{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_sha256": "93388b8647c3957fcb233b8e76e1bcae42573f59754a1703876bc1e1a2f0c49e", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/03/01_01/bmtnabh_1906-03-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/03/01_01/bmtnabh_1906-03-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.1", "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 1170, "texte": "Sommaire\nCH. LEANDRE A/awr/ceZ)wmeym7(Croquisd'albuminédit).\nLOUIS LALOY Paroles\nARMANDE DE POLIGNAC. Pensées d'ailleurs.\nEMILE VUILLERMOZ. Le Dictionnaire.\nWILLY Musique de chambre.\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis Laloy,Ch. Chambellan,C. de Malaret, Raymond Bouyer,Jean Poueigh,\nJoseph Trlllat : Les Concerts. Raymond Bouyer :\nC. C. : Les Revues. Ch.-M. Lœffler : P. M. :\nLa Musique à Dijon. Albert Bazaillas : La Musique à Bordeaux. A. B. :\nCourrier de Reims.— L. Perny : Courr Paul Dubot :\nJean Rage : Simples avis. Correspondance. Échos. Publications\nrécentes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.2", "titre_corps": "PAROLES SUR CLAUDE DEBUSSY", "titre_sommaire": "PAROLES SUR CLAUDE DEBUSSY", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "PAROLES SUR CLAUDE DEBUSSY\n\nY\nDevant un programme qui promet d'aussi rares merveilles,\nje serais impardonnable de faire durer votre attente. Et d'ail-\nleurs les œuvres que vous allez entendre n'ont besoin, pour être\nsenties, de nulle exégèse préventive ; il n'est point nécessaire\nd'en isoler et d'en étiqueter avec minutie les motifs caractéris-\ntiques, puis de faire jouer par avance le mécanisme de leurs\ncombinaisons, renversements et travestissements variés. Leur\nbeauté est toute en elles-mêmes, et non dans le calcul, la prémé-\nditation et la théorie ; on peut les goûter sans rien savoir des\nintentions de leur auteur, ni de ses opinions philosophiques,\nesthétiques et sociales, et je crois même sans rien connaître de\nla musique : il suffit pour celad'un cœur pur et d'une oreille sin-\ncère. Je n'ai donc pas la prétention de me faire votre guide, de\ndicter vos jugements et de solliciter vos impressions ; je veux\nseulement essayer de saisir, et de dégager en quelques mots\nl'esprit général d'une œuvre dont un heureux choix d'exemples\net un heureux concours de talents va vous permettre d'apprécier\nles vertus essentielles.\nCet esprit peut se définir d'un mot, que j'ai un plaisir singu-\nlier à prononcer aux jours où nous vivons : c'est un esprit de\nliberté. Mais ce mot lui-même demande quelques éclaircisse-\nments, car il prête à bien des méprises. Nous sommes accoutu-\nmés de confondre liberté et révolution. Nous croyons volontiers\nque seule la lutte contre une obligation acceptée jusque là\n\n(i) Prononcées le 6 février,avant le concert donné par Mme Camille Four-\nrier avec le concours de MU« Lucienne Bréval et de MM. A. Delacroix, Jean\nPerier, A. Petit et R. Vines."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.4", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "témoigne de notre indépendance, et que l'homme libre ne peut\nêtre qu'un destructeur. La liberté dont j entends pal ei ici n a\nque faire de défier des maîtres qu'elle ne connaît pas, ou de rui-\nner une autorité dont elle n'est pas craintive, ny ayant jamais\nété asservie. La musique de Claude Debussy ne vous montrera\nrien des sombres ardeurs, des protestations, piovocations et\nrevendications d'un Berlioz ou dun Hugo, deux révolution-\nnaires qui n'ont passé leur vie à maudiie la tradition classique\nque pour n'avoir jamais pu se soustraire a sa tyiannie. Tout est\nspontané ici ', rien n'est imposé, rien n est inteidit, nulle profes-\nsion de foi, nul principe absolu, nulle doctrine. Et de là cette\npremière conséquence, que la laideur est bannie.\nIl arrive fréquemment en effet, dans la laborieuse musique de\nnos jours, que l'auteur a l'air de dire : « Je vous demande bien\npardon; ce que je fais là n'est pas très beau. Croyez bien que je\nm'en rends compte tout comme vous. Mais il faut absolument\nque j'amène ici mon second thème par-dessus le premier \\ et\ns'ils jurent et sacrent d'être ensemble, je n'y puis rien changer.\nEt ici je sais bien que la présence de cette note fait crier furieu-\nsement un accord qui sans elle serait assez harmonieux. Malgré\ntout mon désir de vous être agréable, je ne la retirerai pas ce-\npendant. Car ma trente-neuvième mesure serait alors en tout\nsemblable à la soixante-dix-septième ; chose que mon esthétique\nm'interdit formellement. » Vous ne trouverez rien de tel chez\nDebussy. Lorsque deux thèmes ne sont pas faits pour s'enten-\ndre, il les laisse courir chacun de son côté ; et si un accord doit\nse répéter, il ne le défigure pas pour éviter le reproche de mo-\nnotonie. Aucune règle ne peut justifier à ses yeux une difformité ;\nil n'est pas une note, pas une mélodie, pas une sonorité dont il\nn'exige, avant de l'admettre en son œuvre, la plus parfaite eupho-\nnie. C'est pourquoi sa musique ne fait jamais mal ; elle peut\naffliger les cœurs, non les oreilles, et garde jusque dans le deuil\nle plus profond un air non pas certes de joie, mais je dirais vo-\nlontiers de bonheur, en entendant par ce mot non l'heureux\nconcours des événements, mais, comme les Anciens, l'heureuse\ndisposition d'une âme bien née, dont la souffrance encore est\nharmonieuse et douce, plus touchante par cela même qu'elle\nne nous fatigue pas de ses cris.\nC'est en effet, et avant tout, une musique bien née que la\nmusique de Debussy. Elle a reçu en partage une grâce ingénue,\net son regard est celui des yeux de Mélisande, ces yeux plus\npurs que les yeux d'un agneau, où l'on dirait que les anges du\nciel célèbrent sans cesse un baptême. Et il n'en pouvait être\nautrement, la liberté, telle que je l'ai définie, étant le privi-\nlège exclusif des âmes très élevées. De même en effet qu'une"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.5", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "morale rigoureuse, armée de commandements précis, est néces-\nsaire au commun des hommes, et devient inutile seulement à\nqui trouve en soi des motifs de bien agir en toute occasion, de\nmême les règles de l'art, au lieu de gêner le travail créateur, le\nsimplifient au contraire, une fois passé le premier apprentis-\nsage, et le mettent à la portée des esprits ordinaires en dimi-\nnuant la part de l'invention personnelle. Dire qu'un sonnet\nsans défaut vaut seul un long poème, c'est répéter une solen-\nnelle absurdité. Trois strophes d'une forme personnelle sont\ncapables de beautés bien plus hautes que celles d'un sonnet,\nparce qu'elles donnent vie à un rythme nouveau. Et pareille-\nment, en musique, la fugue d'école, malgré sa réputation terri-\nfiante, est un exercice très facile ; il existe, et en nombre, d'ho-\nnorables professeurs, directeurs ou anciens directeurs de con-\nservatoires qui se sont illustrés aux concours par des fugues\nparfaites, et n'ont jamais pu écrire une seule ligne de musique\nréelle; c'est que pour satisfaire aux règles de ce genre il n'est\npas besoin d'être musicien; il suffit de posséder un certain\nmétier qui travaille de soi-même, et, si on lui confie un motif,\nrend une fugue avec son contre-sujet, ses expositions, divertis-\nsements et strettes aux places légitimes. Les formes moins sco-\nlastiques, telles que la sonate, présentent déjà plus de difficultés\nen raison même de la tolérance de leurs lois; encore le plan\ngénéral est-il déterminé d'avance, et il est possible, avec un peu\nde goût et beaucoup de travail, de terminer une sonate ou\nmême une symphonie sortable; je veux dire ni meilleure ni\npire que celles qui naissent et meurent presque chaque jour\nautour de nous. Mais ce qui sera toujours impossible, sauf\naux authentiques enfants d'Harmonie, ce sera d'écrire valable-\nment une musique libre, comme celle de Claude Debussy; une\nmusique qui se joue à sa guise, tantôt dans la sage probité de\nla gamme diatonique, tantôt dans les délicates atténuations du\nchromatique, ou dans la lumière égale de ces gammes à grands\nintervalles dont les asiatiques vous offrent un mira-\nculeux exemple; une musique qui tresse avec des quintes, des\nseptièmes, des neuvièmes, et autres intervalles plus insolites,\nmais également naturels, une harmonie toute fraîche, et qui\nenfin, rebelle aux segmentations du développement classique,\nfait sortir les motifs les uns des autres par une sorte de ger-\nmination, comme les magiciens de l'lnde font naître d'une\ngraine, en quelques instants, une plante entière avec ses fleurs\net ses mille rameaux. Ce qu'il faudra ici, c'est autre chose que\nde la science, et plus que du goût; c'est un instinct si délicat,\nune si sûre et profonde intuition, qu'on peut sans crainte\nparler de génie : une telle musique devra être faite de génie, ou"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.6", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "n'être pas. Son auteur puise à même la nature ; aucune règle\nne lui garantit l'unité ou l'efficacité de son œuvre; mais un\npouvoir divinateur lui révèle à tout instant 1 affinité secrète qui\nunit une note à une note, un accord à un accord, une mélodie\nà une mélodie. Ainsi entendue, la musique est l'art des rela-\ntions mystérieuses et des correspondances inexpliquées ; elle\nse voue à un perpétuel sortilège et assume un pouvoir magique\nque Debussy lui confère en effet. Nul homme ne s'est jamais\nrévélé plus apte à entendre les voix de la nature et à démêler\nses vastes harmonies, bruits confus pour le reste des mortels;\nnul n'a vécu en communion plus intime avec l'univers.\nEt c'est pour cela que les spectacles naturels sont si mer-\nveilleusement évoqués par lui, jusqu'en leurs plus fugaces appa-\nrences et leurs plus délicats reflets; c'est pour cela aussi qu'ils\nne lui donnent jamais de terreur. Vous allez en avoir un exemple\nfrappant dans ce troisième tableau de la qui sera exécuté à\nla fin du concert d'aujourd'hui. Le sujet de ce tableau est une\ntempête, mais remarquez ce titre :\nC'est que là où nous ne percevons qu'un fracas gigantesque et\nétourdissant, Debussy entend une conversation, un colloque de\nvoix surhumaines qui restent harmonieuses en leur tumulte, et\nrient et se lamentent tour à tour. Il ne faut donc pas, comme on a\nfait, lui reprocher de ne pas avoir peint une mer assez effrayante.\nAvoir peur, c'est ne pas comprendre ; l'initié ne peut connaître\nla peur; les éléments sont ses amis, et il s'aventure fraternelle-\nment parmi leur apparente colère.\nAvec la même tranquille assurance, la même tendresse à la\nfois pieuse et familière, vous le verrez descendre dans les ténè-\nbres, pour lui lumineuses, du monde intérieur. Ecartant le\nvain appareil de nos conventions, de nos raisonnements arbi-\ntraires et de nos devoirs factices, il va jusqu'aux solitudes où\nrègne l'instinct plus sûr que la raison, où vit notre âme véri-\ntable, cette âme dont le langage naturel, comme l'a vu Maîter-\nlinck, est le silence; et de ce silence il fait une musique. Telle\nest, vous le savez, la beauté unique, inespérée et inoubliable de\nPelléas, que le musicien a su y exprimer justement ce qui ne\npouvait se dire, et nous rendre partout sensible et présent le\nmystère des consciences. Vous retrouverez cette beauté dans\ntoutes les œuvres où il aura voulu traduire des sentiments\nhumains. Lune vous donnera la mélancolie intense qui saisit\n1 âme devant un coin de paysage très simple : l'ombre des\narbies dans la rivière embrumée. Une autre, Hommage à R&~\nm eau, diia la pieuse admiration du maître d'aujourd'hui pour\nson lointain précurseur, et ce << tombeau en musique » est digne\nd etre compaié, pour sa tristesse sereine, aux plus belles"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.7", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "offrandes funèbres que l'art grec nous ait laissées. Ailleurs,\ndans les Chansons de France, vous reconnaîtrez la grâce un peu\nraide et le demi-sourire légèrement contraint d'âmes gauches\nencore, et pourtant très raffinées. Les Chansons de Bilitis,\ntoutespaïennes, vous peindront la volupté de l'attente, plusdouce\nencore que le plaisir, ou le rêve ardent et fou d'un mysticisme\ncharnel, fait pour émouvoir jusqu'en ses racines tout être digne\ndu nom de vivant. Ailleurs enfin, dans les Chevaux de Bois, ou\ndans l'lsle Joyeuse, ou dans cet extraordinaire Mouvement, vous\nserez ébloui d'une joie dont le secret semblait bien perdu pour\nnous : celle des Faunes dansants au soleil ou des Nymphes qui\ns'ébattent, insoucieuses du Satyre.\nJe crois avoir assez montré qu'une telle musique a le droit\nd'être libre, et de se montrer infidèle aux conventions les plus\nrespectées jusqu'à ce jour, en y comprenant celles de la gamme\ndiatonique, qui est comme le symbole religieux de la musique\nd'Europe, de l'harmonie traditionnelle, qui en figure la morale,\net du développement classique, qu'on en pourrait appeler la\npuérile et honnête civilité. Elle a ce droit, parce que sa fan-\ntaisie n'est du tout arbitraire, mais exprime de primordiales\nvérités, inaccessibles à l'entendement humain; par elle nous\nsont révélées et la vie des choses et notre propre vie. Elle\nnous ramène à un état d'innocence, de pureté et de limpidité\nabsolues, où la notion même du mal n'existe pas encore,\naucune règle n'ayant été imposée. « Avant la faute », telle\npourrait être sa devise, et tel est le sens des mystères musi-\ncaux qui vont être célébrés devant vous. J'espère qu'en raison\nde sa bonne volonté, vous n'en voudrez pas trop à l'indiscret\ncauseur qui vous a retenus aux portes de ce Paradis terrestre.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c005", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.3", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 641, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nCONVERSA\nLE SPECTATEUR.\nToujours les mêmes enthousiasmes?\nLE CRITIQUE.\nJe soutiens ma lutte loyale pour mes principes.\nLE SPECTATEUR.\nLoyale envers qui ?\nLE CRITIQUE.\nEnvers le beau.\nLE SPECTATEUR.\nQu'est-ce que le beau ?\nLE CRITIQUE.\nDans mon cas, le beau c est la musique que nous sommes\ncon\\enus d appeler bonne, autrement dit la musique d'un\nniveau supérieur.\nLE SPECTATEUR.\nLa musique n'existe pas.\nLE CRITIQUE.\nComment cela ? Êtes-vous sourd ?\nLE SPECTATEUR.\nPas tant que vous.\nLE CRITIQUE.\nJ admets que la musique ait bien des défaillances, mais\nenun, la preuve qu'elle . existe, c'est que nous l'avons ima-\nginée."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "LE SPECTATEUR.\nC'est ici votre erreur ; vous ne l'avez pas imaginée. Vous\navez trouvé par hasard des instruments que vous avez\nperfectionnés et vous avez fait de la musique pour les instru-\nments.\nTous les jours il y a eu plus d'instruments divers, et tous\nles jours il y a eu de nouveaux amalgames de ces instruments,\net votre musique est une science d'expérimentation instrumen-\ntale. Sans le piano il n'y aurait pas eu de traits, de roulades\nrapides, sans les voix il n'y aurait pas eu de contrepoint. C'est\ncomme si je disais que Dieu existe parce qu'on a fait des bons-\nhommes en bois ou peint un œil dans un triangle. Si la\nmusique existait, vous n'auriez pas besoin de la faire, vous\nauriez à la trouver et vous devriez la chercher. Mais c'est par\nla voie expérimentale, en commençant par un chalumeau à\nquelques trous, ou par quelques prières psalmodiées que\nvous êtes arrivés à vos grandioses cacophonies, et ce que\nvous appelez musique n'a abouti qu'à des instruments.\nLE CRITIQUE.\nC'est par intuition de la musique que le pâtre a eu l'idf'\nde souffler dans un roseau.\nLE SPECTATEUR.\nCela se peut, comme il se peut aussi qu'ayant produit un\nson, soit par désœuvrement, soit pour imiter quelque cri de\nbête, il ait voulu renchérir.\nMais en admettant un cas d'intuition, il ne suit pas qu'il\nait plus reproduit la musique que l'œil dans le triangle ne\nreproduit Dieu.\nCeci est un symbole, me direz-vous ; la musique sans doute\naussi ?\nLa preuve qu'elle est très factice, c'est que vous avez dû en\ncréer toutes les lois, lesquelles lois n'étaient pas plus tôt\nappliquées qu'il a fallu les modifier, sinon les changer radi-\ncalement.\nDe même que le langage et l'ouïe sont les plus grandes\nbarrières entre les hommes parce qu'ils empêchent leurs âmes\nde communiquer intuitivement, de même la musique après\nlaquelle vous courez vous empêche de reconnaître ou d'en-\ntendre la vraie.\nLE CRITIQUE.\nMaintenant mettez-vous pour une fois sur mon plan et"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.10", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "admettez que nous ayons de la musique, me blâmez-vous d'y\ndéfendre mes idées ?\nLE SPECTATEUR.\nJe trouve que vous n'avez ni tort ni raison, car— il n'est pas\nbesoin de vous le dire cela ne sert à rien et vous êtes libre\nd'employer votre temps à votre guise.\nLE CRITIQUE.\nC'est que, bien au contraire, la lutte sert à quelque chose ; l'on\narrive à diriger sensiblement le goût du public.\nLE SPECTATEUR.\nQuel avantage y a-t-il à cela pour vous ou pour le public?\nCar vous devez admettre que la musique est une distraction,\net du moment qu'elle atteint ce but, elle n'a par elle-même pas\nd'importance. Que vous importe qu'un monsieur ayant faim\nmange un morceau de pain ou une pomme de terre ?\nLE CRITIQUE.\nL'avantage, c'est d'arriver à développer au plus haut point\nla musique, les facultés latentes chez les musiciens et à les\nfaire avancer, aidés par la bonne volonté du public qui n'en-\ntrave plus le progrès par la force d'inertie.\nLE SPECTATEUR.\nQuel avantage voyez-vous encore à cela ?\nCar, encore une fois, c'est vous qui entravez alors la mu-\nsique dite mauvaise, et vous transférez simplement le succès\nd'un musicien à un autre.\nLE CRITIQUE.\nL avantage suprême de trouver des sensations de plus en plus\nraffinées et intenses. 5\nLE SPECTATEUR.\nC est ici votre grande erreur et c'est ici que je vous attendais.\nLes sensations sont en nous et ne viennent pas du dehors.\nL exotique n'a qu'une valeur approximative.\nL homme qui aime une valse d'orgue de Barbarie est plus\ngrand que celui qui admire une symphonie de Beethoven.\nNous cherchons au loin les sensations et les moyens de les\nproduire, alors qu elles sont là tout près de nous et que nous\nne voulons pas les voir. Car tout est en nous et tout vient de\nnous. Redevenons comme les petits enfants. Non, les rythmes"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.11", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "et les battements de mains des sauvages ne sont pas des choses\nbarbares, mais peuvent être aussi bien le foyer d'une belle\némotion. C'est à nous de voir la beauté et la grandeur dans\nune chose simple, et ce n'est pas en empilant des mélodies les\nunes sur les autres que vous ferez une musique plus rappro-\nchée de votre âme. Nous nous éloignons de nous-mêmes en\ncourant après ce que nous croyons être la clef de la sensation\ntoujours suraccrue. La clef est dans notre cœur. Ouvrons nos\noreilles à la séduction d'un timbre, d'un rythme de trois notes,\nd'un air dans la gamme à cinq tons.\nDans la nature, la limite des choses est embrouillée et con-\nfuse ; il faut rester dans le milieu pour garder une forme. Les\ndemi-tons sont des intervalles trop petits, et déjà nos oreilles\nperverties demandent les quarts de ton. Que dirait-on d'un\narchitecte jetant à la ronde de son édifice des pierres de plus\nen plus espacées pour simuler le relâchement dans la vibration\ndes atomes à mesure que l'on s'écarte du centre ?\nRestons près du corps. La complication ne mène à rien dans\nla musique, parce qu'elle ne rayonne pas autour d'un centre,\nmais marche dans une direction. On peut toujours partir, mais\non n'arrive nulle part.\nVous êtes destinés à d'éternelles circonvolutions. Vous accu-\nmulez des dissonances, et vous n'êtes pas encore arrivés à\nfaire celles de vos ancêtres en musique. Celles-là choquent\nencore beaucoup d'entre vous. Et lorsque vous y serez, ce sera\nprobablement la tierce majeure qui retombera au rang de\ndissonance, ce qui ne serait pas si illogique, étant donné qu'un\ndes premiers harmoniques d'ut est bémol, et un des premiers\nharmoniques demi naturel, si naturel, si le mot « dissonance »\nn'était dépourvu de sens dans le système musical.\nDu temps de Mozart on se mouvait au milieu d'accords\nparfaits, puis une dissonance passagère venait émotionner\nd'une agréable surprise ', tout se calmait de nouveau, et l'on\nretrouvait avec délices le flot de consonances. Maintenant\nc'est la même chose à l'envers. On se meut dans un flot\ncharmeur de dissonances (toujours dans la vieille acception\ndu mot), et un accord parfait vient surprendre avec un petit\nchoc inattendu, puis on se laisse aller de nouveau dans la\nnébuleuse reposante.\nAu lieu de s'ingénier à produire du bruit, on devrait chercher\nle silence. On le trouve parfois au milieu d'un grand lac, et\nencore n'est-il que relatif. Mais lorsqu'on a goûté à ses délices\nd'infinité, que peut-on rêver d'autre ?\nOui, la vraie musique c'est peut-être le silence absolu.\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c006", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.4", "titre_corps": "LE DICTIONNAIRE", "titre_sommaire": "LE DICTIONNAIRE", "signature_source": "Émile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "LE DICTIONNAIRE\n\n« Je vous ai convoqués, Messieurs, commença le président de\nla docte commission, pour vous soumettre un cas de conscience.\nDepuis que la Chambre syndicale des Beaux-Arts nous a con-\nfié le colossal labeur d'un grand Dictionnaire biographique et\ncritique des musiciens français des xixe, xxe et xxie siècles,\nnotre tâche s'est poursuivie sans incidents. Grâce à votre science\néclairée et à vos patientes recherches, chaque article de cette\nénorme encyclopédie musicale fut rédigé sans discussion, et\nnous venons d'épuiser la lettre A avec une rapidité inespérée.\nMais l'excellence de notre méthode et le précieux appoint de vos\ncollaborations ne sauraient écarter de notre route tous les ob-\nstacles inhérents à une aussi grandiose entreprise. Avec la\nlettre B les difficultés commencent. Je viens de collationner les\nrapports que vous m'avez remis lors de notre dernière séance,\net j'en ai été si profondément troublé que j'ai cru de mon\ndevoir de vous réunir et de provoquer une discussion immé-\ndiate sur un article litigieux.\nJe vous rappelle que le dernier ordre du jour comportait les\nrecherches habituelles de biographie, de critique musicale et\npsychologique, de bibliographie et d'iconographie sur le nom\nBERLIOZ, Louis-Hector, 1803-1869. J'avoue avoir été surpris\ndès 1 abord en recevant d'énormes rapports et dossiers sur un\nauteur totalement oublié et dont, à ma connaissance, je n'ai\njamais entendu exhumer une seule œuvre par nos Syndicats\norchestraux. Mais la lecture de vos notes ne fit qu'augmenter\nma stupeur et me démontra l'urgence de mettre en commun\nvos lumières sur cette étrange question. Je résume le résultat\nde vos recherches. Berlioz (Louis-Hector) serait un composi-\nteur de 1 école dite « romantique », qui florissait il y a bientôt\ntrois cents ans. Les œuvres et la personne de ce musicien sem-\nblent avoir provoqué pendant tout le xixe siècle un indiscu-\ntable mouvement de curiosité et d'intérêt. Un nombre incalcu-\nlable de volumes, d'études et d'articles fut publié à l'époque\nsur cet auteur dont nous nous expliquons mal l'importance.\nL abondance inouïe de ces documents nous a permis de ressusci-"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.13", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "ter cette figure oubliée et d'en réaliser une saisissante évocation.\nMais les résultats de vos travaux sont parfois contradictoires.\nCertains d entre vous ne sont pas éloignés de tenir ce Berlioz\npour un compositeur injustement méprisé 5 d'autres affirment\nque les textes ont été mal interprétés et que Berlioz fut un litté-\nimagination assez puissante pour qui la musique ne\nfut qu un passe-temps d amateur 5 d'autres estiment que ce fut\nsimplement un mauvais plaisant, ce que nos bons aïeux appe-\nlaient un « humoriste », une sorte de plaisantin à froid, un\nmystificateur de génie, tournure d'esprit assez fréquente en ces\ntemps heureux. Enfin, quelques-uns assurent que Berlioz n'a\njamais existé et ne veulent voir dans cet étonnant fantoche\nqu'un symbole, un héros de légende, un être représentatif et\nallégorique, une figure artificielle autour de laquelle on s'est\nplu à concrétiser tous les traits du tempérament « romanti-\nque » et qu'on s'est peu à peu habitué à traiter en créature\nvivante et non en entité, ainsi qu'il en advint par exemple à\nDon Quichotte et à Hamlet, prince de Danemark.\nDans ces conditions, il m'était impossible d'inscrire immédia-\ntement le nom de ce Berlioz dans notre encyclopédie qui, aux\ntermes du règlement que nous avons adopté, ne doit compren-\ndre que des compositeurs d'indiscutable valeur et ayant col-\nlaboré de façon effective à la vie musicale de leur siècle. Je\nvous soumets donc ce conflit imprévu, et, pour éclairer le vote\nque vous serez appelés à rendre àla fin de cette séance, je dé-\nclare la discussion ouverte. »\nLe président s'étant rassis, un membre de la commission,\nhomme court et replet, demanda la parole et proféra d'une\nvoix lente : « Je crois, mes chers collègues, répondre au senti-\nment général en m'étonnant de voir imposer à notre activité\nun sujet aussi mesquin que celui qui nous est actuellement sou-\nmis. Il est indiscutable que ce Berlioz reste pour l'univers en-\ntier un inconnu et que sa médiocrité certaine n'a pu résister à\nl'épreuve du temps. Je propose donc d'écarter purement et sim-\nplement de nos travaux ce personnage de trop petit renom et\nde passer à l'ordre du jour. »\nQuelques marques d'approbation soulignèrent cette déclara-\ntion*, mais un vieux musicologue se leva et laissa tomber de sa\nlongue barbe blanche les paroles suivantes : « Je supplierai,\nau contraire, mes chers collègues de vouloir bien accepter la\ntâche pénible dont on veut les décharger. Cette personnalité\nde Berlioz a tenu une assez grande place dans l'histoire du xixe\nsiècle. Le nombre des volumes amoncelés autour de ce nom\nvous l'a déjà prouvé et mes documents personnels confirment\ncette thèse. Mon grand-père fut un des élèves préférés du vieux"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.14", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "Maître Maurice Ravel qui ne s'éteignit qu en 1975, chargé d ans\net d'honneurs. Par lui il toucha à toute l'histoire du xxe siècle\net de la fin du xixe. J'ai réuni tout un dossier de ses souvenirs\nintimes et j'ai pu me rendre compte que non seulement le mu-\nsicien qui nous occupe aujourd'hui a réellement existé, mais\nqu'il a tenu, à son époque, un rang sinon mérité, du moins très\nconsidérable. Nous avons donc, me semble-t-iï, le devoir de\nsoumettre à un examen approfondi ses titres à 1 immortalité. »\nLe président mit aux voix les deux propositions et, après\nquelques hésitations, celle du vieillard chenu fut adoptée à mains\nlevées.\nUn des rapporteurs prit alors la parole. Petit et maigre, il\nessuyait nerveusement son binocle pour permettre à son œil\nd'atteindre sur son pupitre quelques notes que sa myopie lui\nrendait cruellement inaccessibles.\n« Messieurs, dit-il, cette question Berlioz est des plus com-\nplexes. Les documents innombrables que nous possédons sur\ncet homme étrange sont rédigés dans un esprit dont nous ne\npouvons comprendre les tendances. J'ai compulsé de copieux\nouvrages de certains critiques de l'époque, nommés Jullien,\nHippeau, Tiersot, Prodhomme, etc., et j'ai été stupéfait de\nl'indulgence systématique de leurs monographies. Toutes les\nproductions musicales de ce Berlioz sont déclarées géniales.\nChaque note, chaque modulation est commentée et vantée avec\nun luxe de détails qui est la chose la plus bouffonne du monde.\nLes mots de sublime, de colossal,de titanesque et de fantastique\nsont les moindres épithètes décernées à cette musique rudimen-\ntaire dont la maladresse et la ridicule enflure leur échappèrent\ntoujours. Bien plus, la vie privée de leur héros leur fut prétexte\nà tresser le laurier triomphal. Les moindres actes de son exis-\ntence sont détaillés avec un enthousiasme si disproportionné à\nson objet qu'on croit rêver en lisant ces apologies démesurées.\nCe Berlioz, qui était le type le plus accompli de ce que nos\ngrands-pères appelaient un « arriviste » ou un « bluffeur », avait\neu le soin de décrire sa vie dans plusieurs curieux volumes et\navait composé des Mémoires dont la lecture est singulièrement\ninstructive. Le mensonge intéressé y éclate à chaque ligne, les\ncontradictionsy fourmillent et la réclame la plus éhontée s'y étale\nau grand jour. Quelle que soit l'admiration que pouvait soulever\nla musique de ce singulier personnage, il semble bien que son\ncaractère ne pouvait inspirer que le mépris. Il n'en fut rien\ncependant. Berlioz fut traité en enfant gâté, et ses pires défauts\nfurent toujours excusés avec bonhomie par ces biographes\namènes et bénisseurs. Lorsque le peu scrupuleux individu était\npris en flagrant délit d'imposture, c'était son mensonge qui"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.15", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "devenait respectable et la vérité qui avait tort ! L'un de ces\ncritiques imprimait lyriquement que les mensonges berlioziens\n« étaientplus vrais que laprécision sèche à laquelle se condamne\nl'historien » ! On devine à quelles paradoxales extrémités\npouvait conduire une attitude aussi agenouillée et une aussi\nenfantine dévotion. Les résultats en furent surprenants. Si l'on\nse reporte aux journaux de l'époque on voit le nom de Berlioz\nsur tous les programmes des concerts. Un de ses opéras qui se\nnommait, je crois, « Faust damné »,ne quittait presque jamais\nl'affiche et le public acceptait sans protester cet éclatant\ntriomphe de la médiocrité. Bien plus, une sorte d'attendris-\nsement pieux entourait la mémoire de cet homme qui récolta\ndès ses premiers pas dans la carrière musicale des succès inouïs\net qui eut la suprême habileté de se poser en génie méconnu et\npersécuté. On le crut sur parole et on s'efforça de réparer la pré-\ntendue injustice de ses contemporains. J'ai voulu, par curiosité,\nMessieurs, relire quelques-unes de ses partitions. Vous ne\nsauriez croire quelle maladresse et quelle ignorance s'y décèlent.\nIl est inimaginable que ces productions de mauvais amateur\naient trouvé grâce devant une génération aussi férue de tech-\nnique musicale que l'était celle de 1910. Songez, Messieurs,\nque c'est à cette époque que se donnaient ces délicieuses vieil-\nleries qui ont nom « Pelléas et Mélisande » de Debussy ou\n« Ariane » de Paul Dukas. N'est-il pas affligeant de penser que\nces aimables partitions, qui arrivent encore à nous charmer\naujourd'hui par leur grâce désuète, voisinaient avec ce grossier\n« Faust damné » sans soulever de protestations ? On ne peut\nexpliquer une telle anomalie que par la pression formidable\nexercée sur toute une nation ingénue par les panégyristes\nexaltés de Berlioz et par les adroites légendes qu'il eut le soin\nastucieux d'attacher à son nom. Il faut faire la part, en effet, de\nl'état des esprits vers la fin du xixe siècle. Un fond d'impéria-\nlisme persistait dans l'âme de nos bons ancêtres peu familia-\nrisés encore avec la liberté. Une secrète indulgence pour les\ndictateurs avilit longtemps, vous le savez, l'âme française au-\njourd'hui si magnifiquement affranchie. Berlioz avec samusique\nvulgaire et gesticulante, et son attitude soignée de demi-dieu\ncrucifié, avait toutes les qualités requises pour être un grand\ndominateur de foules. Ainsi s'explique, à mon avis, la vogue\ninjustifiable dont ses œuvres continuèrent à jouir jusque vers\n1930 et l'oubli soudain et définitif dans lequel elles tombèrent\naprès cette date. Ce musicien médiocre et intrigant a épuisé de\nson vivant sa part de gloire; après lui, ses partisans ont pro-\nlongé le malentendu le plus longtemps possible ; nous n'avons\ndonc plus à nous occuper d'une renommée aussi vaine et aussi"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.16", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "artificielle, et je vous propose de refuser une place dans notre\nglorieux reliquaire aux restes méprisables d'un art moins digne\nd'admiration que de pitié !»\nEt, polissant son binocle d'un pouce satisfait, le maigre ora-\nteur se rassit en promenant sur l'assistance incroyablement loin-\ntaine et distante le regard brouillé et inexpressif de ses prunelles\nfatiguées.\nMais l'indulgent vieillard dont le grand-père avait connu\nRavel demanda la parole et dit :\n« J'approuve entièrement, Messieurs, le rapport de mon ho-\nnoré collègue ; mais je viens vous demander d'en atténuer lé-\ngèrement les conclusions. Ce n'est pas qu'une sympathie bien\nardente m'attire vers ce Berlioz dont on vient de vous dessiner\nla déplaisante silhouette, mais je voudrais lui voir réserver un\nautre sort que celui de l'exclusion pure et simple de notre en-\ncyclopédie. J'ai déniché un vieil ouvrage, aujourd'hui introu-\nvable, qui traite toute cette question Berlioz avecune souveraine\nmaîtrise. Il est intitulé « La jeunesse d'un romantique »et signé\nAdolphe Boschot. Ce livre est prodigieusement attachant. C'est\nle seul qui ait introduit dans le débat des éléments de vérité.\nC'est lui qui a jeté bas l'échafaudage de mensonges dont Berlioz\navait étayé le monument fragile de sa gloire. C'est lui qui a\nosé dévoiler les bassesses de l'homme et les vilenies de l'artiste.\nC'est un livre bienfaisant. Je sais ce que vous pouvez me dire:\n« il ne faut pas chercher l'homme derrière l'artiste », et vous\navez parfaitement raison. C'est un préjugé ridicule que celui qui\nconsiste à étendre à la vie privée d'un poète, d'un sculpteur ou\nd'un musicien la sympathie née au contact de leurs œuvres. Il\nest absurde d'exiger dun harmoniste délicat des mœurs ex-\nquises, et le fait d'exprimer les entrailles des tubes de couleurs\nsur une palette inspirée ne réclame pas impérieusement la co-\nexistence de profondes qualités morales. Je ne donnerai donc\npas dans ce travers\", mais je prétends que certains traits de ca-\nractèi e peuvent spécialiser très nettement le tempérament d'un\nartiste et en permettre l'analyse. C'est ainsi qu'il n'est pas in-\ndifférent d'apprendre de mon vieil auteur que Berlioz était rem-\npli de foui bel ie, n'hésitait pas devant le chantage et que ses\nélans et ses explosions d'enthousiasme cachaient un sens pra-\ntique très i assis et un souci constant de sesintérêts matériels. Il\nindispensable, pour juger certaines de ses compositions de\nprétendue « passion volcanique », de ne pas ignorer que ces\npages biûlantes ne sont écrites ni avec du sang ni avec des lar-\nmes, comme le prétendait leur auteur, mais résultent d'un pa-\ntient pot-pourri de vieux manuscrits d'école astucieusement\nsoudés par un monsieur pratique qui voulait tirer parti de tout."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.17", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1140, "texte": "La fausseté prodigieuse de cet homme a pénétré trop profon-\ndément son art pour que l'on puisse dissocier résolument sa vie\nprivée de son œuvre : lune explique l'autre. Il faut, paraît-il,\nen vouloir à 1 époque plus qu à 1 artiste : ces romantiques furent,\ndit-on, des gens de mentalité très troublante. Amoureux de\ngrands gestes d héroïsme, de panache, de passion et d'idéal sur-\nhumain, ils apparaissent comme des etres assez peu recomman-\ndables, égoïstes, vains et férocement attachés à leurs intérêts.\nBerlioz les îesume tous, et voila pourquoi je viens vous propo-\nser de lui faire une place dans notre Dictionnaire à titre d'indi-\nvidu 1 epi ésentatif d une espèce. Ne lui faites pas l'honneur\nd un grand aiticle, mais renvoyez-le à l'appendice, au milieu des\nnoms des caricaturistes, facteurs d'instruments et autres per-\nsonnalités ayant appartenu par quelque côté à la vie musicale\nd autrefois. Ainsi, je crois, nous aurons été justes envers sa\ntriste mémoire I »\nLe président ayant consulté l'assemblée, la proposition du\nvieux musicologue fut adoptée à l'unanimité et la séance fut\nlevée.\n\nÉmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c007", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.5", "titre_corps": "MUSIQUE DE CHAMBRE", "titre_sommaire": "MUSIQUE DE CHAMBRE", "signature_source": "Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1995, "texte": "MUSIQUE DE CHAMBRE\n\nLe 14 février, aux éclats de rire de nos « honorables », le\ndéputé Jumel a haineusement bavoché sur un admirable poème\nd'Henri Bataille, pour prouver que M. Albert Carré avait rai-\nson de ne pas jouer la pièce de M. Sylvio Lazzari.\nCe musicographe, payé par nous, contribuables, à raison de\n2 5 francs la journée, n'a pas manqué de sertir dans son discours,\nsi j'ose m'exprimer ainsi, le truisme cher aux sots : que l'Opéra-\nComique fut, est et doit être le « rendez-vous de toutes les\njeunes filles, le dernier salon où l'on cause et où l'on fait\ndes mariages ». {Journal officiel,page 750.)\nIl s'est trouvé un orateur (si j'en crois le Temps du 16 février)\npour répondre à ce nigaud : « Je voudrais vous demander si\nl'Etat subventionne des théâtres pour qu'on y représente des\nœuvres d'art ou bien pour distraire et fiancer les vierges de la\nbourgeoisie. Et si l'Opéra-Comique doit être, par définition,\nun théâtre blanc, comment M. le sous-secrétaire aux beaux-\narts souffre-t-il qu'on nous y présente régulièrement les aven-\ntures d'une fille à soldats ?Je me permets de dénoncerà M. Du-\njardin-Beaumetz cette pièce immorale qui montre aux jeunes\nfilles que la vertueuse Micaëla est dédaignée, tandis que tousles\nhommes adorent l'impure Carmen. J'appelle aussi votre atten-\ntion sur le fait suivant. M. Albert Carré fait répéter en ce\nmoment une œuvre tirée de YAhprodite de Pierre Louys. J'ad-\nmire ce roman et me réjouis du prochain spectacle qu'on nous\npromet. Je ne crois pas cependant qu'il soit destiné aux jeunes\nfilles qui sont le souci de M. Jumel. »\nDe cette séance lamentable, quelques détails sont à retenir.\nM. Carré a été convaincu par M. Levrault :\ni° D'avoir reçu une pièce de M. Lazzari et de ne l'avoir pas\njouée, disant pour toute réponse : « Que M. Lazzari me fasse un\nprocès ! »\n20 D'avoir reçu une pièce de M. Auguste Chapuis et de ne\n1 avoir pas jouée, disant pour toute réponse « qu'il ne peut\ndépenser 80.000 fr. à la monter. » pages 747\net 748.)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.20", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 571, "texte": "Pour me punir d'avoir précisé ces faits, M. le Directeur de\nl'Opéra-Comique émit jadis la prétention (qu'il ne soutint pas\nlongtemps) de me demander 100.000 francs de dommages-inté-\nrêts.\nCet homme est ami des gros chiffres. J'en trouve la preuve\ndans ce paragraphe de Y Officiel (page 747) : «M. Carré a casé\ntoute sa famille, qui touche une somme totale de i 30.000 francs.\nMme Carré, qui touchait autrefois 600 francs par mois, en\ntouche aujourd'hui 6.000... »\nJe n'aurais jamais cru l'Officiel si intéressant !\n\nWilly."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c009", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.6", "titre_corps": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre", "titre_sommaire": "Croquis d'Album inédit de Ch. 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Pécoud; les Nocturnes, de Cl. Debussy. -\nConcerts Colonne : Mme Wanda-Landowska ; Jour d'été àla montagne, de V. d'lnciy. Con-\ncerts du Conservatoire : Hillemacher et Balakirew. Société Nationale : Marcel' Cahey,\nG. Corbm et Albert Roussel. - Mme Jane Arger. Société Philharmonique. Matinées\nDanbe :M. Miguel Llobet. Concerts Barreau. M. Reitlinger, M. Ed. Bernard.\nApres la sombre Ouverture de Coriolan, la Symphonie en mi bémol de\nMozart est toute lumière. Kt comme cet orchestre est plus près du goût\nmoderne, avec ses fraîches couleurs, que celui de Beethoven ! De notre\nciel aussi les nuages se sont enfuis, et la musique, longtemps troublée et\nmorose, a retrouvé cette joie candide que Mozart eut justement en partage.\nElle commençait à renaître déjà chez César Franck, mais retenue encore\npar le scrupule, et coupée de douloureux retours sur la misère humaine •\nde là ces inflexions chromatiques, si touchantes, où l'on voit plier la mé-\nlodie comme un rameau trop frele pour la charge de ses fleurs.\nTel est le caractère des Variations symphoniques, jouées par M. Cortot\navec une délicatesse extrême et une simplicité trop cherchée pour que\njen sois ému. Mais le public juge autrement et prodigue ses rappels. Il se\naussi pour poème symphonique deM. Pécoud, la Clo-\nc e felee, inspiré par un lugubre sonnet de Baudelaire : c'est une œuvre\nintéressante, dont le thèmeunique est assez habilement varié et coloré par\norchestre ; mais je n'y découvre rien de bien personnel. Espérons mieux\ne . dont le nom paraît pour la première fois sur un de nos pro-\ngrammes dominicaux.Les Danses polovtsiennes du Prince Igor terminaient\nle concert ; je retrouve dans les premières l'inspiration mélancolique de Bo-\nro me, agrémentée d une tort jolie couleur orientale ; mais le charme se\nper , orsque interviennent les cuivres, sur un rythme à trois temps syn-\ncope . peut-être aussi Rimsky-Korsakof, responsable de l'instrumentation,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.22", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4100, "texte": "a-t-il fait trop de bruit à cet endroit. Ces danses ont été jouées aux con-\ncerts Colonne, il y a quelques années; il me semble qu'elles comportaient\nalors un chœur, dont j'ai regretté l'absence.\nQuantau Prélude de Parsifal, il ne me donne plus que des joies tout intel-\nlectuelles, la musique de Wagner ayant épuisé sur moi son pouvoir. J'aime\ndonc mieux transcrire ici ces lignes gracieusement communiquées, et que\nje trouve fort judicieuses :\nLumière éclatante, temple sonore et grandiose où chantent les chevaliers du\nGraal. Déjà Yexaltation mystique passe et nous frôle, L'âme se soulève, s'élargit,\nplane plus haut que la terre avec ses enchantements, ses forêts et ses plaines...\nEt là-haut c est bien le vide, Vimmensité et Vinfini ; mais nous n'avons point\ntrouvé Dieu. Le sentiment religieux de Parsifal serait-il donc factice, ou trop\npositif et trop restreint, inspiré des rites et de l'histoire, non de l'ldée ?\nAh ! ces trompettes qui clament un dramatique élan de pensée surhumaine\ndonnent-elles Vintensité de l'adoration comme les voix mystiques qui psalmodient,\ndans le crépuscule des cloîtres, les mélopées primitives ?\nAu concert du iB, M. Chevillard nous rendait les trois Nocturnes de\nDebussy [Nuages, Fêtes, Sirènes) ; et même il nous les promet encore pour\nle 25. C'est là une générosité inaccoutumée, dont il faut le remercier à deux\ngenoux, et que le public d'ailleurs a largement récompensée de ses accla-\nmations : à quoi M. Chevillard répond en s'inclinant de droite et de gauche;\npuis, comme l'enthousiasme ne se calme pas, et qu'un grand nombre d'au-\nditeurs demande la reprise du second de ces chefs-d'œuvre, il va s'asseoir,\nindifférent, parmi son orchestre, avec l'air de dire : « Enfants ! Aurez-vous\nbientôt fini ? » Taciturne pasteur des violons et des flûtes, économe surin-\ntendant de musique, capitaine morose, mais au fond débonnaire, du régi-\nment des sons, il ne faut pas nous en vouloir, si, après de tels enchante-\nments, nous ne nous connaissons plus. Ces Nocturnes ne sont comparables\nà nulle autre musique : poèmes des lumières aériennes, ils nous ont ouvert,\nsans effort, sans que nous nous en doutions presque, les portes invisibles\ndu rêve ; délivrés des chaînes de la vie matérielle, dévêtus de notre corps,\nnous allons sur les routes du ciel : les blancs nuages sont nos frères, et leur\nâme mélancolique prend la voix du cor anglais qui chante, bercé par les\nviolons. Puis, ce sont des fêtes plus folies et plus douces à la fois que\ntoutes celles de la terre : une ronde passe et repasse, sous de joyeuses lu-\nmières qui palpitent comme des étoiles ; les danseurs imaginaires n'ébran-\nlent point du pied les planchers de l'air, et voici qu'ils s'élancent en bonds\nétincelants ; mais un mystérieux cortège traverse le bal, et semble entraîner\nles rayons dans les plis sourds des robes de pourpre et des brocarts d'or\nentrevus... Et c'est enfin, sous la nuit transparente, le mystère mouvant de\nla mer, et le bruissement mélodieux des vagues où flottent les appels,\ninflexions alanguies, des lointaines Sirènes. Ici il faut bien que je dise que\nles Sirènes ont chanté beaucoup trop fort, et plus en filles du Rhin qu'en\nvoix de l'Océan : ce qu'il fallait, c'est un murmure épars, venu on ne sait\nd'où, peut-être de l'horizon voilé de lune, et qu'on épie avec émoi, et qui\ns'évanouit à l'instant même où l'on croit le saisir î D'autres détails aussi\nseraient à relever : des duretés dans les Fêtes, matérialisées à l'excès, et\nprivées par là de la tendresse qui subtilement se mêle à leur joie ; et, dans\nles Nuages, un mouvement peut-être un peu rapide, et un quatuor à cordes\nnotablement trop vigoureux. Mais cette musique est si belle, et elle est\nécrite avec des sonorités si heureuses et si fraîches, que son charme triom-\nphera toujours : en supposant même qu'on y mît de la mauvaise volonté,\non ne pourra priver ces mélodies de leur accent, ces harmonies de leur\npersuasive ampleur, ni cet orchestre de ses couleurs délicates et si nettes à\nla fois. Et toujours, dès les premières notes, nous serons gagnés et ravis :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.23", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3698, "texte": "c'est une fée qui vient à nous, et s'empare de notre vie sans que nous son-\ngions même à la défendre, car elle la divinise à son image.\nJe n'ai pas du tout envie de parler du reste du concert. Je cède à cette\nenvie, en ce qui regarde les Récits de guerre et d'amour, de J. Jemain. Le\npublic a passé sous silence cet essai malheureux; j'imiterai sa sagesse et\nson humanité. Le Concerto de Castillon est une œuvre honorable, point\ndéplaisante, mais dénuée de toute originalité. Il convient de déplorer la\nmort prématurée de Fauteur. S'il eût vécu, aurait-il écrit des chefs-\nd'œuvre ? Soyons généreux, et accordons-lui du moins un cénotaphe d'ad-\nmiration. Selva a fait valoir de son mieux une partie de piano assez\nbavarde et qui m'a paru longue, malgré une forte coupure dans le finale.\nJ'espère qu'après le grand succès qu'elle a remporté, nous la verrons repa.\nraître au concert Chevillard, et cette fois avec une œuvre plus digne de\nson admirable talent.\nEt voilà que je n'aime plus autant Chéliéra^ade, de Rimsky-Korsakof.\nEst-ce le voisinage des Nocturnes ? Mais j'ai senti, surtout dans le premier\net le dernier morceau, une vulgarité de thèmes et une platitude d'harmonies\nqui m'affligent. Je sais bien que l'orchestration sauve tout cela ; mais j'aime-\nrais mieux qu'il n'y eût rien à « sauver », et que cette musique fût égale à\nelle-même en toutes ses parties. Et vraiment n'y avait-il pas autre chose à\ntirer de cet Orient qui n'est peut-être pas tout entier en rutilances de cuivres\net en blancheurs de marbres, mais possède aussi quelque chose qu'on\npourrait appeler : une âme ? La musique de Debussy, même en l'exotisme\ndes Pagodes ou de la Soirée à Grenade, va toujours jusqu'à l'âme : je veux\ndire qu'elle affirme une manière personnelle de sentir. Les Russes s'en\ntiennent trop souvent à l'éclat extérieur, et se contentent d'idées médiocres\nou banales.\nLouis LALOY.\n★\n★ ¥\nAu Concert Colonne du 11 février, après une vibrante exécution de l'ou-\nverture de Léonore (no 3), M. Colonne exécuta avec un orchestre réduit\nSiegfried-Idylley anthologie délicate et finement nuancée des principaux\nmotifs se rapportant au jeune héros dont Wagner fit le parrain de son fils.\nEncore que le développement purement symphonique de thèmes arrachés\nà leur vie dramatique ne soit pas le propre de Wagner, on ne peut se montrer\ninsensible à la tendresse infinie et à l'amour paternel dont Wagner enve-\nloppa cette idylle où est résumée toute la vie joyeuse et pure du fier enfant\ndes bois. M. Enesco, dont on jouait pour la seconde fois la symphonie en\nmi bémol, se fit applaudir comme violoniste dans une suite de Bach qu'il\njoue avec toute la puissance, la sérénité et le calme qu'exige cette musique,\nàla ligne sévère et à 1 inspiration magnifique. Doué d'une qualité de son\nsplendide, il sut éviter ce que certaines doubles cordes ont souvent dans\nBach de cruel à 1 oreille, et son succès fut du meilleur aloi. La seconde audi-\ntion de sa symphonie fut d'ailleurs un triomphe. L'orchestre, plus sûr de\nsoi, exécuta avec une fougue intense cette œuvre aussi largement pensée\npar un cœur vibrant et sincère que solidement écrite par une main en\npleine possession de la technique orchestrale. Si l'exécution par M. Breitner\nde la Fantaisie de Schubert n'offrit rien d'intéressant, le Chant d'Automne,\nde M. Guy Ropartz, dont c'était la première audition, fut justement goûté\npaT sa sobriété voulue et l'harmonisation puissante d'une mélodie aux con-\ntours severes, mais que M. Daraux chanta avec une mollesse insigne, lui\nen evant ainsi une grande partie de son charme. Le concert se terminait\npar es deux chefs-d œuvre de la musique descriptive moderne. Le Prélude"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.24", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4076, "texte": "à F après-midi d'un Faune et les Impressions d'ltalie, aux moyens si différents,\nmais àla puissance d'évocation également intense, furent également\nacclamés avec ardeur, bien que l'œuvre de Charpentier eût bénéficié d'une\nexécution sensiblement meilleure, grâce à son tempérament violent, mieux\nen rapport avec celui d'un orchestre façonné par l'exécution des œuvres de\nBerlioz.\nA la séance du iS février, M. Enesco triomphe encore une fois avec la\nChaconne de Bach, dont l'exécution fut merveilleuse. Quelques enthou-\nsiastes réclamèrent un bis que d'autres auditeurs désapprouvèrent violem-\nment, et M. Enesco se contenta de saluer et de rentrer dans la coulisse.\nCeci prouve que nous n'avons pas encore atteint le degré d'endurance des\nBerlinois, qui firent bisser sept fois, si l'on peut s'exprimer ainsi, ladite\nChaconne. Il est vrai que c'était Ysaye qui la jouait. Fluette en sa robe de\nvelours noir, avec de vaporeuses manchettes de dentelle blanche, faisant la\nrévérence avec son plus gracieux sourire, Mme Wanda Landowska, des-\ncendue d'un pastel de Latour, s'assit devant un Pleyel béant qui semblait\nvouloir l'engloutir, releva ses manches, plongea son fin minois sur le\nclavier, et le Concerto en mi bémol de Mozart commença sa théorie variée de\ngammes, traits et trilles de tout genre. Ce fut quelque peu somnolent, car\nmessieurs les concertophobes dupoulailler, pour ne pas être tentés de faire\nde la peine à une si gracieuse personne, allèrent sur le balcon fumer une\ncigarette en contemplant la Seine. Nul sifflet ne choqua les oreilles de la\npetite marquise qui salua, resalua et s'en fut telle un sylphe. On attendait\navec impatience l'œuvre nouvelle de M. dlndy, dont la production a tou-\njours le mérite de s'être en quelque sorte imposée au cerveau de son auteur\ndont la conscience artistique est au-dessus de tous les éloges. Quand on\ndescend la vallée du Rhône, après la splendide végétation qui entoure Lyon\net va jusqu'à Valence, la nature commence à se dessécher. Les derniers\ncontreforts des Cévennes qui plongent jusque dans le fleuve s'escarpent, ne\nse couvrent plus que de maigres broussailles dorées où chantent les cigales.\nAu sommet se dressent quelques tours en ruines dominant des vallées pro-\nfondes, et l'azur du ciel découpe brutalement la silhouette de quelques pins\nau feuillage toujours vert et qui semblent jaillis du sol plus pour compléter\nle paysage que pour donner une ombre bienfaisante. Le soleil flamboie, la\nnature est en feu, et c'est le Midi qui s'éveille robuste et puissant. Voilà la\nmontagne chère à M. d'lndy, où il place Fervaal et dont il dépeint la vie\nprofonde et magnifique dans son Jour d'été àla Montagne, triptyque ardent\noù ilmittoute son âme de montagnard, toute sa sensibilité d'artiste et toute\nsa science de parfait compositeur. Sur de longues tenues de violon, l'accord\nparfait démineur s'élève grandiose, et c'est l'Aurore qui s'élève, apportant\nla vie à toutes choses. La nature s'éveille, et une large mélodie exposée sous\nla forme d'un triple canon évoque l'ample poésie de ce magnifique spec-\ntacle. Le Jour est venu et les violons chantent à 6/4 la joie de vivre sous le\nbeau soleil en jouissant de tout ce qui nous entoure. Pour caractériser\ncette joie on entend de la vallée monter les danses de ceux dont les plaisirs\nsont plus matériels ; puis un roulement de tonnerre que je ne m'explique\nguère, et le thème du début revient. Le Soir venu, la fraîcheur apparaît, et\nla vie, jusqu'alors un peu extatique, devient animée et joyeuse. Mais au soir\nnous devons élever notre pensée et remercier la Nature de ses bontés : une\nmélodie franchement grégorienne nous invite à ne point nous abandonner\ntotalement à l'ivresse de vivre, et l'œuvre s'achève sur les magnifiques har-\nmonies du début. Ainsi chaque jour la terre accomplit le même cycle. Cette\nœuvre, d'une haute tenue, d'une instrumentation merveilleuse, remporta un\nfranc succès. Un auditeur qui, probablement, préfère les Impressions villa-\ngeoises de M. Théodore Dubois, hasarda un timide sifflet et consacra ainsi"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.25", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3663, "texte": "l'œuvre nouvelle. L'après-midi d'un Faune ne souffrit point de ce voisinage\nmais la Symphonie en la mineur, de M. Saint-Saëns, ne lut admirée que\npour la prodigieuse adresse de son auteur.\nCH. CHAMBELLAN.\n★\nY *\nJe voudrais bien savoir pourquoi la ut de Mozart\nporte le titre de Jupiter-symphonie? Dans le programme du conservatoire\nil est dit sérieusement que « par son premier allegro, Jupiter-symphonie\n« justifie son nom. Le thème initial fait exploser des sonorités puissantes\n« des traits brefs, violents, qui évoquent, semblerait-il, les gestes impérieux\n« du Maître de l'Olympe. » C'est beau, la littérature ! Quoi qu'il en soit\nmalgré ces indications... précises et, comme adjuvant, une bonne volonté\nà toute épreuve, je n'ai rien vu de tout cela dans le début. Par exemple\nla fougue juvénile de Mozart s'y donne libre cours et se double, il me\nsemble, d'une certaine ironie dans le qui est franchement amusant.\nCet entrain et cette sève de jeunesse empêchent de trop remarquer l'ab-\nsence de l'émotion ou ce qu'elle a de superficiel. Mais que cette musique\n« poudrée » convient donc bien aux abonnés : ils jubilaient 1\nIls jubilaient moins, par exemple, à la ire audition de la troisième partie\nde Loreley, de MM. P. et L. Hillemacher. Avaient-ils tout à fait tort?\nLa légende de M. Eugène Adenis nous montre Loreley, « la fée du Rhin\n« exerçant sur tout être et sur toute chose, par la magie de ses chants, une\n« attraction fatale. Les navires qui descendent le fleuve se brisent infailli-\n« blement sur la roche... L'amour d'un chevalier qui se donnera corps et\n« âme à l'enchanteresse a seul le pouvoir de conjurer à jamais ses sortilè-\n« ges... Par une nuit d'étoiles, au milieu du concert des voix de la nature,\n« l'étudiant Heinrich, séduit par la fée, s'avance pour s'unir à e11e... Elle\n« le fascine, 1 attiie... Il tomoe ûans ses bras... Alors glissant lentement sur\n« l'eau, elle l'entraîne dans l'abîme... »\nSoui dînes aux cordes, harpe, cors bouches, voix de la nature, le Prin-\ntemps, la Nuit, la Forêt... couleur mystérieuse, frémissement des vio-\nlons à 1 aigu, chant séducteur de Loreley, chant passionné de Heinrich et...\nMme Mellot-Joubert entiainant M. Plamondon disparaissent dans la cou-\nlisse. Ils ne tardent heureusement pas à venir tranquilliser le public en\nsaluant. Enfin, 1 oeuvre a été admirablement executée et assez bien ac*\ncueillie.\n1 remière audition dune Cantate en Vhonneur de Glinka, de Balakirew.\nJ aime moins cette cantate que d autres œuvres du même auteur ou de certains\nde ses compatriotes; mais elle est cependant intéressante. Comme presque\ntoutes les œuvres de 1 école russe, elle est construite sur des thèmes popu-\nait es nationaux dont 1 un, celui qui suit les deux premières strophes du\nc oeil', a inie franche couleur orientale: absence de sensible, harmonisation\nmodale. Notons en passant, parmi les moments intéressants, celui où le\nchœur de femmes se réunit au chœur d'hommes, après le solo. Il n'y a pas\ndans cette œuvre les rutilances d'instrumentation que l'on rencontre chez\nRimsky-Korsakof et bien d autres de la même école, mais le sujet ne les\ncomportait pas : elles auraient été déplacées.\n~ rElles aurai^lt été déplacées aussi dans la Fuite en Eeypte, 2e partie de\nEnfance du Christ,et pour les mêmes raisons. Berlioz l'a bien compris et\ns est transformé pour écrire cela. Ce n'est plus le romantisme exagéré\nparfois de *a Fantastique ou de la. Damnation de Faust, mais bien une\nsimplicité pleine de charme, une candeur et une naïveté délicieuses. Les\nauditeurs emus par cette musique sereine et cette atmosphère biblique,\nredemandèrent le Repos de la sainte F"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "Mentionnons rapidement l'exécution de la Danse macabre, de Saint-\nSaëns, trop connue pour qu'il soit utile d'insister, et celle de l'admirable\nouverture d'Euryante, de Weber, que je préfère (est-ce à tort ?) de beau-\ncoup à celle du FreischiXt\nAdresser des louanges à l'orchestre serait superflu, tout le monde con-\nnaissant sa valeur. D'ailleurs, comment ne serait-il pas excellent avec un\nchef aussi éminent que M. Georges Marty, dont la direction si précise et\nsi souple à la fois donne des exécutions pleines de vérité et de couleur?\nLouons, pour terminer, les chœurs, excellents dans Balakirew aussi\nbien que dans MM. P.-L. Hillemacher et dans Berlioz, et les non moins\nexcellents solistes, Mme Mellot-Joubert et M. Plamondon, qui se sont\nvaillamment acquittés de leur tâche.\nAu programme de la Société Nationale trois premières auditions :\noeuvres de MM. Marcel Labey, Albert Roussel et G. Corbin.\nLes trois mélodies de M. Labey sont des pièces bien intéressantes et\npleines de recherches.\nJ'aime surtout la Chanson du rayon de lune, qui contient nombre de\nvéritables trouvailles et où il y a des passages exquis. Mais, comment\nM. Labey a-t-il pu écrire de la musique sur des vers de Maupassant ? Il\nme paraît, et pas à moi seul, que si Maupassant fut un vigoureux écrivain\net un styliste remarquable, il eût mieux fait de ne jamais écrire de vers.\nAussi, si la chanson du rayon de lune paraît un peu longue, c'est à Mau-\npassant qu'il faut s'en prendre et non à M. Labey, puisque, d'après une\ntelle poésie, il a écrit une pièce délicieuse.\nLa deuxième mélodie, De sa grande amie, écrite sous des vers de Clément\nMarot, me plaît beaucoup aussi par sa teinte légèrement mélancolique,\nmais elle ne me paraît pas valoir la première, bien qu'il y ait, comme dans\ncelle-là, des choses charmantes.\nCharmant aussi par sa couleur générale est le Rondel sur la poésie si\nconnue de Charles d'Orléans. Néanmoins j'aime moins cette pièce que les\ndeux premières. Mlle Jeanne Bertaux a interprété ces mélodies avec une\nsobriété n'excluant pas (loin de là !) le charme, et un art parfait.\nDes mélodies de G. Corbin je dirai peu de chose, sinon que leur origi-\nnalité et leur intérêt me paraissent contestables, et que je préfère les vers\nd'A. Samain à ceux d'H. Vacaresco. Et cependant il y a de bonnes choses\ndans ces mélodies ; aussi bien elles furent excellemment chantées par\nMme Camille Fourrier.\nQuelque chose de plus qu'intéressant, à mon humble avis, ce sont les\npièces pour piano de M. Albert Roussel. La première, Danse au bord de\nVeau, est absolument exquise de rythme et de poésie, pleine de sonorités\ndélicieuses, ainsi que la Promenade sentimentale en forêt. Celle-ci évoque\nles mille bruits de la forêt, si chers à l'artiste : légère plainte du vent\ndans les feuilles, lointains appels d'oiseaux se répondant d'arbre en arbre,\nfrémissement des ruisseaux sous les mousses ; tout cela, enveloppé d'une\natmosphère de mélancolie douce comme celle que crée un souvenir\naimé. Je prie le lecteur de m'excuser si je fais de la littérature, mais la\nfaute en est à M. A. Roussel; il n'avait qu'à ne pas écrire des choses si\nexquises.\nQuant au Retour de fête, c'est une pièce gaie, pleine d'entrain parfois,\ntoujours avec des recherches de sonorités, vers la fin notamment. Autant\nque l'on peut les juger à une première audition, sans les avoir lues, ces\npièces me paraissent écrites pour le piano d'une façon un peu « orches-\ntrale ». Cela n'a qu'un défaut, celui de rendre l'interprétation plus délicate\net plus difficile."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.27", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "Cela est toutefois bien égal à MUe Blanche Selva, qui a joué ces œuvres\nd'une façon merveilleuse.\nLe concert avait débuté par le Quatuor de Chausson (inachevé), inter-\nprété par MM. N. Lejeune, Claveau, Englebert et de Bruyn. Il se termina\npar une ovation à Mlle Selva, après la Sonate de P. Dukas au service de\nlaquelle elle mit son immense talent. Cette œuvre, admirable comme archi-\ntecture, est d'un aspect un peu rébarbatif, par ses proportions et parfois\nses harmonies franchement désagréables, surtout dans le finale animé\nmais des exécutions semblables ne seraient pas loin de vous faire changer\nd'avis.\nC. DE MALARET.\nErratum. Dans mon dernier compte rendu (Mercure musical du i 5 février, page 168), le\nnom de M. Jongen a été répété par une erreur typographique, àla place de celui de M. Chau-\nmont, violoniste. Rendons à César...\nN'est-ce pas encore un signe des temps musicaux, enfin venus, que ce\nraffinement dans la composition des programmes? Une saison entière, un\nconcert entier se consacre à l'évocation d'un maître : nous avons des\nsociétés Bach et Beethoven. Et des cantatrices-artistes (il y en a) révèlent\nleur goût dans la délicatesse de leur choix; le 6 février, rue d'Athènes,\nc'était Mmo Camille Fourrier qui résumait, en deux heures, « l'Œuvre de\nClaude Debussy », cet original, discret, sauvage, indifférent aux bruits de\nla ville et peu satisfait de hurler avec les loups wagnériens, indépendant\ncomme son faune sous les forêts innocentes et novateur, en effet, sans être\nun révolté romantique... Le i 5 février, chez Pleyel, c'était Mme Jane Arger\nqui consacrait sa soirée d'art à Schubert.\nSchubert! Beethoven lui reconnaissait « l'étincelle divine » et passait des\nheures absorbées sur ses compositions... Au temps du romantisme français,\nle puriste Eugène Delacroix le reléguait parmi les rêveurs dont la tristesse\nperpétuelle est « 1 école de l'amour malade » : l'élégie nous inonde... et\nDelacroix s inquiétait; mais quand Adolphe Nourrit, qui fut le premier à\nfaire passer le lied du salon au concert, révéla Schubert aux Parisiens,\nencore novices, de la saison 1838-39, romantique Hector Berlioz comprit\nmieux ce qu il y avait d'universel génie sous cette candeur très-allemande»\nSchubert est un élégiaque; mais son élégie a des sourires, et des finesses,\net des rayons, et, souvent, des lueurs tragiques : témoin le poème au-\ntomnal de la Symphonie inachevée de 1822... Un Obermann y passe, invi-\nsible et présent.\nLe Schubert des 6OJ Lieder est aussi poète que fécond : son accent\npersonnel est inoubliable. Le sentiment s'y drape dans la plus belle forme :\non dirait, plus d une lois, d'un Mozart romantique.\nAprès Beethoven, auteur éloquent des Six chants religieux de Gellert\n(°ï\\f> Io°3) et du Cycle àla Bien-Aimée absente —ou lointaine (op. 98,\n11 ) oelle voix profonde de Jan Reder chantait le même soir à\n. \"co e, ft de \\a Sorbonne avant le Schumann, intimiste\ninspire, e Amour dun poète et de VAmour d'une femme, Franz Schu*\nj?J}.a aiSse trois grands Liederkreis : La Belle Meunière, Le Voyage\nn er9 et ce qu 011 appelle Le chant du Cygne : trois cycles de couleurs\nbien tranchées. J\nCe sont les vingt morceaux de La Belle Meunière (Die Schône Millier in,\nop. 2., 1 23] qu avait choisis, pour honorer Schubert, l'exquise Mme Jane\net blonde, et fluette comme une figurine de Tanagra, de\nyrr inap utot, qui s animerait délicatement pour consacrer sa grâce à\na g oire es maîtres, 1 interprète de Schubert a des intentions, des intona-\nns, es nuances de diction tout à fait personnelles; et sa voix exprès-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.28", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "sive a détaillé l'espoir, le triomphe, la jalousie du jeune meunier senti\noT.fnu K tS,eUr\" ie Cl\"'sseur <» H) a préc™,\nscherzo spirituel ' ** PreS,eSSe de chanson Plaire de\nPar la suggestion de cette jolie voix, qui pénètre et qui prononce la\nroute s ouvrait mélancolique et lointaine, comme sous les grands arbres\nsoupirât ïeVdc«c dMame;- L'«,mosPhè« s'emplissait dVspoL« de\nsoip ... ht le tic-tac du moulin se rythmait sur la limpidité iaseuse du\nruisseau, sous les doigts de l'excellent accompagnateur M Bonnal La\nM~ Chevillard'T la ««diction Ires musicale de\nM C lard. Nous n avons pas perdu le moindre mot de ces morceaux\nélogV? rePnSe 6t me 116 S°nt P°int bannies; ce n'est Pas médiocre\nDeux quatuors; prime-sautiers du maître prolixe encadraient la résurrec-\ntion trop breve de la Belle Menniere évoquée par un artiste.\nRAYMOND BOUYER.\n•\nSoirée un peuteine le 23 janvier, a la Beaucoup\nmoins de monde qu aux concerts précédents, peut-être en raison du froid\nque le Rotterdamsche-Triosemblait avoir apporté dans ses bagages.\nCependant M^0 Boyé-Jensen possède une voix remarquable non seule-\nment par son timbre et par son etendue, qui est d'une homogénéité par-\nfaite, mais surtout par la facilite avec laquelle cette voix est émise ; sans\nnul effort et sans fatigue aucune, ce qui double le plaisir de l'auditeur.\nMme Boyé-Jensen nous fit entendre plusieurs lieds dont l'un:\nla jeune fille,de Schubert, d'une rare intensité d'émotion fut rede-\nmandé. Le trio de Rotterdam subissait-il ce soir-là l'influence de la tem-\npérature extérieure ? C'est ce que j'ignore. Mais j'ai trouvé que dans le\ntrio en fa mineur op. 65 de Dvorak et dans le trio en si \\> op. 97, de\nBeethoven, leur interprétation, par ailleurs très correcte, manquait de\nchaleur, de vie et surtout de relief. Je ne doute pas que MM. A. Verhey,\nL. Wolff et J. Mossel ne soient d'excellents et consciencieux artistes fort\nappréciés dans leur pays; mais pour nous, Français, leur jeu manque de\ncette fougue et de cette vivacité si chères à notre tempérament.\nC est pourquoi nous avons été heureux, le 3o janvier, de réentendre le\nQuatuor de Paris.Je n'insisterai pas aujourd'hui sur les qualités de cet\nadmirable ensemble, vous ayant dit, il y a peu de temps, tout le bien que\nj'en pensais. Nous eûmes donc du quintette à cordes, avec 2 altos, en\nmineur,de Mozart, et du sextuor à cordes, avec 2 altos et 2 violoncelles,\nen sol,de Brahms, une exécution délicieuse et étincelante, grâce à\nM. Hayot et à ses partenaires que secondaient pour la circonstance\nMM. Pierre Monteux et Louis Fournier.\nAce même concert, M. R. Plamondon, de sa belle voix très pure et si\nagréable, chanta dans le meilleur style un air de et un air de la\nCréation. Ces différents artistes, y compris Mme Boyé-Jensen et le trio\nde Rotterdam, reçurent du public le meilleur accueil et furent maintes fois\nrappelés.\nParmi les lecteurs du Mercure musical il en est certainement qui ont\nentendu M. Miguel Llobet, le guitariste virtuose. Ceux-là ne trouveront\npas surprenant que je dise combien j'ai été intéressé et émerveillé par ce\nsurprenant artiste.\nAvec lui, la guitare n'est plus cet instrument que l'on connaît, propre\nseulement à accompagner la voix. Tout comme un piano, la guitare devient\nsous les doigts de M. Llobet capable de faire entendre à la fois un chant\net son accompagnement. Et n'allez pas croire qu'il y ait quelque sécheresse"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.29", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2955, "texte": "dans ce chant. Au contraire, c'est d'un velouté, d'un lié aussi savoureux\nque sur tout autre instrument. L'on dirait d'un clavecin entendu à dis-\ntance, mais un clavecin d'un timbre particulier. C'est dans une Gavotte de\nBach que le virtuose s'est fait entendre, et aussi dans Granada d'Albeniz\net Caprice arabe et Jota de Tarrega. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il fut\nchaleureusement applaudi et acclamé. Sachons gré à M. Luigini de l'avoir\nmis au programme de la Matinée musicale du 24 janvier, et regrettons que\nM. Miguel Llobet n'ait pas l'occasion de se faire entendre plus fréquem-\nment.\nJEAN POUEIGH.\nConcerts Barrau du i 5 février. Malgré les naïvetés de sa mimique\nagressive, je veux croire que M. Svirsky n'a assommé que son Pleyel. Le\npublic a été plus résistant et ces bourrades ont paru le divertir. Il ne m'en\ncoûte pas de louer d'ailleurs sans autre réserve une brillante exécution du\nSaint François de Paule marchant sur les flots de Liszt, qui évoque les\nthèmes de Parsifal. Mme Espinasse a dit et presque chanté un Roi des\nAulnes qui serait, d'après le programme, «une esquisse de Beethoven» et\noù sa voix dut se contrefaire pour mimer à toutes les octaves d'impossibles\ndialogues. Elle a eu des accents simples et émus dans Près de ma tombe\nobscure, qui est certainement de Beethoven. Le Quatuor Gapet aeu\ntoutes les délicatesses dans le 17e quatuor de Mozart, dont le menuet est\nexquis.\nM. Reitlinger est un trop rare pianiste, qui semble révéler à regret un\njeu admirable de aecision et de nettete. Il a exécuté, en se jouant, l'éblouis-\nsant et raffiné Fi ancesca de Widor, et Badinage (ô ironie !), arrangement\ningénieux, très musical même de Godowski, où deux études de Chopin\nchevauchent de iront dans un galop parallèle et fantastique. M. Fauré\naccompagnait trois exquises mélodies de lui, chantées par Mme 1. Philipp.\nIl ne pouvait souhaiter d'être interprété par une voix plus enveloppante,\navec un charme plus discret et contenu.\nEnfin, mais par ordre de date, un excellent musicien, M. Edouard Ber-\nnard, a tait applaudir dans l'lmpromptu en sol, de Schubert, et dans la\nMazurka, de Chopin, un mécanisme admirable et de bien intelligentes\nrecherches de sonorité.\n\nLE QUATUOR PARENT.\n\nBeethoven et Franck.\nr Recteur de notre vrai théâtre lyrique, lisez :\nlante rf-iric i ai.sait' a Opéra-Comique, une opportune et bril-\ndram.fn, !i \" ce\"eMi\" « méconnu, le pins profond des\ntout ' *pF f '\"if S°n a e d °péra traditionnel « à l'italienne», où\nsecret mr' nn6 ' S,~m ; & ''^me » expression d'un immense\neale nup von}1S aurait ,emus davantage si la Kutscherra, non moins iné-\nencore nms an e' avait mieu* réalisé notre idéal, Beethoven inîime,\nd'en spnnÏKfin de se révéler à nous aux vendredis soirs,\nAh 11a rhpr v C eme,nt', et justement suivis, du Quatuor Parent.\net le Ouat-'r m/iT\" le Solrée clui rapprochait la Sonate op.Si a\nexpressive et mystérieuse sonate en bémol majeur\n\nJoseph Trillat."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.30", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "(Les ad ceux, r absence et le retour) dont l'archiduc Rodolphe, paraît-il a\n\" ''immense l\"'« dièse minem\ntrois aunris '? ,m\"'s il oct'jhre iB2«. l'indéfini quatuor de\nans DIUS tard pli FO T sca\"dallsa't l'auditoire parisien de Baillot, trois\nans plus tara, en « foudroyant » notre Berlioz !\nQue de nuances secrètes de sentiments en de telles œuvres et qui\nrec ament de_ leurs interprètes une technique sûre et sensible, une préa-\nlable virtuosité capable de sentir. L'incomparable sonate était dévolue,\nZ aPbïr^mmînt 1 °PU,S \"-1' à Ml,# Dron' ui n'a point faibli devant\nrable tache . le plus légitimé et flatteur succès a récompensé son\ncourage charmant Dans l'Op. 81 a, comme dans l'Op. m, si différent\nd expression, la dehcate et vaillante interprète a conquis son auditoire en\nne croyant que satisfaire modestement sa conscience : de l'autorité du\ntimbre et du style, et qui s'affirment à chaque nouvelle soirée avec une\nqua lté de charme et de puissance grandissante dans la distinction native:\nconviction toute beethovénienne, récompensée par de justes bravos !\nLe Quatuor Parent, en belle verve à son tour, a déchaîné l'enthousiasme\nrecueilli de la petite salle en exécutant deux œuvres qui semblaient l'al-\npha et 1 oméga de la carrière du maître : le quatuor op. 18, no 3, d'archi-\ntecture encore traditionnelle et purement classique, avec son bel andante\ncon moto dans la nuance de Mozart, où l'expression semble encore sortir\nde la forme, où la douce mélancolie semble éclore seulement du mode\nmineur ; et cette ineffable « improvisation perpétuelle » du Quatuor XIV\n(op. 131), mélodieusement diffuse et touffue comme des « Mémoires d'outre-\ntombe » ! « Poème symphonique » anticipé de la musique de chambre, de\ncette profonde intimité musicale où Famé ressuscitée du génie parle idéa-\nlement dans l'intangible silence...\nCe génie qui fut tragique dès l'origine (évoquez l'adagio du Quatuor en\nfa op. 18, n° i, qui passe pour dicté par la lecture de la scène du tombeau\ndans et Juliette), ce génie, comme toute grande âme pure, ne refusa\njamais de badiner savamment à ses heures : témoin les variations pour\npiano, violon et violoncelle (op. 121 a) sur le lied d'un opéra viennois du\ntemps : Ich bin der Schneider Kakadu, très spirituellement enlevées par\nMme Landormy, MM. Parent et Fournier, le même soir, où chantait, noble\net grave, le trio en ré majeur, de 1808 (op. 70, n° 1), au largo qui découvre\ndéjà, dans son ciel orageux, tout un au-delà musical...\nSuggestive coïncidence et préméditée, dont il faut remercier l'artiste\nArmand Parent, qui sait composer ses programmes comme il sait les exé-\ncuter, la séance suivante, consacrée tout entière à celui que Vincent\nd'lndy nomme, avec la loyale simplicité des grands cœurs, « le maître\nCésar Franck », nous a permis de mieux comprendre, en les rapprochant,\nles deux rénovateurs de la musique de chambre, nos deux grands initia-\nteurs à ce sanctuaire souverain de la musique pure par excellence, à celte\nEleusis musicale dont Beethoven et Franck sont les deux immortels exé-\ngètes, familiers et profonds...\nBeethoven et Franck ! Peut-on rapprocher ces deux libres génies de\nplein ciel et de vol sublime ? A part la grandeur d'âme, qui se traduit mélo-\ndieusement, avec je ne sais quelle farouche et joviale magnificence de\nlangage, quelle commune mesure entre le Beethoven lumineux, qui cons-\ntruit largement la plupart de ses cordiales pensées sur les trois notes de\nl'accord parfait tonique (1) et le Franck nuageux, au chromatisme inspiré\nde la technique wagnérienne ? Issue diversement du grand Bach initial, cet\nHomère de la musique, leur polyphonie même ne sonne pas d'identique\n\n(1) Cf. le Mercure musical du 1 5 février 1906, page 151."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "façon dans l'oreille vaincue par tant de science et convaincue par tant\nd'âme ! Même après le Quatuor XIV et POpus ni, après toute la troisième\net dernière munière du dieu Beethoven, on devine chez 1 archange Franck\nun style nouveau, ce je ne sais quel amalgame inédit, mais toujours divin,\nde science rêveuse et de volupté mystique, de drame et de vague, de fougue\net de songe, d'encens mélancolique et de jubilation fervente... C'estun\nautre profil du génie moderne posé sur le bloc éternellement classique et\nmarmoréen du vieux Bach. Et, bon gré, mal gré, cependant l'allure franc-\nkiste est si grave et si noble et si haute, qu'elle rejoint la grande pensée\nbeethovénienne dès le seuil imposant du long Quatuor, la plus altière des\nœuvres de Franck et la digne contemporaine de la Symphonie en ré mineur,\nde son unique symphonie dont le finale rayonne de céleste joie dans la\ncertitude.\nLa séance Franck, c'est le soir de gloire pour le Quatuor Parent : séance\nannuelle et pour ainsi dire commêmorative, ou, si vous préférez, justifica-\ntive, car elle résume un long effort de quinze ans pour imposer, en dépit\nde toutes les appréhensions académiques qui se disaient classiques, le ré-\nnovateur et la rénovation de l'Ecole française. Parce que certains franc-\nkistes se veulent nébuleux ou ne peuvent s'empêcher de le paraître,\nfallait-il bannir le poète César Franck sans fleurs au front ?\nLa séance Franck est le juste triomphe d'Armand Parent, qui a lutté pour\nle Maître et qui continuera, sans découragement, de lutter pour tous les\njeunes : le quatuor, cette véritable « école du musicien », saura, dans l'his-\ntoire de ces derniers temps, où placer sa reconnaissance...\nEn attendant la pleine justice, une animation charmante n'a cessé de\nrégner pendant toute cette longue et trop brève soirée : quatuor, sonate et\nquintette se disputèrent chaleureusement le nombre et l'honneur des rap-\npels ; la flamme des exécutants avait gagné les auditeurs ; et la sonate\nobtint le record des bravos impatients. Il est temps d'ajouter qu'elle fut\nrarement enlevée avec une pareille ardeur par l'archet fort et fin de Parent\net les doigts énergiquement fuselés de Mlle Marthe Dron, de qui la juvénile\netfière conviction prêtait, pour la première fois, son heureux concours à la\nséance Franck ; brune et blanche, élégante et vive, la jeune interprète du\nvieux maître s'enflammait à son lyrisme : cette soirée, depuis longtemps\ndécisive pour ses quatre partenaires, a consacré son talent.\nDu grand nom de César Franck, dorénavant, les noms de Mlle Dron, de\nMM. Parent, Loiseau, Vieux et Fournier, sont inséparables : n'est-ce pas\nla joie du critique, frelon muet dans la ruche sonore, que d'insister sur de\ntelles œuvres ainsi jouées ? Et de pareilles soirées ne seraient-elles point\nla justification des belles exécutions vraiment classiques qui, seules, ont le\npouvoir de passer insensiblement de la lumière correcte à la chaleur har-\nmonieuse ?\n\nRaymond Bouyer.\n\nLES REVUES.\n\nLe Ménestrel. - Revue musicale de Lyon. Revue de Paris.\nDano le Ménestrel, M. Raymond Bouyer commence une étude sur\nObermann, contemporain de Beethoven, dont nous aimons à citer ces\nlignes aussi fines que justes :\n, Compaiez Obermann et le Valmoni des Liaisons dangereuses : Obermann,\nces vingt ans api es ; l/Sk clait une fin brillante, mais une fin ; 180k est une"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.32", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3888, "texte": "aube arrière, mais une aube. La volupté machiavélique de Valmont se vante\nd'avoir conquis la jeune fille sans lui parler d'amour ; la volupté timide d'Ober-\nmann esquisse le rêve d'un bonheur plus pur et redoute d'en rencontrer la réalité :\ncar c est toujours la volupté du XVIII* siècle qui règne sur les cœurs, exaltant\nles premiers songes de Mme de Staël ou faisant sourire les portraits féminins de\nVigée-Lebrun ; mais, entre ces deux voluptés, un abîme; une Révolution. Ober-\njnann est le matin fiileux de la nuit dont Valmont fut la lueur moqueuse.\nLa Revue musicale de Lyon (4 février) publie un fort bon article de\nM. I-éon Vallas sui le Prélude a l après-midi d'un Faune, récemment\njoué en cette ville, et nous nous associons bien volontiers à ses con-\nclusions :\nDes musiciens très estimables, mais réactionnaires, qui parfois d'ailleurs se\nlaissent aller, malgré eux, aux charmes de la musique nouvelle, s'inquiètent de\nsavoir si celte musique est louable ou bien doit être réprouvée par les honnêtes\ngens. Ils se demandent gravement si cet art nouveau possède une base solide, si,\ndans une telle conception, le moyen ne devient pas le but9 et sil est convenable\nqu'ils goûtent sans remords cette musique si différente de la « musique d'âme »\nà quoi les ont habitués les « classiques ». Ces inquiétudes de gens qui veulent\nraisonner leur plaisir, ces distinctions subtiles me semblent singulièrement vaines...\nPourquoi classifier musicalement nos émotions ? Debussy a formulé lui-même\nnaguère ses intentions artistiques, et prévu les objections quon devait tant lui\nfaire :\n« Faisant de la musique pour servir celle-ci le mieux quil m était possible et\nsans autres préoccupations, il était logique quelle courût le risque de déplaire à\nceux qui aiment une musique jusqu'à lui rester jalousement fidèles malgré ses\nrides et ses fards. »\nPourtant, je comprends fort bien qu'une œuvre telle que l'Après-midi d'un\nFaune puisse surprendre et scandaliser un peu certains musiciens non prévenus ;\nje veux dire ceux qui ont l'habitude de rechercher dans la musique des phrases\nlonguement <( chantantes » et des rythmes très accusés dont leur pied balançant\nou leur tête dodelinante, en même temps que le bâton du chef, ponctuera les\ntemps forts. Mais qui recherche simplement la volupté auditive devra goûter\nde suite le charme sonore de Debussy, tout en s étonnant, de prime abord, de\nl'imprévu de cette musique déjà ancienne mais si neuve encore.\nDans le dernier numéro de la Revue de Paris, notre distingué collaborateur,\nM. Romain Rolland, publie une très intéressante et très documentée étude\nsur la musique en Allemagne au xvme siècle. Nous y voyons que l'Alle-\nmagne, en 1750, avait eu Haendel et J.-S. Bach, qu'elle avait Gluck et\nP.-E. Bach, et cependant la musique italienne était en grand honneur et\nprenait le pas sur la musique nationale. Munich, Dresde et Vienne étaient\nles grands foyers de l'italianisme, les artistes les plus illustres : Cavalli,\nBontemps, Porpora, Vivaldi, Torelli et Veracini y avaient séjourné et\navaient formé des élèves dont Hasse est le plus connu, Gluck lui-même,\n<et c'est là un des points les plus intéressants de l'étude de M. R. Rolland,\nélève de Sammartini, ne se posa point en innovateur voulant fonder un art\nallemand, mais bien en réformateur de l'opéra italien et des abus mons-\ntrueux dont il s'était chargé. L'art allemand ne naquit qu'avec Beethoven\net Weber, et le seul Tancrède, de Rossini, lui porta un coup fatal à Vienne.\nMais à Berlin même, sous la férule du roi Frédéric et sous 1 influence de\nses maîtres, Quantz et Graun, purs italianisants, le goût se pervertit au\npoint que les fils de Bach lui-meme renièrent la science et les procédés de\nleur père, si bien que l'un d'eux, le cadet Jean-Chrétien, se fit appeler Gio•\nvanni Bacchi, travailla huit ans avec le père Martini et fit jouei à Naples"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.33", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "des opéras de Métastasé: Catone in U(1761) et A\n(1762). Bien plus, il abjura sa foi, devint catholique et organiste du\nde Milan. ...\nCependant, en Allemagne même, la masse des petits artisans musicaux,\nqui n'avaient point les moyens de faire le voyage d'ltalie et qui habitaient\nloin des centres italianisants, gardèrent leur originalité. D'autre part,\nGluck, Graun, Hasse, voulurent vaincre l'ltalie avec ses propres armes, et\npeu à peu grandit l'orgueil germanique. L'opérette naquit à Leipzig, en\n1752, et les progrès de la musique instrumentale décidèrent de la sym-\nphonie, qui fut purement allemande. M. R. Rolland termine cette capti-\nvante étude en déclarant que la victoire de l'art allemand est moins réelle\nqu'on ne le pense, et que Wagner et Strauss surtout sont foncièrement\nitaliens. C'est là le sujet d'une belle étude que nous attendons avec impa-\ntience, sûr d'y trouver une excellente contribution à l'étude de l'art italien,\nque M. Rolland connaît mieux qu'homme du monde, et dont il a décrit la\nnaissance avec tant de vie et de précision.\n\nC. C.\n\nLA MUSIQUE AUX ÉTATS-UNIS.\n\nVincent d'lndy et l'école française moderne.\nL'orchestre symphonique de Boston a exécuté à ses deux concerts sym-\nphoniques (cinquième et sixième) les programmes suivants :\nI 8 NOVEMBRE\nSymphonie en sol mineur Mozart.\nConcerto pour violon Sinding.\nPrélude pour les Oiseaux,d'Aristophane. . . J. K. Paine.\nThème et variations de la Sun° 3. . . . Tchaïkowsky.\n25 NOVEMBRE\nOuverture pour un spectacle Busoni.\nConcerto de violon Brahms.\nLa vtllanelle du Diable,d'après un poème de\nRollinat, fantaisie symphonique pour grand\norchestre et orgue Ch.M. Loeffler.\nSymphonie en si bémol majeur Schumann.\nLe grand événement musical de la saison a été l'apparition de M. V.\nd Indy, comme chef d'orchestre du 7e concert. Il dirigea les œuvres sui-\nvantes :\n2 DÉCEMBRE\nSymphonie en si bémol majeur n° 2, op. 57. V. d'lndy.\nSuite de Pelléas et Mélisande. ...... Fauré.\nIstar,variations symphoniques V. d'lndy.\nPsyché et Eros, extrait de Psyché C. Franck.\nL'Apprenti Sorcier Dukas.\nL accueil lait à M. d'lndy fut aussi chaleureux que cordial ; et à la fin du\nconcert éclata un véritable enthousiasme. L'orchestre, sous sa direction,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.34", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4546, "texte": "s'était surpassé, et Philippe Haie, l'un de nos critiques les plus autorisés\nen a parle ainsi qu'il suit dans le Boston Sunday Herald : autonses>\nII -3ÎnSi ** la\net parut chez nous pour la première fois comme chef d'orchestre.\nfois aussi dans l'histoire de cet orchestre, un chef étranger était invité à le\nCette innovation était un hommage tant au compositeur d'lndy qu'à la Sne\neco e française qu'il représente si dignement. Cette école est plus « iëune » par la\nfraie ur, a vigueur et la modernité de ses vues, de ses opinions et tendances musi\nTtaZÂSeX XÏ'f6 868 membres.les P>- distingués. Elle se caSeSe\npar la purete et la noblesse de ses visees artistiques. 11 va sans dire, que M. d'lndv\nne fait pas partie de cette tribu de chefs d'orchestre virtuoses qui vont de cité en cité\neuropéenne, comme portés sur un char de triomphe et qui excitent un intérêt popu-\nlane pareil a celui qu inspire une pnma-donna ou un ténor en vogue. Les trompettes\nde la reclame annoncent leur arrivée prochaine: ils répètent hâtivement ; au concert\nils étonnent le public par une interprétation originale d'une œuvre connue puis ils\ndisparaissent vivement, comme emportés par la tempête des applaudissements\nM. d Indy, qui possédé la modestie et la simplicité des vrais génies, n'a eu pour but\nen dirigeant les orchestres des différentes grandes villes d'Europe, que de faire con-\nnaître les œuvres de la nouvelle école française, de cette école ultra-moderne. C'eût\nété de sa part non seulement une fausse modestie d'exclure rigoureusement des\nprogrammes ses propres œuvres, mais aussi un procédé déloyal vis-à-vis de cette\nécole dont il est le chef. Sa vie musicale est vouée à la composition, et aussi à l'en-\nseignement, car il s'enorgueillit à juste titre d'être l'un des fondateurs de la Schola\nCantorum. Il met ainsi en pratique les sains et bienfaisants préceptes de son maître\nCésar Franck.\nDans cette cité, M. d'lndy trouvera quantité d'amateurs de musique très intéressés\npar 1 ecole française moderne. Cet intérêt ne s'est pas éveillé brusquement, car\nBoston a toujours été curieux d'entendre la voix des compositeurs étrangers. Sa\npopulation allemande n'est pas assez nombreuse pour arriver à germaniser, par\nesprit de chauvinisme, le goût musical, ec ces Allemands, auxquels nous devons\nd'avoir été ici les pionniers de la musique, n'ont pas montré un esprit trop étroit,\nil faut bien le dire. L'Ouverture de Waverley, de Berlioz, toujours moderne parmi les\nmodernes, fut jouée il y a 54 ans, et longtemps avant que le culte du maître ait\nété de bon ton à Paris, il fut applaudi ici. Et ceux qui ont dirigé ses œuvres\nétaient pour la plupart des Allemands, ainsi que les musiciens des orchestres qui les\nont jouées.\nDans ces dernières années M. Lœffler, et après lui MM. Kneisel, Lang, des pianistes\net chanteurs locaux, MM. Longy, Paur, et surtout M. William Gericke, nous ont fait\nconnaître les compositions de cette école moderne.\nLe programme d'hier soir ne contenait qu'un seul morceau inconnu aux auditions\nsymphoniques : le fragment de Psyché, de César Franck, et Ml' Gericke annonçait ce\npoème symphonique pour le commencement de la saison.\nIl faut dire ici que certains éditeurs parisiens empêchent une connaissance trop\nrépandue des œuvres modernes ; soit par indifférence, soit par crainte d etre lésés\ndans leurs intérêts, ces éditeurs ne sont pas disposés à donner en location des œuvres,\nsi elles ne sont protégées par de rigoureux droits d'auteur.\nParmi les maîtres qui nous étaient déjà connus, Dukas a une adresse indiscutable,\nmais peu d'imagination, si l'on en juge d'après l'Apprenti Sorcier.\nCe fut une jouissance de réentendre la charmante musique écrite par Fauré sur la\ntragédie de Maeterlinck, quoique le génie particulier du maître se révèle plus pleine-\nment dans ses chants et sa musique de chambre que dans celle à grand orchestre. Le\nfragment de Psyché, de Franck, éveille en nous le désir d'entendre l'œuvre entière.\nCette musique est à la fois extatique et passionnée, toujours noble dans son expres-\nsion. Les motifs se fondent et s'enchaînent si bien qu'ils paraissent d'égale impor-\ntance; cependant le thème qui, vers la fin du mouvement, est redit par tout l'orchestre,\nest un chant superbe et sonore de l'amour triomphant.\nM. d'lndy a choisi parmi ses œuvres la 2e Symphonie et les variations d'lstar, Istar\na déjà été entendu deux fois à ces concerts, et là, comme hier soir, cette œuvre a\nexcité l'admiration par la grande habileté technique de l'auteur, par sa sincérité, son"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.35", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4461, "texte": "imagination, par l'éclat de son orchestration et la majesté, la grandeui du motif qui\nrevient lorsque Istar se trouve dans toute sa gloire finale.^\nLa Symphonie inquiétait même certains chaleureux admirateurs du maîtie, lorsque\nM- Gericke la fit exécuter ici en janvier dernier, avec un infini et une affection\npieuse. Après une seule audition elle leur semblait n être qu une merveille d adresse\narchitecturale. Ici la musique n'a ni programme, ni titre suggestif.\nDeux thèmes sont en présence au début, ils sont ou développés séparément,\nou réunis à travers toute l'œuvre; ils sont en lutte; d'autres thèmes de moindre im-\nportance en découlent ou en jaillissent dans l'ardeur de la dispute ; finalement l'un\nde ces deux thèmes triomphe et prend son essor au-dessus du rival vaincu et enchaîné.\nVoilà où réside l'action dramatique de la symphonie, qui ne vise ni à la description\nextérieure, ni à un sujet quelconque. C'est une œuvre de valeur et d'énergie rares, je\ntiens à le dire, et elle contient des pensées profondes et émouvantes, des pages d'une\nbeauté ultra-terrestre, des passages extraordinairement dramatiques.\nLa pensée musicale en est revêtue d'une riche et chatoyante orchestration ; d'autre\npart le langage qui interprète la pensée lui est particulièrement bien approprié ;on\nsent que M. d'indy Ta façonné avec le plus grand soin, de crainte d'y introduire çà\net là quelques lieux communs que n'ont pas toujours dédaignés les maîtres. Aucune\némotion n'est aussi pénétrante que celle qu'on nomme <c cérébrale )); mais la moyenne\ndu public lui préfère l'émotion physique, même si elle reste à fleur de peau.\nLa hardiesse de certaines progressions harmoniques.de M. d'indy, l'audace de ses\ndissonances et ses rythmes choquent les oreilles de ceux qui croient que le seul but\nde la musique doit être de favoriser une digestion laborieuse, ou de les exciter à une\ngaieté de bonne compagnie.\nCes oreilles-là n'ont que faire des orgies de la muse, et M. d'indy est un débauché\nd'austérité. Dans son juste mépris d'une popularité facile, il a évité délibérément tout\nce qui pouvait lui gagner rapidement les faveurs de la moyenne des amateurs de\nmusique, cette moyenne sensible surtout aux impressions prévues et de pure conven-\ntion.\nCertains passages de cette Symphonie déconcertent les musiciens exercés, ceux\nmême qui ne demandent qu'à admirer. Nous nous rappelons le temps où le Prélude\nde Lohengrin était considéré dans ce pays comme une musique dangereuse, où l' 0&-\nverture des Maîtres Chanteurs était déclarée même à Boston une « hideuse cacopho-\nnie », où Brahms et Tchaïkowsky étaient très mal vus par des professeurs instruits et\nd'assidus amateurs des concerts. Sans doute le temps viendra où la jeune génération\nsourira au vague souvenir de l'impression de mystère produite hier soir par la Sym-\nphonie sur une grande partie du public. Ses accents lui paraîtront alors simples et\nlogiques, peut-être sa pensée musicale lui semblera-t-elle même trop clairement\nexprimée.\nCependant celui qui connaît la pureté delà vie artistique du maître, son dévelop-\npement, son perfectionnement dans une carrière déjà longue et honorable, voudrait-\nil 1 entendre tenir aujourd hui un langage plus vulgaire, qui serait de sa part une\nsorte d hypocrisie:1 II n a pas cette soif de gloire si commune. Il peut bien dire avec\nW altei Savage Landor : c( Je puis dîner tard, mais la salle à manger sera bien éclairée,\nles hôtes seront rares et choisis. »\nNous considérons cette symphonie comme l'une des œuvres les plus considérables\ndes temps modernes.\nNous croyons que sa beauté et sa puissance s'imposeront de plus en plus aux audi-\nteurs qui 1 écouteiont avec sincérité et intelligence. Nous croyons que certains passa-\nges qui maintenant paraissent obscurs et hors de propos, seront plus tard aussi clairs,\naULSI j?tgl?UeS ,q.U.e I'étaient hier soir le icr et le 2\" mouvement et le superbe finale.\nny a lpigé avec calme, mais avec une réelle force et avec la parfaite intel-\nligence de ce qu'il tenait à faire exprimer à sa vaillante phalange.\norc estre, pénétré de respect et d admiration, a secondé avec succès les efforts et\nes esirs u maître. Il fut tiès cordialement salué, et les applaudissements nourris»\neuieux, ont retenti longtemps après les numéros variés du programme.\nLe second concert, dirigé par M. V. d'indy alternativement avec l'autre\nsuiva^011* Penc^an* *ournée de l'orchestre, contenait le programme"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.36", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3723, "texte": "Symphonie. . _\nChant funèbre. .. ' ' £hausson.\nDeux nocturnes . Magnard.\nScugejteurie ' v'\npour a legtnde d z S auge fleurie, a laquelle il veut bien accorder au moins\nle mente de clarté {intelligibilité). dccolQer au moins\nLe 5 décembre, le fameux Quatuor Kneisel exécuta, à côté du Trio\nDvorak e, de celui de Schubert an siUmol majeur, lé second quatuor de\nY. d Indy en mi majeur op. 45. M. Ph. Haie a parlé en termes admTatifs\nde ce chef-d œuvre, tandis que M. Louis Elson exprime, dans le\nadveitiser une opinion absolument contraire. M. Haie caractérise ainsi k\nmusique française moderne :\nUne grande partie des œuvres françaises ultra-modernes est triste, et le plus souvent\nd une tnstesse sans espoir. La caractéristique traditionnelle de la musique française\nétait celle-ci : phrases courtes, clarté et logique dans le développement, rythme\npiquant, expression elegante. Mais les temps sont changés, les comJLteu™ et au S\nappartiennent a une génération nouvelle, et l'expression musicale, empruntant\n™iT v\\et 83 rrme 313 sociale' religieuse, littéraire des temps contempo-\nrains, s est complètement modifiée. Un compositeur sérieux qui tenterait de parler la\nSreV6 Haydn ou.de weber, ou de Schubert, serait accusé de prétention,\nd affectation, ou d avoir voulu exécuter un tour de force. En effet, depuis queloues\nannées nous sommes devenus tous plus familiers avec cette langue ultra-moderne. En\nemagne, R. Strauss a proclame un Evangile nouveau, et même à Boston il a\nentraîne des disciples à sa suite.\nCésar Franck, Vincent Claude Debussy, Gabriel Fauré, ne sont plus pour\nnous des noms seulement ; ils sont des influences. Leurs tendances, leurs pensées leurs\nidiomes ne nous sont plus totalement étrangers et incompréhensibles. Il y a cinq ans\ne Quatuor Kneisel nous a fait connaître ce quatuor de V. d'indy, et depuis ce temps\n1 intelligence musicale a fait chez nous un grand progrès. L'interprétation en a\nete plus libre, plus imposante, plus hardie, et les auditeurs ont été plus capables\nd écouter, de distinguer, d'accueillir ou de repousser ce qui leur était offert. Les Knei-\nsel ont joué admirablement : il nous semble impossible que M. d'indy qui, dans\nquelques jours, doit l'entendre à New-York, ait jamais assisté à une interprétation\naussi parfaite de son oeuvre. Grâce à cette interprétation, le premier mouvement a\nparu plus clair et moins laborieusement conçu, nous avons\" tous senti la beauté\npassionnée de l'adagio, sur lequel plane l'esprit de Franck, et le finale qui autrefois\nnous semblait écrit dans une langue étrangère et pénible, est maintenant compréhen-\nsible : il abonde en passages d'une beauté rare et puissante ; son mouvement, éclatant\nde vie, touche le cœur aussi bien que l'intelligence.\nVoici ce que dit à peu près M. Louis Elson à propos du même qua-\ntuor :\nCe moderne Français est l'ascète par excellence. Si on pouvait lui inoculer une par-\ncelle du virus musical de Bizet, il serait un très grand compositeur. Tel quel, il est\nle plus grand travailleur cérébral du champ musical français d'aujourd'hui.\nIl est le prince du développement. Brahms nous a enseigné cependant que le dévelop-\npement le plus subtil n'est pas incompatible avec la beauté. Nous doutons que dans\nle répertoire des quatuors à cordes il y ait un exemple d'un continuel développement\nde motifs, tel qu'il nous est révélé ici. De motifs r non, d'un seul motif ; une figure\nsolitaire de quatre notes fournit presque l'entière matière musicale de ce remarquable\ndéploiement de force intellectuelle. Tous les rythmes s'y trouvent mêlés, depuis le\n5/4 jusqu'au 1/4, inconnu jusqu'à présent ! et ces rythmes se heurtent, se poursuivent,\nsans trêve ni repos."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.37", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "Si la musique n'était que jeu d'échecs ou mathématiques, nous acclamerions\nM. d'lndy comme un Maître. Mais nous avons donné un coup de balai à toutes ces\n« finesses flamandes », et nous doutons fort que son grand talent pour les subtilités\nmédiévales arrive à les restaurer. Cependant il y eut quelques moments de charme\nmélodique, surfaits peut-être par le milieu où ils se trouvaient, pareils à une oasis\ndans le désert. Des quatre mouvements, le scherzo fut le moins antipathique. E(\ncependant le quatuor est plus facile à suivre que la symphonie, dirigée récemment\nà Boston par le compositeur.\nLes programmes des Be,8e, 9e, 10e, ne et 12e concerts sont les suivants :\n16 DÉCEMBRE\nSymphonie Haydn.\nConcertstiick C.-M. de Weber.\na. Introduction du 3e acte des Enfants du \\\nRoi Humperdinck.\nb. Humoresque )\nLe Tasse,poème symphonique Liszt.\n22 DÉCEMBRE\nOuverture de Nature Dvorak.\nPastorale de l'Oratorio de No J. S. Bach.\nConcerto de violon (t'e audition) G. Strube.\nSymphonie pastorale Beethoven.\n29 DÉCEMBRE\nSymphonie A. Webber.\nAria de Cosi fan tutte Mozart.\nFrancesca di Rimini, poème symphonique. Tchaïkowsky.\nLa Haute-Puissance, chant F. Schubert.\nOuverture Au mid i Elgar.\n6 JANVIER\nOuverture d'Hiawatha R. Goldmark.\nConcerto de violon Beethoven.\nTill Eulenspiegel . Richard Strauss.\n2e Symphonie Brahms.\nOuverture du Calme de la mer et de Retour )\nau pays Mendelssoha.\nConcerto de piano en mi bémol majeur. . Beethoven.\nOrphée, poème symphonique Liszt.\nPremière partie de la Symphon en\nbémol majeur Chausson.\nLe ciitique du Boston Herald, M. Ph. Haie, s'est exprimé en termes très élogieux\nsur cette symphonie exécutée à la perfection. Il dit que cette symphonie de Chausson\nest de beaucoup la plus entièrement satisfaisante des œuvres de ce maître. Elle est\np us logiquement construite, elle a plus de suite, un intérêt plus soutenu, elle est plus\neup oniqueet e sentiment plus humain que le Poème pour violon et orchestre, con-\nsidéré par plusieurs comme unche^d'oeuvre de musique absolue. En outre, il y a dans\ncette œuvie plus de spontanéité que dans le quatuor pour piano et cordes.\ne te musique est puie et belle, d'une émotion sincère, et il est certain passage que\nî anc v aurait pu signei. 11 est regrettable que des œuvres de cette importance ne\nsoient entendues qu'à de rares intervalles.\nA New-York 1 orchestre symphonique a exécuté cet hiver les œuvres\nsuivantes :•"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "L après-midi d un Faune Debussy.\nSymphonie (avec piano) sur un thème mon-\ntagnard V. d'lndy.\nAux concerts du Quatuor Kneisel à New-York furent joués :\nQuatuor pour piano et cordes V. d'lndy\nQuatuor à cordes y. d'lndy.\n2 Rhapsodies pour hautbois, alto et piano . Loeffler.\nAu nom des nombreux amis de M. V. d'lndy dans ce pays, je le prie\nd agréer 1 expression de leur sincère sympathie à l'occasion du deuil qui\nvient de le frapper.\nx Ch. M. L.\nLa modestie de notre collaborateur l'ayant empêché de parler de ses\npropres œuvres, nous reproduisons ici deux articles parus à ce sujet dans\nd'importants journaux américains.\nLa yilïanelle, de M. Loeffler, déjà jouée trois fois à Boston, fut accompagnée la\npremière fois d'une autre pièce du même auteur: un harmonieux chant d'amour, d'une\nrare beauté, inspiré pai 1 exquise aubade de Verlaine, Ici Sonne Chanson. Pour nous,\ncette dernière pièce a plus d élan, plus d envolée, parla raison que c'est de la musique\npure qui peut se passer de programme, et même à la rigueur de titre. Le sujet en est\nplus noble, plus humain, et par conséquent plus émouvant. La Villanelle est néces-\nsairement un tour de force, c'est de la musique descriptive et narrative ; mais quelle\nfantaisie, quelle ingéniosité dans la conception et l'exécution du détail ! Jamais\nM. Loeffler n'a écrit rien d'aussi large, d'aussi impressionnant que cet épisode de la\nmusique d'église, qui pourrait être suggérépar la sauvage légende de Saint-Pol Roux :\nl Ame noire du blanc Prieur. M. Gericke dirigea la Villanelle avec une compréhension\nparfaite, l'exécution fut vivante, souple et l'ensemble admirable.\nLa musique de Loeffler a été exécutée admirablement. Nous n'attachons pas grande\nimportance aux effets sataniques ; saturnales de dissonances, plaintes de cors bouchés,\nperpétuelle danse de Saint-Guy de ce démon péripatéticien ; mais nous ne pouvons nier\nle talent déployé dans quelques-unes de ces parties. Et l'épisode religieux a bien plus\nde puissance que l'effet semblable de Berlioz dans le dernier mouvement de la Sym-\nphonie fantastique. L'orchestration de M. Loeffler n'a pas son égale de ce côté de\nl'Atlantique. A deux reprises l'auteur fut forcé d'apparaître sur la scène et de s'incli-\nner aux applaudissements enthousiastes du public.\nTraduit par A. LALOY.\n\nLouis Elson.\n\nLA MUSIQUE A DIJON.\n\nConcert André Hekking, Joseph Thibaud, Marguerite Artot. Grand Théâtre.\nCes trois artistes de très grand mérite se présentaient avec un pro-\ngramme trop long et mal composé : M. Joseph Thibaud est resté au piano\nplus de deux heures et demie sans bouger! Est-il bien étonnant qu'il eût,\nà la fin du concert, l'air tantôt épuisé, tantôt farouche d'un désespéré, et\nsemblât porter l'auréole d'un martyr du clavier ? Il eût été plus sage de\nsupprimer de ce concert quelques numéros qui n'ont avec l'art qu'un rap-\nport énigmatique, comme la Sonate (op. 36) pour piano et violoncelle, de\nGrieg, musique vide, prétentieuse, frelatée, qui se pavane, se démène ,\navec importance, affecte la vigueur, puis joue la simplicité, se campe dans\ntoutes les attitudes possibles, sans en trouver une seule qui lui convienne;\nles deux instruments tour à .tour rabâchent les mêmes phrases inexpres-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.39", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "sives sans arriver à chanter ensemble : on dirait d un dialogue de comme-\nres où chacune répète les mots les plus insignifiants de 1 autre, simplement\npour ne pas laisser de place à un silence ! Je ne saurais trop protester\naussi contre l'inévitable exercice d'acrobatie qui clôt fatalement ces con-\ncerts. Avant de se retirer, le pianiste tient à prouver qu il a dix doigts ! Hier\nla preuve fut faite à l'aide de la Grande Valse de concert, de Diémer. Ne\nnous plaignons pas : c'est un des spécimens les plus courts du genre.\nCes réserves faites, il faut louer pleinement M. Joseph Thibaud. Il a inter-\nprété délicieusement la Sonate (op. 58) de Chopin et 1 Impromptu de Schu-\nbert. Il joue en vrai musicien, avec une grâce simple, légère, un peu indo-\nlente, qui est d'un artiste délicat et distingué. M. André Hekking a obtenu\nun grand succès avec une Suite ancienne, de Valentini, qui ressemble a\ntoutes les autres Suites de la même epoque. Marguerite Artot a chanté\navec une voix chaude et étendue, un style large et simple, 1 air redoutable\nde Fidelio. Mais pourquoi, après Beethoven, nous imposer la Chanson de\nBarberine, de Wieniawski, où l'aisance charmante de la poésie souligne\nencore le mauvais goût monstrueux de la notation musicale ?\nLe théâtre de Dijon est un théâtre municipal, et ce n'est rien moins qu'un\narrêté du maire qui en ferme les portes aux correspondants de toute revue\nqui n'est pas authentiquement dijonnaise! Les éloges que je suis obligé de\nlui donner ne seront donc pas suspects de complaisance.\nLe répertoire est d'une variété fort louable. Beaucoup de Massenet,\nd'abord, comme il convient : Grisélidis, avec son prologue élégant et frais,\net le désert (coupé seulement de deux petits palmiers d'ombre) de ses trois\nactes arides ; le Jongleur de Notre-Dame, souvent banal et languissant, mais\nparfois aussi souple, habile et ingénieusement attendri ; la Navarraise,\nmiracle de cynique adresse où, pendant deux actes entiers, l'orchestre\ngronde, les voix crient, sans que le compositeur fasse la dépense de trois\nlignes de musique. A côté de la copie, le modèle : Cavalleria rusticana,\nun monstre de vulgarité que sauve l'excès même de ses grossiers défauts,\net qui, par sa brutalité exaspérée, atteint presque à la vigueur. Mention-\nnons aussi Y Attaque du Moulin, œuvre lourde et naïve, mais sincère et\ndramatique ; enfin, Salammbô, pour laquelle une direction désintéressée a\nfait de grands frais d'argent et d'efforts.\nL'œuvre de M. Reyer a beaucoup vieilli. L'indigence de l'orchestration\nne peut plus se dissimuler, à une époque où les compositeurs les plus\nnovices orchestrent avec une richesse, une prodigalité telles qu'on ne\nsignale même plus un mérite aussi commun. L'orchestration de Salammbô\nn'est pas sobre, comme on le dit par euphémisme, elle est lamentablement\npauvre. Quand elle se résigne à sa pauvreté, elle a du moins un air de\nsincérité et un charme un peu maigre qui lui vont à merveille. Dès qu'elle\nveut en imposer, elle donne l'impression du désordre et du bruit. Il est\ndifficile de dire la gaucherie piteuse de certains ensembles, la platitude de\ncertains ballets. La déclamation est bien supérieure heureusement à\nl'orchestration. Et pourtant que de banalités et de trivialités encore dans\ncertains chœurs, où l'on croirait entendre du pire Meyerbeer; que de re-\ncherches prétentieuse et d'affectation maladroite dans les rôles secondaires\nde Narr'Havas, de Spendius, d'Autharite ! Mais, en dépit de tout cela, les\npages vraiment sincères de la partition ont conservé leur fraîcheur. Cette\nmusique est souvent lourde et terne, elle manque d'originalité, mais elle\nn'est jamais vulgaire. Quand la poésie du drame l'anime et la soutient, elle\na une distinction, une justesse de ton, un charme discret et pénétrant, une\nsobriété émue, qui porteront toujours sur un public français. La mélodie\nde Reyer semble venir de Gluck à travers Berlioz. Elle est d'une ligne un\npeu frêle, mais nette et pure. Elle a même parfois quelque vigueur, une"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3263, "texte": "noblesse un peu tendue qui n'est pas sans beauté. Elle a surtout de la\nmesure, de la clarté et de la grâce.\nL interprétation est, dans son ensemble, plus que satisfaisante. Il serait\nfaci e de critiquer certains détails de mise en scène, comme les colonnes\négyptiennes qui soutiennent le temple de Moloch ! Mais l'archéologie n'a\nrien a voir avec le théâtre, et semblables erreurs sont encore moins fré-\nquentes en province qu a Paris, où les directeurs se croient plus compé-\ntents . Sarah Bernhardt, pour le décor d'.4ndromaque, faisait pousser en\nEpire de magnifiques palmiers d Afrique et ornait de vases attiques du\nVe siècle le palais du vainqueur de 7 roie !Il serait peu galant, d'autre part,\nde dire ce que je pense des choeurs de femmes et surtout des figures de\nballet imaginées et malheureusement réalisées au 2e et au 4e acte.\nLe îeste est à louer presque sans réserve. L'orchestre est excellent : il a de\n1 unité et du fondu. Le quatuor est peut-être un peu mou, mais l'oreille ne\nse lasse-t-eile pas de 1 impérieuse dureté et de l'âpre précision de certains\norchestres parisiens ? Enfin les mouvements m'ont presque toujours paru\njustes: c est là chose si rare que l'on ne peut faire au chef d'orchestre,\nM. Baron, de plus bel éloge que de constater simplement le fait. Parmi\nles chanteurs, il faut nommer d'abord Mlle Gril, actrice très sûre et excel-\nlente musicienne. La voix est bien posée, un peu sourde dans les notes\nbasses, mais d'un timbre charmant dans le médium. Le style est plein de\ngoût. On sent là une nature : beaucoup d'intelligence et de dons réunis.\nM. Audisio tient avec beaucoup de fougue et d'éclat le rôle de Malhô.\nM. Gueury chante d'une voix facile et sonore les hymnes de Schahabarim.\nM. Roosen fait preuve d'autorité et presque de puissance, dans le rôle\nd'ailleurs bien venu d'Hamilcar. M. Dhaene, en Spendius, fait apprécier\nune diction précise et mordante. Enfin M. Close (qui s'est montré dans\nle Jongleur un musicien de tout premier ordre) chante du mieux qu'il est\npossible le rôle trois fois ingrat de Narr'Havas.\n\nP. M.\n\nLA MUSIQUE A BORDEAUX.\n\nL'Anniversaire, de M. Adalbert Mercier (i), et le pathétique en musique.\nWagner, dans son Beethoven, se plaît à rapprocher la pure musique de\nla vie des sentiments alors que le monde n'introduit plus son trouble en\neux. Eloignée de la forme extérieure, sans rythme grossier qui la sollicite,\ndétachée de toute utilité et de toute action, cette musique recueillera désor-\nmais les harmonies de l'âme ; du même coup, elle retrouvera l'essence des\nêtres, redressée et pénétrée par la lumière intérieure. « Elle comprendra la\nforêt, le ruisseau, la prairie, l'éther bleu, les masses joyeuses, le couple\namoureux, le chant des oiseaux, la fuite des nuages, le grondement de la\ntempête, la volupté d'un repos idéalement agité (2). » Cette sérénité mer-\nveilleuse devenue l'âme même de la musique, ajoute Wagner, pénètre et\ntransforme tout. « Le monde retrouve son innocence d'enfant. » Ces\n\n(1) L'Anniversaire, paroles de M. Jean Ferval, musique de M. Adalbert Mercier»\nexécuté pour la première fois au Grand-Théâtre de Bordeaux le 5 janvier 1906 î\nen vente chez Mustel.\n(2) Wagner, Beethoven (traduction Lasvigne), collection de la Revue Blanche."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3869, "texte": "paroles me revenaient invinciblement a la mémoire, pendant que, dans le\nsilence recueilli d'une salle qui allait un peu plus taid manifester son en-\nthousiasme, retentissaient les graves accords de Y Anniversaire, la nouvelle\npièce de M. Adalbert Mercier. J'étais, comme ce public lui-même, gagné\npar le côté intérieur de l'œuvre. J'en goûtais la sévère, la forte ordonnance,\nce qui ne m'empêchait pas d'être agréablement surpris des sources de\npathétique qu'elle ouvrait en moi. Et, aussitôt, le caractère de cette musique\nm'apparaissait nettement : elle ne se laisse pas, comme le fait sou-\nvent l'opéra moderne, envahir dans son propre domaine par des misères\nde toutes sortes et par les contingences de l'action ; elle fait retour au\nrêve, avec sa force évocatrice et suggestive ; elle l'ennoblit, elle l'épure en\ndébarrassant notre sensibilité de ses vulgarités et de ses transpoits. Elle\nmérite le profond jugement que Schopenhauer portait sur la musique reli-\ngieuse : « Elle peut déployer sans obstacle toutes ses forces sans avoir à\nramper sur le sol. Elle prend son essor librement et a grands coups d aile,\ncomme un séraphin, (i)»\nCette impression est encore confirmée par le mode de composition du\nlivret, et par le rapport qu'il entretient avec le commentaire musical.\nFerme, sobre, dramatique, ce livret, dû à une plume exercée, sait de lui-\nmême s'effacer, désireux simplement d'orienter la mélodie, de diversifier\nl'harmonie par des situations nouvelles que fort habilement il ramène, de\ndonner un sens nettement accessible à ce monde d'accords qui se déroule\ndevant nous. Il n'entend pas primer, et il y a quelques mérites ; car, à la\nnetteté de l'esquisse, à la sûreté des indications, à la force de quelques\nvers impatients de ressortir ou de se mettre en relief, on sent bien une\nhabitude d'écrire, un pouvoir de vibrer que cette discipline gêne et qui\ndoit se trouver singulièrement contraint au second plan. Voici donc l'his-\ntoire, toute de passion contenue, qu'avec sa discrétion voulue il nous\nraconte. Elle se déroule dans une ferme lombarde, lors de la fête des\nTrépassés, à l'heure où tombe le jour. Matteo, debout près d'une baie\nlargement ouverte, contemple avec tristesse l'horizon troublé qui lui ren-\nvoie l'image de sa douleur, car il a perdu, voici un an, sa jeune femme\nStella. Ace souvenir se mêle, il est vrai, une profonde amertume qui va\nse précisant et se renforçant au cours d'un dialogue, tour à tour ému et\nmouvementé, avec la vieille servante, Severina. Il tâche, sans succès, de\nlui arracher le nom du séducteur que Stella n'a point désigné, quand elle\na avoué sa faute voulant mourir consolée. Devant ses menaces, Severina\nest bouleversée, car le coupable, connu d'elle seule, est son propre fils\nSandro. Son angoisse est un instant calmée par une romance que chante\ndans la cour Lucia, amie d'enfance de Sandro. La jeune fille, qui vient\nd'entrer, toute chargée de fleurs, pare l'autel. Elle laisse percer son\namour pour le muletier, dont un tintement de grelots, suivi bientôt d'un\njoyeux tumulte, annonce le retour. Le voici. En sa présence, Lucia ne\ndissimule plus sa joie et, dans un joli duo, où Sandro, obsédé par le re-\nmords et la pensée de Stella, garde une réserve mélancolique, elle lui con-\nfesse ingénument sa passion. Mais, selon l'usage, les paysans viennent\nprier pour les défunts. Ils s'agenouillent derrière Matteo qui, dans une\nscène simple et grande, prononce le nom de ses parents morts. A celui de\nS iella, Sandro ne peut comprimer un sanglot révélateur. Matteo se redresse,\nse sent devenir justicier. Les deux rivaux se regardent, se mesurent. Courte\net dramatique explication, Au dehors, une lutte brève, où Sandro est tué,\ntandis que sa mère pousse des lamentations déchirantes, et qu'au son\néperdu de cloches, le murmure des prières continue.\n\n(1) Schopenhauer, Parerga und Paraliponiena, § 218."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "Ce livret, ferme et discret, me plaît. Il ne présente pas une accumula-\ntion de circonstances, bien faite pour détourner l'esprit de son objet prin-\ncipal, qui est simplement de rêver et de vibrer. S'il ramène quelques situa-\ntions dramatiques, il le fait sans insistance, et il sait bientôt les résoudre,\naprès les avoir rapidement indiquées, en émotions élémentaires destinées,\npar leur jeu, à manifester le mouvement naturel des forces natives de\nPâme. Aussi la musique qui s'y incarne n'a-t-elle point de peine à con-\nserver sa pure généralité. Elle n'exprime pas tel détail particulier et banal\nemprunté à l'existence vulgaire ; elle ne peint pas telle ou telle joie, telle\nou telle affliction, en les motivant lourdement et en retrouvant pénible-\nment leur genèse ou leur histoire; elle peint la joie même, l'affliction\nmême, l'amour ingénu, les sentiments primitifs enfin rétablis dans le prin-\ncipe de leur activité naturelle et génératrice. Le rapport du chant aux\nparoles, entendu de la sorte, ne fait que provoquer le travail d'évocation\nparticulier en langage musical. Celui-ci n'est pas tenté par le prosaïsme\nde la vie; il ne se confine pas dans les circonstances triviales ou insipides\nd'une action convenue. Il conserve jusqu'au bout son caractère mélodique.\nIl se joue dans l'apparition de formes agiles et souples, accourues à l'envi\nde tous les points de l'âme. C'est comme un appel réitéré, toujours suivi\nd'effet, adressé à notre vie sentimentale, comme une projection incessante,\ndans notre conscience ravie, d'un monde d'esprits invisibles, et pourtant si\nanimés et si mobiles, qui nous parlent directement.\nDisons-le bien vite : cette généralité, cette indépendance à l'égard des\ndétails bassement réalistes expliquent ici la sérénité de l'inspiration musi-\ncale, ainsi que le caractère psychologique de l'œuvre qui en dérive. On\nnous comprendra sans peine. Comme cette musique se dégage naturelle-\nment des conditions locales, matérielles ou bassement sensibles qui pèsent\nà l'égal d'une tache originelle sur tout ce qui est humain, elle retrouve par\ncela même sa pureté native. Qu'on nous permette un rapprochement. Il\nnous est suggéré par un article récent de cette Revue (i) présentant au\npublic français, avec humour et esprit, la Sinfonia domestica de Richard\nStrauss, exécutée à Londres. Autant qu'il est permis de le deviner à travers\nle badinage de l'auteur, cette musique, « qui se termine dans un bel élan\nde cuivres apothéotiques, vertueux, familiaux », n'est guère qu'une mu-\nsique ménagère, le pendant, dans l'art lyrique, de notre tragédie bour-\ngeoise du xviue siècle. Non seulement il faudrait avoir l'esprit de famille\npar trop chevillé au corps, mais encore il faudrait être démuni de toute\nfantaisie et de toute inspiration pour trouver un intérêt artistique à cette\nglorification des trivialités de la vie, à cette apothéose emphatique des dé-\ntails enfantins de l'existence. La musique de M. Adalbert Mercier nous\ntransporte justement à l'extrémité opposée. Comme celle de Louise, elle ne\nperd rien de sa poésie et de sa fraîcheur au contact del existence commune.\nElle ne se ressent pas du fait divers que Richard Strauss eût glorifié. Elle\ndemeure pure et sereine, sans descendre un instant des hauteurs qu elle\nhabite et d'où le risible est banni : elle ne cesse de planer sur les contin-\ngences de la vie dont elle se plaît a dégager la signification. Par la, tout\nen conservant sa noblesse, elle obtient sans effort ce caractèie cvocateur\nou psychologique dont nous avons déjapaile. Avec cette simplification\nvoulue, elle demeure vraiment intérieure, car elle restitue les émotions\nélémentaires qui agitent le cœur de 1 homme, et elle les fixe sous IGUI aspect\nle plus intime. Elle recueille donc en elles ces moments éphémère d'intensité\noù elles s'élèvent au plus haut point d'exaltation et de tension doulou-\n\n(1) Voir dans le Mercure musical, n° du i 5 décembre, la Musique en Angle-\nterre, par M. Boulestin."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3942, "texte": "relise. Elle le glorifie et l'éternise. Elle révèle ainsi la vie intérieure saisie\ndans son principe même, en ce qu'elle a de fugitif, de fragile et d'irrémé-\ndiablement mortel. Elle n'embrasse plus les sentiments dans la matérialité\nde leur action, mais dans la spiritualité de leur origine. Elle est comme\nDieu, dirons-nous avec Schopenhauer : elle ne connaît que les cœurs.\nLa partition à laquelle M. Adalbert Mercier recourt pour traduire ses\nsentiments est à la fois délicate et expressive. Techniquement, elle se\nressent plus de la manière souple et suggestive de M. Gabriel Fauré que\nde la composition dramatique de Wagner. Le leit-motif n'y joue aucun\nrôle : les personnages n'y sont pas individualisés par ce rappel persistant\ndes mêmes accords qui ramène les mêmes situations intérieures. Au sur-\nplus, la lente progression et la gradation des notes, image de l'exaltation\ncontinue et de la croissance des sentiments, ne s'y rencontrent que bien\nrarement. Cette musique alerte et prime-sautière emploie des procédés plus\nvifs et plus courts. En conciliant avec une réelle habileté la partie mélo-\ndique et la partie harmonique, elle obtient des mélanges inattendus, particu-\nlièrement heureux : elle est à coloration changeante. Grâce à cette combi-\nnaison du chant et de l'orchestre, elle parvient à créer autour des person-\nnages une atmosphère émotionnelle, chargée de souffrance ou de joie,\nune atmosphère plus ou moins chaude, plus ou moins lourde, qui nous enve-\nloppe tout entiers et nous révèle, par voie de suggestion immédiate, les\nsentiments qui s'agitaient obscurément devant nous, et qui déjà, par cela\nmême, nous sollicitent, nous obsèdent et nous remuent. C'est à créer sans\nnul artifice, ou à entretenir pareille atmosphère que la plupart des scènes\ns'emploient. La première, l'explication entre Matteo et Severina, est\nremplie de pronostics menaçants. L'accent pressant du dialogue serait\ndéjà suffisamment évocateur ; mais il s'y joint le rythme des cloches que\nl'orchestre combine avec la voix confuse du ressentiment et de la dou-\nleur , et, dès lors, au lieu aun fait divers sans portée, nous avons\nune combinaison bien humaine de la voix qui pardonne ef de celle qui\nmenace, un rappel émouvant des détresses d'une âme désemparée, où\nse niêieat les fiémissements de la chair et les orages de l'esprit. La scène\nsuivante, signalée par ie chant de Lucia, nous transporte, en une heureuse\nopposition, dans l'ordre des sentiments jeunes et tendres. Une chanson,\njoyeuse et fraîche comme le printemps, un entretien confiant comme un\npremier amom, tont succéder aux sentiments oppressants la sérénité et\na an on. Dans cette accalmie, favorable à la production des émotions\ndouces, s eleve le duo d'amour où s'épanouit, avec la liberté infinie des\ncœurs, ce que Wagner appelle la fleur divine de la mélodie humaine.\naisa scene change d aspect: une nouvelle coloration apparaît. La réunion\namiuaie, a pieuse commémoration des Morts annoncée par le motif des\nc oc les, nous reporte vers de plus sombres pensées. La prière, psalmodiée\nP.ar e Ci-œur? aje ne quoi de fruste et de tragique : elle prépare l'éclo-\n-îon sentiments douloureux. Nous voilà prêts pour la scène finale,\nscene rapide ou les promesses de pardon soublient, et où s'accomplit\n. mort, pendant que les cris déchirants de Severina nous en\népeTdu\" et ue es c^oc-ies retentissent, à l'image des cœurs, plaintives*\nGiâce à ces colorations changeantes, à ces mutations brusques de senti-\nments qu elle excelle à provoquer, la musique de M. Mercier prend un ca-\nac t_re g . On pourrait même dire d'elle qu'elle est très dramatique,\nSi le cîrame est essentiellement la rencontre ou le heurt de volontés hostiles.\naUJ mo-'en;, liaimoniques dont elle dispose, combinaisons orches-\nrHc^-f-UClt'S u! et(~nrïues> dissonances habilement ménagées, altérations\nfctes caPables de changer la nature des accords jusqu'à les rendre inquié-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3886, "texte": "tants, elle sait offrir 1 image troublée de la vie, elle en exprime Pangoisse.\nElle traduit le diame que la pensée 'méditative soupçonne au fond de tout\nce qui vit et que ses accents douloureux présentent à notre conscience\navec une particulière intensité. Elle nous jette ainsi en pleine crise émo-\ntionnelle, et 1 état d ame qu elle fait naître aussitôt reproduit à sa manière\nles perplexités de la pensée, les troubles de l'âme devant les contradictions\nqui se soulèvent de toutes parts autour d'elle et jusques en elle. Elle nous\napporte comme 1 eclio particulièrement émouvant de la plainte univer-\nselle.\nC est par là, sans 1 avoir réellement cherché, en se rapprochant plutôt des\nprocédés instinctifs de la nature, que cette musique rencontre l'effet drama-\ntique le plus intense. Rien de moins cherché, en effet, que ce drame qui\nsort ici des choses ou des sentiments eux-mêmes et qui éclaterait en\nl'absence de tout livret, par la seule opposition et le jeu naturel des forces\nen antagonisme. Si la deuxième scène, par ses accords consonants et\nsa coloration joyeuse, traduit un état pacifique de sérénité et de détente,\nles autres scènes, unissant des sonorités et des sentiments antagonistes,\ncréent pour chacun d'eux un état de tension pénible, et multiplient les mal-\nentendus. En dehors des paroles qui accusent les oppositions, ce jeu et ce\nconflit de notes suffiraient à la tâche, tant il est vrai qu'elles n'empruntent\npas au dehors l'élément pathétique qui est en elles. C'est bien tout un\ndrame musical qui s'ébauche, fait de résistances, de froissements, de re-\ngrets. On y voit des forces aimantes que la mort sépare et qui désespèrent,\ndes forces hostiles qui souffrent d'être unies, des forces tendres, doulou-\nreusement comprimées, qui se lamentent et qui pleurent, des promesses de\njoie que la douleur brise, l'espoir et la mort, et tout cela c'est encore la\nvie saisie dans son mélange inquiétant.\nLà réside précisément le charme ou la séduction de cette œuvre, je veux\ndire le pathétique qui est en elle. Nous en avons indiqué les sources. Il\nne vient pas 'd'une action convenue ; il n'est point dû à des rencontres\nextérieures de circonstances. Le formalisme musical ne saurait davantage\nl'alimenter : une musique capable de se jouer dans des combinaisons har-\nmoniques, dans la formation plus ou moins habile d'ensembles rythmiques\nsans sincérité et sans vie, la recherche de nuances fugitives et mièvres, ne\nnous conduiraient pas à cet effet simple et émouvant. C'est qu'il y a loin\nentre la musique de M. Mercier, tout imprégnée d'âme, et la mélodie arti-\nficielle, « ce fantôme de son, étonnamment vide, au service exclusif de la\nmode » (i). Le pathétique est tellement dans la nature et dans l'essence\nmême de son talent, que les thèmes dont il use pour exciter en nous\nl'émotion n'ont pas à passer par le détour des paroles et des préparations\nhistoriques pour nous frapper et nous émouvoir. Ils ne demandent qu'à\néclater ; ils s'épanouissent d'eux-mêmes en sentiments. Que, dans les notes\ndu début, la polyphonie de l'orchestre fasse pénétrer en nous la vague\ndouleur flottante dans la nature; que les notes haletantes du quatuor en-\ntrecoupé adressent un appel infiniment douloureux à nos forces compa-\ntissantes; que le lamento de Severina vienne nous envelopper de îêveries\ntendres et tristes ; que la vilanelle de Lucia libéré en un essor joyeux nos\nrêves d'amour ; que le choeur des muletiers nous apporte un écho de l'in-\ndifférence de la nature à nos peines et de la joie insouciante des cnoses,\ntandis que la prière des morts ramène obstinément notre pensée vers la fin\ninévitable qui fait l'amertume et le tragique de nos destinées: c'est toujours\nla même note touchante, simplement, franchement humaine. Sans fracas,\nsans pédantisme, comme en se jouant, par le seul effet du chant envolé de\n\n(1) Wagner, Beethoven."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3812, "texte": "son cœur en une minute d'émotion sincère, il nous conduit au plus haut\npoint de la tristesse, du désespoir ou de la joie. Car ses accords ne sont\nque des passions en mouvement, des émotions qui sont devenues de la\nmusique, comme chez d'autres elles deviennent de la poésie : c'est le pur\nsentiment qui chante dans ses mélodies.\nNous venons de caractériser cette musique spontanée qui flotte partout,\ndans Y Anniversaire, et qui nous pénètre insensiblement, sans procédé vi-\nsible, sans effort apparent. Elle ressemble à la poésie jaillissante de l'inspi-\nration romantique ; elle a quelque chose du charme innocent de la nature\nqui se joue autour d'un paysage et par lequel celle-ci donne tant d'éclat\nà ses productions. Il y a là, comme dans les manifestations heureuses\nde la vie, de l'abandon et du charme, un appel discret à nos puissances\nde sympathie, la grâce enfin. Mais dans cette grâce elle-même, nous avons\ndémêlé l'appoint du cœur, seul capable de la produire et de la fixer. N'est-\nce pas d'ailleurs le fait d'une sensibilité neuve et souple? Le don d'exciter\nla grâce et « de faire naître les amours » (i) n'est-il pas dévolu aux âmes\nvraiment jeunes ou qui savent le redevenir ? Or, c'est bien là la caracté-\n. ristique de ce talent spontané qui se livre à nous d'un mouvement si\nnaturel. Ses essais précédents en faisaient foi : il y avait de la tendresse\ndans la musique de scène du Roi Candaule, une émotion pressante et\ncontenue dans les parties chantées du\nsaire, avec ses sombres accords, longue plainte entrecoupée d'un chant\nd'amour et d'espoir, est venue réaliser ses promesses. M. Mercier est\nainsi, désormais, en possession de ses moyens. Il a trouvé la loi de son\ninspiration, c'est-à-dire de sa sensibilité. Le pathétique est sa voie, le sen-\ntiment son domaine. Loti— dont j'aimerais entre parenthèse àla voir s'ins-\npirer et qui serait bien fait, au même titre que d'Annunzio, pour tenter une\nmusique si franchement émotionnelle,— Loti disait dans une circonstance\nsolennelle (2) : « Je ne sais que les choses de l'amour ». Belles paroles que\nM. Mercier pourrait méditer ; elles résument son œuvre commençante ;\nelles donnent un sens à ses aspirations quand il se cherchait, à ses œuvres\nplus définitives quand il s'est trouvé. Elles expriment que la musique à\nlaquelle il tend vit par le sentiment, respire par le cœur, et vaut par la\ngrâce dont le cœur est l'éternelle source : musique, non pas d'idées, mais\nd émotions, non asservie à un livret ni rampant à terre, mais prenant li-\nbrement son vol ; musique vraiment intérieure, puisqu'elle rythme les\nmouvements de l'âme.\nAussi comme si cet élément de jeunesse et de cordialité portait en\nlui un pouvoir d irrésistible séduction, lepublic un des publics les plus\nroids et les plus réservés qui soient a été immédiatement gagné. Lacriti-\nque s est faite encourageante et sympathique. Heureuse de prêter son apport\naune œuvte spontanée, gagnée par cette force d'attrait qui est en elle,\ni exécution a été particulièrement réussie. M. Fournets, de l'Opéra, a mis\nau service d un rôle fort bien composé une voix généreuse et un talent de\ncorne îen epiouvé. Le jeu dramatique et la voix grave de Mlle Renfiaur\nconvenaient à merveille au personnage de Severina, comme la grâce et la\nnesse e i e ouzet au joli rôle de Lucia. M. Lorrain a été un Sandro\ngracieusement sentimental, et amoureux sans ridicule. Le Grand-Théâtre\ne ior eaux et son hardi directeur, M. Frédéric Boyer, s'honorent par\ne e s; c îoix et ce telles interprétations. Paris voudra-t-il rester en arrière?\nLavalleria rusticana constituerait-elle, en matière de délits, l'acte néces-\nsaire et irrémissible ? Ou bien la hardiesse de nos directeurs parisiens\n\n(*) Plotin, Ennéades, p. 7t.\n(2) Discours de réception à l'Académie française."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "n'irait-elle pas au delà de quelques pâles levers de rideau, tels que le\nChalet ou le Maître de Chapelle ? A Dieu ne plaise que nous osions le\nprétendre ! Mais, alors, ils sauront désormais où s'adresser.\n\nAlbert Bazaillas.\n\nCOURRIER DE REIMS.\nA. B.\nIl y avait foule, le dimanche 11 février, salle Degermann, à l'audition\ndes concerts éclectiques. Ces succès sont dus certainement à l'incessant\ntravail de M. Vaysman, qui se dépense comme virtuose et comme orga-\nnisateur. Mlle Lucy Botz et M. Vaysman ont interprété supérieurement\nla Sonate pour violon et piano de Silvio Lazzari, œuvre ardue et remplie de\ndifficultés. MUe Lucy Botz se fit ensuite chaleureusement applaudir dans un\nNocturne de Chopin et la Truite,de Schubert. Un chœur de jeunes filles\nexécuta trois pièces de César Franck, et ce fut une diversion heureuse, très\nappréciée par le nombreux public qui remplissait la salle. Terminons en\ncomplimentant sincèrement M. Vaysman, qui se propose de monter encore\nde grandes oeuvres auxquelles le concours de cette excellente chorale de\ndames sera très précieux.\n\nCOURRIER DE TOURS.\n\nL'Association artistique des artistes a donné son 3e concert\navec le concours de M. Lucien Capet et de M. Paul Daraux. M. Capet a\ntriomphé dans le Concerto en ré de Beethoven, qu'il a joué dans un style\nimpeccable. M. Daraux, un peu fatigué, a néanmoins été très applaudi dans\nla Procession de Franck, où par moments l'orchestre n'a pas eu la discrétion\ndésirable. Le 3, M. Engel et Mme Bathori, avec le concours de M. Pitsch,\njeune violoncelliste de grand talent, ont donné un concert consacre aux\nœuvres des maîtres italiens du xvma siècle pour la ire partie et aux œuvres\nde H. de Fontenailles pour la 2e partie. On a aimé tout particulièrement\nla Sonate de Boccherini que M. Pitsch, parfaitement accompagné par\nMme Bathori, a jouée à ravir, Pianjeteet de Carissimi, ou\nMme Bathori d'abord seule et ensuite avec M. Engel a charme 1 auditoire.\nGrand succès pour les mélodies de M. H. de Fontenailles accompagnées\npar l'auteur. Citons, faute de pouvoir tout nommer : x out doucement, les\nAiles des cloches, un Baiser et les Saisodans lesquelles Mme Bathori fut\ntour à tour mélancolique et passionnée ; Sais-tu, Rose si jolie, So\"ff™\"ce'\nque M Engel interpréta avec son art consommé ; ou M. Pitsch\nmit de jolies sonorités, et enfin deux valses tziganes jouees avec |a fougue\nqui leur sied par Mme Bathori et M. de fontenailles sur 1 excellent\nSAu concert du .3 février, M. Geloso a joué la Sonate en ut dièse mineur\nde Beethoven, la 3\" Ballade de Chopin, la Berceuse de Gr.eg, le Chœur des\nFileuses de Wagner-Liszt, et comme rappel la Valse en la bémol de Cop"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.47", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "M. Geloso est un remarquable virtuose et sa le'gèreté de doigts est incom-\nparable. M'ie Doecken, fatiguée, a cependant fait apprécier l'air\nles Vieilles de nous de Levadé, les de Chabrier et des com-\npositions de M. Geloso. Mlle Claire Blot, élève de Mme Tassu-Spencer, a\nfort bien exécuté sur sa harpe Pleyel différents morceaux, dont le plus\nremarqué fut Y Impromptu de Garbone. Et Mlle Denise Blot, une jeune pia-\nniste d'avenir, a tenu le piano d'accompagnement de façon à mériter tous\nles suffrages. Nous aurons d'ici quelque temps un concert avec le concours\nde M. Alejandro Ribo, pianiste.\n\nC. Perny.\n\nVIRTUOSES.\n\nMlle Renée Lénars, dont les auditeurs des concours du Conservatoire ont\ndéjà applaudi la virtuosité et la grâce à la salle Favart, où elle remporta en\njuillet son premier prix de harpe Lyon, vient encore d'obtenir un éclatant\nsuccès le 3o janvier chez Pleyel.\nEmile Nerini, un tout jeune homme, a été très goûté comme compositeur.\nOn a particulièrement applaudi : Rose, ne croyef pas et la 3e valse pour\nharpe. On a même mieux fait que de les applaudir, on a obligé M. Daraux\net la jeune harpiste à recommencer.\nCes 2 soirees du 6 et du 16 nous ont permis d'apprécier une fois de plus\nle beau ta.ent de Mlle M. Doerken, la chanteuse avec laquelle le maître\nR Pugno fit sa dernière tournée à travers la France avant son départ pour\n1 Amérique. M c Doerken n'a pas choisi la carrière artistique comme le\nmetier et le gagne-pain le plus brillant qui a tant d'attraits pour les enfants\nde nos concierges. Fille d'un de nos premiers ingénieurs, elle eût pu trou-\nver dans les plaisirs de la haute société mondaine où son rang l'appelait\nassez d occupations et de passe-temps futiles. Mais le désir de ne pas res-\n.'n,Tl tîUner?Vet de l'autre l'attrait qu'avait pour elle l'art de la mu-\nbilirJ Tir lobscunte où l'aurait laissée, selon toute proba-\nn Hktin gacte' P°Ur 6n aire Une de nos cantatrices concertistes les\nmaintien modeste et naturel, sa grâce, la grande pu-\nlu cœur h,Vonlt t son interprétation absolument juste, nous ont laissé\nvocation etmif» V t\" & so.ue^u^^e ne s'était pas trompée sur sa véritable\niuste titre son* P°^Yait ètre er de la recrue qu'il avait enrôlée, àsi\njuste titre, sous sa. bannière de gloire.\nGuimaraèsta\\ennp*nîn° •T 1 t dorJ 22 janvier, aux Agriculteurs, Fanny\ndu conservatoire 6 r6SI lenne' élève diplômée du maître Sauer et\neuropéens n'étaient npcT\"116' f montre une fois de plus que les artistes\nM'?- Gui \"S fS ?GUIS à P°uvoir bien les maîtres.\nd'œuvres de' Bettho°ër>Gluck s'tasf interprétation\nOn a ' ' °1 Saens, Schumann, Chopin, Liszt.\nMarmontel, où Mlle Gui Splendide Tarentelle, de\ntuosité c déployer toute sa douceur et sa vir-\nEminoer ne 'ïi'V, 1 l\"-'e violoniste, Mlles Nelly et Alice\nT nîûs „0,, s l charmes agréablement pendant toute une soirée.\nl'excellent diseur qu'est M. Brémom/^611^6' c'est'à\"dire d'applaudir,\nlati.ons musicales de M. T. Thomé, déjà\ndanS CS genre 51 dlfficile qui tient à la fois du théâtre et de"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "la musique, ont ete un nouveau succès pour l'auteur qui les accompagnait\nen personne et pour leur excellent interprète.\nL abondance des matières pour notre dernier no ne m'avait pas permis\nde m etendre sur les grands concerts de la période de février : je me\npermettrai donc un petit retour en arrière pour ramener les lecteurs du\nMercure jusqu au récital de piano qu'a donné le; ler février, chez Plevel\nGermaine Arnaud, le brillant premier prix de notre Conservatoire, son\nconcert a ete un vrai triomphe. Devant une belle salle qui l'a rappelée\nplusieurs fois, elle a développé sans efforts apparents toutes ses mer-\nveilleuses qualités de mécanisme et d'originalité.\nLe 14 février, Mlle Maria Lucrecia Uriarte donnait son concert à l'Aeolian\n.Cette )eune pianiste argentine, déjà titulaire de nombreuses distinc-\ntions, fut l'éleve à Buenos-Ayres du célèbre Williams, et continua\nses etudes a Pans. Son incomparable mécanisme, la juste interprétation\ndes œuvres qu elle exécuta (Beethoven, Schumann, Liszt, etc...), en un\nmot, la haute virtuosité dont elle fait preuve, lui valut, de la part d'une\nsalle comble, d'enthousiastes ovations.\nSamedi soir avait lieu à la salle Erard le concert de Mlle Thérèse Roger.\nLe programme, très artistique et cependant très éclectique, a été exécuté\na la satisfaction générale : M\"° Fh. Roger possède un jeu exquis, une\nsonorité delicieuse. Son brillant mécanisme et l'exacte interprétation des\nœuvres qu'elle exécuta (Bach, Schumann, Chopin, Bernard, Fauré,\nMarmontel, Liszt, etc...) ont été fort goûtés.\nM'ie Reboul, violoncelliste, a fait merveille dans les de Lalo\net la Tarentelle de Popper.\nM. Tourret est un excellent violoniste. Quant à Mme Bureau-Berthelot,\nque nous avions entendue dernièrement à une des matinées Luigini, elle\nest toujours en progrès pour le style et la délicatesse de sa voix.\n\nPaul Dubot.\n\nSIMPLES AVIS.\n\nUn pianiste accompagne s'il s'agit de plaquer les accords et de faire les\nritournelles d'une chansonnette, d'un morceau de genre ou même d'un\nconcerto ; il prend le rôle de soliste dès qu'ilparticipe, avec un ou plusieurs\ninstrumentistes, à l'exécution de sonates, trios, quatuors, etc. Dans ce der-\nnier cas, il est faux et injuste de lui susurrer : « Vous accompagnef divine-\nment bien. » Qu'on se le dise une fois pour toutes !\n*\n* *\nNous ne saurions trop recommander aux chanteurs et instrumentistes\nqui liront ces lignes de vouloir bien, si faire se peut, cesser de présentera\nleurs accompagnateurs de la musique véreuse, loqueteuse, chiffonnée, dé-\ngoûtante, qui a traîné partout, ne tient plus debout sur le pupitre et dont les\npages se replient quand on les tourne. Nous ne nous adressons pas aux\nchanteurs comiques qui ont, eux, le soin de cartonner leur musique, de la\nconserver propre, vierge de crevaisons et de microbes. Nous conseillons\naux pianistes de refuser désormais des parties en mauvais état ; à 1 avenir\nils n'auront plus à s'en plaindre.\n»\n* *"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.49", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "Lorsqu'on aime un compositeur, la première des choses à faire est de\nle récompenser du plaisir qu'il vous procure en achetant sa musique, et\nnon pas en cherchant quelqu'un qui vous la prête.\n\nJean Rage.\n\nCORRESPONDANCE.\nJ'ai reçu la lettre suivante, que je me fais un plaisir d'insérer ;\nMon cher confrère,\nDans le Mercure musical du 15 décembre dernier, un article bibliographique,\nportant votre signature, parle de mon d /'Essai de critique de la\ncritique musicale. Il me reproche notammen\nrence la famille de certains confrères. Il\nréalité ; mais l'erreur m'est imputable, ainsi qu'un ami me l'a signalé.\nVoici évidemment le passage qui vous\nbelle-mère apporte un manque de bonhomie et des allures peu aimables. On s'en\nsouvient quelquefois lorsqu'on lit certains articles de M. Lalo. »\nLa dernière phrase comporte ce don\nsens différents, et j aurais dû être plus\nallusion ùl état d esprit du critique en qu\ntant que celle-ci existe, ce que j'ignore.\nVoilà le seul point que je tenais à relever\ngracieusetés que vous m'avez octroyées,\nprotester contre elles, même légèrement, venant d'user très largement du droit\nqu a t écrivain de s exprimer sans détours.\nSi, un beau jour, j'étais chagriné de cet\nderais, pour me consoler, si vous avez\nbrûhiTe Sa\"S d°Ute Serait\nCrogez, mon cher confrère, à mes sentiments distingués.\nFRÉD. HELLOUIN.\nr jnnSÎ a°te très. volontiers delà rectification de M. Hellouin; mais il\nde stvlp m.leux valait ne pas employer certains procédés\ncersur nn illn^t6 & e<?mvoclue- valait mieux aussi ne pas pronon-\nvieux «ni ron • nompoSlte'Ur'- même par réticence> mot d'« enfant de\nZe 'n! nrS 7 un écrivain fort connu d'aller soigner à la cam-\nDar une ininrl hS U6 Pro mat^clue> en terminant cette ordonnance\na réDondu MantM /?arln ™ a ac|e- \" (< Pauvre Tabarin de Tarascon !\ndans son n le Critisue ainsi baf°ué ; n'était-il pas\nprocédés incta t_ian a m°i> je me devais de protester contre de pareils\ntage Je ne vois n\" Parc^.clue 'e sortais indemne de ce quasi général aba-\nms dit«toir m» S en, Ce qUI fait SUPP°Ser à M.Hellouin que je n'ai\nle plus iniDartial no e^K?C C|anS un comPte rendu où j'ai tâché de rester\np impartial possible et de reconnaître tous ses mérites.\nL. L."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "ECHOS\nA 1 Opéra-Comique. Le Cœur du Moulin, drame lyrique en deux actes,\nde MM. Maurice Magre et Déodat de Séverac, vient d'être reçu par\nM. Albert Carré et sera monté très prochainement. Nous n'avons pas\nbesoin de dire combien ce choix nous semble heureux. Détail à noter i\ncet ouvrage, présenté au dernier concours de la Ville de Paris, avait été\nécarté aux premières « éliminatoires ». M. V. d'lndy, membre du jury,\nse trouvait alors en Russie.\nMondanités. Très belle soirée musicale, le 17 février, en l'hôtel de\nMme Durey-Sohy. La perle en fut cette noble et pure mélodie de Saint-\nSaëns, la Cloche, chantée avec infiniment de délicatesse et de goût par la\nmaîtresse de maison. On a beaucoup applaudi aussi le Concertstuck, de\nWeber (Mlle Morin),et la Fantaisie dialoguée, de Boellmann, pour orgue et\norchestre G. Durey-Sohy). La partie d'orchestre, qui comprenait,\noutre les morceaux précédents, le Prélude et un Entr'acte de Carmen, et\nl'andante d'une Symphonie de Haydn, était exécutée par VUnion instru-\nmentale, société d'amateurs qui présente cette particularité d'être dirigée\naussi par un amateur. C'est là une tentative intéressante, et dont les\nrésultats sont déjà fort satisfaisants. Un peu plus de finesse dans les nuances\nest encore désirable ; mais la précision et la netteté sont acquises, et\nc'est l'essentiel.\nLe Courrier de la Presse a établi le relevé des votes et travaux par-\nlementaires de tous les députés et sénateurs.\nCe travail, le plus complet qui existe, est indispensable aussi bien aux\nélecteurs qu'aux candidats et comités électoraux; il évite la tâche ingrate de\ncompulser de nombreux volumes du Journal officiel, avec ses annexes,\npour y relever les suffrages exprimés lors des scrutins importants qui ont\neu lieu dans l'une ou l'autre Chambre, tâche bien faite pour rebuter plus\nd'un chercheur.\nLa vie des Saints. « Alexis de Castillon,né à Chartres en 1838, est mort\nà Paris en 1873.\n« Obligé par sa famille d'embrasser la carrière militaire, malgré son goût\ntrès prononcé pour la musique, il devint officier de cavalerie de la Garde\nimpériale et obtint d'être en garnison à Paris pour pouvoir continuer à\ntravailler l'art vers lequel il se sentait déplus en plus attiré.\n« Peu de temps avant la guerre de 1870, à laquelle il prit part, il fit la\nconnaissance de César Franck et, séduit aussitôt par l'enseignement si\nhautement artistique de ce maître, il brûla tout ce qu'il avait écrit anté-\nrieurement, et attribua à son Quintette, la première œuvre composée\nd'après les conseils de Franck, 1 étiquette Op. 1, bien qu il eut beaucoup\nproduit auparavant.\n« Depuis, son talent ne fit que croître ; il se mêla très activement au\nmouvement d'art créé par la Société nationale de Musique ; mais, épuise\npar les fatigues endurées au cours delà dure campagne d hiver de 1870-71,\nil succomba en pleine maturité d'âge et de talent. »\n(Programme des Concerts Chevillardl 18 février 1905.;\nUn nouveau roman de Willy. Qui\ngaieté française s'en va ? Elle revient, au contraire, si jamais elle était partie\net elle revient avec le nouveau livre de Willy!... Une Plage d Amour ! tel\nest son titre, (LIBRAIRIE UNIVERSELLE, 33, rue de Provence, Pans,\n3 Désopilant, drôle à faire mourire de rire, débordant de talent bien fran-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.51", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "çais, de gaieté, prodigieux de hardiesse de pensée et d'audaces, de style\nclair, rapide et des plus intrigants, tel est le livre. d'Amour\nprovoquera bien des colères grognonnes. Ah! c'est que Willy ne se gêne\npas de raconter tont ce qu'il a vu sur une de ces plages de bains de mer\nd'hiver et d'été, où le monde va se tremper dans l'eau et se retremper dans\nla liberté extra familiale et extra conjugale. Lisez Une Plage d'Amour et\nvous serez gai pour plus d'un an, c'est-à-dire jusqu'au prochain livre du\nprestigieux Willy.\nLe roman: Une Plage d'Amour se présente habillé, ou plutôt désha-\nbillé, d'une capiteuse couverture du délicat artiste qu'est Préjelan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nErnest Bloch : Historiettes au crépuscule (Poèmes de C. Mauclair). Paris\nDemets. ' 1\nCésar Franck : Danse lente. Paris, Édition mutuelle.\nVincent d'lndy : Jour d'été à la montagne. Réduction pour piano à\n4 mains, par Marcel Labey. Paris, Durand et fils.\nCamille Saint-Saëns : L'Ancêtre, drame lyrique en 3 actes (A. de Lassus)\nParis, Durand et fils.\nEmile Vuillermoz : Chansons canadiennes Paris, Mathot.\nLes Dionysies(Louis Payen). Paris, Mathot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c012", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.2", "titre_corps": "LES CONCERTS.", "titre_sommaire": "LES CONCERTS.", "signature_source": "Joseph Trillat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "LES CONCERTS.\n\nConcerts Chevillard : La Cloche fêlée de M. Pécoud; les Nocturnes, de Cl. Debussy. -\nConcerts Colonne : Mme Wanda-Landowska ; Jour d'été àla montagne, de V. d'lnciy. Con-\ncerts du Conservatoire : Hillemacher et Balakirew. Société Nationale : Marcel' Cahey,\nG. Corbm et Albert Roussel. - Mme Jane Arger. Société Philharmonique. Matinées\nDanbe :M. Miguel Llobet. Concerts Barreau. M. Reitlinger, M. Ed. Bernard.\nApres la sombre Ouverture de Coriolan, la Symphonie en mi bémol de\nMozart est toute lumière. Kt comme cet orchestre est plus près du goût\nmoderne, avec ses fraîches couleurs, que celui de Beethoven ! De notre\nciel aussi les nuages se sont enfuis, et la musique, longtemps troublée et\nmorose, a retrouvé cette joie candide que Mozart eut justement en partage.\nElle commençait à renaître déjà chez César Franck, mais retenue encore\npar le scrupule, et coupée de douloureux retours sur la misère humaine •\nde là ces inflexions chromatiques, si touchantes, où l'on voit plier la mé-\nlodie comme un rameau trop frele pour la charge de ses fleurs.\nTel est le caractère des Variations symphoniques, jouées par M. Cortot\navec une délicatesse extrême et une simplicité trop cherchée pour que\njen sois ému. Mais le public juge autrement et prodigue ses rappels. Il se\naussi pour poème symphonique deM. Pécoud, la Clo-\nc e felee, inspiré par un lugubre sonnet de Baudelaire : c'est une œuvre\nintéressante, dont le thèmeunique est assez habilement varié et coloré par\norchestre ; mais je n'y découvre rien de bien personnel. Espérons mieux\ne . dont le nom paraît pour la première fois sur un de nos pro-\ngrammes dominicaux.Les Danses polovtsiennes du Prince Igor terminaient\nle concert ; je retrouve dans les premières l'inspiration mélancolique de Bo-\nro me, agrémentée d une tort jolie couleur orientale ; mais le charme se\nper , orsque interviennent les cuivres, sur un rythme à trois temps syn-\ncope . peut-être aussi Rimsky-Korsakof, responsable de l'instrumentation,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.22", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4100, "texte": "a-t-il fait trop de bruit à cet endroit. Ces danses ont été jouées aux con-\ncerts Colonne, il y a quelques années; il me semble qu'elles comportaient\nalors un chœur, dont j'ai regretté l'absence.\nQuantau Prélude de Parsifal, il ne me donne plus que des joies tout intel-\nlectuelles, la musique de Wagner ayant épuisé sur moi son pouvoir. J'aime\ndonc mieux transcrire ici ces lignes gracieusement communiquées, et que\nje trouve fort judicieuses :\nLumière éclatante, temple sonore et grandiose où chantent les chevaliers du\nGraal. Déjà Yexaltation mystique passe et nous frôle, L'âme se soulève, s'élargit,\nplane plus haut que la terre avec ses enchantements, ses forêts et ses plaines...\nEt là-haut c est bien le vide, Vimmensité et Vinfini ; mais nous n'avons point\ntrouvé Dieu. Le sentiment religieux de Parsifal serait-il donc factice, ou trop\npositif et trop restreint, inspiré des rites et de l'histoire, non de l'ldée ?\nAh ! ces trompettes qui clament un dramatique élan de pensée surhumaine\ndonnent-elles Vintensité de l'adoration comme les voix mystiques qui psalmodient,\ndans le crépuscule des cloîtres, les mélopées primitives ?\nAu concert du iB, M. Chevillard nous rendait les trois Nocturnes de\nDebussy [Nuages, Fêtes, Sirènes) ; et même il nous les promet encore pour\nle 25. C'est là une générosité inaccoutumée, dont il faut le remercier à deux\ngenoux, et que le public d'ailleurs a largement récompensée de ses accla-\nmations : à quoi M. Chevillard répond en s'inclinant de droite et de gauche;\npuis, comme l'enthousiasme ne se calme pas, et qu'un grand nombre d'au-\nditeurs demande la reprise du second de ces chefs-d'œuvre, il va s'asseoir,\nindifférent, parmi son orchestre, avec l'air de dire : « Enfants ! Aurez-vous\nbientôt fini ? » Taciturne pasteur des violons et des flûtes, économe surin-\ntendant de musique, capitaine morose, mais au fond débonnaire, du régi-\nment des sons, il ne faut pas nous en vouloir, si, après de tels enchante-\nments, nous ne nous connaissons plus. Ces Nocturnes ne sont comparables\nà nulle autre musique : poèmes des lumières aériennes, ils nous ont ouvert,\nsans effort, sans que nous nous en doutions presque, les portes invisibles\ndu rêve ; délivrés des chaînes de la vie matérielle, dévêtus de notre corps,\nnous allons sur les routes du ciel : les blancs nuages sont nos frères, et leur\nâme mélancolique prend la voix du cor anglais qui chante, bercé par les\nviolons. Puis, ce sont des fêtes plus folies et plus douces à la fois que\ntoutes celles de la terre : une ronde passe et repasse, sous de joyeuses lu-\nmières qui palpitent comme des étoiles ; les danseurs imaginaires n'ébran-\nlent point du pied les planchers de l'air, et voici qu'ils s'élancent en bonds\nétincelants ; mais un mystérieux cortège traverse le bal, et semble entraîner\nles rayons dans les plis sourds des robes de pourpre et des brocarts d'or\nentrevus... Et c'est enfin, sous la nuit transparente, le mystère mouvant de\nla mer, et le bruissement mélodieux des vagues où flottent les appels,\ninflexions alanguies, des lointaines Sirènes. Ici il faut bien que je dise que\nles Sirènes ont chanté beaucoup trop fort, et plus en filles du Rhin qu'en\nvoix de l'Océan : ce qu'il fallait, c'est un murmure épars, venu on ne sait\nd'où, peut-être de l'horizon voilé de lune, et qu'on épie avec émoi, et qui\ns'évanouit à l'instant même où l'on croit le saisir î D'autres détails aussi\nseraient à relever : des duretés dans les Fêtes, matérialisées à l'excès, et\nprivées par là de la tendresse qui subtilement se mêle à leur joie ; et, dans\nles Nuages, un mouvement peut-être un peu rapide, et un quatuor à cordes\nnotablement trop vigoureux. Mais cette musique est si belle, et elle est\nécrite avec des sonorités si heureuses et si fraîches, que son charme triom-\nphera toujours : en supposant même qu'on y mît de la mauvaise volonté,\non ne pourra priver ces mélodies de leur accent, ces harmonies de leur\npersuasive ampleur, ni cet orchestre de ses couleurs délicates et si nettes à\nla fois. Et toujours, dès les premières notes, nous serons gagnés et ravis :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.23", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3698, "texte": "c'est une fée qui vient à nous, et s'empare de notre vie sans que nous son-\ngions même à la défendre, car elle la divinise à son image.\nJe n'ai pas du tout envie de parler du reste du concert. Je cède à cette\nenvie, en ce qui regarde les Récits de guerre et d'amour, de J. Jemain. Le\npublic a passé sous silence cet essai malheureux; j'imiterai sa sagesse et\nson humanité. Le Concerto de Castillon est une œuvre honorable, point\ndéplaisante, mais dénuée de toute originalité. Il convient de déplorer la\nmort prématurée de Fauteur. S'il eût vécu, aurait-il écrit des chefs-\nd'œuvre ? Soyons généreux, et accordons-lui du moins un cénotaphe d'ad-\nmiration. Selva a fait valoir de son mieux une partie de piano assez\nbavarde et qui m'a paru longue, malgré une forte coupure dans le finale.\nJ'espère qu'après le grand succès qu'elle a remporté, nous la verrons repa.\nraître au concert Chevillard, et cette fois avec une œuvre plus digne de\nson admirable talent.\nEt voilà que je n'aime plus autant Chéliéra^ade, de Rimsky-Korsakof.\nEst-ce le voisinage des Nocturnes ? Mais j'ai senti, surtout dans le premier\net le dernier morceau, une vulgarité de thèmes et une platitude d'harmonies\nqui m'affligent. Je sais bien que l'orchestration sauve tout cela ; mais j'aime-\nrais mieux qu'il n'y eût rien à « sauver », et que cette musique fût égale à\nelle-même en toutes ses parties. Et vraiment n'y avait-il pas autre chose à\ntirer de cet Orient qui n'est peut-être pas tout entier en rutilances de cuivres\net en blancheurs de marbres, mais possède aussi quelque chose qu'on\npourrait appeler : une âme ? La musique de Debussy, même en l'exotisme\ndes Pagodes ou de la Soirée à Grenade, va toujours jusqu'à l'âme : je veux\ndire qu'elle affirme une manière personnelle de sentir. Les Russes s'en\ntiennent trop souvent à l'éclat extérieur, et se contentent d'idées médiocres\nou banales.\nLouis LALOY.\n★\n★ ¥\nAu Concert Colonne du 11 février, après une vibrante exécution de l'ou-\nverture de Léonore (no 3), M. Colonne exécuta avec un orchestre réduit\nSiegfried-Idylley anthologie délicate et finement nuancée des principaux\nmotifs se rapportant au jeune héros dont Wagner fit le parrain de son fils.\nEncore que le développement purement symphonique de thèmes arrachés\nà leur vie dramatique ne soit pas le propre de Wagner, on ne peut se montrer\ninsensible à la tendresse infinie et à l'amour paternel dont Wagner enve-\nloppa cette idylle où est résumée toute la vie joyeuse et pure du fier enfant\ndes bois. M. Enesco, dont on jouait pour la seconde fois la symphonie en\nmi bémol, se fit applaudir comme violoniste dans une suite de Bach qu'il\njoue avec toute la puissance, la sérénité et le calme qu'exige cette musique,\nàla ligne sévère et à 1 inspiration magnifique. Doué d'une qualité de son\nsplendide, il sut éviter ce que certaines doubles cordes ont souvent dans\nBach de cruel à 1 oreille, et son succès fut du meilleur aloi. La seconde audi-\ntion de sa symphonie fut d'ailleurs un triomphe. L'orchestre, plus sûr de\nsoi, exécuta avec une fougue intense cette œuvre aussi largement pensée\npar un cœur vibrant et sincère que solidement écrite par une main en\npleine possession de la technique orchestrale. Si l'exécution par M. Breitner\nde la Fantaisie de Schubert n'offrit rien d'intéressant, le Chant d'Automne,\nde M. Guy Ropartz, dont c'était la première audition, fut justement goûté\npaT sa sobriété voulue et l'harmonisation puissante d'une mélodie aux con-\ntours severes, mais que M. Daraux chanta avec une mollesse insigne, lui\nen evant ainsi une grande partie de son charme. Le concert se terminait\npar es deux chefs-d œuvre de la musique descriptive moderne. Le Prélude"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.24", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4076, "texte": "à F après-midi d'un Faune et les Impressions d'ltalie, aux moyens si différents,\nmais àla puissance d'évocation également intense, furent également\nacclamés avec ardeur, bien que l'œuvre de Charpentier eût bénéficié d'une\nexécution sensiblement meilleure, grâce à son tempérament violent, mieux\nen rapport avec celui d'un orchestre façonné par l'exécution des œuvres de\nBerlioz.\nA la séance du iS février, M. Enesco triomphe encore une fois avec la\nChaconne de Bach, dont l'exécution fut merveilleuse. Quelques enthou-\nsiastes réclamèrent un bis que d'autres auditeurs désapprouvèrent violem-\nment, et M. Enesco se contenta de saluer et de rentrer dans la coulisse.\nCeci prouve que nous n'avons pas encore atteint le degré d'endurance des\nBerlinois, qui firent bisser sept fois, si l'on peut s'exprimer ainsi, ladite\nChaconne. Il est vrai que c'était Ysaye qui la jouait. Fluette en sa robe de\nvelours noir, avec de vaporeuses manchettes de dentelle blanche, faisant la\nrévérence avec son plus gracieux sourire, Mme Wanda Landowska, des-\ncendue d'un pastel de Latour, s'assit devant un Pleyel béant qui semblait\nvouloir l'engloutir, releva ses manches, plongea son fin minois sur le\nclavier, et le Concerto en mi bémol de Mozart commença sa théorie variée de\ngammes, traits et trilles de tout genre. Ce fut quelque peu somnolent, car\nmessieurs les concertophobes dupoulailler, pour ne pas être tentés de faire\nde la peine à une si gracieuse personne, allèrent sur le balcon fumer une\ncigarette en contemplant la Seine. Nul sifflet ne choqua les oreilles de la\npetite marquise qui salua, resalua et s'en fut telle un sylphe. On attendait\navec impatience l'œuvre nouvelle de M. dlndy, dont la production a tou-\njours le mérite de s'être en quelque sorte imposée au cerveau de son auteur\ndont la conscience artistique est au-dessus de tous les éloges. Quand on\ndescend la vallée du Rhône, après la splendide végétation qui entoure Lyon\net va jusqu'à Valence, la nature commence à se dessécher. Les derniers\ncontreforts des Cévennes qui plongent jusque dans le fleuve s'escarpent, ne\nse couvrent plus que de maigres broussailles dorées où chantent les cigales.\nAu sommet se dressent quelques tours en ruines dominant des vallées pro-\nfondes, et l'azur du ciel découpe brutalement la silhouette de quelques pins\nau feuillage toujours vert et qui semblent jaillis du sol plus pour compléter\nle paysage que pour donner une ombre bienfaisante. Le soleil flamboie, la\nnature est en feu, et c'est le Midi qui s'éveille robuste et puissant. Voilà la\nmontagne chère à M. d'lndy, où il place Fervaal et dont il dépeint la vie\nprofonde et magnifique dans son Jour d'été àla Montagne, triptyque ardent\noù ilmittoute son âme de montagnard, toute sa sensibilité d'artiste et toute\nsa science de parfait compositeur. Sur de longues tenues de violon, l'accord\nparfait démineur s'élève grandiose, et c'est l'Aurore qui s'élève, apportant\nla vie à toutes choses. La nature s'éveille, et une large mélodie exposée sous\nla forme d'un triple canon évoque l'ample poésie de ce magnifique spec-\ntacle. Le Jour est venu et les violons chantent à 6/4 la joie de vivre sous le\nbeau soleil en jouissant de tout ce qui nous entoure. Pour caractériser\ncette joie on entend de la vallée monter les danses de ceux dont les plaisirs\nsont plus matériels ; puis un roulement de tonnerre que je ne m'explique\nguère, et le thème du début revient. Le Soir venu, la fraîcheur apparaît, et\nla vie, jusqu'alors un peu extatique, devient animée et joyeuse. Mais au soir\nnous devons élever notre pensée et remercier la Nature de ses bontés : une\nmélodie franchement grégorienne nous invite à ne point nous abandonner\ntotalement à l'ivresse de vivre, et l'œuvre s'achève sur les magnifiques har-\nmonies du début. Ainsi chaque jour la terre accomplit le même cycle. Cette\nœuvre, d'une haute tenue, d'une instrumentation merveilleuse, remporta un\nfranc succès. Un auditeur qui, probablement, préfère les Impressions villa-\ngeoises de M. Théodore Dubois, hasarda un timide sifflet et consacra ainsi"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.25", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3663, "texte": "l'œuvre nouvelle. L'après-midi d'un Faune ne souffrit point de ce voisinage\nmais la Symphonie en la mineur, de M. Saint-Saëns, ne lut admirée que\npour la prodigieuse adresse de son auteur.\nCH. CHAMBELLAN.\n★\nY *\nJe voudrais bien savoir pourquoi la ut de Mozart\nporte le titre de Jupiter-symphonie? Dans le programme du conservatoire\nil est dit sérieusement que « par son premier allegro, Jupiter-symphonie\n« justifie son nom. Le thème initial fait exploser des sonorités puissantes\n« des traits brefs, violents, qui évoquent, semblerait-il, les gestes impérieux\n« du Maître de l'Olympe. » C'est beau, la littérature ! Quoi qu'il en soit\nmalgré ces indications... précises et, comme adjuvant, une bonne volonté\nà toute épreuve, je n'ai rien vu de tout cela dans le début. Par exemple\nla fougue juvénile de Mozart s'y donne libre cours et se double, il me\nsemble, d'une certaine ironie dans le qui est franchement amusant.\nCet entrain et cette sève de jeunesse empêchent de trop remarquer l'ab-\nsence de l'émotion ou ce qu'elle a de superficiel. Mais que cette musique\n« poudrée » convient donc bien aux abonnés : ils jubilaient 1\nIls jubilaient moins, par exemple, à la ire audition de la troisième partie\nde Loreley, de MM. P. et L. Hillemacher. Avaient-ils tout à fait tort?\nLa légende de M. Eugène Adenis nous montre Loreley, « la fée du Rhin\n« exerçant sur tout être et sur toute chose, par la magie de ses chants, une\n« attraction fatale. Les navires qui descendent le fleuve se brisent infailli-\n« blement sur la roche... L'amour d'un chevalier qui se donnera corps et\n« âme à l'enchanteresse a seul le pouvoir de conjurer à jamais ses sortilè-\n« ges... Par une nuit d'étoiles, au milieu du concert des voix de la nature,\n« l'étudiant Heinrich, séduit par la fée, s'avance pour s'unir à e11e... Elle\n« le fascine, 1 attiie... Il tomoe ûans ses bras... Alors glissant lentement sur\n« l'eau, elle l'entraîne dans l'abîme... »\nSoui dînes aux cordes, harpe, cors bouches, voix de la nature, le Prin-\ntemps, la Nuit, la Forêt... couleur mystérieuse, frémissement des vio-\nlons à 1 aigu, chant séducteur de Loreley, chant passionné de Heinrich et...\nMme Mellot-Joubert entiainant M. Plamondon disparaissent dans la cou-\nlisse. Ils ne tardent heureusement pas à venir tranquilliser le public en\nsaluant. Enfin, 1 oeuvre a été admirablement executée et assez bien ac*\ncueillie.\n1 remière audition dune Cantate en Vhonneur de Glinka, de Balakirew.\nJ aime moins cette cantate que d autres œuvres du même auteur ou de certains\nde ses compatriotes; mais elle est cependant intéressante. Comme presque\ntoutes les œuvres de 1 école russe, elle est construite sur des thèmes popu-\nait es nationaux dont 1 un, celui qui suit les deux premières strophes du\nc oeil', a inie franche couleur orientale: absence de sensible, harmonisation\nmodale. Notons en passant, parmi les moments intéressants, celui où le\nchœur de femmes se réunit au chœur d'hommes, après le solo. Il n'y a pas\ndans cette œuvre les rutilances d'instrumentation que l'on rencontre chez\nRimsky-Korsakof et bien d autres de la même école, mais le sujet ne les\ncomportait pas : elles auraient été déplacées.\n~ rElles aurai^lt été déplacées aussi dans la Fuite en Eeypte, 2e partie de\nEnfance du Christ,et pour les mêmes raisons. Berlioz l'a bien compris et\ns est transformé pour écrire cela. Ce n'est plus le romantisme exagéré\nparfois de *a Fantastique ou de la. Damnation de Faust, mais bien une\nsimplicité pleine de charme, une candeur et une naïveté délicieuses. Les\nauditeurs emus par cette musique sereine et cette atmosphère biblique,\nredemandèrent le Repos de la sainte F"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "Mentionnons rapidement l'exécution de la Danse macabre, de Saint-\nSaëns, trop connue pour qu'il soit utile d'insister, et celle de l'admirable\nouverture d'Euryante, de Weber, que je préfère (est-ce à tort ?) de beau-\ncoup à celle du FreischiXt\nAdresser des louanges à l'orchestre serait superflu, tout le monde con-\nnaissant sa valeur. D'ailleurs, comment ne serait-il pas excellent avec un\nchef aussi éminent que M. Georges Marty, dont la direction si précise et\nsi souple à la fois donne des exécutions pleines de vérité et de couleur?\nLouons, pour terminer, les chœurs, excellents dans Balakirew aussi\nbien que dans MM. P.-L. Hillemacher et dans Berlioz, et les non moins\nexcellents solistes, Mme Mellot-Joubert et M. Plamondon, qui se sont\nvaillamment acquittés de leur tâche.\nAu programme de la Société Nationale trois premières auditions :\noeuvres de MM. Marcel Labey, Albert Roussel et G. Corbin.\nLes trois mélodies de M. Labey sont des pièces bien intéressantes et\npleines de recherches.\nJ'aime surtout la Chanson du rayon de lune, qui contient nombre de\nvéritables trouvailles et où il y a des passages exquis. Mais, comment\nM. Labey a-t-il pu écrire de la musique sur des vers de Maupassant ? Il\nme paraît, et pas à moi seul, que si Maupassant fut un vigoureux écrivain\net un styliste remarquable, il eût mieux fait de ne jamais écrire de vers.\nAussi, si la chanson du rayon de lune paraît un peu longue, c'est à Mau-\npassant qu'il faut s'en prendre et non à M. Labey, puisque, d'après une\ntelle poésie, il a écrit une pièce délicieuse.\nLa deuxième mélodie, De sa grande amie, écrite sous des vers de Clément\nMarot, me plaît beaucoup aussi par sa teinte légèrement mélancolique,\nmais elle ne me paraît pas valoir la première, bien qu'il y ait, comme dans\ncelle-là, des choses charmantes.\nCharmant aussi par sa couleur générale est le Rondel sur la poésie si\nconnue de Charles d'Orléans. Néanmoins j'aime moins cette pièce que les\ndeux premières. Mlle Jeanne Bertaux a interprété ces mélodies avec une\nsobriété n'excluant pas (loin de là !) le charme, et un art parfait.\nDes mélodies de G. Corbin je dirai peu de chose, sinon que leur origi-\nnalité et leur intérêt me paraissent contestables, et que je préfère les vers\nd'A. Samain à ceux d'H. Vacaresco. Et cependant il y a de bonnes choses\ndans ces mélodies ; aussi bien elles furent excellemment chantées par\nMme Camille Fourrier.\nQuelque chose de plus qu'intéressant, à mon humble avis, ce sont les\npièces pour piano de M. Albert Roussel. La première, Danse au bord de\nVeau, est absolument exquise de rythme et de poésie, pleine de sonorités\ndélicieuses, ainsi que la Promenade sentimentale en forêt. Celle-ci évoque\nles mille bruits de la forêt, si chers à l'artiste : légère plainte du vent\ndans les feuilles, lointains appels d'oiseaux se répondant d'arbre en arbre,\nfrémissement des ruisseaux sous les mousses ; tout cela, enveloppé d'une\natmosphère de mélancolie douce comme celle que crée un souvenir\naimé. Je prie le lecteur de m'excuser si je fais de la littérature, mais la\nfaute en est à M. A. Roussel; il n'avait qu'à ne pas écrire des choses si\nexquises.\nQuant au Retour de fête, c'est une pièce gaie, pleine d'entrain parfois,\ntoujours avec des recherches de sonorités, vers la fin notamment. Autant\nque l'on peut les juger à une première audition, sans les avoir lues, ces\npièces me paraissent écrites pour le piano d'une façon un peu « orches-\ntrale ». Cela n'a qu'un défaut, celui de rendre l'interprétation plus délicate\net plus difficile."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.27", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "Cela est toutefois bien égal à MUe Blanche Selva, qui a joué ces œuvres\nd'une façon merveilleuse.\nLe concert avait débuté par le Quatuor de Chausson (inachevé), inter-\nprété par MM. N. Lejeune, Claveau, Englebert et de Bruyn. Il se termina\npar une ovation à Mlle Selva, après la Sonate de P. Dukas au service de\nlaquelle elle mit son immense talent. Cette œuvre, admirable comme archi-\ntecture, est d'un aspect un peu rébarbatif, par ses proportions et parfois\nses harmonies franchement désagréables, surtout dans le finale animé\nmais des exécutions semblables ne seraient pas loin de vous faire changer\nd'avis.\nC. DE MALARET.\nErratum. Dans mon dernier compte rendu (Mercure musical du i 5 février, page 168), le\nnom de M. Jongen a été répété par une erreur typographique, àla place de celui de M. Chau-\nmont, violoniste. Rendons à César...\nN'est-ce pas encore un signe des temps musicaux, enfin venus, que ce\nraffinement dans la composition des programmes? Une saison entière, un\nconcert entier se consacre à l'évocation d'un maître : nous avons des\nsociétés Bach et Beethoven. Et des cantatrices-artistes (il y en a) révèlent\nleur goût dans la délicatesse de leur choix; le 6 février, rue d'Athènes,\nc'était Mmo Camille Fourrier qui résumait, en deux heures, « l'Œuvre de\nClaude Debussy », cet original, discret, sauvage, indifférent aux bruits de\nla ville et peu satisfait de hurler avec les loups wagnériens, indépendant\ncomme son faune sous les forêts innocentes et novateur, en effet, sans être\nun révolté romantique... Le i 5 février, chez Pleyel, c'était Mme Jane Arger\nqui consacrait sa soirée d'art à Schubert.\nSchubert! Beethoven lui reconnaissait « l'étincelle divine » et passait des\nheures absorbées sur ses compositions... Au temps du romantisme français,\nle puriste Eugène Delacroix le reléguait parmi les rêveurs dont la tristesse\nperpétuelle est « 1 école de l'amour malade » : l'élégie nous inonde... et\nDelacroix s inquiétait; mais quand Adolphe Nourrit, qui fut le premier à\nfaire passer le lied du salon au concert, révéla Schubert aux Parisiens,\nencore novices, de la saison 1838-39, romantique Hector Berlioz comprit\nmieux ce qu il y avait d'universel génie sous cette candeur très-allemande»\nSchubert est un élégiaque; mais son élégie a des sourires, et des finesses,\net des rayons, et, souvent, des lueurs tragiques : témoin le poème au-\ntomnal de la Symphonie inachevée de 1822... Un Obermann y passe, invi-\nsible et présent.\nLe Schubert des 6OJ Lieder est aussi poète que fécond : son accent\npersonnel est inoubliable. Le sentiment s'y drape dans la plus belle forme :\non dirait, plus d une lois, d'un Mozart romantique.\nAprès Beethoven, auteur éloquent des Six chants religieux de Gellert\n(°ï\\f> Io°3) et du Cycle àla Bien-Aimée absente —ou lointaine (op. 98,\n11 ) oelle voix profonde de Jan Reder chantait le même soir à\n. \"co e, ft de \\a Sorbonne avant le Schumann, intimiste\ninspire, e Amour dun poète et de VAmour d'une femme, Franz Schu*\nj?J}.a aiSse trois grands Liederkreis : La Belle Meunière, Le Voyage\nn er9 et ce qu 011 appelle Le chant du Cygne : trois cycles de couleurs\nbien tranchées. J\nCe sont les vingt morceaux de La Belle Meunière (Die Schône Millier in,\nop. 2., 1 23] qu avait choisis, pour honorer Schubert, l'exquise Mme Jane\net blonde, et fluette comme une figurine de Tanagra, de\nyrr inap utot, qui s animerait délicatement pour consacrer sa grâce à\na g oire es maîtres, 1 interprète de Schubert a des intentions, des intona-\nns, es nuances de diction tout à fait personnelles; et sa voix exprès-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.28", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "sive a détaillé l'espoir, le triomphe, la jalousie du jeune meunier senti\noT.fnu K tS,eUr\" ie Cl\"'sseur <» H) a préc™,\nscherzo spirituel ' ** PreS,eSSe de chanson Plaire de\nPar la suggestion de cette jolie voix, qui pénètre et qui prononce la\nroute s ouvrait mélancolique et lointaine, comme sous les grands arbres\nsoupirât ïeVdc«c dMame;- L'«,mosPhè« s'emplissait dVspoL« de\nsoip ... ht le tic-tac du moulin se rythmait sur la limpidité iaseuse du\nruisseau, sous les doigts de l'excellent accompagnateur M Bonnal La\nM~ Chevillard'T la ««diction Ires musicale de\nM C lard. Nous n avons pas perdu le moindre mot de ces morceaux\nélogV? rePnSe 6t me 116 S°nt P°int bannies; ce n'est Pas médiocre\nDeux quatuors; prime-sautiers du maître prolixe encadraient la résurrec-\ntion trop breve de la Belle Menniere évoquée par un artiste.\nRAYMOND BOUYER.\n•\nSoirée un peuteine le 23 janvier, a la Beaucoup\nmoins de monde qu aux concerts précédents, peut-être en raison du froid\nque le Rotterdamsche-Triosemblait avoir apporté dans ses bagages.\nCependant M^0 Boyé-Jensen possède une voix remarquable non seule-\nment par son timbre et par son etendue, qui est d'une homogénéité par-\nfaite, mais surtout par la facilite avec laquelle cette voix est émise ; sans\nnul effort et sans fatigue aucune, ce qui double le plaisir de l'auditeur.\nMme Boyé-Jensen nous fit entendre plusieurs lieds dont l'un:\nla jeune fille,de Schubert, d'une rare intensité d'émotion fut rede-\nmandé. Le trio de Rotterdam subissait-il ce soir-là l'influence de la tem-\npérature extérieure ? C'est ce que j'ignore. Mais j'ai trouvé que dans le\ntrio en fa mineur op. 65 de Dvorak et dans le trio en si \\> op. 97, de\nBeethoven, leur interprétation, par ailleurs très correcte, manquait de\nchaleur, de vie et surtout de relief. Je ne doute pas que MM. A. Verhey,\nL. Wolff et J. Mossel ne soient d'excellents et consciencieux artistes fort\nappréciés dans leur pays; mais pour nous, Français, leur jeu manque de\ncette fougue et de cette vivacité si chères à notre tempérament.\nC est pourquoi nous avons été heureux, le 3o janvier, de réentendre le\nQuatuor de Paris.Je n'insisterai pas aujourd'hui sur les qualités de cet\nadmirable ensemble, vous ayant dit, il y a peu de temps, tout le bien que\nj'en pensais. Nous eûmes donc du quintette à cordes, avec 2 altos, en\nmineur,de Mozart, et du sextuor à cordes, avec 2 altos et 2 violoncelles,\nen sol,de Brahms, une exécution délicieuse et étincelante, grâce à\nM. Hayot et à ses partenaires que secondaient pour la circonstance\nMM. Pierre Monteux et Louis Fournier.\nAce même concert, M. R. Plamondon, de sa belle voix très pure et si\nagréable, chanta dans le meilleur style un air de et un air de la\nCréation. Ces différents artistes, y compris Mme Boyé-Jensen et le trio\nde Rotterdam, reçurent du public le meilleur accueil et furent maintes fois\nrappelés.\nParmi les lecteurs du Mercure musical il en est certainement qui ont\nentendu M. Miguel Llobet, le guitariste virtuose. Ceux-là ne trouveront\npas surprenant que je dise combien j'ai été intéressé et émerveillé par ce\nsurprenant artiste.\nAvec lui, la guitare n'est plus cet instrument que l'on connaît, propre\nseulement à accompagner la voix. Tout comme un piano, la guitare devient\nsous les doigts de M. Llobet capable de faire entendre à la fois un chant\net son accompagnement. Et n'allez pas croire qu'il y ait quelque sécheresse"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.29", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "dans ce chant. Au contraire, c'est d'un velouté, d'un lié aussi savoureux\nque sur tout autre instrument. L'on dirait d'un clavecin entendu à dis-\ntance, mais un clavecin d'un timbre particulier. C'est dans une Gavotte de\nBach que le virtuose s'est fait entendre, et aussi dans Granada d'Albeniz\net Caprice arabe et Jota de Tarrega. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il fut\nchaleureusement applaudi et acclamé. Sachons gré à M. Luigini de l'avoir\nmis au programme de la Matinée musicale du 24 janvier, et regrettons que\nM. Miguel Llobet n'ait pas l'occasion de se faire entendre plus fréquem-\nment.\nJEAN POUEIGH.\nConcerts Barrau du i 5 février. Malgré les naïvetés de sa mimique\nagressive, je veux croire que M. Svirsky n'a assommé que son Pleyel. Le\npublic a été plus résistant et ces bourrades ont paru le divertir. Il ne m'en\ncoûte pas de louer d'ailleurs sans autre réserve une brillante exécution du\nSaint François de Paule marchant sur les flots de Liszt, qui évoque les\nthèmes de Parsifal. Mme Espinasse a dit et presque chanté un Roi des\nAulnes qui serait, d'après le programme, «une esquisse de Beethoven» et\noù sa voix dut se contrefaire pour mimer à toutes les octaves d'impossibles\ndialogues. Elle a eu des accents simples et émus dans Près de ma tombe\nobscure, qui est certainement de Beethoven. Le Quatuor Gapet aeu\ntoutes les délicatesses dans le 17e quatuor de Mozart, dont le menuet est\nexquis.\nM. Reitlinger est un trop rare pianiste, qui semble révéler à regret un\njeu admirable de aecision et de nettete. Il a exécuté, en se jouant, l'éblouis-\nsant et raffiné Fi ancesca de Widor, et Badinage (ô ironie !), arrangement\ningénieux, très musical même de Godowski, où deux études de Chopin\nchevauchent de iront dans un galop parallèle et fantastique. M. Fauré\naccompagnait trois exquises mélodies de lui, chantées par Mme 1. Philipp.\nIl ne pouvait souhaiter d'être interprété par une voix plus enveloppante,\navec un charme plus discret et contenu.\nEnfin, mais par ordre de date, un excellent musicien, M. Edouard Ber-\nnard, a tait applaudir dans l'lmpromptu en sol, de Schubert, et dans la\nMazurka, de Chopin, un mécanisme admirable et de bien intelligentes\nrecherches de sonorité."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.29", "debut_caractere": 2940, "fin_caractere_exclue": 2955, "texte": "Joseph Trillat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c014", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.3", "titre_corps": "LE QUATUOR PARENT.", "titre_sommaire": "LE QUATUOR PARENT.", "signature_source": "Raymond Bouyer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.29", "debut_caractere": 2229, "fin_caractere_exclue": 2938, "texte": "LE QUATUOR PARENT.\n\nBeethoven et Franck.\nr Recteur de notre vrai théâtre lyrique, lisez :\nlante rf-iric i ai.sait' a Opéra-Comique, une opportune et bril-\ndram.fn, !i \" ce\"eMi\" « méconnu, le pins profond des\ntout ' *pF f '\"if S°n a e d °péra traditionnel « à l'italienne», où\nsecret mr' nn6 ' S,~m ; & ''^me » expression d'un immense\neale nup von}1S aurait ,emus davantage si la Kutscherra, non moins iné-\nencore nms an e' avait mieu* réalisé notre idéal, Beethoven inîime,\nd'en spnnÏKfin de se révéler à nous aux vendredis soirs,\nAh 11a rhpr v C eme,nt', et justement suivis, du Quatuor Parent.\net le Ouat-'r m/iT\" le Solrée clui rapprochait la Sonate op.Si a\nexpressive et mystérieuse sonate en bémol majeur"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.30", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "(Les ad ceux, r absence et le retour) dont l'archiduc Rodolphe, paraît-il a\n\" ''immense l\"'« dièse minem\ntrois aunris '? ,m\"'s il oct'jhre iB2«. l'indéfini quatuor de\nans DIUS tard pli FO T sca\"dallsa't l'auditoire parisien de Baillot, trois\nans plus tara, en « foudroyant » notre Berlioz !\nQue de nuances secrètes de sentiments en de telles œuvres et qui\nrec ament de_ leurs interprètes une technique sûre et sensible, une préa-\nlable virtuosité capable de sentir. L'incomparable sonate était dévolue,\nZ aPbïr^mmînt 1 °PU,S \"-1' à Ml,# Dron' ui n'a point faibli devant\nrable tache . le plus légitimé et flatteur succès a récompensé son\ncourage charmant Dans l'Op. 81 a, comme dans l'Op. m, si différent\nd expression, la dehcate et vaillante interprète a conquis son auditoire en\nne croyant que satisfaire modestement sa conscience : de l'autorité du\ntimbre et du style, et qui s'affirment à chaque nouvelle soirée avec une\nqua lté de charme et de puissance grandissante dans la distinction native:\nconviction toute beethovénienne, récompensée par de justes bravos !\nLe Quatuor Parent, en belle verve à son tour, a déchaîné l'enthousiasme\nrecueilli de la petite salle en exécutant deux œuvres qui semblaient l'al-\npha et 1 oméga de la carrière du maître : le quatuor op. 18, no 3, d'archi-\ntecture encore traditionnelle et purement classique, avec son bel andante\ncon moto dans la nuance de Mozart, où l'expression semble encore sortir\nde la forme, où la douce mélancolie semble éclore seulement du mode\nmineur ; et cette ineffable « improvisation perpétuelle » du Quatuor XIV\n(op. 131), mélodieusement diffuse et touffue comme des « Mémoires d'outre-\ntombe » ! « Poème symphonique » anticipé de la musique de chambre, de\ncette profonde intimité musicale où Famé ressuscitée du génie parle idéa-\nlement dans l'intangible silence...\nCe génie qui fut tragique dès l'origine (évoquez l'adagio du Quatuor en\nfa op. 18, n° i, qui passe pour dicté par la lecture de la scène du tombeau\ndans et Juliette), ce génie, comme toute grande âme pure, ne refusa\njamais de badiner savamment à ses heures : témoin les variations pour\npiano, violon et violoncelle (op. 121 a) sur le lied d'un opéra viennois du\ntemps : Ich bin der Schneider Kakadu, très spirituellement enlevées par\nMme Landormy, MM. Parent et Fournier, le même soir, où chantait, noble\net grave, le trio en ré majeur, de 1808 (op. 70, n° 1), au largo qui découvre\ndéjà, dans son ciel orageux, tout un au-delà musical...\nSuggestive coïncidence et préméditée, dont il faut remercier l'artiste\nArmand Parent, qui sait composer ses programmes comme il sait les exé-\ncuter, la séance suivante, consacrée tout entière à celui que Vincent\nd'lndy nomme, avec la loyale simplicité des grands cœurs, « le maître\nCésar Franck », nous a permis de mieux comprendre, en les rapprochant,\nles deux rénovateurs de la musique de chambre, nos deux grands initia-\nteurs à ce sanctuaire souverain de la musique pure par excellence, à celte\nEleusis musicale dont Beethoven et Franck sont les deux immortels exé-\ngètes, familiers et profonds...\nBeethoven et Franck ! Peut-on rapprocher ces deux libres génies de\nplein ciel et de vol sublime ? A part la grandeur d'âme, qui se traduit mélo-\ndieusement, avec je ne sais quelle farouche et joviale magnificence de\nlangage, quelle commune mesure entre le Beethoven lumineux, qui cons-\ntruit largement la plupart de ses cordiales pensées sur les trois notes de\nl'accord parfait tonique (1) et le Franck nuageux, au chromatisme inspiré\nde la technique wagnérienne ? Issue diversement du grand Bach initial, cet\nHomère de la musique, leur polyphonie même ne sonne pas d'identique\n\n(1) Cf. le Mercure musical du 1 5 février 1906, page 151."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2993, "texte": "façon dans l'oreille vaincue par tant de science et convaincue par tant\nd'âme ! Même après le Quatuor XIV et POpus ni, après toute la troisième\net dernière munière du dieu Beethoven, on devine chez 1 archange Franck\nun style nouveau, ce je ne sais quel amalgame inédit, mais toujours divin,\nde science rêveuse et de volupté mystique, de drame et de vague, de fougue\net de songe, d'encens mélancolique et de jubilation fervente... C'estun\nautre profil du génie moderne posé sur le bloc éternellement classique et\nmarmoréen du vieux Bach. Et, bon gré, mal gré, cependant l'allure franc-\nkiste est si grave et si noble et si haute, qu'elle rejoint la grande pensée\nbeethovénienne dès le seuil imposant du long Quatuor, la plus altière des\nœuvres de Franck et la digne contemporaine de la Symphonie en ré mineur,\nde son unique symphonie dont le finale rayonne de céleste joie dans la\ncertitude.\nLa séance Franck, c'est le soir de gloire pour le Quatuor Parent : séance\nannuelle et pour ainsi dire commêmorative, ou, si vous préférez, justifica-\ntive, car elle résume un long effort de quinze ans pour imposer, en dépit\nde toutes les appréhensions académiques qui se disaient classiques, le ré-\nnovateur et la rénovation de l'Ecole française. Parce que certains franc-\nkistes se veulent nébuleux ou ne peuvent s'empêcher de le paraître,\nfallait-il bannir le poète César Franck sans fleurs au front ?\nLa séance Franck est le juste triomphe d'Armand Parent, qui a lutté pour\nle Maître et qui continuera, sans découragement, de lutter pour tous les\njeunes : le quatuor, cette véritable « école du musicien », saura, dans l'his-\ntoire de ces derniers temps, où placer sa reconnaissance...\nEn attendant la pleine justice, une animation charmante n'a cessé de\nrégner pendant toute cette longue et trop brève soirée : quatuor, sonate et\nquintette se disputèrent chaleureusement le nombre et l'honneur des rap-\npels ; la flamme des exécutants avait gagné les auditeurs ; et la sonate\nobtint le record des bravos impatients. Il est temps d'ajouter qu'elle fut\nrarement enlevée avec une pareille ardeur par l'archet fort et fin de Parent\net les doigts énergiquement fuselés de Mlle Marthe Dron, de qui la juvénile\netfière conviction prêtait, pour la première fois, son heureux concours à la\nséance Franck ; brune et blanche, élégante et vive, la jeune interprète du\nvieux maître s'enflammait à son lyrisme : cette soirée, depuis longtemps\ndécisive pour ses quatre partenaires, a consacré son talent.\nDu grand nom de César Franck, dorénavant, les noms de Mlle Dron, de\nMM. Parent, Loiseau, Vieux et Fournier, sont inséparables : n'est-ce pas\nla joie du critique, frelon muet dans la ruche sonore, que d'insister sur de\ntelles œuvres ainsi jouées ? Et de pareilles soirées ne seraient-elles point\nla justification des belles exécutions vraiment classiques qui, seules, ont le\npouvoir de passer insensiblement de la lumière correcte à la chaleur har-\nmonieuse ?\n\nRaymond Bouyer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c016", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.4", "titre_corps": "LES REVUES.", "titre_sommaire": "LES REVUES.", "signature_source": "C. 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La volupté machiavélique de Valmont se vante\nd'avoir conquis la jeune fille sans lui parler d'amour ; la volupté timide d'Ober-\nmann esquisse le rêve d'un bonheur plus pur et redoute d'en rencontrer la réalité :\ncar c est toujours la volupté du XVIII* siècle qui règne sur les cœurs, exaltant\nles premiers songes de Mme de Staël ou faisant sourire les portraits féminins de\nVigée-Lebrun ; mais, entre ces deux voluptés, un abîme; une Révolution. Ober-\njnann est le matin fiileux de la nuit dont Valmont fut la lueur moqueuse.\nLa Revue musicale de Lyon (4 février) publie un fort bon article de\nM. I-éon Vallas sui le Prélude a l après-midi d'un Faune, récemment\njoué en cette ville, et nous nous associons bien volontiers à ses con-\nclusions :\nDes musiciens très estimables, mais réactionnaires, qui parfois d'ailleurs se\nlaissent aller, malgré eux, aux charmes de la musique nouvelle, s'inquiètent de\nsavoir si celte musique est louable ou bien doit être réprouvée par les honnêtes\ngens. Ils se demandent gravement si cet art nouveau possède une base solide, si,\ndans une telle conception, le moyen ne devient pas le but9 et sil est convenable\nqu'ils goûtent sans remords cette musique si différente de la « musique d'âme »\nà quoi les ont habitués les « classiques ». Ces inquiétudes de gens qui veulent\nraisonner leur plaisir, ces distinctions subtiles me semblent singulièrement vaines...\nPourquoi classifier musicalement nos émotions ? Debussy a formulé lui-même\nnaguère ses intentions artistiques, et prévu les objections quon devait tant lui\nfaire :\n« Faisant de la musique pour servir celle-ci le mieux quil m était possible et\nsans autres préoccupations, il était logique quelle courût le risque de déplaire à\nceux qui aiment une musique jusqu'à lui rester jalousement fidèles malgré ses\nrides et ses fards. »\nPourtant, je comprends fort bien qu'une œuvre telle que l'Après-midi d'un\nFaune puisse surprendre et scandaliser un peu certains musiciens non prévenus ;\nje veux dire ceux qui ont l'habitude de rechercher dans la musique des phrases\nlonguement <( chantantes » et des rythmes très accusés dont leur pied balançant\nou leur tête dodelinante, en même temps que le bâton du chef, ponctuera les\ntemps forts. Mais qui recherche simplement la volupté auditive devra goûter\nde suite le charme sonore de Debussy, tout en s étonnant, de prime abord, de\nl'imprévu de cette musique déjà ancienne mais si neuve encore.\nDans le dernier numéro de la Revue de Paris, notre distingué collaborateur,\nM. Romain Rolland, publie une très intéressante et très documentée étude\nsur la musique en Allemagne au xvme siècle. Nous y voyons que l'Alle-\nmagne, en 1750, avait eu Haendel et J.-S. Bach, qu'elle avait Gluck et\nP.-E. Bach, et cependant la musique italienne était en grand honneur et\nprenait le pas sur la musique nationale. Munich, Dresde et Vienne étaient\nles grands foyers de l'italianisme, les artistes les plus illustres : Cavalli,\nBontemps, Porpora, Vivaldi, Torelli et Veracini y avaient séjourné et\navaient formé des élèves dont Hasse est le plus connu, Gluck lui-même,\n<et c'est là un des points les plus intéressants de l'étude de M. R. Rolland,\nélève de Sammartini, ne se posa point en innovateur voulant fonder un art\nallemand, mais bien en réformateur de l'opéra italien et des abus mons-\ntrueux dont il s'était chargé. L'art allemand ne naquit qu'avec Beethoven\net Weber, et le seul Tancrède, de Rossini, lui porta un coup fatal à Vienne.\nMais à Berlin même, sous la férule du roi Frédéric et sous 1 influence de\nses maîtres, Quantz et Graun, purs italianisants, le goût se pervertit au\npoint que les fils de Bach lui-meme renièrent la science et les procédés de\nleur père, si bien que l'un d'eux, le cadet Jean-Chrétien, se fit appeler Gio•\nvanni Bacchi, travailla huit ans avec le père Martini et fit jouei à Naples"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.33", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "des opéras de Métastasé: Catone in U(1761) et A\n(1762). Bien plus, il abjura sa foi, devint catholique et organiste du\nde Milan. ...\nCependant, en Allemagne même, la masse des petits artisans musicaux,\nqui n'avaient point les moyens de faire le voyage d'ltalie et qui habitaient\nloin des centres italianisants, gardèrent leur originalité. D'autre part,\nGluck, Graun, Hasse, voulurent vaincre l'ltalie avec ses propres armes, et\npeu à peu grandit l'orgueil germanique. L'opérette naquit à Leipzig, en\n1752, et les progrès de la musique instrumentale décidèrent de la sym-\nphonie, qui fut purement allemande. M. R. Rolland termine cette capti-\nvante étude en déclarant que la victoire de l'art allemand est moins réelle\nqu'on ne le pense, et que Wagner et Strauss surtout sont foncièrement\nitaliens. C'est là le sujet d'une belle étude que nous attendons avec impa-\ntience, sûr d'y trouver une excellente contribution à l'étude de l'art italien,\nque M. Rolland connaît mieux qu'homme du monde, et dont il a décrit la\nnaissance avec tant de vie et de précision.\n\nC. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.5", "titre_corps": "LA MUSIQUE AUX ÉTATS-UNIS.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE AUX ÉTATS-UNIS.", "signature_source": "Louis Elson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.33", "debut_caractere": 1100, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "LA MUSIQUE AUX ÉTATS-UNIS.\n\nVincent d'lndy et l'école française moderne.\nL'orchestre symphonique de Boston a exécuté à ses deux concerts sym-\nphoniques (cinquième et sixième) les programmes suivants :\nI 8 NOVEMBRE\nSymphonie en sol mineur Mozart.\nConcerto pour violon Sinding.\nPrélude pour les Oiseaux,d'Aristophane. . . J. K. Paine.\nThème et variations de la Sun° 3. . . . Tchaïkowsky.\n25 NOVEMBRE\nOuverture pour un spectacle Busoni.\nConcerto de violon Brahms.\nLa vtllanelle du Diable,d'après un poème de\nRollinat, fantaisie symphonique pour grand\norchestre et orgue Ch.M. Loeffler.\nSymphonie en si bémol majeur Schumann.\nLe grand événement musical de la saison a été l'apparition de M. V.\nd Indy, comme chef d'orchestre du 7e concert. Il dirigea les œuvres sui-\nvantes :\n2 DÉCEMBRE\nSymphonie en si bémol majeur n° 2, op. 57. V. d'lndy.\nSuite de Pelléas et Mélisande. ...... Fauré.\nIstar,variations symphoniques V. d'lndy.\nPsyché et Eros, extrait de Psyché C. Franck.\nL'Apprenti Sorcier Dukas.\nL accueil lait à M. d'lndy fut aussi chaleureux que cordial ; et à la fin du\nconcert éclata un véritable enthousiasme. L'orchestre, sous sa direction,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.34", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4546, "texte": "s'était surpassé, et Philippe Haie, l'un de nos critiques les plus autorisés\nen a parle ainsi qu'il suit dans le Boston Sunday Herald : autonses>\nII -3ÎnSi ** la\net parut chez nous pour la première fois comme chef d'orchestre.\nfois aussi dans l'histoire de cet orchestre, un chef étranger était invité à le\nCette innovation était un hommage tant au compositeur d'lndy qu'à la Sne\neco e française qu'il représente si dignement. Cette école est plus « iëune » par la\nfraie ur, a vigueur et la modernité de ses vues, de ses opinions et tendances musi\nTtaZÂSeX XÏ'f6 868 membres.les P>- distingués. Elle se caSeSe\npar la purete et la noblesse de ses visees artistiques. 11 va sans dire, que M. d'lndv\nne fait pas partie de cette tribu de chefs d'orchestre virtuoses qui vont de cité en cité\neuropéenne, comme portés sur un char de triomphe et qui excitent un intérêt popu-\nlane pareil a celui qu inspire une pnma-donna ou un ténor en vogue. Les trompettes\nde la reclame annoncent leur arrivée prochaine: ils répètent hâtivement ; au concert\nils étonnent le public par une interprétation originale d'une œuvre connue puis ils\ndisparaissent vivement, comme emportés par la tempête des applaudissements\nM. d Indy, qui possédé la modestie et la simplicité des vrais génies, n'a eu pour but\nen dirigeant les orchestres des différentes grandes villes d'Europe, que de faire con-\nnaître les œuvres de la nouvelle école française, de cette école ultra-moderne. C'eût\nété de sa part non seulement une fausse modestie d'exclure rigoureusement des\nprogrammes ses propres œuvres, mais aussi un procédé déloyal vis-à-vis de cette\nécole dont il est le chef. Sa vie musicale est vouée à la composition, et aussi à l'en-\nseignement, car il s'enorgueillit à juste titre d'être l'un des fondateurs de la Schola\nCantorum. Il met ainsi en pratique les sains et bienfaisants préceptes de son maître\nCésar Franck.\nDans cette cité, M. d'lndy trouvera quantité d'amateurs de musique très intéressés\npar 1 ecole française moderne. Cet intérêt ne s'est pas éveillé brusquement, car\nBoston a toujours été curieux d'entendre la voix des compositeurs étrangers. Sa\npopulation allemande n'est pas assez nombreuse pour arriver à germaniser, par\nesprit de chauvinisme, le goût musical, ec ces Allemands, auxquels nous devons\nd'avoir été ici les pionniers de la musique, n'ont pas montré un esprit trop étroit,\nil faut bien le dire. L'Ouverture de Waverley, de Berlioz, toujours moderne parmi les\nmodernes, fut jouée il y a 54 ans, et longtemps avant que le culte du maître ait\nété de bon ton à Paris, il fut applaudi ici. Et ceux qui ont dirigé ses œuvres\nétaient pour la plupart des Allemands, ainsi que les musiciens des orchestres qui les\nont jouées.\nDans ces dernières années M. Lœffler, et après lui MM. Kneisel, Lang, des pianistes\net chanteurs locaux, MM. Longy, Paur, et surtout M. William Gericke, nous ont fait\nconnaître les compositions de cette école moderne.\nLe programme d'hier soir ne contenait qu'un seul morceau inconnu aux auditions\nsymphoniques : le fragment de Psyché, de César Franck, et Ml' Gericke annonçait ce\npoème symphonique pour le commencement de la saison.\nIl faut dire ici que certains éditeurs parisiens empêchent une connaissance trop\nrépandue des œuvres modernes ; soit par indifférence, soit par crainte d etre lésés\ndans leurs intérêts, ces éditeurs ne sont pas disposés à donner en location des œuvres,\nsi elles ne sont protégées par de rigoureux droits d'auteur.\nParmi les maîtres qui nous étaient déjà connus, Dukas a une adresse indiscutable,\nmais peu d'imagination, si l'on en juge d'après l'Apprenti Sorcier.\nCe fut une jouissance de réentendre la charmante musique écrite par Fauré sur la\ntragédie de Maeterlinck, quoique le génie particulier du maître se révèle plus pleine-\nment dans ses chants et sa musique de chambre que dans celle à grand orchestre. Le\nfragment de Psyché, de Franck, éveille en nous le désir d'entendre l'œuvre entière.\nCette musique est à la fois extatique et passionnée, toujours noble dans son expres-\nsion. Les motifs se fondent et s'enchaînent si bien qu'ils paraissent d'égale impor-\ntance; cependant le thème qui, vers la fin du mouvement, est redit par tout l'orchestre,\nest un chant superbe et sonore de l'amour triomphant.\nM. d'lndy a choisi parmi ses œuvres la 2e Symphonie et les variations d'lstar, Istar\na déjà été entendu deux fois à ces concerts, et là, comme hier soir, cette œuvre a\nexcité l'admiration par la grande habileté technique de l'auteur, par sa sincérité, son"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.35", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4461, "texte": "imagination, par l'éclat de son orchestration et la majesté, la grandeui du motif qui\nrevient lorsque Istar se trouve dans toute sa gloire finale.^\nLa Symphonie inquiétait même certains chaleureux admirateurs du maîtie, lorsque\nM- Gericke la fit exécuter ici en janvier dernier, avec un infini et une affection\npieuse. Après une seule audition elle leur semblait n être qu une merveille d adresse\narchitecturale. Ici la musique n'a ni programme, ni titre suggestif.\nDeux thèmes sont en présence au début, ils sont ou développés séparément,\nou réunis à travers toute l'œuvre; ils sont en lutte; d'autres thèmes de moindre im-\nportance en découlent ou en jaillissent dans l'ardeur de la dispute ; finalement l'un\nde ces deux thèmes triomphe et prend son essor au-dessus du rival vaincu et enchaîné.\nVoilà où réside l'action dramatique de la symphonie, qui ne vise ni à la description\nextérieure, ni à un sujet quelconque. C'est une œuvre de valeur et d'énergie rares, je\ntiens à le dire, et elle contient des pensées profondes et émouvantes, des pages d'une\nbeauté ultra-terrestre, des passages extraordinairement dramatiques.\nLa pensée musicale en est revêtue d'une riche et chatoyante orchestration ; d'autre\npart le langage qui interprète la pensée lui est particulièrement bien approprié ;on\nsent que M. d'indy Ta façonné avec le plus grand soin, de crainte d'y introduire çà\net là quelques lieux communs que n'ont pas toujours dédaignés les maîtres. Aucune\némotion n'est aussi pénétrante que celle qu'on nomme <c cérébrale )); mais la moyenne\ndu public lui préfère l'émotion physique, même si elle reste à fleur de peau.\nLa hardiesse de certaines progressions harmoniques.de M. d'indy, l'audace de ses\ndissonances et ses rythmes choquent les oreilles de ceux qui croient que le seul but\nde la musique doit être de favoriser une digestion laborieuse, ou de les exciter à une\ngaieté de bonne compagnie.\nCes oreilles-là n'ont que faire des orgies de la muse, et M. d'indy est un débauché\nd'austérité. Dans son juste mépris d'une popularité facile, il a évité délibérément tout\nce qui pouvait lui gagner rapidement les faveurs de la moyenne des amateurs de\nmusique, cette moyenne sensible surtout aux impressions prévues et de pure conven-\ntion.\nCertains passages de cette Symphonie déconcertent les musiciens exercés, ceux\nmême qui ne demandent qu'à admirer. Nous nous rappelons le temps où le Prélude\nde Lohengrin était considéré dans ce pays comme une musique dangereuse, où l' 0&-\nverture des Maîtres Chanteurs était déclarée même à Boston une « hideuse cacopho-\nnie », où Brahms et Tchaïkowsky étaient très mal vus par des professeurs instruits et\nd'assidus amateurs des concerts. Sans doute le temps viendra où la jeune génération\nsourira au vague souvenir de l'impression de mystère produite hier soir par la Sym-\nphonie sur une grande partie du public. Ses accents lui paraîtront alors simples et\nlogiques, peut-être sa pensée musicale lui semblera-t-elle même trop clairement\nexprimée.\nCependant celui qui connaît la pureté delà vie artistique du maître, son dévelop-\npement, son perfectionnement dans une carrière déjà longue et honorable, voudrait-\nil 1 entendre tenir aujourd hui un langage plus vulgaire, qui serait de sa part une\nsorte d hypocrisie:1 II n a pas cette soif de gloire si commune. Il peut bien dire avec\nW altei Savage Landor : c( Je puis dîner tard, mais la salle à manger sera bien éclairée,\nles hôtes seront rares et choisis. »\nNous considérons cette symphonie comme l'une des œuvres les plus considérables\ndes temps modernes.\nNous croyons que sa beauté et sa puissance s'imposeront de plus en plus aux audi-\nteurs qui 1 écouteiont avec sincérité et intelligence. Nous croyons que certains passa-\nges qui maintenant paraissent obscurs et hors de propos, seront plus tard aussi clairs,\naULSI j?tgl?UeS ,q.U.e I'étaient hier soir le icr et le 2\" mouvement et le superbe finale.\nny a lpigé avec calme, mais avec une réelle force et avec la parfaite intel-\nligence de ce qu'il tenait à faire exprimer à sa vaillante phalange.\norc estre, pénétré de respect et d admiration, a secondé avec succès les efforts et\nes esirs u maître. Il fut tiès cordialement salué, et les applaudissements nourris»\neuieux, ont retenti longtemps après les numéros variés du programme.\nLe second concert, dirigé par M. V. d'indy alternativement avec l'autre\nsuiva^011* Penc^an* *ournée de l'orchestre, contenait le programme"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.36", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3723, "texte": "Symphonie. . _\nChant funèbre. .. ' ' £hausson.\nDeux nocturnes . Magnard.\nScugejteurie ' v'\npour a legtnde d z S auge fleurie, a laquelle il veut bien accorder au moins\nle mente de clarté {intelligibilité). dccolQer au moins\nLe 5 décembre, le fameux Quatuor Kneisel exécuta, à côté du Trio\nDvorak e, de celui de Schubert an siUmol majeur, lé second quatuor de\nY. d Indy en mi majeur op. 45. M. Ph. Haie a parlé en termes admTatifs\nde ce chef-d œuvre, tandis que M. Louis Elson exprime, dans le\nadveitiser une opinion absolument contraire. M. Haie caractérise ainsi k\nmusique française moderne :\nUne grande partie des œuvres françaises ultra-modernes est triste, et le plus souvent\nd une tnstesse sans espoir. La caractéristique traditionnelle de la musique française\nétait celle-ci : phrases courtes, clarté et logique dans le développement, rythme\npiquant, expression elegante. Mais les temps sont changés, les comJLteu™ et au S\nappartiennent a une génération nouvelle, et l'expression musicale, empruntant\n™iT v\\et 83 rrme 313 sociale' religieuse, littéraire des temps contempo-\nrains, s est complètement modifiée. Un compositeur sérieux qui tenterait de parler la\nSreV6 Haydn ou.de weber, ou de Schubert, serait accusé de prétention,\nd affectation, ou d avoir voulu exécuter un tour de force. En effet, depuis queloues\nannées nous sommes devenus tous plus familiers avec cette langue ultra-moderne. En\nemagne, R. Strauss a proclame un Evangile nouveau, et même à Boston il a\nentraîne des disciples à sa suite.\nCésar Franck, Vincent Claude Debussy, Gabriel Fauré, ne sont plus pour\nnous des noms seulement ; ils sont des influences. Leurs tendances, leurs pensées leurs\nidiomes ne nous sont plus totalement étrangers et incompréhensibles. Il y a cinq ans\ne Quatuor Kneisel nous a fait connaître ce quatuor de V. d'indy, et depuis ce temps\n1 intelligence musicale a fait chez nous un grand progrès. L'interprétation en a\nete plus libre, plus imposante, plus hardie, et les auditeurs ont été plus capables\nd écouter, de distinguer, d'accueillir ou de repousser ce qui leur était offert. Les Knei-\nsel ont joué admirablement : il nous semble impossible que M. d'indy qui, dans\nquelques jours, doit l'entendre à New-York, ait jamais assisté à une interprétation\naussi parfaite de son oeuvre. Grâce à cette interprétation, le premier mouvement a\nparu plus clair et moins laborieusement conçu, nous avons\" tous senti la beauté\npassionnée de l'adagio, sur lequel plane l'esprit de Franck, et le finale qui autrefois\nnous semblait écrit dans une langue étrangère et pénible, est maintenant compréhen-\nsible : il abonde en passages d'une beauté rare et puissante ; son mouvement, éclatant\nde vie, touche le cœur aussi bien que l'intelligence.\nVoici ce que dit à peu près M. Louis Elson à propos du même qua-\ntuor :\nCe moderne Français est l'ascète par excellence. Si on pouvait lui inoculer une par-\ncelle du virus musical de Bizet, il serait un très grand compositeur. Tel quel, il est\nle plus grand travailleur cérébral du champ musical français d'aujourd'hui.\nIl est le prince du développement. Brahms nous a enseigné cependant que le dévelop-\npement le plus subtil n'est pas incompatible avec la beauté. Nous doutons que dans\nle répertoire des quatuors à cordes il y ait un exemple d'un continuel développement\nde motifs, tel qu'il nous est révélé ici. De motifs r non, d'un seul motif ; une figure\nsolitaire de quatre notes fournit presque l'entière matière musicale de ce remarquable\ndéploiement de force intellectuelle. Tous les rythmes s'y trouvent mêlés, depuis le\n5/4 jusqu'au 1/4, inconnu jusqu'à présent ! et ces rythmes se heurtent, se poursuivent,\nsans trêve ni repos."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.37", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "Si la musique n'était que jeu d'échecs ou mathématiques, nous acclamerions\nM. d'lndy comme un Maître. Mais nous avons donné un coup de balai à toutes ces\n« finesses flamandes », et nous doutons fort que son grand talent pour les subtilités\nmédiévales arrive à les restaurer. Cependant il y eut quelques moments de charme\nmélodique, surfaits peut-être par le milieu où ils se trouvaient, pareils à une oasis\ndans le désert. Des quatre mouvements, le scherzo fut le moins antipathique. E(\ncependant le quatuor est plus facile à suivre que la symphonie, dirigée récemment\nà Boston par le compositeur.\nLes programmes des Be,8e, 9e, 10e, ne et 12e concerts sont les suivants :\n16 DÉCEMBRE\nSymphonie Haydn.\nConcertstiick C.-M. de Weber.\na. Introduction du 3e acte des Enfants du \\\nRoi Humperdinck.\nb. Humoresque )\nLe Tasse,poème symphonique Liszt.\n22 DÉCEMBRE\nOuverture de Nature Dvorak.\nPastorale de l'Oratorio de No J. S. Bach.\nConcerto de violon (t'e audition) G. Strube.\nSymphonie pastorale Beethoven.\n29 DÉCEMBRE\nSymphonie A. Webber.\nAria de Cosi fan tutte Mozart.\nFrancesca di Rimini, poème symphonique. Tchaïkowsky.\nLa Haute-Puissance, chant F. Schubert.\nOuverture Au mid i Elgar.\n6 JANVIER\nOuverture d'Hiawatha R. Goldmark.\nConcerto de violon Beethoven.\nTill Eulenspiegel . Richard Strauss.\n2e Symphonie Brahms.\nOuverture du Calme de la mer et de Retour )\nau pays Mendelssoha.\nConcerto de piano en mi bémol majeur. . Beethoven.\nOrphée, poème symphonique Liszt.\nPremière partie de la Symphon en\nbémol majeur Chausson.\nLe ciitique du Boston Herald, M. Ph. Haie, s'est exprimé en termes très élogieux\nsur cette symphonie exécutée à la perfection. Il dit que cette symphonie de Chausson\nest de beaucoup la plus entièrement satisfaisante des œuvres de ce maître. Elle est\np us logiquement construite, elle a plus de suite, un intérêt plus soutenu, elle est plus\neup oniqueet e sentiment plus humain que le Poème pour violon et orchestre, con-\nsidéré par plusieurs comme unche^d'oeuvre de musique absolue. En outre, il y a dans\ncette œuvie plus de spontanéité que dans le quatuor pour piano et cordes.\ne te musique est puie et belle, d'une émotion sincère, et il est certain passage que\nî anc v aurait pu signei. 11 est regrettable que des œuvres de cette importance ne\nsoient entendues qu'à de rares intervalles.\nA New-York 1 orchestre symphonique a exécuté cet hiver les œuvres\nsuivantes :•"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "L après-midi d un Faune Debussy.\nSymphonie (avec piano) sur un thème mon-\ntagnard V. d'lndy.\nAux concerts du Quatuor Kneisel à New-York furent joués :\nQuatuor pour piano et cordes V. d'lndy\nQuatuor à cordes y. d'lndy.\n2 Rhapsodies pour hautbois, alto et piano . Loeffler.\nAu nom des nombreux amis de M. V. d'lndy dans ce pays, je le prie\nd agréer 1 expression de leur sincère sympathie à l'occasion du deuil qui\nvient de le frapper.\nx Ch. M. L.\nLa modestie de notre collaborateur l'ayant empêché de parler de ses\npropres œuvres, nous reproduisons ici deux articles parus à ce sujet dans\nd'importants journaux américains.\nLa yilïanelle, de M. Loeffler, déjà jouée trois fois à Boston, fut accompagnée la\npremière fois d'une autre pièce du même auteur: un harmonieux chant d'amour, d'une\nrare beauté, inspiré pai 1 exquise aubade de Verlaine, Ici Sonne Chanson. Pour nous,\ncette dernière pièce a plus d élan, plus d envolée, parla raison que c'est de la musique\npure qui peut se passer de programme, et même à la rigueur de titre. Le sujet en est\nplus noble, plus humain, et par conséquent plus émouvant. La Villanelle est néces-\nsairement un tour de force, c'est de la musique descriptive et narrative ; mais quelle\nfantaisie, quelle ingéniosité dans la conception et l'exécution du détail ! Jamais\nM. Loeffler n'a écrit rien d'aussi large, d'aussi impressionnant que cet épisode de la\nmusique d'église, qui pourrait être suggérépar la sauvage légende de Saint-Pol Roux :\nl Ame noire du blanc Prieur. M. Gericke dirigea la Villanelle avec une compréhension\nparfaite, l'exécution fut vivante, souple et l'ensemble admirable.\nLa musique de Loeffler a été exécutée admirablement. Nous n'attachons pas grande\nimportance aux effets sataniques ; saturnales de dissonances, plaintes de cors bouchés,\nperpétuelle danse de Saint-Guy de ce démon péripatéticien ; mais nous ne pouvons nier\nle talent déployé dans quelques-unes de ces parties. Et l'épisode religieux a bien plus\nde puissance que l'effet semblable de Berlioz dans le dernier mouvement de la Sym-\nphonie fantastique. L'orchestration de M. Loeffler n'a pas son égale de ce côté de\nl'Atlantique. A deux reprises l'auteur fut forcé d'apparaître sur la scène et de s'incli-\nner aux applaudissements enthousiastes du public.\nTraduit par A. LALOY.\n\nLouis Elson."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c020", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.6", "titre_corps": "LA MUSIQUE A DIJON.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A DIJON.", "signature_source": "P. 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Il eût été plus sage de\nsupprimer de ce concert quelques numéros qui n'ont avec l'art qu'un rap-\nport énigmatique, comme la Sonate (op. 36) pour piano et violoncelle, de\nGrieg, musique vide, prétentieuse, frelatée, qui se pavane, se démène ,\navec importance, affecte la vigueur, puis joue la simplicité, se campe dans\ntoutes les attitudes possibles, sans en trouver une seule qui lui convienne;\nles deux instruments tour à .tour rabâchent les mêmes phrases inexpres-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.39", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "sives sans arriver à chanter ensemble : on dirait d un dialogue de comme-\nres où chacune répète les mots les plus insignifiants de 1 autre, simplement\npour ne pas laisser de place à un silence ! Je ne saurais trop protester\naussi contre l'inévitable exercice d'acrobatie qui clôt fatalement ces con-\ncerts. Avant de se retirer, le pianiste tient à prouver qu il a dix doigts ! Hier\nla preuve fut faite à l'aide de la Grande Valse de concert, de Diémer. Ne\nnous plaignons pas : c'est un des spécimens les plus courts du genre.\nCes réserves faites, il faut louer pleinement M. Joseph Thibaud. Il a inter-\nprété délicieusement la Sonate (op. 58) de Chopin et 1 Impromptu de Schu-\nbert. Il joue en vrai musicien, avec une grâce simple, légère, un peu indo-\nlente, qui est d'un artiste délicat et distingué. M. André Hekking a obtenu\nun grand succès avec une Suite ancienne, de Valentini, qui ressemble a\ntoutes les autres Suites de la même epoque. Marguerite Artot a chanté\navec une voix chaude et étendue, un style large et simple, 1 air redoutable\nde Fidelio. Mais pourquoi, après Beethoven, nous imposer la Chanson de\nBarberine, de Wieniawski, où l'aisance charmante de la poésie souligne\nencore le mauvais goût monstrueux de la notation musicale ?\nLe théâtre de Dijon est un théâtre municipal, et ce n'est rien moins qu'un\narrêté du maire qui en ferme les portes aux correspondants de toute revue\nqui n'est pas authentiquement dijonnaise! Les éloges que je suis obligé de\nlui donner ne seront donc pas suspects de complaisance.\nLe répertoire est d'une variété fort louable. Beaucoup de Massenet,\nd'abord, comme il convient : Grisélidis, avec son prologue élégant et frais,\net le désert (coupé seulement de deux petits palmiers d'ombre) de ses trois\nactes arides ; le Jongleur de Notre-Dame, souvent banal et languissant, mais\nparfois aussi souple, habile et ingénieusement attendri ; la Navarraise,\nmiracle de cynique adresse où, pendant deux actes entiers, l'orchestre\ngronde, les voix crient, sans que le compositeur fasse la dépense de trois\nlignes de musique. A côté de la copie, le modèle : Cavalleria rusticana,\nun monstre de vulgarité que sauve l'excès même de ses grossiers défauts,\net qui, par sa brutalité exaspérée, atteint presque à la vigueur. Mention-\nnons aussi Y Attaque du Moulin, œuvre lourde et naïve, mais sincère et\ndramatique ; enfin, Salammbô, pour laquelle une direction désintéressée a\nfait de grands frais d'argent et d'efforts.\nL'œuvre de M. Reyer a beaucoup vieilli. L'indigence de l'orchestration\nne peut plus se dissimuler, à une époque où les compositeurs les plus\nnovices orchestrent avec une richesse, une prodigalité telles qu'on ne\nsignale même plus un mérite aussi commun. L'orchestration de Salammbô\nn'est pas sobre, comme on le dit par euphémisme, elle est lamentablement\npauvre. Quand elle se résigne à sa pauvreté, elle a du moins un air de\nsincérité et un charme un peu maigre qui lui vont à merveille. Dès qu'elle\nveut en imposer, elle donne l'impression du désordre et du bruit. Il est\ndifficile de dire la gaucherie piteuse de certains ensembles, la platitude de\ncertains ballets. La déclamation est bien supérieure heureusement à\nl'orchestration. Et pourtant que de banalités et de trivialités encore dans\ncertains chœurs, où l'on croirait entendre du pire Meyerbeer; que de re-\ncherches prétentieuse et d'affectation maladroite dans les rôles secondaires\nde Narr'Havas, de Spendius, d'Autharite ! Mais, en dépit de tout cela, les\npages vraiment sincères de la partition ont conservé leur fraîcheur. Cette\nmusique est souvent lourde et terne, elle manque d'originalité, mais elle\nn'est jamais vulgaire. Quand la poésie du drame l'anime et la soutient, elle\na une distinction, une justesse de ton, un charme discret et pénétrant, une\nsobriété émue, qui porteront toujours sur un public français. La mélodie\nde Reyer semble venir de Gluck à travers Berlioz. Elle est d'une ligne un\npeu frêle, mais nette et pure. Elle a même parfois quelque vigueur, une"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "noblesse un peu tendue qui n'est pas sans beauté. Elle a surtout de la\nmesure, de la clarté et de la grâce.\nL interprétation est, dans son ensemble, plus que satisfaisante. Il serait\nfaci e de critiquer certains détails de mise en scène, comme les colonnes\négyptiennes qui soutiennent le temple de Moloch ! Mais l'archéologie n'a\nrien a voir avec le théâtre, et semblables erreurs sont encore moins fré-\nquentes en province qu a Paris, où les directeurs se croient plus compé-\ntents . Sarah Bernhardt, pour le décor d'.4ndromaque, faisait pousser en\nEpire de magnifiques palmiers d Afrique et ornait de vases attiques du\nVe siècle le palais du vainqueur de 7 roie !Il serait peu galant, d'autre part,\nde dire ce que je pense des choeurs de femmes et surtout des figures de\nballet imaginées et malheureusement réalisées au 2e et au 4e acte.\nLe îeste est à louer presque sans réserve. L'orchestre est excellent : il a de\n1 unité et du fondu. Le quatuor est peut-être un peu mou, mais l'oreille ne\nse lasse-t-eile pas de 1 impérieuse dureté et de l'âpre précision de certains\norchestres parisiens ? Enfin les mouvements m'ont presque toujours paru\njustes: c est là chose si rare que l'on ne peut faire au chef d'orchestre,\nM. Baron, de plus bel éloge que de constater simplement le fait. Parmi\nles chanteurs, il faut nommer d'abord Mlle Gril, actrice très sûre et excel-\nlente musicienne. La voix est bien posée, un peu sourde dans les notes\nbasses, mais d'un timbre charmant dans le médium. Le style est plein de\ngoût. On sent là une nature : beaucoup d'intelligence et de dons réunis.\nM. Audisio tient avec beaucoup de fougue et d'éclat le rôle de Malhô.\nM. Gueury chante d'une voix facile et sonore les hymnes de Schahabarim.\nM. Roosen fait preuve d'autorité et presque de puissance, dans le rôle\nd'ailleurs bien venu d'Hamilcar. M. Dhaene, en Spendius, fait apprécier\nune diction précise et mordante. Enfin M. Close (qui s'est montré dans\nle Jongleur un musicien de tout premier ordre) chante du mieux qu'il est\npossible le rôle trois fois ingrat de Narr'Havas.\n\nP. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.7", "titre_corps": "LA MUSIQUE A BORDEAUX.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A BORDEAUX.", "signature_source": "Albert Bazaillas", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.40", "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 3263, "texte": "LA MUSIQUE A BORDEAUX.\n\nL'Anniversaire, de M. Adalbert Mercier (i), et le pathétique en musique.\nWagner, dans son Beethoven, se plaît à rapprocher la pure musique de\nla vie des sentiments alors que le monde n'introduit plus son trouble en\neux. Eloignée de la forme extérieure, sans rythme grossier qui la sollicite,\ndétachée de toute utilité et de toute action, cette musique recueillera désor-\nmais les harmonies de l'âme ; du même coup, elle retrouvera l'essence des\nêtres, redressée et pénétrée par la lumière intérieure. « Elle comprendra la\nforêt, le ruisseau, la prairie, l'éther bleu, les masses joyeuses, le couple\namoureux, le chant des oiseaux, la fuite des nuages, le grondement de la\ntempête, la volupté d'un repos idéalement agité (2). » Cette sérénité mer-\nveilleuse devenue l'âme même de la musique, ajoute Wagner, pénètre et\ntransforme tout. « Le monde retrouve son innocence d'enfant. » Ces\n\n(1) L'Anniversaire, paroles de M. Jean Ferval, musique de M. Adalbert Mercier»\nexécuté pour la première fois au Grand-Théâtre de Bordeaux le 5 janvier 1906 î\nen vente chez Mustel.\n(2) Wagner, Beethoven (traduction Lasvigne), collection de la Revue Blanche."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3869, "texte": "paroles me revenaient invinciblement a la mémoire, pendant que, dans le\nsilence recueilli d'une salle qui allait un peu plus taid manifester son en-\nthousiasme, retentissaient les graves accords de Y Anniversaire, la nouvelle\npièce de M. Adalbert Mercier. J'étais, comme ce public lui-même, gagné\npar le côté intérieur de l'œuvre. J'en goûtais la sévère, la forte ordonnance,\nce qui ne m'empêchait pas d'être agréablement surpris des sources de\npathétique qu'elle ouvrait en moi. Et, aussitôt, le caractère de cette musique\nm'apparaissait nettement : elle ne se laisse pas, comme le fait sou-\nvent l'opéra moderne, envahir dans son propre domaine par des misères\nde toutes sortes et par les contingences de l'action ; elle fait retour au\nrêve, avec sa force évocatrice et suggestive ; elle l'ennoblit, elle l'épure en\ndébarrassant notre sensibilité de ses vulgarités et de ses transpoits. Elle\nmérite le profond jugement que Schopenhauer portait sur la musique reli-\ngieuse : « Elle peut déployer sans obstacle toutes ses forces sans avoir à\nramper sur le sol. Elle prend son essor librement et a grands coups d aile,\ncomme un séraphin, (i)»\nCette impression est encore confirmée par le mode de composition du\nlivret, et par le rapport qu'il entretient avec le commentaire musical.\nFerme, sobre, dramatique, ce livret, dû à une plume exercée, sait de lui-\nmême s'effacer, désireux simplement d'orienter la mélodie, de diversifier\nl'harmonie par des situations nouvelles que fort habilement il ramène, de\ndonner un sens nettement accessible à ce monde d'accords qui se déroule\ndevant nous. Il n'entend pas primer, et il y a quelques mérites ; car, à la\nnetteté de l'esquisse, à la sûreté des indications, à la force de quelques\nvers impatients de ressortir ou de se mettre en relief, on sent bien une\nhabitude d'écrire, un pouvoir de vibrer que cette discipline gêne et qui\ndoit se trouver singulièrement contraint au second plan. Voici donc l'his-\ntoire, toute de passion contenue, qu'avec sa discrétion voulue il nous\nraconte. Elle se déroule dans une ferme lombarde, lors de la fête des\nTrépassés, à l'heure où tombe le jour. Matteo, debout près d'une baie\nlargement ouverte, contemple avec tristesse l'horizon troublé qui lui ren-\nvoie l'image de sa douleur, car il a perdu, voici un an, sa jeune femme\nStella. Ace souvenir se mêle, il est vrai, une profonde amertume qui va\nse précisant et se renforçant au cours d'un dialogue, tour à tour ému et\nmouvementé, avec la vieille servante, Severina. Il tâche, sans succès, de\nlui arracher le nom du séducteur que Stella n'a point désigné, quand elle\na avoué sa faute voulant mourir consolée. Devant ses menaces, Severina\nest bouleversée, car le coupable, connu d'elle seule, est son propre fils\nSandro. Son angoisse est un instant calmée par une romance que chante\ndans la cour Lucia, amie d'enfance de Sandro. La jeune fille, qui vient\nd'entrer, toute chargée de fleurs, pare l'autel. Elle laisse percer son\namour pour le muletier, dont un tintement de grelots, suivi bientôt d'un\njoyeux tumulte, annonce le retour. Le voici. En sa présence, Lucia ne\ndissimule plus sa joie et, dans un joli duo, où Sandro, obsédé par le re-\nmords et la pensée de Stella, garde une réserve mélancolique, elle lui con-\nfesse ingénument sa passion. Mais, selon l'usage, les paysans viennent\nprier pour les défunts. Ils s'agenouillent derrière Matteo qui, dans une\nscène simple et grande, prononce le nom de ses parents morts. A celui de\nS iella, Sandro ne peut comprimer un sanglot révélateur. Matteo se redresse,\nse sent devenir justicier. Les deux rivaux se regardent, se mesurent. Courte\net dramatique explication, Au dehors, une lutte brève, où Sandro est tué,\ntandis que sa mère pousse des lamentations déchirantes, et qu'au son\néperdu de cloches, le murmure des prières continue.\n\n(1) Schopenhauer, Parerga und Paraliponiena, § 218."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "Ce livret, ferme et discret, me plaît. Il ne présente pas une accumula-\ntion de circonstances, bien faite pour détourner l'esprit de son objet prin-\ncipal, qui est simplement de rêver et de vibrer. S'il ramène quelques situa-\ntions dramatiques, il le fait sans insistance, et il sait bientôt les résoudre,\naprès les avoir rapidement indiquées, en émotions élémentaires destinées,\npar leur jeu, à manifester le mouvement naturel des forces natives de\nPâme. Aussi la musique qui s'y incarne n'a-t-elle point de peine à con-\nserver sa pure généralité. Elle n'exprime pas tel détail particulier et banal\nemprunté à l'existence vulgaire ; elle ne peint pas telle ou telle joie, telle\nou telle affliction, en les motivant lourdement et en retrouvant pénible-\nment leur genèse ou leur histoire; elle peint la joie même, l'affliction\nmême, l'amour ingénu, les sentiments primitifs enfin rétablis dans le prin-\ncipe de leur activité naturelle et génératrice. Le rapport du chant aux\nparoles, entendu de la sorte, ne fait que provoquer le travail d'évocation\nparticulier en langage musical. Celui-ci n'est pas tenté par le prosaïsme\nde la vie; il ne se confine pas dans les circonstances triviales ou insipides\nd'une action convenue. Il conserve jusqu'au bout son caractère mélodique.\nIl se joue dans l'apparition de formes agiles et souples, accourues à l'envi\nde tous les points de l'âme. C'est comme un appel réitéré, toujours suivi\nd'effet, adressé à notre vie sentimentale, comme une projection incessante,\ndans notre conscience ravie, d'un monde d'esprits invisibles, et pourtant si\nanimés et si mobiles, qui nous parlent directement.\nDisons-le bien vite : cette généralité, cette indépendance à l'égard des\ndétails bassement réalistes expliquent ici la sérénité de l'inspiration musi-\ncale, ainsi que le caractère psychologique de l'œuvre qui en dérive. On\nnous comprendra sans peine. Comme cette musique se dégage naturelle-\nment des conditions locales, matérielles ou bassement sensibles qui pèsent\nà l'égal d'une tache originelle sur tout ce qui est humain, elle retrouve par\ncela même sa pureté native. Qu'on nous permette un rapprochement. Il\nnous est suggéré par un article récent de cette Revue (i) présentant au\npublic français, avec humour et esprit, la Sinfonia domestica de Richard\nStrauss, exécutée à Londres. Autant qu'il est permis de le deviner à travers\nle badinage de l'auteur, cette musique, « qui se termine dans un bel élan\nde cuivres apothéotiques, vertueux, familiaux », n'est guère qu'une mu-\nsique ménagère, le pendant, dans l'art lyrique, de notre tragédie bour-\ngeoise du xviue siècle. Non seulement il faudrait avoir l'esprit de famille\npar trop chevillé au corps, mais encore il faudrait être démuni de toute\nfantaisie et de toute inspiration pour trouver un intérêt artistique à cette\nglorification des trivialités de la vie, à cette apothéose emphatique des dé-\ntails enfantins de l'existence. La musique de M. Adalbert Mercier nous\ntransporte justement à l'extrémité opposée. Comme celle de Louise, elle ne\nperd rien de sa poésie et de sa fraîcheur au contact del existence commune.\nElle ne se ressent pas du fait divers que Richard Strauss eût glorifié. Elle\ndemeure pure et sereine, sans descendre un instant des hauteurs qu elle\nhabite et d'où le risible est banni : elle ne cesse de planer sur les contin-\ngences de la vie dont elle se plaît a dégager la signification. Par la, tout\nen conservant sa noblesse, elle obtient sans effort ce caractèie cvocateur\nou psychologique dont nous avons déjapaile. Avec cette simplification\nvoulue, elle demeure vraiment intérieure, car elle restitue les émotions\nélémentaires qui agitent le cœur de 1 homme, et elle les fixe sous IGUI aspect\nle plus intime. Elle recueille donc en elles ces moments éphémère d'intensité\noù elles s'élèvent au plus haut point d'exaltation et de tension doulou-\n\n(1) Voir dans le Mercure musical, n° du i 5 décembre, la Musique en Angle-\nterre, par M. Boulestin."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3942, "texte": "relise. Elle le glorifie et l'éternise. Elle révèle ainsi la vie intérieure saisie\ndans son principe même, en ce qu'elle a de fugitif, de fragile et d'irrémé-\ndiablement mortel. Elle n'embrasse plus les sentiments dans la matérialité\nde leur action, mais dans la spiritualité de leur origine. Elle est comme\nDieu, dirons-nous avec Schopenhauer : elle ne connaît que les cœurs.\nLa partition à laquelle M. Adalbert Mercier recourt pour traduire ses\nsentiments est à la fois délicate et expressive. Techniquement, elle se\nressent plus de la manière souple et suggestive de M. Gabriel Fauré que\nde la composition dramatique de Wagner. Le leit-motif n'y joue aucun\nrôle : les personnages n'y sont pas individualisés par ce rappel persistant\ndes mêmes accords qui ramène les mêmes situations intérieures. Au sur-\nplus, la lente progression et la gradation des notes, image de l'exaltation\ncontinue et de la croissance des sentiments, ne s'y rencontrent que bien\nrarement. Cette musique alerte et prime-sautière emploie des procédés plus\nvifs et plus courts. En conciliant avec une réelle habileté la partie mélo-\ndique et la partie harmonique, elle obtient des mélanges inattendus, particu-\nlièrement heureux : elle est à coloration changeante. Grâce à cette combi-\nnaison du chant et de l'orchestre, elle parvient à créer autour des person-\nnages une atmosphère émotionnelle, chargée de souffrance ou de joie,\nune atmosphère plus ou moins chaude, plus ou moins lourde, qui nous enve-\nloppe tout entiers et nous révèle, par voie de suggestion immédiate, les\nsentiments qui s'agitaient obscurément devant nous, et qui déjà, par cela\nmême, nous sollicitent, nous obsèdent et nous remuent. C'est à créer sans\nnul artifice, ou à entretenir pareille atmosphère que la plupart des scènes\ns'emploient. La première, l'explication entre Matteo et Severina, est\nremplie de pronostics menaçants. L'accent pressant du dialogue serait\ndéjà suffisamment évocateur ; mais il s'y joint le rythme des cloches que\nl'orchestre combine avec la voix confuse du ressentiment et de la dou-\nleur , et, dès lors, au lieu aun fait divers sans portée, nous avons\nune combinaison bien humaine de la voix qui pardonne ef de celle qui\nmenace, un rappel émouvant des détresses d'une âme désemparée, où\nse niêieat les fiémissements de la chair et les orages de l'esprit. La scène\nsuivante, signalée par ie chant de Lucia, nous transporte, en une heureuse\nopposition, dans l'ordre des sentiments jeunes et tendres. Une chanson,\njoyeuse et fraîche comme le printemps, un entretien confiant comme un\npremier amom, tont succéder aux sentiments oppressants la sérénité et\na an on. Dans cette accalmie, favorable à la production des émotions\ndouces, s eleve le duo d'amour où s'épanouit, avec la liberté infinie des\ncœurs, ce que Wagner appelle la fleur divine de la mélodie humaine.\naisa scene change d aspect: une nouvelle coloration apparaît. La réunion\namiuaie, a pieuse commémoration des Morts annoncée par le motif des\nc oc les, nous reporte vers de plus sombres pensées. La prière, psalmodiée\nP.ar e Ci-œur? aje ne quoi de fruste et de tragique : elle prépare l'éclo-\n-îon sentiments douloureux. Nous voilà prêts pour la scène finale,\nscene rapide ou les promesses de pardon soublient, et où s'accomplit\n. mort, pendant que les cris déchirants de Severina nous en\népeTdu\" et ue es c^oc-ies retentissent, à l'image des cœurs, plaintives*\nGiâce à ces colorations changeantes, à ces mutations brusques de senti-\nments qu elle excelle à provoquer, la musique de M. Mercier prend un ca-\nac t_re g . On pourrait même dire d'elle qu'elle est très dramatique,\nSi le cîrame est essentiellement la rencontre ou le heurt de volontés hostiles.\naUJ mo-'en;, liaimoniques dont elle dispose, combinaisons orches-\nrHc^-f-UClt'S u! et(~nrïues> dissonances habilement ménagées, altérations\nfctes caPables de changer la nature des accords jusqu'à les rendre inquié-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3886, "texte": "tants, elle sait offrir 1 image troublée de la vie, elle en exprime Pangoisse.\nElle traduit le diame que la pensée 'méditative soupçonne au fond de tout\nce qui vit et que ses accents douloureux présentent à notre conscience\navec une particulière intensité. Elle nous jette ainsi en pleine crise émo-\ntionnelle, et 1 état d ame qu elle fait naître aussitôt reproduit à sa manière\nles perplexités de la pensée, les troubles de l'âme devant les contradictions\nqui se soulèvent de toutes parts autour d'elle et jusques en elle. Elle nous\napporte comme 1 eclio particulièrement émouvant de la plainte univer-\nselle.\nC est par là, sans 1 avoir réellement cherché, en se rapprochant plutôt des\nprocédés instinctifs de la nature, que cette musique rencontre l'effet drama-\ntique le plus intense. Rien de moins cherché, en effet, que ce drame qui\nsort ici des choses ou des sentiments eux-mêmes et qui éclaterait en\nl'absence de tout livret, par la seule opposition et le jeu naturel des forces\nen antagonisme. Si la deuxième scène, par ses accords consonants et\nsa coloration joyeuse, traduit un état pacifique de sérénité et de détente,\nles autres scènes, unissant des sonorités et des sentiments antagonistes,\ncréent pour chacun d'eux un état de tension pénible, et multiplient les mal-\nentendus. En dehors des paroles qui accusent les oppositions, ce jeu et ce\nconflit de notes suffiraient à la tâche, tant il est vrai qu'elles n'empruntent\npas au dehors l'élément pathétique qui est en elles. C'est bien tout un\ndrame musical qui s'ébauche, fait de résistances, de froissements, de re-\ngrets. On y voit des forces aimantes que la mort sépare et qui désespèrent,\ndes forces hostiles qui souffrent d'être unies, des forces tendres, doulou-\nreusement comprimées, qui se lamentent et qui pleurent, des promesses de\njoie que la douleur brise, l'espoir et la mort, et tout cela c'est encore la\nvie saisie dans son mélange inquiétant.\nLà réside précisément le charme ou la séduction de cette œuvre, je veux\ndire le pathétique qui est en elle. Nous en avons indiqué les sources. Il\nne vient pas 'd'une action convenue ; il n'est point dû à des rencontres\nextérieures de circonstances. Le formalisme musical ne saurait davantage\nl'alimenter : une musique capable de se jouer dans des combinaisons har-\nmoniques, dans la formation plus ou moins habile d'ensembles rythmiques\nsans sincérité et sans vie, la recherche de nuances fugitives et mièvres, ne\nnous conduiraient pas à cet effet simple et émouvant. C'est qu'il y a loin\nentre la musique de M. Mercier, tout imprégnée d'âme, et la mélodie arti-\nficielle, « ce fantôme de son, étonnamment vide, au service exclusif de la\nmode » (i). Le pathétique est tellement dans la nature et dans l'essence\nmême de son talent, que les thèmes dont il use pour exciter en nous\nl'émotion n'ont pas à passer par le détour des paroles et des préparations\nhistoriques pour nous frapper et nous émouvoir. Ils ne demandent qu'à\néclater ; ils s'épanouissent d'eux-mêmes en sentiments. Que, dans les notes\ndu début, la polyphonie de l'orchestre fasse pénétrer en nous la vague\ndouleur flottante dans la nature; que les notes haletantes du quatuor en-\ntrecoupé adressent un appel infiniment douloureux à nos forces compa-\ntissantes; que le lamento de Severina vienne nous envelopper de îêveries\ntendres et tristes ; que la vilanelle de Lucia libéré en un essor joyeux nos\nrêves d'amour ; que le choeur des muletiers nous apporte un écho de l'in-\ndifférence de la nature à nos peines et de la joie insouciante des cnoses,\ntandis que la prière des morts ramène obstinément notre pensée vers la fin\ninévitable qui fait l'amertume et le tragique de nos destinées: c'est toujours\nla même note touchante, simplement, franchement humaine. Sans fracas,\nsans pédantisme, comme en se jouant, par le seul effet du chant envolé de\n\n(1) Wagner, Beethoven."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3812, "texte": "son cœur en une minute d'émotion sincère, il nous conduit au plus haut\npoint de la tristesse, du désespoir ou de la joie. Car ses accords ne sont\nque des passions en mouvement, des émotions qui sont devenues de la\nmusique, comme chez d'autres elles deviennent de la poésie : c'est le pur\nsentiment qui chante dans ses mélodies.\nNous venons de caractériser cette musique spontanée qui flotte partout,\ndans Y Anniversaire, et qui nous pénètre insensiblement, sans procédé vi-\nsible, sans effort apparent. Elle ressemble à la poésie jaillissante de l'inspi-\nration romantique ; elle a quelque chose du charme innocent de la nature\nqui se joue autour d'un paysage et par lequel celle-ci donne tant d'éclat\nà ses productions. Il y a là, comme dans les manifestations heureuses\nde la vie, de l'abandon et du charme, un appel discret à nos puissances\nde sympathie, la grâce enfin. Mais dans cette grâce elle-même, nous avons\ndémêlé l'appoint du cœur, seul capable de la produire et de la fixer. N'est-\nce pas d'ailleurs le fait d'une sensibilité neuve et souple? Le don d'exciter\nla grâce et « de faire naître les amours » (i) n'est-il pas dévolu aux âmes\nvraiment jeunes ou qui savent le redevenir ? Or, c'est bien là la caracté-\n. ristique de ce talent spontané qui se livre à nous d'un mouvement si\nnaturel. Ses essais précédents en faisaient foi : il y avait de la tendresse\ndans la musique de scène du Roi Candaule, une émotion pressante et\ncontenue dans les parties chantées du\nsaire, avec ses sombres accords, longue plainte entrecoupée d'un chant\nd'amour et d'espoir, est venue réaliser ses promesses. M. Mercier est\nainsi, désormais, en possession de ses moyens. Il a trouvé la loi de son\ninspiration, c'est-à-dire de sa sensibilité. Le pathétique est sa voie, le sen-\ntiment son domaine. Loti— dont j'aimerais entre parenthèse àla voir s'ins-\npirer et qui serait bien fait, au même titre que d'Annunzio, pour tenter une\nmusique si franchement émotionnelle,— Loti disait dans une circonstance\nsolennelle (2) : « Je ne sais que les choses de l'amour ». Belles paroles que\nM. Mercier pourrait méditer ; elles résument son œuvre commençante ;\nelles donnent un sens à ses aspirations quand il se cherchait, à ses œuvres\nplus définitives quand il s'est trouvé. Elles expriment que la musique à\nlaquelle il tend vit par le sentiment, respire par le cœur, et vaut par la\ngrâce dont le cœur est l'éternelle source : musique, non pas d'idées, mais\nd émotions, non asservie à un livret ni rampant à terre, mais prenant li-\nbrement son vol ; musique vraiment intérieure, puisqu'elle rythme les\nmouvements de l'âme.\nAussi comme si cet élément de jeunesse et de cordialité portait en\nlui un pouvoir d irrésistible séduction, lepublic un des publics les plus\nroids et les plus réservés qui soient a été immédiatement gagné. Lacriti-\nque s est faite encourageante et sympathique. Heureuse de prêter son apport\naune œuvte spontanée, gagnée par cette force d'attrait qui est en elle,\ni exécution a été particulièrement réussie. M. Fournets, de l'Opéra, a mis\nau service d un rôle fort bien composé une voix généreuse et un talent de\ncorne îen epiouvé. Le jeu dramatique et la voix grave de Mlle Renfiaur\nconvenaient à merveille au personnage de Severina, comme la grâce et la\nnesse e i e ouzet au joli rôle de Lucia. M. Lorrain a été un Sandro\ngracieusement sentimental, et amoureux sans ridicule. Le Grand-Théâtre\ne ior eaux et son hardi directeur, M. Frédéric Boyer, s'honorent par\ne e s; c îoix et ce telles interprétations. Paris voudra-t-il rester en arrière?\nLavalleria rusticana constituerait-elle, en matière de délits, l'acte néces-\nsaire et irrémissible ? Ou bien la hardiesse de nos directeurs parisiens\n\n(*) Plotin, Ennéades, p. 7t.\n(2) Discours de réception à l'Académie française."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 250, "texte": "n'irait-elle pas au delà de quelques pâles levers de rideau, tels que le\nChalet ou le Maître de Chapelle ? A Dieu ne plaise que nous osions le\nprétendre ! Mais, alors, ils sauront désormais où s'adresser.\n\nAlbert Bazaillas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c024", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.8", "titre_corps": "COURRIER DE REIMS.", "titre_sommaire": "COURRIER DE REIMS.", "signature_source": "A. B", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.46", "debut_caractere": 252, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "COURRIER DE REIMS.\nA. B.\nIl y avait foule, le dimanche 11 février, salle Degermann, à l'audition\ndes concerts éclectiques. Ces succès sont dus certainement à l'incessant\ntravail de M. Vaysman, qui se dépense comme virtuose et comme orga-\nnisateur. Mlle Lucy Botz et M. Vaysman ont interprété supérieurement\nla Sonate pour violon et piano de Silvio Lazzari, œuvre ardue et remplie de\ndifficultés. MUe Lucy Botz se fit ensuite chaleureusement applaudir dans un\nNocturne de Chopin et la Truite,de Schubert. Un chœur de jeunes filles\nexécuta trois pièces de César Franck, et ce fut une diversion heureuse, très\nappréciée par le nombreux public qui remplissait la salle. Terminons en\ncomplimentant sincèrement M. Vaysman, qui se propose de monter encore\nde grandes oeuvres auxquelles le concours de cette excellente chorale de\ndames sera très précieux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.9", "titre_corps": "COURRIER DE TOURS.", "titre_sommaire": "COURRIER DE TOURS.", "signature_source": "C. Perny", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.46", "debut_caractere": 1101, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "COURRIER DE TOURS.\n\nL'Association artistique des artistes a donné son 3e concert\navec le concours de M. Lucien Capet et de M. Paul Daraux. M. Capet a\ntriomphé dans le Concerto en ré de Beethoven, qu'il a joué dans un style\nimpeccable. M. Daraux, un peu fatigué, a néanmoins été très applaudi dans\nla Procession de Franck, où par moments l'orchestre n'a pas eu la discrétion\ndésirable. Le 3, M. Engel et Mme Bathori, avec le concours de M. Pitsch,\njeune violoncelliste de grand talent, ont donné un concert consacre aux\nœuvres des maîtres italiens du xvma siècle pour la ire partie et aux œuvres\nde H. de Fontenailles pour la 2e partie. On a aimé tout particulièrement\nla Sonate de Boccherini que M. Pitsch, parfaitement accompagné par\nMme Bathori, a jouée à ravir, Pianjeteet de Carissimi, ou\nMme Bathori d'abord seule et ensuite avec M. Engel a charme 1 auditoire.\nGrand succès pour les mélodies de M. H. de Fontenailles accompagnées\npar l'auteur. Citons, faute de pouvoir tout nommer : x out doucement, les\nAiles des cloches, un Baiser et les Saisodans lesquelles Mme Bathori fut\ntour à tour mélancolique et passionnée ; Sais-tu, Rose si jolie, So\"ff™\"ce'\nque M Engel interpréta avec son art consommé ; ou M. Pitsch\nmit de jolies sonorités, et enfin deux valses tziganes jouees avec |a fougue\nqui leur sied par Mme Bathori et M. de fontenailles sur 1 excellent\nSAu concert du .3 février, M. Geloso a joué la Sonate en ut dièse mineur\nde Beethoven, la 3\" Ballade de Chopin, la Berceuse de Gr.eg, le Chœur des\nFileuses de Wagner-Liszt, et comme rappel la Valse en la bémol de Cop"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.47", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 641, "texte": "M. Geloso est un remarquable virtuose et sa le'gèreté de doigts est incom-\nparable. M'ie Doecken, fatiguée, a cependant fait apprécier l'air\nles Vieilles de nous de Levadé, les de Chabrier et des com-\npositions de M. Geloso. Mlle Claire Blot, élève de Mme Tassu-Spencer, a\nfort bien exécuté sur sa harpe Pleyel différents morceaux, dont le plus\nremarqué fut Y Impromptu de Garbone. Et Mlle Denise Blot, une jeune pia-\nniste d'avenir, a tenu le piano d'accompagnement de façon à mériter tous\nles suffrages. Nous aurons d'ici quelque temps un concert avec le concours\nde M. Alejandro Ribo, pianiste.\n\nC. Perny."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.10", "titre_corps": "VIRTUOSES.", "titre_sommaire": "VIRTUOSES.", "signature_source": "Paul Dubot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.47", "debut_caractere": 643, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "VIRTUOSES.\n\nMlle Renée Lénars, dont les auditeurs des concours du Conservatoire ont\ndéjà applaudi la virtuosité et la grâce à la salle Favart, où elle remporta en\njuillet son premier prix de harpe Lyon, vient encore d'obtenir un éclatant\nsuccès le 3o janvier chez Pleyel.\nEmile Nerini, un tout jeune homme, a été très goûté comme compositeur.\nOn a particulièrement applaudi : Rose, ne croyef pas et la 3e valse pour\nharpe. On a même mieux fait que de les applaudir, on a obligé M. Daraux\net la jeune harpiste à recommencer.\nCes 2 soirees du 6 et du 16 nous ont permis d'apprécier une fois de plus\nle beau ta.ent de Mlle M. Doerken, la chanteuse avec laquelle le maître\nR Pugno fit sa dernière tournée à travers la France avant son départ pour\n1 Amérique. M c Doerken n'a pas choisi la carrière artistique comme le\nmetier et le gagne-pain le plus brillant qui a tant d'attraits pour les enfants\nde nos concierges. Fille d'un de nos premiers ingénieurs, elle eût pu trou-\nver dans les plaisirs de la haute société mondaine où son rang l'appelait\nassez d occupations et de passe-temps futiles. Mais le désir de ne pas res-\n.'n,Tl tîUner?Vet de l'autre l'attrait qu'avait pour elle l'art de la mu-\nbilirJ Tir lobscunte où l'aurait laissée, selon toute proba-\nn Hktin gacte' P°Ur 6n aire Une de nos cantatrices concertistes les\nmaintien modeste et naturel, sa grâce, la grande pu-\nlu cœur h,Vonlt t son interprétation absolument juste, nous ont laissé\nvocation etmif» V t\" & so.ue^u^^e ne s'était pas trompée sur sa véritable\niuste titre son* P°^Yait ètre er de la recrue qu'il avait enrôlée, àsi\njuste titre, sous sa. bannière de gloire.\nGuimaraèsta\\ennp*nîn° •T 1 t dorJ 22 janvier, aux Agriculteurs, Fanny\ndu conservatoire 6 r6SI lenne' élève diplômée du maître Sauer et\neuropéens n'étaient npcT\"116' f montre une fois de plus que les artistes\nM'?- Gui \"S fS ?GUIS à P°uvoir bien les maîtres.\nd'œuvres de' Bettho°ër>Gluck s'tasf interprétation\nOn a ' ' °1 Saens, Schumann, Chopin, Liszt.\nMarmontel, où Mlle Gui Splendide Tarentelle, de\ntuosité c déployer toute sa douceur et sa vir-\nEminoer ne 'ïi'V, 1 l\"-'e violoniste, Mlles Nelly et Alice\nT nîûs „0,, s l charmes agréablement pendant toute une soirée.\nl'excellent diseur qu'est M. Brémom/^611^6' c'est'à\"dire d'applaudir,\nlati.ons musicales de M. T. Thomé, déjà\ndanS CS genre 51 dlfficile qui tient à la fois du théâtre et de"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "la musique, ont ete un nouveau succès pour l'auteur qui les accompagnait\nen personne et pour leur excellent interprète.\nL abondance des matières pour notre dernier no ne m'avait pas permis\nde m etendre sur les grands concerts de la période de février : je me\npermettrai donc un petit retour en arrière pour ramener les lecteurs du\nMercure jusqu au récital de piano qu'a donné le; ler février, chez Plevel\nGermaine Arnaud, le brillant premier prix de notre Conservatoire, son\nconcert a ete un vrai triomphe. Devant une belle salle qui l'a rappelée\nplusieurs fois, elle a développé sans efforts apparents toutes ses mer-\nveilleuses qualités de mécanisme et d'originalité.\nLe 14 février, Mlle Maria Lucrecia Uriarte donnait son concert à l'Aeolian\n.Cette )eune pianiste argentine, déjà titulaire de nombreuses distinc-\ntions, fut l'éleve à Buenos-Ayres du célèbre Williams, et continua\nses etudes a Pans. Son incomparable mécanisme, la juste interprétation\ndes œuvres qu elle exécuta (Beethoven, Schumann, Liszt, etc...), en un\nmot, la haute virtuosité dont elle fait preuve, lui valut, de la part d'une\nsalle comble, d'enthousiastes ovations.\nSamedi soir avait lieu à la salle Erard le concert de Mlle Thérèse Roger.\nLe programme, très artistique et cependant très éclectique, a été exécuté\na la satisfaction générale : M\"° Fh. Roger possède un jeu exquis, une\nsonorité delicieuse. Son brillant mécanisme et l'exacte interprétation des\nœuvres qu'elle exécuta (Bach, Schumann, Chopin, Bernard, Fauré,\nMarmontel, Liszt, etc...) ont été fort goûtés.\nM'ie Reboul, violoncelliste, a fait merveille dans les de Lalo\net la Tarentelle de Popper.\nM. Tourret est un excellent violoniste. Quant à Mme Bureau-Berthelot,\nque nous avions entendue dernièrement à une des matinées Luigini, elle\nest toujours en progrès pour le style et la délicatesse de sa voix.\n\nPaul Dubot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.11", "titre_corps": "SIMPLES AVIS.", "titre_sommaire": "SIMPLES AVIS.", "signature_source": "Jean Rage", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.48", "debut_caractere": 1886, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "SIMPLES AVIS.\n\nUn pianiste accompagne s'il s'agit de plaquer les accords et de faire les\nritournelles d'une chansonnette, d'un morceau de genre ou même d'un\nconcerto ; il prend le rôle de soliste dès qu'ilparticipe, avec un ou plusieurs\ninstrumentistes, à l'exécution de sonates, trios, quatuors, etc. Dans ce der-\nnier cas, il est faux et injuste de lui susurrer : « Vous accompagnef divine-\nment bien. » Qu'on se le dise une fois pour toutes !\n*\n* *\nNous ne saurions trop recommander aux chanteurs et instrumentistes\nqui liront ces lignes de vouloir bien, si faire se peut, cesser de présentera\nleurs accompagnateurs de la musique véreuse, loqueteuse, chiffonnée, dé-\ngoûtante, qui a traîné partout, ne tient plus debout sur le pupitre et dont les\npages se replient quand on les tourne. Nous ne nous adressons pas aux\nchanteurs comiques qui ont, eux, le soin de cartonner leur musique, de la\nconserver propre, vierge de crevaisons et de microbes. Nous conseillons\naux pianistes de refuser désormais des parties en mauvais état ; à 1 avenir\nils n'auront plus à s'en plaindre.\n»\n* *"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.49", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "Lorsqu'on aime un compositeur, la première des choses à faire est de\nle récompenser du plaisir qu'il vous procure en achetant sa musique, et\nnon pas en cherchant quelqu'un qui vous la prête.\n\nJean Rage."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c032", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.12", "titre_corps": "CORRESPONDANCE.", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.49", "debut_caractere": 237, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "CORRESPONDANCE.\nJ'ai reçu la lettre suivante, que je me fais un plaisir d'insérer ;\nMon cher confrère,\nDans le Mercure musical du 15 décembre dernier, un article bibliographique,\nportant votre signature, parle de mon d /'Essai de critique de la\ncritique musicale. Il me reproche notammen\nrence la famille de certains confrères. Il\nréalité ; mais l'erreur m'est imputable, ainsi qu'un ami me l'a signalé.\nVoici évidemment le passage qui vous\nbelle-mère apporte un manque de bonhomie et des allures peu aimables. On s'en\nsouvient quelquefois lorsqu'on lit certains articles de M. Lalo. »\nLa dernière phrase comporte ce don\nsens différents, et j aurais dû être plus\nallusion ùl état d esprit du critique en qu\ntant que celle-ci existe, ce que j'ignore.\nVoilà le seul point que je tenais à relever\ngracieusetés que vous m'avez octroyées,\nprotester contre elles, même légèrement, venant d'user très largement du droit\nqu a t écrivain de s exprimer sans détours.\nSi, un beau jour, j'étais chagriné de cet\nderais, pour me consoler, si vous avez\nbrûhiTe Sa\"S d°Ute Serait\nCrogez, mon cher confrère, à mes sentiments distingués.\nFRÉD. HELLOUIN.\nr jnnSÎ a°te très. volontiers delà rectification de M. Hellouin; mais il\nde stvlp m.leux valait ne pas employer certains procédés\ncersur nn illn^t6 & e<?mvoclue- valait mieux aussi ne pas pronon-\nvieux «ni ron • nompoSlte'Ur'- même par réticence> mot d'« enfant de\nZe 'n! nrS 7 un écrivain fort connu d'aller soigner à la cam-\nDar une ininrl hS U6 Pro mat^clue> en terminant cette ordonnance\na réDondu MantM /?arln ™ a ac|e- \" (< Pauvre Tabarin de Tarascon !\ndans son n le Critisue ainsi baf°ué ; n'était-il pas\nprocédés incta t_ian a m°i> je me devais de protester contre de pareils\ntage Je ne vois n\" Parc^.clue 'e sortais indemne de ce quasi général aba-\nms dit«toir m» S en, Ce qUI fait SUPP°Ser à M.Hellouin que je n'ai\nle plus iniDartial no e^K?C C|anS un comPte rendu où j'ai tâché de rester\np impartial possible et de reconnaître tous ses mérites.\nL. 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Le Cœur du Moulin, drame lyrique en deux actes,\nde MM. Maurice Magre et Déodat de Séverac, vient d'être reçu par\nM. Albert Carré et sera monté très prochainement. Nous n'avons pas\nbesoin de dire combien ce choix nous semble heureux. Détail à noter i\ncet ouvrage, présenté au dernier concours de la Ville de Paris, avait été\nécarté aux premières « éliminatoires ». M. V. d'lndy, membre du jury,\nse trouvait alors en Russie.\nMondanités. Très belle soirée musicale, le 17 février, en l'hôtel de\nMme Durey-Sohy. La perle en fut cette noble et pure mélodie de Saint-\nSaëns, la Cloche, chantée avec infiniment de délicatesse et de goût par la\nmaîtresse de maison. On a beaucoup applaudi aussi le Concertstuck, de\nWeber (Mlle Morin),et la Fantaisie dialoguée, de Boellmann, pour orgue et\norchestre G. Durey-Sohy). La partie d'orchestre, qui comprenait,\noutre les morceaux précédents, le Prélude et un Entr'acte de Carmen, et\nl'andante d'une Symphonie de Haydn, était exécutée par VUnion instru-\nmentale, société d'amateurs qui présente cette particularité d'être dirigée\naussi par un amateur. C'est là une tentative intéressante, et dont les\nrésultats sont déjà fort satisfaisants. Un peu plus de finesse dans les nuances\nest encore désirable ; mais la précision et la netteté sont acquises, et\nc'est l'essentiel.\nLe Courrier de la Presse a établi le relevé des votes et travaux par-\nlementaires de tous les députés et sénateurs.\nCe travail, le plus complet qui existe, est indispensable aussi bien aux\nélecteurs qu'aux candidats et comités électoraux; il évite la tâche ingrate de\ncompulser de nombreux volumes du Journal officiel, avec ses annexes,\npour y relever les suffrages exprimés lors des scrutins importants qui ont\neu lieu dans l'une ou l'autre Chambre, tâche bien faite pour rebuter plus\nd'un chercheur.\nLa vie des Saints. « Alexis de Castillon,né à Chartres en 1838, est mort\nà Paris en 1873.\n« Obligé par sa famille d'embrasser la carrière militaire, malgré son goût\ntrès prononcé pour la musique, il devint officier de cavalerie de la Garde\nimpériale et obtint d'être en garnison à Paris pour pouvoir continuer à\ntravailler l'art vers lequel il se sentait déplus en plus attiré.\n« Peu de temps avant la guerre de 1870, à laquelle il prit part, il fit la\nconnaissance de César Franck et, séduit aussitôt par l'enseignement si\nhautement artistique de ce maître, il brûla tout ce qu'il avait écrit anté-\nrieurement, et attribua à son Quintette, la première œuvre composée\nd'après les conseils de Franck, 1 étiquette Op. 1, bien qu il eut beaucoup\nproduit auparavant.\n« Depuis, son talent ne fit que croître ; il se mêla très activement au\nmouvement d'art créé par la Société nationale de Musique ; mais, épuise\npar les fatigues endurées au cours delà dure campagne d hiver de 1870-71,\nil succomba en pleine maturité d'âge et de talent. »\n(Programme des Concerts Chevillardl 18 février 1905.;\nUn nouveau roman de Willy. Qui\ngaieté française s'en va ? Elle revient, au contraire, si jamais elle était partie\net elle revient avec le nouveau livre de Willy!... Une Plage d Amour ! tel\nest son titre, (LIBRAIRIE UNIVERSELLE, 33, rue de Provence, Pans,\n3 Désopilant, drôle à faire mourire de rire, débordant de talent bien fran-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.51", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "çais, de gaieté, prodigieux de hardiesse de pensée et d'audaces, de style\nclair, rapide et des plus intrigants, tel est le livre. d'Amour\nprovoquera bien des colères grognonnes. Ah! c'est que Willy ne se gêne\npas de raconter tont ce qu'il a vu sur une de ces plages de bains de mer\nd'hiver et d'été, où le monde va se tremper dans l'eau et se retremper dans\nla liberté extra familiale et extra conjugale. Lisez Une Plage d'Amour et\nvous serez gai pour plus d'un an, c'est-à-dire jusqu'au prochain livre du\nprestigieux Willy.\nLe roman: Une Plage d'Amour se présente habillé, ou plutôt désha-\nbillé, d'une capiteuse couverture du délicat artiste qu'est Préjelan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-01_01#c036", "volume": "bmtnabh_1906-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.2.7.14", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.51", "debut_caractere": 790, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES.\nErnest Bloch : Historiettes au crépuscule (Poèmes de C. Mauclair). Paris\nDemets. ' 1\nCésar Franck : Danse lente. Paris, Édition mutuelle.\nVincent d'lndy : Jour d'été à la montagne. Réduction pour piano à\n4 mains, par Marcel Labey. Paris, Durand et fils.\nCamille Saint-Saëns : L'Ancêtre, drame lyrique en 3 actes (A. de Lassus)\nParis, Durand et fils.\nEmile Vuillermoz : Chansons canadiennes Paris, Mathot.\nLes Dionysies(Louis Payen). 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Éditeur de Musique\nw\n2, rue PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac (R.). d Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n• « Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil Net. 3 »\n« Cinq mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net. 5 »\nDèodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magrej. Net.\nLe Chevrier (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). »\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck). «\nDuparc(H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier). »\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). »\n—Le Jour des Morts (G. Vanor). »\nRavel (M.). D'Anne jouant deTEspi-\nnette. »\nD'Anne qui me jecta de la neige. »\n(Epigrammes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\nI 5o\n1 70\n2 »\nI 70\n1 70\n2 5o\n70\n70\n70\n2 »\n2 »\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 d\nBhené-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net.\n11. Prélude oriental, en fa Jfmaj. »\n111. Prélude, en ut min. »\nIV. Prélude, en la majB »\nV. Prélude ancien, en si min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nRavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.). *Marîne.\nLabey (M.). Symphonie en mi%\npiano 4 mains. * »\nDuparc(H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ. S, Bach).\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.). i*' Livre de b So-\nnates. 0\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMnnktell (H.). Sonate. H »\nSêrieyx (A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »»\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »>\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nMel-Bonis.\nFLUTE ET PIANO\nSonate.\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.\nMel-Bonis* Quatuor, pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\n8\nAgence de la Soeiété Nationale de JWusîque\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.1", "texte": "2* Année. N° -5 ler1er Mars 1906.\nM H |-Hi \"Uar*\nI v I I YF *_ I J IJ JV 1\n, JHK w* wÉSBaBfe». Tffiifmja.i «Ppa; ,*.- £VÏ&£7«-\nMKÊBUS&&*& f I,ui\"\"\"\"™ \" »»*\" '*wM *\"J\n1\n,\n—v 'm jr\n«te JaM _=___. _ a\né 1 gmSk Ji HM -*& s HW ÉPrr\"'Mii w <w\n/■ Vûîrm M $tP ¥ -.i R-ff (M ?i, 9d» - , r Es» S2S\n■ S M RB ||af |BL 1§ gif ÂW K\nm \"A flf IBk JT k n H H ÉB M ISK\nB K Vh fli Ê H\nVv If B W B ■ ■ » ■ m IJ|\nVk Jf W m m ,JB M A Tlni Ë m v\n«m M» w-4 « *•■ ' *' <M\nPRIX DU NUMÉRO :\nFRANCE... 0 fr. 60 | 0 fr. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\nCh. Jarlot\nlb, Boulevard\nPARIS VIE\nADMINISTRATION :\nE. Demets\n2, liue de Louvois\nPARIS IIe\n\nSommaire\nCH. LEANDRE A/awr/ceZ)wmeym7(Croquisd'albuminédit).\nLOUIS LALOY Paroles\nARMANDE DE POLIGNAC. Pensées d'ailleurs.\nEMILE VUILLERMOZ. Le Dictionnaire.\nWILLY Musique de chambre.\nREVUE DE LA QUINZAINE\nLouis Laloy,Ch. Chambellan,C. de Malaret, Raymond Bouyer,Jean Poueigh,\nJoseph Trlllat : Les Concerts. Raymond Bouyer :\nC. C. : Les Revues. Ch.-M. Lœffler : P. M. :\nLa Musique à Dijon. Albert Bazaillas : La Musique à Bordeaux. A. B. :\nCourrier de Reims.— L. Perny : Courr Paul Dubot :\nJean Rage : Simples avis. Correspondance. Échos. Publications\nrécentes."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical parait le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 tr.\nÉTRANGER 15 fr.\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste.\nRÉDACTION : 2,rue deLouvois, PARIS IIE\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEMETS. 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Et d'ail-\nleurs les œuvres que vous allez entendre n'ont besoin, pour être\nsenties, de nulle exégèse préventive ; il n'est point nécessaire\nd'en isoler et d'en étiqueter avec minutie les motifs caractéris-\ntiques, puis de faire jouer par avance le mécanisme de leurs\ncombinaisons, renversements et travestissements variés. Leur\nbeauté est toute en elles-mêmes, et non dans le calcul, la prémé-\nditation et la théorie ; on peut les goûter sans rien savoir des\nintentions de leur auteur, ni de ses opinions philosophiques,\nesthétiques et sociales, et je crois même sans rien connaître de\nla musique : il suffit pour celad'un cœur pur et d'une oreille sin-\ncère. Je n'ai donc pas la prétention de me faire votre guide, de\ndicter vos jugements et de solliciter vos impressions ; je veux\nseulement essayer de saisir, et de dégager en quelques mots\nl'esprit général d'une œuvre dont un heureux choix d'exemples\net un heureux concours de talents va vous permettre d'apprécier\nles vertus essentielles.\nCet esprit peut se définir d'un mot, que j'ai un plaisir singu-\nlier à prononcer aux jours où nous vivons : c'est un esprit de\nliberté. Mais ce mot lui-même demande quelques éclaircisse-\nments, car il prête à bien des méprises. Nous sommes accoutu-\nmés de confondre liberté et révolution. Nous croyons volontiers\nque seule la lutte contre une obligation acceptée jusque là\n\n(i) Prononcées le 6 février,avant le concert donné par Mme Camille Four-\nrier avec le concours de MU« Lucienne Bréval et de MM. A. Delacroix, Jean\nPerier, A. Petit et R. Vines.\n\nLE MERCURE MUSICAL.\nl 3"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.4", "texte": "194\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\ntémoigne de notre indépendance, et que l'homme libre ne peut\nêtre qu'un destructeur. La liberté dont j entends pal ei ici n a\nque faire de défier des maîtres qu'elle ne connaît pas, ou de rui-\nner une autorité dont elle n'est pas craintive, ny ayant jamais\nété asservie. La musique de Claude Debussy ne vous montrera\nrien des sombres ardeurs, des protestations, piovocations et\nrevendications d'un Berlioz ou dun Hugo, deux révolution-\nnaires qui n'ont passé leur vie à maudiie la tradition classique\nque pour n'avoir jamais pu se soustraire a sa tyiannie. Tout est\nspontané ici ', rien n'est imposé, rien n est inteidit, nulle profes-\nsion de foi, nul principe absolu, nulle doctrine. Et de là cette\npremière conséquence, que la laideur est bannie.\nIl arrive fréquemment en effet, dans la laborieuse musique de\nnos jours, que l'auteur a l'air de dire : « Je vous demande bien\npardon; ce que je fais là n'est pas très beau. Croyez bien que je\nm'en rends compte tout comme vous. Mais il faut absolument\nque j'amène ici mon second thème par-dessus le premier \\ et\ns'ils jurent et sacrent d'être ensemble, je n'y puis rien changer.\nEt ici je sais bien que la présence de cette note fait crier furieu-\nsement un accord qui sans elle serait assez harmonieux. Malgré\ntout mon désir de vous être agréable, je ne la retirerai pas ce-\npendant. Car ma trente-neuvième mesure serait alors en tout\nsemblable à la soixante-dix-septième ; chose que mon esthétique\nm'interdit formellement. » Vous ne trouverez rien de tel chez\nDebussy. Lorsque deux thèmes ne sont pas faits pour s'enten-\ndre, il les laisse courir chacun de son côté ; et si un accord doit\nse répéter, il ne le défigure pas pour éviter le reproche de mo-\nnotonie. Aucune règle ne peut justifier à ses yeux une difformité ;\nil n'est pas une note, pas une mélodie, pas une sonorité dont il\nn'exige, avant de l'admettre en son œuvre, la plus parfaite eupho-\nnie. C'est pourquoi sa musique ne fait jamais mal ; elle peut\naffliger les cœurs, non les oreilles, et garde jusque dans le deuil\nle plus profond un air non pas certes de joie, mais je dirais vo-\nlontiers de bonheur, en entendant par ce mot non l'heureux\nconcours des événements, mais, comme les Anciens, l'heureuse\ndisposition d'une âme bien née, dont la souffrance encore est\nharmonieuse et douce, plus touchante par cela même qu'elle\nne nous fatigue pas de ses cris.\nC'est en effet, et avant tout, une musique bien née que la\nmusique de Debussy. Elle a reçu en partage une grâce ingénue,\net son regard est celui des yeux de Mélisande, ces yeux plus\npurs que les yeux d'un agneau, où l'on dirait que les anges du\nciel célèbrent sans cesse un baptême. Et il n'en pouvait être\nautrement, la liberté, telle que je l'ai définie, étant le privi-\nlège exclusif des âmes très élevées. De même en effet qu'une"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.5", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n195\n\nmorale rigoureuse, armée de commandements précis, est néces-\nsaire au commun des hommes, et devient inutile seulement à\nqui trouve en soi des motifs de bien agir en toute occasion, de\nmême les règles de l'art, au lieu de gêner le travail créateur, le\nsimplifient au contraire, une fois passé le premier apprentis-\nsage, et le mettent à la portée des esprits ordinaires en dimi-\nnuant la part de l'invention personnelle. Dire qu'un sonnet\nsans défaut vaut seul un long poème, c'est répéter une solen-\nnelle absurdité. Trois strophes d'une forme personnelle sont\ncapables de beautés bien plus hautes que celles d'un sonnet,\nparce qu'elles donnent vie à un rythme nouveau. Et pareille-\nment, en musique, la fugue d'école, malgré sa réputation terri-\nfiante, est un exercice très facile ; il existe, et en nombre, d'ho-\nnorables professeurs, directeurs ou anciens directeurs de con-\nservatoires qui se sont illustrés aux concours par des fugues\nparfaites, et n'ont jamais pu écrire une seule ligne de musique\nréelle; c'est que pour satisfaire aux règles de ce genre il n'est\npas besoin d'être musicien; il suffit de posséder un certain\nmétier qui travaille de soi-même, et, si on lui confie un motif,\nrend une fugue avec son contre-sujet, ses expositions, divertis-\nsements et strettes aux places légitimes. Les formes moins sco-\nlastiques, telles que la sonate, présentent déjà plus de difficultés\nen raison même de la tolérance de leurs lois; encore le plan\ngénéral est-il déterminé d'avance, et il est possible, avec un peu\nde goût et beaucoup de travail, de terminer une sonate ou\nmême une symphonie sortable; je veux dire ni meilleure ni\npire que celles qui naissent et meurent presque chaque jour\nautour de nous. Mais ce qui sera toujours impossible, sauf\naux authentiques enfants d'Harmonie, ce sera d'écrire valable-\nment une musique libre, comme celle de Claude Debussy; une\nmusique qui se joue à sa guise, tantôt dans la sage probité de\nla gamme diatonique, tantôt dans les délicates atténuations du\nchromatique, ou dans la lumière égale de ces gammes à grands\nintervalles dont les asiatiques vous offrent un mira-\nculeux exemple; une musique qui tresse avec des quintes, des\nseptièmes, des neuvièmes, et autres intervalles plus insolites,\nmais également naturels, une harmonie toute fraîche, et qui\nenfin, rebelle aux segmentations du développement classique,\nfait sortir les motifs les uns des autres par une sorte de ger-\nmination, comme les magiciens de l'lnde font naître d'une\ngraine, en quelques instants, une plante entière avec ses fleurs\net ses mille rameaux. Ce qu'il faudra ici, c'est autre chose que\nde la science, et plus que du goût; c'est un instinct si délicat,\nune si sûre et profonde intuition, qu'on peut sans crainte\nparler de génie : une telle musique devra être faite de génie, ou"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.6", "texte": "196\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nn'être pas. Son auteur puise à même la nature ; aucune règle\nne lui garantit l'unité ou l'efficacité de son œuvre; mais un\npouvoir divinateur lui révèle à tout instant 1 affinité secrète qui\nunit une note à une note, un accord à un accord, une mélodie\nà une mélodie. Ainsi entendue, la musique est l'art des rela-\ntions mystérieuses et des correspondances inexpliquées ; elle\nse voue à un perpétuel sortilège et assume un pouvoir magique\nque Debussy lui confère en effet. Nul homme ne s'est jamais\nrévélé plus apte à entendre les voix de la nature et à démêler\nses vastes harmonies, bruits confus pour le reste des mortels;\nnul n'a vécu en communion plus intime avec l'univers.\nEt c'est pour cela que les spectacles naturels sont si mer-\nveilleusement évoqués par lui, jusqu'en leurs plus fugaces appa-\nrences et leurs plus délicats reflets; c'est pour cela aussi qu'ils\nne lui donnent jamais de terreur. Vous allez en avoir un exemple\nfrappant dans ce troisième tableau de la qui sera exécuté à\nla fin du concert d'aujourd'hui. Le sujet de ce tableau est une\ntempête, mais remarquez ce titre :\nC'est que là où nous ne percevons qu'un fracas gigantesque et\nétourdissant, Debussy entend une conversation, un colloque de\nvoix surhumaines qui restent harmonieuses en leur tumulte, et\nrient et se lamentent tour à tour. Il ne faut donc pas, comme on a\nfait, lui reprocher de ne pas avoir peint une mer assez effrayante.\nAvoir peur, c'est ne pas comprendre ; l'initié ne peut connaître\nla peur; les éléments sont ses amis, et il s'aventure fraternelle-\nment parmi leur apparente colère.\nAvec la même tranquille assurance, la même tendresse à la\nfois pieuse et familière, vous le verrez descendre dans les ténè-\nbres, pour lui lumineuses, du monde intérieur. Ecartant le\nvain appareil de nos conventions, de nos raisonnements arbi-\ntraires et de nos devoirs factices, il va jusqu'aux solitudes où\nrègne l'instinct plus sûr que la raison, où vit notre âme véri-\ntable, cette âme dont le langage naturel, comme l'a vu Maîter-\nlinck, est le silence; et de ce silence il fait une musique. Telle\nest, vous le savez, la beauté unique, inespérée et inoubliable de\nPelléas, que le musicien a su y exprimer justement ce qui ne\npouvait se dire, et nous rendre partout sensible et présent le\nmystère des consciences. Vous retrouverez cette beauté dans\ntoutes les œuvres où il aura voulu traduire des sentiments\nhumains. Lune vous donnera la mélancolie intense qui saisit\n1 âme devant un coin de paysage très simple : l'ombre des\narbies dans la rivière embrumée. Une autre, Hommage à R&~\nm eau, diia la pieuse admiration du maître d'aujourd'hui pour\nson lointain précurseur, et ce << tombeau en musique » est digne\nd etre compaié, pour sa tristesse sereine, aux plus belles"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.7", "texte": "CLAUDE DEBUSSY\n197\n\noffrandes funèbres que l'art grec nous ait laissées. Ailleurs,\ndans les Chansons de France, vous reconnaîtrez la grâce un peu\nraide et le demi-sourire légèrement contraint d'âmes gauches\nencore, et pourtant très raffinées. Les Chansons de Bilitis,\ntoutespaïennes, vous peindront la volupté de l'attente, plusdouce\nencore que le plaisir, ou le rêve ardent et fou d'un mysticisme\ncharnel, fait pour émouvoir jusqu'en ses racines tout être digne\ndu nom de vivant. Ailleurs enfin, dans les Chevaux de Bois, ou\ndans l'lsle Joyeuse, ou dans cet extraordinaire Mouvement, vous\nserez ébloui d'une joie dont le secret semblait bien perdu pour\nnous : celle des Faunes dansants au soleil ou des Nymphes qui\ns'ébattent, insoucieuses du Satyre.\nJe crois avoir assez montré qu'une telle musique a le droit\nd'être libre, et de se montrer infidèle aux conventions les plus\nrespectées jusqu'à ce jour, en y comprenant celles de la gamme\ndiatonique, qui est comme le symbole religieux de la musique\nd'Europe, de l'harmonie traditionnelle, qui en figure la morale,\net du développement classique, qu'on en pourrait appeler la\npuérile et honnête civilité. Elle a ce droit, parce que sa fan-\ntaisie n'est du tout arbitraire, mais exprime de primordiales\nvérités, inaccessibles à l'entendement humain; par elle nous\nsont révélées et la vie des choses et notre propre vie. Elle\nnous ramène à un état d'innocence, de pureté et de limpidité\nabsolues, où la notion même du mal n'existe pas encore,\naucune règle n'ayant été imposée. « Avant la faute », telle\npourrait être sa devise, et tel est le sens des mystères musi-\ncaux qui vont être célébrés devant vous. J'espère qu'en raison\nde sa bonne volonté, vous n'en voudrez pas trop à l'indiscret\ncauseur qui vous a retenus aux portes de ce Paradis terrestre.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.8", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nCONVERSA\nLE SPECTATEUR.\nToujours les mêmes enthousiasmes?\nLE CRITIQUE.\nJe soutiens ma lutte loyale pour mes principes.\nLE SPECTATEUR.\nLoyale envers qui ?\nLE CRITIQUE.\nEnvers le beau.\nLE SPECTATEUR.\nQu'est-ce que le beau ?\nLE CRITIQUE.\nDans mon cas, le beau c est la musique que nous sommes\ncon\\enus d appeler bonne, autrement dit la musique d'un\nniveau supérieur.\nLE SPECTATEUR.\nLa musique n'existe pas.\nLE CRITIQUE.\nComment cela ? Êtes-vous sourd ?\nLE SPECTATEUR.\nPas tant que vous.\nLE CRITIQUE.\nJ admets que la musique ait bien des défaillances, mais\nenun, la preuve qu'elle . existe, c'est que nous l'avons ima-\nginée."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.9", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n199\n\nLE SPECTATEUR.\nC'est ici votre erreur ; vous ne l'avez pas imaginée. Vous\navez trouvé par hasard des instruments que vous avez\nperfectionnés et vous avez fait de la musique pour les instru-\nments.\nTous les jours il y a eu plus d'instruments divers, et tous\nles jours il y a eu de nouveaux amalgames de ces instruments,\net votre musique est une science d'expérimentation instrumen-\ntale. Sans le piano il n'y aurait pas eu de traits, de roulades\nrapides, sans les voix il n'y aurait pas eu de contrepoint. C'est\ncomme si je disais que Dieu existe parce qu'on a fait des bons-\nhommes en bois ou peint un œil dans un triangle. Si la\nmusique existait, vous n'auriez pas besoin de la faire, vous\nauriez à la trouver et vous devriez la chercher. Mais c'est par\nla voie expérimentale, en commençant par un chalumeau à\nquelques trous, ou par quelques prières psalmodiées que\nvous êtes arrivés à vos grandioses cacophonies, et ce que\nvous appelez musique n'a abouti qu'à des instruments.\nLE CRITIQUE.\nC'est par intuition de la musique que le pâtre a eu l'idf'\nde souffler dans un roseau.\nLE SPECTATEUR.\nCela se peut, comme il se peut aussi qu'ayant produit un\nson, soit par désœuvrement, soit pour imiter quelque cri de\nbête, il ait voulu renchérir.\nMais en admettant un cas d'intuition, il ne suit pas qu'il\nait plus reproduit la musique que l'œil dans le triangle ne\nreproduit Dieu.\nCeci est un symbole, me direz-vous ; la musique sans doute\naussi ?\nLa preuve qu'elle est très factice, c'est que vous avez dû en\ncréer toutes les lois, lesquelles lois n'étaient pas plus tôt\nappliquées qu'il a fallu les modifier, sinon les changer radi-\ncalement.\nDe même que le langage et l'ouïe sont les plus grandes\nbarrières entre les hommes parce qu'ils empêchent leurs âmes\nde communiquer intuitivement, de même la musique après\nlaquelle vous courez vous empêche de reconnaître ou d'en-\ntendre la vraie.\nLE CRITIQUE.\nMaintenant mettez-vous pour une fois sur mon plan et"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.10", "texte": "200\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nadmettez que nous ayons de la musique, me blâmez-vous d'y\ndéfendre mes idées ?\nLE SPECTATEUR.\nJe trouve que vous n'avez ni tort ni raison, car— il n'est pas\nbesoin de vous le dire cela ne sert à rien et vous êtes libre\nd'employer votre temps à votre guise.\nLE CRITIQUE.\nC'est que, bien au contraire, la lutte sert à quelque chose ; l'on\narrive à diriger sensiblement le goût du public.\nLE SPECTATEUR.\nQuel avantage y a-t-il à cela pour vous ou pour le public?\nCar vous devez admettre que la musique est une distraction,\net du moment qu'elle atteint ce but, elle n'a par elle-même pas\nd'importance. Que vous importe qu'un monsieur ayant faim\nmange un morceau de pain ou une pomme de terre ?\nLE CRITIQUE.\nL'avantage, c'est d'arriver à développer au plus haut point\nla musique, les facultés latentes chez les musiciens et à les\nfaire avancer, aidés par la bonne volonté du public qui n'en-\ntrave plus le progrès par la force d'inertie.\nLE SPECTATEUR.\nQuel avantage voyez-vous encore à cela ?\nCar, encore une fois, c'est vous qui entravez alors la mu-\nsique dite mauvaise, et vous transférez simplement le succès\nd'un musicien à un autre.\nLE CRITIQUE.\nL avantage suprême de trouver des sensations de plus en plus\nraffinées et intenses. 5\nLE SPECTATEUR.\nC est ici votre grande erreur et c'est ici que je vous attendais.\nLes sensations sont en nous et ne viennent pas du dehors.\nL exotique n'a qu'une valeur approximative.\nL homme qui aime une valse d'orgue de Barbarie est plus\ngrand que celui qui admire une symphonie de Beethoven.\nNous cherchons au loin les sensations et les moyens de les\nproduire, alors qu elles sont là tout près de nous et que nous\nne voulons pas les voir. Car tout est en nous et tout vient de\nnous. Redevenons comme les petits enfants. Non, les rythmes"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.11", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n201\n\net les battements de mains des sauvages ne sont pas des choses\nbarbares, mais peuvent être aussi bien le foyer d'une belle\némotion. C'est à nous de voir la beauté et la grandeur dans\nune chose simple, et ce n'est pas en empilant des mélodies les\nunes sur les autres que vous ferez une musique plus rappro-\nchée de votre âme. Nous nous éloignons de nous-mêmes en\ncourant après ce que nous croyons être la clef de la sensation\ntoujours suraccrue. La clef est dans notre cœur. Ouvrons nos\noreilles à la séduction d'un timbre, d'un rythme de trois notes,\nd'un air dans la gamme à cinq tons.\nDans la nature, la limite des choses est embrouillée et con-\nfuse ; il faut rester dans le milieu pour garder une forme. Les\ndemi-tons sont des intervalles trop petits, et déjà nos oreilles\nperverties demandent les quarts de ton. Que dirait-on d'un\narchitecte jetant à la ronde de son édifice des pierres de plus\nen plus espacées pour simuler le relâchement dans la vibration\ndes atomes à mesure que l'on s'écarte du centre ?\nRestons près du corps. La complication ne mène à rien dans\nla musique, parce qu'elle ne rayonne pas autour d'un centre,\nmais marche dans une direction. On peut toujours partir, mais\non n'arrive nulle part.\nVous êtes destinés à d'éternelles circonvolutions. Vous accu-\nmulez des dissonances, et vous n'êtes pas encore arrivés à\nfaire celles de vos ancêtres en musique. Celles-là choquent\nencore beaucoup d'entre vous. Et lorsque vous y serez, ce sera\nprobablement la tierce majeure qui retombera au rang de\ndissonance, ce qui ne serait pas si illogique, étant donné qu'un\ndes premiers harmoniques d'ut est bémol, et un des premiers\nharmoniques demi naturel, si naturel, si le mot « dissonance »\nn'était dépourvu de sens dans le système musical.\nDu temps de Mozart on se mouvait au milieu d'accords\nparfaits, puis une dissonance passagère venait émotionner\nd'une agréable surprise ', tout se calmait de nouveau, et l'on\nretrouvait avec délices le flot de consonances. Maintenant\nc'est la même chose à l'envers. On se meut dans un flot\ncharmeur de dissonances (toujours dans la vieille acception\ndu mot), et un accord parfait vient surprendre avec un petit\nchoc inattendu, puis on se laisse aller de nouveau dans la\nnébuleuse reposante.\nAu lieu de s'ingénier à produire du bruit, on devrait chercher\nle silence. On le trouve parfois au milieu d'un grand lac, et\nencore n'est-il que relatif. Mais lorsqu'on a goûté à ses délices\nd'infinité, que peut-on rêver d'autre ?\nOui, la vraie musique c'est peut-être le silence absolu.\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.12", "texte": "LE DICTIONNAIRE\n\n« Je vous ai convoqués, Messieurs, commença le président de\nla docte commission, pour vous soumettre un cas de conscience.\nDepuis que la Chambre syndicale des Beaux-Arts nous a con-\nfié le colossal labeur d'un grand Dictionnaire biographique et\ncritique des musiciens français des xixe, xxe et xxie siècles,\nnotre tâche s'est poursuivie sans incidents. Grâce à votre science\néclairée et à vos patientes recherches, chaque article de cette\nénorme encyclopédie musicale fut rédigé sans discussion, et\nnous venons d'épuiser la lettre A avec une rapidité inespérée.\nMais l'excellence de notre méthode et le précieux appoint de vos\ncollaborations ne sauraient écarter de notre route tous les ob-\nstacles inhérents à une aussi grandiose entreprise. Avec la\nlettre B les difficultés commencent. Je viens de collationner les\nrapports que vous m'avez remis lors de notre dernière séance,\net j'en ai été si profondément troublé que j'ai cru de mon\ndevoir de vous réunir et de provoquer une discussion immé-\ndiate sur un article litigieux.\nJe vous rappelle que le dernier ordre du jour comportait les\nrecherches habituelles de biographie, de critique musicale et\npsychologique, de bibliographie et d'iconographie sur le nom\nBERLIOZ, Louis-Hector, 1803-1869. J'avoue avoir été surpris\ndès 1 abord en recevant d'énormes rapports et dossiers sur un\nauteur totalement oublié et dont, à ma connaissance, je n'ai\njamais entendu exhumer une seule œuvre par nos Syndicats\norchestraux. Mais la lecture de vos notes ne fit qu'augmenter\nma stupeur et me démontra l'urgence de mettre en commun\nvos lumières sur cette étrange question. Je résume le résultat\nde vos recherches. Berlioz (Louis-Hector) serait un composi-\nteur de 1 école dite « romantique », qui florissait il y a bientôt\ntrois cents ans. Les œuvres et la personne de ce musicien sem-\nblent avoir provoqué pendant tout le xixe siècle un indiscu-\ntable mouvement de curiosité et d'intérêt. Un nombre incalcu-\nlable de volumes, d'études et d'articles fut publié à l'époque\nsur cet auteur dont nous nous expliquons mal l'importance.\nL abondance inouïe de ces documents nous a permis de ressusci-"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.13", "texte": "LE DICTIONNAIRE\n203\n\nter cette figure oubliée et d'en réaliser une saisissante évocation.\nMais les résultats de vos travaux sont parfois contradictoires.\nCertains d entre vous ne sont pas éloignés de tenir ce Berlioz\npour un compositeur injustement méprisé 5 d'autres affirment\nque les textes ont été mal interprétés et que Berlioz fut un litté-\nimagination assez puissante pour qui la musique ne\nfut qu un passe-temps d amateur 5 d'autres estiment que ce fut\nsimplement un mauvais plaisant, ce que nos bons aïeux appe-\nlaient un « humoriste », une sorte de plaisantin à froid, un\nmystificateur de génie, tournure d'esprit assez fréquente en ces\ntemps heureux. Enfin, quelques-uns assurent que Berlioz n'a\njamais existé et ne veulent voir dans cet étonnant fantoche\nqu'un symbole, un héros de légende, un être représentatif et\nallégorique, une figure artificielle autour de laquelle on s'est\nplu à concrétiser tous les traits du tempérament « romanti-\nque » et qu'on s'est peu à peu habitué à traiter en créature\nvivante et non en entité, ainsi qu'il en advint par exemple à\nDon Quichotte et à Hamlet, prince de Danemark.\nDans ces conditions, il m'était impossible d'inscrire immédia-\ntement le nom de ce Berlioz dans notre encyclopédie qui, aux\ntermes du règlement que nous avons adopté, ne doit compren-\ndre que des compositeurs d'indiscutable valeur et ayant col-\nlaboré de façon effective à la vie musicale de leur siècle. Je\nvous soumets donc ce conflit imprévu, et, pour éclairer le vote\nque vous serez appelés à rendre àla fin de cette séance, je dé-\nclare la discussion ouverte. »\nLe président s'étant rassis, un membre de la commission,\nhomme court et replet, demanda la parole et proféra d'une\nvoix lente : « Je crois, mes chers collègues, répondre au senti-\nment général en m'étonnant de voir imposer à notre activité\nun sujet aussi mesquin que celui qui nous est actuellement sou-\nmis. Il est indiscutable que ce Berlioz reste pour l'univers en-\ntier un inconnu et que sa médiocrité certaine n'a pu résister à\nl'épreuve du temps. Je propose donc d'écarter purement et sim-\nplement de nos travaux ce personnage de trop petit renom et\nde passer à l'ordre du jour. »\nQuelques marques d'approbation soulignèrent cette déclara-\ntion*, mais un vieux musicologue se leva et laissa tomber de sa\nlongue barbe blanche les paroles suivantes : « Je supplierai,\nau contraire, mes chers collègues de vouloir bien accepter la\ntâche pénible dont on veut les décharger. Cette personnalité\nde Berlioz a tenu une assez grande place dans l'histoire du xixe\nsiècle. Le nombre des volumes amoncelés autour de ce nom\nvous l'a déjà prouvé et mes documents personnels confirment\ncette thèse. Mon grand-père fut un des élèves préférés du vieux"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.14", "texte": "204\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nMaître Maurice Ravel qui ne s'éteignit qu en 1975, chargé d ans\net d'honneurs. Par lui il toucha à toute l'histoire du xxe siècle\net de la fin du xixe. J'ai réuni tout un dossier de ses souvenirs\nintimes et j'ai pu me rendre compte que non seulement le mu-\nsicien qui nous occupe aujourd'hui a réellement existé, mais\nqu'il a tenu, à son époque, un rang sinon mérité, du moins très\nconsidérable. Nous avons donc, me semble-t-iï, le devoir de\nsoumettre à un examen approfondi ses titres à 1 immortalité. »\nLe président mit aux voix les deux propositions et, après\nquelques hésitations, celle du vieillard chenu fut adoptée à mains\nlevées.\nUn des rapporteurs prit alors la parole. Petit et maigre, il\nessuyait nerveusement son binocle pour permettre à son œil\nd'atteindre sur son pupitre quelques notes que sa myopie lui\nrendait cruellement inaccessibles.\n« Messieurs, dit-il, cette question Berlioz est des plus com-\nplexes. Les documents innombrables que nous possédons sur\ncet homme étrange sont rédigés dans un esprit dont nous ne\npouvons comprendre les tendances. J'ai compulsé de copieux\nouvrages de certains critiques de l'époque, nommés Jullien,\nHippeau, Tiersot, Prodhomme, etc., et j'ai été stupéfait de\nl'indulgence systématique de leurs monographies. Toutes les\nproductions musicales de ce Berlioz sont déclarées géniales.\nChaque note, chaque modulation est commentée et vantée avec\nun luxe de détails qui est la chose la plus bouffonne du monde.\nLes mots de sublime, de colossal,de titanesque et de fantastique\nsont les moindres épithètes décernées à cette musique rudimen-\ntaire dont la maladresse et la ridicule enflure leur échappèrent\ntoujours. Bien plus, la vie privée de leur héros leur fut prétexte\nà tresser le laurier triomphal. Les moindres actes de son exis-\ntence sont détaillés avec un enthousiasme si disproportionné à\nson objet qu'on croit rêver en lisant ces apologies démesurées.\nCe Berlioz, qui était le type le plus accompli de ce que nos\ngrands-pères appelaient un « arriviste » ou un « bluffeur », avait\neu le soin de décrire sa vie dans plusieurs curieux volumes et\navait composé des Mémoires dont la lecture est singulièrement\ninstructive. Le mensonge intéressé y éclate à chaque ligne, les\ncontradictionsy fourmillent et la réclame la plus éhontée s'y étale\nau grand jour. Quelle que soit l'admiration que pouvait soulever\nla musique de ce singulier personnage, il semble bien que son\ncaractère ne pouvait inspirer que le mépris. Il n'en fut rien\ncependant. Berlioz fut traité en enfant gâté, et ses pires défauts\nfurent toujours excusés avec bonhomie par ces biographes\namènes et bénisseurs. Lorsque le peu scrupuleux individu était\npris en flagrant délit d'imposture, c'était son mensonge qui"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.15", "texte": "LE DICTIONNAIRE\n205\n\ndevenait respectable et la vérité qui avait tort ! L'un de ces\ncritiques imprimait lyriquement que les mensonges berlioziens\n« étaientplus vrais que laprécision sèche à laquelle se condamne\nl'historien » ! On devine à quelles paradoxales extrémités\npouvait conduire une attitude aussi agenouillée et une aussi\nenfantine dévotion. Les résultats en furent surprenants. Si l'on\nse reporte aux journaux de l'époque on voit le nom de Berlioz\nsur tous les programmes des concerts. Un de ses opéras qui se\nnommait, je crois, « Faust damné »,ne quittait presque jamais\nl'affiche et le public acceptait sans protester cet éclatant\ntriomphe de la médiocrité. Bien plus, une sorte d'attendris-\nsement pieux entourait la mémoire de cet homme qui récolta\ndès ses premiers pas dans la carrière musicale des succès inouïs\net qui eut la suprême habileté de se poser en génie méconnu et\npersécuté. On le crut sur parole et on s'efforça de réparer la pré-\ntendue injustice de ses contemporains. J'ai voulu, par curiosité,\nMessieurs, relire quelques-unes de ses partitions. Vous ne\nsauriez croire quelle maladresse et quelle ignorance s'y décèlent.\nIl est inimaginable que ces productions de mauvais amateur\naient trouvé grâce devant une génération aussi férue de tech-\nnique musicale que l'était celle de 1910. Songez, Messieurs,\nque c'est à cette époque que se donnaient ces délicieuses vieil-\nleries qui ont nom « Pelléas et Mélisande » de Debussy ou\n« Ariane » de Paul Dukas. N'est-il pas affligeant de penser que\nces aimables partitions, qui arrivent encore à nous charmer\naujourd'hui par leur grâce désuète, voisinaient avec ce grossier\n« Faust damné » sans soulever de protestations ? On ne peut\nexpliquer une telle anomalie que par la pression formidable\nexercée sur toute une nation ingénue par les panégyristes\nexaltés de Berlioz et par les adroites légendes qu'il eut le soin\nastucieux d'attacher à son nom. Il faut faire la part, en effet, de\nl'état des esprits vers la fin du xixe siècle. Un fond d'impéria-\nlisme persistait dans l'âme de nos bons ancêtres peu familia-\nrisés encore avec la liberté. Une secrète indulgence pour les\ndictateurs avilit longtemps, vous le savez, l'âme française au-\njourd'hui si magnifiquement affranchie. Berlioz avec samusique\nvulgaire et gesticulante, et son attitude soignée de demi-dieu\ncrucifié, avait toutes les qualités requises pour être un grand\ndominateur de foules. Ainsi s'explique, à mon avis, la vogue\ninjustifiable dont ses œuvres continuèrent à jouir jusque vers\n1930 et l'oubli soudain et définitif dans lequel elles tombèrent\naprès cette date. Ce musicien médiocre et intrigant a épuisé de\nson vivant sa part de gloire; après lui, ses partisans ont pro-\nlongé le malentendu le plus longtemps possible ; nous n'avons\ndonc plus à nous occuper d'une renommée aussi vaine et aussi"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.16", "texte": "206\nLB MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nartificielle, et je vous propose de refuser une place dans notre\nglorieux reliquaire aux restes méprisables d'un art moins digne\nd'admiration que de pitié !»\nEt, polissant son binocle d'un pouce satisfait, le maigre ora-\nteur se rassit en promenant sur l'assistance incroyablement loin-\ntaine et distante le regard brouillé et inexpressif de ses prunelles\nfatiguées.\nMais l'indulgent vieillard dont le grand-père avait connu\nRavel demanda la parole et dit :\n« J'approuve entièrement, Messieurs, le rapport de mon ho-\nnoré collègue ; mais je viens vous demander d'en atténuer lé-\ngèrement les conclusions. Ce n'est pas qu'une sympathie bien\nardente m'attire vers ce Berlioz dont on vient de vous dessiner\nla déplaisante silhouette, mais je voudrais lui voir réserver un\nautre sort que celui de l'exclusion pure et simple de notre en-\ncyclopédie. J'ai déniché un vieil ouvrage, aujourd'hui introu-\nvable, qui traite toute cette question Berlioz avecune souveraine\nmaîtrise. Il est intitulé « La jeunesse d'un romantique »et signé\nAdolphe Boschot. Ce livre est prodigieusement attachant. C'est\nle seul qui ait introduit dans le débat des éléments de vérité.\nC'est lui qui a jeté bas l'échafaudage de mensonges dont Berlioz\navait étayé le monument fragile de sa gloire. C'est lui qui a\nosé dévoiler les bassesses de l'homme et les vilenies de l'artiste.\nC'est un livre bienfaisant. Je sais ce que vous pouvez me dire:\n« il ne faut pas chercher l'homme derrière l'artiste », et vous\navez parfaitement raison. C'est un préjugé ridicule que celui qui\nconsiste à étendre à la vie privée d'un poète, d'un sculpteur ou\nd'un musicien la sympathie née au contact de leurs œuvres. Il\nest absurde d'exiger dun harmoniste délicat des mœurs ex-\nquises, et le fait d'exprimer les entrailles des tubes de couleurs\nsur une palette inspirée ne réclame pas impérieusement la co-\nexistence de profondes qualités morales. Je ne donnerai donc\npas dans ce travers\", mais je prétends que certains traits de ca-\nractèi e peuvent spécialiser très nettement le tempérament d'un\nartiste et en permettre l'analyse. C'est ainsi qu'il n'est pas in-\ndifférent d'apprendre de mon vieil auteur que Berlioz était rem-\npli de foui bel ie, n'hésitait pas devant le chantage et que ses\nélans et ses explosions d'enthousiasme cachaient un sens pra-\ntique très i assis et un souci constant de sesintérêts matériels. Il\nindispensable, pour juger certaines de ses compositions de\nprétendue « passion volcanique », de ne pas ignorer que ces\npages biûlantes ne sont écrites ni avec du sang ni avec des lar-\nmes, comme le prétendait leur auteur, mais résultent d'un pa-\ntient pot-pourri de vieux manuscrits d'école astucieusement\nsoudés par un monsieur pratique qui voulait tirer parti de tout."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.17", "texte": "LE DICTIONNAIRE\n207\n\nLa fausseté prodigieuse de cet homme a pénétré trop profon-\ndément son art pour que l'on puisse dissocier résolument sa vie\nprivée de son œuvre : lune explique l'autre. Il faut, paraît-il,\nen vouloir à 1 époque plus qu à 1 artiste : ces romantiques furent,\ndit-on, des gens de mentalité très troublante. Amoureux de\ngrands gestes d héroïsme, de panache, de passion et d'idéal sur-\nhumain, ils apparaissent comme des etres assez peu recomman-\ndables, égoïstes, vains et férocement attachés à leurs intérêts.\nBerlioz les îesume tous, et voila pourquoi je viens vous propo-\nser de lui faire une place dans notre Dictionnaire à titre d'indi-\nvidu 1 epi ésentatif d une espèce. Ne lui faites pas l'honneur\nd un grand aiticle, mais renvoyez-le à l'appendice, au milieu des\nnoms des caricaturistes, facteurs d'instruments et autres per-\nsonnalités ayant appartenu par quelque côté à la vie musicale\nd autrefois. Ainsi, je crois, nous aurons été justes envers sa\ntriste mémoire I »\nLe président ayant consulté l'assemblée, la proposition du\nvieux musicologue fut adoptée à l'unanimité et la séance fut\nlevée.\n\nÉmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.18", "texte": "MUSIQUE DE CHAMBRE\n\nLe 14 février, aux éclats de rire de nos « honorables », le\ndéputé Jumel a haineusement bavoché sur un admirable poème\nd'Henri Bataille, pour prouver que M. Albert Carré avait rai-\nson de ne pas jouer la pièce de M. Sylvio Lazzari.\nCe musicographe, payé par nous, contribuables, à raison de\n2 5 francs la journée, n'a pas manqué de sertir dans son discours,\nsi j'ose m'exprimer ainsi, le truisme cher aux sots : que l'Opéra-\nComique fut, est et doit être le « rendez-vous de toutes les\njeunes filles, le dernier salon où l'on cause et où l'on fait\ndes mariages ». {Journal officiel,page 750.)\nIl s'est trouvé un orateur (si j'en crois le Temps du 16 février)\npour répondre à ce nigaud : « Je voudrais vous demander si\nl'Etat subventionne des théâtres pour qu'on y représente des\nœuvres d'art ou bien pour distraire et fiancer les vierges de la\nbourgeoisie. Et si l'Opéra-Comique doit être, par définition,\nun théâtre blanc, comment M. le sous-secrétaire aux beaux-\narts souffre-t-il qu'on nous y présente régulièrement les aven-\ntures d'une fille à soldats ?Je me permets de dénoncerà M. Du-\njardin-Beaumetz cette pièce immorale qui montre aux jeunes\nfilles que la vertueuse Micaëla est dédaignée, tandis que tousles\nhommes adorent l'impure Carmen. J'appelle aussi votre atten-\ntion sur le fait suivant. M. Albert Carré fait répéter en ce\nmoment une œuvre tirée de YAhprodite de Pierre Louys. J'ad-\nmire ce roman et me réjouis du prochain spectacle qu'on nous\npromet. Je ne crois pas cependant qu'il soit destiné aux jeunes\nfilles qui sont le souci de M. Jumel. »\nDe cette séance lamentable, quelques détails sont à retenir.\nM. Carré a été convaincu par M. Levrault :\ni° D'avoir reçu une pièce de M. Lazzari et de ne l'avoir pas\njouée, disant pour toute réponse : « Que M. Lazzari me fasse un\nprocès ! »\n20 D'avoir reçu une pièce de M. Auguste Chapuis et de ne\n1 avoir pas jouée, disant pour toute réponse « qu'il ne peut\ndépenser 80.000 fr. à la monter. » pages 747\net 748.)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.19", "texte": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.20", "texte": "MUSIQUE DE CHAMBRE\n20g\nLE MERCURE MUSICAL.\n' 14\n\nPour me punir d'avoir précisé ces faits, M. le Directeur de\nl'Opéra-Comique émit jadis la prétention (qu'il ne soutint pas\nlongtemps) de me demander 100.000 francs de dommages-inté-\nrêts.\nCet homme est ami des gros chiffres. J'en trouve la preuve\ndans ce paragraphe de Y Officiel (page 747) : «M. Carré a casé\ntoute sa famille, qui touche une somme totale de i 30.000 francs.\nMme Carré, qui touchait autrefois 600 francs par mois, en\ntouche aujourd'hui 6.000... »\nJe n'aurais jamais cru l'Officiel si intéressant !\n\nWilly."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.21", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\n\nConcerts Chevillard : La Cloche fêlée de M. Pécoud; les Nocturnes, de Cl. Debussy. -\nConcerts Colonne : Mme Wanda-Landowska ; Jour d'été àla montagne, de V. d'lnciy. Con-\ncerts du Conservatoire : Hillemacher et Balakirew. Société Nationale : Marcel' Cahey,\nG. Corbm et Albert Roussel. - Mme Jane Arger. Société Philharmonique. Matinées\nDanbe :M. Miguel Llobet. Concerts Barreau. M. Reitlinger, M. Ed. Bernard.\nApres la sombre Ouverture de Coriolan, la Symphonie en mi bémol de\nMozart est toute lumière. Kt comme cet orchestre est plus près du goût\nmoderne, avec ses fraîches couleurs, que celui de Beethoven ! De notre\nciel aussi les nuages se sont enfuis, et la musique, longtemps troublée et\nmorose, a retrouvé cette joie candide que Mozart eut justement en partage.\nElle commençait à renaître déjà chez César Franck, mais retenue encore\npar le scrupule, et coupée de douloureux retours sur la misère humaine •\nde là ces inflexions chromatiques, si touchantes, où l'on voit plier la mé-\nlodie comme un rameau trop frele pour la charge de ses fleurs.\nTel est le caractère des Variations symphoniques, jouées par M. Cortot\navec une délicatesse extrême et une simplicité trop cherchée pour que\njen sois ému. Mais le public juge autrement et prodigue ses rappels. Il se\naussi pour poème symphonique deM. Pécoud, la Clo-\nc e felee, inspiré par un lugubre sonnet de Baudelaire : c'est une œuvre\nintéressante, dont le thèmeunique est assez habilement varié et coloré par\norchestre ; mais je n'y découvre rien de bien personnel. Espérons mieux\ne . dont le nom paraît pour la première fois sur un de nos pro-\ngrammes dominicaux.Les Danses polovtsiennes du Prince Igor terminaient\nle concert ; je retrouve dans les premières l'inspiration mélancolique de Bo-\nro me, agrémentée d une tort jolie couleur orientale ; mais le charme se\nper , orsque interviennent les cuivres, sur un rythme à trois temps syn-\ncope . peut-être aussi Rimsky-Korsakof, responsable de l'instrumentation,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.22", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n211\n\na-t-il fait trop de bruit à cet endroit. Ces danses ont été jouées aux con-\ncerts Colonne, il y a quelques années; il me semble qu'elles comportaient\nalors un chœur, dont j'ai regretté l'absence.\nQuantau Prélude de Parsifal, il ne me donne plus que des joies tout intel-\nlectuelles, la musique de Wagner ayant épuisé sur moi son pouvoir. J'aime\ndonc mieux transcrire ici ces lignes gracieusement communiquées, et que\nje trouve fort judicieuses :\nLumière éclatante, temple sonore et grandiose où chantent les chevaliers du\nGraal. Déjà Yexaltation mystique passe et nous frôle, L'âme se soulève, s'élargit,\nplane plus haut que la terre avec ses enchantements, ses forêts et ses plaines...\nEt là-haut c est bien le vide, Vimmensité et Vinfini ; mais nous n'avons point\ntrouvé Dieu. Le sentiment religieux de Parsifal serait-il donc factice, ou trop\npositif et trop restreint, inspiré des rites et de l'histoire, non de l'ldée ?\nAh ! ces trompettes qui clament un dramatique élan de pensée surhumaine\ndonnent-elles Vintensité de l'adoration comme les voix mystiques qui psalmodient,\ndans le crépuscule des cloîtres, les mélopées primitives ?\nAu concert du iB, M. Chevillard nous rendait les trois Nocturnes de\nDebussy [Nuages, Fêtes, Sirènes) ; et même il nous les promet encore pour\nle 25. C'est là une générosité inaccoutumée, dont il faut le remercier à deux\ngenoux, et que le public d'ailleurs a largement récompensée de ses accla-\nmations : à quoi M. Chevillard répond en s'inclinant de droite et de gauche;\npuis, comme l'enthousiasme ne se calme pas, et qu'un grand nombre d'au-\nditeurs demande la reprise du second de ces chefs-d'œuvre, il va s'asseoir,\nindifférent, parmi son orchestre, avec l'air de dire : « Enfants ! Aurez-vous\nbientôt fini ? » Taciturne pasteur des violons et des flûtes, économe surin-\ntendant de musique, capitaine morose, mais au fond débonnaire, du régi-\nment des sons, il ne faut pas nous en vouloir, si, après de tels enchante-\nments, nous ne nous connaissons plus. Ces Nocturnes ne sont comparables\nà nulle autre musique : poèmes des lumières aériennes, ils nous ont ouvert,\nsans effort, sans que nous nous en doutions presque, les portes invisibles\ndu rêve ; délivrés des chaînes de la vie matérielle, dévêtus de notre corps,\nnous allons sur les routes du ciel : les blancs nuages sont nos frères, et leur\nâme mélancolique prend la voix du cor anglais qui chante, bercé par les\nviolons. Puis, ce sont des fêtes plus folies et plus douces à la fois que\ntoutes celles de la terre : une ronde passe et repasse, sous de joyeuses lu-\nmières qui palpitent comme des étoiles ; les danseurs imaginaires n'ébran-\nlent point du pied les planchers de l'air, et voici qu'ils s'élancent en bonds\nétincelants ; mais un mystérieux cortège traverse le bal, et semble entraîner\nles rayons dans les plis sourds des robes de pourpre et des brocarts d'or\nentrevus... Et c'est enfin, sous la nuit transparente, le mystère mouvant de\nla mer, et le bruissement mélodieux des vagues où flottent les appels,\ninflexions alanguies, des lointaines Sirènes. Ici il faut bien que je dise que\nles Sirènes ont chanté beaucoup trop fort, et plus en filles du Rhin qu'en\nvoix de l'Océan : ce qu'il fallait, c'est un murmure épars, venu on ne sait\nd'où, peut-être de l'horizon voilé de lune, et qu'on épie avec émoi, et qui\ns'évanouit à l'instant même où l'on croit le saisir î D'autres détails aussi\nseraient à relever : des duretés dans les Fêtes, matérialisées à l'excès, et\nprivées par là de la tendresse qui subtilement se mêle à leur joie ; et, dans\nles Nuages, un mouvement peut-être un peu rapide, et un quatuor à cordes\nnotablement trop vigoureux. Mais cette musique est si belle, et elle est\nécrite avec des sonorités si heureuses et si fraîches, que son charme triom-\nphera toujours : en supposant même qu'on y mît de la mauvaise volonté,\non ne pourra priver ces mélodies de leur accent, ces harmonies de leur\npersuasive ampleur, ni cet orchestre de ses couleurs délicates et si nettes à\nla fois. Et toujours, dès les premières notes, nous serons gagnés et ravis :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.23", "texte": "212\nLE MERCURE MUSICAL 1-111-06\n\nc'est une fée qui vient à nous, et s'empare de notre vie sans que nous son-\ngions même à la défendre, car elle la divinise à son image.\nJe n'ai pas du tout envie de parler du reste du concert. Je cède à cette\nenvie, en ce qui regarde les Récits de guerre et d'amour, de J. Jemain. Le\npublic a passé sous silence cet essai malheureux; j'imiterai sa sagesse et\nson humanité. Le Concerto de Castillon est une œuvre honorable, point\ndéplaisante, mais dénuée de toute originalité. Il convient de déplorer la\nmort prématurée de Fauteur. S'il eût vécu, aurait-il écrit des chefs-\nd'œuvre ? Soyons généreux, et accordons-lui du moins un cénotaphe d'ad-\nmiration. Selva a fait valoir de son mieux une partie de piano assez\nbavarde et qui m'a paru longue, malgré une forte coupure dans le finale.\nJ'espère qu'après le grand succès qu'elle a remporté, nous la verrons repa.\nraître au concert Chevillard, et cette fois avec une œuvre plus digne de\nson admirable talent.\nEt voilà que je n'aime plus autant Chéliéra^ade, de Rimsky-Korsakof.\nEst-ce le voisinage des Nocturnes ? Mais j'ai senti, surtout dans le premier\net le dernier morceau, une vulgarité de thèmes et une platitude d'harmonies\nqui m'affligent. Je sais bien que l'orchestration sauve tout cela ; mais j'aime-\nrais mieux qu'il n'y eût rien à « sauver », et que cette musique fût égale à\nelle-même en toutes ses parties. Et vraiment n'y avait-il pas autre chose à\ntirer de cet Orient qui n'est peut-être pas tout entier en rutilances de cuivres\net en blancheurs de marbres, mais possède aussi quelque chose qu'on\npourrait appeler : une âme ? La musique de Debussy, même en l'exotisme\ndes Pagodes ou de la Soirée à Grenade, va toujours jusqu'à l'âme : je veux\ndire qu'elle affirme une manière personnelle de sentir. Les Russes s'en\ntiennent trop souvent à l'éclat extérieur, et se contentent d'idées médiocres\nou banales.\nLouis LALOY.\n★\n★ ¥\nAu Concert Colonne du 11 février, après une vibrante exécution de l'ou-\nverture de Léonore (no 3), M. Colonne exécuta avec un orchestre réduit\nSiegfried-Idylley anthologie délicate et finement nuancée des principaux\nmotifs se rapportant au jeune héros dont Wagner fit le parrain de son fils.\nEncore que le développement purement symphonique de thèmes arrachés\nà leur vie dramatique ne soit pas le propre de Wagner, on ne peut se montrer\ninsensible à la tendresse infinie et à l'amour paternel dont Wagner enve-\nloppa cette idylle où est résumée toute la vie joyeuse et pure du fier enfant\ndes bois. M. Enesco, dont on jouait pour la seconde fois la symphonie en\nmi bémol, se fit applaudir comme violoniste dans une suite de Bach qu'il\njoue avec toute la puissance, la sérénité et le calme qu'exige cette musique,\nàla ligne sévère et à 1 inspiration magnifique. Doué d'une qualité de son\nsplendide, il sut éviter ce que certaines doubles cordes ont souvent dans\nBach de cruel à 1 oreille, et son succès fut du meilleur aloi. La seconde audi-\ntion de sa symphonie fut d'ailleurs un triomphe. L'orchestre, plus sûr de\nsoi, exécuta avec une fougue intense cette œuvre aussi largement pensée\npar un cœur vibrant et sincère que solidement écrite par une main en\npleine possession de la technique orchestrale. Si l'exécution par M. Breitner\nde la Fantaisie de Schubert n'offrit rien d'intéressant, le Chant d'Automne,\nde M. Guy Ropartz, dont c'était la première audition, fut justement goûté\npaT sa sobriété voulue et l'harmonisation puissante d'une mélodie aux con-\ntours severes, mais que M. Daraux chanta avec une mollesse insigne, lui\nen evant ainsi une grande partie de son charme. Le concert se terminait\npar es deux chefs-d œuvre de la musique descriptive moderne. Le Prélude"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.24", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n213\n\nà F après-midi d'un Faune et les Impressions d'ltalie, aux moyens si différents,\nmais àla puissance d'évocation également intense, furent également\nacclamés avec ardeur, bien que l'œuvre de Charpentier eût bénéficié d'une\nexécution sensiblement meilleure, grâce à son tempérament violent, mieux\nen rapport avec celui d'un orchestre façonné par l'exécution des œuvres de\nBerlioz.\nA la séance du iS février, M. Enesco triomphe encore une fois avec la\nChaconne de Bach, dont l'exécution fut merveilleuse. Quelques enthou-\nsiastes réclamèrent un bis que d'autres auditeurs désapprouvèrent violem-\nment, et M. Enesco se contenta de saluer et de rentrer dans la coulisse.\nCeci prouve que nous n'avons pas encore atteint le degré d'endurance des\nBerlinois, qui firent bisser sept fois, si l'on peut s'exprimer ainsi, ladite\nChaconne. Il est vrai que c'était Ysaye qui la jouait. Fluette en sa robe de\nvelours noir, avec de vaporeuses manchettes de dentelle blanche, faisant la\nrévérence avec son plus gracieux sourire, Mme Wanda Landowska, des-\ncendue d'un pastel de Latour, s'assit devant un Pleyel béant qui semblait\nvouloir l'engloutir, releva ses manches, plongea son fin minois sur le\nclavier, et le Concerto en mi bémol de Mozart commença sa théorie variée de\ngammes, traits et trilles de tout genre. Ce fut quelque peu somnolent, car\nmessieurs les concertophobes dupoulailler, pour ne pas être tentés de faire\nde la peine à une si gracieuse personne, allèrent sur le balcon fumer une\ncigarette en contemplant la Seine. Nul sifflet ne choqua les oreilles de la\npetite marquise qui salua, resalua et s'en fut telle un sylphe. On attendait\navec impatience l'œuvre nouvelle de M. dlndy, dont la production a tou-\njours le mérite de s'être en quelque sorte imposée au cerveau de son auteur\ndont la conscience artistique est au-dessus de tous les éloges. Quand on\ndescend la vallée du Rhône, après la splendide végétation qui entoure Lyon\net va jusqu'à Valence, la nature commence à se dessécher. Les derniers\ncontreforts des Cévennes qui plongent jusque dans le fleuve s'escarpent, ne\nse couvrent plus que de maigres broussailles dorées où chantent les cigales.\nAu sommet se dressent quelques tours en ruines dominant des vallées pro-\nfondes, et l'azur du ciel découpe brutalement la silhouette de quelques pins\nau feuillage toujours vert et qui semblent jaillis du sol plus pour compléter\nle paysage que pour donner une ombre bienfaisante. Le soleil flamboie, la\nnature est en feu, et c'est le Midi qui s'éveille robuste et puissant. Voilà la\nmontagne chère à M. d'lndy, où il place Fervaal et dont il dépeint la vie\nprofonde et magnifique dans son Jour d'été àla Montagne, triptyque ardent\noù ilmittoute son âme de montagnard, toute sa sensibilité d'artiste et toute\nsa science de parfait compositeur. Sur de longues tenues de violon, l'accord\nparfait démineur s'élève grandiose, et c'est l'Aurore qui s'élève, apportant\nla vie à toutes choses. La nature s'éveille, et une large mélodie exposée sous\nla forme d'un triple canon évoque l'ample poésie de ce magnifique spec-\ntacle. Le Jour est venu et les violons chantent à 6/4 la joie de vivre sous le\nbeau soleil en jouissant de tout ce qui nous entoure. Pour caractériser\ncette joie on entend de la vallée monter les danses de ceux dont les plaisirs\nsont plus matériels ; puis un roulement de tonnerre que je ne m'explique\nguère, et le thème du début revient. Le Soir venu, la fraîcheur apparaît, et\nla vie, jusqu'alors un peu extatique, devient animée et joyeuse. Mais au soir\nnous devons élever notre pensée et remercier la Nature de ses bontés : une\nmélodie franchement grégorienne nous invite à ne point nous abandonner\ntotalement à l'ivresse de vivre, et l'œuvre s'achève sur les magnifiques har-\nmonies du début. Ainsi chaque jour la terre accomplit le même cycle. Cette\nœuvre, d'une haute tenue, d'une instrumentation merveilleuse, remporta un\nfranc succès. Un auditeur qui, probablement, préfère les Impressions villa-\ngeoises de M. Théodore Dubois, hasarda un timide sifflet et consacra ainsi"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.25", "texte": "214\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nl'œuvre nouvelle. L'après-midi d'un Faune ne souffrit point de ce voisinage\nmais la Symphonie en la mineur, de M. Saint-Saëns, ne lut admirée que\npour la prodigieuse adresse de son auteur.\nCH. CHAMBELLAN.\n★\nY *\nJe voudrais bien savoir pourquoi la ut de Mozart\nporte le titre de Jupiter-symphonie? Dans le programme du conservatoire\nil est dit sérieusement que « par son premier allegro, Jupiter-symphonie\n« justifie son nom. Le thème initial fait exploser des sonorités puissantes\n« des traits brefs, violents, qui évoquent, semblerait-il, les gestes impérieux\n« du Maître de l'Olympe. » C'est beau, la littérature ! Quoi qu'il en soit\nmalgré ces indications... précises et, comme adjuvant, une bonne volonté\nà toute épreuve, je n'ai rien vu de tout cela dans le début. Par exemple\nla fougue juvénile de Mozart s'y donne libre cours et se double, il me\nsemble, d'une certaine ironie dans le qui est franchement amusant.\nCet entrain et cette sève de jeunesse empêchent de trop remarquer l'ab-\nsence de l'émotion ou ce qu'elle a de superficiel. Mais que cette musique\n« poudrée » convient donc bien aux abonnés : ils jubilaient 1\nIls jubilaient moins, par exemple, à la ire audition de la troisième partie\nde Loreley, de MM. P. et L. Hillemacher. Avaient-ils tout à fait tort?\nLa légende de M. Eugène Adenis nous montre Loreley, « la fée du Rhin\n« exerçant sur tout être et sur toute chose, par la magie de ses chants, une\n« attraction fatale. Les navires qui descendent le fleuve se brisent infailli-\n« blement sur la roche... L'amour d'un chevalier qui se donnera corps et\n« âme à l'enchanteresse a seul le pouvoir de conjurer à jamais ses sortilè-\n« ges... Par une nuit d'étoiles, au milieu du concert des voix de la nature,\n« l'étudiant Heinrich, séduit par la fée, s'avance pour s'unir à e11e... Elle\n« le fascine, 1 attiie... Il tomoe ûans ses bras... Alors glissant lentement sur\n« l'eau, elle l'entraîne dans l'abîme... »\nSoui dînes aux cordes, harpe, cors bouches, voix de la nature, le Prin-\ntemps, la Nuit, la Forêt... couleur mystérieuse, frémissement des vio-\nlons à 1 aigu, chant séducteur de Loreley, chant passionné de Heinrich et...\nMme Mellot-Joubert entiainant M. Plamondon disparaissent dans la cou-\nlisse. Ils ne tardent heureusement pas à venir tranquilliser le public en\nsaluant. Enfin, 1 oeuvre a été admirablement executée et assez bien ac*\ncueillie.\n1 remière audition dune Cantate en Vhonneur de Glinka, de Balakirew.\nJ aime moins cette cantate que d autres œuvres du même auteur ou de certains\nde ses compatriotes; mais elle est cependant intéressante. Comme presque\ntoutes les œuvres de 1 école russe, elle est construite sur des thèmes popu-\nait es nationaux dont 1 un, celui qui suit les deux premières strophes du\nc oeil', a inie franche couleur orientale: absence de sensible, harmonisation\nmodale. Notons en passant, parmi les moments intéressants, celui où le\nchœur de femmes se réunit au chœur d'hommes, après le solo. Il n'y a pas\ndans cette œuvre les rutilances d'instrumentation que l'on rencontre chez\nRimsky-Korsakof et bien d autres de la même école, mais le sujet ne les\ncomportait pas : elles auraient été déplacées.\n~ rElles aurai^lt été déplacées aussi dans la Fuite en Eeypte, 2e partie de\nEnfance du Christ,et pour les mêmes raisons. Berlioz l'a bien compris et\ns est transformé pour écrire cela. Ce n'est plus le romantisme exagéré\nparfois de *a Fantastique ou de la. Damnation de Faust, mais bien une\nsimplicité pleine de charme, une candeur et une naïveté délicieuses. Les\nauditeurs emus par cette musique sereine et cette atmosphère biblique,\nredemandèrent le Repos de la sainte F"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.26", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n21 5\n\nMentionnons rapidement l'exécution de la Danse macabre, de Saint-\nSaëns, trop connue pour qu'il soit utile d'insister, et celle de l'admirable\nouverture d'Euryante, de Weber, que je préfère (est-ce à tort ?) de beau-\ncoup à celle du FreischiXt\nAdresser des louanges à l'orchestre serait superflu, tout le monde con-\nnaissant sa valeur. D'ailleurs, comment ne serait-il pas excellent avec un\nchef aussi éminent que M. Georges Marty, dont la direction si précise et\nsi souple à la fois donne des exécutions pleines de vérité et de couleur?\nLouons, pour terminer, les chœurs, excellents dans Balakirew aussi\nbien que dans MM. P.-L. Hillemacher et dans Berlioz, et les non moins\nexcellents solistes, Mme Mellot-Joubert et M. Plamondon, qui se sont\nvaillamment acquittés de leur tâche.\nAu programme de la Société Nationale trois premières auditions :\noeuvres de MM. Marcel Labey, Albert Roussel et G. Corbin.\nLes trois mélodies de M. Labey sont des pièces bien intéressantes et\npleines de recherches.\nJ'aime surtout la Chanson du rayon de lune, qui contient nombre de\nvéritables trouvailles et où il y a des passages exquis. Mais, comment\nM. Labey a-t-il pu écrire de la musique sur des vers de Maupassant ? Il\nme paraît, et pas à moi seul, que si Maupassant fut un vigoureux écrivain\net un styliste remarquable, il eût mieux fait de ne jamais écrire de vers.\nAussi, si la chanson du rayon de lune paraît un peu longue, c'est à Mau-\npassant qu'il faut s'en prendre et non à M. Labey, puisque, d'après une\ntelle poésie, il a écrit une pièce délicieuse.\nLa deuxième mélodie, De sa grande amie, écrite sous des vers de Clément\nMarot, me plaît beaucoup aussi par sa teinte légèrement mélancolique,\nmais elle ne me paraît pas valoir la première, bien qu'il y ait, comme dans\ncelle-là, des choses charmantes.\nCharmant aussi par sa couleur générale est le Rondel sur la poésie si\nconnue de Charles d'Orléans. Néanmoins j'aime moins cette pièce que les\ndeux premières. Mlle Jeanne Bertaux a interprété ces mélodies avec une\nsobriété n'excluant pas (loin de là !) le charme, et un art parfait.\nDes mélodies de G. Corbin je dirai peu de chose, sinon que leur origi-\nnalité et leur intérêt me paraissent contestables, et que je préfère les vers\nd'A. Samain à ceux d'H. Vacaresco. Et cependant il y a de bonnes choses\ndans ces mélodies ; aussi bien elles furent excellemment chantées par\nMme Camille Fourrier.\nQuelque chose de plus qu'intéressant, à mon humble avis, ce sont les\npièces pour piano de M. Albert Roussel. La première, Danse au bord de\nVeau, est absolument exquise de rythme et de poésie, pleine de sonorités\ndélicieuses, ainsi que la Promenade sentimentale en forêt. Celle-ci évoque\nles mille bruits de la forêt, si chers à l'artiste : légère plainte du vent\ndans les feuilles, lointains appels d'oiseaux se répondant d'arbre en arbre,\nfrémissement des ruisseaux sous les mousses ; tout cela, enveloppé d'une\natmosphère de mélancolie douce comme celle que crée un souvenir\naimé. Je prie le lecteur de m'excuser si je fais de la littérature, mais la\nfaute en est à M. A. Roussel; il n'avait qu'à ne pas écrire des choses si\nexquises.\nQuant au Retour de fête, c'est une pièce gaie, pleine d'entrain parfois,\ntoujours avec des recherches de sonorités, vers la fin notamment. Autant\nque l'on peut les juger à une première audition, sans les avoir lues, ces\npièces me paraissent écrites pour le piano d'une façon un peu « orches-\ntrale ». Cela n'a qu'un défaut, celui de rendre l'interprétation plus délicate\net plus difficile."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.27", "texte": "216\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nCela est toutefois bien égal à MUe Blanche Selva, qui a joué ces œuvres\nd'une façon merveilleuse.\nLe concert avait débuté par le Quatuor de Chausson (inachevé), inter-\nprété par MM. N. Lejeune, Claveau, Englebert et de Bruyn. Il se termina\npar une ovation à Mlle Selva, après la Sonate de P. Dukas au service de\nlaquelle elle mit son immense talent. Cette œuvre, admirable comme archi-\ntecture, est d'un aspect un peu rébarbatif, par ses proportions et parfois\nses harmonies franchement désagréables, surtout dans le finale animé\nmais des exécutions semblables ne seraient pas loin de vous faire changer\nd'avis.\nC. DE MALARET.\nErratum. Dans mon dernier compte rendu (Mercure musical du i 5 février, page 168), le\nnom de M. Jongen a été répété par une erreur typographique, àla place de celui de M. Chau-\nmont, violoniste. Rendons à César...\nN'est-ce pas encore un signe des temps musicaux, enfin venus, que ce\nraffinement dans la composition des programmes? Une saison entière, un\nconcert entier se consacre à l'évocation d'un maître : nous avons des\nsociétés Bach et Beethoven. Et des cantatrices-artistes (il y en a) révèlent\nleur goût dans la délicatesse de leur choix; le 6 février, rue d'Athènes,\nc'était Mmo Camille Fourrier qui résumait, en deux heures, « l'Œuvre de\nClaude Debussy », cet original, discret, sauvage, indifférent aux bruits de\nla ville et peu satisfait de hurler avec les loups wagnériens, indépendant\ncomme son faune sous les forêts innocentes et novateur, en effet, sans être\nun révolté romantique... Le i 5 février, chez Pleyel, c'était Mme Jane Arger\nqui consacrait sa soirée d'art à Schubert.\nSchubert! Beethoven lui reconnaissait « l'étincelle divine » et passait des\nheures absorbées sur ses compositions... Au temps du romantisme français,\nle puriste Eugène Delacroix le reléguait parmi les rêveurs dont la tristesse\nperpétuelle est « 1 école de l'amour malade » : l'élégie nous inonde... et\nDelacroix s inquiétait; mais quand Adolphe Nourrit, qui fut le premier à\nfaire passer le lied du salon au concert, révéla Schubert aux Parisiens,\nencore novices, de la saison 1838-39, romantique Hector Berlioz comprit\nmieux ce qu il y avait d'universel génie sous cette candeur très-allemande»\nSchubert est un élégiaque; mais son élégie a des sourires, et des finesses,\net des rayons, et, souvent, des lueurs tragiques : témoin le poème au-\ntomnal de la Symphonie inachevée de 1822... Un Obermann y passe, invi-\nsible et présent.\nLe Schubert des 6OJ Lieder est aussi poète que fécond : son accent\npersonnel est inoubliable. Le sentiment s'y drape dans la plus belle forme :\non dirait, plus d une lois, d'un Mozart romantique.\nAprès Beethoven, auteur éloquent des Six chants religieux de Gellert\n(°ï\\f> Io°3) et du Cycle àla Bien-Aimée absente —ou lointaine (op. 98,\n11 ) oelle voix profonde de Jan Reder chantait le même soir à\n. \"co e, ft de \\a Sorbonne avant le Schumann, intimiste\ninspire, e Amour dun poète et de VAmour d'une femme, Franz Schu*\nj?J}.a aiSse trois grands Liederkreis : La Belle Meunière, Le Voyage\nn er9 et ce qu 011 appelle Le chant du Cygne : trois cycles de couleurs\nbien tranchées. J\nCe sont les vingt morceaux de La Belle Meunière (Die Schône Millier in,\nop. 2., 1 23] qu avait choisis, pour honorer Schubert, l'exquise Mme Jane\net blonde, et fluette comme une figurine de Tanagra, de\nyrr inap utot, qui s animerait délicatement pour consacrer sa grâce à\na g oire es maîtres, 1 interprète de Schubert a des intentions, des intona-\nns, es nuances de diction tout à fait personnelles; et sa voix exprès-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.28", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n217\n\nsive a détaillé l'espoir, le triomphe, la jalousie du jeune meunier senti\noT.fnu K tS,eUr\" ie Cl\"'sseur <» H) a préc™,\nscherzo spirituel ' ** PreS,eSSe de chanson Plaire de\nPar la suggestion de cette jolie voix, qui pénètre et qui prononce la\nroute s ouvrait mélancolique et lointaine, comme sous les grands arbres\nsoupirât ïeVdc«c dMame;- L'«,mosPhè« s'emplissait dVspoL« de\nsoip ... ht le tic-tac du moulin se rythmait sur la limpidité iaseuse du\nruisseau, sous les doigts de l'excellent accompagnateur M Bonnal La\nM~ Chevillard'T la ««diction Ires musicale de\nM C lard. Nous n avons pas perdu le moindre mot de ces morceaux\nélogV? rePnSe 6t me 116 S°nt P°int bannies; ce n'est Pas médiocre\nDeux quatuors; prime-sautiers du maître prolixe encadraient la résurrec-\ntion trop breve de la Belle Menniere évoquée par un artiste.\nRAYMOND BOUYER.\n•\nSoirée un peuteine le 23 janvier, a la Beaucoup\nmoins de monde qu aux concerts précédents, peut-être en raison du froid\nque le Rotterdamsche-Triosemblait avoir apporté dans ses bagages.\nCependant M^0 Boyé-Jensen possède une voix remarquable non seule-\nment par son timbre et par son etendue, qui est d'une homogénéité par-\nfaite, mais surtout par la facilite avec laquelle cette voix est émise ; sans\nnul effort et sans fatigue aucune, ce qui double le plaisir de l'auditeur.\nMme Boyé-Jensen nous fit entendre plusieurs lieds dont l'un:\nla jeune fille,de Schubert, d'une rare intensité d'émotion fut rede-\nmandé. Le trio de Rotterdam subissait-il ce soir-là l'influence de la tem-\npérature extérieure ? C'est ce que j'ignore. Mais j'ai trouvé que dans le\ntrio en fa mineur op. 65 de Dvorak et dans le trio en si \\> op. 97, de\nBeethoven, leur interprétation, par ailleurs très correcte, manquait de\nchaleur, de vie et surtout de relief. Je ne doute pas que MM. A. Verhey,\nL. Wolff et J. Mossel ne soient d'excellents et consciencieux artistes fort\nappréciés dans leur pays; mais pour nous, Français, leur jeu manque de\ncette fougue et de cette vivacité si chères à notre tempérament.\nC est pourquoi nous avons été heureux, le 3o janvier, de réentendre le\nQuatuor de Paris.Je n'insisterai pas aujourd'hui sur les qualités de cet\nadmirable ensemble, vous ayant dit, il y a peu de temps, tout le bien que\nj'en pensais. Nous eûmes donc du quintette à cordes, avec 2 altos, en\nmineur,de Mozart, et du sextuor à cordes, avec 2 altos et 2 violoncelles,\nen sol,de Brahms, une exécution délicieuse et étincelante, grâce à\nM. Hayot et à ses partenaires que secondaient pour la circonstance\nMM. Pierre Monteux et Louis Fournier.\nAce même concert, M. R. Plamondon, de sa belle voix très pure et si\nagréable, chanta dans le meilleur style un air de et un air de la\nCréation. Ces différents artistes, y compris Mme Boyé-Jensen et le trio\nde Rotterdam, reçurent du public le meilleur accueil et furent maintes fois\nrappelés.\nParmi les lecteurs du Mercure musical il en est certainement qui ont\nentendu M. Miguel Llobet, le guitariste virtuose. Ceux-là ne trouveront\npas surprenant que je dise combien j'ai été intéressé et émerveillé par ce\nsurprenant artiste.\nAvec lui, la guitare n'est plus cet instrument que l'on connaît, propre\nseulement à accompagner la voix. Tout comme un piano, la guitare devient\nsous les doigts de M. Llobet capable de faire entendre à la fois un chant\net son accompagnement. Et n'allez pas croire qu'il y ait quelque sécheresse"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.29", "texte": "218\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\ndans ce chant. Au contraire, c'est d'un velouté, d'un lié aussi savoureux\nque sur tout autre instrument. L'on dirait d'un clavecin entendu à dis-\ntance, mais un clavecin d'un timbre particulier. C'est dans une Gavotte de\nBach que le virtuose s'est fait entendre, et aussi dans Granada d'Albeniz\net Caprice arabe et Jota de Tarrega. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il fut\nchaleureusement applaudi et acclamé. Sachons gré à M. Luigini de l'avoir\nmis au programme de la Matinée musicale du 24 janvier, et regrettons que\nM. Miguel Llobet n'ait pas l'occasion de se faire entendre plus fréquem-\nment.\nJEAN POUEIGH.\nConcerts Barrau du i 5 février. Malgré les naïvetés de sa mimique\nagressive, je veux croire que M. Svirsky n'a assommé que son Pleyel. Le\npublic a été plus résistant et ces bourrades ont paru le divertir. Il ne m'en\ncoûte pas de louer d'ailleurs sans autre réserve une brillante exécution du\nSaint François de Paule marchant sur les flots de Liszt, qui évoque les\nthèmes de Parsifal. Mme Espinasse a dit et presque chanté un Roi des\nAulnes qui serait, d'après le programme, «une esquisse de Beethoven» et\noù sa voix dut se contrefaire pour mimer à toutes les octaves d'impossibles\ndialogues. Elle a eu des accents simples et émus dans Près de ma tombe\nobscure, qui est certainement de Beethoven. Le Quatuor Gapet aeu\ntoutes les délicatesses dans le 17e quatuor de Mozart, dont le menuet est\nexquis.\nM. Reitlinger est un trop rare pianiste, qui semble révéler à regret un\njeu admirable de aecision et de nettete. Il a exécuté, en se jouant, l'éblouis-\nsant et raffiné Fi ancesca de Widor, et Badinage (ô ironie !), arrangement\ningénieux, très musical même de Godowski, où deux études de Chopin\nchevauchent de iront dans un galop parallèle et fantastique. M. Fauré\naccompagnait trois exquises mélodies de lui, chantées par Mme 1. Philipp.\nIl ne pouvait souhaiter d'être interprété par une voix plus enveloppante,\navec un charme plus discret et contenu.\nEnfin, mais par ordre de date, un excellent musicien, M. Edouard Ber-\nnard, a tait applaudir dans l'lmpromptu en sol, de Schubert, et dans la\nMazurka, de Chopin, un mécanisme admirable et de bien intelligentes\nrecherches de sonorité.\n\nLE QUATUOR PARENT.\n\nBeethoven et Franck.\nr Recteur de notre vrai théâtre lyrique, lisez :\nlante rf-iric i ai.sait' a Opéra-Comique, une opportune et bril-\ndram.fn, !i \" ce\"eMi\" « méconnu, le pins profond des\ntout ' *pF f '\"if S°n a e d °péra traditionnel « à l'italienne», où\nsecret mr' nn6 ' S,~m ; & ''^me » expression d'un immense\neale nup von}1S aurait ,emus davantage si la Kutscherra, non moins iné-\nencore nms an e' avait mieu* réalisé notre idéal, Beethoven inîime,\nd'en spnnÏKfin de se révéler à nous aux vendredis soirs,\nAh 11a rhpr v C eme,nt', et justement suivis, du Quatuor Parent.\net le Ouat-'r m/iT\" le Solrée clui rapprochait la Sonate op.Si a\nexpressive et mystérieuse sonate en bémol majeur\n\nJoseph Trillat."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.30", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n219\n\n(Les ad ceux, r absence et le retour) dont l'archiduc Rodolphe, paraît-il a\n\" ''immense l\"'« dièse minem\ntrois aunris '? ,m\"'s il oct'jhre iB2«. l'indéfini quatuor de\nans DIUS tard pli FO T sca\"dallsa't l'auditoire parisien de Baillot, trois\nans plus tara, en « foudroyant » notre Berlioz !\nQue de nuances secrètes de sentiments en de telles œuvres et qui\nrec ament de_ leurs interprètes une technique sûre et sensible, une préa-\nlable virtuosité capable de sentir. L'incomparable sonate était dévolue,\nZ aPbïr^mmînt 1 °PU,S \"-1' à Ml,# Dron' ui n'a point faibli devant\nrable tache . le plus légitimé et flatteur succès a récompensé son\ncourage charmant Dans l'Op. 81 a, comme dans l'Op. m, si différent\nd expression, la dehcate et vaillante interprète a conquis son auditoire en\nne croyant que satisfaire modestement sa conscience : de l'autorité du\ntimbre et du style, et qui s'affirment à chaque nouvelle soirée avec une\nqua lté de charme et de puissance grandissante dans la distinction native:\nconviction toute beethovénienne, récompensée par de justes bravos !\nLe Quatuor Parent, en belle verve à son tour, a déchaîné l'enthousiasme\nrecueilli de la petite salle en exécutant deux œuvres qui semblaient l'al-\npha et 1 oméga de la carrière du maître : le quatuor op. 18, no 3, d'archi-\ntecture encore traditionnelle et purement classique, avec son bel andante\ncon moto dans la nuance de Mozart, où l'expression semble encore sortir\nde la forme, où la douce mélancolie semble éclore seulement du mode\nmineur ; et cette ineffable « improvisation perpétuelle » du Quatuor XIV\n(op. 131), mélodieusement diffuse et touffue comme des « Mémoires d'outre-\ntombe » ! « Poème symphonique » anticipé de la musique de chambre, de\ncette profonde intimité musicale où Famé ressuscitée du génie parle idéa-\nlement dans l'intangible silence...\nCe génie qui fut tragique dès l'origine (évoquez l'adagio du Quatuor en\nfa op. 18, n° i, qui passe pour dicté par la lecture de la scène du tombeau\ndans et Juliette), ce génie, comme toute grande âme pure, ne refusa\njamais de badiner savamment à ses heures : témoin les variations pour\npiano, violon et violoncelle (op. 121 a) sur le lied d'un opéra viennois du\ntemps : Ich bin der Schneider Kakadu, très spirituellement enlevées par\nMme Landormy, MM. Parent et Fournier, le même soir, où chantait, noble\net grave, le trio en ré majeur, de 1808 (op. 70, n° 1), au largo qui découvre\ndéjà, dans son ciel orageux, tout un au-delà musical...\nSuggestive coïncidence et préméditée, dont il faut remercier l'artiste\nArmand Parent, qui sait composer ses programmes comme il sait les exé-\ncuter, la séance suivante, consacrée tout entière à celui que Vincent\nd'lndy nomme, avec la loyale simplicité des grands cœurs, « le maître\nCésar Franck », nous a permis de mieux comprendre, en les rapprochant,\nles deux rénovateurs de la musique de chambre, nos deux grands initia-\nteurs à ce sanctuaire souverain de la musique pure par excellence, à celte\nEleusis musicale dont Beethoven et Franck sont les deux immortels exé-\ngètes, familiers et profonds...\nBeethoven et Franck ! Peut-on rapprocher ces deux libres génies de\nplein ciel et de vol sublime ? A part la grandeur d'âme, qui se traduit mélo-\ndieusement, avec je ne sais quelle farouche et joviale magnificence de\nlangage, quelle commune mesure entre le Beethoven lumineux, qui cons-\ntruit largement la plupart de ses cordiales pensées sur les trois notes de\nl'accord parfait tonique (1) et le Franck nuageux, au chromatisme inspiré\nde la technique wagnérienne ? Issue diversement du grand Bach initial, cet\nHomère de la musique, leur polyphonie même ne sonne pas d'identique\n\n(1) Cf. le Mercure musical du 1 5 février 1906, page 151."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.31", "texte": "220\nLE MERCURE MUSICAL I-111-06\n\nfaçon dans l'oreille vaincue par tant de science et convaincue par tant\nd'âme ! Même après le Quatuor XIV et POpus ni, après toute la troisième\net dernière munière du dieu Beethoven, on devine chez 1 archange Franck\nun style nouveau, ce je ne sais quel amalgame inédit, mais toujours divin,\nde science rêveuse et de volupté mystique, de drame et de vague, de fougue\net de songe, d'encens mélancolique et de jubilation fervente... C'estun\nautre profil du génie moderne posé sur le bloc éternellement classique et\nmarmoréen du vieux Bach. Et, bon gré, mal gré, cependant l'allure franc-\nkiste est si grave et si noble et si haute, qu'elle rejoint la grande pensée\nbeethovénienne dès le seuil imposant du long Quatuor, la plus altière des\nœuvres de Franck et la digne contemporaine de la Symphonie en ré mineur,\nde son unique symphonie dont le finale rayonne de céleste joie dans la\ncertitude.\nLa séance Franck, c'est le soir de gloire pour le Quatuor Parent : séance\nannuelle et pour ainsi dire commêmorative, ou, si vous préférez, justifica-\ntive, car elle résume un long effort de quinze ans pour imposer, en dépit\nde toutes les appréhensions académiques qui se disaient classiques, le ré-\nnovateur et la rénovation de l'Ecole française. Parce que certains franc-\nkistes se veulent nébuleux ou ne peuvent s'empêcher de le paraître,\nfallait-il bannir le poète César Franck sans fleurs au front ?\nLa séance Franck est le juste triomphe d'Armand Parent, qui a lutté pour\nle Maître et qui continuera, sans découragement, de lutter pour tous les\njeunes : le quatuor, cette véritable « école du musicien », saura, dans l'his-\ntoire de ces derniers temps, où placer sa reconnaissance...\nEn attendant la pleine justice, une animation charmante n'a cessé de\nrégner pendant toute cette longue et trop brève soirée : quatuor, sonate et\nquintette se disputèrent chaleureusement le nombre et l'honneur des rap-\npels ; la flamme des exécutants avait gagné les auditeurs ; et la sonate\nobtint le record des bravos impatients. Il est temps d'ajouter qu'elle fut\nrarement enlevée avec une pareille ardeur par l'archet fort et fin de Parent\net les doigts énergiquement fuselés de Mlle Marthe Dron, de qui la juvénile\netfière conviction prêtait, pour la première fois, son heureux concours à la\nséance Franck ; brune et blanche, élégante et vive, la jeune interprète du\nvieux maître s'enflammait à son lyrisme : cette soirée, depuis longtemps\ndécisive pour ses quatre partenaires, a consacré son talent.\nDu grand nom de César Franck, dorénavant, les noms de Mlle Dron, de\nMM. Parent, Loiseau, Vieux et Fournier, sont inséparables : n'est-ce pas\nla joie du critique, frelon muet dans la ruche sonore, que d'insister sur de\ntelles œuvres ainsi jouées ? Et de pareilles soirées ne seraient-elles point\nla justification des belles exécutions vraiment classiques qui, seules, ont le\npouvoir de passer insensiblement de la lumière correcte à la chaleur har-\nmonieuse ?\n\nRaymond Bouyer.\n\nLES REVUES.\n\nLe Ménestrel. - Revue musicale de Lyon. Revue de Paris.\nDano le Ménestrel, M. Raymond Bouyer commence une étude sur\nObermann, contemporain de Beethoven, dont nous aimons à citer ces\nlignes aussi fines que justes :\n, Compaiez Obermann et le Valmoni des Liaisons dangereuses : Obermann,\nces vingt ans api es ; l/Sk clait une fin brillante, mais une fin ; 180k est une"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.32", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n221\n\naube arrière, mais une aube. La volupté machiavélique de Valmont se vante\nd'avoir conquis la jeune fille sans lui parler d'amour ; la volupté timide d'Ober-\nmann esquisse le rêve d'un bonheur plus pur et redoute d'en rencontrer la réalité :\ncar c est toujours la volupté du XVIII* siècle qui règne sur les cœurs, exaltant\nles premiers songes de Mme de Staël ou faisant sourire les portraits féminins de\nVigée-Lebrun ; mais, entre ces deux voluptés, un abîme; une Révolution. Ober-\njnann est le matin fiileux de la nuit dont Valmont fut la lueur moqueuse.\nLa Revue musicale de Lyon (4 février) publie un fort bon article de\nM. I-éon Vallas sui le Prélude a l après-midi d'un Faune, récemment\njoué en cette ville, et nous nous associons bien volontiers à ses con-\nclusions :\nDes musiciens très estimables, mais réactionnaires, qui parfois d'ailleurs se\nlaissent aller, malgré eux, aux charmes de la musique nouvelle, s'inquiètent de\nsavoir si celte musique est louable ou bien doit être réprouvée par les honnêtes\ngens. Ils se demandent gravement si cet art nouveau possède une base solide, si,\ndans une telle conception, le moyen ne devient pas le but9 et sil est convenable\nqu'ils goûtent sans remords cette musique si différente de la « musique d'âme »\nà quoi les ont habitués les « classiques ». Ces inquiétudes de gens qui veulent\nraisonner leur plaisir, ces distinctions subtiles me semblent singulièrement vaines...\nPourquoi classifier musicalement nos émotions ? Debussy a formulé lui-même\nnaguère ses intentions artistiques, et prévu les objections quon devait tant lui\nfaire :\n« Faisant de la musique pour servir celle-ci le mieux quil m était possible et\nsans autres préoccupations, il était logique quelle courût le risque de déplaire à\nceux qui aiment une musique jusqu'à lui rester jalousement fidèles malgré ses\nrides et ses fards. »\nPourtant, je comprends fort bien qu'une œuvre telle que l'Après-midi d'un\nFaune puisse surprendre et scandaliser un peu certains musiciens non prévenus ;\nje veux dire ceux qui ont l'habitude de rechercher dans la musique des phrases\nlonguement <( chantantes » et des rythmes très accusés dont leur pied balançant\nou leur tête dodelinante, en même temps que le bâton du chef, ponctuera les\ntemps forts. Mais qui recherche simplement la volupté auditive devra goûter\nde suite le charme sonore de Debussy, tout en s étonnant, de prime abord, de\nl'imprévu de cette musique déjà ancienne mais si neuve encore.\nDans le dernier numéro de la Revue de Paris, notre distingué collaborateur,\nM. Romain Rolland, publie une très intéressante et très documentée étude\nsur la musique en Allemagne au xvme siècle. Nous y voyons que l'Alle-\nmagne, en 1750, avait eu Haendel et J.-S. Bach, qu'elle avait Gluck et\nP.-E. Bach, et cependant la musique italienne était en grand honneur et\nprenait le pas sur la musique nationale. Munich, Dresde et Vienne étaient\nles grands foyers de l'italianisme, les artistes les plus illustres : Cavalli,\nBontemps, Porpora, Vivaldi, Torelli et Veracini y avaient séjourné et\navaient formé des élèves dont Hasse est le plus connu, Gluck lui-même,\n<et c'est là un des points les plus intéressants de l'étude de M. R. Rolland,\nélève de Sammartini, ne se posa point en innovateur voulant fonder un art\nallemand, mais bien en réformateur de l'opéra italien et des abus mons-\ntrueux dont il s'était chargé. L'art allemand ne naquit qu'avec Beethoven\net Weber, et le seul Tancrède, de Rossini, lui porta un coup fatal à Vienne.\nMais à Berlin même, sous la férule du roi Frédéric et sous 1 influence de\nses maîtres, Quantz et Graun, purs italianisants, le goût se pervertit au\npoint que les fils de Bach lui-meme renièrent la science et les procédés de\nleur père, si bien que l'un d'eux, le cadet Jean-Chrétien, se fit appeler Gio•\nvanni Bacchi, travailla huit ans avec le père Martini et fit jouei à Naples"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.33", "texte": "222\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\ndes opéras de Métastasé: Catone in U(1761) et A\n(1762). Bien plus, il abjura sa foi, devint catholique et organiste du\nde Milan. ...\nCependant, en Allemagne même, la masse des petits artisans musicaux,\nqui n'avaient point les moyens de faire le voyage d'ltalie et qui habitaient\nloin des centres italianisants, gardèrent leur originalité. D'autre part,\nGluck, Graun, Hasse, voulurent vaincre l'ltalie avec ses propres armes, et\npeu à peu grandit l'orgueil germanique. L'opérette naquit à Leipzig, en\n1752, et les progrès de la musique instrumentale décidèrent de la sym-\nphonie, qui fut purement allemande. M. R. Rolland termine cette capti-\nvante étude en déclarant que la victoire de l'art allemand est moins réelle\nqu'on ne le pense, et que Wagner et Strauss surtout sont foncièrement\nitaliens. C'est là le sujet d'une belle étude que nous attendons avec impa-\ntience, sûr d'y trouver une excellente contribution à l'étude de l'art italien,\nque M. Rolland connaît mieux qu'homme du monde, et dont il a décrit la\nnaissance avec tant de vie et de précision.\n\nC. C.\n\nLA MUSIQUE AUX ÉTATS-UNIS.\n\nVincent d'lndy et l'école française moderne.\nL'orchestre symphonique de Boston a exécuté à ses deux concerts sym-\nphoniques (cinquième et sixième) les programmes suivants :\nI 8 NOVEMBRE\nSymphonie en sol mineur Mozart.\nConcerto pour violon Sinding.\nPrélude pour les Oiseaux,d'Aristophane. . . J. K. Paine.\nThème et variations de la Sun° 3. . . . Tchaïkowsky.\n25 NOVEMBRE\nOuverture pour un spectacle Busoni.\nConcerto de violon Brahms.\nLa vtllanelle du Diable,d'après un poème de\nRollinat, fantaisie symphonique pour grand\norchestre et orgue Ch.M. Loeffler.\nSymphonie en si bémol majeur Schumann.\nLe grand événement musical de la saison a été l'apparition de M. V.\nd Indy, comme chef d'orchestre du 7e concert. Il dirigea les œuvres sui-\nvantes :\n2 DÉCEMBRE\nSymphonie en si bémol majeur n° 2, op. 57. V. d'lndy.\nSuite de Pelléas et Mélisande. ...... Fauré.\nIstar,variations symphoniques V. d'lndy.\nPsyché et Eros, extrait de Psyché C. Franck.\nL'Apprenti Sorcier Dukas.\nL accueil lait à M. d'lndy fut aussi chaleureux que cordial ; et à la fin du\nconcert éclata un véritable enthousiasme. L'orchestre, sous sa direction,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.34", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n22 3\n\ns'était surpassé, et Philippe Haie, l'un de nos critiques les plus autorisés\nen a parle ainsi qu'il suit dans le Boston Sunday Herald : autonses>\nII -3ÎnSi ** la\net parut chez nous pour la première fois comme chef d'orchestre.\nfois aussi dans l'histoire de cet orchestre, un chef étranger était invité à le\nCette innovation était un hommage tant au compositeur d'lndy qu'à la Sne\neco e française qu'il représente si dignement. Cette école est plus « iëune » par la\nfraie ur, a vigueur et la modernité de ses vues, de ses opinions et tendances musi\nTtaZÂSeX XÏ'f6 868 membres.les P>- distingués. Elle se caSeSe\npar la purete et la noblesse de ses visees artistiques. 11 va sans dire, que M. d'lndv\nne fait pas partie de cette tribu de chefs d'orchestre virtuoses qui vont de cité en cité\neuropéenne, comme portés sur un char de triomphe et qui excitent un intérêt popu-\nlane pareil a celui qu inspire une pnma-donna ou un ténor en vogue. Les trompettes\nde la reclame annoncent leur arrivée prochaine: ils répètent hâtivement ; au concert\nils étonnent le public par une interprétation originale d'une œuvre connue puis ils\ndisparaissent vivement, comme emportés par la tempête des applaudissements\nM. d Indy, qui possédé la modestie et la simplicité des vrais génies, n'a eu pour but\nen dirigeant les orchestres des différentes grandes villes d'Europe, que de faire con-\nnaître les œuvres de la nouvelle école française, de cette école ultra-moderne. C'eût\nété de sa part non seulement une fausse modestie d'exclure rigoureusement des\nprogrammes ses propres œuvres, mais aussi un procédé déloyal vis-à-vis de cette\nécole dont il est le chef. Sa vie musicale est vouée à la composition, et aussi à l'en-\nseignement, car il s'enorgueillit à juste titre d'être l'un des fondateurs de la Schola\nCantorum. Il met ainsi en pratique les sains et bienfaisants préceptes de son maître\nCésar Franck.\nDans cette cité, M. d'lndy trouvera quantité d'amateurs de musique très intéressés\npar 1 ecole française moderne. Cet intérêt ne s'est pas éveillé brusquement, car\nBoston a toujours été curieux d'entendre la voix des compositeurs étrangers. Sa\npopulation allemande n'est pas assez nombreuse pour arriver à germaniser, par\nesprit de chauvinisme, le goût musical, ec ces Allemands, auxquels nous devons\nd'avoir été ici les pionniers de la musique, n'ont pas montré un esprit trop étroit,\nil faut bien le dire. L'Ouverture de Waverley, de Berlioz, toujours moderne parmi les\nmodernes, fut jouée il y a 54 ans, et longtemps avant que le culte du maître ait\nété de bon ton à Paris, il fut applaudi ici. Et ceux qui ont dirigé ses œuvres\nétaient pour la plupart des Allemands, ainsi que les musiciens des orchestres qui les\nont jouées.\nDans ces dernières années M. Lœffler, et après lui MM. Kneisel, Lang, des pianistes\net chanteurs locaux, MM. Longy, Paur, et surtout M. William Gericke, nous ont fait\nconnaître les compositions de cette école moderne.\nLe programme d'hier soir ne contenait qu'un seul morceau inconnu aux auditions\nsymphoniques : le fragment de Psyché, de César Franck, et Ml' Gericke annonçait ce\npoème symphonique pour le commencement de la saison.\nIl faut dire ici que certains éditeurs parisiens empêchent une connaissance trop\nrépandue des œuvres modernes ; soit par indifférence, soit par crainte d etre lésés\ndans leurs intérêts, ces éditeurs ne sont pas disposés à donner en location des œuvres,\nsi elles ne sont protégées par de rigoureux droits d'auteur.\nParmi les maîtres qui nous étaient déjà connus, Dukas a une adresse indiscutable,\nmais peu d'imagination, si l'on en juge d'après l'Apprenti Sorcier.\nCe fut une jouissance de réentendre la charmante musique écrite par Fauré sur la\ntragédie de Maeterlinck, quoique le génie particulier du maître se révèle plus pleine-\nment dans ses chants et sa musique de chambre que dans celle à grand orchestre. Le\nfragment de Psyché, de Franck, éveille en nous le désir d'entendre l'œuvre entière.\nCette musique est à la fois extatique et passionnée, toujours noble dans son expres-\nsion. Les motifs se fondent et s'enchaînent si bien qu'ils paraissent d'égale impor-\ntance; cependant le thème qui, vers la fin du mouvement, est redit par tout l'orchestre,\nest un chant superbe et sonore de l'amour triomphant.\nM. d'lndy a choisi parmi ses œuvres la 2e Symphonie et les variations d'lstar, Istar\na déjà été entendu deux fois à ces concerts, et là, comme hier soir, cette œuvre a\nexcité l'admiration par la grande habileté technique de l'auteur, par sa sincérité, son"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.35", "texte": "22 4\nLE MERCURE MUSICAL I-111-06\n\nimagination, par l'éclat de son orchestration et la majesté, la grandeui du motif qui\nrevient lorsque Istar se trouve dans toute sa gloire finale.^\nLa Symphonie inquiétait même certains chaleureux admirateurs du maîtie, lorsque\nM- Gericke la fit exécuter ici en janvier dernier, avec un infini et une affection\npieuse. Après une seule audition elle leur semblait n être qu une merveille d adresse\narchitecturale. Ici la musique n'a ni programme, ni titre suggestif.\nDeux thèmes sont en présence au début, ils sont ou développés séparément,\nou réunis à travers toute l'œuvre; ils sont en lutte; d'autres thèmes de moindre im-\nportance en découlent ou en jaillissent dans l'ardeur de la dispute ; finalement l'un\nde ces deux thèmes triomphe et prend son essor au-dessus du rival vaincu et enchaîné.\nVoilà où réside l'action dramatique de la symphonie, qui ne vise ni à la description\nextérieure, ni à un sujet quelconque. C'est une œuvre de valeur et d'énergie rares, je\ntiens à le dire, et elle contient des pensées profondes et émouvantes, des pages d'une\nbeauté ultra-terrestre, des passages extraordinairement dramatiques.\nLa pensée musicale en est revêtue d'une riche et chatoyante orchestration ; d'autre\npart le langage qui interprète la pensée lui est particulièrement bien approprié ;on\nsent que M. d'indy Ta façonné avec le plus grand soin, de crainte d'y introduire çà\net là quelques lieux communs que n'ont pas toujours dédaignés les maîtres. Aucune\némotion n'est aussi pénétrante que celle qu'on nomme <c cérébrale )); mais la moyenne\ndu public lui préfère l'émotion physique, même si elle reste à fleur de peau.\nLa hardiesse de certaines progressions harmoniques.de M. d'indy, l'audace de ses\ndissonances et ses rythmes choquent les oreilles de ceux qui croient que le seul but\nde la musique doit être de favoriser une digestion laborieuse, ou de les exciter à une\ngaieté de bonne compagnie.\nCes oreilles-là n'ont que faire des orgies de la muse, et M. d'indy est un débauché\nd'austérité. Dans son juste mépris d'une popularité facile, il a évité délibérément tout\nce qui pouvait lui gagner rapidement les faveurs de la moyenne des amateurs de\nmusique, cette moyenne sensible surtout aux impressions prévues et de pure conven-\ntion.\nCertains passages de cette Symphonie déconcertent les musiciens exercés, ceux\nmême qui ne demandent qu'à admirer. Nous nous rappelons le temps où le Prélude\nde Lohengrin était considéré dans ce pays comme une musique dangereuse, où l' 0&-\nverture des Maîtres Chanteurs était déclarée même à Boston une « hideuse cacopho-\nnie », où Brahms et Tchaïkowsky étaient très mal vus par des professeurs instruits et\nd'assidus amateurs des concerts. Sans doute le temps viendra où la jeune génération\nsourira au vague souvenir de l'impression de mystère produite hier soir par la Sym-\nphonie sur une grande partie du public. Ses accents lui paraîtront alors simples et\nlogiques, peut-être sa pensée musicale lui semblera-t-elle même trop clairement\nexprimée.\nCependant celui qui connaît la pureté delà vie artistique du maître, son dévelop-\npement, son perfectionnement dans une carrière déjà longue et honorable, voudrait-\nil 1 entendre tenir aujourd hui un langage plus vulgaire, qui serait de sa part une\nsorte d hypocrisie:1 II n a pas cette soif de gloire si commune. Il peut bien dire avec\nW altei Savage Landor : c( Je puis dîner tard, mais la salle à manger sera bien éclairée,\nles hôtes seront rares et choisis. »\nNous considérons cette symphonie comme l'une des œuvres les plus considérables\ndes temps modernes.\nNous croyons que sa beauté et sa puissance s'imposeront de plus en plus aux audi-\nteurs qui 1 écouteiont avec sincérité et intelligence. Nous croyons que certains passa-\nges qui maintenant paraissent obscurs et hors de propos, seront plus tard aussi clairs,\naULSI j?tgl?UeS ,q.U.e I'étaient hier soir le icr et le 2\" mouvement et le superbe finale.\nny a lpigé avec calme, mais avec une réelle force et avec la parfaite intel-\nligence de ce qu'il tenait à faire exprimer à sa vaillante phalange.\norc estre, pénétré de respect et d admiration, a secondé avec succès les efforts et\nes esirs u maître. Il fut tiès cordialement salué, et les applaudissements nourris»\neuieux, ont retenti longtemps après les numéros variés du programme.\nLe second concert, dirigé par M. V. d'indy alternativement avec l'autre\nsuiva^011* Penc^an* *ournée de l'orchestre, contenait le programme"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.36", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n225\nLE MERCURE MUSICAL\n15\n\nSymphonie. . _\nChant funèbre. .. ' ' £hausson.\nDeux nocturnes . Magnard.\nScugejteurie ' v'\npour a legtnde d z S auge fleurie, a laquelle il veut bien accorder au moins\nle mente de clarté {intelligibilité). dccolQer au moins\nLe 5 décembre, le fameux Quatuor Kneisel exécuta, à côté du Trio\nDvorak e, de celui de Schubert an siUmol majeur, lé second quatuor de\nY. d Indy en mi majeur op. 45. M. Ph. Haie a parlé en termes admTatifs\nde ce chef-d œuvre, tandis que M. Louis Elson exprime, dans le\nadveitiser une opinion absolument contraire. M. Haie caractérise ainsi k\nmusique française moderne :\nUne grande partie des œuvres françaises ultra-modernes est triste, et le plus souvent\nd une tnstesse sans espoir. La caractéristique traditionnelle de la musique française\nétait celle-ci : phrases courtes, clarté et logique dans le développement, rythme\npiquant, expression elegante. Mais les temps sont changés, les comJLteu™ et au S\nappartiennent a une génération nouvelle, et l'expression musicale, empruntant\n™iT v\\et 83 rrme 313 sociale' religieuse, littéraire des temps contempo-\nrains, s est complètement modifiée. Un compositeur sérieux qui tenterait de parler la\nSreV6 Haydn ou.de weber, ou de Schubert, serait accusé de prétention,\nd affectation, ou d avoir voulu exécuter un tour de force. En effet, depuis queloues\nannées nous sommes devenus tous plus familiers avec cette langue ultra-moderne. En\nemagne, R. Strauss a proclame un Evangile nouveau, et même à Boston il a\nentraîne des disciples à sa suite.\nCésar Franck, Vincent Claude Debussy, Gabriel Fauré, ne sont plus pour\nnous des noms seulement ; ils sont des influences. Leurs tendances, leurs pensées leurs\nidiomes ne nous sont plus totalement étrangers et incompréhensibles. Il y a cinq ans\ne Quatuor Kneisel nous a fait connaître ce quatuor de V. d'indy, et depuis ce temps\n1 intelligence musicale a fait chez nous un grand progrès. L'interprétation en a\nete plus libre, plus imposante, plus hardie, et les auditeurs ont été plus capables\nd écouter, de distinguer, d'accueillir ou de repousser ce qui leur était offert. Les Knei-\nsel ont joué admirablement : il nous semble impossible que M. d'indy qui, dans\nquelques jours, doit l'entendre à New-York, ait jamais assisté à une interprétation\naussi parfaite de son oeuvre. Grâce à cette interprétation, le premier mouvement a\nparu plus clair et moins laborieusement conçu, nous avons\" tous senti la beauté\npassionnée de l'adagio, sur lequel plane l'esprit de Franck, et le finale qui autrefois\nnous semblait écrit dans une langue étrangère et pénible, est maintenant compréhen-\nsible : il abonde en passages d'une beauté rare et puissante ; son mouvement, éclatant\nde vie, touche le cœur aussi bien que l'intelligence.\nVoici ce que dit à peu près M. Louis Elson à propos du même qua-\ntuor :\nCe moderne Français est l'ascète par excellence. Si on pouvait lui inoculer une par-\ncelle du virus musical de Bizet, il serait un très grand compositeur. Tel quel, il est\nle plus grand travailleur cérébral du champ musical français d'aujourd'hui.\nIl est le prince du développement. Brahms nous a enseigné cependant que le dévelop-\npement le plus subtil n'est pas incompatible avec la beauté. Nous doutons que dans\nle répertoire des quatuors à cordes il y ait un exemple d'un continuel développement\nde motifs, tel qu'il nous est révélé ici. De motifs r non, d'un seul motif ; une figure\nsolitaire de quatre notes fournit presque l'entière matière musicale de ce remarquable\ndéploiement de force intellectuelle. Tous les rythmes s'y trouvent mêlés, depuis le\n5/4 jusqu'au 1/4, inconnu jusqu'à présent ! et ces rythmes se heurtent, se poursuivent,\nsans trêve ni repos."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.37", "texte": "226\nLE MERCURE MUSICAL I-111-QÔ\n\nSi la musique n'était que jeu d'échecs ou mathématiques, nous acclamerions\nM. d'lndy comme un Maître. Mais nous avons donné un coup de balai à toutes ces\n« finesses flamandes », et nous doutons fort que son grand talent pour les subtilités\nmédiévales arrive à les restaurer. Cependant il y eut quelques moments de charme\nmélodique, surfaits peut-être par le milieu où ils se trouvaient, pareils à une oasis\ndans le désert. Des quatre mouvements, le scherzo fut le moins antipathique. E(\ncependant le quatuor est plus facile à suivre que la symphonie, dirigée récemment\nà Boston par le compositeur.\nLes programmes des Be,8e, 9e, 10e, ne et 12e concerts sont les suivants :\n16 DÉCEMBRE\nSymphonie Haydn.\nConcertstiick C.-M. de Weber.\na. Introduction du 3e acte des Enfants du \\\nRoi Humperdinck.\nb. Humoresque )\nLe Tasse,poème symphonique Liszt.\n22 DÉCEMBRE\nOuverture de Nature Dvorak.\nPastorale de l'Oratorio de No J. S. Bach.\nConcerto de violon (t'e audition) G. Strube.\nSymphonie pastorale Beethoven.\n29 DÉCEMBRE\nSymphonie A. Webber.\nAria de Cosi fan tutte Mozart.\nFrancesca di Rimini, poème symphonique. Tchaïkowsky.\nLa Haute-Puissance, chant F. Schubert.\nOuverture Au mid i Elgar.\n6 JANVIER\nOuverture d'Hiawatha R. Goldmark.\nConcerto de violon Beethoven.\nTill Eulenspiegel . Richard Strauss.\n2e Symphonie Brahms.\nOuverture du Calme de la mer et de Retour )\nau pays Mendelssoha.\nConcerto de piano en mi bémol majeur. . Beethoven.\nOrphée, poème symphonique Liszt.\nPremière partie de la Symphon en\nbémol majeur Chausson.\nLe ciitique du Boston Herald, M. Ph. Haie, s'est exprimé en termes très élogieux\nsur cette symphonie exécutée à la perfection. Il dit que cette symphonie de Chausson\nest de beaucoup la plus entièrement satisfaisante des œuvres de ce maître. Elle est\np us logiquement construite, elle a plus de suite, un intérêt plus soutenu, elle est plus\neup oniqueet e sentiment plus humain que le Poème pour violon et orchestre, con-\nsidéré par plusieurs comme unche^d'oeuvre de musique absolue. En outre, il y a dans\ncette œuvie plus de spontanéité que dans le quatuor pour piano et cordes.\ne te musique est puie et belle, d'une émotion sincère, et il est certain passage que\nî anc v aurait pu signei. 11 est regrettable que des œuvres de cette importance ne\nsoient entendues qu'à de rares intervalles.\nA New-York 1 orchestre symphonique a exécuté cet hiver les œuvres\nsuivantes :•"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.38", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n227\n\nL après-midi d un Faune Debussy.\nSymphonie (avec piano) sur un thème mon-\ntagnard V. d'lndy.\nAux concerts du Quatuor Kneisel à New-York furent joués :\nQuatuor pour piano et cordes V. d'lndy\nQuatuor à cordes y. d'lndy.\n2 Rhapsodies pour hautbois, alto et piano . Loeffler.\nAu nom des nombreux amis de M. V. d'lndy dans ce pays, je le prie\nd agréer 1 expression de leur sincère sympathie à l'occasion du deuil qui\nvient de le frapper.\nx Ch. M. L.\nLa modestie de notre collaborateur l'ayant empêché de parler de ses\npropres œuvres, nous reproduisons ici deux articles parus à ce sujet dans\nd'importants journaux américains.\nLa yilïanelle, de M. Loeffler, déjà jouée trois fois à Boston, fut accompagnée la\npremière fois d'une autre pièce du même auteur: un harmonieux chant d'amour, d'une\nrare beauté, inspiré pai 1 exquise aubade de Verlaine, Ici Sonne Chanson. Pour nous,\ncette dernière pièce a plus d élan, plus d envolée, parla raison que c'est de la musique\npure qui peut se passer de programme, et même à la rigueur de titre. Le sujet en est\nplus noble, plus humain, et par conséquent plus émouvant. La Villanelle est néces-\nsairement un tour de force, c'est de la musique descriptive et narrative ; mais quelle\nfantaisie, quelle ingéniosité dans la conception et l'exécution du détail ! Jamais\nM. Loeffler n'a écrit rien d'aussi large, d'aussi impressionnant que cet épisode de la\nmusique d'église, qui pourrait être suggérépar la sauvage légende de Saint-Pol Roux :\nl Ame noire du blanc Prieur. M. Gericke dirigea la Villanelle avec une compréhension\nparfaite, l'exécution fut vivante, souple et l'ensemble admirable.\nLa musique de Loeffler a été exécutée admirablement. Nous n'attachons pas grande\nimportance aux effets sataniques ; saturnales de dissonances, plaintes de cors bouchés,\nperpétuelle danse de Saint-Guy de ce démon péripatéticien ; mais nous ne pouvons nier\nle talent déployé dans quelques-unes de ces parties. Et l'épisode religieux a bien plus\nde puissance que l'effet semblable de Berlioz dans le dernier mouvement de la Sym-\nphonie fantastique. L'orchestration de M. Loeffler n'a pas son égale de ce côté de\nl'Atlantique. A deux reprises l'auteur fut forcé d'apparaître sur la scène et de s'incli-\nner aux applaudissements enthousiastes du public.\nTraduit par A. LALOY.\n\nLouis Elson.\n\nLA MUSIQUE A DIJON.\n\nConcert André Hekking, Joseph Thibaud, Marguerite Artot. Grand Théâtre.\nCes trois artistes de très grand mérite se présentaient avec un pro-\ngramme trop long et mal composé : M. Joseph Thibaud est resté au piano\nplus de deux heures et demie sans bouger! Est-il bien étonnant qu'il eût,\nà la fin du concert, l'air tantôt épuisé, tantôt farouche d'un désespéré, et\nsemblât porter l'auréole d'un martyr du clavier ? Il eût été plus sage de\nsupprimer de ce concert quelques numéros qui n'ont avec l'art qu'un rap-\nport énigmatique, comme la Sonate (op. 36) pour piano et violoncelle, de\nGrieg, musique vide, prétentieuse, frelatée, qui se pavane, se démène ,\navec importance, affecte la vigueur, puis joue la simplicité, se campe dans\ntoutes les attitudes possibles, sans en trouver une seule qui lui convienne;\nles deux instruments tour à .tour rabâchent les mêmes phrases inexpres-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.39", "texte": "228\nLE MERCURE MUSICAL 1~111-05\n\nsives sans arriver à chanter ensemble : on dirait d un dialogue de comme-\nres où chacune répète les mots les plus insignifiants de 1 autre, simplement\npour ne pas laisser de place à un silence ! Je ne saurais trop protester\naussi contre l'inévitable exercice d'acrobatie qui clôt fatalement ces con-\ncerts. Avant de se retirer, le pianiste tient à prouver qu il a dix doigts ! Hier\nla preuve fut faite à l'aide de la Grande Valse de concert, de Diémer. Ne\nnous plaignons pas : c'est un des spécimens les plus courts du genre.\nCes réserves faites, il faut louer pleinement M. Joseph Thibaud. Il a inter-\nprété délicieusement la Sonate (op. 58) de Chopin et 1 Impromptu de Schu-\nbert. Il joue en vrai musicien, avec une grâce simple, légère, un peu indo-\nlente, qui est d'un artiste délicat et distingué. M. André Hekking a obtenu\nun grand succès avec une Suite ancienne, de Valentini, qui ressemble a\ntoutes les autres Suites de la même epoque. Marguerite Artot a chanté\navec une voix chaude et étendue, un style large et simple, 1 air redoutable\nde Fidelio. Mais pourquoi, après Beethoven, nous imposer la Chanson de\nBarberine, de Wieniawski, où l'aisance charmante de la poésie souligne\nencore le mauvais goût monstrueux de la notation musicale ?\nLe théâtre de Dijon est un théâtre municipal, et ce n'est rien moins qu'un\narrêté du maire qui en ferme les portes aux correspondants de toute revue\nqui n'est pas authentiquement dijonnaise! Les éloges que je suis obligé de\nlui donner ne seront donc pas suspects de complaisance.\nLe répertoire est d'une variété fort louable. Beaucoup de Massenet,\nd'abord, comme il convient : Grisélidis, avec son prologue élégant et frais,\net le désert (coupé seulement de deux petits palmiers d'ombre) de ses trois\nactes arides ; le Jongleur de Notre-Dame, souvent banal et languissant, mais\nparfois aussi souple, habile et ingénieusement attendri ; la Navarraise,\nmiracle de cynique adresse où, pendant deux actes entiers, l'orchestre\ngronde, les voix crient, sans que le compositeur fasse la dépense de trois\nlignes de musique. A côté de la copie, le modèle : Cavalleria rusticana,\nun monstre de vulgarité que sauve l'excès même de ses grossiers défauts,\net qui, par sa brutalité exaspérée, atteint presque à la vigueur. Mention-\nnons aussi Y Attaque du Moulin, œuvre lourde et naïve, mais sincère et\ndramatique ; enfin, Salammbô, pour laquelle une direction désintéressée a\nfait de grands frais d'argent et d'efforts.\nL'œuvre de M. Reyer a beaucoup vieilli. L'indigence de l'orchestration\nne peut plus se dissimuler, à une époque où les compositeurs les plus\nnovices orchestrent avec une richesse, une prodigalité telles qu'on ne\nsignale même plus un mérite aussi commun. L'orchestration de Salammbô\nn'est pas sobre, comme on le dit par euphémisme, elle est lamentablement\npauvre. Quand elle se résigne à sa pauvreté, elle a du moins un air de\nsincérité et un charme un peu maigre qui lui vont à merveille. Dès qu'elle\nveut en imposer, elle donne l'impression du désordre et du bruit. Il est\ndifficile de dire la gaucherie piteuse de certains ensembles, la platitude de\ncertains ballets. La déclamation est bien supérieure heureusement à\nl'orchestration. Et pourtant que de banalités et de trivialités encore dans\ncertains chœurs, où l'on croirait entendre du pire Meyerbeer; que de re-\ncherches prétentieuse et d'affectation maladroite dans les rôles secondaires\nde Narr'Havas, de Spendius, d'Autharite ! Mais, en dépit de tout cela, les\npages vraiment sincères de la partition ont conservé leur fraîcheur. Cette\nmusique est souvent lourde et terne, elle manque d'originalité, mais elle\nn'est jamais vulgaire. Quand la poésie du drame l'anime et la soutient, elle\na une distinction, une justesse de ton, un charme discret et pénétrant, une\nsobriété émue, qui porteront toujours sur un public français. La mélodie\nde Reyer semble venir de Gluck à travers Berlioz. Elle est d'une ligne un\npeu frêle, mais nette et pure. Elle a même parfois quelque vigueur, une"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n229\n\nnoblesse un peu tendue qui n'est pas sans beauté. Elle a surtout de la\nmesure, de la clarté et de la grâce.\nL interprétation est, dans son ensemble, plus que satisfaisante. Il serait\nfaci e de critiquer certains détails de mise en scène, comme les colonnes\négyptiennes qui soutiennent le temple de Moloch ! Mais l'archéologie n'a\nrien a voir avec le théâtre, et semblables erreurs sont encore moins fré-\nquentes en province qu a Paris, où les directeurs se croient plus compé-\ntents . Sarah Bernhardt, pour le décor d'.4ndromaque, faisait pousser en\nEpire de magnifiques palmiers d Afrique et ornait de vases attiques du\nVe siècle le palais du vainqueur de 7 roie !Il serait peu galant, d'autre part,\nde dire ce que je pense des choeurs de femmes et surtout des figures de\nballet imaginées et malheureusement réalisées au 2e et au 4e acte.\nLe îeste est à louer presque sans réserve. L'orchestre est excellent : il a de\n1 unité et du fondu. Le quatuor est peut-être un peu mou, mais l'oreille ne\nse lasse-t-eile pas de 1 impérieuse dureté et de l'âpre précision de certains\norchestres parisiens ? Enfin les mouvements m'ont presque toujours paru\njustes: c est là chose si rare que l'on ne peut faire au chef d'orchestre,\nM. Baron, de plus bel éloge que de constater simplement le fait. Parmi\nles chanteurs, il faut nommer d'abord Mlle Gril, actrice très sûre et excel-\nlente musicienne. La voix est bien posée, un peu sourde dans les notes\nbasses, mais d'un timbre charmant dans le médium. Le style est plein de\ngoût. On sent là une nature : beaucoup d'intelligence et de dons réunis.\nM. Audisio tient avec beaucoup de fougue et d'éclat le rôle de Malhô.\nM. Gueury chante d'une voix facile et sonore les hymnes de Schahabarim.\nM. Roosen fait preuve d'autorité et presque de puissance, dans le rôle\nd'ailleurs bien venu d'Hamilcar. M. Dhaene, en Spendius, fait apprécier\nune diction précise et mordante. Enfin M. Close (qui s'est montré dans\nle Jongleur un musicien de tout premier ordre) chante du mieux qu'il est\npossible le rôle trois fois ingrat de Narr'Havas.\n\nP. M.\n\nLA MUSIQUE A BORDEAUX.\n\nL'Anniversaire, de M. Adalbert Mercier (i), et le pathétique en musique.\nWagner, dans son Beethoven, se plaît à rapprocher la pure musique de\nla vie des sentiments alors que le monde n'introduit plus son trouble en\neux. Eloignée de la forme extérieure, sans rythme grossier qui la sollicite,\ndétachée de toute utilité et de toute action, cette musique recueillera désor-\nmais les harmonies de l'âme ; du même coup, elle retrouvera l'essence des\nêtres, redressée et pénétrée par la lumière intérieure. « Elle comprendra la\nforêt, le ruisseau, la prairie, l'éther bleu, les masses joyeuses, le couple\namoureux, le chant des oiseaux, la fuite des nuages, le grondement de la\ntempête, la volupté d'un repos idéalement agité (2). » Cette sérénité mer-\nveilleuse devenue l'âme même de la musique, ajoute Wagner, pénètre et\ntransforme tout. « Le monde retrouve son innocence d'enfant. » Ces\n\n(1) L'Anniversaire, paroles de M. Jean Ferval, musique de M. Adalbert Mercier»\nexécuté pour la première fois au Grand-Théâtre de Bordeaux le 5 janvier 1906 î\nen vente chez Mustel.\n(2) Wagner, Beethoven (traduction Lasvigne), collection de la Revue Blanche."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.41", "texte": "paroles me revenaient invinciblement a la mémoire, pendant que, dans le\nsilence recueilli d'une salle qui allait un peu plus taid manifester son en-\nthousiasme, retentissaient les graves accords de Y Anniversaire, la nouvelle\npièce de M. Adalbert Mercier. J'étais, comme ce public lui-même, gagné\npar le côté intérieur de l'œuvre. J'en goûtais la sévère, la forte ordonnance,\nce qui ne m'empêchait pas d'être agréablement surpris des sources de\npathétique qu'elle ouvrait en moi. Et, aussitôt, le caractère de cette musique\nm'apparaissait nettement : elle ne se laisse pas, comme le fait sou-\nvent l'opéra moderne, envahir dans son propre domaine par des misères\nde toutes sortes et par les contingences de l'action ; elle fait retour au\nrêve, avec sa force évocatrice et suggestive ; elle l'ennoblit, elle l'épure en\ndébarrassant notre sensibilité de ses vulgarités et de ses transpoits. Elle\nmérite le profond jugement que Schopenhauer portait sur la musique reli-\ngieuse : « Elle peut déployer sans obstacle toutes ses forces sans avoir à\nramper sur le sol. Elle prend son essor librement et a grands coups d aile,\ncomme un séraphin, (i)»\nCette impression est encore confirmée par le mode de composition du\nlivret, et par le rapport qu'il entretient avec le commentaire musical.\nFerme, sobre, dramatique, ce livret, dû à une plume exercée, sait de lui-\nmême s'effacer, désireux simplement d'orienter la mélodie, de diversifier\nl'harmonie par des situations nouvelles que fort habilement il ramène, de\ndonner un sens nettement accessible à ce monde d'accords qui se déroule\ndevant nous. Il n'entend pas primer, et il y a quelques mérites ; car, à la\nnetteté de l'esquisse, à la sûreté des indications, à la force de quelques\nvers impatients de ressortir ou de se mettre en relief, on sent bien une\nhabitude d'écrire, un pouvoir de vibrer que cette discipline gêne et qui\ndoit se trouver singulièrement contraint au second plan. Voici donc l'his-\ntoire, toute de passion contenue, qu'avec sa discrétion voulue il nous\nraconte. Elle se déroule dans une ferme lombarde, lors de la fête des\nTrépassés, à l'heure où tombe le jour. Matteo, debout près d'une baie\nlargement ouverte, contemple avec tristesse l'horizon troublé qui lui ren-\nvoie l'image de sa douleur, car il a perdu, voici un an, sa jeune femme\nStella. Ace souvenir se mêle, il est vrai, une profonde amertume qui va\nse précisant et se renforçant au cours d'un dialogue, tour à tour ému et\nmouvementé, avec la vieille servante, Severina. Il tâche, sans succès, de\nlui arracher le nom du séducteur que Stella n'a point désigné, quand elle\na avoué sa faute voulant mourir consolée. Devant ses menaces, Severina\nest bouleversée, car le coupable, connu d'elle seule, est son propre fils\nSandro. Son angoisse est un instant calmée par une romance que chante\ndans la cour Lucia, amie d'enfance de Sandro. La jeune fille, qui vient\nd'entrer, toute chargée de fleurs, pare l'autel. Elle laisse percer son\namour pour le muletier, dont un tintement de grelots, suivi bientôt d'un\njoyeux tumulte, annonce le retour. Le voici. En sa présence, Lucia ne\ndissimule plus sa joie et, dans un joli duo, où Sandro, obsédé par le re-\nmords et la pensée de Stella, garde une réserve mélancolique, elle lui con-\nfesse ingénument sa passion. Mais, selon l'usage, les paysans viennent\nprier pour les défunts. Ils s'agenouillent derrière Matteo qui, dans une\nscène simple et grande, prononce le nom de ses parents morts. A celui de\nS iella, Sandro ne peut comprimer un sanglot révélateur. Matteo se redresse,\nse sent devenir justicier. Les deux rivaux se regardent, se mesurent. Courte\net dramatique explication, Au dehors, une lutte brève, où Sandro est tué,\ntandis que sa mère pousse des lamentations déchirantes, et qu'au son\néperdu de cloches, le murmure des prières continue.\n\n(1) Schopenhauer, Parerga und Paraliponiena, § 218.\n\n230\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n231\n\nCe livret, ferme et discret, me plaît. Il ne présente pas une accumula-\ntion de circonstances, bien faite pour détourner l'esprit de son objet prin-\ncipal, qui est simplement de rêver et de vibrer. S'il ramène quelques situa-\ntions dramatiques, il le fait sans insistance, et il sait bientôt les résoudre,\naprès les avoir rapidement indiquées, en émotions élémentaires destinées,\npar leur jeu, à manifester le mouvement naturel des forces natives de\nPâme. Aussi la musique qui s'y incarne n'a-t-elle point de peine à con-\nserver sa pure généralité. Elle n'exprime pas tel détail particulier et banal\nemprunté à l'existence vulgaire ; elle ne peint pas telle ou telle joie, telle\nou telle affliction, en les motivant lourdement et en retrouvant pénible-\nment leur genèse ou leur histoire; elle peint la joie même, l'affliction\nmême, l'amour ingénu, les sentiments primitifs enfin rétablis dans le prin-\ncipe de leur activité naturelle et génératrice. Le rapport du chant aux\nparoles, entendu de la sorte, ne fait que provoquer le travail d'évocation\nparticulier en langage musical. Celui-ci n'est pas tenté par le prosaïsme\nde la vie; il ne se confine pas dans les circonstances triviales ou insipides\nd'une action convenue. Il conserve jusqu'au bout son caractère mélodique.\nIl se joue dans l'apparition de formes agiles et souples, accourues à l'envi\nde tous les points de l'âme. C'est comme un appel réitéré, toujours suivi\nd'effet, adressé à notre vie sentimentale, comme une projection incessante,\ndans notre conscience ravie, d'un monde d'esprits invisibles, et pourtant si\nanimés et si mobiles, qui nous parlent directement.\nDisons-le bien vite : cette généralité, cette indépendance à l'égard des\ndétails bassement réalistes expliquent ici la sérénité de l'inspiration musi-\ncale, ainsi que le caractère psychologique de l'œuvre qui en dérive. On\nnous comprendra sans peine. Comme cette musique se dégage naturelle-\nment des conditions locales, matérielles ou bassement sensibles qui pèsent\nà l'égal d'une tache originelle sur tout ce qui est humain, elle retrouve par\ncela même sa pureté native. Qu'on nous permette un rapprochement. Il\nnous est suggéré par un article récent de cette Revue (i) présentant au\npublic français, avec humour et esprit, la Sinfonia domestica de Richard\nStrauss, exécutée à Londres. Autant qu'il est permis de le deviner à travers\nle badinage de l'auteur, cette musique, « qui se termine dans un bel élan\nde cuivres apothéotiques, vertueux, familiaux », n'est guère qu'une mu-\nsique ménagère, le pendant, dans l'art lyrique, de notre tragédie bour-\ngeoise du xviue siècle. Non seulement il faudrait avoir l'esprit de famille\npar trop chevillé au corps, mais encore il faudrait être démuni de toute\nfantaisie et de toute inspiration pour trouver un intérêt artistique à cette\nglorification des trivialités de la vie, à cette apothéose emphatique des dé-\ntails enfantins de l'existence. La musique de M. Adalbert Mercier nous\ntransporte justement à l'extrémité opposée. Comme celle de Louise, elle ne\nperd rien de sa poésie et de sa fraîcheur au contact del existence commune.\nElle ne se ressent pas du fait divers que Richard Strauss eût glorifié. Elle\ndemeure pure et sereine, sans descendre un instant des hauteurs qu elle\nhabite et d'où le risible est banni : elle ne cesse de planer sur les contin-\ngences de la vie dont elle se plaît a dégager la signification. Par la, tout\nen conservant sa noblesse, elle obtient sans effort ce caractèie cvocateur\nou psychologique dont nous avons déjapaile. Avec cette simplification\nvoulue, elle demeure vraiment intérieure, car elle restitue les émotions\nélémentaires qui agitent le cœur de 1 homme, et elle les fixe sous IGUI aspect\nle plus intime. Elle recueille donc en elles ces moments éphémère d'intensité\noù elles s'élèvent au plus haut point d'exaltation et de tension doulou-\n\n(1) Voir dans le Mercure musical, n° du i 5 décembre, la Musique en Angle-\nterre, par M. Boulestin."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.43", "texte": "232\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nrelise. Elle le glorifie et l'éternise. Elle révèle ainsi la vie intérieure saisie\ndans son principe même, en ce qu'elle a de fugitif, de fragile et d'irrémé-\ndiablement mortel. Elle n'embrasse plus les sentiments dans la matérialité\nde leur action, mais dans la spiritualité de leur origine. Elle est comme\nDieu, dirons-nous avec Schopenhauer : elle ne connaît que les cœurs.\nLa partition à laquelle M. Adalbert Mercier recourt pour traduire ses\nsentiments est à la fois délicate et expressive. Techniquement, elle se\nressent plus de la manière souple et suggestive de M. Gabriel Fauré que\nde la composition dramatique de Wagner. Le leit-motif n'y joue aucun\nrôle : les personnages n'y sont pas individualisés par ce rappel persistant\ndes mêmes accords qui ramène les mêmes situations intérieures. Au sur-\nplus, la lente progression et la gradation des notes, image de l'exaltation\ncontinue et de la croissance des sentiments, ne s'y rencontrent que bien\nrarement. Cette musique alerte et prime-sautière emploie des procédés plus\nvifs et plus courts. En conciliant avec une réelle habileté la partie mélo-\ndique et la partie harmonique, elle obtient des mélanges inattendus, particu-\nlièrement heureux : elle est à coloration changeante. Grâce à cette combi-\nnaison du chant et de l'orchestre, elle parvient à créer autour des person-\nnages une atmosphère émotionnelle, chargée de souffrance ou de joie,\nune atmosphère plus ou moins chaude, plus ou moins lourde, qui nous enve-\nloppe tout entiers et nous révèle, par voie de suggestion immédiate, les\nsentiments qui s'agitaient obscurément devant nous, et qui déjà, par cela\nmême, nous sollicitent, nous obsèdent et nous remuent. C'est à créer sans\nnul artifice, ou à entretenir pareille atmosphère que la plupart des scènes\ns'emploient. La première, l'explication entre Matteo et Severina, est\nremplie de pronostics menaçants. L'accent pressant du dialogue serait\ndéjà suffisamment évocateur ; mais il s'y joint le rythme des cloches que\nl'orchestre combine avec la voix confuse du ressentiment et de la dou-\nleur , et, dès lors, au lieu aun fait divers sans portée, nous avons\nune combinaison bien humaine de la voix qui pardonne ef de celle qui\nmenace, un rappel émouvant des détresses d'une âme désemparée, où\nse niêieat les fiémissements de la chair et les orages de l'esprit. La scène\nsuivante, signalée par ie chant de Lucia, nous transporte, en une heureuse\nopposition, dans l'ordre des sentiments jeunes et tendres. Une chanson,\njoyeuse et fraîche comme le printemps, un entretien confiant comme un\npremier amom, tont succéder aux sentiments oppressants la sérénité et\na an on. Dans cette accalmie, favorable à la production des émotions\ndouces, s eleve le duo d'amour où s'épanouit, avec la liberté infinie des\ncœurs, ce que Wagner appelle la fleur divine de la mélodie humaine.\naisa scene change d aspect: une nouvelle coloration apparaît. La réunion\namiuaie, a pieuse commémoration des Morts annoncée par le motif des\nc oc les, nous reporte vers de plus sombres pensées. La prière, psalmodiée\nP.ar e Ci-œur? aje ne quoi de fruste et de tragique : elle prépare l'éclo-\n-îon sentiments douloureux. Nous voilà prêts pour la scène finale,\nscene rapide ou les promesses de pardon soublient, et où s'accomplit\n. mort, pendant que les cris déchirants de Severina nous en\népeTdu\" et ue es c^oc-ies retentissent, à l'image des cœurs, plaintives*\nGiâce à ces colorations changeantes, à ces mutations brusques de senti-\nments qu elle excelle à provoquer, la musique de M. Mercier prend un ca-\nac t_re g . On pourrait même dire d'elle qu'elle est très dramatique,\nSi le cîrame est essentiellement la rencontre ou le heurt de volontés hostiles.\naUJ mo-'en;, liaimoniques dont elle dispose, combinaisons orches-\nrHc^-f-UClt'S u! et(~nrïues> dissonances habilement ménagées, altérations\nfctes caPables de changer la nature des accords jusqu'à les rendre inquié-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.44", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n233\n\ntants, elle sait offrir 1 image troublée de la vie, elle en exprime Pangoisse.\nElle traduit le diame que la pensée 'méditative soupçonne au fond de tout\nce qui vit et que ses accents douloureux présentent à notre conscience\navec une particulière intensité. Elle nous jette ainsi en pleine crise émo-\ntionnelle, et 1 état d ame qu elle fait naître aussitôt reproduit à sa manière\nles perplexités de la pensée, les troubles de l'âme devant les contradictions\nqui se soulèvent de toutes parts autour d'elle et jusques en elle. Elle nous\napporte comme 1 eclio particulièrement émouvant de la plainte univer-\nselle.\nC est par là, sans 1 avoir réellement cherché, en se rapprochant plutôt des\nprocédés instinctifs de la nature, que cette musique rencontre l'effet drama-\ntique le plus intense. Rien de moins cherché, en effet, que ce drame qui\nsort ici des choses ou des sentiments eux-mêmes et qui éclaterait en\nl'absence de tout livret, par la seule opposition et le jeu naturel des forces\nen antagonisme. Si la deuxième scène, par ses accords consonants et\nsa coloration joyeuse, traduit un état pacifique de sérénité et de détente,\nles autres scènes, unissant des sonorités et des sentiments antagonistes,\ncréent pour chacun d'eux un état de tension pénible, et multiplient les mal-\nentendus. En dehors des paroles qui accusent les oppositions, ce jeu et ce\nconflit de notes suffiraient à la tâche, tant il est vrai qu'elles n'empruntent\npas au dehors l'élément pathétique qui est en elles. C'est bien tout un\ndrame musical qui s'ébauche, fait de résistances, de froissements, de re-\ngrets. On y voit des forces aimantes que la mort sépare et qui désespèrent,\ndes forces hostiles qui souffrent d'être unies, des forces tendres, doulou-\nreusement comprimées, qui se lamentent et qui pleurent, des promesses de\njoie que la douleur brise, l'espoir et la mort, et tout cela c'est encore la\nvie saisie dans son mélange inquiétant.\nLà réside précisément le charme ou la séduction de cette œuvre, je veux\ndire le pathétique qui est en elle. Nous en avons indiqué les sources. Il\nne vient pas 'd'une action convenue ; il n'est point dû à des rencontres\nextérieures de circonstances. Le formalisme musical ne saurait davantage\nl'alimenter : une musique capable de se jouer dans des combinaisons har-\nmoniques, dans la formation plus ou moins habile d'ensembles rythmiques\nsans sincérité et sans vie, la recherche de nuances fugitives et mièvres, ne\nnous conduiraient pas à cet effet simple et émouvant. C'est qu'il y a loin\nentre la musique de M. Mercier, tout imprégnée d'âme, et la mélodie arti-\nficielle, « ce fantôme de son, étonnamment vide, au service exclusif de la\nmode » (i). Le pathétique est tellement dans la nature et dans l'essence\nmême de son talent, que les thèmes dont il use pour exciter en nous\nl'émotion n'ont pas à passer par le détour des paroles et des préparations\nhistoriques pour nous frapper et nous émouvoir. Ils ne demandent qu'à\néclater ; ils s'épanouissent d'eux-mêmes en sentiments. Que, dans les notes\ndu début, la polyphonie de l'orchestre fasse pénétrer en nous la vague\ndouleur flottante dans la nature; que les notes haletantes du quatuor en-\ntrecoupé adressent un appel infiniment douloureux à nos forces compa-\ntissantes; que le lamento de Severina vienne nous envelopper de îêveries\ntendres et tristes ; que la vilanelle de Lucia libéré en un essor joyeux nos\nrêves d'amour ; que le choeur des muletiers nous apporte un écho de l'in-\ndifférence de la nature à nos peines et de la joie insouciante des cnoses,\ntandis que la prière des morts ramène obstinément notre pensée vers la fin\ninévitable qui fait l'amertume et le tragique de nos destinées: c'est toujours\nla même note touchante, simplement, franchement humaine. Sans fracas,\nsans pédantisme, comme en se jouant, par le seul effet du chant envolé de\n\n(1) Wagner, Beethoven."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.45", "texte": "234\nLE MERCURE MUSICAL I-111-0Ô\n\nson cœur en une minute d'émotion sincère, il nous conduit au plus haut\npoint de la tristesse, du désespoir ou de la joie. Car ses accords ne sont\nque des passions en mouvement, des émotions qui sont devenues de la\nmusique, comme chez d'autres elles deviennent de la poésie : c'est le pur\nsentiment qui chante dans ses mélodies.\nNous venons de caractériser cette musique spontanée qui flotte partout,\ndans Y Anniversaire, et qui nous pénètre insensiblement, sans procédé vi-\nsible, sans effort apparent. Elle ressemble à la poésie jaillissante de l'inspi-\nration romantique ; elle a quelque chose du charme innocent de la nature\nqui se joue autour d'un paysage et par lequel celle-ci donne tant d'éclat\nà ses productions. Il y a là, comme dans les manifestations heureuses\nde la vie, de l'abandon et du charme, un appel discret à nos puissances\nde sympathie, la grâce enfin. Mais dans cette grâce elle-même, nous avons\ndémêlé l'appoint du cœur, seul capable de la produire et de la fixer. N'est-\nce pas d'ailleurs le fait d'une sensibilité neuve et souple? Le don d'exciter\nla grâce et « de faire naître les amours » (i) n'est-il pas dévolu aux âmes\nvraiment jeunes ou qui savent le redevenir ? Or, c'est bien là la caracté-\n. ristique de ce talent spontané qui se livre à nous d'un mouvement si\nnaturel. Ses essais précédents en faisaient foi : il y avait de la tendresse\ndans la musique de scène du Roi Candaule, une émotion pressante et\ncontenue dans les parties chantées du\nsaire, avec ses sombres accords, longue plainte entrecoupée d'un chant\nd'amour et d'espoir, est venue réaliser ses promesses. M. Mercier est\nainsi, désormais, en possession de ses moyens. Il a trouvé la loi de son\ninspiration, c'est-à-dire de sa sensibilité. Le pathétique est sa voie, le sen-\ntiment son domaine. Loti— dont j'aimerais entre parenthèse àla voir s'ins-\npirer et qui serait bien fait, au même titre que d'Annunzio, pour tenter une\nmusique si franchement émotionnelle,— Loti disait dans une circonstance\nsolennelle (2) : « Je ne sais que les choses de l'amour ». Belles paroles que\nM. Mercier pourrait méditer ; elles résument son œuvre commençante ;\nelles donnent un sens à ses aspirations quand il se cherchait, à ses œuvres\nplus définitives quand il s'est trouvé. Elles expriment que la musique à\nlaquelle il tend vit par le sentiment, respire par le cœur, et vaut par la\ngrâce dont le cœur est l'éternelle source : musique, non pas d'idées, mais\nd émotions, non asservie à un livret ni rampant à terre, mais prenant li-\nbrement son vol ; musique vraiment intérieure, puisqu'elle rythme les\nmouvements de l'âme.\nAussi comme si cet élément de jeunesse et de cordialité portait en\nlui un pouvoir d irrésistible séduction, lepublic un des publics les plus\nroids et les plus réservés qui soient a été immédiatement gagné. Lacriti-\nque s est faite encourageante et sympathique. Heureuse de prêter son apport\naune œuvte spontanée, gagnée par cette force d'attrait qui est en elle,\ni exécution a été particulièrement réussie. M. Fournets, de l'Opéra, a mis\nau service d un rôle fort bien composé une voix généreuse et un talent de\ncorne îen epiouvé. Le jeu dramatique et la voix grave de Mlle Renfiaur\nconvenaient à merveille au personnage de Severina, comme la grâce et la\nnesse e i e ouzet au joli rôle de Lucia. M. Lorrain a été un Sandro\ngracieusement sentimental, et amoureux sans ridicule. Le Grand-Théâtre\ne ior eaux et son hardi directeur, M. Frédéric Boyer, s'honorent par\ne e s; c îoix et ce telles interprétations. Paris voudra-t-il rester en arrière?\nLavalleria rusticana constituerait-elle, en matière de délits, l'acte néces-\nsaire et irrémissible ? Ou bien la hardiesse de nos directeurs parisiens\n\n(*) Plotin, Ennéades, p. 7t.\n(2) Discours de réception à l'Académie française."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.46", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n235\n\nn'irait-elle pas au delà de quelques pâles levers de rideau, tels que le\nChalet ou le Maître de Chapelle ? A Dieu ne plaise que nous osions le\nprétendre ! Mais, alors, ils sauront désormais où s'adresser.\n\nAlbert Bazaillas.\n\nCOURRIER DE REIMS.\nA. B.\nIl y avait foule, le dimanche 11 février, salle Degermann, à l'audition\ndes concerts éclectiques. Ces succès sont dus certainement à l'incessant\ntravail de M. Vaysman, qui se dépense comme virtuose et comme orga-\nnisateur. Mlle Lucy Botz et M. Vaysman ont interprété supérieurement\nla Sonate pour violon et piano de Silvio Lazzari, œuvre ardue et remplie de\ndifficultés. MUe Lucy Botz se fit ensuite chaleureusement applaudir dans un\nNocturne de Chopin et la Truite,de Schubert. Un chœur de jeunes filles\nexécuta trois pièces de César Franck, et ce fut une diversion heureuse, très\nappréciée par le nombreux public qui remplissait la salle. Terminons en\ncomplimentant sincèrement M. Vaysman, qui se propose de monter encore\nde grandes oeuvres auxquelles le concours de cette excellente chorale de\ndames sera très précieux.\n\nCOURRIER DE TOURS.\n\nL'Association artistique des artistes a donné son 3e concert\navec le concours de M. Lucien Capet et de M. Paul Daraux. M. Capet a\ntriomphé dans le Concerto en ré de Beethoven, qu'il a joué dans un style\nimpeccable. M. Daraux, un peu fatigué, a néanmoins été très applaudi dans\nla Procession de Franck, où par moments l'orchestre n'a pas eu la discrétion\ndésirable. Le 3, M. Engel et Mme Bathori, avec le concours de M. Pitsch,\njeune violoncelliste de grand talent, ont donné un concert consacre aux\nœuvres des maîtres italiens du xvma siècle pour la ire partie et aux œuvres\nde H. de Fontenailles pour la 2e partie. On a aimé tout particulièrement\nla Sonate de Boccherini que M. Pitsch, parfaitement accompagné par\nMme Bathori, a jouée à ravir, Pianjeteet de Carissimi, ou\nMme Bathori d'abord seule et ensuite avec M. Engel a charme 1 auditoire.\nGrand succès pour les mélodies de M. H. de Fontenailles accompagnées\npar l'auteur. Citons, faute de pouvoir tout nommer : x out doucement, les\nAiles des cloches, un Baiser et les Saisodans lesquelles Mme Bathori fut\ntour à tour mélancolique et passionnée ; Sais-tu, Rose si jolie, So\"ff™\"ce'\nque M Engel interpréta avec son art consommé ; ou M. Pitsch\nmit de jolies sonorités, et enfin deux valses tziganes jouees avec |a fougue\nqui leur sied par Mme Bathori et M. de fontenailles sur 1 excellent\nSAu concert du .3 février, M. Geloso a joué la Sonate en ut dièse mineur\nde Beethoven, la 3\" Ballade de Chopin, la Berceuse de Gr.eg, le Chœur des\nFileuses de Wagner-Liszt, et comme rappel la Valse en la bémol de Cop"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.47", "texte": "236\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nM. Geloso est un remarquable virtuose et sa le'gèreté de doigts est incom-\nparable. M'ie Doecken, fatiguée, a cependant fait apprécier l'air\nles Vieilles de nous de Levadé, les de Chabrier et des com-\npositions de M. Geloso. Mlle Claire Blot, élève de Mme Tassu-Spencer, a\nfort bien exécuté sur sa harpe Pleyel différents morceaux, dont le plus\nremarqué fut Y Impromptu de Garbone. Et Mlle Denise Blot, une jeune pia-\nniste d'avenir, a tenu le piano d'accompagnement de façon à mériter tous\nles suffrages. Nous aurons d'ici quelque temps un concert avec le concours\nde M. Alejandro Ribo, pianiste.\n\nC. Perny.\n\nVIRTUOSES.\n\nMlle Renée Lénars, dont les auditeurs des concours du Conservatoire ont\ndéjà applaudi la virtuosité et la grâce à la salle Favart, où elle remporta en\njuillet son premier prix de harpe Lyon, vient encore d'obtenir un éclatant\nsuccès le 3o janvier chez Pleyel.\nEmile Nerini, un tout jeune homme, a été très goûté comme compositeur.\nOn a particulièrement applaudi : Rose, ne croyef pas et la 3e valse pour\nharpe. On a même mieux fait que de les applaudir, on a obligé M. Daraux\net la jeune harpiste à recommencer.\nCes 2 soirees du 6 et du 16 nous ont permis d'apprécier une fois de plus\nle beau ta.ent de Mlle M. Doerken, la chanteuse avec laquelle le maître\nR Pugno fit sa dernière tournée à travers la France avant son départ pour\n1 Amérique. M c Doerken n'a pas choisi la carrière artistique comme le\nmetier et le gagne-pain le plus brillant qui a tant d'attraits pour les enfants\nde nos concierges. Fille d'un de nos premiers ingénieurs, elle eût pu trou-\nver dans les plaisirs de la haute société mondaine où son rang l'appelait\nassez d occupations et de passe-temps futiles. Mais le désir de ne pas res-\n.'n,Tl tîUner?Vet de l'autre l'attrait qu'avait pour elle l'art de la mu-\nbilirJ Tir lobscunte où l'aurait laissée, selon toute proba-\nn Hktin gacte' P°Ur 6n aire Une de nos cantatrices concertistes les\nmaintien modeste et naturel, sa grâce, la grande pu-\nlu cœur h,Vonlt t son interprétation absolument juste, nous ont laissé\nvocation etmif» V t\" & so.ue^u^^e ne s'était pas trompée sur sa véritable\niuste titre son* P°^Yait ètre er de la recrue qu'il avait enrôlée, àsi\njuste titre, sous sa. bannière de gloire.\nGuimaraèsta\\ennp*nîn° •T 1 t dorJ 22 janvier, aux Agriculteurs, Fanny\ndu conservatoire 6 r6SI lenne' élève diplômée du maître Sauer et\neuropéens n'étaient npcT\"116' f montre une fois de plus que les artistes\nM'?- Gui \"S fS ?GUIS à P°uvoir bien les maîtres.\nd'œuvres de' Bettho°ër>Gluck s'tasf interprétation\nOn a ' ' °1 Saens, Schumann, Chopin, Liszt.\nMarmontel, où Mlle Gui Splendide Tarentelle, de\ntuosité c déployer toute sa douceur et sa vir-\nEminoer ne 'ïi'V, 1 l\"-'e violoniste, Mlles Nelly et Alice\nT nîûs „0,, s l charmes agréablement pendant toute une soirée.\nl'excellent diseur qu'est M. Brémom/^611^6' c'est'à\"dire d'applaudir,\nlati.ons musicales de M. T. Thomé, déjà\ndanS CS genre 51 dlfficile qui tient à la fois du théâtre et de"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.48", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n237\n\nla musique, ont ete un nouveau succès pour l'auteur qui les accompagnait\nen personne et pour leur excellent interprète.\nL abondance des matières pour notre dernier no ne m'avait pas permis\nde m etendre sur les grands concerts de la période de février : je me\npermettrai donc un petit retour en arrière pour ramener les lecteurs du\nMercure jusqu au récital de piano qu'a donné le; ler février, chez Plevel\nGermaine Arnaud, le brillant premier prix de notre Conservatoire, son\nconcert a ete un vrai triomphe. Devant une belle salle qui l'a rappelée\nplusieurs fois, elle a développé sans efforts apparents toutes ses mer-\nveilleuses qualités de mécanisme et d'originalité.\nLe 14 février, Mlle Maria Lucrecia Uriarte donnait son concert à l'Aeolian\n.Cette )eune pianiste argentine, déjà titulaire de nombreuses distinc-\ntions, fut l'éleve à Buenos-Ayres du célèbre Williams, et continua\nses etudes a Pans. Son incomparable mécanisme, la juste interprétation\ndes œuvres qu elle exécuta (Beethoven, Schumann, Liszt, etc...), en un\nmot, la haute virtuosité dont elle fait preuve, lui valut, de la part d'une\nsalle comble, d'enthousiastes ovations.\nSamedi soir avait lieu à la salle Erard le concert de Mlle Thérèse Roger.\nLe programme, très artistique et cependant très éclectique, a été exécuté\na la satisfaction générale : M\"° Fh. Roger possède un jeu exquis, une\nsonorité delicieuse. Son brillant mécanisme et l'exacte interprétation des\nœuvres qu'elle exécuta (Bach, Schumann, Chopin, Bernard, Fauré,\nMarmontel, Liszt, etc...) ont été fort goûtés.\nM'ie Reboul, violoncelliste, a fait merveille dans les de Lalo\net la Tarentelle de Popper.\nM. Tourret est un excellent violoniste. Quant à Mme Bureau-Berthelot,\nque nous avions entendue dernièrement à une des matinées Luigini, elle\nest toujours en progrès pour le style et la délicatesse de sa voix.\n\nPaul Dubot.\n\nSIMPLES AVIS.\n\nUn pianiste accompagne s'il s'agit de plaquer les accords et de faire les\nritournelles d'une chansonnette, d'un morceau de genre ou même d'un\nconcerto ; il prend le rôle de soliste dès qu'ilparticipe, avec un ou plusieurs\ninstrumentistes, à l'exécution de sonates, trios, quatuors, etc. Dans ce der-\nnier cas, il est faux et injuste de lui susurrer : « Vous accompagnef divine-\nment bien. » Qu'on se le dise une fois pour toutes !\n*\n* *\nNous ne saurions trop recommander aux chanteurs et instrumentistes\nqui liront ces lignes de vouloir bien, si faire se peut, cesser de présentera\nleurs accompagnateurs de la musique véreuse, loqueteuse, chiffonnée, dé-\ngoûtante, qui a traîné partout, ne tient plus debout sur le pupitre et dont les\npages se replient quand on les tourne. Nous ne nous adressons pas aux\nchanteurs comiques qui ont, eux, le soin de cartonner leur musique, de la\nconserver propre, vierge de crevaisons et de microbes. Nous conseillons\naux pianistes de refuser désormais des parties en mauvais état ; à 1 avenir\nils n'auront plus à s'en plaindre.\n»\n* *"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.49", "texte": "238\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\n\nLorsqu'on aime un compositeur, la première des choses à faire est de\nle récompenser du plaisir qu'il vous procure en achetant sa musique, et\nnon pas en cherchant quelqu'un qui vous la prête.\n\nJean Rage.\n\nCORRESPONDANCE.\nJ'ai reçu la lettre suivante, que je me fais un plaisir d'insérer ;\nMon cher confrère,\nDans le Mercure musical du 15 décembre dernier, un article bibliographique,\nportant votre signature, parle de mon d /'Essai de critique de la\ncritique musicale. Il me reproche notammen\nrence la famille de certains confrères. Il\nréalité ; mais l'erreur m'est imputable, ainsi qu'un ami me l'a signalé.\nVoici évidemment le passage qui vous\nbelle-mère apporte un manque de bonhomie et des allures peu aimables. On s'en\nsouvient quelquefois lorsqu'on lit certains articles de M. Lalo. »\nLa dernière phrase comporte ce don\nsens différents, et j aurais dû être plus\nallusion ùl état d esprit du critique en qu\ntant que celle-ci existe, ce que j'ignore.\nVoilà le seul point que je tenais à relever\ngracieusetés que vous m'avez octroyées,\nprotester contre elles, même légèrement, venant d'user très largement du droit\nqu a t écrivain de s exprimer sans détours.\nSi, un beau jour, j'étais chagriné de cet\nderais, pour me consoler, si vous avez\nbrûhiTe Sa\"S d°Ute Serait\nCrogez, mon cher confrère, à mes sentiments distingués.\nFRÉD. HELLOUIN.\nr jnnSÎ a°te très. volontiers delà rectification de M. Hellouin; mais il\nde stvlp m.leux valait ne pas employer certains procédés\ncersur nn illn^t6 & e<?mvoclue- valait mieux aussi ne pas pronon-\nvieux «ni ron • nompoSlte'Ur'- même par réticence> mot d'« enfant de\nZe 'n! nrS 7 un écrivain fort connu d'aller soigner à la cam-\nDar une ininrl hS U6 Pro mat^clue> en terminant cette ordonnance\na réDondu MantM /?arln ™ a ac|e- \" (< Pauvre Tabarin de Tarascon !\ndans son n le Critisue ainsi baf°ué ; n'était-il pas\nprocédés incta t_ian a m°i> je me devais de protester contre de pareils\ntage Je ne vois n\" Parc^.clue 'e sortais indemne de ce quasi général aba-\nms dit«toir m» S en, Ce qUI fait SUPP°Ser à M.Hellouin que je n'ai\nle plus iniDartial no e^K?C C|anS un comPte rendu où j'ai tâché de rester\np impartial possible et de reconnaître tous ses mérites.\nL. L."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.50", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n239\n\nECHOS\nA 1 Opéra-Comique. Le Cœur du Moulin, drame lyrique en deux actes,\nde MM. Maurice Magre et Déodat de Séverac, vient d'être reçu par\nM. Albert Carré et sera monté très prochainement. Nous n'avons pas\nbesoin de dire combien ce choix nous semble heureux. Détail à noter i\ncet ouvrage, présenté au dernier concours de la Ville de Paris, avait été\nécarté aux premières « éliminatoires ». M. V. d'lndy, membre du jury,\nse trouvait alors en Russie.\nMondanités. Très belle soirée musicale, le 17 février, en l'hôtel de\nMme Durey-Sohy. La perle en fut cette noble et pure mélodie de Saint-\nSaëns, la Cloche, chantée avec infiniment de délicatesse et de goût par la\nmaîtresse de maison. On a beaucoup applaudi aussi le Concertstuck, de\nWeber (Mlle Morin),et la Fantaisie dialoguée, de Boellmann, pour orgue et\norchestre G. Durey-Sohy). La partie d'orchestre, qui comprenait,\noutre les morceaux précédents, le Prélude et un Entr'acte de Carmen, et\nl'andante d'une Symphonie de Haydn, était exécutée par VUnion instru-\nmentale, société d'amateurs qui présente cette particularité d'être dirigée\naussi par un amateur. C'est là une tentative intéressante, et dont les\nrésultats sont déjà fort satisfaisants. Un peu plus de finesse dans les nuances\nest encore désirable ; mais la précision et la netteté sont acquises, et\nc'est l'essentiel.\nLe Courrier de la Presse a établi le relevé des votes et travaux par-\nlementaires de tous les députés et sénateurs.\nCe travail, le plus complet qui existe, est indispensable aussi bien aux\nélecteurs qu'aux candidats et comités électoraux; il évite la tâche ingrate de\ncompulser de nombreux volumes du Journal officiel, avec ses annexes,\npour y relever les suffrages exprimés lors des scrutins importants qui ont\neu lieu dans l'une ou l'autre Chambre, tâche bien faite pour rebuter plus\nd'un chercheur.\nLa vie des Saints. « Alexis de Castillon,né à Chartres en 1838, est mort\nà Paris en 1873.\n« Obligé par sa famille d'embrasser la carrière militaire, malgré son goût\ntrès prononcé pour la musique, il devint officier de cavalerie de la Garde\nimpériale et obtint d'être en garnison à Paris pour pouvoir continuer à\ntravailler l'art vers lequel il se sentait déplus en plus attiré.\n« Peu de temps avant la guerre de 1870, à laquelle il prit part, il fit la\nconnaissance de César Franck et, séduit aussitôt par l'enseignement si\nhautement artistique de ce maître, il brûla tout ce qu'il avait écrit anté-\nrieurement, et attribua à son Quintette, la première œuvre composée\nd'après les conseils de Franck, 1 étiquette Op. 1, bien qu il eut beaucoup\nproduit auparavant.\n« Depuis, son talent ne fit que croître ; il se mêla très activement au\nmouvement d'art créé par la Société nationale de Musique ; mais, épuise\npar les fatigues endurées au cours delà dure campagne d hiver de 1870-71,\nil succomba en pleine maturité d'âge et de talent. »\n(Programme des Concerts Chevillardl 18 février 1905.;\nUn nouveau roman de Willy. Qui\ngaieté française s'en va ? Elle revient, au contraire, si jamais elle était partie\net elle revient avec le nouveau livre de Willy!... Une Plage d Amour ! tel\nest son titre, (LIBRAIRIE UNIVERSELLE, 33, rue de Provence, Pans,\n3 Désopilant, drôle à faire mourire de rire, débordant de talent bien fran-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060301-01.1.51", "texte": "240\nLE MERCURE MUSICAL I-111-OÔ\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nçais, de gaieté, prodigieux de hardiesse de pensée et d'audaces, de style\nclair, rapide et des plus intrigants, tel est le livre. d'Amour\nprovoquera bien des colères grognonnes. Ah! c'est que Willy ne se gêne\npas de raconter tont ce qu'il a vu sur une de ces plages de bains de mer\nd'hiver et d'été, où le monde va se tremper dans l'eau et se retremper dans\nla liberté extra familiale et extra conjugale. Lisez Une Plage d'Amour et\nvous serez gai pour plus d'un an, c'est-à-dire jusqu'au prochain livre du\nprestigieux Willy.\nLe roman: Une Plage d'Amour se présente habillé, ou plutôt désha-\nbillé, d'une capiteuse couverture du délicat artiste qu'est Préjelan.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nErnest Bloch : Historiettes au crépuscule (Poèmes de C. Mauclair). Paris\nDemets. ' 1\nCésar Franck : Danse lente. Paris, Édition mutuelle.\nVincent d'lndy : Jour d'été à la montagne. Réduction pour piano à\n4 mains, par Marcel Labey. Paris, Durand et fils.\nCamille Saint-Saëns : L'Ancêtre, drame lyrique en 3 actes (A. de Lassus)\nParis, Durand et fils.\nEmile Vuillermoz : Chansons canadiennes Paris, Mathot.\nLes Dionysies(Louis Payen). Paris, Mathot."}]}