{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_sha256": "5fd2b2eac26353f1c21bc035d1e4a69fc576d0c4f97151bfce7e807d0fc8d073", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/06/01_01/bmtnabh_1906-06-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/06/01_01/bmtnabh_1906-06-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.1", "debut_caractere": 313, "fin_caractere_exclue": 925, "texte": "Sommaire\nGEORGES D ESPAGNAT Composition inédite pour Simone,\nCH. LÉANDRE . P. Coi\nREMY DE GOURMONT. ..... Simone. 111 :Le Houx.\nARMANDE DE POLIGNAC.. Pensées d'ailleurs.\nJEAN MARNOLD Les sons inférieurs et la théorie de M. Hugo\nRiema ' J\nPIERRE AUBRY La musique et les musiciens d'église au\nXIIIe\nREVUE DE LA QUINZAINE\n, .\nWilly i Lettre, Raymond Bouycr : Théâtr Louis Laloy, Ch. Charn-\"\nbellan, M. 8., Maurice Fourrier, Paul Dubot : Raymond\nBouyer ; Vévolution de la Sonate. Jacques Rivière :\nI— Edouard Perrin : Courrier de Nice. C. D. : Courrier de Saint-Quentin.\nJan Ruer : Courrier de Tours.\ntions récentes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.2", "titre_corps": "PENSÉES D'AILLEURS", "titre_sommaire": "PENSÉES D'AILLEURS", "signature_source": "Armande De Polignac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nL'art est une périphrase.\nL'art doit nous montrer les choses non telles qu'elles sont ou\nparaissent être, mais telles que nous les voudrions. Plutôt il\ndevrait nous aider à ressentir les impressions justes que nous\npourrions désirer avoir. Il devrait être le délicat médiateur qui\nnous mettrait dans la sphère du rêve, c'est-à-dire apaiserait ce\nbesoin inné en nous du surnaturel, du féerique, chez les uns\ndu mystique, chez les autres du fantastique, en un mot le désir\nde voir se réaliser les mondes imaginaires.\nNous désirons que l'art évoque en nous des sensations per-\ndues ou rares, des souvenirs de pays lointains, d'autres climats,\nde moments heureux. Sorte d'aspiration ou vague besoin de\ncommunier avec un monde dans lequel notre désir nous fait\npressentir une possession plus complète de la beauté. Ce pou-\nvoir se trouve entre autres dans la nature, dans les arts plasti-\nques et surtout dans la musique. Celle-ci est, en effet, puissante\nà produire une tension de l'être vers quelque chose d'encore\nirréalisé, une nostalgie douloureuse mais pleine d'un espoir qui\ns'y répand comme un baume.\nAussi nous lui demandons, plus peut-être qu'à tout autre art,\nde faire vivre ou revivre en nous les émotions les plus diverses.\nNous lui demandons une expression toujours juste et adéquate\nà la situation. Elle accompagne la tragédie et la comédie. Elle\na été complaisante trop, car pour traduire un effet elle est\nsouvent descendue jusqu'à l'effet lui-même.\nLorsque, par exemple, nous pensons à une belle forêt enso-\nleillée dont le froid hiver nous donne un nostalgique souvenir,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.4", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "ce n'est pas à la qualité des troncs, au nombre de feuilles, aux\nespèces d'arbres que nous songeons, mais nous sentons l'enve-\nloppement de la lumière tamisée, nous sentons les masses des\nfeuillages, le labyrinthe des troncs fuyants. Nous voyons des\ntaches d'or par terre, et non des tas de feuilles jaunies éclairées\npar le soleil. De même en art nous cherchons, non pas à voir\nreproduire les causes matérielles, mais à subir les effets. Et c'est\npourquoi l'art, lorsque nous lui demandons une forêt, doit nous\ndonner, non pas une forêt, mais la sensation qu'elle a éveillée\nen nous. Ce que nous désirons au théâtre est de voir tous nos,\nsentiments idéalisés ou exacerbés ; de voir la vie réelle soit\nintensifiée, soit enveloppée d'un charme qu'elle n'aurait pas,\nvue par la fenêtre ou dans la rue ; nous voulons que tout\nredouble d'intensité, comme cela arrive dans les rêves ; que le\nbeau soit transcendant, que le mal fasse frémir.\nCette sensation juste, les enfants la trouvent au plus haut\ndegré, et c'est pourquoi l'art devrait être fait pour eux ou pour\nceux qui leur ressemblent. Leur besoin de rêve est très prononcé,\net leur esprit critique est juste, sans parti pris, jamais mes-\nquin. Sans comprendre la portée des choses, ils peuvent les\napprécier à leur juste valeur. Par exemple un joli conte de fées\nque nous relisons plus tard en en savourant toute la poésie et\nla philosophie, nous ravissait alors dans un monde nouveau,\nvivant. Nous pouvons tous nous souvenir de la fraîcheur de nos\nsentiments et de la joie que nous trouvions dans les choses de\nl'imagination. Ou bien encore l'entrée dans la chambre de l'arbre\nde Noël où l'émotion nous frappa d'un silence ému, où les\nbougies semblaient supérieures aux étoiles dans le firmament,\nles poupées vêtues de tarlatane, des anges, les globes de verre,\nautant de mondes éblouissants. C'est ?G}ue nous avions des\nmondes de lumière en nous.\nQuel mélange de mystère et de joie éprouvent les enfants\nassistant à un opéra ! Comme ils complètent ce qui ne s'y\ntrouve pas et comme nous devrions les imiter pour suppléer\naux imperfections forcées d'une réalisation quelconque ! Les\nplus affreuses ballerines couvertes de tulle et de paillettes leur\nparaissent des êtres supérieurs et glorieux. Les plus piètres\ndragons sont terrifiants ; il n'y a pas plus diabolique que\nSamiel, pas plus féerique que le cygne de Lohengrin.\nC'est qu'ils mettent toute leur foi dans l'œuvre qu'ils vont\nvoir et toute leur bonne foi à l'écouter. L'intention de l'au-\nteur porte dans toute sa force et remédie à la réalisation défec-\ntueuse. Ils ne s'attendent pas à une reproduction de ce qu'ils\nvoient quotidiennement ; ils ne demandent pas une copie ser-\nvile de faits divers ; les costumes modernes à la scène les désap-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "pointeat. Leur critérium, s'ils pouvaient le formuler, ne\nserait pas: « C'est tout à fait ce que j'ai vu », mais: « C'est ce que\nj'ai senti. » Et ils sont heureux. Avec chaque lever de rideau,\nun monde s'ouvre, un monde auquel ils participent. Leur atten-\ntion est fascinée, rivée, inébranlable et peu inquiétée par les\ndétails. Et lorsque la toile tombe, ils emportent une sensation\nvécue qui les accompagnera encore longtemps dans leurs rêves\net leurs jeux: petit rayon tombé d'un coin entr'ouvert du para-\ndis de l'imagination et de la beauté. Soyons sincères ! nous\nvoudrions retrouver de ces joies-là dans l'art; nous nous envions\nà nous-mêmes cette réceptivité passée ; et ce besoin de possé-\nder le rêve vivant est si grand qu'il nous pousse à rendre l'art\nsemblable à nous-mêmes, à vouloir le revêtir de chair pour\nêtre alors désappointés par son ridicule ou son inefficacité.\nC'est ce désir qui fait devenir l'art de plus en plus réaliste,\ncomme si l'on pouvait par là étreindre la chimère sans s'aper-\ncevoir qu'elle a perdu ses ailes, qu'elle ne nous apporte plus la\nbeauté, mais qu'elle accroît la laideur universelle en venant s'y\njoindre.\nL'art a son atmosphère, et, lorsque nous l'attirons à nous, il\nlaisse son âme là-bas, et nous ne possédons qu'un corps sem-\nblable à ceux du musée Grévin, où le laid devient ignoble et le\nbeau fade et doucereux. L'art doit conserver autour de lui son\natmosphère qui tamise et diffuse ses rayons et devient le mé-\ndium de communion avec notre être, comme l'atmosphère de\nla terre diffuse la lumière et la chaleur du soleil et enveloppe\ntoutes les choses.\nLe réalisme dans l'art nous donne la lettre, non l'esprit.\nIl est trop souvent confondu avec le « vrai » ou décoré du\nnom pompeux de « vérité ». La vérité est-elle dans l'appa-\nrence des actions ou dans le motif intime ? La réponse à ceci\nrayonne en nous avec toute la force de la conviction. Les\nactions ne sont-elles pas souvent incompréhensibles, illo-\ngiques même, et ne faut-il pas les copier alors seulement\nqu'elles ont directement trait à leur cause ou à leur effet psy-\nchique ? Nous savons bien que les émotions priment la vie\nroutinière, et ce qui nous intéresse est ce qui nécessite les\nactions.\nEt si c'est une reproduction exacte et matérielle que l'on\ncherche, pourquoi faire de l'art ? C'est déjà un mensonge. L'in-\ntégrité serait alors de vivre nos actions nous-mêmes, sans les\nprojeter entre quatre cartons peints, dictées par la bouche d'un\nsouffleur. Pourquoi vouloir ce que nous serions désolés de\ntrouver dans la vie : ce manque du « romanesque » auquel\nnous cherchons à suppléer par des moyens factices? Notre ima-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.6", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "gination, le plus libre et fort de nous-mêmes, doit trouver sa\npâture dans l'art.\nL'enfance est dans le vrai. L'art doit nous donner le rêve,\nla féerie, l'illusion ; et lorsque ses moyens ne suffisent pas,\nnous devons y suppléer de notre côté par la bonne foi et\nn'avoir pas honte de trouver un plaisir par peur de laisser\npasser sans le ridiculiser quelque défaut de l'autre côté de la\nrampe.\nCar au fond nous avons encore l'âme de notre enfance et\nnous voudrions pouvoir concilier notre esprit de critique plus\ndéveloppé avec le désir de magie et d'éblouissement dont nous\nenvions notre passé. Il faudrait que l'art musical du théâtre\narrive par des et des subterfuges adroits à nous rendre\nce qu'il nous donnait alors que nous étions plus simples d'es-\nprit. Il doit voiler le trop réel, tirer de nous ce que nous [don-\nnions librement autrefois, ne pas insister, ne pas s'appesantir.\nLorsqu'on aura remplacé les figurants grossiers par des projec-\ntions, lorsque l'action se passera au quatrième plan plutôt qu'au\npremier, lorsque nous pourrons plus facilement idéaliser ce\nque nous entendrons et ce que nous verrons, alors il y aura, je\ncrois, un grand pas de fait vers une véritable beauté. Car, mal-\ngré tout, celle-ci réside et résidera toujours en nous ; mais, afin\nqu'elle puisse en quelque sorte se précipiter contre les objets\nextérieurs, il faut que ceux-ci ne la blessent pas dans sa cristal-\nlisation.\nLa réalisation deviendra belle et complète, non en voulant la\nrabaisser à une imitation matérielle, mais en atteignant des\nmoyens si parfaits d'évocation que nous retrouverons là sans\neffort les joies que nous croyions désuètes ou perdues.\nOui, il nous faut toujours le conte de fées, sinon le conte en-\nfantin, du moins celui qui vit dans toutes les âmes, sous mille\ndéguisements, vêtu de haillons aussi bien que de pourpoints de\nsatin. Un conte de fées adapté à un sens critique moins indul-\ngent, car les fées ne sont grotesques que lorsqu'elles sont per-\nsonnifiées par des coryphées en maillot, la bouche encore mal\nessuyée du saucisson. Là où l'on sentira toujours l'essence du\nconte de fées et leur présence invisible, il n'y aura plus de ridi-\ncule, carie point de comparaison manquera. C'est cela quenous\navons le droit de demander à l'art, et c'est pourquoi il doit être\nune périphrase. Il parle un langage que comprennent les enfants\net qu'on ne comprend pas avec les sens. Et il ne sera parfait que\ntant qu'il parlera ce langage-là, qui ne dira rien, mais qui fera\ntout comprendre. Mais il devra être à la portée de tous, aussi\nbien des simples d'esprit qui entendront et goûteront la para-\nbole, que des plus ardents chercheurs de beauté, pionniers d'une"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 384, "texte": "élite inassouvie, toujours en progrès et qui, eux, comprendront\nl'esprit de la parabole.\nQue l'art devienne libre des entraves du réalisme, peu gêné\npar les nécessités de la réalisation, entr'ouvrant des trésors\nde sensation et de pensée en nous. Car il doit être le temple\nde Tlmagination, seule créatrice, essence et germe de l'univers.\n\nArmande De Polignac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c005", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.3", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS", "signature_source": "Jean Marnold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nLa distraction est flagrante, une fois de plus, et M. Sérieyx\nregrettera vraisemblablement d'en avoir imprimé les déductions\nqui suivent :\n« Cet exemple, dont on peut faire l'application à les\nsons tempérés, suffit pour réduire à sa valeur toute une caté-\ngorie d'objections plus ou moins spécieuses, soulevées par d'ha-\nbiles théoriciens, au nom de l'exactitude mathématique, dans\nle but d'infirmer certains principes physiques et métaphysiques\nbasés sur les rapports de vibrations et notamment sur la\ndes Quintes. »\nIl y a, dans cette phrase complexe, beaucoup de choses. Com-\nmençons par le commencement. Nous avons vu ce que vaut\nl'exemple de M. Sérieyx ; cependant, sans insister trop sur cette\nbévue d'inattention et puisque M. Sérieyx parle de « les\nsons tempérés » comparons-en donc quelques-uns à certains\n« sons harmoniques que notre oreille rejette» selon l'auteur.\nAla vérité, nous ne savons plus au juste quelle est la véritable\ndifférence d'intonation que M. Sérieyx estime « inappréciable à\nl'oreille ». Mais nous pouvons toujours obtenir une échelle de\ncomparaison. Le do de 32,32 vibrations du tempérament pris\ncomme base et son fondamental i d'une résonance supérieure,\nnous avons vu que pour le son 7, cette différence était de 1,75\nvibrations 0/0. En continuant par les sons harmoniques corres-\npondant aux « nombres premiers » les plus proches (2), nous\naurons pour le son 11 :\nFA dièze (11 ) 355,6 vib.\nfa dièze tempéré = 365,7 vib.\nDifférence =lO,l vib. ou 2,70 0/0\n\n(1) Voir la ir» année, nos j} 3, 5, 7, 11 et 13, et la 2e année, nos 1, 7, et 9.\n(2) Les nombres de vibrations des sons tempérés sont empruntés aux\ntables des Eléments cC Acoustique musica de Mahillon.\n(Bruxelles, 1874.)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.9", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "pour le son i 3 :\nLA bémol ( 13) = 420,2 vib.\nla bémol tempéré =410,5 vib.\nDifférence = 9,7 vib. ou 2,31 0/0.\npour le son 17 :\nRÉ bémol (17) = 549,5 vib.\nré bémol tempéré = 548 vib.\nDifférence 1,5 vib. ou 0,27 0/0.\npour le son 19 :\nMl bémol (19) = 614,08 vib.\nmi bémol tempéré =615 vib.\nDifférence = 0,92 vib. ou 0,15 0/0.\npour le son 23 :\nSOL bémol (23) = 743,5 vib.\nsol bémol tempéré =73 1,5 vib.\nDifférence = 12 vib. ou 1,61 0/0.\npour le son 29 :\nSI bémol (29) = 937,4 vib.\nsi bémol tempéré = 921,6 vib.\nDifférence = 15,8 vib. ou 1,68 0/0.\nIl n'est guère besoin de pousser plus avant pour répondre à\nl'invitation de M. Sérieyx proclamant, en nous offrant son\n« exemple », qu'on en « peut faire l'application à les sons\ntempérés ». Nous l'avons faite pour quelques-uns, et toutes les\ndifférences d'intonation trouvées étaient jusqu'ici inférieures\naux 2,75 vibrations pour 100, qu'il assurait d'abord « inappré-\nciables à l'oreille ». Cette proportion, toutefois, peut paraître\nexcessive, même à l'audition « d'un ensemble vocal » ou instru-\nmental. L'expérience pourtant nous enseigne que la différence\nd'intonation entre les sons produits par quintes et les sons\nproduits par tierces, dont nous entendons couramment les\nefïets dans les accords en triple ou quadruple corde des violons\nà l'orchestre, y est, sinon absolument « inappréciable », du\nmoins unanimement tolérée sans qu'on en soit gêné, ni même\nqu'on y songe. Or cette différence est de 1,23 pour 100\nvibrations, et trois des nombres que nous avons obtenus ne\ns'en éloignent que d'une fraction de vibration respectivement\nvariable. Il en est deux, en revanche, qui démontrent un\nunisson presque parfait entre les « exclus » 17 et\n19 et les sons tempérés corrélatifs, avec des différences de\net 0,15 pour 100. Et si nous comparons ces résultats aux dif-\nférences pouvant se produire entre des sons et des\nsons « engendrés par les nombres 3 et 5 », nous serons plus sur-\npris encore de la confiance de M. Sérieyx.\nEn effet, le mi,tierce majeure d'un de 129,3 vibrations"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "(harmonique 5 du Do de 32,32 vibrations), en fait 161,6. Le\nmi tempéré étant de 162,9 vibrations (1), la différence est 1,3\nvib. ou 0,79 pour 100.\nSi de ce mi (161,6), tierce majeure du Do (129,3), nous\nprenons le la,sa quinte inférieure, ce fera 107,7 vibrations.\nLe la tempéré étant de 108,7 vib., la différence est 1 vib. ou\n0,92 0/0.\nL'harmonique 25 (i/ 5 de i/ 5), que M. Sérieyx agréait tout\nà l'heure (p. 104), est, pour un Do de 129,3 vibrations, un\ndié\\ede 3232,5 vib. Le sol diè\\etempéré faisant 3284 vib., la\ndifférence est de 51,5 vib. ou i,56 0/0.\nEn prenant pour exemple un passage célèbre des\nde César Franck et partant du tempéré de 205,2\nvib., nous aurons, pour la tierce mineure et la quinte natu-\nrelles :\nla bémol — Fa (171) Do (256,5) ;\nalors que les sons tempérés ont pour nombres de vibrations :\nla bém01(205,2) fa(172,6) (258,6).\nLa différence est pour la tierce mineure : 1,6 vib. ou 0,92 0/0 ;\net pour la quinte: 2,1 vib. ou 0,81 0/0.\nCes différences, pour des sons produits par les « nombres 3\net 5 i), variant entre plus du triple et plus du quintuple de la\nplus forte de celles affectant les harmoniques 17 et 19, on ne\nvoit pas bien quel argument pour leur exclusion M. Sérieyx\npeut tirer des sons tempérés.\nLa différence i,56 vib. 0/0 du Sol dié\\e (25) égale à 1/5 de\nvibration près celle condamnée par M. Sérieyx pour le SI\nbémol(7) de 452,6 vib. et que nous avons reconnue de 1,75 0/0.\nPar contre, si, à partir d'un la aigu de 435 vibrations, nous\ndescendons des deux tierces majeures formant, selons les théo-\nries courantes, un accord de quinte augmentée, nous aurons,\npour les sons naturels produits par tierces majeures | :\n1a(435) Fa(34B) (278,4) ;\nalors que les sons tempérés donnent :\nla (435) fa (345) ré bémol (274).\nLa différence entre les deux fa est de 3 vib. ou 0,87 0/0; entre\nles deux ré bémol, de 4,4 vib. ou 1,58 0/0. Ici, la fausseté d'une\ntierce majeure égale à 1/6 de vib. près celle reprochée au\nbémol(7). Mais, si de ce ré bém01(278,4), tierce naturelle, nous\nmontons d'une septième mineure également naturelle, nous\n\n(1) Dans toutes ces comparaisons, tous les nombres de vibrations des\nsous tempérés sont empruntés à Mahillon. Les nombres de M. Sérieyx tantôt\ncoïncident avec ceux de Mahillon, tantôt en diffèrent, pour des raisons qui\nm'échappent."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.15", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "obtenons un DO bémol (487,2) qui coïncide alors presque exac-\ntement avec le si ou do bémol tempéré de 488,2 vibrations. La\ndifférence, pour ce son 7, n'est que de 0,2 ou { de vib. 0/0.\nOn pourrait multiplier ces exemples, « faire l'application »\nde cette épreuve « à tous les sons tempérés » et à les\nsons naturels admis ou exclus, les résultats seraient analogues\net, encore que variables, unanimes à démontrer à la fois l'im-\npossibilité d'une existence réelle du tempérament dans la\npratique musicale ou, en admettant même sa réalisation éphé-\nmère sur des instruments à sons fixes ou à clavier fraîchement\naccordés, l'éventuelle capacité de « tous les sons tempérés » à\nreprésenter tous les sons naturels quelconques et imaginables\navec une justesse relative ou une fausseté indistinctement\néquivalentes, au cours d'une composition de quelques lignes\nvoire dépourvue de modulation hardie ou circonspecte. Une\nmesure des Béatitudes nous a fait voir le sort possible de deux\nintervalles formés par « les nombres 3 et 5 » : la tierce mi-\nneure (I) et la quinte(|).\nCeci constaté, on ne s'expliquerait plus guère la prétention\nde M. Sérieyx d'en « réduire àsa valeur toute une catégorie\nd'objections plus ou moins spécieuses, soulevées par d'habiles\nthéoriciens, au nom de l'exactitude mathématique, dans le but\nd'infirmer certains principes physiques et métaphysiques basés\nsur les rapports de vibrations... ». Mais, même en supposant la\nréalité des sons tempérés dans la pratique et en accordant que\nleurs intonations correspondent, avec une justesse approxima-\ntive particulière, aux « sons produits par les nombres 3 et 5 »,,\non ne comprendrait toujours pas à quel propos ces intonations,\nlégèrement faussées à dessein dans un but pourraient\nintervenir légitimement dans la démonstration d'un\nsystème fondé sur lesdits «harmoniques 3 et 5 », et y être de\nquelque bénéfice à « certains principes physiques et métaphy-\nsiques basés sur les rapports de vi », lesquels\nse trouvent précisément altérés et détruits par l'usage des nom-\nbres de vibrations correspondant aux sons tempérés.\nOn ne comprend pas mieux que M. Sérieyx reproche à\n« d'habiles théoriciens » adverses un souci spécieux « d'exactitude\nmathématique » dans une circonstance où celle-ci n'a trop évi-\ndemment rien à faire, puisque, dans la la justesse\nabsolue est un rêve et une certaine fausseté, quoi qu'on veuille,\ninéluctable à l'égard aussi bien des sons que des sons\nd'un tempérament quelconque.\nLes « théoriciens » dont il s'agit ont tout simplement remar-\nqué que, malgré la fâcheuse et fatale disgrâce, au témoignage\ndes œuvres et de l'histoire musicales, l'évolution de l'harmonie"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.16", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "s'est accomplie progressivement par l'exploitation consciente\nde rapports d'intervalle de plus en plus complexes, correspon-\ndant à la série régulière et graduelle des consti-\ntuant la « résonance naturelle ». Ils en ont dû logiquement\nconclure, avec M. Riemann, à l'interprétation instinctive de\nces sons ou accords plus ou moins faux, tempérés ou autres,\n« dans le sens d'intervalles naturels ï> par la sensibilité des\nartistes et auditeurs, et à la nécessité d'une « conception »\nrique adéquate.\nOn ne saurait donc leur faire grief d'une « exactitude mathé-\nmatique » essentiellement corrélative au concept, inhérente à\ntoutes spéculations ou à tous « principes basés sur des rapports\nde ces vibrations », et d'ailleurs non moins implicite et obligatoire\nchez M. Sérieyx lui-même, formant « l'Accord» et « engendrant\ntous les sons » avec leurs intervalles subséquents au moyen des\nseuls « harmoniques ou nombres 3 et 5 ».\nL'intrusion des sons tempérés dans la de M. Sérieyx\napparaît donc un mystère, et sa phrase conclusive ressemble\nfort à une énigme dont la fin déconcerte peut-être encore plus\nque tout le reste. Car, après avoir évoqué « certains principes\nphysiques et métaphysiques basés sur les rapports de vibra-\ntions... », il ajoute : «... et notamment sur la loi des quintes. »\nPour s'expliquer cette intervention finale de la il faut\nse souvenir de ce que M. Sérieyx objectait tout à l'heure à la\ntierce, touchant « la genèse de la gamme » :\n« Si l'on se sert, en effet disait-il, du rapport 5 (tierce majeure),\non n'aboutit point à une gamme complète. »\nOn songe aussitôt à répondre à M. Sérieyx que, comme il\nnous le montra par la génération de « l'Accord » des divisions\nd'une corde vibrante, le rôle du « rapport 5 » n'est pas de cons-\ntituer « une gamme complète », mais bien, dans toute gamme\nou combinaison sonore possible, de fournir les sons faisant\néventuellement fonction de tierce. C'est ainsi que, du mode\nmajeur de Hauptmann, de M. Riemann et d'autres :\nFa —la Do mi\npeut se déduire la gamme :\nDo Ré mi Fa Sol la si Do.\nA vrai dire, M. Sérieyx pourrait observer qu'ici n'est pas\nquinte, ni Fa tierce mineure du Mais, outre que c'est l'uni-\nque accord faux qu'on y rencontre, et quoiqu'elle soit compo-\nsée d'un nombre fixé de sons aux fonctions harmoniques limi-\ntées à priori, cette gamme pourtant n'est pas un assemblage\narbitraire : elle est un produit de la tonalité choisie et consti-\ntuée par les sons des accords fondamentaux de celle-ci réunis\ndans l'espace d'une octave. Le « rapport 5 (tierce majeure) » s'y"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.17", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "révèle donc apte à remplir l'office qui est le [sien, sans naturelle-\nment « aboutir à une gamme complète ».\nM. Sérieyx, néanmoins, continue :\n« Tout autre est le résultat, lorsqu'on opère avec le plus simple\nde tous les rapports musicaux, le nombre 3, la QUINTE. Qu'on\naille vers le grave ou vers l'aigu, chaque quinte nouvelle (i/3dela\nprécédente) produit un son nouveau qui, par une simple trans-\nposition d'octave, vient prendre place dans notre gamme chro-\nmatique : c'est seulement après avoir engendré de la sorte les\nsons de cette gamme que nous retrouvons, par la voie\ndes quintes, le son terminus (si par exemple), confondu\npar notre oreille avec le son prim en vertu de cette tolé-\nrance d'intonation due à l'imperfection tout humaine de notre\norgane auditif. Le rapport de quin est donc le capable de\nfournir dans un ordre logique tou les éléments de la gamme, à\nl'exclusion de tout élément étranger» (p. 104-105).\nOn ose à peine en croire ses yeux. Ainsi, M. Sérieyx nous\nannonce, comme base de son système et de toute harmonie, une\nrésonance naturelle double et opposée\", il y montre l'origine\nde « l'Accord », y décrit la genèse de ses facteurs, et\nréalisés par la division d'une corde en « parties » ;\npuis, en face de ces divisions aliqdéterminant un\nde vibrations d'où résulte 1 intonation et le rapport d'intervalle\nentre les sons correspondants, il inscrit les\ntions des intonations tempérées ; ensuite il exclut de sa théorie\n« les harmoniques ou nombres supérieurs à 7 inclusivement »,\nen s'appuyant sur la loi des rapports simples et la différence\n« inappréciable à l'oreille » existant entre les sons tempérés et\nceux produits par les « harmoniques 3 et 5 » ; il en déduit le\nmonopole de ces « harmoniques 3 et 5 qui, avec leurs multiples,\nsuffisent à engendrer, non seulement l'Accord, mais\nde notre système musical moderne » et, en particulier, du sien\npropre, basé sur les seuls rapports de quinte et de tierce issus\ndes divisions de la corde et des 6 sons de sa « supé-\nrieure ou inférieure naturelle y> \\ et, pour terminei, il établit\nla, gamme fondamentale de ce système avec des sons produits\nPAR QUINTES, « à Yexclusion de tout element étranger ».\nL'équivoque, ici, apparaît peut-être plus imperturbablement\nsereine encore et stupéfiante que chez M. Riemann. On ny\nconstate pas seulement l'absence de la moindre corrélation per-\nceptible entre les prémisses et la conclusion, mais 1 expose tout\nentier du système est un tissu de distractions ou d incohéiences.\nOn ne s'explique certes pas que M. Sérieyx invoque les sons\ntempérés à propos d'une résonanc et des\n« engendrés parles harmoniques 3 et 5 » \\ néanmoins, après qu il"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.18", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "a parlé de tout cela, on est bien plus abasourdi de le voir abou-\ntir à une gamme pythagoricienne,fût-elle chromatique.\nC'est en effet l'insoupçonnable résultat qu'il obtient avec ses\n« cloute sons » différents produits Tous les sons de\ncette gamme chromatique sont assurément en rapport réci-\nproque de quinte (1), de quarte (\\) ou de seconde majeure (§),,\nmais aucun n'y est capable de faire fonction de ou de\non d'en représenter le rapport. Les « rapports simples » de\ntierce majeure (f) et mineure (|) y deviennent respectivement\nHet ïf.Le « rapport de vibratioyis» de l'accord 4 5\n6, se transforme en 64\n—l2 l5, en 54 —64\n« quinte diminuée », 5\n7\nques 7et 11, deviennent 2 5 3o —36 et 16\nrespectivement les rapports 729\nMais cette gamme n'est point l'unique et admirable consé-\nquence de la duodécuple génération susdite. Des « douze sons »\nainsi « fournis dans un ordre logique », M. Sérieyx déduit,\noutre « la loi », ce qu'il nomme « », lequel\nun dessin schématise que l'auteur commente en ces termes :\n« Présentés suivant cet ordre, qu'on peut figurer par un\ncercle, les sons se répartissent naturellement en diatoniques et\nchromatiques. Les dénominations différentes, que l'usage du\ndièze et du bémol nous oblige à employer pour un même son,\nse superposent en un même point...»\nEn se souvenant de sa démonstration précédente ainsi con-\nçue : « Qu'on aille vers le grave ou vers l'aigu, chaque quinte\nnouvelle produit un son nouveau... », on serait tenté de relever\nl'actuelle et téméraire assertion de M. Sérieyx, attribuant à\n« l'usage du dièze et du bémol » l'obligation « d'employer des\ndénominations différentes », par exemple, pour un\n10E quinte de Do « vers l'aigu », et un 2e quinte du\nmême Do « vers le grave ». Mais on en est dissuadé en lisant qu'il\najoute: «... pour un même son... », et, en effet, dans les douze\ncompartiments dont le cercle constitue le « »,\nles deux sons cités et tous les autres analogues, obtenus par\nquintes en « allant vers le grave ou vers l'aigu », sont assimilés\nà un unisson.M. Sérieyx introduit donc ici un nouveau\nrament, le tempérament par quintes, et on peut remarquer en\npassant que la différence d'intonation entre les sons ainsi iden-\ntifiés (Ré — Mi bémol ; F\nDo; etc.) varie de 1,31 à 1,37 pour 100 vibrations, et ne\ns'écarte en moyenne que de 1/2 vib.o/o, de la fausseté (1,75 0/0)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.19", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "reprochée plus haut à Y harmonique7 et déclarée « intolérable à\nl'oreille ». L'observation est troublante, et on en serait volontiers\ninduit à pressentir en l'espèce quelque occulte intervention des\n« sons tempérés normaux », si le théoricien ne nous avait dû-\nment prévenus à l'instant contre une interprétation de ce genre,\nen nous vantant les vertus du « plus simple de tous les rapports\nmusicaux, le nombre 3, la QUINTE » (p. 104), rapport « ca-\npable de fournir dans un ordre logique les éléments de la\ngamme », et subsidiairement du cycle des quintes, « à l'exclu-\nsion de tout élément étranger » (p. ios). En dépit de cette pré-\ncaution, pourtant, on est presque forcé, à tout le moins, d'ima-\nginer que l'illusion du « tempérament égal » dans la pratique,\noù les différences de vibrations seraient alors compensées plus\nou moins, a entraîné M. Sérieyx à une représentation bâtarde, et\nà cette assimilation rudimentaire de sons conçus\nen rapport de quinte juste. Si son « cycle des quintes » ne gagne\nrien à l'équivoque, celle-ci, au fond, demeure assez inoffensive\nà l'égard des quintes considérées, puisque, quoique « superpo-\nsées en un même point » du cercle tracé sur le papier, elles y\nconservent leurs « dénominations différentes » impliquant leurs\nfonctions et leurs rapports d'intervalle et de vibrations éventuels.\nOn ne comprend guère, toutefois, pourquoi le théoricien tient\ntant à les confondre en « un même son », ni quel avantage il\npeut trouver pour son système.\nMais M. Sérieyx continue :\n«... Les sons primes de deux gammes relatives de mode diffé-\nrent (ut et mz, par exemple) sont placés symétriquement, et ces\nmodes eux-mêmes ne sont qu'un changement de sens. »\nEt en effet, sur la figure, les sons et sont les extrémités\nd'un arc de cercle formé par les intermédiaires Sol, Ré et La, le\ntout produit par quintes.\nLa conclusion qui s'ensuit est catégorique. Ici, il ne s'agit\nplus de nombres de vibrations, d'intonations tempérées ou\nnaturelles, sur quoi M. Sérieyx pouvait à la rigueur équivoquer\navec l'excuse ou au prétexte d'une pratique illusoire en fait,\nmais estimée par lui réelle. Que, dans ses divisions d'une corde\nen « parties aliquotes », il accolât le nombre de vibrations d'un\nmi (649,2) tempéré al' harmonique 5 d'un Do (129,3), son prime\nde la « résonance naturelle supérieure », comme il employait les\nmêmes nombres à désigner le mi (649,2), son prime de la « ré-\nsonance naturelle inférieure » etle Do( 129,3), harmonique i/ 5 de\nce mi,on pouvait arguer pour sa défense que cette représenta-\ntion tempérée n'entamait en rien le principe d'une interpréta-\ntion naturelle des rapports d'intervalle annoncés. Le prime\nde la « résonance inférieure » fût-il emprunté à la gamme"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.20", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "tempérée par quintes et accompagné du nombre de vibrations\ncorrespondant, on pouvait encore soutenir et même, au pis\naller, admettre la faculté toujours et nonobstant plausible\nd'interpréter éventuellement ce conformément au rapport\nd'intervalle de tierce majeure naturelle du prime de « la\nrésonance supérieure ». Avec le « », c'est\ndésormais impossible. Le mi de « l'Accord » dans le mode mineur\nrelatif n'est plus et ne peut plus être tierce du de\n« l'Accord » dans le mode majeur puisqu'il est devenu\nun Mi, 4e quinte de ce Do en « allant vers l'aigu », un for-\nmellement spécifié comme étant le son « de la gamme du\nmode mineur relatif », c'est-à-dire de « l'Accord » mineur\ndescendant émané de la « résonance inférieure » opposée à la\n« résonance supérieure » du Do, son prime « de la gamme\ndu mode majeur relatif » et de « l'Accord » majeur ascendant\nsymétriquement inverses.\nEt alors, que reste-t-il du système élaboré et exposé par\nM. Sérieyx?\nSi nous interprétons les sons de ces deux « gammes relatives\nen tant que « sons tempérés », toute sa théorie de « résonance\nnaturelle » supérieure ou inférieure s'écroule du même coup\navec ses conséquences, et, par-dessus le marché, sa gamme\net son cycle de quintes.\nSi nous interprétons tous les sons de ces deux « gammes rela-\ntives » comme produits réellement par justes («\nmonique ou nombre 3 »), tous les accords fournis par les sons\nde cette gamme sont dépourvus de majeure ou mineure\net, par conséquent, incapables d'incarner l'un ou l'autre «\npect » de « l'Accord », issu des deux « résonances naturelles »,\n« principe générateur de l'harmonie » (p. 93) et base de la\nthéorie de M. Sérieyx.\nSi nous interprétons les sons Do et Mi selon le « cycle des\nquintes» et en qualité de sons primes de l'un et l'autre « aspect»\nde l'Accord,au lieu des accords mi et mi\nla, dont le second a pour son prime « le mi aigu (tierce) qui ca-\nractérise l'accord majeur » dans la résonance opposée (p. 98),\nnous obtenons pour « les deux aspects de » : —mi\nSol— et Mi do La,double « aspect »où les sons homo-\nnymes sont respectivement étrangers l'un à l'autre, distincts\nd'intonation, d'essence et d'origine, et où, subséquemment, les\naccords parfaits fondamentaux des deux modes sont\ndénués de toute relation harmonique, aussi bien d'ailleurs\nque tonale.\nEn constatant ces résultats divers, on s'étonnera sans doute\nque M. Sérieyx ait pu prétendre avec sérénité : « L'explication"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.21", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "rationnelle de notre système musical par les n'en\ndemeure pas moins la plus satisfaisante, parmi toutes les théo-\nries auxquelles a donné lieu jusqu'ici la genèse de notre gamme\nactuelle,» (p. 1 o 5). Mais cette déclaration, qui atteste l'évidente\nbonne foi du théoricien, trahit en même temps l'incertitude et\nl'arbitraire de son postulat et le secret de ses incohérences.\nM. Sérieyx serait probablement fort embarrassé de définir ce\nqu'il entend par « notre gamme actuelle », et de la réaliser,\nsans danger de contradiction, autrement qu'en jouant sur un\npiano celle de douze notes chromatiques à quoi nous ont accou-\ntumés la pratique des instruments à clavier. Rien qu'en écri-\nvant leurs signes sur une portée ou leurs noms à la file, il\nserait obligé de distinguer do de ré bémol, mi bémol de ré\netc., etc., et devrait reconnaître bientôt que ces douze notes\nreprésentent pratiquement un nombre considérable de sons in-\nterprétés théoriquement, conçus par les musiciens, perçus par\nla sensibilité et même entendus par l'oreille d'autant de manières\ndifférentes et corrélatives à leur fonction éventuelle. Une gamme\nquelconque, de sept, douze sons ou plus, n'est et ne peut être\njamais qu'un agrégat incomplet ou artificiel qui peut trouver\nsa place et son rôle dans la théorie ou les œuvres d'un art wo-\nnodique, mais ne saurait servir de base à la théorie d'un art\nharmonique, ni même, aujourd'hui surtout, compter pour un\nélément réel de cet art, pour une ressource nécessaire ou utili-\nsable dans ses créations. Tradition caduque du passé, legs de la\nmonodie grecque, romaine et ecclésiastique, le préjugé de la\n« gamme » a fourvoyé M. Sérieyx dans une impasse. En par-\ntant d'une « résonance harmonique » pour établir, après celle\nde l'Accord, « la genèse » d'une Gamme pareillement « unique »\nencore que double en ses aspects inverses déterminant les\n« modes » opposés, il est presque aussitôt acculé à l'équivoque.\nPour la former de sept, d'abord, puis de douze sons fixes et\nimmuables, il élimine peu à peu tous les facteurs du phénomène\nnaturel invoqué, et jusqu'à l'un des deux essentiels à la géné-\nration de « l'Accord ». Il mélange, assimile ou confond les\n« intonations tempérées »et les «rapports simples », accumule\nles contradictions, et aboutit à une gamme pseudo-tempéro-\npythagoricienne et à un « cycle des quintes » qui, à la fois,\n« infirment » tous et quelconques « principes physiques et mé-\ntaphysiques basés sur les rapports de vibrations », et démentent\nl'exposé tout entier de la théorie qui précède, en gros et en détail,\nconséquences ou applications.\nLe postulat de la « gamme », écueil évité par M. Riemann, a\négaré M. Sérieyx plus loin que celui-ci dans l'équivoque. On en\ndéplore les effets dans le chapitre suivant du même"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "Composition musicale,intitulé « la Tonalité », où le schéma du\n« Cycle des quintes » est employé à illustrer la démonstration\ndes «fonctions tonales » et du degré de « parenté des sons ». De\nsorte que le m/, « harmonique » et tierce « de Do », est repré-\nsenté sur le tableau par le Mi,4e quinte de ce (p. 114) ;le\nfa « harmonique » et tierce « de Ré », et le Ré\n« harmonique » et tierce « de si », sont respectivement (p. 115)\nfigurés par la 5e et la 9e quinte du même « en allant vers\nl'aigu ». Il s'ensuit naturellement aussi que les sons des\ndeux accords majeur et mineur, de mode inverse et de tonalités\nrelatives, correspondent sur le dessin à un et un Mi pro-\nduits par quintes,encore que le texte et les exemples notés sem-\nblent interpréter ce Mi comme la du et son de\nl'accord mi Do la du ton relatif mineur.\nComme celle de M. Riemann, la théorie de M. Sérieyx appa-\nraît donc, à l'épreuve, inconsciemment basée sur un tempéra-\nment virtuel, vague, imprécis, mais fatal, qui les condamne à\nl'équivoque. La cause première en est dans le principe même\nde ces théories : l'hypothèse préalable de deux « modes » majeur\net mineur primordiaux, définitifs et imprescriptibles, et leur\nopposition essentielle démontrée par la symétrie des rapports\ninverses de deux accords de trois sons dits « parfaits », fournis\npar la nature et uniques de leur espèce, en tant que seule capa-\nble de synthétiser la dualité, identique en ses éléments, des\ndeux concepts opposés. L'acceptation de ce principe exigeait la\nfiction d une « résonance inférieure » à l'instar de\nla « résonance supérieure », et impliquait, sciemment ou non,\n1 exploitation arbitraire de l'un et l'autre phénomène ou\nqualifié tel, par 1 exclusion de certains gênants ou\nsuperflus. Il nous reste à examiner la valeur de ce postulat prin-\ncipiel, emprunté par M. Riemann à von Œttingen qui l'énonça\net le systématisa tout d'abord.\n{A suivre.)\n\nJean Marnold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c007", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.4", "titre_corps": "SIMONE poème champêtre", "titre_sommaire": "SIMONE poème champêtre", "signature_source": "REMY DE GOURMONT ; Dessins de Georges d'Espagnat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 82, "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLe Houx\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 413, "texte": "Le Houx\n\nSimone, le soleil rit sur les feuilles de houx :\nAvril est revenu pour jouer avec nous.\nIl porte des corbeilles de fleurs sur ses épaules,\nIl les donne aux épines, aux marronniers, aux saules ;\nIl les sème une à une parmi l'herbe des prés,\nSur le bord des ruisseaux, des mares et des fossés ;\nIl garde les jonquilles pour l'eau, et les pervenches\nPour les bois, aux endroits où s'allongent les branches ;"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 475, "texte": "Il jette les violettes à l'ombre, sous les ronces,\nOù son pied nu, sans peur, les cache et les enfonce ;\nA toutes les prairies il donne des pâquerettes\nEt des primevères qui ont un collier de clochettes ;\nIl laisse les muguets tomber dans les forêts\nAvec les anémones, le long des sentiers frais ;\nIl plante des iris sur le toit des maisons,\nEt dans notre jardin, Simone, où il fait bon,\nIl répandra des ancolies et des pensées,\nDes jacinthes et la bonne odeur des giroflées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c015", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.5", "titre_corps": "Croquis d'Album inédit de Ch. 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LES CHANTEURS. Nous continuerons à laisser la\nparole à Odon Rigaud. Son Jou contient des renseigne-\nments curieux pour l'histoire sociale des musiciens d'église au\ntreizième siècle. Nous les avons relevés et, chose étrange, nous\nconstatons que c'est surtout dans l'état moral des femmes que la\npratique de l'art musical amène les plus graves perturbations.\nCe sont les moniales, et non les moines, qui le plus fréquem-\nment donnent lieu aux réprimandes du prélat.\nAinsi, au mois de juillet i 2 50, nous visitons avec Odon le\nmonastère de Notre-Dame d'Almenèches, au diocèse de Séez,\nprès d'Argentan. Le soleil est chaud sous les pommiers en\nfleurs aux beaux jours du printemps. La terre est généreuse et\nles gars sont solides. Aussi bien, le pieux visiteur paraît navré\nde ce qu'il lui faut consigner au procès-verbal : la musique, qui\nadoucit les mœurs, amollit les âmes, et nous devons croire que\nle duo qu'un beau soir chantèrent Aelis, et Chrétien,\nétait fort peu liturgique.\nDimanche, juillet 1250.\nVisitauimus monasteriummonialium Beate Marie de Almeneschiis(2).\nSoror Hola nuper habuit puerum de quodam Michaele de Valle Gui-\ndonis. Seculares passim intrant claustrum et loquuntur cum moniali-\nbus. Item numquam cenant in refectorio. Dionisia Dehatim infamata\nest de magistro Nicholao de Bleue. Bene rixantur in claustro et choro.\nAaliz cantatrix habuit puerum de Christiano. Item priorissa quondam\nhabuit unum puerum. Non habent abbatissam. [p. 82]\n\n(1) Suite. Voir les numéros du i 5 avril et du i 5 mai 1906.\n(2) Abbaye de femmes de l'ordre de Saint-Benoît. —Almenèches est au-\njourd'hui une commune du département de l'Orne, arr. d'Argentan."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.25", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "La monotonie delà vie claustrale, où chaque jour ressemble\nfatalement au précédent, n'était rompue que par l'arrivée d'une\nfête religieuse. L'existence monastique est une liturgie vecue,\noù le moine ne connaît guère d'autres tristesses ni d'autres\njoies que les joies et les tristesses de l'Église. Les textes du\nJournal d'Odon Rigaud que nous allons rapporter nous mon-\ntrent clairement la répercussion des fêtes ecclésiastiques sur la\nvie monacale des religieuses plus encore que des moines,\ncomme si le caractère féminin avait eu davantage besoin de\ndivertissements pour mieux supporter ensuite la contrainte\nquotidienne de la règle. Il nous semble d'une bonne méthode\nde donner d'abord le texte des différents passages du Journal\noù il est question de ces récréations monastiques : notre com-\nmentaire en sera plus clair.\nLundi, 23 octobre 1256.\nVisitauimus monasterium monialium Sancte Trinitatis Cadomen-\nsis (1)... Junioreshabent alaudas et in festo Innocencium (a) cantant\nlectiones suas cum farsis : hoc inhibuimus. [p. 261]\nLundi, 4 janvier 1255.\nVisitauimus abbaciam Sancti Leodegarii de Pratellis Ibi sunt\nxlv moniales et est ibi numerus statutus monialium... Inhibuimus\nfestum Innocencium quantum ad inordinaciones... [p. 197]\nVendredi, y juillet 1249.\nVisitauimus prioratum de Villa Arcelli (4)... Item, inhibemus ne de\ncetero in festis Innocentium et Beate Marie Magdalenes (5) ludibria\nexerceatis consueta induendouos, scilicet uestibus secularium aut inter\nuos seu cum secularibus choreas ducendo... [p. 44]\nVendredi, 12 septembre 1253.\nVisitauimus prioratum de Willarcello. Hi sunt xx moniales, 11 soro-\n(1) La Trinité de Gaen fut une abbaye de femmes de l'ordre de Saint-\nBenoît.\n(2) Le 28 décembre.\n(3) Saint-Léger-de-Préaux, au diocèse de Lisieux. Abbaye de femmes de\nl'ordre de Saint-Benoît.\n(4) Le prieuré de Villarceaux a existé réellement; mais il faut le chercher\nen Seine-et-Oise, dans la commune de Chaussy, canton de Magny. Le\ndoyenné de Magny en Vexin a dépendu jadis de l'archidiocèse de Rouen.\nNous ignorons de quelle abbaye dépendait ce prieuré. On le trouve men-\ntionné dans le Pouillé du diocèse de Rouen de 1337. (Longnon,\nt. 11, p. 64 D.) Villarceaux nous semble avoir été une abbaye de Thélème\navant la lettre. Les détails que rapporte Odon Rigaud sur la vie privée des\nmoniales sont inouïs de dépravation. Nous ne saurions les reproduire ici,\nmême au nom du pittoresque, sans paraître pratiquer une littérature dun\nordre spécial, qui n'a rien de commun avec nos études.\n(5) Le 22 juillet."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.26", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "res, duo presbyteri... Quando minute sunt, non dicunt officium cum\nnota. In festo Innocentium cantant cantilenas. [p. 166]\nJeudi, IJ mars 1264.\n...Accessimus ad abbatiam Sancti Aniandi Rothomagensis... (t).\nItem precepimus quod eadem hora omnes cubarent in dormitorio et\nquod iuniores non remanerent amplius in choro in festo Innocentium,\nprout alias fecerant, cantantes officium et prosas, que competunt\ndici, senioribus abinde recedentibus et iunioribus ibidem relictis.\n[p. 486]\nMercredi, 12 janvier 1261.\nIntrauimus capitulum monialium dicti loci [apud Monasterium\nVillare (2) ] et ibidem cum Dei adiutorio proposuimus uerbum Dei...\nItem in festo Sancti lohannis (3), Stephani (4) et Innocentium, nimia\niocositate et scurrilibus cantibus utebantur, utpote farsis, conductis,\nmotulis : precepimus quod honestius et cum maiori deuotione alias se\nhaberent... [p. 384]\nLundi, 22 mai 12 62.\n... Visitauimus abbatiam Monasterii Villaris, uerbo Dei, ipso adiu-,\nuante, in capitulo prius proposito... locositates quas solebant facere in\nfesto Innocentium penitus dimiserunt, ut dicebant : item precepimus\nomnino ab huiusmodi abstinere... [p. 431]\nSamedi,9 mai 1265.\nVisitauimus abbatiam Monasterii Villaris... Item precepimus quod a\nludis in festo Innocentium penitus cessarent... [p. 517]\nMercredi, 22 août 1260.\nPerDei gratiam, causa peregrinationis ad ecclesiam Sancti Ydeuerti\nde Gornaio (5) personaliter accessimus... Item clerici, uicarii ac etiam\ncapellani in festiuitatibus quibusdam, precipue in festo sancti Nicho-\nlai (6), dissolute et scurriliter se habebant, ducendo choreas per uicos\net faciendo le vireli...[p. 466]\nSamedi, 4 août 1268.\nVisitauimus monasterium Gemeticense (7). Erant ibi xliii monachi\n\n(1) Saint-Amand de Rouen, abbaye de femmes de l'ordre de Saint-\nBenoît.\n(2) Montivilliers, au diocèse de Rouen, abbaye de femmes de l'ordre de\nSaint-Benoît.\n(3) Le 27 décembre.\n(4) Le 26 décembre.\n(5) Église de Saint-Yldevert, collégiale et paroissiale de Gournay, aui.\ndans la Seine-Inférieure, arr. de Neufchâtel-en-Bray.\n(6) Le 6 décembre.\n(7) Jumièges, abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît. Aujourd'hui\ndans le département de la Seine-Inférieure, arr. de Rouen, canton de Du-\nclair."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.27", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2888, "texte": "commorantes... uerumtamen turbati erant plurimum ex hiis que tune\nintus et extra dicebantur de abbate... (i)... Monuimus eum super hiis\nspecialiter que secuntur, uidelicet quod canes et aues uenabiles non ha-\nberôt, item quod histrionesab officio suo arceret... item quod consortia\nmuiierum quarumeunque penitus euitaret... [P.6O7J\nOn ne saurait entrer dans l'examen de tous les détails caracté-\nristiques et pittoresques que ces textes contiennent, sans ex-\ncéder les limites d'un article de revue, si large soit l'hospitalité\naccordée. Il convient pourtant de faire un certain nombre de\nremarques : c'est ainsi qu'il nous semble intéressant d'entrer\ndans quelques explications relativement aux fêtes qui furent le\nprétexte de ces récréations plus ou moins innocentes, aux formes\nlittéraires et musicales des pièces qui composaient ce joyeux ri-\ntuel, aux divertissementsenfind'un ordre moins relevé, que ceux\ndes religieux ou des religieuses dont l'esprit ne s'ouvrait guère\naux choses de la littérature et de l'art considéraient volontiers\ncomme l'indispensable complément de ces gaies cérémonies.\ni° Les fêtes joyeuses. Suivant les diocèses et les diffé-\nrents ordres religieux, suivant les habitudes locales, un certain\nnombre de saints, disséminés dans le calendrier liturgique,\nfurent ici ou là, au jour de leur fête, l'objet de réjouissances\nparticulières. Quelques pièces poétiques au caractère extra-\nliturgique, composées pour être chantées en de telles occa-\nsions, nous l'attestent, et, sans en chercher la cause, nous\nconstaterons simplement qu'entre autres, des fêtes comme la\nSaint-Nicolas, la Sainte-Catherine, laSainte-Marie-Madgdeleine,\nla Saint-Biaise ou la Saint-Christophe, eurent un caractère\nparticulièrement familier et joyeux. Sans sortir des diocèses\nvisités par Odon Rigaud, nous voyons les religieuses de Villar-\nceaux célébrer, le 22 juillet, la fête de sainte Marie-Magdeleine,\net, au 6 décembre, les clercs de Saint-Yldevert de Gournay\nimproviser à la Saint-Nicolas une liturgie peu édifiante. Ces\ncérémonies, nous pouvons le dire, toute révérence gardée, étaient\nen quelque manière les représentations gratuites et populaires\nde l'Église.\nMais il y a une constatation très curieuse qui s'impose : c'est\nle caractère de libres réjouissances donné à l'ensemble des fêtes\ngroupées entre la Noël et l'Epiphanie: elles nous paraissent les\n\n(1) L'abbé de Jumièges était alors Richard de Bolleville. Odon Rigaud\nnous fait à cet endroit de son Journal assister à une scène d'une rare vio-\nlence : un moine du monastère, Pierre de Neubourg, se lève en plein\nchapitre \"et par-devant l'archevêque accuse l'abbé du crime de faux. Au\nreste, les bruits qui courent sur Richard sont assez détestables pour que,\nsans attendre sa comparution devant l'officialité de Rouen, Odon Rigaud\nadresse aussitôt à l'abbé quelques sévères réprimandes."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.28", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2907, "texte": "assises annuelles de la joie. La gravité du culte s'efface pen-\ndant ces quelques jours pour faire place à une liberté que\n1 Église, par la voix de ceux qui parlent en son nom, voudrait\npaisible et souriante, mais qui bientôt dégénère en licence ; la\ndiscipline se tait devant une universelle tolérance, et même\ndans 1 intérieur du sanctuaire, où l'on chante des épîtres far-\ncies, des cantilenes, des motets, la langue romane s'introduit,\nchose inouïe, dans l'office à côté du latin liturgique. On fête\nainsi joyeusement 1 année qui s'en va et on fête joyeusement\naussi 1 année qui vient. Nous ne voyons pas d'autre explication\nà ce débordement de liesse générale. Mais encore faut-il pré-\nciser qu'il ne s'agit point de l'année liturgique, qui commence\nle premier dimanche de l'Avent et est vieille déjà d'un mois, qu'il\nne s'agit pas davantage de l'année civile, qui dans l'usage de\nFrance, mos gallicanus,a son point de départ à la fête de Pâques ;\nsouvenons-nous seulement que l'année romaine commençait\nle ier janvier et que cet usage s'était àce point perpétué\njusqu'en plein moyen âge, que, dans les pays mêmes où des\ntermes différents marquaient le début de l'année civile, le\nlerIer janvier est toujours demeuré le point de départ de l'année\nastronomique. La plupart des anciens calendriers font figurer\njanvier en tête de la liste des mois, et les expressions\nVan renuef \\ le chiefde l'an, que nous lisons dans les chartes, nous\nindiquent d'une façon certaine que le ier janvier est dans la\nlangue vulgaire communément appelé le premier jour de l'an.\nLes Saturnales étaient dans la Rome antique la fête de fin\nd'année. Le christianisme en interdit la participation à ses\nadeptes et leur offrit à la même époque de l'année les joies plus\npures de ses souriants mystères. L'Église donna à ces fêtes un\ncaractère populaire pour les faire adopter parla foule, et c'est\nainsi que nous avons, après la Nativité (25 décembre),la fête de\nsaint Etienne (26 déc.), celle de saint Jean l'Évangéliste (27 déc.),\ncelle des saints Innocents (28 déc.), la Circoncision (ier janvier)\net l'Epiphanie (6 janvier). Et sur toutes ces dates du calendrier\nchrétien s'est épanouie au cours du moyen âge une ravissante\nfloraison de liturgie populaire. C'est la fête de Y Ane, festum\nasinorum, célébrée au diocèse de Rouen avec une véritable\ndignité (1), c'est la fête des kalendes,\nqui, suivant les temps et les lieux, reçut diverses appellations :\nfestum hypodiaconorum,fête des sous-diacres, stultorum,\n\n(1) Le texte en a été publié par Du Cange dans le Glossarium à l'article\nFESTUM ASINORUM, d'après un Ordinaire de l'Église de Rouen du xve siècle,\naujourd'hui à Paris, Bibl. nat., lat. 12i3, p. 24. Il faut rappeler qu'à la bi-\nbliothèque de Rouen, il y a deux ordinaires, l'un appartient au xive siècle\n(Y. 110), l'autre est une copie du précédent faite au xve siècle (Y 108)."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.29", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "fête des fous, festum Innocentium,fête des Innocents. On peut\nremarquer que, quelle que soit la désignation reçue, elle\nindique toujours la fête des humbles et des petits : fête des\nclercs inférieurs, hypodiaconoriim,des pauvres d'esprit,\nrum, des enfants enfin, innocentium.A Rouen, ce dernier nom\nprévalut. Dans ce diocèse, la fête des Innocents ne fut sans\ndoute point souillée par les scènes de débauche qui l'accompa-\ngnaient ailleurs. Aux saturnales de la Rome antique, les valets\nprenaient la place de leurs maîtres et ceux-ci se faisaient les\nserviteurs de leurs esclaves : à la fête des Innocents, les jeunes\nenfants de la maîtrise, nous sommes àla cathédrale de\nRouen, officient publiquement et solennellement, comme\npourraient le faire l'évêque, les chanoines ou les vicaires,\ndépossédés pour un jour. Nous avons un charmant récit de\ncette cérémonie enfantine, le voici.\n/\n« La veille, immédiatement après l'office de saint Jean l'Evan-\ngéliste, deux enfants, revêtus d'aubes et de tuniques, la tête\ncouverte de l'amict et tenant en leur main chacun un cierge\nardent, se dirigeaient du vestiaire au chœur. Venaient ensuite\nles autres enfants attachés à l'église, pareillement en aubes et\nen chapes et aussi le cierge à la main ; puis enfin celui d'entre\neux qui avait été désigné pour porter ce jour-là le titre d'évêque\net en recevoir les honneurs. Il marchait solennellement, paré\ndes vêtements pontificaux, la mitre en tête et à la main la\ncrosse ou bâton pastoral. Le cortège enfantin se dirigeait ainsi\nà travers le chœur vers l'autel des saints Innocents : pendant\nla marche le chœur chantait des répons adaptés à la circonstance.\nA l'autel des saints Innocents se faisait une station solennelle\nprésidée par l'enfant évêque, auquel la rubrique donnait le\ntitre de Dominus episcopus.\n« A la fin de la station le peuple était invité à s'humilier et à\nse recueillir pour recevoir la bénédiction du jeune prélat : Hu-\nmiliât e uos ad benedictionem.\n« Il la donnait à haute voix et avec toutes les solennités\nd'usage : Dominus omnipotens benedicat uos, etc.\n« Le jour de la fête, les enfants étaient environnés des\nmêmes distinctions. A l'exception de la messe, qui était cé-\nlébrée en leur présence par un chanoine, ils remplissaient en\ngrande pompe toutes les fonctions du chœur. Cet office, d'après\nles rubriques générales, devait être simplement du rit double,\nmais les enfants avaient le droit d'ordonner qu'il fût triple, et\nleurs prescriptions étaient observées.\n« Le seigneur évêque commençait l'invitatoire ; il chantait\nla neuvième leçon, la plus solennelle des Matines. Il retournait\nensuite au vestiaire pour y reprendre les ornements pontifi-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "eaux, en revenait processionnellement comme la veille, précédé\ndu même cortège, et entonnait lui-même le Te Deum.\n« Laudes et Primes se chantaient pareillement sous la pré-\nsidence de l'enfant évêque. A la messe, il appartenait aux en-\nfants de diriger le chœur [Pueri regant chorum) ; eux seuls\nportaient les chapes et exécutaient les diverses cérémonies.\nL'évêque (toujours l'enfant) commençait la prose, l'offertoire, etc.,\net ceux des enfants auxquels aucune fonction spéciale n'avait\nété assignée, occupaient les premières places dans le chœur,\nin superiori parte.\n« Aux vêpres, mêmes honneurs au seigneur évêque, mais,\nhélas! bientôt arrivait le terme de sa gloire. Au Magnificat,\npendant que le chœur chantait ces paroles : Déposait potentes\nde sede, le bâton pastoral lui était ôté des mains et était mis\nen réserve pour celui qui devait être élu l'année suivante.\n« Le chapitre alors rentrait dans tous ses droits et le semai-\nnier terminait l'office (1). »\nOn voit qu'à Rouen au moins tout se passait dans l'ordre le\n\n(I) PICARD (Abbé). Quelques cérémonies allégoriques anciennement en\nusage dans l'Eglise cathédrale de Rouen, dans le Précis analytique des\ntravaux de VAcadémie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, année\n1847, p. 373 et ss.\nCet auteur a suivi les indications de YOrdinarium de l'Eglise de Rouen\n(xve siècle), déjà connu de Du Cange, aujourd'hui àla Bibl. Nat. de Paris,\nms. lat. 1213, mais dans la transcription du chajioine Le Prévost. Voici le\ntexte relatif à la fête des Innocents :\n..,Hoc finito duo pueri tunicis et amictis induti, tenentes candelabra\ncum cereis ardentibus et omnes pueri ecclesie in cappis tenentes cereos\nardentes, cum suo episcopo exeant de uestiario bini et bini, cantantes\nCentum quadraginta, et processione ordinata ueniantper chorum et eant\nad altare sanctorum Innocentium et ibi stationem faciant et finiatur ibi et\ntrès pueri cantent : Hii empti sunt. Quo finito sequatur antiphona Inno-\ncentes ; très pueri f Letamini\\ episcopus Oremus. Devis, cuius hodierna\ndie. In reditu antiphona uel FÎ de Sancta Maria ad placitum : Unus puer\ncantet : f speciosa facta es : Episcopus : Oremus. Deus qui salutis. Pueri\ndicant Benedicamus. Sequatur benedictio episcopi et dicat unus puer alta\nuoce, Humiliate nos ad benedictionem ; et alii respondeant, Deo gratias :\nBenedictio: Dominus omnipotens, benedicat uos, etç. In crastino est festum\nduplex, sed pueri uoluntate faciunt illud triplex\n[Deinde übi de Matutinis eiusdem festi] :\nDum nona lectio legetur, pergant pueri ad uestiarium ; qua finita, exeant\nbini et bini cum cereis ardentibus cantando Centum quadraginta. Très\npueri cantent f et prosam et ante altare in modum corone, illud fi-niant;\nquo finito incipiatur TeDeum Ad missam omnespueri in cappis in medio\nchori regant chorum; episcopus incipiatofficium. Ex ore infaniium...Kyrie\net Gloria festiue... Epistola in cantu cum prosa. Graduale pueri, ut preno-\ntatur Anima nostra, Laqueus ; episcopus cum eo omnes pueri in modum\ncorone, Alléluia. F Hii sunt qui cum muheribus. Sequentia, episcopus\nincipiat Celsa pueri; Euangelium in cantu Angélus Domini apparuit; Credo ;\noffertorium Anima noslra, quod incipiatur ab episcopo... ; ieinde offerant"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.31", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "plus parfait. En souvenir de Celui qui avait dit : «\nuulos ad me uenire », l'Église voyait avec infiniment d'indul-\ngence ces innocentes récréations données aux enfants qu'on\nvouait à son service et qui, le plus souvent, étaient des déshé-\nrités de la vie. Sans doute, il y eut en quelques endroits des\nlicences blâmables qui amenèrent l'interdiction de la fête :\nainsi, vers 1246, nous lisons dans les de l'Église de\nNevers cette prohibition : «...\npena excommunicationis inhibemus districte ne talia festa irriso-\nria de cetero facere présumant, firmiter iniungente, ut sicut aliis\ndiebus solemnibus seruitium diuinumfaciatis(i) ». Le concile de\nCognac interdit, en 1260, non la fête des Innocents, mais les\nexcès qui l'accompagnent et la parodie de l'enfant évêque, cum\nhoc in ecclesia Dei ridiculum existât et hoc dignitatis episcopalis\nfiât {2). Au concile de Paris, en 1212 (3), et deux ans\nplus tard, à un concile tenu à Rouen, la participation à cette fête\nest interdite aux prélats, aux moines et aux moniales : on laisse\nla jeunesse s'amuser. Voici la rédaction du concile de Rouen.\nC. XVI. Afestis follorum ne accipiatur baculus omnino absti-\nneatur.\nC. XVII. Item monachis fortius et monialibus prohibemus\npredicta (4).\nIl parut donc que la fête des Innocents, très en situation\nquand elle constituait véritablement' une récréation annuelle\ndonnée aux enfants de la maîtrise de Rouen, aux innocentes\nque l'Eglise élevait dans son sein, était déplacée quand moines\net moniales en faisaient un prétexte à des divertissements\nmoins discrets, nimia iocositate,à des jeux qui ne méritèrent\npas toujours d'être appelés des jeux innocents. Et voilà pour-\nquoi ce qui était permis ici fut défendu là.\n(A suivre.)\n\nPierre Aubry.\n\nomnes qui uoluerint, ut supra notatur. Sécréta,\nPrefatio, Quia per incarnati, Sanctusfestiue, festiue.\nCommunio, Voxin Rama.Postcommunio, Ad uesperas\ncum neuma finiantur. Antiphona Tecum Domnus episcopus\neum eo duo tunicati Iusti in perpetuum...Antiphona\nPsalmus Magnificat et tamdiu cantetur quod baculus\naccipiatur [ab eo] qui accipere uoluerit. Vespere finiantur a dietario\nTexte de l'Ordinaire de Rouen du xive siècle. Bibl. de Rouen. Y. 110. Il\na été publié par Migne, P. L.GXLVII, i35, et rangé dans les\nuetera, que le chanoine Le Prévost a insérés dans son édition de 1679 à la\nsuite du De officiisde Jeand'Avranches, qui fut évêque de Rouen au milieu\ndu onzième siècle.\n(1) MANSI, XXIII, 731.\n(2) ID., ibid.,io33.\n(3) ID., XXII, 842.\n(4) ID., ibid., 920."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c017", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 32, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLETTRE DE WILLY.\n\nCONCOURS DIÉMER. Nous avons eu cette semaine un important début :\ncelui de Gabriel Fauré dans le rôle de président de jury. A vrai dire, ce\nn'était qu'une répétition générale ; la vraie première aura lieu au mois de\njuillet sur la scène de POdéon, mais on a pu déjà se rendre compte des\nqualités du débutant dans l'emploi tenu avant lui par M. Théodore Dubois.\nCes débuts furent brillants, le nouveau président qui décidément ne fait\nrien comme tout le monde ayant eu l'idée de proclamer des jugements\ninattaquables et en conformité parfaite avec l'opinion publique. Le prix\nDiémer accordé à l'unanimité à M. Batalla et la mention offerte dans les\nmêmes conditions à M. Garés transportèrent d'enthousiasme tous les assis-\ntants qui avaient, depuis une heure, prononcé ce verdict sans espoir de le\nvoir confirmer. Incontestablement MM. Batalla et Garés sont de très remar-\nquables tempéraments de pianistes et le jury dut hésiter longtemps à\npartager le prix entre eux deux. Si la balance a penché en faveur de\nM. Batalla, c'est à cause d'un peu plus de maturité dans son interprétation :\nsongez qu'il a déjà 17 ans !\nLa plupart des concurrents ont galopé les Etudes symphoniques avec\nune vélocité folle, parce que plusieurs passages de l'œuvre schumanienne\nen deviennent plus faciles. Pour les mêmes motifs, ils ont astucieusement\nralenti les acrobaties tintinnabulantes de la Campanella élucubrée par Liszt\net Paganini, ces deux poseurs de sonnettes, Quant à Chopin, c'est toujours\nla même précipitation incohérente, les accords bousculés comme des mou-\ntons qu'on précipite vers l'abattoir, puis les extatiques points d'orgue...\nD'ailleurs, tout est bien qui finit bien, et puisque la vertu a été récom-\npensée, il ne faut rien demander de plus. Dans sa loge, Diémer fut acclamé\npar la foule, et dans la cour les lauréats furent portés en triomphe. Et,\nfaisant remarquer que pour la seconde fois le prix Diémer (décerné jadis à"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "Malats) récompensait un de leurs compatriotes, les transpyrénéens Mon-\ntoriol-Tarrès et Ricardo ViiSès échangeaient des regards triomphants...\nC'est la race espagnole\nDont je raffole !...\nP.-S. Une raison majeure aurait dû détourner la brillante jeunesse\nconservatoriale du rubato dans le Schumann : ces Etudes n'ont pas volé\nleur nom de symphoniques ; en particulier, cette deuxième variation (j'en\nappelle à Cortot, triomphant le 25 mai salle Pleyel) est d'un effet claire-\nment orchestral. Or, ces calmes accords auraient été évidemment confiés\naux instruments à vent qui les auraient énoncés en mesure. Pourquoi ne\npas réfléchir un peu avant de jouer ?\nRISLER. Ce pauvre Nouveau Théâtre jouit de son reste : Réjane et le\npic des démolisseurs le guettent. Déjà, marqué du signe fatal, il ressemble\nà un immeuble de San Francisco : les herses ont des airs penchés, les\ndécors oscillent, il n'y a plus de « découverte » derrière la toile de fond ;\nles frises et le manteau d'Arlequin s'effilochent lamentablement, le rideau\ns'éraille, une andrinople sordide voile les dessous tristement éclairés par\nune lampe de secours, une tringle et son rideau s'effondrent dans une loge\nde balcon au commencement de la Sonate en fa ; Risler, qui a dû traverser\nun chantier de démolition pour arriver jusqu'à son piano, porte sur sa\nmanche droite un galon de sergent dessiné avec du plâtre... « les Turcs\nont passé là, tout est ruine et deuil ! »\nRisler beethovenise avec une « ténuité » sonore que les typos de Y Echo\nont transformée en « ténacité » au grand désespoir de l'Ouvreuse. Gomme\nGaston Garraud, je regrette, en entendant certaines sécheresses d'Erard, le\nvelouté des Pleyels d'autrefois. Mais j'apprécie à leur valeur les opposi-\ntions de staccato et de sonorités d'orgue. Cet homme, assurément, sait\nce que c'est qu'un doigté de substitution.\nMais dans la Pathétique, il n'est pas si pathétique que ça !\nNATIONALE FAURÉ.\nfestival. Le programme de la Nationale, intelligemment varié, commençait\npar le Quintette récemment composé pour remonter jusqu'à la Sonate\nécrite en 1877. Il faut une singulière maîtrise et une puissante originalité\npour exposé ainsi, tranquillement, à rebrousse-poil, une production dis-\nperser dans une période de trente ans. Je ne connais pas un compositeur\ncapable de supporter ce renversement de l'ordre chronologique sans\ndommages. Songez à ce que la musique est devenue depuis ce petit tiers\nde siècle, songez à nos nouvelles habitudes d'oreille, songez à nos modes\net à nos manies, et comprenez alors ce qu'il y a d'inouï dans ce simple\ngeste de placer après un manuscrit de 1906 une composition terminée en\n1876 î Car la Sonate demeure plus jeune, plus neuve et plus délicieuse que\njamais. Toutes les discrètes trouvailles qui sont le propre de l'écriture fau-\nréenne, toute la délicate prescience des formules de la musique de demain\ndormaient depuis trente ans dans cette Sonate : chaque jour elles nous\napparaissent plus actuelles et plus récentes ; dans dix ans elles livreront\nencore des secrets !\nMme Bathori détailla exquisement l'incomparable Bonne Chanson, que\nl'auteur accompagna avec une troublante rapidité ; Mme Marguerite Long\njoua en perfection le Théine et variations, si ingénieux et si élégamment\nécrit. Il y a là un petit coin où des gammes de tierces apportent en trotti-\nnant des modulations si suavement inattendues., ah ! maman !\nSCHUMANN."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "lébre le cinquantième anniversaire de la mort de Schumann. Son interpré-\ntation, toujours très nuancée et intensément expressive, enthousiasme\nl'auditoire qui lui fait bisser une Chanson populaire et la gracieuse Cocci-\nnelle. Wurmser fut un accompagnateur exquis, plein de tact et de discrétion.\nLes Papillons (petits vols fous en si bémol, en ut, en ré) lui permirent de\ndéployer toute sa grâce légère et nonchalante.\nL'ACCORD. Nous vous avons bien regrettée lundi dernier, ma chère Ou-\nvreuse, m'écrit une de mes collègues du vestiaire du Nouveau-Théâtre. On\ndonnait une audition d'lphigénie en Aulide de Christophe Willibald, que\nl'on nomme parfois Gluck. L'orchestre, si j'ose m'exprimer ainsi, et les\nchœurs, si je puis dire, étaient constitués par des amateurs, et quels I\nRéunis en société sous le nom fallacieux de «l'Accord », ces gens de bien\nont joué faux avec violence et obstination. Les cuivres avaient plus d'un\ndemi-ton d'écart avec les cordes ! Cinq solistes professionnels se débat-\ntaient dans ce chaos. Le pauvre Jean Reder luttait avec des contrebasses\nacharnées à gagner sur les autres instruments une respectable avance\nqu'elles conservèrent victorieusement pendant une bonne partie du ier acte.-\nMlle Menjaud et M. Cèbe, plus aphones que des carpes, mimaient leur\nrôle avec résignation. Un chef d'orchestre gesticulait à l'aventure sans\ndétourner les yeux de sa partition ; les exécutants, le sourcil froncé,\nn'avaient garde de lever le nez de leur pupitre. Mon Dieu ! que c'était\ndrôle !...\nAu fond, est-ce si drôle ? Jadis les amateurs s'amusaient entre eux, dans>\nles salons ; aujourd'hui ils louent des salles de théâtre, collent des affiches\net rançonnent le public. Où allons-nous ? Les affaires vont déjà si mal !\nNos filles ne trouvent plus de cachets tant il court d'amateurs prêts à les;\nremplacer gratuitement. Et que sera-ce demain? L'article 25 des statuts de\n« l'Accord » m'a appris que tous ces gens-là payaient 24 francs pour avoir le\ndroit de martyriser les partitions. Ainsi, vous voyez, ils en sont arrivés à\npayer pour écraser les professionnels. Alors quoi ? Faudra-t-il que nous\ndevenions toutes des Madame Cardinal ? A vous, bien tristement, ma chère\nOuvreuse.\n\nWilly.\n\nTHÉATRES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Le Roi aveugle, « légende musicale » en deux actes, livret de M. Hugues Le-\nHoux, musique de M. Henry Février.\n« Vieillesse des pères aveugles, tu seras toujours vaincue par la jeunesse\nde VAmour aux grands yeux ardents... »\nCe n'est pas très consolant, pour les parents du moins, un tel épilogue !\nEt, quel que soit l'attrait du redoutable Erôs, ce serait presque odieux si\nce n'était symbolique... C'est, dans tous les cas, une péripétie très imprévue-\ndans la triste vieillesse d'Œdipe à Colone... On a fait des progrès depuis\nSophocle ; et c'est le sujet de Louise la libertaire, transporté dans une\nlégende aux froides neiges. C'est l'éternel problème entre la famille dolente\net la jeunesse amoureuse. Est-il insoluble ?\nAinsi rêvions-nous le lundi 7 mai 1906, dans cette atmosphère safranée\ndu théâtre obscur qui donne des points aux audaces picturales de M. Gas-\nton La Touche : nuit coutumière des répétitions générales, où s'oublie le:\nvoisinage violent du plein-jour..."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.35", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3882, "texte": "Au bord d'une baie sombre comme la salle, un vieux monarque aveugle\net barbu, proche parent du vieil Arkhel, n'a plus d'autre joie que d'entendre\nla jeune voix de la tendre Hilda, sa fille aux nattes blondes... Cette blonde\nbeauté brille pour lui dans un chant pur... Mais quel est ce sauvage fier,\nqui s'avance en maître sur sa nef courbe ? Est-il issu du Vaisseau Fantôme\nou de Lohengrin, de Gwendoline ou de Y Etranger ? Conquérant et beau,\ncomme fut l'Aveugle, c'est Erik le Viking qui ravit la fille après avoir\nterrassé le père... Un interlude obscurément sonore, comme l'océan, pré-\npare le second acte où le peuple des fjords menace tour à tour et supplie,\navec son vieux Roi... La nef repasse ; mais Hilda conquise ne se plaint plus\nde son vainqueur ! La vierge qui se lamentait est devenue l'amante qui\nsourit... La volupté triomphe. Et le livret nous dit que le père aveugle est\nchangé charitablement en rocher : en approuvant le premier l'Amour,\nn'aurait-il pas été plus royal ?\nQuoi qu'il en soit, le début musical de M. Henry Février est plus qu'une\npromesse et qu'un pensum d'écolier ! C'est la partition brève, mais vigou-\nreuse, d'un jeune auteur de vingt-huit ans qui se souvient de ses aînés, de\nRichard Wagner, d'Emmanuel Chabrier, de Claude Debussy, voire même\nde son maître, M. Gabriel Fauré, mais qui déjà possède une technique\nvibrante avec un réel courage : et, par ces temps d'art invertébré, de mu-\nsique amorphe, il ne craint ni la juste prosodie, ni la solide déclamation, ni\nla forme, ni même les amples mélodies ; il y a, dans tout l'ouvrage, et sur-\ntout dans le grand chœur animé du second acte, une grandeur passionnée\nqui touche à l'émotion; le wagnérisme qui sonne encore dans telle rauque\nfanfare n'a pas eu raison de cette fermeté spontanée, toute française. Au\ndemeurant, partout, l'orchestre est souple, avec des timbres persuasifs et\nd'heureuses modulations. Un début à retenir!\nL'interprétation se montre à la hauteur lyrique de cette sombre bluette ;\net plaignons ce vieux Roi d'être aveugle : car, s'il entend la voix de l'exquise\nMme Vallandri (sa fille Hilda) qui chante si purement, il ne peut ensoleiller\nses yeux éteints à sa beauté blonde ! Après son excellent début dans\nMireille, en T 904, tous les connaisseurs avaient retenu l'atticisme naturel\net le parfum de grâce décente émané de cette jeune artiste qui s'est révélée\nnaguère Grisélidis (1) en personne; sa distinction svelte et sa passion\ncontenue devaient faire merveille dans Hilda, blond printemps reconquis sur\nle vieil hiver; et nous aurions plaisir à l'entendre, à la voir, dans la Chrysis\nd'Aphrodite. Excellents aussi MM. Vieuille (Arkhel, non le Roi aveugle),\nFernet (Erik), Devriès (Ymer), et l'orchestre que Luigini transmet à M. Ruhl-\nmann. Ici l'artiste souverain, c'est encore et toujours le directeur qui se\nplaît à plonger nos rêveries dans cette nuit bleue : d'accord avec le paysa-\ngiste Jusseaume, l'art de M. Albert Carré collabore avec la beauté de\nMme Valiandri pour nous apitoyer davantage sur la cécité du vieux Roi !\nLe metteur en scène qu'il est éminemment a fait le tour de force de\nmonter le délicieux oratorio, d'ailleurs théâtral, de Marie-Magdeleine, évan-\ngile pieusement profane où coule le sang d'Adonis... Née en 1873, elle a\ntrente-trois ans, la Madeleine de Massenet : c'est assez bien l'âge d'une\nrepentie... Mais comme elle paraît plus jeune dès que se réveille la volup-\ntueuse musique d'un charmeur et dès qu'on revoit avec ravissement\nMme Aïno Ackté î Pourquoi le directeur artiste, qui fait si bien les choses,\n11' a-t-il point convié la presse à fêter la répétition générale de Marie-Magde-\nleine ressuscitée !\n(1) Regarder, au Salon des artistes français, la petite toile lumineuse et documen-\ntaire de Guillonnet : Le foyer des artistes à l'Opéra-Comique, un soir de Grisélidis.\n\nRaymond Bouyer."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.36", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3773, "texte": "LES CONCERTS\nMax Reger. — Musique française ancienne. — M. Alfred Cortot. — Mlle H. Zielinska. — Mrae Kut-\nscherra. — Le Conservatoire.\nDepuis la renaissance de la musique française à la fin du xixc siècle, on\nnous reproche volontiers un certain chauvinisme, qui nous porterait à\nignorer ou mépriser de parti pris tout ce qui n'est pas l'œuvre de nos com-\npositeurs. Il suffit de rappeler l'enthousiasme que déchaîna parmi nous la\nmusique russe moderne, l'intérêt avec lequel nous suivons les progrès de\nla musique espagnole, pour montrer que la France n'a pas perdu ses tra-\nditions de généreuse hospitalité. Mais la vraie querelle est avec l'Allemagner\net c'est peut-être bien un peu une querelle d'Allemands. Car un pays où\nl'on vient à peine de découvrir César Franck, où Vincent d'Indy et Claude\nDebussy sont à peu près inconnus, ne peut guère nous reprocher équita-\nblement d'ignorer Mahler ou Reger. Mais l'Allemagne est habituée,\ndepuis si longtemps, à se considérer comme le professeur de musique de\nl'Europe, qu'elle ne peut comprendre notre prétention de l'instruire à notre\ntour. Car nous ne demandons pas mieux que de connaître et d'admirer les\nchefs-d'œuvre de l'art post-wagnérien, s'ils existent ; ce que nous voulons\nseulement, c'est qu'on ne borne pas aux frontières de l'Allemagne la vie et\nle progrès de la musique. C'est donc par une fort heureuse pensée que\nMme la Princesse Edmond de Polignac nous faisait entendre, dimanche\ndernier, une Sérénade de Max Reger, pour flûte, violon et alto. Admirable-\nment exécutée (malgré une écriture très gauche) par MM. Fleury, Geloso\net Monteux, écoutée avec toute l'attention et le recueillement possible,\ndans la haute salle si propice à l'admiration, cette sérénade a déçu toute\nattente. D'abord c'est une singulière audace, dans un pays où l'on prétend\nrespecter Beethoven, que d'instituer une sorte de rivalité avec lui ; et la\ncouverture du morceau, où le masque du grand musicien repose sur un\ncanapé de lauriers, fait involontairement songer au mot de Rossini : « Ce\nn'est pas mal, Monsieur, mais ce serait mieux si c'était vous qu'étiez mort\net Meyerbeer qui eût écrit votre messe. » Le plus curieux, c'est que\ndes deux ouvrages, c'est celui de Max Reger qui paraît le plus ancien.\nL'auteur a-t-il voulu faire un pastiche ? Nous ne savons ; mais ce qui est\ncertain, c'est que ses idées semblent copiées sur Haydn, dont elles ont la\ndémarche menue, mais non la grâce et l'esprit ; et le développement est\nfait selon les plus correctes formules de l'ancien art classique ; il ya sur-\ntout un morceau à variations, avec le passage en mineur obligé, qui pour-\nrait passer pour une agréable plaisanterie, s'il durait un peu moins long-\ntemps. Quel peut être l'état d'esprit d'un homme qui, au lieu de chercner à\ncréer, s'ingénie à refaire, avec une lourde application, des œuvies écrites\njadis en toute liberté? c'est ce que je renonce à comprendre. Car enfin,\nquel est l'intérêt de ce travail ? De nous montrer 1 habilete d une main\nrompue à tous les exercices de l'école ? Mais cette habileté est ici fort\ncontestable, et à tout instant d-es modulations brusques attestent une pos-\nsession insuffisante de cet art délicat des changements insensibles de tona-\nlité. qui fut le véritable art classique. Et puis 1 habileté est un mérité pour\nun élève et non pour un artiste. L'art allemand (Strauss mis à part) n est-\nil donc aujourd'hui qu'un art de professeurs ? Nous voulons espérei que\nnon. . , ,\nCette Sérénade avait été précédée du Quatuor de Ravel, interprète par\nMM. Geloso, Bloch, Monteux et Griset avec un charme poétique, une\ndélicatesse de sonorités, une aisance émue dont rien n approche. Combien\ncette musique pittoresque avec élégance et claire avec raffinement répond"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.37", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3970, "texte": "bien à notre goût français ! Et quel délice de l'entendre dans le silence\nd'une salle de palais, aux charpentes si hautes que les clartés électri-\nques y semblent des étoiles ! C'est là qu'on nous promet, pour dimanche\nprochain, une audition intime du Cœur de Déodat de Séverac.\nEt c'est ainsi que revivent parmi nous, en dépit des utopies de l'art pour\ntous, les aristocratiques académies du xvie siècle italien. La'musique est\nun artsomptuaire, et c'est pour cela que je ne deviendrai jamais socialiste.\nL'exposition des miniatures du xvme siècle àla Bibliothèque Nationale\ns'est ouverte par une fête musicale qui en fut le digne prélude. Car le pro-\ngramme, délicatement accordé au caractère de l'exposition, disposait mer-\nveilleusement les esprits à goûter cet art subtil et précis, où l'esprit fran-\nçais a donné quelques-uns de ses plus rares chefs-d'œuvre. Véritables\nminiatures, que ces poétiques mascarades où François Couperin nous peint\n« la Virginité sous domino couleur d'invisible », ou « les vieux galants et\nles trésorières surannées sous les dominos pourpre et feuille morte » ; ou\nbien encore « les Jongleurs, Sauteurs et Saltimbanques avec les Ours et les\nSinges ». Mme Wanda Landowska a souligné chaque détail de ces jolis\ntableaux avec l'intelligence la plus nette et la plus pénétrante qui se puisse\nimaginer, et l'entente la plus parfaite des jeux du clavecin Pleyel et de leurs\nriches colorations. Après quoi, elle passa au piano, je ne sais trop pour-\nquoi, afin de jouer une Sonate de Dominico Scarlatti, quelque peu scolas-\ntique, et le Coucou,aimables variations de Pasquini. Combien le son de\nl'instrument moderne apparut tout d'abord terne et gris ! 11 n'a pas moins\nfallu que le grand talent de l'artiste pour nous réconcilier avec lui.\nLe Triomphe de la Raison sur VAmouqui nous fut donné ensuite, est\nune cantate officielle autant qu'édifiante, composée en 1696 par le fils de\nLulli, ou plutôt par ses soins : car cet héritier, justement défiant de ses\nforces, faisait volontiers écrire sa musique par de plus qualifiés que lui.\nOn aime à croire que c'est à Campra qu'il faut attribuer cet ouvrage\naimable, malgré l'aridité du sujet qui met aux prises deux bergers galants\net deux sages bergères, insensibles à leurs feux. Les airs sont aisés et\ngracieux, bien caractérisés, et les intermèdes de danse sont d'une amusante\nvivacité. Formules que tout cela, sans doute, mais formules si désuètes\nqu'elles ont repris une saveur, et qui d'ailleurs furent toujours moins fac-\ntices que celles de l'art moderne. Mi'e Marguerite Babaïan leur prêta le\ncharme candide d'une voix pure, souple et d'une rare étendue, et M. Ch.\nSautelet une élégance noble et douce, bien propre à attendrir les plus\naustères vertus. L'orchestre, où les plus graves de nos critiques et histo-\nriens tiraient l'archet ou effleuraient des lèvres la flûte sous la direction de\nM. Jules Ecorcheville, auteur éruditde cette exhumation, a montré beaucoup\nde goût et de soin ; et le clavecin était délicatement tenu par M''e Chouchik\nBabaïan, assise à côté d'elle, M'«e Wanda Landowska ne perdait pas une\nnote, et ses yeux brillaient de plaisir au succès de celle qui fut son élève.\nM. Alfred Cortot, qui donnait le 18 mai le premier de ses trois concerts\nromantiques, est un artiste d'une rare intelligence, son toucher est délicat,\nsa sonorité colorée et variée, et ses octaves de la main gauche peuvent\nfaire envie à bien des pianistes qui ont sacrifié plus de temps que lui àla\nconquête de la virtuosité. Son interprétation de Chopin me charme, lors-\nqu'il ne s'agit que de grâce et de juvénile tendresse. Mais les nobles et\nchaleureux accents de cette musique chevaleresque n'ont pas, à ce qu'il\nme semble, été rendus avec la sincère emphase qui leur convient, et que\npossède si bien M. Planté, par exemple. Au même concert, Mme Bathori a\nchanté avec un sentiment exquis de simples et naïves mélodies écrites sur\ndes paroles polonaises."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "JE louerai encore MILE Hélène Ziélinska d'avoir joué sur la harpe chroma-\ntique, avec une délicatesse extrême et un goût parfait, différentes œuvres\nde piano, entre autres les Jeux d'eaux de Ravel, plus fluides que jamais.\nJe louerai aussi Mme Kutscherra d'avoir chanté expressivement le Cœur\nsolitaire de Léon Moreau et la Chansond'Armande de Polignac. Et je m'in-\ndignerai contre les chanteurs qui, au dernier exercice des élèves du Conser-\nvatoire, nous ont exhibé des voix si incertaines et mal posées. Tout l'ensei-\ngnement du chant serait à réformer au Conservatoire.\nLouis LALOY.\nMll' Blanche Seiva. —M. Ch. Bordes. —M. Kreisler.\nLe nombre des pianistes qui, chaque saison, éprouvent le besoin de\nréunir dans une salle de concert quelques centaines d'auditeurs, est infini.\nBien rares sont ceux dont la valeur, non seulement au point de vue pianis-\ntique, mais au point de vue esthétique, offre quelque intérêt. Si j'ai parfois\nfait grief à M. Colonne de la composition de certains de ses programmes,\nque ne dirai-je des programmes que nous infligea la majorité des vir-\ntuoses !\nTous calqués sur le même modèle, ils suivent un certain ordre vaguement\nhistorique. Ils débutent par une fugue de Bach transcrite par Liszt ou\nTausig, ou un quelconque des spécialistes de ce sport, suivent par une des\nsonates les plus connues de Pathétique, Clair de Lune, A-ppas*\nsionata, op. 106, iog ou 111, qui sont censées repiésenter les œuvres dont\nun pianiste digne de ce nom ne doit pas sortir. Schumann et Chopin, ce\ndernier surtout avec ses œuvres les plus incohérentes, mais les plus\nbrillantes, représentent le romantisme musical, et Liszt, le mauvais gout\npianistique et antimusical. Il est d'ailleurs fortement battu en brèche sur\nces deux points par les virtuoses eux-memes qui ont tous a leur actif un\nLa Source et le Poète, VALSE DE CONCERT, ou Les Délices de Vienne, vALSE\nDE BRAVOURE, œuvres qui ne tiennent à la musique que parce qu écrites\navec les notes de la gamme elles se jouent sur les touches d'un piano.\nParfois, se piquant de modernisme, un pianiste ose un morceau de Debussy\nou de Fauré, et toujours les programmes se ressemblent, le goût du public\nne s'améliore pas et les salles ne se remplissent que grâce aux billets de\nfaveur. . .\nAu-dessus de ces peu intéressants virtuoses, indignes du nom d artistes,\nMlle Blanche Selva apparaît comme une étoile de première grandeur. Imbue\nd'un ferme esprit de méthode, elle compose ses programmes en artiste qui\ncomprend ce qu'elle joue, chose rare. Après avoir donné l'œuvre intégrale\nde piano de Bach, elle a entrepris de nous donner en deux séances une\nsélection des meilleures œuvres modernes de piano. Une telle entreprise\nexigeait de sa part un labeur de métier dont peuvent se rendre compte ceux\nqui savent combien l'écriture moderne est difficultueuse et en meme\ntemps un sens artistique qui lui permît de passer sans effort d une œuvre\nde Franck à une de Ravel, en donnant à toutes deux 1 interprétation qui lui\nconvient. Il sera question prochainement, ici même,_ du répertoire moderne\nde piano et de ce qu'il en faut penser. Disons simplement aujourd hui\nqu'elle a rempli sa double tâche avec un succès dépassant toutes les previ-\nsions. Elle peut être fière de son œuvre comme M. d Indy et la Schola\npeuvent être fiers de la compter parmi les leurs.\nFranck ouvrait un premier concert avec le Prélude, Aria et Finale dont\nla beauté sereine et noble résume admirablement la mentalité detachee\nde toutes les contingences humaines. Sans pâlir à côté de cette splendeur,\nIberia d'Albeniz évoque toute l'Espagne moderne : pays d Orient encore,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.39", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "qui ne veut rien ignorer des raffinements occidentaux et s'y jette avec cette\nfougue que ses fils apportent à toutes choses. Délicatement scholiste, avec\nl'inévitable chanson grégorienne, cette œuvre, d'une difficulté d'écriture\ntrès caractéristique, est le digne pendant d'En Languedoc, de Déodat de\nSéverac, et il faut être reconnaissant à Mlle Selva de nous l'avoir révélée.\nDe même pour Le Long du Ruisseau, de M. Coindreau, qui dans la même\nnote sut atténuer la rigidité de son écriture pour nous donner l'impression\nde la facilité et de la douce joie de vivre qu'on peut ressentir en pareil\nlieu. Le concert se terminait par la sonate en mi mineur de P. Dukas. On\npeut ne pas trouver dans cette œuvre les caractères d'une inspiration\ngéniale, on ne peut lui méconnaître le respect que mérite la haute probité\nd'art qui s'en dégage. Que l'influence de Brahms s'y retrouve, et par-\nfois celle de Franck, je n'en disconviens pas ; mais je suis plein d'estime\npour une œuvre d'une tenue parfaite, aux sonorités parfois exquises\net qui a enrichi la partie la plus pauvre de la littérature musicale\nmoderne.\nLe second concert fut plus intéressant encore. Si je ne goûte guère les\nnocturnes des Fauré, que dire des exquises Pagodes dont la couleur, la\npuissance d'évocation dévoilent l'âme la plus exquise du plus raffiné de nos\nmusiciens modernes? Si la Vallée des Cloches est, parmi les Miroirs de\nMaurice Ravel, celui qui est le plus dans la note de la Schola, je lui pré-\nfère YAlborada ou Une barque sur VOcéan. Je reconnais d'ailleurs que\ncette pièce était plus que les autres dans les moyens de MH® Selva, et elle\nfit bien de l'interpréter en se laissant guider par toute la fougue de son tem-\npérament. La Schola était représentée par le Maître et son meilleur élève,\ndont les deux poèmes musicaux, véritables transpositions de la Nature\ndans l'Art : le Poème des Montagnes, En Languedoc, suffiraient à leur gloire.\nTandis que l'art de M. d'lndy est d'une sévérité qui voudrait dompter la\nnature, D. de Séverac vit au contraire la Nature sans écouter autre chose\nque la joie qui bruit en son cœur lorsqu'il parcourt, au chaud soleil, sa\nterre natale, le Languedoc brûlé où la chaleur dessèche et vivifie en même\ntemps ceux qui sentent l'âpre poésie d'une garrigue plantée d'oliviers ra-\nbougris parmi des pierres blanches. Ce fut beau, d'une beauté noble et puis-\nsante. Que de pareilles fêtes se renouvellent le plus souvent possible..\nMlle Selva rendra à l'Art plus de services que les Diémers, Sauers et\ntutti quanti.\nM. Charles Bordes est infatigable. Au milieu des soucis de la prépara-\ntion du Congrès de Montpellier, il trouve le temps de traverser la France\net de venir nous donner une exécution de Rébecca de Franck qui fut par-\nfaite à tous les points de vue. Un tel sujet convenait à Franck par la poésie\nintense qui s'en dégage., mêlée d'un certain mysticisme religieux et sym-\nbolique.\nL'oratorio de Franck fut précédé de fragments de Zoroastre, de Rameau»\ndont l'ouverture est, à mon avis, une des œuvres musicales les plus inté-\nressantes du xvine siècle. Les Chanteurs de Saint-Gervais furent, comme\ntoujours, excellents dans les œuvres du xvie siècle qui leur sont chères, etf\nles Cris de Paris, de Jannequin, sont plus intéressants que certains passages\nde Louise. Les solistes furent excellents, entre autres Mlle Pironnay et\nM. A. de Gabriac, qui chantèrent Rébecca avec une pureté de style bien\nrare parmi nos chanteurs attitrés des grands concerts.\nM, Fritz Kreisler, de Vienne, est un des virtuoses du violon dont la\ntechnique est la plus parfaite et les dons les plus splendides. Doué d'une\nqualité de son magnifique et possédant un archet très à la corde, il joua\navec ampleur une sonate de Haendel et la sonate en sol mineur de Bach. A"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.40", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 3471, "texte": "ce propos, il est intéressant dénoter combien peu exacte est cette dénomi-\nnation de tous usitée. Les six œuvres de Bach désignées par le vocable\nde sonates pour violon seul ne sont en rien des sonates, mais bien des\nsuites. Leur développement est binaire, elles ne contiennent nullement les\ndeux thèmes dans le premier mouvement et sont uniquement composées\nde mouvements soudés les uns aux autres par la seule volonté du compo-\nsiteur.\nPassé cette digression à laquelle l'art de M. Kreisler est indifférent, j'ajou-\nterai que si son exécution de la Chaconnede Bach fut impeccable au point\nde vue violonistique, le style qu'il lui prête me parut quelque peu fantai-\nsiste. Nul besoin d'ajouter à une œuvré aussi grandiose des essais d'émo-\ntion qu'elle contient en soi : une telle œuvre vit plus par la longue théorie\nde ses développements que par la fougue artificielle que peut y mettre un\nexécutant. Après une magistrale exécution de la de Corelli et du\nTrille du Diable de Tartini, M. Kreisler fit une large part à nos auteurs\ndu xvme siècle dont l'œuvre violonistique tend de plus en plus à entrer\ndans le répertoire des grands virtuoses. Un tambourin de Leclair et un\nmenuet de Francœur furent de bien meilleures musiques que la\nde Wieniawsky et que les Scènes de la de Hubay. Il faut cependant\nnoter qu'à force d'arrangements, qui ne sont pas des simplifications,\nM. Kreisler a réussi à donner une tournure vaguement musicale à un e\nétude avec variations de Paganini. C'est tout à son honneur.\nCH. CHAMBELLAN.\nA la Sorbonne. Société Bach.\nLe 6 mai, au grand amphithéâtre de la Sorbonne, concert de la « Chorale »\ndes lycées de jeunes filles de Paris, une récente et très sympathique organi-\nsation musicale.\nTout le milieu de l'amphithéâtre, près de l'estrade occupée par l'orches-\ntre des Concerts Colonne, est un vaste champ de charmantes têtes de jeunes\nfilles, fraîches, roses, souriantes ; par-ci par-là on remarque de petits\nvisages espiègles, qui curieux, animés, se retournent pour regarder la grande\nsalle où on ne trouve plus aucun siège, si grand est le nombre des per-\nsonnes qui sont venues les entendre.\nL'impression devient encore plus attendrissante quand, attentives et\nsérieuses, elles commencent à chanter sous la direction de M. G. Pierné.\nUne sonorité douce, légère, je dirai presque vaporeuse et frêle, se dégage\navec un tel charme que l'auditeur est capable même d'accepter un chœur\nà deux parties de Massenet, composé pour la Chorale, horriblement banal\net vide.\nPuis on entend VHymne à la Nuit de Rameau, qui ne peut compter parmi\nles œuvres importantes du compositeur, très agréable pourtant et que la\nChorale bisse au désir unanime de la salle, ainsi que l'Hiver s'envole\nde Pierné, très simple, sans prétention, mais aussi sans valeur artistique.\nToutes ces jeunes voix sont bien disciplinées, et la diction était très bien\nrespectée. Seulement les fins de phrases paraissaient un peu alourdies,\nétant traînées, ce qui est très difficile à éviter dans un chœur qui compte\nde 500 à 600 personnes.\nIl faut espérer qu'en se fortifiant cette sympathique Société contribuera\nsurtout à purifier et développer le goût musical de ces petites filles, qui\nparaissent être très bien douées musicalement, en leur faisant chanter les\nœuvres vocales des grands maîtres classiques comme Bach, Haendel,\nRameau, Mozart et autres.\nEspérons aussi qu'elle stimulera les jeunes compositeurs. Et si la jeune\n\n34"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.41", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": "école s'y intéressait, combien de nouvelles œuvres de valeur pourrait-on\nattendre !\nJe songe aussi à entendre ces voix pures dans une cathédrale. Combien\nl'impression y serait plus touchante !\nPlusieurs artistes sont venus faire de la musique pour ces jeunes filles,\net c'était une joie de voir l'intérêt, l'enthousiasme et le plaisir de cette\njeunesse.\nMme Wurmser-Delcourt a fait entendre la et la\nfane de Debussy, que j'avoue trouver trop vaporeuses, souples et sensuelles\npour une harpe chromatique, à la sonorité dure et sourde.\nPeut-être la résonance de la salle y est-elle pour quelque chose. Cette\nsalle est trop large, arrondie, plusieurs demi-coupoles au-dessous de la\ngrande coupole divisent le son, mais je m'arrête, de peur de m'engager dans\ndes problèmes insolubles : la voix de M. Dufranne, qui a chanté la\nde Saint-Saëns et les Deux Grenadiers de Schumann, qu'il a dû bisser, pa-\nraissait sourde, et la sonorité de la Société des Instruments anciens était\ndélicieuse, d'un ensemble parfait. Seulement le clavecin se confondait trop\ndans l'ensemble, au point de n'être presque pas entendu.\nMmo Roger-Miclos a brillamment exécuté le Concerto de Pierné, dont\nla première partie est seule supportable.\nAu dernier concert de la Société Bach, le 10 mai, on a entendu une rare\net exquise cantatrice, véritable « Oratorien-Sângerin », Mue Maria Philippi,\ncontralto solo de la Singakademie de Berlin, si rare et si exquise qu'on\nétait disposé à l'indulgence pour un orchestre assez pénible à entendre,\ntant il manquait d'homogénéité et d'ensemble.\nMlle Philippi a chanté avec l'orgue, très bien accompagnée par M. G.\nBret, cinq Geistliche Lieder (chants religieux) de Bach d'une grande et\npure beauté, puis l'air de la cantate avec les clochettes,\nqu'elle a interprétée d'une façon exquise et inoubliable.\nElle était moins à son avantage dans la première belle cantate\nAbend aber,où elle avait des partenaires aussi sûrs qu'éprouvés, comme\nMlle Pironnay, MM. Plamondon et Reder. C'est probablement l'émotion\nqui a dû empêcher la cantatrice de déployer toutes les belles qualités de\nl'âme, de style, de technique et de l'intelligence vocale, dont elle a fait\npreuve dans les airs plus haut nommés.\nMlle Boutet de Monvel a exécuté avec beaucoup de maîtrise surtout les\ndeux premières parties du concerto en mineur, mais, hélas ! si mal\nsecondée par l'orchestre !\nLes choeurs, en revanche, sont en grand progrès, les voix de femmes\nfont une agréable surprise par leur fraîcheur et leur conviction. Le choral\nde la cantate Am Abend aber était si bien chanté, que tout le public vou-\nlait le réentendre.\nM. B.\nSociété Nationale. Festival G. Fauré.— Le Quatuor Capet.\nAu milieu de l'orgiaque et absurde foire à musique que la «\nsienne » offre aux riches amateurs d'exhibitions tapageuses, quel repos et\nquelle pure joie d'entendre, dans un milieu intelligemment respectueux,\nchanter la Muse de M. Gabriel Fauré ! Ignorante des désirs qui font mal,\ndes pensées qui tourmentent, des larmes qui défigurent, elle chante une\nharmonie dont elle a le secret, et son chant, d'une élégance raffinée, d'une\nsuprême distinction dans sa grâce un peu alanguie, pénètre en nous comme\nun parfum discret et voluptueux."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3475, "texte": "Le programme commençait par le nouveau dont la beauté fut,\ndans le précédent numéro de ce journal, apprécié en termes si justement\nexquis par M. Louis Laloy ;il était exécuté par M. Fauré lui-même et le\nQuatuor Capet. Le Quatuor Capet s'est mis hors de pair par l'incomparable\ninterprétation qu'il sut donner des chefs-d'œuvre beethovéniens. Jamais\nla pensée du « Grand Penseur » de la musique ne nous fut plus complète-\nment révélée. MM. Capet, Tourret, L. Bailly et Hasselmans nous ont,\nmardi dernier, montré une fois de plus quels serviteurs de l'Art, intelligents\net respectueux, ils peuvent et savent être.\nAprès diverses œuvres pour piano excellemment mises en valeur par\nMlle Marguerite Long, après la Bonne chantée avec sûreté et intel-\nligence par Mme Bathori, le concert se terminait par la\net violon jouée par MM. G. Fauré et L. Capet. M. Capet sait, mieux que\npersonne, se mettre en communion avec la pensée de l'auteur qu'il inter-\nprète, et, sans aucune recherche d'effet personnel, nous la rendre sensible ;\ncette simplicité, cette sincérité absolue, cette compréhension intime et pro-\nfonde, donnent à son jeu une noblesse, une puissance d'émotion tout à\nfait exceptionnelles.\nAh! la délicieuse soirée Grâces soient rendues au Comité directeur\nde la Société Nationale, de nous avoir, après une longue route dans un\npays souvent aride, conduits à cette charmante oasis.\nMAURICE FOURRIER.\nM. Luzzati et Mlle M. Mac Evily.\nJe crois que M. Demets tend à devenir un accapareur, il fonde un nou-\nveau « trust », il veut acquérir le monopole de la bonne musique étran-\ngère. Si ce n'est pas là le fait d'un parfait patriote, c'est du moins celui\nd'un imprésario éclairé et qui réussit. Depuis un certain temps en effet il\nnous a révélé plusieurs artistes d'outre-frontières dont la valeur est indis-\ncutable. Je me rappelle encore avoir écrit récemment quelques lignes\nenthousiastes au dos du portrait d'une jeune pianiste argentine dont il\nnous avait permis d'apprécier les qualités exceptionnelles. J'ai aujourd'hui\nà traiter d'une façon fort élogieuse les concerts de M. Luzzati (2 mai) et\nmiss Mary Marc Evily (3 mai), tous deux salle Berlioz.\nLa séance de M. Luzzati avait attiré dans la coquette bonbonnière de la\nrue de Clichy toute la colonie italienne de Paris ; pas un strapontin de\nlibre. Le sympathique pianiste a montré que son concert méritait bien cette\ncuriosité ou plutôt cette confiance d'abord par le choix de ses collabora-\nteurs, la toute gracieuse Darmières del Opéra-Comique et le célèbie Alberto\nBachmann, qui a ouvert la soirée avec M. Luzzati par la\nElle a été jouée dans le recueillement voulu, et les deux artistes, sur la vii tuo-\nsité et la technique desquels il n est pas nécessaire de parler, ont montré\nune fois de plus combien ils possédaient à fond les secrets du style du\nbon vieux maître.\nQuatre des pièces qu'il est d'usage de placer en première ligne parmi les\nœuvres de Chopin ont permis aux auditeurs d admirer 1 interprétation juste,\nbonne et rare de M. Luzzati pour des œuvres que la plupart abîment\naffreusement ou même ne comprennent pas.\nMile Darmières a dit ensuite avec un grand charme de\nWidor ; la Voix des cloches de Luigini, que j'ai déjà entendue, je crois,\naux matinées musicales de l'Ambigu, par Marie Thierry, a valu à 1 aimable\ncantatrice un succès aussi flatteur pour ses dons naturels admirables que\npour le cachet bien personnel dont elle marque chaque morceau de son\nrépertoire."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.43", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "Dans la deuxième partie enfin, qui n'a différé de la première que parl'ac-\ncroissement manifeste de la satisfaction du public, je remarque au n° 5 un\nImpromptu de Luzzati dont l'auteur a pu voir l'excellent effet et au no 6\ndeux compositions de Bachmann qui ont remporté le succès qu'elles méri-\ntaient bien. En résumé, la soirée a été excellente, pour ne pas dire excep-\ntionnelle. .\nLe 3 mai, en matinée, M 1 M. Mac Evily a triomphe avec Still\nNacht (Bohm), les Larmes de Werther (Massenet), la Brise (Saint-Saëns)\net Aime-moi(Bemberg). . ,\nLe monologue et l'air de Didon des Troyens de Berlioz lui ont valu un\nbeau succès, ainsi qu'avec M. Dulac le duo du 2® acte deSamson et Dalila.\nElle s'était assuré le précieux concours de MM. Amato, le violoncelle\nbien connu de l'Opéra, Dulac, de l'Opéra-Comique, et Georgis, chef des\nchoeurs à l'Opéra-Comique.\nTous ont obtenu des applaudissements que le nombreux public de la\ncolonie américaine, avec justice d'ailleurs, ne leur a pas ménagés.\nGermaine Arnaud.\nLe 12 mai, Germaine Arnaud a donné son 2e récital chez Erard.\nJ'ai déjà dit trop clairement ma façon de penser sur elle, lors de son con-\ncert chez Pleyel,pour qu'il soit nécessaire d'y revenir ; je me contenterai de\ntranscrire ici les quelques notes que j'ai prises dans la salle même sur les\ndeux premiers numéros que seuls j'ai pu entendre.\nJ'aurais aimé plus éclatantes les sonorités qui marquent le début de l'al-\negro du Carnaval de Vienne ; cela dépend uniquement de l'instrument un\npeu sourd par lui-même et auquel Mlle Arnaud n'est sans doute pas com-\nplètement habituée. Les « piano » des Romanzen ont été admirablement\nbien exécutés. Dans le scherzino, les basses ont été martelées avec toute\nl'énergie désirable. T oujours par la faute de 1 Erard, les traits de 1 inter-\nmezzo m'ont paru quelque peu sourds ; le chant en « piano » a ete fort\ndélicatement nuancé. La jeune artiste a à peine effleuré le Rondo en de\nBeethoven. La qualité de son a été ici excellente et le style absolument\npur. Dans la pièce 33 de Scarlatti même impression : délicatesse et style ;\nj'aime moins la pièce 36, ce qui n a pas empeché 1 exécution d etre remar-\nquable, particulièrement pour les passages « piano ».\nDu Badinaged'Alphonse Duvernoy (recueil de 7 pièces sur un thème\ninitial, dit le programme), j'ai goûté seulement le commencement (façon de\ncloches) et la fin, où le thème carillonnant du début revient en « piano ».\nMais de l'exécution j'ai applaudi, avec les auditeurs choisis qui formaient\nla salle, le tout, comme je me propose de le faire chaque fois que MU® Ar-\nnaud jouera sur un Pleyel, un Erard, un Steinway, un Bechstein ou même,\nce qu'à Dieu ne plaise, un Gaveau.\nW. Bastard et A. de Montlichard. J. Hollmann et E. Gigout.\nRetenu au début du concert Arnaud, je n'ai pu arriver qu'à la fin de la\npremière partie à la salle de l'Union, où avait lieu la séance de MM. Bastard\net de Montrichard. Je dois dire d'abord que j'ai été largement récompensé\nde mon zèle. . .\nM. Eugène Gigout, l'organiste de Saint-Augustin, a joue quatre pièces de\nsa composition ; je n'ai entendu que les 3 elles me font bien\naugurer de la Marche religieuse qui se trouvait en tête.\nLe Scherzo est remarquable, disent mes notes ; la Communion très\ntouchante, émouvante par sa douceur même ; la vaut les deux"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "numéros précédents, quoique l'idée, qui en est grande et large, soit trans-\ncrite dans des formes un peu communes.\nLeprogramme annonçait, pourfinir, une sonate pour violoncelle et piano\nde A. deMontrichard ; sa facture ne m'a pas paru mauvaise, elle est en tout\ncas originale, quelquefois trop même, mais elle mérite cependant d'être\nentendue.\nJos. Hollmann, le roi du violoncelle, a des sonorités étonnantes : il suffit\nde l'entendre accorder ou faire un pizzicato pour comprendre qu'il y a là\nquelque chose qu'iiucun peut-être n'a jamais possédé : une qualité de son\nqui tient du prodige. Je rends grâces maintenant à M. William Bastard\nd'avoir joué sa partie de piano à la mode anglo-saxonne : avec sans-gêne.\nC'est en effet pour faire face à ses forte continuels, voire même fortissimo,\nque M. Hollmann a encore augmenté l'énergie avec laquelle il tire les notes\nde son instrument enchanteur.\nJe suis certain qu'un violoncelliste comme on en voit dans nos concerts\nn'aurait pu arriver à faire entendre un seul son.\nMais M. Bastard savait sans doute qu'il s'adressait à forte partie, et c'est\npeut-être là l'explication de la façon vigoureuse et tapageuse dont il a été\nle partenaire applaudi de M. Hollmann.\nSociété des Concerts de Chant classique.\nJe ne sais si cela dépend de l'excellente impression du début, toujours\nest-il que la matinée du 11 mai m'a paru charmante en tous points.\nA mon avis, tout l'honneur en revient àM. 6. Marty, dont la baguette\nénergique et délicate à la fois a dirigé le concert de manière à le rendre\nimpeccable.\nOn a applaudi Mme Auguez de Montalant particulièrement dans son inter-\nprétation très dramatique du rôle de Brunehild Sam. Rousseau,\nactel, ier tableau). M. A. Brun a eu sa part de triomphe avec la Berceuse de\nDarbé accompagnée fort délicatement par l'orchestre.\nEnfin louons le bon goût de M. Marty, auquel nous devons la ire au-\ndition d'une petite partie du 2e acte de Don Procopio.\nLa voix discrète, au timbre un peu voilé, de M. Plamondon, qui n'a pu\nsuffisamment claironner les répliques éclatantes de Merowig, a fait mer-\nveille dans trois chansons de Méhul, dont l'une, est délicieuse.\nCette petite pièce est encore comme imprégnée des parfums d'une foule\nde petits bergers Watteau, fragiles comme des figurines de Saxe qui devi-\nsent joyeusement, tandis que résonne le hautbois champêtre, que bruissent\nles petits violons, le tout accompagné de la note à dessein aigrelette et un\npeu maigre du clavecin Pleyel.\nEn un mot, le concert a été un succès tant pour les organisateurs que\npour le chef d'orchestre et les interprètes.\nM\"« Marie Capoy. G. Loth. M. Hewitt.\nLe même jour, salle Berlioz, on a beaucoup applaudi le beau talent de\ncantatrice de Mme M. Capoy, dont l'interprétation s'adapte d'une façon éton-\nnante à la facture différente des morceaux qu'elle chante. De M. Geo.\nLoth on a goûté, au grand orgue, l'impeccabilité du style et la correction\nrigoureuse du jeu. Après avoir parlé de l'exécutant, je m'attaque au\ncompositeur ; je ne saurais en effet passer sous silence la façon intelligente\net... réussie dont il a mis en musique une des meilleures pièces de Leconte\nde Lisle : la Chanson du Rouet ; le public s'en est aperçu comme moi ; il\nl'a fait comprendre par ses applaudissements à l'auteur et à Mm® Capoy,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2825, "texte": "qui a chanté avec beaucoup d'âme cette belle œuvre. Enfin M. M. Hewitt,\nqui nous avait donné une Romance en de Beethoven bien froide, a fait\nacclamer sa virtuosité dans Y Abeille de Schubert et les de\nSarasate.\nAntoinette Lamy.\nUn mot en passant du concert qu'a donné, le 4 mai, chez Pleyel, Antoi-\nnette Lamy et auquel je regrette de n'avoir pu assister en entier. De la\nSonate (op. 27) de Beethoven, des 24 Préludes de Chopin et du Nocturne en\nsol de Duvernoy j'ai gardé l'impression d'une sonorité remarquable comme\nla technique et l'interprétation.\nPAUL DUBOT.\n\nL'ÉVOLUTION DE LA SONATE\n\n(/I propos des trois séances données par A/\"' Dron et M. Parent.)\nS'il y a toujours un grain d'égoïsme chez le meilleur des virtuoses, inter-\nprète et désintéressement sont de valables synonymes, encore que le Dic-\ntionnaire classique de l'abbé Girard ne les contienne pas... Mais depuis le\nxvuie siècle, nous avons fait certains progrès dans la perception des nuan-\nces...\nTraduire fidèlement la pensée du compositeur, initier l'auditeur en ne le\nruinant point : tel est le dessein de l'interprète ; et, pour user d'un style\nélectoral d'actualité, tel était le « programme » des trois séances consacrées\nà la sonate classique et moderne, pour piano et violon, données à la salle\n/Eolian par M'ie Marthe Dron et M. Armand Parent, les vendredis 4, 11 et\n18 mai 1906, à neuf heures très précises du soir (heure militaire, toujours!)\nUniquement désireux de servir la cause de l'art et de former le goût du pu-\nblic français, ces deux intelligents protagonistes de l'art avancé ne rêvent-\nils point de faire parvenir le jugement des auditeurs au niveau supérieur\natteint, de nos jours, par la création des compositeurs ? Elever l'auditoire\nau lieu de descendre à lui, c'est lafière devise de ces deux artistes, puisque,\nà leurs yeux, l'artiste est le vrai juge ; et cette initiation réclame, par con-\nséquent, de fréquentes auditions des belles œuvres difficiles. Aussi bien, les\nprogrammes particuliers des trois soirées printanières répondaient sévère-\nment à ce hautain idéal. Les voici :\nVendredi 4 mai : Sonate posthume de sonate de\nsonate de Magnard.\nVendredi 11 mai: Sonate en la,n° 2 sonate en n» 1 (op. io5),\nde Schumann;sonate en si bémol,n° i5, de sonate en ré mineur,\nn° 2 (op. 121), de Schumann.\nVendredi 18 mai : Sonate de Casti ; sonate de sonate de\nFranck.\nDix pareilles sonates en trois soirs : un régal austère, et peut-être un\nmenu copieux pour tout autre auditoire parisien, voire français, que le\nprintemps entraîne, le soir, vers le Bois, ou du moins vers les premiers ca-\nfés-concerts des Champs-Elysées ! Mais il est entendu que les fidèles de\ncomposent un banquet d'élite, et qui ne demande pas mieux que\nd'accueillir religieusement la bonne parole musicale, cette manne céleste,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "si chaleureusement dispensée par deux juvéniles partenaires dont le talent\nn a d égal que la conviction. Les mélomanes, je ne veux pas écrire les di-\nlettantes, qui se retrouvent dans ce petit sanctuaire de style trop américain\ndepuis quatre saisons, et particulièrement cette année, savent la belle ar-\ndeur désintéressée de ces deux interprètes que je m'en voudrais toute ma\nvie d appeler des virtuoses; et combien le jeu fier comme son profil de l'ex-\nquise et vaillante Mlle Dron paraît, pour ainsi dire, « harmonique »au coup\nd'archet fougueusement pur de M. Parent ! Ils n'ignorent pas davantage,\npour la plupart, les hautes qualités des œuvres choisies ni les noms des\nauteurs, synonymes de grand art noble et sévère.\nMais, en ce mois aimé des poètes, au printemps comme à l'automne, la\nnature a voulu que le baiser de la Musique fût lui-même éphémère; et, sous\nson incantation fugitive où 1 ame des maîtres descend en rayonnant dans la\nnotre, 1 auditeur est reconnaissant aux interprètes de toutes les découvertes\ncontenues en de nouvelles auditions. C'est pourquoi les séances des 4, 11\net 18 mai 1906 ne furent quune longue ovation de gratitude envers deux\ntraducteurs d'altières pensées.\nAvant de caractériser d'untraittoujours trop peuressemblantlaphysionomie\nd'une double et vivante interprétation, qu'il nous soit permis de replacer\nle triple et hautain programme dans l'ordre chronologique, qui peut faire\napparaître à l'esprit complaisant de nos lecteurs l'évolution de la Sonate à\ntravers trois siècles d'art et d'âme humaine. Au point de vue plastique, la\nséance rétrospective du 11 mai se trouvait fort heureusement encadrée par\nles séances modernes du 4 et du 18 ; mais l'histoire exige une autre composi-\ntion.\nBach, Mozart, Schumann, parmi les anciens ; Franck, Castillon, Lekeu,\nparmi les morts contemporains; Vincent d'lndy, Pierné, Magnard, parmi\nles auteurs vivants : cette frise de noms, enguirlandée de bravos, n'est-elle\npoint déjà significative ? N'exprime-t-elle point l'irrésistible et lente évolu-\ntion de l'art musical, de la forme traditionnelle à la force expressive, et cela\nsous les espèces fondamentales de la Sonate, génératrice de la musique de\nchambre et de la symphonie ?\nLa musique instrumentale tout entière est implicitement en germe dans\ncette forme typique, à la fois si grande et si simple et cette suite de pièces\nlogiquement enchaînées apparaît de bonne heure comme un tout organique\ndont l'origine, italienne sans doute, remonte loin. La sonate piano etviolon,\nc'est le duo instrumental par excellence ; triptyque mélodieux, elle com-\nprend trois morceaux dont le dernier réclame le même ton que le premier.\nA travers le temps et l'espace, elle se développe suivant les lois latentes de\nl'art qui sont celles de l'âme ; elle suit l'insensible tourbillon qui pousse le\nsoleil pur de la forme vers la constellation troublante ou la nébuleuse de\nl'expression.\nBach, c'est la forme souveraine, c'est l'art souverain qui règne en maître\ndans une âme paisible ; c'est la sérénité qui haïrait non pas le mouvement,\nmais la passion « qui déplace les lignes » ; l'émotion ne saurait consentir\nencore à bouleverser sa propre architecture ; elle n'y songe même pas, dans\nsa quiétude emperruquée. Et la sonate en la no 2 n'est que le son que rend\ncette grande âme savante, avec ses alternances régulières de piano et de\nforte, son rythme invincible et son style perpétuellement en imitations.\nLe vieil Haydn absent serait la transition toujours tranquille au jeune\nMozart»\nMozart, c'est... Mozart ! c'est-à-dire non plus, comme le croyaient naïve-\nment les Romantiques, le petit musicien poudré des pensionnats galants ou\nle gentil abbé de cour musicale, mais la Musique même, en son essence,\navec je ne sais quel angélique sourire disant : mélancolie, sentiment,"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.47", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3969, "texte": "sérénité, suavité, féminité... Wagner, mieux que Berlioz, avait compris la\nmusicalité de Mozart quand il devinait, sous l'italianisme étincelant de ses\nformules, la tendre éclosion du lyrisme ; et, comme disait son jargon d'esthète\nd outre-Rhin, l'apparition spontanée du mélos sous les exigences delà figu-\nration. Mozart ! Ses plus belles sonates, telles ses cinq dernières sympho-\nnies, démontrent cette loi. Parfaite en son petit cadre, la sonate en si bémol,\nno 15, est le chant d'une âme divine dans une époque heureuse qui décou-\nvrit la douceur de vivre. Et c'est à Bagatelle, dans ce temple exquis d'une\nvieille France idéalement jeune ou plutôt d'une Grèce Louis XVI qu'il\nfaudrait savourer l'intimité de ce menu chef-d'œuvre où, voluptueusement,\nla forme et l'expression se pénètrent...\nL'orage couve au ciel avec Beethoven ; l'horizon pur se rembrunit sans\ncesser d'être pur... L'orage : la passion dans la nature ; la passion :\nForage dans l'âme... Et pour marquer la transition nouvelle entre Mozart\net Schumann, votre souvenir se chantera la Sonate à Kreutzer ou mieux\nencore Yop. 30, n° 2, que la collaboration musicale, de plus en plus ho-\nmogène, de M. Parent et de M\"e Dron nous a ressuscité vigoureusement\ncet hiver ; ce chef-d'œuvre en ut mineur de Beethoven nous livre son secret,\ncomme chacun de ses chefs-d'œuvre : « Il n'y a rien de tel que d'avoir une\nbelle âme. » Dans Yop. 30, n° 2, une IVe partie apparaît sous forme de\nscherzo mis à la troisième place ; l'évolution technique de la sonate subit\nle contre-coup de son évolution expressive : ainsi l'âme « grave » les traits\ndu visage. Et la musique est une physionomie sans pareille au monde...\nAvec Schumann, la sensibilité se déchaîne. Autre et nouvel accent.\nSchumann, le maître aimé de notre Fantin-Latour (dont l'exposition pré-\nsente est une si haute leçon d'art), c'est déjà l'expression dominant la\nforme ; c'est une passion chaste et tumultueuse à la fois, c'est le rêve dans\nl'intimité, l'intimité délicatement passionnée qui chante... Certaines\nphrases de Schumann amoureux nous murmurent avec Stendhal : Quel\nmoment qu'un regard, même indifférent, ou que le premier serrement de\nmain de la femme qu'on aime I Cette mélancolie du bonheur passe dans le\npremier temps, aux notes si pures, de la poétique Ire sonate en la majeur\n(op. ios), l'un des portraits les plus ressemblants de l'affectueux génie de\nson poète-musicien ; rappelez-vous de même le premier quatuor, la pre-\nmière symphonie, en si bémol, ou la Nuit de printemps î\nL'ouragan s'élève avec la Ile sonate (op. 121), en ré mineur (ton cher à\nSchumann visionnaire et fiévreux !) Revoici l'auteur de Manfred et de\nFaust, un Schumann assiégé déjà par les fantômes... mais un poète qui\ncommande encore en maître à sa fièvre ! Interprète ou créateur, c'est le\npropre de l'artiste que de pouvoir canaliser sa fougue et cloisonner son\ninspiration : le génie, c'est la pensée ; l'art, c'est la forme. Dès le premier\ntemps, une lutte s'engage ; les rythmes les plus poétiquement dramatiques\nse succèdent dans tout l'ouvrage ; et, dans le finale, quel tragique hymen\nde legato si tendre et de staccato pressant ! C'est bien là le poète qui voulut\n« chanter jusqu'à la mort » !\nLe drame anonyme a donc envahi la chaste sonate. Après ce drame inté-\nrieur, la « sublime » sonate de Franck est beaucoup plus éthérée, tout\nautrement romantique, et tout autre chose que l'austère poème d'un\n« Brahms belge » ou, comme on disait à son apparition troublante, l'effort\n« prétentieux » d'un décadent. La sonate de Franck, un des rares chefs-\nd'œuvre du genre, c'est, au contraire, la plus ardente candeur unie au\nsavoir le plus inspiré ; c'est l'essor profondément convaincu d'une docte\nbéatitude. C'est une neuvième béatitude, et supérieure aux huit précé-\ndentes. Née en 1886, elle n'a que vingt ans ; mais sa brûlante jeunesse a\nl'auréole sérieuse des plus classiques Muses. Et l'évolution se poursuit :"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3795, "texte": "poème à forme fixe, un peu comme le sonnet, la sonate de régulière,\ndevient irrégulière : ici, le recitativo sert très\nfantaisiste entre la suave passion du début et la scolastique franchise du\nfinale ; c'est un premier tercet de raffinement parnassien, mais de senti-\nment si haut !\nChaleureuse, dynamique, vivante, un peu banalement jolie dans son\nandante, avec de fines ondulations en son premier temps où le cantabile\ndu violon plane sur le remous du piano, la sonate d'Alexis de Saint-Victor\nde Castillon, mort à trente-cinq ans en 1873, a précédé chronologiquement\nla sonate de Franck, mais elle a subi l'influence du maître ; car la sonate\ncontemporaine tout entière a respiré l'atmosphère de ce docteur séra-\nphique. Nous ignorions la sonate chaleureusement intime de Castillon ;\nmais nous connaissions la sonate ineffablement nostalgique de Guillaume\nLekeu (1870-1894), autre âme aimée des dieux... Nous les\ntrois parties librement traditionnelles de cette longue élégie wallonne\ndepuis le printemps de 1894, où l'archet d'Ysaye la révélait à notre jeu-\nnesse enthousiaste à la salle d'Harcourt : Léon Bazalgette, Adolphe Bos-\nchot, nos futurs confrères, étaient nos voisins inconnus...\nAvouerons-nous, avec notre abominable franchise habituelle, que la pre-\nmière audition de la sonate de Vincent d'lndy, le 3 février 1905, aux\nséances Parent, ne révolutionna point notre âme, malgré la présence du\nmaître au piano ? C'est un « chef-d'œuvre», pourtant, au gré des artistes\nqui subordonnent, avec notre Poussin, l'émotion des sens à la délectation\nde l'esprit... Un ouvrage ne naît point chef-d'œuvre ; il le devient dans la\nlumière progressive qui finit par le consacrer. Et constatez le\nbienfait des auditions répétées ! Cette cinquième audition, pour nous, du\n4 mai 1906 a mis sa clarté dans cette fière grisaille aux lignes si sereines ; et\nnous évoquons, reconnaissants, une quatrième audition du 3o mai 1905, à\nl'une des très artistiques séances de Mme Mockel :un 'mardi soir de prin-\ntemps avec une longue lumière d'été, déjà, la blanche toilette de MUe Dron\nse rehaussait d'une ceinture noire ; vestons et chapeaux de paille aristo-\ncratiques se pressaient dans la claire petite salle basse de la Chanterie ;\ncomme l'autre soir, Parent et sa partenaire firent assaut d'élégante puis-\nsance ; et l'accord de l'atmosphère avec l'œuvre nous expliqua tout ce que\nsuggère de grave sérénité la cévenole et magistrale sonate dédiée à Parent\npar Vincent d'lndy, mystique et pittoresque, grise et nuancée dans sa\ndemi-teinte, et toujours idéalement montagnarde comme les symphonies\nde l'héritier du maître César Franck, comme son second quatuor (op. 45) et\nce pur Poème des Montagnes que Mlle Marthe Dron jouait déjà si passion-\nnément à l'âge où ses compagnes se croyaient satisfaites de jouer aux\ngrâces !\nIl y a des vestiges de franckisme, aussi, dans la sonate savamment fémi-\nnine de Gabriel Pierné ; mais, avant Fagitato final, où cherche à se renou-\nveler le classique développement des thèmes, quel coloris charmeur dans\nses deux premiers temps, dans son exorde au frisson leger où le pianiste\ncompositeur fait ruisseler le piano lumineux sous le chant du violon, puis\ndans son allegretto de légende !\nPlus viril et sculptural apparaît l'essor sous la science dans la longue et\nquelque peu diffuse sonate d'Albéric que nous ont révélée, dès\n1905, les concerts de MH® Dron et les non moins suggestives séances du\nSalon d'automne ; loin de l'impressionnisme qui murmure, c'est un retour\nnon sans courage aux formes classiques, avec trop de décousu peut-etre\ndans le plan de l'ouvrage, où quelque lento vient toujours couper la parole\naux belles envolées dynamiques ou réciproquement.\nLa sonate classique s'est transformée, apparemment surtout ; mais elle"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.49", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "dure. Et bien longtemps avant les savants des deux mondes qui cherchent,\navec Henderson, How music developped, Delacroix le peintre mélomane\navait remarqué ce processus indéfini, cet élan vers l'expression, qui déserte\nla gaieté du vieil Haydn pour traverser la belle violence d'un Beethoven.\nOn pourrait convoquer d'autres sonates encore : les deux de Saint-\nSaëns, les trois de Brahms, «ceß.n°3 », et Grieg, et Vreuls, ou Mme Beach,\net le pauvre Max Reger que les nerfs menacent, et l'Op. 27, en ré majeur'\ndu flamand Jonghen, et les septentrionaux Sindinget Sjôgren, sans bannir,'\ndes roses au front, M. Gabriel Fauré, l'auteur d'un exquis Requiem païen :\nl'idolâtrie de la famille de Marliave ou du quatuor Gapet n'est pas obliga-\ntoire pour rendre pleine justice aux grâces épicuriennes de sa sonate, à la\ndouce lueur de son quintette aux rêves antiques estompés...\nmême en l'absence de M. Fauré, la vibrante collaboration\nd'Armand Parent et de Mile Dron nous a fait deviner l'évolution de la sonate\nà travers les âges et son crescendo d'expression violente ou subtile. En\nsortant du calme sanctuaire de Bach, du temple exquis du divin Mozart, il\nnous semblait aborder, avec Schumann, avec tous les modernes, l'île pathé-\ntique où se dresse noblement le Temple de René Ménard, l'œuvre maîtresse\ndes Salons de 1906 :\nUn peu du grand zéphyr qui souffle à Salamine\nMêle un salubre arôme à l'air de nos prisons...\nDans son atmosphère sobre et sombre, le crépuscule enflamme sourde-\nment les marbres et les monts ; et la mélancolie de la ruine ajoute son\npoème moderne à l'antique beauté des formes... Tel nous apparaît l'art\nmusical depuis Beethoven ; et, sur la crête rose d'un beau nuage, le génie\nde César Franck fait frissonner la face de Dieu...\nL'intellectuelle poésie de Sully-Prud'homme et de René Ménard se pré-\nsente à nous pour caractériser l'évolution de la sonate interprétée par\nl'admirable désintéressement de deux volontés : Armand Parent n'a jamais\nété le violoniste mondain qui cherche des effets d'habit noir devant son\npupitre ; Mîte Dron ne sera jamais la pianiste coquette qui fait la roue\ndevant son clavier ; mais, blanche et brune, et penchée de toute son âme\nvive sur l'inspiration de ses maîtres, cette jeune fille est devenue la vraie\npartenaire de 1 artiste dévoué depuis seize ans à l'évocation du grand art\nuniversel et de 1 art français : sa puissance native s'est nuancée de soir en\nsoir au jeu largement classique de son aîné. De là, cette cohésion, cette\nhomogénéité, cette confiance morale qui réalise la vraie musique de\nchambre et qui remporte les victoires ; Schumann et Franck et Vincent\nd'lndy sont leurs drapeaux victorieux. Et l'heureux effort que M. Henry\nMarcel dénomme joliment «la démocratisation de la sonate » apparaît\nainsi revêtu de la vie la plus aristocratique. Lecteurs, comprenez-vous\nmaintenant pourquoi, malgré les hautes qualités à la fois expressives et\ntechniques des deux interprètes, nous aurions quelque scrupule à les appe-\nler des virtuoses ?\n\nRaymond Bouyer.\n\nCOURRIER DE BORDEAUX\n\nConcert Fugno-Ysaye.\nNous avons eu, pour terminer la saison, un beau concert. MM. Pugno et\nsaye, dont on ne songe plus à séparer les noms, nous ont offert un pro-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3079, "texte": "gramme du plus haut goût, la Sonate en si bémol (n° 10) de Mozart, le\nConcerto en sol majeur (no 3) du même, la Sonate pour piano en ré mineur\n(n° 17) de Beethoven, enfin la Sonate de Franck. Il n'est plus besoin d'in-\nsister sur 1 incomparable talent d'Ysaye. Je me demandais, en l'écoutant :\nQuel artiste aujourd'hui possède cette plénitude de son et cette intensité\nd émotion ? En revanche, pourquoi M. Pugno a-t-il une tendance à s'ef-\nfacer, pourquoi prend-il l'air d'accompagner »? Il a prouvé cependant,\nen jouant seul et avec une grande puissance la Sonate de Beethoven, qu'il\nsavait faire résonner un clavier.\nA vrai dire, son exécution de la sonate de Mozart fut tout à fait juste et\nsimple.\nL'accord des deux artistes se révéla parfait, surtout dans l'admirable an-\ndantino, où chante la pure mélancolie d'un qui cachait peut-être sous son\ncharme léger l'inquiétude d'un « averti ». Sous les doigts d'Ysaye le con-\ncerto se développa sans que jamais la virtuosité se fît impertinente\navec une sûreté et dans l'adagio une profondeur inouïes. Enfin la Sonate\nde Franck nous fut une vraie joie, et même une vraie souffrance. La séré-\nnité douloureuse en fut merveilleusement traduite et lentement nous péné-\ntra. A la reprise du thème initial, nous frémissions.\nIl faut dire, à la louange des Bordelais, que, si la salle n'était pas com-\nplètement remplie, les auditeurs présents ont montré un bel enthousiasme.\nAussi les deux artistes ont-ils ajouté à leur programme, Ysaye le Chant\ndu Soir de Schumann, qu'il a rendu vaporeux à souhait,— Pugno une jolie\net difficile Pièce de Scarlatti.\n\nJacques Rivière.\n\nCOURRIER DE NICE\nConcerts. La salle Bellet est véritablement un petit temple de la mu-\nsique. Parmi les nombreux concerts que Ton y a donnés, je dois citer\nsurtout :\nEn février : celui de M. F. Fairbanks, talentueux pianiste américain, très\napplaudi dans du Chopin, du Rubinstein et du Liszt ; mais surtout dans\nla Sonate de Franck exécutée avec délicatesse et une émotion communi-\ncative. La partie de violon était jouée supérieurement par l'excellent vio-\nloniste Niçois, M. d'Ambrosio, très apprécié ensuite dans deux de ses\ncompositions, fort jolies. J'ai assez aimé la façon particulière de ces deux\nartistes de jouer le finale de la Sonate dans un mouvement un peu vif, sans\nmièvrerie.\nEn mars : le concert donné par Mme Hélène Gassin, cantatrice très jus-\ntement estimée, qui avait mis à son programme un Trio de Mendelssohn\nexécuté par MM. Cartier, Lejeune et Chizalet, artistes distingués, du Go-\ndard, du Berlioz, du Saint-Saëns, du X. Leroux et des œuvres de harpe\nexécutées par Suzanne Turquetil, charmante et habile exécutante.\nEn avril : M. Gennaro Loveri, harpiste au jeu absolument surprenant\nqu'il a fait valoir dans des œuvres d'Hasselmans, Godefroid, van Vesterhout\net de sa composition. A cette même séance Mlle Ninck, MM. d'Ambrosio\net Blaës, très bon violoncelliste, ont exécuté très correctement et avec cha-\nleur le trio (op. 63) de Schumarin.\nEn avril encore : Mme Anna Laidlaw nous a fait connaître la première"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.51", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "partie de la grande Sonate en re mineur de Raoul Pugno. Cette œuvre\ns'inspire de ces vers de M. Grandmougin i\nL'océan bleu s'apaise et rugit tour à tour...\nTantôt plein de sanglots, tantôt plein de sourires...\nOn sent qu'elle a été écrite par un pianiste, et Mme Laidlaw 1 a exécutée\navec beaucoup de goût et de piété (M. Pugno a été son maître)*\nEnfin je dois une mention toute spéciale au récital de Mll« Germaine Ar-\nnaud, une fillette de quinze ans qui a obtenu l'année dernière son premier\nprix au Conservatoire. Cette pianiste est certainement très jeune, mais son\ntalent est déjà mûr. Elle aun jeu ferme et concis qualités rares chez les\npianistes femmes ; son interprétation des maîtres est sobre, intelli-\ngente et variée. Elle a passé avec une souplesse étonnante de Bach à Bee-\nthoven, de Mendelssohn à Schumann et à Chopin, et elle a été absolument\néblouissante d'énergie et de fantaisie dans la Toccata endiablée de Saint-\nSaëns et la Campanella de Liszt. Elle a enthousiasmé son auditoire. Je ne\ncrois pas me tromper en voyant en elle une future grande artiste.\nPour être complet, je dois encore, parmi les concerts classiques, trop\nrares, donnés à la Jetée par le très bon orchestre Gervasio, mentionner\nd'intéressantes exécutions de la Symphonie pathétique et du Caprice italien\nde Tchaikowsky ; des symphonies pastorale ; en ut mineur de Beethoven ;\nitalienne, de Mendelssohn; espagnole, de Lalo ; de Rédemption (C.Franck) ;\ndes préludes des Maîtres Chanteurs, de Tristan et Yseult (i^r et 3e acte) ;\nde Loreley (M. Bruch), etc. Trois séances du célèbre violoniste Huber-\nmann avaient en outre attiré un nombreux public.\n\nCOURRIER DE SAINT QUENTIN\n\nC'est faire œuvre saine et généreuse que de répandre le goût de la grande\net belle musique. Nous tenons à signaler, à ce point de vue, la très intelli-\ngente initiative due à Mme et Marchand, qui, cet hiver, au cours de\nauditions publiques, ont exécuté, à Saint-Quentin, des œuvres de\nJ.-S. Bach, Beethoven, Liszt, Mozart, Scarlatti, Schubert, Chopin, Schu-\nmann, Wagner, Debussy, César Franck.\nLa matière des programmes était disposée dans un ordre logique.\nMme E. Marchand voulait prouver avant tout que J.-S. Bach « fut le créa-\nteur de la musique moderne et de l'art de jouer du piano ». Dans les pre-\nmières séances consacrées principalement au « Clavecin bien tempéré »,\ndes explications précises et des exemples nombreux firent comprendre\naux auditeurs ce que fut le langage expressif de Bach dans sa musique\npure. Puis Mme Marchand étudia l'influence de J.-S. Bach sur Beethoven,\nWagner, Debussy ; elle montra chez Beethoven la réapparition de\nmaintes expressions musicales de Bach pour exprimer la même idée.\nL'influence directe de J.-S. Bach sur Beethoven est un fait qui n'a\njamais été mis en lumière; cette idée toute nouvelle, que Mme Marchand\nappuie sur de nombreux rapprochements et sur de très puissants arguments\nhistoriques, est exposée par elle dans un article très documenté qui paraîtra\nprochainement dans le Mercure musical.\nLes dernières auditions ont été consacrées spécialement à Beethoven; il\ns'agissait, d'après les Symphonies et surtout d'après les Sonates, de montrer"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.52", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "les divers aspects et le développement de ce génie profondément humain.\nMme Marchand s'est surtout attachée à faire ressortir le caractère essentiel\nde la musique de Beethoven : elle est\nle sentiment pur. De nombreuses explications historiques, la lecture de\nmaints passages de la correspondance de Beethoven et d'écrits de R. Rol-\nland, sont venues éclairer des œuvres trop souvent interprétées à contre-\nsens.\nDeux séances furent particulièrement intéressantes : l'une, où furent exé-\ncutées par Mlle Marchand, et avec une grâce et une délicatesse infinies, les\nSonates de Beethoven dans lesquelles il exprima la joie et la tendresse ;\nl'autre, consacrée aux dernières Sonates,si profondément originales et dou-\nloureuses, sereines et triomphantes ; c'est avec une extraordinaire puis-\nsance d'expression que Mme Marchand interprète ces œuvres dont elle est\nune admiratrice passionnée.\nDeux séances (hors série) avaient été particulièrement réservées à Chopin\netàSchumann; la mélodie douloureuse, les harmonies subtiles de la\nmusique de Schumann furent rendues avec un rare bonheur dans l'Andante\nà deux pianos, la Sonate en la mineur, le Mlle Mar-\nchand sut exprimer le charme délicat, poétique, maladif, des plus belles\nœuvres de Chopin, les préludes, impromptus, fantaisies.\nLe public d'amateurs et de professeurs qui assistait à ces auditions paraît\ns'y être vivement intéressé. C'est l'admirable Beethoven qu'il a surtout\nappris à comprendre et à aimer, non seulement ses œuvres, mais sa per-\nsonnalité même dont elles sont l'expression adéquate ; et la fréquentation\nd'un tel génie, dont tous les actes et toutes les œuvres avaient « pour unique\nsource une surabondance de générosité et de grandeur », est de celles qui,\ntout en développant le sens artistique, élèvent et fortifient les âmes.\nEspérons qu'encouragée par le succès de ses auditions, Mme Marchand\ncontinuera, l'hiver prochain, l'œuvre si bien commencée cette année, et qui,\nrépétons-le, est une œuvre intelligente et généreuse.\nUne auditrice assidue, sûre d'être l'interprète fidèle de tous ceux qui\nassistèrent à ces séances, exprime ici, aux deux artistes, toute sa reconnais-\nsance, pour les vives jouissances d'art qu'elles lui ont procurées, toute son\nadmiration pour leur beau talent et leur profonde science musicale.\n\nC. D.\n\nCOURRIER DE TOURS\n\nSi difficile qu'il soit de donner le compte rendu d'un concert organisé\npar soi-même, il me faut sous peine de me rendre coupable d'injustice et\nd'ingratitude parler ici de là soiree du 9 ni&i, exclusivement consacrée\naux œuvres de Mm° Cécile Chaminade, au cours de laquelle j eus 1 honneur\nde jouer avec l'auteur plusieurs pièces a deux pianos, et où Miic Reine\nGabriac, dans plusieurs mélodies, dont une inédite, Un souffle a passé,\nM. Berquet et M. Masson, le premier avec le Capriccio pour \\iolon, le\nsecond en exécutant deux petites pièces de violoncelle, se firent très longue-\nment applaudir par le nombreux auditoire qui avait bien voulu répondre à\nmon appel.\nIl me faut également signaler une spirituelle et poétique causerie de\nM. Suzanne inspirée par l'une des compositions les plus répandues de\nMme Chaminade que j'ai été heureux munissant en cela a toute la salle\n~ de bisser après son exécution, de sa romance sans paroles, Automne,"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.53", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "et de sa chatoyante Courante.Et c'est avec joie que je rends à l'auteur\nde ces jolies choses et aux artistes qui l'entouraient l'hommage que leur\nméritent leurs talents et que leur offre ma reconnaissance.\n\nJan Ruer.\n\nCORRESPONDANCE\nLyon, le 8 mai 1906,\nMon cher Confrère,\nLe Mercure musical (numéro du i*v mai) me fait l'honneur de signaler,\navec trop de bienveillance, ïéreintement minutieux et pédant que j'ai\nrécemment consacré dans ma Revue a ï illustre Paderewski.\nJe voudraisy à ce propos, rectifier un détail. Vous me qualifiez de Docteur\nVallas. Encore que je sois très flatté de ce titre, j'ai de bonnes raisons de\nne pas le porter : d'abord, je ne le mérite point, car j'ai abandonné, avant\nd'y entrer, une carrière réputée sacerdotale ; ensuite, cette épithète pourrait\ncréer une confusion avec mon éminent homonyme et compatriote, le docteur Mau-\nriceV allas, professeur à F Université, chirurgien des hôpitaux et président de\nla Société des grands concerts de Lyon, fondée par M. Witkowski.\nC'est pourquoi je tiens à rester, tout court,\nLÉON VALLAS.\nSuresnes, 30, route Stratégique.\nMonsieur le Directeur,\nCertains journaux ont publié des extraits du rapport sur le budget des\nBeaux-Arts (présenté au Sénat par Thonorable M. Gérard) concernant la\ngestion de F Opéra-Comique, gestion qui fut attaquée, a la Chambre, par\nAL le député Levraud, avec preuves à l'appui, notamment en ce qui con-\ncerne la question de l'Ensorcelé, dont, avec Henry Bataille, je suis fauteur.\n« Çes extraits constituent, paraît-il, le plaidoyer le plus probant, le\n« plus clair, que pourrait rêver le sympathique directeur de l'Opéra-\nit Comique, la justification la plus éclatante de sa gestion. Tous seront d'accord\n« pour féliciter l'excellent rapporteur de son travail si étudié, si compétent\n<( et féliciter aussi le directeur et lui demander de faire comme nègre\n« célèbre... continuer. x> (sic!)\nPour T édification de vos lecteurs, auriez-vous l'extrême amabilité de\npublier ces lignes, auxquelles /ajoute cette simple observation : Fhonorable\nrapporteur n'ayant pas entendu les auteurs lésés par les procédés en usage\ndans ce théâtre national, ces musiciens considèrent les conclusions de\nM. Gérard, qui se trouvent en contradiction absolue avec celles de son\néminent prédécesseur M. Dèandréis, comme nulles et non avenues.\nVeuillez agréer, Monsieur le Directeur, avec mes remerciements d'avance,\nï expression de ma considération la plus distinguée.\nSYLVXO LAZZARI."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.54", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "ÉCHOS\nUne enquête. Un de nos confrères, plus connu pour la richesse de\nses illustrations que pour le talent de ses collaborateurs, vient d'adresser\naux plus renommes de nos compositeurs la missive suivante\nParis, le 5 mai 1906.\nCher Maître,\nJ'ai eu honneur d'ouvrir une enquête\nquatre questions suivantes :\n1° Que pensez-vous de la révolution accomplie dans l'art du chant par le\nmouvement wagnei îen ? Constilue-t-elle\n2° Croyez-vous à une renaissance e\ncanto) ?\n3° Quelles objections faites-vous à\nqu'affectionnent certains compositeurs\n4o Quelle orientation donnez-vous à l'art du chant?\n11 nous a semblé que cette enquête, qui sera faite avec impartialité et qui\nne taira aucune vérité, si dure qu'elle\nvices. C'est pourquoi je vous prie instam\ntorité que vous donnent votre caractère\nS'il vous plaisait mieux d'être interwievé que d'écrire, je serai à votre dis-\nposition les jour et heure qu'il vous plair\nDans l'espoir d'une toute prochaine réponse, je vous prie d'agréer, cher\nMaître, l'hommage de ma haute considération.\nVoilà certes, on peut le dire, des questions brûlantes, et qu'il importait\nde mettre à l'ordre du jour. La réforme wagnérienne est un sujet que per-\nsonne, croyons-nous, n'avait encore traité depuis quarante ans. Et la\nrenaissance du chant italien paraît imminente en effet, surtout après la\nmémorable saison italienne de l'an passé. Quant à la provocation à la\nmédisance contenue dans la troisième question, aggravée par la promesse\nde ne taire aucune vérité, elle ne saurait manquer de séduire quelques-uns\nde nos maîtres qui, à défaut d'autre génie, ont celui de l'envie. Détail\ncharmant : la lettre entière est écrite à la machine, sauf les mots Cher\nMaître, que le distingué rédacteur a tenu à tracer de sa belle main. Qui\npourrait résister à une aussi délicate attention ?\nUn projet. Connaissez-vous M. Knosp ? Hé bien, M. Knosp un\nnom bien parisien est un homme de génie qui s'est avisé de vouloir\nfonder une section française de la Société internationale de musique !...\nMalheureusement la section parisienne de la S. I. M. se voit obligée de\nprotester de son existence parfaitement vivace, et d'alléguer son bureau\ntrès bien portant, et ses 80 membres tous valides, parmi lesquels figurent\nnos deux directeurs et une bonne part de nos collaborateurs. Pauvre\nM. Knosp 1\nM. Maurice Ravel travaille en ce moment àun drame musical dont le\nsujet sera la Cloche engloutie, de G. Hauptmann (traduction Hérold).\nMédisances. Le prix Diémer a été décerné àM. Batalla et deux men-\ntions à M. Garés; le tout à l'unanimité.\nIci une petite remarque s'impose :\nN'est-il pas étrange de proclamer à l'unanimité, quand, depuis l'exé-\ncution de M. Lortat-Jacob jusqu'à la fin, M. Safonoff, placé à côté de"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.55", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 1325, "texte": "M. Lenepveu, n'a cessé de ronfler, au grand ébahissement de la majorité\ndes auditeurs qui se faisaient une maligne joie d'attirer l'attention de leurs\nvoisins sur ce juge fossile qui nous vient certainement en ligne droite\ndes Plaideurs.\nOn rapporte aussi que, dans une conversation qu'il a eue après le con-\ncours avec le directeur d'une des grandes maisons de Paris, M. M*\", un des\nmembres du Jury, M. R*\" a déclaré que les examinateurs avaient été cho-\nqués de voir un candidat décoré et possédant une coiffure aussi artistique\nque celle de Dumesnil reproduite dans la charge de Léandre (Mercure\nmusical, i'fmars).\nSans commentaires.\nPour les palmes, passe encore, mais pour les cheveux, il n'est guère que\nM. Lenepveu qui ait pu être jaloux.\nM. Alfred Cortot donnera le 8 juin, salle Pleyel, son troisième concert\nromantique, consacré aux œuvre de Liszt.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nAd. van Bever : Œuvres poétiques du Paris, Sansot.\nVincent d'lndy : César Franck. Paris, Alcan.\nA. Brugnoli : Mazurka italienne. M Paris, Demets.\nA. Mariotte : Sonatines d'automne.Paris, Demets.\nJean Poueigh: Sonate pour piano et violon. Paris, Demets.\nMaurice Ravel : Miroirs, cinq pièces pour piano. Paris, Demets."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c019", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 32, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.2", "titre_corps": "LETTRE DE WILLY.", "titre_sommaire": "LETTRE DE WILLY.", "signature_source": "Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": "LETTRE DE WILLY.\n\nCONCOURS DIÉMER. Nous avons eu cette semaine un important début :\ncelui de Gabriel Fauré dans le rôle de président de jury. A vrai dire, ce\nn'était qu'une répétition générale ; la vraie première aura lieu au mois de\njuillet sur la scène de POdéon, mais on a pu déjà se rendre compte des\nqualités du débutant dans l'emploi tenu avant lui par M. Théodore Dubois.\nCes débuts furent brillants, le nouveau président qui décidément ne fait\nrien comme tout le monde ayant eu l'idée de proclamer des jugements\ninattaquables et en conformité parfaite avec l'opinion publique. Le prix\nDiémer accordé à l'unanimité à M. Batalla et la mention offerte dans les\nmêmes conditions à M. Garés transportèrent d'enthousiasme tous les assis-\ntants qui avaient, depuis une heure, prononcé ce verdict sans espoir de le\nvoir confirmer. Incontestablement MM. Batalla et Garés sont de très remar-\nquables tempéraments de pianistes et le jury dut hésiter longtemps à\npartager le prix entre eux deux. Si la balance a penché en faveur de\nM. Batalla, c'est à cause d'un peu plus de maturité dans son interprétation :\nsongez qu'il a déjà 17 ans !\nLa plupart des concurrents ont galopé les Etudes symphoniques avec\nune vélocité folle, parce que plusieurs passages de l'œuvre schumanienne\nen deviennent plus faciles. Pour les mêmes motifs, ils ont astucieusement\nralenti les acrobaties tintinnabulantes de la Campanella élucubrée par Liszt\net Paganini, ces deux poseurs de sonnettes, Quant à Chopin, c'est toujours\nla même précipitation incohérente, les accords bousculés comme des mou-\ntons qu'on précipite vers l'abattoir, puis les extatiques points d'orgue...\nD'ailleurs, tout est bien qui finit bien, et puisque la vertu a été récom-\npensée, il ne faut rien demander de plus. Dans sa loge, Diémer fut acclamé\npar la foule, et dans la cour les lauréats furent portés en triomphe. Et,\nfaisant remarquer que pour la seconde fois le prix Diémer (décerné jadis à"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "Malats) récompensait un de leurs compatriotes, les transpyrénéens Mon-\ntoriol-Tarrès et Ricardo ViiSès échangeaient des regards triomphants...\nC'est la race espagnole\nDont je raffole !...\nP.-S. Une raison majeure aurait dû détourner la brillante jeunesse\nconservatoriale du rubato dans le Schumann : ces Etudes n'ont pas volé\nleur nom de symphoniques ; en particulier, cette deuxième variation (j'en\nappelle à Cortot, triomphant le 25 mai salle Pleyel) est d'un effet claire-\nment orchestral. Or, ces calmes accords auraient été évidemment confiés\naux instruments à vent qui les auraient énoncés en mesure. Pourquoi ne\npas réfléchir un peu avant de jouer ?\nRISLER. Ce pauvre Nouveau Théâtre jouit de son reste : Réjane et le\npic des démolisseurs le guettent. Déjà, marqué du signe fatal, il ressemble\nà un immeuble de San Francisco : les herses ont des airs penchés, les\ndécors oscillent, il n'y a plus de « découverte » derrière la toile de fond ;\nles frises et le manteau d'Arlequin s'effilochent lamentablement, le rideau\ns'éraille, une andrinople sordide voile les dessous tristement éclairés par\nune lampe de secours, une tringle et son rideau s'effondrent dans une loge\nde balcon au commencement de la Sonate en fa ; Risler, qui a dû traverser\nun chantier de démolition pour arriver jusqu'à son piano, porte sur sa\nmanche droite un galon de sergent dessiné avec du plâtre... « les Turcs\nont passé là, tout est ruine et deuil ! »\nRisler beethovenise avec une « ténuité » sonore que les typos de Y Echo\nont transformée en « ténacité » au grand désespoir de l'Ouvreuse. Gomme\nGaston Garraud, je regrette, en entendant certaines sécheresses d'Erard, le\nvelouté des Pleyels d'autrefois. Mais j'apprécie à leur valeur les opposi-\ntions de staccato et de sonorités d'orgue. Cet homme, assurément, sait\nce que c'est qu'un doigté de substitution.\nMais dans la Pathétique, il n'est pas si pathétique que ça !\nNATIONALE FAURÉ.\nfestival. Le programme de la Nationale, intelligemment varié, commençait\npar le Quintette récemment composé pour remonter jusqu'à la Sonate\nécrite en 1877. Il faut une singulière maîtrise et une puissante originalité\npour exposé ainsi, tranquillement, à rebrousse-poil, une production dis-\nperser dans une période de trente ans. Je ne connais pas un compositeur\ncapable de supporter ce renversement de l'ordre chronologique sans\ndommages. Songez à ce que la musique est devenue depuis ce petit tiers\nde siècle, songez à nos nouvelles habitudes d'oreille, songez à nos modes\net à nos manies, et comprenez alors ce qu'il y a d'inouï dans ce simple\ngeste de placer après un manuscrit de 1906 une composition terminée en\n1876 î Car la Sonate demeure plus jeune, plus neuve et plus délicieuse que\njamais. Toutes les discrètes trouvailles qui sont le propre de l'écriture fau-\nréenne, toute la délicate prescience des formules de la musique de demain\ndormaient depuis trente ans dans cette Sonate : chaque jour elles nous\napparaissent plus actuelles et plus récentes ; dans dix ans elles livreront\nencore des secrets !\nMme Bathori détailla exquisement l'incomparable Bonne Chanson, que\nl'auteur accompagna avec une troublante rapidité ; Mme Marguerite Long\njoua en perfection le Théine et variations, si ingénieux et si élégamment\nécrit. Il y a là un petit coin où des gammes de tierces apportent en trotti-\nnant des modulations si suavement inattendues., ah ! maman !\nSCHUMANN."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "lébre le cinquantième anniversaire de la mort de Schumann. Son interpré-\ntation, toujours très nuancée et intensément expressive, enthousiasme\nl'auditoire qui lui fait bisser une Chanson populaire et la gracieuse Cocci-\nnelle. Wurmser fut un accompagnateur exquis, plein de tact et de discrétion.\nLes Papillons (petits vols fous en si bémol, en ut, en ré) lui permirent de\ndéployer toute sa grâce légère et nonchalante.\nL'ACCORD. Nous vous avons bien regrettée lundi dernier, ma chère Ou-\nvreuse, m'écrit une de mes collègues du vestiaire du Nouveau-Théâtre. On\ndonnait une audition d'lphigénie en Aulide de Christophe Willibald, que\nl'on nomme parfois Gluck. L'orchestre, si j'ose m'exprimer ainsi, et les\nchœurs, si je puis dire, étaient constitués par des amateurs, et quels I\nRéunis en société sous le nom fallacieux de «l'Accord », ces gens de bien\nont joué faux avec violence et obstination. Les cuivres avaient plus d'un\ndemi-ton d'écart avec les cordes ! Cinq solistes professionnels se débat-\ntaient dans ce chaos. Le pauvre Jean Reder luttait avec des contrebasses\nacharnées à gagner sur les autres instruments une respectable avance\nqu'elles conservèrent victorieusement pendant une bonne partie du ier acte.-\nMlle Menjaud et M. Cèbe, plus aphones que des carpes, mimaient leur\nrôle avec résignation. Un chef d'orchestre gesticulait à l'aventure sans\ndétourner les yeux de sa partition ; les exécutants, le sourcil froncé,\nn'avaient garde de lever le nez de leur pupitre. Mon Dieu ! que c'était\ndrôle !...\nAu fond, est-ce si drôle ? Jadis les amateurs s'amusaient entre eux, dans>\nles salons ; aujourd'hui ils louent des salles de théâtre, collent des affiches\net rançonnent le public. Où allons-nous ? Les affaires vont déjà si mal !\nNos filles ne trouvent plus de cachets tant il court d'amateurs prêts à les;\nremplacer gratuitement. Et que sera-ce demain? L'article 25 des statuts de\n« l'Accord » m'a appris que tous ces gens-là payaient 24 francs pour avoir le\ndroit de martyriser les partitions. Ainsi, vous voyez, ils en sont arrivés à\npayer pour écraser les professionnels. Alors quoi ? Faudra-t-il que nous\ndevenions toutes des Madame Cardinal ? A vous, bien tristement, ma chère\nOuvreuse.\n\nWilly."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c021", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.3", "titre_corps": "THÉATRES", "titre_sommaire": "THÉATRES", "signature_source": "Raymond Bouyer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.34", "debut_caractere": 2245, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "THÉATRES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Le Roi aveugle, « légende musicale » en deux actes, livret de M. Hugues Le-\nHoux, musique de M. Henry Février.\n« Vieillesse des pères aveugles, tu seras toujours vaincue par la jeunesse\nde VAmour aux grands yeux ardents... »\nCe n'est pas très consolant, pour les parents du moins, un tel épilogue !\nEt, quel que soit l'attrait du redoutable Erôs, ce serait presque odieux si\nce n'était symbolique... C'est, dans tous les cas, une péripétie très imprévue-\ndans la triste vieillesse d'Œdipe à Colone... On a fait des progrès depuis\nSophocle ; et c'est le sujet de Louise la libertaire, transporté dans une\nlégende aux froides neiges. C'est l'éternel problème entre la famille dolente\net la jeunesse amoureuse. Est-il insoluble ?\nAinsi rêvions-nous le lundi 7 mai 1906, dans cette atmosphère safranée\ndu théâtre obscur qui donne des points aux audaces picturales de M. Gas-\nton La Touche : nuit coutumière des répétitions générales, où s'oublie le:\nvoisinage violent du plein-jour..."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.35", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3882, "texte": "Au bord d'une baie sombre comme la salle, un vieux monarque aveugle\net barbu, proche parent du vieil Arkhel, n'a plus d'autre joie que d'entendre\nla jeune voix de la tendre Hilda, sa fille aux nattes blondes... Cette blonde\nbeauté brille pour lui dans un chant pur... Mais quel est ce sauvage fier,\nqui s'avance en maître sur sa nef courbe ? Est-il issu du Vaisseau Fantôme\nou de Lohengrin, de Gwendoline ou de Y Etranger ? Conquérant et beau,\ncomme fut l'Aveugle, c'est Erik le Viking qui ravit la fille après avoir\nterrassé le père... Un interlude obscurément sonore, comme l'océan, pré-\npare le second acte où le peuple des fjords menace tour à tour et supplie,\navec son vieux Roi... La nef repasse ; mais Hilda conquise ne se plaint plus\nde son vainqueur ! La vierge qui se lamentait est devenue l'amante qui\nsourit... La volupté triomphe. Et le livret nous dit que le père aveugle est\nchangé charitablement en rocher : en approuvant le premier l'Amour,\nn'aurait-il pas été plus royal ?\nQuoi qu'il en soit, le début musical de M. Henry Février est plus qu'une\npromesse et qu'un pensum d'écolier ! C'est la partition brève, mais vigou-\nreuse, d'un jeune auteur de vingt-huit ans qui se souvient de ses aînés, de\nRichard Wagner, d'Emmanuel Chabrier, de Claude Debussy, voire même\nde son maître, M. Gabriel Fauré, mais qui déjà possède une technique\nvibrante avec un réel courage : et, par ces temps d'art invertébré, de mu-\nsique amorphe, il ne craint ni la juste prosodie, ni la solide déclamation, ni\nla forme, ni même les amples mélodies ; il y a, dans tout l'ouvrage, et sur-\ntout dans le grand chœur animé du second acte, une grandeur passionnée\nqui touche à l'émotion; le wagnérisme qui sonne encore dans telle rauque\nfanfare n'a pas eu raison de cette fermeté spontanée, toute française. Au\ndemeurant, partout, l'orchestre est souple, avec des timbres persuasifs et\nd'heureuses modulations. Un début à retenir!\nL'interprétation se montre à la hauteur lyrique de cette sombre bluette ;\net plaignons ce vieux Roi d'être aveugle : car, s'il entend la voix de l'exquise\nMme Vallandri (sa fille Hilda) qui chante si purement, il ne peut ensoleiller\nses yeux éteints à sa beauté blonde ! Après son excellent début dans\nMireille, en T 904, tous les connaisseurs avaient retenu l'atticisme naturel\net le parfum de grâce décente émané de cette jeune artiste qui s'est révélée\nnaguère Grisélidis (1) en personne; sa distinction svelte et sa passion\ncontenue devaient faire merveille dans Hilda, blond printemps reconquis sur\nle vieil hiver; et nous aurions plaisir à l'entendre, à la voir, dans la Chrysis\nd'Aphrodite. Excellents aussi MM. Vieuille (Arkhel, non le Roi aveugle),\nFernet (Erik), Devriès (Ymer), et l'orchestre que Luigini transmet à M. Ruhl-\nmann. Ici l'artiste souverain, c'est encore et toujours le directeur qui se\nplaît à plonger nos rêveries dans cette nuit bleue : d'accord avec le paysa-\ngiste Jusseaume, l'art de M. Albert Carré collabore avec la beauté de\nMme Valiandri pour nous apitoyer davantage sur la cécité du vieux Roi !\nLe metteur en scène qu'il est éminemment a fait le tour de force de\nmonter le délicieux oratorio, d'ailleurs théâtral, de Marie-Magdeleine, évan-\ngile pieusement profane où coule le sang d'Adonis... Née en 1873, elle a\ntrente-trois ans, la Madeleine de Massenet : c'est assez bien l'âge d'une\nrepentie... Mais comme elle paraît plus jeune dès que se réveille la volup-\ntueuse musique d'un charmeur et dès qu'on revoit avec ravissement\nMme Aïno Ackté î Pourquoi le directeur artiste, qui fait si bien les choses,\n11' a-t-il point convié la presse à fêter la répétition générale de Marie-Magde-\nleine ressuscitée !\n(1) Regarder, au Salon des artistes français, la petite toile lumineuse et documen-\ntaire de Guillonnet : Le foyer des artistes à l'Opéra-Comique, un soir de Grisélidis.\n\nRaymond Bouyer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.4", "titre_corps": "LES CONCERTS", "titre_sommaire": "LES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.36", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3773, "texte": "LES CONCERTS\nMax Reger. — Musique française ancienne. — M. Alfred Cortot. — Mlle H. Zielinska. — Mrae Kut-\nscherra. — Le Conservatoire.\nDepuis la renaissance de la musique française à la fin du xixc siècle, on\nnous reproche volontiers un certain chauvinisme, qui nous porterait à\nignorer ou mépriser de parti pris tout ce qui n'est pas l'œuvre de nos com-\npositeurs. Il suffit de rappeler l'enthousiasme que déchaîna parmi nous la\nmusique russe moderne, l'intérêt avec lequel nous suivons les progrès de\nla musique espagnole, pour montrer que la France n'a pas perdu ses tra-\nditions de généreuse hospitalité. Mais la vraie querelle est avec l'Allemagner\net c'est peut-être bien un peu une querelle d'Allemands. Car un pays où\nl'on vient à peine de découvrir César Franck, où Vincent d'Indy et Claude\nDebussy sont à peu près inconnus, ne peut guère nous reprocher équita-\nblement d'ignorer Mahler ou Reger. Mais l'Allemagne est habituée,\ndepuis si longtemps, à se considérer comme le professeur de musique de\nl'Europe, qu'elle ne peut comprendre notre prétention de l'instruire à notre\ntour. Car nous ne demandons pas mieux que de connaître et d'admirer les\nchefs-d'œuvre de l'art post-wagnérien, s'ils existent ; ce que nous voulons\nseulement, c'est qu'on ne borne pas aux frontières de l'Allemagne la vie et\nle progrès de la musique. C'est donc par une fort heureuse pensée que\nMme la Princesse Edmond de Polignac nous faisait entendre, dimanche\ndernier, une Sérénade de Max Reger, pour flûte, violon et alto. Admirable-\nment exécutée (malgré une écriture très gauche) par MM. Fleury, Geloso\net Monteux, écoutée avec toute l'attention et le recueillement possible,\ndans la haute salle si propice à l'admiration, cette sérénade a déçu toute\nattente. D'abord c'est une singulière audace, dans un pays où l'on prétend\nrespecter Beethoven, que d'instituer une sorte de rivalité avec lui ; et la\ncouverture du morceau, où le masque du grand musicien repose sur un\ncanapé de lauriers, fait involontairement songer au mot de Rossini : « Ce\nn'est pas mal, Monsieur, mais ce serait mieux si c'était vous qu'étiez mort\net Meyerbeer qui eût écrit votre messe. » Le plus curieux, c'est que\ndes deux ouvrages, c'est celui de Max Reger qui paraît le plus ancien.\nL'auteur a-t-il voulu faire un pastiche ? Nous ne savons ; mais ce qui est\ncertain, c'est que ses idées semblent copiées sur Haydn, dont elles ont la\ndémarche menue, mais non la grâce et l'esprit ; et le développement est\nfait selon les plus correctes formules de l'ancien art classique ; il ya sur-\ntout un morceau à variations, avec le passage en mineur obligé, qui pour-\nrait passer pour une agréable plaisanterie, s'il durait un peu moins long-\ntemps. Quel peut être l'état d'esprit d'un homme qui, au lieu de chercner à\ncréer, s'ingénie à refaire, avec une lourde application, des œuvies écrites\njadis en toute liberté? c'est ce que je renonce à comprendre. Car enfin,\nquel est l'intérêt de ce travail ? De nous montrer 1 habilete d une main\nrompue à tous les exercices de l'école ? Mais cette habileté est ici fort\ncontestable, et à tout instant d-es modulations brusques attestent une pos-\nsession insuffisante de cet art délicat des changements insensibles de tona-\nlité. qui fut le véritable art classique. Et puis 1 habileté est un mérité pour\nun élève et non pour un artiste. L'art allemand (Strauss mis à part) n est-\nil donc aujourd'hui qu'un art de professeurs ? Nous voulons espérei que\nnon. . , ,\nCette Sérénade avait été précédée du Quatuor de Ravel, interprète par\nMM. Geloso, Bloch, Monteux et Griset avec un charme poétique, une\ndélicatesse de sonorités, une aisance émue dont rien n approche. Combien\ncette musique pittoresque avec élégance et claire avec raffinement répond"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.37", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3970, "texte": "bien à notre goût français ! Et quel délice de l'entendre dans le silence\nd'une salle de palais, aux charpentes si hautes que les clartés électri-\nques y semblent des étoiles ! C'est là qu'on nous promet, pour dimanche\nprochain, une audition intime du Cœur de Déodat de Séverac.\nEt c'est ainsi que revivent parmi nous, en dépit des utopies de l'art pour\ntous, les aristocratiques académies du xvie siècle italien. La'musique est\nun artsomptuaire, et c'est pour cela que je ne deviendrai jamais socialiste.\nL'exposition des miniatures du xvme siècle àla Bibliothèque Nationale\ns'est ouverte par une fête musicale qui en fut le digne prélude. Car le pro-\ngramme, délicatement accordé au caractère de l'exposition, disposait mer-\nveilleusement les esprits à goûter cet art subtil et précis, où l'esprit fran-\nçais a donné quelques-uns de ses plus rares chefs-d'œuvre. Véritables\nminiatures, que ces poétiques mascarades où François Couperin nous peint\n« la Virginité sous domino couleur d'invisible », ou « les vieux galants et\nles trésorières surannées sous les dominos pourpre et feuille morte » ; ou\nbien encore « les Jongleurs, Sauteurs et Saltimbanques avec les Ours et les\nSinges ». Mme Wanda Landowska a souligné chaque détail de ces jolis\ntableaux avec l'intelligence la plus nette et la plus pénétrante qui se puisse\nimaginer, et l'entente la plus parfaite des jeux du clavecin Pleyel et de leurs\nriches colorations. Après quoi, elle passa au piano, je ne sais trop pour-\nquoi, afin de jouer une Sonate de Dominico Scarlatti, quelque peu scolas-\ntique, et le Coucou,aimables variations de Pasquini. Combien le son de\nl'instrument moderne apparut tout d'abord terne et gris ! 11 n'a pas moins\nfallu que le grand talent de l'artiste pour nous réconcilier avec lui.\nLe Triomphe de la Raison sur VAmouqui nous fut donné ensuite, est\nune cantate officielle autant qu'édifiante, composée en 1696 par le fils de\nLulli, ou plutôt par ses soins : car cet héritier, justement défiant de ses\nforces, faisait volontiers écrire sa musique par de plus qualifiés que lui.\nOn aime à croire que c'est à Campra qu'il faut attribuer cet ouvrage\naimable, malgré l'aridité du sujet qui met aux prises deux bergers galants\net deux sages bergères, insensibles à leurs feux. Les airs sont aisés et\ngracieux, bien caractérisés, et les intermèdes de danse sont d'une amusante\nvivacité. Formules que tout cela, sans doute, mais formules si désuètes\nqu'elles ont repris une saveur, et qui d'ailleurs furent toujours moins fac-\ntices que celles de l'art moderne. Mi'e Marguerite Babaïan leur prêta le\ncharme candide d'une voix pure, souple et d'une rare étendue, et M. Ch.\nSautelet une élégance noble et douce, bien propre à attendrir les plus\naustères vertus. L'orchestre, où les plus graves de nos critiques et histo-\nriens tiraient l'archet ou effleuraient des lèvres la flûte sous la direction de\nM. Jules Ecorcheville, auteur éruditde cette exhumation, a montré beaucoup\nde goût et de soin ; et le clavecin était délicatement tenu par M''e Chouchik\nBabaïan, assise à côté d'elle, M'«e Wanda Landowska ne perdait pas une\nnote, et ses yeux brillaient de plaisir au succès de celle qui fut son élève.\nM. Alfred Cortot, qui donnait le 18 mai le premier de ses trois concerts\nromantiques, est un artiste d'une rare intelligence, son toucher est délicat,\nsa sonorité colorée et variée, et ses octaves de la main gauche peuvent\nfaire envie à bien des pianistes qui ont sacrifié plus de temps que lui àla\nconquête de la virtuosité. Son interprétation de Chopin me charme, lors-\nqu'il ne s'agit que de grâce et de juvénile tendresse. Mais les nobles et\nchaleureux accents de cette musique chevaleresque n'ont pas, à ce qu'il\nme semble, été rendus avec la sincère emphase qui leur convient, et que\npossède si bien M. Planté, par exemple. Au même concert, Mme Bathori a\nchanté avec un sentiment exquis de simples et naïves mélodies écrites sur\ndes paroles polonaises."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "JE louerai encore MILE Hélène Ziélinska d'avoir joué sur la harpe chroma-\ntique, avec une délicatesse extrême et un goût parfait, différentes œuvres\nde piano, entre autres les Jeux d'eaux de Ravel, plus fluides que jamais.\nJe louerai aussi Mme Kutscherra d'avoir chanté expressivement le Cœur\nsolitaire de Léon Moreau et la Chansond'Armande de Polignac. Et je m'in-\ndignerai contre les chanteurs qui, au dernier exercice des élèves du Conser-\nvatoire, nous ont exhibé des voix si incertaines et mal posées. Tout l'ensei-\ngnement du chant serait à réformer au Conservatoire.\nLouis LALOY.\nMll' Blanche Seiva. —M. Ch. Bordes. —M. Kreisler.\nLe nombre des pianistes qui, chaque saison, éprouvent le besoin de\nréunir dans une salle de concert quelques centaines d'auditeurs, est infini.\nBien rares sont ceux dont la valeur, non seulement au point de vue pianis-\ntique, mais au point de vue esthétique, offre quelque intérêt. Si j'ai parfois\nfait grief à M. Colonne de la composition de certains de ses programmes,\nque ne dirai-je des programmes que nous infligea la majorité des vir-\ntuoses !\nTous calqués sur le même modèle, ils suivent un certain ordre vaguement\nhistorique. Ils débutent par une fugue de Bach transcrite par Liszt ou\nTausig, ou un quelconque des spécialistes de ce sport, suivent par une des\nsonates les plus connues de Pathétique, Clair de Lune, A-ppas*\nsionata, op. 106, iog ou 111, qui sont censées repiésenter les œuvres dont\nun pianiste digne de ce nom ne doit pas sortir. Schumann et Chopin, ce\ndernier surtout avec ses œuvres les plus incohérentes, mais les plus\nbrillantes, représentent le romantisme musical, et Liszt, le mauvais gout\npianistique et antimusical. Il est d'ailleurs fortement battu en brèche sur\nces deux points par les virtuoses eux-memes qui ont tous a leur actif un\nLa Source et le Poète, VALSE DE CONCERT, ou Les Délices de Vienne, vALSE\nDE BRAVOURE, œuvres qui ne tiennent à la musique que parce qu écrites\navec les notes de la gamme elles se jouent sur les touches d'un piano.\nParfois, se piquant de modernisme, un pianiste ose un morceau de Debussy\nou de Fauré, et toujours les programmes se ressemblent, le goût du public\nne s'améliore pas et les salles ne se remplissent que grâce aux billets de\nfaveur. . .\nAu-dessus de ces peu intéressants virtuoses, indignes du nom d artistes,\nMlle Blanche Selva apparaît comme une étoile de première grandeur. Imbue\nd'un ferme esprit de méthode, elle compose ses programmes en artiste qui\ncomprend ce qu'elle joue, chose rare. Après avoir donné l'œuvre intégrale\nde piano de Bach, elle a entrepris de nous donner en deux séances une\nsélection des meilleures œuvres modernes de piano. Une telle entreprise\nexigeait de sa part un labeur de métier dont peuvent se rendre compte ceux\nqui savent combien l'écriture moderne est difficultueuse et en meme\ntemps un sens artistique qui lui permît de passer sans effort d une œuvre\nde Franck à une de Ravel, en donnant à toutes deux 1 interprétation qui lui\nconvient. Il sera question prochainement, ici même,_ du répertoire moderne\nde piano et de ce qu'il en faut penser. Disons simplement aujourd hui\nqu'elle a rempli sa double tâche avec un succès dépassant toutes les previ-\nsions. Elle peut être fière de son œuvre comme M. d Indy et la Schola\npeuvent être fiers de la compter parmi les leurs.\nFranck ouvrait un premier concert avec le Prélude, Aria et Finale dont\nla beauté sereine et noble résume admirablement la mentalité detachee\nde toutes les contingences humaines. Sans pâlir à côté de cette splendeur,\nIberia d'Albeniz évoque toute l'Espagne moderne : pays d Orient encore,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.39", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "qui ne veut rien ignorer des raffinements occidentaux et s'y jette avec cette\nfougue que ses fils apportent à toutes choses. Délicatement scholiste, avec\nl'inévitable chanson grégorienne, cette œuvre, d'une difficulté d'écriture\ntrès caractéristique, est le digne pendant d'En Languedoc, de Déodat de\nSéverac, et il faut être reconnaissant à Mlle Selva de nous l'avoir révélée.\nDe même pour Le Long du Ruisseau, de M. Coindreau, qui dans la même\nnote sut atténuer la rigidité de son écriture pour nous donner l'impression\nde la facilité et de la douce joie de vivre qu'on peut ressentir en pareil\nlieu. Le concert se terminait par la sonate en mi mineur de P. Dukas. On\npeut ne pas trouver dans cette œuvre les caractères d'une inspiration\ngéniale, on ne peut lui méconnaître le respect que mérite la haute probité\nd'art qui s'en dégage. Que l'influence de Brahms s'y retrouve, et par-\nfois celle de Franck, je n'en disconviens pas ; mais je suis plein d'estime\npour une œuvre d'une tenue parfaite, aux sonorités parfois exquises\net qui a enrichi la partie la plus pauvre de la littérature musicale\nmoderne.\nLe second concert fut plus intéressant encore. Si je ne goûte guère les\nnocturnes des Fauré, que dire des exquises Pagodes dont la couleur, la\npuissance d'évocation dévoilent l'âme la plus exquise du plus raffiné de nos\nmusiciens modernes? Si la Vallée des Cloches est, parmi les Miroirs de\nMaurice Ravel, celui qui est le plus dans la note de la Schola, je lui pré-\nfère YAlborada ou Une barque sur VOcéan. Je reconnais d'ailleurs que\ncette pièce était plus que les autres dans les moyens de MH® Selva, et elle\nfit bien de l'interpréter en se laissant guider par toute la fougue de son tem-\npérament. La Schola était représentée par le Maître et son meilleur élève,\ndont les deux poèmes musicaux, véritables transpositions de la Nature\ndans l'Art : le Poème des Montagnes, En Languedoc, suffiraient à leur gloire.\nTandis que l'art de M. d'lndy est d'une sévérité qui voudrait dompter la\nnature, D. de Séverac vit au contraire la Nature sans écouter autre chose\nque la joie qui bruit en son cœur lorsqu'il parcourt, au chaud soleil, sa\nterre natale, le Languedoc brûlé où la chaleur dessèche et vivifie en même\ntemps ceux qui sentent l'âpre poésie d'une garrigue plantée d'oliviers ra-\nbougris parmi des pierres blanches. Ce fut beau, d'une beauté noble et puis-\nsante. Que de pareilles fêtes se renouvellent le plus souvent possible..\nMlle Selva rendra à l'Art plus de services que les Diémers, Sauers et\ntutti quanti.\nM. Charles Bordes est infatigable. Au milieu des soucis de la prépara-\ntion du Congrès de Montpellier, il trouve le temps de traverser la France\net de venir nous donner une exécution de Rébecca de Franck qui fut par-\nfaite à tous les points de vue. Un tel sujet convenait à Franck par la poésie\nintense qui s'en dégage., mêlée d'un certain mysticisme religieux et sym-\nbolique.\nL'oratorio de Franck fut précédé de fragments de Zoroastre, de Rameau»\ndont l'ouverture est, à mon avis, une des œuvres musicales les plus inté-\nressantes du xvine siècle. Les Chanteurs de Saint-Gervais furent, comme\ntoujours, excellents dans les œuvres du xvie siècle qui leur sont chères, etf\nles Cris de Paris, de Jannequin, sont plus intéressants que certains passages\nde Louise. Les solistes furent excellents, entre autres Mlle Pironnay et\nM. A. de Gabriac, qui chantèrent Rébecca avec une pureté de style bien\nrare parmi nos chanteurs attitrés des grands concerts.\nM, Fritz Kreisler, de Vienne, est un des virtuoses du violon dont la\ntechnique est la plus parfaite et les dons les plus splendides. Doué d'une\nqualité de son magnifique et possédant un archet très à la corde, il joua\navec ampleur une sonate de Haendel et la sonate en sol mineur de Bach. A"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.40", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 3471, "texte": "ce propos, il est intéressant dénoter combien peu exacte est cette dénomi-\nnation de tous usitée. Les six œuvres de Bach désignées par le vocable\nde sonates pour violon seul ne sont en rien des sonates, mais bien des\nsuites. Leur développement est binaire, elles ne contiennent nullement les\ndeux thèmes dans le premier mouvement et sont uniquement composées\nde mouvements soudés les uns aux autres par la seule volonté du compo-\nsiteur.\nPassé cette digression à laquelle l'art de M. Kreisler est indifférent, j'ajou-\nterai que si son exécution de la Chaconnede Bach fut impeccable au point\nde vue violonistique, le style qu'il lui prête me parut quelque peu fantai-\nsiste. Nul besoin d'ajouter à une œuvré aussi grandiose des essais d'émo-\ntion qu'elle contient en soi : une telle œuvre vit plus par la longue théorie\nde ses développements que par la fougue artificielle que peut y mettre un\nexécutant. Après une magistrale exécution de la de Corelli et du\nTrille du Diable de Tartini, M. Kreisler fit une large part à nos auteurs\ndu xvme siècle dont l'œuvre violonistique tend de plus en plus à entrer\ndans le répertoire des grands virtuoses. Un tambourin de Leclair et un\nmenuet de Francœur furent de bien meilleures musiques que la\nde Wieniawsky et que les Scènes de la de Hubay. Il faut cependant\nnoter qu'à force d'arrangements, qui ne sont pas des simplifications,\nM. Kreisler a réussi à donner une tournure vaguement musicale à un e\nétude avec variations de Paganini. C'est tout à son honneur.\nCH. CHAMBELLAN.\nA la Sorbonne. Société Bach.\nLe 6 mai, au grand amphithéâtre de la Sorbonne, concert de la « Chorale »\ndes lycées de jeunes filles de Paris, une récente et très sympathique organi-\nsation musicale.\nTout le milieu de l'amphithéâtre, près de l'estrade occupée par l'orches-\ntre des Concerts Colonne, est un vaste champ de charmantes têtes de jeunes\nfilles, fraîches, roses, souriantes ; par-ci par-là on remarque de petits\nvisages espiègles, qui curieux, animés, se retournent pour regarder la grande\nsalle où on ne trouve plus aucun siège, si grand est le nombre des per-\nsonnes qui sont venues les entendre.\nL'impression devient encore plus attendrissante quand, attentives et\nsérieuses, elles commencent à chanter sous la direction de M. G. Pierné.\nUne sonorité douce, légère, je dirai presque vaporeuse et frêle, se dégage\navec un tel charme que l'auditeur est capable même d'accepter un chœur\nà deux parties de Massenet, composé pour la Chorale, horriblement banal\net vide.\nPuis on entend VHymne à la Nuit de Rameau, qui ne peut compter parmi\nles œuvres importantes du compositeur, très agréable pourtant et que la\nChorale bisse au désir unanime de la salle, ainsi que l'Hiver s'envole\nde Pierné, très simple, sans prétention, mais aussi sans valeur artistique.\nToutes ces jeunes voix sont bien disciplinées, et la diction était très bien\nrespectée. Seulement les fins de phrases paraissaient un peu alourdies,\nétant traînées, ce qui est très difficile à éviter dans un chœur qui compte\nde 500 à 600 personnes.\nIl faut espérer qu'en se fortifiant cette sympathique Société contribuera\nsurtout à purifier et développer le goût musical de ces petites filles, qui\nparaissent être très bien douées musicalement, en leur faisant chanter les\nœuvres vocales des grands maîtres classiques comme Bach, Haendel,\nRameau, Mozart et autres.\nEspérons aussi qu'elle stimulera les jeunes compositeurs. Et si la jeune\n\n34"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.41", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": "école s'y intéressait, combien de nouvelles œuvres de valeur pourrait-on\nattendre !\nJe songe aussi à entendre ces voix pures dans une cathédrale. Combien\nl'impression y serait plus touchante !\nPlusieurs artistes sont venus faire de la musique pour ces jeunes filles,\net c'était une joie de voir l'intérêt, l'enthousiasme et le plaisir de cette\njeunesse.\nMme Wurmser-Delcourt a fait entendre la et la\nfane de Debussy, que j'avoue trouver trop vaporeuses, souples et sensuelles\npour une harpe chromatique, à la sonorité dure et sourde.\nPeut-être la résonance de la salle y est-elle pour quelque chose. Cette\nsalle est trop large, arrondie, plusieurs demi-coupoles au-dessous de la\ngrande coupole divisent le son, mais je m'arrête, de peur de m'engager dans\ndes problèmes insolubles : la voix de M. Dufranne, qui a chanté la\nde Saint-Saëns et les Deux Grenadiers de Schumann, qu'il a dû bisser, pa-\nraissait sourde, et la sonorité de la Société des Instruments anciens était\ndélicieuse, d'un ensemble parfait. Seulement le clavecin se confondait trop\ndans l'ensemble, au point de n'être presque pas entendu.\nMmo Roger-Miclos a brillamment exécuté le Concerto de Pierné, dont\nla première partie est seule supportable.\nAu dernier concert de la Société Bach, le 10 mai, on a entendu une rare\net exquise cantatrice, véritable « Oratorien-Sângerin », Mue Maria Philippi,\ncontralto solo de la Singakademie de Berlin, si rare et si exquise qu'on\nétait disposé à l'indulgence pour un orchestre assez pénible à entendre,\ntant il manquait d'homogénéité et d'ensemble.\nMlle Philippi a chanté avec l'orgue, très bien accompagnée par M. G.\nBret, cinq Geistliche Lieder (chants religieux) de Bach d'une grande et\npure beauté, puis l'air de la cantate avec les clochettes,\nqu'elle a interprétée d'une façon exquise et inoubliable.\nElle était moins à son avantage dans la première belle cantate\nAbend aber,où elle avait des partenaires aussi sûrs qu'éprouvés, comme\nMlle Pironnay, MM. Plamondon et Reder. C'est probablement l'émotion\nqui a dû empêcher la cantatrice de déployer toutes les belles qualités de\nl'âme, de style, de technique et de l'intelligence vocale, dont elle a fait\npreuve dans les airs plus haut nommés.\nMlle Boutet de Monvel a exécuté avec beaucoup de maîtrise surtout les\ndeux premières parties du concerto en mineur, mais, hélas ! si mal\nsecondée par l'orchestre !\nLes choeurs, en revanche, sont en grand progrès, les voix de femmes\nfont une agréable surprise par leur fraîcheur et leur conviction. Le choral\nde la cantate Am Abend aber était si bien chanté, que tout le public vou-\nlait le réentendre.\nM. B.\nSociété Nationale. Festival G. Fauré.— Le Quatuor Capet.\nAu milieu de l'orgiaque et absurde foire à musique que la «\nsienne » offre aux riches amateurs d'exhibitions tapageuses, quel repos et\nquelle pure joie d'entendre, dans un milieu intelligemment respectueux,\nchanter la Muse de M. Gabriel Fauré ! Ignorante des désirs qui font mal,\ndes pensées qui tourmentent, des larmes qui défigurent, elle chante une\nharmonie dont elle a le secret, et son chant, d'une élégance raffinée, d'une\nsuprême distinction dans sa grâce un peu alanguie, pénètre en nous comme\nun parfum discret et voluptueux."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.42", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3475, "texte": "Le programme commençait par le nouveau dont la beauté fut,\ndans le précédent numéro de ce journal, apprécié en termes si justement\nexquis par M. Louis Laloy ;il était exécuté par M. Fauré lui-même et le\nQuatuor Capet. Le Quatuor Capet s'est mis hors de pair par l'incomparable\ninterprétation qu'il sut donner des chefs-d'œuvre beethovéniens. Jamais\nla pensée du « Grand Penseur » de la musique ne nous fut plus complète-\nment révélée. MM. Capet, Tourret, L. Bailly et Hasselmans nous ont,\nmardi dernier, montré une fois de plus quels serviteurs de l'Art, intelligents\net respectueux, ils peuvent et savent être.\nAprès diverses œuvres pour piano excellemment mises en valeur par\nMlle Marguerite Long, après la Bonne chantée avec sûreté et intel-\nligence par Mme Bathori, le concert se terminait par la\net violon jouée par MM. G. Fauré et L. Capet. M. Capet sait, mieux que\npersonne, se mettre en communion avec la pensée de l'auteur qu'il inter-\nprète, et, sans aucune recherche d'effet personnel, nous la rendre sensible ;\ncette simplicité, cette sincérité absolue, cette compréhension intime et pro-\nfonde, donnent à son jeu une noblesse, une puissance d'émotion tout à\nfait exceptionnelles.\nAh! la délicieuse soirée Grâces soient rendues au Comité directeur\nde la Société Nationale, de nous avoir, après une longue route dans un\npays souvent aride, conduits à cette charmante oasis.\nMAURICE FOURRIER.\nM. Luzzati et Mlle M. Mac Evily.\nJe crois que M. Demets tend à devenir un accapareur, il fonde un nou-\nveau « trust », il veut acquérir le monopole de la bonne musique étran-\ngère. Si ce n'est pas là le fait d'un parfait patriote, c'est du moins celui\nd'un imprésario éclairé et qui réussit. Depuis un certain temps en effet il\nnous a révélé plusieurs artistes d'outre-frontières dont la valeur est indis-\ncutable. Je me rappelle encore avoir écrit récemment quelques lignes\nenthousiastes au dos du portrait d'une jeune pianiste argentine dont il\nnous avait permis d'apprécier les qualités exceptionnelles. J'ai aujourd'hui\nà traiter d'une façon fort élogieuse les concerts de M. Luzzati (2 mai) et\nmiss Mary Marc Evily (3 mai), tous deux salle Berlioz.\nLa séance de M. Luzzati avait attiré dans la coquette bonbonnière de la\nrue de Clichy toute la colonie italienne de Paris ; pas un strapontin de\nlibre. Le sympathique pianiste a montré que son concert méritait bien cette\ncuriosité ou plutôt cette confiance d'abord par le choix de ses collabora-\nteurs, la toute gracieuse Darmières del Opéra-Comique et le célèbie Alberto\nBachmann, qui a ouvert la soirée avec M. Luzzati par la\nElle a été jouée dans le recueillement voulu, et les deux artistes, sur la vii tuo-\nsité et la technique desquels il n est pas nécessaire de parler, ont montré\nune fois de plus combien ils possédaient à fond les secrets du style du\nbon vieux maître.\nQuatre des pièces qu'il est d'usage de placer en première ligne parmi les\nœuvres de Chopin ont permis aux auditeurs d admirer 1 interprétation juste,\nbonne et rare de M. Luzzati pour des œuvres que la plupart abîment\naffreusement ou même ne comprennent pas.\nMile Darmières a dit ensuite avec un grand charme de\nWidor ; la Voix des cloches de Luigini, que j'ai déjà entendue, je crois,\naux matinées musicales de l'Ambigu, par Marie Thierry, a valu à 1 aimable\ncantatrice un succès aussi flatteur pour ses dons naturels admirables que\npour le cachet bien personnel dont elle marque chaque morceau de son\nrépertoire."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.43", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "Dans la deuxième partie enfin, qui n'a différé de la première que parl'ac-\ncroissement manifeste de la satisfaction du public, je remarque au n° 5 un\nImpromptu de Luzzati dont l'auteur a pu voir l'excellent effet et au no 6\ndeux compositions de Bachmann qui ont remporté le succès qu'elles méri-\ntaient bien. En résumé, la soirée a été excellente, pour ne pas dire excep-\ntionnelle. .\nLe 3 mai, en matinée, M 1 M. Mac Evily a triomphe avec Still\nNacht (Bohm), les Larmes de Werther (Massenet), la Brise (Saint-Saëns)\net Aime-moi(Bemberg). . ,\nLe monologue et l'air de Didon des Troyens de Berlioz lui ont valu un\nbeau succès, ainsi qu'avec M. Dulac le duo du 2® acte deSamson et Dalila.\nElle s'était assuré le précieux concours de MM. Amato, le violoncelle\nbien connu de l'Opéra, Dulac, de l'Opéra-Comique, et Georgis, chef des\nchoeurs à l'Opéra-Comique.\nTous ont obtenu des applaudissements que le nombreux public de la\ncolonie américaine, avec justice d'ailleurs, ne leur a pas ménagés.\nGermaine Arnaud.\nLe 12 mai, Germaine Arnaud a donné son 2e récital chez Erard.\nJ'ai déjà dit trop clairement ma façon de penser sur elle, lors de son con-\ncert chez Pleyel,pour qu'il soit nécessaire d'y revenir ; je me contenterai de\ntranscrire ici les quelques notes que j'ai prises dans la salle même sur les\ndeux premiers numéros que seuls j'ai pu entendre.\nJ'aurais aimé plus éclatantes les sonorités qui marquent le début de l'al-\negro du Carnaval de Vienne ; cela dépend uniquement de l'instrument un\npeu sourd par lui-même et auquel Mlle Arnaud n'est sans doute pas com-\nplètement habituée. Les « piano » des Romanzen ont été admirablement\nbien exécutés. Dans le scherzino, les basses ont été martelées avec toute\nl'énergie désirable. T oujours par la faute de 1 Erard, les traits de 1 inter-\nmezzo m'ont paru quelque peu sourds ; le chant en « piano » a ete fort\ndélicatement nuancé. La jeune artiste a à peine effleuré le Rondo en de\nBeethoven. La qualité de son a été ici excellente et le style absolument\npur. Dans la pièce 33 de Scarlatti même impression : délicatesse et style ;\nj'aime moins la pièce 36, ce qui n a pas empeché 1 exécution d etre remar-\nquable, particulièrement pour les passages « piano ».\nDu Badinaged'Alphonse Duvernoy (recueil de 7 pièces sur un thème\ninitial, dit le programme), j'ai goûté seulement le commencement (façon de\ncloches) et la fin, où le thème carillonnant du début revient en « piano ».\nMais de l'exécution j'ai applaudi, avec les auditeurs choisis qui formaient\nla salle, le tout, comme je me propose de le faire chaque fois que MU® Ar-\nnaud jouera sur un Pleyel, un Erard, un Steinway, un Bechstein ou même,\nce qu'à Dieu ne plaise, un Gaveau.\nW. Bastard et A. de Montlichard. J. Hollmann et E. Gigout.\nRetenu au début du concert Arnaud, je n'ai pu arriver qu'à la fin de la\npremière partie à la salle de l'Union, où avait lieu la séance de MM. Bastard\net de Montrichard. Je dois dire d'abord que j'ai été largement récompensé\nde mon zèle. . .\nM. Eugène Gigout, l'organiste de Saint-Augustin, a joue quatre pièces de\nsa composition ; je n'ai entendu que les 3 elles me font bien\naugurer de la Marche religieuse qui se trouvait en tête.\nLe Scherzo est remarquable, disent mes notes ; la Communion très\ntouchante, émouvante par sa douceur même ; la vaut les deux"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.44", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "numéros précédents, quoique l'idée, qui en est grande et large, soit trans-\ncrite dans des formes un peu communes.\nLeprogramme annonçait, pourfinir, une sonate pour violoncelle et piano\nde A. deMontrichard ; sa facture ne m'a pas paru mauvaise, elle est en tout\ncas originale, quelquefois trop même, mais elle mérite cependant d'être\nentendue.\nJos. Hollmann, le roi du violoncelle, a des sonorités étonnantes : il suffit\nde l'entendre accorder ou faire un pizzicato pour comprendre qu'il y a là\nquelque chose qu'iiucun peut-être n'a jamais possédé : une qualité de son\nqui tient du prodige. Je rends grâces maintenant à M. William Bastard\nd'avoir joué sa partie de piano à la mode anglo-saxonne : avec sans-gêne.\nC'est en effet pour faire face à ses forte continuels, voire même fortissimo,\nque M. Hollmann a encore augmenté l'énergie avec laquelle il tire les notes\nde son instrument enchanteur.\nJe suis certain qu'un violoncelliste comme on en voit dans nos concerts\nn'aurait pu arriver à faire entendre un seul son.\nMais M. Bastard savait sans doute qu'il s'adressait à forte partie, et c'est\npeut-être là l'explication de la façon vigoureuse et tapageuse dont il a été\nle partenaire applaudi de M. Hollmann.\nSociété des Concerts de Chant classique.\nJe ne sais si cela dépend de l'excellente impression du début, toujours\nest-il que la matinée du 11 mai m'a paru charmante en tous points.\nA mon avis, tout l'honneur en revient àM. 6. Marty, dont la baguette\nénergique et délicate à la fois a dirigé le concert de manière à le rendre\nimpeccable.\nOn a applaudi Mme Auguez de Montalant particulièrement dans son inter-\nprétation très dramatique du rôle de Brunehild Sam. Rousseau,\nactel, ier tableau). M. A. Brun a eu sa part de triomphe avec la Berceuse de\nDarbé accompagnée fort délicatement par l'orchestre.\nEnfin louons le bon goût de M. Marty, auquel nous devons la ire au-\ndition d'une petite partie du 2e acte de Don Procopio.\nLa voix discrète, au timbre un peu voilé, de M. Plamondon, qui n'a pu\nsuffisamment claironner les répliques éclatantes de Merowig, a fait mer-\nveille dans trois chansons de Méhul, dont l'une, est délicieuse.\nCette petite pièce est encore comme imprégnée des parfums d'une foule\nde petits bergers Watteau, fragiles comme des figurines de Saxe qui devi-\nsent joyeusement, tandis que résonne le hautbois champêtre, que bruissent\nles petits violons, le tout accompagné de la note à dessein aigrelette et un\npeu maigre du clavecin Pleyel.\nEn un mot, le concert a été un succès tant pour les organisateurs que\npour le chef d'orchestre et les interprètes.\nM\"« Marie Capoy. G. Loth. M. Hewitt.\nLe même jour, salle Berlioz, on a beaucoup applaudi le beau talent de\ncantatrice de Mme M. Capoy, dont l'interprétation s'adapte d'une façon éton-\nnante à la facture différente des morceaux qu'elle chante. De M. Geo.\nLoth on a goûté, au grand orgue, l'impeccabilité du style et la correction\nrigoureuse du jeu. Après avoir parlé de l'exécutant, je m'attaque au\ncompositeur ; je ne saurais en effet passer sous silence la façon intelligente\net... réussie dont il a mis en musique une des meilleures pièces de Leconte\nde Lisle : la Chanson du Rouet ; le public s'en est aperçu comme moi ; il\nl'a fait comprendre par ses applaudissements à l'auteur et à Mm® Capoy,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 597, "texte": "qui a chanté avec beaucoup d'âme cette belle œuvre. Enfin M. M. Hewitt,\nqui nous avait donné une Romance en de Beethoven bien froide, a fait\nacclamer sa virtuosité dans Y Abeille de Schubert et les de\nSarasate.\nAntoinette Lamy.\nUn mot en passant du concert qu'a donné, le 4 mai, chez Pleyel, Antoi-\nnette Lamy et auquel je regrette de n'avoir pu assister en entier. De la\nSonate (op. 27) de Beethoven, des 24 Préludes de Chopin et du Nocturne en\nsol de Duvernoy j'ai gardé l'impression d'une sonorité remarquable comme\nla technique et l'interprétation.\nPAUL DUBOT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c024", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.5", "titre_corps": "L'ÉVOLUTION DE LA SONATE", "titre_sommaire": "L'ÉVOLUTION DE LA SONATE", "signature_source": "Raymond Bouyer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.45", "debut_caractere": 599, "fin_caractere_exclue": 2825, "texte": "L'ÉVOLUTION DE LA SONATE\n\n(/I propos des trois séances données par A/\"' Dron et M. Parent.)\nS'il y a toujours un grain d'égoïsme chez le meilleur des virtuoses, inter-\nprète et désintéressement sont de valables synonymes, encore que le Dic-\ntionnaire classique de l'abbé Girard ne les contienne pas... Mais depuis le\nxvuie siècle, nous avons fait certains progrès dans la perception des nuan-\nces...\nTraduire fidèlement la pensée du compositeur, initier l'auditeur en ne le\nruinant point : tel est le dessein de l'interprète ; et, pour user d'un style\nélectoral d'actualité, tel était le « programme » des trois séances consacrées\nà la sonate classique et moderne, pour piano et violon, données à la salle\n/Eolian par M'ie Marthe Dron et M. Armand Parent, les vendredis 4, 11 et\n18 mai 1906, à neuf heures très précises du soir (heure militaire, toujours!)\nUniquement désireux de servir la cause de l'art et de former le goût du pu-\nblic français, ces deux intelligents protagonistes de l'art avancé ne rêvent-\nils point de faire parvenir le jugement des auditeurs au niveau supérieur\natteint, de nos jours, par la création des compositeurs ? Elever l'auditoire\nau lieu de descendre à lui, c'est lafière devise de ces deux artistes, puisque,\nà leurs yeux, l'artiste est le vrai juge ; et cette initiation réclame, par con-\nséquent, de fréquentes auditions des belles œuvres difficiles. Aussi bien, les\nprogrammes particuliers des trois soirées printanières répondaient sévère-\nment à ce hautain idéal. Les voici :\nVendredi 4 mai : Sonate posthume de sonate de\nsonate de Magnard.\nVendredi 11 mai: Sonate en la,n° 2 sonate en n» 1 (op. io5),\nde Schumann;sonate en si bémol,n° i5, de sonate en ré mineur,\nn° 2 (op. 121), de Schumann.\nVendredi 18 mai : Sonate de Casti ; sonate de sonate de\nFranck.\nDix pareilles sonates en trois soirs : un régal austère, et peut-être un\nmenu copieux pour tout autre auditoire parisien, voire français, que le\nprintemps entraîne, le soir, vers le Bois, ou du moins vers les premiers ca-\nfés-concerts des Champs-Elysées ! Mais il est entendu que les fidèles de\ncomposent un banquet d'élite, et qui ne demande pas mieux que\nd'accueillir religieusement la bonne parole musicale, cette manne céleste,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "si chaleureusement dispensée par deux juvéniles partenaires dont le talent\nn a d égal que la conviction. Les mélomanes, je ne veux pas écrire les di-\nlettantes, qui se retrouvent dans ce petit sanctuaire de style trop américain\ndepuis quatre saisons, et particulièrement cette année, savent la belle ar-\ndeur désintéressée de ces deux interprètes que je m'en voudrais toute ma\nvie d appeler des virtuoses; et combien le jeu fier comme son profil de l'ex-\nquise et vaillante Mlle Dron paraît, pour ainsi dire, « harmonique »au coup\nd'archet fougueusement pur de M. Parent ! Ils n'ignorent pas davantage,\npour la plupart, les hautes qualités des œuvres choisies ni les noms des\nauteurs, synonymes de grand art noble et sévère.\nMais, en ce mois aimé des poètes, au printemps comme à l'automne, la\nnature a voulu que le baiser de la Musique fût lui-même éphémère; et, sous\nson incantation fugitive où 1 ame des maîtres descend en rayonnant dans la\nnotre, 1 auditeur est reconnaissant aux interprètes de toutes les découvertes\ncontenues en de nouvelles auditions. C'est pourquoi les séances des 4, 11\net 18 mai 1906 ne furent quune longue ovation de gratitude envers deux\ntraducteurs d'altières pensées.\nAvant de caractériser d'untraittoujours trop peuressemblantlaphysionomie\nd'une double et vivante interprétation, qu'il nous soit permis de replacer\nle triple et hautain programme dans l'ordre chronologique, qui peut faire\napparaître à l'esprit complaisant de nos lecteurs l'évolution de la Sonate à\ntravers trois siècles d'art et d'âme humaine. Au point de vue plastique, la\nséance rétrospective du 11 mai se trouvait fort heureusement encadrée par\nles séances modernes du 4 et du 18 ; mais l'histoire exige une autre composi-\ntion.\nBach, Mozart, Schumann, parmi les anciens ; Franck, Castillon, Lekeu,\nparmi les morts contemporains; Vincent d'lndy, Pierné, Magnard, parmi\nles auteurs vivants : cette frise de noms, enguirlandée de bravos, n'est-elle\npoint déjà significative ? N'exprime-t-elle point l'irrésistible et lente évolu-\ntion de l'art musical, de la forme traditionnelle à la force expressive, et cela\nsous les espèces fondamentales de la Sonate, génératrice de la musique de\nchambre et de la symphonie ?\nLa musique instrumentale tout entière est implicitement en germe dans\ncette forme typique, à la fois si grande et si simple et cette suite de pièces\nlogiquement enchaînées apparaît de bonne heure comme un tout organique\ndont l'origine, italienne sans doute, remonte loin. La sonate piano etviolon,\nc'est le duo instrumental par excellence ; triptyque mélodieux, elle com-\nprend trois morceaux dont le dernier réclame le même ton que le premier.\nA travers le temps et l'espace, elle se développe suivant les lois latentes de\nl'art qui sont celles de l'âme ; elle suit l'insensible tourbillon qui pousse le\nsoleil pur de la forme vers la constellation troublante ou la nébuleuse de\nl'expression.\nBach, c'est la forme souveraine, c'est l'art souverain qui règne en maître\ndans une âme paisible ; c'est la sérénité qui haïrait non pas le mouvement,\nmais la passion « qui déplace les lignes » ; l'émotion ne saurait consentir\nencore à bouleverser sa propre architecture ; elle n'y songe même pas, dans\nsa quiétude emperruquée. Et la sonate en la no 2 n'est que le son que rend\ncette grande âme savante, avec ses alternances régulières de piano et de\nforte, son rythme invincible et son style perpétuellement en imitations.\nLe vieil Haydn absent serait la transition toujours tranquille au jeune\nMozart»\nMozart, c'est... Mozart ! c'est-à-dire non plus, comme le croyaient naïve-\nment les Romantiques, le petit musicien poudré des pensionnats galants ou\nle gentil abbé de cour musicale, mais la Musique même, en son essence,\navec je ne sais quel angélique sourire disant : mélancolie, sentiment,"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.47", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3969, "texte": "sérénité, suavité, féminité... Wagner, mieux que Berlioz, avait compris la\nmusicalité de Mozart quand il devinait, sous l'italianisme étincelant de ses\nformules, la tendre éclosion du lyrisme ; et, comme disait son jargon d'esthète\nd outre-Rhin, l'apparition spontanée du mélos sous les exigences delà figu-\nration. Mozart ! Ses plus belles sonates, telles ses cinq dernières sympho-\nnies, démontrent cette loi. Parfaite en son petit cadre, la sonate en si bémol,\nno 15, est le chant d'une âme divine dans une époque heureuse qui décou-\nvrit la douceur de vivre. Et c'est à Bagatelle, dans ce temple exquis d'une\nvieille France idéalement jeune ou plutôt d'une Grèce Louis XVI qu'il\nfaudrait savourer l'intimité de ce menu chef-d'œuvre où, voluptueusement,\nla forme et l'expression se pénètrent...\nL'orage couve au ciel avec Beethoven ; l'horizon pur se rembrunit sans\ncesser d'être pur... L'orage : la passion dans la nature ; la passion :\nForage dans l'âme... Et pour marquer la transition nouvelle entre Mozart\net Schumann, votre souvenir se chantera la Sonate à Kreutzer ou mieux\nencore Yop. 30, n° 2, que la collaboration musicale, de plus en plus ho-\nmogène, de M. Parent et de M\"e Dron nous a ressuscité vigoureusement\ncet hiver ; ce chef-d'œuvre en ut mineur de Beethoven nous livre son secret,\ncomme chacun de ses chefs-d'œuvre : « Il n'y a rien de tel que d'avoir une\nbelle âme. » Dans Yop. 30, n° 2, une IVe partie apparaît sous forme de\nscherzo mis à la troisième place ; l'évolution technique de la sonate subit\nle contre-coup de son évolution expressive : ainsi l'âme « grave » les traits\ndu visage. Et la musique est une physionomie sans pareille au monde...\nAvec Schumann, la sensibilité se déchaîne. Autre et nouvel accent.\nSchumann, le maître aimé de notre Fantin-Latour (dont l'exposition pré-\nsente est une si haute leçon d'art), c'est déjà l'expression dominant la\nforme ; c'est une passion chaste et tumultueuse à la fois, c'est le rêve dans\nl'intimité, l'intimité délicatement passionnée qui chante... Certaines\nphrases de Schumann amoureux nous murmurent avec Stendhal : Quel\nmoment qu'un regard, même indifférent, ou que le premier serrement de\nmain de la femme qu'on aime I Cette mélancolie du bonheur passe dans le\npremier temps, aux notes si pures, de la poétique Ire sonate en la majeur\n(op. ios), l'un des portraits les plus ressemblants de l'affectueux génie de\nson poète-musicien ; rappelez-vous de même le premier quatuor, la pre-\nmière symphonie, en si bémol, ou la Nuit de printemps î\nL'ouragan s'élève avec la Ile sonate (op. 121), en ré mineur (ton cher à\nSchumann visionnaire et fiévreux !) Revoici l'auteur de Manfred et de\nFaust, un Schumann assiégé déjà par les fantômes... mais un poète qui\ncommande encore en maître à sa fièvre ! Interprète ou créateur, c'est le\npropre de l'artiste que de pouvoir canaliser sa fougue et cloisonner son\ninspiration : le génie, c'est la pensée ; l'art, c'est la forme. Dès le premier\ntemps, une lutte s'engage ; les rythmes les plus poétiquement dramatiques\nse succèdent dans tout l'ouvrage ; et, dans le finale, quel tragique hymen\nde legato si tendre et de staccato pressant ! C'est bien là le poète qui voulut\n« chanter jusqu'à la mort » !\nLe drame anonyme a donc envahi la chaste sonate. Après ce drame inté-\nrieur, la « sublime » sonate de Franck est beaucoup plus éthérée, tout\nautrement romantique, et tout autre chose que l'austère poème d'un\n« Brahms belge » ou, comme on disait à son apparition troublante, l'effort\n« prétentieux » d'un décadent. La sonate de Franck, un des rares chefs-\nd'œuvre du genre, c'est, au contraire, la plus ardente candeur unie au\nsavoir le plus inspiré ; c'est l'essor profondément convaincu d'une docte\nbéatitude. C'est une neuvième béatitude, et supérieure aux huit précé-\ndentes. Née en 1886, elle n'a que vingt ans ; mais sa brûlante jeunesse a\nl'auréole sérieuse des plus classiques Muses. Et l'évolution se poursuit :"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.48", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3795, "texte": "poème à forme fixe, un peu comme le sonnet, la sonate de régulière,\ndevient irrégulière : ici, le recitativo sert très\nfantaisiste entre la suave passion du début et la scolastique franchise du\nfinale ; c'est un premier tercet de raffinement parnassien, mais de senti-\nment si haut !\nChaleureuse, dynamique, vivante, un peu banalement jolie dans son\nandante, avec de fines ondulations en son premier temps où le cantabile\ndu violon plane sur le remous du piano, la sonate d'Alexis de Saint-Victor\nde Castillon, mort à trente-cinq ans en 1873, a précédé chronologiquement\nla sonate de Franck, mais elle a subi l'influence du maître ; car la sonate\ncontemporaine tout entière a respiré l'atmosphère de ce docteur séra-\nphique. Nous ignorions la sonate chaleureusement intime de Castillon ;\nmais nous connaissions la sonate ineffablement nostalgique de Guillaume\nLekeu (1870-1894), autre âme aimée des dieux... Nous les\ntrois parties librement traditionnelles de cette longue élégie wallonne\ndepuis le printemps de 1894, où l'archet d'Ysaye la révélait à notre jeu-\nnesse enthousiaste à la salle d'Harcourt : Léon Bazalgette, Adolphe Bos-\nchot, nos futurs confrères, étaient nos voisins inconnus...\nAvouerons-nous, avec notre abominable franchise habituelle, que la pre-\nmière audition de la sonate de Vincent d'lndy, le 3 février 1905, aux\nséances Parent, ne révolutionna point notre âme, malgré la présence du\nmaître au piano ? C'est un « chef-d'œuvre», pourtant, au gré des artistes\nqui subordonnent, avec notre Poussin, l'émotion des sens à la délectation\nde l'esprit... Un ouvrage ne naît point chef-d'œuvre ; il le devient dans la\nlumière progressive qui finit par le consacrer. Et constatez le\nbienfait des auditions répétées ! Cette cinquième audition, pour nous, du\n4 mai 1906 a mis sa clarté dans cette fière grisaille aux lignes si sereines ; et\nnous évoquons, reconnaissants, une quatrième audition du 3o mai 1905, à\nl'une des très artistiques séances de Mme Mockel :un 'mardi soir de prin-\ntemps avec une longue lumière d'été, déjà, la blanche toilette de MUe Dron\nse rehaussait d'une ceinture noire ; vestons et chapeaux de paille aristo-\ncratiques se pressaient dans la claire petite salle basse de la Chanterie ;\ncomme l'autre soir, Parent et sa partenaire firent assaut d'élégante puis-\nsance ; et l'accord de l'atmosphère avec l'œuvre nous expliqua tout ce que\nsuggère de grave sérénité la cévenole et magistrale sonate dédiée à Parent\npar Vincent d'lndy, mystique et pittoresque, grise et nuancée dans sa\ndemi-teinte, et toujours idéalement montagnarde comme les symphonies\nde l'héritier du maître César Franck, comme son second quatuor (op. 45) et\nce pur Poème des Montagnes que Mlle Marthe Dron jouait déjà si passion-\nnément à l'âge où ses compagnes se croyaient satisfaites de jouer aux\ngrâces !\nIl y a des vestiges de franckisme, aussi, dans la sonate savamment fémi-\nnine de Gabriel Pierné ; mais, avant Fagitato final, où cherche à se renou-\nveler le classique développement des thèmes, quel coloris charmeur dans\nses deux premiers temps, dans son exorde au frisson leger où le pianiste\ncompositeur fait ruisseler le piano lumineux sous le chant du violon, puis\ndans son allegretto de légende !\nPlus viril et sculptural apparaît l'essor sous la science dans la longue et\nquelque peu diffuse sonate d'Albéric que nous ont révélée, dès\n1905, les concerts de MH® Dron et les non moins suggestives séances du\nSalon d'automne ; loin de l'impressionnisme qui murmure, c'est un retour\nnon sans courage aux formes classiques, avec trop de décousu peut-etre\ndans le plan de l'ouvrage, où quelque lento vient toujours couper la parole\naux belles envolées dynamiques ou réciproquement.\nLa sonate classique s'est transformée, apparemment surtout ; mais elle"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.49", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3060, "texte": "dure. Et bien longtemps avant les savants des deux mondes qui cherchent,\navec Henderson, How music developped, Delacroix le peintre mélomane\navait remarqué ce processus indéfini, cet élan vers l'expression, qui déserte\nla gaieté du vieil Haydn pour traverser la belle violence d'un Beethoven.\nOn pourrait convoquer d'autres sonates encore : les deux de Saint-\nSaëns, les trois de Brahms, «ceß.n°3 », et Grieg, et Vreuls, ou Mme Beach,\net le pauvre Max Reger que les nerfs menacent, et l'Op. 27, en ré majeur'\ndu flamand Jonghen, et les septentrionaux Sindinget Sjôgren, sans bannir,'\ndes roses au front, M. Gabriel Fauré, l'auteur d'un exquis Requiem païen :\nl'idolâtrie de la famille de Marliave ou du quatuor Gapet n'est pas obliga-\ntoire pour rendre pleine justice aux grâces épicuriennes de sa sonate, à la\ndouce lueur de son quintette aux rêves antiques estompés...\nmême en l'absence de M. Fauré, la vibrante collaboration\nd'Armand Parent et de Mile Dron nous a fait deviner l'évolution de la sonate\nà travers les âges et son crescendo d'expression violente ou subtile. En\nsortant du calme sanctuaire de Bach, du temple exquis du divin Mozart, il\nnous semblait aborder, avec Schumann, avec tous les modernes, l'île pathé-\ntique où se dresse noblement le Temple de René Ménard, l'œuvre maîtresse\ndes Salons de 1906 :\nUn peu du grand zéphyr qui souffle à Salamine\nMêle un salubre arôme à l'air de nos prisons...\nDans son atmosphère sobre et sombre, le crépuscule enflamme sourde-\nment les marbres et les monts ; et la mélancolie de la ruine ajoute son\npoème moderne à l'antique beauté des formes... Tel nous apparaît l'art\nmusical depuis Beethoven ; et, sur la crête rose d'un beau nuage, le génie\nde César Franck fait frissonner la face de Dieu...\nL'intellectuelle poésie de Sully-Prud'homme et de René Ménard se pré-\nsente à nous pour caractériser l'évolution de la sonate interprétée par\nl'admirable désintéressement de deux volontés : Armand Parent n'a jamais\nété le violoniste mondain qui cherche des effets d'habit noir devant son\npupitre ; Mîte Dron ne sera jamais la pianiste coquette qui fait la roue\ndevant son clavier ; mais, blanche et brune, et penchée de toute son âme\nvive sur l'inspiration de ses maîtres, cette jeune fille est devenue la vraie\npartenaire de 1 artiste dévoué depuis seize ans à l'évocation du grand art\nuniversel et de 1 art français : sa puissance native s'est nuancée de soir en\nsoir au jeu largement classique de son aîné. De là, cette cohésion, cette\nhomogénéité, cette confiance morale qui réalise la vraie musique de\nchambre et qui remporte les victoires ; Schumann et Franck et Vincent\nd'lndy sont leurs drapeaux victorieux. Et l'heureux effort que M. Henry\nMarcel dénomme joliment «la démocratisation de la sonate » apparaît\nainsi revêtu de la vie la plus aristocratique. Lecteurs, comprenez-vous\nmaintenant pourquoi, malgré les hautes qualités à la fois expressives et\ntechniques des deux interprètes, nous aurions quelque scrupule à les appe-\nler des virtuoses ?\n\nRaymond Bouyer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.6", "titre_corps": "COURRIER DE BORDEAUX", "titre_sommaire": "COURRIER DE BORDEAUX", "signature_source": "Jacques Rivière", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.49", "debut_caractere": 3062, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "COURRIER DE BORDEAUX\n\nConcert Fugno-Ysaye.\nNous avons eu, pour terminer la saison, un beau concert. MM. Pugno et\nsaye, dont on ne songe plus à séparer les noms, nous ont offert un pro-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.50", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "gramme du plus haut goût, la Sonate en si bémol (n° 10) de Mozart, le\nConcerto en sol majeur (no 3) du même, la Sonate pour piano en ré mineur\n(n° 17) de Beethoven, enfin la Sonate de Franck. Il n'est plus besoin d'in-\nsister sur 1 incomparable talent d'Ysaye. Je me demandais, en l'écoutant :\nQuel artiste aujourd'hui possède cette plénitude de son et cette intensité\nd émotion ? En revanche, pourquoi M. Pugno a-t-il une tendance à s'ef-\nfacer, pourquoi prend-il l'air d'accompagner »? Il a prouvé cependant,\nen jouant seul et avec une grande puissance la Sonate de Beethoven, qu'il\nsavait faire résonner un clavier.\nA vrai dire, son exécution de la sonate de Mozart fut tout à fait juste et\nsimple.\nL'accord des deux artistes se révéla parfait, surtout dans l'admirable an-\ndantino, où chante la pure mélancolie d'un qui cachait peut-être sous son\ncharme léger l'inquiétude d'un « averti ». Sous les doigts d'Ysaye le con-\ncerto se développa sans que jamais la virtuosité se fît impertinente\navec une sûreté et dans l'adagio une profondeur inouïes. Enfin la Sonate\nde Franck nous fut une vraie joie, et même une vraie souffrance. La séré-\nnité douloureuse en fut merveilleusement traduite et lentement nous péné-\ntra. A la reprise du thème initial, nous frémissions.\nIl faut dire, à la louange des Bordelais, que, si la salle n'était pas com-\nplètement remplie, les auditeurs présents ont montré un bel enthousiasme.\nAussi les deux artistes ont-ils ajouté à leur programme, Ysaye le Chant\ndu Soir de Schumann, qu'il a rendu vaporeux à souhait,— Pugno une jolie\net difficile Pièce de Scarlatti.\n\nJacques Rivière."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.7", "titre_corps": "COURRIER DE NICE", "titre_sommaire": "COURRIER DE NICE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.50", "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 3079, "texte": "COURRIER DE NICE\nConcerts. La salle Bellet est véritablement un petit temple de la mu-\nsique. Parmi les nombreux concerts que Ton y a donnés, je dois citer\nsurtout :\nEn février : celui de M. F. Fairbanks, talentueux pianiste américain, très\napplaudi dans du Chopin, du Rubinstein et du Liszt ; mais surtout dans\nla Sonate de Franck exécutée avec délicatesse et une émotion communi-\ncative. La partie de violon était jouée supérieurement par l'excellent vio-\nloniste Niçois, M. d'Ambrosio, très apprécié ensuite dans deux de ses\ncompositions, fort jolies. J'ai assez aimé la façon particulière de ces deux\nartistes de jouer le finale de la Sonate dans un mouvement un peu vif, sans\nmièvrerie.\nEn mars : le concert donné par Mme Hélène Gassin, cantatrice très jus-\ntement estimée, qui avait mis à son programme un Trio de Mendelssohn\nexécuté par MM. Cartier, Lejeune et Chizalet, artistes distingués, du Go-\ndard, du Berlioz, du Saint-Saëns, du X. Leroux et des œuvres de harpe\nexécutées par Suzanne Turquetil, charmante et habile exécutante.\nEn avril : M. Gennaro Loveri, harpiste au jeu absolument surprenant\nqu'il a fait valoir dans des œuvres d'Hasselmans, Godefroid, van Vesterhout\net de sa composition. A cette même séance Mlle Ninck, MM. d'Ambrosio\net Blaës, très bon violoncelliste, ont exécuté très correctement et avec cha-\nleur le trio (op. 63) de Schumarin.\nEn avril encore : Mme Anna Laidlaw nous a fait connaître la première"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.51", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1669, "texte": "partie de la grande Sonate en re mineur de Raoul Pugno. Cette œuvre\ns'inspire de ces vers de M. Grandmougin i\nL'océan bleu s'apaise et rugit tour à tour...\nTantôt plein de sanglots, tantôt plein de sourires...\nOn sent qu'elle a été écrite par un pianiste, et Mme Laidlaw 1 a exécutée\navec beaucoup de goût et de piété (M. Pugno a été son maître)*\nEnfin je dois une mention toute spéciale au récital de Mll« Germaine Ar-\nnaud, une fillette de quinze ans qui a obtenu l'année dernière son premier\nprix au Conservatoire. Cette pianiste est certainement très jeune, mais son\ntalent est déjà mûr. Elle aun jeu ferme et concis qualités rares chez les\npianistes femmes ; son interprétation des maîtres est sobre, intelli-\ngente et variée. Elle a passé avec une souplesse étonnante de Bach à Bee-\nthoven, de Mendelssohn à Schumann et à Chopin, et elle a été absolument\néblouissante d'énergie et de fantaisie dans la Toccata endiablée de Saint-\nSaëns et la Campanella de Liszt. Elle a enthousiasmé son auditoire. Je ne\ncrois pas me tromper en voyant en elle une future grande artiste.\nPour être complet, je dois encore, parmi les concerts classiques, trop\nrares, donnés à la Jetée par le très bon orchestre Gervasio, mentionner\nd'intéressantes exécutions de la Symphonie pathétique et du Caprice italien\nde Tchaikowsky ; des symphonies pastorale ; en ut mineur de Beethoven ;\nitalienne, de Mendelssohn; espagnole, de Lalo ; de Rédemption (C.Franck) ;\ndes préludes des Maîtres Chanteurs, de Tristan et Yseult (i^r et 3e acte) ;\nde Loreley (M. Bruch), etc. Trois séances du célèbre violoniste Huber-\nmann avaient en outre attiré un nombreux public."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.8", "titre_corps": "COURRIER DE SAINT QUENTIN", "titre_sommaire": "COURRIER DE SAINT QUENTIN", "signature_source": "C. D", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.51", "debut_caractere": 1671, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "COURRIER DE SAINT QUENTIN\n\nC'est faire œuvre saine et généreuse que de répandre le goût de la grande\net belle musique. Nous tenons à signaler, à ce point de vue, la très intelli-\ngente initiative due à Mme et Marchand, qui, cet hiver, au cours de\nauditions publiques, ont exécuté, à Saint-Quentin, des œuvres de\nJ.-S. Bach, Beethoven, Liszt, Mozart, Scarlatti, Schubert, Chopin, Schu-\nmann, Wagner, Debussy, César Franck.\nLa matière des programmes était disposée dans un ordre logique.\nMme E. Marchand voulait prouver avant tout que J.-S. Bach « fut le créa-\nteur de la musique moderne et de l'art de jouer du piano ». Dans les pre-\nmières séances consacrées principalement au « Clavecin bien tempéré »,\ndes explications précises et des exemples nombreux firent comprendre\naux auditeurs ce que fut le langage expressif de Bach dans sa musique\npure. Puis Mme Marchand étudia l'influence de J.-S. Bach sur Beethoven,\nWagner, Debussy ; elle montra chez Beethoven la réapparition de\nmaintes expressions musicales de Bach pour exprimer la même idée.\nL'influence directe de J.-S. Bach sur Beethoven est un fait qui n'a\njamais été mis en lumière; cette idée toute nouvelle, que Mme Marchand\nappuie sur de nombreux rapprochements et sur de très puissants arguments\nhistoriques, est exposée par elle dans un article très documenté qui paraîtra\nprochainement dans le Mercure musical.\nLes dernières auditions ont été consacrées spécialement à Beethoven; il\ns'agissait, d'après les Symphonies et surtout d'après les Sonates, de montrer"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.52", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "les divers aspects et le développement de ce génie profondément humain.\nMme Marchand s'est surtout attachée à faire ressortir le caractère essentiel\nde la musique de Beethoven : elle est\nle sentiment pur. De nombreuses explications historiques, la lecture de\nmaints passages de la correspondance de Beethoven et d'écrits de R. Rol-\nland, sont venues éclairer des œuvres trop souvent interprétées à contre-\nsens.\nDeux séances furent particulièrement intéressantes : l'une, où furent exé-\ncutées par Mlle Marchand, et avec une grâce et une délicatesse infinies, les\nSonates de Beethoven dans lesquelles il exprima la joie et la tendresse ;\nl'autre, consacrée aux dernières Sonates,si profondément originales et dou-\nloureuses, sereines et triomphantes ; c'est avec une extraordinaire puis-\nsance d'expression que Mme Marchand interprète ces œuvres dont elle est\nune admiratrice passionnée.\nDeux séances (hors série) avaient été particulièrement réservées à Chopin\netàSchumann; la mélodie douloureuse, les harmonies subtiles de la\nmusique de Schumann furent rendues avec un rare bonheur dans l'Andante\nà deux pianos, la Sonate en la mineur, le Mlle Mar-\nchand sut exprimer le charme délicat, poétique, maladif, des plus belles\nœuvres de Chopin, les préludes, impromptus, fantaisies.\nLe public d'amateurs et de professeurs qui assistait à ces auditions paraît\ns'y être vivement intéressé. C'est l'admirable Beethoven qu'il a surtout\nappris à comprendre et à aimer, non seulement ses œuvres, mais sa per-\nsonnalité même dont elles sont l'expression adéquate ; et la fréquentation\nd'un tel génie, dont tous les actes et toutes les œuvres avaient « pour unique\nsource une surabondance de générosité et de grandeur », est de celles qui,\ntout en développant le sens artistique, élèvent et fortifient les âmes.\nEspérons qu'encouragée par le succès de ses auditions, Mme Marchand\ncontinuera, l'hiver prochain, l'œuvre si bien commencée cette année, et qui,\nrépétons-le, est une œuvre intelligente et généreuse.\nUne auditrice assidue, sûre d'être l'interprète fidèle de tous ceux qui\nassistèrent à ces séances, exprime ici, aux deux artistes, toute sa reconnais-\nsance, pour les vives jouissances d'art qu'elles lui ont procurées, toute son\nadmiration pour leur beau talent et leur profonde science musicale.\n\nC. D."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c032", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.9", "titre_corps": "COURRIER DE TOURS", "titre_sommaire": "COURRIER DE TOURS", "signature_source": "Jan Ruer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.52", "debut_caractere": 2332, "fin_caractere_exclue": 3297, "texte": "COURRIER DE TOURS\n\nSi difficile qu'il soit de donner le compte rendu d'un concert organisé\npar soi-même, il me faut sous peine de me rendre coupable d'injustice et\nd'ingratitude parler ici de là soiree du 9 ni&i, exclusivement consacrée\naux œuvres de Mm° Cécile Chaminade, au cours de laquelle j eus 1 honneur\nde jouer avec l'auteur plusieurs pièces a deux pianos, et où Miic Reine\nGabriac, dans plusieurs mélodies, dont une inédite, Un souffle a passé,\nM. Berquet et M. Masson, le premier avec le Capriccio pour \\iolon, le\nsecond en exécutant deux petites pièces de violoncelle, se firent très longue-\nment applaudir par le nombreux auditoire qui avait bien voulu répondre à\nmon appel.\nIl me faut également signaler une spirituelle et poétique causerie de\nM. Suzanne inspirée par l'une des compositions les plus répandues de\nMme Chaminade que j'ai été heureux munissant en cela a toute la salle\n~ de bisser après son exécution, de sa romance sans paroles, Automne,"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.53", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 248, "texte": "et de sa chatoyante Courante.Et c'est avec joie que je rends à l'auteur\nde ces jolies choses et aux artistes qui l'entouraient l'hommage que leur\nméritent leurs talents et que leur offre ma reconnaissance.\n\nJan Ruer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c034", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.10", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.53", "debut_caractere": 250, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "CORRESPONDANCE\nLyon, le 8 mai 1906,\nMon cher Confrère,\nLe Mercure musical (numéro du i*v mai) me fait l'honneur de signaler,\navec trop de bienveillance, ïéreintement minutieux et pédant que j'ai\nrécemment consacré dans ma Revue a ï illustre Paderewski.\nJe voudraisy à ce propos, rectifier un détail. Vous me qualifiez de Docteur\nVallas. Encore que je sois très flatté de ce titre, j'ai de bonnes raisons de\nne pas le porter : d'abord, je ne le mérite point, car j'ai abandonné, avant\nd'y entrer, une carrière réputée sacerdotale ; ensuite, cette épithète pourrait\ncréer une confusion avec mon éminent homonyme et compatriote, le docteur Mau-\nriceV allas, professeur à F Université, chirurgien des hôpitaux et président de\nla Société des grands concerts de Lyon, fondée par M. Witkowski.\nC'est pourquoi je tiens à rester, tout court,\nLÉON VALLAS.\nSuresnes, 30, route Stratégique.\nMonsieur le Directeur,\nCertains journaux ont publié des extraits du rapport sur le budget des\nBeaux-Arts (présenté au Sénat par Thonorable M. Gérard) concernant la\ngestion de F Opéra-Comique, gestion qui fut attaquée, a la Chambre, par\nAL le député Levraud, avec preuves à l'appui, notamment en ce qui con-\ncerne la question de l'Ensorcelé, dont, avec Henry Bataille, je suis fauteur.\n« Çes extraits constituent, paraît-il, le plaidoyer le plus probant, le\n« plus clair, que pourrait rêver le sympathique directeur de l'Opéra-\nit Comique, la justification la plus éclatante de sa gestion. Tous seront d'accord\n« pour féliciter l'excellent rapporteur de son travail si étudié, si compétent\n<( et féliciter aussi le directeur et lui demander de faire comme nègre\n« célèbre... continuer. x> (sic!)\nPour T édification de vos lecteurs, auriez-vous l'extrême amabilité de\npublier ces lignes, auxquelles /ajoute cette simple observation : Fhonorable\nrapporteur n'ayant pas entendu les auteurs lésés par les procédés en usage\ndans ce théâtre national, ces musiciens considèrent les conclusions de\nM. Gérard, qui se trouvent en contradiction absolue avec celles de son\néminent prédécesseur M. Dèandréis, comme nulles et non avenues.\nVeuillez agréer, Monsieur le Directeur, avec mes remerciements d'avance,\nï expression de ma considération la plus distinguée.\nSYLVXO LAZZARI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c036", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.11", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.54", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "ÉCHOS\nUne enquête. Un de nos confrères, plus connu pour la richesse de\nses illustrations que pour le talent de ses collaborateurs, vient d'adresser\naux plus renommes de nos compositeurs la missive suivante\nParis, le 5 mai 1906.\nCher Maître,\nJ'ai eu honneur d'ouvrir une enquête\nquatre questions suivantes :\n1° Que pensez-vous de la révolution accomplie dans l'art du chant par le\nmouvement wagnei îen ? Constilue-t-elle\n2° Croyez-vous à une renaissance e\ncanto) ?\n3° Quelles objections faites-vous à\nqu'affectionnent certains compositeurs\n4o Quelle orientation donnez-vous à l'art du chant?\n11 nous a semblé que cette enquête, qui sera faite avec impartialité et qui\nne taira aucune vérité, si dure qu'elle\nvices. C'est pourquoi je vous prie instam\ntorité que vous donnent votre caractère\nS'il vous plaisait mieux d'être interwievé que d'écrire, je serai à votre dis-\nposition les jour et heure qu'il vous plair\nDans l'espoir d'une toute prochaine réponse, je vous prie d'agréer, cher\nMaître, l'hommage de ma haute considération.\nVoilà certes, on peut le dire, des questions brûlantes, et qu'il importait\nde mettre à l'ordre du jour. La réforme wagnérienne est un sujet que per-\nsonne, croyons-nous, n'avait encore traité depuis quarante ans. Et la\nrenaissance du chant italien paraît imminente en effet, surtout après la\nmémorable saison italienne de l'an passé. Quant à la provocation à la\nmédisance contenue dans la troisième question, aggravée par la promesse\nde ne taire aucune vérité, elle ne saurait manquer de séduire quelques-uns\nde nos maîtres qui, à défaut d'autre génie, ont celui de l'envie. Détail\ncharmant : la lettre entière est écrite à la machine, sauf les mots Cher\nMaître, que le distingué rédacteur a tenu à tracer de sa belle main. Qui\npourrait résister à une aussi délicate attention ?\nUn projet. Connaissez-vous M. Knosp ? Hé bien, M. Knosp un\nnom bien parisien est un homme de génie qui s'est avisé de vouloir\nfonder une section française de la Société internationale de musique !...\nMalheureusement la section parisienne de la S. I. M. se voit obligée de\nprotester de son existence parfaitement vivace, et d'alléguer son bureau\ntrès bien portant, et ses 80 membres tous valides, parmi lesquels figurent\nnos deux directeurs et une bonne part de nos collaborateurs. Pauvre\nM. Knosp 1\nM. Maurice Ravel travaille en ce moment àun drame musical dont le\nsujet sera la Cloche engloutie, de G. Hauptmann (traduction Hérold).\nMédisances. Le prix Diémer a été décerné àM. Batalla et deux men-\ntions à M. Garés; le tout à l'unanimité.\nIci une petite remarque s'impose :\nN'est-il pas étrange de proclamer à l'unanimité, quand, depuis l'exé-\ncution de M. Lortat-Jacob jusqu'à la fin, M. Safonoff, placé à côté de"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.55", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "M. Lenepveu, n'a cessé de ronfler, au grand ébahissement de la majorité\ndes auditeurs qui se faisaient une maligne joie d'attirer l'attention de leurs\nvoisins sur ce juge fossile qui nous vient certainement en ligne droite\ndes Plaideurs.\nOn rapporte aussi que, dans une conversation qu'il a eue après le con-\ncours avec le directeur d'une des grandes maisons de Paris, M. M*\", un des\nmembres du Jury, M. R*\" a déclaré que les examinateurs avaient été cho-\nqués de voir un candidat décoré et possédant une coiffure aussi artistique\nque celle de Dumesnil reproduite dans la charge de Léandre (Mercure\nmusical, i'fmars).\nSans commentaires.\nPour les palmes, passe encore, mais pour les cheveux, il n'est guère que\nM. Lenepveu qui ait pu être jaloux.\nM. Alfred Cortot donnera le 8 juin, salle Pleyel, son troisième concert\nromantique, consacré aux œuvre de Liszt."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c038", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.7.12", "titre_corps": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "titre_sommaire": "PUBLICATIONS RÉCENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.55", "debut_caractere": 987, "fin_caractere_exclue": 1325, "texte": "PUBLICATIONS RÉCENTES\nAd. van Bever : Œuvres poétiques du Paris, Sansot.\nVincent d'lndy : César Franck. Paris, Alcan.\nA. Brugnoli : Mazurka italienne. M Paris, Demets.\nA. Mariotte : Sonatines d'automne.Paris, Demets.\nJean Poueigh: Sonate pour piano et violon. Paris, Demets.\nMaurice Ravel : Miroirs, cinq pièces pour piano. Paris, Demets."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-06-01-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-06-01_01#c040", "volume": "bmtnabh_1906-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.2.8", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.2", "debut_caractere": 582, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "EFIT7\nR U H\nS, Éditeur de Musique\n2, rwe de Louvois. PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir. |\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. AJet, 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nÏL Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil Net. 3 »\n« Cinq mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (Pv Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net- 5 »\nDêodat de Séverac.\nLe Chevrier (P. Rey).\nLés Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nLMnfidèle (M, Maeterlinck).\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. et Tén. (Th. Gautier).\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A-\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant del'Espi-\nnetle.\nD'Anne qui me jectà de la neige\n(Epigrammes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla (R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\n—■ Valse, en 50/ mineur\nCohen (J.). Marclie funèbre.\nLabey(M.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique.\nKhenê-Baton. « Six préludes »\nL Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en fa jfmaj. »\nlIL Prélude, en ut min.\nIV- Prélude, en la majs\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en sol min.\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nPavane pour Une Infante défunte.\nVanzande (R.); Marine.\nLabey (M.). Symphonie en mit\npiano 4 mains.\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach.)\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach).\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON ET PIANO\nAlquiér (M.)» Sonate en 4 parties. Ne!»\nLeclair (J.-M.). Livre de 6 So-\nnates . B\nMel-Bonis. Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx (A.)é Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. S onate.\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLeclair (J.-M.). Sonate à trots» vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes*\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitz \\,A.). Quatuor, pour|instru~\nments à cordes.\nAgence de la Société nationale de fßasiqae\nwm\nÀehat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.1", "texte": "2* Année. -N°ll le'Ie' Juin 1906.\n-■ ' ■ '■ ■ ■ \"■\nPRIX DU NUMÉRO :\nFRANCE 0 fr. 60 | ....... 0 fr. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\nCh. Jarlot\n14, Boulevard Saint-Michel\nmrnaimmmÊaÊmsmtmsÊÊmmmtÊmÊKÊmmmmÊÊÊÊÊiiÊtÊBÊmÊÊmÊm\nPARIS VIe\n■ . ; .v .... ■' ■ '■ / < ;. .. /. ' -\nADMINISTRATION :\nE. Demets\n2, Rue de\nPARIS IIe\n\nSommaire\nGEORGES D ESPAGNAT Composition inédite pour Simone,\nCH. LÉANDRE . P. Coi\nREMY DE GOURMONT. ..... Simone. 111 :Le Houx.\nARMANDE DE POLIGNAC.. Pensées d'ailleurs.\nJEAN MARNOLD Les sons inférieurs et la théorie de M. Hugo\nRiema ' J\nPIERRE AUBRY La musique et les musiciens d'église au\nXIIIe\nREVUE DE LA QUINZAINE\n, .\nWilly i Lettre, Raymond Bouycr : Théâtr Louis Laloy, Ch. Charn-\"\nbellan, M. 8., Maurice Fourrier, Paul Dubot : Raymond\nBouyer ; Vévolution de la Sonate. Jacques Rivière :\nI— Edouard Perrin : Courrier de Nice. C. D. : Courrier de Saint-Quentin.\nJan Ruer : Courrier de Tours.\ntions récentes."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical parait le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\n(DM lERIER de chaque mois)\nPARIS ET DÉPARTEMENTS. 12 fr. ; , | ij|\nÉTRANGER 15 fr.\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\n\"\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste.\nRÉDACTION : 2, rue de Louvois, PARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nEFIT7\nR U H\nS, Éditeur de Musique\n2, rwe de Louvois. PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir. |\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. AJet, 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nÏL Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil Net. 3 »\n« Cinq mélodies ».\n1. Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (Pv Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi).\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net- 5 »\nDêodat de Séverac.\nLe Chevrier (P. Rey).\nLés Cors (P. 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Quatuor, pour|instru~\nments à cordes.\nAgence de la Société nationale de fßasiqae\nwm\nÀehat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.3", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n\nL'art est une périphrase.\nL'art doit nous montrer les choses non telles qu'elles sont ou\nparaissent être, mais telles que nous les voudrions. Plutôt il\ndevrait nous aider à ressentir les impressions justes que nous\npourrions désirer avoir. Il devrait être le délicat médiateur qui\nnous mettrait dans la sphère du rêve, c'est-à-dire apaiserait ce\nbesoin inné en nous du surnaturel, du féerique, chez les uns\ndu mystique, chez les autres du fantastique, en un mot le désir\nde voir se réaliser les mondes imaginaires.\nNous désirons que l'art évoque en nous des sensations per-\ndues ou rares, des souvenirs de pays lointains, d'autres climats,\nde moments heureux. Sorte d'aspiration ou vague besoin de\ncommunier avec un monde dans lequel notre désir nous fait\npressentir une possession plus complète de la beauté. Ce pou-\nvoir se trouve entre autres dans la nature, dans les arts plasti-\nques et surtout dans la musique. Celle-ci est, en effet, puissante\nà produire une tension de l'être vers quelque chose d'encore\nirréalisé, une nostalgie douloureuse mais pleine d'un espoir qui\ns'y répand comme un baume.\nAussi nous lui demandons, plus peut-être qu'à tout autre art,\nde faire vivre ou revivre en nous les émotions les plus diverses.\nNous lui demandons une expression toujours juste et adéquate\nà la situation. Elle accompagne la tragédie et la comédie. Elle\na été complaisante trop, car pour traduire un effet elle est\nsouvent descendue jusqu'à l'effet lui-même.\nLorsque, par exemple, nous pensons à une belle forêt enso-\nleillée dont le froid hiver nous donne un nostalgique souvenir,\n\nLE MERCURE MUSICAL.\n32"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.4", "texte": "490\nLE MERCURE MUSICAL I-Vl-OÔ\n\nce n'est pas à la qualité des troncs, au nombre de feuilles, aux\nespèces d'arbres que nous songeons, mais nous sentons l'enve-\nloppement de la lumière tamisée, nous sentons les masses des\nfeuillages, le labyrinthe des troncs fuyants. Nous voyons des\ntaches d'or par terre, et non des tas de feuilles jaunies éclairées\npar le soleil. De même en art nous cherchons, non pas à voir\nreproduire les causes matérielles, mais à subir les effets. Et c'est\npourquoi l'art, lorsque nous lui demandons une forêt, doit nous\ndonner, non pas une forêt, mais la sensation qu'elle a éveillée\nen nous. Ce que nous désirons au théâtre est de voir tous nos,\nsentiments idéalisés ou exacerbés ; de voir la vie réelle soit\nintensifiée, soit enveloppée d'un charme qu'elle n'aurait pas,\nvue par la fenêtre ou dans la rue ; nous voulons que tout\nredouble d'intensité, comme cela arrive dans les rêves ; que le\nbeau soit transcendant, que le mal fasse frémir.\nCette sensation juste, les enfants la trouvent au plus haut\ndegré, et c'est pourquoi l'art devrait être fait pour eux ou pour\nceux qui leur ressemblent. Leur besoin de rêve est très prononcé,\net leur esprit critique est juste, sans parti pris, jamais mes-\nquin. Sans comprendre la portée des choses, ils peuvent les\napprécier à leur juste valeur. Par exemple un joli conte de fées\nque nous relisons plus tard en en savourant toute la poésie et\nla philosophie, nous ravissait alors dans un monde nouveau,\nvivant. Nous pouvons tous nous souvenir de la fraîcheur de nos\nsentiments et de la joie que nous trouvions dans les choses de\nl'imagination. Ou bien encore l'entrée dans la chambre de l'arbre\nde Noël où l'émotion nous frappa d'un silence ému, où les\nbougies semblaient supérieures aux étoiles dans le firmament,\nles poupées vêtues de tarlatane, des anges, les globes de verre,\nautant de mondes éblouissants. C'est ?G}ue nous avions des\nmondes de lumière en nous.\nQuel mélange de mystère et de joie éprouvent les enfants\nassistant à un opéra ! Comme ils complètent ce qui ne s'y\ntrouve pas et comme nous devrions les imiter pour suppléer\naux imperfections forcées d'une réalisation quelconque ! Les\nplus affreuses ballerines couvertes de tulle et de paillettes leur\nparaissent des êtres supérieurs et glorieux. Les plus piètres\ndragons sont terrifiants ; il n'y a pas plus diabolique que\nSamiel, pas plus féerique que le cygne de Lohengrin.\nC'est qu'ils mettent toute leur foi dans l'œuvre qu'ils vont\nvoir et toute leur bonne foi à l'écouter. L'intention de l'au-\nteur porte dans toute sa force et remédie à la réalisation défec-\ntueuse. Ils ne s'attendent pas à une reproduction de ce qu'ils\nvoient quotidiennement ; ils ne demandent pas une copie ser-\nvile de faits divers ; les costumes modernes à la scène les désap-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.5", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n491\n\npointeat. Leur critérium, s'ils pouvaient le formuler, ne\nserait pas: « C'est tout à fait ce que j'ai vu », mais: « C'est ce que\nj'ai senti. » Et ils sont heureux. Avec chaque lever de rideau,\nun monde s'ouvre, un monde auquel ils participent. Leur atten-\ntion est fascinée, rivée, inébranlable et peu inquiétée par les\ndétails. Et lorsque la toile tombe, ils emportent une sensation\nvécue qui les accompagnera encore longtemps dans leurs rêves\net leurs jeux: petit rayon tombé d'un coin entr'ouvert du para-\ndis de l'imagination et de la beauté. Soyons sincères ! nous\nvoudrions retrouver de ces joies-là dans l'art; nous nous envions\nà nous-mêmes cette réceptivité passée ; et ce besoin de possé-\nder le rêve vivant est si grand qu'il nous pousse à rendre l'art\nsemblable à nous-mêmes, à vouloir le revêtir de chair pour\nêtre alors désappointés par son ridicule ou son inefficacité.\nC'est ce désir qui fait devenir l'art de plus en plus réaliste,\ncomme si l'on pouvait par là étreindre la chimère sans s'aper-\ncevoir qu'elle a perdu ses ailes, qu'elle ne nous apporte plus la\nbeauté, mais qu'elle accroît la laideur universelle en venant s'y\njoindre.\nL'art a son atmosphère, et, lorsque nous l'attirons à nous, il\nlaisse son âme là-bas, et nous ne possédons qu'un corps sem-\nblable à ceux du musée Grévin, où le laid devient ignoble et le\nbeau fade et doucereux. L'art doit conserver autour de lui son\natmosphère qui tamise et diffuse ses rayons et devient le mé-\ndium de communion avec notre être, comme l'atmosphère de\nla terre diffuse la lumière et la chaleur du soleil et enveloppe\ntoutes les choses.\nLe réalisme dans l'art nous donne la lettre, non l'esprit.\nIl est trop souvent confondu avec le « vrai » ou décoré du\nnom pompeux de « vérité ». La vérité est-elle dans l'appa-\nrence des actions ou dans le motif intime ? La réponse à ceci\nrayonne en nous avec toute la force de la conviction. Les\nactions ne sont-elles pas souvent incompréhensibles, illo-\ngiques même, et ne faut-il pas les copier alors seulement\nqu'elles ont directement trait à leur cause ou à leur effet psy-\nchique ? Nous savons bien que les émotions priment la vie\nroutinière, et ce qui nous intéresse est ce qui nécessite les\nactions.\nEt si c'est une reproduction exacte et matérielle que l'on\ncherche, pourquoi faire de l'art ? C'est déjà un mensonge. L'in-\ntégrité serait alors de vivre nos actions nous-mêmes, sans les\nprojeter entre quatre cartons peints, dictées par la bouche d'un\nsouffleur. Pourquoi vouloir ce que nous serions désolés de\ntrouver dans la vie : ce manque du « romanesque » auquel\nnous cherchons à suppléer par des moyens factices? Notre ima-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.6", "texte": "492\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\ngination, le plus libre et fort de nous-mêmes, doit trouver sa\npâture dans l'art.\nL'enfance est dans le vrai. L'art doit nous donner le rêve,\nla féerie, l'illusion ; et lorsque ses moyens ne suffisent pas,\nnous devons y suppléer de notre côté par la bonne foi et\nn'avoir pas honte de trouver un plaisir par peur de laisser\npasser sans le ridiculiser quelque défaut de l'autre côté de la\nrampe.\nCar au fond nous avons encore l'âme de notre enfance et\nnous voudrions pouvoir concilier notre esprit de critique plus\ndéveloppé avec le désir de magie et d'éblouissement dont nous\nenvions notre passé. Il faudrait que l'art musical du théâtre\narrive par des et des subterfuges adroits à nous rendre\nce qu'il nous donnait alors que nous étions plus simples d'es-\nprit. Il doit voiler le trop réel, tirer de nous ce que nous [don-\nnions librement autrefois, ne pas insister, ne pas s'appesantir.\nLorsqu'on aura remplacé les figurants grossiers par des projec-\ntions, lorsque l'action se passera au quatrième plan plutôt qu'au\npremier, lorsque nous pourrons plus facilement idéaliser ce\nque nous entendrons et ce que nous verrons, alors il y aura, je\ncrois, un grand pas de fait vers une véritable beauté. Car, mal-\ngré tout, celle-ci réside et résidera toujours en nous ; mais, afin\nqu'elle puisse en quelque sorte se précipiter contre les objets\nextérieurs, il faut que ceux-ci ne la blessent pas dans sa cristal-\nlisation.\nLa réalisation deviendra belle et complète, non en voulant la\nrabaisser à une imitation matérielle, mais en atteignant des\nmoyens si parfaits d'évocation que nous retrouverons là sans\neffort les joies que nous croyions désuètes ou perdues.\nOui, il nous faut toujours le conte de fées, sinon le conte en-\nfantin, du moins celui qui vit dans toutes les âmes, sous mille\ndéguisements, vêtu de haillons aussi bien que de pourpoints de\nsatin. Un conte de fées adapté à un sens critique moins indul-\ngent, car les fées ne sont grotesques que lorsqu'elles sont per-\nsonnifiées par des coryphées en maillot, la bouche encore mal\nessuyée du saucisson. Là où l'on sentira toujours l'essence du\nconte de fées et leur présence invisible, il n'y aura plus de ridi-\ncule, carie point de comparaison manquera. C'est cela quenous\navons le droit de demander à l'art, et c'est pourquoi il doit être\nune périphrase. Il parle un langage que comprennent les enfants\net qu'on ne comprend pas avec les sens. Et il ne sera parfait que\ntant qu'il parlera ce langage-là, qui ne dira rien, mais qui fera\ntout comprendre. Mais il devra être à la portée de tous, aussi\nbien des simples d'esprit qui entendront et goûteront la para-\nbole, que des plus ardents chercheurs de beauté, pionniers d'une"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.7", "texte": "PENSÉES D'AILLEURS\n493\n\nélite inassouvie, toujours en progrès et qui, eux, comprendront\nl'esprit de la parabole.\nQue l'art devienne libre des entraves du réalisme, peu gêné\npar les nécessités de la réalisation, entr'ouvrant des trésors\nde sensation et de pensée en nous. Car il doit être le temple\nde Tlmagination, seule créatrice, essence et germe de l'univers.\n\nArmande De Polignac."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.8", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\nET LA THÉORIE DE M. HUGO RIEMANN\n\n(i)\nLa distraction est flagrante, une fois de plus, et M. Sérieyx\nregrettera vraisemblablement d'en avoir imprimé les déductions\nqui suivent :\n« Cet exemple, dont on peut faire l'application à les\nsons tempérés, suffit pour réduire à sa valeur toute une caté-\ngorie d'objections plus ou moins spécieuses, soulevées par d'ha-\nbiles théoriciens, au nom de l'exactitude mathématique, dans\nle but d'infirmer certains principes physiques et métaphysiques\nbasés sur les rapports de vibrations et notamment sur la\ndes Quintes. »\nIl y a, dans cette phrase complexe, beaucoup de choses. Com-\nmençons par le commencement. Nous avons vu ce que vaut\nl'exemple de M. Sérieyx ; cependant, sans insister trop sur cette\nbévue d'inattention et puisque M. Sérieyx parle de « les\nsons tempérés » comparons-en donc quelques-uns à certains\n« sons harmoniques que notre oreille rejette» selon l'auteur.\nAla vérité, nous ne savons plus au juste quelle est la véritable\ndifférence d'intonation que M. Sérieyx estime « inappréciable à\nl'oreille ». Mais nous pouvons toujours obtenir une échelle de\ncomparaison. Le do de 32,32 vibrations du tempérament pris\ncomme base et son fondamental i d'une résonance supérieure,\nnous avons vu que pour le son 7, cette différence était de 1,75\nvibrations 0/0. En continuant par les sons harmoniques corres-\npondant aux « nombres premiers » les plus proches (2), nous\naurons pour le son 11 :\nFA dièze (11 ) 355,6 vib.\nfa dièze tempéré = 365,7 vib.\nDifférence =lO,l vib. ou 2,70 0/0\n\n(1) Voir la ir» année, nos j} 3, 5, 7, 11 et 13, et la 2e année, nos 1, 7, et 9.\n(2) Les nombres de vibrations des sons tempérés sont empruntés aux\ntables des Eléments cC Acoustique musica de Mahillon.\n(Bruxelles, 1874.)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.9", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n495\n\npour le son i 3 :\nLA bémol ( 13) = 420,2 vib.\nla bémol tempéré =410,5 vib.\nDifférence = 9,7 vib. ou 2,31 0/0.\npour le son 17 :\nRÉ bémol (17) = 549,5 vib.\nré bémol tempéré = 548 vib.\nDifférence 1,5 vib. ou 0,27 0/0.\npour le son 19 :\nMl bémol (19) = 614,08 vib.\nmi bémol tempéré =615 vib.\nDifférence = 0,92 vib. ou 0,15 0/0.\npour le son 23 :\nSOL bémol (23) = 743,5 vib.\nsol bémol tempéré =73 1,5 vib.\nDifférence = 12 vib. ou 1,61 0/0.\npour le son 29 :\nSI bémol (29) = 937,4 vib.\nsi bémol tempéré = 921,6 vib.\nDifférence = 15,8 vib. ou 1,68 0/0.\nIl n'est guère besoin de pousser plus avant pour répondre à\nl'invitation de M. Sérieyx proclamant, en nous offrant son\n« exemple », qu'on en « peut faire l'application à les sons\ntempérés ». Nous l'avons faite pour quelques-uns, et toutes les\ndifférences d'intonation trouvées étaient jusqu'ici inférieures\naux 2,75 vibrations pour 100, qu'il assurait d'abord « inappré-\nciables à l'oreille ». Cette proportion, toutefois, peut paraître\nexcessive, même à l'audition « d'un ensemble vocal » ou instru-\nmental. L'expérience pourtant nous enseigne que la différence\nd'intonation entre les sons produits par quintes et les sons\nproduits par tierces, dont nous entendons couramment les\nefïets dans les accords en triple ou quadruple corde des violons\nà l'orchestre, y est, sinon absolument « inappréciable », du\nmoins unanimement tolérée sans qu'on en soit gêné, ni même\nqu'on y songe. Or cette différence est de 1,23 pour 100\nvibrations, et trois des nombres que nous avons obtenus ne\ns'en éloignent que d'une fraction de vibration respectivement\nvariable. Il en est deux, en revanche, qui démontrent un\nunisson presque parfait entre les « exclus » 17 et\n19 et les sons tempérés corrélatifs, avec des différences de\net 0,15 pour 100. Et si nous comparons ces résultats aux dif-\nférences pouvant se produire entre des sons et des\nsons « engendrés par les nombres 3 et 5 », nous serons plus sur-\npris encore de la confiance de M. Sérieyx.\nEn effet, le mi,tierce majeure d'un de 129,3 vibrations"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.10", "texte": "496\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\n(harmonique 5 du Do de 32,32 vibrations), en fait 161,6. Le\nmi tempéré étant de 162,9 vibrations (1), la différence est 1,3\nvib. ou 0,79 pour 100.\nSi de ce mi (161,6), tierce majeure du Do (129,3), nous\nprenons le la,sa quinte inférieure, ce fera 107,7 vibrations.\nLe la tempéré étant de 108,7 vib., la différence est 1 vib. ou\n0,92 0/0.\nL'harmonique 25 (i/ 5 de i/ 5), que M. Sérieyx agréait tout\nà l'heure (p. 104), est, pour un Do de 129,3 vibrations, un\ndié\\ede 3232,5 vib. Le sol diè\\etempéré faisant 3284 vib., la\ndifférence est de 51,5 vib. ou i,56 0/0.\nEn prenant pour exemple un passage célèbre des\nde César Franck et partant du tempéré de 205,2\nvib., nous aurons, pour la tierce mineure et la quinte natu-\nrelles :\nla bémol — Fa (171) Do (256,5) ;\nalors que les sons tempérés ont pour nombres de vibrations :\nla bém01(205,2) fa(172,6) (258,6).\nLa différence est pour la tierce mineure : 1,6 vib. ou 0,92 0/0 ;\net pour la quinte: 2,1 vib. ou 0,81 0/0.\nCes différences, pour des sons produits par les « nombres 3\net 5 i), variant entre plus du triple et plus du quintuple de la\nplus forte de celles affectant les harmoniques 17 et 19, on ne\nvoit pas bien quel argument pour leur exclusion M. Sérieyx\npeut tirer des sons tempérés.\nLa différence i,56 vib. 0/0 du Sol dié\\e (25) égale à 1/5 de\nvibration près celle condamnée par M. Sérieyx pour le SI\nbémol(7) de 452,6 vib. et que nous avons reconnue de 1,75 0/0.\nPar contre, si, à partir d'un la aigu de 435 vibrations, nous\ndescendons des deux tierces majeures formant, selons les théo-\nries courantes, un accord de quinte augmentée, nous aurons,\npour les sons naturels produits par tierces majeures | :\n1a(435) Fa(34B) (278,4) ;\nalors que les sons tempérés donnent :\nla (435) fa (345) ré bémol (274).\nLa différence entre les deux fa est de 3 vib. ou 0,87 0/0; entre\nles deux ré bémol, de 4,4 vib. ou 1,58 0/0. Ici, la fausseté d'une\ntierce majeure égale à 1/6 de vib. près celle reprochée au\nbémol(7). Mais, si de ce ré bém01(278,4), tierce naturelle, nous\nmontons d'une septième mineure également naturelle, nous\n\n(1) Dans toutes ces comparaisons, tous les nombres de vibrations des\nsous tempérés sont empruntés à Mahillon. Les nombres de M. Sérieyx tantôt\ncoïncident avec ceux de Mahillon, tantôt en diffèrent, pour des raisons qui\nm'échappent."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.11", "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLe Houx\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.13", "texte": "Le Houx\n\nSimone, le soleil rit sur les feuilles de houx :\nAvril est revenu pour jouer avec nous.\nIl porte des corbeilles de fleurs sur ses épaules,\nIl les donne aux épines, aux marronniers, aux saules ;\nIl les sème une à une parmi l'herbe des prés,\nSur le bord des ruisseaux, des mares et des fossés ;\nIl garde les jonquilles pour l'eau, et les pervenches\nPour les bois, aux endroits où s'allongent les branches ;"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.14", "texte": "Il jette les violettes à l'ombre, sous les ronces,\nOù son pied nu, sans peur, les cache et les enfonce ;\nA toutes les prairies il donne des pâquerettes\nEt des primevères qui ont un collier de clochettes ;\nIl laisse les muguets tomber dans les forêts\nAvec les anémones, le long des sentiers frais ;\nIl plante des iris sur le toit des maisons,\nEt dans notre jardin, Simone, où il fait bon,\nIl répandra des ancolies et des pensées,\nDes jacinthes et la bonne odeur des giroflées."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.15", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n497\n\nobtenons un DO bémol (487,2) qui coïncide alors presque exac-\ntement avec le si ou do bémol tempéré de 488,2 vibrations. La\ndifférence, pour ce son 7, n'est que de 0,2 ou { de vib. 0/0.\nOn pourrait multiplier ces exemples, « faire l'application »\nde cette épreuve « à tous les sons tempérés » et à les\nsons naturels admis ou exclus, les résultats seraient analogues\net, encore que variables, unanimes à démontrer à la fois l'im-\npossibilité d'une existence réelle du tempérament dans la\npratique musicale ou, en admettant même sa réalisation éphé-\nmère sur des instruments à sons fixes ou à clavier fraîchement\naccordés, l'éventuelle capacité de « tous les sons tempérés » à\nreprésenter tous les sons naturels quelconques et imaginables\navec une justesse relative ou une fausseté indistinctement\néquivalentes, au cours d'une composition de quelques lignes\nvoire dépourvue de modulation hardie ou circonspecte. Une\nmesure des Béatitudes nous a fait voir le sort possible de deux\nintervalles formés par « les nombres 3 et 5 » : la tierce mi-\nneure (I) et la quinte(|).\nCeci constaté, on ne s'expliquerait plus guère la prétention\nde M. Sérieyx d'en « réduire àsa valeur toute une catégorie\nd'objections plus ou moins spécieuses, soulevées par d'habiles\nthéoriciens, au nom de l'exactitude mathématique, dans le but\nd'infirmer certains principes physiques et métaphysiques basés\nsur les rapports de vibrations... ». Mais, même en supposant la\nréalité des sons tempérés dans la pratique et en accordant que\nleurs intonations correspondent, avec une justesse approxima-\ntive particulière, aux « sons produits par les nombres 3 et 5 »,,\non ne comprendrait toujours pas à quel propos ces intonations,\nlégèrement faussées à dessein dans un but pourraient\nintervenir légitimement dans la démonstration d'un\nsystème fondé sur lesdits «harmoniques 3 et 5 », et y être de\nquelque bénéfice à « certains principes physiques et métaphy-\nsiques basés sur les rapports de vi », lesquels\nse trouvent précisément altérés et détruits par l'usage des nom-\nbres de vibrations correspondant aux sons tempérés.\nOn ne comprend pas mieux que M. Sérieyx reproche à\n« d'habiles théoriciens » adverses un souci spécieux « d'exactitude\nmathématique » dans une circonstance où celle-ci n'a trop évi-\ndemment rien à faire, puisque, dans la la justesse\nabsolue est un rêve et une certaine fausseté, quoi qu'on veuille,\ninéluctable à l'égard aussi bien des sons que des sons\nd'un tempérament quelconque.\nLes « théoriciens » dont il s'agit ont tout simplement remar-\nqué que, malgré la fâcheuse et fatale disgrâce, au témoignage\ndes œuvres et de l'histoire musicales, l'évolution de l'harmonie"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.16", "texte": "498\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\ns'est accomplie progressivement par l'exploitation consciente\nde rapports d'intervalle de plus en plus complexes, correspon-\ndant à la série régulière et graduelle des consti-\ntuant la « résonance naturelle ». Ils en ont dû logiquement\nconclure, avec M. Riemann, à l'interprétation instinctive de\nces sons ou accords plus ou moins faux, tempérés ou autres,\n« dans le sens d'intervalles naturels ï> par la sensibilité des\nartistes et auditeurs, et à la nécessité d'une « conception »\nrique adéquate.\nOn ne saurait donc leur faire grief d'une « exactitude mathé-\nmatique » essentiellement corrélative au concept, inhérente à\ntoutes spéculations ou à tous « principes basés sur des rapports\nde ces vibrations », et d'ailleurs non moins implicite et obligatoire\nchez M. Sérieyx lui-même, formant « l'Accord» et « engendrant\ntous les sons » avec leurs intervalles subséquents au moyen des\nseuls « harmoniques ou nombres 3 et 5 ».\nL'intrusion des sons tempérés dans la de M. Sérieyx\napparaît donc un mystère, et sa phrase conclusive ressemble\nfort à une énigme dont la fin déconcerte peut-être encore plus\nque tout le reste. Car, après avoir évoqué « certains principes\nphysiques et métaphysiques basés sur les rapports de vibra-\ntions... », il ajoute : «... et notamment sur la loi des quintes. »\nPour s'expliquer cette intervention finale de la il faut\nse souvenir de ce que M. Sérieyx objectait tout à l'heure à la\ntierce, touchant « la genèse de la gamme » :\n« Si l'on se sert, en effet disait-il, du rapport 5 (tierce majeure),\non n'aboutit point à une gamme complète. »\nOn songe aussitôt à répondre à M. Sérieyx que, comme il\nnous le montra par la génération de « l'Accord » des divisions\nd'une corde vibrante, le rôle du « rapport 5 » n'est pas de cons-\ntituer « une gamme complète », mais bien, dans toute gamme\nou combinaison sonore possible, de fournir les sons faisant\néventuellement fonction de tierce. C'est ainsi que, du mode\nmajeur de Hauptmann, de M. Riemann et d'autres :\nFa —la Do mi\npeut se déduire la gamme :\nDo Ré mi Fa Sol la si Do.\nA vrai dire, M. Sérieyx pourrait observer qu'ici n'est pas\nquinte, ni Fa tierce mineure du Mais, outre que c'est l'uni-\nque accord faux qu'on y rencontre, et quoiqu'elle soit compo-\nsée d'un nombre fixé de sons aux fonctions harmoniques limi-\ntées à priori, cette gamme pourtant n'est pas un assemblage\narbitraire : elle est un produit de la tonalité choisie et consti-\ntuée par les sons des accords fondamentaux de celle-ci réunis\ndans l'espace d'une octave. Le « rapport 5 (tierce majeure) » s'y"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.17", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n499\n\nrévèle donc apte à remplir l'office qui est le [sien, sans naturelle-\nment « aboutir à une gamme complète ».\nM. Sérieyx, néanmoins, continue :\n« Tout autre est le résultat, lorsqu'on opère avec le plus simple\nde tous les rapports musicaux, le nombre 3, la QUINTE. Qu'on\naille vers le grave ou vers l'aigu, chaque quinte nouvelle (i/3dela\nprécédente) produit un son nouveau qui, par une simple trans-\nposition d'octave, vient prendre place dans notre gamme chro-\nmatique : c'est seulement après avoir engendré de la sorte les\nsons de cette gamme que nous retrouvons, par la voie\ndes quintes, le son terminus (si par exemple), confondu\npar notre oreille avec le son prim en vertu de cette tolé-\nrance d'intonation due à l'imperfection tout humaine de notre\norgane auditif. Le rapport de quin est donc le capable de\nfournir dans un ordre logique tou les éléments de la gamme, à\nl'exclusion de tout élément étranger» (p. 104-105).\nOn ose à peine en croire ses yeux. Ainsi, M. Sérieyx nous\nannonce, comme base de son système et de toute harmonie, une\nrésonance naturelle double et opposée\", il y montre l'origine\nde « l'Accord », y décrit la genèse de ses facteurs, et\nréalisés par la division d'une corde en « parties » ;\npuis, en face de ces divisions aliqdéterminant un\nde vibrations d'où résulte 1 intonation et le rapport d'intervalle\nentre les sons correspondants, il inscrit les\ntions des intonations tempérées ; ensuite il exclut de sa théorie\n« les harmoniques ou nombres supérieurs à 7 inclusivement »,\nen s'appuyant sur la loi des rapports simples et la différence\n« inappréciable à l'oreille » existant entre les sons tempérés et\nceux produits par les « harmoniques 3 et 5 » ; il en déduit le\nmonopole de ces « harmoniques 3 et 5 qui, avec leurs multiples,\nsuffisent à engendrer, non seulement l'Accord, mais\nde notre système musical moderne » et, en particulier, du sien\npropre, basé sur les seuls rapports de quinte et de tierce issus\ndes divisions de la corde et des 6 sons de sa « supé-\nrieure ou inférieure naturelle y> \\ et, pour terminei, il établit\nla, gamme fondamentale de ce système avec des sons produits\nPAR QUINTES, « à Yexclusion de tout element étranger ».\nL'équivoque, ici, apparaît peut-être plus imperturbablement\nsereine encore et stupéfiante que chez M. Riemann. On ny\nconstate pas seulement l'absence de la moindre corrélation per-\nceptible entre les prémisses et la conclusion, mais 1 expose tout\nentier du système est un tissu de distractions ou d incohéiences.\nOn ne s'explique certes pas que M. Sérieyx invoque les sons\ntempérés à propos d'une résonanc et des\n« engendrés parles harmoniques 3 et 5 » \\ néanmoins, après qu il"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.18", "texte": "500\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\na parlé de tout cela, on est bien plus abasourdi de le voir abou-\ntir à une gamme pythagoricienne,fût-elle chromatique.\nC'est en effet l'insoupçonnable résultat qu'il obtient avec ses\n« cloute sons » différents produits Tous les sons de\ncette gamme chromatique sont assurément en rapport réci-\nproque de quinte (1), de quarte (\\) ou de seconde majeure (§),,\nmais aucun n'y est capable de faire fonction de ou de\non d'en représenter le rapport. Les « rapports simples » de\ntierce majeure (f) et mineure (|) y deviennent respectivement\nHet ïf.Le « rapport de vibratioyis» de l'accord 4 5\n6, se transforme en 64\n—l2 l5, en 54 —64\n« quinte diminuée », 5\n7\nques 7et 11, deviennent 2 5 3o —36 et 16\nrespectivement les rapports 729\nMais cette gamme n'est point l'unique et admirable consé-\nquence de la duodécuple génération susdite. Des « douze sons »\nainsi « fournis dans un ordre logique », M. Sérieyx déduit,\noutre « la loi », ce qu'il nomme « », lequel\nun dessin schématise que l'auteur commente en ces termes :\n« Présentés suivant cet ordre, qu'on peut figurer par un\ncercle, les sons se répartissent naturellement en diatoniques et\nchromatiques. Les dénominations différentes, que l'usage du\ndièze et du bémol nous oblige à employer pour un même son,\nse superposent en un même point...»\nEn se souvenant de sa démonstration précédente ainsi con-\nçue : « Qu'on aille vers le grave ou vers l'aigu, chaque quinte\nnouvelle produit un son nouveau... », on serait tenté de relever\nl'actuelle et téméraire assertion de M. Sérieyx, attribuant à\n« l'usage du dièze et du bémol » l'obligation « d'employer des\ndénominations différentes », par exemple, pour un\n10E quinte de Do « vers l'aigu », et un 2e quinte du\nmême Do « vers le grave ». Mais on en est dissuadé en lisant qu'il\najoute: «... pour un même son... », et, en effet, dans les douze\ncompartiments dont le cercle constitue le « »,\nles deux sons cités et tous les autres analogues, obtenus par\nquintes en « allant vers le grave ou vers l'aigu », sont assimilés\nà un unisson.M. Sérieyx introduit donc ici un nouveau\nrament, le tempérament par quintes, et on peut remarquer en\npassant que la différence d'intonation entre les sons ainsi iden-\ntifiés (Ré — Mi bémol ; F\nDo; etc.) varie de 1,31 à 1,37 pour 100 vibrations, et ne\ns'écarte en moyenne que de 1/2 vib.o/o, de la fausseté (1,75 0/0)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.19", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n501\n\nreprochée plus haut à Y harmonique7 et déclarée « intolérable à\nl'oreille ». L'observation est troublante, et on en serait volontiers\ninduit à pressentir en l'espèce quelque occulte intervention des\n« sons tempérés normaux », si le théoricien ne nous avait dû-\nment prévenus à l'instant contre une interprétation de ce genre,\nen nous vantant les vertus du « plus simple de tous les rapports\nmusicaux, le nombre 3, la QUINTE » (p. 104), rapport « ca-\npable de fournir dans un ordre logique les éléments de la\ngamme », et subsidiairement du cycle des quintes, « à l'exclu-\nsion de tout élément étranger » (p. ios). En dépit de cette pré-\ncaution, pourtant, on est presque forcé, à tout le moins, d'ima-\nginer que l'illusion du « tempérament égal » dans la pratique,\noù les différences de vibrations seraient alors compensées plus\nou moins, a entraîné M. Sérieyx à une représentation bâtarde, et\nà cette assimilation rudimentaire de sons conçus\nen rapport de quinte juste. Si son « cycle des quintes » ne gagne\nrien à l'équivoque, celle-ci, au fond, demeure assez inoffensive\nà l'égard des quintes considérées, puisque, quoique « superpo-\nsées en un même point » du cercle tracé sur le papier, elles y\nconservent leurs « dénominations différentes » impliquant leurs\nfonctions et leurs rapports d'intervalle et de vibrations éventuels.\nOn ne comprend guère, toutefois, pourquoi le théoricien tient\ntant à les confondre en « un même son », ni quel avantage il\npeut trouver pour son système.\nMais M. Sérieyx continue :\n«... Les sons primes de deux gammes relatives de mode diffé-\nrent (ut et mz, par exemple) sont placés symétriquement, et ces\nmodes eux-mêmes ne sont qu'un changement de sens. »\nEt en effet, sur la figure, les sons et sont les extrémités\nd'un arc de cercle formé par les intermédiaires Sol, Ré et La, le\ntout produit par quintes.\nLa conclusion qui s'ensuit est catégorique. Ici, il ne s'agit\nplus de nombres de vibrations, d'intonations tempérées ou\nnaturelles, sur quoi M. Sérieyx pouvait à la rigueur équivoquer\navec l'excuse ou au prétexte d'une pratique illusoire en fait,\nmais estimée par lui réelle. Que, dans ses divisions d'une corde\nen « parties aliquotes », il accolât le nombre de vibrations d'un\nmi (649,2) tempéré al' harmonique 5 d'un Do (129,3), son prime\nde la « résonance naturelle supérieure », comme il employait les\nmêmes nombres à désigner le mi (649,2), son prime de la « ré-\nsonance naturelle inférieure » etle Do( 129,3), harmonique i/ 5 de\nce mi,on pouvait arguer pour sa défense que cette représenta-\ntion tempérée n'entamait en rien le principe d'une interpréta-\ntion naturelle des rapports d'intervalle annoncés. Le prime\nde la « résonance inférieure » fût-il emprunté à la gamme"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.20", "texte": "502\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\ntempérée par quintes et accompagné du nombre de vibrations\ncorrespondant, on pouvait encore soutenir et même, au pis\naller, admettre la faculté toujours et nonobstant plausible\nd'interpréter éventuellement ce conformément au rapport\nd'intervalle de tierce majeure naturelle du prime de « la\nrésonance supérieure ». Avec le « », c'est\ndésormais impossible. Le mi de « l'Accord » dans le mode mineur\nrelatif n'est plus et ne peut plus être tierce du de\n« l'Accord » dans le mode majeur puisqu'il est devenu\nun Mi, 4e quinte de ce Do en « allant vers l'aigu », un for-\nmellement spécifié comme étant le son « de la gamme du\nmode mineur relatif », c'est-à-dire de « l'Accord » mineur\ndescendant émané de la « résonance inférieure » opposée à la\n« résonance supérieure » du Do, son prime « de la gamme\ndu mode majeur relatif » et de « l'Accord » majeur ascendant\nsymétriquement inverses.\nEt alors, que reste-t-il du système élaboré et exposé par\nM. Sérieyx?\nSi nous interprétons les sons de ces deux « gammes relatives\nen tant que « sons tempérés », toute sa théorie de « résonance\nnaturelle » supérieure ou inférieure s'écroule du même coup\navec ses conséquences, et, par-dessus le marché, sa gamme\net son cycle de quintes.\nSi nous interprétons tous les sons de ces deux « gammes rela-\ntives » comme produits réellement par justes («\nmonique ou nombre 3 »), tous les accords fournis par les sons\nde cette gamme sont dépourvus de majeure ou mineure\net, par conséquent, incapables d'incarner l'un ou l'autre «\npect » de « l'Accord », issu des deux « résonances naturelles »,\n« principe générateur de l'harmonie » (p. 93) et base de la\nthéorie de M. Sérieyx.\nSi nous interprétons les sons Do et Mi selon le « cycle des\nquintes» et en qualité de sons primes de l'un et l'autre « aspect»\nde l'Accord,au lieu des accords mi et mi\nla, dont le second a pour son prime « le mi aigu (tierce) qui ca-\nractérise l'accord majeur » dans la résonance opposée (p. 98),\nnous obtenons pour « les deux aspects de » : —mi\nSol— et Mi do La,double « aspect »où les sons homo-\nnymes sont respectivement étrangers l'un à l'autre, distincts\nd'intonation, d'essence et d'origine, et où, subséquemment, les\naccords parfaits fondamentaux des deux modes sont\ndénués de toute relation harmonique, aussi bien d'ailleurs\nque tonale.\nEn constatant ces résultats divers, on s'étonnera sans doute\nque M. Sérieyx ait pu prétendre avec sérénité : « L'explication"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.21", "texte": "LES SONS INFERIEURS\n503\n\nrationnelle de notre système musical par les n'en\ndemeure pas moins la plus satisfaisante, parmi toutes les théo-\nries auxquelles a donné lieu jusqu'ici la genèse de notre gamme\nactuelle,» (p. 1 o 5). Mais cette déclaration, qui atteste l'évidente\nbonne foi du théoricien, trahit en même temps l'incertitude et\nl'arbitraire de son postulat et le secret de ses incohérences.\nM. Sérieyx serait probablement fort embarrassé de définir ce\nqu'il entend par « notre gamme actuelle », et de la réaliser,\nsans danger de contradiction, autrement qu'en jouant sur un\npiano celle de douze notes chromatiques à quoi nous ont accou-\ntumés la pratique des instruments à clavier. Rien qu'en écri-\nvant leurs signes sur une portée ou leurs noms à la file, il\nserait obligé de distinguer do de ré bémol, mi bémol de ré\netc., etc., et devrait reconnaître bientôt que ces douze notes\nreprésentent pratiquement un nombre considérable de sons in-\nterprétés théoriquement, conçus par les musiciens, perçus par\nla sensibilité et même entendus par l'oreille d'autant de manières\ndifférentes et corrélatives à leur fonction éventuelle. Une gamme\nquelconque, de sept, douze sons ou plus, n'est et ne peut être\njamais qu'un agrégat incomplet ou artificiel qui peut trouver\nsa place et son rôle dans la théorie ou les œuvres d'un art wo-\nnodique, mais ne saurait servir de base à la théorie d'un art\nharmonique, ni même, aujourd'hui surtout, compter pour un\nélément réel de cet art, pour une ressource nécessaire ou utili-\nsable dans ses créations. Tradition caduque du passé, legs de la\nmonodie grecque, romaine et ecclésiastique, le préjugé de la\n« gamme » a fourvoyé M. Sérieyx dans une impasse. En par-\ntant d'une « résonance harmonique » pour établir, après celle\nde l'Accord, « la genèse » d'une Gamme pareillement « unique »\nencore que double en ses aspects inverses déterminant les\n« modes » opposés, il est presque aussitôt acculé à l'équivoque.\nPour la former de sept, d'abord, puis de douze sons fixes et\nimmuables, il élimine peu à peu tous les facteurs du phénomène\nnaturel invoqué, et jusqu'à l'un des deux essentiels à la géné-\nration de « l'Accord ». Il mélange, assimile ou confond les\n« intonations tempérées »et les «rapports simples », accumule\nles contradictions, et aboutit à une gamme pseudo-tempéro-\npythagoricienne et à un « cycle des quintes » qui, à la fois,\n« infirment » tous et quelconques « principes physiques et mé-\ntaphysiques basés sur les rapports de vibrations », et démentent\nl'exposé tout entier de la théorie qui précède, en gros et en détail,\nconséquences ou applications.\nLe postulat de la « gamme », écueil évité par M. Riemann, a\négaré M. Sérieyx plus loin que celui-ci dans l'équivoque. On en\ndéplore les effets dans le chapitre suivant du même"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.22", "texte": "504\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nComposition musicale,intitulé « la Tonalité », où le schéma du\n« Cycle des quintes » est employé à illustrer la démonstration\ndes «fonctions tonales » et du degré de « parenté des sons ». De\nsorte que le m/, « harmonique » et tierce « de Do », est repré-\nsenté sur le tableau par le Mi,4e quinte de ce (p. 114) ;le\nfa « harmonique » et tierce « de Ré », et le Ré\n« harmonique » et tierce « de si », sont respectivement (p. 115)\nfigurés par la 5e et la 9e quinte du même « en allant vers\nl'aigu ». Il s'ensuit naturellement aussi que les sons des\ndeux accords majeur et mineur, de mode inverse et de tonalités\nrelatives, correspondent sur le dessin à un et un Mi pro-\nduits par quintes,encore que le texte et les exemples notés sem-\nblent interpréter ce Mi comme la du et son de\nl'accord mi Do la du ton relatif mineur.\nComme celle de M. Riemann, la théorie de M. Sérieyx appa-\nraît donc, à l'épreuve, inconsciemment basée sur un tempéra-\nment virtuel, vague, imprécis, mais fatal, qui les condamne à\nl'équivoque. La cause première en est dans le principe même\nde ces théories : l'hypothèse préalable de deux « modes » majeur\net mineur primordiaux, définitifs et imprescriptibles, et leur\nopposition essentielle démontrée par la symétrie des rapports\ninverses de deux accords de trois sons dits « parfaits », fournis\npar la nature et uniques de leur espèce, en tant que seule capa-\nble de synthétiser la dualité, identique en ses éléments, des\ndeux concepts opposés. L'acceptation de ce principe exigeait la\nfiction d une « résonance inférieure » à l'instar de\nla « résonance supérieure », et impliquait, sciemment ou non,\n1 exploitation arbitraire de l'un et l'autre phénomène ou\nqualifié tel, par 1 exclusion de certains gênants ou\nsuperflus. Il nous reste à examiner la valeur de ce postulat prin-\ncipiel, emprunté par M. Riemann à von Œttingen qui l'énonça\net le systématisa tout d'abord.\n{A suivre.)\n\nJean Marnold."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.23", "texte": "Croquis d'Album inédit de Ch. Léandre"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.24", "texte": "LA MUSIQUE\nET LES MUSICIENS D'ÉGLISE\nEN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE\nD'APRÈS LE «JOURNAL DES VISITES PASTORALES»\nD'Odon Rigaud.\n\n(1)\nB. LES CHANTEURS. Nous continuerons à laisser la\nparole à Odon Rigaud. Son Jou contient des renseigne-\nments curieux pour l'histoire sociale des musiciens d'église au\ntreizième siècle. Nous les avons relevés et, chose étrange, nous\nconstatons que c'est surtout dans l'état moral des femmes que la\npratique de l'art musical amène les plus graves perturbations.\nCe sont les moniales, et non les moines, qui le plus fréquem-\nment donnent lieu aux réprimandes du prélat.\nAinsi, au mois de juillet i 2 50, nous visitons avec Odon le\nmonastère de Notre-Dame d'Almenèches, au diocèse de Séez,\nprès d'Argentan. Le soleil est chaud sous les pommiers en\nfleurs aux beaux jours du printemps. La terre est généreuse et\nles gars sont solides. Aussi bien, le pieux visiteur paraît navré\nde ce qu'il lui faut consigner au procès-verbal : la musique, qui\nadoucit les mœurs, amollit les âmes, et nous devons croire que\nle duo qu'un beau soir chantèrent Aelis, et Chrétien,\nétait fort peu liturgique.\nDimanche, juillet 1250.\nVisitauimus monasteriummonialium Beate Marie de Almeneschiis(2).\nSoror Hola nuper habuit puerum de quodam Michaele de Valle Gui-\ndonis. Seculares passim intrant claustrum et loquuntur cum moniali-\nbus. Item numquam cenant in refectorio. Dionisia Dehatim infamata\nest de magistro Nicholao de Bleue. Bene rixantur in claustro et choro.\nAaliz cantatrix habuit puerum de Christiano. Item priorissa quondam\nhabuit unum puerum. Non habent abbatissam. [p. 82]\n\n(1) Suite. Voir les numéros du i 5 avril et du i 5 mai 1906.\n(2) Abbaye de femmes de l'ordre de Saint-Benoît. —Almenèches est au-\njourd'hui une commune du département de l'Orne, arr. d'Argentan.\n\nLE MERCURE MUSICAL\n33"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.25", "texte": "506\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nLa monotonie delà vie claustrale, où chaque jour ressemble\nfatalement au précédent, n'était rompue que par l'arrivée d'une\nfête religieuse. L'existence monastique est une liturgie vecue,\noù le moine ne connaît guère d'autres tristesses ni d'autres\njoies que les joies et les tristesses de l'Église. Les textes du\nJournal d'Odon Rigaud que nous allons rapporter nous mon-\ntrent clairement la répercussion des fêtes ecclésiastiques sur la\nvie monacale des religieuses plus encore que des moines,\ncomme si le caractère féminin avait eu davantage besoin de\ndivertissements pour mieux supporter ensuite la contrainte\nquotidienne de la règle. Il nous semble d'une bonne méthode\nde donner d'abord le texte des différents passages du Journal\noù il est question de ces récréations monastiques : notre com-\nmentaire en sera plus clair.\nLundi, 23 octobre 1256.\nVisitauimus monasterium monialium Sancte Trinitatis Cadomen-\nsis (1)... Junioreshabent alaudas et in festo Innocencium (a) cantant\nlectiones suas cum farsis : hoc inhibuimus. [p. 261]\nLundi, 4 janvier 1255.\nVisitauimus abbaciam Sancti Leodegarii de Pratellis Ibi sunt\nxlv moniales et est ibi numerus statutus monialium... Inhibuimus\nfestum Innocencium quantum ad inordinaciones... [p. 197]\nVendredi, y juillet 1249.\nVisitauimus prioratum de Villa Arcelli (4)... Item, inhibemus ne de\ncetero in festis Innocentium et Beate Marie Magdalenes (5) ludibria\nexerceatis consueta induendouos, scilicet uestibus secularium aut inter\nuos seu cum secularibus choreas ducendo... [p. 44]\nVendredi, 12 septembre 1253.\nVisitauimus prioratum de Willarcello. Hi sunt xx moniales, 11 soro-\n(1) La Trinité de Gaen fut une abbaye de femmes de l'ordre de Saint-\nBenoît.\n(2) Le 28 décembre.\n(3) Saint-Léger-de-Préaux, au diocèse de Lisieux. Abbaye de femmes de\nl'ordre de Saint-Benoît.\n(4) Le prieuré de Villarceaux a existé réellement; mais il faut le chercher\nen Seine-et-Oise, dans la commune de Chaussy, canton de Magny. Le\ndoyenné de Magny en Vexin a dépendu jadis de l'archidiocèse de Rouen.\nNous ignorons de quelle abbaye dépendait ce prieuré. On le trouve men-\ntionné dans le Pouillé du diocèse de Rouen de 1337. (Longnon,\nt. 11, p. 64 D.) Villarceaux nous semble avoir été une abbaye de Thélème\navant la lettre. Les détails que rapporte Odon Rigaud sur la vie privée des\nmoniales sont inouïs de dépravation. Nous ne saurions les reproduire ici,\nmême au nom du pittoresque, sans paraître pratiquer une littérature dun\nordre spécial, qui n'a rien de commun avec nos études.\n(5) Le 22 juillet."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.26", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n507\n\nres, duo presbyteri... Quando minute sunt, non dicunt officium cum\nnota. In festo Innocentium cantant cantilenas. [p. 166]\nJeudi, IJ mars 1264.\n...Accessimus ad abbatiam Sancti Aniandi Rothomagensis... (t).\nItem precepimus quod eadem hora omnes cubarent in dormitorio et\nquod iuniores non remanerent amplius in choro in festo Innocentium,\nprout alias fecerant, cantantes officium et prosas, que competunt\ndici, senioribus abinde recedentibus et iunioribus ibidem relictis.\n[p. 486]\nMercredi, 12 janvier 1261.\nIntrauimus capitulum monialium dicti loci [apud Monasterium\nVillare (2) ] et ibidem cum Dei adiutorio proposuimus uerbum Dei...\nItem in festo Sancti lohannis (3), Stephani (4) et Innocentium, nimia\niocositate et scurrilibus cantibus utebantur, utpote farsis, conductis,\nmotulis : precepimus quod honestius et cum maiori deuotione alias se\nhaberent... [p. 384]\nLundi, 22 mai 12 62.\n... Visitauimus abbatiam Monasterii Villaris, uerbo Dei, ipso adiu-,\nuante, in capitulo prius proposito... locositates quas solebant facere in\nfesto Innocentium penitus dimiserunt, ut dicebant : item precepimus\nomnino ab huiusmodi abstinere... [p. 431]\nSamedi,9 mai 1265.\nVisitauimus abbatiam Monasterii Villaris... Item precepimus quod a\nludis in festo Innocentium penitus cessarent... [p. 517]\nMercredi, 22 août 1260.\nPerDei gratiam, causa peregrinationis ad ecclesiam Sancti Ydeuerti\nde Gornaio (5) personaliter accessimus... Item clerici, uicarii ac etiam\ncapellani in festiuitatibus quibusdam, precipue in festo sancti Nicho-\nlai (6), dissolute et scurriliter se habebant, ducendo choreas per uicos\net faciendo le vireli...[p. 466]\nSamedi, 4 août 1268.\nVisitauimus monasterium Gemeticense (7). Erant ibi xliii monachi\n\n(1) Saint-Amand de Rouen, abbaye de femmes de l'ordre de Saint-\nBenoît.\n(2) Montivilliers, au diocèse de Rouen, abbaye de femmes de l'ordre de\nSaint-Benoît.\n(3) Le 27 décembre.\n(4) Le 26 décembre.\n(5) Église de Saint-Yldevert, collégiale et paroissiale de Gournay, aui.\ndans la Seine-Inférieure, arr. de Neufchâtel-en-Bray.\n(6) Le 6 décembre.\n(7) Jumièges, abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît. Aujourd'hui\ndans le département de la Seine-Inférieure, arr. de Rouen, canton de Du-\nclair."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.27", "texte": "508\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\ncommorantes... uerumtamen turbati erant plurimum ex hiis que tune\nintus et extra dicebantur de abbate... (i)... Monuimus eum super hiis\nspecialiter que secuntur, uidelicet quod canes et aues uenabiles non ha-\nberôt, item quod histrionesab officio suo arceret... item quod consortia\nmuiierum quarumeunque penitus euitaret... [P.6O7J\nOn ne saurait entrer dans l'examen de tous les détails caracté-\nristiques et pittoresques que ces textes contiennent, sans ex-\ncéder les limites d'un article de revue, si large soit l'hospitalité\naccordée. Il convient pourtant de faire un certain nombre de\nremarques : c'est ainsi qu'il nous semble intéressant d'entrer\ndans quelques explications relativement aux fêtes qui furent le\nprétexte de ces récréations plus ou moins innocentes, aux formes\nlittéraires et musicales des pièces qui composaient ce joyeux ri-\ntuel, aux divertissementsenfind'un ordre moins relevé, que ceux\ndes religieux ou des religieuses dont l'esprit ne s'ouvrait guère\naux choses de la littérature et de l'art considéraient volontiers\ncomme l'indispensable complément de ces gaies cérémonies.\ni° Les fêtes joyeuses. Suivant les diocèses et les diffé-\nrents ordres religieux, suivant les habitudes locales, un certain\nnombre de saints, disséminés dans le calendrier liturgique,\nfurent ici ou là, au jour de leur fête, l'objet de réjouissances\nparticulières. Quelques pièces poétiques au caractère extra-\nliturgique, composées pour être chantées en de telles occa-\nsions, nous l'attestent, et, sans en chercher la cause, nous\nconstaterons simplement qu'entre autres, des fêtes comme la\nSaint-Nicolas, la Sainte-Catherine, laSainte-Marie-Madgdeleine,\nla Saint-Biaise ou la Saint-Christophe, eurent un caractère\nparticulièrement familier et joyeux. Sans sortir des diocèses\nvisités par Odon Rigaud, nous voyons les religieuses de Villar-\nceaux célébrer, le 22 juillet, la fête de sainte Marie-Magdeleine,\net, au 6 décembre, les clercs de Saint-Yldevert de Gournay\nimproviser à la Saint-Nicolas une liturgie peu édifiante. Ces\ncérémonies, nous pouvons le dire, toute révérence gardée, étaient\nen quelque manière les représentations gratuites et populaires\nde l'Église.\nMais il y a une constatation très curieuse qui s'impose : c'est\nle caractère de libres réjouissances donné à l'ensemble des fêtes\ngroupées entre la Noël et l'Epiphanie: elles nous paraissent les\n\n(1) L'abbé de Jumièges était alors Richard de Bolleville. Odon Rigaud\nnous fait à cet endroit de son Journal assister à une scène d'une rare vio-\nlence : un moine du monastère, Pierre de Neubourg, se lève en plein\nchapitre \"et par-devant l'archevêque accuse l'abbé du crime de faux. Au\nreste, les bruits qui courent sur Richard sont assez détestables pour que,\nsans attendre sa comparution devant l'officialité de Rouen, Odon Rigaud\nadresse aussitôt à l'abbé quelques sévères réprimandes."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.28", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n509\n\nassises annuelles de la joie. La gravité du culte s'efface pen-\ndant ces quelques jours pour faire place à une liberté que\n1 Église, par la voix de ceux qui parlent en son nom, voudrait\npaisible et souriante, mais qui bientôt dégénère en licence ; la\ndiscipline se tait devant une universelle tolérance, et même\ndans 1 intérieur du sanctuaire, où l'on chante des épîtres far-\ncies, des cantilenes, des motets, la langue romane s'introduit,\nchose inouïe, dans l'office à côté du latin liturgique. On fête\nainsi joyeusement 1 année qui s'en va et on fête joyeusement\naussi 1 année qui vient. Nous ne voyons pas d'autre explication\nà ce débordement de liesse générale. Mais encore faut-il pré-\nciser qu'il ne s'agit point de l'année liturgique, qui commence\nle premier dimanche de l'Avent et est vieille déjà d'un mois, qu'il\nne s'agit pas davantage de l'année civile, qui dans l'usage de\nFrance, mos gallicanus,a son point de départ à la fête de Pâques ;\nsouvenons-nous seulement que l'année romaine commençait\nle ier janvier et que cet usage s'était àce point perpétué\njusqu'en plein moyen âge, que, dans les pays mêmes où des\ntermes différents marquaient le début de l'année civile, le\nlerIer janvier est toujours demeuré le point de départ de l'année\nastronomique. La plupart des anciens calendriers font figurer\njanvier en tête de la liste des mois, et les expressions\nVan renuef \\ le chiefde l'an, que nous lisons dans les chartes, nous\nindiquent d'une façon certaine que le ier janvier est dans la\nlangue vulgaire communément appelé le premier jour de l'an.\nLes Saturnales étaient dans la Rome antique la fête de fin\nd'année. Le christianisme en interdit la participation à ses\nadeptes et leur offrit à la même époque de l'année les joies plus\npures de ses souriants mystères. L'Église donna à ces fêtes un\ncaractère populaire pour les faire adopter parla foule, et c'est\nainsi que nous avons, après la Nativité (25 décembre),la fête de\nsaint Etienne (26 déc.), celle de saint Jean l'Évangéliste (27 déc.),\ncelle des saints Innocents (28 déc.), la Circoncision (ier janvier)\net l'Epiphanie (6 janvier). Et sur toutes ces dates du calendrier\nchrétien s'est épanouie au cours du moyen âge une ravissante\nfloraison de liturgie populaire. C'est la fête de Y Ane, festum\nasinorum, célébrée au diocèse de Rouen avec une véritable\ndignité (1), c'est la fête des kalendes,\nqui, suivant les temps et les lieux, reçut diverses appellations :\nfestum hypodiaconorum,fête des sous-diacres, stultorum,\n\n(1) Le texte en a été publié par Du Cange dans le Glossarium à l'article\nFESTUM ASINORUM, d'après un Ordinaire de l'Église de Rouen du xve siècle,\naujourd'hui à Paris, Bibl. nat., lat. 12i3, p. 24. Il faut rappeler qu'à la bi-\nbliothèque de Rouen, il y a deux ordinaires, l'un appartient au xive siècle\n(Y. 110), l'autre est une copie du précédent faite au xve siècle (Y 108)."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.29", "texte": "510\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nfête des fous, festum Innocentium,fête des Innocents. On peut\nremarquer que, quelle que soit la désignation reçue, elle\nindique toujours la fête des humbles et des petits : fête des\nclercs inférieurs, hypodiaconoriim,des pauvres d'esprit,\nrum, des enfants enfin, innocentium.A Rouen, ce dernier nom\nprévalut. Dans ce diocèse, la fête des Innocents ne fut sans\ndoute point souillée par les scènes de débauche qui l'accompa-\ngnaient ailleurs. Aux saturnales de la Rome antique, les valets\nprenaient la place de leurs maîtres et ceux-ci se faisaient les\nserviteurs de leurs esclaves : à la fête des Innocents, les jeunes\nenfants de la maîtrise, nous sommes àla cathédrale de\nRouen, officient publiquement et solennellement, comme\npourraient le faire l'évêque, les chanoines ou les vicaires,\ndépossédés pour un jour. Nous avons un charmant récit de\ncette cérémonie enfantine, le voici.\n/\n« La veille, immédiatement après l'office de saint Jean l'Evan-\ngéliste, deux enfants, revêtus d'aubes et de tuniques, la tête\ncouverte de l'amict et tenant en leur main chacun un cierge\nardent, se dirigeaient du vestiaire au chœur. Venaient ensuite\nles autres enfants attachés à l'église, pareillement en aubes et\nen chapes et aussi le cierge à la main ; puis enfin celui d'entre\neux qui avait été désigné pour porter ce jour-là le titre d'évêque\net en recevoir les honneurs. Il marchait solennellement, paré\ndes vêtements pontificaux, la mitre en tête et à la main la\ncrosse ou bâton pastoral. Le cortège enfantin se dirigeait ainsi\nà travers le chœur vers l'autel des saints Innocents : pendant\nla marche le chœur chantait des répons adaptés à la circonstance.\nA l'autel des saints Innocents se faisait une station solennelle\nprésidée par l'enfant évêque, auquel la rubrique donnait le\ntitre de Dominus episcopus.\n« A la fin de la station le peuple était invité à s'humilier et à\nse recueillir pour recevoir la bénédiction du jeune prélat : Hu-\nmiliât e uos ad benedictionem.\n« Il la donnait à haute voix et avec toutes les solennités\nd'usage : Dominus omnipotens benedicat uos, etc.\n« Le jour de la fête, les enfants étaient environnés des\nmêmes distinctions. A l'exception de la messe, qui était cé-\nlébrée en leur présence par un chanoine, ils remplissaient en\ngrande pompe toutes les fonctions du chœur. Cet office, d'après\nles rubriques générales, devait être simplement du rit double,\nmais les enfants avaient le droit d'ordonner qu'il fût triple, et\nleurs prescriptions étaient observées.\n« Le seigneur évêque commençait l'invitatoire ; il chantait\nla neuvième leçon, la plus solennelle des Matines. Il retournait\nensuite au vestiaire pour y reprendre les ornements pontifi-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.30", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n511\n\neaux, en revenait processionnellement comme la veille, précédé\ndu même cortège, et entonnait lui-même le Te Deum.\n« Laudes et Primes se chantaient pareillement sous la pré-\nsidence de l'enfant évêque. A la messe, il appartenait aux en-\nfants de diriger le chœur [Pueri regant chorum) ; eux seuls\nportaient les chapes et exécutaient les diverses cérémonies.\nL'évêque (toujours l'enfant) commençait la prose, l'offertoire, etc.,\net ceux des enfants auxquels aucune fonction spéciale n'avait\nété assignée, occupaient les premières places dans le chœur,\nin superiori parte.\n« Aux vêpres, mêmes honneurs au seigneur évêque, mais,\nhélas! bientôt arrivait le terme de sa gloire. Au Magnificat,\npendant que le chœur chantait ces paroles : Déposait potentes\nde sede, le bâton pastoral lui était ôté des mains et était mis\nen réserve pour celui qui devait être élu l'année suivante.\n« Le chapitre alors rentrait dans tous ses droits et le semai-\nnier terminait l'office (1). »\nOn voit qu'à Rouen au moins tout se passait dans l'ordre le\n\n(I) PICARD (Abbé). Quelques cérémonies allégoriques anciennement en\nusage dans l'Eglise cathédrale de Rouen, dans le Précis analytique des\ntravaux de VAcadémie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, année\n1847, p. 373 et ss.\nCet auteur a suivi les indications de YOrdinarium de l'Eglise de Rouen\n(xve siècle), déjà connu de Du Cange, aujourd'hui àla Bibl. Nat. de Paris,\nms. lat. 1213, mais dans la transcription du chajioine Le Prévost. Voici le\ntexte relatif à la fête des Innocents :\n..,Hoc finito duo pueri tunicis et amictis induti, tenentes candelabra\ncum cereis ardentibus et omnes pueri ecclesie in cappis tenentes cereos\nardentes, cum suo episcopo exeant de uestiario bini et bini, cantantes\nCentum quadraginta, et processione ordinata ueniantper chorum et eant\nad altare sanctorum Innocentium et ibi stationem faciant et finiatur ibi et\ntrès pueri cantent : Hii empti sunt. Quo finito sequatur antiphona Inno-\ncentes ; très pueri f Letamini\\ episcopus Oremus. Devis, cuius hodierna\ndie. In reditu antiphona uel FÎ de Sancta Maria ad placitum : Unus puer\ncantet : f speciosa facta es : Episcopus : Oremus. Deus qui salutis. Pueri\ndicant Benedicamus. Sequatur benedictio episcopi et dicat unus puer alta\nuoce, Humiliate nos ad benedictionem ; et alii respondeant, Deo gratias :\nBenedictio: Dominus omnipotens, benedicat uos, etç. In crastino est festum\nduplex, sed pueri uoluntate faciunt illud triplex\n[Deinde übi de Matutinis eiusdem festi] :\nDum nona lectio legetur, pergant pueri ad uestiarium ; qua finita, exeant\nbini et bini cum cereis ardentibus cantando Centum quadraginta. Très\npueri cantent f et prosam et ante altare in modum corone, illud fi-niant;\nquo finito incipiatur TeDeum Ad missam omnespueri in cappis in medio\nchori regant chorum; episcopus incipiatofficium. Ex ore infaniium...Kyrie\net Gloria festiue... Epistola in cantu cum prosa. Graduale pueri, ut preno-\ntatur Anima nostra, Laqueus ; episcopus cum eo omnes pueri in modum\ncorone, Alléluia. F Hii sunt qui cum muheribus. Sequentia, episcopus\nincipiat Celsa pueri; Euangelium in cantu Angélus Domini apparuit; Credo ;\noffertorium Anima noslra, quod incipiatur ab episcopo... ; ieinde offerant"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.31", "texte": "512\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nplus parfait. En souvenir de Celui qui avait dit : «\nuulos ad me uenire », l'Église voyait avec infiniment d'indul-\ngence ces innocentes récréations données aux enfants qu'on\nvouait à son service et qui, le plus souvent, étaient des déshé-\nrités de la vie. Sans doute, il y eut en quelques endroits des\nlicences blâmables qui amenèrent l'interdiction de la fête :\nainsi, vers 1246, nous lisons dans les de l'Église de\nNevers cette prohibition : «...\npena excommunicationis inhibemus districte ne talia festa irriso-\nria de cetero facere présumant, firmiter iniungente, ut sicut aliis\ndiebus solemnibus seruitium diuinumfaciatis(i) ». Le concile de\nCognac interdit, en 1260, non la fête des Innocents, mais les\nexcès qui l'accompagnent et la parodie de l'enfant évêque, cum\nhoc in ecclesia Dei ridiculum existât et hoc dignitatis episcopalis\nfiât {2). Au concile de Paris, en 1212 (3), et deux ans\nplus tard, à un concile tenu à Rouen, la participation à cette fête\nest interdite aux prélats, aux moines et aux moniales : on laisse\nla jeunesse s'amuser. Voici la rédaction du concile de Rouen.\nC. XVI. Afestis follorum ne accipiatur baculus omnino absti-\nneatur.\nC. XVII. Item monachis fortius et monialibus prohibemus\npredicta (4).\nIl parut donc que la fête des Innocents, très en situation\nquand elle constituait véritablement' une récréation annuelle\ndonnée aux enfants de la maîtrise de Rouen, aux innocentes\nque l'Eglise élevait dans son sein, était déplacée quand moines\net moniales en faisaient un prétexte à des divertissements\nmoins discrets, nimia iocositate,à des jeux qui ne méritèrent\npas toujours d'être appelés des jeux innocents. Et voilà pour-\nquoi ce qui était permis ici fut défendu là.\n(A suivre.)\n\nPierre Aubry.\n\nomnes qui uoluerint, ut supra notatur. Sécréta,\nPrefatio, Quia per incarnati, Sanctusfestiue, festiue.\nCommunio, Voxin Rama.Postcommunio, Ad uesperas\ncum neuma finiantur. Antiphona Tecum Domnus episcopus\neum eo duo tunicati Iusti in perpetuum...Antiphona\nPsalmus Magnificat et tamdiu cantetur quod baculus\naccipiatur [ab eo] qui accipere uoluerit. Vespere finiantur a dietario\nTexte de l'Ordinaire de Rouen du xive siècle. Bibl. de Rouen. Y. 110. Il\na été publié par Migne, P. L.GXLVII, i35, et rangé dans les\nuetera, que le chanoine Le Prévost a insérés dans son édition de 1679 à la\nsuite du De officiisde Jeand'Avranches, qui fut évêque de Rouen au milieu\ndu onzième siècle.\n(1) MANSI, XXIII, 731.\n(2) ID., ibid.,io33.\n(3) ID., XXII, 842.\n(4) ID., ibid., 920."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.32", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLETTRE DE WILLY.\n\nCONCOURS DIÉMER. Nous avons eu cette semaine un important début :\ncelui de Gabriel Fauré dans le rôle de président de jury. A vrai dire, ce\nn'était qu'une répétition générale ; la vraie première aura lieu au mois de\njuillet sur la scène de POdéon, mais on a pu déjà se rendre compte des\nqualités du débutant dans l'emploi tenu avant lui par M. Théodore Dubois.\nCes débuts furent brillants, le nouveau président qui décidément ne fait\nrien comme tout le monde ayant eu l'idée de proclamer des jugements\ninattaquables et en conformité parfaite avec l'opinion publique. Le prix\nDiémer accordé à l'unanimité à M. Batalla et la mention offerte dans les\nmêmes conditions à M. Garés transportèrent d'enthousiasme tous les assis-\ntants qui avaient, depuis une heure, prononcé ce verdict sans espoir de le\nvoir confirmer. Incontestablement MM. Batalla et Garés sont de très remar-\nquables tempéraments de pianistes et le jury dut hésiter longtemps à\npartager le prix entre eux deux. Si la balance a penché en faveur de\nM. Batalla, c'est à cause d'un peu plus de maturité dans son interprétation :\nsongez qu'il a déjà 17 ans !\nLa plupart des concurrents ont galopé les Etudes symphoniques avec\nune vélocité folle, parce que plusieurs passages de l'œuvre schumanienne\nen deviennent plus faciles. Pour les mêmes motifs, ils ont astucieusement\nralenti les acrobaties tintinnabulantes de la Campanella élucubrée par Liszt\net Paganini, ces deux poseurs de sonnettes, Quant à Chopin, c'est toujours\nla même précipitation incohérente, les accords bousculés comme des mou-\ntons qu'on précipite vers l'abattoir, puis les extatiques points d'orgue...\nD'ailleurs, tout est bien qui finit bien, et puisque la vertu a été récom-\npensée, il ne faut rien demander de plus. Dans sa loge, Diémer fut acclamé\npar la foule, et dans la cour les lauréats furent portés en triomphe. Et,\nfaisant remarquer que pour la seconde fois le prix Diémer (décerné jadis à"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.33", "texte": "514\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nMalats) récompensait un de leurs compatriotes, les transpyrénéens Mon-\ntoriol-Tarrès et Ricardo ViiSès échangeaient des regards triomphants...\nC'est la race espagnole\nDont je raffole !...\nP.-S. Une raison majeure aurait dû détourner la brillante jeunesse\nconservatoriale du rubato dans le Schumann : ces Etudes n'ont pas volé\nleur nom de symphoniques ; en particulier, cette deuxième variation (j'en\nappelle à Cortot, triomphant le 25 mai salle Pleyel) est d'un effet claire-\nment orchestral. Or, ces calmes accords auraient été évidemment confiés\naux instruments à vent qui les auraient énoncés en mesure. Pourquoi ne\npas réfléchir un peu avant de jouer ?\nRISLER. Ce pauvre Nouveau Théâtre jouit de son reste : Réjane et le\npic des démolisseurs le guettent. Déjà, marqué du signe fatal, il ressemble\nà un immeuble de San Francisco : les herses ont des airs penchés, les\ndécors oscillent, il n'y a plus de « découverte » derrière la toile de fond ;\nles frises et le manteau d'Arlequin s'effilochent lamentablement, le rideau\ns'éraille, une andrinople sordide voile les dessous tristement éclairés par\nune lampe de secours, une tringle et son rideau s'effondrent dans une loge\nde balcon au commencement de la Sonate en fa ; Risler, qui a dû traverser\nun chantier de démolition pour arriver jusqu'à son piano, porte sur sa\nmanche droite un galon de sergent dessiné avec du plâtre... « les Turcs\nont passé là, tout est ruine et deuil ! »\nRisler beethovenise avec une « ténuité » sonore que les typos de Y Echo\nont transformée en « ténacité » au grand désespoir de l'Ouvreuse. Gomme\nGaston Garraud, je regrette, en entendant certaines sécheresses d'Erard, le\nvelouté des Pleyels d'autrefois. Mais j'apprécie à leur valeur les opposi-\ntions de staccato et de sonorités d'orgue. Cet homme, assurément, sait\nce que c'est qu'un doigté de substitution.\nMais dans la Pathétique, il n'est pas si pathétique que ça !\nNATIONALE FAURÉ.\nfestival. Le programme de la Nationale, intelligemment varié, commençait\npar le Quintette récemment composé pour remonter jusqu'à la Sonate\nécrite en 1877. Il faut une singulière maîtrise et une puissante originalité\npour exposé ainsi, tranquillement, à rebrousse-poil, une production dis-\nperser dans une période de trente ans. Je ne connais pas un compositeur\ncapable de supporter ce renversement de l'ordre chronologique sans\ndommages. Songez à ce que la musique est devenue depuis ce petit tiers\nde siècle, songez à nos nouvelles habitudes d'oreille, songez à nos modes\net à nos manies, et comprenez alors ce qu'il y a d'inouï dans ce simple\ngeste de placer après un manuscrit de 1906 une composition terminée en\n1876 î Car la Sonate demeure plus jeune, plus neuve et plus délicieuse que\njamais. Toutes les discrètes trouvailles qui sont le propre de l'écriture fau-\nréenne, toute la délicate prescience des formules de la musique de demain\ndormaient depuis trente ans dans cette Sonate : chaque jour elles nous\napparaissent plus actuelles et plus récentes ; dans dix ans elles livreront\nencore des secrets !\nMme Bathori détailla exquisement l'incomparable Bonne Chanson, que\nl'auteur accompagna avec une troublante rapidité ; Mme Marguerite Long\njoua en perfection le Théine et variations, si ingénieux et si élégamment\nécrit. Il y a là un petit coin où des gammes de tierces apportent en trotti-\nnant des modulations si suavement inattendues., ah ! maman !\nSCHUMANN."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.34", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n51?\n\nlébre le cinquantième anniversaire de la mort de Schumann. Son interpré-\ntation, toujours très nuancée et intensément expressive, enthousiasme\nl'auditoire qui lui fait bisser une Chanson populaire et la gracieuse Cocci-\nnelle. Wurmser fut un accompagnateur exquis, plein de tact et de discrétion.\nLes Papillons (petits vols fous en si bémol, en ut, en ré) lui permirent de\ndéployer toute sa grâce légère et nonchalante.\nL'ACCORD. Nous vous avons bien regrettée lundi dernier, ma chère Ou-\nvreuse, m'écrit une de mes collègues du vestiaire du Nouveau-Théâtre. On\ndonnait une audition d'lphigénie en Aulide de Christophe Willibald, que\nl'on nomme parfois Gluck. L'orchestre, si j'ose m'exprimer ainsi, et les\nchœurs, si je puis dire, étaient constitués par des amateurs, et quels I\nRéunis en société sous le nom fallacieux de «l'Accord », ces gens de bien\nont joué faux avec violence et obstination. Les cuivres avaient plus d'un\ndemi-ton d'écart avec les cordes ! Cinq solistes professionnels se débat-\ntaient dans ce chaos. Le pauvre Jean Reder luttait avec des contrebasses\nacharnées à gagner sur les autres instruments une respectable avance\nqu'elles conservèrent victorieusement pendant une bonne partie du ier acte.-\nMlle Menjaud et M. Cèbe, plus aphones que des carpes, mimaient leur\nrôle avec résignation. Un chef d'orchestre gesticulait à l'aventure sans\ndétourner les yeux de sa partition ; les exécutants, le sourcil froncé,\nn'avaient garde de lever le nez de leur pupitre. Mon Dieu ! que c'était\ndrôle !...\nAu fond, est-ce si drôle ? Jadis les amateurs s'amusaient entre eux, dans>\nles salons ; aujourd'hui ils louent des salles de théâtre, collent des affiches\net rançonnent le public. Où allons-nous ? Les affaires vont déjà si mal !\nNos filles ne trouvent plus de cachets tant il court d'amateurs prêts à les;\nremplacer gratuitement. Et que sera-ce demain? L'article 25 des statuts de\n« l'Accord » m'a appris que tous ces gens-là payaient 24 francs pour avoir le\ndroit de martyriser les partitions. Ainsi, vous voyez, ils en sont arrivés à\npayer pour écraser les professionnels. Alors quoi ? Faudra-t-il que nous\ndevenions toutes des Madame Cardinal ? A vous, bien tristement, ma chère\nOuvreuse.\n\nWilly.\n\nTHÉATRES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Le Roi aveugle, « légende musicale » en deux actes, livret de M. Hugues Le-\nHoux, musique de M. Henry Février.\n« Vieillesse des pères aveugles, tu seras toujours vaincue par la jeunesse\nde VAmour aux grands yeux ardents... »\nCe n'est pas très consolant, pour les parents du moins, un tel épilogue !\nEt, quel que soit l'attrait du redoutable Erôs, ce serait presque odieux si\nce n'était symbolique... C'est, dans tous les cas, une péripétie très imprévue-\ndans la triste vieillesse d'Œdipe à Colone... On a fait des progrès depuis\nSophocle ; et c'est le sujet de Louise la libertaire, transporté dans une\nlégende aux froides neiges. C'est l'éternel problème entre la famille dolente\net la jeunesse amoureuse. Est-il insoluble ?\nAinsi rêvions-nous le lundi 7 mai 1906, dans cette atmosphère safranée\ndu théâtre obscur qui donne des points aux audaces picturales de M. Gas-\nton La Touche : nuit coutumière des répétitions générales, où s'oublie le:\nvoisinage violent du plein-jour..."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.35", "texte": "516\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nAu bord d'une baie sombre comme la salle, un vieux monarque aveugle\net barbu, proche parent du vieil Arkhel, n'a plus d'autre joie que d'entendre\nla jeune voix de la tendre Hilda, sa fille aux nattes blondes... Cette blonde\nbeauté brille pour lui dans un chant pur... Mais quel est ce sauvage fier,\nqui s'avance en maître sur sa nef courbe ? Est-il issu du Vaisseau Fantôme\nou de Lohengrin, de Gwendoline ou de Y Etranger ? Conquérant et beau,\ncomme fut l'Aveugle, c'est Erik le Viking qui ravit la fille après avoir\nterrassé le père... Un interlude obscurément sonore, comme l'océan, pré-\npare le second acte où le peuple des fjords menace tour à tour et supplie,\navec son vieux Roi... La nef repasse ; mais Hilda conquise ne se plaint plus\nde son vainqueur ! La vierge qui se lamentait est devenue l'amante qui\nsourit... La volupté triomphe. Et le livret nous dit que le père aveugle est\nchangé charitablement en rocher : en approuvant le premier l'Amour,\nn'aurait-il pas été plus royal ?\nQuoi qu'il en soit, le début musical de M. Henry Février est plus qu'une\npromesse et qu'un pensum d'écolier ! C'est la partition brève, mais vigou-\nreuse, d'un jeune auteur de vingt-huit ans qui se souvient de ses aînés, de\nRichard Wagner, d'Emmanuel Chabrier, de Claude Debussy, voire même\nde son maître, M. Gabriel Fauré, mais qui déjà possède une technique\nvibrante avec un réel courage : et, par ces temps d'art invertébré, de mu-\nsique amorphe, il ne craint ni la juste prosodie, ni la solide déclamation, ni\nla forme, ni même les amples mélodies ; il y a, dans tout l'ouvrage, et sur-\ntout dans le grand chœur animé du second acte, une grandeur passionnée\nqui touche à l'émotion; le wagnérisme qui sonne encore dans telle rauque\nfanfare n'a pas eu raison de cette fermeté spontanée, toute française. Au\ndemeurant, partout, l'orchestre est souple, avec des timbres persuasifs et\nd'heureuses modulations. Un début à retenir!\nL'interprétation se montre à la hauteur lyrique de cette sombre bluette ;\net plaignons ce vieux Roi d'être aveugle : car, s'il entend la voix de l'exquise\nMme Vallandri (sa fille Hilda) qui chante si purement, il ne peut ensoleiller\nses yeux éteints à sa beauté blonde ! Après son excellent début dans\nMireille, en T 904, tous les connaisseurs avaient retenu l'atticisme naturel\net le parfum de grâce décente émané de cette jeune artiste qui s'est révélée\nnaguère Grisélidis (1) en personne; sa distinction svelte et sa passion\ncontenue devaient faire merveille dans Hilda, blond printemps reconquis sur\nle vieil hiver; et nous aurions plaisir à l'entendre, à la voir, dans la Chrysis\nd'Aphrodite. Excellents aussi MM. Vieuille (Arkhel, non le Roi aveugle),\nFernet (Erik), Devriès (Ymer), et l'orchestre que Luigini transmet à M. Ruhl-\nmann. Ici l'artiste souverain, c'est encore et toujours le directeur qui se\nplaît à plonger nos rêveries dans cette nuit bleue : d'accord avec le paysa-\ngiste Jusseaume, l'art de M. Albert Carré collabore avec la beauté de\nMme Valiandri pour nous apitoyer davantage sur la cécité du vieux Roi !\nLe metteur en scène qu'il est éminemment a fait le tour de force de\nmonter le délicieux oratorio, d'ailleurs théâtral, de Marie-Magdeleine, évan-\ngile pieusement profane où coule le sang d'Adonis... Née en 1873, elle a\ntrente-trois ans, la Madeleine de Massenet : c'est assez bien l'âge d'une\nrepentie... Mais comme elle paraît plus jeune dès que se réveille la volup-\ntueuse musique d'un charmeur et dès qu'on revoit avec ravissement\nMme Aïno Ackté î Pourquoi le directeur artiste, qui fait si bien les choses,\n11' a-t-il point convié la presse à fêter la répétition générale de Marie-Magde-\nleine ressuscitée !\n(1) Regarder, au Salon des artistes français, la petite toile lumineuse et documen-\ntaire de Guillonnet : Le foyer des artistes à l'Opéra-Comique, un soir de Grisélidis.\n\nRaymond Bouyer."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.36", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n517\n\nLES CONCERTS\nMax Reger. — Musique française ancienne. — M. Alfred Cortot. — Mlle H. Zielinska. — Mrae Kut-\nscherra. — Le Conservatoire.\nDepuis la renaissance de la musique française à la fin du xixc siècle, on\nnous reproche volontiers un certain chauvinisme, qui nous porterait à\nignorer ou mépriser de parti pris tout ce qui n'est pas l'œuvre de nos com-\npositeurs. Il suffit de rappeler l'enthousiasme que déchaîna parmi nous la\nmusique russe moderne, l'intérêt avec lequel nous suivons les progrès de\nla musique espagnole, pour montrer que la France n'a pas perdu ses tra-\nditions de généreuse hospitalité. Mais la vraie querelle est avec l'Allemagner\net c'est peut-être bien un peu une querelle d'Allemands. Car un pays où\nl'on vient à peine de découvrir César Franck, où Vincent d'Indy et Claude\nDebussy sont à peu près inconnus, ne peut guère nous reprocher équita-\nblement d'ignorer Mahler ou Reger. Mais l'Allemagne est habituée,\ndepuis si longtemps, à se considérer comme le professeur de musique de\nl'Europe, qu'elle ne peut comprendre notre prétention de l'instruire à notre\ntour. Car nous ne demandons pas mieux que de connaître et d'admirer les\nchefs-d'œuvre de l'art post-wagnérien, s'ils existent ; ce que nous voulons\nseulement, c'est qu'on ne borne pas aux frontières de l'Allemagne la vie et\nle progrès de la musique. C'est donc par une fort heureuse pensée que\nMme la Princesse Edmond de Polignac nous faisait entendre, dimanche\ndernier, une Sérénade de Max Reger, pour flûte, violon et alto. Admirable-\nment exécutée (malgré une écriture très gauche) par MM. Fleury, Geloso\net Monteux, écoutée avec toute l'attention et le recueillement possible,\ndans la haute salle si propice à l'admiration, cette sérénade a déçu toute\nattente. D'abord c'est une singulière audace, dans un pays où l'on prétend\nrespecter Beethoven, que d'instituer une sorte de rivalité avec lui ; et la\ncouverture du morceau, où le masque du grand musicien repose sur un\ncanapé de lauriers, fait involontairement songer au mot de Rossini : « Ce\nn'est pas mal, Monsieur, mais ce serait mieux si c'était vous qu'étiez mort\net Meyerbeer qui eût écrit votre messe. » Le plus curieux, c'est que\ndes deux ouvrages, c'est celui de Max Reger qui paraît le plus ancien.\nL'auteur a-t-il voulu faire un pastiche ? Nous ne savons ; mais ce qui est\ncertain, c'est que ses idées semblent copiées sur Haydn, dont elles ont la\ndémarche menue, mais non la grâce et l'esprit ; et le développement est\nfait selon les plus correctes formules de l'ancien art classique ; il ya sur-\ntout un morceau à variations, avec le passage en mineur obligé, qui pour-\nrait passer pour une agréable plaisanterie, s'il durait un peu moins long-\ntemps. Quel peut être l'état d'esprit d'un homme qui, au lieu de chercner à\ncréer, s'ingénie à refaire, avec une lourde application, des œuvies écrites\njadis en toute liberté? c'est ce que je renonce à comprendre. Car enfin,\nquel est l'intérêt de ce travail ? De nous montrer 1 habilete d une main\nrompue à tous les exercices de l'école ? Mais cette habileté est ici fort\ncontestable, et à tout instant d-es modulations brusques attestent une pos-\nsession insuffisante de cet art délicat des changements insensibles de tona-\nlité. qui fut le véritable art classique. Et puis 1 habileté est un mérité pour\nun élève et non pour un artiste. L'art allemand (Strauss mis à part) n est-\nil donc aujourd'hui qu'un art de professeurs ? Nous voulons espérei que\nnon. . , ,\nCette Sérénade avait été précédée du Quatuor de Ravel, interprète par\nMM. Geloso, Bloch, Monteux et Griset avec un charme poétique, une\ndélicatesse de sonorités, une aisance émue dont rien n approche. Combien\ncette musique pittoresque avec élégance et claire avec raffinement répond"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.37", "texte": "518\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nbien à notre goût français ! Et quel délice de l'entendre dans le silence\nd'une salle de palais, aux charpentes si hautes que les clartés électri-\nques y semblent des étoiles ! C'est là qu'on nous promet, pour dimanche\nprochain, une audition intime du Cœur de Déodat de Séverac.\nEt c'est ainsi que revivent parmi nous, en dépit des utopies de l'art pour\ntous, les aristocratiques académies du xvie siècle italien. La'musique est\nun artsomptuaire, et c'est pour cela que je ne deviendrai jamais socialiste.\nL'exposition des miniatures du xvme siècle àla Bibliothèque Nationale\ns'est ouverte par une fête musicale qui en fut le digne prélude. Car le pro-\ngramme, délicatement accordé au caractère de l'exposition, disposait mer-\nveilleusement les esprits à goûter cet art subtil et précis, où l'esprit fran-\nçais a donné quelques-uns de ses plus rares chefs-d'œuvre. Véritables\nminiatures, que ces poétiques mascarades où François Couperin nous peint\n« la Virginité sous domino couleur d'invisible », ou « les vieux galants et\nles trésorières surannées sous les dominos pourpre et feuille morte » ; ou\nbien encore « les Jongleurs, Sauteurs et Saltimbanques avec les Ours et les\nSinges ». Mme Wanda Landowska a souligné chaque détail de ces jolis\ntableaux avec l'intelligence la plus nette et la plus pénétrante qui se puisse\nimaginer, et l'entente la plus parfaite des jeux du clavecin Pleyel et de leurs\nriches colorations. Après quoi, elle passa au piano, je ne sais trop pour-\nquoi, afin de jouer une Sonate de Dominico Scarlatti, quelque peu scolas-\ntique, et le Coucou,aimables variations de Pasquini. Combien le son de\nl'instrument moderne apparut tout d'abord terne et gris ! 11 n'a pas moins\nfallu que le grand talent de l'artiste pour nous réconcilier avec lui.\nLe Triomphe de la Raison sur VAmouqui nous fut donné ensuite, est\nune cantate officielle autant qu'édifiante, composée en 1696 par le fils de\nLulli, ou plutôt par ses soins : car cet héritier, justement défiant de ses\nforces, faisait volontiers écrire sa musique par de plus qualifiés que lui.\nOn aime à croire que c'est à Campra qu'il faut attribuer cet ouvrage\naimable, malgré l'aridité du sujet qui met aux prises deux bergers galants\net deux sages bergères, insensibles à leurs feux. Les airs sont aisés et\ngracieux, bien caractérisés, et les intermèdes de danse sont d'une amusante\nvivacité. Formules que tout cela, sans doute, mais formules si désuètes\nqu'elles ont repris une saveur, et qui d'ailleurs furent toujours moins fac-\ntices que celles de l'art moderne. Mi'e Marguerite Babaïan leur prêta le\ncharme candide d'une voix pure, souple et d'une rare étendue, et M. Ch.\nSautelet une élégance noble et douce, bien propre à attendrir les plus\naustères vertus. L'orchestre, où les plus graves de nos critiques et histo-\nriens tiraient l'archet ou effleuraient des lèvres la flûte sous la direction de\nM. Jules Ecorcheville, auteur éruditde cette exhumation, a montré beaucoup\nde goût et de soin ; et le clavecin était délicatement tenu par M''e Chouchik\nBabaïan, assise à côté d'elle, M'«e Wanda Landowska ne perdait pas une\nnote, et ses yeux brillaient de plaisir au succès de celle qui fut son élève.\nM. Alfred Cortot, qui donnait le 18 mai le premier de ses trois concerts\nromantiques, est un artiste d'une rare intelligence, son toucher est délicat,\nsa sonorité colorée et variée, et ses octaves de la main gauche peuvent\nfaire envie à bien des pianistes qui ont sacrifié plus de temps que lui àla\nconquête de la virtuosité. Son interprétation de Chopin me charme, lors-\nqu'il ne s'agit que de grâce et de juvénile tendresse. Mais les nobles et\nchaleureux accents de cette musique chevaleresque n'ont pas, à ce qu'il\nme semble, été rendus avec la sincère emphase qui leur convient, et que\npossède si bien M. Planté, par exemple. Au même concert, Mme Bathori a\nchanté avec un sentiment exquis de simples et naïves mélodies écrites sur\ndes paroles polonaises."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.38", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n519\n\nJE louerai encore MILE Hélène Ziélinska d'avoir joué sur la harpe chroma-\ntique, avec une délicatesse extrême et un goût parfait, différentes œuvres\nde piano, entre autres les Jeux d'eaux de Ravel, plus fluides que jamais.\nJe louerai aussi Mme Kutscherra d'avoir chanté expressivement le Cœur\nsolitaire de Léon Moreau et la Chansond'Armande de Polignac. Et je m'in-\ndignerai contre les chanteurs qui, au dernier exercice des élèves du Conser-\nvatoire, nous ont exhibé des voix si incertaines et mal posées. Tout l'ensei-\ngnement du chant serait à réformer au Conservatoire.\nLouis LALOY.\nMll' Blanche Seiva. —M. Ch. Bordes. —M. Kreisler.\nLe nombre des pianistes qui, chaque saison, éprouvent le besoin de\nréunir dans une salle de concert quelques centaines d'auditeurs, est infini.\nBien rares sont ceux dont la valeur, non seulement au point de vue pianis-\ntique, mais au point de vue esthétique, offre quelque intérêt. Si j'ai parfois\nfait grief à M. Colonne de la composition de certains de ses programmes,\nque ne dirai-je des programmes que nous infligea la majorité des vir-\ntuoses !\nTous calqués sur le même modèle, ils suivent un certain ordre vaguement\nhistorique. Ils débutent par une fugue de Bach transcrite par Liszt ou\nTausig, ou un quelconque des spécialistes de ce sport, suivent par une des\nsonates les plus connues de Pathétique, Clair de Lune, A-ppas*\nsionata, op. 106, iog ou 111, qui sont censées repiésenter les œuvres dont\nun pianiste digne de ce nom ne doit pas sortir. Schumann et Chopin, ce\ndernier surtout avec ses œuvres les plus incohérentes, mais les plus\nbrillantes, représentent le romantisme musical, et Liszt, le mauvais gout\npianistique et antimusical. Il est d'ailleurs fortement battu en brèche sur\nces deux points par les virtuoses eux-memes qui ont tous a leur actif un\nLa Source et le Poète, VALSE DE CONCERT, ou Les Délices de Vienne, vALSE\nDE BRAVOURE, œuvres qui ne tiennent à la musique que parce qu écrites\navec les notes de la gamme elles se jouent sur les touches d'un piano.\nParfois, se piquant de modernisme, un pianiste ose un morceau de Debussy\nou de Fauré, et toujours les programmes se ressemblent, le goût du public\nne s'améliore pas et les salles ne se remplissent que grâce aux billets de\nfaveur. . .\nAu-dessus de ces peu intéressants virtuoses, indignes du nom d artistes,\nMlle Blanche Selva apparaît comme une étoile de première grandeur. Imbue\nd'un ferme esprit de méthode, elle compose ses programmes en artiste qui\ncomprend ce qu'elle joue, chose rare. Après avoir donné l'œuvre intégrale\nde piano de Bach, elle a entrepris de nous donner en deux séances une\nsélection des meilleures œuvres modernes de piano. Une telle entreprise\nexigeait de sa part un labeur de métier dont peuvent se rendre compte ceux\nqui savent combien l'écriture moderne est difficultueuse et en meme\ntemps un sens artistique qui lui permît de passer sans effort d une œuvre\nde Franck à une de Ravel, en donnant à toutes deux 1 interprétation qui lui\nconvient. Il sera question prochainement, ici même,_ du répertoire moderne\nde piano et de ce qu'il en faut penser. Disons simplement aujourd hui\nqu'elle a rempli sa double tâche avec un succès dépassant toutes les previ-\nsions. Elle peut être fière de son œuvre comme M. d Indy et la Schola\npeuvent être fiers de la compter parmi les leurs.\nFranck ouvrait un premier concert avec le Prélude, Aria et Finale dont\nla beauté sereine et noble résume admirablement la mentalité detachee\nde toutes les contingences humaines. Sans pâlir à côté de cette splendeur,\nIberia d'Albeniz évoque toute l'Espagne moderne : pays d Orient encore,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.39", "texte": "520\nLE MERCURE MUSICAL I VI-OÔ\n\nqui ne veut rien ignorer des raffinements occidentaux et s'y jette avec cette\nfougue que ses fils apportent à toutes choses. Délicatement scholiste, avec\nl'inévitable chanson grégorienne, cette œuvre, d'une difficulté d'écriture\ntrès caractéristique, est le digne pendant d'En Languedoc, de Déodat de\nSéverac, et il faut être reconnaissant à Mlle Selva de nous l'avoir révélée.\nDe même pour Le Long du Ruisseau, de M. Coindreau, qui dans la même\nnote sut atténuer la rigidité de son écriture pour nous donner l'impression\nde la facilité et de la douce joie de vivre qu'on peut ressentir en pareil\nlieu. Le concert se terminait par la sonate en mi mineur de P. Dukas. On\npeut ne pas trouver dans cette œuvre les caractères d'une inspiration\ngéniale, on ne peut lui méconnaître le respect que mérite la haute probité\nd'art qui s'en dégage. Que l'influence de Brahms s'y retrouve, et par-\nfois celle de Franck, je n'en disconviens pas ; mais je suis plein d'estime\npour une œuvre d'une tenue parfaite, aux sonorités parfois exquises\net qui a enrichi la partie la plus pauvre de la littérature musicale\nmoderne.\nLe second concert fut plus intéressant encore. Si je ne goûte guère les\nnocturnes des Fauré, que dire des exquises Pagodes dont la couleur, la\npuissance d'évocation dévoilent l'âme la plus exquise du plus raffiné de nos\nmusiciens modernes? Si la Vallée des Cloches est, parmi les Miroirs de\nMaurice Ravel, celui qui est le plus dans la note de la Schola, je lui pré-\nfère YAlborada ou Une barque sur VOcéan. Je reconnais d'ailleurs que\ncette pièce était plus que les autres dans les moyens de MH® Selva, et elle\nfit bien de l'interpréter en se laissant guider par toute la fougue de son tem-\npérament. La Schola était représentée par le Maître et son meilleur élève,\ndont les deux poèmes musicaux, véritables transpositions de la Nature\ndans l'Art : le Poème des Montagnes, En Languedoc, suffiraient à leur gloire.\nTandis que l'art de M. d'lndy est d'une sévérité qui voudrait dompter la\nnature, D. de Séverac vit au contraire la Nature sans écouter autre chose\nque la joie qui bruit en son cœur lorsqu'il parcourt, au chaud soleil, sa\nterre natale, le Languedoc brûlé où la chaleur dessèche et vivifie en même\ntemps ceux qui sentent l'âpre poésie d'une garrigue plantée d'oliviers ra-\nbougris parmi des pierres blanches. Ce fut beau, d'une beauté noble et puis-\nsante. Que de pareilles fêtes se renouvellent le plus souvent possible..\nMlle Selva rendra à l'Art plus de services que les Diémers, Sauers et\ntutti quanti.\nM. Charles Bordes est infatigable. Au milieu des soucis de la prépara-\ntion du Congrès de Montpellier, il trouve le temps de traverser la France\net de venir nous donner une exécution de Rébecca de Franck qui fut par-\nfaite à tous les points de vue. Un tel sujet convenait à Franck par la poésie\nintense qui s'en dégage., mêlée d'un certain mysticisme religieux et sym-\nbolique.\nL'oratorio de Franck fut précédé de fragments de Zoroastre, de Rameau»\ndont l'ouverture est, à mon avis, une des œuvres musicales les plus inté-\nressantes du xvine siècle. Les Chanteurs de Saint-Gervais furent, comme\ntoujours, excellents dans les œuvres du xvie siècle qui leur sont chères, etf\nles Cris de Paris, de Jannequin, sont plus intéressants que certains passages\nde Louise. Les solistes furent excellents, entre autres Mlle Pironnay et\nM. A. de Gabriac, qui chantèrent Rébecca avec une pureté de style bien\nrare parmi nos chanteurs attitrés des grands concerts.\nM, Fritz Kreisler, de Vienne, est un des virtuoses du violon dont la\ntechnique est la plus parfaite et les dons les plus splendides. Doué d'une\nqualité de son magnifique et possédant un archet très à la corde, il joua\navec ampleur une sonate de Haendel et la sonate en sol mineur de Bach. A"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.40", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n521\nLE MERCURE MUSICAL\n\nce propos, il est intéressant dénoter combien peu exacte est cette dénomi-\nnation de tous usitée. Les six œuvres de Bach désignées par le vocable\nde sonates pour violon seul ne sont en rien des sonates, mais bien des\nsuites. Leur développement est binaire, elles ne contiennent nullement les\ndeux thèmes dans le premier mouvement et sont uniquement composées\nde mouvements soudés les uns aux autres par la seule volonté du compo-\nsiteur.\nPassé cette digression à laquelle l'art de M. Kreisler est indifférent, j'ajou-\nterai que si son exécution de la Chaconnede Bach fut impeccable au point\nde vue violonistique, le style qu'il lui prête me parut quelque peu fantai-\nsiste. Nul besoin d'ajouter à une œuvré aussi grandiose des essais d'émo-\ntion qu'elle contient en soi : une telle œuvre vit plus par la longue théorie\nde ses développements que par la fougue artificielle que peut y mettre un\nexécutant. Après une magistrale exécution de la de Corelli et du\nTrille du Diable de Tartini, M. Kreisler fit une large part à nos auteurs\ndu xvme siècle dont l'œuvre violonistique tend de plus en plus à entrer\ndans le répertoire des grands virtuoses. Un tambourin de Leclair et un\nmenuet de Francœur furent de bien meilleures musiques que la\nde Wieniawsky et que les Scènes de la de Hubay. Il faut cependant\nnoter qu'à force d'arrangements, qui ne sont pas des simplifications,\nM. Kreisler a réussi à donner une tournure vaguement musicale à un e\nétude avec variations de Paganini. C'est tout à son honneur.\nCH. CHAMBELLAN.\nA la Sorbonne. Société Bach.\nLe 6 mai, au grand amphithéâtre de la Sorbonne, concert de la « Chorale »\ndes lycées de jeunes filles de Paris, une récente et très sympathique organi-\nsation musicale.\nTout le milieu de l'amphithéâtre, près de l'estrade occupée par l'orches-\ntre des Concerts Colonne, est un vaste champ de charmantes têtes de jeunes\nfilles, fraîches, roses, souriantes ; par-ci par-là on remarque de petits\nvisages espiègles, qui curieux, animés, se retournent pour regarder la grande\nsalle où on ne trouve plus aucun siège, si grand est le nombre des per-\nsonnes qui sont venues les entendre.\nL'impression devient encore plus attendrissante quand, attentives et\nsérieuses, elles commencent à chanter sous la direction de M. G. Pierné.\nUne sonorité douce, légère, je dirai presque vaporeuse et frêle, se dégage\navec un tel charme que l'auditeur est capable même d'accepter un chœur\nà deux parties de Massenet, composé pour la Chorale, horriblement banal\net vide.\nPuis on entend VHymne à la Nuit de Rameau, qui ne peut compter parmi\nles œuvres importantes du compositeur, très agréable pourtant et que la\nChorale bisse au désir unanime de la salle, ainsi que l'Hiver s'envole\nde Pierné, très simple, sans prétention, mais aussi sans valeur artistique.\nToutes ces jeunes voix sont bien disciplinées, et la diction était très bien\nrespectée. Seulement les fins de phrases paraissaient un peu alourdies,\nétant traînées, ce qui est très difficile à éviter dans un chœur qui compte\nde 500 à 600 personnes.\nIl faut espérer qu'en se fortifiant cette sympathique Société contribuera\nsurtout à purifier et développer le goût musical de ces petites filles, qui\nparaissent être très bien douées musicalement, en leur faisant chanter les\nœuvres vocales des grands maîtres classiques comme Bach, Haendel,\nRameau, Mozart et autres.\nEspérons aussi qu'elle stimulera les jeunes compositeurs. Et si la jeune\n\n34"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.41", "texte": "522\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nécole s'y intéressait, combien de nouvelles œuvres de valeur pourrait-on\nattendre !\nJe songe aussi à entendre ces voix pures dans une cathédrale. Combien\nl'impression y serait plus touchante !\nPlusieurs artistes sont venus faire de la musique pour ces jeunes filles,\net c'était une joie de voir l'intérêt, l'enthousiasme et le plaisir de cette\njeunesse.\nMme Wurmser-Delcourt a fait entendre la et la\nfane de Debussy, que j'avoue trouver trop vaporeuses, souples et sensuelles\npour une harpe chromatique, à la sonorité dure et sourde.\nPeut-être la résonance de la salle y est-elle pour quelque chose. Cette\nsalle est trop large, arrondie, plusieurs demi-coupoles au-dessous de la\ngrande coupole divisent le son, mais je m'arrête, de peur de m'engager dans\ndes problèmes insolubles : la voix de M. Dufranne, qui a chanté la\nde Saint-Saëns et les Deux Grenadiers de Schumann, qu'il a dû bisser, pa-\nraissait sourde, et la sonorité de la Société des Instruments anciens était\ndélicieuse, d'un ensemble parfait. Seulement le clavecin se confondait trop\ndans l'ensemble, au point de n'être presque pas entendu.\nMmo Roger-Miclos a brillamment exécuté le Concerto de Pierné, dont\nla première partie est seule supportable.\nAu dernier concert de la Société Bach, le 10 mai, on a entendu une rare\net exquise cantatrice, véritable « Oratorien-Sângerin », Mue Maria Philippi,\ncontralto solo de la Singakademie de Berlin, si rare et si exquise qu'on\nétait disposé à l'indulgence pour un orchestre assez pénible à entendre,\ntant il manquait d'homogénéité et d'ensemble.\nMlle Philippi a chanté avec l'orgue, très bien accompagnée par M. G.\nBret, cinq Geistliche Lieder (chants religieux) de Bach d'une grande et\npure beauté, puis l'air de la cantate avec les clochettes,\nqu'elle a interprétée d'une façon exquise et inoubliable.\nElle était moins à son avantage dans la première belle cantate\nAbend aber,où elle avait des partenaires aussi sûrs qu'éprouvés, comme\nMlle Pironnay, MM. Plamondon et Reder. C'est probablement l'émotion\nqui a dû empêcher la cantatrice de déployer toutes les belles qualités de\nl'âme, de style, de technique et de l'intelligence vocale, dont elle a fait\npreuve dans les airs plus haut nommés.\nMlle Boutet de Monvel a exécuté avec beaucoup de maîtrise surtout les\ndeux premières parties du concerto en mineur, mais, hélas ! si mal\nsecondée par l'orchestre !\nLes choeurs, en revanche, sont en grand progrès, les voix de femmes\nfont une agréable surprise par leur fraîcheur et leur conviction. Le choral\nde la cantate Am Abend aber était si bien chanté, que tout le public vou-\nlait le réentendre.\nM. B.\nSociété Nationale. Festival G. Fauré.— Le Quatuor Capet.\nAu milieu de l'orgiaque et absurde foire à musique que la «\nsienne » offre aux riches amateurs d'exhibitions tapageuses, quel repos et\nquelle pure joie d'entendre, dans un milieu intelligemment respectueux,\nchanter la Muse de M. Gabriel Fauré ! Ignorante des désirs qui font mal,\ndes pensées qui tourmentent, des larmes qui défigurent, elle chante une\nharmonie dont elle a le secret, et son chant, d'une élégance raffinée, d'une\nsuprême distinction dans sa grâce un peu alanguie, pénètre en nous comme\nun parfum discret et voluptueux."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.42", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n523\n\nLe programme commençait par le nouveau dont la beauté fut,\ndans le précédent numéro de ce journal, apprécié en termes si justement\nexquis par M. Louis Laloy ;il était exécuté par M. Fauré lui-même et le\nQuatuor Capet. Le Quatuor Capet s'est mis hors de pair par l'incomparable\ninterprétation qu'il sut donner des chefs-d'œuvre beethovéniens. Jamais\nla pensée du « Grand Penseur » de la musique ne nous fut plus complète-\nment révélée. MM. Capet, Tourret, L. Bailly et Hasselmans nous ont,\nmardi dernier, montré une fois de plus quels serviteurs de l'Art, intelligents\net respectueux, ils peuvent et savent être.\nAprès diverses œuvres pour piano excellemment mises en valeur par\nMlle Marguerite Long, après la Bonne chantée avec sûreté et intel-\nligence par Mme Bathori, le concert se terminait par la\net violon jouée par MM. G. Fauré et L. Capet. M. Capet sait, mieux que\npersonne, se mettre en communion avec la pensée de l'auteur qu'il inter-\nprète, et, sans aucune recherche d'effet personnel, nous la rendre sensible ;\ncette simplicité, cette sincérité absolue, cette compréhension intime et pro-\nfonde, donnent à son jeu une noblesse, une puissance d'émotion tout à\nfait exceptionnelles.\nAh! la délicieuse soirée Grâces soient rendues au Comité directeur\nde la Société Nationale, de nous avoir, après une longue route dans un\npays souvent aride, conduits à cette charmante oasis.\nMAURICE FOURRIER.\nM. Luzzati et Mlle M. Mac Evily.\nJe crois que M. Demets tend à devenir un accapareur, il fonde un nou-\nveau « trust », il veut acquérir le monopole de la bonne musique étran-\ngère. Si ce n'est pas là le fait d'un parfait patriote, c'est du moins celui\nd'un imprésario éclairé et qui réussit. Depuis un certain temps en effet il\nnous a révélé plusieurs artistes d'outre-frontières dont la valeur est indis-\ncutable. Je me rappelle encore avoir écrit récemment quelques lignes\nenthousiastes au dos du portrait d'une jeune pianiste argentine dont il\nnous avait permis d'apprécier les qualités exceptionnelles. J'ai aujourd'hui\nà traiter d'une façon fort élogieuse les concerts de M. Luzzati (2 mai) et\nmiss Mary Marc Evily (3 mai), tous deux salle Berlioz.\nLa séance de M. Luzzati avait attiré dans la coquette bonbonnière de la\nrue de Clichy toute la colonie italienne de Paris ; pas un strapontin de\nlibre. Le sympathique pianiste a montré que son concert méritait bien cette\ncuriosité ou plutôt cette confiance d'abord par le choix de ses collabora-\nteurs, la toute gracieuse Darmières del Opéra-Comique et le célèbie Alberto\nBachmann, qui a ouvert la soirée avec M. Luzzati par la\nElle a été jouée dans le recueillement voulu, et les deux artistes, sur la vii tuo-\nsité et la technique desquels il n est pas nécessaire de parler, ont montré\nune fois de plus combien ils possédaient à fond les secrets du style du\nbon vieux maître.\nQuatre des pièces qu'il est d'usage de placer en première ligne parmi les\nœuvres de Chopin ont permis aux auditeurs d admirer 1 interprétation juste,\nbonne et rare de M. Luzzati pour des œuvres que la plupart abîment\naffreusement ou même ne comprennent pas.\nMile Darmières a dit ensuite avec un grand charme de\nWidor ; la Voix des cloches de Luigini, que j'ai déjà entendue, je crois,\naux matinées musicales de l'Ambigu, par Marie Thierry, a valu à 1 aimable\ncantatrice un succès aussi flatteur pour ses dons naturels admirables que\npour le cachet bien personnel dont elle marque chaque morceau de son\nrépertoire."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.43", "texte": "524\nLE MERCURY MUSICAL I-VI-OÔ\n\nDans la deuxième partie enfin, qui n'a différé de la première que parl'ac-\ncroissement manifeste de la satisfaction du public, je remarque au n° 5 un\nImpromptu de Luzzati dont l'auteur a pu voir l'excellent effet et au no 6\ndeux compositions de Bachmann qui ont remporté le succès qu'elles méri-\ntaient bien. En résumé, la soirée a été excellente, pour ne pas dire excep-\ntionnelle. .\nLe 3 mai, en matinée, M 1 M. Mac Evily a triomphe avec Still\nNacht (Bohm), les Larmes de Werther (Massenet), la Brise (Saint-Saëns)\net Aime-moi(Bemberg). . ,\nLe monologue et l'air de Didon des Troyens de Berlioz lui ont valu un\nbeau succès, ainsi qu'avec M. Dulac le duo du 2® acte deSamson et Dalila.\nElle s'était assuré le précieux concours de MM. Amato, le violoncelle\nbien connu de l'Opéra, Dulac, de l'Opéra-Comique, et Georgis, chef des\nchoeurs à l'Opéra-Comique.\nTous ont obtenu des applaudissements que le nombreux public de la\ncolonie américaine, avec justice d'ailleurs, ne leur a pas ménagés.\nGermaine Arnaud.\nLe 12 mai, Germaine Arnaud a donné son 2e récital chez Erard.\nJ'ai déjà dit trop clairement ma façon de penser sur elle, lors de son con-\ncert chez Pleyel,pour qu'il soit nécessaire d'y revenir ; je me contenterai de\ntranscrire ici les quelques notes que j'ai prises dans la salle même sur les\ndeux premiers numéros que seuls j'ai pu entendre.\nJ'aurais aimé plus éclatantes les sonorités qui marquent le début de l'al-\negro du Carnaval de Vienne ; cela dépend uniquement de l'instrument un\npeu sourd par lui-même et auquel Mlle Arnaud n'est sans doute pas com-\nplètement habituée. Les « piano » des Romanzen ont été admirablement\nbien exécutés. Dans le scherzino, les basses ont été martelées avec toute\nl'énergie désirable. T oujours par la faute de 1 Erard, les traits de 1 inter-\nmezzo m'ont paru quelque peu sourds ; le chant en « piano » a ete fort\ndélicatement nuancé. La jeune artiste a à peine effleuré le Rondo en de\nBeethoven. La qualité de son a été ici excellente et le style absolument\npur. Dans la pièce 33 de Scarlatti même impression : délicatesse et style ;\nj'aime moins la pièce 36, ce qui n a pas empeché 1 exécution d etre remar-\nquable, particulièrement pour les passages « piano ».\nDu Badinaged'Alphonse Duvernoy (recueil de 7 pièces sur un thème\ninitial, dit le programme), j'ai goûté seulement le commencement (façon de\ncloches) et la fin, où le thème carillonnant du début revient en « piano ».\nMais de l'exécution j'ai applaudi, avec les auditeurs choisis qui formaient\nla salle, le tout, comme je me propose de le faire chaque fois que MU® Ar-\nnaud jouera sur un Pleyel, un Erard, un Steinway, un Bechstein ou même,\nce qu'à Dieu ne plaise, un Gaveau.\nW. Bastard et A. de Montlichard. J. Hollmann et E. Gigout.\nRetenu au début du concert Arnaud, je n'ai pu arriver qu'à la fin de la\npremière partie à la salle de l'Union, où avait lieu la séance de MM. Bastard\net de Montrichard. Je dois dire d'abord que j'ai été largement récompensé\nde mon zèle. . .\nM. Eugène Gigout, l'organiste de Saint-Augustin, a joue quatre pièces de\nsa composition ; je n'ai entendu que les 3 elles me font bien\naugurer de la Marche religieuse qui se trouvait en tête.\nLe Scherzo est remarquable, disent mes notes ; la Communion très\ntouchante, émouvante par sa douceur même ; la vaut les deux"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.44", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n525\n\nnuméros précédents, quoique l'idée, qui en est grande et large, soit trans-\ncrite dans des formes un peu communes.\nLeprogramme annonçait, pourfinir, une sonate pour violoncelle et piano\nde A. deMontrichard ; sa facture ne m'a pas paru mauvaise, elle est en tout\ncas originale, quelquefois trop même, mais elle mérite cependant d'être\nentendue.\nJos. Hollmann, le roi du violoncelle, a des sonorités étonnantes : il suffit\nde l'entendre accorder ou faire un pizzicato pour comprendre qu'il y a là\nquelque chose qu'iiucun peut-être n'a jamais possédé : une qualité de son\nqui tient du prodige. Je rends grâces maintenant à M. William Bastard\nd'avoir joué sa partie de piano à la mode anglo-saxonne : avec sans-gêne.\nC'est en effet pour faire face à ses forte continuels, voire même fortissimo,\nque M. Hollmann a encore augmenté l'énergie avec laquelle il tire les notes\nde son instrument enchanteur.\nJe suis certain qu'un violoncelliste comme on en voit dans nos concerts\nn'aurait pu arriver à faire entendre un seul son.\nMais M. Bastard savait sans doute qu'il s'adressait à forte partie, et c'est\npeut-être là l'explication de la façon vigoureuse et tapageuse dont il a été\nle partenaire applaudi de M. Hollmann.\nSociété des Concerts de Chant classique.\nJe ne sais si cela dépend de l'excellente impression du début, toujours\nest-il que la matinée du 11 mai m'a paru charmante en tous points.\nA mon avis, tout l'honneur en revient àM. 6. Marty, dont la baguette\nénergique et délicate à la fois a dirigé le concert de manière à le rendre\nimpeccable.\nOn a applaudi Mme Auguez de Montalant particulièrement dans son inter-\nprétation très dramatique du rôle de Brunehild Sam. Rousseau,\nactel, ier tableau). M. A. Brun a eu sa part de triomphe avec la Berceuse de\nDarbé accompagnée fort délicatement par l'orchestre.\nEnfin louons le bon goût de M. Marty, auquel nous devons la ire au-\ndition d'une petite partie du 2e acte de Don Procopio.\nLa voix discrète, au timbre un peu voilé, de M. Plamondon, qui n'a pu\nsuffisamment claironner les répliques éclatantes de Merowig, a fait mer-\nveille dans trois chansons de Méhul, dont l'une, est délicieuse.\nCette petite pièce est encore comme imprégnée des parfums d'une foule\nde petits bergers Watteau, fragiles comme des figurines de Saxe qui devi-\nsent joyeusement, tandis que résonne le hautbois champêtre, que bruissent\nles petits violons, le tout accompagné de la note à dessein aigrelette et un\npeu maigre du clavecin Pleyel.\nEn un mot, le concert a été un succès tant pour les organisateurs que\npour le chef d'orchestre et les interprètes.\nM\"« Marie Capoy. G. Loth. M. Hewitt.\nLe même jour, salle Berlioz, on a beaucoup applaudi le beau talent de\ncantatrice de Mme M. Capoy, dont l'interprétation s'adapte d'une façon éton-\nnante à la facture différente des morceaux qu'elle chante. De M. Geo.\nLoth on a goûté, au grand orgue, l'impeccabilité du style et la correction\nrigoureuse du jeu. Après avoir parlé de l'exécutant, je m'attaque au\ncompositeur ; je ne saurais en effet passer sous silence la façon intelligente\net... réussie dont il a mis en musique une des meilleures pièces de Leconte\nde Lisle : la Chanson du Rouet ; le public s'en est aperçu comme moi ; il\nl'a fait comprendre par ses applaudissements à l'auteur et à Mm® Capoy,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.45", "texte": "526\nLF, MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nqui a chanté avec beaucoup d'âme cette belle œuvre. Enfin M. M. Hewitt,\nqui nous avait donné une Romance en de Beethoven bien froide, a fait\nacclamer sa virtuosité dans Y Abeille de Schubert et les de\nSarasate.\nAntoinette Lamy.\nUn mot en passant du concert qu'a donné, le 4 mai, chez Pleyel, Antoi-\nnette Lamy et auquel je regrette de n'avoir pu assister en entier. De la\nSonate (op. 27) de Beethoven, des 24 Préludes de Chopin et du Nocturne en\nsol de Duvernoy j'ai gardé l'impression d'une sonorité remarquable comme\nla technique et l'interprétation.\nPAUL DUBOT.\n\nL'ÉVOLUTION DE LA SONATE\n\n(/I propos des trois séances données par A/\"' Dron et M. Parent.)\nS'il y a toujours un grain d'égoïsme chez le meilleur des virtuoses, inter-\nprète et désintéressement sont de valables synonymes, encore que le Dic-\ntionnaire classique de l'abbé Girard ne les contienne pas... Mais depuis le\nxvuie siècle, nous avons fait certains progrès dans la perception des nuan-\nces...\nTraduire fidèlement la pensée du compositeur, initier l'auditeur en ne le\nruinant point : tel est le dessein de l'interprète ; et, pour user d'un style\nélectoral d'actualité, tel était le « programme » des trois séances consacrées\nà la sonate classique et moderne, pour piano et violon, données à la salle\n/Eolian par M'ie Marthe Dron et M. Armand Parent, les vendredis 4, 11 et\n18 mai 1906, à neuf heures très précises du soir (heure militaire, toujours!)\nUniquement désireux de servir la cause de l'art et de former le goût du pu-\nblic français, ces deux intelligents protagonistes de l'art avancé ne rêvent-\nils point de faire parvenir le jugement des auditeurs au niveau supérieur\natteint, de nos jours, par la création des compositeurs ? Elever l'auditoire\nau lieu de descendre à lui, c'est lafière devise de ces deux artistes, puisque,\nà leurs yeux, l'artiste est le vrai juge ; et cette initiation réclame, par con-\nséquent, de fréquentes auditions des belles œuvres difficiles. Aussi bien, les\nprogrammes particuliers des trois soirées printanières répondaient sévère-\nment à ce hautain idéal. Les voici :\nVendredi 4 mai : Sonate posthume de sonate de\nsonate de Magnard.\nVendredi 11 mai: Sonate en la,n° 2 sonate en n» 1 (op. io5),\nde Schumann;sonate en si bémol,n° i5, de sonate en ré mineur,\nn° 2 (op. 121), de Schumann.\nVendredi 18 mai : Sonate de Casti ; sonate de sonate de\nFranck.\nDix pareilles sonates en trois soirs : un régal austère, et peut-être un\nmenu copieux pour tout autre auditoire parisien, voire français, que le\nprintemps entraîne, le soir, vers le Bois, ou du moins vers les premiers ca-\nfés-concerts des Champs-Elysées ! Mais il est entendu que les fidèles de\ncomposent un banquet d'élite, et qui ne demande pas mieux que\nd'accueillir religieusement la bonne parole musicale, cette manne céleste,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.46", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n527\n\nsi chaleureusement dispensée par deux juvéniles partenaires dont le talent\nn a d égal que la conviction. Les mélomanes, je ne veux pas écrire les di-\nlettantes, qui se retrouvent dans ce petit sanctuaire de style trop américain\ndepuis quatre saisons, et particulièrement cette année, savent la belle ar-\ndeur désintéressée de ces deux interprètes que je m'en voudrais toute ma\nvie d appeler des virtuoses; et combien le jeu fier comme son profil de l'ex-\nquise et vaillante Mlle Dron paraît, pour ainsi dire, « harmonique »au coup\nd'archet fougueusement pur de M. Parent ! Ils n'ignorent pas davantage,\npour la plupart, les hautes qualités des œuvres choisies ni les noms des\nauteurs, synonymes de grand art noble et sévère.\nMais, en ce mois aimé des poètes, au printemps comme à l'automne, la\nnature a voulu que le baiser de la Musique fût lui-même éphémère; et, sous\nson incantation fugitive où 1 ame des maîtres descend en rayonnant dans la\nnotre, 1 auditeur est reconnaissant aux interprètes de toutes les découvertes\ncontenues en de nouvelles auditions. C'est pourquoi les séances des 4, 11\net 18 mai 1906 ne furent quune longue ovation de gratitude envers deux\ntraducteurs d'altières pensées.\nAvant de caractériser d'untraittoujours trop peuressemblantlaphysionomie\nd'une double et vivante interprétation, qu'il nous soit permis de replacer\nle triple et hautain programme dans l'ordre chronologique, qui peut faire\napparaître à l'esprit complaisant de nos lecteurs l'évolution de la Sonate à\ntravers trois siècles d'art et d'âme humaine. Au point de vue plastique, la\nséance rétrospective du 11 mai se trouvait fort heureusement encadrée par\nles séances modernes du 4 et du 18 ; mais l'histoire exige une autre composi-\ntion.\nBach, Mozart, Schumann, parmi les anciens ; Franck, Castillon, Lekeu,\nparmi les morts contemporains; Vincent d'lndy, Pierné, Magnard, parmi\nles auteurs vivants : cette frise de noms, enguirlandée de bravos, n'est-elle\npoint déjà significative ? N'exprime-t-elle point l'irrésistible et lente évolu-\ntion de l'art musical, de la forme traditionnelle à la force expressive, et cela\nsous les espèces fondamentales de la Sonate, génératrice de la musique de\nchambre et de la symphonie ?\nLa musique instrumentale tout entière est implicitement en germe dans\ncette forme typique, à la fois si grande et si simple et cette suite de pièces\nlogiquement enchaînées apparaît de bonne heure comme un tout organique\ndont l'origine, italienne sans doute, remonte loin. La sonate piano etviolon,\nc'est le duo instrumental par excellence ; triptyque mélodieux, elle com-\nprend trois morceaux dont le dernier réclame le même ton que le premier.\nA travers le temps et l'espace, elle se développe suivant les lois latentes de\nl'art qui sont celles de l'âme ; elle suit l'insensible tourbillon qui pousse le\nsoleil pur de la forme vers la constellation troublante ou la nébuleuse de\nl'expression.\nBach, c'est la forme souveraine, c'est l'art souverain qui règne en maître\ndans une âme paisible ; c'est la sérénité qui haïrait non pas le mouvement,\nmais la passion « qui déplace les lignes » ; l'émotion ne saurait consentir\nencore à bouleverser sa propre architecture ; elle n'y songe même pas, dans\nsa quiétude emperruquée. Et la sonate en la no 2 n'est que le son que rend\ncette grande âme savante, avec ses alternances régulières de piano et de\nforte, son rythme invincible et son style perpétuellement en imitations.\nLe vieil Haydn absent serait la transition toujours tranquille au jeune\nMozart»\nMozart, c'est... Mozart ! c'est-à-dire non plus, comme le croyaient naïve-\nment les Romantiques, le petit musicien poudré des pensionnats galants ou\nle gentil abbé de cour musicale, mais la Musique même, en son essence,\navec je ne sais quel angélique sourire disant : mélancolie, sentiment,"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.47", "texte": "528\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\nsérénité, suavité, féminité... Wagner, mieux que Berlioz, avait compris la\nmusicalité de Mozart quand il devinait, sous l'italianisme étincelant de ses\nformules, la tendre éclosion du lyrisme ; et, comme disait son jargon d'esthète\nd outre-Rhin, l'apparition spontanée du mélos sous les exigences delà figu-\nration. Mozart ! Ses plus belles sonates, telles ses cinq dernières sympho-\nnies, démontrent cette loi. Parfaite en son petit cadre, la sonate en si bémol,\nno 15, est le chant d'une âme divine dans une époque heureuse qui décou-\nvrit la douceur de vivre. Et c'est à Bagatelle, dans ce temple exquis d'une\nvieille France idéalement jeune ou plutôt d'une Grèce Louis XVI qu'il\nfaudrait savourer l'intimité de ce menu chef-d'œuvre où, voluptueusement,\nla forme et l'expression se pénètrent...\nL'orage couve au ciel avec Beethoven ; l'horizon pur se rembrunit sans\ncesser d'être pur... L'orage : la passion dans la nature ; la passion :\nForage dans l'âme... Et pour marquer la transition nouvelle entre Mozart\net Schumann, votre souvenir se chantera la Sonate à Kreutzer ou mieux\nencore Yop. 30, n° 2, que la collaboration musicale, de plus en plus ho-\nmogène, de M. Parent et de M\"e Dron nous a ressuscité vigoureusement\ncet hiver ; ce chef-d'œuvre en ut mineur de Beethoven nous livre son secret,\ncomme chacun de ses chefs-d'œuvre : « Il n'y a rien de tel que d'avoir une\nbelle âme. » Dans Yop. 30, n° 2, une IVe partie apparaît sous forme de\nscherzo mis à la troisième place ; l'évolution technique de la sonate subit\nle contre-coup de son évolution expressive : ainsi l'âme « grave » les traits\ndu visage. Et la musique est une physionomie sans pareille au monde...\nAvec Schumann, la sensibilité se déchaîne. Autre et nouvel accent.\nSchumann, le maître aimé de notre Fantin-Latour (dont l'exposition pré-\nsente est une si haute leçon d'art), c'est déjà l'expression dominant la\nforme ; c'est une passion chaste et tumultueuse à la fois, c'est le rêve dans\nl'intimité, l'intimité délicatement passionnée qui chante... Certaines\nphrases de Schumann amoureux nous murmurent avec Stendhal : Quel\nmoment qu'un regard, même indifférent, ou que le premier serrement de\nmain de la femme qu'on aime I Cette mélancolie du bonheur passe dans le\npremier temps, aux notes si pures, de la poétique Ire sonate en la majeur\n(op. ios), l'un des portraits les plus ressemblants de l'affectueux génie de\nson poète-musicien ; rappelez-vous de même le premier quatuor, la pre-\nmière symphonie, en si bémol, ou la Nuit de printemps î\nL'ouragan s'élève avec la Ile sonate (op. 121), en ré mineur (ton cher à\nSchumann visionnaire et fiévreux !) Revoici l'auteur de Manfred et de\nFaust, un Schumann assiégé déjà par les fantômes... mais un poète qui\ncommande encore en maître à sa fièvre ! Interprète ou créateur, c'est le\npropre de l'artiste que de pouvoir canaliser sa fougue et cloisonner son\ninspiration : le génie, c'est la pensée ; l'art, c'est la forme. Dès le premier\ntemps, une lutte s'engage ; les rythmes les plus poétiquement dramatiques\nse succèdent dans tout l'ouvrage ; et, dans le finale, quel tragique hymen\nde legato si tendre et de staccato pressant ! C'est bien là le poète qui voulut\n« chanter jusqu'à la mort » !\nLe drame anonyme a donc envahi la chaste sonate. Après ce drame inté-\nrieur, la « sublime » sonate de Franck est beaucoup plus éthérée, tout\nautrement romantique, et tout autre chose que l'austère poème d'un\n« Brahms belge » ou, comme on disait à son apparition troublante, l'effort\n« prétentieux » d'un décadent. La sonate de Franck, un des rares chefs-\nd'œuvre du genre, c'est, au contraire, la plus ardente candeur unie au\nsavoir le plus inspiré ; c'est l'essor profondément convaincu d'une docte\nbéatitude. C'est une neuvième béatitude, et supérieure aux huit précé-\ndentes. Née en 1886, elle n'a que vingt ans ; mais sa brûlante jeunesse a\nl'auréole sérieuse des plus classiques Muses. Et l'évolution se poursuit :"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.48", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n529\n\npoème à forme fixe, un peu comme le sonnet, la sonate de régulière,\ndevient irrégulière : ici, le recitativo sert très\nfantaisiste entre la suave passion du début et la scolastique franchise du\nfinale ; c'est un premier tercet de raffinement parnassien, mais de senti-\nment si haut !\nChaleureuse, dynamique, vivante, un peu banalement jolie dans son\nandante, avec de fines ondulations en son premier temps où le cantabile\ndu violon plane sur le remous du piano, la sonate d'Alexis de Saint-Victor\nde Castillon, mort à trente-cinq ans en 1873, a précédé chronologiquement\nla sonate de Franck, mais elle a subi l'influence du maître ; car la sonate\ncontemporaine tout entière a respiré l'atmosphère de ce docteur séra-\nphique. Nous ignorions la sonate chaleureusement intime de Castillon ;\nmais nous connaissions la sonate ineffablement nostalgique de Guillaume\nLekeu (1870-1894), autre âme aimée des dieux... Nous les\ntrois parties librement traditionnelles de cette longue élégie wallonne\ndepuis le printemps de 1894, où l'archet d'Ysaye la révélait à notre jeu-\nnesse enthousiaste à la salle d'Harcourt : Léon Bazalgette, Adolphe Bos-\nchot, nos futurs confrères, étaient nos voisins inconnus...\nAvouerons-nous, avec notre abominable franchise habituelle, que la pre-\nmière audition de la sonate de Vincent d'lndy, le 3 février 1905, aux\nséances Parent, ne révolutionna point notre âme, malgré la présence du\nmaître au piano ? C'est un « chef-d'œuvre», pourtant, au gré des artistes\nqui subordonnent, avec notre Poussin, l'émotion des sens à la délectation\nde l'esprit... Un ouvrage ne naît point chef-d'œuvre ; il le devient dans la\nlumière progressive qui finit par le consacrer. Et constatez le\nbienfait des auditions répétées ! Cette cinquième audition, pour nous, du\n4 mai 1906 a mis sa clarté dans cette fière grisaille aux lignes si sereines ; et\nnous évoquons, reconnaissants, une quatrième audition du 3o mai 1905, à\nl'une des très artistiques séances de Mme Mockel :un 'mardi soir de prin-\ntemps avec une longue lumière d'été, déjà, la blanche toilette de MUe Dron\nse rehaussait d'une ceinture noire ; vestons et chapeaux de paille aristo-\ncratiques se pressaient dans la claire petite salle basse de la Chanterie ;\ncomme l'autre soir, Parent et sa partenaire firent assaut d'élégante puis-\nsance ; et l'accord de l'atmosphère avec l'œuvre nous expliqua tout ce que\nsuggère de grave sérénité la cévenole et magistrale sonate dédiée à Parent\npar Vincent d'lndy, mystique et pittoresque, grise et nuancée dans sa\ndemi-teinte, et toujours idéalement montagnarde comme les symphonies\nde l'héritier du maître César Franck, comme son second quatuor (op. 45) et\nce pur Poème des Montagnes que Mlle Marthe Dron jouait déjà si passion-\nnément à l'âge où ses compagnes se croyaient satisfaites de jouer aux\ngrâces !\nIl y a des vestiges de franckisme, aussi, dans la sonate savamment fémi-\nnine de Gabriel Pierné ; mais, avant Fagitato final, où cherche à se renou-\nveler le classique développement des thèmes, quel coloris charmeur dans\nses deux premiers temps, dans son exorde au frisson leger où le pianiste\ncompositeur fait ruisseler le piano lumineux sous le chant du violon, puis\ndans son allegretto de légende !\nPlus viril et sculptural apparaît l'essor sous la science dans la longue et\nquelque peu diffuse sonate d'Albéric que nous ont révélée, dès\n1905, les concerts de MH® Dron et les non moins suggestives séances du\nSalon d'automne ; loin de l'impressionnisme qui murmure, c'est un retour\nnon sans courage aux formes classiques, avec trop de décousu peut-etre\ndans le plan de l'ouvrage, où quelque lento vient toujours couper la parole\naux belles envolées dynamiques ou réciproquement.\nLa sonate classique s'est transformée, apparemment surtout ; mais elle"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.49", "texte": "5 30\nLE MERCURE MUSICAL — I-VI-OÔ\n\ndure. Et bien longtemps avant les savants des deux mondes qui cherchent,\navec Henderson, How music developped, Delacroix le peintre mélomane\navait remarqué ce processus indéfini, cet élan vers l'expression, qui déserte\nla gaieté du vieil Haydn pour traverser la belle violence d'un Beethoven.\nOn pourrait convoquer d'autres sonates encore : les deux de Saint-\nSaëns, les trois de Brahms, «ceß.n°3 », et Grieg, et Vreuls, ou Mme Beach,\net le pauvre Max Reger que les nerfs menacent, et l'Op. 27, en ré majeur'\ndu flamand Jonghen, et les septentrionaux Sindinget Sjôgren, sans bannir,'\ndes roses au front, M. Gabriel Fauré, l'auteur d'un exquis Requiem païen :\nl'idolâtrie de la famille de Marliave ou du quatuor Gapet n'est pas obliga-\ntoire pour rendre pleine justice aux grâces épicuriennes de sa sonate, à la\ndouce lueur de son quintette aux rêves antiques estompés...\nmême en l'absence de M. Fauré, la vibrante collaboration\nd'Armand Parent et de Mile Dron nous a fait deviner l'évolution de la sonate\nà travers les âges et son crescendo d'expression violente ou subtile. En\nsortant du calme sanctuaire de Bach, du temple exquis du divin Mozart, il\nnous semblait aborder, avec Schumann, avec tous les modernes, l'île pathé-\ntique où se dresse noblement le Temple de René Ménard, l'œuvre maîtresse\ndes Salons de 1906 :\nUn peu du grand zéphyr qui souffle à Salamine\nMêle un salubre arôme à l'air de nos prisons...\nDans son atmosphère sobre et sombre, le crépuscule enflamme sourde-\nment les marbres et les monts ; et la mélancolie de la ruine ajoute son\npoème moderne à l'antique beauté des formes... Tel nous apparaît l'art\nmusical depuis Beethoven ; et, sur la crête rose d'un beau nuage, le génie\nde César Franck fait frissonner la face de Dieu...\nL'intellectuelle poésie de Sully-Prud'homme et de René Ménard se pré-\nsente à nous pour caractériser l'évolution de la sonate interprétée par\nl'admirable désintéressement de deux volontés : Armand Parent n'a jamais\nété le violoniste mondain qui cherche des effets d'habit noir devant son\npupitre ; Mîte Dron ne sera jamais la pianiste coquette qui fait la roue\ndevant son clavier ; mais, blanche et brune, et penchée de toute son âme\nvive sur l'inspiration de ses maîtres, cette jeune fille est devenue la vraie\npartenaire de 1 artiste dévoué depuis seize ans à l'évocation du grand art\nuniversel et de 1 art français : sa puissance native s'est nuancée de soir en\nsoir au jeu largement classique de son aîné. De là, cette cohésion, cette\nhomogénéité, cette confiance morale qui réalise la vraie musique de\nchambre et qui remporte les victoires ; Schumann et Franck et Vincent\nd'lndy sont leurs drapeaux victorieux. Et l'heureux effort que M. Henry\nMarcel dénomme joliment «la démocratisation de la sonate » apparaît\nainsi revêtu de la vie la plus aristocratique. Lecteurs, comprenez-vous\nmaintenant pourquoi, malgré les hautes qualités à la fois expressives et\ntechniques des deux interprètes, nous aurions quelque scrupule à les appe-\nler des virtuoses ?\n\nRaymond Bouyer.\n\nCOURRIER DE BORDEAUX\n\nConcert Fugno-Ysaye.\nNous avons eu, pour terminer la saison, un beau concert. MM. Pugno et\nsaye, dont on ne songe plus à séparer les noms, nous ont offert un pro-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.50", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n531\n\ngramme du plus haut goût, la Sonate en si bémol (n° 10) de Mozart, le\nConcerto en sol majeur (no 3) du même, la Sonate pour piano en ré mineur\n(n° 17) de Beethoven, enfin la Sonate de Franck. Il n'est plus besoin d'in-\nsister sur 1 incomparable talent d'Ysaye. Je me demandais, en l'écoutant :\nQuel artiste aujourd'hui possède cette plénitude de son et cette intensité\nd émotion ? En revanche, pourquoi M. Pugno a-t-il une tendance à s'ef-\nfacer, pourquoi prend-il l'air d'accompagner »? Il a prouvé cependant,\nen jouant seul et avec une grande puissance la Sonate de Beethoven, qu'il\nsavait faire résonner un clavier.\nA vrai dire, son exécution de la sonate de Mozart fut tout à fait juste et\nsimple.\nL'accord des deux artistes se révéla parfait, surtout dans l'admirable an-\ndantino, où chante la pure mélancolie d'un qui cachait peut-être sous son\ncharme léger l'inquiétude d'un « averti ». Sous les doigts d'Ysaye le con-\ncerto se développa sans que jamais la virtuosité se fît impertinente\navec une sûreté et dans l'adagio une profondeur inouïes. Enfin la Sonate\nde Franck nous fut une vraie joie, et même une vraie souffrance. La séré-\nnité douloureuse en fut merveilleusement traduite et lentement nous péné-\ntra. A la reprise du thème initial, nous frémissions.\nIl faut dire, à la louange des Bordelais, que, si la salle n'était pas com-\nplètement remplie, les auditeurs présents ont montré un bel enthousiasme.\nAussi les deux artistes ont-ils ajouté à leur programme, Ysaye le Chant\ndu Soir de Schumann, qu'il a rendu vaporeux à souhait,— Pugno une jolie\net difficile Pièce de Scarlatti.\n\nJacques Rivière.\n\nCOURRIER DE NICE\nConcerts. La salle Bellet est véritablement un petit temple de la mu-\nsique. Parmi les nombreux concerts que Ton y a donnés, je dois citer\nsurtout :\nEn février : celui de M. F. Fairbanks, talentueux pianiste américain, très\napplaudi dans du Chopin, du Rubinstein et du Liszt ; mais surtout dans\nla Sonate de Franck exécutée avec délicatesse et une émotion communi-\ncative. La partie de violon était jouée supérieurement par l'excellent vio-\nloniste Niçois, M. d'Ambrosio, très apprécié ensuite dans deux de ses\ncompositions, fort jolies. J'ai assez aimé la façon particulière de ces deux\nartistes de jouer le finale de la Sonate dans un mouvement un peu vif, sans\nmièvrerie.\nEn mars : le concert donné par Mme Hélène Gassin, cantatrice très jus-\ntement estimée, qui avait mis à son programme un Trio de Mendelssohn\nexécuté par MM. Cartier, Lejeune et Chizalet, artistes distingués, du Go-\ndard, du Berlioz, du Saint-Saëns, du X. Leroux et des œuvres de harpe\nexécutées par Suzanne Turquetil, charmante et habile exécutante.\nEn avril : M. Gennaro Loveri, harpiste au jeu absolument surprenant\nqu'il a fait valoir dans des œuvres d'Hasselmans, Godefroid, van Vesterhout\net de sa composition. A cette même séance Mlle Ninck, MM. d'Ambrosio\net Blaës, très bon violoncelliste, ont exécuté très correctement et avec cha-\nleur le trio (op. 63) de Schumarin.\nEn avril encore : Mme Anna Laidlaw nous a fait connaître la première"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.51", "texte": "532\nLE MERCURE MUSICAL i-vi-06\n\npartie de la grande Sonate en re mineur de Raoul Pugno. Cette œuvre\ns'inspire de ces vers de M. Grandmougin i\nL'océan bleu s'apaise et rugit tour à tour...\nTantôt plein de sanglots, tantôt plein de sourires...\nOn sent qu'elle a été écrite par un pianiste, et Mme Laidlaw 1 a exécutée\navec beaucoup de goût et de piété (M. Pugno a été son maître)*\nEnfin je dois une mention toute spéciale au récital de Mll« Germaine Ar-\nnaud, une fillette de quinze ans qui a obtenu l'année dernière son premier\nprix au Conservatoire. Cette pianiste est certainement très jeune, mais son\ntalent est déjà mûr. Elle aun jeu ferme et concis qualités rares chez les\npianistes femmes ; son interprétation des maîtres est sobre, intelli-\ngente et variée. Elle a passé avec une souplesse étonnante de Bach à Bee-\nthoven, de Mendelssohn à Schumann et à Chopin, et elle a été absolument\néblouissante d'énergie et de fantaisie dans la Toccata endiablée de Saint-\nSaëns et la Campanella de Liszt. Elle a enthousiasmé son auditoire. Je ne\ncrois pas me tromper en voyant en elle une future grande artiste.\nPour être complet, je dois encore, parmi les concerts classiques, trop\nrares, donnés à la Jetée par le très bon orchestre Gervasio, mentionner\nd'intéressantes exécutions de la Symphonie pathétique et du Caprice italien\nde Tchaikowsky ; des symphonies pastorale ; en ut mineur de Beethoven ;\nitalienne, de Mendelssohn; espagnole, de Lalo ; de Rédemption (C.Franck) ;\ndes préludes des Maîtres Chanteurs, de Tristan et Yseult (i^r et 3e acte) ;\nde Loreley (M. Bruch), etc. Trois séances du célèbre violoniste Huber-\nmann avaient en outre attiré un nombreux public.\n\nCOURRIER DE SAINT QUENTIN\n\nC'est faire œuvre saine et généreuse que de répandre le goût de la grande\net belle musique. Nous tenons à signaler, à ce point de vue, la très intelli-\ngente initiative due à Mme et Marchand, qui, cet hiver, au cours de\nauditions publiques, ont exécuté, à Saint-Quentin, des œuvres de\nJ.-S. Bach, Beethoven, Liszt, Mozart, Scarlatti, Schubert, Chopin, Schu-\nmann, Wagner, Debussy, César Franck.\nLa matière des programmes était disposée dans un ordre logique.\nMme E. Marchand voulait prouver avant tout que J.-S. Bach « fut le créa-\nteur de la musique moderne et de l'art de jouer du piano ». Dans les pre-\nmières séances consacrées principalement au « Clavecin bien tempéré »,\ndes explications précises et des exemples nombreux firent comprendre\naux auditeurs ce que fut le langage expressif de Bach dans sa musique\npure. Puis Mme Marchand étudia l'influence de J.-S. Bach sur Beethoven,\nWagner, Debussy ; elle montra chez Beethoven la réapparition de\nmaintes expressions musicales de Bach pour exprimer la même idée.\nL'influence directe de J.-S. Bach sur Beethoven est un fait qui n'a\njamais été mis en lumière; cette idée toute nouvelle, que Mme Marchand\nappuie sur de nombreux rapprochements et sur de très puissants arguments\nhistoriques, est exposée par elle dans un article très documenté qui paraîtra\nprochainement dans le Mercure musical.\nLes dernières auditions ont été consacrées spécialement à Beethoven; il\ns'agissait, d'après les Symphonies et surtout d'après les Sonates, de montrer"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.52", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n533\n\nles divers aspects et le développement de ce génie profondément humain.\nMme Marchand s'est surtout attachée à faire ressortir le caractère essentiel\nde la musique de Beethoven : elle est\nle sentiment pur. De nombreuses explications historiques, la lecture de\nmaints passages de la correspondance de Beethoven et d'écrits de R. Rol-\nland, sont venues éclairer des œuvres trop souvent interprétées à contre-\nsens.\nDeux séances furent particulièrement intéressantes : l'une, où furent exé-\ncutées par Mlle Marchand, et avec une grâce et une délicatesse infinies, les\nSonates de Beethoven dans lesquelles il exprima la joie et la tendresse ;\nl'autre, consacrée aux dernières Sonates,si profondément originales et dou-\nloureuses, sereines et triomphantes ; c'est avec une extraordinaire puis-\nsance d'expression que Mme Marchand interprète ces œuvres dont elle est\nune admiratrice passionnée.\nDeux séances (hors série) avaient été particulièrement réservées à Chopin\netàSchumann; la mélodie douloureuse, les harmonies subtiles de la\nmusique de Schumann furent rendues avec un rare bonheur dans l'Andante\nà deux pianos, la Sonate en la mineur, le Mlle Mar-\nchand sut exprimer le charme délicat, poétique, maladif, des plus belles\nœuvres de Chopin, les préludes, impromptus, fantaisies.\nLe public d'amateurs et de professeurs qui assistait à ces auditions paraît\ns'y être vivement intéressé. C'est l'admirable Beethoven qu'il a surtout\nappris à comprendre et à aimer, non seulement ses œuvres, mais sa per-\nsonnalité même dont elles sont l'expression adéquate ; et la fréquentation\nd'un tel génie, dont tous les actes et toutes les œuvres avaient « pour unique\nsource une surabondance de générosité et de grandeur », est de celles qui,\ntout en développant le sens artistique, élèvent et fortifient les âmes.\nEspérons qu'encouragée par le succès de ses auditions, Mme Marchand\ncontinuera, l'hiver prochain, l'œuvre si bien commencée cette année, et qui,\nrépétons-le, est une œuvre intelligente et généreuse.\nUne auditrice assidue, sûre d'être l'interprète fidèle de tous ceux qui\nassistèrent à ces séances, exprime ici, aux deux artistes, toute sa reconnais-\nsance, pour les vives jouissances d'art qu'elles lui ont procurées, toute son\nadmiration pour leur beau talent et leur profonde science musicale.\n\nC. D.\n\nCOURRIER DE TOURS\n\nSi difficile qu'il soit de donner le compte rendu d'un concert organisé\npar soi-même, il me faut sous peine de me rendre coupable d'injustice et\nd'ingratitude parler ici de là soiree du 9 ni&i, exclusivement consacrée\naux œuvres de Mm° Cécile Chaminade, au cours de laquelle j eus 1 honneur\nde jouer avec l'auteur plusieurs pièces a deux pianos, et où Miic Reine\nGabriac, dans plusieurs mélodies, dont une inédite, Un souffle a passé,\nM. Berquet et M. Masson, le premier avec le Capriccio pour \\iolon, le\nsecond en exécutant deux petites pièces de violoncelle, se firent très longue-\nment applaudir par le nombreux auditoire qui avait bien voulu répondre à\nmon appel.\nIl me faut également signaler une spirituelle et poétique causerie de\nM. Suzanne inspirée par l'une des compositions les plus répandues de\nMme Chaminade que j'ai été heureux munissant en cela a toute la salle\n~ de bisser après son exécution, de sa romance sans paroles, Automne,"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.53", "texte": "534\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\n\net de sa chatoyante Courante.Et c'est avec joie que je rends à l'auteur\nde ces jolies choses et aux artistes qui l'entouraient l'hommage que leur\nméritent leurs talents et que leur offre ma reconnaissance.\n\nJan Ruer.\n\nCORRESPONDANCE\nLyon, le 8 mai 1906,\nMon cher Confrère,\nLe Mercure musical (numéro du i*v mai) me fait l'honneur de signaler,\navec trop de bienveillance, ïéreintement minutieux et pédant que j'ai\nrécemment consacré dans ma Revue a ï illustre Paderewski.\nJe voudraisy à ce propos, rectifier un détail. Vous me qualifiez de Docteur\nVallas. Encore que je sois très flatté de ce titre, j'ai de bonnes raisons de\nne pas le porter : d'abord, je ne le mérite point, car j'ai abandonné, avant\nd'y entrer, une carrière réputée sacerdotale ; ensuite, cette épithète pourrait\ncréer une confusion avec mon éminent homonyme et compatriote, le docteur Mau-\nriceV allas, professeur à F Université, chirurgien des hôpitaux et président de\nla Société des grands concerts de Lyon, fondée par M. Witkowski.\nC'est pourquoi je tiens à rester, tout court,\nLÉON VALLAS.\nSuresnes, 30, route Stratégique.\nMonsieur le Directeur,\nCertains journaux ont publié des extraits du rapport sur le budget des\nBeaux-Arts (présenté au Sénat par Thonorable M. Gérard) concernant la\ngestion de F Opéra-Comique, gestion qui fut attaquée, a la Chambre, par\nAL le député Levraud, avec preuves à l'appui, notamment en ce qui con-\ncerne la question de l'Ensorcelé, dont, avec Henry Bataille, je suis fauteur.\n« Çes extraits constituent, paraît-il, le plaidoyer le plus probant, le\n« plus clair, que pourrait rêver le sympathique directeur de l'Opéra-\nit Comique, la justification la plus éclatante de sa gestion. Tous seront d'accord\n« pour féliciter l'excellent rapporteur de son travail si étudié, si compétent\n<( et féliciter aussi le directeur et lui demander de faire comme nègre\n« célèbre... continuer. x> (sic!)\nPour T édification de vos lecteurs, auriez-vous l'extrême amabilité de\npublier ces lignes, auxquelles /ajoute cette simple observation : Fhonorable\nrapporteur n'ayant pas entendu les auteurs lésés par les procédés en usage\ndans ce théâtre national, ces musiciens considèrent les conclusions de\nM. Gérard, qui se trouvent en contradiction absolue avec celles de son\néminent prédécesseur M. Dèandréis, comme nulles et non avenues.\nVeuillez agréer, Monsieur le Directeur, avec mes remerciements d'avance,\nï expression de ma considération la plus distinguée.\nSYLVXO LAZZARI."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.54", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n535\n\nÉCHOS\nUne enquête. Un de nos confrères, plus connu pour la richesse de\nses illustrations que pour le talent de ses collaborateurs, vient d'adresser\naux plus renommes de nos compositeurs la missive suivante\nParis, le 5 mai 1906.\nCher Maître,\nJ'ai eu honneur d'ouvrir une enquête\nquatre questions suivantes :\n1° Que pensez-vous de la révolution accomplie dans l'art du chant par le\nmouvement wagnei îen ? Constilue-t-elle\n2° Croyez-vous à une renaissance e\ncanto) ?\n3° Quelles objections faites-vous à\nqu'affectionnent certains compositeurs\n4o Quelle orientation donnez-vous à l'art du chant?\n11 nous a semblé que cette enquête, qui sera faite avec impartialité et qui\nne taira aucune vérité, si dure qu'elle\nvices. C'est pourquoi je vous prie instam\ntorité que vous donnent votre caractère\nS'il vous plaisait mieux d'être interwievé que d'écrire, je serai à votre dis-\nposition les jour et heure qu'il vous plair\nDans l'espoir d'une toute prochaine réponse, je vous prie d'agréer, cher\nMaître, l'hommage de ma haute considération.\nVoilà certes, on peut le dire, des questions brûlantes, et qu'il importait\nde mettre à l'ordre du jour. La réforme wagnérienne est un sujet que per-\nsonne, croyons-nous, n'avait encore traité depuis quarante ans. Et la\nrenaissance du chant italien paraît imminente en effet, surtout après la\nmémorable saison italienne de l'an passé. Quant à la provocation à la\nmédisance contenue dans la troisième question, aggravée par la promesse\nde ne taire aucune vérité, elle ne saurait manquer de séduire quelques-uns\nde nos maîtres qui, à défaut d'autre génie, ont celui de l'envie. Détail\ncharmant : la lettre entière est écrite à la machine, sauf les mots Cher\nMaître, que le distingué rédacteur a tenu à tracer de sa belle main. Qui\npourrait résister à une aussi délicate attention ?\nUn projet. Connaissez-vous M. Knosp ? Hé bien, M. Knosp un\nnom bien parisien est un homme de génie qui s'est avisé de vouloir\nfonder une section française de la Société internationale de musique !...\nMalheureusement la section parisienne de la S. I. M. se voit obligée de\nprotester de son existence parfaitement vivace, et d'alléguer son bureau\ntrès bien portant, et ses 80 membres tous valides, parmi lesquels figurent\nnos deux directeurs et une bonne part de nos collaborateurs. Pauvre\nM. Knosp 1\nM. Maurice Ravel travaille en ce moment àun drame musical dont le\nsujet sera la Cloche engloutie, de G. Hauptmann (traduction Hérold).\nMédisances. Le prix Diémer a été décerné àM. Batalla et deux men-\ntions à M. Garés; le tout à l'unanimité.\nIci une petite remarque s'impose :\nN'est-il pas étrange de proclamer à l'unanimité, quand, depuis l'exé-\ncution de M. Lortat-Jacob jusqu'à la fin, M. Safonoff, placé à côté de"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060601-01.1.55", "texte": "536\nLE MERCURE MUSICAL I-VI-OÔ\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie»\n\nM. Lenepveu, n'a cessé de ronfler, au grand ébahissement de la majorité\ndes auditeurs qui se faisaient une maligne joie d'attirer l'attention de leurs\nvoisins sur ce juge fossile qui nous vient certainement en ligne droite\ndes Plaideurs.\nOn rapporte aussi que, dans une conversation qu'il a eue après le con-\ncours avec le directeur d'une des grandes maisons de Paris, M. M*\", un des\nmembres du Jury, M. R*\" a déclaré que les examinateurs avaient été cho-\nqués de voir un candidat décoré et possédant une coiffure aussi artistique\nque celle de Dumesnil reproduite dans la charge de Léandre (Mercure\nmusical, i'fmars).\nSans commentaires.\nPour les palmes, passe encore, mais pour les cheveux, il n'est guère que\nM. Lenepveu qui ait pu être jaloux.\nM. Alfred Cortot donnera le 8 juin, salle Pleyel, son troisième concert\nromantique, consacré aux œuvre de Liszt.\n\nPUBLICATIONS RÉCENTES\nAd. van Bever : Œuvres poétiques du Paris, Sansot.\nVincent d'lndy : César Franck. Paris, Alcan.\nA. Brugnoli : Mazurka italienne. M Paris, Demets.\nA. Mariotte : Sonatines d'automne.Paris, Demets.\nJean Poueigh: Sonate pour piano et violon. Paris, Demets.\nMaurice Ravel : Miroirs, cinq pièces pour piano. Paris, Demets."}]}