{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_sha256": "dd60ee46a36f79fe78aab055ed398660685c13a0678594bde84093258ebbe923", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/03/15_01/bmtnabh_1906-03-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/03/15_01/bmtnabh_1906-03-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.1", "debut_caractere": 256, "fin_caractere_exclue": 784, "texte": "Sommaire\nGUIDO GASPERINI L'Art\nSALVATOR PEVTAVI Esquisses m e\nREVUE DE LAQUINZAINE\nLouis Laloy, Ch. Chambellan, C. de Malaret, Jean Poueigh, Joseph Trillat,\nRaymond Bouyer, R. R. : Les Concerts. Raymond Bouyer :\nParent. Maurice Fourrier : Les Théâ Jean Marnold :\nHenry Gauthier-Villars : Saint-Saëns Louis Laloy :\nPolémiques grégoriennes. Jacques Reboui, A. G. : La Musique à Lyon.\n~René d'Avril : Courrier de Nancy. Edouard Perrln :\n—X.-Marcel Boulestln : Courrier d Elisabeth d'lrvel :\nrier de Manchester. Échos. Pub\nConcerts."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.2", "titre_corps": "L'ART ITALIEN AVANT PALESTRINA", "titre_sommaire": "L'ART ITALIEN AVANT PALESTRINA", "signature_source": "Guido Gasperini", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "L'ART ITALIEN\nAVANT PALESTRINA\n\nSans contredit, l'école musicale italienne fut, vers la fin\ndu xvie siècle, à la tête du mouvement musical européen.\nEn créant, de toute pièce, la forme splendide de composition\nqu'on a, depuis, nommée opéra,elle avait donné au style mo-\nnodique, qui était né d'elle, une consécrationéclatante ;et, par\ncette consécration, elle avait affirmé son influence durable sur\nles autres écoles. D'ailleurs elle avait eu, avant l'éclosion du\nchant à voix seule, une très forte école de contrapontistes dont\nla plus haute expression s'était révélée dans l'œuvre de Pales-\ntrina. Sa puissance était donc grande vers la fin du xvi® siècle,\net son influence et sa prééminence sur les autres écoles étaient\ntrès légitimes.\nMais qu'était cette école avant l'époque palestrinienne ?\nAvait-elle un caractère marquant, ou était-elle assujettie à la\ndomination étrangère ? peut-on affirmer que l'œuvre palestri-\nnienne et le style monodique aient été le dérivé d'un art primi-\ntif qui fleurit antécédemment en Italie et qui eut un caractère\nexclusivement italien ?\nA ces demandes, M. Romain Rolland a répondu, il y a quel-\nque temps, négativement (1), et cette réponse devrait signi-\nfier que l'art italien était peu développé avant Palestrina et\nqu'il subissait le joug d'un art étranger au goût, aux tendances\n\n(i) La musique en Italie du xiv® au xvme siècle, d'après une publication\nrécente. (Revue musicale, ier septembre 1905.)"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.4", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "artistiques du peuple italien de la Renaissance. M. Romain\nRolland a-t-il raison ? Je crois que non. J estime extrêmement\nl'art étranger qui florissaiten Italie avant Palestina ; mais j'es-\ntime pareillement l'art national qui s épanouissait, chez nous,\nà la même époque ; et c'est justement pour rappeler cet art à\nla mémoire des musiciens oublieux, de nos jours, que j'écris ces\nlignes.\nLorsqu'un historien parle de l'art musical au xve siecle et au\ncommencement du xvi6, il se croit obligé de ne rappeler que les\nmagnificences contrapontiques des maîtres fianco-flamands.\nC'est comme si le sentiment musical de cette époque eût ré-\nsonné partout à l'unisson et eût donné la même note dans tous\nles pays civilisés d'Europe. Et l'historien dit que toute la mu-\nsique qu'on composait alors avait le caractère de la musique\nfranco-flamande et que les compositeurs et les chanteurs les\nplus recherchés et les plus expérimentés ne pouvaient être que\ndes franco-flamands. Et tout de suite surgit la liste des grands\nnoms de la grande école ; et l'historien se hâte de con-\nclure qu'à côté de la musique d'un Dufay, d'un Binchois, d'un\nOckeghem, d'un Josquin, il ne pouvait exister d'autre mu-\nsique.\nCe singulier phénomène, qu'on pourrait dire un singulier\neffet d'optique, est dû à la vive lumière qui environna, pendant\nde longues années, la production musicale franco-flamande. On\nadmira tellement cette lumière qu'on crut à l'absence de toute\nautre clarté ; et, la mode aidant, on s'y prit si bien qu'on finit\npar ignorer l'existence d'une autre production, d'une autre\nécole non moins intéressante et importante, du côté esthétique\net historique, que la production et l'école franco-flamandes.\nCette école et cet art oubliés étaient bien franchement ita-\nliens.\nOn sait le très haut degré de culture et de civilisation auquel\narriva l'ltalie pendant le xv° sièle. Dans cet espace de cent\nannées, sous l'influence des renaissantes beautés de l'art an-\ntique, l'esprit italien se transforma, l'art national prit un vigou-\nreux élan, les coutumes sociales s'ennoblirent et se raffinèrent.\nLe xve siècle est l'époque des humanistes ; c'est aussi l'époque\ndes Beato Angelico, des délia Robbia, des Donatello, des Botti-\ncelli ; c'est l'époque des élégances renouvelées, du luxe recher-\nché, des fêtes somptueuses, du bon goût classique renaissant.\nLa société italienne se débarrasse alors des derniers restes de\nla rudesse et de l'austérité du moyen âge, et, tandis que les au-\ntres peuples d'Europe sont encore sous le poids des traditions\nmédiévales, l'ltalie marche, éclairée par l'idéal nouveau, dans\nla voie de la nouvelle civilisation. Peut-on croire que dans un"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.5", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "moment si brillant de sa vie intellectuelle, juste alors que la\npensée nationale se révélait puissamment dans les langages ex-\npressifs de l'architecture, de la sculpture, delà peinture, peut-on\ncroire que, juste alors, l'ltalie ne sût exprimer qu'imparfaite-\nment, par le chant, ses propres sentiments ? L'hypothèse n'est\npas admissible ; et les faits en démontrent l'absurdité. Voyons\nces faits.\nAssurément, la musique italienne du xv® siècle et du com-\nmencement du xvie ne pouvait présenter les caractères de la mu-\nsique des autres pays. La tradition, les tendances, les habitudes\ndes Italiens devaient nécessairement donner à la musique na-\ntionale une tournure spéciale. Cette musique ne pouvait s'ap-\nprofondir dans la recherche des difficultés techniques, ni trouver\nsa plus haute satisfaction dans l'enchevêtrement des parties de\nchant en imitation.Manifestation vive et franche du très vif\nesprit italien, émanation du goût raffiné d'une société d'élite qui\nse plaisait aux plus rares élégances, cette musique, faite pour\nêtre chantée dans les salles ornées des princes ou dans les rues,\nàla nuit, au milieu d'un peuple en fête, àla lueur des flam-\nbeaux, cette musique devait fuir les voies obscures et savantes\nde la science contrapontique et s'élargir dans la grande clarté de\nla mélodie expressive et simple ; et elle devait préférer, aux\nformes très graves de la grande composition, les formes légères\net gracieuses de la chanson et de la chansonnette. D'ailleurs,\nle milieu où cette musique florissait semblait fait tout exprès\npour lui donner le cachet particulier qui la distingua si vive-\nment des musiques des autres peuples. On se rappelle les cor-\ntèges joyeux qui, du temps de Laurent le Magnifique, sortaient,\nla nuit, par les rues de Florence, chantant ces chants carnava-\nlesques dont les paroles étaient composées, quelquefois, parle\nprince lui-même ; et on se rappelle aussi les grands concerts\nque de nobles artistes et dilettantiexécutaient aux cours des\nGonzague et des d'Esté. Pour ces concerts dont les exécutants\nétaient les dames et les gentilshommes de la cour, et pour ces\nsolennités musicales publiques qui s'attardaient, dans la nuit,\nparles rues des villes, la musique franco-flamande, appesantie\npar la recherche de 1 imitation, par les entraves des canons, par\nla construction mélodique qui mettait, presque toujours, le\nthème dominant au beau milieu de l'harmonie, n'était pas pos-\nsible. Il fallait une musique moins savante, mais plus claiie,\ndont on pût aisément comprendre la construction et qui fût, en\nmême temps, très vive et très expressive. Et c est justement\nainsi que fut cette musique mélodieuse et expressive, cette mu-\nsique italienne du xve siècle dont les traditions remontent, bien\nen arrière, aux siècles du Décaméron et de Casella, cette mu"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.6", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "sique vive et joyeuse qui fut bien, à trois et a quatre parties,\ncomme la musique franco-flamande, mais où les quatre voix\neurent bien garde de rivaliser d importance entre elles ! Dans\ncette musique que les chars carnavalesques emportaient, à la\ngrande joie du peuple, par les rues de Florence, c'était toujours\nle chant solo qui montait sur l'ensemble des voix. On ne deman-\ndait pas, à cette musique, un concert de voix égales se subdivi-\nsant et se renvoyant le thème du haut en bas du quatuor vocal J\nc'était la mélodie libre et dégagée qu'on cherchait et c'était elle\nqui trônait en haut du concert, ne se laissant pas facilement\nsubmerger par le flot des voix secondaires. En examinant et en\nécoutant cette musique claire et mélodique, on comprend pour-\nquoi le chant solo prit si vite possession de l'art musical italien,\nun siècle plus tard, à l'époque de la naissance de l'opéra. C'est\nque le chant solo n'avait jamais cessé d'exister, comme forme\nd'art, en Italie ! voire même, il avait toujours prospéré et avait\npresque été préféré au chant polyphonique. Accompagné du\nluth ou delà viole, ou soutenupaii'harmonie discrète des voix\nsecondaires, le chant solo semblait être la forme d'art qui ré-\npondait le mieux au goût et aux tendances artistiques du peuple\nitalien, de ce peuple qui avait reçu en héritage des anciens l'a-\nmour pour la clarté et la simplicité \\ et c'était cette forme d'art\nque les artistes et les dilettantes italiens aimaient le plus et qui,\npassant intacte à travers les siècles et à travers les luttes contre\nles tendances étrangères, influait sur toute la composition mu-\nsicale italienne du xvie siècle et venait s'épanouir librement, à\nla fin de ce siècle, dans les œuvres de Vincent Galilée, de\nJules Caccinietde Jacopo Péri. Et la prédilection pour ce chant\nnous fait comprendre aussi pourquoi le chant solo s'imposa\ntellement à l'art italien des xvn® et xvme siècles. C'était toujours\nle même sentiment qui dominait la foule, le même besoin de\nclarté. Seulement, aux xvne et xvme siècles, ce besoin de clarté\nse transforma en besoin de facilité de compréhension, et le\nchant se modifia et se simplifia toujours plus, pour être plus\ncommodément compris, jusqu à ce qu'il arrivât à la pauvre sim-\nplicité de l'art italien duxix6 siècle.\nMais dans les chansons italiennes du xv® et du xvi9 siècle,\nla pauvreté harmonique et contrapontique des temps futurs ne\ns'aperçoit pas encore. Et c'est ce qui fait le charme de ces com-\npositions. Tout en évitant la lourdeur qui dépare bien des\nchansons franco flamandes et qui a son origine dans l'emplol\npresque continu de l'imitation (je crois que M. Expert lui-\nmême voudra reconnaître ce défaut dans les compositions\nanciennes qu il a publiées), les chansons italiennes sont compo\"\nsées à plusieurs parties réelles \\ mais les artifices du contre-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.7", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "point y sont si bien cachés qu'ils n'entravent pas la marche de\nla mélodie. En lisant certaines chansons de Jannequin ou de\nGascongne ou de Glaudin de Sermisy, on dirait que le compo-\nsiteur a voulu faire, en premier lieu, du contrepoint ; cela\nn'arrive jamais, ou presque jamais,dans les chansons italiennes ;\nle contrepoint y est, mais on ne s'en aperçoit pas. Les parties\nsemblent avoir une égale importance ; et elles ont toutes un\ndéveloppement indépendant et très mélodique ; mais les mou-\nvements sont combinés de manière à faire ressortir principale-\nment une d'elles, celle qui a le chant principal et surtout celle\nqui est dans la région la plus aiguë du concert ; et de cette\ncombinaison naît une harmonie riche et intéressante qui n'em-\npêche pas la voix principale de s'envoler au-dessus des autres.\nC'est bien là la forme des frottole,des des qui\ncharmèrent les cours princières du xve siècle ; et c'est là aussi\nla forme des villanelle,des villotte,des et des\n\\onettequi furent chantés pendant le xvie siècle et qui prépa-\nrèrent la floraison du chant solo de Vincent Galilée et de l'aca-\ndémie du comte Bardi. Cet art national, si simple et si expressif,\neut toujours la prédilection des masses, et c'est à son influence\nqu'on doit la naissance du courant contraire au contrepoint qui\nenvahit peu à peu l'Italie pendant le xvie siècle, et [qui trouva\nsa plus forte expression dans le\nmodernade Vincent Galilée ; ce courant qui fit naître le mélo-\ndrame en 1594 et qui, trente années auparavant, avait même\nessayé de chasser le contrepoint de sa résidence légitime, de la\nmusique d'église.\nLe besoin de clarté, qui se manifesta toujours plus vif en\nItalie, pendant le siècle de Léon X, n'empêcha pas cependant\nque la musique italienne ne se prît d'un amour passionné pour\nl'art polyphonique. Cela était naturel. Dès la seconde moitié du\nxv* siècle, la péninsule avait été envahie par l'école franco-\nflamande ; les compositeurs et les chanteurs étrangers étaient\ndescendus en foule dans nos contrées, attirés par la générosité\nde nos princes, par la richesse de nos républiques 5 et les prin-\nces et les républiques se faisaient une gloire de tenir à leur\nsolde ces vaillants virtuoses du contrepoint auxquels la compo-\nsition d'une messe à quatre voix ne coûtait qu une nuit de tra-\nvail. La musique franco-allemande s'était emparée de nos cha-\npelles, de nos académies, de nos concerts; et son idéal austère\net grandiose surgissait menaçant en face de 1 idéal traditionnel\nde notre école, de notre art. Ce ne fut pas une lutte, alors, ce\nfut une double conversion. L'art italien accepta, en admirant,\nles procédés puissants de l'école étrangère ; et tandis que le flot\ndes chansons et des chansonnettes} des frottole et des villa-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.8", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "nelles suivait, joyeusement, son cours habituel, les composi-\ntions religieuses et les madrigaux italiens marchèrent dans la\nvoie nouvelle ouverte par les maîtres flamands. Mais, en même\ntemps, la composition franco-flamande s'élargit et s adoucit, au\ncontact de l'art italien, et devint plus mélodique, plus élégante,\nplus souple 5 sous l'influence de notre art elle changea d allure\net d'aspect et c'est alors que parut Josquin Després, qu on a\npu supposer, un instant, d'origine italienne (Giosquino del\nPrato), à cause de la douceur et de l'élégance de son chant ;\nc'est alors qu'Adrien Willaert s établit a Venise, ou il fonda\ncette école célèbre qui devait monter, de plus haut en plus\nhaut, de Cyprien de Rore à Gabrieli, de Gabrieli à Monte-\nverdi. L'école franco-flamande et l'école italienne s'unissaient\nainsi en Italie, et de leur union puissante et féconde naissait\nl'art divin de Palestrina.\n- Mais, même dans cette union inévitable, l'ancien sentiment\nesthétique des Italiens ne céda aucun de ses droits. Nos artistes\nvoulurent bien apprendre des Flamands la manière de cons-\ntruire ces admirables édifices dont les larges bases se formaient\ndes règles les plus compliquées du contrepoint ; cela leur était\nnécessaire ; mais ils voulurent aussi donner à ces construc-\ntions le caractère spécial que le goût artistique de la nation\nexigeait. Et aussitôt la jeune école contrapontique italienne\ntraça sa route qui, n'étant pas précisément parallèle à celle de\nla vieille école flamande, s'approchait le plus possible de l'an-\ncienne voie suivie par la musique italienne et ne manquait pas,\nen même temps, d'influer sur la direction de la route suivie par\nles Franco-Flamands en Italie. L'antique idéal, que les composi-\nteurs de frottoleet de villanelles n'avaient jamais abandonné,\nreparut dans les compositions contrapontiques de la jeune\nécole ; et quoique celles-ci fussent souvent élipsées par les res-\nplendissantes musiques des maîtres étrangers, elles puisèrent\ndans le sentiment national la force sufisante à s'élever au\nniveau des compositions rivales et à créer un art dont les\nmoyens techniques étaient fournis par la science flamande du\ncontrepoint et dont l'inspiration était tout italienne ; cet art\nfut l'art de Giovanni Pierluigi da Palestrina.\nOr, c'est précisément cette jeune école et ses devanciers que\nj'ai voulu rappeler dans cet article. On est trop souvent porté\nà oublier les devanciers d'une grande école, ou à se laisser\néblouir par l'éclat d'une grande renommée ; et on ne pense pas\nqu'autour d'une grande figure historique se dressent d'autres\nfigures non moins intéressantes et importantes. C'est le cas de\nla musique franco-flamande en face de la musique italienne.\nLes grandes compositions des Ockeghem, des Hobrecht, des"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.9", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "Josquin, des Brumel, des Willaert, etc., nous empêchent de\nvoir les œuvres si remarquables des Marchetto Cara, des Bar-\ntolomeo Tromboncino, des Andréa Antico, des Giangiacomo\nFogliano, des Gostanzo Festa, des Ferabosco, des Corteccia,\ndes Ruffo, etc. ; et cependant les compositions de ceux-ci n'ont\npas moins d'importance pour l'histoire du développement de\nl'art musical que les compositions de ceux-là. Certainement, il\nn'y a pas de prééminence d'un art sur l'autre ; mais il y a\ninfluence d'une école sur une autre école ; et comme on peut\naffirmer l'influence de l'art franco-flamand sur la technique de\nl'art italien, ainsi on doit constater l'influence de la tradition\nartistique italienne sur la floraison de la grande composition\ncontrapontique du xvie siècle. Si le goût musical italien n'avait\npas été porté si vivement vers la mélodie libre et vers le chant\nsolo, le style monodique et ses innombrables conséquences\nn'auraient paru que bien plus tard et dans toutes autres formes\net circonstances ; et, de même, si ce goût musical ne s'était\nprononcé si fortement dès le xive et le xve siècle, la réforme\npalestrinienne n'aurait pas eu lieu ou se serait accomplie en\ntout autre manière. Dans les deux cas, nous avons la preuve\nde ce que valait l'école italienne avant i 550, et nous avons la\ncertitude qu'avant cette époque notre école n'était pas ce que\nl'on s'imagine bien souvent aujourd'hui, c'est-à-dire une école\nsans force et sans caractère, mais, tout au contraire, qu'elle\navait une vigueur et un sentiment personnel très marqués ; ce\nqui la porta à influer directement et puissamment sur l'école\nflamande et à contribuer, au même degré que celle-ci, au déve-\nloppement du grand art du xvic siècle.\nSur notre demande, M. Guido\nà son intéressant article plusieurs\npubliées dans notre prochaine liv\nson, envoi, et le Alercure Alusical est ouvert a tous ceux qui vou-\ndront prendre là parole en ce -\ntiennent.\n\nGuido Gasperini."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.3", "titre_corps": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE", "titre_sommaire": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE", "signature_source": "Salvator Peïtavi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "ESQUISSES MUSICALES\nD'OUTRE-MANCHE\n\n(,>\nIV\nLA HARPE D'ERIN.\n« Land of song! » said the warrior-bard,\n« Tho> ail the world betrays thee,\n« One swordy at least, they rights shall guard,\n« Owefaithful harp shall praise thee. »\n(The Minstrel Boy. — T. Moore.)\nIl y a une harpe dans les armes de l'Irlande... Cette harpe est\nplus qu'un vain simulacre ou une relique morte : c'est un sym-\nbole et un témoin. Elle exprime et retrace toute la poésie qui\ndort au fond de l'âme irlandaise, ses aspirations artistiques, ses\ndons et ses grandeurs. Elle a vu se succéder des générations qui\nont fait vibrer ses cordes à l'unisson du même enthousiasme et\ndu même amour, résumant dans ses accords deux cris con-\ntinus de liberté et de foi. C'est la harpe d'Erin !\nC est la harpe d'Erin ! Développant le long cycle des canti-\nlènes du pays, elle a bercé les enfants de « Témeraude des\nmers », de son rythme tendre et pathétique, réveillant les plus\nsecrets échos de leur conscience. Elle a été le témoin ému et\nnon muet, certes, de leurs souffrances et de leurs gloires. Elle\na été de leurs fêtes, et plus souvent encore de leurs deuils. Au\ncoin de 1 âtre, devant un feu de bruyère, elle a vibré pour nar-\nrer les mœurs simples des aïeux et redire leur vie obscure, mais\nnoble. Et sur les champs de bataille, les jeunes l'ont vue et en-\ntendue, leur rappelant que « c'est la cendre des morts qui créa\nla patrie ».\n\n(i) Suite et fin. Voir les nos des i 5 octobre, ier novembre et ier décembre\n1905."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.11", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "Oui, il y a une harpe dans les armes de l'lrlande, et cette\nharpe est sa plus belle gloire, le fleuron expressif de sa beauté\nde vierge artiste et poète, de ses traditions et de ses grandeurs,\ncomme aussi de ses misères et parfois de ses déchéances forcées.\nEt pourquoi ne serait-elle pas mêlée à la vie de ce peuple ? S'il\nest une chose dont on ne le dépossédera pas, c'est de cette\nharpe magique où toutes ses tendances se résument : la harpe\nd'Erin.\nVoyez, partout, sur les bords d'Erin la verte, sur la grande\nmer, des goélettes laissent frémir au vent du large leurs voiles\nblanches comme des ailes d'albatros ou le plumage d'un pélican.\nMères, femmes, fiancées, elles viennent offrir à l'Océan leurs fils,\nleurs maris, leurs amants. Et ceux-ci, conquérants des batailles\npérilleuses, « travailleurs de la mer » acharnés, « pêcheurs\nd'lslande » ou de Terre-Neuve, avant de dire adieu à cette\npatrie pour laquelle bat leur cœur, écoutent la chanson ber-\nceuse et caressante de la harpe, ces mélodies du temps passé ;\net ils les rediront, tout là-bas, sur la grande vorace, les soirs\noù le travail est dur, où le flot gronde et, de sa voix mugis-\nsante en ronflement d'orgue, accompagne leur chant mélanco-\nlique et doux.\nLa harpe d'Erin! Saluons-la très bas, même si nous ne savions\npas l'aimer. Et nous l'aimerons, car en elle il y a quelque chose\nde français : l'âme de l'lrlande, celle d'hier, d'aujourd'hui, de\ndemain, la même toujours.\n♦\n* *\nJe m'en serais voulu d'esquisser le tempérament musical\nirlandais, sa formation, ses tendances, d'une façon trop didac-\ntique et avec un scalpel trop brutal. Le caractère irlandais n'a-\nt-il pas avec le nôtre de grandes affinités ? Son tempérament\nartistique n'est-il pas un peu parent de celui de la France ?\nComme lui, il est prime-sautier et s'exprime d'un trait, se\ndécouvrant tout de suite tel qu'il est. Il n'est rien qui ne l'é-\nmeuve, et c'est pourquoi, peut-être, il sent avec plus de force et\nde délicatesse, pourquoi il est essentiellement poète. Entre\nl'Angleterre et l'lrlande il y a plus que la distance d un détroit,\nil y a des siècles d'antipathie, de haine, une inimitié irréconci-\nliable et la différence radicale des aspirations et de l'idéal de la\nvie. L'Anglais a le génie des choses matérielles, des bonnes\naffaires : il s'entend à organiser une industrie, à acheter et à\nvendre, mais sa moyenne d'art est plutôt superficielle. Dans les\ngrands yeux bleus de l'lrlandais, vous pouvez lire un monde de\nrêves, des indices d'une imagination brillante, des signes de"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.12", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "vivacité. Des siècles de souffrance le rejettent loin d Albion ,\ndes siècles de sympathie et un fond commun de sentiments\nl'attirent vers nous. a\nEn France on chante et on rit de tout et « meme de ses\nmalheurs ». Le moindre événement donne prise à la satire et à\nla chanson ; quelques couplets ont vite fait de naître, sur un air\nqui plaît, d'un charme spontané, fleur d'un jour. On ne demande\npas une finesse extrême ; je crois meme que, à 1 occasion, on\nregarde peu à la littérature \\maiscela est agréable et, en quelques\nheures, de Dunkerque à Marseille, lemême airs'envole de toutes\nles lèvres.\nEn Irlande, la chanson n'est pas moins prompte à s'éveiller,\net ses thèmes ordinaires, quoique moins variés, sont toujours\ncomme la révélation de son état et de ses sentiments. Ce seront\ndes légendes sur saint Patrick, l'apôtre d'Erin les exploits\ndes héros nationaux ; des couplets sur le symbolisme du\nshamrock menu et frisé ; des appels au patriotisme ; toutes\nchoses dont il pourraêtre utile de suivre la genèse et le dévelop-\npement.\nDès le xne siècle, l'lrlande a ses écoles de harpe, les plus cé-\nlèbres du monde. On y court de tous les pays celtiques : le\nBreton s'y rencontre avec le Gallois ; l'Ecossais y figure égale-\nment. Ces écoles se tiennent souvent en plein air, à l'ombre des\nchênes, sur les plages et, j'imagine, quelquefois au pied des\ncromlecks. On chante alors en langue gaélique, aux accompagne-\nments de la harpe. Il est intéressant, à ce sujet, de lire les chro-\nniqueurs ou théoriciens anglais contemporains. Tous rendent\nhommage à cette fécondité artistique ; tous, Brompton, Giraldus\nCambrensis, John de Salisbury, ont remarqué l'attrait du\npeuple irlandais pour ces délicats délassements de la musique.\n« L'amour du peuple pour la musique, écrit John de Salis-\nbury, est bien digne d'attention; l'lrlandais excelle même à un\ntel point dans cet art que, à ma connaissance, aucune nation\nne le surpasse. »\nEt un autre, Fuller, parlant de la croisade de Godefroy de\nBouillon, déclare qu'on aurait souvent passé des heures tristes,\ndurant cette guerre, si la harpe d'lrlande n'avait jeté parmi les\nchevaliers sa gaieté insouciante et entraînante. Il serait encore\naisé de citer les témoignages de Fordun, au xm* siècle, deClynn\nau xiv® 5 de Polydore Virgile et de Major au xve j de Vincenzo\nGalilei, de Bacon, de Spenser, de Stonihurst et de Camden\nau xvie ; mais la nomenclature en serait trop longue et fasti-\ndieuse.\nAllez visiterTrinity-College, à Dublin, et l'on vous montrera\nla haipe a trente cordes du héros barde Brian-Boru ; celle, à"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.13", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "trente-sept cordes, du chef de clan célèbre, Robin Adair. Il y\nen a même une, celle de Dalway, qui possède cinquante-deux\ncordes.\nDurant les xvi®, xvne et XVIII® siècles, l'art musical semble\nlanguir et aller vers sa décadence ; non pas que les bardes et les\nharpistes se sentent moins de talent ou d'inspiration, mais\nparce que « l'orgueilleux envahisseur » veut étouffer les accents\nguerriers des ménestrels et briser à jamais la harpe d'Erin.\nQuiconque a l'audace de chanter les héros et les choses d'antan\ncourt le risque d'être enfermé ou pendu. Sans doute, on enten-\ndra encore les chansons de Rolly Doll, O'Cahan, de John et de\nHarry Scott, de Gerald O'Doly, de Carolan, de Owen Keenan\net de James Duncan, mort au seuil du xix« siècle, en 1800 ; mais\nil semble qu'avec la liberté l'oiseau ait perdu sa joyeuseté, sa\nfraîcheur d'autrefois. La harpe désormais va se voiler d'un crêpe\nqui, tout à la fois, marquera le deuil de sa splendeur ancienne\net atténuera l'énergie de ses accents, leur donnant quelque chose\nde plus plaintif et de plus sombre.\nDu reste, on n'enchaîne pas nécessairement l'âme d'une nation\nparce que cette nation est vaincue. Lapersonnalité de tant d'indi-\nvidus qui veulent, malgré tout, demeurer en communion d'idées\net de souvenirs, saura bien trouver un moyen de se conserver\net même, s'il le faut, de s'affermir. La harpe ne quitte pas l'lr-\nlande. Pourquoi ne serait-elle pas un instrument de renouveau\net de résurrection ?\nIl semble qu'elle l'a été et continue de l'être...\nDans leur désespoir, alors que tout contribue à leur perte,\nles vaincus, les faibles, les persécutés garaent deux armes, re-\ndoutables s'ils savent en user, et dont, plus ou moins, on ne\nsaurait les priver: la caricature et la chanson. Ces deux instru-\nments sont vieux comme le monde. N'a-t-on pas découvert,\nsur les murs des habitations des cités antiques longtemps ense-\nvelies et dont on finissait par exhumer les décombres, des figuies\nd'une facture assez grossière, destinées à flétiir les vices de\npersonnages célèbres ou inconnus ? Ainsi à Pompéi et à Rome.\nLes Etrusques, pour narguer la mort qu'ils ne pouvaient vain-\ncre, la ridiculisaient sur les sarcophages mêmes des défunts . a\nils peignaient des scènes comiques, franchement amusantes,\ncaricature de la vie, insulte au temps et ala mort, epen ant\nil faut être prudent pour manier cette arme; elle peut devenir\ndangereuse entre les mains de quiconque s en seit.\nLa chanson l'est moins. Elle est impersonnelle ; elle appar-\ntient à tout le monde et n'est la propriété exclusive de per-\nsonne. Elle a ce précieux avantage d'être le miroir du tempé-\nrament d'un pays. Ses mélodies circulent débouché en bouche"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.14", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "on se les fredonne en guise de consolation et, quand on est\nseul, sûr de ne point être observé, entre membres d'une même\nfamille, enfants d'une même terre, on se soutient ainsi mutuel-\nlement et l'on s'encourage. Dans ces chants populaires réside et\nse réfugie l'âme d'un peuple. On les reconnaît d'instinct, on les\naime, on s'unit autour d eux comme on le ferait autour d'un\ndrapeau, et précisément parce qu'on ne peut se grouper autour\nd'un drapeau. Il est des races qui se sont reconnues, rappro-\nchées sous l'influence de ce seul facteur ; des nations qui se sont\nformées grâce à lui ; des peuples qui ont conquis par lui leur\nindépendance. Je n'en voudrais pour preuve, dans les temps\nmodernes, que l'exemple des Bulgares, des Roumains et des\nGrecs.\nC'est pour cela que la chanson est véritablement l'arme des\nfaibles ; c'est pourquoi elle est devenue celle de l'lrlande\nvaincue mais non soumise ; et la harpe en est le symbole.\nUn peuple n'a pas été injustement tyrannisé pendant de\nlongs siècles sans qu'il se souvienne ; il n'a pas combattu si\nlongtemps et avec une ténacité invincible pour sa liberté et sa\nfoi, sans que ses monuments littéraires et musicaux portent\nl'empreinte ineffaçable de toutes ces luttes. La tradition de ces\nchoses fait partie du patrimoine national : les haines de race,\nles sourdes rancœurs se sont figées à jamais et comme cristal-\nlisées dans les mélodies populaires. Alors même que l'Histoire\nn'aurait pas le droit de parler, la chanson s'élèvera pour pro-\ntester, et sa protestation sera nécessairement entendue. Ce qui\nne pourra se dire ouvertement sera insinué dans des légendes\nsymboliques dont on trouvera aisément la clé.\nC'est là exactement ce qui a eu lieu, j'ai eu l'occasion de\nle montrer ici même, —!fpour les Bulgares oppressés par les\nTurcs. Seulement, musique et paroles varient selon le carac-\ntère des hommes qui s'en servent. L'Oriental, qu'il soit grec\nou bulgare, est un être pliant et qui devient aisément passif. Il\ny a des degrés dans cette flexibilité ; mais l'habitude du joug a\nfini par le dompter. Il se résigne en soupirant, il pleure à part\nlui ; quant à maudire, il n'y songe pas, il n'ose pas, de peur\nque son joug ne soit rendu plus pesant. Alors la chanson pa-\ntriotique est une sorte de plainte langoureuse, dolente, un\nvague désir de liberté et de vie, avec une musique attristée et\ndouloureuse: l'agonie de l'agneau que le loup étouffe lentement.\nL'lrlandais n'a pas cette trempe. C'est un lion vaincu, qui\nderrière les barreaux de sa cage lance des rugissements de\nfauve. Malgré la lourde oppression qui l'étreint depuis des\nsiècles il est resté frondeur, au fond, et invincible dans l'âme.\nCroyez-vous qu'il va se taire devant les exactions du pouvoir,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.15", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "les injustices des magistrats, les charges imposées par des Lords\nqui le sucent et l'exploitent sans vergogne, les entraves de\ntoute sorte par lesquelles on lui fait une guerre mesquine, irri-\ntante? Va-t-il être l'éternel banni et souffre-douleurs de l'An-\ngleterre?... Ecoutez-le chanter. Il y a, dans ses accents, une\nénergie qui n'est pas celle des mélopées des raïas orientaux, qui\nest à une distance considérable de nos chansons comiques ou\nvolages, composées sur un fait divers, une passion d'un jour;\nil y a son âme qui vibre tout entière et qui là s'abrite et se\nraidit. Ce sont des éclats de haine à peine cachée ; des huées à\npeine contenues. Partout, sous ces notes, vous sentez gronder\nune menace, comme le bruit des vagues lorsque la tempête, à\nla surface, semble apaisée, mais que, en dessous, le choc des\nflots continue, plus violent et plus terrible, choc intérieur que\nles marins redoutent plus que la danse des éléments à ciel\nouvert et qu'ils appellent du nom de « perfides vagues de\nfond ».\nSi l'on chante saint Patrick et ses travaux apostoliques, c'est\npour rappeler que l'lrlande est une fleur à part, une perle douée\nd'un éclat qui lui est propre, une nation complète, homogène\net qui rejette avec l'étranger toute assimilation avilissante. Les\nhéros nationaux paraîtront, pour répéter que jadis Erin fut\nprospère et heureuse, que « Malachi portait le collier d'or ravi\nà l'envahisseur ». Et le shamrock, tout mignon dans sa robe\nd'un vert vivace, sera à la fois le symbole d'une persistante\njeunesse, et de tout ce qu'il y a, dans le caractère national,\nd'art, de musique, de poésie, d'idéal. En sorte que, tout, dans\nces chants de la plèbe, contribue à étayer une idée, la seule, la\ngrande idée de l'indépendance. C'est là ce que j'appelle une\nidée courageuse et noble. Et elle n'a pas manqué de fécondité.\nCe mélange de tristesse et d'énergie et d'espoir tenace a\ndonné aux mélodies populaires, à toutes, même à celles qui\nparlent d'amour, un caractère mélancolique assez mai que ,\nmais une mélancolie virile, qui n'a rien des mièvieries fémi-\nnines ou de la névrose des dilettanti. Le rythme est bien scandé,\ncomme pour en souligner la force mélancolie des choses\npassées énergie et foi dans 1 avenir, opiniâtreté dans la lutte .\nil y a tout cela dans la plupart de ces chants. Ou même si ce\ndernier point de virilité fait défaut, la mélancolie émouvante\ndemeure, toujours, comme les larmes dune mèie ou dune\nveuve dont le fils ou l'époux est mort sur la mer grande, ou gît,\ninerte, sur un champ de bataille .\nEcoutez maintenant ces accents où gronde un ressentiment\ncontenu, mais intense, comme le murmure ascendant d une\nfoule qui serait lasse de souffrir et parlerait de secouer le joug."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.16", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "Remarquez dans cette chanson, vrai chant de guerre, prépara-\ntion au combat, ce rythme que rien ne détourné, persistant et\npresque trop mesuré. De temps temps, une note s eleve,\nplus aiguë, au-dessus des autres ; c'est un cri d indignationlet\nde fureur mal étouffé, présage de terribles expiations. Il souffle\nà travers cela un vent d'orage prêt à éclater ;et c est en même\ntemps une plainte fort triste, n'allez pas croire a la seremte du\nciel ou que ces voix font de vaines menaces.\n... Il y a, dans l'histoire des anciens Israélites, plus d'un\ntrait touchant. Alors que les circonstances, qui leur étaient\ndevenues contraires, les jetaient éparpillés aux quatre coins du\nmonde, disloquant les familles, brisant les liens sacrés de Tin-\n\n(i) Oh ! triste le jour, sombre l'heure, Pour les fidèles enfants d'Erin;\nQuand des lois tyranniques sont lancaes S'évanouit la lumière de la liberté.\nPersonne, nous dit-on, ne doit se montrer brave Ni arborer son drapeau. —Avec\nmenaces la loi défend De porter l'emblème vert. - Soit, que les pouvoirs agis-\nsent à leur guise : il y a des choses qu'ils ne sauraient faire : Ils ne sauraient\nenchaîner l'esprit —Ni prouver que le faux est vrai. Ainsi nous ferons flotter\nnotre bannière Et Ton verra notre devise Et nos voix chanteront en chœur\n« Le port de l'emblème vert »."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.17", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "timité et du foyer, eux, trop éloignés pour monter au temple\nde leuis peres et y adorer, se tournaient par la pensée vers\nJérusalem et, à travers les espaces, accordant leur cœur à\nl'unisson de leurs frères restés en Palestine, ils parlaient de\nla patrie absente, ils priaient dans la langue hébraïque, et se\nplaisaient à conserver le dépôt des coutumes et des traditions\nantiques. Leur cohésion s'accroissait et se fortifiait d'autant,\net aussi leur amour de la Ville Sainte et des souvenances qui y\ndormaient encore... Puis, sur le tard, quand lage avait glacé\nleurs membres, ils reprenaient la route de la cité de David pour\naller mourir, là-bas, à l'ombre du Moriah, et reposer dans la\nvallée de Josaphat, bercés éternellement par les cantilènes\nfunèbres des survivants.\nUn fait analogue a souvent lieu en Irlande. La misère, la\ndifficulté de vivre ont obligé un nombre considérable de ses\nenfants à s'exiler. Ils ont dit adieu à la terre qui les vit naître\net ils sont partis. Je connais là-dessus, sur ce simple thème,\nune chanson d'allure triste, triste... si triste qu'on en voudrait\npleurer. Il y a de vrais sanglots de regret et de désolation dans\nla musique et les paroles :\n« Oh ! où l'exilé a-t-il son foyer?... Là où la montagne est\nabrupte, Là où la vallée est\nondes de TOhio, Là où nul sourire réjouissant Ne viendra\ntromper son chagrin.,. là l'exilé asa maison. »\nMalgré tout, l'exilé irlandais reste attaché au pays d'Erin.\nOui, la verte Erin a pour lui un charme attirant auquel il cède\npresque infailliblement. Plus tard, il y retournera, ne fût-ce\nque pour respirer un moment la brise fraîche de son île. En\nattendant, il demeure, de près ou de loin, fidèle aux us d'autre-\nfois ; il ne suspend pas sa harpe aux saules penchés sur les\nbords du fleuve étranger pour se contenter de gémir, la tête\ndans ses mains. La harpe le suit et avec elle les chansons, les\nvieux airs, le folk-lore,toutes ces multiples choses qui ne sont\nrien, et qui sont tout parce qu'elles sont davantage « nous-\nmêmes » et forment le patrimoine du cœur.\nQu'il ait émigré à Londres, au Canada, aux Etats-Unis, en\nAustralie, l'lrlandais redira bien des fois les mélodies atta-\nchantes qui le transportent dans le « home », le vrai, le sien et\ncelui de ses parents.\nOù qu'il soit, il faut qu'il chante et se découvre avec les sen-\ntiments qui l'animent, les passions nobles et généreuses enra-\ncinées en lui. Son caractère, aisément gai, ardent aussi et\nchevaleresque, a besoin de cette flamme. Il a, dailleuis, tant\net tant à conter.\nA Londres, car ceux-là surtout nous intéressent, ils se"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "sont «roupés en sociétés. De se sentir ensemble, de se voir, de\nsa parler, cela leur donne de l'entrain et, plus volontiers, ils se\nlaissent éblouir parla piperie de leurs grands rêves. De temps\nen temps ils se réunissent poui donner des concerts ou tout\nrappelle l'lrlande, les mélodies, les auditeurs, les acteurs, les\nchanteurs et jusqu'à la couleur vert tendre des programmes.\nC'est là, pour eux, comme une contrefaçon quasi parfaite de la\nréalité. Le jour de la fête de saint Patrick est remarquable\nentre tous par l'intérêt de ces soirées musicales. Peu y man-\nquent : c'est le complément nécessaire de la journée. L'apôtre\nde l'lrlande ne serait pas satisfait si ses disciples ne chantaient\nalors du pays la poésie rêveuse, les traditions, les beautés.\nParmi les chanteurs et chansonniers les plus goûtés de la\n« dispersion » de Londres, il en est un dont la renommée est\ntrès étendue. Il s'appelle Daniel Fitzgerald ou, plus briève-\nment, Dan.ll me souvient de l'avoir vu dans trois ou\nquatre circonstances. C'est un petit homme nerveux et sec, qui\ndéjà grisonne assez fort et n'est plus de la première jeunesse ;\navec cela vigoureux et tenant bon. Sa figure réjouie et franche\nest illuminée par deux petits yeux fureteurs où brille beaucoup\nde malice et un brin de gaminerie, en dépit de l'âge. La voix\nest un tantinet chevrotante, voilée, mais dut être fort jolie il y a\nvingt-cinq ans... C'est ici que la scène devient curieuse. A peine\nDan a-t-il ouvert la bouche que, dans tout l'auditoire, c'est, à\nchaque couplet, à chaque phrase, un tonnerre d'applaudisse-\nments, des cris de joie, des éclats de rire sur tous les tons,\nfusant de partout des Bravo, Dan ; Hurrah, Dan ! qui se croi-\nsent sans interruption. On se trémousse sur tous les bancs,\non agite les bras avec un enthousiasme qui, assurément, con-\nviendrait mieux à des Napolitains qu'au flegme des hommes\ndu Nord. En un instant, l'lrlandais vient d'apparaître entière-\nment, sans arrière-pensée, enfantin, facile à prendre feu, ébloui\npar un nom, esclave volontaire du panache.\nQue peut donc bien chanter Dan, que conte-t-il avec son\nsourire moitié railleur, moitié convaincu ?\nSomme toute, rien de génial. La voix même n'est pas des\nplus belles ; elle me paraît médiocre ; le geste n'est pas très varié.\nSans doute ; mais que voulez-vous ? Dan plaît à ces Irlandais\nqu'il semble connaître et amuser. Il leur raconte, il leur chante\ndes historiettes comiques, des choses de là-bas } il évoque tour\nà tour le shamrock, les combats livrés par les anciens, la résis-\ntance opposée aux troupes victorieuses, autant de poèmes il\nreproduit les saillies les plus burlesques comme les plus fines\nde Paddy 5 narre, avec force détails, les aventures de la veuve\nMachree, Oh ! ividoiv Machree ! C'est là son triomphe."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.19", "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "D 01 dinaire, c est lui-même qui a composé poésie et musique 5\nles chansons qu'il exécute sont de lui : le Botrel de l'lrlande\ntransplanté, un beau jour, je ne sais trop comment, en pleine\nville de Londies... Quand il parle ou chante, on sent autour de\nlui quelque chose de l'âme blessée de la patrie qui passe en sou-\npirant ou en souriant de son sourire résigné ; il y a, en lui, à ce\nmoment, tout un passé qui vibre 5 il y a les accents les plus\nnuancés, les plus guerriers et les plus délicats, de cette harpe\nharmonieuse et évocatrice. Sans qu'ils s'en rendent bien compte\npeut-être, mais par un secret instinct, les Irlandais alors se pâ-\nment et s'égaient, applaudissant frénétiquement leur vieux\nsaluant en lui le principe de fidélité au terroir ancestral. Avec\nDanils aiment ou haïssent passionnément, ils s'enthousiasment\net espèrent.\n# #\nIls s'enthousiasment et espèrent.\nIl y a, à la Galerie nationale d'art anglais, à Londres, une\ngrande toile de Watts, ce peintre dont le pinceau apocalyp-\ntique s'attache aux visions mystérieuses, symboliques, d'un\ncoloris si fort, d'une pensée si profonde. Une jeune fille\nassise, ou plutôt accroupie sur une sphère dont les nuées cachent\nune moitié, l'avant-corps penché dans l'attitude de l'abandon,\nles yeux couverts d'un bandeau à la grecque et qui, s'entravant\ndans une mince chaîne, vient se rattacher aux montants d'une\nsorte de lyre à une seule corde. Dans la position de la médita-\ntion la plus intense, étrangère aux bruits du dehors, la tête\ninclinée, elle pince d'une main cette corde unique qui rend\ntoujours le même son, mais à laquelle sans doute, dans son\nrêve obstiné, elle attribue une sonorité et une variété sans\nfin. Elle écoute, abstraite, et toutes ces puissances de son être\nsont concentrées là, dans la musique étrange sortie de la lyre.\nEnchaînée à cet instrument qui fait son plaisir et cause son\nesclavage, elle semble prêter l'oreille à un chant intime qui\ns'harmoniseraitavec celui que, de ses doigts fuselés, elle fait\nsortir de l'unique chanterelle. Elle se trompe aux accents de sa\npropre chanson ; elle y croit et se plaît à cette illusion. Le\nmonde extérieur n'a pas de sens: elle ne le voit ni ne l'entend.\nSeule, sa pensée intérieure l'absorbe et la berce.\nCela est intitulé '.Espoir. Et c'est bien de l'Espoir la concep-\ntion la plus saisissante que je connaisse.\nL'lrlande, la poétique Erin, ne serait-elle pas comme cette\njeune fille ? Désolée, démembrée, toute à son rêve et aux espé-\nrances qu'elle y trouve, elle est inséparable de sa harpe. Cette\nharpe la charme, la réconforte, lui chante cette chanson unique,\n\n1 7"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.20", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "invariable, mais si douce et si pure : la chanson d'espoir « quand\nmême », Spessine spe.C'est le refrain toujours ancien et toujours\nnouveau, lamélodiemonotonemais, pour eux, revclatrice, quilcs\npousse et les anime. Quand, sur les champs de bataille, ils ont eu\nbesoin de se fortifier par 1 appât de quelque grande esperance, ils\nont pris cette harpe qui, de son unique chanterelle, toujours redit\nles mêmes choses, et comme le Tunistvcl-boy, ils ont chants,\nchanté jusqu'à n'en plus pouvoir, chanté dans la lutte et la souf-\nfrance, chanté jusqu'à la mort. Et les enfants continuent les\ntraditions paternelles.\nOui, quand ils partent, les enfants d'Erin emportent chacun\nla harpe aux sons qui ne varient pas, mais qui les inspire tous\ndu même idéal, les anime des mêmes confiances. En chacun\nd'eux repose un peu de l'âme du pays tout entier.\nIn te omnis dotnus reclinata recumbit.\n\nSalvator Peïtavi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Concerts Colonne. Schola Cantorum. Société Nationale. Société\nBach. MM. Inghelbrecht et Vuillermoz. M. Théo Delacroix. Concerts Barrau. Mme\nI.aadormy-Plançon. M. H. Expert. Ecole des Hautes Etudes Sociales.\nDepuis le couloir où les couplets du Casino de Paris font àla Symphonie\nde Schumann le plus fantaisiste contrepoint, on aperçoit une foule noire,\ncompacte, immobile, qui s'écrase contre le vitrage des portes. Pouffendre\ncette masse mélomaniaque, c'est une poussée formidable, avec coups de\ncoude, protestations et menaces, tout comme aux jours heureux où Paris\nsalue un jeune roi ou porte en terre un président. Il y a cependant spec-\ntacle dans la rue aussi, puisque c'est le jour de la transmission des pouvoirs.\nMais on ne se dérange plus pour un simple changement de chapeau haut\nde forme, et le Nouveau-Théâtre est aujourd'hui le champ de bataille où\nle public se bouscule à cœur-joie. Des clameurs s'élèvent dans le fond\nde la salle :«De la place ! faites de la place ! Aux fauteuils d'orchestre,\nnon seulement tous les strapontins sont pris, mais des retardataires se\ntiennent debout dans le passage : on se croirait en Métropolitain. Les loges\nabondent en panaches blancs, noirs et mauves ; des feutres artistiques se\npressent au promenoir supérieur, et sous la triste incandescence des\nlampes, c'est une chaleur lourde, suffocante, fiévreuse. C'est dans cette\nchaudière d'enfer que nous devons écouter la musique ; cet art inviolable,\nqui ne se révèle qu'aux élus, et veut des âmes libres de soucis et purifiées\ncomme des temples, nous est dispensé parmi de lourds effluves humains,\nqu'accompagnent le souvenir de récentes bourrades et la vision de har-\ngneux visages. Plus tard, si jamais la musique reprend sa place éminente\ndans nos fêtes, combien l'on s'étonnera de la barbare coutume de ces\nconcerts sans motif, où les auditeurs écoutaient par devoir, où les musiciens\njouaient par habitude, où les programmes offraient un mélange confus"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.22", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3771, "texte": "de cenres et de styles, débités par la baguette du chef comme des cou-\nnons d'étoffes par l'aune d'un vendeur.\np Après un Exacte symphonique de M. Aozende, dont .1 faut ouer la\nclarté les proportions modestes et la simple écriture, M Casais s avance :\n« Rayon des virtuoses ! Voyez concertos ! » C'est •article Haydn qui fut\nchoisi • un bon petit article, pas bien coûteux, mais solide, pas salissant,\net d'apparence distinguée. M. Casais a un son charmant, nourri et délicat\nà la fois qui porte sans effort, et reste doux ,usque dans les hauteurs les\nplus vertigineuses ; il a aussi une musicalité frémissante qui peut etre eut\nmieux fait valoir le romantisme du Concerto de Lalo que les grâces mon-\ndaines de cette musique en dentelles. Mais le public n'y regarde pas de\nsi près, et prodigue ses rappels au prestigieux violoncelliste qui s incline\navec une gravité catalane. # . r\nLe morceau symphonique de Rédemption m a paru cette fois, et maigre\nune exécution sans reproche, déplorablement gris et d une monotonie\nextrême en ses développements. Cette musique a une odeur d eau benite\nqui parfois incommode. Quant aux Nocturnes, le premier, pris encore\nun peu trop vite, a été très délicatement nuancé par les instruments\nsolistes et moins bien par le quatuor; le second a été fort brillant ; dans le\ndernier, les Sirènes ont chanté moins faux que la précédente mais\nplus fort encore, si possible. Voyons ! Mesdemoiselles, quand l'auteur, au\ndébut, vous demande de chanter piano et de finir pianissimo (p. 72 de la\npartition), quel malin plaisir prenez-vous à crier comme des lavandières\nqui se hèlent d'un bord à l'autre de la rivière ? Et plus loin (p. 79), si l'on\nvous marque piano et très expressif, est-ce vraiment une raison pour\naffecter l'indifférence ennuyée d'une leçon de solfège ? Plus loin encore\n(p. 91), ce la bémol aigu doit être pris légèrement, et vous l'envoyez à\npleine gorge, toutes fières d'avoir conquis, non sans peine, une note\naussi difficile. Ne comprendrez-vous donc jamais que vos chants, baignés\nsans cesse aux flots de l'orchestre, n'émergent par instants que pour\nreplonger aussitôt, imitant la grâce décevante des bras souples et des\nchevelures noyées?\nDes fragments des Maîtres Chanteurs terminaient assez lourdement ce\nconcert bigarré. Après quoi, M. Chevillard est entré en carême et nous met\nau Beethoven pour les quatre concerts de mars. Trois symphonies, les\ntrois premières, nous ont été servies d'abord. N'ayant point été convié à\nces copieuses agapes, je laisse ici la parole à la toute sacrilège Ouvreuse,\ndont j'approuve les idées et déplore l'irrévérence :\nChevillard détailla avec minutie la gracieuse Symphonie en ut, toute naïve\nencore et n'ayant pas honte de sourire. Légère et court vêtue, elle allait à grands\npas, sans se douter qu après elle viendraient huit sœurs ambitieuses, préoccu-\npées d'idées générales et de pensées philosophiques, hélas !\nLa Symphonie en ré fut jouée mieux encore. En un concert ordinaire, cer-\ntains « temps » auraient été bissés, mais, songeant àla suite du programme, le\npublic se méfia. Chevillard fit lever son orchestre et s'inclina, déçu !\nExécution un peu lourde de /'Héroïque qui ne se recommande pas, entre\nnous, par Vexcessive sveltesse de ses formes. Ce héros a le pas pesant, les gestes\nlarges mais un peu solennels. Beethoven devait se représenter le premier Consul\ncostumé en héros grec ou romain par David. Ah! les toges courtes, laissant\nvoir la ferblanterie des cnémides, les bras nus brandissant des glaives larges et\nplats, les gros mollets cerclés dor!Il y a tout cela dans ces cortèges triom-\nphaux ou funèbres de /'Héroïque / Et de belles choses aussi.\nLouis LALOY.\nLe Concert Colonne du 4 mars a provoqué en moi un certain nombre"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3893, "texte": "de réflexions peu favorables à la direction des Concerts Colonne et dont\nje vous entretiendrai. La composition du programme est l'un des points\nsur lesquels j'aurais le plus de griefs vis-à-vis de M. Colonne.\nPourquoi commencer le concert par l'ouverture de Phèdre, qui fut déjà\njouée vingt-huit fois depuis sa première audition ? C'est beaucoup pour\nune oeuvre qui est loin d'être un chef-d'œuvre et dont la fougue et la\npassion tout artificielles n'évoquent guère le « motif intérieur », comme le\nprétend M. Ch. Malherbe. A l'époque où Pasdeloup la commanda au jeune\nMassenet encore inconnu ou tout au moins peu connu, il était peut-être\nbon de la jouer plusieurs fois; mais maintenant une seule audition par sai-\nson est plus que suffisante, et celle-ci est la troisième.\nSi les seules raisons qui militent en faveur de cette œuvre sont la possi-\nbilité des grands gestes fiévreux et romantiques chers à M. Colonne et\naussi la connaissance qu'en a l'orchestre et qui l'exonère d'une répéti-\ntion, il ne me paraît pas exagéré de dire que l'association des Concerts\nColonne fait œuvre anti artistique et ne mérite pas les éloges que cer-\ntains critiques inconscients déversent sur la tête de son chef avec une\nrégularité mathématique et une absence de sens critique sans égale. D'un\nautre côté, M. Colonne ferait bien de ne pas changer le dimanche matin un\nou plusieurs numéros de son programme, et cela sans raison aucune.\nMme Schumann-Heink devait chanter la scène d'Erda dans l'Or\npourquoi avoir remplacé cette œuvre par trois lieder accompagnés au\npiano? C'est commettre une grossière erreur que de confondre la musique\nde chambre et la musique symphonique. Le lied est l'un des plus beaux\nfleurons de la première, mais il perd la majeure partie de son charme\nquand il sort du cadre de l'intimité et qu'il est mugi au sein de la plus\nvaste salle de Paris. Mme Schumann-Heink, qui possède une voix extraor-\ndinairement étendue, est réputée une des meilleures cantatrices wagné-\nriennes ; il eût été intéressant de s'en rendre compte en l'entendant ailleurs\nque dans les Trois Bohémiens de Liszt, dont la bizarrerie de composition\nne parvient pas à masquer le décousu. Heureusement, pour relever\nun peu l'intérêt de la séance, nous avions la première audition d'une\nœuvre de M. Trépard. VAngélus est un poème symphonique où la concep-\ntion dramatique de la musique a influé plus qu'il n est coutume. Ce n est\nd'ailleurs nullement un reproche, car si la symphonie a des limites et des\nprocédés nettement définis, j'estime que le poème symphonique doit jouir\nd'une liberté absolue dans sa coupe et sa technique, d'autant plus que\nM. Trépard possède complètement toutes les ressources de cette der-\nnière.\nLe thème psychologique, hélas! est bien peu neuf : la vaine poursuite\npar l'artiste d'une Muse pour qui il doit créer une œuvre sublime, la\nmalédiction du ciel, l'Angelus qui monte, la paix du ciel qui envahit 1 âme\net le renouveau de courage qui envahit l'artiste, tout cela ressemble un\ntrop aux élucubrations poétiques des rhétoriciens avancés que leurs cama-\nrades regardent avec stupeur faire des vers en marge de leurs dictionnaires.\nOn peut être excellent musicien, M. Trépard l'a prouvé; mais pourquoi\ntant de détours et de prétextes pour créer de belles formes sonores. L œu-\nvre nouvelle a d'ailleurs reçu un accueil sympathique bien mente par la\nbelle ordonnance des thèmes élégamment écrits et l'orchestration inge-\nnieuse où se distingue surtout un carillon avec harpes et cors meles du\nplus heureux effet. La seconde audition du Jour d été a a ontagne e\nd'lndy ne fit que confirmer ma première impression. L œuvre m apparut\nd'une simplicité de composition encore plus grande, d'une unité plus hau-\ntement sincère et d'une orchestration plus ingénieuse et p us e_gere ue\ncelle de n'importe qui. M. Bruneau, il est vrai, déclare que jamais il n en-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "tendit œuvre plus dure, plus heurtée et plus lourde. Il ne s'est donc\njamais entendu ! Que vient faire la politique dans la galère musicale? L'or-\nchestre exécuta avec une louable perfection cette œuvre pleine de détails\nd'instrumentation aussi exquis que neufs ; l'appel de clarinettes et bassons\nau début de la première partie et à la fin de la troisième, les traits de piano\nqui dépeignent la rentrée au nid de la gent ailée et le dialogue du cor an-\nglais et de la harpe avant la conclusion de l'œuvre sur les harmonies initia-\nles, ne sortiront jamais de la lourde plume qui écrivit Messidor et Y Enfant-\nRoi. La chasse royale et Forage des Troyens terminaient un concert dont\nles éléments disparates firent un des plus médiocres de la saison. Le culte\nde Berlioz est une belle chose, mais les amis trop dévoués sont pires que\nles plus féroces ennemis. M. Colonne, à force de servir du Berlioz, encore\ndu Berlioz et toujours du Berlioz, finira par nous le faire prendre en haine.\nSe résignera-t-il a remiser quelque peu son dieu favori et les gestes\ngrandiloquents dont il l'entoure? Je crains bien que ce souhait ne soit pas\nexaucé et que les jeunes auteurs ne continuent à pâtir de la concurrence\nde ce malin Dauphinois dont l'habileté se manifeste même après la mort.\nLe quatrième concert mensuel de la Schola Cantorum a remporté\nle plus vif succès, et c'était justice. Si YOrfeo ou Ylncoronaponc di\nPoppea sont sans contredit les points de départ de la musique dramatique,\nnotre drame lyrique moderne a des attaches bien plus nettes avec l'œuvre\nde Rameau et de Gluck. Tant au point de la technique que de la\nconception psychologique, nous retrouvons en eux tous les procédés sur les-\nquels nous vivons et que nous avons seulement développés. L'ouverture de\nZoroastre, qui est Pavant-dernier ouvrage de Rameau, est du type de l'ou-\nverture classique telle que celle d 1 Egmont. Au lieu d'être l'ouverture pot-\npourri telle que la comprit Rossini, elle se rapprocherait beaucoup plus, au\npoint de vue de l'élément psychologique, des préludes de Wagner. Synthèse\ndu drame qu'elle précède et explique, elle est une des œuvres les plus\ncaractéristiques du grand maître français du xvme siècle, qui fut non seule-\nment un grand musicien, mais un grand penseur. Hippolyle et Aricie, qui\nest son œuvre de début, marque déjà un progrès sensible sur l'œuvre de\nLulli ; la musique descriptive y prend naissance et la symphonie de la\nchasse avec son hardi dessin de bassons est bien plus intéressante pour son\népoque que la chasse royale des Troyens de Berlioz. Quant à la plainte de\nPhèdre, elle est digne des plus belles pages de douleur passionnée que\ncompte la musique tout entière. Elle fut d'ailleurs merveilleusement chan-\ntée par Mlle Jeanne Raunay, la grande tragédienne lyrique dont l'art est\naussi pur et aussi beau que la musique qu'elle interprète. Elle fut fort\nbien secondée par Mlles Braquaval et Pironnay, dont on apprécia fort la\nvoix pure et bien timbrée dans la symphonie de la chasse, et M. Plamon-\ndon, Hippolyte un peu terne et moins passionné qu'il ne convenait. La\npremière scène àlphigénie en TauriJe est trop connue pour qu'il soit indis-\npensable d en faire une copieuse analyse. Nous assistons au parfait déve-\nloppement de l'art dont Rameau venait de faire entrevoir toutes les\nrichesses qui sous la main de Gluck créèrent les chefs-d'œuvre qui ont\nnom es deux Iphigénie, Orphée, Alceste et Armide, chefs-d'œuvre où l'art\nmo erne puisa à pleines mains, où Berlioz et Wagner choisirent leurs\nmocees de prédilection et où leurs successeurs firent bien d'apprendre\nart e a déclamation. Mlle Raunay fut magnifique dans ce rôle qui fut\nun de ses meilleurs, et l'orchestre, sous la direction de M. Labey, se montra\npresque aussi bon que sous la direction de M. d'lndv, qu'il nous tarde\ncependant de revoir au pupitre. Quatre pièces d'orgue de la fin du xvne siè-\nc e urent jouées par M. Guilmant. Elles sont loin d'être les meilleures et\nes p us intéressantes de son répertoire. CH. CHAMBELLAN."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3681, "texte": "Au programme de la Société Nationale, une petite suite de M. de Waillv\npour instruments à vent (flûte, hautbois, clarinette, bassons, cor et\ntrompette). Certes il faut encourager ce genre d'écriture, et il n'y a pas de\nraison pour que la musique de chambre se borne aux instruments à\n.archet. Ceci dit, il m a semble que les sonorités (par la faute de l'auteur,\nnon des exécutants qui furent sans reproche) étaient un peu lourdes et char-\ngées, et manquaient des délicates nuances dont est susceptible un pareil\norchestre. L aubade, pour flûte, hautbois et clarinette, fait exception et\nfut le plus goûté des quatre morceaux.\nVenaient ensuite trois Sonatines de M. Mariotte, sur des paroles de\nC. Mauclair : musique un peu cherchée peut-être, mais intéressante, et\nfort bien chantée par Mlle Delph. Malgré toute l'autorité de M. Jan\nReder, on a fait un accueil assez froid aux trois Chants de la jungle inspirées\nà M. Jean d'Udine par les petits poèmes de Rudyard Kipling. Elles sont\nd'une candeur qui désarme la critique : des accords qui étaient déjà fades\nen 1820, des accompagnements à la Schubert, ou, plutôt encore, de Schu-\nbert, une déclamation pseudo-wagnérienne, ont paru à leur auteur le com-\nble de la hardiesse et le dernier effort de la musique descriptive. Et tout\ncela certes est fort touchant ; mais la Société Nationale a-t-elle bien pour\nbut d'encourager les essais des amateurs ? A ce compte, on pourrait\naller loin.\nLes Images,de Cl. Debussy, ont été jouées par Ricardo Vinès avec une\naisance, une souplesse merveilleuses, et un sens de la perspective plus\nmerveilleux encore. La dernière, Mouvemd'une joie si éclatante et si\npure, fut redemandée, et l'on sait que le à la est\nfort rare, et signifie un enthousiasme exceptionnel. Quant àla de\nBalakiref, malgré une interprétation des plus intelligentes et fines, malgré\nde gracieuses idées aussi, elle ne m'a pas satisfait : on sent trop, en cette\nmusique, la fatigue, l'artifice, et, pour tout dire, le vide: l'inspiration,\ntrop courte, ne se soutient pas, et fait place à une rhétorique aujourd'hui\nbien banale. Le concert se terminait par l'amusante suite de Vincent\nd'lndy intitulée Chanson et Danses,pour instruments à vent.\nC. DE MALARET.\nLe concert d'orgue et de musique de chambre donné par la\nBach,le 21 février, comptera parmi les plus intéressants, grâce au con-\ncours précieux de grands artistes.\n•M. Ch.-M. Widor, qui triomphe en ce moment à l'Opéra-Comique, et\ndont l'éloge n'est plus à faire comme organiste, exécuta avec une maîtrise\nincomparable le Prélude et fugue en pour orgue. Les diverses\nentrées de la fugue, notamment, furent d'une netteté admirable et telle,\nqu'il nous fut bien rarement donné de l'entendre réalisée avec autant d'art.\nQuant à M. Georges Enesco, de qui la reçut dernièrement\nchez Colonne un accueil si chaleureux et si mérité, sa belle nature d'artiste\nse donna libre cours dans Prélude, Loure et Gavotte de la Partita en 1 ni,\net nous pûmes apprécier une fois de plus l'exquise pureté de son jeu et sa\nparfaite compréhension de la musique qu'il interprète. Je n'aurai garde\nd'oublier Mme Marie Panthès, dont quelques du Clave-\ncin bien tempéré permirent d'applaudir le beau talent de pianiste.\nMme Inghelbrecht et M. Marcel Chadeigne, l'excellent chef de chant de\nl'Opéra, donnaient, le iermars, une audition de leurs élèves. Ce fut dans la\ncoquette salle du Théâtre-Royal une après-midi charmantejles toutes petites\nmains couraient sur le clavier avec la vivacité, certes, de cet âge, mais\naussi avec une précision et une vigueur que lon n aurait point attendues\nd'elles. Et la musique exécutée à 4 mains par ces petites filles n était pas"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.26", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3606, "texte": "des plus faciles, bien que composée pour elles par M. D.-E. Inghelbrecht;\nnéanmoins tout ce petit monde se tira à merveille des passages les plus pé-\nrilleux croisements de mains, changements de mesure, rythmes parfois\ngênants. L'œuvre de M. Inghelbrecht, comprend deux recueils\nde douze pièces bâties sur des thèmes de chansons ou rondes d'enfants.\nLes développements en sont toujours ingénieux, et il faudrait pouvoir citer\ntoutes ces pièces, plus intéressantes les unes que les autres, depuis\nStram-Gram ou la Ballade du petit Jésus, jusqu'à Une poule sur un mur et\nLe petit bossu.\nLe programme comportait en outre les très attachantes Chansons popu•\nlaires de M. Emile Vuillermoz, parmi lesquelles trois Chansons canadien-\nnes. Ces chansons tant populaires que canadiennes— sont de véritables\npetites œuvres, chaque strophe recevant un accompagnement différent ;\nil en résulte un intérêt sans cesse renouvelé et une heureuse alliance de la\nsaveur native de la mélodie avec la richesse harmonique de l'accompagne-\nment. Elles sont d'ailleurs toutes délicieusement jolies, et j'aurais été\nfort embarrassé de fixer mon choix si Mmo Marie Mockel ne m'avait surtout\ncharmé avec Une Perdriole, Les trois Princesses et Jardin d'Amour, qui me\nsemblent particulièrement convenir à sa voix exquise, au charme un peu\nfrêle et si fin.\nLa Nursery et les Chansons populaires,ainsi que leurs interprètes y\ncompris et surtout les plus petits, obtiennent le plus vif et le plus légi-\ntime succès. JEAN POUEIGH.\nLe concert donné le 26 février par M. Théo Delacroix compte parmi les\nplus grands succès et les plus importants événements de la saison. D'abord\nà cause du talent de M. Delacroix, ténor à la voix délicate, émue, colorée,\net, par son style exquisement musical, digne frère de son frère, M. A.\nDelacroix, dont M. Louis Laloy appréciait dernièrement, sans nulle exa-\ngération, la maîtrise incomparable (1). La de César Franck,\nchantée par lui avec un recueillement et une piété touchantes (et fort bien\naccompagnée à l'orgue par M. Loth), de Fauré, l'air du\nCimetière,de la Nuit persane,ont vraiment donné la sensation de l'art le\nplus pur et le plus parfait. Le programme, très munificent, fit admirer en\noutre la voix légère de Mme Gandrey, la grande intelligence de Mme la Ba-\nronne d'A., la belle interprétation de Mme Mayrand dans la Phydile de\nDuparc, et surtout la souplesse et la précision extrêmes du jeu de M. A.\nDelacroix, l'infatigable accompagnateur, qui triompha comme soliste dans\ndeux œuvrettes de sa composition et dans la Mort d'Yseult de Wagner.\nLe concert se terminait par la Nuit persane de Saint-Saëns, où les chœurs,\ndirigés par le même, furent au-dessus de tout ce qu'on pouvait espérer\nd amateurs. Bien rarement la salle Pleyel avait vu pareille affluence ni\npareil enthousiasme. Et, malgré une heure assez tardive, il n'y eut point\nde départ prématuré : car le charme de musique ne faiblit pas un seul\ninstant.\nA la dernière des soirées Barrau,le 22 février, j'ai eu le plaisir d'entendre\nMme Marie Panthès dans trois valses de Chopin, auxquelles on a paru tenir\nrigueur de n être pas inédites, comme si elles avaient souffert du temps.\nJ ai aimé la justesse de goût de la très aimable artiste et la nature fine et\ndéliée de son jeu. M\"e de Mouromzew a une voix vive et fraîche, chétive\nencoie dans les notes hautes, dont la timidité faisait un charme de plus.\nLa . Sérénade 1 nutile cle Brahms, ainsi interprétée, prend une malice bien\njolie. Beethoven et Léo Sachs complétaient le programme.\nJOSEPH TRILLAT.\n\n(i Mercure musical,is février, page 166."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3630, "texte": "Ce furent trois belles séances vraiment musicales dont Mm 6 Landormy\nnous a gratifiés avec le concours du Quatuor Parent! Le programme seul\nparlerait silencieusement aujourd'hui pour elles : Mozart était représenté\npar le Quatuor en sol mineur et par le délicieux Trio en mi bémol ; Beetho-\nven, par l'énergique et mystérieux Trio en ré majeur (op. 70, n° 1), dont la\ncouleur profonde impressionnait Hoffmann, en 1809; Brahms, par sa So-\nnate en sol majeur (op. 78) ; César Franck, par son Quintette; Chausson,\npar son Quatuor; Vincent d'lndy, par sa Sonate dédiée à Parent; Lekeu,\nmort a vingt-six ans en 1894, par sa Sonate mineure et son Quintette ina-\nchevé... Voilà trois jeudis poétiquement remplis! Et la foule des amateurs,\nqui se pressait sous les appliques trop éblouissantes de lTEolian, ne ména-\ngeait pas ses bravos à Mme Landormy, qui s'est montrée deux fois artiste\ndans l'interprétation savante d'un programme savamment composé !\nRAYMOND BOUYER.\nA Y Ecole des Hautes Études Sociales, M. Pirro nous a fait entendre, le\n22 février, divers fragments des cantates profanes de Bach, les moins\nconnues, et peut-être les plus proches de notre goût ; car on n'y trouve\nplus cette componction protestante qui parfois pèse un peu lourdement\nsur nous : la gaieté ou la tendresse y rayonnent sans remords (et je sais\nbien que le maître a plus d'une fois transporté un air profane dans une de\nces compositions religieuses : ce sont ceux-là qui nous plaisent le mieux\nen général). Donc nous entendîmes ce jour-là, après la vaillante Chanson\nde la Pipe, et quelques autres non moins aimables, un air de la Cantate\npour les élections de Leipzig, où Ton peut déjà reconnaître l'affectueux\nsourire de Beethoven, mais exempt ici de toute amertume. Mlle Margue-\nrite Babaïan a chanté cet air d'une voix délicate, souple et facile au delà de\ntout ce qu'on peut rêver, et surtout d'une sincérité qui touche et ravit dès\nl'abord. Car on devine, à l'entendre, que la charmante artiste ne chante\nque par plaisir, et comme nous parlons : pour dire sa pensée et son senti-\nment. Elle incarna encore d'exquise manière le sourire obstiné et la\ngourmandise coquette de Lieschen dans la Cantate sur l'abus du café, où\nM. Reder fut un Schlendrian de grand style et de voix admirable,\ntandis qu'un jeune ténor, M. Moughounian, faisait applaudir un organe\nd'une étendue exceptionnelle et d'un timbre fort doux. L'orchestre à\ncordes a un peu trop couvert la flûte joyeuse de M. Hugon, virtuose\nimpeccable et excellent musicien.\nQuelques jours plus tard, la musique ancienne ressuscitait en un plus\nriche décor, et avec un succès égal: M. Henry Expert faisait chanter les\nchansons du xvie siècle chez Mme la Comtesse Greffulhe ;et la, sous les\nlustres discrets, ces musiques ont retrouvé toute leur grâce souriante ou\nmélancolique et leur charme non point du tout mièvre, mais élégant et\nsûr. Depuis les chansons de gestes, nos auteurs ont toujours écrit pour\nles délicats. C'est dans les cercles d'amateurs et les cénacles de beaux\nesprits que la pensée française a porte ses fruits les meilleurs. Comme la\npoésie et comme les autres arts, et aujourd'hui comme au temps des\ntrouvères, la musique française est d'essence aristocratique. Qui donc\nparmi nos compositeurs veut être compris du peuple ? M. Bruneau. C est\ntout dire.\nLouis LALOY.\nLa Société Caucasienne de Paris, qui s'est formée récemment, dans la\ngénéreuse idée de réunir des représentants des races différentes et trop\nsouvent ennemies qui vivent les unes a cote des autres au Caucase, et\nde les amener à une intelligence et à une sympathie mutuelles, a donné"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.28", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "le jeudi ier mars un concert à l'Ecole De\nbeaux chœurs arméniens, profonds et rêveurs, dirigés par M. Moughounian,\nqui chanta seul, ensuite, avec une passion et un talent admirables, une\ntragique mélopée : Araksi art^ounka(Les pleurs de l'Araks). Des choeurs\ngéorgiens, clairs, ensoleillés, presque italiens, dirigés par M Koridze. Des\nairs persans, joués sur le thar (sorte de luth à long manche) par\nM. Trdatian. Les œuvres étaient présentées au public dans une très claire\net intéressante conférence de M. Archag Tchobanian. R. R.\n\nLE QUATUOR PARENT.\n\nDe la Sérénade de Beethoven aux Miroirs de Ravel.\nEn dehors de l'intervention des personnalités mystérieuses au point d'en\nparaître miraculeuses, l'Evolution musicale se poursuit logiquement, avec\nune sorte de fatalité dans sa marche ; ou plutôt ces personnalités, qui nous\nsemblent douées de la souveraine liberté du génie, n'interviennent-elles\npas à l'instant heureux comme des puissances providentielles, pour expri-\nmer en beauté neuve et fatale un nouvel aspect qui s'impose à l'histoire\nde l'art ? Après Haydn, Mozart ; après Mozart, Beethoven. Et que serait\ndevenue la musique si Beethoven n'était point né ? Mais il semble haute-\nment nécessaire qu'un Beethoven dût naître... On ne conçoit pas dans\nl'évolution, toutensemble expressive et technique, de rart musical, l'absence\nde ce fait superbement nouveau...\nTelle était notre impression, dans un court entr'acte des septième et\nhuitième séances Parent. Beethoven y régnait encore, et dans son œuvre*\net dans la mélancolie du bronze de Fix-xMasseau.\nBeethoven ! Il est encore bien peu Beethoven, malgré des éclairs de\nviolence ou d entrain, dans un troisième Quatuor avec piano, daté de sa\nquinzième année (1785) ; il badine toujours, sous l'influence rassérénante\nde Mozait, dans la Sérénade (op. 8) ; il apparaît, çà et là, dans les Sept\nBagatelles (op. 33) : il étincelle déjà dans le trio à cordes de Pop. 9,\nn 1, où les trois archets, diversement colorés, de MM. Parent, Vieux et\nFournier se sont montrés étincelants ; mais, à ce Beethoven juvénile on\ndécernerait encore 1 hommage que le romantique Hoffmann (qui voyait par-\ntout romantisme) accordait au vieil Haydn, et que notre confrère,\n. Louis Laloy, retrouvait naguère instinctivement pour exprimer l'état\name du plus original des jeunes : « C'est une vie pleine d'amour, pleine\nc er^rernent»> comme avant le péché, dans une éternelle jeunesse !... Ni\nsou rance, ni douleur ; mais seulement un doux et mélancolique désir\naspirant a cette chose aimée qui, dans le lointain là bas, flotte en l'éclat\na un soleil couchant... »\nToutefois, le viai Beethoven, le Beethoven «de ces poèmes de génie\njVe °PPellt: sans paroles, en mugissant », se fait pressentir dès\na agio u premier Quatuor à cordes en fa majeur (op. 18, n° 1), adagio\nd une tristesse native et grave, inspiré, dit-on, par la lecture de la scène\ns om eaux e Roméo et Juliette : car Beethoven lisait Shakspeare...\nmmvf a Pr^curs^ir notre Berlioz, peintre plus ambitieux, chanteur\ns profond. Et fidèle à sa nature ainsi qu'aux exigences de son temps,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.29", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3748, "texte": "le vrai Beethoven s'affranchit dès la grande Sonate en ut majeur (op. 53),\nsymbo îquement appelée Y Aurore, où Mme Edgar Quinet, mélomane\ndelunte (car les amis de la Musique ne sont pas immortels comme ils\ndevraient 1 être), entendait la plus « absorbante » des « symphonies »\nSon interprète, M- Gellée, qui venait de jouer fort intelligemment les\nSept Bagatelles, a loyalement évoqué cette loyale musique. Plus mélo-\ndieuse encore, la Sonate en la bémol (op. 110) nous conduit, le long de\nbéants précipices, jusqu'aux cimes ardues comme an bloc de Michel-\nAnge, de la Grande Fugue (op. 133), primitive conclusion du Quatuor XIII\net triomphe annuel du Quatuor Parent. Nous sommes loin du jeune Mozart\net du paradis perdu depuis la mort du vieil Haydn ! Mais, plus heureux\nque le sage, nous avons escaladé le seuil violent de la terre promise... Un\nCésar Franck est possible.\nOn nous a cordialement reproché d'avoir fait de Franck un continua-\nteur de Beethoven. Expliquons-nous, d'un mot. Il n'est rien de tel que\nde se mettre d'accord avec ses amis et, particulièrement, avec soi-même\nen musique surtout, dans ce mystère fait de science au service de la\nvolupté, de précision mathématique au profit du vague, où la critique,\nmoins glorieuse et moins entraînante, est peut-être encore plus malaisée\nque l'art !\nBeethoven et Franck ! C'est par l'âme uniquement, qu'ils avaient grande,\nque s apparentent ces deux génies ; au point de vue plutôt technique, l'an\ndernier (s'il est permis d'user d'aussi grands mots !), n'avons-nous démon-\ntré, par ailleurs, avec une prudente rapidité, que le Franckisme est issu du\nWagnerisme, comme le Debussysme, harmoniquement du moins, sort du\nFranckisme ? En musique même, on est toujours fils de quelqu'un...\nLeit-motiv et rappels thématiques adaptés à la musique de chambre, à la\nmusique pure, chromatisme inquiet, \\ovLvmen\\.tristanien, dramatique essor,\npolyphonie, enharmonie, harmonies rares et nuageuses, volupté technique\nd'une « âme blanche » où le lyrisme obtient les ailes delà candeur, où la\ncandeur s'exprime avec raffinement, tout cela compose les éléments\nd'un style nouveau dans la pénombre recueillie d'une petite salle de con-\ncerts et dérive immédiatement de la subtilité wagnérienne... Mais évo-\nquez, dans votre ardent souvenir de l'incomparable séance Franck, le début\nméditatif du Quatuor de 1888, et convenez que cette méditation qui s'élève\nest de la même famille immatérielle que le début fugué du XIVe Quatuor\nbeethovénien de 1826 ! Même grandeur d'âme, de part et d'autre. Et ce\nfinale, avec sa ritournelle fougueuse et ses rappels de thèmes enca-\ndrés de récitatifs instrumentaux, n'est-il pas le proche parent de la Neu-\nvième ?\nQue nos lecteurs d'aujourd'hui nous pardonnent, à leur tour, cette di-\ngression qui va nous servir à justifier notre admiration pour un admirable\nchef-d'œuvre, encore plus moderne, admirablement interprété, dès le\ndébut de la neuvième séance, le soir du 2 mars, par M Marthe Dron,\nMM. Parent, Vieux et Fournier : le Quatuor de Chausson.\nNe jugeons point les gens sur l'apparence et, surtout, sur leurs noms:\nPaul Verlaine disait finement à Stéphane qu'il n'était pas plus Mallarmé que\nSully n'est Prud'homme... Donc, Ernest Chausson fut un haut poète. Et\nce ne fut point, dans l'art musical, un poète accidentel, mais un trait d'u-\nnion, trop méconnu jusqu'à ce soir, entre César Franck et Claude Debussy.\nLa filiation, pourtant, n'est point contestable. Ecoutez ces harmonies\nrares. Et le seul accident, ici, n'est-ce pas cette fin tragique de l'homme\navec lequel est mort le poète ?'\nAussitôt on songe à Franck, on pressent Debussy ; les affinités se révè-\nlent dans ce poème où survit l'âme d'un poète de la musique mineure?"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.30", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3661, "texte": "intime, automnale, qui semblent nous avouer, dans un pressentiment, que\nle printemps même est triste, mais dont les mélancolies, enveloppées dans\nl'atmosphère francldste, avaient d'originaux et mâles accents. Et quelle\npersonnalité, sous un évident souvenir de César F ranck, des cette nerveuse\nattaque initiale du piano seul, scandee. avec la belle décision de 1 intelli-\ngence par Mile Dron ! Curieux alliage de dynamisme et de rêve, de volonté\nconcise et de rêverie diffuse, de bel emportement français et de moderne\nlangueur !\nOui, ces harmonies rares, ces développements qui seraient longs s'ils\nn'étaient poignants, ces modulations cherchées ou chante la chanterelle du\nVénusberg sur les interruptions de la fougue et les déceptions de l'effort,\ntoutes ces ardeurs et toutes ces langueurs composent un tout original et\nsingulièrement personnel, qui prépare l'avenir avec la voix du passé. Comme\nla Sonate indéfinie de Lekeu, largement jouée la veille par Armand Parent\net Mme Landormy, ce Quatuor de Chausson dégage, dirait Amiel, une puis-\nsance nostalgique indéfinissable. Il y a des regards, des physionomies qui\nparlent de même, avec ce singulier mélange de conviction forte et de poésie\nfrêle... On évoque la poésie, posthume elle-même, d'Albert Samain. Même\naccent dans la distinction ; même preuve apportée, que la distinction n'est\npas toujours hostile à la puissance ; même transition robuste et délicate\nentre les formes châtiées d'une poésie parnassienne et les arabesques dif-\nfuses d'un frisson nouveau ! Que signifie ce quatuor ? Mais que signifie la\nmusique ? Et peut-elle extérioriser autre chose qu'un « état de l'âme » de\nson auteur ? Le musicien, qui sent, mieux encore que l'écrivain qui\npense, a le droit d'affirmer: «Je ne sais que les choses de l'amour ». Mais,\ndans l'amour comme dans la musique, une sympathie mystérieuse et impé-\nrieuse à ce point que le poète éperefu ne sait plus lui-même\nSi cette volupté n'est pas une pensée...\nMais allons-nous encourir le ridicule de découvrir ce soir le Quatuor de\nChausson, après avoir découvert Beethoven et César Franck, ou, du moins\nles affinités qui les rattachent à travers l'éternel devenir\nDe la nuit romantique et du songe et des temps }\nOn découvre, est-il pas vrai? la musique à chaque audition, surtout quand\nl'exécution, de plus en plus homogène et vivante, de quatre partenaires\npoètes de leurs instruments respectifs, devient une résurrection. Même brio\nréfléchi dans la vie éphémère rendue par deux artistes à la Sonate de\nVreuls : MHe Dron, la distinction même, se veut de plus en plus svelte et\nvive pour rythmer cet entrain tout flamand , et l'infatigable archet d'Ar-\nmand Parent, qui soupirait la veille au soir la longue plainte de Lekeu,\ns exalte sur la sourdine même pour chanter ce lyrisme éclos au pays de\nRubens.\nVivant spécimen de l'Ecole belge, la Sonate de Vreuls nous achemine à\n1 heure actuelle, où la fantaisie debussyste influence les mélodies nou-\nvelles de MHe Germaine Corbin, cependant que le sentiment le plus fran-\nçais de la vie respire largement dans les lieder moyen-âgeux d'Alfred Bru-\nneau : 1 antithèse est suggestive, dans la voix saine et jolie de Mme Four*\nnier de Nocé.\nUn prestidigitateur, pour finir : c'est Ricardo Vinès, venu pour jouer les\nMiroirs de Ravel. Nous aurions mauvaise grâce à détailler l'uniformité\ndans la variété des Noctuelles, des Oiseaux tristes, d'une Barque sur\ncéan, de 1 Alborada del Gracioso, de la Vallée des Cloches, après le brillant\ncommentaire confraternel que Jean Marnold a consacré, dans le Mercure\nmusical du lévrier 1906, à ces cinq pièces nouvelles pour piano ! Comme"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3175, "texte": "es trois Images récentes de Debussy, c'est le nec plus ultra de l'arabesque\nindépendante et capricieusement fouillée, qui n'a plus d'autre souci que le\n« plaisir musical » après tant de littérature ! C'est « l'expressif par l'orne-\nmental », osé naïvement par un Maurice Denis du piano ; c'est l'inévitable\narchaïsme des crépuscules très subtils... On éprouve, à les entendre, la\nmeme curiosité que 1 auteur a mise à les dérouler dans leur caprice mélan-\ncolique ou rieur , on s amuse, en s effrayant un peu : que deviendrait, en\neffet3 la musique aux mains d imitateurs maladroits de ces poètes nou-\nveaux ? Nous ne conseillerons pas a tout apprenti de pencher la tête sur\nces MIT oirs, qui reflètent limage décorative et stylisée d'une époque lasse\nde bravoure facile... L avenir, au demeurant, n'est à personne qu'aux\npoètes ; et tout poncif serait mort-né.\nMais les plus académiques amis du passé n'ont que des bravos pour l'im-\npeccable interprète de ces cinq pièces, le seul actuellement armé pour les\névoquer par cœur avec ces doigts de liquide acier, pour le magicien penché\nsur l'intérieure partition de ces Miroirs où repassent toutes les cristallines\nvolutes des Jeux ! Le nom de Ricardo Vinès est désormais insépa-\nrable de ce curieux chapitre, hier inédit, de la musique française contem-\nporaine.\nArmand Parent, qui révélait, dès le 2 avril 1898, le Quatuor de Chausson,\net, dès le 2 février 1901, la Sonate de Vreuls àla Société Nationale, a\ntrouvé le collaborateur avancé que méritait son effort. N'a-t-on point tou-\njours les amis qu'on mérite ?\n\nRaymond Bouyer.\n\nLES THÉATRES\n\nA L'OPÉRA Reprise de l'Etranger, de Vincent d'lndy ; MUe Bréval.\nLe 26 février, l'Opéra reprenait, avec un très grand succès, rEtranger,\naction musicale en deux actes, poème et musique de M. Vincent d'lndy.\nC'est la troisième fois que j'entendais Y Etranger, et pour la troisième fois\nje constate que cette musique colorée, vigoureuse, d'inspiration élevée, ne\nporte pas en elle d'émotion; pourquoi?\nLes personnages que l'on nous présente ici ne sont que des créations de\nl'esprit, des reflets cérébraux, des « idées-images », si l'on peut s'exprimer\nainsi. Pour les animer, l'auteur n'a pas su puiser aux sources de la vie.\nEcoutez ce pêcheur symbolique rhétoriser, se raconter, évoquer Lazare,\nl'Evangile, parler de charité universelle, de son isolement parmi les\nhommes, d'amour même, le malheureux ! Quel est cet ètie ? peut-etre un\ndescendant du Hollandais et de Lohengrin? (on le croirait à voir «1& pierre\nç[u miracle » qui brille a son bonnet 1 elle me semble sortir du meme ma-\ngasin qui fournit déjà leGraal,la lance d'Amfortas et autres objets du culte\nmystico-wagnérien).\nQue reste-t-il de lui quand il ne parle plus ?\nTout juste le titre, parfaitement justifié, d'une œuvre de haute allure.\nNoble et forte, cette œuvre impose le respect et l'admiration, elle impres-\nsionne l'esprit..., elle ne saurait, comme cette autre musique récemment\ncaractérisée en termes exquis par mon excellent ami Louis Laloy ( 1), eveil-\nler l'écho « des solitudes où vit notre ame véritable ».\n\n(x) Paroles sur Claude Debussy. Mercure musical du ier mars 1906."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.32", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "Le personnage de \\xtan est pas beaucoup moins artiiicic. que celui\nde l'Etranger-,mais heureusement, à l'Opéra, Vita c'est M'le Bréval ! Avec un\nart qui lui aussi impose l'admiration elle sut faire de « cette vue de l'esprit »\nun être vivant et émouvant, et par là M»e Bréval s'affirma une créatrice. Au\ndébut, rêveuse qui« aime à causer avec la verte mer », elle fut d'une poésie\net d'un charme pénétrants ; puis par une gradation saisissante dans sa sim-\nplicité elle nous fit sentir l'inexplicable amour qui progressivement l'en-\nvahit, et quand, dans le délire d'une exaltation mystique, elle clama d'une\nvoix merveilleuse son irrévocable serment ala mer, en vérité elle fut\nsublime.\nA côté d'elle, l'interprétation de M. Delmas parut encore, plus qu'à l'or-\ndinaire, extérieure, pompeuse et conventionnelle ! Sous la consciencieuse\ndirection de M.Vidal, l'orchestre et les chœurs se montrèrent de tout point\nremarquables.\n\nMaurice Fourrier.\n\nCOULISSIANA.\n\nOn a beaucoup péroré de notre Opéra-Comique et de son directeur à\nl'occasion du budget des Beaux-Arts en notre Parlement. Le spirituel arti-\ncle de notre collaborateur Willy à ce propos n'était peut-être pas sans ré-\nplique, encore qu'il reproduisît des arguments imprimés au Journal officiel,\nsinon même précisément à cause de cela. L'absolue liberté dopinion qui\nest la loi de notre Mercure musical m'autorise à émettre mon humble avis\nau milieu de tous ceux, divers, opposés, quels qu'ils soient, à qui l'hospi-\ntalité de ces feuilles est assurée d avance. Il serait délicat de prendre parti\ndans la question lépreuse ou ensorcelée qui fut prétexte àla dispute,\navant que de connaître les conclusions de l'enquête ouverte, lesquelles\nseront publiées ici en temps et lieu. J'ouïs néanmoins des gens d'expé-\nrience opiner qu un directeur jouant toutes les pièces qu'il reçoit, cane\ns est jamais vu, même en rêve. Je ne vois pas le moindre inconvénient à ce\nque M. Carré devienne ce phénix ou ce merle blanc, par force ou par per-\nsuasion, et on ne peut guère nier, en tout cas, qu'il en ait reçu et joué plus\nqu aucun autre de ses prédécesseurs au théâtre subventionné qu'il dirige,\naïs 1 eut un singulier ou facétieux avocat dans la personne de l'honora-\ne qui vou ut 1 excuser ou défendre, en le louant, du haut de la tribune,\n\\ ax°ir P iquement repoussé un livret scabreux pour les chastes oreilles\ndes demoiselles a marier dont chacun sait que la salle Favart fut longtemps\na ressource et e rendez-vous. L'idée était plutôt cocasse, et M. Carré en\ndut bien rigoler lui-même, ahuri, en se regardant dans la glace, d'y devoir\ncon er e protecteur de la vertu et gardien de son temple, archiprêtre\ntïnnn fU f Sainte-Mousseline et vicaire de M. Bérenger. Le bien inten-\nHipnt-6 &1S at,eur aur£ut trouvé facilement mieux à dire en faveur de son\nart- not[ien i^U en C ar§*ssant un soit peu un débat intéressant notre\ntoirpç Maî ' en^)tant des faits, qu'il ignorait sans doute, quoique no-\nniîtrq'ir ni S S!inoS r ePut^s (( sayaient ce dont ils parlent », on ne s'y recon-\nI US\\r aut Pas bouleverser imprudemment l'ordre des choses,\nce malnrlrn> 0. servat*ons> d ailleurs, se révéla fort terre à terre. Après\nrerTr n orateur Averse vint reprocher à M. Carré de s'entou-\nécor Sf f 6 famille> d'en peupler son administration et sa\nSi le chiffre s de \\30.000 livres au profit de sa parenté.\nxas, , 1 apparaît évidemment excessif. Des renseigne-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4069, "texte": "ments reçus d autre part, toutefois, annonçaient un total différent exprimé\navec un zéro de moins. Il convient donc d'attendre le résultat de l'enquête\net, ce point réservé, j'ose avouer que le reste de l'accusation me laisse froid *\nN importe qui en ferait probablement tout autant. C'est un sentiment fort\nhumain et, de nos jours, assez répandu dans ses effets qu'on ne saurait\ncertes connaître mieux qu'en l'endroit d'où partit la dénonciation. Le né-\npotisme a ses défauts, mais il ne manque pas non plus de certains avan-\ntages qui pourraient le justifier quelquefois. Aussi bien qu'un ministre, un\nchef d entreprise en peut attendre des auxiliaires plus sûrs, qu'une com-\nmunauté d'intérêts attache à sa fortune, sur lesquels il exerce une autorité\nplus constante, plus directe et plus efficace. En tant que contribuable, il\nm'importe peu, je l'avoue, qu'un directeur subventionné emploie, s'il lui\nconvient, les siens de préférence à des étrangers, pourvu qu'il ne crée pas\nde sinécures et que ces fonctionnaires se démontrent, à l'épreuve, aptes\net assidus à accomplir la tâche rétribuée qui leur est départie. La volonté\nbien connue de M. Carré garantit qu'il sait se faire obéir de tous et, à tout\npoint de vue, pécuniaire ou artistique, les résultats de sa gestion pourraient\nattester qu'il ne fut généralement pas malheureux dans le choix de ses col-\nlaborateurs. Sans doute, il paraît peut-être un peu trop se croire encore à\nla tête de l'indépendant Vaudeville, mais, transporté dans l'officieux local,\npeut-être aussi que justement son autocratisme y eut les plus précieuses\nconséquences. Des quatre scènes dont nos écus arrosent les planches lyri-\nques ou dramatiques, la sienne est la seule où on travaille, où on constate\nune activité disciplinée, incessante et féconde. On sent que M. Carré en\nest l'âme, l'instigateur infatigable, autoritaire, intransigeant dans ses des-\nseins ou dans ses actes. Si sa vivacité commit la gaffe de menacer le loyal\nWilly d'un procès tendant à lui faire casquer 100.000 balles, on ne doit\npas oublier que, d'un geste susceptible analogue, jadis il défendit Pelléas\ncontre le dénigrement tendancieux ou la calomnie. Qu'il ait tort ou raison\ndans l'affaire Lazzari-Bataille, cela ne supprime pas le passé. Or les bien-\nfaits de ce passé sont péremptoires. Je suis loin d'admirer toutes les\nœuvres que fit représenter M. Carré, mais mes goûts ne m'empêchent pas\nd'approuver son éclectisme, de l'estimer, non pas seulement licite, mais\nincontestablement légitime, équitable et utile à tous égards. Nos musiciens\nn'en ont pas moins bénéficié que de Vart d'un incomparable metteur en\nscène, dont la sollicitude s'étend indistinctement sur tous les ouvrages,\naide au succès des meilleurs et fait supporter jusqu'aux pires. Enfin, c'est\ntrop évidemment àla seule activité de M. Carré que nous sommes redeva-\nbles de l'actuelle et inespérée floraison de notre musique dramatique, et\nnous lui devons mieux encore, grâce à ce qui s'ensuivit au concert et pour\nl'éducation du grand public, puisque son indifférence intrépide, après le\nrisque jugé naguère audacieux de Louise, nous valut la révélation, puis le\nsuccès de Pelléas.\nRien n'égale l'éloquence des faits, et ceux-là constituent des titres que\nla plus indulgente comparaison avec ce qui se passe ailleurs divulguerait\nbien vite exceptionnels entre tous. Il serait souverainement injuste de les\noublier à propos d'un incident où de respectables intérêts particuliers\npeuvent avoir été lésés et recevoir satisfaction, sans qu en soient entames\ndes mérites d'ordre plus général. Il ma semble pourtant que, même\nrétrécie à des détails d'administration, la discussion parlementaire eût pu\nêtre plus instructive. Que Mme Marguerite Carré touche 6.000 fr\\ par mois»\n—ce qu'on nie d'autre part, au surplus, c est à coup sûr un prix\nmunificent, mais qui n'est pas rare au théâtre. Elle a fait beaucoup de\nprogrès dans son jeu, sa voix est belle, sa personne bien plus encore, et,\nsi son directeur et époux a les moyens de lui offrir un cachet d etoile,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.34", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3400, "texte": "j'en suis ravi pour elle et fort aise pour lui, que cela me paraît regarder\nexclusivement, avec, bien entendu, ses actionnaires, dont je ne suis, hélas!\nJ'aimerais mieux savoir pour quelle étrange cause, en ce temps de surnoms\nindiscrets ou vengeurs, Mme Carré fut baptisée gardenparty, ce qui suggé-\nrerait volontiers quelque occulte méfait d'un népotisme autrement très\nacceptable. Les coulisses recèlent peut-etie les seciets dun tas de petits\nmystères qui déconcertent les profanes. Il n'y a pas si longtemps qu'on\ndut déplorer, sans comprendre, le départ momentané de l'admirable artiste\nqu'est M. Jean Périer. Si M. Messager s'en est allé tout seul, ainsi qu'on\nl'affirme, c'est grand dommage, car on ne l'a pas remplacé. J'oserai même\ninsinuer que le bâton supplémentaire, et sans doute insigne, que M. Carré\nfit venir de Belgique à l'intention de son orchestre français, n'a pas suffi\nà compenser la perte. Mais d'autres choses eussent pu piquer la curiosité\nde nos législateurs. Il est assurément regrettable pour un compositeur de\nse voir refuser la représentation d'un ouvrage inédit ; cependant, si on\npeut rechercher pour quelles raisons un musicien ne réussit pas à se faire\njouer dans un théâtre subventionné, il serait non moins intéressant, sinon\nplus, d'apprendre pourquoi certains y sont joués si souvent. Je ne parlerai\npas de M. Henri Cain, car il est librettiste, et, si son quasi-monopole en\nl'espèce a de quoi stupéfier, M. Carré en peut être innocent. Mais à quel\nimpératif catégorique obéit celui-ci pour devoir attribuer, d'un bout à\nl'autre de la saison, trois jours de la semaine à M. Massenet ? On ne sau-\nrait guère arguer de l'imperturbabilité des recettes. Quoique la moyenne en\nsoit assez réjouissante, elles sont si variables, et pour le même ouvrage,\nque leur excellence éventuelle n'apparaît rien moins que fatalement\nmotivée par le nom de l'auteur sur l'affiche. L'excuse, d'ailleurs, n'expli-\nquerait pas le cas de Chérubin,substitué brutalement, avec les n ou\n1200 francs d'une première et bientôt des soirs de S.ooo, aux 7.500 francs\nde Pelléasen plein succès. Les coulisses du théâtre abondent en inscru-\ntables énigmes. On s'étonne pourtant d'avoir à deviner des rébus de ce\ngenre chez un artiste tel que M. Carré, et je confesse en être beaucoup\nplus intrigué et gêné que de tout ce dont on l'accusa hier au Palais\nBourbon. Mais la perfection n'est pas de ce monde, et notre musique doit\ntrop de reconnaissance à M. Carré pour ne pas lui passer quelques caprices.\nS'il se laisse embobiner par les vieux ou les protège, il accueille aussi les\njeunes, témoin Séverac. Il a reçu le Cœur du Moulin, et je parierais bien\ndix sous que M. Lazzari lui dédiera sa prochaine partition. Enfin, souve-\nnons-nous qu'il nous a donné Pelléas.\n\nJean Marnold.\n\nSAINT-SAENS CONTRE WILLY\n\nAu risque de sembler discourtois envers l'obésité notoire de M. Willy*\nje confesse que sa brouille avec M. Camille Saint-Saëns me rappelle le vers\ndu mauvais La Fontaine où je ne sais quel singe, évidemment un ancetre\nde nos reporters actuels, annonce\nqu'Eléphantide a guerre avecque Rhinocère.\nRhinocère ! Ce nom cornu semble apparenté à l'âpre humeur du musi-\ncien, à l'aveuglement de ses colères obtuses... Eléphantide sonne plus\naimable, en même temps que plus grassouillet.\nDonc, à Monte-Carlo, surgirent grands débats entre l'auteur de Y Ancêtre"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.35", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 3575, "texte": "et notre collaborateur. Les journalistes présents s'en émurent, je veux dire\nqu ils s en amusèrent, tous, le blond Stoullig, qui opère au Monde Artiste,\nle brun Souday, délégué par Y Eclair, J.-L. Croze, actif représentant du\nMatin, sans oublier Louis Schneider, en qui le souriant Gil Blas met ses\ncomplaisances.\nIl en est que la brouille affligea davantage ; M. Gabriel Fauré (directeur\ndu Figaro et rédacteur au Conservatoire) et son aimable sous-verge, Fernand\nBourgeat, puisque tous deux, à la demande de Raoul — qui\nen l'occurrence, se montra parfait de délicatesse et de tact— durent faire'\nla navette entre les belligérants, ne quittant l'immortel compositeur d'Hélène\net de Parysatisque pour se rendre auprès de l'amoral écrivain d'Une\nd'amour.\nCes démarches n'aboutirent pas. Pas plus que notre collaborateur, le\nsavant Louis de Fourcaud et l'éminent chartiste Henri de Curzon 'ne\ncrurent devoir prendre part au dîner offert à la presse parisienne par le\nPrince de Monaco en l'honneur de M. Saint-Saëns, et tous trois confabu-\nlèrent, le verre en main, au restaurant de l'Hermitage, sur des sujets\nimprévus. Le très érudit musicographe du disserta passionnément\nsur les saints céphalophores ; le directeur parisien du Guide musical\nstigmatisa les critiques belges qui veulent convaincre d'inexactitude les\nAnnales du gendre d'Agricola (nourries, cependant, des mémoires de Fabius\nRusticus et d'Aufidius Bassus). Enfin le père des « Claudine » s'étendit\navec quelque amertume sur la fantaisie des restitutions proposées par\nOtto Crusius, de Tubingen, pour le fragment de Phœnix Colophonius joint\naux Mimiambesd'Hérondas dans l'édition Teubner.\nAujourd'hui, il paraît que la paix est faite ; M. Saint-Saëns aurait été\ntouché de lire dans le compte rendu de l'Ancêtre, télégraphié à l'Echo de\nParis par M.Willy, des éloges sans réserves adressés à cette œuvre «encore\nsupérieure à Hélène ». Notre collaborateur disait effectivement :\n« Le compositeur de Parysatis personnifie avec une inflexible logique\n« l'esprit français, instinctivement en défense contre les nuageuses abstrac-\n« tions, germaniques ou cévenoles, de Wagner et d'lndy, esprit misonéiste\n« qui préférera toujours l'anecdotique livret de la Basoche au douloureux.\n« symbolisme du poète Henri Bataille.\n« ... Cette attitude combattive de champion national va jusqu'à lui faire\n« accentuer à la française les noms italiens, insistant sur la dernière syllabe\n« de Pietra-Nera.\n« ... L'auteur de VA ncêtrerestitue délibérément au Récit le rôle assigné\n« par Gluck ; il l'écrit sans autre accompagnement qu'un accord marquant\n« le temps fort, et le considère sans plus, comme la phrase aux inflexions\n« rituelles unissant deux morceaux d'écriture différente, conçus dans un\n« caractère strictement traditionnaliste. Ces morceaux, élaborés par un\n« fidèle observateur de la religion du s'attestent dignes des plus\n« célèbres monuments classiques dont s'enorgueillissait l'Art lyrique vocal\n« de 1840, ressuscité par une volonté précise que ne troubleront jamais les\n« charmes dangereux de l'atonalité ni les déliquescences en vogue des ap-\n« poggiatures sans résolution.\n« ... On a beaucoup applaudi, au troisième acte, la fantasque arabesque\n«de trilles et de vocalises chantée par Mll® Farrar, artiste chercheuse qui\n« se renouvelle à chaque création, au lieu de diluer tous ses personnages\n« grisette du quartier latin ou bohémienne de grand'route dans la même\n« affadissante douceur (1) ».\n\n(1) L'auteur viserait-il Marguerite Carré ? J'espère que non !\ni 8"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.36", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "Reconnaissant, le musicien de Y Ancêtre a envoyé au critique la lettre\nque voici :\nPalais de Monaco, 26 février 1906.\nMon cher Confrère,\nJe viens de lire votre bel article sur VAncêtre, et je m'empresse de vous en faire mes\nsincères remerciements, auxquels je joins l'expression de mes sentiments sympathiques-\nTout à vous.\nC. SAINT-SAENS.\nAussi bien, je viens de relire les lignes de Claudine s'en va dont, paraît-\nil, M. Saint-Saëns avait conservé un peu de rancune; elles me semblent\ninoffensives, voire laudatrices :\n« Cette vieille paillarde de Providence, qui est toujours là pour un coup,\n« avait lié d'amitié le Gastelbon de Beauxhôtes avec notre Saint-Saëns na-\n« tional : du commerce de ces deux grands hommes, bien faits pour se\n« pénétrer l'un l'autre, le projet naquit de créer un Bayreuth français, qui\n« serait Béziers, avec : i° dans le rôle de Wagner, Saint-Saëns, et 20 dans\n« celui de Louis de Bavière, Castelbon, le Mécène à faire...\n« Parysatis se termina par le spectacle de trois Messieurs, apparus sur\n« la scène aux acclamations d'un peuple en délire, et qui, effrontément,\n« s'embrassèrent: ces trois fantaisistes, c'étaient M. Castelbon de Beaux-\n« hôtes, Saint-Saëns et... Mme Dieulafoy. Ben mon cochon ! »\nPour mal interpréter ces passages, il faut la sournoise malice des po-\ntiniers de five o'clock experts aux cancans de théière.\nPersonnellement, d'ailleurs, je maintiens mon droit de préférer, dans\nl'œuvre de M. Saint-Saëns, les lieder aux opéras, et de le trouver moins à\nl'aise dans V Ancêtre que dans l'Attente.\nMais je n'hésite pas à le complimenter du dénouement de cette affaire où\nil s'était malencontreusement emmanché.\n\nHenry Gauthier-Villars.\n\nPOLÉMIQUES GRÉGORIENNES.\n\nLa musique religieuse n'a, pas plus que la profane, le pouvoir d'adoucir\nles mœurs. Bien au contraire, elle fait naître d'ardentes querelles, et met\naux prises de très savants hommes, qui parfois oublient, dans la chaleur\nde la discussion, et la gravité de leurs études et le caractère sacré dont il\nleur arrive d être revêtus. On en eut la preuve au récent congrès de Stras-\nbourg. Deux théories s y trouvaient en présence: l'une, dite mensuraliste,\net représentée principalement par le R. P. Dechevrens, prétend retrouver\ndanb le chant grégorien, à peu près comme dans la musique moderne, des\nmesures définies, dont les notes seraient toutes multiples d'une unité\nconiuiune, le temps ; la seconde théorie, due aux Bénédictins de Solesmes,\nest celle du rythme oratoire : il n'y aurait pas de mesure dans le chant\ngrégorien, mais une série de notes égales entre elles, où l'accent tonique\nmots marquerait seul des temps forts, Une courte communication de\nnoir-:, collaborateur Pierre Aubry, auteur de nombreux travaux sur le\nc îant Le 1 Eglise latine et des Eglises d'Orient, et partisan du rythme\ntonique, fut lue au congrès de Strasbourg par M, Gastoué. Deux ripostes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3389, "texte": "s'ensuivirent, publiées toutes deux par la revue Dans la pre-\nmière, le R. P. Fleury se déclarait « stupéfait de voir des écrivains instruits,\nérudits, maniant même fort bien la plume, sacrifier, à ce point, à l'aber-\nration commune et parer des sophismes véritables de tous les dehors de\nla science et de l'érudition. » Et il concluait : « L'effort de M. Aubry\nn'aura servi qu'à démasquer le pauvreté et le néant de sa base. » Le R. P.\nDechevrens, qui n'assistait pas au congrès, le prenait sur un autre ton.\nCette communication lui paraissait bien étrange et incompréhensible,\n« si elle vient réellement de M. P. Aubry ». Voilà des procédés auxquels\nnous ne sommes pas habitués, nous autres profanes, et si le Docteur\nCamille Mauclair, spécialiste de la debussyte, a pu déclarer mes articles\n« partiaux, obscurs, et écrits dans une langue que quinze ans d'incompé-\ntence littéraire ne lui permettaient pas d'assimiler à du français », du moins\nl'idée ne lui est-elle jamais venue de m'en contester la paternité; vraiment,\nje lai en sais gré aujourd'hui. Le Révérend Père continue avec sérénité :\n« On jugera de la bonne foi avec laquelle, soit M. Aubry, soit M. Gastoué,\nont pu faire au congres la communication susdite. » Son factum est uu\n5 octobre igos. Les réponses que MM. Aubry et Gastoué crurent devoir\nfaire à ces diffamations ne furent insérées que dans le numéro du 5 janvier\n1906. Tous les moyens dilatoires furent employés d'abord, puis toutes les\ntentatives de conciliation, lorsque les requérants eurent montié qu ils ne\ncéderaient pas. Très nettes, ces réponses établissent péremptoirement que\nle R. P. Dechevrens est parti en guerre sur de vagues racontars, et a entre-\npris de réfuter une communication dont il n avait pas eu connaissante,\navec des arguments dont les uns sont illusoires, et les autres fâcheusement\npersonnels. C'est pourquoi on ne peut qu'approuver M. Pierre Aubry\ndans les sages conseils qu'il donne, en terminant, à ses adversaires .\n« Voilà comment, à mon sens, le paragraphe 3 aurait dû suivre le sort\ndes paragraphes 1 et 2, c'est-à-dire n'être jamais écrit... Le R. P. Deche-\nvrens aurait évité défaire personnellement montre dune susceptibnue\ninvraisemblable, compliquée de quelque légèreté dans le soin de sa docu-\nmentation. Il m'aurait surtout évité de lui répondre. Et je lai fait, parce\nque j'estime que si le R. P. Dechevrens a eu le tort de prêter 1 oreille aux\npropos de quelque sot bavard, il se doit à lui-même d entendre la riposte\nnette et loyale que son erreur d'un jour aura provoquée.\n« Je sais bien, Monsieur le Directeur, qu'il est peu agreable, dans une\nrevue appartenant à des jésuites et rédigée par eux, de laisser mettre en\ncause un membre de votre Compagnie ; mais permettez-moi de vous dire\noue s'il vous plaît de vivre dans une tour d'ivoire, au pied de laquehc\nviennent s'éteindre les bruits du monde, il n'en faut point descendre pour\nchercher querelle à qui ne vous demande rien. Voila ce qu il convient ce\nfaire comprendre à vos collaborateurs. »\nSur cette même question du rythme grégorien d autres ,d'scu*s,°\"st\n_ mpme * mais de celles-là 1 intérêt est tojl\nsont eneaeees, en ce moment mcixic , mai*\nautre, car elle ne s'accompagnent pas dïnsinuattons ou d ■n,ures person-\nnelles. Aussi peut-on espérer que la science y trouvera son profit. Nous y\nreviendrons quelque jour.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.38", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "LA MUSIQUE A LYON.\n\nTristan et Yseult. Quatuor Rinuccini. Pablo Casais. Quatuor Bataille.\nLes théâtres et les concerts procèdent par crises, au point que Sarasate\nne trouve plus d'auditeurs... Mme Marguerite Carre chante la Vie de\nBohème ; Mme Carré est charmante, comme son mari : nous n'avions pas\nbesoin d'elle. Mais je n'en veux pas dire de mal, étant bien certain qu'elle\ncréera bientôt la Lépreuse à l'Opéra-Comique. Ses collègues MM. Duc\net Noté font la joie des Marseillais de Lyon. M. Broussan cherche une\ndirection. On a aussi repris Tristan, et la saison finira dans une épidémie\nde Wagner : il faut donner bonne impression aux émigrants de la Riviera.\nJe me demande à ce propos s il y avait lieu de reprendre spécialement le\nCrépuscule et Siegfried plutôt que l'ensemble du Ring : c'est peut-être un\nmauvais point que ces retours en arrière sur de pénibles conquêtes.\nOr Tristan aura déçu beaucoup de gens. Le totémisme wagnérien, qui\ns'est étalé pendant trente ans sur les périodiques de tous ordres, nous a\npréparé ridiculement à l'audition des œuvres. La musique wagnérienne\nest bien le contraire d'un domaine scientifique : il faut l'aborder démocra-\ntiquement, en simplicité d'âme, et ne point trop l'approfondir. Les\nconceptions légendaires et dramatiques de Wagner peuvent ne pas satis-\nfaire tout le monde. Il faut prendre ses œuvres dans leur ensemble (déjà\navec un léger sentiment de la chronologie), et surtout éviter le préjugé du\nmatériel wagnérien. Qui prétendrait que YOrphée de Gluck se suffise\naujourd'hui de sa primitive couleur locale ? La tradition de Bayreuth est\nexcellente: il est permis de la modifier.\nCette reprise de Tristan aura été marquée par un effort sincère dans le\nsens de l'homogénéité de l'interprétation. Cependant, au risque de me\nfaire honnir, j'avouerai que Mme Janssen semble perdre par instants de\nses moyens d'expression : le premier acte s'en ressent. Notre aimée can-\ntatrice s'est spécialisée dans un procédé de diction « tonique » (école de\nBayreuth) qui n'est pas toujours agréable. D'autant que cet état d'esprit,\npour ainsi dire, se communique aux autres interprètes. Bien plutôt que des\nharmonies marines, on eut par moment l'impression d'un déchaînement de\nsloughis dans l'orchestre (i). Mais le troisième acte fut supérieurement\ntraduit par la passion de cette artiste sincère, par le maladif enthousiasme\nde M. Verdier, la discrétion de M. Dangés et la gravité honnête de M. Ga-\nlinier. MUe Pierrick elle-même pleurait toute la naïveté fidèle de l'obéis-\nsante Brangaene. Et les décors étaient beaux, un peu byzantins peut-\nêtre.\nCe m'est une joie de penser que bien des gens trouveront ici l'enseigne-\nment d'une musique qui n'est pas simple agrégation de formules, que\nbien des critiques aussi, apprenant à craindre leur savoir, se replieront par\npudeur de la pénible familiarité des Maîtres. Combien ont tremblé comme\ndes lévriers, dans la peur de ce qui est sublime, ou supérieur, qui ne l'ont\navoué depuis qu'en sottes paroles ?... Et plus que je ne le supposais autre-\nfois, Tristan me paraît une œuvre personnelle, mais objective (2), et vit de\nla vie de Venise plus que de la passion triste du palais Calergi : Pharmo-\n\n(1) On peut croire que si l'orchestre était comme à Bayreuth, ce pro-\ncédé d'exposition serait moins sensible.\n(2) Ceci pour tous ceux que le trouble momentané de leur esprit entraîne a\nvouloir paraphraser l'amour de leur « dieu >/. La comédie du n'est pas acces-\nsible à tous."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3397, "texte": "nie en est lagunaire. Dans l'automne éternellement sonore de Chioggia,\nne suis-je pas bien certain d'avoir entendu déjà ces vieilles mélodies, que\nchantent les barques voyantes depuis la belle Portia ? Un érudit nous dira\nce que Richard Wagner, musicien, apprit de la mer dogaresse et des gon-\ndoliers de Saint-Marc.\n*\n* *\nLes concerts de musique de chambre sont intéressants, mais assez peu\nsuivis. Le quatuor Rinuccini donnait sa première audition de l'année. Le\ntreizième quatuor de Mozart est triste et précieux : l'interprétation, excel-\nlente, m a paru un peu « instrumentale » : c'est notre défaut dans la com-\npréhension de Mozart, et la Schola n'est pas près de nous en guérir. La\npremière audition du quatuor d'Emile Bernard, savant et tourmenté, a\ndéçu notre attente. Par contre, Beethoven est toujours digne de nos hom-\nmages et du culte que lui ont voué MM. Rinuccini, Chanel, Ricou et\nGaudet. « Divin vieillard ! » comme dirait l'autre.\nLes grands concerts entreprennent des tâches de plus en plus difficiles.\nIl faut noter pour cette fois une courageuse exécution du prélude de Parsi-\nfal et, avec le concours de la Schola Cantorum lyonnaise, de la scène\nreligieuse du premier acte. Le rôle d'Amfortas était naturellement absent,\nles décors aussi. On a jugé intéressant le chœur céleste dans la coulisse ;\nl'influence de M. Jean Reynaud y fut sans doute pour quelque chose. Je\nn'en dirai pas autant des fameuses cloches. Le public a paru fatigué.\nDe la symphonie en ut majeur de Beethoven (1°), qui ouvrait le concert,\nrien de particulier à retenir, sinon que c'est bien « du Beethoven », non du\nMozart (ce qui n'impliquerait pas infériorité), et que le second mouve-\nment a paru un peu vif : andante cantabile con moto, je crois. L énerve-\nment des préparatifs ne facilite pas la tâche du chef d'orchestre, qui doit\nsurveiller jusqu'au matériel de ses concerts. M. Frohlich nous est reve-\nnu, toujours dévoué aux intérêts de la Schola (i). L air de la Fete\nd'Alexandre, d'Hœndel, et les Deux Grenadier s, de Schumann, ont diverse-\nment sollicité la joie des diverses parties d'un public distingué. L'Elévation,\nde M. Savard, sur un poème de Baudelaire, consciencieuse et développée,\nn'échappe pas à la contrainte wagnérienne. On avait redemandé le Préludé\na l'après-midi d'un faune : l'accueil est chaleureux. Enfin l'ouverture\nSEuryanthe terminait cette longue séance : on a remarqué certains motiîs\ndu début qui ont pu inspirer le deuxième acte du Tannliauser. .\nCe concert mériterait une seconde audition. M. Witkowski se plaint\njustement de ne pouvoir reprendre ses programmes sans courir des risques\nfinanciers : nous sommes en cela inférieurs à nos voisins, que notre\ncuriosité ignore le goût de l'oeuvre d'art.\nLe public lyonnais, très prudent de sa nature, professe une sainte horreur\npour l'inconnu et ses mysïères, ce qui explique son abstent.on au con-\ncert donné par M. Spalding. Il en fut de même, je men souviens, pour\nKubelik et Stefi Geyer. Serait-ce à cause de ce peu d'empressement que\nles deux artistes, MM. Spalding et Bimboni, dépêchèrent leur Pr°gra™™\navec une rapidité et une désinvolture vraiment bien américaines . En c\noccurrence, je les absous de tout cœur. Pour être juste, je dois ala ver\n\n(.) M. Frôlich avait -nsacré une séance fnVrp'réTation\nhsPJ français le conçoit de .ou»\nchose profonde. M. Jean Reynaud 1 accompagnait."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.40", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "déclarer que la soirée était peu attrayante. M. Spalding, quoique fort jeune,,\nest déjà sans conteste un virtuose de race : il possède une belle sonorité,\nclaire, agréable, et il se joue de la difficulté avec une remarquable aisance.\nNul doute qu'il n'acquière les précieuses qualités qui font les grands\nartistes : l'enthousiasme, le style, l'absolu respect de l'œuvre interprétée.\nPour le moment, son jeu n'éveille pas l'émotion chez l'auditeur. Ses défauts\nm'ont paru assez nets surtout dans l'adagio de la Sonate en ré mineur de\nSaint-Saëns ; par contre, quelle aisance et quelle légèreté dans les notes\npiquées de l'allegretto, et dans les doubles croches enragées du finale ! Il\ntrilla à merveille le fameux trille du diable, et, enfin, après l'inévitable Aria\nde Bach, admirable, oui, mais dont l'abus devient fastidieux, et VAbeille de\nSchubert, qui eut les honneurs du bis, il maltraita fort la 5e Danse hon-\ngroise de Brahms, dont il précipita le rythme, sans doute pour prendre\ncongé au plus tôt de son auditoire.\nQuant à M. Bimboni, rarement j'entendis un accompagnateur aussi\nprécis; mais quelle idée singulière de nous jouer ses œuvres ! Deux pièces\nde Schumann étaient inscrites au programme. Est-ce bien du Schumann\nqui fut joué ?\nAu concert de charité où nous applaudîmes le maître Planté, Pablo\nCasais et le quatuor Battaille, Taffluence était considérable. Ce fut une belle\nsoirée d'art. Que dire du célèbre pianiste qui ne soit une redite ? Je ne\npourrais que célébrer une fois de plus ses admirables qualités ; sa virtuo-\nsité qui se rit des traits, sa netteté dans le jeu, sa délicatesse dans le tou-\ncher. Je ne saurais trop louer cette interprétation vraiment personnelle. Je\nne veux retenir, parmi les pièces nombreuses portées au programme, que\nYAndante spianato et Polonaise de Chopin. qui provoqua un enthousiasme\nindescriptible.\nPablo Casais était un inconnu pour les Lyonnais. C'est un violoncelliste\nincomparable. La Sonate de Saint-Saëns et celle en ré de Mendelssohn\nmirent en valeur les éminentes qualités de ce grand artiste. Jamais il ne\nm'avait été donné d'éprouver impression aussi profonde. Ce qui, à mon\navis, caractérise son jeu, c'est une sonorité pure, une expression d'un\ncharme prenant et délicat, un fini et un lié étonnants. En outre, il se\nmontra merveilleux interprète de Bach, dans une Sarabande jouée avec\ntoute la simplicité et la sobriété qui conviennent à cet auteur. Aussi un\nsuccès triomphal fut fait à cet excellent artiste. J'ai goûté à l'entendre des\njouissances supérieures.\nLe quatuor Battaille se faisait entendre lui aussi pour la première fois.\nIl a reçu un accueil enthousiaste et mérité. Une parfaite homogénéité des\nvoix, un absolu souci des nuances et des demi-teintes, le placent au pre-\nmier rang. Des diverses pièces inscrites au programme, j'ai surtout aimé le\nsavoureux Madrigal de Pauré, et les Chants de VUkraine, si curieux, si\ncolorés.\nSoirée inoubliable. Je me permettrai en terminant une simple petite\nremarque, non pour les artistes, mais à l'endroit du public, qui inter~\nrompait chaque instant par des applaudissements prématurés les mor-\nceaux qu'il croyait toujours terminés; non point que cela m'étonne, mais\nc'est une amère constatation de plus que je fais.\n\nA. G."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "COURRIER DE NANCY.\n\nConservatoire : 5 concerts de l'abonnement.\nlERIER CONCERT. M. Gabriel Fauré n'est-il pas plus proche des tragiques\ngrecs par sa clarté mélodieuse et mélodique que des brumes de M. Maurice\nMaeterlinck ? La pureté de la ligne, dans sa musique de scène pour Pel-\nlé ci s et Mélisande, est telle, que nous l'attribuerions volontiers à quoi\nsouscrirait, je pense, notre compatriote Maurice Barrés en son savoureux\nVoyage de Sparte— àla touchante Iphigénie ou àla noble et sévère An-\ntigone.\nEt c'est alors le faune celui de Mallarmé, poète du Nord qui, dans\nla réaudition du Prélude à VAprès-midi..., sembleprofiter de tout ce que le\nclair-obscur musical de Debussy apporte de richesses nouvelles à la com-\nposition, et plus particulièrement à l'instrumentation : coloris plein de\ntrouvailles délicieusement neuves et chaudes.\nL'idéal traditionnel noblement représente avec le Concerto en ré mineur\nde Haendel, pour deux violons et violoncelle (MM. Heck, René et Fer-\nnand Pollain) et par la Symphonie en la (n° 7) de Beethoven.\nLe Carnaval romain nous prépare aux joies berlioziennes qui furent\nvives avec la reprise de :\n2E CONCERT. La Damnation de Faust. Concert plastique, si j'ose\nainsi écrire, ou plutôt victoire de la couleur au détriment, parfois, de la\nnuance. C'est ainsi que les chœurs, excellents dans les parties extérieures\nde l'œuvre et dans le truculent Pandœmonium, ne furent peut-être —\nsylphes ou follets d'un enveloppement assez Mais cela im-\nporte peu ; ce qui importe, c'est que l'on ait pu monter, dès le début de la\nsaison, « l'opéra de concert » de Berlioz, alors que les grandes auditions\navec masses chorales étaient reservees, d'autres années, aux derniers con-\ncerts de l'abonnement. Il est vrai que des collaborateurs tels que MM. Da-\nraux, Plamondon, Mme Faliero-Dalcroze et, pour Nancy, M. Bolinne,\nrendent la tâche un peu moins ardue au chef d orchestre.\n3fc CONCERT. M. Geloso, annonce, ne put venir par suite dun accident\narrivé dans sa famille : ce qui nous valut, une fois de plus, 1 interlude\norchestral de Rédemption, tantapprécié en cette vide, de religion franckiste,\net VAdagio de Ropartz, coulé sur l'alto par René Pollain.\nEt l'on ouït encore la Danse macabre de Saint-Saëns. Comme les musi-\nciens de M. Guy Ropartz ont beaucoup gagné en souplesse, ils en ren-\ndirent, avec plus de finesse encore qu'en de précédents concerts, les détails\nd'orchestration. Symphonie en ré mineur de Schumann, si jo îment\nrythmée, et d'une unité d'inspiration qui concourt à la rendre plus claire\nencore, pour nous Français.\n4e concERT. - Wallenstein de d'lndy. - 3* Symphonie d'Albéric Ma-\ngnard (reprises). Jamais l'orchestre ne fut plus en verve, plus colore,\nplus chaleureux dans l'entrelacement des thèmes de passion, plus mou-\nvementé que dans le cliquetis et les rumeurs du camp plus ample, plus\nmystérieusement religieux que dans 1 exposition fina eut eme eroiq\nLa Symphonie de Magnard est, à la fois, savante et simple dans ses\nexposés thématiques, souple et complexe dans les developpem.nts tres\nmodernes, encadrée dans les délimitations classiques. Le hautbois de\nM.Foucault soupira délicieusement dans la pastorale comme le co d\nM. Pollain à la fin de la deuxième partie de la trilogie de d Indy, alors q e\nrésonne, pour la dernière fois, le thème pathétique e îec a."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.42", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3766, "texte": "Je signale, pour mémoire seulement, 1 e Concerto en ut mineur de Beetho-\nven (Mlle Geneviève Dehelly, pianiste), que Pugno, lan dernier,nous révéla\nd'inoubliable façon (toute exécution du maître n est-elle pas une révéla-\ntion?). Dehelly ale toucher fin, sûr et délicat ; son louré est ravissant\nde grâce féminine ; elle doit jouer merveilleusement le Rameau, le Dacquin,\nle Couperin, voire même le Mozart... Elle n a ni 1 cime ni le poignet bee-\nthovéniens. Et l'Erard sur lequel elle se fît entendre n'était, lui-même,\nrien moins que beethovénien.\n5e CONCERT. Lorsque joue Ysaye, l'on se tait et lon écoute : c est, je\ncrois, la marque la plus haute d'estime que Ton puisse accorder à un\nartiste. Ysaye asa façon particulière de comprendre les musiciens :il a\nvéritablement ri, et, je dirais presque, dansé avec Mozart [Concerto en sol\nmajeur) ; il a communiqué au Poème de Chausson une âme vibrante, an-\ngoissée, douloureuse, très moderne, et, enfin, après les Murmures de la\nforêt (très au point, en ce concert), dans la forêt de murmures intjtulée\nSymphonie par M. Vreuls (ire audition), il donna perpétuellement l'impres-\nsion d'un soliste improvisant : et quel soliste ! et quelles improvisations !\ntandis que l'orchestre le soutenait, en le laissant, par instants, entrer plus\nintimement dans sa masse.\nSplendide concert, d'ailleurs,que celui-ci, donné au bénéfice delà Caisse\nde secours de l'orchestre (une noble et humanitaire création de M. Guy-\nRopartz) : Prélude du dernier acte de Tristan, avec le cor anglais lointain\nde M.Foucault et pages symphoniques de la ravissante Psyché de Franck...\nA l'instant où je rédige ce courrier, le monde artiste du pays lorrain\nfélicite M.Guy Ropartz, promu chevalier delà Légion d'honneur. La critique\navait, depuis longtemps et en tous lieux, célébré les efforts singulièrement\nheureux de ce vaillant tant comme compositeur que comme directeur\ndu Conservatoire et organisateur des Concerts symphoniques par abonne-\nment... Les pouvoirs publics sont plus lents à s'émouvoir que les froids\nNancéiens eux-mêmes. Ils ont compris enfin, cependant, ce qu'ils devaient\nà rart en la personne de M. Guy Ropartz ; grâces leur en soient rendues !\nMusique de chambre. A l'ancienne et renommée Société de mu-\nsique de chambre connue à Nancy sous le nom de Quatuor Hekking,\nM. Gérard Hekking, soliste du Concertgcbouv et professeur au Conser-\nvatoire d'Amsterdam, osa se mesurer, sans faiblir, au grand Bach, dans la\ndifficile Suite en sol majeur pour violoncelle seul, dont la pensée très haute\nne se révèle qu'à un petit nombre d'exécutants, ire audition d'une Sonate\npour piano et violoncelle de M. Jean Huré, qui tenait lui-même le Pleyel.\nCette oeuvre, par instants très séduisante, dont les mouvements principaux\nsont soudés entre eux par d'insensibles raccords, montre que M. Huré est\ncapable de musique sérieuse et logiquement déduite. Nous goûtions une\nfois de plus, en ce concert, le charme exquis de la diction de Mme Gérard\nHekking-Cahun.\nMM. Baillou, Fernand Pollain, Mlle Marguerite Moulins ont donné\ndune première œuvre du maître Franck (Trio en la dièse mineur), si cha*\nleureuse, si vibrante et vivante— àla Beethoven et, par instants, si peu fran-\nckiste, une interprétation de tout premier ordre. La sonorité, ronde, écla-\ntante sans aigreur, cristalline sans sécheresse, du Sfeinway, convient\nd ailleurs admirablement aux élans lyriques de la musique moderne.\nAu Conservatoire, salle des répétitions, très intéressantes séances\nA Histoire de la Sonate, pour violon et piano, données par M. Heck et\nMme Riehert-Collin, professeurs. ire audition de la Sonate de d'lndy, œuvre\ncolossale, pleine de périls et de beautés. Chaque audition précédée d'une\ncauserie de :\n\nRené d'Avril."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3527, "texte": "COURRIER DE NICE.\n\nSociété Bach. M. Sarasate. La saison italienne,\nM. Sarasate et Mme 8.-M. Goldschmidt ont donné deux concerts au\nthéâtre du Casino. Rien de bien neuf dans leurs programmes : beaucoup de\nSarasate et de concertos trop connus. Il n'y a guère à retenir qu'une exé-\ncution intéressante, quoique trop personnelle, de la Sonate à Kreutzer.\nIl y avait moins de monde au concert donné le 16 février par M. Bret et\nla Société J.-S. Bach à la salle Rumpelmayer. Et ce dernier cependant\navait une bien plus haute valeur artistique. Il est certainement un peu pré-\nmaturé d'essayer de faire connaître Bach et Haendel aux Niçois, qui ont\ndéjà bien de la peine à se faire à Mozart, Beethoven et Schumann,\nou plutôt qui les ignorent autant les uns que les autres ; mais cependant\nce public nombreux qui était venu applaudir le grand violoniste espagnol\ndont le talent est consacré depuis longtemps, aurait fait preuve de plus\nde goût véritable en venant ensuite écouter la valeureuse phalange que\ndirige M. Bret. Les œuvres jouées étaient d'ailleurs on ne peut mieux\nchoisies. De Bach : un Concerto pour flûte, violon et piano, plein de vie ;\nune Suite en si mineur pour petit orchestre, composée d une ouverture et\nde six danses, le tout un peu monotone à cause de la persistance du mineur\net de l'âpreté du ton de si ; la Cantate nuptiale « O jour heureux », lumi-\nneuse, joyeuse, entraînante, un bijou que je conseille aux Scholce de ne\npas faire entendre trop souvent, de peur de la voir devenir bientôt popu-\nlaire : gardons pour nous ces trésors si longtemps cachés. « L'œuvre d'art\nqui ne se contente pas de susciter l'enthousiasme de quelques-uns devient\npar cela même pour les initiés polluée, banale. » Huysmans.)\nM. Motte-Lacroix a montré une virtuosité et un goût remarquables dans\nla célèbre Etude en ut mineur de Chopin, si tourmentée à la main gauche,\ndans un Scherzo de Borodine et Jeux d'enfants de Moussorgski, tous deux\npleins d'originalité avec des recherches de sonorités et d'effets qui donnent\nla sensation d'écouter un autre instrument que le piano.\nM'ie Mary Pironnay dans son costume clair, avec un ruban dans les\ncheveux, elle semblait descendue d'un tableau de Greuze a chante cinq\nVieilles chansons françaises recueillies par M. Vincent d'lndy. Recueillies ....\net commentées aussi, car, malgré sa discrétion, l'accompagnement ajoute\nest passablement expressif et même parfois insidieux. Dans 1 une, 1 interro-\ngation « M'aimeras-tu toujours? » est soulignée chaque fois d une qu te\naugmentée singulièrement dubitative. Dans une autre, lorsque a 1 amant qui\nSrpeTe ijs sa tombe répond la fiancée morte : . J'«-de U ««ptem\nla bouche » dit celle-ci, et ce subit et poignant réalisme fait frissonner\nencore davantage par les quelques accords dissonants qui le soulignent.\nLa partie de viokm solo était tenue par M. Daniel Hermann, et celle de\nflûte par M Paul Krauss. Un pareil ensemble et de pareilles séances font\nhormeur à M. Bret. Un tel régal nous est malheureusement trop peu sou-\nvent servi à Nice.\n***\nPendant ce temps, au dehors sévit la Matchiche, et aux théâtres muni-\ncipaux la saison d'opéra italien. Nous avons déjà subi Lucta de Lfl\"îe™™or'\najec le texte original la Tosca,la Bohetc., tantôt en italien, tantôt en\nfrançais et ce qui es't mieux, souvent dans les deux langues ala fo.s Le\nîrançais, ex, ce qu annrécié à sa valeur il ne hurle pas —)\nténor Constantino (pas II chante alors tous ses rôles en\nn'est pas encore accoutume a notre idiome, u cnainc a"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.44", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "italien, pendant que les autres artistes s'expriment en français. Ne criez pas\nà la chienlit : Nice est le pays du carnaval.\nGrâce à la venue de M. Delmas pour créer William Rattcliff (déjà dis-\nparu de l'affiche ; Siberia, mal joué, en est à la quinzième !), nous avons eu\nd'assez bonnes représentations de la Walkyrie. Mmo Pacary s'est révélée\nune excellente Brunehilde. M. Imbart de la Tour, Siegmund, a eu de très\nbeaux moments, et Mlle Mazarin a été une Sieglinde assez émue. Malheu-\nreusement les huit Walkyries chantaient si faux au dernier acte que\nM. Delmas, en les entendant, finissait presque par faire comme elles.-\nQuant à l'orchestre, surmené, obligé d'aborder tous les jours une œuvre\nnouvelle, n'ayant qu'un nombre insuffisant de répétitions, il a fait ce qu'il\na pu. La plupart des mouvements pris par le chef d'orchestre étaient trop\nrapides. Les violons s'entendaient à peine, et leurs traits difficiles n'étaient\nque des à peu près d'à peu près. On aurait vainemeut cherché devant le\nproscenium les six harpes et les couples de tuben prévus par Wagner.\nCeux-ci, au 2e acte, au moment où Brunehilde apparaît à Siegmumd,\njouaient, les uns à deux temps, et les autres à quatre ! L'effet était... pitto-\nresque. Gela suffit pour gâter une soirée, comme un caillou rencontré dans\nun plat vous empêche d'achever votre assiette. Tout cela joint à des décors\nbanaux, à des clairs de lune aveuglants, des toiles se rejoignant mal, lais-\nsant ainsi un espace vide entre deux parties d'un mont, enfin à un je ne\nsais quoi de provincial, des escaliers mal dissimulés dans les rochers, des\nfeux de bengale enfantins, font moins regretter que l'on n'ait pas monté\nle Crépuscule des Dieux.\nUn mot encore : la Walkyi~ie a été jouée quatre fois devant une salle\ncomble. 11 y a donc un public pour ce genre de musique. Le tout est de\nsavoir et de vouloit- l'attirer.\n\nEdouard Perrin.\n\nCOURRIER DE LONDRES.\nDeux « biggest show on earth».\nL hiver, à Londres, fleurissent les pantomimes. Qu'on ne s'y trompe\npas . une pantomime anglaise n'est point muette ; elle résonne d'éclats de\nrire, de plaisanteries, d allusions très actuelles, de chansons up to date\nreprises en chœur et suivies de danses; ces sortes de pièces à grand spec-\ntacle ne s apparentent nullement à de brefs actes parisiens, tels que celui,\ngrec, où, sur de la musique de Jean Nouguès, Colette Willy mime et\ndanse, Faune chèvre-et-garçon.\nA Drury Lane triomphe la pantomime dans toute sa splendeur et sa\npuérilité. Cinderella s y métamorphose suivant des rites immuables, en\ndes décors parfaitement féeriques, j'entends « de contes de fées » qui sem-\nblent sortir des Fairy taies illustrés par Walter Grane. Il faut aimer\ncette naïveté délicate que complètent, sans la détériorer, toutes les res-\nsources de la machinerie et de l'électricité modernes. Ah ! la mise en scène\net les costumes de Cinderella, tout ce qu'ils évoquent de souvenirs d'en-\nance attendris ! O enluminures criardes et magnifiques ! Citrouille qui\nse trans ormeen carrosse et lézards en laquais, j'admire de vous voir ainsi\nreaises devant mes yeux de vingt-huit ans. Je suis transporté d'une joie\nan me et immense, certainement je rêverai cette nuit du beau bal"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3548, "texte": "princier et de la pantoufle de cristal. Je rajeunis à chaque tableau et,\nau prochain entr'acte, je vais dépenser au moins Jour pence à m'acheter\ndes bonbons acidulés. Voici les finales apothéoses ; je reste pétrifié dans\nmon fauteuil, les yeux écarquillés, et le tonnerre (i) de Dieu tombant à\nmon coté ne me ferait pas tourner la tête. Les mots me manquent, positi-\nvement : « Oh ! mon vieux, c'que c'est chic ! >* me paraît la seule formule\nappréciative, définitivement. Je m'y tiens.\n... Fragson ténorise dans Cinderella avec son talent connu et des allures\nfranco-anglaises Whispers of Love, Mal de mer et autres couplets adroits\nperpétrés, ainsi qu'une scene d'entente cordiale, très amusante, par\nPercival, le meilleur des... Referees ; Harry Randall, Walter Passmore et\nArthur Williams se montrent d'une bouffonnerie aiguë, charmante, de\nmeme qu'un chat qui s'avère bien remarquable comédien ! Beaucoup de\ndanseuses et de chorus girls entourent agréablement Miss Queenie Leigh-\nton et Miss Mary de Sousa, qui chantent simplement de la musique simple,\nMiss Polly Emery, qui veut bien s'enlaidir, Miss Mabel Robbins, exquise\nchasseresse.\n*\n* ¥\nJ'estime qu'on peut, sans exagération, considérer le Nero du His Ma-\njesty's Theatre comme une pantomime d'hiver. Voici l'empereur, ce co-\nmédien affolé d'effets, Agrippine et Poppée, ces reines de féerie, les\nchorus girls de la villa impériale, les cortèges héroïques et bruyants, et\nBritannicus, ce parfait « principal boy » dont Mr. Esmé Percy a su rendre\nla grâce éphébique, jambes nues sous la toge prétexte.\nSans crainte aussi, peut-on affirmer que la pièce a pour auteur Mr. Beer-\nbohm Tree plus que Mr. Stephen Phillips, encore qu'on y déclame des\nvers de ce poète, que Paolo jugerait indignes de Francesca ; et Ton est trop\noccupé à découvrir la mise en scène pour prêter l'oreille à des mots.\nDonc, le prodigieux succès est dû : aux tableaux reconstitués avec tant\nd'art et de science par l'actor-manager, que ce soit la splendide orgie de\nBaiae avec ses esclaves asiatiques et égyptiens portant des paons dressés,\nd'authentiques vases d'or, des lamproies vivantes dans des globes de\ncristal azuré, ou les chevaux blancs de rentrée à Rome, ou l'impres-\nsionnant incendie de la Ville Eternelle que Néron excite de ses chants;\nau talent et à la conviction de ces excellents artistes qui ont noms\nMrs. Tree, Miss Constance Collier, Miss Dorothea Baird, Mr. Basil Gill,\nMr. Fisher White, Mr. Robert Farquharson, Mr. Esmé Percy et Mr. Tree\nlui-même, Néron majestueux, fantasque et cabotin; à la musique de\nscène de Mr. Coleridge Tailor, adroite, curieuse et bien sonnante (un\nentr'acte gracieux et expressif intitulé Poppcea, une Marche triomphale,\nla Danse des esclaves languide et la triste Chanson de Britannicus,\nparticulièrement réussis); aux décors, effets de lumière et costumes arran-\ngés par Mr. Percy Macquoid; aux vers, enfin, qu'on n'entend guère, et à\nl'action qui n'existe pas de Mr. Stephen Phillips, auteur dramatique.\nX.-MARCEL BOULESTIN»\np. S. — Encore que le Saint James's hall soit en démolition, le nom-\nbre des concerts ne diminue point : d'innombrables solistes attirent\ndans des salles diverses d'innombrables personnes. Parmi les plus fêtés,\nM. Léon Delafosse, tout récemment, au Queen's hall obtint un succès\nflatteur aussi bien comme compositeur que comme virtuose, accom-\npagné par the London Symphony Orchestra, sous la direction de^\nMr. Landon Ronald.\n(1) Je sais bien, maintenant, que ce n'est pas le tonnerre qui tombe, mais la foudre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.46", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "COURRIER DE MANCHESTER\nElizabeth d'Irvel.\nOn a donné hier soir au Hallé Concert un des meilleurs programmes\nde la saison. Dante de Liszt occupait toute la seconde partie, et l'exécution\na été aussi satisfaisante que possible. Comment se fait-il qu'on n'entende\npas plus souvent les œuvres symphoniques de Liszt ? Quelle profondeur\net quelle science ! Nous avons surtout goûté les admirables passages où\nles thèmes, tout d'abord introduits par les instruments à vent, sont repris\npar les violons et les harpes et traités avec une originalité sans artifice et\nsans prétention. L'élément vocal apporte un délassement inattendu après les\ntourments de l'enfer et l'angoisse du purgatoire.\nLe concert avait commencé par une Ouverture de Chérubini jouée avec\nfinesse et une grande précision de détails. — L'Enchantement du Vendredi\nSaint, dans Parsifal, fut un véritable enchantement, mais nous fit languir\naprès des cuivres qui eussent rendu plus largement encore ce que Wagner\nincarné dans Richter a voulu leur faire dire.\nLe soliste était M. Wilhelm Backhaus, l'enfant chéri de Manchester. Il\na commencé par un Concerto de Bach pour piano. Sa technique n'est pas\nagaçante, — le jeu est de velours — cette technique est même si parfaite,\nqu'elle donne parfois l'illusion que celui qui la possède comprend ce qu'il\ninterprète ; — pourtant sa compréhension de Bach laisse encore à désirer.\nIl joue trop Bach comme Mozart. C'est joli à entendre, mais non puissant.\nUn Impromptu de Schubert habilement disséqué avec les doigts et le\ncerveau, mais peu senti, puis un Scherzo de Chopin où les coudes, les\ncheveux (et ils ne manquent pas sur la tête de M. Backhaus, c'est une\nauréole d or !) aidèrent à un succès délirant auquel nous ne contribuâmes\npoint.\nNous étions cette semaine dans une délicieuse petite ville du pays de\nGalles, Bangor. Ce n'estpasun centre musical de professionnels musiciens,\ncomme 1 on dit ici, mais plusieurs membres de l'Université y sont passion-\nnés de musique et le prouvent d'une façon fort intelligente. Ils avaient\norganisé une soirée consacrée aux œuvres d'Elgar. Ce compositeur ne nous\nest en général pas sympathique, mais il serait injuste de ne pas faire men-\nton de ses œuvres vocales. Elles nous ont procuré de charmants instants.\nThe Snow par exemple, autrement dit la Neige, trio pour deux soprani\navec acp^mPagnenient de deux violons et piano, est du plus\njo 1 e et et a été délicieusement interprété. Trois autres chants en parties\nsont également très intéressants et mériteraient fort d'être entendus à Paris.\n\nÉCHOS\npera-Comique. M.Jean Périer, le noble et pur artiste à qui\nnous evons un Pelléas inoubliable, vient de nous être ravi, pour deux\nmois, par Monte-Carlo. Nous appelons, de tous nos vœux, son retour.\nAu Trocadéro. L'acoustique si défectueuse de cette salle va-t-elle enfin\nJ,a,m? 1(^ree • On parle d une Commission, qui à l'unanimité aurait\nzîtr f donner sulte à certaines expériences et de procéder à des essais,\nVon» nnCOnK°T$utreS VOUé de M* Bourdais, architecte du monument,\nvoila un echo de bon augure, dont nous souhaitons la confirmation."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3683, "texte": "A Monte-Carlo Nous nous faisons un plaisir de citer les lignes si\nfermes et si dignes de notre éminent confrère George Vanor (dans la\nPresse du 27 février) sur les mœurs spéciales de ce lieu célèbre que le\ndirecteur d'une revue soi-disant musicale qualifiait récemment de « para-\ndis terrestre » :\nNous ajournons notre compte rendu des œuvres représentées à l'Opéra de\nMonte-Carlo par la raison que nous n'y avons pas encore assisté.\nLa dignité du critique musical nous semble incompatible avec V acceptation\ndes avantages offerts par la direction en échange d'un compte rendu.\nCertaines années, nous avons vu MM. les représentants de la presse musicale\nparisienne logés, nourris, blanchis, recevant d'une main de Y argent pour jouer\net de Vautre un article tout fait qu ils expédiaient sans le lire à leur journal.\nCertes, le fait de quitter un Paris boueux et noir d'Apaches pour des terres de\nlumière et d'azur n'offre rien de désobligeant en soi ; mais il faut accepter de\ndîner tous les soirs avec quelques confrères prostitués et toaster à un rasta en\nlevant son verre de coco de Sedlitz, et puis signer une gerbe d'éloges que l'on\nn'aura pas tressée soi-même, risquer à la roulette de l'argent qui ne vous coûte\nrien, mais perdre les quelques louis plus honnêtes que l'on avait apportés ; il n'y\na pas de quoi déshonorer sa signature.\nEt quel orgueil peut éprouver un compositeur à relire dans les journaux des\ndithyrambes qui ont été rédigés par le caissier de la roulette ? Quelle vanité y\ngoûteront des artistes au courant de tous ces truquages ? Et le public, croyez-\nvous qu'il ne voie pas l accompagnement d'or monétaire à lamélodiede la louange\nlyrique ? Croyez-vous quil n'évalue pas le tarif des éloges et le prix à forfait de\ntous ces boniments ?\nQuune maison de jeu commandite des journaux ou achète leur silence, c'est\naffaire au brelandier, cela ne concerne pas le critique musical. Mais ce qui inté-\nresse toutes les personnes s\"occupant de musique, c'est que la Coupe du roi de\nThulé ne cède pas à la croupe du roi de Monaco, et c'est que le rateau obscène ne\ntouche pas les cordes divines de la Lyre.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est une publication d'un puissant\nintérêt pour tous ceux qui s'intéressent au théâtre et à la musique, car il\ndonne le répertoire de chaque théâtre, toutes les premières représenta-\ntions avec la distribution des rôles, les noms de tous ceux qui composent\nl'administration théâtrale, les noms de tous les artistes lyriques et drama-\ntiques.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est, en outre, d'une utilité de pre-\nmier ordre pour tous les commerçants dont l'industrie se rattache au théâ-\ntre et à la musique, car il donne la liste des abonnés de l'Opéra, de la\nComédie-Française et de l'Opéra-Comique ; la liste et les adresses des\ncompositeurs, chefs d'orchestre, organistes, maîtres de chapelle, profes-\nseurs de chant, d'instruments, par genre de professorat, auteurs, artistes\nlyriques et dramatiques, des chefs de musiques militaires et civiles, des\namateurs artistes, des sociétés chorales, harmonies, fanfares, etc., etc., et\ncela, non seulement de Paris, mais de la province et de l'étranger.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est, de plus, illustré et renferme\nplus de cinq cents portraits de notabilités artistiques, avec leurs biogra-\nphies écrites dans une note très parisienne.\nL'Annuaire des Artistes (20© année) contient enfin des renseignements\ngénéraux sur le ministère des Beaux-Arts, sur 1 Institut, sut le Conserva-\ntoire de musique et ses succursales en province, sur les écoles de musique,\netc., etc.\nIl n'a pas fallu moins de vingt ans à M. E. Risacher, directeur-fonda-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.48", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "teur, pour établir ce travail formidable, et la collection de ces dix-neuf\nannées constitue positivement le livre du théâtre et de la musique.\nVAnnuaire des Artistes (20e année) est un superbe volume de i.500 pages\nrichement relié, format grand in-B°, dont la place est marquée dans la\nbibliothèque de ceux qui s'intéressent à la musique et au théâtre.\nEnvoi franco contre mandat-poste de 7 francs, adressé à M. Emile Risa-\ncher, r67, rue Montmartre, Paris.\nEcole des Hautes Études Sociales. M. Louis Laloy, directeur\ncure musical, fera, le 19 et le 26 mars, à 4 heures, sur\nYExotisme dans la musique moderne. Le 29 mars, à 9 h., concert de mu-\nsique moderne.\nConcerts Barrau. —M. Wilhelm Backhaus, lauréat du concours Rubins-\ntein de IQOS, donnera deux concerts, hors série, le 19 mars à 9 h. et le\n21 mars à 4 h.\nAutriche-Hongrie. On nous annonce d'Autriche-Hongrie l'arrivée pro-\nchaine à Paris, où il ne donnera que quelques concerts, du maître violo-\nniste Kneisel, que toute la grande presse de Pologne, où il est actuellement\nacclamé et fêté, donne comme seul rival possible à Kubelik. Ces grands\néloges, qui, nous assure-t-on, ne sont pas immérités, seront un attrait de\nplus pour son récital auquel les dilettanti ne manqueront pas, nous en\nsommes sûr, de se presser en grand nombre.\nLa Société J-S. Bach, sous la direction de M. Gustave Bret, a donné,\npendant le mois de février, une série de concerts dans leMidi de la France,\nnotamment à Cannes, Nice, Grasse, Valence, etc. Partout où elle s'est fait\nentendre, le public et la presse ont été unanimes à reconnaître la perfec-\ntion de l'orchestre et l'excellence des solistes : M\"e Mary Pironnay, dont\nla voix si fraîche et si pure fit merveille dans des airs de Bach et dans de\nvieilles chansons françaises, le pianiste Mothe-Lacroix, le violoniste Daniel\nHerrmann, le flûtiste Krauss.\nLe concert du vendredi 21 marsaur a lieu avec le concours de Mme Wanda-\nLandowska, qui, pour permettre la comparaison entre les instruments\nanciens et modernes, se fera entendre tour à tour sur le clavecin, le piano-\nforte et le piano. MUe Carlotta de Féo, cantatrice, et M. Joseph Bonnet,\norganiste, prendront part à la même séance.\nLe samedi 3i mars, la Société J.-S. Bach, sous la direction de M. Gus-\ntave Bret, donnera à Versailles un grand concert avec orchestre.\nM. J.-J. Nin donnera, le 21 mars, à 9 heures, salle iEolian, un concert\nd'œuvres de J.-S. Bach.\nAu programme :\nCapticcio sopra la del suo fratello dilettissimo ; fragments\ndes Suites ; Sarabande avec i 5 variations ; en majeur;\nSinfoniaen fa mineur ; Prélude en bémol mineur ;\nFugue n° 1 de 1 Art de la Fugue ; Fantaisie chromatique et fugue, etc.\nCours Chevillard-Lamoureux. Une fâcheuse série de grippes nous a\nprives de plusieurs intéressants numéros du programme du 24 février\nconsacré aux compositeurs français et belges.\nilotons les succès de Mi'es Bouquet dans Hérodiade, Eriol dans la Pro-\ncession, de Franck, Charpentier dans les strophes de Roméo et Juliette, de\nBerlioz."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "Puis les auteurs accompagnant leurs œuvres furent acclamés, tels le\nmaître Die mer, et Léon Moreau, ainsi que leurs excellentes interprètes\nMes Emma Grégoire et b lise Mayrargue. La charmante Mm* Fernand\nepas dut bisser 1 air de Manon, quelle détailla de si exquise façon.\nDeux ravissants chœurs d'Arthur Coquard furent exécutés à la perfection\nsous la direction scbre et précise de M. Fr. Barrau ; le beau timbre de\nvoix de Mlle Savard fut très goûté dans le solo.\nLe triomphe de cette matinée fut sans contredit pour Mlle Gabrieile\nNotich, qui chanta d'une façon remarquable l'air de la Coupe du roi de\nThulé de la Damnation ; voix fort belle, des mieux posées, musicalité\nintelligente et interprétation artistique et sobre. L'ovation faite à cette\njeune artiste fut des plus méritées.\nDes nombreux morceaux chantés par l'éminent professeur Mme Chevil-\nlard, nous avons surtout goûtéune délicieuse mélodie de Marty, au Matin,\net laspirituelle interprétation de lahabanera de Féliciter MmeChe-\nvillard de son beau talent ne serait pour nous qu'une redite ; cette fois,\ncomme toujours, elle nous tint sous le charme de son autorité musicale.\nElle fut accompagnée à la perfection par MUe Bussière.\nDes scènes d'opéra qui clôturaient ce programme, une seule put être\nexécutée : le duo de Sigurd,par M'i® Labarthe (déjà applaudie dans un\nair des Béatitudes) et M. Dulac, ténor à la fort belle voix. M\"e Labarthe\nnous semble particulièrement douée pour le théâtre, son talent vocal et\nses attitudes très réussies furent fort appréciés, son excellent partenaire\npartagea son succès ; et la parfaite aisance de ces deux jeunes artistes,\nqui semblent des habitués des « planches », fait le plus grand honneur à\nl'intelligent enseignement de leur maître Mme Jane Arger.\nBravos aussi pour les dévouées accompagnatrices Mmes Raff et Bussière,\nqui se prodiguent en ces séances avec autant de modestie que de talent.\nLe sottisier musical. « Salle comble et très brillante assistance hier\nsoir à l'Opéra-Gomique. On y remarquait M. Siegfried Wagner, le fils du\nMaître de la tétralogie, qui donnait le signal des applaudissements. »\nFigaro du 22 février 1906.\n« Pour se hâter et courir plus que ses jambes vers des horizons multiples\net changeants, il n'est que son inlassable pensée. » L. AUGÉ DE LASSUS,\nRevue musicale du i 5 février 1906, page 90.\n« Mais, pour être couvés plus longtemps, les oiseaux de haut vol et de\nbeau ramage n'en prennent, le jour venu, que mieux leur envolée et leur\nessor. Il fut des âmes, il en est une surtout et qui demeure voisine et chère\nà celui-là dont le nom achève ces lignes, pour toujours croire au retour et\nà la rencontre de Saint-Saëns. » L. AUGÉ DE LASSUS,\ni 5 février 1900, p. 92.\n« Mme Wanda Landowska est une survivance du xvue et du xvine siè-\ncles. » A. M., Monde musical, ier mars 1906, p. 51.\n« Quand nous aurons relaté ses récentes tournées en Angleterre, en\nEspagne, en Italie et en Belgique, toutes couronnées du plus vif succès,\nnous aurons montré l'aurore d'une carrière qui marque une renaissance\ndans l'art d'interpréter. » A. M., M iermars 1906, p. si.\n« Jamais il ne nous fut donné d'entendre un violoniste plus délicieux,\nplus parfait que M. Pablo Casais, qui se produisit au dernier des\nConcerts. Son succès fut énorme. » —Monde musical, iermars 1906, p. 64."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.50", "debut_caractere": 130, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES.\nLes RR. PP. Bénédictins de Solesmes : Paléographie musicale, 68e et 69c\nlivraison. Paris, A. Picard.\nR. P. Dom Burge : Examen des théories\nParis, Victor Lecoffre. .\nFrédéric Hellouin '• Le Noël musical f 1 ans, Joanin.\nLorenzo Parodi •Le livre des lierceuses. Milan, Giudici et Strada.\nCamille Saint-Saëns : Pliaéton.Petite partition d'orchestre. Paris, Durand\n.et fils. . . . ,\nCamille Saint-Saëns : Le Rouet d'Omphale. Petite partition d orchestre.\nParis, Durand et fils.\n\nCALENDRIER DES CONCERTS.\ni 5 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle iEolian.\n16 mars. Salle iEolian.\n17 mars. Salle Erard.\n19 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nAgriculteurs.\n20 mars. Agriculteurs.\n21 mars. Agriculteurs 4 h.\nSalle iEolian.\n22 mars. Salle iEolian.\n23 mars. Salle Pleyel.\nSalle jEolian.\n25 mars. Agriculteurs.\n27 mars. Agriculteurs.\n28 mars. Salle Erard.\n29 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle iEolian.\n30 mars. Salle Pleyel.\n31 mars. Salle Erard.\nM. Busoni.\nM. de Greef.\nM. Lulek.\nQuatuor Parent.\nM. Lazare Lévy.\nM. Busoni.\nM. Debroux.\nM. Backhaus.\nSociété philharmonique.\nM. Backhaus.\nM. J.-J. Nin.\nM. Lulek.\nMlle Labarthe.\nQuatuor Parent.\nConcerts Lefort.\nPhilharmonique.\nM. Busoni.\nM. Duttenhofer.\nSociété des Compositeurs.\nM. Lulek.\nMm« Landowska.\nM. Magnus."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.2", "titre_corps": "LES CONCERTS.", "titre_sommaire": "LES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "LES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Concerts Colonne. Schola Cantorum. Société Nationale. Société\nBach. MM. Inghelbrecht et Vuillermoz. M. Théo Delacroix. Concerts Barrau. Mme\nI.aadormy-Plançon. M. H. Expert. Ecole des Hautes Etudes Sociales.\nDepuis le couloir où les couplets du Casino de Paris font àla Symphonie\nde Schumann le plus fantaisiste contrepoint, on aperçoit une foule noire,\ncompacte, immobile, qui s'écrase contre le vitrage des portes. Pouffendre\ncette masse mélomaniaque, c'est une poussée formidable, avec coups de\ncoude, protestations et menaces, tout comme aux jours heureux où Paris\nsalue un jeune roi ou porte en terre un président. Il y a cependant spec-\ntacle dans la rue aussi, puisque c'est le jour de la transmission des pouvoirs.\nMais on ne se dérange plus pour un simple changement de chapeau haut\nde forme, et le Nouveau-Théâtre est aujourd'hui le champ de bataille où\nle public se bouscule à cœur-joie. Des clameurs s'élèvent dans le fond\nde la salle :«De la place ! faites de la place ! Aux fauteuils d'orchestre,\nnon seulement tous les strapontins sont pris, mais des retardataires se\ntiennent debout dans le passage : on se croirait en Métropolitain. Les loges\nabondent en panaches blancs, noirs et mauves ; des feutres artistiques se\npressent au promenoir supérieur, et sous la triste incandescence des\nlampes, c'est une chaleur lourde, suffocante, fiévreuse. C'est dans cette\nchaudière d'enfer que nous devons écouter la musique ; cet art inviolable,\nqui ne se révèle qu'aux élus, et veut des âmes libres de soucis et purifiées\ncomme des temples, nous est dispensé parmi de lourds effluves humains,\nqu'accompagnent le souvenir de récentes bourrades et la vision de har-\ngneux visages. Plus tard, si jamais la musique reprend sa place éminente\ndans nos fêtes, combien l'on s'étonnera de la barbare coutume de ces\nconcerts sans motif, où les auditeurs écoutaient par devoir, où les musiciens\njouaient par habitude, où les programmes offraient un mélange confus"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.22", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3771, "texte": "de cenres et de styles, débités par la baguette du chef comme des cou-\nnons d'étoffes par l'aune d'un vendeur.\np Après un Exacte symphonique de M. Aozende, dont .1 faut ouer la\nclarté les proportions modestes et la simple écriture, M Casais s avance :\n« Rayon des virtuoses ! Voyez concertos ! » C'est •article Haydn qui fut\nchoisi • un bon petit article, pas bien coûteux, mais solide, pas salissant,\net d'apparence distinguée. M. Casais a un son charmant, nourri et délicat\nà la fois qui porte sans effort, et reste doux ,usque dans les hauteurs les\nplus vertigineuses ; il a aussi une musicalité frémissante qui peut etre eut\nmieux fait valoir le romantisme du Concerto de Lalo que les grâces mon-\ndaines de cette musique en dentelles. Mais le public n'y regarde pas de\nsi près, et prodigue ses rappels au prestigieux violoncelliste qui s incline\navec une gravité catalane. # . r\nLe morceau symphonique de Rédemption m a paru cette fois, et maigre\nune exécution sans reproche, déplorablement gris et d une monotonie\nextrême en ses développements. Cette musique a une odeur d eau benite\nqui parfois incommode. Quant aux Nocturnes, le premier, pris encore\nun peu trop vite, a été très délicatement nuancé par les instruments\nsolistes et moins bien par le quatuor; le second a été fort brillant ; dans le\ndernier, les Sirènes ont chanté moins faux que la précédente mais\nplus fort encore, si possible. Voyons ! Mesdemoiselles, quand l'auteur, au\ndébut, vous demande de chanter piano et de finir pianissimo (p. 72 de la\npartition), quel malin plaisir prenez-vous à crier comme des lavandières\nqui se hèlent d'un bord à l'autre de la rivière ? Et plus loin (p. 79), si l'on\nvous marque piano et très expressif, est-ce vraiment une raison pour\naffecter l'indifférence ennuyée d'une leçon de solfège ? Plus loin encore\n(p. 91), ce la bémol aigu doit être pris légèrement, et vous l'envoyez à\npleine gorge, toutes fières d'avoir conquis, non sans peine, une note\naussi difficile. Ne comprendrez-vous donc jamais que vos chants, baignés\nsans cesse aux flots de l'orchestre, n'émergent par instants que pour\nreplonger aussitôt, imitant la grâce décevante des bras souples et des\nchevelures noyées?\nDes fragments des Maîtres Chanteurs terminaient assez lourdement ce\nconcert bigarré. Après quoi, M. Chevillard est entré en carême et nous met\nau Beethoven pour les quatre concerts de mars. Trois symphonies, les\ntrois premières, nous ont été servies d'abord. N'ayant point été convié à\nces copieuses agapes, je laisse ici la parole à la toute sacrilège Ouvreuse,\ndont j'approuve les idées et déplore l'irrévérence :\nChevillard détailla avec minutie la gracieuse Symphonie en ut, toute naïve\nencore et n'ayant pas honte de sourire. Légère et court vêtue, elle allait à grands\npas, sans se douter qu après elle viendraient huit sœurs ambitieuses, préoccu-\npées d'idées générales et de pensées philosophiques, hélas !\nLa Symphonie en ré fut jouée mieux encore. En un concert ordinaire, cer-\ntains « temps » auraient été bissés, mais, songeant àla suite du programme, le\npublic se méfia. Chevillard fit lever son orchestre et s'inclina, déçu !\nExécution un peu lourde de /'Héroïque qui ne se recommande pas, entre\nnous, par Vexcessive sveltesse de ses formes. Ce héros a le pas pesant, les gestes\nlarges mais un peu solennels. Beethoven devait se représenter le premier Consul\ncostumé en héros grec ou romain par David. Ah! les toges courtes, laissant\nvoir la ferblanterie des cnémides, les bras nus brandissant des glaives larges et\nplats, les gros mollets cerclés dor!Il y a tout cela dans ces cortèges triom-\nphaux ou funèbres de /'Héroïque / Et de belles choses aussi.\nLouis LALOY.\nLe Concert Colonne du 4 mars a provoqué en moi un certain nombre"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3893, "texte": "de réflexions peu favorables à la direction des Concerts Colonne et dont\nje vous entretiendrai. La composition du programme est l'un des points\nsur lesquels j'aurais le plus de griefs vis-à-vis de M. Colonne.\nPourquoi commencer le concert par l'ouverture de Phèdre, qui fut déjà\njouée vingt-huit fois depuis sa première audition ? C'est beaucoup pour\nune oeuvre qui est loin d'être un chef-d'œuvre et dont la fougue et la\npassion tout artificielles n'évoquent guère le « motif intérieur », comme le\nprétend M. Ch. Malherbe. A l'époque où Pasdeloup la commanda au jeune\nMassenet encore inconnu ou tout au moins peu connu, il était peut-être\nbon de la jouer plusieurs fois; mais maintenant une seule audition par sai-\nson est plus que suffisante, et celle-ci est la troisième.\nSi les seules raisons qui militent en faveur de cette œuvre sont la possi-\nbilité des grands gestes fiévreux et romantiques chers à M. Colonne et\naussi la connaissance qu'en a l'orchestre et qui l'exonère d'une répéti-\ntion, il ne me paraît pas exagéré de dire que l'association des Concerts\nColonne fait œuvre anti artistique et ne mérite pas les éloges que cer-\ntains critiques inconscients déversent sur la tête de son chef avec une\nrégularité mathématique et une absence de sens critique sans égale. D'un\nautre côté, M. Colonne ferait bien de ne pas changer le dimanche matin un\nou plusieurs numéros de son programme, et cela sans raison aucune.\nMme Schumann-Heink devait chanter la scène d'Erda dans l'Or\npourquoi avoir remplacé cette œuvre par trois lieder accompagnés au\npiano? C'est commettre une grossière erreur que de confondre la musique\nde chambre et la musique symphonique. Le lied est l'un des plus beaux\nfleurons de la première, mais il perd la majeure partie de son charme\nquand il sort du cadre de l'intimité et qu'il est mugi au sein de la plus\nvaste salle de Paris. Mme Schumann-Heink, qui possède une voix extraor-\ndinairement étendue, est réputée une des meilleures cantatrices wagné-\nriennes ; il eût été intéressant de s'en rendre compte en l'entendant ailleurs\nque dans les Trois Bohémiens de Liszt, dont la bizarrerie de composition\nne parvient pas à masquer le décousu. Heureusement, pour relever\nun peu l'intérêt de la séance, nous avions la première audition d'une\nœuvre de M. Trépard. VAngélus est un poème symphonique où la concep-\ntion dramatique de la musique a influé plus qu'il n est coutume. Ce n est\nd'ailleurs nullement un reproche, car si la symphonie a des limites et des\nprocédés nettement définis, j'estime que le poème symphonique doit jouir\nd'une liberté absolue dans sa coupe et sa technique, d'autant plus que\nM. Trépard possède complètement toutes les ressources de cette der-\nnière.\nLe thème psychologique, hélas! est bien peu neuf : la vaine poursuite\npar l'artiste d'une Muse pour qui il doit créer une œuvre sublime, la\nmalédiction du ciel, l'Angelus qui monte, la paix du ciel qui envahit 1 âme\net le renouveau de courage qui envahit l'artiste, tout cela ressemble un\ntrop aux élucubrations poétiques des rhétoriciens avancés que leurs cama-\nrades regardent avec stupeur faire des vers en marge de leurs dictionnaires.\nOn peut être excellent musicien, M. Trépard l'a prouvé; mais pourquoi\ntant de détours et de prétextes pour créer de belles formes sonores. L œu-\nvre nouvelle a d'ailleurs reçu un accueil sympathique bien mente par la\nbelle ordonnance des thèmes élégamment écrits et l'orchestration inge-\nnieuse où se distingue surtout un carillon avec harpes et cors meles du\nplus heureux effet. La seconde audition du Jour d été a a ontagne e\nd'lndy ne fit que confirmer ma première impression. L œuvre m apparut\nd'une simplicité de composition encore plus grande, d'une unité plus hau-\ntement sincère et d'une orchestration plus ingénieuse et p us e_gere ue\ncelle de n'importe qui. M. Bruneau, il est vrai, déclare que jamais il n en-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "tendit œuvre plus dure, plus heurtée et plus lourde. Il ne s'est donc\njamais entendu ! Que vient faire la politique dans la galère musicale? L'or-\nchestre exécuta avec une louable perfection cette œuvre pleine de détails\nd'instrumentation aussi exquis que neufs ; l'appel de clarinettes et bassons\nau début de la première partie et à la fin de la troisième, les traits de piano\nqui dépeignent la rentrée au nid de la gent ailée et le dialogue du cor an-\nglais et de la harpe avant la conclusion de l'œuvre sur les harmonies initia-\nles, ne sortiront jamais de la lourde plume qui écrivit Messidor et Y Enfant-\nRoi. La chasse royale et Forage des Troyens terminaient un concert dont\nles éléments disparates firent un des plus médiocres de la saison. Le culte\nde Berlioz est une belle chose, mais les amis trop dévoués sont pires que\nles plus féroces ennemis. M. Colonne, à force de servir du Berlioz, encore\ndu Berlioz et toujours du Berlioz, finira par nous le faire prendre en haine.\nSe résignera-t-il a remiser quelque peu son dieu favori et les gestes\ngrandiloquents dont il l'entoure? Je crains bien que ce souhait ne soit pas\nexaucé et que les jeunes auteurs ne continuent à pâtir de la concurrence\nde ce malin Dauphinois dont l'habileté se manifeste même après la mort.\nLe quatrième concert mensuel de la Schola Cantorum a remporté\nle plus vif succès, et c'était justice. Si YOrfeo ou Ylncoronaponc di\nPoppea sont sans contredit les points de départ de la musique dramatique,\nnotre drame lyrique moderne a des attaches bien plus nettes avec l'œuvre\nde Rameau et de Gluck. Tant au point de la technique que de la\nconception psychologique, nous retrouvons en eux tous les procédés sur les-\nquels nous vivons et que nous avons seulement développés. L'ouverture de\nZoroastre, qui est Pavant-dernier ouvrage de Rameau, est du type de l'ou-\nverture classique telle que celle d 1 Egmont. Au lieu d'être l'ouverture pot-\npourri telle que la comprit Rossini, elle se rapprocherait beaucoup plus, au\npoint de vue de l'élément psychologique, des préludes de Wagner. Synthèse\ndu drame qu'elle précède et explique, elle est une des œuvres les plus\ncaractéristiques du grand maître français du xvme siècle, qui fut non seule-\nment un grand musicien, mais un grand penseur. Hippolyle et Aricie, qui\nest son œuvre de début, marque déjà un progrès sensible sur l'œuvre de\nLulli ; la musique descriptive y prend naissance et la symphonie de la\nchasse avec son hardi dessin de bassons est bien plus intéressante pour son\népoque que la chasse royale des Troyens de Berlioz. Quant à la plainte de\nPhèdre, elle est digne des plus belles pages de douleur passionnée que\ncompte la musique tout entière. Elle fut d'ailleurs merveilleusement chan-\ntée par Mlle Jeanne Raunay, la grande tragédienne lyrique dont l'art est\naussi pur et aussi beau que la musique qu'elle interprète. Elle fut fort\nbien secondée par Mlles Braquaval et Pironnay, dont on apprécia fort la\nvoix pure et bien timbrée dans la symphonie de la chasse, et M. Plamon-\ndon, Hippolyte un peu terne et moins passionné qu'il ne convenait. La\npremière scène àlphigénie en TauriJe est trop connue pour qu'il soit indis-\npensable d en faire une copieuse analyse. Nous assistons au parfait déve-\nloppement de l'art dont Rameau venait de faire entrevoir toutes les\nrichesses qui sous la main de Gluck créèrent les chefs-d'œuvre qui ont\nnom es deux Iphigénie, Orphée, Alceste et Armide, chefs-d'œuvre où l'art\nmo erne puisa à pleines mains, où Berlioz et Wagner choisirent leurs\nmocees de prédilection et où leurs successeurs firent bien d'apprendre\nart e a déclamation. Mlle Raunay fut magnifique dans ce rôle qui fut\nun de ses meilleurs, et l'orchestre, sous la direction de M. Labey, se montra\npresque aussi bon que sous la direction de M. d'lndv, qu'il nous tarde\ncependant de revoir au pupitre. Quatre pièces d'orgue de la fin du xvne siè-\nc e urent jouées par M. Guilmant. Elles sont loin d'être les meilleures et\nes p us intéressantes de son répertoire. CH. CHAMBELLAN."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3681, "texte": "Au programme de la Société Nationale, une petite suite de M. de Waillv\npour instruments à vent (flûte, hautbois, clarinette, bassons, cor et\ntrompette). Certes il faut encourager ce genre d'écriture, et il n'y a pas de\nraison pour que la musique de chambre se borne aux instruments à\n.archet. Ceci dit, il m a semble que les sonorités (par la faute de l'auteur,\nnon des exécutants qui furent sans reproche) étaient un peu lourdes et char-\ngées, et manquaient des délicates nuances dont est susceptible un pareil\norchestre. L aubade, pour flûte, hautbois et clarinette, fait exception et\nfut le plus goûté des quatre morceaux.\nVenaient ensuite trois Sonatines de M. Mariotte, sur des paroles de\nC. Mauclair : musique un peu cherchée peut-être, mais intéressante, et\nfort bien chantée par Mlle Delph. Malgré toute l'autorité de M. Jan\nReder, on a fait un accueil assez froid aux trois Chants de la jungle inspirées\nà M. Jean d'Udine par les petits poèmes de Rudyard Kipling. Elles sont\nd'une candeur qui désarme la critique : des accords qui étaient déjà fades\nen 1820, des accompagnements à la Schubert, ou, plutôt encore, de Schu-\nbert, une déclamation pseudo-wagnérienne, ont paru à leur auteur le com-\nble de la hardiesse et le dernier effort de la musique descriptive. Et tout\ncela certes est fort touchant ; mais la Société Nationale a-t-elle bien pour\nbut d'encourager les essais des amateurs ? A ce compte, on pourrait\naller loin.\nLes Images,de Cl. Debussy, ont été jouées par Ricardo Vinès avec une\naisance, une souplesse merveilleuses, et un sens de la perspective plus\nmerveilleux encore. La dernière, Mouvemd'une joie si éclatante et si\npure, fut redemandée, et l'on sait que le à la est\nfort rare, et signifie un enthousiasme exceptionnel. Quant àla de\nBalakiref, malgré une interprétation des plus intelligentes et fines, malgré\nde gracieuses idées aussi, elle ne m'a pas satisfait : on sent trop, en cette\nmusique, la fatigue, l'artifice, et, pour tout dire, le vide: l'inspiration,\ntrop courte, ne se soutient pas, et fait place à une rhétorique aujourd'hui\nbien banale. Le concert se terminait par l'amusante suite de Vincent\nd'lndy intitulée Chanson et Danses,pour instruments à vent.\nC. DE MALARET.\nLe concert d'orgue et de musique de chambre donné par la\nBach,le 21 février, comptera parmi les plus intéressants, grâce au con-\ncours précieux de grands artistes.\n•M. Ch.-M. Widor, qui triomphe en ce moment à l'Opéra-Comique, et\ndont l'éloge n'est plus à faire comme organiste, exécuta avec une maîtrise\nincomparable le Prélude et fugue en pour orgue. Les diverses\nentrées de la fugue, notamment, furent d'une netteté admirable et telle,\nqu'il nous fut bien rarement donné de l'entendre réalisée avec autant d'art.\nQuant à M. Georges Enesco, de qui la reçut dernièrement\nchez Colonne un accueil si chaleureux et si mérité, sa belle nature d'artiste\nse donna libre cours dans Prélude, Loure et Gavotte de la Partita en 1 ni,\net nous pûmes apprécier une fois de plus l'exquise pureté de son jeu et sa\nparfaite compréhension de la musique qu'il interprète. Je n'aurai garde\nd'oublier Mme Marie Panthès, dont quelques du Clave-\ncin bien tempéré permirent d'applaudir le beau talent de pianiste.\nMme Inghelbrecht et M. Marcel Chadeigne, l'excellent chef de chant de\nl'Opéra, donnaient, le iermars, une audition de leurs élèves. Ce fut dans la\ncoquette salle du Théâtre-Royal une après-midi charmantejles toutes petites\nmains couraient sur le clavier avec la vivacité, certes, de cet âge, mais\naussi avec une précision et une vigueur que lon n aurait point attendues\nd'elles. Et la musique exécutée à 4 mains par ces petites filles n était pas"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.26", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3606, "texte": "des plus faciles, bien que composée pour elles par M. D.-E. Inghelbrecht;\nnéanmoins tout ce petit monde se tira à merveille des passages les plus pé-\nrilleux croisements de mains, changements de mesure, rythmes parfois\ngênants. L'œuvre de M. Inghelbrecht, comprend deux recueils\nde douze pièces bâties sur des thèmes de chansons ou rondes d'enfants.\nLes développements en sont toujours ingénieux, et il faudrait pouvoir citer\ntoutes ces pièces, plus intéressantes les unes que les autres, depuis\nStram-Gram ou la Ballade du petit Jésus, jusqu'à Une poule sur un mur et\nLe petit bossu.\nLe programme comportait en outre les très attachantes Chansons popu•\nlaires de M. Emile Vuillermoz, parmi lesquelles trois Chansons canadien-\nnes. Ces chansons tant populaires que canadiennes— sont de véritables\npetites œuvres, chaque strophe recevant un accompagnement différent ;\nil en résulte un intérêt sans cesse renouvelé et une heureuse alliance de la\nsaveur native de la mélodie avec la richesse harmonique de l'accompagne-\nment. Elles sont d'ailleurs toutes délicieusement jolies, et j'aurais été\nfort embarrassé de fixer mon choix si Mmo Marie Mockel ne m'avait surtout\ncharmé avec Une Perdriole, Les trois Princesses et Jardin d'Amour, qui me\nsemblent particulièrement convenir à sa voix exquise, au charme un peu\nfrêle et si fin.\nLa Nursery et les Chansons populaires,ainsi que leurs interprètes y\ncompris et surtout les plus petits, obtiennent le plus vif et le plus légi-\ntime succès. JEAN POUEIGH.\nLe concert donné le 26 février par M. Théo Delacroix compte parmi les\nplus grands succès et les plus importants événements de la saison. D'abord\nà cause du talent de M. Delacroix, ténor à la voix délicate, émue, colorée,\net, par son style exquisement musical, digne frère de son frère, M. A.\nDelacroix, dont M. Louis Laloy appréciait dernièrement, sans nulle exa-\ngération, la maîtrise incomparable (1). La de César Franck,\nchantée par lui avec un recueillement et une piété touchantes (et fort bien\naccompagnée à l'orgue par M. Loth), de Fauré, l'air du\nCimetière,de la Nuit persane,ont vraiment donné la sensation de l'art le\nplus pur et le plus parfait. Le programme, très munificent, fit admirer en\noutre la voix légère de Mme Gandrey, la grande intelligence de Mme la Ba-\nronne d'A., la belle interprétation de Mme Mayrand dans la Phydile de\nDuparc, et surtout la souplesse et la précision extrêmes du jeu de M. A.\nDelacroix, l'infatigable accompagnateur, qui triompha comme soliste dans\ndeux œuvrettes de sa composition et dans la Mort d'Yseult de Wagner.\nLe concert se terminait par la Nuit persane de Saint-Saëns, où les chœurs,\ndirigés par le même, furent au-dessus de tout ce qu'on pouvait espérer\nd amateurs. Bien rarement la salle Pleyel avait vu pareille affluence ni\npareil enthousiasme. Et, malgré une heure assez tardive, il n'y eut point\nde départ prématuré : car le charme de musique ne faiblit pas un seul\ninstant.\nA la dernière des soirées Barrau,le 22 février, j'ai eu le plaisir d'entendre\nMme Marie Panthès dans trois valses de Chopin, auxquelles on a paru tenir\nrigueur de n être pas inédites, comme si elles avaient souffert du temps.\nJ ai aimé la justesse de goût de la très aimable artiste et la nature fine et\ndéliée de son jeu. M\"e de Mouromzew a une voix vive et fraîche, chétive\nencoie dans les notes hautes, dont la timidité faisait un charme de plus.\nLa . Sérénade 1 nutile cle Brahms, ainsi interprétée, prend une malice bien\njolie. Beethoven et Léo Sachs complétaient le programme.\nJOSEPH TRILLAT.\n\n(i Mercure musical,is février, page 166."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3630, "texte": "Ce furent trois belles séances vraiment musicales dont Mm 6 Landormy\nnous a gratifiés avec le concours du Quatuor Parent! Le programme seul\nparlerait silencieusement aujourd'hui pour elles : Mozart était représenté\npar le Quatuor en sol mineur et par le délicieux Trio en mi bémol ; Beetho-\nven, par l'énergique et mystérieux Trio en ré majeur (op. 70, n° 1), dont la\ncouleur profonde impressionnait Hoffmann, en 1809; Brahms, par sa So-\nnate en sol majeur (op. 78) ; César Franck, par son Quintette; Chausson,\npar son Quatuor; Vincent d'lndy, par sa Sonate dédiée à Parent; Lekeu,\nmort a vingt-six ans en 1894, par sa Sonate mineure et son Quintette ina-\nchevé... Voilà trois jeudis poétiquement remplis! Et la foule des amateurs,\nqui se pressait sous les appliques trop éblouissantes de lTEolian, ne ména-\ngeait pas ses bravos à Mme Landormy, qui s'est montrée deux fois artiste\ndans l'interprétation savante d'un programme savamment composé !\nRAYMOND BOUYER.\nA Y Ecole des Hautes Études Sociales, M. Pirro nous a fait entendre, le\n22 février, divers fragments des cantates profanes de Bach, les moins\nconnues, et peut-être les plus proches de notre goût ; car on n'y trouve\nplus cette componction protestante qui parfois pèse un peu lourdement\nsur nous : la gaieté ou la tendresse y rayonnent sans remords (et je sais\nbien que le maître a plus d'une fois transporté un air profane dans une de\nces compositions religieuses : ce sont ceux-là qui nous plaisent le mieux\nen général). Donc nous entendîmes ce jour-là, après la vaillante Chanson\nde la Pipe, et quelques autres non moins aimables, un air de la Cantate\npour les élections de Leipzig, où Ton peut déjà reconnaître l'affectueux\nsourire de Beethoven, mais exempt ici de toute amertume. Mlle Margue-\nrite Babaïan a chanté cet air d'une voix délicate, souple et facile au delà de\ntout ce qu'on peut rêver, et surtout d'une sincérité qui touche et ravit dès\nl'abord. Car on devine, à l'entendre, que la charmante artiste ne chante\nque par plaisir, et comme nous parlons : pour dire sa pensée et son senti-\nment. Elle incarna encore d'exquise manière le sourire obstiné et la\ngourmandise coquette de Lieschen dans la Cantate sur l'abus du café, où\nM. Reder fut un Schlendrian de grand style et de voix admirable,\ntandis qu'un jeune ténor, M. Moughounian, faisait applaudir un organe\nd'une étendue exceptionnelle et d'un timbre fort doux. L'orchestre à\ncordes a un peu trop couvert la flûte joyeuse de M. Hugon, virtuose\nimpeccable et excellent musicien.\nQuelques jours plus tard, la musique ancienne ressuscitait en un plus\nriche décor, et avec un succès égal: M. Henry Expert faisait chanter les\nchansons du xvie siècle chez Mme la Comtesse Greffulhe ;et la, sous les\nlustres discrets, ces musiques ont retrouvé toute leur grâce souriante ou\nmélancolique et leur charme non point du tout mièvre, mais élégant et\nsûr. Depuis les chansons de gestes, nos auteurs ont toujours écrit pour\nles délicats. C'est dans les cercles d'amateurs et les cénacles de beaux\nesprits que la pensée française a porte ses fruits les meilleurs. Comme la\npoésie et comme les autres arts, et aujourd'hui comme au temps des\ntrouvères, la musique française est d'essence aristocratique. Qui donc\nparmi nos compositeurs veut être compris du peuple ? M. Bruneau. C est\ntout dire.\nLouis LALOY.\nLa Société Caucasienne de Paris, qui s'est formée récemment, dans la\ngénéreuse idée de réunir des représentants des races différentes et trop\nsouvent ennemies qui vivent les unes a cote des autres au Caucase, et\nde les amener à une intelligence et à une sympathie mutuelles, a donné"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.28", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 567, "texte": "le jeudi ier mars un concert à l'Ecole De\nbeaux chœurs arméniens, profonds et rêveurs, dirigés par M. Moughounian,\nqui chanta seul, ensuite, avec une passion et un talent admirables, une\ntragique mélopée : Araksi art^ounka(Les pleurs de l'Araks). Des choeurs\ngéorgiens, clairs, ensoleillés, presque italiens, dirigés par M Koridze. Des\nairs persans, joués sur le thar (sorte de luth à long manche) par\nM. Trdatian. Les œuvres étaient présentées au public dans une très claire\net intéressante conférence de M. Archag Tchobanian. R. R."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.3", "titre_corps": "LE QUATUOR PARENT.", "titre_sommaire": "LE QUATUOR PARENT.", "signature_source": "Raymond Bouyer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.28", "debut_caractere": 569, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "LE QUATUOR PARENT.\n\nDe la Sérénade de Beethoven aux Miroirs de Ravel.\nEn dehors de l'intervention des personnalités mystérieuses au point d'en\nparaître miraculeuses, l'Evolution musicale se poursuit logiquement, avec\nune sorte de fatalité dans sa marche ; ou plutôt ces personnalités, qui nous\nsemblent douées de la souveraine liberté du génie, n'interviennent-elles\npas à l'instant heureux comme des puissances providentielles, pour expri-\nmer en beauté neuve et fatale un nouvel aspect qui s'impose à l'histoire\nde l'art ? Après Haydn, Mozart ; après Mozart, Beethoven. Et que serait\ndevenue la musique si Beethoven n'était point né ? Mais il semble haute-\nment nécessaire qu'un Beethoven dût naître... On ne conçoit pas dans\nl'évolution, toutensemble expressive et technique, de rart musical, l'absence\nde ce fait superbement nouveau...\nTelle était notre impression, dans un court entr'acte des septième et\nhuitième séances Parent. Beethoven y régnait encore, et dans son œuvre*\net dans la mélancolie du bronze de Fix-xMasseau.\nBeethoven ! Il est encore bien peu Beethoven, malgré des éclairs de\nviolence ou d entrain, dans un troisième Quatuor avec piano, daté de sa\nquinzième année (1785) ; il badine toujours, sous l'influence rassérénante\nde Mozait, dans la Sérénade (op. 8) ; il apparaît, çà et là, dans les Sept\nBagatelles (op. 33) : il étincelle déjà dans le trio à cordes de Pop. 9,\nn 1, où les trois archets, diversement colorés, de MM. Parent, Vieux et\nFournier se sont montrés étincelants ; mais, à ce Beethoven juvénile on\ndécernerait encore 1 hommage que le romantique Hoffmann (qui voyait par-\ntout romantisme) accordait au vieil Haydn, et que notre confrère,\n. Louis Laloy, retrouvait naguère instinctivement pour exprimer l'état\name du plus original des jeunes : « C'est une vie pleine d'amour, pleine\nc er^rernent»> comme avant le péché, dans une éternelle jeunesse !... Ni\nsou rance, ni douleur ; mais seulement un doux et mélancolique désir\naspirant a cette chose aimée qui, dans le lointain là bas, flotte en l'éclat\na un soleil couchant... »\nToutefois, le viai Beethoven, le Beethoven «de ces poèmes de génie\njVe °PPellt: sans paroles, en mugissant », se fait pressentir dès\na agio u premier Quatuor à cordes en fa majeur (op. 18, n° 1), adagio\nd une tristesse native et grave, inspiré, dit-on, par la lecture de la scène\ns om eaux e Roméo et Juliette : car Beethoven lisait Shakspeare...\nmmvf a Pr^curs^ir notre Berlioz, peintre plus ambitieux, chanteur\ns profond. Et fidèle à sa nature ainsi qu'aux exigences de son temps,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.29", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3748, "texte": "le vrai Beethoven s'affranchit dès la grande Sonate en ut majeur (op. 53),\nsymbo îquement appelée Y Aurore, où Mme Edgar Quinet, mélomane\ndelunte (car les amis de la Musique ne sont pas immortels comme ils\ndevraient 1 être), entendait la plus « absorbante » des « symphonies »\nSon interprète, M- Gellée, qui venait de jouer fort intelligemment les\nSept Bagatelles, a loyalement évoqué cette loyale musique. Plus mélo-\ndieuse encore, la Sonate en la bémol (op. 110) nous conduit, le long de\nbéants précipices, jusqu'aux cimes ardues comme an bloc de Michel-\nAnge, de la Grande Fugue (op. 133), primitive conclusion du Quatuor XIII\net triomphe annuel du Quatuor Parent. Nous sommes loin du jeune Mozart\net du paradis perdu depuis la mort du vieil Haydn ! Mais, plus heureux\nque le sage, nous avons escaladé le seuil violent de la terre promise... Un\nCésar Franck est possible.\nOn nous a cordialement reproché d'avoir fait de Franck un continua-\nteur de Beethoven. Expliquons-nous, d'un mot. Il n'est rien de tel que\nde se mettre d'accord avec ses amis et, particulièrement, avec soi-même\nen musique surtout, dans ce mystère fait de science au service de la\nvolupté, de précision mathématique au profit du vague, où la critique,\nmoins glorieuse et moins entraînante, est peut-être encore plus malaisée\nque l'art !\nBeethoven et Franck ! C'est par l'âme uniquement, qu'ils avaient grande,\nque s apparentent ces deux génies ; au point de vue plutôt technique, l'an\ndernier (s'il est permis d'user d'aussi grands mots !), n'avons-nous démon-\ntré, par ailleurs, avec une prudente rapidité, que le Franckisme est issu du\nWagnerisme, comme le Debussysme, harmoniquement du moins, sort du\nFranckisme ? En musique même, on est toujours fils de quelqu'un...\nLeit-motiv et rappels thématiques adaptés à la musique de chambre, à la\nmusique pure, chromatisme inquiet, \\ovLvmen\\.tristanien, dramatique essor,\npolyphonie, enharmonie, harmonies rares et nuageuses, volupté technique\nd'une « âme blanche » où le lyrisme obtient les ailes delà candeur, où la\ncandeur s'exprime avec raffinement, tout cela compose les éléments\nd'un style nouveau dans la pénombre recueillie d'une petite salle de con-\ncerts et dérive immédiatement de la subtilité wagnérienne... Mais évo-\nquez, dans votre ardent souvenir de l'incomparable séance Franck, le début\nméditatif du Quatuor de 1888, et convenez que cette méditation qui s'élève\nest de la même famille immatérielle que le début fugué du XIVe Quatuor\nbeethovénien de 1826 ! Même grandeur d'âme, de part et d'autre. Et ce\nfinale, avec sa ritournelle fougueuse et ses rappels de thèmes enca-\ndrés de récitatifs instrumentaux, n'est-il pas le proche parent de la Neu-\nvième ?\nQue nos lecteurs d'aujourd'hui nous pardonnent, à leur tour, cette di-\ngression qui va nous servir à justifier notre admiration pour un admirable\nchef-d'œuvre, encore plus moderne, admirablement interprété, dès le\ndébut de la neuvième séance, le soir du 2 mars, par M Marthe Dron,\nMM. Parent, Vieux et Fournier : le Quatuor de Chausson.\nNe jugeons point les gens sur l'apparence et, surtout, sur leurs noms:\nPaul Verlaine disait finement à Stéphane qu'il n'était pas plus Mallarmé que\nSully n'est Prud'homme... Donc, Ernest Chausson fut un haut poète. Et\nce ne fut point, dans l'art musical, un poète accidentel, mais un trait d'u-\nnion, trop méconnu jusqu'à ce soir, entre César Franck et Claude Debussy.\nLa filiation, pourtant, n'est point contestable. Ecoutez ces harmonies\nrares. Et le seul accident, ici, n'est-ce pas cette fin tragique de l'homme\navec lequel est mort le poète ?'\nAussitôt on songe à Franck, on pressent Debussy ; les affinités se révè-\nlent dans ce poème où survit l'âme d'un poète de la musique mineure?"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.30", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3661, "texte": "intime, automnale, qui semblent nous avouer, dans un pressentiment, que\nle printemps même est triste, mais dont les mélancolies, enveloppées dans\nl'atmosphère francldste, avaient d'originaux et mâles accents. Et quelle\npersonnalité, sous un évident souvenir de César F ranck, des cette nerveuse\nattaque initiale du piano seul, scandee. avec la belle décision de 1 intelli-\ngence par Mile Dron ! Curieux alliage de dynamisme et de rêve, de volonté\nconcise et de rêverie diffuse, de bel emportement français et de moderne\nlangueur !\nOui, ces harmonies rares, ces développements qui seraient longs s'ils\nn'étaient poignants, ces modulations cherchées ou chante la chanterelle du\nVénusberg sur les interruptions de la fougue et les déceptions de l'effort,\ntoutes ces ardeurs et toutes ces langueurs composent un tout original et\nsingulièrement personnel, qui prépare l'avenir avec la voix du passé. Comme\nla Sonate indéfinie de Lekeu, largement jouée la veille par Armand Parent\net Mme Landormy, ce Quatuor de Chausson dégage, dirait Amiel, une puis-\nsance nostalgique indéfinissable. Il y a des regards, des physionomies qui\nparlent de même, avec ce singulier mélange de conviction forte et de poésie\nfrêle... On évoque la poésie, posthume elle-même, d'Albert Samain. Même\naccent dans la distinction ; même preuve apportée, que la distinction n'est\npas toujours hostile à la puissance ; même transition robuste et délicate\nentre les formes châtiées d'une poésie parnassienne et les arabesques dif-\nfuses d'un frisson nouveau ! Que signifie ce quatuor ? Mais que signifie la\nmusique ? Et peut-elle extérioriser autre chose qu'un « état de l'âme » de\nson auteur ? Le musicien, qui sent, mieux encore que l'écrivain qui\npense, a le droit d'affirmer: «Je ne sais que les choses de l'amour ». Mais,\ndans l'amour comme dans la musique, une sympathie mystérieuse et impé-\nrieuse à ce point que le poète éperefu ne sait plus lui-même\nSi cette volupté n'est pas une pensée...\nMais allons-nous encourir le ridicule de découvrir ce soir le Quatuor de\nChausson, après avoir découvert Beethoven et César Franck, ou, du moins\nles affinités qui les rattachent à travers l'éternel devenir\nDe la nuit romantique et du songe et des temps }\nOn découvre, est-il pas vrai? la musique à chaque audition, surtout quand\nl'exécution, de plus en plus homogène et vivante, de quatre partenaires\npoètes de leurs instruments respectifs, devient une résurrection. Même brio\nréfléchi dans la vie éphémère rendue par deux artistes à la Sonate de\nVreuls : MHe Dron, la distinction même, se veut de plus en plus svelte et\nvive pour rythmer cet entrain tout flamand , et l'infatigable archet d'Ar-\nmand Parent, qui soupirait la veille au soir la longue plainte de Lekeu,\ns exalte sur la sourdine même pour chanter ce lyrisme éclos au pays de\nRubens.\nVivant spécimen de l'Ecole belge, la Sonate de Vreuls nous achemine à\n1 heure actuelle, où la fantaisie debussyste influence les mélodies nou-\nvelles de MHe Germaine Corbin, cependant que le sentiment le plus fran-\nçais de la vie respire largement dans les lieder moyen-âgeux d'Alfred Bru-\nneau : 1 antithèse est suggestive, dans la voix saine et jolie de Mme Four*\nnier de Nocé.\nUn prestidigitateur, pour finir : c'est Ricardo Vinès, venu pour jouer les\nMiroirs de Ravel. Nous aurions mauvaise grâce à détailler l'uniformité\ndans la variété des Noctuelles, des Oiseaux tristes, d'une Barque sur\ncéan, de 1 Alborada del Gracioso, de la Vallée des Cloches, après le brillant\ncommentaire confraternel que Jean Marnold a consacré, dans le Mercure\nmusical du lévrier 1906, à ces cinq pièces nouvelles pour piano ! Comme"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "es trois Images récentes de Debussy, c'est le nec plus ultra de l'arabesque\nindépendante et capricieusement fouillée, qui n'a plus d'autre souci que le\n« plaisir musical » après tant de littérature ! C'est « l'expressif par l'orne-\nmental », osé naïvement par un Maurice Denis du piano ; c'est l'inévitable\narchaïsme des crépuscules très subtils... On éprouve, à les entendre, la\nmeme curiosité que 1 auteur a mise à les dérouler dans leur caprice mélan-\ncolique ou rieur , on s amuse, en s effrayant un peu : que deviendrait, en\neffet3 la musique aux mains d imitateurs maladroits de ces poètes nou-\nveaux ? Nous ne conseillerons pas a tout apprenti de pencher la tête sur\nces MIT oirs, qui reflètent limage décorative et stylisée d'une époque lasse\nde bravoure facile... L avenir, au demeurant, n'est à personne qu'aux\npoètes ; et tout poncif serait mort-né.\nMais les plus académiques amis du passé n'ont que des bravos pour l'im-\npeccable interprète de ces cinq pièces, le seul actuellement armé pour les\névoquer par cœur avec ces doigts de liquide acier, pour le magicien penché\nsur l'intérieure partition de ces Miroirs où repassent toutes les cristallines\nvolutes des Jeux ! Le nom de Ricardo Vinès est désormais insépa-\nrable de ce curieux chapitre, hier inédit, de la musique française contem-\nporaine.\nArmand Parent, qui révélait, dès le 2 avril 1898, le Quatuor de Chausson,\net, dès le 2 février 1901, la Sonate de Vreuls àla Société Nationale, a\ntrouvé le collaborateur avancé que méritait son effort. N'a-t-on point tou-\njours les amis qu'on mérite ?\n\nRaymond Bouyer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.4", "titre_corps": "LES THÉATRES", "titre_sommaire": "LES THÉATRES", "signature_source": "Maurice Fourrier", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.31", "debut_caractere": 1608, "fin_caractere_exclue": 3175, "texte": "LES THÉATRES\n\nA L'OPÉRA Reprise de l'Etranger, de Vincent d'lndy ; MUe Bréval.\nLe 26 février, l'Opéra reprenait, avec un très grand succès, rEtranger,\naction musicale en deux actes, poème et musique de M. Vincent d'lndy.\nC'est la troisième fois que j'entendais Y Etranger, et pour la troisième fois\nje constate que cette musique colorée, vigoureuse, d'inspiration élevée, ne\nporte pas en elle d'émotion; pourquoi?\nLes personnages que l'on nous présente ici ne sont que des créations de\nl'esprit, des reflets cérébraux, des « idées-images », si l'on peut s'exprimer\nainsi. Pour les animer, l'auteur n'a pas su puiser aux sources de la vie.\nEcoutez ce pêcheur symbolique rhétoriser, se raconter, évoquer Lazare,\nl'Evangile, parler de charité universelle, de son isolement parmi les\nhommes, d'amour même, le malheureux ! Quel est cet ètie ? peut-etre un\ndescendant du Hollandais et de Lohengrin? (on le croirait à voir «1& pierre\nç[u miracle » qui brille a son bonnet 1 elle me semble sortir du meme ma-\ngasin qui fournit déjà leGraal,la lance d'Amfortas et autres objets du culte\nmystico-wagnérien).\nQue reste-t-il de lui quand il ne parle plus ?\nTout juste le titre, parfaitement justifié, d'une œuvre de haute allure.\nNoble et forte, cette œuvre impose le respect et l'admiration, elle impres-\nsionne l'esprit..., elle ne saurait, comme cette autre musique récemment\ncaractérisée en termes exquis par mon excellent ami Louis Laloy ( 1), eveil-\nler l'écho « des solitudes où vit notre ame véritable ».\n\n(x) Paroles sur Claude Debussy. Mercure musical du ier mars 1906."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.32", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "Le personnage de \\xtan est pas beaucoup moins artiiicic. que celui\nde l'Etranger-,mais heureusement, à l'Opéra, Vita c'est M'le Bréval ! Avec un\nart qui lui aussi impose l'admiration elle sut faire de « cette vue de l'esprit »\nun être vivant et émouvant, et par là M»e Bréval s'affirma une créatrice. Au\ndébut, rêveuse qui« aime à causer avec la verte mer », elle fut d'une poésie\net d'un charme pénétrants ; puis par une gradation saisissante dans sa sim-\nplicité elle nous fit sentir l'inexplicable amour qui progressivement l'en-\nvahit, et quand, dans le délire d'une exaltation mystique, elle clama d'une\nvoix merveilleuse son irrévocable serment ala mer, en vérité elle fut\nsublime.\nA côté d'elle, l'interprétation de M. Delmas parut encore, plus qu'à l'or-\ndinaire, extérieure, pompeuse et conventionnelle ! Sous la consciencieuse\ndirection de M.Vidal, l'orchestre et les chœurs se montrèrent de tout point\nremarquables.\n\nMaurice Fourrier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 32, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.5", "titre_corps": "COULISSIANA.", "titre_sommaire": "COULISSIANA.", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.32", "debut_caractere": 981, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "COULISSIANA.\n\nOn a beaucoup péroré de notre Opéra-Comique et de son directeur à\nl'occasion du budget des Beaux-Arts en notre Parlement. Le spirituel arti-\ncle de notre collaborateur Willy à ce propos n'était peut-être pas sans ré-\nplique, encore qu'il reproduisît des arguments imprimés au Journal officiel,\nsinon même précisément à cause de cela. L'absolue liberté dopinion qui\nest la loi de notre Mercure musical m'autorise à émettre mon humble avis\nau milieu de tous ceux, divers, opposés, quels qu'ils soient, à qui l'hospi-\ntalité de ces feuilles est assurée d avance. Il serait délicat de prendre parti\ndans la question lépreuse ou ensorcelée qui fut prétexte àla dispute,\navant que de connaître les conclusions de l'enquête ouverte, lesquelles\nseront publiées ici en temps et lieu. J'ouïs néanmoins des gens d'expé-\nrience opiner qu un directeur jouant toutes les pièces qu'il reçoit, cane\ns est jamais vu, même en rêve. Je ne vois pas le moindre inconvénient à ce\nque M. Carré devienne ce phénix ou ce merle blanc, par force ou par per-\nsuasion, et on ne peut guère nier, en tout cas, qu'il en ait reçu et joué plus\nqu aucun autre de ses prédécesseurs au théâtre subventionné qu'il dirige,\naïs 1 eut un singulier ou facétieux avocat dans la personne de l'honora-\ne qui vou ut 1 excuser ou défendre, en le louant, du haut de la tribune,\n\\ ax°ir P iquement repoussé un livret scabreux pour les chastes oreilles\ndes demoiselles a marier dont chacun sait que la salle Favart fut longtemps\na ressource et e rendez-vous. L'idée était plutôt cocasse, et M. Carré en\ndut bien rigoler lui-même, ahuri, en se regardant dans la glace, d'y devoir\ncon er e protecteur de la vertu et gardien de son temple, archiprêtre\ntïnnn fU f Sainte-Mousseline et vicaire de M. Bérenger. Le bien inten-\nHipnt-6 &1S at,eur aur£ut trouvé facilement mieux à dire en faveur de son\nart- not[ien i^U en C ar§*ssant un soit peu un débat intéressant notre\ntoirpç Maî ' en^)tant des faits, qu'il ignorait sans doute, quoique no-\nniîtrq'ir ni S S!inoS r ePut^s (( sayaient ce dont ils parlent », on ne s'y recon-\nI US\\r aut Pas bouleverser imprudemment l'ordre des choses,\nce malnrlrn> 0. servat*ons> d ailleurs, se révéla fort terre à terre. Après\nrerTr n orateur Averse vint reprocher à M. Carré de s'entou-\nécor Sf f 6 famille> d'en peupler son administration et sa\nSi le chiffre s de \\30.000 livres au profit de sa parenté.\nxas, , 1 apparaît évidemment excessif. Des renseigne-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4069, "texte": "ments reçus d autre part, toutefois, annonçaient un total différent exprimé\navec un zéro de moins. Il convient donc d'attendre le résultat de l'enquête\net, ce point réservé, j'ose avouer que le reste de l'accusation me laisse froid *\nN importe qui en ferait probablement tout autant. C'est un sentiment fort\nhumain et, de nos jours, assez répandu dans ses effets qu'on ne saurait\ncertes connaître mieux qu'en l'endroit d'où partit la dénonciation. Le né-\npotisme a ses défauts, mais il ne manque pas non plus de certains avan-\ntages qui pourraient le justifier quelquefois. Aussi bien qu'un ministre, un\nchef d entreprise en peut attendre des auxiliaires plus sûrs, qu'une com-\nmunauté d'intérêts attache à sa fortune, sur lesquels il exerce une autorité\nplus constante, plus directe et plus efficace. En tant que contribuable, il\nm'importe peu, je l'avoue, qu'un directeur subventionné emploie, s'il lui\nconvient, les siens de préférence à des étrangers, pourvu qu'il ne crée pas\nde sinécures et que ces fonctionnaires se démontrent, à l'épreuve, aptes\net assidus à accomplir la tâche rétribuée qui leur est départie. La volonté\nbien connue de M. Carré garantit qu'il sait se faire obéir de tous et, à tout\npoint de vue, pécuniaire ou artistique, les résultats de sa gestion pourraient\nattester qu'il ne fut généralement pas malheureux dans le choix de ses col-\nlaborateurs. Sans doute, il paraît peut-être un peu trop se croire encore à\nla tête de l'indépendant Vaudeville, mais, transporté dans l'officieux local,\npeut-être aussi que justement son autocratisme y eut les plus précieuses\nconséquences. Des quatre scènes dont nos écus arrosent les planches lyri-\nques ou dramatiques, la sienne est la seule où on travaille, où on constate\nune activité disciplinée, incessante et féconde. On sent que M. Carré en\nest l'âme, l'instigateur infatigable, autoritaire, intransigeant dans ses des-\nseins ou dans ses actes. Si sa vivacité commit la gaffe de menacer le loyal\nWilly d'un procès tendant à lui faire casquer 100.000 balles, on ne doit\npas oublier que, d'un geste susceptible analogue, jadis il défendit Pelléas\ncontre le dénigrement tendancieux ou la calomnie. Qu'il ait tort ou raison\ndans l'affaire Lazzari-Bataille, cela ne supprime pas le passé. Or les bien-\nfaits de ce passé sont péremptoires. Je suis loin d'admirer toutes les\nœuvres que fit représenter M. Carré, mais mes goûts ne m'empêchent pas\nd'approuver son éclectisme, de l'estimer, non pas seulement licite, mais\nincontestablement légitime, équitable et utile à tous égards. Nos musiciens\nn'en ont pas moins bénéficié que de Vart d'un incomparable metteur en\nscène, dont la sollicitude s'étend indistinctement sur tous les ouvrages,\naide au succès des meilleurs et fait supporter jusqu'aux pires. Enfin, c'est\ntrop évidemment àla seule activité de M. Carré que nous sommes redeva-\nbles de l'actuelle et inespérée floraison de notre musique dramatique, et\nnous lui devons mieux encore, grâce à ce qui s'ensuivit au concert et pour\nl'éducation du grand public, puisque son indifférence intrépide, après le\nrisque jugé naguère audacieux de Louise, nous valut la révélation, puis le\nsuccès de Pelléas.\nRien n'égale l'éloquence des faits, et ceux-là constituent des titres que\nla plus indulgente comparaison avec ce qui se passe ailleurs divulguerait\nbien vite exceptionnels entre tous. Il serait souverainement injuste de les\noublier à propos d'un incident où de respectables intérêts particuliers\npeuvent avoir été lésés et recevoir satisfaction, sans qu en soient entames\ndes mérites d'ordre plus général. Il ma semble pourtant que, même\nrétrécie à des détails d'administration, la discussion parlementaire eût pu\nêtre plus instructive. Que Mme Marguerite Carré touche 6.000 fr\\ par mois»\n—ce qu'on nie d'autre part, au surplus, c est à coup sûr un prix\nmunificent, mais qui n'est pas rare au théâtre. Elle a fait beaucoup de\nprogrès dans son jeu, sa voix est belle, sa personne bien plus encore, et,\nsi son directeur et époux a les moyens de lui offrir un cachet d etoile,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.34", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "j'en suis ravi pour elle et fort aise pour lui, que cela me paraît regarder\nexclusivement, avec, bien entendu, ses actionnaires, dont je ne suis, hélas!\nJ'aimerais mieux savoir pour quelle étrange cause, en ce temps de surnoms\nindiscrets ou vengeurs, Mme Carré fut baptisée gardenparty, ce qui suggé-\nrerait volontiers quelque occulte méfait d'un népotisme autrement très\nacceptable. Les coulisses recèlent peut-etie les seciets dun tas de petits\nmystères qui déconcertent les profanes. Il n'y a pas si longtemps qu'on\ndut déplorer, sans comprendre, le départ momentané de l'admirable artiste\nqu'est M. Jean Périer. Si M. Messager s'en est allé tout seul, ainsi qu'on\nl'affirme, c'est grand dommage, car on ne l'a pas remplacé. J'oserai même\ninsinuer que le bâton supplémentaire, et sans doute insigne, que M. Carré\nfit venir de Belgique à l'intention de son orchestre français, n'a pas suffi\nà compenser la perte. Mais d'autres choses eussent pu piquer la curiosité\nde nos législateurs. Il est assurément regrettable pour un compositeur de\nse voir refuser la représentation d'un ouvrage inédit ; cependant, si on\npeut rechercher pour quelles raisons un musicien ne réussit pas à se faire\njouer dans un théâtre subventionné, il serait non moins intéressant, sinon\nplus, d'apprendre pourquoi certains y sont joués si souvent. Je ne parlerai\npas de M. Henri Cain, car il est librettiste, et, si son quasi-monopole en\nl'espèce a de quoi stupéfier, M. Carré en peut être innocent. Mais à quel\nimpératif catégorique obéit celui-ci pour devoir attribuer, d'un bout à\nl'autre de la saison, trois jours de la semaine à M. Massenet ? On ne sau-\nrait guère arguer de l'imperturbabilité des recettes. Quoique la moyenne en\nsoit assez réjouissante, elles sont si variables, et pour le même ouvrage,\nque leur excellence éventuelle n'apparaît rien moins que fatalement\nmotivée par le nom de l'auteur sur l'affiche. L'excuse, d'ailleurs, n'expli-\nquerait pas le cas de Chérubin,substitué brutalement, avec les n ou\n1200 francs d'une première et bientôt des soirs de S.ooo, aux 7.500 francs\nde Pelléasen plein succès. Les coulisses du théâtre abondent en inscru-\ntables énigmes. On s'étonne pourtant d'avoir à deviner des rébus de ce\ngenre chez un artiste tel que M. Carré, et je confesse en être beaucoup\nplus intrigué et gêné que de tout ce dont on l'accusa hier au Palais\nBourbon. Mais la perfection n'est pas de ce monde, et notre musique doit\ntrop de reconnaissance à M. Carré pour ne pas lui passer quelques caprices.\nS'il se laisse embobiner par les vieux ou les protège, il accueille aussi les\njeunes, témoin Séverac. Il a reçu le Cœur du Moulin, et je parierais bien\ndix sous que M. Lazzari lui dédiera sa prochaine partition. Enfin, souve-\nnons-nous qu'il nous a donné Pelléas.\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.6", "titre_corps": "SAINT-SAENS CONTRE WILLY", "titre_sommaire": "SAINT-SAENS CONTRE WILLY", "signature_source": "Henry Gauthier-Villars", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.34", "debut_caractere": 2823, "fin_caractere_exclue": 3400, "texte": "SAINT-SAENS CONTRE WILLY\n\nAu risque de sembler discourtois envers l'obésité notoire de M. Willy*\nje confesse que sa brouille avec M. Camille Saint-Saëns me rappelle le vers\ndu mauvais La Fontaine où je ne sais quel singe, évidemment un ancetre\nde nos reporters actuels, annonce\nqu'Eléphantide a guerre avecque Rhinocère.\nRhinocère ! Ce nom cornu semble apparenté à l'âpre humeur du musi-\ncien, à l'aveuglement de ses colères obtuses... Eléphantide sonne plus\naimable, en même temps que plus grassouillet.\nDonc, à Monte-Carlo, surgirent grands débats entre l'auteur de Y Ancêtre"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.35", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 3575, "texte": "et notre collaborateur. Les journalistes présents s'en émurent, je veux dire\nqu ils s en amusèrent, tous, le blond Stoullig, qui opère au Monde Artiste,\nle brun Souday, délégué par Y Eclair, J.-L. Croze, actif représentant du\nMatin, sans oublier Louis Schneider, en qui le souriant Gil Blas met ses\ncomplaisances.\nIl en est que la brouille affligea davantage ; M. Gabriel Fauré (directeur\ndu Figaro et rédacteur au Conservatoire) et son aimable sous-verge, Fernand\nBourgeat, puisque tous deux, à la demande de Raoul — qui\nen l'occurrence, se montra parfait de délicatesse et de tact— durent faire'\nla navette entre les belligérants, ne quittant l'immortel compositeur d'Hélène\net de Parysatisque pour se rendre auprès de l'amoral écrivain d'Une\nd'amour.\nCes démarches n'aboutirent pas. Pas plus que notre collaborateur, le\nsavant Louis de Fourcaud et l'éminent chartiste Henri de Curzon 'ne\ncrurent devoir prendre part au dîner offert à la presse parisienne par le\nPrince de Monaco en l'honneur de M. Saint-Saëns, et tous trois confabu-\nlèrent, le verre en main, au restaurant de l'Hermitage, sur des sujets\nimprévus. Le très érudit musicographe du disserta passionnément\nsur les saints céphalophores ; le directeur parisien du Guide musical\nstigmatisa les critiques belges qui veulent convaincre d'inexactitude les\nAnnales du gendre d'Agricola (nourries, cependant, des mémoires de Fabius\nRusticus et d'Aufidius Bassus). Enfin le père des « Claudine » s'étendit\navec quelque amertume sur la fantaisie des restitutions proposées par\nOtto Crusius, de Tubingen, pour le fragment de Phœnix Colophonius joint\naux Mimiambesd'Hérondas dans l'édition Teubner.\nAujourd'hui, il paraît que la paix est faite ; M. Saint-Saëns aurait été\ntouché de lire dans le compte rendu de l'Ancêtre, télégraphié à l'Echo de\nParis par M.Willy, des éloges sans réserves adressés à cette œuvre «encore\nsupérieure à Hélène ». Notre collaborateur disait effectivement :\n« Le compositeur de Parysatis personnifie avec une inflexible logique\n« l'esprit français, instinctivement en défense contre les nuageuses abstrac-\n« tions, germaniques ou cévenoles, de Wagner et d'lndy, esprit misonéiste\n« qui préférera toujours l'anecdotique livret de la Basoche au douloureux.\n« symbolisme du poète Henri Bataille.\n« ... Cette attitude combattive de champion national va jusqu'à lui faire\n« accentuer à la française les noms italiens, insistant sur la dernière syllabe\n« de Pietra-Nera.\n« ... L'auteur de VA ncêtrerestitue délibérément au Récit le rôle assigné\n« par Gluck ; il l'écrit sans autre accompagnement qu'un accord marquant\n« le temps fort, et le considère sans plus, comme la phrase aux inflexions\n« rituelles unissant deux morceaux d'écriture différente, conçus dans un\n« caractère strictement traditionnaliste. Ces morceaux, élaborés par un\n« fidèle observateur de la religion du s'attestent dignes des plus\n« célèbres monuments classiques dont s'enorgueillissait l'Art lyrique vocal\n« de 1840, ressuscité par une volonté précise que ne troubleront jamais les\n« charmes dangereux de l'atonalité ni les déliquescences en vogue des ap-\n« poggiatures sans résolution.\n« ... On a beaucoup applaudi, au troisième acte, la fantasque arabesque\n«de trilles et de vocalises chantée par Mll® Farrar, artiste chercheuse qui\n« se renouvelle à chaque création, au lieu de diluer tous ses personnages\n« grisette du quartier latin ou bohémienne de grand'route dans la même\n« affadissante douceur (1) ».\n\n(1) L'auteur viserait-il Marguerite Carré ? J'espère que non !\ni 8"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.36", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1720, "texte": "Reconnaissant, le musicien de Y Ancêtre a envoyé au critique la lettre\nque voici :\nPalais de Monaco, 26 février 1906.\nMon cher Confrère,\nJe viens de lire votre bel article sur VAncêtre, et je m'empresse de vous en faire mes\nsincères remerciements, auxquels je joins l'expression de mes sentiments sympathiques-\nTout à vous.\nC. SAINT-SAENS.\nAussi bien, je viens de relire les lignes de Claudine s'en va dont, paraît-\nil, M. Saint-Saëns avait conservé un peu de rancune; elles me semblent\ninoffensives, voire laudatrices :\n« Cette vieille paillarde de Providence, qui est toujours là pour un coup,\n« avait lié d'amitié le Gastelbon de Beauxhôtes avec notre Saint-Saëns na-\n« tional : du commerce de ces deux grands hommes, bien faits pour se\n« pénétrer l'un l'autre, le projet naquit de créer un Bayreuth français, qui\n« serait Béziers, avec : i° dans le rôle de Wagner, Saint-Saëns, et 20 dans\n« celui de Louis de Bavière, Castelbon, le Mécène à faire...\n« Parysatis se termina par le spectacle de trois Messieurs, apparus sur\n« la scène aux acclamations d'un peuple en délire, et qui, effrontément,\n« s'embrassèrent: ces trois fantaisistes, c'étaient M. Castelbon de Beaux-\n« hôtes, Saint-Saëns et... Mme Dieulafoy. Ben mon cochon ! »\nPour mal interpréter ces passages, il faut la sournoise malice des po-\ntiniers de five o'clock experts aux cancans de théière.\nPersonnellement, d'ailleurs, je maintiens mon droit de préférer, dans\nl'œuvre de M. Saint-Saëns, les lieder aux opéras, et de le trouver moins à\nl'aise dans V Ancêtre que dans l'Attente.\nMais je n'hésite pas à le complimenter du dénouement de cette affaire où\nil s'était malencontreusement emmanché.\n\nHenry Gauthier-Villars."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.7", "titre_corps": "POLÉMIQUES GRÉGORIENNES.", "titre_sommaire": "POLÉMIQUES GRÉGORIENNES.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.36", "debut_caractere": 1722, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "POLÉMIQUES GRÉGORIENNES.\n\nLa musique religieuse n'a, pas plus que la profane, le pouvoir d'adoucir\nles mœurs. Bien au contraire, elle fait naître d'ardentes querelles, et met\naux prises de très savants hommes, qui parfois oublient, dans la chaleur\nde la discussion, et la gravité de leurs études et le caractère sacré dont il\nleur arrive d être revêtus. On en eut la preuve au récent congrès de Stras-\nbourg. Deux théories s y trouvaient en présence: l'une, dite mensuraliste,\net représentée principalement par le R. P. Dechevrens, prétend retrouver\ndanb le chant grégorien, à peu près comme dans la musique moderne, des\nmesures définies, dont les notes seraient toutes multiples d'une unité\nconiuiune, le temps ; la seconde théorie, due aux Bénédictins de Solesmes,\nest celle du rythme oratoire : il n'y aurait pas de mesure dans le chant\ngrégorien, mais une série de notes égales entre elles, où l'accent tonique\nmots marquerait seul des temps forts, Une courte communication de\nnoir-:, collaborateur Pierre Aubry, auteur de nombreux travaux sur le\nc îant Le 1 Eglise latine et des Eglises d'Orient, et partisan du rythme\ntonique, fut lue au congrès de Strasbourg par M, Gastoué. Deux ripostes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3389, "texte": "s'ensuivirent, publiées toutes deux par la revue Dans la pre-\nmière, le R. P. Fleury se déclarait « stupéfait de voir des écrivains instruits,\nérudits, maniant même fort bien la plume, sacrifier, à ce point, à l'aber-\nration commune et parer des sophismes véritables de tous les dehors de\nla science et de l'érudition. » Et il concluait : « L'effort de M. Aubry\nn'aura servi qu'à démasquer le pauvreté et le néant de sa base. » Le R. P.\nDechevrens, qui n'assistait pas au congrès, le prenait sur un autre ton.\nCette communication lui paraissait bien étrange et incompréhensible,\n« si elle vient réellement de M. P. Aubry ». Voilà des procédés auxquels\nnous ne sommes pas habitués, nous autres profanes, et si le Docteur\nCamille Mauclair, spécialiste de la debussyte, a pu déclarer mes articles\n« partiaux, obscurs, et écrits dans une langue que quinze ans d'incompé-\ntence littéraire ne lui permettaient pas d'assimiler à du français », du moins\nl'idée ne lui est-elle jamais venue de m'en contester la paternité; vraiment,\nje lai en sais gré aujourd'hui. Le Révérend Père continue avec sérénité :\n« On jugera de la bonne foi avec laquelle, soit M. Aubry, soit M. Gastoué,\nont pu faire au congres la communication susdite. » Son factum est uu\n5 octobre igos. Les réponses que MM. Aubry et Gastoué crurent devoir\nfaire à ces diffamations ne furent insérées que dans le numéro du 5 janvier\n1906. Tous les moyens dilatoires furent employés d'abord, puis toutes les\ntentatives de conciliation, lorsque les requérants eurent montié qu ils ne\ncéderaient pas. Très nettes, ces réponses établissent péremptoirement que\nle R. P. Dechevrens est parti en guerre sur de vagues racontars, et a entre-\npris de réfuter une communication dont il n avait pas eu connaissante,\navec des arguments dont les uns sont illusoires, et les autres fâcheusement\npersonnels. C'est pourquoi on ne peut qu'approuver M. Pierre Aubry\ndans les sages conseils qu'il donne, en terminant, à ses adversaires .\n« Voilà comment, à mon sens, le paragraphe 3 aurait dû suivre le sort\ndes paragraphes 1 et 2, c'est-à-dire n'être jamais écrit... Le R. P. Deche-\nvrens aurait évité défaire personnellement montre dune susceptibnue\ninvraisemblable, compliquée de quelque légèreté dans le soin de sa docu-\nmentation. Il m'aurait surtout évité de lui répondre. Et je lai fait, parce\nque j'estime que si le R. P. Dechevrens a eu le tort de prêter 1 oreille aux\npropos de quelque sot bavard, il se doit à lui-même d entendre la riposte\nnette et loyale que son erreur d'un jour aura provoquée.\n« Je sais bien, Monsieur le Directeur, qu'il est peu agreable, dans une\nrevue appartenant à des jésuites et rédigée par eux, de laisser mettre en\ncause un membre de votre Compagnie ; mais permettez-moi de vous dire\noue s'il vous plaît de vivre dans une tour d'ivoire, au pied de laquehc\nviennent s'éteindre les bruits du monde, il n'en faut point descendre pour\nchercher querelle à qui ne vous demande rien. Voila ce qu il convient ce\nfaire comprendre à vos collaborateurs. »\nSur cette même question du rythme grégorien d autres ,d'scu*s,°\"st\n_ mpme * mais de celles-là 1 intérêt est tojl\nsont eneaeees, en ce moment mcixic , mai*\nautre, car elle ne s'accompagnent pas dïnsinuattons ou d ■n,ures person-\nnelles. Aussi peut-on espérer que la science y trouvera son profit. Nous y\nreviendrons quelque jour.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.8", "titre_corps": "LA MUSIQUE A LYON.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A LYON.", "signature_source": "A. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.38", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3505, "texte": "LA MUSIQUE A LYON.\n\nTristan et Yseult. Quatuor Rinuccini. Pablo Casais. Quatuor Bataille.\nLes théâtres et les concerts procèdent par crises, au point que Sarasate\nne trouve plus d'auditeurs... Mme Marguerite Carre chante la Vie de\nBohème ; Mme Carré est charmante, comme son mari : nous n'avions pas\nbesoin d'elle. Mais je n'en veux pas dire de mal, étant bien certain qu'elle\ncréera bientôt la Lépreuse à l'Opéra-Comique. Ses collègues MM. Duc\net Noté font la joie des Marseillais de Lyon. M. Broussan cherche une\ndirection. On a aussi repris Tristan, et la saison finira dans une épidémie\nde Wagner : il faut donner bonne impression aux émigrants de la Riviera.\nJe me demande à ce propos s il y avait lieu de reprendre spécialement le\nCrépuscule et Siegfried plutôt que l'ensemble du Ring : c'est peut-être un\nmauvais point que ces retours en arrière sur de pénibles conquêtes.\nOr Tristan aura déçu beaucoup de gens. Le totémisme wagnérien, qui\ns'est étalé pendant trente ans sur les périodiques de tous ordres, nous a\npréparé ridiculement à l'audition des œuvres. La musique wagnérienne\nest bien le contraire d'un domaine scientifique : il faut l'aborder démocra-\ntiquement, en simplicité d'âme, et ne point trop l'approfondir. Les\nconceptions légendaires et dramatiques de Wagner peuvent ne pas satis-\nfaire tout le monde. Il faut prendre ses œuvres dans leur ensemble (déjà\navec un léger sentiment de la chronologie), et surtout éviter le préjugé du\nmatériel wagnérien. Qui prétendrait que YOrphée de Gluck se suffise\naujourd'hui de sa primitive couleur locale ? La tradition de Bayreuth est\nexcellente: il est permis de la modifier.\nCette reprise de Tristan aura été marquée par un effort sincère dans le\nsens de l'homogénéité de l'interprétation. Cependant, au risque de me\nfaire honnir, j'avouerai que Mme Janssen semble perdre par instants de\nses moyens d'expression : le premier acte s'en ressent. Notre aimée can-\ntatrice s'est spécialisée dans un procédé de diction « tonique » (école de\nBayreuth) qui n'est pas toujours agréable. D'autant que cet état d'esprit,\npour ainsi dire, se communique aux autres interprètes. Bien plutôt que des\nharmonies marines, on eut par moment l'impression d'un déchaînement de\nsloughis dans l'orchestre (i). Mais le troisième acte fut supérieurement\ntraduit par la passion de cette artiste sincère, par le maladif enthousiasme\nde M. Verdier, la discrétion de M. Dangés et la gravité honnête de M. Ga-\nlinier. MUe Pierrick elle-même pleurait toute la naïveté fidèle de l'obéis-\nsante Brangaene. Et les décors étaient beaux, un peu byzantins peut-\nêtre.\nCe m'est une joie de penser que bien des gens trouveront ici l'enseigne-\nment d'une musique qui n'est pas simple agrégation de formules, que\nbien des critiques aussi, apprenant à craindre leur savoir, se replieront par\npudeur de la pénible familiarité des Maîtres. Combien ont tremblé comme\ndes lévriers, dans la peur de ce qui est sublime, ou supérieur, qui ne l'ont\navoué depuis qu'en sottes paroles ?... Et plus que je ne le supposais autre-\nfois, Tristan me paraît une œuvre personnelle, mais objective (2), et vit de\nla vie de Venise plus que de la passion triste du palais Calergi : Pharmo-\n\n(1) On peut croire que si l'orchestre était comme à Bayreuth, ce pro-\ncédé d'exposition serait moins sensible.\n(2) Ceci pour tous ceux que le trouble momentané de leur esprit entraîne a\nvouloir paraphraser l'amour de leur « dieu >/. La comédie du n'est pas acces-\nsible à tous."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3397, "texte": "nie en est lagunaire. Dans l'automne éternellement sonore de Chioggia,\nne suis-je pas bien certain d'avoir entendu déjà ces vieilles mélodies, que\nchantent les barques voyantes depuis la belle Portia ? Un érudit nous dira\nce que Richard Wagner, musicien, apprit de la mer dogaresse et des gon-\ndoliers de Saint-Marc.\n*\n* *\nLes concerts de musique de chambre sont intéressants, mais assez peu\nsuivis. Le quatuor Rinuccini donnait sa première audition de l'année. Le\ntreizième quatuor de Mozart est triste et précieux : l'interprétation, excel-\nlente, m a paru un peu « instrumentale » : c'est notre défaut dans la com-\npréhension de Mozart, et la Schola n'est pas près de nous en guérir. La\npremière audition du quatuor d'Emile Bernard, savant et tourmenté, a\ndéçu notre attente. Par contre, Beethoven est toujours digne de nos hom-\nmages et du culte que lui ont voué MM. Rinuccini, Chanel, Ricou et\nGaudet. « Divin vieillard ! » comme dirait l'autre.\nLes grands concerts entreprennent des tâches de plus en plus difficiles.\nIl faut noter pour cette fois une courageuse exécution du prélude de Parsi-\nfal et, avec le concours de la Schola Cantorum lyonnaise, de la scène\nreligieuse du premier acte. Le rôle d'Amfortas était naturellement absent,\nles décors aussi. On a jugé intéressant le chœur céleste dans la coulisse ;\nl'influence de M. Jean Reynaud y fut sans doute pour quelque chose. Je\nn'en dirai pas autant des fameuses cloches. Le public a paru fatigué.\nDe la symphonie en ut majeur de Beethoven (1°), qui ouvrait le concert,\nrien de particulier à retenir, sinon que c'est bien « du Beethoven », non du\nMozart (ce qui n'impliquerait pas infériorité), et que le second mouve-\nment a paru un peu vif : andante cantabile con moto, je crois. L énerve-\nment des préparatifs ne facilite pas la tâche du chef d'orchestre, qui doit\nsurveiller jusqu'au matériel de ses concerts. M. Frohlich nous est reve-\nnu, toujours dévoué aux intérêts de la Schola (i). L air de la Fete\nd'Alexandre, d'Hœndel, et les Deux Grenadier s, de Schumann, ont diverse-\nment sollicité la joie des diverses parties d'un public distingué. L'Elévation,\nde M. Savard, sur un poème de Baudelaire, consciencieuse et développée,\nn'échappe pas à la contrainte wagnérienne. On avait redemandé le Préludé\na l'après-midi d'un faune : l'accueil est chaleureux. Enfin l'ouverture\nSEuryanthe terminait cette longue séance : on a remarqué certains motiîs\ndu début qui ont pu inspirer le deuxième acte du Tannliauser. .\nCe concert mériterait une seconde audition. M. Witkowski se plaint\njustement de ne pouvoir reprendre ses programmes sans courir des risques\nfinanciers : nous sommes en cela inférieurs à nos voisins, que notre\ncuriosité ignore le goût de l'oeuvre d'art.\nLe public lyonnais, très prudent de sa nature, professe une sainte horreur\npour l'inconnu et ses mysïères, ce qui explique son abstent.on au con-\ncert donné par M. Spalding. Il en fut de même, je men souviens, pour\nKubelik et Stefi Geyer. Serait-ce à cause de ce peu d'empressement que\nles deux artistes, MM. Spalding et Bimboni, dépêchèrent leur Pr°gra™™\navec une rapidité et une désinvolture vraiment bien américaines . En c\noccurrence, je les absous de tout cœur. Pour être juste, je dois ala ver\n\n(.) M. Frôlich avait -nsacré une séance fnVrp'réTation\nhsPJ français le conçoit de .ou»\nchose profonde. M. Jean Reynaud 1 accompagnait."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.40", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "déclarer que la soirée était peu attrayante. M. Spalding, quoique fort jeune,,\nest déjà sans conteste un virtuose de race : il possède une belle sonorité,\nclaire, agréable, et il se joue de la difficulté avec une remarquable aisance.\nNul doute qu'il n'acquière les précieuses qualités qui font les grands\nartistes : l'enthousiasme, le style, l'absolu respect de l'œuvre interprétée.\nPour le moment, son jeu n'éveille pas l'émotion chez l'auditeur. Ses défauts\nm'ont paru assez nets surtout dans l'adagio de la Sonate en ré mineur de\nSaint-Saëns ; par contre, quelle aisance et quelle légèreté dans les notes\npiquées de l'allegretto, et dans les doubles croches enragées du finale ! Il\ntrilla à merveille le fameux trille du diable, et, enfin, après l'inévitable Aria\nde Bach, admirable, oui, mais dont l'abus devient fastidieux, et VAbeille de\nSchubert, qui eut les honneurs du bis, il maltraita fort la 5e Danse hon-\ngroise de Brahms, dont il précipita le rythme, sans doute pour prendre\ncongé au plus tôt de son auditoire.\nQuant à M. Bimboni, rarement j'entendis un accompagnateur aussi\nprécis; mais quelle idée singulière de nous jouer ses œuvres ! Deux pièces\nde Schumann étaient inscrites au programme. Est-ce bien du Schumann\nqui fut joué ?\nAu concert de charité où nous applaudîmes le maître Planté, Pablo\nCasais et le quatuor Battaille, Taffluence était considérable. Ce fut une belle\nsoirée d'art. Que dire du célèbre pianiste qui ne soit une redite ? Je ne\npourrais que célébrer une fois de plus ses admirables qualités ; sa virtuo-\nsité qui se rit des traits, sa netteté dans le jeu, sa délicatesse dans le tou-\ncher. Je ne saurais trop louer cette interprétation vraiment personnelle. Je\nne veux retenir, parmi les pièces nombreuses portées au programme, que\nYAndante spianato et Polonaise de Chopin. qui provoqua un enthousiasme\nindescriptible.\nPablo Casais était un inconnu pour les Lyonnais. C'est un violoncelliste\nincomparable. La Sonate de Saint-Saëns et celle en ré de Mendelssohn\nmirent en valeur les éminentes qualités de ce grand artiste. Jamais il ne\nm'avait été donné d'éprouver impression aussi profonde. Ce qui, à mon\navis, caractérise son jeu, c'est une sonorité pure, une expression d'un\ncharme prenant et délicat, un fini et un lié étonnants. En outre, il se\nmontra merveilleux interprète de Bach, dans une Sarabande jouée avec\ntoute la simplicité et la sobriété qui conviennent à cet auteur. Aussi un\nsuccès triomphal fut fait à cet excellent artiste. J'ai goûté à l'entendre des\njouissances supérieures.\nLe quatuor Battaille se faisait entendre lui aussi pour la première fois.\nIl a reçu un accueil enthousiaste et mérité. Une parfaite homogénéité des\nvoix, un absolu souci des nuances et des demi-teintes, le placent au pre-\nmier rang. Des diverses pièces inscrites au programme, j'ai surtout aimé le\nsavoureux Madrigal de Pauré, et les Chants de VUkraine, si curieux, si\ncolorés.\nSoirée inoubliable. Je me permettrai en terminant une simple petite\nremarque, non pour les artistes, mais à l'endroit du public, qui inter~\nrompait chaque instant par des applaudissements prématurés les mor-\nceaux qu'il croyait toujours terminés; non point que cela m'étonne, mais\nc'est une amère constatation de plus que je fais.\n\nA. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.9", "titre_corps": "COURRIER DE NANCY.", "titre_sommaire": "COURRIER DE NANCY.", "signature_source": "René d'Avril", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "COURRIER DE NANCY.\n\nConservatoire : 5 concerts de l'abonnement.\nlERIER CONCERT. M. Gabriel Fauré n'est-il pas plus proche des tragiques\ngrecs par sa clarté mélodieuse et mélodique que des brumes de M. Maurice\nMaeterlinck ? La pureté de la ligne, dans sa musique de scène pour Pel-\nlé ci s et Mélisande, est telle, que nous l'attribuerions volontiers à quoi\nsouscrirait, je pense, notre compatriote Maurice Barrés en son savoureux\nVoyage de Sparte— àla touchante Iphigénie ou àla noble et sévère An-\ntigone.\nEt c'est alors le faune celui de Mallarmé, poète du Nord qui, dans\nla réaudition du Prélude à VAprès-midi..., sembleprofiter de tout ce que le\nclair-obscur musical de Debussy apporte de richesses nouvelles à la com-\nposition, et plus particulièrement à l'instrumentation : coloris plein de\ntrouvailles délicieusement neuves et chaudes.\nL'idéal traditionnel noblement représente avec le Concerto en ré mineur\nde Haendel, pour deux violons et violoncelle (MM. Heck, René et Fer-\nnand Pollain) et par la Symphonie en la (n° 7) de Beethoven.\nLe Carnaval romain nous prépare aux joies berlioziennes qui furent\nvives avec la reprise de :\n2E CONCERT. La Damnation de Faust. Concert plastique, si j'ose\nainsi écrire, ou plutôt victoire de la couleur au détriment, parfois, de la\nnuance. C'est ainsi que les chœurs, excellents dans les parties extérieures\nde l'œuvre et dans le truculent Pandœmonium, ne furent peut-être —\nsylphes ou follets d'un enveloppement assez Mais cela im-\nporte peu ; ce qui importe, c'est que l'on ait pu monter, dès le début de la\nsaison, « l'opéra de concert » de Berlioz, alors que les grandes auditions\navec masses chorales étaient reservees, d'autres années, aux derniers con-\ncerts de l'abonnement. Il est vrai que des collaborateurs tels que MM. Da-\nraux, Plamondon, Mme Faliero-Dalcroze et, pour Nancy, M. Bolinne,\nrendent la tâche un peu moins ardue au chef d orchestre.\n3fc CONCERT. M. Geloso, annonce, ne put venir par suite dun accident\narrivé dans sa famille : ce qui nous valut, une fois de plus, 1 interlude\norchestral de Rédemption, tantapprécié en cette vide, de religion franckiste,\net VAdagio de Ropartz, coulé sur l'alto par René Pollain.\nEt l'on ouït encore la Danse macabre de Saint-Saëns. Comme les musi-\nciens de M. Guy Ropartz ont beaucoup gagné en souplesse, ils en ren-\ndirent, avec plus de finesse encore qu'en de précédents concerts, les détails\nd'orchestration. Symphonie en ré mineur de Schumann, si jo îment\nrythmée, et d'une unité d'inspiration qui concourt à la rendre plus claire\nencore, pour nous Français.\n4e concERT. - Wallenstein de d'lndy. - 3* Symphonie d'Albéric Ma-\ngnard (reprises). Jamais l'orchestre ne fut plus en verve, plus colore,\nplus chaleureux dans l'entrelacement des thèmes de passion, plus mou-\nvementé que dans le cliquetis et les rumeurs du camp plus ample, plus\nmystérieusement religieux que dans 1 exposition fina eut eme eroiq\nLa Symphonie de Magnard est, à la fois, savante et simple dans ses\nexposés thématiques, souple et complexe dans les developpem.nts tres\nmodernes, encadrée dans les délimitations classiques. Le hautbois de\nM.Foucault soupira délicieusement dans la pastorale comme le co d\nM. Pollain à la fin de la deuxième partie de la trilogie de d Indy, alors q e\nrésonne, pour la dernière fois, le thème pathétique e îec a."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.42", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3766, "texte": "Je signale, pour mémoire seulement, 1 e Concerto en ut mineur de Beetho-\nven (Mlle Geneviève Dehelly, pianiste), que Pugno, lan dernier,nous révéla\nd'inoubliable façon (toute exécution du maître n est-elle pas une révéla-\ntion?). Dehelly ale toucher fin, sûr et délicat ; son louré est ravissant\nde grâce féminine ; elle doit jouer merveilleusement le Rameau, le Dacquin,\nle Couperin, voire même le Mozart... Elle n a ni 1 cime ni le poignet bee-\nthovéniens. Et l'Erard sur lequel elle se fît entendre n'était, lui-même,\nrien moins que beethovénien.\n5e CONCERT. Lorsque joue Ysaye, l'on se tait et lon écoute : c est, je\ncrois, la marque la plus haute d'estime que Ton puisse accorder à un\nartiste. Ysaye asa façon particulière de comprendre les musiciens :il a\nvéritablement ri, et, je dirais presque, dansé avec Mozart [Concerto en sol\nmajeur) ; il a communiqué au Poème de Chausson une âme vibrante, an-\ngoissée, douloureuse, très moderne, et, enfin, après les Murmures de la\nforêt (très au point, en ce concert), dans la forêt de murmures intjtulée\nSymphonie par M. Vreuls (ire audition), il donna perpétuellement l'impres-\nsion d'un soliste improvisant : et quel soliste ! et quelles improvisations !\ntandis que l'orchestre le soutenait, en le laissant, par instants, entrer plus\nintimement dans sa masse.\nSplendide concert, d'ailleurs,que celui-ci, donné au bénéfice delà Caisse\nde secours de l'orchestre (une noble et humanitaire création de M. Guy-\nRopartz) : Prélude du dernier acte de Tristan, avec le cor anglais lointain\nde M.Foucault et pages symphoniques de la ravissante Psyché de Franck...\nA l'instant où je rédige ce courrier, le monde artiste du pays lorrain\nfélicite M.Guy Ropartz, promu chevalier delà Légion d'honneur. La critique\navait, depuis longtemps et en tous lieux, célébré les efforts singulièrement\nheureux de ce vaillant tant comme compositeur que comme directeur\ndu Conservatoire et organisateur des Concerts symphoniques par abonne-\nment... Les pouvoirs publics sont plus lents à s'émouvoir que les froids\nNancéiens eux-mêmes. Ils ont compris enfin, cependant, ce qu'ils devaient\nà rart en la personne de M. Guy Ropartz ; grâces leur en soient rendues !\nMusique de chambre. A l'ancienne et renommée Société de mu-\nsique de chambre connue à Nancy sous le nom de Quatuor Hekking,\nM. Gérard Hekking, soliste du Concertgcbouv et professeur au Conser-\nvatoire d'Amsterdam, osa se mesurer, sans faiblir, au grand Bach, dans la\ndifficile Suite en sol majeur pour violoncelle seul, dont la pensée très haute\nne se révèle qu'à un petit nombre d'exécutants, ire audition d'une Sonate\npour piano et violoncelle de M. Jean Huré, qui tenait lui-même le Pleyel.\nCette oeuvre, par instants très séduisante, dont les mouvements principaux\nsont soudés entre eux par d'insensibles raccords, montre que M. Huré est\ncapable de musique sérieuse et logiquement déduite. Nous goûtions une\nfois de plus, en ce concert, le charme exquis de la diction de Mme Gérard\nHekking-Cahun.\nMM. Baillou, Fernand Pollain, Mlle Marguerite Moulins ont donné\ndune première œuvre du maître Franck (Trio en la dièse mineur), si cha*\nleureuse, si vibrante et vivante— àla Beethoven et, par instants, si peu fran-\nckiste, une interprétation de tout premier ordre. La sonorité, ronde, écla-\ntante sans aigreur, cristalline sans sécheresse, du Sfeinway, convient\nd ailleurs admirablement aux élans lyriques de la musique moderne.\nAu Conservatoire, salle des répétitions, très intéressantes séances\nA Histoire de la Sonate, pour violon et piano, données par M. Heck et\nMme Riehert-Collin, professeurs. ire audition de la Sonate de d'lndy, œuvre\ncolossale, pleine de périls et de beautés. Chaque audition précédée d'une\ncauserie de :\n\nRené d'Avril."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.10", "titre_corps": "COURRIER DE NICE.", "titre_sommaire": "COURRIER DE NICE.", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3527, "texte": "COURRIER DE NICE.\n\nSociété Bach. M. Sarasate. La saison italienne,\nM. Sarasate et Mme 8.-M. Goldschmidt ont donné deux concerts au\nthéâtre du Casino. Rien de bien neuf dans leurs programmes : beaucoup de\nSarasate et de concertos trop connus. Il n'y a guère à retenir qu'une exé-\ncution intéressante, quoique trop personnelle, de la Sonate à Kreutzer.\nIl y avait moins de monde au concert donné le 16 février par M. Bret et\nla Société J.-S. Bach à la salle Rumpelmayer. Et ce dernier cependant\navait une bien plus haute valeur artistique. Il est certainement un peu pré-\nmaturé d'essayer de faire connaître Bach et Haendel aux Niçois, qui ont\ndéjà bien de la peine à se faire à Mozart, Beethoven et Schumann,\nou plutôt qui les ignorent autant les uns que les autres ; mais cependant\nce public nombreux qui était venu applaudir le grand violoniste espagnol\ndont le talent est consacré depuis longtemps, aurait fait preuve de plus\nde goût véritable en venant ensuite écouter la valeureuse phalange que\ndirige M. Bret. Les œuvres jouées étaient d'ailleurs on ne peut mieux\nchoisies. De Bach : un Concerto pour flûte, violon et piano, plein de vie ;\nune Suite en si mineur pour petit orchestre, composée d une ouverture et\nde six danses, le tout un peu monotone à cause de la persistance du mineur\net de l'âpreté du ton de si ; la Cantate nuptiale « O jour heureux », lumi-\nneuse, joyeuse, entraînante, un bijou que je conseille aux Scholce de ne\npas faire entendre trop souvent, de peur de la voir devenir bientôt popu-\nlaire : gardons pour nous ces trésors si longtemps cachés. « L'œuvre d'art\nqui ne se contente pas de susciter l'enthousiasme de quelques-uns devient\npar cela même pour les initiés polluée, banale. » Huysmans.)\nM. Motte-Lacroix a montré une virtuosité et un goût remarquables dans\nla célèbre Etude en ut mineur de Chopin, si tourmentée à la main gauche,\ndans un Scherzo de Borodine et Jeux d'enfants de Moussorgski, tous deux\npleins d'originalité avec des recherches de sonorités et d'effets qui donnent\nla sensation d'écouter un autre instrument que le piano.\nM'ie Mary Pironnay dans son costume clair, avec un ruban dans les\ncheveux, elle semblait descendue d'un tableau de Greuze a chante cinq\nVieilles chansons françaises recueillies par M. Vincent d'lndy. Recueillies ....\net commentées aussi, car, malgré sa discrétion, l'accompagnement ajoute\nest passablement expressif et même parfois insidieux. Dans 1 une, 1 interro-\ngation « M'aimeras-tu toujours? » est soulignée chaque fois d une qu te\naugmentée singulièrement dubitative. Dans une autre, lorsque a 1 amant qui\nSrpeTe ijs sa tombe répond la fiancée morte : . J'«-de U ««ptem\nla bouche » dit celle-ci, et ce subit et poignant réalisme fait frissonner\nencore davantage par les quelques accords dissonants qui le soulignent.\nLa partie de viokm solo était tenue par M. Daniel Hermann, et celle de\nflûte par M Paul Krauss. Un pareil ensemble et de pareilles séances font\nhormeur à M. Bret. Un tel régal nous est malheureusement trop peu sou-\nvent servi à Nice.\n***\nPendant ce temps, au dehors sévit la Matchiche, et aux théâtres muni-\ncipaux la saison d'opéra italien. Nous avons déjà subi Lucta de Lfl\"îe™™or'\najec le texte original la Tosca,la Bohetc., tantôt en italien, tantôt en\nfrançais et ce qui es't mieux, souvent dans les deux langues ala fo.s Le\nîrançais, ex, ce qu annrécié à sa valeur il ne hurle pas —)\nténor Constantino (pas II chante alors tous ses rôles en\nn'est pas encore accoutume a notre idiome, u cnainc a"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.44", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "italien, pendant que les autres artistes s'expriment en français. Ne criez pas\nà la chienlit : Nice est le pays du carnaval.\nGrâce à la venue de M. Delmas pour créer William Rattcliff (déjà dis-\nparu de l'affiche ; Siberia, mal joué, en est à la quinzième !), nous avons eu\nd'assez bonnes représentations de la Walkyrie. Mmo Pacary s'est révélée\nune excellente Brunehilde. M. Imbart de la Tour, Siegmund, a eu de très\nbeaux moments, et Mlle Mazarin a été une Sieglinde assez émue. Malheu-\nreusement les huit Walkyries chantaient si faux au dernier acte que\nM. Delmas, en les entendant, finissait presque par faire comme elles.-\nQuant à l'orchestre, surmené, obligé d'aborder tous les jours une œuvre\nnouvelle, n'ayant qu'un nombre insuffisant de répétitions, il a fait ce qu'il\na pu. La plupart des mouvements pris par le chef d'orchestre étaient trop\nrapides. Les violons s'entendaient à peine, et leurs traits difficiles n'étaient\nque des à peu près d'à peu près. On aurait vainemeut cherché devant le\nproscenium les six harpes et les couples de tuben prévus par Wagner.\nCeux-ci, au 2e acte, au moment où Brunehilde apparaît à Siegmumd,\njouaient, les uns à deux temps, et les autres à quatre ! L'effet était... pitto-\nresque. Gela suffit pour gâter une soirée, comme un caillou rencontré dans\nun plat vous empêche d'achever votre assiette. Tout cela joint à des décors\nbanaux, à des clairs de lune aveuglants, des toiles se rejoignant mal, lais-\nsant ainsi un espace vide entre deux parties d'un mont, enfin à un je ne\nsais quoi de provincial, des escaliers mal dissimulés dans les rochers, des\nfeux de bengale enfantins, font moins regretter que l'on n'ait pas monté\nle Crépuscule des Dieux.\nUn mot encore : la Walkyi~ie a été jouée quatre fois devant une salle\ncomble. 11 y a donc un public pour ce genre de musique. Le tout est de\nsavoir et de vouloit- l'attirer.\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.11", "titre_corps": "COURRIER DE LONDRES.", "titre_sommaire": "COURRIER DE LONDRES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.44", "debut_caractere": 1922, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "COURRIER DE LONDRES.\nDeux « biggest show on earth».\nL hiver, à Londres, fleurissent les pantomimes. Qu'on ne s'y trompe\npas . une pantomime anglaise n'est point muette ; elle résonne d'éclats de\nrire, de plaisanteries, d allusions très actuelles, de chansons up to date\nreprises en chœur et suivies de danses; ces sortes de pièces à grand spec-\ntacle ne s apparentent nullement à de brefs actes parisiens, tels que celui,\ngrec, où, sur de la musique de Jean Nouguès, Colette Willy mime et\ndanse, Faune chèvre-et-garçon.\nA Drury Lane triomphe la pantomime dans toute sa splendeur et sa\npuérilité. Cinderella s y métamorphose suivant des rites immuables, en\ndes décors parfaitement féeriques, j'entends « de contes de fées » qui sem-\nblent sortir des Fairy taies illustrés par Walter Grane. Il faut aimer\ncette naïveté délicate que complètent, sans la détériorer, toutes les res-\nsources de la machinerie et de l'électricité modernes. Ah ! la mise en scène\net les costumes de Cinderella, tout ce qu'ils évoquent de souvenirs d'en-\nance attendris ! O enluminures criardes et magnifiques ! Citrouille qui\nse trans ormeen carrosse et lézards en laquais, j'admire de vous voir ainsi\nreaises devant mes yeux de vingt-huit ans. Je suis transporté d'une joie\nan me et immense, certainement je rêverai cette nuit du beau bal"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3548, "texte": "princier et de la pantoufle de cristal. Je rajeunis à chaque tableau et,\nau prochain entr'acte, je vais dépenser au moins Jour pence à m'acheter\ndes bonbons acidulés. Voici les finales apothéoses ; je reste pétrifié dans\nmon fauteuil, les yeux écarquillés, et le tonnerre (i) de Dieu tombant à\nmon coté ne me ferait pas tourner la tête. Les mots me manquent, positi-\nvement : « Oh ! mon vieux, c'que c'est chic ! >* me paraît la seule formule\nappréciative, définitivement. Je m'y tiens.\n... Fragson ténorise dans Cinderella avec son talent connu et des allures\nfranco-anglaises Whispers of Love, Mal de mer et autres couplets adroits\nperpétrés, ainsi qu'une scene d'entente cordiale, très amusante, par\nPercival, le meilleur des... Referees ; Harry Randall, Walter Passmore et\nArthur Williams se montrent d'une bouffonnerie aiguë, charmante, de\nmeme qu'un chat qui s'avère bien remarquable comédien ! Beaucoup de\ndanseuses et de chorus girls entourent agréablement Miss Queenie Leigh-\nton et Miss Mary de Sousa, qui chantent simplement de la musique simple,\nMiss Polly Emery, qui veut bien s'enlaidir, Miss Mabel Robbins, exquise\nchasseresse.\n*\n* ¥\nJ'estime qu'on peut, sans exagération, considérer le Nero du His Ma-\njesty's Theatre comme une pantomime d'hiver. Voici l'empereur, ce co-\nmédien affolé d'effets, Agrippine et Poppée, ces reines de féerie, les\nchorus girls de la villa impériale, les cortèges héroïques et bruyants, et\nBritannicus, ce parfait « principal boy » dont Mr. Esmé Percy a su rendre\nla grâce éphébique, jambes nues sous la toge prétexte.\nSans crainte aussi, peut-on affirmer que la pièce a pour auteur Mr. Beer-\nbohm Tree plus que Mr. Stephen Phillips, encore qu'on y déclame des\nvers de ce poète, que Paolo jugerait indignes de Francesca ; et Ton est trop\noccupé à découvrir la mise en scène pour prêter l'oreille à des mots.\nDonc, le prodigieux succès est dû : aux tableaux reconstitués avec tant\nd'art et de science par l'actor-manager, que ce soit la splendide orgie de\nBaiae avec ses esclaves asiatiques et égyptiens portant des paons dressés,\nd'authentiques vases d'or, des lamproies vivantes dans des globes de\ncristal azuré, ou les chevaux blancs de rentrée à Rome, ou l'impres-\nsionnant incendie de la Ville Eternelle que Néron excite de ses chants;\nau talent et à la conviction de ces excellents artistes qui ont noms\nMrs. Tree, Miss Constance Collier, Miss Dorothea Baird, Mr. Basil Gill,\nMr. Fisher White, Mr. Robert Farquharson, Mr. Esmé Percy et Mr. Tree\nlui-même, Néron majestueux, fantasque et cabotin; à la musique de\nscène de Mr. Coleridge Tailor, adroite, curieuse et bien sonnante (un\nentr'acte gracieux et expressif intitulé Poppcea, une Marche triomphale,\nla Danse des esclaves languide et la triste Chanson de Britannicus,\nparticulièrement réussis); aux décors, effets de lumière et costumes arran-\ngés par Mr. Percy Macquoid; aux vers, enfin, qu'on n'entend guère, et à\nl'action qui n'existe pas de Mr. Stephen Phillips, auteur dramatique.\nX.-MARCEL BOULESTIN»\np. S. — Encore que le Saint James's hall soit en démolition, le nom-\nbre des concerts ne diminue point : d'innombrables solistes attirent\ndans des salles diverses d'innombrables personnes. Parmi les plus fêtés,\nM. Léon Delafosse, tout récemment, au Queen's hall obtint un succès\nflatteur aussi bien comme compositeur que comme virtuose, accom-\npagné par the London Symphony Orchestra, sous la direction de^\nMr. Landon Ronald.\n(1) Je sais bien, maintenant, que ce n'est pas le tonnerre qui tombe, mais la foudre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.12", "titre_corps": "COURRIER DE MANCHESTER", "titre_sommaire": "COURRIER DE MANCHESTER", "signature_source": "Elizabeth d'Irvel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.46", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "COURRIER DE MANCHESTER\nElizabeth d'Irvel.\nOn a donné hier soir au Hallé Concert un des meilleurs programmes\nde la saison. Dante de Liszt occupait toute la seconde partie, et l'exécution\na été aussi satisfaisante que possible. Comment se fait-il qu'on n'entende\npas plus souvent les œuvres symphoniques de Liszt ? Quelle profondeur\net quelle science ! Nous avons surtout goûté les admirables passages où\nles thèmes, tout d'abord introduits par les instruments à vent, sont repris\npar les violons et les harpes et traités avec une originalité sans artifice et\nsans prétention. L'élément vocal apporte un délassement inattendu après les\ntourments de l'enfer et l'angoisse du purgatoire.\nLe concert avait commencé par une Ouverture de Chérubini jouée avec\nfinesse et une grande précision de détails. — L'Enchantement du Vendredi\nSaint, dans Parsifal, fut un véritable enchantement, mais nous fit languir\naprès des cuivres qui eussent rendu plus largement encore ce que Wagner\nincarné dans Richter a voulu leur faire dire.\nLe soliste était M. Wilhelm Backhaus, l'enfant chéri de Manchester. Il\na commencé par un Concerto de Bach pour piano. Sa technique n'est pas\nagaçante, — le jeu est de velours — cette technique est même si parfaite,\nqu'elle donne parfois l'illusion que celui qui la possède comprend ce qu'il\ninterprète ; — pourtant sa compréhension de Bach laisse encore à désirer.\nIl joue trop Bach comme Mozart. C'est joli à entendre, mais non puissant.\nUn Impromptu de Schubert habilement disséqué avec les doigts et le\ncerveau, mais peu senti, puis un Scherzo de Chopin où les coudes, les\ncheveux (et ils ne manquent pas sur la tête de M. Backhaus, c'est une\nauréole d or !) aidèrent à un succès délirant auquel nous ne contribuâmes\npoint.\nNous étions cette semaine dans une délicieuse petite ville du pays de\nGalles, Bangor. Ce n'estpasun centre musical de professionnels musiciens,\ncomme 1 on dit ici, mais plusieurs membres de l'Université y sont passion-\nnés de musique et le prouvent d'une façon fort intelligente. Ils avaient\norganisé une soirée consacrée aux œuvres d'Elgar. Ce compositeur ne nous\nest en général pas sympathique, mais il serait injuste de ne pas faire men-\nton de ses œuvres vocales. Elles nous ont procuré de charmants instants.\nThe Snow par exemple, autrement dit la Neige, trio pour deux soprani\navec acp^mPagnenient de deux violons et piano, est du plus\njo 1 e et et a été délicieusement interprété. Trois autres chants en parties\nsont également très intéressants et mériteraient fort d'être entendus à Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.13", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.46", "debut_caractere": 2578, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "ÉCHOS\npera-Comique. M.Jean Périer, le noble et pur artiste à qui\nnous evons un Pelléas inoubliable, vient de nous être ravi, pour deux\nmois, par Monte-Carlo. Nous appelons, de tous nos vœux, son retour.\nAu Trocadéro. L'acoustique si défectueuse de cette salle va-t-elle enfin\nJ,a,m? 1(^ree • On parle d une Commission, qui à l'unanimité aurait\nzîtr f donner sulte à certaines expériences et de procéder à des essais,\nVon» nnCOnK°T$utreS VOUé de M* Bourdais, architecte du monument,\nvoila un echo de bon augure, dont nous souhaitons la confirmation."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3683, "texte": "A Monte-Carlo Nous nous faisons un plaisir de citer les lignes si\nfermes et si dignes de notre éminent confrère George Vanor (dans la\nPresse du 27 février) sur les mœurs spéciales de ce lieu célèbre que le\ndirecteur d'une revue soi-disant musicale qualifiait récemment de « para-\ndis terrestre » :\nNous ajournons notre compte rendu des œuvres représentées à l'Opéra de\nMonte-Carlo par la raison que nous n'y avons pas encore assisté.\nLa dignité du critique musical nous semble incompatible avec V acceptation\ndes avantages offerts par la direction en échange d'un compte rendu.\nCertaines années, nous avons vu MM. les représentants de la presse musicale\nparisienne logés, nourris, blanchis, recevant d'une main de Y argent pour jouer\net de Vautre un article tout fait qu ils expédiaient sans le lire à leur journal.\nCertes, le fait de quitter un Paris boueux et noir d'Apaches pour des terres de\nlumière et d'azur n'offre rien de désobligeant en soi ; mais il faut accepter de\ndîner tous les soirs avec quelques confrères prostitués et toaster à un rasta en\nlevant son verre de coco de Sedlitz, et puis signer une gerbe d'éloges que l'on\nn'aura pas tressée soi-même, risquer à la roulette de l'argent qui ne vous coûte\nrien, mais perdre les quelques louis plus honnêtes que l'on avait apportés ; il n'y\na pas de quoi déshonorer sa signature.\nEt quel orgueil peut éprouver un compositeur à relire dans les journaux des\ndithyrambes qui ont été rédigés par le caissier de la roulette ? Quelle vanité y\ngoûteront des artistes au courant de tous ces truquages ? Et le public, croyez-\nvous qu'il ne voie pas l accompagnement d'or monétaire à lamélodiede la louange\nlyrique ? Croyez-vous quil n'évalue pas le tarif des éloges et le prix à forfait de\ntous ces boniments ?\nQuune maison de jeu commandite des journaux ou achète leur silence, c'est\naffaire au brelandier, cela ne concerne pas le critique musical. Mais ce qui inté-\nresse toutes les personnes s\"occupant de musique, c'est que la Coupe du roi de\nThulé ne cède pas à la croupe du roi de Monaco, et c'est que le rateau obscène ne\ntouche pas les cordes divines de la Lyre.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est une publication d'un puissant\nintérêt pour tous ceux qui s'intéressent au théâtre et à la musique, car il\ndonne le répertoire de chaque théâtre, toutes les premières représenta-\ntions avec la distribution des rôles, les noms de tous ceux qui composent\nl'administration théâtrale, les noms de tous les artistes lyriques et drama-\ntiques.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est, en outre, d'une utilité de pre-\nmier ordre pour tous les commerçants dont l'industrie se rattache au théâ-\ntre et à la musique, car il donne la liste des abonnés de l'Opéra, de la\nComédie-Française et de l'Opéra-Comique ; la liste et les adresses des\ncompositeurs, chefs d'orchestre, organistes, maîtres de chapelle, profes-\nseurs de chant, d'instruments, par genre de professorat, auteurs, artistes\nlyriques et dramatiques, des chefs de musiques militaires et civiles, des\namateurs artistes, des sociétés chorales, harmonies, fanfares, etc., etc., et\ncela, non seulement de Paris, mais de la province et de l'étranger.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est, de plus, illustré et renferme\nplus de cinq cents portraits de notabilités artistiques, avec leurs biogra-\nphies écrites dans une note très parisienne.\nL'Annuaire des Artistes (20© année) contient enfin des renseignements\ngénéraux sur le ministère des Beaux-Arts, sur 1 Institut, sut le Conserva-\ntoire de musique et ses succursales en province, sur les écoles de musique,\netc., etc.\nIl n'a pas fallu moins de vingt ans à M. E. Risacher, directeur-fonda-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.48", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "teur, pour établir ce travail formidable, et la collection de ces dix-neuf\nannées constitue positivement le livre du théâtre et de la musique.\nVAnnuaire des Artistes (20e année) est un superbe volume de i.500 pages\nrichement relié, format grand in-B°, dont la place est marquée dans la\nbibliothèque de ceux qui s'intéressent à la musique et au théâtre.\nEnvoi franco contre mandat-poste de 7 francs, adressé à M. Emile Risa-\ncher, r67, rue Montmartre, Paris.\nEcole des Hautes Études Sociales. M. Louis Laloy, directeur\ncure musical, fera, le 19 et le 26 mars, à 4 heures, sur\nYExotisme dans la musique moderne. Le 29 mars, à 9 h., concert de mu-\nsique moderne.\nConcerts Barrau. —M. Wilhelm Backhaus, lauréat du concours Rubins-\ntein de IQOS, donnera deux concerts, hors série, le 19 mars à 9 h. et le\n21 mars à 4 h.\nAutriche-Hongrie. On nous annonce d'Autriche-Hongrie l'arrivée pro-\nchaine à Paris, où il ne donnera que quelques concerts, du maître violo-\nniste Kneisel, que toute la grande presse de Pologne, où il est actuellement\nacclamé et fêté, donne comme seul rival possible à Kubelik. Ces grands\néloges, qui, nous assure-t-on, ne sont pas immérités, seront un attrait de\nplus pour son récital auquel les dilettanti ne manqueront pas, nous en\nsommes sûr, de se presser en grand nombre.\nLa Société J-S. Bach, sous la direction de M. Gustave Bret, a donné,\npendant le mois de février, une série de concerts dans leMidi de la France,\nnotamment à Cannes, Nice, Grasse, Valence, etc. Partout où elle s'est fait\nentendre, le public et la presse ont été unanimes à reconnaître la perfec-\ntion de l'orchestre et l'excellence des solistes : M\"e Mary Pironnay, dont\nla voix si fraîche et si pure fit merveille dans des airs de Bach et dans de\nvieilles chansons françaises, le pianiste Mothe-Lacroix, le violoniste Daniel\nHerrmann, le flûtiste Krauss.\nLe concert du vendredi 21 marsaur a lieu avec le concours de Mme Wanda-\nLandowska, qui, pour permettre la comparaison entre les instruments\nanciens et modernes, se fera entendre tour à tour sur le clavecin, le piano-\nforte et le piano. MUe Carlotta de Féo, cantatrice, et M. Joseph Bonnet,\norganiste, prendront part à la même séance.\nLe samedi 3i mars, la Société J.-S. Bach, sous la direction de M. Gus-\ntave Bret, donnera à Versailles un grand concert avec orchestre.\nM. J.-J. Nin donnera, le 21 mars, à 9 heures, salle iEolian, un concert\nd'œuvres de J.-S. Bach.\nAu programme :\nCapticcio sopra la del suo fratello dilettissimo ; fragments\ndes Suites ; Sarabande avec i 5 variations ; en majeur;\nSinfoniaen fa mineur ; Prélude en bémol mineur ;\nFugue n° 1 de 1 Art de la Fugue ; Fantaisie chromatique et fugue, etc.\nCours Chevillard-Lamoureux. Une fâcheuse série de grippes nous a\nprives de plusieurs intéressants numéros du programme du 24 février\nconsacré aux compositeurs français et belges.\nilotons les succès de Mi'es Bouquet dans Hérodiade, Eriol dans la Pro-\ncession, de Franck, Charpentier dans les strophes de Roméo et Juliette, de\nBerlioz."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "Puis les auteurs accompagnant leurs œuvres furent acclamés, tels le\nmaître Die mer, et Léon Moreau, ainsi que leurs excellentes interprètes\nMes Emma Grégoire et b lise Mayrargue. La charmante Mm* Fernand\nepas dut bisser 1 air de Manon, quelle détailla de si exquise façon.\nDeux ravissants chœurs d'Arthur Coquard furent exécutés à la perfection\nsous la direction scbre et précise de M. Fr. Barrau ; le beau timbre de\nvoix de Mlle Savard fut très goûté dans le solo.\nLe triomphe de cette matinée fut sans contredit pour Mlle Gabrieile\nNotich, qui chanta d'une façon remarquable l'air de la Coupe du roi de\nThulé de la Damnation ; voix fort belle, des mieux posées, musicalité\nintelligente et interprétation artistique et sobre. L'ovation faite à cette\njeune artiste fut des plus méritées.\nDes nombreux morceaux chantés par l'éminent professeur Mme Chevil-\nlard, nous avons surtout goûtéune délicieuse mélodie de Marty, au Matin,\net laspirituelle interprétation de lahabanera de Féliciter MmeChe-\nvillard de son beau talent ne serait pour nous qu'une redite ; cette fois,\ncomme toujours, elle nous tint sous le charme de son autorité musicale.\nElle fut accompagnée à la perfection par MUe Bussière.\nDes scènes d'opéra qui clôturaient ce programme, une seule put être\nexécutée : le duo de Sigurd,par M'i® Labarthe (déjà applaudie dans un\nair des Béatitudes) et M. Dulac, ténor à la fort belle voix. M\"e Labarthe\nnous semble particulièrement douée pour le théâtre, son talent vocal et\nses attitudes très réussies furent fort appréciés, son excellent partenaire\npartagea son succès ; et la parfaite aisance de ces deux jeunes artistes,\nqui semblent des habitués des « planches », fait le plus grand honneur à\nl'intelligent enseignement de leur maître Mme Jane Arger.\nBravos aussi pour les dévouées accompagnatrices Mmes Raff et Bussière,\nqui se prodiguent en ces séances avec autant de modestie que de talent.\nLe sottisier musical. « Salle comble et très brillante assistance hier\nsoir à l'Opéra-Gomique. On y remarquait M. Siegfried Wagner, le fils du\nMaître de la tétralogie, qui donnait le signal des applaudissements. »\nFigaro du 22 février 1906.\n« Pour se hâter et courir plus que ses jambes vers des horizons multiples\net changeants, il n'est que son inlassable pensée. » L. AUGÉ DE LASSUS,\nRevue musicale du i 5 février 1906, page 90.\n« Mais, pour être couvés plus longtemps, les oiseaux de haut vol et de\nbeau ramage n'en prennent, le jour venu, que mieux leur envolée et leur\nessor. Il fut des âmes, il en est une surtout et qui demeure voisine et chère\nà celui-là dont le nom achève ces lignes, pour toujours croire au retour et\nà la rencontre de Saint-Saëns. » L. AUGÉ DE LASSUS,\ni 5 février 1900, p. 92.\n« Mme Wanda Landowska est une survivance du xvue et du xvine siè-\ncles. » A. M., Monde musical, ier mars 1906, p. 51.\n« Quand nous aurons relaté ses récentes tournées en Angleterre, en\nEspagne, en Italie et en Belgique, toutes couronnées du plus vif succès,\nnous aurons montré l'aurore d'une carrière qui marque une renaissance\ndans l'art d'interpréter. » A. M., M iermars 1906, p. si.\n« Jamais il ne nous fut donné d'entendre un violoniste plus délicieux,\nplus parfait que M. Pablo Casais, qui se produisit au dernier des\nConcerts. Son succès fut énorme. » —Monde musical, iermars 1906, p. 64."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.14", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.50", "debut_caractere": 130, "fin_caractere_exclue": 626, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES.\nLes RR. PP. Bénédictins de Solesmes : Paléographie musicale, 68e et 69c\nlivraison. Paris, A. Picard.\nR. P. Dom Burge : Examen des théories\nParis, Victor Lecoffre. .\nFrédéric Hellouin '• Le Noël musical f 1 ans, Joanin.\nLorenzo Parodi •Le livre des lierceuses. Milan, Giudici et Strada.\nCamille Saint-Saëns : Pliaéton.Petite partition d'orchestre. Paris, Durand\n.et fils. . . . ,\nCamille Saint-Saëns : Le Rouet d'Omphale. Petite partition d orchestre.\nParis, Durand et fils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.4.15", "titre_corps": "CALENDRIER DES CONCERTS.", "titre_sommaire": "CALENDRIER DES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.50", "debut_caractere": 628, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "CALENDRIER DES CONCERTS.\ni 5 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle iEolian.\n16 mars. Salle iEolian.\n17 mars. Salle Erard.\n19 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nAgriculteurs.\n20 mars. Agriculteurs.\n21 mars. Agriculteurs 4 h.\nSalle iEolian.\n22 mars. Salle iEolian.\n23 mars. Salle Pleyel.\nSalle jEolian.\n25 mars. Agriculteurs.\n27 mars. Agriculteurs.\n28 mars. Salle Erard.\n29 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle iEolian.\n30 mars. Salle Pleyel.\n31 mars. Salle Erard.\nM. Busoni.\nM. de Greef.\nM. Lulek.\nQuatuor Parent.\nM. Lazare Lévy.\nM. Busoni.\nM. Debroux.\nM. Backhaus.\nSociété philharmonique.\nM. Backhaus.\nM. J.-J. Nin.\nM. Lulek.\nMlle Labarthe.\nQuatuor Parent.\nConcerts Lefort.\nPhilharmonique.\nM. Busoni.\nM. Duttenhofer.\nSociété des Compositeurs.\nM. Lulek.\nMm« Landowska.\nM. Magnus."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-03-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-03-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1906-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.2.5", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.2", "debut_caractere": 562, "fin_caractere_exclue": 3042, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue PARIS, IIe\n-SLS-W\n?\n3 »\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). «Tel qu'en songe» (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net.\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIl Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne*\nEn recueil.\n« mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net.\nDéodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLeChevrier(P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). *>\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier).\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige.\n(Epigrammes de Cl. Marot).\n&\n5\n£ 5o\n1 70\n2 »\nI 70\n1 70\n2 5o\nl 70\nI 70\nI 70\nPIANO\nBu la (R-). En rythme de valse. »\nBr??.noli Mazurka italienne. »\nMinuetto.\nValse, en sol mineur *\nCohen (J.). Marche funèbre. »\nM*)* Sonate en quatre part. »\nMfcl-Bonis, Bourrée. B\nLe moustique. »\n2 »\n2 »\n2\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 x>\n»\n»\n»\n»\n»\n»\nRhenè-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en faflmaj. »\n111. Prélude, en ut min.\nIV. Prélude, en la maj.\nV. Prélude ancien, en st min.\nVI. Prélude, en sol min.\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte.\nVanzande (R.). Marine. »\nLabey (M.). Symphonie en mit\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach). W »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains),\nVIOLON ET PIANO\nAïquier (M.)» Sonate en4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.). Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-fîonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSérieyx { A.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pourpiano\net cordes. »\nLeclair (J .-M ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano» »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\n~ Suite, pour piano, flûte et violonc. »\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes. »\n1 »\n2 i>o\n1 »\n1 70\n1 70\n3 35\n3 3D\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 »\n1 70\ni 5 »\n2 5o\n12 »\n5 >\n12 »\nAgence de la Société Nationale de fltosiqae\nchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.1", "texte": "2* Année. - N° 6 15 Mars 1906.\nV/ jj| 'C • ; • j| jj|| jj|\n\\ ' ® flf K I H H ÉBÊ\nKm jm HF iE£\n4M T mmKÊÊUÊBtSF\nFRANCE 0 lr. 60 | Ofr. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ:\nCh. Jarlot\n14, Boulevard Saint-Michel\nPARIà Vl«\nADMINISTRATION :\nE. Demets\n2, Rue de\nPARIS IIe\n\nSommaire\nGUIDO GASPERINI L'Art\nSALVATOR PEVTAVI Esquisses m e\nREVUE DE LAQUINZAINE\nLouis Laloy, Ch. Chambellan, C. de Malaret, Jean Poueigh, Joseph Trillat,\nRaymond Bouyer, R. R. : Les Concerts. Raymond Bouyer :\nParent. Maurice Fourrier : Les Théâ Jean Marnold :\nHenry Gauthier-Villars : Saint-Saëns Louis Laloy :\nPolémiques grégoriennes. Jacques Reboui, A. G. : La Musique à Lyon.\n~René d'Avril : Courrier de Nancy. Edouard Perrln :\n—X.-Marcel Boulestln : Courrier d Elisabeth d'lrvel :\nrier de Manchester. Échos. Pub\nConcerts."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musicalparatt le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\n(Du ier de chaqu\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 tr.\nÉTRANGER..... 15 FR.\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste\nRÉDACTION : 2, rue de Louvois, PARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\n2, rue PARIS, IIe\n-SLS-W\n?\n3 »\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). «Tel qu'en songe» (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net.\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIl Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne*\nEn recueil.\n« mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net.\nDéodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLeChevrier(P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey). »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). *>\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier).\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige.\n(Epigrammes de Cl. Marot).\n&\n5\n£ 5o\n1 70\n2 »\nI 70\n1 70\n2 5o\nl 70\nI 70\nI 70\nPIANO\nBu la (R-). En rythme de valse. »\nBr??.noli Mazurka italienne. »\nMinuetto.\nValse, en sol mineur *\nCohen (J.). Marche funèbre. »\nM*)* Sonate en quatre part. »\nMfcl-Bonis, Bourrée. B\nLe moustique. »\n2 »\n2 »\n2\n2 5o\n3 »\n8 »\n1 70\n2 x>\n»\n»\n»\n»\n»\n»\nRhenè-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en faflmaj. »\n111. Prélude, en ut min.\nIV. Prélude, en la maj.\nV. Prélude ancien, en st min.\nVI. Prélude, en sol min.\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte.\nVanzande (R.). Marine. »\nLabey (M.). Symphonie en mit\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach). W »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains),\nVIOLON ET PIANO\nAïquier (M.)» Sonate en4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.). Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-fîonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSérieyx { A.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pourpiano\net cordes. »\nLeclair (J .-M ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano» »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\n~ Suite, pour piano, flûte et violonc. »\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes. »\n1 »\n2 i>o\n1 »\n1 70\n1 70\n3 35\n3 3D\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 »\n1 70\ni 5 »\n2 5o\n12 »\n5 >\n12 »\nAgence de la Société Nationale de fltosiqae\nchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.3", "texte": "L'ART ITALIEN\nAVANT PALESTRINA\n\nSans contredit, l'école musicale italienne fut, vers la fin\ndu xvie siècle, à la tête du mouvement musical européen.\nEn créant, de toute pièce, la forme splendide de composition\nqu'on a, depuis, nommée opéra,elle avait donné au style mo-\nnodique, qui était né d'elle, une consécrationéclatante ;et, par\ncette consécration, elle avait affirmé son influence durable sur\nles autres écoles. D'ailleurs elle avait eu, avant l'éclosion du\nchant à voix seule, une très forte école de contrapontistes dont\nla plus haute expression s'était révélée dans l'œuvre de Pales-\ntrina. Sa puissance était donc grande vers la fin du xvi® siècle,\net son influence et sa prééminence sur les autres écoles étaient\ntrès légitimes.\nMais qu'était cette école avant l'époque palestrinienne ?\nAvait-elle un caractère marquant, ou était-elle assujettie à la\ndomination étrangère ? peut-on affirmer que l'œuvre palestri-\nnienne et le style monodique aient été le dérivé d'un art primi-\ntif qui fleurit antécédemment en Italie et qui eut un caractère\nexclusivement italien ?\nA ces demandes, M. Romain Rolland a répondu, il y a quel-\nque temps, négativement (1), et cette réponse devrait signi-\nfier que l'art italien était peu développé avant Palestrina et\nqu'il subissait le joug d'un art étranger au goût, aux tendances\n\n(i) La musique en Italie du xiv® au xvme siècle, d'après une publication\nrécente. (Revue musicale, ier septembre 1905.)\n\nLE MERCURE MUSICAL.\ni 6"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.4", "texte": "242\nLE MERCURE MUSICAL Ts~ni-05\n\nartistiques du peuple italien de la Renaissance. M. Romain\nRolland a-t-il raison ? Je crois que non. J estime extrêmement\nl'art étranger qui florissaiten Italie avant Palestina ; mais j'es-\ntime pareillement l'art national qui s épanouissait, chez nous,\nà la même époque ; et c'est justement pour rappeler cet art à\nla mémoire des musiciens oublieux, de nos jours, que j'écris ces\nlignes.\nLorsqu'un historien parle de l'art musical au xve siecle et au\ncommencement du xvi6, il se croit obligé de ne rappeler que les\nmagnificences contrapontiques des maîtres fianco-flamands.\nC'est comme si le sentiment musical de cette époque eût ré-\nsonné partout à l'unisson et eût donné la même note dans tous\nles pays civilisés d'Europe. Et l'historien dit que toute la mu-\nsique qu'on composait alors avait le caractère de la musique\nfranco-flamande et que les compositeurs et les chanteurs les\nplus recherchés et les plus expérimentés ne pouvaient être que\ndes franco-flamands. Et tout de suite surgit la liste des grands\nnoms de la grande école ; et l'historien se hâte de con-\nclure qu'à côté de la musique d'un Dufay, d'un Binchois, d'un\nOckeghem, d'un Josquin, il ne pouvait exister d'autre mu-\nsique.\nCe singulier phénomène, qu'on pourrait dire un singulier\neffet d'optique, est dû à la vive lumière qui environna, pendant\nde longues années, la production musicale franco-flamande. On\nadmira tellement cette lumière qu'on crut à l'absence de toute\nautre clarté ; et, la mode aidant, on s'y prit si bien qu'on finit\npar ignorer l'existence d'une autre production, d'une autre\nécole non moins intéressante et importante, du côté esthétique\net historique, que la production et l'école franco-flamandes.\nCette école et cet art oubliés étaient bien franchement ita-\nliens.\nOn sait le très haut degré de culture et de civilisation auquel\narriva l'ltalie pendant le xv° sièle. Dans cet espace de cent\nannées, sous l'influence des renaissantes beautés de l'art an-\ntique, l'esprit italien se transforma, l'art national prit un vigou-\nreux élan, les coutumes sociales s'ennoblirent et se raffinèrent.\nLe xve siècle est l'époque des humanistes ; c'est aussi l'époque\ndes Beato Angelico, des délia Robbia, des Donatello, des Botti-\ncelli ; c'est l'époque des élégances renouvelées, du luxe recher-\nché, des fêtes somptueuses, du bon goût classique renaissant.\nLa société italienne se débarrasse alors des derniers restes de\nla rudesse et de l'austérité du moyen âge, et, tandis que les au-\ntres peuples d'Europe sont encore sous le poids des traditions\nmédiévales, l'ltalie marche, éclairée par l'idéal nouveau, dans\nla voie de la nouvelle civilisation. Peut-on croire que dans un"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.5", "texte": "L'ART ITALIEN AVANT PALESTRINA\n243\n\nmoment si brillant de sa vie intellectuelle, juste alors que la\npensée nationale se révélait puissamment dans les langages ex-\npressifs de l'architecture, de la sculpture, delà peinture, peut-on\ncroire que, juste alors, l'ltalie ne sût exprimer qu'imparfaite-\nment, par le chant, ses propres sentiments ? L'hypothèse n'est\npas admissible ; et les faits en démontrent l'absurdité. Voyons\nces faits.\nAssurément, la musique italienne du xv® siècle et du com-\nmencement du xvie ne pouvait présenter les caractères de la mu-\nsique des autres pays. La tradition, les tendances, les habitudes\ndes Italiens devaient nécessairement donner à la musique na-\ntionale une tournure spéciale. Cette musique ne pouvait s'ap-\nprofondir dans la recherche des difficultés techniques, ni trouver\nsa plus haute satisfaction dans l'enchevêtrement des parties de\nchant en imitation.Manifestation vive et franche du très vif\nesprit italien, émanation du goût raffiné d'une société d'élite qui\nse plaisait aux plus rares élégances, cette musique, faite pour\nêtre chantée dans les salles ornées des princes ou dans les rues,\nàla nuit, au milieu d'un peuple en fête, àla lueur des flam-\nbeaux, cette musique devait fuir les voies obscures et savantes\nde la science contrapontique et s'élargir dans la grande clarté de\nla mélodie expressive et simple ; et elle devait préférer, aux\nformes très graves de la grande composition, les formes légères\net gracieuses de la chanson et de la chansonnette. D'ailleurs,\nle milieu où cette musique florissait semblait fait tout exprès\npour lui donner le cachet particulier qui la distingua si vive-\nment des musiques des autres peuples. On se rappelle les cor-\ntèges joyeux qui, du temps de Laurent le Magnifique, sortaient,\nla nuit, par les rues de Florence, chantant ces chants carnava-\nlesques dont les paroles étaient composées, quelquefois, parle\nprince lui-même ; et on se rappelle aussi les grands concerts\nque de nobles artistes et dilettantiexécutaient aux cours des\nGonzague et des d'Esté. Pour ces concerts dont les exécutants\nétaient les dames et les gentilshommes de la cour, et pour ces\nsolennités musicales publiques qui s'attardaient, dans la nuit,\nparles rues des villes, la musique franco-flamande, appesantie\npar la recherche de 1 imitation, par les entraves des canons, par\nla construction mélodique qui mettait, presque toujours, le\nthème dominant au beau milieu de l'harmonie, n'était pas pos-\nsible. Il fallait une musique moins savante, mais plus claiie,\ndont on pût aisément comprendre la construction et qui fût, en\nmême temps, très vive et très expressive. Et c est justement\nainsi que fut cette musique mélodieuse et expressive, cette mu-\nsique italienne du xve siècle dont les traditions remontent, bien\nen arrière, aux siècles du Décaméron et de Casella, cette mu"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.6", "texte": "344\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\nsique vive et joyeuse qui fut bien, à trois et a quatre parties,\ncomme la musique franco-flamande, mais où les quatre voix\neurent bien garde de rivaliser d importance entre elles ! Dans\ncette musique que les chars carnavalesques emportaient, à la\ngrande joie du peuple, par les rues de Florence, c'était toujours\nle chant solo qui montait sur l'ensemble des voix. On ne deman-\ndait pas, à cette musique, un concert de voix égales se subdivi-\nsant et se renvoyant le thème du haut en bas du quatuor vocal J\nc'était la mélodie libre et dégagée qu'on cherchait et c'était elle\nqui trônait en haut du concert, ne se laissant pas facilement\nsubmerger par le flot des voix secondaires. En examinant et en\nécoutant cette musique claire et mélodique, on comprend pour-\nquoi le chant solo prit si vite possession de l'art musical italien,\nun siècle plus tard, à l'époque de la naissance de l'opéra. C'est\nque le chant solo n'avait jamais cessé d'exister, comme forme\nd'art, en Italie ! voire même, il avait toujours prospéré et avait\npresque été préféré au chant polyphonique. Accompagné du\nluth ou delà viole, ou soutenupaii'harmonie discrète des voix\nsecondaires, le chant solo semblait être la forme d'art qui ré-\npondait le mieux au goût et aux tendances artistiques du peuple\nitalien, de ce peuple qui avait reçu en héritage des anciens l'a-\nmour pour la clarté et la simplicité \\ et c'était cette forme d'art\nque les artistes et les dilettantes italiens aimaient le plus et qui,\npassant intacte à travers les siècles et à travers les luttes contre\nles tendances étrangères, influait sur toute la composition mu-\nsicale italienne du xvie siècle et venait s'épanouir librement, à\nla fin de ce siècle, dans les œuvres de Vincent Galilée, de\nJules Caccinietde Jacopo Péri. Et la prédilection pour ce chant\nnous fait comprendre aussi pourquoi le chant solo s'imposa\ntellement à l'art italien des xvn® et xvme siècles. C'était toujours\nle même sentiment qui dominait la foule, le même besoin de\nclarté. Seulement, aux xvne et xvme siècles, ce besoin de clarté\nse transforma en besoin de facilité de compréhension, et le\nchant se modifia et se simplifia toujours plus, pour être plus\ncommodément compris, jusqu à ce qu'il arrivât à la pauvre sim-\nplicité de l'art italien duxix6 siècle.\nMais dans les chansons italiennes du xv® et du xvi9 siècle,\nla pauvreté harmonique et contrapontique des temps futurs ne\ns'aperçoit pas encore. Et c'est ce qui fait le charme de ces com-\npositions. Tout en évitant la lourdeur qui dépare bien des\nchansons franco flamandes et qui a son origine dans l'emplol\npresque continu de l'imitation (je crois que M. Expert lui-\nmême voudra reconnaître ce défaut dans les compositions\nanciennes qu il a publiées), les chansons italiennes sont compo\"\nsées à plusieurs parties réelles \\ mais les artifices du contre-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.7", "texte": "L ART ITALIEN AVANT PALESTRINA\n345\n\npoint y sont si bien cachés qu'ils n'entravent pas la marche de\nla mélodie. En lisant certaines chansons de Jannequin ou de\nGascongne ou de Glaudin de Sermisy, on dirait que le compo-\nsiteur a voulu faire, en premier lieu, du contrepoint ; cela\nn'arrive jamais, ou presque jamais,dans les chansons italiennes ;\nle contrepoint y est, mais on ne s'en aperçoit pas. Les parties\nsemblent avoir une égale importance ; et elles ont toutes un\ndéveloppement indépendant et très mélodique ; mais les mou-\nvements sont combinés de manière à faire ressortir principale-\nment une d'elles, celle qui a le chant principal et surtout celle\nqui est dans la région la plus aiguë du concert ; et de cette\ncombinaison naît une harmonie riche et intéressante qui n'em-\npêche pas la voix principale de s'envoler au-dessus des autres.\nC'est bien là la forme des frottole,des des qui\ncharmèrent les cours princières du xve siècle ; et c'est là aussi\nla forme des villanelle,des villotte,des et des\n\\onettequi furent chantés pendant le xvie siècle et qui prépa-\nrèrent la floraison du chant solo de Vincent Galilée et de l'aca-\ndémie du comte Bardi. Cet art national, si simple et si expressif,\neut toujours la prédilection des masses, et c'est à son influence\nqu'on doit la naissance du courant contraire au contrepoint qui\nenvahit peu à peu l'Italie pendant le xvie siècle, et [qui trouva\nsa plus forte expression dans le\nmodernade Vincent Galilée ; ce courant qui fit naître le mélo-\ndrame en 1594 et qui, trente années auparavant, avait même\nessayé de chasser le contrepoint de sa résidence légitime, de la\nmusique d'église.\nLe besoin de clarté, qui se manifesta toujours plus vif en\nItalie, pendant le siècle de Léon X, n'empêcha pas cependant\nque la musique italienne ne se prît d'un amour passionné pour\nl'art polyphonique. Cela était naturel. Dès la seconde moitié du\nxv* siècle, la péninsule avait été envahie par l'école franco-\nflamande ; les compositeurs et les chanteurs étrangers étaient\ndescendus en foule dans nos contrées, attirés par la générosité\nde nos princes, par la richesse de nos républiques 5 et les prin-\nces et les républiques se faisaient une gloire de tenir à leur\nsolde ces vaillants virtuoses du contrepoint auxquels la compo-\nsition d'une messe à quatre voix ne coûtait qu une nuit de tra-\nvail. La musique franco-allemande s'était emparée de nos cha-\npelles, de nos académies, de nos concerts; et son idéal austère\net grandiose surgissait menaçant en face de 1 idéal traditionnel\nde notre école, de notre art. Ce ne fut pas une lutte, alors, ce\nfut une double conversion. L'art italien accepta, en admirant,\nles procédés puissants de l'école étrangère ; et tandis que le flot\ndes chansons et des chansonnettes} des frottole et des villa-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.8", "texte": "246\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-lII—OÔ\n\nnelles suivait, joyeusement, son cours habituel, les composi-\ntions religieuses et les madrigaux italiens marchèrent dans la\nvoie nouvelle ouverte par les maîtres flamands. Mais, en même\ntemps, la composition franco-flamande s'élargit et s adoucit, au\ncontact de l'art italien, et devint plus mélodique, plus élégante,\nplus souple 5 sous l'influence de notre art elle changea d allure\net d'aspect et c'est alors que parut Josquin Després, qu on a\npu supposer, un instant, d'origine italienne (Giosquino del\nPrato), à cause de la douceur et de l'élégance de son chant ;\nc'est alors qu'Adrien Willaert s établit a Venise, ou il fonda\ncette école célèbre qui devait monter, de plus haut en plus\nhaut, de Cyprien de Rore à Gabrieli, de Gabrieli à Monte-\nverdi. L'école franco-flamande et l'école italienne s'unissaient\nainsi en Italie, et de leur union puissante et féconde naissait\nl'art divin de Palestrina.\n- Mais, même dans cette union inévitable, l'ancien sentiment\nesthétique des Italiens ne céda aucun de ses droits. Nos artistes\nvoulurent bien apprendre des Flamands la manière de cons-\ntruire ces admirables édifices dont les larges bases se formaient\ndes règles les plus compliquées du contrepoint ; cela leur était\nnécessaire ; mais ils voulurent aussi donner à ces construc-\ntions le caractère spécial que le goût artistique de la nation\nexigeait. Et aussitôt la jeune école contrapontique italienne\ntraça sa route qui, n'étant pas précisément parallèle à celle de\nla vieille école flamande, s'approchait le plus possible de l'an-\ncienne voie suivie par la musique italienne et ne manquait pas,\nen même temps, d'influer sur la direction de la route suivie par\nles Franco-Flamands en Italie. L'antique idéal, que les composi-\nteurs de frottoleet de villanelles n'avaient jamais abandonné,\nreparut dans les compositions contrapontiques de la jeune\nécole ; et quoique celles-ci fussent souvent élipsées par les res-\nplendissantes musiques des maîtres étrangers, elles puisèrent\ndans le sentiment national la force sufisante à s'élever au\nniveau des compositions rivales et à créer un art dont les\nmoyens techniques étaient fournis par la science flamande du\ncontrepoint et dont l'inspiration était tout italienne ; cet art\nfut l'art de Giovanni Pierluigi da Palestrina.\nOr, c'est précisément cette jeune école et ses devanciers que\nj'ai voulu rappeler dans cet article. On est trop souvent porté\nà oublier les devanciers d'une grande école, ou à se laisser\néblouir par l'éclat d'une grande renommée ; et on ne pense pas\nqu'autour d'une grande figure historique se dressent d'autres\nfigures non moins intéressantes et importantes. C'est le cas de\nla musique franco-flamande en face de la musique italienne.\nLes grandes compositions des Ockeghem, des Hobrecht, des"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.9", "texte": "L ART ITALIEN AVANT PALESTRINA\n247\n\nJosquin, des Brumel, des Willaert, etc., nous empêchent de\nvoir les œuvres si remarquables des Marchetto Cara, des Bar-\ntolomeo Tromboncino, des Andréa Antico, des Giangiacomo\nFogliano, des Gostanzo Festa, des Ferabosco, des Corteccia,\ndes Ruffo, etc. ; et cependant les compositions de ceux-ci n'ont\npas moins d'importance pour l'histoire du développement de\nl'art musical que les compositions de ceux-là. Certainement, il\nn'y a pas de prééminence d'un art sur l'autre ; mais il y a\ninfluence d'une école sur une autre école ; et comme on peut\naffirmer l'influence de l'art franco-flamand sur la technique de\nl'art italien, ainsi on doit constater l'influence de la tradition\nartistique italienne sur la floraison de la grande composition\ncontrapontique du xvie siècle. Si le goût musical italien n'avait\npas été porté si vivement vers la mélodie libre et vers le chant\nsolo, le style monodique et ses innombrables conséquences\nn'auraient paru que bien plus tard et dans toutes autres formes\net circonstances ; et, de même, si ce goût musical ne s'était\nprononcé si fortement dès le xive et le xve siècle, la réforme\npalestrinienne n'aurait pas eu lieu ou se serait accomplie en\ntout autre manière. Dans les deux cas, nous avons la preuve\nde ce que valait l'école italienne avant i 550, et nous avons la\ncertitude qu'avant cette époque notre école n'était pas ce que\nl'on s'imagine bien souvent aujourd'hui, c'est-à-dire une école\nsans force et sans caractère, mais, tout au contraire, qu'elle\navait une vigueur et un sentiment personnel très marqués ; ce\nqui la porta à influer directement et puissamment sur l'école\nflamande et à contribuer, au même degré que celle-ci, au déve-\nloppement du grand art du xvic siècle.\nSur notre demande, M. Guido\nà son intéressant article plusieurs\npubliées dans notre prochaine liv\nson, envoi, et le Alercure Alusical est ouvert a tous ceux qui vou-\ndront prendre là parole en ce -\ntiennent.\n\nGuido Gasperini."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.10", "texte": "ESQUISSES MUSICALES\nD'OUTRE-MANCHE\n\n(,>\nIV\nLA HARPE D'ERIN.\n« Land of song! » said the warrior-bard,\n« Tho> ail the world betrays thee,\n« One swordy at least, they rights shall guard,\n« Owefaithful harp shall praise thee. »\n(The Minstrel Boy. — T. Moore.)\nIl y a une harpe dans les armes de l'Irlande... Cette harpe est\nplus qu'un vain simulacre ou une relique morte : c'est un sym-\nbole et un témoin. Elle exprime et retrace toute la poésie qui\ndort au fond de l'âme irlandaise, ses aspirations artistiques, ses\ndons et ses grandeurs. Elle a vu se succéder des générations qui\nont fait vibrer ses cordes à l'unisson du même enthousiasme et\ndu même amour, résumant dans ses accords deux cris con-\ntinus de liberté et de foi. C'est la harpe d'Erin !\nC est la harpe d'Erin ! Développant le long cycle des canti-\nlènes du pays, elle a bercé les enfants de « Témeraude des\nmers », de son rythme tendre et pathétique, réveillant les plus\nsecrets échos de leur conscience. Elle a été le témoin ému et\nnon muet, certes, de leurs souffrances et de leurs gloires. Elle\na été de leurs fêtes, et plus souvent encore de leurs deuils. Au\ncoin de 1 âtre, devant un feu de bruyère, elle a vibré pour nar-\nrer les mœurs simples des aïeux et redire leur vie obscure, mais\nnoble. Et sur les champs de bataille, les jeunes l'ont vue et en-\ntendue, leur rappelant que « c'est la cendre des morts qui créa\nla patrie ».\n\n(i) Suite et fin. Voir les nos des i 5 octobre, ier novembre et ier décembre\n1905."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.11", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n249\n\nOui, il y a une harpe dans les armes de l'lrlande, et cette\nharpe est sa plus belle gloire, le fleuron expressif de sa beauté\nde vierge artiste et poète, de ses traditions et de ses grandeurs,\ncomme aussi de ses misères et parfois de ses déchéances forcées.\nEt pourquoi ne serait-elle pas mêlée à la vie de ce peuple ? S'il\nest une chose dont on ne le dépossédera pas, c'est de cette\nharpe magique où toutes ses tendances se résument : la harpe\nd'Erin.\nVoyez, partout, sur les bords d'Erin la verte, sur la grande\nmer, des goélettes laissent frémir au vent du large leurs voiles\nblanches comme des ailes d'albatros ou le plumage d'un pélican.\nMères, femmes, fiancées, elles viennent offrir à l'Océan leurs fils,\nleurs maris, leurs amants. Et ceux-ci, conquérants des batailles\npérilleuses, « travailleurs de la mer » acharnés, « pêcheurs\nd'lslande » ou de Terre-Neuve, avant de dire adieu à cette\npatrie pour laquelle bat leur cœur, écoutent la chanson ber-\nceuse et caressante de la harpe, ces mélodies du temps passé ;\net ils les rediront, tout là-bas, sur la grande vorace, les soirs\noù le travail est dur, où le flot gronde et, de sa voix mugis-\nsante en ronflement d'orgue, accompagne leur chant mélanco-\nlique et doux.\nLa harpe d'Erin! Saluons-la très bas, même si nous ne savions\npas l'aimer. Et nous l'aimerons, car en elle il y a quelque chose\nde français : l'âme de l'lrlande, celle d'hier, d'aujourd'hui, de\ndemain, la même toujours.\n♦\n* *\nJe m'en serais voulu d'esquisser le tempérament musical\nirlandais, sa formation, ses tendances, d'une façon trop didac-\ntique et avec un scalpel trop brutal. Le caractère irlandais n'a-\nt-il pas avec le nôtre de grandes affinités ? Son tempérament\nartistique n'est-il pas un peu parent de celui de la France ?\nComme lui, il est prime-sautier et s'exprime d'un trait, se\ndécouvrant tout de suite tel qu'il est. Il n'est rien qui ne l'é-\nmeuve, et c'est pourquoi, peut-être, il sent avec plus de force et\nde délicatesse, pourquoi il est essentiellement poète. Entre\nl'Angleterre et l'lrlande il y a plus que la distance d un détroit,\nil y a des siècles d'antipathie, de haine, une inimitié irréconci-\nliable et la différence radicale des aspirations et de l'idéal de la\nvie. L'Anglais a le génie des choses matérielles, des bonnes\naffaires : il s'entend à organiser une industrie, à acheter et à\nvendre, mais sa moyenne d'art est plutôt superficielle. Dans les\ngrands yeux bleus de l'lrlandais, vous pouvez lire un monde de\nrêves, des indices d'une imagination brillante, des signes de"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.12", "texte": "250\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\nvivacité. Des siècles de souffrance le rejettent loin d Albion ,\ndes siècles de sympathie et un fond commun de sentiments\nl'attirent vers nous. a\nEn France on chante et on rit de tout et « meme de ses\nmalheurs ». Le moindre événement donne prise à la satire et à\nla chanson ; quelques couplets ont vite fait de naître, sur un air\nqui plaît, d'un charme spontané, fleur d'un jour. On ne demande\npas une finesse extrême ; je crois meme que, à 1 occasion, on\nregarde peu à la littérature \\maiscela est agréable et, en quelques\nheures, de Dunkerque à Marseille, lemême airs'envole de toutes\nles lèvres.\nEn Irlande, la chanson n'est pas moins prompte à s'éveiller,\net ses thèmes ordinaires, quoique moins variés, sont toujours\ncomme la révélation de son état et de ses sentiments. Ce seront\ndes légendes sur saint Patrick, l'apôtre d'Erin les exploits\ndes héros nationaux ; des couplets sur le symbolisme du\nshamrock menu et frisé ; des appels au patriotisme ; toutes\nchoses dont il pourraêtre utile de suivre la genèse et le dévelop-\npement.\nDès le xne siècle, l'lrlande a ses écoles de harpe, les plus cé-\nlèbres du monde. On y court de tous les pays celtiques : le\nBreton s'y rencontre avec le Gallois ; l'Ecossais y figure égale-\nment. Ces écoles se tiennent souvent en plein air, à l'ombre des\nchênes, sur les plages et, j'imagine, quelquefois au pied des\ncromlecks. On chante alors en langue gaélique, aux accompagne-\nments de la harpe. Il est intéressant, à ce sujet, de lire les chro-\nniqueurs ou théoriciens anglais contemporains. Tous rendent\nhommage à cette fécondité artistique ; tous, Brompton, Giraldus\nCambrensis, John de Salisbury, ont remarqué l'attrait du\npeuple irlandais pour ces délicats délassements de la musique.\n« L'amour du peuple pour la musique, écrit John de Salis-\nbury, est bien digne d'attention; l'lrlandais excelle même à un\ntel point dans cet art que, à ma connaissance, aucune nation\nne le surpasse. »\nEt un autre, Fuller, parlant de la croisade de Godefroy de\nBouillon, déclare qu'on aurait souvent passé des heures tristes,\ndurant cette guerre, si la harpe d'lrlande n'avait jeté parmi les\nchevaliers sa gaieté insouciante et entraînante. Il serait encore\naisé de citer les témoignages de Fordun, au xm* siècle, deClynn\nau xiv® 5 de Polydore Virgile et de Major au xve j de Vincenzo\nGalilei, de Bacon, de Spenser, de Stonihurst et de Camden\nau xvie ; mais la nomenclature en serait trop longue et fasti-\ndieuse.\nAllez visiterTrinity-College, à Dublin, et l'on vous montrera\nla haipe a trente cordes du héros barde Brian-Boru ; celle, à"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.13", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n251\n\ntrente-sept cordes, du chef de clan célèbre, Robin Adair. Il y\nen a même une, celle de Dalway, qui possède cinquante-deux\ncordes.\nDurant les xvi®, xvne et XVIII® siècles, l'art musical semble\nlanguir et aller vers sa décadence ; non pas que les bardes et les\nharpistes se sentent moins de talent ou d'inspiration, mais\nparce que « l'orgueilleux envahisseur » veut étouffer les accents\nguerriers des ménestrels et briser à jamais la harpe d'Erin.\nQuiconque a l'audace de chanter les héros et les choses d'antan\ncourt le risque d'être enfermé ou pendu. Sans doute, on enten-\ndra encore les chansons de Rolly Doll, O'Cahan, de John et de\nHarry Scott, de Gerald O'Doly, de Carolan, de Owen Keenan\net de James Duncan, mort au seuil du xix« siècle, en 1800 ; mais\nil semble qu'avec la liberté l'oiseau ait perdu sa joyeuseté, sa\nfraîcheur d'autrefois. La harpe désormais va se voiler d'un crêpe\nqui, tout à la fois, marquera le deuil de sa splendeur ancienne\net atténuera l'énergie de ses accents, leur donnant quelque chose\nde plus plaintif et de plus sombre.\nDu reste, on n'enchaîne pas nécessairement l'âme d'une nation\nparce que cette nation est vaincue. Lapersonnalité de tant d'indi-\nvidus qui veulent, malgré tout, demeurer en communion d'idées\net de souvenirs, saura bien trouver un moyen de se conserver\net même, s'il le faut, de s'affermir. La harpe ne quitte pas l'lr-\nlande. Pourquoi ne serait-elle pas un instrument de renouveau\net de résurrection ?\nIl semble qu'elle l'a été et continue de l'être...\nDans leur désespoir, alors que tout contribue à leur perte,\nles vaincus, les faibles, les persécutés garaent deux armes, re-\ndoutables s'ils savent en user, et dont, plus ou moins, on ne\nsaurait les priver: la caricature et la chanson. Ces deux instru-\nments sont vieux comme le monde. N'a-t-on pas découvert,\nsur les murs des habitations des cités antiques longtemps ense-\nvelies et dont on finissait par exhumer les décombres, des figuies\nd'une facture assez grossière, destinées à flétiir les vices de\npersonnages célèbres ou inconnus ? Ainsi à Pompéi et à Rome.\nLes Etrusques, pour narguer la mort qu'ils ne pouvaient vain-\ncre, la ridiculisaient sur les sarcophages mêmes des défunts . a\nils peignaient des scènes comiques, franchement amusantes,\ncaricature de la vie, insulte au temps et ala mort, epen ant\nil faut être prudent pour manier cette arme; elle peut devenir\ndangereuse entre les mains de quiconque s en seit.\nLa chanson l'est moins. Elle est impersonnelle ; elle appar-\ntient à tout le monde et n'est la propriété exclusive de per-\nsonne. Elle a ce précieux avantage d'être le miroir du tempé-\nrament d'un pays. Ses mélodies circulent débouché en bouche"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.14", "texte": "252\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\non se les fredonne en guise de consolation et, quand on est\nseul, sûr de ne point être observé, entre membres d'une même\nfamille, enfants d'une même terre, on se soutient ainsi mutuel-\nlement et l'on s'encourage. Dans ces chants populaires réside et\nse réfugie l'âme d'un peuple. On les reconnaît d'instinct, on les\naime, on s'unit autour d eux comme on le ferait autour d'un\ndrapeau, et précisément parce qu'on ne peut se grouper autour\nd'un drapeau. Il est des races qui se sont reconnues, rappro-\nchées sous l'influence de ce seul facteur ; des nations qui se sont\nformées grâce à lui ; des peuples qui ont conquis par lui leur\nindépendance. Je n'en voudrais pour preuve, dans les temps\nmodernes, que l'exemple des Bulgares, des Roumains et des\nGrecs.\nC'est pour cela que la chanson est véritablement l'arme des\nfaibles ; c'est pourquoi elle est devenue celle de l'lrlande\nvaincue mais non soumise ; et la harpe en est le symbole.\nUn peuple n'a pas été injustement tyrannisé pendant de\nlongs siècles sans qu'il se souvienne ; il n'a pas combattu si\nlongtemps et avec une ténacité invincible pour sa liberté et sa\nfoi, sans que ses monuments littéraires et musicaux portent\nl'empreinte ineffaçable de toutes ces luttes. La tradition de ces\nchoses fait partie du patrimoine national : les haines de race,\nles sourdes rancœurs se sont figées à jamais et comme cristal-\nlisées dans les mélodies populaires. Alors même que l'Histoire\nn'aurait pas le droit de parler, la chanson s'élèvera pour pro-\ntester, et sa protestation sera nécessairement entendue. Ce qui\nne pourra se dire ouvertement sera insinué dans des légendes\nsymboliques dont on trouvera aisément la clé.\nC'est là exactement ce qui a eu lieu, j'ai eu l'occasion de\nle montrer ici même, —!fpour les Bulgares oppressés par les\nTurcs. Seulement, musique et paroles varient selon le carac-\ntère des hommes qui s'en servent. L'Oriental, qu'il soit grec\nou bulgare, est un être pliant et qui devient aisément passif. Il\ny a des degrés dans cette flexibilité ; mais l'habitude du joug a\nfini par le dompter. Il se résigne en soupirant, il pleure à part\nlui ; quant à maudire, il n'y songe pas, il n'ose pas, de peur\nque son joug ne soit rendu plus pesant. Alors la chanson pa-\ntriotique est une sorte de plainte langoureuse, dolente, un\nvague désir de liberté et de vie, avec une musique attristée et\ndouloureuse: l'agonie de l'agneau que le loup étouffe lentement.\nL'lrlandais n'a pas cette trempe. C'est un lion vaincu, qui\nderrière les barreaux de sa cage lance des rugissements de\nfauve. Malgré la lourde oppression qui l'étreint depuis des\nsiècles il est resté frondeur, au fond, et invincible dans l'âme.\nCroyez-vous qu'il va se taire devant les exactions du pouvoir,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.15", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n253\n\nles injustices des magistrats, les charges imposées par des Lords\nqui le sucent et l'exploitent sans vergogne, les entraves de\ntoute sorte par lesquelles on lui fait une guerre mesquine, irri-\ntante? Va-t-il être l'éternel banni et souffre-douleurs de l'An-\ngleterre?... Ecoutez-le chanter. Il y a, dans ses accents, une\nénergie qui n'est pas celle des mélopées des raïas orientaux, qui\nest à une distance considérable de nos chansons comiques ou\nvolages, composées sur un fait divers, une passion d'un jour;\nil y a son âme qui vibre tout entière et qui là s'abrite et se\nraidit. Ce sont des éclats de haine à peine cachée ; des huées à\npeine contenues. Partout, sous ces notes, vous sentez gronder\nune menace, comme le bruit des vagues lorsque la tempête, à\nla surface, semble apaisée, mais que, en dessous, le choc des\nflots continue, plus violent et plus terrible, choc intérieur que\nles marins redoutent plus que la danse des éléments à ciel\nouvert et qu'ils appellent du nom de « perfides vagues de\nfond ».\nSi l'on chante saint Patrick et ses travaux apostoliques, c'est\npour rappeler que l'lrlande est une fleur à part, une perle douée\nd'un éclat qui lui est propre, une nation complète, homogène\net qui rejette avec l'étranger toute assimilation avilissante. Les\nhéros nationaux paraîtront, pour répéter que jadis Erin fut\nprospère et heureuse, que « Malachi portait le collier d'or ravi\nà l'envahisseur ». Et le shamrock, tout mignon dans sa robe\nd'un vert vivace, sera à la fois le symbole d'une persistante\njeunesse, et de tout ce qu'il y a, dans le caractère national,\nd'art, de musique, de poésie, d'idéal. En sorte que, tout, dans\nces chants de la plèbe, contribue à étayer une idée, la seule, la\ngrande idée de l'indépendance. C'est là ce que j'appelle une\nidée courageuse et noble. Et elle n'a pas manqué de fécondité.\nCe mélange de tristesse et d'énergie et d'espoir tenace a\ndonné aux mélodies populaires, à toutes, même à celles qui\nparlent d'amour, un caractère mélancolique assez mai que ,\nmais une mélancolie virile, qui n'a rien des mièvieries fémi-\nnines ou de la névrose des dilettanti. Le rythme est bien scandé,\ncomme pour en souligner la force mélancolie des choses\npassées énergie et foi dans 1 avenir, opiniâtreté dans la lutte .\nil y a tout cela dans la plupart de ces chants. Ou même si ce\ndernier point de virilité fait défaut, la mélancolie émouvante\ndemeure, toujours, comme les larmes dune mèie ou dune\nveuve dont le fils ou l'époux est mort sur la mer grande, ou gît,\ninerte, sur un champ de bataille .\nEcoutez maintenant ces accents où gronde un ressentiment\ncontenu, mais intense, comme le murmure ascendant d une\nfoule qui serait lasse de souffrir et parlerait de secouer le joug."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.16", "texte": "254\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-O6\n\nRemarquez dans cette chanson, vrai chant de guerre, prépara-\ntion au combat, ce rythme que rien ne détourné, persistant et\npresque trop mesuré. De temps temps, une note s eleve,\nplus aiguë, au-dessus des autres ; c'est un cri d indignationlet\nde fureur mal étouffé, présage de terribles expiations. Il souffle\nà travers cela un vent d'orage prêt à éclater ;et c est en même\ntemps une plainte fort triste, n'allez pas croire a la seremte du\nciel ou que ces voix font de vaines menaces.\n... Il y a, dans l'histoire des anciens Israélites, plus d'un\ntrait touchant. Alors que les circonstances, qui leur étaient\ndevenues contraires, les jetaient éparpillés aux quatre coins du\nmonde, disloquant les familles, brisant les liens sacrés de Tin-\n\n(i) Oh ! triste le jour, sombre l'heure, Pour les fidèles enfants d'Erin;\nQuand des lois tyranniques sont lancaes S'évanouit la lumière de la liberté.\nPersonne, nous dit-on, ne doit se montrer brave Ni arborer son drapeau. —Avec\nmenaces la loi défend De porter l'emblème vert. - Soit, que les pouvoirs agis-\nsent à leur guise : il y a des choses qu'ils ne sauraient faire : Ils ne sauraient\nenchaîner l'esprit —Ni prouver que le faux est vrai. Ainsi nous ferons flotter\nnotre bannière Et Ton verra notre devise Et nos voix chanteront en chœur\n« Le port de l'emblème vert »."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.17", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n25 5\n\ntimité et du foyer, eux, trop éloignés pour monter au temple\nde leuis peres et y adorer, se tournaient par la pensée vers\nJérusalem et, à travers les espaces, accordant leur cœur à\nl'unisson de leurs frères restés en Palestine, ils parlaient de\nla patrie absente, ils priaient dans la langue hébraïque, et se\nplaisaient à conserver le dépôt des coutumes et des traditions\nantiques. Leur cohésion s'accroissait et se fortifiait d'autant,\net aussi leur amour de la Ville Sainte et des souvenances qui y\ndormaient encore... Puis, sur le tard, quand lage avait glacé\nleurs membres, ils reprenaient la route de la cité de David pour\naller mourir, là-bas, à l'ombre du Moriah, et reposer dans la\nvallée de Josaphat, bercés éternellement par les cantilènes\nfunèbres des survivants.\nUn fait analogue a souvent lieu en Irlande. La misère, la\ndifficulté de vivre ont obligé un nombre considérable de ses\nenfants à s'exiler. Ils ont dit adieu à la terre qui les vit naître\net ils sont partis. Je connais là-dessus, sur ce simple thème,\nune chanson d'allure triste, triste... si triste qu'on en voudrait\npleurer. Il y a de vrais sanglots de regret et de désolation dans\nla musique et les paroles :\n« Oh ! où l'exilé a-t-il son foyer?... Là où la montagne est\nabrupte, Là où la vallée est\nondes de TOhio, Là où nul sourire réjouissant Ne viendra\ntromper son chagrin.,. là l'exilé asa maison. »\nMalgré tout, l'exilé irlandais reste attaché au pays d'Erin.\nOui, la verte Erin a pour lui un charme attirant auquel il cède\npresque infailliblement. Plus tard, il y retournera, ne fût-ce\nque pour respirer un moment la brise fraîche de son île. En\nattendant, il demeure, de près ou de loin, fidèle aux us d'autre-\nfois ; il ne suspend pas sa harpe aux saules penchés sur les\nbords du fleuve étranger pour se contenter de gémir, la tête\ndans ses mains. La harpe le suit et avec elle les chansons, les\nvieux airs, le folk-lore,toutes ces multiples choses qui ne sont\nrien, et qui sont tout parce qu'elles sont davantage « nous-\nmêmes » et forment le patrimoine du cœur.\nQu'il ait émigré à Londres, au Canada, aux Etats-Unis, en\nAustralie, l'lrlandais redira bien des fois les mélodies atta-\nchantes qui le transportent dans le « home », le vrai, le sien et\ncelui de ses parents.\nOù qu'il soit, il faut qu'il chante et se découvre avec les sen-\ntiments qui l'animent, les passions nobles et généreuses enra-\ncinées en lui. Son caractère, aisément gai, ardent aussi et\nchevaleresque, a besoin de cette flamme. Il a, dailleuis, tant\net tant à conter.\nA Londres, car ceux-là surtout nous intéressent, ils se"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.18", "texte": "256\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-111-OÔ\n\nsont «roupés en sociétés. De se sentir ensemble, de se voir, de\nsa parler, cela leur donne de l'entrain et, plus volontiers, ils se\nlaissent éblouir parla piperie de leurs grands rêves. De temps\nen temps ils se réunissent poui donner des concerts ou tout\nrappelle l'lrlande, les mélodies, les auditeurs, les acteurs, les\nchanteurs et jusqu'à la couleur vert tendre des programmes.\nC'est là, pour eux, comme une contrefaçon quasi parfaite de la\nréalité. Le jour de la fête de saint Patrick est remarquable\nentre tous par l'intérêt de ces soirées musicales. Peu y man-\nquent : c'est le complément nécessaire de la journée. L'apôtre\nde l'lrlande ne serait pas satisfait si ses disciples ne chantaient\nalors du pays la poésie rêveuse, les traditions, les beautés.\nParmi les chanteurs et chansonniers les plus goûtés de la\n« dispersion » de Londres, il en est un dont la renommée est\ntrès étendue. Il s'appelle Daniel Fitzgerald ou, plus briève-\nment, Dan.ll me souvient de l'avoir vu dans trois ou\nquatre circonstances. C'est un petit homme nerveux et sec, qui\ndéjà grisonne assez fort et n'est plus de la première jeunesse ;\navec cela vigoureux et tenant bon. Sa figure réjouie et franche\nest illuminée par deux petits yeux fureteurs où brille beaucoup\nde malice et un brin de gaminerie, en dépit de l'âge. La voix\nest un tantinet chevrotante, voilée, mais dut être fort jolie il y a\nvingt-cinq ans... C'est ici que la scène devient curieuse. A peine\nDan a-t-il ouvert la bouche que, dans tout l'auditoire, c'est, à\nchaque couplet, à chaque phrase, un tonnerre d'applaudisse-\nments, des cris de joie, des éclats de rire sur tous les tons,\nfusant de partout des Bravo, Dan ; Hurrah, Dan ! qui se croi-\nsent sans interruption. On se trémousse sur tous les bancs,\non agite les bras avec un enthousiasme qui, assurément, con-\nviendrait mieux à des Napolitains qu'au flegme des hommes\ndu Nord. En un instant, l'lrlandais vient d'apparaître entière-\nment, sans arrière-pensée, enfantin, facile à prendre feu, ébloui\npar un nom, esclave volontaire du panache.\nQue peut donc bien chanter Dan, que conte-t-il avec son\nsourire moitié railleur, moitié convaincu ?\nSomme toute, rien de génial. La voix même n'est pas des\nplus belles ; elle me paraît médiocre ; le geste n'est pas très varié.\nSans doute ; mais que voulez-vous ? Dan plaît à ces Irlandais\nqu'il semble connaître et amuser. Il leur raconte, il leur chante\ndes historiettes comiques, des choses de là-bas } il évoque tour\nà tour le shamrock, les combats livrés par les anciens, la résis-\ntance opposée aux troupes victorieuses, autant de poèmes il\nreproduit les saillies les plus burlesques comme les plus fines\nde Paddy 5 narre, avec force détails, les aventures de la veuve\nMachree, Oh ! ividoiv Machree ! C'est là son triomphe."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.19", "texte": "ESQUISSES MUSICALES D'OUTRE-MANCHE\n257\nLE MERCURE MUSICAL.\n\nD 01 dinaire, c est lui-même qui a composé poésie et musique 5\nles chansons qu'il exécute sont de lui : le Botrel de l'lrlande\ntransplanté, un beau jour, je ne sais trop comment, en pleine\nville de Londies... Quand il parle ou chante, on sent autour de\nlui quelque chose de l'âme blessée de la patrie qui passe en sou-\npirant ou en souriant de son sourire résigné ; il y a, en lui, à ce\nmoment, tout un passé qui vibre 5 il y a les accents les plus\nnuancés, les plus guerriers et les plus délicats, de cette harpe\nharmonieuse et évocatrice. Sans qu'ils s'en rendent bien compte\npeut-être, mais par un secret instinct, les Irlandais alors se pâ-\nment et s'égaient, applaudissant frénétiquement leur vieux\nsaluant en lui le principe de fidélité au terroir ancestral. Avec\nDanils aiment ou haïssent passionnément, ils s'enthousiasment\net espèrent.\n# #\nIls s'enthousiasment et espèrent.\nIl y a, à la Galerie nationale d'art anglais, à Londres, une\ngrande toile de Watts, ce peintre dont le pinceau apocalyp-\ntique s'attache aux visions mystérieuses, symboliques, d'un\ncoloris si fort, d'une pensée si profonde. Une jeune fille\nassise, ou plutôt accroupie sur une sphère dont les nuées cachent\nune moitié, l'avant-corps penché dans l'attitude de l'abandon,\nles yeux couverts d'un bandeau à la grecque et qui, s'entravant\ndans une mince chaîne, vient se rattacher aux montants d'une\nsorte de lyre à une seule corde. Dans la position de la médita-\ntion la plus intense, étrangère aux bruits du dehors, la tête\ninclinée, elle pince d'une main cette corde unique qui rend\ntoujours le même son, mais à laquelle sans doute, dans son\nrêve obstiné, elle attribue une sonorité et une variété sans\nfin. Elle écoute, abstraite, et toutes ces puissances de son être\nsont concentrées là, dans la musique étrange sortie de la lyre.\nEnchaînée à cet instrument qui fait son plaisir et cause son\nesclavage, elle semble prêter l'oreille à un chant intime qui\ns'harmoniseraitavec celui que, de ses doigts fuselés, elle fait\nsortir de l'unique chanterelle. Elle se trompe aux accents de sa\npropre chanson ; elle y croit et se plaît à cette illusion. Le\nmonde extérieur n'a pas de sens: elle ne le voit ni ne l'entend.\nSeule, sa pensée intérieure l'absorbe et la berce.\nCela est intitulé '.Espoir. Et c'est bien de l'Espoir la concep-\ntion la plus saisissante que je connaisse.\nL'lrlande, la poétique Erin, ne serait-elle pas comme cette\njeune fille ? Désolée, démembrée, toute à son rêve et aux espé-\nrances qu'elle y trouve, elle est inséparable de sa harpe. Cette\nharpe la charme, la réconforte, lui chante cette chanson unique,\n\n1 7"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.20", "texte": "258\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\ninvariable, mais si douce et si pure : la chanson d'espoir « quand\nmême », Spessine spe.C'est le refrain toujours ancien et toujours\nnouveau, lamélodiemonotonemais, pour eux, revclatrice, quilcs\npousse et les anime. Quand, sur les champs de bataille, ils ont eu\nbesoin de se fortifier par 1 appât de quelque grande esperance, ils\nont pris cette harpe qui, de son unique chanterelle, toujours redit\nles mêmes choses, et comme le Tunistvcl-boy, ils ont chants,\nchanté jusqu'à n'en plus pouvoir, chanté dans la lutte et la souf-\nfrance, chanté jusqu'à la mort. Et les enfants continuent les\ntraditions paternelles.\nOui, quand ils partent, les enfants d'Erin emportent chacun\nla harpe aux sons qui ne varient pas, mais qui les inspire tous\ndu même idéal, les anime des mêmes confiances. En chacun\nd'eux repose un peu de l'âme du pays tout entier.\nIn te omnis dotnus reclinata recumbit.\n\nSalvator Peïtavi."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.21", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Concerts Colonne. Schola Cantorum. Société Nationale. Société\nBach. MM. Inghelbrecht et Vuillermoz. M. Théo Delacroix. Concerts Barrau. Mme\nI.aadormy-Plançon. M. H. Expert. Ecole des Hautes Etudes Sociales.\nDepuis le couloir où les couplets du Casino de Paris font àla Symphonie\nde Schumann le plus fantaisiste contrepoint, on aperçoit une foule noire,\ncompacte, immobile, qui s'écrase contre le vitrage des portes. Pouffendre\ncette masse mélomaniaque, c'est une poussée formidable, avec coups de\ncoude, protestations et menaces, tout comme aux jours heureux où Paris\nsalue un jeune roi ou porte en terre un président. Il y a cependant spec-\ntacle dans la rue aussi, puisque c'est le jour de la transmission des pouvoirs.\nMais on ne se dérange plus pour un simple changement de chapeau haut\nde forme, et le Nouveau-Théâtre est aujourd'hui le champ de bataille où\nle public se bouscule à cœur-joie. Des clameurs s'élèvent dans le fond\nde la salle :«De la place ! faites de la place ! Aux fauteuils d'orchestre,\nnon seulement tous les strapontins sont pris, mais des retardataires se\ntiennent debout dans le passage : on se croirait en Métropolitain. Les loges\nabondent en panaches blancs, noirs et mauves ; des feutres artistiques se\npressent au promenoir supérieur, et sous la triste incandescence des\nlampes, c'est une chaleur lourde, suffocante, fiévreuse. C'est dans cette\nchaudière d'enfer que nous devons écouter la musique ; cet art inviolable,\nqui ne se révèle qu'aux élus, et veut des âmes libres de soucis et purifiées\ncomme des temples, nous est dispensé parmi de lourds effluves humains,\nqu'accompagnent le souvenir de récentes bourrades et la vision de har-\ngneux visages. Plus tard, si jamais la musique reprend sa place éminente\ndans nos fêtes, combien l'on s'étonnera de la barbare coutume de ces\nconcerts sans motif, où les auditeurs écoutaient par devoir, où les musiciens\njouaient par habitude, où les programmes offraient un mélange confus"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.22", "texte": "260\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\nde cenres et de styles, débités par la baguette du chef comme des cou-\nnons d'étoffes par l'aune d'un vendeur.\np Après un Exacte symphonique de M. Aozende, dont .1 faut ouer la\nclarté les proportions modestes et la simple écriture, M Casais s avance :\n« Rayon des virtuoses ! Voyez concertos ! » C'est •article Haydn qui fut\nchoisi • un bon petit article, pas bien coûteux, mais solide, pas salissant,\net d'apparence distinguée. M. Casais a un son charmant, nourri et délicat\nà la fois qui porte sans effort, et reste doux ,usque dans les hauteurs les\nplus vertigineuses ; il a aussi une musicalité frémissante qui peut etre eut\nmieux fait valoir le romantisme du Concerto de Lalo que les grâces mon-\ndaines de cette musique en dentelles. Mais le public n'y regarde pas de\nsi près, et prodigue ses rappels au prestigieux violoncelliste qui s incline\navec une gravité catalane. # . r\nLe morceau symphonique de Rédemption m a paru cette fois, et maigre\nune exécution sans reproche, déplorablement gris et d une monotonie\nextrême en ses développements. Cette musique a une odeur d eau benite\nqui parfois incommode. Quant aux Nocturnes, le premier, pris encore\nun peu trop vite, a été très délicatement nuancé par les instruments\nsolistes et moins bien par le quatuor; le second a été fort brillant ; dans le\ndernier, les Sirènes ont chanté moins faux que la précédente mais\nplus fort encore, si possible. Voyons ! Mesdemoiselles, quand l'auteur, au\ndébut, vous demande de chanter piano et de finir pianissimo (p. 72 de la\npartition), quel malin plaisir prenez-vous à crier comme des lavandières\nqui se hèlent d'un bord à l'autre de la rivière ? Et plus loin (p. 79), si l'on\nvous marque piano et très expressif, est-ce vraiment une raison pour\naffecter l'indifférence ennuyée d'une leçon de solfège ? Plus loin encore\n(p. 91), ce la bémol aigu doit être pris légèrement, et vous l'envoyez à\npleine gorge, toutes fières d'avoir conquis, non sans peine, une note\naussi difficile. Ne comprendrez-vous donc jamais que vos chants, baignés\nsans cesse aux flots de l'orchestre, n'émergent par instants que pour\nreplonger aussitôt, imitant la grâce décevante des bras souples et des\nchevelures noyées?\nDes fragments des Maîtres Chanteurs terminaient assez lourdement ce\nconcert bigarré. Après quoi, M. Chevillard est entré en carême et nous met\nau Beethoven pour les quatre concerts de mars. Trois symphonies, les\ntrois premières, nous ont été servies d'abord. N'ayant point été convié à\nces copieuses agapes, je laisse ici la parole à la toute sacrilège Ouvreuse,\ndont j'approuve les idées et déplore l'irrévérence :\nChevillard détailla avec minutie la gracieuse Symphonie en ut, toute naïve\nencore et n'ayant pas honte de sourire. Légère et court vêtue, elle allait à grands\npas, sans se douter qu après elle viendraient huit sœurs ambitieuses, préoccu-\npées d'idées générales et de pensées philosophiques, hélas !\nLa Symphonie en ré fut jouée mieux encore. En un concert ordinaire, cer-\ntains « temps » auraient été bissés, mais, songeant àla suite du programme, le\npublic se méfia. Chevillard fit lever son orchestre et s'inclina, déçu !\nExécution un peu lourde de /'Héroïque qui ne se recommande pas, entre\nnous, par Vexcessive sveltesse de ses formes. Ce héros a le pas pesant, les gestes\nlarges mais un peu solennels. Beethoven devait se représenter le premier Consul\ncostumé en héros grec ou romain par David. Ah! les toges courtes, laissant\nvoir la ferblanterie des cnémides, les bras nus brandissant des glaives larges et\nplats, les gros mollets cerclés dor!Il y a tout cela dans ces cortèges triom-\nphaux ou funèbres de /'Héroïque / Et de belles choses aussi.\nLouis LALOY.\nLe Concert Colonne du 4 mars a provoqué en moi un certain nombre"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.23", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n261\n\nde réflexions peu favorables à la direction des Concerts Colonne et dont\nje vous entretiendrai. La composition du programme est l'un des points\nsur lesquels j'aurais le plus de griefs vis-à-vis de M. Colonne.\nPourquoi commencer le concert par l'ouverture de Phèdre, qui fut déjà\njouée vingt-huit fois depuis sa première audition ? C'est beaucoup pour\nune oeuvre qui est loin d'être un chef-d'œuvre et dont la fougue et la\npassion tout artificielles n'évoquent guère le « motif intérieur », comme le\nprétend M. Ch. Malherbe. A l'époque où Pasdeloup la commanda au jeune\nMassenet encore inconnu ou tout au moins peu connu, il était peut-être\nbon de la jouer plusieurs fois; mais maintenant une seule audition par sai-\nson est plus que suffisante, et celle-ci est la troisième.\nSi les seules raisons qui militent en faveur de cette œuvre sont la possi-\nbilité des grands gestes fiévreux et romantiques chers à M. Colonne et\naussi la connaissance qu'en a l'orchestre et qui l'exonère d'une répéti-\ntion, il ne me paraît pas exagéré de dire que l'association des Concerts\nColonne fait œuvre anti artistique et ne mérite pas les éloges que cer-\ntains critiques inconscients déversent sur la tête de son chef avec une\nrégularité mathématique et une absence de sens critique sans égale. D'un\nautre côté, M. Colonne ferait bien de ne pas changer le dimanche matin un\nou plusieurs numéros de son programme, et cela sans raison aucune.\nMme Schumann-Heink devait chanter la scène d'Erda dans l'Or\npourquoi avoir remplacé cette œuvre par trois lieder accompagnés au\npiano? C'est commettre une grossière erreur que de confondre la musique\nde chambre et la musique symphonique. Le lied est l'un des plus beaux\nfleurons de la première, mais il perd la majeure partie de son charme\nquand il sort du cadre de l'intimité et qu'il est mugi au sein de la plus\nvaste salle de Paris. Mme Schumann-Heink, qui possède une voix extraor-\ndinairement étendue, est réputée une des meilleures cantatrices wagné-\nriennes ; il eût été intéressant de s'en rendre compte en l'entendant ailleurs\nque dans les Trois Bohémiens de Liszt, dont la bizarrerie de composition\nne parvient pas à masquer le décousu. Heureusement, pour relever\nun peu l'intérêt de la séance, nous avions la première audition d'une\nœuvre de M. Trépard. VAngélus est un poème symphonique où la concep-\ntion dramatique de la musique a influé plus qu'il n est coutume. Ce n est\nd'ailleurs nullement un reproche, car si la symphonie a des limites et des\nprocédés nettement définis, j'estime que le poème symphonique doit jouir\nd'une liberté absolue dans sa coupe et sa technique, d'autant plus que\nM. Trépard possède complètement toutes les ressources de cette der-\nnière.\nLe thème psychologique, hélas! est bien peu neuf : la vaine poursuite\npar l'artiste d'une Muse pour qui il doit créer une œuvre sublime, la\nmalédiction du ciel, l'Angelus qui monte, la paix du ciel qui envahit 1 âme\net le renouveau de courage qui envahit l'artiste, tout cela ressemble un\ntrop aux élucubrations poétiques des rhétoriciens avancés que leurs cama-\nrades regardent avec stupeur faire des vers en marge de leurs dictionnaires.\nOn peut être excellent musicien, M. Trépard l'a prouvé; mais pourquoi\ntant de détours et de prétextes pour créer de belles formes sonores. L œu-\nvre nouvelle a d'ailleurs reçu un accueil sympathique bien mente par la\nbelle ordonnance des thèmes élégamment écrits et l'orchestration inge-\nnieuse où se distingue surtout un carillon avec harpes et cors meles du\nplus heureux effet. La seconde audition du Jour d été a a ontagne e\nd'lndy ne fit que confirmer ma première impression. L œuvre m apparut\nd'une simplicité de composition encore plus grande, d'une unité plus hau-\ntement sincère et d'une orchestration plus ingénieuse et p us e_gere ue\ncelle de n'importe qui. M. Bruneau, il est vrai, déclare que jamais il n en-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.24", "texte": "262\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-111-OÔ\n\ntendit œuvre plus dure, plus heurtée et plus lourde. Il ne s'est donc\njamais entendu ! Que vient faire la politique dans la galère musicale? L'or-\nchestre exécuta avec une louable perfection cette œuvre pleine de détails\nd'instrumentation aussi exquis que neufs ; l'appel de clarinettes et bassons\nau début de la première partie et à la fin de la troisième, les traits de piano\nqui dépeignent la rentrée au nid de la gent ailée et le dialogue du cor an-\nglais et de la harpe avant la conclusion de l'œuvre sur les harmonies initia-\nles, ne sortiront jamais de la lourde plume qui écrivit Messidor et Y Enfant-\nRoi. La chasse royale et Forage des Troyens terminaient un concert dont\nles éléments disparates firent un des plus médiocres de la saison. Le culte\nde Berlioz est une belle chose, mais les amis trop dévoués sont pires que\nles plus féroces ennemis. M. Colonne, à force de servir du Berlioz, encore\ndu Berlioz et toujours du Berlioz, finira par nous le faire prendre en haine.\nSe résignera-t-il a remiser quelque peu son dieu favori et les gestes\ngrandiloquents dont il l'entoure? Je crains bien que ce souhait ne soit pas\nexaucé et que les jeunes auteurs ne continuent à pâtir de la concurrence\nde ce malin Dauphinois dont l'habileté se manifeste même après la mort.\nLe quatrième concert mensuel de la Schola Cantorum a remporté\nle plus vif succès, et c'était justice. Si YOrfeo ou Ylncoronaponc di\nPoppea sont sans contredit les points de départ de la musique dramatique,\nnotre drame lyrique moderne a des attaches bien plus nettes avec l'œuvre\nde Rameau et de Gluck. Tant au point de la technique que de la\nconception psychologique, nous retrouvons en eux tous les procédés sur les-\nquels nous vivons et que nous avons seulement développés. L'ouverture de\nZoroastre, qui est Pavant-dernier ouvrage de Rameau, est du type de l'ou-\nverture classique telle que celle d 1 Egmont. Au lieu d'être l'ouverture pot-\npourri telle que la comprit Rossini, elle se rapprocherait beaucoup plus, au\npoint de vue de l'élément psychologique, des préludes de Wagner. Synthèse\ndu drame qu'elle précède et explique, elle est une des œuvres les plus\ncaractéristiques du grand maître français du xvme siècle, qui fut non seule-\nment un grand musicien, mais un grand penseur. Hippolyle et Aricie, qui\nest son œuvre de début, marque déjà un progrès sensible sur l'œuvre de\nLulli ; la musique descriptive y prend naissance et la symphonie de la\nchasse avec son hardi dessin de bassons est bien plus intéressante pour son\népoque que la chasse royale des Troyens de Berlioz. Quant à la plainte de\nPhèdre, elle est digne des plus belles pages de douleur passionnée que\ncompte la musique tout entière. Elle fut d'ailleurs merveilleusement chan-\ntée par Mlle Jeanne Raunay, la grande tragédienne lyrique dont l'art est\naussi pur et aussi beau que la musique qu'elle interprète. Elle fut fort\nbien secondée par Mlles Braquaval et Pironnay, dont on apprécia fort la\nvoix pure et bien timbrée dans la symphonie de la chasse, et M. Plamon-\ndon, Hippolyte un peu terne et moins passionné qu'il ne convenait. La\npremière scène àlphigénie en TauriJe est trop connue pour qu'il soit indis-\npensable d en faire une copieuse analyse. Nous assistons au parfait déve-\nloppement de l'art dont Rameau venait de faire entrevoir toutes les\nrichesses qui sous la main de Gluck créèrent les chefs-d'œuvre qui ont\nnom es deux Iphigénie, Orphée, Alceste et Armide, chefs-d'œuvre où l'art\nmo erne puisa à pleines mains, où Berlioz et Wagner choisirent leurs\nmocees de prédilection et où leurs successeurs firent bien d'apprendre\nart e a déclamation. Mlle Raunay fut magnifique dans ce rôle qui fut\nun de ses meilleurs, et l'orchestre, sous la direction de M. Labey, se montra\npresque aussi bon que sous la direction de M. d'lndv, qu'il nous tarde\ncependant de revoir au pupitre. Quatre pièces d'orgue de la fin du xvne siè-\nc e urent jouées par M. Guilmant. Elles sont loin d'être les meilleures et\nes p us intéressantes de son répertoire. CH. CHAMBELLAN."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.25", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n263\n\nAu programme de la Société Nationale, une petite suite de M. de Waillv\npour instruments à vent (flûte, hautbois, clarinette, bassons, cor et\ntrompette). Certes il faut encourager ce genre d'écriture, et il n'y a pas de\nraison pour que la musique de chambre se borne aux instruments à\n.archet. Ceci dit, il m a semble que les sonorités (par la faute de l'auteur,\nnon des exécutants qui furent sans reproche) étaient un peu lourdes et char-\ngées, et manquaient des délicates nuances dont est susceptible un pareil\norchestre. L aubade, pour flûte, hautbois et clarinette, fait exception et\nfut le plus goûté des quatre morceaux.\nVenaient ensuite trois Sonatines de M. Mariotte, sur des paroles de\nC. Mauclair : musique un peu cherchée peut-être, mais intéressante, et\nfort bien chantée par Mlle Delph. Malgré toute l'autorité de M. Jan\nReder, on a fait un accueil assez froid aux trois Chants de la jungle inspirées\nà M. Jean d'Udine par les petits poèmes de Rudyard Kipling. Elles sont\nd'une candeur qui désarme la critique : des accords qui étaient déjà fades\nen 1820, des accompagnements à la Schubert, ou, plutôt encore, de Schu-\nbert, une déclamation pseudo-wagnérienne, ont paru à leur auteur le com-\nble de la hardiesse et le dernier effort de la musique descriptive. Et tout\ncela certes est fort touchant ; mais la Société Nationale a-t-elle bien pour\nbut d'encourager les essais des amateurs ? A ce compte, on pourrait\naller loin.\nLes Images,de Cl. Debussy, ont été jouées par Ricardo Vinès avec une\naisance, une souplesse merveilleuses, et un sens de la perspective plus\nmerveilleux encore. La dernière, Mouvemd'une joie si éclatante et si\npure, fut redemandée, et l'on sait que le à la est\nfort rare, et signifie un enthousiasme exceptionnel. Quant àla de\nBalakiref, malgré une interprétation des plus intelligentes et fines, malgré\nde gracieuses idées aussi, elle ne m'a pas satisfait : on sent trop, en cette\nmusique, la fatigue, l'artifice, et, pour tout dire, le vide: l'inspiration,\ntrop courte, ne se soutient pas, et fait place à une rhétorique aujourd'hui\nbien banale. Le concert se terminait par l'amusante suite de Vincent\nd'lndy intitulée Chanson et Danses,pour instruments à vent.\nC. DE MALARET.\nLe concert d'orgue et de musique de chambre donné par la\nBach,le 21 février, comptera parmi les plus intéressants, grâce au con-\ncours précieux de grands artistes.\n•M. Ch.-M. Widor, qui triomphe en ce moment à l'Opéra-Comique, et\ndont l'éloge n'est plus à faire comme organiste, exécuta avec une maîtrise\nincomparable le Prélude et fugue en pour orgue. Les diverses\nentrées de la fugue, notamment, furent d'une netteté admirable et telle,\nqu'il nous fut bien rarement donné de l'entendre réalisée avec autant d'art.\nQuant à M. Georges Enesco, de qui la reçut dernièrement\nchez Colonne un accueil si chaleureux et si mérité, sa belle nature d'artiste\nse donna libre cours dans Prélude, Loure et Gavotte de la Partita en 1 ni,\net nous pûmes apprécier une fois de plus l'exquise pureté de son jeu et sa\nparfaite compréhension de la musique qu'il interprète. Je n'aurai garde\nd'oublier Mme Marie Panthès, dont quelques du Clave-\ncin bien tempéré permirent d'applaudir le beau talent de pianiste.\nMme Inghelbrecht et M. Marcel Chadeigne, l'excellent chef de chant de\nl'Opéra, donnaient, le iermars, une audition de leurs élèves. Ce fut dans la\ncoquette salle du Théâtre-Royal une après-midi charmantejles toutes petites\nmains couraient sur le clavier avec la vivacité, certes, de cet âge, mais\naussi avec une précision et une vigueur que lon n aurait point attendues\nd'elles. Et la musique exécutée à 4 mains par ces petites filles n était pas"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.26", "texte": "264\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\ndes plus faciles, bien que composée pour elles par M. D.-E. Inghelbrecht;\nnéanmoins tout ce petit monde se tira à merveille des passages les plus pé-\nrilleux croisements de mains, changements de mesure, rythmes parfois\ngênants. L'œuvre de M. Inghelbrecht, comprend deux recueils\nde douze pièces bâties sur des thèmes de chansons ou rondes d'enfants.\nLes développements en sont toujours ingénieux, et il faudrait pouvoir citer\ntoutes ces pièces, plus intéressantes les unes que les autres, depuis\nStram-Gram ou la Ballade du petit Jésus, jusqu'à Une poule sur un mur et\nLe petit bossu.\nLe programme comportait en outre les très attachantes Chansons popu•\nlaires de M. Emile Vuillermoz, parmi lesquelles trois Chansons canadien-\nnes. Ces chansons tant populaires que canadiennes— sont de véritables\npetites œuvres, chaque strophe recevant un accompagnement différent ;\nil en résulte un intérêt sans cesse renouvelé et une heureuse alliance de la\nsaveur native de la mélodie avec la richesse harmonique de l'accompagne-\nment. Elles sont d'ailleurs toutes délicieusement jolies, et j'aurais été\nfort embarrassé de fixer mon choix si Mmo Marie Mockel ne m'avait surtout\ncharmé avec Une Perdriole, Les trois Princesses et Jardin d'Amour, qui me\nsemblent particulièrement convenir à sa voix exquise, au charme un peu\nfrêle et si fin.\nLa Nursery et les Chansons populaires,ainsi que leurs interprètes y\ncompris et surtout les plus petits, obtiennent le plus vif et le plus légi-\ntime succès. JEAN POUEIGH.\nLe concert donné le 26 février par M. Théo Delacroix compte parmi les\nplus grands succès et les plus importants événements de la saison. D'abord\nà cause du talent de M. Delacroix, ténor à la voix délicate, émue, colorée,\net, par son style exquisement musical, digne frère de son frère, M. A.\nDelacroix, dont M. Louis Laloy appréciait dernièrement, sans nulle exa-\ngération, la maîtrise incomparable (1). La de César Franck,\nchantée par lui avec un recueillement et une piété touchantes (et fort bien\naccompagnée à l'orgue par M. Loth), de Fauré, l'air du\nCimetière,de la Nuit persane,ont vraiment donné la sensation de l'art le\nplus pur et le plus parfait. Le programme, très munificent, fit admirer en\noutre la voix légère de Mme Gandrey, la grande intelligence de Mme la Ba-\nronne d'A., la belle interprétation de Mme Mayrand dans la Phydile de\nDuparc, et surtout la souplesse et la précision extrêmes du jeu de M. A.\nDelacroix, l'infatigable accompagnateur, qui triompha comme soliste dans\ndeux œuvrettes de sa composition et dans la Mort d'Yseult de Wagner.\nLe concert se terminait par la Nuit persane de Saint-Saëns, où les chœurs,\ndirigés par le même, furent au-dessus de tout ce qu'on pouvait espérer\nd amateurs. Bien rarement la salle Pleyel avait vu pareille affluence ni\npareil enthousiasme. Et, malgré une heure assez tardive, il n'y eut point\nde départ prématuré : car le charme de musique ne faiblit pas un seul\ninstant.\nA la dernière des soirées Barrau,le 22 février, j'ai eu le plaisir d'entendre\nMme Marie Panthès dans trois valses de Chopin, auxquelles on a paru tenir\nrigueur de n être pas inédites, comme si elles avaient souffert du temps.\nJ ai aimé la justesse de goût de la très aimable artiste et la nature fine et\ndéliée de son jeu. M\"e de Mouromzew a une voix vive et fraîche, chétive\nencoie dans les notes hautes, dont la timidité faisait un charme de plus.\nLa . Sérénade 1 nutile cle Brahms, ainsi interprétée, prend une malice bien\njolie. Beethoven et Léo Sachs complétaient le programme.\nJOSEPH TRILLAT.\n\n(i Mercure musical,is février, page 166."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.27", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n265\n\nCe furent trois belles séances vraiment musicales dont Mm 6 Landormy\nnous a gratifiés avec le concours du Quatuor Parent! Le programme seul\nparlerait silencieusement aujourd'hui pour elles : Mozart était représenté\npar le Quatuor en sol mineur et par le délicieux Trio en mi bémol ; Beetho-\nven, par l'énergique et mystérieux Trio en ré majeur (op. 70, n° 1), dont la\ncouleur profonde impressionnait Hoffmann, en 1809; Brahms, par sa So-\nnate en sol majeur (op. 78) ; César Franck, par son Quintette; Chausson,\npar son Quatuor; Vincent d'lndy, par sa Sonate dédiée à Parent; Lekeu,\nmort a vingt-six ans en 1894, par sa Sonate mineure et son Quintette ina-\nchevé... Voilà trois jeudis poétiquement remplis! Et la foule des amateurs,\nqui se pressait sous les appliques trop éblouissantes de lTEolian, ne ména-\ngeait pas ses bravos à Mme Landormy, qui s'est montrée deux fois artiste\ndans l'interprétation savante d'un programme savamment composé !\nRAYMOND BOUYER.\nA Y Ecole des Hautes Études Sociales, M. Pirro nous a fait entendre, le\n22 février, divers fragments des cantates profanes de Bach, les moins\nconnues, et peut-être les plus proches de notre goût ; car on n'y trouve\nplus cette componction protestante qui parfois pèse un peu lourdement\nsur nous : la gaieté ou la tendresse y rayonnent sans remords (et je sais\nbien que le maître a plus d'une fois transporté un air profane dans une de\nces compositions religieuses : ce sont ceux-là qui nous plaisent le mieux\nen général). Donc nous entendîmes ce jour-là, après la vaillante Chanson\nde la Pipe, et quelques autres non moins aimables, un air de la Cantate\npour les élections de Leipzig, où Ton peut déjà reconnaître l'affectueux\nsourire de Beethoven, mais exempt ici de toute amertume. Mlle Margue-\nrite Babaïan a chanté cet air d'une voix délicate, souple et facile au delà de\ntout ce qu'on peut rêver, et surtout d'une sincérité qui touche et ravit dès\nl'abord. Car on devine, à l'entendre, que la charmante artiste ne chante\nque par plaisir, et comme nous parlons : pour dire sa pensée et son senti-\nment. Elle incarna encore d'exquise manière le sourire obstiné et la\ngourmandise coquette de Lieschen dans la Cantate sur l'abus du café, où\nM. Reder fut un Schlendrian de grand style et de voix admirable,\ntandis qu'un jeune ténor, M. Moughounian, faisait applaudir un organe\nd'une étendue exceptionnelle et d'un timbre fort doux. L'orchestre à\ncordes a un peu trop couvert la flûte joyeuse de M. Hugon, virtuose\nimpeccable et excellent musicien.\nQuelques jours plus tard, la musique ancienne ressuscitait en un plus\nriche décor, et avec un succès égal: M. Henry Expert faisait chanter les\nchansons du xvie siècle chez Mme la Comtesse Greffulhe ;et la, sous les\nlustres discrets, ces musiques ont retrouvé toute leur grâce souriante ou\nmélancolique et leur charme non point du tout mièvre, mais élégant et\nsûr. Depuis les chansons de gestes, nos auteurs ont toujours écrit pour\nles délicats. C'est dans les cercles d'amateurs et les cénacles de beaux\nesprits que la pensée française a porte ses fruits les meilleurs. Comme la\npoésie et comme les autres arts, et aujourd'hui comme au temps des\ntrouvères, la musique française est d'essence aristocratique. Qui donc\nparmi nos compositeurs veut être compris du peuple ? M. Bruneau. C est\ntout dire.\nLouis LALOY.\nLa Société Caucasienne de Paris, qui s'est formée récemment, dans la\ngénéreuse idée de réunir des représentants des races différentes et trop\nsouvent ennemies qui vivent les unes a cote des autres au Caucase, et\nde les amener à une intelligence et à une sympathie mutuelles, a donné"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.28", "texte": "266\nLE MERCURE MUSICAL 15-JII-06\n\nle jeudi ier mars un concert à l'Ecole De\nbeaux chœurs arméniens, profonds et rêveurs, dirigés par M. Moughounian,\nqui chanta seul, ensuite, avec une passion et un talent admirables, une\ntragique mélopée : Araksi art^ounka(Les pleurs de l'Araks). Des choeurs\ngéorgiens, clairs, ensoleillés, presque italiens, dirigés par M Koridze. Des\nairs persans, joués sur le thar (sorte de luth à long manche) par\nM. Trdatian. Les œuvres étaient présentées au public dans une très claire\net intéressante conférence de M. Archag Tchobanian. R. R.\n\nLE QUATUOR PARENT.\n\nDe la Sérénade de Beethoven aux Miroirs de Ravel.\nEn dehors de l'intervention des personnalités mystérieuses au point d'en\nparaître miraculeuses, l'Evolution musicale se poursuit logiquement, avec\nune sorte de fatalité dans sa marche ; ou plutôt ces personnalités, qui nous\nsemblent douées de la souveraine liberté du génie, n'interviennent-elles\npas à l'instant heureux comme des puissances providentielles, pour expri-\nmer en beauté neuve et fatale un nouvel aspect qui s'impose à l'histoire\nde l'art ? Après Haydn, Mozart ; après Mozart, Beethoven. Et que serait\ndevenue la musique si Beethoven n'était point né ? Mais il semble haute-\nment nécessaire qu'un Beethoven dût naître... On ne conçoit pas dans\nl'évolution, toutensemble expressive et technique, de rart musical, l'absence\nde ce fait superbement nouveau...\nTelle était notre impression, dans un court entr'acte des septième et\nhuitième séances Parent. Beethoven y régnait encore, et dans son œuvre*\net dans la mélancolie du bronze de Fix-xMasseau.\nBeethoven ! Il est encore bien peu Beethoven, malgré des éclairs de\nviolence ou d entrain, dans un troisième Quatuor avec piano, daté de sa\nquinzième année (1785) ; il badine toujours, sous l'influence rassérénante\nde Mozait, dans la Sérénade (op. 8) ; il apparaît, çà et là, dans les Sept\nBagatelles (op. 33) : il étincelle déjà dans le trio à cordes de Pop. 9,\nn 1, où les trois archets, diversement colorés, de MM. Parent, Vieux et\nFournier se sont montrés étincelants ; mais, à ce Beethoven juvénile on\ndécernerait encore 1 hommage que le romantique Hoffmann (qui voyait par-\ntout romantisme) accordait au vieil Haydn, et que notre confrère,\n. Louis Laloy, retrouvait naguère instinctivement pour exprimer l'état\name du plus original des jeunes : « C'est une vie pleine d'amour, pleine\nc er^rernent»> comme avant le péché, dans une éternelle jeunesse !... Ni\nsou rance, ni douleur ; mais seulement un doux et mélancolique désir\naspirant a cette chose aimée qui, dans le lointain là bas, flotte en l'éclat\na un soleil couchant... »\nToutefois, le viai Beethoven, le Beethoven «de ces poèmes de génie\njVe °PPellt: sans paroles, en mugissant », se fait pressentir dès\na agio u premier Quatuor à cordes en fa majeur (op. 18, n° 1), adagio\nd une tristesse native et grave, inspiré, dit-on, par la lecture de la scène\ns om eaux e Roméo et Juliette : car Beethoven lisait Shakspeare...\nmmvf a Pr^curs^ir notre Berlioz, peintre plus ambitieux, chanteur\ns profond. Et fidèle à sa nature ainsi qu'aux exigences de son temps,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.29", "texte": "REVUE DE I.A QUINZAINE\n267\n\nle vrai Beethoven s'affranchit dès la grande Sonate en ut majeur (op. 53),\nsymbo îquement appelée Y Aurore, où Mme Edgar Quinet, mélomane\ndelunte (car les amis de la Musique ne sont pas immortels comme ils\ndevraient 1 être), entendait la plus « absorbante » des « symphonies »\nSon interprète, M- Gellée, qui venait de jouer fort intelligemment les\nSept Bagatelles, a loyalement évoqué cette loyale musique. Plus mélo-\ndieuse encore, la Sonate en la bémol (op. 110) nous conduit, le long de\nbéants précipices, jusqu'aux cimes ardues comme an bloc de Michel-\nAnge, de la Grande Fugue (op. 133), primitive conclusion du Quatuor XIII\net triomphe annuel du Quatuor Parent. Nous sommes loin du jeune Mozart\net du paradis perdu depuis la mort du vieil Haydn ! Mais, plus heureux\nque le sage, nous avons escaladé le seuil violent de la terre promise... Un\nCésar Franck est possible.\nOn nous a cordialement reproché d'avoir fait de Franck un continua-\nteur de Beethoven. Expliquons-nous, d'un mot. Il n'est rien de tel que\nde se mettre d'accord avec ses amis et, particulièrement, avec soi-même\nen musique surtout, dans ce mystère fait de science au service de la\nvolupté, de précision mathématique au profit du vague, où la critique,\nmoins glorieuse et moins entraînante, est peut-être encore plus malaisée\nque l'art !\nBeethoven et Franck ! C'est par l'âme uniquement, qu'ils avaient grande,\nque s apparentent ces deux génies ; au point de vue plutôt technique, l'an\ndernier (s'il est permis d'user d'aussi grands mots !), n'avons-nous démon-\ntré, par ailleurs, avec une prudente rapidité, que le Franckisme est issu du\nWagnerisme, comme le Debussysme, harmoniquement du moins, sort du\nFranckisme ? En musique même, on est toujours fils de quelqu'un...\nLeit-motiv et rappels thématiques adaptés à la musique de chambre, à la\nmusique pure, chromatisme inquiet, \\ovLvmen\\.tristanien, dramatique essor,\npolyphonie, enharmonie, harmonies rares et nuageuses, volupté technique\nd'une « âme blanche » où le lyrisme obtient les ailes delà candeur, où la\ncandeur s'exprime avec raffinement, tout cela compose les éléments\nd'un style nouveau dans la pénombre recueillie d'une petite salle de con-\ncerts et dérive immédiatement de la subtilité wagnérienne... Mais évo-\nquez, dans votre ardent souvenir de l'incomparable séance Franck, le début\nméditatif du Quatuor de 1888, et convenez que cette méditation qui s'élève\nest de la même famille immatérielle que le début fugué du XIVe Quatuor\nbeethovénien de 1826 ! Même grandeur d'âme, de part et d'autre. Et ce\nfinale, avec sa ritournelle fougueuse et ses rappels de thèmes enca-\ndrés de récitatifs instrumentaux, n'est-il pas le proche parent de la Neu-\nvième ?\nQue nos lecteurs d'aujourd'hui nous pardonnent, à leur tour, cette di-\ngression qui va nous servir à justifier notre admiration pour un admirable\nchef-d'œuvre, encore plus moderne, admirablement interprété, dès le\ndébut de la neuvième séance, le soir du 2 mars, par M Marthe Dron,\nMM. Parent, Vieux et Fournier : le Quatuor de Chausson.\nNe jugeons point les gens sur l'apparence et, surtout, sur leurs noms:\nPaul Verlaine disait finement à Stéphane qu'il n'était pas plus Mallarmé que\nSully n'est Prud'homme... Donc, Ernest Chausson fut un haut poète. Et\nce ne fut point, dans l'art musical, un poète accidentel, mais un trait d'u-\nnion, trop méconnu jusqu'à ce soir, entre César Franck et Claude Debussy.\nLa filiation, pourtant, n'est point contestable. Ecoutez ces harmonies\nrares. Et le seul accident, ici, n'est-ce pas cette fin tragique de l'homme\navec lequel est mort le poète ?'\nAussitôt on songe à Franck, on pressent Debussy ; les affinités se révè-\nlent dans ce poème où survit l'âme d'un poète de la musique mineure?"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.30", "texte": "268\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-O6\n\nintime, automnale, qui semblent nous avouer, dans un pressentiment, que\nle printemps même est triste, mais dont les mélancolies, enveloppées dans\nl'atmosphère francldste, avaient d'originaux et mâles accents. Et quelle\npersonnalité, sous un évident souvenir de César F ranck, des cette nerveuse\nattaque initiale du piano seul, scandee. avec la belle décision de 1 intelli-\ngence par Mile Dron ! Curieux alliage de dynamisme et de rêve, de volonté\nconcise et de rêverie diffuse, de bel emportement français et de moderne\nlangueur !\nOui, ces harmonies rares, ces développements qui seraient longs s'ils\nn'étaient poignants, ces modulations cherchées ou chante la chanterelle du\nVénusberg sur les interruptions de la fougue et les déceptions de l'effort,\ntoutes ces ardeurs et toutes ces langueurs composent un tout original et\nsingulièrement personnel, qui prépare l'avenir avec la voix du passé. Comme\nla Sonate indéfinie de Lekeu, largement jouée la veille par Armand Parent\net Mme Landormy, ce Quatuor de Chausson dégage, dirait Amiel, une puis-\nsance nostalgique indéfinissable. Il y a des regards, des physionomies qui\nparlent de même, avec ce singulier mélange de conviction forte et de poésie\nfrêle... On évoque la poésie, posthume elle-même, d'Albert Samain. Même\naccent dans la distinction ; même preuve apportée, que la distinction n'est\npas toujours hostile à la puissance ; même transition robuste et délicate\nentre les formes châtiées d'une poésie parnassienne et les arabesques dif-\nfuses d'un frisson nouveau ! Que signifie ce quatuor ? Mais que signifie la\nmusique ? Et peut-elle extérioriser autre chose qu'un « état de l'âme » de\nson auteur ? Le musicien, qui sent, mieux encore que l'écrivain qui\npense, a le droit d'affirmer: «Je ne sais que les choses de l'amour ». Mais,\ndans l'amour comme dans la musique, une sympathie mystérieuse et impé-\nrieuse à ce point que le poète éperefu ne sait plus lui-même\nSi cette volupté n'est pas une pensée...\nMais allons-nous encourir le ridicule de découvrir ce soir le Quatuor de\nChausson, après avoir découvert Beethoven et César Franck, ou, du moins\nles affinités qui les rattachent à travers l'éternel devenir\nDe la nuit romantique et du songe et des temps }\nOn découvre, est-il pas vrai? la musique à chaque audition, surtout quand\nl'exécution, de plus en plus homogène et vivante, de quatre partenaires\npoètes de leurs instruments respectifs, devient une résurrection. Même brio\nréfléchi dans la vie éphémère rendue par deux artistes à la Sonate de\nVreuls : MHe Dron, la distinction même, se veut de plus en plus svelte et\nvive pour rythmer cet entrain tout flamand , et l'infatigable archet d'Ar-\nmand Parent, qui soupirait la veille au soir la longue plainte de Lekeu,\ns exalte sur la sourdine même pour chanter ce lyrisme éclos au pays de\nRubens.\nVivant spécimen de l'Ecole belge, la Sonate de Vreuls nous achemine à\n1 heure actuelle, où la fantaisie debussyste influence les mélodies nou-\nvelles de MHe Germaine Corbin, cependant que le sentiment le plus fran-\nçais de la vie respire largement dans les lieder moyen-âgeux d'Alfred Bru-\nneau : 1 antithèse est suggestive, dans la voix saine et jolie de Mme Four*\nnier de Nocé.\nUn prestidigitateur, pour finir : c'est Ricardo Vinès, venu pour jouer les\nMiroirs de Ravel. Nous aurions mauvaise grâce à détailler l'uniformité\ndans la variété des Noctuelles, des Oiseaux tristes, d'une Barque sur\ncéan, de 1 Alborada del Gracioso, de la Vallée des Cloches, après le brillant\ncommentaire confraternel que Jean Marnold a consacré, dans le Mercure\nmusical du lévrier 1906, à ces cinq pièces nouvelles pour piano ! Comme"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.31", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n269\n\nes trois Images récentes de Debussy, c'est le nec plus ultra de l'arabesque\nindépendante et capricieusement fouillée, qui n'a plus d'autre souci que le\n« plaisir musical » après tant de littérature ! C'est « l'expressif par l'orne-\nmental », osé naïvement par un Maurice Denis du piano ; c'est l'inévitable\narchaïsme des crépuscules très subtils... On éprouve, à les entendre, la\nmeme curiosité que 1 auteur a mise à les dérouler dans leur caprice mélan-\ncolique ou rieur , on s amuse, en s effrayant un peu : que deviendrait, en\neffet3 la musique aux mains d imitateurs maladroits de ces poètes nou-\nveaux ? Nous ne conseillerons pas a tout apprenti de pencher la tête sur\nces MIT oirs, qui reflètent limage décorative et stylisée d'une époque lasse\nde bravoure facile... L avenir, au demeurant, n'est à personne qu'aux\npoètes ; et tout poncif serait mort-né.\nMais les plus académiques amis du passé n'ont que des bravos pour l'im-\npeccable interprète de ces cinq pièces, le seul actuellement armé pour les\névoquer par cœur avec ces doigts de liquide acier, pour le magicien penché\nsur l'intérieure partition de ces Miroirs où repassent toutes les cristallines\nvolutes des Jeux ! Le nom de Ricardo Vinès est désormais insépa-\nrable de ce curieux chapitre, hier inédit, de la musique française contem-\nporaine.\nArmand Parent, qui révélait, dès le 2 avril 1898, le Quatuor de Chausson,\net, dès le 2 février 1901, la Sonate de Vreuls àla Société Nationale, a\ntrouvé le collaborateur avancé que méritait son effort. N'a-t-on point tou-\njours les amis qu'on mérite ?\n\nRaymond Bouyer.\n\nLES THÉATRES\n\nA L'OPÉRA Reprise de l'Etranger, de Vincent d'lndy ; MUe Bréval.\nLe 26 février, l'Opéra reprenait, avec un très grand succès, rEtranger,\naction musicale en deux actes, poème et musique de M. Vincent d'lndy.\nC'est la troisième fois que j'entendais Y Etranger, et pour la troisième fois\nje constate que cette musique colorée, vigoureuse, d'inspiration élevée, ne\nporte pas en elle d'émotion; pourquoi?\nLes personnages que l'on nous présente ici ne sont que des créations de\nl'esprit, des reflets cérébraux, des « idées-images », si l'on peut s'exprimer\nainsi. Pour les animer, l'auteur n'a pas su puiser aux sources de la vie.\nEcoutez ce pêcheur symbolique rhétoriser, se raconter, évoquer Lazare,\nl'Evangile, parler de charité universelle, de son isolement parmi les\nhommes, d'amour même, le malheureux ! Quel est cet ètie ? peut-etre un\ndescendant du Hollandais et de Lohengrin? (on le croirait à voir «1& pierre\nç[u miracle » qui brille a son bonnet 1 elle me semble sortir du meme ma-\ngasin qui fournit déjà leGraal,la lance d'Amfortas et autres objets du culte\nmystico-wagnérien).\nQue reste-t-il de lui quand il ne parle plus ?\nTout juste le titre, parfaitement justifié, d'une œuvre de haute allure.\nNoble et forte, cette œuvre impose le respect et l'admiration, elle impres-\nsionne l'esprit..., elle ne saurait, comme cette autre musique récemment\ncaractérisée en termes exquis par mon excellent ami Louis Laloy ( 1), eveil-\nler l'écho « des solitudes où vit notre ame véritable ».\n\n(x) Paroles sur Claude Debussy. Mercure musical du ier mars 1906."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.32", "texte": "270\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\nLe personnage de \\xtan est pas beaucoup moins artiiicic. que celui\nde l'Etranger-,mais heureusement, à l'Opéra, Vita c'est M'le Bréval ! Avec un\nart qui lui aussi impose l'admiration elle sut faire de « cette vue de l'esprit »\nun être vivant et émouvant, et par là M»e Bréval s'affirma une créatrice. Au\ndébut, rêveuse qui« aime à causer avec la verte mer », elle fut d'une poésie\net d'un charme pénétrants ; puis par une gradation saisissante dans sa sim-\nplicité elle nous fit sentir l'inexplicable amour qui progressivement l'en-\nvahit, et quand, dans le délire d'une exaltation mystique, elle clama d'une\nvoix merveilleuse son irrévocable serment ala mer, en vérité elle fut\nsublime.\nA côté d'elle, l'interprétation de M. Delmas parut encore, plus qu'à l'or-\ndinaire, extérieure, pompeuse et conventionnelle ! Sous la consciencieuse\ndirection de M.Vidal, l'orchestre et les chœurs se montrèrent de tout point\nremarquables.\n\nMaurice Fourrier.\n\nCOULISSIANA.\n\nOn a beaucoup péroré de notre Opéra-Comique et de son directeur à\nl'occasion du budget des Beaux-Arts en notre Parlement. Le spirituel arti-\ncle de notre collaborateur Willy à ce propos n'était peut-être pas sans ré-\nplique, encore qu'il reproduisît des arguments imprimés au Journal officiel,\nsinon même précisément à cause de cela. L'absolue liberté dopinion qui\nest la loi de notre Mercure musical m'autorise à émettre mon humble avis\nau milieu de tous ceux, divers, opposés, quels qu'ils soient, à qui l'hospi-\ntalité de ces feuilles est assurée d avance. Il serait délicat de prendre parti\ndans la question lépreuse ou ensorcelée qui fut prétexte àla dispute,\navant que de connaître les conclusions de l'enquête ouverte, lesquelles\nseront publiées ici en temps et lieu. J'ouïs néanmoins des gens d'expé-\nrience opiner qu un directeur jouant toutes les pièces qu'il reçoit, cane\ns est jamais vu, même en rêve. Je ne vois pas le moindre inconvénient à ce\nque M. Carré devienne ce phénix ou ce merle blanc, par force ou par per-\nsuasion, et on ne peut guère nier, en tout cas, qu'il en ait reçu et joué plus\nqu aucun autre de ses prédécesseurs au théâtre subventionné qu'il dirige,\naïs 1 eut un singulier ou facétieux avocat dans la personne de l'honora-\ne qui vou ut 1 excuser ou défendre, en le louant, du haut de la tribune,\n\\ ax°ir P iquement repoussé un livret scabreux pour les chastes oreilles\ndes demoiselles a marier dont chacun sait que la salle Favart fut longtemps\na ressource et e rendez-vous. L'idée était plutôt cocasse, et M. Carré en\ndut bien rigoler lui-même, ahuri, en se regardant dans la glace, d'y devoir\ncon er e protecteur de la vertu et gardien de son temple, archiprêtre\ntïnnn fU f Sainte-Mousseline et vicaire de M. Bérenger. Le bien inten-\nHipnt-6 &1S at,eur aur£ut trouvé facilement mieux à dire en faveur de son\nart- not[ien i^U en C ar§*ssant un soit peu un débat intéressant notre\ntoirpç Maî ' en^)tant des faits, qu'il ignorait sans doute, quoique no-\nniîtrq'ir ni S S!inoS r ePut^s (( sayaient ce dont ils parlent », on ne s'y recon-\nI US\\r aut Pas bouleverser imprudemment l'ordre des choses,\nce malnrlrn> 0. servat*ons> d ailleurs, se révéla fort terre à terre. Après\nrerTr n orateur Averse vint reprocher à M. Carré de s'entou-\nécor Sf f 6 famille> d'en peupler son administration et sa\nSi le chiffre s de \\30.000 livres au profit de sa parenté.\nxas, , 1 apparaît évidemment excessif. Des renseigne-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n271\n\nments reçus d autre part, toutefois, annonçaient un total différent exprimé\navec un zéro de moins. Il convient donc d'attendre le résultat de l'enquête\net, ce point réservé, j'ose avouer que le reste de l'accusation me laisse froid *\nN importe qui en ferait probablement tout autant. C'est un sentiment fort\nhumain et, de nos jours, assez répandu dans ses effets qu'on ne saurait\ncertes connaître mieux qu'en l'endroit d'où partit la dénonciation. Le né-\npotisme a ses défauts, mais il ne manque pas non plus de certains avan-\ntages qui pourraient le justifier quelquefois. Aussi bien qu'un ministre, un\nchef d entreprise en peut attendre des auxiliaires plus sûrs, qu'une com-\nmunauté d'intérêts attache à sa fortune, sur lesquels il exerce une autorité\nplus constante, plus directe et plus efficace. En tant que contribuable, il\nm'importe peu, je l'avoue, qu'un directeur subventionné emploie, s'il lui\nconvient, les siens de préférence à des étrangers, pourvu qu'il ne crée pas\nde sinécures et que ces fonctionnaires se démontrent, à l'épreuve, aptes\net assidus à accomplir la tâche rétribuée qui leur est départie. La volonté\nbien connue de M. Carré garantit qu'il sait se faire obéir de tous et, à tout\npoint de vue, pécuniaire ou artistique, les résultats de sa gestion pourraient\nattester qu'il ne fut généralement pas malheureux dans le choix de ses col-\nlaborateurs. Sans doute, il paraît peut-être un peu trop se croire encore à\nla tête de l'indépendant Vaudeville, mais, transporté dans l'officieux local,\npeut-être aussi que justement son autocratisme y eut les plus précieuses\nconséquences. Des quatre scènes dont nos écus arrosent les planches lyri-\nques ou dramatiques, la sienne est la seule où on travaille, où on constate\nune activité disciplinée, incessante et féconde. On sent que M. Carré en\nest l'âme, l'instigateur infatigable, autoritaire, intransigeant dans ses des-\nseins ou dans ses actes. Si sa vivacité commit la gaffe de menacer le loyal\nWilly d'un procès tendant à lui faire casquer 100.000 balles, on ne doit\npas oublier que, d'un geste susceptible analogue, jadis il défendit Pelléas\ncontre le dénigrement tendancieux ou la calomnie. Qu'il ait tort ou raison\ndans l'affaire Lazzari-Bataille, cela ne supprime pas le passé. Or les bien-\nfaits de ce passé sont péremptoires. Je suis loin d'admirer toutes les\nœuvres que fit représenter M. Carré, mais mes goûts ne m'empêchent pas\nd'approuver son éclectisme, de l'estimer, non pas seulement licite, mais\nincontestablement légitime, équitable et utile à tous égards. Nos musiciens\nn'en ont pas moins bénéficié que de Vart d'un incomparable metteur en\nscène, dont la sollicitude s'étend indistinctement sur tous les ouvrages,\naide au succès des meilleurs et fait supporter jusqu'aux pires. Enfin, c'est\ntrop évidemment àla seule activité de M. Carré que nous sommes redeva-\nbles de l'actuelle et inespérée floraison de notre musique dramatique, et\nnous lui devons mieux encore, grâce à ce qui s'ensuivit au concert et pour\nl'éducation du grand public, puisque son indifférence intrépide, après le\nrisque jugé naguère audacieux de Louise, nous valut la révélation, puis le\nsuccès de Pelléas.\nRien n'égale l'éloquence des faits, et ceux-là constituent des titres que\nla plus indulgente comparaison avec ce qui se passe ailleurs divulguerait\nbien vite exceptionnels entre tous. Il serait souverainement injuste de les\noublier à propos d'un incident où de respectables intérêts particuliers\npeuvent avoir été lésés et recevoir satisfaction, sans qu en soient entames\ndes mérites d'ordre plus général. Il ma semble pourtant que, même\nrétrécie à des détails d'administration, la discussion parlementaire eût pu\nêtre plus instructive. Que Mme Marguerite Carré touche 6.000 fr\\ par mois»\n—ce qu'on nie d'autre part, au surplus, c est à coup sûr un prix\nmunificent, mais qui n'est pas rare au théâtre. Elle a fait beaucoup de\nprogrès dans son jeu, sa voix est belle, sa personne bien plus encore, et,\nsi son directeur et époux a les moyens de lui offrir un cachet d etoile,"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.34", "texte": "272\nLE MERCURE MUSICAL 1 5-111-06\n\nj'en suis ravi pour elle et fort aise pour lui, que cela me paraît regarder\nexclusivement, avec, bien entendu, ses actionnaires, dont je ne suis, hélas!\nJ'aimerais mieux savoir pour quelle étrange cause, en ce temps de surnoms\nindiscrets ou vengeurs, Mme Carré fut baptisée gardenparty, ce qui suggé-\nrerait volontiers quelque occulte méfait d'un népotisme autrement très\nacceptable. Les coulisses recèlent peut-etie les seciets dun tas de petits\nmystères qui déconcertent les profanes. Il n'y a pas si longtemps qu'on\ndut déplorer, sans comprendre, le départ momentané de l'admirable artiste\nqu'est M. Jean Périer. Si M. Messager s'en est allé tout seul, ainsi qu'on\nl'affirme, c'est grand dommage, car on ne l'a pas remplacé. J'oserai même\ninsinuer que le bâton supplémentaire, et sans doute insigne, que M. Carré\nfit venir de Belgique à l'intention de son orchestre français, n'a pas suffi\nà compenser la perte. Mais d'autres choses eussent pu piquer la curiosité\nde nos législateurs. Il est assurément regrettable pour un compositeur de\nse voir refuser la représentation d'un ouvrage inédit ; cependant, si on\npeut rechercher pour quelles raisons un musicien ne réussit pas à se faire\njouer dans un théâtre subventionné, il serait non moins intéressant, sinon\nplus, d'apprendre pourquoi certains y sont joués si souvent. Je ne parlerai\npas de M. Henri Cain, car il est librettiste, et, si son quasi-monopole en\nl'espèce a de quoi stupéfier, M. Carré en peut être innocent. Mais à quel\nimpératif catégorique obéit celui-ci pour devoir attribuer, d'un bout à\nl'autre de la saison, trois jours de la semaine à M. Massenet ? On ne sau-\nrait guère arguer de l'imperturbabilité des recettes. Quoique la moyenne en\nsoit assez réjouissante, elles sont si variables, et pour le même ouvrage,\nque leur excellence éventuelle n'apparaît rien moins que fatalement\nmotivée par le nom de l'auteur sur l'affiche. L'excuse, d'ailleurs, n'expli-\nquerait pas le cas de Chérubin,substitué brutalement, avec les n ou\n1200 francs d'une première et bientôt des soirs de S.ooo, aux 7.500 francs\nde Pelléasen plein succès. Les coulisses du théâtre abondent en inscru-\ntables énigmes. On s'étonne pourtant d'avoir à deviner des rébus de ce\ngenre chez un artiste tel que M. Carré, et je confesse en être beaucoup\nplus intrigué et gêné que de tout ce dont on l'accusa hier au Palais\nBourbon. Mais la perfection n'est pas de ce monde, et notre musique doit\ntrop de reconnaissance à M. Carré pour ne pas lui passer quelques caprices.\nS'il se laisse embobiner par les vieux ou les protège, il accueille aussi les\njeunes, témoin Séverac. Il a reçu le Cœur du Moulin, et je parierais bien\ndix sous que M. Lazzari lui dédiera sa prochaine partition. Enfin, souve-\nnons-nous qu'il nous a donné Pelléas.\n\nJean Marnold.\n\nSAINT-SAENS CONTRE WILLY\n\nAu risque de sembler discourtois envers l'obésité notoire de M. Willy*\nje confesse que sa brouille avec M. Camille Saint-Saëns me rappelle le vers\ndu mauvais La Fontaine où je ne sais quel singe, évidemment un ancetre\nde nos reporters actuels, annonce\nqu'Eléphantide a guerre avecque Rhinocère.\nRhinocère ! Ce nom cornu semble apparenté à l'âpre humeur du musi-\ncien, à l'aveuglement de ses colères obtuses... Eléphantide sonne plus\naimable, en même temps que plus grassouillet.\nDonc, à Monte-Carlo, surgirent grands débats entre l'auteur de Y Ancêtre"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.35", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n273\nLE MERCURE MUSICAL\n\net notre collaborateur. Les journalistes présents s'en émurent, je veux dire\nqu ils s en amusèrent, tous, le blond Stoullig, qui opère au Monde Artiste,\nle brun Souday, délégué par Y Eclair, J.-L. Croze, actif représentant du\nMatin, sans oublier Louis Schneider, en qui le souriant Gil Blas met ses\ncomplaisances.\nIl en est que la brouille affligea davantage ; M. Gabriel Fauré (directeur\ndu Figaro et rédacteur au Conservatoire) et son aimable sous-verge, Fernand\nBourgeat, puisque tous deux, à la demande de Raoul — qui\nen l'occurrence, se montra parfait de délicatesse et de tact— durent faire'\nla navette entre les belligérants, ne quittant l'immortel compositeur d'Hélène\net de Parysatisque pour se rendre auprès de l'amoral écrivain d'Une\nd'amour.\nCes démarches n'aboutirent pas. Pas plus que notre collaborateur, le\nsavant Louis de Fourcaud et l'éminent chartiste Henri de Curzon 'ne\ncrurent devoir prendre part au dîner offert à la presse parisienne par le\nPrince de Monaco en l'honneur de M. Saint-Saëns, et tous trois confabu-\nlèrent, le verre en main, au restaurant de l'Hermitage, sur des sujets\nimprévus. Le très érudit musicographe du disserta passionnément\nsur les saints céphalophores ; le directeur parisien du Guide musical\nstigmatisa les critiques belges qui veulent convaincre d'inexactitude les\nAnnales du gendre d'Agricola (nourries, cependant, des mémoires de Fabius\nRusticus et d'Aufidius Bassus). Enfin le père des « Claudine » s'étendit\navec quelque amertume sur la fantaisie des restitutions proposées par\nOtto Crusius, de Tubingen, pour le fragment de Phœnix Colophonius joint\naux Mimiambesd'Hérondas dans l'édition Teubner.\nAujourd'hui, il paraît que la paix est faite ; M. Saint-Saëns aurait été\ntouché de lire dans le compte rendu de l'Ancêtre, télégraphié à l'Echo de\nParis par M.Willy, des éloges sans réserves adressés à cette œuvre «encore\nsupérieure à Hélène ». Notre collaborateur disait effectivement :\n« Le compositeur de Parysatis personnifie avec une inflexible logique\n« l'esprit français, instinctivement en défense contre les nuageuses abstrac-\n« tions, germaniques ou cévenoles, de Wagner et d'lndy, esprit misonéiste\n« qui préférera toujours l'anecdotique livret de la Basoche au douloureux.\n« symbolisme du poète Henri Bataille.\n« ... Cette attitude combattive de champion national va jusqu'à lui faire\n« accentuer à la française les noms italiens, insistant sur la dernière syllabe\n« de Pietra-Nera.\n« ... L'auteur de VA ncêtrerestitue délibérément au Récit le rôle assigné\n« par Gluck ; il l'écrit sans autre accompagnement qu'un accord marquant\n« le temps fort, et le considère sans plus, comme la phrase aux inflexions\n« rituelles unissant deux morceaux d'écriture différente, conçus dans un\n« caractère strictement traditionnaliste. Ces morceaux, élaborés par un\n« fidèle observateur de la religion du s'attestent dignes des plus\n« célèbres monuments classiques dont s'enorgueillissait l'Art lyrique vocal\n« de 1840, ressuscité par une volonté précise que ne troubleront jamais les\n« charmes dangereux de l'atonalité ni les déliquescences en vogue des ap-\n« poggiatures sans résolution.\n« ... On a beaucoup applaudi, au troisième acte, la fantasque arabesque\n«de trilles et de vocalises chantée par Mll® Farrar, artiste chercheuse qui\n« se renouvelle à chaque création, au lieu de diluer tous ses personnages\n« grisette du quartier latin ou bohémienne de grand'route dans la même\n« affadissante douceur (1) ».\n\n(1) L'auteur viserait-il Marguerite Carré ? J'espère que non !\ni 8"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.36", "texte": "274\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\nReconnaissant, le musicien de Y Ancêtre a envoyé au critique la lettre\nque voici :\nPalais de Monaco, 26 février 1906.\nMon cher Confrère,\nJe viens de lire votre bel article sur VAncêtre, et je m'empresse de vous en faire mes\nsincères remerciements, auxquels je joins l'expression de mes sentiments sympathiques-\nTout à vous.\nC. SAINT-SAENS.\nAussi bien, je viens de relire les lignes de Claudine s'en va dont, paraît-\nil, M. Saint-Saëns avait conservé un peu de rancune; elles me semblent\ninoffensives, voire laudatrices :\n« Cette vieille paillarde de Providence, qui est toujours là pour un coup,\n« avait lié d'amitié le Gastelbon de Beauxhôtes avec notre Saint-Saëns na-\n« tional : du commerce de ces deux grands hommes, bien faits pour se\n« pénétrer l'un l'autre, le projet naquit de créer un Bayreuth français, qui\n« serait Béziers, avec : i° dans le rôle de Wagner, Saint-Saëns, et 20 dans\n« celui de Louis de Bavière, Castelbon, le Mécène à faire...\n« Parysatis se termina par le spectacle de trois Messieurs, apparus sur\n« la scène aux acclamations d'un peuple en délire, et qui, effrontément,\n« s'embrassèrent: ces trois fantaisistes, c'étaient M. Castelbon de Beaux-\n« hôtes, Saint-Saëns et... Mme Dieulafoy. Ben mon cochon ! »\nPour mal interpréter ces passages, il faut la sournoise malice des po-\ntiniers de five o'clock experts aux cancans de théière.\nPersonnellement, d'ailleurs, je maintiens mon droit de préférer, dans\nl'œuvre de M. Saint-Saëns, les lieder aux opéras, et de le trouver moins à\nl'aise dans V Ancêtre que dans l'Attente.\nMais je n'hésite pas à le complimenter du dénouement de cette affaire où\nil s'était malencontreusement emmanché.\n\nHenry Gauthier-Villars.\n\nPOLÉMIQUES GRÉGORIENNES.\n\nLa musique religieuse n'a, pas plus que la profane, le pouvoir d'adoucir\nles mœurs. Bien au contraire, elle fait naître d'ardentes querelles, et met\naux prises de très savants hommes, qui parfois oublient, dans la chaleur\nde la discussion, et la gravité de leurs études et le caractère sacré dont il\nleur arrive d être revêtus. On en eut la preuve au récent congrès de Stras-\nbourg. Deux théories s y trouvaient en présence: l'une, dite mensuraliste,\net représentée principalement par le R. P. Dechevrens, prétend retrouver\ndanb le chant grégorien, à peu près comme dans la musique moderne, des\nmesures définies, dont les notes seraient toutes multiples d'une unité\nconiuiune, le temps ; la seconde théorie, due aux Bénédictins de Solesmes,\nest celle du rythme oratoire : il n'y aurait pas de mesure dans le chant\ngrégorien, mais une série de notes égales entre elles, où l'accent tonique\nmots marquerait seul des temps forts, Une courte communication de\nnoir-:, collaborateur Pierre Aubry, auteur de nombreux travaux sur le\nc îant Le 1 Eglise latine et des Eglises d'Orient, et partisan du rythme\ntonique, fut lue au congrès de Strasbourg par M, Gastoué. Deux ripostes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n275\n\ns'ensuivirent, publiées toutes deux par la revue Dans la pre-\nmière, le R. P. Fleury se déclarait « stupéfait de voir des écrivains instruits,\nérudits, maniant même fort bien la plume, sacrifier, à ce point, à l'aber-\nration commune et parer des sophismes véritables de tous les dehors de\nla science et de l'érudition. » Et il concluait : « L'effort de M. Aubry\nn'aura servi qu'à démasquer le pauvreté et le néant de sa base. » Le R. P.\nDechevrens, qui n'assistait pas au congrès, le prenait sur un autre ton.\nCette communication lui paraissait bien étrange et incompréhensible,\n« si elle vient réellement de M. P. Aubry ». Voilà des procédés auxquels\nnous ne sommes pas habitués, nous autres profanes, et si le Docteur\nCamille Mauclair, spécialiste de la debussyte, a pu déclarer mes articles\n« partiaux, obscurs, et écrits dans une langue que quinze ans d'incompé-\ntence littéraire ne lui permettaient pas d'assimiler à du français », du moins\nl'idée ne lui est-elle jamais venue de m'en contester la paternité; vraiment,\nje lai en sais gré aujourd'hui. Le Révérend Père continue avec sérénité :\n« On jugera de la bonne foi avec laquelle, soit M. Aubry, soit M. Gastoué,\nont pu faire au congres la communication susdite. » Son factum est uu\n5 octobre igos. Les réponses que MM. Aubry et Gastoué crurent devoir\nfaire à ces diffamations ne furent insérées que dans le numéro du 5 janvier\n1906. Tous les moyens dilatoires furent employés d'abord, puis toutes les\ntentatives de conciliation, lorsque les requérants eurent montié qu ils ne\ncéderaient pas. Très nettes, ces réponses établissent péremptoirement que\nle R. P. Dechevrens est parti en guerre sur de vagues racontars, et a entre-\npris de réfuter une communication dont il n avait pas eu connaissante,\navec des arguments dont les uns sont illusoires, et les autres fâcheusement\npersonnels. C'est pourquoi on ne peut qu'approuver M. Pierre Aubry\ndans les sages conseils qu'il donne, en terminant, à ses adversaires .\n« Voilà comment, à mon sens, le paragraphe 3 aurait dû suivre le sort\ndes paragraphes 1 et 2, c'est-à-dire n'être jamais écrit... Le R. P. Deche-\nvrens aurait évité défaire personnellement montre dune susceptibnue\ninvraisemblable, compliquée de quelque légèreté dans le soin de sa docu-\nmentation. Il m'aurait surtout évité de lui répondre. Et je lai fait, parce\nque j'estime que si le R. P. Dechevrens a eu le tort de prêter 1 oreille aux\npropos de quelque sot bavard, il se doit à lui-même d entendre la riposte\nnette et loyale que son erreur d'un jour aura provoquée.\n« Je sais bien, Monsieur le Directeur, qu'il est peu agreable, dans une\nrevue appartenant à des jésuites et rédigée par eux, de laisser mettre en\ncause un membre de votre Compagnie ; mais permettez-moi de vous dire\noue s'il vous plaît de vivre dans une tour d'ivoire, au pied de laquehc\nviennent s'éteindre les bruits du monde, il n'en faut point descendre pour\nchercher querelle à qui ne vous demande rien. Voila ce qu il convient ce\nfaire comprendre à vos collaborateurs. »\nSur cette même question du rythme grégorien d autres ,d'scu*s,°\"st\n_ mpme * mais de celles-là 1 intérêt est tojl\nsont eneaeees, en ce moment mcixic , mai*\nautre, car elle ne s'accompagnent pas dïnsinuattons ou d ■n,ures person-\nnelles. Aussi peut-on espérer que la science y trouvera son profit. Nous y\nreviendrons quelque jour.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.38", "texte": "276\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\nLA MUSIQUE A LYON.\n\nTristan et Yseult. Quatuor Rinuccini. Pablo Casais. Quatuor Bataille.\nLes théâtres et les concerts procèdent par crises, au point que Sarasate\nne trouve plus d'auditeurs... Mme Marguerite Carre chante la Vie de\nBohème ; Mme Carré est charmante, comme son mari : nous n'avions pas\nbesoin d'elle. Mais je n'en veux pas dire de mal, étant bien certain qu'elle\ncréera bientôt la Lépreuse à l'Opéra-Comique. Ses collègues MM. Duc\net Noté font la joie des Marseillais de Lyon. M. Broussan cherche une\ndirection. On a aussi repris Tristan, et la saison finira dans une épidémie\nde Wagner : il faut donner bonne impression aux émigrants de la Riviera.\nJe me demande à ce propos s il y avait lieu de reprendre spécialement le\nCrépuscule et Siegfried plutôt que l'ensemble du Ring : c'est peut-être un\nmauvais point que ces retours en arrière sur de pénibles conquêtes.\nOr Tristan aura déçu beaucoup de gens. Le totémisme wagnérien, qui\ns'est étalé pendant trente ans sur les périodiques de tous ordres, nous a\npréparé ridiculement à l'audition des œuvres. La musique wagnérienne\nest bien le contraire d'un domaine scientifique : il faut l'aborder démocra-\ntiquement, en simplicité d'âme, et ne point trop l'approfondir. Les\nconceptions légendaires et dramatiques de Wagner peuvent ne pas satis-\nfaire tout le monde. Il faut prendre ses œuvres dans leur ensemble (déjà\navec un léger sentiment de la chronologie), et surtout éviter le préjugé du\nmatériel wagnérien. Qui prétendrait que YOrphée de Gluck se suffise\naujourd'hui de sa primitive couleur locale ? La tradition de Bayreuth est\nexcellente: il est permis de la modifier.\nCette reprise de Tristan aura été marquée par un effort sincère dans le\nsens de l'homogénéité de l'interprétation. Cependant, au risque de me\nfaire honnir, j'avouerai que Mme Janssen semble perdre par instants de\nses moyens d'expression : le premier acte s'en ressent. Notre aimée can-\ntatrice s'est spécialisée dans un procédé de diction « tonique » (école de\nBayreuth) qui n'est pas toujours agréable. D'autant que cet état d'esprit,\npour ainsi dire, se communique aux autres interprètes. Bien plutôt que des\nharmonies marines, on eut par moment l'impression d'un déchaînement de\nsloughis dans l'orchestre (i). Mais le troisième acte fut supérieurement\ntraduit par la passion de cette artiste sincère, par le maladif enthousiasme\nde M. Verdier, la discrétion de M. Dangés et la gravité honnête de M. Ga-\nlinier. MUe Pierrick elle-même pleurait toute la naïveté fidèle de l'obéis-\nsante Brangaene. Et les décors étaient beaux, un peu byzantins peut-\nêtre.\nCe m'est une joie de penser que bien des gens trouveront ici l'enseigne-\nment d'une musique qui n'est pas simple agrégation de formules, que\nbien des critiques aussi, apprenant à craindre leur savoir, se replieront par\npudeur de la pénible familiarité des Maîtres. Combien ont tremblé comme\ndes lévriers, dans la peur de ce qui est sublime, ou supérieur, qui ne l'ont\navoué depuis qu'en sottes paroles ?... Et plus que je ne le supposais autre-\nfois, Tristan me paraît une œuvre personnelle, mais objective (2), et vit de\nla vie de Venise plus que de la passion triste du palais Calergi : Pharmo-\n\n(1) On peut croire que si l'orchestre était comme à Bayreuth, ce pro-\ncédé d'exposition serait moins sensible.\n(2) Ceci pour tous ceux que le trouble momentané de leur esprit entraîne a\nvouloir paraphraser l'amour de leur « dieu >/. La comédie du n'est pas acces-\nsible à tous."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n277\n\nnie en est lagunaire. Dans l'automne éternellement sonore de Chioggia,\nne suis-je pas bien certain d'avoir entendu déjà ces vieilles mélodies, que\nchantent les barques voyantes depuis la belle Portia ? Un érudit nous dira\nce que Richard Wagner, musicien, apprit de la mer dogaresse et des gon-\ndoliers de Saint-Marc.\n*\n* *\nLes concerts de musique de chambre sont intéressants, mais assez peu\nsuivis. Le quatuor Rinuccini donnait sa première audition de l'année. Le\ntreizième quatuor de Mozart est triste et précieux : l'interprétation, excel-\nlente, m a paru un peu « instrumentale » : c'est notre défaut dans la com-\npréhension de Mozart, et la Schola n'est pas près de nous en guérir. La\npremière audition du quatuor d'Emile Bernard, savant et tourmenté, a\ndéçu notre attente. Par contre, Beethoven est toujours digne de nos hom-\nmages et du culte que lui ont voué MM. Rinuccini, Chanel, Ricou et\nGaudet. « Divin vieillard ! » comme dirait l'autre.\nLes grands concerts entreprennent des tâches de plus en plus difficiles.\nIl faut noter pour cette fois une courageuse exécution du prélude de Parsi-\nfal et, avec le concours de la Schola Cantorum lyonnaise, de la scène\nreligieuse du premier acte. Le rôle d'Amfortas était naturellement absent,\nles décors aussi. On a jugé intéressant le chœur céleste dans la coulisse ;\nl'influence de M. Jean Reynaud y fut sans doute pour quelque chose. Je\nn'en dirai pas autant des fameuses cloches. Le public a paru fatigué.\nDe la symphonie en ut majeur de Beethoven (1°), qui ouvrait le concert,\nrien de particulier à retenir, sinon que c'est bien « du Beethoven », non du\nMozart (ce qui n'impliquerait pas infériorité), et que le second mouve-\nment a paru un peu vif : andante cantabile con moto, je crois. L énerve-\nment des préparatifs ne facilite pas la tâche du chef d'orchestre, qui doit\nsurveiller jusqu'au matériel de ses concerts. M. Frohlich nous est reve-\nnu, toujours dévoué aux intérêts de la Schola (i). L air de la Fete\nd'Alexandre, d'Hœndel, et les Deux Grenadier s, de Schumann, ont diverse-\nment sollicité la joie des diverses parties d'un public distingué. L'Elévation,\nde M. Savard, sur un poème de Baudelaire, consciencieuse et développée,\nn'échappe pas à la contrainte wagnérienne. On avait redemandé le Préludé\na l'après-midi d'un faune : l'accueil est chaleureux. Enfin l'ouverture\nSEuryanthe terminait cette longue séance : on a remarqué certains motiîs\ndu début qui ont pu inspirer le deuxième acte du Tannliauser. .\nCe concert mériterait une seconde audition. M. Witkowski se plaint\njustement de ne pouvoir reprendre ses programmes sans courir des risques\nfinanciers : nous sommes en cela inférieurs à nos voisins, que notre\ncuriosité ignore le goût de l'oeuvre d'art.\nLe public lyonnais, très prudent de sa nature, professe une sainte horreur\npour l'inconnu et ses mysïères, ce qui explique son abstent.on au con-\ncert donné par M. Spalding. Il en fut de même, je men souviens, pour\nKubelik et Stefi Geyer. Serait-ce à cause de ce peu d'empressement que\nles deux artistes, MM. Spalding et Bimboni, dépêchèrent leur Pr°gra™™\navec une rapidité et une désinvolture vraiment bien américaines . En c\noccurrence, je les absous de tout cœur. Pour être juste, je dois ala ver\n\n(.) M. Frôlich avait -nsacré une séance fnVrp'réTation\nhsPJ français le conçoit de .ou»\nchose profonde. M. Jean Reynaud 1 accompagnait."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.40", "texte": "278\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-06\n\ndéclarer que la soirée était peu attrayante. M. Spalding, quoique fort jeune,,\nest déjà sans conteste un virtuose de race : il possède une belle sonorité,\nclaire, agréable, et il se joue de la difficulté avec une remarquable aisance.\nNul doute qu'il n'acquière les précieuses qualités qui font les grands\nartistes : l'enthousiasme, le style, l'absolu respect de l'œuvre interprétée.\nPour le moment, son jeu n'éveille pas l'émotion chez l'auditeur. Ses défauts\nm'ont paru assez nets surtout dans l'adagio de la Sonate en ré mineur de\nSaint-Saëns ; par contre, quelle aisance et quelle légèreté dans les notes\npiquées de l'allegretto, et dans les doubles croches enragées du finale ! Il\ntrilla à merveille le fameux trille du diable, et, enfin, après l'inévitable Aria\nde Bach, admirable, oui, mais dont l'abus devient fastidieux, et VAbeille de\nSchubert, qui eut les honneurs du bis, il maltraita fort la 5e Danse hon-\ngroise de Brahms, dont il précipita le rythme, sans doute pour prendre\ncongé au plus tôt de son auditoire.\nQuant à M. Bimboni, rarement j'entendis un accompagnateur aussi\nprécis; mais quelle idée singulière de nous jouer ses œuvres ! Deux pièces\nde Schumann étaient inscrites au programme. Est-ce bien du Schumann\nqui fut joué ?\nAu concert de charité où nous applaudîmes le maître Planté, Pablo\nCasais et le quatuor Battaille, Taffluence était considérable. Ce fut une belle\nsoirée d'art. Que dire du célèbre pianiste qui ne soit une redite ? Je ne\npourrais que célébrer une fois de plus ses admirables qualités ; sa virtuo-\nsité qui se rit des traits, sa netteté dans le jeu, sa délicatesse dans le tou-\ncher. Je ne saurais trop louer cette interprétation vraiment personnelle. Je\nne veux retenir, parmi les pièces nombreuses portées au programme, que\nYAndante spianato et Polonaise de Chopin. qui provoqua un enthousiasme\nindescriptible.\nPablo Casais était un inconnu pour les Lyonnais. C'est un violoncelliste\nincomparable. La Sonate de Saint-Saëns et celle en ré de Mendelssohn\nmirent en valeur les éminentes qualités de ce grand artiste. Jamais il ne\nm'avait été donné d'éprouver impression aussi profonde. Ce qui, à mon\navis, caractérise son jeu, c'est une sonorité pure, une expression d'un\ncharme prenant et délicat, un fini et un lié étonnants. En outre, il se\nmontra merveilleux interprète de Bach, dans une Sarabande jouée avec\ntoute la simplicité et la sobriété qui conviennent à cet auteur. Aussi un\nsuccès triomphal fut fait à cet excellent artiste. J'ai goûté à l'entendre des\njouissances supérieures.\nLe quatuor Battaille se faisait entendre lui aussi pour la première fois.\nIl a reçu un accueil enthousiaste et mérité. Une parfaite homogénéité des\nvoix, un absolu souci des nuances et des demi-teintes, le placent au pre-\nmier rang. Des diverses pièces inscrites au programme, j'ai surtout aimé le\nsavoureux Madrigal de Pauré, et les Chants de VUkraine, si curieux, si\ncolorés.\nSoirée inoubliable. Je me permettrai en terminant une simple petite\nremarque, non pour les artistes, mais à l'endroit du public, qui inter~\nrompait chaque instant par des applaudissements prématurés les mor-\nceaux qu'il croyait toujours terminés; non point que cela m'étonne, mais\nc'est une amère constatation de plus que je fais.\n\nA. G."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n279\n\nCOURRIER DE NANCY.\n\nConservatoire : 5 concerts de l'abonnement.\nlERIER CONCERT. M. Gabriel Fauré n'est-il pas plus proche des tragiques\ngrecs par sa clarté mélodieuse et mélodique que des brumes de M. Maurice\nMaeterlinck ? La pureté de la ligne, dans sa musique de scène pour Pel-\nlé ci s et Mélisande, est telle, que nous l'attribuerions volontiers à quoi\nsouscrirait, je pense, notre compatriote Maurice Barrés en son savoureux\nVoyage de Sparte— àla touchante Iphigénie ou àla noble et sévère An-\ntigone.\nEt c'est alors le faune celui de Mallarmé, poète du Nord qui, dans\nla réaudition du Prélude à VAprès-midi..., sembleprofiter de tout ce que le\nclair-obscur musical de Debussy apporte de richesses nouvelles à la com-\nposition, et plus particulièrement à l'instrumentation : coloris plein de\ntrouvailles délicieusement neuves et chaudes.\nL'idéal traditionnel noblement représente avec le Concerto en ré mineur\nde Haendel, pour deux violons et violoncelle (MM. Heck, René et Fer-\nnand Pollain) et par la Symphonie en la (n° 7) de Beethoven.\nLe Carnaval romain nous prépare aux joies berlioziennes qui furent\nvives avec la reprise de :\n2E CONCERT. La Damnation de Faust. Concert plastique, si j'ose\nainsi écrire, ou plutôt victoire de la couleur au détriment, parfois, de la\nnuance. C'est ainsi que les chœurs, excellents dans les parties extérieures\nde l'œuvre et dans le truculent Pandœmonium, ne furent peut-être —\nsylphes ou follets d'un enveloppement assez Mais cela im-\nporte peu ; ce qui importe, c'est que l'on ait pu monter, dès le début de la\nsaison, « l'opéra de concert » de Berlioz, alors que les grandes auditions\navec masses chorales étaient reservees, d'autres années, aux derniers con-\ncerts de l'abonnement. Il est vrai que des collaborateurs tels que MM. Da-\nraux, Plamondon, Mme Faliero-Dalcroze et, pour Nancy, M. Bolinne,\nrendent la tâche un peu moins ardue au chef d orchestre.\n3fc CONCERT. M. Geloso, annonce, ne put venir par suite dun accident\narrivé dans sa famille : ce qui nous valut, une fois de plus, 1 interlude\norchestral de Rédemption, tantapprécié en cette vide, de religion franckiste,\net VAdagio de Ropartz, coulé sur l'alto par René Pollain.\nEt l'on ouït encore la Danse macabre de Saint-Saëns. Comme les musi-\nciens de M. Guy Ropartz ont beaucoup gagné en souplesse, ils en ren-\ndirent, avec plus de finesse encore qu'en de précédents concerts, les détails\nd'orchestration. Symphonie en ré mineur de Schumann, si jo îment\nrythmée, et d'une unité d'inspiration qui concourt à la rendre plus claire\nencore, pour nous Français.\n4e concERT. - Wallenstein de d'lndy. - 3* Symphonie d'Albéric Ma-\ngnard (reprises). Jamais l'orchestre ne fut plus en verve, plus colore,\nplus chaleureux dans l'entrelacement des thèmes de passion, plus mou-\nvementé que dans le cliquetis et les rumeurs du camp plus ample, plus\nmystérieusement religieux que dans 1 exposition fina eut eme eroiq\nLa Symphonie de Magnard est, à la fois, savante et simple dans ses\nexposés thématiques, souple et complexe dans les developpem.nts tres\nmodernes, encadrée dans les délimitations classiques. Le hautbois de\nM.Foucault soupira délicieusement dans la pastorale comme le co d\nM. Pollain à la fin de la deuxième partie de la trilogie de d Indy, alors q e\nrésonne, pour la dernière fois, le thème pathétique e îec a."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.42", "texte": "280\nLE MERCURE MUSICAL 15 IH-OÔ\n\nJe signale, pour mémoire seulement, 1 e Concerto en ut mineur de Beetho-\nven (Mlle Geneviève Dehelly, pianiste), que Pugno, lan dernier,nous révéla\nd'inoubliable façon (toute exécution du maître n est-elle pas une révéla-\ntion?). Dehelly ale toucher fin, sûr et délicat ; son louré est ravissant\nde grâce féminine ; elle doit jouer merveilleusement le Rameau, le Dacquin,\nle Couperin, voire même le Mozart... Elle n a ni 1 cime ni le poignet bee-\nthovéniens. Et l'Erard sur lequel elle se fît entendre n'était, lui-même,\nrien moins que beethovénien.\n5e CONCERT. Lorsque joue Ysaye, l'on se tait et lon écoute : c est, je\ncrois, la marque la plus haute d'estime que Ton puisse accorder à un\nartiste. Ysaye asa façon particulière de comprendre les musiciens :il a\nvéritablement ri, et, je dirais presque, dansé avec Mozart [Concerto en sol\nmajeur) ; il a communiqué au Poème de Chausson une âme vibrante, an-\ngoissée, douloureuse, très moderne, et, enfin, après les Murmures de la\nforêt (très au point, en ce concert), dans la forêt de murmures intjtulée\nSymphonie par M. Vreuls (ire audition), il donna perpétuellement l'impres-\nsion d'un soliste improvisant : et quel soliste ! et quelles improvisations !\ntandis que l'orchestre le soutenait, en le laissant, par instants, entrer plus\nintimement dans sa masse.\nSplendide concert, d'ailleurs,que celui-ci, donné au bénéfice delà Caisse\nde secours de l'orchestre (une noble et humanitaire création de M. Guy-\nRopartz) : Prélude du dernier acte de Tristan, avec le cor anglais lointain\nde M.Foucault et pages symphoniques de la ravissante Psyché de Franck...\nA l'instant où je rédige ce courrier, le monde artiste du pays lorrain\nfélicite M.Guy Ropartz, promu chevalier delà Légion d'honneur. La critique\navait, depuis longtemps et en tous lieux, célébré les efforts singulièrement\nheureux de ce vaillant tant comme compositeur que comme directeur\ndu Conservatoire et organisateur des Concerts symphoniques par abonne-\nment... Les pouvoirs publics sont plus lents à s'émouvoir que les froids\nNancéiens eux-mêmes. Ils ont compris enfin, cependant, ce qu'ils devaient\nà rart en la personne de M. Guy Ropartz ; grâces leur en soient rendues !\nMusique de chambre. A l'ancienne et renommée Société de mu-\nsique de chambre connue à Nancy sous le nom de Quatuor Hekking,\nM. Gérard Hekking, soliste du Concertgcbouv et professeur au Conser-\nvatoire d'Amsterdam, osa se mesurer, sans faiblir, au grand Bach, dans la\ndifficile Suite en sol majeur pour violoncelle seul, dont la pensée très haute\nne se révèle qu'à un petit nombre d'exécutants, ire audition d'une Sonate\npour piano et violoncelle de M. Jean Huré, qui tenait lui-même le Pleyel.\nCette oeuvre, par instants très séduisante, dont les mouvements principaux\nsont soudés entre eux par d'insensibles raccords, montre que M. Huré est\ncapable de musique sérieuse et logiquement déduite. Nous goûtions une\nfois de plus, en ce concert, le charme exquis de la diction de Mme Gérard\nHekking-Cahun.\nMM. Baillou, Fernand Pollain, Mlle Marguerite Moulins ont donné\ndune première œuvre du maître Franck (Trio en la dièse mineur), si cha*\nleureuse, si vibrante et vivante— àla Beethoven et, par instants, si peu fran-\nckiste, une interprétation de tout premier ordre. La sonorité, ronde, écla-\ntante sans aigreur, cristalline sans sécheresse, du Sfeinway, convient\nd ailleurs admirablement aux élans lyriques de la musique moderne.\nAu Conservatoire, salle des répétitions, très intéressantes séances\nA Histoire de la Sonate, pour violon et piano, données par M. Heck et\nMme Riehert-Collin, professeurs. ire audition de la Sonate de d'lndy, œuvre\ncolossale, pleine de périls et de beautés. Chaque audition précédée d'une\ncauserie de :\n\nRené d'Avril."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n281\n\nCOURRIER DE NICE.\n\nSociété Bach. M. Sarasate. La saison italienne,\nM. Sarasate et Mme 8.-M. Goldschmidt ont donné deux concerts au\nthéâtre du Casino. Rien de bien neuf dans leurs programmes : beaucoup de\nSarasate et de concertos trop connus. Il n'y a guère à retenir qu'une exé-\ncution intéressante, quoique trop personnelle, de la Sonate à Kreutzer.\nIl y avait moins de monde au concert donné le 16 février par M. Bret et\nla Société J.-S. Bach à la salle Rumpelmayer. Et ce dernier cependant\navait une bien plus haute valeur artistique. Il est certainement un peu pré-\nmaturé d'essayer de faire connaître Bach et Haendel aux Niçois, qui ont\ndéjà bien de la peine à se faire à Mozart, Beethoven et Schumann,\nou plutôt qui les ignorent autant les uns que les autres ; mais cependant\nce public nombreux qui était venu applaudir le grand violoniste espagnol\ndont le talent est consacré depuis longtemps, aurait fait preuve de plus\nde goût véritable en venant ensuite écouter la valeureuse phalange que\ndirige M. Bret. Les œuvres jouées étaient d'ailleurs on ne peut mieux\nchoisies. De Bach : un Concerto pour flûte, violon et piano, plein de vie ;\nune Suite en si mineur pour petit orchestre, composée d une ouverture et\nde six danses, le tout un peu monotone à cause de la persistance du mineur\net de l'âpreté du ton de si ; la Cantate nuptiale « O jour heureux », lumi-\nneuse, joyeuse, entraînante, un bijou que je conseille aux Scholce de ne\npas faire entendre trop souvent, de peur de la voir devenir bientôt popu-\nlaire : gardons pour nous ces trésors si longtemps cachés. « L'œuvre d'art\nqui ne se contente pas de susciter l'enthousiasme de quelques-uns devient\npar cela même pour les initiés polluée, banale. » Huysmans.)\nM. Motte-Lacroix a montré une virtuosité et un goût remarquables dans\nla célèbre Etude en ut mineur de Chopin, si tourmentée à la main gauche,\ndans un Scherzo de Borodine et Jeux d'enfants de Moussorgski, tous deux\npleins d'originalité avec des recherches de sonorités et d'effets qui donnent\nla sensation d'écouter un autre instrument que le piano.\nM'ie Mary Pironnay dans son costume clair, avec un ruban dans les\ncheveux, elle semblait descendue d'un tableau de Greuze a chante cinq\nVieilles chansons françaises recueillies par M. Vincent d'lndy. Recueillies ....\net commentées aussi, car, malgré sa discrétion, l'accompagnement ajoute\nest passablement expressif et même parfois insidieux. Dans 1 une, 1 interro-\ngation « M'aimeras-tu toujours? » est soulignée chaque fois d une qu te\naugmentée singulièrement dubitative. Dans une autre, lorsque a 1 amant qui\nSrpeTe ijs sa tombe répond la fiancée morte : . J'«-de U ««ptem\nla bouche » dit celle-ci, et ce subit et poignant réalisme fait frissonner\nencore davantage par les quelques accords dissonants qui le soulignent.\nLa partie de viokm solo était tenue par M. Daniel Hermann, et celle de\nflûte par M Paul Krauss. Un pareil ensemble et de pareilles séances font\nhormeur à M. Bret. Un tel régal nous est malheureusement trop peu sou-\nvent servi à Nice.\n***\nPendant ce temps, au dehors sévit la Matchiche, et aux théâtres muni-\ncipaux la saison d'opéra italien. Nous avons déjà subi Lucta de Lfl\"îe™™or'\najec le texte original la Tosca,la Bohetc., tantôt en italien, tantôt en\nfrançais et ce qui es't mieux, souvent dans les deux langues ala fo.s Le\nîrançais, ex, ce qu annrécié à sa valeur il ne hurle pas —)\nténor Constantino (pas II chante alors tous ses rôles en\nn'est pas encore accoutume a notre idiome, u cnainc a"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.44", "texte": "282\nLE MERCURE MUSICAL I Ç-Itl-OÔ\n\nitalien, pendant que les autres artistes s'expriment en français. Ne criez pas\nà la chienlit : Nice est le pays du carnaval.\nGrâce à la venue de M. Delmas pour créer William Rattcliff (déjà dis-\nparu de l'affiche ; Siberia, mal joué, en est à la quinzième !), nous avons eu\nd'assez bonnes représentations de la Walkyrie. Mmo Pacary s'est révélée\nune excellente Brunehilde. M. Imbart de la Tour, Siegmund, a eu de très\nbeaux moments, et Mlle Mazarin a été une Sieglinde assez émue. Malheu-\nreusement les huit Walkyries chantaient si faux au dernier acte que\nM. Delmas, en les entendant, finissait presque par faire comme elles.-\nQuant à l'orchestre, surmené, obligé d'aborder tous les jours une œuvre\nnouvelle, n'ayant qu'un nombre insuffisant de répétitions, il a fait ce qu'il\na pu. La plupart des mouvements pris par le chef d'orchestre étaient trop\nrapides. Les violons s'entendaient à peine, et leurs traits difficiles n'étaient\nque des à peu près d'à peu près. On aurait vainemeut cherché devant le\nproscenium les six harpes et les couples de tuben prévus par Wagner.\nCeux-ci, au 2e acte, au moment où Brunehilde apparaît à Siegmumd,\njouaient, les uns à deux temps, et les autres à quatre ! L'effet était... pitto-\nresque. Gela suffit pour gâter une soirée, comme un caillou rencontré dans\nun plat vous empêche d'achever votre assiette. Tout cela joint à des décors\nbanaux, à des clairs de lune aveuglants, des toiles se rejoignant mal, lais-\nsant ainsi un espace vide entre deux parties d'un mont, enfin à un je ne\nsais quoi de provincial, des escaliers mal dissimulés dans les rochers, des\nfeux de bengale enfantins, font moins regretter que l'on n'ait pas monté\nle Crépuscule des Dieux.\nUn mot encore : la Walkyi~ie a été jouée quatre fois devant une salle\ncomble. 11 y a donc un public pour ce genre de musique. Le tout est de\nsavoir et de vouloit- l'attirer.\n\nEdouard Perrin.\n\nCOURRIER DE LONDRES.\nDeux « biggest show on earth».\nL hiver, à Londres, fleurissent les pantomimes. Qu'on ne s'y trompe\npas . une pantomime anglaise n'est point muette ; elle résonne d'éclats de\nrire, de plaisanteries, d allusions très actuelles, de chansons up to date\nreprises en chœur et suivies de danses; ces sortes de pièces à grand spec-\ntacle ne s apparentent nullement à de brefs actes parisiens, tels que celui,\ngrec, où, sur de la musique de Jean Nouguès, Colette Willy mime et\ndanse, Faune chèvre-et-garçon.\nA Drury Lane triomphe la pantomime dans toute sa splendeur et sa\npuérilité. Cinderella s y métamorphose suivant des rites immuables, en\ndes décors parfaitement féeriques, j'entends « de contes de fées » qui sem-\nblent sortir des Fairy taies illustrés par Walter Grane. Il faut aimer\ncette naïveté délicate que complètent, sans la détériorer, toutes les res-\nsources de la machinerie et de l'électricité modernes. Ah ! la mise en scène\net les costumes de Cinderella, tout ce qu'ils évoquent de souvenirs d'en-\nance attendris ! O enluminures criardes et magnifiques ! Citrouille qui\nse trans ormeen carrosse et lézards en laquais, j'admire de vous voir ainsi\nreaises devant mes yeux de vingt-huit ans. Je suis transporté d'une joie\nan me et immense, certainement je rêverai cette nuit du beau bal"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n283\n\nprincier et de la pantoufle de cristal. Je rajeunis à chaque tableau et,\nau prochain entr'acte, je vais dépenser au moins Jour pence à m'acheter\ndes bonbons acidulés. Voici les finales apothéoses ; je reste pétrifié dans\nmon fauteuil, les yeux écarquillés, et le tonnerre (i) de Dieu tombant à\nmon coté ne me ferait pas tourner la tête. Les mots me manquent, positi-\nvement : « Oh ! mon vieux, c'que c'est chic ! >* me paraît la seule formule\nappréciative, définitivement. Je m'y tiens.\n... Fragson ténorise dans Cinderella avec son talent connu et des allures\nfranco-anglaises Whispers of Love, Mal de mer et autres couplets adroits\nperpétrés, ainsi qu'une scene d'entente cordiale, très amusante, par\nPercival, le meilleur des... Referees ; Harry Randall, Walter Passmore et\nArthur Williams se montrent d'une bouffonnerie aiguë, charmante, de\nmeme qu'un chat qui s'avère bien remarquable comédien ! Beaucoup de\ndanseuses et de chorus girls entourent agréablement Miss Queenie Leigh-\nton et Miss Mary de Sousa, qui chantent simplement de la musique simple,\nMiss Polly Emery, qui veut bien s'enlaidir, Miss Mabel Robbins, exquise\nchasseresse.\n*\n* ¥\nJ'estime qu'on peut, sans exagération, considérer le Nero du His Ma-\njesty's Theatre comme une pantomime d'hiver. Voici l'empereur, ce co-\nmédien affolé d'effets, Agrippine et Poppée, ces reines de féerie, les\nchorus girls de la villa impériale, les cortèges héroïques et bruyants, et\nBritannicus, ce parfait « principal boy » dont Mr. Esmé Percy a su rendre\nla grâce éphébique, jambes nues sous la toge prétexte.\nSans crainte aussi, peut-on affirmer que la pièce a pour auteur Mr. Beer-\nbohm Tree plus que Mr. Stephen Phillips, encore qu'on y déclame des\nvers de ce poète, que Paolo jugerait indignes de Francesca ; et Ton est trop\noccupé à découvrir la mise en scène pour prêter l'oreille à des mots.\nDonc, le prodigieux succès est dû : aux tableaux reconstitués avec tant\nd'art et de science par l'actor-manager, que ce soit la splendide orgie de\nBaiae avec ses esclaves asiatiques et égyptiens portant des paons dressés,\nd'authentiques vases d'or, des lamproies vivantes dans des globes de\ncristal azuré, ou les chevaux blancs de rentrée à Rome, ou l'impres-\nsionnant incendie de la Ville Eternelle que Néron excite de ses chants;\nau talent et à la conviction de ces excellents artistes qui ont noms\nMrs. Tree, Miss Constance Collier, Miss Dorothea Baird, Mr. Basil Gill,\nMr. Fisher White, Mr. Robert Farquharson, Mr. Esmé Percy et Mr. Tree\nlui-même, Néron majestueux, fantasque et cabotin; à la musique de\nscène de Mr. Coleridge Tailor, adroite, curieuse et bien sonnante (un\nentr'acte gracieux et expressif intitulé Poppcea, une Marche triomphale,\nla Danse des esclaves languide et la triste Chanson de Britannicus,\nparticulièrement réussis); aux décors, effets de lumière et costumes arran-\ngés par Mr. Percy Macquoid; aux vers, enfin, qu'on n'entend guère, et à\nl'action qui n'existe pas de Mr. Stephen Phillips, auteur dramatique.\nX.-MARCEL BOULESTIN»\np. S. — Encore que le Saint James's hall soit en démolition, le nom-\nbre des concerts ne diminue point : d'innombrables solistes attirent\ndans des salles diverses d'innombrables personnes. Parmi les plus fêtés,\nM. Léon Delafosse, tout récemment, au Queen's hall obtint un succès\nflatteur aussi bien comme compositeur que comme virtuose, accom-\npagné par the London Symphony Orchestra, sous la direction de^\nMr. Landon Ronald.\n(1) Je sais bien, maintenant, que ce n'est pas le tonnerre qui tombe, mais la foudre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.46", "texte": "284\nLE MERCURE MUSICAL 15-111-O6\n\nCOURRIER DE MANCHESTER\nElizabeth d'Irvel.\nOn a donné hier soir au Hallé Concert un des meilleurs programmes\nde la saison. Dante de Liszt occupait toute la seconde partie, et l'exécution\na été aussi satisfaisante que possible. Comment se fait-il qu'on n'entende\npas plus souvent les œuvres symphoniques de Liszt ? Quelle profondeur\net quelle science ! Nous avons surtout goûté les admirables passages où\nles thèmes, tout d'abord introduits par les instruments à vent, sont repris\npar les violons et les harpes et traités avec une originalité sans artifice et\nsans prétention. L'élément vocal apporte un délassement inattendu après les\ntourments de l'enfer et l'angoisse du purgatoire.\nLe concert avait commencé par une Ouverture de Chérubini jouée avec\nfinesse et une grande précision de détails. — L'Enchantement du Vendredi\nSaint, dans Parsifal, fut un véritable enchantement, mais nous fit languir\naprès des cuivres qui eussent rendu plus largement encore ce que Wagner\nincarné dans Richter a voulu leur faire dire.\nLe soliste était M. Wilhelm Backhaus, l'enfant chéri de Manchester. Il\na commencé par un Concerto de Bach pour piano. Sa technique n'est pas\nagaçante, — le jeu est de velours — cette technique est même si parfaite,\nqu'elle donne parfois l'illusion que celui qui la possède comprend ce qu'il\ninterprète ; — pourtant sa compréhension de Bach laisse encore à désirer.\nIl joue trop Bach comme Mozart. C'est joli à entendre, mais non puissant.\nUn Impromptu de Schubert habilement disséqué avec les doigts et le\ncerveau, mais peu senti, puis un Scherzo de Chopin où les coudes, les\ncheveux (et ils ne manquent pas sur la tête de M. Backhaus, c'est une\nauréole d or !) aidèrent à un succès délirant auquel nous ne contribuâmes\npoint.\nNous étions cette semaine dans une délicieuse petite ville du pays de\nGalles, Bangor. Ce n'estpasun centre musical de professionnels musiciens,\ncomme 1 on dit ici, mais plusieurs membres de l'Université y sont passion-\nnés de musique et le prouvent d'une façon fort intelligente. Ils avaient\norganisé une soirée consacrée aux œuvres d'Elgar. Ce compositeur ne nous\nest en général pas sympathique, mais il serait injuste de ne pas faire men-\nton de ses œuvres vocales. Elles nous ont procuré de charmants instants.\nThe Snow par exemple, autrement dit la Neige, trio pour deux soprani\navec acp^mPagnenient de deux violons et piano, est du plus\njo 1 e et et a été délicieusement interprété. Trois autres chants en parties\nsont également très intéressants et mériteraient fort d'être entendus à Paris.\n\nÉCHOS\npera-Comique. M.Jean Périer, le noble et pur artiste à qui\nnous evons un Pelléas inoubliable, vient de nous être ravi, pour deux\nmois, par Monte-Carlo. Nous appelons, de tous nos vœux, son retour.\nAu Trocadéro. L'acoustique si défectueuse de cette salle va-t-elle enfin\nJ,a,m? 1(^ree • On parle d une Commission, qui à l'unanimité aurait\nzîtr f donner sulte à certaines expériences et de procéder à des essais,\nVon» nnCOnK°T$utreS VOUé de M* Bourdais, architecte du monument,\nvoila un echo de bon augure, dont nous souhaitons la confirmation."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n285\n\nA Monte-Carlo Nous nous faisons un plaisir de citer les lignes si\nfermes et si dignes de notre éminent confrère George Vanor (dans la\nPresse du 27 février) sur les mœurs spéciales de ce lieu célèbre que le\ndirecteur d'une revue soi-disant musicale qualifiait récemment de « para-\ndis terrestre » :\nNous ajournons notre compte rendu des œuvres représentées à l'Opéra de\nMonte-Carlo par la raison que nous n'y avons pas encore assisté.\nLa dignité du critique musical nous semble incompatible avec V acceptation\ndes avantages offerts par la direction en échange d'un compte rendu.\nCertaines années, nous avons vu MM. les représentants de la presse musicale\nparisienne logés, nourris, blanchis, recevant d'une main de Y argent pour jouer\net de Vautre un article tout fait qu ils expédiaient sans le lire à leur journal.\nCertes, le fait de quitter un Paris boueux et noir d'Apaches pour des terres de\nlumière et d'azur n'offre rien de désobligeant en soi ; mais il faut accepter de\ndîner tous les soirs avec quelques confrères prostitués et toaster à un rasta en\nlevant son verre de coco de Sedlitz, et puis signer une gerbe d'éloges que l'on\nn'aura pas tressée soi-même, risquer à la roulette de l'argent qui ne vous coûte\nrien, mais perdre les quelques louis plus honnêtes que l'on avait apportés ; il n'y\na pas de quoi déshonorer sa signature.\nEt quel orgueil peut éprouver un compositeur à relire dans les journaux des\ndithyrambes qui ont été rédigés par le caissier de la roulette ? Quelle vanité y\ngoûteront des artistes au courant de tous ces truquages ? Et le public, croyez-\nvous qu'il ne voie pas l accompagnement d'or monétaire à lamélodiede la louange\nlyrique ? Croyez-vous quil n'évalue pas le tarif des éloges et le prix à forfait de\ntous ces boniments ?\nQuune maison de jeu commandite des journaux ou achète leur silence, c'est\naffaire au brelandier, cela ne concerne pas le critique musical. Mais ce qui inté-\nresse toutes les personnes s\"occupant de musique, c'est que la Coupe du roi de\nThulé ne cède pas à la croupe du roi de Monaco, et c'est que le rateau obscène ne\ntouche pas les cordes divines de la Lyre.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est une publication d'un puissant\nintérêt pour tous ceux qui s'intéressent au théâtre et à la musique, car il\ndonne le répertoire de chaque théâtre, toutes les premières représenta-\ntions avec la distribution des rôles, les noms de tous ceux qui composent\nl'administration théâtrale, les noms de tous les artistes lyriques et drama-\ntiques.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est, en outre, d'une utilité de pre-\nmier ordre pour tous les commerçants dont l'industrie se rattache au théâ-\ntre et à la musique, car il donne la liste des abonnés de l'Opéra, de la\nComédie-Française et de l'Opéra-Comique ; la liste et les adresses des\ncompositeurs, chefs d'orchestre, organistes, maîtres de chapelle, profes-\nseurs de chant, d'instruments, par genre de professorat, auteurs, artistes\nlyriques et dramatiques, des chefs de musiques militaires et civiles, des\namateurs artistes, des sociétés chorales, harmonies, fanfares, etc., etc., et\ncela, non seulement de Paris, mais de la province et de l'étranger.\nL'Annuaire des Artistes (20e année) est, de plus, illustré et renferme\nplus de cinq cents portraits de notabilités artistiques, avec leurs biogra-\nphies écrites dans une note très parisienne.\nL'Annuaire des Artistes (20© année) contient enfin des renseignements\ngénéraux sur le ministère des Beaux-Arts, sur 1 Institut, sut le Conserva-\ntoire de musique et ses succursales en province, sur les écoles de musique,\netc., etc.\nIl n'a pas fallu moins de vingt ans à M. E. Risacher, directeur-fonda-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.48", "texte": "286\nLE MERCURE MUSICAL I j-111-OÔ\n\nteur, pour établir ce travail formidable, et la collection de ces dix-neuf\nannées constitue positivement le livre du théâtre et de la musique.\nVAnnuaire des Artistes (20e année) est un superbe volume de i.500 pages\nrichement relié, format grand in-B°, dont la place est marquée dans la\nbibliothèque de ceux qui s'intéressent à la musique et au théâtre.\nEnvoi franco contre mandat-poste de 7 francs, adressé à M. Emile Risa-\ncher, r67, rue Montmartre, Paris.\nEcole des Hautes Études Sociales. M. Louis Laloy, directeur\ncure musical, fera, le 19 et le 26 mars, à 4 heures, sur\nYExotisme dans la musique moderne. Le 29 mars, à 9 h., concert de mu-\nsique moderne.\nConcerts Barrau. —M. Wilhelm Backhaus, lauréat du concours Rubins-\ntein de IQOS, donnera deux concerts, hors série, le 19 mars à 9 h. et le\n21 mars à 4 h.\nAutriche-Hongrie. On nous annonce d'Autriche-Hongrie l'arrivée pro-\nchaine à Paris, où il ne donnera que quelques concerts, du maître violo-\nniste Kneisel, que toute la grande presse de Pologne, où il est actuellement\nacclamé et fêté, donne comme seul rival possible à Kubelik. Ces grands\néloges, qui, nous assure-t-on, ne sont pas immérités, seront un attrait de\nplus pour son récital auquel les dilettanti ne manqueront pas, nous en\nsommes sûr, de se presser en grand nombre.\nLa Société J-S. Bach, sous la direction de M. Gustave Bret, a donné,\npendant le mois de février, une série de concerts dans leMidi de la France,\nnotamment à Cannes, Nice, Grasse, Valence, etc. Partout où elle s'est fait\nentendre, le public et la presse ont été unanimes à reconnaître la perfec-\ntion de l'orchestre et l'excellence des solistes : M\"e Mary Pironnay, dont\nla voix si fraîche et si pure fit merveille dans des airs de Bach et dans de\nvieilles chansons françaises, le pianiste Mothe-Lacroix, le violoniste Daniel\nHerrmann, le flûtiste Krauss.\nLe concert du vendredi 21 marsaur a lieu avec le concours de Mme Wanda-\nLandowska, qui, pour permettre la comparaison entre les instruments\nanciens et modernes, se fera entendre tour à tour sur le clavecin, le piano-\nforte et le piano. MUe Carlotta de Féo, cantatrice, et M. Joseph Bonnet,\norganiste, prendront part à la même séance.\nLe samedi 3i mars, la Société J.-S. Bach, sous la direction de M. Gus-\ntave Bret, donnera à Versailles un grand concert avec orchestre.\nM. J.-J. Nin donnera, le 21 mars, à 9 heures, salle iEolian, un concert\nd'œuvres de J.-S. Bach.\nAu programme :\nCapticcio sopra la del suo fratello dilettissimo ; fragments\ndes Suites ; Sarabande avec i 5 variations ; en majeur;\nSinfoniaen fa mineur ; Prélude en bémol mineur ;\nFugue n° 1 de 1 Art de la Fugue ; Fantaisie chromatique et fugue, etc.\nCours Chevillard-Lamoureux. Une fâcheuse série de grippes nous a\nprives de plusieurs intéressants numéros du programme du 24 février\nconsacré aux compositeurs français et belges.\nilotons les succès de Mi'es Bouquet dans Hérodiade, Eriol dans la Pro-\ncession, de Franck, Charpentier dans les strophes de Roméo et Juliette, de\nBerlioz."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n287\n\nPuis les auteurs accompagnant leurs œuvres furent acclamés, tels le\nmaître Die mer, et Léon Moreau, ainsi que leurs excellentes interprètes\nMes Emma Grégoire et b lise Mayrargue. La charmante Mm* Fernand\nepas dut bisser 1 air de Manon, quelle détailla de si exquise façon.\nDeux ravissants chœurs d'Arthur Coquard furent exécutés à la perfection\nsous la direction scbre et précise de M. Fr. Barrau ; le beau timbre de\nvoix de Mlle Savard fut très goûté dans le solo.\nLe triomphe de cette matinée fut sans contredit pour Mlle Gabrieile\nNotich, qui chanta d'une façon remarquable l'air de la Coupe du roi de\nThulé de la Damnation ; voix fort belle, des mieux posées, musicalité\nintelligente et interprétation artistique et sobre. L'ovation faite à cette\njeune artiste fut des plus méritées.\nDes nombreux morceaux chantés par l'éminent professeur Mme Chevil-\nlard, nous avons surtout goûtéune délicieuse mélodie de Marty, au Matin,\net laspirituelle interprétation de lahabanera de Féliciter MmeChe-\nvillard de son beau talent ne serait pour nous qu'une redite ; cette fois,\ncomme toujours, elle nous tint sous le charme de son autorité musicale.\nElle fut accompagnée à la perfection par MUe Bussière.\nDes scènes d'opéra qui clôturaient ce programme, une seule put être\nexécutée : le duo de Sigurd,par M'i® Labarthe (déjà applaudie dans un\nair des Béatitudes) et M. Dulac, ténor à la fort belle voix. M\"e Labarthe\nnous semble particulièrement douée pour le théâtre, son talent vocal et\nses attitudes très réussies furent fort appréciés, son excellent partenaire\npartagea son succès ; et la parfaite aisance de ces deux jeunes artistes,\nqui semblent des habitués des « planches », fait le plus grand honneur à\nl'intelligent enseignement de leur maître Mme Jane Arger.\nBravos aussi pour les dévouées accompagnatrices Mmes Raff et Bussière,\nqui se prodiguent en ces séances avec autant de modestie que de talent.\nLe sottisier musical. « Salle comble et très brillante assistance hier\nsoir à l'Opéra-Gomique. On y remarquait M. Siegfried Wagner, le fils du\nMaître de la tétralogie, qui donnait le signal des applaudissements. »\nFigaro du 22 février 1906.\n« Pour se hâter et courir plus que ses jambes vers des horizons multiples\net changeants, il n'est que son inlassable pensée. » L. AUGÉ DE LASSUS,\nRevue musicale du i 5 février 1906, page 90.\n« Mais, pour être couvés plus longtemps, les oiseaux de haut vol et de\nbeau ramage n'en prennent, le jour venu, que mieux leur envolée et leur\nessor. Il fut des âmes, il en est une surtout et qui demeure voisine et chère\nà celui-là dont le nom achève ces lignes, pour toujours croire au retour et\nà la rencontre de Saint-Saëns. » L. AUGÉ DE LASSUS,\ni 5 février 1900, p. 92.\n« Mme Wanda Landowska est une survivance du xvue et du xvine siè-\ncles. » A. M., Monde musical, ier mars 1906, p. 51.\n« Quand nous aurons relaté ses récentes tournées en Angleterre, en\nEspagne, en Italie et en Belgique, toutes couronnées du plus vif succès,\nnous aurons montré l'aurore d'une carrière qui marque une renaissance\ndans l'art d'interpréter. » A. M., M iermars 1906, p. si.\n« Jamais il ne nous fut donné d'entendre un violoniste plus délicieux,\nplus parfait que M. Pablo Casais, qui se produisit au dernier des\nConcerts. Son succès fut énorme. » —Monde musical, iermars 1906, p. 64."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060315-01.1.50", "texte": "288\nLE MERCURE MUSICAL — I5MII-06\nLe Directeur-Gérant : Louis Laloy.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES.\nLes RR. PP. Bénédictins de Solesmes : Paléographie musicale, 68e et 69c\nlivraison. Paris, A. Picard.\nR. P. Dom Burge : Examen des théories\nParis, Victor Lecoffre. .\nFrédéric Hellouin '• Le Noël musical f 1 ans, Joanin.\nLorenzo Parodi •Le livre des lierceuses. Milan, Giudici et Strada.\nCamille Saint-Saëns : Pliaéton.Petite partition d'orchestre. Paris, Durand\n.et fils. . . . ,\nCamille Saint-Saëns : Le Rouet d'Omphale. Petite partition d orchestre.\nParis, Durand et fils.\n\nCALENDRIER DES CONCERTS.\ni 5 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle iEolian.\n16 mars. Salle iEolian.\n17 mars. Salle Erard.\n19 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nAgriculteurs.\n20 mars. Agriculteurs.\n21 mars. Agriculteurs 4 h.\nSalle iEolian.\n22 mars. Salle iEolian.\n23 mars. Salle Pleyel.\nSalle jEolian.\n25 mars. Agriculteurs.\n27 mars. Agriculteurs.\n28 mars. Salle Erard.\n29 mars. Salle Erard.\nSalle Pleyel.\nSalle iEolian.\n30 mars. Salle Pleyel.\n31 mars. Salle Erard.\nM. Busoni.\nM. de Greef.\nM. Lulek.\nQuatuor Parent.\nM. Lazare Lévy.\nM. Busoni.\nM. Debroux.\nM. Backhaus.\nSociété philharmonique.\nM. Backhaus.\nM. J.-J. Nin.\nM. Lulek.\nMlle Labarthe.\nQuatuor Parent.\nConcerts Lefort.\nPhilharmonique.\nM. Busoni.\nM. Duttenhofer.\nSociété des Compositeurs.\nM. Lulek.\nMm« Landowska.\nM. Magnus."}]}