{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_sha256": "cdd2e4db548b6662af162b5ebeb5e6d3c37dd75388d439248436c629657d5044", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/05/15_01/bmtnabh_1906-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/05/15_01/bmtnabh_1906-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.1", "debut_caractere": 721, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "Sommaire\nGEORGES D'ESPAGNAT Composition inédite pour Simone,\nREMY DE GOURMONT Simone.\nLIONEL DE LA LAURENCIE. Jacques Aubert et les premiers concertos\nfrançais de violon.\nMAURICE RAVEL Noël\nPIERRE AUBRY. La musique et les mu\nXI IL\nREVUE DE LA QUINZAINE\nL'Ouvreuse : Lettre. Louis Laloy, R.C. : Théâtres.-Ch. Chambellan : La Saison\ndes Concerts Colonne. Louis Laloy, Raymond Bouyer, Ch Chambellan,\nG. S. : Concerts.— Michel Brenet : Les livres. Jacques Rivière : Courrier\nde Bordeaux.G, P. E. : Courrier de E. J. :\n—J. R. : Courrier de Lyon. Elizabeth d'lrvel\nRené d'Avril : Courrier de Nancy. Jean Poueigh : Courrier de Nantes.\nÉdouard Perrin : Courrier de Nice. ~ L .B. : Jan Ruer:\nCourrier ds Tours. M. S. : Courrier de Varsovie. Échos. Publications\nS récentes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.2", "titre_corps": "JACQUES AUBERT et les premiers Concertos français de Violon", "titre_sommaire": "JACQUES AUBERT et les premiers Concertos français de Violon", "signature_source": "Lionel De La Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "JACQUES AUBERT\net les premiers Concertos français de Violon\n\nOn peut lire dans le Mercure de France du mois de novem-\nbre 1734 l'annonce suivante :\n«Le Sieur Aubert, Intendant de la Musique de S.A.S.Mgr le\nDuc, vient de donner au Public son seizième œuvre intitulé :\nLes Petits concerts . .. L'Auteur donnera dans le courant de\nl'Hyver un Livre de Concerto à 4 violons, violoncelle et basse\ncontinue ; cet ouvrage sera le premier en ce genre qui soit sorti\nde la plume d'un François (1). »\nEffectivement, le 2 février 1735, Aubert exécutait au concert\nspirituel un « Concerto de sa composition », qui recueillait les\napplaudissements de l'assemblée (2). C'était bien la première\nfois que le public entendait un « concerto grosso » d'origine\nfrançaise, car les œuvres de ce genre qu'écrivit Leclair ne\nparurent pas avant 1736. L'initiative d'Aubert, premier auteur\nfrançais de Concertos pour le violon, mérite donc qu'on s'y\narrête, et son nom doit figurer en bonne place dans l'histoire de\nnotre musique instrumentale.\nIl s'appelait Jacques, appartenait à une famille de musiciens\nde la chambre du roi, et était né à Paris vers 1683, si on adopte\nl'âge de 70 ans que les historiographes lui prêtent au moment\nde sa mort arrivée en 1753 (3). Jacques Aubert servait dès\n1719 auprès de Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé,\n\n(1) Mercure,novembre 1734, p. 2485.\n(2) Mercure,février 1735, p. 392.\n(3) Notamment Choron et Fayolle dans leur Dictionnaire historique des\nmusiciens, I, pp. 3Ï-32."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.4", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "en qualité d'officier de la musique de ce prince ; il habitait à\nParis, dans l'hôtel de son protecteur, qu'il suivait dans tous\nses déplacements à Chantilly et, cette même année 1719, il pu-\nbliait un ler Livre de Sonates à\ns'affirment de sérieuses qualités d'invention et de composition.\nLors du séjour que Louis XV fit à Chantilly, durant l'au-\ntomne de 1722, en revenant de Reims, le duc de Bourbon\noffrait au jeune souverain une série de fêtes dont le\nnous a rapporté en grand détail le faste et la magnificence (1).\nCe n'étaient qu'illuminations, ballets, comédies, parties de pêche\net de chasse ; avec un art consommé de la mise en scène,\nMonsieur le Duc faisait collaborer la nature aux réjouissances\nroyales et, comme par enchantement, le parc et la forêt de\nChantilly se transformaient en un vaste théâtre de verdure,\nanimé des ébats de nymphes d'opéra et où, de chaque buisson,\ns'exhalaient de mélodieux concerts. Comme bien l'on pense,\nJacques Aubert jouait dans ces fêtes un rôle important ; il\ncomposa, en effet, la musique des deux ballets représentés à\nChantilly en cette circonstance : la et le\nXXIV heures(2). « Ses airs, lit-on dans les Livrets, furent\ngénéralement applaudis (3). » Mais, si le compositeur faisait\nmerveille, l'exécutant participait de sa personne aux féeries\nmythologiques imaginées par M. le Duc. Qu'on en juge :\nBourbon, très fier de sa ménagerie, n'avait point manqué d'y\nconduire le souverain, qui pouvait y admirer, outre une impo-\nsante collection de fauves, « la volière des ortolans, les cigognes,\nles autruches, les castors et l'oiseau royal (4) ». En entrant\ndans la dernière pièce de la ménagerie, Louis XV allait éprou-\nver la plus galante des surprises. « Comme par un art magique,\nraconte le livret du Ballet des Orphée lui\napparut au milieu d'une grotte enfoncée dans deux bosquets\nde lauriers-roses et d'orangers. La grotte étoit formée par des\nberceaux de treillages entremêlés de festons de toutes sortes de\nfleurs. Orphée (représenté par le Sr Aubert) jouoit du violon,\n\n(1) Mercure, novembre 1722, pp. 78 et suiv.\n(2) La Fête Royale donnée à Sa Majesté par Son Altesse Sérénissime\nMonseigneur le Duc de Bourbon à Chantilly, le 4, le 5, le 6, le 7et le 8 no-\nvembre 1722..., par M. Faure, Paris, MDCCXXII. Bibliothèque de M. le\nDuc d'Aumale (XXVIII Gl2). —Le Ballet des XXIV Heures, Ambigu-co-\nmique, représenté devant Sa Majesté à Chantilly le 5 nov. 1722, Paris,\nMDCCXXIII. Nous exprimons ici tous nos remerciements à M. Mâcon,\nconservateur du Musée Condé à Chantilly, pour les renseignements qu'il a\nbien voulu nous donner sur la participation de Jacques Aubert aux fêtes\nde 1722.\n(3) Livret du Ballet des XXIV Heures, p. 6; Livret delà Fête royale, p. 9.\n(4) Mercure, novembre 1722, p. 9t."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.5", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "et attira au son de cet instrument la plupart des animaux que\nle roi venoit de voir dans la Ménagerie, et qui sortoient des\ndeux bosquets pour l'écouter (1). » Le qualifie « d'en-\nchantés » les sons que notre musicien tirait de son violon, et\nauxquels lions, ours et tigres ne pouvaient se montrer insensi-\nbles. Ces bêtes féroces n'étaient, au demeurant que des « sau-\nteurs et voltigeurs » recouverts de peaux appropriées, et qui\nimitaient d'une façon surprenante l'allure des animaux dont ils\nportaient le pelage.\nLouis XV se souvint sans doute de ce spectacle mythologi-\nque lorsqu'il accueillit, quelques années plus tard, Orphée-\nAubert dans sa musique, où i! figure en 1726(2). En 1727,\nAubert est survivancier aux 24 violons de Noël Converset (3),\net la même annnée, l'Académie royale de musique le compte\nau nombre des musiciens de son orchestre en qualité de premier\nviolon, aux appointements annuels de 600 livres (4). Formé\npar Jean-Baptiste Sénallié, avec lequel il jouait une Sonate\nà 2 violons au Concert spirituel en 1730, Jacques Aubert a\nsubi profondément l'influence italienne ; celle-ci s'avère dans\ntoutes ses œuvres et nous la rencontrerons en particulier dans\nses concertos. C'est très probablement à son italianisme que le\nvioloniste dut la longue faveur dont il jouit auprès du duc de\nBourbon. Le régime du patronat qui régnait à cette époque\nparmi les musiciens ne pouvait qu'engager ceux-ci à se plier\naux goûts et aux exigences de leurs protecteurs. Or M. le Duc\nse trouvait alors sous la domination de Mme de Prie qui s'était\nappliquée, avec un zèle inlassable, à propager en France la\nmusique italienne. Musicienne elle-même, elle maniait brillam-\nment une fort belle voix et avait été l'instigatrice des fameux\nconcerts Crozat (5). Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'Au-\nbert, élève d'un musicien fortement pénétré lui-même de ten-\ndances italiennes, et vivant dans un milieu complètement\nacquis à ces tendances, ait sacrifié aux dieux de ses maîtres.\nCeux-ci, du reste, montraient, par des preuves tangibles,\nqu'ils lui savaient gré de sa docilité. Par brevet du 6 septembre\n1726, Aubert recevait de Bourbon une pension de 1000 livres,\nréversible sur la tête de sa femme Marie-Louise Le Cat (6), et\n\n(1) Livret de la Fête royale, p. 7.\n(2) C'est ce qui résulte d'une disposition du testament de Mme de Prie\ndont nous parlons plus loin.\n(3) Arch. nat., O 1 71, f* 379.\n(4) Arch. de l'Opéra. Détail de la régie actuelle de l'Opéra, 1738.\n(5) Sur M»8 de Prie, voir, outre les Mémoires du temps, l'intéressant\nouvrage de M. Thirion : Madame de PParis, igos.\n(6) Archives du Musée Condé : Registre des dépenses des années 1769 à\n1772. Art. 1574."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.6", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "Mme de Prie inscrivait cette dernière dans son testament. On y\nlit, en effet, cette phrase :« Je donne et lègue àla Dlle Aubert,\nfemme du Sr Aubert, musicien du Roy, et de S. A. S. Mgr le Duc,\n500 livres de pension viagère (1). » Ce qui reste des comptes\ndu duc de Bourbon nous permet même de savoir ce que tou-\nchait Aubert comme intendant de la musique du prince. En\n1737 et 1738, ses appointements se montaient à 2.000 livres (2),\nqui, ajoutées aux émoluments que lui rapportaient les fonctions\nde musicien de la chambre et de l'opéra, lui assuraient une\ncertaine aisance.\nAu Concert spirituel, son nom figurait à côté de ceux des vir-\ntuoses les plus réputés, tels que G&ignon, Leclair et Blavet ;\nc'était donc un artiste très apprécié et qui se faisait applaudir\nautant comme exécutant que comme compositeur, car les pro-\ngrammes du Concert donnaient fréquemment asile à ses œuvres,\nœuvres aussi variées que nombreuses et dont le catalogue ne\ncomporte pas moins de 33 numéros. Avec une extraordinaire\nfécondité, et une régularité presque industrielle, Aubert, si l'on\nen croit les « Annonces » du Mercure, produisait sans trêve, et\nson extrême facilité ne va pas sans quelque laisser-aller d'écri-\nture. De 1735 a 1738, ce ne sont que « suites de symphonie,\nconcertos, sonates à 2 violons », etc., qui sortent de sa plume.\nLe ler novembre 1738, le Mercure signale au Concert spirituel\n« un nouveau carillon de M. Aubert, exécuté par toute la sym-\nphonie (3) ». Nous verrons tout à l'heure en quoi consistait\nce « carillon ».\nDe son mariage avec Marie-Louise Le Cat, Jacques Aubert\navait eu plusieurs enfants, parmi lesquels nous relevons\nAubert, qui portait aussi le prénom d'Etienne, né le 15 mai 1 720\net baptisé à Saint-Sulpice le 25 du même mois (4),\nAubert, né le 15 décembre 1732, entré dans les ordres et connu\npar ses Fables ainsi que par divers ouvrages, entre autres, par\nune Réfutation des principes d\nchant la musique française (Paris, 1754), enfin une fille dont le\nnom nous échappe, et à laquelle Mme de Prie constitua une rente\nviagère de iso livres par codicille ajouté à son testament (5).\n\n(1) Testament de Mme de Prie. Arch. nat.,Yss, f° 29voJet Thirion, loc.cit.t\np. 335, Appendice. Le testament de Mme de Prie est du i 5 novembre 1726,\n(2) Arch. du Musée Condé : Compte de la dépense des années 1737, 1738\net 1739. Page nB3, musique, art. 695. (Communiqué par M. Mâcon.)\n(3) Mercure,novembre 1738, p. 2495.\n(4) Arch. nat. O 1 666 3, Pensions.\n(5) Codicille du 19 septembre 1727. Thirion, p. 339. Ce codi-\ncille révoquait la donation précédemment consentie en faveur de la dame\nAubert. La demoiselle Auberty est indiquée comme pensionnaire à Lisieux."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.7", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "Etienne-Louis Aubert fut violoniste et compositeur comme\nson père ; il entra tout jeune à l'Opéra (vers 1728 ou 1731) et\ndevint batteur de mesure et suppléant de Ghéron. En 1752,.\nJacques Aubert, dont le traitement à l'Académie royale se\nmontait alors à 800 livres, auxquelles venaient s'ajouter 100\nHvres de gratification, prit sa retraite et fut pensionné le ler\njuin de cette année, àraison de4oo livres (1).\nIl avait fait bâtir à Belleville, dans la grande rue du lieu,\nentre la paroisse et l'église des Picpus, une maison assez impor-\ntante, puisqu'elle avait trois étages surmontés d'un belvédère\nd'où se pouvait admirer la campagne d'alentour. Le violoniste\ns'y adonnait au jardinage, et il convient de remarquer que\nplusieurs de ses pareils montrèrent pour l'horticulture un goût\nanalogue; nous citerons, en particulier, Leclair qui cultivait\nson jardin dans le marais de laCourtille, et Mondonville dont\nles derniers jours se passèrent au milieu des potagers de Belle-\nville. C'est là que mourut Jacques Aubert, le 17 ou le 18 mai\n1753 ; il y fut enterré le 19 (2).\nLes historiens ne nous ont laissé sur son compte que de bien\nrares appréciations. Marpurg le cite sans exprimer de juge-\nment (3). Daquin vante « sa musique gracieuse et chantante (4) ».\nPlus tard, Beffara la trouvera « vive et gracieuse » (5), et\nBoisgelou lui reprochera de n'être qu'un faible imitateur\nde Leclair et de Senallié. Néanmoins, il déclarera « que son\nchant est naturel et que l'on pourrait tirer quelque parti de\nses Concertos qui ne sont pas tout à fait à mépriser ». Revenant\nsur les Concertos d'Aubert, le même Boisgelou leur donne la\ncote suivante : « Quelques motifs assez bons ; du chant, mais\nfaible (6). »\nCeci nous amène aux Concertos de Jacques Aubert. Ils for-\nment 2 livres, dont le premier parut au cours de l'hiver 1734-\n1735, et dont le second semble devoir admettre la date de 1738.\nLe premier porte le n° d'oeuvre 17 sur le catalogue des compo-\nsitions du musicien, catalogue dressé dans la 2e édition de ses\nSonates à violon seul et la basse ; le second est l'œuvre 26 ; en\nvoici les titres :\nI) Concerto à quatre violons, violoncello et basse continue par\n\n(I)Arch. de l'Opéra. Règlement d'appointements du ier avril 1752. La\nmention de la pension est portée en note.\n(2) Affiches, Annonces et Avis divers.Enterremens du 19 mai 1753, p. 327.\nVoiraussi pp. 340, 341.\n(3) Marpurg. Beitràge,l, p. 471.\n(4) Daquin. Lettre sur les hommes célèbres, etc., p. 205.\n(5) Beffara. Histoire de VAcadémie Ms. Arch. Opéra.\n(6) Catalogue de Boisgelou. Bib. nat."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.8", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "M. Aubert, Ordinaire de la Chambre du Roi, et de F Académie\nroyale, Intendant de la Musique de S. A. S. Mgr le Duc. Gravé\npar Mme Leclair. Œuvre XVII. (1) in-f°, s. d.\nII) Concerto à 4 violons, violoncello et 8.-C. par M. Aubert,\nOrdinaire de la Chambre du Roy, Et de VAcadémie royale, Inten-\ndant de la Musique de S. A. S. M&r le Duc. IIe Livre,gravé par\nde Gland, graveur du Roy. Œuvre XXVI. (2) in-f°, s. d.\nLe ier livre contient 6 Concertos ;le 2 e n'en renferme que 4.\nDe cet ensemble de 10 Concertos, 8 sont composés de 3 par-\nties sur le modèle de Corelli, 2 comportent 4 parties. Mais si\nle type général Allegro Aria se montre dans\n8 Concertos, il ne faudrait pas croire que ce cadre se refuse\nà toute modification; c'est ainsi que dans 2 œuvres du ier livre\n(Concertos I et V), Aubert termine par vmMenuet, et que l'Aria\nprend fréquemment la forme d'une Le Concerto 111,\ndu 2e livre, conclut par une Chaconne, et 2 compositions de ce\nlivre (Concertos II et IV) affectent une division en 4 parties\navec introduction lente, sur le type suivant :\nLargo, Allegro, Aria, Allegro.\nNotre musicien, tout en acceptant le cadre des Concertos\nitaliens, sait donc le plier à sa fantaisie.\nCette fantaisie s'affirme de façon encore plus évidente sur le\nterrain de l'instrumentation, et c'est là qu'Aubert fait vraiment\npreuve d'originalité. Ses Concertos sont écrits, en effet, pour\n4 violons, basse d'archet et clavecin ; Aubert élimine la partie\nintermédiaire, l'alto, et il en résulte une sonorité un peu crue,\nun peu mordante, que n'estompe point le timbre voilé et mélan-\ncolique de l'ancienne taille. Le musicien oppose franchement\ndeux registres l'un à l'autre, un registre aigu et un registre\ngrave, se montrant, de la sorte, fidèle aux tendances françaises\nqui se sont souvent complu à écarter les deux pôles de l'har-\nmonie.\nD'une semblable combinaison instrumentale, il va sans dire\nqu'on ne trouvera point d'exemples dans la littérature musicale\nallemande, car les Allemands écriraient plutôt deux parties\nintermédiaires qu'une seule, portés qu'ils sont à arrondir la\nsonorité, à mélanger les timbres, à bien établir le centre de\ngravité de leurs compositions. En Italie, la modalité instrumen-\ntale adoptée par Aubert ne se rencontre ni chez Torelli ni chez\n\n(1) Ce ier livrede Concertos existe àla Bib. nat ,àlaßibl. de l'Arsenal et\nà celle du Conservatoire. Il porte à la Bibl. nat. la cote Vî,, 1706.\n(2) Le 2e livre des Concertos d'Aubert se trouve à la Bibl. du Conserva-\ntoire. La Bibl. nat. possède les parties manuscrites du 4e Concerto de ce\nlivre. Ms. Vm, 4806."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.9", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "Corelli. Torelli, qui a fixé le cadre symétrique du Concerto,\ncadre comportant un mouvement lent intercalé entre deux\nmouvements vifs, emploie, outre le violon principal, 2 violons,\n1 viole et la basse. (Concerti grossi con una pastorale, Bolo-\ngne, 1709). Les Concerti grossi que Corelli publia\nen 1712 présentent un orchestre de ripiénistes composé de\n2 violons, d'une viole et d'une basse. Il en est de même des\n12 Concerti grossi qui parurent à Amsterdam en 1734 sous la\nsignature de Tartini. Pour trouver une sorte de précédent de\nla combinaison imaginée par Aubert, il faut remonter jusqu'à\nJean-Baptiste Buonamente de Bergame, qui, dans un recueil\nde Sonates et Can^onedatant de i 636, présente une\npour 4 violons, et une Sonate pour 2 violons et 2 basses ; ici,\nnous sommes en présence de compositions où les parties inter-\nmédiaires font défaut, comme chez Aubert.\nMais nous pouvons indiquer des Concertos italiens établis\ntout à fait sur le modèle de ceux du violoniste français. Mossi,\nValentini et Vivaldi publièrent, en effet, au xvme siècle, chez\nJeanne Roger, à Amsterdam, 6 Concertos à 6 instruments, com-\nprenant 4 violons, un violoncelle et la basse, Concertos qui\nrentrent absolument dans le type adopté par Aubert (1). Là\naussi il y a opposition bien nette de deux registres, instrumen-\ntation un peu acide, un peu piquante. Que l'lntendant de la\nmusique du duc de Bourbon ait connu les Concertos de Vivaldi,\nc'est ce dont il est impossible de douter ; il en parle, en effet,\nlui-même dans Y Avertissement de ses\net il nous sera loisible de relever dans ses propres compositions\ndes traces palpables de Tinfiuence qu'exerça sur lui le maître\nitalien.\nLe Concerto II du lerIer livre, en sol majeur, débute de la façon\nsuivante :\nqu'on rapprochera du thème initial du Concerto 111 en ré\nmajeur de Vivaldi (op. XII).\n\n(i) La Bibl. nat. possède sous la cote V?„ 1673 ce recueil de Con-\ncertos. Giovanni Mossi était un élève de Corelli; il acquit une brillante\nréputation dans les cercles musicaux de Rome. Giuseppe Valentini fut\nvioloniste au service du grand-duc de Toscane. On sait que Bach a\ntranscrit pour le clavecin les Concertos à 4 violons d'Antonio Vivaldi."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "La similitude est frappante ; de part et d'autre, emploi de la\ngamme du ton, ascendante chez Vivaldi, descendante chez\nAubert, avec répétition de la tonique que frappent les 4 croches\nde la 2e mesure. Il y a là sans doute un exemple du procédé dit\nde l'hexacorde, et dont se servaient souvent les clavecinistes\ndans leurs compositions (i) ; ils utilisaient comme thème la\ngamme ou des fragments de gamme, et telle était la substance\nmélodique sur laquelle s'exerçait leur imagination dans le travail\ndu développement. Nos anciens violonistes ont, eux aussi, fait\nappel à ce système qui économise singulièrement l'effort de\nl'invention mélodique, et il n'est pas rare de le voir appliqué\ndans les sonates de Du Val et d'Anet (2).\nSi Jacques Aubert emprunte à Antonio Vivaldi quelques-\nunes de ses formules, son style se rapproche aussi de celui de\nl'opéra buffaitalien, et ce même Concerto II du ler livre de\nnotre musicien revêt un aspect spirituel, alerte, nous dirions\nmême comique, qui rappelle plus d'une fois la manière de\nl'auteur de la Serra padrona.Ne voilà-t-il point, en effet, du\nPergolèse?\nOn pourrait multiplier les citations.\nDans l'ensemble, la manière de Jacques Aubert reflète une\nintarissable bonne humeur, et ses Concertos se tissent de pe-\ntites formules pimpantes, lestement troussées, qui minaudent à\nqui mieux mieux. Nous sommes bien ici en présence d'un art\naristocratique, conçu pour plaire à de grands seigneurs très\nlégers et très frivoles, en présence d'un art de divertissement\nqui ne vise qu'à amuser, qu'à créer une atmosphère de plaisir\nélégant. Aubert fait souvent usage de quintes qui sonnent\njoyeusement, avec une joie facile et parfois commune ; mais il\na de 1 entrain, un entrain prestigieux ] ses finales, allégros,\nprestos, gigues, s'enlèvent dans un train échevelé, dévalent avec\nun dynamisme et une gaieté inimaginables.\nTout cela est faiblement contrapointé, de trame légère, point\ntrop chargée de pédantes imitations ; cela court, cela vole, cela\nn'insiste pas, et l'instrumentation, en dépit du nombre relati-\nvement considérable des instruments mis en œuvre, se réduit,\n\n(1) Ce système de « l'hexacorde » a été surtout employé par Frescobaldi,\nmais Bach lui-même n'a pas craint d'y recourir.\n(2) On le retrouve aussi dans les Concertos de Leclair, et nous citerons\nen particulier les oeuvres 11 et iv du ler Livre et 11 et iv du 2 e Livre."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.15", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "somme toute, à fort peu de chose. Les Concertos à 4 violons et\nbasse de Jacques Aubert ne sont guère, en effet, que des Sonates\nà 2 violons et la basse ; les 4 violons s'y partagent presque\ntoujours en 2 groupes marchant à l'unisson, et les parties\nque l'auteur leur confie ne sont pas, à proprement parler, des\nparties réelles. Elles ne présentent ce caractère que tout à fait\npar exception ; la plupart du temps, Aubert procède par dou-\nblement des parties; dans les les 4 violons sonnent\nensemble, et dans les soli du violon principal, les 3 autres\nviolons dessinent généralement les mêmes contrepoints et cela\nde façon fort discrète. Du reste, ces soli du violon principal\nrévèlent chez Aubert une virtuosité infiniment moindre que\ncelle qu'affirme Leclair dans ses Concertos. Alors que ce dernier\nmaître confie à l'instrument soliste une partie très en dehors,\nchargée de traits, d'arpèges, de difficultés de toute nature,\nAubert,dans sa conception du Concerto, se rapproche beaucoup\nplus du Concerto grosso, et son violon solo se contente du rôle\nde primus inter pares. D'ailleurs, un exemple fera saisir sur\nle vif les procédés d'instrumentation de notre musicien.\nNous avons parlé plus haut d'un qu'il fit exécuter\nen novembre 1738 au Concert spirituel « par toute la Sym-\nphonie » (1). Or ce Carillon est le dernier mouvement du Con-\ncerto IV en mi mineur du 2e livre. En voici le thème :\nC'est, comme on le voit, un intervalle mélodique d'abord de\ntierce mineure, puis qui s'ouvre peu à peu, passant successive-\nment àla quarte, àla quinte, à la sixte, enfin à l'octave au fur\net à mesure que la figuration se complique ; l'effet produit est\nassez pittoresque en simulant de façon ingénieuse la mise en\nbranle d'un ensemble de cloches. Eh bien, ce se re-\ntrouve avec les trois autres mouvements du Concerto dans\nune Sonate à violon seul et basse d'Aubert (la 10e du livre III),\ndans laquelle le musicien, pour le Carillon seulement, avait\najusté un basson ou un violoncelle aux deux parties de violon\net de clavecin.\nC'est cette Sonate qu'Aubert a instrumentée « pour toute la\nSymphonie », et on va voir que dans ce travail il ne s'est\nguère mis en frais d'imagination. Voici, en effet, le début du\n\n(1) Les Carillons étaient très à la mode au Concert Spirituel, surtout les\n« Carillons funèbres », que l'on exécutait régulièrement à la Toussaint et\nle Jour des Morts."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.16", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "Carillon ainsi modifié; d'abord 10 mesures exposant le thème\n(A), les 4 violons à l'unisson ; puis :\nIl n'y a là que 2 parties de violon et non pas 4, puisque le ier\nviolon est doublé par le 3e, et le 2e doublé par le 4e ; en réalité,\nAubert s'est borné à introduire dans sa Sonate un 2e violon, et\nce n'est qu'à partir de la 24e mesure que les 4 parties deviennent\ndifférentes :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.17", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 367, "texte": "les violons 111 et IV frappant, alternativement, une pédale\nintérieure de dominante.\nNous retrouvons le même procédé dans les pièces qui com-\nportent des entrées successives, comme, par exemple, dans le\n2e mouvement du Concerto II du 2e livre qu'Aubert intitule\npompeusement : Da capella.\nLà encore, il n'y a que 2 violons concertant ensemble ; de"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.18", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "sorte qu'on peut dire, qu'en général, les Concertos à 4 violons\net basse de Jacques Aubert consistent purement et simplement\nen Sonates à 2 violons et la basse. Sans doute, de temps en\ntemps, les trois ripiénistes s'émancipent, et dessinent des\nparties indépendantes, mais ils n'agissent ainsi que très timide-\nment.\nIl convient toutefois de remarquer qu'Aubert cherche par-\nfois, et non sans bonheur, à varier ses effets d'instrumentation.\nC'est ainsi que dans l'élégante Gavotte du Concerto II du\nlerIer livre il utilise fort ingénieusement les 6 instruments dont\nil dispose, faisant donner tantôt les 4 violons seulement, tantôt\nle violon principal à découvert, tantôt enfin les basses qui vien-\nnent s'adjoindre au groupe des 4 violons, et leur apportent le\nrenfort de leur sonorité plus grave.\nComme harmoniste, Aubert innove peu, et les successions\nd'accords qui suivent : quarte et sixte ou quinte et sixte et\nseptième, etc., lui sont familières, comme à tous les compo-\nsiteurs de son temps.\nSa technique de violon présente un intérêt incontestable, et\nsans posséder la virtuosité de J.-M. Leclair, il arrive cepen-\ndant à se placer assez près du célèbre violoniste. Chez Aubert,\nl'emploi de la double corde est très fréquent; presque tous ses\nmouvements lents comportent une telle écriture, et il pratique\nfacilement le double, trille. Il utilise également dans un grand\nnombre de ses Concertos les arpèges de 3 notes. (Exemple :\nier mouvement du Concerto II en majeur du lerIer livre,\npédale de dominante, ré.) Sans se hasarder à des démanchés\npérilleux comme Vivaldi et Leclair, Aubert atteint cependant\nla 4e position, et abuse des traits en triolets de doubles croches,\nalternant avec des figurations binaires, procédé qui produit des\neffets de bariolage assez monotones et que les violonistes de la\nseconde moitié du xvme siècle devaient répéter jusqu'à la satiété.\nEn résumé, Jacques Aubert est un artiste que les histo-\nriens de la musique ne doivent point dédaigner. Il a eu le\nmérité de créer en France le Concerto de violon, et a donné à\nce genre de composition une instrumentation originale en la\nconfiant aux seuls violons et à la basse.\nL'article que M. R. Eitner a consacré à Louis Aabert dans\nson Quellen Lexikon (1) semblerait faire croire que les Concertos\ndont nous venons de donner un rapide aperçu sont de ce mu-\nsicien et non pas de Jacques. M. Eitner ne mentionne point en\neffet de Concertos de violon à l'actif de Jacques Aubert, et en\nattribue, au contraire, à Louis Aubert. Cette attribution résulte\n\n(1) R. Eitner, Quellen Lexikon, I. pp. 235-236."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.19", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "du regrettable désordre avec lequel sont rédigés les articles\nqui concernent ces deux musiciens. M. Eitner donne comme\nœuvres de Louis Aubert :\ni° Un Premier Livre de Sonates C., Paris,\nchez l'auteur;\n2°) Un Livre de Sonates à violon C., livre Y;\n3°) Des Concertos pour le violon, Paris.\nOr, ces 3 œuvres ne sont pas de Louis Aubert, qui a com-\nposé seulement :\ni°) 6 Sonates à violon seul et dédiées à Mme Adé-\nlaïde de France, œuv. I, Paris, in-f°, s. d. (i).\n2°) 6 Symphonies à 4 parties dédiées à Mme la marquise de\nVilleroy, œuv. 11, Paris, in-f°, s. d. (2).\nTelles sont, du moins, les compositions que les bibliothèques\nde Paris conservent de ce musicien. Le Premier Livre de\nSonates à violon seul et basse que signale Eitner comme appar-\ntenant à Louis Aubert n'est autre que celui de son père, car le\nlivre de Sonates composé par Louis Aubert le fils sous le\nnuméro d'œuvre I porte simplement le titre de\nseul et basse.Quant au Ve livre de il appartient éga-\nlement à Jacques, dont le Ve livre présente la même indication,\net fut gravé par le même graveur, de Gland.\nLes 6 Symphonies de Louis Aubert sont postérieures à 1750,\npuisqu'elles forment l'œuvre II du musicien, et que le privilège\nqui accompagne son œuvre I, valable pour 12 ans, porte la\ndate du 4 avril 1750; la gravure en fut exécutée par La Bassée,\ntandis que l'œuvre I était gravée par Mraa Leclair, la femme du\nvioloniste.\nRemarquons enfin que les Symphonies de Louis Aubert,\nétablies non pas sur le cadre ternaire des Concertos, mais sur\nle modèle des Suites de Symphonie si nombreuses (il yen a 12)\nécrites par son père, offrent une imitation de l'instrumentation\nque celui-ciadopta pour ses Concertos, puisqu'elles n'emploient\npas d'alto, mais seulement 3 violons obligés et la basse.\nLes deux Aubert avaient du reste été déjà confondus en un\nseul personnage par Gerber (3), et Fétis a, en partie, perpétué\nl'équivoque. M. Eitner, en rédigeant les articles relatifs à ces\ndeux musiciens, n'a donc fait que suivre la tradition.\n\nLionel De La Laurencie.\n\n(1) Bib. nat. V£. 794.\n(2) Bibl. du Conservatoire. La dédicace adressée à la marquise de Vil-\nleroy est en vers. L'abbé Aubert en est probablement l'auteur.\n(3) Historisch-bibliographisches Lex par Ernest\nLudwig Gerber, Leipzig, 1790. Voir à ce sujet : Choron et Fayolle,\ncit., I, p. 32."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.3", "titre_corps": "Simone poème champêtre", "titre_sommaire": "Simone poème champêtre", "signature_source": "REMY DE GOURMONT ; Dessins de Georges d'Espagnat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 85, "texte": "Simone\npoème champêtre\nL'Aubépine\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 378, "texte": "L'Aubépine\n\nSIMONE, tes mains douces ont des égratignures,\nTu pleures, et moi je veux rire de l'aventure.\nL'Aubépine défend son cœur et ses épaules,\nElle a promis sa chair à des baisers plus beaux.\nElle a mis son grand voile de songe et de prière,\nCar elle communie avec toute la terre ;\nElle communie avec le soleil du matin,\nQuand la ruche réveillée rêve de trèfle et de thym,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 656, "texte": "Avec les oiseaux bleus, les abeilles et les mouches,\nAvec les gros bourdons qui sont tout en velours,\nAvec les scarabées, les guêpes, les frelons blonds,\nAvec les libellules, avec les papillons\nEt tout ce qui a des ailes, avec les pollens\nQui dansent comme des pensées dans l'air et se promènent ;\nElle communie avec le soleil de midi,\nAvec les nues, avec le vent, avec la pluie\nEt tout ce qui passe, avec le soleil du soir\nRouge comme une rose et clair comme un miroir,\nAvec la lune qui rit et avec la rosée,\ni\nAvec le Cygne, avec la Lyre, avec la Voie lactée ;\nElle a le front si blanc et son âme est si pure\nQu'elle s'adore elle-même en toute la nature."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.4", "titre_corps": "NOËL DES JOUETS", "titre_sommaire": "NOËL DES JOUETS", "signature_source": "Maurice Ravel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 749, "texte": "NOËL DES JOUETS\nMaurice Ravel.\n(0\nLe troupeau verni des moutons\nRoule en tumulte vers la crèche.\nLes lapins-tambours, brefs et rêches,\nCouvrent leurs aigres mirlitons:\nVierge Marie, en crinoline,\nSes yeux d'émail sans cesse ouverts\nEn attendant Bonhomme hiver,\nVeille Jésus qui se dodine.\nCar, près de là, sous un sapin,\nFurtif, emmitoufflé dans l'ombre\nDu bois, Belzébuth, le chien sombre,\nGuette l'Enfant de sucre peint.\nMais les beaux anges incassables\nSuspendus par des fils d'archal,\nDu haut de l'arbuste hiémal\nAssurent la paix des étables.\nEt leur vol de clinquant vermeil\nQui cliquette en bruits symétriques\nS'accorde au bétail mécanique\nDont la voix grêle bêle : Noël !\n(I) Voir le compte rendu du concert de la Société Nationale, page 471."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.5", "titre_corps": "LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS D'ÉGLISE EN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE D'APRÈS LE « JOURNAL DES VISITES PASTORALES » D'Odon Rigaud", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS D'ÉGLISE EN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE D'APRÈS LE « JOURNAL DES VISITES PASTORALES » D'Odon Rigaud", "signature_source": "Pierre Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "LA MUSIQUE\nET LES MUSICIENS D'ÉGLISE\nEN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE\nD'APRÈS LE « JOURNAL DES VISITES PASTORALES »\nD'Odon Rigaud\n\n(I)\nMais revenons à l'archevêque et à ses ouailles. Au cours de\nl'un des nombreux voyages qu'il fit à Paris, où l'appelait la con-\nfiance de Louis IX, il eut à examiner un prêtre qui lui était\nprésenté pour l'église de Rothoirs (2).\nSamedi,22 février 1259-\n[Parisius] Ipsa die examinauimus Guillelmum presbyterum presen-\ntatum nobis ad ecclesiamde Rothoirs... et examinatus fuit in legenda\nlibri Geneseos, ibi uidelicet : Ade, u\neius, inmisit ergo Dominus Deus sopore\ntulit unam de costis eius et repleuit çarnempro ea (3). Requisitus ut constru-\neret et exponeret inromana lingua, dixit sic : Ade Adans,uero adecertes,\nnon inueniebatur ne trouvoit pas,adiutor aideur, similis samblables, eius\nde lui. Requisitus quomodo declinatur dixit sic : Inmitto,tis, si,\ntere, tendi, do, dum, inmittum, tu, inmisus, inmittendus, tor, teris,\ninmisus, tendus. Item dixit : Dominus nostre sire, inmisit envoia, sopo-\nrem encevisseur, in Adam... Item requisitus quod declinaret reppleuit,\ndixit sic : Reppleo, pies, ui, re, reppleendi, do, dum, repletum, tu, re-\nplens, repleturus, repleor, ris, tus, repleendus. Item fecimus ei sillabi-\ncari repleendi, dixit\", re-ple-en-di, Item examinatus fuit incantuibi:\nVoça operarios,et nesciuit cantare. [p. 332]\nLe morceau d'examen est l'antienne de l'office de none, au\ndimanche de la Septuagésime :\n\n(1) Voir le Mercure Musical du i 5 avril 1906.\n(2) Il s'agit vraisemblablement de Rothoirs, petite localité du département\nde l'Eure, dépendant aujourd'hui de la commune de Saint-Aubin-sur-\nGaillon.\n(3) Genèse, 11, 20."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "Évidemment, le candidat fut blâmable de ne savoir chanter\nune mélodie aussi facile que celle qu'on lui proposait; mais fai-\nsons un retour sur nous-même et demandons-nous combien\nOdon Rigaud, s'il revenait de nos jours, trouverait, en France,\nde curés de campagne mieux préparés à lui répondre, au lende-\nmain même du Motuproprio 1 Enfin, voici les résultats dun\ndernier examen.\nMercredi, 16 mars 1261.\nPernoctauimus apud Insulam Dei (2) cum expensis abbacie. Ipsa die\nexaminauimus Nicholaum dictum Quesnel clericum presentatum nobis\nad ecclesiam Beate Marie de Wynemeruilla (3)... Noluit cantare et\ndixit se nichil scire de cantu...\nNicolas Quesnel fut jugé insuffisant, et le prélat refusa de\nl'admettre àla cure de Vinemerville. Alors le candidat évincé,\nmais récalcitrant, au lieu de perdre du temps à maudire son\njuge, fait appel de cette décision .\n« ... Ego iam dictus Nicholaus in hoc sentiens me grauari... ad\nsedem apostolicam apello in scriptis... »\nMais Odon Rigaud ne se mettait guère en peine de ces appels\nau pape, car il jouissait du plus haut crédit en cour de Rome.\nL'archevêque maintient sa décision :\n... Cui appellationi propterea quod ipsum in examinatione inueni-\nmus littérature penitus insufficientis, ut puta, nec legere competenter,\nnec construere nouit, nec cantare uoluit, non duximus deferendum.\n[p- 396]\nLe zélé prélat avait-il d'aventure des illusions sur l'avenir\ndu chant liturgique ?\n3° Exécutions défectueuses : plusieurs\nl'office. Le Journald'Odon Rigaud va nous révéler quel-\n\n(1) Antienne du dimanche de la Septuagésime, ad nonam.— Liber anti-\nphonarius pro laudibus et horis minoribus, p. 139. Solesmis, 1891. Il s'a-\ngit de l'antiphonaire monastique.\n(2) L'lsle-Dieu était une abbaye de Prémontrés dans une île del'Andelle.\nVoir Gallia Christ.,t. XI, p. 340.\n(3) Vinemerville, Seine-Infér., arr. d'Yvetot, canton de Valmont."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "ques-unes des nombreuses malices connues des clercs et\nemployées par eux pour abréger l'office chanté ou tout au moins\npour y prendre la moindre part possible. C'est ainsi qu'à Saint-\nOuen de Rouen nous constatons cette tendance des moines\nà fuii les obligations que la règle leur fait de participer au\nchant, sans pouvoir préciser pourtant en quelles circonstances\nde la vie monastique.\nJeudi, 28 janvier 1255.\nVisitauimus abbaciam Sancti Audoeni Rothomagensis (1) Item\nprecepimus quod ille qui ad minus semel in edomada non cantauerit,\nabstineat a uino quousque cantauerit [p. 203]\nLa visite qu'en 1264 Odon Rigaud fait à l'église Saint-\nMellondePontoise nous vaut une expression nouvelle à ajouter\nau vocabulaire de la musicologie médiévale. Le prélat rédige\nainsi son procès-verbal :\nMardi, g décembre 1264.\nAdiuuante Domino, accessimus ad ecclesiam Sancti Mellonis Ponti-\nsarensis... Item quia inuenimus magnum defectum fuisse et esse in\necclesia circa illos qui facieb&nt inuvrcincicis, uidelicet qui nolehctnl ccin-\ntare m chororesponsona et alléluia,iniunximus domino RicardoTriguel,\nquod ab illis qui marrancias huiusmodi facerent penam unius denarii\nleuaret pro qualibet marrancia..... [p. 503]\nIl semble résulter des textes cités par Du Cange que ce mot\nmarancia désigne àla fois l'absence d'un clerc à l'office et la\npeine dont un supérieur frappe ce manquement.\nSi pena pecunaria, que pro defectibus seu maranciis, que in\nEcclesia nostra staiuta est, uoluit se liber are (Charte de\n1 année 1245 dans VHistorïa Episcoporum Siluanectensium,\np. 4D4.)\nPost hec soient recitari marancie\nprecedentium et ibi puniri... (Consuetudines Ecclesie Rotho-\nmagensis.)\nSi infra primam collectant uenerimaranciam\nQui uero maranciam in officio m\nrios nigrorum de propria bursa\npersolue't diaconus maranciam (Charte de l'année 1247 dans\nYHistoria monasterii Sanctae Mariae Suessionensis, p. 469.)\n\n(1) Saint-Ouen de Rouen, abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît.\n30"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.24", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "Qui maranchiam misse fecerit\nqui uero maranchiam Euangelii\n(Statuta pro Ecclesia Abbauillensi, anno 1208, dans le Ta'bu-\nlarium Episcopatus Ambianensis, fol. 3i.)\nIl résultait donc un grand dommage pour la régularité des\noffices à l'église Saint-Mellon de Pontoise du laisser-allei des\nclercs qui faisaient marrance, c'est-à-dire qui refusaient de\nchanter au chœur les répons et les alléluia : Odon Rigaud en-\njoint à Richard Triguel de lever à l'avenir une amende dun\ndenier pro qualibet marrancia sur tous ceux qui se mettraient\nainsi en faute. Déjà, dans une précédente visite, quil avait faite\ndeux ans auparavant au même chapitre, l'archevêque avait eu\nl'occasion de sévir contre un vicaire, nommé Lucas, qui, non\ncontent d'avoir dans la vie privée des mœurs déplorables, dor-\nmait quand il était au chœur, au lieu de chanter l'office.\nMardi, 14 novembre 1262.\nVisitauimus capitulum Sancti Mellonis Pontisarensis Item,\nLucas, uicarius, adhuc erat de incontinentia diffamatus et dormiebat\nin choro sepissime, licet bene psalleret et cantaret, si uellet... [p. 447]\nA l'abbaye du Mont-Sainte-Catherine, près de Rouen (1),\ndeux moines mettent à chanter tout leur mauvais vouloir :\ndissolute cantant. Le prélat emploie alors les grands moyens.\nMercredi,25 janvier 1251.\nVisitauimus ibidem. Ibi sunt xxx monachi. Caleboyche et alter, qui\nsunt incarcerati, dissolute cantant : precepimus ut corripiantur per\nsurreptionem ciborum et disciplinam [p. 103]\nLe dépouillement de notre curieux nous amène à\ntoute une suite de fâcheuses remarques, que fait Odon au cours\nde ses visites, principalement dans les prieurés, où le petit\nnombre des moines permettait avec la règle des accommode-\nments qui n'eussent point été possibles dans une grande abbaye,\nmais que le prélat ne juge pas moins très regrettables c'est\nl'habitude de réciter l'office des heures au lieu de le psalmodier,\net l'archevêque constate qu'il en est ainsi au prieuré de Saint-\nMartin-la-Garenne (2), au prieuré de Gasny (3), où par trois fois,\n\nAbbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît.\n(2) Prieuré dépendant de l'abbaye du Bec.. Aujourd'hui Saint-Martin-la\nGarenne est une commune de Seine-et-Oise, arr. de Mantes, canton de\nLimay.\n(3) Prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Aujour-\nd'hui Gasny est une commune du département de l'Eure, dans l'arrondis-\nsement des Andelys."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.25", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "en 1262, en 1264 et en 1266, les moines ils étaient trois au\nmaximum résistent à ses injonctions, et même à Avranches,\nau chapitre, où le clergé récite à voix basse l'office des morts. On\nvoit tout de suite la cause de ce relâchement, c'est le désir inavoué\nd en terminer le plus rapidement possible avec les obligations\nde la vie religieuse : les moulins à prières du culte lamaïque\nn'ont point d'autre origine.\nVendredi, 12 décembre 1264.\nVisitauimus prioratum Sancti Martini in Guarenna. Ibi erant quatuor\nmonachi de Becco Helluini... Non consueuerant dicere omnes horas\nsuas cum nota : precepimus eis quod ex tune in hoc assuescerent et\nhoras suas insimul dicerent cum nota.... [p. 504]\nVendredi, 25 août 1262.\nApud Gaagniacum et uisitauimus ibi. Ibi erant duo monachi, prior\net suus socius Non cantabant omni die officium suum cum\nsolfa,sed missas solum in diebus festiuis. Non seruabantieiunia régulé,\ncomedebant carnes inhibuimus priori ne inuitaret mulieres ad\ncomedendum in prioratu [p. 439]\nDimanche, 14 décembre 1264\nVisitauimus prioratum de Gaaniaco. Ibi erant très monachi Sancti\nÂudoeni Rothomagensis Non dicebant horas suas cum nota....\ntP- 505]\nSamedi, 16 janvier 12 66.\nVisitauimus prioratum de Gaany. Ibi erant très monachi Sancti Au-\ndoeni Rothomagensis Non dicebant horas suas cum nota... [p. 534]\nMercredi, 3 août 1250.\nApud Abrincas uenimus Inuenimus quod ibi sunt quatuor sacer-\ndotes Officium defunctorum dicunt aliquando sine nota... [p. 85]\nEt Odon s'indigna fort qu'on marchandât ainsi une dernière\nmélodie aux pauvres défunts. Mais ailleurs la longueur de l'of-\nfice suggéra aux moines d'autres tentations : nous les voyons à\nSaint-Martin de Pontoise, dans leur hâte immodérée d'en avoir\nterminé plus vite, ne plus prendre la peine de prononcer les\nmots, et faire de la récitation de l'office un horrible mélange de\nvoyelles et de consonnes, où le bon Dieu lui-même ne devait\nplus rien discerner. C'est ce que le prélat réprouve par ces mots :\npsallit sincopando. Voici le passage :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.26", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "Dimanche, 12 février 12^1.\n[Apud Sanctum Martinum de Pontisara (1)] Matricularius\nnegligens est in custodiendo libros, clericus eius nimis rudis et inho-\nnestus et psallit sincopando [p. 105]\nNous sommes assurés du sens à attribuer à cette expres-\nsion, qui n'a point un caractère musical, comme M. Léopold\nDelisle semble le croire en traduisant par chant syncopé(2), car\nen un autre endroit du Journal nous lisons : « dicant ot~a-\ntiones... non syncopi\\ando,sed intelligibililer et distincte ». Il y\na là une négligence coupable de la part des clercs, un usage\nfautif de supprimer des syllabes, sincopare ; mais, en bon\nnombre de monastères ou d'églises, cette précipitation dans\nle chant psalmodique avait pris une autre forme et la force\nd'une habitude. On lui a même donné un nom, c'est le tuilage.\nOn sait que la psalmodie se fait à deux chœurs, chacun chan-\ntant alternativement un verset : or, il y a quand le\nsecond chœur attaque le commencement d'un verset avant que\nle premier ait achevé la récitation du sien. Le verset que l'on\ncommence recouvre ainsi la fin du précédent, les extrémités se\nsuperposent, comme les tuiles sur un toit. On peut croire que\ncette détestable tradition a été assez commune au treizième\nsiècle, car les textes conciliaires qui en parlent pour l'interdire\nne manquent point. Nous citerons seulement, pour nous en\ntenir au temps d'Odon Rigaud, deux canons conservés dans\nMansi. Tous deux sont spécialement rédigés à l'intention des\nchanoines dans les cathédrales. Le premier est le xme canon\ndu Concile de Paris de 1248 : « Moneantur capitula secularium\npersonarnm, maxime cathedralia ut... circa diuinum officium\ndiligentiam adhibeant efficacem pr\ntatim et per pausationes congruas\ndicant, nec uersum incipiat pars chori psallitura nondum alio\nfinito, et quod a confabulationibus precipue in\nsimiliter cum diligentia moneantur(3). »\nLe second, postérieur de quelques années, est le premier\ncanon d'un concile de Saumur en 1253 : «...\net maxime in cathedralibus, dicantur hore canonice horis debitis,\ncum omni deuotione, solemniter e\nculum una pars chori incipiat qua\nuersiculus finiatur (4). »\n\n(1) Abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît.\n(2) DELISLE, art. cité.\n(1) MANSI, t. XXIII, p. 767.\n(2) ID. ibid., p. 809."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.27", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "Mais à regarder de plus près nous constatons un troisième\ndéfaut : c'est l'escamotage de la pause à la médiante, non Jiunt\npausaciones, tandis que le tuilage affecte seulement la fin du\nverset.\nLes très fréquents rappels de l'archevêque de Rouen à ses\nclercs d'avoir à s'abstenir de semblables pratiques nous indi-\nquent à quel point elles étaient développées dans son diocèse.\nAu reste, il n'était pas le seul à s'en plaindre : quand Odon\npasse aux Andelys, le doyen du chapitre attire son attention\nsur ce point.\nJeudi, ii mai 12 51.\nVisitauimus capitulum Andeliacense. Omnia inuenimus in bono\nstatu. Petebat tamen decanus quod pausacio fieret in medio psal-\nmodie... [p. 110]\nNous extrayons de notre document quelques passages rela-\ntifs au tuilage et à la suppression du repos à la médiante : on\nverra que la plainte du doyen des Andelys n'était que trop\nfondée. Voici donc, à titre de curiosité, quelques-uns de ces\ntextes, rangés par ordre chronologique :\nLundi, 4 janvier 124 g.\nVisitauimus monasterium Sancti Amandi Rothomagensis. Inueni-\nmus quod ibi sunt XLI moniales uelate et vi uelande... Aliquando\ncantant horas Beate Marie et psalmos suffragiorum cum nimia festi-\nnatione et precipitatione uerborum : iniunximus eis ut ita cantarent eas\nquod pars incipiens uersum audiret finem precedentis uersus et pars\nuersum finiens audiat principium uersus sequentis... [p. 15]\nVendredi, ig mars 124 g.\nVisitauimus capitulum Rothomagensem... Psalmodia nimis trans-\ncurritur, non fiunt pausaciones... [p. 35]\nVendredi, y septembre 124 g.\nVisitauimus ecclesiam et capitulum de Andeliaco... Nonfaciunt pau-\nsaciones in psalmodia, immo cantant eam cum nimia precipitatione :\niniunximus decano ut emendari faceret istud... [p. 50]\n4 septembre ■ 1252.\nVisitauimus conuentum Sancti Albini. Sunt xn moniales... Nimis\nfestinanter dicunt psalmodiam : iniunximus quod dicant psalmos cum\ndébita pausacione [p. 146]\nSamedi, j octobre 1254.\nVisitauimus capitulum Andeliacense. Ibi sunt quatuor uicarii, quorum\nunus cantat cotidie apud Culturam et alius ad Beatam Magdalenam\net duo in ecclesia ipsa, unus missam matutinalem et alius magnam"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.28", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "missam... Vicarii nolunt recipere capam ad mandatum decani, nec\ncanîare responsoria, iniunximus hoc emendari. Minus cito uersilant :\niniunximus hoc emendari... [p. 188]\nL'histoire nous apprend par ailleurs qu'Odon Rigaud fut\nun saint prélat : nous le croyons sans peine, car il lui fallut\nune patience divine pour ne point sortir de sa mansuétude cou-\ntumière, quand il lui arrivait de rencontrer sur sa route d'incor-\nrigibles têtus, comme ces chanoines des Andelys, qui se con-\ntentaient de secouer leurs longues oreilles et, sans tenir\ncompte le moins du monde de ses observations réitérées, con-\ntinuaient leur routine familière. Et le brave archevêque pour-\nsuivait sa tournée, et là où deux ou trois ans plus tôt il s'était\nheurté à des relâchements de discipline, à des fautes contre la\nrègle monastique ou la morale commune, là où il avait dit\nmélancoliquement : « Iniunximus hoc emendari », quand il\nrepassait deux ou trois ans plus tard, il se heurtait encore aux\nmêmes relâchements, aux mêmes fautes, et, plus mélancolique-\nment, répétait : « Iniunximus ho », et si, ce jour-là,\nla charité chrétienne inspirait les jugements du prélat, il\npouvait dire : « L'esprit de tradition est la force de mon clergé ».\nUn pamphlétaire eût répondu : « Il n'est point de force au\nmonde qui puisse prévaloir contre la force d'inertie ».\n[A suiv\n\nPierre Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1863, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLETTRE DE L'OUVREUSE.\n\nWeingartner. Ysaye et Pugno.\nBerlio% et Weingartner. Berlioz jouit actuellement dans la patrie de\nWagner d'une popularité dont se réjouit M. Colonne, charmé devoir le\nromantisme satanique de son satané Hector ravager les mélomanes senti\nmentaux d'outre-Vosges. J'attendais donc avec impatience l'interprétation\nnationale que pouvait en donner au Châtelet Félix Weingartner : elle est\népatante. Astruc, sois béni dans le Seigneur, sois béni dans le Seigneur !\n(J'en rends du Meyerbeer.)\nN'ayant pas les mêmes raisons que les Français d'aimer notre enfant\ngâté jusque dans ses verrues (surtout dans ses verrues), le capellmeister\nallemand a su débarrasser les partitions berlioziennes des excès de trucu-\nlence et des outrances sonores qui les encombrent. Avec un sens littéraire\ntrès affiné indispensable pour traduire la pensée de l'homme de lettres\nqui écrivit la Fantastique, il donna de chaque numéro du programme\nune interprétation élégante, pas trop poussée, intelligemment extérieure,\névitant de prendre trop au sérieux telles de ces pages à effet où il n'y a\nvraiment pas beaucoup de musique! Berlioz en est sorti tout rajeuni. Ses\npires excès s'atténuèrent, s'évaporèrent, disparurent. La fin du Carnaval\nromain, ainsi dévulgarisée, en parut plus spirituelle, et il n'est pas jus-\nqu'aux affligeantes cadences italiennes de la dernière page qui, habilement\nresserrées et condensées, ne devinssent un aimable effet de verveuse con-\nclusion.\nLa nouveauté du programme résidait dans la première audition (en\nFrance) de Cléopâtre, troisième cantate (consultez Boschot) écrite par Ber-\nlioz en vue du prix de Rome... qu'il n'obtint d'ailleurs que l'année suivante\navec Sardanapale. Entre nous je ne trouve pas prodigieusement inique la\ndécision du jury refusant, à l'instigation de Boïeldieu, d'attribuer la récom-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "pense suprême à cette médiocre élucubration lyrique, ressemblant à Gluck\ncomme Ponsard à Corneille, pleine d'élans conventionnels et d'effets am-\nbitieusement poncifs, avec râles de contrebasses, roulements de timbales et\npetite flûte figurant l'aspic.\nMile Bréval exprima avec une belle passion les angoisses de la veuve\nd'Antoine et présenta son sein résigné à la brève gamme suraiguë qui sym-\nbolise indifféremment dans les compositions romantiques les coups de\npoignard, les éclairs aveuglants ou les morsures ophidiennes.\nUn régisseur vint nous informer, salué par des murmures de réprobation,\nque, <( n'ayant pu répéter », l'air de Gassandre ne serait pas chanté\npar Mlle Bréval. Cette information ne parut pas d'une logique inatta-\nquable.\nExposition beethovenienne. Une prestigieuse interprétation de la\nSymphonie en la} plus dynamique, plus dionysiaque encore qu'en igos,\nenfièvre les auditeurs du Châtelet. Colonne exulte, Chevillard resplendit\nd'extase, tous les cœurs volent vers Weingartner, qui en profite pour ne\npas faire la reprise du premier temps, à la conclusion mirifiquement\nélargie.\nOn fête dans le Concerto en sol Auguste Pierret, tête fine et doigts fins,,\ndont j'aimerais applaudir plus souvent la nerveuse élégance (mais de qui\ncette cadence, bons dieux?). Weingartner soude l'Andante au Rondo. Et\npuis c'est Yut mineur, finale d'apothéose, avec, dans la coda, des trompettes\nde gloire...\nLéonore a trois ouvertures comme la maison de Cadet-Roussel ; mais je\nne prétends pas que cette triple exécution m'emballe... Notons cependant\nque le thème de la trompette, dans la coulisse, a subi, en passant du n° 2\nau no 3, une modification curieuse qui augmente son énergie.\nLouons Enesco des jolies sonorités qu'il a mises au service du Concerto\net admirons l'interprétation infiniment spirituelle et distinguée de la Hui-\ntième Symphonie, commentée avec un lyrisme infatigable par l'ami Pierre\nLalo (il a raison) contempteur de Litvinne (il a tort).\nYsaye-Pugno. - Une cour de jolies femmes adule, salle Pleyel, les deux\nventripotents monarques de l'archet et du clavier. Dans la griserie de cette\natmosphère chargée de parfums, je ne me sens pas la force de reprocher à\nYsaye son interprétation trop câline de Bach... Beaucoup d'énergique pré-\ncision dans l'austère Sonate de Vincent d'lndy ; majestueux et poupin, le\nPaganini bruxellois arrache héroïquement les farouches pizzicati du second\ntemps dont les âpres harmonies sont pétries et modelées avec un athlé-\ntisme tranquille par Pugno, ce Rodin du Pleyel.\nDamnation de Faust. M. de Morsier annonçant la grippe de Van Dyck\nprovoque les glapissements aigus du public de l'Opéra, public d'ailleurs\nignorant des traditions, car il ne bisse ni la Danse des Sylphes, ni la Puce\n(Delmas en était baba), mais seulement la Marche et la Sérénade. Néan-\nmoins, gros et très gros succès.\nOn se montre avec admiration les 400 choristes d'Amsterdam qui occu-\npent le fond de la scène et débordent sur deux hautes terrasses latérales\nornées de fleurs barbares. Ces messieurs et dames portent à la boutonnière\nun ruban rouge ; Astruc a dû les faire tous décorer de la Légion d'hon-\nneur pour les récompenser de leur discipline artistique et de leurs pianis-\nsimo impressionnants. Bréval triomphe, après son amoureuse lamentation,\net Weingartner [après le steeple-chase final de Vortex et de Giaour, arri-\nvant dead-heat.\nEncore Beethoven. —Au dernier Weingartner, l'ouverture d'Egmont fut\naussi bien accueillie que celle d'une caisse de jambons, le ler mai, chez\nPotin."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "Harold Bauer triompha dans la fantaisie en ut mineur où apparaissent\ndes esquisses du finale de la ((Neuvième ». Ce pianiste, autrefois violoniste\net que je ne désespère pas de voir finir ténor, a donné de cette page synop-\ntique une traduction très musicale, plus nuancée que puissante, et plus\nintime que majestueuse.\nAprès la Neuvième, des hurlements de sympathie prouvèrent à Wein-\ngartner combien avaient été goûtés ses gestes de précision énergiques et ses\ncoups de tête éperdus. Le scherzo parut un enchantement lumineux, un\ntriomphe anticipé du pointillisme. Quant au finale, si dangereusement\nécrit pour les voix, il fut rythmé avec vigueur par les quatre cents Hollan-\ndais ouvrant des bouches démesurées pour accentuer chaque syllabe\navec plus de force. Les solistes se tirèrent avec honneur des quelques\nlignes haut-perchées qui leur étaient confiées, et exécutèrent au mieux le\njoli (( dégradé » de leur dernier accord. Et l'hymne à la Joie se déchaîna\navec sa furie coutumière et débridée... Joie un peu trop canaille tout de\nmême; c'est surtout dans ce cas que la joie fait peur! Voir dans le cancan\nfinal, ponctué de laides cymbales, le dernier mot du sublime beethové-\nnien, c'est se montrer inique pour Fauteur de la Messe en ré.\n\nL'Ouvreuse.\n\nTHÉATRES.\n\nNOUVEAUTHÉATRE : Le Clown, nouvelle musicale en deux actes, livret de V. Capoul, musique\nde I, de Camondo.\nLa scène est à Neuilly, de nos jours, chez les forains. Je sais tout le\ncharme que possèdent, pour certains spectateurs, ces « reconstitutions » ;\nj'ai le regret de m'y trouver insensible. L'entrée d'un cirque avec sa plate-\nforme où trône la caissière et sa galerie où s'époumonnent bugleset pistons,\nune baraque de tir à un sou, et dans le fond, par delà les feuillages pou-\ndreux, des maisons à six étages, sont des objets qui, transportés à la scène,\nfont pousser des cris d'enthousiasme à tel Parisien néophyte : « Voyez !\nEst-ce assez ça ?» Pour ma part, je regrette que la poétique fantaisie de\nM. Jusseaume n'ait pu se donner carrière en des décors plus harmonieux,\nplus expressifs et plus embaumés de rêve. Il faut dire cependant que cette\nsituation du drame nous a valu une de ses meilleures pages musicales : la\nfin du premier acte, où se trouvent mêlés et superposés avec la science la\nplus amusante les différents bruits de la foire : fanfare de cors, grosse\ncaisse et cuivres de la parade, orgue de la maison Gavioli, tourné par la\nmain synchronique de M. Garnessant (car le programme ne nous laisse\nignorer aucune collaboration); et tous ces thèmes, d ailleurs simples, mar-\nchent ensemble, ô mes frères, et s'amalgament en des sonorités étouffées\net confuses, qui agacent l'oreille de très curieuse façon. Ce tumulte est fort\ndivertissant, et met hors de conteste le talent d'écriture de l'auteur et la-\nsolidité de ses études\"; mais que dirait-on si la musique, au lieu d'être\nexacte, s'avisait d'être belle ? Moi, je dirais que cela vaut mieux.\nQuant à l'intrigue, elle veut être violemment dramatique, et se réclame\ndes principes véristes : c'est dire qu'elle est de la plus rare et cocasse\ninvraisemblance. Les époux Barbazan, maîtres du cirque, ont dans leur\ntroupe le clown Maxim, l'écuyère Zéphirine et le comique Auguste. Et le\nclown Maxim, pour ses sauts périlleux, est aimé des belles spectatrices\nautant qu'un ténor d'Opéra. Mais il ne peut obtenir les faveurs de Zéphi-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.32", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "rine, qui soupire, en souvenir de Louise, vers les plaisirs de Paris, et aussi,\nde façon plus précise, vers les vicieux attraits du sinistre Auguste. Et ce-\npendant Maxim et Zéphirine sont amis d'enfance, et roucoulent à ce sujet\nune assez jolie romance [Ta main dans ta main); mais le cœur des écuyères\na ses raisons.\n_Au second tableau, qui se passe dans la « loge » de planches de Zéphi-\nrine, Maxim est si éloquent et si brutal, qu'un instant son amie s'abandonne\nà son baiser. Le traître Auguste survient ; pour se venger, il sciera le\ntremplin d'où va s'élancer, dans un instant, le clown aimé du public : chute\nmortelle, agonie dans les bras de l'écuyère conquise par cet argument\nsans réplique. Et tout cela serait fort bien, si entre temps l'inexplicable\nZéphirine n avait échangé sa robe et son peigne avec une certaine Glady,\nadoratrice du clown, venue là on ne sait pourquoi, et qui se trouve fort\npenaude lorsque la vraie Zéphirine, après avoir suivi un instant Auguste,\nrevient, par un nouveau caprice, prendre la seule place qui lui convienne\ndans tout drame digne de ce nom : quand le héros expire, il faut, de néces-\nsité absolue, qu'il trouve auprès de lui les yeux et la main de l'aimée. Tout\ncela est d'une puérilité compliquée et cherchée et d'un bas romanesque\nou lon chercherait en vain le moindre trait de caractère, le plus ténu\ndétail de mœurs qui permît, au moins un instant, de croire à l'existence\nde ces fantoches. La langue est à l'avenant ; je n'en donnerai qu'un\nexemple : Maxim expirant trouve encore le triste courage de parler\nDu sang de sa blessure\nGoutte à goutte tombant sur sa pâle figure.\nCharpentier lui-même ne prête pas à ses midinettes un langage plus faux\nni plus affecté.\nQue Ton joigne à cela une chaleur suffocante, une salle des plus incom-\nmodes, malgré son brillant éclairage, et par surcroît de graves soucis poli-\ntiques, on aura l'idée d'une triste et maussade soirée. Mais la musique de\nM. de Camondo vient tout sauver. Car il s'est trouvé un homme pour\nprendre au sérieux les billevesées du librettiste, les étudier, les méditer, et\nles envelopper d'harmonie avec un soin digne certainement d:un meilleur\nobjet. Cette musique a pour premier caractère un manque d'originalité qui,\npoussé à ce degré, à cette puissance, devient une vertu : tant d'autres, de\nnos jouis, s épuisent, pour donner le change sur eux-mêmes, à dénaturer\ncruellement la foncieie banalité de leurs idees ! M. de Camondo, héroïque\ns est résolu a ressembler toujours a quelqu'un : sa mélodie vient le plus\nsouvent en droite ligne de Massenet, dont elle imite l'entrain facile et la\nsentimentalité frivole j mais panois elle devient solennelle, et fait alors\nsonger à Charpentier, dont certain « Chant des Gueux » ressuscite la\ntriviale emphase ; des ports de voix et des notes filées, à l'italienne,\nbrochent sur le tout, tandis que l'orchestre combine des brutalités véristes,\navec des foisonnements wagnériens. Et tout cela est fait de si bonne foi'\nque lon ne peut refuser sa sympathie a cet art composite, mais sincère et\nprobe. La réminiscence est le langage naturel de M. de Camondo ; c'est\npar des assemblages de notes déjà rencontrés qu'il exprime ses émotions\nles plus vives et les plus profondes. On ne songe point à l'en blâmer;\ncertaines pages de sa partition sont amusantes, comme le finale, déjà\ndu premier acte ; d autres ont un tel accent de conviction, que l'on se sent\ntout attendri : l'introduction au second acte, par exemple, ou la mort du\nclown, a\\ec le rappel, prévu mais d'un effet sûr, du « souvenir d'enfance >).\nMusique de collectionneur, dira-t-on. Sans doute ; mais Meyerbeer a-t-ii\nsouvent fait autre chose? Musique honnête, sans aucun doute, et meilleure\nque celle de bien des œuvres montées récemment par telle de nos scènes"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3244, "texte": "officielles. Si j'essaye de me représenter la Muse de M. Camondo, je vois\nune figure aux traits peu accusés, qui n'est point belle, qui ne séduit pas,\nmais dont le sourire est si bon qu'il lui donne une sorte de noblesse ; une\nde ces figures « auxquelles on s'habitue très bien », ce qui veut dire qu'elles\nsont conjugales avant tout et prometteuses de joies honnêtes ; ces figures\nse rencontrent tout aussi bien au Nouveau Théâtre, ou à l'Opéra, que\ndans les salons de la bourgeoisie. Il ne faut pas les mépriser. Combien\nleur vue est consolante, auprès de tel masque perfide ou grossier... Mais\nne brouillons pas M. de Camondo avec les compositeurs de la République.\nL'interprétation du Clown est glorieuse, mais non excellente.MUe Farrar,\nétoile berlinoise, est une Zéphirine bien pointue ; Mlle Margyl rappelle de\ntrop près, par ses gestes et par sa voix, le music-hall qui l'a nourrie ;\nM. Delmas, en Barbazan, se sourit trop à lui-même. M. Rousselière est\nun ténor agréable ; Mlle Mérentié est insipide comme le rôle de Glady.\nSeul M. Renaud donne un relief saisissant à Auguste, l'arsouille sinistre et\ngouailleur, L'orchestre, sous la direction de M. Catherine, se conduit fort\nbien, et s'il ne sonne pas mieux, ce n'est pas de sa faute.\nLouis LALOY.\nUne nouvelle Carmen.\nOlé ! Olé ! voici enfin une Carmen bien espagnole, gitane même, et bien\ntelle que Mérimée et Bizet l'avaient sans doute rêvée, telle que seule l'avait\nincarnée Galli-Marié. C'est Mme Maria Gay, la grande cantatrice catalane,\nqui s'est révélée cette Carmen exceptionnelle dans la représentation d'essai\ndonnée le 29 avril à POpéra-Comique. D'un bout à l'autre de l'œuvre, sans\ndéfaillance aucune, Mme Gay a su rendre ce caractère fantasque avec une\nvariété de jeu et d'expression (où les trouvailles d'un heureux réalisme\nabondent) et une intensité de vie réellement extraordinaire. Et ces qua-\nlités scéniques étaient renforcées par celles de la voix qui ne nous a jamais\nparu d'un plus beau timbre ni conduite avec un art plus consommé.\nAla même représentation, M. Salignac faisait aussi ses débuts clans le\nrôle de Don José, et lui aussi s'est révélé, surtout dans la scène finale,acteur\net chanteur très remarquable. Aussi le public l'a-t-il associé à Mme Gay\ndans les ovations enthousiastes qui après chaque acte saluèrent les artistes.\nCe fut là une représentation inoubliable que M. Carré, nous n'en doutons\npas, voudra renouveler sans tarder.\n\nR. C.\n\nLA SAISON DES CONCERTS COLONNE.\n\nSouvenirs et vœux .\nLa saison qui vient de s'achever sur le concert du Vendredi Saint, pour\navoir été moins terne que la saison précédente, n aura pas brillé d'un\nbien vif éclat. Subventionnée par l'Etat, assurée d'une salle immense\npermettant de superbes recettes, ayant un cadre de choeurs entraînés et\nexcellents parmi tant de médiocres, jouissant enfin de la faveur populaire,\nl'Association artistique des Concerts Colonne est loin de donner tout ce\nqu'elle pourrait donner. Légalement elle n'apas rempli les conditions impo-\nsées par son cahier des charges en échange de sa subvention de 25.000 fr.\nLes trois heures de musique française nouvelle ont été remplies par une\ncourte et insignifiante ballade pour harpe et flûte de M. Periihou, un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.34", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3911, "texte": "fragment symphonique dans la Cathédrale, de M. Max d'Qllonne, \\& Lamen-\ntation de Job, de M. Rabaud, et le Jour d'été à la Montagne, de M. V. d'lndy.\nIl faut d'ailleurs mettre en dehors de cause ce dernier ouvrage, car l'obli-\ngation faite à M. Colonne a pour but de mettre en relief des jeunes, et\nM. d'lndy n'eut sans doute nul besoin d'invoquer pareille cause pour faire\njouer son œuvre. La jeune musique française fut donc représentée par\ncinquante minutes d'œuvres d'auteurs déjà jouées et de plus fort banales.\nIl n'est pas dans mon rôle d'examiner dans quelles conditions M. Chevillard\na rempli la même obligation, mais de prime-abord il me semble qu'il y mit\nplus de compréhension et de bonne foi. D'ailleurs, même en estimant que\nM. Enesco écrit de la musique française, nous serions à peine à la moitié\ndu terme prévu. En bonne justice, tout manquement à une conventionlibre\nment acceptée implique une sanction. Que M. Colonne soit tranquille,\nMessieurs les Inspecteurs des Beaux-Arts ne viendront pas l'empêcher de\ntoucher l'intégralité d'une subvention qu'il n'a pas méritée.\nSous un autre point de vue, cette saison fut également peu intéressante.\nUn interminable festival Beethoven nous valut huit séances, où des pro-\ngrammes hybrides, sans unité artistique, permirent à M. Colonne de\nnous repasser son stock d'ouvertures (Roi d'Ys, Flûte enchantée, Carnaval\nromain, Benvenuto Cellini) et de concertos fomenteurs de sifflets. Ce n'est\npoint ainsi qu'on fête un maître comme celui de Bonn. Il eût été bien pré-\nférable, c'est d'ailleurs ce que fit M. Chevillard, de distraire quatre ou\ncinq concerts où on eût exécuté avec recueillement une sélection d'œuvres\npréparées avec soin et destinées à un autre usage que celui d'attirer la\nfoule que fascine le nom de Beethoven. Puis vint en deux séances un festival\nMozart fait de bribes d'œuvres composites où le quintette de Cosi fan\nTutti voisinait avec le concerto pour deux pianos (comme si un seul ne\nsuffisait pas amplement), ou le concerto pour flûte et harpe avec un air\ninsignifiant du Roi Pasteur. Triste hommage !\nL'exécution de la symphonie de M. Enesco vint apporter un peu de relief\nà une saison qui s'annonçait comme déplorable. Par la vigueur et la solide\nmise en œuvre d'idées purement musicales, aussi bien que par sa belle\ntechnique, cette œuvre s'affirme comme le prélude d'œuvres futures qui\nferont honneur à la musique moderne et dont la nôtre pourra revendiquer\nune partie, puisque c'est chez nous que M. Enesco vint puiser une partie\nde sa science. Le poème de Baudelaire, mis en musique par M. Guy\nRopartz, passa presque inaperçu, et nous retombâmes dans une série de\nconcerts fades et sans intérêt, dont je vous ai donné le compte rendu.\nSeule à la fin de la saison, la Sinfonia Domestica, de M. Strauss, vint\napporter à notre légitime curiosité un aliment de choix. Certes, sans y voir\nle chef-d'œuvre que d'aucuns y semblent trouver, j'ai plaisir à constater\nque cette œuvre à la technique prodigieuse nous fut donnée par deux fois.\nUne telle audition s'imposait,et M. Colonne trouve gloire, honneur et profit\nà avoir mené à bien cette tâche dont la difficulté était en somme assez\ngrande.\nAprès avoir examiné ce que fut cette saison, il serait intéressant de voir\nce qu'elle eût pu être. Tout d'abord, s'il était jugé nécessaire de faire un\nfestival Beethoven, employer la méthode Weingartner-Chevillard. Mais\naprès ce festival, laisser à M. R. Hahn, assisté d'illustres dames, le soin de\nglorifier Mozart. Le « divin jeune homme », cher à M. Bellaigue,se fût fort\nbien passé de l'hommage qu'on lui a rendu et qui l'a plus desservi qu'il n'a\ncontribué à exalter sa gloire.\nPassé ces exhumations ou glorifications, il est convenu, il conviendrait\nd'ailleurs pour la saison prochaine, de tracer un plan de concerts logique\net comportant un but. La symphonie doit constituer la base de concerts"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.35", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4038, "texte": "symphoniques, et à part Mozart, Beethoven, Brahms et Berlioz, M. Colonne\nn'a guère semblé connaître que MM. Saint-Saëns, Enesco et Strauss.\nL'école moderne compte pourtant des œuvres comme les symphonies de\nFranck, Fauré, Dukas, Pierné. d'lndy, Chausson, Savard, Lazzari, Magnard,\nLabey, Lalo en France, Balakirew, Rachmaninoff, Mahler, Reger, Smetana\nà l'étranger, qui illustrent le genre le plus musical qui soit. A une époque\noù notre goût musical tente quelques timides essais de marche vers un\nidéal plus beau, plus noble, plus dégagé des contingences antimusicales,\noù l'on incite les jeunes musiciens à écrire des œuvres de musique pure,\nnégliger de leur montrer ce que leurs maîtres ont écrit dans ce genre,\nc'est les décourager doublement en ne leur donnant pas de modèle et en\nleur faisant voir quel triste sort les attend s'ils s'engagent dans une voie où\nle succès et même le contact avec l'auditeur doit leur faire totalement\ndéfaut. Une s'agit plus là de donner chaque année trois heures de musique\nfrançaise moderne, il s'agit de donner à la plus noble essence de l'art\nmusical les moyens de se développer. Une symphonie moderne représente\nl'effort matériel de près d'une année, la réalisation d'un rêve artistique\naussi noble que pur, la mise en œuvre de toutes les ressources d'un art\ndont l'étude est longue et coûteuse. Il convient donc de protéger la sym-\nphonie, et puisque M. Colonne n'a pas assez le sentiment de l'art pour le\nfaire de son propre mouvement, je demanderais que l'on imposât à chacune\nde nos associations de concerts l'obligation de jouer chaque année une\nsymphonie moderne d'un musicien français. On accorde des primes à\nl'élevage de baudets ou de verrats extraordinairement prolifiques, on donne\nhuit cent mille francs à M. Gaillard pour nous révéler YAriadne de\nM. Massenet : on peut dépenser beaucoup moins pour faciliter la produc-\ntion de symphonies. Le poème symphonique n'exige pas les mêmes encou-\nragements officiels, et dans les trois heures de musique moderne il règne en\nmaître. Genre discutable, il sera moins traité le jour où des symphonies\npourront se faire jouer. D'ailleurs, M. Colonne en afortpeu joué : le Rouet\nd'Omphale, Phaêton, le Jour d'été àla Montagne, le Prélude à VAprès-\nMidi d'un Faune et les Impressions d'ltalie, œuvres presque toutes classées\net justement applaudies, représentèrent amplement un genre qui a conquis\nla faveur du public. Par comparaison avec la saison précédente, nous cons-\ntatons que les œuvres avec soli et chœurs furent presque totalement négli-\ngées. Exception faite de l'exquis Requiem de Fauré, et de la Damnation de\nFaust qui est, ainsi que la IXe Symphonie, un des soutiens de son répertoire,\nM. Colonne s'est abstenu de donner des spécimens d'un genre qui a pro-\nduit des chefs-d'œuvre tels que la Cantate pour tous les temps, Psyché,\nRédemption ou la Vie du Poète. Il serait cependant intéressant d entendre\nle Chant de la Cloche ou une des symphonies avec chœurs de M. Mahler.\nNous arrivons à des œuvres que le public acclame et qu'il importe cepen-\ndant d'éliminer petit à petit de nos programmes. Les plus regrettables sont\nd'abord les concertos. Sans vouloir ouvrir à nouveau une vieille querelle,\nj'estime qu'à part quelques œuvres classées et classiques, le concerto, en\ntant que concerto, est un genre fini : ce ne sont point ceux de Brahms, Max\nBruch, Widor ou Saint-Saëns qui me convaincront du contraire. Beetho-\nven lui-même a perpétré, sous les especes d'un concerto en sol pour piano,\nle plus beau générateur d'ennui qu'on puisse rêver, et en limitant à la\ndemi-douzaine le nombre de ces œuvres à vigoureux effet sur les recettes\nce serait plus que suffisant. A côté du concerto, il faudrait proscrire les\nfragments d'œuvres dramatiques connues et meme archi-connues. Cette\nmode est née à l'époque où l'Opéra se refusant, avec l'obstination qu i\napporte à reculer devant les besognes d'art, à monter les œuvres de Wagner,\nle seul moyen de les faire connaître et admirer au public était de les jouer"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.36", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "au concert. C'était alors une entreprise très artistique, où, même en évitant\nainsi les frais de mise en scène et de chœurs, l'aléa en jeu était bien plus\nconsidérable que celui que risquent nos modernes chefs d'orchestre lors-\nqu'ils montent un court poème symphonique. Il n'y a pas tous les dix\nans un Wagner à révéler ; mais dans la production dramatique étrangère\nque connaissons-nous ? Les pires œuvres italiennes. et\nse sont installés chez nous sans conteste ; Cavalleria, Fedora, Tosca et\nautres ordures en a s'y étalent, provoquent des haussements d épaules et\nfont naître de nouveaux types de plus en plus hybrides. Cependant il\nexiste une école lyrique russe dont nous ne connaissons que d'informes\nfragments, une école tchèque dont M. Ritter disait ici même la richesse\net la force, que nous ignorons, enfin une école allemande et une école espa-\ngnole au sujet desquelles nous sommes dans la même ignorance. Des\ndirecteurs de théâtre ne peuvent pour une œuvre inconnue faire des\ndépenses élevees, le rôle des grands concerts est de faire entendre au\npublic des fragments bien choisis d'œuvres telles que de Korsakoff,\nBoris Godounoff deMoussorgsky , Bouddha de Max Vogrich ou\nde Felipe Pedrell. Rien ne prouve qu'elles obtiennent le succès qu'obtinrent\nles œuvres de Wagner, mais au moins l'effort sera plus noble et plus méri-\ntoire que celui qui consiste à prier Mme Litvinne à chanter le finale de la\nGôtterdâmmerungou M. Burgstaller le récit du Graal.\nM. Adolphe Jullien prétendit à ce propos dans les Débats que, puisque\nles salades russes wagnériennes attiraient un public nombreux, il n y\navait qu'à s'en féliciter et à continuer. Ce n'était point l'avis de M. Pierre\nLalo, ce ne sera pas celui de tous ceux qui jugent que les concerts doivent\napporter au public un choix d'œuvres nouvelles capables de donner à son\nintelligence des horizons nouveaux et des joies esthétiques nouvelles,\net de provoquer un rajeunissement de notre répertoire lyrique.\nPour notre école française même, qui peut à peine voir créer cinq ou\nsix opéras par année sur quelques scènes où l'auteur court quelques chan-\nces d'être joué convenablement, il y aurait aussi une aide efficace à appor-\nter. En attendant que l'Etat subventionne de façon suffisante les scènes de\nprovince qui, comme Lyon, montent chaque année une ou deux pièces non\nencore jouées en France, nos grands concerts devraient provoquer et\néclairer les directeurs désireux de tenter un effort artistique dans cette\nvoie.\nEspérons que l'année prochaine nous apportera de telles félicités et\nsouhaitons de ne pas être obligés de subir, le dimanche 14 octobre, la\nSymphonie fantastique,aggravée de l'ouverture des et\ndu concerto en ut mineur de Saint-Saëns ! C'est là le bonheur que je\nnous souhaite. Saint Edouard, exaucez-nous !\n\nCh. Chambellan.\n\nCONCERTS\nSociété Nationale. E. Ysaye et R. Pugno. Le Maestro piano.\nLe concert du 26 avril, réservé aux œuvres d'orchestre, fut des plus\nremarquables, cette année comme les précédentes, et cela se conçoit de\nreste, les difficultés de l'écriture symphonique ayant naturellement pour\neffet d'écarter les talents mal mûrs ou les simples amateurs, professionnels\nde l'ignorance ; nous n'eûmes ce soir-là nuls mais des"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "œuvres toutes écrites de main de musicien. « Ces jeunes gens savent\ntous orchestrer aujourd'hui. C'est la faillite de la critique », proclamait, en\nsortant de là, un de mes plus grincheux confrères. Il y adu vrai dans\ncette parole amère, mais le mal n'est cependant pas si grave qu'on pourrait\ncroire. Je n'étonnerai pas M. de Grèvecœur en lui apprenant que sa petite\ncantate, la Fée des Ondes, est un essai malheureux: d'agréables mélodies\ns enlisent dans une orchestration goudronneuse, où Ton ne peut saisir\nni rythme ni couleur. M. Pierre Eunc pèche, au contraire, par un excès\nd'emphase tragique, et développe en vain des pompes pseudo-wagnériennes\nautour de vers de Camille Mauclair, illustrés déjà, avec une conviction\nardente, par Ernest Bloch(i) :\nMais le Jésus du carrefour\nAgonise avec plus d'amour,\nEt la nuit, dans le ciel tremblant,\nIl les regarde infiniment.\nLa Pénombre de Claude Guillon et la Sarabande de Mel Bonis sont des\noeuvres sincères, correctement écrites, mais où la personnalité fait quelque-\npeu défaut. M. Loois Aubert, dans ses Rimes tendres, se montre fort habile,\nmais cette habileté-là dégénère bien vite en affectation ; et d'ailleurs les\nprétentieuses platitudes d'Armand Silvestre ne pouvaient guère inspirer\nmieux. J'arrive aux oeuvres qui m'ont paru contenir mieux que des pro-\nmesses et plus que de l'habileté.\nLa suite d'orchestre de Jean Poueigh, intitulée Funn (d'après G. d'Espar-\nbès), est charmante de verve et de fraîcheur. Quelques lourdeurs encore,\nde-ci de-là, dans l'orchestre, un motif du sommeil, par exemple, que je\nrêvais plus vaporeux ; mais la vague mélancolie de l'aube est peinte avec\nbeaucoup de poésie ; puis la gaieté des jeunes filles, et surtout, dans la\ntroisième partie, l'appel des grives et le vol joyeux des petites fées\nvigneronnes, m'ont révélé des qualités très précieuses de rythme et d'éclat;\nil me semble que cette suite d'orchestre pourrait faire un fort joli et\nsavoureux ballet, digne de remplacer avec avantage la Ronde des Saisons.\nLe Scherzo de la Symphonie en ré d'Eugène Lacroix a beaucoup de\nrythme-aussi ; les idées en sont solides et bien venues, l'orchestration\nest nourrie, et le dédain de certaines affectations modernes n'est pas pour\nmedéplaire, tant s'en faut. Une nature profondément musicale s'exprime en\ncette page, et je regrette le mauvais sort qui ne nous fait entendre que\nrarement, et par fragments, l'œuvre d'un compositeur qui est certainement\nparmi les meilleurs de notre temps.\nQuant au Noël des jouets, de Maurice Ravel, c'est un menu chef-d'œuvre\nd'ironie attendrie et de volontaire enfantillage. Sur les exquises paroles\nque nous publions ici même, la musique se joue délicatement, imitant tour\nà tour le tambour des lapins, les yeux grands ouverts de Vierge Marie,\nl'aboiement du chien sombre Belzébuth, et le chant des anges incassables\net symétriques, sans se départir jamais d'une douce et très mélodique\némotion.. Cette chambre d'enfants n'est pas celle de Moussorgsky : point\nde vieille nourrice raconteuse de légendes et attentive à la prière du soir,,\npas de taches d'encre, ni de jouets casses, ni de chute du cheval de bois,\nni de larmes, ni de terreurs, ni de cris, ni d'embrassements fous : tout est\npropret, bien tenu, bien sage ; les moutons ont toutes leurs pattes, et\nl'Enfant de sucre peint reste intact. Mais il y a dans l'exacte et précoce\nordonnance de cette vie enfantine quelque chose de plus attendrissant\npeut-être que dans les tumultes dont s'égaie la chambre des enfants russes t\n\n(i) Voir le Mercure musical du 15 avril 1906."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "tant de rêves sont emprisonnés ici, qui n'osent-, par crainte de désobéir s\nprendre leur essor ! Et puis je n'ai pas besoin de dire que la musique est\npar elle-même un charme et presque une merveille d'ingéniosité raffinée ;\nce qui nous met bien loin de Moussorgsky, si peu maître de son art et de\nson originalité même.\nFort jolis encore, les Poèmes de M. laghelbrecht sur des vers de Jacques\nMornand ; mais ici l'orchestre prend le pas, décidément, sur le chant, et\nnous peint en couleurs délicates les ténèbres pleines de rêve, ou le brouil-\nlard où passent des voix ; la troisième pièce (Convalescence), moins pitto-\nresque, a aussi moins bien inspiré l'auteur, qui me semble un poète de la\nvision plus que du sentiment. Le Paysage d'hiver, de Henri Mulet, est\nd'une inspiration et d'une écriture distinguées ; l'intérêt languit un peu vers\nle milieu. Et enfin les Musiques en pde Florent Schmitt ont une\nforce que justifie leur destination, mais des titres dont je ne perçois pas\ntoujours la justesse: cette Danse désuète paru manquer du charme\nfané auquel je m'attendais, et ce Scint était un peu bien éclatant,\nce me semble. La Procession dans la Montagne est une page fort bien\nécrite, et la Marche burlesque a de la vigueur et du caractère. Je suis\npas sûr que M. Florent Schmitt, qui est un musicien bien doué, ne\ndénature pas de temps à autre, à force de recherche, son inspiration.\nL'orchestre a été dirigé avec beaucoup de soin et de précision par\nMM. Labey et Inghelbrecht, et Mme Bathori a détaillé en musicienne\naccomplie le Noël des jouets.\n%\n* *\nA leur troisième séance, les grands artistes E. Ysaye et R. Pugno nous\nont donné la Sonate en la mineur de Schumann, sentimentale et douce,\npoétique et domestique à la fois, puis la de Lekeu, touchante en sa\nnaïveté juvénile; et dans l'une et l'autre œuvre, le violoniste fut admirable\nd'émotion généreuse et forte ; le pianiste ménageait ses forces. On comprit\npourquoi lorsqu'on le vit s'asseoir auprès de M. Gabriel Fauré, afin de\nlui tourner les pages de son Quintette,joué en première audition par l'auteur\net MM. Ysaye, Deru, Denayer et Salmon. Ce Quintette est une œuvre\nfort distinguée, d'une exquise pureté de lignes, et dont la sonorité reste\ntoujours lumineuse et claire : c'est une grâce harmonieuse, une tendresse\ndiscrète, une sérénité souriante, évocatrice de visions antiques un peu\neffacées et pâlies par l'éloignement du temps et la sévérité du goût. J'ai\nsurtout goûté l'adagioélégiaque, et \\e si joliment bâti sur un motif\nunique, qui sert de support à des mélodies changeantes, à la mode de\nJ'ancienne can^one.Et tout cela est d'un art aussi sobre que raffiné, et\nd'une inspiration délicate et soutenue, dont jamais le charme ne se dé-\nment.\nC'est Raoul Pugno encore que j'entendais àla salle Berlioz, le 27 avril,\ndans une Polonaise de Chopin jouée avec ces brusques élans, et ce mélange\nde fougue et de nonchalance qui fait de lui le plus séduisant et le plus dé-\ncevant des artistes. On croyait voir, sur le clavier, la course des mains\nagiles et grassouillettes, et le demi-sourire caché sous la barbe fluviale.\nMais tout cela sortait d'un ingénieux appareil, que M. C. Saint-Saëns a\nqualifié de miraculeux, et qui enregistre et reproduit le jeu d'un pianiste\navec toutes ses nuances d'expression et de rythme. Nous espérons avoir\noccasion de parler bientôt avec plus de détails du Maestro-piano, construit\npar M. Mustel. L'invention, par elle-même, est fort intéressante, et les\nrésultats sont extraordinaires.\nLouis LALOY."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3630, "texte": "Concert avec ofchestfe9 donne pat Geneviève Dehelly (lundi 3o avril 1906.)\nSalle Eiard, dans ce décor de theatre antique, bien imposant pour un\nseul acteur, ou nous avons applaudi récemment, après l'inégale maestria\nde Sauer, les progrès loyaux de la jeunesse représentée par M. Jacques\nPintel et M\"e Fiorica Solacoglu, notre respectueuse sympathie ne se fait\npoint priei pour battre des mains a chaque numéro du superbe programme\nde Mlle Geneviève Dehelly.\nL'an dernier déjà, nous écrivions à pareille époque :\nUne magnifique soiree d art, telle est la meilleure définition du concert\ndonné par la jeune lauréate des concours de 1903, qui s'est mise d'emblée\nau premier rang de nos meilleures interprètes. Geneviève Dehelly fait\nhonneur au Conservatoire, et surtout au robuste enseignement de son\nvieux maître Delaborde ? elle n avait pas dix-huit ans à l'heure de son\nprix, et moins de deux ans après, la voici consacrée : elle brille doréna»\nlumière stellaire très personnelle en cette pléiade pianistique\nqui s'enorgueillit de l'atticisme incomparable de Mme Clotilde Kleeberg,\nde la fermete classique de M\"e Marguerite Long, de la moderne énergie\nde M'ie Marthe Dron, et qui comptait, plus récemment encore, au début de\nce nouveau siècle, les belles promesses de Mlles Marguerite Debrie, Eva\nBoutarel, Marthe Léman, Colette Schultz, ajoutons aujourd'hui Lucie\nCaffaret, sans oublier Germaine Arnaud, ni les sœurs Lamy, ni Norah\nDrewett, moins favorisées par le dieu des pianistes, mais dont la jeune\nambition n'a qu'à se tempérer un peu pour très bien faire... Parmi tant de\npetites mains, l'élégante vigueur de Geneviève Dehelly s'imposa d'abord ;\nsa virtuosité lui fait une place exceptionnelle ; et son nom sera glorieux\nbientôt... »\nLa réalité fut plus prompte encore. Et, dès cet hiver, la jeune fille « nom-\nmée la première » aux concours de 1903 se distinguait dans notre ciel\nbrumeux comme une étoile de première grandeur. Les auditeurs les plus\nfroidement aristocratiques de la France, les Bordelais autant que les\nNancéiens, se laissaient conquérir par la sûreté prime-sautière d'un jeu\nplus que brillant.\nNotre confrère de Nancy notait dansle Mercure musical du i 5 marsigoô,\naprès une séduisante exécution du concerto en ut mineur de Beethoven :\n« Mlle Dehelly ale toucher fin, sûr et délicat ; son louré est ravissant de\ngrâce féminine ; elle doit jouer merveilleusement le Rameau, le Dacquin,\nle Couperin, voire même le Mozart... Elle n'a ni l'âme ni le poignet\nvénien. Et l'Erard sur lequel elle se fit entendre n'était lui-même rien\nmoins que beethovénien...»\nC'est par ce noble et chantant concerto en mineur no 7, 1800)\nque s'ouvrait le concert avec orchestre du lundi soir 3o avril ; et les audi-\nteurs parisiens de la salle Erard, que n'avait point rebutés la plus dilu-\nvienne des pluies de saison, se montrèrent moins renchéris que les audi-\nteurs lorrains du IVe concert classique de la salle Poirel ; ou plutôt, n'en\ndéplaise à notre musical confrère M. René d'Avril, l'interprète se montra,\ntout en restant très virtuose, beaucoup plus ce soir-là,\nsans l'être encore absolument, mais Raoul Pugno lui-même est-il essentiel-\nlement beethovénien ? Son âme est trop parnassienne et ses doigts sont\ntrop exquis ; le concerto de Schumann, et surtout le concerto de Grieg,\ncalqué sur celui de Schumann, font beaucoup mieux son affaire. Et la\ngrâce féminine de MUe Dehelly peut s'élever fort au delà des mignardises\nanciennes du bon Couperin puisqu'elle triomphe dans le romantisme pas-\nsionné du concerto en mi bémol majeur de Franz Liszt !\nRomantique ! Son jeu l'est excellemment, dans le beau sens du mot,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.39", "debut_caractere": 3678, "fin_caractere_exclue": 3680, "texte": "31"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3875, "texte": "comme sa personne. Dès qu'elle paraît,grande et blonde, avec un pli\nteau qui met du rose fastueux dans les demi-teintes pailletées de sa toilette,\non dirait l'une des trois sultanes de Favart en un décor solennel du\nxvme siècle ; et sa grâce Louis XV allume une laiteuse blancheur parmi\nles noirs habits de l'orchestre Chevillard massés sur l'estrade aux rideaux\nde pourpre ; le vieux Franz Liszt, qui fut poète sans que le papier soit\nréglé, décrirait, dans une page digne de feu Théophile Gautier, le tendre\néclat de cette jeunesse artiste; mais si lui-même en son italianisme,\nle vieux Franz Liszt n'existe plus que ressuscité sous les doigts plastiques\nde la virtuose de vingt ans...\nIl sonne autrement que Beethoven, le vieux Franz Liszt ; n'en concluez\npoint, mes chers lecteurs, qu'il nous paraît supérieur à Beethoven, au\nBeethoven juvénile, encore mozartien, mais déjà si noblement et fougueu-\nsement personnel, de ce concerto mineur de 1800, où le lion amoureux\nsecoue déjà sa crinière... Le lion fait patte de velours en empruntant les\ndoigts harmonieux de Mlle Dehelly ;et ce velours est de la qualité même\ndont Saint-Saëns demandait spirituellement l'adresse à Planté... Le motif\nemprunté par Beethoven à son grand air classique : Ah ! perfido, passe si\ntendre ; et ce second thème du premier temps est très beethovénien, quoique\nmoins altier que les fières affirmations qui l'entourent. Le largo chante\nmélancoliquement, con sordini; mélancolie très mozartienne encore, où\nMUe Dehelly ne fait point mentir notre confrère nancéien ! Le rondo final\nfut exquis comme il doit l'être. Inspirée par cette délicatesse qui s'appelle\nreconnaissance, M»e Dehelly n'a point reculé devant les romantiques dif-\nficultés de la cadence d'Alkan, ce Berlioz du piano (1813-I888), dont le\ntin d'Esope avait décidé de son triomphe au concours et dont la mémoire,\ntrop dédaignée maintenant, reste chère à son maître. Et, depuis l'an der-\nnier, chez la virtuose, il y a progrès de l'élégance dans l'éclat : témoin la\nsouple interprétation diamantée du fameux varié de Schubert,\net de sa Militâr-Marsch,de l'ingénieux Thème, également varié, de Camille\nChevillard. Enfin, c'est avec Liszt que Mlle Dehelly détruit toutes les objec-\ntions que pourrait susciter le premier du concerto de Bee-\nthoven ; et cette soirée pluvieuse s'achève en feu d'artifice.\nIl est temps d'associer au triomphe de cette jeune fée du piano l'incom-\nparable orchestre parisien dirigé par Camille Chevillard, ce Risler de l'or-\nchestre, dont la haute probité, par ce temps d'arrivisme, n'a d'autre défaut\nque sa discrétion : sous son geste impérieux de musicien sans rival, le\ntempo reste imperturbable, la phalange réduite dessine largement la pensée\ndes maîtres, le quatuor enveloppe ou découvre à souhait le jeu de la vir-\ntuose ; les timbales de Larruel sonnent discrètement, mais superbement.\nQuelle joie pour une jeune artiste de s'appuyer, pour ainsi dire, au bras\nloyal et fort d'un tel musicien !\nCe programme, au demeurant bien choisi, nous permettait de fêter en\nmême temps deux consciences artistiques : il y eut un bel instant d'iden-\ntité complète, alors que l'orchestre de Camille Chevillard interpréta comme\nseul il sait le faire la poétique Suite norwégienne d'Arthur Coquard, et prin-\ncipalement sa plus belle page, Au cap Nord, un lent crescendo mysté-\nrieux dont l'obscure clarté retombe aux sons harmoniques des premiers\nviolons après s'être teinté d'un cor lumineux sous l'étrange lame de fond\ndes basses...\nIci, la mélancolie du paysage évoqué répond à la pensée grave de son\npoète-musicien. L'avenir y lira la maîtresse page de l'auteur éminemment\nsincère de Joies et Douleurs, un gluckiste, qui met la même conviction d'ar-\ntiste dans son écriture que dans sa parole. Arthur Coquard et Camille Che-\nvillard sont nés pour s'entendre : ils sont loyaux."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3372, "texte": "Remercions donc MllB Geneviève Dehelly de son programme autant que\nde sa jeune maîtrise. Et souhaitons que toutes les virtuoses lui ressem-\nblent !\nRAYMOND BOUYER.\nP.-S. Nous parlerons bientôt de la Sonate, à propos des trois artisti-\nques séances données à la salle iEolian les vendredis 4, 1 1 et 18 mai par\nMHe Dron et M. Parent, protagonistes de l'art avancé. Consacrée à trois\ngrandes sonates contemporaines, la première séance du 4 mai ne fut qu'une\nlongue ovation de gratitude envers les deux interprètes, en très belle verve.\nEntre le style passionné de Magnard et la poésie posthume de Lekeu, la\nsonate de Vincent d'lndy parut, comme son interprétation, magistrale.\nA la même heure, chez Pleyel, M\"e Antoinette Lamy se couvrait de\njeune gloire en faisant revivre avec brio les 24préludes de Chopin.\nEt si Weingartner s'éloigne, Risler nous revient. Semaine musicale bien\nremplie !\nR. B.\nSchola Cantorum.\nLe 6e et dernier concert mensuel de la Schola Cantorum comportait\nl'histoire de la cantate, Partant de Schûtz en passant par Schumann, on\nnous mène jusqu'à Gabriel Fauré.\nLe règne des chiens de faïence semble d'ailleurs terminé entre la rue\nSaint-Jacques et le faubourg Poissonnière. M. Fauré invite M. Bordes aux\ndernières répétitions de YActus tragicus qui fut donné à l'exercice des\nélèves. Mme Legrand-Philip chante le Requiem de Mozart à la Société des\nconcerts, et lui-même vient présider le dernier concert et applaudir son\nœuvre. Peut-être verrons-nous, au mois de juin, M. d'lndy chargé d'écrire\nla leçon d'harmonie sur laquelle s'escrimeront les élèves de MM. Lavignac\net Pessard. Tandis que M. Fauré rendra le même service aux élèves de\nMM. Saint-Réquier et Philip.\nLe programme du 4 mai fut d'ailleurs très intéressant à tous les points\nde vue. Trois cantates classiques de Schûtz, Carissimi et Charpentier, pour\nvoix seules, furent excellemment chantées par Mlles Pironnay et Feuil-\nlertrade et MM. Gibelin et Moughounian. Ce dernier, bien connu déjà de\nnos lecteurs, chante avec une justesse d'expression et une sûreté de voix\nqui devaient, depuis longtemps déjà, le désigner pour les concerts de la\nSchola.\nLa période moderne commençait à Schumann dont YAdventlied, avec\nses chœurs dignes de Meyerbeer, pâlit singulièrement à côté du pur chef-\nd'œuvre qu'est Y Hymne védique de Chausson. La noblesse de lignes s'allie\navec un rare bonheur à la poésie de Leconte de Lisle, les harmonies sonores\net raffinées sont les dignes traductrices du verbe splendide du poète, et\nl'influence de Franck, tempérée de celle de Wagner, n'y exclut nullement\nune belle personnalité. Mlle d'Otto y fit merveille, ainsi que M. de Rance,\nun de nos futurs chefs d'orchestre, qui se révéla comme le premier timba-\nlier qu'ait jamais eu la Schola.\nLa Naissance de Vénus, qui finissait le concert, est caractéristique du\ntalent de 6. Fauré.Celui-ci eûtjpu, comme tant d'autres, entasser des opéras\nhybrides et monstrueux. Il préfère écrire des œuvres délicates de courte\ndurée, aux sentiments intimes, parfois factices, mais toujours distingués.\nSon écriture a le même caractère que ses idées. Toujours correcte, sans\nà-coup, sans violences inutiles, si elle ne s'élève jamais jusqu'au lyrisme\nfrénétique, un léger frémissement y court perpétuellement à fleur de peau.\nJusqu'à la dernière mesure, cette musique vit et aime. Son auteur s'y est"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3171, "texte": "livré avec un abandon mêlé d'un scepticisme que lui cause la crainte du\ngrotesque ; de là ce sourire perpétuel, ces envolées calmes et cette élé-\ngance impeccable Comme l'écrivait fort justement notre sympathique\ndirecteur,dans les Tablettes de la Scliola c'est la « distinction de la volupté »;\nje ne puis que souscrire avec empressement à une si heureuse et si distinguée\nformule.\nLe maître, entouré d'un essaim de jolies personnes, se montra enchanté\nde l'exécution de son œuvre, félicita M. Labey et fut respectueusement\nsalué par tous les élèves de 1' « arnarchique» boîte de la rue Saint-Jacques.\nLes temps sont changés, Théodore n'est plus et la musique ne pourra qu'y\ngagner.\nCH. CHAMBELLAN.\nSociété moderne des Instruments à vent.\nIl faut savoir gré à la Société moderne des instruments à vent de corser\nl'intérêt de ses programmes en y inscrivant chaque soir une œuvre inédite\ncomposée à son intention par des compositeurs de mérites divers mais\nincontestables. C'est ainsi que nous avons entendu avec grand plaisir, le\n10 avril, à la salle des Agriculteurs, un Divertissement pour flûte, hautbois,\nclarinette, basson, cor et piano, de M. Albert Roussel, une des natures\nmusicales à mon sens les mieux douées et les plus raffinées de sa généra-\ntion. On y retrouve, heureusement alternés, cette joyeuse animation\nrythmique et ce charme si poétiquement évocateur qui distinguaient déjà\nl'auteur des délicates Mélodies sur des poèmes d'Henri de Régnier et de\nl'intense Trio en mi bémol, joints à de savoureux effets de sonorité et\nde couleur, que fit valoir à souhait la scrupuleuse cohésion du groupe\ninstrumental formé par MM. Fleury, Gaudard, Guyot, FJament, Capde-\nvielle, Eug. Wagner. Et il serait injuste de ne pas signaler au moins la\nfidélité avec quoi furent aussi rendus, ce soir-là, le Bal de Béatrice d'Esté,\nde M. Raynaldo Hahn, agréablement écrit mais empreint d'une fâcheuse\nfadeur, et le Quintette de Verhey, dont les développements prévus et\nl'exemplaire sagesse n'auraient rien perdu, je vous assure, à céder par\nexemple la place à l'éloquence passionnée et au prodigieux mouvement\nd'une des œuvres les moins connues et les plus accomplies qu'ait produites\nl'école moderne en ce genre spécial : le Quintette de M. Albéric Magnard.\nG. S.\n\nLES LIVRES.\n\nAlbert Soubies. Les Membres de VAcadémie des beaux-arts depuis la fondation de /'lnstitut.\nDeuxième série, iBi6« 1852. Paris» Flammarion, 1906, gr. in-8 de 319 p., avec un tableau synop-\ntique in-fol.\nLes « gens du monde » dociles à la fascination de l'lnstitut apprécieront\nce beau volume, comme ils ont fait du précédent, et s'y informeront agréa-\nblement des « immortels » dont on se souvient encore et de ceux dont on\nne parle « jamais plus ». Dans le groupe des musiciens ils verront passer,\nen un nuage lointain d'apothéose, dont les fumées sentent tout ensemble\net l'encens et le moisi, les figures majestueuses ou sévères de Lesueur, de\nSpontini, de Cherubini, et les ombres falotes de Catel, de Garafa et de\nBerton ; puis, la silhouette changeante de Paer, ce courtisan émérite, qui\nprenait Napoléon par des platitudes et Louis-Philippe par des bouffon-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3078, "texte": "neries, et celle, plus épaisse, de ce brave homme d'Onslow, qui « faisait le\nquatuor » àla douzaine, sans rien comprendre à ceux de Beethoven ; et\nencore Auber, Adam, Boïeldieu; et Halévy, sur la tombe duquel Ambroise\nThomas déchargea le dernier pavé, en l'appelant <c génie » ; et Ambroise\nThomas lui-même... ; et tous ces noms de musiciens se réunissent et se\nclassent ingénieusement, à la fin, auprès de ceux des peintres, sculpteurs,\narchitectes, et autres, en un tableau synoptique, fort intéressant à consi-\ndérer.\n\nM. Brenet.\n\nCOURRIER DE BORDEAUX.\nJacques Rivière.\nConcerts.\nNous avons eu récemment deux concerts fort intéressants : la séance de\nmusique de chambre donnée par le Quatuor Zimmer de Bruxelles et la\nséance consacrée à Beethoven par MM. Ed. Risler et André Hekking.\nLe Quatuor Zimmer est composé d'artistes d'une haute probité, et même\ntrop dédaigneux de la réclame pour obtenir le succès qu'ils méritent.\nL'exécution du quatuor en ut majeur de Mozart fut délicieuse. Jamais je n'ai\nmieux goûté cette effusion candide et perpétuelle qu'est la musique du plus\npur des musiciens. L'admirable quatuor en ré majeur de Franck fut joué\navec l'ardeur intime et la religiosité profonde qui convenaient. Enfin le\nquatuor en fa majeur de Beethoven fut traduit avec une précision peut-être\nun peu froide mais fort appréciable quand même. Mm® Albert Zimmer,\nd'une voix nette, et vierge des roueries qu'enseigne le théâtre, chanta un\nair de Hsendel, un cantique de Bach, et trois des plus beaux lieds de\nGabriel Fauré : les Berceaux, Larmes, Aurore.\nM. Risler est redoutable. Il s'est constitué un royaume, qui a nom\nBeethoven. Et dans ce royaume il est maître absolu, il fait ce qu'il veut.\nMais, comme il a beaucoup de goût, il dédaigne les habiletés, les fignolages,\nles surprises qu'emploient d'autres interprètes pour affirmer leur originalité\naux dépens de l'auteur. A vrai dire, M. Risler n'interprète pas Beethoven, il\nle recrée, il le recommence. C'est qu'on pourrait dire si l'éloge ne risquait\nde paraître démesuré que le pianiste Risler ressemble au musicien\nBeethoven. Il a la même profondeur passionnée s'atténuant par instants en\nd'exquises délicatesses. Il a les mêmes amples exclamations succédant aux\nmêmes ravissants babillages. En l'entendant, on croit ouïr encore la grande\nvoix de Beethoven se jouer, se plaindre et s'exalter tour à tour.\nCe n'est pas un des moindres mérites de M. Risler qu'il sache, quand il\ns'adjoint un collaborateur, ne pas exagérer l'importance de sa partie et ne\npas attirer sur lui toute l'attention. En exécutant avec M. André Hekking\ndont le son généreux est pourtant d'une chaleur un peu conventionnelle\net uniforme les sonates en sol mineur, ut majeur, ré majeur et fa ma-\njeur, il fit preuve une fois de plus d'un grand tact, qui n'excluait pas la\npuissance. Et comme il ne voulait pas briller sans cesse, il brillait d'autant\nplus vivement, quand le texte lui en donnait la légitime occasion. L'exécu-\ntion de la sonate en la majeur (op. 69) fut surtout incomparable. Le succès\na été grand."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "COURRIER DE BRUXELLES\n\nSixième Concert Ysaye, 22 avril 1906.\nLa Symphonie en fa majeur de M. Théo Ysaye, œuvre de grave et sévère\ntenue, rappelle la manière de Brahms, influencée par Richard Strauss.\nM. Ysaye ne prétend point trouver dans le subtil et charmeur agencement\ndes harmonies la raison d'être d'une création musicale ; son art évoque,\nà l'image du pays flamand, les durs labeurs de la glèbe, les horizons lourds,\nles ébats sans grâce, les nostalgies vagues, les pensers douloureusement\nconçus. La valeur de cette œuvre est déjà de porter l'empreinte du tempé-\nrament local, caractérisé dans la foule des travailleurs tenaces, dans des\nécrivains laborieux tels que Verhaeren ou Lemonnier, dans un paysage\nd'Hobbema ou une pochade de Teniers. Des affinités aussi légitimes ne\nsauraient toutefois masquer la faible originalité des thèmes, l'insuffisance\ntimide des développements de cette symphonie.\nL'orchestration en rend l'audition des plus accablantes ; les cuivres, ren-\nforcés de cinq saxhorns, dominent inlassablement, dans l'exposition même\ndes motifs presque entièrement confiée aux cors. Les instruments à cordes\nparticipent de la lourdeur générale, surtout dans les accompagnements ; à\npeine paraissent-ils au premier plan que l'auteur, peu rassuré sans doute\nsur l'effet produit, déchaîne ses cuivres familiers. Les bois, bien effacés,\nabondent en sonorités désagréables.\nLe thème fondamental du premier mouvement [lent, très soutenu, animé),\nprésenté par les cors avec arpèges de violon à l'aigu, rappelle étrangement\nl'entrée de Tristan au premier acte de Tristan et Yseult. Dans le scherzo, à\nnotre avis le meilleur passage de la Symphonie, le hautbois alterne avec\nun chant rêveur des violoncelles sous des trémolos de flûtes ; un lamento\npour cordes avec soli de violons forme un contraste heureux avec le scherzo\ninitial. Mandante n'est qu'une longue et vague mélopée dont le caractère\nmorose impressionne péniblement. Par son orchestration riche en cuivres\nautant que par la vulgarité des motifs, le finale exalte la joie populaire ; l'au-\nteur y dépeint une ronde de paysans, pesamment rythméepar les cors, tandis\nque les flûtes jettent des lueurs d'ivresse. En des harmonies quelque peu\nschumaniennes, un passage de cordes semble décrire la sérénité du pen-\nseur, étranger aux réjouissances qui l'entourent. Il eût suffi à M. Ysaye,\npour parfaire la description musicale d'une kermesse, d'allier plus de fan-\ntaisie et de joyeuse animation à sa fougue tumultueuse. Tout compte fait,\nœuvre hautement estimable.\nLa Mort de Tintagiles, poème symphonique de Ch.-M. Lôffler, d'après\nle drame de M. Maeterlinck, offre un résultat remarquable d'efforts délica-\ntement modernistes. Certaines réminiscences de Debussy, notamment dans\nl'emploi des cors, n'empêchent pas ce poème, ardent et d'inspiration raffinée,\nde conserver une allure très personnelle. Nombreuses en particulier sont\nles trouvailles d'instrumentation : ensembles de bois fournis *et bigarrés,\nfonds évocateurs de cors, bassons malicieux ; on dirait les harmonies natu-\nrelles d'une forêt aux oiseaux rares, aux lianes entremêlées. Une viole d'a-\nmour converse avec le violon ou l'alto et assure l'unité d'impression repré-\nsentative du drame de Maeterlinck.\nM. V. Buffin, officier de profession, compositeur par penchant, n'appar-\ntient ni aux amateurs qui font pleurer d'insignifiance béate, ni aux pédants\nà l'érudition indéniable, mais creuse. Sa Suite symphonique est le passe-\ntemps, aucunement déplaisant, d'une personnalité distinguée. Des deux\npassages exécutés à ce concert, Yandante séduit par ses réponses des cordes\nfinement chantantes aux bois légers et rêveurs. Le scherzo, de substance\ntrop menue, nous plaît moins."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "Pour la Marche jubilaire de M. A. Deppe, autre officier de l'armée belge,\nnous nous bornerons à transcrire le programme qui inspira l'auteur :\n« Sonnez, cloches, sonnez à toute volée !\n« Rayonnez ! souvenirs de ces journées ensoleillées de liberté que cou-»\n« ronne aujourd'hui l'allégresse d'un peuple et de la nature entière.\n« Sonnez, cloches, sonnez à toute volée ! »\nLa musique, aussi vulgaire que bruyante, démontre à quoi peut aboutir\nle mauvais goût aggravé d'une prétendue science.\nM. R. Pugno, soliste tout d'abord annoncé, fut remplacé par Back-\nhaus, lauréat du dernier concours Rubinstein, dont c'était la première\nvisite à Bruxelles. Peu d'exécutants, surtout chez les Allemands, s'efforcent\nd'atténuer dans les concertos l'importance des passages de pure virtuo-\nsité. M. Backhaus compte au nombre de ceux-là. Si parfois son interpréta-\ntion du Concerto en sol majeur de Beethoven parut froide, il ne chercha\npas du moins à forcer l'admiration. Il y réussit sans peine dans 1\ntout pénétré de sentimentalisme religieux. L'exécution à la fois large et\nnerveuse du Prélude et fugue de Bach en mi bémol (Clavecin bien tem-\npéré) ne mérite que des louanges ; le romantisme de Chopin dans le Noc-\nturne en ré bémol et la Ballade en la bém fut mis en valeur avec un charme\nexempt de maniérisme. Chez M. Backhaus, le virtuose n'a pas étouffé l'ar-\ntiste, sa jeune renommée ne peut qu'en grandir.\nM. Eugène Ysaye a dirigé l'orchestre avec son enthousiasme accoutumé.\nL'ardeur avec laquelle il abrite de sa popularité bien assise les essais des\njeunes compositeurs concourt à faire de lui une des figures les plus nobles\ndu monde musical.\n\nG. P. E.\n\nCOURRIER DU HAVRE\nE. J.\nLe Cercle de iart moderne,dont nous avons récemment annoncé la\nfondation, consacrait, le 27 avril, une soirée à\ncontemporaine.\nLa conférence, faite par M. G. Jean Aubry, secrétaire du Cercle, ren-\ncontra auprès d'un public choisi le plus chaleureux accueil.\nLe conférencier y étudia sobrement et passionnément la musicalité ver-\nlainienne, le rôle joué par Verlaine dans la constitution du lied français et\nles divers modes de commentaires qu'en firent plusieurs des grands musi-\nciens modernes.\nLe choix des mélodies dit assez le sens et l'esprit de cette conférence :\nle Clair de lune,de Fauré, Apaisement et de\nErnest Chausson, Il pleure dans mon et de Debussy,\nenfin Green,du jeune compositeur André Caplet, qui a rempli supérieure-\nment le rôle délicat d'accompagnateur pour ces six mélodies.\nM'le Hélène M. Luquiens, que nous avons eu plusieurs fois l'occasion\nd'entendre récemment à la Société Nationale, aux concerts Berlioz, au\nsalon de la Nationale, interpréta ces lieds avec une intelligence et un sen-\ntiment profonds de l'âme verlairienne et de la pensée musicale des maîtres\nmodernes ; elle en exprima d'une voix flexible, pénétrante et douce les\nnuances délicates et les discrètes intentions."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.46", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "COURRIER DE LYON\nJ. R.\nA M. Léon Vallas a dit dans la Revue musicale de Lyon tout le bien qu'il\nfallait penser de la Symphonie de G. M. Witkowski, plus longuement que\nje ne puis le faire ici. Une impression personnelle cependant : la première\npartie me paraît plus épaisse, plus construite et en même temps plus\nbrumeuse, les deux autres moins originales peut-être. On loue l'instru-\nmentation.\nParmi les Sociétés qui gravitent autour des\nlyonnaise est en progrès : elle a fourni une interprétation très passable\ndes Impressions d'ltalie. Vregretté par exemple de ne pouvoir entendre\nle Paysage maritime de M. Mariotte, qui s'y connaît. Des fragments de\nMiarka, du Schubert, du Beethoven, complètent agréablement de\nbons programmes. Et la Symphonie classique offre d'excellentes répé-\ntitions à ses musiciens dans un local clair et sous une direction sympa-\nthique*\nJe ne veux enfin retenir que la partie musicale d'une fête organisée par\nun distingué professeur de diction de cette ville ; c'est pourquoi je ne\nreprocherai au Chemin de Croix d'Alexandre Georges, musicien, que l'em-\nploi d'un livret d'Armand Silvestre, poète.\nAu théâtre, la saison lyrique se trouve coupée « quant à la queue » par\nune imprévue saison d'opérette. Lyon possédera ainsi trois scènes pour\nce genre frivole : c'est beaucoup, s'il est vrai que nous soyons moroses.\nJe comprends du reste que, sans posséder une âme lubrique particulière-\nment, on trouve du plaisir à l'opérette, mais de musique... si peu !\nErrata. Lire dans le Mercure du i 5 avril, p. 381, ligne 29 : € Sur Siegfried... Toi »\np. 383, ligne 3 ! Issarlès, et ligne 8 : « tranquillité un peu sèche des sommets. »\n\nCOURRIER DE MANCHESTER\n\nLa saison des concerts touche à sa fin.\nLe « Symphony Orchestra » de Londres, sous la conduite de Henry\nWood, a donné un excellent programme. L'Après-Midi d'un Faune de De-\nbussy a été jouée pour la première fois à Manchester, mais d'une façon fort\npeu satisfaisante, ce qui explique sans doute le manque d'enthousiasme de\nl'auditoire. Nous avons constaté cet insuccès avec tristesse. On fait ici\nbeaucoup de musique et beaucoup de bonne musique ; mais notre convic-\ntion s'affirme de plus en plus que l'éducation musicale du public n'avance\nque fort lentement et que le succès des « Hallé Concerts », qui ont donné à\nManchester la réputation de « ville la plus musicale de l'Angleterre », est\nun succès de tradition et de mode, et non un succès artistique.\nOn court toujours après les virtuoses ; quelques-uns en sont dignes,\ntel Mischa Elmann, qui a obtenu un succès délirant, fort mérité d'ailleurs ;\nmais, comme beaucoup de jeunes prodiges, il gagnerait à ne paraître en\npublic que dans quelques années ; il a en lui les qualités d'un grand inter-\nprète, mais on sent déjà dans son jeu la part sacrifiée à l'effet.\nLe Quatuor Brodsky donne sa dernière séance cette semaine. La\nSonate de Franck (premièrefois à Manchester !) sera jouée parle Dr Brod-\nsky et le pianiste Egon-Petri."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "Il est sérieusement question de faire exécuter ici le de Wagner.\nM. Manners, le « manager » d'opéras, s'engage à organiser les représen-\ntations avec un orchestre « bayreuthrien »> s'il trouve dix villes en Angle-\nterre qui lui assurent chacune 50.000fr. Souhaitons-lui bonne chance.\nIl est aussi question que le « Hallé Orchestra », avec les chœurs, se fasse\nentendre à Paris la saison prochaine sous la conduite du Dr Richter.\nM\"e Eisa Riess, de Berlin, qu'on aura bientôt l'occasion d'entendre à Paris,\na donné à l'Eolian Hall, de Londres, un fort intéressant récital de chant.\nLe programme comprenait des œuvres très différentes de caractère et\nqui prouvent la vaste compréhension musicale de leur interprète. Gluck,\nScarlatti, Schubert, Brahms, Tschaïkowsky ont permis à Mlle Riess de\ndéployer ses qualités dramatiques unies à une diction impeccable.\nMlle Riess s'était fait seconder par le violoncelliste Jacques Van Lier, qui\na eu une large part des nombreux applaudissements.\nLe Quatuor Joachim a terminé le saison des concerts à Manchester. Les\nAnglais ont eu l'occasion de prouver une fois de plus leur fidélité aux\ninterprètes qu'ils accueillent depuis maintes années, et les violonistes ont\nbeau se succéder nombreux et choisis, aucun d'eux ne prendra dans leur\nestime la place de Joachim, pas plus que la chanteuse la plus parfaite ne\nprendra celle de Patti. L'auditoire des gentleman's concerts s'est départi\nde sa froideur habituelle pour faire une chaleureuse ovation au vieux\nmaître hongrois.\n\nElisabeth d'Irvel.\n\nCOURRIER DE NANCY.\n\nLes XI Concerts de l'Abonnement, au Conservatoire (Suite). Musique de chambre.\nVle Concert. Ouverture de Gwendolvibrante, vivante, abondante\nen phrases passionnées, d'une couleur orchestrale chatoyante et riche,\nmenée avec vigueur par M. Guy Ropartz, exécutée et généra-\nlement goûtée et applaudie.\nLe Concertstiïckpour harpe de M. Pierné n'ambitionne pas le titre du\ngrand Concerto,dont il s'éloigne, du reste, par la soudure étroite des quatre\nparties, ordinairement séparées. MUe Bressler tira de l'ornementale girafe\ndorée des sons exquis et délicieusement caressants, des sons\n... à frôler l'âme ainsi que des plumages.\nLe ramage ne répond pas exactement au plumage, et le me\nsemble être au concert ce que la Séréna du même auteur est aux salons\n« où l'on fait un peu de musique » ; au demeurant, un très grand succès.,\ntout comme la Sérénade.\nConcerto en fa majeur du grand Bach pour un seul violon (M. Heck),\nplusieurs hautbois (MM. Foucault et Lamy) et cors (MM. Pollain et La-\nbrunerie). Ce sont jeux de génie que ces variations savantes d'instru-\nments tels que les cors, que l'on entend si peu souvent comme solistes. Et\nje vous prie de croire que ce n'étaient pas des cors mélancoliques (bien\nqu'ils fussent au fond des bois). Quelle saine, quelle cordiale, quelle amu-\nsante et inépuisable gaîté !\nLa Pastorale,tendre, large, éloquente et profonde en son final naturiste\net humanitaire."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "VIIQ Concert. La présence de Eléonore Blanc à Nancy est tou-\njours le signe de quelque concert de noble intérêt, aux premières auditions\ntentatrices et attachantes. La cantate Ich bin vergnugt mit meinem Gliicke\nporte bien la marque distinctive du génie de Jean-Sébastien Bach avec ses\ndeux airs, le premier au mouvement modéré, le deuxième allegretto et\npaisiblement joyeux, ses deux récitatifs où la phrase vocale, suspendue*\nen quelque sorte, reçoit sa conclusion de l'orchestre, que consolide la ro-\nbuste et profonde pédale de l'orgue (tenu par M. Thirion dans un style\nlarge et plein de grandeur), avec le puissant choral, enfin, répandant ses\nondes souveraines. Comment Bach, avec un orchestre aussi réduit et le\nseul mouvement des parties vocales, parvient à donner une impression\nd'ampleur à remplir une cathédrale, c'est ce que l'on ne saurait assez\nadmirer, alors qu'une page, réputée pour son effet grandiose, comme\nY Alléluia du Messie, entendue au même concert, fait paraître Haendel\npresque étriqué. Je n'aime pas beaucoup, pour ma part, l'allure de petit\ngalop de chasse de cet enthousiasme alléluiatique, et la phrase : Tu vas\ntrôner auprès de ton père, est heureusement ici d'une beauté plus sereine\net plus pure.\nQuelle joie n'éprouve-t-on pas à entendre, une fois de plus, les suaves\nharmonies de Franck dans la Symphonie en ré mineur ! Le début et le\nfinale en furent particulièrement soignés comme exécution, moins cepen-\ndant que Y Ouverture de Léonore (n° i), d'une élégance de lignes éminem-\nment remarquable, sous la baguette de M. Guy Ropartz.\nCe prestigieux chef d'orchestre eut aussi sa large part de succès comme\ncompositeur avec ses trois mélodies, Chrysanthèmes (i), Vos yeux, et\nla Mer, orchestrées par lui avec une insigne délicatesse. (Vosyeux plus\nspécialement exquis ; harpe en harmonie imitative des plaintes du vent\net des rides de l'eau troublée.) L'auditoire, unanimement conquis, applau-\ndit à tout rompre; Elénore Blanc se surpasse, en émissions vocales\nde toute sûreté, en dictions frôleuses et charmeuses...\nLe concert se terminait fort agréablement par Prélude et Danses de\nDana du distingué chef d'orchestre Georges Marty. En fait d'« arias »,\nmurmure quelqu'un, je préfère ceux de J.-S. Bach.\nVIIIe Concert. Ouverture de Léonore (n° 2) : celle peut-être que je\npréfère de l'étonnante série signée par Beethoven ; fort bien rendue, d'ail-\nleurs, par l'orchestre, qui ne bronche pas dans le trait fameux des violons ;\nl'appel de trompette, dans la coulisse, réussi, suffisamment dramatique\npour le concert.\nLa véritable « ouverture » du concert avait consisté en une allocution de\nM. le général Joly, membre de la Commission du Conservatoire, suivie\nd'une réplique de M. Ropartz (un lent précédant un animé : ouverture de\nforme française, remarquent les musiciens). Félicitations, au nom des\nabonnés, des musiciens, de la commission et des élèves du Conservatoire,\nau nouveau chevalier de la Légion d'honneur ; remise de l'insigne de l'ordre\nenrichi de diamants ; promesse de donner au compositeur la partition\ngravée de sa première symphonie (sur un choral breton) ; applaudissements\nspontanés de l'assistance...\nCe fut plus chaleureux que l'accueil réservé à la Chevauchée de la Chi-\nmère de M. G. Carraud. Ce qui déroutait l'auditoire, en cette œuvre,\nc'était, sans doute, la brièveté des phrases mélodiques ne comportant pas\nles amples développements où se complaît la Muse classique. Pour moi,\n\ni)Ces mélodies, ainsi que la plupart des œuvres de M. J.-Guy Ropartz, ont été\néditées à Nancy, chez Dupont-Metzner, rue Gambetta,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.49", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "cette particularité ne me choque point ; je la trouve adéquate au halète-\nment inquiet que semble indiquer le texte symbolique du poème. Ce qui\nme trouble davantage, c'est la lourdeur rythmique du début, la difficulté\nmême que le rythme éprouve à trouver son assiette, à prendre son élan, si\nj ose ainsi dire. Orchestration subtile et rare. Que le public réserve à la\nChevauchée de la Chimère, et en général à toute œuvre moderne (à ire au-\ndition !) ses applaudissements, voire même ses sifflets, c'est son droit strict,\nmais que pendant 1 exécution de l'œuvre, au risque de distraire musiciens\net critiques de 1 attention qui est pour eux un devoir professionnel, il se\nlivre à des conversations animées souvent bruyantes voilà qui est\nintolérable !\nLe Concerto en mi bémol de Beethoven : c'est long, c'est formidable et\nc est très beau. Gortot y est superbe. Ajoutons que personne n'interprète\nainsi que lui les triomphes et les clameurs d'archange en délire à la fin des\nVariations symphoniques de Franck !\nRien de bien frappant dans la reprise de la Symphonie en ut mineur\n(celle de M. Saint-Saëns), sinon que l'orgue et l'orchestre n'y furent au\nmême diapason qu'à l'instant où le Cavallié-Coll de la salle Poirel imposa\nl'accord aux instrumentistes.\nFernand Pollain, violoncelliste étoile de notre Conservatoire, donne avec\nson frère René Pollain, violoniste, Mlle Dennery, pianiste et cantatrice, une\nsérie de concerts à Saint-Dié. Pianos Steinway... : les concerts, les exé-\ncutants, les pianos, tout fut excellent et magnifique.\nM. Louis Hekking fit entendre M. Arthur de Greef, pianiste en qui l'ar-\ntiste se tempère d'un professeur, au style excellent et simple. La viole de\nStradivarius de M. Hekking vibra, humaine, douloureuse, tendre et pas-\nsionnée, dans la Sonate de Franck.\nAu Conservatoire, M. Heck et Mme Richert ont terminé leur intéressante\nsérie de concerts de violon et piano par des sonates de Corelli, de\nSchubert et de M. C. Saint-Saëns. Un public d'amateurs fidèles, au goût\ndélicat, n'a pas ménagé ses applaudissements aux deux bons professeurs,\nqui se proposent, paraît-il, d'aller donner à Metz, cette année, une autre\nsérie de concerts historiques.\nEn un prochain courrier, je consacrerai un article spécial àla Schola\nCantorum de Nancy, société chorale dirigée par M. Pierre Albrech et qui\nnous promet, pour cette année, de remarquables auditions.\n\nRené d'Avril.\n\nCOURRIER DE NANTES.\n\nM. Paul Ladmirault.\nLes habitués des concerts de la Société nationale n'ignorent pas le très\nintéressant musicien qu'est M. Paul Ladmirault. Un concert symphonique\nconsacré, en partie, à ses œuvres et donné avec un vif succès, à Nantes, ie\nil avril dernier, vient de révéler le jeune compositeur à ses compatriotes.\nLa plupart des musiques inspirées par la Bretagne sont monotones et\nuniformément grises, du gris de la lande. Sans doute, mais dans la lande\ngrise les genêts font des taches d'or. Aussi l'évocation bien person-\nnelle de M. Ladmirault me semble-t-elle plus vraie. Il y a du rêve et de\nla poésie dans la Suite bretonne, il y a aussi du soleil. Il y a surtout des\nthèmes profondément originaux tant par leur caractère quepar leur saveur"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.50", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "rythmique ; soit que, dans la Ronde et le Scherzo aux cuivres fulgurants,\ndansent, au son des binious et des bombardes, les paysans en heurtant\nrudementle sol de leurs sabots qui s'entrechoquent ; soit que dans le Chant\npopulaire ce soit l'âme même de la terre bretonne qui semble chanter, ou\nque dans la Pantomime l'antique forêt de 'Brocéliande nous apparaisse\ninondée de lune.\nUn important fragment du premier acte de Myrdhin légende en 4 actes\net un prologue, de Mme Louise Ladmirault et M. Albert Fleury précédait\nla Suite bretonne. Ce chant funèbre, à la déclamation large, soutenue par\nune instrumentation dont je louerai la sobriété, a vraiment beaucoup d'ac-\ncent ; il permit à M. Féraud de Saint-Pol de faire applaudir une belle voix\nde baryton au timbre agréable et à l'articulation toujours nette.\nJe dirai peu de chose de l'orchestre. Chacun fit de son mieux. L'on sait\nqu'en province presque tous les orchestres pèchent par le quatuor trop peu\nnombreux pour pouvoir lutter avec les bois et les cuivres. Son chef,\nM. Frigara, a droit à tous les éloges non seulement pour sa précision\nsouple, mais surtout parce qu'il eut le rare mérite de diriger à merveille\nla Ronde de VEpèe, dont l'exécution est des plus délicates par suite de\nl'alternance des mesures dans un mouvement aussi rapide.\n\nJean Poueigh.\n\nCOURRIER DE NICE\n\nManon Lescaut de Puccini. Concerts.\nOpéra. La Manon Lescaut de Puccini (i ), qui vient de faire en France une\nentrée peu triomphale, est divisée en 4 actes. Les deux premiers sont du\nbon opéra bouffe italien ; les deux derniers du mélodrame larmoyant.\nVoici comment le librettiste a découpé pour la scène le roman de l'abbé\nPrévost. Manon, conduite par Lescaut, son frère, s'est trouvée dans le\ncoche d'Amiens avec le vieux comte de Gerval. Elle a plu au gentilhomme,\net Lescaut un bien vilain personnage dont le rôle, comique, est le\nmieux traité de la partition est prêt à faciliter les rapprochements. Mais\nvoilà qu'en descendant du coche, la jeune fille et le chevalier Des Grieux\nse rencontrent. Coup de foudre, grand air, duo et fugue dans la voiture\nmême que le comte amoureux avait fait préparer pour enlever la coquette.\nCet acte adu mouvement et de la gaîté ; mais la partie sentimentale est\ndésolante de fadeur et de mélodie facile.\nAu deuxième acte, Manon a déjà lâché Des Grieux et s'est laissé meu-\nbler un coquet appartement par le comte de Gerval. Nous assistons à une\npartie de sa toilette, à sa leçon de danse. Des pages lui débitent d'assez\ngentils madrigaux ; de vieux messieurs viennent lui faire de galants com-\npliments, et la musique de tout cela se maintient dans une note assez juste,\npas désagréable. Bref, Manon serait heureuse s'il ne lui manquait Des\nGrieux. Mais Lescaut, bon garçon, le lui amène. Reproches, larmes, grand\nair, duo, réconciliation, baisers interrompus par l'arrivée inopinée du\ncomte de Gerval. Le vieux marcheur ne fait pas d'éclat ; il envoie simple-\nment quérir les archers, qui, après une poursuite bouffonne à travers les\nsalons, s'emparent de Manon et l'emmènent. On voit combien le roman a\nété condensé en ces deux actes incompréhensibles pour qui n'a pas lu le\n\n41) Adaptation française de M, Maurice Vaiacaire"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.51", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "livre. On ne peut s'empêcher de trouver un peu radicale la façon de pro-\ncéder de ce gentilhomme qui, à quelques minutes d'intervalle, traite une\njolie fille comme une marquise et comme une gourgandine.\nLa deuxième partie, en revanche, est trop délayée. Le troisième acte\nnous montre le départ pour l'Amérique des filles déportées, et une scène\nd'adieux assez touchante. Des Grieux implore l'autorisation de suivre Ma-\nnon et l'obtient. Au dernier tableau, les deux amants errent dans le désert\naméricain et Manon, à bout de forces, s'arrête et meurt longuement.\nManon Lescaut est une des premières œuvres de M. Puccini. Elle se\nmaintient au répertoire en Italie depuis une quinzaine d'années. La renom-\nmée et le succès de la Manon de M. Massenet autrement remarquable\nà plus d'un titre, bien qu'aussi une œuvre de jeunesse opposaient une\nbarrière redoutable à l'introduction en France de cet ouvrage plein de fai-\nblesses. Mais Tinvasion italienne se poursuit; elle est déjà plus complète\nqu'on ne le suppose, surtout en province. Nice a été une des premières\nvilles à livrer les clefs de ses portes. Mais cette fois le peu d'originalité de\nla mélodie, la simplicité des procédés et une première représentation des\nplus ternes ont produit une impression peu favorable. Les éloges habituels\nde la presse ont été mitigés de critiques assez vives et fort justes, si bien\nqu'un compte rendu (non signé) de la seconde représentation a été jugé\nnécessaire par les intéressés. Ils ont essayé ainsi de pallier le mauvais effet\nde ces premières critiques en vantant « le charme délicat d'une musique\ndevant plaire à un public chez lequel la savante algèbre de la musique,\ndite moderne, n'a heureusement pas tari l'instinctif amour de la mélodie ».\nJe ne sais pas à quelle musique il est fait ainsi allusion et ne crois pas que\ncelle de M. Massenet se compose de monomes, de binômes et d'équations ;\nmais ce qu'il y a de certain, c'est que, malgré ses défauts, la Manon fran-\nçaise reste l'œuvre d'un maître qui n'a rien à redouter de sa contrefaçon\nitalienne.\nEt c'est cependant à cet opéra qu'est due la véritable cause de l'incident\nHeugel au début de la saison, incident dont s'est vite consolée la direction\nde l'Opéra, les œuvres italiennes coûtant, paraît-il, moins cher à représen-\nter que les françaises. Si cela est exact, cette concurrence commerciale est\ncertainement plus dangereuse pour les compositeurs français que la riva-\nlité artistique.\nLe rôle de Manon a été créé par Mlle Ch. Wyns avec beaucoup de\ngrâce et d'émotion ; celui de Des Grieux par le ténor Constantino, très\nbon chanteur qui n'a malheureusement pas du tout le physique de l'emploi.\nTout le reste, sauf l'orchestre, assez bon, était médiocre.\n\nEdouard Perrin.\n\nCOURRIER DE REIMS\nL. B.\nConcerts éclectiques. —Le concert spirituel donné le dimanche 8 avril\ndernier a produit une excellente impression sur les nombreux auditeurs,\nà l'occasion de l'exécution des Paroles du Christ d'Haydn, oeuvre vraiment\nbelle et d'une exécution difficile et laborieuse ; aussi M. Vaysman mérite\nde vifs et sincères compliments.\nLe programme était complété par un O vos omnes de notre distingué\nconcitoyen Ed. Petit, et nous n'avons que des éloges à lui adresser.\nCette dernière audition de Tannée a couronné glorieusement les efforts\nartistiques de la belle Société de M. Vaysman."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.52", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "COURRIER DE TOURS\nJ. R.\nBonne interprétation de Désert, le 25 mars, par la chorale Sainte-Cécile\net l'orchestre de l'Association artistique sous la direction de M. Etesse.\nA ce concert se firent entendre plusieurs solistes parmi lesquels il convient\nde citer Mlles Lily Françoise, violoniste, et Lucie Caffaret, pianiste. —Le\n28 eut lieuunautre concert organisé par la Direction Paul Bocquet et où\nnous avons applaudi M. Lucien Wurmser et M^6 Ida Ekmann, qui tour\nà tour exécutèrent des pièces de Schumann, Chopin, Chevillard, d'lndy,\nSaint-Saëns, et des mélodies de Gluck, Liszt, Durante, Grieg, Schubert et\nReimann,dont la délicieuse Fileuse fut bissée. Le public, malheureusement\ntrès peu nombreux, fit un chaleureux accueil à ces deux artistes.\nJAN RUER.\nAu cours d'une soirée musicale presque intime, tant les élus étaient\nchoisis parmi les disciples de l'art, il nous fut donné d'entendre les œuvres\ninédites d'un compositeur de talent, Mme Grodvolle. Nous en parlerons\nplus longuement d'ici peu.\n\nCOURRIER DE VARSOVIE\nM. S.\nAu programme de son concert d'abonnement du 3o mars, la Philharmo-\nnie de Varsovie avait inscrit des poèmes arabes pour orchestre et chant, de\nAdam Wieniawski, la Joueuse de Flûte, la Joueuse de Tambourin, Dormeuse,\ntirés des « Mille et une nuits ». L'auteur conduisait en personne ces évo-\ncations d'Orient d'un charme alangui si séduisant et si personnel, qui eurent\ncomme interprète la charmante cantatrice Marguerite Artôt. Le succès des\nœuvres et de l'interprète fut tel que la direction a retenu Artôt\npour un second concert qui eut lieu le 5 avril. Artôt y chanta la\nTosca et des mélodies d'Adam Wieniawsaki, qui fut, cette fois encore et en\ndépit de tous les proverbes, très fêtépar ses compatriotes.\nA noter que ce jeune compositeur au talent si séduisant, s'est révélé très\nhabile chef d'orchestre.\n\nÉCHOS\nA 1 Opéra-Comique. —M. Albert Carré a signé deux engagements nou-\nveaux : celui de Mlle Geneviève Vix, qui quitte l'Opéra, et qui, très pro-\nbablement, créera, place Favart, le Chandelier, de M. Messager; et celui\nde Georgette Leblanc Maeterlinck, qui passera à l'Opéra-Comique les\nmois de février et mars, pour y être l'interprète de l'œuvre de M. Dukas,\nBarbe-Bleue, et, le cas échéant, chanter des ouvrages de son répertoire tels\nque Carmen, la Navarraise ou Sapho.\nIl faut signaler aussi l'engagement de Mll® Lina Cavaliéri et la rentrée\nprobable de M. Renaud ; celui-ci ferait, à l'Opéra-Comique, avec\nMme Héglon, la création du Chemineau, de M. Xavier Leroux.\nLe bruit court enfin que Mne Garden aurait annoncé son intention de\nchercher des scènes plus vastes et plus dignes de l'ampleur de sa voix."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.53", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "Orgues. Comme il le fait depuis bien des années, M. Guilmant donnera\njusqu'au 2 juillet, tous les lundis, à 4 heures 1/2, dans la salle du Troca-\ndéro, une audition d'orgue complémentaire de son cours du Conservatoire.\nLa première séance (23 avril) comprenait des œuvres françaises, dont un\nOffertoire, agréablement varié, de Dandrieu, de jolies pièces de Boély et\nde M. Périlhou, une intéressante suite d'Emile Bernard et un finale d'une\npuissante sonorité de M. Guilmant.\nAla recherche d'une salle. L'Association des Concerts Lamoureux\navait demandé s il ne serait pas possible de louer la salle de l'Opéra, son\ntraité avec la direction du Nouveau-Théâtre prenant fin cette année même.\nM. Gailhard a dû décliner toute proposition, par la raison qu'il se propose\nd'utiliser, le dimanche après-midi, la salle de son théâtre.\nIl est a présumer que les Concerts Lamoureux auront lieu, dès la rentréej\nau théâtre Marigny.\nChansons populaires grecques. Ces chansons ont été présentées au\npublic de l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine, par MllO Mar-\nguerite Babaïan, à la voix expressive et pure, après une instructive con-\nférence de M. Calvocoressi. Plusieurs d'entre elles, les plus belles, avaient\nété harmonisées par M. Ravel.\nLa musique au Salon d'Automne. Une courte note, qu'un de nos con-\nfrères (n° du ier mai) semble dissimuler au bas d'une page immense et\nbourrée de petit texte illisible, nous apprend que les œuvres pour la\nsection de musique du Salon d'automne devront être envoyées avant le\ni 5 mai à M. Alfred Bruneau, 122, rue de la Boétie. Il était temps de le\nsavoir, en vérité. Et le plus étrange, c'est que cette communication, con-\ntrairement à tous les usages, n'a été faite à aucun autre journal de musique.\nLe nombre des envois au concours se trouvera ainsi notablement réduit,\net la tâche de M. Bruneau facilitée. On s'est étonné parfois de notre sévé-\nrité à l'égard de ce compositeur : nous l'aurions certes passé sous silence,\ns'il s'était borné à n'avoir aucun talent. Mais on veut faire de lui une\nsorte de préfet de la musique, et ces procédés sournois ne sont-ils pas ceux\nd'un préfet combiste ? N'avions-nous pas raison de combattre son influence\net de dénoncer son incapacité?\nConcours. Les concours ouverts en 1905 par la\nteurs de Musique ont donné les résultats suivants :\nI. Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle. Prix de 500 francs\noffert par M. le ministre des Beaux-Arts, décerné à M. Roger Ducasse ;\nMention à l'auteur de l'œuvre ayant pour devise : « Il ne chantait que la\ngrandeur des Dieux » ;\n11. Fantaisie pour piano et orchestre : Premier prix de 500 francs (Fon-\ndation Pleyel-Wolff-Lyon), décerné à M. Aymé Kunc ; Deuxième prix de\n200 francs, offert par la Société, décerné à M. J, Ermend-Bonnal ; Mention\nà l'unanimité à l'auteur de l'œuvre ayant pour devise : « Veni » ;\n111. Ave Maria pour baryton solo et chœur à trois voix avec accompa-\ngnement d'orgue, violon, violoncelle, contrebasse et harpe : Prix Samuel-\nRousseau, 300 francs, offert par Mme Samuel-Rousseau, non décerné\nMention à l'auteur de l'œuvre portant l'épigraphe « T. U. B. A. » ;\nIV. Musique de scène pour Y Amphytrionde Molière : Prix de 500 francs\noffert par M. Albert Glandaz, non décerné ;\nV. Histoire de la Sonate : Prix de 200 francs offert par la Société, non\ndécerné : Mention avec prime de 100 francs, à l'auteur de l'envoi portant\nl'épigraphe : c L. S. P. M. »."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.54", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "Il ne sera pris connaissance des noms des auteurs ayant obtenu des\nmentions qu'avec leur assentiment.\nSchola Cantorum. M. Charles Bordes donnera le 18 mai, à 9 heures\ndu soir, une audition de Rébecca,de César Franck : M,le Pironnay, M. de\nGabriac, les Chanteurs de Saint-Gervais et l'orchestre de la Schola.\nLe sottisier musical. « Un certain nombre de promeneurs s'arrêtent\npour écouter les deux petites joueuses de flûte, Rhodis et Myrto, qui\nchantent en s'accompagnant sur leur instrument. » Louis DE GRAMMONT,\nAphrodite, page 5.\n« Elle (Mlle Garden) adhéra au personnage et se coula en lui, comme si\nelle était Mélisande elle-même. Elle eut, dès le premier jour, sa voix\nd'oiseau blessé. » A. MANGEOT, Monde page 118.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nI. Albeniz : lberia.3 pièces pour piano. Paris, Edition mutuelle.\nBaude de la Quarière : La chanson Etude métrique par\nR. Meyer. Essai d'interprétation par J.Bédier. Étude musicale par P. Aubry.\nParis, A. Picard et fils.\nPierre de Bréville. Prières d'enfant. Piano et chant. Paris, Edition\nmutuelle.\nAuguste Chapuis : Impressions sylvestCinq pièces pour violoncelle\net piano, Paris, Durand et fils.\nC. A. Collin : Ad altare Dei.Cent pièces pour orgue. Paris, E. Demets.\nClaude Debussy : Douqe chants en avec accompagnement de\npiano. Texte français et anglais. Paris, Durand et fils.\nPelléas et Mélisande.Extraits, transcrits pour piano à deux mains et à\nquatre mains, par Léon Roques. Paris, Durand et fils.\nCésar Franck : Première fantaisie p transcrite pour piano à\nquatre mains par G. Choisnel. Paris, Durand et fils.\nA. Mariotte : Sonate pour piano, Lyon, Janin frères.\nMaurice Ravel : Cinq mélodies populair Version\nfrançaise de M. D. Calvocoressi, Paris, Durand et fils.\nJean-Philippe Rameau : Les Indes Partition pour chant et\npiano, transcrite par Paul Dukas. Paris, Durand et fils.\nLes Indes galantes.Airs de ballet, transcrits pour piano à deux mains\npar Paul Dukas. Paris, Durand et fils.\nHippolyte et Aricie. Airs de ballet, transcrits pour piano à deux mains\npar Vincent d'lndy. Paris, Durand et fils.\nCamille SaintSaëns : La jeunesse d'HPetite partition d'orchestre.\nParis, Durand et fils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.2", "titre_corps": "LETTRE DE L'OUVREUSE.", "titre_sommaire": "LETTRE DE L'OUVREUSE.", "signature_source": "L'Ouvreuse", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1863, "texte": "LETTRE DE L'OUVREUSE.\n\nWeingartner. Ysaye et Pugno.\nBerlio% et Weingartner. Berlioz jouit actuellement dans la patrie de\nWagner d'une popularité dont se réjouit M. Colonne, charmé devoir le\nromantisme satanique de son satané Hector ravager les mélomanes senti\nmentaux d'outre-Vosges. J'attendais donc avec impatience l'interprétation\nnationale que pouvait en donner au Châtelet Félix Weingartner : elle est\népatante. Astruc, sois béni dans le Seigneur, sois béni dans le Seigneur !\n(J'en rends du Meyerbeer.)\nN'ayant pas les mêmes raisons que les Français d'aimer notre enfant\ngâté jusque dans ses verrues (surtout dans ses verrues), le capellmeister\nallemand a su débarrasser les partitions berlioziennes des excès de trucu-\nlence et des outrances sonores qui les encombrent. Avec un sens littéraire\ntrès affiné indispensable pour traduire la pensée de l'homme de lettres\nqui écrivit la Fantastique, il donna de chaque numéro du programme\nune interprétation élégante, pas trop poussée, intelligemment extérieure,\névitant de prendre trop au sérieux telles de ces pages à effet où il n'y a\nvraiment pas beaucoup de musique! Berlioz en est sorti tout rajeuni. Ses\npires excès s'atténuèrent, s'évaporèrent, disparurent. La fin du Carnaval\nromain, ainsi dévulgarisée, en parut plus spirituelle, et il n'est pas jus-\nqu'aux affligeantes cadences italiennes de la dernière page qui, habilement\nresserrées et condensées, ne devinssent un aimable effet de verveuse con-\nclusion.\nLa nouveauté du programme résidait dans la première audition (en\nFrance) de Cléopâtre, troisième cantate (consultez Boschot) écrite par Ber-\nlioz en vue du prix de Rome... qu'il n'obtint d'ailleurs que l'année suivante\navec Sardanapale. Entre nous je ne trouve pas prodigieusement inique la\ndécision du jury refusant, à l'instigation de Boïeldieu, d'attribuer la récom-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "pense suprême à cette médiocre élucubration lyrique, ressemblant à Gluck\ncomme Ponsard à Corneille, pleine d'élans conventionnels et d'effets am-\nbitieusement poncifs, avec râles de contrebasses, roulements de timbales et\npetite flûte figurant l'aspic.\nMile Bréval exprima avec une belle passion les angoisses de la veuve\nd'Antoine et présenta son sein résigné à la brève gamme suraiguë qui sym-\nbolise indifféremment dans les compositions romantiques les coups de\npoignard, les éclairs aveuglants ou les morsures ophidiennes.\nUn régisseur vint nous informer, salué par des murmures de réprobation,\nque, <( n'ayant pu répéter », l'air de Gassandre ne serait pas chanté\npar Mlle Bréval. Cette information ne parut pas d'une logique inatta-\nquable.\nExposition beethovenienne. Une prestigieuse interprétation de la\nSymphonie en la} plus dynamique, plus dionysiaque encore qu'en igos,\nenfièvre les auditeurs du Châtelet. Colonne exulte, Chevillard resplendit\nd'extase, tous les cœurs volent vers Weingartner, qui en profite pour ne\npas faire la reprise du premier temps, à la conclusion mirifiquement\nélargie.\nOn fête dans le Concerto en sol Auguste Pierret, tête fine et doigts fins,,\ndont j'aimerais applaudir plus souvent la nerveuse élégance (mais de qui\ncette cadence, bons dieux?). Weingartner soude l'Andante au Rondo. Et\npuis c'est Yut mineur, finale d'apothéose, avec, dans la coda, des trompettes\nde gloire...\nLéonore a trois ouvertures comme la maison de Cadet-Roussel ; mais je\nne prétends pas que cette triple exécution m'emballe... Notons cependant\nque le thème de la trompette, dans la coulisse, a subi, en passant du n° 2\nau no 3, une modification curieuse qui augmente son énergie.\nLouons Enesco des jolies sonorités qu'il a mises au service du Concerto\net admirons l'interprétation infiniment spirituelle et distinguée de la Hui-\ntième Symphonie, commentée avec un lyrisme infatigable par l'ami Pierre\nLalo (il a raison) contempteur de Litvinne (il a tort).\nYsaye-Pugno. - Une cour de jolies femmes adule, salle Pleyel, les deux\nventripotents monarques de l'archet et du clavier. Dans la griserie de cette\natmosphère chargée de parfums, je ne me sens pas la force de reprocher à\nYsaye son interprétation trop câline de Bach... Beaucoup d'énergique pré-\ncision dans l'austère Sonate de Vincent d'lndy ; majestueux et poupin, le\nPaganini bruxellois arrache héroïquement les farouches pizzicati du second\ntemps dont les âpres harmonies sont pétries et modelées avec un athlé-\ntisme tranquille par Pugno, ce Rodin du Pleyel.\nDamnation de Faust. M. de Morsier annonçant la grippe de Van Dyck\nprovoque les glapissements aigus du public de l'Opéra, public d'ailleurs\nignorant des traditions, car il ne bisse ni la Danse des Sylphes, ni la Puce\n(Delmas en était baba), mais seulement la Marche et la Sérénade. Néan-\nmoins, gros et très gros succès.\nOn se montre avec admiration les 400 choristes d'Amsterdam qui occu-\npent le fond de la scène et débordent sur deux hautes terrasses latérales\nornées de fleurs barbares. Ces messieurs et dames portent à la boutonnière\nun ruban rouge ; Astruc a dû les faire tous décorer de la Légion d'hon-\nneur pour les récompenser de leur discipline artistique et de leurs pianis-\nsimo impressionnants. Bréval triomphe, après son amoureuse lamentation,\net Weingartner [après le steeple-chase final de Vortex et de Giaour, arri-\nvant dead-heat.\nEncore Beethoven. —Au dernier Weingartner, l'ouverture d'Egmont fut\naussi bien accueillie que celle d'une caisse de jambons, le ler mai, chez\nPotin."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "Harold Bauer triompha dans la fantaisie en ut mineur où apparaissent\ndes esquisses du finale de la ((Neuvième ». Ce pianiste, autrefois violoniste\net que je ne désespère pas de voir finir ténor, a donné de cette page synop-\ntique une traduction très musicale, plus nuancée que puissante, et plus\nintime que majestueuse.\nAprès la Neuvième, des hurlements de sympathie prouvèrent à Wein-\ngartner combien avaient été goûtés ses gestes de précision énergiques et ses\ncoups de tête éperdus. Le scherzo parut un enchantement lumineux, un\ntriomphe anticipé du pointillisme. Quant au finale, si dangereusement\nécrit pour les voix, il fut rythmé avec vigueur par les quatre cents Hollan-\ndais ouvrant des bouches démesurées pour accentuer chaque syllabe\navec plus de force. Les solistes se tirèrent avec honneur des quelques\nlignes haut-perchées qui leur étaient confiées, et exécutèrent au mieux le\njoli (( dégradé » de leur dernier accord. Et l'hymne à la Joie se déchaîna\navec sa furie coutumière et débridée... Joie un peu trop canaille tout de\nmême; c'est surtout dans ce cas que la joie fait peur! Voir dans le cancan\nfinal, ponctué de laides cymbales, le dernier mot du sublime beethové-\nnien, c'est se montrer inique pour Fauteur de la Messe en ré.\n\nL'Ouvreuse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.3", "titre_corps": "THÉATRES.", "titre_sommaire": "THÉATRES.", "signature_source": "R. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.31", "debut_caractere": 1289, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "THÉATRES.\n\nNOUVEAUTHÉATRE : Le Clown, nouvelle musicale en deux actes, livret de V. Capoul, musique\nde I, de Camondo.\nLa scène est à Neuilly, de nos jours, chez les forains. Je sais tout le\ncharme que possèdent, pour certains spectateurs, ces « reconstitutions » ;\nj'ai le regret de m'y trouver insensible. L'entrée d'un cirque avec sa plate-\nforme où trône la caissière et sa galerie où s'époumonnent bugleset pistons,\nune baraque de tir à un sou, et dans le fond, par delà les feuillages pou-\ndreux, des maisons à six étages, sont des objets qui, transportés à la scène,\nfont pousser des cris d'enthousiasme à tel Parisien néophyte : « Voyez !\nEst-ce assez ça ?» Pour ma part, je regrette que la poétique fantaisie de\nM. Jusseaume n'ait pu se donner carrière en des décors plus harmonieux,\nplus expressifs et plus embaumés de rêve. Il faut dire cependant que cette\nsituation du drame nous a valu une de ses meilleures pages musicales : la\nfin du premier acte, où se trouvent mêlés et superposés avec la science la\nplus amusante les différents bruits de la foire : fanfare de cors, grosse\ncaisse et cuivres de la parade, orgue de la maison Gavioli, tourné par la\nmain synchronique de M. Garnessant (car le programme ne nous laisse\nignorer aucune collaboration); et tous ces thèmes, d ailleurs simples, mar-\nchent ensemble, ô mes frères, et s'amalgament en des sonorités étouffées\net confuses, qui agacent l'oreille de très curieuse façon. Ce tumulte est fort\ndivertissant, et met hors de conteste le talent d'écriture de l'auteur et la-\nsolidité de ses études\"; mais que dirait-on si la musique, au lieu d'être\nexacte, s'avisait d'être belle ? Moi, je dirais que cela vaut mieux.\nQuant à l'intrigue, elle veut être violemment dramatique, et se réclame\ndes principes véristes : c'est dire qu'elle est de la plus rare et cocasse\ninvraisemblance. Les époux Barbazan, maîtres du cirque, ont dans leur\ntroupe le clown Maxim, l'écuyère Zéphirine et le comique Auguste. Et le\nclown Maxim, pour ses sauts périlleux, est aimé des belles spectatrices\nautant qu'un ténor d'Opéra. Mais il ne peut obtenir les faveurs de Zéphi-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.32", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "rine, qui soupire, en souvenir de Louise, vers les plaisirs de Paris, et aussi,\nde façon plus précise, vers les vicieux attraits du sinistre Auguste. Et ce-\npendant Maxim et Zéphirine sont amis d'enfance, et roucoulent à ce sujet\nune assez jolie romance [Ta main dans ta main); mais le cœur des écuyères\na ses raisons.\n_Au second tableau, qui se passe dans la « loge » de planches de Zéphi-\nrine, Maxim est si éloquent et si brutal, qu'un instant son amie s'abandonne\nà son baiser. Le traître Auguste survient ; pour se venger, il sciera le\ntremplin d'où va s'élancer, dans un instant, le clown aimé du public : chute\nmortelle, agonie dans les bras de l'écuyère conquise par cet argument\nsans réplique. Et tout cela serait fort bien, si entre temps l'inexplicable\nZéphirine n avait échangé sa robe et son peigne avec une certaine Glady,\nadoratrice du clown, venue là on ne sait pourquoi, et qui se trouve fort\npenaude lorsque la vraie Zéphirine, après avoir suivi un instant Auguste,\nrevient, par un nouveau caprice, prendre la seule place qui lui convienne\ndans tout drame digne de ce nom : quand le héros expire, il faut, de néces-\nsité absolue, qu'il trouve auprès de lui les yeux et la main de l'aimée. Tout\ncela est d'une puérilité compliquée et cherchée et d'un bas romanesque\nou lon chercherait en vain le moindre trait de caractère, le plus ténu\ndétail de mœurs qui permît, au moins un instant, de croire à l'existence\nde ces fantoches. La langue est à l'avenant ; je n'en donnerai qu'un\nexemple : Maxim expirant trouve encore le triste courage de parler\nDu sang de sa blessure\nGoutte à goutte tombant sur sa pâle figure.\nCharpentier lui-même ne prête pas à ses midinettes un langage plus faux\nni plus affecté.\nQue Ton joigne à cela une chaleur suffocante, une salle des plus incom-\nmodes, malgré son brillant éclairage, et par surcroît de graves soucis poli-\ntiques, on aura l'idée d'une triste et maussade soirée. Mais la musique de\nM. de Camondo vient tout sauver. Car il s'est trouvé un homme pour\nprendre au sérieux les billevesées du librettiste, les étudier, les méditer, et\nles envelopper d'harmonie avec un soin digne certainement d:un meilleur\nobjet. Cette musique a pour premier caractère un manque d'originalité qui,\npoussé à ce degré, à cette puissance, devient une vertu : tant d'autres, de\nnos jouis, s épuisent, pour donner le change sur eux-mêmes, à dénaturer\ncruellement la foncieie banalité de leurs idees ! M. de Camondo, héroïque\ns est résolu a ressembler toujours a quelqu'un : sa mélodie vient le plus\nsouvent en droite ligne de Massenet, dont elle imite l'entrain facile et la\nsentimentalité frivole j mais panois elle devient solennelle, et fait alors\nsonger à Charpentier, dont certain « Chant des Gueux » ressuscite la\ntriviale emphase ; des ports de voix et des notes filées, à l'italienne,\nbrochent sur le tout, tandis que l'orchestre combine des brutalités véristes,\navec des foisonnements wagnériens. Et tout cela est fait de si bonne foi'\nque lon ne peut refuser sa sympathie a cet art composite, mais sincère et\nprobe. La réminiscence est le langage naturel de M. de Camondo ; c'est\npar des assemblages de notes déjà rencontrés qu'il exprime ses émotions\nles plus vives et les plus profondes. On ne songe point à l'en blâmer;\ncertaines pages de sa partition sont amusantes, comme le finale, déjà\ndu premier acte ; d autres ont un tel accent de conviction, que l'on se sent\ntout attendri : l'introduction au second acte, par exemple, ou la mort du\nclown, a\\ec le rappel, prévu mais d'un effet sûr, du « souvenir d'enfance >).\nMusique de collectionneur, dira-t-on. Sans doute ; mais Meyerbeer a-t-ii\nsouvent fait autre chose? Musique honnête, sans aucun doute, et meilleure\nque celle de bien des œuvres montées récemment par telle de nos scènes"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.33", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "officielles. Si j'essaye de me représenter la Muse de M. Camondo, je vois\nune figure aux traits peu accusés, qui n'est point belle, qui ne séduit pas,\nmais dont le sourire est si bon qu'il lui donne une sorte de noblesse ; une\nde ces figures « auxquelles on s'habitue très bien », ce qui veut dire qu'elles\nsont conjugales avant tout et prometteuses de joies honnêtes ; ces figures\nse rencontrent tout aussi bien au Nouveau Théâtre, ou à l'Opéra, que\ndans les salons de la bourgeoisie. Il ne faut pas les mépriser. Combien\nleur vue est consolante, auprès de tel masque perfide ou grossier... Mais\nne brouillons pas M. de Camondo avec les compositeurs de la République.\nL'interprétation du Clown est glorieuse, mais non excellente.MUe Farrar,\nétoile berlinoise, est une Zéphirine bien pointue ; Mlle Margyl rappelle de\ntrop près, par ses gestes et par sa voix, le music-hall qui l'a nourrie ;\nM. Delmas, en Barbazan, se sourit trop à lui-même. M. Rousselière est\nun ténor agréable ; Mlle Mérentié est insipide comme le rôle de Glady.\nSeul M. Renaud donne un relief saisissant à Auguste, l'arsouille sinistre et\ngouailleur, L'orchestre, sous la direction de M. Catherine, se conduit fort\nbien, et s'il ne sonne pas mieux, ce n'est pas de sa faute.\nLouis LALOY.\nUne nouvelle Carmen.\nOlé ! Olé ! voici enfin une Carmen bien espagnole, gitane même, et bien\ntelle que Mérimée et Bizet l'avaient sans doute rêvée, telle que seule l'avait\nincarnée Galli-Marié. C'est Mme Maria Gay, la grande cantatrice catalane,\nqui s'est révélée cette Carmen exceptionnelle dans la représentation d'essai\ndonnée le 29 avril à POpéra-Comique. D'un bout à l'autre de l'œuvre, sans\ndéfaillance aucune, Mme Gay a su rendre ce caractère fantasque avec une\nvariété de jeu et d'expression (où les trouvailles d'un heureux réalisme\nabondent) et une intensité de vie réellement extraordinaire. Et ces qua-\nlités scéniques étaient renforcées par celles de la voix qui ne nous a jamais\nparu d'un plus beau timbre ni conduite avec un art plus consommé.\nAla même représentation, M. Salignac faisait aussi ses débuts clans le\nrôle de Don José, et lui aussi s'est révélé, surtout dans la scène finale,acteur\net chanteur très remarquable. Aussi le public l'a-t-il associé à Mme Gay\ndans les ovations enthousiastes qui après chaque acte saluèrent les artistes.\nCe fut là une représentation inoubliable que M. Carré, nous n'en doutons\npas, voudra renouveler sans tarder.\n\nR. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.4", "titre_corps": "LA SAISON DES CONCERTS COLONNE.", "titre_sommaire": "LA SAISON DES CONCERTS COLONNE.", "signature_source": "Ch. Chambellan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.33", "debut_caractere": 2465, "fin_caractere_exclue": 3244, "texte": "LA SAISON DES CONCERTS COLONNE.\n\nSouvenirs et vœux .\nLa saison qui vient de s'achever sur le concert du Vendredi Saint, pour\navoir été moins terne que la saison précédente, n aura pas brillé d'un\nbien vif éclat. Subventionnée par l'Etat, assurée d'une salle immense\npermettant de superbes recettes, ayant un cadre de choeurs entraînés et\nexcellents parmi tant de médiocres, jouissant enfin de la faveur populaire,\nl'Association artistique des Concerts Colonne est loin de donner tout ce\nqu'elle pourrait donner. Légalement elle n'apas rempli les conditions impo-\nsées par son cahier des charges en échange de sa subvention de 25.000 fr.\nLes trois heures de musique française nouvelle ont été remplies par une\ncourte et insignifiante ballade pour harpe et flûte de M. Periihou, un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.34", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3911, "texte": "fragment symphonique dans la Cathédrale, de M. Max d'Qllonne, \\& Lamen-\ntation de Job, de M. Rabaud, et le Jour d'été à la Montagne, de M. V. d'lndy.\nIl faut d'ailleurs mettre en dehors de cause ce dernier ouvrage, car l'obli-\ngation faite à M. Colonne a pour but de mettre en relief des jeunes, et\nM. d'lndy n'eut sans doute nul besoin d'invoquer pareille cause pour faire\njouer son œuvre. La jeune musique française fut donc représentée par\ncinquante minutes d'œuvres d'auteurs déjà jouées et de plus fort banales.\nIl n'est pas dans mon rôle d'examiner dans quelles conditions M. Chevillard\na rempli la même obligation, mais de prime-abord il me semble qu'il y mit\nplus de compréhension et de bonne foi. D'ailleurs, même en estimant que\nM. Enesco écrit de la musique française, nous serions à peine à la moitié\ndu terme prévu. En bonne justice, tout manquement à une conventionlibre\nment acceptée implique une sanction. Que M. Colonne soit tranquille,\nMessieurs les Inspecteurs des Beaux-Arts ne viendront pas l'empêcher de\ntoucher l'intégralité d'une subvention qu'il n'a pas méritée.\nSous un autre point de vue, cette saison fut également peu intéressante.\nUn interminable festival Beethoven nous valut huit séances, où des pro-\ngrammes hybrides, sans unité artistique, permirent à M. Colonne de\nnous repasser son stock d'ouvertures (Roi d'Ys, Flûte enchantée, Carnaval\nromain, Benvenuto Cellini) et de concertos fomenteurs de sifflets. Ce n'est\npoint ainsi qu'on fête un maître comme celui de Bonn. Il eût été bien pré-\nférable, c'est d'ailleurs ce que fit M. Chevillard, de distraire quatre ou\ncinq concerts où on eût exécuté avec recueillement une sélection d'œuvres\npréparées avec soin et destinées à un autre usage que celui d'attirer la\nfoule que fascine le nom de Beethoven. Puis vint en deux séances un festival\nMozart fait de bribes d'œuvres composites où le quintette de Cosi fan\nTutti voisinait avec le concerto pour deux pianos (comme si un seul ne\nsuffisait pas amplement), ou le concerto pour flûte et harpe avec un air\ninsignifiant du Roi Pasteur. Triste hommage !\nL'exécution de la symphonie de M. Enesco vint apporter un peu de relief\nà une saison qui s'annonçait comme déplorable. Par la vigueur et la solide\nmise en œuvre d'idées purement musicales, aussi bien que par sa belle\ntechnique, cette œuvre s'affirme comme le prélude d'œuvres futures qui\nferont honneur à la musique moderne et dont la nôtre pourra revendiquer\nune partie, puisque c'est chez nous que M. Enesco vint puiser une partie\nde sa science. Le poème de Baudelaire, mis en musique par M. Guy\nRopartz, passa presque inaperçu, et nous retombâmes dans une série de\nconcerts fades et sans intérêt, dont je vous ai donné le compte rendu.\nSeule à la fin de la saison, la Sinfonia Domestica, de M. Strauss, vint\napporter à notre légitime curiosité un aliment de choix. Certes, sans y voir\nle chef-d'œuvre que d'aucuns y semblent trouver, j'ai plaisir à constater\nque cette œuvre à la technique prodigieuse nous fut donnée par deux fois.\nUne telle audition s'imposait,et M. Colonne trouve gloire, honneur et profit\nà avoir mené à bien cette tâche dont la difficulté était en somme assez\ngrande.\nAprès avoir examiné ce que fut cette saison, il serait intéressant de voir\nce qu'elle eût pu être. Tout d'abord, s'il était jugé nécessaire de faire un\nfestival Beethoven, employer la méthode Weingartner-Chevillard. Mais\naprès ce festival, laisser à M. R. Hahn, assisté d'illustres dames, le soin de\nglorifier Mozart. Le « divin jeune homme », cher à M. Bellaigue,se fût fort\nbien passé de l'hommage qu'on lui a rendu et qui l'a plus desservi qu'il n'a\ncontribué à exalter sa gloire.\nPassé ces exhumations ou glorifications, il est convenu, il conviendrait\nd'ailleurs pour la saison prochaine, de tracer un plan de concerts logique\net comportant un but. La symphonie doit constituer la base de concerts"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.35", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 4038, "texte": "symphoniques, et à part Mozart, Beethoven, Brahms et Berlioz, M. Colonne\nn'a guère semblé connaître que MM. Saint-Saëns, Enesco et Strauss.\nL'école moderne compte pourtant des œuvres comme les symphonies de\nFranck, Fauré, Dukas, Pierné. d'lndy, Chausson, Savard, Lazzari, Magnard,\nLabey, Lalo en France, Balakirew, Rachmaninoff, Mahler, Reger, Smetana\nà l'étranger, qui illustrent le genre le plus musical qui soit. A une époque\noù notre goût musical tente quelques timides essais de marche vers un\nidéal plus beau, plus noble, plus dégagé des contingences antimusicales,\noù l'on incite les jeunes musiciens à écrire des œuvres de musique pure,\nnégliger de leur montrer ce que leurs maîtres ont écrit dans ce genre,\nc'est les décourager doublement en ne leur donnant pas de modèle et en\nleur faisant voir quel triste sort les attend s'ils s'engagent dans une voie où\nle succès et même le contact avec l'auditeur doit leur faire totalement\ndéfaut. Une s'agit plus là de donner chaque année trois heures de musique\nfrançaise moderne, il s'agit de donner à la plus noble essence de l'art\nmusical les moyens de se développer. Une symphonie moderne représente\nl'effort matériel de près d'une année, la réalisation d'un rêve artistique\naussi noble que pur, la mise en œuvre de toutes les ressources d'un art\ndont l'étude est longue et coûteuse. Il convient donc de protéger la sym-\nphonie, et puisque M. Colonne n'a pas assez le sentiment de l'art pour le\nfaire de son propre mouvement, je demanderais que l'on imposât à chacune\nde nos associations de concerts l'obligation de jouer chaque année une\nsymphonie moderne d'un musicien français. On accorde des primes à\nl'élevage de baudets ou de verrats extraordinairement prolifiques, on donne\nhuit cent mille francs à M. Gaillard pour nous révéler YAriadne de\nM. Massenet : on peut dépenser beaucoup moins pour faciliter la produc-\ntion de symphonies. Le poème symphonique n'exige pas les mêmes encou-\nragements officiels, et dans les trois heures de musique moderne il règne en\nmaître. Genre discutable, il sera moins traité le jour où des symphonies\npourront se faire jouer. D'ailleurs, M. Colonne en afortpeu joué : le Rouet\nd'Omphale, Phaêton, le Jour d'été àla Montagne, le Prélude à VAprès-\nMidi d'un Faune et les Impressions d'ltalie, œuvres presque toutes classées\net justement applaudies, représentèrent amplement un genre qui a conquis\nla faveur du public. Par comparaison avec la saison précédente, nous cons-\ntatons que les œuvres avec soli et chœurs furent presque totalement négli-\ngées. Exception faite de l'exquis Requiem de Fauré, et de la Damnation de\nFaust qui est, ainsi que la IXe Symphonie, un des soutiens de son répertoire,\nM. Colonne s'est abstenu de donner des spécimens d'un genre qui a pro-\nduit des chefs-d'œuvre tels que la Cantate pour tous les temps, Psyché,\nRédemption ou la Vie du Poète. Il serait cependant intéressant d entendre\nle Chant de la Cloche ou une des symphonies avec chœurs de M. Mahler.\nNous arrivons à des œuvres que le public acclame et qu'il importe cepen-\ndant d'éliminer petit à petit de nos programmes. Les plus regrettables sont\nd'abord les concertos. Sans vouloir ouvrir à nouveau une vieille querelle,\nj'estime qu'à part quelques œuvres classées et classiques, le concerto, en\ntant que concerto, est un genre fini : ce ne sont point ceux de Brahms, Max\nBruch, Widor ou Saint-Saëns qui me convaincront du contraire. Beetho-\nven lui-même a perpétré, sous les especes d'un concerto en sol pour piano,\nle plus beau générateur d'ennui qu'on puisse rêver, et en limitant à la\ndemi-douzaine le nombre de ces œuvres à vigoureux effet sur les recettes\nce serait plus que suffisant. A côté du concerto, il faudrait proscrire les\nfragments d'œuvres dramatiques connues et meme archi-connues. Cette\nmode est née à l'époque où l'Opéra se refusant, avec l'obstination qu i\napporte à reculer devant les besognes d'art, à monter les œuvres de Wagner,\nle seul moyen de les faire connaître et admirer au public était de les jouer"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.36", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "au concert. C'était alors une entreprise très artistique, où, même en évitant\nainsi les frais de mise en scène et de chœurs, l'aléa en jeu était bien plus\nconsidérable que celui que risquent nos modernes chefs d'orchestre lors-\nqu'ils montent un court poème symphonique. Il n'y a pas tous les dix\nans un Wagner à révéler ; mais dans la production dramatique étrangère\nque connaissons-nous ? Les pires œuvres italiennes. et\nse sont installés chez nous sans conteste ; Cavalleria, Fedora, Tosca et\nautres ordures en a s'y étalent, provoquent des haussements d épaules et\nfont naître de nouveaux types de plus en plus hybrides. Cependant il\nexiste une école lyrique russe dont nous ne connaissons que d'informes\nfragments, une école tchèque dont M. Ritter disait ici même la richesse\net la force, que nous ignorons, enfin une école allemande et une école espa-\ngnole au sujet desquelles nous sommes dans la même ignorance. Des\ndirecteurs de théâtre ne peuvent pour une œuvre inconnue faire des\ndépenses élevees, le rôle des grands concerts est de faire entendre au\npublic des fragments bien choisis d'œuvres telles que de Korsakoff,\nBoris Godounoff deMoussorgsky , Bouddha de Max Vogrich ou\nde Felipe Pedrell. Rien ne prouve qu'elles obtiennent le succès qu'obtinrent\nles œuvres de Wagner, mais au moins l'effort sera plus noble et plus méri-\ntoire que celui qui consiste à prier Mme Litvinne à chanter le finale de la\nGôtterdâmmerungou M. Burgstaller le récit du Graal.\nM. Adolphe Jullien prétendit à ce propos dans les Débats que, puisque\nles salades russes wagnériennes attiraient un public nombreux, il n y\navait qu'à s'en féliciter et à continuer. Ce n'était point l'avis de M. Pierre\nLalo, ce ne sera pas celui de tous ceux qui jugent que les concerts doivent\napporter au public un choix d'œuvres nouvelles capables de donner à son\nintelligence des horizons nouveaux et des joies esthétiques nouvelles,\net de provoquer un rajeunissement de notre répertoire lyrique.\nPour notre école française même, qui peut à peine voir créer cinq ou\nsix opéras par année sur quelques scènes où l'auteur court quelques chan-\nces d'être joué convenablement, il y aurait aussi une aide efficace à appor-\nter. En attendant que l'Etat subventionne de façon suffisante les scènes de\nprovince qui, comme Lyon, montent chaque année une ou deux pièces non\nencore jouées en France, nos grands concerts devraient provoquer et\néclairer les directeurs désireux de tenter un effort artistique dans cette\nvoie.\nEspérons que l'année prochaine nous apportera de telles félicités et\nsouhaitons de ne pas être obligés de subir, le dimanche 14 octobre, la\nSymphonie fantastique,aggravée de l'ouverture des et\ndu concerto en ut mineur de Saint-Saëns ! C'est là le bonheur que je\nnous souhaite. Saint Edouard, exaucez-nous !\n\nCh. Chambellan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.5", "titre_corps": "CONCERTS", "titre_sommaire": "CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.36", "debut_caractere": 2841, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "CONCERTS\nSociété Nationale. E. Ysaye et R. Pugno. Le Maestro piano.\nLe concert du 26 avril, réservé aux œuvres d'orchestre, fut des plus\nremarquables, cette année comme les précédentes, et cela se conçoit de\nreste, les difficultés de l'écriture symphonique ayant naturellement pour\neffet d'écarter les talents mal mûrs ou les simples amateurs, professionnels\nde l'ignorance ; nous n'eûmes ce soir-là nuls mais des"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.37", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "œuvres toutes écrites de main de musicien. « Ces jeunes gens savent\ntous orchestrer aujourd'hui. C'est la faillite de la critique », proclamait, en\nsortant de là, un de mes plus grincheux confrères. Il y adu vrai dans\ncette parole amère, mais le mal n'est cependant pas si grave qu'on pourrait\ncroire. Je n'étonnerai pas M. de Grèvecœur en lui apprenant que sa petite\ncantate, la Fée des Ondes, est un essai malheureux: d'agréables mélodies\ns enlisent dans une orchestration goudronneuse, où Ton ne peut saisir\nni rythme ni couleur. M. Pierre Eunc pèche, au contraire, par un excès\nd'emphase tragique, et développe en vain des pompes pseudo-wagnériennes\nautour de vers de Camille Mauclair, illustrés déjà, avec une conviction\nardente, par Ernest Bloch(i) :\nMais le Jésus du carrefour\nAgonise avec plus d'amour,\nEt la nuit, dans le ciel tremblant,\nIl les regarde infiniment.\nLa Pénombre de Claude Guillon et la Sarabande de Mel Bonis sont des\noeuvres sincères, correctement écrites, mais où la personnalité fait quelque-\npeu défaut. M. Loois Aubert, dans ses Rimes tendres, se montre fort habile,\nmais cette habileté-là dégénère bien vite en affectation ; et d'ailleurs les\nprétentieuses platitudes d'Armand Silvestre ne pouvaient guère inspirer\nmieux. J'arrive aux oeuvres qui m'ont paru contenir mieux que des pro-\nmesses et plus que de l'habileté.\nLa suite d'orchestre de Jean Poueigh, intitulée Funn (d'après G. d'Espar-\nbès), est charmante de verve et de fraîcheur. Quelques lourdeurs encore,\nde-ci de-là, dans l'orchestre, un motif du sommeil, par exemple, que je\nrêvais plus vaporeux ; mais la vague mélancolie de l'aube est peinte avec\nbeaucoup de poésie ; puis la gaieté des jeunes filles, et surtout, dans la\ntroisième partie, l'appel des grives et le vol joyeux des petites fées\nvigneronnes, m'ont révélé des qualités très précieuses de rythme et d'éclat;\nil me semble que cette suite d'orchestre pourrait faire un fort joli et\nsavoureux ballet, digne de remplacer avec avantage la Ronde des Saisons.\nLe Scherzo de la Symphonie en ré d'Eugène Lacroix a beaucoup de\nrythme-aussi ; les idées en sont solides et bien venues, l'orchestration\nest nourrie, et le dédain de certaines affectations modernes n'est pas pour\nmedéplaire, tant s'en faut. Une nature profondément musicale s'exprime en\ncette page, et je regrette le mauvais sort qui ne nous fait entendre que\nrarement, et par fragments, l'œuvre d'un compositeur qui est certainement\nparmi les meilleurs de notre temps.\nQuant au Noël des jouets, de Maurice Ravel, c'est un menu chef-d'œuvre\nd'ironie attendrie et de volontaire enfantillage. Sur les exquises paroles\nque nous publions ici même, la musique se joue délicatement, imitant tour\nà tour le tambour des lapins, les yeux grands ouverts de Vierge Marie,\nl'aboiement du chien sombre Belzébuth, et le chant des anges incassables\net symétriques, sans se départir jamais d'une douce et très mélodique\némotion.. Cette chambre d'enfants n'est pas celle de Moussorgsky : point\nde vieille nourrice raconteuse de légendes et attentive à la prière du soir,,\npas de taches d'encre, ni de jouets casses, ni de chute du cheval de bois,\nni de larmes, ni de terreurs, ni de cris, ni d'embrassements fous : tout est\npropret, bien tenu, bien sage ; les moutons ont toutes leurs pattes, et\nl'Enfant de sucre peint reste intact. Mais il y a dans l'exacte et précoce\nordonnance de cette vie enfantine quelque chose de plus attendrissant\npeut-être que dans les tumultes dont s'égaie la chambre des enfants russes t\n\n(i) Voir le Mercure musical du 15 avril 1906."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.38", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3544, "texte": "tant de rêves sont emprisonnés ici, qui n'osent-, par crainte de désobéir s\nprendre leur essor ! Et puis je n'ai pas besoin de dire que la musique est\npar elle-même un charme et presque une merveille d'ingéniosité raffinée ;\nce qui nous met bien loin de Moussorgsky, si peu maître de son art et de\nson originalité même.\nFort jolis encore, les Poèmes de M. laghelbrecht sur des vers de Jacques\nMornand ; mais ici l'orchestre prend le pas, décidément, sur le chant, et\nnous peint en couleurs délicates les ténèbres pleines de rêve, ou le brouil-\nlard où passent des voix ; la troisième pièce (Convalescence), moins pitto-\nresque, a aussi moins bien inspiré l'auteur, qui me semble un poète de la\nvision plus que du sentiment. Le Paysage d'hiver, de Henri Mulet, est\nd'une inspiration et d'une écriture distinguées ; l'intérêt languit un peu vers\nle milieu. Et enfin les Musiques en pde Florent Schmitt ont une\nforce que justifie leur destination, mais des titres dont je ne perçois pas\ntoujours la justesse: cette Danse désuète paru manquer du charme\nfané auquel je m'attendais, et ce Scint était un peu bien éclatant,\nce me semble. La Procession dans la Montagne est une page fort bien\nécrite, et la Marche burlesque a de la vigueur et du caractère. Je suis\npas sûr que M. Florent Schmitt, qui est un musicien bien doué, ne\ndénature pas de temps à autre, à force de recherche, son inspiration.\nL'orchestre a été dirigé avec beaucoup de soin et de précision par\nMM. Labey et Inghelbrecht, et Mme Bathori a détaillé en musicienne\naccomplie le Noël des jouets.\n%\n* *\nA leur troisième séance, les grands artistes E. Ysaye et R. Pugno nous\nont donné la Sonate en la mineur de Schumann, sentimentale et douce,\npoétique et domestique à la fois, puis la de Lekeu, touchante en sa\nnaïveté juvénile; et dans l'une et l'autre œuvre, le violoniste fut admirable\nd'émotion généreuse et forte ; le pianiste ménageait ses forces. On comprit\npourquoi lorsqu'on le vit s'asseoir auprès de M. Gabriel Fauré, afin de\nlui tourner les pages de son Quintette,joué en première audition par l'auteur\net MM. Ysaye, Deru, Denayer et Salmon. Ce Quintette est une œuvre\nfort distinguée, d'une exquise pureté de lignes, et dont la sonorité reste\ntoujours lumineuse et claire : c'est une grâce harmonieuse, une tendresse\ndiscrète, une sérénité souriante, évocatrice de visions antiques un peu\neffacées et pâlies par l'éloignement du temps et la sévérité du goût. J'ai\nsurtout goûté l'adagioélégiaque, et \\e si joliment bâti sur un motif\nunique, qui sert de support à des mélodies changeantes, à la mode de\nJ'ancienne can^one.Et tout cela est d'un art aussi sobre que raffiné, et\nd'une inspiration délicate et soutenue, dont jamais le charme ne se dé-\nment.\nC'est Raoul Pugno encore que j'entendais àla salle Berlioz, le 27 avril,\ndans une Polonaise de Chopin jouée avec ces brusques élans, et ce mélange\nde fougue et de nonchalance qui fait de lui le plus séduisant et le plus dé-\ncevant des artistes. On croyait voir, sur le clavier, la course des mains\nagiles et grassouillettes, et le demi-sourire caché sous la barbe fluviale.\nMais tout cela sortait d'un ingénieux appareil, que M. C. Saint-Saëns a\nqualifié de miraculeux, et qui enregistre et reproduit le jeu d'un pianiste\navec toutes ses nuances d'expression et de rythme. Nous espérons avoir\noccasion de parler bientôt avec plus de détails du Maestro-piano, construit\npar M. Mustel. L'invention, par elle-même, est fort intéressante, et les\nrésultats sont extraordinaires.\nLouis LALOY."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3630, "texte": "Concert avec ofchestfe9 donne pat Geneviève Dehelly (lundi 3o avril 1906.)\nSalle Eiard, dans ce décor de theatre antique, bien imposant pour un\nseul acteur, ou nous avons applaudi récemment, après l'inégale maestria\nde Sauer, les progrès loyaux de la jeunesse représentée par M. Jacques\nPintel et M\"e Fiorica Solacoglu, notre respectueuse sympathie ne se fait\npoint priei pour battre des mains a chaque numéro du superbe programme\nde Mlle Geneviève Dehelly.\nL'an dernier déjà, nous écrivions à pareille époque :\nUne magnifique soiree d art, telle est la meilleure définition du concert\ndonné par la jeune lauréate des concours de 1903, qui s'est mise d'emblée\nau premier rang de nos meilleures interprètes. Geneviève Dehelly fait\nhonneur au Conservatoire, et surtout au robuste enseignement de son\nvieux maître Delaborde ? elle n avait pas dix-huit ans à l'heure de son\nprix, et moins de deux ans après, la voici consacrée : elle brille doréna»\nlumière stellaire très personnelle en cette pléiade pianistique\nqui s'enorgueillit de l'atticisme incomparable de Mme Clotilde Kleeberg,\nde la fermete classique de M\"e Marguerite Long, de la moderne énergie\nde M'ie Marthe Dron, et qui comptait, plus récemment encore, au début de\nce nouveau siècle, les belles promesses de Mlles Marguerite Debrie, Eva\nBoutarel, Marthe Léman, Colette Schultz, ajoutons aujourd'hui Lucie\nCaffaret, sans oublier Germaine Arnaud, ni les sœurs Lamy, ni Norah\nDrewett, moins favorisées par le dieu des pianistes, mais dont la jeune\nambition n'a qu'à se tempérer un peu pour très bien faire... Parmi tant de\npetites mains, l'élégante vigueur de Geneviève Dehelly s'imposa d'abord ;\nsa virtuosité lui fait une place exceptionnelle ; et son nom sera glorieux\nbientôt... »\nLa réalité fut plus prompte encore. Et, dès cet hiver, la jeune fille « nom-\nmée la première » aux concours de 1903 se distinguait dans notre ciel\nbrumeux comme une étoile de première grandeur. Les auditeurs les plus\nfroidement aristocratiques de la France, les Bordelais autant que les\nNancéiens, se laissaient conquérir par la sûreté prime-sautière d'un jeu\nplus que brillant.\nNotre confrère de Nancy notait dansle Mercure musical du i 5 marsigoô,\naprès une séduisante exécution du concerto en ut mineur de Beethoven :\n« Mlle Dehelly ale toucher fin, sûr et délicat ; son louré est ravissant de\ngrâce féminine ; elle doit jouer merveilleusement le Rameau, le Dacquin,\nle Couperin, voire même le Mozart... Elle n'a ni l'âme ni le poignet\nvénien. Et l'Erard sur lequel elle se fit entendre n'était lui-même rien\nmoins que beethovénien...»\nC'est par ce noble et chantant concerto en mineur no 7, 1800)\nque s'ouvrait le concert avec orchestre du lundi soir 3o avril ; et les audi-\nteurs parisiens de la salle Erard, que n'avait point rebutés la plus dilu-\nvienne des pluies de saison, se montrèrent moins renchéris que les audi-\nteurs lorrains du IVe concert classique de la salle Poirel ; ou plutôt, n'en\ndéplaise à notre musical confrère M. René d'Avril, l'interprète se montra,\ntout en restant très virtuose, beaucoup plus ce soir-là,\nsans l'être encore absolument, mais Raoul Pugno lui-même est-il essentiel-\nlement beethovénien ? Son âme est trop parnassienne et ses doigts sont\ntrop exquis ; le concerto de Schumann, et surtout le concerto de Grieg,\ncalqué sur celui de Schumann, font beaucoup mieux son affaire. Et la\ngrâce féminine de MUe Dehelly peut s'élever fort au delà des mignardises\nanciennes du bon Couperin puisqu'elle triomphe dans le romantisme pas-\nsionné du concerto en mi bémol majeur de Franz Liszt !\nRomantique ! Son jeu l'est excellemment, dans le beau sens du mot,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.39", "debut_caractere": 3678, "fin_caractere_exclue": 3680, "texte": "31"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3875, "texte": "comme sa personne. Dès qu'elle paraît,grande et blonde, avec un pli\nteau qui met du rose fastueux dans les demi-teintes pailletées de sa toilette,\non dirait l'une des trois sultanes de Favart en un décor solennel du\nxvme siècle ; et sa grâce Louis XV allume une laiteuse blancheur parmi\nles noirs habits de l'orchestre Chevillard massés sur l'estrade aux rideaux\nde pourpre ; le vieux Franz Liszt, qui fut poète sans que le papier soit\nréglé, décrirait, dans une page digne de feu Théophile Gautier, le tendre\néclat de cette jeunesse artiste; mais si lui-même en son italianisme,\nle vieux Franz Liszt n'existe plus que ressuscité sous les doigts plastiques\nde la virtuose de vingt ans...\nIl sonne autrement que Beethoven, le vieux Franz Liszt ; n'en concluez\npoint, mes chers lecteurs, qu'il nous paraît supérieur à Beethoven, au\nBeethoven juvénile, encore mozartien, mais déjà si noblement et fougueu-\nsement personnel, de ce concerto mineur de 1800, où le lion amoureux\nsecoue déjà sa crinière... Le lion fait patte de velours en empruntant les\ndoigts harmonieux de Mlle Dehelly ;et ce velours est de la qualité même\ndont Saint-Saëns demandait spirituellement l'adresse à Planté... Le motif\nemprunté par Beethoven à son grand air classique : Ah ! perfido, passe si\ntendre ; et ce second thème du premier temps est très beethovénien, quoique\nmoins altier que les fières affirmations qui l'entourent. Le largo chante\nmélancoliquement, con sordini; mélancolie très mozartienne encore, où\nMUe Dehelly ne fait point mentir notre confrère nancéien ! Le rondo final\nfut exquis comme il doit l'être. Inspirée par cette délicatesse qui s'appelle\nreconnaissance, M»e Dehelly n'a point reculé devant les romantiques dif-\nficultés de la cadence d'Alkan, ce Berlioz du piano (1813-I888), dont le\ntin d'Esope avait décidé de son triomphe au concours et dont la mémoire,\ntrop dédaignée maintenant, reste chère à son maître. Et, depuis l'an der-\nnier, chez la virtuose, il y a progrès de l'élégance dans l'éclat : témoin la\nsouple interprétation diamantée du fameux varié de Schubert,\net de sa Militâr-Marsch,de l'ingénieux Thème, également varié, de Camille\nChevillard. Enfin, c'est avec Liszt que Mlle Dehelly détruit toutes les objec-\ntions que pourrait susciter le premier du concerto de Bee-\nthoven ; et cette soirée pluvieuse s'achève en feu d'artifice.\nIl est temps d'associer au triomphe de cette jeune fée du piano l'incom-\nparable orchestre parisien dirigé par Camille Chevillard, ce Risler de l'or-\nchestre, dont la haute probité, par ce temps d'arrivisme, n'a d'autre défaut\nque sa discrétion : sous son geste impérieux de musicien sans rival, le\ntempo reste imperturbable, la phalange réduite dessine largement la pensée\ndes maîtres, le quatuor enveloppe ou découvre à souhait le jeu de la vir-\ntuose ; les timbales de Larruel sonnent discrètement, mais superbement.\nQuelle joie pour une jeune artiste de s'appuyer, pour ainsi dire, au bras\nloyal et fort d'un tel musicien !\nCe programme, au demeurant bien choisi, nous permettait de fêter en\nmême temps deux consciences artistiques : il y eut un bel instant d'iden-\ntité complète, alors que l'orchestre de Camille Chevillard interpréta comme\nseul il sait le faire la poétique Suite norwégienne d'Arthur Coquard, et prin-\ncipalement sa plus belle page, Au cap Nord, un lent crescendo mysté-\nrieux dont l'obscure clarté retombe aux sons harmoniques des premiers\nviolons après s'être teinté d'un cor lumineux sous l'étrange lame de fond\ndes basses...\nIci, la mélancolie du paysage évoqué répond à la pensée grave de son\npoète-musicien. L'avenir y lira la maîtresse page de l'auteur éminemment\nsincère de Joies et Douleurs, un gluckiste, qui met la même conviction d'ar-\ntiste dans son écriture que dans sa parole. Arthur Coquard et Camille Che-\nvillard sont nés pour s'entendre : ils sont loyaux."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.41", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3372, "texte": "Remercions donc MllB Geneviève Dehelly de son programme autant que\nde sa jeune maîtrise. Et souhaitons que toutes les virtuoses lui ressem-\nblent !\nRAYMOND BOUYER.\nP.-S. Nous parlerons bientôt de la Sonate, à propos des trois artisti-\nques séances données à la salle iEolian les vendredis 4, 1 1 et 18 mai par\nMHe Dron et M. Parent, protagonistes de l'art avancé. Consacrée à trois\ngrandes sonates contemporaines, la première séance du 4 mai ne fut qu'une\nlongue ovation de gratitude envers les deux interprètes, en très belle verve.\nEntre le style passionné de Magnard et la poésie posthume de Lekeu, la\nsonate de Vincent d'lndy parut, comme son interprétation, magistrale.\nA la même heure, chez Pleyel, M\"e Antoinette Lamy se couvrait de\njeune gloire en faisant revivre avec brio les 24préludes de Chopin.\nEt si Weingartner s'éloigne, Risler nous revient. Semaine musicale bien\nremplie !\nR. B.\nSchola Cantorum.\nLe 6e et dernier concert mensuel de la Schola Cantorum comportait\nl'histoire de la cantate, Partant de Schûtz en passant par Schumann, on\nnous mène jusqu'à Gabriel Fauré.\nLe règne des chiens de faïence semble d'ailleurs terminé entre la rue\nSaint-Jacques et le faubourg Poissonnière. M. Fauré invite M. Bordes aux\ndernières répétitions de YActus tragicus qui fut donné à l'exercice des\nélèves. Mme Legrand-Philip chante le Requiem de Mozart à la Société des\nconcerts, et lui-même vient présider le dernier concert et applaudir son\nœuvre. Peut-être verrons-nous, au mois de juin, M. d'lndy chargé d'écrire\nla leçon d'harmonie sur laquelle s'escrimeront les élèves de MM. Lavignac\net Pessard. Tandis que M. Fauré rendra le même service aux élèves de\nMM. Saint-Réquier et Philip.\nLe programme du 4 mai fut d'ailleurs très intéressant à tous les points\nde vue. Trois cantates classiques de Schûtz, Carissimi et Charpentier, pour\nvoix seules, furent excellemment chantées par Mlles Pironnay et Feuil-\nlertrade et MM. Gibelin et Moughounian. Ce dernier, bien connu déjà de\nnos lecteurs, chante avec une justesse d'expression et une sûreté de voix\nqui devaient, depuis longtemps déjà, le désigner pour les concerts de la\nSchola.\nLa période moderne commençait à Schumann dont YAdventlied, avec\nses chœurs dignes de Meyerbeer, pâlit singulièrement à côté du pur chef-\nd'œuvre qu'est Y Hymne védique de Chausson. La noblesse de lignes s'allie\navec un rare bonheur à la poésie de Leconte de Lisle, les harmonies sonores\net raffinées sont les dignes traductrices du verbe splendide du poète, et\nl'influence de Franck, tempérée de celle de Wagner, n'y exclut nullement\nune belle personnalité. Mlle d'Otto y fit merveille, ainsi que M. de Rance,\nun de nos futurs chefs d'orchestre, qui se révéla comme le premier timba-\nlier qu'ait jamais eu la Schola.\nLa Naissance de Vénus, qui finissait le concert, est caractéristique du\ntalent de 6. Fauré.Celui-ci eûtjpu, comme tant d'autres, entasser des opéras\nhybrides et monstrueux. Il préfère écrire des œuvres délicates de courte\ndurée, aux sentiments intimes, parfois factices, mais toujours distingués.\nSon écriture a le même caractère que ses idées. Toujours correcte, sans\nà-coup, sans violences inutiles, si elle ne s'élève jamais jusqu'au lyrisme\nfrénétique, un léger frémissement y court perpétuellement à fleur de peau.\nJusqu'à la dernière mesure, cette musique vit et aime. Son auteur s'y est"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "livré avec un abandon mêlé d'un scepticisme que lui cause la crainte du\ngrotesque ; de là ce sourire perpétuel, ces envolées calmes et cette élé-\ngance impeccable Comme l'écrivait fort justement notre sympathique\ndirecteur,dans les Tablettes de la Scliola c'est la « distinction de la volupté »;\nje ne puis que souscrire avec empressement à une si heureuse et si distinguée\nformule.\nLe maître, entouré d'un essaim de jolies personnes, se montra enchanté\nde l'exécution de son œuvre, félicita M. Labey et fut respectueusement\nsalué par tous les élèves de 1' « arnarchique» boîte de la rue Saint-Jacques.\nLes temps sont changés, Théodore n'est plus et la musique ne pourra qu'y\ngagner.\nCH. CHAMBELLAN.\nSociété moderne des Instruments à vent.\nIl faut savoir gré à la Société moderne des instruments à vent de corser\nl'intérêt de ses programmes en y inscrivant chaque soir une œuvre inédite\ncomposée à son intention par des compositeurs de mérites divers mais\nincontestables. C'est ainsi que nous avons entendu avec grand plaisir, le\n10 avril, à la salle des Agriculteurs, un Divertissement pour flûte, hautbois,\nclarinette, basson, cor et piano, de M. Albert Roussel, une des natures\nmusicales à mon sens les mieux douées et les plus raffinées de sa généra-\ntion. On y retrouve, heureusement alternés, cette joyeuse animation\nrythmique et ce charme si poétiquement évocateur qui distinguaient déjà\nl'auteur des délicates Mélodies sur des poèmes d'Henri de Régnier et de\nl'intense Trio en mi bémol, joints à de savoureux effets de sonorité et\nde couleur, que fit valoir à souhait la scrupuleuse cohésion du groupe\ninstrumental formé par MM. Fleury, Gaudard, Guyot, FJament, Capde-\nvielle, Eug. Wagner. Et il serait injuste de ne pas signaler au moins la\nfidélité avec quoi furent aussi rendus, ce soir-là, le Bal de Béatrice d'Esté,\nde M. Raynaldo Hahn, agréablement écrit mais empreint d'une fâcheuse\nfadeur, et le Quintette de Verhey, dont les développements prévus et\nl'exemplaire sagesse n'auraient rien perdu, je vous assure, à céder par\nexemple la place à l'éloquence passionnée et au prodigieux mouvement\nd'une des œuvres les moins connues et les plus accomplies qu'ait produites\nl'école moderne en ce genre spécial : le Quintette de M. Albéric Magnard.\nG. S."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.6", "titre_corps": "LES LIVRES.", "titre_sommaire": "LES LIVRES.", "signature_source": "M. Brenet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.42", "debut_caractere": 2296, "fin_caractere_exclue": 3171, "texte": "LES LIVRES.\n\nAlbert Soubies. Les Membres de VAcadémie des beaux-arts depuis la fondation de /'lnstitut.\nDeuxième série, iBi6« 1852. Paris» Flammarion, 1906, gr. in-8 de 319 p., avec un tableau synop-\ntique in-fol.\nLes « gens du monde » dociles à la fascination de l'lnstitut apprécieront\nce beau volume, comme ils ont fait du précédent, et s'y informeront agréa-\nblement des « immortels » dont on se souvient encore et de ceux dont on\nne parle « jamais plus ». Dans le groupe des musiciens ils verront passer,\nen un nuage lointain d'apothéose, dont les fumées sentent tout ensemble\net l'encens et le moisi, les figures majestueuses ou sévères de Lesueur, de\nSpontini, de Cherubini, et les ombres falotes de Catel, de Garafa et de\nBerton ; puis, la silhouette changeante de Paer, ce courtisan émérite, qui\nprenait Napoléon par des platitudes et Louis-Philippe par des bouffon-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.43", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 559, "texte": "neries, et celle, plus épaisse, de ce brave homme d'Onslow, qui « faisait le\nquatuor » àla douzaine, sans rien comprendre à ceux de Beethoven ; et\nencore Auber, Adam, Boïeldieu; et Halévy, sur la tombe duquel Ambroise\nThomas déchargea le dernier pavé, en l'appelant <c génie » ; et Ambroise\nThomas lui-même... ; et tous ces noms de musiciens se réunissent et se\nclassent ingénieusement, à la fin, auprès de ceux des peintres, sculpteurs,\narchitectes, et autres, en un tableau synoptique, fort intéressant à consi-\ndérer.\n\nM. Brenet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.7", "titre_corps": "COURRIER DE BORDEAUX.", "titre_sommaire": "COURRIER DE BORDEAUX.", "signature_source": "Jacques Rivière", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.43", "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 3078, "texte": "COURRIER DE BORDEAUX.\nJacques Rivière.\nConcerts.\nNous avons eu récemment deux concerts fort intéressants : la séance de\nmusique de chambre donnée par le Quatuor Zimmer de Bruxelles et la\nséance consacrée à Beethoven par MM. Ed. Risler et André Hekking.\nLe Quatuor Zimmer est composé d'artistes d'une haute probité, et même\ntrop dédaigneux de la réclame pour obtenir le succès qu'ils méritent.\nL'exécution du quatuor en ut majeur de Mozart fut délicieuse. Jamais je n'ai\nmieux goûté cette effusion candide et perpétuelle qu'est la musique du plus\npur des musiciens. L'admirable quatuor en ré majeur de Franck fut joué\navec l'ardeur intime et la religiosité profonde qui convenaient. Enfin le\nquatuor en fa majeur de Beethoven fut traduit avec une précision peut-être\nun peu froide mais fort appréciable quand même. Mm® Albert Zimmer,\nd'une voix nette, et vierge des roueries qu'enseigne le théâtre, chanta un\nair de Hsendel, un cantique de Bach, et trois des plus beaux lieds de\nGabriel Fauré : les Berceaux, Larmes, Aurore.\nM. Risler est redoutable. Il s'est constitué un royaume, qui a nom\nBeethoven. Et dans ce royaume il est maître absolu, il fait ce qu'il veut.\nMais, comme il a beaucoup de goût, il dédaigne les habiletés, les fignolages,\nles surprises qu'emploient d'autres interprètes pour affirmer leur originalité\naux dépens de l'auteur. A vrai dire, M. Risler n'interprète pas Beethoven, il\nle recrée, il le recommence. C'est qu'on pourrait dire si l'éloge ne risquait\nde paraître démesuré que le pianiste Risler ressemble au musicien\nBeethoven. Il a la même profondeur passionnée s'atténuant par instants en\nd'exquises délicatesses. Il a les mêmes amples exclamations succédant aux\nmêmes ravissants babillages. En l'entendant, on croit ouïr encore la grande\nvoix de Beethoven se jouer, se plaindre et s'exalter tour à tour.\nCe n'est pas un des moindres mérites de M. Risler qu'il sache, quand il\ns'adjoint un collaborateur, ne pas exagérer l'importance de sa partie et ne\npas attirer sur lui toute l'attention. En exécutant avec M. André Hekking\ndont le son généreux est pourtant d'une chaleur un peu conventionnelle\net uniforme les sonates en sol mineur, ut majeur, ré majeur et fa ma-\njeur, il fit preuve une fois de plus d'un grand tact, qui n'excluait pas la\npuissance. Et comme il ne voulait pas briller sans cesse, il brillait d'autant\nplus vivement, quand le texte lui en donnait la légitime occasion. L'exécu-\ntion de la sonate en la majeur (op. 69) fut surtout incomparable. Le succès\na été grand."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.8", "titre_corps": "COURRIER DE BRUXELLES", "titre_sommaire": "COURRIER DE BRUXELLES", "signature_source": "G. P. 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La valeur de cette œuvre est déjà de porter l'empreinte du tempé-\nrament local, caractérisé dans la foule des travailleurs tenaces, dans des\nécrivains laborieux tels que Verhaeren ou Lemonnier, dans un paysage\nd'Hobbema ou une pochade de Teniers. Des affinités aussi légitimes ne\nsauraient toutefois masquer la faible originalité des thèmes, l'insuffisance\ntimide des développements de cette symphonie.\nL'orchestration en rend l'audition des plus accablantes ; les cuivres, ren-\nforcés de cinq saxhorns, dominent inlassablement, dans l'exposition même\ndes motifs presque entièrement confiée aux cors. Les instruments à cordes\nparticipent de la lourdeur générale, surtout dans les accompagnements ; à\npeine paraissent-ils au premier plan que l'auteur, peu rassuré sans doute\nsur l'effet produit, déchaîne ses cuivres familiers. Les bois, bien effacés,\nabondent en sonorités désagréables.\nLe thème fondamental du premier mouvement [lent, très soutenu, animé),\nprésenté par les cors avec arpèges de violon à l'aigu, rappelle étrangement\nl'entrée de Tristan au premier acte de Tristan et Yseult. Dans le scherzo, à\nnotre avis le meilleur passage de la Symphonie, le hautbois alterne avec\nun chant rêveur des violoncelles sous des trémolos de flûtes ; un lamento\npour cordes avec soli de violons forme un contraste heureux avec le scherzo\ninitial. Mandante n'est qu'une longue et vague mélopée dont le caractère\nmorose impressionne péniblement. Par son orchestration riche en cuivres\nautant que par la vulgarité des motifs, le finale exalte la joie populaire ; l'au-\nteur y dépeint une ronde de paysans, pesamment rythméepar les cors, tandis\nque les flûtes jettent des lueurs d'ivresse. En des harmonies quelque peu\nschumaniennes, un passage de cordes semble décrire la sérénité du pen-\nseur, étranger aux réjouissances qui l'entourent. Il eût suffi à M. Ysaye,\npour parfaire la description musicale d'une kermesse, d'allier plus de fan-\ntaisie et de joyeuse animation à sa fougue tumultueuse. Tout compte fait,\nœuvre hautement estimable.\nLa Mort de Tintagiles, poème symphonique de Ch.-M. Lôffler, d'après\nle drame de M. Maeterlinck, offre un résultat remarquable d'efforts délica-\ntement modernistes. Certaines réminiscences de Debussy, notamment dans\nl'emploi des cors, n'empêchent pas ce poème, ardent et d'inspiration raffinée,\nde conserver une allure très personnelle. Nombreuses en particulier sont\nles trouvailles d'instrumentation : ensembles de bois fournis *et bigarrés,\nfonds évocateurs de cors, bassons malicieux ; on dirait les harmonies natu-\nrelles d'une forêt aux oiseaux rares, aux lianes entremêlées. Une viole d'a-\nmour converse avec le violon ou l'alto et assure l'unité d'impression repré-\nsentative du drame de Maeterlinck.\nM. V. Buffin, officier de profession, compositeur par penchant, n'appar-\ntient ni aux amateurs qui font pleurer d'insignifiance béate, ni aux pédants\nà l'érudition indéniable, mais creuse. Sa Suite symphonique est le passe-\ntemps, aucunement déplaisant, d'une personnalité distinguée. Des deux\npassages exécutés à ce concert, Yandante séduit par ses réponses des cordes\nfinement chantantes aux bois légers et rêveurs. Le scherzo, de substance\ntrop menue, nous plaît moins."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "Pour la Marche jubilaire de M. A. Deppe, autre officier de l'armée belge,\nnous nous bornerons à transcrire le programme qui inspira l'auteur :\n« Sonnez, cloches, sonnez à toute volée !\n« Rayonnez ! souvenirs de ces journées ensoleillées de liberté que cou-»\n« ronne aujourd'hui l'allégresse d'un peuple et de la nature entière.\n« Sonnez, cloches, sonnez à toute volée ! »\nLa musique, aussi vulgaire que bruyante, démontre à quoi peut aboutir\nle mauvais goût aggravé d'une prétendue science.\nM. R. Pugno, soliste tout d'abord annoncé, fut remplacé par Back-\nhaus, lauréat du dernier concours Rubinstein, dont c'était la première\nvisite à Bruxelles. Peu d'exécutants, surtout chez les Allemands, s'efforcent\nd'atténuer dans les concertos l'importance des passages de pure virtuo-\nsité. M. Backhaus compte au nombre de ceux-là. Si parfois son interpréta-\ntion du Concerto en sol majeur de Beethoven parut froide, il ne chercha\npas du moins à forcer l'admiration. Il y réussit sans peine dans 1\ntout pénétré de sentimentalisme religieux. L'exécution à la fois large et\nnerveuse du Prélude et fugue de Bach en mi bémol (Clavecin bien tem-\npéré) ne mérite que des louanges ; le romantisme de Chopin dans le Noc-\nturne en ré bémol et la Ballade en la bém fut mis en valeur avec un charme\nexempt de maniérisme. Chez M. Backhaus, le virtuose n'a pas étouffé l'ar-\ntiste, sa jeune renommée ne peut qu'en grandir.\nM. Eugène Ysaye a dirigé l'orchestre avec son enthousiasme accoutumé.\nL'ardeur avec laquelle il abrite de sa popularité bien assise les essais des\njeunes compositeurs concourt à faire de lui une des figures les plus nobles\ndu monde musical.\n\nG. P. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.9", "titre_corps": "COURRIER DU HAVRE", "titre_sommaire": "COURRIER DU HAVRE", "signature_source": "E. J", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.45", "debut_caractere": 1682, "fin_caractere_exclue": 2913, "texte": "COURRIER DU HAVRE\nE. J.\nLe Cercle de iart moderne,dont nous avons récemment annoncé la\nfondation, consacrait, le 27 avril, une soirée à\ncontemporaine.\nLa conférence, faite par M. G. Jean Aubry, secrétaire du Cercle, ren-\ncontra auprès d'un public choisi le plus chaleureux accueil.\nLe conférencier y étudia sobrement et passionnément la musicalité ver-\nlainienne, le rôle joué par Verlaine dans la constitution du lied français et\nles divers modes de commentaires qu'en firent plusieurs des grands musi-\nciens modernes.\nLe choix des mélodies dit assez le sens et l'esprit de cette conférence :\nle Clair de lune,de Fauré, Apaisement et de\nErnest Chausson, Il pleure dans mon et de Debussy,\nenfin Green,du jeune compositeur André Caplet, qui a rempli supérieure-\nment le rôle délicat d'accompagnateur pour ces six mélodies.\nM'le Hélène M. Luquiens, que nous avons eu plusieurs fois l'occasion\nd'entendre récemment à la Société Nationale, aux concerts Berlioz, au\nsalon de la Nationale, interpréta ces lieds avec une intelligence et un sen-\ntiment profonds de l'âme verlairienne et de la pensée musicale des maîtres\nmodernes ; elle en exprima d'une voix flexible, pénétrante et douce les\nnuances délicates et les discrètes intentions."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.10", "titre_corps": "COURRIER DE LYON", "titre_sommaire": "COURRIER DE LYON", "signature_source": "J. R", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.46", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "COURRIER DE LYON\nJ. R.\nA M. Léon Vallas a dit dans la Revue musicale de Lyon tout le bien qu'il\nfallait penser de la Symphonie de G. M. Witkowski, plus longuement que\nje ne puis le faire ici. Une impression personnelle cependant : la première\npartie me paraît plus épaisse, plus construite et en même temps plus\nbrumeuse, les deux autres moins originales peut-être. On loue l'instru-\nmentation.\nParmi les Sociétés qui gravitent autour des\nlyonnaise est en progrès : elle a fourni une interprétation très passable\ndes Impressions d'ltalie. Vregretté par exemple de ne pouvoir entendre\nle Paysage maritime de M. Mariotte, qui s'y connaît. Des fragments de\nMiarka, du Schubert, du Beethoven, complètent agréablement de\nbons programmes. Et la Symphonie classique offre d'excellentes répé-\ntitions à ses musiciens dans un local clair et sous une direction sympa-\nthique*\nJe ne veux enfin retenir que la partie musicale d'une fête organisée par\nun distingué professeur de diction de cette ville ; c'est pourquoi je ne\nreprocherai au Chemin de Croix d'Alexandre Georges, musicien, que l'em-\nploi d'un livret d'Armand Silvestre, poète.\nAu théâtre, la saison lyrique se trouve coupée « quant à la queue » par\nune imprévue saison d'opérette. Lyon possédera ainsi trois scènes pour\nce genre frivole : c'est beaucoup, s'il est vrai que nous soyons moroses.\nJe comprends du reste que, sans posséder une âme lubrique particulière-\nment, on trouve du plaisir à l'opérette, mais de musique... si peu !\nErrata. Lire dans le Mercure du i 5 avril, p. 381, ligne 29 : € Sur Siegfried... Toi »\np. 383, ligne 3 ! Issarlès, et ligne 8 : « tranquillité un peu sèche des sommets. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.11", "titre_corps": "COURRIER DE MANCHESTER", "titre_sommaire": "COURRIER DE MANCHESTER", "signature_source": "Elisabeth d'Irvel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.46", "debut_caractere": 1691, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "COURRIER DE MANCHESTER\n\nLa saison des concerts touche à sa fin.\nLe « Symphony Orchestra » de Londres, sous la conduite de Henry\nWood, a donné un excellent programme. L'Après-Midi d'un Faune de De-\nbussy a été jouée pour la première fois à Manchester, mais d'une façon fort\npeu satisfaisante, ce qui explique sans doute le manque d'enthousiasme de\nl'auditoire. Nous avons constaté cet insuccès avec tristesse. On fait ici\nbeaucoup de musique et beaucoup de bonne musique ; mais notre convic-\ntion s'affirme de plus en plus que l'éducation musicale du public n'avance\nque fort lentement et que le succès des « Hallé Concerts », qui ont donné à\nManchester la réputation de « ville la plus musicale de l'Angleterre », est\nun succès de tradition et de mode, et non un succès artistique.\nOn court toujours après les virtuoses ; quelques-uns en sont dignes,\ntel Mischa Elmann, qui a obtenu un succès délirant, fort mérité d'ailleurs ;\nmais, comme beaucoup de jeunes prodiges, il gagnerait à ne paraître en\npublic que dans quelques années ; il a en lui les qualités d'un grand inter-\nprète, mais on sent déjà dans son jeu la part sacrifiée à l'effet.\nLe Quatuor Brodsky donne sa dernière séance cette semaine. La\nSonate de Franck (premièrefois à Manchester !) sera jouée parle Dr Brod-\nsky et le pianiste Egon-Petri."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.47", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "Il est sérieusement question de faire exécuter ici le de Wagner.\nM. Manners, le « manager » d'opéras, s'engage à organiser les représen-\ntations avec un orchestre « bayreuthrien »> s'il trouve dix villes en Angle-\nterre qui lui assurent chacune 50.000fr. Souhaitons-lui bonne chance.\nIl est aussi question que le « Hallé Orchestra », avec les chœurs, se fasse\nentendre à Paris la saison prochaine sous la conduite du Dr Richter.\nM\"e Eisa Riess, de Berlin, qu'on aura bientôt l'occasion d'entendre à Paris,\na donné à l'Eolian Hall, de Londres, un fort intéressant récital de chant.\nLe programme comprenait des œuvres très différentes de caractère et\nqui prouvent la vaste compréhension musicale de leur interprète. Gluck,\nScarlatti, Schubert, Brahms, Tschaïkowsky ont permis à Mlle Riess de\ndéployer ses qualités dramatiques unies à une diction impeccable.\nMlle Riess s'était fait seconder par le violoncelliste Jacques Van Lier, qui\na eu une large part des nombreux applaudissements.\nLe Quatuor Joachim a terminé le saison des concerts à Manchester. Les\nAnglais ont eu l'occasion de prouver une fois de plus leur fidélité aux\ninterprètes qu'ils accueillent depuis maintes années, et les violonistes ont\nbeau se succéder nombreux et choisis, aucun d'eux ne prendra dans leur\nestime la place de Joachim, pas plus que la chanteuse la plus parfaite ne\nprendra celle de Patti. L'auditoire des gentleman's concerts s'est départi\nde sa froideur habituelle pour faire une chaleureuse ovation au vieux\nmaître hongrois.\n\nElisabeth d'Irvel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.12", "titre_corps": "COURRIER DE NANCY.", "titre_sommaire": "COURRIER DE NANCY.", "signature_source": "René d'Avril", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.47", "debut_caractere": 1558, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "COURRIER DE NANCY.\n\nLes XI Concerts de l'Abonnement, au Conservatoire (Suite). Musique de chambre.\nVle Concert. Ouverture de Gwendolvibrante, vivante, abondante\nen phrases passionnées, d'une couleur orchestrale chatoyante et riche,\nmenée avec vigueur par M. Guy Ropartz, exécutée et généra-\nlement goûtée et applaudie.\nLe Concertstiïckpour harpe de M. Pierné n'ambitionne pas le titre du\ngrand Concerto,dont il s'éloigne, du reste, par la soudure étroite des quatre\nparties, ordinairement séparées. MUe Bressler tira de l'ornementale girafe\ndorée des sons exquis et délicieusement caressants, des sons\n... à frôler l'âme ainsi que des plumages.\nLe ramage ne répond pas exactement au plumage, et le me\nsemble être au concert ce que la Séréna du même auteur est aux salons\n« où l'on fait un peu de musique » ; au demeurant, un très grand succès.,\ntout comme la Sérénade.\nConcerto en fa majeur du grand Bach pour un seul violon (M. Heck),\nplusieurs hautbois (MM. Foucault et Lamy) et cors (MM. Pollain et La-\nbrunerie). Ce sont jeux de génie que ces variations savantes d'instru-\nments tels que les cors, que l'on entend si peu souvent comme solistes. Et\nje vous prie de croire que ce n'étaient pas des cors mélancoliques (bien\nqu'ils fussent au fond des bois). Quelle saine, quelle cordiale, quelle amu-\nsante et inépuisable gaîté !\nLa Pastorale,tendre, large, éloquente et profonde en son final naturiste\net humanitaire."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3607, "texte": "VIIQ Concert. La présence de Eléonore Blanc à Nancy est tou-\njours le signe de quelque concert de noble intérêt, aux premières auditions\ntentatrices et attachantes. La cantate Ich bin vergnugt mit meinem Gliicke\nporte bien la marque distinctive du génie de Jean-Sébastien Bach avec ses\ndeux airs, le premier au mouvement modéré, le deuxième allegretto et\npaisiblement joyeux, ses deux récitatifs où la phrase vocale, suspendue*\nen quelque sorte, reçoit sa conclusion de l'orchestre, que consolide la ro-\nbuste et profonde pédale de l'orgue (tenu par M. Thirion dans un style\nlarge et plein de grandeur), avec le puissant choral, enfin, répandant ses\nondes souveraines. Comment Bach, avec un orchestre aussi réduit et le\nseul mouvement des parties vocales, parvient à donner une impression\nd'ampleur à remplir une cathédrale, c'est ce que l'on ne saurait assez\nadmirer, alors qu'une page, réputée pour son effet grandiose, comme\nY Alléluia du Messie, entendue au même concert, fait paraître Haendel\npresque étriqué. Je n'aime pas beaucoup, pour ma part, l'allure de petit\ngalop de chasse de cet enthousiasme alléluiatique, et la phrase : Tu vas\ntrôner auprès de ton père, est heureusement ici d'une beauté plus sereine\net plus pure.\nQuelle joie n'éprouve-t-on pas à entendre, une fois de plus, les suaves\nharmonies de Franck dans la Symphonie en ré mineur ! Le début et le\nfinale en furent particulièrement soignés comme exécution, moins cepen-\ndant que Y Ouverture de Léonore (n° i), d'une élégance de lignes éminem-\nment remarquable, sous la baguette de M. Guy Ropartz.\nCe prestigieux chef d'orchestre eut aussi sa large part de succès comme\ncompositeur avec ses trois mélodies, Chrysanthèmes (i), Vos yeux, et\nla Mer, orchestrées par lui avec une insigne délicatesse. (Vosyeux plus\nspécialement exquis ; harpe en harmonie imitative des plaintes du vent\net des rides de l'eau troublée.) L'auditoire, unanimement conquis, applau-\ndit à tout rompre; Elénore Blanc se surpasse, en émissions vocales\nde toute sûreté, en dictions frôleuses et charmeuses...\nLe concert se terminait fort agréablement par Prélude et Danses de\nDana du distingué chef d'orchestre Georges Marty. En fait d'« arias »,\nmurmure quelqu'un, je préfère ceux de J.-S. Bach.\nVIIIe Concert. Ouverture de Léonore (n° 2) : celle peut-être que je\npréfère de l'étonnante série signée par Beethoven ; fort bien rendue, d'ail-\nleurs, par l'orchestre, qui ne bronche pas dans le trait fameux des violons ;\nl'appel de trompette, dans la coulisse, réussi, suffisamment dramatique\npour le concert.\nLa véritable « ouverture » du concert avait consisté en une allocution de\nM. le général Joly, membre de la Commission du Conservatoire, suivie\nd'une réplique de M. Ropartz (un lent précédant un animé : ouverture de\nforme française, remarquent les musiciens). Félicitations, au nom des\nabonnés, des musiciens, de la commission et des élèves du Conservatoire,\nau nouveau chevalier de la Légion d'honneur ; remise de l'insigne de l'ordre\nenrichi de diamants ; promesse de donner au compositeur la partition\ngravée de sa première symphonie (sur un choral breton) ; applaudissements\nspontanés de l'assistance...\nCe fut plus chaleureux que l'accueil réservé à la Chevauchée de la Chi-\nmère de M. G. Carraud. Ce qui déroutait l'auditoire, en cette œuvre,\nc'était, sans doute, la brièveté des phrases mélodiques ne comportant pas\nles amples développements où se complaît la Muse classique. Pour moi,\n\ni)Ces mélodies, ainsi que la plupart des œuvres de M. J.-Guy Ropartz, ont été\néditées à Nancy, chez Dupont-Metzner, rue Gambetta,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.49", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "cette particularité ne me choque point ; je la trouve adéquate au halète-\nment inquiet que semble indiquer le texte symbolique du poème. Ce qui\nme trouble davantage, c'est la lourdeur rythmique du début, la difficulté\nmême que le rythme éprouve à trouver son assiette, à prendre son élan, si\nj ose ainsi dire. Orchestration subtile et rare. Que le public réserve à la\nChevauchée de la Chimère, et en général à toute œuvre moderne (à ire au-\ndition !) ses applaudissements, voire même ses sifflets, c'est son droit strict,\nmais que pendant 1 exécution de l'œuvre, au risque de distraire musiciens\net critiques de 1 attention qui est pour eux un devoir professionnel, il se\nlivre à des conversations animées souvent bruyantes voilà qui est\nintolérable !\nLe Concerto en mi bémol de Beethoven : c'est long, c'est formidable et\nc est très beau. Gortot y est superbe. Ajoutons que personne n'interprète\nainsi que lui les triomphes et les clameurs d'archange en délire à la fin des\nVariations symphoniques de Franck !\nRien de bien frappant dans la reprise de la Symphonie en ut mineur\n(celle de M. Saint-Saëns), sinon que l'orgue et l'orchestre n'y furent au\nmême diapason qu'à l'instant où le Cavallié-Coll de la salle Poirel imposa\nl'accord aux instrumentistes.\nFernand Pollain, violoncelliste étoile de notre Conservatoire, donne avec\nson frère René Pollain, violoniste, Mlle Dennery, pianiste et cantatrice, une\nsérie de concerts à Saint-Dié. Pianos Steinway... : les concerts, les exé-\ncutants, les pianos, tout fut excellent et magnifique.\nM. Louis Hekking fit entendre M. Arthur de Greef, pianiste en qui l'ar-\ntiste se tempère d'un professeur, au style excellent et simple. La viole de\nStradivarius de M. Hekking vibra, humaine, douloureuse, tendre et pas-\nsionnée, dans la Sonate de Franck.\nAu Conservatoire, M. Heck et Mme Richert ont terminé leur intéressante\nsérie de concerts de violon et piano par des sonates de Corelli, de\nSchubert et de M. C. Saint-Saëns. Un public d'amateurs fidèles, au goût\ndélicat, n'a pas ménagé ses applaudissements aux deux bons professeurs,\nqui se proposent, paraît-il, d'aller donner à Metz, cette année, une autre\nsérie de concerts historiques.\nEn un prochain courrier, je consacrerai un article spécial àla Schola\nCantorum de Nancy, société chorale dirigée par M. Pierre Albrech et qui\nnous promet, pour cette année, de remarquables auditions.\n\nRené d'Avril."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.13", "titre_corps": "COURRIER DE NANTES.", "titre_sommaire": "COURRIER DE NANTES.", "signature_source": "Jean Poueigh", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.49", "debut_caractere": 2426, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "COURRIER DE NANTES.\n\nM. Paul Ladmirault.\nLes habitués des concerts de la Société nationale n'ignorent pas le très\nintéressant musicien qu'est M. Paul Ladmirault. Un concert symphonique\nconsacré, en partie, à ses œuvres et donné avec un vif succès, à Nantes, ie\nil avril dernier, vient de révéler le jeune compositeur à ses compatriotes.\nLa plupart des musiques inspirées par la Bretagne sont monotones et\nuniformément grises, du gris de la lande. Sans doute, mais dans la lande\ngrise les genêts font des taches d'or. Aussi l'évocation bien person-\nnelle de M. Ladmirault me semble-t-elle plus vraie. Il y a du rêve et de\nla poésie dans la Suite bretonne, il y a aussi du soleil. Il y a surtout des\nthèmes profondément originaux tant par leur caractère quepar leur saveur"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.50", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1348, "texte": "rythmique ; soit que, dans la Ronde et le Scherzo aux cuivres fulgurants,\ndansent, au son des binious et des bombardes, les paysans en heurtant\nrudementle sol de leurs sabots qui s'entrechoquent ; soit que dans le Chant\npopulaire ce soit l'âme même de la terre bretonne qui semble chanter, ou\nque dans la Pantomime l'antique forêt de 'Brocéliande nous apparaisse\ninondée de lune.\nUn important fragment du premier acte de Myrdhin légende en 4 actes\net un prologue, de Mme Louise Ladmirault et M. Albert Fleury précédait\nla Suite bretonne. Ce chant funèbre, à la déclamation large, soutenue par\nune instrumentation dont je louerai la sobriété, a vraiment beaucoup d'ac-\ncent ; il permit à M. Féraud de Saint-Pol de faire applaudir une belle voix\nde baryton au timbre agréable et à l'articulation toujours nette.\nJe dirai peu de chose de l'orchestre. Chacun fit de son mieux. L'on sait\nqu'en province presque tous les orchestres pèchent par le quatuor trop peu\nnombreux pour pouvoir lutter avec les bois et les cuivres. Son chef,\nM. Frigara, a droit à tous les éloges non seulement pour sa précision\nsouple, mais surtout parce qu'il eut le rare mérite de diriger à merveille\nla Ronde de VEpèe, dont l'exécution est des plus délicates par suite de\nl'alternance des mesures dans un mouvement aussi rapide.\n\nJean Poueigh."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c052", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.14", "titre_corps": "COURRIER DE NICE", "titre_sommaire": "COURRIER DE NICE", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.50", "debut_caractere": 1350, "fin_caractere_exclue": 3234, "texte": "COURRIER DE NICE\n\nManon Lescaut de Puccini. Concerts.\nOpéra. La Manon Lescaut de Puccini (i ), qui vient de faire en France une\nentrée peu triomphale, est divisée en 4 actes. Les deux premiers sont du\nbon opéra bouffe italien ; les deux derniers du mélodrame larmoyant.\nVoici comment le librettiste a découpé pour la scène le roman de l'abbé\nPrévost. Manon, conduite par Lescaut, son frère, s'est trouvée dans le\ncoche d'Amiens avec le vieux comte de Gerval. Elle a plu au gentilhomme,\net Lescaut un bien vilain personnage dont le rôle, comique, est le\nmieux traité de la partition est prêt à faciliter les rapprochements. Mais\nvoilà qu'en descendant du coche, la jeune fille et le chevalier Des Grieux\nse rencontrent. Coup de foudre, grand air, duo et fugue dans la voiture\nmême que le comte amoureux avait fait préparer pour enlever la coquette.\nCet acte adu mouvement et de la gaîté ; mais la partie sentimentale est\ndésolante de fadeur et de mélodie facile.\nAu deuxième acte, Manon a déjà lâché Des Grieux et s'est laissé meu-\nbler un coquet appartement par le comte de Gerval. Nous assistons à une\npartie de sa toilette, à sa leçon de danse. Des pages lui débitent d'assez\ngentils madrigaux ; de vieux messieurs viennent lui faire de galants com-\npliments, et la musique de tout cela se maintient dans une note assez juste,\npas désagréable. Bref, Manon serait heureuse s'il ne lui manquait Des\nGrieux. Mais Lescaut, bon garçon, le lui amène. Reproches, larmes, grand\nair, duo, réconciliation, baisers interrompus par l'arrivée inopinée du\ncomte de Gerval. Le vieux marcheur ne fait pas d'éclat ; il envoie simple-\nment quérir les archers, qui, après une poursuite bouffonne à travers les\nsalons, s'emparent de Manon et l'emmènent. On voit combien le roman a\nété condensé en ces deux actes incompréhensibles pour qui n'a pas lu le\n\n41) Adaptation française de M, Maurice Vaiacaire"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.51", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "livre. On ne peut s'empêcher de trouver un peu radicale la façon de pro-\ncéder de ce gentilhomme qui, à quelques minutes d'intervalle, traite une\njolie fille comme une marquise et comme une gourgandine.\nLa deuxième partie, en revanche, est trop délayée. Le troisième acte\nnous montre le départ pour l'Amérique des filles déportées, et une scène\nd'adieux assez touchante. Des Grieux implore l'autorisation de suivre Ma-\nnon et l'obtient. Au dernier tableau, les deux amants errent dans le désert\naméricain et Manon, à bout de forces, s'arrête et meurt longuement.\nManon Lescaut est une des premières œuvres de M. Puccini. Elle se\nmaintient au répertoire en Italie depuis une quinzaine d'années. La renom-\nmée et le succès de la Manon de M. Massenet autrement remarquable\nà plus d'un titre, bien qu'aussi une œuvre de jeunesse opposaient une\nbarrière redoutable à l'introduction en France de cet ouvrage plein de fai-\nblesses. Mais Tinvasion italienne se poursuit; elle est déjà plus complète\nqu'on ne le suppose, surtout en province. Nice a été une des premières\nvilles à livrer les clefs de ses portes. Mais cette fois le peu d'originalité de\nla mélodie, la simplicité des procédés et une première représentation des\nplus ternes ont produit une impression peu favorable. Les éloges habituels\nde la presse ont été mitigés de critiques assez vives et fort justes, si bien\nqu'un compte rendu (non signé) de la seconde représentation a été jugé\nnécessaire par les intéressés. Ils ont essayé ainsi de pallier le mauvais effet\nde ces premières critiques en vantant « le charme délicat d'une musique\ndevant plaire à un public chez lequel la savante algèbre de la musique,\ndite moderne, n'a heureusement pas tari l'instinctif amour de la mélodie ».\nJe ne sais pas à quelle musique il est fait ainsi allusion et ne crois pas que\ncelle de M. Massenet se compose de monomes, de binômes et d'équations ;\nmais ce qu'il y a de certain, c'est que, malgré ses défauts, la Manon fran-\nçaise reste l'œuvre d'un maître qui n'a rien à redouter de sa contrefaçon\nitalienne.\nEt c'est cependant à cet opéra qu'est due la véritable cause de l'incident\nHeugel au début de la saison, incident dont s'est vite consolée la direction\nde l'Opéra, les œuvres italiennes coûtant, paraît-il, moins cher à représen-\nter que les françaises. Si cela est exact, cette concurrence commerciale est\ncertainement plus dangereuse pour les compositeurs français que la riva-\nlité artistique.\nLe rôle de Manon a été créé par Mlle Ch. Wyns avec beaucoup de\ngrâce et d'émotion ; celui de Des Grieux par le ténor Constantino, très\nbon chanteur qui n'a malheureusement pas du tout le physique de l'emploi.\nTout le reste, sauf l'orchestre, assez bon, était médiocre.\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.15", "titre_corps": "COURRIER DE REIMS", "titre_sommaire": "COURRIER DE REIMS", "signature_source": "L. B", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.51", "debut_caractere": 2763, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "COURRIER DE REIMS\nL. B.\nConcerts éclectiques. —Le concert spirituel donné le dimanche 8 avril\ndernier a produit une excellente impression sur les nombreux auditeurs,\nà l'occasion de l'exécution des Paroles du Christ d'Haydn, oeuvre vraiment\nbelle et d'une exécution difficile et laborieuse ; aussi M. Vaysman mérite\nde vifs et sincères compliments.\nLe programme était complété par un O vos omnes de notre distingué\nconcitoyen Ed. Petit, et nous n'avons que des éloges à lui adresser.\nCette dernière audition de Tannée a couronné glorieusement les efforts\nartistiques de la belle Société de M. Vaysman."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.16", "titre_corps": "COURRIER DE TOURS", "titre_sommaire": "COURRIER DE TOURS", "signature_source": "J. 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Le public, malheureusement\ntrès peu nombreux, fit un chaleureux accueil à ces deux artistes.\nJAN RUER.\nAu cours d'une soirée musicale presque intime, tant les élus étaient\nchoisis parmi les disciples de l'art, il nous fut donné d'entendre les œuvres\ninédites d'un compositeur de talent, Mme Grodvolle. Nous en parlerons\nplus longuement d'ici peu."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.17", "titre_corps": "COURRIER DE VARSOVIE", "titre_sommaire": "COURRIER DE VARSOVIE", "signature_source": "M. 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Artôt y chanta la\nTosca et des mélodies d'Adam Wieniawsaki, qui fut, cette fois encore et en\ndépit de tous les proverbes, très fêtépar ses compatriotes.\nA noter que ce jeune compositeur au talent si séduisant, s'est révélé très\nhabile chef d'orchestre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.18", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.52", "debut_caractere": 1873, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "ÉCHOS\nA 1 Opéra-Comique. —M. Albert Carré a signé deux engagements nou-\nveaux : celui de Mlle Geneviève Vix, qui quitte l'Opéra, et qui, très pro-\nbablement, créera, place Favart, le Chandelier, de M. Messager; et celui\nde Georgette Leblanc Maeterlinck, qui passera à l'Opéra-Comique les\nmois de février et mars, pour y être l'interprète de l'œuvre de M. Dukas,\nBarbe-Bleue, et, le cas échéant, chanter des ouvrages de son répertoire tels\nque Carmen, la Navarraise ou Sapho.\nIl faut signaler aussi l'engagement de Mll® Lina Cavaliéri et la rentrée\nprobable de M. Renaud ; celui-ci ferait, à l'Opéra-Comique, avec\nMme Héglon, la création du Chemineau, de M. Xavier Leroux.\nLe bruit court enfin que Mne Garden aurait annoncé son intention de\nchercher des scènes plus vastes et plus dignes de l'ampleur de sa voix."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.53", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "Orgues. Comme il le fait depuis bien des années, M. Guilmant donnera\njusqu'au 2 juillet, tous les lundis, à 4 heures 1/2, dans la salle du Troca-\ndéro, une audition d'orgue complémentaire de son cours du Conservatoire.\nLa première séance (23 avril) comprenait des œuvres françaises, dont un\nOffertoire, agréablement varié, de Dandrieu, de jolies pièces de Boély et\nde M. Périlhou, une intéressante suite d'Emile Bernard et un finale d'une\npuissante sonorité de M. Guilmant.\nAla recherche d'une salle. L'Association des Concerts Lamoureux\navait demandé s il ne serait pas possible de louer la salle de l'Opéra, son\ntraité avec la direction du Nouveau-Théâtre prenant fin cette année même.\nM. Gailhard a dû décliner toute proposition, par la raison qu'il se propose\nd'utiliser, le dimanche après-midi, la salle de son théâtre.\nIl est a présumer que les Concerts Lamoureux auront lieu, dès la rentréej\nau théâtre Marigny.\nChansons populaires grecques. Ces chansons ont été présentées au\npublic de l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine, par MllO Mar-\nguerite Babaïan, à la voix expressive et pure, après une instructive con-\nférence de M. Calvocoressi. Plusieurs d'entre elles, les plus belles, avaient\nété harmonisées par M. Ravel.\nLa musique au Salon d'Automne. Une courte note, qu'un de nos con-\nfrères (n° du ier mai) semble dissimuler au bas d'une page immense et\nbourrée de petit texte illisible, nous apprend que les œuvres pour la\nsection de musique du Salon d'automne devront être envoyées avant le\ni 5 mai à M. Alfred Bruneau, 122, rue de la Boétie. Il était temps de le\nsavoir, en vérité. Et le plus étrange, c'est que cette communication, con-\ntrairement à tous les usages, n'a été faite à aucun autre journal de musique.\nLe nombre des envois au concours se trouvera ainsi notablement réduit,\net la tâche de M. Bruneau facilitée. On s'est étonné parfois de notre sévé-\nrité à l'égard de ce compositeur : nous l'aurions certes passé sous silence,\ns'il s'était borné à n'avoir aucun talent. Mais on veut faire de lui une\nsorte de préfet de la musique, et ces procédés sournois ne sont-ils pas ceux\nd'un préfet combiste ? N'avions-nous pas raison de combattre son influence\net de dénoncer son incapacité?\nConcours. Les concours ouverts en 1905 par la\nteurs de Musique ont donné les résultats suivants :\nI. Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle. Prix de 500 francs\noffert par M. le ministre des Beaux-Arts, décerné à M. Roger Ducasse ;\nMention à l'auteur de l'œuvre ayant pour devise : « Il ne chantait que la\ngrandeur des Dieux » ;\n11. Fantaisie pour piano et orchestre : Premier prix de 500 francs (Fon-\ndation Pleyel-Wolff-Lyon), décerné à M. Aymé Kunc ; Deuxième prix de\n200 francs, offert par la Société, décerné à M. J, Ermend-Bonnal ; Mention\nà l'unanimité à l'auteur de l'œuvre ayant pour devise : « Veni » ;\n111. Ave Maria pour baryton solo et chœur à trois voix avec accompa-\ngnement d'orgue, violon, violoncelle, contrebasse et harpe : Prix Samuel-\nRousseau, 300 francs, offert par Mme Samuel-Rousseau, non décerné\nMention à l'auteur de l'œuvre portant l'épigraphe « T. U. B. A. » ;\nIV. Musique de scène pour Y Amphytrionde Molière : Prix de 500 francs\noffert par M. Albert Glandaz, non décerné ;\nV. Histoire de la Sonate : Prix de 200 francs offert par la Société, non\ndécerné : Mention avec prime de 100 francs, à l'auteur de l'envoi portant\nl'épigraphe : c L. S. P. M. »."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.54", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 848, "texte": "Il ne sera pris connaissance des noms des auteurs ayant obtenu des\nmentions qu'avec leur assentiment.\nSchola Cantorum. M. Charles Bordes donnera le 18 mai, à 9 heures\ndu soir, une audition de Rébecca,de César Franck : M,le Pironnay, M. de\nGabriac, les Chanteurs de Saint-Gervais et l'orchestre de la Schola.\nLe sottisier musical. « Un certain nombre de promeneurs s'arrêtent\npour écouter les deux petites joueuses de flûte, Rhodis et Myrto, qui\nchantent en s'accompagnant sur leur instrument. » Louis DE GRAMMONT,\nAphrodite, page 5.\n« Elle (Mlle Garden) adhéra au personnage et se coula en lui, comme si\nelle était Mélisande elle-même. Elle eut, dès le premier jour, sa voix\nd'oiseau blessé. » A. MANGEOT, Monde page 118."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.6.19", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.54", "debut_caractere": 850, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES\nI. Albeniz : lberia.3 pièces pour piano. Paris, Edition mutuelle.\nBaude de la Quarière : La chanson Etude métrique par\nR. Meyer. Essai d'interprétation par J.Bédier. Étude musicale par P. Aubry.\nParis, A. Picard et fils.\nPierre de Bréville. Prières d'enfant. Piano et chant. Paris, Edition\nmutuelle.\nAuguste Chapuis : Impressions sylvestCinq pièces pour violoncelle\net piano, Paris, Durand et fils.\nC. A. Collin : Ad altare Dei.Cent pièces pour orgue. Paris, E. Demets.\nClaude Debussy : Douqe chants en avec accompagnement de\npiano. Texte français et anglais. Paris, Durand et fils.\nPelléas et Mélisande.Extraits, transcrits pour piano à deux mains et à\nquatre mains, par Léon Roques. Paris, Durand et fils.\nCésar Franck : Première fantaisie p transcrite pour piano à\nquatre mains par G. Choisnel. Paris, Durand et fils.\nA. Mariotte : Sonate pour piano, Lyon, Janin frères.\nMaurice Ravel : Cinq mélodies populair Version\nfrançaise de M. D. Calvocoressi, Paris, Durand et fils.\nJean-Philippe Rameau : Les Indes Partition pour chant et\npiano, transcrite par Paul Dukas. Paris, Durand et fils.\nLes Indes galantes.Airs de ballet, transcrits pour piano à deux mains\npar Paul Dukas. Paris, Durand et fils.\nHippolyte et Aricie. Airs de ballet, transcrits pour piano à deux mains\npar Vincent d'lndy. Paris, Durand et fils.\nCamille SaintSaëns : La jeunesse d'HPetite partition d'orchestre.\nParis, Durand et fils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-05-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-05-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1906-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.2.7", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.2", "debut_caractere": 486, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "E. D\n, Éditeur de Musique\n2, rue de . Lou 'vois. PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.)* « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse. I\nEn recueil. Net.\n« Trois Stances » (il. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jèune et frais cimetière.\n111, Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. Net. 3\n« Cinq mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net, 5\nDéodat de Séverac.\nLe Chevrier (P. Rey).\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nDuparc (H-). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén„ (Th. Gautier).\nDupont (G-). Les Effarés (J.-A-\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nBavel (M.). D'Anne jouant del'Espi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige-\n(Epigrammes de Ci. Marot).\nPIANO\nBilla (R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne. »\n• Minuetto. »\nValse, en sol mineur »\nCohen (J.). Marche funèbre. »\nLabey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée. »\nLe moustique.\n2 8\n2 ï\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\nï 70\n2 »\nRhenê-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net,\n11. Prélude oriental, en/a Jf maj „ »\n111. Prélude, en ut min. »\nIV~ Prélude, en la [> maj. »\nV. Prélude ancien, en s*\" min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nBavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.). Marine. »'§\nLabèy|(M.). Symphonie en mit\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach).\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)* Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.). ler1er Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis. Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.) Sonate. »\nSérieyx (A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). 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V 0;L/LC^-:Ny'f- v.' r\niKllf-' <*■' 1 > '>'*>' rfÇy - vj J J 4, ''*%\"? 1 £» LN ~y* ThVi A'\\. *>'«,' *V* i £ * 'Y' '% ' \" « 112/ ' \\\n[■ ' . . ■■ • • • \" ' ■ • '■. 1$ , ' '' : . iv > X ' - • / ■ , •'•\" ' ■ - • • •\" , '\n■fè*; ••• 1 ' i •„ ■ ~.' j ... •_ -.. . •■;••„ - , '■ . .. ■' - i■ • ••■ -, ,i' ' rf , \\ * r •. .\nxC' -N'' r'~î ,4 i i \"\" /s ' cît*' )\" M* />t> x si\\ < \" ' \"i *Çi 4*l \"i h \"V»\" * r i, ry - - \" i»* 1 5\n■«M\nj fi® WbH fflfil ||| JH BoHII W|a)k. WjE\n[ ■\nr\nPRIX DU NUMÉRO :\nFRANCE. 0 fr. 60 | 0 fr. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\nGh, Jarlot\nM, Boulevard Saint-Michel\nPARIS VIE\nADMINISTRATION :\nEL Demets\nRue de Louvois\nPARIS 11\n\nSommaire\nGEORGES D'ESPAGNAT Composition inédite pour Simone,\nREMY DE GOURMONT Simone.\nLIONEL DE LA LAURENCIE. Jacques Aubert et les premiers concertos\nfrançais de violon.\nMAURICE RAVEL Noël\nPIERRE AUBRY. La musique et les mu\nXI IL\nREVUE DE LA QUINZAINE\nL'Ouvreuse : Lettre. Louis Laloy, R.C. : Théâtres.-Ch. Chambellan : La Saison\ndes Concerts Colonne. Louis Laloy, Raymond Bouyer, Ch Chambellan,\nG. S. : Concerts.— Michel Brenet : Les livres. Jacques Rivière : Courrier\nde Bordeaux.G, P. E. : Courrier de E. J. :\n—J. R. : Courrier de Lyon. Elizabeth d'lrvel\nRené d'Avril : Courrier de Nancy. Jean Poueigh : Courrier de Nantes.\nÉdouard Perrin : Courrier de Nice. ~ L .B. : Jan Ruer:\nCourrier ds Tours. M. S. : Courrier de Varsovie. Échos. Publications\nS récentes."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste.\nRÉDACTION : 2, rue de Louvois, PARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nE. D\n, Éditeur de Musique\n2, rue de . Lou 'vois. PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.)* « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse. I\nEn recueil. Net.\n« Trois Stances » (il. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\n11. Dans le jèune et frais cimetière.\n111, Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. Net. 3\n« Cinq mélodies ».\nI. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net, 5\nDéodat de Séverac.\nLe Chevrier (P. Rey).\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nDuparc (H-). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén„ (Th. Gautier).\nDupont (G-). Les Effarés (J.-A-\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nBavel (M.). D'Anne jouant del'Espi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige-\n(Epigrammes de Ci. Marot).\nPIANO\nBilla (R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne. »\n• Minuetto. »\nValse, en sol mineur »\nCohen (J.). Marche funèbre. »\nLabey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée. »\nLe moustique.\n2 8\n2 ï\n2 »\n2 5o\n3 »\n8 »\nï 70\n2 »\nRhenê-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min. Net,\n11. Prélude oriental, en/a Jf maj „ »\n111. Prélude, en ut min. »\nIV~ Prélude, en la [> maj. »\nV. Prélude ancien, en s*\" min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nBavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.). Marine. »'§\nLabèy|(M.). Symphonie en mit\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.) »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach).\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquier (M.)* Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.). ler1er Livre de 6 So-\nnates. »\nMel-Bonis. Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.) Sonate. »\nSérieyx (A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIAN\nMel-Bonis. Sonate.\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLeclair (J.-M.). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.\nMel-Bonis. Qjatuor, pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\nK\nAgence de la Société Nationale de basique\n■\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.3", "texte": "JACQUES AUBERT\net les premiers Concertos français de Violon\n\nOn peut lire dans le Mercure de France du mois de novem-\nbre 1734 l'annonce suivante :\n«Le Sieur Aubert, Intendant de la Musique de S.A.S.Mgr le\nDuc, vient de donner au Public son seizième œuvre intitulé :\nLes Petits concerts . .. L'Auteur donnera dans le courant de\nl'Hyver un Livre de Concerto à 4 violons, violoncelle et basse\ncontinue ; cet ouvrage sera le premier en ce genre qui soit sorti\nde la plume d'un François (1). »\nEffectivement, le 2 février 1735, Aubert exécutait au concert\nspirituel un « Concerto de sa composition », qui recueillait les\napplaudissements de l'assemblée (2). C'était bien la première\nfois que le public entendait un « concerto grosso » d'origine\nfrançaise, car les œuvres de ce genre qu'écrivit Leclair ne\nparurent pas avant 1736. L'initiative d'Aubert, premier auteur\nfrançais de Concertos pour le violon, mérite donc qu'on s'y\narrête, et son nom doit figurer en bonne place dans l'histoire de\nnotre musique instrumentale.\nIl s'appelait Jacques, appartenait à une famille de musiciens\nde la chambre du roi, et était né à Paris vers 1683, si on adopte\nl'âge de 70 ans que les historiographes lui prêtent au moment\nde sa mort arrivée en 1753 (3). Jacques Aubert servait dès\n1719 auprès de Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé,\n\n(1) Mercure,novembre 1734, p. 2485.\n(2) Mercure,février 1735, p. 392.\n(3) Notamment Choron et Fayolle dans leur Dictionnaire historique des\nmusiciens, I, pp. 3Ï-32.\n\nLE MERCURE MUSICAL\n29"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.4", "texte": "442\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nen qualité d'officier de la musique de ce prince ; il habitait à\nParis, dans l'hôtel de son protecteur, qu'il suivait dans tous\nses déplacements à Chantilly et, cette même année 1719, il pu-\nbliait un ler Livre de Sonates à\ns'affirment de sérieuses qualités d'invention et de composition.\nLors du séjour que Louis XV fit à Chantilly, durant l'au-\ntomne de 1722, en revenant de Reims, le duc de Bourbon\noffrait au jeune souverain une série de fêtes dont le\nnous a rapporté en grand détail le faste et la magnificence (1).\nCe n'étaient qu'illuminations, ballets, comédies, parties de pêche\net de chasse ; avec un art consommé de la mise en scène,\nMonsieur le Duc faisait collaborer la nature aux réjouissances\nroyales et, comme par enchantement, le parc et la forêt de\nChantilly se transformaient en un vaste théâtre de verdure,\nanimé des ébats de nymphes d'opéra et où, de chaque buisson,\ns'exhalaient de mélodieux concerts. Comme bien l'on pense,\nJacques Aubert jouait dans ces fêtes un rôle important ; il\ncomposa, en effet, la musique des deux ballets représentés à\nChantilly en cette circonstance : la et le\nXXIV heures(2). « Ses airs, lit-on dans les Livrets, furent\ngénéralement applaudis (3). » Mais, si le compositeur faisait\nmerveille, l'exécutant participait de sa personne aux féeries\nmythologiques imaginées par M. le Duc. Qu'on en juge :\nBourbon, très fier de sa ménagerie, n'avait point manqué d'y\nconduire le souverain, qui pouvait y admirer, outre une impo-\nsante collection de fauves, « la volière des ortolans, les cigognes,\nles autruches, les castors et l'oiseau royal (4) ». En entrant\ndans la dernière pièce de la ménagerie, Louis XV allait éprou-\nver la plus galante des surprises. « Comme par un art magique,\nraconte le livret du Ballet des Orphée lui\napparut au milieu d'une grotte enfoncée dans deux bosquets\nde lauriers-roses et d'orangers. La grotte étoit formée par des\nberceaux de treillages entremêlés de festons de toutes sortes de\nfleurs. Orphée (représenté par le Sr Aubert) jouoit du violon,\n\n(1) Mercure, novembre 1722, pp. 78 et suiv.\n(2) La Fête Royale donnée à Sa Majesté par Son Altesse Sérénissime\nMonseigneur le Duc de Bourbon à Chantilly, le 4, le 5, le 6, le 7et le 8 no-\nvembre 1722..., par M. Faure, Paris, MDCCXXII. Bibliothèque de M. le\nDuc d'Aumale (XXVIII Gl2). —Le Ballet des XXIV Heures, Ambigu-co-\nmique, représenté devant Sa Majesté à Chantilly le 5 nov. 1722, Paris,\nMDCCXXIII. Nous exprimons ici tous nos remerciements à M. Mâcon,\nconservateur du Musée Condé à Chantilly, pour les renseignements qu'il a\nbien voulu nous donner sur la participation de Jacques Aubert aux fêtes\nde 1722.\n(3) Livret du Ballet des XXIV Heures, p. 6; Livret delà Fête royale, p. 9.\n(4) Mercure, novembre 1722, p. 9t."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.5", "texte": "JACQUES AUBERT\n443\n\net attira au son de cet instrument la plupart des animaux que\nle roi venoit de voir dans la Ménagerie, et qui sortoient des\ndeux bosquets pour l'écouter (1). » Le qualifie « d'en-\nchantés » les sons que notre musicien tirait de son violon, et\nauxquels lions, ours et tigres ne pouvaient se montrer insensi-\nbles. Ces bêtes féroces n'étaient, au demeurant que des « sau-\nteurs et voltigeurs » recouverts de peaux appropriées, et qui\nimitaient d'une façon surprenante l'allure des animaux dont ils\nportaient le pelage.\nLouis XV se souvint sans doute de ce spectacle mythologi-\nque lorsqu'il accueillit, quelques années plus tard, Orphée-\nAubert dans sa musique, où i! figure en 1726(2). En 1727,\nAubert est survivancier aux 24 violons de Noël Converset (3),\net la même annnée, l'Académie royale de musique le compte\nau nombre des musiciens de son orchestre en qualité de premier\nviolon, aux appointements annuels de 600 livres (4). Formé\npar Jean-Baptiste Sénallié, avec lequel il jouait une Sonate\nà 2 violons au Concert spirituel en 1730, Jacques Aubert a\nsubi profondément l'influence italienne ; celle-ci s'avère dans\ntoutes ses œuvres et nous la rencontrerons en particulier dans\nses concertos. C'est très probablement à son italianisme que le\nvioloniste dut la longue faveur dont il jouit auprès du duc de\nBourbon. Le régime du patronat qui régnait à cette époque\nparmi les musiciens ne pouvait qu'engager ceux-ci à se plier\naux goûts et aux exigences de leurs protecteurs. Or M. le Duc\nse trouvait alors sous la domination de Mme de Prie qui s'était\nappliquée, avec un zèle inlassable, à propager en France la\nmusique italienne. Musicienne elle-même, elle maniait brillam-\nment une fort belle voix et avait été l'instigatrice des fameux\nconcerts Crozat (5). Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'Au-\nbert, élève d'un musicien fortement pénétré lui-même de ten-\ndances italiennes, et vivant dans un milieu complètement\nacquis à ces tendances, ait sacrifié aux dieux de ses maîtres.\nCeux-ci, du reste, montraient, par des preuves tangibles,\nqu'ils lui savaient gré de sa docilité. Par brevet du 6 septembre\n1726, Aubert recevait de Bourbon une pension de 1000 livres,\nréversible sur la tête de sa femme Marie-Louise Le Cat (6), et\n\n(1) Livret de la Fête royale, p. 7.\n(2) C'est ce qui résulte d'une disposition du testament de Mme de Prie\ndont nous parlons plus loin.\n(3) Arch. nat., O 1 71, f* 379.\n(4) Arch. de l'Opéra. Détail de la régie actuelle de l'Opéra, 1738.\n(5) Sur M»8 de Prie, voir, outre les Mémoires du temps, l'intéressant\nouvrage de M. Thirion : Madame de PParis, igos.\n(6) Archives du Musée Condé : Registre des dépenses des années 1769 à\n1772. Art. 1574."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.6", "texte": "444\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-V-OÔ\n\nMme de Prie inscrivait cette dernière dans son testament. On y\nlit, en effet, cette phrase :« Je donne et lègue àla Dlle Aubert,\nfemme du Sr Aubert, musicien du Roy, et de S. A. S. Mgr le Duc,\n500 livres de pension viagère (1). » Ce qui reste des comptes\ndu duc de Bourbon nous permet même de savoir ce que tou-\nchait Aubert comme intendant de la musique du prince. En\n1737 et 1738, ses appointements se montaient à 2.000 livres (2),\nqui, ajoutées aux émoluments que lui rapportaient les fonctions\nde musicien de la chambre et de l'opéra, lui assuraient une\ncertaine aisance.\nAu Concert spirituel, son nom figurait à côté de ceux des vir-\ntuoses les plus réputés, tels que G&ignon, Leclair et Blavet ;\nc'était donc un artiste très apprécié et qui se faisait applaudir\nautant comme exécutant que comme compositeur, car les pro-\ngrammes du Concert donnaient fréquemment asile à ses œuvres,\nœuvres aussi variées que nombreuses et dont le catalogue ne\ncomporte pas moins de 33 numéros. Avec une extraordinaire\nfécondité, et une régularité presque industrielle, Aubert, si l'on\nen croit les « Annonces » du Mercure, produisait sans trêve, et\nson extrême facilité ne va pas sans quelque laisser-aller d'écri-\nture. De 1735 a 1738, ce ne sont que « suites de symphonie,\nconcertos, sonates à 2 violons », etc., qui sortent de sa plume.\nLe ler novembre 1738, le Mercure signale au Concert spirituel\n« un nouveau carillon de M. Aubert, exécuté par toute la sym-\nphonie (3) ». Nous verrons tout à l'heure en quoi consistait\nce « carillon ».\nDe son mariage avec Marie-Louise Le Cat, Jacques Aubert\navait eu plusieurs enfants, parmi lesquels nous relevons\nAubert, qui portait aussi le prénom d'Etienne, né le 15 mai 1 720\net baptisé à Saint-Sulpice le 25 du même mois (4),\nAubert, né le 15 décembre 1732, entré dans les ordres et connu\npar ses Fables ainsi que par divers ouvrages, entre autres, par\nune Réfutation des principes d\nchant la musique française (Paris, 1754), enfin une fille dont le\nnom nous échappe, et à laquelle Mme de Prie constitua une rente\nviagère de iso livres par codicille ajouté à son testament (5).\n\n(1) Testament de Mme de Prie. Arch. nat.,Yss, f° 29voJet Thirion, loc.cit.t\np. 335, Appendice. Le testament de Mme de Prie est du i 5 novembre 1726,\n(2) Arch. du Musée Condé : Compte de la dépense des années 1737, 1738\net 1739. Page nB3, musique, art. 695. (Communiqué par M. Mâcon.)\n(3) Mercure,novembre 1738, p. 2495.\n(4) Arch. nat. O 1 666 3, Pensions.\n(5) Codicille du 19 septembre 1727. Thirion, p. 339. Ce codi-\ncille révoquait la donation précédemment consentie en faveur de la dame\nAubert. La demoiselle Auberty est indiquée comme pensionnaire à Lisieux."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.7", "texte": "JACQUES AUBERT\n44\n\nEtienne-Louis Aubert fut violoniste et compositeur comme\nson père ; il entra tout jeune à l'Opéra (vers 1728 ou 1731) et\ndevint batteur de mesure et suppléant de Ghéron. En 1752,.\nJacques Aubert, dont le traitement à l'Académie royale se\nmontait alors à 800 livres, auxquelles venaient s'ajouter 100\nHvres de gratification, prit sa retraite et fut pensionné le ler\njuin de cette année, àraison de4oo livres (1).\nIl avait fait bâtir à Belleville, dans la grande rue du lieu,\nentre la paroisse et l'église des Picpus, une maison assez impor-\ntante, puisqu'elle avait trois étages surmontés d'un belvédère\nd'où se pouvait admirer la campagne d'alentour. Le violoniste\ns'y adonnait au jardinage, et il convient de remarquer que\nplusieurs de ses pareils montrèrent pour l'horticulture un goût\nanalogue; nous citerons, en particulier, Leclair qui cultivait\nson jardin dans le marais de laCourtille, et Mondonville dont\nles derniers jours se passèrent au milieu des potagers de Belle-\nville. C'est là que mourut Jacques Aubert, le 17 ou le 18 mai\n1753 ; il y fut enterré le 19 (2).\nLes historiens ne nous ont laissé sur son compte que de bien\nrares appréciations. Marpurg le cite sans exprimer de juge-\nment (3). Daquin vante « sa musique gracieuse et chantante (4) ».\nPlus tard, Beffara la trouvera « vive et gracieuse » (5), et\nBoisgelou lui reprochera de n'être qu'un faible imitateur\nde Leclair et de Senallié. Néanmoins, il déclarera « que son\nchant est naturel et que l'on pourrait tirer quelque parti de\nses Concertos qui ne sont pas tout à fait à mépriser ». Revenant\nsur les Concertos d'Aubert, le même Boisgelou leur donne la\ncote suivante : « Quelques motifs assez bons ; du chant, mais\nfaible (6). »\nCeci nous amène aux Concertos de Jacques Aubert. Ils for-\nment 2 livres, dont le premier parut au cours de l'hiver 1734-\n1735, et dont le second semble devoir admettre la date de 1738.\nLe premier porte le n° d'oeuvre 17 sur le catalogue des compo-\nsitions du musicien, catalogue dressé dans la 2e édition de ses\nSonates à violon seul et la basse ; le second est l'œuvre 26 ; en\nvoici les titres :\nI) Concerto à quatre violons, violoncello et basse continue par\n\n(I)Arch. de l'Opéra. Règlement d'appointements du ier avril 1752. La\nmention de la pension est portée en note.\n(2) Affiches, Annonces et Avis divers.Enterremens du 19 mai 1753, p. 327.\nVoiraussi pp. 340, 341.\n(3) Marpurg. Beitràge,l, p. 471.\n(4) Daquin. Lettre sur les hommes célèbres, etc., p. 205.\n(5) Beffara. Histoire de VAcadémie Ms. Arch. Opéra.\n(6) Catalogue de Boisgelou. Bib. nat."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.8", "texte": "446\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nM. Aubert, Ordinaire de la Chambre du Roi, et de F Académie\nroyale, Intendant de la Musique de S. A. S. Mgr le Duc. Gravé\npar Mme Leclair. Œuvre XVII. (1) in-f°, s. d.\nII) Concerto à 4 violons, violoncello et 8.-C. par M. Aubert,\nOrdinaire de la Chambre du Roy, Et de VAcadémie royale, Inten-\ndant de la Musique de S. A. S. M&r le Duc. IIe Livre,gravé par\nde Gland, graveur du Roy. Œuvre XXVI. (2) in-f°, s. d.\nLe ier livre contient 6 Concertos ;le 2 e n'en renferme que 4.\nDe cet ensemble de 10 Concertos, 8 sont composés de 3 par-\nties sur le modèle de Corelli, 2 comportent 4 parties. Mais si\nle type général Allegro Aria se montre dans\n8 Concertos, il ne faudrait pas croire que ce cadre se refuse\nà toute modification; c'est ainsi que dans 2 œuvres du ier livre\n(Concertos I et V), Aubert termine par vmMenuet, et que l'Aria\nprend fréquemment la forme d'une Le Concerto 111,\ndu 2e livre, conclut par une Chaconne, et 2 compositions de ce\nlivre (Concertos II et IV) affectent une division en 4 parties\navec introduction lente, sur le type suivant :\nLargo, Allegro, Aria, Allegro.\nNotre musicien, tout en acceptant le cadre des Concertos\nitaliens, sait donc le plier à sa fantaisie.\nCette fantaisie s'affirme de façon encore plus évidente sur le\nterrain de l'instrumentation, et c'est là qu'Aubert fait vraiment\npreuve d'originalité. Ses Concertos sont écrits, en effet, pour\n4 violons, basse d'archet et clavecin ; Aubert élimine la partie\nintermédiaire, l'alto, et il en résulte une sonorité un peu crue,\nun peu mordante, que n'estompe point le timbre voilé et mélan-\ncolique de l'ancienne taille. Le musicien oppose franchement\ndeux registres l'un à l'autre, un registre aigu et un registre\ngrave, se montrant, de la sorte, fidèle aux tendances françaises\nqui se sont souvent complu à écarter les deux pôles de l'har-\nmonie.\nD'une semblable combinaison instrumentale, il va sans dire\nqu'on ne trouvera point d'exemples dans la littérature musicale\nallemande, car les Allemands écriraient plutôt deux parties\nintermédiaires qu'une seule, portés qu'ils sont à arrondir la\nsonorité, à mélanger les timbres, à bien établir le centre de\ngravité de leurs compositions. En Italie, la modalité instrumen-\ntale adoptée par Aubert ne se rencontre ni chez Torelli ni chez\n\n(1) Ce ier livrede Concertos existe àla Bib. nat ,àlaßibl. de l'Arsenal et\nà celle du Conservatoire. Il porte à la Bibl. nat. la cote Vî,, 1706.\n(2) Le 2e livre des Concertos d'Aubert se trouve à la Bibl. du Conserva-\ntoire. La Bibl. nat. possède les parties manuscrites du 4e Concerto de ce\nlivre. Ms. Vm, 4806."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.9", "texte": "JACQUES AUBERT\n447\n\nCorelli. Torelli, qui a fixé le cadre symétrique du Concerto,\ncadre comportant un mouvement lent intercalé entre deux\nmouvements vifs, emploie, outre le violon principal, 2 violons,\n1 viole et la basse. (Concerti grossi con una pastorale, Bolo-\ngne, 1709). Les Concerti grossi que Corelli publia\nen 1712 présentent un orchestre de ripiénistes composé de\n2 violons, d'une viole et d'une basse. Il en est de même des\n12 Concerti grossi qui parurent à Amsterdam en 1734 sous la\nsignature de Tartini. Pour trouver une sorte de précédent de\nla combinaison imaginée par Aubert, il faut remonter jusqu'à\nJean-Baptiste Buonamente de Bergame, qui, dans un recueil\nde Sonates et Can^onedatant de i 636, présente une\npour 4 violons, et une Sonate pour 2 violons et 2 basses ; ici,\nnous sommes en présence de compositions où les parties inter-\nmédiaires font défaut, comme chez Aubert.\nMais nous pouvons indiquer des Concertos italiens établis\ntout à fait sur le modèle de ceux du violoniste français. Mossi,\nValentini et Vivaldi publièrent, en effet, au xvme siècle, chez\nJeanne Roger, à Amsterdam, 6 Concertos à 6 instruments, com-\nprenant 4 violons, un violoncelle et la basse, Concertos qui\nrentrent absolument dans le type adopté par Aubert (1). Là\naussi il y a opposition bien nette de deux registres, instrumen-\ntation un peu acide, un peu piquante. Que l'lntendant de la\nmusique du duc de Bourbon ait connu les Concertos de Vivaldi,\nc'est ce dont il est impossible de douter ; il en parle, en effet,\nlui-même dans Y Avertissement de ses\net il nous sera loisible de relever dans ses propres compositions\ndes traces palpables de Tinfiuence qu'exerça sur lui le maître\nitalien.\nLe Concerto II du lerIer livre, en sol majeur, débute de la façon\nsuivante :\nqu'on rapprochera du thème initial du Concerto 111 en ré\nmajeur de Vivaldi (op. XII).\n\n(i) La Bibl. nat. possède sous la cote V?„ 1673 ce recueil de Con-\ncertos. Giovanni Mossi était un élève de Corelli; il acquit une brillante\nréputation dans les cercles musicaux de Rome. Giuseppe Valentini fut\nvioloniste au service du grand-duc de Toscane. On sait que Bach a\ntranscrit pour le clavecin les Concertos à 4 violons d'Antonio Vivaldi."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.10", "texte": "44§\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-V-OÔ\n\nLa similitude est frappante ; de part et d'autre, emploi de la\ngamme du ton, ascendante chez Vivaldi, descendante chez\nAubert, avec répétition de la tonique que frappent les 4 croches\nde la 2e mesure. Il y a là sans doute un exemple du procédé dit\nde l'hexacorde, et dont se servaient souvent les clavecinistes\ndans leurs compositions (i) ; ils utilisaient comme thème la\ngamme ou des fragments de gamme, et telle était la substance\nmélodique sur laquelle s'exerçait leur imagination dans le travail\ndu développement. Nos anciens violonistes ont, eux aussi, fait\nappel à ce système qui économise singulièrement l'effort de\nl'invention mélodique, et il n'est pas rare de le voir appliqué\ndans les sonates de Du Val et d'Anet (2).\nSi Jacques Aubert emprunte à Antonio Vivaldi quelques-\nunes de ses formules, son style se rapproche aussi de celui de\nl'opéra buffaitalien, et ce même Concerto II du ler livre de\nnotre musicien revêt un aspect spirituel, alerte, nous dirions\nmême comique, qui rappelle plus d'une fois la manière de\nl'auteur de la Serra padrona.Ne voilà-t-il point, en effet, du\nPergolèse?\nOn pourrait multiplier les citations.\nDans l'ensemble, la manière de Jacques Aubert reflète une\nintarissable bonne humeur, et ses Concertos se tissent de pe-\ntites formules pimpantes, lestement troussées, qui minaudent à\nqui mieux mieux. Nous sommes bien ici en présence d'un art\naristocratique, conçu pour plaire à de grands seigneurs très\nlégers et très frivoles, en présence d'un art de divertissement\nqui ne vise qu'à amuser, qu'à créer une atmosphère de plaisir\nélégant. Aubert fait souvent usage de quintes qui sonnent\njoyeusement, avec une joie facile et parfois commune ; mais il\na de 1 entrain, un entrain prestigieux ] ses finales, allégros,\nprestos, gigues, s'enlèvent dans un train échevelé, dévalent avec\nun dynamisme et une gaieté inimaginables.\nTout cela est faiblement contrapointé, de trame légère, point\ntrop chargée de pédantes imitations ; cela court, cela vole, cela\nn'insiste pas, et l'instrumentation, en dépit du nombre relati-\nvement considérable des instruments mis en œuvre, se réduit,\n\n(1) Ce système de « l'hexacorde » a été surtout employé par Frescobaldi,\nmais Bach lui-même n'a pas craint d'y recourir.\n(2) On le retrouve aussi dans les Concertos de Leclair, et nous citerons\nen particulier les oeuvres 11 et iv du ler Livre et 11 et iv du 2 e Livre."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.11", "texte": "Simone\npoème champêtre\nL'Aubépine\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.13", "texte": "L'Aubépine\n\nSIMONE, tes mains douces ont des égratignures,\nTu pleures, et moi je veux rire de l'aventure.\nL'Aubépine défend son cœur et ses épaules,\nElle a promis sa chair à des baisers plus beaux.\nElle a mis son grand voile de songe et de prière,\nCar elle communie avec toute la terre ;\nElle communie avec le soleil du matin,\nQuand la ruche réveillée rêve de trèfle et de thym,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.14", "texte": "Avec les oiseaux bleus, les abeilles et les mouches,\nAvec les gros bourdons qui sont tout en velours,\nAvec les scarabées, les guêpes, les frelons blonds,\nAvec les libellules, avec les papillons\nEt tout ce qui a des ailes, avec les pollens\nQui dansent comme des pensées dans l'air et se promènent ;\nElle communie avec le soleil de midi,\nAvec les nues, avec le vent, avec la pluie\nEt tout ce qui passe, avec le soleil du soir\nRouge comme une rose et clair comme un miroir,\nAvec la lune qui rit et avec la rosée,\ni\nAvec le Cygne, avec la Lyre, avec la Voie lactée ;\nElle a le front si blanc et son âme est si pure\nQu'elle s'adore elle-même en toute la nature."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.15", "texte": "JACQUES AUBERT\n449\n\nsomme toute, à fort peu de chose. Les Concertos à 4 violons et\nbasse de Jacques Aubert ne sont guère, en effet, que des Sonates\nà 2 violons et la basse ; les 4 violons s'y partagent presque\ntoujours en 2 groupes marchant à l'unisson, et les parties\nque l'auteur leur confie ne sont pas, à proprement parler, des\nparties réelles. Elles ne présentent ce caractère que tout à fait\npar exception ; la plupart du temps, Aubert procède par dou-\nblement des parties; dans les les 4 violons sonnent\nensemble, et dans les soli du violon principal, les 3 autres\nviolons dessinent généralement les mêmes contrepoints et cela\nde façon fort discrète. Du reste, ces soli du violon principal\nrévèlent chez Aubert une virtuosité infiniment moindre que\ncelle qu'affirme Leclair dans ses Concertos. Alors que ce dernier\nmaître confie à l'instrument soliste une partie très en dehors,\nchargée de traits, d'arpèges, de difficultés de toute nature,\nAubert,dans sa conception du Concerto, se rapproche beaucoup\nplus du Concerto grosso, et son violon solo se contente du rôle\nde primus inter pares. D'ailleurs, un exemple fera saisir sur\nle vif les procédés d'instrumentation de notre musicien.\nNous avons parlé plus haut d'un qu'il fit exécuter\nen novembre 1738 au Concert spirituel « par toute la Sym-\nphonie » (1). Or ce Carillon est le dernier mouvement du Con-\ncerto IV en mi mineur du 2e livre. En voici le thème :\nC'est, comme on le voit, un intervalle mélodique d'abord de\ntierce mineure, puis qui s'ouvre peu à peu, passant successive-\nment àla quarte, àla quinte, à la sixte, enfin à l'octave au fur\net à mesure que la figuration se complique ; l'effet produit est\nassez pittoresque en simulant de façon ingénieuse la mise en\nbranle d'un ensemble de cloches. Eh bien, ce se re-\ntrouve avec les trois autres mouvements du Concerto dans\nune Sonate à violon seul et basse d'Aubert (la 10e du livre III),\ndans laquelle le musicien, pour le Carillon seulement, avait\najusté un basson ou un violoncelle aux deux parties de violon\net de clavecin.\nC'est cette Sonate qu'Aubert a instrumentée « pour toute la\nSymphonie », et on va voir que dans ce travail il ne s'est\nguère mis en frais d'imagination. Voici, en effet, le début du\n\n(1) Les Carillons étaient très à la mode au Concert Spirituel, surtout les\n« Carillons funèbres », que l'on exécutait régulièrement à la Toussaint et\nle Jour des Morts."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.16", "texte": "450\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nCarillon ainsi modifié; d'abord 10 mesures exposant le thème\n(A), les 4 violons à l'unisson ; puis :\nIl n'y a là que 2 parties de violon et non pas 4, puisque le ier\nviolon est doublé par le 3e, et le 2e doublé par le 4e ; en réalité,\nAubert s'est borné à introduire dans sa Sonate un 2e violon, et\nce n'est qu'à partir de la 24e mesure que les 4 parties deviennent\ndifférentes :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.17", "texte": "JACQUES AUBERT\n451\n\nles violons 111 et IV frappant, alternativement, une pédale\nintérieure de dominante.\nNous retrouvons le même procédé dans les pièces qui com-\nportent des entrées successives, comme, par exemple, dans le\n2e mouvement du Concerto II du 2e livre qu'Aubert intitule\npompeusement : Da capella.\nLà encore, il n'y a que 2 violons concertant ensemble ; de"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.18", "texte": "452\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nsorte qu'on peut dire, qu'en général, les Concertos à 4 violons\net basse de Jacques Aubert consistent purement et simplement\nen Sonates à 2 violons et la basse. Sans doute, de temps en\ntemps, les trois ripiénistes s'émancipent, et dessinent des\nparties indépendantes, mais ils n'agissent ainsi que très timide-\nment.\nIl convient toutefois de remarquer qu'Aubert cherche par-\nfois, et non sans bonheur, à varier ses effets d'instrumentation.\nC'est ainsi que dans l'élégante Gavotte du Concerto II du\nlerIer livre il utilise fort ingénieusement les 6 instruments dont\nil dispose, faisant donner tantôt les 4 violons seulement, tantôt\nle violon principal à découvert, tantôt enfin les basses qui vien-\nnent s'adjoindre au groupe des 4 violons, et leur apportent le\nrenfort de leur sonorité plus grave.\nComme harmoniste, Aubert innove peu, et les successions\nd'accords qui suivent : quarte et sixte ou quinte et sixte et\nseptième, etc., lui sont familières, comme à tous les compo-\nsiteurs de son temps.\nSa technique de violon présente un intérêt incontestable, et\nsans posséder la virtuosité de J.-M. Leclair, il arrive cepen-\ndant à se placer assez près du célèbre violoniste. Chez Aubert,\nl'emploi de la double corde est très fréquent; presque tous ses\nmouvements lents comportent une telle écriture, et il pratique\nfacilement le double, trille. Il utilise également dans un grand\nnombre de ses Concertos les arpèges de 3 notes. (Exemple :\nier mouvement du Concerto II en majeur du lerIer livre,\npédale de dominante, ré.) Sans se hasarder à des démanchés\npérilleux comme Vivaldi et Leclair, Aubert atteint cependant\nla 4e position, et abuse des traits en triolets de doubles croches,\nalternant avec des figurations binaires, procédé qui produit des\neffets de bariolage assez monotones et que les violonistes de la\nseconde moitié du xvme siècle devaient répéter jusqu'à la satiété.\nEn résumé, Jacques Aubert est un artiste que les histo-\nriens de la musique ne doivent point dédaigner. Il a eu le\nmérité de créer en France le Concerto de violon, et a donné à\nce genre de composition une instrumentation originale en la\nconfiant aux seuls violons et à la basse.\nL'article que M. R. Eitner a consacré à Louis Aabert dans\nson Quellen Lexikon (1) semblerait faire croire que les Concertos\ndont nous venons de donner un rapide aperçu sont de ce mu-\nsicien et non pas de Jacques. M. Eitner ne mentionne point en\neffet de Concertos de violon à l'actif de Jacques Aubert, et en\nattribue, au contraire, à Louis Aubert. Cette attribution résulte\n\n(1) R. Eitner, Quellen Lexikon, I. pp. 235-236."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.19", "texte": "JACQUES AUBERT\n453\n\ndu regrettable désordre avec lequel sont rédigés les articles\nqui concernent ces deux musiciens. M. Eitner donne comme\nœuvres de Louis Aubert :\ni° Un Premier Livre de Sonates C., Paris,\nchez l'auteur;\n2°) Un Livre de Sonates à violon C., livre Y;\n3°) Des Concertos pour le violon, Paris.\nOr, ces 3 œuvres ne sont pas de Louis Aubert, qui a com-\nposé seulement :\ni°) 6 Sonates à violon seul et dédiées à Mme Adé-\nlaïde de France, œuv. I, Paris, in-f°, s. d. (i).\n2°) 6 Symphonies à 4 parties dédiées à Mme la marquise de\nVilleroy, œuv. 11, Paris, in-f°, s. d. (2).\nTelles sont, du moins, les compositions que les bibliothèques\nde Paris conservent de ce musicien. Le Premier Livre de\nSonates à violon seul et basse que signale Eitner comme appar-\ntenant à Louis Aubert n'est autre que celui de son père, car le\nlivre de Sonates composé par Louis Aubert le fils sous le\nnuméro d'œuvre I porte simplement le titre de\nseul et basse.Quant au Ve livre de il appartient éga-\nlement à Jacques, dont le Ve livre présente la même indication,\net fut gravé par le même graveur, de Gland.\nLes 6 Symphonies de Louis Aubert sont postérieures à 1750,\npuisqu'elles forment l'œuvre II du musicien, et que le privilège\nqui accompagne son œuvre I, valable pour 12 ans, porte la\ndate du 4 avril 1750; la gravure en fut exécutée par La Bassée,\ntandis que l'œuvre I était gravée par Mraa Leclair, la femme du\nvioloniste.\nRemarquons enfin que les Symphonies de Louis Aubert,\nétablies non pas sur le cadre ternaire des Concertos, mais sur\nle modèle des Suites de Symphonie si nombreuses (il yen a 12)\nécrites par son père, offrent une imitation de l'instrumentation\nque celui-ciadopta pour ses Concertos, puisqu'elles n'emploient\npas d'alto, mais seulement 3 violons obligés et la basse.\nLes deux Aubert avaient du reste été déjà confondus en un\nseul personnage par Gerber (3), et Fétis a, en partie, perpétué\nl'équivoque. M. Eitner, en rédigeant les articles relatifs à ces\ndeux musiciens, n'a donc fait que suivre la tradition.\n\nLionel De La Laurencie.\n\n(1) Bib. nat. V£. 794.\n(2) Bibl. du Conservatoire. La dédicace adressée à la marquise de Vil-\nleroy est en vers. L'abbé Aubert en est probablement l'auteur.\n(3) Historisch-bibliographisches Lex par Ernest\nLudwig Gerber, Leipzig, 1790. Voir à ce sujet : Choron et Fayolle,\ncit., I, p. 32."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.20", "texte": "NOËL DES JOUETS\nMaurice Ravel.\n(0\nLe troupeau verni des moutons\nRoule en tumulte vers la crèche.\nLes lapins-tambours, brefs et rêches,\nCouvrent leurs aigres mirlitons:\nVierge Marie, en crinoline,\nSes yeux d'émail sans cesse ouverts\nEn attendant Bonhomme hiver,\nVeille Jésus qui se dodine.\nCar, près de là, sous un sapin,\nFurtif, emmitoufflé dans l'ombre\nDu bois, Belzébuth, le chien sombre,\nGuette l'Enfant de sucre peint.\nMais les beaux anges incassables\nSuspendus par des fils d'archal,\nDu haut de l'arbuste hiémal\nAssurent la paix des étables.\nEt leur vol de clinquant vermeil\nQui cliquette en bruits symétriques\nS'accorde au bétail mécanique\nDont la voix grêle bêle : Noël !\n(I) Voir le compte rendu du concert de la Société Nationale, page 471."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.21", "texte": "LA MUSIQUE\nET LES MUSICIENS D'ÉGLISE\nEN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE\nD'APRÈS LE « JOURNAL DES VISITES PASTORALES »\nD'Odon Rigaud\n\n(I)\nMais revenons à l'archevêque et à ses ouailles. Au cours de\nl'un des nombreux voyages qu'il fit à Paris, où l'appelait la con-\nfiance de Louis IX, il eut à examiner un prêtre qui lui était\nprésenté pour l'église de Rothoirs (2).\nSamedi,22 février 1259-\n[Parisius] Ipsa die examinauimus Guillelmum presbyterum presen-\ntatum nobis ad ecclesiamde Rothoirs... et examinatus fuit in legenda\nlibri Geneseos, ibi uidelicet : Ade, u\neius, inmisit ergo Dominus Deus sopore\ntulit unam de costis eius et repleuit çarnempro ea (3). Requisitus ut constru-\neret et exponeret inromana lingua, dixit sic : Ade Adans,uero adecertes,\nnon inueniebatur ne trouvoit pas,adiutor aideur, similis samblables, eius\nde lui. Requisitus quomodo declinatur dixit sic : Inmitto,tis, si,\ntere, tendi, do, dum, inmittum, tu, inmisus, inmittendus, tor, teris,\ninmisus, tendus. Item dixit : Dominus nostre sire, inmisit envoia, sopo-\nrem encevisseur, in Adam... Item requisitus quod declinaret reppleuit,\ndixit sic : Reppleo, pies, ui, re, reppleendi, do, dum, repletum, tu, re-\nplens, repleturus, repleor, ris, tus, repleendus. Item fecimus ei sillabi-\ncari repleendi, dixit\", re-ple-en-di, Item examinatus fuit incantuibi:\nVoça operarios,et nesciuit cantare. [p. 332]\nLe morceau d'examen est l'antienne de l'office de none, au\ndimanche de la Septuagésime :\n\n(1) Voir le Mercure Musical du i 5 avril 1906.\n(2) Il s'agit vraisemblablement de Rothoirs, petite localité du département\nde l'Eure, dépendant aujourd'hui de la commune de Saint-Aubin-sur-\nGaillon.\n(3) Genèse, 11, 20."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.22", "texte": "456\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-OÔ\n\nÉvidemment, le candidat fut blâmable de ne savoir chanter\nune mélodie aussi facile que celle qu'on lui proposait; mais fai-\nsons un retour sur nous-même et demandons-nous combien\nOdon Rigaud, s'il revenait de nos jours, trouverait, en France,\nde curés de campagne mieux préparés à lui répondre, au lende-\nmain même du Motuproprio 1 Enfin, voici les résultats dun\ndernier examen.\nMercredi, 16 mars 1261.\nPernoctauimus apud Insulam Dei (2) cum expensis abbacie. Ipsa die\nexaminauimus Nicholaum dictum Quesnel clericum presentatum nobis\nad ecclesiam Beate Marie de Wynemeruilla (3)... Noluit cantare et\ndixit se nichil scire de cantu...\nNicolas Quesnel fut jugé insuffisant, et le prélat refusa de\nl'admettre àla cure de Vinemerville. Alors le candidat évincé,\nmais récalcitrant, au lieu de perdre du temps à maudire son\njuge, fait appel de cette décision .\n« ... Ego iam dictus Nicholaus in hoc sentiens me grauari... ad\nsedem apostolicam apello in scriptis... »\nMais Odon Rigaud ne se mettait guère en peine de ces appels\nau pape, car il jouissait du plus haut crédit en cour de Rome.\nL'archevêque maintient sa décision :\n... Cui appellationi propterea quod ipsum in examinatione inueni-\nmus littérature penitus insufficientis, ut puta, nec legere competenter,\nnec construere nouit, nec cantare uoluit, non duximus deferendum.\n[p- 396]\nLe zélé prélat avait-il d'aventure des illusions sur l'avenir\ndu chant liturgique ?\n3° Exécutions défectueuses : plusieurs\nl'office. Le Journald'Odon Rigaud va nous révéler quel-\n\n(1) Antienne du dimanche de la Septuagésime, ad nonam.— Liber anti-\nphonarius pro laudibus et horis minoribus, p. 139. Solesmis, 1891. Il s'a-\ngit de l'antiphonaire monastique.\n(2) L'lsle-Dieu était une abbaye de Prémontrés dans une île del'Andelle.\nVoir Gallia Christ.,t. XI, p. 340.\n(3) Vinemerville, Seine-Infér., arr. d'Yvetot, canton de Valmont."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.23", "texte": "ques-unes des nombreuses malices connues des clercs et\nemployées par eux pour abréger l'office chanté ou tout au moins\npour y prendre la moindre part possible. C'est ainsi qu'à Saint-\nOuen de Rouen nous constatons cette tendance des moines\nà fuii les obligations que la règle leur fait de participer au\nchant, sans pouvoir préciser pourtant en quelles circonstances\nde la vie monastique.\nJeudi, 28 janvier 1255.\nVisitauimus abbaciam Sancti Audoeni Rothomagensis (1) Item\nprecepimus quod ille qui ad minus semel in edomada non cantauerit,\nabstineat a uino quousque cantauerit [p. 203]\nLa visite qu'en 1264 Odon Rigaud fait à l'église Saint-\nMellondePontoise nous vaut une expression nouvelle à ajouter\nau vocabulaire de la musicologie médiévale. Le prélat rédige\nainsi son procès-verbal :\nMardi, g décembre 1264.\nAdiuuante Domino, accessimus ad ecclesiam Sancti Mellonis Ponti-\nsarensis... Item quia inuenimus magnum defectum fuisse et esse in\necclesia circa illos qui facieb&nt inuvrcincicis, uidelicet qui nolehctnl ccin-\ntare m chororesponsona et alléluia,iniunximus domino RicardoTriguel,\nquod ab illis qui marrancias huiusmodi facerent penam unius denarii\nleuaret pro qualibet marrancia..... [p. 503]\nIl semble résulter des textes cités par Du Cange que ce mot\nmarancia désigne àla fois l'absence d'un clerc à l'office et la\npeine dont un supérieur frappe ce manquement.\nSi pena pecunaria, que pro defectibus seu maranciis, que in\nEcclesia nostra staiuta est, uoluit se liber are (Charte de\n1 année 1245 dans VHistorïa Episcoporum Siluanectensium,\np. 4D4.)\nPost hec soient recitari marancie\nprecedentium et ibi puniri... (Consuetudines Ecclesie Rotho-\nmagensis.)\nSi infra primam collectant uenerimaranciam\nQui uero maranciam in officio m\nrios nigrorum de propria bursa\npersolue't diaconus maranciam (Charte de l'année 1247 dans\nYHistoria monasterii Sanctae Mariae Suessionensis, p. 469.)\n\n(1) Saint-Ouen de Rouen, abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît.\n30\n\nLE MERCURE MUSICAL.\nMUSIQUE D ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n457"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.24", "texte": "45§\nLE MERCURE MUSICAL Ij-V-OÔ\n\nQui maranchiam misse fecerit\nqui uero maranchiam Euangelii\n(Statuta pro Ecclesia Abbauillensi, anno 1208, dans le Ta'bu-\nlarium Episcopatus Ambianensis, fol. 3i.)\nIl résultait donc un grand dommage pour la régularité des\noffices à l'église Saint-Mellon de Pontoise du laisser-allei des\nclercs qui faisaient marrance, c'est-à-dire qui refusaient de\nchanter au chœur les répons et les alléluia : Odon Rigaud en-\njoint à Richard Triguel de lever à l'avenir une amende dun\ndenier pro qualibet marrancia sur tous ceux qui se mettraient\nainsi en faute. Déjà, dans une précédente visite, quil avait faite\ndeux ans auparavant au même chapitre, l'archevêque avait eu\nl'occasion de sévir contre un vicaire, nommé Lucas, qui, non\ncontent d'avoir dans la vie privée des mœurs déplorables, dor-\nmait quand il était au chœur, au lieu de chanter l'office.\nMardi, 14 novembre 1262.\nVisitauimus capitulum Sancti Mellonis Pontisarensis Item,\nLucas, uicarius, adhuc erat de incontinentia diffamatus et dormiebat\nin choro sepissime, licet bene psalleret et cantaret, si uellet... [p. 447]\nA l'abbaye du Mont-Sainte-Catherine, près de Rouen (1),\ndeux moines mettent à chanter tout leur mauvais vouloir :\ndissolute cantant. Le prélat emploie alors les grands moyens.\nMercredi,25 janvier 1251.\nVisitauimus ibidem. Ibi sunt xxx monachi. Caleboyche et alter, qui\nsunt incarcerati, dissolute cantant : precepimus ut corripiantur per\nsurreptionem ciborum et disciplinam [p. 103]\nLe dépouillement de notre curieux nous amène à\ntoute une suite de fâcheuses remarques, que fait Odon au cours\nde ses visites, principalement dans les prieurés, où le petit\nnombre des moines permettait avec la règle des accommode-\nments qui n'eussent point été possibles dans une grande abbaye,\nmais que le prélat ne juge pas moins très regrettables c'est\nl'habitude de réciter l'office des heures au lieu de le psalmodier,\net l'archevêque constate qu'il en est ainsi au prieuré de Saint-\nMartin-la-Garenne (2), au prieuré de Gasny (3), où par trois fois,\n\nAbbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît.\n(2) Prieuré dépendant de l'abbaye du Bec.. Aujourd'hui Saint-Martin-la\nGarenne est une commune de Seine-et-Oise, arr. de Mantes, canton de\nLimay.\n(3) Prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Aujour-\nd'hui Gasny est une commune du département de l'Eure, dans l'arrondis-\nsement des Andelys."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.25", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n459\n\nen 1262, en 1264 et en 1266, les moines ils étaient trois au\nmaximum résistent à ses injonctions, et même à Avranches,\nau chapitre, où le clergé récite à voix basse l'office des morts. On\nvoit tout de suite la cause de ce relâchement, c'est le désir inavoué\nd en terminer le plus rapidement possible avec les obligations\nde la vie religieuse : les moulins à prières du culte lamaïque\nn'ont point d'autre origine.\nVendredi, 12 décembre 1264.\nVisitauimus prioratum Sancti Martini in Guarenna. Ibi erant quatuor\nmonachi de Becco Helluini... Non consueuerant dicere omnes horas\nsuas cum nota : precepimus eis quod ex tune in hoc assuescerent et\nhoras suas insimul dicerent cum nota.... [p. 504]\nVendredi, 25 août 1262.\nApud Gaagniacum et uisitauimus ibi. Ibi erant duo monachi, prior\net suus socius Non cantabant omni die officium suum cum\nsolfa,sed missas solum in diebus festiuis. Non seruabantieiunia régulé,\ncomedebant carnes inhibuimus priori ne inuitaret mulieres ad\ncomedendum in prioratu [p. 439]\nDimanche, 14 décembre 1264\nVisitauimus prioratum de Gaaniaco. Ibi erant très monachi Sancti\nÂudoeni Rothomagensis Non dicebant horas suas cum nota....\ntP- 505]\nSamedi, 16 janvier 12 66.\nVisitauimus prioratum de Gaany. Ibi erant très monachi Sancti Au-\ndoeni Rothomagensis Non dicebant horas suas cum nota... [p. 534]\nMercredi, 3 août 1250.\nApud Abrincas uenimus Inuenimus quod ibi sunt quatuor sacer-\ndotes Officium defunctorum dicunt aliquando sine nota... [p. 85]\nEt Odon s'indigna fort qu'on marchandât ainsi une dernière\nmélodie aux pauvres défunts. Mais ailleurs la longueur de l'of-\nfice suggéra aux moines d'autres tentations : nous les voyons à\nSaint-Martin de Pontoise, dans leur hâte immodérée d'en avoir\nterminé plus vite, ne plus prendre la peine de prononcer les\nmots, et faire de la récitation de l'office un horrible mélange de\nvoyelles et de consonnes, où le bon Dieu lui-même ne devait\nplus rien discerner. C'est ce que le prélat réprouve par ces mots :\npsallit sincopando. Voici le passage :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.26", "texte": "4ôo\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-O6\n\nDimanche, 12 février 12^1.\n[Apud Sanctum Martinum de Pontisara (1)] Matricularius\nnegligens est in custodiendo libros, clericus eius nimis rudis et inho-\nnestus et psallit sincopando [p. 105]\nNous sommes assurés du sens à attribuer à cette expres-\nsion, qui n'a point un caractère musical, comme M. Léopold\nDelisle semble le croire en traduisant par chant syncopé(2), car\nen un autre endroit du Journal nous lisons : « dicant ot~a-\ntiones... non syncopi\\ando,sed intelligibililer et distincte ». Il y\na là une négligence coupable de la part des clercs, un usage\nfautif de supprimer des syllabes, sincopare ; mais, en bon\nnombre de monastères ou d'églises, cette précipitation dans\nle chant psalmodique avait pris une autre forme et la force\nd'une habitude. On lui a même donné un nom, c'est le tuilage.\nOn sait que la psalmodie se fait à deux chœurs, chacun chan-\ntant alternativement un verset : or, il y a quand le\nsecond chœur attaque le commencement d'un verset avant que\nle premier ait achevé la récitation du sien. Le verset que l'on\ncommence recouvre ainsi la fin du précédent, les extrémités se\nsuperposent, comme les tuiles sur un toit. On peut croire que\ncette détestable tradition a été assez commune au treizième\nsiècle, car les textes conciliaires qui en parlent pour l'interdire\nne manquent point. Nous citerons seulement, pour nous en\ntenir au temps d'Odon Rigaud, deux canons conservés dans\nMansi. Tous deux sont spécialement rédigés à l'intention des\nchanoines dans les cathédrales. Le premier est le xme canon\ndu Concile de Paris de 1248 : « Moneantur capitula secularium\npersonarnm, maxime cathedralia ut... circa diuinum officium\ndiligentiam adhibeant efficacem pr\ntatim et per pausationes congruas\ndicant, nec uersum incipiat pars chori psallitura nondum alio\nfinito, et quod a confabulationibus precipue in\nsimiliter cum diligentia moneantur(3). »\nLe second, postérieur de quelques années, est le premier\ncanon d'un concile de Saumur en 1253 : «...\net maxime in cathedralibus, dicantur hore canonice horis debitis,\ncum omni deuotione, solemniter e\nculum una pars chori incipiat qua\nuersiculus finiatur (4). »\n\n(1) Abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît.\n(2) DELISLE, art. cité.\n(1) MANSI, t. XXIII, p. 767.\n(2) ID. ibid., p. 809."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.27", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIE SIÈCLE\n461\n\nMais à regarder de plus près nous constatons un troisième\ndéfaut : c'est l'escamotage de la pause à la médiante, non Jiunt\npausaciones, tandis que le tuilage affecte seulement la fin du\nverset.\nLes très fréquents rappels de l'archevêque de Rouen à ses\nclercs d'avoir à s'abstenir de semblables pratiques nous indi-\nquent à quel point elles étaient développées dans son diocèse.\nAu reste, il n'était pas le seul à s'en plaindre : quand Odon\npasse aux Andelys, le doyen du chapitre attire son attention\nsur ce point.\nJeudi, ii mai 12 51.\nVisitauimus capitulum Andeliacense. Omnia inuenimus in bono\nstatu. Petebat tamen decanus quod pausacio fieret in medio psal-\nmodie... [p. 110]\nNous extrayons de notre document quelques passages rela-\ntifs au tuilage et à la suppression du repos à la médiante : on\nverra que la plainte du doyen des Andelys n'était que trop\nfondée. Voici donc, à titre de curiosité, quelques-uns de ces\ntextes, rangés par ordre chronologique :\nLundi, 4 janvier 124 g.\nVisitauimus monasterium Sancti Amandi Rothomagensis. Inueni-\nmus quod ibi sunt XLI moniales uelate et vi uelande... Aliquando\ncantant horas Beate Marie et psalmos suffragiorum cum nimia festi-\nnatione et precipitatione uerborum : iniunximus eis ut ita cantarent eas\nquod pars incipiens uersum audiret finem precedentis uersus et pars\nuersum finiens audiat principium uersus sequentis... [p. 15]\nVendredi, ig mars 124 g.\nVisitauimus capitulum Rothomagensem... Psalmodia nimis trans-\ncurritur, non fiunt pausaciones... [p. 35]\nVendredi, y septembre 124 g.\nVisitauimus ecclesiam et capitulum de Andeliaco... Nonfaciunt pau-\nsaciones in psalmodia, immo cantant eam cum nimia precipitatione :\niniunximus decano ut emendari faceret istud... [p. 50]\n4 septembre ■ 1252.\nVisitauimus conuentum Sancti Albini. Sunt xn moniales... Nimis\nfestinanter dicunt psalmodiam : iniunximus quod dicant psalmos cum\ndébita pausacione [p. 146]\nSamedi, j octobre 1254.\nVisitauimus capitulum Andeliacense. Ibi sunt quatuor uicarii, quorum\nunus cantat cotidie apud Culturam et alius ad Beatam Magdalenam\net duo in ecclesia ipsa, unus missam matutinalem et alius magnam"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.28", "texte": "462\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nmissam... Vicarii nolunt recipere capam ad mandatum decani, nec\ncanîare responsoria, iniunximus hoc emendari. Minus cito uersilant :\niniunximus hoc emendari... [p. 188]\nL'histoire nous apprend par ailleurs qu'Odon Rigaud fut\nun saint prélat : nous le croyons sans peine, car il lui fallut\nune patience divine pour ne point sortir de sa mansuétude cou-\ntumière, quand il lui arrivait de rencontrer sur sa route d'incor-\nrigibles têtus, comme ces chanoines des Andelys, qui se con-\ntentaient de secouer leurs longues oreilles et, sans tenir\ncompte le moins du monde de ses observations réitérées, con-\ntinuaient leur routine familière. Et le brave archevêque pour-\nsuivait sa tournée, et là où deux ou trois ans plus tôt il s'était\nheurté à des relâchements de discipline, à des fautes contre la\nrègle monastique ou la morale commune, là où il avait dit\nmélancoliquement : « Iniunximus hoc emendari », quand il\nrepassait deux ou trois ans plus tard, il se heurtait encore aux\nmêmes relâchements, aux mêmes fautes, et, plus mélancolique-\nment, répétait : « Iniunximus ho », et si, ce jour-là,\nla charité chrétienne inspirait les jugements du prélat, il\npouvait dire : « L'esprit de tradition est la force de mon clergé ».\nUn pamphlétaire eût répondu : « Il n'est point de force au\nmonde qui puisse prévaloir contre la force d'inertie ».\n[A suiv\n\nPierre Aubry."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.29", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLETTRE DE L'OUVREUSE.\n\nWeingartner. Ysaye et Pugno.\nBerlio% et Weingartner. Berlioz jouit actuellement dans la patrie de\nWagner d'une popularité dont se réjouit M. Colonne, charmé devoir le\nromantisme satanique de son satané Hector ravager les mélomanes senti\nmentaux d'outre-Vosges. J'attendais donc avec impatience l'interprétation\nnationale que pouvait en donner au Châtelet Félix Weingartner : elle est\népatante. Astruc, sois béni dans le Seigneur, sois béni dans le Seigneur !\n(J'en rends du Meyerbeer.)\nN'ayant pas les mêmes raisons que les Français d'aimer notre enfant\ngâté jusque dans ses verrues (surtout dans ses verrues), le capellmeister\nallemand a su débarrasser les partitions berlioziennes des excès de trucu-\nlence et des outrances sonores qui les encombrent. Avec un sens littéraire\ntrès affiné indispensable pour traduire la pensée de l'homme de lettres\nqui écrivit la Fantastique, il donna de chaque numéro du programme\nune interprétation élégante, pas trop poussée, intelligemment extérieure,\névitant de prendre trop au sérieux telles de ces pages à effet où il n'y a\nvraiment pas beaucoup de musique! Berlioz en est sorti tout rajeuni. Ses\npires excès s'atténuèrent, s'évaporèrent, disparurent. La fin du Carnaval\nromain, ainsi dévulgarisée, en parut plus spirituelle, et il n'est pas jus-\nqu'aux affligeantes cadences italiennes de la dernière page qui, habilement\nresserrées et condensées, ne devinssent un aimable effet de verveuse con-\nclusion.\nLa nouveauté du programme résidait dans la première audition (en\nFrance) de Cléopâtre, troisième cantate (consultez Boschot) écrite par Ber-\nlioz en vue du prix de Rome... qu'il n'obtint d'ailleurs que l'année suivante\navec Sardanapale. Entre nous je ne trouve pas prodigieusement inique la\ndécision du jury refusant, à l'instigation de Boïeldieu, d'attribuer la récom-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.30", "texte": "464\nLE MERCURE MUSICAL IS\"V-05\n\npense suprême à cette médiocre élucubration lyrique, ressemblant à Gluck\ncomme Ponsard à Corneille, pleine d'élans conventionnels et d'effets am-\nbitieusement poncifs, avec râles de contrebasses, roulements de timbales et\npetite flûte figurant l'aspic.\nMile Bréval exprima avec une belle passion les angoisses de la veuve\nd'Antoine et présenta son sein résigné à la brève gamme suraiguë qui sym-\nbolise indifféremment dans les compositions romantiques les coups de\npoignard, les éclairs aveuglants ou les morsures ophidiennes.\nUn régisseur vint nous informer, salué par des murmures de réprobation,\nque, <( n'ayant pu répéter », l'air de Gassandre ne serait pas chanté\npar Mlle Bréval. Cette information ne parut pas d'une logique inatta-\nquable.\nExposition beethovenienne. Une prestigieuse interprétation de la\nSymphonie en la} plus dynamique, plus dionysiaque encore qu'en igos,\nenfièvre les auditeurs du Châtelet. Colonne exulte, Chevillard resplendit\nd'extase, tous les cœurs volent vers Weingartner, qui en profite pour ne\npas faire la reprise du premier temps, à la conclusion mirifiquement\nélargie.\nOn fête dans le Concerto en sol Auguste Pierret, tête fine et doigts fins,,\ndont j'aimerais applaudir plus souvent la nerveuse élégance (mais de qui\ncette cadence, bons dieux?). Weingartner soude l'Andante au Rondo. Et\npuis c'est Yut mineur, finale d'apothéose, avec, dans la coda, des trompettes\nde gloire...\nLéonore a trois ouvertures comme la maison de Cadet-Roussel ; mais je\nne prétends pas que cette triple exécution m'emballe... Notons cependant\nque le thème de la trompette, dans la coulisse, a subi, en passant du n° 2\nau no 3, une modification curieuse qui augmente son énergie.\nLouons Enesco des jolies sonorités qu'il a mises au service du Concerto\net admirons l'interprétation infiniment spirituelle et distinguée de la Hui-\ntième Symphonie, commentée avec un lyrisme infatigable par l'ami Pierre\nLalo (il a raison) contempteur de Litvinne (il a tort).\nYsaye-Pugno. - Une cour de jolies femmes adule, salle Pleyel, les deux\nventripotents monarques de l'archet et du clavier. Dans la griserie de cette\natmosphère chargée de parfums, je ne me sens pas la force de reprocher à\nYsaye son interprétation trop câline de Bach... Beaucoup d'énergique pré-\ncision dans l'austère Sonate de Vincent d'lndy ; majestueux et poupin, le\nPaganini bruxellois arrache héroïquement les farouches pizzicati du second\ntemps dont les âpres harmonies sont pétries et modelées avec un athlé-\ntisme tranquille par Pugno, ce Rodin du Pleyel.\nDamnation de Faust. M. de Morsier annonçant la grippe de Van Dyck\nprovoque les glapissements aigus du public de l'Opéra, public d'ailleurs\nignorant des traditions, car il ne bisse ni la Danse des Sylphes, ni la Puce\n(Delmas en était baba), mais seulement la Marche et la Sérénade. Néan-\nmoins, gros et très gros succès.\nOn se montre avec admiration les 400 choristes d'Amsterdam qui occu-\npent le fond de la scène et débordent sur deux hautes terrasses latérales\nornées de fleurs barbares. Ces messieurs et dames portent à la boutonnière\nun ruban rouge ; Astruc a dû les faire tous décorer de la Légion d'hon-\nneur pour les récompenser de leur discipline artistique et de leurs pianis-\nsimo impressionnants. Bréval triomphe, après son amoureuse lamentation,\net Weingartner [après le steeple-chase final de Vortex et de Giaour, arri-\nvant dead-heat.\nEncore Beethoven. —Au dernier Weingartner, l'ouverture d'Egmont fut\naussi bien accueillie que celle d'une caisse de jambons, le ler mai, chez\nPotin."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.31", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n465\n\nHarold Bauer triompha dans la fantaisie en ut mineur où apparaissent\ndes esquisses du finale de la ((Neuvième ». Ce pianiste, autrefois violoniste\net que je ne désespère pas de voir finir ténor, a donné de cette page synop-\ntique une traduction très musicale, plus nuancée que puissante, et plus\nintime que majestueuse.\nAprès la Neuvième, des hurlements de sympathie prouvèrent à Wein-\ngartner combien avaient été goûtés ses gestes de précision énergiques et ses\ncoups de tête éperdus. Le scherzo parut un enchantement lumineux, un\ntriomphe anticipé du pointillisme. Quant au finale, si dangereusement\nécrit pour les voix, il fut rythmé avec vigueur par les quatre cents Hollan-\ndais ouvrant des bouches démesurées pour accentuer chaque syllabe\navec plus de force. Les solistes se tirèrent avec honneur des quelques\nlignes haut-perchées qui leur étaient confiées, et exécutèrent au mieux le\njoli (( dégradé » de leur dernier accord. Et l'hymne à la Joie se déchaîna\navec sa furie coutumière et débridée... Joie un peu trop canaille tout de\nmême; c'est surtout dans ce cas que la joie fait peur! Voir dans le cancan\nfinal, ponctué de laides cymbales, le dernier mot du sublime beethové-\nnien, c'est se montrer inique pour Fauteur de la Messe en ré.\n\nL'Ouvreuse.\n\nTHÉATRES.\n\nNOUVEAUTHÉATRE : Le Clown, nouvelle musicale en deux actes, livret de V. Capoul, musique\nde I, de Camondo.\nLa scène est à Neuilly, de nos jours, chez les forains. Je sais tout le\ncharme que possèdent, pour certains spectateurs, ces « reconstitutions » ;\nj'ai le regret de m'y trouver insensible. L'entrée d'un cirque avec sa plate-\nforme où trône la caissière et sa galerie où s'époumonnent bugleset pistons,\nune baraque de tir à un sou, et dans le fond, par delà les feuillages pou-\ndreux, des maisons à six étages, sont des objets qui, transportés à la scène,\nfont pousser des cris d'enthousiasme à tel Parisien néophyte : « Voyez !\nEst-ce assez ça ?» Pour ma part, je regrette que la poétique fantaisie de\nM. Jusseaume n'ait pu se donner carrière en des décors plus harmonieux,\nplus expressifs et plus embaumés de rêve. Il faut dire cependant que cette\nsituation du drame nous a valu une de ses meilleures pages musicales : la\nfin du premier acte, où se trouvent mêlés et superposés avec la science la\nplus amusante les différents bruits de la foire : fanfare de cors, grosse\ncaisse et cuivres de la parade, orgue de la maison Gavioli, tourné par la\nmain synchronique de M. Garnessant (car le programme ne nous laisse\nignorer aucune collaboration); et tous ces thèmes, d ailleurs simples, mar-\nchent ensemble, ô mes frères, et s'amalgament en des sonorités étouffées\net confuses, qui agacent l'oreille de très curieuse façon. Ce tumulte est fort\ndivertissant, et met hors de conteste le talent d'écriture de l'auteur et la-\nsolidité de ses études\"; mais que dirait-on si la musique, au lieu d'être\nexacte, s'avisait d'être belle ? Moi, je dirais que cela vaut mieux.\nQuant à l'intrigue, elle veut être violemment dramatique, et se réclame\ndes principes véristes : c'est dire qu'elle est de la plus rare et cocasse\ninvraisemblance. Les époux Barbazan, maîtres du cirque, ont dans leur\ntroupe le clown Maxim, l'écuyère Zéphirine et le comique Auguste. Et le\nclown Maxim, pour ses sauts périlleux, est aimé des belles spectatrices\nautant qu'un ténor d'Opéra. Mais il ne peut obtenir les faveurs de Zéphi-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.32", "texte": "466\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nrine, qui soupire, en souvenir de Louise, vers les plaisirs de Paris, et aussi,\nde façon plus précise, vers les vicieux attraits du sinistre Auguste. Et ce-\npendant Maxim et Zéphirine sont amis d'enfance, et roucoulent à ce sujet\nune assez jolie romance [Ta main dans ta main); mais le cœur des écuyères\na ses raisons.\n_Au second tableau, qui se passe dans la « loge » de planches de Zéphi-\nrine, Maxim est si éloquent et si brutal, qu'un instant son amie s'abandonne\nà son baiser. Le traître Auguste survient ; pour se venger, il sciera le\ntremplin d'où va s'élancer, dans un instant, le clown aimé du public : chute\nmortelle, agonie dans les bras de l'écuyère conquise par cet argument\nsans réplique. Et tout cela serait fort bien, si entre temps l'inexplicable\nZéphirine n avait échangé sa robe et son peigne avec une certaine Glady,\nadoratrice du clown, venue là on ne sait pourquoi, et qui se trouve fort\npenaude lorsque la vraie Zéphirine, après avoir suivi un instant Auguste,\nrevient, par un nouveau caprice, prendre la seule place qui lui convienne\ndans tout drame digne de ce nom : quand le héros expire, il faut, de néces-\nsité absolue, qu'il trouve auprès de lui les yeux et la main de l'aimée. Tout\ncela est d'une puérilité compliquée et cherchée et d'un bas romanesque\nou lon chercherait en vain le moindre trait de caractère, le plus ténu\ndétail de mœurs qui permît, au moins un instant, de croire à l'existence\nde ces fantoches. La langue est à l'avenant ; je n'en donnerai qu'un\nexemple : Maxim expirant trouve encore le triste courage de parler\nDu sang de sa blessure\nGoutte à goutte tombant sur sa pâle figure.\nCharpentier lui-même ne prête pas à ses midinettes un langage plus faux\nni plus affecté.\nQue Ton joigne à cela une chaleur suffocante, une salle des plus incom-\nmodes, malgré son brillant éclairage, et par surcroît de graves soucis poli-\ntiques, on aura l'idée d'une triste et maussade soirée. Mais la musique de\nM. de Camondo vient tout sauver. Car il s'est trouvé un homme pour\nprendre au sérieux les billevesées du librettiste, les étudier, les méditer, et\nles envelopper d'harmonie avec un soin digne certainement d:un meilleur\nobjet. Cette musique a pour premier caractère un manque d'originalité qui,\npoussé à ce degré, à cette puissance, devient une vertu : tant d'autres, de\nnos jouis, s épuisent, pour donner le change sur eux-mêmes, à dénaturer\ncruellement la foncieie banalité de leurs idees ! M. de Camondo, héroïque\ns est résolu a ressembler toujours a quelqu'un : sa mélodie vient le plus\nsouvent en droite ligne de Massenet, dont elle imite l'entrain facile et la\nsentimentalité frivole j mais panois elle devient solennelle, et fait alors\nsonger à Charpentier, dont certain « Chant des Gueux » ressuscite la\ntriviale emphase ; des ports de voix et des notes filées, à l'italienne,\nbrochent sur le tout, tandis que l'orchestre combine des brutalités véristes,\navec des foisonnements wagnériens. Et tout cela est fait de si bonne foi'\nque lon ne peut refuser sa sympathie a cet art composite, mais sincère et\nprobe. La réminiscence est le langage naturel de M. de Camondo ; c'est\npar des assemblages de notes déjà rencontrés qu'il exprime ses émotions\nles plus vives et les plus profondes. On ne songe point à l'en blâmer;\ncertaines pages de sa partition sont amusantes, comme le finale, déjà\ndu premier acte ; d autres ont un tel accent de conviction, que l'on se sent\ntout attendri : l'introduction au second acte, par exemple, ou la mort du\nclown, a\\ec le rappel, prévu mais d'un effet sûr, du « souvenir d'enfance >).\nMusique de collectionneur, dira-t-on. Sans doute ; mais Meyerbeer a-t-ii\nsouvent fait autre chose? Musique honnête, sans aucun doute, et meilleure\nque celle de bien des œuvres montées récemment par telle de nos scènes"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n467\n\nofficielles. Si j'essaye de me représenter la Muse de M. Camondo, je vois\nune figure aux traits peu accusés, qui n'est point belle, qui ne séduit pas,\nmais dont le sourire est si bon qu'il lui donne une sorte de noblesse ; une\nde ces figures « auxquelles on s'habitue très bien », ce qui veut dire qu'elles\nsont conjugales avant tout et prometteuses de joies honnêtes ; ces figures\nse rencontrent tout aussi bien au Nouveau Théâtre, ou à l'Opéra, que\ndans les salons de la bourgeoisie. Il ne faut pas les mépriser. Combien\nleur vue est consolante, auprès de tel masque perfide ou grossier... Mais\nne brouillons pas M. de Camondo avec les compositeurs de la République.\nL'interprétation du Clown est glorieuse, mais non excellente.MUe Farrar,\nétoile berlinoise, est une Zéphirine bien pointue ; Mlle Margyl rappelle de\ntrop près, par ses gestes et par sa voix, le music-hall qui l'a nourrie ;\nM. Delmas, en Barbazan, se sourit trop à lui-même. M. Rousselière est\nun ténor agréable ; Mlle Mérentié est insipide comme le rôle de Glady.\nSeul M. Renaud donne un relief saisissant à Auguste, l'arsouille sinistre et\ngouailleur, L'orchestre, sous la direction de M. Catherine, se conduit fort\nbien, et s'il ne sonne pas mieux, ce n'est pas de sa faute.\nLouis LALOY.\nUne nouvelle Carmen.\nOlé ! Olé ! voici enfin une Carmen bien espagnole, gitane même, et bien\ntelle que Mérimée et Bizet l'avaient sans doute rêvée, telle que seule l'avait\nincarnée Galli-Marié. C'est Mme Maria Gay, la grande cantatrice catalane,\nqui s'est révélée cette Carmen exceptionnelle dans la représentation d'essai\ndonnée le 29 avril à POpéra-Comique. D'un bout à l'autre de l'œuvre, sans\ndéfaillance aucune, Mme Gay a su rendre ce caractère fantasque avec une\nvariété de jeu et d'expression (où les trouvailles d'un heureux réalisme\nabondent) et une intensité de vie réellement extraordinaire. Et ces qua-\nlités scéniques étaient renforcées par celles de la voix qui ne nous a jamais\nparu d'un plus beau timbre ni conduite avec un art plus consommé.\nAla même représentation, M. Salignac faisait aussi ses débuts clans le\nrôle de Don José, et lui aussi s'est révélé, surtout dans la scène finale,acteur\net chanteur très remarquable. Aussi le public l'a-t-il associé à Mme Gay\ndans les ovations enthousiastes qui après chaque acte saluèrent les artistes.\nCe fut là une représentation inoubliable que M. Carré, nous n'en doutons\npas, voudra renouveler sans tarder.\n\nR. C.\n\nLA SAISON DES CONCERTS COLONNE.\n\nSouvenirs et vœux .\nLa saison qui vient de s'achever sur le concert du Vendredi Saint, pour\navoir été moins terne que la saison précédente, n aura pas brillé d'un\nbien vif éclat. Subventionnée par l'Etat, assurée d'une salle immense\npermettant de superbes recettes, ayant un cadre de choeurs entraînés et\nexcellents parmi tant de médiocres, jouissant enfin de la faveur populaire,\nl'Association artistique des Concerts Colonne est loin de donner tout ce\nqu'elle pourrait donner. Légalement elle n'apas rempli les conditions impo-\nsées par son cahier des charges en échange de sa subvention de 25.000 fr.\nLes trois heures de musique française nouvelle ont été remplies par une\ncourte et insignifiante ballade pour harpe et flûte de M. Periihou, un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.34", "texte": "468\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nfragment symphonique dans la Cathédrale, de M. Max d'Qllonne, \\& Lamen-\ntation de Job, de M. Rabaud, et le Jour d'été à la Montagne, de M. V. d'lndy.\nIl faut d'ailleurs mettre en dehors de cause ce dernier ouvrage, car l'obli-\ngation faite à M. Colonne a pour but de mettre en relief des jeunes, et\nM. d'lndy n'eut sans doute nul besoin d'invoquer pareille cause pour faire\njouer son œuvre. La jeune musique française fut donc représentée par\ncinquante minutes d'œuvres d'auteurs déjà jouées et de plus fort banales.\nIl n'est pas dans mon rôle d'examiner dans quelles conditions M. Chevillard\na rempli la même obligation, mais de prime-abord il me semble qu'il y mit\nplus de compréhension et de bonne foi. D'ailleurs, même en estimant que\nM. Enesco écrit de la musique française, nous serions à peine à la moitié\ndu terme prévu. En bonne justice, tout manquement à une conventionlibre\nment acceptée implique une sanction. Que M. Colonne soit tranquille,\nMessieurs les Inspecteurs des Beaux-Arts ne viendront pas l'empêcher de\ntoucher l'intégralité d'une subvention qu'il n'a pas méritée.\nSous un autre point de vue, cette saison fut également peu intéressante.\nUn interminable festival Beethoven nous valut huit séances, où des pro-\ngrammes hybrides, sans unité artistique, permirent à M. Colonne de\nnous repasser son stock d'ouvertures (Roi d'Ys, Flûte enchantée, Carnaval\nromain, Benvenuto Cellini) et de concertos fomenteurs de sifflets. Ce n'est\npoint ainsi qu'on fête un maître comme celui de Bonn. Il eût été bien pré-\nférable, c'est d'ailleurs ce que fit M. Chevillard, de distraire quatre ou\ncinq concerts où on eût exécuté avec recueillement une sélection d'œuvres\npréparées avec soin et destinées à un autre usage que celui d'attirer la\nfoule que fascine le nom de Beethoven. Puis vint en deux séances un festival\nMozart fait de bribes d'œuvres composites où le quintette de Cosi fan\nTutti voisinait avec le concerto pour deux pianos (comme si un seul ne\nsuffisait pas amplement), ou le concerto pour flûte et harpe avec un air\ninsignifiant du Roi Pasteur. Triste hommage !\nL'exécution de la symphonie de M. Enesco vint apporter un peu de relief\nà une saison qui s'annonçait comme déplorable. Par la vigueur et la solide\nmise en œuvre d'idées purement musicales, aussi bien que par sa belle\ntechnique, cette œuvre s'affirme comme le prélude d'œuvres futures qui\nferont honneur à la musique moderne et dont la nôtre pourra revendiquer\nune partie, puisque c'est chez nous que M. Enesco vint puiser une partie\nde sa science. Le poème de Baudelaire, mis en musique par M. Guy\nRopartz, passa presque inaperçu, et nous retombâmes dans une série de\nconcerts fades et sans intérêt, dont je vous ai donné le compte rendu.\nSeule à la fin de la saison, la Sinfonia Domestica, de M. Strauss, vint\napporter à notre légitime curiosité un aliment de choix. Certes, sans y voir\nle chef-d'œuvre que d'aucuns y semblent trouver, j'ai plaisir à constater\nque cette œuvre à la technique prodigieuse nous fut donnée par deux fois.\nUne telle audition s'imposait,et M. Colonne trouve gloire, honneur et profit\nà avoir mené à bien cette tâche dont la difficulté était en somme assez\ngrande.\nAprès avoir examiné ce que fut cette saison, il serait intéressant de voir\nce qu'elle eût pu être. Tout d'abord, s'il était jugé nécessaire de faire un\nfestival Beethoven, employer la méthode Weingartner-Chevillard. Mais\naprès ce festival, laisser à M. R. Hahn, assisté d'illustres dames, le soin de\nglorifier Mozart. Le « divin jeune homme », cher à M. Bellaigue,se fût fort\nbien passé de l'hommage qu'on lui a rendu et qui l'a plus desservi qu'il n'a\ncontribué à exalter sa gloire.\nPassé ces exhumations ou glorifications, il est convenu, il conviendrait\nd'ailleurs pour la saison prochaine, de tracer un plan de concerts logique\net comportant un but. La symphonie doit constituer la base de concerts"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.35", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n469\n\nsymphoniques, et à part Mozart, Beethoven, Brahms et Berlioz, M. Colonne\nn'a guère semblé connaître que MM. Saint-Saëns, Enesco et Strauss.\nL'école moderne compte pourtant des œuvres comme les symphonies de\nFranck, Fauré, Dukas, Pierné. d'lndy, Chausson, Savard, Lazzari, Magnard,\nLabey, Lalo en France, Balakirew, Rachmaninoff, Mahler, Reger, Smetana\nà l'étranger, qui illustrent le genre le plus musical qui soit. A une époque\noù notre goût musical tente quelques timides essais de marche vers un\nidéal plus beau, plus noble, plus dégagé des contingences antimusicales,\noù l'on incite les jeunes musiciens à écrire des œuvres de musique pure,\nnégliger de leur montrer ce que leurs maîtres ont écrit dans ce genre,\nc'est les décourager doublement en ne leur donnant pas de modèle et en\nleur faisant voir quel triste sort les attend s'ils s'engagent dans une voie où\nle succès et même le contact avec l'auditeur doit leur faire totalement\ndéfaut. Une s'agit plus là de donner chaque année trois heures de musique\nfrançaise moderne, il s'agit de donner à la plus noble essence de l'art\nmusical les moyens de se développer. Une symphonie moderne représente\nl'effort matériel de près d'une année, la réalisation d'un rêve artistique\naussi noble que pur, la mise en œuvre de toutes les ressources d'un art\ndont l'étude est longue et coûteuse. Il convient donc de protéger la sym-\nphonie, et puisque M. Colonne n'a pas assez le sentiment de l'art pour le\nfaire de son propre mouvement, je demanderais que l'on imposât à chacune\nde nos associations de concerts l'obligation de jouer chaque année une\nsymphonie moderne d'un musicien français. On accorde des primes à\nl'élevage de baudets ou de verrats extraordinairement prolifiques, on donne\nhuit cent mille francs à M. Gaillard pour nous révéler YAriadne de\nM. Massenet : on peut dépenser beaucoup moins pour faciliter la produc-\ntion de symphonies. Le poème symphonique n'exige pas les mêmes encou-\nragements officiels, et dans les trois heures de musique moderne il règne en\nmaître. Genre discutable, il sera moins traité le jour où des symphonies\npourront se faire jouer. D'ailleurs, M. Colonne en afortpeu joué : le Rouet\nd'Omphale, Phaêton, le Jour d'été àla Montagne, le Prélude à VAprès-\nMidi d'un Faune et les Impressions d'ltalie, œuvres presque toutes classées\net justement applaudies, représentèrent amplement un genre qui a conquis\nla faveur du public. Par comparaison avec la saison précédente, nous cons-\ntatons que les œuvres avec soli et chœurs furent presque totalement négli-\ngées. Exception faite de l'exquis Requiem de Fauré, et de la Damnation de\nFaust qui est, ainsi que la IXe Symphonie, un des soutiens de son répertoire,\nM. Colonne s'est abstenu de donner des spécimens d'un genre qui a pro-\nduit des chefs-d'œuvre tels que la Cantate pour tous les temps, Psyché,\nRédemption ou la Vie du Poète. Il serait cependant intéressant d entendre\nle Chant de la Cloche ou une des symphonies avec chœurs de M. Mahler.\nNous arrivons à des œuvres que le public acclame et qu'il importe cepen-\ndant d'éliminer petit à petit de nos programmes. Les plus regrettables sont\nd'abord les concertos. Sans vouloir ouvrir à nouveau une vieille querelle,\nj'estime qu'à part quelques œuvres classées et classiques, le concerto, en\ntant que concerto, est un genre fini : ce ne sont point ceux de Brahms, Max\nBruch, Widor ou Saint-Saëns qui me convaincront du contraire. Beetho-\nven lui-même a perpétré, sous les especes d'un concerto en sol pour piano,\nle plus beau générateur d'ennui qu'on puisse rêver, et en limitant à la\ndemi-douzaine le nombre de ces œuvres à vigoureux effet sur les recettes\nce serait plus que suffisant. A côté du concerto, il faudrait proscrire les\nfragments d'œuvres dramatiques connues et meme archi-connues. Cette\nmode est née à l'époque où l'Opéra se refusant, avec l'obstination qu i\napporte à reculer devant les besognes d'art, à monter les œuvres de Wagner,\nle seul moyen de les faire connaître et admirer au public était de les jouer"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.36", "texte": "470\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-OÔ\n\nau concert. C'était alors une entreprise très artistique, où, même en évitant\nainsi les frais de mise en scène et de chœurs, l'aléa en jeu était bien plus\nconsidérable que celui que risquent nos modernes chefs d'orchestre lors-\nqu'ils montent un court poème symphonique. Il n'y a pas tous les dix\nans un Wagner à révéler ; mais dans la production dramatique étrangère\nque connaissons-nous ? Les pires œuvres italiennes. et\nse sont installés chez nous sans conteste ; Cavalleria, Fedora, Tosca et\nautres ordures en a s'y étalent, provoquent des haussements d épaules et\nfont naître de nouveaux types de plus en plus hybrides. Cependant il\nexiste une école lyrique russe dont nous ne connaissons que d'informes\nfragments, une école tchèque dont M. Ritter disait ici même la richesse\net la force, que nous ignorons, enfin une école allemande et une école espa-\ngnole au sujet desquelles nous sommes dans la même ignorance. Des\ndirecteurs de théâtre ne peuvent pour une œuvre inconnue faire des\ndépenses élevees, le rôle des grands concerts est de faire entendre au\npublic des fragments bien choisis d'œuvres telles que de Korsakoff,\nBoris Godounoff deMoussorgsky , Bouddha de Max Vogrich ou\nde Felipe Pedrell. Rien ne prouve qu'elles obtiennent le succès qu'obtinrent\nles œuvres de Wagner, mais au moins l'effort sera plus noble et plus méri-\ntoire que celui qui consiste à prier Mme Litvinne à chanter le finale de la\nGôtterdâmmerungou M. Burgstaller le récit du Graal.\nM. Adolphe Jullien prétendit à ce propos dans les Débats que, puisque\nles salades russes wagnériennes attiraient un public nombreux, il n y\navait qu'à s'en féliciter et à continuer. Ce n'était point l'avis de M. Pierre\nLalo, ce ne sera pas celui de tous ceux qui jugent que les concerts doivent\napporter au public un choix d'œuvres nouvelles capables de donner à son\nintelligence des horizons nouveaux et des joies esthétiques nouvelles,\net de provoquer un rajeunissement de notre répertoire lyrique.\nPour notre école française même, qui peut à peine voir créer cinq ou\nsix opéras par année sur quelques scènes où l'auteur court quelques chan-\nces d'être joué convenablement, il y aurait aussi une aide efficace à appor-\nter. En attendant que l'Etat subventionne de façon suffisante les scènes de\nprovince qui, comme Lyon, montent chaque année une ou deux pièces non\nencore jouées en France, nos grands concerts devraient provoquer et\néclairer les directeurs désireux de tenter un effort artistique dans cette\nvoie.\nEspérons que l'année prochaine nous apportera de telles félicités et\nsouhaitons de ne pas être obligés de subir, le dimanche 14 octobre, la\nSymphonie fantastique,aggravée de l'ouverture des et\ndu concerto en ut mineur de Saint-Saëns ! C'est là le bonheur que je\nnous souhaite. Saint Edouard, exaucez-nous !\n\nCh. Chambellan.\n\nCONCERTS\nSociété Nationale. E. Ysaye et R. Pugno. Le Maestro piano.\nLe concert du 26 avril, réservé aux œuvres d'orchestre, fut des plus\nremarquables, cette année comme les précédentes, et cela se conçoit de\nreste, les difficultés de l'écriture symphonique ayant naturellement pour\neffet d'écarter les talents mal mûrs ou les simples amateurs, professionnels\nde l'ignorance ; nous n'eûmes ce soir-là nuls mais des"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n471\n\nœuvres toutes écrites de main de musicien. « Ces jeunes gens savent\ntous orchestrer aujourd'hui. C'est la faillite de la critique », proclamait, en\nsortant de là, un de mes plus grincheux confrères. Il y adu vrai dans\ncette parole amère, mais le mal n'est cependant pas si grave qu'on pourrait\ncroire. Je n'étonnerai pas M. de Grèvecœur en lui apprenant que sa petite\ncantate, la Fée des Ondes, est un essai malheureux: d'agréables mélodies\ns enlisent dans une orchestration goudronneuse, où Ton ne peut saisir\nni rythme ni couleur. M. Pierre Eunc pèche, au contraire, par un excès\nd'emphase tragique, et développe en vain des pompes pseudo-wagnériennes\nautour de vers de Camille Mauclair, illustrés déjà, avec une conviction\nardente, par Ernest Bloch(i) :\nMais le Jésus du carrefour\nAgonise avec plus d'amour,\nEt la nuit, dans le ciel tremblant,\nIl les regarde infiniment.\nLa Pénombre de Claude Guillon et la Sarabande de Mel Bonis sont des\noeuvres sincères, correctement écrites, mais où la personnalité fait quelque-\npeu défaut. M. Loois Aubert, dans ses Rimes tendres, se montre fort habile,\nmais cette habileté-là dégénère bien vite en affectation ; et d'ailleurs les\nprétentieuses platitudes d'Armand Silvestre ne pouvaient guère inspirer\nmieux. J'arrive aux oeuvres qui m'ont paru contenir mieux que des pro-\nmesses et plus que de l'habileté.\nLa suite d'orchestre de Jean Poueigh, intitulée Funn (d'après G. d'Espar-\nbès), est charmante de verve et de fraîcheur. Quelques lourdeurs encore,\nde-ci de-là, dans l'orchestre, un motif du sommeil, par exemple, que je\nrêvais plus vaporeux ; mais la vague mélancolie de l'aube est peinte avec\nbeaucoup de poésie ; puis la gaieté des jeunes filles, et surtout, dans la\ntroisième partie, l'appel des grives et le vol joyeux des petites fées\nvigneronnes, m'ont révélé des qualités très précieuses de rythme et d'éclat;\nil me semble que cette suite d'orchestre pourrait faire un fort joli et\nsavoureux ballet, digne de remplacer avec avantage la Ronde des Saisons.\nLe Scherzo de la Symphonie en ré d'Eugène Lacroix a beaucoup de\nrythme-aussi ; les idées en sont solides et bien venues, l'orchestration\nest nourrie, et le dédain de certaines affectations modernes n'est pas pour\nmedéplaire, tant s'en faut. Une nature profondément musicale s'exprime en\ncette page, et je regrette le mauvais sort qui ne nous fait entendre que\nrarement, et par fragments, l'œuvre d'un compositeur qui est certainement\nparmi les meilleurs de notre temps.\nQuant au Noël des jouets, de Maurice Ravel, c'est un menu chef-d'œuvre\nd'ironie attendrie et de volontaire enfantillage. Sur les exquises paroles\nque nous publions ici même, la musique se joue délicatement, imitant tour\nà tour le tambour des lapins, les yeux grands ouverts de Vierge Marie,\nl'aboiement du chien sombre Belzébuth, et le chant des anges incassables\net symétriques, sans se départir jamais d'une douce et très mélodique\némotion.. Cette chambre d'enfants n'est pas celle de Moussorgsky : point\nde vieille nourrice raconteuse de légendes et attentive à la prière du soir,,\npas de taches d'encre, ni de jouets casses, ni de chute du cheval de bois,\nni de larmes, ni de terreurs, ni de cris, ni d'embrassements fous : tout est\npropret, bien tenu, bien sage ; les moutons ont toutes leurs pattes, et\nl'Enfant de sucre peint reste intact. Mais il y a dans l'exacte et précoce\nordonnance de cette vie enfantine quelque chose de plus attendrissant\npeut-être que dans les tumultes dont s'égaie la chambre des enfants russes t\n\n(i) Voir le Mercure musical du 15 avril 1906."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.38", "texte": "472\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\ntant de rêves sont emprisonnés ici, qui n'osent-, par crainte de désobéir s\nprendre leur essor ! Et puis je n'ai pas besoin de dire que la musique est\npar elle-même un charme et presque une merveille d'ingéniosité raffinée ;\nce qui nous met bien loin de Moussorgsky, si peu maître de son art et de\nson originalité même.\nFort jolis encore, les Poèmes de M. laghelbrecht sur des vers de Jacques\nMornand ; mais ici l'orchestre prend le pas, décidément, sur le chant, et\nnous peint en couleurs délicates les ténèbres pleines de rêve, ou le brouil-\nlard où passent des voix ; la troisième pièce (Convalescence), moins pitto-\nresque, a aussi moins bien inspiré l'auteur, qui me semble un poète de la\nvision plus que du sentiment. Le Paysage d'hiver, de Henri Mulet, est\nd'une inspiration et d'une écriture distinguées ; l'intérêt languit un peu vers\nle milieu. Et enfin les Musiques en pde Florent Schmitt ont une\nforce que justifie leur destination, mais des titres dont je ne perçois pas\ntoujours la justesse: cette Danse désuète paru manquer du charme\nfané auquel je m'attendais, et ce Scint était un peu bien éclatant,\nce me semble. La Procession dans la Montagne est une page fort bien\nécrite, et la Marche burlesque a de la vigueur et du caractère. Je suis\npas sûr que M. Florent Schmitt, qui est un musicien bien doué, ne\ndénature pas de temps à autre, à force de recherche, son inspiration.\nL'orchestre a été dirigé avec beaucoup de soin et de précision par\nMM. Labey et Inghelbrecht, et Mme Bathori a détaillé en musicienne\naccomplie le Noël des jouets.\n%\n* *\nA leur troisième séance, les grands artistes E. Ysaye et R. Pugno nous\nont donné la Sonate en la mineur de Schumann, sentimentale et douce,\npoétique et domestique à la fois, puis la de Lekeu, touchante en sa\nnaïveté juvénile; et dans l'une et l'autre œuvre, le violoniste fut admirable\nd'émotion généreuse et forte ; le pianiste ménageait ses forces. On comprit\npourquoi lorsqu'on le vit s'asseoir auprès de M. Gabriel Fauré, afin de\nlui tourner les pages de son Quintette,joué en première audition par l'auteur\net MM. Ysaye, Deru, Denayer et Salmon. Ce Quintette est une œuvre\nfort distinguée, d'une exquise pureté de lignes, et dont la sonorité reste\ntoujours lumineuse et claire : c'est une grâce harmonieuse, une tendresse\ndiscrète, une sérénité souriante, évocatrice de visions antiques un peu\neffacées et pâlies par l'éloignement du temps et la sévérité du goût. J'ai\nsurtout goûté l'adagioélégiaque, et \\e si joliment bâti sur un motif\nunique, qui sert de support à des mélodies changeantes, à la mode de\nJ'ancienne can^one.Et tout cela est d'un art aussi sobre que raffiné, et\nd'une inspiration délicate et soutenue, dont jamais le charme ne se dé-\nment.\nC'est Raoul Pugno encore que j'entendais àla salle Berlioz, le 27 avril,\ndans une Polonaise de Chopin jouée avec ces brusques élans, et ce mélange\nde fougue et de nonchalance qui fait de lui le plus séduisant et le plus dé-\ncevant des artistes. On croyait voir, sur le clavier, la course des mains\nagiles et grassouillettes, et le demi-sourire caché sous la barbe fluviale.\nMais tout cela sortait d'un ingénieux appareil, que M. C. Saint-Saëns a\nqualifié de miraculeux, et qui enregistre et reproduit le jeu d'un pianiste\navec toutes ses nuances d'expression et de rythme. Nous espérons avoir\noccasion de parler bientôt avec plus de détails du Maestro-piano, construit\npar M. Mustel. L'invention, par elle-même, est fort intéressante, et les\nrésultats sont extraordinaires.\nLouis LALOY."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.39", "texte": "Concert avec ofchestfe9 donne pat Geneviève Dehelly (lundi 3o avril 1906.)\nSalle Eiard, dans ce décor de theatre antique, bien imposant pour un\nseul acteur, ou nous avons applaudi récemment, après l'inégale maestria\nde Sauer, les progrès loyaux de la jeunesse représentée par M. Jacques\nPintel et M\"e Fiorica Solacoglu, notre respectueuse sympathie ne se fait\npoint priei pour battre des mains a chaque numéro du superbe programme\nde Mlle Geneviève Dehelly.\nL'an dernier déjà, nous écrivions à pareille époque :\nUne magnifique soiree d art, telle est la meilleure définition du concert\ndonné par la jeune lauréate des concours de 1903, qui s'est mise d'emblée\nau premier rang de nos meilleures interprètes. Geneviève Dehelly fait\nhonneur au Conservatoire, et surtout au robuste enseignement de son\nvieux maître Delaborde ? elle n avait pas dix-huit ans à l'heure de son\nprix, et moins de deux ans après, la voici consacrée : elle brille doréna»\nlumière stellaire très personnelle en cette pléiade pianistique\nqui s'enorgueillit de l'atticisme incomparable de Mme Clotilde Kleeberg,\nde la fermete classique de M\"e Marguerite Long, de la moderne énergie\nde M'ie Marthe Dron, et qui comptait, plus récemment encore, au début de\nce nouveau siècle, les belles promesses de Mlles Marguerite Debrie, Eva\nBoutarel, Marthe Léman, Colette Schultz, ajoutons aujourd'hui Lucie\nCaffaret, sans oublier Germaine Arnaud, ni les sœurs Lamy, ni Norah\nDrewett, moins favorisées par le dieu des pianistes, mais dont la jeune\nambition n'a qu'à se tempérer un peu pour très bien faire... Parmi tant de\npetites mains, l'élégante vigueur de Geneviève Dehelly s'imposa d'abord ;\nsa virtuosité lui fait une place exceptionnelle ; et son nom sera glorieux\nbientôt... »\nLa réalité fut plus prompte encore. Et, dès cet hiver, la jeune fille « nom-\nmée la première » aux concours de 1903 se distinguait dans notre ciel\nbrumeux comme une étoile de première grandeur. Les auditeurs les plus\nfroidement aristocratiques de la France, les Bordelais autant que les\nNancéiens, se laissaient conquérir par la sûreté prime-sautière d'un jeu\nplus que brillant.\nNotre confrère de Nancy notait dansle Mercure musical du i 5 marsigoô,\naprès une séduisante exécution du concerto en ut mineur de Beethoven :\n« Mlle Dehelly ale toucher fin, sûr et délicat ; son louré est ravissant de\ngrâce féminine ; elle doit jouer merveilleusement le Rameau, le Dacquin,\nle Couperin, voire même le Mozart... Elle n'a ni l'âme ni le poignet\nvénien. Et l'Erard sur lequel elle se fit entendre n'était lui-même rien\nmoins que beethovénien...»\nC'est par ce noble et chantant concerto en mineur no 7, 1800)\nque s'ouvrait le concert avec orchestre du lundi soir 3o avril ; et les audi-\nteurs parisiens de la salle Erard, que n'avait point rebutés la plus dilu-\nvienne des pluies de saison, se montrèrent moins renchéris que les audi-\nteurs lorrains du IVe concert classique de la salle Poirel ; ou plutôt, n'en\ndéplaise à notre musical confrère M. René d'Avril, l'interprète se montra,\ntout en restant très virtuose, beaucoup plus ce soir-là,\nsans l'être encore absolument, mais Raoul Pugno lui-même est-il essentiel-\nlement beethovénien ? Son âme est trop parnassienne et ses doigts sont\ntrop exquis ; le concerto de Schumann, et surtout le concerto de Grieg,\ncalqué sur celui de Schumann, font beaucoup mieux son affaire. Et la\ngrâce féminine de MUe Dehelly peut s'élever fort au delà des mignardises\nanciennes du bon Couperin puisqu'elle triomphe dans le romantisme pas-\nsionné du concerto en mi bémol majeur de Franz Liszt !\nRomantique ! Son jeu l'est excellemment, dans le beau sens du mot,\n\nLE MERCURE MUSICAL\nREVUE DE LA QUINZAINE\n471\n\n31"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.40", "texte": "474\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\ncomme sa personne. Dès qu'elle paraît,grande et blonde, avec un pli\nteau qui met du rose fastueux dans les demi-teintes pailletées de sa toilette,\non dirait l'une des trois sultanes de Favart en un décor solennel du\nxvme siècle ; et sa grâce Louis XV allume une laiteuse blancheur parmi\nles noirs habits de l'orchestre Chevillard massés sur l'estrade aux rideaux\nde pourpre ; le vieux Franz Liszt, qui fut poète sans que le papier soit\nréglé, décrirait, dans une page digne de feu Théophile Gautier, le tendre\néclat de cette jeunesse artiste; mais si lui-même en son italianisme,\nle vieux Franz Liszt n'existe plus que ressuscité sous les doigts plastiques\nde la virtuose de vingt ans...\nIl sonne autrement que Beethoven, le vieux Franz Liszt ; n'en concluez\npoint, mes chers lecteurs, qu'il nous paraît supérieur à Beethoven, au\nBeethoven juvénile, encore mozartien, mais déjà si noblement et fougueu-\nsement personnel, de ce concerto mineur de 1800, où le lion amoureux\nsecoue déjà sa crinière... Le lion fait patte de velours en empruntant les\ndoigts harmonieux de Mlle Dehelly ;et ce velours est de la qualité même\ndont Saint-Saëns demandait spirituellement l'adresse à Planté... Le motif\nemprunté par Beethoven à son grand air classique : Ah ! perfido, passe si\ntendre ; et ce second thème du premier temps est très beethovénien, quoique\nmoins altier que les fières affirmations qui l'entourent. Le largo chante\nmélancoliquement, con sordini; mélancolie très mozartienne encore, où\nMUe Dehelly ne fait point mentir notre confrère nancéien ! Le rondo final\nfut exquis comme il doit l'être. Inspirée par cette délicatesse qui s'appelle\nreconnaissance, M»e Dehelly n'a point reculé devant les romantiques dif-\nficultés de la cadence d'Alkan, ce Berlioz du piano (1813-I888), dont le\ntin d'Esope avait décidé de son triomphe au concours et dont la mémoire,\ntrop dédaignée maintenant, reste chère à son maître. Et, depuis l'an der-\nnier, chez la virtuose, il y a progrès de l'élégance dans l'éclat : témoin la\nsouple interprétation diamantée du fameux varié de Schubert,\net de sa Militâr-Marsch,de l'ingénieux Thème, également varié, de Camille\nChevillard. Enfin, c'est avec Liszt que Mlle Dehelly détruit toutes les objec-\ntions que pourrait susciter le premier du concerto de Bee-\nthoven ; et cette soirée pluvieuse s'achève en feu d'artifice.\nIl est temps d'associer au triomphe de cette jeune fée du piano l'incom-\nparable orchestre parisien dirigé par Camille Chevillard, ce Risler de l'or-\nchestre, dont la haute probité, par ce temps d'arrivisme, n'a d'autre défaut\nque sa discrétion : sous son geste impérieux de musicien sans rival, le\ntempo reste imperturbable, la phalange réduite dessine largement la pensée\ndes maîtres, le quatuor enveloppe ou découvre à souhait le jeu de la vir-\ntuose ; les timbales de Larruel sonnent discrètement, mais superbement.\nQuelle joie pour une jeune artiste de s'appuyer, pour ainsi dire, au bras\nloyal et fort d'un tel musicien !\nCe programme, au demeurant bien choisi, nous permettait de fêter en\nmême temps deux consciences artistiques : il y eut un bel instant d'iden-\ntité complète, alors que l'orchestre de Camille Chevillard interpréta comme\nseul il sait le faire la poétique Suite norwégienne d'Arthur Coquard, et prin-\ncipalement sa plus belle page, Au cap Nord, un lent crescendo mysté-\nrieux dont l'obscure clarté retombe aux sons harmoniques des premiers\nviolons après s'être teinté d'un cor lumineux sous l'étrange lame de fond\ndes basses...\nIci, la mélancolie du paysage évoqué répond à la pensée grave de son\npoète-musicien. L'avenir y lira la maîtresse page de l'auteur éminemment\nsincère de Joies et Douleurs, un gluckiste, qui met la même conviction d'ar-\ntiste dans son écriture que dans sa parole. Arthur Coquard et Camille Che-\nvillard sont nés pour s'entendre : ils sont loyaux."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n475\n\nRemercions donc MllB Geneviève Dehelly de son programme autant que\nde sa jeune maîtrise. Et souhaitons que toutes les virtuoses lui ressem-\nblent !\nRAYMOND BOUYER.\nP.-S. Nous parlerons bientôt de la Sonate, à propos des trois artisti-\nques séances données à la salle iEolian les vendredis 4, 1 1 et 18 mai par\nMHe Dron et M. Parent, protagonistes de l'art avancé. Consacrée à trois\ngrandes sonates contemporaines, la première séance du 4 mai ne fut qu'une\nlongue ovation de gratitude envers les deux interprètes, en très belle verve.\nEntre le style passionné de Magnard et la poésie posthume de Lekeu, la\nsonate de Vincent d'lndy parut, comme son interprétation, magistrale.\nA la même heure, chez Pleyel, M\"e Antoinette Lamy se couvrait de\njeune gloire en faisant revivre avec brio les 24préludes de Chopin.\nEt si Weingartner s'éloigne, Risler nous revient. Semaine musicale bien\nremplie !\nR. B.\nSchola Cantorum.\nLe 6e et dernier concert mensuel de la Schola Cantorum comportait\nl'histoire de la cantate, Partant de Schûtz en passant par Schumann, on\nnous mène jusqu'à Gabriel Fauré.\nLe règne des chiens de faïence semble d'ailleurs terminé entre la rue\nSaint-Jacques et le faubourg Poissonnière. M. Fauré invite M. Bordes aux\ndernières répétitions de YActus tragicus qui fut donné à l'exercice des\nélèves. Mme Legrand-Philip chante le Requiem de Mozart à la Société des\nconcerts, et lui-même vient présider le dernier concert et applaudir son\nœuvre. Peut-être verrons-nous, au mois de juin, M. d'lndy chargé d'écrire\nla leçon d'harmonie sur laquelle s'escrimeront les élèves de MM. Lavignac\net Pessard. Tandis que M. Fauré rendra le même service aux élèves de\nMM. Saint-Réquier et Philip.\nLe programme du 4 mai fut d'ailleurs très intéressant à tous les points\nde vue. Trois cantates classiques de Schûtz, Carissimi et Charpentier, pour\nvoix seules, furent excellemment chantées par Mlles Pironnay et Feuil-\nlertrade et MM. Gibelin et Moughounian. Ce dernier, bien connu déjà de\nnos lecteurs, chante avec une justesse d'expression et une sûreté de voix\nqui devaient, depuis longtemps déjà, le désigner pour les concerts de la\nSchola.\nLa période moderne commençait à Schumann dont YAdventlied, avec\nses chœurs dignes de Meyerbeer, pâlit singulièrement à côté du pur chef-\nd'œuvre qu'est Y Hymne védique de Chausson. La noblesse de lignes s'allie\navec un rare bonheur à la poésie de Leconte de Lisle, les harmonies sonores\net raffinées sont les dignes traductrices du verbe splendide du poète, et\nl'influence de Franck, tempérée de celle de Wagner, n'y exclut nullement\nune belle personnalité. Mlle d'Otto y fit merveille, ainsi que M. de Rance,\nun de nos futurs chefs d'orchestre, qui se révéla comme le premier timba-\nlier qu'ait jamais eu la Schola.\nLa Naissance de Vénus, qui finissait le concert, est caractéristique du\ntalent de 6. Fauré.Celui-ci eûtjpu, comme tant d'autres, entasser des opéras\nhybrides et monstrueux. Il préfère écrire des œuvres délicates de courte\ndurée, aux sentiments intimes, parfois factices, mais toujours distingués.\nSon écriture a le même caractère que ses idées. Toujours correcte, sans\nà-coup, sans violences inutiles, si elle ne s'élève jamais jusqu'au lyrisme\nfrénétique, un léger frémissement y court perpétuellement à fleur de peau.\nJusqu'à la dernière mesure, cette musique vit et aime. Son auteur s'y est"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.42", "texte": "476\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nlivré avec un abandon mêlé d'un scepticisme que lui cause la crainte du\ngrotesque ; de là ce sourire perpétuel, ces envolées calmes et cette élé-\ngance impeccable Comme l'écrivait fort justement notre sympathique\ndirecteur,dans les Tablettes de la Scliola c'est la « distinction de la volupté »;\nje ne puis que souscrire avec empressement à une si heureuse et si distinguée\nformule.\nLe maître, entouré d'un essaim de jolies personnes, se montra enchanté\nde l'exécution de son œuvre, félicita M. Labey et fut respectueusement\nsalué par tous les élèves de 1' « arnarchique» boîte de la rue Saint-Jacques.\nLes temps sont changés, Théodore n'est plus et la musique ne pourra qu'y\ngagner.\nCH. CHAMBELLAN.\nSociété moderne des Instruments à vent.\nIl faut savoir gré à la Société moderne des instruments à vent de corser\nl'intérêt de ses programmes en y inscrivant chaque soir une œuvre inédite\ncomposée à son intention par des compositeurs de mérites divers mais\nincontestables. C'est ainsi que nous avons entendu avec grand plaisir, le\n10 avril, à la salle des Agriculteurs, un Divertissement pour flûte, hautbois,\nclarinette, basson, cor et piano, de M. Albert Roussel, une des natures\nmusicales à mon sens les mieux douées et les plus raffinées de sa généra-\ntion. On y retrouve, heureusement alternés, cette joyeuse animation\nrythmique et ce charme si poétiquement évocateur qui distinguaient déjà\nl'auteur des délicates Mélodies sur des poèmes d'Henri de Régnier et de\nl'intense Trio en mi bémol, joints à de savoureux effets de sonorité et\nde couleur, que fit valoir à souhait la scrupuleuse cohésion du groupe\ninstrumental formé par MM. Fleury, Gaudard, Guyot, FJament, Capde-\nvielle, Eug. Wagner. Et il serait injuste de ne pas signaler au moins la\nfidélité avec quoi furent aussi rendus, ce soir-là, le Bal de Béatrice d'Esté,\nde M. Raynaldo Hahn, agréablement écrit mais empreint d'une fâcheuse\nfadeur, et le Quintette de Verhey, dont les développements prévus et\nl'exemplaire sagesse n'auraient rien perdu, je vous assure, à céder par\nexemple la place à l'éloquence passionnée et au prodigieux mouvement\nd'une des œuvres les moins connues et les plus accomplies qu'ait produites\nl'école moderne en ce genre spécial : le Quintette de M. Albéric Magnard.\nG. S.\n\nLES LIVRES.\n\nAlbert Soubies. Les Membres de VAcadémie des beaux-arts depuis la fondation de /'lnstitut.\nDeuxième série, iBi6« 1852. Paris» Flammarion, 1906, gr. in-8 de 319 p., avec un tableau synop-\ntique in-fol.\nLes « gens du monde » dociles à la fascination de l'lnstitut apprécieront\nce beau volume, comme ils ont fait du précédent, et s'y informeront agréa-\nblement des « immortels » dont on se souvient encore et de ceux dont on\nne parle « jamais plus ». Dans le groupe des musiciens ils verront passer,\nen un nuage lointain d'apothéose, dont les fumées sentent tout ensemble\net l'encens et le moisi, les figures majestueuses ou sévères de Lesueur, de\nSpontini, de Cherubini, et les ombres falotes de Catel, de Garafa et de\nBerton ; puis, la silhouette changeante de Paer, ce courtisan émérite, qui\nprenait Napoléon par des platitudes et Louis-Philippe par des bouffon-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n477\n\nneries, et celle, plus épaisse, de ce brave homme d'Onslow, qui « faisait le\nquatuor » àla douzaine, sans rien comprendre à ceux de Beethoven ; et\nencore Auber, Adam, Boïeldieu; et Halévy, sur la tombe duquel Ambroise\nThomas déchargea le dernier pavé, en l'appelant <c génie » ; et Ambroise\nThomas lui-même... ; et tous ces noms de musiciens se réunissent et se\nclassent ingénieusement, à la fin, auprès de ceux des peintres, sculpteurs,\narchitectes, et autres, en un tableau synoptique, fort intéressant à consi-\ndérer.\n\nM. Brenet.\n\nCOURRIER DE BORDEAUX.\nJacques Rivière.\nConcerts.\nNous avons eu récemment deux concerts fort intéressants : la séance de\nmusique de chambre donnée par le Quatuor Zimmer de Bruxelles et la\nséance consacrée à Beethoven par MM. Ed. Risler et André Hekking.\nLe Quatuor Zimmer est composé d'artistes d'une haute probité, et même\ntrop dédaigneux de la réclame pour obtenir le succès qu'ils méritent.\nL'exécution du quatuor en ut majeur de Mozart fut délicieuse. Jamais je n'ai\nmieux goûté cette effusion candide et perpétuelle qu'est la musique du plus\npur des musiciens. L'admirable quatuor en ré majeur de Franck fut joué\navec l'ardeur intime et la religiosité profonde qui convenaient. Enfin le\nquatuor en fa majeur de Beethoven fut traduit avec une précision peut-être\nun peu froide mais fort appréciable quand même. Mm® Albert Zimmer,\nd'une voix nette, et vierge des roueries qu'enseigne le théâtre, chanta un\nair de Hsendel, un cantique de Bach, et trois des plus beaux lieds de\nGabriel Fauré : les Berceaux, Larmes, Aurore.\nM. Risler est redoutable. Il s'est constitué un royaume, qui a nom\nBeethoven. Et dans ce royaume il est maître absolu, il fait ce qu'il veut.\nMais, comme il a beaucoup de goût, il dédaigne les habiletés, les fignolages,\nles surprises qu'emploient d'autres interprètes pour affirmer leur originalité\naux dépens de l'auteur. A vrai dire, M. Risler n'interprète pas Beethoven, il\nle recrée, il le recommence. C'est qu'on pourrait dire si l'éloge ne risquait\nde paraître démesuré que le pianiste Risler ressemble au musicien\nBeethoven. Il a la même profondeur passionnée s'atténuant par instants en\nd'exquises délicatesses. Il a les mêmes amples exclamations succédant aux\nmêmes ravissants babillages. En l'entendant, on croit ouïr encore la grande\nvoix de Beethoven se jouer, se plaindre et s'exalter tour à tour.\nCe n'est pas un des moindres mérites de M. Risler qu'il sache, quand il\ns'adjoint un collaborateur, ne pas exagérer l'importance de sa partie et ne\npas attirer sur lui toute l'attention. En exécutant avec M. André Hekking\ndont le son généreux est pourtant d'une chaleur un peu conventionnelle\net uniforme les sonates en sol mineur, ut majeur, ré majeur et fa ma-\njeur, il fit preuve une fois de plus d'un grand tact, qui n'excluait pas la\npuissance. Et comme il ne voulait pas briller sans cesse, il brillait d'autant\nplus vivement, quand le texte lui en donnait la légitime occasion. L'exécu-\ntion de la sonate en la majeur (op. 69) fut surtout incomparable. Le succès\na été grand."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.44", "texte": "478\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nCOURRIER DE BRUXELLES\n\nSixième Concert Ysaye, 22 avril 1906.\nLa Symphonie en fa majeur de M. Théo Ysaye, œuvre de grave et sévère\ntenue, rappelle la manière de Brahms, influencée par Richard Strauss.\nM. Ysaye ne prétend point trouver dans le subtil et charmeur agencement\ndes harmonies la raison d'être d'une création musicale ; son art évoque,\nà l'image du pays flamand, les durs labeurs de la glèbe, les horizons lourds,\nles ébats sans grâce, les nostalgies vagues, les pensers douloureusement\nconçus. La valeur de cette œuvre est déjà de porter l'empreinte du tempé-\nrament local, caractérisé dans la foule des travailleurs tenaces, dans des\nécrivains laborieux tels que Verhaeren ou Lemonnier, dans un paysage\nd'Hobbema ou une pochade de Teniers. Des affinités aussi légitimes ne\nsauraient toutefois masquer la faible originalité des thèmes, l'insuffisance\ntimide des développements de cette symphonie.\nL'orchestration en rend l'audition des plus accablantes ; les cuivres, ren-\nforcés de cinq saxhorns, dominent inlassablement, dans l'exposition même\ndes motifs presque entièrement confiée aux cors. Les instruments à cordes\nparticipent de la lourdeur générale, surtout dans les accompagnements ; à\npeine paraissent-ils au premier plan que l'auteur, peu rassuré sans doute\nsur l'effet produit, déchaîne ses cuivres familiers. Les bois, bien effacés,\nabondent en sonorités désagréables.\nLe thème fondamental du premier mouvement [lent, très soutenu, animé),\nprésenté par les cors avec arpèges de violon à l'aigu, rappelle étrangement\nl'entrée de Tristan au premier acte de Tristan et Yseult. Dans le scherzo, à\nnotre avis le meilleur passage de la Symphonie, le hautbois alterne avec\nun chant rêveur des violoncelles sous des trémolos de flûtes ; un lamento\npour cordes avec soli de violons forme un contraste heureux avec le scherzo\ninitial. Mandante n'est qu'une longue et vague mélopée dont le caractère\nmorose impressionne péniblement. Par son orchestration riche en cuivres\nautant que par la vulgarité des motifs, le finale exalte la joie populaire ; l'au-\nteur y dépeint une ronde de paysans, pesamment rythméepar les cors, tandis\nque les flûtes jettent des lueurs d'ivresse. En des harmonies quelque peu\nschumaniennes, un passage de cordes semble décrire la sérénité du pen-\nseur, étranger aux réjouissances qui l'entourent. Il eût suffi à M. Ysaye,\npour parfaire la description musicale d'une kermesse, d'allier plus de fan-\ntaisie et de joyeuse animation à sa fougue tumultueuse. Tout compte fait,\nœuvre hautement estimable.\nLa Mort de Tintagiles, poème symphonique de Ch.-M. Lôffler, d'après\nle drame de M. Maeterlinck, offre un résultat remarquable d'efforts délica-\ntement modernistes. Certaines réminiscences de Debussy, notamment dans\nl'emploi des cors, n'empêchent pas ce poème, ardent et d'inspiration raffinée,\nde conserver une allure très personnelle. Nombreuses en particulier sont\nles trouvailles d'instrumentation : ensembles de bois fournis *et bigarrés,\nfonds évocateurs de cors, bassons malicieux ; on dirait les harmonies natu-\nrelles d'une forêt aux oiseaux rares, aux lianes entremêlées. Une viole d'a-\nmour converse avec le violon ou l'alto et assure l'unité d'impression repré-\nsentative du drame de Maeterlinck.\nM. V. Buffin, officier de profession, compositeur par penchant, n'appar-\ntient ni aux amateurs qui font pleurer d'insignifiance béate, ni aux pédants\nà l'érudition indéniable, mais creuse. Sa Suite symphonique est le passe-\ntemps, aucunement déplaisant, d'une personnalité distinguée. Des deux\npassages exécutés à ce concert, Yandante séduit par ses réponses des cordes\nfinement chantantes aux bois légers et rêveurs. Le scherzo, de substance\ntrop menue, nous plaît moins."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n479\n\nPour la Marche jubilaire de M. A. Deppe, autre officier de l'armée belge,\nnous nous bornerons à transcrire le programme qui inspira l'auteur :\n« Sonnez, cloches, sonnez à toute volée !\n« Rayonnez ! souvenirs de ces journées ensoleillées de liberté que cou-»\n« ronne aujourd'hui l'allégresse d'un peuple et de la nature entière.\n« Sonnez, cloches, sonnez à toute volée ! »\nLa musique, aussi vulgaire que bruyante, démontre à quoi peut aboutir\nle mauvais goût aggravé d'une prétendue science.\nM. R. Pugno, soliste tout d'abord annoncé, fut remplacé par Back-\nhaus, lauréat du dernier concours Rubinstein, dont c'était la première\nvisite à Bruxelles. Peu d'exécutants, surtout chez les Allemands, s'efforcent\nd'atténuer dans les concertos l'importance des passages de pure virtuo-\nsité. M. Backhaus compte au nombre de ceux-là. Si parfois son interpréta-\ntion du Concerto en sol majeur de Beethoven parut froide, il ne chercha\npas du moins à forcer l'admiration. Il y réussit sans peine dans 1\ntout pénétré de sentimentalisme religieux. L'exécution à la fois large et\nnerveuse du Prélude et fugue de Bach en mi bémol (Clavecin bien tem-\npéré) ne mérite que des louanges ; le romantisme de Chopin dans le Noc-\nturne en ré bémol et la Ballade en la bém fut mis en valeur avec un charme\nexempt de maniérisme. Chez M. Backhaus, le virtuose n'a pas étouffé l'ar-\ntiste, sa jeune renommée ne peut qu'en grandir.\nM. Eugène Ysaye a dirigé l'orchestre avec son enthousiasme accoutumé.\nL'ardeur avec laquelle il abrite de sa popularité bien assise les essais des\njeunes compositeurs concourt à faire de lui une des figures les plus nobles\ndu monde musical.\n\nG. P. E.\n\nCOURRIER DU HAVRE\nE. J.\nLe Cercle de iart moderne,dont nous avons récemment annoncé la\nfondation, consacrait, le 27 avril, une soirée à\ncontemporaine.\nLa conférence, faite par M. G. Jean Aubry, secrétaire du Cercle, ren-\ncontra auprès d'un public choisi le plus chaleureux accueil.\nLe conférencier y étudia sobrement et passionnément la musicalité ver-\nlainienne, le rôle joué par Verlaine dans la constitution du lied français et\nles divers modes de commentaires qu'en firent plusieurs des grands musi-\nciens modernes.\nLe choix des mélodies dit assez le sens et l'esprit de cette conférence :\nle Clair de lune,de Fauré, Apaisement et de\nErnest Chausson, Il pleure dans mon et de Debussy,\nenfin Green,du jeune compositeur André Caplet, qui a rempli supérieure-\nment le rôle délicat d'accompagnateur pour ces six mélodies.\nM'le Hélène M. Luquiens, que nous avons eu plusieurs fois l'occasion\nd'entendre récemment à la Société Nationale, aux concerts Berlioz, au\nsalon de la Nationale, interpréta ces lieds avec une intelligence et un sen-\ntiment profonds de l'âme verlairienne et de la pensée musicale des maîtres\nmodernes ; elle en exprima d'une voix flexible, pénétrante et douce les\nnuances délicates et les discrètes intentions."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.46", "texte": "480\n[LE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nCOURRIER DE LYON\nJ. R.\nA M. Léon Vallas a dit dans la Revue musicale de Lyon tout le bien qu'il\nfallait penser de la Symphonie de G. M. Witkowski, plus longuement que\nje ne puis le faire ici. Une impression personnelle cependant : la première\npartie me paraît plus épaisse, plus construite et en même temps plus\nbrumeuse, les deux autres moins originales peut-être. On loue l'instru-\nmentation.\nParmi les Sociétés qui gravitent autour des\nlyonnaise est en progrès : elle a fourni une interprétation très passable\ndes Impressions d'ltalie. Vregretté par exemple de ne pouvoir entendre\nle Paysage maritime de M. Mariotte, qui s'y connaît. Des fragments de\nMiarka, du Schubert, du Beethoven, complètent agréablement de\nbons programmes. Et la Symphonie classique offre d'excellentes répé-\ntitions à ses musiciens dans un local clair et sous une direction sympa-\nthique*\nJe ne veux enfin retenir que la partie musicale d'une fête organisée par\nun distingué professeur de diction de cette ville ; c'est pourquoi je ne\nreprocherai au Chemin de Croix d'Alexandre Georges, musicien, que l'em-\nploi d'un livret d'Armand Silvestre, poète.\nAu théâtre, la saison lyrique se trouve coupée « quant à la queue » par\nune imprévue saison d'opérette. Lyon possédera ainsi trois scènes pour\nce genre frivole : c'est beaucoup, s'il est vrai que nous soyons moroses.\nJe comprends du reste que, sans posséder une âme lubrique particulière-\nment, on trouve du plaisir à l'opérette, mais de musique... si peu !\nErrata. Lire dans le Mercure du i 5 avril, p. 381, ligne 29 : € Sur Siegfried... Toi »\np. 383, ligne 3 ! Issarlès, et ligne 8 : « tranquillité un peu sèche des sommets. »\n\nCOURRIER DE MANCHESTER\n\nLa saison des concerts touche à sa fin.\nLe « Symphony Orchestra » de Londres, sous la conduite de Henry\nWood, a donné un excellent programme. L'Après-Midi d'un Faune de De-\nbussy a été jouée pour la première fois à Manchester, mais d'une façon fort\npeu satisfaisante, ce qui explique sans doute le manque d'enthousiasme de\nl'auditoire. Nous avons constaté cet insuccès avec tristesse. On fait ici\nbeaucoup de musique et beaucoup de bonne musique ; mais notre convic-\ntion s'affirme de plus en plus que l'éducation musicale du public n'avance\nque fort lentement et que le succès des « Hallé Concerts », qui ont donné à\nManchester la réputation de « ville la plus musicale de l'Angleterre », est\nun succès de tradition et de mode, et non un succès artistique.\nOn court toujours après les virtuoses ; quelques-uns en sont dignes,\ntel Mischa Elmann, qui a obtenu un succès délirant, fort mérité d'ailleurs ;\nmais, comme beaucoup de jeunes prodiges, il gagnerait à ne paraître en\npublic que dans quelques années ; il a en lui les qualités d'un grand inter-\nprète, mais on sent déjà dans son jeu la part sacrifiée à l'effet.\nLe Quatuor Brodsky donne sa dernière séance cette semaine. La\nSonate de Franck (premièrefois à Manchester !) sera jouée parle Dr Brod-\nsky et le pianiste Egon-Petri."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n481\n\nIl est sérieusement question de faire exécuter ici le de Wagner.\nM. Manners, le « manager » d'opéras, s'engage à organiser les représen-\ntations avec un orchestre « bayreuthrien »> s'il trouve dix villes en Angle-\nterre qui lui assurent chacune 50.000fr. Souhaitons-lui bonne chance.\nIl est aussi question que le « Hallé Orchestra », avec les chœurs, se fasse\nentendre à Paris la saison prochaine sous la conduite du Dr Richter.\nM\"e Eisa Riess, de Berlin, qu'on aura bientôt l'occasion d'entendre à Paris,\na donné à l'Eolian Hall, de Londres, un fort intéressant récital de chant.\nLe programme comprenait des œuvres très différentes de caractère et\nqui prouvent la vaste compréhension musicale de leur interprète. Gluck,\nScarlatti, Schubert, Brahms, Tschaïkowsky ont permis à Mlle Riess de\ndéployer ses qualités dramatiques unies à une diction impeccable.\nMlle Riess s'était fait seconder par le violoncelliste Jacques Van Lier, qui\na eu une large part des nombreux applaudissements.\nLe Quatuor Joachim a terminé le saison des concerts à Manchester. Les\nAnglais ont eu l'occasion de prouver une fois de plus leur fidélité aux\ninterprètes qu'ils accueillent depuis maintes années, et les violonistes ont\nbeau se succéder nombreux et choisis, aucun d'eux ne prendra dans leur\nestime la place de Joachim, pas plus que la chanteuse la plus parfaite ne\nprendra celle de Patti. L'auditoire des gentleman's concerts s'est départi\nde sa froideur habituelle pour faire une chaleureuse ovation au vieux\nmaître hongrois.\n\nElisabeth d'Irvel.\n\nCOURRIER DE NANCY.\n\nLes XI Concerts de l'Abonnement, au Conservatoire (Suite). Musique de chambre.\nVle Concert. Ouverture de Gwendolvibrante, vivante, abondante\nen phrases passionnées, d'une couleur orchestrale chatoyante et riche,\nmenée avec vigueur par M. Guy Ropartz, exécutée et généra-\nlement goûtée et applaudie.\nLe Concertstiïckpour harpe de M. Pierné n'ambitionne pas le titre du\ngrand Concerto,dont il s'éloigne, du reste, par la soudure étroite des quatre\nparties, ordinairement séparées. MUe Bressler tira de l'ornementale girafe\ndorée des sons exquis et délicieusement caressants, des sons\n... à frôler l'âme ainsi que des plumages.\nLe ramage ne répond pas exactement au plumage, et le me\nsemble être au concert ce que la Séréna du même auteur est aux salons\n« où l'on fait un peu de musique » ; au demeurant, un très grand succès.,\ntout comme la Sérénade.\nConcerto en fa majeur du grand Bach pour un seul violon (M. Heck),\nplusieurs hautbois (MM. Foucault et Lamy) et cors (MM. Pollain et La-\nbrunerie). Ce sont jeux de génie que ces variations savantes d'instru-\nments tels que les cors, que l'on entend si peu souvent comme solistes. Et\nje vous prie de croire que ce n'étaient pas des cors mélancoliques (bien\nqu'ils fussent au fond des bois). Quelle saine, quelle cordiale, quelle amu-\nsante et inépuisable gaîté !\nLa Pastorale,tendre, large, éloquente et profonde en son final naturiste\net humanitaire."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.48", "texte": "482\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-0Ô\n\nVIIQ Concert. La présence de Eléonore Blanc à Nancy est tou-\njours le signe de quelque concert de noble intérêt, aux premières auditions\ntentatrices et attachantes. La cantate Ich bin vergnugt mit meinem Gliicke\nporte bien la marque distinctive du génie de Jean-Sébastien Bach avec ses\ndeux airs, le premier au mouvement modéré, le deuxième allegretto et\npaisiblement joyeux, ses deux récitatifs où la phrase vocale, suspendue*\nen quelque sorte, reçoit sa conclusion de l'orchestre, que consolide la ro-\nbuste et profonde pédale de l'orgue (tenu par M. Thirion dans un style\nlarge et plein de grandeur), avec le puissant choral, enfin, répandant ses\nondes souveraines. Comment Bach, avec un orchestre aussi réduit et le\nseul mouvement des parties vocales, parvient à donner une impression\nd'ampleur à remplir une cathédrale, c'est ce que l'on ne saurait assez\nadmirer, alors qu'une page, réputée pour son effet grandiose, comme\nY Alléluia du Messie, entendue au même concert, fait paraître Haendel\npresque étriqué. Je n'aime pas beaucoup, pour ma part, l'allure de petit\ngalop de chasse de cet enthousiasme alléluiatique, et la phrase : Tu vas\ntrôner auprès de ton père, est heureusement ici d'une beauté plus sereine\net plus pure.\nQuelle joie n'éprouve-t-on pas à entendre, une fois de plus, les suaves\nharmonies de Franck dans la Symphonie en ré mineur ! Le début et le\nfinale en furent particulièrement soignés comme exécution, moins cepen-\ndant que Y Ouverture de Léonore (n° i), d'une élégance de lignes éminem-\nment remarquable, sous la baguette de M. Guy Ropartz.\nCe prestigieux chef d'orchestre eut aussi sa large part de succès comme\ncompositeur avec ses trois mélodies, Chrysanthèmes (i), Vos yeux, et\nla Mer, orchestrées par lui avec une insigne délicatesse. (Vosyeux plus\nspécialement exquis ; harpe en harmonie imitative des plaintes du vent\net des rides de l'eau troublée.) L'auditoire, unanimement conquis, applau-\ndit à tout rompre; Elénore Blanc se surpasse, en émissions vocales\nde toute sûreté, en dictions frôleuses et charmeuses...\nLe concert se terminait fort agréablement par Prélude et Danses de\nDana du distingué chef d'orchestre Georges Marty. En fait d'« arias »,\nmurmure quelqu'un, je préfère ceux de J.-S. Bach.\nVIIIe Concert. Ouverture de Léonore (n° 2) : celle peut-être que je\npréfère de l'étonnante série signée par Beethoven ; fort bien rendue, d'ail-\nleurs, par l'orchestre, qui ne bronche pas dans le trait fameux des violons ;\nl'appel de trompette, dans la coulisse, réussi, suffisamment dramatique\npour le concert.\nLa véritable « ouverture » du concert avait consisté en une allocution de\nM. le général Joly, membre de la Commission du Conservatoire, suivie\nd'une réplique de M. Ropartz (un lent précédant un animé : ouverture de\nforme française, remarquent les musiciens). Félicitations, au nom des\nabonnés, des musiciens, de la commission et des élèves du Conservatoire,\nau nouveau chevalier de la Légion d'honneur ; remise de l'insigne de l'ordre\nenrichi de diamants ; promesse de donner au compositeur la partition\ngravée de sa première symphonie (sur un choral breton) ; applaudissements\nspontanés de l'assistance...\nCe fut plus chaleureux que l'accueil réservé à la Chevauchée de la Chi-\nmère de M. G. Carraud. Ce qui déroutait l'auditoire, en cette œuvre,\nc'était, sans doute, la brièveté des phrases mélodiques ne comportant pas\nles amples développements où se complaît la Muse classique. Pour moi,\n\ni)Ces mélodies, ainsi que la plupart des œuvres de M. J.-Guy Ropartz, ont été\néditées à Nancy, chez Dupont-Metzner, rue Gambetta,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.49", "texte": "REVUE IIE LA QUINZAINE\n483\n\ncette particularité ne me choque point ; je la trouve adéquate au halète-\nment inquiet que semble indiquer le texte symbolique du poème. Ce qui\nme trouble davantage, c'est la lourdeur rythmique du début, la difficulté\nmême que le rythme éprouve à trouver son assiette, à prendre son élan, si\nj ose ainsi dire. Orchestration subtile et rare. Que le public réserve à la\nChevauchée de la Chimère, et en général à toute œuvre moderne (à ire au-\ndition !) ses applaudissements, voire même ses sifflets, c'est son droit strict,\nmais que pendant 1 exécution de l'œuvre, au risque de distraire musiciens\net critiques de 1 attention qui est pour eux un devoir professionnel, il se\nlivre à des conversations animées souvent bruyantes voilà qui est\nintolérable !\nLe Concerto en mi bémol de Beethoven : c'est long, c'est formidable et\nc est très beau. Gortot y est superbe. Ajoutons que personne n'interprète\nainsi que lui les triomphes et les clameurs d'archange en délire à la fin des\nVariations symphoniques de Franck !\nRien de bien frappant dans la reprise de la Symphonie en ut mineur\n(celle de M. Saint-Saëns), sinon que l'orgue et l'orchestre n'y furent au\nmême diapason qu'à l'instant où le Cavallié-Coll de la salle Poirel imposa\nl'accord aux instrumentistes.\nFernand Pollain, violoncelliste étoile de notre Conservatoire, donne avec\nson frère René Pollain, violoniste, Mlle Dennery, pianiste et cantatrice, une\nsérie de concerts à Saint-Dié. Pianos Steinway... : les concerts, les exé-\ncutants, les pianos, tout fut excellent et magnifique.\nM. Louis Hekking fit entendre M. Arthur de Greef, pianiste en qui l'ar-\ntiste se tempère d'un professeur, au style excellent et simple. La viole de\nStradivarius de M. Hekking vibra, humaine, douloureuse, tendre et pas-\nsionnée, dans la Sonate de Franck.\nAu Conservatoire, M. Heck et Mme Richert ont terminé leur intéressante\nsérie de concerts de violon et piano par des sonates de Corelli, de\nSchubert et de M. C. Saint-Saëns. Un public d'amateurs fidèles, au goût\ndélicat, n'a pas ménagé ses applaudissements aux deux bons professeurs,\nqui se proposent, paraît-il, d'aller donner à Metz, cette année, une autre\nsérie de concerts historiques.\nEn un prochain courrier, je consacrerai un article spécial àla Schola\nCantorum de Nancy, société chorale dirigée par M. Pierre Albrech et qui\nnous promet, pour cette année, de remarquables auditions.\n\nRené d'Avril.\n\nCOURRIER DE NANTES.\n\nM. Paul Ladmirault.\nLes habitués des concerts de la Société nationale n'ignorent pas le très\nintéressant musicien qu'est M. Paul Ladmirault. Un concert symphonique\nconsacré, en partie, à ses œuvres et donné avec un vif succès, à Nantes, ie\nil avril dernier, vient de révéler le jeune compositeur à ses compatriotes.\nLa plupart des musiques inspirées par la Bretagne sont monotones et\nuniformément grises, du gris de la lande. Sans doute, mais dans la lande\ngrise les genêts font des taches d'or. Aussi l'évocation bien person-\nnelle de M. Ladmirault me semble-t-elle plus vraie. Il y a du rêve et de\nla poésie dans la Suite bretonne, il y a aussi du soleil. Il y a surtout des\nthèmes profondément originaux tant par leur caractère quepar leur saveur"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.50", "texte": "484\nLE MERCURE MUSICAL I 5-V-O6\n\nrythmique ; soit que, dans la Ronde et le Scherzo aux cuivres fulgurants,\ndansent, au son des binious et des bombardes, les paysans en heurtant\nrudementle sol de leurs sabots qui s'entrechoquent ; soit que dans le Chant\npopulaire ce soit l'âme même de la terre bretonne qui semble chanter, ou\nque dans la Pantomime l'antique forêt de 'Brocéliande nous apparaisse\ninondée de lune.\nUn important fragment du premier acte de Myrdhin légende en 4 actes\net un prologue, de Mme Louise Ladmirault et M. Albert Fleury précédait\nla Suite bretonne. Ce chant funèbre, à la déclamation large, soutenue par\nune instrumentation dont je louerai la sobriété, a vraiment beaucoup d'ac-\ncent ; il permit à M. Féraud de Saint-Pol de faire applaudir une belle voix\nde baryton au timbre agréable et à l'articulation toujours nette.\nJe dirai peu de chose de l'orchestre. Chacun fit de son mieux. L'on sait\nqu'en province presque tous les orchestres pèchent par le quatuor trop peu\nnombreux pour pouvoir lutter avec les bois et les cuivres. Son chef,\nM. Frigara, a droit à tous les éloges non seulement pour sa précision\nsouple, mais surtout parce qu'il eut le rare mérite de diriger à merveille\nla Ronde de VEpèe, dont l'exécution est des plus délicates par suite de\nl'alternance des mesures dans un mouvement aussi rapide.\n\nJean Poueigh.\n\nCOURRIER DE NICE\n\nManon Lescaut de Puccini. Concerts.\nOpéra. La Manon Lescaut de Puccini (i ), qui vient de faire en France une\nentrée peu triomphale, est divisée en 4 actes. Les deux premiers sont du\nbon opéra bouffe italien ; les deux derniers du mélodrame larmoyant.\nVoici comment le librettiste a découpé pour la scène le roman de l'abbé\nPrévost. Manon, conduite par Lescaut, son frère, s'est trouvée dans le\ncoche d'Amiens avec le vieux comte de Gerval. Elle a plu au gentilhomme,\net Lescaut un bien vilain personnage dont le rôle, comique, est le\nmieux traité de la partition est prêt à faciliter les rapprochements. Mais\nvoilà qu'en descendant du coche, la jeune fille et le chevalier Des Grieux\nse rencontrent. Coup de foudre, grand air, duo et fugue dans la voiture\nmême que le comte amoureux avait fait préparer pour enlever la coquette.\nCet acte adu mouvement et de la gaîté ; mais la partie sentimentale est\ndésolante de fadeur et de mélodie facile.\nAu deuxième acte, Manon a déjà lâché Des Grieux et s'est laissé meu-\nbler un coquet appartement par le comte de Gerval. Nous assistons à une\npartie de sa toilette, à sa leçon de danse. Des pages lui débitent d'assez\ngentils madrigaux ; de vieux messieurs viennent lui faire de galants com-\npliments, et la musique de tout cela se maintient dans une note assez juste,\npas désagréable. Bref, Manon serait heureuse s'il ne lui manquait Des\nGrieux. Mais Lescaut, bon garçon, le lui amène. Reproches, larmes, grand\nair, duo, réconciliation, baisers interrompus par l'arrivée inopinée du\ncomte de Gerval. Le vieux marcheur ne fait pas d'éclat ; il envoie simple-\nment quérir les archers, qui, après une poursuite bouffonne à travers les\nsalons, s'emparent de Manon et l'emmènent. On voit combien le roman a\nété condensé en ces deux actes incompréhensibles pour qui n'a pas lu le\n\n41) Adaptation française de M, Maurice Vaiacaire"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.51", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n485\n\nlivre. On ne peut s'empêcher de trouver un peu radicale la façon de pro-\ncéder de ce gentilhomme qui, à quelques minutes d'intervalle, traite une\njolie fille comme une marquise et comme une gourgandine.\nLa deuxième partie, en revanche, est trop délayée. Le troisième acte\nnous montre le départ pour l'Amérique des filles déportées, et une scène\nd'adieux assez touchante. Des Grieux implore l'autorisation de suivre Ma-\nnon et l'obtient. Au dernier tableau, les deux amants errent dans le désert\naméricain et Manon, à bout de forces, s'arrête et meurt longuement.\nManon Lescaut est une des premières œuvres de M. Puccini. Elle se\nmaintient au répertoire en Italie depuis une quinzaine d'années. La renom-\nmée et le succès de la Manon de M. Massenet autrement remarquable\nà plus d'un titre, bien qu'aussi une œuvre de jeunesse opposaient une\nbarrière redoutable à l'introduction en France de cet ouvrage plein de fai-\nblesses. Mais Tinvasion italienne se poursuit; elle est déjà plus complète\nqu'on ne le suppose, surtout en province. Nice a été une des premières\nvilles à livrer les clefs de ses portes. Mais cette fois le peu d'originalité de\nla mélodie, la simplicité des procédés et une première représentation des\nplus ternes ont produit une impression peu favorable. Les éloges habituels\nde la presse ont été mitigés de critiques assez vives et fort justes, si bien\nqu'un compte rendu (non signé) de la seconde représentation a été jugé\nnécessaire par les intéressés. Ils ont essayé ainsi de pallier le mauvais effet\nde ces premières critiques en vantant « le charme délicat d'une musique\ndevant plaire à un public chez lequel la savante algèbre de la musique,\ndite moderne, n'a heureusement pas tari l'instinctif amour de la mélodie ».\nJe ne sais pas à quelle musique il est fait ainsi allusion et ne crois pas que\ncelle de M. Massenet se compose de monomes, de binômes et d'équations ;\nmais ce qu'il y a de certain, c'est que, malgré ses défauts, la Manon fran-\nçaise reste l'œuvre d'un maître qui n'a rien à redouter de sa contrefaçon\nitalienne.\nEt c'est cependant à cet opéra qu'est due la véritable cause de l'incident\nHeugel au début de la saison, incident dont s'est vite consolée la direction\nde l'Opéra, les œuvres italiennes coûtant, paraît-il, moins cher à représen-\nter que les françaises. Si cela est exact, cette concurrence commerciale est\ncertainement plus dangereuse pour les compositeurs français que la riva-\nlité artistique.\nLe rôle de Manon a été créé par Mlle Ch. Wyns avec beaucoup de\ngrâce et d'émotion ; celui de Des Grieux par le ténor Constantino, très\nbon chanteur qui n'a malheureusement pas du tout le physique de l'emploi.\nTout le reste, sauf l'orchestre, assez bon, était médiocre.\n\nEdouard Perrin.\n\nCOURRIER DE REIMS\nL. B.\nConcerts éclectiques. —Le concert spirituel donné le dimanche 8 avril\ndernier a produit une excellente impression sur les nombreux auditeurs,\nà l'occasion de l'exécution des Paroles du Christ d'Haydn, oeuvre vraiment\nbelle et d'une exécution difficile et laborieuse ; aussi M. Vaysman mérite\nde vifs et sincères compliments.\nLe programme était complété par un O vos omnes de notre distingué\nconcitoyen Ed. Petit, et nous n'avons que des éloges à lui adresser.\nCette dernière audition de Tannée a couronné glorieusement les efforts\nartistiques de la belle Société de M. Vaysman."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.52", "texte": "486\nLE MERCURE MUSICAL 15-V-06\n\nCOURRIER DE TOURS\nJ. R.\nBonne interprétation de Désert, le 25 mars, par la chorale Sainte-Cécile\net l'orchestre de l'Association artistique sous la direction de M. Etesse.\nA ce concert se firent entendre plusieurs solistes parmi lesquels il convient\nde citer Mlles Lily Françoise, violoniste, et Lucie Caffaret, pianiste. —Le\n28 eut lieuunautre concert organisé par la Direction Paul Bocquet et où\nnous avons applaudi M. Lucien Wurmser et M^6 Ida Ekmann, qui tour\nà tour exécutèrent des pièces de Schumann, Chopin, Chevillard, d'lndy,\nSaint-Saëns, et des mélodies de Gluck, Liszt, Durante, Grieg, Schubert et\nReimann,dont la délicieuse Fileuse fut bissée. Le public, malheureusement\ntrès peu nombreux, fit un chaleureux accueil à ces deux artistes.\nJAN RUER.\nAu cours d'une soirée musicale presque intime, tant les élus étaient\nchoisis parmi les disciples de l'art, il nous fut donné d'entendre les œuvres\ninédites d'un compositeur de talent, Mme Grodvolle. Nous en parlerons\nplus longuement d'ici peu.\n\nCOURRIER DE VARSOVIE\nM. S.\nAu programme de son concert d'abonnement du 3o mars, la Philharmo-\nnie de Varsovie avait inscrit des poèmes arabes pour orchestre et chant, de\nAdam Wieniawski, la Joueuse de Flûte, la Joueuse de Tambourin, Dormeuse,\ntirés des « Mille et une nuits ». L'auteur conduisait en personne ces évo-\ncations d'Orient d'un charme alangui si séduisant et si personnel, qui eurent\ncomme interprète la charmante cantatrice Marguerite Artôt. Le succès des\nœuvres et de l'interprète fut tel que la direction a retenu Artôt\npour un second concert qui eut lieu le 5 avril. Artôt y chanta la\nTosca et des mélodies d'Adam Wieniawsaki, qui fut, cette fois encore et en\ndépit de tous les proverbes, très fêtépar ses compatriotes.\nA noter que ce jeune compositeur au talent si séduisant, s'est révélé très\nhabile chef d'orchestre.\n\nÉCHOS\nA 1 Opéra-Comique. —M. Albert Carré a signé deux engagements nou-\nveaux : celui de Mlle Geneviève Vix, qui quitte l'Opéra, et qui, très pro-\nbablement, créera, place Favart, le Chandelier, de M. Messager; et celui\nde Georgette Leblanc Maeterlinck, qui passera à l'Opéra-Comique les\nmois de février et mars, pour y être l'interprète de l'œuvre de M. Dukas,\nBarbe-Bleue, et, le cas échéant, chanter des ouvrages de son répertoire tels\nque Carmen, la Navarraise ou Sapho.\nIl faut signaler aussi l'engagement de Mll® Lina Cavaliéri et la rentrée\nprobable de M. Renaud ; celui-ci ferait, à l'Opéra-Comique, avec\nMme Héglon, la création du Chemineau, de M. Xavier Leroux.\nLe bruit court enfin que Mne Garden aurait annoncé son intention de\nchercher des scènes plus vastes et plus dignes de l'ampleur de sa voix."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.53", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n487\n\nOrgues. Comme il le fait depuis bien des années, M. Guilmant donnera\njusqu'au 2 juillet, tous les lundis, à 4 heures 1/2, dans la salle du Troca-\ndéro, une audition d'orgue complémentaire de son cours du Conservatoire.\nLa première séance (23 avril) comprenait des œuvres françaises, dont un\nOffertoire, agréablement varié, de Dandrieu, de jolies pièces de Boély et\nde M. Périlhou, une intéressante suite d'Emile Bernard et un finale d'une\npuissante sonorité de M. Guilmant.\nAla recherche d'une salle. L'Association des Concerts Lamoureux\navait demandé s il ne serait pas possible de louer la salle de l'Opéra, son\ntraité avec la direction du Nouveau-Théâtre prenant fin cette année même.\nM. Gailhard a dû décliner toute proposition, par la raison qu'il se propose\nd'utiliser, le dimanche après-midi, la salle de son théâtre.\nIl est a présumer que les Concerts Lamoureux auront lieu, dès la rentréej\nau théâtre Marigny.\nChansons populaires grecques. Ces chansons ont été présentées au\npublic de l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine, par MllO Mar-\nguerite Babaïan, à la voix expressive et pure, après une instructive con-\nférence de M. Calvocoressi. Plusieurs d'entre elles, les plus belles, avaient\nété harmonisées par M. Ravel.\nLa musique au Salon d'Automne. Une courte note, qu'un de nos con-\nfrères (n° du ier mai) semble dissimuler au bas d'une page immense et\nbourrée de petit texte illisible, nous apprend que les œuvres pour la\nsection de musique du Salon d'automne devront être envoyées avant le\ni 5 mai à M. Alfred Bruneau, 122, rue de la Boétie. Il était temps de le\nsavoir, en vérité. Et le plus étrange, c'est que cette communication, con-\ntrairement à tous les usages, n'a été faite à aucun autre journal de musique.\nLe nombre des envois au concours se trouvera ainsi notablement réduit,\net la tâche de M. Bruneau facilitée. On s'est étonné parfois de notre sévé-\nrité à l'égard de ce compositeur : nous l'aurions certes passé sous silence,\ns'il s'était borné à n'avoir aucun talent. Mais on veut faire de lui une\nsorte de préfet de la musique, et ces procédés sournois ne sont-ils pas ceux\nd'un préfet combiste ? N'avions-nous pas raison de combattre son influence\net de dénoncer son incapacité?\nConcours. Les concours ouverts en 1905 par la\nteurs de Musique ont donné les résultats suivants :\nI. Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle. Prix de 500 francs\noffert par M. le ministre des Beaux-Arts, décerné à M. Roger Ducasse ;\nMention à l'auteur de l'œuvre ayant pour devise : « Il ne chantait que la\ngrandeur des Dieux » ;\n11. Fantaisie pour piano et orchestre : Premier prix de 500 francs (Fon-\ndation Pleyel-Wolff-Lyon), décerné à M. Aymé Kunc ; Deuxième prix de\n200 francs, offert par la Société, décerné à M. J, Ermend-Bonnal ; Mention\nà l'unanimité à l'auteur de l'œuvre ayant pour devise : « Veni » ;\n111. Ave Maria pour baryton solo et chœur à trois voix avec accompa-\ngnement d'orgue, violon, violoncelle, contrebasse et harpe : Prix Samuel-\nRousseau, 300 francs, offert par Mme Samuel-Rousseau, non décerné\nMention à l'auteur de l'œuvre portant l'épigraphe « T. U. B. A. » ;\nIV. Musique de scène pour Y Amphytrionde Molière : Prix de 500 francs\noffert par M. Albert Glandaz, non décerné ;\nV. Histoire de la Sonate : Prix de 200 francs offert par la Société, non\ndécerné : Mention avec prime de 100 francs, à l'auteur de l'envoi portant\nl'épigraphe : c L. S. P. M. »."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060515-01.1.54", "texte": "488\nLE MERCURE MUSICAL xç-v-oô\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de Librairie*\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\n\nIl ne sera pris connaissance des noms des auteurs ayant obtenu des\nmentions qu'avec leur assentiment.\nSchola Cantorum. M. Charles Bordes donnera le 18 mai, à 9 heures\ndu soir, une audition de Rébecca,de César Franck : M,le Pironnay, M. de\nGabriac, les Chanteurs de Saint-Gervais et l'orchestre de la Schola.\nLe sottisier musical. « Un certain nombre de promeneurs s'arrêtent\npour écouter les deux petites joueuses de flûte, Rhodis et Myrto, qui\nchantent en s'accompagnant sur leur instrument. » Louis DE GRAMMONT,\nAphrodite, page 5.\n« Elle (Mlle Garden) adhéra au personnage et se coula en lui, comme si\nelle était Mélisande elle-même. Elle eut, dès le premier jour, sa voix\nd'oiseau blessé. » A. MANGEOT, Monde page 118.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nI. Albeniz : lberia.3 pièces pour piano. Paris, Edition mutuelle.\nBaude de la Quarière : La chanson Etude métrique par\nR. Meyer. Essai d'interprétation par J.Bédier. Étude musicale par P. Aubry.\nParis, A. Picard et fils.\nPierre de Bréville. Prières d'enfant. Piano et chant. Paris, Edition\nmutuelle.\nAuguste Chapuis : Impressions sylvestCinq pièces pour violoncelle\net piano, Paris, Durand et fils.\nC. A. Collin : Ad altare Dei.Cent pièces pour orgue. Paris, E. Demets.\nClaude Debussy : Douqe chants en avec accompagnement de\npiano. Texte français et anglais. Paris, Durand et fils.\nPelléas et Mélisande.Extraits, transcrits pour piano à deux mains et à\nquatre mains, par Léon Roques. Paris, Durand et fils.\nCésar Franck : Première fantaisie p transcrite pour piano à\nquatre mains par G. Choisnel. Paris, Durand et fils.\nA. Mariotte : Sonate pour piano, Lyon, Janin frères.\nMaurice Ravel : Cinq mélodies populair Version\nfrançaise de M. D. Calvocoressi, Paris, Durand et fils.\nJean-Philippe Rameau : Les Indes Partition pour chant et\npiano, transcrite par Paul Dukas. Paris, Durand et fils.\nLes Indes galantes.Airs de ballet, transcrits pour piano à deux mains\npar Paul Dukas. Paris, Durand et fils.\nHippolyte et Aricie. Airs de ballet, transcrits pour piano à deux mains\npar Vincent d'lndy. Paris, Durand et fils.\nCamille SaintSaëns : La jeunesse d'HPetite partition d'orchestre.\nParis, Durand et fils."}]}