{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_sha256": "79634894413513ac56cb795ee0f48e5c14f49f8335b6d26b1e83a2443e35e6b5", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/05/01_01/bmtnabh_1906-05-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/05/01_01/bmtnabh_1906-05-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.1", "debut_caractere": 477, "fin_caractere_exclue": 1002, "texte": "Sommaire\nGEORGES D ESPAGNAT Composition inédite pour Simone, de Remy\nde\nCH. LÉANDRE... Miguel\nREMY DE GOURMONT Simone,—\nBARON DE TRÉMONT...... Une visite à Beethoven.\nJEAN MARNOLD —. Les\nRiemann (suite).\nMARTIAL TENEO Miettes\nREVUE DE LA QUINZAINE\n'—;\nJean Marnold : Gerolsteini ana. —C. de Malaret, Ch. Chambellan, Paul Duhot,\nI Louis Laloy : Les Concerts,- Louis Laloy :\nL. L. : Revue des Revues. Jacques Rivière : La musique à Bordeaux.\nWilliam Ritter : La musique tchèque. A. G. : Courrier de Lyon.\nCorrespondance. Echos."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.2", "titre_corps": "UNE VISITE A BEETHOVEN", "titre_sommaire": "UNE VISITE A BEETHOVEN", "signature_source": "Publié par Jean Chantavoine", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "UNE VISITE A BEETHOVEN\n\nLe récit qu ou va lire est emprunté aux six volumes de notices et souve-\nnirs manuscrits laisses a la Bibliothèque Impériale, devenue Bibliothèque\nNationale, par le baron de Trémont. Le baron de Trémont (1779-1852),\nd abord auditeur au Conseil d Etat sous Napoléon ler, puis préfet de\n1 Aveyron, retiré ensuite a Paris et a Saint-Germain, était un amateur,\ncollectionneur, et dilettante passionne. A sa mort, il fit fonder deux prix par\nl'Académie des Beaux-Arts, en même temps qu'il léguait ses notices à la\nBibliothèque. Il avait su réunir une magnifique collection d'autographes,\nqui fut malheureusement dispersée dans des ventes publiques, et dont les\ndébris subsistent seuls, parmi les volumes de notices laissés par lui à la\nBibliothèque. Ses souvenirs sur Beethoven comptent parmi les plus inté-\nressants qu'il ait consignés. En voici les principaux passages :\nJ admirais son génie et je savais par cœur ses ouvrages lors-\nqu'en 1809, étant auditeur au Conseil d'Etat et Napoléon fai-\nsant la guerre l'Autriche, je fus chargé d'aller lui porter le\ntravail du Conseil. Malgré la promptitude de mon départ, je\npensai que si l'armée s'emparait de Vienne, je ne devais pas\nnégliger l'occasion d'y voir Beethoven. Je demandai une lettre\npour lui à Chérubini : « Je vous en donnerai une pour Haydn,\nme répondit-il, vous serez le bienvenu de cet excellent homme ;\nmais je n'écrirai point à Beethoven ; j'aurais à me plaindre\nqu'il n'ait pas reçu quelqu'un de recommandé par moi ; c'est\nun ours mal léché. »\nJe m'adressai à Reicha : « Je crains, me dit-il, que ma lettre\nne vous serve à rien. Depuis que la France a été constituée en\nempire, Beethoven déteste son empereur et les Français au\npoint que Rode, le premier violon de l'Europe, passant par\nVienne pour se rendre en Russie, est resté huit jours en cette\nville sans pouvoir parvenir à être reçu par lui. Il est sauvage,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.8", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "humoriste, misanthrope, et pour vous donner une idée du peu\nde cas qu'il fait des convenances, il me suffira de vous dire que\nl'impératrice (princesse de Bavière, 2e femme de François II)\nle fit prier un matin de passer chez elle ; il répondit qu'il serait\noccupé toute la journée, mais qu'il tâcherait d'y aller le lende-\nmain. »\nCet avertissement me donna la certitude que je ferais de vains\nefforts pour connaître Beethoven. Je n'avais ni réputation ni\ntitre aucun à faire valoir ; je devais en être d'autant plus\nrepoussé que j'entrais à Vienne canonnée pour la seconde fois\npar l'armée française, et, de plus, j'appartenais au Conseil de\nNapoléon. Pourtant je voulus le tenter. Je me rendis chez\nl'inabordable compositeur, et pensai à sa porte que mon jour\nétait mal choisi, car, ayant une visite officielle à faire, j'avais\nle petit costume du Conseil d'Etat. Par malheur encore, il\nlogeait sur les remparts, et comme Napoléon avait ordonné\nleur destruction, on venait de faire poser la mine sous ses\nfenêtres.\nSes voisins m'indiquèrent son logement. « Il est chez lui, me\ndirent-ils *, mais il n'a point de servante en ce moment, car il en\nchange à chaque instant, et il est douteux qu'il veuille ouvrir. »\nJe sonnai trois fois, et j'allais m'en aller, lorsqu'un homme fort\nlaid et à l'air de mauvaise humeur ouvre et me demande ce que\nje veux : « Est-ce M. Beethoven auquel j'ai l'honneur de par-\nler ? Oui, Monsieur, mais je vous préviens, me dit-il en\nallemand, que j'entends très mal le français. Je n'entends\npas mieux l'allemand, Monsieur, mais mon message se borne à\nvous apporter de Paris une lettre de M. Reicha. » Il me regarde,\nprend la lettre et me fait entrer. Son logement n'était, je crois,\ncomposé que de deux pièces. La première contenait une alcôve\nfermée où était son lit, mais petite et obscure, de sorte qu'il\nfaisait sa toilette dans la seconde chambre ou salon. Représen-\ntez-vous ce qu'il y a de plus malpropre et de plus en désordre :\ndes flaques d'eau couvrant le plancher; un assez vieux piano à\nqueue sur lequel la poussière le disputait à des monceaux de\nmusique manuscrite et gravée. Dessous (je n'exagère rien), un\npot de nuit non vidé. A côté, une petite table de noyer qui était\nhabituée à ce [que] l'écritoire qu'elle portait fût souvent renver-\nsée ; une quantité de plumes encroûtées d'encre et à côté des-\nquelles les proverbiales plumes d'auberge eussent été excellen-\ntes ; et encore de la musique. Les sièges, presque tous de\npaille, étaient couverts d'assiettes avec les restes du souper de\nla veille et des vêtements, etc. Balzac ou Dickens continueraient\ncette description pendant deux pages et en emploieraient autant\nà vous décrire le signalement et le costume de l'illustre compo-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2658, "texte": "siteur ; mais comme je ne suis ni Balzac ni Dickens, je me borne\nà ceci: j'étais chez Beethoven.\nJe ne parlais guère que l'allemand de grandes routes, mais\nje le comprenais un peu mieux. Il n'était pas plus fort sur le\nfrançais. Je m'attendais à ce qu'après avoir lu ma lettre il me\ncongédierait et que la connaissance finirait là. J'avais vu l'ours\ndans sa cage, c'était plus que je ne pouvais espérer. Je fus\ndonc fort surpris lorsqu'il me regarda encore, posa la lettre sur\nsa table sans l'ouvrir et m'offrit une chaise. Bien plus surpris\nencore lorsqu'il se mit à causer. Il me demanda quel était mon\nuniforme, ma fonction, mon âge, le but de mon voyage ; si j'étais\nmusicien, si je devais séjourner à Vienne.5Je lui répondis que\nla lettre de Reicha lui expliquerait à peu près tout cela bien\nmieux que je ne pourrais le faire : « Non, non, parlez, me dit-\nil, parlez seulement lentement, parce que j'ai l'oreille très\ndure, et je vous entendrai. » Je fis d'incroyables efforts de lan-\ngage, de son côté il y mit de la bonne volonté ; c'était le plus\nsingulier mélange de mauvais allemand de ma part, et de mau-\nvais français de la sienne. Enfin nous nous entendîmes, la visite\nJ S\ndura près de trois quarts d'heure, et il m'engagea à revenir le\nvoir.\nJe sortis plus fier que Napoléon n'était entré à Vienne :\nj'avais fais la conquête de Beethoven.\nVous ne me demanderez pas comment ? Que pourrais-je\nvous répondre ? La cause n'en existe que dans la bizarrerie de\nson caractère. J'étais jeune, doux et poli, je lui étais inconnu, je\nfaisais contraste avec lui ; par fantaisie, par je ne sais quoi\nenfin, il me prit en gré. Et comme ces goûts soudains, chez\nles gens fantasques, sont rarement tièdes, il me donnait de fré-\nquents rendez-vous pendant mon séjour à Vienne et, pour moi\nseul, il improvisait une heure et jusqu'à deux heures de suite.\nQuand il eut une servante, il lui disait de ne pas ouvrir si l'on\nsonnait, ou, si l'on entendait le piano, de dire qu'il composait\net ne pouvait recevoir.\nQuelques musiciens avec lesquels je fis connaissance vou-\nlaient à peine le croire : « Me croirez-vous, leur dis-je, si je\nvous montre un billet qu'il m'a écrit en français ? En fran-\nçais, c'est impossible, il le sait à peine et il n'écrit même pas\nlisiblement en allemand ! Il est incapable d'un tel effort. » Je\nleur en donnai la preuve : « Alors, me dirent-ils, il a une véri-\ntable passion pour vous. Quel homme inexplicable ! »\nJ'ai fait encadrer ce billet, qui est pour moi un titre pré-\ncieux...\nLes improvisations de Beethoven m'ont causé peut-être mes\nplus vives émotions musicales. Je puis assurer que si on ne l'a"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.10", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "pas entendu improviser bien à son aise, on ne connaît qu'impar-\nfaitement l'immense portée de son talent. Tout d'impulsion et\nd'actualité, il me disait quelquefois, après avoir fait quelques\naccords : «Il ne me vient rien, remettons à tel jour. » Alors\nnous causions philosophie, religion, politique, et surtout de\nShakespeare, son idole, et toujours dans un langage à faire rire\nles auditeurs, s'il y en avait eu.\nBeethoven n'était pas un homme d'esprit si on veut entendre\npar là celui qui dit des choses fines et spirituelles. Il était natu-\nrellement trop taciturne pour que sa conversation fût animée.\nSes pensées s'émettaient par boutades, mais elles étaient éle-\nvées et généreuses, quoique souvent peu justes. Il y avait entre\nlui et J.-J. Rousseau un rapport de jugements erronés venant\nde ce que leur humeur misanthropique avait créé un monde à\nleur fantaisie, sans application exacte à la nature humaine et à\nl'état social. Mais Beethoven était instruit. L'isolement de son\ncélibat, sa surdité, ses séjours à la campagne l'avait (sic) fait\nse livrer à l'étude des auteurs grecs et latins et avec enthou-\nsiasme à celle de Shakespeare. En y joignant l'espèce d'intérêt\nsingulier, mais réel, qui résulte de notions fausses émises et\nsoutenues de bonne foi, sa conversation était, sinon très atta-\nchante, du moins originale et curieuse. Et comme il avait de la\nbienveillance pour moi, il entrait dans son caractère atrabilaire\nde préférer être quelquefois contredit, à ce que je me rangeasse\ntoujours de son avis...\n... Lorsqu'il était bien disposé le jour fixé pour son improvi-\nsation, il était sublime. C'était de l'inspiration, de l'entraîne-\nment, de beaux chants et une harmonie franche parce que,\ndominé par le sentiment musical, il ne songeait pas, comme la\nplume à la main, à chercher des ; ils se produisaient d'eux-\nmêmes sans divagation.\nSon jeu, comme pianiste, n'était pas correct, et sa manière\nde doigter était souvent fautive, d'où résultait que la qualité du\nson était négligée. Mais qui pouvait songer à ?\non était absorbé par ses pensées comme ses mains devaient les\nexprimer de quelque manière que ce fût.\nJe lui demandai s'il ne désirait pas connaître la France. « Je\nl'ai vivement souhaité, me répondit-il, avant qu'elle se fût\ndonné un maître. Maintenant cette envie m'est passée. Pour-\ntant, je voudrais entendre à Paris les Symphonies de Mozart\n(il ne nomma pas les siennes ni celles d'Haydn) que le Conser-\nvatoire exécute, dit-on, mieux que partout ailleurs. Au reste, je\nsuis trop pauvre pour faire un voyage de simple curiosité et\nqui devrait être très prompt. Faites-le avec moi, je vous\nemmène. Y pensez-vous ? Je ne puis accepter que vous"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "fassiez pour moi cette dépense. Rassurez-vous, elle sera\nnulle ; les frais de poste en sont payés et je suis seul dans ma\nvoiture. Si vous vous contentez d'une petite chambre, j'en ai\nune à votre disposition. Allons, dites oui, Paris vaut bien d'y\npasser quinze jours ; vous n'aurez à supporter que vos frais de\nretour et moins de 5o florins vous ramèneront chez vous.\nVous me tentez, j'y penserai. »\nJe le pressai plusieurs fois de se décider. Son incertitude\nvenait toujours de son humeur morose. « Je serai assiégé de\nvisites. Vous ne les recevrez pas. Accablé d'invita-\ntions? Que vous n'accepterez pas. On me pressera\nde jouer, de composer. Vous répondrez que vous n'en avez\npas le temps. Vos Parisiens diront que je suis comme\nun ours. Qu'est-ce que cela vous fait ? On voit que vous\nne les connaissez pas. Paris est le séjour de la liberté et de\nl'indépendance des liens de la société. Les hommes remarqua-\nbles y sont acceptés tels qu'il leur convient de se montrer, et\nsi l'un d'eux, étranger surtout, est quelque peu excentrique,\nc'est une cause de succès. »\nEnfin il me tendit un jour la main et me dit qu'il viendrait\navec moi. Je fus ravi.., Conduire Beethoven à Paris, le loger\nchez moi, le produire dans le monde musical, c'était une sorte\nde triomphe ; mais pour me punir de ma jouissance anticipée,\nla réalité ne devait pas la suivre.\nL'armistice de Zuaïne nous fit occuper la Moravie, où je fus\nenvoyé comme intendant. J'y passai quatre mois ; le traité de\nVienne ayant rendu cette province à l'Autriche, je revins à\nVienne, où je trouvai Beethoven dans les mêmes dispositions\", je\nm'attendais à recevoir l'ordre de mon départ pour Paris, lors-\nque je reçus celui de me rendre immédiatement en Croatie\ncomme intendant. J'y restai un an et y reçus ma nomination à\nla préfecture de l'Aveyron, avec l'ordre de terminer une mis-\nsion, dont j'étais en outre chargé à Agram, et de venir ensuite\nen toute hâte en rendre compte à Paris, avant d'aller à ma\nnouvelle destination. Je ne pus donc ni passer par Vienne, ni\nrevoir Beethoven...\n... La Cour de Vienne le trouvait républicain ; aussi, loin de\nle protéger, elle n'assistait jamais à l'exécution de ses ouvrages.\nNapoléon a été son héros tant qu'il resta premier consul de la\nRépublique. Après la bataille de Marengo, il travailla à la\nSymphonie héroïque pour la lui dédier. Elle fut terminée en\n1802, et l'on commençait à dire qu'il voulait se faire cou-\nronner lorsque cet événement eut lieu et qu'après il voulut\nsoumettre l'Allemagne. Beethoven déchira sa dédicace et\nengloba dans son aversion la nation française qui s'était laissé"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.12", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1246, "texte": "asservir. Pourtant, la grandeur de Napoléon l'occupait beau-\ncoup et il m'en parlait souvent. Au milieu de sa mauvaise\nhumeur, je voyais qu'il admirait son élévation d'un point de\ndépart si inférieur. Ses idées démocratiques en étaient flattées,\nlime dit un jour: « Si je vais à Paris, serai-je obligé d'aller\nsaluer votre empereur? » Je lui assurai que non, à moins qu'il\nne soit demandé. « Et pensez-vous qu'il me demandera ?\nJe n'en douterais pas s'il savait ce que vous valez; mais vous\navez vu par Chérubini qu'il s'entend peu àla musique. » Cette\nquestion me fit penser que, malgré ses opinions, il eût été\nflatté d'être distingué par Napoléon. Ainsi l'orgueil humain\ns'abaisse devant ce qui le flatte.\nCe sauvage s'est aussi courbé sous le joug de l'amour. On\nignore quelle était la Juliette à laquelle il écrivait des lettres\npassionnées, mais on a le regret de savoir qu'elle était mariée.\nIl a été aussi fort épris de la comtesse Marie Erdody, amour\nressemblant à celui de Rousseau pour Mme d'Houdetot. Je\nconnais l'objet de sa troisième passion, mais je ne puis la\nnommer (i).\nTRÉMONT.\n(i) M. de Trémont fait probablement allusion à la pianiste alsacienne\nMarie Bigot-Kiéné.\n\nPublié par Jean Chantavoine."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c005", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 13, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.3", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS ET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS ET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(0\nJe ne me propose pas de discuter toutes les assertions qui,\ndans le Cours de Composition de V. d'lndy, se rapportent de\nprès ou de loin à Vharmonie.Je m'en tiendrai à ce qui s'y\nrattache au sujet de cette étude, à savoir le double principe\nd'une base scientifique du système, et de la symétrie opposée\nde deux « résonances naturelles » supérieure et « inférieure »,\nprincipe accepté de M. Riemann ; et, malgré certaines diver-\ngences de détail, c'est de celui-ci que s'inspire d'abord et direc-\ntement M. Aug. Sérieyx dans les parties du chapitre dont il\nassuma la responsabilité (p. 93 à 106) et où il expose àsa ma-\nnière les fondements de la théorie harmonique adoptée.\nPrécédant un court résumé de « notions d'acoustique », on\ny rencontre quelques définitions préliminaires dont nous re-\nproduisons les deux suivantes en raison de leur importance, et\nen soulignant avec l'auteur :\n« On nomme intervalle le rapport entre les intonations de\ndeux sons. L'intonation de chaque son varie suivant le nombre\ndes vibrations sonores qui le constituent » (p. 94).\nM. Sérieyx décrit ensuite les effets de la vibration totale\nou partielle d'une corde tendue librement, d'où résulte la\n« résonance harmonique naturelle supérieure » ; il « insiste\nsur le caractère essentiellement naturel des phénomènes de\ncette résonance » ; sur la division quasi-spontanée, en « par-\nties aliquotes», d'une corde effleurée approximativement par\nla paume de la main (harpe) ou de toute la largeur du doigt\n(violon), à la moitié, au tiers, au quart, etc., de sa longueur.\nIl s'arrête à la sixième de ces divisions, alors suffisantes pour\nconstituer V accord majeur : Do(4)— ) sons\ndont la longueur de corde est respectivement 4, 5 et 6 fois plus\npetite que celle du Do(1) produit par la corde vibrant en tota-\nlité.\n\n(i) Voir la ire année, nos i, 3, 5, 7, n et i 3, et la 2e année, nos 1 et 7."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.14", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "Puis, passant àce qu'il appelle, avec M. Riemann, la « ré-\nsonance inférieure », il double, triple, quadruple, quintuple\net sextuple successivement la longueur d'une corde vibrante,\nafin d'en obtenir l'accord mineur : mi{\\b) —Do (12) ■— la (10),\nsons dont le nombre de vibrations est respectivement 4, 5 et\n6 fois plus petit que celui du mi aigu de 60 vibrations produit\npar la corde initiale. Ici, à la vérité, M. Sérieyx est obligé de\nremarquer en note (p. 98) que les longueurs de corde ainsi réa-\nlisées successivement, par l'addition du * d'une corde tendue,\nne donnent pas toutes des « parties aliquotes » de la corde\ntotale de longueur 6 ; puisque, si « f = fet | = §, parties ali-\nquotes », en revanche, « | = 112, irréductible aussi bien que | ».\nCette observation, échappée à la perspicacité ou à la franchise\nde M. Riemann, eût pu faire hésiter M. Sérieyx de qualifier\n« naturelle » la « résonance inférieure » en cause, et on est\nquelque peu surpris qu'il croie se justifier par ce conseil :\n« Qu'on veuille bien prendre une corde 10 fois plus longue, et\nchoisir pour point de départ une fraction égale à 57, c'est-à-dire\nune longueur égale à celle que nous avons choisie; on consta-\ntera que le phénomène de la se vérifie;\npratiquement et naturellement sur toute l'étendue de la corde.\nEn effet, chaque longueur correspondant à un son de l'accord\nmineur est en même temps partie aliquote de la corde, savoir :\nmi {à) —mi(& ou sV) —la ou YÔ) —mi ou f 5) —Do\n{■à ou Ta) la (£ôOU -fo). »\nM. Sérieyx se figure-t-il vraiment avoir démontré par là l'exis-\ntence d'un phénomène naturel analogue à celui de la\nsupérieure ? Dans celle-ci, n'importe quelle corde de longueur\nquelconque est susceptible de se diviser spontanément ou d'être\ndivisée à l'infini en parties toujours correspondant\ntoutes à des harmoniques supérieurs du son de la corde entière,\net constituant la série régulièrement continue et plus ou moins\nindéfinie des harmoniques de ce son prime grave et fondamen-\ntal. Dans la « résonance inférieure » qu'il nous présente, il\nfabrique artificiellement ce son et, si ce son aigu\ncorrespond à d'une corde donnée, il n'obtient sur celle-ci, en\n« parties aliquotes », que les « sons inférieurs » i et | ; pour en\nréaliser la série régulière jusqu'au son il doit prendre une\ncorde de longueur décuple dont la longueur de corde de ce\nson prime est alors le ; pour atteindre le son - par la série\nrégulièrement continue des « sons inférieurs » de ce même son\nprime, il lui faudrait une corde de longueur 420, dont la lon-\ngueur de corde de ce son prime serait alors le Il semble\nbien difficile de soupçonner la moindre analogie entre les deux\nphénomènes, dont le second est précisément la démonstration"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.19", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "la plus évidente de l'inexistence et de l'impossibilité d'une « ré-\nsonance inférieure naturelle », et si M. Riemann eût été capa-\nble jamais devoir plus loin que le bout de son nez, cette simple\nconstatation lui aurait épargné bien des recherches ou raison-\nnements saugrenus. Mais, plus timide ou moins ambitieux que\nM. Riemann, M. Sérieyx n'accepte pas plus le son 7 dans sa\nthéorie qu'il ne l'admet dans la pratique. Du phénomène so-\nnore il prend ce qui lui convient et laisse le reste ; il y choisit\nl'indispensable à la confection des accords et\nqu'il lui faut pour édifier sa théorie, et cela lui suffit. Afin de\npoursuivre l'examen de celle-ci,il nous en faut donc également\ncontenter et, en accordant son postulat, du moins provisoire-\nment, n'en retenir que l'exact énoncé et ses conséquences logi-\nques.\nCes deux accords parfaits fondamentaux et\nde 3 sons étant constitués des mêmes intervalles en ordre\ninverse, « quinte, tierce majeure », M. Sérieyx en conclut\nque « Y Accord résultant de leur combinaison est unique en\nprincipe, puisqu'il est toujours composé des mêmes éléments »\n(p. 100). Toutefois, « suivant qu'il est engendré par la réso-\nnance supérieure ou par la résonance », cet\n« se présente sous deux aspects différents », notés par M. Sé-\nrieyx et que nous devons traduire ainsi et lire en sens contraire :\nDo mi Sol\nla Do mi\nNous voyons que, sous ce double « aspect » de l'Accord, le\nmi. son prime de l'accord mineur descendant, est la\njeure du Z)o, son prime de l'accord majeur ascendant, confor-\nmément aux prescriptions de M. Sérieyx, lequel, après avoir\nréalisé, sur la corde divisée, la « résonance supérieure »Do {1)\nDo (2) Sol (3)— Do (4) mi (5) Sol (6), établit la « réso-\nnance inférieure » en choisissant pour point de départ « le\nmi aigu qui caractérise l'accord engendré par l'expé-\nrience précédente » (p. c) 8).\nPas plus que M. Riemann, M. Sérieyx ne distingue graphi-\nquement les fonctions de quinte ou de tierce des sons produits\npar les divisions ou additions de longueurs de cordes. Ces\nopérations sont soigneusement représentées par des figures et,\nau-dessus, les sons obtenus sont exprimés par des notes sur\nune portée, représentation employée volontiers d ailleurs par\nM. Sérieyx. Ces notes, toutefois, sont accompagnées ici du\nnombre de leurs vibrations sonores. C'est ainsi qu au dessin\nde la corde entière en vibration totale correspond un (1) de\n129,3 vibrations ; cette corde partagée en deux fuseaux vibrants\ndonne un Do (2) faisant le double de vibrations, soit 258,6."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.20", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "Toujours escortés du schéma de la corde divisée en 3, en 5 et\nen 6, on trouve à côté du Sol(3) le nombre de 387,3 vibrations ;\ncelui de 649,2 vibrations pour le (5) et, pour le (6), 774,6\nvibrations.\nLe plus bel hommage qu'on puisse rendre à la précaution de\nl'auteur est assurément, avant tout, de lire ces nombres de\nvibrations et, peut-être aussi, de les vérifier. Mais, après qu'on l'a\nfait, on demeure un instant interdit. En effet, 129,3 X 3 = 387,9\net non pas 387,3 ; 129,3 X 5 = 646,5 et non 649,2 ; enfin\n129,3 x 6 = 775,8 au lieu de 774,6. On supposerait quelque\nerreur d'impression si, contrôlant pareillement la « résonance\ninférieure », on n'était intrigué derechef par une constatation\nsimilaire, et en cherchant un peu la clef de cette énigme, on\nest bientôt forcé de se rendre à l'évidence.\nM. Sérieyx, qui vient de définir Xintervalle : « le rapport\nexistant entre les intonations de deux sons », et Y intonation :\nun résultat variable « pour chaque son suivant le nombre des\nvibrations qui le constituent » et par conséquent déterminé par\nce nombre de vibrations ; M. Sérieyx, qui analyse ensuite le\nphénomène de la « résonance NATURELLE », la division d'une\ncorde tendue en « parties aliquotes» ou l'addition de telles de\nces parties fournissant des longueurs de cordes d'où résultent\ndes nombres de vibrations déterminant des intonations dont le\nrapport constitue les intervalles NATURELS en question; M. Sé-\nrieyx, en face des notes représentant les sons NATURELS compo-\nsant ces intervalles, inscrit, copiés dans quelque table, les nom-\nbres de vibrations des sons TEMPÉRÉS.\nLa distraction apparaît un peu forte, et M. Riemann lui-\nmême y serait dépassé d'une belle longueur de corde. On\ns'assure pourtant bientôt que l'équivoque est volontaire, en\nlisant, à propos des harmoniques exclus par M. Sérieyx de sa\nthéorie comme de la musique, la déclaration que voici :\n« L'impression pénible et déroutante produite sur nous par\nces sons 7, 11, i 3, etc., et la tendance marquée de notre oreille\nà leur substituer les sons chromatiques tempérés : si bémol, fa\ndièse, la bémol, etc., résultent sans doute d'une habitude prise,\nc'est-à-dire de notre éducation musicale » (p. io3).\nM. Sérieyx ayant commencé par définir : « le\nrapport entre les intonations de deux sons », a évidemment le\ndroit absolu de choisir les intonation pour constituer\nces rapports d'intervalle ; mais, si on s'explique alors les nombres\nde vibrations qu'il fournit, on ne s'explique plus ce que viennent\nfaire ici l'une ou l'autre des « résonances » qui sont\nla base annoncée de son système. Et, si M. Sérieyx eut peut-\nêtre la velléité de réserver aux harmoniques 7, 11, 13, etc., les"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.21", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "intonations tempérées, en conservant aux sons des accords\nmajeur et mineur opposites les conformes à leur\nextraction démontrée naturelle (ce qui ferait un méli-mélo\npeu banal) on ne s'explique pas\ntempérées qu'il adopte pour, d'après sa propre définition (p. 94),\ndéterminer les intonations et subséquemment les\ntervalle de ces sons naturels.\nOn ne sait que penser, et l'incertitude augmente en voyant\nM. Sérieyx continuer de défendre l'usage de ces intonations tem-\npérées, fruit de nos habitudes et de notre éducation musicale.\nCar il ajoute aussitôt : « Il est toutefois intéressant de consta-\nter que cette habitude ou cet instinct (?..) ont leur raison scien-\ntifique. »\nEt, sans chicaner M. Sérieyx à propos de ce tendancieux\n« instinct » subrogé ou juxtaposé à « l'éducation » ou aux\n« habitudes », nous le suivrons dans sa démonstration. La\nvoici :\n« L'oreille humaine, en effet, procède toujours par les voies\nles plus simples dans le travail réflexe de comparaison et de\nclassement, par lequel elle apprécie les des sons... Il\nn'est pas surprenant dès lors que l'oreille humaine préfère aux\nharmoniques naturels, 7, 11, 13, —plus compliqués que ceux\nde l'accord parfait, 3, 5, des sons dont le rapport d'intona-\ntion peut s'établir avec les éléments mêmes de cet accord, c'est-\nà-dire avec les plus simples de tous les nombres : 3 et 5... »\nN'étant pas mathématicien, je me garderai de discuter le degré\nde simplicité des nombres 3 et 5; mais j'avoue ne pas m'ex-\npliquer très bien leur intervention dans l'espèce. M. Sérieyx\nnous avait annoncé la « raison scientifique » de notre « habitude\nprise » des intonations tempérées,et avait commencé son argu-\nmentation en disant : « L'oreille humaine, » Or,\ndéterminé par les intonations temp dont il s'agit, le\nd'intervalles et de vibrations de au lieu d être\n4 5 6, devient 4 5,03968 5,99324; et celui de Yac~\ncord mineur,au lieu d'être 10 12 i 5, devient 10\n115 8921 14,9831 ; rapports où « les nombres 3 et 5 » et\nleur éventuelle « simplicité » n'ont trop évidemment plus la\nmoindre part.\nM. Sérieyx, malgré le début de sa démonstration, «... en\neffet, ... » - ne parlerait-il plus ici et\nréserverait-il décidément aux sons des deux accords parfaits le\nprivilège des intonations naturelles On le croirait. Cependant,\nil poursuit :\n«... Si donc l'oreille tend à substituer, à l'harmonique 7 de\nla résonance supérieure, la note de notre système"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.22", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "TEMPÉRÉ, cela tient à ce que celle-ci est la quinte de la quinte\ngrave (i/ 3 du i/ 3) du son prime ; c'est-à-dire que les vibra-\ntions du si bémol sont à celles comme celles sont à\ncelles de ré,ou comme i est à 9. Le rapport de 1 à 9, c'est-à-\n-dire le tiers du itiers, est plus facilement appréciable que celui\nde 1 à 7... »\nC'est fort possible, au fond, et je veux bien en croire M. Sé-\nrieyx ; mais, dans « notre système TEMPÉRÉ », ce rapport! devient\ns,9Y'aB- La formidable complexité de ce rapport et des précé-\ndents atteste surabondamment l'impossibilité pratique des\nintonations adéquates, et en même temps l'inexistence du tem-\npérament et de ses effets réels ailleurs que dans les spéculations\ndes mathématiciens. Il n'en reste pas moins que, dans une dis-\ncussion touchant des « intonations » qui, selon l'auteur lui-\nmême, déterminent les « rapports d'intervalles » dont traite sa\nthéorie, on ne sait pas au juste si M. Sérieyx considère les\n« intonations » naturelles ou les tempérées. C'est toujours l'é-\nquivoque. Puisqu'il faut nous y résigner, examinons donc, aux\ndeux points de vue différents, la simplicité éventuelle des rap-\nports propres à ces « intonations ».\nil nous faut rectifier avant tout une petite erreur de M. Sé-\nrieyx. S'il est vrai que « Si bémol, quinte de la quinte grave d'un\nson prime Ut », donne le rapport Si bémol (1) Do (9) =l,\npour en former un intervalle assimilable à celui de Do (1) SI\nbémol (7), il est nécessaire d'élever ce Si bémol (1) à sa sixième\noctave, où il devient Si bémol (64) et donne avec le Do (9) le rap-\nport comparé avec le rapport Do (1) SI bémol (7),\naccuse une différence d'intonation de ff, puisque { =\nL'expression irréductible des trois divers possibles\nest donc pour l'intervalle produit par des intonations natu-\nrelles :\nDo —SI bémol = 112.\nDo Si bémol =\net, produit par des intonations tempérées :\nDo si bémol = 7,1 ',7\"8-\nEtant, je le répète, le plus piètre mathématicien du monde,\nje confesse ignorer absolument lequel, des rapports \\et %4, est\n« le plus simple ou le plus facilement appréciable », et j'en\naccepte d'avance la solution de M. Sérieyx. Ces deux rapports,\nen tout cas, sont manifestement moins compliqués que celui\ndes intonations tempérées.\nSi nous considérions l'intervalle de septième sous l'aspect le\nplus généralement employé dans l'art musical, où il porte le\nnom de « septième de dominante », nous aurions les rapports\nirréductibles naturels :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.23", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "Do SI bémol 1\nDo Si bémol\net le rapport tempéré :\ndo si bémol =\nEn continuant avec M. Sérieyx, nous comparerons à la tierce\nmajeure Ré (36) fa dièse(4s), l'intervalle Y- ou (36) FA\ndièse (44), dont la différence d'intonation égale ff ; et nous\nobtiendrons les rapports irréductibles naturels :\nRé fa dièse = §\nRé FA dièse V-\net le rapport tempéré :\nré fa dièse = ■ °*96S-.\nA l'égard de l'harmonique — que M. Sérieyx a tort de\ncomparer àun Sol dièse('2s), car c'est un (12,8 ou 25,6)\nun peu haut, nous obtiendrons de même la tierce majeure\nla bémol(s2) D0(65) et l'intervalle LA bémol (52) (64),\ndont la différence d'intonation égale ff, et qui nous donnent\nles rapports irréductibles naturels :\nla bémol Do = f-\nLA bémol D\net le rapport tempéré :\nla bémol do =\nQuelle que soit la diversité des rapports ils appa-\nraissent certes dans tous les cas péremptoirement\nque les rapports tempérés,et si, parlant de la démonstration,\nM. Sérieyx ajoute : « Ce raisonnement mathématique corrobore\npleinement l'habitude de notre oreille, qui exclut instinctive-\nment de notre système musical tous les sons harmoniques cor-\nrespondant aux nombres premiers et à leurs multiples, excep-\ntion faite pour les nombres premiers 3 et 5, constitutifs de\nl'Accord » (p. 104),— on estimera malaisément que ce puisse\nêtre au bénéfice des intonations\nEnfin M. Sérieyx conclut à la même page : « Ainsi se trou-\nvent successivement éliminés de la série illimitée des sons har-\nmoniques : i°les nombres pairs (multiples de 2), comme redou-\nblements d'octave ; 20 les nombres au-dessus de 7\ninclusivement, ainsi que leurs multiples, comme trop compli-\nqués pour notre oreille. »\nJ'avoue que l'expression « redoub d'octave» me semble\nà tout le moins imprécise, et trop vague pour suffisamment\nexpliquer l'exclusion des « nombres » dans une théorie\nharmonique basée sur un accord dont le rapport de\nvibrations est 4 5 6, et un accord mineur dont le rapport\nde vibrations est 10 12 i 5; lesquels accords M. Sérieyx\nvient de réaliser lui-même en divisant une corde en 2, 3, 4,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.24", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "5, 6 parties, ou en additionnant eV- et de\nla largeur de cette corde. Il ne manque pas là de « nombres\npairs », et, à première vue, 2—4, 4 6, &\n■£o, pourraient assez légitimement constituer des «\nd'octave » de 1 2, 2 3, Mais passons, et\nexcluons avec M. Sérieyx « les nombres premiers au-dessus de\n7 inclusivement, comme trop compliqués pour notre oreille »\n(p. 104), « produisant une impression pénible et déroutante »\net donnant des « rapports d'intonation » moins a facilement\nappréciables» (p. iq3).\n« Restent les harmoniques 3 et 5, qui, avec leurs multiples,\nsuffisent à engendrer, non seulement l'Accord, mais tous les\nsons de notre système musical moderne », déclare M. Sérieyx.\nEn conférant ce monopole aux « 3 et 5 », le\nthéoricien renonce donc décidément aux services des « intona-\ntions » tempérées pour « engendrer » ses rapports d'intervalle, et\non comprend de moins en moins pourquoi il nous en a fourni\ntout à l'heure les « nombres de », desquels, de\nson propre avis, résultent « Y intonation », puis « Yintervalle »\nissu du « rapport existant entre les intonations de deux sons ».\nPassons encore.\n« Toutefois, avertit M. Sérieyx, l'importance de ces deux\nchiffres (3 et 5) est fort différente dans la genèse de la gamme.\nSi l'on se sert en effet du rapport 5 (tierce majeure), on n'a-\nboutit point à une gamme complète. En résonance supérieure,\npar exemple, la tierce majeure de la tierce majeure (i/ 5 de 1 /5)\nest un son nouveau (sol dièse, par rapport àUt prime) utilisable\ndans notre gamme ;mais la tierce majeure (si dièse) de ce dernier\nson reproduit à si peu de chose près (moins de 3 vibrations\npour cent par seconde) une octave du son prime Ut, que notre\noreille ne saurait apprécier la différence entre ces deux sons... »\n(p. 104).\nIl est superflu de suivre M. Sérieyx, « pratiquant pareille\nopération en résonance inférieure », pour en constater les\nrésultats identiques, et être tout de go assez interloqué de sa\nconclusion.\nLe rapport d'intervalle et en même temps la différence d'into-\nnation de Si dièse(l26) et Do(128) est, en effet, {|§, soit 2,34\nou presque exactement 2 f vibrations pour 100. Mais, si\nM. Sérieyx estime inappréciable à l'oreille cette différence\nentre deux sons « impossibles à distinguer pratiquement » l'un\nde l'autre, il justifie du même coup l'usage des et\npartant, des rapports d'intervalle de tous les sons harmoniques\nqu'il vient de rejeter quelques lignes plus haut, et de bien d'au-\ntres. Car, rien que pour les « harmoniques 7, 11 et i 3 »,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.25", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "comparés aux sons « engendrés » par les « harmoniques 3 et\n5 », nous avons reconnu les différences respectives d'intona-\ntion : fii, et ff, desquelles la plus forte, H, ne s'élève qu'à\n2,222 ou 2 | vibrations pour ioo.\nL'obscurité s'épaissit, et on ne s'explique plus du tout\nl'ostracisme dont M. Sérieyx frappe les « harmoniques » susdits.\nMais la stupéfaction qu'on éprouve à le voir persévérer dans\nson intransigeance, s'accroît en découvrant la raison qu'il\nchoisit et les arguments singuliers qu'il emploie à l'appui de\nsa thèse, dans une note au bas de la page suivante et cent\ncinquième.\n« Entre les sons obtenus, dit-il, soit par la série des\nsoit par la série des quintes,et les sons normaux,\nil n'y a aucune différence d'intonation pratiquement appré-\nciable. Il y a seulement un écart de calcul purement théorique\net sans effet notable sur les sons eux-mêmes... »\nQuoique l'énoncé en soit peut-être discutable, le fait est\nvrai et d'autant plus inoffensif à l'égard « des sons eux-mêmes »,\nque les sons tempérés « normaux », ceux, probablement,\ndu tempérament dit « égal », n'ont jamais réellement existé\nqu'à l'état d'exception isolée ou éphémère dans la pratique\nmusicale où la justesse d'intonation de sons quelconques est\ntoujours relative. On s'étonne néanmoins du rappel de ces\n« sons tempérés » qu'on croyait abandonnés par le théoricien\noccupé à démontrer la supériorité des sons et des rapports\nfournis par les « harmoniques 3 et 5 », et on ne voit pas bien\nce qu'ils viennent faire au cours de cette démonstration. L'obser-\nvation de M. Sérieyx, au contraire, apparaîtrait bien plutôt de\nnature à l'avoir dû détourner, tout à l'heure, d'exprimer par\nles nombres de vibrations de ces sons les\nde sons d'origine naturelle,dans l'exposé d'un système\nd'harmonie basé sur deux « résonances naturelles » ou pré-\ntendues telles indistinctement. Mais passons encore et pour-\nsuivons.\n«...lien est bien autrement, continue M. Sérieyx, entre ces\nmêmes sons tempérés et ceux des sons harmoniques que notre\noreille rejette pour les motifs que nous venons d'exposer.\nLeurs écarts d'intonation sont parfaitement appréciables, et\nrendraient impraticable une substitution des uns aux autres.\nQu'on en juge par l'exemple suivant : dans l'octave moyenne\naccordée au diapason normal, le tempéré correspond\nà un nombre de vibrations égal à 460,8 par seconde *, le\nde la série des quintes en diffère seulement par un peu moins\nde deux vibrations, car il est égal à 459... Le\nnique,, au contraire, présente, par rapport à ce même"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.26", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "tempéré, une différence qui dépasse huit vibrations a la seconde,\ncar il est égal à 452,6. Il est donc notablement plus bas, et\nnul auditeur ne tolérerait sans pro\ntance entre deux sons quelconques des exécutants d'un orchestre\nou d'un ensemble vocal... »\nOr, juste en face de cette assertion, à la page 104 et précé-\ndente, M. Sérieyx vient de déclarer «\napprécier la différence ~s>de 2 vibrations pour cent « entre les\ndeux sons Si dièse (i 25) et Do(128) », d'intonations « impos-\nsibles à distinguer pratiquement ». Pour le do de 129,3 vib.\ndu « tempérament normal » et le Si correspondant à son\nharmonique 12 5, la différence de vibrations pour 100 resterait\nnaturellement la même, puisque les octaves du tempérament\nsont justes. Et, au moyen d'une règle de trois élémentaire,\nM. Sérieyx trouvera comme moi, sans doute, que les 8,2 vibra-\ntions entre le si bémol tempéré(46o,B) et le (432,6)\nde l'harmonique 7 naturel,constituent une différence d intona-\ntion de 1 vib. 75 ou 1 vib. | pour cent. Il découlerait donc,\nd'autre part, du « raisonnement mathématique » de M. Sérieyx\nque, par rapport à un son de 460,8 vibrations, « nul auditeur\nne tolérerait sans protester un écart » de 8,2 vibrations (1 f 0/0),\nmais que, dans ce cas nonobstant, « notre oreille ne saurait\napprécier une différence » de 10,92 vibrations (2 » 0/0).\n(A suiv\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c007", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.4", "titre_corps": "SIMONE poème champêtre", "titre_sommaire": "SIMONE poème champêtre", "signature_source": "REMY DE GOURMONT ; Illustrations de Georges d'Espagnat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 91, "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLes Cheveux\npar\nREMY DE GOURMONT\nIllustrations de Georges d'Espagnat"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c010", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.5", "titre_corps": "Au LECTEUR", "titre_sommaire": "Au LECTEUR", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "Au LECTEUR\nè\n(Musique est sœur de -Aussi jugeons-nous équitable de\nproposer à l'admiration des musicien\nration aussi, les plus beaux rythm\nune particulière reconnaissance\nconfié Simone, rare et précieuse\net qui s'orne ici de compositions in"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c011", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.6", "titre_corps": "Les Cheveux", "titre_sommaire": "Les Cheveux", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "Les Cheveux\nSIMONE, il y a un grand mystère\nDans la forêt de tes cheveux.\nTu sens le foin, tu sens la pierre\nOù des bêtes se sont posées ;\nTu sens le cuir, tu sens le blé,\nQuand il vient d'être vanné ;\nTu sens le bois, tu sens le pain\nQu'on apporte le matin ;\nTu sens les fleurs qui ont poussé\nLe long d'un mur abandonné ;"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 687, "texte": "Tu sens la ronce, tu sens le lierre\nQui a été lavé par la pluie ;\nTu sens le jonc et la fougère\nQu'on fauche à la tombée de la nuit ;\nTu sens la ronce, tu sens la mousse,\nTu sens l'herbe mourante et rousse\nQui s'égrène à l'ombre des haies ;\nTu sens l'ortie et le genêt,\nTu sens le trèfle, tu sens le lait ;\nTu sens le fenouil et l'anis ;\nTu sens les noix, tu sens les fruits\nQui sont bien mûrs et que l'on cueille ;\nTu sens le saule et le tilleul\nQuand ils ont des fleurs plein les feuilles ;\nTu sens le miel, tu sens la vie\nQui se promène dans les prairies ;\nTu sens la terre et la rivière ;\nTu sens l'amour, tu sens le feu.\nSimone, il y a un grand mystère\nDans la forêt de tes cheveux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c016", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.7", "titre_corps": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre", "titre_sommaire": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 37, "texte": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c017", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.8", "titre_corps": "MIETTES HISTORIQUES", "titre_sommaire": "MIETTES HISTORIQUES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nMAITRE DE CHANT PSYCHOLOGUE.\nLe 14 juillet 1817, au cours d'une représentation de La\ntale (1), le vol d'une montre fut commis à l'Opéra dans la loge\nd'une dame des chœurs, M\"9 Olivier. Du fait que la clef de\ncette loge avait été perdue dix jours plus tôt, les soupçons se\nportèrent immédiatement sur une jeune choriste du nom\nd'Esther, connue pour son peu de délicatesse.\nUne artiste du chant, mue par un sentiment charitable, écrivit\nle lendemain la lettre que voici à sa camarade soupçonnée :\n« L'intérêt que vous inspirez à une de vos camarades, ne me\nfait pas perdre un seul instant, pour vous prévenir du malheur\naffreux dont vous êtes menacée. C'est à vous de l'éviter, et\nil en est encore temps \\remettez, ou plutôt pour ne pas vous\ncompromettre, faites remettre à la place où il a été pris dans la\nloge, l'objet qui en a disparu hier soir.\n« Je vous préviens avec peine, que plusieurs révélations\nfaites anciennement à la police, donneroient lieu à votre arres-\ntation, si vous ne vous pressez aussitôt en faisant remettre l'ob-\njet disparû à sa place, et cela le plutôt possible, afin de faire\ncesser toutes les recherches et les soupçons qui vous perdroient\nà jamais.\n« Ne cherchai point à deviner le nom de celle qui n'a cher-\nché qu'à sauver une camarade égarée, je le pense, par son peu\nde réflexion, et faites attention sérieuse à cet avis charitable.\n« Le 15 juillet 1817. »\nC'est en arrivant au théâtre, le soir du 16 juillet on jouait\nFernand Corte^(2) que la jeune Esther trouva cette lettre.\nSous le coup d'une émotion profonde, elle demanda à parler à\n\n(1) La Vestale,tragédie lyrique en trois actes, paroles de Jouy, musique\nde Spontini, créée à l'Académie impériale de musique le 11 décembre 1807.\n(2) Fernand Corteçou La Conquête du opéra en 3 actes, paroles\nde Jouy et Esménard, d'après la pièce de Piron, musique de Spontini,\navait été créé le 28 novembre 1809 et repris le 28 mai 1817."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.29", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "son chef direct, M. Le Brun, qui dirigeait le chant à l'Académie\nRoyale. Mais celui-ci remit l'entrevue au lendemain, et voici\ncomment il conta au long cette affaire dans un Rapport adressé\nà Persuis, le régisseur général du personnel des artistes :\n« Monsieur,\n« Le 4 courant, la clef de la loge des chœurs n° 44 où s'ha-\nbillent neuf dames, entre autres Mlles Olivier et Esther, s'est\ntrouvée perdue pendant le spectacle. On la ferma pour le mo-\nment avec un cadenas ; le lendemain on fit une nouvelle clef,\nmais sans changer les gardes de la serrure, parce que ce chan-\ngement des gardes aurait nécessité celui de tous les passe-\npartout.\n« Le 14 suivant, pendant que le tailleur et l'habilleuse de\ncette loge étaient occupés à faire au foyer du chant les chan-\ngements d'habits nécessaires à l'exécution de la Vestale, on\ns'introduisit dans la dite loge, à l'aide de la clef perdue ou prise\nà dessein et on y vola une montre de femme appartenant à\nM,le Olivier, laquelle montre avait été détachée de sa chaîne,\net remise par MUe Olivier elle-même dans une pelote à épingles,\nrecouverte de chiffons de gaze, et ce, en présence de Mlle Me-\nnard cadette, de Mlte Esther et du coëffeur Louis.\n« Le bruit du vol se répandit dans la soirée, mais je n'en fus\ninstruit que le lendemain i 5 à l'heure de la répétition: je pris\nde suite des informations préliminaires; le 16, je me rendis à\nl'Académie, je fis venir auprès de moi, et séparément, le tailleur\nSuhr et l'habilleuse Boucher. Tous deux furent d'accord sur\nle fait de la clef perdue, mais ils ne purent rien articuler sur\nle vol de la montre, puisqu'au moment où il fut commis, ils\nétaient absens de la loge pour l'exercice de leurs fonctions. Pen-\ndant la journée, je recueillis des renseignemens précieux et\ntels que je ne pus me dispenser de porter mes soupçons sur\nMn° Esther. Le soir pendant la représentation de Fernand\nCortès, on lui remit une lettre sans signature, cette lettre me\nfut communiquée par elle-même, on lui conseillait de remettre\nou faire remettre à sa place l'objet volé, afin d'éviter un éclat.\nJ'observai scrupuleusement l'effet que produisait cette lettre\nsur Ml,e Esther. Malgré l'audace qu'elle affectait, malgré les\nprotestations de son innocence, l'altération de ses traits, la\npâleur de son teint, l'agitation extraordinaire qui se manifestait\ndans toute l'habitude de son être, tout enfin me confirmait\ndans mes soupçons. Pour laisser agir le remords plus puissam-\nment, je refusai de l'entendre le soir même et remis au lende-\nmain 17, heure de midi, à causer avec elle sur ce vol *, j'affectai\nmême une certaine confiance dans son innocence."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.30", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "« Hier jeudi, 17 courant, àll h. 1/2, MUe Esther s'est rendue\nauprès de moi dans mon bureau ; je lui ai fait observer que la\nlettre anonyme qu'elle avait reçue la veille partait d'une per-\nsonne bienveillante et que, si elle était coupable, l'éclat qu'elle\navait fait la veille en la recevant devait la perdre au lieu de la\nservir. A quoi elle me répondit qu'elle n'avait aucune crainte,\nqu'elle était innocente du vol de la montre. Les renseignements\nqui m'arrivaient continuellement fournirent matière à plusieurs\naccusations de ma part ; enfin elle se trouva tellement pressée\nqu'elle me fit l'aveu qu'elle était Fauteur du vol de la montre\nde MIIe Olivier. Sur le champ j'en exigeai la remise. Après plu-\nsieurs pourparlers j'obtins encore l'aveu qu'elle venait de glisser\nla montre par dessous la loge de M. Albert Bonnet. Je pris\naussitôt un passe-partout et j'allai ouvrir la loge indiquée et je\ntrouvai effectivement dans le coin à droite du bas de la porte\nune petite montre en or émaillée de bleu et garnie de perles\nblanches, ainsi que Mllc Olivier me l'avait dépeinte.\n« Hier soir j'ai trouvé en rentrant chez moi une lettre de\nMUe Esther, contenant l'aveu de sa faute et l'expression de ses\nremords. J'y croirais peut-être, si cette faute était la première,\nmais les renseignemens pris et ses aveux dans l'interrogatoire\nque je lui ai fait subir, prouvent qu'elle n'en est pas à son\napprentissage.\n« Je conclus à ce que MUa Esther soit rayée à l'instant des\nEtats de l'Académie Royale de Musique (1). »\nLa coupable perdit en effet sa place, en dépit de la lettre sui-\nvante, qu'elle avait fait porter chez Le Brun, à la suite de l'in-\nterrogatoire serré que lui avait fait subir le chef de chant, véri-\ntable policier psychologue :\n« Ah monsieur le brun vous ne mavez pas servie de pere\ndans le malheur affreux qui vient de marrivé, je vous demande\nen grase un dernier servize set de ne pas ebruiter ce quil vient\nde marrivé et de me lessé dire que set moi qui et demandé a\nsortir du theatre après des soupçon pareil afin que je ne perde\npas ma segonde place.\n« Je suis bien malheureuse si vous connessiez mes remords\nje vous ferez pitié, faite moi encore l'amitiée de me rasurer\nsur ce que je vous demande car si je perds encore leautre place\nje nai plus qu'un segond malheur à faire. Soiez assé bon pour\nne pas dire que cet moi ne me perdez pas tout à fait. A mon-\nsieur je meurs mille fois pour une.\nESTER. »\n\n(1) Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.31", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "Mais comme 011 n'a pas tenu compte de sa prière, la pauvre\npetite choriste sans éducation, quelque enfant de la balle, cher-\nche à diminuer sa faute, avant de prendre congé. Elle écrit à Le\nBrun, le 18 juillet :\n« Monsieur,\n« Je n'ai jamais eu la clef je ne balancerai pas à vous la\nremettre vous savez ma franchise je vous an et donné des\npreuves et après ce que je vous et dit la clef net plus rien à\nvous avoué mais vous pourez me faire toute la peine que vous\njugerez et rien ne pourra me la faire remette puisque je ne\nles jamais touché, je n'an net pas eu besoin puisque cet malheur\net arrivé à un des abilleur. Je vous prie de me croire incapable\nde la garder j'ai dit à M. Reneaud que lon dépence tout pour\nchangé quel que chose nitnporte commant que jaités prete à le\npaier. D'après cela je net pas de raison pour garder la clef.\n« J'ai l'honneur de vous saluer.\nESTER. »\nElle n'avait plus de raison de garder la clef, certes, mais elle\ntenait fort à la disparition de toute preuve de préméditation,\nd'où cette lettre dont la « logique » féminine est curieuse.\nMince apport historique, dira-t-on. Apport qui a sa valeur si\nl'on songe que ce qui paraissait impardonnable en 1817, sous\nle règne de Louis XVIII, n'eût été considéré que comme\n« peccadille enfantine », quarante ans plus tôt. Dans l'histoire\ndu théâtre, aux différentes époques, il faut compter avec le sans-\ngêne, l'hypocrisie, le bon vouloir des maîtres et le zèle excessif\ndes valets.\nUNE FIGURE PEU CONNUE.\nStanislas Champein, compositeur bien doué, dont les œuvres\nont de la grâce, du charme et de la naïveté, mourut à Paris en\niB3o, laissant une fille qui, dans le commerce des collabora-\nteurs de son père, avait senti s'éveiller en elle la veine\npoétique. Au lendemain de la Révolution de juin, Jeanne\nChampein, orpheline, se trouvait dans une situation plus que\nprécaire. Elle comptait fort sur la représentation à son bénéfice\nque Guilbert de Pixérécourt, l'ancien directeur de l'Opéra-\nGomique, lui avait promise et, à ce propos, elle lui écrivait, à\nla date du 3 octobre :"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.32", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "« Monsieur,\n« Voilà quelques jours de bien beau temps : est-ce que\nMadame votre fille n'en profitera pas pour un petit voyage à\nFontenay? Vous voyez Monsieur que j'ai de la mémoire? Je\nsuis persuadée que vous en avez aussi et que vous n'oubliez pas\nsurtout le bien que vous voulez faire. Je suis si malheureuse, si\ntourmentée en ce moment : les scellés sont apposés ; ainsi cette\npauvre succession si obérée va être encore mangée par la\njustice ! J'éprouve un grand besoin d'alimenter mon courage,\net rien ne peut me consoler et me soutenir comme l'appui et la\nprotection des amis de mon Père. Vous êtes du nombre Mon-\nsieur, et, parce que mon pauvre père vous aimait, et parce que\nvous lui avez toujours fait du bien, car vous lui avez toujours ren-\ndu justice. Je n'oublierai jamais que c'est à Monsieur Pixérécourt\nDirecteur de l'Opéra-Comique, que je dois d'avoir entendu la\nMélomanie (1). Je n'oublierai jamais le jour où prenant mon\npère sous votre bras et le conduisant à Feydeau, d'où les indi-\ngnités des Comédiens l'avait éloigné depuis de longues années,\nvous dites en bas en entrant avec lui, et vous dites avec plaisir\net fierté : « Voilà Champein que je vous ramène ». Je vous dois\nle bonheur qu'il éprouva du nouveau succès de sa vieille ou de\nsa jeune Mélomanie : depuis ce jour je vous ai voué une recon-\nnaissance que rien ne peut me faire oublier et surtout à présent\nque la mort de mon Père me rend tous ces souvenirs plus\nchers ! C'est donc avec la confiance de la reconnaissance que je\nm'adresse à vous et que je vous remercie encore de votre amitié\npour Champein qui maintenant s'intéresse à sa fille.\n« J'ai une demande à vous adresser relativement à cette\nreprésentation à mon bénéfice que vous voulez bien me donner,\net qui, comme je vous l'ai déjà dit Monsieur, ne sortira pas de\nvos mains si vous voulez bien vous-même en payer les petites\ncharges que me laisse mon pauvre père, vous m'aiderez ainsi à\nremplir envers lui un dernier devoir qui m'est sacré. Mais cette\ndemande je ne veux pas la compromettre et je crois qu'en vous\nl'adressant, aidée de Madame votre fille que je tâcherai de\ngagner en fesant route avec elle, je l'obtiendrai plutôt.\n« Voilà pourquoi je m'apperçois du beau temps et que je\nvous parle de Fontenay ! Et voilà pourquoi je vous dis aussi\nque rien n'est indulgent comme un père et comme un ami de\nson père.\n\n(i) La Mélomanie, opéra comique en un acte, livret en vers de Grenier,\nmusique de Champein, créé à l'Opéra-Comique national le 23 janvier 1781.\nLa partition était dédiée à Mlle de Condé et valut un gros succès à\nMne Colombe (Elise)."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.33", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2280, "texte": "« Recevez, Monsieur, la nouvelle expression de tous mes\nsentimens de considération et de reconnaissance.\n« JEANNE CHAMPEIN. »\nLe « Père du mélodrame », homme assez égoïste au\ndemeurant, n'oublia point la fille de son ancien ami, et le\n26 décembre iB3o il recevait d'elle cette lettre vraiment point\nbanale et qui révèle un caractère habile :\n« Monsieur,\n« Hier, je n'espérai pas que Noël viendrait pour moi, car il\nne vient pas visiter les orphelins, et je l'avoue j'en étais triste,\nj'aime beaucoup ses visites et peu s'en faut que je ne mette\nencore mon chausson dans la cheminée en allant me coucher...\neh bien ! voyez quelle divine chose que l'amitié surtout pour les\norphelins, hier, elle a fait venir Noël, Noël qui s'appelait\nbourru a jetté dans le chausson unepromesse de M. Duvergier de\nHauranne(i) qui en ce moment me fait autant de plaisir que\nm'en faisaient jadis les tartes aux confitures, biscuits, meringues,\netc., et c'est beaucoup dire ! Recevez Monsieur, l'expression de\nma joie en remerciement. Il n'y a plus que le mot incessamment\nque je voudrais bien traduire. Ce mot, de la\nliste civile, a-t-il malheureusement quelqu'analogie avec l'im-\nminent d'un directeur de théâtre par exemple ?\n« Mais Monsieur, l'appétit vient en mangeant et un bonheur\nen amène toujours un autre. J'ai retrouvé la lettre ci-jointe dans\nles papiers de mon pauvre père. C'est une indemnité de loge-\nment qui lui avait été accordée il y a deux ou trois ans je crois\npar M. De Martignac (2). Cette indemnité n'est que de deux\ncents fr. payable par semestre et d'avance. Le semestre va\narriver au ier janvier, si l'indemnité pouvait arriver aussi! Elle\nest si modeste que peut-être avec un peu d'aide, M. de Monta-\nlivet (3) aurait l'honneur de me la continuer et cela ferait encore\nsi bien à mon budget de Poëte.\n« ... Enfin Monsieur, vous voyez que je m'habitue bien à\nvous importuner, mais cela vous prouve au moins que je sais\ndepuis longtems et par mon père et par moi que vous êtes\nbon, et donc mes importunités sont une espèce de justice que\n\n(1) Ecrivain politique qui avait été un des plus ardents artisans de la\nmonarchie de Juillet.\n(2) 11 avait été nommé ministre de l'intérieur en janvier 1828.\n(3) Liquidateur de la liste civile de Charles X."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.34", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "je vous rends. Tout ce qui est bon doit souffrir, souffrez donc\ndes Poëtes et je continue.\n« Le mois prochain, quand vous serez Directeur... de ma\nreprésentation, dans quelques jours enfin je serai guérie. J'ai\nbien cru hier que le billet de bourru Noël, mais ce sera\nbientôt, et alors le médecin l'a dit, je serai guérie! En atten-\ndant j'ai les pieds écorchés comme un brûlé, à force de\nsinapismes, au point de ne pouvoir de longtems peut-être\nmettre de souliers, à moins que ma représentation... parce\nqu'alors je retomberais bien sur mes pieds.\n« Mais Monsieur, pour mon intermédiaire près de leurs\nMajestés qui aime tant le spectacle, je voudrais bien vous de-\nmander encore une Loge ? Assurément c'est trop, beaucoup\ntrop d'importunités mais suivez mon raisonnement, et vous\nverrez par le nombre de mes indiscrétions combien vous êtes\nbon, et cela est mon droit ou mon excuse. Et d'ailleurs c'est\npeut-être votre faute, si vous vous étiez fait Directeur plus tôt,\nma représentation aurait eu lieu, et alors je ne vous demande-\nrais plus de Loges.\n« Je ne voulais vous adresser que des remercimens et voilà\nque j'y joins deux demandes. Mais je le répète, suivez mon\nraisonnement, veuillez consulter un peu le caractère de la fille\nde votre pauvre ami et vous direz : oui, ses demandes sont\nencore des remerciemens, et me confier l'appui de ses espé-\nrances, c'est aussi me donner l'appui de sa reconnaissance ;\ncar vous le savez, les Grecs le disaient : La reconnaissance\nprotège. Et alors c'est moi qui protège... oh ! que les Grecs\navaient d'esprit !\n« Recevez, Monsieur, derechef mes remerciemens de la\nvisite de Noël et l'expression de tous mes sentimens de parfaite\nconsidération.\n« JEANNE CHAMPEIN. »\nAla suite de cette épître spirituelle, le « Shakspeare des\nboulevards » c'est ainsi que l'on avait surnommé Guilbert de\nPixérécourt fit d'activés démarches auprès de la commission\ndes auteurs dramatiques qui avait voté naguère, au profit du\nmusicien malheureux, un secours annuel de 1.200 francs et il\nréussit à assurer de ce côté une petite pension à la fille de son\nami.\nPuis le silence se fit ; l'auteur était tout à son mélodrame,\nMalmaison et Sainte-Hélène,que l'on venait de créer au théâtre\nde la Gaîté, dont il devait prendre la direction un an plus tard,\navec Dubois et Marty.\nC'est alors que le 20 janvier 1831, le bas-bleu tenace qu'était"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.35", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "Jeanne Champein faisait remettre à son protecteur le billet\nsuivant cacheté d'un cachet noir où se voit un amour ailé che-\nvauchant un chien :\n« Monsieur,\n« J'ai eu pendant plus de quinze jours une figure de monstre,\nvu un ou une Eresipèle qui depuis hier seulement m'a à peu\nprès quittée. Mon médecin dit que c'est la fin des maux. Que\nle Ciel l'entende ! si toutefois les paroles d'un médecin peuvent\ny arriver. Mais vous Monsieur, seriez-vous malade aussi,\npuisque vous oubliez le nouveau service que vous vouliez\nrendre à la fille de votre vieil ami ? Vous aviez si bien commencé\npar la petite pension des auteurs, et moi j'attends avec tant de\nconfiance les étrennes que vous m'avez promises. Je sais qu'on\na tout le mois pour les donner, cependant ma confiance est à\nson 20me, et pour l'empêcher de péricliter je vous fais entendre\nsa réclamation.\n« ... Serait-il possible d'avoir pour aujourd'hui ou demain\nune petite ou grande loge à la Gaîté ? J'irais moi-même avec\nM. et Mme Lenoir, bons vieux amis de mon père, qui ainsi que\nmoi voudraient voir Malmaison et moi je voudrais bien faire\nconnaissance avec le théâtre de la Gaîté où je n'ai jamais été et\noù j'irai peut-être un jour pour la gloire du théâtre et la pros-\npérité du Caissier. Si cela se peut, je remercie Monsieur de\nPixérécourt.\n«Je lui renouvelle i° que nous sommes au 20e jour du\nbienheureux mois des Etrennes et 20 l'expression de tous mes\nsentimens de reconnaissance et de considération malgré qu'il\nne soit pas encore Directeur... de ma représentation pour\nlaquelle j'ai tant couru, tant souffert, sans compter que j'espère\nencor pour elle, ce qui est encore un supplice, mais un supplice\nde Poëte.\n« JEANNE CHAMPEIN. »\nQu'advint-il de la fille du malheureux compositeur qui avait\nété victime tour à tour de la Révolution de 1789, de la Restau-\nration, des sociétaires de l'Opéra-Comique ? Je ne saurais le\ndire présentement. La représentation à son bénéfice lui assura-\nt-elle un pécule respectable ? Connut-elle le bonheur de « poéti-\nser » à son aise ? Eut-elle la joie d'un succès passager? Autant\nde questions auxquelles répondront peut-être un jour des con-\nfrères mieux renseignés que moi sur l'existence de cette femme\nde cœur et d'esprit.\nMARTIAL TENEO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nGEROLSTEINIANA\n\nToutes et quantes fois que je vais porter ma copie au Mercure de France, à moins\nqu'il ne pleuve trop ou bien que la température ne soit à l'excès inclémente, je ne puis\nme tenir d'explorer longuement les boîtes à bouquins qui ornent les parapets de nos\nquais. J'y découvris l'autre jour un manuscrit d'écriture ancienne et pâlie, fleurant\nson XVIII0 à vingt-cinq pas, et dont le contenu me remplit d'allégresse. C'était une\nsérie d'épîtres signées des noms mêmes et identiques qu'on trouve au bas des Lettres\nPersanes que nul n'ignore. Il faut croire que Rica et Usbek, après avoir quitté Paris,\nentreprirent un petit voyage en Prusse et en Germanie. Les observations qu'ils y\nrecueillirent ne manquentpas d'un certain piquant rétrospectif. Leur intérêt n'échappera\npas aux abonnés et lecteurs du Mercure musical que nous nous empressons de faire pro-\nfiter de l'aubaine, naturellement dans la mesure où l'exigeante actualité nous en per-\nmettra l'insertion. Cette correspondance évidemment privée, sinon confidentielle,\nforme un cahier malheureusement incomplet qui, s'il n'est pas piqué des vers, apparaît\nlacéré çà et là, sans doute allégé de feuillets dont l'absence constitue de déplorables\nlacunes auxquelles nous nous garderons de suppléer par des hypothèses peut-être\ntéméraires, nous confinant au rôle de transcripteur servile et scrupuleux du texte\nencore lisible. Le recueil entier, au surplus, donne l'impression d'une sorte de brouillon\ndécousu, rédigé par un traducteur manifestement dépourvu des talents du baron de\nMontesquieu, et la première lettre elle-même semblerait n'être qu'un fragment d'une\nmissive de quoi l'exorde, à tout le moins, fait défaut. La voici:\n« ... T'ai-je parlé de ce chambellan auquel Son Altesse Sérénissime a\nconfié depuis peu la Surintendance des Théâtres de la Cour, de sa Chapelle\net, en général, le soin de veiller à tout ce qui concerne la Peinture, la\nMusique, la Poésie, l'Architecture et autres arts divers dont le souverain\ndu grand-duché de Gerolstein s'enorgueillit, entre tous ses voisins et\nrivaux, de protéger les Muses ? Encore que je n'en sois pas sûr, après les\ntroublants incidents de la route, parmi les incendies de mines, les grèves,\nles batailles aux portes des mosquées et les événements qui ont marqué\nnotre séjour, je serais cependant surpris d'une telle omission, car les actes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.37", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4067, "texte": "du personnage tranchent singulièrement sur les us et coutumes qui parais-\nsent courants en cet original et doux pays. Ce chambellan est un fort\nhonnête homme, au nom gracieux plein de promesses. Il s'appelle Herr\nvon Schœnhonigsgarten, ou, ainsi que diraient les Français, M. du Beau\nJardin de Miel, taquine heureusement le pinceau et nourrit ostensible-\nment les intentions les plus pures. 11 semble assoiffé de réformes dont les\nbienfaits ont jusqu'ici plus spécialement touché l'art musical ou ce qui s'y\nrattache. Son premier exploit dans le genre fut la nomination d'un grand\nartiste, de tendances jugées par certains dangereuses et presque révolu-\ntionnaires, à la charge de Hofgeneraldirector du Erçherqogl. Fiirstl. Con-\nservatorium de Gerolstein, poste occupé longtemps par d'honorables\nInstitutsmitglieder, fonctionnaires excellents, mais médiocres composi-\nteurs. Gabi-Archangelophorès, le susdit grand artiste, commença par\ntout chambarder dans l'établissement vénérable. Sous son inspiration, von\nSchœnhonigsgarten exclut par un décret les professeurs titulaires de tous\nles jurys d'admission autant que de concours. Outre un joli toile dans\nLanderneau et quelques démissions attendues, l'aventure eut d'assez\nétranges contrecoups, plus drôles à conter qu'à subir, ainsi que dut s'y\nrésigner notre respectable Wirthin et son unique enfant, blonde, rose et\ndodue Greetchen aux nattes pommadées, aux prunelles candides et d'un\nbleu porcelaine aussi clair que le ciel d'lspahan. Usbek et moi, pendant la\nsieste, voire aux dépens, assez tard dans la nuit, d'un plus précieux som-\nmeil, nous avions éprouvé la vélocité de ses doigts infatigables au quoti-\ndien labeur. Trois jours de la semaine, par quelque temps qu'il fît, accom-\npagnée de la mère imposante et dûment corsetée, Greetchen s'acheminait\nau Conservatorium sans doute, un gros rouleau de cuir au bras, et revenait\nquatre heures après nantie d'une tâche nouvelle, encore qu'en tous points\nanalogue à celles studieusement piochées la veille, l'avant-veille, et depuis\nnotre arrivée même, à ce qu'il nous semblait du moins. Nous admirions\ncette persévérance sans, à la vérité, en concevoir l'objet, quoique nous\nnous puissions targuer, sans présomption, d'être experts quelque peu dans\nl'art de la musique. Notre hôtesse étant, de surcroît, comblée par la\nnature d'une santé, si j'ose dire, exubérante, fournie à souhait d'appas\nflottants dont l'opulence, hostile à tout support, aimait à s'écrouler au\nlogis sans entrave ou vergogne, j'avais eu la curiosité de percer les raisons\nqui l'obligeaient à se soumettre ainsi périodiquement à un trop évident\nsupplice, et je l'avais interrogée sur l'inscrutable but du travail imposé à sa\nprogéniture. - « Mais, il lui faut son prix ! » s'exclama-t-elle avec un large\net lumineux sourire. « Et elle l'aura l'an prochain ; j'en suis sûre, mainte-\nnant. Ah ! Excellence, si vous saviez... » Et la digne matrone m'avait\nnarré, tout d'une haleine, à la fois ses espoirs actuels et ses déconvenues\nd'antan. Sans parvenir à soupçonner pourtant les venus de ce « prix »\nmystérieux, source entrevue de tant de joies, fruit de tant d'opiniâtres\nefforts, j'ouïs avec stupéfaction que, depuis cinq années révolues à un\ntrimestre près, l'assidue jouvencelle fréquentait le Conservatorium grand-\nducal sans qu'elle eût réussi à s'y faire admettre jamais en qualité d' «élève»,\nindispensable condition pour briguer ledit fameux « prix ». Elle y suivait\nla classe de clavecin à titre d' a auditrice », huit mois durant accablée des\nflatteurs compliments de son maître, offerte en exemple aux « élèves » et\nayant acquis peu à peu tout ce qu'on peut apprendre en l'endroit et\nl'espèce. A chaque retour de vacances , néanmoins , l'infortunée voyait\nrecevoir au concours tout un lot de ses condisciples, bonnes, mauvaises ou\npires, et devait pleurer derechef son immuable et triste sort. Intriguée de\nces insuccès, la maman décida de s'informer auprès du professeur, le\ncélèbre Meguetsechtel, successeur en l'emploi de ses père et ancêtres"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4042, "texte": "jusqu'à la génération bisaïeule, et grosse notabilité du Tout-Gerolstein\nartistique. Elle en reçut le plus aimable accueil. Il vanta le talent de\nGreetchen et ses dispositions exceptionnelles, en se déclarant impuissant à\ndeviner les causes de son échec. « Très honoré Monsieur le Claveciniste\nde la Cour, hasarda la femme éplorée, n'aurait-elle point besoin que vous\nl'aidiez plus fréquemment de vos inestimables conseils?» « Peut-être, évi-\ndemment,.. peut-être, bredouilla Meguetsechtel en reniflant sa prise ; malheu-\nreusement, vous le savez, un vieil édit de Karl-Christian-August XI .VIII,\ngrand-oncle de notre bien-aimé Souverain, nous interdit, au\nde Gerolstein, de donner des leçons particulières à nos élèves. »\nHélas ! Hélas ! très honoré Monsieur le Claveciniste delà C.» « C'est\nregrettable, évidemment, très regrettable... Mais que voulez-vous? C'est la\nloi. Nous ne pouvons pas donner de leçons particulières aux élèves du\nConservatorium,... à nos élèves,... personnellement, bien entendu... Que\nvoulez-vous ?.. » « Mais alors, que faire, très honoré Monsieur le Clave-\ncini...? » « Voyons, voyons, ne pleurez pas. Je vous le dirai, 1à... Oui, je\nvous dirai ce qu'il faut faire. Non, non, pas aujourd'hui... Ecoutez, qu'elle\ncontinue à bien travailler et nous verrons... Ne vous découragez pas...\nAdieu, chère amie, adieu. Comptez sur moi. Revenez me voir. A\nbientôt. » Meguetsechtel n'ayant pu cependant se résoudre à « dire ce\nqu'il fallait faire », en dépit de .multiples visites, Greetchen fut recalée au\nconcours qui suivit. « Or, Excellence, s'écriait notre brave hôtesse, elle\nallait sur ses dix-huit ans : la limite d'âge !! Il fallait aviser avant le su-\nprême examen. Que faire, du grosser ? Que faire ? Pourquoi Meguet-\nsechtel n'osait-il point le dire ? Je me creusais la tête en vain et je faisais\nen rougissant mille suppositions saugrenues, car l'illustre\nund Professorest un vieillard irréprochable, quand je me souvins à\npropos d'un de mes locataires de jadis, flûtiste distingué qui courait le\ncachet à un demi-florin de Prusse, puis fut pour quelque temps Grand\nChancelier d'Etat aux Cultes et Finances, et vit aujourd'hui retiré,\nConseiller secret honoraire, gros Percepteur d'impôts et Membre perpétuel\ndu Comité consultatif à la Compagnie des Chemins, Postes et Diligences.\nOn dit aussi qu'il commandite un important distillateur de Sans\ndoute, je ne devais guère espérer de son influence : outre qu'il est fort cir-\nconspect, sa situation est trop peu rare en notre Gerolstein où les « anciens\nministres » pullullent, car Sa Sérénissime Altesse est capricieuse et aime,\nautour de soi, à changer de visages. Mais à défaut de protection, il pouvait\nme donner des tuyaux. Je lui dépêchai donc un mien cousin en ambassade.\nLe garçon revint consterné. Après s'être fait exposer le cas par le menu,\nl'oracle avait conclu tout net : « Ce que je puis vous dire pour être répété,\nc'est que Greetchen perd son temps et sa peine. Inutile qu'elle se présente\net représente : elle ne sera jamais reçue. » J'ai le sang un peu fort, vous\nsavez. En entendant ça, je sentis comme un coup de poing sur la nuque\net je tombai en apoplexie quasiment. On dut me porter sur mon lit, me\nfrotter les joues de vinaigre et me poser des rigolos sur les mollets. Vous\nme croirez si vous voulez, Excellence, j'en maigris de dix-huit kilos en\nquinze jours. Je songeais au suicide à l'idée de l'humiliation dont l'avenir\nnous menaçait, moi et ma fille. J'avais recommandé le silence au cousin et\npleurais de honte et de rage. Dame ! Excellence, vous comprenez : les\namies, les parents, les voisines, presque tout Gerolstein enfin qui n'est pas\ngrand !.. J'étais folle. Le médecin qui me soignait y perdait son latin, en\nconstatant l'impuissance des remèdes et mon agitation croissante. Il\ninsistait pour savoir quelque chose, mais je restais têtue comme une borne\net muette à ses questions. J'eusse aimé mieux mourir que de répondre, à\nlui surtout : figurez-vous, Excellence, que c'était justement le papa de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.39", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3991, "texte": "Lisbeth, « ier prix »de l'année dernière !Un soir pourtant, tandis que je\ndormais avec la fièvre, le bon docteur usa de stratagème et confessa Greet-\nchen. En apprenant la vérité, il se précipita dans ma chambre à coucher :\n« Quoi ! c'est donc ça qui vous rend si malade ?! » Réveillée en sursaut, je\nfondis en larmes amères dont j'inondai mon traversin. « Hélas î très\nhonoré M. le Professeur-Docteur, hélas!... » « Jetez-moi ces potions,\nchère Madame, dès demain vous serez guérie ; je vous garantis le succès\nde Greetchen au prochain concours. » A ces mots, mon cœur de mère\nne fit qu'un bond et moi aussi, Oubliant que j'étais en chemise, je m'élançai\npour serrer dans mes bras mon sauveur. Greetchen, heureusement, s'in-\nterposa en paravent, et sauva ma pudeur en me blâmant d'une telle\nimprudence en l'état de faiblesse où j'étais. « De grâce ! expliquez-vous,\nsuppliai-je, très honoré M. le Professeur-Docteur!... » « C'est bien\nsimple : allez au Cours Sésame. Tenez, voici l'adresse. » Il sortit de\nsa poche un carton où je lus : « Hochmiisikschule pour Artistes et Amateurs,\ndirigée par... Mais ce n'est pas : Sésame !» « En effet, c'est un autre\nnom. D'ordinaire, toutefois, on le prononce ainsi. Allez vous faire\ninscrire bien vite. » « Mais que dira M. le Professeur Meguetsechtel ?\nSera-t-il pas froissé que... » « Allez toujours. Ne vous tourmentez\npas. » Et le bon docteur prit congé avec un malicieux sourire qui\nfaisait frétiller sa moustache. Se jouait-il de deux pauvres femmes? Je n'en\npus fermer l'œil de la nuit. Le lendemain, je me levai dès l'aube et me\nmis sur mon trente-et-un. Je bouillais d'impatience et grelottais d'an-\ngoisse en attendant l'heure convenable. Nous partîmes enfin. En arrivant\nau Cours Sésame, ma main tremblait si fort que je dus m'y reprendre à\ntrois fois pour tirer le cordon de sonnette. Nous entrâmes tout ahuries,\nperdues dans un corridor sombre où s'étouffait comme un murmure de\nclavecins, et je poussai une porte au hasard. Des cris joyeux nous saluèrent\nsoudain : « Tiens! c'est Greetchen! » Je crus rêver. Je reconnus Lina,\nMinna, Emma, Martha, Anna, Maria, Catharina, Julia, bref toute la classe\nMeguetsechtel au grand complet, élèves et auditrices. Pressentant sans\ndifficulté les motifs de notre démarche, la surveillante, aimablement,\ns'offrit à nous conduire au bureau de « Madame », qui nous encouragea\ndu plus cordial empressement. « Voilà longtemps que j'attendais cette\ncharmante enfant!... Mais, je vous en prie, prenez place... » Nous nous\nassîmes. - <?c Oui, voilà bien longtemps, clière Madame. On m'en ht les\nplus grands éloges. Par bonheur, il n'est point trop tard pour que tous vos\ndésirs et les siens soient exaucés bientôt. Vous verrez les progrès qu'elle\nfera chez nous. » Emue de tant de bienveillance, je m'enquis du prix\nréclamé, qui me parut salé, quoique abordable, en somme, à mes économies.\nAu surplus, j'étais prête à tous les sacrifices. Mais ce qui me tracassait le\nplus, c'était de connaître le nom du professeur en pied. La question me\nbrûlait les lèvres et la langue, et j'hésitai un bon quart d'heure avant\nde la risquer. « Le professeur?... Mais, chère Madame, qui supposez-\nvous donc qu'il puisse être en une maison comme la nôtre, sinon le\nMaître indiscuté dans la matière, l'illustre et vénéré Meguetsechtel?! »\nAussitôt, tout un tas de choses s'illumina pour moi ainsi que d'un éclair.\nJe soldai les trois mois d'avance, dont l'un déjà fort entamé, et m'éloignai\nguidée par l'obligeante sous-maîtresse. Ah! Excellence, je n'étais pas au\nbout de mes surprises. On pratiquait tous les genres de musique, en\ncette maison prévoyante; il y avait des cours de toute espèce; on appre-\nnait à jouer de tous les instruments. Les leçons étaient terminées préci-\nsément quand nous sortîmes et, à travers les couloirs encombrés, nous\nne croisâmes guère que des figures de connaissance, des gens d'aspeci à\nnous trop familier, portant, qui son hautbois d'amour, sa viole ou son"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3610, "texte": "basson, qui son livre de vocalises, son traité de ou son\npapier noirci de canons raturés ; enfin tout le de Gerols-\ntein, a bien peu près. J'avais compris. Nous nous hâtâmes, même avant\nque rentrer chez nous, d'aller rendre visite à l'illustre Meguetsechtel.\n1 enant par la main ma Greetchen : « Très honoré M. le Claveciniste de la\nuj\"> lui dls\"je en faisant révérence, je vous présente et recommande à\nvos bontés une élève du Cours Sésame. » «Ah ! chère amie, combien\nje suis heureux! Vous savez donc? Eh bien! oui, c'était là tout ce qu'il\nfallait faire. Mais je ne pouvais pas vous le dire, n'est-ce pas? Ma position\nétait délicate. C'est bien simple pourtant. Le règlement nous interdit\nd'accorder des leçons particulières aux élèves du mais\nnon pas den donner aux eleves du Cours Sésame ou de quelque autre\ninstitution similaire, car rien ne nous defend d'enseigner au dehors\nVous voyez, c'est bien simple. Je vais donc pouvoir m'occuper comme\nil sied de cette chère enfant, dont depuis si longtemps j'apprécie les mé-\nrites... » « Je mets tout mon espoir en vous, très honoré M. le Clave-\nciniste de la Cour! Elle aura dix-huit ans l'an qui vient; la limite... » —-\n« Il y avait urgence, en eflet. Mais allez en paix, chère amie, j'en fais\nmon affaire. \\ous n ignorez point, n'est-ce pas, que je suis du jury, où\nmon autorité m'assure quelque poids sur le verdict de mes collègues.\nD'ici le concours d'admission, notre Greetchen aura, j'en ai la certi-\ntude, accompli les plus remarquables progrès qui seront couronnés par\nla due récompense, ou je me trompe fort. Comptez sur moi pour y\nveiller, chère amie, et la garder contre toute injustice. Ce n'est d'ailleurs\nque mon devoir. » Je le quittai sur ces douces paroles, l'âme épanouie\ncomme un bouquet de fleurs au printemps ; bien mieux que rétablie du\ncoup, ressuscitée, fringante. Moi, moribonde hier, je trottais dans la rue,\nchantais comme un pinson. J'avais des ailes, et jamais Gerolstein né\nm apparut si beau. Pensez donc, Excellence ; « eleve » dans six mois\nGreetchen aura son prix aux vacances d'après. Et c'est sûr et\nExcellence. Ah! béni soit le Cours Sésame!... » Hélas ! Allah est par-\nfois bien cruel en ses impénétrables desseins! Depuis ces si joyeuses con-\nfidences, les décrets de JVL. du Beau Jardin de Miel ont tout bouleversé\ndans le vieux Conservatorium de Gerolstein. Au mépris de traditions sécu-\nlaires, les professeurs, Meguetsechtel en tête, étant bannis des jurys\nd admission, il advint que le Cours Sesame ne vit passer aucun de ses\nPas un, cette fois, ne fut reçu ; pas une admise. « Madame »\nassistait au désastre, atterrée, et trempa sa douzaine de mouchoirs. On\ncraint pour la raison de notre bonne hôtesse. Tu le vois, cher Ibben, les\nplus louables intentions font quelquefois d'innocentes victimes, et telle\ncause, que le souci de 1 équité dicta, peut entraîner de douloureux effets.\nEncore qu'également inopinés, ils ne sont pas toujours aussi tragiques;\ntémoin l'assez plaisante histoire dont s'égaya tout Gerolstein. Il s'agissait\ndu somptueux théâtre édifié récemment par Sa Munificente Altesse avec\nun faste inouï de marbre et de métaux, et richement subventionné sur sa\ncassette. On n'y joue que des opéras ou des ballets mimés dont le Grand-\nDuc est fort friand. Un certain Lascar del Çapitoul, imprésario fameux\nque ce Prince à grands frais fit venir d'ltalie, en organise les spectacles\ndispendieux et magnifiques. Mais ma lettre est déjà bien longue. Je te ra-\nconterai la chose une autre fois. Adieu, ami. Usbek te salue. Je t'embrasse.\nPour copie fidèle : JEAN MARNOLD.\n\nRica."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.41", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "LES CONCERTS.\nConservatoire.\nLe programme du concert du 8 avril au Conservatoire unissait les noms\nde Schumann, Beethoven et Bach a ceux de MM, Gabiiel Fauré et\nL.-A. Bourgault-Ducoudray. Disons tout de suite, pour la tranquillité de\nleur mémoire, que les premiers ne souffrirent pas du voisinage.\nDe M. L.-A. Bourgault-Ducoudray, on donnait pour la première fois la\ntumultueuse Rapsodie cambodgienne.Je ne vous raconterai pas ce quelle\na la prétention d'exprimer, car il serait fastidieux de transcrire la notice de\nla partition d'orchestre ; elle peut, d'ailleurs, suggérer aussi bien l'incinéra-\ntion du roi Norodom. Il n'importe : elle amuse l'oreille, et c'est tout ce\nqu'on peut lui demander.\nLe fracas de cette musique contrastait singulièrement avec la douceur et\nl'élégance de celle de M. Gabriel Fauré. Délicieuse de couleur orchestrale\net toute de demi-teintes est, en effet, l'exquise suite d'orchestre\net Mélisande, tirée de la musique scénique écrite pour le drame de Maeter-\nlinck. Le public n'a pas accueilli cette œuvre comme il aurait dû le faire ;\nil est vrai que d'une autre part il applaudit à tout rompre la rapsodie cam-\nbodgienne, couvrant ainsi, victorieux, quelques malheureux sifflets.\nL'admirable cantate Herr, wte du ivillt, de J.-S. Bach, exécutée pour la\npremière fois au Conservatoire, eut plus de faveur, et cela est heureux.\nElle fut interprétée avec toute l'onction désirable et une excellente sévérité\nde* style par les solistes : Mme Hénault et MM. Francell et Narçon, qui\nfurent parfaits, comme les chœurs et 1 orchestre.\nLes autres numéros du programme étaient la en majeur de\nSchumann, suivie du Chantélégiaque, de l'air de ballet de et du\nChœur des Derviches des Ruines d'Athènes de Beethoven, tous suffisam-\nment connus pour me dispenser d'insister. Le Chœur des Derviches, dont\nl'exécution atteignait vraiment la perfection absolue, fut bissé et encore\nmieux exécuté la seconde fois que la première. Ajoutons que l'orchestre\net les chœurs, sous la direction de M. Georges Marty, furent ce qu'ils sont\ntoujours, de tous points remarquables.\nC. DE MALARET.\nConcerts Colonne.\nM. Richard Strauss parti, la Sinfonia nous fut redonnée le\n8 avril sous la direction de M. Colonne, pour la seconde et ultime audi-\ntion. Celle-ci fut accueillie avec moins de transports d'enthousiasme que la\npremière. L'élément germanique moins nombreux, quelques défaillances\nde la direction (pour préciser, une attaque fâcheuse du cor solo vers la\nvingt-cinquième mesure) et une compréhension de 1 œuvre moins faite\nd'extériorisation provoquaient quelque refroidissement. Au risque de pa-\nraître rétrograde,* je déclarerai que plus encore a la seconde audition qu a.\nla première la Dowiesticci n'a rien, a mes yeux, de bien nouveau. G est du\nBerlioz, du Berlioz à la mode du xxe siècle, c'est-à-dire avec toute la\nscience contrapontique, si répandue aujourd hui, avec toutes les ressources\nd'une orchestration qui n est pas sans devoir beaucoup à Wagner, avec\ntoute la fougue d'un Liszt et fort peu de personnalité.\nLe poème symphonique convient à Strauss a cause de ses affinités avec\nla musique dramatique. Berlioz et Liszt, qui en furent les maîtres, furent\ninsensibles à la musique de chambre, leur génie plus prime-sautier ne\npouvait guère se plier aux exigences de la sonate et du quatuor et, encore"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3864, "texte": "moins, à celles de la symphonie. Pour faire parler l'orchestre, la forme du\npoème symphonique leur restait seule et ils en tirèrent tout ce qu'il est\npossible de lui faire exprimer. Cependant Franck apparaissait et tentait de\nretrouver le fil de la majestueuse pensée beethovénienne. Sans autres\nmaîtres que Bach et Beethoven, les apôtres de la musique, Franck appor-\ntait à la musique un nouveau maître dont l'influence devait donner à la\nmusique française toute une génération de symphonistes, dont le plus\nillustre et le véritable héritier est V. d'indy. En Allemagne, un tel effort ne\nfut pas suivi et Berlioz reste le grand pôle de la musique symphonique.\nBien que possédant des capellemeistersbeethovéniens tels que Hans\nRichter et Félix Weingartner, l'Allemagne musicale ne prit rien peut-\nêtre ne comprit-elle rien au maître de Bonn. Strauss, qui, à l'heure pré-\nsente, est le maître incontesté de la musique allemande, ne put sortir de la\nmusique à programme, et l'œuvre que nous venons d'entendre en est la\nmeilleure démonstration. Si, indépendamment de toute idée préconçue, ne\nconnaissant rien des intentions de l'auteur, on veut juger la\ncomme une symphonie en fa majeur de M. X..., on est obligé d'y décou-\nvrir tout autre chose qu'une symphonie. La multiplication des idées —peu\npropice à leur distinction, d'ailleurs, la simultanéité de leur présenta-\ntion, les procédés de développement sont en tous points néfastes à une\nœuvre dont le genre et le caractère sont nettement définis et dont le plus\ngrand mérite consiste en une interprétation neuve de règles déjà fixées.\nAu fond, la vraie question musicale n'est point tant ici dans l'emploi\nde telle ou teile forme que dans la musicalité latente de deux civilisations\net de deux esthétiques connexes. Or si, au point de vue formaliste, nous\npouvons trouver chez nous des maîtres au métier impeccable, nous pou-\nvons y trouver encore plus de natures musicales, à la sensibilité plus,\nprofonde et plus neuve. L'émotion musicale semble être le propre de la\nnation qui peut revendiquer comme siens des artistes tels que Fauré et\nDebussy. Ce dernier surtout a su apporter à l'orée de ce siècle une note\nnouvelle que lui seul a, le premier, entendue. Plus sûrement que la\nDomestica n'évoque la famille, le Prélude à VApres-Midi d'un Faune nous\nincite à voir jouer, sous les vertes frondaisons, lTEgipan Barbu, au rire\nsauvage et joueur. Sans fatigue aucune, en une douzaine de minutes,\nEglogues et Bucoliques, souvenirs de douces rêveries à l'ombre d'un grand\narbre, sur un vert gazon, assaillent notre pensée et versent au cœur la joie\nde minutes exquises et trop vite écoulées. Un frisson de nouveau a par-\ncouru la musique, lui donnant une vie nouvelle, lui apportant le secours\nd'une technique inespérée, d'une harmonie nouvelle, d'une saveur incon-\nnue mais exquise, et d'une orchestration sans rigueur pleine de détails\nimprévus et colorés.\nEt ceci est plus beau que de plaquer du Liszt sur du Berlioz, le tout sur\nun peu de Strauss Richard.\nPeut-être Mme Litvinne est-elle désolée de ne pas chanter à\nl'Opéra, c'est fort possible. Peut-être a-t-elle désiré chanter à Paris un rôle\nqu'elle illustre à Bruxelles, c'est bien probable. Je ne trouve pas que ces\ndeux faits additionnés aient dû nous valoir une sélection d'une œuvre\nqu'on jouait la veille, si je ne me trompe, et qui depuis deux saisons tient\nl'affiche chez M. Gailhard. Venue il y a deux ans, alors que depuis plus de\nsoixante-dix ans cette œuvre n'avait pas été jouée, cette anthologie eût été\nintéressante, aujourd'hui elle l'est beaucoup moins. Mme Litvinne fut, à\nson ordinaire, tendre, aimante et tragique à souhait. M. Plamondon, égale-\nment, nasillard, Mme Cocyte tumultueuse et Mlle Mathieu d'Ancy (élève de\nMme Colonne) vocalisa mieux que ne le fait Mue Richebourg (également\nélève de Mme Colonne)."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.43", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "Le Vendredi saint a le privilège de ramener les anthologies wagné-\nriennes. Mes confrères de la presse quotidienne ayant presque tous pro-\ntesté contre cette mode, je ne m'appesantirai point sur cette commune\ncompréhension par nos marchands de soupe musicale du caractère\nmystique de la musique. Il ne faut d'ailleurs pas leur en vouloir outre-\nmesure. A part le fragment du Vendredi saint de Parsifal, l'interlude de\nRédemption et les œuvres à caractère nettement religieux, messes,\nrequiems, oratorios et cantates sacrées, rien dans leur répertoire ne con-\nvient à la musique d'un tel jour. Si Yon y donne des concerts pour procurer\nà l'âme de pieuses pensées, ils manquent à tous leurs devoirs, ils sont cou-\npables. Si, au contraire, leurs entreprises ne fonctionnent que parce qu'ils\nont des salles disponibles et un public privé de théâtres à abreuver de\ndistractions, peu me chaut qu'ils jouent du Wagner, du Bach ou de jeunes\ninconnus, plus ou moins qu'un dimanche à 2 h. 1/2.\nM. Colonne fit jouer, en partie, deux suites de Bach : en ré mineur et en\nsi mineur. De la première on bisse, c'est de fondation, Varia célèbre et de\nla seconde une badinerie, petit chef-d'œuvre exquisement flûté par\nM. Blanquart. Sur un délicieux froufroutement de violons courent de\ndélicats méandres aux contours imprévus, qui montrent Bach sous un\njour aussi exquis qu'imprévu et dépourvu de pensées adéquates à l'anni-\nversaire de la mort du Christ. Cependant d'aucuns concevant le nom de\nBach comme synonyme de piété semblèrent y trouver le sujet de maintes\npieuses méditations. Tant mieux pour leurs cœurs assoiffés d'amour divin.\nDu même Bach, toujours catalogué auteur pieux, le Concerto en mi majeur\nfut joué par Jacques Thibaud avec un succès qui a dû lui faire oublier le\nmagistral chahut qui, la saison dernière, Paccueillit dans le Concerto en\nsi mineur de Saint-Saens. L'adagio de ce concerto, qui me paraît supérieur\nà l'aria précitée et qui est, d'ailleurs, moins connu, fut phrasé avec une\ndélicatesse, une justesse d'expression et une pureté de son merveilleuses.\nUne telle musique, si elle n'est point strictement religieuse, élève l'âme\naussi haut que celle-ci peut aller, et c'est de l'art le plus beau.\nLe prélude de Tristan excite plus les sens que l'âme, mais c'est égale-\nment de fort belle musique. M. Van Dyck, en habit, manque quelque peu\nde distinction ; mais il sut, avec l'aide de Mme Kaschowska, nous intéresser\nau gigantesque duo du second acte de Parsifal qui, séparé du reste de\nl'œuvre, est quelque peu dépourvu de la signification intégrale que lui\ndonne l'ensemble du drame. Les deux partenaires furent néanmoins fort\napplaudis. M. Colonne salua; l'orchestre, qui avait arboré la cravate blanche,\nse leva, et la foule s'écoula pour ne plus revenir que le 14 octobre prochain.\nDans mon prochain article, je tâcherai d'établir le bilan de cette saison et\nd'en tirer les enseignements qui s'en dégagent.\nCH. CHAMBELLAN.\nLe Quatuor Bâillon (séance du 7 avril 1906).\nParmi tant d'intéressantes séances organisées par M. A. Dandelot cette\nsaison, dans la salle Empire de Pleyel encore idéalement parfumée du\ngrand souvenir des neuf soirées beethovéniennes de Risler, le concert\ndonné par le Quatuor Bâillon restera dans la mémoire des délicats, attirés\npar l'annonce du second quatuor russe du regretté Borodine qui n'est\njamais entendu, malgré sa séduisante originalité.\nCe n'est point d'aujourd'hui que nous applaudissons l'archet pur et le\ngoût raffiné de M. Marcel Bâillon, l'un des plus intelligents violonistes de\nla jeune école : nous gardons l'un des meilleurs de nos souvenirs musicaux\nà telle chaleureuse interprétation de la Sonate de Franck, avec Dron"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.45", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "pour partenaire, en igo3. Et bien secondé par MM. William Cantrelle,\n. leîre Brun et C. de Novion, le jeune violoniste devient, malgré sa\njeunesse, ou plutôt à cause de sa jeunesse, un excellent streichquartettdi-\nrector. ce mot bien parisien flattera le goût des convives musicaux very\nse ect, qui se pressaient sur 1 estrade autour de ces jeunes et fervents\nmusiciens : leur exécution juvénile prouvait à leurs auditeurs des deux\nsexes qu'un quatuor n'est pas l'ennui quintessencié, mais que, par une\na mirable soirée de lune printanière, on peut se cloîtrer deux heures dans\nla salle blanc et or de Pleyel pour applaudir Schumann et Borodine. Aussi\nbien, nombre de jolies fillettes au catogan soyeux semblaient s'amuser énor-\nmément. Et de fins visages plus graves, avec plus de discrétion, les imi-\ntaient.,,. Ce fut donc une soirée fort sérieusement attrayante ! Les yeux\npartagèrent cette impression quand parut la jeune pianiste, Mme Alemchené\nbrune et rose comme la Sulamite de l'Ecriture ; et, pour Cantique des\ncantiques, que 1 avril semblait indiquer, nous entendîmes avec un super-\nficiel plaisir 1 aimable sonate (op. i3j de M. Gabriel Fauré. Jamais le\ncélèbre auteur d'un Madrigal exquis, d'un quatuor aimable et de la Bonne\nchanson verlainienne n a mieux montré que dans cette savante Muette les\nspirituelles limites de son génie : on rappelait, dans notre enfance, « le\nSchumann français » : ce qui n était peut-être pas absolument flatteur ni\npour Schumann, ni pour la France, ni meme pour l'aimable personnalité\ndu futur directeur du Conservatoire ! Cette sonate mondaine donnerait\nplutôt Tidée, de par ses harmonies rares sous sa grâce facile, d'un César\nFranck mondanisé, dun Franck en soirée, habit noir coupé à Londres et\nbottines vernies de chez Meyer... un Franck massenétique, si vous pré-\nférez ! Et le Massenet ou plutôt le Des Grieux de Manon {Ah ! fuyedouce\nimage) est très proche parent de tel second thème de l'allégro m01t0...\nL andante est dun appassionato fleuri comme un chapitre de roman ; la\nsuave impertinence î Et les (( belles écouteuses » de Verlaine ont reconnu\nleur « mandoline » favorite. Cette musique flirteuse se dégage en pizzicati\nvraiment spirituels ! Cœurs confiants, méfiez-vous ! Il est vrai que le jeu\nnettement incisif de Mme Alemchené rend l'air moins dangereux...\nEn avril, ce qui serait bien plus grave, c'est le Preislied de Walther (et\nde Wagner) moins laborieusement chanté que ce soir.*.\nMais comment résister à la séduction toute vernale du premier quatuor de\nSchumann (op 41, n° 1, 1841), qui date, comme la première symphonie\nen si bémol, de Tannée des amours et des mélodies ? Tout l'intimisme\nchante si tendrement dans le premier temps! Beethoven célibataire, comme\nMichel-Ange et Jéhovah, parlait un autre langage... Et ce bonheur idéalisé\npar le génie devait aboutir à la démence : cela confond toute philosophie.\nNi schumannien ni seethovénien, mais très personnel et très slave\napparaît, enfin, le ravissant quatuor de Borodine : le finale excepté, qui\nlanguit, c'est un ouvrage de la plus prime-sautière poésie musicale où\nMarcel Bâillon et ses acolytes se sont montrés justement poètes. Les\nthèmes russes passent dans 1 essor initial de 1 allegro moderato * le scherzo\nmineur exhale déjà toute la mélancolie pittoresque qui caractérise la mu-\nsique russe contemporaine et qui s'épanche à ravir dans le Notturno andante\noù l'alto, puis le violoncelle, soupirent, sur le frisson des sourdines accom-\npagnatrices, des phrases qui semblent très familières à notre compatriote\nGustave Charpentier : d'ailleurs, le noctambulede Louise Qtdes Impressions\nd'ltalie connaît aussi bien tel scherzo de Balakirew et le quintette de\nSvendsen... Cette musique du Nord a beaucoup aidé les nôtres à se déwa-\ngnériser : et faut-il donc lui tenir rigueur ? On n'entend vraiment pas\nassez la musique de chambre de ces poétiques régions, et ce quatuor de\nBorodine serait encore un plaisir inconnu de la brillante assistance pari-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.46", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3233, "texte": "sienne du samedi soir 7 avril 1906, si nous ne devions cette volupté nou-\nvelle à la jeune ardeur du quatuor Bâillon.\nQu'il soit ici remercié ! RAYMOND BOUYER.\nErratum. Prière de lire, dans le Mercure musical du i 5 avril 1906,\npage 36J, ligne 28 : les œuvres altières, encore plus que les aimables ou-\nvrages, sont sujettes à ne point recevoir d 1 emblée l'assentiment d'un auditoire\nmême choisi... K. B.\nSociété Nationale. Félix Weingartner.\nLe concert du 21 avril nous a d'abord fait connaître un Trio de Ch. Tour-\nne mire, qui a le mérite de la clarté et de la sobriété, mais dont l'inspiration\nme paraît peu personnelle ; il y a, dans le lento, de jolies sonorités; le\nfinale en est très froid. J'ai déjà dit ici même (1) tout le bien que je pense\ndes Quatre Poèmes d'Henri de Régnier, mis en musique par Albert Roussel,\nque Mme Bathori a chantés avec un art sincère et touchant; musique déli-\ncate et retenue, où l'on sent un demi-sourire un peu las, une tendresse\nmélancolique, et comme une grande bonté cachée. La première de ces\npièces, qui m'avait charmé à la lecture, m'a cette fois moins plu que\nles suivantes : le Vœu surtout en son émotion frissonnante, et le poétique\nJardin mouillé. Les trois Valses pour piano de Florent Schmitt sont d'un\nromantisme douloureux qui les apparenterait à Chopin, si l'écriture en était\nmoins tourmentée; M. R Vinès les joue avec une grâce exquise. Quatre\nvigoureux Poèmes en musique d'Albéric Magnard sont fortement mis en\nvaleur par la belle voix de M. Jan Reder, et la Sonate de Gustave Sama-\nzeuilh, œuvre jeune et sincère, où la mélodie coule à pleins bords, trouve\nen MM. Jacques Thibaud et A. Cortot des interprètes émus autant qu'in-\ntelligents.\nEt j'ai retrouvé Félix Weingartner avec tous ses angles, ses coudes au\ncorps, sa main gauche crispée et ses gestes courts, si impérieux cependant.\nIl nous a donné un Beethoven imposant et un Berlioz un peu froid peut-\nêtre. Quel dommage, dans la Scène aux champs de la Symphonie fantas-\ntique, ce naturel du hautbois ! L'air de Cléopâtre, cantate\nécrite par Berlioz en 1820, a de la noblesse et de la grandeur ; on y recon-\nnaît l'influence de Gluck, un souvenir direct du songe dJphigénie en\nTauride, et aussi des intentions descriptives (par exemple, le sifflement du\nserpent). Mll® Bréval s'y est montrée tragédienne accomplie.\nLouis LALOY.\nVirtuoses.\nLe 9 avril, a eu lieu chez Pleyel une fort jolie séance.\nM. Beszô Szigetti, qui donnait le concert, a été particulièrement remar-\nquable dans le Concerto de Lalo (je note en passant que l'accompagnement\nnécessitait un véritable talent, puisque le concerto avec piano n'est qu'une\nréduction de l'original qui est pour violon et orchestre). Le Souvenir de\nMoscou de Wieniawski a enthousiasmé les auditeurs, et M. Szigetti, qui a\ndû revenir jouer, a déployé toute sa virtuosité dans une petite pièce qui\nn'était que difficultés, voire même tours de force.\nM. de Lausnay, qui prêtait son concours, s'est taillé un gros succès dans\nles Etincelles de Moskowski, ce qui ne veut pas dire que la Ballade en la \\>\nde Chopin est passée inaperçue.\nMlle de Buck, qui s'est fait applaudir dans la Jeune Religieuse et la\n\n(i) Mercure musical du i 5 octobre igos."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3428, "texte": "Truite de Schubert, a été remarquable dans YEsclave de Lalo. Sa voix\nimpressionnante et dont elle tire un grand effet dramatique m'a semblé\nparticulièrement peu commune dans le grave. Je suis encore obligé de\nmentionner de quelle façon l'accompagnateur, Eug. Wagner, a rempli\nson rôle délicat. Il s'est acquitté supérieurement de cette tâche difficile,\ncomme je l'ai montré.\nJ'ai eu l'occasion d'entendre à plusieurs reprises, pendant le mois der-\nnier, un jeune violoncelliste auquel sa belle qualité de son et l'originalité\nde son interprétation assurent certainement une splendide carrière artis-\ntique. Antonin Dessol, qui n'est âgé que de 17 ans 1/2, a fait rapidement\nson chemin. Elève au Conservatoire de Montpellier, il y a obtenu suc-\ncessivement un ler accessit à l'unanimité, un 2e prix et enfin un ier prix.\nIl a été reçu brillamment à la classe Cros-Saint-Ange du Conservatoire de\nParis, et j'espère que mes lecteurs pourront l'apprécier mieux encore que\nje ne l'ai fait aux concours des fins d'année.\nPAUL DUBOT.\n\nAU SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE.\n\nLe Salon d'Automne avait donné l'exemple. La Société Nationale, à son\ntour, ouvre une section de musique, avec plus de solennité. On est agréa-\nblement surpris de rencontrer au catalogue, sous le n° 2454, le nom\nd'Alfred Bruneau, né à Paris (122, rue de la Boétie, Ville), et d'apprendre,\nun peu plus loin, que M. Dominique-Charles Planchet, né à Castanet\n(Haute-Garonne), abrite ses méditations au 49 delà rue La Bruyère (IXe) :\nutiles renseignements, dont MM. les éditeurs, si friands de nouveautés,\nferont sans doute leur profit. Un majestueux jury étale, à l'entrée de ce\nparadis, les noms inégalement illustres de MM. G. Fauré, président,\nPaul Viardot, vice-président, Bachelet, Bourgault-Ducoudray, Alfred Bru-\nneau, Busser, Charles-Lefebvre, Edouard Colonne, Paul Dukas, Duvernoy,\nC. Erlanger, Alexandre Georges, Guillemant (sic : c'est l'orthographe\nadoptée par M. Jacques Blanche, critique musical de Y Ermitage), L. Hil-\nlemacher, P. Hillemacher, G. Hue, V. d'lndy, S. Lazzari, Letorey, Ch.\nLevadé, Luigini. G. Marty, Pierné, Pierret, H. Rabaud, Tournemire, Paul\nVidal. Voilà bien des membres, et je me demande ce qui eût bien pu sor-\ntir des délibérations d'une aussi nombreuse compagnie, si elle eût siégé au\ncomplet. Par bonheur, plus d'une abstention facilita la tâche des empressés,\net je doute fort, en particulier, de l'assiduité de M. Vincent d'lndy. Le\nmaître sait à quoi s'en tenir sur les commissions et leurs travaux, discus-\nsions, marchandages et compromis; sûr de l'absurdité finale du résul-\ntat, il aura réduit, le plus qu'il était possible, sa responsabilité en cette\naffaire, et cette sagesse aura eu plus d'un imitateur. La Schola n'a pas trop\nsouffert de cette abstention, puisqu'elle est représentée par le Languedoc de\nSéverac, le Trio de Roussel, la Sonate pour alto de Labey, la Sonate de\nSamazeuilh, la Sonate d'Alquier et une mélodie de Mlle Blanche Lucas.\nPourquoi, à ces oeuvres dont quelques-unes sont fort remarquables, n'en\na-t-on pas ajouté deux ou trois autres? C'est ce qu'on ne saisit pas très\nbien; mais tous les jurys ont de ces mystères. Ce qui est plus grave, c'est\nle cas de ce jeune compositeur, élève de là Schola également, qui put s'as-\nsurer que son morceau inédit, qui lui revint refusé, n'avait pas même été\nouvert : le truc des pages collées est bien vieux ; il réussit toujours."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "Mais surtout il me semble, à feuilleter ce catalogue, que c'est un monu-\nment d'incohérence.\nD'abord l'inégalité des œuvres est prodigieuse, et sous ce rapport la\nVie section est la digne émule de ses cinq sœurs : après Fauré, Bourgault-\nDucoudray, Henri Rabaud et Camille Saint-Saëns, on nous montrera des\npages de MM. Malherbe, Schindler, Georges Hue et Ermond Bonnal. Le-\ntocartet Jean Huré, Tournemire et A, Duvernoy, Mme Delage-Prat et\nM. Pierre Kunc, A. Luigini et M, Noël (?), A. Savard et A. Sauvrezis,\nAnselme Vinée et Paul Vidal, J. Mouquet et Lefèvre Dérodé, A. Van-\nzande et P. Philip, représenteront la jeune école française, à côté de la\npetite phalange de la Schola, que je trouve maintenant bien exiguë en\ncomparaison. On croirait lire le programme de toute une saison de con-\ncerts Le Rey. Quant aux maîtres qui, en face de ces hardis novateurs, tien-\ndront le rôle des>Carolus Duran et des Besnard, ils se nomment Alfred\nBruneau, Bourgault-Ducoudray, Arthur Coquard, Dallier, Erlanger, Guil-\nmant, Hillemacher, d'lndy, Luigini, Pierné, Ropartz, Saint-Saëns, Viardot\net Widor. On remarquera sans peine que Claude Debussy et Maurice\nRavel ne figurent dans aucune de ces deux catégories. Que l'on ne m'accuse\npas ici de parti pris, que le Dr Mauclair ne diagnostique pas un nouvel\naccès de « debussyte ». Vraiment je ne crois pas donner des signes\nde délire, si j'avance que Debussy est plus intéressant à connaître que\nPaul Viardot, et que Ravel me paraît supérieur à MM. Letocart, Jean\nHuré, Tournemire et quelques autres. Que signifie donc cette élimination\nétrange ? Les erreurs de tel jury du Conservatoire, pieusement recueillies\npar le jury nouveau-né du Salon, vont-elles s'y perpétuer et prendre la\ndignité de « traditions » ? Dès qu'il fut question, l'année passée, de créer\ncette Exposition de musique, nous protestâmes à l'avance contre la pro-\nbableineptie de la commission d'examen. Nous ne pensions pas si bien dire.\nRemarquons d'ailleurs que le promoteur de l'idée, M. Combarieu, fut lui-\nmême effrayé lorsqu'il vit qu'au lieu d'une vaste association de tous les\nmusiciens de France, on allait simplement instituer un concours de plus.\nLa Chine elle-même vient de renoncer au système suranné des concours ?\nQuand donc la France l'imitera-t-elle ?\n\nLouis Laloy.\n\nREVUE DES REVUES\n\nRevue musicale de Lyon.\nLa Revue musicale de Lyon est une vaillante, et le Dr Vallas, qui la\ndirige, secondé par son lieutenant fidèle, M. Edmond Locard, est pournous\nplus qu'un excellent confrère : presque un frère d'armes. Il faut lire, dans\nle n° du i 5 avril, son article magistral, dont le titre seul a déjà réjoui nos\ncœurs : Un cabotin : /. J. Paderewski.\nL'illustre et flavescent pianiste est venu en effet illuminer Lyon de sa\ngloire, précédé d'un imposant cortège de communiqués en style montecar-\nlien. Mais le Dr Vallas est insensible aux enthousiasmes qui firent tourner\ntant de têtes étrangères. Il vint au concert, muni de ses partitions, et voici\nce qu'il put constater :\nDans le Prélude en la mineur de Bach, transcrit par Liszt, ni régularité ni\nnetteté ; la pédale sans cesse, même dans les successions de basses ; la Fugue,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "bien présentée au début, devient rapidement un bafouillage, grâce au manque\nd'équilibre entre les parties, et surtout à Vemploi abusif de la pédale, çne Z'on\ndevrait toujours laisser de côté dans ce genre d'ouvrages.\nLa fameuse sonate du Clair de lune fut entièrement défigurée. L'Adagio sos-\ntenuto, joué comme l'aurait traduit quelque mauvais amateur : rubato ridicule,\ndéformations rythmiques, incessantes, petites pâmoisons, clapotement perpétuel\nentre les deux mains qui, à certaines mesures (par exemple les mesures 6, 7, S, 9),\nfait entendre trois notes arpégées où se trouve un accord plaqué. LïAllegretto,\ncomplètement dénaturé, trop lent, lourd, prétentieux et ampoulé. Le Finale. pHs\ncZans un mouvement vertigineux5 et, pour aller plus vite, ai?ec un demi-temps\nrégulièrement sauté (mesures 2, 4, 6, e£c.).\nZ)e Mendelssohn, cZenx Romances sans paroles, jouées correctement, mais sans\nintérêt. Le Carnaval de Schumann, déformé, pressé et ralenti tour à tour sans\nraison, exécuté à coups de poings.\nDans Vinterprétation de Chopin, mêmes défauts, mais moins sensibles, puis-\nqu'il est dans les traditions (pourquoi ?) de jouer sans mesure ses œuvres :\nd'abord la Ballade en la t>, au lieu de celle en sol mineur portée au programme,\net le Nocturne en sol, op. 37, n° 2, pour remplacer celui en si annoncé (ces deux\ntranspositions inattendues avaient évidemment comme raison d'être le désir de\nmettre en défaut les critiques...) ; puis trois Etudes (lev Livre, 12e en ut\nmineur ;2Q Livre, 9e en sol t> ; ler Livre, 3e en mi), —Za première prise trop\nvite et bafouillée, Zes autres fort bien rendues, Za seconde surtout ; enfin, une\nMazurka e£ une Valse en la .\nPonr terminer, un Nocturne, d'une rare insignifiance, signé Paderewski, et\nune Rapsodie de Liszt, que je n'ai pas entendue.\nConsidérée en général, Vexécution de M. Paderewski ne se recommande pas\npar beaucoup de qualités : sa virtuosité incomparable ne se fait guère remarquer\nqu'à la main droite, souple, vigoureuse, et, aussi, délicate ; quant à la main\ngauche, elle ignore parfaitement, suivant le précepte évangélique, ce que fait la\ndroite : les traits sont extrêmement confus, les octaves généralement ratées, les\naccords se transforment en n'importe quoi suivant le hasard qui fait tomber les\ndoigts du pianiste où il faut ou bien ailleurs ; c est une réalisation approxima-\ntive de la partition qui suffirait, au concours du Conservatoire, à faire éliminer\nun élève. La sonorité est détestable, dure, écrasée, brutale et sans éclat ; enfin,\nsuivant le joli mot de la Dépêche, Y interprétation est vague : Beethoven, Schu-\nmann sont joués sans différence, un peu à la Chopin, mais surtout à la Pade-\nrewski.\nOn voit que si les jugements de M. Vallas sont sévères, ils sont très\nexactement motivés. Ce procédé de critique étant celui que nous nous\nsommes toujours efforcés de suivre, on comprendra que nous nous abste-\nnions ici de tout éloge et citions simplement encore la conclusion de\nl'article, qui mérite, elle aussi, d'être retenue :\nOn ne manquera pas de me reprocher violemment cette critique, sous le pré-\ntexte qu'elle s'adresse à un artiste célèbre dans le monde entier, longtemps\nacclamé comme un virtuose unique, payé cinq mille francs par soirée, et\nauquel, par suite, on na pas le droit de toucher. J'estime, au contraire, comme\nje le disais dimanche dernier, que c'est parce que Paderewski est illustre que\nnous avons le droit d exiger beaucoup de lui et de lui reprocher avec acrimonie\nnotre déception de Vautre jour. Un musicien doué comme l'est Paderewski, célébré\npartout, triomphateur dans tous les pays, a des devoirs rigoureux envers l'Art\net le public ; et cest la fonction de la critique de le rappeler à l'ordre quand il\nne s'en acquitte pas »\nJe suis désolé de causer de l'ennui aux amateurs qui m'adressent fréquemment"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.50", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "des lettres anonymes pour me menacer des pires vengeances dans le cas où je\ncritiquerais tel ou tel artiste ; mais cette considération ne saurait m empêcher\nde répéter que Ignace Paderewski, sil fut autrefois un grand virtuose, n'est\nplus aujourd hui qu un méprisable cabotin.\nEn bon chirurgien, le Dr Vallas tranche dans le vif : souhaitons-lui la joie\nde voir la plaie du virtuosisme entrer, par ses soins, en voie de guérison.\n\nL. L.\n\nLA MUSIQUE A BORDEAUX\n\nLes Concerts.\nA Bordeaux il existe deux sortes de concerts : les Concerts mondains\ndu Cercle philharmonique, les Concerts populaires de la Société de Sainte-\nCécile. L'orchestre de Sainte-Cécile est composé de bons éléments, et\nM. Pennequin, qui le dirige, fait d'appréciables efforts pour nous révéler les\nœuvres symphoniques de tout genre. Malheureusement ses révélations ne\nsont pas toujours très imprévues. Quand il renonce à Beethoven, c'est\ngénéralement pour tomber dans Schumann, ou ce qui est plus triste\ndans Brahms. Les modernes, à part Vincent d'lndy, ne sont pas favorisés.\nLe Prélude à VApres-Midi d'un Faune, risqué l'an dernier avec une bonne\ngrâce douteuse, ne fut suivi jusqu'ici d'aucune autre œuvre debussyste.\nLes Russes sont insoupçonnés. Balakirew n'a même, je crois, jamais paru\nsur l'affiche, Rimsky fort rarement. Quant à César Franck, M. Pennequin\nsemble avoir oublié son existence, au moins cette année. Il est cependant\ndevenu fort difficile de passer Franck sous silence.\nMais ces réserves faites, empressons-nous de célébrer le dévouement du\nchef d'orchestre à Wagner, qu'il aime évidemment beaucoup et au'il con-\nduit bien. C'est ainsi qu'il ouvrit la saison avec les Murmures de la Forêt\net Y Ouverture des Maîtres Chanteurs, morceaux un peu bien connus, mais\nqui ne lassent jamais. Au même concert exécution par pas moins de huit\nharpes à pédales d'une chose fort bénigne que M. de Saint-Quentin inti-\ntula Carillons blancs et Carillons noirs. Je songeais par contraste aux\nDanses de Debussy, aériennes et graves. Le second concert nous\napporta la Deuxième Symphonie de Brahms, la moins fastidieuse à\nmon goût, mais qui s'orne d'un allegretto grazioso et d'un allegro con\nspirito, où la grâce du brave musicien patauge de façon bien diver-\ntissante. Oh ! combien Mozart était mort, quand furent écrits ces\npesants badinages î Le même jour, M. Pennequin exhuma une cantate\nde Saint-Saëns sur des vers d'Armand Silvestre : le Feu céleste. Disons\nsimplement que la musique se tient d'un bout à l'autre à la hauteur du\npoème, dont voici un échantillon :\nAigle s'envolant de son aire,\nVolta lui ravit le tonnerre\nEt l'apporte à l'Humanité.\nA servir l'homme condamnée,\nPar lui la foudre est enchaînée\nEt s'appelle Electricité,\nEnfin l'orchestre révéla aux Bordelais la Nuit d'été de M. Georges Marty,\nque j'avais entendue jadis chez Colonne. On aurait mauvaise grâce à en\ncontester la gentillesse ; mais combien cela reste superficiel et simplement"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.51", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3914, "texte": "« aimable » ! On put s'en rendre compte quand M. Pennequin, tentant\nun effort plus décisif, mit à son programme la Symphonie en si bémol de\nVincent d'lndy.\nArtadmirable que celui de d'lndy et dont la spéciale beauté est -—je crois\nd'allier la spontanéité primitive à la parfaite conscience des ressources\nsonores. On dirait que les chants si purs, jaillis de lame populaire, dans\nl'œuvre du grand musicien se développent et s'amplifient en profondeur,\nchaque note de la mélodie rayonnant autour d'elle cette harmonie si\nsavoureuse, qui la transfigure à son tour. Je pense surtout, en disant cela,\nau délicieux intermède ; mais je sens combien de beautés je néglige en\nessayant de renfermer cet art incomparable dans des formules. Le qua-\ntrième concert ne nous donna rien de bien imprévu. L'ouverture de\nTannhaûser est fort aimée à Bordeaux ; je ne sais pourquoi vers la fin les\ncuivres s'obstinent chaque fois à écraser le ruissellement des violons. La\nTroisième Symphonie de Schumann, la Cathédrale, que M. Chevillard\njoue souvent, est belle. Schumann a un grand défaut ; il est ennuyeux\nparce qu'il est long et ne sait jamais s'arrêter. Mais, une fois acceptée cette\nprolixité, on ne peut s'empêcher de goûter la noble passion intime dont il\nest animé ; il faut savoir gré à son romantisme de ne pas avoir consenti\nau pittoresque facile et extérieur, qui chez Berlioz nous paraît aujourd'hui\nsi démodé. Je lui suis reconnaissant de ne pas me contraindre à chercher\ndans sa Cathédrale les flèches et les gargouilles ; je le remercie de ce que\nje ressens un peu la paix douloureuse des sanctuaires gothiques. —Au\nprogramme du 5e concert revint le nom de Vincent d'lndy : M. Pennequin\nnous offrit Saugefleurie. Siegfried est le plus merveilleux des contes de\nfée. Mais quelle ravissante légende que Saugefleurie ! Quel mystère de\ntendresse discrète et— si j'ose dire silencieuse ! Quelle exquise chevau-\nchée d'amour, à peine entrevue, à peine rêvée, déjà finie ! Le 6e concert\nfut pour nous l'occasion d'entendre la Troisième Symphonie (en ut mineur)\nde Saint-Saëns, que les grands concerts parisiens, manquant d'orgue, ne\ndonnent jamais.\nJ'y apprécie une certaine grandeur classique, qui n'est pas la rigidité\nglaciale des autres œuvres de l'auteur. Quel musicien eût été Saint-Saëns,\ns'il avait voulu ! Quelques fragments de Manfred me rappelèrent l'in-\nterprétation superbement grandiloquente qu'en donna il y a deux ans,\nColonne, ce romantique. L'ouverture est belle, l'Apparition de la Fée des\nAlpes me fait songer, je ne sais trop pourquoi, à l'adorable Enlèvement de\nPsyché, ou Franck mit toute la pureté de sa sensualité légère. L'Appa-\nrition fut bissée. Le reste, même le Ranz des Vaches, qui chez Colonne\ndéchaîne d'inexplicables enthousiasmes, fut très froidement accueilli.\nLe 7e concert, avec le concours de Mme Chrétien-Vaguet, fut exclusivement\nconsacré à Wagner; on sentit tout de suite que M. Pennequin l'avait\nconsciencieusement préparé. L'Ouverture du Vaisseau Fantôme fut bien\nenlevée, Y Enchantement du Vendredi saint détaillé avec soin. J'aime\nque Parsifal soit la dernière œuvre de Wagner. On ne pouvait rêver un\ncouronnement plus pur, plus paisible, plus radieux, au temple immense\nqu'il a élevé. Sans doute, je comprends Parsifal à travers le commentaire\ninoubliable de Barrés. Mais quel tour de force d'être resté aussi musical\ndans l'expression d'idées aussi abstraites ! On ne songe pas assez qu'il a\nfallu à Wagner dix fois plus de génie qu'à tous les autres pour rester un\ngrand musicien avec la conception qu'il s'était faite du rôle de la musique.\nIl risquait mille fois de tomber dans la littérature, en voulant atteindre à\nla philosophie ; et son œuvre alors eût été atroce. C'est bien ce que prouve\nl'échec piteux de tous ceux qui out voulu l'imiter sans l'interpréter. Son\nidée du leit-motiv à signification précise était elle-même très dangereuse :"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.52", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3832, "texte": "si Wagner avait été littérateur comme Berlioz, il eût écrit un pathos incom-\npréhensible ; il eût composé une véritable algèbre musicale sans le moindre\nintérêt. Mais Wagner était Wagner ; et c'est pourquoi il est grand. C'est ce\nque nous prouva une fois de plus 1 admirable et\nque Mme Chrétien chanta avec une grande conscience.\nNous entendîmes encore Siegjried-Idyll, d'une incohérence rêveuse si\ncharmante, le Prélude de Parsijal avec ses quatre thèmes, posés comme\nquatre blocs de marbre, la Marche Junde d une si vaste et\nsi sombre brutalité (quel décor pourrait ressembler au tableau magique\nqu'elle évoque en nous ?), enfin le Final du où Mme Chrétien\nfit de grands efforts, mais sans réussir à dominer suffisamment le tumulte\norchestral. Le concert finissait drôlement par le et la\nMarche de Tannhduser ; l'effet produit par le contraste était irrésistible.\nLe dernier concert fut occupé presque tout entier par M. Planté. A peine\nlaissa-t-on un petit coin à la Symphonie de Schubert, où j'aime\nle chant candide et douloureux des violoncelles. M. Planté est bien amu-\nsant... un moment ; mais il devient vite fatigant. Heureusement qu'une\nfois ses contorsions achevées, il joue à merveille Liszt, Beethoven, Brahms\net suitout Chopin ;ce vieillard aime Chopin àla passion ; cela se voit\ndans ses yeux... et dans son jeu. C'est fort bien.Ce qui est peut-être mieux,\nc'est de nous avoir révélé le Deuxième de Ch.-M. Widor, d'une\nbelle largeur, et où Dieu merci l'orchestre ne laisse pas continuelle-\nment la parole au piano, ce qui permet d'entendre de solides harmonies.\nL'auteur, venu pour diriger son œuvre, n'a pas eu le succès qu'il méritait.\nJe ne dirai qu un mot des autres virtuoses qui nous ont rendu visite ;\nchaque concert nous en fit connaître un. Le talent de M. Alberto Géloso\nne put rendre supportable le Concerto en la de Saint-Saëns. M. Liégeois\ninterpréta le Concerto en ré de Lalo avec une louable ardeur. Je n'ai pu\nentendre Mme Clotilde Kleeberg. M. Capet, qui est notre compatriote, fut\nadmirable de pureté classique dans le de Beethoven, dans\net dans une Gavotte^de Bach : c'est un grand artiste. Son collaborateur\nM. Hasselmans, qui lui succéda, nous ennuya fort avec le Concerto en re\nmineur de Saint-Saëns, mais nous fit entendre par compensation la belle\nElégie de I' auré; Enfin M. Lazare Lévy mit au service de Schumann de\nChopin et de Liszt une prestigieuse habileté.\nMais c'est aux Concerts philharmoniquouverts seulement aux\nmembres du cercle et à quelques invités, que la virtuosité règne sans con-\nteste. Le ler concert réunissait les noms de Mme Marguerite Carré de\nM. Johannès Wolff et de M. de Greef. Je n'aime pas la voix de Mme Carré.\nElle a pourtant chanté avec tact Y Eau de qu'elle venait\nde créer à l'Opéra-Comique et l'air de de M. J. Wolff est\n1 homme de Sinding et de Saint-Saëns, Je ne discute pas. Mais j'aimerais\nmeme pour le Concerto si drôle, même pour le Caprice andalous si hon-\nteux, un son plus pur. M. de Greef a joué à ravir les Arabesques de Schu-\nmann, une Pastorale de Scarlatti et un de Chopin. Au 2 e con-\ncert M. Fernand Lemaire fut gentil ; malheureusement M. Lemaire n'est\nplus assez jeune pour être un petit prodige (ce dont je le félicite) et il\nn'est pas assez âgé pour avoir un talent bien formé. La 2e Rhapsodie de\nLiszt lui valut cependant un gros succès. Mlle Jeanne Leclerc compensa\nson immanquable romance du Timbre d'argent par le Mariage des roses\nde Franck. Il est dommage qu'elle nous ait refusé l'adorable Clair de lune\nde baure. Sa voix pure parut un peu grêle. M. Fugère faillit être porté en\ntriomphe. Il n'y avait pas de quoi. Son admirable voix lui servit unique-\nment a faire valoir V. Massé, E. Sauzay et un tas de vieilleries insuppor-\ntables. Dans le duo des Voitures versées de Boïeldieu il eut un succès de"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.53", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "fou rire. Je m'étais toujours douté que cet homme manquait de goût.\nNous eûmes notre revanche avec le 3econcert, qui fut superbe. MM. Enesco,\nPablo Casais, Dufranne et Mll© Grandjean nous ravirent tour à tour.\nM. Enesco a des yeux dangereux ; ils sont si beaux qu'en le voyant jouer,\non est tenté de s'exagérer son talent, lequel est pourtant très grand.\nIl transfigura merveilleusement le Concerto en la majeur de Saint-Saëns.\nMais pourquoi s'amusa-t-il aux variations acrobatiques de Paganini sur\nNel cor piu mi sento, dont la vertigineuse difficulté n'excuse pas l'intérêt?\nM. Enesco sait faire autre chose que de la grande voltige. C'est ce que\nnous a prouvé sa Première rhapsodie roumaine, d'une si originale beauté et\ndont les rythmes sont si variés, l'instrumentation si piquante. Sans doute,\nil y alà une influence des Russes ; mais ce n'est pas une copie, c'est une\ntransposition. Je me souviens d'ailleurs d'une Suite entendue chez Colonne\net que j'adorais. M. Pablo Casais violoncellisa délicieusement un joli\nconcerto du père Haydn et un Chant hébraïque de Max Bruch. Mlle Grand-\njean nous offrit deux de ses triomphes parisiens : l'air d'Agathe, si tendre,\nsi inquiet, si ardent et si triomphant, et la Mort d'Yseult. J'avoue que\nj'aime beaucoup entendre ce morceau séparé. Car à la fin de Tristan\nj'arrive épuisé, haletant, incapable de m'élever une dernière fois dans un\nélan passionné ;je n'entends plus. Aussi ai-je goûté bien mieux l'interpré-\ntation de Mlle Grandjean àce concert qu'à l'Opéra, interprétation puissante\net qui rend à merveille l'impression de grandissante sérénité et d'anéantis-\nsement triomphal. M. Dufranne, outre un air de Thaïs et un air\nd'jHamlet, chanta avec Mlle Grandjean le duo de Don Juan et seul le La-\nmento de Fauré si largement désolé, si beau à force de simplicité, si tra-\ngique à force de tranquillité. Et en écoutant son admirable voix, je son-\ngeais à Golaud, à la phrase sublime : « Il est vrai que ce château est très\nvieux et très sombre », et à ce cri immense comme toute la fatalité : « Je\nPai fait malgré moi, voyez-vous, je l'ai fait malgré moi. »\n\nJacques Rivière.\n\nLA MUSIQUE TCHÈQUE.\n\nEtat actuel de la musique tchèque.\nA un survivant de peu d'importance près, tous ceux de la grande géné-\nration, conquérante du droit à l'expression musicale de l'âme tchèque, sont\nmorts. Après Smetana ( 1824-1884), le grand héros et le martyr aussi pitoyable,\nisolé et incompris de son vivant que Beethoven, Zdenko Fibich (1850-1900)\nest enlevé en pleine maturité; après Fibich, Dvorak (1841-1904). Et à côté\ndes maîtres les comparses, Bendl, à qui Prague ne rend pas honneur assez,\net Vilem Blodek(iB32-i872), l'auteur trop ignoré du Puits. Le survivant est\nRichard Rozkosny (né en 1833), l'auteur des opéras Stoïa, les Chutes de\nsaint Jean et Popelka (Cendrillon), le seul demeuré au répertoire du Théâtre\nNational, grâce autant à ses mérites qu'au charmant libretto de M. Otakar\nHostinsky... à moins qu'aux pigeons vivants qu'on y voit picorer sur la\nscène !\nSomme toute, on peut affirmer que leur œuvre à chacun est à deux faces :\nils ont donné à la nation tchèque une image,intelligible à son entendement\nun peu spécial, des grandes formes de la musique universelle ; et ils ont\ndonné à la musique populaire tchèco-slovaque le droit d'exister, de se pro-\npager et d'engendrer dans le domaine de la musique universelle. Il faut"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.54", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 4095, "texte": "envisager les travaux de ces hommes, pour en bien comprendre et l'origi-\nnalité d'inspiration générale et ici ou là les pauvretés de forme ou de détails\n(inexplicables si l'on ne les replace pas dans leur milieu encore plus que\ndans leur temps), à ce double point de vue : du langage universel qu'ils ont\nparlé au particularisme national, qui n'en eût rien voulu savoir d'interprètes\nétrangers ; et des accents, et des rythmes, et de la tournure d'imagination,\nspécifiques d'une originalité nationale renaissant du milieu des tombes et\ndes ruines et, ce qui est pire, d'un systématique et séculaire abrutissement\nbureaucratique, qu'ils ont mis en circulation à travers le monde. C'est\nainsi que nous voyons sous la plume de Dvorak jusqu'à des airs nègres\nrecueillis aux Etats-Unis prendre une tournure tchèque, et sous celle de\nFibich les sentiments tchèques les plus affectueux s'exprimer cosmopolite-\nment en des formules symphoniques d'une ampleur et d'un souffle souve-\nrains. C'est ainsi que nous nous étonnons dans l'oeuvre de Smetana d'une\nélégante comédie de salon comme Dre vdovy (les deux veuves) à côté d'un\nopéra populaire comme Rubicka (le baiser). Et il est bien clair,par exemple,\nque ce pauvre et magnifiant Smetana, qui venait à son peuple humilié les\nmains pleines de chefs-d'œuyre réduits au maximum de compréhension\nqu'il pouvait exiger de ce peuple sans déchoir lui-même, a pâti et affreu-\nsement, d'avoir à créer de toutes pièces pour des gens non seulement in-\néduqués, ce qui eût été une chance, mais mal éduqués et chez qui sévissait\nle plus abominable faux goût, de la musique de chambre et des cantates,\ndes poèmes symphoniques (il s'est volontairement détourné de la sympho-\nnie comme de quelque chose d'allemand) et toutes les variétés d'opéras. Si,\nau lieu de s'imposer cette tâche patriotique et presque surhumaine de faire\nl'éducation musicale de la nation à travers le bourgeoisisme opaque du\npublic de Prague, il n'avait eu à s'occuper que de la culture de son moi et\nque d'atteindre àla plénitude de son expansion musicale dans un milieu plein\nde ressources tel que le Prague d'aujourd'hui, nous serions certainement\nmis en demeure de lui vouer cette admiration absolue qui ne va qu'aux plus\ngrands. Si nous autres étrangers hésitons à l'adjoindre à un Beethoven, à\nun Wagner ou à un Bruckner, la patrie tchèque se doit de lui réserver une\nplace à part, mais non moins spéciale dans sa vénération reconnaissante ; car\nsi ce grand, très grand musicien, n'est qu'un demi-dieu, c'est à cause de l'a-\nmour qu'il a porté à son peuple, amour poussé jusqu'aux besognes débili-\ntantes du bon Samaritain, amour poussé jusqu'à ce sacrifice qui consiste\nà se diminuer héroïquement pour augmenter d'autant l'objet aimé. Smetana\nné à Vienne, à Dresde ou à Paris, ou né simplement égoïste comme Ber-\nlioz ou comme Wagner, atteignait à leur rang. Il s'en est fallu de bien peu\nqu'il y montât sans cela. Quant aux deux autres maîtres, voici la vérité en\ncinq secs : Zdenko Fibich est approximativement un Schubert tchèque et\nAntonin Dvorak quelque chose d'infiniment supérieur à un Brahms.\nAucun des trois maîtres n'a encore été étudié définitivement ni même\nsérieusement, pas plus en français qu'en tchèque. Mais il faut mettre hors\npair les publications préparatoires de M. O. Hostinsky sur Smetana. Nous\navons le droit de constater la difficulté de cette étude, puisqu'elle a été\nnotre travail de trois saisons de Prague sans que nous ayons pu arriver\nau terme de nos peines et de nos joies. L'œuvre de ces trois véritables ar-\nchitectes de la musique tchèque est un monde. Ils ont tout défriché, tout\nnivelé, tout fondé, tout essayé, tout ébauché, tout indiqué. Après eux il ne\nreste plus qu'à se jouer et à s'ébattre en liberté dans la cité nouvelle. Après\nla suite de poèmes symphoniques Ma vlast, après le Poème tchèque et les\n9 opéras de Smetana; après les 3 symphonies et le journal musical de\nFibich ; après les 6 symphonies, la demi-douzaine de poèmes sympho-\nniques et la multitude de danses et paysages et impressions slaves, et les"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.55", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4062, "texte": "concertos de Dvorak, la génération montante n'avait qu'à jouïr de cet Eldo-\nrado conquis et àen exploiter les richesses : on put craindre un moment\nqu'une aristocratie de poetce minores, précieux et alambiqués, de petits par-\nnassiens et de symbolistes méticuleux, ergotant sur la place d'un dièse et\nd'un bémol, se taillassent de petites principautés agressives et fermées\ndans le grand royaume innombrable. Mais le sang slave a pris le dessus ;\ncar voici que ces mêmes raffinés, ces mêmes coupeurs de cheveux en quatre\ntout à coup s'affirment à leur tour des créateurs et des puissances, et par\ndes oeuvres spontanément jaillies, et viriles sous toutes les délicatesses de\nl'armure, nous montrent le ridicule de nos appréhensions et la vanité de\nnos sombres pressentiments. Les fils, après avoir fait un temps les dandys,\nse montrent tout de même dignes de leurs pères ; ils n'en auront plus cer-\ntains défauts ni du reste les mêmes qualités. Avec moins de mérite, il est\nvrai, ils édifieront des oeuvres tout aussi grandes, et très différentes, sans\nqu'elles cessent d'être tchèques.\nM. Joseph Suk fait partie du fameux quatuor tchèque. C'est son moindre\nmérite, à moins que celui d'être le gendre de Dvorak... Un si bon gendre\nque l'on a pu craindre un satellite. Aujourd'hui il faut déchanter, heureuse-\nment ! C'est qu'une certaine Suite pour Rahuq et Mahulena du poète Zever\na fait son tour d'Allemagne, imposée par Weingartner, et quoique l'Alle-\nmagne ne soit pas tendre à l'égard de ce qui vient de Prague. C'est surtout\nqu'un royal poème symphonique, de proportions immenses, intitulé Praga,\napparaît tout à coup au son de ses grosses cloches finales comme le cou-\nronnement imprévu du cycle Ma vlast. Et pourtant si le sentiment d'amour\nfilial est aussi chaud, aussi expansif, les procédés sont autres et l'orchestra-\ntion d'une nouveauté extraordinaire, même après la Russie et la France\ncontemporaines, même après Mahler et Strauss. On sent littéralement\nnaître la ville dans des sonorités troglodytiques, puis concomitant s'épa-\nnouïr en grand arbre infini certain thème de l'amour de Prague à travers\ndes évocations préhistoriques, puis légendaires, puis chronologiques, puis\nau milieu des solennités civiques modernes grandioses, en un crescendo\nd'effets neufs et d'efforts colossaux. Hungaria de Liszt n'est plus qu'une\nmauvaise flambarde affiche d'expositiondans une gare à côté decette fresque\nmunicipale, à laquelle je serais curieux de comparer certaine Bohemia de\nMili Balakirew sur quoi, malgré toutes mes recherches, je n'ai encore pu\nmettre la main. Auprès de cette œuvre-là les trésors de grâce, les finesses,\nles menues hardiesses techniques dépensées dans YOuverture dramatique,\nles impressions de Printemps et d'Eté, le concerto pour violon et la mu-\nsique de chambre, semblent des jeux de société.\nM. Vitëzlav Novak fut épaulé à ses débuts par Brahms, qui le dirigea sur\nson éditeur Simrock comme il y avait envoyé Dvorak. C'est établir qu'il est\nmaître de son art. Il fut le premier dont on s'aperçut qu'il avait quelque\nchose à dire. Et quelque chose de poignant ! Tempérament de faune sen-\ntimental qui se console des mécomptes de sa sensibilité par les satisfac-\ntions de sa sensualité Ardent et de bonne humeur en apparence ; concen-\ntré et réfléchi et un peu triste par là-dessous. Raffiné à l'excès, il ne se\ndélecte à rien plus qu'à la mélodie populaire. Mais il serait incapable de la\ncréer comme Smetana et M. Kovarovic. En revanche, comme il l'interprète\net la commente ! Marcheur effréné, il n'en passera pas moins d'entières jour-\nnées dans les champs à épier derrière un buisson le cri de joie qu'un gars\nmorave ne laisserait pas échapper en sa présence, ou l'appel mélancolique\nd'un pâtre slovaque à ses moutons, ou simplement les travnice de petites\nfilles qui se croient seules à l'écho des grandes chênaies solitaires. Aussi doit-\non à ce musicien, qui a déverse sa passion dans les cahiers de musique les\nplus fermes dans la forme intègre et les plus étudiés d'écriture artiste (telles"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.56", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "ses Nuits d'hiver ou sa grande Sonate héroïque) les meilleurs, les plus élo-\nquents recueils de chants slovaques ; et puis de la musique de chambre où\nil a célébré l'unité slave et l'universalité de Fart sous la diversité des\ncaractères tchèques, moraves et slovaques ; et enfin et surtout cette admi-\nrable Suite slovaque pour piano d'abord, puis pour orchestre qui est l'ana-\nlogue en musique des tableaux bariolés et étourdissants de Jozka Uprka.\nNous ne mentionnerons qu'enpassant, et parce que Prague nous y oblige,\nM. Oskar Nedbal, chef d'orchestre brouillon et tumultueux, peu maître de\nlui-même, mais amuseur assez lourd dans ses cahiers pour enfants et son\nballet Pohadka u (le conte de Jean l'lmbécile). Sa musique a des\ngrâces d'ours qui a appris à danser et de belles manières prétentieuses\nbalourdement assorties à sa vulgarité. On s'explique difficilement l'engoue-\nment pour sa direction anarchique d'une ville qui a comme Prague le bon-\nheur de posséder dans ses murs un chef d'orchestre de la valeur de M. Ka~\nrel Kovarovic. Et cependant, en ses jours de bonne chance, M. Nedbal peut\nêtre excellent ; toutefois j'ai remarqué qu'il ne le faisait pas exprès.\nM. Kovarovic est le représentant le plus en vue de l'opéra tchèque d'au-\njourd'hui, et Ton ne saurait avoir l'œil assez sur sa production future. Il\nn'existe, à vrai dire, jusqu'ici que par deux œuvres dramatiques, mais elles\nsont d'une fraîcheur, d'une adolescence si gracile et si précaire, et elles ont\nfait un tel bruit, et elles surprennent par tant d'imprévu, qu'on peut tout\nattendre de la maturité du musicien dont la jeunesse a conçu un drame de\nla violence de Psohlavci (les Têtes-de-chiens) sur une trame musicale aussi\nparfaitement délicate, et une suite de scènes idylliques de la grâce de\nNa siarem belidle (A la vieille blanchisserie) sur une irisation musicale\naussi légère et chatoyante, et aisée et gracieuse. M. Kovarovic vient par\nlà-dessus de subir la révélation de Peliéas et Mélisande. Il s'est senti chez\nlui dans cette musique qu'il fera tous ses efforts pour implanter à Prague.\nSe reconnaître de par ie monde un frère privilégié va lui donner qui\nsait quelles forces nouvelles. Il a eu jusqu'ici l'originalité de traiter des\nœuvres monumentales avec des ténuités et des tours de main de maître\nverrier, ne disons pas de Murano, puisque nous sommes à Prague, mais\ndes usines Harrach, et il a ce don si rare de vibrer à l'unisson de l'âme\ntchèque au point que le génie même de la chanson populaire semble ins-\npirer tout de son œuvre. Elle est comme arrosée des plus cristallins\nruisseaux bohèmes et vivifiée de la plus argentine veine slave. Elle a les\nmêmes qualités de fraîcheur et d'émotion que le roman Babiëka de Bozena\nNëmcova dont le compositeur s'est inspiré dans Na starern belidle.\nM. Josef B. Fœrster est 1 une des âmes les plus délicieusement chan-\ntantes de l'art moderne, mais je crois son art un peu monocorde. Son\nopéra Eva est un rien monotone et doucereux à force de tendresse et de\nreligiosité amoureuse, mais c'est un drame intérieur d'une psychologie\nparfaite. Les connaisseurs disent grand bien du second: Jessica. Je\nl'ignore malheureusement, ainsi que des symphonies et un second poème\nsymphonique Cyrano de Bergerac. Mais si je dis que dans le premier,\nconsacré par M. Fœrster à sa jeunesse, Mé mladi, aux souvenirs de sa\nfamille et de sa mère, je retrouve les mêmes blancheurs pâmées et les\nmêmes besoins de tendresse que dans Eva, je crois bien qu'il ne faudrait\nguère nous attendre à trouver dans ces autres œuvres de correctifs bien\ndécisifs ou de variantes caractérisées à notre première aperception de\ncette individualité si sympathique. Il s'agit dune élégante et élégiaque\nsilhouette musicale : quelque chose comme un Lamartine dans l'isolement\nd'un Alfred de Vigny.\nJ'ai réservé M. Otakar Ostrèil pour la fin. A propos de celui-là il n'y a\nqu'un point interrogatif à poser. Qui aurait pu augurer du destin et du"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.57", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "dessein de Wagner d'après Rienqi, ou de Smetana d'après le Richard 111\nde 1858 ou même le Hakon Jarl de 1861 ?Le Rienqi de M. Ostrcil s'appelle\nVlasty Skon (la fin de Vlasta), et c'est une Gôtterdâm-merung ! Comme il\ny a dans la chair et dans le sang de M. d'lndy d'avoir dévoré Wagner\ntout jeune, il y a cela encore davantage en M. Ostrcil. Il est du reste\n1 élève de Zdenko Fibich, qui sur le tard de sa vie avait aussi mangé de\ncette moelle de lion et l'avait rendue avec de sa propre chair et de son\npropre sang dans Pad Arkuna (la Chute d'Arkoun), aussi une Gôtter-\ndâm-merung. Quoi qu'il en soit, nous voici en presence d'un gaillard d'une\nvingt-sizaine d'années qui disposera autant de fois qu'il le voudra d'un\nthéâtre de premier ordre et d'une salle de concert où règne son ami\nNedbal, et qui en lui-même détient toute puissance musicale. On ne fait\npas deux fois Vlasty Skon, qui est un affreux pensum ; mais quand on l'a\ntait, on est un maître et on a le droit de parler haut. Or pour nous dire\nquoi? A M. Ostrcil de répondre. Je n'ai pas entendu son poème sympho-\nnique et il n'y a rien à tirer des jugements de Prague, où des œuvres\ncomme la Fiancée du tsar de Ri m s ki-K or s ako fet le quartette op. 4de Serge\nTaneïew tombent à plat, et où les plus belles œuvres des vrais génies\ntchèques n'ont jamais été sincèrement reconnues de prime abord.\nJe clos sur ces cinq noms le premier aperçu de la vie musicale de\nPrague, sans passer aux seigneurs de moindre importance qui s'accroî-\ntront avec le temps : MM. Josef Prochazka, Jindrich Soucek, Ladislav\nProkop, Karel Moor, Vojtech Madlo, B. Janovskij etc., etc. Ceci n'est\nqu'un schéma très, très général et qui voudra être complété par beaucoup\nde détails typiques, mais après lequel il nous sera plus facile de mieux\npénétrer dans l'esprit et les particularités des œuvres nouvelles. Je n'ai\nindiqué aucun éditeur tchèque des œuvres excellentes des artistes ci-dessus.\nJe vais le faire une fois pour toutes. Tout ce qui a trait aux maîtres de la\npremière génération doit se demander à Prague chez Frantisck Urbanek,\ntout ce qui a trait aux compositeurs vivants chez son frère, Mojmir\nUrbanek: tous deux d'une complaisance inappréciable pour l'étranger et\nde véritables amis de l'art et de la musique de France.\n\nWilliam Ritter.\n\nCOURRIER DÈ LYON\n\nQuatuor Rinuccini. —La dernière séance de l'année comportait le qua-\ntuor. op. 41 de Schumann et le quintette avec piano de Brahms. De ces\nœuvres très connues, je ne dirai rien. L'exécution en fut satisfaisante,\nsans grand éclat. Je reprocherai seulement aux quartettistes d'avoir exa-\ngéré les signes d'accentuation de l'allqgro initial ; à ce point, l'effet est dé-\nplorable. Dans le scherzo, le violoncelle manqua de légèreté ; il a été sans\nnul doute victime de la tétanisation de son poignet.\nAu piano, M. Georges de Lausnay fut impeccable dans le quintette de\nBrahms, œuvre très musicale, mais de forme lourde, massive ; j'en excepte\nle scherzo très coloré. M. de Lausnay interpréta de Debussy\navec toute la finesse désirable; par contre, abus de pédale forte dans un\nScherzo de Chopin. Bref, la saison qui s'écoule a été bonne pour notre\nquatuor, et fait bien augurer de son avenir.\nQuatuor Tchèque. Le contraste est pénible pour nos artistes. Quelle\nadmirable phalange ! Combien merveilleuse a été l'interprétation du qua-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.58", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3695, "texte": "tuor en ré mineur de Mozart ! Mais nous avons payé cher notre joie par\nl'audition de l'interminable quatuor de Tchaïkowsky, op. 30, épais, touffu,\nobscur ; j'avoue ne pas avoir saisi le sens du premier mouvement. Que dire\nde cet Andante funèbre ! oh ! si funèbre, si long, et si monotone ? Le qua-\ntuor op. 106 de Dvorjak qui suivait, long lui aussi. Ses rythmes populaires,\ntrès populaires, ont un peu égayé la salle ; mais combien tout cela est banal\net manque de tenue ! Que d'efforts en pure perte ! et combien je regrette de\nne pas avoir entendu une œuvre de Beethoven ! Mais si je critique le choix\ndes œuvres, je ne puis que m'incliner devant l'artistique et admirable in-\nterprétation de ces incomparables virtuoses.\nSéance Rosset. Cinq sonates pour piano et violon. Excusez du peu !\nIl est nécessaire de posséder un estomac complaisant. M. Rosset s'est\nacquitté de sa tâche avec honneur; et les sonates de Bach, Beethoven,\nMozart, Saint-Saëns et Lazzari furent jouées correctement J'avoue que\nmes préférences sont allées à Beethoven, qu'il m'a paru du reste avoir soi-\ngné particulièrement. MUe Marie Pinglé, une inconnue pour nous, s'est\nrévélée avec un jeune talent peu mûr encore ; mais l'assurance dont elle a\nfait preuve lui sera pour elle-même le plus certain des encouragements\nConcert spirituel. Un peu disparate et heurté. Nous relevons les\nnoms de M. A. Reuchsel, organiste, de M. M. Reuchsel, violoniste, de\nM. Paul Daraux et de Mme Fleischmann, soprano. Ne pouvant tout citer,\nje signalerai en passant un Prélude et Fugue de Bach, qui fut joué par\nM. Reuchsel, avec quelque hésitation ; je le louerai sans restriction de\nl'Adagio de la VIe Symphonie de Widor. Mme Fleischmann fit apprécier une\nbelle voix de soprano, mais sans aucune méthode, dans un air du Messie\n(O Judée) de Handel, et surtout sans le style qui convient à cet auteur.\nM. Daraux, dans un air d'Elie5 et de Dieu loué par la nature de Beethoven,\na fait valoir son style, mais sa voix était fatiguée, m'a-t-il paru. M» M. Reuch-\nsel joua une Méditation de Glazounow, avec correction, sans plus. Enfin,\nGallia de Gounod terminait la séance. Les chœurs furent passables.\nConcert spirituel aux Folies-Bergère. Organisé par Mme Grignon-\nFaintrenie, le professeur de diction bien connu. La partie attrayante du\nprogramme consistait en l'audition du Chemin de la Croix d'Alexandre\nGeorges. Je dirai tout de suite que j'ai peu goûté cette musique d'un\ncharme qui s'accordait mal avec le sujet sévère et douloureux qu'elle avait\npour mission de commenter. Facile et agréable à entendre avec ses mélo-\ndies sans recherche et d'une jolie inspiration ; mais combien tout cela est\nmenu, sans envolée et, je le répète, si peu adéquat au poème ! De temps à\nautre, quelques chœurs visant à un effet dramatique qu'ils n'atteignent pas :\nje remarque le solo de violoncelle par M. Ticier, détaillé avec une sono-\nrité aimable, mais dont le jeu miaulant est vite fatigant ; un solo de vio-\nlon par MU® Roussillon-Millet délicatement dit, mais avec mièvrerie et un\nson vraiment trop petit. Bref, impression d'ensemble que la note qui aurait\nconvenu à cette épopée douloureuse n'a pas été donnée, et que la musique\nest restée bien en deçà, et de beaucoup.\nUne partie de concert précédait cette audition. L'on y entendit des\nchoses disparates. Je n'aime pas beaucoup cette succession d'artistes venant\nles uns après les autres s'acquitter de leur tâche, cela ressemble trop au\nmusic-hall. Signalons cependant Mme Aurès, à l'organe vibrant et coloré ;\nMme Bonheur-Chaix, contralto de notre Grand-Théâtre, qui aurait pu\ntrouver quelque chose de plus neuf que : Ich grolle nicht de Schumann !...\n\nA. G."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.59", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3651, "texte": "CORRESPONDANCE.\nA propos du concert d'élèves du 20 mars à la Schola Cantorum, M. Louis\nde Serres nous écrit la lettre suivante, que nous nous faisons un plaisir de\ncommuniquer à nos lecteurs.\nCher Monsieur,\nJe lis dans le du avril du Mercure musical un compte rendu de la\nséance d'audition d'élèves donnée àla Schola le 20 mars. Puisque M, d'lndy\nm'a chargé de m occuper du détail de ces séances intimes, veuillez me permettre\nde vous remercier, ainsi que votre rédacteur, de Vattention que vous voulez bien\nleur accorder, et des encouragements donnés à plusieurs de nos élèves, notam-\nment à ceux de ma classe de Musique de chambre. Mais je tiens surtout à m ac-\ncuser d'être en partie responsable des critiques exprimées à ce propos dans la\nRevue ; car elles sont dues, je le crois, à une négligence de ma part : celle de\nn'avoir pas indiqué sur les programmes ou les invitations le caractère et le but de\nces conditions.\nCe ne sont pas des concerts destinés à faire apprécier du public les résultats\nde Y enseignement de V école.\nCe sont de simples exercices, dont l'unique objet est l'éducation artistique\ndes élèves qui g prennent une part active. Parmi ceux-ci, quelques-uns ont\nrécemment obtenu des diplômes, et leur jeune talent fait sans doute honneur à la\nSchola ; d'autres sont beaucoup plus inexpérimentés et nont aucune habitude\ndu public ; si leurs moyens paraissent insuffisants pour figurer avec avantage\ndevant un vrai public, c'est une raison de plus pour les essayer à ces auditions\norganisées spécialement à leur intention.\nDe même, si le petit orchestre de la classe d'orchestre ne comporte guère,\ncomme le remarque justement votre rédacteur, d'exécutants rompus au difficile\nmétier de musicien d'orchestre, c'est précisément que les jeunes gens tant soit peu\ndébrouillés à cet égard prennent part régulièrement aux répétitions et aux exé-\ncutions, mais cessent de faire partie de la classe d'orchestre, spécialement ré-\nservée à des camarades moins avancés.\nSi j'ajoute que ces exercices sont parfois préparés un peu hâtivement, pour ne\npas nuire à la marche régulière des cours et des concerts, on peut conclure que\nce serait injuste de leur attribuer la signification qu'aurait par exemple un con-\ncours public, ou une séance modèle d'élèves composée exclusivement avec les\néléments les plus brillants de l'Ecole (« résultat complet des cours », dirait l'Ou-\nvreuse) ; et on ne saurait en tirer une indication tant soit peu précise sur la ma-\nnière dont renseignement est donné dans telle ou telle classe. Un peu plus équi\ntablement peut-on se faire une idée des classes de chant, par exemple, d'après\nles concerts mensuels avec orchestre, composés presque uniquement avec les res-\nsources de VEcole, et où l'on peut entendre comme solistes, à côté d élèves in-\ncomplètement formés, des artistes que la Schola est fière de compter parmi ses\nanciens élèves et dont le Mercure musical a souvent loué le talent.\nNous aurions donc dû, sur nos programmes, rappeler le sens et le caractère d'in-\ntimité de ces séances d'auditions, aux nombreux amis qui veulent bien s'y intéresser.\nJe tenais àm'accuser de cette négligence... un peu tardivement et un peu lon-\nguement peut-être.\nPuis-je m autoriser, cher Monsieur, de l'intérêt constant que vous voulez bien\ntémoigner dans le Mercure aux choses de l'Ecole, et aussi des si bons rapports\nque j'ai eus avec vous et votre Revue, pour vous demander de faire bon accueil à\nma lettre ?\nVous nous rendriez ainsi vraiment service et je vous en serais vivement recon-\nnaissant.\nVeuillez croire à nos sentiments les meilleurs et les plus distingués.\nLouis DE SERRES,"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.60", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "Nous remercions vivement M. Louis de Serres d'avoir bien voulu deve-\nnir, une fois de plus, notre collaborateur, el d'avoir pris la défense de la\nSchola avec tant de grâce et d'esprit. Il est certain qu'une audition comme\ncelle du 20 mars avait pour objet de nous présenter des élèves encore en\nplein travail, non des artistes accomplis. Et, par un scrupule des plus\nlouables, on n'a pas voulu nous montrer seulement les meilleurs élèves,\nmais ceux aussi qui ont encore beaucoup de progrès à faire, afin de nous\ndonner une idée exacte et complète des classes de la Schola. Il faut donc\nse garder de comparer une séance ainsi ordonnée à tel « exercice d'élèves »\nqui ne nous offre qu'une élite soigneusement triée. Mais cela dit, ne reste-\nt-il pas vrai que l'on peut remarquer, dans les classes de chant de la Schola,\nun défaut dominant? Nous croyons nous conduire en véritables amis de\nla maison en le signalant. L. L.\n\nECHOS.\nMondanités. Très grand succès, chez Mme la marquise de Saint-Paul,\npour Mme Blanche Marchesi, dans unprogramme admirable: Bach, Mozart,\nArne, Monsigny, Saint-Saëns, Puccini et Debussy furent interprétés avec\nune voix également puissante, un style également dramatique. Comme in-\ntermède, des chansons populaires arméniennes et russes, chantées par\nM. Moughounian, ténor à la voix charmeuse, produisirent une impression\nprofonde ; et Ton entendit aussi le violon sympathique de M. L. Phal.\nOrgues. C'est le 23 avril que M. Alexandre Guilmant a repris les\nséances historiques qu'il donne annuellement sur le bel orgue de la Salle\ndes Fêtes du Palais du Trocadéro, tous les lundis à 4 heures et demie, et\nauxquelles il admet un certain nombre d'auditeurs.\nM. Guilmant passera en revue les écoles des différents pays, et se propose\nde donner une large place aux œuvres de Boëly, Buxtehude et Frescobaldi.\nLes personnes qui désireraient obtenir des cartes d'invitations perma-\nnentes pour ces auditions sont priées d'écrire à M. Alexandre Guilmant, au\nConservatoire de Musique, i 5, faubourg Poissonnière.\nConcerts annoncés. Le 2 mai, salle Berlioz, M. Luzzati, pianiste; le 3,\nsalle Berlioz, à 2 heures, Mlle Mac Evely, chanteuse ; le 4, au soir, à la\nSchola Cantorum, concert d'orchestre (cantates anciennes et modernes); le\n8, salle Pleyel, à 4 heures, Mne Blanche Selva ;le9, au soir, salle de l'Union,\nSociété Bach ; le 11, à l'Ambigu, à 2 heures, concert de la fondation Beau-\nlieu ; le 11, au soir, salle Berlioz, Mme Marie Capoy et M, Georges Loth ; le\n15, salle Erard, Société nationale (œuvres de G. Fauré); le 16, salle Pleyel,\nà 4 heures, Mlle Blanche Selva ; le 23, au soir, salle de l'Union, Société\nBach; les 4, 11 et 18 mai, salle iEolian, Mlle Dron et M. Armand Parent.\nLes grandes Auditions. Le Comité de la Société des Grandes Audi-\ntions Musicales a confié à M. Camille Chevillard le soin de monter et de\ndiriger l'unique audition du Songe de Gérontius, d'Elgar, qui sera donnée\nau Palais du Trocadéro, le jeudi 17 mai, à 2 heures précises,\nLes chœurs et l'orchestre réuniront les 300 exécutants de l'Association\ndes Concerts-Lamoureux. Les rôles sont ainsi distribués : L'Ange :\nMlle Croiza; Gérontius : M. Plamondon; Le Prêtre : M. Louis Frolich."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c020", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.2", "titre_corps": "GEROLSTEINIANA", "titre_sommaire": "GEROLSTEINIANA", "signature_source": "Rica", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "GEROLSTEINIANA\n\nToutes et quantes fois que je vais porter ma copie au Mercure de France, à moins\nqu'il ne pleuve trop ou bien que la température ne soit à l'excès inclémente, je ne puis\nme tenir d'explorer longuement les boîtes à bouquins qui ornent les parapets de nos\nquais. J'y découvris l'autre jour un manuscrit d'écriture ancienne et pâlie, fleurant\nson XVIII0 à vingt-cinq pas, et dont le contenu me remplit d'allégresse. C'était une\nsérie d'épîtres signées des noms mêmes et identiques qu'on trouve au bas des Lettres\nPersanes que nul n'ignore. Il faut croire que Rica et Usbek, après avoir quitté Paris,\nentreprirent un petit voyage en Prusse et en Germanie. Les observations qu'ils y\nrecueillirent ne manquentpas d'un certain piquant rétrospectif. Leur intérêt n'échappera\npas aux abonnés et lecteurs du Mercure musical que nous nous empressons de faire pro-\nfiter de l'aubaine, naturellement dans la mesure où l'exigeante actualité nous en per-\nmettra l'insertion. Cette correspondance évidemment privée, sinon confidentielle,\nforme un cahier malheureusement incomplet qui, s'il n'est pas piqué des vers, apparaît\nlacéré çà et là, sans doute allégé de feuillets dont l'absence constitue de déplorables\nlacunes auxquelles nous nous garderons de suppléer par des hypothèses peut-être\ntéméraires, nous confinant au rôle de transcripteur servile et scrupuleux du texte\nencore lisible. Le recueil entier, au surplus, donne l'impression d'une sorte de brouillon\ndécousu, rédigé par un traducteur manifestement dépourvu des talents du baron de\nMontesquieu, et la première lettre elle-même semblerait n'être qu'un fragment d'une\nmissive de quoi l'exorde, à tout le moins, fait défaut. La voici:\n« ... T'ai-je parlé de ce chambellan auquel Son Altesse Sérénissime a\nconfié depuis peu la Surintendance des Théâtres de la Cour, de sa Chapelle\net, en général, le soin de veiller à tout ce qui concerne la Peinture, la\nMusique, la Poésie, l'Architecture et autres arts divers dont le souverain\ndu grand-duché de Gerolstein s'enorgueillit, entre tous ses voisins et\nrivaux, de protéger les Muses ? Encore que je n'en sois pas sûr, après les\ntroublants incidents de la route, parmi les incendies de mines, les grèves,\nles batailles aux portes des mosquées et les événements qui ont marqué\nnotre séjour, je serais cependant surpris d'une telle omission, car les actes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.37", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4067, "texte": "du personnage tranchent singulièrement sur les us et coutumes qui parais-\nsent courants en cet original et doux pays. Ce chambellan est un fort\nhonnête homme, au nom gracieux plein de promesses. Il s'appelle Herr\nvon Schœnhonigsgarten, ou, ainsi que diraient les Français, M. du Beau\nJardin de Miel, taquine heureusement le pinceau et nourrit ostensible-\nment les intentions les plus pures. 11 semble assoiffé de réformes dont les\nbienfaits ont jusqu'ici plus spécialement touché l'art musical ou ce qui s'y\nrattache. Son premier exploit dans le genre fut la nomination d'un grand\nartiste, de tendances jugées par certains dangereuses et presque révolu-\ntionnaires, à la charge de Hofgeneraldirector du Erçherqogl. Fiirstl. Con-\nservatorium de Gerolstein, poste occupé longtemps par d'honorables\nInstitutsmitglieder, fonctionnaires excellents, mais médiocres composi-\nteurs. Gabi-Archangelophorès, le susdit grand artiste, commença par\ntout chambarder dans l'établissement vénérable. Sous son inspiration, von\nSchœnhonigsgarten exclut par un décret les professeurs titulaires de tous\nles jurys d'admission autant que de concours. Outre un joli toile dans\nLanderneau et quelques démissions attendues, l'aventure eut d'assez\nétranges contrecoups, plus drôles à conter qu'à subir, ainsi que dut s'y\nrésigner notre respectable Wirthin et son unique enfant, blonde, rose et\ndodue Greetchen aux nattes pommadées, aux prunelles candides et d'un\nbleu porcelaine aussi clair que le ciel d'lspahan. Usbek et moi, pendant la\nsieste, voire aux dépens, assez tard dans la nuit, d'un plus précieux som-\nmeil, nous avions éprouvé la vélocité de ses doigts infatigables au quoti-\ndien labeur. Trois jours de la semaine, par quelque temps qu'il fît, accom-\npagnée de la mère imposante et dûment corsetée, Greetchen s'acheminait\nau Conservatorium sans doute, un gros rouleau de cuir au bras, et revenait\nquatre heures après nantie d'une tâche nouvelle, encore qu'en tous points\nanalogue à celles studieusement piochées la veille, l'avant-veille, et depuis\nnotre arrivée même, à ce qu'il nous semblait du moins. Nous admirions\ncette persévérance sans, à la vérité, en concevoir l'objet, quoique nous\nnous puissions targuer, sans présomption, d'être experts quelque peu dans\nl'art de la musique. Notre hôtesse étant, de surcroît, comblée par la\nnature d'une santé, si j'ose dire, exubérante, fournie à souhait d'appas\nflottants dont l'opulence, hostile à tout support, aimait à s'écrouler au\nlogis sans entrave ou vergogne, j'avais eu la curiosité de percer les raisons\nqui l'obligeaient à se soumettre ainsi périodiquement à un trop évident\nsupplice, et je l'avais interrogée sur l'inscrutable but du travail imposé à sa\nprogéniture. - « Mais, il lui faut son prix ! » s'exclama-t-elle avec un large\net lumineux sourire. « Et elle l'aura l'an prochain ; j'en suis sûre, mainte-\nnant. Ah ! Excellence, si vous saviez... » Et la digne matrone m'avait\nnarré, tout d'une haleine, à la fois ses espoirs actuels et ses déconvenues\nd'antan. Sans parvenir à soupçonner pourtant les venus de ce « prix »\nmystérieux, source entrevue de tant de joies, fruit de tant d'opiniâtres\nefforts, j'ouïs avec stupéfaction que, depuis cinq années révolues à un\ntrimestre près, l'assidue jouvencelle fréquentait le Conservatorium grand-\nducal sans qu'elle eût réussi à s'y faire admettre jamais en qualité d' «élève»,\nindispensable condition pour briguer ledit fameux « prix ». Elle y suivait\nla classe de clavecin à titre d' a auditrice », huit mois durant accablée des\nflatteurs compliments de son maître, offerte en exemple aux « élèves » et\nayant acquis peu à peu tout ce qu'on peut apprendre en l'endroit et\nl'espèce. A chaque retour de vacances , néanmoins , l'infortunée voyait\nrecevoir au concours tout un lot de ses condisciples, bonnes, mauvaises ou\npires, et devait pleurer derechef son immuable et triste sort. Intriguée de\nces insuccès, la maman décida de s'informer auprès du professeur, le\ncélèbre Meguetsechtel, successeur en l'emploi de ses père et ancêtres"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4042, "texte": "jusqu'à la génération bisaïeule, et grosse notabilité du Tout-Gerolstein\nartistique. Elle en reçut le plus aimable accueil. Il vanta le talent de\nGreetchen et ses dispositions exceptionnelles, en se déclarant impuissant à\ndeviner les causes de son échec. « Très honoré Monsieur le Claveciniste\nde la Cour, hasarda la femme éplorée, n'aurait-elle point besoin que vous\nl'aidiez plus fréquemment de vos inestimables conseils?» « Peut-être, évi-\ndemment,.. peut-être, bredouilla Meguetsechtel en reniflant sa prise ; malheu-\nreusement, vous le savez, un vieil édit de Karl-Christian-August XI .VIII,\ngrand-oncle de notre bien-aimé Souverain, nous interdit, au\nde Gerolstein, de donner des leçons particulières à nos élèves. »\nHélas ! Hélas ! très honoré Monsieur le Claveciniste delà C.» « C'est\nregrettable, évidemment, très regrettable... Mais que voulez-vous? C'est la\nloi. Nous ne pouvons pas donner de leçons particulières aux élèves du\nConservatorium,... à nos élèves,... personnellement, bien entendu... Que\nvoulez-vous ?.. » « Mais alors, que faire, très honoré Monsieur le Clave-\ncini...? » « Voyons, voyons, ne pleurez pas. Je vous le dirai, 1à... Oui, je\nvous dirai ce qu'il faut faire. Non, non, pas aujourd'hui... Ecoutez, qu'elle\ncontinue à bien travailler et nous verrons... Ne vous découragez pas...\nAdieu, chère amie, adieu. Comptez sur moi. Revenez me voir. A\nbientôt. » Meguetsechtel n'ayant pu cependant se résoudre à « dire ce\nqu'il fallait faire », en dépit de .multiples visites, Greetchen fut recalée au\nconcours qui suivit. « Or, Excellence, s'écriait notre brave hôtesse, elle\nallait sur ses dix-huit ans : la limite d'âge !! Il fallait aviser avant le su-\nprême examen. Que faire, du grosser ? Que faire ? Pourquoi Meguet-\nsechtel n'osait-il point le dire ? Je me creusais la tête en vain et je faisais\nen rougissant mille suppositions saugrenues, car l'illustre\nund Professorest un vieillard irréprochable, quand je me souvins à\npropos d'un de mes locataires de jadis, flûtiste distingué qui courait le\ncachet à un demi-florin de Prusse, puis fut pour quelque temps Grand\nChancelier d'Etat aux Cultes et Finances, et vit aujourd'hui retiré,\nConseiller secret honoraire, gros Percepteur d'impôts et Membre perpétuel\ndu Comité consultatif à la Compagnie des Chemins, Postes et Diligences.\nOn dit aussi qu'il commandite un important distillateur de Sans\ndoute, je ne devais guère espérer de son influence : outre qu'il est fort cir-\nconspect, sa situation est trop peu rare en notre Gerolstein où les « anciens\nministres » pullullent, car Sa Sérénissime Altesse est capricieuse et aime,\nautour de soi, à changer de visages. Mais à défaut de protection, il pouvait\nme donner des tuyaux. Je lui dépêchai donc un mien cousin en ambassade.\nLe garçon revint consterné. Après s'être fait exposer le cas par le menu,\nl'oracle avait conclu tout net : « Ce que je puis vous dire pour être répété,\nc'est que Greetchen perd son temps et sa peine. Inutile qu'elle se présente\net représente : elle ne sera jamais reçue. » J'ai le sang un peu fort, vous\nsavez. En entendant ça, je sentis comme un coup de poing sur la nuque\net je tombai en apoplexie quasiment. On dut me porter sur mon lit, me\nfrotter les joues de vinaigre et me poser des rigolos sur les mollets. Vous\nme croirez si vous voulez, Excellence, j'en maigris de dix-huit kilos en\nquinze jours. Je songeais au suicide à l'idée de l'humiliation dont l'avenir\nnous menaçait, moi et ma fille. J'avais recommandé le silence au cousin et\npleurais de honte et de rage. Dame ! Excellence, vous comprenez : les\namies, les parents, les voisines, presque tout Gerolstein enfin qui n'est pas\ngrand !.. J'étais folle. Le médecin qui me soignait y perdait son latin, en\nconstatant l'impuissance des remèdes et mon agitation croissante. Il\ninsistait pour savoir quelque chose, mais je restais têtue comme une borne\net muette à ses questions. J'eusse aimé mieux mourir que de répondre, à\nlui surtout : figurez-vous, Excellence, que c'était justement le papa de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.39", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3991, "texte": "Lisbeth, « ier prix »de l'année dernière !Un soir pourtant, tandis que je\ndormais avec la fièvre, le bon docteur usa de stratagème et confessa Greet-\nchen. En apprenant la vérité, il se précipita dans ma chambre à coucher :\n« Quoi ! c'est donc ça qui vous rend si malade ?! » Réveillée en sursaut, je\nfondis en larmes amères dont j'inondai mon traversin. « Hélas î très\nhonoré M. le Professeur-Docteur, hélas!... » « Jetez-moi ces potions,\nchère Madame, dès demain vous serez guérie ; je vous garantis le succès\nde Greetchen au prochain concours. » A ces mots, mon cœur de mère\nne fit qu'un bond et moi aussi, Oubliant que j'étais en chemise, je m'élançai\npour serrer dans mes bras mon sauveur. Greetchen, heureusement, s'in-\nterposa en paravent, et sauva ma pudeur en me blâmant d'une telle\nimprudence en l'état de faiblesse où j'étais. « De grâce ! expliquez-vous,\nsuppliai-je, très honoré M. le Professeur-Docteur!... » « C'est bien\nsimple : allez au Cours Sésame. Tenez, voici l'adresse. » Il sortit de\nsa poche un carton où je lus : « Hochmiisikschule pour Artistes et Amateurs,\ndirigée par... Mais ce n'est pas : Sésame !» « En effet, c'est un autre\nnom. D'ordinaire, toutefois, on le prononce ainsi. Allez vous faire\ninscrire bien vite. » « Mais que dira M. le Professeur Meguetsechtel ?\nSera-t-il pas froissé que... » « Allez toujours. Ne vous tourmentez\npas. » Et le bon docteur prit congé avec un malicieux sourire qui\nfaisait frétiller sa moustache. Se jouait-il de deux pauvres femmes? Je n'en\npus fermer l'œil de la nuit. Le lendemain, je me levai dès l'aube et me\nmis sur mon trente-et-un. Je bouillais d'impatience et grelottais d'an-\ngoisse en attendant l'heure convenable. Nous partîmes enfin. En arrivant\nau Cours Sésame, ma main tremblait si fort que je dus m'y reprendre à\ntrois fois pour tirer le cordon de sonnette. Nous entrâmes tout ahuries,\nperdues dans un corridor sombre où s'étouffait comme un murmure de\nclavecins, et je poussai une porte au hasard. Des cris joyeux nous saluèrent\nsoudain : « Tiens! c'est Greetchen! » Je crus rêver. Je reconnus Lina,\nMinna, Emma, Martha, Anna, Maria, Catharina, Julia, bref toute la classe\nMeguetsechtel au grand complet, élèves et auditrices. Pressentant sans\ndifficulté les motifs de notre démarche, la surveillante, aimablement,\ns'offrit à nous conduire au bureau de « Madame », qui nous encouragea\ndu plus cordial empressement. « Voilà longtemps que j'attendais cette\ncharmante enfant!... Mais, je vous en prie, prenez place... » Nous nous\nassîmes. - <?c Oui, voilà bien longtemps, clière Madame. On m'en ht les\nplus grands éloges. Par bonheur, il n'est point trop tard pour que tous vos\ndésirs et les siens soient exaucés bientôt. Vous verrez les progrès qu'elle\nfera chez nous. » Emue de tant de bienveillance, je m'enquis du prix\nréclamé, qui me parut salé, quoique abordable, en somme, à mes économies.\nAu surplus, j'étais prête à tous les sacrifices. Mais ce qui me tracassait le\nplus, c'était de connaître le nom du professeur en pied. La question me\nbrûlait les lèvres et la langue, et j'hésitai un bon quart d'heure avant\nde la risquer. « Le professeur?... Mais, chère Madame, qui supposez-\nvous donc qu'il puisse être en une maison comme la nôtre, sinon le\nMaître indiscuté dans la matière, l'illustre et vénéré Meguetsechtel?! »\nAussitôt, tout un tas de choses s'illumina pour moi ainsi que d'un éclair.\nJe soldai les trois mois d'avance, dont l'un déjà fort entamé, et m'éloignai\nguidée par l'obligeante sous-maîtresse. Ah! Excellence, je n'étais pas au\nbout de mes surprises. On pratiquait tous les genres de musique, en\ncette maison prévoyante; il y avait des cours de toute espèce; on appre-\nnait à jouer de tous les instruments. Les leçons étaient terminées préci-\nsément quand nous sortîmes et, à travers les couloirs encombrés, nous\nne croisâmes guère que des figures de connaissance, des gens d'aspeci à\nnous trop familier, portant, qui son hautbois d'amour, sa viole ou son"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.40", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3610, "texte": "basson, qui son livre de vocalises, son traité de ou son\npapier noirci de canons raturés ; enfin tout le de Gerols-\ntein, a bien peu près. J'avais compris. Nous nous hâtâmes, même avant\nque rentrer chez nous, d'aller rendre visite à l'illustre Meguetsechtel.\n1 enant par la main ma Greetchen : « Très honoré M. le Claveciniste de la\nuj\"> lui dls\"je en faisant révérence, je vous présente et recommande à\nvos bontés une élève du Cours Sésame. » «Ah ! chère amie, combien\nje suis heureux! Vous savez donc? Eh bien! oui, c'était là tout ce qu'il\nfallait faire. Mais je ne pouvais pas vous le dire, n'est-ce pas? Ma position\nétait délicate. C'est bien simple pourtant. Le règlement nous interdit\nd'accorder des leçons particulières aux élèves du mais\nnon pas den donner aux eleves du Cours Sésame ou de quelque autre\ninstitution similaire, car rien ne nous defend d'enseigner au dehors\nVous voyez, c'est bien simple. Je vais donc pouvoir m'occuper comme\nil sied de cette chère enfant, dont depuis si longtemps j'apprécie les mé-\nrites... » « Je mets tout mon espoir en vous, très honoré M. le Clave-\nciniste de la Cour! Elle aura dix-huit ans l'an qui vient; la limite... » —-\n« Il y avait urgence, en eflet. Mais allez en paix, chère amie, j'en fais\nmon affaire. \\ous n ignorez point, n'est-ce pas, que je suis du jury, où\nmon autorité m'assure quelque poids sur le verdict de mes collègues.\nD'ici le concours d'admission, notre Greetchen aura, j'en ai la certi-\ntude, accompli les plus remarquables progrès qui seront couronnés par\nla due récompense, ou je me trompe fort. Comptez sur moi pour y\nveiller, chère amie, et la garder contre toute injustice. Ce n'est d'ailleurs\nque mon devoir. » Je le quittai sur ces douces paroles, l'âme épanouie\ncomme un bouquet de fleurs au printemps ; bien mieux que rétablie du\ncoup, ressuscitée, fringante. Moi, moribonde hier, je trottais dans la rue,\nchantais comme un pinson. J'avais des ailes, et jamais Gerolstein né\nm apparut si beau. Pensez donc, Excellence ; « eleve » dans six mois\nGreetchen aura son prix aux vacances d'après. Et c'est sûr et\nExcellence. Ah! béni soit le Cours Sésame!... » Hélas ! Allah est par-\nfois bien cruel en ses impénétrables desseins! Depuis ces si joyeuses con-\nfidences, les décrets de JVL. du Beau Jardin de Miel ont tout bouleversé\ndans le vieux Conservatorium de Gerolstein. Au mépris de traditions sécu-\nlaires, les professeurs, Meguetsechtel en tête, étant bannis des jurys\nd admission, il advint que le Cours Sesame ne vit passer aucun de ses\nPas un, cette fois, ne fut reçu ; pas une admise. « Madame »\nassistait au désastre, atterrée, et trempa sa douzaine de mouchoirs. On\ncraint pour la raison de notre bonne hôtesse. Tu le vois, cher Ibben, les\nplus louables intentions font quelquefois d'innocentes victimes, et telle\ncause, que le souci de 1 équité dicta, peut entraîner de douloureux effets.\nEncore qu'également inopinés, ils ne sont pas toujours aussi tragiques;\ntémoin l'assez plaisante histoire dont s'égaya tout Gerolstein. Il s'agissait\ndu somptueux théâtre édifié récemment par Sa Munificente Altesse avec\nun faste inouï de marbre et de métaux, et richement subventionné sur sa\ncassette. On n'y joue que des opéras ou des ballets mimés dont le Grand-\nDuc est fort friand. Un certain Lascar del Çapitoul, imprésario fameux\nque ce Prince à grands frais fit venir d'ltalie, en organise les spectacles\ndispendieux et magnifiques. Mais ma lettre est déjà bien longue. Je te ra-\nconterai la chose une autre fois. Adieu, ami. Usbek te salue. Je t'embrasse.\nPour copie fidèle : JEAN MARNOLD.\n\nRica."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.3", "titre_corps": "LES CONCERTS.", "titre_sommaire": "LES CONCERTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.41", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "LES CONCERTS.\nConservatoire.\nLe programme du concert du 8 avril au Conservatoire unissait les noms\nde Schumann, Beethoven et Bach a ceux de MM, Gabiiel Fauré et\nL.-A. Bourgault-Ducoudray. Disons tout de suite, pour la tranquillité de\nleur mémoire, que les premiers ne souffrirent pas du voisinage.\nDe M. L.-A. Bourgault-Ducoudray, on donnait pour la première fois la\ntumultueuse Rapsodie cambodgienne.Je ne vous raconterai pas ce quelle\na la prétention d'exprimer, car il serait fastidieux de transcrire la notice de\nla partition d'orchestre ; elle peut, d'ailleurs, suggérer aussi bien l'incinéra-\ntion du roi Norodom. Il n'importe : elle amuse l'oreille, et c'est tout ce\nqu'on peut lui demander.\nLe fracas de cette musique contrastait singulièrement avec la douceur et\nl'élégance de celle de M. Gabriel Fauré. Délicieuse de couleur orchestrale\net toute de demi-teintes est, en effet, l'exquise suite d'orchestre\net Mélisande, tirée de la musique scénique écrite pour le drame de Maeter-\nlinck. Le public n'a pas accueilli cette œuvre comme il aurait dû le faire ;\nil est vrai que d'une autre part il applaudit à tout rompre la rapsodie cam-\nbodgienne, couvrant ainsi, victorieux, quelques malheureux sifflets.\nL'admirable cantate Herr, wte du ivillt, de J.-S. Bach, exécutée pour la\npremière fois au Conservatoire, eut plus de faveur, et cela est heureux.\nElle fut interprétée avec toute l'onction désirable et une excellente sévérité\nde* style par les solistes : Mme Hénault et MM. Francell et Narçon, qui\nfurent parfaits, comme les chœurs et 1 orchestre.\nLes autres numéros du programme étaient la en majeur de\nSchumann, suivie du Chantélégiaque, de l'air de ballet de et du\nChœur des Derviches des Ruines d'Athènes de Beethoven, tous suffisam-\nment connus pour me dispenser d'insister. Le Chœur des Derviches, dont\nl'exécution atteignait vraiment la perfection absolue, fut bissé et encore\nmieux exécuté la seconde fois que la première. Ajoutons que l'orchestre\net les chœurs, sous la direction de M. Georges Marty, furent ce qu'ils sont\ntoujours, de tous points remarquables.\nC. DE MALARET.\nConcerts Colonne.\nM. Richard Strauss parti, la Sinfonia nous fut redonnée le\n8 avril sous la direction de M. Colonne, pour la seconde et ultime audi-\ntion. Celle-ci fut accueillie avec moins de transports d'enthousiasme que la\npremière. L'élément germanique moins nombreux, quelques défaillances\nde la direction (pour préciser, une attaque fâcheuse du cor solo vers la\nvingt-cinquième mesure) et une compréhension de 1 œuvre moins faite\nd'extériorisation provoquaient quelque refroidissement. Au risque de pa-\nraître rétrograde,* je déclarerai que plus encore a la seconde audition qu a.\nla première la Dowiesticci n'a rien, a mes yeux, de bien nouveau. G est du\nBerlioz, du Berlioz à la mode du xxe siècle, c'est-à-dire avec toute la\nscience contrapontique, si répandue aujourd hui, avec toutes les ressources\nd'une orchestration qui n est pas sans devoir beaucoup à Wagner, avec\ntoute la fougue d'un Liszt et fort peu de personnalité.\nLe poème symphonique convient à Strauss a cause de ses affinités avec\nla musique dramatique. Berlioz et Liszt, qui en furent les maîtres, furent\ninsensibles à la musique de chambre, leur génie plus prime-sautier ne\npouvait guère se plier aux exigences de la sonate et du quatuor et, encore"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3864, "texte": "moins, à celles de la symphonie. Pour faire parler l'orchestre, la forme du\npoème symphonique leur restait seule et ils en tirèrent tout ce qu'il est\npossible de lui faire exprimer. Cependant Franck apparaissait et tentait de\nretrouver le fil de la majestueuse pensée beethovénienne. Sans autres\nmaîtres que Bach et Beethoven, les apôtres de la musique, Franck appor-\ntait à la musique un nouveau maître dont l'influence devait donner à la\nmusique française toute une génération de symphonistes, dont le plus\nillustre et le véritable héritier est V. d'indy. En Allemagne, un tel effort ne\nfut pas suivi et Berlioz reste le grand pôle de la musique symphonique.\nBien que possédant des capellemeistersbeethovéniens tels que Hans\nRichter et Félix Weingartner, l'Allemagne musicale ne prit rien peut-\nêtre ne comprit-elle rien au maître de Bonn. Strauss, qui, à l'heure pré-\nsente, est le maître incontesté de la musique allemande, ne put sortir de la\nmusique à programme, et l'œuvre que nous venons d'entendre en est la\nmeilleure démonstration. Si, indépendamment de toute idée préconçue, ne\nconnaissant rien des intentions de l'auteur, on veut juger la\ncomme une symphonie en fa majeur de M. X..., on est obligé d'y décou-\nvrir tout autre chose qu'une symphonie. La multiplication des idées —peu\npropice à leur distinction, d'ailleurs, la simultanéité de leur présenta-\ntion, les procédés de développement sont en tous points néfastes à une\nœuvre dont le genre et le caractère sont nettement définis et dont le plus\ngrand mérite consiste en une interprétation neuve de règles déjà fixées.\nAu fond, la vraie question musicale n'est point tant ici dans l'emploi\nde telle ou teile forme que dans la musicalité latente de deux civilisations\net de deux esthétiques connexes. Or si, au point de vue formaliste, nous\npouvons trouver chez nous des maîtres au métier impeccable, nous pou-\nvons y trouver encore plus de natures musicales, à la sensibilité plus,\nprofonde et plus neuve. L'émotion musicale semble être le propre de la\nnation qui peut revendiquer comme siens des artistes tels que Fauré et\nDebussy. Ce dernier surtout a su apporter à l'orée de ce siècle une note\nnouvelle que lui seul a, le premier, entendue. Plus sûrement que la\nDomestica n'évoque la famille, le Prélude à VApres-Midi d'un Faune nous\nincite à voir jouer, sous les vertes frondaisons, lTEgipan Barbu, au rire\nsauvage et joueur. Sans fatigue aucune, en une douzaine de minutes,\nEglogues et Bucoliques, souvenirs de douces rêveries à l'ombre d'un grand\narbre, sur un vert gazon, assaillent notre pensée et versent au cœur la joie\nde minutes exquises et trop vite écoulées. Un frisson de nouveau a par-\ncouru la musique, lui donnant une vie nouvelle, lui apportant le secours\nd'une technique inespérée, d'une harmonie nouvelle, d'une saveur incon-\nnue mais exquise, et d'une orchestration sans rigueur pleine de détails\nimprévus et colorés.\nEt ceci est plus beau que de plaquer du Liszt sur du Berlioz, le tout sur\nun peu de Strauss Richard.\nPeut-être Mme Litvinne est-elle désolée de ne pas chanter à\nl'Opéra, c'est fort possible. Peut-être a-t-elle désiré chanter à Paris un rôle\nqu'elle illustre à Bruxelles, c'est bien probable. Je ne trouve pas que ces\ndeux faits additionnés aient dû nous valoir une sélection d'une œuvre\nqu'on jouait la veille, si je ne me trompe, et qui depuis deux saisons tient\nl'affiche chez M. Gailhard. Venue il y a deux ans, alors que depuis plus de\nsoixante-dix ans cette œuvre n'avait pas été jouée, cette anthologie eût été\nintéressante, aujourd'hui elle l'est beaucoup moins. Mme Litvinne fut, à\nson ordinaire, tendre, aimante et tragique à souhait. M. Plamondon, égale-\nment, nasillard, Mme Cocyte tumultueuse et Mlle Mathieu d'Ancy (élève de\nMme Colonne) vocalisa mieux que ne le fait Mue Richebourg (également\nélève de Mme Colonne)."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.43", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "Le Vendredi saint a le privilège de ramener les anthologies wagné-\nriennes. Mes confrères de la presse quotidienne ayant presque tous pro-\ntesté contre cette mode, je ne m'appesantirai point sur cette commune\ncompréhension par nos marchands de soupe musicale du caractère\nmystique de la musique. Il ne faut d'ailleurs pas leur en vouloir outre-\nmesure. A part le fragment du Vendredi saint de Parsifal, l'interlude de\nRédemption et les œuvres à caractère nettement religieux, messes,\nrequiems, oratorios et cantates sacrées, rien dans leur répertoire ne con-\nvient à la musique d'un tel jour. Si Yon y donne des concerts pour procurer\nà l'âme de pieuses pensées, ils manquent à tous leurs devoirs, ils sont cou-\npables. Si, au contraire, leurs entreprises ne fonctionnent que parce qu'ils\nont des salles disponibles et un public privé de théâtres à abreuver de\ndistractions, peu me chaut qu'ils jouent du Wagner, du Bach ou de jeunes\ninconnus, plus ou moins qu'un dimanche à 2 h. 1/2.\nM. Colonne fit jouer, en partie, deux suites de Bach : en ré mineur et en\nsi mineur. De la première on bisse, c'est de fondation, Varia célèbre et de\nla seconde une badinerie, petit chef-d'œuvre exquisement flûté par\nM. Blanquart. Sur un délicieux froufroutement de violons courent de\ndélicats méandres aux contours imprévus, qui montrent Bach sous un\njour aussi exquis qu'imprévu et dépourvu de pensées adéquates à l'anni-\nversaire de la mort du Christ. Cependant d'aucuns concevant le nom de\nBach comme synonyme de piété semblèrent y trouver le sujet de maintes\npieuses méditations. Tant mieux pour leurs cœurs assoiffés d'amour divin.\nDu même Bach, toujours catalogué auteur pieux, le Concerto en mi majeur\nfut joué par Jacques Thibaud avec un succès qui a dû lui faire oublier le\nmagistral chahut qui, la saison dernière, Paccueillit dans le Concerto en\nsi mineur de Saint-Saens. L'adagio de ce concerto, qui me paraît supérieur\nà l'aria précitée et qui est, d'ailleurs, moins connu, fut phrasé avec une\ndélicatesse, une justesse d'expression et une pureté de son merveilleuses.\nUne telle musique, si elle n'est point strictement religieuse, élève l'âme\naussi haut que celle-ci peut aller, et c'est de l'art le plus beau.\nLe prélude de Tristan excite plus les sens que l'âme, mais c'est égale-\nment de fort belle musique. M. Van Dyck, en habit, manque quelque peu\nde distinction ; mais il sut, avec l'aide de Mme Kaschowska, nous intéresser\nau gigantesque duo du second acte de Parsifal qui, séparé du reste de\nl'œuvre, est quelque peu dépourvu de la signification intégrale que lui\ndonne l'ensemble du drame. Les deux partenaires furent néanmoins fort\napplaudis. M. Colonne salua; l'orchestre, qui avait arboré la cravate blanche,\nse leva, et la foule s'écoula pour ne plus revenir que le 14 octobre prochain.\nDans mon prochain article, je tâcherai d'établir le bilan de cette saison et\nd'en tirer les enseignements qui s'en dégagent.\nCH. CHAMBELLAN.\nLe Quatuor Bâillon (séance du 7 avril 1906).\nParmi tant d'intéressantes séances organisées par M. A. Dandelot cette\nsaison, dans la salle Empire de Pleyel encore idéalement parfumée du\ngrand souvenir des neuf soirées beethovéniennes de Risler, le concert\ndonné par le Quatuor Bâillon restera dans la mémoire des délicats, attirés\npar l'annonce du second quatuor russe du regretté Borodine qui n'est\njamais entendu, malgré sa séduisante originalité.\nCe n'est point d'aujourd'hui que nous applaudissons l'archet pur et le\ngoût raffiné de M. Marcel Bâillon, l'un des plus intelligents violonistes de\nla jeune école : nous gardons l'un des meilleurs de nos souvenirs musicaux\nà telle chaleureuse interprétation de la Sonate de Franck, avec Dron"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.45", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "pour partenaire, en igo3. Et bien secondé par MM. William Cantrelle,\n. leîre Brun et C. de Novion, le jeune violoniste devient, malgré sa\njeunesse, ou plutôt à cause de sa jeunesse, un excellent streichquartettdi-\nrector. ce mot bien parisien flattera le goût des convives musicaux very\nse ect, qui se pressaient sur 1 estrade autour de ces jeunes et fervents\nmusiciens : leur exécution juvénile prouvait à leurs auditeurs des deux\nsexes qu'un quatuor n'est pas l'ennui quintessencié, mais que, par une\na mirable soirée de lune printanière, on peut se cloîtrer deux heures dans\nla salle blanc et or de Pleyel pour applaudir Schumann et Borodine. Aussi\nbien, nombre de jolies fillettes au catogan soyeux semblaient s'amuser énor-\nmément. Et de fins visages plus graves, avec plus de discrétion, les imi-\ntaient.,,. Ce fut donc une soirée fort sérieusement attrayante ! Les yeux\npartagèrent cette impression quand parut la jeune pianiste, Mme Alemchené\nbrune et rose comme la Sulamite de l'Ecriture ; et, pour Cantique des\ncantiques, que 1 avril semblait indiquer, nous entendîmes avec un super-\nficiel plaisir 1 aimable sonate (op. i3j de M. Gabriel Fauré. Jamais le\ncélèbre auteur d'un Madrigal exquis, d'un quatuor aimable et de la Bonne\nchanson verlainienne n a mieux montré que dans cette savante Muette les\nspirituelles limites de son génie : on rappelait, dans notre enfance, « le\nSchumann français » : ce qui n était peut-être pas absolument flatteur ni\npour Schumann, ni pour la France, ni meme pour l'aimable personnalité\ndu futur directeur du Conservatoire ! Cette sonate mondaine donnerait\nplutôt Tidée, de par ses harmonies rares sous sa grâce facile, d'un César\nFranck mondanisé, dun Franck en soirée, habit noir coupé à Londres et\nbottines vernies de chez Meyer... un Franck massenétique, si vous pré-\nférez ! Et le Massenet ou plutôt le Des Grieux de Manon {Ah ! fuyedouce\nimage) est très proche parent de tel second thème de l'allégro m01t0...\nL andante est dun appassionato fleuri comme un chapitre de roman ; la\nsuave impertinence î Et les (( belles écouteuses » de Verlaine ont reconnu\nleur « mandoline » favorite. Cette musique flirteuse se dégage en pizzicati\nvraiment spirituels ! Cœurs confiants, méfiez-vous ! Il est vrai que le jeu\nnettement incisif de Mme Alemchené rend l'air moins dangereux...\nEn avril, ce qui serait bien plus grave, c'est le Preislied de Walther (et\nde Wagner) moins laborieusement chanté que ce soir.*.\nMais comment résister à la séduction toute vernale du premier quatuor de\nSchumann (op 41, n° 1, 1841), qui date, comme la première symphonie\nen si bémol, de Tannée des amours et des mélodies ? Tout l'intimisme\nchante si tendrement dans le premier temps! Beethoven célibataire, comme\nMichel-Ange et Jéhovah, parlait un autre langage... Et ce bonheur idéalisé\npar le génie devait aboutir à la démence : cela confond toute philosophie.\nNi schumannien ni seethovénien, mais très personnel et très slave\napparaît, enfin, le ravissant quatuor de Borodine : le finale excepté, qui\nlanguit, c'est un ouvrage de la plus prime-sautière poésie musicale où\nMarcel Bâillon et ses acolytes se sont montrés justement poètes. Les\nthèmes russes passent dans 1 essor initial de 1 allegro moderato * le scherzo\nmineur exhale déjà toute la mélancolie pittoresque qui caractérise la mu-\nsique russe contemporaine et qui s'épanche à ravir dans le Notturno andante\noù l'alto, puis le violoncelle, soupirent, sur le frisson des sourdines accom-\npagnatrices, des phrases qui semblent très familières à notre compatriote\nGustave Charpentier : d'ailleurs, le noctambulede Louise Qtdes Impressions\nd'ltalie connaît aussi bien tel scherzo de Balakirew et le quintette de\nSvendsen... Cette musique du Nord a beaucoup aidé les nôtres à se déwa-\ngnériser : et faut-il donc lui tenir rigueur ? On n'entend vraiment pas\nassez la musique de chambre de ces poétiques régions, et ce quatuor de\nBorodine serait encore un plaisir inconnu de la brillante assistance pari-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.46", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3233, "texte": "sienne du samedi soir 7 avril 1906, si nous ne devions cette volupté nou-\nvelle à la jeune ardeur du quatuor Bâillon.\nQu'il soit ici remercié ! RAYMOND BOUYER.\nErratum. Prière de lire, dans le Mercure musical du i 5 avril 1906,\npage 36J, ligne 28 : les œuvres altières, encore plus que les aimables ou-\nvrages, sont sujettes à ne point recevoir d 1 emblée l'assentiment d'un auditoire\nmême choisi... K. B.\nSociété Nationale. Félix Weingartner.\nLe concert du 21 avril nous a d'abord fait connaître un Trio de Ch. Tour-\nne mire, qui a le mérite de la clarté et de la sobriété, mais dont l'inspiration\nme paraît peu personnelle ; il y a, dans le lento, de jolies sonorités; le\nfinale en est très froid. J'ai déjà dit ici même (1) tout le bien que je pense\ndes Quatre Poèmes d'Henri de Régnier, mis en musique par Albert Roussel,\nque Mme Bathori a chantés avec un art sincère et touchant; musique déli-\ncate et retenue, où l'on sent un demi-sourire un peu las, une tendresse\nmélancolique, et comme une grande bonté cachée. La première de ces\npièces, qui m'avait charmé à la lecture, m'a cette fois moins plu que\nles suivantes : le Vœu surtout en son émotion frissonnante, et le poétique\nJardin mouillé. Les trois Valses pour piano de Florent Schmitt sont d'un\nromantisme douloureux qui les apparenterait à Chopin, si l'écriture en était\nmoins tourmentée; M. R Vinès les joue avec une grâce exquise. Quatre\nvigoureux Poèmes en musique d'Albéric Magnard sont fortement mis en\nvaleur par la belle voix de M. Jan Reder, et la Sonate de Gustave Sama-\nzeuilh, œuvre jeune et sincère, où la mélodie coule à pleins bords, trouve\nen MM. Jacques Thibaud et A. Cortot des interprètes émus autant qu'in-\ntelligents.\nEt j'ai retrouvé Félix Weingartner avec tous ses angles, ses coudes au\ncorps, sa main gauche crispée et ses gestes courts, si impérieux cependant.\nIl nous a donné un Beethoven imposant et un Berlioz un peu froid peut-\nêtre. Quel dommage, dans la Scène aux champs de la Symphonie fantas-\ntique, ce naturel du hautbois ! L'air de Cléopâtre, cantate\nécrite par Berlioz en 1820, a de la noblesse et de la grandeur ; on y recon-\nnaît l'influence de Gluck, un souvenir direct du songe dJphigénie en\nTauride, et aussi des intentions descriptives (par exemple, le sifflement du\nserpent). Mll® Bréval s'y est montrée tragédienne accomplie.\nLouis LALOY.\nVirtuoses.\nLe 9 avril, a eu lieu chez Pleyel une fort jolie séance.\nM. Beszô Szigetti, qui donnait le concert, a été particulièrement remar-\nquable dans le Concerto de Lalo (je note en passant que l'accompagnement\nnécessitait un véritable talent, puisque le concerto avec piano n'est qu'une\nréduction de l'original qui est pour violon et orchestre). Le Souvenir de\nMoscou de Wieniawski a enthousiasmé les auditeurs, et M. Szigetti, qui a\ndû revenir jouer, a déployé toute sa virtuosité dans une petite pièce qui\nn'était que difficultés, voire même tours de force.\nM. de Lausnay, qui prêtait son concours, s'est taillé un gros succès dans\nles Etincelles de Moskowski, ce qui ne veut pas dire que la Ballade en la \\>\nde Chopin est passée inaperçue.\nMlle de Buck, qui s'est fait applaudir dans la Jeune Religieuse et la\n\n(i) Mercure musical du i 5 octobre igos."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "Truite de Schubert, a été remarquable dans YEsclave de Lalo. Sa voix\nimpressionnante et dont elle tire un grand effet dramatique m'a semblé\nparticulièrement peu commune dans le grave. Je suis encore obligé de\nmentionner de quelle façon l'accompagnateur, Eug. Wagner, a rempli\nson rôle délicat. Il s'est acquitté supérieurement de cette tâche difficile,\ncomme je l'ai montré.\nJ'ai eu l'occasion d'entendre à plusieurs reprises, pendant le mois der-\nnier, un jeune violoncelliste auquel sa belle qualité de son et l'originalité\nde son interprétation assurent certainement une splendide carrière artis-\ntique. Antonin Dessol, qui n'est âgé que de 17 ans 1/2, a fait rapidement\nson chemin. Elève au Conservatoire de Montpellier, il y a obtenu suc-\ncessivement un ler accessit à l'unanimité, un 2e prix et enfin un ier prix.\nIl a été reçu brillamment à la classe Cros-Saint-Ange du Conservatoire de\nParis, et j'espère que mes lecteurs pourront l'apprécier mieux encore que\nje ne l'ai fait aux concours des fins d'année.\nPAUL DUBOT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c024", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.4", "titre_corps": "AU SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE.", "titre_sommaire": "AU SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.47", "debut_caractere": 1055, "fin_caractere_exclue": 3428, "texte": "AU SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE.\n\nLe Salon d'Automne avait donné l'exemple. La Société Nationale, à son\ntour, ouvre une section de musique, avec plus de solennité. On est agréa-\nblement surpris de rencontrer au catalogue, sous le n° 2454, le nom\nd'Alfred Bruneau, né à Paris (122, rue de la Boétie, Ville), et d'apprendre,\nun peu plus loin, que M. Dominique-Charles Planchet, né à Castanet\n(Haute-Garonne), abrite ses méditations au 49 delà rue La Bruyère (IXe) :\nutiles renseignements, dont MM. les éditeurs, si friands de nouveautés,\nferont sans doute leur profit. Un majestueux jury étale, à l'entrée de ce\nparadis, les noms inégalement illustres de MM. G. Fauré, président,\nPaul Viardot, vice-président, Bachelet, Bourgault-Ducoudray, Alfred Bru-\nneau, Busser, Charles-Lefebvre, Edouard Colonne, Paul Dukas, Duvernoy,\nC. Erlanger, Alexandre Georges, Guillemant (sic : c'est l'orthographe\nadoptée par M. Jacques Blanche, critique musical de Y Ermitage), L. Hil-\nlemacher, P. Hillemacher, G. Hue, V. d'lndy, S. Lazzari, Letorey, Ch.\nLevadé, Luigini. G. Marty, Pierné, Pierret, H. Rabaud, Tournemire, Paul\nVidal. Voilà bien des membres, et je me demande ce qui eût bien pu sor-\ntir des délibérations d'une aussi nombreuse compagnie, si elle eût siégé au\ncomplet. Par bonheur, plus d'une abstention facilita la tâche des empressés,\net je doute fort, en particulier, de l'assiduité de M. Vincent d'lndy. Le\nmaître sait à quoi s'en tenir sur les commissions et leurs travaux, discus-\nsions, marchandages et compromis; sûr de l'absurdité finale du résul-\ntat, il aura réduit, le plus qu'il était possible, sa responsabilité en cette\naffaire, et cette sagesse aura eu plus d'un imitateur. La Schola n'a pas trop\nsouffert de cette abstention, puisqu'elle est représentée par le Languedoc de\nSéverac, le Trio de Roussel, la Sonate pour alto de Labey, la Sonate de\nSamazeuilh, la Sonate d'Alquier et une mélodie de Mlle Blanche Lucas.\nPourquoi, à ces oeuvres dont quelques-unes sont fort remarquables, n'en\na-t-on pas ajouté deux ou trois autres? C'est ce qu'on ne saisit pas très\nbien; mais tous les jurys ont de ces mystères. Ce qui est plus grave, c'est\nle cas de ce jeune compositeur, élève de là Schola également, qui put s'as-\nsurer que son morceau inédit, qui lui revint refusé, n'avait pas même été\nouvert : le truc des pages collées est bien vieux ; il réussit toujours."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "Mais surtout il me semble, à feuilleter ce catalogue, que c'est un monu-\nment d'incohérence.\nD'abord l'inégalité des œuvres est prodigieuse, et sous ce rapport la\nVie section est la digne émule de ses cinq sœurs : après Fauré, Bourgault-\nDucoudray, Henri Rabaud et Camille Saint-Saëns, on nous montrera des\npages de MM. Malherbe, Schindler, Georges Hue et Ermond Bonnal. Le-\ntocartet Jean Huré, Tournemire et A, Duvernoy, Mme Delage-Prat et\nM. Pierre Kunc, A. Luigini et M, Noël (?), A. Savard et A. Sauvrezis,\nAnselme Vinée et Paul Vidal, J. Mouquet et Lefèvre Dérodé, A. Van-\nzande et P. Philip, représenteront la jeune école française, à côté de la\npetite phalange de la Schola, que je trouve maintenant bien exiguë en\ncomparaison. On croirait lire le programme de toute une saison de con-\ncerts Le Rey. Quant aux maîtres qui, en face de ces hardis novateurs, tien-\ndront le rôle des>Carolus Duran et des Besnard, ils se nomment Alfred\nBruneau, Bourgault-Ducoudray, Arthur Coquard, Dallier, Erlanger, Guil-\nmant, Hillemacher, d'lndy, Luigini, Pierné, Ropartz, Saint-Saëns, Viardot\net Widor. On remarquera sans peine que Claude Debussy et Maurice\nRavel ne figurent dans aucune de ces deux catégories. Que l'on ne m'accuse\npas ici de parti pris, que le Dr Mauclair ne diagnostique pas un nouvel\naccès de « debussyte ». Vraiment je ne crois pas donner des signes\nde délire, si j'avance que Debussy est plus intéressant à connaître que\nPaul Viardot, et que Ravel me paraît supérieur à MM. Letocart, Jean\nHuré, Tournemire et quelques autres. Que signifie donc cette élimination\nétrange ? Les erreurs de tel jury du Conservatoire, pieusement recueillies\npar le jury nouveau-né du Salon, vont-elles s'y perpétuer et prendre la\ndignité de « traditions » ? Dès qu'il fut question, l'année passée, de créer\ncette Exposition de musique, nous protestâmes à l'avance contre la pro-\nbableineptie de la commission d'examen. Nous ne pensions pas si bien dire.\nRemarquons d'ailleurs que le promoteur de l'idée, M. Combarieu, fut lui-\nmême effrayé lorsqu'il vit qu'au lieu d'une vaste association de tous les\nmusiciens de France, on allait simplement instituer un concours de plus.\nLa Chine elle-même vient de renoncer au système suranné des concours ?\nQuand donc la France l'imitera-t-elle ?\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.5", "titre_corps": "REVUE DES REVUES", "titre_sommaire": "REVUE DES REVUES", "signature_source": "L. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.48", "debut_caractere": 2325, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "REVUE DES REVUES\n\nRevue musicale de Lyon.\nLa Revue musicale de Lyon est une vaillante, et le Dr Vallas, qui la\ndirige, secondé par son lieutenant fidèle, M. Edmond Locard, est pournous\nplus qu'un excellent confrère : presque un frère d'armes. Il faut lire, dans\nle n° du i 5 avril, son article magistral, dont le titre seul a déjà réjoui nos\ncœurs : Un cabotin : /. J. Paderewski.\nL'illustre et flavescent pianiste est venu en effet illuminer Lyon de sa\ngloire, précédé d'un imposant cortège de communiqués en style montecar-\nlien. Mais le Dr Vallas est insensible aux enthousiasmes qui firent tourner\ntant de têtes étrangères. Il vint au concert, muni de ses partitions, et voici\nce qu'il put constater :\nDans le Prélude en la mineur de Bach, transcrit par Liszt, ni régularité ni\nnetteté ; la pédale sans cesse, même dans les successions de basses ; la Fugue,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.49", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "bien présentée au début, devient rapidement un bafouillage, grâce au manque\nd'équilibre entre les parties, et surtout à Vemploi abusif de la pédale, çne Z'on\ndevrait toujours laisser de côté dans ce genre d'ouvrages.\nLa fameuse sonate du Clair de lune fut entièrement défigurée. L'Adagio sos-\ntenuto, joué comme l'aurait traduit quelque mauvais amateur : rubato ridicule,\ndéformations rythmiques, incessantes, petites pâmoisons, clapotement perpétuel\nentre les deux mains qui, à certaines mesures (par exemple les mesures 6, 7, S, 9),\nfait entendre trois notes arpégées où se trouve un accord plaqué. LïAllegretto,\ncomplètement dénaturé, trop lent, lourd, prétentieux et ampoulé. Le Finale. pHs\ncZans un mouvement vertigineux5 et, pour aller plus vite, ai?ec un demi-temps\nrégulièrement sauté (mesures 2, 4, 6, e£c.).\nZ)e Mendelssohn, cZenx Romances sans paroles, jouées correctement, mais sans\nintérêt. Le Carnaval de Schumann, déformé, pressé et ralenti tour à tour sans\nraison, exécuté à coups de poings.\nDans Vinterprétation de Chopin, mêmes défauts, mais moins sensibles, puis-\nqu'il est dans les traditions (pourquoi ?) de jouer sans mesure ses œuvres :\nd'abord la Ballade en la t>, au lieu de celle en sol mineur portée au programme,\net le Nocturne en sol, op. 37, n° 2, pour remplacer celui en si annoncé (ces deux\ntranspositions inattendues avaient évidemment comme raison d'être le désir de\nmettre en défaut les critiques...) ; puis trois Etudes (lev Livre, 12e en ut\nmineur ;2Q Livre, 9e en sol t> ; ler Livre, 3e en mi), —Za première prise trop\nvite et bafouillée, Zes autres fort bien rendues, Za seconde surtout ; enfin, une\nMazurka e£ une Valse en la .\nPonr terminer, un Nocturne, d'une rare insignifiance, signé Paderewski, et\nune Rapsodie de Liszt, que je n'ai pas entendue.\nConsidérée en général, Vexécution de M. Paderewski ne se recommande pas\npar beaucoup de qualités : sa virtuosité incomparable ne se fait guère remarquer\nqu'à la main droite, souple, vigoureuse, et, aussi, délicate ; quant à la main\ngauche, elle ignore parfaitement, suivant le précepte évangélique, ce que fait la\ndroite : les traits sont extrêmement confus, les octaves généralement ratées, les\naccords se transforment en n'importe quoi suivant le hasard qui fait tomber les\ndoigts du pianiste où il faut ou bien ailleurs ; c est une réalisation approxima-\ntive de la partition qui suffirait, au concours du Conservatoire, à faire éliminer\nun élève. La sonorité est détestable, dure, écrasée, brutale et sans éclat ; enfin,\nsuivant le joli mot de la Dépêche, Y interprétation est vague : Beethoven, Schu-\nmann sont joués sans différence, un peu à la Chopin, mais surtout à la Pade-\nrewski.\nOn voit que si les jugements de M. Vallas sont sévères, ils sont très\nexactement motivés. Ce procédé de critique étant celui que nous nous\nsommes toujours efforcés de suivre, on comprendra que nous nous abste-\nnions ici de tout éloge et citions simplement encore la conclusion de\nl'article, qui mérite, elle aussi, d'être retenue :\nOn ne manquera pas de me reprocher violemment cette critique, sous le pré-\ntexte qu'elle s'adresse à un artiste célèbre dans le monde entier, longtemps\nacclamé comme un virtuose unique, payé cinq mille francs par soirée, et\nauquel, par suite, on na pas le droit de toucher. J'estime, au contraire, comme\nje le disais dimanche dernier, que c'est parce que Paderewski est illustre que\nnous avons le droit d exiger beaucoup de lui et de lui reprocher avec acrimonie\nnotre déception de Vautre jour. Un musicien doué comme l'est Paderewski, célébré\npartout, triomphateur dans tous les pays, a des devoirs rigoureux envers l'Art\net le public ; et cest la fonction de la critique de le rappeler à l'ordre quand il\nne s'en acquitte pas »\nJe suis désolé de causer de l'ennui aux amateurs qui m'adressent fréquemment"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.50", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 467, "texte": "des lettres anonymes pour me menacer des pires vengeances dans le cas où je\ncritiquerais tel ou tel artiste ; mais cette considération ne saurait m empêcher\nde répéter que Ignace Paderewski, sil fut autrefois un grand virtuose, n'est\nplus aujourd hui qu un méprisable cabotin.\nEn bon chirurgien, le Dr Vallas tranche dans le vif : souhaitons-lui la joie\nde voir la plaie du virtuosisme entrer, par ses soins, en voie de guérison.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.6", "titre_corps": "LA MUSIQUE A BORDEAUX", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A BORDEAUX", "signature_source": "Jacques Rivière", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.50", "debut_caractere": 469, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "LA MUSIQUE A BORDEAUX\n\nLes Concerts.\nA Bordeaux il existe deux sortes de concerts : les Concerts mondains\ndu Cercle philharmonique, les Concerts populaires de la Société de Sainte-\nCécile. L'orchestre de Sainte-Cécile est composé de bons éléments, et\nM. Pennequin, qui le dirige, fait d'appréciables efforts pour nous révéler les\nœuvres symphoniques de tout genre. Malheureusement ses révélations ne\nsont pas toujours très imprévues. Quand il renonce à Beethoven, c'est\ngénéralement pour tomber dans Schumann, ou ce qui est plus triste\ndans Brahms. Les modernes, à part Vincent d'lndy, ne sont pas favorisés.\nLe Prélude à VApres-Midi d'un Faune, risqué l'an dernier avec une bonne\ngrâce douteuse, ne fut suivi jusqu'ici d'aucune autre œuvre debussyste.\nLes Russes sont insoupçonnés. Balakirew n'a même, je crois, jamais paru\nsur l'affiche, Rimsky fort rarement. Quant à César Franck, M. Pennequin\nsemble avoir oublié son existence, au moins cette année. Il est cependant\ndevenu fort difficile de passer Franck sous silence.\nMais ces réserves faites, empressons-nous de célébrer le dévouement du\nchef d'orchestre à Wagner, qu'il aime évidemment beaucoup et au'il con-\nduit bien. C'est ainsi qu'il ouvrit la saison avec les Murmures de la Forêt\net Y Ouverture des Maîtres Chanteurs, morceaux un peu bien connus, mais\nqui ne lassent jamais. Au même concert exécution par pas moins de huit\nharpes à pédales d'une chose fort bénigne que M. de Saint-Quentin inti-\ntula Carillons blancs et Carillons noirs. Je songeais par contraste aux\nDanses de Debussy, aériennes et graves. Le second concert nous\napporta la Deuxième Symphonie de Brahms, la moins fastidieuse à\nmon goût, mais qui s'orne d'un allegretto grazioso et d'un allegro con\nspirito, où la grâce du brave musicien patauge de façon bien diver-\ntissante. Oh ! combien Mozart était mort, quand furent écrits ces\npesants badinages î Le même jour, M. Pennequin exhuma une cantate\nde Saint-Saëns sur des vers d'Armand Silvestre : le Feu céleste. Disons\nsimplement que la musique se tient d'un bout à l'autre à la hauteur du\npoème, dont voici un échantillon :\nAigle s'envolant de son aire,\nVolta lui ravit le tonnerre\nEt l'apporte à l'Humanité.\nA servir l'homme condamnée,\nPar lui la foudre est enchaînée\nEt s'appelle Electricité,\nEnfin l'orchestre révéla aux Bordelais la Nuit d'été de M. Georges Marty,\nque j'avais entendue jadis chez Colonne. On aurait mauvaise grâce à en\ncontester la gentillesse ; mais combien cela reste superficiel et simplement"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.51", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3914, "texte": "« aimable » ! On put s'en rendre compte quand M. Pennequin, tentant\nun effort plus décisif, mit à son programme la Symphonie en si bémol de\nVincent d'lndy.\nArtadmirable que celui de d'lndy et dont la spéciale beauté est -—je crois\nd'allier la spontanéité primitive à la parfaite conscience des ressources\nsonores. On dirait que les chants si purs, jaillis de lame populaire, dans\nl'œuvre du grand musicien se développent et s'amplifient en profondeur,\nchaque note de la mélodie rayonnant autour d'elle cette harmonie si\nsavoureuse, qui la transfigure à son tour. Je pense surtout, en disant cela,\nau délicieux intermède ; mais je sens combien de beautés je néglige en\nessayant de renfermer cet art incomparable dans des formules. Le qua-\ntrième concert ne nous donna rien de bien imprévu. L'ouverture de\nTannhaûser est fort aimée à Bordeaux ; je ne sais pourquoi vers la fin les\ncuivres s'obstinent chaque fois à écraser le ruissellement des violons. La\nTroisième Symphonie de Schumann, la Cathédrale, que M. Chevillard\njoue souvent, est belle. Schumann a un grand défaut ; il est ennuyeux\nparce qu'il est long et ne sait jamais s'arrêter. Mais, une fois acceptée cette\nprolixité, on ne peut s'empêcher de goûter la noble passion intime dont il\nest animé ; il faut savoir gré à son romantisme de ne pas avoir consenti\nau pittoresque facile et extérieur, qui chez Berlioz nous paraît aujourd'hui\nsi démodé. Je lui suis reconnaissant de ne pas me contraindre à chercher\ndans sa Cathédrale les flèches et les gargouilles ; je le remercie de ce que\nje ressens un peu la paix douloureuse des sanctuaires gothiques. —Au\nprogramme du 5e concert revint le nom de Vincent d'lndy : M. Pennequin\nnous offrit Saugefleurie. Siegfried est le plus merveilleux des contes de\nfée. Mais quelle ravissante légende que Saugefleurie ! Quel mystère de\ntendresse discrète et— si j'ose dire silencieuse ! Quelle exquise chevau-\nchée d'amour, à peine entrevue, à peine rêvée, déjà finie ! Le 6e concert\nfut pour nous l'occasion d'entendre la Troisième Symphonie (en ut mineur)\nde Saint-Saëns, que les grands concerts parisiens, manquant d'orgue, ne\ndonnent jamais.\nJ'y apprécie une certaine grandeur classique, qui n'est pas la rigidité\nglaciale des autres œuvres de l'auteur. Quel musicien eût été Saint-Saëns,\ns'il avait voulu ! Quelques fragments de Manfred me rappelèrent l'in-\nterprétation superbement grandiloquente qu'en donna il y a deux ans,\nColonne, ce romantique. L'ouverture est belle, l'Apparition de la Fée des\nAlpes me fait songer, je ne sais trop pourquoi, à l'adorable Enlèvement de\nPsyché, ou Franck mit toute la pureté de sa sensualité légère. L'Appa-\nrition fut bissée. Le reste, même le Ranz des Vaches, qui chez Colonne\ndéchaîne d'inexplicables enthousiasmes, fut très froidement accueilli.\nLe 7e concert, avec le concours de Mme Chrétien-Vaguet, fut exclusivement\nconsacré à Wagner; on sentit tout de suite que M. Pennequin l'avait\nconsciencieusement préparé. L'Ouverture du Vaisseau Fantôme fut bien\nenlevée, Y Enchantement du Vendredi saint détaillé avec soin. J'aime\nque Parsifal soit la dernière œuvre de Wagner. On ne pouvait rêver un\ncouronnement plus pur, plus paisible, plus radieux, au temple immense\nqu'il a élevé. Sans doute, je comprends Parsifal à travers le commentaire\ninoubliable de Barrés. Mais quel tour de force d'être resté aussi musical\ndans l'expression d'idées aussi abstraites ! On ne songe pas assez qu'il a\nfallu à Wagner dix fois plus de génie qu'à tous les autres pour rester un\ngrand musicien avec la conception qu'il s'était faite du rôle de la musique.\nIl risquait mille fois de tomber dans la littérature, en voulant atteindre à\nla philosophie ; et son œuvre alors eût été atroce. C'est bien ce que prouve\nl'échec piteux de tous ceux qui out voulu l'imiter sans l'interpréter. Son\nidée du leit-motiv à signification précise était elle-même très dangereuse :"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.52", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3832, "texte": "si Wagner avait été littérateur comme Berlioz, il eût écrit un pathos incom-\npréhensible ; il eût composé une véritable algèbre musicale sans le moindre\nintérêt. Mais Wagner était Wagner ; et c'est pourquoi il est grand. C'est ce\nque nous prouva une fois de plus 1 admirable et\nque Mme Chrétien chanta avec une grande conscience.\nNous entendîmes encore Siegjried-Idyll, d'une incohérence rêveuse si\ncharmante, le Prélude de Parsijal avec ses quatre thèmes, posés comme\nquatre blocs de marbre, la Marche Junde d une si vaste et\nsi sombre brutalité (quel décor pourrait ressembler au tableau magique\nqu'elle évoque en nous ?), enfin le Final du où Mme Chrétien\nfit de grands efforts, mais sans réussir à dominer suffisamment le tumulte\norchestral. Le concert finissait drôlement par le et la\nMarche de Tannhduser ; l'effet produit par le contraste était irrésistible.\nLe dernier concert fut occupé presque tout entier par M. Planté. A peine\nlaissa-t-on un petit coin à la Symphonie de Schubert, où j'aime\nle chant candide et douloureux des violoncelles. M. Planté est bien amu-\nsant... un moment ; mais il devient vite fatigant. Heureusement qu'une\nfois ses contorsions achevées, il joue à merveille Liszt, Beethoven, Brahms\net suitout Chopin ;ce vieillard aime Chopin àla passion ; cela se voit\ndans ses yeux... et dans son jeu. C'est fort bien.Ce qui est peut-être mieux,\nc'est de nous avoir révélé le Deuxième de Ch.-M. Widor, d'une\nbelle largeur, et où Dieu merci l'orchestre ne laisse pas continuelle-\nment la parole au piano, ce qui permet d'entendre de solides harmonies.\nL'auteur, venu pour diriger son œuvre, n'a pas eu le succès qu'il méritait.\nJe ne dirai qu un mot des autres virtuoses qui nous ont rendu visite ;\nchaque concert nous en fit connaître un. Le talent de M. Alberto Géloso\nne put rendre supportable le Concerto en la de Saint-Saëns. M. Liégeois\ninterpréta le Concerto en ré de Lalo avec une louable ardeur. Je n'ai pu\nentendre Mme Clotilde Kleeberg. M. Capet, qui est notre compatriote, fut\nadmirable de pureté classique dans le de Beethoven, dans\net dans une Gavotte^de Bach : c'est un grand artiste. Son collaborateur\nM. Hasselmans, qui lui succéda, nous ennuya fort avec le Concerto en re\nmineur de Saint-Saëns, mais nous fit entendre par compensation la belle\nElégie de I' auré; Enfin M. Lazare Lévy mit au service de Schumann de\nChopin et de Liszt une prestigieuse habileté.\nMais c'est aux Concerts philharmoniquouverts seulement aux\nmembres du cercle et à quelques invités, que la virtuosité règne sans con-\nteste. Le ler concert réunissait les noms de Mme Marguerite Carré de\nM. Johannès Wolff et de M. de Greef. Je n'aime pas la voix de Mme Carré.\nElle a pourtant chanté avec tact Y Eau de qu'elle venait\nde créer à l'Opéra-Comique et l'air de de M. J. Wolff est\n1 homme de Sinding et de Saint-Saëns, Je ne discute pas. Mais j'aimerais\nmeme pour le Concerto si drôle, même pour le Caprice andalous si hon-\nteux, un son plus pur. M. de Greef a joué à ravir les Arabesques de Schu-\nmann, une Pastorale de Scarlatti et un de Chopin. Au 2 e con-\ncert M. Fernand Lemaire fut gentil ; malheureusement M. Lemaire n'est\nplus assez jeune pour être un petit prodige (ce dont je le félicite) et il\nn'est pas assez âgé pour avoir un talent bien formé. La 2e Rhapsodie de\nLiszt lui valut cependant un gros succès. Mlle Jeanne Leclerc compensa\nson immanquable romance du Timbre d'argent par le Mariage des roses\nde Franck. Il est dommage qu'elle nous ait refusé l'adorable Clair de lune\nde baure. Sa voix pure parut un peu grêle. M. Fugère faillit être porté en\ntriomphe. Il n'y avait pas de quoi. Son admirable voix lui servit unique-\nment a faire valoir V. Massé, E. Sauzay et un tas de vieilleries insuppor-\ntables. Dans le duo des Voitures versées de Boïeldieu il eut un succès de"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.53", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "fou rire. Je m'étais toujours douté que cet homme manquait de goût.\nNous eûmes notre revanche avec le 3econcert, qui fut superbe. MM. Enesco,\nPablo Casais, Dufranne et Mll© Grandjean nous ravirent tour à tour.\nM. Enesco a des yeux dangereux ; ils sont si beaux qu'en le voyant jouer,\non est tenté de s'exagérer son talent, lequel est pourtant très grand.\nIl transfigura merveilleusement le Concerto en la majeur de Saint-Saëns.\nMais pourquoi s'amusa-t-il aux variations acrobatiques de Paganini sur\nNel cor piu mi sento, dont la vertigineuse difficulté n'excuse pas l'intérêt?\nM. Enesco sait faire autre chose que de la grande voltige. C'est ce que\nnous a prouvé sa Première rhapsodie roumaine, d'une si originale beauté et\ndont les rythmes sont si variés, l'instrumentation si piquante. Sans doute,\nil y alà une influence des Russes ; mais ce n'est pas une copie, c'est une\ntransposition. Je me souviens d'ailleurs d'une Suite entendue chez Colonne\net que j'adorais. M. Pablo Casais violoncellisa délicieusement un joli\nconcerto du père Haydn et un Chant hébraïque de Max Bruch. Mlle Grand-\njean nous offrit deux de ses triomphes parisiens : l'air d'Agathe, si tendre,\nsi inquiet, si ardent et si triomphant, et la Mort d'Yseult. J'avoue que\nj'aime beaucoup entendre ce morceau séparé. Car à la fin de Tristan\nj'arrive épuisé, haletant, incapable de m'élever une dernière fois dans un\nélan passionné ;je n'entends plus. Aussi ai-je goûté bien mieux l'interpré-\ntation de Mlle Grandjean àce concert qu'à l'Opéra, interprétation puissante\net qui rend à merveille l'impression de grandissante sérénité et d'anéantis-\nsement triomphal. M. Dufranne, outre un air de Thaïs et un air\nd'jHamlet, chanta avec Mlle Grandjean le duo de Don Juan et seul le La-\nmento de Fauré si largement désolé, si beau à force de simplicité, si tra-\ngique à force de tranquillité. Et en écoutant son admirable voix, je son-\ngeais à Golaud, à la phrase sublime : « Il est vrai que ce château est très\nvieux et très sombre », et à ce cri immense comme toute la fatalité : « Je\nPai fait malgré moi, voyez-vous, je l'ai fait malgré moi. »\n\nJacques Rivière."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.7", "titre_corps": "LA MUSIQUE TCHÈQUE.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE TCHÈQUE.", "signature_source": "William Ritter", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.53", "debut_caractere": 2156, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "LA MUSIQUE TCHÈQUE.\n\nEtat actuel de la musique tchèque.\nA un survivant de peu d'importance près, tous ceux de la grande géné-\nration, conquérante du droit à l'expression musicale de l'âme tchèque, sont\nmorts. Après Smetana ( 1824-1884), le grand héros et le martyr aussi pitoyable,\nisolé et incompris de son vivant que Beethoven, Zdenko Fibich (1850-1900)\nest enlevé en pleine maturité; après Fibich, Dvorak (1841-1904). Et à côté\ndes maîtres les comparses, Bendl, à qui Prague ne rend pas honneur assez,\net Vilem Blodek(iB32-i872), l'auteur trop ignoré du Puits. Le survivant est\nRichard Rozkosny (né en 1833), l'auteur des opéras Stoïa, les Chutes de\nsaint Jean et Popelka (Cendrillon), le seul demeuré au répertoire du Théâtre\nNational, grâce autant à ses mérites qu'au charmant libretto de M. Otakar\nHostinsky... à moins qu'aux pigeons vivants qu'on y voit picorer sur la\nscène !\nSomme toute, on peut affirmer que leur œuvre à chacun est à deux faces :\nils ont donné à la nation tchèque une image,intelligible à son entendement\nun peu spécial, des grandes formes de la musique universelle ; et ils ont\ndonné à la musique populaire tchèco-slovaque le droit d'exister, de se pro-\npager et d'engendrer dans le domaine de la musique universelle. Il faut"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.54", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 4095, "texte": "envisager les travaux de ces hommes, pour en bien comprendre et l'origi-\nnalité d'inspiration générale et ici ou là les pauvretés de forme ou de détails\n(inexplicables si l'on ne les replace pas dans leur milieu encore plus que\ndans leur temps), à ce double point de vue : du langage universel qu'ils ont\nparlé au particularisme national, qui n'en eût rien voulu savoir d'interprètes\nétrangers ; et des accents, et des rythmes, et de la tournure d'imagination,\nspécifiques d'une originalité nationale renaissant du milieu des tombes et\ndes ruines et, ce qui est pire, d'un systématique et séculaire abrutissement\nbureaucratique, qu'ils ont mis en circulation à travers le monde. C'est\nainsi que nous voyons sous la plume de Dvorak jusqu'à des airs nègres\nrecueillis aux Etats-Unis prendre une tournure tchèque, et sous celle de\nFibich les sentiments tchèques les plus affectueux s'exprimer cosmopolite-\nment en des formules symphoniques d'une ampleur et d'un souffle souve-\nrains. C'est ainsi que nous nous étonnons dans l'oeuvre de Smetana d'une\nélégante comédie de salon comme Dre vdovy (les deux veuves) à côté d'un\nopéra populaire comme Rubicka (le baiser). Et il est bien clair,par exemple,\nque ce pauvre et magnifiant Smetana, qui venait à son peuple humilié les\nmains pleines de chefs-d'œuyre réduits au maximum de compréhension\nqu'il pouvait exiger de ce peuple sans déchoir lui-même, a pâti et affreu-\nsement, d'avoir à créer de toutes pièces pour des gens non seulement in-\néduqués, ce qui eût été une chance, mais mal éduqués et chez qui sévissait\nle plus abominable faux goût, de la musique de chambre et des cantates,\ndes poèmes symphoniques (il s'est volontairement détourné de la sympho-\nnie comme de quelque chose d'allemand) et toutes les variétés d'opéras. Si,\nau lieu de s'imposer cette tâche patriotique et presque surhumaine de faire\nl'éducation musicale de la nation à travers le bourgeoisisme opaque du\npublic de Prague, il n'avait eu à s'occuper que de la culture de son moi et\nque d'atteindre àla plénitude de son expansion musicale dans un milieu plein\nde ressources tel que le Prague d'aujourd'hui, nous serions certainement\nmis en demeure de lui vouer cette admiration absolue qui ne va qu'aux plus\ngrands. Si nous autres étrangers hésitons à l'adjoindre à un Beethoven, à\nun Wagner ou à un Bruckner, la patrie tchèque se doit de lui réserver une\nplace à part, mais non moins spéciale dans sa vénération reconnaissante ; car\nsi ce grand, très grand musicien, n'est qu'un demi-dieu, c'est à cause de l'a-\nmour qu'il a porté à son peuple, amour poussé jusqu'aux besognes débili-\ntantes du bon Samaritain, amour poussé jusqu'à ce sacrifice qui consiste\nà se diminuer héroïquement pour augmenter d'autant l'objet aimé. Smetana\nné à Vienne, à Dresde ou à Paris, ou né simplement égoïste comme Ber-\nlioz ou comme Wagner, atteignait à leur rang. Il s'en est fallu de bien peu\nqu'il y montât sans cela. Quant aux deux autres maîtres, voici la vérité en\ncinq secs : Zdenko Fibich est approximativement un Schubert tchèque et\nAntonin Dvorak quelque chose d'infiniment supérieur à un Brahms.\nAucun des trois maîtres n'a encore été étudié définitivement ni même\nsérieusement, pas plus en français qu'en tchèque. Mais il faut mettre hors\npair les publications préparatoires de M. O. Hostinsky sur Smetana. Nous\navons le droit de constater la difficulté de cette étude, puisqu'elle a été\nnotre travail de trois saisons de Prague sans que nous ayons pu arriver\nau terme de nos peines et de nos joies. L'œuvre de ces trois véritables ar-\nchitectes de la musique tchèque est un monde. Ils ont tout défriché, tout\nnivelé, tout fondé, tout essayé, tout ébauché, tout indiqué. Après eux il ne\nreste plus qu'à se jouer et à s'ébattre en liberté dans la cité nouvelle. Après\nla suite de poèmes symphoniques Ma vlast, après le Poème tchèque et les\n9 opéras de Smetana; après les 3 symphonies et le journal musical de\nFibich ; après les 6 symphonies, la demi-douzaine de poèmes sympho-\nniques et la multitude de danses et paysages et impressions slaves, et les"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.55", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4062, "texte": "concertos de Dvorak, la génération montante n'avait qu'à jouïr de cet Eldo-\nrado conquis et àen exploiter les richesses : on put craindre un moment\nqu'une aristocratie de poetce minores, précieux et alambiqués, de petits par-\nnassiens et de symbolistes méticuleux, ergotant sur la place d'un dièse et\nd'un bémol, se taillassent de petites principautés agressives et fermées\ndans le grand royaume innombrable. Mais le sang slave a pris le dessus ;\ncar voici que ces mêmes raffinés, ces mêmes coupeurs de cheveux en quatre\ntout à coup s'affirment à leur tour des créateurs et des puissances, et par\ndes oeuvres spontanément jaillies, et viriles sous toutes les délicatesses de\nl'armure, nous montrent le ridicule de nos appréhensions et la vanité de\nnos sombres pressentiments. Les fils, après avoir fait un temps les dandys,\nse montrent tout de même dignes de leurs pères ; ils n'en auront plus cer-\ntains défauts ni du reste les mêmes qualités. Avec moins de mérite, il est\nvrai, ils édifieront des oeuvres tout aussi grandes, et très différentes, sans\nqu'elles cessent d'être tchèques.\nM. Joseph Suk fait partie du fameux quatuor tchèque. C'est son moindre\nmérite, à moins que celui d'être le gendre de Dvorak... Un si bon gendre\nque l'on a pu craindre un satellite. Aujourd'hui il faut déchanter, heureuse-\nment ! C'est qu'une certaine Suite pour Rahuq et Mahulena du poète Zever\na fait son tour d'Allemagne, imposée par Weingartner, et quoique l'Alle-\nmagne ne soit pas tendre à l'égard de ce qui vient de Prague. C'est surtout\nqu'un royal poème symphonique, de proportions immenses, intitulé Praga,\napparaît tout à coup au son de ses grosses cloches finales comme le cou-\nronnement imprévu du cycle Ma vlast. Et pourtant si le sentiment d'amour\nfilial est aussi chaud, aussi expansif, les procédés sont autres et l'orchestra-\ntion d'une nouveauté extraordinaire, même après la Russie et la France\ncontemporaines, même après Mahler et Strauss. On sent littéralement\nnaître la ville dans des sonorités troglodytiques, puis concomitant s'épa-\nnouïr en grand arbre infini certain thème de l'amour de Prague à travers\ndes évocations préhistoriques, puis légendaires, puis chronologiques, puis\nau milieu des solennités civiques modernes grandioses, en un crescendo\nd'effets neufs et d'efforts colossaux. Hungaria de Liszt n'est plus qu'une\nmauvaise flambarde affiche d'expositiondans une gare à côté decette fresque\nmunicipale, à laquelle je serais curieux de comparer certaine Bohemia de\nMili Balakirew sur quoi, malgré toutes mes recherches, je n'ai encore pu\nmettre la main. Auprès de cette œuvre-là les trésors de grâce, les finesses,\nles menues hardiesses techniques dépensées dans YOuverture dramatique,\nles impressions de Printemps et d'Eté, le concerto pour violon et la mu-\nsique de chambre, semblent des jeux de société.\nM. Vitëzlav Novak fut épaulé à ses débuts par Brahms, qui le dirigea sur\nson éditeur Simrock comme il y avait envoyé Dvorak. C'est établir qu'il est\nmaître de son art. Il fut le premier dont on s'aperçut qu'il avait quelque\nchose à dire. Et quelque chose de poignant ! Tempérament de faune sen-\ntimental qui se console des mécomptes de sa sensibilité par les satisfac-\ntions de sa sensualité Ardent et de bonne humeur en apparence ; concen-\ntré et réfléchi et un peu triste par là-dessous. Raffiné à l'excès, il ne se\ndélecte à rien plus qu'à la mélodie populaire. Mais il serait incapable de la\ncréer comme Smetana et M. Kovarovic. En revanche, comme il l'interprète\net la commente ! Marcheur effréné, il n'en passera pas moins d'entières jour-\nnées dans les champs à épier derrière un buisson le cri de joie qu'un gars\nmorave ne laisserait pas échapper en sa présence, ou l'appel mélancolique\nd'un pâtre slovaque à ses moutons, ou simplement les travnice de petites\nfilles qui se croient seules à l'écho des grandes chênaies solitaires. Aussi doit-\non à ce musicien, qui a déverse sa passion dans les cahiers de musique les\nplus fermes dans la forme intègre et les plus étudiés d'écriture artiste (telles"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.56", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "ses Nuits d'hiver ou sa grande Sonate héroïque) les meilleurs, les plus élo-\nquents recueils de chants slovaques ; et puis de la musique de chambre où\nil a célébré l'unité slave et l'universalité de Fart sous la diversité des\ncaractères tchèques, moraves et slovaques ; et enfin et surtout cette admi-\nrable Suite slovaque pour piano d'abord, puis pour orchestre qui est l'ana-\nlogue en musique des tableaux bariolés et étourdissants de Jozka Uprka.\nNous ne mentionnerons qu'enpassant, et parce que Prague nous y oblige,\nM. Oskar Nedbal, chef d'orchestre brouillon et tumultueux, peu maître de\nlui-même, mais amuseur assez lourd dans ses cahiers pour enfants et son\nballet Pohadka u (le conte de Jean l'lmbécile). Sa musique a des\ngrâces d'ours qui a appris à danser et de belles manières prétentieuses\nbalourdement assorties à sa vulgarité. On s'explique difficilement l'engoue-\nment pour sa direction anarchique d'une ville qui a comme Prague le bon-\nheur de posséder dans ses murs un chef d'orchestre de la valeur de M. Ka~\nrel Kovarovic. Et cependant, en ses jours de bonne chance, M. Nedbal peut\nêtre excellent ; toutefois j'ai remarqué qu'il ne le faisait pas exprès.\nM. Kovarovic est le représentant le plus en vue de l'opéra tchèque d'au-\njourd'hui, et Ton ne saurait avoir l'œil assez sur sa production future. Il\nn'existe, à vrai dire, jusqu'ici que par deux œuvres dramatiques, mais elles\nsont d'une fraîcheur, d'une adolescence si gracile et si précaire, et elles ont\nfait un tel bruit, et elles surprennent par tant d'imprévu, qu'on peut tout\nattendre de la maturité du musicien dont la jeunesse a conçu un drame de\nla violence de Psohlavci (les Têtes-de-chiens) sur une trame musicale aussi\nparfaitement délicate, et une suite de scènes idylliques de la grâce de\nNa siarem belidle (A la vieille blanchisserie) sur une irisation musicale\naussi légère et chatoyante, et aisée et gracieuse. M. Kovarovic vient par\nlà-dessus de subir la révélation de Peliéas et Mélisande. Il s'est senti chez\nlui dans cette musique qu'il fera tous ses efforts pour implanter à Prague.\nSe reconnaître de par ie monde un frère privilégié va lui donner qui\nsait quelles forces nouvelles. Il a eu jusqu'ici l'originalité de traiter des\nœuvres monumentales avec des ténuités et des tours de main de maître\nverrier, ne disons pas de Murano, puisque nous sommes à Prague, mais\ndes usines Harrach, et il a ce don si rare de vibrer à l'unisson de l'âme\ntchèque au point que le génie même de la chanson populaire semble ins-\npirer tout de son œuvre. Elle est comme arrosée des plus cristallins\nruisseaux bohèmes et vivifiée de la plus argentine veine slave. Elle a les\nmêmes qualités de fraîcheur et d'émotion que le roman Babiëka de Bozena\nNëmcova dont le compositeur s'est inspiré dans Na starern belidle.\nM. Josef B. Fœrster est 1 une des âmes les plus délicieusement chan-\ntantes de l'art moderne, mais je crois son art un peu monocorde. Son\nopéra Eva est un rien monotone et doucereux à force de tendresse et de\nreligiosité amoureuse, mais c'est un drame intérieur d'une psychologie\nparfaite. Les connaisseurs disent grand bien du second: Jessica. Je\nl'ignore malheureusement, ainsi que des symphonies et un second poème\nsymphonique Cyrano de Bergerac. Mais si je dis que dans le premier,\nconsacré par M. Fœrster à sa jeunesse, Mé mladi, aux souvenirs de sa\nfamille et de sa mère, je retrouve les mêmes blancheurs pâmées et les\nmêmes besoins de tendresse que dans Eva, je crois bien qu'il ne faudrait\nguère nous attendre à trouver dans ces autres œuvres de correctifs bien\ndécisifs ou de variantes caractérisées à notre première aperception de\ncette individualité si sympathique. Il s'agit dune élégante et élégiaque\nsilhouette musicale : quelque chose comme un Lamartine dans l'isolement\nd'un Alfred de Vigny.\nJ'ai réservé M. Otakar Ostrèil pour la fin. A propos de celui-là il n'y a\nqu'un point interrogatif à poser. Qui aurait pu augurer du destin et du"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.57", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "dessein de Wagner d'après Rienqi, ou de Smetana d'après le Richard 111\nde 1858 ou même le Hakon Jarl de 1861 ?Le Rienqi de M. Ostrcil s'appelle\nVlasty Skon (la fin de Vlasta), et c'est une Gôtterdâm-merung ! Comme il\ny a dans la chair et dans le sang de M. d'lndy d'avoir dévoré Wagner\ntout jeune, il y a cela encore davantage en M. Ostrcil. Il est du reste\n1 élève de Zdenko Fibich, qui sur le tard de sa vie avait aussi mangé de\ncette moelle de lion et l'avait rendue avec de sa propre chair et de son\npropre sang dans Pad Arkuna (la Chute d'Arkoun), aussi une Gôtter-\ndâm-merung. Quoi qu'il en soit, nous voici en presence d'un gaillard d'une\nvingt-sizaine d'années qui disposera autant de fois qu'il le voudra d'un\nthéâtre de premier ordre et d'une salle de concert où règne son ami\nNedbal, et qui en lui-même détient toute puissance musicale. On ne fait\npas deux fois Vlasty Skon, qui est un affreux pensum ; mais quand on l'a\ntait, on est un maître et on a le droit de parler haut. Or pour nous dire\nquoi? A M. Ostrcil de répondre. Je n'ai pas entendu son poème sympho-\nnique et il n'y a rien à tirer des jugements de Prague, où des œuvres\ncomme la Fiancée du tsar de Ri m s ki-K or s ako fet le quartette op. 4de Serge\nTaneïew tombent à plat, et où les plus belles œuvres des vrais génies\ntchèques n'ont jamais été sincèrement reconnues de prime abord.\nJe clos sur ces cinq noms le premier aperçu de la vie musicale de\nPrague, sans passer aux seigneurs de moindre importance qui s'accroî-\ntront avec le temps : MM. Josef Prochazka, Jindrich Soucek, Ladislav\nProkop, Karel Moor, Vojtech Madlo, B. Janovskij etc., etc. Ceci n'est\nqu'un schéma très, très général et qui voudra être complété par beaucoup\nde détails typiques, mais après lequel il nous sera plus facile de mieux\npénétrer dans l'esprit et les particularités des œuvres nouvelles. Je n'ai\nindiqué aucun éditeur tchèque des œuvres excellentes des artistes ci-dessus.\nJe vais le faire une fois pour toutes. Tout ce qui a trait aux maîtres de la\npremière génération doit se demander à Prague chez Frantisck Urbanek,\ntout ce qui a trait aux compositeurs vivants chez son frère, Mojmir\nUrbanek: tous deux d'une complaisance inappréciable pour l'étranger et\nde véritables amis de l'art et de la musique de France.\n\nWilliam Ritter."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c032", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 57, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.8", "titre_corps": "COURRIER DÈ LYON", "titre_sommaire": "COURRIER DÈ LYON", "signature_source": "A. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.57", "debut_caractere": 2320, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "COURRIER DÈ LYON\n\nQuatuor Rinuccini. —La dernière séance de l'année comportait le qua-\ntuor. op. 41 de Schumann et le quintette avec piano de Brahms. De ces\nœuvres très connues, je ne dirai rien. L'exécution en fut satisfaisante,\nsans grand éclat. Je reprocherai seulement aux quartettistes d'avoir exa-\ngéré les signes d'accentuation de l'allqgro initial ; à ce point, l'effet est dé-\nplorable. Dans le scherzo, le violoncelle manqua de légèreté ; il a été sans\nnul doute victime de la tétanisation de son poignet.\nAu piano, M. Georges de Lausnay fut impeccable dans le quintette de\nBrahms, œuvre très musicale, mais de forme lourde, massive ; j'en excepte\nle scherzo très coloré. M. de Lausnay interpréta de Debussy\navec toute la finesse désirable; par contre, abus de pédale forte dans un\nScherzo de Chopin. Bref, la saison qui s'écoule a été bonne pour notre\nquatuor, et fait bien augurer de son avenir.\nQuatuor Tchèque. Le contraste est pénible pour nos artistes. Quelle\nadmirable phalange ! Combien merveilleuse a été l'interprétation du qua-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.58", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3695, "texte": "tuor en ré mineur de Mozart ! Mais nous avons payé cher notre joie par\nl'audition de l'interminable quatuor de Tchaïkowsky, op. 30, épais, touffu,\nobscur ; j'avoue ne pas avoir saisi le sens du premier mouvement. Que dire\nde cet Andante funèbre ! oh ! si funèbre, si long, et si monotone ? Le qua-\ntuor op. 106 de Dvorjak qui suivait, long lui aussi. Ses rythmes populaires,\ntrès populaires, ont un peu égayé la salle ; mais combien tout cela est banal\net manque de tenue ! Que d'efforts en pure perte ! et combien je regrette de\nne pas avoir entendu une œuvre de Beethoven ! Mais si je critique le choix\ndes œuvres, je ne puis que m'incliner devant l'artistique et admirable in-\nterprétation de ces incomparables virtuoses.\nSéance Rosset. Cinq sonates pour piano et violon. Excusez du peu !\nIl est nécessaire de posséder un estomac complaisant. M. Rosset s'est\nacquitté de sa tâche avec honneur; et les sonates de Bach, Beethoven,\nMozart, Saint-Saëns et Lazzari furent jouées correctement J'avoue que\nmes préférences sont allées à Beethoven, qu'il m'a paru du reste avoir soi-\ngné particulièrement. MUe Marie Pinglé, une inconnue pour nous, s'est\nrévélée avec un jeune talent peu mûr encore ; mais l'assurance dont elle a\nfait preuve lui sera pour elle-même le plus certain des encouragements\nConcert spirituel. Un peu disparate et heurté. Nous relevons les\nnoms de M. A. Reuchsel, organiste, de M. M. Reuchsel, violoniste, de\nM. Paul Daraux et de Mme Fleischmann, soprano. Ne pouvant tout citer,\nje signalerai en passant un Prélude et Fugue de Bach, qui fut joué par\nM. Reuchsel, avec quelque hésitation ; je le louerai sans restriction de\nl'Adagio de la VIe Symphonie de Widor. Mme Fleischmann fit apprécier une\nbelle voix de soprano, mais sans aucune méthode, dans un air du Messie\n(O Judée) de Handel, et surtout sans le style qui convient à cet auteur.\nM. Daraux, dans un air d'Elie5 et de Dieu loué par la nature de Beethoven,\na fait valoir son style, mais sa voix était fatiguée, m'a-t-il paru. M» M. Reuch-\nsel joua une Méditation de Glazounow, avec correction, sans plus. Enfin,\nGallia de Gounod terminait la séance. Les chœurs furent passables.\nConcert spirituel aux Folies-Bergère. Organisé par Mme Grignon-\nFaintrenie, le professeur de diction bien connu. La partie attrayante du\nprogramme consistait en l'audition du Chemin de la Croix d'Alexandre\nGeorges. Je dirai tout de suite que j'ai peu goûté cette musique d'un\ncharme qui s'accordait mal avec le sujet sévère et douloureux qu'elle avait\npour mission de commenter. Facile et agréable à entendre avec ses mélo-\ndies sans recherche et d'une jolie inspiration ; mais combien tout cela est\nmenu, sans envolée et, je le répète, si peu adéquat au poème ! De temps à\nautre, quelques chœurs visant à un effet dramatique qu'ils n'atteignent pas :\nje remarque le solo de violoncelle par M. Ticier, détaillé avec une sono-\nrité aimable, mais dont le jeu miaulant est vite fatigant ; un solo de vio-\nlon par MU® Roussillon-Millet délicatement dit, mais avec mièvrerie et un\nson vraiment trop petit. Bref, impression d'ensemble que la note qui aurait\nconvenu à cette épopée douloureuse n'a pas été donnée, et que la musique\nest restée bien en deçà, et de beaucoup.\nUne partie de concert précédait cette audition. L'on y entendit des\nchoses disparates. Je n'aime pas beaucoup cette succession d'artistes venant\nles uns après les autres s'acquitter de leur tâche, cela ressemble trop au\nmusic-hall. Signalons cependant Mme Aurès, à l'organe vibrant et coloré ;\nMme Bonheur-Chaix, contralto de notre Grand-Théâtre, qui aurait pu\ntrouver quelque chose de plus neuf que : Ich grolle nicht de Schumann !...\n\nA. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c034", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.9", "titre_corps": "CORRESPONDANCE.", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.59", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3651, "texte": "CORRESPONDANCE.\nA propos du concert d'élèves du 20 mars à la Schola Cantorum, M. Louis\nde Serres nous écrit la lettre suivante, que nous nous faisons un plaisir de\ncommuniquer à nos lecteurs.\nCher Monsieur,\nJe lis dans le du avril du Mercure musical un compte rendu de la\nséance d'audition d'élèves donnée àla Schola le 20 mars. Puisque M, d'lndy\nm'a chargé de m occuper du détail de ces séances intimes, veuillez me permettre\nde vous remercier, ainsi que votre rédacteur, de Vattention que vous voulez bien\nleur accorder, et des encouragements donnés à plusieurs de nos élèves, notam-\nment à ceux de ma classe de Musique de chambre. Mais je tiens surtout à m ac-\ncuser d'être en partie responsable des critiques exprimées à ce propos dans la\nRevue ; car elles sont dues, je le crois, à une négligence de ma part : celle de\nn'avoir pas indiqué sur les programmes ou les invitations le caractère et le but de\nces conditions.\nCe ne sont pas des concerts destinés à faire apprécier du public les résultats\nde Y enseignement de V école.\nCe sont de simples exercices, dont l'unique objet est l'éducation artistique\ndes élèves qui g prennent une part active. Parmi ceux-ci, quelques-uns ont\nrécemment obtenu des diplômes, et leur jeune talent fait sans doute honneur à la\nSchola ; d'autres sont beaucoup plus inexpérimentés et nont aucune habitude\ndu public ; si leurs moyens paraissent insuffisants pour figurer avec avantage\ndevant un vrai public, c'est une raison de plus pour les essayer à ces auditions\norganisées spécialement à leur intention.\nDe même, si le petit orchestre de la classe d'orchestre ne comporte guère,\ncomme le remarque justement votre rédacteur, d'exécutants rompus au difficile\nmétier de musicien d'orchestre, c'est précisément que les jeunes gens tant soit peu\ndébrouillés à cet égard prennent part régulièrement aux répétitions et aux exé-\ncutions, mais cessent de faire partie de la classe d'orchestre, spécialement ré-\nservée à des camarades moins avancés.\nSi j'ajoute que ces exercices sont parfois préparés un peu hâtivement, pour ne\npas nuire à la marche régulière des cours et des concerts, on peut conclure que\nce serait injuste de leur attribuer la signification qu'aurait par exemple un con-\ncours public, ou une séance modèle d'élèves composée exclusivement avec les\néléments les plus brillants de l'Ecole (« résultat complet des cours », dirait l'Ou-\nvreuse) ; et on ne saurait en tirer une indication tant soit peu précise sur la ma-\nnière dont renseignement est donné dans telle ou telle classe. Un peu plus équi\ntablement peut-on se faire une idée des classes de chant, par exemple, d'après\nles concerts mensuels avec orchestre, composés presque uniquement avec les res-\nsources de VEcole, et où l'on peut entendre comme solistes, à côté d élèves in-\ncomplètement formés, des artistes que la Schola est fière de compter parmi ses\nanciens élèves et dont le Mercure musical a souvent loué le talent.\nNous aurions donc dû, sur nos programmes, rappeler le sens et le caractère d'in-\ntimité de ces séances d'auditions, aux nombreux amis qui veulent bien s'y intéresser.\nJe tenais àm'accuser de cette négligence... un peu tardivement et un peu lon-\nguement peut-être.\nPuis-je m autoriser, cher Monsieur, de l'intérêt constant que vous voulez bien\ntémoigner dans le Mercure aux choses de l'Ecole, et aussi des si bons rapports\nque j'ai eus avec vous et votre Revue, pour vous demander de faire bon accueil à\nma lettre ?\nVous nous rendriez ainsi vraiment service et je vous en serais vivement recon-\nnaissant.\nVeuillez croire à nos sentiments les meilleurs et les plus distingués.\nLouis DE SERRES,"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.60", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 1045, "texte": "Nous remercions vivement M. Louis de Serres d'avoir bien voulu deve-\nnir, une fois de plus, notre collaborateur, el d'avoir pris la défense de la\nSchola avec tant de grâce et d'esprit. Il est certain qu'une audition comme\ncelle du 20 mars avait pour objet de nous présenter des élèves encore en\nplein travail, non des artistes accomplis. Et, par un scrupule des plus\nlouables, on n'a pas voulu nous montrer seulement les meilleurs élèves,\nmais ceux aussi qui ont encore beaucoup de progrès à faire, afin de nous\ndonner une idée exacte et complète des classes de la Schola. Il faut donc\nse garder de comparer une séance ainsi ordonnée à tel « exercice d'élèves »\nqui ne nous offre qu'une élite soigneusement triée. Mais cela dit, ne reste-\nt-il pas vrai que l'on peut remarquer, dans les classes de chant de la Schola,\nun défaut dominant? Nous croyons nous conduire en véritables amis de\nla maison en le signalant. L. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c036", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.9.10", "titre_corps": "ECHOS.", "titre_sommaire": "ECHOS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.60", "debut_caractere": 1047, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "ECHOS.\nMondanités. Très grand succès, chez Mme la marquise de Saint-Paul,\npour Mme Blanche Marchesi, dans unprogramme admirable: Bach, Mozart,\nArne, Monsigny, Saint-Saëns, Puccini et Debussy furent interprétés avec\nune voix également puissante, un style également dramatique. Comme in-\ntermède, des chansons populaires arméniennes et russes, chantées par\nM. Moughounian, ténor à la voix charmeuse, produisirent une impression\nprofonde ; et Ton entendit aussi le violon sympathique de M. L. Phal.\nOrgues. C'est le 23 avril que M. Alexandre Guilmant a repris les\nséances historiques qu'il donne annuellement sur le bel orgue de la Salle\ndes Fêtes du Palais du Trocadéro, tous les lundis à 4 heures et demie, et\nauxquelles il admet un certain nombre d'auditeurs.\nM. Guilmant passera en revue les écoles des différents pays, et se propose\nde donner une large place aux œuvres de Boëly, Buxtehude et Frescobaldi.\nLes personnes qui désireraient obtenir des cartes d'invitations perma-\nnentes pour ces auditions sont priées d'écrire à M. Alexandre Guilmant, au\nConservatoire de Musique, i 5, faubourg Poissonnière.\nConcerts annoncés. Le 2 mai, salle Berlioz, M. Luzzati, pianiste; le 3,\nsalle Berlioz, à 2 heures, Mlle Mac Evely, chanteuse ; le 4, au soir, à la\nSchola Cantorum, concert d'orchestre (cantates anciennes et modernes); le\n8, salle Pleyel, à 4 heures, Mne Blanche Selva ;le9, au soir, salle de l'Union,\nSociété Bach ; le 11, à l'Ambigu, à 2 heures, concert de la fondation Beau-\nlieu ; le 11, au soir, salle Berlioz, Mme Marie Capoy et M, Georges Loth ; le\n15, salle Erard, Société nationale (œuvres de G. Fauré); le 16, salle Pleyel,\nà 4 heures, Mlle Blanche Selva ; le 23, au soir, salle de l'Union, Société\nBach; les 4, 11 et 18 mai, salle iEolian, Mlle Dron et M. Armand Parent.\nLes grandes Auditions. Le Comité de la Société des Grandes Audi-\ntions Musicales a confié à M. Camille Chevillard le soin de monter et de\ndiriger l'unique audition du Songe de Gérontius, d'Elgar, qui sera donnée\nau Palais du Trocadéro, le jeudi 17 mai, à 2 heures précises,\nLes chœurs et l'orchestre réuniront les 300 exécutants de l'Association\ndes Concerts-Lamoureux. Les rôles sont ainsi distribués : L'Ange :\nMlle Croiza; Gérontius : M. Plamondon; Le Prêtre : M. Louis Frolich."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c037", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.10", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.2", "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "E. DEMETS, Éditeur de Musique\nS 2, rue PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). « Tel qu'en, songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n« Trois Stances » (j. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIl Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil Net. 3 »\n« mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang»Tsi),\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net. 5 »\nDêodat de Sêverac,\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net, 1 5o\nLe Chevrier (P. Rey). » I 70\nl.es Cors (P. Rey). » 2 »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). » 1 70\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck). » 1 70\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Téna (Th. Gautier). » 250\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). » 2 »\n—Le Jour des Morts (G, Vanor). » 170\nRavel (M.). D'Anne jouant dei'Espi-\nnette. » I 70\nD*Anne qui me jecta de la neige- » I 70\n(Epigrammes de CL Marot).\nPIANO\nBilla|R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\n—-■ Minuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen ($.). Marche funèbre.\nLabey( M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\n2 r.\n2 »\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\nï 70\n2 »\nRhené-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. .Net,\nIL Prélude oriental, en fa Jfmaj. »\n111. Prélude» en ut min.\nIV, Prélude, en la j? maj,\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en sol min.\nKavel (M.). Jeux d'eau*\nPavane pour une Infante défunte.\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M.). Symphonie en mît\npiano 4 mains. »\nDuparc (HL). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\n.1.-S. Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains),\nVIOLON ET PIANO\nAlquier <M.). Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair |J.-M.). er Livre de So-\nnates. »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.), sonate. »\nSêrieyx(A.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate, g »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonaie. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.)* Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois» vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte et vioîonc. »\nSeitz \\A.). Quatuor, pour instru-\nments à cordes. >\nAgence de la Société Nationale de JHusique\nî 2\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c038", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.11", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "En vente au Bureau d\"\n>9\nExtraits des Maîtres Musiciens\nDE LA\nRENAISSANCE FRANÇAISE\nPubliés par M. HENRY EXPERT (Paris, Leduc, 3, rue de GrammontJ.\nCOSTELEY (Guillaume). Allons au vert boccage\n(Musique, 2e fascicule). . 1 »\nJe voy des glissantes\neaux les ruisseaux. 0 60\n_ Las je n'yray plus, je\nn'yraypas jouër. . . i 50\nDE LA RUE (Pierre). Ma Mère, hellas ! Ma-\nriez moy 1 »\nDE LASSUS (Orlande). Du corps absent le cœur\nje te présente. (Premier\nfascicule des Mélanges). . 1 »\nGallans qui par terre et\npar mer 1 »\nHelas ! quel jour seray-\nje à mon vouloir. (Pre-\nmierfasciculedesMélanges). f »\nMais qui pourrait estre\n(En Ré) 0 60\nMais qui pourrait estre\n(En Fa) 0 60\n—Un jeune moine. . . . 4 150\nDE SERMISY (Claudin). —Au joly boys ' 1 »\nJANEQUIN (Clément). —Du beau tetin 250\nLa Guerre (La Bataille de\nMarignan) 4 »\nIl n'est plaisir .... 1 »\nLaissez cela 1 «\nPetite nymphe folastre. 1 »\nSi jay esté vostre amy. 1 ».\nLE JEUNE (Claude). Débat la nostre trill' eu\nmay (Villageoise de Gas-\ncogne) 1 50\nLe Mondain se nourrit. 2 50\nO Seigneur j'espars. 2 »\nRevecy venir du Prin-\ntans (Le Printemps, ler\nfascicule) 4 4 50\nVoicy du gay Printems. 1 50\nMAUDUIT (Jacques). Vous me tuez si douce-\nment 0 60\nVoyci le verd et beau\nMay ~ 1 »\nMOUTON (Jean). La, La, La, L'Oysillon\ndu boys 1 »\nPASSEREAU. Il est bel et bon. ... 1 50\nNoël. Un Enfant du ciel\nnous est né. .... 1 50\nPar suite d'un accord avec la maison\nprix une remise de 40 0/0 à nos abonn\nimportantes seront accordées pour\nplaires et au-dessus.\n■k"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c039", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.12", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "En vente au Bureau du MERCURE MUSICAL\n2, rue de Louvois. PARIS (IIe) .\nPIERRE AUBRY.\nAu Turkestan. Notes sur quelques habitudes musicales chez les Tadjiks\net chez les Sartes net. 1 »\nLOUIS LALOY.\nAristoxène de Tarente et\n1 fort vol. in-8° jésus net. 12 »\nRICCIOTTO CANUDO.\nLa IXe Symphonie de Beethoven\n1 exemplaire sur japon 20 »\nhollande 15 »\n2 exemplaires sur chine 10 »\nÉDITION MUTUELLE\nau dépôt du Bureau d'Édition delà Schola Cantorum, 2 6g, rue St-Jacques,\net chez E. DEMETS, 2,\nVIENT DE PARAITRE :\nPOUR PIANO A 2 MAINS\nCÉSAR FRANCK: Danse Lente (très facile). . . . net 1 fr. 50\nI. ALBENIZ : 12 nouvelles impressions\" en 4 cahiers)\nier cahier : Evocation— El Puerto— net 5 fr.\nPOUR PIANO ET CHANT\nP. DE BRÉVILLE : Prières d'Enfant.\nLe Signe de la Croix.\nNotre Père... Je vous salue\nnet 2 fr. 50\nREVUE MENSUELLE DE LITTERATURE\nParaissant le ler de chaque mois\nChroniques de la moralité publique : M. Joseph Bossf.\nde la littérature : M. Jean Dominique.\nde la vie du peuple : M. Louis Piérard.\ndes arts et de la vie : M. Henri Vandeputte.\nŒuvres des meilleurs auteurs contemporains.\nTout article riengage que le signataire.\nAdresser manuscrits, publications et toutes communications au siège de la revue :\n70, rue Veydt, BRUXELLES\nSecrétaire pour Liège : M. EMILE CORNET, 372, rue Saint-Gilles: Liège\n. ABONNEMENTS POUR TOUS PAYS, 6 francs l'an\nLa Rénovation esthétique\nRevue mensuelle d'art et de littérature\n5, rue de Furstemberg. PARIS (VIe)\nUn an : 10 francs"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c040", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.13", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "(Basique Arabe & (Daare\nCollection ÏAFIL d'Alger\nOuvertures - Danses - Préludes\nChansons populaires\nChansons classiques - Cantilènes\netc.\nMusique des Maures de Grenade\net\nmusique traditionnelle\ndes Musulmans du Moghreb\nDemander à M. E.-N. YAFIL,\néditeur, 16, rue Bruce à Alger, le cata-\nlogue de cette collection des plus\ncurieuses et des plus intéressantes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c041", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.14", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.5", "debut_caractere": 360, "fin_caractere_exclue": 919, "texte": "\" CŒCILIA \"\nFeuille mensuelle de Musique religieuse\nRédigée en français et en allemand\nParaissant à STRASBOURG (Alsace)\nRédacteurs en chef :\nDr F. X. MATHIAS\nOrganiste de la Cathédrale de Strasbourg\nJos. VICTORI\nMaître de Chapelle à la Cathédrale de Strasbourg\nOrgane paraissant depuis 23 ans\net se composant d'une partie littéraire\nainsi que d'un supplément musical\nannuel.\nPrix de l'abonnement d'un an, Fr. : 5\nPrière d'adresser les demandes d'a-\nbonnements et les paiements à la\nLibrairie F. X. Le Roux et Cie,\n34, rue des Hallebardes, Strasbourg\n(Alsace)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c042", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.5", "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "L'ART MODERNE\nRevue critique hebdomadaire\nFONDÉE EN 1881\nSous la direction de M. Octave MAUS\nL'Art Moderne s'occupe de Fart dans tous ses domaines : peinture,\nsculpture, architecture, musique, littérature, etc. Il forme, chaque année, un\nbeau volume d'environ 450 pages grand in-40, dans lequel sont résumés les\nprincipaux faits du mouvement artistique contemporain.\nL'Art Moderne est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui\nen font la demande.\n* { Union postale: 13fr. par\nAbonnement •. „ , . ,\n( Belgique: 10 fr.\nLe numéro\nADMINISTRATION: Rue de l'lndustrie, 32, BRUXELLES\nLE MONDE ARTISTE\"\nILLUSTRÉ\nMUSIQUE THÉÂTRE BEAUX-ARTS\nDirecteur : Paul MILLIET\nBureaux: 24, rue des Capucines, PARIS\nLes abonnements son', reçus en outre àla Librairie Nouvelle, 11, boulevard des Italiens."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c043", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.16", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "DIPLOMES D'HONNEUR & MÉDAILLES\nDU MINISTÈRE DU COMMERCE (Grand Prix 1903)\nEMILE MENNESSON\nPianos ERARD, PLEYEL, GAVEAU, etc.\nPerfectionnés, avec MOLLIPHONE\nTENTES, ECHiKGES, LOC4TIOHS, RÉPARATIONS\nConditions exceptionnelles, facilités de paiement\nDEMANDER LES CATALOGUES\nà E. MENNESSON, à Sainte-Cécile, à Reims\nAjouter 0.15 pour frais d'envoi\nDans ses prochains numéros, le « MERCURE MUSICAL » publiera des chapitres\ninédits de Jean Christophe, de Romain Rolland, ouvrage couronné au dernier\nconcours de la Vie heureuse ; de curieux traités de Théoriciens français de la musique\nau xyie siècle, réédités pour la première fois par M. Henry Expert; la suite des\nVrilles de la Vigne, des Pensées d'ailleurs, des Dialogues des Morts et des Miettes\nhistoriques ; le commencement des Entretiens avec M. Croche, par Claude Debussy ;\ndes articles de MM Pierre Aubry, Raymond Bouyer, Ricciotto Canudo,\nGuido Gasperini, Remy de Gourmont, Henry Gauthier-Viliars, Louis\nLaloy, Romain Roiland, Émile Vuiilermoz et G.-M. Widor.\nVéchéance du 15 mai étant lune des plus importantes de Vannée, nous prions\nceux de MM. nos abonnés dont l abonnement finit à cette date de vouloir bien nous\nfaire parvenir sans retard le montant de leur renouvellement.\nBulletin d'Abonnement\n«——>+<\nJe soussigné -\ndemeurant du\ndéclare souscrire à un abonnement d'un an au Mercure Musical.\nA partir du (1) 19.\nSignature\nCi-joint mandat d\n(1) Les abonnements partent du ler de chaque mois\nLie JVlepeape JVlusieal\n2, rue de Loavois, 2\nPARIS (IPX"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-01-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-01_01#c044", "volume": "bmtnabh_1906-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.2.17", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 778, "texte": "SALLE PLEYEL, 22, rue ochechouart-J\n* ^>\nDeux Matinées de Musique moderne\nPAR\nM\nlie\nBlanche SEliVfl\n# # #\n(£e eMercredi g oMai, à 4 heiireà ptéciàeà\n—\n1. Prélude, Aria et Finale CÉSAR FRANCK.\n2. Iberia (ire audition) I. ALBENIZ.\na)Evocation.\nb) El Puerto.\nc)Fête-Dieu à Séville.\n3. Le long du ruisseau (ire audition). .... P. COINDREAU.\n4. Sonate en mi bémol mineur PAUL DUKAS.\n# #\nY »> *1»\n(Le OAetciedi 16 SMai, à 4 h eut es pzéciôeô\n,\n1. Nocturne en mi bémol mineur GABRIEL FAT RE,\n2. La Vallée des Cloches MAURICE RAVEL.\n3. Pagodes .............. CLAUDE DEBUSSY.\n4. Poème des Montagnes ........ VINCENT D'INDY.\n5. Variations sur un thème de Rameau. . . PAUL DUKAS.\n• O * ————»\nOn trouve des billets chez MM. Demets, 2, rue de Louvois, et\nLaudy, 224, boulevard Saint-Germain."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.1", "texte": "2* Année. —N« 9 - ler1er Mai 1906.\njSÈf U ' WBS awiSf I a£g W\nd? JÊ • MBIbR **ÊË V OWÊ &ËËBBÊ\nm -- 3s ■ wSt&. ' MB S 3&. ft m M \" jFwßa HH\n«L J® ■ oB wA m* «H SB hHJ H jgm B\nm & Jal ißßljlf 19Hb ■ HH ft IBS H iHBI IhhM •y 88\n%.wr> «w MH 'HjjË JHg swl 9K 9R flB\n&bB y? dHP dm JÊm^ÊKKÊ/0m\nFRANCE. 0 fr. 60 | UNION C lr. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\n' . ff- Ch. Jarlot t'jll\n\\ : . v ■ m .\n14, Boulevard Saint-Michel\nPARIS VIe\nADMINISTRATION :\n£, Demets\n3, Hue de Louvois\nPARIS IIe\n\nSommaire\nGEORGES D ESPAGNAT Composition inédite pour Simone, de Remy\nde\nCH. LÉANDRE... Miguel\nREMY DE GOURMONT Simone,—\nBARON DE TRÉMONT...... Une visite à Beethoven.\nJEAN MARNOLD —. Les\nRiemann (suite).\nMARTIAL TENEO Miettes\nREVUE DE LA QUINZAINE\n'—;\nJean Marnold : Gerolsteini ana. —C. de Malaret, Ch. Chambellan, Paul Duhot,\nI Louis Laloy : Les Concerts,- Louis Laloy :\nL. L. : Revue des Revues. Jacques Rivière : La musique à Bordeaux.\nWilliam Ritter : La musique tchèque. A. G. : Courrier de Lyon.\nCorrespondance. Echos."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\n(Du ier de chaque mois)\nPARIS ET DÉPARTEMENTS, 12 fr.\nF r\\ tt \"\nETRANGER. S. 15 fr.\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste\nRÉDACTION : 2, rue de Louvois, PARIS IIe\nMMHMM\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. DEMETS, Éditeur de Musique\nS 2, rue PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). « Tel qu'en, songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n« Trois Stances » (j. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIl Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil Net. 3 »\n« mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang»Tsi),\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net. 5 »\nDêodat de Sêverac,\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net, 1 5o\nLe Chevrier (P. Rey). » I 70\nl.es Cors (P. Rey). » 2 »\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren). » 1 70\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck). » 1 70\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Téna (Th. Gautier). » 250\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud). » 2 »\n—Le Jour des Morts (G, Vanor). » 170\nRavel (M.). D'Anne jouant dei'Espi-\nnette. » I 70\nD*Anne qui me jecta de la neige- » I 70\n(Epigrammes de CL Marot).\nPIANO\nBilla|R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\n—-■ Minuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen ($.). Marche funèbre.\nLabey( M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\n2 r.\n2 »\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\nï 70\n2 »\nRhené-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. .Net,\nIL Prélude oriental, en fa Jfmaj. »\n111. Prélude» en ut min.\nIV, Prélude, en la j? maj,\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en sol min.\nKavel (M.). Jeux d'eau*\nPavane pour une Infante défunte.\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M.). Symphonie en mît\npiano 4 mains. »\nDuparc (HL). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\n.1.-S. Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains),\nVIOLON ET PIANO\nAlquier <M.). Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair |J.-M.). er Livre de So-\nnates. »\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.), sonate. »\nSêrieyx(A.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate, g »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonaie. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.)* Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois» vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte et vioîonc. »\nSeitz \\A.). Quatuor, pour instru-\nments à cordes. >\nAgence de la Société Nationale de JHusique\nî 2\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.3", "texte": "En vente au Bureau d\"\n>9\nExtraits des Maîtres Musiciens\nDE LA\nRENAISSANCE FRANÇAISE\nPubliés par M. HENRY EXPERT (Paris, Leduc, 3, rue de GrammontJ.\nCOSTELEY (Guillaume). Allons au vert boccage\n(Musique, 2e fascicule). . 1 »\nJe voy des glissantes\neaux les ruisseaux. 0 60\n_ Las je n'yray plus, je\nn'yraypas jouër. . . i 50\nDE LA RUE (Pierre). Ma Mère, hellas ! Ma-\nriez moy 1 »\nDE LASSUS (Orlande). Du corps absent le cœur\nje te présente. (Premier\nfascicule des Mélanges). . 1 »\nGallans qui par terre et\npar mer 1 »\nHelas ! quel jour seray-\nje à mon vouloir. (Pre-\nmierfasciculedesMélanges). f »\nMais qui pourrait estre\n(En Ré) 0 60\nMais qui pourrait estre\n(En Fa) 0 60\n—Un jeune moine. . . . 4 150\nDE SERMISY (Claudin). —Au joly boys ' 1 »\nJANEQUIN (Clément). —Du beau tetin 250\nLa Guerre (La Bataille de\nMarignan) 4 »\nIl n'est plaisir .... 1 »\nLaissez cela 1 «\nPetite nymphe folastre. 1 »\nSi jay esté vostre amy. 1 ».\nLE JEUNE (Claude). Débat la nostre trill' eu\nmay (Villageoise de Gas-\ncogne) 1 50\nLe Mondain se nourrit. 2 50\nO Seigneur j'espars. 2 »\nRevecy venir du Prin-\ntans (Le Printemps, ler\nfascicule) 4 4 50\nVoicy du gay Printems. 1 50\nMAUDUIT (Jacques). Vous me tuez si douce-\nment 0 60\nVoyci le verd et beau\nMay ~ 1 »\nMOUTON (Jean). La, La, La, L'Oysillon\ndu boys 1 »\nPASSEREAU. Il est bel et bon. ... 1 50\nNoël. Un Enfant du ciel\nnous est né. .... 1 50\nPar suite d'un accord avec la maison\nprix une remise de 40 0/0 à nos abonn\nimportantes seront accordées pour\nplaires et au-dessus.\n■k"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.4", "texte": "En vente au Bureau du MERCURE MUSICAL\n2, rue de Louvois. PARIS (IIe) .\nPIERRE AUBRY.\nAu Turkestan. Notes sur quelques habitudes musicales chez les Tadjiks\net chez les Sartes net. 1 »\nLOUIS LALOY.\nAristoxène de Tarente et\n1 fort vol. in-8° jésus net. 12 »\nRICCIOTTO CANUDO.\nLa IXe Symphonie de Beethoven\n1 exemplaire sur japon 20 »\nhollande 15 »\n2 exemplaires sur chine 10 »\nÉDITION MUTUELLE\nau dépôt du Bureau d'Édition delà Schola Cantorum, 2 6g, rue St-Jacques,\net chez E. DEMETS, 2,\nVIENT DE PARAITRE :\nPOUR PIANO A 2 MAINS\nCÉSAR FRANCK: Danse Lente (très facile). . . . net 1 fr. 50\nI. ALBENIZ : 12 nouvelles impressions\" en 4 cahiers)\nier cahier : Evocation— El Puerto— net 5 fr.\nPOUR PIANO ET CHANT\nP. DE BRÉVILLE : Prières d'Enfant.\nLe Signe de la Croix.\nNotre Père... Je vous salue\nnet 2 fr. 50\nREVUE MENSUELLE DE LITTERATURE\nParaissant le ler de chaque mois\nChroniques de la moralité publique : M. Joseph Bossf.\nde la littérature : M. Jean Dominique.\nde la vie du peuple : M. Louis Piérard.\ndes arts et de la vie : M. Henri Vandeputte.\nŒuvres des meilleurs auteurs contemporains.\nTout article riengage que le signataire.\nAdresser manuscrits, publications et toutes communications au siège de la revue :\n70, rue Veydt, BRUXELLES\nSecrétaire pour Liège : M. EMILE CORNET, 372, rue Saint-Gilles: Liège\n. ABONNEMENTS POUR TOUS PAYS, 6 francs l'an\nLa Rénovation esthétique\nRevue mensuelle d'art et de littérature\n5, rue de Furstemberg. PARIS (VIe)\nUn an : 10 francs"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.5", "texte": "(Basique Arabe & (Daare\nCollection ÏAFIL d'Alger\nOuvertures - Danses - Préludes\nChansons populaires\nChansons classiques - Cantilènes\netc.\nMusique des Maures de Grenade\net\nmusique traditionnelle\ndes Musulmans du Moghreb\nDemander à M. E.-N. YAFIL,\néditeur, 16, rue Bruce à Alger, le cata-\nlogue de cette collection des plus\ncurieuses et des plus intéressantes.\n\n\" CŒCILIA \"\nFeuille mensuelle de Musique religieuse\nRédigée en français et en allemand\nParaissant à STRASBOURG (Alsace)\nRédacteurs en chef :\nDr F. X. MATHIAS\nOrganiste de la Cathédrale de Strasbourg\nJos. VICTORI\nMaître de Chapelle à la Cathédrale de Strasbourg\nOrgane paraissant depuis 23 ans\net se composant d'une partie littéraire\nainsi que d'un supplément musical\nannuel.\nPrix de l'abonnement d'un an, Fr. : 5\nPrière d'adresser les demandes d'a-\nbonnements et les paiements à la\nLibrairie F. X. Le Roux et Cie,\n34, rue des Hallebardes, Strasbourg\n(Alsace).\n\nL'ART MODERNE\nRevue critique hebdomadaire\nFONDÉE EN 1881\nSous la direction de M. Octave MAUS\nL'Art Moderne s'occupe de Fart dans tous ses domaines : peinture,\nsculpture, architecture, musique, littérature, etc. Il forme, chaque année, un\nbeau volume d'environ 450 pages grand in-40, dans lequel sont résumés les\nprincipaux faits du mouvement artistique contemporain.\nL'Art Moderne est envoyé à l'essai, pendant un mois, aux personnes qui\nen font la demande.\n* { Union postale: 13fr. par\nAbonnement •. „ , . ,\n( Belgique: 10 fr.\nLe numéro\nADMINISTRATION: Rue de l'lndustrie, 32, BRUXELLES\nLE MONDE ARTISTE\"\nILLUSTRÉ\nMUSIQUE THÉÂTRE BEAUX-ARTS\nDirecteur : Paul MILLIET\nBureaux: 24, rue des Capucines, PARIS\nLes abonnements son', reçus en outre àla Librairie Nouvelle, 11, boulevard des Italiens."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.6", "texte": "DIPLOMES D'HONNEUR & MÉDAILLES\nDU MINISTÈRE DU COMMERCE (Grand Prix 1903)\nEMILE MENNESSON\nPianos ERARD, PLEYEL, GAVEAU, etc.\nPerfectionnés, avec MOLLIPHONE\nTENTES, ECHiKGES, LOC4TIOHS, RÉPARATIONS\nConditions exceptionnelles, facilités de paiement\nDEMANDER LES CATALOGUES\nà E. MENNESSON, à Sainte-Cécile, à Reims\nAjouter 0.15 pour frais d'envoi\nDans ses prochains numéros, le « MERCURE MUSICAL » publiera des chapitres\ninédits de Jean Christophe, de Romain Rolland, ouvrage couronné au dernier\nconcours de la Vie heureuse ; de curieux traités de Théoriciens français de la musique\nau xyie siècle, réédités pour la première fois par M. Henry Expert; la suite des\nVrilles de la Vigne, des Pensées d'ailleurs, des Dialogues des Morts et des Miettes\nhistoriques ; le commencement des Entretiens avec M. Croche, par Claude Debussy ;\ndes articles de MM Pierre Aubry, Raymond Bouyer, Ricciotto Canudo,\nGuido Gasperini, Remy de Gourmont, Henry Gauthier-Viliars, Louis\nLaloy, Romain Roiland, Émile Vuiilermoz et G.-M. Widor.\nVéchéance du 15 mai étant lune des plus importantes de Vannée, nous prions\nceux de MM. nos abonnés dont l abonnement finit à cette date de vouloir bien nous\nfaire parvenir sans retard le montant de leur renouvellement.\nBulletin d'Abonnement\n«——>+<\nJe soussigné -\ndemeurant du\ndéclare souscrire à un abonnement d'un an au Mercure Musical.\nA partir du (1) 19.\nSignature\nCi-joint mandat d\n(1) Les abonnements partent du ler de chaque mois\nLie JVlepeape JVlusieal\n2, rue de Loavois, 2\nPARIS (IPX"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.7", "texte": "UNE VISITE A BEETHOVEN\n\nLe récit qu ou va lire est emprunté aux six volumes de notices et souve-\nnirs manuscrits laisses a la Bibliothèque Impériale, devenue Bibliothèque\nNationale, par le baron de Trémont. Le baron de Trémont (1779-1852),\nd abord auditeur au Conseil d Etat sous Napoléon ler, puis préfet de\n1 Aveyron, retiré ensuite a Paris et a Saint-Germain, était un amateur,\ncollectionneur, et dilettante passionne. A sa mort, il fit fonder deux prix par\nl'Académie des Beaux-Arts, en même temps qu'il léguait ses notices à la\nBibliothèque. Il avait su réunir une magnifique collection d'autographes,\nqui fut malheureusement dispersée dans des ventes publiques, et dont les\ndébris subsistent seuls, parmi les volumes de notices laissés par lui à la\nBibliothèque. Ses souvenirs sur Beethoven comptent parmi les plus inté-\nressants qu'il ait consignés. En voici les principaux passages :\nJ admirais son génie et je savais par cœur ses ouvrages lors-\nqu'en 1809, étant auditeur au Conseil d'Etat et Napoléon fai-\nsant la guerre l'Autriche, je fus chargé d'aller lui porter le\ntravail du Conseil. Malgré la promptitude de mon départ, je\npensai que si l'armée s'emparait de Vienne, je ne devais pas\nnégliger l'occasion d'y voir Beethoven. Je demandai une lettre\npour lui à Chérubini : « Je vous en donnerai une pour Haydn,\nme répondit-il, vous serez le bienvenu de cet excellent homme ;\nmais je n'écrirai point à Beethoven ; j'aurais à me plaindre\nqu'il n'ait pas reçu quelqu'un de recommandé par moi ; c'est\nun ours mal léché. »\nJe m'adressai à Reicha : « Je crains, me dit-il, que ma lettre\nne vous serve à rien. Depuis que la France a été constituée en\nempire, Beethoven déteste son empereur et les Français au\npoint que Rode, le premier violon de l'Europe, passant par\nVienne pour se rendre en Russie, est resté huit jours en cette\nville sans pouvoir parvenir à être reçu par lui. Il est sauvage,\n\nLE MERCURE MUSICAL\n26"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.8", "texte": "394\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nhumoriste, misanthrope, et pour vous donner une idée du peu\nde cas qu'il fait des convenances, il me suffira de vous dire que\nl'impératrice (princesse de Bavière, 2e femme de François II)\nle fit prier un matin de passer chez elle ; il répondit qu'il serait\noccupé toute la journée, mais qu'il tâcherait d'y aller le lende-\nmain. »\nCet avertissement me donna la certitude que je ferais de vains\nefforts pour connaître Beethoven. Je n'avais ni réputation ni\ntitre aucun à faire valoir ; je devais en être d'autant plus\nrepoussé que j'entrais à Vienne canonnée pour la seconde fois\npar l'armée française, et, de plus, j'appartenais au Conseil de\nNapoléon. Pourtant je voulus le tenter. Je me rendis chez\nl'inabordable compositeur, et pensai à sa porte que mon jour\nétait mal choisi, car, ayant une visite officielle à faire, j'avais\nle petit costume du Conseil d'Etat. Par malheur encore, il\nlogeait sur les remparts, et comme Napoléon avait ordonné\nleur destruction, on venait de faire poser la mine sous ses\nfenêtres.\nSes voisins m'indiquèrent son logement. « Il est chez lui, me\ndirent-ils *, mais il n'a point de servante en ce moment, car il en\nchange à chaque instant, et il est douteux qu'il veuille ouvrir. »\nJe sonnai trois fois, et j'allais m'en aller, lorsqu'un homme fort\nlaid et à l'air de mauvaise humeur ouvre et me demande ce que\nje veux : « Est-ce M. Beethoven auquel j'ai l'honneur de par-\nler ? Oui, Monsieur, mais je vous préviens, me dit-il en\nallemand, que j'entends très mal le français. Je n'entends\npas mieux l'allemand, Monsieur, mais mon message se borne à\nvous apporter de Paris une lettre de M. Reicha. » Il me regarde,\nprend la lettre et me fait entrer. Son logement n'était, je crois,\ncomposé que de deux pièces. La première contenait une alcôve\nfermée où était son lit, mais petite et obscure, de sorte qu'il\nfaisait sa toilette dans la seconde chambre ou salon. Représen-\ntez-vous ce qu'il y a de plus malpropre et de plus en désordre :\ndes flaques d'eau couvrant le plancher; un assez vieux piano à\nqueue sur lequel la poussière le disputait à des monceaux de\nmusique manuscrite et gravée. Dessous (je n'exagère rien), un\npot de nuit non vidé. A côté, une petite table de noyer qui était\nhabituée à ce [que] l'écritoire qu'elle portait fût souvent renver-\nsée ; une quantité de plumes encroûtées d'encre et à côté des-\nquelles les proverbiales plumes d'auberge eussent été excellen-\ntes ; et encore de la musique. Les sièges, presque tous de\npaille, étaient couverts d'assiettes avec les restes du souper de\nla veille et des vêtements, etc. Balzac ou Dickens continueraient\ncette description pendant deux pages et en emploieraient autant\nà vous décrire le signalement et le costume de l'illustre compo-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.9", "texte": "UNE VISITE A BEETHOVEN\n395\n\nsiteur ; mais comme je ne suis ni Balzac ni Dickens, je me borne\nà ceci: j'étais chez Beethoven.\nJe ne parlais guère que l'allemand de grandes routes, mais\nje le comprenais un peu mieux. Il n'était pas plus fort sur le\nfrançais. Je m'attendais à ce qu'après avoir lu ma lettre il me\ncongédierait et que la connaissance finirait là. J'avais vu l'ours\ndans sa cage, c'était plus que je ne pouvais espérer. Je fus\ndonc fort surpris lorsqu'il me regarda encore, posa la lettre sur\nsa table sans l'ouvrir et m'offrit une chaise. Bien plus surpris\nencore lorsqu'il se mit à causer. Il me demanda quel était mon\nuniforme, ma fonction, mon âge, le but de mon voyage ; si j'étais\nmusicien, si je devais séjourner à Vienne.5Je lui répondis que\nla lettre de Reicha lui expliquerait à peu près tout cela bien\nmieux que je ne pourrais le faire : « Non, non, parlez, me dit-\nil, parlez seulement lentement, parce que j'ai l'oreille très\ndure, et je vous entendrai. » Je fis d'incroyables efforts de lan-\ngage, de son côté il y mit de la bonne volonté ; c'était le plus\nsingulier mélange de mauvais allemand de ma part, et de mau-\nvais français de la sienne. Enfin nous nous entendîmes, la visite\nJ S\ndura près de trois quarts d'heure, et il m'engagea à revenir le\nvoir.\nJe sortis plus fier que Napoléon n'était entré à Vienne :\nj'avais fais la conquête de Beethoven.\nVous ne me demanderez pas comment ? Que pourrais-je\nvous répondre ? La cause n'en existe que dans la bizarrerie de\nson caractère. J'étais jeune, doux et poli, je lui étais inconnu, je\nfaisais contraste avec lui ; par fantaisie, par je ne sais quoi\nenfin, il me prit en gré. Et comme ces goûts soudains, chez\nles gens fantasques, sont rarement tièdes, il me donnait de fré-\nquents rendez-vous pendant mon séjour à Vienne et, pour moi\nseul, il improvisait une heure et jusqu'à deux heures de suite.\nQuand il eut une servante, il lui disait de ne pas ouvrir si l'on\nsonnait, ou, si l'on entendait le piano, de dire qu'il composait\net ne pouvait recevoir.\nQuelques musiciens avec lesquels je fis connaissance vou-\nlaient à peine le croire : « Me croirez-vous, leur dis-je, si je\nvous montre un billet qu'il m'a écrit en français ? En fran-\nçais, c'est impossible, il le sait à peine et il n'écrit même pas\nlisiblement en allemand ! Il est incapable d'un tel effort. » Je\nleur en donnai la preuve : « Alors, me dirent-ils, il a une véri-\ntable passion pour vous. Quel homme inexplicable ! »\nJ'ai fait encadrer ce billet, qui est pour moi un titre pré-\ncieux...\nLes improvisations de Beethoven m'ont causé peut-être mes\nplus vives émotions musicales. Je puis assurer que si on ne l'a"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.10", "texte": "396\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\npas entendu improviser bien à son aise, on ne connaît qu'impar-\nfaitement l'immense portée de son talent. Tout d'impulsion et\nd'actualité, il me disait quelquefois, après avoir fait quelques\naccords : «Il ne me vient rien, remettons à tel jour. » Alors\nnous causions philosophie, religion, politique, et surtout de\nShakespeare, son idole, et toujours dans un langage à faire rire\nles auditeurs, s'il y en avait eu.\nBeethoven n'était pas un homme d'esprit si on veut entendre\npar là celui qui dit des choses fines et spirituelles. Il était natu-\nrellement trop taciturne pour que sa conversation fût animée.\nSes pensées s'émettaient par boutades, mais elles étaient éle-\nvées et généreuses, quoique souvent peu justes. Il y avait entre\nlui et J.-J. Rousseau un rapport de jugements erronés venant\nde ce que leur humeur misanthropique avait créé un monde à\nleur fantaisie, sans application exacte à la nature humaine et à\nl'état social. Mais Beethoven était instruit. L'isolement de son\ncélibat, sa surdité, ses séjours à la campagne l'avait (sic) fait\nse livrer à l'étude des auteurs grecs et latins et avec enthou-\nsiasme à celle de Shakespeare. En y joignant l'espèce d'intérêt\nsingulier, mais réel, qui résulte de notions fausses émises et\nsoutenues de bonne foi, sa conversation était, sinon très atta-\nchante, du moins originale et curieuse. Et comme il avait de la\nbienveillance pour moi, il entrait dans son caractère atrabilaire\nde préférer être quelquefois contredit, à ce que je me rangeasse\ntoujours de son avis...\n... Lorsqu'il était bien disposé le jour fixé pour son improvi-\nsation, il était sublime. C'était de l'inspiration, de l'entraîne-\nment, de beaux chants et une harmonie franche parce que,\ndominé par le sentiment musical, il ne songeait pas, comme la\nplume à la main, à chercher des ; ils se produisaient d'eux-\nmêmes sans divagation.\nSon jeu, comme pianiste, n'était pas correct, et sa manière\nde doigter était souvent fautive, d'où résultait que la qualité du\nson était négligée. Mais qui pouvait songer à ?\non était absorbé par ses pensées comme ses mains devaient les\nexprimer de quelque manière que ce fût.\nJe lui demandai s'il ne désirait pas connaître la France. « Je\nl'ai vivement souhaité, me répondit-il, avant qu'elle se fût\ndonné un maître. Maintenant cette envie m'est passée. Pour-\ntant, je voudrais entendre à Paris les Symphonies de Mozart\n(il ne nomma pas les siennes ni celles d'Haydn) que le Conser-\nvatoire exécute, dit-on, mieux que partout ailleurs. Au reste, je\nsuis trop pauvre pour faire un voyage de simple curiosité et\nqui devrait être très prompt. Faites-le avec moi, je vous\nemmène. Y pensez-vous ? Je ne puis accepter que vous"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.11", "texte": "UNE VISITE A BEETHOVEN\n397\n\nfassiez pour moi cette dépense. Rassurez-vous, elle sera\nnulle ; les frais de poste en sont payés et je suis seul dans ma\nvoiture. Si vous vous contentez d'une petite chambre, j'en ai\nune à votre disposition. Allons, dites oui, Paris vaut bien d'y\npasser quinze jours ; vous n'aurez à supporter que vos frais de\nretour et moins de 5o florins vous ramèneront chez vous.\nVous me tentez, j'y penserai. »\nJe le pressai plusieurs fois de se décider. Son incertitude\nvenait toujours de son humeur morose. « Je serai assiégé de\nvisites. Vous ne les recevrez pas. Accablé d'invita-\ntions? Que vous n'accepterez pas. On me pressera\nde jouer, de composer. Vous répondrez que vous n'en avez\npas le temps. Vos Parisiens diront que je suis comme\nun ours. Qu'est-ce que cela vous fait ? On voit que vous\nne les connaissez pas. Paris est le séjour de la liberté et de\nl'indépendance des liens de la société. Les hommes remarqua-\nbles y sont acceptés tels qu'il leur convient de se montrer, et\nsi l'un d'eux, étranger surtout, est quelque peu excentrique,\nc'est une cause de succès. »\nEnfin il me tendit un jour la main et me dit qu'il viendrait\navec moi. Je fus ravi.., Conduire Beethoven à Paris, le loger\nchez moi, le produire dans le monde musical, c'était une sorte\nde triomphe ; mais pour me punir de ma jouissance anticipée,\nla réalité ne devait pas la suivre.\nL'armistice de Zuaïne nous fit occuper la Moravie, où je fus\nenvoyé comme intendant. J'y passai quatre mois ; le traité de\nVienne ayant rendu cette province à l'Autriche, je revins à\nVienne, où je trouvai Beethoven dans les mêmes dispositions\", je\nm'attendais à recevoir l'ordre de mon départ pour Paris, lors-\nque je reçus celui de me rendre immédiatement en Croatie\ncomme intendant. J'y restai un an et y reçus ma nomination à\nla préfecture de l'Aveyron, avec l'ordre de terminer une mis-\nsion, dont j'étais en outre chargé à Agram, et de venir ensuite\nen toute hâte en rendre compte à Paris, avant d'aller à ma\nnouvelle destination. Je ne pus donc ni passer par Vienne, ni\nrevoir Beethoven...\n... La Cour de Vienne le trouvait républicain ; aussi, loin de\nle protéger, elle n'assistait jamais à l'exécution de ses ouvrages.\nNapoléon a été son héros tant qu'il resta premier consul de la\nRépublique. Après la bataille de Marengo, il travailla à la\nSymphonie héroïque pour la lui dédier. Elle fut terminée en\n1802, et l'on commençait à dire qu'il voulait se faire cou-\nronner lorsque cet événement eut lieu et qu'après il voulut\nsoumettre l'Allemagne. Beethoven déchira sa dédicace et\nengloba dans son aversion la nation française qui s'était laissé"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.12", "texte": "398\nLE MERCURE MUSICAL I V-OÔ\n\nasservir. Pourtant, la grandeur de Napoléon l'occupait beau-\ncoup et il m'en parlait souvent. Au milieu de sa mauvaise\nhumeur, je voyais qu'il admirait son élévation d'un point de\ndépart si inférieur. Ses idées démocratiques en étaient flattées,\nlime dit un jour: « Si je vais à Paris, serai-je obligé d'aller\nsaluer votre empereur? » Je lui assurai que non, à moins qu'il\nne soit demandé. « Et pensez-vous qu'il me demandera ?\nJe n'en douterais pas s'il savait ce que vous valez; mais vous\navez vu par Chérubini qu'il s'entend peu àla musique. » Cette\nquestion me fit penser que, malgré ses opinions, il eût été\nflatté d'être distingué par Napoléon. Ainsi l'orgueil humain\ns'abaisse devant ce qui le flatte.\nCe sauvage s'est aussi courbé sous le joug de l'amour. On\nignore quelle était la Juliette à laquelle il écrivait des lettres\npassionnées, mais on a le regret de savoir qu'elle était mariée.\nIl a été aussi fort épris de la comtesse Marie Erdody, amour\nressemblant à celui de Rousseau pour Mme d'Houdetot. Je\nconnais l'objet de sa troisième passion, mais je ne puis la\nnommer (i).\nTRÉMONT.\n(i) M. de Trémont fait probablement allusion à la pianiste alsacienne\nMarie Bigot-Kiéné.\n\nPublié par Jean Chantavoine."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.13", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(0\nJe ne me propose pas de discuter toutes les assertions qui,\ndans le Cours de Composition de V. d'lndy, se rapportent de\nprès ou de loin à Vharmonie.Je m'en tiendrai à ce qui s'y\nrattache au sujet de cette étude, à savoir le double principe\nd'une base scientifique du système, et de la symétrie opposée\nde deux « résonances naturelles » supérieure et « inférieure »,\nprincipe accepté de M. Riemann ; et, malgré certaines diver-\ngences de détail, c'est de celui-ci que s'inspire d'abord et direc-\ntement M. Aug. Sérieyx dans les parties du chapitre dont il\nassuma la responsabilité (p. 93 à 106) et où il expose àsa ma-\nnière les fondements de la théorie harmonique adoptée.\nPrécédant un court résumé de « notions d'acoustique », on\ny rencontre quelques définitions préliminaires dont nous re-\nproduisons les deux suivantes en raison de leur importance, et\nen soulignant avec l'auteur :\n« On nomme intervalle le rapport entre les intonations de\ndeux sons. L'intonation de chaque son varie suivant le nombre\ndes vibrations sonores qui le constituent » (p. 94).\nM. Sérieyx décrit ensuite les effets de la vibration totale\nou partielle d'une corde tendue librement, d'où résulte la\n« résonance harmonique naturelle supérieure » ; il « insiste\nsur le caractère essentiellement naturel des phénomènes de\ncette résonance » ; sur la division quasi-spontanée, en « par-\nties aliquotes», d'une corde effleurée approximativement par\nla paume de la main (harpe) ou de toute la largeur du doigt\n(violon), à la moitié, au tiers, au quart, etc., de sa longueur.\nIl s'arrête à la sixième de ces divisions, alors suffisantes pour\nconstituer V accord majeur : Do(4)— ) sons\ndont la longueur de corde est respectivement 4, 5 et 6 fois plus\npetite que celle du Do(1) produit par la corde vibrant en tota-\nlité.\n\n(i) Voir la ire année, nos i, 3, 5, 7, n et i 3, et la 2e année, nos 1 et 7."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.14", "texte": "400\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nPuis, passant àce qu'il appelle, avec M. Riemann, la « ré-\nsonance inférieure », il double, triple, quadruple, quintuple\net sextuple successivement la longueur d'une corde vibrante,\nafin d'en obtenir l'accord mineur : mi{\\b) —Do (12) ■— la (10),\nsons dont le nombre de vibrations est respectivement 4, 5 et\n6 fois plus petit que celui du mi aigu de 60 vibrations produit\npar la corde initiale. Ici, à la vérité, M. Sérieyx est obligé de\nremarquer en note (p. 98) que les longueurs de corde ainsi réa-\nlisées successivement, par l'addition du * d'une corde tendue,\nne donnent pas toutes des « parties aliquotes » de la corde\ntotale de longueur 6 ; puisque, si « f = fet | = §, parties ali-\nquotes », en revanche, « | = 112, irréductible aussi bien que | ».\nCette observation, échappée à la perspicacité ou à la franchise\nde M. Riemann, eût pu faire hésiter M. Sérieyx de qualifier\n« naturelle » la « résonance inférieure » en cause, et on est\nquelque peu surpris qu'il croie se justifier par ce conseil :\n« Qu'on veuille bien prendre une corde 10 fois plus longue, et\nchoisir pour point de départ une fraction égale à 57, c'est-à-dire\nune longueur égale à celle que nous avons choisie; on consta-\ntera que le phénomène de la se vérifie;\npratiquement et naturellement sur toute l'étendue de la corde.\nEn effet, chaque longueur correspondant à un son de l'accord\nmineur est en même temps partie aliquote de la corde, savoir :\nmi {à) —mi(& ou sV) —la ou YÔ) —mi ou f 5) —Do\n{■à ou Ta) la (£ôOU -fo). »\nM. Sérieyx se figure-t-il vraiment avoir démontré par là l'exis-\ntence d'un phénomène naturel analogue à celui de la\nsupérieure ? Dans celle-ci, n'importe quelle corde de longueur\nquelconque est susceptible de se diviser spontanément ou d'être\ndivisée à l'infini en parties toujours correspondant\ntoutes à des harmoniques supérieurs du son de la corde entière,\net constituant la série régulièrement continue et plus ou moins\nindéfinie des harmoniques de ce son prime grave et fondamen-\ntal. Dans la « résonance inférieure » qu'il nous présente, il\nfabrique artificiellement ce son et, si ce son aigu\ncorrespond à d'une corde donnée, il n'obtient sur celle-ci, en\n« parties aliquotes », que les « sons inférieurs » i et | ; pour en\nréaliser la série régulière jusqu'au son il doit prendre une\ncorde de longueur décuple dont la longueur de corde de ce\nson prime est alors le ; pour atteindre le son - par la série\nrégulièrement continue des « sons inférieurs » de ce même son\nprime, il lui faudrait une corde de longueur 420, dont la lon-\ngueur de corde de ce son prime serait alors le Il semble\nbien difficile de soupçonner la moindre analogie entre les deux\nphénomènes, dont le second est précisément la démonstration"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.15", "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLes Cheveux\npar\nREMY DE GOURMONT\nIllustrations de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.16", "texte": "Au LECTEUR\nè\n(Musique est sœur de -Aussi jugeons-nous équitable de\nproposer à l'admiration des musicien\nration aussi, les plus beaux rythm\nune particulière reconnaissance\nconfié Simone, rare et précieuse\net qui s'orne ici de compositions in"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.17", "texte": "Les Cheveux\nSIMONE, il y a un grand mystère\nDans la forêt de tes cheveux.\nTu sens le foin, tu sens la pierre\nOù des bêtes se sont posées ;\nTu sens le cuir, tu sens le blé,\nQuand il vient d'être vanné ;\nTu sens le bois, tu sens le pain\nQu'on apporte le matin ;\nTu sens les fleurs qui ont poussé\nLe long d'un mur abandonné ;"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.18", "texte": "Tu sens la ronce, tu sens le lierre\nQui a été lavé par la pluie ;\nTu sens le jonc et la fougère\nQu'on fauche à la tombée de la nuit ;\nTu sens la ronce, tu sens la mousse,\nTu sens l'herbe mourante et rousse\nQui s'égrène à l'ombre des haies ;\nTu sens l'ortie et le genêt,\nTu sens le trèfle, tu sens le lait ;\nTu sens le fenouil et l'anis ;\nTu sens les noix, tu sens les fruits\nQui sont bien mûrs et que l'on cueille ;\nTu sens le saule et le tilleul\nQuand ils ont des fleurs plein les feuilles ;\nTu sens le miel, tu sens la vie\nQui se promène dans les prairies ;\nTu sens la terre et la rivière ;\nTu sens l'amour, tu sens le feu.\nSimone, il y a un grand mystère\nDans la forêt de tes cheveux."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.19", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n401\n\nla plus évidente de l'inexistence et de l'impossibilité d'une « ré-\nsonance inférieure naturelle », et si M. Riemann eût été capa-\nble jamais devoir plus loin que le bout de son nez, cette simple\nconstatation lui aurait épargné bien des recherches ou raison-\nnements saugrenus. Mais, plus timide ou moins ambitieux que\nM. Riemann, M. Sérieyx n'accepte pas plus le son 7 dans sa\nthéorie qu'il ne l'admet dans la pratique. Du phénomène so-\nnore il prend ce qui lui convient et laisse le reste ; il y choisit\nl'indispensable à la confection des accords et\nqu'il lui faut pour édifier sa théorie, et cela lui suffit. Afin de\npoursuivre l'examen de celle-ci,il nous en faut donc également\ncontenter et, en accordant son postulat, du moins provisoire-\nment, n'en retenir que l'exact énoncé et ses conséquences logi-\nques.\nCes deux accords parfaits fondamentaux et\nde 3 sons étant constitués des mêmes intervalles en ordre\ninverse, « quinte, tierce majeure », M. Sérieyx en conclut\nque « Y Accord résultant de leur combinaison est unique en\nprincipe, puisqu'il est toujours composé des mêmes éléments »\n(p. 100). Toutefois, « suivant qu'il est engendré par la réso-\nnance supérieure ou par la résonance », cet\n« se présente sous deux aspects différents », notés par M. Sé-\nrieyx et que nous devons traduire ainsi et lire en sens contraire :\nDo mi Sol\nla Do mi\nNous voyons que, sous ce double « aspect » de l'Accord, le\nmi. son prime de l'accord mineur descendant, est la\njeure du Z)o, son prime de l'accord majeur ascendant, confor-\nmément aux prescriptions de M. Sérieyx, lequel, après avoir\nréalisé, sur la corde divisée, la « résonance supérieure »Do {1)\nDo (2) Sol (3)— Do (4) mi (5) Sol (6), établit la « réso-\nnance inférieure » en choisissant pour point de départ « le\nmi aigu qui caractérise l'accord engendré par l'expé-\nrience précédente » (p. c) 8).\nPas plus que M. Riemann, M. Sérieyx ne distingue graphi-\nquement les fonctions de quinte ou de tierce des sons produits\npar les divisions ou additions de longueurs de cordes. Ces\nopérations sont soigneusement représentées par des figures et,\nau-dessus, les sons obtenus sont exprimés par des notes sur\nune portée, représentation employée volontiers d ailleurs par\nM. Sérieyx. Ces notes, toutefois, sont accompagnées ici du\nnombre de leurs vibrations sonores. C'est ainsi qu au dessin\nde la corde entière en vibration totale correspond un (1) de\n129,3 vibrations ; cette corde partagée en deux fuseaux vibrants\ndonne un Do (2) faisant le double de vibrations, soit 258,6."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.20", "texte": "402\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nToujours escortés du schéma de la corde divisée en 3, en 5 et\nen 6, on trouve à côté du Sol(3) le nombre de 387,3 vibrations ;\ncelui de 649,2 vibrations pour le (5) et, pour le (6), 774,6\nvibrations.\nLe plus bel hommage qu'on puisse rendre à la précaution de\nl'auteur est assurément, avant tout, de lire ces nombres de\nvibrations et, peut-être aussi, de les vérifier. Mais, après qu'on l'a\nfait, on demeure un instant interdit. En effet, 129,3 X 3 = 387,9\net non pas 387,3 ; 129,3 X 5 = 646,5 et non 649,2 ; enfin\n129,3 x 6 = 775,8 au lieu de 774,6. On supposerait quelque\nerreur d'impression si, contrôlant pareillement la « résonance\ninférieure », on n'était intrigué derechef par une constatation\nsimilaire, et en cherchant un peu la clef de cette énigme, on\nest bientôt forcé de se rendre à l'évidence.\nM. Sérieyx, qui vient de définir Xintervalle : « le rapport\nexistant entre les intonations de deux sons », et Y intonation :\nun résultat variable « pour chaque son suivant le nombre des\nvibrations qui le constituent » et par conséquent déterminé par\nce nombre de vibrations ; M. Sérieyx, qui analyse ensuite le\nphénomène de la « résonance NATURELLE », la division d'une\ncorde tendue en « parties aliquotes» ou l'addition de telles de\nces parties fournissant des longueurs de cordes d'où résultent\ndes nombres de vibrations déterminant des intonations dont le\nrapport constitue les intervalles NATURELS en question; M. Sé-\nrieyx, en face des notes représentant les sons NATURELS compo-\nsant ces intervalles, inscrit, copiés dans quelque table, les nom-\nbres de vibrations des sons TEMPÉRÉS.\nLa distraction apparaît un peu forte, et M. Riemann lui-\nmême y serait dépassé d'une belle longueur de corde. On\ns'assure pourtant bientôt que l'équivoque est volontaire, en\nlisant, à propos des harmoniques exclus par M. Sérieyx de sa\nthéorie comme de la musique, la déclaration que voici :\n« L'impression pénible et déroutante produite sur nous par\nces sons 7, 11, i 3, etc., et la tendance marquée de notre oreille\nà leur substituer les sons chromatiques tempérés : si bémol, fa\ndièse, la bémol, etc., résultent sans doute d'une habitude prise,\nc'est-à-dire de notre éducation musicale » (p. io3).\nM. Sérieyx ayant commencé par définir : « le\nrapport entre les intonations de deux sons », a évidemment le\ndroit absolu de choisir les intonation pour constituer\nces rapports d'intervalle ; mais, si on s'explique alors les nombres\nde vibrations qu'il fournit, on ne s'explique plus ce que viennent\nfaire ici l'une ou l'autre des « résonances » qui sont\nla base annoncée de son système. Et, si M. Sérieyx eut peut-\nêtre la velléité de réserver aux harmoniques 7, 11, 13, etc., les"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.21", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n403\n\nintonations tempérées, en conservant aux sons des accords\nmajeur et mineur opposites les conformes à leur\nextraction démontrée naturelle (ce qui ferait un méli-mélo\npeu banal) on ne s'explique pas\ntempérées qu'il adopte pour, d'après sa propre définition (p. 94),\ndéterminer les intonations et subséquemment les\ntervalle de ces sons naturels.\nOn ne sait que penser, et l'incertitude augmente en voyant\nM. Sérieyx continuer de défendre l'usage de ces intonations tem-\npérées, fruit de nos habitudes et de notre éducation musicale.\nCar il ajoute aussitôt : « Il est toutefois intéressant de consta-\nter que cette habitude ou cet instinct (?..) ont leur raison scien-\ntifique. »\nEt, sans chicaner M. Sérieyx à propos de ce tendancieux\n« instinct » subrogé ou juxtaposé à « l'éducation » ou aux\n« habitudes », nous le suivrons dans sa démonstration. La\nvoici :\n« L'oreille humaine, en effet, procède toujours par les voies\nles plus simples dans le travail réflexe de comparaison et de\nclassement, par lequel elle apprécie les des sons... Il\nn'est pas surprenant dès lors que l'oreille humaine préfère aux\nharmoniques naturels, 7, 11, 13, —plus compliqués que ceux\nde l'accord parfait, 3, 5, des sons dont le rapport d'intona-\ntion peut s'établir avec les éléments mêmes de cet accord, c'est-\nà-dire avec les plus simples de tous les nombres : 3 et 5... »\nN'étant pas mathématicien, je me garderai de discuter le degré\nde simplicité des nombres 3 et 5; mais j'avoue ne pas m'ex-\npliquer très bien leur intervention dans l'espèce. M. Sérieyx\nnous avait annoncé la « raison scientifique » de notre « habitude\nprise » des intonations tempérées,et avait commencé son argu-\nmentation en disant : « L'oreille humaine, » Or,\ndéterminé par les intonations temp dont il s'agit, le\nd'intervalles et de vibrations de au lieu d être\n4 5 6, devient 4 5,03968 5,99324; et celui de Yac~\ncord mineur,au lieu d'être 10 12 i 5, devient 10\n115 8921 14,9831 ; rapports où « les nombres 3 et 5 » et\nleur éventuelle « simplicité » n'ont trop évidemment plus la\nmoindre part.\nM. Sérieyx, malgré le début de sa démonstration, «... en\neffet, ... » - ne parlerait-il plus ici et\nréserverait-il décidément aux sons des deux accords parfaits le\nprivilège des intonations naturelles On le croirait. Cependant,\nil poursuit :\n«... Si donc l'oreille tend à substituer, à l'harmonique 7 de\nla résonance supérieure, la note de notre système"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.22", "texte": "404\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nTEMPÉRÉ, cela tient à ce que celle-ci est la quinte de la quinte\ngrave (i/ 3 du i/ 3) du son prime ; c'est-à-dire que les vibra-\ntions du si bémol sont à celles comme celles sont à\ncelles de ré,ou comme i est à 9. Le rapport de 1 à 9, c'est-à-\n-dire le tiers du itiers, est plus facilement appréciable que celui\nde 1 à 7... »\nC'est fort possible, au fond, et je veux bien en croire M. Sé-\nrieyx ; mais, dans « notre système TEMPÉRÉ », ce rapport! devient\ns,9Y'aB- La formidable complexité de ce rapport et des précé-\ndents atteste surabondamment l'impossibilité pratique des\nintonations adéquates, et en même temps l'inexistence du tem-\npérament et de ses effets réels ailleurs que dans les spéculations\ndes mathématiciens. Il n'en reste pas moins que, dans une dis-\ncussion touchant des « intonations » qui, selon l'auteur lui-\nmême, déterminent les « rapports d'intervalles » dont traite sa\nthéorie, on ne sait pas au juste si M. Sérieyx considère les\n« intonations » naturelles ou les tempérées. C'est toujours l'é-\nquivoque. Puisqu'il faut nous y résigner, examinons donc, aux\ndeux points de vue différents, la simplicité éventuelle des rap-\nports propres à ces « intonations ».\nil nous faut rectifier avant tout une petite erreur de M. Sé-\nrieyx. S'il est vrai que « Si bémol, quinte de la quinte grave d'un\nson prime Ut », donne le rapport Si bémol (1) Do (9) =l,\npour en former un intervalle assimilable à celui de Do (1) SI\nbémol (7), il est nécessaire d'élever ce Si bémol (1) à sa sixième\noctave, où il devient Si bémol (64) et donne avec le Do (9) le rap-\nport comparé avec le rapport Do (1) SI bémol (7),\naccuse une différence d'intonation de ff, puisque { =\nL'expression irréductible des trois divers possibles\nest donc pour l'intervalle produit par des intonations natu-\nrelles :\nDo —SI bémol = 112.\nDo Si bémol =\net, produit par des intonations tempérées :\nDo si bémol = 7,1 ',7\"8-\nEtant, je le répète, le plus piètre mathématicien du monde,\nje confesse ignorer absolument lequel, des rapports \\et %4, est\n« le plus simple ou le plus facilement appréciable », et j'en\naccepte d'avance la solution de M. Sérieyx. Ces deux rapports,\nen tout cas, sont manifestement moins compliqués que celui\ndes intonations tempérées.\nSi nous considérions l'intervalle de septième sous l'aspect le\nplus généralement employé dans l'art musical, où il porte le\nnom de « septième de dominante », nous aurions les rapports\nirréductibles naturels :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.23", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n405\n\nDo SI bémol 1\nDo Si bémol\net le rapport tempéré :\ndo si bémol =\nEn continuant avec M. Sérieyx, nous comparerons à la tierce\nmajeure Ré (36) fa dièse(4s), l'intervalle Y- ou (36) FA\ndièse (44), dont la différence d'intonation égale ff ; et nous\nobtiendrons les rapports irréductibles naturels :\nRé fa dièse = §\nRé FA dièse V-\net le rapport tempéré :\nré fa dièse = ■ °*96S-.\nA l'égard de l'harmonique — que M. Sérieyx a tort de\ncomparer àun Sol dièse('2s), car c'est un (12,8 ou 25,6)\nun peu haut, nous obtiendrons de même la tierce majeure\nla bémol(s2) D0(65) et l'intervalle LA bémol (52) (64),\ndont la différence d'intonation égale ff, et qui nous donnent\nles rapports irréductibles naturels :\nla bémol Do = f-\nLA bémol D\net le rapport tempéré :\nla bémol do =\nQuelle que soit la diversité des rapports ils appa-\nraissent certes dans tous les cas péremptoirement\nque les rapports tempérés,et si, parlant de la démonstration,\nM. Sérieyx ajoute : « Ce raisonnement mathématique corrobore\npleinement l'habitude de notre oreille, qui exclut instinctive-\nment de notre système musical tous les sons harmoniques cor-\nrespondant aux nombres premiers et à leurs multiples, excep-\ntion faite pour les nombres premiers 3 et 5, constitutifs de\nl'Accord » (p. 104),— on estimera malaisément que ce puisse\nêtre au bénéfice des intonations\nEnfin M. Sérieyx conclut à la même page : « Ainsi se trou-\nvent successivement éliminés de la série illimitée des sons har-\nmoniques : i°les nombres pairs (multiples de 2), comme redou-\nblements d'octave ; 20 les nombres au-dessus de 7\ninclusivement, ainsi que leurs multiples, comme trop compli-\nqués pour notre oreille. »\nJ'avoue que l'expression « redoub d'octave» me semble\nà tout le moins imprécise, et trop vague pour suffisamment\nexpliquer l'exclusion des « nombres » dans une théorie\nharmonique basée sur un accord dont le rapport de\nvibrations est 4 5 6, et un accord mineur dont le rapport\nde vibrations est 10 12 i 5; lesquels accords M. Sérieyx\nvient de réaliser lui-même en divisant une corde en 2, 3, 4,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.24", "texte": "406\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\n5, 6 parties, ou en additionnant eV- et de\nla largeur de cette corde. Il ne manque pas là de « nombres\npairs », et, à première vue, 2—4, 4 6, &\n■£o, pourraient assez légitimement constituer des «\nd'octave » de 1 2, 2 3, Mais passons, et\nexcluons avec M. Sérieyx « les nombres premiers au-dessus de\n7 inclusivement, comme trop compliqués pour notre oreille »\n(p. 104), « produisant une impression pénible et déroutante »\net donnant des « rapports d'intonation » moins a facilement\nappréciables» (p. iq3).\n« Restent les harmoniques 3 et 5, qui, avec leurs multiples,\nsuffisent à engendrer, non seulement l'Accord, mais tous les\nsons de notre système musical moderne », déclare M. Sérieyx.\nEn conférant ce monopole aux « 3 et 5 », le\nthéoricien renonce donc décidément aux services des « intona-\ntions » tempérées pour « engendrer » ses rapports d'intervalle, et\non comprend de moins en moins pourquoi il nous en a fourni\ntout à l'heure les « nombres de », desquels, de\nson propre avis, résultent « Y intonation », puis « Yintervalle »\nissu du « rapport existant entre les intonations de deux sons ».\nPassons encore.\n« Toutefois, avertit M. Sérieyx, l'importance de ces deux\nchiffres (3 et 5) est fort différente dans la genèse de la gamme.\nSi l'on se sert en effet du rapport 5 (tierce majeure), on n'a-\nboutit point à une gamme complète. En résonance supérieure,\npar exemple, la tierce majeure de la tierce majeure (i/ 5 de 1 /5)\nest un son nouveau (sol dièse, par rapport àUt prime) utilisable\ndans notre gamme ;mais la tierce majeure (si dièse) de ce dernier\nson reproduit à si peu de chose près (moins de 3 vibrations\npour cent par seconde) une octave du son prime Ut, que notre\noreille ne saurait apprécier la différence entre ces deux sons... »\n(p. 104).\nIl est superflu de suivre M. Sérieyx, « pratiquant pareille\nopération en résonance inférieure », pour en constater les\nrésultats identiques, et être tout de go assez interloqué de sa\nconclusion.\nLe rapport d'intervalle et en même temps la différence d'into-\nnation de Si dièse(l26) et Do(128) est, en effet, {|§, soit 2,34\nou presque exactement 2 f vibrations pour 100. Mais, si\nM. Sérieyx estime inappréciable à l'oreille cette différence\nentre deux sons « impossibles à distinguer pratiquement » l'un\nde l'autre, il justifie du même coup l'usage des et\npartant, des rapports d'intervalle de tous les sons harmoniques\nqu'il vient de rejeter quelques lignes plus haut, et de bien d'au-\ntres. Car, rien que pour les « harmoniques 7, 11 et i 3 »,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.25", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n407\n\ncomparés aux sons « engendrés » par les « harmoniques 3 et\n5 », nous avons reconnu les différences respectives d'intona-\ntion : fii, et ff, desquelles la plus forte, H, ne s'élève qu'à\n2,222 ou 2 | vibrations pour ioo.\nL'obscurité s'épaissit, et on ne s'explique plus du tout\nl'ostracisme dont M. Sérieyx frappe les « harmoniques » susdits.\nMais la stupéfaction qu'on éprouve à le voir persévérer dans\nson intransigeance, s'accroît en découvrant la raison qu'il\nchoisit et les arguments singuliers qu'il emploie à l'appui de\nsa thèse, dans une note au bas de la page suivante et cent\ncinquième.\n« Entre les sons obtenus, dit-il, soit par la série des\nsoit par la série des quintes,et les sons normaux,\nil n'y a aucune différence d'intonation pratiquement appré-\nciable. Il y a seulement un écart de calcul purement théorique\net sans effet notable sur les sons eux-mêmes... »\nQuoique l'énoncé en soit peut-être discutable, le fait est\nvrai et d'autant plus inoffensif à l'égard « des sons eux-mêmes »,\nque les sons tempérés « normaux », ceux, probablement,\ndu tempérament dit « égal », n'ont jamais réellement existé\nqu'à l'état d'exception isolée ou éphémère dans la pratique\nmusicale où la justesse d'intonation de sons quelconques est\ntoujours relative. On s'étonne néanmoins du rappel de ces\n« sons tempérés » qu'on croyait abandonnés par le théoricien\noccupé à démontrer la supériorité des sons et des rapports\nfournis par les « harmoniques 3 et 5 », et on ne voit pas bien\nce qu'ils viennent faire au cours de cette démonstration. L'obser-\nvation de M. Sérieyx, au contraire, apparaîtrait bien plutôt de\nnature à l'avoir dû détourner, tout à l'heure, d'exprimer par\nles nombres de vibrations de ces sons les\nde sons d'origine naturelle,dans l'exposé d'un système\nd'harmonie basé sur deux « résonances naturelles » ou pré-\ntendues telles indistinctement. Mais passons encore et pour-\nsuivons.\n«...lien est bien autrement, continue M. Sérieyx, entre ces\nmêmes sons tempérés et ceux des sons harmoniques que notre\noreille rejette pour les motifs que nous venons d'exposer.\nLeurs écarts d'intonation sont parfaitement appréciables, et\nrendraient impraticable une substitution des uns aux autres.\nQu'on en juge par l'exemple suivant : dans l'octave moyenne\naccordée au diapason normal, le tempéré correspond\nà un nombre de vibrations égal à 460,8 par seconde *, le\nde la série des quintes en diffère seulement par un peu moins\nde deux vibrations, car il est égal à 459... Le\nnique,, au contraire, présente, par rapport à ce même"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.26", "texte": "408\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\ntempéré, une différence qui dépasse huit vibrations a la seconde,\ncar il est égal à 452,6. Il est donc notablement plus bas, et\nnul auditeur ne tolérerait sans pro\ntance entre deux sons quelconques des exécutants d'un orchestre\nou d'un ensemble vocal... »\nOr, juste en face de cette assertion, à la page 104 et précé-\ndente, M. Sérieyx vient de déclarer «\napprécier la différence ~s>de 2 vibrations pour cent « entre les\ndeux sons Si dièse (i 25) et Do(128) », d'intonations « impos-\nsibles à distinguer pratiquement ». Pour le do de 129,3 vib.\ndu « tempérament normal » et le Si correspondant à son\nharmonique 12 5, la différence de vibrations pour 100 resterait\nnaturellement la même, puisque les octaves du tempérament\nsont justes. Et, au moyen d'une règle de trois élémentaire,\nM. Sérieyx trouvera comme moi, sans doute, que les 8,2 vibra-\ntions entre le si bémol tempéré(46o,B) et le (432,6)\nde l'harmonique 7 naturel,constituent une différence d intona-\ntion de 1 vib. 75 ou 1 vib. | pour cent. Il découlerait donc,\nd'autre part, du « raisonnement mathématique » de M. Sérieyx\nque, par rapport à un son de 460,8 vibrations, « nul auditeur\nne tolérerait sans protester un écart » de 8,2 vibrations (1 f 0/0),\nmais que, dans ce cas nonobstant, « notre oreille ne saurait\napprécier une différence » de 10,92 vibrations (2 » 0/0).\n(A suiv\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.27", "texte": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.28", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\nMAITRE DE CHANT PSYCHOLOGUE.\nLe 14 juillet 1817, au cours d'une représentation de La\ntale (1), le vol d'une montre fut commis à l'Opéra dans la loge\nd'une dame des chœurs, M\"9 Olivier. Du fait que la clef de\ncette loge avait été perdue dix jours plus tôt, les soupçons se\nportèrent immédiatement sur une jeune choriste du nom\nd'Esther, connue pour son peu de délicatesse.\nUne artiste du chant, mue par un sentiment charitable, écrivit\nle lendemain la lettre que voici à sa camarade soupçonnée :\n« L'intérêt que vous inspirez à une de vos camarades, ne me\nfait pas perdre un seul instant, pour vous prévenir du malheur\naffreux dont vous êtes menacée. C'est à vous de l'éviter, et\nil en est encore temps \\remettez, ou plutôt pour ne pas vous\ncompromettre, faites remettre à la place où il a été pris dans la\nloge, l'objet qui en a disparu hier soir.\n« Je vous préviens avec peine, que plusieurs révélations\nfaites anciennement à la police, donneroient lieu à votre arres-\ntation, si vous ne vous pressez aussitôt en faisant remettre l'ob-\njet disparû à sa place, et cela le plutôt possible, afin de faire\ncesser toutes les recherches et les soupçons qui vous perdroient\nà jamais.\n« Ne cherchai point à deviner le nom de celle qui n'a cher-\nché qu'à sauver une camarade égarée, je le pense, par son peu\nde réflexion, et faites attention sérieuse à cet avis charitable.\n« Le 15 juillet 1817. »\nC'est en arrivant au théâtre, le soir du 16 juillet on jouait\nFernand Corte^(2) que la jeune Esther trouva cette lettre.\nSous le coup d'une émotion profonde, elle demanda à parler à\n\n(1) La Vestale,tragédie lyrique en trois actes, paroles de Jouy, musique\nde Spontini, créée à l'Académie impériale de musique le 11 décembre 1807.\n(2) Fernand Corteçou La Conquête du opéra en 3 actes, paroles\nde Jouy et Esménard, d'après la pièce de Piron, musique de Spontini,\navait été créé le 28 novembre 1809 et repris le 28 mai 1817.\n\nLE MERCURE MUSICAL\n27"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.29", "texte": "410\nLE MERCURE MUSICAL J-V-OÔ\n\nson chef direct, M. Le Brun, qui dirigeait le chant à l'Académie\nRoyale. Mais celui-ci remit l'entrevue au lendemain, et voici\ncomment il conta au long cette affaire dans un Rapport adressé\nà Persuis, le régisseur général du personnel des artistes :\n« Monsieur,\n« Le 4 courant, la clef de la loge des chœurs n° 44 où s'ha-\nbillent neuf dames, entre autres Mlles Olivier et Esther, s'est\ntrouvée perdue pendant le spectacle. On la ferma pour le mo-\nment avec un cadenas ; le lendemain on fit une nouvelle clef,\nmais sans changer les gardes de la serrure, parce que ce chan-\ngement des gardes aurait nécessité celui de tous les passe-\npartout.\n« Le 14 suivant, pendant que le tailleur et l'habilleuse de\ncette loge étaient occupés à faire au foyer du chant les chan-\ngements d'habits nécessaires à l'exécution de la Vestale, on\ns'introduisit dans la dite loge, à l'aide de la clef perdue ou prise\nà dessein et on y vola une montre de femme appartenant à\nM,le Olivier, laquelle montre avait été détachée de sa chaîne,\net remise par MUe Olivier elle-même dans une pelote à épingles,\nrecouverte de chiffons de gaze, et ce, en présence de Mlle Me-\nnard cadette, de Mlte Esther et du coëffeur Louis.\n« Le bruit du vol se répandit dans la soirée, mais je n'en fus\ninstruit que le lendemain i 5 à l'heure de la répétition: je pris\nde suite des informations préliminaires; le 16, je me rendis à\nl'Académie, je fis venir auprès de moi, et séparément, le tailleur\nSuhr et l'habilleuse Boucher. Tous deux furent d'accord sur\nle fait de la clef perdue, mais ils ne purent rien articuler sur\nle vol de la montre, puisqu'au moment où il fut commis, ils\nétaient absens de la loge pour l'exercice de leurs fonctions. Pen-\ndant la journée, je recueillis des renseignemens précieux et\ntels que je ne pus me dispenser de porter mes soupçons sur\nMn° Esther. Le soir pendant la représentation de Fernand\nCortès, on lui remit une lettre sans signature, cette lettre me\nfut communiquée par elle-même, on lui conseillait de remettre\nou faire remettre à sa place l'objet volé, afin d'éviter un éclat.\nJ'observai scrupuleusement l'effet que produisait cette lettre\nsur Ml,e Esther. Malgré l'audace qu'elle affectait, malgré les\nprotestations de son innocence, l'altération de ses traits, la\npâleur de son teint, l'agitation extraordinaire qui se manifestait\ndans toute l'habitude de son être, tout enfin me confirmait\ndans mes soupçons. Pour laisser agir le remords plus puissam-\nment, je refusai de l'entendre le soir même et remis au lende-\nmain 17, heure de midi, à causer avec elle sur ce vol *, j'affectai\nmême une certaine confiance dans son innocence."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.30", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n411\n\n« Hier jeudi, 17 courant, àll h. 1/2, MUe Esther s'est rendue\nauprès de moi dans mon bureau ; je lui ai fait observer que la\nlettre anonyme qu'elle avait reçue la veille partait d'une per-\nsonne bienveillante et que, si elle était coupable, l'éclat qu'elle\navait fait la veille en la recevant devait la perdre au lieu de la\nservir. A quoi elle me répondit qu'elle n'avait aucune crainte,\nqu'elle était innocente du vol de la montre. Les renseignements\nqui m'arrivaient continuellement fournirent matière à plusieurs\naccusations de ma part ; enfin elle se trouva tellement pressée\nqu'elle me fit l'aveu qu'elle était Fauteur du vol de la montre\nde MIIe Olivier. Sur le champ j'en exigeai la remise. Après plu-\nsieurs pourparlers j'obtins encore l'aveu qu'elle venait de glisser\nla montre par dessous la loge de M. Albert Bonnet. Je pris\naussitôt un passe-partout et j'allai ouvrir la loge indiquée et je\ntrouvai effectivement dans le coin à droite du bas de la porte\nune petite montre en or émaillée de bleu et garnie de perles\nblanches, ainsi que Mllc Olivier me l'avait dépeinte.\n« Hier soir j'ai trouvé en rentrant chez moi une lettre de\nMUe Esther, contenant l'aveu de sa faute et l'expression de ses\nremords. J'y croirais peut-être, si cette faute était la première,\nmais les renseignemens pris et ses aveux dans l'interrogatoire\nque je lui ai fait subir, prouvent qu'elle n'en est pas à son\napprentissage.\n« Je conclus à ce que MUa Esther soit rayée à l'instant des\nEtats de l'Académie Royale de Musique (1). »\nLa coupable perdit en effet sa place, en dépit de la lettre sui-\nvante, qu'elle avait fait porter chez Le Brun, à la suite de l'in-\nterrogatoire serré que lui avait fait subir le chef de chant, véri-\ntable policier psychologue :\n« Ah monsieur le brun vous ne mavez pas servie de pere\ndans le malheur affreux qui vient de marrivé, je vous demande\nen grase un dernier servize set de ne pas ebruiter ce quil vient\nde marrivé et de me lessé dire que set moi qui et demandé a\nsortir du theatre après des soupçon pareil afin que je ne perde\npas ma segonde place.\n« Je suis bien malheureuse si vous connessiez mes remords\nje vous ferez pitié, faite moi encore l'amitiée de me rasurer\nsur ce que je vous demande car si je perds encore leautre place\nje nai plus qu'un segond malheur à faire. Soiez assé bon pour\nne pas dire que cet moi ne me perdez pas tout à fait. A mon-\nsieur je meurs mille fois pour une.\nESTER. »\n\n(1) Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.31", "texte": "412\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nMais comme 011 n'a pas tenu compte de sa prière, la pauvre\npetite choriste sans éducation, quelque enfant de la balle, cher-\nche à diminuer sa faute, avant de prendre congé. Elle écrit à Le\nBrun, le 18 juillet :\n« Monsieur,\n« Je n'ai jamais eu la clef je ne balancerai pas à vous la\nremettre vous savez ma franchise je vous an et donné des\npreuves et après ce que je vous et dit la clef net plus rien à\nvous avoué mais vous pourez me faire toute la peine que vous\njugerez et rien ne pourra me la faire remette puisque je ne\nles jamais touché, je n'an net pas eu besoin puisque cet malheur\net arrivé à un des abilleur. Je vous prie de me croire incapable\nde la garder j'ai dit à M. Reneaud que lon dépence tout pour\nchangé quel que chose nitnporte commant que jaités prete à le\npaier. D'après cela je net pas de raison pour garder la clef.\n« J'ai l'honneur de vous saluer.\nESTER. »\nElle n'avait plus de raison de garder la clef, certes, mais elle\ntenait fort à la disparition de toute preuve de préméditation,\nd'où cette lettre dont la « logique » féminine est curieuse.\nMince apport historique, dira-t-on. Apport qui a sa valeur si\nl'on songe que ce qui paraissait impardonnable en 1817, sous\nle règne de Louis XVIII, n'eût été considéré que comme\n« peccadille enfantine », quarante ans plus tôt. Dans l'histoire\ndu théâtre, aux différentes époques, il faut compter avec le sans-\ngêne, l'hypocrisie, le bon vouloir des maîtres et le zèle excessif\ndes valets.\nUNE FIGURE PEU CONNUE.\nStanislas Champein, compositeur bien doué, dont les œuvres\nont de la grâce, du charme et de la naïveté, mourut à Paris en\niB3o, laissant une fille qui, dans le commerce des collabora-\nteurs de son père, avait senti s'éveiller en elle la veine\npoétique. Au lendemain de la Révolution de juin, Jeanne\nChampein, orpheline, se trouvait dans une situation plus que\nprécaire. Elle comptait fort sur la représentation à son bénéfice\nque Guilbert de Pixérécourt, l'ancien directeur de l'Opéra-\nGomique, lui avait promise et, à ce propos, elle lui écrivait, à\nla date du 3 octobre :"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.32", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n413\n\n« Monsieur,\n« Voilà quelques jours de bien beau temps : est-ce que\nMadame votre fille n'en profitera pas pour un petit voyage à\nFontenay? Vous voyez Monsieur que j'ai de la mémoire? Je\nsuis persuadée que vous en avez aussi et que vous n'oubliez pas\nsurtout le bien que vous voulez faire. Je suis si malheureuse, si\ntourmentée en ce moment : les scellés sont apposés ; ainsi cette\npauvre succession si obérée va être encore mangée par la\njustice ! J'éprouve un grand besoin d'alimenter mon courage,\net rien ne peut me consoler et me soutenir comme l'appui et la\nprotection des amis de mon Père. Vous êtes du nombre Mon-\nsieur, et, parce que mon pauvre père vous aimait, et parce que\nvous lui avez toujours fait du bien, car vous lui avez toujours ren-\ndu justice. Je n'oublierai jamais que c'est à Monsieur Pixérécourt\nDirecteur de l'Opéra-Comique, que je dois d'avoir entendu la\nMélomanie (1). Je n'oublierai jamais le jour où prenant mon\npère sous votre bras et le conduisant à Feydeau, d'où les indi-\ngnités des Comédiens l'avait éloigné depuis de longues années,\nvous dites en bas en entrant avec lui, et vous dites avec plaisir\net fierté : « Voilà Champein que je vous ramène ». Je vous dois\nle bonheur qu'il éprouva du nouveau succès de sa vieille ou de\nsa jeune Mélomanie : depuis ce jour je vous ai voué une recon-\nnaissance que rien ne peut me faire oublier et surtout à présent\nque la mort de mon Père me rend tous ces souvenirs plus\nchers ! C'est donc avec la confiance de la reconnaissance que je\nm'adresse à vous et que je vous remercie encore de votre amitié\npour Champein qui maintenant s'intéresse à sa fille.\n« J'ai une demande à vous adresser relativement à cette\nreprésentation à mon bénéfice que vous voulez bien me donner,\net qui, comme je vous l'ai déjà dit Monsieur, ne sortira pas de\nvos mains si vous voulez bien vous-même en payer les petites\ncharges que me laisse mon pauvre père, vous m'aiderez ainsi à\nremplir envers lui un dernier devoir qui m'est sacré. Mais cette\ndemande je ne veux pas la compromettre et je crois qu'en vous\nl'adressant, aidée de Madame votre fille que je tâcherai de\ngagner en fesant route avec elle, je l'obtiendrai plutôt.\n« Voilà pourquoi je m'apperçois du beau temps et que je\nvous parle de Fontenay ! Et voilà pourquoi je vous dis aussi\nque rien n'est indulgent comme un père et comme un ami de\nson père.\n\n(i) La Mélomanie, opéra comique en un acte, livret en vers de Grenier,\nmusique de Champein, créé à l'Opéra-Comique national le 23 janvier 1781.\nLa partition était dédiée à Mlle de Condé et valut un gros succès à\nMne Colombe (Elise)."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.33", "texte": "414\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\n« Recevez, Monsieur, la nouvelle expression de tous mes\nsentimens de considération et de reconnaissance.\n« JEANNE CHAMPEIN. »\nLe « Père du mélodrame », homme assez égoïste au\ndemeurant, n'oublia point la fille de son ancien ami, et le\n26 décembre iB3o il recevait d'elle cette lettre vraiment point\nbanale et qui révèle un caractère habile :\n« Monsieur,\n« Hier, je n'espérai pas que Noël viendrait pour moi, car il\nne vient pas visiter les orphelins, et je l'avoue j'en étais triste,\nj'aime beaucoup ses visites et peu s'en faut que je ne mette\nencore mon chausson dans la cheminée en allant me coucher...\neh bien ! voyez quelle divine chose que l'amitié surtout pour les\norphelins, hier, elle a fait venir Noël, Noël qui s'appelait\nbourru a jetté dans le chausson unepromesse de M. Duvergier de\nHauranne(i) qui en ce moment me fait autant de plaisir que\nm'en faisaient jadis les tartes aux confitures, biscuits, meringues,\netc., et c'est beaucoup dire ! Recevez Monsieur, l'expression de\nma joie en remerciement. Il n'y a plus que le mot incessamment\nque je voudrais bien traduire. Ce mot, de la\nliste civile, a-t-il malheureusement quelqu'analogie avec l'im-\nminent d'un directeur de théâtre par exemple ?\n« Mais Monsieur, l'appétit vient en mangeant et un bonheur\nen amène toujours un autre. J'ai retrouvé la lettre ci-jointe dans\nles papiers de mon pauvre père. C'est une indemnité de loge-\nment qui lui avait été accordée il y a deux ou trois ans je crois\npar M. De Martignac (2). Cette indemnité n'est que de deux\ncents fr. payable par semestre et d'avance. Le semestre va\narriver au ier janvier, si l'indemnité pouvait arriver aussi! Elle\nest si modeste que peut-être avec un peu d'aide, M. de Monta-\nlivet (3) aurait l'honneur de me la continuer et cela ferait encore\nsi bien à mon budget de Poëte.\n« ... Enfin Monsieur, vous voyez que je m'habitue bien à\nvous importuner, mais cela vous prouve au moins que je sais\ndepuis longtems et par mon père et par moi que vous êtes\nbon, et donc mes importunités sont une espèce de justice que\n\n(1) Ecrivain politique qui avait été un des plus ardents artisans de la\nmonarchie de Juillet.\n(2) 11 avait été nommé ministre de l'intérieur en janvier 1828.\n(3) Liquidateur de la liste civile de Charles X."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.34", "texte": "MIETTES HISTORIQUES\n415\n\nje vous rends. Tout ce qui est bon doit souffrir, souffrez donc\ndes Poëtes et je continue.\n« Le mois prochain, quand vous serez Directeur... de ma\nreprésentation, dans quelques jours enfin je serai guérie. J'ai\nbien cru hier que le billet de bourru Noël, mais ce sera\nbientôt, et alors le médecin l'a dit, je serai guérie! En atten-\ndant j'ai les pieds écorchés comme un brûlé, à force de\nsinapismes, au point de ne pouvoir de longtems peut-être\nmettre de souliers, à moins que ma représentation... parce\nqu'alors je retomberais bien sur mes pieds.\n« Mais Monsieur, pour mon intermédiaire près de leurs\nMajestés qui aime tant le spectacle, je voudrais bien vous de-\nmander encore une Loge ? Assurément c'est trop, beaucoup\ntrop d'importunités mais suivez mon raisonnement, et vous\nverrez par le nombre de mes indiscrétions combien vous êtes\nbon, et cela est mon droit ou mon excuse. Et d'ailleurs c'est\npeut-être votre faute, si vous vous étiez fait Directeur plus tôt,\nma représentation aurait eu lieu, et alors je ne vous demande-\nrais plus de Loges.\n« Je ne voulais vous adresser que des remercimens et voilà\nque j'y joins deux demandes. Mais je le répète, suivez mon\nraisonnement, veuillez consulter un peu le caractère de la fille\nde votre pauvre ami et vous direz : oui, ses demandes sont\nencore des remerciemens, et me confier l'appui de ses espé-\nrances, c'est aussi me donner l'appui de sa reconnaissance ;\ncar vous le savez, les Grecs le disaient : La reconnaissance\nprotège. Et alors c'est moi qui protège... oh ! que les Grecs\navaient d'esprit !\n« Recevez, Monsieur, derechef mes remerciemens de la\nvisite de Noël et l'expression de tous mes sentimens de parfaite\nconsidération.\n« JEANNE CHAMPEIN. »\nAla suite de cette épître spirituelle, le « Shakspeare des\nboulevards » c'est ainsi que l'on avait surnommé Guilbert de\nPixérécourt fit d'activés démarches auprès de la commission\ndes auteurs dramatiques qui avait voté naguère, au profit du\nmusicien malheureux, un secours annuel de 1.200 francs et il\nréussit à assurer de ce côté une petite pension à la fille de son\nami.\nPuis le silence se fit ; l'auteur était tout à son mélodrame,\nMalmaison et Sainte-Hélène,que l'on venait de créer au théâtre\nde la Gaîté, dont il devait prendre la direction un an plus tard,\navec Dubois et Marty.\nC'est alors que le 20 janvier 1831, le bas-bleu tenace qu'était"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.35", "texte": "416\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nJeanne Champein faisait remettre à son protecteur le billet\nsuivant cacheté d'un cachet noir où se voit un amour ailé che-\nvauchant un chien :\n« Monsieur,\n« J'ai eu pendant plus de quinze jours une figure de monstre,\nvu un ou une Eresipèle qui depuis hier seulement m'a à peu\nprès quittée. Mon médecin dit que c'est la fin des maux. Que\nle Ciel l'entende ! si toutefois les paroles d'un médecin peuvent\ny arriver. Mais vous Monsieur, seriez-vous malade aussi,\npuisque vous oubliez le nouveau service que vous vouliez\nrendre à la fille de votre vieil ami ? Vous aviez si bien commencé\npar la petite pension des auteurs, et moi j'attends avec tant de\nconfiance les étrennes que vous m'avez promises. Je sais qu'on\na tout le mois pour les donner, cependant ma confiance est à\nson 20me, et pour l'empêcher de péricliter je vous fais entendre\nsa réclamation.\n« ... Serait-il possible d'avoir pour aujourd'hui ou demain\nune petite ou grande loge à la Gaîté ? J'irais moi-même avec\nM. et Mme Lenoir, bons vieux amis de mon père, qui ainsi que\nmoi voudraient voir Malmaison et moi je voudrais bien faire\nconnaissance avec le théâtre de la Gaîté où je n'ai jamais été et\noù j'irai peut-être un jour pour la gloire du théâtre et la pros-\npérité du Caissier. Si cela se peut, je remercie Monsieur de\nPixérécourt.\n«Je lui renouvelle i° que nous sommes au 20e jour du\nbienheureux mois des Etrennes et 20 l'expression de tous mes\nsentimens de reconnaissance et de considération malgré qu'il\nne soit pas encore Directeur... de ma représentation pour\nlaquelle j'ai tant couru, tant souffert, sans compter que j'espère\nencor pour elle, ce qui est encore un supplice, mais un supplice\nde Poëte.\n« JEANNE CHAMPEIN. »\nQu'advint-il de la fille du malheureux compositeur qui avait\nété victime tour à tour de la Révolution de 1789, de la Restau-\nration, des sociétaires de l'Opéra-Comique ? Je ne saurais le\ndire présentement. La représentation à son bénéfice lui assura-\nt-elle un pécule respectable ? Connut-elle le bonheur de « poéti-\nser » à son aise ? Eut-elle la joie d'un succès passager? Autant\nde questions auxquelles répondront peut-être un jour des con-\nfrères mieux renseignés que moi sur l'existence de cette femme\nde cœur et d'esprit.\nMARTIAL TENEO."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.36", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nGEROLSTEINIANA\n\nToutes et quantes fois que je vais porter ma copie au Mercure de France, à moins\nqu'il ne pleuve trop ou bien que la température ne soit à l'excès inclémente, je ne puis\nme tenir d'explorer longuement les boîtes à bouquins qui ornent les parapets de nos\nquais. J'y découvris l'autre jour un manuscrit d'écriture ancienne et pâlie, fleurant\nson XVIII0 à vingt-cinq pas, et dont le contenu me remplit d'allégresse. C'était une\nsérie d'épîtres signées des noms mêmes et identiques qu'on trouve au bas des Lettres\nPersanes que nul n'ignore. Il faut croire que Rica et Usbek, après avoir quitté Paris,\nentreprirent un petit voyage en Prusse et en Germanie. Les observations qu'ils y\nrecueillirent ne manquentpas d'un certain piquant rétrospectif. Leur intérêt n'échappera\npas aux abonnés et lecteurs du Mercure musical que nous nous empressons de faire pro-\nfiter de l'aubaine, naturellement dans la mesure où l'exigeante actualité nous en per-\nmettra l'insertion. Cette correspondance évidemment privée, sinon confidentielle,\nforme un cahier malheureusement incomplet qui, s'il n'est pas piqué des vers, apparaît\nlacéré çà et là, sans doute allégé de feuillets dont l'absence constitue de déplorables\nlacunes auxquelles nous nous garderons de suppléer par des hypothèses peut-être\ntéméraires, nous confinant au rôle de transcripteur servile et scrupuleux du texte\nencore lisible. Le recueil entier, au surplus, donne l'impression d'une sorte de brouillon\ndécousu, rédigé par un traducteur manifestement dépourvu des talents du baron de\nMontesquieu, et la première lettre elle-même semblerait n'être qu'un fragment d'une\nmissive de quoi l'exorde, à tout le moins, fait défaut. La voici:\n« ... T'ai-je parlé de ce chambellan auquel Son Altesse Sérénissime a\nconfié depuis peu la Surintendance des Théâtres de la Cour, de sa Chapelle\net, en général, le soin de veiller à tout ce qui concerne la Peinture, la\nMusique, la Poésie, l'Architecture et autres arts divers dont le souverain\ndu grand-duché de Gerolstein s'enorgueillit, entre tous ses voisins et\nrivaux, de protéger les Muses ? Encore que je n'en sois pas sûr, après les\ntroublants incidents de la route, parmi les incendies de mines, les grèves,\nles batailles aux portes des mosquées et les événements qui ont marqué\nnotre séjour, je serais cependant surpris d'une telle omission, car les actes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.37", "texte": "418\nLE MERCURE MUSICAL ~~ I-V\"OÔ\n\ndu personnage tranchent singulièrement sur les us et coutumes qui parais-\nsent courants en cet original et doux pays. Ce chambellan est un fort\nhonnête homme, au nom gracieux plein de promesses. Il s'appelle Herr\nvon Schœnhonigsgarten, ou, ainsi que diraient les Français, M. du Beau\nJardin de Miel, taquine heureusement le pinceau et nourrit ostensible-\nment les intentions les plus pures. 11 semble assoiffé de réformes dont les\nbienfaits ont jusqu'ici plus spécialement touché l'art musical ou ce qui s'y\nrattache. Son premier exploit dans le genre fut la nomination d'un grand\nartiste, de tendances jugées par certains dangereuses et presque révolu-\ntionnaires, à la charge de Hofgeneraldirector du Erçherqogl. Fiirstl. Con-\nservatorium de Gerolstein, poste occupé longtemps par d'honorables\nInstitutsmitglieder, fonctionnaires excellents, mais médiocres composi-\nteurs. Gabi-Archangelophorès, le susdit grand artiste, commença par\ntout chambarder dans l'établissement vénérable. Sous son inspiration, von\nSchœnhonigsgarten exclut par un décret les professeurs titulaires de tous\nles jurys d'admission autant que de concours. Outre un joli toile dans\nLanderneau et quelques démissions attendues, l'aventure eut d'assez\nétranges contrecoups, plus drôles à conter qu'à subir, ainsi que dut s'y\nrésigner notre respectable Wirthin et son unique enfant, blonde, rose et\ndodue Greetchen aux nattes pommadées, aux prunelles candides et d'un\nbleu porcelaine aussi clair que le ciel d'lspahan. Usbek et moi, pendant la\nsieste, voire aux dépens, assez tard dans la nuit, d'un plus précieux som-\nmeil, nous avions éprouvé la vélocité de ses doigts infatigables au quoti-\ndien labeur. Trois jours de la semaine, par quelque temps qu'il fît, accom-\npagnée de la mère imposante et dûment corsetée, Greetchen s'acheminait\nau Conservatorium sans doute, un gros rouleau de cuir au bras, et revenait\nquatre heures après nantie d'une tâche nouvelle, encore qu'en tous points\nanalogue à celles studieusement piochées la veille, l'avant-veille, et depuis\nnotre arrivée même, à ce qu'il nous semblait du moins. Nous admirions\ncette persévérance sans, à la vérité, en concevoir l'objet, quoique nous\nnous puissions targuer, sans présomption, d'être experts quelque peu dans\nl'art de la musique. Notre hôtesse étant, de surcroît, comblée par la\nnature d'une santé, si j'ose dire, exubérante, fournie à souhait d'appas\nflottants dont l'opulence, hostile à tout support, aimait à s'écrouler au\nlogis sans entrave ou vergogne, j'avais eu la curiosité de percer les raisons\nqui l'obligeaient à se soumettre ainsi périodiquement à un trop évident\nsupplice, et je l'avais interrogée sur l'inscrutable but du travail imposé à sa\nprogéniture. - « Mais, il lui faut son prix ! » s'exclama-t-elle avec un large\net lumineux sourire. « Et elle l'aura l'an prochain ; j'en suis sûre, mainte-\nnant. Ah ! Excellence, si vous saviez... » Et la digne matrone m'avait\nnarré, tout d'une haleine, à la fois ses espoirs actuels et ses déconvenues\nd'antan. Sans parvenir à soupçonner pourtant les venus de ce « prix »\nmystérieux, source entrevue de tant de joies, fruit de tant d'opiniâtres\nefforts, j'ouïs avec stupéfaction que, depuis cinq années révolues à un\ntrimestre près, l'assidue jouvencelle fréquentait le Conservatorium grand-\nducal sans qu'elle eût réussi à s'y faire admettre jamais en qualité d' «élève»,\nindispensable condition pour briguer ledit fameux « prix ». Elle y suivait\nla classe de clavecin à titre d' a auditrice », huit mois durant accablée des\nflatteurs compliments de son maître, offerte en exemple aux « élèves » et\nayant acquis peu à peu tout ce qu'on peut apprendre en l'endroit et\nl'espèce. A chaque retour de vacances , néanmoins , l'infortunée voyait\nrecevoir au concours tout un lot de ses condisciples, bonnes, mauvaises ou\npires, et devait pleurer derechef son immuable et triste sort. Intriguée de\nces insuccès, la maman décida de s'informer auprès du professeur, le\ncélèbre Meguetsechtel, successeur en l'emploi de ses père et ancêtres"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.38", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n419\n\njusqu'à la génération bisaïeule, et grosse notabilité du Tout-Gerolstein\nartistique. Elle en reçut le plus aimable accueil. Il vanta le talent de\nGreetchen et ses dispositions exceptionnelles, en se déclarant impuissant à\ndeviner les causes de son échec. « Très honoré Monsieur le Claveciniste\nde la Cour, hasarda la femme éplorée, n'aurait-elle point besoin que vous\nl'aidiez plus fréquemment de vos inestimables conseils?» « Peut-être, évi-\ndemment,.. peut-être, bredouilla Meguetsechtel en reniflant sa prise ; malheu-\nreusement, vous le savez, un vieil édit de Karl-Christian-August XI .VIII,\ngrand-oncle de notre bien-aimé Souverain, nous interdit, au\nde Gerolstein, de donner des leçons particulières à nos élèves. »\nHélas ! Hélas ! très honoré Monsieur le Claveciniste delà C.» « C'est\nregrettable, évidemment, très regrettable... Mais que voulez-vous? C'est la\nloi. Nous ne pouvons pas donner de leçons particulières aux élèves du\nConservatorium,... à nos élèves,... personnellement, bien entendu... Que\nvoulez-vous ?.. » « Mais alors, que faire, très honoré Monsieur le Clave-\ncini...? » « Voyons, voyons, ne pleurez pas. Je vous le dirai, 1à... Oui, je\nvous dirai ce qu'il faut faire. Non, non, pas aujourd'hui... Ecoutez, qu'elle\ncontinue à bien travailler et nous verrons... Ne vous découragez pas...\nAdieu, chère amie, adieu. Comptez sur moi. Revenez me voir. A\nbientôt. » Meguetsechtel n'ayant pu cependant se résoudre à « dire ce\nqu'il fallait faire », en dépit de .multiples visites, Greetchen fut recalée au\nconcours qui suivit. « Or, Excellence, s'écriait notre brave hôtesse, elle\nallait sur ses dix-huit ans : la limite d'âge !! Il fallait aviser avant le su-\nprême examen. Que faire, du grosser ? Que faire ? Pourquoi Meguet-\nsechtel n'osait-il point le dire ? Je me creusais la tête en vain et je faisais\nen rougissant mille suppositions saugrenues, car l'illustre\nund Professorest un vieillard irréprochable, quand je me souvins à\npropos d'un de mes locataires de jadis, flûtiste distingué qui courait le\ncachet à un demi-florin de Prusse, puis fut pour quelque temps Grand\nChancelier d'Etat aux Cultes et Finances, et vit aujourd'hui retiré,\nConseiller secret honoraire, gros Percepteur d'impôts et Membre perpétuel\ndu Comité consultatif à la Compagnie des Chemins, Postes et Diligences.\nOn dit aussi qu'il commandite un important distillateur de Sans\ndoute, je ne devais guère espérer de son influence : outre qu'il est fort cir-\nconspect, sa situation est trop peu rare en notre Gerolstein où les « anciens\nministres » pullullent, car Sa Sérénissime Altesse est capricieuse et aime,\nautour de soi, à changer de visages. Mais à défaut de protection, il pouvait\nme donner des tuyaux. Je lui dépêchai donc un mien cousin en ambassade.\nLe garçon revint consterné. Après s'être fait exposer le cas par le menu,\nl'oracle avait conclu tout net : « Ce que je puis vous dire pour être répété,\nc'est que Greetchen perd son temps et sa peine. Inutile qu'elle se présente\net représente : elle ne sera jamais reçue. » J'ai le sang un peu fort, vous\nsavez. En entendant ça, je sentis comme un coup de poing sur la nuque\net je tombai en apoplexie quasiment. On dut me porter sur mon lit, me\nfrotter les joues de vinaigre et me poser des rigolos sur les mollets. Vous\nme croirez si vous voulez, Excellence, j'en maigris de dix-huit kilos en\nquinze jours. Je songeais au suicide à l'idée de l'humiliation dont l'avenir\nnous menaçait, moi et ma fille. J'avais recommandé le silence au cousin et\npleurais de honte et de rage. Dame ! Excellence, vous comprenez : les\namies, les parents, les voisines, presque tout Gerolstein enfin qui n'est pas\ngrand !.. J'étais folle. Le médecin qui me soignait y perdait son latin, en\nconstatant l'impuissance des remèdes et mon agitation croissante. Il\ninsistait pour savoir quelque chose, mais je restais têtue comme une borne\net muette à ses questions. J'eusse aimé mieux mourir que de répondre, à\nlui surtout : figurez-vous, Excellence, que c'était justement le papa de"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.39", "texte": "420\nLE MERCURE MUSICAL I-V-QÔ\n\nLisbeth, « ier prix »de l'année dernière !Un soir pourtant, tandis que je\ndormais avec la fièvre, le bon docteur usa de stratagème et confessa Greet-\nchen. En apprenant la vérité, il se précipita dans ma chambre à coucher :\n« Quoi ! c'est donc ça qui vous rend si malade ?! » Réveillée en sursaut, je\nfondis en larmes amères dont j'inondai mon traversin. « Hélas î très\nhonoré M. le Professeur-Docteur, hélas!... » « Jetez-moi ces potions,\nchère Madame, dès demain vous serez guérie ; je vous garantis le succès\nde Greetchen au prochain concours. » A ces mots, mon cœur de mère\nne fit qu'un bond et moi aussi, Oubliant que j'étais en chemise, je m'élançai\npour serrer dans mes bras mon sauveur. Greetchen, heureusement, s'in-\nterposa en paravent, et sauva ma pudeur en me blâmant d'une telle\nimprudence en l'état de faiblesse où j'étais. « De grâce ! expliquez-vous,\nsuppliai-je, très honoré M. le Professeur-Docteur!... » « C'est bien\nsimple : allez au Cours Sésame. Tenez, voici l'adresse. » Il sortit de\nsa poche un carton où je lus : « Hochmiisikschule pour Artistes et Amateurs,\ndirigée par... Mais ce n'est pas : Sésame !» « En effet, c'est un autre\nnom. D'ordinaire, toutefois, on le prononce ainsi. Allez vous faire\ninscrire bien vite. » « Mais que dira M. le Professeur Meguetsechtel ?\nSera-t-il pas froissé que... » « Allez toujours. Ne vous tourmentez\npas. » Et le bon docteur prit congé avec un malicieux sourire qui\nfaisait frétiller sa moustache. Se jouait-il de deux pauvres femmes? Je n'en\npus fermer l'œil de la nuit. Le lendemain, je me levai dès l'aube et me\nmis sur mon trente-et-un. Je bouillais d'impatience et grelottais d'an-\ngoisse en attendant l'heure convenable. Nous partîmes enfin. En arrivant\nau Cours Sésame, ma main tremblait si fort que je dus m'y reprendre à\ntrois fois pour tirer le cordon de sonnette. Nous entrâmes tout ahuries,\nperdues dans un corridor sombre où s'étouffait comme un murmure de\nclavecins, et je poussai une porte au hasard. Des cris joyeux nous saluèrent\nsoudain : « Tiens! c'est Greetchen! » Je crus rêver. Je reconnus Lina,\nMinna, Emma, Martha, Anna, Maria, Catharina, Julia, bref toute la classe\nMeguetsechtel au grand complet, élèves et auditrices. Pressentant sans\ndifficulté les motifs de notre démarche, la surveillante, aimablement,\ns'offrit à nous conduire au bureau de « Madame », qui nous encouragea\ndu plus cordial empressement. « Voilà longtemps que j'attendais cette\ncharmante enfant!... Mais, je vous en prie, prenez place... » Nous nous\nassîmes. - <?c Oui, voilà bien longtemps, clière Madame. On m'en ht les\nplus grands éloges. Par bonheur, il n'est point trop tard pour que tous vos\ndésirs et les siens soient exaucés bientôt. Vous verrez les progrès qu'elle\nfera chez nous. » Emue de tant de bienveillance, je m'enquis du prix\nréclamé, qui me parut salé, quoique abordable, en somme, à mes économies.\nAu surplus, j'étais prête à tous les sacrifices. Mais ce qui me tracassait le\nplus, c'était de connaître le nom du professeur en pied. La question me\nbrûlait les lèvres et la langue, et j'hésitai un bon quart d'heure avant\nde la risquer. « Le professeur?... Mais, chère Madame, qui supposez-\nvous donc qu'il puisse être en une maison comme la nôtre, sinon le\nMaître indiscuté dans la matière, l'illustre et vénéré Meguetsechtel?! »\nAussitôt, tout un tas de choses s'illumina pour moi ainsi que d'un éclair.\nJe soldai les trois mois d'avance, dont l'un déjà fort entamé, et m'éloignai\nguidée par l'obligeante sous-maîtresse. Ah! Excellence, je n'étais pas au\nbout de mes surprises. On pratiquait tous les genres de musique, en\ncette maison prévoyante; il y avait des cours de toute espèce; on appre-\nnait à jouer de tous les instruments. Les leçons étaient terminées préci-\nsément quand nous sortîmes et, à travers les couloirs encombrés, nous\nne croisâmes guère que des figures de connaissance, des gens d'aspeci à\nnous trop familier, portant, qui son hautbois d'amour, sa viole ou son"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n421\n\nbasson, qui son livre de vocalises, son traité de ou son\npapier noirci de canons raturés ; enfin tout le de Gerols-\ntein, a bien peu près. J'avais compris. Nous nous hâtâmes, même avant\nque rentrer chez nous, d'aller rendre visite à l'illustre Meguetsechtel.\n1 enant par la main ma Greetchen : « Très honoré M. le Claveciniste de la\nuj\"> lui dls\"je en faisant révérence, je vous présente et recommande à\nvos bontés une élève du Cours Sésame. » «Ah ! chère amie, combien\nje suis heureux! Vous savez donc? Eh bien! oui, c'était là tout ce qu'il\nfallait faire. Mais je ne pouvais pas vous le dire, n'est-ce pas? Ma position\nétait délicate. C'est bien simple pourtant. Le règlement nous interdit\nd'accorder des leçons particulières aux élèves du mais\nnon pas den donner aux eleves du Cours Sésame ou de quelque autre\ninstitution similaire, car rien ne nous defend d'enseigner au dehors\nVous voyez, c'est bien simple. Je vais donc pouvoir m'occuper comme\nil sied de cette chère enfant, dont depuis si longtemps j'apprécie les mé-\nrites... » « Je mets tout mon espoir en vous, très honoré M. le Clave-\nciniste de la Cour! Elle aura dix-huit ans l'an qui vient; la limite... » —-\n« Il y avait urgence, en eflet. Mais allez en paix, chère amie, j'en fais\nmon affaire. \\ous n ignorez point, n'est-ce pas, que je suis du jury, où\nmon autorité m'assure quelque poids sur le verdict de mes collègues.\nD'ici le concours d'admission, notre Greetchen aura, j'en ai la certi-\ntude, accompli les plus remarquables progrès qui seront couronnés par\nla due récompense, ou je me trompe fort. Comptez sur moi pour y\nveiller, chère amie, et la garder contre toute injustice. Ce n'est d'ailleurs\nque mon devoir. » Je le quittai sur ces douces paroles, l'âme épanouie\ncomme un bouquet de fleurs au printemps ; bien mieux que rétablie du\ncoup, ressuscitée, fringante. Moi, moribonde hier, je trottais dans la rue,\nchantais comme un pinson. J'avais des ailes, et jamais Gerolstein né\nm apparut si beau. Pensez donc, Excellence ; « eleve » dans six mois\nGreetchen aura son prix aux vacances d'après. Et c'est sûr et\nExcellence. Ah! béni soit le Cours Sésame!... » Hélas ! Allah est par-\nfois bien cruel en ses impénétrables desseins! Depuis ces si joyeuses con-\nfidences, les décrets de JVL. du Beau Jardin de Miel ont tout bouleversé\ndans le vieux Conservatorium de Gerolstein. Au mépris de traditions sécu-\nlaires, les professeurs, Meguetsechtel en tête, étant bannis des jurys\nd admission, il advint que le Cours Sesame ne vit passer aucun de ses\nPas un, cette fois, ne fut reçu ; pas une admise. « Madame »\nassistait au désastre, atterrée, et trempa sa douzaine de mouchoirs. On\ncraint pour la raison de notre bonne hôtesse. Tu le vois, cher Ibben, les\nplus louables intentions font quelquefois d'innocentes victimes, et telle\ncause, que le souci de 1 équité dicta, peut entraîner de douloureux effets.\nEncore qu'également inopinés, ils ne sont pas toujours aussi tragiques;\ntémoin l'assez plaisante histoire dont s'égaya tout Gerolstein. Il s'agissait\ndu somptueux théâtre édifié récemment par Sa Munificente Altesse avec\nun faste inouï de marbre et de métaux, et richement subventionné sur sa\ncassette. On n'y joue que des opéras ou des ballets mimés dont le Grand-\nDuc est fort friand. Un certain Lascar del Çapitoul, imprésario fameux\nque ce Prince à grands frais fit venir d'ltalie, en organise les spectacles\ndispendieux et magnifiques. Mais ma lettre est déjà bien longue. Je te ra-\nconterai la chose une autre fois. Adieu, ami. Usbek te salue. Je t'embrasse.\nPour copie fidèle : JEAN MARNOLD.\n\nRica."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.41", "texte": "422\nLE MERCURE MUSICAL Ï-V-OÔ\n\nLES CONCERTS.\nConservatoire.\nLe programme du concert du 8 avril au Conservatoire unissait les noms\nde Schumann, Beethoven et Bach a ceux de MM, Gabiiel Fauré et\nL.-A. Bourgault-Ducoudray. Disons tout de suite, pour la tranquillité de\nleur mémoire, que les premiers ne souffrirent pas du voisinage.\nDe M. L.-A. Bourgault-Ducoudray, on donnait pour la première fois la\ntumultueuse Rapsodie cambodgienne.Je ne vous raconterai pas ce quelle\na la prétention d'exprimer, car il serait fastidieux de transcrire la notice de\nla partition d'orchestre ; elle peut, d'ailleurs, suggérer aussi bien l'incinéra-\ntion du roi Norodom. Il n'importe : elle amuse l'oreille, et c'est tout ce\nqu'on peut lui demander.\nLe fracas de cette musique contrastait singulièrement avec la douceur et\nl'élégance de celle de M. Gabriel Fauré. Délicieuse de couleur orchestrale\net toute de demi-teintes est, en effet, l'exquise suite d'orchestre\net Mélisande, tirée de la musique scénique écrite pour le drame de Maeter-\nlinck. Le public n'a pas accueilli cette œuvre comme il aurait dû le faire ;\nil est vrai que d'une autre part il applaudit à tout rompre la rapsodie cam-\nbodgienne, couvrant ainsi, victorieux, quelques malheureux sifflets.\nL'admirable cantate Herr, wte du ivillt, de J.-S. Bach, exécutée pour la\npremière fois au Conservatoire, eut plus de faveur, et cela est heureux.\nElle fut interprétée avec toute l'onction désirable et une excellente sévérité\nde* style par les solistes : Mme Hénault et MM. Francell et Narçon, qui\nfurent parfaits, comme les chœurs et 1 orchestre.\nLes autres numéros du programme étaient la en majeur de\nSchumann, suivie du Chantélégiaque, de l'air de ballet de et du\nChœur des Derviches des Ruines d'Athènes de Beethoven, tous suffisam-\nment connus pour me dispenser d'insister. Le Chœur des Derviches, dont\nl'exécution atteignait vraiment la perfection absolue, fut bissé et encore\nmieux exécuté la seconde fois que la première. Ajoutons que l'orchestre\net les chœurs, sous la direction de M. Georges Marty, furent ce qu'ils sont\ntoujours, de tous points remarquables.\nC. DE MALARET.\nConcerts Colonne.\nM. Richard Strauss parti, la Sinfonia nous fut redonnée le\n8 avril sous la direction de M. Colonne, pour la seconde et ultime audi-\ntion. Celle-ci fut accueillie avec moins de transports d'enthousiasme que la\npremière. L'élément germanique moins nombreux, quelques défaillances\nde la direction (pour préciser, une attaque fâcheuse du cor solo vers la\nvingt-cinquième mesure) et une compréhension de 1 œuvre moins faite\nd'extériorisation provoquaient quelque refroidissement. Au risque de pa-\nraître rétrograde,* je déclarerai que plus encore a la seconde audition qu a.\nla première la Dowiesticci n'a rien, a mes yeux, de bien nouveau. G est du\nBerlioz, du Berlioz à la mode du xxe siècle, c'est-à-dire avec toute la\nscience contrapontique, si répandue aujourd hui, avec toutes les ressources\nd'une orchestration qui n est pas sans devoir beaucoup à Wagner, avec\ntoute la fougue d'un Liszt et fort peu de personnalité.\nLe poème symphonique convient à Strauss a cause de ses affinités avec\nla musique dramatique. Berlioz et Liszt, qui en furent les maîtres, furent\ninsensibles à la musique de chambre, leur génie plus prime-sautier ne\npouvait guère se plier aux exigences de la sonate et du quatuor et, encore"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n423\n\nmoins, à celles de la symphonie. Pour faire parler l'orchestre, la forme du\npoème symphonique leur restait seule et ils en tirèrent tout ce qu'il est\npossible de lui faire exprimer. Cependant Franck apparaissait et tentait de\nretrouver le fil de la majestueuse pensée beethovénienne. Sans autres\nmaîtres que Bach et Beethoven, les apôtres de la musique, Franck appor-\ntait à la musique un nouveau maître dont l'influence devait donner à la\nmusique française toute une génération de symphonistes, dont le plus\nillustre et le véritable héritier est V. d'indy. En Allemagne, un tel effort ne\nfut pas suivi et Berlioz reste le grand pôle de la musique symphonique.\nBien que possédant des capellemeistersbeethovéniens tels que Hans\nRichter et Félix Weingartner, l'Allemagne musicale ne prit rien peut-\nêtre ne comprit-elle rien au maître de Bonn. Strauss, qui, à l'heure pré-\nsente, est le maître incontesté de la musique allemande, ne put sortir de la\nmusique à programme, et l'œuvre que nous venons d'entendre en est la\nmeilleure démonstration. Si, indépendamment de toute idée préconçue, ne\nconnaissant rien des intentions de l'auteur, on veut juger la\ncomme une symphonie en fa majeur de M. X..., on est obligé d'y décou-\nvrir tout autre chose qu'une symphonie. La multiplication des idées —peu\npropice à leur distinction, d'ailleurs, la simultanéité de leur présenta-\ntion, les procédés de développement sont en tous points néfastes à une\nœuvre dont le genre et le caractère sont nettement définis et dont le plus\ngrand mérite consiste en une interprétation neuve de règles déjà fixées.\nAu fond, la vraie question musicale n'est point tant ici dans l'emploi\nde telle ou teile forme que dans la musicalité latente de deux civilisations\net de deux esthétiques connexes. Or si, au point de vue formaliste, nous\npouvons trouver chez nous des maîtres au métier impeccable, nous pou-\nvons y trouver encore plus de natures musicales, à la sensibilité plus,\nprofonde et plus neuve. L'émotion musicale semble être le propre de la\nnation qui peut revendiquer comme siens des artistes tels que Fauré et\nDebussy. Ce dernier surtout a su apporter à l'orée de ce siècle une note\nnouvelle que lui seul a, le premier, entendue. Plus sûrement que la\nDomestica n'évoque la famille, le Prélude à VApres-Midi d'un Faune nous\nincite à voir jouer, sous les vertes frondaisons, lTEgipan Barbu, au rire\nsauvage et joueur. Sans fatigue aucune, en une douzaine de minutes,\nEglogues et Bucoliques, souvenirs de douces rêveries à l'ombre d'un grand\narbre, sur un vert gazon, assaillent notre pensée et versent au cœur la joie\nde minutes exquises et trop vite écoulées. Un frisson de nouveau a par-\ncouru la musique, lui donnant une vie nouvelle, lui apportant le secours\nd'une technique inespérée, d'une harmonie nouvelle, d'une saveur incon-\nnue mais exquise, et d'une orchestration sans rigueur pleine de détails\nimprévus et colorés.\nEt ceci est plus beau que de plaquer du Liszt sur du Berlioz, le tout sur\nun peu de Strauss Richard.\nPeut-être Mme Litvinne est-elle désolée de ne pas chanter à\nl'Opéra, c'est fort possible. Peut-être a-t-elle désiré chanter à Paris un rôle\nqu'elle illustre à Bruxelles, c'est bien probable. Je ne trouve pas que ces\ndeux faits additionnés aient dû nous valoir une sélection d'une œuvre\nqu'on jouait la veille, si je ne me trompe, et qui depuis deux saisons tient\nl'affiche chez M. Gailhard. Venue il y a deux ans, alors que depuis plus de\nsoixante-dix ans cette œuvre n'avait pas été jouée, cette anthologie eût été\nintéressante, aujourd'hui elle l'est beaucoup moins. Mme Litvinne fut, à\nson ordinaire, tendre, aimante et tragique à souhait. M. Plamondon, égale-\nment, nasillard, Mme Cocyte tumultueuse et Mlle Mathieu d'Ancy (élève de\nMme Colonne) vocalisa mieux que ne le fait Mue Richebourg (également\nélève de Mme Colonne)."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.43", "texte": "424\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nLe Vendredi saint a le privilège de ramener les anthologies wagné-\nriennes. Mes confrères de la presse quotidienne ayant presque tous pro-\ntesté contre cette mode, je ne m'appesantirai point sur cette commune\ncompréhension par nos marchands de soupe musicale du caractère\nmystique de la musique. Il ne faut d'ailleurs pas leur en vouloir outre-\nmesure. A part le fragment du Vendredi saint de Parsifal, l'interlude de\nRédemption et les œuvres à caractère nettement religieux, messes,\nrequiems, oratorios et cantates sacrées, rien dans leur répertoire ne con-\nvient à la musique d'un tel jour. Si Yon y donne des concerts pour procurer\nà l'âme de pieuses pensées, ils manquent à tous leurs devoirs, ils sont cou-\npables. Si, au contraire, leurs entreprises ne fonctionnent que parce qu'ils\nont des salles disponibles et un public privé de théâtres à abreuver de\ndistractions, peu me chaut qu'ils jouent du Wagner, du Bach ou de jeunes\ninconnus, plus ou moins qu'un dimanche à 2 h. 1/2.\nM. Colonne fit jouer, en partie, deux suites de Bach : en ré mineur et en\nsi mineur. De la première on bisse, c'est de fondation, Varia célèbre et de\nla seconde une badinerie, petit chef-d'œuvre exquisement flûté par\nM. Blanquart. Sur un délicieux froufroutement de violons courent de\ndélicats méandres aux contours imprévus, qui montrent Bach sous un\njour aussi exquis qu'imprévu et dépourvu de pensées adéquates à l'anni-\nversaire de la mort du Christ. Cependant d'aucuns concevant le nom de\nBach comme synonyme de piété semblèrent y trouver le sujet de maintes\npieuses méditations. Tant mieux pour leurs cœurs assoiffés d'amour divin.\nDu même Bach, toujours catalogué auteur pieux, le Concerto en mi majeur\nfut joué par Jacques Thibaud avec un succès qui a dû lui faire oublier le\nmagistral chahut qui, la saison dernière, Paccueillit dans le Concerto en\nsi mineur de Saint-Saens. L'adagio de ce concerto, qui me paraît supérieur\nà l'aria précitée et qui est, d'ailleurs, moins connu, fut phrasé avec une\ndélicatesse, une justesse d'expression et une pureté de son merveilleuses.\nUne telle musique, si elle n'est point strictement religieuse, élève l'âme\naussi haut que celle-ci peut aller, et c'est de l'art le plus beau.\nLe prélude de Tristan excite plus les sens que l'âme, mais c'est égale-\nment de fort belle musique. M. Van Dyck, en habit, manque quelque peu\nde distinction ; mais il sut, avec l'aide de Mme Kaschowska, nous intéresser\nau gigantesque duo du second acte de Parsifal qui, séparé du reste de\nl'œuvre, est quelque peu dépourvu de la signification intégrale que lui\ndonne l'ensemble du drame. Les deux partenaires furent néanmoins fort\napplaudis. M. Colonne salua; l'orchestre, qui avait arboré la cravate blanche,\nse leva, et la foule s'écoula pour ne plus revenir que le 14 octobre prochain.\nDans mon prochain article, je tâcherai d'établir le bilan de cette saison et\nd'en tirer les enseignements qui s'en dégagent.\nCH. CHAMBELLAN.\nLe Quatuor Bâillon (séance du 7 avril 1906).\nParmi tant d'intéressantes séances organisées par M. A. Dandelot cette\nsaison, dans la salle Empire de Pleyel encore idéalement parfumée du\ngrand souvenir des neuf soirées beethovéniennes de Risler, le concert\ndonné par le Quatuor Bâillon restera dans la mémoire des délicats, attirés\npar l'annonce du second quatuor russe du regretté Borodine qui n'est\njamais entendu, malgré sa séduisante originalité.\nCe n'est point d'aujourd'hui que nous applaudissons l'archet pur et le\ngoût raffiné de M. Marcel Bâillon, l'un des plus intelligents violonistes de\nla jeune école : nous gardons l'un des meilleurs de nos souvenirs musicaux\nà telle chaleureuse interprétation de la Sonate de Franck, avec Dron"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.44", "texte": "SALLE PLEYEL, 22, rue ochechouart-J\n* ^>\nDeux Matinées de Musique moderne\nPAR\nM\nlie\nBlanche SEliVfl\n# # #\n(£e eMercredi g oMai, à 4 heiireà ptéciàeà\n—\n1. Prélude, Aria et Finale CÉSAR FRANCK.\n2. Iberia (ire audition) I. ALBENIZ.\na)Evocation.\nb) El Puerto.\nc)Fête-Dieu à Séville.\n3. Le long du ruisseau (ire audition). .... P. COINDREAU.\n4. Sonate en mi bémol mineur PAUL DUKAS.\n# #\nY »> *1»\n(Le OAetciedi 16 SMai, à 4 h eut es pzéciôeô\n,\n1. Nocturne en mi bémol mineur GABRIEL FAT RE,\n2. La Vallée des Cloches MAURICE RAVEL.\n3. Pagodes .............. CLAUDE DEBUSSY.\n4. Poème des Montagnes ........ VINCENT D'INDY.\n5. Variations sur un thème de Rameau. . . PAUL DUKAS.\n• O * ————»\nOn trouve des billets chez MM. Demets, 2, rue de Louvois, et\nLaudy, 224, boulevard Saint-Germain."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n425\nLE MERCURE MUSICAL.\n28\n\npour partenaire, en igo3. Et bien secondé par MM. William Cantrelle,\n. leîre Brun et C. de Novion, le jeune violoniste devient, malgré sa\njeunesse, ou plutôt à cause de sa jeunesse, un excellent streichquartettdi-\nrector. ce mot bien parisien flattera le goût des convives musicaux very\nse ect, qui se pressaient sur 1 estrade autour de ces jeunes et fervents\nmusiciens : leur exécution juvénile prouvait à leurs auditeurs des deux\nsexes qu'un quatuor n'est pas l'ennui quintessencié, mais que, par une\na mirable soirée de lune printanière, on peut se cloîtrer deux heures dans\nla salle blanc et or de Pleyel pour applaudir Schumann et Borodine. Aussi\nbien, nombre de jolies fillettes au catogan soyeux semblaient s'amuser énor-\nmément. Et de fins visages plus graves, avec plus de discrétion, les imi-\ntaient.,,. Ce fut donc une soirée fort sérieusement attrayante ! Les yeux\npartagèrent cette impression quand parut la jeune pianiste, Mme Alemchené\nbrune et rose comme la Sulamite de l'Ecriture ; et, pour Cantique des\ncantiques, que 1 avril semblait indiquer, nous entendîmes avec un super-\nficiel plaisir 1 aimable sonate (op. i3j de M. Gabriel Fauré. Jamais le\ncélèbre auteur d'un Madrigal exquis, d'un quatuor aimable et de la Bonne\nchanson verlainienne n a mieux montré que dans cette savante Muette les\nspirituelles limites de son génie : on rappelait, dans notre enfance, « le\nSchumann français » : ce qui n était peut-être pas absolument flatteur ni\npour Schumann, ni pour la France, ni meme pour l'aimable personnalité\ndu futur directeur du Conservatoire ! Cette sonate mondaine donnerait\nplutôt Tidée, de par ses harmonies rares sous sa grâce facile, d'un César\nFranck mondanisé, dun Franck en soirée, habit noir coupé à Londres et\nbottines vernies de chez Meyer... un Franck massenétique, si vous pré-\nférez ! Et le Massenet ou plutôt le Des Grieux de Manon {Ah ! fuyedouce\nimage) est très proche parent de tel second thème de l'allégro m01t0...\nL andante est dun appassionato fleuri comme un chapitre de roman ; la\nsuave impertinence î Et les (( belles écouteuses » de Verlaine ont reconnu\nleur « mandoline » favorite. Cette musique flirteuse se dégage en pizzicati\nvraiment spirituels ! Cœurs confiants, méfiez-vous ! Il est vrai que le jeu\nnettement incisif de Mme Alemchené rend l'air moins dangereux...\nEn avril, ce qui serait bien plus grave, c'est le Preislied de Walther (et\nde Wagner) moins laborieusement chanté que ce soir.*.\nMais comment résister à la séduction toute vernale du premier quatuor de\nSchumann (op 41, n° 1, 1841), qui date, comme la première symphonie\nen si bémol, de Tannée des amours et des mélodies ? Tout l'intimisme\nchante si tendrement dans le premier temps! Beethoven célibataire, comme\nMichel-Ange et Jéhovah, parlait un autre langage... Et ce bonheur idéalisé\npar le génie devait aboutir à la démence : cela confond toute philosophie.\nNi schumannien ni seethovénien, mais très personnel et très slave\napparaît, enfin, le ravissant quatuor de Borodine : le finale excepté, qui\nlanguit, c'est un ouvrage de la plus prime-sautière poésie musicale où\nMarcel Bâillon et ses acolytes se sont montrés justement poètes. Les\nthèmes russes passent dans 1 essor initial de 1 allegro moderato * le scherzo\nmineur exhale déjà toute la mélancolie pittoresque qui caractérise la mu-\nsique russe contemporaine et qui s'épanche à ravir dans le Notturno andante\noù l'alto, puis le violoncelle, soupirent, sur le frisson des sourdines accom-\npagnatrices, des phrases qui semblent très familières à notre compatriote\nGustave Charpentier : d'ailleurs, le noctambulede Louise Qtdes Impressions\nd'ltalie connaît aussi bien tel scherzo de Balakirew et le quintette de\nSvendsen... Cette musique du Nord a beaucoup aidé les nôtres à se déwa-\ngnériser : et faut-il donc lui tenir rigueur ? On n'entend vraiment pas\nassez la musique de chambre de ces poétiques régions, et ce quatuor de\nBorodine serait encore un plaisir inconnu de la brillante assistance pari-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.46", "texte": "426\nLE MERCURE MUSICAL Î-V-OÔ\n\nsienne du samedi soir 7 avril 1906, si nous ne devions cette volupté nou-\nvelle à la jeune ardeur du quatuor Bâillon.\nQu'il soit ici remercié ! RAYMOND BOUYER.\nErratum. Prière de lire, dans le Mercure musical du i 5 avril 1906,\npage 36J, ligne 28 : les œuvres altières, encore plus que les aimables ou-\nvrages, sont sujettes à ne point recevoir d 1 emblée l'assentiment d'un auditoire\nmême choisi... K. B.\nSociété Nationale. Félix Weingartner.\nLe concert du 21 avril nous a d'abord fait connaître un Trio de Ch. Tour-\nne mire, qui a le mérite de la clarté et de la sobriété, mais dont l'inspiration\nme paraît peu personnelle ; il y a, dans le lento, de jolies sonorités; le\nfinale en est très froid. J'ai déjà dit ici même (1) tout le bien que je pense\ndes Quatre Poèmes d'Henri de Régnier, mis en musique par Albert Roussel,\nque Mme Bathori a chantés avec un art sincère et touchant; musique déli-\ncate et retenue, où l'on sent un demi-sourire un peu las, une tendresse\nmélancolique, et comme une grande bonté cachée. La première de ces\npièces, qui m'avait charmé à la lecture, m'a cette fois moins plu que\nles suivantes : le Vœu surtout en son émotion frissonnante, et le poétique\nJardin mouillé. Les trois Valses pour piano de Florent Schmitt sont d'un\nromantisme douloureux qui les apparenterait à Chopin, si l'écriture en était\nmoins tourmentée; M. R Vinès les joue avec une grâce exquise. Quatre\nvigoureux Poèmes en musique d'Albéric Magnard sont fortement mis en\nvaleur par la belle voix de M. Jan Reder, et la Sonate de Gustave Sama-\nzeuilh, œuvre jeune et sincère, où la mélodie coule à pleins bords, trouve\nen MM. Jacques Thibaud et A. Cortot des interprètes émus autant qu'in-\ntelligents.\nEt j'ai retrouvé Félix Weingartner avec tous ses angles, ses coudes au\ncorps, sa main gauche crispée et ses gestes courts, si impérieux cependant.\nIl nous a donné un Beethoven imposant et un Berlioz un peu froid peut-\nêtre. Quel dommage, dans la Scène aux champs de la Symphonie fantas-\ntique, ce naturel du hautbois ! L'air de Cléopâtre, cantate\nécrite par Berlioz en 1820, a de la noblesse et de la grandeur ; on y recon-\nnaît l'influence de Gluck, un souvenir direct du songe dJphigénie en\nTauride, et aussi des intentions descriptives (par exemple, le sifflement du\nserpent). Mll® Bréval s'y est montrée tragédienne accomplie.\nLouis LALOY.\nVirtuoses.\nLe 9 avril, a eu lieu chez Pleyel une fort jolie séance.\nM. Beszô Szigetti, qui donnait le concert, a été particulièrement remar-\nquable dans le Concerto de Lalo (je note en passant que l'accompagnement\nnécessitait un véritable talent, puisque le concerto avec piano n'est qu'une\nréduction de l'original qui est pour violon et orchestre). Le Souvenir de\nMoscou de Wieniawski a enthousiasmé les auditeurs, et M. Szigetti, qui a\ndû revenir jouer, a déployé toute sa virtuosité dans une petite pièce qui\nn'était que difficultés, voire même tours de force.\nM. de Lausnay, qui prêtait son concours, s'est taillé un gros succès dans\nles Etincelles de Moskowski, ce qui ne veut pas dire que la Ballade en la \\>\nde Chopin est passée inaperçue.\nMlle de Buck, qui s'est fait applaudir dans la Jeune Religieuse et la\n\n(i) Mercure musical du i 5 octobre igos."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n427\n\nTruite de Schubert, a été remarquable dans YEsclave de Lalo. Sa voix\nimpressionnante et dont elle tire un grand effet dramatique m'a semblé\nparticulièrement peu commune dans le grave. Je suis encore obligé de\nmentionner de quelle façon l'accompagnateur, Eug. Wagner, a rempli\nson rôle délicat. Il s'est acquitté supérieurement de cette tâche difficile,\ncomme je l'ai montré.\nJ'ai eu l'occasion d'entendre à plusieurs reprises, pendant le mois der-\nnier, un jeune violoncelliste auquel sa belle qualité de son et l'originalité\nde son interprétation assurent certainement une splendide carrière artis-\ntique. Antonin Dessol, qui n'est âgé que de 17 ans 1/2, a fait rapidement\nson chemin. Elève au Conservatoire de Montpellier, il y a obtenu suc-\ncessivement un ler accessit à l'unanimité, un 2e prix et enfin un ier prix.\nIl a été reçu brillamment à la classe Cros-Saint-Ange du Conservatoire de\nParis, et j'espère que mes lecteurs pourront l'apprécier mieux encore que\nje ne l'ai fait aux concours des fins d'année.\nPAUL DUBOT.\n\nAU SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE.\n\nLe Salon d'Automne avait donné l'exemple. La Société Nationale, à son\ntour, ouvre une section de musique, avec plus de solennité. On est agréa-\nblement surpris de rencontrer au catalogue, sous le n° 2454, le nom\nd'Alfred Bruneau, né à Paris (122, rue de la Boétie, Ville), et d'apprendre,\nun peu plus loin, que M. Dominique-Charles Planchet, né à Castanet\n(Haute-Garonne), abrite ses méditations au 49 delà rue La Bruyère (IXe) :\nutiles renseignements, dont MM. les éditeurs, si friands de nouveautés,\nferont sans doute leur profit. Un majestueux jury étale, à l'entrée de ce\nparadis, les noms inégalement illustres de MM. G. Fauré, président,\nPaul Viardot, vice-président, Bachelet, Bourgault-Ducoudray, Alfred Bru-\nneau, Busser, Charles-Lefebvre, Edouard Colonne, Paul Dukas, Duvernoy,\nC. Erlanger, Alexandre Georges, Guillemant (sic : c'est l'orthographe\nadoptée par M. Jacques Blanche, critique musical de Y Ermitage), L. Hil-\nlemacher, P. Hillemacher, G. Hue, V. d'lndy, S. Lazzari, Letorey, Ch.\nLevadé, Luigini. G. Marty, Pierné, Pierret, H. Rabaud, Tournemire, Paul\nVidal. Voilà bien des membres, et je me demande ce qui eût bien pu sor-\ntir des délibérations d'une aussi nombreuse compagnie, si elle eût siégé au\ncomplet. Par bonheur, plus d'une abstention facilita la tâche des empressés,\net je doute fort, en particulier, de l'assiduité de M. Vincent d'lndy. Le\nmaître sait à quoi s'en tenir sur les commissions et leurs travaux, discus-\nsions, marchandages et compromis; sûr de l'absurdité finale du résul-\ntat, il aura réduit, le plus qu'il était possible, sa responsabilité en cette\naffaire, et cette sagesse aura eu plus d'un imitateur. La Schola n'a pas trop\nsouffert de cette abstention, puisqu'elle est représentée par le Languedoc de\nSéverac, le Trio de Roussel, la Sonate pour alto de Labey, la Sonate de\nSamazeuilh, la Sonate d'Alquier et une mélodie de Mlle Blanche Lucas.\nPourquoi, à ces oeuvres dont quelques-unes sont fort remarquables, n'en\na-t-on pas ajouté deux ou trois autres? C'est ce qu'on ne saisit pas très\nbien; mais tous les jurys ont de ces mystères. Ce qui est plus grave, c'est\nle cas de ce jeune compositeur, élève de là Schola également, qui put s'as-\nsurer que son morceau inédit, qui lui revint refusé, n'avait pas même été\nouvert : le truc des pages collées est bien vieux ; il réussit toujours."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.48", "texte": "428\nLE MERCURE MUSICAL I -V\"O6\n\nMais surtout il me semble, à feuilleter ce catalogue, que c'est un monu-\nment d'incohérence.\nD'abord l'inégalité des œuvres est prodigieuse, et sous ce rapport la\nVie section est la digne émule de ses cinq sœurs : après Fauré, Bourgault-\nDucoudray, Henri Rabaud et Camille Saint-Saëns, on nous montrera des\npages de MM. Malherbe, Schindler, Georges Hue et Ermond Bonnal. Le-\ntocartet Jean Huré, Tournemire et A, Duvernoy, Mme Delage-Prat et\nM. Pierre Kunc, A. Luigini et M, Noël (?), A. Savard et A. Sauvrezis,\nAnselme Vinée et Paul Vidal, J. Mouquet et Lefèvre Dérodé, A. Van-\nzande et P. Philip, représenteront la jeune école française, à côté de la\npetite phalange de la Schola, que je trouve maintenant bien exiguë en\ncomparaison. On croirait lire le programme de toute une saison de con-\ncerts Le Rey. Quant aux maîtres qui, en face de ces hardis novateurs, tien-\ndront le rôle des>Carolus Duran et des Besnard, ils se nomment Alfred\nBruneau, Bourgault-Ducoudray, Arthur Coquard, Dallier, Erlanger, Guil-\nmant, Hillemacher, d'lndy, Luigini, Pierné, Ropartz, Saint-Saëns, Viardot\net Widor. On remarquera sans peine que Claude Debussy et Maurice\nRavel ne figurent dans aucune de ces deux catégories. Que l'on ne m'accuse\npas ici de parti pris, que le Dr Mauclair ne diagnostique pas un nouvel\naccès de « debussyte ». Vraiment je ne crois pas donner des signes\nde délire, si j'avance que Debussy est plus intéressant à connaître que\nPaul Viardot, et que Ravel me paraît supérieur à MM. Letocart, Jean\nHuré, Tournemire et quelques autres. Que signifie donc cette élimination\nétrange ? Les erreurs de tel jury du Conservatoire, pieusement recueillies\npar le jury nouveau-né du Salon, vont-elles s'y perpétuer et prendre la\ndignité de « traditions » ? Dès qu'il fut question, l'année passée, de créer\ncette Exposition de musique, nous protestâmes à l'avance contre la pro-\nbableineptie de la commission d'examen. Nous ne pensions pas si bien dire.\nRemarquons d'ailleurs que le promoteur de l'idée, M. Combarieu, fut lui-\nmême effrayé lorsqu'il vit qu'au lieu d'une vaste association de tous les\nmusiciens de France, on allait simplement instituer un concours de plus.\nLa Chine elle-même vient de renoncer au système suranné des concours ?\nQuand donc la France l'imitera-t-elle ?\n\nLouis Laloy.\n\nREVUE DES REVUES\n\nRevue musicale de Lyon.\nLa Revue musicale de Lyon est une vaillante, et le Dr Vallas, qui la\ndirige, secondé par son lieutenant fidèle, M. Edmond Locard, est pournous\nplus qu'un excellent confrère : presque un frère d'armes. Il faut lire, dans\nle n° du i 5 avril, son article magistral, dont le titre seul a déjà réjoui nos\ncœurs : Un cabotin : /. J. Paderewski.\nL'illustre et flavescent pianiste est venu en effet illuminer Lyon de sa\ngloire, précédé d'un imposant cortège de communiqués en style montecar-\nlien. Mais le Dr Vallas est insensible aux enthousiasmes qui firent tourner\ntant de têtes étrangères. Il vint au concert, muni de ses partitions, et voici\nce qu'il put constater :\nDans le Prélude en la mineur de Bach, transcrit par Liszt, ni régularité ni\nnetteté ; la pédale sans cesse, même dans les successions de basses ; la Fugue,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n429\n\nbien présentée au début, devient rapidement un bafouillage, grâce au manque\nd'équilibre entre les parties, et surtout à Vemploi abusif de la pédale, çne Z'on\ndevrait toujours laisser de côté dans ce genre d'ouvrages.\nLa fameuse sonate du Clair de lune fut entièrement défigurée. L'Adagio sos-\ntenuto, joué comme l'aurait traduit quelque mauvais amateur : rubato ridicule,\ndéformations rythmiques, incessantes, petites pâmoisons, clapotement perpétuel\nentre les deux mains qui, à certaines mesures (par exemple les mesures 6, 7, S, 9),\nfait entendre trois notes arpégées où se trouve un accord plaqué. LïAllegretto,\ncomplètement dénaturé, trop lent, lourd, prétentieux et ampoulé. Le Finale. pHs\ncZans un mouvement vertigineux5 et, pour aller plus vite, ai?ec un demi-temps\nrégulièrement sauté (mesures 2, 4, 6, e£c.).\nZ)e Mendelssohn, cZenx Romances sans paroles, jouées correctement, mais sans\nintérêt. Le Carnaval de Schumann, déformé, pressé et ralenti tour à tour sans\nraison, exécuté à coups de poings.\nDans Vinterprétation de Chopin, mêmes défauts, mais moins sensibles, puis-\nqu'il est dans les traditions (pourquoi ?) de jouer sans mesure ses œuvres :\nd'abord la Ballade en la t>, au lieu de celle en sol mineur portée au programme,\net le Nocturne en sol, op. 37, n° 2, pour remplacer celui en si annoncé (ces deux\ntranspositions inattendues avaient évidemment comme raison d'être le désir de\nmettre en défaut les critiques...) ; puis trois Etudes (lev Livre, 12e en ut\nmineur ;2Q Livre, 9e en sol t> ; ler Livre, 3e en mi), —Za première prise trop\nvite et bafouillée, Zes autres fort bien rendues, Za seconde surtout ; enfin, une\nMazurka e£ une Valse en la .\nPonr terminer, un Nocturne, d'une rare insignifiance, signé Paderewski, et\nune Rapsodie de Liszt, que je n'ai pas entendue.\nConsidérée en général, Vexécution de M. Paderewski ne se recommande pas\npar beaucoup de qualités : sa virtuosité incomparable ne se fait guère remarquer\nqu'à la main droite, souple, vigoureuse, et, aussi, délicate ; quant à la main\ngauche, elle ignore parfaitement, suivant le précepte évangélique, ce que fait la\ndroite : les traits sont extrêmement confus, les octaves généralement ratées, les\naccords se transforment en n'importe quoi suivant le hasard qui fait tomber les\ndoigts du pianiste où il faut ou bien ailleurs ; c est une réalisation approxima-\ntive de la partition qui suffirait, au concours du Conservatoire, à faire éliminer\nun élève. La sonorité est détestable, dure, écrasée, brutale et sans éclat ; enfin,\nsuivant le joli mot de la Dépêche, Y interprétation est vague : Beethoven, Schu-\nmann sont joués sans différence, un peu à la Chopin, mais surtout à la Pade-\nrewski.\nOn voit que si les jugements de M. Vallas sont sévères, ils sont très\nexactement motivés. Ce procédé de critique étant celui que nous nous\nsommes toujours efforcés de suivre, on comprendra que nous nous abste-\nnions ici de tout éloge et citions simplement encore la conclusion de\nl'article, qui mérite, elle aussi, d'être retenue :\nOn ne manquera pas de me reprocher violemment cette critique, sous le pré-\ntexte qu'elle s'adresse à un artiste célèbre dans le monde entier, longtemps\nacclamé comme un virtuose unique, payé cinq mille francs par soirée, et\nauquel, par suite, on na pas le droit de toucher. J'estime, au contraire, comme\nje le disais dimanche dernier, que c'est parce que Paderewski est illustre que\nnous avons le droit d exiger beaucoup de lui et de lui reprocher avec acrimonie\nnotre déception de Vautre jour. Un musicien doué comme l'est Paderewski, célébré\npartout, triomphateur dans tous les pays, a des devoirs rigoureux envers l'Art\net le public ; et cest la fonction de la critique de le rappeler à l'ordre quand il\nne s'en acquitte pas »\nJe suis désolé de causer de l'ennui aux amateurs qui m'adressent fréquemment"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.50", "texte": "430\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\ndes lettres anonymes pour me menacer des pires vengeances dans le cas où je\ncritiquerais tel ou tel artiste ; mais cette considération ne saurait m empêcher\nde répéter que Ignace Paderewski, sil fut autrefois un grand virtuose, n'est\nplus aujourd hui qu un méprisable cabotin.\nEn bon chirurgien, le Dr Vallas tranche dans le vif : souhaitons-lui la joie\nde voir la plaie du virtuosisme entrer, par ses soins, en voie de guérison.\n\nL. L.\n\nLA MUSIQUE A BORDEAUX\n\nLes Concerts.\nA Bordeaux il existe deux sortes de concerts : les Concerts mondains\ndu Cercle philharmonique, les Concerts populaires de la Société de Sainte-\nCécile. L'orchestre de Sainte-Cécile est composé de bons éléments, et\nM. Pennequin, qui le dirige, fait d'appréciables efforts pour nous révéler les\nœuvres symphoniques de tout genre. Malheureusement ses révélations ne\nsont pas toujours très imprévues. Quand il renonce à Beethoven, c'est\ngénéralement pour tomber dans Schumann, ou ce qui est plus triste\ndans Brahms. Les modernes, à part Vincent d'lndy, ne sont pas favorisés.\nLe Prélude à VApres-Midi d'un Faune, risqué l'an dernier avec une bonne\ngrâce douteuse, ne fut suivi jusqu'ici d'aucune autre œuvre debussyste.\nLes Russes sont insoupçonnés. Balakirew n'a même, je crois, jamais paru\nsur l'affiche, Rimsky fort rarement. Quant à César Franck, M. Pennequin\nsemble avoir oublié son existence, au moins cette année. Il est cependant\ndevenu fort difficile de passer Franck sous silence.\nMais ces réserves faites, empressons-nous de célébrer le dévouement du\nchef d'orchestre à Wagner, qu'il aime évidemment beaucoup et au'il con-\nduit bien. C'est ainsi qu'il ouvrit la saison avec les Murmures de la Forêt\net Y Ouverture des Maîtres Chanteurs, morceaux un peu bien connus, mais\nqui ne lassent jamais. Au même concert exécution par pas moins de huit\nharpes à pédales d'une chose fort bénigne que M. de Saint-Quentin inti-\ntula Carillons blancs et Carillons noirs. Je songeais par contraste aux\nDanses de Debussy, aériennes et graves. Le second concert nous\napporta la Deuxième Symphonie de Brahms, la moins fastidieuse à\nmon goût, mais qui s'orne d'un allegretto grazioso et d'un allegro con\nspirito, où la grâce du brave musicien patauge de façon bien diver-\ntissante. Oh ! combien Mozart était mort, quand furent écrits ces\npesants badinages î Le même jour, M. Pennequin exhuma une cantate\nde Saint-Saëns sur des vers d'Armand Silvestre : le Feu céleste. Disons\nsimplement que la musique se tient d'un bout à l'autre à la hauteur du\npoème, dont voici un échantillon :\nAigle s'envolant de son aire,\nVolta lui ravit le tonnerre\nEt l'apporte à l'Humanité.\nA servir l'homme condamnée,\nPar lui la foudre est enchaînée\nEt s'appelle Electricité,\nEnfin l'orchestre révéla aux Bordelais la Nuit d'été de M. Georges Marty,\nque j'avais entendue jadis chez Colonne. On aurait mauvaise grâce à en\ncontester la gentillesse ; mais combien cela reste superficiel et simplement"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.51", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n431\n\n« aimable » ! On put s'en rendre compte quand M. Pennequin, tentant\nun effort plus décisif, mit à son programme la Symphonie en si bémol de\nVincent d'lndy.\nArtadmirable que celui de d'lndy et dont la spéciale beauté est -—je crois\nd'allier la spontanéité primitive à la parfaite conscience des ressources\nsonores. On dirait que les chants si purs, jaillis de lame populaire, dans\nl'œuvre du grand musicien se développent et s'amplifient en profondeur,\nchaque note de la mélodie rayonnant autour d'elle cette harmonie si\nsavoureuse, qui la transfigure à son tour. Je pense surtout, en disant cela,\nau délicieux intermède ; mais je sens combien de beautés je néglige en\nessayant de renfermer cet art incomparable dans des formules. Le qua-\ntrième concert ne nous donna rien de bien imprévu. L'ouverture de\nTannhaûser est fort aimée à Bordeaux ; je ne sais pourquoi vers la fin les\ncuivres s'obstinent chaque fois à écraser le ruissellement des violons. La\nTroisième Symphonie de Schumann, la Cathédrale, que M. Chevillard\njoue souvent, est belle. Schumann a un grand défaut ; il est ennuyeux\nparce qu'il est long et ne sait jamais s'arrêter. Mais, une fois acceptée cette\nprolixité, on ne peut s'empêcher de goûter la noble passion intime dont il\nest animé ; il faut savoir gré à son romantisme de ne pas avoir consenti\nau pittoresque facile et extérieur, qui chez Berlioz nous paraît aujourd'hui\nsi démodé. Je lui suis reconnaissant de ne pas me contraindre à chercher\ndans sa Cathédrale les flèches et les gargouilles ; je le remercie de ce que\nje ressens un peu la paix douloureuse des sanctuaires gothiques. —Au\nprogramme du 5e concert revint le nom de Vincent d'lndy : M. Pennequin\nnous offrit Saugefleurie. Siegfried est le plus merveilleux des contes de\nfée. Mais quelle ravissante légende que Saugefleurie ! Quel mystère de\ntendresse discrète et— si j'ose dire silencieuse ! Quelle exquise chevau-\nchée d'amour, à peine entrevue, à peine rêvée, déjà finie ! Le 6e concert\nfut pour nous l'occasion d'entendre la Troisième Symphonie (en ut mineur)\nde Saint-Saëns, que les grands concerts parisiens, manquant d'orgue, ne\ndonnent jamais.\nJ'y apprécie une certaine grandeur classique, qui n'est pas la rigidité\nglaciale des autres œuvres de l'auteur. Quel musicien eût été Saint-Saëns,\ns'il avait voulu ! Quelques fragments de Manfred me rappelèrent l'in-\nterprétation superbement grandiloquente qu'en donna il y a deux ans,\nColonne, ce romantique. L'ouverture est belle, l'Apparition de la Fée des\nAlpes me fait songer, je ne sais trop pourquoi, à l'adorable Enlèvement de\nPsyché, ou Franck mit toute la pureté de sa sensualité légère. L'Appa-\nrition fut bissée. Le reste, même le Ranz des Vaches, qui chez Colonne\ndéchaîne d'inexplicables enthousiasmes, fut très froidement accueilli.\nLe 7e concert, avec le concours de Mme Chrétien-Vaguet, fut exclusivement\nconsacré à Wagner; on sentit tout de suite que M. Pennequin l'avait\nconsciencieusement préparé. L'Ouverture du Vaisseau Fantôme fut bien\nenlevée, Y Enchantement du Vendredi saint détaillé avec soin. J'aime\nque Parsifal soit la dernière œuvre de Wagner. On ne pouvait rêver un\ncouronnement plus pur, plus paisible, plus radieux, au temple immense\nqu'il a élevé. Sans doute, je comprends Parsifal à travers le commentaire\ninoubliable de Barrés. Mais quel tour de force d'être resté aussi musical\ndans l'expression d'idées aussi abstraites ! On ne songe pas assez qu'il a\nfallu à Wagner dix fois plus de génie qu'à tous les autres pour rester un\ngrand musicien avec la conception qu'il s'était faite du rôle de la musique.\nIl risquait mille fois de tomber dans la littérature, en voulant atteindre à\nla philosophie ; et son œuvre alors eût été atroce. C'est bien ce que prouve\nl'échec piteux de tous ceux qui out voulu l'imiter sans l'interpréter. Son\nidée du leit-motiv à signification précise était elle-même très dangereuse :"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.52", "texte": "432\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nsi Wagner avait été littérateur comme Berlioz, il eût écrit un pathos incom-\npréhensible ; il eût composé une véritable algèbre musicale sans le moindre\nintérêt. Mais Wagner était Wagner ; et c'est pourquoi il est grand. C'est ce\nque nous prouva une fois de plus 1 admirable et\nque Mme Chrétien chanta avec une grande conscience.\nNous entendîmes encore Siegjried-Idyll, d'une incohérence rêveuse si\ncharmante, le Prélude de Parsijal avec ses quatre thèmes, posés comme\nquatre blocs de marbre, la Marche Junde d une si vaste et\nsi sombre brutalité (quel décor pourrait ressembler au tableau magique\nqu'elle évoque en nous ?), enfin le Final du où Mme Chrétien\nfit de grands efforts, mais sans réussir à dominer suffisamment le tumulte\norchestral. Le concert finissait drôlement par le et la\nMarche de Tannhduser ; l'effet produit par le contraste était irrésistible.\nLe dernier concert fut occupé presque tout entier par M. Planté. A peine\nlaissa-t-on un petit coin à la Symphonie de Schubert, où j'aime\nle chant candide et douloureux des violoncelles. M. Planté est bien amu-\nsant... un moment ; mais il devient vite fatigant. Heureusement qu'une\nfois ses contorsions achevées, il joue à merveille Liszt, Beethoven, Brahms\net suitout Chopin ;ce vieillard aime Chopin àla passion ; cela se voit\ndans ses yeux... et dans son jeu. C'est fort bien.Ce qui est peut-être mieux,\nc'est de nous avoir révélé le Deuxième de Ch.-M. Widor, d'une\nbelle largeur, et où Dieu merci l'orchestre ne laisse pas continuelle-\nment la parole au piano, ce qui permet d'entendre de solides harmonies.\nL'auteur, venu pour diriger son œuvre, n'a pas eu le succès qu'il méritait.\nJe ne dirai qu un mot des autres virtuoses qui nous ont rendu visite ;\nchaque concert nous en fit connaître un. Le talent de M. Alberto Géloso\nne put rendre supportable le Concerto en la de Saint-Saëns. M. Liégeois\ninterpréta le Concerto en ré de Lalo avec une louable ardeur. Je n'ai pu\nentendre Mme Clotilde Kleeberg. M. Capet, qui est notre compatriote, fut\nadmirable de pureté classique dans le de Beethoven, dans\net dans une Gavotte^de Bach : c'est un grand artiste. Son collaborateur\nM. Hasselmans, qui lui succéda, nous ennuya fort avec le Concerto en re\nmineur de Saint-Saëns, mais nous fit entendre par compensation la belle\nElégie de I' auré; Enfin M. Lazare Lévy mit au service de Schumann de\nChopin et de Liszt une prestigieuse habileté.\nMais c'est aux Concerts philharmoniquouverts seulement aux\nmembres du cercle et à quelques invités, que la virtuosité règne sans con-\nteste. Le ler concert réunissait les noms de Mme Marguerite Carré de\nM. Johannès Wolff et de M. de Greef. Je n'aime pas la voix de Mme Carré.\nElle a pourtant chanté avec tact Y Eau de qu'elle venait\nde créer à l'Opéra-Comique et l'air de de M. J. Wolff est\n1 homme de Sinding et de Saint-Saëns, Je ne discute pas. Mais j'aimerais\nmeme pour le Concerto si drôle, même pour le Caprice andalous si hon-\nteux, un son plus pur. M. de Greef a joué à ravir les Arabesques de Schu-\nmann, une Pastorale de Scarlatti et un de Chopin. Au 2 e con-\ncert M. Fernand Lemaire fut gentil ; malheureusement M. Lemaire n'est\nplus assez jeune pour être un petit prodige (ce dont je le félicite) et il\nn'est pas assez âgé pour avoir un talent bien formé. La 2e Rhapsodie de\nLiszt lui valut cependant un gros succès. Mlle Jeanne Leclerc compensa\nson immanquable romance du Timbre d'argent par le Mariage des roses\nde Franck. Il est dommage qu'elle nous ait refusé l'adorable Clair de lune\nde baure. Sa voix pure parut un peu grêle. M. Fugère faillit être porté en\ntriomphe. Il n'y avait pas de quoi. Son admirable voix lui servit unique-\nment a faire valoir V. Massé, E. Sauzay et un tas de vieilleries insuppor-\ntables. Dans le duo des Voitures versées de Boïeldieu il eut un succès de"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.53", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n433\n\nfou rire. Je m'étais toujours douté que cet homme manquait de goût.\nNous eûmes notre revanche avec le 3econcert, qui fut superbe. MM. Enesco,\nPablo Casais, Dufranne et Mll© Grandjean nous ravirent tour à tour.\nM. Enesco a des yeux dangereux ; ils sont si beaux qu'en le voyant jouer,\non est tenté de s'exagérer son talent, lequel est pourtant très grand.\nIl transfigura merveilleusement le Concerto en la majeur de Saint-Saëns.\nMais pourquoi s'amusa-t-il aux variations acrobatiques de Paganini sur\nNel cor piu mi sento, dont la vertigineuse difficulté n'excuse pas l'intérêt?\nM. Enesco sait faire autre chose que de la grande voltige. C'est ce que\nnous a prouvé sa Première rhapsodie roumaine, d'une si originale beauté et\ndont les rythmes sont si variés, l'instrumentation si piquante. Sans doute,\nil y alà une influence des Russes ; mais ce n'est pas une copie, c'est une\ntransposition. Je me souviens d'ailleurs d'une Suite entendue chez Colonne\net que j'adorais. M. Pablo Casais violoncellisa délicieusement un joli\nconcerto du père Haydn et un Chant hébraïque de Max Bruch. Mlle Grand-\njean nous offrit deux de ses triomphes parisiens : l'air d'Agathe, si tendre,\nsi inquiet, si ardent et si triomphant, et la Mort d'Yseult. J'avoue que\nj'aime beaucoup entendre ce morceau séparé. Car à la fin de Tristan\nj'arrive épuisé, haletant, incapable de m'élever une dernière fois dans un\nélan passionné ;je n'entends plus. Aussi ai-je goûté bien mieux l'interpré-\ntation de Mlle Grandjean àce concert qu'à l'Opéra, interprétation puissante\net qui rend à merveille l'impression de grandissante sérénité et d'anéantis-\nsement triomphal. M. Dufranne, outre un air de Thaïs et un air\nd'jHamlet, chanta avec Mlle Grandjean le duo de Don Juan et seul le La-\nmento de Fauré si largement désolé, si beau à force de simplicité, si tra-\ngique à force de tranquillité. Et en écoutant son admirable voix, je son-\ngeais à Golaud, à la phrase sublime : « Il est vrai que ce château est très\nvieux et très sombre », et à ce cri immense comme toute la fatalité : « Je\nPai fait malgré moi, voyez-vous, je l'ai fait malgré moi. »\n\nJacques Rivière.\n\nLA MUSIQUE TCHÈQUE.\n\nEtat actuel de la musique tchèque.\nA un survivant de peu d'importance près, tous ceux de la grande géné-\nration, conquérante du droit à l'expression musicale de l'âme tchèque, sont\nmorts. Après Smetana ( 1824-1884), le grand héros et le martyr aussi pitoyable,\nisolé et incompris de son vivant que Beethoven, Zdenko Fibich (1850-1900)\nest enlevé en pleine maturité; après Fibich, Dvorak (1841-1904). Et à côté\ndes maîtres les comparses, Bendl, à qui Prague ne rend pas honneur assez,\net Vilem Blodek(iB32-i872), l'auteur trop ignoré du Puits. Le survivant est\nRichard Rozkosny (né en 1833), l'auteur des opéras Stoïa, les Chutes de\nsaint Jean et Popelka (Cendrillon), le seul demeuré au répertoire du Théâtre\nNational, grâce autant à ses mérites qu'au charmant libretto de M. Otakar\nHostinsky... à moins qu'aux pigeons vivants qu'on y voit picorer sur la\nscène !\nSomme toute, on peut affirmer que leur œuvre à chacun est à deux faces :\nils ont donné à la nation tchèque une image,intelligible à son entendement\nun peu spécial, des grandes formes de la musique universelle ; et ils ont\ndonné à la musique populaire tchèco-slovaque le droit d'exister, de se pro-\npager et d'engendrer dans le domaine de la musique universelle. Il faut"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.54", "texte": "434\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\nenvisager les travaux de ces hommes, pour en bien comprendre et l'origi-\nnalité d'inspiration générale et ici ou là les pauvretés de forme ou de détails\n(inexplicables si l'on ne les replace pas dans leur milieu encore plus que\ndans leur temps), à ce double point de vue : du langage universel qu'ils ont\nparlé au particularisme national, qui n'en eût rien voulu savoir d'interprètes\nétrangers ; et des accents, et des rythmes, et de la tournure d'imagination,\nspécifiques d'une originalité nationale renaissant du milieu des tombes et\ndes ruines et, ce qui est pire, d'un systématique et séculaire abrutissement\nbureaucratique, qu'ils ont mis en circulation à travers le monde. C'est\nainsi que nous voyons sous la plume de Dvorak jusqu'à des airs nègres\nrecueillis aux Etats-Unis prendre une tournure tchèque, et sous celle de\nFibich les sentiments tchèques les plus affectueux s'exprimer cosmopolite-\nment en des formules symphoniques d'une ampleur et d'un souffle souve-\nrains. C'est ainsi que nous nous étonnons dans l'oeuvre de Smetana d'une\nélégante comédie de salon comme Dre vdovy (les deux veuves) à côté d'un\nopéra populaire comme Rubicka (le baiser). Et il est bien clair,par exemple,\nque ce pauvre et magnifiant Smetana, qui venait à son peuple humilié les\nmains pleines de chefs-d'œuyre réduits au maximum de compréhension\nqu'il pouvait exiger de ce peuple sans déchoir lui-même, a pâti et affreu-\nsement, d'avoir à créer de toutes pièces pour des gens non seulement in-\néduqués, ce qui eût été une chance, mais mal éduqués et chez qui sévissait\nle plus abominable faux goût, de la musique de chambre et des cantates,\ndes poèmes symphoniques (il s'est volontairement détourné de la sympho-\nnie comme de quelque chose d'allemand) et toutes les variétés d'opéras. Si,\nau lieu de s'imposer cette tâche patriotique et presque surhumaine de faire\nl'éducation musicale de la nation à travers le bourgeoisisme opaque du\npublic de Prague, il n'avait eu à s'occuper que de la culture de son moi et\nque d'atteindre àla plénitude de son expansion musicale dans un milieu plein\nde ressources tel que le Prague d'aujourd'hui, nous serions certainement\nmis en demeure de lui vouer cette admiration absolue qui ne va qu'aux plus\ngrands. Si nous autres étrangers hésitons à l'adjoindre à un Beethoven, à\nun Wagner ou à un Bruckner, la patrie tchèque se doit de lui réserver une\nplace à part, mais non moins spéciale dans sa vénération reconnaissante ; car\nsi ce grand, très grand musicien, n'est qu'un demi-dieu, c'est à cause de l'a-\nmour qu'il a porté à son peuple, amour poussé jusqu'aux besognes débili-\ntantes du bon Samaritain, amour poussé jusqu'à ce sacrifice qui consiste\nà se diminuer héroïquement pour augmenter d'autant l'objet aimé. Smetana\nné à Vienne, à Dresde ou à Paris, ou né simplement égoïste comme Ber-\nlioz ou comme Wagner, atteignait à leur rang. Il s'en est fallu de bien peu\nqu'il y montât sans cela. Quant aux deux autres maîtres, voici la vérité en\ncinq secs : Zdenko Fibich est approximativement un Schubert tchèque et\nAntonin Dvorak quelque chose d'infiniment supérieur à un Brahms.\nAucun des trois maîtres n'a encore été étudié définitivement ni même\nsérieusement, pas plus en français qu'en tchèque. Mais il faut mettre hors\npair les publications préparatoires de M. O. Hostinsky sur Smetana. Nous\navons le droit de constater la difficulté de cette étude, puisqu'elle a été\nnotre travail de trois saisons de Prague sans que nous ayons pu arriver\nau terme de nos peines et de nos joies. L'œuvre de ces trois véritables ar-\nchitectes de la musique tchèque est un monde. Ils ont tout défriché, tout\nnivelé, tout fondé, tout essayé, tout ébauché, tout indiqué. Après eux il ne\nreste plus qu'à se jouer et à s'ébattre en liberté dans la cité nouvelle. Après\nla suite de poèmes symphoniques Ma vlast, après le Poème tchèque et les\n9 opéras de Smetana; après les 3 symphonies et le journal musical de\nFibich ; après les 6 symphonies, la demi-douzaine de poèmes sympho-\nniques et la multitude de danses et paysages et impressions slaves, et les"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.55", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n435\n\nconcertos de Dvorak, la génération montante n'avait qu'à jouïr de cet Eldo-\nrado conquis et àen exploiter les richesses : on put craindre un moment\nqu'une aristocratie de poetce minores, précieux et alambiqués, de petits par-\nnassiens et de symbolistes méticuleux, ergotant sur la place d'un dièse et\nd'un bémol, se taillassent de petites principautés agressives et fermées\ndans le grand royaume innombrable. Mais le sang slave a pris le dessus ;\ncar voici que ces mêmes raffinés, ces mêmes coupeurs de cheveux en quatre\ntout à coup s'affirment à leur tour des créateurs et des puissances, et par\ndes oeuvres spontanément jaillies, et viriles sous toutes les délicatesses de\nl'armure, nous montrent le ridicule de nos appréhensions et la vanité de\nnos sombres pressentiments. Les fils, après avoir fait un temps les dandys,\nse montrent tout de même dignes de leurs pères ; ils n'en auront plus cer-\ntains défauts ni du reste les mêmes qualités. Avec moins de mérite, il est\nvrai, ils édifieront des oeuvres tout aussi grandes, et très différentes, sans\nqu'elles cessent d'être tchèques.\nM. Joseph Suk fait partie du fameux quatuor tchèque. C'est son moindre\nmérite, à moins que celui d'être le gendre de Dvorak... Un si bon gendre\nque l'on a pu craindre un satellite. Aujourd'hui il faut déchanter, heureuse-\nment ! C'est qu'une certaine Suite pour Rahuq et Mahulena du poète Zever\na fait son tour d'Allemagne, imposée par Weingartner, et quoique l'Alle-\nmagne ne soit pas tendre à l'égard de ce qui vient de Prague. C'est surtout\nqu'un royal poème symphonique, de proportions immenses, intitulé Praga,\napparaît tout à coup au son de ses grosses cloches finales comme le cou-\nronnement imprévu du cycle Ma vlast. Et pourtant si le sentiment d'amour\nfilial est aussi chaud, aussi expansif, les procédés sont autres et l'orchestra-\ntion d'une nouveauté extraordinaire, même après la Russie et la France\ncontemporaines, même après Mahler et Strauss. On sent littéralement\nnaître la ville dans des sonorités troglodytiques, puis concomitant s'épa-\nnouïr en grand arbre infini certain thème de l'amour de Prague à travers\ndes évocations préhistoriques, puis légendaires, puis chronologiques, puis\nau milieu des solennités civiques modernes grandioses, en un crescendo\nd'effets neufs et d'efforts colossaux. Hungaria de Liszt n'est plus qu'une\nmauvaise flambarde affiche d'expositiondans une gare à côté decette fresque\nmunicipale, à laquelle je serais curieux de comparer certaine Bohemia de\nMili Balakirew sur quoi, malgré toutes mes recherches, je n'ai encore pu\nmettre la main. Auprès de cette œuvre-là les trésors de grâce, les finesses,\nles menues hardiesses techniques dépensées dans YOuverture dramatique,\nles impressions de Printemps et d'Eté, le concerto pour violon et la mu-\nsique de chambre, semblent des jeux de société.\nM. Vitëzlav Novak fut épaulé à ses débuts par Brahms, qui le dirigea sur\nson éditeur Simrock comme il y avait envoyé Dvorak. C'est établir qu'il est\nmaître de son art. Il fut le premier dont on s'aperçut qu'il avait quelque\nchose à dire. Et quelque chose de poignant ! Tempérament de faune sen-\ntimental qui se console des mécomptes de sa sensibilité par les satisfac-\ntions de sa sensualité Ardent et de bonne humeur en apparence ; concen-\ntré et réfléchi et un peu triste par là-dessous. Raffiné à l'excès, il ne se\ndélecte à rien plus qu'à la mélodie populaire. Mais il serait incapable de la\ncréer comme Smetana et M. Kovarovic. En revanche, comme il l'interprète\net la commente ! Marcheur effréné, il n'en passera pas moins d'entières jour-\nnées dans les champs à épier derrière un buisson le cri de joie qu'un gars\nmorave ne laisserait pas échapper en sa présence, ou l'appel mélancolique\nd'un pâtre slovaque à ses moutons, ou simplement les travnice de petites\nfilles qui se croient seules à l'écho des grandes chênaies solitaires. Aussi doit-\non à ce musicien, qui a déverse sa passion dans les cahiers de musique les\nplus fermes dans la forme intègre et les plus étudiés d'écriture artiste (telles"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.56", "texte": "436\nLE MERCURE MUSICAL I-V-00\n\nses Nuits d'hiver ou sa grande Sonate héroïque) les meilleurs, les plus élo-\nquents recueils de chants slovaques ; et puis de la musique de chambre où\nil a célébré l'unité slave et l'universalité de Fart sous la diversité des\ncaractères tchèques, moraves et slovaques ; et enfin et surtout cette admi-\nrable Suite slovaque pour piano d'abord, puis pour orchestre qui est l'ana-\nlogue en musique des tableaux bariolés et étourdissants de Jozka Uprka.\nNous ne mentionnerons qu'enpassant, et parce que Prague nous y oblige,\nM. Oskar Nedbal, chef d'orchestre brouillon et tumultueux, peu maître de\nlui-même, mais amuseur assez lourd dans ses cahiers pour enfants et son\nballet Pohadka u (le conte de Jean l'lmbécile). Sa musique a des\ngrâces d'ours qui a appris à danser et de belles manières prétentieuses\nbalourdement assorties à sa vulgarité. On s'explique difficilement l'engoue-\nment pour sa direction anarchique d'une ville qui a comme Prague le bon-\nheur de posséder dans ses murs un chef d'orchestre de la valeur de M. Ka~\nrel Kovarovic. Et cependant, en ses jours de bonne chance, M. Nedbal peut\nêtre excellent ; toutefois j'ai remarqué qu'il ne le faisait pas exprès.\nM. Kovarovic est le représentant le plus en vue de l'opéra tchèque d'au-\njourd'hui, et Ton ne saurait avoir l'œil assez sur sa production future. Il\nn'existe, à vrai dire, jusqu'ici que par deux œuvres dramatiques, mais elles\nsont d'une fraîcheur, d'une adolescence si gracile et si précaire, et elles ont\nfait un tel bruit, et elles surprennent par tant d'imprévu, qu'on peut tout\nattendre de la maturité du musicien dont la jeunesse a conçu un drame de\nla violence de Psohlavci (les Têtes-de-chiens) sur une trame musicale aussi\nparfaitement délicate, et une suite de scènes idylliques de la grâce de\nNa siarem belidle (A la vieille blanchisserie) sur une irisation musicale\naussi légère et chatoyante, et aisée et gracieuse. M. Kovarovic vient par\nlà-dessus de subir la révélation de Peliéas et Mélisande. Il s'est senti chez\nlui dans cette musique qu'il fera tous ses efforts pour implanter à Prague.\nSe reconnaître de par ie monde un frère privilégié va lui donner qui\nsait quelles forces nouvelles. Il a eu jusqu'ici l'originalité de traiter des\nœuvres monumentales avec des ténuités et des tours de main de maître\nverrier, ne disons pas de Murano, puisque nous sommes à Prague, mais\ndes usines Harrach, et il a ce don si rare de vibrer à l'unisson de l'âme\ntchèque au point que le génie même de la chanson populaire semble ins-\npirer tout de son œuvre. Elle est comme arrosée des plus cristallins\nruisseaux bohèmes et vivifiée de la plus argentine veine slave. Elle a les\nmêmes qualités de fraîcheur et d'émotion que le roman Babiëka de Bozena\nNëmcova dont le compositeur s'est inspiré dans Na starern belidle.\nM. Josef B. Fœrster est 1 une des âmes les plus délicieusement chan-\ntantes de l'art moderne, mais je crois son art un peu monocorde. Son\nopéra Eva est un rien monotone et doucereux à force de tendresse et de\nreligiosité amoureuse, mais c'est un drame intérieur d'une psychologie\nparfaite. Les connaisseurs disent grand bien du second: Jessica. Je\nl'ignore malheureusement, ainsi que des symphonies et un second poème\nsymphonique Cyrano de Bergerac. Mais si je dis que dans le premier,\nconsacré par M. Fœrster à sa jeunesse, Mé mladi, aux souvenirs de sa\nfamille et de sa mère, je retrouve les mêmes blancheurs pâmées et les\nmêmes besoins de tendresse que dans Eva, je crois bien qu'il ne faudrait\nguère nous attendre à trouver dans ces autres œuvres de correctifs bien\ndécisifs ou de variantes caractérisées à notre première aperception de\ncette individualité si sympathique. Il s'agit dune élégante et élégiaque\nsilhouette musicale : quelque chose comme un Lamartine dans l'isolement\nd'un Alfred de Vigny.\nJ'ai réservé M. Otakar Ostrèil pour la fin. A propos de celui-là il n'y a\nqu'un point interrogatif à poser. Qui aurait pu augurer du destin et du"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.57", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n437\n\ndessein de Wagner d'après Rienqi, ou de Smetana d'après le Richard 111\nde 1858 ou même le Hakon Jarl de 1861 ?Le Rienqi de M. Ostrcil s'appelle\nVlasty Skon (la fin de Vlasta), et c'est une Gôtterdâm-merung ! Comme il\ny a dans la chair et dans le sang de M. d'lndy d'avoir dévoré Wagner\ntout jeune, il y a cela encore davantage en M. Ostrcil. Il est du reste\n1 élève de Zdenko Fibich, qui sur le tard de sa vie avait aussi mangé de\ncette moelle de lion et l'avait rendue avec de sa propre chair et de son\npropre sang dans Pad Arkuna (la Chute d'Arkoun), aussi une Gôtter-\ndâm-merung. Quoi qu'il en soit, nous voici en presence d'un gaillard d'une\nvingt-sizaine d'années qui disposera autant de fois qu'il le voudra d'un\nthéâtre de premier ordre et d'une salle de concert où règne son ami\nNedbal, et qui en lui-même détient toute puissance musicale. On ne fait\npas deux fois Vlasty Skon, qui est un affreux pensum ; mais quand on l'a\ntait, on est un maître et on a le droit de parler haut. Or pour nous dire\nquoi? A M. Ostrcil de répondre. Je n'ai pas entendu son poème sympho-\nnique et il n'y a rien à tirer des jugements de Prague, où des œuvres\ncomme la Fiancée du tsar de Ri m s ki-K or s ako fet le quartette op. 4de Serge\nTaneïew tombent à plat, et où les plus belles œuvres des vrais génies\ntchèques n'ont jamais été sincèrement reconnues de prime abord.\nJe clos sur ces cinq noms le premier aperçu de la vie musicale de\nPrague, sans passer aux seigneurs de moindre importance qui s'accroî-\ntront avec le temps : MM. Josef Prochazka, Jindrich Soucek, Ladislav\nProkop, Karel Moor, Vojtech Madlo, B. Janovskij etc., etc. Ceci n'est\nqu'un schéma très, très général et qui voudra être complété par beaucoup\nde détails typiques, mais après lequel il nous sera plus facile de mieux\npénétrer dans l'esprit et les particularités des œuvres nouvelles. Je n'ai\nindiqué aucun éditeur tchèque des œuvres excellentes des artistes ci-dessus.\nJe vais le faire une fois pour toutes. Tout ce qui a trait aux maîtres de la\npremière génération doit se demander à Prague chez Frantisck Urbanek,\ntout ce qui a trait aux compositeurs vivants chez son frère, Mojmir\nUrbanek: tous deux d'une complaisance inappréciable pour l'étranger et\nde véritables amis de l'art et de la musique de France.\n\nWilliam Ritter.\n\nCOURRIER DÈ LYON\n\nQuatuor Rinuccini. —La dernière séance de l'année comportait le qua-\ntuor. op. 41 de Schumann et le quintette avec piano de Brahms. De ces\nœuvres très connues, je ne dirai rien. L'exécution en fut satisfaisante,\nsans grand éclat. Je reprocherai seulement aux quartettistes d'avoir exa-\ngéré les signes d'accentuation de l'allqgro initial ; à ce point, l'effet est dé-\nplorable. Dans le scherzo, le violoncelle manqua de légèreté ; il a été sans\nnul doute victime de la tétanisation de son poignet.\nAu piano, M. Georges de Lausnay fut impeccable dans le quintette de\nBrahms, œuvre très musicale, mais de forme lourde, massive ; j'en excepte\nle scherzo très coloré. M. de Lausnay interpréta de Debussy\navec toute la finesse désirable; par contre, abus de pédale forte dans un\nScherzo de Chopin. Bref, la saison qui s'écoule a été bonne pour notre\nquatuor, et fait bien augurer de son avenir.\nQuatuor Tchèque. Le contraste est pénible pour nos artistes. Quelle\nadmirable phalange ! Combien merveilleuse a été l'interprétation du qua-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.58", "texte": "438\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\n\ntuor en ré mineur de Mozart ! Mais nous avons payé cher notre joie par\nl'audition de l'interminable quatuor de Tchaïkowsky, op. 30, épais, touffu,\nobscur ; j'avoue ne pas avoir saisi le sens du premier mouvement. Que dire\nde cet Andante funèbre ! oh ! si funèbre, si long, et si monotone ? Le qua-\ntuor op. 106 de Dvorjak qui suivait, long lui aussi. Ses rythmes populaires,\ntrès populaires, ont un peu égayé la salle ; mais combien tout cela est banal\net manque de tenue ! Que d'efforts en pure perte ! et combien je regrette de\nne pas avoir entendu une œuvre de Beethoven ! Mais si je critique le choix\ndes œuvres, je ne puis que m'incliner devant l'artistique et admirable in-\nterprétation de ces incomparables virtuoses.\nSéance Rosset. Cinq sonates pour piano et violon. Excusez du peu !\nIl est nécessaire de posséder un estomac complaisant. M. Rosset s'est\nacquitté de sa tâche avec honneur; et les sonates de Bach, Beethoven,\nMozart, Saint-Saëns et Lazzari furent jouées correctement J'avoue que\nmes préférences sont allées à Beethoven, qu'il m'a paru du reste avoir soi-\ngné particulièrement. MUe Marie Pinglé, une inconnue pour nous, s'est\nrévélée avec un jeune talent peu mûr encore ; mais l'assurance dont elle a\nfait preuve lui sera pour elle-même le plus certain des encouragements\nConcert spirituel. Un peu disparate et heurté. Nous relevons les\nnoms de M. A. Reuchsel, organiste, de M. M. Reuchsel, violoniste, de\nM. Paul Daraux et de Mme Fleischmann, soprano. Ne pouvant tout citer,\nje signalerai en passant un Prélude et Fugue de Bach, qui fut joué par\nM. Reuchsel, avec quelque hésitation ; je le louerai sans restriction de\nl'Adagio de la VIe Symphonie de Widor. Mme Fleischmann fit apprécier une\nbelle voix de soprano, mais sans aucune méthode, dans un air du Messie\n(O Judée) de Handel, et surtout sans le style qui convient à cet auteur.\nM. Daraux, dans un air d'Elie5 et de Dieu loué par la nature de Beethoven,\na fait valoir son style, mais sa voix était fatiguée, m'a-t-il paru. M» M. Reuch-\nsel joua une Méditation de Glazounow, avec correction, sans plus. Enfin,\nGallia de Gounod terminait la séance. Les chœurs furent passables.\nConcert spirituel aux Folies-Bergère. Organisé par Mme Grignon-\nFaintrenie, le professeur de diction bien connu. La partie attrayante du\nprogramme consistait en l'audition du Chemin de la Croix d'Alexandre\nGeorges. Je dirai tout de suite que j'ai peu goûté cette musique d'un\ncharme qui s'accordait mal avec le sujet sévère et douloureux qu'elle avait\npour mission de commenter. Facile et agréable à entendre avec ses mélo-\ndies sans recherche et d'une jolie inspiration ; mais combien tout cela est\nmenu, sans envolée et, je le répète, si peu adéquat au poème ! De temps à\nautre, quelques chœurs visant à un effet dramatique qu'ils n'atteignent pas :\nje remarque le solo de violoncelle par M. Ticier, détaillé avec une sono-\nrité aimable, mais dont le jeu miaulant est vite fatigant ; un solo de vio-\nlon par MU® Roussillon-Millet délicatement dit, mais avec mièvrerie et un\nson vraiment trop petit. Bref, impression d'ensemble que la note qui aurait\nconvenu à cette épopée douloureuse n'a pas été donnée, et que la musique\nest restée bien en deçà, et de beaucoup.\nUne partie de concert précédait cette audition. L'on y entendit des\nchoses disparates. Je n'aime pas beaucoup cette succession d'artistes venant\nles uns après les autres s'acquitter de leur tâche, cela ressemble trop au\nmusic-hall. Signalons cependant Mme Aurès, à l'organe vibrant et coloré ;\nMme Bonheur-Chaix, contralto de notre Grand-Théâtre, qui aurait pu\ntrouver quelque chose de plus neuf que : Ich grolle nicht de Schumann !...\n\nA. G."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.59", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n439\n\nCORRESPONDANCE.\nA propos du concert d'élèves du 20 mars à la Schola Cantorum, M. Louis\nde Serres nous écrit la lettre suivante, que nous nous faisons un plaisir de\ncommuniquer à nos lecteurs.\nCher Monsieur,\nJe lis dans le du avril du Mercure musical un compte rendu de la\nséance d'audition d'élèves donnée àla Schola le 20 mars. Puisque M, d'lndy\nm'a chargé de m occuper du détail de ces séances intimes, veuillez me permettre\nde vous remercier, ainsi que votre rédacteur, de Vattention que vous voulez bien\nleur accorder, et des encouragements donnés à plusieurs de nos élèves, notam-\nment à ceux de ma classe de Musique de chambre. Mais je tiens surtout à m ac-\ncuser d'être en partie responsable des critiques exprimées à ce propos dans la\nRevue ; car elles sont dues, je le crois, à une négligence de ma part : celle de\nn'avoir pas indiqué sur les programmes ou les invitations le caractère et le but de\nces conditions.\nCe ne sont pas des concerts destinés à faire apprécier du public les résultats\nde Y enseignement de V école.\nCe sont de simples exercices, dont l'unique objet est l'éducation artistique\ndes élèves qui g prennent une part active. Parmi ceux-ci, quelques-uns ont\nrécemment obtenu des diplômes, et leur jeune talent fait sans doute honneur à la\nSchola ; d'autres sont beaucoup plus inexpérimentés et nont aucune habitude\ndu public ; si leurs moyens paraissent insuffisants pour figurer avec avantage\ndevant un vrai public, c'est une raison de plus pour les essayer à ces auditions\norganisées spécialement à leur intention.\nDe même, si le petit orchestre de la classe d'orchestre ne comporte guère,\ncomme le remarque justement votre rédacteur, d'exécutants rompus au difficile\nmétier de musicien d'orchestre, c'est précisément que les jeunes gens tant soit peu\ndébrouillés à cet égard prennent part régulièrement aux répétitions et aux exé-\ncutions, mais cessent de faire partie de la classe d'orchestre, spécialement ré-\nservée à des camarades moins avancés.\nSi j'ajoute que ces exercices sont parfois préparés un peu hâtivement, pour ne\npas nuire à la marche régulière des cours et des concerts, on peut conclure que\nce serait injuste de leur attribuer la signification qu'aurait par exemple un con-\ncours public, ou une séance modèle d'élèves composée exclusivement avec les\néléments les plus brillants de l'Ecole (« résultat complet des cours », dirait l'Ou-\nvreuse) ; et on ne saurait en tirer une indication tant soit peu précise sur la ma-\nnière dont renseignement est donné dans telle ou telle classe. Un peu plus équi\ntablement peut-on se faire une idée des classes de chant, par exemple, d'après\nles concerts mensuels avec orchestre, composés presque uniquement avec les res-\nsources de VEcole, et où l'on peut entendre comme solistes, à côté d élèves in-\ncomplètement formés, des artistes que la Schola est fière de compter parmi ses\nanciens élèves et dont le Mercure musical a souvent loué le talent.\nNous aurions donc dû, sur nos programmes, rappeler le sens et le caractère d'in-\ntimité de ces séances d'auditions, aux nombreux amis qui veulent bien s'y intéresser.\nJe tenais àm'accuser de cette négligence... un peu tardivement et un peu lon-\nguement peut-être.\nPuis-je m autoriser, cher Monsieur, de l'intérêt constant que vous voulez bien\ntémoigner dans le Mercure aux choses de l'Ecole, et aussi des si bons rapports\nque j'ai eus avec vous et votre Revue, pour vous demander de faire bon accueil à\nma lettre ?\nVous nous rendriez ainsi vraiment service et je vous en serais vivement recon-\nnaissant.\nVeuillez croire à nos sentiments les meilleurs et les plus distingués.\nLouis DE SERRES,"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060501-01.1.60", "texte": "440\nLE MERCURE MUSICAL I-V-OÔ\nLe Directeur-Gérant : Louis Laloy.\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de Librairie.\n\nNous remercions vivement M. Louis de Serres d'avoir bien voulu deve-\nnir, une fois de plus, notre collaborateur, el d'avoir pris la défense de la\nSchola avec tant de grâce et d'esprit. Il est certain qu'une audition comme\ncelle du 20 mars avait pour objet de nous présenter des élèves encore en\nplein travail, non des artistes accomplis. Et, par un scrupule des plus\nlouables, on n'a pas voulu nous montrer seulement les meilleurs élèves,\nmais ceux aussi qui ont encore beaucoup de progrès à faire, afin de nous\ndonner une idée exacte et complète des classes de la Schola. Il faut donc\nse garder de comparer une séance ainsi ordonnée à tel « exercice d'élèves »\nqui ne nous offre qu'une élite soigneusement triée. Mais cela dit, ne reste-\nt-il pas vrai que l'on peut remarquer, dans les classes de chant de la Schola,\nun défaut dominant? Nous croyons nous conduire en véritables amis de\nla maison en le signalant. L. L.\n\nECHOS.\nMondanités. Très grand succès, chez Mme la marquise de Saint-Paul,\npour Mme Blanche Marchesi, dans unprogramme admirable: Bach, Mozart,\nArne, Monsigny, Saint-Saëns, Puccini et Debussy furent interprétés avec\nune voix également puissante, un style également dramatique. Comme in-\ntermède, des chansons populaires arméniennes et russes, chantées par\nM. Moughounian, ténor à la voix charmeuse, produisirent une impression\nprofonde ; et Ton entendit aussi le violon sympathique de M. L. Phal.\nOrgues. C'est le 23 avril que M. Alexandre Guilmant a repris les\nséances historiques qu'il donne annuellement sur le bel orgue de la Salle\ndes Fêtes du Palais du Trocadéro, tous les lundis à 4 heures et demie, et\nauxquelles il admet un certain nombre d'auditeurs.\nM. Guilmant passera en revue les écoles des différents pays, et se propose\nde donner une large place aux œuvres de Boëly, Buxtehude et Frescobaldi.\nLes personnes qui désireraient obtenir des cartes d'invitations perma-\nnentes pour ces auditions sont priées d'écrire à M. Alexandre Guilmant, au\nConservatoire de Musique, i 5, faubourg Poissonnière.\nConcerts annoncés. Le 2 mai, salle Berlioz, M. Luzzati, pianiste; le 3,\nsalle Berlioz, à 2 heures, Mlle Mac Evely, chanteuse ; le 4, au soir, à la\nSchola Cantorum, concert d'orchestre (cantates anciennes et modernes); le\n8, salle Pleyel, à 4 heures, Mne Blanche Selva ;le9, au soir, salle de l'Union,\nSociété Bach ; le 11, à l'Ambigu, à 2 heures, concert de la fondation Beau-\nlieu ; le 11, au soir, salle Berlioz, Mme Marie Capoy et M, Georges Loth ; le\n15, salle Erard, Société nationale (œuvres de G. Fauré); le 16, salle Pleyel,\nà 4 heures, Mlle Blanche Selva ; le 23, au soir, salle de l'Union, Société\nBach; les 4, 11 et 18 mai, salle iEolian, Mlle Dron et M. Armand Parent.\nLes grandes Auditions. Le Comité de la Société des Grandes Audi-\ntions Musicales a confié à M. Camille Chevillard le soin de monter et de\ndiriger l'unique audition du Songe de Gérontius, d'Elgar, qui sera donnée\nau Palais du Trocadéro, le jeudi 17 mai, à 2 heures précises,\nLes chœurs et l'orchestre réuniront les 300 exécutants de l'Association\ndes Concerts-Lamoureux. Les rôles sont ainsi distribués : L'Ange :\nMlle Croiza; Gérontius : M. Plamondon; Le Prêtre : M. Louis Frolich."}]}