{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_sha256": "9397e7322957e7cde363bad784e56ebb881802afc8a30c8288f99fd3c0abed32", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/04/01_01/bmtnabh_1906-04-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/04/01_01/bmtnabh_1906-04-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.1", "debut_caractere": 225, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "Sommaire\nJEAN MARNOLD Les sons inférieurs\nRiema(suite).\nARMANDE DE POLIGNAC... Pensées d'ailleurs.\nIVIARTIAL TENEO... Miettes historiques.\nJEAN P0UE1GH....... Au pays d\nLouis Laloy, C. de Malaret, Ch. Chambellan, Jean Poueigh, Jean Chanta-\nvoine, Jean Leroux, A. 8., M. S., C. D., Paul Dubot : Les Concerts.\nRaymond Bouyer : Le Quatuor Parent.— Willy:\n—Louis Laloy : Les Revues. Edouard Perrin :\nMonte-Carlo. H. G. : Courrier de Lille. 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HUGO RIEMANN\n\n(i)\nNous avons examiné, l'un après l'autre, les arguments pré-\nsentés par M. Riemann au bénéfice de son hypothèse, sans dé-\ncouvrir, où que ce soit, la moindre raison plausible impliquant\nl'éventuelle réalité d'une « résonance naturelle », constituée\npar la série de « sons inférieurs » imperceptibles, quoi qu'on\nfasse, en dépit de leur existence objective ou généralement quel-\nconque. A mesure que nous avancions, au contraire, ce dont\nnous fûmes le plus « frappés », souvent jusqu'à quelque stu-\npeur, c'est de devoir constater, à la fois, le néant des preuves\nannoncées et l'étrange mentalité trahie par une ratiocination\ntournant trop volontiers au parfait bafouillage. J ai pris garde,\nen citant l'auteur, d'indiquer la page et l'endroit où chacun\npuisse vérifier l'invraisemblable exactitude de l'interprétation\nproposée, et, du moins partout ou il offre quelque sens ima-\nginable, j'ose ajouter que le texte de M. Riemann a plutôt\ngagné à la traduction que j'en donne en français. Notre lan-\ngue, en effet, plus que toute autre analytique, se prête mal à\nl'équivoque. Sa souplesse exige une inexorable précision. On\nne peut s'en servir sans effort que poui dire quelque chose, et\nquand on a quelque chose a direqu on conçoit nettement. L al-\nlemand, avec ses préfixes mobiles et divers, ses combinaisons\nfacultatives de plusieurs mots pour en former un seul, et par-\nfois l'inventer, a conserve un peu de la raideur et de 1 acciden-\n\n(i) Voir la ire année, nOB i, 3, 5, 11 et '3> et la 26 année> n° '•"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.4", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "telle obscurité de certains idiomes agglutinants. Si quelques\nécrivains de génie en surent créer des chefs-d'œuvre, il reste un\nmerveilleux instrument de verbiage ambigu, alambiqué ou vide,\nà la disposition des esprits adéquats. Transposée dans sa phra-\nséologie flasque, la pensée de M. Riemann apparaît une équivo-\nque opiniâtre ; elle se noie dans un délayage inconsistant d'ex-\npressions vagues, de termes passibles d'acceptions différentes,\nle tout enchevêtré au hasard d'assertions arbitraires, contra-\ndictoires ou baroques, enfilées à la queue leu leu. Quand on\ncroit la saisir, dans la cuvette où trempe son incohérence, elle\nvous glisse entre les doigts comme un savon mouillé. La\nbesogne est ardue, non moins certes qu'ingrate, de traduire ce\nfatras dans notre clair français.\nAussi n'est-on pas surpris de voir la même équivoque incohé-\nrente présider à l'exposition de son système, au cours des écrits\nsuccessifs où M. Riemann s'évertua d'édifier, de soutenir ou\nde défendre sa théorie et ses idées. En 1891, nous l'avons re-\ntrouvé préoccupé, comme en 1875, d'établir « l'existence objec-\ntive des sons inférieurs dans l'onde sonore », après n'en avoir\nvoulu démontrer tout d'abord, Logique musicale, que « la\nréalité inconsciente dans notre représentation » et « l'importance\ndans notre sensation ». Entre temps, il avait manifesté des vel-\nléités évidemment moins ambitieuses, mais assez essentielle-\nment différentes. Dans son ouvrage sur l'histoire de la notation\nmusicale, Studien \\ur Geschicht\non rencontre un chapitre intitulé : « La transformation de la\nconception dans le sens du mineur et de la conception dans le\nsens du majeur. » Ce que M. Riemann, en son jargon opaque,\ndénomme A uffassung in Mollsinne « conception dans le sens\ndu mineur » lui paraît légitimé par la pratique du Messel\ndans la musique arabe.\n« Les auteurs, dit M. Riemann, entendent, par Messel, l'u-\nnité de mesure d'après quoi la longueur de corde du son grave\nde l'intervalle est mesurée ; cette unité de mesure est la lon-\ngueur de corde du son aigu de l'intervalle. (p. 78.) Il\nn'est pas nécessaire de relater ici tous les détails assez compli-\nqués de cette théorie, pour montrer ce qu'en prétend tirer\nM. Riemann. Elle est basée sur la division d'une corde tendue\n(ou représentée par une ligne) en 12 parties égales. Admettons\nqu'une de ces parties soit la longueur de corde correspondant\nà. un mi (1 ), le double ou 2 parties semblables constitueront la\nlongueur de corde correspondant à l'octave inférieure, faisant\n2 fois moins de vibrations, ou mi(|) le triple ou 3 parties sem-\nblables donneront la douzième inférieure faisant 3 fois moins\nde vibrations ou /a (§) ; etc. ."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.5", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "« C'est-à-dire, constate joyeusement M. Riemann (p. 78), les\nsons inférieurs, par la série des multiples pour la longueur\nde corde, dessous-multiples pour le nombre de vibrations\ndu mi (1) au douzième ».\nEn effet, les voilà ; ce sont bien eux : saluons ! Et M. Rie-\nmann exulte d'en avoir enfin déniché quelque part la série,\ndu moins jusqu'au douzième. Malheureusement, au risque de\nrefroidir l'allégresse de M. Riemann, et quelque regret qu'on\nen ait, on est bien obligé d'observer que, pour former la série\nsuccessive de ces « sons inférieurs », on les fabrique successi-\nvement l'un après l'autre en prenant chaque fois une corde de\nlongueur différente. On en pourrait faire tout autant au moyen\nd'un piano ou d'une harpe accordés pour la circonstance, et cette\nopération, à coup sûr, serait malaisément comparable au phé-\nnomène de la « résonance naturelle », où une corde en vibra-\n* '\ntion totale effectue spontanément des vibrations partielles con-\ncurrentes et produit, à soi seule, à la fois le son fondamental\ncorrespondant à sa longueur entière et la série de ses harmo-\nniques supérieurs.En tant que « série opposée » à celle-ci,\ncomme résonance naturelle inférieure, on ne voit guère quel\navantage auraient acquis les « sons inférieurs » à ce qu'on\nles puisse réaliser artificiellement grâce à cet expédient vo-\nlontaire. M. Riemann, du reste, se contente ici d'ergoter sur\nla « conception dans le sens du mineur », et semble avoir\noublié, non seulement la nature et les définitions fournies par\nlui de la « série inférieure », principe et fondement de sa\nthéorie, mais, même, jusqu'à ce dont il s'agit exclusivement\ndans l'espèce, à savoir : 1 'harmonieet sa « dualité essentielle »\nexprimée par la symetrie antagoniste des ciccoi cis majeur et\nmineur. Car, dévidant l'écheveau de sa phrase cotonneuse, il\ncontinue «Si cela doit déjà nous étonner, que la séiie des\nsons inférieurs constitue la base d'un système musical, comme,\ndepuis Rameau, chez nous, la série des sons supérieurs, les\nautres résultats doivent encore plus nous surpiendre » (p. 7s)*\nLa musique arabe étant demeurée et ayant toujours été mo-\nnodique, l'étonnement de M. Riemann apparaît quelque peu\nnaïf. A l'origine de tout artmonodique ou homophone, on\nrencontre une division de la corde analogue, doù déiivent les\nprincipes, sinon l'organisme tout entier du système, ainsi"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.6", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "que je le montrerai ailleurs à propos de la musique grecque, —-\net cette division régulière oppose précisément un obstacle in-\nvincible au développement de l'harmonie, aussi longtemps que\nl'emploi systématique en est conservé dans l'art peuple.\nNous en reparlerons plus loin et à due place. Mais examinons\nd'abord comment, de théories d'un art compilées\npar un rédacteur persan du xive siècle, à une époque où l'har-\nmonie naissait à peine dans le contrepoint de notre polyphonie\noccidentale, M. Riemann sait obtenir des « résultats » extraor-\ndinaires, pouvant se rapporter à quelque conception harmoni-\nque issue des combinaisons simultanées de l'art sonore. La\nréponse est de « l'extrême simplicité » qu on finit par s accou-\ntumer d'admirer chez M. Riemann.\nLa traduction dont il se sert, et d'ailleurs l'unique existante,\nest celle que Kiesewetter et l'orientaliste von Hammer-Purg-\nstall ont publiée en 1842 sous ce titre : Die Musik der Araber.\nM. Riemann y trouve, transposé d'une langue qu'il ignore, le\nterme « consonance » employé couramment, mais avec la\nréserve ci-après, spécifiée dans une note au bas de la page\n25 : « Les Orientaux, dans leur ne connaissant pas\nl'harmonie au sens de notre conceptic'est-à-dire la simulta-\nnéité de deux, trois sons différents ou plus, il s'ensuit que, chez\neux, on ne doit pas entendre les expressions\nsonant ou non consonantdans l'acception usitée chez nous de\nconcordance ou accord, de dissonance ou discordance, mais\nbien comme désignant, par rapport à un son donné,\ntion agréable ou désagréable à Vou'ie provenant de la marche\nconsécutive des sons successifs (1). »\nLa précaution est formelle et son énoncé d'une clarté la plus\nlimpide. M. Riemann, néanmoins, non seulement se garde d'en\nciter le texte, mais n'en a cure. Il assimile avec sérénité les con-\nclusions de Schirazi à celles de Helmholtz concernant «\ndes harmoniques consonants», et se réjouit de ce « résultat\nsurprenant » que, comme l'Allemand pour les «\nsupérieurs », l'Arabe ou Persan arrête, au « son inférieur 6, la\nsérie des consonances » (p. 79). Ala vérité, dès la page sui-\nvante, M. Riemann a une autre stupéfaction en constatant,\nchez Schirazi, la « dissonance de la sixte majeure » ; mais ce\nnouveau c résultat » ne le démonte qu'un instant, et lui four-\nnit justement l'occasion de rechercher, dans notre polyphonie\noccidentale à ses débuts, l'origine de l'admission, par les théo-\nriciens, de la sixte majeure parmi les consonances, dont, après\nen avoir dénié le mérite authentique à Guido, il attribue\n\n(n Les mots soulignés le sont dans l'original."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.7", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "le premier témoignage écrit à « Engelbert cTAdmont au\nxin® siècle » (p. 80).\nM. Riemann est d'une bonne foi évidente. L'équivoque\napparaît chez lui, non pas certes un moyen, mais comme une\nsorte de fonction naturelle du cerveau. Les concepts s'y défor-\nment spontanément, y marinent et s'y dissolvent, pour cristal-\nliser peu à peu en arguments hétéroclites, desquels il use en\ntoute sincère et imperturbable assurance. Ses « Studien \\ur\nGeschichte der Notenschrift» datent de 1878. Il a publié, en\n1900, « Les Eléments de ïEsthétique musicale », traduits en\nfrançais par M. G. Humbert (Alcan, 1906). On y lit à la page\n146 : «... En effet,les Arabes dém la\ntervalles uniquement par la série\néchelle naturelle introduite par Zarlino dans la théorie occi-\ndentale, sous le nom de divisione » Et c'est ainsi\nque, après quelques années de gestation crânienne dans la\nmatière grise de M. Riemann, une série de dou\\e sons,\nproduite artificiellement par la pratique du en prenant\nchaque fois une corde de longueur différente, et servant à\nexprimer la relation entre deux sons dans un art\nnodique, - est devenue «la série des harmoniques inférieurs »,\n(autrement dit « des sons inférieurs » objectivo-subjectifs de\nM. Riemann), une « échelle naturelle » servant à « démontrer\nla consonance des intervalles » à l'instar de Zarlino, lequel, en\npleine floraison du xvie siècle, édifiait la théorie d'un art\nmonique et polyphonique.\nLe procédé, comme on voit, se divulgue d'une « extrême\nsimplicité », et son inconscience peut seule excuser la tranquille\naudace des affirmations candidement... erronées aux fins de\nconclusions tendancieuses. Celles-ci, pourtant, nen demeurent\npas moins incohérentes, en dépit du secours de l'équivoque.\nM. Riemann lit vite, comprend de travers ou pas du tout et jouit\npar-dessus le marché d'une mémoire labile. Comme le lievre,\nil la perd en courant. Il sait bien où il veut aller et il yva par\ntous chemins, mais en route il oublie généralement doù il est\nparti. Nous l'avons suivi pas à pas dans 1 exposé des fon-\ndements de son système, dans le dédale de ses déductions et,\nmême en admettant momentanément avec lui ses hypothèses\nles plus gratuitement téméraires, il nous est arrivé rarement,\nsinon pas une fois, de discerner quelque lien continu entre ses\nprémisses et ses conclusions. Bien mieux, des unes aux autres, 1\nn'apparut le plus souvent pas le moindre rapport soupçonnable.\nEn passant de l'examen des principes à celui de leur applica-\ntion théorique et pratique, le résultat est tout pareil. Un seu\nexemple suffira pour montrer l'éternelle équivoque et ses effets."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.8", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "M. Riemann ne reconnaît « que trois fonctions tonales de\nl'harmonie : celles de tonique, de dominante et de sous-domi-\nnante », et il en établit comme suit le schéma des modes\nopposés majeur (ascendant) et (descendant). Quoiqu'il\nnéglige de le faire, (on craint de s'expliquer pourquoi),\nnous y distinguerons selon notre coutume les sons produits par\nquintes et ceux produits par tierces par des initiales\nou minuscules.\nOn obtient ainsi pour le m dans la tonalité de\nDo :\nFa la Do mi Sol si Ré\noù Do est le son Prime de l'accord de tonique\nmi Sol ;\net pour le mode mineur,dans le ton dit « relatif » :\nsi Sol— mi Do\noù mi, tierce majeure du/)o précédent, est le son Pnime de l'ac-\ncord mineunde tonique mi Do\nCeci posé, reçu d'ailleurs et combiné de Hauptmann et de\nvon Œttingen, si nous ouvrons le\nde M. Riemann (1887), nous y rencontrons un nouveau chiffrage\nde son invention (p. 10 à 17), où les intervalles supérieurs\nou ascendants du mode majeur sont désignés par des chiffres\narabes, et les intervalles inférieurs ou descendants du mode mi-\nneur, par des chiffres romains. Ce chiffrage va delà prime\n(1, I) à la dixième (10, X), sans omettre la septième que l'auteur,\nconformément aux prémisses de sa théorie, qualifie « »\n(p. 13) et note 7ou VII.\nM. Riemann, au surplus, paraît persévérer dans cette voie,\nque lui-même choisie, en étudiant, un peu plus loin, les\n« accot ds de septième naturels » (p. 65), dont le premier est ce\nqu il nomme :\n« l accord majeur de septième »\nSol si Ré FA,\net où nous distinguons la 7e FA en l'écrivant en majuscules\nitaliques.\n101 me correspondante dans le sens du mineur », continue\nM. Riemann, est :\n« Vaccord mineur de septième » (Mollseptimenaccord)\nla —Fa —ré —SI.\nvfc>, '^emann a soin d'observer que, malgré les faibles\n1 eiences dues au tempérament ou à la pratique, ces disso-\nnances sont redevables de leur douceur à leur origine naturelle\net correspondent respectivement aux sons 4, 5,6 et 7 des réso-\nnances opposées « supérieure » et « inférieure ».\n. -cm abordant les accords de nM. Riemann réitère"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.9", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "une démonstration analogue (p. 78), pour établir par les sons\n4, 5, 6, 7 et 9 l'extraction naturelle de\n« Vaccord majeur de neuvième » (grosser Nonenaccord)\nSol si Ré FA La.\nMalheureusement il ajoute aussitôt : « L'ensemble des sons\nde cet accord de neuvième est, soit dit en passant, la réunion\n(Zusammenklang) de l'accord majeur de septième\nRé FA —et de l'accord mineur de septième\nSI. »\nGrâce à la représentation graphique des sons que nous avons\nadoptée pour en distinguer, au moins superficiellement, les\nfonctions de quinte, de tierce et de septième, la confusion saute\naux yeux du premier coup. Hauptmann, Helmholtz et von\nŒttingen employaient une séméiographie plus complexe et plus\nexacte, encore que diverse, que M. Riemann ne pouvait ignorer\net n'ignorait point, car, jadis, il en fit un usage éphémère. La\nmienne, tout incomplète et élémentaire qu'elle soit en réalité,\nl'eût prévenu immédiatement de son erreur. Pourquoi\nM. Riemann a-t-il renoncé volontairement à une sauvegarde de\nce genre ? On a peur de le deviner trop aisément. Elle eût fait\néclater dès l'abord et en tout endroit l'incohérence et l'inanité\nde son système.\nIci, cet accord de neuvième majeure sur dominante, composé\ndes sons supérieurs 4, 5, 6, 7 et 9, pourrait être transcrit en\nvibrations réelles :\nSol (756) si (945) Ré (1134) FA (i 323) La (1701),\net ses quatre premiers sons formeraient bien, en effet, un\n« accord majeur de septième » dans la tonalité de dont\nl'accord majeur de tonique serait (504)\n(756).\nA partir de ce mi de 630 vibrations et dans le ton dit « relatif »\ndont l'accord de tonique mineur serait mi (630) Do (504)\nla (420), on obtiendrait, en continuant la série des sons infé-\nrieurs |, |etf, un « accord mineur de septième », qui, trans-\nposé à la même octave que l'accord de neuvième ci-dessus, s'é-\nnoncerait en vibrations réelles :\nla(1680)\nOr, aucun des sons de cet accord ne coïncide avec ceux de\ncelui que M. Riemann affirmait les renfermer dans son «\nmenklang ». Sans doute, M. Riemann peut arguer que des\ndifférences de vibrations de ff ou sont imperceptibles dans la\npratique, et même bien moindres que celles qui s y produisent\nfatalement et sont tolérées par l'oreille. Mais quand M. Riemann\ndéclare qu'un accord de 9e natu contient et réunit deux\naccords de 7e naturelle dont il vient d établit 1 oiigine et la"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "constitution à l'aide d'harmoniques naturels supérieurs ou\n« inférieurs », il ne s'agit plus de pratique ou de tempérament ;\nil s'agit de théorie.\nDès la préface de cette étude, j'ai cité cet avis de M. Riemann,\nextrait de ses Preludienund Studien : « Ce qui est, en tout cas,\nindiscutable, c'est qu'une combinaison sonore simultanée ou\nsuccessive n'est concevable et ne peut être comprise que tou-\njours et exclusivement dans le sen d'un intervalle naturel juste,\net jamais d'un intervalle tempéré. Et il est notoire que l'emploi\ndu tempérament dans la pratique musicale ne porte aucune\natteinte à cette interprétation. » Or, dans l'exemple qui nous\noccupe, M. Riemann identifie en les confondant des sons fai-\nsant fonction de quinte, de tierce ou de septième naturelles,\ndémontrées telles, ou conçues telles, à la même page et par lui-\nmême en 1887, à vrai dire, tandis que\nsont de 1895. Mais la profession de foi tardive apparaît trop\névidemment surérogatoire de la part d'un théoricien qui veut\nbaser tout son système sur le phénomène d'une réso-\nnance inférieure dont il s'acharne à prouver l'existence objec-\ntive ou autre.\nLa vérité, c'est qu'en l'espèce l'équivoque était indispensable\nà ce théoricien *, il en badigeonne la façade de son système, qui\nsans cet expédient ne ferait pas une minute illusion, même à\nson inventeur. Si M. Riemann a renoncé si vite à la représen-\ntation symbolique par quoi Hauptmann, Helmholtz et von\nŒttingen spécifiaient plus ou moins strictement la qualité des\nsons considérés, c'est peut-être pour en avoir obscurément\nperçu les inconvénients et redouté les conséquences. Rien qu'en\nfaisant la distinction entre les seules quintes et tierces, et en\nconfondant les septièmes avec la sous-dominante du majeur ou\nha et le son aigu prime de l'accord de dominante « inférieure»\ndu mineur ou si, M. Riemann aurait dû remarquer que « l'ac-\ncord majeur de neuvième » ainsi obtenu :\nSol-si-Ré-Fa-La,\nne 1 éunit point en son ensemble sonore « l'accord majeur de\nseptième » :\nSol-si-Ré-Fa, \\\net « l'accord mineur de septième » :\nla-Fa-ré-si ;\npuisque, dans ces accords, les sons et re, et diffèrent\nala fois d intonation et de fonction.\nM. Riemann a sans doute inconsciemment préféré esquiver\nce contiôle perpétuel autant qu'incorruptible. En écrivant les\nnoms des sons en caractères identiques, quels qu'en fussent le\nîappoit d intervalle et la fonction subséquente, en adoptant"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.11", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "un nouveau chiffrage aussi imprécis à cet égard que le chif-\nfrage ancien et mécanique de la « basse générale », il n était\nplus gêné pour transporter les spéculations de sa théorie dans la\npratique ; mais il y aboutit naturellement àun enseignement\nscolastique dont le principe inéluctable est\nCertes, M. Riemann avait parfaitement le droit d'élaborer à\nson tour un « Traité d'harmonie pratique », d'inaugurer une ter-\nminologie et un chiffrage de son cru, et d'en confectionner des\naccords ou des exercices en négligeant les différences très faibles\nou imperceptibles à l'oreille qui distinguent les sons ptoduits\npar des rapports d'intervalle naturels d'une absolue exactitude.\nAssurément, il en avait le droit comme tout le monde. Mais,\nalors, à quoi bon ses « sons inférieur », leur théorie piéalable\net nécessaire, leur existence objective ou quelconque ? Pourquoi\nse prévaloir d'un phénomène « naturel », invoquer ses lois,\nses propriétés essentielles, ses éléments constitutifs et leurs\nrapports d'intervalle rigoureusement déterminés par une ex-\npression numérique laquelle déteimine non moins ngou\nreusement les fonctions harmoniques des sons correspondants .\nTout cela ressemble trop à de la poudre aux yeux pour ne\npas suggérer irrésistiblement un formidable sine ai\nbeaucoup plus simple de penser que, ici comme ailleurs, M. Kie-\nmann une fois de plus, dans sa course empressee, atout bonne-\nment oublié son point de départ. M. Riemann, néanmoins, est\npeut-être excusable. L'équivoque est inhérente à son système\net si, dans l'analyse des œuvres de l'art musical, 1 mterpretation\ndes combinaisons simultanées et successives apparaît dejal iort\ncompliquée ou délicate au point de vue de la « résonance\nnaturelle supérieure », l'intrusion des « sons inférieurs »\nfait que doubler la difficulté. v txme\nMais l'équivoque est inhérente et obligatone a tout y\nqui prétend légiférer à son gré le phénomène sonore, 1 exploiter\nàsa guise, en prendre et en laisser, y choisir a sa conven,\nafin de justifier des préjugés, des postulats arbitraires et d e\ncodifier les dogmes d'une théorie immuable et au\nmépris de l'évolution imperturbable et continue dont e : P*s\nnous offre le témoignage immémorial. C est le cas de la theone\nbLée sur l oppisition §des modes majeur et mmeur, de quo.\nM Riemann emprunta l'essentiel à Arthur von Œttingen\nvaleur^éventuelle de ce qui, dans son œuvre appartient\nen propre à M. Riemann, apparaîtra sans dou e et\ndamment jugée par l'ahurissant acabit dont se révéla le dialec\nS.\"expérimentateur ou l'érudit citant et utilisant ses soui-\nces ïl' n était peut-être pas inutile de divulguer le pnx des a -\nguments du plus prolixe avocat des « sons mfeneu - ,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.12", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1126, "texte": "n'aurais certes pas aussi longuement commenté ce fastidieux\nsalmigondis, si l'incroyable fécondité de l'auteur ne lui avait\nassuré peu à peu dans sa patrie une influence qui tend à se\nrépandre chez nous pour y vulgariser, sous le couvert de leur\nspéciosité scientifique, les errements de von Œttingen. Nous\nexaminerons plus loin le principe même de ce système, qui ne\nrepose guère au fond que sur un jeu de chiffres. Auparavant\ntoutefois, et puisque c'est à la Squ'il sévit avec tous ses\ndangers rendus plus redoutables par la sincère conviction et\nla haute probité artistique dont s'honore cet établissement, il\nne semblera pas superflu de montrer jusqu'où l'illusion mathé-\nmatique et la nécessité de l'équivoque peuvent entraîner des\nthéoriciens d'intelligence avertie et sérieuse à l'égal de von\nŒttingen, et de cerveau manifestement plus limpide que\nM. Riemann. Le chapitre intitulé « L?Harmonie », dans le\nCours de Composition musicale du maître Vincent d'lndy (Du-\nrand et fils, éditeurs), et rédigé par M. Auguste Sérieyx,\nnous en fournit un exemple frappant.\n(A suivre.)\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c006", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 13, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.3", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande de Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1740, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\nMUSIQUE PURE\n\nLa musique est un cadre.\nLorsqu'on va au concert, c'est comme si on s'asseyait devant\nun cadre dans lequel on aurait omis de mettre le tableau. La\nmusique n'est pas pour elle-même ni par elle-meme. Elle\ndevrait nous accompagner dans la vie, ou plutôt nous devrions-\nla vivre. Elle devrait moduler le rythme de nos mouvements, -\nde nos respirations. Alors seulement elle serait nécessaire et\nagréable.\nLa musique n'est que la douce suivante du rythme, son\nvêtement irradescent, une de ses incarnations préférées pai\nlaquelle il se manifeste délicatement.\nMais il ne suffit pas d'entendre le mouvement, alors qu'on\npeut aussi le voir, et la vue seule n'est pas encore la musique\ncomplète. Il faut les deux côtés de l'arche qui par la juxtaposi-\ntion de leurs poids harmonieux formeront 1 ensemble juste dans\nson délicat équilibre : c'est la Danse qui est la vie complète de\nla musique.\n• • • • • *\nAu commencement était le chaos.\nLe Rythme vint, et la matière se mit lentement en mouve-\nment. Tout se leva en un mouvement de danse. Les volcans\njetèrent leurs écharpes de fumée et les mondes tournèrent, les-\nvents s'élancèrent en spirales, les atomes vibrèrent en d harmo-\nnieux quadrilles, l'eau avança et recula gracieusement en des\nrévérences éperdues, les plantes se balancèrent sur leurs pieds,\nles oiseaux sautillèrent en petits pas de pavane, 1 éléphant se\nbalança d'une jambe sur l'autre avec l'oscillement rythme du\nhumains épousèrentà leur tour le rythme. Les\nJavanaises balancent leurs mains comme les.arbres>\nleurs feuilles. Les filles des pays chauds glissent comme es\nserpents. Les enfants du froid ont les ssauvage, et lourd» soûl -\nvements de la danse de l'ours, les chutes de la matière rudi-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.14", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "mentaire encore attachée au sol. Les filles de l'Occident s'en-\ntourent de nuages comme ceux qui drapent leurs climats. Les\nderviches ont les tournoiements inclinés de la rotation autour\nde l'axe. Les filles d'lbérie bondissent frénétiques, la tête baissée\npuis rejetée en arrière, comme le font les jeunes taureaux\naiguillonnés de banderilles. Les filles d'Orient tremblent de\ntout leur long comme le reflet des joncs dans l'eau moirée\npar le vent. Et les Grecs dansaient comme dansèrent les Dieux.\nC'est par le rythme que s'élevèrent les Pyramides, c'est par\nla vibration que tombèrent les murs de Jéricho. De même\nqu'une note continue peut faire éclater un verre ou crouler un\npont, il est vrai que le rythme seul est la puissance : force et\ndouceur. Et la danse est sa terrestre amante. Puis la musique\nparla, et son souffle compléta la Trinité sublime : Rythme-\npère, Danse-principe féminin et musique-verbe.\nIl faut que le rythme devienne pulsation, il lui faut la pério-\ndicité. Inutile de le varier sans répit avant que l'on ait pu s'ac-\ncorder sur lui. De là, beauté de la danse qui épouse un rythme\net s'exprime par lui de toutes les manières, enlacée de cette\nchaîne subtile, coulant sa souplesse à travers son régulier batte-\nment, et ne le quittant pour un autre que pour être de nouveau\nfidèle, soumise, abandonnée à celui-ci.\nIl faut que le rythme entre dans le sang, dans les battements\nde notre cœur, que l'on respire sur lui, qu'il devienne l'accord\nde notre être, afin que nous connaissions son infinité et que\nnous le comprenions comme le comprend l'éléphant lorsqu'il\nse balance d'un côté, puis de l'autre, sans trêve. C'est le rythme\nqui nous apporte le message de l'infini, du temps et de l'espace.\nEt voilà pourquoi la musique pure est peut-être la musique\nde danse. La musique dramatique, celle qu'on appelle expres-\nsive et qui suit de près la parole, perd son intérêt dès qu'elle\nest détachée de ce centre.\nEt ils 1 ont bien compris, eux, les grands, chez qui l'intime\nmusicalité suivait son chemin, jamais esclave des circonstances,\nchez lesquels la musique est et sera toujours par elle-même.\nCeux qui ont su peindre le mouvement et au fond desquels,\nmême cachée sous les apparences, vibre la musique de danse\nétemelle, peut-être à leur insu, souvent invisible aux autres. Et\nc est e le, la musique vraie, qui a passé dans leurs œuvres. La\nmusique qui existe pour sa propre musicalité et qui, même\nmotivée par des situations, actes ou pensées, reste elle-même et\nenve oppe 1 œuvre comme un voile mouvant dont le fluidique\nc arme ira poiter sa caresse à tous les temps et à tous les\npeuples. r\nEt parmi leurs noms furent ceux-ci •"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 957, "texte": "Mozart, aux échappées d'enfantgénie, aimé des dieux; Rossini,\navec sa fougue irréprimable ; Mendelssohn, aux graciles envo-\nlées ; Schubert, duquel Wagner disait : « Il est comme une\néponge ; lorsqu'on presse dessus, il sort de la musique » ;\nBeethoven, dans le Scherzo de YEret le Finale de la\ntumultueux débordement où son âme sauvage s'exprima enfin\nen un cri semblable à elle-même et en jubila farouchement ;\nChopin, avec sa fougue désespérée, jeune roi entouré de\nsplendeurs qui porte une profonde blessure au cœur; Berlioz,\naux touches fantasques ; Weber,ivre d'exubérance; Lully, char-\nmeur, et Gluck, au triste menuet tendre et poignant ; Wagner,\naux lourds vautrements de dragon, au pénible et éternel\ntravail des forges; Schumann, instrument aveugle du rythme\ndominateur ; puis enfin le prestigieux Bizet, dont la musique\nen fête sait plaire, ce qui est, au bout du compte, la seule chose\nqui importe.\n\nArmande de Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c008", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.4", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "Martial Teneo", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nUNE VOCATION FAUSSÉE.\nQui se souvient aujourd'hui d'Antony Lamotte, le compo-\nsiteur de centaines de morceaux de musique de danse qui firent\nles beaux soirs du Bal Valentino, du Jardin Mabille et du Châ-\nteau des Fleurs sous le second Empire ? Cet artiste, qui eut\nson heure de célébrité comme chef d'orchestre dirigeant ses\npropres œuvres, n'était point destiné à terminer ses jours\ndevant un pupitre de « meneur de danses ». Ancien éleve de la\nmaîtrise de Soissons, il avait fait, dans sa prime jeunesse,\nd'heureux essais de musique sacrée. « C'est dans cette voie qu'il\neût voulu poursuivre sa carrière, disait le de Saint-\nQuentin, en 1854; mais on ne s'étonnera pas qu'il s'en soit\nécarté, si l'on songe à la presque impossibilité de bâtir là, sans\npierre d'attente, une fortune artistique. »\nOn vantait alors son instrumentation vigoureuse, sonore et\npleine d'effets, ses mélodies originales et distinguées, titres qui\nrecommandaient ses productions dansantes et leur assuraient\nun succès justement mérité. Le journaliste Souplet disait de lui:\n« Obligé de changer de route, M. Lamotte n'a pas tardé à\npercer la foule, et le sceptre de Musard a passé dans ses mains.\nIl trône dans la salle Valentino, à la tête d'un vaillant orchestre\nqui exécute admirablement ses œuvres. La vogue est acquise\naux quadrilles, valses, polka, mazurka, redowa et à tous les\nmorceaux qu'il édite. La vogue n'est pas toujours la mesure du\ntalent ; mais, cette fois, elle nous paraît parfaitement justifiée,\ncar M. Lamotte a donné à sa spécialité, jusque-là assez mince,\nun cachet d'originalité et de distinction remarquables. »\nL'ancien auteur de musique sacrée venait de publier, pour\npiano et violon, Les papillotes de et\ncrit ; son quadrille à orchestre, La chasse aux Cosaques, faisait\nfureur, et sa valse de circonstance, A minuit dans la mer Noire\n—on était au lendemain du siège de Sébastopol, était, paraît-\nil, « une véritable symphonie entraînante et passionnée. »"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.17", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "Mais Lamotte regrettait le passé. Mme Solange Mathé (i),\nqui collectionnait des autographes de musiciens, lui ayant\ndemandé quelques lignes, il écrivit la curieuse lettre qu'on va\nlire et qui déborde d'amertume :\n« Madame,\n« En ajoutant à la missive que j'ai l'honneur de vous adresser,\nces quelques lignes, un fragment de catalogue de mes œuvres,\nainsi qu'un des nombreux articles de journaux que je possède,\nj'ai en vue surtout de me rendre plus digne devant vous de la\nplace que vous voulez bien me réserver dans votre collection\nd'autographes, plutôt que de céder à un mouvement d'amour-\npropre mal placé.\n« Etrange destinée que la mienne ! Elevé dès l'enfance dans\nla froide austérité des maîtrises et des séminaires jusqu'à ma\nphilosophie inclusivement, que j'achevais à l'âge de dix-huit ans,\nn'étudiant, ne chantant que dans des livres religieux, formé de\nbonne heure et exclusivement à l'école de la musique sacrée\ndes grands maîtres, passer ensuite quatre ans dans le classique\nprofessorat et les fonctions poétiques de maître d'études ; puis\nau bout de tout ce grave début qui me menait sans contredit\nen ligne directe vers la chapelle ou tout au moins la sym-\nphonie, aboutir à la salle de bal, à la polka et à la contre-danse,\nn'est-ce pas, Madame, vous l'avouerez avec moi, le plus étrange\ncontraste, la plus imprévue des conclusions ? une de ces ano-\nmalies incompréhensibles enfin qui donnerait matière à rêver\nau philosophe, et au réformateur social un ample sujet de\nréflexions sur la direction vicieuse des vocations.\n« J'ai la conviction inébranlable qu'avec de fortes et sérieuses\nétudes musicales, je serais à l'heure qu il est, sans doute, 1 un\nde nos auteurs lyriques en renom, et que j'aurais écrit des opéras\naussi vite que j'écris des redowas et des schottischs, etc. Dieu\nen a décidé autrement. Arrivé à Paris comme tant d'autres,\nriche d'illusions, de cœur et de courage, j'espérais que mes\ntitres d'ancien élève de maîtrise et de séminaire, joints à deux\npartitions de deux messes solennelles à grand orchestie, m au-\nraient facilité l'accès d'une église pour y tenii le bâton de\nmaître de chapelle. Je fus cruellement désabusé à cet égard,\net je trouvai dans la salle de bal ce que je demandais en vain à\n\n(1) S'agit-il ici de la femme de Félix Mathé, l'homme politique l'irré-\nductible républicain désigné pour la déportation a Cayenne, en 18; 1, et\nqui, ayant heureusement échappé aux mains des prescripteurs, vécut a\nl'étranger jusqu'à l'amnistie de 185 g? Cette Mme Mathe demeurait a Paris,\n27, rue de Chevert."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.18", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "l'église, c'est-à-dire un emploi et une position. Ce ne fut pas\ndu reste sans mal ! pendant huit années je souffris dans\nl'ombre et la froide obscurité de ma mansarde d'artiste une\nexploitation inique de la part d'un homme qui sans la moindre\nnotion des premiers élémens de l'art et sans avoir jamais émis\nune seule idée mélodique, y gagna néanmoins avec mes œuvres,\nqu'il signait effrontément, une réputation européenne et le\nfauteuil le plus brillant de chef d'orchestre des Bals de Paris,\ncelui du Jardin Mabille et du Château des Fleurs, qu'il occupe\nencore aujourd'hui.\n« Si trompée, comme tant d'autres, par cette auréole de répu-\ntation usurpée, fruit de mes veilles et de ma vous\nétiez dans l'intention de mettre dans votre collection d'auto-\ngraphes le nom du maestro Pilodo,je vous en conjure, Madame,\nbrûlez le mien plutôt que de le mettre auprès de celui de cet\nestimable exploiteur. Mes souffrances d'autrefois, ma réputa-\ntion péniblement acquise, la justice et la vérité me font un\ndevoir de vous demander cette grâce. Il y a là pour moi une\nde ces histoires intimes des douleurs cachées qui font époque\ndans la vie d'un homme, et qu'un artiste oublie encore moins\nque tout autre *, la fierté de l'exploité se révolterait à l'idée d'être\nmis au niveau d'un exploiteur inepte et incapable.\n« L'histoire de ces iniquités est du reste aujourd'hui fort en\nvogue à Paris : n'ai-je pas vu\nmes ordres et simples contrebassiers, deux maîtres de chapelle\nd'églises importantes de Paris?... C'est le de l'ab-\nsurdité et le contrepoids de la bizarrerie de ma vocation artis-\ntique ! Ces deux admirables industriels vivaient de\nmatin et du bal le soir,suivant l'expression du poète, et ils con-\ntinuent même à l'heure qu'il est leur spirituel et profane com-\nmerce. C'était bien la peine en vérité pour moi de porter toutes\nmes aspirations artistiques vers la noble profession des Pales-\ntrina et des Allegri, quand je devais, plusieurs années après,\navoir sous ma baguette de ménétrier, avec la faculté de les ren-\nvoyer à ma fantaisie, deux adeptes de cet ordre musical, dont\ntout le mérite consistait à racler plus ou moins juste de la\ncontrebasse !\n«La vie est parfois une amère dérision Si le spirituel et\nméphistophélétique Berlioz avait connaissance de pareilles\nmonstruosités musicales, je crois, Madame, qu'il lui en pren-\ndrait un rire homérique à ébranler tout l'olympe musical.\n« Vous me pardonnerez, Madame, je vous en prie, tout ce\nverbiage inconséquent et d'une longueur démesurée. Ne\nm avez-vous pas donné le droit d être un peu expansif avec\nvous, en me demandant mon autographe ?"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.19", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "« Merci donc mille fois de cœur pour cette demande de\nvotre part. Si je puis vous être agréable en quoi que ce soit\ndans ma spécialité musicale, à laquelle je suis maintenant\nrivé jusqu'à la fin de ma carrière, je me ferai un vrai plaisir\nde l'être à votre égard.\n« Je joins à cette épître un second autographe, dans la crainte\nque ma petite lettre ne convienne pas à la dimension de votre\nrecueil : ce dernier remplira moins de place.\n« Agréez, je vous prie, Madame, mes salutations les plus\ndistinguées,\n« A. LAMOTTE (I).\n« 108, rue Saint-Honoré,\n« p s. Cette lettre est écrite depuis six semaines. J'ai\nattendu, pour vous l'envoyer, la publication de\nnade dont je vous prie d'agréer la dédicace avec les deux exem-\nplaires ci-joints. (Paris, ce 12 octobre 1854.) »\nOn peut admettre qu'Antony Lamotte, s'il avait été servi par\nla chance, aurait pu se faire un nom dans la musique d eglise\nvers laquelle le dirigeait sa première éducation. Visiblement\ntourmenté du désir de faire « grand », à la manièie de Bel liez,\nil connaissait certainement les ouvrages et en particulier la\nMesse du fameux romantique dont M. Adolphe Boscnot\nnous a si joliment conté l'histoire par le menu. -■ Lamotte dut\nsouffrir profondément de se sentir condamné à faire aanser ses\ncontemporains, dans un lieu public où les filles dominaient.\nEn dépit du succès que lui valaient ses quadrilles : Benvenuto\nCellini, Le gros péché, Le Mariag\nnantes; ses valses: Ophélia, Catarina Cornaro, Lenore; ses\nredowas :La favorite de Mabille, Minette, La belle ; eveuse , ses\npolkas : La triomphale, Pomponette, itérés -, ses schot-\ntischs : Giroflé-Girojla, Les plaisirs parisiens, L astre au son ,\nses mazurkas : Fleur de Mai,\nCarmen,il sentait bien qu'il ne reviendrait plus jamais a\nses anciens rêves, que Valentino était trop loin des autels\nque la voix des orgues était morte a jamais poui son eu a.\ndévoyé.\n\n(I) Antony L.amotte, aujourd'hui âgé de 87 ans, est pensionnaire delà\nSociété des auteurs, compositeurs et éditeurs depuis 1890.\n20"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.20", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "LE THÉÂTRE DE CENSURE.\nCammaille (Saint-Aubin), acteur et auteur, né en 1770, mort\nvers iB3o, était un type extrêmement original, un de ces singu-\nliers esprits que la fièvre de la Révolution avait jetés dans les\nconceptions les plus inattendues. En 1797, Cammaille avait\njoué avec un certain succès sur différents théâtres de Paris, et il\navait publié plusieurs ouvrages révolutionnaires et mélodrama-\ntiques, il adressait au Citoyen Ministre de l'lntérieur la lettre\nsuivante :\n« Citoyen Ministre,\n« Le désir d'un Artiste est de jouir de son ouvrage. J'ai conçu\nle plan d'un théâtre de censure.Ci-joint le prospectus détaillé.\nLà se donnent des Représentations d'ouvrages destinés\naux Français, aux Italiens, à Feydeau, à l'Opéra, etc., etc.\n« Pour débuts d Acteurs, de Compositeurs, de Musiciens, de\nDanseurs.\n«On joue en Comité d'abonnés, point d'annonce de la pièce,\nle Public n'en est instruit que lorsqu'il est dans la Salle. Des\nboêtes de censure sont placées dans le spectacle des bulletins\net des crayons y sont joints dans chaque entr'acte les specta-\nteurs écrivent leurs avis sur telle scène ou tel jeu, et les dé-\nposent dans les uines censoriales : le lendemain les Auteurs ou\nComédiens en prennent l'analise, et des Amateurs d'un goût\néprouvé à l'exemple du petit homme du célèbre Préville les cen-\nsuieiont peut-être dans les endroits où ils auront recueilli le\nplus d applaudissemens.\n« Les piemieis altistes de la Capitale pourront y juger leurs\neves, es accompagner de leurs talens, et même ressaisir sur\neui s e auts quelques traits qui auraient pu leur échapper dans\nleurs leçons particulières.\n« Les auteurs chers à la Nation pourront tenter quelques\ninno\\ations inspiiées par le génie, et enfin quelques jeunes au-\nteurs pourront en y essayant leurs forces, mesurer leur distance\nou eui rapprochement des Molière, des Regnard et des Dan-\ncour. &\n«Ainsi les chefs-d'œuvre arriveront plutôt au public, ainsi\nes pièces douteuses seront épurées, ainsi, et c'est là l'essentiel,\nles ouvrages défectueux seront anéantis.\n(( exécution de ce plan aura lieu incessamment, boulevard\ndu emple, théâtre de l'Espérance. Elèves de la scène Fran-\nçaise et Lyrique.\nTous les gens de lettres m'engagent à offrir au public ce"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.21", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "nouvel établissement qu'ils croyent propre à revivifier l'art Dra-\nmatique, et à épurer le goût des lettres.\n« J'ose vous prier, Citojren Ministre, pour que le fruit de mes\npeines ne me soit point ravi, pour éviter le sic vos non vobis de\nVirgile, de vouloir me faire obtenir un BREVET D'INVENTION pour\nle THÉÂTRE DE CENSURE.\n« Et en attendant de m'adresser un mot de réponse qui cons-\ntate l'Epoque de la présente pétition,\n« Agréez toute ma considération.\n« CAMMAILLE SAINT-AUBIN,\n« homme de lettres, »\n24 ventôse an V.\nCette demande était accompagnée d'un prospectus dont je\nvais retracer ici les lignes principales :\n« APPEL\n« AU PUBLIC, AUX ARTISTES, AUX FOURNISSEURS.\n« Me pousse-t-il au crime, ou veut-il m'arrêter ?\nVOLTAIRE.\n« Je suis, je veux rester honnête, et me voilà Directeur de\nComédie. Le public va juger si j ai rien oublié poui conservci\nce titre.\n« J'établis un spectacle, boulevard du Temple, que j appelle .\n« THÉÂTRE DE L'ESPÉRANCE.\n« Elèves de la scène française et lyrique.\n« MES MOYENS.\n« Une propriété patrimoniale à Paris, division des marchés,\ndes portioncules de terre dans le département de l'Yonne, des\ncautionnemens sûrs, un nom sans reproche, ma jeunesse, mon\nactivité, ma haine contre les fripons, et mon antipathie pour\nles dettes.\n« FOURNISSEURS.\n« Aucun fournisseur en titre ; tout par soumission, chaque\nobjet payé comptant après la perfection.\n« COMÉDIENS.\n« Des traitements fixes et éventuels. _ .\n«LE FIXE. Payé partie comptant jour par jour avani de\njouer, l'autre à la fin du mois."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "« L'ÉVENTUEL. Une représentation.\n« Une part dans la moitié des bénéfices, et un cachet pour\nreprésentation extraordinaire. Ce qui porte le traitement total,\nrecettes faibles, à 3.600 ; recettes ordinaires, de 6.000 à 8.000 fr. ;\nainsi les Comédiens ne craignent pas un déficit que je couvre\nseul, ils ont un traitement assuré, indépendant de toute cir-\nconstance et courront la chance d'un bénéfice assez consi-\ndérable.\n« AUTEURS.\n« Les honoraires fixes et éventuels.\n« Les premiers toujours soldés ; les autres seulement après\nles frais.\n« THÉÂTRE.\n« SPECTACLE JOURNALIER.\n« Comédie, Vaudeville, Mélodrame, Pantomime et Ballets.\n« SPECTACLE EXTRAORDINAIRE.\n« jours par décade, REPRÉSENTATION d'essay d'ouvrages\ndestinés aux Français, aux Italiens, à Faydeau, à l'Opéra, etc.\n(Le paragraphe suivant est la répétition d'un passage de la\nlettre-pétition.)\n« Les premiers artistes delà capitale, les Molé, les Fleuri, les\nMonvel, les Contât, les Gavaudan, les Elleviou, les S. Aubin,\nles Juliette, les Rolandeaux, les Vestris, les Beaupré, les Miller,\npourront y juger leurs élèves, etc. (voir la lettre).\n« Les auteurs chers à la nation, les Collin, les Picard, les\nCousin-Jacques, les Dumainant, les Marsollier, les Bouilli, les\nDuval, les Méhul, les Cherubini, les Gardel, les Cuvelier, les\nLoiasel, pourront tenter quelques innovations, etc. (voir la lettre),\n« RÉFLEXIONS GÉNÉRALES.\n« Le public aura à sa disposition des foyers agréables, des\nplaces commodes à un prix modéré ; le ton du spectacle, la\nnature et la variété des pièces rassembleront les plaisirs des\nautres théâtres qu'il est destiné à vivifier.\n« Des acteurs déjà reçus avec bienveillance, parmi lesquels\non pourra compter les C. Isidor, Faure, Pompée, les Dames\nJulie Diancourt, Douté, Talon, etc., etc., garantiront au public\nl'agrément des représentations.\n« J'invite les Comédiens, les auteurs et tous les amis du\nthéâtre à me faire passer leurs idées sur ce nouvel établisse-\nment *, les journalistes à en publier l'extrait et les Fournisseurs\nen tous genres à m'adresser leurs soumissions économiques\ndans la quinzaine, s'il est possible."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.23", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "« Réussirai-je ? pas de voitures de frin-\ngans, je suis seul,je marche avec mon ma\ndépense n'excédera jamais mon espoir, et j'espère avoir toujours\nle droit de signer\n« L'ami des arts, l'homme sans reproche\n« CAMMAILLE S. AUBIN.\n« Rue de Lille, n° 661, à Paris. »\n« Nota. Il faut affranchir les lettres. »\nQu'advint-il de la pétition du citoyen Cammaille ?\nLe requête du comédien-auteur, expédiée sur papier timbré à\n2 5 centimes, aurait été légalisée le 26 ventôse ; mais elle porte\nl'annotation : au carton,qui ressemble fort à une formule d'enter-\nrement. Le théâtre de l'Espérance ouvrit-il ses portes, le curieux\nessai de la censure publique fut-il tenté ? Royer n'en a rien\ndit dans son Histoire du théâtre,et je n'ai pas trouvé trace des\nspectacles promis.\nL'idée de Cammaille n'en était pas moins originale et valait\nd'être enregistrée.\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c009", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.4.1", "titre_corps": "UNE VOCATION FAUSSÉE.", "titre_sommaire": "UNE VOCATION FAUSSÉE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.16", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "UNE VOCATION FAUSSÉE.\nQui se souvient aujourd'hui d'Antony Lamotte, le compo-\nsiteur de centaines de morceaux de musique de danse qui firent\nles beaux soirs du Bal Valentino, du Jardin Mabille et du Châ-\nteau des Fleurs sous le second Empire ? Cet artiste, qui eut\nson heure de célébrité comme chef d'orchestre dirigeant ses\npropres œuvres, n'était point destiné à terminer ses jours\ndevant un pupitre de « meneur de danses ». Ancien éleve de la\nmaîtrise de Soissons, il avait fait, dans sa prime jeunesse,\nd'heureux essais de musique sacrée. « C'est dans cette voie qu'il\neût voulu poursuivre sa carrière, disait le de Saint-\nQuentin, en 1854; mais on ne s'étonnera pas qu'il s'en soit\nécarté, si l'on songe à la presque impossibilité de bâtir là, sans\npierre d'attente, une fortune artistique. »\nOn vantait alors son instrumentation vigoureuse, sonore et\npleine d'effets, ses mélodies originales et distinguées, titres qui\nrecommandaient ses productions dansantes et leur assuraient\nun succès justement mérité. Le journaliste Souplet disait de lui:\n« Obligé de changer de route, M. Lamotte n'a pas tardé à\npercer la foule, et le sceptre de Musard a passé dans ses mains.\nIl trône dans la salle Valentino, à la tête d'un vaillant orchestre\nqui exécute admirablement ses œuvres. La vogue est acquise\naux quadrilles, valses, polka, mazurka, redowa et à tous les\nmorceaux qu'il édite. La vogue n'est pas toujours la mesure du\ntalent ; mais, cette fois, elle nous paraît parfaitement justifiée,\ncar M. Lamotte a donné à sa spécialité, jusque-là assez mince,\nun cachet d'originalité et de distinction remarquables. »\nL'ancien auteur de musique sacrée venait de publier, pour\npiano et violon, Les papillotes de et\ncrit ; son quadrille à orchestre, La chasse aux Cosaques, faisait\nfureur, et sa valse de circonstance, A minuit dans la mer Noire\n—on était au lendemain du siège de Sébastopol, était, paraît-\nil, « une véritable symphonie entraînante et passionnée. »"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.17", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "Mais Lamotte regrettait le passé. Mme Solange Mathé (i),\nqui collectionnait des autographes de musiciens, lui ayant\ndemandé quelques lignes, il écrivit la curieuse lettre qu'on va\nlire et qui déborde d'amertume :\n« Madame,\n« En ajoutant à la missive que j'ai l'honneur de vous adresser,\nces quelques lignes, un fragment de catalogue de mes œuvres,\nainsi qu'un des nombreux articles de journaux que je possède,\nj'ai en vue surtout de me rendre plus digne devant vous de la\nplace que vous voulez bien me réserver dans votre collection\nd'autographes, plutôt que de céder à un mouvement d'amour-\npropre mal placé.\n« Etrange destinée que la mienne ! Elevé dès l'enfance dans\nla froide austérité des maîtrises et des séminaires jusqu'à ma\nphilosophie inclusivement, que j'achevais à l'âge de dix-huit ans,\nn'étudiant, ne chantant que dans des livres religieux, formé de\nbonne heure et exclusivement à l'école de la musique sacrée\ndes grands maîtres, passer ensuite quatre ans dans le classique\nprofessorat et les fonctions poétiques de maître d'études ; puis\nau bout de tout ce grave début qui me menait sans contredit\nen ligne directe vers la chapelle ou tout au moins la sym-\nphonie, aboutir à la salle de bal, à la polka et à la contre-danse,\nn'est-ce pas, Madame, vous l'avouerez avec moi, le plus étrange\ncontraste, la plus imprévue des conclusions ? une de ces ano-\nmalies incompréhensibles enfin qui donnerait matière à rêver\nau philosophe, et au réformateur social un ample sujet de\nréflexions sur la direction vicieuse des vocations.\n« J'ai la conviction inébranlable qu'avec de fortes et sérieuses\nétudes musicales, je serais à l'heure qu il est, sans doute, 1 un\nde nos auteurs lyriques en renom, et que j'aurais écrit des opéras\naussi vite que j'écris des redowas et des schottischs, etc. Dieu\nen a décidé autrement. Arrivé à Paris comme tant d'autres,\nriche d'illusions, de cœur et de courage, j'espérais que mes\ntitres d'ancien élève de maîtrise et de séminaire, joints à deux\npartitions de deux messes solennelles à grand orchestie, m au-\nraient facilité l'accès d'une église pour y tenii le bâton de\nmaître de chapelle. Je fus cruellement désabusé à cet égard,\net je trouvai dans la salle de bal ce que je demandais en vain à\n\n(1) S'agit-il ici de la femme de Félix Mathé, l'homme politique l'irré-\nductible républicain désigné pour la déportation a Cayenne, en 18; 1, et\nqui, ayant heureusement échappé aux mains des prescripteurs, vécut a\nl'étranger jusqu'à l'amnistie de 185 g? Cette Mme Mathe demeurait a Paris,\n27, rue de Chevert."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.18", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "l'église, c'est-à-dire un emploi et une position. Ce ne fut pas\ndu reste sans mal ! pendant huit années je souffris dans\nl'ombre et la froide obscurité de ma mansarde d'artiste une\nexploitation inique de la part d'un homme qui sans la moindre\nnotion des premiers élémens de l'art et sans avoir jamais émis\nune seule idée mélodique, y gagna néanmoins avec mes œuvres,\nqu'il signait effrontément, une réputation européenne et le\nfauteuil le plus brillant de chef d'orchestre des Bals de Paris,\ncelui du Jardin Mabille et du Château des Fleurs, qu'il occupe\nencore aujourd'hui.\n« Si trompée, comme tant d'autres, par cette auréole de répu-\ntation usurpée, fruit de mes veilles et de ma vous\nétiez dans l'intention de mettre dans votre collection d'auto-\ngraphes le nom du maestro Pilodo,je vous en conjure, Madame,\nbrûlez le mien plutôt que de le mettre auprès de celui de cet\nestimable exploiteur. Mes souffrances d'autrefois, ma réputa-\ntion péniblement acquise, la justice et la vérité me font un\ndevoir de vous demander cette grâce. Il y a là pour moi une\nde ces histoires intimes des douleurs cachées qui font époque\ndans la vie d'un homme, et qu'un artiste oublie encore moins\nque tout autre *, la fierté de l'exploité se révolterait à l'idée d'être\nmis au niveau d'un exploiteur inepte et incapable.\n« L'histoire de ces iniquités est du reste aujourd'hui fort en\nvogue à Paris : n'ai-je pas vu\nmes ordres et simples contrebassiers, deux maîtres de chapelle\nd'églises importantes de Paris?... C'est le de l'ab-\nsurdité et le contrepoids de la bizarrerie de ma vocation artis-\ntique ! Ces deux admirables industriels vivaient de\nmatin et du bal le soir,suivant l'expression du poète, et ils con-\ntinuent même à l'heure qu'il est leur spirituel et profane com-\nmerce. C'était bien la peine en vérité pour moi de porter toutes\nmes aspirations artistiques vers la noble profession des Pales-\ntrina et des Allegri, quand je devais, plusieurs années après,\navoir sous ma baguette de ménétrier, avec la faculté de les ren-\nvoyer à ma fantaisie, deux adeptes de cet ordre musical, dont\ntout le mérite consistait à racler plus ou moins juste de la\ncontrebasse !\n«La vie est parfois une amère dérision Si le spirituel et\nméphistophélétique Berlioz avait connaissance de pareilles\nmonstruosités musicales, je crois, Madame, qu'il lui en pren-\ndrait un rire homérique à ébranler tout l'olympe musical.\n« Vous me pardonnerez, Madame, je vous en prie, tout ce\nverbiage inconséquent et d'une longueur démesurée. Ne\nm avez-vous pas donné le droit d être un peu expansif avec\nvous, en me demandant mon autographe ?"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.19", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "« Merci donc mille fois de cœur pour cette demande de\nvotre part. Si je puis vous être agréable en quoi que ce soit\ndans ma spécialité musicale, à laquelle je suis maintenant\nrivé jusqu'à la fin de ma carrière, je me ferai un vrai plaisir\nde l'être à votre égard.\n« Je joins à cette épître un second autographe, dans la crainte\nque ma petite lettre ne convienne pas à la dimension de votre\nrecueil : ce dernier remplira moins de place.\n« Agréez, je vous prie, Madame, mes salutations les plus\ndistinguées,\n« A. LAMOTTE (I).\n« 108, rue Saint-Honoré,\n« p s. Cette lettre est écrite depuis six semaines. J'ai\nattendu, pour vous l'envoyer, la publication de\nnade dont je vous prie d'agréer la dédicace avec les deux exem-\nplaires ci-joints. (Paris, ce 12 octobre 1854.) »\nOn peut admettre qu'Antony Lamotte, s'il avait été servi par\nla chance, aurait pu se faire un nom dans la musique d eglise\nvers laquelle le dirigeait sa première éducation. Visiblement\ntourmenté du désir de faire « grand », à la manièie de Bel liez,\nil connaissait certainement les ouvrages et en particulier la\nMesse du fameux romantique dont M. Adolphe Boscnot\nnous a si joliment conté l'histoire par le menu. -■ Lamotte dut\nsouffrir profondément de se sentir condamné à faire aanser ses\ncontemporains, dans un lieu public où les filles dominaient.\nEn dépit du succès que lui valaient ses quadrilles : Benvenuto\nCellini, Le gros péché, Le Mariag\nnantes; ses valses: Ophélia, Catarina Cornaro, Lenore; ses\nredowas :La favorite de Mabille, Minette, La belle ; eveuse , ses\npolkas : La triomphale, Pomponette, itérés -, ses schot-\ntischs : Giroflé-Girojla, Les plaisirs parisiens, L astre au son ,\nses mazurkas : Fleur de Mai,\nCarmen,il sentait bien qu'il ne reviendrait plus jamais a\nses anciens rêves, que Valentino était trop loin des autels\nque la voix des orgues était morte a jamais poui son eu a.\ndévoyé.\n\n(I) Antony L.amotte, aujourd'hui âgé de 87 ans, est pensionnaire delà\nSociété des auteurs, compositeurs et éditeurs depuis 1890.\n20"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c010", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.4.2", "titre_corps": "LE THÉÂTRE DE CENSURE.", "titre_sommaire": "LE THÉÂTRE DE CENSURE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.20", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "LE THÉÂTRE DE CENSURE.\nCammaille (Saint-Aubin), acteur et auteur, né en 1770, mort\nvers iB3o, était un type extrêmement original, un de ces singu-\nliers esprits que la fièvre de la Révolution avait jetés dans les\nconceptions les plus inattendues. En 1797, Cammaille avait\njoué avec un certain succès sur différents théâtres de Paris, et il\navait publié plusieurs ouvrages révolutionnaires et mélodrama-\ntiques, il adressait au Citoyen Ministre de l'lntérieur la lettre\nsuivante :\n« Citoyen Ministre,\n« Le désir d'un Artiste est de jouir de son ouvrage. J'ai conçu\nle plan d'un théâtre de censure.Ci-joint le prospectus détaillé.\nLà se donnent des Représentations d'ouvrages destinés\naux Français, aux Italiens, à Feydeau, à l'Opéra, etc., etc.\n« Pour débuts d Acteurs, de Compositeurs, de Musiciens, de\nDanseurs.\n«On joue en Comité d'abonnés, point d'annonce de la pièce,\nle Public n'en est instruit que lorsqu'il est dans la Salle. Des\nboêtes de censure sont placées dans le spectacle des bulletins\net des crayons y sont joints dans chaque entr'acte les specta-\nteurs écrivent leurs avis sur telle scène ou tel jeu, et les dé-\nposent dans les uines censoriales : le lendemain les Auteurs ou\nComédiens en prennent l'analise, et des Amateurs d'un goût\néprouvé à l'exemple du petit homme du célèbre Préville les cen-\nsuieiont peut-être dans les endroits où ils auront recueilli le\nplus d applaudissemens.\n« Les piemieis altistes de la Capitale pourront y juger leurs\neves, es accompagner de leurs talens, et même ressaisir sur\neui s e auts quelques traits qui auraient pu leur échapper dans\nleurs leçons particulières.\n« Les auteurs chers à la Nation pourront tenter quelques\ninno\\ations inspiiées par le génie, et enfin quelques jeunes au-\nteurs pourront en y essayant leurs forces, mesurer leur distance\nou eui rapprochement des Molière, des Regnard et des Dan-\ncour. &\n«Ainsi les chefs-d'œuvre arriveront plutôt au public, ainsi\nes pièces douteuses seront épurées, ainsi, et c'est là l'essentiel,\nles ouvrages défectueux seront anéantis.\n(( exécution de ce plan aura lieu incessamment, boulevard\ndu emple, théâtre de l'Espérance. Elèves de la scène Fran-\nçaise et Lyrique.\nTous les gens de lettres m'engagent à offrir au public ce"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.21", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "nouvel établissement qu'ils croyent propre à revivifier l'art Dra-\nmatique, et à épurer le goût des lettres.\n« J'ose vous prier, Citojren Ministre, pour que le fruit de mes\npeines ne me soit point ravi, pour éviter le sic vos non vobis de\nVirgile, de vouloir me faire obtenir un BREVET D'INVENTION pour\nle THÉÂTRE DE CENSURE.\n« Et en attendant de m'adresser un mot de réponse qui cons-\ntate l'Epoque de la présente pétition,\n« Agréez toute ma considération.\n« CAMMAILLE SAINT-AUBIN,\n« homme de lettres, »\n24 ventôse an V.\nCette demande était accompagnée d'un prospectus dont je\nvais retracer ici les lignes principales :\n« APPEL\n« AU PUBLIC, AUX ARTISTES, AUX FOURNISSEURS.\n« Me pousse-t-il au crime, ou veut-il m'arrêter ?\nVOLTAIRE.\n« Je suis, je veux rester honnête, et me voilà Directeur de\nComédie. Le public va juger si j ai rien oublié poui conservci\nce titre.\n« J'établis un spectacle, boulevard du Temple, que j appelle .\n« THÉÂTRE DE L'ESPÉRANCE.\n« Elèves de la scène française et lyrique.\n« MES MOYENS.\n« Une propriété patrimoniale à Paris, division des marchés,\ndes portioncules de terre dans le département de l'Yonne, des\ncautionnemens sûrs, un nom sans reproche, ma jeunesse, mon\nactivité, ma haine contre les fripons, et mon antipathie pour\nles dettes.\n« FOURNISSEURS.\n« Aucun fournisseur en titre ; tout par soumission, chaque\nobjet payé comptant après la perfection.\n« COMÉDIENS.\n« Des traitements fixes et éventuels. _ .\n«LE FIXE. Payé partie comptant jour par jour avani de\njouer, l'autre à la fin du mois."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "« L'ÉVENTUEL. 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Isidor, Faure, Pompée, les Dames\nJulie Diancourt, Douté, Talon, etc., etc., garantiront au public\nl'agrément des représentations.\n« J'invite les Comédiens, les auteurs et tous les amis du\nthéâtre à me faire passer leurs idées sur ce nouvel établisse-\nment *, les journalistes à en publier l'extrait et les Fournisseurs\nen tous genres à m'adresser leurs soumissions économiques\ndans la quinzaine, s'il est possible."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.23", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "« Réussirai-je ? pas de voitures de frin-\ngans, je suis seul,je marche avec mon ma\ndépense n'excédera jamais mon espoir, et j'espère avoir toujours\nle droit de signer\n« L'ami des arts, l'homme sans reproche\n« CAMMAILLE S. AUBIN.\n« Rue de Lille, n° 661, à Paris. »\n« Nota. 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Royer n'en a rien\ndit dans son Histoire du théâtre,et je n'ai pas trouvé trace des\nspectacles promis.\nL'idée de Cammaille n'en était pas moins originale et valait\nd'être enregistrée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c012", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.5", "titre_corps": "AU PAYS DES NEUVIÈMES", "titre_sommaire": "AU PAYS DES NEUVIÈMES", "signature_source": "Jean Poueigh", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "AU PAYS DES NEUVIÈMES\nEN GUISE DE PRÉFACE.\n\nAu pays des Neuvièmes règne un monarque sage et puissant, comme\non en voit dans les vieux contes.\nThème, c'est son nom, est d'un naturel glorieux, aucune joie n'égale\npour lui celle de se montrer en habits de parade aux yeux de son peu-\nple émerveillé. L'amour du vêtement est la seule faiblesse de ce bon roi;\nnon seulement il ne consent que très rarement, et avec quel déses-\npoir et quelle honte àse parer deux fois du même, mais, lors des ré-\njouissances populaires, il pousse un tel souci jusqu'à en revêtir succes-\nsivement plusieurs, somptueux et divers. Son propre « moi» se trans-\nforme alors suivant le costume qu'il porte : tel qui vient de l'entendre\ndiscourir d'un ton aimable et enjoué, le retrouve peu après douloureux,\ncontemplatif, ou noblement drapé dans sa majesté, ou encore, léger\net sautillant comme un air à danser. Les sujets de Thème se font les\ncomplices de son inoffensive manie ; aussi tout ce qui touche à ce prince\net à sa parure est-il 1 objet de leur culte dont, nouvelles vestales, les\nNeuvièmes sont les prêtresses.\nSi lon considère que, malgré leur petit nombre, elles donnent leur\nnom à ce pays, on comprendra aisément toute l'importance des Neu-\nvièmes.Ce sont en eflet ces jeunes femmes, choisies parmi les plus belles,\nqui tissent et brodent les chatoyantes étofiesqui feront paraître Thème\nplus beau, plus jeune ou parfois aussi, hélas ! un peu ridicule. Mais\nquel que soit le résultat de leur travail, ce n'est point à elles seules que\ns adiessent les louanges ou le mépris ; caries Neuvièmes ne sont que\nd habiles ou\\iièies. Elles ne savent point mélanger harmonieusement\nles couleut s, ni créer les formesnouvelles qui provoquent l'enthousiasme\net les acclamations des foules.\nDu reste, cette tâche n est pas la leur, mais bien celle de quelques\nhommes aimés des dieux, qui, dans le silence des vastes salles ou dans\nquelque lointain pavillon isolé au milieu des bois, ont • auparavant\nlonguement pensé leur œuvre.\nJusqu à ces temps derniers, ces hommes s'appuyaient sur des tradi-\ntions que, d âge en âge, ils se transmettaient presque intactes. C était\népoque où, disséminées çà et là, les Neuvièmes ne remplissaient pas\ndans 1 Etat les mêmes fonctions qu'aujourd'hui.\nOr voici qu un nouveau venu se présenta un jour au palais du roi. H\nappela a lui toutes les Neuvièmes, leur indiqua une nouvelle méthode"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "de travail et, après quelques mois de fièvre laborieuse, Ton put admirer\nsur Thème le nouveau vêtement, merveilleux assemblage de teintes ex-\nquises et de riches tissus ingénieusement disposés. De l'ensemble se\ndégageait surtout une telle sensualité païenne que depuis, et bien qu'il\nne soit pas originaire de l'antique Hellade, ce nouveau venu est connu\nsous le nom d'Achilleus Bussydss.\nMais, en raison même de son originalité, l'œuvre ne fut pas également\nadmirée par tous : il y en eut qui férocement clamèrent leurindignation;\nd'autres plus raisonnables essayèrent de comprendre, et parmi ceux-là\nbeaucoup y parvinrent. Quant à Thème, il était radieux. Il ne se dissi-\nmulait certes pas que la principale préoccupation d'Achilleus était la\nmagnificence du costume et qu'il n'accordait point à lui-même, Thème,\nautant d'importance que ses devanciers. Néanmoins à se voir aussi\nsomptueusement vêtu, sa vanité trouvait son compte et aussi sa su-\nperbe. Il pensait alors aux pauvres nippes dont parfois 1 affublèrent cer-\ntains, parmi lesquels, notamment, un Florentin dont les tentatives mal-\nheureuses l'avaient fait paraître plus loqueteux que le plus gueux che-\nmineau de son royaume.\nLa joie de Thème, hélas ! fut de courte durée. L innovation d Achil-\nleus avait fait éclore en quantité les imitateurs pour lesquels Thème ne\ncompta plus, sembla ne plus exister. Dès lors 1 humeur de ce piince s al-\ntéra ; ses sujets prirent fait et cause, les uns pour lui, les autres pour\nles novateurs, en sorte que ce charmant pays des Neuvièmes est\nactuellement en proie à des polémiques violentes et à des troubles\ngraves.\nPour nous qui nous bornons à relater impartialement ces faits, nous\npensons toutefois que ceux-là ont raison qui veulent un Thème, mais un\nThème royalement vêtu.\n(A suiv\n\nJean Poueigh"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c014", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Miguel Lîobet. —Au Conservatoire.— Concerts Colonne. Société\nNationale. Société Philharmonique. Société Bach. J.-J. Nin. —'F. Busoni. —Ecole des\nHautes Etudes Sociales. E. Brunold. Marie Hansen. Gaston Revel. Schola Cantorum.\nVirtuoses.\nJ'apprends parla rumeur publique que M. Backhaus, lauréat du dernier\nconcours Rubinstein, s'est montré excellent pianiste dans le concerto en\nmi bémol de Beethoven, et que M. Chevillard a battu tous les records de\nvitesse dans le finale de la Symphonie en la. Ces nouvelles me causent un\nsensible plaisir, mais ne me donnent aucun remords d'avoir été respirer la\ndouce lumière dans un grand parc endormi, et de n'avoir eu pour concert\nque les croassements affairés des corbeaux occupés à faire leurs nids dans\nles grands arbres solennels, au bord de l'eau verdissante. J'entends encore\nla musique de la nature, celle des salles publiques et payantes me paraît\nune abomination, presque un crime. Passe pour le salon frais et silencieux\noù lon écoute avec recueillement, comme en un temple. C'est là que j'ai\nentendu le guitariste Miguel Llobet, qui tire de son instrument tour à tour\ndes mélodies attendries et de nerveux éclats de rire, des sonorités de vio-\nlon, de mandolines lointaines, de harpes, de flûte ou de basson ;et rien\nn est plus curieux ni plus émouvant que cette évocation de l'Espagne entiere\navec son ardeur emportée, coupée de brusques alanguissements, et ce goût\nseciet de la douleur, cette saveur amère que l'on sent en ses plus fougueux\nélans de joie; tout cela sort, aux sons de quelque vieille chanson catalane,\nde la grande caisse sonore où courent les doigts prestigieux de l'artiste?\ntandis que s incline son grave et sévère profil. Grâces soient rendues au\ngoût si intelligent et si pur de Mme la princesse de Cystria. pour nous avoir\ndonne, par deux fois, ce délicat régal ; comme aussi pour les mélodies au\ncharme discret d'Ernest Chausson et de Pierre de Bréville, que Mme Camille"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "Fourrier chante avec tant d'expression ; comme pour les romances de\nMoussorgsky, Balakiref et Rimsky-Korsakof, où l'on applaudit une jeune\net intelligente chanteuse, Mlle Sonia Herma ; comme pour le chant armé-\nnien, d'une mélancolie poignante, où M. Moughounian est admirable. Et\nj'allais oublier les mélodies de M. Brunei, dont Mlle Foreau est la si digne\ninterprète ! Louis LALOY.\nAu Conservatoire, dimanche 11 mars, la 2e séance donnée par le Qua-\ntuor Capet obtenait un succès aussi marqué que la première, avec les X II le,\nXVe quatuors et la Grande Fugue de Beethoven. Comme la première\nfois, exécution de tous points remarquable, souple, homogène, expressive ;\net pas de « battage », comme Ton fait souvent, mais un respect religieux de\nl'œuvre jouée et une sobriété de style à laquelle beaucoup devraient cher-\ncher à parvenir.\nDimanche dernier, 18 mars, i3e concert de la Société, sous la direction\nde M. Georges Marty. Rien d'intéressant, je veux dire de nouveau, sauf deux\nfragments symphoniques, extraits de la partition écrite pour Y Absent de\nM. Georges Mitchell par M. F. Le Borne. Ces fragments, le « Prélude » et\nle « Scherzo », sont intéressants. Le premier expose les principaux thèmes\nde l'ouvrage avec toute la logique et la clarté désirables, et ces thèmes sont\nassez différents d'allure pour ne pas nuire à l'intérêt de l'ensemble, surtout\nle premier exposé qui est très caractéristique.\nLa « Scherzo », est assez savoureux comme orchestration, transformant\nplusieurs des idées du Prélude et formant un tout pitoresque et coloré. Ces\npièces ont été assez bien accueillies par le public.\nAu programme, la 5e Symphonie de Mendelssohn, connue sous le\nnom de la Ré formation, aussi connue que bien faite et bien « ratissée ».\nOn a envie d'entendre un peu de Berlioz à la suite de cela, par exemple.\nAprès les fragments symphoniques de M. Le Borne venait le Concerto en\nmi b pour piano et orchestre de Beethoven, exécuté par M. E.-ivL Delaborde.\nCe concerto, très connu et exécuté si souvent (il l'était le même jour au\nconcert Chevillard), est le plus beau des concertos de piano de Beethoven,\ntant par la splendeur des thèmes que par le parti merveilleux qu il tire de\nceux-ci. M. Delaborde en donna une interprétation pleine de noblesse et\nde puissance.\nQuant aux « pièces chorales » de Cl. Jannequin et G. Costeley, musiciens\ndu xvie siècle, pièces sans accompagnement, elles sont exquises et pleines de\nfraîcheur, et bien connues aussi, quoique ce tût leur première audition au\nConservatoire. Quelle variété de rythmes, quelle fantaisie mélodique clans\nces petites pièces, comme d'ailleurs dans toute la musique chorale du xviô\nsiècle !\nLe concert se terminait par des fragments de de R. Schumann .\nOuverture, Entr'acte, apparition de la fée des Alpes, hymne des Gemes\nd'Arimane. Je suis obligé d'avouer que si Schumann est admirable, en\nconsidérant ses œuvres au point de vue expressif et au point e vue n.usi\ncal pur, il m'a toujours paru inférieur à l'orchestre. Est-ce parce que\nson orchestration est le plus souvent terne, grise et massue . e ne sais ,\nmais c'est l'effet qu'il me produit, et qu'il produit d ailleurs a beaucoup\nd Je'm'en voudrais de ne pas signaler, exterminant, la souplesse et la disci-\npline des chœurs ; leur exécution des pièces de Jannequin et Costeley\nun véritable enchantement. Louanges aussi à l'orchestre et sans îeser-\nves ! que ne ferait-il pas sous la direction d'un chef comme M. Georges\nMARTY ? C. DE MALARKT."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.28", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "Les Concerts Colonne du 11 et du 18 mars ne firent que confirmer les\nobjections que je présentai dernièrement sur le programme des récents\nconcerts. Le manque d'équilibré est leur moindie défaut, et la crainte de\ntoute innovation semble emplir d'effroi le Comité tout entier. Mme Schu-\nmann-Heink, à qui le public avait fait, le dimanche précédent, un succès\ncomme seuls'les étrangers en obtiennent dans notre doux pays, avait été\npriée de chanter encore une fois. C'est la la version officielle que les\ncommuniqués redirent avec un ensemble touchant ; pour ma part, je suis\npersuadé qu'il était entendu qu elle chanterait deux fois, et c est pour cette\nraison que le changement de programme eut lieu. Les fragments wagné-\nriens sur lesquels on comptait pour attirer le public furent, le matin du\npremier concert, supprimés et reportés au dimanche suivant. Excellentpro-\ncédé, pour remplir les caisses de l'Association... artistique si 1 on veut.\nOr donc, Mme Schumann-Heink, étoile des Opéras de Berlin, de New-\nYork, Waltraute et Erda de tradition, Carmen d'Outre-Rhin ne pas\ncroire pour cela qu'elle ressemble à Mlles Calvé ou de Nuovina, devait\nchanter deux morceaux choisis de la Tétralogie. Jusque-là, en somme,\nrien de bien extraordinaire, en dehors du procédé ci-dessus exposé. Ajou-\ntez à cela deux lieder de Schubert et un air de Mendelssohn, et vous aurez\nun programme également allemand et très peu moderne. Que fit M. Colonne ?\nIl trouva que l'art d'outre-Khin n'était pas assez copieusement représenté,\net il adjoignit à son progamme l'ouverture des Maîtres Chanteurs et ia Mar-\nche funèbre du Crépuscule des Dieux. Sans vouloir dénigrer ces deux\nœuvres qui sont de purs chefs-d'œuvre, j'estime que, maintenant que les\ntemps héroïques du wagnérisme sont passés, il convient de ne plus en faire\nles morceaux passe-partout des concerts symphoniques, où ils accompagnent\nl'entrée des retardataires ou la sortie des gens pressés avec accompagne-\nment varié de petits bancs, grincements de portes et glapissements d'ou-\nvreuses. Il est très possible que l'orchestre n'ait pas à répéter de tels mor-\nceaux, mais pour une association artistique, de telles raisons me paraissent\ndéplacées. Quoiqu'il en soit, je vous dirai que, dans l'ouverture des Maîtres\nChanteurs, M. Colonne est loin de s'avérer pour l'équilibre des sonorités et\ndes motifs l'égal de Nikisch, que Aime Schumann-Heink chanta avec force\net une articulation merveilleuse la Toute-puissance et la Mort de la Jeune\nFille de Schubert,un froid air de Paulus de Mendelssohn et les deux récits\nd Erda et de Waltraute, qui au concert manquent singulièrement d'attraits.\nAu milieu de cette salade teutonne, la Rapsodie norvégienne de Lalo fut\ngoûtée avec une joie exquise, et les trois préludes extraits des Girondins de\nM. Le Borne n obtinrent qu'un maigre succès. Peut-être le public fut-il à\nleur égard plus injuste qu'il n'eût dû. Une partie de ce demi-échec me semble\nprovenir de la composition de ce numéro du concert. Devant trois préludes\nM. Colonne débuta par celui du IVe acte, suivi par celuidu IIIe et terminé\npar celuidu lle. Félicitons-nous, il eût pu intercaler le prélude du lle\nacte entre celui du IVe et celui du Ille \\\n. esî d autant plus regrettable que chacun de ces préludes a des\nintentions descriptives bien nettes et commandées par l'acte qu'ils expo-\nsent en raccourci. Or le Ile acte nous peint les horreurs de la Terreur, le\ne a Patrie en cianger et les enthousiasmes qui se déchaînent pour la\nsauver, et le IVe la Mort de Ducos, l'héroïque Girondin. Le raccourci\ntragique du drame eût donc été ainsi présenté de manière à intéresser le\npublic ignorant d'une œuvre dont plusieurs de mes amis qui l'entendirent\nan ernier, àla création à Lyon, m'ont vanté la grande puissance scénique\n~ eureux emploi de procédés bien propres à frapper la foule. Cette corn-\npre ension de 1 objectivisme théâtral apparaît nettement dans les préludes\nou erup 01 des chants révolutionnaires très adroitement exposés et mêlés"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4040, "texte": "aux motifs psychologiques du drame donne une impression très intense de\nvie et de passion. Le plus émouvant est certainement celui du IVe acte, où\nla Marseillaise transcrite en mineur et exposée, dans un mouvement de\nmarche funèbre par les violoncelles, tandis que les flûtes et les clarinettes\nreprennent la phrase d'amour de Jean Ducos exposée dans le prélude du\nIle acte par le cor anglais, donne une impression de grandeur tragique ren-\ndue encore plus intense par la plainte des violons en sourdine. Il ne reçut\ncependant pas l'accueil qu'il méritait. L'âme de la foule est changeante et\nperfide comme Tonde, mais surtout paresseuse.\nPressé probablement par les répétitions de la Symphonie Domestique de\nRichard Strauss, M. Colonne nous donne le 18 un concert de tout repos,\nn'exigeant que quelques raccords et donttoute nouveauté est soigneusement\nbannie. Le temps au dehors est délicieux, et, sans l'attrait de Vines jouant\nles Variations symphoniques de Franck, bien des auditeurs auraient pris la\nclef des champs. Ceux qui sont venus, l'orchestre, et M. Colonne lui-même,\nsont d'ailleurs quelque peu somnolents. La Fantastique ne s'échauffe qu'à\npartir de la Marche au Supplice et c'est loin d'être l'enthousiasme d'antan.\nLe livre récent d'Adolphe Boschot, démolisseur de gloire patentée, ingé-\nnieux fouilleur de documents insoupçonnés, vient de porter le coup fatal à\nla légende de la folle passion aux changements de titulaires imprévus. On\nfinit par ne voir dans la fameuse notice explicative qu'un attrape-nigauds\nbon pour les jours heureux du romantisme, et l'accueil fait à l'œuvre s'en\nressent. D'ailleurs, selon l'habitude chère à notre caractère français qui ne\nfait pas les choses à demi, les enthousiasmes d'hier vont se changer en\ndénigrement aussi violent qu'injustifié, et le pauvre Berlioz va devenir la\nbête noire de ceux dont il fut l'idole. Ainsi va le monde, et la roche Tar-\npéienne est près du Capitole. La Rapsodie norvégienne de Lalo fut exqui-\nsement jouée, et l'orchestre sut mettre en relief les délicieuses broderies et\nles piquantes trouvailles d'orchestration dont elle est pleine. Musique\nvraiment française, pleine de clarté et d'élégance, elle allie ia distinction de\nl'harmonisation au charme d'une instrumentation qui ne doit rien à per-\nsonne et qui peut se comparer sans désavantage aucun aux pages les plus\nvantées de la musique russe. M. Frolich chanta avec un bel emportement\nun air d'Eliede Mendelssohn, plein de fierté et de noblesse bien protestan-\ntes, auquel il est difficile de faire un reproche précis, mais qui cependant\nne laisse qu'un souvenir de froideur et d'ennui. La perfection de son talent\nnuisit beaucoup à Mendelssohn, type parfait de 1 école scolastique alle-\nmande où une aimable facilité et une technique prodigieusement souple\nessayent de suppléer au génie. Cet excellent baryton fut également\nexcellent dans les adieux de Wotan et Y Incantation du beu, encore qu a la\nmanière allemande il attaque ses notes très légèrement en-dessous du ton\npour s'élever graduellement à la hauteur requise. Néanmoins sa diction\nimpeccable et sa voix puissante ainsi que sa parfaite compréhension es\nintentions wagnériennes lui valurent le plus mérité des succès.^\nJ'ai gardé pour la fin la perle du concert. Dans chaque numéro de cette\nrevue nous sommes obligés à tour de rôle de faire l'eloge de Ficards Vines,\net certes ce nous est besogne plus agréable que facile . mots et méta-\nphores commencent à manquer pour décrire la conscience artistique, a\nnoble probité d'art et la technique impeccable que 1 eminent pianiste met\navec un noble désintéressement au service variées et de valeur\nnarfois inégale, mais qu'il exécute avec le meme souci de perfection a so-\nlue. Il perla les Variations symphoniques de Franck avec un brio exempt\nde tout cabotinage et sut laisser au piano son rôle de membre de 1 or-\nchestre tout en mettant en relief, quand besoin en était, les transformations\nrythmiques auxquelles se complut le père Franck. Par contre, il sut as-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3683, "texte": "souplir et laisser dans la demi-teinte les arpèges peu intéressants qui se\ntrouvent vers le milieu de l'œuvre et dont le rôle est loin d'être capital. Ce\nfut aussi parfait qu'on pouvait le souhaiter, et de nombreux rappels témoi-\ngnèrent à Villes combien le public du Châtelet avait goûté de plaisir à l'en-\ntendre et en aurait encore si M. Colonne voulait bien l'engager pour de\nnouvelles auditions. CH. CHAMBELLAN.\nLa Société Nationale donnait, samedi 17 mars, son concert à la Schola\nCantorum. Nombreux public venu pour applaudir des œuvres non moins\nnombreuses.\nTrois numéros confiés au grand orgue, c'est beaucoup, semble-t-il, pour\nune séance. Aussi bien l'orgue n'est pas à sa place dans un concert, pas\nplus en soliste que joint à l'orchestre.\nJe sais bien que Bach et Hândel, pour ne citer que deux noms, ont sou-\nvent réuni l'orgue et son rival ; mais ces derniers n'avaient pas, loin de là,\nla même puissance qu'aujourd'hui où tous les deux disposent d'une diver-\nsité de timbres et d'une sonorité qui iront très probablement en progres-\nsant. Les joindre me paraît nuire à la libre expression de l'un et de l'autre\npar le trop de sonorité obtenue, précisément ; les faire' dialoguer leur\nest encore plus nuisible, la nervosité de l'orchestre contrastant par trop\navec la calme grandeur de l'orgue.\nMais c'est nuire davantage à ce dernier que de le faire sortir de ce calme\nen voulant lui faire tout exprimer : il devient alors une sorte de caricature\nde l'orchestre. Au lieu de cela, la faculté que, seul, il a de prolonger les\nsons indéfiniment, tout en lui conférant une incomparable puissance so-\nnore, permet que lui seul fasse naître l'idée de l'Eternel, de l'lnfini, par-\ntant l'idée religieuse ; c'est bien l'instrument mystique destiné à « servir »\nla majesté d'un culte.\nLa preuve en est que les plus admirables entre toutes les pages de sa\nlittérature ont été écrites par des hommes qui, eux-mêmes, « servaient»,\npour employer le mot de Parsifal ; Bach et Franck ne sont-ils pas de ce\nque j'avance les témoins irrécusables, et non les seuls ?\nA côté de ceux-là, combien d'autres, voulant écrire pour l'orgue, se\nsont efforcés à être religieux et malgré leurs effoits n'ont pu y parvenir,\nfaute de sincérité ! Ils sont arrivés à une religiosité apparente qui n'est que\nsimple sensualité, ou bien leurs œuvres ne sont que de ternes pastiches le\nplus souvent.\nJe ne veux pas dire par tout ce qui précède que l'on ne devrait écrire\npour 1 orgue que de la musique religieuse ; combien peu, en effet, seraient\ncapables de cela? Mais il y aurait, me semble-t-il, lieu, traitant l'orgue\ncomme un orchestre « très spécial », de faire des recherches intéressantes\nU(VT^• fcr*ture stYle en les transformant complètement.\n. Philipp dans Prélude et Fugue, M. Pierre Kunc dans sa Suite en\ntrois parties et M. J. Ermend Bonnal dans Paysage landais et Reflets so-\nlaires ne transforment rien du tout, ce qui ne les empêche point d'avoir\nécrit et bien écrit - des choses intéressantes. Par exemple, je me\ndemande pourquoi M. Kunc a mis comme titre au n° I de sa Suite: Grande\nprie? e symphonique. Un titre suggère bien des choses à l'auditeur et le\niriet souvent dans un état d'esprit susceptible de lui faire mieux saisir les\nintentions de 1 auteur : c est tout un petit programme condensé. Il faut donc\n1 orresPonc'e au sens de l'œuvre, ou bien ce n'est qu'une étiquette inu-\ntile. C est, ce me semble, le cas du titre porté par la ire partie de la Suite\nen question, laquelle partie ressemble à une prière comme au\nA,V ie.l ,e Séville. Cela n'empêche pas, je le répète, l'œuvre de M. Kunc\ne . c înteiwssante, surtout dans ce premier mouvement."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3573, "texte": "Je JJens dire que M. Bonnal, pas plus que M. Kunc, n'avait rien\ntrans orme du tout, je reviens sur ce que j'ai dit. Est-ce suggestion causée\npar le titre, j ai cru voir dans Reflets solaires des intentions impression-\nnistes qui, par moment, m'ont paru très transparentes. Que l'auteur me\npardonne si c est faux ! Il arrive si souvent que l'on croit voir dans la mu-\nsique des choses auxquelles l'auteur n'avait pas songé ! parfois même on\nvoit juste le contraire de ce qu'il y avait mis.\nAprès deux charmantes mélodies : « Le ciel en nuit s'est déplié... » et\n« Automne », inspirées à Mlle Debriô par des poèmes de Verhaeren, mélo-\ndies chantées avec toute la souplesse désirable par Mlle Jane Bernardel,\nM. Miguel Llobet, le guitariste, est venu stupéfier le public en jouant Gra-\nyiada (serénade) dAlbeniz, Jota, de Tarrega, et, entre ces deux pièces,\ndeux chansons populaires catalanes délicatement harmonisées par lui-\nmême.\nDans ces diverses pièces, M. Llobet fait preuve dune virtuosité tout à\nfait extraordinaire sur son instrument mais, ce qui est surtout merveil-\nleux, c est le parti qu il tire de la guitare au point de vue de la sonorité. Je\nne pense pas qu'avant lui on ait, sur cet instrument, obtenu une pareille\npureté de son, une telle diversité de timbres. C'est tout simplement prodi-\ngieux. La guitare est bien, entreses mains, un instrument comme les autres,\nà ressources multiples, quoique différentes ; et il est regrettable qu'elle\nn ait pas sa littérature. Il est vrai qu'elle ne pouvait pas l'avoir, car les gui-\ntaristes semblables manquaient ; mais M. Llobet en provoquera certaine-\nment l éclosion. Je le lui souhaite sincèrement.\nInutile de dire que le public l'obligea à ajouter un numéro à son pro-\ngramme.\nApres cela, M. Ricardo Vines joua les Tableaux d'une Exposition (1874)\nde Moussorgsky. Malgré son exécution superbe, je ne pus nrintéresser à\ncette œuvre que je trouve peu (si peu !) colorée, au pittoresque et à l'hu-\nmour si conventionnels, et inexpressive ; combien différente en cela des\nœuvres de la même école !\nM. Vines avait donné au commencement du concert deux pièces\npour piano de M. Henry Février, Nocturne, délicatement ciselé, et une\nélégante Valse-Caprice (hum !). Je ne dirai pas comment M. Vines a\nexécuté ces œuvres : on a épuisé à son sujet les épithètes et formules lau-\ndatives. Je me bornerai à dire que je l'admire sans restriction et sincè-\nrement.\nAprès ces diverses œuvres, venait, clôturant le concert, l'intéressant\nPrélude et Fugue de M. A. Philipp pour orgue. J'en ai déjà parlé, aussi\nterminerai-je en louant son interprète, M. G. Ibos, qui fut plus qu'à la\nhauteur de sa tâche, imitant en cela MM. G. Jacob et J. Bonnet qui\navaient joué, le premier, la Suite de M. Kunc, le second les deux pièces\nde M. J. Ermend Bonnal.\nG. DE MALARET.\nLes programmes de la Société Philharmonique s'exécutent rarement tels\nqu'ils ont été annoncés. Toutefois, les changements n'affectent d'ordinaire\nque les œuvres, et il n'arrive pour ainsi dire jamais que les principaux\ninterprètes fassent défaut. Ce fut pourtant le cas du concert donné le 6 mars.\nLe quatuor Rosé, qui devait, paraît-il, s'y faire entendre, fut remplacé, au\ndernier moment, par le quatuor Geloso. MM. Geloso, Monteux, Bloch et\nTergis, quoique non attendus, reçurent du public le meilleur accueil. Pour\nnia part, je ne puis que louer leur parfait ensemble et la belle fougue qu'ils\ndéployèrent dans le quatuor à cordes de César Franck et dans le quatuor\nen la mineur de Schumann. Dans des mélodies d'époques différentes, de"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.32", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3418, "texte": "Hiindel à Grieç, mais toutes choisies avec un goût très sûr, M\"e Gaétane\nVicq nous tint sous le charme de sa voix souple et claire. Et cela nous\nchangea fort heureusement de certaines cantatrices étranges, peut-etre\nregretté de ne pouvoir entendre Mme Culp Merten et le\nauatuor Zimmer de Bruxelles. Mais, par contre, le quatuor Tchèque, au\nconcert du 20 mars, m'a fait un bien grand plaisir dans le quatuor en ni\nmineur de Mozart. On sent très bien que ces artistes ont avec cette mu-\nsique des affinités de race et de caractère ; c est pourquoi 1 s la rendent\navec une émotion aussi pieuse et un art aussi délicat II faut féliciter\nMue Lindsay, de l'Opéra - comme tout à l'heure MU. Gaetane Vicq -de\nl'heureux éclectisme qui guida son choix . Pergolese Bach, Mozart, vo.la\npour la musique ancienne ; Saint-Saëns, taure d lndy voila pour notre\nécole française actuelle ; saluons, messieurs !.. La belle voix chaude de\nMUe Lindsay lui valut un succès très grand et très mente.\nTrès curieuse, en vérité, la cantate burlesque : Nous avons un nouveau\ngouvernement, dont la Société J-S. Bach nous faisait entendre des frag-\nments à son concert du 14 mars. Cette cantate fut écrite par Bach sur un\nscénario qui peut se résumer ainsi : le nouveau seigneur vient prendre pos-\nsession de son domaine, et les manants qui en dépendent lui souhaitent\nla bienvenue par des compliments plus ou moins saugrenus, certains\nmême d'un goût discutable. N'importe. Cette œuvre, qui fut chantée\navec beaucoup de goût par M^e Mary Pironnay et M. Monys, est\nagréable à entendre, car, à l'encontre ae beaucoup d autres du giand cantor,\nles parties qui la composent du moins celles entendues lautie soir\nsont assez courtes et d'un contraste nettement accusé. Le 5e Concerto\nBrandebourgeois pour piano, flûte et violon, et la cantate Garde en\nmémoire Jésus-Christ, complétaient le programme de cet intéressant\nconcert.\nJEAN POUEIGH.\nLe 21 mars, au concert d'orgue et de musique de chambre, M. Joseph\nBonnet joue avec une belle simplicité le Prélude et fugue en ré majeur, la\nSonate en ré mineur et le Prélude et f ugue en sol majeur. Mmc Wanda Lan-\ndowska donne au Concerto italien les sonorités chaudes du clavecin qui\nlui sont dues, et combien cet instrument, avec ses deux claviers et ses jeux\nvariés, sait, mieux que le pianomoderne, mettre à sa juste place chaque\ndétail d'une œuvre polyphonique ! L'interprétation de Mme Landowska\nest avant tout pittoresque, mais ne se prive ni de l'émotion ni de la gran\ndeur : témoin Yandante du Concerto italien, où la pureté des lignes fut\nadmirable. J'ai moins goûté le pianoforte dans la Suite française en\nmi majeur : on dirait d'un piano un peu faux, dont les cordes sont ma\ntendues et dont la pédale ne marche pas. La Suite anglaise en mi mineut,\nsur un bon et honnête géant de Pleyel, a été un étincellement de rythme\net de vie. De temps à autre seulement, un accent trop fort et trop brusque\npour mon goût : mais mon goût est peut-être mauvais, et trop acadé-\nmique encore. Je ne sais.\nLouis LALOY.\nAla salle iEolian, M. J.-Joachim Nin nous conviait le 21 mars à la seconde\ndes douze auditions qu'il consacre à « l'étude des formes musicales au\npiano, depuis le xvie siècle jusqu'à nos jours ». Rien que du Bach au pi°\ngramme, mais du Bach écrit pour clavecin. Ces pièces, moins connues que\nla musique pour orgue, présentent pourtant un très réel intérêt ; notam"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3669, "texte": "ment Fugue a l imitation du cornet la avec quinze\nvariations et les Suites. M. Nin joue le Bach comme il doit, du moins à\nmon avis, être joué : avec une certaine rigueur dans le rythme et la mesure\nqui convient bien à cette musique sévèrement belle. La qualité de son de\nM. Nin est tout à fait jolie, et son attaque toujours nette ; aussi fut-il cha-\nleureusement applaudi par un public qui se rendait compte de tout ce\nque sa tentative présente de véritablement artistique, tentative qui mérite\nd'être très vivement encouragée.\nJEAN POUEIGH.\nParmi les virtuoses de tout pays qui nous visitent en ce moment, il faut\nmettre hors de page M. Ferruccio Busoni, le sur-homme du piano. A son\ntalent de pianiste, qui défie de loin toute comparaison, il joint d'autres\nmérites : compositeur honorable, c'est un « transcripteur » de premier\nordre. Ses arrangements de pièces d'orgue de Bach, pour le piano, sont\nd'une ingéniosité merveilleuse et ont enrichi, même après Liszt, le domaine\ndu clavier, sans être notez cette rare abnégation de virtuose d'une\ndifficulté inabordable. Devenu par surcroît chef d'orchestre, M. Ferruccio\nBusoni, avec un dévouement dont nous devons lui être reconnaissant,\npropage en Allemagne les œuvres de notre école française moderne, de\nCésar Franck à M. Magnard.\nLe premier récital donné à la salle Erard, le 19 mars, par ce rare artiste,\nétait consacré à Chopin et Liszt : des pages les plus célèbres et qu'on pou-\nvait croire les mieux connues, de ces deux maîtres, l'art magique de\nM. Busoni tire des secrets nouveaux. L'agilité de ses doigts dépasse\nl'imagination ; mais, plus musicien encore que virtuose, M. Busoni ne se\nborne pas à en faire montre par des traits ou autres passages, exécutés\navec une rapidité, une audace et une précision inouïes. Ce qu'il y a chez\nlui de plus étonnant, c'est la souplesse du toucher, et !a du\npiano. Il sait nuancer à 1 infini les notes simultanées : grâce à lui et au\nsuperbe instrument dont il disposait, une étude ou un nocturne de\nChopin prennent un relief musical d'une netteté et d'une délicatesse pré-\ncieuses ; par lui le piano de Liszt redevient un véritable orchestre où se\ncombinent des masses sonores distinctes et indépendantes. Dans l'exquise\nBarcarolle, dans le Nocturne en mi bémol [op. 55, n° 2), dans la Polonaise\nen la bémol, dans les études en sol dièse mineur et majeur de Chopin,\ndans l'héroïque dans la Campanella de Liszt, dans la fantaisie si\ndivertissante sur le Songe de Mendelssohn, M. Busoni a réalisé quelque\nchose comme l'absolu de Platon : la perfection belle et intelligente, qui\ndomine la matière.\nSi, la prochaine fois que M. Busoni jouera chez Erard, on ne fait pas\nqueue depuis l'église Saint-Eustache jusqu'à celle des Petits-Pères, je\ncroirai qu'il n'y a plus personne à Paris pour aimer l'art du piano.\nJîiAN CHANTAVOINE.\nEcole des Hautes Études Sociales. La soirée du i 5 mars était consacrée\npar M. Quittard, assisté de Mme Landowska et de M Babaïan, àla musique\nde luth au début du xvne siècle français. Et cette séance fut pour beaucoup\nd'entre nous une véritable révélation. L'érudition précise du conférencier,\nle jeu divin du clavecin et le charme d'une voix dramatique nous ont appris\nqu'il existait en France une musique délicate et raffinée entre le xvie siècle\npolyphonique et l'opéra de Lully. Seuls quelques membres de la Société\ninternationale de musique n'ont pas été surpris ; ils avaient entendu l'année\npassée des airs de cour chantés par M. Scholander en s'accompagnant sur\nle luth, et cette année la lecture de M. Ecorcheville sur ce même sujet.\nMalgré ces précédents, l'Ecole des Hautes Etudes et M. Quittard peuvent"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.34", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "être considérés comme les premiers qui ont présente nos vieux « luthé-\nriens > au grand public des dilettantes français. Nous reviendrons un jour\nsur ces questions mal connues. Les origines de notre musique instrumen-\nmentale méritent mieux qu'un simple compte rendu.\nIl nous a été donné, la semaine dernière, d entendre M. Paul-E. Brunold\ndans un récital qu'il donnait à la salle Lrard. Chacun sait que le\niugé parfois un peu austère par les profanes, est du moins le vrai moyen,\npour un artiste de premier plan, de se manifester complètement. Tout\nd'abord, il suffit à donner la preuve indéniable d'une mémoire et d une\ntechnique supérieures. .\nA ces qualités fondamentales, M. Brunold joint un charme discret, une\nchaleur communicative, quoique toujours maintenue dans les limites du\ngoût le plus délicat, qui font de lui un artiste de la plus reelle valeur, chez\nlequel il faut encore louer la simplicité, la dignité de l'attitude, qui sont en\nharmonie avec son style élevé, comme les déhanchements de certains,\navec leurs accents excessifs et vulgaires. Weber, Beethoven, Schubert,\nChopin, Schumann, Liszt, ont été tour à tour interprétés par M Brunold\navec un égal bonheur. Vers la fin du programme figurait une Barcarolle,\ngracieuse composition du brillant virtuose, a laquelle son nombreux audi-\ntoire aussi choisi qu'enthousiaste, a fait le meilleur accueil.\nA. B.\nLe 21 mars, chez Pleyel, MU* Hanna Marie Hansen, la jeune pianiste nor-\nvégienne a exécuté, avec un très vif succès, un programme fort intéressant\net merveilleusement équilibré où figuraient des œuvres de Bach, Rameau,\nSchumann, Chopin, Liszt, Brahms, Fauré; on a particulièrement applaudi\nune admirable interprétation de la Fanta 17, de Schumann, où firent\nà la fois merveille la sobriété parfaite et l'intense émotion de son jeu.\nPar une coquetterie que nous déplorons amèrement, Mlle Hansen n'avait\nfait figurer au programme aucune œuvre de ses compatriotes. Sans insister\npour Grieg, Sinding et Svendsen, il nous eût été si agréable pourtant de lui\nentendre révéler à son nombreux public quelqu'une des productions si\nintéressantes et si peu connues de la jeune école norvégienne, des Sigurd\nLie, Elling, Halvorsen, Ole Olsen, Holter, Frithiof Backer-Grondahl,\nAlnœs, etc.\nPour protester sans doute contre cette omission, M. Marcel Bâillon\nnous a, le même soir, délicieusement interprété une exquise\npour violon de Sinding.\nM»e Hansen et M. Bâillon ont terminé ce charmant concert en interpré-\ntant la Sonate de Fauré, d'une manière véritablement digne de cette œuvre,\net n'est-ce pas le plus bel éloge qu'on puisse leur faire ?\nM. S.\nAla salle Pleyel, le 20 mars, M. Saury groupait autour de lui quelques\nexcellents artistes, une pléiade exactement et pour tout dire. J'aurais\nvoulu entendre le Quatuor de M. C. Chevillard ainsi interprété, mais je n ai\npas eu l'indélicatesse d'écouter aux portes, que la consigne tint fermees,\nmême dans l'intervalle des trois parties, aux billets que l'on dit pour cela\nfavorisés. M. Saury exécuta avec autorité et une verve qui fut triomphante\nla Sonate à Kreutzer.M'io Henriette Lamy lui donnait la réplique, et jai\nfort apprécié l'agrément de son jeu délicat et orné. L'andante à variations\nest devenu une causerie charmante d'une poésie toute fraîche et comme\nparfumée de tendresse.\nJ'ai beaucoup à louer un tout jeune pianiste, M. Loyoniiet, qui révèle"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.35", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 3874, "texte": "Deja le goût et le style d'un maître. Il a donné une couleur très poétique au\nbruissement des Jeux d eau de Ravel et aux Fantasmagories de I. Philipp\nsuite, de sept petites pièces de genre, qui sont autant de notations colorées\net vivement senties.\nJe voudrais enfin dire tout le bien que je pense du concert donné salle\nErard par Mi«c Rey-Gaufrès, avec le concours très apprécié de M. Jean Ten\nflave. Le jeu de Mme Rey a une aisance et une séduction tout à fait per-\nsonnelles. Je ne vois pas qu'on puisse mieux faire valoir l'humour allèare\net mystérieusement nuancé du scherzo de la 3e Sonate op. 3i de Beethoven\nM. Ten Have, dans la 3e Sonate op. ios de Schumann, a déployé tout\n1 enchantement de son archet nerveux. j. TRILLAT.\nPetite Salle Erard.— 9 mars. Concert de M. et Mme Gaston Revel.— Nous\navons eu la bonne fortune et l'heureuse surprise de voir enfin se produire\nces deux excellents artistes appelés, dans un avenir très prochain, à deve-\nnir des noms sur les affiches de nos concerts. Le Poeme du Languedoc de\nDéodat de Séverac, les Sonates de Lazzari et de Leclair, la Chanson du\nSouvenir de Pernand Pecoud, turent interprétés avec un mécanisme et une\nscience musicale indiscutables. L'éclat du programme était rehaussé en-\ncore par Mme Louis Chateau, à la fois si modeste et si belle artiste ;\nM. Gabriel Fabre, qui tint le piano dans ses délicieux Poèmes de jade,\nremporta, avec M. Stéphane Austin, un franc et très mérité succès.\nM. et Mme Gaston Revel nous réservent pour l'an prochain d'autres\nbonnes surprises que nous attendons avec impatience, heureux de voir\nune nouvelle pianiste et un nouveau violoniste révéler au public la sou-\nplesse, le charme et la fougue de leur talent. C. D.\nLe premier concert d'élèves de la Schola Cantorum a eu lieu le mardi\n20 mars. A dire vrai, il me causa quelques désillusions. Les classes de\nchant, représentées par M'»es Fié, Gravollet et M. Leclercq, se firent remar-\nquer d'une façon déplorable. Ces jeunes artistes chantent tous de la gorge\net particulièrement du sommet de la gorge, émettent des sons mal posés\net surtout ont une fâcheuse tendance à chanter en dessus ou en dessous\ndu ton depuis le début de leur morceau jusqu'à la fin. Jamais le Conser-\nvatoire, dont la Schola a entrepris de corriger les abus, n'oserait présenter\nde pareils phénomènes vocaux. Il y a là un danger sérieux, sur lequel les\nautorités compétentes de la maison feront bien d'apporter toute leur atten-\ntion, en exigeant plus de solfège, et de sérieux solfège, et une pose de la\nvoix plus parfaite. La classe d'orchestre,sous la ferme direction de M.Labey,\nfit preuve de bonnes qualités d'amateurs pour qui la musique est un passe-\ntemps distingué. Trop de jeunes filles qui le soir, au foyer familial,ennuient\nd'une sonate pour violon de Bach les amis de la maison qui se croient\nobligés de s'extasier en disant que Bach est le plus grand génie musical ;\nmais pas assez de musiciens gagnant leur vie à déchiffrer tous les soirs,\ndans une brasserie, trois ou quatre fantaisies et rompus à toutes les diffi-\ncultés du métier de l'orchestre. Quoi qu'il en soit, M'ie Penel et M. Char-\npentier jouaient fort honorablement le Concerto en ré mineur pour deux\nviolons de J.-S. Bach, qui n'est pas très long. Mlle Dupéchez se hâta d'exé-\ncuter la suite française en sol majeur du même Bach sans se soucier des\nchangements des rythmes, mais en faisant preuve d'une louable agilité digi-\ntale. Auparavant elle avait joué la Danse lente de C. Franck, œuvre post-\nhume que l'Edition Mutuelle vient de lancer. Enfin le meilleur morceau du\nprogramme fut le Trio en fa de Schumann, exécuté avec une louable\nrecherche des sentiments intimes et de l'expression juste par Mlle Masse-\nlon et MM. Marsillac, Jenck, Sangra et de Fraguier, qui firent honneur à\nleur excellent professeur M. de Serres."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.36", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4000, "texte": "i * *.i février la présence sur l'affiche des Agriculteurs du nom des deux\nThihand et du maître Diémer avait attiré un public comme on en voit peu :\nl a s a lïe é ak Absolument comble. Francis Thttaud, le violoncelliste si\nanorécié a développé ses belles qualités de technique impeccable et de\nfine sonorité, particulièrement dans une pièce pour violoncelle seul de\nRach et l'Élégie de Fauré qu'il a fait littéralement pleurer a son instrument.\n[ es salves d'applaudissements et les rappels que sa virtuosité a soulevés\nl'ont d'ailleurs largement et justement récompensé du travail qui, joint à\nde nrécieux. dons naturels, lui a été indispensable pour arriver à un pareil\ndeeré de perfection. - De Jacques Thibaud il n'y a plus rien a dire : ses\ntournées retentissantes tant en France qu'à l'étranger ont tait connaître\ndans le monde entier et apprécier comme il le mérite le grand talent du vio-\nloniste français par excellence.- L. Diémer, qui a également contribué puis-\nsamment au succès de cette belle séance, s'était joint a lui pour terminer la\nsoirée par l'admirable Sonate à Kreutzer ; les auditeurs ont tenu à donner\nune preuve éclatante de l'intérêt qu'avait pour eux le talent de ces trois\nartistes car la salle est restée bondée jusqu'à la dernière note.\nJe passe ensuite au concert qu a donné le mars, chez Erard, Lucie Caf-\nfaret Malgré le parti pris instinctif avec lequel j'étais allé à son récital\n(car je ne crois pas aux petits prodiges), les dispositions étonnantes de ce\nbébé de 11 ans 1/2 son âge est son plus grand mérite ont triomphé\naisément de mes préventions. Je ne dirai qu un mot sur son concert, et ce\nmot, je crois, suffira : elle s'est montrée la digne élève de Mme René et de\nM Duvernoy ; tous deux peuvent être fiers du beau résultat qu'ils ont\nobtenu, et je suis heureux de leur en adresser ici toutes mes félicitations.\nLes lecteurs du Mercure ne sont pas habitués à y trouver d'autres comptes\nrendus que ceux de concerts donnés par des artistes absolument arrivés\net cotés. Mais je me permets de faire aujourd'hui une petite dérogation à\ncet usage pour leur relater le beau succès obtenu par le Cours d'ensemble\nvocal deM\"c J. Lyon, la sœur de M. G. Lyon, l'excellent directeur ingénieur\nde la maison Pleyel, l'inventeur connu dans tout le monde civilisé de la\nharpe chromatique. M. Lyon, qui a bien voulu accepter de nous aider de sa\nprécieuse collaboration dans notre tâche de lutte pour l'art, me permettra\nde saisir l'occasion qui se présente et de lui apporter ici le modeste tribut\nde mon admiration pour le merveilleux instrument que notre confrère\nMusicanous montrait en juin 1904 comme adopté, au lendemain même de\nsa création, dans la haute société en même temps que dans tous les grands\nconservatoires. Les artistes que nous avons eu le plaisir d'entendre ven-\ndredi ne sont plus des élèves ordinaires. La plupart particulièrement\nM\"e Doerkey, sur laquelle j'ai déjà dit mon opinion— ont porté aux quatre\ncoins de notre pays la preuve palpable de la compétence remarquable et de\nl'expérience éprouvée de leur professeur. L'exécution impeccable du pro-\ngramme, composé d'œuvres fines et délicates, me dispense d'ailleurs ci en\ndire plus long sur le talent des élèves et l'excellence de la méthode de\nMlle J. Lyon.\nJ'ai particulièrement remarqué au beau concert fort original donné le 4,\nsalle Washington, par l'élite de la société caucasienne, le succès obtenu par\ndeux adaptations musicales interprétées merveilleusement—c'est le seul\nmot quipeut rendre mon enthousiasme —par C. Loutsky, brillant artiste de\nSaint-Pétersbourg où il collabore à la rédaction d'un grand journal théâ-\ntral. Il fut accompagné avec un véritable talent et un véritable tempérament\npar son jeune frère E. Loutsky, élève du maître Diémer. Je ne crains point\nde trop m'avancer en prédisant à ces deux jeunes artistes une carrière ou\nles succès seront très souvent des triomphes.\nBeaucoup de monde au même endroit le 7, beaucoup de monde, et qui"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "mieux est, de monde très select. C'était le concert de Grâce Whistler\nMisick. Les applaudissements les plus chaleureux ont éclaté à la fin de\nchaque numéro, et c'est le meilleur éloge qu'on puisse faire du talent de la\ncharmante cantatrice et des artistes qui prêtaient leur concours à cette\nsplendide soirée.\nOn m'annonce comme concerts spécialement attrayants de cette fin de\nmois les séances que donneront, les 26 et 3o5 Emil Sauer, et les 19 et 28,\nE. Isaye avec l'orchestre du Conservatoire.\nPAUL DUBOT.\nP.-S. Je suis heureux de faire part à mes lecteurs de l'excellente im-\npression produite par le premier des concerts du D** Lulek. Je ne peux\nqu'inviter tous les amateurs de belle et bonne musique allemande, particu-\nlièrement de lieder classiques, à aller applaudir en ce célèbre baryton l'un\nde leurs plus parfaits interprètes.\nIl nous promet encore trois séances à les t 5, 22 et 29. J'en\nparlerai d'ailleurs dans mon prochain article.\n\nLE QUATUOR PARENT.\n\nL'Évolution ds Beethoven et ses interprètes.\nLa musique a été si fort à propos créée, non seulement pour consoler des\nmalheureux, mais pour compenser les tristesses de l'hiver en sympathisant\nmystérieusement avec elles, que l'approche du printemps la remet en fuite :\nvoici déjà, les deux dernières soirées Beethoven de la saison 1906!\nEn écoutant de belle musique, il n'est pas défendu d'essayer de poser\nquelques jalons dans le domaine, à peine exploré, de la philosophie de\nl'histoire de l'art; et Beethoven nous apparaissait l'autre soir, à son plan,\nau seuil du siècle de la musique, avec l'aspect d'une force nécessaire; une\népoque reçoit le génie qu'elle attend. Or, le dernier historien de Michel-\nAnge (1), et le plus philosophe de tous nos amoureux d'art, le_ beethovénien\nRomain Rolland, nous démontre, au contraire, que le génie Michel-\nAnge ou Beethoven apparaît comme un phénomène dans une terre\ningrate et que, sans avoir subi d'influences, il doit influencer fatalement\ntoute la génération suivante en la « foudroyant comme dira Berlioz...\nLes deux points de vue sont-ils irréconciliables? Nous le rechercherons\nplus longuement quand la musique en exil nous permettra quelque ré-\nflexion. Beethoven, ce Michel-Ange musical animé du sang flamand de\nRubens, a tout inventé : soit, mais n'est-ce pas dans le sens espéié par son\népoque militante, et qui vit Bonaparte? Un génie est le poete de son\nLa Nuit de Michel-Ange est la protestation d'un héros sans tache ; et\nBeethoven est le Pensieroso d'un âge vigoureux.\nTrêve aux théories ! A l'heure militaire, interprètes de Beethoven\nin scenam; et l'idéale musique nous prouve, au rebours de la vie positive,\nque l'action peut redevenir la « sœur du rêve »... A dessein, nous confon-\ndons les programmes des deux dernières séances beethoveniennes, afin\nd'observer chronologiquement comment un genie devient Beethoven, L\n\n(1) Michel-Ange, par Romain Rolland (1 vol. in-B°, de la collection des Maures\nde l'Art, Paris, iÇ)oS)."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3692, "texte": "cette étude sera la justification de certaines œuvres d'une jeunesse un peu\nridée pour nous, qui ressuscitent seulement pour nous suggérer Beethoven\nencore en puissance plutôt qu en acte... .... ... F p, ~\nInterprété largement par MM. Mimart, Lebailly, Letellier, Jacot, Penable\nle Sextuor pour deux clarinettes, deux bassons et deux cors,\ncomposé, paraît-il. en une nuit, à la Mozart, vers .794, et publie, long-\ntpmos après sous le numéro d'œuvre 71, appartient franchement encore a\nl'ancien régime musical; c'est un tableau de Téniers où passe à peine,\ncarfois l'ombre du nuage d'un Ruysdael... C'est le sentiment tout flamand\ndes paysages de ce bon vieux temps qui respire, loin des cours finissantes,\nl'honneur candide et la droiture. Plus brillant, plus mondain, plus raffiné,\nle Ouintette célèbre, pour piano,hautbois, clarinette, cor et basson (op. 16),\nspirituellement touché par MM. Grovlez, Bleuzet, Mimart, Penable et\nLetellier ouvrage qui date et que le Beethoven farouche de la maturité\nlibérée disait avoir pris en grippe... absolument comme le gracieux\n(op. 20) ! Mais, déjà, quel progrès psychologique et quel sentiment mineur\ndans l'andante où soupire un cor beethovénien ! Ce cor est un précurseur,\ncomme les timbales de l'andante con de la première symphonie; san-\nglot fier ou puissance intérieure : c'est Beethoven déjà !\nSi les séances modernes, Franck, Chausson, d'lndy, Debussy, Ravel,\npassionnent au plus haut point l'auditoire subtil de l'iEolian, les séances\nbeethovéniennes, plus tempérées, lui dévoilent peu à peu la souplesse de\nce génie : n'est-ce pas un enseignement qui compense quelques longueurs?\nEt s'il n'y a pas de musique absolue (puisque la musique pure est l'éma-\nnation d'une âme), il n'est pas moins vrai que M. Louis van Beethoven,\npianiste qui a beaucoup écrit, composa longtemps de la musique poéti-\nquement formelle, comme la sonate piano et violoncelle en mineur\n(op. 5, n° 2). dont le rondo final exhale allègrement le parfum du bon vieux\ntemps'où vieillissait le doux Haydn, comme le trio à cordes (op. 9,\nn<> 2), bluette admirable et contemporaine de la sérénade (op. 8), musique\nde belle et bonne compagnie, où l'italienne virtuosité du genre s'enveloppe,\ncomme chez Mozart, avec je ne sais quelle profondeur native, déjà, de\nmélancolie spirituelle... Ce trio, c'est le régal des délicats, qui ne deman-\ndent pas, pour être heureux musicalement, la chute du Walhall et le cré-\npuscule des dieux! Tempéraments exquis dans leur vivacité! Sensibilités\ncharmantes, et contemporaines de Prud'hon, ce génie de l'amour qui sou-\nriait dans l'ombre !\nDatée de 1799, la sonate piano et violon (op. 12, no 2) est une contem-\nporaine très spirituellement sage de la (op. i 3). Beethoven-\nAdonis cherche encore à plaire : il a vingt-neuf ans, c'est une excuse; et\nquelle pure beauté dans cette forme calme, dans le contour d'un andante.\nMais, dès 1802, l'auteur de la seconde symphonie écrira la sonate piano et\nviolon (op. 30, no 2) en ce ton d 'utmineur qui favorise toujours la mysté-\nrieuse effusion de son pathétique! Que de pressentiments sous ce phrase\ndivin ! L'artiste a reçu la leçon du malheur qui fait le génie libre et la bonté\nsuprême; la surdité le hante : il a souffert. Et le cruel amour s'est empare\nde son cœur. L'amour ! n'est il pas le secret même de Beethoven et le mys-\ntère profond de l'idéale musique,\nDouce langue du cœur, la seule où la pensée,\nCette vierge craintive et d'une ombre offensée,\nPasse en gardant son voile et sans craindre les yeux !\nL'amour, cependant, l'universel amour, tel que l'entendait Beethoven,\nn'est plus tout à fait le petit dieu d'une Grèce Louis XVI auquel sacrifiai"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "l'athénien Mozart : témoin les six chants religieux de Gellert (op. 48, i8o3),\nadmirables chants admirablement exaltés par la basse expressive de Jan\nReder, et qui s'élèvent, à travers toutes les ivresses de la nature et les\nblessures de la vie, jusqu'à l'espoir fervent de l'Etre suprême ! Prière pro-\nfonde, amour du prochain, ténèbres de la mort, cieux qui racontent la\ngloire divine et sa toute-puissance, enfin superbe chant de contrition qui\nse termine en triomphante action de grâces, Busslied sublime et lui-même\n« pareil à l'âme d'un héros », tel est l'amour beethovénien, la grande\ntradition lyrique que la voix de Jan Reder évoque déjà dans les cantates\nreligieuses de Bach et dans les nobles avis du commandeur de pierre de\nDon Giovanni (car le petit Mozart a connu la grandeur), tradition du\ngrand art allemand, que le Beethoven vocal de Fidelio (i8o5) va renouveler\ndans l'ombre où son grand cœur est captif, et que retrouvera d'instinct\nle Schumann inspiré des Scènes de Faust. Comme la sculpture grecque\net la peinture italienne, la musique allemande est une chaîne tradi-\ntionnelle et lumineuse que se transmettent ces génies. C'est la mu ;ique\nmême.\nAux alentours de 1804, quand l'auteur prochain de YEroica livrait au\npapier réglé sa délicieuse sonate op. 31, n° 3, il confiait à Czerny son désir\nde s'engager enfin dans une voie nouvelle : Beethoven avait conscience des\nprogrès de son génie. Et ce mot, qui scandalise tant de petites vanités,\nn'effrayait point son juste orgueil... En ses quatre mouvements vifs, avec\nses lointains aériens et ses perspectives cristallines, l'op. 3i, n° 3, est la\nmélancolie d'un sourire ; il continue la Pastorale (op. 28) ; il est en mi\nbémol majeur, comme l'op. 7, plus vieux parce que plus jeune ; comme\nl'op. 27, n« i? dont la première ligne d'andante contient tout Beethoven ;\ncomme l'op. 81 a des Adieux, qui se passe de commentaire et qui chante\n•encore en notre souvenir! C'est la troisième sonate de la trilogie dite des\nZurichoises. Et c'est du pur Beethoven ! Ni Mozart ni Schumann n'exhalent\nmélodieusement cette lumière mélancolique comme le bonheur... Dans le\nmenuet (avant le trio célèbre qui dicta les Variations de M. Saint-Saëns),\nil est un chant d'une poésie suave, ineffable, et dont on demeure triste\npendant de longues matinées, quand le souvenir coïncide avec ces éclair-\ncies radieuses d'une fin d'hiver qu'on dirait baignée dans l'atmosphère de\nCorot... C'est bien là que « le son est le frère de l'âme » ! Et nous plai-\ngnons ces mathématiciens qui cherchent abstraitement la beauté musicale\nen se privant des vaporeux sentiments qu'elle provoque ! Ils oublient, ces\npuritains de la tablature, que l'amour naquit de la beauté.\nBeethoven ne l'oubliait point, quand il écrivait le trio op. 70, no 2 ! A\ntoutes les dates de son essor, Beethoven est infiniment varié, donc inégal\npour les snobs qui le voudraient continûment sublime... Beethoven est\nl'image de la nature à la fois terrestre et divine : il a des rayons et des\nombres, également splendides. Encore en 1809, l'auteur delà Pastorale et de\nY Ut mineur écrira donc cet élégant trio, contraste souriant avec 1 orageuse\nfantaisie du n° 1, qui répondait mieux à l'ame de Hoffmann. Décidément,\nla démarcation des trois manières n'a rien d absolu apparence\nchronologique... Beethoven, né sombre, n a jamais cessé d etre amoureux;\net comme nous disait, ce 9 mars, le poète Grandmougin, dans un à-propos\nrempli de généreuses intentions,\nUn espoir caressé le rendait triomphant.\nLes interprètes habituels de ces brillants vendredis qui vont\nparfaitement exprimé la transition des séances modernistes a 1 ait de\nÎBeethoven et le retour de l'expression violente à la forme expressive. On"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3980, "texte": "sait l'art profond d'un Jan Reder, la science poétique d'un dun\nM m.rt, indomptable vaillance élégante d'un Armand Parent MM Parent,\nVieux et Fournier se surpassent dans la désinvolture allee du . trto\ncordes . • pas un quatuor actuel de Paris ni meme d outre-Rhin, pas un\ntrio dans l'espèce, ne déploierait celte grâce étincelante comme des yeux\nbruns sous la poudre. Et le piano, petit orchestre en grisai le rapproche\ndeux natures diversement sympathiques dans l'unité d un bel effort volon-\ntaire, également couronné de succès. ■ a ■\nToujours sur la brèche, le profil penché sur le clavier dans une inflexion\ncharmante de force frêle et d'aspiration vers le mieux, 1 înlatigab e\nMile Marthe Dron, qui donnait carrière à sa jeune énergie dans le quatuor\nde Chausson le 2 mars 1906 avec une technique encore plus assouplie que\nle 27 janvier ioos, rivalise aujourd'hui de délicatesse fougueuse et d'ardente\ncertitude avec ses partenaires musiciens, MM. Parent et Fournier, dans les\ndeux sonates et dans le trio de 1800, à l'allegretto si finement cisele par\nun géant qui délaisse un instant le bloc de Michel-Ange pour la miette de\nCeliini. Dans Y op. 30, no 2, son phrasé, vivement aristocratique comme sa\npersonne, accentue le ton d'ut mineur, le coloris beethovénien, 1 orage\nlatent qui bouillonne sous les classiques mélodies chantées par 1 archet de\nParent, superbement en verve. Une ovation des plus flatteusement spon-\ntanées a dit àla modestie de Mll** Dron combien l'auditoire appréciait en\nelle la souplesse compréhensive et la studieuse intelligence de 1 interprète.\nUne telle interprète a le désintéressement d'une artiste : aussi bien s est-\nelle contentée de la musique d'ensemble, nous laissant sur le beau souvenir\nde l'op. ni et des Adieux ! Qu'il nous soit permis de regretter quelle\nn'ait pas abordé, cette année, le mélodique op. 110, qui passa très\ninaperçu sous les doigts d'une personne correcte dont il a mieux valu taire\nle nom... Car Mll® Dron s'adresse d'instinct à ces sommets musicaux qu elle\nse plaît à dompter, telles ces blanches Muses qui trouvent l'inspiration\nsous les cimes, à deux pas de la pureté des neiges.\nAvec moins de grâce nerveuse et de hautaine inquiétude, Mlle Andree\nGellée habite de préférence les vallons fleuris et les coteaux modères,\ncomme dirait Sainte-Beuve, qui ne songeait point aies dépasser ; dans un\nchoix heureux, c'est-à-dire avec une conscience avisée de sa nature,\nGellée s'attaque à la sonate difficilement radieuse entre toutes : après\n• 1 > £* 3\navoir très loyalement et très brillamment mesuré ses forces dans 1 op.\nsurnommé Y Aurore, elle vient de nous en fournir la pleine capacité dans\nle poétique op. 31, n° 3. Et les deux beaux rappels, qui saluaient 1 n\nau début de l'hiver, ont confirmé cette loyale exécution pianistique, lune\ndes plus complètes de la saison. Netteté lumineuse, égalité naturelle,\naménité solide et sérénité déjà puissante, éléments d'un style qui promet\net qui présage souvent l'exécution tout « objective »de MUe Blanche Selva,\nl'interprète essentielle de Bach ! De là, ces contrastes excellemment pon-\ndérés dans les nuances du scherzo. Peut-être le presto final se voudrait-il\nencore plus rythmique i Gomme deux physionomies différentes, dont les\n.qualités apparaissent par contraste, Mllos Dron et Gellée ont justement\nobtenu la gratitude nuancée des Beethovéniens.\nEn rappelant ces deux artistes de bonne et belle volonté, discernées par\nArmand Parent, qui a la main heureuse, il nous plaisait d'évoquer l'opinion\ndéfinitive de Richard Wagner sur Beethoven à propos du premier cente-\nnaire de sa naissance, il y a trente-six ans : « Beethoven arracha la musique\nà 1 influence de la mode et du goût changeants, pour la promouvoir à ce\ntype d'éternelle valeur et purement humain. Aussi la musique de Beethoven\nsera-t-elle comprise en tout temps, alors que la musique de ses prédéces-\nseurs ne nous demeurera, pour la plupart, compréhensible que par 1"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "termédiaire d'une réflexion historique... » Avant Richard Wagner, le poète\ndisait du poète :\nCe qui fait qu'il est dieu, c'est plus d'humanité ;\n11 est génie, étant, plus que les autres, homme...\nOr Beethoven est le poète souverain des sons. Et son humanité supé-\nrieure ne contient-elle pas tout le secret de l'immortelle jeunesse de son\nœuvre ?\n\nRaymond Bouyer.\n\nA PROPOS DE «DON PROCOPIO».\nWilly.\nL'ironie, petite muse très moderne, a fait rapidement son chemin. Intri-\ngante, elle asu s'introduire dans le logis de chacune de ses sœurs sacrées\net n'en est jamais sortie sans quelque larcin. Peu à peu, elle s'est établie,\nen fille pratique, construisant ses solides maisons de rapport en face des\ntemples de ses bienfaitrices. Voilà pourquoi nous possédons aujourd'hui\ntant de peintres excellents voués àla caricature, tant de solides talents\némiettés chaque semaine dans la grivoiserie facile des illustrés, tant de\nlyriques honteux en proie àla blague dont ils n'oseront jamais dépouiller\nla vaine et commode élégance. Et, comme la dixième Muse est une fine\nmouche, elle asu choisir si habilement ses prêtres, rendre son culte si\nattrayant que ses fidèles ont rempli le monde. Tout art doit donc compter\navec elle, lui céder une part de son domaine. Un seul a résisté, l'Art mu-\nsical !\nL'ironie musicale n'existe pas. On a mis en musique des parodies, des\nbouffonneries et de joyeuses excentricités, mais la musique elle-même n'a\npas subi cette amusante déformation raisonnée par quoi un Tristan Ber-\nnard et un Caran d'Ache ont conquis la gloire. Nous avons connu des ro-\nmances, des chœurs ou des duos plus ou moins légers ou bruyants, avec\nquelques outrances dans les nuances, mais ces duos, ces chœurs ou ces\nromances restaient absolument conformes aux traditions lyriques les plus\nconsacrées. L'opérette et l'opéra bouffe jouent très mal le rôle de carica-\ntures musicales : abstraction faite des paroles, toutes les partitions de ce\ngenre sont des partitions d'opéras italiens à peine modifiées. Les cavatines\nd'opérette ne présentent aucune différence essentielle (au point de vue\npurement musical) avec les cavatines du vieux répertoire italien, et la pen-\nsée toute nue d'un Offenbach n est pas plus gaie que celle dun Donizetti.\nC'est parce que l'humoriste est inconnu en harmonie et en contrepoint\nque le compositeur n'est pas encore né qui trouvera le moyen d exciter le\nrire du public par une page orchestrale de puissante ironie avant qu une\nseule parole ait été chantée. Faire « italien », tel est le dernier mot du\ncomique musical, telle est la règle qui a présidé àla composition de ce\nDon Procopio que M. Gunsbourg aeu la piété de monter au théâtre de\nMonte-Carlo avec un luxe étourdissant. - j i»\nCet opéra bouffe de Bizet n'ajoutera rien àla gloire de 1 auteur de\nCarmen, mais il démontrera la merveilleuse facilité mélodique et la natu-\nrelle élégance d'un musicien que nous n avions jamais vu souiire avec tant\nd'abandon."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.42", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "LES REVUES.\n\nRevue générale des Sciences. Revue des Deux Mondes.\nDans le numéro du 28 février 1906 de la Revue générale des Sciences,\nM. H. Bouasse, professeur de physique à l'Université de Toulouse, étudie\nles Gammes musicales au point de vue des physiciens. L'auteur déplore\nd'abord l'ignorance de la plupart des physiciens sur« lesparties les plus élé-\nmentaires de la théorie des gammes, des tons et des modes ». Et il se fait\nfort de montrer que « ces questions sont fort claires, à condition de ne pas\nles troubler par des considérations dénuées de tout intérêt pratique ».\nEcoutons-le :\n« D'après le résultat d'expériences objectives, où l'on mesure le nombre\ndes oscillations d'une corde vibrante, sans s'occuper de l'impression phy-\nsiologique du son qu'elle donne, on représente la hauteur par la formule :\noù P est la tension de la corde (en kilogrammes), le poids par mètre,\nsa longueur en mètres, g l'accélération de la pesanteur. »\nVoilà qui est bien dit, mais tous les musiciens, et les plus ignorants des\nphysiciens eux-mêmes savent que dans une telle formule N est le nombre\ndes vibrations par seconde. Pour dire que N représente la hauteur, il faut\nsavoir que la hauteur apparente dépend de la vitesse vibratoire seule, c'est-\nà-dire faire intervenir une notion subjective, et « s'occuper de l'impression\nphysiologique ». De plus, la formule citée est incomplète, et on ne voit pas\npourquoi N cesse ici d'être fonction du diamètre de la corde. Chacun sait\nqu'il fallait écrire :\nEt enfin, même réduite et simplifiée ainsi qu'on vient de voir, la formule\nne peut être déterminée expérimentalement : l'expérience donnerait pour\ng une valeur numérique plus ou moins approchée; seule la théorie peut\nintroduire la notion de l'accélération.\nAprès un tel début, on ne s'étonne pas de voir l'auteur adopter comme\nunité le savart, de manière à exprimer tous les intervalles consonants ou\ndissonants (i) de la musique par des nombres incommensurables ; puis\nretrouver « les fameux modes du plain-chant, dont nous avons tous ouï\nparler quand les Bénédictins ont quitté la France » (il était temps !) ; enfin\nprôner la gamme naturelle ou de Zarlino, fondée sur les harmoniques, et\nécarter le 7e harmonique pour la simple mais énigmatique raison qu'il « ne\ndonne rien d'utilisable ». Et on lui pardonne de traiter de haut en bas, avec\nune condescendante ironie, les recherches de MM, Cornu et Mercadier sur\nla valeur exacte des intervalles musicaux : si les conclusions des deux sa-\nvants peuvent être discutées, les résultats de leurs expériences sont inat-\ntaquables, et il s'agit de les expliquer, non de les nier. Espérons que le\nlivre sur les Bases physiques de la Musique, que nous promet M. Bouasse,\nsera écrit avec moins de désinvolture.\nDans la Revue des Deux Mondes du i 5 mars, M. Pierre Loti commence\nun nouveau roman, sous ce joli titre : les Désenchantées. Ce sont les femmes\nde nos bons amis les Turcs, qui s'éveillent dans leurs harems, et, dédai-\n\n(1) Excepté la triple octave de la tierce majeure. Singulier privilège !"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "gneuses du narghilé et des confitures de roses, lisent Kant, Baudelaire et\nVerlaine (il n'y a donc plus de censure en Turquie)? Surtout elles s'adon-\nnent au charme de la musique ; hélas ! ce sont des claviers d'Erard que\npétrissent les petits doigts ambrés ; on « se passionne pour Gluck aussi\nbien que pour César Franck et Wagner », on déchiffre « les partitions\nde Vincent d'lndy » ; on joue à deux pianos « un nouvel arrangement\ndes fugues de Bach », que je voudrais bien connaître. Et l'héroïne, Zahidé-\nhanum, joue, à elle toute seule, « un concerto composé par elle-même » ;\npuis « un Nocturne, encore inachevé, qui date de la veillée précédente ».\nOn voit que la musique éclôt, sur les rives du Bosphore, avec une facilité\ntoute tropicale. Je n'ai cependant aucune envie d'entendre les petites\nélucubrations de la charmante Zahidé-hanum ; et je préfère à son Érard,\nmême lorsqu'elle y déchiffre Fervaalou (ou, peut-être,\nmoi sous V orme),le, chant enthousiaste des derviches tourneurs, ou la cla-\nmeur lumineuse du muezzin, ou une mélopée insaisissable de la longue flûte\nde roseau.\n\nLouis Laloy.\n\nLA MUSIQUE A NICE.\n\nOn décentralise.\nLa ra ta tzim boum boum ! En avant la réclame ; on décentralise, et les\njournaux annoncent : « Grande soirée de gala extraordinaire, première re-\nprésentation (création) de Sanga, drame lyrique COMPLÈTEMENT INÉDIT de\nM. Isidore de Lara. Cette grande première sera donnée avec M. Fugère,\nMme Ch. Wyns, etc. La presse parisienne y est invitée. Ce sera une nou-\nvelle (?) soirée de grand Art où se presseront toutes les notabilités artisti-\nques de Nice et de la côte d'Azur Les places s'enlèvent pour cette repré-\nsentation sensationnelle... » Barnum ne dirait pas mieux.\nDe l'inédit est toujours intéressant ; j'ai donc assisté à cette première\nsensationnelle. Elle avait lieu le lendemain d'un veglione. En entrant, je\ntrouve l'Opéra encore décoré de guirlandes vertes, blanches et roses. Cette\nverdure artificielle me fait penser malgré moi à une exposition de bœufs\ngras ou à un étalage de têtes de veaux. Le public est nombreux dans les\nloges, et dans la salle beaucoup de dames élégantes. L une d elles, assez\njolie, occupe le fauteuil voisin du mien. Elle est arrivée avec un petit air\ndécidé qui promet. Telle la princesse de Metternich, elle s apprête à déchi-\nrer ses gants pour applaudir. Elle a senti en moi un ennemi. Nous nous\nmesurons du regard, et c'est moi qui baisse les yeux (je suis timide). Ce\npremier succès l'engage à parler la première : « C est un très bel ouviage\nque Ton va jouer, impose-t-elle. Comme il est inédit, il ne sera guere\npossible d'en juger qu'à la fin. Pas du tout, dit-elle très vite; le sujet,\nd'abord, est nietzschéen... Un reporter parisien le disait tout a 1 heure. » Je\nm'incline; elle continue : « C'est d'une très haute portée philosophique.\nOù ne puis-je m'empêcher de murmurer, la philosophie va-t-el e se\nnietzscher !... Une plaisanterie n'est pas un argument L'homme est\nplus grand que la Nature, Vigord le chante au dernier acte. Vigord ....\nOui ; c'est Fugère, ou plutôt Fugère c'est Vigord ;ou pour mieux dire\nVigord est un fermier avare qui veut marier son fils avec sa niece.\ncomme ce fils, Gian ou Jean, je ne me souviens plus, préféré Sanga, une\nfaneuse à la journée »"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3796, "texte": "Mais l'orchestre a commencé en la mineur. « Le motif de la Mon-\ntagne », me souffle-t-elle. Décidément elle est bien renseignée !\nCe leit-motif orographique est immédiatement suivi d'un air de mazurka\nlourdement modulé, et le rideau se lève sur un charmant décor qu'inondent\nles rayons ardents d'un soleil de messidor. La scène est envahie de gerbes\nque les moissonneurs jettent dans une batteuse. Dans beaucoup de détails\nde ce ier acte on sent l'influence du drame réaliste moderne, compliqué de\nsymboles, tel que l'a réalisé M. Bruneau. Je ne vous cacherai pas cepen-\ndant que je préfère la musique de l'auteur de Messidor.\nLe Vigord susnommé entre en scène, vêtu d un complet gris, et bientôt\nl'assemblée fait cercle autour de lui. Il s'avance sur le bord de la scène,\nface au public.\n« La chanson de Jean-le-Grain » chanson à la fois symboliste et réa-\nliste avec des unissons, des effets sous tous les mots, quelque chose dans\nle genre du Credo de lago. On bisse. Ma voisine me regarde triomphale-\nment : « Ce n'est pas mal, condescends-je. Pourvu que ça continue... »\nAprès tout je ne demande pas mieux que cela continue, d'autant plus\nqu'une entente cordiale n'aurait rien de déplaisant avec mon interlocutrice.\nEt puis il faut être indulgent, on décentralise\nMalheureusement voilà que ça se gâte. Sanga et Jean (ou Gian) rappel-\nlent leurs serments qui ont eu la montagne pour témoin (motif de la Mon-\ntagne), et lèvent la main pour jurer (motif de Manon : N'est-ce plus ma\nmain...). Tout à l'heure, après un « La pile monte et s\"écrouoiiououle en cas-\ncaajaade... », deux gammes descendantes et descriptives en triples croches,\nnous avions déjà eu un motif doucereux du Grillon (toujours lui ! lui par-\ntout !...) qui avait fait pousser des petits gloussements de plaisir à ma voi-\nsine : « Des sons résultants », eût hasardé Helmholtz. Maintenant voici les\ntrombones qui commencent pour ne plus cesser. Grâce à eux, cet opéra\nfera beaucoup de bruit jusqu'à minuit. Le fermier surprend les amoureux,\nse met en colère, et au galop le récitatif n'est même plus mesuré —en\nflanque un (galop) à Sanga, qu'il met à la porte. Mais la belle fille est galop-\nphobe et, comme Jean ne s'est pas donné la peine de la défendre, elle s'en\nva en maudissant tout le monde. C'est une personne qui a très mauvais\ncaractère. Ma voisine est beaucoup moins farouche ; nous causons.\n« J'aime le grand Art, Moi. Mon mari, Lui, est à la redoute. Que\npensez-vous de la décentralisation ?... »\nUn journaliste a interviewé M. de Lara, et, après lui avoir fait dire de\nquel dentifrice il se servait, lui a posé la question: « Que pensez-vous de\nNice, centre d'art ? Mais c'est la ville unique, a répondu le musicien,\nunique ! » Il serait vraiment ingrat s'il pensait le contraire.\n« Vous allez voir au dernier acte... —Au troisième?— Non, au second,\nle dernier. Cependant il yen a trois d'annoncés ? ! C'est-à-dire qu'il\ny a encore deux tableaux... » Tiens, tiens, mais il y a presque tromperie\nsur la marchandise vendue Après tout, puisqu'on décentralise 1\n« Donc, au dernier acte ?... Les librettistes et le musicien sont tout\nà fait wagnériens et s'inspirent surtout de l'Etranger. Hum ! J'ai bien\npeur que 1 art de M. Vincent d'lndy ne leur soit totalement étranger —•\nAssez !Ilya là un effort sérieux, louable, respectable. Mais, au lait,\naimez-vous 1 Etranger ? Ah non !en voilà de la musique assommante !\nMais alors puisque Sanga s'en inspire Vous êtes absurde !» La\npetite femme s'énerve ; je me tiens coi et lis la partition qu'elle a apportée\navec elle.\nivl. de Choudens a établi une nouvelle fabrique de livrets à l'usage des\ncompositeurs en quête de débuts et d'éditeurs complaisants. Ses procédés\nde fabrication sont periectionnés et très modernes. Imaginez une sphère"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4037, "texte": "creuse, mobile sur un axe horizontal. Dans cette boule des personnages,\ndes décors, de la prose rythmée, des milieux, des époques, des symboles et\ndes catastrophes variées. On fait tourner rapidement l'appareil, et on l'ou-\nvre brusquement : il sort un livret d'opéra. Cette fois M. E. Morand a\nassuré une partie de la responsabilité du poème en collaboration. Dans\nSanga, en somme, il y a bien eu effort de part et d'autre. Mais voilà, il ne\nsuffît pas de vouloir (Cf. La Fontaine, Fables, livre ler, la Grenouille..., etc.},.\net ce que nous entendons à partir du 2e tableau est une effroyable tatouille.\nD'abord le compositeur, tout comme Weber, Berlioz, Meyerbeer et autres\nréformateurs de l'instrumentation, fait à son tour son petit bouleversement.\nAvant lui la batterie, grosse caisse, cymbales, tambour, triangle, etc., n'inter-\nvenait qu'accidentellement. Il a changé tout cela. Ce sont ces instruments\nqui forment le fond de son orchestre, et les violons ne sont plus qu'acces-\nsoires. C'est assurément original, mais un peu gênant pour les auditeurs,\nqui ne sont pas sourds. Ils risquent de le devenir complètement au deuxième\ntableau, où un orage violent trouble un sommet des Alpes (décor réussi).\nUn orage non moins violent gronde dans l'âme de Sanga, qui, comme un\nvulgaire pope, veut tout chambarder. Elle adjure la Nature d'accomplir\ncette tâche. C'est Mlle Charlotte Wyns qui remplit le rôle de l'émule du\npope. Il est d'une tessiture un peu trop élevée pour elle. Elle ne le chante\npas moins avec un incroyable enthousiasme, le confondant avec certains\nautres où l'interprète offre le principal intérêt. C'est ainsi que dans la\nTosca, où elle est très belle, le drame de M. Sardou réduit à 3 actes\nn'existe plus ; la musique existant peu, il ne reste plus qu elle. Elle imite\nun peu en tout cela M^e Emma Calvé, qui a pousse 1 admiration de 1 auteur\nde Sanga jusqu'à écrire un livret pour lui. Cela s appellera le Nil (dans nil\nil y a nihil) \\ et avec les six ouvrages précédents du compositeur nous\naurons ainsi les sept enfants de Lara.\nMais je m'aperçois que j'ai beaucoup baissé dans 1 estime de ma voisine»-\nElle hasarde encore: « M. de Lara est très apprécié à Monte-Carlo, où ses\nouvrages, première manière, ont plusieurs fois représenté dignement 1 ait\nmusical. Sa dernière manière est très personnelle. En effet, dis-je à mon\ntour, cela n'appartient plus à aucune école, pas même à la monégasque.\nCette dualité de l'artiste eût permis à Aurélien Scholl de lui composer une\népitaphe dans le genre de celle qu'il fit pour les Concourt : « Ici dort deux\nLara : L'art à Montecarlo et Laratatouille. » Ma voisine levée indi-\nen ée pour aller s'asseoir à côté d'un autre monsieur. Et les événements se\nprécipitent. La Nature, pour faire plaisir à Nietzsche et à Sanga, démo ît\ntout, inonde tout, et au dernier tableau de plus en plus réussi comme\ndécor, nous voyons une immense nappe d'eau d'où émergent un clocher\net le toit de la ferme où régnait le fermier Vigord. Celui-ci, rendu fou par\nle désespoir, s'est réfugié avec son fils et sa niece sur ce toit. « Pas moyen\nde faire danser un ballet là-dessus, » murmure quelqu un. Sanga, condui-\nsant une barque, vient sauver son amoureux. Mais celui-ci ne veut pas\nêtre sauvé parce qu'elle a repoussé son père qui est en train de barboter\nau fond de l'eau. Pour évoquer le spectre _de ce machabee dement, e\ncompositeur a une inspiration géniale :il fait jouer le motif du grain\npar un xylophone ! Enfoncée la danse macabre ! .\n.. Mais je cherche du regard mon ex-voisine Elle est en train de\ns'esquiver avec son nouveau voisin. J'ouvre de grands yeux, et une voix\nironique fredonne derrière moi : « Ah ! mon cher, que vous etes nai .....\nVous oubliez que vous êtes à Nice. Vous avez pris pour argent comptant\nl'enthousiasme de cette jolie personne. Mais elle se moque de Sanga et d\ntoutes les musiques. Elle aussi voulait faire sa petite décentralisation ; elle\nl'a faite avec le plus conciliant. » Honteux et confus, je regarde le fauteuil"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.46", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "vide et i'v aperçois la partition fatiguée qu elle a oubliée et que j avais deja\nfeuilletée J'ouvre àla première page, et j. 1» ce titre : « Ma,a, opéra de\nM Isidore de Lara ». « Mais alors ?... »> murmure-je abasourdi. « Eh oui,\ncontinue la voix, c'est sous ce titre que Sanga a de,a ete ,ouee a Oovent\nGarden, si mes souvenirs sont précis ; et il y reçut un accueil plutôt froid.\nIci on l'acclame. >» Et dire qu'elle le savait, tout cela... Ah ! décidément\nl'homme est peut-être plus fort que la nature, mais la îemme est p us forte\nZim ba la boum, pa ta pouf, outre! boufre ! L'orchestre fait encoie un\npeu de tapage pendant que le toit s'écroule et que la barque, bnsee a coups\nde hache par le ténor, s'enfonce peu à peu. Tous les personnages étant au\nfond de l'eau, l'opéra nietzschéen est forcément terminé.\nAh ! on ne s'ennuie pas tous les soirs à Nice quand on\n\nEdouard Perrin.\n\nLA MUSIQUE A MONTE-CARLO\n\nA Monte-Carlo. L'Ancêtre. Don Procopio. MI de Belle-Isle. Don Carlos.\nJe suis un peu en retard pour vous parler de Monte-Carlo. Mais, bien\nque la Principauté soit à 25 minutes seulement de Nice, elle est morale-\nment si loin de nous... Et puis, comme je l'ai déjà dit, les solennités\nmusicales auxquelles on y assiste ne présentent qu'un intérêt relatif à cause\nde leur caractère presque privé. Il n'y a là qu'une seule catégorie de\nspectateurs, comme il n'y a qu'une seule catégorie de places à vingt\nfrancs. Les soirs de grandes premières de simples fauteuils se paient\ncinq louis. N'y assistent donc que les milliardaires qui, à Monaco,\nseuls comptent et peuvent dire : je dépense, donc je suis. La critique pari-\nsienne, il est vrai, y est invitée. A ce sujet reportez-vous simplement àla\npage 285 du Mercure Musical et relisez les lignes de M. G. Vanor\nauxquelles il n'y a pas un mot à changer. Monte-Carlo est comme un\nWalhall inaccessible où trônent des Niebelungen en possession de l'an-\nneau. Le jeudi ont lieu des concerts classiques célèbres. L'orchestre qui\nles donne n'est composé que de musiciens d'élite ; il est donc parfait et ses\nprogrammes sont souvent très heureusement composés. Mais M. Jehin,\nqui est un artiste, n'éprouve-t-il pas quelque regret et même quelque dépit\nquand il lit les comptes rendus de ses concerts, faits à l'avance par des\nemployés du Casino, pour la plupart incompétents, confondant facilement\nMoszkowski avec Moussorgski ? N'est-il pas ennuyé d'entendre dire inva-\nriablement de lui comme le héros du conte de Voltaire : « Ah ! son mérite\nest extrême », et cela toujours sur le même ton ? Ne sent-il pas que toutes\nles notes maladroites envoyées aux revues et aux journaux complaisants\nlaissent sceptiques les lecteurs intelligents ? Ces concerts, dont l'entrée\nétait autrefois de trois francs, augmentée aujourd'hui à cinq francs, ali-\nmentent la caisse des pauvres (il y a donc des pauvres à Monte-Carlo ?). Ce\nmême but de charité est invoqué lorsqu'il s'agit de premières représen-\ntations. Elles ont lieu au profit de la caisse de secours des diverses colo-\nnies et sous le patronage du Prince. Mais le but réel poursuivi est tout\nautre. Monaco n'existe que par les jeux. Il faut donc attirer et distraire\ndes joueurs et des joueurs sérieux. Pour cela on accapare les attractions"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3266, "texte": "principales du jour ; les ballons dirigeables, les canots automobiles, les\nacteurs en renom, les musiciens réhabilités et enfin les membres de l'lnsti-\ntut.\nM. Saint-Saëns est un grand musicien. C'est aussi un grand enfant. Il se\nlaisse appeler cher confrère par Son Altesse Sérénissime, ce qui est très\nflatteur pour le prince, il se promène comme un collégien en vacances\ndans les splendides jardins de la Principauté, croyant sans doute se re-\ntrouver à Funchal ou à Las Palmas ; il joue sur les grandes orgues de la\ncathédrale, exécute des concertos de piano aux séances du jeudi ; il se mêle\nensuite aux musiciens de l'orchestre et fait modestement sa partie de\ncrotales, joyeux d'exciter partout la curiosité, l'admiration et la sympathie.\nEnfin pour complaire à son hôte, il compose et fait représenter\ndrame lyrique en 3 actes, dont M. Augé de Lassus a écrit le livret. Je\nrespecte trop l'éminent auteur de Sa pour me livrer à des\nplaisanteries faciles sur ce mot : l'ancêtre, en le lui appliquant. Je ne dirai\npas non plus en parlant d'Hélène : « Après Agésilas... » bien que\nd'autres l'aient dit déjà depuis Etienne Marcel ; je ne sais non plus si je\ntrouve Y Ancêtre supérieur à Hélène, mais quand j'entends l'un je pré-\nfère l'autre, et vice versa. Cela vient de ce que le musicien n'a cessé\nd'être lui-même : un génie latin, clair et puissant. Si vous écoutez Ja\nmusique de sa dernière œuvre, vous ne serez jamais ennuyé, toujours\nintéressé, souvent charmé, rarement ému. Ce qui vous plaira encore,\nc'est l'orchestre dont la plénitude n'est pas l'épaisseur de certains autres,\nnéo-wagnériens, à base gluante de cor anglais.\nL'Ancêtre est une vieille grand'mère corse presque aveugle du nom de\nNunciata. C'est Mme Litvinne qui en a tenu le rôle de façon très drama-\ntique. Le petit-fils de Nunciata, Léandri, a été tué mystérieusement et\nl'Ancêtre, malgré les efforts d'un ermite pacificateur, jure de le venger,\ndans un vocero très vanté, mais auquel je ne trouve pas suffisamment de\npuissance farouche. Elle confie le soin de cette vengeance à sa petite-fille\nVanina (M'Ie Charbonnel) qui aime Tebaldo (M. Rousselière), l'assassin de\nLéandri. Mais Tebaldo adore de son côté Margarita, sœur de Vanina.\nCelle-ci malgré la jalousie qui la dévore, ne peut se résoudre à tuer celui\nqu'elle aime et laisse tomber son fusil. L'Ancêtre s'en empare et tire un peu\nau hasard, et c'est sa petite-fille quelle atteint, croyant avoir tue son\nLe rôle de l'ermite était chanté par M. Renaud, et MUe_ Farrar a été très\nadmirée dans celui de Margarita. Décors signés Visconti ; mise en scene\nGunsbourg. Il est d'usage de dire que l'un et l'autre sont admira es ; je\nme conforme à l'usage. „ .. ,\nQuelques jours avant la création de VAncetre avait eu lieu la p. emlere\nreprésentation de Mlle de Belle-Jsle,comédie lynque de M- Pau Milliet,\nmusique de Spiro Samara, interpretee par M\"es Cav ie Roje\nMM. Bassi et Renaud. Tout le monde connaît la\npère, qui fit tant de bruit aux premiers jours du roman\nqui vient d'y être ajoutée a pour auteur un Hellene et elle est très italienne.\nE E»SÏ IT™ a eu lieu la eréa.ion de Don £\n, actes de Georges Bizet et s-= envo, de\nSns'blâmër'M.' Bi.et d'avoir M.\ncelui-ci ayant oublié de le déposer à la biblio-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3562, "texte": "w An II parvint ainsi, en 1895, sous les )eux de Car-\ndécida de monter Don Procopio k l'Opéra-Comique avec une\ntraduction en vers de Louis Gallet. Les événements empecherent ce pro,e,\nd'aboutir. La version donnée à Monte-Carlo est de MM au o met\nPaul Berel aidés pour l'adaptation musicale par M. Ch. Malherbe.\nTe sujet de cet opéra bouffe est très ancien. Il existe un Don Procopio,\nmusique de Tritto, datant de 1782, ce qui ne veut pas dire que le livret ne\noit pas antérieur, sa ressemblance avec certaines comedies du temps de\nMolière le ferait supposer. En >845 on trouve encore un Don Procopto,\nmelodramma buffa de Carlo Cambraggio.\nDon Procopio est un vieil Harpagon à qui un autre avare, Andronico,\nvoudrait faire épouser sa nièce Bettina. Naturellement la jolie fi e préféré\nun beau çarcon nommé Odoardo. Sa tante Eufemia et son frere Ernesto\nse liguent avec elle pour se moquer de Don Procopio, a qui la jeune fille\napparaît sous un très vilain jour. Grâce à ce stratagème, le vieil avare, crai-\ngnant pour ses écus, se retire et cède la place à Odoardo.\nMalgré sa date, malgré son vieux style très italien, ses ensembles et ses\nroulades, la musique de Bizet ne manque ni d'originalité ni d intérêt. Elle\npourrait en tout cas apprendre utilement à nos modernes auteurs d opé-\nrettes qu'un opéra bouffe ne se compose pas nécessairement de valses, de\npolkas et de quadrilles. Le succès obtenu par cette œuvre de jeunesse est\ndû, malgré tout, au nom du musicien célèbre dont ce fut le début dans la\ncomposition dramatique, et à une interprétation intelligente ou figurent\nMM. Jean Perier, Rousselière, Bouvet, Chalmin, Mllcs Pornot et Morlet.\nPour terminer cette rapide revue de la saison d opéra à Monte-Carlo, je\nparlerai encore de la reprise du Don Carlos de Verdi, chanté par Mle Far-\nrar, MM. de Marchi (Don Carlos), Renaud et Chaliapine (Philippe 11),\nl'orchestre étant dirigé par le maestro Brunetto. De cette partition (1867)\ndate l'évolution de Verdi et de la musique italienne. A ce titre elle mérite-\nrait une étude approfondie qu'il serait oiseux d'entreprendre aujourdhui.\nJe crois inutile d'ajouter que toutes ces œuvres sont montées par\nM. Gunsbourg avec un luxe de décors et de mise en scène que permettent\nd'ailleurs les bénéfices réalisés au trente et quarante, et en cela les comptes\nrendus officiels ne sont pas menteurs. Mais combien tous ces dnecteurs\nde théâtre ont tort de croire que le public se fie à ces comptes rendus ingé-\nnument dithyrambiques qui frisent le ridicule, et comme ils sont naïfs de\nredouter ou de négliger les appréciations indépendantes et sincères de ce\nqu'ils appellent dédaigneusement les petites revues ! Ils ne se rendent pas\nsuffisamment compte que nos jugements seuls sont pris au sérieux par le\npublic éclairé, et qu'à l'heure des liquidations définitives ils ne passeront\npour des grands hommes qu'autant que nous l'aurons dit.\n\nEdouard Perrin.\n\nCOURRIER DE LILLE.\n\n• • • _\nLe 25 février dernier, l'Association symphonique donnait son troisième\nconcert de la saison, Au programme, l'ouverture du Freischiïtz, la septième\nSymphonie en la majeur, Y Apprenti Sorcier de Dukas, la Rapsodie norvé-\ngienne de Lalo, et M J. Raunay dans le récitatif et l'air du troisième acte\nd'Alceste, la Chanson perpétuelle de Chausson et la cavatine des Noces de\nFigaro.\nMme J. Raunay était peu connue à Lille jusqu'à ce jour, aussi a-t-elle\nremporté un grand succès, si mérité par la beauté de sa voix, la noblesse\nde sa fière attitude, et son intelligence musicale dénuée de cabotinisme."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "Gortot s'impose de plus en plus au public étonné et charmé de tant de\npuissance sobre, de tant d'autorité sur son orchestre, de tant de respec-\ntueuse intelligence dans l'interprétation des œuvres qu'il conduit. L'Ap-\nprenti Sorcier a séduit les Lillois du premier coup, malgré ce qu'il peut\navoir de difficile à une première audition, et ils ont été enlevés par ce\nrythme étourdissant, cette gaieté bouffonne, cette allure endiablée et, di-\nsons-le, cette clarté lumineuse qui colore le poème fort touffu de Goethe.\nL'exécution excellente montre ce que Ton peut attendre d'un orchestre\ndiscipliné et souple, et je sais plus d'une Association symphonique en\nprovince où l'on n'oserait se hasarder à jouer une pièce aussi difficile à\nexécuter qu'à conduire.\nDe pareilles auditions ne vont pas sans soulever après elles, d'une part,\nles louanges et les encouragements, d'autre part, la jalousie et l'envie, et\nce serait un tableau bien curieux que de faire en quelques pages l'histoire\nde la critique en province, et où on montrerait ce mélange de vrai savoir,\nde science documentée, et aussi à côté de suffisance, d'ignorance, de\n« m'as-tu vu » musicastres.\nLa Société des Concerts populaires avait, le 18, donné une seconde au-\ndition d'Harold en Italie, où l'alto solo Queste avait joué à merveille cette\npartie concertante d'une œuvre bien ancienne et bien démodée.\nPierné vient en mars conduire la Croisade des enfants et ce sera\nencore là une belle journée artistique.\nColonne avait, le 17, donné un troisième concert par abonnement, pot-\npourri éclectique, où, à côté de la 5e Symphonie de Beethoven qui a été\njouée entièrement, se voyaient les fragments d'une Symphonie de Mozart,\net le seul allegretto d'une Symphonie de Brahms. Excellente exécution\nd'ailleurs, mais qui ne doit pas nous étonner (il ne manquerait plus que\ncela, étant donnée la valeur du chef !) mais curieux programme, où en tête,\npour bien convaincre le public que c'était bien l'orchestre Colonne, on\navait énuméré soigneusement les noms des musiciens de l'orchestre. La\nfoule se méfiait donc?\nLa Société d'lnstruments à vent, fondée etdirigée par M. Bouillard, le si\nremarquable flûtiste, a donné sa 4e séance le 4 mars, devant un public de\nchoix. Ce fut une journée charmante : au programme un sextuor de\nBeethoven, un trio du même pour flûte, clarinette, cor anglais dont Bouil-\nlard enleva le scherzo d'une façon ravissante, un quatuor de Mozart avec\naccompagnement d'orchestre, un peu long; Mlle Louvois y joua avec au-\ntorité et intelligence le Poème des Montagnes de d'lndy. C'est une excel-\nlente artiste, et Bouillard un vrai musicien.\nL'abondance des matières nous oblige\nles correspondances de Lyon, Nantes,\n\nH. G.\n\nECHOS.\nUne lettre de C. Saint-Saëns.— On sait que, le 14 février derniei, à\nla Chambre, M. L. Levraud, député, interpella le gouvernement sur la\ngestion de l'Opéra-Comique. Il cita, au sujet de la réception des pièces\ndans ce théâtre national, le cas, notamment, des compositeurs Camnle\nSaint Saëns, Sylvio Lazzari et Auguste Chapuis. ,\nLa lettre et le télégramme ci-dessous ont ete adresses depuis, par\nM. Saint-Saëns, à M. Levraud :"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.50", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "Palais de Monaco.\n19 février 1906.\n« Cher Monsieur,\n« Je viens d'apprendre que vous avez parlé à la Chambre de la\n« Jaune et de ses malheurs ; je vous suis très reconnaissant d'avoir pris la\n« défense de mes droits injustement méconnus.\n« Agréez l'assurance de ma haute considération.\n« C. SAINT-SAËNS. »\nMonaco, 23 février, 5 h. 20.\n« M. Levraud peut disposer de ma lettre.\n« SAINT-SAËNS. »\nSchola Cantorum. Le mercredi 4 avril, à 9 h., aura lieu, à la\nCantorum, la 2e audition annuelle des grandes œuvres de piano et d'orgue\nde César Franck, par Mlle Blanche Selva et M. Gustave Bret. Au pro-\ngramme, en plus des trois Chorals d orgue, de Préludé, Choral et Fugue,\nPrélude, Aria et Filiale, figure une Danse lente, tout récemment retrouvée\net publiée.\nMondanités. —Le Cœur du Moulin,de Déodat de Séverac, a été joué\ndevant un auditoire choisi d'amateurs, dans les salons de M. Sérieyx. Nous\nne nous croyons pas le droit de dire encore tout le charme poétique et pro-\nfond de ces deux actes que l'Opéra-Comique nous promet pour bientôt.\nMais qu'il nous soit permis au moins de féliciter Mlle Selva, qui asu tra-\nduire l'orchestre au piano avec une puissance et une vérité d'accent mira-\nculeuses.\nM. Edouard Risler nous promet pour le 24 de ce mois un concert où la\nSonate pour piano et violon de Th. Dubois voisinera agréablement avec la\nSonate en sol majeur de Beethoven pour piano et violoncelle et le premier\ntrio de Saint-Saëns.\nLaïcisons les orgues, s'écrie, dans YA du 5 mars, M. Charles Beau-\nquier, député du Doubs. Et, dans un transport d'éloquence, il traite de\n« boîte cléricale» l'école Niedermeyer, d'où sortit M. Gabriel Fauré, direc-\nteur du Conservatoire. Quand donc ces gens-là auront-ils fini de sauver la\nRépublique ?\nSociété philharmonique. Les belles et inoubliables séances d'art pur\nque nous a offertes l'an dernier la Société Philharmonique de Paris, et au\ncours desquelles l'illustre Maître Joseph Joachim et son Quatuor ont exé-\ncuté intégralement les quatuors de Beethoven, vont avoir un lendemain.\nEn effet, nous apprenons que l'illustre violoniste, Directeur du Conser-\nvatoire de Berlin, doit prochainement arriver à Paris.\nIl sera accompagné de ses partenaires de quatuor, MM. les Professeurs\nCari Halir, Emmanuel Wirth et Robert Hausmann. Ces incomparables\nartistes donneront à la Société Philharmonique de Paris, 8, rue d'Athènes,\nles 2, 3, 4, 6 et 7 avril, une série de cinq concerts qui seront en quelque\nsorte, dans leur ensemble, un résumé de l'histoire du quatuor."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c016", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6.2", "titre_corps": "LES CONCERTS.", "titre_sommaire": "LES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "LES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Miguel Lîobet. —Au Conservatoire.— Concerts Colonne. Société\nNationale. Société Philharmonique. Société Bach. J.-J. Nin. —'F. Busoni. —Ecole des\nHautes Etudes Sociales. E. Brunold. Marie Hansen. Gaston Revel. Schola Cantorum.\nVirtuoses.\nJ'apprends parla rumeur publique que M. Backhaus, lauréat du dernier\nconcours Rubinstein, s'est montré excellent pianiste dans le concerto en\nmi bémol de Beethoven, et que M. Chevillard a battu tous les records de\nvitesse dans le finale de la Symphonie en la. Ces nouvelles me causent un\nsensible plaisir, mais ne me donnent aucun remords d'avoir été respirer la\ndouce lumière dans un grand parc endormi, et de n'avoir eu pour concert\nque les croassements affairés des corbeaux occupés à faire leurs nids dans\nles grands arbres solennels, au bord de l'eau verdissante. J'entends encore\nla musique de la nature, celle des salles publiques et payantes me paraît\nune abomination, presque un crime. Passe pour le salon frais et silencieux\noù lon écoute avec recueillement, comme en un temple. C'est là que j'ai\nentendu le guitariste Miguel Llobet, qui tire de son instrument tour à tour\ndes mélodies attendries et de nerveux éclats de rire, des sonorités de vio-\nlon, de mandolines lointaines, de harpes, de flûte ou de basson ;et rien\nn est plus curieux ni plus émouvant que cette évocation de l'Espagne entiere\navec son ardeur emportée, coupée de brusques alanguissements, et ce goût\nseciet de la douleur, cette saveur amère que l'on sent en ses plus fougueux\nélans de joie; tout cela sort, aux sons de quelque vieille chanson catalane,\nde la grande caisse sonore où courent les doigts prestigieux de l'artiste?\ntandis que s incline son grave et sévère profil. Grâces soient rendues au\ngoût si intelligent et si pur de Mme la princesse de Cystria. pour nous avoir\ndonne, par deux fois, ce délicat régal ; comme aussi pour les mélodies au\ncharme discret d'Ernest Chausson et de Pierre de Bréville, que Mme Camille"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "Fourrier chante avec tant d'expression ; comme pour les romances de\nMoussorgsky, Balakiref et Rimsky-Korsakof, où l'on applaudit une jeune\net intelligente chanteuse, Mlle Sonia Herma ; comme pour le chant armé-\nnien, d'une mélancolie poignante, où M. Moughounian est admirable. Et\nj'allais oublier les mélodies de M. Brunei, dont Mlle Foreau est la si digne\ninterprète ! Louis LALOY.\nAu Conservatoire, dimanche 11 mars, la 2e séance donnée par le Qua-\ntuor Capet obtenait un succès aussi marqué que la première, avec les X II le,\nXVe quatuors et la Grande Fugue de Beethoven. Comme la première\nfois, exécution de tous points remarquable, souple, homogène, expressive ;\net pas de « battage », comme Ton fait souvent, mais un respect religieux de\nl'œuvre jouée et une sobriété de style à laquelle beaucoup devraient cher-\ncher à parvenir.\nDimanche dernier, 18 mars, i3e concert de la Société, sous la direction\nde M. Georges Marty. Rien d'intéressant, je veux dire de nouveau, sauf deux\nfragments symphoniques, extraits de la partition écrite pour Y Absent de\nM. Georges Mitchell par M. F. Le Borne. Ces fragments, le « Prélude » et\nle « Scherzo », sont intéressants. Le premier expose les principaux thèmes\nde l'ouvrage avec toute la logique et la clarté désirables, et ces thèmes sont\nassez différents d'allure pour ne pas nuire à l'intérêt de l'ensemble, surtout\nle premier exposé qui est très caractéristique.\nLa « Scherzo », est assez savoureux comme orchestration, transformant\nplusieurs des idées du Prélude et formant un tout pitoresque et coloré. Ces\npièces ont été assez bien accueillies par le public.\nAu programme, la 5e Symphonie de Mendelssohn, connue sous le\nnom de la Ré formation, aussi connue que bien faite et bien « ratissée ».\nOn a envie d'entendre un peu de Berlioz à la suite de cela, par exemple.\nAprès les fragments symphoniques de M. Le Borne venait le Concerto en\nmi b pour piano et orchestre de Beethoven, exécuté par M. E.-ivL Delaborde.\nCe concerto, très connu et exécuté si souvent (il l'était le même jour au\nconcert Chevillard), est le plus beau des concertos de piano de Beethoven,\ntant par la splendeur des thèmes que par le parti merveilleux qu il tire de\nceux-ci. M. Delaborde en donna une interprétation pleine de noblesse et\nde puissance.\nQuant aux « pièces chorales » de Cl. Jannequin et G. Costeley, musiciens\ndu xvie siècle, pièces sans accompagnement, elles sont exquises et pleines de\nfraîcheur, et bien connues aussi, quoique ce tût leur première audition au\nConservatoire. Quelle variété de rythmes, quelle fantaisie mélodique clans\nces petites pièces, comme d'ailleurs dans toute la musique chorale du xviô\nsiècle !\nLe concert se terminait par des fragments de de R. Schumann .\nOuverture, Entr'acte, apparition de la fée des Alpes, hymne des Gemes\nd'Arimane. Je suis obligé d'avouer que si Schumann est admirable, en\nconsidérant ses œuvres au point de vue expressif et au point e vue n.usi\ncal pur, il m'a toujours paru inférieur à l'orchestre. Est-ce parce que\nson orchestration est le plus souvent terne, grise et massue . e ne sais ,\nmais c'est l'effet qu'il me produit, et qu'il produit d ailleurs a beaucoup\nd Je'm'en voudrais de ne pas signaler, exterminant, la souplesse et la disci-\npline des chœurs ; leur exécution des pièces de Jannequin et Costeley\nun véritable enchantement. Louanges aussi à l'orchestre et sans îeser-\nves ! que ne ferait-il pas sous la direction d'un chef comme M. Georges\nMARTY ? C. DE MALARKT."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.28", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "Les Concerts Colonne du 11 et du 18 mars ne firent que confirmer les\nobjections que je présentai dernièrement sur le programme des récents\nconcerts. Le manque d'équilibré est leur moindie défaut, et la crainte de\ntoute innovation semble emplir d'effroi le Comité tout entier. Mme Schu-\nmann-Heink, à qui le public avait fait, le dimanche précédent, un succès\ncomme seuls'les étrangers en obtiennent dans notre doux pays, avait été\npriée de chanter encore une fois. C'est la la version officielle que les\ncommuniqués redirent avec un ensemble touchant ; pour ma part, je suis\npersuadé qu'il était entendu qu elle chanterait deux fois, et c est pour cette\nraison que le changement de programme eut lieu. Les fragments wagné-\nriens sur lesquels on comptait pour attirer le public furent, le matin du\npremier concert, supprimés et reportés au dimanche suivant. Excellentpro-\ncédé, pour remplir les caisses de l'Association... artistique si 1 on veut.\nOr donc, Mme Schumann-Heink, étoile des Opéras de Berlin, de New-\nYork, Waltraute et Erda de tradition, Carmen d'Outre-Rhin ne pas\ncroire pour cela qu'elle ressemble à Mlles Calvé ou de Nuovina, devait\nchanter deux morceaux choisis de la Tétralogie. Jusque-là, en somme,\nrien de bien extraordinaire, en dehors du procédé ci-dessus exposé. Ajou-\ntez à cela deux lieder de Schubert et un air de Mendelssohn, et vous aurez\nun programme également allemand et très peu moderne. Que fit M. Colonne ?\nIl trouva que l'art d'outre-Khin n'était pas assez copieusement représenté,\net il adjoignit à son progamme l'ouverture des Maîtres Chanteurs et ia Mar-\nche funèbre du Crépuscule des Dieux. Sans vouloir dénigrer ces deux\nœuvres qui sont de purs chefs-d'œuvre, j'estime que, maintenant que les\ntemps héroïques du wagnérisme sont passés, il convient de ne plus en faire\nles morceaux passe-partout des concerts symphoniques, où ils accompagnent\nl'entrée des retardataires ou la sortie des gens pressés avec accompagne-\nment varié de petits bancs, grincements de portes et glapissements d'ou-\nvreuses. Il est très possible que l'orchestre n'ait pas à répéter de tels mor-\nceaux, mais pour une association artistique, de telles raisons me paraissent\ndéplacées. Quoiqu'il en soit, je vous dirai que, dans l'ouverture des Maîtres\nChanteurs, M. Colonne est loin de s'avérer pour l'équilibre des sonorités et\ndes motifs l'égal de Nikisch, que Aime Schumann-Heink chanta avec force\net une articulation merveilleuse la Toute-puissance et la Mort de la Jeune\nFille de Schubert,un froid air de Paulus de Mendelssohn et les deux récits\nd Erda et de Waltraute, qui au concert manquent singulièrement d'attraits.\nAu milieu de cette salade teutonne, la Rapsodie norvégienne de Lalo fut\ngoûtée avec une joie exquise, et les trois préludes extraits des Girondins de\nM. Le Borne n obtinrent qu'un maigre succès. Peut-être le public fut-il à\nleur égard plus injuste qu'il n'eût dû. Une partie de ce demi-échec me semble\nprovenir de la composition de ce numéro du concert. Devant trois préludes\nM. Colonne débuta par celui du IVe acte, suivi par celuidu IIIe et terminé\npar celuidu lle. Félicitons-nous, il eût pu intercaler le prélude du lle\nacte entre celui du IVe et celui du Ille \\\n. esî d autant plus regrettable que chacun de ces préludes a des\nintentions descriptives bien nettes et commandées par l'acte qu'ils expo-\nsent en raccourci. Or le Ile acte nous peint les horreurs de la Terreur, le\ne a Patrie en cianger et les enthousiasmes qui se déchaînent pour la\nsauver, et le IVe la Mort de Ducos, l'héroïque Girondin. Le raccourci\ntragique du drame eût donc été ainsi présenté de manière à intéresser le\npublic ignorant d'une œuvre dont plusieurs de mes amis qui l'entendirent\nan ernier, àla création à Lyon, m'ont vanté la grande puissance scénique\n~ eureux emploi de procédés bien propres à frapper la foule. Cette corn-\npre ension de 1 objectivisme théâtral apparaît nettement dans les préludes\nou erup 01 des chants révolutionnaires très adroitement exposés et mêlés"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4040, "texte": "aux motifs psychologiques du drame donne une impression très intense de\nvie et de passion. Le plus émouvant est certainement celui du IVe acte, où\nla Marseillaise transcrite en mineur et exposée, dans un mouvement de\nmarche funèbre par les violoncelles, tandis que les flûtes et les clarinettes\nreprennent la phrase d'amour de Jean Ducos exposée dans le prélude du\nIle acte par le cor anglais, donne une impression de grandeur tragique ren-\ndue encore plus intense par la plainte des violons en sourdine. Il ne reçut\ncependant pas l'accueil qu'il méritait. L'âme de la foule est changeante et\nperfide comme Tonde, mais surtout paresseuse.\nPressé probablement par les répétitions de la Symphonie Domestique de\nRichard Strauss, M. Colonne nous donne le 18 un concert de tout repos,\nn'exigeant que quelques raccords et donttoute nouveauté est soigneusement\nbannie. Le temps au dehors est délicieux, et, sans l'attrait de Vines jouant\nles Variations symphoniques de Franck, bien des auditeurs auraient pris la\nclef des champs. Ceux qui sont venus, l'orchestre, et M. Colonne lui-même,\nsont d'ailleurs quelque peu somnolents. La Fantastique ne s'échauffe qu'à\npartir de la Marche au Supplice et c'est loin d'être l'enthousiasme d'antan.\nLe livre récent d'Adolphe Boschot, démolisseur de gloire patentée, ingé-\nnieux fouilleur de documents insoupçonnés, vient de porter le coup fatal à\nla légende de la folle passion aux changements de titulaires imprévus. On\nfinit par ne voir dans la fameuse notice explicative qu'un attrape-nigauds\nbon pour les jours heureux du romantisme, et l'accueil fait à l'œuvre s'en\nressent. D'ailleurs, selon l'habitude chère à notre caractère français qui ne\nfait pas les choses à demi, les enthousiasmes d'hier vont se changer en\ndénigrement aussi violent qu'injustifié, et le pauvre Berlioz va devenir la\nbête noire de ceux dont il fut l'idole. Ainsi va le monde, et la roche Tar-\npéienne est près du Capitole. La Rapsodie norvégienne de Lalo fut exqui-\nsement jouée, et l'orchestre sut mettre en relief les délicieuses broderies et\nles piquantes trouvailles d'orchestration dont elle est pleine. Musique\nvraiment française, pleine de clarté et d'élégance, elle allie ia distinction de\nl'harmonisation au charme d'une instrumentation qui ne doit rien à per-\nsonne et qui peut se comparer sans désavantage aucun aux pages les plus\nvantées de la musique russe. M. Frolich chanta avec un bel emportement\nun air d'Eliede Mendelssohn, plein de fierté et de noblesse bien protestan-\ntes, auquel il est difficile de faire un reproche précis, mais qui cependant\nne laisse qu'un souvenir de froideur et d'ennui. La perfection de son talent\nnuisit beaucoup à Mendelssohn, type parfait de 1 école scolastique alle-\nmande où une aimable facilité et une technique prodigieusement souple\nessayent de suppléer au génie. Cet excellent baryton fut également\nexcellent dans les adieux de Wotan et Y Incantation du beu, encore qu a la\nmanière allemande il attaque ses notes très légèrement en-dessous du ton\npour s'élever graduellement à la hauteur requise. Néanmoins sa diction\nimpeccable et sa voix puissante ainsi que sa parfaite compréhension es\nintentions wagnériennes lui valurent le plus mérité des succès.^\nJ'ai gardé pour la fin la perle du concert. Dans chaque numéro de cette\nrevue nous sommes obligés à tour de rôle de faire l'eloge de Ficards Vines,\net certes ce nous est besogne plus agréable que facile . mots et méta-\nphores commencent à manquer pour décrire la conscience artistique, a\nnoble probité d'art et la technique impeccable que 1 eminent pianiste met\navec un noble désintéressement au service variées et de valeur\nnarfois inégale, mais qu'il exécute avec le meme souci de perfection a so-\nlue. Il perla les Variations symphoniques de Franck avec un brio exempt\nde tout cabotinage et sut laisser au piano son rôle de membre de 1 or-\nchestre tout en mettant en relief, quand besoin en était, les transformations\nrythmiques auxquelles se complut le père Franck. Par contre, il sut as-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3683, "texte": "souplir et laisser dans la demi-teinte les arpèges peu intéressants qui se\ntrouvent vers le milieu de l'œuvre et dont le rôle est loin d'être capital. Ce\nfut aussi parfait qu'on pouvait le souhaiter, et de nombreux rappels témoi-\ngnèrent à Villes combien le public du Châtelet avait goûté de plaisir à l'en-\ntendre et en aurait encore si M. Colonne voulait bien l'engager pour de\nnouvelles auditions. CH. CHAMBELLAN.\nLa Société Nationale donnait, samedi 17 mars, son concert à la Schola\nCantorum. Nombreux public venu pour applaudir des œuvres non moins\nnombreuses.\nTrois numéros confiés au grand orgue, c'est beaucoup, semble-t-il, pour\nune séance. Aussi bien l'orgue n'est pas à sa place dans un concert, pas\nplus en soliste que joint à l'orchestre.\nJe sais bien que Bach et Hândel, pour ne citer que deux noms, ont sou-\nvent réuni l'orgue et son rival ; mais ces derniers n'avaient pas, loin de là,\nla même puissance qu'aujourd'hui où tous les deux disposent d'une diver-\nsité de timbres et d'une sonorité qui iront très probablement en progres-\nsant. Les joindre me paraît nuire à la libre expression de l'un et de l'autre\npar le trop de sonorité obtenue, précisément ; les faire' dialoguer leur\nest encore plus nuisible, la nervosité de l'orchestre contrastant par trop\navec la calme grandeur de l'orgue.\nMais c'est nuire davantage à ce dernier que de le faire sortir de ce calme\nen voulant lui faire tout exprimer : il devient alors une sorte de caricature\nde l'orchestre. Au lieu de cela, la faculté que, seul, il a de prolonger les\nsons indéfiniment, tout en lui conférant une incomparable puissance so-\nnore, permet que lui seul fasse naître l'idée de l'Eternel, de l'lnfini, par-\ntant l'idée religieuse ; c'est bien l'instrument mystique destiné à « servir »\nla majesté d'un culte.\nLa preuve en est que les plus admirables entre toutes les pages de sa\nlittérature ont été écrites par des hommes qui, eux-mêmes, « servaient»,\npour employer le mot de Parsifal ; Bach et Franck ne sont-ils pas de ce\nque j'avance les témoins irrécusables, et non les seuls ?\nA côté de ceux-là, combien d'autres, voulant écrire pour l'orgue, se\nsont efforcés à être religieux et malgré leurs effoits n'ont pu y parvenir,\nfaute de sincérité ! Ils sont arrivés à une religiosité apparente qui n'est que\nsimple sensualité, ou bien leurs œuvres ne sont que de ternes pastiches le\nplus souvent.\nJe ne veux pas dire par tout ce qui précède que l'on ne devrait écrire\npour 1 orgue que de la musique religieuse ; combien peu, en effet, seraient\ncapables de cela? Mais il y aurait, me semble-t-il, lieu, traitant l'orgue\ncomme un orchestre « très spécial », de faire des recherches intéressantes\nU(VT^• fcr*ture stYle en les transformant complètement.\n. Philipp dans Prélude et Fugue, M. Pierre Kunc dans sa Suite en\ntrois parties et M. J. Ermend Bonnal dans Paysage landais et Reflets so-\nlaires ne transforment rien du tout, ce qui ne les empêche point d'avoir\nécrit et bien écrit - des choses intéressantes. Par exemple, je me\ndemande pourquoi M. Kunc a mis comme titre au n° I de sa Suite: Grande\nprie? e symphonique. Un titre suggère bien des choses à l'auditeur et le\niriet souvent dans un état d'esprit susceptible de lui faire mieux saisir les\nintentions de 1 auteur : c est tout un petit programme condensé. Il faut donc\n1 orresPonc'e au sens de l'œuvre, ou bien ce n'est qu'une étiquette inu-\ntile. C est, ce me semble, le cas du titre porté par la ire partie de la Suite\nen question, laquelle partie ressemble à une prière comme au\nA,V ie.l ,e Séville. Cela n'empêche pas, je le répète, l'œuvre de M. Kunc\ne . c înteiwssante, surtout dans ce premier mouvement."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3573, "texte": "Je JJens dire que M. Bonnal, pas plus que M. Kunc, n'avait rien\ntrans orme du tout, je reviens sur ce que j'ai dit. Est-ce suggestion causée\npar le titre, j ai cru voir dans Reflets solaires des intentions impression-\nnistes qui, par moment, m'ont paru très transparentes. Que l'auteur me\npardonne si c est faux ! Il arrive si souvent que l'on croit voir dans la mu-\nsique des choses auxquelles l'auteur n'avait pas songé ! parfois même on\nvoit juste le contraire de ce qu'il y avait mis.\nAprès deux charmantes mélodies : « Le ciel en nuit s'est déplié... » et\n« Automne », inspirées à Mlle Debriô par des poèmes de Verhaeren, mélo-\ndies chantées avec toute la souplesse désirable par Mlle Jane Bernardel,\nM. Miguel Llobet, le guitariste, est venu stupéfier le public en jouant Gra-\nyiada (serénade) dAlbeniz, Jota, de Tarrega, et, entre ces deux pièces,\ndeux chansons populaires catalanes délicatement harmonisées par lui-\nmême.\nDans ces diverses pièces, M. Llobet fait preuve dune virtuosité tout à\nfait extraordinaire sur son instrument mais, ce qui est surtout merveil-\nleux, c est le parti qu il tire de la guitare au point de vue de la sonorité. Je\nne pense pas qu'avant lui on ait, sur cet instrument, obtenu une pareille\npureté de son, une telle diversité de timbres. C'est tout simplement prodi-\ngieux. La guitare est bien, entreses mains, un instrument comme les autres,\nà ressources multiples, quoique différentes ; et il est regrettable qu'elle\nn ait pas sa littérature. Il est vrai qu'elle ne pouvait pas l'avoir, car les gui-\ntaristes semblables manquaient ; mais M. Llobet en provoquera certaine-\nment l éclosion. Je le lui souhaite sincèrement.\nInutile de dire que le public l'obligea à ajouter un numéro à son pro-\ngramme.\nApres cela, M. Ricardo Vines joua les Tableaux d'une Exposition (1874)\nde Moussorgsky. Malgré son exécution superbe, je ne pus nrintéresser à\ncette œuvre que je trouve peu (si peu !) colorée, au pittoresque et à l'hu-\nmour si conventionnels, et inexpressive ; combien différente en cela des\nœuvres de la même école !\nM. Vines avait donné au commencement du concert deux pièces\npour piano de M. Henry Février, Nocturne, délicatement ciselé, et une\nélégante Valse-Caprice (hum !). Je ne dirai pas comment M. Vines a\nexécuté ces œuvres : on a épuisé à son sujet les épithètes et formules lau-\ndatives. Je me bornerai à dire que je l'admire sans restriction et sincè-\nrement.\nAprès ces diverses œuvres, venait, clôturant le concert, l'intéressant\nPrélude et Fugue de M. A. Philipp pour orgue. J'en ai déjà parlé, aussi\nterminerai-je en louant son interprète, M. G. Ibos, qui fut plus qu'à la\nhauteur de sa tâche, imitant en cela MM. G. Jacob et J. Bonnet qui\navaient joué, le premier, la Suite de M. Kunc, le second les deux pièces\nde M. J. Ermend Bonnal.\nG. DE MALARET.\nLes programmes de la Société Philharmonique s'exécutent rarement tels\nqu'ils ont été annoncés. Toutefois, les changements n'affectent d'ordinaire\nque les œuvres, et il n'arrive pour ainsi dire jamais que les principaux\ninterprètes fassent défaut. Ce fut pourtant le cas du concert donné le 6 mars.\nLe quatuor Rosé, qui devait, paraît-il, s'y faire entendre, fut remplacé, au\ndernier moment, par le quatuor Geloso. MM. Geloso, Monteux, Bloch et\nTergis, quoique non attendus, reçurent du public le meilleur accueil. Pour\nnia part, je ne puis que louer leur parfait ensemble et la belle fougue qu'ils\ndéployèrent dans le quatuor à cordes de César Franck et dans le quatuor\nen la mineur de Schumann. Dans des mélodies d'époques différentes, de"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.32", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3418, "texte": "Hiindel à Grieç, mais toutes choisies avec un goût très sûr, M\"e Gaétane\nVicq nous tint sous le charme de sa voix souple et claire. Et cela nous\nchangea fort heureusement de certaines cantatrices étranges, peut-etre\nregretté de ne pouvoir entendre Mme Culp Merten et le\nauatuor Zimmer de Bruxelles. Mais, par contre, le quatuor Tchèque, au\nconcert du 20 mars, m'a fait un bien grand plaisir dans le quatuor en ni\nmineur de Mozart. On sent très bien que ces artistes ont avec cette mu-\nsique des affinités de race et de caractère ; c est pourquoi 1 s la rendent\navec une émotion aussi pieuse et un art aussi délicat II faut féliciter\nMue Lindsay, de l'Opéra - comme tout à l'heure MU. Gaetane Vicq -de\nl'heureux éclectisme qui guida son choix . Pergolese Bach, Mozart, vo.la\npour la musique ancienne ; Saint-Saëns, taure d lndy voila pour notre\nécole française actuelle ; saluons, messieurs !.. La belle voix chaude de\nMUe Lindsay lui valut un succès très grand et très mente.\nTrès curieuse, en vérité, la cantate burlesque : Nous avons un nouveau\ngouvernement, dont la Société J-S. Bach nous faisait entendre des frag-\nments à son concert du 14 mars. Cette cantate fut écrite par Bach sur un\nscénario qui peut se résumer ainsi : le nouveau seigneur vient prendre pos-\nsession de son domaine, et les manants qui en dépendent lui souhaitent\nla bienvenue par des compliments plus ou moins saugrenus, certains\nmême d'un goût discutable. N'importe. Cette œuvre, qui fut chantée\navec beaucoup de goût par M^e Mary Pironnay et M. Monys, est\nagréable à entendre, car, à l'encontre ae beaucoup d autres du giand cantor,\nles parties qui la composent du moins celles entendues lautie soir\nsont assez courtes et d'un contraste nettement accusé. Le 5e Concerto\nBrandebourgeois pour piano, flûte et violon, et la cantate Garde en\nmémoire Jésus-Christ, complétaient le programme de cet intéressant\nconcert.\nJEAN POUEIGH.\nLe 21 mars, au concert d'orgue et de musique de chambre, M. Joseph\nBonnet joue avec une belle simplicité le Prélude et fugue en ré majeur, la\nSonate en ré mineur et le Prélude et f ugue en sol majeur. Mmc Wanda Lan-\ndowska donne au Concerto italien les sonorités chaudes du clavecin qui\nlui sont dues, et combien cet instrument, avec ses deux claviers et ses jeux\nvariés, sait, mieux que le pianomoderne, mettre à sa juste place chaque\ndétail d'une œuvre polyphonique ! L'interprétation de Mme Landowska\nest avant tout pittoresque, mais ne se prive ni de l'émotion ni de la gran\ndeur : témoin Yandante du Concerto italien, où la pureté des lignes fut\nadmirable. J'ai moins goûté le pianoforte dans la Suite française en\nmi majeur : on dirait d'un piano un peu faux, dont les cordes sont ma\ntendues et dont la pédale ne marche pas. La Suite anglaise en mi mineut,\nsur un bon et honnête géant de Pleyel, a été un étincellement de rythme\net de vie. De temps à autre seulement, un accent trop fort et trop brusque\npour mon goût : mais mon goût est peut-être mauvais, et trop acadé-\nmique encore. Je ne sais.\nLouis LALOY.\nAla salle iEolian, M. J.-Joachim Nin nous conviait le 21 mars à la seconde\ndes douze auditions qu'il consacre à « l'étude des formes musicales au\npiano, depuis le xvie siècle jusqu'à nos jours ». Rien que du Bach au pi°\ngramme, mais du Bach écrit pour clavecin. Ces pièces, moins connues que\nla musique pour orgue, présentent pourtant un très réel intérêt ; notam"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3669, "texte": "ment Fugue a l imitation du cornet la avec quinze\nvariations et les Suites. M. Nin joue le Bach comme il doit, du moins à\nmon avis, être joué : avec une certaine rigueur dans le rythme et la mesure\nqui convient bien à cette musique sévèrement belle. La qualité de son de\nM. Nin est tout à fait jolie, et son attaque toujours nette ; aussi fut-il cha-\nleureusement applaudi par un public qui se rendait compte de tout ce\nque sa tentative présente de véritablement artistique, tentative qui mérite\nd'être très vivement encouragée.\nJEAN POUEIGH.\nParmi les virtuoses de tout pays qui nous visitent en ce moment, il faut\nmettre hors de page M. Ferruccio Busoni, le sur-homme du piano. A son\ntalent de pianiste, qui défie de loin toute comparaison, il joint d'autres\nmérites : compositeur honorable, c'est un « transcripteur » de premier\nordre. Ses arrangements de pièces d'orgue de Bach, pour le piano, sont\nd'une ingéniosité merveilleuse et ont enrichi, même après Liszt, le domaine\ndu clavier, sans être notez cette rare abnégation de virtuose d'une\ndifficulté inabordable. Devenu par surcroît chef d'orchestre, M. Ferruccio\nBusoni, avec un dévouement dont nous devons lui être reconnaissant,\npropage en Allemagne les œuvres de notre école française moderne, de\nCésar Franck à M. Magnard.\nLe premier récital donné à la salle Erard, le 19 mars, par ce rare artiste,\nétait consacré à Chopin et Liszt : des pages les plus célèbres et qu'on pou-\nvait croire les mieux connues, de ces deux maîtres, l'art magique de\nM. Busoni tire des secrets nouveaux. L'agilité de ses doigts dépasse\nl'imagination ; mais, plus musicien encore que virtuose, M. Busoni ne se\nborne pas à en faire montre par des traits ou autres passages, exécutés\navec une rapidité, une audace et une précision inouïes. Ce qu'il y a chez\nlui de plus étonnant, c'est la souplesse du toucher, et !a du\npiano. Il sait nuancer à 1 infini les notes simultanées : grâce à lui et au\nsuperbe instrument dont il disposait, une étude ou un nocturne de\nChopin prennent un relief musical d'une netteté et d'une délicatesse pré-\ncieuses ; par lui le piano de Liszt redevient un véritable orchestre où se\ncombinent des masses sonores distinctes et indépendantes. Dans l'exquise\nBarcarolle, dans le Nocturne en mi bémol [op. 55, n° 2), dans la Polonaise\nen la bémol, dans les études en sol dièse mineur et majeur de Chopin,\ndans l'héroïque dans la Campanella de Liszt, dans la fantaisie si\ndivertissante sur le Songe de Mendelssohn, M. Busoni a réalisé quelque\nchose comme l'absolu de Platon : la perfection belle et intelligente, qui\ndomine la matière.\nSi, la prochaine fois que M. Busoni jouera chez Erard, on ne fait pas\nqueue depuis l'église Saint-Eustache jusqu'à celle des Petits-Pères, je\ncroirai qu'il n'y a plus personne à Paris pour aimer l'art du piano.\nJîiAN CHANTAVOINE.\nEcole des Hautes Études Sociales. La soirée du i 5 mars était consacrée\npar M. Quittard, assisté de Mme Landowska et de M Babaïan, àla musique\nde luth au début du xvne siècle français. Et cette séance fut pour beaucoup\nd'entre nous une véritable révélation. L'érudition précise du conférencier,\nle jeu divin du clavecin et le charme d'une voix dramatique nous ont appris\nqu'il existait en France une musique délicate et raffinée entre le xvie siècle\npolyphonique et l'opéra de Lully. Seuls quelques membres de la Société\ninternationale de musique n'ont pas été surpris ; ils avaient entendu l'année\npassée des airs de cour chantés par M. Scholander en s'accompagnant sur\nle luth, et cette année la lecture de M. Ecorcheville sur ce même sujet.\nMalgré ces précédents, l'Ecole des Hautes Etudes et M. Quittard peuvent"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.34", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "être considérés comme les premiers qui ont présente nos vieux « luthé-\nriens > au grand public des dilettantes français. Nous reviendrons un jour\nsur ces questions mal connues. Les origines de notre musique instrumen-\nmentale méritent mieux qu'un simple compte rendu.\nIl nous a été donné, la semaine dernière, d entendre M. Paul-E. Brunold\ndans un récital qu'il donnait à la salle Lrard. Chacun sait que le\niugé parfois un peu austère par les profanes, est du moins le vrai moyen,\npour un artiste de premier plan, de se manifester complètement. Tout\nd'abord, il suffit à donner la preuve indéniable d'une mémoire et d une\ntechnique supérieures. .\nA ces qualités fondamentales, M. Brunold joint un charme discret, une\nchaleur communicative, quoique toujours maintenue dans les limites du\ngoût le plus délicat, qui font de lui un artiste de la plus reelle valeur, chez\nlequel il faut encore louer la simplicité, la dignité de l'attitude, qui sont en\nharmonie avec son style élevé, comme les déhanchements de certains,\navec leurs accents excessifs et vulgaires. Weber, Beethoven, Schubert,\nChopin, Schumann, Liszt, ont été tour à tour interprétés par M Brunold\navec un égal bonheur. Vers la fin du programme figurait une Barcarolle,\ngracieuse composition du brillant virtuose, a laquelle son nombreux audi-\ntoire aussi choisi qu'enthousiaste, a fait le meilleur accueil.\nA. B.\nLe 21 mars, chez Pleyel, MU* Hanna Marie Hansen, la jeune pianiste nor-\nvégienne a exécuté, avec un très vif succès, un programme fort intéressant\net merveilleusement équilibré où figuraient des œuvres de Bach, Rameau,\nSchumann, Chopin, Liszt, Brahms, Fauré; on a particulièrement applaudi\nune admirable interprétation de la Fanta 17, de Schumann, où firent\nà la fois merveille la sobriété parfaite et l'intense émotion de son jeu.\nPar une coquetterie que nous déplorons amèrement, Mlle Hansen n'avait\nfait figurer au programme aucune œuvre de ses compatriotes. Sans insister\npour Grieg, Sinding et Svendsen, il nous eût été si agréable pourtant de lui\nentendre révéler à son nombreux public quelqu'une des productions si\nintéressantes et si peu connues de la jeune école norvégienne, des Sigurd\nLie, Elling, Halvorsen, Ole Olsen, Holter, Frithiof Backer-Grondahl,\nAlnœs, etc.\nPour protester sans doute contre cette omission, M. Marcel Bâillon\nnous a, le même soir, délicieusement interprété une exquise\npour violon de Sinding.\nM»e Hansen et M. Bâillon ont terminé ce charmant concert en interpré-\ntant la Sonate de Fauré, d'une manière véritablement digne de cette œuvre,\net n'est-ce pas le plus bel éloge qu'on puisse leur faire ?\nM. S.\nAla salle Pleyel, le 20 mars, M. Saury groupait autour de lui quelques\nexcellents artistes, une pléiade exactement et pour tout dire. J'aurais\nvoulu entendre le Quatuor de M. C. Chevillard ainsi interprété, mais je n ai\npas eu l'indélicatesse d'écouter aux portes, que la consigne tint fermees,\nmême dans l'intervalle des trois parties, aux billets que l'on dit pour cela\nfavorisés. M. Saury exécuta avec autorité et une verve qui fut triomphante\nla Sonate à Kreutzer.M'io Henriette Lamy lui donnait la réplique, et jai\nfort apprécié l'agrément de son jeu délicat et orné. L'andante à variations\nest devenu une causerie charmante d'une poésie toute fraîche et comme\nparfumée de tendresse.\nJ'ai beaucoup à louer un tout jeune pianiste, M. Loyoniiet, qui révèle"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.35", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 3874, "texte": "Deja le goût et le style d'un maître. Il a donné une couleur très poétique au\nbruissement des Jeux d eau de Ravel et aux Fantasmagories de I. Philipp\nsuite, de sept petites pièces de genre, qui sont autant de notations colorées\net vivement senties.\nJe voudrais enfin dire tout le bien que je pense du concert donné salle\nErard par Mi«c Rey-Gaufrès, avec le concours très apprécié de M. Jean Ten\nflave. Le jeu de Mme Rey a une aisance et une séduction tout à fait per-\nsonnelles. Je ne vois pas qu'on puisse mieux faire valoir l'humour allèare\net mystérieusement nuancé du scherzo de la 3e Sonate op. 3i de Beethoven\nM. Ten Have, dans la 3e Sonate op. ios de Schumann, a déployé tout\n1 enchantement de son archet nerveux. j. TRILLAT.\nPetite Salle Erard.— 9 mars. Concert de M. et Mme Gaston Revel.— Nous\navons eu la bonne fortune et l'heureuse surprise de voir enfin se produire\nces deux excellents artistes appelés, dans un avenir très prochain, à deve-\nnir des noms sur les affiches de nos concerts. Le Poeme du Languedoc de\nDéodat de Séverac, les Sonates de Lazzari et de Leclair, la Chanson du\nSouvenir de Pernand Pecoud, turent interprétés avec un mécanisme et une\nscience musicale indiscutables. L'éclat du programme était rehaussé en-\ncore par Mme Louis Chateau, à la fois si modeste et si belle artiste ;\nM. Gabriel Fabre, qui tint le piano dans ses délicieux Poèmes de jade,\nremporta, avec M. Stéphane Austin, un franc et très mérité succès.\nM. et Mme Gaston Revel nous réservent pour l'an prochain d'autres\nbonnes surprises que nous attendons avec impatience, heureux de voir\nune nouvelle pianiste et un nouveau violoniste révéler au public la sou-\nplesse, le charme et la fougue de leur talent. C. D.\nLe premier concert d'élèves de la Schola Cantorum a eu lieu le mardi\n20 mars. A dire vrai, il me causa quelques désillusions. Les classes de\nchant, représentées par M'»es Fié, Gravollet et M. Leclercq, se firent remar-\nquer d'une façon déplorable. Ces jeunes artistes chantent tous de la gorge\net particulièrement du sommet de la gorge, émettent des sons mal posés\net surtout ont une fâcheuse tendance à chanter en dessus ou en dessous\ndu ton depuis le début de leur morceau jusqu'à la fin. Jamais le Conser-\nvatoire, dont la Schola a entrepris de corriger les abus, n'oserait présenter\nde pareils phénomènes vocaux. Il y a là un danger sérieux, sur lequel les\nautorités compétentes de la maison feront bien d'apporter toute leur atten-\ntion, en exigeant plus de solfège, et de sérieux solfège, et une pose de la\nvoix plus parfaite. La classe d'orchestre,sous la ferme direction de M.Labey,\nfit preuve de bonnes qualités d'amateurs pour qui la musique est un passe-\ntemps distingué. Trop de jeunes filles qui le soir, au foyer familial,ennuient\nd'une sonate pour violon de Bach les amis de la maison qui se croient\nobligés de s'extasier en disant que Bach est le plus grand génie musical ;\nmais pas assez de musiciens gagnant leur vie à déchiffrer tous les soirs,\ndans une brasserie, trois ou quatre fantaisies et rompus à toutes les diffi-\ncultés du métier de l'orchestre. Quoi qu'il en soit, M'ie Penel et M. Char-\npentier jouaient fort honorablement le Concerto en ré mineur pour deux\nviolons de J.-S. Bach, qui n'est pas très long. Mlle Dupéchez se hâta d'exé-\ncuter la suite française en sol majeur du même Bach sans se soucier des\nchangements des rythmes, mais en faisant preuve d'une louable agilité digi-\ntale. Auparavant elle avait joué la Danse lente de C. Franck, œuvre post-\nhume que l'Edition Mutuelle vient de lancer. Enfin le meilleur morceau du\nprogramme fut le Trio en fa de Schumann, exécuté avec une louable\nrecherche des sentiments intimes et de l'expression juste par Mlle Masse-\nlon et MM. Marsillac, Jenck, Sangra et de Fraguier, qui firent honneur à\nleur excellent professeur M. de Serres."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.36", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4000, "texte": "i * *.i février la présence sur l'affiche des Agriculteurs du nom des deux\nThihand et du maître Diémer avait attiré un public comme on en voit peu :\nl a s a lïe é ak Absolument comble. Francis Thttaud, le violoncelliste si\nanorécié a développé ses belles qualités de technique impeccable et de\nfine sonorité, particulièrement dans une pièce pour violoncelle seul de\nRach et l'Élégie de Fauré qu'il a fait littéralement pleurer a son instrument.\n[ es salves d'applaudissements et les rappels que sa virtuosité a soulevés\nl'ont d'ailleurs largement et justement récompensé du travail qui, joint à\nde nrécieux. dons naturels, lui a été indispensable pour arriver à un pareil\ndeeré de perfection. - De Jacques Thibaud il n'y a plus rien a dire : ses\ntournées retentissantes tant en France qu'à l'étranger ont tait connaître\ndans le monde entier et apprécier comme il le mérite le grand talent du vio-\nloniste français par excellence.- L. Diémer, qui a également contribué puis-\nsamment au succès de cette belle séance, s'était joint a lui pour terminer la\nsoirée par l'admirable Sonate à Kreutzer ; les auditeurs ont tenu à donner\nune preuve éclatante de l'intérêt qu'avait pour eux le talent de ces trois\nartistes car la salle est restée bondée jusqu'à la dernière note.\nJe passe ensuite au concert qu a donné le mars, chez Erard, Lucie Caf-\nfaret Malgré le parti pris instinctif avec lequel j'étais allé à son récital\n(car je ne crois pas aux petits prodiges), les dispositions étonnantes de ce\nbébé de 11 ans 1/2 son âge est son plus grand mérite ont triomphé\naisément de mes préventions. Je ne dirai qu un mot sur son concert, et ce\nmot, je crois, suffira : elle s'est montrée la digne élève de Mme René et de\nM Duvernoy ; tous deux peuvent être fiers du beau résultat qu'ils ont\nobtenu, et je suis heureux de leur en adresser ici toutes mes félicitations.\nLes lecteurs du Mercure ne sont pas habitués à y trouver d'autres comptes\nrendus que ceux de concerts donnés par des artistes absolument arrivés\net cotés. Mais je me permets de faire aujourd'hui une petite dérogation à\ncet usage pour leur relater le beau succès obtenu par le Cours d'ensemble\nvocal deM\"c J. Lyon, la sœur de M. G. Lyon, l'excellent directeur ingénieur\nde la maison Pleyel, l'inventeur connu dans tout le monde civilisé de la\nharpe chromatique. M. Lyon, qui a bien voulu accepter de nous aider de sa\nprécieuse collaboration dans notre tâche de lutte pour l'art, me permettra\nde saisir l'occasion qui se présente et de lui apporter ici le modeste tribut\nde mon admiration pour le merveilleux instrument que notre confrère\nMusicanous montrait en juin 1904 comme adopté, au lendemain même de\nsa création, dans la haute société en même temps que dans tous les grands\nconservatoires. Les artistes que nous avons eu le plaisir d'entendre ven-\ndredi ne sont plus des élèves ordinaires. La plupart particulièrement\nM\"e Doerkey, sur laquelle j'ai déjà dit mon opinion— ont porté aux quatre\ncoins de notre pays la preuve palpable de la compétence remarquable et de\nl'expérience éprouvée de leur professeur. L'exécution impeccable du pro-\ngramme, composé d'œuvres fines et délicates, me dispense d'ailleurs ci en\ndire plus long sur le talent des élèves et l'excellence de la méthode de\nMlle J. Lyon.\nJ'ai particulièrement remarqué au beau concert fort original donné le 4,\nsalle Washington, par l'élite de la société caucasienne, le succès obtenu par\ndeux adaptations musicales interprétées merveilleusement—c'est le seul\nmot quipeut rendre mon enthousiasme —par C. Loutsky, brillant artiste de\nSaint-Pétersbourg où il collabore à la rédaction d'un grand journal théâ-\ntral. Il fut accompagné avec un véritable talent et un véritable tempérament\npar son jeune frère E. Loutsky, élève du maître Diémer. Je ne crains point\nde trop m'avancer en prédisant à ces deux jeunes artistes une carrière ou\nles succès seront très souvent des triomphes.\nBeaucoup de monde au même endroit le 7, beaucoup de monde, et qui"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "mieux est, de monde très select. C'était le concert de Grâce Whistler\nMisick. Les applaudissements les plus chaleureux ont éclaté à la fin de\nchaque numéro, et c'est le meilleur éloge qu'on puisse faire du talent de la\ncharmante cantatrice et des artistes qui prêtaient leur concours à cette\nsplendide soirée.\nOn m'annonce comme concerts spécialement attrayants de cette fin de\nmois les séances que donneront, les 26 et 3o5 Emil Sauer, et les 19 et 28,\nE. Isaye avec l'orchestre du Conservatoire.\nPAUL DUBOT.\nP.-S. Je suis heureux de faire part à mes lecteurs de l'excellente im-\npression produite par le premier des concerts du D** Lulek. Je ne peux\nqu'inviter tous les amateurs de belle et bonne musique allemande, particu-\nlièrement de lieder classiques, à aller applaudir en ce célèbre baryton l'un\nde leurs plus parfaits interprètes.\nIl nous promet encore trois séances à les t 5, 22 et 29. J'en\nparlerai d'ailleurs dans mon prochain article."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6.3", "titre_corps": "LE QUATUOR PARENT.", "titre_sommaire": "LE QUATUOR PARENT.", "signature_source": "Raymond Bouyer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.37", "debut_caractere": 976, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "LE QUATUOR PARENT.\n\nL'Évolution ds Beethoven et ses interprètes.\nLa musique a été si fort à propos créée, non seulement pour consoler des\nmalheureux, mais pour compenser les tristesses de l'hiver en sympathisant\nmystérieusement avec elles, que l'approche du printemps la remet en fuite :\nvoici déjà, les deux dernières soirées Beethoven de la saison 1906!\nEn écoutant de belle musique, il n'est pas défendu d'essayer de poser\nquelques jalons dans le domaine, à peine exploré, de la philosophie de\nl'histoire de l'art; et Beethoven nous apparaissait l'autre soir, à son plan,\nau seuil du siècle de la musique, avec l'aspect d'une force nécessaire; une\népoque reçoit le génie qu'elle attend. Or, le dernier historien de Michel-\nAnge (1), et le plus philosophe de tous nos amoureux d'art, le_ beethovénien\nRomain Rolland, nous démontre, au contraire, que le génie Michel-\nAnge ou Beethoven apparaît comme un phénomène dans une terre\ningrate et que, sans avoir subi d'influences, il doit influencer fatalement\ntoute la génération suivante en la « foudroyant comme dira Berlioz...\nLes deux points de vue sont-ils irréconciliables? Nous le rechercherons\nplus longuement quand la musique en exil nous permettra quelque ré-\nflexion. Beethoven, ce Michel-Ange musical animé du sang flamand de\nRubens, a tout inventé : soit, mais n'est-ce pas dans le sens espéié par son\népoque militante, et qui vit Bonaparte? Un génie est le poete de son\nLa Nuit de Michel-Ange est la protestation d'un héros sans tache ; et\nBeethoven est le Pensieroso d'un âge vigoureux.\nTrêve aux théories ! A l'heure militaire, interprètes de Beethoven\nin scenam; et l'idéale musique nous prouve, au rebours de la vie positive,\nque l'action peut redevenir la « sœur du rêve »... A dessein, nous confon-\ndons les programmes des deux dernières séances beethoveniennes, afin\nd'observer chronologiquement comment un genie devient Beethoven, L\n\n(1) Michel-Ange, par Romain Rolland (1 vol. in-B°, de la collection des Maures\nde l'Art, Paris, iÇ)oS)."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3692, "texte": "cette étude sera la justification de certaines œuvres d'une jeunesse un peu\nridée pour nous, qui ressuscitent seulement pour nous suggérer Beethoven\nencore en puissance plutôt qu en acte... .... ... F p, ~\nInterprété largement par MM. Mimart, Lebailly, Letellier, Jacot, Penable\nle Sextuor pour deux clarinettes, deux bassons et deux cors,\ncomposé, paraît-il. en une nuit, à la Mozart, vers .794, et publie, long-\ntpmos après sous le numéro d'œuvre 71, appartient franchement encore a\nl'ancien régime musical; c'est un tableau de Téniers où passe à peine,\ncarfois l'ombre du nuage d'un Ruysdael... C'est le sentiment tout flamand\ndes paysages de ce bon vieux temps qui respire, loin des cours finissantes,\nl'honneur candide et la droiture. Plus brillant, plus mondain, plus raffiné,\nle Ouintette célèbre, pour piano,hautbois, clarinette, cor et basson (op. 16),\nspirituellement touché par MM. Grovlez, Bleuzet, Mimart, Penable et\nLetellier ouvrage qui date et que le Beethoven farouche de la maturité\nlibérée disait avoir pris en grippe... absolument comme le gracieux\n(op. 20) ! Mais, déjà, quel progrès psychologique et quel sentiment mineur\ndans l'andante où soupire un cor beethovénien ! Ce cor est un précurseur,\ncomme les timbales de l'andante con de la première symphonie; san-\nglot fier ou puissance intérieure : c'est Beethoven déjà !\nSi les séances modernes, Franck, Chausson, d'lndy, Debussy, Ravel,\npassionnent au plus haut point l'auditoire subtil de l'iEolian, les séances\nbeethovéniennes, plus tempérées, lui dévoilent peu à peu la souplesse de\nce génie : n'est-ce pas un enseignement qui compense quelques longueurs?\nEt s'il n'y a pas de musique absolue (puisque la musique pure est l'éma-\nnation d'une âme), il n'est pas moins vrai que M. Louis van Beethoven,\npianiste qui a beaucoup écrit, composa longtemps de la musique poéti-\nquement formelle, comme la sonate piano et violoncelle en mineur\n(op. 5, n° 2). dont le rondo final exhale allègrement le parfum du bon vieux\ntemps'où vieillissait le doux Haydn, comme le trio à cordes (op. 9,\nn<> 2), bluette admirable et contemporaine de la sérénade (op. 8), musique\nde belle et bonne compagnie, où l'italienne virtuosité du genre s'enveloppe,\ncomme chez Mozart, avec je ne sais quelle profondeur native, déjà, de\nmélancolie spirituelle... Ce trio, c'est le régal des délicats, qui ne deman-\ndent pas, pour être heureux musicalement, la chute du Walhall et le cré-\npuscule des dieux! Tempéraments exquis dans leur vivacité! Sensibilités\ncharmantes, et contemporaines de Prud'hon, ce génie de l'amour qui sou-\nriait dans l'ombre !\nDatée de 1799, la sonate piano et violon (op. 12, no 2) est une contem-\nporaine très spirituellement sage de la (op. i 3). Beethoven-\nAdonis cherche encore à plaire : il a vingt-neuf ans, c'est une excuse; et\nquelle pure beauté dans cette forme calme, dans le contour d'un andante.\nMais, dès 1802, l'auteur de la seconde symphonie écrira la sonate piano et\nviolon (op. 30, no 2) en ce ton d 'utmineur qui favorise toujours la mysté-\nrieuse effusion de son pathétique! Que de pressentiments sous ce phrase\ndivin ! L'artiste a reçu la leçon du malheur qui fait le génie libre et la bonté\nsuprême; la surdité le hante : il a souffert. Et le cruel amour s'est empare\nde son cœur. L'amour ! n'est il pas le secret même de Beethoven et le mys-\ntère profond de l'idéale musique,\nDouce langue du cœur, la seule où la pensée,\nCette vierge craintive et d'une ombre offensée,\nPasse en gardant son voile et sans craindre les yeux !\nL'amour, cependant, l'universel amour, tel que l'entendait Beethoven,\nn'est plus tout à fait le petit dieu d'une Grèce Louis XVI auquel sacrifiai"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "l'athénien Mozart : témoin les six chants religieux de Gellert (op. 48, i8o3),\nadmirables chants admirablement exaltés par la basse expressive de Jan\nReder, et qui s'élèvent, à travers toutes les ivresses de la nature et les\nblessures de la vie, jusqu'à l'espoir fervent de l'Etre suprême ! Prière pro-\nfonde, amour du prochain, ténèbres de la mort, cieux qui racontent la\ngloire divine et sa toute-puissance, enfin superbe chant de contrition qui\nse termine en triomphante action de grâces, Busslied sublime et lui-même\n« pareil à l'âme d'un héros », tel est l'amour beethovénien, la grande\ntradition lyrique que la voix de Jan Reder évoque déjà dans les cantates\nreligieuses de Bach et dans les nobles avis du commandeur de pierre de\nDon Giovanni (car le petit Mozart a connu la grandeur), tradition du\ngrand art allemand, que le Beethoven vocal de Fidelio (i8o5) va renouveler\ndans l'ombre où son grand cœur est captif, et que retrouvera d'instinct\nle Schumann inspiré des Scènes de Faust. Comme la sculpture grecque\net la peinture italienne, la musique allemande est une chaîne tradi-\ntionnelle et lumineuse que se transmettent ces génies. C'est la mu ;ique\nmême.\nAux alentours de 1804, quand l'auteur prochain de YEroica livrait au\npapier réglé sa délicieuse sonate op. 31, n° 3, il confiait à Czerny son désir\nde s'engager enfin dans une voie nouvelle : Beethoven avait conscience des\nprogrès de son génie. Et ce mot, qui scandalise tant de petites vanités,\nn'effrayait point son juste orgueil... En ses quatre mouvements vifs, avec\nses lointains aériens et ses perspectives cristallines, l'op. 3i, n° 3, est la\nmélancolie d'un sourire ; il continue la Pastorale (op. 28) ; il est en mi\nbémol majeur, comme l'op. 7, plus vieux parce que plus jeune ; comme\nl'op. 27, n« i? dont la première ligne d'andante contient tout Beethoven ;\ncomme l'op. 81 a des Adieux, qui se passe de commentaire et qui chante\n•encore en notre souvenir! C'est la troisième sonate de la trilogie dite des\nZurichoises. Et c'est du pur Beethoven ! Ni Mozart ni Schumann n'exhalent\nmélodieusement cette lumière mélancolique comme le bonheur... Dans le\nmenuet (avant le trio célèbre qui dicta les Variations de M. Saint-Saëns),\nil est un chant d'une poésie suave, ineffable, et dont on demeure triste\npendant de longues matinées, quand le souvenir coïncide avec ces éclair-\ncies radieuses d'une fin d'hiver qu'on dirait baignée dans l'atmosphère de\nCorot... C'est bien là que « le son est le frère de l'âme » ! Et nous plai-\ngnons ces mathématiciens qui cherchent abstraitement la beauté musicale\nen se privant des vaporeux sentiments qu'elle provoque ! Ils oublient, ces\npuritains de la tablature, que l'amour naquit de la beauté.\nBeethoven ne l'oubliait point, quand il écrivait le trio op. 70, no 2 ! A\ntoutes les dates de son essor, Beethoven est infiniment varié, donc inégal\npour les snobs qui le voudraient continûment sublime... Beethoven est\nl'image de la nature à la fois terrestre et divine : il a des rayons et des\nombres, également splendides. Encore en 1809, l'auteur delà Pastorale et de\nY Ut mineur écrira donc cet élégant trio, contraste souriant avec 1 orageuse\nfantaisie du n° 1, qui répondait mieux à l'ame de Hoffmann. Décidément,\nla démarcation des trois manières n'a rien d absolu apparence\nchronologique... Beethoven, né sombre, n a jamais cessé d etre amoureux;\net comme nous disait, ce 9 mars, le poète Grandmougin, dans un à-propos\nrempli de généreuses intentions,\nUn espoir caressé le rendait triomphant.\nLes interprètes habituels de ces brillants vendredis qui vont\nparfaitement exprimé la transition des séances modernistes a 1 ait de\nÎBeethoven et le retour de l'expression violente à la forme expressive. On"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3980, "texte": "sait l'art profond d'un Jan Reder, la science poétique d'un dun\nM m.rt, indomptable vaillance élégante d'un Armand Parent MM Parent,\nVieux et Fournier se surpassent dans la désinvolture allee du . trto\ncordes . • pas un quatuor actuel de Paris ni meme d outre-Rhin, pas un\ntrio dans l'espèce, ne déploierait celte grâce étincelante comme des yeux\nbruns sous la poudre. Et le piano, petit orchestre en grisai le rapproche\ndeux natures diversement sympathiques dans l'unité d un bel effort volon-\ntaire, également couronné de succès. ■ a ■\nToujours sur la brèche, le profil penché sur le clavier dans une inflexion\ncharmante de force frêle et d'aspiration vers le mieux, 1 înlatigab e\nMile Marthe Dron, qui donnait carrière à sa jeune énergie dans le quatuor\nde Chausson le 2 mars 1906 avec une technique encore plus assouplie que\nle 27 janvier ioos, rivalise aujourd'hui de délicatesse fougueuse et d'ardente\ncertitude avec ses partenaires musiciens, MM. Parent et Fournier, dans les\ndeux sonates et dans le trio de 1800, à l'allegretto si finement cisele par\nun géant qui délaisse un instant le bloc de Michel-Ange pour la miette de\nCeliini. Dans Y op. 30, no 2, son phrasé, vivement aristocratique comme sa\npersonne, accentue le ton d'ut mineur, le coloris beethovénien, 1 orage\nlatent qui bouillonne sous les classiques mélodies chantées par 1 archet de\nParent, superbement en verve. Une ovation des plus flatteusement spon-\ntanées a dit àla modestie de Mll** Dron combien l'auditoire appréciait en\nelle la souplesse compréhensive et la studieuse intelligence de 1 interprète.\nUne telle interprète a le désintéressement d'une artiste : aussi bien s est-\nelle contentée de la musique d'ensemble, nous laissant sur le beau souvenir\nde l'op. ni et des Adieux ! Qu'il nous soit permis de regretter quelle\nn'ait pas abordé, cette année, le mélodique op. 110, qui passa très\ninaperçu sous les doigts d'une personne correcte dont il a mieux valu taire\nle nom... Car Mll® Dron s'adresse d'instinct à ces sommets musicaux qu elle\nse plaît à dompter, telles ces blanches Muses qui trouvent l'inspiration\nsous les cimes, à deux pas de la pureté des neiges.\nAvec moins de grâce nerveuse et de hautaine inquiétude, Mlle Andree\nGellée habite de préférence les vallons fleuris et les coteaux modères,\ncomme dirait Sainte-Beuve, qui ne songeait point aies dépasser ; dans un\nchoix heureux, c'est-à-dire avec une conscience avisée de sa nature,\nGellée s'attaque à la sonate difficilement radieuse entre toutes : après\n• 1 > £* 3\navoir très loyalement et très brillamment mesuré ses forces dans 1 op.\nsurnommé Y Aurore, elle vient de nous en fournir la pleine capacité dans\nle poétique op. 31, n° 3. Et les deux beaux rappels, qui saluaient 1 n\nau début de l'hiver, ont confirmé cette loyale exécution pianistique, lune\ndes plus complètes de la saison. Netteté lumineuse, égalité naturelle,\naménité solide et sérénité déjà puissante, éléments d'un style qui promet\net qui présage souvent l'exécution tout « objective »de MUe Blanche Selva,\nl'interprète essentielle de Bach ! De là, ces contrastes excellemment pon-\ndérés dans les nuances du scherzo. Peut-être le presto final se voudrait-il\nencore plus rythmique i Gomme deux physionomies différentes, dont les\n.qualités apparaissent par contraste, Mllos Dron et Gellée ont justement\nobtenu la gratitude nuancée des Beethovéniens.\nEn rappelant ces deux artistes de bonne et belle volonté, discernées par\nArmand Parent, qui a la main heureuse, il nous plaisait d'évoquer l'opinion\ndéfinitive de Richard Wagner sur Beethoven à propos du premier cente-\nnaire de sa naissance, il y a trente-six ans : « Beethoven arracha la musique\nà 1 influence de la mode et du goût changeants, pour la promouvoir à ce\ntype d'éternelle valeur et purement humain. Aussi la musique de Beethoven\nsera-t-elle comprise en tout temps, alors que la musique de ses prédéces-\nseurs ne nous demeurera, pour la plupart, compréhensible que par 1"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 390, "texte": "termédiaire d'une réflexion historique... » Avant Richard Wagner, le poète\ndisait du poète :\nCe qui fait qu'il est dieu, c'est plus d'humanité ;\n11 est génie, étant, plus que les autres, homme...\nOr Beethoven est le poète souverain des sons. Et son humanité supé-\nrieure ne contient-elle pas tout le secret de l'immortelle jeunesse de son\nœuvre ?\n\nRaymond Bouyer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c020", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6.4", "titre_corps": "A PROPOS DE «DON PROCOPIO».", "titre_sommaire": "A PROPOS DE «DON PROCOPIO».", "signature_source": "Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.41", "debut_caractere": 392, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "A PROPOS DE «DON PROCOPIO».\nWilly.\nL'ironie, petite muse très moderne, a fait rapidement son chemin. Intri-\ngante, elle asu s'introduire dans le logis de chacune de ses sœurs sacrées\net n'en est jamais sortie sans quelque larcin. Peu à peu, elle s'est établie,\nen fille pratique, construisant ses solides maisons de rapport en face des\ntemples de ses bienfaitrices. Voilà pourquoi nous possédons aujourd'hui\ntant de peintres excellents voués àla caricature, tant de solides talents\némiettés chaque semaine dans la grivoiserie facile des illustrés, tant de\nlyriques honteux en proie àla blague dont ils n'oseront jamais dépouiller\nla vaine et commode élégance. Et, comme la dixième Muse est une fine\nmouche, elle asu choisir si habilement ses prêtres, rendre son culte si\nattrayant que ses fidèles ont rempli le monde. Tout art doit donc compter\navec elle, lui céder une part de son domaine. Un seul a résisté, l'Art mu-\nsical !\nL'ironie musicale n'existe pas. On a mis en musique des parodies, des\nbouffonneries et de joyeuses excentricités, mais la musique elle-même n'a\npas subi cette amusante déformation raisonnée par quoi un Tristan Ber-\nnard et un Caran d'Ache ont conquis la gloire. Nous avons connu des ro-\nmances, des chœurs ou des duos plus ou moins légers ou bruyants, avec\nquelques outrances dans les nuances, mais ces duos, ces chœurs ou ces\nromances restaient absolument conformes aux traditions lyriques les plus\nconsacrées. L'opérette et l'opéra bouffe jouent très mal le rôle de carica-\ntures musicales : abstraction faite des paroles, toutes les partitions de ce\ngenre sont des partitions d'opéras italiens à peine modifiées. Les cavatines\nd'opérette ne présentent aucune différence essentielle (au point de vue\npurement musical) avec les cavatines du vieux répertoire italien, et la pen-\nsée toute nue d'un Offenbach n est pas plus gaie que celle dun Donizetti.\nC'est parce que l'humoriste est inconnu en harmonie et en contrepoint\nque le compositeur n'est pas encore né qui trouvera le moyen d exciter le\nrire du public par une page orchestrale de puissante ironie avant qu une\nseule parole ait été chantée. Faire « italien », tel est le dernier mot du\ncomique musical, telle est la règle qui a présidé àla composition de ce\nDon Procopio que M. Gunsbourg aeu la piété de monter au théâtre de\nMonte-Carlo avec un luxe étourdissant. - j i»\nCet opéra bouffe de Bizet n'ajoutera rien àla gloire de 1 auteur de\nCarmen, mais il démontrera la merveilleuse facilité mélodique et la natu-\nrelle élégance d'un musicien que nous n avions jamais vu souiire avec tant\nd'abandon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6.5", "titre_corps": "LES REVUES.", "titre_sommaire": "LES REVUES.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.42", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "LES REVUES.\n\nRevue générale des Sciences. Revue des Deux Mondes.\nDans le numéro du 28 février 1906 de la Revue générale des Sciences,\nM. H. Bouasse, professeur de physique à l'Université de Toulouse, étudie\nles Gammes musicales au point de vue des physiciens. L'auteur déplore\nd'abord l'ignorance de la plupart des physiciens sur« lesparties les plus élé-\nmentaires de la théorie des gammes, des tons et des modes ». Et il se fait\nfort de montrer que « ces questions sont fort claires, à condition de ne pas\nles troubler par des considérations dénuées de tout intérêt pratique ».\nEcoutons-le :\n« D'après le résultat d'expériences objectives, où l'on mesure le nombre\ndes oscillations d'une corde vibrante, sans s'occuper de l'impression phy-\nsiologique du son qu'elle donne, on représente la hauteur par la formule :\noù P est la tension de la corde (en kilogrammes), le poids par mètre,\nsa longueur en mètres, g l'accélération de la pesanteur. »\nVoilà qui est bien dit, mais tous les musiciens, et les plus ignorants des\nphysiciens eux-mêmes savent que dans une telle formule N est le nombre\ndes vibrations par seconde. Pour dire que N représente la hauteur, il faut\nsavoir que la hauteur apparente dépend de la vitesse vibratoire seule, c'est-\nà-dire faire intervenir une notion subjective, et « s'occuper de l'impression\nphysiologique ». De plus, la formule citée est incomplète, et on ne voit pas\npourquoi N cesse ici d'être fonction du diamètre de la corde. Chacun sait\nqu'il fallait écrire :\nEt enfin, même réduite et simplifiée ainsi qu'on vient de voir, la formule\nne peut être déterminée expérimentalement : l'expérience donnerait pour\ng une valeur numérique plus ou moins approchée; seule la théorie peut\nintroduire la notion de l'accélération.\nAprès un tel début, on ne s'étonne pas de voir l'auteur adopter comme\nunité le savart, de manière à exprimer tous les intervalles consonants ou\ndissonants (i) de la musique par des nombres incommensurables ; puis\nretrouver « les fameux modes du plain-chant, dont nous avons tous ouï\nparler quand les Bénédictins ont quitté la France » (il était temps !) ; enfin\nprôner la gamme naturelle ou de Zarlino, fondée sur les harmoniques, et\nécarter le 7e harmonique pour la simple mais énigmatique raison qu'il « ne\ndonne rien d'utilisable ». Et on lui pardonne de traiter de haut en bas, avec\nune condescendante ironie, les recherches de MM, Cornu et Mercadier sur\nla valeur exacte des intervalles musicaux : si les conclusions des deux sa-\nvants peuvent être discutées, les résultats de leurs expériences sont inat-\ntaquables, et il s'agit de les expliquer, non de les nier. Espérons que le\nlivre sur les Bases physiques de la Musique, que nous promet M. Bouasse,\nsera écrit avec moins de désinvolture.\nDans la Revue des Deux Mondes du i 5 mars, M. Pierre Loti commence\nun nouveau roman, sous ce joli titre : les Désenchantées. Ce sont les femmes\nde nos bons amis les Turcs, qui s'éveillent dans leurs harems, et, dédai-\n\n(1) Excepté la triple octave de la tierce majeure. Singulier privilège !"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1131, "texte": "gneuses du narghilé et des confitures de roses, lisent Kant, Baudelaire et\nVerlaine (il n'y a donc plus de censure en Turquie)? Surtout elles s'adon-\nnent au charme de la musique ; hélas ! ce sont des claviers d'Erard que\npétrissent les petits doigts ambrés ; on « se passionne pour Gluck aussi\nbien que pour César Franck et Wagner », on déchiffre « les partitions\nde Vincent d'lndy » ; on joue à deux pianos « un nouvel arrangement\ndes fugues de Bach », que je voudrais bien connaître. Et l'héroïne, Zahidé-\nhanum, joue, à elle toute seule, « un concerto composé par elle-même » ;\npuis « un Nocturne, encore inachevé, qui date de la veillée précédente ».\nOn voit que la musique éclôt, sur les rives du Bosphore, avec une facilité\ntoute tropicale. Je n'ai cependant aucune envie d'entendre les petites\nélucubrations de la charmante Zahidé-hanum ; et je préfère à son Érard,\nmême lorsqu'elle y déchiffre Fervaalou (ou, peut-être,\nmoi sous V orme),le, chant enthousiaste des derviches tourneurs, ou la cla-\nmeur lumineuse du muezzin, ou une mélopée insaisissable de la longue flûte\nde roseau.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6.6", "titre_corps": "LA MUSIQUE A NICE.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A NICE.", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.43", "debut_caractere": 1133, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "LA MUSIQUE A NICE.\n\nOn décentralise.\nLa ra ta tzim boum boum ! En avant la réclame ; on décentralise, et les\njournaux annoncent : « Grande soirée de gala extraordinaire, première re-\nprésentation (création) de Sanga, drame lyrique COMPLÈTEMENT INÉDIT de\nM. Isidore de Lara. Cette grande première sera donnée avec M. Fugère,\nMme Ch. Wyns, etc. La presse parisienne y est invitée. Ce sera une nou-\nvelle (?) soirée de grand Art où se presseront toutes les notabilités artisti-\nques de Nice et de la côte d'Azur Les places s'enlèvent pour cette repré-\nsentation sensationnelle... » Barnum ne dirait pas mieux.\nDe l'inédit est toujours intéressant ; j'ai donc assisté à cette première\nsensationnelle. Elle avait lieu le lendemain d'un veglione. En entrant, je\ntrouve l'Opéra encore décoré de guirlandes vertes, blanches et roses. Cette\nverdure artificielle me fait penser malgré moi à une exposition de bœufs\ngras ou à un étalage de têtes de veaux. Le public est nombreux dans les\nloges, et dans la salle beaucoup de dames élégantes. L une d elles, assez\njolie, occupe le fauteuil voisin du mien. Elle est arrivée avec un petit air\ndécidé qui promet. Telle la princesse de Metternich, elle s apprête à déchi-\nrer ses gants pour applaudir. Elle a senti en moi un ennemi. Nous nous\nmesurons du regard, et c'est moi qui baisse les yeux (je suis timide). Ce\npremier succès l'engage à parler la première : « C est un très bel ouviage\nque Ton va jouer, impose-t-elle. Comme il est inédit, il ne sera guere\npossible d'en juger qu'à la fin. Pas du tout, dit-elle très vite; le sujet,\nd'abord, est nietzschéen... Un reporter parisien le disait tout a 1 heure. » Je\nm'incline; elle continue : « C'est d'une très haute portée philosophique.\nOù ne puis-je m'empêcher de murmurer, la philosophie va-t-el e se\nnietzscher !... Une plaisanterie n'est pas un argument L'homme est\nplus grand que la Nature, Vigord le chante au dernier acte. Vigord ....\nOui ; c'est Fugère, ou plutôt Fugère c'est Vigord ;ou pour mieux dire\nVigord est un fermier avare qui veut marier son fils avec sa niece.\ncomme ce fils, Gian ou Jean, je ne me souviens plus, préféré Sanga, une\nfaneuse à la journée »"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3796, "texte": "Mais l'orchestre a commencé en la mineur. « Le motif de la Mon-\ntagne », me souffle-t-elle. Décidément elle est bien renseignée !\nCe leit-motif orographique est immédiatement suivi d'un air de mazurka\nlourdement modulé, et le rideau se lève sur un charmant décor qu'inondent\nles rayons ardents d'un soleil de messidor. La scène est envahie de gerbes\nque les moissonneurs jettent dans une batteuse. Dans beaucoup de détails\nde ce ier acte on sent l'influence du drame réaliste moderne, compliqué de\nsymboles, tel que l'a réalisé M. Bruneau. Je ne vous cacherai pas cepen-\ndant que je préfère la musique de l'auteur de Messidor.\nLe Vigord susnommé entre en scène, vêtu d un complet gris, et bientôt\nl'assemblée fait cercle autour de lui. Il s'avance sur le bord de la scène,\nface au public.\n« La chanson de Jean-le-Grain » chanson à la fois symboliste et réa-\nliste avec des unissons, des effets sous tous les mots, quelque chose dans\nle genre du Credo de lago. On bisse. Ma voisine me regarde triomphale-\nment : « Ce n'est pas mal, condescends-je. Pourvu que ça continue... »\nAprès tout je ne demande pas mieux que cela continue, d'autant plus\nqu'une entente cordiale n'aurait rien de déplaisant avec mon interlocutrice.\nEt puis il faut être indulgent, on décentralise\nMalheureusement voilà que ça se gâte. Sanga et Jean (ou Gian) rappel-\nlent leurs serments qui ont eu la montagne pour témoin (motif de la Mon-\ntagne), et lèvent la main pour jurer (motif de Manon : N'est-ce plus ma\nmain...). Tout à l'heure, après un « La pile monte et s\"écrouoiiououle en cas-\ncaajaade... », deux gammes descendantes et descriptives en triples croches,\nnous avions déjà eu un motif doucereux du Grillon (toujours lui ! lui par-\ntout !...) qui avait fait pousser des petits gloussements de plaisir à ma voi-\nsine : « Des sons résultants », eût hasardé Helmholtz. Maintenant voici les\ntrombones qui commencent pour ne plus cesser. Grâce à eux, cet opéra\nfera beaucoup de bruit jusqu'à minuit. Le fermier surprend les amoureux,\nse met en colère, et au galop le récitatif n'est même plus mesuré —en\nflanque un (galop) à Sanga, qu'il met à la porte. Mais la belle fille est galop-\nphobe et, comme Jean ne s'est pas donné la peine de la défendre, elle s'en\nva en maudissant tout le monde. C'est une personne qui a très mauvais\ncaractère. Ma voisine est beaucoup moins farouche ; nous causons.\n« J'aime le grand Art, Moi. Mon mari, Lui, est à la redoute. Que\npensez-vous de la décentralisation ?... »\nUn journaliste a interviewé M. de Lara, et, après lui avoir fait dire de\nquel dentifrice il se servait, lui a posé la question: « Que pensez-vous de\nNice, centre d'art ? Mais c'est la ville unique, a répondu le musicien,\nunique ! » Il serait vraiment ingrat s'il pensait le contraire.\n« Vous allez voir au dernier acte... —Au troisième?— Non, au second,\nle dernier. Cependant il yen a trois d'annoncés ? ! C'est-à-dire qu'il\ny a encore deux tableaux... » Tiens, tiens, mais il y a presque tromperie\nsur la marchandise vendue Après tout, puisqu'on décentralise 1\n« Donc, au dernier acte ?... Les librettistes et le musicien sont tout\nà fait wagnériens et s'inspirent surtout de l'Etranger. Hum ! J'ai bien\npeur que 1 art de M. Vincent d'lndy ne leur soit totalement étranger —•\nAssez !Ilya là un effort sérieux, louable, respectable. Mais, au lait,\naimez-vous 1 Etranger ? Ah non !en voilà de la musique assommante !\nMais alors puisque Sanga s'en inspire Vous êtes absurde !» La\npetite femme s'énerve ; je me tiens coi et lis la partition qu'elle a apportée\navec elle.\nivl. de Choudens a établi une nouvelle fabrique de livrets à l'usage des\ncompositeurs en quête de débuts et d'éditeurs complaisants. Ses procédés\nde fabrication sont periectionnés et très modernes. Imaginez une sphère"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4037, "texte": "creuse, mobile sur un axe horizontal. Dans cette boule des personnages,\ndes décors, de la prose rythmée, des milieux, des époques, des symboles et\ndes catastrophes variées. On fait tourner rapidement l'appareil, et on l'ou-\nvre brusquement : il sort un livret d'opéra. Cette fois M. E. Morand a\nassuré une partie de la responsabilité du poème en collaboration. Dans\nSanga, en somme, il y a bien eu effort de part et d'autre. Mais voilà, il ne\nsuffît pas de vouloir (Cf. La Fontaine, Fables, livre ler, la Grenouille..., etc.},.\net ce que nous entendons à partir du 2e tableau est une effroyable tatouille.\nD'abord le compositeur, tout comme Weber, Berlioz, Meyerbeer et autres\nréformateurs de l'instrumentation, fait à son tour son petit bouleversement.\nAvant lui la batterie, grosse caisse, cymbales, tambour, triangle, etc., n'inter-\nvenait qu'accidentellement. Il a changé tout cela. Ce sont ces instruments\nqui forment le fond de son orchestre, et les violons ne sont plus qu'acces-\nsoires. C'est assurément original, mais un peu gênant pour les auditeurs,\nqui ne sont pas sourds. Ils risquent de le devenir complètement au deuxième\ntableau, où un orage violent trouble un sommet des Alpes (décor réussi).\nUn orage non moins violent gronde dans l'âme de Sanga, qui, comme un\nvulgaire pope, veut tout chambarder. Elle adjure la Nature d'accomplir\ncette tâche. C'est Mlle Charlotte Wyns qui remplit le rôle de l'émule du\npope. Il est d'une tessiture un peu trop élevée pour elle. Elle ne le chante\npas moins avec un incroyable enthousiasme, le confondant avec certains\nautres où l'interprète offre le principal intérêt. C'est ainsi que dans la\nTosca, où elle est très belle, le drame de M. Sardou réduit à 3 actes\nn'existe plus ; la musique existant peu, il ne reste plus qu elle. Elle imite\nun peu en tout cela M^e Emma Calvé, qui a pousse 1 admiration de 1 auteur\nde Sanga jusqu'à écrire un livret pour lui. Cela s appellera le Nil (dans nil\nil y a nihil) \\ et avec les six ouvrages précédents du compositeur nous\naurons ainsi les sept enfants de Lara.\nMais je m'aperçois que j'ai beaucoup baissé dans 1 estime de ma voisine»-\nElle hasarde encore: « M. de Lara est très apprécié à Monte-Carlo, où ses\nouvrages, première manière, ont plusieurs fois représenté dignement 1 ait\nmusical. Sa dernière manière est très personnelle. En effet, dis-je à mon\ntour, cela n'appartient plus à aucune école, pas même à la monégasque.\nCette dualité de l'artiste eût permis à Aurélien Scholl de lui composer une\népitaphe dans le genre de celle qu'il fit pour les Concourt : « Ici dort deux\nLara : L'art à Montecarlo et Laratatouille. » Ma voisine levée indi-\nen ée pour aller s'asseoir à côté d'un autre monsieur. Et les événements se\nprécipitent. La Nature, pour faire plaisir à Nietzsche et à Sanga, démo ît\ntout, inonde tout, et au dernier tableau de plus en plus réussi comme\ndécor, nous voyons une immense nappe d'eau d'où émergent un clocher\net le toit de la ferme où régnait le fermier Vigord. Celui-ci, rendu fou par\nle désespoir, s'est réfugié avec son fils et sa niece sur ce toit. « Pas moyen\nde faire danser un ballet là-dessus, » murmure quelqu un. Sanga, condui-\nsant une barque, vient sauver son amoureux. Mais celui-ci ne veut pas\nêtre sauvé parce qu'elle a repoussé son père qui est en train de barboter\nau fond de l'eau. Pour évoquer le spectre _de ce machabee dement, e\ncompositeur a une inspiration géniale :il fait jouer le motif du grain\npar un xylophone ! Enfoncée la danse macabre ! .\n.. Mais je cherche du regard mon ex-voisine Elle est en train de\ns'esquiver avec son nouveau voisin. J'ouvre de grands yeux, et une voix\nironique fredonne derrière moi : « Ah ! mon cher, que vous etes nai .....\nVous oubliez que vous êtes à Nice. Vous avez pris pour argent comptant\nl'enthousiasme de cette jolie personne. Mais elle se moque de Sanga et d\ntoutes les musiques. Elle aussi voulait faire sa petite décentralisation ; elle\nl'a faite avec le plus conciliant. » Honteux et confus, je regarde le fauteuil"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.46", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 917, "texte": "vide et i'v aperçois la partition fatiguée qu elle a oubliée et que j avais deja\nfeuilletée J'ouvre àla première page, et j. 1» ce titre : « Ma,a, opéra de\nM Isidore de Lara ». « Mais alors ?... »> murmure-je abasourdi. « Eh oui,\ncontinue la voix, c'est sous ce titre que Sanga a de,a ete ,ouee a Oovent\nGarden, si mes souvenirs sont précis ; et il y reçut un accueil plutôt froid.\nIci on l'acclame. >» Et dire qu'elle le savait, tout cela... Ah ! décidément\nl'homme est peut-être plus fort que la nature, mais la îemme est p us forte\nZim ba la boum, pa ta pouf, outre! boufre ! L'orchestre fait encoie un\npeu de tapage pendant que le toit s'écroule et que la barque, bnsee a coups\nde hache par le ténor, s'enfonce peu à peu. Tous les personnages étant au\nfond de l'eau, l'opéra nietzschéen est forcément terminé.\nAh ! on ne s'ennuie pas tous les soirs à Nice quand on\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6.7", "titre_corps": "LA MUSIQUE A MONTE-CARLO", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A MONTE-CARLO", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.46", "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "LA MUSIQUE A MONTE-CARLO\n\nA Monte-Carlo. L'Ancêtre. Don Procopio. MI de Belle-Isle. Don Carlos.\nJe suis un peu en retard pour vous parler de Monte-Carlo. Mais, bien\nque la Principauté soit à 25 minutes seulement de Nice, elle est morale-\nment si loin de nous... Et puis, comme je l'ai déjà dit, les solennités\nmusicales auxquelles on y assiste ne présentent qu'un intérêt relatif à cause\nde leur caractère presque privé. Il n'y a là qu'une seule catégorie de\nspectateurs, comme il n'y a qu'une seule catégorie de places à vingt\nfrancs. Les soirs de grandes premières de simples fauteuils se paient\ncinq louis. N'y assistent donc que les milliardaires qui, à Monaco,\nseuls comptent et peuvent dire : je dépense, donc je suis. La critique pari-\nsienne, il est vrai, y est invitée. A ce sujet reportez-vous simplement àla\npage 285 du Mercure Musical et relisez les lignes de M. G. Vanor\nauxquelles il n'y a pas un mot à changer. Monte-Carlo est comme un\nWalhall inaccessible où trônent des Niebelungen en possession de l'an-\nneau. Le jeudi ont lieu des concerts classiques célèbres. L'orchestre qui\nles donne n'est composé que de musiciens d'élite ; il est donc parfait et ses\nprogrammes sont souvent très heureusement composés. Mais M. Jehin,\nqui est un artiste, n'éprouve-t-il pas quelque regret et même quelque dépit\nquand il lit les comptes rendus de ses concerts, faits à l'avance par des\nemployés du Casino, pour la plupart incompétents, confondant facilement\nMoszkowski avec Moussorgski ? N'est-il pas ennuyé d'entendre dire inva-\nriablement de lui comme le héros du conte de Voltaire : « Ah ! son mérite\nest extrême », et cela toujours sur le même ton ? Ne sent-il pas que toutes\nles notes maladroites envoyées aux revues et aux journaux complaisants\nlaissent sceptiques les lecteurs intelligents ? Ces concerts, dont l'entrée\nétait autrefois de trois francs, augmentée aujourd'hui à cinq francs, ali-\nmentent la caisse des pauvres (il y a donc des pauvres à Monte-Carlo ?). Ce\nmême but de charité est invoqué lorsqu'il s'agit de premières représen-\ntations. Elles ont lieu au profit de la caisse de secours des diverses colo-\nnies et sous le patronage du Prince. Mais le but réel poursuivi est tout\nautre. Monaco n'existe que par les jeux. Il faut donc attirer et distraire\ndes joueurs et des joueurs sérieux. Pour cela on accapare les attractions"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3266, "texte": "principales du jour ; les ballons dirigeables, les canots automobiles, les\nacteurs en renom, les musiciens réhabilités et enfin les membres de l'lnsti-\ntut.\nM. Saint-Saëns est un grand musicien. C'est aussi un grand enfant. Il se\nlaisse appeler cher confrère par Son Altesse Sérénissime, ce qui est très\nflatteur pour le prince, il se promène comme un collégien en vacances\ndans les splendides jardins de la Principauté, croyant sans doute se re-\ntrouver à Funchal ou à Las Palmas ; il joue sur les grandes orgues de la\ncathédrale, exécute des concertos de piano aux séances du jeudi ; il se mêle\nensuite aux musiciens de l'orchestre et fait modestement sa partie de\ncrotales, joyeux d'exciter partout la curiosité, l'admiration et la sympathie.\nEnfin pour complaire à son hôte, il compose et fait représenter\ndrame lyrique en 3 actes, dont M. Augé de Lassus a écrit le livret. Je\nrespecte trop l'éminent auteur de Sa pour me livrer à des\nplaisanteries faciles sur ce mot : l'ancêtre, en le lui appliquant. Je ne dirai\npas non plus en parlant d'Hélène : « Après Agésilas... » bien que\nd'autres l'aient dit déjà depuis Etienne Marcel ; je ne sais non plus si je\ntrouve Y Ancêtre supérieur à Hélène, mais quand j'entends l'un je pré-\nfère l'autre, et vice versa. Cela vient de ce que le musicien n'a cessé\nd'être lui-même : un génie latin, clair et puissant. Si vous écoutez Ja\nmusique de sa dernière œuvre, vous ne serez jamais ennuyé, toujours\nintéressé, souvent charmé, rarement ému. Ce qui vous plaira encore,\nc'est l'orchestre dont la plénitude n'est pas l'épaisseur de certains autres,\nnéo-wagnériens, à base gluante de cor anglais.\nL'Ancêtre est une vieille grand'mère corse presque aveugle du nom de\nNunciata. C'est Mme Litvinne qui en a tenu le rôle de façon très drama-\ntique. Le petit-fils de Nunciata, Léandri, a été tué mystérieusement et\nl'Ancêtre, malgré les efforts d'un ermite pacificateur, jure de le venger,\ndans un vocero très vanté, mais auquel je ne trouve pas suffisamment de\npuissance farouche. Elle confie le soin de cette vengeance à sa petite-fille\nVanina (M'Ie Charbonnel) qui aime Tebaldo (M. Rousselière), l'assassin de\nLéandri. Mais Tebaldo adore de son côté Margarita, sœur de Vanina.\nCelle-ci malgré la jalousie qui la dévore, ne peut se résoudre à tuer celui\nqu'elle aime et laisse tomber son fusil. L'Ancêtre s'en empare et tire un peu\nau hasard, et c'est sa petite-fille quelle atteint, croyant avoir tue son\nLe rôle de l'ermite était chanté par M. Renaud, et MUe_ Farrar a été très\nadmirée dans celui de Margarita. Décors signés Visconti ; mise en scene\nGunsbourg. Il est d'usage de dire que l'un et l'autre sont admira es ; je\nme conforme à l'usage. „ .. ,\nQuelques jours avant la création de VAncetre avait eu lieu la p. emlere\nreprésentation de Mlle de Belle-Jsle,comédie lynque de M- Pau Milliet,\nmusique de Spiro Samara, interpretee par M\"es Cav ie Roje\nMM. Bassi et Renaud. Tout le monde connaît la\npère, qui fit tant de bruit aux premiers jours du roman\nqui vient d'y être ajoutée a pour auteur un Hellene et elle est très italienne.\nE E»SÏ IT™ a eu lieu la eréa.ion de Don £\n, actes de Georges Bizet et s-= envo, de\nSns'blâmër'M.' Bi.et d'avoir M.\ncelui-ci ayant oublié de le déposer à la biblio-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "w An II parvint ainsi, en 1895, sous les )eux de Car-\ndécida de monter Don Procopio k l'Opéra-Comique avec une\ntraduction en vers de Louis Gallet. Les événements empecherent ce pro,e,\nd'aboutir. La version donnée à Monte-Carlo est de MM au o met\nPaul Berel aidés pour l'adaptation musicale par M. Ch. Malherbe.\nTe sujet de cet opéra bouffe est très ancien. Il existe un Don Procopio,\nmusique de Tritto, datant de 1782, ce qui ne veut pas dire que le livret ne\noit pas antérieur, sa ressemblance avec certaines comedies du temps de\nMolière le ferait supposer. En >845 on trouve encore un Don Procopto,\nmelodramma buffa de Carlo Cambraggio.\nDon Procopio est un vieil Harpagon à qui un autre avare, Andronico,\nvoudrait faire épouser sa nièce Bettina. Naturellement la jolie fi e préféré\nun beau çarcon nommé Odoardo. Sa tante Eufemia et son frere Ernesto\nse liguent avec elle pour se moquer de Don Procopio, a qui la jeune fille\napparaît sous un très vilain jour. Grâce à ce stratagème, le vieil avare, crai-\ngnant pour ses écus, se retire et cède la place à Odoardo.\nMalgré sa date, malgré son vieux style très italien, ses ensembles et ses\nroulades, la musique de Bizet ne manque ni d'originalité ni d intérêt. Elle\npourrait en tout cas apprendre utilement à nos modernes auteurs d opé-\nrettes qu'un opéra bouffe ne se compose pas nécessairement de valses, de\npolkas et de quadrilles. Le succès obtenu par cette œuvre de jeunesse est\ndû, malgré tout, au nom du musicien célèbre dont ce fut le début dans la\ncomposition dramatique, et à une interprétation intelligente ou figurent\nMM. Jean Perier, Rousselière, Bouvet, Chalmin, Mllcs Pornot et Morlet.\nPour terminer cette rapide revue de la saison d opéra à Monte-Carlo, je\nparlerai encore de la reprise du Don Carlos de Verdi, chanté par Mle Far-\nrar, MM. de Marchi (Don Carlos), Renaud et Chaliapine (Philippe 11),\nl'orchestre étant dirigé par le maestro Brunetto. De cette partition (1867)\ndate l'évolution de Verdi et de la musique italienne. A ce titre elle mérite-\nrait une étude approfondie qu'il serait oiseux d'entreprendre aujourdhui.\nJe crois inutile d'ajouter que toutes ces œuvres sont montées par\nM. Gunsbourg avec un luxe de décors et de mise en scène que permettent\nd'ailleurs les bénéfices réalisés au trente et quarante, et en cela les comptes\nrendus officiels ne sont pas menteurs. Mais combien tous ces dnecteurs\nde théâtre ont tort de croire que le public se fie à ces comptes rendus ingé-\nnument dithyrambiques qui frisent le ridicule, et comme ils sont naïfs de\nredouter ou de négliger les appréciations indépendantes et sincères de ce\nqu'ils appellent dédaigneusement les petites revues ! Ils ne se rendent pas\nsuffisamment compte que nos jugements seuls sont pris au sérieux par le\npublic éclairé, et qu'à l'heure des liquidations définitives ils ne passeront\npour des grands hommes qu'autant que nous l'aurons dit.\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6.8", "titre_corps": "COURRIER DE LILLE.", "titre_sommaire": "COURRIER DE LILLE.", "signature_source": "H. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.48", "debut_caractere": 2939, "fin_caractere_exclue": 3562, "texte": "COURRIER DE LILLE.\n\n• • • _\nLe 25 février dernier, l'Association symphonique donnait son troisième\nconcert de la saison, Au programme, l'ouverture du Freischiïtz, la septième\nSymphonie en la majeur, Y Apprenti Sorcier de Dukas, la Rapsodie norvé-\ngienne de Lalo, et M J. Raunay dans le récitatif et l'air du troisième acte\nd'Alceste, la Chanson perpétuelle de Chausson et la cavatine des Noces de\nFigaro.\nMme J. Raunay était peu connue à Lille jusqu'à ce jour, aussi a-t-elle\nremporté un grand succès, si mérité par la beauté de sa voix, la noblesse\nde sa fière attitude, et son intelligence musicale dénuée de cabotinisme."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "Gortot s'impose de plus en plus au public étonné et charmé de tant de\npuissance sobre, de tant d'autorité sur son orchestre, de tant de respec-\ntueuse intelligence dans l'interprétation des œuvres qu'il conduit. L'Ap-\nprenti Sorcier a séduit les Lillois du premier coup, malgré ce qu'il peut\navoir de difficile à une première audition, et ils ont été enlevés par ce\nrythme étourdissant, cette gaieté bouffonne, cette allure endiablée et, di-\nsons-le, cette clarté lumineuse qui colore le poème fort touffu de Goethe.\nL'exécution excellente montre ce que Ton peut attendre d'un orchestre\ndiscipliné et souple, et je sais plus d'une Association symphonique en\nprovince où l'on n'oserait se hasarder à jouer une pièce aussi difficile à\nexécuter qu'à conduire.\nDe pareilles auditions ne vont pas sans soulever après elles, d'une part,\nles louanges et les encouragements, d'autre part, la jalousie et l'envie, et\nce serait un tableau bien curieux que de faire en quelques pages l'histoire\nde la critique en province, et où on montrerait ce mélange de vrai savoir,\nde science documentée, et aussi à côté de suffisance, d'ignorance, de\n« m'as-tu vu » musicastres.\nLa Société des Concerts populaires avait, le 18, donné une seconde au-\ndition d'Harold en Italie, où l'alto solo Queste avait joué à merveille cette\npartie concertante d'une œuvre bien ancienne et bien démodée.\nPierné vient en mars conduire la Croisade des enfants et ce sera\nencore là une belle journée artistique.\nColonne avait, le 17, donné un troisième concert par abonnement, pot-\npourri éclectique, où, à côté de la 5e Symphonie de Beethoven qui a été\njouée entièrement, se voyaient les fragments d'une Symphonie de Mozart,\net le seul allegretto d'une Symphonie de Brahms. Excellente exécution\nd'ailleurs, mais qui ne doit pas nous étonner (il ne manquerait plus que\ncela, étant donnée la valeur du chef !) mais curieux programme, où en tête,\npour bien convaincre le public que c'était bien l'orchestre Colonne, on\navait énuméré soigneusement les noms des musiciens de l'orchestre. La\nfoule se méfiait donc?\nLa Société d'lnstruments à vent, fondée etdirigée par M. Bouillard, le si\nremarquable flûtiste, a donné sa 4e séance le 4 mars, devant un public de\nchoix. Ce fut une journée charmante : au programme un sextuor de\nBeethoven, un trio du même pour flûte, clarinette, cor anglais dont Bouil-\nlard enleva le scherzo d'une façon ravissante, un quatuor de Mozart avec\naccompagnement d'orchestre, un peu long; Mlle Louvois y joua avec au-\ntorité et intelligence le Poème des Montagnes de d'lndy. C'est une excel-\nlente artiste, et Bouillard un vrai musicien.\nL'abondance des matières nous oblige\nles correspondances de Lyon, Nantes,\n\nH. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c033", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.6.9", "titre_corps": "ECHOS.", "titre_sommaire": "ECHOS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.49", "debut_caractere": 2731, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "ECHOS.\nUne lettre de C. Saint-Saëns.— On sait que, le 14 février derniei, à\nla Chambre, M. L. Levraud, député, interpella le gouvernement sur la\ngestion de l'Opéra-Comique. Il cita, au sujet de la réception des pièces\ndans ce théâtre national, le cas, notamment, des compositeurs Camnle\nSaint Saëns, Sylvio Lazzari et Auguste Chapuis. ,\nLa lettre et le télégramme ci-dessous ont ete adresses depuis, par\nM. Saint-Saëns, à M. Levraud :"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.50", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "Palais de Monaco.\n19 février 1906.\n« Cher Monsieur,\n« Je viens d'apprendre que vous avez parlé à la Chambre de la\n« Jaune et de ses malheurs ; je vous suis très reconnaissant d'avoir pris la\n« défense de mes droits injustement méconnus.\n« Agréez l'assurance de ma haute considération.\n« C. SAINT-SAËNS. »\nMonaco, 23 février, 5 h. 20.\n« M. Levraud peut disposer de ma lettre.\n« SAINT-SAËNS. »\nSchola Cantorum. Le mercredi 4 avril, à 9 h., aura lieu, à la\nCantorum, la 2e audition annuelle des grandes œuvres de piano et d'orgue\nde César Franck, par Mlle Blanche Selva et M. Gustave Bret. Au pro-\ngramme, en plus des trois Chorals d orgue, de Préludé, Choral et Fugue,\nPrélude, Aria et Filiale, figure une Danse lente, tout récemment retrouvée\net publiée.\nMondanités. —Le Cœur du Moulin,de Déodat de Séverac, a été joué\ndevant un auditoire choisi d'amateurs, dans les salons de M. Sérieyx. Nous\nne nous croyons pas le droit de dire encore tout le charme poétique et pro-\nfond de ces deux actes que l'Opéra-Comique nous promet pour bientôt.\nMais qu'il nous soit permis au moins de féliciter Mlle Selva, qui asu tra-\nduire l'orchestre au piano avec une puissance et une vérité d'accent mira-\nculeuses.\nM. Edouard Risler nous promet pour le 24 de ce mois un concert où la\nSonate pour piano et violon de Th. Dubois voisinera agréablement avec la\nSonate en sol majeur de Beethoven pour piano et violoncelle et le premier\ntrio de Saint-Saëns.\nLaïcisons les orgues, s'écrie, dans YA du 5 mars, M. Charles Beau-\nquier, député du Doubs. Et, dans un transport d'éloquence, il traite de\n« boîte cléricale» l'école Niedermeyer, d'où sortit M. Gabriel Fauré, direc-\nteur du Conservatoire. Quand donc ces gens-là auront-ils fini de sauver la\nRépublique ?\nSociété philharmonique. Les belles et inoubliables séances d'art pur\nque nous a offertes l'an dernier la Société Philharmonique de Paris, et au\ncours desquelles l'illustre Maître Joseph Joachim et son Quatuor ont exé-\ncuté intégralement les quatuors de Beethoven, vont avoir un lendemain.\nEn effet, nous apprenons que l'illustre violoniste, Directeur du Conser-\nvatoire de Berlin, doit prochainement arriver à Paris.\nIl sera accompagné de ses partenaires de quatuor, MM. les Professeurs\nCari Halir, Emmanuel Wirth et Robert Hausmann. Ces incomparables\nartistes donneront à la Société Philharmonique de Paris, 8, rue d'Athènes,\nles 2, 3, 4, 6 et 7 avril, une série de cinq concerts qui seront en quelque\nsorte, dans leur ensemble, un résumé de l'histoire du quatuor."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-04-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-04-01_01#c034", "volume": "bmtnabh_1906-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.2.7", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.2", "debut_caractere": 547, "fin_caractere_exclue": 2974, "texte": "E. DEM\n, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac (R.). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n0 Trois Stances» (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jeune et frais cimetière.\n111, Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil et 3 »\n« Cinq mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch.\nEn recueil.\nDèodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre),\nLeChevrier(P Rey).\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier),\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige.\n(Epigrammes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey(M-). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\nRhenè-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en/ajfmaj. »\n111. Prélude, en ut min. »\nIV. Prélude, en la [> maj. »\nV. Prélude ancien, en st min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nRavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.)- Marine. »\nLabey (M.). Symphonie en tni,\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach). ' »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.)„ »•' Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx(A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio~\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte et violonc* »\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\n'vr\n1 I>\n2 b 0\nt »\n1 70\n1 70\n3 35\n3 3?\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 »\n1 70\n10 »\n15 »\n1 70\n8 »\n8 »\n' -W;* ' '\n7 »\n6 »\n7 >J\n15 »\n2 5o\n12 #\n5 »\n12 »\nAgence de la Société Nationale de Musique\nchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.1", "texte": "2e Année. N° 7 l<* Avril 1906.\n...■ ÉBStÊP*\n.\n% m «Ifl\" Jr Ht M *1 4ss\nP^î,V ■»! (ffi\nFRANCE 0 fr. 60 | 0 fr. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\nCh. Jarlot\n14, Boulevard\nPARIS VIe\nADMINISTRATION :\nE. Demets\nRue de Louvois\nPARIS IIe\n\nSommaire\nJEAN MARNOLD Les sons inférieurs\nRiema(suite).\nARMANDE DE POLIGNAC... Pensées d'ailleurs.\nIVIARTIAL TENEO... Miettes historiques.\nJEAN P0UE1GH....... Au pays d\nLouis Laloy, C. de Malaret, Ch. Chambellan, Jean Poueigh, Jean Chanta-\nvoine, Jean Leroux, A. 8., M. S., C. D., Paul Dubot : Les Concerts.\nRaymond Bouyer : Le Quatuor Parent.— Willy:\n—Louis Laloy : Les Revues. Edouard Perrin :\nMonte-Carlo. H. G. : Courrier de Lille. Échos."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\n{Du i*r de cha\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 tr.\nÉTRANGER R*\nPour les abonnés du .Mercure de le prix de 1 abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit etre accompagne© dun timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement, d'adresse doit être accompagné de\n0 Ir. 50 en timbres-poste\nRÉDACTION : 2, rue de PARIS ïïe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEM\n, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac (R.). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n0 Trois Stances» (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jeune et frais cimetière.\n111, Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil et 3 »\n« Cinq mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch.\nEn recueil.\nDèodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre),\nLeChevrier(P Rey).\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier),\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige.\n(Epigrammes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla(R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey(M-). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\nRhenè-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en/ajfmaj. »\n111. Prélude, en ut min. »\nIV. Prélude, en la [> maj. »\nV. Prélude ancien, en st min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nRavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.)- Marine. »\nLabey (M.). Symphonie en tni,\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach). ' »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.)„ »•' Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx(A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio~\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte et violonc* »\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\n'vr\n1 I>\n2 b 0\nt »\n1 70\n1 70\n3 35\n3 3?\n2 »\n2 5o\n8 »\n3 »\n1 70\n10 »\n15 »\n1 70\n8 »\n8 »\n' -W;* ' '\n7 »\n6 »\n7 >J\n15 »\n2 5o\n12 #\n5 »\n12 »\nAgence de la Société Nationale de Musique\nchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.3", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nNous avons examiné, l'un après l'autre, les arguments pré-\nsentés par M. Riemann au bénéfice de son hypothèse, sans dé-\ncouvrir, où que ce soit, la moindre raison plausible impliquant\nl'éventuelle réalité d'une « résonance naturelle », constituée\npar la série de « sons inférieurs » imperceptibles, quoi qu'on\nfasse, en dépit de leur existence objective ou généralement quel-\nconque. A mesure que nous avancions, au contraire, ce dont\nnous fûmes le plus « frappés », souvent jusqu'à quelque stu-\npeur, c'est de devoir constater, à la fois, le néant des preuves\nannoncées et l'étrange mentalité trahie par une ratiocination\ntournant trop volontiers au parfait bafouillage. J ai pris garde,\nen citant l'auteur, d'indiquer la page et l'endroit où chacun\npuisse vérifier l'invraisemblable exactitude de l'interprétation\nproposée, et, du moins partout ou il offre quelque sens ima-\nginable, j'ose ajouter que le texte de M. Riemann a plutôt\ngagné à la traduction que j'en donne en français. Notre lan-\ngue, en effet, plus que toute autre analytique, se prête mal à\nl'équivoque. Sa souplesse exige une inexorable précision. On\nne peut s'en servir sans effort que poui dire quelque chose, et\nquand on a quelque chose a direqu on conçoit nettement. L al-\nlemand, avec ses préfixes mobiles et divers, ses combinaisons\nfacultatives de plusieurs mots pour en former un seul, et par-\nfois l'inventer, a conserve un peu de la raideur et de 1 acciden-\n\n(i) Voir la ire année, nOB i, 3, 5, 11 et '3> et la 26 année> n° '•\n\nLE MERCURE MUSICAL.\n19"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.4", "texte": "290\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-06\n\ntelle obscurité de certains idiomes agglutinants. Si quelques\nécrivains de génie en surent créer des chefs-d'œuvre, il reste un\nmerveilleux instrument de verbiage ambigu, alambiqué ou vide,\nà la disposition des esprits adéquats. Transposée dans sa phra-\nséologie flasque, la pensée de M. Riemann apparaît une équivo-\nque opiniâtre ; elle se noie dans un délayage inconsistant d'ex-\npressions vagues, de termes passibles d'acceptions différentes,\nle tout enchevêtré au hasard d'assertions arbitraires, contra-\ndictoires ou baroques, enfilées à la queue leu leu. Quand on\ncroit la saisir, dans la cuvette où trempe son incohérence, elle\nvous glisse entre les doigts comme un savon mouillé. La\nbesogne est ardue, non moins certes qu'ingrate, de traduire ce\nfatras dans notre clair français.\nAussi n'est-on pas surpris de voir la même équivoque incohé-\nrente présider à l'exposition de son système, au cours des écrits\nsuccessifs où M. Riemann s'évertua d'édifier, de soutenir ou\nde défendre sa théorie et ses idées. En 1891, nous l'avons re-\ntrouvé préoccupé, comme en 1875, d'établir « l'existence objec-\ntive des sons inférieurs dans l'onde sonore », après n'en avoir\nvoulu démontrer tout d'abord, Logique musicale, que « la\nréalité inconsciente dans notre représentation » et « l'importance\ndans notre sensation ». Entre temps, il avait manifesté des vel-\nléités évidemment moins ambitieuses, mais assez essentielle-\nment différentes. Dans son ouvrage sur l'histoire de la notation\nmusicale, Studien \\ur Geschicht\non rencontre un chapitre intitulé : « La transformation de la\nconception dans le sens du mineur et de la conception dans le\nsens du majeur. » Ce que M. Riemann, en son jargon opaque,\ndénomme A uffassung in Mollsinne « conception dans le sens\ndu mineur » lui paraît légitimé par la pratique du Messel\ndans la musique arabe.\n« Les auteurs, dit M. Riemann, entendent, par Messel, l'u-\nnité de mesure d'après quoi la longueur de corde du son grave\nde l'intervalle est mesurée ; cette unité de mesure est la lon-\ngueur de corde du son aigu de l'intervalle. (p. 78.) Il\nn'est pas nécessaire de relater ici tous les détails assez compli-\nqués de cette théorie, pour montrer ce qu'en prétend tirer\nM. Riemann. Elle est basée sur la division d'une corde tendue\n(ou représentée par une ligne) en 12 parties égales. Admettons\nqu'une de ces parties soit la longueur de corde correspondant\nà. un mi (1 ), le double ou 2 parties semblables constitueront la\nlongueur de corde correspondant à l'octave inférieure, faisant\n2 fois moins de vibrations, ou mi(|) le triple ou 3 parties sem-\nblables donneront la douzième inférieure faisant 3 fois moins\nde vibrations ou /a (§) ; etc. ."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.5", "texte": "LÉS SONS INFÉRIEURS\n291\n\n« C'est-à-dire, constate joyeusement M. Riemann (p. 78), les\nsons inférieurs, par la série des multiples pour la longueur\nde corde, dessous-multiples pour le nombre de vibrations\ndu mi (1) au douzième ».\nEn effet, les voilà ; ce sont bien eux : saluons ! Et M. Rie-\nmann exulte d'en avoir enfin déniché quelque part la série,\ndu moins jusqu'au douzième. Malheureusement, au risque de\nrefroidir l'allégresse de M. Riemann, et quelque regret qu'on\nen ait, on est bien obligé d'observer que, pour former la série\nsuccessive de ces « sons inférieurs », on les fabrique successi-\nvement l'un après l'autre en prenant chaque fois une corde de\nlongueur différente. On en pourrait faire tout autant au moyen\nd'un piano ou d'une harpe accordés pour la circonstance, et cette\nopération, à coup sûr, serait malaisément comparable au phé-\nnomène de la « résonance naturelle », où une corde en vibra-\n* '\ntion totale effectue spontanément des vibrations partielles con-\ncurrentes et produit, à soi seule, à la fois le son fondamental\ncorrespondant à sa longueur entière et la série de ses harmo-\nniques supérieurs.En tant que « série opposée » à celle-ci,\ncomme résonance naturelle inférieure, on ne voit guère quel\navantage auraient acquis les « sons inférieurs » à ce qu'on\nles puisse réaliser artificiellement grâce à cet expédient vo-\nlontaire. M. Riemann, du reste, se contente ici d'ergoter sur\nla « conception dans le sens du mineur », et semble avoir\noublié, non seulement la nature et les définitions fournies par\nlui de la « série inférieure », principe et fondement de sa\nthéorie, mais, même, jusqu'à ce dont il s'agit exclusivement\ndans l'espèce, à savoir : 1 'harmonieet sa « dualité essentielle »\nexprimée par la symetrie antagoniste des ciccoi cis majeur et\nmineur. Car, dévidant l'écheveau de sa phrase cotonneuse, il\ncontinue «Si cela doit déjà nous étonner, que la séiie des\nsons inférieurs constitue la base d'un système musical, comme,\ndepuis Rameau, chez nous, la série des sons supérieurs, les\nautres résultats doivent encore plus nous surpiendre » (p. 7s)*\nLa musique arabe étant demeurée et ayant toujours été mo-\nnodique, l'étonnement de M. Riemann apparaît quelque peu\nnaïf. A l'origine de tout artmonodique ou homophone, on\nrencontre une division de la corde analogue, doù déiivent les\nprincipes, sinon l'organisme tout entier du système, ainsi"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.6", "texte": "292\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\nque je le montrerai ailleurs à propos de la musique grecque, —-\net cette division régulière oppose précisément un obstacle in-\nvincible au développement de l'harmonie, aussi longtemps que\nl'emploi systématique en est conservé dans l'art peuple.\nNous en reparlerons plus loin et à due place. Mais examinons\nd'abord comment, de théories d'un art compilées\npar un rédacteur persan du xive siècle, à une époque où l'har-\nmonie naissait à peine dans le contrepoint de notre polyphonie\noccidentale, M. Riemann sait obtenir des « résultats » extraor-\ndinaires, pouvant se rapporter à quelque conception harmoni-\nque issue des combinaisons simultanées de l'art sonore. La\nréponse est de « l'extrême simplicité » qu on finit par s accou-\ntumer d'admirer chez M. Riemann.\nLa traduction dont il se sert, et d'ailleurs l'unique existante,\nest celle que Kiesewetter et l'orientaliste von Hammer-Purg-\nstall ont publiée en 1842 sous ce titre : Die Musik der Araber.\nM. Riemann y trouve, transposé d'une langue qu'il ignore, le\nterme « consonance » employé couramment, mais avec la\nréserve ci-après, spécifiée dans une note au bas de la page\n25 : « Les Orientaux, dans leur ne connaissant pas\nl'harmonie au sens de notre conceptic'est-à-dire la simulta-\nnéité de deux, trois sons différents ou plus, il s'ensuit que, chez\neux, on ne doit pas entendre les expressions\nsonant ou non consonantdans l'acception usitée chez nous de\nconcordance ou accord, de dissonance ou discordance, mais\nbien comme désignant, par rapport à un son donné,\ntion agréable ou désagréable à Vou'ie provenant de la marche\nconsécutive des sons successifs (1). »\nLa précaution est formelle et son énoncé d'une clarté la plus\nlimpide. M. Riemann, néanmoins, non seulement se garde d'en\nciter le texte, mais n'en a cure. Il assimile avec sérénité les con-\nclusions de Schirazi à celles de Helmholtz concernant «\ndes harmoniques consonants», et se réjouit de ce « résultat\nsurprenant » que, comme l'Allemand pour les «\nsupérieurs », l'Arabe ou Persan arrête, au « son inférieur 6, la\nsérie des consonances » (p. 79). Ala vérité, dès la page sui-\nvante, M. Riemann a une autre stupéfaction en constatant,\nchez Schirazi, la « dissonance de la sixte majeure » ; mais ce\nnouveau c résultat » ne le démonte qu'un instant, et lui four-\nnit justement l'occasion de rechercher, dans notre polyphonie\noccidentale à ses débuts, l'origine de l'admission, par les théo-\nriciens, de la sixte majeure parmi les consonances, dont, après\nen avoir dénié le mérite authentique à Guido, il attribue\n\n(n Les mots soulignés le sont dans l'original."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.7", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n293\n\nle premier témoignage écrit à « Engelbert cTAdmont au\nxin® siècle » (p. 80).\nM. Riemann est d'une bonne foi évidente. L'équivoque\napparaît chez lui, non pas certes un moyen, mais comme une\nsorte de fonction naturelle du cerveau. Les concepts s'y défor-\nment spontanément, y marinent et s'y dissolvent, pour cristal-\nliser peu à peu en arguments hétéroclites, desquels il use en\ntoute sincère et imperturbable assurance. Ses « Studien \\ur\nGeschichte der Notenschrift» datent de 1878. Il a publié, en\n1900, « Les Eléments de ïEsthétique musicale », traduits en\nfrançais par M. G. Humbert (Alcan, 1906). On y lit à la page\n146 : «... En effet,les Arabes dém la\ntervalles uniquement par la série\néchelle naturelle introduite par Zarlino dans la théorie occi-\ndentale, sous le nom de divisione » Et c'est ainsi\nque, après quelques années de gestation crânienne dans la\nmatière grise de M. Riemann, une série de dou\\e sons,\nproduite artificiellement par la pratique du en prenant\nchaque fois une corde de longueur différente, et servant à\nexprimer la relation entre deux sons dans un art\nnodique, - est devenue «la série des harmoniques inférieurs »,\n(autrement dit « des sons inférieurs » objectivo-subjectifs de\nM. Riemann), une « échelle naturelle » servant à « démontrer\nla consonance des intervalles » à l'instar de Zarlino, lequel, en\npleine floraison du xvie siècle, édifiait la théorie d'un art\nmonique et polyphonique.\nLe procédé, comme on voit, se divulgue d'une « extrême\nsimplicité », et son inconscience peut seule excuser la tranquille\naudace des affirmations candidement... erronées aux fins de\nconclusions tendancieuses. Celles-ci, pourtant, nen demeurent\npas moins incohérentes, en dépit du secours de l'équivoque.\nM. Riemann lit vite, comprend de travers ou pas du tout et jouit\npar-dessus le marché d'une mémoire labile. Comme le lievre,\nil la perd en courant. Il sait bien où il veut aller et il yva par\ntous chemins, mais en route il oublie généralement doù il est\nparti. Nous l'avons suivi pas à pas dans 1 exposé des fon-\ndements de son système, dans le dédale de ses déductions et,\nmême en admettant momentanément avec lui ses hypothèses\nles plus gratuitement téméraires, il nous est arrivé rarement,\nsinon pas une fois, de discerner quelque lien continu entre ses\nprémisses et ses conclusions. Bien mieux, des unes aux autres, 1\nn'apparut le plus souvent pas le moindre rapport soupçonnable.\nEn passant de l'examen des principes à celui de leur applica-\ntion théorique et pratique, le résultat est tout pareil. Un seu\nexemple suffira pour montrer l'éternelle équivoque et ses effets."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.8", "texte": "2 94\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\nM. Riemann ne reconnaît « que trois fonctions tonales de\nl'harmonie : celles de tonique, de dominante et de sous-domi-\nnante », et il en établit comme suit le schéma des modes\nopposés majeur (ascendant) et (descendant). Quoiqu'il\nnéglige de le faire, (on craint de s'expliquer pourquoi),\nnous y distinguerons selon notre coutume les sons produits par\nquintes et ceux produits par tierces par des initiales\nou minuscules.\nOn obtient ainsi pour le m dans la tonalité de\nDo :\nFa la Do mi Sol si Ré\noù Do est le son Prime de l'accord de tonique\nmi Sol ;\net pour le mode mineur,dans le ton dit « relatif » :\nsi Sol— mi Do\noù mi, tierce majeure du/)o précédent, est le son Pnime de l'ac-\ncord mineunde tonique mi Do\nCeci posé, reçu d'ailleurs et combiné de Hauptmann et de\nvon Œttingen, si nous ouvrons le\nde M. Riemann (1887), nous y rencontrons un nouveau chiffrage\nde son invention (p. 10 à 17), où les intervalles supérieurs\nou ascendants du mode majeur sont désignés par des chiffres\narabes, et les intervalles inférieurs ou descendants du mode mi-\nneur, par des chiffres romains. Ce chiffrage va delà prime\n(1, I) à la dixième (10, X), sans omettre la septième que l'auteur,\nconformément aux prémisses de sa théorie, qualifie « »\n(p. 13) et note 7ou VII.\nM. Riemann, au surplus, paraît persévérer dans cette voie,\nque lui-même choisie, en étudiant, un peu plus loin, les\n« accot ds de septième naturels » (p. 65), dont le premier est ce\nqu il nomme :\n« l accord majeur de septième »\nSol si Ré FA,\net où nous distinguons la 7e FA en l'écrivant en majuscules\nitaliques.\n101 me correspondante dans le sens du mineur », continue\nM. Riemann, est :\n« Vaccord mineur de septième » (Mollseptimenaccord)\nla —Fa —ré —SI.\nvfc>, '^emann a soin d'observer que, malgré les faibles\n1 eiences dues au tempérament ou à la pratique, ces disso-\nnances sont redevables de leur douceur à leur origine naturelle\net correspondent respectivement aux sons 4, 5,6 et 7 des réso-\nnances opposées « supérieure » et « inférieure ».\n. -cm abordant les accords de nM. Riemann réitère"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.9", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n295\n\nune démonstration analogue (p. 78), pour établir par les sons\n4, 5, 6, 7 et 9 l'extraction naturelle de\n« Vaccord majeur de neuvième » (grosser Nonenaccord)\nSol si Ré FA La.\nMalheureusement il ajoute aussitôt : « L'ensemble des sons\nde cet accord de neuvième est, soit dit en passant, la réunion\n(Zusammenklang) de l'accord majeur de septième\nRé FA —et de l'accord mineur de septième\nSI. »\nGrâce à la représentation graphique des sons que nous avons\nadoptée pour en distinguer, au moins superficiellement, les\nfonctions de quinte, de tierce et de septième, la confusion saute\naux yeux du premier coup. Hauptmann, Helmholtz et von\nŒttingen employaient une séméiographie plus complexe et plus\nexacte, encore que diverse, que M. Riemann ne pouvait ignorer\net n'ignorait point, car, jadis, il en fit un usage éphémère. La\nmienne, tout incomplète et élémentaire qu'elle soit en réalité,\nl'eût prévenu immédiatement de son erreur. Pourquoi\nM. Riemann a-t-il renoncé volontairement à une sauvegarde de\nce genre ? On a peur de le deviner trop aisément. Elle eût fait\néclater dès l'abord et en tout endroit l'incohérence et l'inanité\nde son système.\nIci, cet accord de neuvième majeure sur dominante, composé\ndes sons supérieurs 4, 5, 6, 7 et 9, pourrait être transcrit en\nvibrations réelles :\nSol (756) si (945) Ré (1134) FA (i 323) La (1701),\net ses quatre premiers sons formeraient bien, en effet, un\n« accord majeur de septième » dans la tonalité de dont\nl'accord majeur de tonique serait (504)\n(756).\nA partir de ce mi de 630 vibrations et dans le ton dit « relatif »\ndont l'accord de tonique mineur serait mi (630) Do (504)\nla (420), on obtiendrait, en continuant la série des sons infé-\nrieurs |, |etf, un « accord mineur de septième », qui, trans-\nposé à la même octave que l'accord de neuvième ci-dessus, s'é-\nnoncerait en vibrations réelles :\nla(1680)\nOr, aucun des sons de cet accord ne coïncide avec ceux de\ncelui que M. Riemann affirmait les renfermer dans son «\nmenklang ». Sans doute, M. Riemann peut arguer que des\ndifférences de vibrations de ff ou sont imperceptibles dans la\npratique, et même bien moindres que celles qui s y produisent\nfatalement et sont tolérées par l'oreille. Mais quand M. Riemann\ndéclare qu'un accord de 9e natu contient et réunit deux\naccords de 7e naturelle dont il vient d établit 1 oiigine et la"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.10", "texte": "296\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\nconstitution à l'aide d'harmoniques naturels supérieurs ou\n« inférieurs », il ne s'agit plus de pratique ou de tempérament ;\nil s'agit de théorie.\nDès la préface de cette étude, j'ai cité cet avis de M. Riemann,\nextrait de ses Preludienund Studien : « Ce qui est, en tout cas,\nindiscutable, c'est qu'une combinaison sonore simultanée ou\nsuccessive n'est concevable et ne peut être comprise que tou-\njours et exclusivement dans le sen d'un intervalle naturel juste,\net jamais d'un intervalle tempéré. Et il est notoire que l'emploi\ndu tempérament dans la pratique musicale ne porte aucune\natteinte à cette interprétation. » Or, dans l'exemple qui nous\noccupe, M. Riemann identifie en les confondant des sons fai-\nsant fonction de quinte, de tierce ou de septième naturelles,\ndémontrées telles, ou conçues telles, à la même page et par lui-\nmême en 1887, à vrai dire, tandis que\nsont de 1895. Mais la profession de foi tardive apparaît trop\névidemment surérogatoire de la part d'un théoricien qui veut\nbaser tout son système sur le phénomène d'une réso-\nnance inférieure dont il s'acharne à prouver l'existence objec-\ntive ou autre.\nLa vérité, c'est qu'en l'espèce l'équivoque était indispensable\nà ce théoricien *, il en badigeonne la façade de son système, qui\nsans cet expédient ne ferait pas une minute illusion, même à\nson inventeur. Si M. Riemann a renoncé si vite à la représen-\ntation symbolique par quoi Hauptmann, Helmholtz et von\nŒttingen spécifiaient plus ou moins strictement la qualité des\nsons considérés, c'est peut-être pour en avoir obscurément\nperçu les inconvénients et redouté les conséquences. Rien qu'en\nfaisant la distinction entre les seules quintes et tierces, et en\nconfondant les septièmes avec la sous-dominante du majeur ou\nha et le son aigu prime de l'accord de dominante « inférieure»\ndu mineur ou si, M. Riemann aurait dû remarquer que « l'ac-\ncord majeur de neuvième » ainsi obtenu :\nSol-si-Ré-Fa-La,\nne 1 éunit point en son ensemble sonore « l'accord majeur de\nseptième » :\nSol-si-Ré-Fa, \\\net « l'accord mineur de septième » :\nla-Fa-ré-si ;\npuisque, dans ces accords, les sons et re, et diffèrent\nala fois d intonation et de fonction.\nM. Riemann a sans doute inconsciemment préféré esquiver\nce contiôle perpétuel autant qu'incorruptible. En écrivant les\nnoms des sons en caractères identiques, quels qu'en fussent le\nîappoit d intervalle et la fonction subséquente, en adoptant"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.11", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n297\n\nun nouveau chiffrage aussi imprécis à cet égard que le chif-\nfrage ancien et mécanique de la « basse générale », il n était\nplus gêné pour transporter les spéculations de sa théorie dans la\npratique ; mais il y aboutit naturellement àun enseignement\nscolastique dont le principe inéluctable est\nCertes, M. Riemann avait parfaitement le droit d'élaborer à\nson tour un « Traité d'harmonie pratique », d'inaugurer une ter-\nminologie et un chiffrage de son cru, et d'en confectionner des\naccords ou des exercices en négligeant les différences très faibles\nou imperceptibles à l'oreille qui distinguent les sons ptoduits\npar des rapports d'intervalle naturels d'une absolue exactitude.\nAssurément, il en avait le droit comme tout le monde. Mais,\nalors, à quoi bon ses « sons inférieur », leur théorie piéalable\net nécessaire, leur existence objective ou quelconque ? Pourquoi\nse prévaloir d'un phénomène « naturel », invoquer ses lois,\nses propriétés essentielles, ses éléments constitutifs et leurs\nrapports d'intervalle rigoureusement déterminés par une ex-\npression numérique laquelle déteimine non moins ngou\nreusement les fonctions harmoniques des sons correspondants .\nTout cela ressemble trop à de la poudre aux yeux pour ne\npas suggérer irrésistiblement un formidable sine ai\nbeaucoup plus simple de penser que, ici comme ailleurs, M. Kie-\nmann une fois de plus, dans sa course empressee, atout bonne-\nment oublié son point de départ. M. Riemann, néanmoins, est\npeut-être excusable. L'équivoque est inhérente à son système\net si, dans l'analyse des œuvres de l'art musical, 1 mterpretation\ndes combinaisons simultanées et successives apparaît dejal iort\ncompliquée ou délicate au point de vue de la « résonance\nnaturelle supérieure », l'intrusion des « sons inférieurs »\nfait que doubler la difficulté. v txme\nMais l'équivoque est inhérente et obligatone a tout y\nqui prétend légiférer à son gré le phénomène sonore, 1 exploiter\nàsa guise, en prendre et en laisser, y choisir a sa conven,\nafin de justifier des préjugés, des postulats arbitraires et d e\ncodifier les dogmes d'une théorie immuable et au\nmépris de l'évolution imperturbable et continue dont e : P*s\nnous offre le témoignage immémorial. C est le cas de la theone\nbLée sur l oppisition §des modes majeur et mmeur, de quo.\nM Riemann emprunta l'essentiel à Arthur von Œttingen\nvaleur^éventuelle de ce qui, dans son œuvre appartient\nen propre à M. Riemann, apparaîtra sans dou e et\ndamment jugée par l'ahurissant acabit dont se révéla le dialec\nS.\"expérimentateur ou l'érudit citant et utilisant ses soui-\nces ïl' n était peut-être pas inutile de divulguer le pnx des a -\nguments du plus prolixe avocat des « sons mfeneu - ,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.12", "texte": "298\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-QÔ\n\nn'aurais certes pas aussi longuement commenté ce fastidieux\nsalmigondis, si l'incroyable fécondité de l'auteur ne lui avait\nassuré peu à peu dans sa patrie une influence qui tend à se\nrépandre chez nous pour y vulgariser, sous le couvert de leur\nspéciosité scientifique, les errements de von Œttingen. Nous\nexaminerons plus loin le principe même de ce système, qui ne\nrepose guère au fond que sur un jeu de chiffres. Auparavant\ntoutefois, et puisque c'est à la Squ'il sévit avec tous ses\ndangers rendus plus redoutables par la sincère conviction et\nla haute probité artistique dont s'honore cet établissement, il\nne semblera pas superflu de montrer jusqu'où l'illusion mathé-\nmatique et la nécessité de l'équivoque peuvent entraîner des\nthéoriciens d'intelligence avertie et sérieuse à l'égal de von\nŒttingen, et de cerveau manifestement plus limpide que\nM. Riemann. Le chapitre intitulé « L?Harmonie », dans le\nCours de Composition musicale du maître Vincent d'lndy (Du-\nrand et fils, éditeurs), et rédigé par M. Auguste Sérieyx,\nnous en fournit un exemple frappant.\n(A suivre.)\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.13", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\nMUSIQUE PURE\n\nLa musique est un cadre.\nLorsqu'on va au concert, c'est comme si on s'asseyait devant\nun cadre dans lequel on aurait omis de mettre le tableau. La\nmusique n'est pas pour elle-même ni par elle-meme. Elle\ndevrait nous accompagner dans la vie, ou plutôt nous devrions-\nla vivre. Elle devrait moduler le rythme de nos mouvements, -\nde nos respirations. Alors seulement elle serait nécessaire et\nagréable.\nLa musique n'est que la douce suivante du rythme, son\nvêtement irradescent, une de ses incarnations préférées pai\nlaquelle il se manifeste délicatement.\nMais il ne suffit pas d'entendre le mouvement, alors qu'on\npeut aussi le voir, et la vue seule n'est pas encore la musique\ncomplète. Il faut les deux côtés de l'arche qui par la juxtaposi-\ntion de leurs poids harmonieux formeront 1 ensemble juste dans\nson délicat équilibre : c'est la Danse qui est la vie complète de\nla musique.\n• • • • • *\nAu commencement était le chaos.\nLe Rythme vint, et la matière se mit lentement en mouve-\nment. Tout se leva en un mouvement de danse. Les volcans\njetèrent leurs écharpes de fumée et les mondes tournèrent, les-\nvents s'élancèrent en spirales, les atomes vibrèrent en d harmo-\nnieux quadrilles, l'eau avança et recula gracieusement en des\nrévérences éperdues, les plantes se balancèrent sur leurs pieds,\nles oiseaux sautillèrent en petits pas de pavane, 1 éléphant se\nbalança d'une jambe sur l'autre avec l'oscillement rythme du\nhumains épousèrentà leur tour le rythme. Les\nJavanaises balancent leurs mains comme les.arbres>\nleurs feuilles. Les filles des pays chauds glissent comme es\nserpents. Les enfants du froid ont les ssauvage, et lourd» soûl -\nvements de la danse de l'ours, les chutes de la matière rudi-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.14", "texte": "300\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\nmentaire encore attachée au sol. Les filles de l'Occident s'en-\ntourent de nuages comme ceux qui drapent leurs climats. Les\nderviches ont les tournoiements inclinés de la rotation autour\nde l'axe. Les filles d'lbérie bondissent frénétiques, la tête baissée\npuis rejetée en arrière, comme le font les jeunes taureaux\naiguillonnés de banderilles. Les filles d'Orient tremblent de\ntout leur long comme le reflet des joncs dans l'eau moirée\npar le vent. Et les Grecs dansaient comme dansèrent les Dieux.\nC'est par le rythme que s'élevèrent les Pyramides, c'est par\nla vibration que tombèrent les murs de Jéricho. De même\nqu'une note continue peut faire éclater un verre ou crouler un\npont, il est vrai que le rythme seul est la puissance : force et\ndouceur. Et la danse est sa terrestre amante. Puis la musique\nparla, et son souffle compléta la Trinité sublime : Rythme-\npère, Danse-principe féminin et musique-verbe.\nIl faut que le rythme devienne pulsation, il lui faut la pério-\ndicité. Inutile de le varier sans répit avant que l'on ait pu s'ac-\ncorder sur lui. De là, beauté de la danse qui épouse un rythme\net s'exprime par lui de toutes les manières, enlacée de cette\nchaîne subtile, coulant sa souplesse à travers son régulier batte-\nment, et ne le quittant pour un autre que pour être de nouveau\nfidèle, soumise, abandonnée à celui-ci.\nIl faut que le rythme entre dans le sang, dans les battements\nde notre cœur, que l'on respire sur lui, qu'il devienne l'accord\nde notre être, afin que nous connaissions son infinité et que\nnous le comprenions comme le comprend l'éléphant lorsqu'il\nse balance d'un côté, puis de l'autre, sans trêve. C'est le rythme\nqui nous apporte le message de l'infini, du temps et de l'espace.\nEt voilà pourquoi la musique pure est peut-être la musique\nde danse. La musique dramatique, celle qu'on appelle expres-\nsive et qui suit de près la parole, perd son intérêt dès qu'elle\nest détachée de ce centre.\nEt ils 1 ont bien compris, eux, les grands, chez qui l'intime\nmusicalité suivait son chemin, jamais esclave des circonstances,\nchez lesquels la musique est et sera toujours par elle-même.\nCeux qui ont su peindre le mouvement et au fond desquels,\nmême cachée sous les apparences, vibre la musique de danse\nétemelle, peut-être à leur insu, souvent invisible aux autres. Et\nc est e le, la musique vraie, qui a passé dans leurs œuvres. La\nmusique qui existe pour sa propre musicalité et qui, même\nmotivée par des situations, actes ou pensées, reste elle-même et\nenve oppe 1 œuvre comme un voile mouvant dont le fluidique\nc arme ira poiter sa caresse à tous les temps et à tous les\npeuples. r\nEt parmi leurs noms furent ceux-ci •"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.15", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n301\n\nMozart, aux échappées d'enfantgénie, aimé des dieux; Rossini,\navec sa fougue irréprimable ; Mendelssohn, aux graciles envo-\nlées ; Schubert, duquel Wagner disait : « Il est comme une\néponge ; lorsqu'on presse dessus, il sort de la musique » ;\nBeethoven, dans le Scherzo de YEret le Finale de la\ntumultueux débordement où son âme sauvage s'exprima enfin\nen un cri semblable à elle-même et en jubila farouchement ;\nChopin, avec sa fougue désespérée, jeune roi entouré de\nsplendeurs qui porte une profonde blessure au cœur; Berlioz,\naux touches fantasques ; Weber,ivre d'exubérance; Lully, char-\nmeur, et Gluck, au triste menuet tendre et poignant ; Wagner,\naux lourds vautrements de dragon, au pénible et éternel\ntravail des forges; Schumann, instrument aveugle du rythme\ndominateur ; puis enfin le prestigieux Bizet, dont la musique\nen fête sait plaire, ce qui est, au bout du compte, la seule chose\nqui importe.\n\nArmande de Polignac."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.16", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n\nUNE VOCATION FAUSSÉE.\nQui se souvient aujourd'hui d'Antony Lamotte, le compo-\nsiteur de centaines de morceaux de musique de danse qui firent\nles beaux soirs du Bal Valentino, du Jardin Mabille et du Châ-\nteau des Fleurs sous le second Empire ? Cet artiste, qui eut\nson heure de célébrité comme chef d'orchestre dirigeant ses\npropres œuvres, n'était point destiné à terminer ses jours\ndevant un pupitre de « meneur de danses ». Ancien éleve de la\nmaîtrise de Soissons, il avait fait, dans sa prime jeunesse,\nd'heureux essais de musique sacrée. « C'est dans cette voie qu'il\neût voulu poursuivre sa carrière, disait le de Saint-\nQuentin, en 1854; mais on ne s'étonnera pas qu'il s'en soit\nécarté, si l'on songe à la presque impossibilité de bâtir là, sans\npierre d'attente, une fortune artistique. »\nOn vantait alors son instrumentation vigoureuse, sonore et\npleine d'effets, ses mélodies originales et distinguées, titres qui\nrecommandaient ses productions dansantes et leur assuraient\nun succès justement mérité. Le journaliste Souplet disait de lui:\n« Obligé de changer de route, M. Lamotte n'a pas tardé à\npercer la foule, et le sceptre de Musard a passé dans ses mains.\nIl trône dans la salle Valentino, à la tête d'un vaillant orchestre\nqui exécute admirablement ses œuvres. La vogue est acquise\naux quadrilles, valses, polka, mazurka, redowa et à tous les\nmorceaux qu'il édite. La vogue n'est pas toujours la mesure du\ntalent ; mais, cette fois, elle nous paraît parfaitement justifiée,\ncar M. Lamotte a donné à sa spécialité, jusque-là assez mince,\nun cachet d'originalité et de distinction remarquables. »\nL'ancien auteur de musique sacrée venait de publier, pour\npiano et violon, Les papillotes de et\ncrit ; son quadrille à orchestre, La chasse aux Cosaques, faisait\nfureur, et sa valse de circonstance, A minuit dans la mer Noire\n—on était au lendemain du siège de Sébastopol, était, paraît-\nil, « une véritable symphonie entraînante et passionnée. »"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.17", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n303\n\nMais Lamotte regrettait le passé. Mme Solange Mathé (i),\nqui collectionnait des autographes de musiciens, lui ayant\ndemandé quelques lignes, il écrivit la curieuse lettre qu'on va\nlire et qui déborde d'amertume :\n« Madame,\n« En ajoutant à la missive que j'ai l'honneur de vous adresser,\nces quelques lignes, un fragment de catalogue de mes œuvres,\nainsi qu'un des nombreux articles de journaux que je possède,\nj'ai en vue surtout de me rendre plus digne devant vous de la\nplace que vous voulez bien me réserver dans votre collection\nd'autographes, plutôt que de céder à un mouvement d'amour-\npropre mal placé.\n« Etrange destinée que la mienne ! Elevé dès l'enfance dans\nla froide austérité des maîtrises et des séminaires jusqu'à ma\nphilosophie inclusivement, que j'achevais à l'âge de dix-huit ans,\nn'étudiant, ne chantant que dans des livres religieux, formé de\nbonne heure et exclusivement à l'école de la musique sacrée\ndes grands maîtres, passer ensuite quatre ans dans le classique\nprofessorat et les fonctions poétiques de maître d'études ; puis\nau bout de tout ce grave début qui me menait sans contredit\nen ligne directe vers la chapelle ou tout au moins la sym-\nphonie, aboutir à la salle de bal, à la polka et à la contre-danse,\nn'est-ce pas, Madame, vous l'avouerez avec moi, le plus étrange\ncontraste, la plus imprévue des conclusions ? une de ces ano-\nmalies incompréhensibles enfin qui donnerait matière à rêver\nau philosophe, et au réformateur social un ample sujet de\nréflexions sur la direction vicieuse des vocations.\n« J'ai la conviction inébranlable qu'avec de fortes et sérieuses\nétudes musicales, je serais à l'heure qu il est, sans doute, 1 un\nde nos auteurs lyriques en renom, et que j'aurais écrit des opéras\naussi vite que j'écris des redowas et des schottischs, etc. Dieu\nen a décidé autrement. Arrivé à Paris comme tant d'autres,\nriche d'illusions, de cœur et de courage, j'espérais que mes\ntitres d'ancien élève de maîtrise et de séminaire, joints à deux\npartitions de deux messes solennelles à grand orchestie, m au-\nraient facilité l'accès d'une église pour y tenii le bâton de\nmaître de chapelle. Je fus cruellement désabusé à cet égard,\net je trouvai dans la salle de bal ce que je demandais en vain à\n\n(1) S'agit-il ici de la femme de Félix Mathé, l'homme politique l'irré-\nductible républicain désigné pour la déportation a Cayenne, en 18; 1, et\nqui, ayant heureusement échappé aux mains des prescripteurs, vécut a\nl'étranger jusqu'à l'amnistie de 185 g? Cette Mme Mathe demeurait a Paris,\n27, rue de Chevert."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.18", "texte": "304\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\nl'église, c'est-à-dire un emploi et une position. Ce ne fut pas\ndu reste sans mal ! pendant huit années je souffris dans\nl'ombre et la froide obscurité de ma mansarde d'artiste une\nexploitation inique de la part d'un homme qui sans la moindre\nnotion des premiers élémens de l'art et sans avoir jamais émis\nune seule idée mélodique, y gagna néanmoins avec mes œuvres,\nqu'il signait effrontément, une réputation européenne et le\nfauteuil le plus brillant de chef d'orchestre des Bals de Paris,\ncelui du Jardin Mabille et du Château des Fleurs, qu'il occupe\nencore aujourd'hui.\n« Si trompée, comme tant d'autres, par cette auréole de répu-\ntation usurpée, fruit de mes veilles et de ma vous\nétiez dans l'intention de mettre dans votre collection d'auto-\ngraphes le nom du maestro Pilodo,je vous en conjure, Madame,\nbrûlez le mien plutôt que de le mettre auprès de celui de cet\nestimable exploiteur. Mes souffrances d'autrefois, ma réputa-\ntion péniblement acquise, la justice et la vérité me font un\ndevoir de vous demander cette grâce. Il y a là pour moi une\nde ces histoires intimes des douleurs cachées qui font époque\ndans la vie d'un homme, et qu'un artiste oublie encore moins\nque tout autre *, la fierté de l'exploité se révolterait à l'idée d'être\nmis au niveau d'un exploiteur inepte et incapable.\n« L'histoire de ces iniquités est du reste aujourd'hui fort en\nvogue à Paris : n'ai-je pas vu\nmes ordres et simples contrebassiers, deux maîtres de chapelle\nd'églises importantes de Paris?... C'est le de l'ab-\nsurdité et le contrepoids de la bizarrerie de ma vocation artis-\ntique ! Ces deux admirables industriels vivaient de\nmatin et du bal le soir,suivant l'expression du poète, et ils con-\ntinuent même à l'heure qu'il est leur spirituel et profane com-\nmerce. C'était bien la peine en vérité pour moi de porter toutes\nmes aspirations artistiques vers la noble profession des Pales-\ntrina et des Allegri, quand je devais, plusieurs années après,\navoir sous ma baguette de ménétrier, avec la faculté de les ren-\nvoyer à ma fantaisie, deux adeptes de cet ordre musical, dont\ntout le mérite consistait à racler plus ou moins juste de la\ncontrebasse !\n«La vie est parfois une amère dérision Si le spirituel et\nméphistophélétique Berlioz avait connaissance de pareilles\nmonstruosités musicales, je crois, Madame, qu'il lui en pren-\ndrait un rire homérique à ébranler tout l'olympe musical.\n« Vous me pardonnerez, Madame, je vous en prie, tout ce\nverbiage inconséquent et d'une longueur démesurée. Ne\nm avez-vous pas donné le droit d être un peu expansif avec\nvous, en me demandant mon autographe ?"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.19", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n305\nLE MERCURE MUSICAL.\n\n« Merci donc mille fois de cœur pour cette demande de\nvotre part. Si je puis vous être agréable en quoi que ce soit\ndans ma spécialité musicale, à laquelle je suis maintenant\nrivé jusqu'à la fin de ma carrière, je me ferai un vrai plaisir\nde l'être à votre égard.\n« Je joins à cette épître un second autographe, dans la crainte\nque ma petite lettre ne convienne pas à la dimension de votre\nrecueil : ce dernier remplira moins de place.\n« Agréez, je vous prie, Madame, mes salutations les plus\ndistinguées,\n« A. LAMOTTE (I).\n« 108, rue Saint-Honoré,\n« p s. Cette lettre est écrite depuis six semaines. J'ai\nattendu, pour vous l'envoyer, la publication de\nnade dont je vous prie d'agréer la dédicace avec les deux exem-\nplaires ci-joints. (Paris, ce 12 octobre 1854.) »\nOn peut admettre qu'Antony Lamotte, s'il avait été servi par\nla chance, aurait pu se faire un nom dans la musique d eglise\nvers laquelle le dirigeait sa première éducation. Visiblement\ntourmenté du désir de faire « grand », à la manièie de Bel liez,\nil connaissait certainement les ouvrages et en particulier la\nMesse du fameux romantique dont M. Adolphe Boscnot\nnous a si joliment conté l'histoire par le menu. -■ Lamotte dut\nsouffrir profondément de se sentir condamné à faire aanser ses\ncontemporains, dans un lieu public où les filles dominaient.\nEn dépit du succès que lui valaient ses quadrilles : Benvenuto\nCellini, Le gros péché, Le Mariag\nnantes; ses valses: Ophélia, Catarina Cornaro, Lenore; ses\nredowas :La favorite de Mabille, Minette, La belle ; eveuse , ses\npolkas : La triomphale, Pomponette, itérés -, ses schot-\ntischs : Giroflé-Girojla, Les plaisirs parisiens, L astre au son ,\nses mazurkas : Fleur de Mai,\nCarmen,il sentait bien qu'il ne reviendrait plus jamais a\nses anciens rêves, que Valentino était trop loin des autels\nque la voix des orgues était morte a jamais poui son eu a.\ndévoyé.\n\n(I) Antony L.amotte, aujourd'hui âgé de 87 ans, est pensionnaire delà\nSociété des auteurs, compositeurs et éditeurs depuis 1890.\n20"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.20", "texte": "306\nLE MERCURE MUSICAL I-ÎV-OÔ\n\nLE THÉÂTRE DE CENSURE.\nCammaille (Saint-Aubin), acteur et auteur, né en 1770, mort\nvers iB3o, était un type extrêmement original, un de ces singu-\nliers esprits que la fièvre de la Révolution avait jetés dans les\nconceptions les plus inattendues. En 1797, Cammaille avait\njoué avec un certain succès sur différents théâtres de Paris, et il\navait publié plusieurs ouvrages révolutionnaires et mélodrama-\ntiques, il adressait au Citoyen Ministre de l'lntérieur la lettre\nsuivante :\n« Citoyen Ministre,\n« Le désir d'un Artiste est de jouir de son ouvrage. J'ai conçu\nle plan d'un théâtre de censure.Ci-joint le prospectus détaillé.\nLà se donnent des Représentations d'ouvrages destinés\naux Français, aux Italiens, à Feydeau, à l'Opéra, etc., etc.\n« Pour débuts d Acteurs, de Compositeurs, de Musiciens, de\nDanseurs.\n«On joue en Comité d'abonnés, point d'annonce de la pièce,\nle Public n'en est instruit que lorsqu'il est dans la Salle. Des\nboêtes de censure sont placées dans le spectacle des bulletins\net des crayons y sont joints dans chaque entr'acte les specta-\nteurs écrivent leurs avis sur telle scène ou tel jeu, et les dé-\nposent dans les uines censoriales : le lendemain les Auteurs ou\nComédiens en prennent l'analise, et des Amateurs d'un goût\néprouvé à l'exemple du petit homme du célèbre Préville les cen-\nsuieiont peut-être dans les endroits où ils auront recueilli le\nplus d applaudissemens.\n« Les piemieis altistes de la Capitale pourront y juger leurs\neves, es accompagner de leurs talens, et même ressaisir sur\neui s e auts quelques traits qui auraient pu leur échapper dans\nleurs leçons particulières.\n« Les auteurs chers à la Nation pourront tenter quelques\ninno\\ations inspiiées par le génie, et enfin quelques jeunes au-\nteurs pourront en y essayant leurs forces, mesurer leur distance\nou eui rapprochement des Molière, des Regnard et des Dan-\ncour. &\n«Ainsi les chefs-d'œuvre arriveront plutôt au public, ainsi\nes pièces douteuses seront épurées, ainsi, et c'est là l'essentiel,\nles ouvrages défectueux seront anéantis.\n(( exécution de ce plan aura lieu incessamment, boulevard\ndu emple, théâtre de l'Espérance. Elèves de la scène Fran-\nçaise et Lyrique.\nTous les gens de lettres m'engagent à offrir au public ce"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.21", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n307\n\nnouvel établissement qu'ils croyent propre à revivifier l'art Dra-\nmatique, et à épurer le goût des lettres.\n« J'ose vous prier, Citojren Ministre, pour que le fruit de mes\npeines ne me soit point ravi, pour éviter le sic vos non vobis de\nVirgile, de vouloir me faire obtenir un BREVET D'INVENTION pour\nle THÉÂTRE DE CENSURE.\n« Et en attendant de m'adresser un mot de réponse qui cons-\ntate l'Epoque de la présente pétition,\n« Agréez toute ma considération.\n« CAMMAILLE SAINT-AUBIN,\n« homme de lettres, »\n24 ventôse an V.\nCette demande était accompagnée d'un prospectus dont je\nvais retracer ici les lignes principales :\n« APPEL\n« AU PUBLIC, AUX ARTISTES, AUX FOURNISSEURS.\n« Me pousse-t-il au crime, ou veut-il m'arrêter ?\nVOLTAIRE.\n« Je suis, je veux rester honnête, et me voilà Directeur de\nComédie. Le public va juger si j ai rien oublié poui conservci\nce titre.\n« J'établis un spectacle, boulevard du Temple, que j appelle .\n« THÉÂTRE DE L'ESPÉRANCE.\n« Elèves de la scène française et lyrique.\n« MES MOYENS.\n« Une propriété patrimoniale à Paris, division des marchés,\ndes portioncules de terre dans le département de l'Yonne, des\ncautionnemens sûrs, un nom sans reproche, ma jeunesse, mon\nactivité, ma haine contre les fripons, et mon antipathie pour\nles dettes.\n« FOURNISSEURS.\n« Aucun fournisseur en titre ; tout par soumission, chaque\nobjet payé comptant après la perfection.\n« COMÉDIENS.\n« Des traitements fixes et éventuels. _ .\n«LE FIXE. Payé partie comptant jour par jour avani de\njouer, l'autre à la fin du mois."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.22", "texte": "308\nLE MERCURE MUSICAL L-IV-OÔ\n\n« L'ÉVENTUEL. Une représentation.\n« Une part dans la moitié des bénéfices, et un cachet pour\nreprésentation extraordinaire. Ce qui porte le traitement total,\nrecettes faibles, à 3.600 ; recettes ordinaires, de 6.000 à 8.000 fr. ;\nainsi les Comédiens ne craignent pas un déficit que je couvre\nseul, ils ont un traitement assuré, indépendant de toute cir-\nconstance et courront la chance d'un bénéfice assez consi-\ndérable.\n« AUTEURS.\n« Les honoraires fixes et éventuels.\n« Les premiers toujours soldés ; les autres seulement après\nles frais.\n« THÉÂTRE.\n« SPECTACLE JOURNALIER.\n« Comédie, Vaudeville, Mélodrame, Pantomime et Ballets.\n« SPECTACLE EXTRAORDINAIRE.\n« jours par décade, REPRÉSENTATION d'essay d'ouvrages\ndestinés aux Français, aux Italiens, à Faydeau, à l'Opéra, etc.\n(Le paragraphe suivant est la répétition d'un passage de la\nlettre-pétition.)\n« Les premiers artistes delà capitale, les Molé, les Fleuri, les\nMonvel, les Contât, les Gavaudan, les Elleviou, les S. Aubin,\nles Juliette, les Rolandeaux, les Vestris, les Beaupré, les Miller,\npourront y juger leurs élèves, etc. (voir la lettre).\n« Les auteurs chers à la nation, les Collin, les Picard, les\nCousin-Jacques, les Dumainant, les Marsollier, les Bouilli, les\nDuval, les Méhul, les Cherubini, les Gardel, les Cuvelier, les\nLoiasel, pourront tenter quelques innovations, etc. (voir la lettre),\n« RÉFLEXIONS GÉNÉRALES.\n« Le public aura à sa disposition des foyers agréables, des\nplaces commodes à un prix modéré ; le ton du spectacle, la\nnature et la variété des pièces rassembleront les plaisirs des\nautres théâtres qu'il est destiné à vivifier.\n« Des acteurs déjà reçus avec bienveillance, parmi lesquels\non pourra compter les C. Isidor, Faure, Pompée, les Dames\nJulie Diancourt, Douté, Talon, etc., etc., garantiront au public\nl'agrément des représentations.\n« J'invite les Comédiens, les auteurs et tous les amis du\nthéâtre à me faire passer leurs idées sur ce nouvel établisse-\nment *, les journalistes à en publier l'extrait et les Fournisseurs\nen tous genres à m'adresser leurs soumissions économiques\ndans la quinzaine, s'il est possible."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.23", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n309\n\n« Réussirai-je ? pas de voitures de frin-\ngans, je suis seul,je marche avec mon ma\ndépense n'excédera jamais mon espoir, et j'espère avoir toujours\nle droit de signer\n« L'ami des arts, l'homme sans reproche\n« CAMMAILLE S. AUBIN.\n« Rue de Lille, n° 661, à Paris. »\n« Nota. Il faut affranchir les lettres. »\nQu'advint-il de la pétition du citoyen Cammaille ?\nLe requête du comédien-auteur, expédiée sur papier timbré à\n2 5 centimes, aurait été légalisée le 26 ventôse ; mais elle porte\nl'annotation : au carton,qui ressemble fort à une formule d'enter-\nrement. Le théâtre de l'Espérance ouvrit-il ses portes, le curieux\nessai de la censure publique fut-il tenté ? Royer n'en a rien\ndit dans son Histoire du théâtre,et je n'ai pas trouvé trace des\nspectacles promis.\nL'idée de Cammaille n'en était pas moins originale et valait\nd'être enregistrée.\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.24", "texte": "AU PAYS DES NEUVIÈMES\nEN GUISE DE PRÉFACE.\n\nAu pays des Neuvièmes règne un monarque sage et puissant, comme\non en voit dans les vieux contes.\nThème, c'est son nom, est d'un naturel glorieux, aucune joie n'égale\npour lui celle de se montrer en habits de parade aux yeux de son peu-\nple émerveillé. L'amour du vêtement est la seule faiblesse de ce bon roi;\nnon seulement il ne consent que très rarement, et avec quel déses-\npoir et quelle honte àse parer deux fois du même, mais, lors des ré-\njouissances populaires, il pousse un tel souci jusqu'à en revêtir succes-\nsivement plusieurs, somptueux et divers. Son propre « moi» se trans-\nforme alors suivant le costume qu'il porte : tel qui vient de l'entendre\ndiscourir d'un ton aimable et enjoué, le retrouve peu après douloureux,\ncontemplatif, ou noblement drapé dans sa majesté, ou encore, léger\net sautillant comme un air à danser. Les sujets de Thème se font les\ncomplices de son inoffensive manie ; aussi tout ce qui touche à ce prince\net à sa parure est-il 1 objet de leur culte dont, nouvelles vestales, les\nNeuvièmes sont les prêtresses.\nSi lon considère que, malgré leur petit nombre, elles donnent leur\nnom à ce pays, on comprendra aisément toute l'importance des Neu-\nvièmes.Ce sont en eflet ces jeunes femmes, choisies parmi les plus belles,\nqui tissent et brodent les chatoyantes étofiesqui feront paraître Thème\nplus beau, plus jeune ou parfois aussi, hélas ! un peu ridicule. Mais\nquel que soit le résultat de leur travail, ce n'est point à elles seules que\ns adiessent les louanges ou le mépris ; caries Neuvièmes ne sont que\nd habiles ou\\iièies. Elles ne savent point mélanger harmonieusement\nles couleut s, ni créer les formesnouvelles qui provoquent l'enthousiasme\net les acclamations des foules.\nDu reste, cette tâche n est pas la leur, mais bien celle de quelques\nhommes aimés des dieux, qui, dans le silence des vastes salles ou dans\nquelque lointain pavillon isolé au milieu des bois, ont • auparavant\nlonguement pensé leur œuvre.\nJusqu à ces temps derniers, ces hommes s'appuyaient sur des tradi-\ntions que, d âge en âge, ils se transmettaient presque intactes. C était\népoque où, disséminées çà et là, les Neuvièmes ne remplissaient pas\ndans 1 Etat les mêmes fonctions qu'aujourd'hui.\nOr voici qu un nouveau venu se présenta un jour au palais du roi. H\nappela a lui toutes les Neuvièmes, leur indiqua une nouvelle méthode"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.25", "texte": "AU PAYS DES NEUVIÈMES\n311\n\nde travail et, après quelques mois de fièvre laborieuse, Ton put admirer\nsur Thème le nouveau vêtement, merveilleux assemblage de teintes ex-\nquises et de riches tissus ingénieusement disposés. De l'ensemble se\ndégageait surtout une telle sensualité païenne que depuis, et bien qu'il\nne soit pas originaire de l'antique Hellade, ce nouveau venu est connu\nsous le nom d'Achilleus Bussydss.\nMais, en raison même de son originalité, l'œuvre ne fut pas également\nadmirée par tous : il y en eut qui férocement clamèrent leurindignation;\nd'autres plus raisonnables essayèrent de comprendre, et parmi ceux-là\nbeaucoup y parvinrent. Quant à Thème, il était radieux. Il ne se dissi-\nmulait certes pas que la principale préoccupation d'Achilleus était la\nmagnificence du costume et qu'il n'accordait point à lui-même, Thème,\nautant d'importance que ses devanciers. Néanmoins à se voir aussi\nsomptueusement vêtu, sa vanité trouvait son compte et aussi sa su-\nperbe. Il pensait alors aux pauvres nippes dont parfois 1 affublèrent cer-\ntains, parmi lesquels, notamment, un Florentin dont les tentatives mal-\nheureuses l'avaient fait paraître plus loqueteux que le plus gueux che-\nmineau de son royaume.\nLa joie de Thème, hélas ! fut de courte durée. L innovation d Achil-\nleus avait fait éclore en quantité les imitateurs pour lesquels Thème ne\ncompta plus, sembla ne plus exister. Dès lors 1 humeur de ce piince s al-\ntéra ; ses sujets prirent fait et cause, les uns pour lui, les autres pour\nles novateurs, en sorte que ce charmant pays des Neuvièmes est\nactuellement en proie à des polémiques violentes et à des troubles\ngraves.\nPour nous qui nous bornons à relater impartialement ces faits, nous\npensons toutefois que ceux-là ont raison qui veulent un Thème, mais un\nThème royalement vêtu.\n(A suiv\n\nJean Poueigh"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.26", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLES CONCERTS.\nConcerts Chevillard. Miguel Lîobet. —Au Conservatoire.— Concerts Colonne. Société\nNationale. Société Philharmonique. Société Bach. J.-J. Nin. —'F. Busoni. —Ecole des\nHautes Etudes Sociales. E. Brunold. Marie Hansen. Gaston Revel. Schola Cantorum.\nVirtuoses.\nJ'apprends parla rumeur publique que M. Backhaus, lauréat du dernier\nconcours Rubinstein, s'est montré excellent pianiste dans le concerto en\nmi bémol de Beethoven, et que M. Chevillard a battu tous les records de\nvitesse dans le finale de la Symphonie en la. Ces nouvelles me causent un\nsensible plaisir, mais ne me donnent aucun remords d'avoir été respirer la\ndouce lumière dans un grand parc endormi, et de n'avoir eu pour concert\nque les croassements affairés des corbeaux occupés à faire leurs nids dans\nles grands arbres solennels, au bord de l'eau verdissante. J'entends encore\nla musique de la nature, celle des salles publiques et payantes me paraît\nune abomination, presque un crime. Passe pour le salon frais et silencieux\noù lon écoute avec recueillement, comme en un temple. C'est là que j'ai\nentendu le guitariste Miguel Llobet, qui tire de son instrument tour à tour\ndes mélodies attendries et de nerveux éclats de rire, des sonorités de vio-\nlon, de mandolines lointaines, de harpes, de flûte ou de basson ;et rien\nn est plus curieux ni plus émouvant que cette évocation de l'Espagne entiere\navec son ardeur emportée, coupée de brusques alanguissements, et ce goût\nseciet de la douleur, cette saveur amère que l'on sent en ses plus fougueux\nélans de joie; tout cela sort, aux sons de quelque vieille chanson catalane,\nde la grande caisse sonore où courent les doigts prestigieux de l'artiste?\ntandis que s incline son grave et sévère profil. Grâces soient rendues au\ngoût si intelligent et si pur de Mme la princesse de Cystria. pour nous avoir\ndonne, par deux fois, ce délicat régal ; comme aussi pour les mélodies au\ncharme discret d'Ernest Chausson et de Pierre de Bréville, que Mme Camille"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.27", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n313\n\nFourrier chante avec tant d'expression ; comme pour les romances de\nMoussorgsky, Balakiref et Rimsky-Korsakof, où l'on applaudit une jeune\net intelligente chanteuse, Mlle Sonia Herma ; comme pour le chant armé-\nnien, d'une mélancolie poignante, où M. Moughounian est admirable. Et\nj'allais oublier les mélodies de M. Brunei, dont Mlle Foreau est la si digne\ninterprète ! Louis LALOY.\nAu Conservatoire, dimanche 11 mars, la 2e séance donnée par le Qua-\ntuor Capet obtenait un succès aussi marqué que la première, avec les X II le,\nXVe quatuors et la Grande Fugue de Beethoven. Comme la première\nfois, exécution de tous points remarquable, souple, homogène, expressive ;\net pas de « battage », comme Ton fait souvent, mais un respect religieux de\nl'œuvre jouée et une sobriété de style à laquelle beaucoup devraient cher-\ncher à parvenir.\nDimanche dernier, 18 mars, i3e concert de la Société, sous la direction\nde M. Georges Marty. Rien d'intéressant, je veux dire de nouveau, sauf deux\nfragments symphoniques, extraits de la partition écrite pour Y Absent de\nM. Georges Mitchell par M. F. Le Borne. Ces fragments, le « Prélude » et\nle « Scherzo », sont intéressants. Le premier expose les principaux thèmes\nde l'ouvrage avec toute la logique et la clarté désirables, et ces thèmes sont\nassez différents d'allure pour ne pas nuire à l'intérêt de l'ensemble, surtout\nle premier exposé qui est très caractéristique.\nLa « Scherzo », est assez savoureux comme orchestration, transformant\nplusieurs des idées du Prélude et formant un tout pitoresque et coloré. Ces\npièces ont été assez bien accueillies par le public.\nAu programme, la 5e Symphonie de Mendelssohn, connue sous le\nnom de la Ré formation, aussi connue que bien faite et bien « ratissée ».\nOn a envie d'entendre un peu de Berlioz à la suite de cela, par exemple.\nAprès les fragments symphoniques de M. Le Borne venait le Concerto en\nmi b pour piano et orchestre de Beethoven, exécuté par M. E.-ivL Delaborde.\nCe concerto, très connu et exécuté si souvent (il l'était le même jour au\nconcert Chevillard), est le plus beau des concertos de piano de Beethoven,\ntant par la splendeur des thèmes que par le parti merveilleux qu il tire de\nceux-ci. M. Delaborde en donna une interprétation pleine de noblesse et\nde puissance.\nQuant aux « pièces chorales » de Cl. Jannequin et G. Costeley, musiciens\ndu xvie siècle, pièces sans accompagnement, elles sont exquises et pleines de\nfraîcheur, et bien connues aussi, quoique ce tût leur première audition au\nConservatoire. Quelle variété de rythmes, quelle fantaisie mélodique clans\nces petites pièces, comme d'ailleurs dans toute la musique chorale du xviô\nsiècle !\nLe concert se terminait par des fragments de de R. Schumann .\nOuverture, Entr'acte, apparition de la fée des Alpes, hymne des Gemes\nd'Arimane. Je suis obligé d'avouer que si Schumann est admirable, en\nconsidérant ses œuvres au point de vue expressif et au point e vue n.usi\ncal pur, il m'a toujours paru inférieur à l'orchestre. Est-ce parce que\nson orchestration est le plus souvent terne, grise et massue . e ne sais ,\nmais c'est l'effet qu'il me produit, et qu'il produit d ailleurs a beaucoup\nd Je'm'en voudrais de ne pas signaler, exterminant, la souplesse et la disci-\npline des chœurs ; leur exécution des pièces de Jannequin et Costeley\nun véritable enchantement. Louanges aussi à l'orchestre et sans îeser-\nves ! que ne ferait-il pas sous la direction d'un chef comme M. Georges\nMARTY ? C. DE MALARKT."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.28", "texte": "314\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\nLes Concerts Colonne du 11 et du 18 mars ne firent que confirmer les\nobjections que je présentai dernièrement sur le programme des récents\nconcerts. Le manque d'équilibré est leur moindie défaut, et la crainte de\ntoute innovation semble emplir d'effroi le Comité tout entier. Mme Schu-\nmann-Heink, à qui le public avait fait, le dimanche précédent, un succès\ncomme seuls'les étrangers en obtiennent dans notre doux pays, avait été\npriée de chanter encore une fois. C'est la la version officielle que les\ncommuniqués redirent avec un ensemble touchant ; pour ma part, je suis\npersuadé qu'il était entendu qu elle chanterait deux fois, et c est pour cette\nraison que le changement de programme eut lieu. Les fragments wagné-\nriens sur lesquels on comptait pour attirer le public furent, le matin du\npremier concert, supprimés et reportés au dimanche suivant. Excellentpro-\ncédé, pour remplir les caisses de l'Association... artistique si 1 on veut.\nOr donc, Mme Schumann-Heink, étoile des Opéras de Berlin, de New-\nYork, Waltraute et Erda de tradition, Carmen d'Outre-Rhin ne pas\ncroire pour cela qu'elle ressemble à Mlles Calvé ou de Nuovina, devait\nchanter deux morceaux choisis de la Tétralogie. Jusque-là, en somme,\nrien de bien extraordinaire, en dehors du procédé ci-dessus exposé. Ajou-\ntez à cela deux lieder de Schubert et un air de Mendelssohn, et vous aurez\nun programme également allemand et très peu moderne. Que fit M. Colonne ?\nIl trouva que l'art d'outre-Khin n'était pas assez copieusement représenté,\net il adjoignit à son progamme l'ouverture des Maîtres Chanteurs et ia Mar-\nche funèbre du Crépuscule des Dieux. Sans vouloir dénigrer ces deux\nœuvres qui sont de purs chefs-d'œuvre, j'estime que, maintenant que les\ntemps héroïques du wagnérisme sont passés, il convient de ne plus en faire\nles morceaux passe-partout des concerts symphoniques, où ils accompagnent\nl'entrée des retardataires ou la sortie des gens pressés avec accompagne-\nment varié de petits bancs, grincements de portes et glapissements d'ou-\nvreuses. Il est très possible que l'orchestre n'ait pas à répéter de tels mor-\nceaux, mais pour une association artistique, de telles raisons me paraissent\ndéplacées. Quoiqu'il en soit, je vous dirai que, dans l'ouverture des Maîtres\nChanteurs, M. Colonne est loin de s'avérer pour l'équilibre des sonorités et\ndes motifs l'égal de Nikisch, que Aime Schumann-Heink chanta avec force\net une articulation merveilleuse la Toute-puissance et la Mort de la Jeune\nFille de Schubert,un froid air de Paulus de Mendelssohn et les deux récits\nd Erda et de Waltraute, qui au concert manquent singulièrement d'attraits.\nAu milieu de cette salade teutonne, la Rapsodie norvégienne de Lalo fut\ngoûtée avec une joie exquise, et les trois préludes extraits des Girondins de\nM. Le Borne n obtinrent qu'un maigre succès. Peut-être le public fut-il à\nleur égard plus injuste qu'il n'eût dû. Une partie de ce demi-échec me semble\nprovenir de la composition de ce numéro du concert. Devant trois préludes\nM. Colonne débuta par celui du IVe acte, suivi par celuidu IIIe et terminé\npar celuidu lle. Félicitons-nous, il eût pu intercaler le prélude du lle\nacte entre celui du IVe et celui du Ille \\\n. esî d autant plus regrettable que chacun de ces préludes a des\nintentions descriptives bien nettes et commandées par l'acte qu'ils expo-\nsent en raccourci. Or le Ile acte nous peint les horreurs de la Terreur, le\ne a Patrie en cianger et les enthousiasmes qui se déchaînent pour la\nsauver, et le IVe la Mort de Ducos, l'héroïque Girondin. Le raccourci\ntragique du drame eût donc été ainsi présenté de manière à intéresser le\npublic ignorant d'une œuvre dont plusieurs de mes amis qui l'entendirent\nan ernier, àla création à Lyon, m'ont vanté la grande puissance scénique\n~ eureux emploi de procédés bien propres à frapper la foule. Cette corn-\npre ension de 1 objectivisme théâtral apparaît nettement dans les préludes\nou erup 01 des chants révolutionnaires très adroitement exposés et mêlés"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.29", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n315\n\naux motifs psychologiques du drame donne une impression très intense de\nvie et de passion. Le plus émouvant est certainement celui du IVe acte, où\nla Marseillaise transcrite en mineur et exposée, dans un mouvement de\nmarche funèbre par les violoncelles, tandis que les flûtes et les clarinettes\nreprennent la phrase d'amour de Jean Ducos exposée dans le prélude du\nIle acte par le cor anglais, donne une impression de grandeur tragique ren-\ndue encore plus intense par la plainte des violons en sourdine. Il ne reçut\ncependant pas l'accueil qu'il méritait. L'âme de la foule est changeante et\nperfide comme Tonde, mais surtout paresseuse.\nPressé probablement par les répétitions de la Symphonie Domestique de\nRichard Strauss, M. Colonne nous donne le 18 un concert de tout repos,\nn'exigeant que quelques raccords et donttoute nouveauté est soigneusement\nbannie. Le temps au dehors est délicieux, et, sans l'attrait de Vines jouant\nles Variations symphoniques de Franck, bien des auditeurs auraient pris la\nclef des champs. Ceux qui sont venus, l'orchestre, et M. Colonne lui-même,\nsont d'ailleurs quelque peu somnolents. La Fantastique ne s'échauffe qu'à\npartir de la Marche au Supplice et c'est loin d'être l'enthousiasme d'antan.\nLe livre récent d'Adolphe Boschot, démolisseur de gloire patentée, ingé-\nnieux fouilleur de documents insoupçonnés, vient de porter le coup fatal à\nla légende de la folle passion aux changements de titulaires imprévus. On\nfinit par ne voir dans la fameuse notice explicative qu'un attrape-nigauds\nbon pour les jours heureux du romantisme, et l'accueil fait à l'œuvre s'en\nressent. D'ailleurs, selon l'habitude chère à notre caractère français qui ne\nfait pas les choses à demi, les enthousiasmes d'hier vont se changer en\ndénigrement aussi violent qu'injustifié, et le pauvre Berlioz va devenir la\nbête noire de ceux dont il fut l'idole. Ainsi va le monde, et la roche Tar-\npéienne est près du Capitole. La Rapsodie norvégienne de Lalo fut exqui-\nsement jouée, et l'orchestre sut mettre en relief les délicieuses broderies et\nles piquantes trouvailles d'orchestration dont elle est pleine. Musique\nvraiment française, pleine de clarté et d'élégance, elle allie ia distinction de\nl'harmonisation au charme d'une instrumentation qui ne doit rien à per-\nsonne et qui peut se comparer sans désavantage aucun aux pages les plus\nvantées de la musique russe. M. Frolich chanta avec un bel emportement\nun air d'Eliede Mendelssohn, plein de fierté et de noblesse bien protestan-\ntes, auquel il est difficile de faire un reproche précis, mais qui cependant\nne laisse qu'un souvenir de froideur et d'ennui. La perfection de son talent\nnuisit beaucoup à Mendelssohn, type parfait de 1 école scolastique alle-\nmande où une aimable facilité et une technique prodigieusement souple\nessayent de suppléer au génie. Cet excellent baryton fut également\nexcellent dans les adieux de Wotan et Y Incantation du beu, encore qu a la\nmanière allemande il attaque ses notes très légèrement en-dessous du ton\npour s'élever graduellement à la hauteur requise. Néanmoins sa diction\nimpeccable et sa voix puissante ainsi que sa parfaite compréhension es\nintentions wagnériennes lui valurent le plus mérité des succès.^\nJ'ai gardé pour la fin la perle du concert. Dans chaque numéro de cette\nrevue nous sommes obligés à tour de rôle de faire l'eloge de Ficards Vines,\net certes ce nous est besogne plus agréable que facile . mots et méta-\nphores commencent à manquer pour décrire la conscience artistique, a\nnoble probité d'art et la technique impeccable que 1 eminent pianiste met\navec un noble désintéressement au service variées et de valeur\nnarfois inégale, mais qu'il exécute avec le meme souci de perfection a so-\nlue. Il perla les Variations symphoniques de Franck avec un brio exempt\nde tout cabotinage et sut laisser au piano son rôle de membre de 1 or-\nchestre tout en mettant en relief, quand besoin en était, les transformations\nrythmiques auxquelles se complut le père Franck. Par contre, il sut as-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.30", "texte": "316\nLE MERCURE MUSICAL L-IV-OÔ\n\nsouplir et laisser dans la demi-teinte les arpèges peu intéressants qui se\ntrouvent vers le milieu de l'œuvre et dont le rôle est loin d'être capital. Ce\nfut aussi parfait qu'on pouvait le souhaiter, et de nombreux rappels témoi-\ngnèrent à Villes combien le public du Châtelet avait goûté de plaisir à l'en-\ntendre et en aurait encore si M. Colonne voulait bien l'engager pour de\nnouvelles auditions. CH. CHAMBELLAN.\nLa Société Nationale donnait, samedi 17 mars, son concert à la Schola\nCantorum. Nombreux public venu pour applaudir des œuvres non moins\nnombreuses.\nTrois numéros confiés au grand orgue, c'est beaucoup, semble-t-il, pour\nune séance. Aussi bien l'orgue n'est pas à sa place dans un concert, pas\nplus en soliste que joint à l'orchestre.\nJe sais bien que Bach et Hândel, pour ne citer que deux noms, ont sou-\nvent réuni l'orgue et son rival ; mais ces derniers n'avaient pas, loin de là,\nla même puissance qu'aujourd'hui où tous les deux disposent d'une diver-\nsité de timbres et d'une sonorité qui iront très probablement en progres-\nsant. Les joindre me paraît nuire à la libre expression de l'un et de l'autre\npar le trop de sonorité obtenue, précisément ; les faire' dialoguer leur\nest encore plus nuisible, la nervosité de l'orchestre contrastant par trop\navec la calme grandeur de l'orgue.\nMais c'est nuire davantage à ce dernier que de le faire sortir de ce calme\nen voulant lui faire tout exprimer : il devient alors une sorte de caricature\nde l'orchestre. Au lieu de cela, la faculté que, seul, il a de prolonger les\nsons indéfiniment, tout en lui conférant une incomparable puissance so-\nnore, permet que lui seul fasse naître l'idée de l'Eternel, de l'lnfini, par-\ntant l'idée religieuse ; c'est bien l'instrument mystique destiné à « servir »\nla majesté d'un culte.\nLa preuve en est que les plus admirables entre toutes les pages de sa\nlittérature ont été écrites par des hommes qui, eux-mêmes, « servaient»,\npour employer le mot de Parsifal ; Bach et Franck ne sont-ils pas de ce\nque j'avance les témoins irrécusables, et non les seuls ?\nA côté de ceux-là, combien d'autres, voulant écrire pour l'orgue, se\nsont efforcés à être religieux et malgré leurs effoits n'ont pu y parvenir,\nfaute de sincérité ! Ils sont arrivés à une religiosité apparente qui n'est que\nsimple sensualité, ou bien leurs œuvres ne sont que de ternes pastiches le\nplus souvent.\nJe ne veux pas dire par tout ce qui précède que l'on ne devrait écrire\npour 1 orgue que de la musique religieuse ; combien peu, en effet, seraient\ncapables de cela? Mais il y aurait, me semble-t-il, lieu, traitant l'orgue\ncomme un orchestre « très spécial », de faire des recherches intéressantes\nU(VT^• fcr*ture stYle en les transformant complètement.\n. Philipp dans Prélude et Fugue, M. Pierre Kunc dans sa Suite en\ntrois parties et M. J. Ermend Bonnal dans Paysage landais et Reflets so-\nlaires ne transforment rien du tout, ce qui ne les empêche point d'avoir\nécrit et bien écrit - des choses intéressantes. Par exemple, je me\ndemande pourquoi M. Kunc a mis comme titre au n° I de sa Suite: Grande\nprie? e symphonique. Un titre suggère bien des choses à l'auditeur et le\niriet souvent dans un état d'esprit susceptible de lui faire mieux saisir les\nintentions de 1 auteur : c est tout un petit programme condensé. Il faut donc\n1 orresPonc'e au sens de l'œuvre, ou bien ce n'est qu'une étiquette inu-\ntile. C est, ce me semble, le cas du titre porté par la ire partie de la Suite\nen question, laquelle partie ressemble à une prière comme au\nA,V ie.l ,e Séville. Cela n'empêche pas, je le répète, l'œuvre de M. Kunc\ne . c înteiwssante, surtout dans ce premier mouvement."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.31", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n317\n\nJe JJens dire que M. Bonnal, pas plus que M. Kunc, n'avait rien\ntrans orme du tout, je reviens sur ce que j'ai dit. Est-ce suggestion causée\npar le titre, j ai cru voir dans Reflets solaires des intentions impression-\nnistes qui, par moment, m'ont paru très transparentes. Que l'auteur me\npardonne si c est faux ! Il arrive si souvent que l'on croit voir dans la mu-\nsique des choses auxquelles l'auteur n'avait pas songé ! parfois même on\nvoit juste le contraire de ce qu'il y avait mis.\nAprès deux charmantes mélodies : « Le ciel en nuit s'est déplié... » et\n« Automne », inspirées à Mlle Debriô par des poèmes de Verhaeren, mélo-\ndies chantées avec toute la souplesse désirable par Mlle Jane Bernardel,\nM. Miguel Llobet, le guitariste, est venu stupéfier le public en jouant Gra-\nyiada (serénade) dAlbeniz, Jota, de Tarrega, et, entre ces deux pièces,\ndeux chansons populaires catalanes délicatement harmonisées par lui-\nmême.\nDans ces diverses pièces, M. Llobet fait preuve dune virtuosité tout à\nfait extraordinaire sur son instrument mais, ce qui est surtout merveil-\nleux, c est le parti qu il tire de la guitare au point de vue de la sonorité. Je\nne pense pas qu'avant lui on ait, sur cet instrument, obtenu une pareille\npureté de son, une telle diversité de timbres. C'est tout simplement prodi-\ngieux. La guitare est bien, entreses mains, un instrument comme les autres,\nà ressources multiples, quoique différentes ; et il est regrettable qu'elle\nn ait pas sa littérature. Il est vrai qu'elle ne pouvait pas l'avoir, car les gui-\ntaristes semblables manquaient ; mais M. Llobet en provoquera certaine-\nment l éclosion. Je le lui souhaite sincèrement.\nInutile de dire que le public l'obligea à ajouter un numéro à son pro-\ngramme.\nApres cela, M. Ricardo Vines joua les Tableaux d'une Exposition (1874)\nde Moussorgsky. Malgré son exécution superbe, je ne pus nrintéresser à\ncette œuvre que je trouve peu (si peu !) colorée, au pittoresque et à l'hu-\nmour si conventionnels, et inexpressive ; combien différente en cela des\nœuvres de la même école !\nM. Vines avait donné au commencement du concert deux pièces\npour piano de M. Henry Février, Nocturne, délicatement ciselé, et une\nélégante Valse-Caprice (hum !). Je ne dirai pas comment M. Vines a\nexécuté ces œuvres : on a épuisé à son sujet les épithètes et formules lau-\ndatives. Je me bornerai à dire que je l'admire sans restriction et sincè-\nrement.\nAprès ces diverses œuvres, venait, clôturant le concert, l'intéressant\nPrélude et Fugue de M. A. Philipp pour orgue. J'en ai déjà parlé, aussi\nterminerai-je en louant son interprète, M. G. Ibos, qui fut plus qu'à la\nhauteur de sa tâche, imitant en cela MM. G. Jacob et J. Bonnet qui\navaient joué, le premier, la Suite de M. Kunc, le second les deux pièces\nde M. J. Ermend Bonnal.\nG. DE MALARET.\nLes programmes de la Société Philharmonique s'exécutent rarement tels\nqu'ils ont été annoncés. Toutefois, les changements n'affectent d'ordinaire\nque les œuvres, et il n'arrive pour ainsi dire jamais que les principaux\ninterprètes fassent défaut. Ce fut pourtant le cas du concert donné le 6 mars.\nLe quatuor Rosé, qui devait, paraît-il, s'y faire entendre, fut remplacé, au\ndernier moment, par le quatuor Geloso. MM. Geloso, Monteux, Bloch et\nTergis, quoique non attendus, reçurent du public le meilleur accueil. Pour\nnia part, je ne puis que louer leur parfait ensemble et la belle fougue qu'ils\ndéployèrent dans le quatuor à cordes de César Franck et dans le quatuor\nen la mineur de Schumann. Dans des mélodies d'époques différentes, de"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.32", "texte": "318\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-06\n\nHiindel à Grieç, mais toutes choisies avec un goût très sûr, M\"e Gaétane\nVicq nous tint sous le charme de sa voix souple et claire. Et cela nous\nchangea fort heureusement de certaines cantatrices étranges, peut-etre\nregretté de ne pouvoir entendre Mme Culp Merten et le\nauatuor Zimmer de Bruxelles. Mais, par contre, le quatuor Tchèque, au\nconcert du 20 mars, m'a fait un bien grand plaisir dans le quatuor en ni\nmineur de Mozart. On sent très bien que ces artistes ont avec cette mu-\nsique des affinités de race et de caractère ; c est pourquoi 1 s la rendent\navec une émotion aussi pieuse et un art aussi délicat II faut féliciter\nMue Lindsay, de l'Opéra - comme tout à l'heure MU. Gaetane Vicq -de\nl'heureux éclectisme qui guida son choix . Pergolese Bach, Mozart, vo.la\npour la musique ancienne ; Saint-Saëns, taure d lndy voila pour notre\nécole française actuelle ; saluons, messieurs !.. La belle voix chaude de\nMUe Lindsay lui valut un succès très grand et très mente.\nTrès curieuse, en vérité, la cantate burlesque : Nous avons un nouveau\ngouvernement, dont la Société J-S. Bach nous faisait entendre des frag-\nments à son concert du 14 mars. Cette cantate fut écrite par Bach sur un\nscénario qui peut se résumer ainsi : le nouveau seigneur vient prendre pos-\nsession de son domaine, et les manants qui en dépendent lui souhaitent\nla bienvenue par des compliments plus ou moins saugrenus, certains\nmême d'un goût discutable. N'importe. Cette œuvre, qui fut chantée\navec beaucoup de goût par M^e Mary Pironnay et M. Monys, est\nagréable à entendre, car, à l'encontre ae beaucoup d autres du giand cantor,\nles parties qui la composent du moins celles entendues lautie soir\nsont assez courtes et d'un contraste nettement accusé. Le 5e Concerto\nBrandebourgeois pour piano, flûte et violon, et la cantate Garde en\nmémoire Jésus-Christ, complétaient le programme de cet intéressant\nconcert.\nJEAN POUEIGH.\nLe 21 mars, au concert d'orgue et de musique de chambre, M. Joseph\nBonnet joue avec une belle simplicité le Prélude et fugue en ré majeur, la\nSonate en ré mineur et le Prélude et f ugue en sol majeur. Mmc Wanda Lan-\ndowska donne au Concerto italien les sonorités chaudes du clavecin qui\nlui sont dues, et combien cet instrument, avec ses deux claviers et ses jeux\nvariés, sait, mieux que le pianomoderne, mettre à sa juste place chaque\ndétail d'une œuvre polyphonique ! L'interprétation de Mme Landowska\nest avant tout pittoresque, mais ne se prive ni de l'émotion ni de la gran\ndeur : témoin Yandante du Concerto italien, où la pureté des lignes fut\nadmirable. J'ai moins goûté le pianoforte dans la Suite française en\nmi majeur : on dirait d'un piano un peu faux, dont les cordes sont ma\ntendues et dont la pédale ne marche pas. La Suite anglaise en mi mineut,\nsur un bon et honnête géant de Pleyel, a été un étincellement de rythme\net de vie. De temps à autre seulement, un accent trop fort et trop brusque\npour mon goût : mais mon goût est peut-être mauvais, et trop acadé-\nmique encore. Je ne sais.\nLouis LALOY.\nAla salle iEolian, M. J.-Joachim Nin nous conviait le 21 mars à la seconde\ndes douze auditions qu'il consacre à « l'étude des formes musicales au\npiano, depuis le xvie siècle jusqu'à nos jours ». Rien que du Bach au pi°\ngramme, mais du Bach écrit pour clavecin. Ces pièces, moins connues que\nla musique pour orgue, présentent pourtant un très réel intérêt ; notam"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n319\n\nment Fugue a l imitation du cornet la avec quinze\nvariations et les Suites. M. Nin joue le Bach comme il doit, du moins à\nmon avis, être joué : avec une certaine rigueur dans le rythme et la mesure\nqui convient bien à cette musique sévèrement belle. La qualité de son de\nM. Nin est tout à fait jolie, et son attaque toujours nette ; aussi fut-il cha-\nleureusement applaudi par un public qui se rendait compte de tout ce\nque sa tentative présente de véritablement artistique, tentative qui mérite\nd'être très vivement encouragée.\nJEAN POUEIGH.\nParmi les virtuoses de tout pays qui nous visitent en ce moment, il faut\nmettre hors de page M. Ferruccio Busoni, le sur-homme du piano. A son\ntalent de pianiste, qui défie de loin toute comparaison, il joint d'autres\nmérites : compositeur honorable, c'est un « transcripteur » de premier\nordre. Ses arrangements de pièces d'orgue de Bach, pour le piano, sont\nd'une ingéniosité merveilleuse et ont enrichi, même après Liszt, le domaine\ndu clavier, sans être notez cette rare abnégation de virtuose d'une\ndifficulté inabordable. Devenu par surcroît chef d'orchestre, M. Ferruccio\nBusoni, avec un dévouement dont nous devons lui être reconnaissant,\npropage en Allemagne les œuvres de notre école française moderne, de\nCésar Franck à M. Magnard.\nLe premier récital donné à la salle Erard, le 19 mars, par ce rare artiste,\nétait consacré à Chopin et Liszt : des pages les plus célèbres et qu'on pou-\nvait croire les mieux connues, de ces deux maîtres, l'art magique de\nM. Busoni tire des secrets nouveaux. L'agilité de ses doigts dépasse\nl'imagination ; mais, plus musicien encore que virtuose, M. Busoni ne se\nborne pas à en faire montre par des traits ou autres passages, exécutés\navec une rapidité, une audace et une précision inouïes. Ce qu'il y a chez\nlui de plus étonnant, c'est la souplesse du toucher, et !a du\npiano. Il sait nuancer à 1 infini les notes simultanées : grâce à lui et au\nsuperbe instrument dont il disposait, une étude ou un nocturne de\nChopin prennent un relief musical d'une netteté et d'une délicatesse pré-\ncieuses ; par lui le piano de Liszt redevient un véritable orchestre où se\ncombinent des masses sonores distinctes et indépendantes. Dans l'exquise\nBarcarolle, dans le Nocturne en mi bémol [op. 55, n° 2), dans la Polonaise\nen la bémol, dans les études en sol dièse mineur et majeur de Chopin,\ndans l'héroïque dans la Campanella de Liszt, dans la fantaisie si\ndivertissante sur le Songe de Mendelssohn, M. Busoni a réalisé quelque\nchose comme l'absolu de Platon : la perfection belle et intelligente, qui\ndomine la matière.\nSi, la prochaine fois que M. Busoni jouera chez Erard, on ne fait pas\nqueue depuis l'église Saint-Eustache jusqu'à celle des Petits-Pères, je\ncroirai qu'il n'y a plus personne à Paris pour aimer l'art du piano.\nJîiAN CHANTAVOINE.\nEcole des Hautes Études Sociales. La soirée du i 5 mars était consacrée\npar M. Quittard, assisté de Mme Landowska et de M Babaïan, àla musique\nde luth au début du xvne siècle français. Et cette séance fut pour beaucoup\nd'entre nous une véritable révélation. L'érudition précise du conférencier,\nle jeu divin du clavecin et le charme d'une voix dramatique nous ont appris\nqu'il existait en France une musique délicate et raffinée entre le xvie siècle\npolyphonique et l'opéra de Lully. Seuls quelques membres de la Société\ninternationale de musique n'ont pas été surpris ; ils avaient entendu l'année\npassée des airs de cour chantés par M. Scholander en s'accompagnant sur\nle luth, et cette année la lecture de M. Ecorcheville sur ce même sujet.\nMalgré ces précédents, l'Ecole des Hautes Etudes et M. Quittard peuvent"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.34", "texte": "320\nLE MERCURE MUSICAL I-1V OÔ\n\nêtre considérés comme les premiers qui ont présente nos vieux « luthé-\nriens > au grand public des dilettantes français. Nous reviendrons un jour\nsur ces questions mal connues. Les origines de notre musique instrumen-\nmentale méritent mieux qu'un simple compte rendu.\nIl nous a été donné, la semaine dernière, d entendre M. Paul-E. Brunold\ndans un récital qu'il donnait à la salle Lrard. Chacun sait que le\niugé parfois un peu austère par les profanes, est du moins le vrai moyen,\npour un artiste de premier plan, de se manifester complètement. Tout\nd'abord, il suffit à donner la preuve indéniable d'une mémoire et d une\ntechnique supérieures. .\nA ces qualités fondamentales, M. Brunold joint un charme discret, une\nchaleur communicative, quoique toujours maintenue dans les limites du\ngoût le plus délicat, qui font de lui un artiste de la plus reelle valeur, chez\nlequel il faut encore louer la simplicité, la dignité de l'attitude, qui sont en\nharmonie avec son style élevé, comme les déhanchements de certains,\navec leurs accents excessifs et vulgaires. Weber, Beethoven, Schubert,\nChopin, Schumann, Liszt, ont été tour à tour interprétés par M Brunold\navec un égal bonheur. Vers la fin du programme figurait une Barcarolle,\ngracieuse composition du brillant virtuose, a laquelle son nombreux audi-\ntoire aussi choisi qu'enthousiaste, a fait le meilleur accueil.\nA. B.\nLe 21 mars, chez Pleyel, MU* Hanna Marie Hansen, la jeune pianiste nor-\nvégienne a exécuté, avec un très vif succès, un programme fort intéressant\net merveilleusement équilibré où figuraient des œuvres de Bach, Rameau,\nSchumann, Chopin, Liszt, Brahms, Fauré; on a particulièrement applaudi\nune admirable interprétation de la Fanta 17, de Schumann, où firent\nà la fois merveille la sobriété parfaite et l'intense émotion de son jeu.\nPar une coquetterie que nous déplorons amèrement, Mlle Hansen n'avait\nfait figurer au programme aucune œuvre de ses compatriotes. Sans insister\npour Grieg, Sinding et Svendsen, il nous eût été si agréable pourtant de lui\nentendre révéler à son nombreux public quelqu'une des productions si\nintéressantes et si peu connues de la jeune école norvégienne, des Sigurd\nLie, Elling, Halvorsen, Ole Olsen, Holter, Frithiof Backer-Grondahl,\nAlnœs, etc.\nPour protester sans doute contre cette omission, M. Marcel Bâillon\nnous a, le même soir, délicieusement interprété une exquise\npour violon de Sinding.\nM»e Hansen et M. Bâillon ont terminé ce charmant concert en interpré-\ntant la Sonate de Fauré, d'une manière véritablement digne de cette œuvre,\net n'est-ce pas le plus bel éloge qu'on puisse leur faire ?\nM. S.\nAla salle Pleyel, le 20 mars, M. Saury groupait autour de lui quelques\nexcellents artistes, une pléiade exactement et pour tout dire. J'aurais\nvoulu entendre le Quatuor de M. C. Chevillard ainsi interprété, mais je n ai\npas eu l'indélicatesse d'écouter aux portes, que la consigne tint fermees,\nmême dans l'intervalle des trois parties, aux billets que l'on dit pour cela\nfavorisés. M. Saury exécuta avec autorité et une verve qui fut triomphante\nla Sonate à Kreutzer.M'io Henriette Lamy lui donnait la réplique, et jai\nfort apprécié l'agrément de son jeu délicat et orné. L'andante à variations\nest devenu une causerie charmante d'une poésie toute fraîche et comme\nparfumée de tendresse.\nJ'ai beaucoup à louer un tout jeune pianiste, M. Loyoniiet, qui révèle"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.35", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n321\nLE MERCURE MUSICAL\n2 I\n\nDeja le goût et le style d'un maître. Il a donné une couleur très poétique au\nbruissement des Jeux d eau de Ravel et aux Fantasmagories de I. Philipp\nsuite, de sept petites pièces de genre, qui sont autant de notations colorées\net vivement senties.\nJe voudrais enfin dire tout le bien que je pense du concert donné salle\nErard par Mi«c Rey-Gaufrès, avec le concours très apprécié de M. Jean Ten\nflave. Le jeu de Mme Rey a une aisance et une séduction tout à fait per-\nsonnelles. Je ne vois pas qu'on puisse mieux faire valoir l'humour allèare\net mystérieusement nuancé du scherzo de la 3e Sonate op. 3i de Beethoven\nM. Ten Have, dans la 3e Sonate op. ios de Schumann, a déployé tout\n1 enchantement de son archet nerveux. j. TRILLAT.\nPetite Salle Erard.— 9 mars. Concert de M. et Mme Gaston Revel.— Nous\navons eu la bonne fortune et l'heureuse surprise de voir enfin se produire\nces deux excellents artistes appelés, dans un avenir très prochain, à deve-\nnir des noms sur les affiches de nos concerts. Le Poeme du Languedoc de\nDéodat de Séverac, les Sonates de Lazzari et de Leclair, la Chanson du\nSouvenir de Pernand Pecoud, turent interprétés avec un mécanisme et une\nscience musicale indiscutables. L'éclat du programme était rehaussé en-\ncore par Mme Louis Chateau, à la fois si modeste et si belle artiste ;\nM. Gabriel Fabre, qui tint le piano dans ses délicieux Poèmes de jade,\nremporta, avec M. Stéphane Austin, un franc et très mérité succès.\nM. et Mme Gaston Revel nous réservent pour l'an prochain d'autres\nbonnes surprises que nous attendons avec impatience, heureux de voir\nune nouvelle pianiste et un nouveau violoniste révéler au public la sou-\nplesse, le charme et la fougue de leur talent. C. D.\nLe premier concert d'élèves de la Schola Cantorum a eu lieu le mardi\n20 mars. A dire vrai, il me causa quelques désillusions. Les classes de\nchant, représentées par M'»es Fié, Gravollet et M. Leclercq, se firent remar-\nquer d'une façon déplorable. Ces jeunes artistes chantent tous de la gorge\net particulièrement du sommet de la gorge, émettent des sons mal posés\net surtout ont une fâcheuse tendance à chanter en dessus ou en dessous\ndu ton depuis le début de leur morceau jusqu'à la fin. Jamais le Conser-\nvatoire, dont la Schola a entrepris de corriger les abus, n'oserait présenter\nde pareils phénomènes vocaux. Il y a là un danger sérieux, sur lequel les\nautorités compétentes de la maison feront bien d'apporter toute leur atten-\ntion, en exigeant plus de solfège, et de sérieux solfège, et une pose de la\nvoix plus parfaite. La classe d'orchestre,sous la ferme direction de M.Labey,\nfit preuve de bonnes qualités d'amateurs pour qui la musique est un passe-\ntemps distingué. Trop de jeunes filles qui le soir, au foyer familial,ennuient\nd'une sonate pour violon de Bach les amis de la maison qui se croient\nobligés de s'extasier en disant que Bach est le plus grand génie musical ;\nmais pas assez de musiciens gagnant leur vie à déchiffrer tous les soirs,\ndans une brasserie, trois ou quatre fantaisies et rompus à toutes les diffi-\ncultés du métier de l'orchestre. Quoi qu'il en soit, M'ie Penel et M. Char-\npentier jouaient fort honorablement le Concerto en ré mineur pour deux\nviolons de J.-S. Bach, qui n'est pas très long. Mlle Dupéchez se hâta d'exé-\ncuter la suite française en sol majeur du même Bach sans se soucier des\nchangements des rythmes, mais en faisant preuve d'une louable agilité digi-\ntale. Auparavant elle avait joué la Danse lente de C. Franck, œuvre post-\nhume que l'Edition Mutuelle vient de lancer. Enfin le meilleur morceau du\nprogramme fut le Trio en fa de Schumann, exécuté avec une louable\nrecherche des sentiments intimes et de l'expression juste par Mlle Masse-\nlon et MM. Marsillac, Jenck, Sangra et de Fraguier, qui firent honneur à\nleur excellent professeur M. de Serres."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.36", "texte": "322\nLE MERCURE MUSICAL i-iv-06\n\ni * *.i février la présence sur l'affiche des Agriculteurs du nom des deux\nThihand et du maître Diémer avait attiré un public comme on en voit peu :\nl a s a lïe é ak Absolument comble. Francis Thttaud, le violoncelliste si\nanorécié a développé ses belles qualités de technique impeccable et de\nfine sonorité, particulièrement dans une pièce pour violoncelle seul de\nRach et l'Élégie de Fauré qu'il a fait littéralement pleurer a son instrument.\n[ es salves d'applaudissements et les rappels que sa virtuosité a soulevés\nl'ont d'ailleurs largement et justement récompensé du travail qui, joint à\nde nrécieux. dons naturels, lui a été indispensable pour arriver à un pareil\ndeeré de perfection. - De Jacques Thibaud il n'y a plus rien a dire : ses\ntournées retentissantes tant en France qu'à l'étranger ont tait connaître\ndans le monde entier et apprécier comme il le mérite le grand talent du vio-\nloniste français par excellence.- L. Diémer, qui a également contribué puis-\nsamment au succès de cette belle séance, s'était joint a lui pour terminer la\nsoirée par l'admirable Sonate à Kreutzer ; les auditeurs ont tenu à donner\nune preuve éclatante de l'intérêt qu'avait pour eux le talent de ces trois\nartistes car la salle est restée bondée jusqu'à la dernière note.\nJe passe ensuite au concert qu a donné le mars, chez Erard, Lucie Caf-\nfaret Malgré le parti pris instinctif avec lequel j'étais allé à son récital\n(car je ne crois pas aux petits prodiges), les dispositions étonnantes de ce\nbébé de 11 ans 1/2 son âge est son plus grand mérite ont triomphé\naisément de mes préventions. Je ne dirai qu un mot sur son concert, et ce\nmot, je crois, suffira : elle s'est montrée la digne élève de Mme René et de\nM Duvernoy ; tous deux peuvent être fiers du beau résultat qu'ils ont\nobtenu, et je suis heureux de leur en adresser ici toutes mes félicitations.\nLes lecteurs du Mercure ne sont pas habitués à y trouver d'autres comptes\nrendus que ceux de concerts donnés par des artistes absolument arrivés\net cotés. Mais je me permets de faire aujourd'hui une petite dérogation à\ncet usage pour leur relater le beau succès obtenu par le Cours d'ensemble\nvocal deM\"c J. Lyon, la sœur de M. G. Lyon, l'excellent directeur ingénieur\nde la maison Pleyel, l'inventeur connu dans tout le monde civilisé de la\nharpe chromatique. M. Lyon, qui a bien voulu accepter de nous aider de sa\nprécieuse collaboration dans notre tâche de lutte pour l'art, me permettra\nde saisir l'occasion qui se présente et de lui apporter ici le modeste tribut\nde mon admiration pour le merveilleux instrument que notre confrère\nMusicanous montrait en juin 1904 comme adopté, au lendemain même de\nsa création, dans la haute société en même temps que dans tous les grands\nconservatoires. Les artistes que nous avons eu le plaisir d'entendre ven-\ndredi ne sont plus des élèves ordinaires. La plupart particulièrement\nM\"e Doerkey, sur laquelle j'ai déjà dit mon opinion— ont porté aux quatre\ncoins de notre pays la preuve palpable de la compétence remarquable et de\nl'expérience éprouvée de leur professeur. L'exécution impeccable du pro-\ngramme, composé d'œuvres fines et délicates, me dispense d'ailleurs ci en\ndire plus long sur le talent des élèves et l'excellence de la méthode de\nMlle J. Lyon.\nJ'ai particulièrement remarqué au beau concert fort original donné le 4,\nsalle Washington, par l'élite de la société caucasienne, le succès obtenu par\ndeux adaptations musicales interprétées merveilleusement—c'est le seul\nmot quipeut rendre mon enthousiasme —par C. Loutsky, brillant artiste de\nSaint-Pétersbourg où il collabore à la rédaction d'un grand journal théâ-\ntral. Il fut accompagné avec un véritable talent et un véritable tempérament\npar son jeune frère E. Loutsky, élève du maître Diémer. Je ne crains point\nde trop m'avancer en prédisant à ces deux jeunes artistes une carrière ou\nles succès seront très souvent des triomphes.\nBeaucoup de monde au même endroit le 7, beaucoup de monde, et qui"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n323\n\nmieux est, de monde très select. C'était le concert de Grâce Whistler\nMisick. Les applaudissements les plus chaleureux ont éclaté à la fin de\nchaque numéro, et c'est le meilleur éloge qu'on puisse faire du talent de la\ncharmante cantatrice et des artistes qui prêtaient leur concours à cette\nsplendide soirée.\nOn m'annonce comme concerts spécialement attrayants de cette fin de\nmois les séances que donneront, les 26 et 3o5 Emil Sauer, et les 19 et 28,\nE. Isaye avec l'orchestre du Conservatoire.\nPAUL DUBOT.\nP.-S. Je suis heureux de faire part à mes lecteurs de l'excellente im-\npression produite par le premier des concerts du D** Lulek. Je ne peux\nqu'inviter tous les amateurs de belle et bonne musique allemande, particu-\nlièrement de lieder classiques, à aller applaudir en ce célèbre baryton l'un\nde leurs plus parfaits interprètes.\nIl nous promet encore trois séances à les t 5, 22 et 29. J'en\nparlerai d'ailleurs dans mon prochain article.\n\nLE QUATUOR PARENT.\n\nL'Évolution ds Beethoven et ses interprètes.\nLa musique a été si fort à propos créée, non seulement pour consoler des\nmalheureux, mais pour compenser les tristesses de l'hiver en sympathisant\nmystérieusement avec elles, que l'approche du printemps la remet en fuite :\nvoici déjà, les deux dernières soirées Beethoven de la saison 1906!\nEn écoutant de belle musique, il n'est pas défendu d'essayer de poser\nquelques jalons dans le domaine, à peine exploré, de la philosophie de\nl'histoire de l'art; et Beethoven nous apparaissait l'autre soir, à son plan,\nau seuil du siècle de la musique, avec l'aspect d'une force nécessaire; une\népoque reçoit le génie qu'elle attend. Or, le dernier historien de Michel-\nAnge (1), et le plus philosophe de tous nos amoureux d'art, le_ beethovénien\nRomain Rolland, nous démontre, au contraire, que le génie Michel-\nAnge ou Beethoven apparaît comme un phénomène dans une terre\ningrate et que, sans avoir subi d'influences, il doit influencer fatalement\ntoute la génération suivante en la « foudroyant comme dira Berlioz...\nLes deux points de vue sont-ils irréconciliables? Nous le rechercherons\nplus longuement quand la musique en exil nous permettra quelque ré-\nflexion. Beethoven, ce Michel-Ange musical animé du sang flamand de\nRubens, a tout inventé : soit, mais n'est-ce pas dans le sens espéié par son\népoque militante, et qui vit Bonaparte? Un génie est le poete de son\nLa Nuit de Michel-Ange est la protestation d'un héros sans tache ; et\nBeethoven est le Pensieroso d'un âge vigoureux.\nTrêve aux théories ! A l'heure militaire, interprètes de Beethoven\nin scenam; et l'idéale musique nous prouve, au rebours de la vie positive,\nque l'action peut redevenir la « sœur du rêve »... A dessein, nous confon-\ndons les programmes des deux dernières séances beethoveniennes, afin\nd'observer chronologiquement comment un genie devient Beethoven, L\n\n(1) Michel-Ange, par Romain Rolland (1 vol. in-B°, de la collection des Maures\nde l'Art, Paris, iÇ)oS)."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.38", "texte": "324\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\ncette étude sera la justification de certaines œuvres d'une jeunesse un peu\nridée pour nous, qui ressuscitent seulement pour nous suggérer Beethoven\nencore en puissance plutôt qu en acte... .... ... F p, ~\nInterprété largement par MM. Mimart, Lebailly, Letellier, Jacot, Penable\nle Sextuor pour deux clarinettes, deux bassons et deux cors,\ncomposé, paraît-il. en une nuit, à la Mozart, vers .794, et publie, long-\ntpmos après sous le numéro d'œuvre 71, appartient franchement encore a\nl'ancien régime musical; c'est un tableau de Téniers où passe à peine,\ncarfois l'ombre du nuage d'un Ruysdael... C'est le sentiment tout flamand\ndes paysages de ce bon vieux temps qui respire, loin des cours finissantes,\nl'honneur candide et la droiture. Plus brillant, plus mondain, plus raffiné,\nle Ouintette célèbre, pour piano,hautbois, clarinette, cor et basson (op. 16),\nspirituellement touché par MM. Grovlez, Bleuzet, Mimart, Penable et\nLetellier ouvrage qui date et que le Beethoven farouche de la maturité\nlibérée disait avoir pris en grippe... absolument comme le gracieux\n(op. 20) ! Mais, déjà, quel progrès psychologique et quel sentiment mineur\ndans l'andante où soupire un cor beethovénien ! Ce cor est un précurseur,\ncomme les timbales de l'andante con de la première symphonie; san-\nglot fier ou puissance intérieure : c'est Beethoven déjà !\nSi les séances modernes, Franck, Chausson, d'lndy, Debussy, Ravel,\npassionnent au plus haut point l'auditoire subtil de l'iEolian, les séances\nbeethovéniennes, plus tempérées, lui dévoilent peu à peu la souplesse de\nce génie : n'est-ce pas un enseignement qui compense quelques longueurs?\nEt s'il n'y a pas de musique absolue (puisque la musique pure est l'éma-\nnation d'une âme), il n'est pas moins vrai que M. Louis van Beethoven,\npianiste qui a beaucoup écrit, composa longtemps de la musique poéti-\nquement formelle, comme la sonate piano et violoncelle en mineur\n(op. 5, n° 2). dont le rondo final exhale allègrement le parfum du bon vieux\ntemps'où vieillissait le doux Haydn, comme le trio à cordes (op. 9,\nn<> 2), bluette admirable et contemporaine de la sérénade (op. 8), musique\nde belle et bonne compagnie, où l'italienne virtuosité du genre s'enveloppe,\ncomme chez Mozart, avec je ne sais quelle profondeur native, déjà, de\nmélancolie spirituelle... Ce trio, c'est le régal des délicats, qui ne deman-\ndent pas, pour être heureux musicalement, la chute du Walhall et le cré-\npuscule des dieux! Tempéraments exquis dans leur vivacité! Sensibilités\ncharmantes, et contemporaines de Prud'hon, ce génie de l'amour qui sou-\nriait dans l'ombre !\nDatée de 1799, la sonate piano et violon (op. 12, no 2) est une contem-\nporaine très spirituellement sage de la (op. i 3). Beethoven-\nAdonis cherche encore à plaire : il a vingt-neuf ans, c'est une excuse; et\nquelle pure beauté dans cette forme calme, dans le contour d'un andante.\nMais, dès 1802, l'auteur de la seconde symphonie écrira la sonate piano et\nviolon (op. 30, no 2) en ce ton d 'utmineur qui favorise toujours la mysté-\nrieuse effusion de son pathétique! Que de pressentiments sous ce phrase\ndivin ! L'artiste a reçu la leçon du malheur qui fait le génie libre et la bonté\nsuprême; la surdité le hante : il a souffert. Et le cruel amour s'est empare\nde son cœur. L'amour ! n'est il pas le secret même de Beethoven et le mys-\ntère profond de l'idéale musique,\nDouce langue du cœur, la seule où la pensée,\nCette vierge craintive et d'une ombre offensée,\nPasse en gardant son voile et sans craindre les yeux !\nL'amour, cependant, l'universel amour, tel que l'entendait Beethoven,\nn'est plus tout à fait le petit dieu d'une Grèce Louis XVI auquel sacrifiai"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n325\n\nl'athénien Mozart : témoin les six chants religieux de Gellert (op. 48, i8o3),\nadmirables chants admirablement exaltés par la basse expressive de Jan\nReder, et qui s'élèvent, à travers toutes les ivresses de la nature et les\nblessures de la vie, jusqu'à l'espoir fervent de l'Etre suprême ! Prière pro-\nfonde, amour du prochain, ténèbres de la mort, cieux qui racontent la\ngloire divine et sa toute-puissance, enfin superbe chant de contrition qui\nse termine en triomphante action de grâces, Busslied sublime et lui-même\n« pareil à l'âme d'un héros », tel est l'amour beethovénien, la grande\ntradition lyrique que la voix de Jan Reder évoque déjà dans les cantates\nreligieuses de Bach et dans les nobles avis du commandeur de pierre de\nDon Giovanni (car le petit Mozart a connu la grandeur), tradition du\ngrand art allemand, que le Beethoven vocal de Fidelio (i8o5) va renouveler\ndans l'ombre où son grand cœur est captif, et que retrouvera d'instinct\nle Schumann inspiré des Scènes de Faust. Comme la sculpture grecque\net la peinture italienne, la musique allemande est une chaîne tradi-\ntionnelle et lumineuse que se transmettent ces génies. C'est la mu ;ique\nmême.\nAux alentours de 1804, quand l'auteur prochain de YEroica livrait au\npapier réglé sa délicieuse sonate op. 31, n° 3, il confiait à Czerny son désir\nde s'engager enfin dans une voie nouvelle : Beethoven avait conscience des\nprogrès de son génie. Et ce mot, qui scandalise tant de petites vanités,\nn'effrayait point son juste orgueil... En ses quatre mouvements vifs, avec\nses lointains aériens et ses perspectives cristallines, l'op. 3i, n° 3, est la\nmélancolie d'un sourire ; il continue la Pastorale (op. 28) ; il est en mi\nbémol majeur, comme l'op. 7, plus vieux parce que plus jeune ; comme\nl'op. 27, n« i? dont la première ligne d'andante contient tout Beethoven ;\ncomme l'op. 81 a des Adieux, qui se passe de commentaire et qui chante\n•encore en notre souvenir! C'est la troisième sonate de la trilogie dite des\nZurichoises. Et c'est du pur Beethoven ! Ni Mozart ni Schumann n'exhalent\nmélodieusement cette lumière mélancolique comme le bonheur... Dans le\nmenuet (avant le trio célèbre qui dicta les Variations de M. Saint-Saëns),\nil est un chant d'une poésie suave, ineffable, et dont on demeure triste\npendant de longues matinées, quand le souvenir coïncide avec ces éclair-\ncies radieuses d'une fin d'hiver qu'on dirait baignée dans l'atmosphère de\nCorot... C'est bien là que « le son est le frère de l'âme » ! Et nous plai-\ngnons ces mathématiciens qui cherchent abstraitement la beauté musicale\nen se privant des vaporeux sentiments qu'elle provoque ! Ils oublient, ces\npuritains de la tablature, que l'amour naquit de la beauté.\nBeethoven ne l'oubliait point, quand il écrivait le trio op. 70, no 2 ! A\ntoutes les dates de son essor, Beethoven est infiniment varié, donc inégal\npour les snobs qui le voudraient continûment sublime... Beethoven est\nl'image de la nature à la fois terrestre et divine : il a des rayons et des\nombres, également splendides. Encore en 1809, l'auteur delà Pastorale et de\nY Ut mineur écrira donc cet élégant trio, contraste souriant avec 1 orageuse\nfantaisie du n° 1, qui répondait mieux à l'ame de Hoffmann. Décidément,\nla démarcation des trois manières n'a rien d absolu apparence\nchronologique... Beethoven, né sombre, n a jamais cessé d etre amoureux;\net comme nous disait, ce 9 mars, le poète Grandmougin, dans un à-propos\nrempli de généreuses intentions,\nUn espoir caressé le rendait triomphant.\nLes interprètes habituels de ces brillants vendredis qui vont\nparfaitement exprimé la transition des séances modernistes a 1 ait de\nÎBeethoven et le retour de l'expression violente à la forme expressive. On"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.40", "texte": "326\nLE MERCURE MUSICAL i-iv-06\n\nsait l'art profond d'un Jan Reder, la science poétique d'un dun\nM m.rt, indomptable vaillance élégante d'un Armand Parent MM Parent,\nVieux et Fournier se surpassent dans la désinvolture allee du . trto\ncordes . • pas un quatuor actuel de Paris ni meme d outre-Rhin, pas un\ntrio dans l'espèce, ne déploierait celte grâce étincelante comme des yeux\nbruns sous la poudre. Et le piano, petit orchestre en grisai le rapproche\ndeux natures diversement sympathiques dans l'unité d un bel effort volon-\ntaire, également couronné de succès. ■ a ■\nToujours sur la brèche, le profil penché sur le clavier dans une inflexion\ncharmante de force frêle et d'aspiration vers le mieux, 1 înlatigab e\nMile Marthe Dron, qui donnait carrière à sa jeune énergie dans le quatuor\nde Chausson le 2 mars 1906 avec une technique encore plus assouplie que\nle 27 janvier ioos, rivalise aujourd'hui de délicatesse fougueuse et d'ardente\ncertitude avec ses partenaires musiciens, MM. Parent et Fournier, dans les\ndeux sonates et dans le trio de 1800, à l'allegretto si finement cisele par\nun géant qui délaisse un instant le bloc de Michel-Ange pour la miette de\nCeliini. Dans Y op. 30, no 2, son phrasé, vivement aristocratique comme sa\npersonne, accentue le ton d'ut mineur, le coloris beethovénien, 1 orage\nlatent qui bouillonne sous les classiques mélodies chantées par 1 archet de\nParent, superbement en verve. Une ovation des plus flatteusement spon-\ntanées a dit àla modestie de Mll** Dron combien l'auditoire appréciait en\nelle la souplesse compréhensive et la studieuse intelligence de 1 interprète.\nUne telle interprète a le désintéressement d'une artiste : aussi bien s est-\nelle contentée de la musique d'ensemble, nous laissant sur le beau souvenir\nde l'op. ni et des Adieux ! Qu'il nous soit permis de regretter quelle\nn'ait pas abordé, cette année, le mélodique op. 110, qui passa très\ninaperçu sous les doigts d'une personne correcte dont il a mieux valu taire\nle nom... Car Mll® Dron s'adresse d'instinct à ces sommets musicaux qu elle\nse plaît à dompter, telles ces blanches Muses qui trouvent l'inspiration\nsous les cimes, à deux pas de la pureté des neiges.\nAvec moins de grâce nerveuse et de hautaine inquiétude, Mlle Andree\nGellée habite de préférence les vallons fleuris et les coteaux modères,\ncomme dirait Sainte-Beuve, qui ne songeait point aies dépasser ; dans un\nchoix heureux, c'est-à-dire avec une conscience avisée de sa nature,\nGellée s'attaque à la sonate difficilement radieuse entre toutes : après\n• 1 > £* 3\navoir très loyalement et très brillamment mesuré ses forces dans 1 op.\nsurnommé Y Aurore, elle vient de nous en fournir la pleine capacité dans\nle poétique op. 31, n° 3. Et les deux beaux rappels, qui saluaient 1 n\nau début de l'hiver, ont confirmé cette loyale exécution pianistique, lune\ndes plus complètes de la saison. Netteté lumineuse, égalité naturelle,\naménité solide et sérénité déjà puissante, éléments d'un style qui promet\net qui présage souvent l'exécution tout « objective »de MUe Blanche Selva,\nl'interprète essentielle de Bach ! De là, ces contrastes excellemment pon-\ndérés dans les nuances du scherzo. Peut-être le presto final se voudrait-il\nencore plus rythmique i Gomme deux physionomies différentes, dont les\n.qualités apparaissent par contraste, Mllos Dron et Gellée ont justement\nobtenu la gratitude nuancée des Beethovéniens.\nEn rappelant ces deux artistes de bonne et belle volonté, discernées par\nArmand Parent, qui a la main heureuse, il nous plaisait d'évoquer l'opinion\ndéfinitive de Richard Wagner sur Beethoven à propos du premier cente-\nnaire de sa naissance, il y a trente-six ans : « Beethoven arracha la musique\nà 1 influence de la mode et du goût changeants, pour la promouvoir à ce\ntype d'éternelle valeur et purement humain. Aussi la musique de Beethoven\nsera-t-elle comprise en tout temps, alors que la musique de ses prédéces-\nseurs ne nous demeurera, pour la plupart, compréhensible que par 1"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n327\n\ntermédiaire d'une réflexion historique... » Avant Richard Wagner, le poète\ndisait du poète :\nCe qui fait qu'il est dieu, c'est plus d'humanité ;\n11 est génie, étant, plus que les autres, homme...\nOr Beethoven est le poète souverain des sons. Et son humanité supé-\nrieure ne contient-elle pas tout le secret de l'immortelle jeunesse de son\nœuvre ?\n\nRaymond Bouyer.\n\nA PROPOS DE «DON PROCOPIO».\nWilly.\nL'ironie, petite muse très moderne, a fait rapidement son chemin. Intri-\ngante, elle asu s'introduire dans le logis de chacune de ses sœurs sacrées\net n'en est jamais sortie sans quelque larcin. Peu à peu, elle s'est établie,\nen fille pratique, construisant ses solides maisons de rapport en face des\ntemples de ses bienfaitrices. Voilà pourquoi nous possédons aujourd'hui\ntant de peintres excellents voués àla caricature, tant de solides talents\némiettés chaque semaine dans la grivoiserie facile des illustrés, tant de\nlyriques honteux en proie àla blague dont ils n'oseront jamais dépouiller\nla vaine et commode élégance. Et, comme la dixième Muse est une fine\nmouche, elle asu choisir si habilement ses prêtres, rendre son culte si\nattrayant que ses fidèles ont rempli le monde. Tout art doit donc compter\navec elle, lui céder une part de son domaine. Un seul a résisté, l'Art mu-\nsical !\nL'ironie musicale n'existe pas. On a mis en musique des parodies, des\nbouffonneries et de joyeuses excentricités, mais la musique elle-même n'a\npas subi cette amusante déformation raisonnée par quoi un Tristan Ber-\nnard et un Caran d'Ache ont conquis la gloire. Nous avons connu des ro-\nmances, des chœurs ou des duos plus ou moins légers ou bruyants, avec\nquelques outrances dans les nuances, mais ces duos, ces chœurs ou ces\nromances restaient absolument conformes aux traditions lyriques les plus\nconsacrées. L'opérette et l'opéra bouffe jouent très mal le rôle de carica-\ntures musicales : abstraction faite des paroles, toutes les partitions de ce\ngenre sont des partitions d'opéras italiens à peine modifiées. Les cavatines\nd'opérette ne présentent aucune différence essentielle (au point de vue\npurement musical) avec les cavatines du vieux répertoire italien, et la pen-\nsée toute nue d'un Offenbach n est pas plus gaie que celle dun Donizetti.\nC'est parce que l'humoriste est inconnu en harmonie et en contrepoint\nque le compositeur n'est pas encore né qui trouvera le moyen d exciter le\nrire du public par une page orchestrale de puissante ironie avant qu une\nseule parole ait été chantée. Faire « italien », tel est le dernier mot du\ncomique musical, telle est la règle qui a présidé àla composition de ce\nDon Procopio que M. Gunsbourg aeu la piété de monter au théâtre de\nMonte-Carlo avec un luxe étourdissant. - j i»\nCet opéra bouffe de Bizet n'ajoutera rien àla gloire de 1 auteur de\nCarmen, mais il démontrera la merveilleuse facilité mélodique et la natu-\nrelle élégance d'un musicien que nous n avions jamais vu souiire avec tant\nd'abandon."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.42", "texte": "328\nJ.E MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\nLES REVUES.\n\nRevue générale des Sciences. Revue des Deux Mondes.\nDans le numéro du 28 février 1906 de la Revue générale des Sciences,\nM. H. Bouasse, professeur de physique à l'Université de Toulouse, étudie\nles Gammes musicales au point de vue des physiciens. L'auteur déplore\nd'abord l'ignorance de la plupart des physiciens sur« lesparties les plus élé-\nmentaires de la théorie des gammes, des tons et des modes ». Et il se fait\nfort de montrer que « ces questions sont fort claires, à condition de ne pas\nles troubler par des considérations dénuées de tout intérêt pratique ».\nEcoutons-le :\n« D'après le résultat d'expériences objectives, où l'on mesure le nombre\ndes oscillations d'une corde vibrante, sans s'occuper de l'impression phy-\nsiologique du son qu'elle donne, on représente la hauteur par la formule :\noù P est la tension de la corde (en kilogrammes), le poids par mètre,\nsa longueur en mètres, g l'accélération de la pesanteur. »\nVoilà qui est bien dit, mais tous les musiciens, et les plus ignorants des\nphysiciens eux-mêmes savent que dans une telle formule N est le nombre\ndes vibrations par seconde. Pour dire que N représente la hauteur, il faut\nsavoir que la hauteur apparente dépend de la vitesse vibratoire seule, c'est-\nà-dire faire intervenir une notion subjective, et « s'occuper de l'impression\nphysiologique ». De plus, la formule citée est incomplète, et on ne voit pas\npourquoi N cesse ici d'être fonction du diamètre de la corde. Chacun sait\nqu'il fallait écrire :\nEt enfin, même réduite et simplifiée ainsi qu'on vient de voir, la formule\nne peut être déterminée expérimentalement : l'expérience donnerait pour\ng une valeur numérique plus ou moins approchée; seule la théorie peut\nintroduire la notion de l'accélération.\nAprès un tel début, on ne s'étonne pas de voir l'auteur adopter comme\nunité le savart, de manière à exprimer tous les intervalles consonants ou\ndissonants (i) de la musique par des nombres incommensurables ; puis\nretrouver « les fameux modes du plain-chant, dont nous avons tous ouï\nparler quand les Bénédictins ont quitté la France » (il était temps !) ; enfin\nprôner la gamme naturelle ou de Zarlino, fondée sur les harmoniques, et\nécarter le 7e harmonique pour la simple mais énigmatique raison qu'il « ne\ndonne rien d'utilisable ». Et on lui pardonne de traiter de haut en bas, avec\nune condescendante ironie, les recherches de MM, Cornu et Mercadier sur\nla valeur exacte des intervalles musicaux : si les conclusions des deux sa-\nvants peuvent être discutées, les résultats de leurs expériences sont inat-\ntaquables, et il s'agit de les expliquer, non de les nier. Espérons que le\nlivre sur les Bases physiques de la Musique, que nous promet M. Bouasse,\nsera écrit avec moins de désinvolture.\nDans la Revue des Deux Mondes du i 5 mars, M. Pierre Loti commence\nun nouveau roman, sous ce joli titre : les Désenchantées. Ce sont les femmes\nde nos bons amis les Turcs, qui s'éveillent dans leurs harems, et, dédai-\n\n(1) Excepté la triple octave de la tierce majeure. Singulier privilège !"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n329\n\ngneuses du narghilé et des confitures de roses, lisent Kant, Baudelaire et\nVerlaine (il n'y a donc plus de censure en Turquie)? Surtout elles s'adon-\nnent au charme de la musique ; hélas ! ce sont des claviers d'Erard que\npétrissent les petits doigts ambrés ; on « se passionne pour Gluck aussi\nbien que pour César Franck et Wagner », on déchiffre « les partitions\nde Vincent d'lndy » ; on joue à deux pianos « un nouvel arrangement\ndes fugues de Bach », que je voudrais bien connaître. Et l'héroïne, Zahidé-\nhanum, joue, à elle toute seule, « un concerto composé par elle-même » ;\npuis « un Nocturne, encore inachevé, qui date de la veillée précédente ».\nOn voit que la musique éclôt, sur les rives du Bosphore, avec une facilité\ntoute tropicale. Je n'ai cependant aucune envie d'entendre les petites\nélucubrations de la charmante Zahidé-hanum ; et je préfère à son Érard,\nmême lorsqu'elle y déchiffre Fervaalou (ou, peut-être,\nmoi sous V orme),le, chant enthousiaste des derviches tourneurs, ou la cla-\nmeur lumineuse du muezzin, ou une mélopée insaisissable de la longue flûte\nde roseau.\n\nLouis Laloy.\n\nLA MUSIQUE A NICE.\n\nOn décentralise.\nLa ra ta tzim boum boum ! En avant la réclame ; on décentralise, et les\njournaux annoncent : « Grande soirée de gala extraordinaire, première re-\nprésentation (création) de Sanga, drame lyrique COMPLÈTEMENT INÉDIT de\nM. Isidore de Lara. Cette grande première sera donnée avec M. Fugère,\nMme Ch. Wyns, etc. La presse parisienne y est invitée. Ce sera une nou-\nvelle (?) soirée de grand Art où se presseront toutes les notabilités artisti-\nques de Nice et de la côte d'Azur Les places s'enlèvent pour cette repré-\nsentation sensationnelle... » Barnum ne dirait pas mieux.\nDe l'inédit est toujours intéressant ; j'ai donc assisté à cette première\nsensationnelle. Elle avait lieu le lendemain d'un veglione. En entrant, je\ntrouve l'Opéra encore décoré de guirlandes vertes, blanches et roses. Cette\nverdure artificielle me fait penser malgré moi à une exposition de bœufs\ngras ou à un étalage de têtes de veaux. Le public est nombreux dans les\nloges, et dans la salle beaucoup de dames élégantes. L une d elles, assez\njolie, occupe le fauteuil voisin du mien. Elle est arrivée avec un petit air\ndécidé qui promet. Telle la princesse de Metternich, elle s apprête à déchi-\nrer ses gants pour applaudir. Elle a senti en moi un ennemi. Nous nous\nmesurons du regard, et c'est moi qui baisse les yeux (je suis timide). Ce\npremier succès l'engage à parler la première : « C est un très bel ouviage\nque Ton va jouer, impose-t-elle. Comme il est inédit, il ne sera guere\npossible d'en juger qu'à la fin. Pas du tout, dit-elle très vite; le sujet,\nd'abord, est nietzschéen... Un reporter parisien le disait tout a 1 heure. » Je\nm'incline; elle continue : « C'est d'une très haute portée philosophique.\nOù ne puis-je m'empêcher de murmurer, la philosophie va-t-el e se\nnietzscher !... Une plaisanterie n'est pas un argument L'homme est\nplus grand que la Nature, Vigord le chante au dernier acte. Vigord ....\nOui ; c'est Fugère, ou plutôt Fugère c'est Vigord ;ou pour mieux dire\nVigord est un fermier avare qui veut marier son fils avec sa niece.\ncomme ce fils, Gian ou Jean, je ne me souviens plus, préféré Sanga, une\nfaneuse à la journée »"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.44", "texte": "330\nLE MERCURE MUSICAL i-iv-oô\n\nMais l'orchestre a commencé en la mineur. « Le motif de la Mon-\ntagne », me souffle-t-elle. Décidément elle est bien renseignée !\nCe leit-motif orographique est immédiatement suivi d'un air de mazurka\nlourdement modulé, et le rideau se lève sur un charmant décor qu'inondent\nles rayons ardents d'un soleil de messidor. La scène est envahie de gerbes\nque les moissonneurs jettent dans une batteuse. Dans beaucoup de détails\nde ce ier acte on sent l'influence du drame réaliste moderne, compliqué de\nsymboles, tel que l'a réalisé M. Bruneau. Je ne vous cacherai pas cepen-\ndant que je préfère la musique de l'auteur de Messidor.\nLe Vigord susnommé entre en scène, vêtu d un complet gris, et bientôt\nl'assemblée fait cercle autour de lui. Il s'avance sur le bord de la scène,\nface au public.\n« La chanson de Jean-le-Grain » chanson à la fois symboliste et réa-\nliste avec des unissons, des effets sous tous les mots, quelque chose dans\nle genre du Credo de lago. On bisse. Ma voisine me regarde triomphale-\nment : « Ce n'est pas mal, condescends-je. Pourvu que ça continue... »\nAprès tout je ne demande pas mieux que cela continue, d'autant plus\nqu'une entente cordiale n'aurait rien de déplaisant avec mon interlocutrice.\nEt puis il faut être indulgent, on décentralise\nMalheureusement voilà que ça se gâte. Sanga et Jean (ou Gian) rappel-\nlent leurs serments qui ont eu la montagne pour témoin (motif de la Mon-\ntagne), et lèvent la main pour jurer (motif de Manon : N'est-ce plus ma\nmain...). Tout à l'heure, après un « La pile monte et s\"écrouoiiououle en cas-\ncaajaade... », deux gammes descendantes et descriptives en triples croches,\nnous avions déjà eu un motif doucereux du Grillon (toujours lui ! lui par-\ntout !...) qui avait fait pousser des petits gloussements de plaisir à ma voi-\nsine : « Des sons résultants », eût hasardé Helmholtz. Maintenant voici les\ntrombones qui commencent pour ne plus cesser. Grâce à eux, cet opéra\nfera beaucoup de bruit jusqu'à minuit. Le fermier surprend les amoureux,\nse met en colère, et au galop le récitatif n'est même plus mesuré —en\nflanque un (galop) à Sanga, qu'il met à la porte. Mais la belle fille est galop-\nphobe et, comme Jean ne s'est pas donné la peine de la défendre, elle s'en\nva en maudissant tout le monde. C'est une personne qui a très mauvais\ncaractère. Ma voisine est beaucoup moins farouche ; nous causons.\n« J'aime le grand Art, Moi. Mon mari, Lui, est à la redoute. Que\npensez-vous de la décentralisation ?... »\nUn journaliste a interviewé M. de Lara, et, après lui avoir fait dire de\nquel dentifrice il se servait, lui a posé la question: « Que pensez-vous de\nNice, centre d'art ? Mais c'est la ville unique, a répondu le musicien,\nunique ! » Il serait vraiment ingrat s'il pensait le contraire.\n« Vous allez voir au dernier acte... —Au troisième?— Non, au second,\nle dernier. Cependant il yen a trois d'annoncés ? ! C'est-à-dire qu'il\ny a encore deux tableaux... » Tiens, tiens, mais il y a presque tromperie\nsur la marchandise vendue Après tout, puisqu'on décentralise 1\n« Donc, au dernier acte ?... Les librettistes et le musicien sont tout\nà fait wagnériens et s'inspirent surtout de l'Etranger. Hum ! J'ai bien\npeur que 1 art de M. Vincent d'lndy ne leur soit totalement étranger —•\nAssez !Ilya là un effort sérieux, louable, respectable. Mais, au lait,\naimez-vous 1 Etranger ? Ah non !en voilà de la musique assommante !\nMais alors puisque Sanga s'en inspire Vous êtes absurde !» La\npetite femme s'énerve ; je me tiens coi et lis la partition qu'elle a apportée\navec elle.\nivl. de Choudens a établi une nouvelle fabrique de livrets à l'usage des\ncompositeurs en quête de débuts et d'éditeurs complaisants. Ses procédés\nde fabrication sont periectionnés et très modernes. Imaginez une sphère"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n331\n\ncreuse, mobile sur un axe horizontal. Dans cette boule des personnages,\ndes décors, de la prose rythmée, des milieux, des époques, des symboles et\ndes catastrophes variées. On fait tourner rapidement l'appareil, et on l'ou-\nvre brusquement : il sort un livret d'opéra. Cette fois M. E. Morand a\nassuré une partie de la responsabilité du poème en collaboration. Dans\nSanga, en somme, il y a bien eu effort de part et d'autre. Mais voilà, il ne\nsuffît pas de vouloir (Cf. La Fontaine, Fables, livre ler, la Grenouille..., etc.},.\net ce que nous entendons à partir du 2e tableau est une effroyable tatouille.\nD'abord le compositeur, tout comme Weber, Berlioz, Meyerbeer et autres\nréformateurs de l'instrumentation, fait à son tour son petit bouleversement.\nAvant lui la batterie, grosse caisse, cymbales, tambour, triangle, etc., n'inter-\nvenait qu'accidentellement. Il a changé tout cela. Ce sont ces instruments\nqui forment le fond de son orchestre, et les violons ne sont plus qu'acces-\nsoires. C'est assurément original, mais un peu gênant pour les auditeurs,\nqui ne sont pas sourds. Ils risquent de le devenir complètement au deuxième\ntableau, où un orage violent trouble un sommet des Alpes (décor réussi).\nUn orage non moins violent gronde dans l'âme de Sanga, qui, comme un\nvulgaire pope, veut tout chambarder. Elle adjure la Nature d'accomplir\ncette tâche. C'est Mlle Charlotte Wyns qui remplit le rôle de l'émule du\npope. Il est d'une tessiture un peu trop élevée pour elle. Elle ne le chante\npas moins avec un incroyable enthousiasme, le confondant avec certains\nautres où l'interprète offre le principal intérêt. C'est ainsi que dans la\nTosca, où elle est très belle, le drame de M. Sardou réduit à 3 actes\nn'existe plus ; la musique existant peu, il ne reste plus qu elle. Elle imite\nun peu en tout cela M^e Emma Calvé, qui a pousse 1 admiration de 1 auteur\nde Sanga jusqu'à écrire un livret pour lui. Cela s appellera le Nil (dans nil\nil y a nihil) \\ et avec les six ouvrages précédents du compositeur nous\naurons ainsi les sept enfants de Lara.\nMais je m'aperçois que j'ai beaucoup baissé dans 1 estime de ma voisine»-\nElle hasarde encore: « M. de Lara est très apprécié à Monte-Carlo, où ses\nouvrages, première manière, ont plusieurs fois représenté dignement 1 ait\nmusical. Sa dernière manière est très personnelle. En effet, dis-je à mon\ntour, cela n'appartient plus à aucune école, pas même à la monégasque.\nCette dualité de l'artiste eût permis à Aurélien Scholl de lui composer une\népitaphe dans le genre de celle qu'il fit pour les Concourt : « Ici dort deux\nLara : L'art à Montecarlo et Laratatouille. » Ma voisine levée indi-\nen ée pour aller s'asseoir à côté d'un autre monsieur. Et les événements se\nprécipitent. La Nature, pour faire plaisir à Nietzsche et à Sanga, démo ît\ntout, inonde tout, et au dernier tableau de plus en plus réussi comme\ndécor, nous voyons une immense nappe d'eau d'où émergent un clocher\net le toit de la ferme où régnait le fermier Vigord. Celui-ci, rendu fou par\nle désespoir, s'est réfugié avec son fils et sa niece sur ce toit. « Pas moyen\nde faire danser un ballet là-dessus, » murmure quelqu un. Sanga, condui-\nsant une barque, vient sauver son amoureux. Mais celui-ci ne veut pas\nêtre sauvé parce qu'elle a repoussé son père qui est en train de barboter\nau fond de l'eau. Pour évoquer le spectre _de ce machabee dement, e\ncompositeur a une inspiration géniale :il fait jouer le motif du grain\npar un xylophone ! Enfoncée la danse macabre ! .\n.. Mais je cherche du regard mon ex-voisine Elle est en train de\ns'esquiver avec son nouveau voisin. J'ouvre de grands yeux, et une voix\nironique fredonne derrière moi : « Ah ! mon cher, que vous etes nai .....\nVous oubliez que vous êtes à Nice. Vous avez pris pour argent comptant\nl'enthousiasme de cette jolie personne. Mais elle se moque de Sanga et d\ntoutes les musiques. Elle aussi voulait faire sa petite décentralisation ; elle\nl'a faite avec le plus conciliant. » Honteux et confus, je regarde le fauteuil"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.46", "texte": "332\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-06\n\nvide et i'v aperçois la partition fatiguée qu elle a oubliée et que j avais deja\nfeuilletée J'ouvre àla première page, et j. 1» ce titre : « Ma,a, opéra de\nM Isidore de Lara ». « Mais alors ?... »> murmure-je abasourdi. « Eh oui,\ncontinue la voix, c'est sous ce titre que Sanga a de,a ete ,ouee a Oovent\nGarden, si mes souvenirs sont précis ; et il y reçut un accueil plutôt froid.\nIci on l'acclame. >» Et dire qu'elle le savait, tout cela... Ah ! décidément\nl'homme est peut-être plus fort que la nature, mais la îemme est p us forte\nZim ba la boum, pa ta pouf, outre! boufre ! L'orchestre fait encoie un\npeu de tapage pendant que le toit s'écroule et que la barque, bnsee a coups\nde hache par le ténor, s'enfonce peu à peu. Tous les personnages étant au\nfond de l'eau, l'opéra nietzschéen est forcément terminé.\nAh ! on ne s'ennuie pas tous les soirs à Nice quand on\n\nEdouard Perrin.\n\nLA MUSIQUE A MONTE-CARLO\n\nA Monte-Carlo. L'Ancêtre. Don Procopio. MI de Belle-Isle. Don Carlos.\nJe suis un peu en retard pour vous parler de Monte-Carlo. Mais, bien\nque la Principauté soit à 25 minutes seulement de Nice, elle est morale-\nment si loin de nous... Et puis, comme je l'ai déjà dit, les solennités\nmusicales auxquelles on y assiste ne présentent qu'un intérêt relatif à cause\nde leur caractère presque privé. Il n'y a là qu'une seule catégorie de\nspectateurs, comme il n'y a qu'une seule catégorie de places à vingt\nfrancs. Les soirs de grandes premières de simples fauteuils se paient\ncinq louis. N'y assistent donc que les milliardaires qui, à Monaco,\nseuls comptent et peuvent dire : je dépense, donc je suis. La critique pari-\nsienne, il est vrai, y est invitée. A ce sujet reportez-vous simplement àla\npage 285 du Mercure Musical et relisez les lignes de M. G. Vanor\nauxquelles il n'y a pas un mot à changer. Monte-Carlo est comme un\nWalhall inaccessible où trônent des Niebelungen en possession de l'an-\nneau. Le jeudi ont lieu des concerts classiques célèbres. L'orchestre qui\nles donne n'est composé que de musiciens d'élite ; il est donc parfait et ses\nprogrammes sont souvent très heureusement composés. Mais M. Jehin,\nqui est un artiste, n'éprouve-t-il pas quelque regret et même quelque dépit\nquand il lit les comptes rendus de ses concerts, faits à l'avance par des\nemployés du Casino, pour la plupart incompétents, confondant facilement\nMoszkowski avec Moussorgski ? N'est-il pas ennuyé d'entendre dire inva-\nriablement de lui comme le héros du conte de Voltaire : « Ah ! son mérite\nest extrême », et cela toujours sur le même ton ? Ne sent-il pas que toutes\nles notes maladroites envoyées aux revues et aux journaux complaisants\nlaissent sceptiques les lecteurs intelligents ? Ces concerts, dont l'entrée\nétait autrefois de trois francs, augmentée aujourd'hui à cinq francs, ali-\nmentent la caisse des pauvres (il y a donc des pauvres à Monte-Carlo ?). Ce\nmême but de charité est invoqué lorsqu'il s'agit de premières représen-\ntations. Elles ont lieu au profit de la caisse de secours des diverses colo-\nnies et sous le patronage du Prince. Mais le but réel poursuivi est tout\nautre. Monaco n'existe que par les jeux. Il faut donc attirer et distraire\ndes joueurs et des joueurs sérieux. Pour cela on accapare les attractions"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n333\n\nprincipales du jour ; les ballons dirigeables, les canots automobiles, les\nacteurs en renom, les musiciens réhabilités et enfin les membres de l'lnsti-\ntut.\nM. Saint-Saëns est un grand musicien. C'est aussi un grand enfant. Il se\nlaisse appeler cher confrère par Son Altesse Sérénissime, ce qui est très\nflatteur pour le prince, il se promène comme un collégien en vacances\ndans les splendides jardins de la Principauté, croyant sans doute se re-\ntrouver à Funchal ou à Las Palmas ; il joue sur les grandes orgues de la\ncathédrale, exécute des concertos de piano aux séances du jeudi ; il se mêle\nensuite aux musiciens de l'orchestre et fait modestement sa partie de\ncrotales, joyeux d'exciter partout la curiosité, l'admiration et la sympathie.\nEnfin pour complaire à son hôte, il compose et fait représenter\ndrame lyrique en 3 actes, dont M. Augé de Lassus a écrit le livret. Je\nrespecte trop l'éminent auteur de Sa pour me livrer à des\nplaisanteries faciles sur ce mot : l'ancêtre, en le lui appliquant. Je ne dirai\npas non plus en parlant d'Hélène : « Après Agésilas... » bien que\nd'autres l'aient dit déjà depuis Etienne Marcel ; je ne sais non plus si je\ntrouve Y Ancêtre supérieur à Hélène, mais quand j'entends l'un je pré-\nfère l'autre, et vice versa. Cela vient de ce que le musicien n'a cessé\nd'être lui-même : un génie latin, clair et puissant. Si vous écoutez Ja\nmusique de sa dernière œuvre, vous ne serez jamais ennuyé, toujours\nintéressé, souvent charmé, rarement ému. Ce qui vous plaira encore,\nc'est l'orchestre dont la plénitude n'est pas l'épaisseur de certains autres,\nnéo-wagnériens, à base gluante de cor anglais.\nL'Ancêtre est une vieille grand'mère corse presque aveugle du nom de\nNunciata. C'est Mme Litvinne qui en a tenu le rôle de façon très drama-\ntique. Le petit-fils de Nunciata, Léandri, a été tué mystérieusement et\nl'Ancêtre, malgré les efforts d'un ermite pacificateur, jure de le venger,\ndans un vocero très vanté, mais auquel je ne trouve pas suffisamment de\npuissance farouche. Elle confie le soin de cette vengeance à sa petite-fille\nVanina (M'Ie Charbonnel) qui aime Tebaldo (M. Rousselière), l'assassin de\nLéandri. Mais Tebaldo adore de son côté Margarita, sœur de Vanina.\nCelle-ci malgré la jalousie qui la dévore, ne peut se résoudre à tuer celui\nqu'elle aime et laisse tomber son fusil. L'Ancêtre s'en empare et tire un peu\nau hasard, et c'est sa petite-fille quelle atteint, croyant avoir tue son\nLe rôle de l'ermite était chanté par M. Renaud, et MUe_ Farrar a été très\nadmirée dans celui de Margarita. Décors signés Visconti ; mise en scene\nGunsbourg. Il est d'usage de dire que l'un et l'autre sont admira es ; je\nme conforme à l'usage. „ .. ,\nQuelques jours avant la création de VAncetre avait eu lieu la p. emlere\nreprésentation de Mlle de Belle-Jsle,comédie lynque de M- Pau Milliet,\nmusique de Spiro Samara, interpretee par M\"es Cav ie Roje\nMM. Bassi et Renaud. Tout le monde connaît la\npère, qui fit tant de bruit aux premiers jours du roman\nqui vient d'y être ajoutée a pour auteur un Hellene et elle est très italienne.\nE E»SÏ IT™ a eu lieu la eréa.ion de Don £\n, actes de Georges Bizet et s-= envo, de\nSns'blâmër'M.' Bi.et d'avoir M.\ncelui-ci ayant oublié de le déposer à la biblio-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.48", "texte": "334\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\n\nw An II parvint ainsi, en 1895, sous les )eux de Car-\ndécida de monter Don Procopio k l'Opéra-Comique avec une\ntraduction en vers de Louis Gallet. Les événements empecherent ce pro,e,\nd'aboutir. La version donnée à Monte-Carlo est de MM au o met\nPaul Berel aidés pour l'adaptation musicale par M. Ch. Malherbe.\nTe sujet de cet opéra bouffe est très ancien. Il existe un Don Procopio,\nmusique de Tritto, datant de 1782, ce qui ne veut pas dire que le livret ne\noit pas antérieur, sa ressemblance avec certaines comedies du temps de\nMolière le ferait supposer. En >845 on trouve encore un Don Procopto,\nmelodramma buffa de Carlo Cambraggio.\nDon Procopio est un vieil Harpagon à qui un autre avare, Andronico,\nvoudrait faire épouser sa nièce Bettina. Naturellement la jolie fi e préféré\nun beau çarcon nommé Odoardo. Sa tante Eufemia et son frere Ernesto\nse liguent avec elle pour se moquer de Don Procopio, a qui la jeune fille\napparaît sous un très vilain jour. Grâce à ce stratagème, le vieil avare, crai-\ngnant pour ses écus, se retire et cède la place à Odoardo.\nMalgré sa date, malgré son vieux style très italien, ses ensembles et ses\nroulades, la musique de Bizet ne manque ni d'originalité ni d intérêt. Elle\npourrait en tout cas apprendre utilement à nos modernes auteurs d opé-\nrettes qu'un opéra bouffe ne se compose pas nécessairement de valses, de\npolkas et de quadrilles. Le succès obtenu par cette œuvre de jeunesse est\ndû, malgré tout, au nom du musicien célèbre dont ce fut le début dans la\ncomposition dramatique, et à une interprétation intelligente ou figurent\nMM. Jean Perier, Rousselière, Bouvet, Chalmin, Mllcs Pornot et Morlet.\nPour terminer cette rapide revue de la saison d opéra à Monte-Carlo, je\nparlerai encore de la reprise du Don Carlos de Verdi, chanté par Mle Far-\nrar, MM. de Marchi (Don Carlos), Renaud et Chaliapine (Philippe 11),\nl'orchestre étant dirigé par le maestro Brunetto. De cette partition (1867)\ndate l'évolution de Verdi et de la musique italienne. A ce titre elle mérite-\nrait une étude approfondie qu'il serait oiseux d'entreprendre aujourdhui.\nJe crois inutile d'ajouter que toutes ces œuvres sont montées par\nM. Gunsbourg avec un luxe de décors et de mise en scène que permettent\nd'ailleurs les bénéfices réalisés au trente et quarante, et en cela les comptes\nrendus officiels ne sont pas menteurs. Mais combien tous ces dnecteurs\nde théâtre ont tort de croire que le public se fie à ces comptes rendus ingé-\nnument dithyrambiques qui frisent le ridicule, et comme ils sont naïfs de\nredouter ou de négliger les appréciations indépendantes et sincères de ce\nqu'ils appellent dédaigneusement les petites revues ! Ils ne se rendent pas\nsuffisamment compte que nos jugements seuls sont pris au sérieux par le\npublic éclairé, et qu'à l'heure des liquidations définitives ils ne passeront\npour des grands hommes qu'autant que nous l'aurons dit.\n\nEdouard Perrin.\n\nCOURRIER DE LILLE.\n\n• • • _\nLe 25 février dernier, l'Association symphonique donnait son troisième\nconcert de la saison, Au programme, l'ouverture du Freischiïtz, la septième\nSymphonie en la majeur, Y Apprenti Sorcier de Dukas, la Rapsodie norvé-\ngienne de Lalo, et M J. Raunay dans le récitatif et l'air du troisième acte\nd'Alceste, la Chanson perpétuelle de Chausson et la cavatine des Noces de\nFigaro.\nMme J. Raunay était peu connue à Lille jusqu'à ce jour, aussi a-t-elle\nremporté un grand succès, si mérité par la beauté de sa voix, la noblesse\nde sa fière attitude, et son intelligence musicale dénuée de cabotinisme."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n335\n\nGortot s'impose de plus en plus au public étonné et charmé de tant de\npuissance sobre, de tant d'autorité sur son orchestre, de tant de respec-\ntueuse intelligence dans l'interprétation des œuvres qu'il conduit. L'Ap-\nprenti Sorcier a séduit les Lillois du premier coup, malgré ce qu'il peut\navoir de difficile à une première audition, et ils ont été enlevés par ce\nrythme étourdissant, cette gaieté bouffonne, cette allure endiablée et, di-\nsons-le, cette clarté lumineuse qui colore le poème fort touffu de Goethe.\nL'exécution excellente montre ce que Ton peut attendre d'un orchestre\ndiscipliné et souple, et je sais plus d'une Association symphonique en\nprovince où l'on n'oserait se hasarder à jouer une pièce aussi difficile à\nexécuter qu'à conduire.\nDe pareilles auditions ne vont pas sans soulever après elles, d'une part,\nles louanges et les encouragements, d'autre part, la jalousie et l'envie, et\nce serait un tableau bien curieux que de faire en quelques pages l'histoire\nde la critique en province, et où on montrerait ce mélange de vrai savoir,\nde science documentée, et aussi à côté de suffisance, d'ignorance, de\n« m'as-tu vu » musicastres.\nLa Société des Concerts populaires avait, le 18, donné une seconde au-\ndition d'Harold en Italie, où l'alto solo Queste avait joué à merveille cette\npartie concertante d'une œuvre bien ancienne et bien démodée.\nPierné vient en mars conduire la Croisade des enfants et ce sera\nencore là une belle journée artistique.\nColonne avait, le 17, donné un troisième concert par abonnement, pot-\npourri éclectique, où, à côté de la 5e Symphonie de Beethoven qui a été\njouée entièrement, se voyaient les fragments d'une Symphonie de Mozart,\net le seul allegretto d'une Symphonie de Brahms. Excellente exécution\nd'ailleurs, mais qui ne doit pas nous étonner (il ne manquerait plus que\ncela, étant donnée la valeur du chef !) mais curieux programme, où en tête,\npour bien convaincre le public que c'était bien l'orchestre Colonne, on\navait énuméré soigneusement les noms des musiciens de l'orchestre. La\nfoule se méfiait donc?\nLa Société d'lnstruments à vent, fondée etdirigée par M. Bouillard, le si\nremarquable flûtiste, a donné sa 4e séance le 4 mars, devant un public de\nchoix. Ce fut une journée charmante : au programme un sextuor de\nBeethoven, un trio du même pour flûte, clarinette, cor anglais dont Bouil-\nlard enleva le scherzo d'une façon ravissante, un quatuor de Mozart avec\naccompagnement d'orchestre, un peu long; Mlle Louvois y joua avec au-\ntorité et intelligence le Poème des Montagnes de d'lndy. C'est une excel-\nlente artiste, et Bouillard un vrai musicien.\nL'abondance des matières nous oblige\nles correspondances de Lyon, Nantes,\n\nH. G.\n\nECHOS.\nUne lettre de C. Saint-Saëns.— On sait que, le 14 février derniei, à\nla Chambre, M. L. Levraud, député, interpella le gouvernement sur la\ngestion de l'Opéra-Comique. Il cita, au sujet de la réception des pièces\ndans ce théâtre national, le cas, notamment, des compositeurs Camnle\nSaint Saëns, Sylvio Lazzari et Auguste Chapuis. ,\nLa lettre et le télégramme ci-dessous ont ete adresses depuis, par\nM. Saint-Saëns, à M. Levraud :"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060401-01.1.50", "texte": "336\nLE MERCURE MUSICAL I-IV-OÔ\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de LibrairiB«\n\nPalais de Monaco.\n19 février 1906.\n« Cher Monsieur,\n« Je viens d'apprendre que vous avez parlé à la Chambre de la\n« Jaune et de ses malheurs ; je vous suis très reconnaissant d'avoir pris la\n« défense de mes droits injustement méconnus.\n« Agréez l'assurance de ma haute considération.\n« C. SAINT-SAËNS. »\nMonaco, 23 février, 5 h. 20.\n« M. Levraud peut disposer de ma lettre.\n« SAINT-SAËNS. »\nSchola Cantorum. Le mercredi 4 avril, à 9 h., aura lieu, à la\nCantorum, la 2e audition annuelle des grandes œuvres de piano et d'orgue\nde César Franck, par Mlle Blanche Selva et M. Gustave Bret. Au pro-\ngramme, en plus des trois Chorals d orgue, de Préludé, Choral et Fugue,\nPrélude, Aria et Filiale, figure une Danse lente, tout récemment retrouvée\net publiée.\nMondanités. —Le Cœur du Moulin,de Déodat de Séverac, a été joué\ndevant un auditoire choisi d'amateurs, dans les salons de M. Sérieyx. Nous\nne nous croyons pas le droit de dire encore tout le charme poétique et pro-\nfond de ces deux actes que l'Opéra-Comique nous promet pour bientôt.\nMais qu'il nous soit permis au moins de féliciter Mlle Selva, qui asu tra-\nduire l'orchestre au piano avec une puissance et une vérité d'accent mira-\nculeuses.\nM. Edouard Risler nous promet pour le 24 de ce mois un concert où la\nSonate pour piano et violon de Th. Dubois voisinera agréablement avec la\nSonate en sol majeur de Beethoven pour piano et violoncelle et le premier\ntrio de Saint-Saëns.\nLaïcisons les orgues, s'écrie, dans YA du 5 mars, M. Charles Beau-\nquier, député du Doubs. Et, dans un transport d'éloquence, il traite de\n« boîte cléricale» l'école Niedermeyer, d'où sortit M. Gabriel Fauré, direc-\nteur du Conservatoire. Quand donc ces gens-là auront-ils fini de sauver la\nRépublique ?\nSociété philharmonique. Les belles et inoubliables séances d'art pur\nque nous a offertes l'an dernier la Société Philharmonique de Paris, et au\ncours desquelles l'illustre Maître Joseph Joachim et son Quatuor ont exé-\ncuté intégralement les quatuors de Beethoven, vont avoir un lendemain.\nEn effet, nous apprenons que l'illustre violoniste, Directeur du Conser-\nvatoire de Berlin, doit prochainement arriver à Paris.\nIl sera accompagné de ses partenaires de quatuor, MM. les Professeurs\nCari Halir, Emmanuel Wirth et Robert Hausmann. Ces incomparables\nartistes donneront à la Société Philharmonique de Paris, 8, rue d'Athènes,\nles 2, 3, 4, 6 et 7 avril, une série de cinq concerts qui seront en quelque\nsorte, dans leur ensemble, un résumé de l'histoire du quatuor."}]}