne se fait nullement par l'emploi de ces « ficelles »\norchestrales, mais bien par la forme organique de l'inspiration. Je m'ex-\nplique. C'est le sentiment du musicien qui crée l'unité de l'œuvre.\nCe qui frappe chez M. Neuville, c'est la rapidité de son « mouvement\nsymphonique ». Elle entraîne l'auditeur, très vite, et ralentit rarement : d'où\nvient qu'on ait une sensation d'amoindrissement lorsque cette hâte dimi-\nnue. Ce n'est pas défaut comme on pourrait croire ; bien plus justement\npeut-on prétendre que l'inspiration n'est pas assez « étoffée». Une grande\nlenteui dans l'action dramatique ne se peut compenser que par une minu-\ntieuse diversité dans l'action intérieure.\nM. Neuville a une prédilection pour l'écriture « franckiste ». Son édu-\ncation se révèle peut-être ici. Je croisquil aura lieu à s'en libérer, car la\nscène lyrique exige des qualités plus vigoureuses Les appoggiatures « en\nvase clos» sont d'un maniement délicat dans le drame. Celles du prélude\nm'ont jeté tout droit dans Tristan. Et il est des surprises dont on revient\ndifficilement.\nLa technique orchestrale de M. Neuville est aujourd'hui consacrée par\nla plupart des critiques musicaux d'Allemagne. Il est donc inutile d'en faire\nréloge ; ces gros hommes le savent bien.\nBref, cette symphonie d'un noble idéaliste console des bouffonneries ita-\nliennes ou du sucre candi des disciples de M. Massenet. J'avoue que la for-\ntune du drame m'intéresse peu : l'œuvre arrive trop tard, trop près de\nPelléas. — Mais elle a encore une belle carrière à fournir en combat-\ntant pour le droit divin de « Musique ».\nL'interprétation est mauvaise. L'orchestre, bon.\nJ. R.\n★\n* ★\nLa princesse Glycine, dont on célèbre les fiançailles dans l'île d'Eme-\nrande, refuse net les deux prétendants à sa main, parce que, âme sensible,\nelle a été touchée par la ballade d'amour du pauvre Riquet, bateleur,poète"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.46", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "et difforme. Glycine évanouie dans la forêt voit en rêve des couples de\npetits Riquets et de petites Glycines s'enlaçant et dansant autour d elle.\nEnfin, une fée bienfaisante, émue par ces amours ingénues, transforme\nRiquet en prince charmant, et, selon un usage séculaire, tout s ai range et\nfinit par un mariage. . ,\nM. Flon a écrit sur ce scénario une musique agreable, dont les rythmes\nfaciles bercent gentiment les auditeurs. A signaler le rêve de Glycine, d un\njoli sentiment, agrémenté d'une valse lente, charmante, une mazurka, une\nsabotière, qui fut sabotée, selon l'expression dun de nos contrères. Le\ncompositeur s'est surtout attaché à mimer musicalement les gestes et sen-\ntiments des personnages ; c'est moins un ballet qu une pantomime. J allais\noublier l'interlude symphonique séparant les deux d un phrasé très\nlarge mais un peu banal. Je reprocherais enfin une sonorité parfois exces-\nsive et peu en harmonie avec ce petit conte de fées.\nLe public a pris plaisir à ce badinage. M. Flon se laissa traîner sur\nla scène entre la princesse Glycine, MU® Sosso, et 1 affreux Riquet, bien\nagréable sous les traits de MUe Cerny.\nLe lundi 29, M. Béai nous conviait à venir entendre M. A. Mustel et\nl'une de ses élèves MHe Ncyrat, qui donnaient une audition sur les excel-\nlents harmoniums bien connus. Je ne veux pas faire ici l'éloge de ces mer-\nveilleux instruments, assez peu connus de la masse du public ; aussi est-ce\navec empressement qu'il avait répondu à l'invitation qui lui avait été faite.\nMlle Neyrat fait valoir un jeu précis et net dans le Prélude, fugue et va-\nriations de C. Franck, un menuet de Bach et la fanfare de Lemmens. Ces\ndivers morceaux sont bien rendus sur l'instrument qui traduit les nuances\nles plus délicates. La personnalité et l'originalité de l'artiste peuvent s'y\ndonner libre cours.\nM. A. Mustel nous donne quelques-unes de ses compositions. Sans au-\ncunement discuter la valeur de ces productions honorables, évidemment\npropres à mettre en valeur les ressources variées de l'instrument auquel\nétait adjoint un célesta, nous eussions préféré, pour notre part, que M. Mus-\ntel qui est un virtuose nous fît entendre des pages telles que le Prélude de\nLohengrin ou le Chœur des pèlerins du Tannhaiïser dans lesquelles nous\naurions eu l'illusion de l'orchestre.\nM. G. Beyle chante avec goût deux mélodies, de Pouget et Guilmant.\nN'ayons garde d'oublier dans la partie ingrate du piano Mlle Magnin, qui\nfit preuve d'un talent sûr et éprouvé, mais qui dans la mélodie : « Ce que\ndit le silence », de Guilmant, accentua les basses de l'Erard pour des rai-\nsons qui m'échappent.\nEnfin le public put apprécier toute la puissance de l'instrument dans\nla Marche nuptiale du Conte d'Avril de Widor.\nSoirée agréable et peu commune où, pour notre compte, nous avons été\ncharmés et surpris des ressources d'expression qu'offre un pareil instru-\nment.\nA. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.10", "titre_corps": "COURRIER DE MANCHESTER", "titre_sommaire": "COURRIER DE MANCHESTER", "signature_source": "Elizabeth D'Irvel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.46", "debut_caractere": 2922, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "COURRIER DE MANCHESTER\n\nLa soirée de cette semaine chez Richter a été consacrée à Berlioz : ou-\nverture du Roi Lear. La Captive. Fragments de Roméo et Juliette. L'inter-\nprétation a été pitoyable. Pas plus l'orchestre que les solistes n'ont cherché\nà pénétrer l'esprit d'un compositeur qui ne leur est pas familier. Et ceci"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.47", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 807, "texte": "nous explique pourquoi les mêmes œuvres reviennent souvent aux pro-\ngrammes des concerts c'est que, comme le public, les exécutants\nmettent longtemps à comprendre une nouvelle chose. Ils bien\nque ce qu'ils ont ressassé. O Darwin ! aurais-tu raison?\nNous craignons aussi que le Dr Richter ne se laisse aller à quelque doux\naccès de far-niente (et c'est bien naturel, il a tant à faire !) lorsqu'il s'agit\nd'introduire en Angleterre quelque chose qui n'est pas allemand.\nLes programmes de musique de chambre sont d'une désolante monoto-\nnie. Seul le Dr Kendrick Pyne à ses récitals d'orgue hebdomadaires fait\nconsciencieusement entendre deux ou trois morceaux français. Il n'est pas\ntoujours très judicieux dans son choix, mais sachons-lui gré de ses efforts.\n\nElizabeth D'Irvel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.11", "titre_corps": "COURRIER DE BERLIN", "titre_sommaire": "COURRIER DE BERLIN", "signature_source": "Un Passant", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.47", "debut_caractere": 809, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "COURRIER DE BERLIN\nUn Passant.\nLe 27 janvier, anniversaire de naissance de l'empereur. Tous les maga-\nsins ont remplacé leurs étalages techniques par des sortes de petits autels\nlaïques, ornés de bougies, de fleurs, de feuillages, et que domine la statue\nen plâtre du souverain... Sous la pluie qui ne fait pas grâce un instant, le\npopulaire en habits de fête et les soldats en pompeux uniformes défilent et\nconstatent que rien n'a changé dans les rites des bons commerçants ber-\nlinois.\nLes Académies se sont réunies pour chanter la louange de Mozart, mort\ndepuis si longtemps que sa réputation ne fait ombrage à personne. On re-\nmercie Dieu officiellement par un Te Deum... dû à la plume non\nmoins officielle de Kiel... A cette musique... gouvernementale, combien\nje préfère les plantureux programmes d'un Edouard Risler offrant au\npublic treize sonates de Beethoven (en trois séances), ou d'une Eisa\nRiess passant dans un seul concert une revue du lied depuis Beetho-\nven jusqu'à Behm en passant par Brahms et Flagny et les interprétant avec\npiété artistique rare, ou d'une Lily Lehman, la grande doyenne des chan-\nteuses, s'en tenant à Schumann et à Franz qu'elle rend si plastiquement\nque les auditeurs émerveillés voient passer devant leur imagination les\ndélicieuses peintures qu'ont évoquées les auteurs,... de duettistes comme\nFranz et Magda von Dulong dont les voix se marient avec un fini d'exécu-\ntion et un art de nuances tel qu'on n'en peut avoir aucune idée si on ne les\na entendus."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.12", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "C. F. Kahnt Nachfolger", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.48", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "CORRESPONDANCE\nC. F. Kahnt Nachfolger.\nM. Kahnt, éditeur à Leipzig, 27, Nurnbergstrasse, nous adresse la lettre\nsuivante, que nous insérons bien volontiers :\nMONSIEUR LE DIRECTEUR DU « MERCURE MUSICAL ».\nLeipzig, 2 février 1906.\nMonsieur le Directeur,\nCest toujours avec grand intérêt que nous lisons régulièrement le Mercure\nMusical, qui nous donne des nouvelles importantes de la vie musicale dans votre\npays et ailleurs.\nDans le numéro du ler courant nous trouvons une correspondance de la plume\nde votre collaborateur à Munich, M Marcel Montandon, qui dit, page 137, con-\ncernant les concerts de la Société chorale Porges :\n« C'était cette fois le Prornéthee de Liszt avec la musique de scène écrite pour\nle Prométhée délivré de Herder lors de l érection de sa statue à Weimar en\n1850, et que l'on n'entend jamais. »\nQuant à cette dernière remarque, nous avons l'honneur de vous dire que\nM. Montandon a bien tort Heureusement le Prométhée nest pas oublié, mais\nest exécuté chaque année plusieurs fois en Allemagne et en Autriche, et ces exé-\ncutions ont toujours un grand succès Dernièrement, en décembre 1905 s on l'a\nexécuté à Dresde ; dans cette saison on le monte à Bernburg Reichenberg et au\nSchlesichem Musikfest à Gôrlitz au mois de juin.\nNous regrettons beaucoup qu on ne connaisse pas cette belle musique en\nbrance, et pour l'introduire chez vous nous avons publié une édition avec paroles\nfrançaises, dont nous avons envoyéla partition pour piano et chant à M. Demets\nle 17 janvier dernier, en le priant de nous prêter son assistance, attendu que nous\nn'avons pas de relations avec vos grandes Sociétés chorales.\nF\\ous vous sciions bien obliges si vous vouliez bien en dire un mot dans votre\nrevue, pour faire connaître Védition française au public.\nRecevez, Monsieur, nos salutations empressées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.13", "titre_corps": "ECHOS", "titre_sommaire": "ECHOS", "signature_source": "Camille Chevillard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.48", "debut_caractere": 1845, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "ECHOS\nCamille Chevillard.\nintente cordiale M. Franck Ghoisy, éphore du Conservatoire d'A-\nthenes, a demande a différents chefs d'orchestre s'il fallait ou non diriger\npar cœur, et comment, en ce cas, on pouvait donner les départs justes dans\ncertains cas difficiles, par exemple à la fin du Scherzo de la Ve Symphonie\nde Beethoven. Voici les réponses de deux hommes d'une autorit/sensible-\nment égalé en la matière î\n« ... Pour ce qui est du célèbre crescendo Symphonie ut\nomp cld mesuies pour faire signe aux seconds violons et 16 pour les premiers.\nprïZ'ZX. Tf'\"\" Pro*id\"\" de mime '»' \"■'« >««*•*"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3262, "texte": "(( ... Ce passage ne ma jamais semblé une difficulté de direction par cœur :\nquant à compter les mesures... c'est un expédient digne des chefs d'orphéons et\nde fanfares, mais que jamais aucun musicien n'a, je pense, songé sérieusement à\nemployer !... » VINCENT D INDY.\nComment M. t ranck Choisy, éphore du Conservatoire d'Athènes, fera-\nt-il pour s'y reconnaître ?\nAvis. Nous recommandons particulièrement à nos lecteurs les con-\ncerts de Mlle Thérèse Roger, de MM. Feuillard et Willaume, de M. Théo\nDelacroix, et de M. Julius Isserlis, jeune et prodigieux pianiste russe.\n(Voir le Calendrier des concerts.)\nLe Havre. Un groupe d'artistes peintres, sculpteurs, musiciens, d'ar-\nchitectes, de littérateurs et d'amateurs d'art, attirés par une sympathie com-\nmune pour les tendances artistiques modernes, vient de se fonder dans\nnotre ville, dans le but de faciliter les manifestations d'art personnel en\norganisant des expositions d'art, des concerts de musique de chambre, et\ndes conférences de vulgarisation artistique.\nLe Conseil de direction est présidé par M. Choupay, architecte en chef\nde la ville du Havre, avec pour secrétaire M.-G. Jean Aubry et pour tré-\nsorier M. J. Ausset,\nLyon. Mlle Andrée Lorec, des Concerts Colonne, vient d'interpréter\navec beaucoup d'agrément et de goût les Chansons canadiennes, si joliment\nharmonisées par notre spirituel collaborateur Emile Vuillermoz.\nQuatuor Parent. Les Miroirs, de M. Ravel, seront joués par R. Vines\nà la séance du 2 mars.\nAuditions d'élèves. A la salle Pleyel. le 27 janvier, première matinée\ndonnée cette saison par les cours Chevillard-Lamoureux. Séance con-\nsacrée à la musique allemande.\nIl faudrait citer tous les numéros de cet intéressant programme, car la\nplupart de ces jeunes interprètes sont plus que des élèves, mais des ar-\ntistes.\nNotons Mlle Delcourt, le magnifique contralto qui obtint un triomphe\nmérité avec Actus tragicus, de Bach Mlle Labarthe, superbe interpréta-\ntion du grand air d\"Obéron —Mme Hermann, absolument parfaite dans des\nmélodies de Brahms. A remarquer un intéressant fragment du Freyschiitç,\npar Mlles Periilard et Pelette. L'air de la Fête d'Alexandre, par Mme Fer-\nnand Depas. Puis de ravissantes mélodies de Félix Weingartner par\nMlles Emma Grégoire et Bertha Haas.\nNous oublions encore de très bons numéros...\nL'excellent professeur, Mme C. Chevillard, communiqua une émotion\nprofonde à tout son auditoire avec Wonne der Wehmut, de Beethoven,\nPauvre Pierre, de Schumann, et Le pèlerinage de Kevlar, de Félix Wein-\ngartner.\nIl n'est pas possible de joindre à une parfaite science vocale plus de\nsimplicité d'interprétation et d'intensité de sentiment.\nOn reconnaît la belle école d'art pur et vrai qui a déjà formé des élèves\ntels que l'admirable interprète du Faust de Schumann : M. Louis Frolich,\ndevenu précieux collaborateur comme professeur aux cours Chevillard.\nN'oublions pas de noter le grand succès remporté par l'archet de maître\nde M. Hermann, dans Passacaglia de Hândel ainsi que celui obtenu avec\nune de ses élèves du cours d'accompagnement dans un Allegro de Mozart.\nA de tels artistes s'adjoint un merveilleux collaborateur, l'accompagna-\ntrice Mme Madeleine Raff, de qui nous avions applaudi des élèves du cours\nde piano."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.50", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 694, "texte": "Le sottisier musical. « Le programme comportait un concert où des\nartistes de haut talent ont charmé l'assistance. M,le de la Rouviere a inter-\nprété merveilleusement les morceaux suivants :\n« Ouverture de Léonorede Beethoven, U Apres-midi de\nDebussy, L'Absence, de Berlioz, et Phydilé de buparc.\n« Après le concert, un orchestre de 5o exécutants, sous 1 habile direction\nde M. Witkowski, a entraîné danseurs et danseuses dans des tourbillons\nde valse folle et jusqu'à une heure avancée de la nuit, cette fête s est pro-\nlongée. » L'Express de Lyon, 28 janvier 1905."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.14", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.50", "debut_caractere": 696, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES.\nCamille Saint-Saëns : La Danse macabre, Petite partition d'orchestre,\nParis, Durand et fils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.6.15", "titre_corps": "CALENDRIER DES CONCERTS.", "titre_sommaire": "CALENDRIER DES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.50", "debut_caractere": 813, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "CALENDRIER DES CONCERTS.\n15 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel 4 h.\nSalle Pleyel 9 h.\n16 février. Sci lie Erard.\nSalie Pleyel.\n17 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nAgriculteurs.\n18 février. Salle Erard 2 h.\n19 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n20 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n21 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n22 février. Salle Erard.\nS îlie Pleyel.\n23 février. Salle Erard,\nSalle Pleyel.\n24 février. Salle Pleyel 2 h.\nSalle Pleyel 9 h.\nSalle Pleyel 9 h.\n25 février. Salle Erard 2 h.\n26 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n28 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle Pleyel.\nM. Isnardon (élèves*.\nInstruments à vent.\nMme Jane Arger.\nMme Marty.\nMme Alice Goguey.\nMme Th. Roger.\nSociété Nationale.\nM. Julius Isserlis.\nMme Girardin-Marchai élèves).\nMme Veyron Lacroix.\nM. Joseph Debroux\nMM. Feuilîard et Willaume\nM. David Blitz.\nM Victor Staub.\nMme Monteux-Barrière.\nSociété chorale d'amateurs.\nM. Daniel Herrmann.\nMlle Gapoccetti.\nMrae M. Bétille.\nMme G. Ghevillard (élèves).\nMlle H. Laye.\nMlle d'Albas et M. J. Dumas.\nM. Dimitri (élèves).\nMme Schuîtz-Gaugain.\nM Théo Delacroix\nMlle Henriette Picot.\nM. F. Mazzi.\nQuatuor Calliat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-02-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-02-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.2.7", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.2", "debut_caractere": 566, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). a Tel qu'en songe » (H. de Ré\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net.\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIl Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. X^Tet.\n—• a Cinq mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-TsiV\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net.\nDéodat de Sêverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). »\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck). »\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gautier). »\nDupont (G.)* Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). »\n—Le Jour des Morts (G. Vanor). »\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi-\nnette. »\nD'Anne qui me jecta de la neige. »\n(Epigrammes de CL Marot).\nPIANO\nBilla (R.% En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\n—• Minuetto.\n- Valse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey(M.). Sonate en quatre part,\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\ngnier).\n4 »\n3 »\nc 5o\n1 70\n2 »\n1 70\n1 70\n2 5o\n2 »\n1 70\ni 70\n1 70\n2 »\n2 »\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 ' »\n»\n»\n»\n»\n»\n»\n»\nRhené-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net.\n11. Prélude oriental, en fa ffmaj. »\n111. Prélude, en ut min.\nIV. Prélude, en la [7 maj.\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en sol min.\nRavel (M.)- Jeux d'eau,\nPavane pour une Infante défunte.\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M.). Symphonie en mi9\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J -S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier |M.)* Sonate en4 parties. Net.\nLeclair (J.-M-). le'Ie' Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx (A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate* »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel Bonis. Sonate. 3»\n1 D\n2 5o\n1 »\n1 70\n1 70\n3 35\n3 3^\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 »\n1 70\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLeclair (J.-M. ), Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.\nMel-Bonis. Quatuor» pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\n»\n»\n10 »\n15 »\n1 70\n8 »\n8 •\n7 »\n6 »\n7 »\n15 »\n2 5o\n12 »\n5 t\n12 »\nAgence de la Société Nationale 4e Jflasique\nAchat et vente d'instrumests de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.1", "texte": "2* Année. - N° 4 15 Février 1906.\nLe Mercure\nMusical\nFRANCE Olr. 60 | 0 Ir. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\n' ■■... y ■*' - .• •'\nCh. Jariot\n<'■ . -V '<4ifJ| i V'' ■'% :.JgL»p|j\n14, Boulevard Saint-Michel\nPARIS VIE\nADMINISTRATION :\nE. Demets\n2, Rue de LOUDOÏS\nPARIS IIE\n\nSommaire\nEDGAR SULL. POE Le Corbeau ( Version nouvelle).\nREMY DE GOURMONT Mélodie.\nROMAIN ROLLAND L'Opéra (suite et fin).\nJEAN RAGE Salade rosse,\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis Laloy, C. de Malaret, M. S. Joseph TriUat, J. R. : Les Concerts.\nMagnus Synnestvedt : Musique d'Ex Michel Brenet :\nBerlioz et ses derniers biographes. Du Robec : La Musique à Rouen.\n—H. G. • La Musique à Lille. Sous Off : La Musique à Stuttgart,\nEdouard Perrin : La Musique à Nice. J. R., A. G. : Courrier de Lyon.\nElizabeth d'irvel : Courrier de Manchester. —Un Passant :\nhn' Correspondance. Échos. Publications récentes. Calendrier des\nconcerts."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical parait le ler1er et îe 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\n(DM ier de chaque mois)\nPARIS ET DÉPARTEMENTS - 12 lr.\nÉTRANGER 15 fr.\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 lr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 lr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste\nRÉDACTION : rue de Louvois, PARIS IIe\n| Le Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). a Tel qu'en songe » (H. de Ré\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net.\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIl Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. X^Tet.\n—• a Cinq mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-TsiV\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net.\nDéodat de Sêverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier (P. Rey). »\nLes Cors (P. 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Après avoir dûment prouvé son exis-\ntence objective en soufflant dans un tube de baryte et en tirant la barbe du\nDr Richet, le fantôme a dicté les lignes qu'on va lire. Interrogé sur sa\npersonnalité et sur l'origine de ce document, il a textuellement répondu :\ncc Toute chose, étant chose, se suffit à elle-même ; et cela vaut mieux\nainsi, caria série des antécédences est infinie, jusqu'à la Volition Divine.\nDonc, sans remonter jusqu'au Principe, sachez que ceci est une variante\nde la traduction faite du corbeau par mon cher Mallarmé, actuellement\nen mission, et que je suis moi-même Edgar Sull. Poe. » Et le fantôme\ndisparut.\nCe document ne devant pas, à cause de son caractère tout spécial, être\nannexé au rapport que prépare le Dr Richet sur les séances mémorables de\n\nLE MERCURE MUSICAL.\n10"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.4", "texte": "146\nLE MERCURE MUSICAL Ij-11-OÔ\n\ndoucement, frappant à la porte de ma chambre, cela seul et\nrien de plus. .\nOh ! distinctement je me souviens que c était en le pluvieux\nnovembre, vevs Ici Jîii du scilou /), et\nchaque tison, mourant isole, ouvrageait son spectre sut le sol.\nArdemment je souhaitais le jour} vainement j avais cherché\nd'emprunter à mes livres un sursis au chagrin de 1 ŒUVI e pa-\nievnelle méconnue de l œuvverare et îayonnante que ics\nanges chantent entve eux nom de nom, mais ici-bas, non,.\njamais plus.\nEt de la soie l'incertain et triste bruissement en chaque-\nrideau purpural me traversait, m'emplissait de fantastiques\nterreurs pas senties encore : si bien que, pour calmer le batte-\nment de mon cœur, je demeurais maintenant à répéter: « C'est\nquelque compositeuv qui sollicite l'entrée, à la porte de mow\nve\\-de-chaussée quelque compositeuv qui sollicite l'entrée, à\nla porte de mon ve\\-de-chaussêe, c'est cela et rien de plus. »\nMon âme se fit subitement plus forte, et n'hésitant davan-\ntage : «Monsieur, dis-je, ou Madame\nvandve\\ jamais ce que vos paveils, bv aient,\nj'implore véritablement votre pardon ; mais le fait est que je\nsomnolais, songeant à Messidov,et vous vîntes si doucement\nfrapper, et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte\nde mon ve\\-de-chaussêe, que j'étais à peine sûr de vous avoir\n\nla villa Saïd, le Mercure Musical a pu obtenir de le livrer à la curiosité\ndu public lettré : il en exprime ici toute sa reconnaissance aux détenteurs\ndu manuscrit.\nNous ne nous cachons pas que cette publication peut susciter des con-\ntroverses passionnées, portant aussi bien sur le texte que sur son origine.\nOn insistera sans doute sur l'étrangeté de certains détails : l'épigraphe,\nd'ailleurs inédite, dont on inférera que les auteurs en vogue sur les bords\ndu Styx sont les mêmes qu'au temps d'Aristophane, la persistance de\nl'accent anglais au delà de la vie, la nature de la mission confiée à\nMaliarmé, —le prénom Sull., probable abréviation de Sullivan, qui rem-\nplace ici le prénom Allen qu'attribuent à Edgar Poë la plupart de ses\nbiographes. Mais nous n'entamerons pas ces discussions, car ce serait\nouvrir la controverse sur l'authenticité du document ou la personnalité du\nfantôme ; or, pour une discussion complète de ces questions, un volume\nin-40 serait au moins nécessaire. Nous abandonnons cette tâche à des\npersonnalités scientifiques plus autorisées, et suivant la maxime du\nfantôme : « Toute chose, étant chose, se suffit à elle-même», nous prions\nqu'on se contente de lire ce document sans prévention d'aucune sorte\n(n avons-nous pas nous-même sursauté, à cette lecture, devant certaines\nassertions violentes, peut être injustes ?) et de concentrer toute l'attention\nsur la valeur que donnent à l'ensemble du texte non modifié les parties\nimprimées en italique, qui constituent à elles seules ce que nous proposons\nde dénommer à l'avenir (si le cas se reproduit) : les interpolations spec-\ntrales."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.5", "texte": "LE CORBEAU\n147\n\nentendu. » Ici j'ouvris grande la porte : les ténèbres, et rien de\nplus.\nLoin dans l'ombre regardant, je me tins longtemps à douter,\nm'étonner et craindre, à rêver des qu'aucun\nn'avait osé rêver encore \\mais le silence ne se rompit point, et\nla quiétude ne donna de signe, et le seul mot qui se dit fut le\nmot chuchoté « Conservatoire 1 » Je le chuchotai —et un écho\nmurmura de retour le mot « Po», purement cela, et rien\nde plus.\nRentrant dans la chambre, toute lame en feu, j'entendis bien-\ntôt un heurt en quelque sorte plus fort qu'auparavant. « Sûre-\nment, dis-je, sûrement on joue sur la persienne\nde ma fenêtre. Voyons donc ce qu'il y a et explorons ce mys-\ntère que mon cœur se calme un moment et explore ce mys-\ntère : c'est du vent, et rien de plus.\nAu large je poussai le volet, quand avec maints\net agitations d'ailes, entra un majestueux corbeau des sacro-\nsaints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne\ns'arrêta ni n'hésita un instant, mais avec une mine de\nou d'académicien, se percha au-dessus de la porte de ma cham-\nbre, se percha sur un buste de Pelléas, juste au-dessus de\nla porte de ma chambre et se croyant peut-être à l'lnstitut\nse percha, siégea, et rien de plus.\nAlors cet oiseau du néant induisant ma triste imagination\nau sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance\nqu'il eut : « Quoique ta crête soit chue et rase, non ! dis-je, tu\nn'es pas pour sûr un poltron, spectral, lugubre et ancien cor-\nbeau, errant loin du faubourg la nuit dis-moi quel est ton\nnom seigneurial au rivage Plutonien de Nuit. » Le corbeau\ndit : « Je suis M. Dubois.Gela seul... et rien de plus ! »\nJe m'émerveillai fort d'entendre disgracieux volatile s'é-\nnoncer aussi clairement, et donner avec tant d'humilité une\nréponse aussi pleine de sens et d'à-propos ; car on ne peut\ns'empêcher de convenir que nul homme vivant n'eut encore\nl'heur de voir M. Dubois au-dessus de sa chambre,\nou toute autre bête sur le buste sculpté au-dessus de la porte\nde sa chambre, avouant ingênîi\ndans la grâce exquise de son nom.Cela seul, et rien de plus.\nMais le corbeau perché solitairement sur le buste placide\nparla ces seuls mots comme si mon âme, en ces seuls mots, il\nla répandait. Je ne proférai donc rien de plus, il n'agita donc\npas de plume, jusqu'à ce que je fis à peine davantage que\nmarmotter : « D'autres de ses amis déjà ont pris leur vol\ndemain il me laissera comme mes espérances déjà ont pris\nleur vol. » Alors l'oiseau dit : « Jamais plus. »"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.6", "texte": "148\nLE ittERCURE MUSICAL IJ-11-OÔ\n\nTressaillant au calme rompu par une réplique si bien par-\nlée : « Sans doute, dis-je, ce qu'il profère est tout son fonds et\nson bagage, pris à quelque malheureux, le neveu ou la tante,\nque dans l'impitoyable désastre il suivit, et de très près suivit\njusqu'à ce que leurs chansons comportassent un unique refrain ;\njusqu'à ce que les chants funèbres de leur Espérance compor-\ntassent le mélancolique reîrain de : Jamais jamais plus. »\nLe corbeau induisant toute ma triste âme encore au souriie,\nje roulai soudain un siège un\nen face de l'oiseau, et du buste et de la porte ; et m'enfonçant\ndans le velours, je me pris à enchaîner songerie à songerie,\npensant à ce que cet augurai oiseau de jadis, à ce que ce som-\nbre, disgracieux, sinistre, maigre et augurai oiseau de jadis,\nsignifiait en croassant : « Jamais plus. »\nDans le fauteuil des concours je m'assis occupé à le conjec-\nturer, mais n'adressant pas une syllabe à l'oiseau dont les yeux\nde feu brûlaient, maintenant, au fond de mon sein ; ils fixaient\navec détresse ma tête reposant à l'aise sur la housse de velours\ndes coussins que dévorait la lumière de la lampe, housse vio-\nlette de velours que son crâne ne pressera plus,\nah ! jamais plus !\nL'air, me sembla-t-il, à cette pensée devint alors plus dense,\nparfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séra-\nphins, dont le pied, dans sa chute, tintait sur l'étoffe du par-\nquet : « Misérable ! m'écriai-je, t'a offert il t'a\nenvoyé par ses anges le répit le répit et le népenthès\nla forme du remords.Bois Z)wbois ce bon népenthès,\nnais le mérite des réformes et oublie ce Conservatoire perdu\nperdu pour toi et par toi. » Le corbeau dit « Jamais plus ! »\n« Professeur, dis-je, être de malheur! professeur, oui, oiseau\nou démon ! Que si le Tentateur t'envoya ou la tempête t'échoua\nvers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette\ndéserte terre enchantée, vers ce logis tout rayonnant des pro-\nmesses de l'avenir, dis-moi véritablement, je t'implore : « Y\na-t-il de la musique dans Debussy.» Dis-moi, je t'implore. »\nLe corbeau dit : « Jamais plus. »\n« Professeur, dis-je, être de malheur, professeur, oui, oiseau\nou démon ! Par les sons autour de nous épars, par la Musc\nque si différemment nous adorons tous deux,\nmerveille 1 esprit de la maison qui\nFranck, Lalo, d'lndjFauré, Dukas, Magnard, Ravel... »Le\ncorbeau dit : « Ceux-là seuls...,et rien de plus. »\n« Que ces mots soient le signal de notre séparation, oiseau ou\nmalin esprit, hurlai-je en me dressant. Recule en la tempête\net le rivage pîutonien de nuit !"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.7", "texte": "LE CORBEAU\n149\n\nrlnstitut !Ne laisse pas une plume noire ici comme gage du\nblasphème qu'a proféré ton âme. Laisse inviolée ma bien-\nveillance accoutumée ! quitte le buste au-dessus de ma porte !\nSurtout ne me prends pas mon te ôte ton bec de mon cœur\net jette ton haut-de-ioeme loin de ma porte ». Le corbeau\ndit : « Jamais plus ! »\nEt le corbeau, sans dignité^siège encore siège encore sur\nle buste placide de Pelléas,juste au-dessus de la porte de ma\nchambre, et ses yeux ont toute la semblance d'un démon qui\nrêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son\nombre à terre, et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à\nterre, ne s'élèvera jamais plus.\n\nEdgar Sull. Poë."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.8", "texte": "MÉLODIE\nRemy de Gourmont.\nSUR DES VERS DE PAUL VERLAINE"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.9", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n\n(I>\nFRANCE SCO\nLa plus fameuse scène fantastique de tout l'opéra vénitien\nest l'incantation de Médée, à la fin du premier acte de Jason (2).\nLe génie de Cavalli s'y révèle tout entier, avec ses traits carac-\ntéristiques : l'un qui lui est commun avec Gluck : la per-\nsistance d'un dessin harmonique et rythmique répété, pour\nrendre la persistance d'une idée, pour l'enfoncer dans le cœur,\ncomme à coups de marteau ; l'autre qui lui est commun\navec Beethoven (3) : une prédilection pour les thèmes mélodi-\nques construits sur l'accord parfait tonique. Aucun musicien\ndu XVII6 siècle n'a eu à un tel degré ce goût passionné de la\ntonalité : ni Monteverdi, son précurseur, ni Cesti, son succes-\nseur. Il faut y voir la marque de ce tempérament sain, droit,\nentier, ennemi de tout ce qui est mièvre et contourné. L'in-\ncantation de Médée en est le meilleur exemple. La simplifica-\ntion voulue des lignes et la vigueur du relief font penser aux\nprocédés de la sculpture colossale. Dans l'harmonie, deux seuls\naccords, en mi mineur et en ut majeur. Léchant repose sur l'ac-\ncord parfait. Un rythme saisissant. L'insistance obstinée de\ngroupes rythmiques, formés par un seul accord, répété quatre\nfois, et suivi de silences, dont l'effet est poignant, au milieu de\nla fureur du morceau. La voix bondit, avec des sauts d'octave\nsauvages, presque fous.\n\n(1) Suite et fin. Voir le Mercure musica du i 5 janvier 1906.\n(2) M. Gevaert a donné cette scène dans les Gloires de Vltalie\\ et Robert\nEitner a publié le ier acte de Jason dans le t. XII de sa collection:\nkation œlterer praktischer und theoretischer Musikwerke ( 1883, Berlin).\n(3) La plupart des thèmes de Beethoven, depuis le premier morceau de\nl'op. 1, n° 1, jusqu'au premier morceau de la Neuvième Symphonie, sont\nconstruits avec ces trois notes de l'accord parfait."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.10", "texte": "152\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-06"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.11", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n153\n\nBien que la partition conservée ne porte aucune indication\ninstrumentale, on est à peu près certain que Cavalli faisait\nemploi ici des trombones, dont les compositeurs vénitiens ne\nmanquent guère de se servir dans les scènes fantastiques (1).\nAprès ce chant de Médée vient un récitatif extrêmement\nexpressif, entremêlé de phrases énergiques à 3/2, puis un\nchœur d'esprits infernaux, à quatre parties: de courtes phrases\nde sept syllabes, lourdes et très rythmées, que coupent de larges\nsilences.\nCette scène fut de bonne heure célèbre, et même populaire\nen Italie ; car M. Goldschmidt en a signalé une curieuse paro-\ndie dans un opéra bouffe, joué à Florence, au Teatro délia via\ndélia Pergola, en 1657 : la Tan\ngnole., par Jacopo Melani (2}. Le valet Bruscolo cherche à voler\n\n(1) Pour l'orchestration de l'opéra vénitien, voir Hugo Goldschmidt :\nStudien qttr Geschichte der italienischen Oper im IJ Jahrhundert, 1901.\nLa base de l'orchestre était le cembalqui accompagnait en général le\nchant. Parfois plusieurs cembaliétaient réunis. Les violons, qui avaient\npris le pas sur les autres instruments à cordes, exécutaient les ritournelles\net les sinfonie. Les violes n'apparaissent plus qu'exceptionnellement. Les\ntrompettes jouaient un grand rôle dans les marches et les ouvertures, et\nelles concertaient souvent avec la voix, comme chez Haendel. Les cornets,\ntrombones et bassons servaient pour les effets fantastiques. Les cors\navaient aussi leur emploi. Les flûtes étaient beaucoup moins en faveur que\ndans l'opéra français. Enfin il y avait abondance de tambours et timbales.\n(2) Jacopo Melani était le frère d'Atto Melani, qui vint en France, au\nservice de Mazarin, comme chanteur et agent secret. Il écrivit toute une\nsuite de comédies musicales, dont la renommée s'étendit jusqu'en Prusse.\nLa Tancia est une comédie paysanne, écrite par le poète Moniglia en\npatois toscan. Voir Hugo Goldschmidt:"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.12", "texte": "154\nL£ MERCURE MUSICAL 15-11-O6\n\nle vieil avare Anselmo; et, pour mieux arriver à ses fins, il ima-\ngine une évocation burlesque du diable, dont le rôle est joué\npar un compère. Melani a repris pour cette scène les rythmes,\nles harmonies élémentaires, les lourdes basses, la déclamation\npathétique, et très probablement aussi l'orchestration de l'in-\ncantation de Médée : le comique naissait pour les auditeurs du\nrapprochement qui se faisait dans leur esprit entre les deux\nscènes."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.13", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n155\n\nAprès Giasone, le stjde de Cavalli commence à changer, Sa\ngrande facilité d'invention mélodique, et le goût du public\nfrivole, qui se désintéressait de tout ce dans l'opéra, pou-\nvait faire penser, l'amène peu à peu à négliger le drame et à ne\nplus se soucier que d'écrire de beaux airs.\nUEritrea(i) de 1662 est un des types les plus intéressants\nde cette période. Nous en avons au Conservatoire de Paris\nune partition manuscrite, dont quelques pages au moins sem-\nblent de la main de Cavalli : on y trouve ses ratures, ses retou-\nches hâtives, le plus souvent des lambeaux de papier intercalés\nentre les feuilles, pour les variantes.\nLe style de l'œuvre est d'une grâce et d'une souplesse admi-\nrables. Ce sont en général des morceaux courts, et de toutes les\nformes : des récitatifs mêlés à des phrases mélodiques, des airs\nstrophiques, des airs da capo, des airs à 3 parties différentes,\ndes airs populaires. Les voix se marient aux instruments de\nfaçons très variées : tantôt avec violon solo, tantôt avec 3 violes,\ntantôt avec tiorba, tantôt avec tromba, etc. Il semble que ce\nsoit un concert, plutôt qu'une représentation dramatique. Je\nciterai surtout le joli air de Célinda, concertant avec violon\nsolo : Mio cor, alla vendetta(2). C'est déjà le style lumineux\nde Hsendel, et cette virtuosité sereine de YOde à sainte Cécile.\n\n(1) Poète: Faustini.\n(2) Acte 11, scène ix."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.14", "texte": "156\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-11-OÔ"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.15", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n157\n\nAilleurs, nous retrouvons encore Haendel, avec ses grandes\nvocalises héroïques (i). A vrai dire, il est peu probable qu'il\nait subi directement l'influence de Cavalli ; mais il l'a ressentie\nau travers de Stradella, qui fut un de ses modèles préférés, et\nqui certainement a beaucoup profité de l'exemple de Cavalli.\nUne autre scène de Celinda, avec 3 violes (2), annonce les\ncélèbres scènes de Sommeils de l'opéra français ; et il est natu-\nrel de se rappeler que, huit ans plus tard, en 1660, Cavalli se\nrencontrait à Paris avec Lully, et que celui-ci, encore débu-\ntant, écrivait des danses pour le de Cavalli. De\nnombreux et excellents petits airs comiques sont les prototypes\nde 1 'opéra buffanapolitain. Certains ont un caractère popu-\nlaire, et l'un d'entre eux : Laberinti di pensieri (3), évoque\nun tambourin fameux de Rameau, dans les Festes d'Hébê :\n\n(1) Acte I, scène xv.\n(2) Acte I, scène xix.\n(3) Acte I, scène vu."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.16", "texte": "158\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-11-OÔ\n\nEnfin, malgré la prédominance de la forme sur l'expression\ndramatique, YEritrea ne manque pas de récitatifs énergiques,\navec de beaux cris de passion i"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.17", "texte": "L'OPÉRA POPULAIRE A VENISE\n159\n\nPourquoi un tel artiste, si abondant et si fort, ne réussit-il\npas mieux, lorsqu'il vint en France, où il donna en 1660,\net Ercole en 1662 ? S'il eût été possible, à la rigueur, dans son\npays, de le trouver superficiel et un peu banal après Monte-\nverdi, ou auprès de Carissimi et de Provenzale, en France il\neût dû paraître le dieu de la musique à côté de Cambert et du\njeune Lully. Il n'en fut rien. échoua et ne fit\nguère de bruit. Cependant le premier compte des pages d'une\nbeauté classique, et l'autre est non seulement un chef-d'œuvre,\nmais, dans une certaine mesure, une œuvre à la française :\nCavalli avait tâché de s'y adapter à notre goût, sans rien sacri-\nfier de sa personnalité, mais bien plutôt en l'élargissant : il\navait écrit une ouverture instrumentale, des chœurs, des réci-\ntatifs déclamés. Rien n'y fit. Cavalli tombait à une heure où\nle chauvinisme français venait de se réveiller. paraissait\nun an après la Pastorale de Cambert, et quand la lutte était\nengagée entre les deux pays : Lully venait de résumer le débat"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.18", "texte": "160\nLE MERCURE MUSICAL I Ç-11-OÔ\n\ndans son Ballet de la Raillerie, où les deux musiques plaident\nl'une contre l'autre. La mort de Mazarin, en janvier 1661,\nenleva aux Italiens leur plus fort défenseur. La nouvelle cour,\net surtout le ministre Colbert, étaient mal disposés à 1 égard des\nartistes étrangers ; il leur déplaisait d'admettre la supériorité\nde la musique italienne. Le désir secret de tous était qu un\nartiste français ravît à l'ltalie la gloire de 1 opéra, dont elle\ns'attribuait le monopole. Perrin et Cambert l'avaient compris\nplus tôt que Lully, qui s'obstinait à croire l'opéra impossible en\nFrance et qui, pour une dizaine d'années encore, devait cher-\ncher sa voie dans la comédie-ballet. Mais Lully, comme Perrin\net Cambert, acharnés à se nuire mutuellement, se retrouvaient\nd'accord contre l'opéra de Cavalli : Lully, parce qu'il con-\ndamnait en bloc tous les opéras, Perrin parce qu'il considé-\nrait l'opéra italien comme son ennemi personnel. Pris entre\nces deux cabales, Cavalli fut étouffé. On fit le silence sur son\nadmirable Ercole. Mais Lully, tout bas, ne manqua pas d'en\nfaire son profit. Et Ercole fraie la voie où il entrera dix ans\nplus tard. Ce sont déjà les grandes lignes du plan qu'il adoptera\npour ses opéras : la forme de l'ouverture, la structure du pro-\nlogue aux chœurs massifs et triomphaux, la déclamation lyrique,\nles chœurs et les danses à la fin des actes.\nPeut-être est-il regrettable, puisque notre théâtre d'opéra\ndevait être fondé de toute façon par un Italien, qu'il ne l'ait\npas été par Cavalli, plutôt que par Lully. Il était bien plus\ngrand musicien; et s'il n'avait pas l'intelligence lucide et\nfroide, l'impérieuse volonté de son jeune rival, son souple\ngénie n'avait rien d'oppressif\", l'art français eût pu continuer\nde se développer librement auprès de lui, et l'on eût évité\nl'absolutisme, que la tradition de Lully, plus intolérante encore\nque Lully lui-même, fit peser pendant un siècle sur notre\nmusique d'opéra.\n\nRomain Rolland."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.19", "texte": "SALADE ROSSE\n\nUNE RÉPÉTITION\nDans le public, des femmes de ménage se promènent avec des\nlanternes à la recherche des objets perdus ; entre temps elles\nbalayent.\nUN AUDITEUR DES FAUTEUILS. Dire qu'on paye pour se voir\népousseter la poussière des balcons sur nos têtes !\nUN AUTRE AUX GALERIES. C'était bien la peine d'apporter sa\npartition, on n'y voit goutte ici !\nUN GRAND AMATEUR AU BALCON. Pourvu qu'il n'arrête pas\nl'orchestre aussi souvent que la dernière fois !\nDans une loge. X à Y. Qu'est-ce qu'on vend aujourd'hui ?\nY à X : Du Berlioz !\nXà Y : Encore ! •\nY à X : Chut ! le voilà !\nVodor, le majestueux Vodor se montre à la porte des coulisses ;\nil regarde son orchestre, ses chœurs, son public ; puis il se fait\nun chemin au milieu de ses musiciens qui, derrière leurs parties,\nvomissent, à l'adresse du chef, de haineuses injures. Le maestro\naccède à son pupitre à la manière d'un prêtre antique à l'autel.\nDe loin et sous un certain angle on croirait voir un prestidi-\ngitateur ; les manches sont assez larges ; qui sait si le ventre,\nen saillie, ne contient pas un double fond ? Vodor fait en\neffet des tours de passe-passe ; il fait parfois aussi tourner\nses musiciens en bourriques. N'importe ! il monte sur son\ntremplin, pose les mains sur le velours de son garde-fou,\nappelle son premier ministre : Monsieur Girouette ; ce mi-\nnistre sert de tampon entre l'orchestre et Vodor les jours\nde grabuge 5 il reçoit les ordres du chef en se trémoussant,\nsigne d'un ardent excès de zèle \\ c'est lui qui aide aussi le\nmaître à\nDraper sa gueuserie avec son arrogance.\n\nLE MERCURE MUSICAL."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.20", "texte": "162\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-H-OÔ\n\nLe grand homme enfin s'empare de sa baguette \\jl\nlui arrive de nager dans les eaux modernes) ; cette baguette à\nses yeux se transforme aisément en sceptre dor ; il 1 élève , il\nfouille de son œil vitreux son peuple esclave, esclave de son\nautocratie, de sa rapacité, de son acrimonie, de son hypocrisie,\nde son farouche égoïsme. « Ah ! terre et ciel ! quel giand\ngénie je suis ! » semble-t-il se dire.\nPar malheur, un hautboïste dut un jour lui faire avaler son\nanche; il a une vilaine voix. « Je vous en prie, Messieurs ! »\ns'écrie-t-il. Des éclairs illuminent ses regards, sa moustache\nfait la roue et laisse passer un sifflement de serpent à sornettes.\nLes musiciens courbent l'échiné comme pour se garer d'un\nmortel venin ; le silence se rétablit à grand'peine.\n« Franchement, Messieurs ! » dit le maître en dodelinant de\nla tête, « j'aime mieux voyager ».\nUN MUSICIEN. Oui ! tu la bats la campagne !\nLTN AUTRE. A London, Von plus qu'ici.\nLes solistes prennent leurs places respectives ; on ne les re-\nçarde même plus, on les connaît de longue date. Ah ! en voilà\nqui tiennent bon la rampe ! Mais du moins ceux-là chantent ;\nc'est pourquoi, dans le public, on les préfère à certaines voisis-\nsures brevetées par Madame Vodor qui fait l'élevage des voix\nlactées où l'acide lactique en effet entre pour une large part\nquand ces voix ne rappellent pas celles des sirènes modernes\nd'autos.\nLa répétition commence ; tout marche à souhait, mais Vodor,\nqui tient absolument à répéter plusieurs fois ses effets de\nmanchettes, arrête à chaque instant ; onze heures sonnent, on\nn'est pas encore à la moitié de la partition.\nUN AUDITEUR. —C'est assommant ! ce n'est plus de la musique,\nc'est du hachis !\nSON VOISIN. Estimons-nous heureux que ce ne soit pas du\ngâchis.\nA midi une partie du public se retire au beau milieu d'une\nroucoulade éperdue ; les portes claquent : à la façon dont ils les\nferment, on voit bien qu'ils ne sont pas contents. Le maestro\nse retourne, rageur, vexé, lui qui croyait avoir médusé ses audi-\nteurs.\nA partir de midi, les musiciens s'énervent ; seule, la moitié\nde l'orchestre joue ; on se relaie comme des chevaux de poste\nlas de souffler et de tirer l'archet ; à midi quinze les vents pas-\nsent des torchons dans leurs instruments ; à midi vingt-cinq\nVodor menace de reprendre toute la dernière partie. De sourdes\net hostiles rumeurs s'élèvent ; les choristes debout depuis neuf\nheures ont des fourmis dans les ïambes et s'assevent."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.21", "texte": "SALADE ROSSE\n163\n\nDevant la mauvaise volonté (? ! !...) du personnel, Vodor met\nfin à la répétition.\nAu tramway on ne trouve pas de place, ceux qui habitent un\npeu loin rentrent chez eux entre une heure et deux heures de\nl'après-midi ; aussi la plupart de ceux qui ont des leçons n'ont\npas le temps d'aller déjeuner.\n(A suivre.)\n\nJean Rage."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.22", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard :le Faust de Schumann. L'œuvre de Cl. Debussy (Mrae Camille tourner,\nMUc Lucienne Bréval, MM. Jean Perier, R. Vines, A. Delacroix, A. Petit et Louis Laloy).\nVux Mathurins. Musique ancienne. L'Or/eo de Monteverdi et M. de Lacerda. Société\nNationale : MM. Coindreau, Jongen et Bardac, Au Conservatoire : le Quatuor Capet. Con-\ncerts Barreau. —M. Salmon. M. Revel.\nv 'i.\n0\nLe Faust de Schumann, donné pour la première fois aux Concerts Che\nvillard le 28 janvier et le 4 février derniers, est une œuvre que j'aime, d'a-\nbord pour le poème admirable dont elle est inspirée, ensuite pour cette\nnoble musique dont le flot égal semble jaillir doucement des profondeurs\nd'une âme pure. Hélas ! pourquoi faut-il que cette partition tant de fois\nfeuilletée au piano m'ait toujours donné l'amertume d'un irrécusable ennui,\nlorsque je l'ai entendue au concertîTel fut le cas il y a deux ou trois ans,\nau Châtelet; encore pouvait-on s'en prendre aune exécution des plus gros-\nsières ; mais l'impression ne fut pas de beaucoup meilleure au Nouveau-\nThéâtre, où une telle excuse cesse d'être valable. A peine si l'on peut\nreprocher à M. Chevillard une tendance à accélérer les mouvements et a\nmarquer trop fortement des rythmes déjà pesants : chœurs et orchestre\nont été vigoureux et précis, et Mme Raunay, MM. Frohlich, Cazeneuve,\nSigwalt et Nivette ont donné tout ce qu'on était en droit d'attendre d'eux\n(les trois premiers surtout). Et je reconnaissais, au passage, des mélodies\nfamilières ; mais c'étaient comme de beaux visages entrevus dans un rêve,\ndont on n'arrive pas à ressaisir les traits; et toujours, toujours, de l'orches-\ntre chargé tombait, à perte de vue, une pluie de notes grises, trouée de\ntemps en temps par un sursaut de cuivres pareil à l'éclat brusque d'un\nfanal dans le brouillard. Le tout accompagnant une morne traduction de\nRomain Bussine, musicien de mérite qui fait rimer bravement flamme et\nenflamme, caresses et tendresses, frémissantes et frémissantes, et lorsque"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.23", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n165\n\nGœthe nous peint Faust ébloui par l'ardeur surhumaine du soleil, et dé-\ntournant ses faibles yeux, lui prête cette apostrophe inattendue : Viens\ndonc, soleil de flamme, viens, je t'appelle. Le contresens fleurit toujours, on\nle voit, dans les plates-bandes (combien plates! )des traducteurs musicaux.\nDe belles scènes rayonnent cependant parmi ces molles ténèbres : d'a-\nbord, la prière de Marguerite à la Vierge, presque libérée de tout envelop-\npement d'orchestre ; plainte déchirante, imploration désespérée, que\nMme Raunay a dite avec la plus tragique et profonde émotion. Puis le dia-\nlogue de Faust avec le Souci, et sa noble réponse au monstre qui, en\nl'aveuglant, lui rend plus claires, et plus chères, les lumières de son esprit :\net ici M. Frôhlich, dont le style est parfois un peu trop grand et trop nu\npour Schumann, a été admirable de joie sereine et grave. Quoi encore? la\nmort de Faust, avec ses trombones héroïques et funèbres, enfin libérés du\nquatuor, et, dans la dernière partie, l'hymne à la Reine du ciel du Doctor\nMarianus, où nous retrouvons la voix pieuse de M. Frôhlich. Mais àce\nmoment nous étions déjà bien fatigués. Et j'en viens à me demander si la\ncoupure, la sacrilège coupure tant de fois maudite, ne serait pas ici un\nbienfait ;ce pendant que le Mauvais Esprit me chuchote à l'oreille : « La\ncoupure ? Non pas. On a orchestré des compositions de Schumann pour\nle piano. Combien ses œuvres d'orchestre mériteraient que l'on s'occupât\nd'elles à leur tour ! » Horreur !\nJe suis un peu gêné pour parler du concert du 6 février, organisé par\nMme Camille Fourrier et consacré à l'œuvre de Claude Debussy ; mais il\nétait si beau que, malgré la présence de mon propre nom sur le pro-\ngramme, je veux essayer de dire ici la joie de cette heure, où une musi-\nque de rêve fut parmi nous, miraculeuse et réelle. D'abord, la preuve est\nfaite une fois de plus que Debussy a plus que tout autre aujourd'hui la\nvertu d'attirer les auditeurs et de faire, comme on dit, salle comble : j'espère\nque nos chefs d'orchestre et directeurs de théâtre feront leur profit de cette\nvérité. Et quel auditoire ! Chargé des modestes fonctions d'introducteur des\nchefs-d'œuvre, j'ai senti dès l'entree ce frémissement particulier, puis ces\nvifs et intelligents mouvements d approbation, qui prouvent 1 entente des\nesprits. La suite, je veux dire le concert lui-même, ne fut qu'un long en-\nthousiasme. Et telles doivent bien etre en eflet ces manifestations dait\ndénommées concerts, ou n'etre pas i des fetes, ou 1 exaltation tire les\nhommes d'eux-mêmes et les jette, loin de la vie quotidienne, dans une\ncontemplation unanime de l'inaccessible. L art est bien une religion, je\nveux dire un lien entre les consciences, et ses solennités sont des commu-\nnions : c'est ce que nous avons senti en ce jour, et je ne crois pas exagérer\nen disant que le souffle de Dionysos fut pour quelques instants en nous.\nGrâces soient rendues, pour ce triomphe de la musique, et aux œuvres,\net à leurs interprètes, admirables aussi ! Mme Camille Fourrier s'est sur-\npassée : avec autant d'intelligence, de vie et d'ardeur dans les chants de\njoie tels que Y Echelonnement des Haies ou les Chevaux de Bois, autant de\nlangueur recueillie dans le Jet d}Eau ou la mélancolique Ombre des Arbres,\nelle m'a paru montrer une diction plus nette encore et une voix plus fraî-\nche et plus assurée que jamais. Venait ensuite M Ricardo Vines, pianiste\nnon virtuose, mais magicien, qui semble jouer avec les sons eux-mêmes,\net non avec les touches d'ivoire ; rien ne peut dire 1 enchantement de\nVlsle joyeuse ou du Mouvement, joués par lui : musique aérienne, raite de\nlumière qui jaillit de tous côtés, en une fantaisie vertigineuse et précisé a\nla fois • rien non plus, la sonorité enveloppante des Pagodes, la fuyante\ngrâce des Reflets dans Veau, ou la tristesse très douce de VHommage à\nPameau. M. Jean Périer nous fit retrouver, dans les Chansons de France,\nl'âme de l'immortel Pelléas, mais avec des accents plus contenus et non"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.24", "texte": "166\nLE MERCURE MUSICAL I Ç-11-OÔ\n\nmoins émouvants ; car ce grand artiste, honneur de notre Opéra-Comique,\ncherche avant tout une exacte appropriation de son style à la pensée de\nl'auteur, et tel est le secret de la beauté de ses créations, qu'il ne prononce\npas une syllabe et ne profère pas une note dont il n'ait senti la valeur et\nla portée : une haute intelligence le sert en cela, unie à une diction merveil-\nleuse, à une voix qui charme, et au don si rare de la tendresse ; on ne peut\nentendre M. Jean Périer sans être aussitôt touché au cœur. Mi'e Lucienne\nBréval, enfin, nous chanta les trois Chansons de Bilitis, les plus merveil-\nleuses peut-être de toutes les chansons, parce que la sensualité païenne y\nretrouve sa noblesse et sa troublante majesté. Ce furent là des minutes\ninoubliables; on ne peut concevoir une émotion plus intense, un style plus\ndélicat et plus large à la fois, une voix plus chaude et plus pure ; et sur-\ntout cette ardeur profonde, cette sorte de vibration intérieure, qui fait\nfrissonner ! Il n'est point de plus grand art, et tant de puissance avec tant de\nnoblesse font bien deMUeßrévallaplus sublime tragédienne de notre temps.\nLa seconde de ces chansons (Cette fut redemandée par le\npublic transporté. Au sortir de là, on croit avoir rêvé en effet, et l'on a\nquelque peine, en rouvrant les yeux, à découvrir que les êtres sont restés\nles mêmes. Que de remerciements ne devons-nous pas, pour la bonne\ngrâce charmante que l'on mit à renouveler notre chère illusion ! M. A.\nDelacroix a accompagné en maître tous ces chants ; l'expression n'est pas\ntrop forte, et tous ceux qui savent le rôle dévolu, en cet art, à l'harmonie,\nn'y contrediront point. La délicatesse de son jeu est exquise autant que sa\nprécision extrême ; tout est expressif, choisi, senti, et par ses soins la\nmélodie est comme enveloppée de draperies légères, qui en laissent voir et\nen embellissent cependant tous les contours. Une bonne part du succès de\nla journée revient certainement à M. Delacroix, qui, pour terminer, nous\njouait, avec un de ses élèves, M. Petit, le dernier tableau de la Mer. J'ai\npeur de sembler délirer, mais maintenant que je connais la couleur\norchestrale de 1 œuvre, j ai bien plus de plaisir à l'entendre au piano qu'à\n1 orchestre, lorsqu elle est exécutée par de tels artistes, qui savent en tra-\nduire les émouvants colloques avec une vie, une fougue, une variété et une\npuissance de nuances que nul orchestre n'atteindra jamais. Ce fut là une\nadrniiable conclusion à cette belle fete, la plus belle certainement qui nous\nait été donnée depuis bien longtemps. Nous la devons à Mme Camille\nFourriei, qui sut grouper autour d'elle cette élite d'artistes, unis par une\nadmiration commune et une estime réciproque. Ah ! qui dira jamais la sim-\nplicité, le dévouement et la générosité des artistes véritables ?\nJe dois avouer que ce soir-là je n'ai plus voulu entendre de musique :\nmanquant donc à tous mes devoirs, je n'ai point paru au concert de la\nPhilharmonique,où cependant chantait la charmante Mysz-Gmeiner ;et je\nsuis allé aux Mathurins, où débutait, dans une pantomime à l'antique, un\npetit Faune exquis, d'une grâce mutine et d'une frivolité que le désir sou-\ndain rend grave, mais d une gravité enfantine encore, et attendrissante.\nEt a danse du Faune est admirable de fantaisie harmonieuse : on le croirait\ndescendu des parois d'un vase grec, et Isadora Duncan elle-même en serait\nemerveillee. Signe particulier : il m'a semblé reconnaître que ses cheveux\nnoirs et crépus étaient entrelacés, non certes de serpents, mais de vrilles de\nvigne. On me dit d'autre part que je me suis trompé si j'ai voulu trouver là\nle silence, et qu'une musique accompagnait la pantomime. C'est possible,\nmais je ne lai point entendue. Il faudra que je retourne m'assurer de ce\ndétail qui a échappé à mon attention captivée.\nCependant la musique ancienne renaît de ses cendres avec une ardeur de\nplus en plus phenicoïdale. C'est, aux Hautes Études Sociales, M. Calvoco-\nressi qui, aide de M. J.-J. Nin, pianiste remarquable autant que dévoué,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.25", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n167\n\nretrace l'histoire de la musique de clavecin et montre fort justement que\nnos maîtres d'aujourd'hui sont les descendants directs, par delà la période\nallemande, des maîtres du xvie et du xvme siècle ; après lui, M. de la Lan-\nrencie, terminant la série de ses instructives conférences, nous fait entendre\nune fort belle sonate de Rebel, un charmant divertissement d'Anet, et une\nadmirable gigue de Jean-Marie Leclair. Cependant, à la Société Internatio-\nnale de Musique, M. de Bricqueville ressuscitait Marais le joueur de viole,\net M. Ecorcheville, aidé par Mme Landowska, délicieuse claveciniste, nous\nrévélait l'aristocratique beauté de la musique de luth. Enfin la\ntorum nous rendait une fois de plus YOrfeo de Monteverdi, conduit cette\nfois par M. de Lacerda. On a remarqué que la direction de ce jeune chef dif-\nférait de celle de M. d'lndy ; c'est exact ; mais la personnalité, même dis-\ncutable, vaut mieux que l'imitation, et je trouve que mon excellent et très\ndistingué confrère M. Pierre Lalo s'est montré un peu bien sévère en cette\noccurrence. M. d'lndy est un admirable chef d'orchestre, d'une précision\nsans égale dans le rythme et d'un relief dans les nuances que l'on\nne saurait atteindre, à moins d'être lui-même. M. de Lacerda ne\nsoutient ni ne recherche la comparaison sur ces deux points ; mais il a\npour lui d'autres qualités, qui sont une rare puissance expressive, et\nune chaleur de geste qui fait merveille à l'occasion. Pour ma part, je\nn'avais jamais mieux senti la beauté des chœurs d et leur caractère\némouvant ; et il faut certes une énergie peu commune pour soulever la\nmasse pesante des chœurs de la Schola.Et encore, le si difficile divertisse-\nment pour harpes et flûtes n'a jamais été mieux réglé, ni le chant des trom-\nbones infernaux plus terrible. Quant à MUe Marthe Legrand et àM. Bour-\ngeois, leur éloge n'est plus à faire dans les rôles d'Orphée et de la Messa-\ngère. M. Marc David, porteur d'un nom cher à la s'est montré bon\nchanteur et excellent musicien ; et Mlle Marie Pironnet m'a paru en grands\nprogrès pour le style et la délicatesse de la voix ; en récompense, je lui\ndécerne deuxlettres de noblesse (je n'en ai qu'une moi-même), et consens à\nl'appeler d'ores en avant : Mary Pironnay.\nLe concert commençait par des fragments du\nde Beaujoyeux, et de la Philothée d'un jésuite inconnu : œuvres d'un inté-\nrêt tout historique, faites pour les assemblées d'érudits plus que pour le\nconcert.\nLouis LALOY.\nSamedi 3 février. « Nous n'irons plus aux bois »... s'ils continuent à\nse fleurir d'un aussi grand nombre d'agréables mélodies, agréablement\ninterprétées... Passons discrètement !\nTout l'intérêt du concert s'est concentré sur les premières auditions\nd'œuvres de MM. Henri Woollet et D. E. Inghelbrecht.\nNous connaissions déjà de M. Woollett de charmantes mélodies, une\nœuvre lyrique, la Rose de Saron,et la partition dun très beau drame,\nles Amants byzantins, toutes œuvres qui nous permettent de fonder sur\nce musicien de grandes espérances. Cette fois-ci M. Woollett présentait\nCinq pièces pour instruments à vent qui marquent une évolution\ntrès sensible de son art : nous serions fort étonné si d'ici peu M. Woollett\nne s'engageait définitivement sur la route de lumière dont parlait derniè-\nrement Louis Laloy, la route de liberté et de vérité qui fut ouverte en\n1902 par Claude Debussy ; cette œuvre de transition applique encore\navec maîtrise, quoique un peu longuement les recettes éprouvées de la\nmusique purement thématique ; mais çà et là la pensée du compositeur se\ncomplaît dans la traduction libre des émotions intimes, des impressions\nfugitives 5 cependant c'est surtout dans la matière harmonique que se"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.26", "texte": "168\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-06\n\ntrahit révolution du compositeur, qui manie hardiment les gammes par\ntons entiers, les successions de neuvièmes et de quintes, les frottements de\nsecondes, etc... Ce n'est là sans doute que le côté extérieur de la musique ;\nmais l'emploi de ces procédés, nous le répétons, marque le premier terme\nd'une évolution, qui sera suivie avec intérêt à cause de la valeur, déjà\nprouvée, du musicien en cause.\nDe M. Inghelbrecht nous avons entendu avec un vif plaisir\nantiques pour flûte et harpe, et surtout un sylvesti e pour double\nquintette à vent et harpe qui évoque avec une précision troublante une de\nces légendaires forêts de l'Attique primitive toutes peuplees de sylvains, de\nfaunes et de nymphes, et vibrantes de toutes les voix, de tous les chucho-\ntements d'une nature divinisée. Il faut surtout louer le mouvement très\nlarge qui sucède aux jeux des nymphes et des faunes et dont les solen-\nnelles harmonies semblent illustrer la célébration d'un mystérieux sacrifice\nau plus profond de la forêt millénaire. Dans cette œuvre charmante, et\npar moments puissante, nous avons retrouvé, plus développées, les qualités\nsi personnelles dont M. Inghelbrecht avait fait preuve l'année dernière\ndans ses esquisses automnales ; nous attendons avec intérêt une nouvelle\noeuvre orchestrale, qui lui permette d'étaler librement les mille couleurs\nde sa brillante palette.\nNous devons aussi mentionner l'exécution à cette séance de YOctuor de\nBeethoven, et d'une Suite de M. Devanchy, d'âge et d'intérêt inégaux.\nM. S.\nLa Société Nationale donnait à la salle Pleyel son 333 e concert. Au pro-\ngramme des œuvres de MM. Jongen, R. Bardac, de Séverac et P. Coin-\ndreau.\nLa Sonate de J. Jongen est une œuvre intéressante, très expressive, se\nressentant un peu de l'influence de Franck et de Leken, mais, malgré cela,\npersonnelle. Je n'en aime pas beaucoup le dernier mouvement : qui\nme paraît contenir des développements oiseux. Mais M. J. Jongen est un\nvioloniste si remarquable qu'il ferait passer sur bien des choses.\nLes Mélodies de R. Bardac manquent d'originalité. Peut-être était-ce\nparce que l'interprétation laissait... mais non ! n'en parlons pas, cela vaut\nmieux.\nHeureusement qu'après cela nous avions une exécution superbe de\nLanguedoc,de Déodat de Séverac.\nCette suite pour piano se compose de cinq pièces; deux d'entre elles :\ncheval dans la prairie et Coin de cimetière au printemps, avaient déjà été\nentendues. Les trois autres étaient jouées pour la première fois.\nVers le Mas en fête donne l'impression nette d'une montée pénible vers\nle mas, par le chemin du torrent.On voit à peine le toit du mas, la pointe\ndu clocher, et petit à petit la vision se pour devenir à la fin extrê-\nmement claire. Entre temps, le délicieux épisode de la Halte à la fontaine*\nsi frais et si vrai. On entend au loin la flûte de Pan d'un chevrier et, montant\ntoujours, on trouve le Mas en fête. La joie se teinte d'une mélancolie douce\nà la pensée de ceux qu'on aurait pu y trouver et qui n'y sont plus. On pres-\nsent le coin de cimetière au printemps.\nSur V Etang le soir se prêterait admirablement, semble-t-il, aux jeux des\ntimbres de l'orchestre, qui en feraient ressortir, plus que le piano, les sono-\nrités berceuses.\nOn a déjà parlé de A cheval dans la pièce pleine d'humour et de\nvérité, et exquisement teintée de poésie dans la Halte à la fontaine.\nOn a parlé aussi du Coin de cimetière au printemps, à l'émotion si\nintense."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.27", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n169\n\nQuanta la dernière pièce, le Jour de la foire au Masy c'est un bruisse-\nment continuel de sonnailles, un grouillement de foule joyeuse, dominés\npar les cris de pintades et de poules effarouchées.\nAu milieu de tout cela, la note de poésie délicieuse donnée par les clo-\nches sonnant VAngélus de l'aube.\nEt tout cela est exquis. C'est la nature avec sa poésie et sa vie. Nul\neffet cherché, tout est sincère et vrai. Le musicien qui a écrit cela possède\nune personnalité peu ordinaire, et qui permet de fonder sur ses œuvres à\nvenir les espérances les plus vives.\nM,le Blanche Selva a joué ces cinq pièces avec une perfection inégalable.\nLa façon dont elle s'identifie à la pensée d'un auteur et sa compréhension\ndes œuvres, si diverses pourtant, qu'elle interp?ète, sont prodigieuses.\nQuelle souplesse exquise et quelle poésie dans le jeu !\nLe Trio de P. Coindreau terminait le programme.\nC'est une œuvre fort intéressante, surtout dans ses deux dernières parties,\noù l'on trouve les superpositions de rythmes les plus imprévues.\nL'œuvre fut exécutée avec ensemble par MM. N. Lejeune, de Bruyn et\nMlle 81. Selva.\nMais M. Lejeune, qui est cependant un musicien tout à fait excellent, a,\ndans les notes élevées, une tendance à jouer trop haut. Il est évident que\ncela provient de l'habitude de l'alto, joué autrefois par lui au Quatuor\nZimmer.\nPourquoi M. Lejeune a-t-il abandonné cet alto où il était, disons le mot,\nremarquable ?\nA la salle des Concerts du Conservatoire, splendide exécution des XIIe,\nXIVe et XVIe Quatuors de Beethoven par le quatuor Capet.\nCes œuvres atteignent à une telle profondeur et renferment une telle\nintensité d'émotion qu'elles sont plus que de la musique et que Ton devrait\nles écouter recueilli comme en présence d'une divinité. Et vraiment n'y avait-\nil pas une parcelle de divinité en leur auteur lorsqu'il conçut des œuvres\npareilles? Parmi le public, beaucoup ne paraissaient pas s'en douter.\nDes vieilles dames, et aussi des jeunes (et jolies, ce qui est déplorable !)\ndodelinaient de la tête en mesure (?) et marquaient le rythme de la main(!)\npendant que l'âme de Beethoven palpitait dans les adagios des œuvres 131\net 135.\nEt ces auditeurs-là se disent certainement des fidèles du Maître !\nIls sont à plaindre, plus qu'à blâmter, car ils ne connaissent pas les joies\nréservées aux artistes, à ceux qui pénètrent sa pensée.\nA ceux-là seuls est permise la joie de se laisser aller, muets, où les\nconduit la pensée du Maître et de sentir alors leur âme frissonner au con-\ntact de la sienne.\nL'interprétation donnée par MM. Capet, A. Tourret, L. Bailly et\nL. Hasselmans, a été, ce me semble, parfaite. Il ne me paraît pas\npossible de mettre plus en valeur les divers plans d'une œuvre et d'en\nfaire ressortir davantage les qualités émotionnelles. Et ce n était pas\nchose facile.\nLes auditeurs, fort nombreux, ont montré qu'ils comprenaient la valeur de\nla tâche accomplie par M. Capet et ses partenaires, par des applaudisse-\nments frénétiques et de nombreux rappels.\nC. DE MALARET.\nAu Concert-Barrau du 2 5 janvier, M. Capet conduit le septuor de\nBeethoven avec une ardeur de jeunesse et une surete tout a fait remar-\nquables. Le menuet, si frêle, et le scherzo, si joliment contourné, ont été"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.28", "texte": "170\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-06\n\nun enchantement de rythme et de gaieté. Les variations demandante, bro-\nderies autour d'un lied du Rhin, ont mis en valeur la dextérité propre de\nchaque artiste, même du corniste, qui s'est permis un faux pas, sans doute\npar pitié des critiques et pour procurer à toute oreille la satisfaction de\njuger. Il nous a été débité d'une traite tant de mélodies de Schumann\nque j'aurais peur cPen oublier et peut-être aussi de m'en souvenir. Il faudrait\nbeaucoup de souplesse et de naturel pour rendre cette rare passion, émue\njusque dans la subtilité, badinage sophistiqué, brusques accès d'humeur et\nretours attendris. Accompagnement très expert de M. Chevillard, et traduc-\ntion du même, si l'on en croit le programme. JVHIe Renié a exécuté sur\nune harpe Erard une fantaisie de Saint-Saëns. J'ai fort goûté la délicatesse\ndes nuances et les riches sonorités de l'instrument.\nLe ier février, Raunay nous fait connaître tout un cycle inédit de\nmélodies, inspirées à M. Messager par Heine. Elle en a fait aimer la teinte\nmélancolique. Dans Absence de Berlioz et les Stances de Roméo et Juliette,\nla sincérité de son accent dramatique et la noblesse de son attitude ont été\ntrès émouvantes. Elle sait que pour se faire entendre il faut d'abord se\nfaire écouter.\nJe me rappelle encore avec plaisir la séance de Concertos donnée salle\nPleyel par M. et Mmo Salmon. Le Concerto de Lalo pour violoncelle est\nd'une poésie et d'un coloris charmants.\nJOSEPH TRILLAT.\nSalle comble, l'autre soir, aux Agriculteurs, où un public d'élite applaudit\nun jeune violoncelliste : Louis Revel, professeur à la Schola Cantorum. Son\nstyle classique, sobre, sévère, son ample sonorité, son mécanisme, révé-\nlèrent un bel artiste que nous avons particulièrement apprécié dans Bach\net l'exquise Sonate ancienne de Caix d'Hervelois ; il joua le Cygne délicieu-\nsement et la Source de Davidoff en virtuose. La voix vibrante et sympa-\nthique de Mile Braquaval sut mettre parfaitement en relief les délicates\nmélodies de Louis de Serres. Le Trio de Vincent d'lndy permit aussi de\nreconnaître en M. Pichard le talentueux clarinettiste de l'Opéra et des\nConcerts Colonne. Il convient d'ajouter que ces artistes furent merveilleu-\nsement secondés par Mme Gaston Revel-Germain, une pianiste qu'on en-\ntendrait volontiers plus souvent ; celle-ci du moins nous repose des cas-\ncades de petits cailloux propres à beaucoup de virtuoses du piano. Nos\nplus sincères félicitations à Louis Revel, dont le concert laissera le meilleur\nsouvenir.\nJ. R.\nN. B. Lne indisposition de notre collaborateur Jean Poueigh nous force\nà remettre à notre prochain numéro les comptes rendus de la Société Phil-\nharmonique et des Mallnées-Danbé9 où triomphe Miguel Llobet, le merveil-\nleux guitariste.\n\nMUSIQUE D'EXTRÊME-ORIENT\n\nConférence de Louis Laloy au Cercle du Luxembourg.\nEchappant un instant aux concerts, conférences, et autres agapes artis-\ntiques à menus composites et souvent indigestes, nous avons eu le plaisir\nrare a assister à la séance d'évocation donnée par ces deux subtils magi-\nciens, Louis Laloy et Ricardo Viîïes."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.29", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n171\n\nPar la vertu de son verbe, « puissante machine à explorer le temps », le\npremier nous a fait en une heure parcourir 5.000 ans de musique extrême-\norientale ; et l'évocation fut si intense qu'aujourd'hui encore il me semble\nimpossible d'en donner un froid compte rendu. Qu'il me soit donc per-\nmis de rappeler ici les exquises visions suscitées en nous-mêmes. Je\nsouhaite simplement que ceux qui n'ont pu entendre la conférence en\ntrouvent ici un écho peut-être personnel, mais fervent.\nNous voici d'abord à Pë-Kïng, au sein même de la Cité impériale, dans\nle Palais du Fils du Ciel, Houâng-Tï. Las de l'imprécision et des diffi-\ncultés qui résultent pour son orchestre de l'indétermination de la hauteur\nabsolue des sons, l'empereur choisit comme fondamental le son que donne\nla voix de son cher premier ministre, Lîng-Liûn, « dans les moments où\naucune passion ne le sollicite » ; il lui donne l'ordre d'aller en Tartarie,\n-aux sources mêmes du fleuve Jaune, et d'y choisir parmi les bambous qui\ny croissent, d'une régularité cylindrique presque absolue, un tube qui\nrende exactement le son de sa voix... Et c'est l'invention du diapason,\n2697 ans avant notre ère, 4500 avant son adoption définitive en Europe.\nMais le Président du Conseil, dont la voix normalement donnait le fa\n(qui donc dans 5.000 ans connaîtra la hauteur de la voix de Rouvier\nlorsqu'aucune passionne le sollicite?),traverse les déserts de la Chine sep-\ntentrionale, se rend en Tartarie et coupe des tubes de bambous de tous\ncalibres, et reconnaît enfin en l'un d'eux le son fondamental.\nSa mission est terminée, mais il ne peut se résoudre à quitter cette\nfraîche et miraculeuse oasis : ses yeux, qu'enténébraient les incessantes\nangoisses du pouvoir, se reposent sur les sources étincelantes et claires,\nsur les horizons tout vibrants des vertigineuses féeries de la lumière ; ses\noreilles, obsédées des perpétuelles criailleries des solliciteurs, s'emplissent\ndes bourdonnants murmures de la solitude ; il se recueille et médite.\nParmi tous les bambous qui gisent autour de lui, il en trouve un qui\ndonne l'octave, et dix intercalaires dont la limpidité est parfaite. Il divise\ndonc l'octave en 12 degrés, 7 mâles et 5 femelles ; il fixe sept modes com-\nposés de cinq tons et deux demi-tons... Et c'est l'invention de la gamme\nchromatique, et des différents modes de la musique ancienne, parmi les-\nquels d'ailleurs apparaît notre majeur, mais basé sur la dominante.\nComme le fera plus tard Pythagore, Lîng-Liûn détermine ensuite la\ndimension des douze tubes et leurs rapports de mesure et de poids, et ses\ncalculs aujourd'hui encore sont inattaquables, alors que ceux du philoso-\nphe grec, de 2.000 ans postérieurs, contiennent de notables erreurs.\nQuelques siècles plus tard, vers 2.200 avant notre ère, nous voici\ndans la grande salle des concerts, au Palais du Fils du Ciel, à l'inaugura-\ntion du Conservatoire de musique que vient de fonder l'Empereur Chouénn.\nAprès les discours, commence le concert. Et nous en imaginons avec curio-\nsité les éléments sonores : les flûtes en roseau, bambou et terre cuite,\nles flûtes de Pan à 12 et 16 notes, la grande lyre, les tambours, les grosses\ncloches isolées, et les claviers de cloches graduées, les régimes de pierres\nsonores ou équerres de jade. Et la symphonie est audacieusement polypho-\nnique 4.000 ans avant que J.-J. Rousseau se refuse à l'admettre.\n... Et voici maintenant qu'un chant s'élève, très doux,très lent, d'une mo-\ndalité fuyante et d'un rythme caressant. Nous sommes au Japon, dans une\nmaison de thé. A la lueur tremblante des lanternes en papier, une geisha,\npieds nus, danse sur une natte, pendant qu'autour d'elle des mousmés\naccroupies chantent en caressant les shamisen. L'impression est très\néloignée de celle que nous avons rapportée de Chine. Là-bas l'orchestre\nctait sonore, bruyant même, l'expression musicale était âpre et sauvage ;\nici tout est doux, modeste et simple, mais la délicatesse des nuances, la"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.30", "texte": "172\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-O6\n\nsubtilité de l'expression sont infinies ; tous les sentiments et leurs nuances\nles plus fuyantes sont soulignés d'un trait délicat, mais souple et intense.\nSi l'on devait assimiler la musicalité chinoise à celle de Wagner, articule\nLoù-Hi-Lâ-Lou-A, notre savant nécromant, une analogie correspondante\npourrait être établie entre la musicalité japonaise et celle de Debussy,\nSans laisser aux passions contraires le temps de s'exaspérer dans cette\nnouvelle voie de comparaisons et d'argumentation, on nous emmène dans\nla mystérieuse patrie du Gamelang, l'île sainte de Java... Et voici que dans\nla sanctuaire tout empli des lourds parfums, sous Fœil fixe des dieux, les\nfrêles danseuses casquées d'or et de pierres commencent leurs gestes lents\net souples, amples et pourtant précieux ; leur chair cuivrée par le soleil\nsemble vibrer à d'étranges caresses invisibles, leurs bras ondulent comme\nen un rêve,leurs doigts au bout des bras raidis ont des torsions nerveuses,\net leur visage grave s'éclaire d'un sourire. Cependant de jeunes hommes\nbasanés, vêtus de blanc, sont accroupis devant des châssis de bambous\ngarnis de cloches multiformes, de lames métalliques, de touches de bois, et\nde gongs. Impassibles, ils agitent sans hâte de longues baguettes, dont\nl'extrémité est garnie de gomme élastique. Il touchent avec une délicatesse\ninfinie les énormes cloches ; et les sons montent, planent et s'entrecroi-\nsent, fils capricieux d'une trame harmonique étrangement cristalline.\nLeurs gestes lents, timides presque, révèlent une crainte de briser le\nmystère, le rêve sonore. On n'entend pas surgir les sons, on ne les sent\npresque pas évoluer, et pourtant la ligne mélodique est délicieusement\nsensible, les sons très estompés s'ordonnent sur un rythme précis.\nQue nous voilà loin des virtuoses occidentaux, qui jusqu'ici traduisaient\nobstinément « très rythmé » par « avec des attaques brutales » ! Du reste\n(et c'est peut-être là une conquête dont nous sommes surtout redevables\nau Gamelang), une évolution s'accomplit actuellement vers l'émancipation\ndu rythme des vieilles formes scolastiques : rappelons les deux Danses\net les Pagodes de Debussy, les Jeux d'Eaux et Asie de Ravel.\nEt ce n'est pas dans le ryihme seul que notre musique subit l'influence\norientale ; il faut encore la voir dans l'emploi toujours croissant des\nmodes anciens, des harmonies coruscantes, des instruments de percus-\nsion à clavier, dans le caractère descriptif, évocateur qui caractérise si déli-\ncieusement notre jeune école.\nPour illustrer cette assertion, voici que Ricardo Vines nous joue, comme\nseul il peut le faire,les Pagodes. Quand le crépitement des bravos s'est éteint,\nil s'incline vers le clavier dans l'attitude grave et recueillie des joueurs du\nGamelang ; il étend les bras d'un geste las, mais souple ; sans doute à\n1 instar des prestidigitateurs (ce nom lui convient étymologiquement) qui\ndissimulent dans un couvre-chef une foule d'objets hétéroclites, Vines,\npar ce seul geste, fait disparaître dans son Erard plusieurs bonangs ou\nclaviers de cloches, un gambang ou xylophone, un kénang ou métallo-\nphone, deux penneros ou grands gongs, toute une série de kempouls ou\ntam-tams, et même un guendang ou tambour; car tout le temps que les\ndoigts du cher musicien arpègent sur le clavier leurs caressantes arabes-\nques, nos oreilles s emplissent du délicieux bourdonnement des gongs,\ndes vibrations cristallines des cloches, et des battements voilés du tam-\nbour... Ce sont des danses javanaises délicatement transcrites, l'une par\nLaloy, l'autre par de Ratz, miraculeusement interprétées par Vines sur l'in-\ndigent factotum sonore.\nC est en répétant la formule éleusiaque : « J'ai mangé du tambour et bu\nla cymbale », que nous sortons de cette exquise féerie de chairs am-\nbrées, de flores inconnues, de scintillantes immensités... Et noirs, comme\nnous étions venus, coiffés d'informes cylindres, armés de parapluies, nous"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.31", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n173\n\ntraversons le Luxembourg, dont les arbres, noirs aussi, dressent vers le\nciel sale leurs bras démodés par l'hiver... Un orgue emphyzémateux ha-\nlète Cavalleria.\n\nMagnus Synnestvedt.\n\nBERLIOZ ET SES DERNIERS BIOGRAPHES.\n\nAdolphe Boschot : Hector Berliof. (1803-I83I.) Paris, Pion.\nLes volumes de biographie et de critique qui se succèdent sur Berlioz\nnous font penser aux annonces lumineuses dont l'industrie moderne sur-\nmonte les toitures des boulevards. Le mouvement perpétuel d'un impla-\ncable mécanisme nous y force à épeler tour à tour en bleu, en jaune, en\nrouge, les mêmes lettres, les mêmes mots auxquels l'alternance des verres\ndifféremment colorés communique un autre aspect. De même, en chaque\nnouveau livre, voyons-nous toujours apparaître le visage de Berlioz ; mais\nil est éclairé de reflets changeants, et nous semble tantôt agrandi par les\nrougeoyantes fumées d'un triomphal feu de joie, et tantôt rapetissé sous\nl'abat-jour vert de la lampe de travail. Quelle est la vraie lumière ? et par\nquel bout faut-il que nous tenions la lorgnette ? Puisque dans un rayon de\nsoleil toutes les couleurs se confondent, ce sera en additionnant les résul-\ntats des études entreprises par chaque écrivain selon son prisme indivi-\nduel, que nous pourrons voir en plein jour l'homme tel qu'il fut, le génie\ntel qu'il demeure. Félicitons-nous donc si les travaux se multiplient, et si\nsurtout les progrès de la curiosité musicale créent enfin un public à ce\ngenre de lectures.\nDe tout ce qui a paru depuis la célébration du « centenaire » de Berlioz,\ntrois livres se détachent et réclament l'attention par leur importance ma-\ntérielle, par leurs mérites d'information et d'exécution, et par cette diversité\nde vues dans l'exposé des mêmes faits, qui provient non seulement\nde la complexité du sujet traité et de ses rapports avec les brûlants pro-\nblèmes de l'esthétique moderne, mais de la vivacité et de la sincérité\ndes convictions puisées ou apportées par chaque auteur dans une étude\nqui ne peut laisser personne indifférent. M. Julien Tiersot, en 1904, se\ndéfendant d'écrire une biographie, a voulu en faisant « revivre Berlioz dans\nles milieux au travers desquelsilapassé..., pénétrer dans sa vie intérieure ».\nM. Prod'homme. en 1905, laissant « volontairement de côté, autant que\nfaire se pouvait sans tomber dans l'absurde, l'étude de Berlioz musicien »,\ns'est proposé « pour but unique » de retracer sa biographie, « d'après les\ndocuments mis au jour récemment et d'après des recherches personnelles ».\nM. Boschot, aujourd'hui, reprend le sujet dans son ensemble, et nous offre,\nen un premier tome, que deux autres suivront, le tableau de la jeunesse\nde Berlioz (1).\n\n(i ) Julien Tiersot : Hector Berlioz et la société de son temps. Paris, Hachette, 1904,\nin-16 dem-373 p. J.-G. Prod'homme : Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres. Paris,\nDelagrave, s. d., in-ï6 de vm-495 p. Adolphe Boschot : la Jeunesse d'un roman-\ntique. Hector Berlioz, 1803- / 831. Paris, Pion, 1906, in-16 dexii-543 p.— Nous lais-\nsons à dessein de côté les beaux articles de M. Romain Kolland (Revue de Paris des\nler et 15 mars 1904), qui deviendront certainement le noyau d'un livre. Pour l'appré-\nciation du volume de M. Prod'homme, nous renvoyons nos lecteurs àla livraison du\nMercure musical du ier janvier 1906, où M. Laloy en a rendu compte en des termes\nauxquels nous avons plaisir à nous associer."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.32", "texte": "174\nLE MERCURE MUSICAL 15-ÏI-OÔ\n\nTous trois, les nouveaux historiens insistent sur « l'abondance des ren-\nseignements », qui permet, en les classant par ordre chronologique, de\ndisposer en moyenne d'« au moins un document par semaine », pour la\npériode active de la vie de Berlioz, de 1822 à 1864. Le calcul des proba-\nbilités, joint à celui des moyennes, porte à croire qu'a présent rien de très\nimportant ne reste à découvrir, et que la difficulté, désormais, sera plutôt\nde choisir que d'apprendre. - De choisir, et de vérifier, car nombre de\ndocuments, en apparence les plus sûrs, doivent être soumis a un contrôle\nsévère. Il ne s'agit pas seulement des Mémoires de Berlioz. M. boschot\ns'est convaincu, « sur les manuscrits mêmes, que les lettres déjà publiées\ncontenaient encore beaucoup d'inédit, et de 1 inédit très significatif, tant\nles publications étaient mal datées, incorrectes, tronquées et truquées ».\nNous nous en étions tous doutés, et pour un passage essentiel de la lettre à\nHorace Vernet, du 18 avril 1831, M. Adolphe Jullien et M. Tiersot avaient\nsignalé déjà la « fâcheuse altération » introduite dans le texte par l'éditeur\nde la Correspondance, Daniel Bernard. De tels procédés, dont l'exemple\ncité n'est évidemment pas unique (1), font naître une méfiance qui ne se\nsatisfait plus que de la consultation directe des originaux : et ceux-ci, en\nmajeure partie, étant disséminés dans des collections privées, l'on en vient\npresque à regretter qu'une publication nouvelle des lettres de Berlioz —et\nde certaines de ses œuvres musicales ne puisse pas se taire en fac-similé.\nOn se demande en tous cas jusqu'à quel point une vaste et scrupuleuse\nréédition de documents ne devrait pas précéder toute nouvelle étude bio-\ngraphique. L'intention de M. Boschot est de terminer son œuvre par un\n« répertoire de documents » et une « bibliographie générale ». Puisque nous\nsommes convaincus de sa « constance » à remonter jusqu'aux sources,\nfaisons-lui donc crédit jusqu'à l'achèvement de son œuvre, et acceptons,\nsans la recommander, sa méthode, qui consiste, comme il nous l'ex-\nplique, une fois la maison bâtie, à « enlever l'appareil critique comme on\nenlève les échafaudages », c'est-à-dire à « supprimer la plupart des réfé-\nrences ».\nM. Prod'homme s'était beaucoup servi des journaux et y avait relevé\nune foule de choses utiles et curieuses (2). M. Boschot, non sans y glaner\nencore, s'est davantage attaché aux manuscrits, dont, en dehors des dé-\npôts publics, l'accueil bienveillant de la famille Berlioz et de précieuses\namitiés lui ont fait atteindre un grand nombre. Sur plus d'une question,\nil nous offre donc du nouveau, de l'inédit ; et pas seulement sur Ber-\nlioz : car l'un de ses chapitres les plus intéressants est celui qui concerne\nLesueur.\nLe privilège reste à Fouque d'avoir, par une sérieuse esquisse, rappelé\nl'attention sur ce maître, et signalé la filiation qui fait de lui le père spi-\nrituel de Berlioz. Dernièrement, M. Georges Servières, poussant très\nloin certaines parties de la même étude, nous a fait espérer une mono-\ngraphie complète et documentée de cet étrange musicien, dont il semble\nbien que le chef-d'œuvre fut Berlioz, son élève. Dans ce « novateur d'avant\n89 ». vie, talent, écrits, caractère, et « jusqu'au style littéraire » avaient,\n« par avance, un cachet de berliozisme ». Autrement dit, à l'époque déci-\n\n(i) Au moins doit-on espérer que de plus consciencieux éditeurs n'ont pas agi de\nmême à i égard des lettres à Liszt, àla princesse Wittgenstein, et d'autres séries\nrécemment publiées.\n{2) Un des meilleurs services rendus en ces derniers temps à l'histoire de Berlioz\na été le catalogue de ses articles et feuilletons, dressé et publié par M. Piod homme»\ndans le Recueil trimestriel de la Société internationale de musique 5e année, 1904.\np. 622-659."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n175\n\nsive de sa formation intellectuelle, l'empire exercé sur Berlioz par les\nleçons, les conversations, les œuvres, l'exemple journalier de son maître,\nfut absolu jusqu'à un point que peu d'autres biographies révèlent. C'est à\nla loupe et par une minutieuse analyse qu'il faut chercher, chez d'autres\ngrands créateurs de l'art des sons, les traces de l'influence directe d'un\nprofesseur. Chez Berlioz, elles crient leur présence. A travers l'ombre que\nprojettent sur lui les trois dieux germaniques de sa religion musicale,\nBeethoven, Gluck, Weber, transparaît nettement le spectre de Lesueur.\nPar Lesueur, il échappe à ce qu'auraient eu d'oppressif pour son tempé-\nrament latin les influences étrangères, et il se rattache à la longue généa-\nlogie des peintres-musiciens français, qui remonte jusqu'à Jannequin, par\nune chaîne dont les anneaux s'appellent Lesueur, Gossec, Daquin, Cal-\nvière, Rameau, Rebel, Couperin, Charpentier, Marais et autres.\nIl faut lire, dans le livre de M. Boschot, les extraits et les résumés des\nécrits imprimés ou inédits de Lesueur, pour mesurer en quoi Berlioz\ncontinue, répète ou réforme l'auteur des Bardes. Le disciple, professait\nLesueur, doit « rendre siennes les idées qu'il puise dans un grand homme;\nil doit sentir les principes de son maître, et non pas seulement les ap-\nprendre par cœur ». Ainsi Berlioz, moins pédant mais tout aussi intolé-\nrant que Lesueur, a comme lui détesté la musique pure, la fugue, le con-\ntrepoint, Bach et Palestrina; moins chimérique et moins prolixe en\nthéorie, mais pareillement excessif et plus génial en pratique, il a cru et\npresque prouvé que la musique, « par la magie de ses effets », pouvait\n« peindre tout, en quelque sorte » ; comme son maître aussi, mais en\nprétendant le faire à contre-cœur, Berlioz a énormément écrit et aimé\nd'écrire sur la musique. Dans le trait dominant de leur caractère moral, les\ndeux hommes se sont aussi ressemblé. \\J « enfantin orgueil » de Lesueur\navait pris chez Berlioz une forme aiguë, combattive et altière. De toutes les\nparoles qui furent jamais prononcées sur la terre, celle qui, de l'enfance\njusqu'à la mort, lui resta le plus étrangère, et dont il se serait moqué,\nsi le doigt d'un ami l'avait soulignée pour lui dans un livre que peut-être\nil n'avait jamais ouvert, c'était la douce et paisible maxime évangélique :\n« Soyez doux et humbles de cœur. »\nD'un alinéa où M. Boschot condense le portrait de Lesueur, retranchons\nl'épithète finale et quelques mots restrictifs, et nous posséderons une\népreuve assez nette de la photographie de Berlioz: «Malgré quelques\nfaiblesses, qui sont de l'homme et auxquelles Lesueur sut échapper assez\nsouvent, c'était presque une grande âme, presque un grand caractère ; un\nesprit hardi, un novateur qui avait beaucoup appris par lui-même, qui\nsavait beaucoup de choses inutiles ou fausses, un musicien qui savait peu\nde musique mais qui avait le sens inné, très développé, très averti (presque\nle génie) de l'expression, du pittoresque et du dramatique; un artiste qui\ns'était laborieusement improvisé un style à lui, un style fait de la bigar-\nrure d'autres styles et où ce qui aurait dû être purement musical était\nrégi par des intentions picturales ou littéraires; un inventeur et un érudit,\nun homme à idées... En somme, une sorte de grand génie avorté. »\nIl serait tout naturel qu'en écrivant cette page, M. Boschot ait autant\nsongé à l'élève qu'au professeur. D'autant plus que cette « filiation spi-\nrituelle » devait le séduire davantage. Car il est ennemi de la théorie de\nl'hérédité, et prend Taine vivement à partie, en démontrant que chez\naucun ascendant de Berlioz n'a existé « le pouvoir de combiner les notes\nd'une manière qui donne le branle à la sensibilité des autres hommes ».\nEn bon biographe, il cède cependant à la tentation de trouver chez le père\nd'un homme de génie quelque chose qui sorte du commun. M. Tiersot\ndéjà nous avait présenté le médecin dauphinois, Louis Berlioz, comme un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.34", "texte": "176\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-06\n\n« esprit libéral, éclairé, travailleur plein d'initiative ». M Bosc otle\ndéclare un « esprit d'élite », un « novateur solitaire » dont les « décou-\nvertes » passèrent inaperçues parce qu'il les exposait dune « maniéré 1-\nza e», qu'il « n avait pas pris l'air de l'école », et qu'il manquai d entre-\ngent. « Aussi le professeur Trousseau l'enterra » en quelques mots de son\nITraité de thérapeutique. Ces mots, recueillis par M. Tiersot, se rapportent\naux mémoires « sur les maladies chroniques » et « sur 1 acupuncture »\npubliés en un seul volume, par Louis Berlioz, en 1816. « Il faut avouer,\ndit Trousseau, que les faits rapportés par ce médecin, que son style, et\nque les singularités dont son livre fourmille, étaient peu propres a encou-\nrager les praticiens à tenter l'acupuncture ». t\nLa musicologie a beau n'avoir aucun lien avec les sciences médicales,\nnous sommes surpris qu'aucun berliozien n'ait eu la curiosité de recher-\ncher, dans l'ouvrage même du médecin de la Cote de Saint-Andre, en quoi\nconsistent ces singularités, et si elles ne dénotent pas, entre le père et le\nfils, la transmission de certaines dispositions mentales, cultivées par\nchacun dans un terrain différent. Or, ce n'est pas à une conclusion affir-\nmative que l'on parvient en feuilletant ce livre « enterré » (i). Le docteur\nBerlioz, tout en préconisant, dans <( l'acupuncture », une « nouveauté »\nempruntée à la médecine des Chinois, se montre un partisan fidèle des\nanciennes traditions ; il déploré comme un acte de décadence ou de folie\nl'abandon partiel de la « saignée »; et il recourt à des médicaments qui,\ndès 1816, ne ressortaient plus que de la pharmacopée du folk-lore. Nous\ncopions à la page 304 un seul des « faits » visés par Trousseau: « Un pay-\nsan, âgé de 40 ans, était depuis un mois attaqué de toux convulsive avec\ndouleur à l'épigastre. L'usage du lait de vache, dans lequel j'avais prescrit\nde faire bouillir des crottes de chèvre, lui avait procuré quelque soulage-\nment; l'opium avait eu encore plus de succès; néanmoins il était extrême-\nment fatigué par la toux lorsqu'il marchait avec promptitude, et il eut\nbeaucoup de peine à faire deux lieues à cheval pour se rendre chez moi »,\netc.\nIl faut y renoncer : le médecin Berlioz n'était pas « un esprit d'élite » ; et\nil ne put léguer à son fils que cette « incroyable faiblesse » de caractère,\nqu'en plusieurs circonstances M. Boschot note chez lui, et que M. Romain\nRolland a signalée comme la source de la plupart des souffrances morales\ndu musicien.\nDe l'étude qu'il a entreprise des manuscrits autographes, M. Boschot fait\njaillir beaucoup de lumière surnombre de détails contestés ou mal connus.\nNous en mentionnerons un seul, le fait du transport de la « marche des\ngardes», des Francs-Juges, dans la Symphonie fantastique, où elle est\ndevenue « la marche au supplice ». Cette assertion souvent produite, et à\nlaquelle jusqu'ici nous refusions de nous soumettre tant paraissait im-\nprobable l'utilisation par Berlioz d'un morceau de son opéra, longtemps\navant qu'il eût perdu tout espoir de le faire représenter, est confirmée par\nM. Boschot par la description delà partition dans laquelle une « collette »\nsuffit à contenir le court changement de texte musical nécessité par le pro-\ngramme littéraire de la symphonie. M. Boschot ajoute que « M. Ch. Malherbe\nse réserve d'écrire une étude spéciale sur le manuscrit qu'il possède. Alors\nquelques légendes seront réduites àla vérité historique ». Plusieurs déjà\nsont détruites ou ébranlées. Il ne faut, croyons-nous, ni s'en étonner ni\nsen plaindre. La gloire de Berlioz n'exige pas que nous prenions àla\nlettre les fantasques récits, les amusantes « galéjades », ni les erreurs,\nvolontaires ou non, des Mémoires, des feuilletons et des lettres. Avec un\n\n(ï) Il existe à la Bibliothèque nationale."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.35", "texte": "zèle pieux M. Tiersot s'est appliqué à mettre toutes les informations\n«toujours d accord avec les propres dires » du compositeur, que, dans sa\nconviction, « elles confirment perpétuellement ». M. Boschot ne met pas\nmoins de soin et de plaisir à établir le contraire, et à constater chez\nun peu p us que de 1 entraînement verbal ou scriptural, un peu\np us que de la « blague », quelque chose qui ressemble à de la ruse, et qui\nne recule pas devant le mensonge.\n« Que dire pour être juste ? » sinon qu'il y avait, en ce temps de\nromantisme effervescent, une atmosphère troublante d'illusion, de pose,\nde boursouflure. La doctrine du « surhomme » n'avait pas encore été for-\nmulée, qu'elle se concrétisait déjà dans l'artiste, le poète ; Berlioz, comme\nHugo, assure d être « un génie », faussait sciemment plus d'un barreau\naux grilles de la morale naturelle. Nous l'aimerions mieux plus parfait*\nnous ne saurions le rêver plus grand, et si, froissé à la vue de son effroyable\negoisme, nous sommes par instants tout près de le haïr, nous ne pouvons\nen même temps guère cesser de l'admirer.\nC'est aussi de cette façon qu'en face de lui se comporte M. Boschot. lia\nbeau disséquer le cœur et le cerveau de Berlioz, confronter ses manuscrits,\ndemonter ses trucs pièce à pièce, il reste subjugué, comme nous tous, par\nla « magie » de ce « véritable enchanteur». A dessein même il s'imprègne\nde son langage, si bien que les locutions de Berlioz viennent se placer sous\nsa plume, encore plus souvent que sous celle de leur auteur. Les excla-\nmations symétriques : « Feux et tonnerre ! Mort et furies ! Enfer et dam-\nnation ! Enfer et dérision ! » ponctuent, seules ou par enfilades, moitié\nsarcasme et moitié passion, d'un rythme « fracassant », ses « turgescentes »\npériodes. Revivant en esprit les ardeurs de la lutte romantique, l'auteur\ns est drapé, pour les peindre, dans une cape « Jeune France » de couleur\n« verte ou ponceau », piquée de « boutons d'or » et soutachée de brande-\nbourgs.\nAu tome suivant, le reverrons-nous boutonné dans la redingote sévère\nGuizot ? Sous tel déguisement qu'il lui plaise d'écrire, il est assuré\netre lu. Quelque part dans son volume, il exprime le désir de rencontrer\n« es lecteurs qui relisent ». On peut lui souhaiter mieux encore : des\nlecteurs qui réfléchissent.\n\nMichel Brenet.\n\nLA MUSIQUE\n\nL'Etranger, de V. d'lndy. Le de F. Le Borne.\nL Eti anger et les Girondins viennent d'etre représentés simultanément\nthéâtre des Aits. Cette rencontre, pleine d'intérêt, permet de comparer\nl'évolution divergente de deux élèves de César Franck.\nL'art de M. d'lndy, profondément sincère, obtient l'émotion par des\nmoyens surtout musicaux. L art de M. Le Borne, plus atavique, cherche le\nsuccès dans les moyens chers aux auteurs d'opéras surannés.\nAprès une exportation, sans bonheur, de son art à Berlin, M. Le Borne\na jugé opportun de reprendre la tentative de Litolff et de mettre en mu-\nsique les Girondins ;ii doit s'en féliciter, car, ainsi que Lyon, Rouen vient\nd'applaudir sa nouvelle oeuvre. Et il le mérite : c'est un auteur désireux de\nplaire à tous ceux que déroute une musique personnelle. Ce désir se révèle\ndans les moindres détails, soit dans la mise en scène de sa pièce, soit dans\n\nLE MERCURE MUSICAL\nREVUE DE LA QUINZAINE\n177\n{ 0"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.36", "texte": "178\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-06\n\nla mise en pages de sa partition. ~\nd'abord présentés sous le titre e g - absolument diffèrent et\ntroisième \".ré : »,*« s'im-\nLicences ,»i von, suivre.\nL'œuvre livret Met musique - évoque l'idée d'une personne falote,\ntout de (tris habillée, de bon caractère mais mal définie, hardie dans ses\noromesses timide dans ses réalisations. Certes, c'est une Terreur - les titres\nen font bonne foi, - mais elle n'a rien de très révou,nonna.re bien ,u elle\nporte sur le chignon un bonnet rouge et chante plusieurs\navec des auditeurs susceptibles ou timorés, aurait pu créer des\ndifficultés ? L'auteur l'a obligeamment supprime, mais consacre quelques\nmesures à son souvenir. . rr\nRobespierre, lui, était moralement tenu de figurer dans la Terreur :\nchantant une ode politique ou amoureuse, cela pouvait évidemment con-\nduire fort loin ! L'auteur, très moderne, a « bu l'obstacle » et, tranquille-\nment, l'a fait parler (on eût préféré qu'il le fit taire), tandis qu a 1 orc estre\nune phrase de caractère par trop lugubre a ete conhee a des instruments\ndu timbre le plus aimable.\nL'œuvre, fort applaudie, semble en effet suffisante pour un gros succès :\nla musique de Gossec offre aux fauteuils un attrait d art rétrospeeti , e\nmélanee de la rafale révolutionnaire, du Ça ira et des glas impressionnent\nmais sans rigueur les âmes sensibles ; le suffrage des amateurs de\nballets est conquis par une sculpturale déesse de la Raison ; et tous sont\ncontents !\nL'auteur, dans le dessein de rendre son drame lyrique moins tragique\nou sa tragédie lyrique moins dramatique, a renoncé au tableau de « 1 exé\ncution » des Girondins ; mais, voulant en consacrer la sensation musicale,\nil a cru indispensable de déranger la C'est une erreur : la\nMarseillaise,transposée dans le mode mineur, n'atteint pas nécessairement\nau tragique. ' ,\nCeci dit, nous devons déclarer que M. Le Borne, toujours conciliant,\nrend, au dénouement, la Marseillaise à son vrai mode, et l'heureux auteur\nclôt là son œuvre par une bonne action...\nTout en reconnaissant que les Girondins ont été montés avec beaucoup\nde soin, nous féliciterons surtout le directeur du théâtre des Arts de nous\navoir donné 1 'Etranger,que l'orchestre et les interprètes, notamment\nM. Grimaud, ont fort bien rendu, et nous nous réjouirons de son succès.\nLe maître incontesté de Fervaal et du Chant de la Cloche n'a pas cher-\nché le succès dans des accessoires historiques, mais dans l'interprétation\nmusicale des divers sentiments de ses personnages : il a choisi la bonne\npart, croyons-nous !\nLes qualités de cette belle œuvre ont été détaillées ailleurs.\nNous dirons cependant combien nous aimons cet Etranger à la voix\ncharmeuse comme celle des vagues, aussi énigmatique que le marin sédui-\nsant de la Dame de la Mer, Etranger qui chante tout notre rêve, Etranger\nétrange parmi les autres hommes...\n(1) L'amour des fiancés Ducos girondin) et Laurence est contrarié par Varlet\n(jacobin) qui, au premier acte, offre sans succès à celle-ci, en échange de sa vertu,\nun sauf-conduit pour Ducos, lequel préfère mourir au sixième tableau\n\nDu Robec."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n179\n\nLA MUSIQUE A LILLE\n\nJ'ai connu Lille, il y a 15 ans, réduite, en tant que musique symphonique,\nà l'ancienne Société des Concerts populaires, qui sous différentes directions\navec Martin, Viardot, vivait tranquillement, et, composée en grande partie,\nsinon complètement, des éléments du Conservatoire, sans concurrence,\nreprésentait l'orchestre local.\nQuelques rares séances de musique de chambre, de temps à autre, une\nbonne# représentation au théâtre municipal, voilà tout ce que l'amateur\nlillois trouvait dans sa bonne ville. J'oublie volontairement les auditions\ndes fanfares et harmonies, si nombreuses dans le nord de la France, et\nqui à l'époque des fêtes religieuses suppléaient à l'absence de chants gré-\ngoriens par des pas redoublés, valses à la Bléger, fantaisies variées toni-\ntruant sous les voûtes de nos églises.\nDepuis quelques années tout est bien changé, et en igo6 trois grandes\nassociations symphoniques se disputent les faveurs de nos concitoyens :\nLa Société des Concerts populaires déjà citée, sous la direction de\nl'excellent musicien qu'est M. Ratez, directeur du Conservatoire, continue\nses séances, malheureusement trop peu suivies.\n\\ \"Asociation symphonique, dont Cortot est le chef, a succédé, en sep-\ntembre iqoS, à la Société de Musique de Lille, qui depuis 5 ans avait révo-\nlutionné la ville par l'excellence de son orchestre, la valeur de ses chœurs\nmixtes, la réputation de son directeur, non professionnel. A sa disparition,\nY Association symphonique, composée de la plupart des membres de\nl'ancien orchestre, se fonda pour combler le vide que devait entraîner la\nsuppression d'auditions suivies avec ardeur. Alfred Cortot voulut bien\naccepter de diriger l'Association et a remporté un succès considérable. La\npresse locale a été unanime à louer dans ce jeune chef l'intelligence artis-\ntique, la sobriété du geste et aussi l'attraction puissante qu'il exerce sur\nses musiciens dont il obtint des résultats superbes dès le premier con-\ncert. Au programme, l'ouverture des Maîtres Chanteurs, le Concerto de\nBeethoven avec Hayot applaudi pour sa grande maîtrise, son style clas-\nsique, le Concerto brandebourgeois de Bach, avec Charlier, trompette\nsolo d'une virtuosité extraordinaire, mais un peu fatigant à entendre, la\nSymphonie fantastique que Cortot conduisit avec une fougue romantique\nqui emballa l'auditoire et fit oublier ce qu'il y a dans l'œuvre par moments\nd'un peu poncif et suranné.\nAu second concert, la première suite sur PArlésienne, la Symphonie de\nVincent d'lndy sur un thème montagnard avec Selva au piano, jouant\ndans la perfection différentes pièces, le Ballet comique de la Reine de\nBeaujoyeux avec l'orchestration de Cortot, le Rigaudon de Dardanus,\nYEspaha de Chabrier, le Soir d'Eté de Roussel, d'une écriture un peu\ncompliquée, avec des trouvailles charmantes de sonorités discrètes, court\nthème que module l'alto, puis le violon et enfin le cor en sourdine, évo-\ncateur des soleils couchants. Le public, pas très habitué aux audaces har-\nmoniques, a dégusté de confiance, mais peut-être moins bien digéré.\nMlle J. Leclerc, à la voix peu puissante mais d'un timbre charmant et\nd'une sonorité prenante, avait fait grand plaisir en chantant l'air de la\nGuirlande de Rameau, accompagnée au piano par Cortot, et Bouil-\nlard, dont la flûte rivalisait de virtuosité avec le chant qu'elle entoure\nd'une guirlande très précieuse.\nEnfin Colonne et son orchestre donnent cet hiver 4 concerts par abon-\nnements, et le fait en lui-même est gros d'importance. Nul besoin ne se\nfaisait sentir, en effet, de cette invasion mensuelle. On faisait à Lille de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.38", "texte": "180\nLE MERCURE MUSICAL Is-11-OÔ\n\nbonne musique, et deux Associations symphoniques suffisaient grande-\nment aux besoins artistiques de la population. Entourée de mystères, la\nvenue de cet orchestre ne peut que nuire aux Sociétés préexistantes,\nservant de prétexte à des comparaisons trop faciles et les étouffant de son\nimportance. Je pose la question à M. Dujardin-Beaumetz, confiant dans la\nsollicitude qu'il montre aux artistes de province. Une société parisienne\nsubventionnée par l'Etat a-t-elle le droit de venir donner des concerts par\nabonnements dans une grande ville pcssédant un Conservatoire remar-\nquable et deux Associations symphoniques, dont une subventionnée par\nl'Etat, qui a tout intérêt à sa réussite?\nPour ma part, je prétends que non, et j'espère que, devant les protesta-\ntions des sénateurs et députés locaux, un règlement dans le cahier des\ncharges mettra fin à un état de choses qui tend tout simplement a tuer la\nmusique en province. Je sais d'ailleurs de grandes vilies moins bien par-\ntagées que Lille sous le rapport de la musique symphonique et où pareille\ninvasion ne se produirait, et pour cause.\nCertes on ne peut empêcher une Société parisienne subventionnée de\nvenir donner un concert en province ; mais ce que l'on doit interdire, c'est\nle principe d'une série de séances par abonnements au détriment'des Asso-\nciations locales florissantes (y compris le théâtre).\nEn résumé, à Lille, trois orchestres symphoniques, trois Sociétés de\nMusique de chambre, plusieurs excellentes harmonies (le Cercle Berlioz)\nse partagent les heures disponibles du public amateur de bonne musique;\njoignez à cela les Concerts d'orchestre à Roubaix, Tourcoing, Douai... et\njugez si nous sommes à plaindre. Mais pourquoi Colonne est-il venu?...\n\nH. G.\n\nLA MUSIQUE A STUTTGART\n\nLes Concerts.\nM. Max Reger a été plus que sensationnel. J'ai goûté avec beaucoup de\nvif intérêt, comme une vingtaine d'autres personnes de chez nous, l'ex-\nquise étude de notre cher confrère Marcel Montandon sur la musique à\niVLunich. Mais il n'a pas parlé du « cas » sensationnel, qu'on appelle « le\ncas Reger ». Mes lecteurs connaissent la valeur de ce musicien par\nM. Montandon, qui a, maintes fois, prouvé sa valeur d'écrivain et de cri-\ntique, et mes lecteurs, qui viennent de me l'écrire, sont fort heureux que\nnotre Mercure assure sa collaboration. Donc, voici « le cas Reger ».\nM. Pohlig a, tout naturellement, joué sa Sinfonietta dans son sixième\nconcert d abonnement, et le quatuor Wendling le présente à ses clients qui\nsont bien nombreux. Cette Sinfonietta n'est pas une petite symphonie,\ncomme vous pourriez supposer, mais elle est presque plus grande qu'une\nsymphonie ordinaire.\nSans sa musique, M Reger vous semble vieux; le dos courbé, il marche\ncomme un petit vieillard. Sa bouche est bien ironique et ses yeux se fer-\nment et s ouvrent, comme sil versait des larmes. Mais aussitôt que\ni . 1 ohlig lui dit que sa composition sera jouée, ce petit vieux devient\nun homme tort grave, distingué, sévère, oh ! combien sévère et si peu\nindulgent ; ses jambes se redressent, il suit des yeux la partition et fait des\nremarques. Et à la question de M. Pohlig : « Ail right », il ne dit que"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n181\n\n« oui »? comme un homme qui est fort mécontent. Qui est donc ce Max\nReger, dont le monde musicien allemand parle jour et nuit?\nIl est fils d'un maître d'école qui tut son professeur de musique. Il habi-\ntait les environs de Bayreuth. Mais il n'a rien, absolument rien du maître\nde Bayreuth, il est Max Reger. Ses autres professeurs étaient MM. Lindner\nà Weiden et Riemann à Sondershausen en 189 > et à Wiesbaden en 1891\n(jusqu à 1895). Dans ce dernier lieu il était professeur au Conservatoire\ndepuis 1896. Il est à Munich depuis 1901. Max Reger a composé des pièces\npour le piano, des lieds, de la musique de chambre, des chœurs, mois\npoint d'opéras. Il n'aime pas Liszt. Ce qui m'étonne le plus, c'est que\nM. Pohlig l'ait joué dans ces conditions.\nMax Reger n'aime pas ce qui est dramatique ni les titres des pièces,\ncomme M. Pfitzner dont nous parlerons tout à l'heure. 11 n'y a pas de\ndifficultés pour Reger, il a des qualités poétiques et une royale insolence,\npar exemple dans sa Sinfonietta. Il admire Bach, Brahms, Beethoven, mais\nil n'est pas Beethoven, Brahms, Bach ; il est lui-même, et il est tellement\nMax Reger qu'il met en fuite les gens les mieux intentionnés, mais les\nWagnériens l'adorent. Je ne sais pas pourquoi. Les autres le haïssent, le\ndétestent. Ses lieds sont adorables et nous savons un gré infini à la toute\ndélicieuse Anna de Bertrand, qui fait l'éducation du public par le chant,\nde nous avoir présenté Max Reger sous un point de vue tout nouveau.\nL'accompagnateur de Mlle de Bertrand, le Dr Jean Kirchholz, a des qua-\nlités bien rares. Il observe si bien la mesure que le chant et le piano for-\nment un tout. Vous pourriez faire objection que c'est naturel. Mais vous\nignorez la manière dont il le fait ; le docteur Kirchholz, un tout jeune\nhomme de 24 ans, a étudié à Genève, avec Mlle de Bertrand, et à Bonn,\net aun extérieur des plus sympathiques que vous cherchez en vain chez\nles autres. Cet homme fort distingué est sorti d'une école franco-allemande\net révèle un art qui ne peut être acquis que par la connaissance des qualités\nfranco-allemandes. Ml]e de Bertrand, qui a une voix superbe, nous instruit\nsi élégamment et si spirituellement que je lui souhaiterais de se faire en-\ntendre à Paris. Elle est l'élève du père du Dr Wûllner, qui chantait à Paris.\nCe docteur fut admiré dans cette capitale. En Allemagne, il l'est moins.\nOn sait qu'il manque de voix. Né le 19 août r 858, Wûllner fut professeur\nd'Université, ensuite élève du conservatoire de Cologne, où le docteur\nKirchholz étudiait ; après il fut acteur à Munich, puis conférencier voya-\ngeur et en 1896 chanteur. Il chante Brahms, même à Stuttgart, où nous\nentendions Mme Lula Mysz Gmeiner, qui serait une fort bonne cantatrice\nsi elle n'était pas enrhumée et si elle chantait mieux. MHe de Bertrand a\nbeaucoup de qualités que Mme Gmeiner n'a pas. Celle-ci est quelquefois\nbien ennuyeuse, parce qu'elle ne se permet pas de changer de programme.\nOn dirait qu'elle est l'émule du chanteur élégant M. de Zur Mûhlen, qui\nchante des lieds protestants qui sont presque des cantiques, des composi-\ntions de Bach et de Strattner. M. de Zur Mûhlen ferme les yeux et chante\net ne finit plus. Il chante 12 compositions de Schumann et 5 de Tchai-\nkowsky. Mais il a perdu sa belle voix, et ce qui lui reste ne permet pas à\nM. Raimond de Zur Mûhlen de changer de programme. Dans un salon, il\nferait sensation. 11 est fort élégant, Mme Gmeiner aussi. Elle est née !e i 3\naoût 1876, a été élève, pour le violon, d'Olga Grigorowicz et pour le chant\nde Lassel, de Gustave Walter à Vienne, d'Emilienne Herzog et d'Etelka\nGerster. Et M. de Zur Mûhlen est né le 10 novembre [854 et a été l'élève de\nStokhaùsen et de Bussine à Paris, tandis que M. Willy Burmester, né le 16\nmars 1869 et voyageant depuis 1886, a été l'élève de M. Joachim qui nous\navait envoyé son cher Halir pour jouer en compagnie de M. Weadling au\nconcert de M. Pohlig. M. Halir, qui est un peu gros, étudia chez Bennewitz"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.40", "texte": "182\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-06\n\nà Prague et est membre du quatuor Joachim. Il m intéressait plus que\nM. Burmester, qui ne change pas de programme non plus. Qu'ils prennent\nun exemple sur Mlle de Bertrand, ces artistes-là. M\"e de Bertrand et\nlicieux Dr Kirchholz ont fait 1 éducation de leur public select par 5 lieds\nde Brahms, 6 lieds d'Hugo Woll, trois de Reger, un de Gottlieb Neefe (de\n1748 à 1798', deux de G. H. Himmel (de 1765-1814) et un de Mozart.\nM. Kirchholz avait le plus grand succès personnel qu'un accompagnateur\npuisse avoir et notamment dans les compositions de Himmel et de Mozart.\nMM. Lazzaro Uzielli, Schmidt, Badekow, Friedenthal ne sont pas de si\ngrands artistes que M. Kirchholz. Ce jeune homme devrait être connu de\ntout le monde. En outre, il est bien intéressant. Les trois pianistes que\nj'ai mentionnés plus haut n'ont pas la spirituelle discrétion du docteur\nKirchholz ;du reste, M. Friedenthal, qui accompagnait Mlle Ciska\nSchattka, joue bien. Cette cantatrice est b nne et elle est jeune.\nSi elle chantait en France, ce qui ne serait pas nécessaire, elle devrait\nprononcer mieux et apprendre à chanter en français. La Chanson slave de\nChaminade n!est pas anglaise ; mais sa manière de chanter cette composi-\ntion était anglaise, la prononciation aussi. Et il est inutile de chanter dix\ncompositeurs à la fois. C'est un trop grand désordre ; ce pot-pourri ne\ncharme pas, surtout si les compositions sont si inégales. Que Ml*e Schattka\npense à Mlle de Bertrand.\nRevenons à la critique des orchestres à l'occasion des festivals Mozart.\nM. Beinroth, de l'Opéra, est un chef d'orchestre très habile. Son orchestre\na joué Y Ave ve?~um, un menuet et une ouverture, et nous avons constaté\nque l'esprit borné d'un certain temps a disparu. Je ne suppose pas que ce\nsoit dans tous les lycées, certainement pas au lycée Charles, près de l'église\nde la Sainte-Marie. Là, l'air est toujours touffu et pourri. 11 y a beaucoup\nd'exceptions, tout naturellement, car je ne parle que de la direction de ce\nlycée. Mais le lycée « Eberard-Louis » a un directeur qui est animé de\nl'esprit moderne. C'est pourquoi il a pu nous offrir un festival Mozart.\nJe ne manque pas l'occasion de dire que l'exécution était admirable.\nM. Beinroth nous a révélé ce jeune orchestre qui a des artistes parmi les\nviolonistes, par exemple M. Charles Elsaesser. Ce jeune homme, qui est\nsoliste, a une très grande nervosité à la main droite. 11 est jeune encore et\ndtviait s exercer davantage. Le jeu de M. Otto Ackermann a laissé beau-\ncoup à desirer au point de vue technique. Et M. Louis Schenk est encore\ntrop peu expérimenté pour jouer du piano devant le gros public. Il lui man-\nque quelque chose, c est un professeur et l'exercice. M. Heilmann; par\nexemple, joue beaucoup mieux. M. Adolphe Werner, qui est violoniste, a\nbien fait de faiie paitie de 1 orchestre Beinroth. L'ensemble a été plus\nqu admirable. M. Haidlen a fait la conférence sur Mozart. Son style est\nadorable et son intelligence est grande. Il a été de beaucoup supérieur au\ndirecteur Louis Hils qui a fait la conférence au « concert populaire » qui\nnous faisait entendre le Requiem de Mozart. L''orchestre de M. Prem a\njoue l'ouverture de Titus en l'honneur de Mozart, et l'orchestre Ruckbeil a\nconsacré une soirée à cet anniversaire.\nLe quatuor Wendling a donné son festival Mozart le 22 janvier Ce qua-\ntuor se compose du célèbre Wendling, de MM. Kùnzel, Presuhn et Seitz,\nde 1 Opéra. Jen parlerai la prochaine fois. M. Horstmann, de l'Opéra, a\njoue de la clarinette en accompagnant M. Wendling. Il est né le 25 mai\n18M ; comme fils de paysans, il fréquentait en hiver l'école de son village,\net en ete il travaillait à la campagne. Il aimait toujours la musique. On\nac mirait son chant. 11 fut élève d'un musicien pendant 5 ans, mais il\nn apprit rien, parce que ce musicien villageois ignorait son art. Il jouait de\nla basse a la toire de son village et à la campagne. A 19 ans enfin il"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n183\n\navait l'occasion d'entrer dans une école d'orchestre. A 21 ans, il était\nmembre du corps de musique duBe>e régiment. A 25 ans,il semariaet s'établit\nàFribourg de Bade. A 39 ans, il fut nommé premier clarinettiste de l'Opéra\net possède aujourd'hui de bien grands titres. 11 est professeur au Conser-\nvatoire royal. Il a joué le concerto de Weber lorsqu'il se produisit pour la\npremière fois, ensuite Mozart, Beethoven, Brahms, Draeseke.\nM. Henri Horstmann joue comme un jeune dieu. A l'entendre, on de-\nvient amoureux ; et cela a une cause bien déterminée. Car son jeu est plein\nde grâce, de beauté, de grandeur d'âme. Il faut remercier l'illustre Wen-\ndling de nous avoir donné l'occasion de goûter cet artiste. Le directeur\ndes « Concerts populaires » aurait pu faire une révélation semblable, lors-\nqu'il a joué le Requiem devant deux mille personnes. M. Louis Feuerlein\nn'était pas sur le programme. Et c'était nécessaire. M. Louis Feuerlein\nest né le 26 avril 1870 et a fait le baccalauréat et était ingénieur. Ensuite\nil a été élève du Conservatoire. Son professeur était Antoine Hromada. Il\nétait chanteur d'opéras et, depuis sept ans, il chante dans les concerts les\ngrands rôles de basse. Il est professeur de chant et se produisait à Berlin,\nà Cologne, à Strasbourg, à Magdebourg, à Nuremberg, à Augsbourg. Il\npréfère Schubert, Schumann, Hugo Wolf, Bach, Haendel. Il a déjà chanté\nà la « Société d'oratorios » d F.sslingen, qui exécutait admirablement le\nRequiem. Pourquoi M. Nagel n'a-t-il pas engagé M. heueriein?\n\nSous-Off.\n\nLA MUSIQUE A NICE\n\nWilliam Rattcliff de Xavier Leroux. Concerts.\nJe l'avais prévu: le William Rattcliff de M. Xavier Leroux n'a pas beau-\ncoup plu, et c'est presque un éloge que je lui décerne en disantcela. Certes,\nil ne faut pas vanter outre mesure une œuvre de jeunesse évidemment\nsincère, mais écrite trop tôt et représentée trop tard. Cependant il faut bien\nreconnaître sa valeur si on la compare à tant d'autres productions autour\ndesquelles éditeurs et journalistes font une réclame digne d'un chocolat ou\nde pastilles créosotées.\nNous devons le sujet de ce drame très romantique à Henri Heine. Notre\nscepticisme s'accommode peu volontiers de la fatalité et de l'atavisme qui\npèsent sur les héros de cette tragédie ; William Rattcliff nous paraît un\namoureux bien vieux jeu, et son socialisme à la Schiller bien enfantin.\nNéanmoins son personnage se soutient d'un bout à l'autre de la pièce, et\nles vers de M. Louis de Gramont sont moins mauvais que ceux de bon\nnombre de livrets d'opéra.\nCe drame lyrique est divisé en quatre tableaux. Au premier, après un\nprélude assez court où figure l'orgue qui veut sans doute être nuptial, Mac-\nGregor, laird écossais, félicite lord Douglas, à qui il vient d'unir sa fille\nMarie. Celle-ci est fort jolie. Car c'est Mlle Mastio. Elle prie son époux de\nlui faire le récit de son voyage, ce qui est fort poli et surtout très utile pour\nl'exposition du sujet. Douglas a été assailli par des bandits... iciMHe Mastio-\nMarie s'évanouit, et une servante folle chante lugubrement (cor anglais,\nbasson, clarinette) : Ton épée, Edwar, Cette folle c'est\nMme Héglon, qui en compose le personnage de façon si admirable qu'on lui\npardonne volontiers d'avoir des notes élevées brisées par autre chose que"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.42", "texte": "184\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-11-OÔ\n\nrémotion. Je vais vous expliquer tout de suite pourquoi Marie s'est éva-\nnouie, parce que dans cet opéra les explications en général sont un peu\nlonguettes. William Rattcliff a prétendu autrefois à la main de la douce\njeune fille. Ils sont allés tous deux jusqu'au baiser ; puis, sans savoir pour-\nquoi, Marie congédie William, qui, désespéré, a provoqué et occis succes-\nsivement deux autres prétendants, Macdonald et Duncan, et la jeune femme\nredoute naturellement le même sort pour celui qui est maintenant son\népoux. Aussi elle respire quand Doublas ajoute qu'un personnage inconnu,\nqui n'est autre que Rattcliff, l'a tiré de ce mauvais pas, L'acte prend fin\nsur une danse assez agréable pendant laquelle un messager vient prier\nDouglas de se rendre à un rendez-vous, aux Rochers Noirs, où il doit com-\npléter le trio avec Macdonald et Duncan.\nLe deuxième tableau est très curieux comme couleur. Il représente Tinté-\nrieur d'un bouge londonien fréquenté par Rattcliff, et qu'aurait pu rêver\net décrire Th. Gautier. Essai intéressant de réalisme assez discret où, à\ndes souvenirs de Berlioz et de la taverne d'Auerbach, s'ajoutent des pro-\ncédés qui font penser, l'usage de la trompette avec sourdine aidant, à la\nmusique montmartroise de M. Charpentier. Cet acte n'a qu'un défaut, c'est\nd'être absolument inutile.\nAu troisième tableau, le plus beau, celui qui fut exécuté au Châtelet en\n1895, a lieu le duel. L'apparition de fantômes trouble William Rattcliff. Il\nest blessé par son adversaire, qui, ayant reconnu en lui son sauveur in-\nconnu, refuse de l'achever. Le blessé court au château de Mac-Gregor,\ntente d'enlever Marie, presque consentante, puis, sur le refus définitif de\ncelle-ci, la tue et se suicide ensuite.\nEn écrivant la musique de cette œuvre, le musicien a été hanté par le\nsouvenir de Tristan et Yseult. Ce souvenir va parfois jusqu'à la réminis-\ncence. De nombreux thèmes conducteurs assez expressifs ont servi de\nbase,à tout l'édifice musical de l'opéra. Il y a le thème de Douglas, joli et\nmartial, joué parles trompettes en demi-teinte ; celui de Marie ; celui des\nRochers Noirs; celui des apparitions, etc. Le motif de William Rattcliff, le\nplus répété, est un peu agaçant avec la broderie incisive qui le termine\nsuivie dun coup de timbale. Des enchaînements d'accords mineurs par\ntierces majeures ou mineures donnent une couleur sombre et bien wagné-\nrienne à tout 1 ouvrage. Le motif des apparitions aussi n'est pas sans ana-\nlogie avec celui de Psyché : « Rappelle-toi... » Au deuxième tableau, pen-\ndant un assez beau récit de Rattcliff, un procédé que conservera le compo-\nsiteur est employé, celui de souligner le sens des paroles par des effets\nd orchestre, lorsque par exemple le héros raconte qu il s'est réjoui auchant\ndes oiseaux ou au murmure des ruisseaux.\nLa mise en scène est convenable et les décors sont suffisants, malgré des\narbres en zinc dont une tempête trop tranquille ne fait pas bouger une\nfeuille, et une flore écossaise peut-être contestable. M. Delmas a créé le\nrôle de William Rattcliff et lui a donné un relief incroyable. Quel grand\nartiste, vraiment !\nOn trouvera peut- être que je me suis étendu beaucoup sur une œuvre de\njeunesse dont les tendances et les procédés ne sont déjà plus les nôtres. Il\nm a plu cependant d y insister ainsi pour faire la contre-partie à une criti-\nque locale singulièrement partiale. L'un louange à tort et à travers, van-\ntant la douceur de 1 orchestration alors que les trombones et la petite flûte\npar r âge, couvrant la voix du chanteur, et que la grosse caisse\nrappee en même temps que les cymbales aurait pu être avantageusement\nremp acee par les deux paires de timbales dont le compositeur fait usage.\nautre, après deux auditions, est sous une impression encore sommaire et\nconîuse et fait de grandes réserves. Ii approuve la froideur du public. Je"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n185\n\nn'y verrais pas d'inconvénients si, en retour, le même censeur ne parlait\npas avec un enthousiasme calculé de « triomphe colossal » et de « chef-\nd'œuvre admirable » lorsqu'il s'agit de Zaja} de La Tosca, ou de Siberia,\ndans lesquelles il trouve quantité de défauts, mais qu'il qualifie de chefs-\nd'œuvre tout de même. S'il loue quelques parties de William Rattcliff,\nc'est avec une mauvaise humeur évidente, et il se rattrape en éreintant la\npauvre Mastio, pas très en voix ce soir-là, et en vantant à l'excès le\nténor que j'ai trouvé parfaitement désagréable Ce critique manque d'im-\npartialité et de générosité et n a décidément de royal que son nom.\n*\n★ *\nUne association « Beethoven » s'est créée sans bruit, et dans sa pre-\nmière séance, au coquet théâtre de l'Olympia, nous a exécuté le quatuor à\ncordes op. 35 de Haydn, le quatuor op. 16 et le Clair de lune de Beetho-\nven. Programme intéressant et bien exécuté. Le lendemain un seul jour-\nnal a rendu compte de ce concert en louant seulement les auditeurs de leur\npatience pour écouter pendant deux heures de la musique aussi sérieuse !\nje n'invente rien, lisez les journaux niçois du mois de janvier.\nAla salle Bellet, Mlle Ninck, une bonne pianiste au ieu précis et brillant,\net M. Ricardou, jeune et talentueux violoniste-altiste, plus à l'aise encore\nsur l'alto que sur le violon, nous ont donné deux séances de sonates fort\nagréables. Aux programmes la 2e et la 5e sonate de Beethoven, dont une,\nen fa, est très connue ; une de Mendelssohn également souvent jouée, une\nautre de B. Godard en ré. Mais j'ai particulièrement goûté la robuste\nsonate de Hsendel, et celle de César Franck, si belle, que les deux artistes\nont très bien jouées. Une cantatrice, Mlle Alice Williams, prêtait le con-\ncours de son talent délicat et de sa très jolie voix en chantant une naïve\npastorale de Haydn et le Rêve d'Eisa, délicieusement.\nDans le désert aride des musiques qu'il nous faut subir, il est particuliè-\nrement doux de se reposer ainsi à l'ombre bienfaisante de fraîches oasis.\n\nEdouard Perrin.\n\nCOURRIER DE LYON\nLES CONCERTS. Société des grands Concerts. 3e concert de l'abonnement.\nTHÉÂTRES. Ttphaine, drame lyrique de V. Neuville, sur un livret de Louis Payen.\nRiquet} ballet de Pli. Flon.\nUne symphonie delà jeunesse d'Haydn : c'est un terrible remède contre\nl'amour. Gela vous décompose l'âme en une série de petites sensations\nnaïves qui déchantent sur nos industrieuses passions. Je goûte peu les plai-\nsanteries de PAdieu (Abschieds Symphonie). Elles pèchent par une allure\nsimiesque qui fait qu'on médite avec inquiétude la nature présente de son\ncoccyx... L'Allégro me semble préférable !\nLes chefs-d'œuvre de Mozart doivent être admirés. 11 en est qui sont\ncomme certains enfants : ils intéressent parce qu'ils ont le sourire de leur\nmère. (Cette fois la mère était M. Arthur de Greef). Le concerto en ut\nmineur ne m'intéresse pas. M. de Greef a traduit assez simplement les\nArabesques perfides de Schumann et le Caprice de M. Saint-Saëns, sur les\nairs de ballet d'Alceste.\nLa vraie joie du concert était dans une introduction, excellente, aux au-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.44", "texte": "186\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-11-OÔ\n\nteurs contemporains. M. Witkowski débute toujours avec un rare bon-\nheur. La Pavane de M. Gabriel Fauré se fait toute une petite existence de\nla délicate distinction de son auteur : je ne la crois pas des plus caracté-\nristiques. Mais que dire du « morceau » suivant ?... Tant de vibrante\nlumière, tant de murmures irrités sur la terre chaude, un ciel qui s écrase\ncontre l'horizon des marais, le mystère des sources qui murmurent sous\nles troncs des oliviers morts : tout l'universel étonnement de la vie berce\nle sommeil d'un demi-dieu lascif. Gela est beau.\nLe Prélude a VAprès-Midi d'un Faune distend les bornes de 1 ordinaire\ndésir. Sur la pureté formelle de son rêve, à peine esquissé, se dresse, im-\nmédiat, tout l'avenir très grave des sons. Peut-être la musique de\\rait\nmourir ? Mais non. Bien plutôt le drame organique redescend dans le\ncœur des hommes et l'oubli des symphonies mystiques se tait habitude. De\nnouveau, sans doute, l'homme ira se nourrissant à la communion de la terre.\nLe temps des amuseurs n'est plus.\n... Ouverture des Maîtres Chanteurs. L'admirable brutalité de ce génie\n« terminal » fait mieux concevoir l'opposition de l'avenir au passé. Oui,\ntoute la limpidité de nos rêves ! La musique est au temps d'amour.\n« A peine refrénés les élans tumultueux de la première jeunesse... » Il lui\nconvient d'un scepticisme profond.\nM. Debussy compte beaucoup d'admirateurs ici.\nUne œuvre pure!— une œuvre triste et sincère dans le romantisme\ndésuet des situations Je me sens un peu gêné de tout le respect, de\nl'affection que je porte à un ancien maître.\nLa modestie d'un musicien vraiment rare se résigne aux curiosités du\nsuccès. Ceci n'est qu'un prélude : j'ai bon espoir que VAveugle, et Willis,\net le Trèfle à quatre feuilles nous reviendront aussi de l'étranger. Et les\nœuvres nouvelles attendront leur tour : oratorios, drames et symphonies:\nil faut que toute la noble pensée de M. Neuville nous soit livrée triom-\nphante, comme il s'est donné à nous en venant habiter la triste ville...\n. Sur un motif excellemment lyrique, M. Louis Payen a construitun drame\nque je crois intéressant.\nTiphaine est jeune, dans la rigueur de l'hiver, sous les décevantes\ncaresses d'un vieil époux. Le seigneur Edme est un sage : il sait l'incons-\ntance des femmes; il tente d'adoucir la nécessité des coutumes; il est bon.\nPourquoi les dames ont-elles des pages, jeunes, aupourpoint bien taillé,\nà la voix sympathique, au cœur faible? Trop longues sont les heures inu-\ntiles pour Wilfrid affamé d'amour, trop courtes sont les heures excédantes\npassées aux pieds de Tiphaine, blonde maîtresse. Trop bienveillantes sont\nles mains de la dame, qui s attardent sur le front de l'adolescent. Ainsi naît\nl'amour.\nAinsi naît la haine de I obstacle ! Le crime s'ébauche dans la poétique\nsuggestion de balla les barbares. Bohémiens damnés, errant dans les\nvallons creux, blancs de givre, un homme et deux femmes arrivent au châ-\nteau. Le chant de la gitane sauvage dit la loi de l'invincible amour, et son\ntriomphe au delà des règles humaines.\nAinsi Edme meurt, frappé par Wilfrid, frappé surtout par Tiphaine qui\narme la de son page, et mourant, il pardonne à ses assassins.\nL amante criminelle veut poursuivre son rêve exalté, mais le repentir est\nentré au cœur chevalier de Wilfrid. Et dans le triste chant des funérailles\nu maître, il se frappe et meurt à son tour... Sans but, sans avenir à son"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n187\n\ncrime, i iphaine, folie de desespoir, couvre désespérément le cadavre des\nderniers baisers de sa honte.\nCertaines parties de ce livret sont bien traitées : la ballade de Wilfrid au pre-\nmier acte et la scène des bohémiens. Lesecond acte renferme les éléments de\ndeux actes entiers : il manque d'harmonie. J'ai cependant beaucoup admiré\nle passage où Edme rejoint les amants qui déjà s'étreignaient, blessé, leur\nreproche doucement leur perfidie et leur pardonne. Il ya, tout au début,\nune situation vraiment shakspearienne, dans ce vieillard chancelant dressé\ncontre les adultères, qui écrasent contre les murs leurs mains exsangues.—\nPlus tard le passage lointain du cortège funèbre, sous le rougeoiement des\ntorches, ces chants douloureux qui séparent, les bouches\npales des amants, sont d une heureuse invention. — On pourra critiquer\nquelques tournures verbales, et en particulier, l'aphorisme : « La femme est\nplus arnèreque la mort », que répètent avec insistance, tour à tour, les deux\nmoribonds. La philosophie du théâtre se crée dans les gestes, non dans\nles paroles.\nQuoiqu'il en soit, le musicien a réalisé une œuvre très dense, d'un wa-\ngnérisme discret qui se livre tout dans l'art suprême des transitions. Que\n1 on ne me demande pas s il y a des thèmes dans Tiphaine, je répon-\ndrais que je n'en sais rien ; on a abusé de cette expression au point de lui\nôter tout son sens. Ceci admis, on pourra reconnaître dans cette œuvre des\n«indices de construction musicale» qui se définissent: la Bonté d'Edme et\nson Amour, la Tristesse de Tiphaine, l'Exaltation passionnelle, la Haine ou\nle Crime, en filiation au motif des bohémiens, etc... Mais, à mon gré, la\nprogression dramatique ne se fait nullement par l'emploi de ces « ficelles »\norchestrales, mais bien par la forme organique de l'inspiration. Je m'ex-\nplique. C'est le sentiment du musicien qui crée l'unité de l'œuvre.\nCe qui frappe chez M. Neuville, c'est la rapidité de son « mouvement\nsymphonique ». Elle entraîne l'auditeur, très vite, et ralentit rarement : d'où\nvient qu'on ait une sensation d'amoindrissement lorsque cette hâte dimi-\nnue. Ce n'est pas défaut comme on pourrait croire ; bien plus justement\npeut-on prétendre que l'inspiration n'est pas assez « étoffée». Une grande\nlenteui dans l'action dramatique ne se peut compenser que par une minu-\ntieuse diversité dans l'action intérieure.\nM. Neuville a une prédilection pour l'écriture « franckiste ». Son édu-\ncation se révèle peut-être ici. Je croisquil aura lieu à s'en libérer, car la\nscène lyrique exige des qualités plus vigoureuses Les appoggiatures « en\nvase clos» sont d'un maniement délicat dans le drame. Celles du prélude\nm'ont jeté tout droit dans Tristan. Et il est des surprises dont on revient\ndifficilement.\nLa technique orchestrale de M. Neuville est aujourd'hui consacrée par\nla plupart des critiques musicaux d'Allemagne. Il est donc inutile d'en faire\nréloge ; ces gros hommes le savent bien.\nBref, cette symphonie d'un noble idéaliste console des bouffonneries ita-\nliennes ou du sucre candi des disciples de M. Massenet. J'avoue que la for-\ntune du drame m'intéresse peu : l'œuvre arrive trop tard, trop près de\nPelléas. — Mais elle a encore une belle carrière à fournir en combat-\ntant pour le droit divin de « Musique ».\nL'interprétation est mauvaise. L'orchestre, bon.\nJ. R.\n★\n* ★\nLa princesse Glycine, dont on célèbre les fiançailles dans l'île d'Eme-\nrande, refuse net les deux prétendants à sa main, parce que, âme sensible,\nelle a été touchée par la ballade d'amour du pauvre Riquet, bateleur,poète"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.46", "texte": "188\nLE MERCURE MUSICAL I Ç-11-OÔ\n\net difforme. Glycine évanouie dans la forêt voit en rêve des couples de\npetits Riquets et de petites Glycines s'enlaçant et dansant autour d elle.\nEnfin, une fée bienfaisante, émue par ces amours ingénues, transforme\nRiquet en prince charmant, et, selon un usage séculaire, tout s ai range et\nfinit par un mariage. . ,\nM. Flon a écrit sur ce scénario une musique agreable, dont les rythmes\nfaciles bercent gentiment les auditeurs. A signaler le rêve de Glycine, d un\njoli sentiment, agrémenté d'une valse lente, charmante, une mazurka, une\nsabotière, qui fut sabotée, selon l'expression dun de nos contrères. Le\ncompositeur s'est surtout attaché à mimer musicalement les gestes et sen-\ntiments des personnages ; c'est moins un ballet qu une pantomime. J allais\noublier l'interlude symphonique séparant les deux d un phrasé très\nlarge mais un peu banal. Je reprocherais enfin une sonorité parfois exces-\nsive et peu en harmonie avec ce petit conte de fées.\nLe public a pris plaisir à ce badinage. M. Flon se laissa traîner sur\nla scène entre la princesse Glycine, MU® Sosso, et 1 affreux Riquet, bien\nagréable sous les traits de MUe Cerny.\nLe lundi 29, M. Béai nous conviait à venir entendre M. A. Mustel et\nl'une de ses élèves MHe Ncyrat, qui donnaient une audition sur les excel-\nlents harmoniums bien connus. Je ne veux pas faire ici l'éloge de ces mer-\nveilleux instruments, assez peu connus de la masse du public ; aussi est-ce\navec empressement qu'il avait répondu à l'invitation qui lui avait été faite.\nMlle Neyrat fait valoir un jeu précis et net dans le Prélude, fugue et va-\nriations de C. Franck, un menuet de Bach et la fanfare de Lemmens. Ces\ndivers morceaux sont bien rendus sur l'instrument qui traduit les nuances\nles plus délicates. La personnalité et l'originalité de l'artiste peuvent s'y\ndonner libre cours.\nM. A. Mustel nous donne quelques-unes de ses compositions. Sans au-\ncunement discuter la valeur de ces productions honorables, évidemment\npropres à mettre en valeur les ressources variées de l'instrument auquel\nétait adjoint un célesta, nous eussions préféré, pour notre part, que M. Mus-\ntel qui est un virtuose nous fît entendre des pages telles que le Prélude de\nLohengrin ou le Chœur des pèlerins du Tannhaiïser dans lesquelles nous\naurions eu l'illusion de l'orchestre.\nM. G. Beyle chante avec goût deux mélodies, de Pouget et Guilmant.\nN'ayons garde d'oublier dans la partie ingrate du piano Mlle Magnin, qui\nfit preuve d'un talent sûr et éprouvé, mais qui dans la mélodie : « Ce que\ndit le silence », de Guilmant, accentua les basses de l'Erard pour des rai-\nsons qui m'échappent.\nEnfin le public put apprécier toute la puissance de l'instrument dans\nla Marche nuptiale du Conte d'Avril de Widor.\nSoirée agréable et peu commune où, pour notre compte, nous avons été\ncharmés et surpris des ressources d'expression qu'offre un pareil instru-\nment.\nA. G.\n\nCOURRIER DE MANCHESTER\n\nLa soirée de cette semaine chez Richter a été consacrée à Berlioz : ou-\nverture du Roi Lear. La Captive. Fragments de Roméo et Juliette. L'inter-\nprétation a été pitoyable. Pas plus l'orchestre que les solistes n'ont cherché\nà pénétrer l'esprit d'un compositeur qui ne leur est pas familier. Et ceci"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.47", "texte": "LA REVUE DE LA QUINZAINE\n189\n\nnous explique pourquoi les mêmes œuvres reviennent souvent aux pro-\ngrammes des concerts c'est que, comme le public, les exécutants\nmettent longtemps à comprendre une nouvelle chose. Ils bien\nque ce qu'ils ont ressassé. O Darwin ! aurais-tu raison?\nNous craignons aussi que le Dr Richter ne se laisse aller à quelque doux\naccès de far-niente (et c'est bien naturel, il a tant à faire !) lorsqu'il s'agit\nd'introduire en Angleterre quelque chose qui n'est pas allemand.\nLes programmes de musique de chambre sont d'une désolante monoto-\nnie. Seul le Dr Kendrick Pyne à ses récitals d'orgue hebdomadaires fait\nconsciencieusement entendre deux ou trois morceaux français. Il n'est pas\ntoujours très judicieux dans son choix, mais sachons-lui gré de ses efforts.\n\nElizabeth D'Irvel.\n\nCOURRIER DE BERLIN\nUn Passant.\nLe 27 janvier, anniversaire de naissance de l'empereur. Tous les maga-\nsins ont remplacé leurs étalages techniques par des sortes de petits autels\nlaïques, ornés de bougies, de fleurs, de feuillages, et que domine la statue\nen plâtre du souverain... Sous la pluie qui ne fait pas grâce un instant, le\npopulaire en habits de fête et les soldats en pompeux uniformes défilent et\nconstatent que rien n'a changé dans les rites des bons commerçants ber-\nlinois.\nLes Académies se sont réunies pour chanter la louange de Mozart, mort\ndepuis si longtemps que sa réputation ne fait ombrage à personne. On re-\nmercie Dieu officiellement par un Te Deum... dû à la plume non\nmoins officielle de Kiel... A cette musique... gouvernementale, combien\nje préfère les plantureux programmes d'un Edouard Risler offrant au\npublic treize sonates de Beethoven (en trois séances), ou d'une Eisa\nRiess passant dans un seul concert une revue du lied depuis Beetho-\nven jusqu'à Behm en passant par Brahms et Flagny et les interprétant avec\npiété artistique rare, ou d'une Lily Lehman, la grande doyenne des chan-\nteuses, s'en tenant à Schumann et à Franz qu'elle rend si plastiquement\nque les auditeurs émerveillés voient passer devant leur imagination les\ndélicieuses peintures qu'ont évoquées les auteurs,... de duettistes comme\nFranz et Magda von Dulong dont les voix se marient avec un fini d'exécu-\ntion et un art de nuances tel qu'on n'en peut avoir aucune idée si on ne les\na entendus."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.48", "texte": "190\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-06\n\nCORRESPONDANCE\nC. F. Kahnt Nachfolger.\nM. Kahnt, éditeur à Leipzig, 27, Nurnbergstrasse, nous adresse la lettre\nsuivante, que nous insérons bien volontiers :\nMONSIEUR LE DIRECTEUR DU « MERCURE MUSICAL ».\nLeipzig, 2 février 1906.\nMonsieur le Directeur,\nCest toujours avec grand intérêt que nous lisons régulièrement le Mercure\nMusical, qui nous donne des nouvelles importantes de la vie musicale dans votre\npays et ailleurs.\nDans le numéro du ler courant nous trouvons une correspondance de la plume\nde votre collaborateur à Munich, M Marcel Montandon, qui dit, page 137, con-\ncernant les concerts de la Société chorale Porges :\n« C'était cette fois le Prornéthee de Liszt avec la musique de scène écrite pour\nle Prométhée délivré de Herder lors de l érection de sa statue à Weimar en\n1850, et que l'on n'entend jamais. »\nQuant à cette dernière remarque, nous avons l'honneur de vous dire que\nM. Montandon a bien tort Heureusement le Prométhée nest pas oublié, mais\nest exécuté chaque année plusieurs fois en Allemagne et en Autriche, et ces exé-\ncutions ont toujours un grand succès Dernièrement, en décembre 1905 s on l'a\nexécuté à Dresde ; dans cette saison on le monte à Bernburg Reichenberg et au\nSchlesichem Musikfest à Gôrlitz au mois de juin.\nNous regrettons beaucoup qu on ne connaisse pas cette belle musique en\nbrance, et pour l'introduire chez vous nous avons publié une édition avec paroles\nfrançaises, dont nous avons envoyéla partition pour piano et chant à M. Demets\nle 17 janvier dernier, en le priant de nous prêter son assistance, attendu que nous\nn'avons pas de relations avec vos grandes Sociétés chorales.\nF\\ous vous sciions bien obliges si vous vouliez bien en dire un mot dans votre\nrevue, pour faire connaître Védition française au public.\nRecevez, Monsieur, nos salutations empressées.\n\nECHOS\nCamille Chevillard.\nintente cordiale M. Franck Ghoisy, éphore du Conservatoire d'A-\nthenes, a demande a différents chefs d'orchestre s'il fallait ou non diriger\npar cœur, et comment, en ce cas, on pouvait donner les départs justes dans\ncertains cas difficiles, par exemple à la fin du Scherzo de la Ve Symphonie\nde Beethoven. Voici les réponses de deux hommes d'une autorit/sensible-\nment égalé en la matière î\n« ... Pour ce qui est du célèbre crescendo Symphonie ut\nomp cld mesuies pour faire signe aux seconds violons et 16 pour les premiers.\nprïZ'ZX. Tf'\"\" Pro*id\"\" de mime '»' \"■'« >««*•*"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n191\n\n(( ... Ce passage ne ma jamais semblé une difficulté de direction par cœur :\nquant à compter les mesures... c'est un expédient digne des chefs d'orphéons et\nde fanfares, mais que jamais aucun musicien n'a, je pense, songé sérieusement à\nemployer !... » VINCENT D INDY.\nComment M. t ranck Choisy, éphore du Conservatoire d'Athènes, fera-\nt-il pour s'y reconnaître ?\nAvis. Nous recommandons particulièrement à nos lecteurs les con-\ncerts de Mlle Thérèse Roger, de MM. Feuillard et Willaume, de M. Théo\nDelacroix, et de M. Julius Isserlis, jeune et prodigieux pianiste russe.\n(Voir le Calendrier des concerts.)\nLe Havre. Un groupe d'artistes peintres, sculpteurs, musiciens, d'ar-\nchitectes, de littérateurs et d'amateurs d'art, attirés par une sympathie com-\nmune pour les tendances artistiques modernes, vient de se fonder dans\nnotre ville, dans le but de faciliter les manifestations d'art personnel en\norganisant des expositions d'art, des concerts de musique de chambre, et\ndes conférences de vulgarisation artistique.\nLe Conseil de direction est présidé par M. Choupay, architecte en chef\nde la ville du Havre, avec pour secrétaire M.-G. Jean Aubry et pour tré-\nsorier M. J. Ausset,\nLyon. Mlle Andrée Lorec, des Concerts Colonne, vient d'interpréter\navec beaucoup d'agrément et de goût les Chansons canadiennes, si joliment\nharmonisées par notre spirituel collaborateur Emile Vuillermoz.\nQuatuor Parent. Les Miroirs, de M. Ravel, seront joués par R. Vines\nà la séance du 2 mars.\nAuditions d'élèves. A la salle Pleyel. le 27 janvier, première matinée\ndonnée cette saison par les cours Chevillard-Lamoureux. Séance con-\nsacrée à la musique allemande.\nIl faudrait citer tous les numéros de cet intéressant programme, car la\nplupart de ces jeunes interprètes sont plus que des élèves, mais des ar-\ntistes.\nNotons Mlle Delcourt, le magnifique contralto qui obtint un triomphe\nmérité avec Actus tragicus, de Bach Mlle Labarthe, superbe interpréta-\ntion du grand air d\"Obéron —Mme Hermann, absolument parfaite dans des\nmélodies de Brahms. A remarquer un intéressant fragment du Freyschiitç,\npar Mlles Periilard et Pelette. L'air de la Fête d'Alexandre, par Mme Fer-\nnand Depas. Puis de ravissantes mélodies de Félix Weingartner par\nMlles Emma Grégoire et Bertha Haas.\nNous oublions encore de très bons numéros...\nL'excellent professeur, Mme C. Chevillard, communiqua une émotion\nprofonde à tout son auditoire avec Wonne der Wehmut, de Beethoven,\nPauvre Pierre, de Schumann, et Le pèlerinage de Kevlar, de Félix Wein-\ngartner.\nIl n'est pas possible de joindre à une parfaite science vocale plus de\nsimplicité d'interprétation et d'intensité de sentiment.\nOn reconnaît la belle école d'art pur et vrai qui a déjà formé des élèves\ntels que l'admirable interprète du Faust de Schumann : M. Louis Frolich,\ndevenu précieux collaborateur comme professeur aux cours Chevillard.\nN'oublions pas de noter le grand succès remporté par l'archet de maître\nde M. Hermann, dans Passacaglia de Hândel ainsi que celui obtenu avec\nune de ses élèves du cours d'accompagnement dans un Allegro de Mozart.\nA de tels artistes s'adjoint un merveilleux collaborateur, l'accompagna-\ntrice Mme Madeleine Raff, de qui nous avions applaudi des élèves du cours\nde piano."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060215-01.1.50", "texte": "192\nLE MERCURE MUSICAL 15-11-06\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairia.\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\n\nLe sottisier musical. « Le programme comportait un concert où des\nartistes de haut talent ont charmé l'assistance. M,le de la Rouviere a inter-\nprété merveilleusement les morceaux suivants :\n« Ouverture de Léonorede Beethoven, U Apres-midi de\nDebussy, L'Absence, de Berlioz, et Phydilé de buparc.\n« Après le concert, un orchestre de 5o exécutants, sous 1 habile direction\nde M. Witkowski, a entraîné danseurs et danseuses dans des tourbillons\nde valse folle et jusqu'à une heure avancée de la nuit, cette fête s est pro-\nlongée. » L'Express de Lyon, 28 janvier 1905.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nCamille Saint-Saëns : La Danse macabre, Petite partition d'orchestre,\nParis, Durand et fils.\n\nCALENDRIER DES CONCERTS.\n15 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel 4 h.\nSalle Pleyel 9 h.\n16 février. Sci lie Erard.\nSalie Pleyel.\n17 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nAgriculteurs.\n18 février. Salle Erard 2 h.\n19 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n20 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n21 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n22 février. Salle Erard.\nS îlie Pleyel.\n23 février. Salle Erard,\nSalle Pleyel.\n24 février. Salle Pleyel 2 h.\nSalle Pleyel 9 h.\nSalle Pleyel 9 h.\n25 février. Salle Erard 2 h.\n26 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\n28 février. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle Pleyel.\nM. Isnardon (élèves*.\nInstruments à vent.\nMme Jane Arger.\nMme Marty.\nMme Alice Goguey.\nMme Th. Roger.\nSociété Nationale.\nM. Julius Isserlis.\nMme Girardin-Marchai élèves).\nMme Veyron Lacroix.\nM. Joseph Debroux\nMM. Feuilîard et Willaume\nM. David Blitz.\nM Victor Staub.\nMme Monteux-Barrière.\nSociété chorale d'amateurs.\nM. Daniel Herrmann.\nMlle Gapoccetti.\nMrae M. Bétille.\nMme G. Ghevillard (élèves).\nMlle H. Laye.\nMlle d'Albas et M. J. Dumas.\nM. Dimitri (élèves).\nMme Schuîtz-Gaugain.\nM Théo Delacroix\nMlle Henriette Picot.\nM. F. Mazzi.\nQuatuor Calliat."}]}