{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_sha256": "0ee70a56a291692b4de13ab01b89dc02c43d66507cd79d2e67e7490ed090217b", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/07/01_01/bmtnabh_1906-07-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/07/01_01/bmtnabh_1906-07-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.1", "debut_caractere": 431, "fin_caractere_exclue": 964, "texte": "Sommaire\nGEORGES D ESPAGNAT..... Composition inédite pour Simone.\nLEANDRE. Alejand.ro (croquis d'album inédit).\nREMY DE GOURMONT. Simone.—\nANDRÉ PLRRO Les débuts de J.-S. Bach.\nLouis LALOY. ~ . .. .. I>0«R /E Dictionnaire.\nPIERRE AUBRY La musique et les musiciens d'éslise au\nXIIP (suite).\nRE VUE DE LA QUINZAINE\nL L^: Théâtres- ~ Raymond Bouyer : Notes sur Risler. _ Ch. Cham-\nfeUan Paul Dubot : Concerts. Jacques Rivière :\nCh M C°urrier /« ?avre. - René d'Avrtl : Courrier de Nancy.\nVn. M. L. . Courrier d Amérique. Correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c003", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.3", "titre_corps": "LES DÉBUTS DE J.-S. BACH", "titre_sommaire": "LES DÉBUTS DE J.-S. BACH", "signature_source": "Andrè Pirro", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "LES DÉBUTS DE J.-S. BACH\nDANS LA CARRIÈRE D'ORGANISTE\n\n(0\nLes études classiques terminées, Bach fut admis à Weimar\nparmi les musiciens de Johann Ernst, frère de Wilhelm-Ernst,\nduc de Weimar. Il entra comme violoniste au service de ce\nprince le 8 avril 1708, jour de Pâques. La musique italienne\nétait en faveur à la cour. Il lui était ainsi permis de continuer\nson admirable apprentissage des œuvres de toutes les écoles.\nA Weimar comme à Luneburg, il pouvait rencontrer un\nguide pour lui faciliter cette poursuite passionnée des compo-\nsitions inconnues. Il y avait alors à la cour de Weimar un vir-\ntuose de valeur, le violoniste Johann-Paul von Westhof. Fils\nd'un officier de l'armée de Gustave-Adolphe, professeur de\nlangues étrangères, puis musicien de la chambre à Dresde,\nWesthof, qui avait fait campagne en Hongrie contre les Turcs,\ns'étaitmis à voyager pour donner des concerts. On l'entendit à\nFlorence, à Vienne, en Angleterre. A la fin de l'année 1682, il\neut « l'honneur de jouer du violon devant le Roy, et devant\ntoute la Cour » (2). Plus tard, il enseigna les langues à Witten-\nberg. Depuis 1698, il était secrétaire de la chambre et musi-\ncien de cour à Weimar, où il mourut en 1705. Ses composi-\ntions ne manquent pas d'intérêt. On y rencontre des passages\noù l'emploi d'accords à plusieurs parties témoigne de son ha-\n\n(1) Ces pages sont extraites, avec l'autorisation de l'auteur et de l'éditeur,\ndu livre sur Bach que M. Pirro va publier chez Alcan dans la collection\ndes Maîtres de la Musique.\n(2) Mercure galant,de décembre 1682, p. 386 et 387."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.5", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "bileté d'instrumentiste (:). Bach fut certainement attiré parce\npersonnage qui avait parcouru les pays où vivaient tant de\nmusiciens renommés.\nBach fréquenta sans doute aussi, à Weimar, un musicien\nbien connu de sa famille, l'organiste de la cour, Johann Effiler,\nqui avait été, à Gehren, le prédécesseur de Michael Bach, puis,\nà Erfurt, le successeur de Johann Bach. On peut même admet-\ntre qu'il servit quelquefois de suppléant à cet artiste, alors âgé.\nIl est en effet désigné sous le titre d'organiste de la cour de\nWeimar, dans un acte qui fait partie des archives de la ville\nd'Arnstadt. Le i 3 juillet 1703, on mentionne la venue dans\ncette ville du sieur Johann-Sebastian Bach, « organiste de la\ncour princière de Saxe à Weimar ». Il avait été prié d'inspecter\net d'inaugurer l'orgue construit à la nouvelle église (2) par\nJohann-Friedrich Wender, facteur à Mûhlhausen en Thuringe.\nSa réputation d'organiste commençait ainsi à se fonder. On lui\noffrit de rester organiste de cette église dont il venait de faire\nentendre l'orgue pour la première fois. Il accepta et entra en\ncharge au milieu du mois d'août 1703. Son salaire était assez\nimportant, si l'on considère qu'il débutait, pour ainsi dire, dans\nla carrière d'organiste, et qu'il n'avait que dix-huit ans. Le ser-\nvice n'était pas pénible. Bach devait jouer le dimanche matin\nde huit à dix heures, le jeudi matin de sept à neuf heures et le\nlundi à la prière. L'orgue renfermait vingt-quatre jeux et avait\ndeux claviers et un pédalier. Le soin de former et de diriger le\nchœur d'écoliers de l'église était à la charge de l'organiste.\nSpitta présume que c'est pour ses élèves d'Arnstadt que Bach\nécrivit la cantate de Pâques Demi du ivirst meine Seele nichl in\nder Holle lassen (3) et qu'il fit exécuter en. 1704 cette œuvre\nqu'il remania plus tard. Il écrivit sans doute vers le même\ntemps, pour le clavecin, une œuvre de caractère descriptif,\nle Capriccio sopra la lontanan\\a del suo fratello dilettissimo (4).\nCette pièce, à la fois émouvante et pittoresque, fut composée\nlors du départ de Johann-Jakob, son frère aîné, qui s'était\nenrôlé comme musicien dans l'armée de Charles XII.\nLes auteurs de la notice nécrologique assurent que ce fut\nà Arnstadt que Bach laissa paraître « les premiers fruits de\n\n(1) Voyez la sarabande, publiée dans le numéro de janvier du Mercure\ngalant (1683).\n(2) C'était l'ancienne Uouifa jinslcirche, presque ruinée lors de l'incendie\nd'Arnstadt ( 1581 )et restaurée depuis i 683. L'orgue avait été entrepris en\n1701. On s'en servait déjà avant qu'il fût complètement terminé. Un cer-\ntain Borner le jouait alors.\n(3) Cette cantate porte le nll 15 dans l'édition de la\n(4) B. C.,xxxvie année, p. 190."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "son zèle dans l'étude de l'orgue et dans la composition que,\npour la plus grande part, il n'avait apprise que par l'examen\ndes œuvres des compositeurs célèbres et profonds du temps et\npar sa propre réflexion. Pour l'orgue, il prit pour modèles les\nœuvres de Bruhns, de Reinken, de Buxtehude et de quelques\nbons organistes français ». Comme à Ohrdruf, comme à Liïne-\nburg, Bach conserve ici la même méthode de travail, montre\nla même avidité. Le nom de Reinken, l'organiste de Ham-\nbourg, a été cité plus haut (i). Nicolaus Bruhns (1665-1697),\norganiste de Husum, a laissé des pièces remarquables (2).\nDietrich Buxtehude (1637-1707), enfin, est un des plus grands\nparmi les organistes du xvne siècle (3). Quant aux organistes\nfrançais de cette époque, ils ont laissé des œuvres ingénieuses,\nd'un joli tour mélodique dans les récits, d'un sentiment harmo-\nnique parfois original, et d'une registration généralement\nhabile. Bach put, dans cette période de sa vie, connaître les\ncompositions de François Couperin, oncle du grand Couperin,\nd'André Raison, organiste de l'abbaye de Sainte-Geneviève, de\nJacques Boyvin, mort en 1706 organiste à Rouen, de Louis\nMarchand (1669-1732) et de Nicolas de Grigny (1671-1703),\norganiste de la cathédrale de Reims (4). Nous savons d'ailleurs\nqu'il copia presque entièrement le de Nicolas\nde Grigny (5).\nL'influence de Buxtehude sur le style d'orgue de Bach est la\nplus apparente. Elle agit, pour ainsi dire, à proportion des\nefforts que Bach avait dû faire pour parvenir jusqu'à l'orga-\nniste de Ltibeck. Après deux années de recueillement et de\nservice assidu à la nouvelle église d'Arnstadt, il obtint un\ncongé de quatre semaines, au mois d'octobre 1705, et partit\nà pied pour Lûbeck. Il ne revint à Arnstadt qu'au mois de\nfévrier, enrichi de tout l'art de Buxtehude, et l'imagination\n\n(1) Remarquons que Bach a arrangé pour clavecin les pièces publiées\npar Reinken dans son Hortus musicus (pour quatuor à cordes). D'autres\npièces de cet auteur se trouvent dans le manuscrit dit d'Andréas Bach.\n(2) Un prélude en sol majeur et un choral [Nun Komm, der Heiden\nHeiland) de Bruhns ont été publiés par Gommer (Musica sacra). Le choral\na été réédité par M. A. Guilmant dans Y École classique de l'Orgue (n° 3).\n(3) Les œuvres d'orgue de Buxtehude ont été rassemblées par Pb.\nSpitta et publiées en deux volumes (Breitkopf et Hàrtel). M. le Dr Seiffert\nen a donné dernièrement une nouvelle édition, revue et complétée.\n(4) Les œuvres de ces organistes ont été publiées par M. Alexandre\nGuilmant dans ses Archives des Maîtres de l'Orgue.\n(5) M. le Dr Erich Prieger, qui possède cette copie, juge d'après l'écriture\nqu'elle date sans doute de l'époque d'Arnstadt. Bach dut avoir entre les\nmains une édition du Livre d'Orgue faite en 1700. Celle que nous connais-\nsons est de 1711. M. A. Guilmant Ta reproduite dans les Archives des Maî-\ntres de r Orgue."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.7", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "enflammée des cantates qu'il avait entendues à la M arien-\nkirche, aux « concerts du soir ». Ces séances de musique reli-\ngieuse avaient une origine fort modeste. Vers la fin du\nxvne siècle, les bourgeois de Lûbeck prirent la coutume, avant\nde se rendre à la Bourse, de se réunir à la où, à\ncertaines époques de l'année, l'organiste jouait pour se faire\nbien venir d'eux. Puis, comme ce pieux délassement plaisait\naux gens de commerce, l'organiste convoqua des violonistes,\npuis des chanteurs, enfin tout un orchestre. En 1693, cette\nAbendmusik, instituée, dit Buxtehude lui-même, d'après le\ndésir des corporations des marchands, avait lieu entre la Saint-\nMartin et Noël, cinq dimanches de suite. L'année où Bach\nput y assister (1705), on exécuta une cantate dédiée à la\nmémoire de l'empereur Léopold Ier. Elle était intitulée\ntrum Doloris. Un Lamento servait d'introduction, que suivait\nle « chœur de la musique », puis des personnages allégoriques\nparaissaient successivement, la « Crainte de Dieu », la\n« Grâce », les « Sciences », etc. Unchœur de pleureuses enton-\nnait E heu ! Vana terrigenum soret tout le chœur chantait\ndes strophes du choral Ach wie Un nouveau\nen forme de chaconne avec l'orchestre et un jeu de cloches\nprécédait une sorte de dialogue, et VA finissait par un\nchoral auquel prenaient part non seulement les musiciens, mais\ntous les fidèles (1). Le dimanche suivant on donna\nHonoris, pour célébrer le règne de Joseph Ier.\nIl est fort regrettable que la musique de ces cantates ne nous\nsoit point parvenue. Mais nous pouvons juger des œuvres chantées\nde Buxtehude d'après les compositions publiées par M. Max\nSeiffert dans le 14e volume des Denksnàler deutscher Tosikunst\n(ire série). On est frappé tout d'abord du caractère homophone\nde l'écriture. La mélodie règne dans ces cantates aux accompa-\ngnements transparents. Buxtehude ne s'attarde pas à des dé-\nveloppements intrigués, à des artifices compliqués. A cause\nmême de son public, il tend à écarter de sa musique tout ce qui\nparaîtrait scolastique, obscur ou suranné. Il y a dans cette sim-\nplicité un peu courte un effort d'originalité extrêmement re-\nmarquable. Seul, un musicien aussi profondément inspiré que\nBuxtehude, aussi débordant de sentiment et d'imagination pou-\nvait, sans tomber dans la sécheresse et sans rester superficiel, se\npasser des longues phrases flottantes à reflets et à répercussions\nde l'ancienne polyphonie. Il fallait que son langage fût d'une\ndensité incomparable et que le relief de ses figures les douât\n\n(i) Voyez l'article de M. le Dr Max Seiffert:\ndans le Jahrbuch der Musikbibliothek de 1902, p. 21."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "d'une efficace immédiate. Tandis que, dans les motets fugués,\nle musicien arrive à séduire par une lente incantation lyrique,\nBuxtehude agit ici par impression. Dès les premiers accords, ses\npréludes, dont l'harmonie est compacte et grave, retiennent\nl'attention et semblent promettre de solennelles confidences. Il\naime, dans son orchestre, la douceur somptueuse des trom-\nbones, associée à la tendresse des violes. Son instrumentation\nest ainsi d'une sonorité merveilleuse, fondue et nuancée, et les\nmotifs de voix s'y mirent comme dans un lac lumineux qui les\nembellit. Sans mettre en mouvement le mécanisme de la fugue,\nil utilise ce qui en fait la substance expressive, cette force de\nsuggestion qui émane de thèmes ressassés. Le moindre dessin\nmélodique, multiplié de cette manière, devient obsédant et\nirrésistible. Il suffit d'avoir entendu le début du chœur\njpas ihr thutpour en être possédé (i). Dans la cantate\nmir, l'orchestre redit la supplication de la basse et annonce la\nphrase descriptive ou le chanteur évoquera la chute dans\nl'abîme (2). L'ampleur sonore, une sorte de magnificence, la net-\nteté et l'insistance du discours musical sont les caractères dis-\ntinctifs de ces cantates. On y trouve aussi, parfois, un éclat\nsoutenu. La composition rayonne alors, toute scintillante,\ncomme rayonnait, aux jours de soleil, l'orgue de la Marien-\nkirche en sa châsse dorée. En mélangeant les richesses chan-\ngeantes de l'orchestre et les richesses vivantes des voix, Buxte-\nhude a su, par des trouvailles de génie, faire sienne une forme\nd'art d'une essence unique. Elle ne pouvait s'épanouir ainsi que\ndans le cerveau d'un homme du Nord (3). Mais elle ne pouvait\naussi être accueillie et persister que dans une ville telle que\nLûbeck. Buxtehude s'est révélé comme le poète spontané de\nla société qui l'entourait. Sa musique de cantates correspond à\nl'âme de cette bourgeoisie commerçante et de ces navigateurs\nau corps alourdi, à l'esprit précis, mais nullement spéculatif,\nchez qui sommeillait cependant une fantaisie tumultueuse et\ncolorée.\nQuand Bach revint à Arnstadt, émerveillé de l'habile facilité\ndes cantates et de la science plus apparente des pièces d'orgue\nde Buxtehude, il fut invité par le consistoire à rendre compte\nde son absence prolongée. Le 21 février 1706, on lui reprocha\nd'avoir fait, d'un congé de quatre semaines, un congé de quatre\nmois, et comme on était en humeur de le tancer, on exposa\ncontre lui d'autres griefs encore. Il mêlait au choral d'étranges\n\n{1) Ed. Seiffert, p. 41.\n(2) Ed. Seiffert, p. 60.\n{3) Rappelons que Buxtehude était né à Elseneur."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.9", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "variations, le troublait par de soudains caprices d'accompagne-\nment, et ne prenait aucun souci des élèves du chœur, ce qui\nprivait l'église de « chant figuré ». On lui laissait huit jours de\nréflexion ; après ce délai, il aurait à se déclarer catégoriquement.\nA la même séance du consistoire, le préfet du chœur, l'écolier\nJohann-Andreas Rambach eutà rendre compte des « désordres»\nqui avaient éclaté à 1' « église neuve » entre les écoliers et l'or-\nganiste. Rambach déclare que les choristes étaient mis dans\nl'embarras par l'organiste qui, autrefois, faisait de trop longs\ninterludes et, maintenant, après une observation du surinten-\ndant, était tombé dans l'excès contraire, et jouait trop briève-\nment. Mais le consistoire avait d'autres motifs de plaintes contre\nRambach, Il avait quitté le sermon pour se rendre à l'auberge\nvoisine. Ce trait nous laisse deviner quels rêves d'art pouvaient\ninspirer les collaborateurs de Bach. Et l'on conçoit aisément\nqu'il se soit kissé bien vite d'exercer, pour des motets ou des\ncantates, ces élèves grossiers. Certains d'entre eux avaient\nd'ailleurs, contre lui, une animosité qui se manifestait par des\nactes violents. Quelques mois avant de partir pour LubecL, il\navait paru devant le consistoire à cause de ses démêlés avec\nl'élève Geyersbach. Un jour, Geyersbach avait attaqué Bach à\ncoups de bâton, comme il revenait du château à la maison avec\nsa cousine Barbara-Catharina, la fille de Johann-Christoph\nBach. Geyersbach se vengeait ainsi, disait-il, de ce que l'or-\nganiste l'avait outragé, et lui en demandait raison. Bach soutint\nqu'il ne lui avait rien dit, et qu'on en pourrait témoigner.\nL'écolier prétendit que si Bach ne l'avait pas outragé person-\nnellement, il avait du moins, un jour, « outragé son basson »,\nqu'il prenait l'injure pour lui, et que Bach n'était qu'un « valet\nde chiens ». Alors Bach tira l'épée, Geyersbach se jeta sur lui\npour le maintenir et tous deux luttèrent jusqu'à ce que cinq\nécoliers, qui étaient avec Geyersbach, se missent entre eux\npour les séparer. Il fut établi un peu plus tard que Bach\navait en effet donné à Geyersbach un nom injurieux (29 août\n1705).\nCes débats avec les élèves furent sans doute la cause princi-\npale pour laquelle Bach se refusa toujours, par la suite, à leur\nfaire exécuter des œuvres de musique. Le 11 novembre 1706,\nle consistoire se plaignit encore de ce manquement de Bach à\nce qu'il était tenu d'accomplir. Le même jour, on lui demanda\naussi pourquoi il s'était permis d'introduire, à la tribune de\nl'orgue, une jeune fille étrangère.\nIl ne resta plus que peu de mois à Arnstadt. Le 29 juin 1707,\nil se présenta devant le conseil pour solliciter son congé et\nrendit la clef de l'orgue. Il quitta la ville bientôt après, laissant"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "à son cousin Ernst, fils de Johann-Christoph (i), quelques\nflorins de son traitement (2).\nBach venait d'être nommé, quelques jours auparavant, orga-\nniste de la Blasitiskirche,à Muhlhausen.\n( 1) Johann-Christoph Bach était le frère jumeau du père de Jean-Sébastien,\nAmbrosius Bach. On assure que ces deux frères se ressemblaient tellement\nqu'on ne pouvait les distinguer qu'à leur costume.\n(2) Ernst lui avait servi de suppléant pendant son absence.\n\nAndrè Pirro."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c006", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.4", "titre_corps": "SIMONE poème champêtre", "titre_sommaire": "SIMONE poème champêtre", "signature_source": "REMY DE GOURMONT ; Dessins de Georges d'Espagnat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 83, "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLa Neige\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 444, "texte": "La Neige\n\nSIMONE, la neige est blanche comme ton cou,\nSimone, la neige est blanche comme tes genoux.\nSimone, ta main est froide comme la neige,\nSimone, ton coeur est froid comme la neige.\nLa neige ne fond qu'à un baiser de feu,\nTon cœur ne fond qu'à un baiser d'adieu.\nLa neige est triste sur les branches des pins,\nTon front est triste sous tes cheveux châtains.\nSimone, ta sœur la neige dort dans la cour,\nSimone, tu es ma neige et mon amour."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c013", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.5", "titre_corps": "POUR LE DICTIONNAIRE", "titre_sommaire": "POUR LE DICTIONNAIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "POUR LE DICTIONNAIRE\nJe ne sais trop si ces pages tomberont sous lesyeux des savants\ndont un de nos plus spirituels collaborateurs nous rapporte (i),\ntrois cents ans à l'avance, les discussions, les hypothèses et\naussi les erreurs (comment n'en pas commettre à pareille dis-\ntance des événements ?). C'est pour éclairer leur religion que je\nveux consigner ici quelques remarques qui, venant d'un témoin\ndes faits et d'un ancien élève de la maison, seront peut-être\nclassées au nombre des sources utiles à consulter pour la\nrédaction de l'article épineux.\nJe prie d'abord MM. les membres de l'Académie future de\nvérifier avec grand soin la date de 1913, qu'ils assignent àla\ngrande révolution sociale : selon un historien très sûr et ennemi\nde la fantaisie comme de l'utopie (j'ai nommé M. Jules Guesde),\nc'est trois ans plus tôt qu'il faudrait placer cet événement : en\n1910. Et s'il est exact que la Schola disparut dans la tour-\nmente, il faut remarquer que la musique tout entière, celle du\nConservatoire comme l'autre, fut anéantie du même coup : le\nprivilège de l'artiste, étant aussi injuste et révoltant que celui\ndu patron, fut supprimé dans une nuit mémorable où l'on vit\nM. Camille Saint-Saëns brûler ses dernières partitions aux\napplaudissements de la nouvelle Constituante. Et les copistes\net graveurs de musique furent désormais investis des fonctions\nde compositeurs, sous la surveillance de M. Bruneau, contre-\nmaître général des ateliers d'opéras, d'opéras comiques, de can-\ntates et d'hymnes révolutionnaires, aux appointements de\n60.000 fr. par an. Quelques artistes indépendants ayant voulu\ncontinuer à noter, sur du papier à cinq lignes, les inspirations\nqui leur venaient à l'esprit, furent dénoncés et poursuivis\ncomme contrefacteurs ; condamnés à dix années de travail dans\nles ateliers nationaux de cordonnerie, de peinture à l'huile ou\nde puériculture, ils ne recouvrèrent leur liberté qu'après la\nrestauration monarchique de 1916 : et les Chants de captivité,\nque publia alors l'un d'entre eux, nommé Emile Vuillermoz,\n\n(1) Voir le Mercure Musi du i 5 juin 1906."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.16", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "comptent parmi les impérissables monuments de la douleur\nhumaine.\nCe sont là des faits trop connus pour que j'y insiste longue-\nment, et qui n'échapperont pas, sans doute, à la sagacité de nos\nfuturs érudits. Il est plus difficile de saisir l'esprit d'un homme\nou d'une institution que de préciser des dates. Ni l'honorable\npremier rapporteur, ni l'ingénieux historien qui le contredit, ni\nle doux philosophe qui met tout le monde d'accord, ne me parais-\nsent avoir bien compris la nature et le rôle historique de la\nSchola Cantorum,et leurs à tous trois sont un\ncurieux mélange d'erreurs et de vérités.\nIl est parfaitement exact que César Franck fut le saint patron\nde l'école, et Vincent d'lndy son apôtre. Ceux qui connaissent\nles détours de la maison ont pu voir, relégué près des combles,\nun pieux bariolage où un peintre ignoré mais convaincu avait\nprétendu représenter, en expressifs symboles, Psyché, Rédemp-\ntion et les Béatitudes.Et ce tableau, s'il eût été meilleur, était\ndigne de décorer le salon aux boiseries blanches où les élèves\nétaient initiés aux mystères de la forme sonate ou du choral\nvarié. Ce culte de Franck est l'une des plus curieuses et des\nplus touchantes manifestations de l'instinct religieux à la fin du\nxixe siècle. Par malheur, le Messie disparu, dont il fallait per-\npétuer les enseignements, avait la fâcheuse habitude (commune\nà plusieurs fondateurs de religion) de parler peu, et de laisser\nvolontiers sa pensée inachevée. Tout un travail de reconstitu-\ntion et d'exégèse fut nécessaire pour former un corps de doc-\ntrine avec quelques vagues aphorismes : Vincent d'lndy s'en\nchargea, et le nouvel Evangile de musique fut, pour la plus\ngrande part, son ouvrage. Le principe essentiel, le dogme obli-\ngatoire, fut cette parole, tombée un jour des lèvres du vieil\norganiste : « Il faut souffrir son œuvre. » Et par là, comme le\ndit fort bien le philosophe de la docte Assemblée, l'esprit\ncatholique le plus austère trouva, dans la divinisation de l'effort\net de la peine, son expression artistique. Est-ce un mal ? Sans\naucun doute, si l'on prétend proscrire la grâce et le plaisir.\nMais ce que l'on voulait combattre alors, c'est la facilité super-\nficielle et l'insincérité si manifeste chez tel maître à succès,\nconnu pour ses élégances fades et ses pâmoisons de commande.\nAvant d'être une école d'art, le Conservatoire nouveau fut une\nécole de morale. On crut que la musique, comme la poésie, se\nsentait toujours des bassesses du cœur, et on voulut former\nles élèves au désintéressement, au scrupule et respect de\nleur pensée. On voulut leur donner des âmes hautes et des\nesprits sans défaillance. Et, au lieu de leur indiquer des recettes\npour plaire au gros public ou à tel membre de l'lnstitut, qui"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.17", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "ne fait même pas partie du gros public, on leur donna comme\nrègle première de n'écrire rien qui ne fût l'expression exacte,\nprécise et totale, de leur sentiment.\nTel fut, à sa fondation (voilà une dizaine d'années), l'esprit de\nla Schola Cantorum.C'était un temps d'héroïque pauvreté, où\nM. Charles Bordes accomplissait chaque jour en se jouant le\ntriple miracle de former ses chanteurs, d'improviser ses con-\ncerts et de payer ses factures... La triomphe, aujourd'hui\net les anciens ne la reconnaissent plus. Le succès assuré n'a pas\nla beauté de la lutte, et la maturité perd le charme émouvant de\nla j eunesse. Il n'importe : la Schola fut, dès son ori-\ngine, une affirmation de fierté, de conviction et de désintéresse-\nment. De tels actes de foi ne sont jamais perdus, et si l'esprit du\nConservatoire n'est plus ce qu'il était voilà dix ans, ce change-\nment n'est-il pas dû à l'exemple du petit Conservatoire libre où\nl'on ne cherchait ni honneurs de concours, ni succès de théâtre,,\nmais seulement à mieux comprendre et aimer la musique?\nReste à savoir si l'enseignement technique valut l'enseigne-\nment moral. On partit de ce principe excellent, qu'il fallait\ninitier les élèves à la musique par les exemples du passé et non\npar les recettes de l'école. Le cours de composition fut, avant\ntout, un cours d'histoire et d'analyse. Le sec volume qui a été\npublié récemment, et dont on attaquait ici même la singulière\nthéorie harmonique (i), ne peut guère donner une idée de ces\nleçons vivantes où, après une sommaire chronologie, on\nentendait une fugue de Bach ou une sonate de Beethoven, illu-\nminée, de-ci de-là, de quelques mots qui rendaient claires la\nmarche de ses développements et la raison de ses modulations,\net faisaient retrouver la pensée des maîtres en ce qu'elle eut de\nformel, c'est-à-dire d'éducateur. Cette méthode est celle des\nétudes littéraires, depuis que le Jardin des racines grecques et\nles figures de rhétorique ont fait place à la lecture des auteurs :\nc'était un grand et un nécessaire progrès, que de l'appliquer\nà la musique. Plus que personne peut-être, je crois utile\nde renouveler sans cesse les formes de l'art, afin de le rendre\napte à traduire les nuances les plus délicates de la pensée con-\ntemporaine ; plus que personne je suis ennemi d'une scolas-\ntique abstraite qui, sous prétexte de tradition, prescrirait au\ncréateur un certain style, un certain plan, un certain ordre, fixé\net déterminé d'avance, unique et invariable : à chacun de se\ncréer, en toute liberté, sa manière. Mais l'école de la liberté,\nsi elle existe, a toutes ses fenêtres ouvertes sur le passé ; Bach,\nBeethoven, Rameau, sont ses maîtres, et leurs œuvres bien\n\n(1) Voir les articles de Jean Marnold (Mercure musical, 1906, nos 9et ir)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.18", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "comprises sont des leçons de volonté souveraine et de haute\nindépendance. Ces oeuvres étaient, en grande partie, tombées\ndans l'oubli. La Scholales ressuscita. Car il est parfaitement\ninexact de dire que « Rameau et Bach étaient connus et\nhonorés bien avant la fondation de l'institut dont il s'agit. »\nPasse encore pour César Franck, dont la et les\nBéatitudes étaient déjà entrées au répertoire des concerts. Mais\nque jouait-on de Bach avant l'exemple donné par la ?\nL'Aria de la Suite en ré, de temps à autre, la Messe en si au\nConservatoire, à de rares intervalles, et trois motets. A la\nSchola revient l'honneur d'avoir révélé à ses élèves, et aussi\nau public, les Cantates de Bach ; et ce sont les concerts de\nMlle Selva qui firent connaître l'œuvre de piano dans toute son\nimmensité. Quant à Rameau, où donc, avant la Schola, avait-\non eu l'idée d'exécuter des actes entiers de ses opéras ? Et\ncette représentation de la Guirlande,où Claude Debussy criait\navec tant d'enthousiasme : « Vive Rameau ! A bas Gluck ! »\nn'est-ce pas à la Schola que nous la devons ? Et 1 Orfeo de\nMonteverdi, et le Couronnement de Poppée ? Et je ne parle pas\nde tout le répertoire des Chanteurs de Saint-Gervais, qui nous\nrendirent Palestrina, Vittoria et Roland de Lassus, avant de\ns'attaquer au xvie siècle français, ressuscité par Henry Expert.\nS'il est un point sur lequel l'œuvre de la Schola ne peut être\nattaquée, c'est bien celui-ci. Je sais bien— je sais mieux que\npersonne que les exécutions ne furent pas toujours par-\nfaites ; il faut songer aussi à la pauvreté des ressources,\nau recrutement hétéroclite de l'orchestre, et à la difficulté que\nl'on éprouve toujours à monter une œuvre entièrement nou-\nvelle. Mais l'exemple était donne , d auties en piofïtèient, et si\nBach et Rameau figurent, de temps à autre, aux programmes\ndes concerts du dimanche, c'est à la Schola, à elle seule, que\nnous le devons. Le plus beau de tous les rôles n'est-il pas celui\ndu précurseur ?\nCe culte du passé devint-il, chez quelques disciples, exclusif\net hargneux? C'est fort possible j mais nul ne doit être tendu\nresponsable des excès de ceux qui ont mal compris sa pensee.\nL'enseignement de Vincent d'lndy a toujours voulu s'inspirer\ndes idées de liberté et de progrès. Et si Ton fit la guerre à\nl'harmonie, au nom du contrepoint ressuscité, rien ne fut plus\nméritoire ni plus salutaire en son temps qu une telle cioisade.\nCar ce que l'on pourfendait, ce n'est pas l'harmonie naturelle,\nprimitive, révélée au seul genie : c est 1 haimonie de 1 ecole,\nce fatras de règles inexpliquées, de prohibitions étranges et de\nformules dépourvues de tout intérêt musical, dont on pouria\ncontempler les absurdités dans le Traite d harmonie de Rebei"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.19", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1594, "texte": "et surtout dans les Notes complémentaires de feu Th. Dubois.\nPeut-on imaginer matière plus ingrate que cette basse deßeber\n(p. 81) ?\nlaideur plus prétentieuse et tourmentée que celle de ce\n« chant donné » de Th. Dubois (p. 137) ?\nharmonie plus saugrenue que celle de cet exemple du même\nauteur (p. 227, n° 11)?\nIl fallait vraiment une vocation robuste pour résister à de\npareilles tortures, prolongées pendant plusieurs années. Et\nl'on comprend la parole amère d'un compositeur à qui nul ne\ndispute aujourd'hui le nom de subtil harmoniste : « Que j'étais\nmalheureux ! Jamais je ne trouvais l'harmonie de l'auteur (i) ! »\nTelle est l'harmonie qui fut sévèrement proscrite de la\nSchola. N'avait-on pas raison, et ne valait-il pas mieux prendre\ncomme thème d'exercices une mélodie grégorienne qu'un chant\nde Th. Dubois? Et, en demandant à l'élève d'envelopper cette\nmélodie avec d'autres mélodies de son invention, ne dévelop-\npait-on pas mieux ses facultés créatrices qu'en le priant de ne\npas confondre « la neuvième majeure sans fondamentale avec\nl'accord du 2e degré de la gamme mineure », ou en l'avertis-\nsant (touchant aveu échappé à la plume candide de Th.\nDubois) que fréquemment « des élèves,au sortir de leurs études\nd'harmonie, d'ailleurs bien et consciencieusement faites, se\ntrouvent fort embarrassés lorsqu'il s'agit d'écrire le moindre\naccompagnement à une mélodie quelconque » ?\nSans doute on alla trop loin, comme il arrive lorsqu'il s'agit\n\n(1) On nomme ainsi, dans le jargon de l'école, le corrigé du devoir, donné\nen général à la fin du traité."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.20", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "de combattre des erreurs puissamment accréditées. Je suis très\nloin de croire, comme il est d'usage à laSchola, que la « musique\ndoit se lire horizontalement et non verticalement », c'est-\nà-dire que la conduite des mélodies est tout, et que l'harmonie\nqui en résulte n'importe pas. J'en suis d'autant plus loin que\nnul plus que Vincent d'lndy, et en dépit de cette devise de\ncombat, ne se montre sévère pour des enchaînements har-\nmoniques faibles ou peu naturels. Et je ne crois pas davantage\nque l'harmonie, avant les autres parties de la musique, soit\nsujette à vieillir. Tel accord de Bach, ou de Couperin, ou même\nde Roland de Lassus et de Costeley, enchante encore nos oreilles,\nalors que telle mélodie de Mozart ou de Lulli nous paraît\npauvre, et sonne creux. Dans la lutte engagée contre le monstre\nde l'école, des coups s'égarèrent et allèrent frapper l'harmonie\nnaturelle et libre, qui est la plus rare, unique et inimitable\nbeauté de la musique. Mais la recherche exclusive des effets de\nsonorité est un excès aussi, et un danger; il n'est pas mauvais\nque devant ce sensualisme séducteur, si bien caractérisé par le-\nphilosophe du xxme siècle, le vieux rationalisme soit représenté,\net s'oppose à la dissolution de la musique tout entière en\nagréments d'orchestre ou en arabesques de piano. Si l'on veut\ntoute ma pensée, je dirai que je ne suis ni pour les fanatiques\nadeptes de la Schola,ni pour leurs fougueux adversaires. Les\nuns et les autres n'aperçoivent qu'un côté de leur art ; les uns,\npréoccupés de construire, oublient ou ignorent la sensation ; et\nles autres, à force de poursuivre leurs impressions fugitives,\nrisquent de tarir en eux les sources du sentiment. La que-\nrelle de l'harmonie et du contrepoint semblera peut-être aussi\nvaine un jour que le fut en son temps la querelle des anciens\net des modernes, et le moment serait venu de rappeler notre\nart à de plus hautes et sereines destinées.\nJe n'ajouterai qu'un mot : on voit assez que la\ntorum ne met sous le joug que les esprits nés esclaves, puisque\nl'auteur de ces trop copieuses lignes en fut élève, puisqu'il\nreste uni à son maître par des liens d'affection respectueuse et\npresque filiale, de reconnaissance et d'admiration que rien ne\npourra dissoudre, et que cependant il a gardé la liberté d'adorer\nd'autres dieux. Son cas est loin d'être isolé, et rien certes ne\nréjouit plus le cœur d'un maître véritable que l'originalité de\ncertaines natures et même l'ardeur juvénile de certaines résis-\ntances. Il reste que la ScholaCantorum n'a pas encore produit\nun génie. C'est exact : cela ne tient-il pas à ce que la bonne\npart des énergies musicales était absorbée, et, dans une grande\nmesure, stérilisée, par le Conservatoire ? Et aussi à ce que le\ngénie ne se produit pas à volonté, comme la reine des abeilles ?"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "Ce qui revient à dire que les questions d'enseignement ne sont\npas, en art, des plus intéressantes. Je me sens tout confus d'en\navoir traité si longuement.\nLouis LALOY.\nP. S, Un point défait encore : Y Édition mutuelle n'a jamais été réser-\nvée aux « seuls pensionnaires de l'institution », puisqu'elle a publié des œu-\nvres de Louis Abbiate, Marthe Ducourau, Charles Tournemire, J. Béesau,\nAlbert Doyen, Ernest Chausson, Joseph Ryelandt, Edmond de Polignac, qui\nne furent pas élèves de la Schola Cantorum. Je crois même savoir que ses\ndirecteurs eussent demandé à Maurice Ravel son Quatuor à cordes, sans la\ncrainte de lui nuire auprès du jury du Prix de Rome. Crainte superflue,\ncomme l'événement l'a bien montré.\nU L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c019", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.7", "titre_corps": "LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS D'ÉGLISE EN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE D'APRÈS LE «JOURNAL DES VISITES PASTORALES» d'Odon Rigaud", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS D'ÉGLISE EN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE D'APRÈS LE «JOURNAL DES VISITES PASTORALES» d'Odon Rigaud", "signature_source": "Pierre Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "LA MUSIQUE\nET LES MUSICIENS D'ÉGLISE\nEN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE\nD'APRÈS LE «JOURNAL DES VISITES PASTORALES»\nd'Odon Rigaud\n\n(I)\nLes cantilènes, cantil eue,que chantent les religieuses du\nprieuré de Villarceaux, sont elles-mêmes un progrès sur un état\nde choses antérieur, représenté assez fâcheusement par des\ndanses et des jeux désordonnés : aussi bien Odon Rigaud ne\ngronde point. En réalité ces cantilenesont simplement des chan-\nsons, sans aucun caractère liturgique. Ce mot, selon nous, est\nune désignation d'ordre littéraire. Quand on envisage ces chan-\nsons au point de vue musical, les appellations peuvent changer :\nla forme la plus ordinaire en est alors le le conduit.\nNous ne connaissons point de cantilena provenant des diocèses\nsoumis à la juridiction de l'archevêque de Rouen, mais une\npièce composée sans doute à l'abbaye de Saint-Martial de Limo-\nges et ayant trait à la commémoration des Innocents donnera\nau lecteur une idée assez précise de ces chansons latines du\nmoyen âge français.\nI. Ad infantum\ntriumphantum\ngloriosum transitum,\nquis polorum\nperuiorum\nmors parauit aditum.\nR° Sint infantes\nfestinantes\net sonorus\npsallat chorus\nnec désistât,\nsed insistât\ndulcem ferre sonitum.\n11. Rex ineanus\nmisit manus\nBethlehem per ambitum,\nin furore\nde cruore\ninquinans exercitum\nR° Sint infantes,\n111. Sed in uanum\nuersat manum,\nquod facit est irritum,\nnam quod dire\nuult ferire,\nnon est ei licitum.\n\n(1) Suite. Voir les numéros 8, 10, n et 12."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.24", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "R° Sint infantes,\nIV. Lictor seuit\nnec impleuit\nfurorem indomitum,\nferit, truncat\net aduncat\nmorem prêter solitum.\nR° Sint infantes,\nV. Ut est scriptum,\nin Egyptum\nduxerat transpositum\nJoseph pater,\nuirgo mater,\nsicut erat creditum.\nR° Sint infantes\nfestinantes\net sonorus\npsallat chorus\nnec désistât,\nsed insistât\ndulcem ferre sonitum (1).\nLa place de ces chansons n'était point à l'office, et sans doute\non ne les y entendait guère : c'était à l'heure de la récréation\nqu'on les disait sous le cloître ou dans les jardins du couvent.\nAussi bien les cantilenepouvaient-elles être tolérées : elles ne\ncontenaient rien qui dût porter atteinte à la religion, ni aux\nbonnes mœurs, et tant qu'on les chantait en dehors de l'église,\nelles ne venaient point rompre la belle ordonnance de la liturgie.\nAu contraire, ces clercs de Gournay, qui à certains jours\nmenaient des chœurs de danse en faisant le furent un\nscandale public.\nCe mot de la langue vulgaire se rencontrant dans un texte\nlatin mérite quelques explications. Lacurne de Sainte-Palaye (2}\net Godefroy (3) identifient le viavec le si fréquent\ndans la langue poétique du quatorzième siècle, la forme virelai\nn'étant qu'une altération de vireli, sous l'influence de lai (4).\nOn rencontre encore ce mot différemment écrit : et\nvirenli. En tout cas, on le trouve communément dans l'ex-\npression '.faire le vireli. Voici deux exemples pris dans des\ntextes du même temps :\n\n(1) Paris, Bibl. Nat. lat. 37)9. Cette pièce a été déjà publiée par\nDreves, dans les Analecta hymnica medii aeui, t. XXI, Gantiones et Muteti,\np. 69, mais avec une telle incompréhension du rythme, que nous n'hésitons\npas à la donner ici à nouveau.\n(2) LACURNE DE SAINTE-PALAYE.— Dictionnaire historique de Vancien lan-\ngage français, article vireli,\n(3) GODEFROY [FRÉD.). Dictionnaire de l'ancienne langue française,\nmême art. Paris, 1895.\n(4) PARIS (GASTON). La littérature française du moyen âge, p. 178.\nParis, iBqo."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.25", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "Par la main sans atargier\nO\nprant chascuns s'amie :\nsi ont fait grand veirelit (i).\n(.Pastourelle, I.)\nBele, quar balez, et\net je vous ferai le virenli.\nLe virenli vous copien (2).\nIl semble bien, sans aller jusqu'à dire que la véritable accep-\ntion de virelai est lai en virant(3), que ce mot désigne une\nchanson adaptée à un schéma de danse. Les exemples et les\ndéfinitions que nous possédons du sont tous du quator-\nzième, du quinzième et même du seizième siècle. Il en ressort\nque lorsque le virelai devint un genre à forme définitivement\nfixée, il comprenait comme éléments essentiels (4) :\ni° Un refrain placé en tête de la pièce (à la première strophe\nseulement) ;\n2° Une partie de couplet indépendante du refrain ;\n3° Une deuxième partie de couplet correspondant au refrain;\n40 Un refrain.\nOr, nous ne connaissons pas de poésies en langue vulgaire\ndu treizième siècle, où cette forme fixe se trouve observée ;\nmais, dans un précieux manuscrit conservé à Florence (5),\nl'Antiphonaire de Pierre de Médicis, il y a un grand nombre\nde pièces composées vers 1240 à Paris, sans doute à Notre-\nDame et à l'intention des écoliers, et dans le nombre, une de\ncelles justement qui ont trait à saint Nicolas nous présente\n(1) MEYBR (PAUL). - Rapports sur une mission littéraire en Angleterre,\ndans les Archives des missirs, 2e série, t. 111 et t. V, in-8.\n(2) MONTAIGLON (A. DE). Recueil général et complet des fabliaux des\nXÏIIe et XIVe siècles, imprimés ou inédits, publié d'après les manuscrits,\nt. I, p. 143. Paris, 1872.\n(3) HECQ (G.) et PARIS (L.). La poétique française au moyen âge et à\nla Renaissance, p. 229. Paris, 1896.\n(4) JEANROY (A.). Les origines de la poésie lyrique en Francê au\nmoyen âge, p. 426. Paris, 1889. Nous croyons volontiers avec M. J. que\nla forme vireli peut être une onomatopée dans le genre de vaduri, mais\nnous y retrouverions comme point de départ le thème de verbe virer, ce\nque M. J. paraît repousser. Signalons ici une amusante méprise dans le\nDictionnaire de Godefroy. Il cite un texte relevé dans un Glossaire latino-\nroman de la Bibl. Nat. lat. 7692, dans lequel vireli traduit le bas latin\nAgapallus. Mais si Yon se reporte à Du Cange on lit « AGAPALLUS, vireli 9\nplantae genus. Gall. Parvenche, quae Tournefort dicitur... » Ce vireli est\nun terme de botanique sans rapport avec la langue littéraire.\n(5) Florence, Bibl. Laurent. Plut. XXIX. 1. fol. 471 v°."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.26", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "un type latin du viréli : peut-être les clercs de Gournay la\ndansaient-ils, quand Odon Rigaud les surprit ? Nous n'avons\nqu'à rétablir, comme le faisaient instinctivement les musiciens\ncontemporains, le refrain en tête de la première strophe, pour\navoir un exemple parfait du vireli.\nTEXTE MUSICAL ANCIEN\nTRANSCRIPTION EN NOTATION MODERNE (2)\nNicholaus est cleri\nprotectio !\nI. Exultet hec contio\nin sancii Nickoiai\npreconio :\nNicholaus est cleri\nprotectio !\nIL Olei conspersio\nmultos curât a morbi\nsupplitio :\nNicholaus est cleri\nprotectio !\n\n(1) Nous ayons imprimé en italiques les deux vers du refrain et en carac-\ntères gras la partie de la strophe correspondant au refrain.\n(2) UAntiplionaire de Pierre de Médicis, où nous avons pris le texte de\ncette pièce, est un des plus vastes répertoires que nous ayons de la musi-\nque mesurée à la fin du treizième siècle. Nous avons donné aux notes les\nvaleurs fixes de la doctrine franconienne suivie dans ce manuscrit. Vars\nmensurabilis s'oppose ici àla musicaplana des proses et des épîtres farcies."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.27", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "111. In maris periculo\nproceleuma nautis fit\nin iubilo :\nNicholaus\nprotectio !\nIV. Auri trina datio\npuellarum fuit\nl'eleuatio :\nNicholaus\nprotectio\nNous avons là une des formes les plus simples de la chanson\nà danser : elle est composée de couplets chantés par un soliste\net suivie d'un refrain repris par le chœur. Nous dirons donc\nque faire le vireli,c'était chanter une chanson accompagnée de\ndanses, un coryphée disait les couplets et les danseurs répé-\ntaient le refrain.\nLes deux mots conductuset motulus appartiennent à la ter-\nminologie musicale du moyen âge et désignent les compositions\npolyphoniques et mesurées que l'on appelle communément\nconduits et motets.\nAvant que l'étude du manuscrit que nous avons cité plus\nhaut, VAntiphonaire de Pierre de ait mis sous les yeux\ndes musicologues de très nombreux exemples de conduits, on\nn'avait pu donner de ce genre de composition, sur la foi des\nthéoriciens du moyen âge, que de vagues et fausses définitions.\nIl apparaît très nettement aujourd'hui que le avait\npour caractéristique qu'il n'y entrait aucun élément étranger à\nl'inspiration de l'artiste. C'est une œuvre entièrement originale,\ntandis que l'édifice harmonique de et du est\ntoujours construit sur un thème liturgique. Nous ne saurions\ndonner ici des exemples de conduits et de motets sans enfler\ndémesurément ce travail : disons seulement que si \\'Antipho-\nnaire de Pierre de Médicisest le plus vaste recueil qui nous soit\nparvenu de conduits du xm8 siècle, le célèbre de la\nbibliothèque de Montpellier (1) a été le fondement de toutes les\nétudes qu'on a pu faire sur les français de la même\népoque : ce sont les sources auxquelles il faut puiser pour une\nétude approfondie de la question (2).\nIl nous semble que tous les termes désignant dans les frag-\nments d'Odon Rigaud des formes littéraires et musicales ont\nété ainsi expliqués. Il reste à dire un mot de ces inordinaciones\nqui dans l'esprit du prélat troublaient la belle sérénité de la\nvie religieuse et, de fait, ces écarts de discipline nous semblent\nplus graves que les divertissements littéraires et musicaux dont\n\n(1) Bibliothèque de Montpellier, H. 196.\n(2) Gomme publications nous renverrons aux beaux travaux de WOOL-\nDRIDGE (H. E.) : The Oxford History vol. I.\nPeriod. Part. I, Oxford, 1901. DE COUSSEMAKER (E.) :\naux XII\" et XIIIE siècles. Paris, 1865, in-4. WOLF (JOHANNES) : Geschichte\nder Mensural-Notation von 1250-1460, Leipzig, 1904, 3 vol. in-8."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.28", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1925, "texte": "certaines fêtes étaient le prétexte ; à vrai dire, si un motet du\nR. P. Lambillotte ou de quelque autre artiste de la Compagnie\nde Jésus avait offensé ses oreilles, le scrupuleux visiteur aurait\nété fondé à les proscrire au nom de l'esthétique et du goût ;\nmais pour notre part, nous avons, à lire ces naïves et gracieu-\nses cantilènes des siècles passés, un plaisir délicat que nous\nchercherions en vain dans le répertoire ordinaire des couvents.\nQuelles sont donc ces inordinacionesblâmables ? En première\nligne, nous relèverons le déguisement des religieuse?. L'habi-\ntude semble très ancienne. Car dès le haut moyen âge, les Pères\nde l'Église et les sermonnaires s'élèvent contre cet usage. Les\npaïens déjà avaient accoutumé, aux kalendes de janvier, de se\nrevêtir de peaux de bêtes, porcs, vaches, cerfs, d'où le terme\nde ceruulusou ceruulapour désigner ce jeu. Les chrétiens ne\nles imitèrent que trop, car tour à tour les conciles, les écrivains\necclésiastiques, les auteurs de pénitentiels en font mention (1)\nL'évêque Faustin, cité par Du Cange, écrit avec beaucoup de\nbon sens : « Qui s enim sapiens credere poterit inueniri aliquos\nsanae mentis, qui ceruulum facientes in ferarum se uelint habi-\ntas commntari ? Alii uestiuntur pellibus pecudum, alii assumant\ncapita bestiarum, gaudentes et exultantes si taliter se in fermas\nspecies transformauerint, ut homines non esse uideantur (2) ».\nLe croirait-on ? ce ridicule traverse tout le moyen âge. A la fin\ndu treizième siècle, une curieuse miniature d'un manuscrit\nnous montre une bande de fous ainsi affublés et menant grand\ntapage (3). Au quinzième siècle, ces excès devinrent tels qu'ils\n\n(1) Voir Du CANGE, Glossarium, art. ceruula.\n(2) L'évêque Faustin vivait aux environs de Tan 400. Nous n'avons pu\nidentifier ce texte.\n(3) Paris, Bibl. Nat. fr. 146, fol. 36 v°. Nous y avons pris les scènes de\ncharivari reproduites ci-dessus."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.29", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "eurent pour conséquence l'interdiction de la fête des Innocents\ndans la presque totalité des diocèses de France, car le scan-\ndale devenait intolérable de voir les gens d'église, qui au très\ngrand vitupère et diffame de tout\ntoutes églises et lieux saints, comme dehors et mesmement durant\nle divin office plusieurs grandes insolences, dérisions, mocqueries,\nspectacles publics, de leurs corps\nindécents et non appartenants a\nd'habits et vestements de fols, de ge\nculiers, et les aucuns usants d'habits et vestements de femmes,\naucuns de faux visages, ou aut\nvestements et apostatant de leur estât et profession ( i). C'est un\npeu ce qui se passait en 1249 au monastère de Villarceaiax.\nNous avons dit déjà l'insuffisance de nos connaissances sur\nles danses du moyen âge : l'érudition a pu arriver à reconstituer\npar d'ingénieuses hypothèses quelques scénarios de\n\n(1) Lettre de Charles VII, du 17 avril 1445, dans Martène, Anecd. coll.}\nt.l, 1804."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.30", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "quelques petits fragments de balleries, à l'aide d'indications-\néparses dans l'œuvre immense de nos trouvères (1). Mais nous\nsommes fort hésitant pour expliquer avec précision le terme de\nchorea et l'expression ditcere choreas que nous rencontrons assez\nfréquemment dans le Journald'Odon Rigaud. La latinité clas-\nsique a employé ce mot au sens de « danse en chœur », disons\n« danse collective » (2). Du Cange le définit:\ntur, quae circa chorumfit (3), et cite à l'appui un passage d'un\ncérémonial de l'Église de Chartres. Mais il est évident que nous\nsommes, ici en présence de danses profanes et populaires. Nous\nen ignorons les pas, mais nous croyons bien que les danseurs\nfaisaient la chaîne et menaient une manière de farandole, sous\nla joyeuse conduite des clercs et des moniales, qui, pour endor-\nmir les scrupules de leur conscience, concluaient que la danse\nfaisait une partie intégrante du culte des Hébreux et que, dans\nl'Ecriture, on lit en propres termes: « Ce jour-là, David dansait\nde toutes ses forces devant l'Éternel, et il était ceint d'un éphod\nde lin (4). »\nOdon Rigaud mettait encore au nombre des inordinaciones,\nqu'entraînait dans son diocèse la fête des Innocents, la cou-\ntume suivante : ce jour-là, à Saint-Amand de Rouen, tandis\nque les vieilles moniales s'allaient coucher, une fois l'office de\ncomplies terminé, les plus jeunes restaient au chœur à chanter\nl'office et des proses, cantantes Le prélat\ndemande que, jeunes et vieilles, les religieuses se rendent au\ndortoir à la même heure. Il y avait donc dans cet isolement\nquelque péril pour les âmes, car, trente ans plus tôt, en\n1231, un concile de Rouen avait déjà légiféré dans le même\nsens :\n\n(i) BÉDIER (J.).—Les plus anciennes danses françaises, article publié\ndans la Revue des Deux Mondes, t. XXXI, p. 3gB et ss., janvier 1906.\n(2} TIBULLE, I, 3, 59. PROPERCE, lï, 19, i 5. VIRGILE, VI, 644»\nAUSONE, Epist.lV, 50.\n(3) Du CANGE, Glossarium, art. chorea.\n(4) II Samuel, vi, 14. M.Amédée Gastoué, dont on sait la haute com-\npétence dans les questions liturgico-musicales, nous fait observer que dans\nla liturgie grecque la danse religieuse existe encore. Ala cérémonie du\nmariage, tandis que le chœur commence le tropaire '[arasa peue, le prêtre,\nle diacre, les mariés et les témoins, se tenant par la main et portant des\ncierges, forment le cercle et tournent lentement au milieu du chœur, chan-\ntant avec les psaltes. Nous avons eu, pour notre part, l'occasion de voir à la\ncathédrale de Séviile la curieuse cérémonie des qui dansent devant\nl'autel en semaine sainte et à diverses fêtes de l'année en chantant au son\ndes instruments. Les seises sont de jeunes garçons vivant en communauté\npour préparer les offices, auxquels ils sont appelés à prendre part ; ils dan-\nsfent costumés à la mode du temps de Philippe 11."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.31", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "C. XX. Prohibeant similiter [sacerdotes] ne vigilie fiant in\neccîesiis, nisi in festo illins ecclesie sancti (1).\ncar, très souvent, nous retrouvons cette interdiction répétée\ndans les textes conciliaires et, quand les considérations qui\nl'accompagnent nous en font connaître la cause, c'est toujours\nparce qu'en ces veillées, la pénombre de l'église est favorable\naux hidi inhonesti, c'est-à-dire aux petits jeux coupables, et que\ntrop souvent milita turpia insequantuainsi qu'on peut lire en\n1260, au canon I du concile de Cognac (2).\nSouvent, en effet, dans ces veillées, il se glissait des brebis\ngaleuses, anciens clercs défroqués, qui avaient pris la vie nomade\ndu goliard, ou jongleurs de métier, qui avaient suivi la route\nbohémienne, celle des truands et des ribauds, et en aucun cas ne\npouvaient se poser en professeurs de morale. Les uns et les\nautres furent, à cette époque de notre histoire, l'effroi des mères\nde famille, qui, quand un de ces vagabonds passait, faisaient ren-\ntrer leurs filles, et des hauts dignitaires de l'Église, qui s'effor-\ncèrent constamment de garder les clercs de leur contact. Ces\ndiseurs de chansons s'introduisaient dans les églises et même\ndans les abbayes sous le prétexte, apparemment honnête, de\nchanter des petits vers, versiculi, sur ou sur\nDei, puis insensiblement ils quittaient l'air sérieux sous lequel\nils s'étaient fait admettre et s'acheminaient vers la satire de\nplus en plus acerbe, de plus en plus violente, de tout ce que\nl'Église propose au respect de ses fidèles, de toute autorité\nétablie, et nul n'était épargné, ni l'évêque, ni le roi, ni même la\npapauté. Nous n'en finirions pas de relever tous les textes où\ninterdiction est faite aux clercs de se trouver mêlés avec les\ngoliards, les histrions et les jongleurs (3).\nOdon Rigaud nous en fournit un de plus, quand il invite\nspécialement, en 1268, l'abbé de Jumièges à défendre l'accès de\nson église aux artistes vagabonds, dont le métier habituel\nn'était pas précisément de louer le Seigneur et d'exalter sa gloire.\nCombien, à l'heure présente, voyons-nous de braves curés, sans\nmalice et sans défiance, organiser avec le concours de chanteurs\net d'actrices en renom ces absurdités liturgiques qu'un euphé-\nmisme mondain appelle la messe des villégiatures\nd'été, et célébrer avec émotion cette entente cordiale de l'autel et\ndu théâtre ! Odon Rigaud, prélat plein de bon sens, venez visiter\nvos curés des plages normandes et promettez le paradis à ceux\n\n(1) MANSI, XXIII, 216.\n(2) MANSI, XXIII, i 033.\n(3) Dans un prochain travail, nous publierons la législation ecclésiastique\nsur ce point."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.32", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "qui ne mériteront pas de s'entendre dire, comme feu l'abbé de\nJumièges : monuimus eum quod histriones ab officio suo arceret\net consortia mulierum quarumcumque faites\ncette promesse, saint archevêque, vous ne vous engagerez guère\net ne risquerez point d'encombrer le paradis !\n3° Comment un chantre dou On\nconnaît le subterfuge des employés d'administration, qui utili-\nsent leurs heures de bureau à faire des travaux supplémentaires\npayés en sus de leurs appointements. L'artifice n'est point\nnouveau, nous en avons un exemple dans le cas de ces clercs\nappartenant au chapitre de Saint-Mellon de Pontoise, qui s'en\nallaient chanter dans les églises voisines au détriment du service\npour lequel ils étaient rémunérés.\nMardi, 6 juillet 124 g.\nVisitauimus capitulum Sancti Mellonis Pontisarensis... Inhibuimus\nne Henricus, capellanus altaris régis, locet opéras suas in aliis eccle-\nsiis, nec cantet alibi nisi in ecclesia sua assidue, p. 42]\nLundi, 6 mars 1256.\nVisitauimus capitulum Sancti Mellonis Pontisarensis... Item inhibui-\nmus dicto Luce ne de cetero cantet in capellania castri : quod si contra\nuenire presumpserit, ipsum animaduersione débita puniemus... fp.240 :\nOn voit qu'à Pontoise une confusion tendait à s'établir entre\nle chapitre de Saint-Mellon et la chapelle du château royal, dont\nle chapitre, à ce qu'il paraît, assurait le service. Odon Rigaud\ndésigne-t-il par le mot opéra suacomme le croit l'éditeur du\nJournal, M. Bonnin, les livres liturgiques copiés par les scribes\ndu monastère ? Il nous semble bien plutôt que le chapelain\nHenri louait, non les manuscrits, mais ses propres services,\nainsi que le contexte, cantet alibi, le laisse entendre.\n(A suiv\n\nPierre Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8", "titre_corps": "BEVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "BEVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "BEVUE DE LA QUINZAINE\n\nTHÉATRES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Le Clos, opéra ccmique en 4 actes, de MM. Mich 1 Carré et Charlde\nSilver.\nC'est avec Le Clos, de MM. Carré et Silver, que l'Opéra-Comique termine\nune saison où il nous éblouit de la magnificence décorative d'Aphrodite. En\ndépit de son allure quasi dramatique, Le Clos rappelle par plus d'un côté\nles pièces de tout repos que nous entendîmes jadis dans l'édifice matrimo-\nnial delà place Boïeldieu. Habilement cuisiné par un maître en la matière,\nM. Michel Carré, chef incomparable et au tour de main prestigieux, le\nlivret est tiré d'un roman fort oublié d'Amédée Achard : Le Clos pommier.\nBibliothèque rose ou Bibliothèque des Chemins de fer, comme vous vou-\ndrez. Voici l'histoire :\nIl y a un vieux Normand, le méchant et rapace Hennebaut, dont le fils\nPierre, grand beau gars qui ne connaît point de cruelles, courtise Gene-\nviève, la fille du garde champêtre Gervais, fonctionnaire aussi riche en\nfierté que pauvre en écus. Il y a aussi le tendre et héroïque fiancé de\nGeneviève, le marin Jean Simon, gueux plein de noblesse, mais destiné,\nhélas ! à être roulé. (Nous sommes en Normandie.) Il y a de gais lurons et\nune gaillarde nommée Margot, que les susdits lurons troussent à qui mieux\nmieux ; il y a, enfin, un délicieux clair de lune avec de vrais pommiers et\nsans doute de vraies pommes, et un huissier d'ombres chinoises du plus\npur « opéra comique ».\n« Opéra comique » dans toute sa saveur traditionnelle, s'affirme le pre-\nmier acte situé sur la place de Dives ensoleillée et joyeuse ; 011 entre, on\nsort, on babille, on se dispute, des choeurs évoluent selon la formule\nd'antan. Les Gprvais, père et fille, n'ont-ils point l'audace de repousser le\nfils Hennebaut, Geneviève préférant à ce richard son fiancé Simon ! Mais\nles Hennebaut possèdent plus d'un tour au fond de leur sac, et leur opu-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.34", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3839, "texte": "lence ne va pas sans quelque canaillerie ; ils jurent de se venger et feront\nvendre le Clos de leur débiteur, l'infortuné Gervais.\nAu 2e acte, nous assistons à cette cruelle opération; pendant qu'on ins-\ntrumente et que le vieux Gervais se lamente, Simon arrive; il vient de\nprendre héroïquement un parti cornélien; il sacrifiera son bonheur àla\ntranquillité de Gervais et de sa fille, et disparaîtra devant Pierre Henne-\nhaut.\nLe 3e acte montre Geneviève et Pierre mariés; intérieur de ferme cos-\nsue; dans la cour, une vraie charrette pleine de vraie paille que des drilles\ndénués de tristesse déchargent en chantant comme il sied. Les époux ne\nsont pas heureux; Geneviève penserait-elle encore au pauvre hère qui s'est\ndévoué pour elle ? Justement, Simon est revenu, et c'est de plus l'anniver-\nsaire de la mort du père Gervais. Geneviève veut aller revoir ce Clos où\ns'écoula son enfance. Simple ruse, pense Pierre Hennebaut, qui, affolé\nde jalousie, suit sa femme, le fusil à la main.\nNous revoici enfin dans le Clos tout baigné d'une tendre lumière azurée.\nPierre est à l'affût, et nous le sentons prêt aux pires déterminations. Gene-\nviève arrive, bientôt rejointe par Simon, dont les voyages n'ont point éteint\nla flamme; mais Geneviève résiste aux assauts de son amoureux; soudain\nretentit un coup de feu. Sans nul doute, Pierre s'est tué, s'écrie Geneviève\néperdue en chassant l'infortuné et importun Simon au moment où Pierre\nsort tranquillement de sa cachette ; il a simplement voulu éprouver sa\nfemme, et, avec une déconcertante bonhomie, il scelle d'un baiser son\nbonheur définitif. Le rideau tombe sur ce truc misérable.\nLa psychologie d'un pareil sujet s'avère assurément bien sommaire, dé-\npourvue non seulement de nuances, mais encore d'explications indispen-\nsables, et le personnage central de Geneviève figure tout unimentune inin-\ntéressante girouette; cependant, la main experte du librettiste a fourni à\nM. Silver nombre de scènes qui se prêtent fort bien à un commentaire\nmusical.\nM. Charles Silver, grand prix de Rome en 1891, s'était déjà fait connaître\npar un opéra-féerie en 4 actes représenté à Marseille, Bruxelles et Lyonr\nLa Belle au bois dormant) on avait encore entendu de lui au concert une\nOuverture de Bérénice, une Rapsodie sicilienne, un Poème carnavalesque.\nDès les premières mesures du Clos, nous sommes fixés; la musique, ici,\nn'affiche aucune tendance, je ne dirai pas révolutionnaire, mais seulement\nactuelle; elle se contente d'être élégante et correcte, et de s'aventurer en\ndehors des sentiers battus juste assez pour pimenter son honnêteté bour-\ngeoise, pour relever dun peu de fantaisie sa tenue de bon aloi. La parti-\ntion du Clos est incontestablement l'œuvre d'un excellent musicien; nous\nl'aurions seulement voulue plus « opéra comique » et moins « drame\nlyrique », nous l'aurions désirée plus franche comme esthétique et moins\nincertaine dans son orientation. Nous lui trouvons souvent des accents en\ncomplète disproportion avec le sujet; nous lui reprochons une tension, une\ngrandiloquence presque continuelles. Les auteurs désignent le Clos sous\nle vocable classique ô? opéra comique; or, la partition de M. Silver ne\nserait point déplacée dans quelque drame Scandinave et métaphysique,,\ntout tissé d'héroïsme et saturé de sublime, alors que le sublime est fort\nmalmené à Dives, et que l'on tient à nous rappeler que s'il y a des pommes\nen Normandie, on y trouve aussi des poires.\nSans doute, le musicien a eu d'heureuses inspirations; au premier acte, il\na fort ingénieusement utilisé des motifs populaires, et sa ronde normande\nsonne à merveille dans la paysannerie de la place de Dives. Plus tard, les\nlamentations de Gervais, les adieux de Jean Simon et son dialogue avec\nPierre ne manquent pas de pathétique. Tout le troisième acte est très bien"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.35", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3436, "texte": "venu, musicalement parlant : il y a là de petits coins d'orchestre véritable-\nment délicieux; la musique ne se hausse pas désespérément au-dessus des\nsituations ; elle s'y accommode et s'y ajuste au plus près ; écoutez ces amu-\nsants dessins de basson durant la scène entre le vieil Hennebaut et Gene-\nviève : ne dirait-on pas quelque souvenir lointain des Maîtres-Chanteurs?\nTout ce passage respire une exquise bonhomie. Le Madrigal de la Soupe\naux choux, La Soupe aux choux, c'est ton image, s'épanouit dans une\natmosphère de grosse joie bien portante qui fait plaisir.\nMais à côté de ces oasis que de tumulte, que d'encombrement musical !\nL'orchestre alourdi par l'emploi presque constant du quatuor s'enfle déme-\nsurément, déborde et submerge la frêle historiette. Un exemple de cette\nenflure, c'est le long, le trop long prélude instrumental du quatrième acte,\nmontagne qui va accoucher d'une souris. A quel cataclysme, à quels écrou-\nlements de Walhalla, à quel phénomène tétralogique allons-nous assister,\ngrands dieux ? Vers quel but terrifiant et lointain s'emporte cet orchestre\nhaletant î Que signifie cette course à l'abîme? Tout simplement l'annonce\nd'une grosse farce de Normand finaud... En vérité, ceci manque d'équilibre,\net l'ironie n'est point le fait de la musique.\nOn peut, du reste, se demander si les vociférations, la déclamation hysté-\nrique et la gesticulation éperdue qui se rencontrent dans maint drame\nlyrique contemporain apportent vraiment quelque agrandissement au sujet,\nsi tous les condiments de la musique, prodigués sans mesure, s'accordent\nbien avec le besoin d'un art sincère et juste qui nous possède, si, en un\nmot, le commentaire musical, loin d'ajouter à l'émotion dramatique, ne\ncompromet point celle-ci en poussant à la charge, à la caricature. Il est un\nverbiage musical qui paraît insupportable,, et Saint-Evremond avait peut-\nêtre raison en critiquant le genre opéra.\nL'interprétation du Clos est excellente ; l'orchestre de M. Luigini a dé-\ntaillé avec soin la partition. L'aimable voix de Marie Thiéry est mise\nparfois à une rude épreuve, car cette jeune Normande de Geneviève crie\nautant qu'elle roucoule ; M. Clément dans le rôle ingrat de l'amoureux\nberné a fait valoir sa belle voix de ténor, et dans le Pierre de M. Dufranne\nnous reconnûmes avec joie les accents de Golaud. Il n'y a que des éloges à\nadresser à tous les artistes chargés des rôles secondaires; quant àla mise\nen scène, nous n'étonnerons personne en la déclarant parfaite.\n\nL. L. L.\n\nNOTES SUR RISLER, INTERPRÈTE DE BEETHOVEN.\n\nConviction, conscience, simplicité, sonorité, sérénité, fraîcheur, poésie,\ntimbre extraordinaire aux résonances cristallines, légèreté vigoureuse ou\nvigueur légère, force intérieure qui se dérobe sous la caresse de l'enve-\nloppe, émotion d'autant plus vive qu'elle est plus indépendante et discrète,\net d'abord, et surtout, cette probité, cette grande honnêteté qui s'exprime\ndans la correction sans attitude et dans les bons yeux bleus de l'artiste au-\ntant que dans le toucher merveilleux du pianiste : nous tâcherons de définir\nbientôt ce crescendo délicat dans l'exquis, ce printemps de charme après cet\nautomne de force, cette résurrection merveilleusement originale des trente-\ndeux sonates beethovéniennes sur la morbidesse robuste et contrastée de\nl'Erard après leur étonnante évocation sur la sonore monochromie du\nPleyel : une expérience d'interprète..."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.36", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "Nous parlerons sans parti pris : ce sera notre seule originalité. Voici,,\nd'ailleurs, seulement, les quelques mots crayonnés par abréviations sur nos\nhuit programmes.\n★\n¥ *\nAu NOUVEAU-THEATRE, les dimanches 6, i 3 et 20 mai 1906. Quel Théo-\nphile Gautier musicien saurait faire le parallèle entre ces deux versions ?\nDeux traductions ; un même traducteur. Et toujours Beethoven, avec les\ncandides audaces de Top. 2, le 6 mai, les promesses accentuées par Top.\n10, le i 3 mai, et cette déjà si beethovénienne Pathétique (op. i 3) d'un ra-\ndieux 20 mai 1906, immédiatement suivie du double sourire estompé de\nFop. 14 où ce bon Viennois de Schindler voyait plus tard la lutte amou-\nreuse de deux principes! Aussi bien la sonate op. 14, no 2, en sol majeur,\nexhale poétiquement la malice féminine et la coquetterie native de Marce-\nline dans la première scène d'intimité d'un futur Fidelio sublime ! Beetho-\nven sait sourire et Risler aussi.\nNos snobs ne le savent pas tous. Mais ils sont confondus, ici, dans la\nfoule devenue légion sacrée des Beethovéniens.\nRevoici donc, dans la fraîche pénombre du Nouveau-Théâtre, tous les\nfidèles des chaudes soirées de la salle Empire de Pleyel : Diémer et ses dis-\nciples, M. et Mme Camille Bellaigue, le comte Vitelschi, Jean Chantavoine,\nAlbert Dayrolles, Théodore Dubois, Alphonse Duvernoy, Reynaldo Hahn,\nl'éditeur Chapelot, Paul Gaultier, René Brancour, « tête fine de poète », et\nVuillermoz, et l'Ouvreuse entrevue, et l'assiduité sérieuse de Mne Marthe\nDron, trop loyalement artiste pour ne plus s'intéresser au piano de ses\ngrands aînés î On entrevoit la rousseur pâle de Paderewsky, venu de\n10in... Les partitions bruissent dans le silence d'un adagio méditatif...\nTout le monde suit sur le texte, sauf l'exécutant. Et combien la lutte élec-\ntorale apparaît lointaine! Enfin, souhaitons le prompt retour de Georges\nVanor en cette famille improvisée par une ardente sympathie, où quelques\nvieillards sourds sommeillent seuls avec le Poète aveugle, alors que la\nMusique nous met au front son baiser de reine..,\n•k\n* *\nAu NOUVEAU-THEATRE, le dimanche 27 mai et le jeudi soir 3I mai.—\nHélas! non, Georges Vanor ne reviendra plus dans la famille improvisée\ndes admirateurs de Risler ! Le cher conférencier mélomane 11e s'extasiera\nplus avec ses voisins enthousiastes et ses amis inconnus, silencieusement\ntransportés par une Pathétique aux pédales bouillonnantes, immédiatement\nsuivie du double sourire humoristique de l'op. 14!\nLe décor lui-même ne sera plus bientôt, puisqu'ici-bas tout meurt\nsauf le génie... Dans cette poussière funèbre, on se croirait dans un nou-\nveau Pompéi menacé par un invisible Vésuve... C'en est fait du Nouveau-\nThéâtre, où Risler, interprète de Beethoven, nous a proposé, depuis quatre\nans, de si beaux souvenirs! Et l'Ouvreuse ou Willy, qui se dit myope pour\nmieux voir, a vu Risler entrer avec un galon de plâtre... Les frises effilo-\nchées, les herses penchées, les loges délabrées, les fauteuils branlants\ncomme le chef des vieux qui somnolent, une veilleuse entrevue dans les\nprofondeurs, le décor a pris l'aspect d'un chantier décadent .. Quand le\nmonde finira, faute de soleil, c'est ainsi que les derniers Beethovéniens se\ngrouperont frileusement dans une ruine sordide afin d'entendre, une der-\nnière fois, l'une, au moins, des trente-deux sonates immortelles et périssa-\nbles, puisque tout passe, même le génie..."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.37", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "En attendant cette grande nuit, ou plutôt notre propre mort, moins\nlointaine, jouissons sans arrière-pensée de cette délicatesse qui contient\ntant de puissance; applaudissons ce formidable et charmant: éternelle-\nment fugitives, éternellement renaissantes, les trente-deux sonates de\nBeethoven interprétées par Risler ont pris une physionomie nouvelle en\npassant du clavier résistant d'un Pleyel au clavier plastique d'un Erard;\net, croyez-moi, ce n'est pas une simple question d'étouffoirs ! Dans une\ntraduction, n'oublions jamais la personnalité du traducteur.\nLes derniers romantiques seraient tentés de reprocher à la\n(op. 13) de Risler, et même à son Cl (op. 27, n° 2) de ne pas\nêtre assez romantiques ; d'autres intransigeants sembleraient enclins à s'en\nprendre au fini des nuances, aux curiosités du détail : nous tâcherons de\ndémontrer que ces deux légers griefs, qui paraissent de proches parents,\nsont contradictoires; mais, après le des trente-deux sonates beethové-\nniennes, personne n'oserait plus redire, avec les petites filles au catogan\nmoqueur d'antan ; « Risler vise à l'effet; Risler joue moins bien.» Il\njoue peut-être autrement; ce qu'il faudrait démontrer. Mais la langue fran-\nçaise, ou toute langue humaine, est bien pauvre pour parler musique.\nAcclamons brièvement, pour nous faire comprendre, la marche funèbre,\naux émouvants contrastes, de l'op. 26, et les deux fantaisies, si contrastées,\nde l'op. 27 avant le retour classique de Beethoven à la Pastorale (op. 28),\noù l'andante a des lointains si mélancoliquement purs et de si cristallines\nperspectives! Enfin, le poétique op. 3i n° 3 fut délicieusement notre\nadieu définitif au Nouveau-Théâtre...\n*\n¥ *\nSALLE ERARD, les 7, 12 et 16 juin. Dans ce décor nouveau pour l'in-\nterprète, la famille se retrouve, la famille est complète... Georges Vanor\nseul est absent.\nRevoici tous nos Beethovéniens et Rislériens habituels, en ces soirs de\nprintemps aussifroidement maussades rue du Mail que les soirées d'automne\nétaient lourdement pluvieuses ou neigeuses aux alentours de Pleyel... Re-\nvoici M. et Mme José de Charmoy, Charles Malherbe, qui se réserve pour\nles grands soirs, et Prod'homme, qui vient d'écrire sur Beethoven après\navoir écrit sur Berlioz, savamment toujours. Maurice Dumesnil, le jeune\npianiste, lauréat de 1905, applaudit à tout rompre non loin de Mme Dan-\ndelot. De jeunes prix récents ou des concurrents prochains font un beau\ntapage. Gomme Paderewsky, le premier dimanche, Planté se faufile afin\nd'entendre YAppassionata ; Cortot vient pour la 106. Et tout un bataillon\nde jeunes espoirs du piano : Germaine Arnaud, qui donna deux récitals au\nprintemps; Antoinette Lamy, qui s'est auréolée de gracieuse gloire dans\nles vingt-quatre préludes de Chopin; et Lucie Caffaret, blonde et rose,\npenchée sur le grand cahier des sonates avec un gentil mouvement d'ange\nmusicien de Giovanni Bellini... Leur maître Alphonse Duvernoy se réjouit\nhomériquement dans son cœur.\nEt sa joie d'amoureux d'art doit se surprendre plus vive encore en écou-\ntant, dans cette atmosphère exceptionnellement excellente d'une salle dé-\ncorative, ces belles ou sublimes ressuscitées qui se nomment VAurore\n- (op. 53); 1' Appasionata(op. 57), qui semble la vaillance même et qui faisait\npleurer Bismarck; l'op. 78, en fa dièse majeur, trop délicat hommage à la\nglaciale Thérèse, comtesse de Brunswick, qui n'eut point le cœur de se\ndévouer au génie souffrant ; le badinage de l'op. 79, intermezzo préféré\npar l'ironie qui redoute le crescendo du sublime; les Adieux, VAbsence et\nle Retour {op. 81 a), trilogie plus explicite, qui dramatise volontairement"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.38", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "la chaste sonate; et l'op. 90, non moins tendre et si pur, et Top. 101,\noù l'influence de Bach et la fugue renaissante apparaissent; enfin, ce qua-\ndruple testament du génie, qui n'a d'égal que le langage, surnaturel à force\nd'être humain, des derniers quatuors ou que la robuste élégie chantée par\nl'adagio cantabile de la Neuvième : les trois-quarts d'heure ineffablement\nlangoureux ou puissants de la 106, les incomparables variations de la 109,\nla débordante mélodie de la 110, le paysage d'âme delà ni, ce chef-\nd'œuvre entre les derniers chefs-d'œuvre, cet éclair en ut mineur, où l'on\ndirait :\nQu'un Sinaï descend sur la campagne en pleurs ..\nVoilà le grand art émancipé qui n'est plus que l'effusion d'un grand\ncœur ! Voilà le vrai Beethoven, et le vrai Risler, pendant cent cinq\nminutes consacrées à l'imperturbable résurrection de quatre chefs-d'œu-\nvre, ultima verba !\nPour mieux distinguer encore Y interprète du virtuose, nous reviendrons\nun jour sur le cher grand souvenir de ces exemplaires séances où tant de\nflamme s'unissait à tant de sagesse.\nEn écoutant Risler, on oublie le traducteur ou l'intermédiaire lumineux,\npour apercevoir l'ombre géante de Beethoven à son piano nocturne... Et\nvoilà pourquoi, spontanément, au lieu de lui crier bravo, nous lui disons\nViXerc 1.\nParis, mai-juin 190 G.\n\nRaymond Bouyer.\n\nCONCERTS\nCONCERT A. CORTOT. En un triptyque musical, M. Gortot évoqua les\nromantiques du piano. Après Chopin et Schumann, Liszt nous fut présenté\ndans sa musique de chambre. Nul musicien n'était moins apte à traiter\ncette branche d'un art où l'austérité doit s'allier à une sensibilité sans exa-\ngération comme sans faiblesse. Liszt, qui fut un dieu du piano, a laissé pour\ncet instrument des œuvres qui témoignent d'une rare connaissance de ses\nressources, mais quiportent trop ce cachet fébrile qui caractérise ses poèmes\nsymphoniques.\nLa Sonate en si mineur dédiée à Schumann est un amalgame brillant où\ngisent pêle-mêle souvenirs de la steppe hongroise, mystiques harmonies\nparsifalesques et traits redoutables. On peut trouver cela très beau, on\npeut avoir une opinion tout opposée, ce qui est mon cas : la question est\naffaire de tempérament. Cependant on ne peut que rendre hommage au\ntalent de M. A. Cortot, qui, dans ses bons jours, est un de nos plus mer-\nveilleux pianistes. Son jeu coloré et vibrant s'accommode d'ailleurs de cette\nmusique où sa virtuosité peut se donner libre cours. Dans le Concerto en\nmi , M. Enesco tint avec une maestria surprenante le piano d'accompa-\ngnement et se couvrit de gloire en exécutant une belle série de traits en\noctave àla main gauche. Bientôt, nous applaudirons M. Enesco jouant\nalternativement dans un concert du violon et du piano.\nM. Cortot nous présentait en plus de cette attraction des poèmes vocaux\nfort peu connus et dont Mme Adiny donna une interprétation bien allemande»"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.39", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "Les Trois Bohémiens perdent beaucoup à être accompagnés au piano,\nmême par M. Cortot, et les autres mélodies sur des poèmes de Gœthe et de\nLenau sont peu intéressantes. Déclamés avec cette ampleur théâtrale que\nles Allemands apportent à la moindre bluette, ils fatiguent et exaspèrent et\nne laissent point cette impression d'exquise fraîcheur que donne la Bonne\nChanson.\nCH. CHAMBELLAN.\nSÉANCE YSAYE-PUGNO. Pour terminer avec toute la solennité et la\npompe voulue Tannée artistique, M. Dandelot aurait eu à chercher long-\ntemps avant de trouver mieux.\nLe 3o mai, Ysaye et Pugno se sont fait entendre au Nouveau-Théâtre\ndevant une salle comble, où près de 2.000 personnes les ont chaleureuse-\nment acclamés.\nIl est matériellement impossible de faire de ce mémorable concert (qu'en\ntoute justice on doit placer àla tête des grandes auditions artistiques de\nla saison entière) un compte rendu assez enthousiaste pour communiquer\nau lecteur la vingt-millième partie de l'impression qu'il a produite.\nJe me bornerai donc à le relater d'une façon pour ainsi dire officielle. Ces\nlignes ne pourront que rappeler aux heureux assistants une soirée quasi\nhistorique ; ainsi, le plus petit vase rapporté d'un pays étranger où il fut\nfêté, permet à un artiste de goûter bien longtemps après, comme une se-\nconde fois, les joies de cet ancien triomphe que la vue du bibelot évoque,\nvivaces dans son imagination.\nBien secondés par la bonne volonté et les qualités remarquables de\nMM. Ten H ave, Denayer et J. Salmon, les deux monarques de l'archet et\ndu clavier (comme dit Willy) ont interprété d'abord le Quintette de Franck.\nEug. Ysaye a joué ensuite comme lui seul sait le faire la sonate 3 de\nHândel ; c'est pourquoi on Ta obligé à ajouter un morceau au pro-\ngramme.\nC'est alors le tour de celui auquel les auditeurs et la presse des grands\ncentres artistiques du nouveau monde viennent de confirmer le titre de\nRoi des Pianistes qu'on lui donnait depuis longtemps déjà chez nous. Il\nétait d'autant plus désiré que l'op. 3i (n° 2) qu'il devait jouer était inscrit\npour le lendemain sur les affiches de Risler.\nM. Pugno a dépassé, si c'était possible, tout ce que son glorieux passé\npermettait d'espérer de lui. Son interprétation a soulevé une tempête d'ap-\nplaudissements, de vivats et de trépignements une petite émeute. Il adû\nrevenir, et avec l'admirable délicatesse nonchalante qui lui est propre et\nqu'aucun n'a jamais pu atteindre, il a enlevé comme en se jouant une petite\npièce que tous auraient voulu encore entendre.\nLa soirée a fini par le quintette de Schumann qui a porté l'émotion à\nson plus haut point; particulièrement le 2e mouvement [in moddo d'una\nmarcia) dont les sonorités mystérieuses ont été admirables.\nCe concert est, je pense, d'une valeur et d'un intérêt un peu plus consi-\ndérables que certains festivals de cet hiver, car, jamais peut-être depuis que\nleurs deux noms sont mis sur l'affiche, les deux célèbres virtuoses n'ont eu\nun succès plus grand ni plus mérité.\nRENÉE CHEMET ET CAMILLE DECREUS. Deux jeunes artistes français\nont montré que l'Ecole française pouvait rivaliser non sans avantages avec\nles Ecoles étrangères.\nLe grand nombre de virtuoses d'outre-frontières que nous avons eus cet\nhiver n'a servi qu'à nous montrer que nous possédions en Mlle R. Chemet"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "et M. Cam. Decreus deux véritables artistes. Mlle R. Chemet, qui possède un\ntempérament fougueux et un mécanisme très à l'aise, a joué l'andante du\nConcerto de Max Bruch avec une émotion et une ampleur de son remar-\nquables ; elle a montré de réelles qualités dans le scherzo de la\nespagnole de Lalo.\nM. Decreus est simple en même temps qu'émouvant. On a fort apprécié\nson exécution des Variations de Liszt sur un motif de Bach ainsi que son\ninterprétation de l'op. 27 (11° 2) de Beethoven.\nJe devrais citer le programme entier s'il me fallait annoncer les morceaux\nque le public a applaudis. Encore une fois, l'Ecole française peut être fière\nde Mile Chemet et de M. Decreus.\nCERCLE MUSICAL. Le Cercle musical (Gabriel Fauré, président;\nCh. Domergue, Dr) nous a fait passer le 18 une agréable après-midi.\nM. Plamondon, dans un fort bon style très pur et un peu vieillot, a soupiré\nl'air de Cosi fan tuttedéjà entendu la veille au soir, aux « Agriculteurs ».\n11 a ensuite chanté deux compositions de M. Domergue dont la 2e\nqui a été bissée ne manque pas d'originalité. Grâce au talent de MUe H.\nRenée, nous avons applaudi sa transcription de la 2 de Debussy\n(jouée avec la ire, à son concert, le i 3 février, chez Erard). Puis une élé-\ngante Contemplation signée H. Renée ; enfin un de Fauré.\nM'le Lindsay a dit d'une façon dramatique, un peu théâtrale peut-être :\nAprès un Rêve,de Fauré, ensuite, Dans que son\ninterprétation gracieuse et souriante a fait bisser. Pour finir je relaterai\nseulement l'exécution chaleureuse que M. F. Touche et M. Lucien\nWùrmser ont donnée de l'immortelle Sonate de Franck. Car si je disais tout\nle bien que je pense de la manière dont M. Wùrmser a remplacé dans le\nquatuor M. Fauré empêché, je serais certainement taxé d'exagération et\nde parti pris. Bonne interprétation du i3e quatuor de Beethoven.\nPAUL DUBOT.\n\nCOURRIER DE BORDEAUX.\n\nLA SAISON THÉÂTRALE. Il faut être juste, même envers un directeur\nde théâtre. Celui de Bordeaux, M. Frédéric Boyer, est aux prises avec un\npublic qui met de la férocité dans l'incompréhension, et qui, depuis Ma-\nnon, s'est refusé à accepter aucune nouveauté. Louise même n'a pu se faire\nadopter ;ce n'est pas que la vulgarité et le pathos en aient déplu : on a\ntrouvé cela « trop savant ». On s'est résigné à subir deux représenta-\ntions par an de Lohengrin ; mais seuls les « révolutionnaires » y assistent.\nC'est assurément à cette inertie du public qu'est due la monotonie de\nnotre saison lyrique.\nCette année, la troupe d'opéra était médiocre. M. Gautier (de l'Opéra-\nComique) est l'homme des Huguenots : mais son intelligence musicale\nreste problématique et sa voix forte manque par trop de distinction.\nM. Auber est un baryton volontaire, mais inégal ; il n'arrive pas toujours à\nla justesse. Mile Thérèse Clément fait preuve d'une bonne volonté désar-\nmante ; elle me donnait envie de pleurer, tant elle avait l'air de peiner pour\nfaire marcher sa triste voix. M. Sylvain, basse uniforme mais convenable,\net M»0 Marguerite Dhumon (contralto), qui, à défaut d'une voix ferme,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.41", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3682, "texte": "montrait de 1 habileté dramatique, valaient mieux que les autres Mais la\nC°m!qif étalt excellente dans l'ensemble. Si M«« Rolland\np s sotte,_ manquait de voix, M. André Morati, qui fut, je crois de l'O-\npera-Comique, avait un très joli timbre. M. Cotreuil chantait avec un art\nSTJiI*#. ™ «*»?»•> « révélait for, fdrôh /nfin et su\"\ntout M Magne déployait une voix encore un peu inculte mais d'nnp\n\\èvTvteJuiënciTe' Le théâM 6de Monnaie> qui adu go'ût, nous en-\nleve, païait-il, cette remarquable artiste ! Nous perdons beaucoup\nn'est pas1 oTl? n'î B°Jer \"ous/ donné Ia Damnation de Faust. Ce\np , on le voit, par de 1 inédit que s'est ouverte la saison f a\nDamnation, a peu près inconnue du public qui fréquente le théâtre a' ob\nsoignée mise en scte étaif tt\nsoignée et lon admirait au 2e acte une valse des Svlphes dansée nar rlps\nnhardrMalhTnneS'CelleSimêmeS qu'on vit »adis ™ théâtre Sarah-Ber-\nhardt. Malheureusement leur engagement ne durait que deux mois. Et\nquand el es partirent, l'enthousiasme si imprévu des Bordelais pour Berlioz\ns'apra soud!,in-Des sens «a'ëô, eSs\nque aans le ballet des Sylphes « la musique aussi était bien jolie » dédai-\ngnèrent cette meme musique dès qu'elle ne souligna plus que les' évolu-\ntions terrestres des habituelles danseuses. La ne fut plus jouée\n1S a n?°.ltl® Prix> i'ose risquer ici un paradoxe, qui fera bondir\npeuïrutairnn'aSer>eUX'CaVat\"Cfai qUe 06 b°n public' dans sa franchise un\npeu brutale, n avait pas tout a fait tort. Pour se faire écouter jusqu'au bout\n- Berlioz> en en-\nmettr,e.fn muusique le Faust de Gœthe, s'inquiétait sans doute\nfort peu du sens philosophique de l'œuvre. Son imagination ardente mais\nresPautsC 1 an'ifn' déHre mpide Une foule de scènes Pitto-\nle, Mm'.q t aglS?alt dC Presenter successivement au spectateur comme\nles tableaux d une lanterne magique. Et c'est bien en effet un défilé de\nianterne magique, une collection de gravures bonnes ou mauvaises une\nrapsodie de thèmes hétérogènes que cette étonnante Aucune\naison intérieure, aucune continuité, aucun drame. Dès lors il faut bien que\ni œuvre, pour conserver son identité, se développe en un seul lieu, il faut\nque on reconnaisse les personnages sur la scène pour savoir que c'est\ntoujours des memes qu'il s'agit; en un mot, il faut que l'unité extérieure\nremplace 1 unité profonde. Et puis il n'est pas mal que la couleur du dé-\ncor rehausse la couleur musicale, un peu défraîchie déjà. Sur notre théâtre\ncette collaboration du machiniste avec le musicien fut réalisée avec tact '\nce a e grand succès ; de là aussi la chute, quand la mise en scène perdit\nson Plus bel ornement. —La damnation fut chantée par M. Cotreuil excel\nlent Mephts.ophélés e. tantôt par M. Morati et Mll. Clément tantôt par\nM. Gautier et M~ Magne. L'orchestre, dirigé par M. Montagne, montra de\nla vaillance et de la cohésion.\nAvant que le succès de la Damnation fût complètement épuisé, M. Boyer\nnous offrit le Chérubin de Massenet et Y Henri VIII de Saint-Saëns. Cette\nderniere œuvre est assez connue pour qu'il me suffise d'en noter l'interpré-\ntation convenable par la troupe d'opéra. Le ballet (la Fête du Houblon) fit\nortune et survécut a la pièce, qui obtint seulement six représentations.\nQuant a. Chérubin, les Bordelais lui firent, bien inconsciemment exnier le\ncrime d avoir supplanté Pelléas l'an dernier à l'Opéra-Comique • à la\ntroisième représentation la salle était vide : il y a une justice immanente.\nIres ephemere fut également ï Anniversa de M. Adalbert Mercier si\nephemere que je ne pus l'entendre. '\nPuis vinrent des œuvres un peu plus intéressantes. A la place\nqu on nous promet depuis vingt ans, nous eûmes Les Girondins de M. Le"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3798, "texte": "Borne. Ce drame lyrique, encore inconnu à Paris, a depuis quelque\ntemps une certaine vogue en province. Il a été représenté successivement\nà Rouen, à Lyon et, cette année même, à Marseille. A vrai dire, je crains\nque son succès ne provienne surtout de ce qu'on y entend la\net la Carmagnole, et aussi de ce que la déesse Raison y exhibe un costume\nhistoriquement sommaire. Cependant l'œuvre mérite l'attention. Le livret\nen pouvait être original ; il n'est que stupide. Mais M. Le Borne est\nconsciencieux ; il a travaillé sa musique avec grand soin ; il s est applique,\ntrop appliqué peut-être, et, comme il est encore sous la domination wagne-\nrienne son Ducos et son Boyer-Fonfrède s'expriment un peu trop selon les\nformules de Siegfried et de Wotan. C'est de la bonne copie, mettons de la\nbonne transposition : ce n'est guère davantage. Sans doute M. Le Borne\nn'ienore pas nos grands artistes contemporains ; mais il a trop peu écouté leur\nenseignement. De là sans doute cette lourdeur, cet embarras et ce man-\nque de distinction qui sont les défauts les plus de œuvre.\nPuis le musicien paraît avoir un penchant naturel a 1 enflure : c est\npourquoi son lyrisme ressemble par trop à l'éloquence amphigourique des\nhéros révolutionnaires. Mais il faut lui être reconnaissant d avoir fait un\nerand effort vers la puissance et la solidité. Les furent bien chan-\ntés par M. Cotreuil, passablement par M. Auber et MHe Dhumon, mal par\nM Gautier et M»® Clément. Les chœurs firent des tentatives desesperees\npour attraper de temps en temps la mesure et même la tonalité. L or-\nchestre se montra hésitant. Six représentations épuisèrent le succès.\nQuant à la Trouve Jolicœur de M. Arthur Coquard, on la joua seulement\ntrois fois. M. Coquard offrit pourtant aux auditeurs de la première une\nintéressante conférence. J'en retiendrai non pas l'exposition de sa « poé-\ntique », qui apparut assez simpliste, disons même assez candide, mais a-\npercu général sur l'histoire de la musique, qui servit de conclusion a ora-\nteur. Suivant M. Coquard, la musique a procédé par périodes successives\nde complication et de simplification. Le chant grégorien unl a\ndonné naissance à la polyphonie touffue du xvie siècle. Puis Monteverdi a\nramené la clarté mélodique. Mais Bach et Hœndel, ayant de nouveau com-\npliqué l'harmonie, ont provoqué la réaction nécessaire de Mozart et de\nHaydn ; et ainsi de suite jusqu'à nos jours. M. Coquard n'entend pas pré-\nférer les périodes simples aux périodes complexes ; mais, en présence de\nnotre musique contemporaine, il ne peut s'empêcher de souhaiter un 1 e-\nrateur qui nous mène hors de l'obscure forêt wagnérienne. vrai\ndire, il nous semble que ce libérateur est venu et qu'il s'appelle Debussy.\nCar, malgré les apparences, ce sont bien les plus primitives et les plus\nsimples sonorités que Debussy reconstitue ; si elles à quelques-\nuns si étranges et si « savantes-», c'est qu'une éducation factice les égaré\net que leur oreille, ayant perdu sa sensualité première juge « naturelles »\nles combinaisons les plus artificielles. Mais c'est là une opinion que\nM. Coquard repousserait avec énergie (1) ; il n'y faut donc point insister.\nLa musique de la Troupe Jolicœur m'a semblé difficile à caractériser. Le\nsentimentalisme en est déplaisant ; et pourtant il n y manque pas abso li-\nment de distinction. Ce n'est pas le gros mélo ni le bagout, parfois puis-\nsant, de Louise.C'est quelque chose de plus mièvre, de plus étriqué, de\nplus à l'usage des jeunes filles qui viennent d'entrer dans le monde. Il n y\na pas une faute de mauvais goût ; mais on y sent perpétuellement un je ne\n\n(1) Voyez dans le Correspondant du 10 septembre igos :\nâges, où, tout en rendant hommage au grand art de Debussy, M. Coquard proclame\nson œuvre dangereuse (p. 989-90)."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.43", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3844, "texte": "sais quoi d'un peu bébête. D'ailleurs M. Coquard écrit pour l'orchestre\navec une grande habileté et il a, bien plus que M. Le Borne, le tour de\nmain. La TroupeJolicœur donna occasion à Mme Magne (Geneviève) de\nfaire admirer sa splendide voix. Mlle Dhumon fut rude et maternelle à\nsouhait dans Mme Jolicœur ; on crut s'apercevoir que le dénoue-\nment lui avait arraché de vraies larmes; on ne sait jamais. M. Les-\ntelly (Jean Taureau) se montra bon comédien et bon chanteur. Les\nautres, y compris M. Granier (Jacques) qui frisa le grotesque, restèrent\nau-dessous du médiocre» M. Ernaldy conduisait très convenablement\nl'orchestre.\nL'œuvre de M. Coquard fut la dernière pièce nouvelle delà saison,\nM. Boyer, voyant que le public rechignait sur tout ce qu'on lui offrait,\nrevint à l'ancien système des représentations extraordinaires avec le con-\ncours d'artistes étrangers. Il appela successivement Mme Gerville-Réache,\nMlle Chambellan, M. Scaremberg, Mme Passama, Mlle Lalla Miranda, enfin\nM. Delmas et Mlle Mendès.\npensionnaires ; elle tenait jadis des rôles très modestes ; son séjour àla\nMonnaie lui a donné du prestige. D'ailleurs, sa voix a gagné en am-\npleur et en netteté ; mais la prononciation reste inintelligible. Elle chanta\nLucie de Lammerrnoor ; j'avoue que cette musique, qui n'y entend pas\nmalice et qui se livre dans sa nudité ingénue, m'agace cent fois moins\nque les maquillages massénétiques ;je n'aime pas le faisandé. C'est pour-\nquoi je déteste Thaïs, que M. Delmas vint nous chanter. Tous les trucs,\ntoutes les ficelles y sont mis en œuvre avec une habileté qu'on pourrait\ndire sataniqùe, si l'on ne craignait de lui faire trop d'honneur. La passion,\nla volupté, la couleur locale même, tout est en simili; il ne faut que gratter\ndu doigt, cela s'écaille. 11 y a même cette facilité déplorable, qui s'arrange\npour singer la spontanéité. Et par instants on se laisse presque prendre,\ntout cela est si prestigieusement arrangé, rabiboché, plâtré, que l'on\nse demande parfois si ce n'est pas « du vrai ».Mais ce n'est pas «du vrai »,\net tout l'art de M. Delmas ne suffira jamais à rendre supportable le grand\nair d'Alexandrie ou le duo de l'Oasis. Delmas, qui obtint l'an dernier\nun grand succès dans Wotan, a eu tort de se représenter chez nous sous\nles traits d'AthanaëL Comme pour l'en punir, sa voix se montra, ce soir-\nlà, quelque peu réfractaire. Quant à Mlle Mendès (Thaïs), elle chante bien\nmal et son timbre est bien désagréable.\nIl n'en est pas de même de MUe Maria Gay, qui se fit entendre dans Car-\nmen avant de chanter à Paris l'œuvre de Bizet. J'ai vu bien des Carmen,\nmais aucune, je crois, qui fût aussi parfaite. D'abord Maria Gay a l'art de\nces gestes violents, ingénus et pervers, qui sont essentiellement espagnols ;\nelle ale tour de rein, le « salero » national. Et puis elle a sa voix si sou-\nple, si murmurante, si brûlante, si tragique par instants. Elle distille la\nhabanera avec des inflexions subtilement provocatrices, elle emporte la\nséguidille dans un tourbillon de rage sensuelle, et si elle faillit un peu\ndans la Chanson Bohême, elle donne à l'air du Trio des Cartes une inten-\nsité dramatique insoupçonnable : vers la fin on sent comme la fatalité de\nla mort se déployer sur l'éclat sombre des cuivres. Je n'ai pu malheureuse-\nment l'entendre dans le duo final. Le rôle de Dalila convenait moins à\nMaria Gay que celui de Carmen. Elle y a été cependant fort intéressante,\net personne n'a songé à lui reprocher de ralentir un peu la mesure, comme\nsi elle se complaisait à dérouler les grandes caresses de sa voix ; cepen-\ndant son jeu un peu fébrile contrastait désagréablement avec les lenteurs\noù elle s'attardait en chantant.\nLa saison théâtrale s'est achevée par une reprise du Jongleur de Notre-\nDame. M. Frédéric Boyer lui-même a chanté avec art le rôle du Frère"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "Boniface. Mais que cette musique est plate et que ce « miracle en 3 actes »\nest interminable !\nPeut-être pensera-t-on, en achevant de lire ce compte rendu, que j'ai\nfort exagéré la monotonie de notre saison lyrique. Mais il faut songer que\nchacune des pièces nouvelles, que j'ai seules analysées, a obtenu la\nDamnation mise à part —un maximum de six représentations. Tout le\nreste du temps nous avons eu pour nous régaler :\nles Huguenots, l'Africaine et la Vie de Autant dire que, si les con-\ncerts nous avaient manqué, nous serions morts d'inanition. C'est ce qui ne\ndevraitplus être possible, dans une grande ville comme Bordeaux. Mais je\nrépète que la faute en est presque uniquement à la paresse inconcevable\ndu public.\n\nJacoques Rivière.\n\nCOURRIER DU HA VRE\n\nCercle de l'Art Moderne.\nNous avons signalé récemment l'intéressante conférence faite sous les\nauspices de ce cercle par M. G.-Jean Aubry sur Paul Verlaine et la musique\ncontemporaine. Le cercle vient d'ouvrir sa première exposition. Nous trou-\nvons au catalogue, qui indique une centaine d'envois, les noms de Monet,\nRenoir, Guillaumin, d'Espagnat, Maurice Denis, Vuillard, Bonnard, Matisse,\nSignac, Cross, Luce, etc., et la plupart des plus intéressants d'entre les\njeunes qui exposent au salon d'automne ou aux Indépendants. C'est le pre-\nmier groupement homogène nettement et originalement moderne organisé\nau Havre en ce qui touche les arts plastiques; mais le cercle a organisé une\nautre innovation pour notre ville: celle d'auditions de musique de chambre\ndonnées dans la salle de l'exposition même.\nI-a première de ces auditions a été donnée le 8 avec un complet succès,\ngrâce au dévouement et aux qualitésprofondémentartistiquesde MM. Henry\nWoollett, Maurech et Boin, en ce qui concerne la partie instrumentale, et\ngrâce à l'intelligence et au charme de la voix de Mlle Merville, l'une de nos\nmeilleures « amateurs ».\nVoici le programme de cette audition :\ni° Sonate en sol mineur, de Guy Ropartz.\n/ x) Aurore, de G. Fauré.\n20 Mélodiesj 2) Au bord des eaux,de H. ¥/oollet.\n' 3) Nocturne,de César Franck.\n3o Trio (op. 29) pour piano, violoncelle et clarinette, de Vincent d'lndy.\nCes œuvres furent excellemment rendues par ces quatre artistes dont\nle dévouement aux idées nouvelles,, l'enthousiasme et la conscience artis-\ntique sont ici unanimement reconnus.\nLes idées vraiment modernes du Cercle de l'Art Moderne, qui s'étaient\ndéjà affirmées lorsque M. G.-Jean Aubry faisait chanter du Chausson et\ndu Debussy lors de sa conférence sur Verlaine, lorsque M. Frantz Jourdain\nfit la conférence d'ouverture, s'affirment encore aujourd'hui et parl'ensem-\nble des noms des peintres inscrits au catalogue de son exposition et par le\nprogramme de cette audition et d'auditions prochaines où l'on annonce"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.45", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "des œuvres de Lekeu, Castillon, Chausson, Debussy et d'encore plus mo-\ndernes compositeurs.\n\nJ.-A.\n\nCOURRIER DE NANCY.\n\nCONSERVATOIRE : Derniers concerts de l'abonnement.\nXLE CONCERT, — Les paroles savoureuses du vieillard au jeune homme\nque nous rapporta Willy, en cette revue même, me reviennent à l'esprit\ndevant l'opposition très caractéristique d'un\narchets de J.-S. Bach et du fameux Prélude à V Apres-Midi d'un Faune de\nClaude Debussy. Ils sont typiques, ces deux exemples, l'un de « l'écriture\nen largeur » du maître ès fugues, écriture rendue plus manifeste encore en\nune œuvre où concertent les instruments, et de « l'écriture en hauteur » du\npère de Pelléas.Bach a ses partisans — et fort nombreux — à Nancy, où\nl'on eut la primeur, pour la France, de plusieurs de ses cantates et de son\nadmirable Passion selon saint Jean. Mais, et précisément parce qu'on le\nconnaît susceptible d'émotion humaine, et même quasi surhumaine, l'au-\ndition d'une œuvre purement scolastique — à laquelle manquait d'ailleurs\nun peu l'assiette rigoureuse — ne laisse pas que de surprendre le public,\ntout en ne parvenant pas à l'enthousiasmer.\nCe fut donc « l'écriture en hauteur » qui triompha, Je dois écrire, aussi,\nque l'orchestre fut, en ce concert, si exquis dans le détail, si attentif à ne\nrien laisser perdre du charme, distillé goutte à goutte, des arômes silvestres\némanés de l'églogue mallarméenne, que plus d'un auditeur, soudain sub-\njugué, oublia qu'il avait jadis médit d'un tel art, et se surprit à murmurer,\navec une mélancolie tendre et complaisante : C'était donc joli !\nDe même, le Requiem suave, consolant, embaumeur de choses défuntes,\nde Gabriel Fauré, parut prendre une importance autre qu'à la première\naudition. Je me souviens qu'à cette époque (10 février 1901) je fus inter-\nviewer Mme l'Opinion.\nMme l'Opinion est une aimable petite vieille qui s'efforce, avec une loua-\nble persévérance, de parfaire son éducation musicale. Elle possède, rue du\nChanoine, derrière la cathédrale, un piano carré d'Ignace Pleyel, facteur\ndu roi, et, dans un recul très lointain d'âges qui en font presque des objets\nd'art, se profilent en sa mémoire les mélodies : et\nà la carabine :\n« Je croyais, dit Mme l'Opinion, qu'un devait toujours être quel-\nque chose de terrible, d'éclatant et d'effroyable, et que la Providence y\naffectait volontiers des airs inflexibles de créancier. M. Fauré m'a enlevé\ncette idée ; je m'acheminerai désormais vers la mort avec plus de douceur.\nDu reste, ce n'est pas l'image de la mort qui se dégage de cette musique si\nfine, si enveloppante, mais la pensée du repos, de l'éternel repos: Requiem\nceternam. C'est pourquoi la beauté capitale de cette œuvre est vraiment\ndans l'idée du pardon. Je sais bien que, au moment du résonne\nla trompette du jugement, mais c'est moins, je crois, pour frapper de terreur\nle faible accusé que pour annoncer, avec pompe, l'ineffable Juge. »\nChœurs bien conduits et bons. Offerto et posés avec autorité,\nphrasés avec émotion par M. Paul Daraux, dont une jeune et charmante\nélève, Mile Cécile Winsback, se faisait entendre pour la première fois en"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.46", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3674, "texte": "ce concert. Elle y soupira joliment le Pie Jesn du Requiem. Beaucoup de\ngoût, aussi, dans les Roses d'lspahan et le Lamento interprétés par cette can-\ntatrice d'avenir.\nSi, des demi-teintes exquises de Fauré, nous passons au clair-obscur,\nmagistral et puissant, de Ropartz, c'est grâce au baudelairien Chant d'Au-\ntomne déclamé par M. Daraux.\nL'âpre plainte du vent dans les arbres, et celle de la mort, au cœur du\npoète, traversent toute la première strophe de ce Chant. La deuxième, qui,\ndans les Fleurs du mal, passe, sans transition, de la révolte contre l'agonie\ndes choses, à la soumission envers l'aimée au long regard « verdâtre »,\nproduit un grand effet, dans la musique de M. Ropartz. L'apaisement est\nci moins subit que dans le texte littéraire, car on peut en suivre la grada-\ntion, très subtile, depuis les deux derniers vers de la première strophe. Page\ndésespérée et cependant hautaine, triste mais ne demandant du dehors\naucun apaisement :on sent très bien l'allure tendue de l'esprit du poète\nque la vie trouble et déchire, qui ne pleure pas, toutefois, parce qu'il ne\nvoudrait pas pleurer devant une femme.\nM. Ropartz, en nous donnant cette remarquable traduction baudelai-\nrienne, s'impose à nous, autant comme psychologue intelligent et profond\nque comme musicien en pleine possession de la maturité de son talent.\nRéauditions : de Y Ouverture de Léonore (n° 3) qui me plaît extrêmement\net de Y Alléluia du Messie, qui, cette fois encore Hrendel me pardonne !\nne me plaît guère.\nXe CONCERT. L'avant-dernier concert de la saison est d'ordinaire, à\nNancy, uniquement symphonique. Le Xe concert n'a pas failli à cette\ntradition.\nIl était encadré entre deux ouvertures, celle de Fidelio pour terminer le\ncycle, à nouveau parcouru, des quatre Léonore de Beethoven ; et celle de\nTannhàuser, superbe dans l'évocation de Venusberg (à l'Opéra de Paris,\ncela n'a ni ligne ni couleur !), avec la partie curieuse et rarement enten-\ndue ailleurs qu'en Allemagne de la petite flûte.\nComme poème symphonique, Saugefleurie de M. Vincent d'lndy, œuvre\nancienne déjà, exécutée en 1895 à Nancy, dans un festival consacré à son\nauteur. Cette page paraît dater d'hier (/'Après-Midi d'un Faune semble con-\nnaître aussi les bienfaits d'une Jouvence). Dans Saugefleurie les sonorités\nsont exquises ; les thèmes ont une saveur mi-légendaire, mi-populaire,\nd'une rare originalité. Et je songe qu'il en faut, de l'originalité, pour trai-\nter une chasse avec appels de cors, sans évoquer soit YObéron de Weber,\nsoit le Chasseur maudit, soit de nombreuses pages de Wagner. Le thème\nde la rêverie de la jeune fée, aux bords du lac bleu semé de jonquilles,\napparaît, d'une frêle et délicate transparence, aux violoncelles divisés.\nSaugefleurie reste un modèle de poème symphonique, presque uniquement\nmusical, inspiré largement d'un texte littéraire, mais trouvant, en lui, un\nsimple support, et non des bornes étroites et singulières, ce qui est le cas\ndes œuvres de ce genre de l'école russe.\nPremière et fort belle audition de la Symphonie en ut majeur de Schu-\nbert, celle qui fut son tombeau, l'œuvre « aux divines longueurs », selon\nSchumann. Il est regrettable qu'entre Vlnachevée et cette symphonie nous\nne puissions reconstituer la chaîne qui, dans Beethoven, réunit neuf chefs-\nd'œuvre.\nL'on comprend que Schumann ait été enthousiasmé par ces pages, si\nnettement révélatrices de la nature impulsive et rêveuse de Franz Schubert,\nnlles relèvent d'une esthétique semblable à celle de l'auteur de Manfred,\nune esthétique régionaliste, si j'ose ainsi dire. Cette symphonie évoque\nVienne, au même titre que la troisième de Schumann célèbre Cologne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.47", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3710, "texte": "D'ailleurs, Schumann est le premier à reconnaître que le talent de Schubert\nmanque de lime, que Vandante de la Symphonie en ut gagnerait à être\nécourté, et que l'auteur des suaves lieder, ignorant, toujours, de l'art de\nconclure, méconnut la science des proportions.\nReconnaissons, d'ailleurs, que, malgré sa durée et ses longueurs esthé-\ntiques, cette symphonie ne parut ennuyer ni le public, qui l'applaudit fort,\nni les musiciens, qui, conduits merveilleusement par M.Ropartz, donnèrent\nde l'œuvre une exécution précise, mouvementée (le scherzo idéal !), cha-\nleureuse et d'une charmante couleur.\nXIe CONCERT. Scènes de Faust de Robert Schumann.\nAyant eu, à Nancy, la Damnation de Berlioz, Faust-symphonie de Liszt,\nla Procession nocturne de Rabaud (Faust de Lenau), il n'était que temps,\npour nous, d'ouïr, enfin, le poème qui se rapproche le plus exactement de\nla pensée gœthienne, et en particulier du second Faust, écrit par celui\ndont Napoléon disait qu'il était vraiment « un homme ».\nCe haut caractère d'humanité transcendante se retrouve dans les scènes\nde la première, et surtout de la deuxième partie de l'oeuvre de Schumann.\nLa mort de Faust est d'une grandeur émue qui fait songer à Euripide ; la\nscène à la cathédrale, avec le cri poignant de Marguerite, est d'une sincérité\nexpressive particulièrement heureuse. Il faut admirer le courage, en quelque\nsorte intérieur, de Faust, assailli par le Souci; son hymne panthéiste d'un\npanthéisme actif, et non rêveur et passif comme celui de Jean-Jacques\nprête un éclat de plus à ce lever du soleil, dégagé des brumes au chant des\nElfes, et déjà magnifié par la voix mystérieuse d'Ariel.\nDeux grandes idées dominent tout le poème : l'idée d'amour, et celle de\nvolonté. La dernière ne suffirait pas à élever l'âme de Faust aux suprêmes\nhauteurs célestes ; mais ajoutée à la rédemption par « l'éternel féminin »,\nelle le sauve, non seulement de Méphistophélès, que les anges ensevelissent\nsous les roses, mais encore de la béatitude un peu incertaine et embryon-\nnaire dans laquelle s'agitent les « anges novices » et les « garçons bien-\nheureux»... Il est essentiel de se redire toutes ces choses, si l'on veut com-\nprendre parfaitement la musique, à la fois si savante et si simple, dont\nSchumann para toutes les parties de l'œuvre. Ainsi s'expliquent VOuverture\nqui dépeint l'esprit actif et volontaire de Faust, et le Finale où la grâce mé-\nlodique, bien schumanienne, se déroule sur un rythme àla longue un\npeu fatigant de marche entêtée (et bien allemande !) vers le ciel enfin\nconquis.\nLe finale est le deuxième, le plus long, le moins souvent exécuté, et peut-\nêtre le plus caractéristique, par ses défauts mêmes, apparents surtout à des\nFrançais.\nA MUIe Winsbach, dont nous avions accueilli avec faveur les récents\ndébuts à nos concerts, était échue la tâche bien lourde de chanter le so-\nprano de Marguerite. La scène de l'église demeura par suite d'un trac\nsoudain de la jeune cantatrice inférieure àce qu'elle aurait dû être\ncomme puissance pathétique, et à ce qu'elle aurait pu être comme intensité\nvocale. Mais le duo du jardin fut exquis de fraîcheur et de netteté comme\nun gazon après l'orage, et les phrases mélancoliques du Souci, ainsi que\ncelles, radieuses, de la Pénitente, furent mises en valeur avec une diction\nd'une école excellente.\nDans une deuxième de Faust, Mlie Winsback, en possession entière de\nses moyens, eût été, nous n'en doutons pas, digne de tous points d'être\nadmirée. L'on ne demande, à Nancy, qu'à la réentendre.\nM. Daraux, chantant Faust, qui est dans sa tessiture, cela ne peut man-\nquer d'être parfait, et le bel air qui précède la mort du héros a été, par\nlui, dit merveilleusement."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "Mais qu'on l'entende encore, M. Daraux et toujours admirable !\négrener les notes de ténor auxquelles parvient le chant du Doctor Marianus,\ncela ne laisse pas de surprendre. M. Clamer a rendu avec assez de sobriété\nmais avec une émission si rude ! les figures, un peu effacées, de\nMéphistophélès et du Pater profundus.\nEt M. Warmbrodt fut un délicat et mystique Pater extaticus, autant qu'un\nAriel plein de féerique séduction.\nGrâce à Dieu, l'on eut recours largement, pour les quatuors vocaux et\nquelques soli, aux éléments de la ville : M. Bauer, MUe Galtier et René se\nfirent apprécier de façon flatteuse, ainsi que Mlle Serrière, dont le solo des\nRoses effeuillées parut délicieusement clair à ses notes d'eau courante et\ntransparente.\nMater Gloriosa, Marie VEgyptienne étaient incarnées par M Croiza,\nalto, de riches ressources vocales, qui créa avec grand succès, au théâtre de\nNancy, le rôle de Messaline dans la pièce d'lsidore de Lara.\nLes chœurs, sages et disciplinés, gagneraient à fouiller davantage les\ndétails que le lied de Schumann réclame pour être, à l'éxécution, tout à\nfait suave.\nLa traduction employée était celle de M. Amédée Boutarel. Elle serre de\nprès le texte, quelquefois aux dépens de l'euphonie, et rend fort estimable\nle Faust, très correctement édité à Paris chez Costallat (avec les deux ver-\nsions du Finale).\nQue l'orchestration de Schumann ne soit pas celle de Berlioz ou celle de\nGlazounow ou de Claude Debussy, cela ne fait aucun doute ; mais telle\nqu'elle est et bien rendue dans sa massivité par l'orchestre des concerts\ndu Conservatoire, je ne la déteste pas, avec sa/prédominance d'altos et de\nvioloncelles, ses trompettes presque jamais éclatantes, ses coups de timbales\nmarquant plus le rythme qu'ils ne le colorent.\nUn tel effort, de la part de M. Ropartz et de ses collaborateurs, 11e peut\nêtre dépensé en une seule journée. A l'an prochain, donc, avec d'autres\nmerveilles, la reprise de ce Faust qui enchantera toujours les poètes !\nRENÉ D'AVRIL.\nP.-S.— Je n'apprendrai pas aux lecteurs du Mercure que M. J.-Guy\nRopartz a remporté le prix Crescent avec une oeuvre colossale : sa Sym-\nphonie avec chœurs (n° 3). Les Nancéiens se préparent avec joie à aller en-\ntendre la ire de cette symphonie au Conservatoire de Paris, pour, ensuite,\nla mieux goûter encore à celui que l'auteur dirige avec tant de compé-\ntence.\n\nR. d'A.\n\nCOURRIER D'AMÉRIQUE.\n\nNouvelles musicales de Boston.\nLe concert symphonique du 28 avril a terminé la saison musicale de\nBoston. En voici le programme :\nBerlioz. Ouverture du Carnaval romain.\nJ.-S. Bach. Prélude, Adagio et Gavotte (arrangé pour cordes par\nBachrich).\nïchaïkovsky. Ouverture pour Roméo et Juliette.\nBeethoven. Symphonie en ut mineur."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.49", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "La liste suivante donnera une juste idée de ce que furent les 24 concerts\nde la saison dernière.\nŒuvres exécutées aux concerts symphoniques pendant la saison IQOS-\n- :\nJ.-S. Bach. Suite en ré majeur no 3 pour orchestre.\nPrélude, Adagio et Gavotte (transcrits pour cordes par\nBachrich).\nPastorale de F Oratorio de Noël.\nToccata en fa majeur pour orgue (Wallace Goldrich).\nBeethoven, Symphonie en ré majeur.\nSymphonie en mi bémol majeur (Héroïque).\nSymphonie en ut mineur.\nSymphonie en fa majeur (Pastorale).\nSymphonie en fa majeur n° 8.\nOuverture d'Egmont.\nConcerto en ré majeur pour violon (Wiily Hess).\nConcerto en mi bémol majeur pour piano (Adèle aus der\nOhe).\nBerlioz. Ouverture du Carnaval romain.\nBoehe. Départ d'Ulysse et naufrage, épisode pour orchestre.\nBrahms. Symphonie en rê majeur.\nSymphonie en mi mineur.\nConcerto en ré majeur pour violon et orchestre (Hugo\nHermann).\nBusoni. Ouverture pour une Comédie, en do majeur.\nLes Harnachés, suite pour orchestre.\nChausson. Symphonie en si bémol majeur.\nColeridge-Taylor. On away ! Awoke, Beloved, de la Fête nuptiale d'Hiawatha\n(Ben Davies).\nConverse. La Belle Dame sans merci (d'après le poème de Keats).\nBallade pour solo de baryton et orchestre.\nDebussy. Prélude d VAprès-Midi d'un Faune.\nDukas. L'Apprenti Sorcier, scherzo pour orchestre.\nDvorak. Le Pigeon de la Forêt, poème symphonique.\nOuverture Nature.\nConcerto en si mineur pour violoncelle (Henri Warnke).\nElgar. Ouverture Au Midi.\nFauré. Pelléas et Mélisande (dirigé par V. d'lndy).\nC. Franck. Psyché et Cupidon, de Psyché, poème symphonique, di-\nrigé par d'lndy.\nLes Jardins de Cupidon, de Psyché, poème symphonique,\ndirigé par d'lndy.\nGlazounof. Le Kremlin, tableau symphonique en trois parties.\nGoldmark Ch. Ouverture de Sakountala.\nOuverture Au Printemps.\nConcerto en la mineur pour violon (Jacques Hoffmann).\nGoldmark R. Ouverture de Hiawalha.\nGrieg. Concerto en la mineur pour piano (Olga Samaroff).\nHaendel. Air : Oh !si f avais la lyre de Jubal, de l'oratorio Josué.\n(Mary Ilissem de Moss).\nD'Harcourt. Ouverture de l'opéra Le Tasse.\nHaydn. Symphonie en ré majeur.\nSymponie en si bémol majeur.\nHumperdinok. Introduction du 3e acte de Les enfants du roi.\nHumoresque."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.50", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "V. d'lndy. Symphonie sur un air montagnard.\nSymphonie en si bémol majeur.\nVariations Istar (ces trois œuvres dirigées par l'auteur).\nJaques-Balcroze. Concerto en ut mineur, pour violon et orchestre (H. Mar-\nteau) .\nLiszt. Faust-symphonie.\nLe Tasse, poème symphonique.\nConcerto en mi bémol majeur pour piano et orchestre\n(Rudolph Ganz).\nConcerto en la majeur pour piano et orchestre (Walde-\nmar Luetsche).\nChant Loreley avec orchestre (Louise Homer).\nOrphée, poème symphonique.\nLœffler. La Villanelle du Diable, fantaisie pour orgue et orchestre\nd'après le poème de Rollinat.\nMac Dowell. Lancelot et Elaine, poème symphonique.\nMahler. Symphonie no 5.\nMarschner. En ce jour, air pour baryon de Hans Heiling (D. Bis-\npham).\nMendelssohn. Symphonie en la majeur (italienne).\nOuverture du Calme de la Mer, du Retour au Pays et de\nla Belle Mélusine.\nConcerto en mi mineur pour violon (Marie Hall).\nMozart. Symphonie en sol mineur.\n- en do majeur.\nScène II est parti et aria de Cosi fan tutte (Emma Eames).\nAir de la Flûte enchantée (Mary Hissen de Moss).\nPaine. Prélude des Oiseaux d'Aristophane.\nA, Rubinstein. Concerto en ré mineur pour piano et orchestre (Ernest\nHutcheson).\nSaint-Saëns. Concerto en la mineur pour violoncelle et orchestre\n(Eisa Ruegger).\nSchillings. Prélude au 3® acte des Pipers Holiday.\nSchubert. Symphonie inachevée en si mineur.\nSymphonie en ut majeur.\nConcerto en la mineur pour piano et orchestre (Harold\nBauer).\nSinding. Concerto en la majeur pour violon et orchestre (Félix\nWinternitz).\nSmetana. Ouverture de l'opéra Libussa.\nR. Strauss. Italie, fantaisie symphonique.\nMort et Transfiguration, poème musical.\nTill Eulenspiegel, symphonie.\nStrube. Concerto en fa dièse mineur, pour violon et orchestre\n(Timothée Adamowski).\nTchaïkowsky. Symphonie en fa mineur.\nFrancesca de Rimini, fantaisie orchestrale.\nRoméo et Juliette, ouverture-fantaisie.\nThème et Variations de la Suite n° 3 en sol majeur.\nR. Wagner. Huldigungs Mars ch.\nBacchanale de Tannhàuser.\nAir d'Elisabeth de Tannhàuser (Johanna Gadski).\nChant de concours des Maîtres Chanteurs.\nDernier acte du Crépuscule des Dieux (Johanna Gadsky\net Ellison Van Hoose)."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.51", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "R. Wagner. Vendredi Saint de Parsifal.\nScène et air de Riewfi (Louise Homer).\nWebber. Symphonie en ut mineur.\nWeber. Ouverture du Freyschut\nOuverture iïEuryanthe.\nConcerto en fa mineur pour piano (Alfred Reisenauer).\nAir du Freyschut % (Ben Davies).\nLa question importante du moment est le changemeut de direction de cet\norchestre, M. Sericke ayant donné sa démission après plusieurs années de\ntravail sérieux et remarquable. Le nom du nouveau chef d'orchestre sera\nconnu dans une semaine ou deux probablement.\nLa première exécution de The Pipe of désir e, opéra en un acte (musique\nde F.-S. Converse, paroles de E. Barton, tous deux Américains), a été un\névénement de grand intérêt. Le libretto est charmant à la lecture, mais,\nhélas ! à la scène il est lourd et obscur et manque d'action et d'intérêt.\nPar contre, la musique mérite tous les éloges ; l'orchestration en est pres-\nque toujours intéressante et euphonique, et l'expression dramatique sou-\nvent remarquable.\nLe critique du Boston Herald parle de M . Converse comme d'un « com-\npositeur qui possède des dons rares pour la musique dramatique : une\nnature à la fois impressionnable et virile, mais d'une virilité sympathique,\nune science des effets orchestraux unie à un sens fin et poétique des har-\nmonies, des rythmes et du coloris, et, par-dessus tout, de l'imagination.\nAjoutez à toutes ces qualités une facilité technique qui lui donne une\ngrande autorité. »\n\nCh. M. L.\n\nCORRESPONDANCE\n\nParis, 10 juin igoô.\nMon cher Confrère,\navoir Vobligeance d'insérer dans le prochain numéro du\nMercure musical la communication suivante que j'ai adressée9 sans succès,\nàM. Mangeot, z7 <2 quinze jours ?\nA titre documentaire simplement.\nMerci d'avance et bien à vous.\n/.-G. Prod'homme.\nParis, 22 mai jpo6\\\nMonsieur le Rédacteur et cher Confrère,\nVoulez-vous me permettre de vous adresser une rectification au sujet delà\nbelle lettre de Berlioq à Lisçt, du 22 janvier iß3g, que vous vene% de pu-\nblier dans le Monde musical? Cette lettre, qui vous est communiquée par"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.52", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "MM. Calmann-Lévy, éditeurs des œuvres littéraires de Berlio^, est loin d'être\ninédite, comme vous le croye% certainement, en la donnant comme telle aux\nlecteurs du Monde musical. Elle a déjà été publiée trois fois au moins, en fran-\nçais, depuis dix ans, avec deux autres lettres de Berlio% à Lis\\t {25 janvier\ni 836 et 3o juillet iß3y) :\nle Gaulois du 2 janvier ißg6, par les soins de M. Emile Ollivier,\nà qui appartiennent les originaux ;\n20 et 3° Presque simultanément, par JWme La Mara et par moi-même, dans\nles Briefe an Liszt (3. Folge, Leipzig, igoô) ; et dans la Rivista musicale\nitaliana d'avril igos.\nEn outre, j'ai reproduit dans ma biographie ; Hector Berlioz(1803-1869),\nparue l'an dernier ,une partie de la lettre que vous de réimprimer. Comme\nvous levoyeq, les éditeurs des œuvres littéraires de ne vous ont com-\nmuniqué que des pages rien moins qu'inédites en vous faisant reproduire une\ndes trois lettres à Liszt, puisque celles-ci sont connues depuis plus de dix\nans, et qu'en outre elles ont été traduites, si je ne me trompe, dans des pé-\nriodiques anglais et allemands.\nTimeo Danaos et dona ferentes,\nrépétait parfois notre Hector, qui savait par cœur /'Enéide et connaissait\nses contemporains.\nVous m excuserez de terminer par cette citation virgilienne, et, en vous\ndemandant d'accueillir favorablement cette rectification, je vous prie d'a-\ngréer y Monsieur le Directeur et cher Confrère, l'assurance de mes sentiments\ndévoués.\nNous avons résolu, pour notre part, de ne plus jamais nous étonner des\nprocédés du Monde Musical.\n\nJ.-G. PROD'HOMME.\n\nÉCHOS.\nLes ennemis de Vincent d'lndy. lls sont nombreux, mais inégaux en\ntalent, ainsi que le montrera ce savoureux extrait d'un de nos confrères,\nvoué à la littérature orphéonique :\nA Monsieur H. Rénier.\nMon cher et honoré Confrère,\nA votre curieux article publié dans Le Journal Musical au sujet de F an-\ntipathie du sieur Vincent d'lndy à l'égard des Orphéonistes, article judicieux\net spirituel dont nous avons tous apprécié et admiré la logique) permettez-\nmoi, je vous prie, d'ajouter ces quelques lignes.\nEn 1893, au Concours musical de Roannes (Loire), dont je faisais partie\ndu jury, voici les charmantes (lisez ignobles) appréciations que ledit sieur\nVincent d'lndy a faites dans son rapport présidentiel au sujet de l'exécution\nde la Société de Varenne-sur-Allier, 8e division : « Pourquoi choisir cet"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.53", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "insipide et vulgaire air de bastringue qu'est l'ouverture du Voyage en\nChine, de Bazin ? » (sic).\nAttendez, cher Monsieur Rénier, ce n'est pas encore tout.\nA ce concours de Roanne s prenaient pari aussi deux antres sociétés, celle\nde Saint-Chaume et celle de Tarare. Or, le sieur Vincent toujours\naussi poli et aussi convenable à Tégard des vrais maîtres reconnus et sacrés\nceux-là, dit ceci (toujours dans son rapport présidentiel) : « Le temps n'est\n« plus où des malfaiteurs comme Adolphe Adam s'arrogeaient la licence\n« d ajouter des trombones aux œuvres de Grétry, de Monsigny, de\n« Mozart, de Beethoven qui n'en ont jamais écrit » (sic). Parbleu ! ils n'en\navaient pas encore. Et puis, en outre, leur orchestration n'était pas destinée\nà celle des morceaux de concours pour harmonies et fanfares ou le trom-\nbone est absolument indispensable.\nEh bien ! cher Monsieur H. Rénier, que dites-vous de ces belles et res-\npectueuses appréciations ? Traiter Bazin de bastringueur et Adolphe Adam\nde malfaiteur.,, oh ! ignoble, trois fois ignoble, n'est-ce pas ?\nAllons, Monsieur Vincent d'lndy, assez, assez, bon Dieu !de votre mot\nignoble ; gardez-le pour vous si cela vous convient, mais ne le jetez pas àla\ntête vénérée et illustre de nos maîtres du passé, du présent et de l'avenir,\nni à celle si sympathique de nos chers et braves enfants d'Orphée et de\nSainte-Cécile.\nAgréez, je vous prie, cher et honoré confrère, mes salutations distinguées\net cordiales.\nANTONY LAMOTTE,\nCompositeur de musique.\n« M. Antony Lamotte, ajoute notre estimable confrère, est trop connu\ndes orphéonistes pour qu'il soit besoin d'ajouter un commentaire quel-\nconque. Disons seulement, qu'après Bazin bastringueur et Adolphe Adam\nmalfaiteur , nos génies modernes ont qualifié d'empoisonneurs publics\nMeyerbeer, Gounod et autres. Le mieux n'est-il pas d'en rire? »\nNous n'avons pas la science des orphéonistes : nous ignorions M. An-\ntony Lamotte. Mais nous savons aujourd'hui que ce compositeur défend\nses dieux avec autant d'ardeur que d'esprit, et qu'il ne s'est jamais avisé\nque le trombone était d'un usage courant dès le xvie siècle.\nEncore le spectre du Commandeur. Nous avions déjà dit que M. Bru-\nneau avait fait paraître seulement dans une Revue, lue par quelques vir-\ntuoses et professeurs de province, une circulaire invitant les compositeurs,\ndésireux d'être joués au salon d'Automne, à faire parvenir à son domicile\ndes œuvres inédites, en même temps qu'un bulletin de vote avec deux\nnoms de musiciens. Le jury, déjà composé de MM. Gabriel Fauré, A. Bru-\nneau et A. Parent, devait s'augmenter des deux noms qui auraient réuni\nle plus de suffrages. Le résultat du scrutin est maintenant connu:\nM. Vincent d'lndy est passé entête. G'est là un témoignage de la sympa-\nthie et de la confiance en son impartialité de jugement qu'inspire aux\nartistes le grand compositeur. Cette élection est d'autant plus significative\nque nous croyons savoir que les musiciens de la Schola n'ont pas parti-\ncipé àce concours.— Oh! ce Vincent ! toujours lui! Quelle est donc cette\nforce qui le pousse malgré lui sur le piédestal où invariablement M. Bru-\nneau ce Préfet de musique s'installe lui-même pour mieux assouvir\nses haines et ses rancunes ?\nLe deuxième élu est M. Massenet.\nM. Combarieu a obtenu une voix, etpourtant on avait stipulé qu'il fallait\nélire un musicien."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.54", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "César Franck, par Vincent D'INDY. Un vol. in-8° écu de la collection Les\nMaîtres de la Musique, 3 fr. 5o (Félix Alcan, éditeur).\nUn livre sur César Franck, par le plus illustre disciple du maître, devenu\nun maître à son tour, tel est l'ouvrage impatiemment attendu que donne\naujourd'hui M.Vincent d'lndy.\nAprès une bibliographie pour laquelle les héritiers de César Franck ont\nbien voulu fournir d'importants documents, M. Vincent d'lndy montre la\ncarrière du maître se développant, avec une harmonieuse puissance, en\ntrois périodes de progrès constants, pour aboutir à ces chefs-d'œuvre ab-\nsolus, le Quatuor, les Chorals d'orgue, les pièces pour piano, les Béatitudes\nenfin. Inutile de dire avec quelle compétence et quelle sûreté M. Vincent\nd'lndy analyse, en illustrant son commentaire de frappantes citations mu-\nsicales, les œuvres principales de Franck.\nAyant étudié l'homme et l'artiste, M. Vincent d'lndy rend ensuite hom-\nmage au maître admirable que fut César Franck, dont l'école constitue\nl'une des plus solides phalanges de la musique française contemporaine.\nCe livre, où l'intérêt du sujet n'a d'égal que celui qui s'attache au nom\nde son éminent auteur, continue d'une manière vraiment sensationnelle\nla collection des Maîtres de la Musique, qui, dirigée à la librairie Félix\nAlcan par M. Jean Chantavoine, fut inaugurée par le magistral Palestrina\nde M. Michel Brenet et qui s'augmentera sous peu d'un Bach dû à la plume\nsavante de M. André Pirro.\nDu danger des programmes. Un de nos confrères, qui manie en virtuose\nle style des communiqués officieux, annonce en son numéro du ier juin\nque M. Sautelet, au concert Mel Bonis, « chanta avec une grâce fine deux\nmélodies de Ravel sur des poésies de Marot »... qui furent chantées par\nMme Bathori, Entre le délicat baryton et l'exquise diseuse, la confusion\nest étrange, mystérieuse, inquiétante. Plutôt que d'admettre un pareil\ndéfaut de discernement, nous voulons croire que le critique à qui nous\ndevons ces lignes ne s'est inspiré, pour les écrire, que d'un programme fal-\nlacieux. Mais que penser alors de son enthousiasme pour le quatuor de\nMme Mel Bonis, « d'une facture si souple et si ferme», et d'un « art si dé-\nlicatement expressif et séduisant » ?\nLe Sottisier musical. - « L'orchestre... a exécuté la symphonie en ré ma-\njeur de Bach. » Le Courrier Musical, ier juin, p. 392.\n« ... La scène finale du Crépuscule des Dieux, précédée de la Marche\nfunèbre de Siegfried... » Le Courrier Musical, ier juin, p. 39g."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.2", "titre_corps": "THÉATRES", "titre_sommaire": "THÉATRES", "signature_source": "L. L. 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Michel Carré, chef incomparable et au tour de main prestigieux, le\nlivret est tiré d'un roman fort oublié d'Amédée Achard : Le Clos pommier.\nBibliothèque rose ou Bibliothèque des Chemins de fer, comme vous vou-\ndrez. Voici l'histoire :\nIl y a un vieux Normand, le méchant et rapace Hennebaut, dont le fils\nPierre, grand beau gars qui ne connaît point de cruelles, courtise Gene-\nviève, la fille du garde champêtre Gervais, fonctionnaire aussi riche en\nfierté que pauvre en écus. Il y a aussi le tendre et héroïque fiancé de\nGeneviève, le marin Jean Simon, gueux plein de noblesse, mais destiné,\nhélas ! à être roulé. (Nous sommes en Normandie.) Il y a de gais lurons et\nune gaillarde nommée Margot, que les susdits lurons troussent à qui mieux\nmieux ; il y a, enfin, un délicieux clair de lune avec de vrais pommiers et\nsans doute de vraies pommes, et un huissier d'ombres chinoises du plus\npur « opéra comique ».\n« Opéra comique » dans toute sa saveur traditionnelle, s'affirme le pre-\nmier acte situé sur la place de Dives ensoleillée et joyeuse ; 011 entre, on\nsort, on babille, on se dispute, des choeurs évoluent selon la formule\nd'antan. Les Gprvais, père et fille, n'ont-ils point l'audace de repousser le\nfils Hennebaut, Geneviève préférant à ce richard son fiancé Simon ! 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Les époux ne\nsont pas heureux; Geneviève penserait-elle encore au pauvre hère qui s'est\ndévoué pour elle ? Justement, Simon est revenu, et c'est de plus l'anniver-\nsaire de la mort du père Gervais. Geneviève veut aller revoir ce Clos où\ns'écoula son enfance. Simple ruse, pense Pierre Hennebaut, qui, affolé\nde jalousie, suit sa femme, le fusil à la main.\nNous revoici enfin dans le Clos tout baigné d'une tendre lumière azurée.\nPierre est à l'affût, et nous le sentons prêt aux pires déterminations. Gene-\nviève arrive, bientôt rejointe par Simon, dont les voyages n'ont point éteint\nla flamme; mais Geneviève résiste aux assauts de son amoureux; soudain\nretentit un coup de feu. Sans nul doute, Pierre s'est tué, s'écrie Geneviève\néperdue en chassant l'infortuné et importun Simon au moment où Pierre\nsort tranquillement de sa cachette ; il a simplement voulu éprouver sa\nfemme, et, avec une déconcertante bonhomie, il scelle d'un baiser son\nbonheur définitif. Le rideau tombe sur ce truc misérable.\nLa psychologie d'un pareil sujet s'avère assurément bien sommaire, dé-\npourvue non seulement de nuances, mais encore d'explications indispen-\nsables, et le personnage central de Geneviève figure tout unimentune inin-\ntéressante girouette; cependant, la main experte du librettiste a fourni à\nM. Silver nombre de scènes qui se prêtent fort bien à un commentaire\nmusical.\nM. Charles Silver, grand prix de Rome en 1891, s'était déjà fait connaître\npar un opéra-féerie en 4 actes représenté à Marseille, Bruxelles et Lyonr\nLa Belle au bois dormant) on avait encore entendu de lui au concert une\nOuverture de Bérénice, une Rapsodie sicilienne, un Poème carnavalesque.\nDès les premières mesures du Clos, nous sommes fixés; la musique, ici,\nn'affiche aucune tendance, je ne dirai pas révolutionnaire, mais seulement\nactuelle; elle se contente d'être élégante et correcte, et de s'aventurer en\ndehors des sentiers battus juste assez pour pimenter son honnêteté bour-\ngeoise, pour relever dun peu de fantaisie sa tenue de bon aloi. La parti-\ntion du Clos est incontestablement l'œuvre d'un excellent musicien; nous\nl'aurions seulement voulue plus « opéra comique » et moins « drame\nlyrique », nous l'aurions désirée plus franche comme esthétique et moins\nincertaine dans son orientation. Nous lui trouvons souvent des accents en\ncomplète disproportion avec le sujet; nous lui reprochons une tension, une\ngrandiloquence presque continuelles. Les auteurs désignent le Clos sous\nle vocable classique ô? opéra comique; or, la partition de M. Silver ne\nserait point déplacée dans quelque drame Scandinave et métaphysique,,\ntout tissé d'héroïsme et saturé de sublime, alors que le sublime est fort\nmalmené à Dives, et que l'on tient à nous rappeler que s'il y a des pommes\nen Normandie, on y trouve aussi des poires.\nSans doute, le musicien a eu d'heureuses inspirations; au premier acte, il\na fort ingénieusement utilisé des motifs populaires, et sa ronde normande\nsonne à merveille dans la paysannerie de la place de Dives. Plus tard, les\nlamentations de Gervais, les adieux de Jean Simon et son dialogue avec\nPierre ne manquent pas de pathétique. Tout le troisième acte est très bien"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.35", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "venu, musicalement parlant : il y a là de petits coins d'orchestre véritable-\nment délicieux; la musique ne se hausse pas désespérément au-dessus des\nsituations ; elle s'y accommode et s'y ajuste au plus près ; écoutez ces amu-\nsants dessins de basson durant la scène entre le vieil Hennebaut et Gene-\nviève : ne dirait-on pas quelque souvenir lointain des Maîtres-Chanteurs?\nTout ce passage respire une exquise bonhomie. Le Madrigal de la Soupe\naux choux, La Soupe aux choux, c'est ton image, s'épanouit dans une\natmosphère de grosse joie bien portante qui fait plaisir.\nMais à côté de ces oasis que de tumulte, que d'encombrement musical !\nL'orchestre alourdi par l'emploi presque constant du quatuor s'enfle déme-\nsurément, déborde et submerge la frêle historiette. Un exemple de cette\nenflure, c'est le long, le trop long prélude instrumental du quatrième acte,\nmontagne qui va accoucher d'une souris. A quel cataclysme, à quels écrou-\nlements de Walhalla, à quel phénomène tétralogique allons-nous assister,\ngrands dieux ? Vers quel but terrifiant et lointain s'emporte cet orchestre\nhaletant î Que signifie cette course à l'abîme? Tout simplement l'annonce\nd'une grosse farce de Normand finaud... En vérité, ceci manque d'équilibre,\net l'ironie n'est point le fait de la musique.\nOn peut, du reste, se demander si les vociférations, la déclamation hysté-\nrique et la gesticulation éperdue qui se rencontrent dans maint drame\nlyrique contemporain apportent vraiment quelque agrandissement au sujet,\nsi tous les condiments de la musique, prodigués sans mesure, s'accordent\nbien avec le besoin d'un art sincère et juste qui nous possède, si, en un\nmot, le commentaire musical, loin d'ajouter à l'émotion dramatique, ne\ncompromet point celle-ci en poussant à la charge, à la caricature. Il est un\nverbiage musical qui paraît insupportable,, et Saint-Evremond avait peut-\nêtre raison en critiquant le genre opéra.\nL'interprétation du Clos est excellente ; l'orchestre de M. Luigini a dé-\ntaillé avec soin la partition. L'aimable voix de Marie Thiéry est mise\nparfois à une rude épreuve, car cette jeune Normande de Geneviève crie\nautant qu'elle roucoule ; M. Clément dans le rôle ingrat de l'amoureux\nberné a fait valoir sa belle voix de ténor, et dans le Pierre de M. Dufranne\nnous reconnûmes avec joie les accents de Golaud. Il n'y a que des éloges à\nadresser à tous les artistes chargés des rôles secondaires; quant àla mise\nen scène, nous n'étonnerons personne en la déclarant parfaite.\n\nL. L. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.3", "titre_corps": "NOTES SUR RISLER, INTERPRÈTE DE BEETHOVEN.", "titre_sommaire": "NOTES SUR RISLER, INTERPRÈTE DE BEETHOVEN.", "signature_source": "Raymond Bouyer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.35", "debut_caractere": 2529, "fin_caractere_exclue": 3436, "texte": "NOTES SUR RISLER, INTERPRÈTE DE BEETHOVEN.\n\nConviction, conscience, simplicité, sonorité, sérénité, fraîcheur, poésie,\ntimbre extraordinaire aux résonances cristallines, légèreté vigoureuse ou\nvigueur légère, force intérieure qui se dérobe sous la caresse de l'enve-\nloppe, émotion d'autant plus vive qu'elle est plus indépendante et discrète,\net d'abord, et surtout, cette probité, cette grande honnêteté qui s'exprime\ndans la correction sans attitude et dans les bons yeux bleus de l'artiste au-\ntant que dans le toucher merveilleux du pianiste : nous tâcherons de définir\nbientôt ce crescendo délicat dans l'exquis, ce printemps de charme après cet\nautomne de force, cette résurrection merveilleusement originale des trente-\ndeux sonates beethovéniennes sur la morbidesse robuste et contrastée de\nl'Erard après leur étonnante évocation sur la sonore monochromie du\nPleyel : une expérience d'interprète..."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.36", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "Nous parlerons sans parti pris : ce sera notre seule originalité. Voici,,\nd'ailleurs, seulement, les quelques mots crayonnés par abréviations sur nos\nhuit programmes.\n★\n¥ *\nAu NOUVEAU-THEATRE, les dimanches 6, i 3 et 20 mai 1906. Quel Théo-\nphile Gautier musicien saurait faire le parallèle entre ces deux versions ?\nDeux traductions ; un même traducteur. Et toujours Beethoven, avec les\ncandides audaces de Top. 2, le 6 mai, les promesses accentuées par Top.\n10, le i 3 mai, et cette déjà si beethovénienne Pathétique (op. i 3) d'un ra-\ndieux 20 mai 1906, immédiatement suivie du double sourire estompé de\nFop. 14 où ce bon Viennois de Schindler voyait plus tard la lutte amou-\nreuse de deux principes! Aussi bien la sonate op. 14, no 2, en sol majeur,\nexhale poétiquement la malice féminine et la coquetterie native de Marce-\nline dans la première scène d'intimité d'un futur Fidelio sublime ! Beetho-\nven sait sourire et Risler aussi.\nNos snobs ne le savent pas tous. Mais ils sont confondus, ici, dans la\nfoule devenue légion sacrée des Beethovéniens.\nRevoici donc, dans la fraîche pénombre du Nouveau-Théâtre, tous les\nfidèles des chaudes soirées de la salle Empire de Pleyel : Diémer et ses dis-\nciples, M. et Mme Camille Bellaigue, le comte Vitelschi, Jean Chantavoine,\nAlbert Dayrolles, Théodore Dubois, Alphonse Duvernoy, Reynaldo Hahn,\nl'éditeur Chapelot, Paul Gaultier, René Brancour, « tête fine de poète », et\nVuillermoz, et l'Ouvreuse entrevue, et l'assiduité sérieuse de Mne Marthe\nDron, trop loyalement artiste pour ne plus s'intéresser au piano de ses\ngrands aînés î On entrevoit la rousseur pâle de Paderewsky, venu de\n10in... Les partitions bruissent dans le silence d'un adagio méditatif...\nTout le monde suit sur le texte, sauf l'exécutant. Et combien la lutte élec-\ntorale apparaît lointaine! Enfin, souhaitons le prompt retour de Georges\nVanor en cette famille improvisée par une ardente sympathie, où quelques\nvieillards sourds sommeillent seuls avec le Poète aveugle, alors que la\nMusique nous met au front son baiser de reine..,\n•k\n* *\nAu NOUVEAU-THEATRE, le dimanche 27 mai et le jeudi soir 3I mai.—\nHélas! non, Georges Vanor ne reviendra plus dans la famille improvisée\ndes admirateurs de Risler ! Le cher conférencier mélomane 11e s'extasiera\nplus avec ses voisins enthousiastes et ses amis inconnus, silencieusement\ntransportés par une Pathétique aux pédales bouillonnantes, immédiatement\nsuivie du double sourire humoristique de l'op. 14!\nLe décor lui-même ne sera plus bientôt, puisqu'ici-bas tout meurt\nsauf le génie... Dans cette poussière funèbre, on se croirait dans un nou-\nveau Pompéi menacé par un invisible Vésuve... C'en est fait du Nouveau-\nThéâtre, où Risler, interprète de Beethoven, nous a proposé, depuis quatre\nans, de si beaux souvenirs! Et l'Ouvreuse ou Willy, qui se dit myope pour\nmieux voir, a vu Risler entrer avec un galon de plâtre... Les frises effilo-\nchées, les herses penchées, les loges délabrées, les fauteuils branlants\ncomme le chef des vieux qui somnolent, une veilleuse entrevue dans les\nprofondeurs, le décor a pris l'aspect d'un chantier décadent .. Quand le\nmonde finira, faute de soleil, c'est ainsi que les derniers Beethovéniens se\ngrouperont frileusement dans une ruine sordide afin d'entendre, une der-\nnière fois, l'une, au moins, des trente-deux sonates immortelles et périssa-\nbles, puisque tout passe, même le génie..."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.37", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "En attendant cette grande nuit, ou plutôt notre propre mort, moins\nlointaine, jouissons sans arrière-pensée de cette délicatesse qui contient\ntant de puissance; applaudissons ce formidable et charmant: éternelle-\nment fugitives, éternellement renaissantes, les trente-deux sonates de\nBeethoven interprétées par Risler ont pris une physionomie nouvelle en\npassant du clavier résistant d'un Pleyel au clavier plastique d'un Erard;\net, croyez-moi, ce n'est pas une simple question d'étouffoirs ! Dans une\ntraduction, n'oublions jamais la personnalité du traducteur.\nLes derniers romantiques seraient tentés de reprocher à la\n(op. 13) de Risler, et même à son Cl (op. 27, n° 2) de ne pas\nêtre assez romantiques ; d'autres intransigeants sembleraient enclins à s'en\nprendre au fini des nuances, aux curiosités du détail : nous tâcherons de\ndémontrer que ces deux légers griefs, qui paraissent de proches parents,\nsont contradictoires; mais, après le des trente-deux sonates beethové-\nniennes, personne n'oserait plus redire, avec les petites filles au catogan\nmoqueur d'antan ; « Risler vise à l'effet; Risler joue moins bien.» Il\njoue peut-être autrement; ce qu'il faudrait démontrer. Mais la langue fran-\nçaise, ou toute langue humaine, est bien pauvre pour parler musique.\nAcclamons brièvement, pour nous faire comprendre, la marche funèbre,\naux émouvants contrastes, de l'op. 26, et les deux fantaisies, si contrastées,\nde l'op. 27 avant le retour classique de Beethoven à la Pastorale (op. 28),\noù l'andante a des lointains si mélancoliquement purs et de si cristallines\nperspectives! Enfin, le poétique op. 3i n° 3 fut délicieusement notre\nadieu définitif au Nouveau-Théâtre...\n*\n¥ *\nSALLE ERARD, les 7, 12 et 16 juin. Dans ce décor nouveau pour l'in-\nterprète, la famille se retrouve, la famille est complète... Georges Vanor\nseul est absent.\nRevoici tous nos Beethovéniens et Rislériens habituels, en ces soirs de\nprintemps aussifroidement maussades rue du Mail que les soirées d'automne\nétaient lourdement pluvieuses ou neigeuses aux alentours de Pleyel... Re-\nvoici M. et Mme José de Charmoy, Charles Malherbe, qui se réserve pour\nles grands soirs, et Prod'homme, qui vient d'écrire sur Beethoven après\navoir écrit sur Berlioz, savamment toujours. Maurice Dumesnil, le jeune\npianiste, lauréat de 1905, applaudit à tout rompre non loin de Mme Dan-\ndelot. De jeunes prix récents ou des concurrents prochains font un beau\ntapage. Gomme Paderewsky, le premier dimanche, Planté se faufile afin\nd'entendre YAppassionata ; Cortot vient pour la 106. Et tout un bataillon\nde jeunes espoirs du piano : Germaine Arnaud, qui donna deux récitals au\nprintemps; Antoinette Lamy, qui s'est auréolée de gracieuse gloire dans\nles vingt-quatre préludes de Chopin; et Lucie Caffaret, blonde et rose,\npenchée sur le grand cahier des sonates avec un gentil mouvement d'ange\nmusicien de Giovanni Bellini... Leur maître Alphonse Duvernoy se réjouit\nhomériquement dans son cœur.\nEt sa joie d'amoureux d'art doit se surprendre plus vive encore en écou-\ntant, dans cette atmosphère exceptionnellement excellente d'une salle dé-\ncorative, ces belles ou sublimes ressuscitées qui se nomment VAurore\n- (op. 53); 1' Appasionata(op. 57), qui semble la vaillance même et qui faisait\npleurer Bismarck; l'op. 78, en fa dièse majeur, trop délicat hommage à la\nglaciale Thérèse, comtesse de Brunswick, qui n'eut point le cœur de se\ndévouer au génie souffrant ; le badinage de l'op. 79, intermezzo préféré\npar l'ironie qui redoute le crescendo du sublime; les Adieux, VAbsence et\nle Retour {op. 81 a), trilogie plus explicite, qui dramatise volontairement"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.38", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1362, "texte": "la chaste sonate; et l'op. 90, non moins tendre et si pur, et Top. 101,\noù l'influence de Bach et la fugue renaissante apparaissent; enfin, ce qua-\ndruple testament du génie, qui n'a d'égal que le langage, surnaturel à force\nd'être humain, des derniers quatuors ou que la robuste élégie chantée par\nl'adagio cantabile de la Neuvième : les trois-quarts d'heure ineffablement\nlangoureux ou puissants de la 106, les incomparables variations de la 109,\nla débordante mélodie de la 110, le paysage d'âme delà ni, ce chef-\nd'œuvre entre les derniers chefs-d'œuvre, cet éclair en ut mineur, où l'on\ndirait :\nQu'un Sinaï descend sur la campagne en pleurs ..\nVoilà le grand art émancipé qui n'est plus que l'effusion d'un grand\ncœur ! Voilà le vrai Beethoven, et le vrai Risler, pendant cent cinq\nminutes consacrées à l'imperturbable résurrection de quatre chefs-d'œu-\nvre, ultima verba !\nPour mieux distinguer encore Y interprète du virtuose, nous reviendrons\nun jour sur le cher grand souvenir de ces exemplaires séances où tant de\nflamme s'unissait à tant de sagesse.\nEn écoutant Risler, on oublie le traducteur ou l'intermédiaire lumineux,\npour apercevoir l'ombre géante de Beethoven à son piano nocturne... Et\nvoilà pourquoi, spontanément, au lieu de lui crier bravo, nous lui disons\nViXerc 1.\nParis, mai-juin 190 G.\n\nRaymond Bouyer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c032", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.4", "titre_corps": "CONCERTS", "titre_sommaire": "CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.38", "debut_caractere": 1364, "fin_caractere_exclue": 2894, "texte": "CONCERTS\nCONCERT A. CORTOT. En un triptyque musical, M. Gortot évoqua les\nromantiques du piano. Après Chopin et Schumann, Liszt nous fut présenté\ndans sa musique de chambre. Nul musicien n'était moins apte à traiter\ncette branche d'un art où l'austérité doit s'allier à une sensibilité sans exa-\ngération comme sans faiblesse. Liszt, qui fut un dieu du piano, a laissé pour\ncet instrument des œuvres qui témoignent d'une rare connaissance de ses\nressources, mais quiportent trop ce cachet fébrile qui caractérise ses poèmes\nsymphoniques.\nLa Sonate en si mineur dédiée à Schumann est un amalgame brillant où\ngisent pêle-mêle souvenirs de la steppe hongroise, mystiques harmonies\nparsifalesques et traits redoutables. On peut trouver cela très beau, on\npeut avoir une opinion tout opposée, ce qui est mon cas : la question est\naffaire de tempérament. Cependant on ne peut que rendre hommage au\ntalent de M. A. Cortot, qui, dans ses bons jours, est un de nos plus mer-\nveilleux pianistes. Son jeu coloré et vibrant s'accommode d'ailleurs de cette\nmusique où sa virtuosité peut se donner libre cours. Dans le Concerto en\nmi , M. Enesco tint avec une maestria surprenante le piano d'accompa-\ngnement et se couvrit de gloire en exécutant une belle série de traits en\noctave àla main gauche. Bientôt, nous applaudirons M. Enesco jouant\nalternativement dans un concert du violon et du piano.\nM. Cortot nous présentait en plus de cette attraction des poèmes vocaux\nfort peu connus et dont Mme Adiny donna une interprétation bien allemande»"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.39", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "Les Trois Bohémiens perdent beaucoup à être accompagnés au piano,\nmême par M. Cortot, et les autres mélodies sur des poèmes de Gœthe et de\nLenau sont peu intéressantes. Déclamés avec cette ampleur théâtrale que\nles Allemands apportent à la moindre bluette, ils fatiguent et exaspèrent et\nne laissent point cette impression d'exquise fraîcheur que donne la Bonne\nChanson.\nCH. CHAMBELLAN.\nSÉANCE YSAYE-PUGNO. Pour terminer avec toute la solennité et la\npompe voulue Tannée artistique, M. Dandelot aurait eu à chercher long-\ntemps avant de trouver mieux.\nLe 3o mai, Ysaye et Pugno se sont fait entendre au Nouveau-Théâtre\ndevant une salle comble, où près de 2.000 personnes les ont chaleureuse-\nment acclamés.\nIl est matériellement impossible de faire de ce mémorable concert (qu'en\ntoute justice on doit placer àla tête des grandes auditions artistiques de\nla saison entière) un compte rendu assez enthousiaste pour communiquer\nau lecteur la vingt-millième partie de l'impression qu'il a produite.\nJe me bornerai donc à le relater d'une façon pour ainsi dire officielle. Ces\nlignes ne pourront que rappeler aux heureux assistants une soirée quasi\nhistorique ; ainsi, le plus petit vase rapporté d'un pays étranger où il fut\nfêté, permet à un artiste de goûter bien longtemps après, comme une se-\nconde fois, les joies de cet ancien triomphe que la vue du bibelot évoque,\nvivaces dans son imagination.\nBien secondés par la bonne volonté et les qualités remarquables de\nMM. Ten H ave, Denayer et J. Salmon, les deux monarques de l'archet et\ndu clavier (comme dit Willy) ont interprété d'abord le Quintette de Franck.\nEug. Ysaye a joué ensuite comme lui seul sait le faire la sonate 3 de\nHândel ; c'est pourquoi on Ta obligé à ajouter un morceau au pro-\ngramme.\nC'est alors le tour de celui auquel les auditeurs et la presse des grands\ncentres artistiques du nouveau monde viennent de confirmer le titre de\nRoi des Pianistes qu'on lui donnait depuis longtemps déjà chez nous. Il\nétait d'autant plus désiré que l'op. 3i (n° 2) qu'il devait jouer était inscrit\npour le lendemain sur les affiches de Risler.\nM. Pugno a dépassé, si c'était possible, tout ce que son glorieux passé\npermettait d'espérer de lui. Son interprétation a soulevé une tempête d'ap-\nplaudissements, de vivats et de trépignements une petite émeute. Il adû\nrevenir, et avec l'admirable délicatesse nonchalante qui lui est propre et\nqu'aucun n'a jamais pu atteindre, il a enlevé comme en se jouant une petite\npièce que tous auraient voulu encore entendre.\nLa soirée a fini par le quintette de Schumann qui a porté l'émotion à\nson plus haut point; particulièrement le 2e mouvement [in moddo d'una\nmarcia) dont les sonorités mystérieuses ont été admirables.\nCe concert est, je pense, d'une valeur et d'un intérêt un peu plus consi-\ndérables que certains festivals de cet hiver, car, jamais peut-être depuis que\nleurs deux noms sont mis sur l'affiche, les deux célèbres virtuoses n'ont eu\nun succès plus grand ni plus mérité.\nRENÉE CHEMET ET CAMILLE DECREUS. Deux jeunes artistes français\nont montré que l'Ecole française pouvait rivaliser non sans avantages avec\nles Ecoles étrangères.\nLe grand nombre de virtuoses d'outre-frontières que nous avons eus cet\nhiver n'a servi qu'à nous montrer que nous possédions en Mlle R. Chemet"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "et M. Cam. Decreus deux véritables artistes. Mlle R. Chemet, qui possède un\ntempérament fougueux et un mécanisme très à l'aise, a joué l'andante du\nConcerto de Max Bruch avec une émotion et une ampleur de son remar-\nquables ; elle a montré de réelles qualités dans le scherzo de la\nespagnole de Lalo.\nM. Decreus est simple en même temps qu'émouvant. On a fort apprécié\nson exécution des Variations de Liszt sur un motif de Bach ainsi que son\ninterprétation de l'op. 27 (11° 2) de Beethoven.\nJe devrais citer le programme entier s'il me fallait annoncer les morceaux\nque le public a applaudis. Encore une fois, l'Ecole française peut être fière\nde Mile Chemet et de M. Decreus.\nCERCLE MUSICAL. Le Cercle musical (Gabriel Fauré, président;\nCh. Domergue, Dr) nous a fait passer le 18 une agréable après-midi.\nM. Plamondon, dans un fort bon style très pur et un peu vieillot, a soupiré\nl'air de Cosi fan tuttedéjà entendu la veille au soir, aux « Agriculteurs ».\n11 a ensuite chanté deux compositions de M. Domergue dont la 2e\nqui a été bissée ne manque pas d'originalité. Grâce au talent de MUe H.\nRenée, nous avons applaudi sa transcription de la 2 de Debussy\n(jouée avec la ire, à son concert, le i 3 février, chez Erard). Puis une élé-\ngante Contemplation signée H. Renée ; enfin un de Fauré.\nM'le Lindsay a dit d'une façon dramatique, un peu théâtrale peut-être :\nAprès un Rêve,de Fauré, ensuite, Dans que son\ninterprétation gracieuse et souriante a fait bisser. Pour finir je relaterai\nseulement l'exécution chaleureuse que M. F. Touche et M. Lucien\nWùrmser ont donnée de l'immortelle Sonate de Franck. Car si je disais tout\nle bien que je pense de la manière dont M. Wùrmser a remplacé dans le\nquatuor M. Fauré empêché, je serais certainement taxé d'exagération et\nde parti pris. Bonne interprétation du i3e quatuor de Beethoven.\nPAUL DUBOT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c034", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.5", "titre_corps": "COURRIER DE BORDEAUX.", "titre_sommaire": "COURRIER DE BORDEAUX.", "signature_source": "Jacoques Rivière", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.40", "debut_caractere": 1878, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "COURRIER DE BORDEAUX.\n\nLA SAISON THÉÂTRALE. Il faut être juste, même envers un directeur\nde théâtre. Celui de Bordeaux, M. Frédéric Boyer, est aux prises avec un\npublic qui met de la férocité dans l'incompréhension, et qui, depuis Ma-\nnon, s'est refusé à accepter aucune nouveauté. Louise même n'a pu se faire\nadopter ;ce n'est pas que la vulgarité et le pathos en aient déplu : on a\ntrouvé cela « trop savant ». On s'est résigné à subir deux représenta-\ntions par an de Lohengrin ; mais seuls les « révolutionnaires » y assistent.\nC'est assurément à cette inertie du public qu'est due la monotonie de\nnotre saison lyrique.\nCette année, la troupe d'opéra était médiocre. M. Gautier (de l'Opéra-\nComique) est l'homme des Huguenots : mais son intelligence musicale\nreste problématique et sa voix forte manque par trop de distinction.\nM. Auber est un baryton volontaire, mais inégal ; il n'arrive pas toujours à\nla justesse. Mile Thérèse Clément fait preuve d'une bonne volonté désar-\nmante ; elle me donnait envie de pleurer, tant elle avait l'air de peiner pour\nfaire marcher sa triste voix. M. Sylvain, basse uniforme mais convenable,\net M»0 Marguerite Dhumon (contralto), qui, à défaut d'une voix ferme,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.41", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3682, "texte": "montrait de 1 habileté dramatique, valaient mieux que les autres Mais la\nC°m!qif étalt excellente dans l'ensemble. Si M«« Rolland\np s sotte,_ manquait de voix, M. André Morati, qui fut, je crois de l'O-\npera-Comique, avait un très joli timbre. M. Cotreuil chantait avec un art\nSTJiI*#. ™ «*»?»•> « révélait for, fdrôh /nfin et su\"\ntout M Magne déployait une voix encore un peu inculte mais d'nnp\n\\èvTvteJuiënciTe' Le théâM 6de Monnaie> qui adu go'ût, nous en-\nleve, païait-il, cette remarquable artiste ! Nous perdons beaucoup\nn'est pas1 oTl? n'î B°Jer \"ous/ donné Ia Damnation de Faust. Ce\np , on le voit, par de 1 inédit que s'est ouverte la saison f a\nDamnation, a peu près inconnue du public qui fréquente le théâtre a' ob\nsoignée mise en scte étaif tt\nsoignée et lon admirait au 2e acte une valse des Svlphes dansée nar rlps\nnhardrMalhTnneS'CelleSimêmeS qu'on vit »adis ™ théâtre Sarah-Ber-\nhardt. Malheureusement leur engagement ne durait que deux mois. Et\nquand el es partirent, l'enthousiasme si imprévu des Bordelais pour Berlioz\ns'apra soud!,in-Des sens «a'ëô, eSs\nque aans le ballet des Sylphes « la musique aussi était bien jolie » dédai-\ngnèrent cette meme musique dès qu'elle ne souligna plus que les' évolu-\ntions terrestres des habituelles danseuses. La ne fut plus jouée\n1S a n?°.ltl® Prix> i'ose risquer ici un paradoxe, qui fera bondir\npeuïrutairnn'aSer>eUX'CaVat\"Cfai qUe 06 b°n public' dans sa franchise un\npeu brutale, n avait pas tout a fait tort. Pour se faire écouter jusqu'au bout\n- Berlioz> en en-\nmettr,e.fn muusique le Faust de Gœthe, s'inquiétait sans doute\nfort peu du sens philosophique de l'œuvre. Son imagination ardente mais\nresPautsC 1 an'ifn' déHre mpide Une foule de scènes Pitto-\nle, Mm'.q t aglS?alt dC Presenter successivement au spectateur comme\nles tableaux d une lanterne magique. Et c'est bien en effet un défilé de\nianterne magique, une collection de gravures bonnes ou mauvaises une\nrapsodie de thèmes hétérogènes que cette étonnante Aucune\naison intérieure, aucune continuité, aucun drame. Dès lors il faut bien que\ni œuvre, pour conserver son identité, se développe en un seul lieu, il faut\nque on reconnaisse les personnages sur la scène pour savoir que c'est\ntoujours des memes qu'il s'agit; en un mot, il faut que l'unité extérieure\nremplace 1 unité profonde. Et puis il n'est pas mal que la couleur du dé-\ncor rehausse la couleur musicale, un peu défraîchie déjà. Sur notre théâtre\ncette collaboration du machiniste avec le musicien fut réalisée avec tact '\nce a e grand succès ; de là aussi la chute, quand la mise en scène perdit\nson Plus bel ornement. —La damnation fut chantée par M. Cotreuil excel\nlent Mephts.ophélés e. tantôt par M. Morati et Mll. Clément tantôt par\nM. Gautier et M~ Magne. L'orchestre, dirigé par M. Montagne, montra de\nla vaillance et de la cohésion.\nAvant que le succès de la Damnation fût complètement épuisé, M. Boyer\nnous offrit le Chérubin de Massenet et Y Henri VIII de Saint-Saëns. Cette\nderniere œuvre est assez connue pour qu'il me suffise d'en noter l'interpré-\ntation convenable par la troupe d'opéra. Le ballet (la Fête du Houblon) fit\nortune et survécut a la pièce, qui obtint seulement six représentations.\nQuant a. Chérubin, les Bordelais lui firent, bien inconsciemment exnier le\ncrime d avoir supplanté Pelléas l'an dernier à l'Opéra-Comique • à la\ntroisième représentation la salle était vide : il y a une justice immanente.\nIres ephemere fut également ï Anniversa de M. Adalbert Mercier si\nephemere que je ne pus l'entendre. '\nPuis vinrent des œuvres un peu plus intéressantes. A la place\nqu on nous promet depuis vingt ans, nous eûmes Les Girondins de M. Le"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3798, "texte": "Borne. Ce drame lyrique, encore inconnu à Paris, a depuis quelque\ntemps une certaine vogue en province. Il a été représenté successivement\nà Rouen, à Lyon et, cette année même, à Marseille. A vrai dire, je crains\nque son succès ne provienne surtout de ce qu'on y entend la\net la Carmagnole, et aussi de ce que la déesse Raison y exhibe un costume\nhistoriquement sommaire. Cependant l'œuvre mérite l'attention. Le livret\nen pouvait être original ; il n'est que stupide. Mais M. Le Borne est\nconsciencieux ; il a travaillé sa musique avec grand soin ; il s est applique,\ntrop appliqué peut-être, et, comme il est encore sous la domination wagne-\nrienne son Ducos et son Boyer-Fonfrède s'expriment un peu trop selon les\nformules de Siegfried et de Wotan. C'est de la bonne copie, mettons de la\nbonne transposition : ce n'est guère davantage. Sans doute M. Le Borne\nn'ienore pas nos grands artistes contemporains ; mais il a trop peu écouté leur\nenseignement. De là sans doute cette lourdeur, cet embarras et ce man-\nque de distinction qui sont les défauts les plus de œuvre.\nPuis le musicien paraît avoir un penchant naturel a 1 enflure : c est\npourquoi son lyrisme ressemble par trop à l'éloquence amphigourique des\nhéros révolutionnaires. Mais il faut lui être reconnaissant d avoir fait un\nerand effort vers la puissance et la solidité. Les furent bien chan-\ntés par M. Cotreuil, passablement par M. Auber et MHe Dhumon, mal par\nM Gautier et M»® Clément. Les chœurs firent des tentatives desesperees\npour attraper de temps en temps la mesure et même la tonalité. L or-\nchestre se montra hésitant. Six représentations épuisèrent le succès.\nQuant à la Trouve Jolicœur de M. Arthur Coquard, on la joua seulement\ntrois fois. M. Coquard offrit pourtant aux auditeurs de la première une\nintéressante conférence. J'en retiendrai non pas l'exposition de sa « poé-\ntique », qui apparut assez simpliste, disons même assez candide, mais a-\npercu général sur l'histoire de la musique, qui servit de conclusion a ora-\nteur. Suivant M. Coquard, la musique a procédé par périodes successives\nde complication et de simplification. Le chant grégorien unl a\ndonné naissance à la polyphonie touffue du xvie siècle. Puis Monteverdi a\nramené la clarté mélodique. Mais Bach et Hœndel, ayant de nouveau com-\npliqué l'harmonie, ont provoqué la réaction nécessaire de Mozart et de\nHaydn ; et ainsi de suite jusqu'à nos jours. M. Coquard n'entend pas pré-\nférer les périodes simples aux périodes complexes ; mais, en présence de\nnotre musique contemporaine, il ne peut s'empêcher de souhaiter un 1 e-\nrateur qui nous mène hors de l'obscure forêt wagnérienne. vrai\ndire, il nous semble que ce libérateur est venu et qu'il s'appelle Debussy.\nCar, malgré les apparences, ce sont bien les plus primitives et les plus\nsimples sonorités que Debussy reconstitue ; si elles à quelques-\nuns si étranges et si « savantes-», c'est qu'une éducation factice les égaré\net que leur oreille, ayant perdu sa sensualité première juge « naturelles »\nles combinaisons les plus artificielles. Mais c'est là une opinion que\nM. Coquard repousserait avec énergie (1) ; il n'y faut donc point insister.\nLa musique de la Troupe Jolicœur m'a semblé difficile à caractériser. Le\nsentimentalisme en est déplaisant ; et pourtant il n y manque pas abso li-\nment de distinction. Ce n'est pas le gros mélo ni le bagout, parfois puis-\nsant, de Louise.C'est quelque chose de plus mièvre, de plus étriqué, de\nplus à l'usage des jeunes filles qui viennent d'entrer dans le monde. Il n y\na pas une faute de mauvais goût ; mais on y sent perpétuellement un je ne\n\n(1) Voyez dans le Correspondant du 10 septembre igos :\nâges, où, tout en rendant hommage au grand art de Debussy, M. Coquard proclame\nson œuvre dangereuse (p. 989-90)."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.43", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3844, "texte": "sais quoi d'un peu bébête. D'ailleurs M. Coquard écrit pour l'orchestre\navec une grande habileté et il a, bien plus que M. Le Borne, le tour de\nmain. La TroupeJolicœur donna occasion à Mme Magne (Geneviève) de\nfaire admirer sa splendide voix. Mlle Dhumon fut rude et maternelle à\nsouhait dans Mme Jolicœur ; on crut s'apercevoir que le dénoue-\nment lui avait arraché de vraies larmes; on ne sait jamais. M. Les-\ntelly (Jean Taureau) se montra bon comédien et bon chanteur. Les\nautres, y compris M. Granier (Jacques) qui frisa le grotesque, restèrent\nau-dessous du médiocre» M. Ernaldy conduisait très convenablement\nl'orchestre.\nL'œuvre de M. Coquard fut la dernière pièce nouvelle delà saison,\nM. Boyer, voyant que le public rechignait sur tout ce qu'on lui offrait,\nrevint à l'ancien système des représentations extraordinaires avec le con-\ncours d'artistes étrangers. Il appela successivement Mme Gerville-Réache,\nMlle Chambellan, M. Scaremberg, Mme Passama, Mlle Lalla Miranda, enfin\nM. Delmas et Mlle Mendès.\npensionnaires ; elle tenait jadis des rôles très modestes ; son séjour àla\nMonnaie lui a donné du prestige. D'ailleurs, sa voix a gagné en am-\npleur et en netteté ; mais la prononciation reste inintelligible. Elle chanta\nLucie de Lammerrnoor ; j'avoue que cette musique, qui n'y entend pas\nmalice et qui se livre dans sa nudité ingénue, m'agace cent fois moins\nque les maquillages massénétiques ;je n'aime pas le faisandé. C'est pour-\nquoi je déteste Thaïs, que M. Delmas vint nous chanter. Tous les trucs,\ntoutes les ficelles y sont mis en œuvre avec une habileté qu'on pourrait\ndire sataniqùe, si l'on ne craignait de lui faire trop d'honneur. La passion,\nla volupté, la couleur locale même, tout est en simili; il ne faut que gratter\ndu doigt, cela s'écaille. 11 y a même cette facilité déplorable, qui s'arrange\npour singer la spontanéité. Et par instants on se laisse presque prendre,\ntout cela est si prestigieusement arrangé, rabiboché, plâtré, que l'on\nse demande parfois si ce n'est pas « du vrai ».Mais ce n'est pas «du vrai »,\net tout l'art de M. Delmas ne suffira jamais à rendre supportable le grand\nair d'Alexandrie ou le duo de l'Oasis. Delmas, qui obtint l'an dernier\nun grand succès dans Wotan, a eu tort de se représenter chez nous sous\nles traits d'AthanaëL Comme pour l'en punir, sa voix se montra, ce soir-\nlà, quelque peu réfractaire. Quant à Mlle Mendès (Thaïs), elle chante bien\nmal et son timbre est bien désagréable.\nIl n'en est pas de même de MUe Maria Gay, qui se fit entendre dans Car-\nmen avant de chanter à Paris l'œuvre de Bizet. J'ai vu bien des Carmen,\nmais aucune, je crois, qui fût aussi parfaite. D'abord Maria Gay a l'art de\nces gestes violents, ingénus et pervers, qui sont essentiellement espagnols ;\nelle ale tour de rein, le « salero » national. Et puis elle a sa voix si sou-\nple, si murmurante, si brûlante, si tragique par instants. Elle distille la\nhabanera avec des inflexions subtilement provocatrices, elle emporte la\nséguidille dans un tourbillon de rage sensuelle, et si elle faillit un peu\ndans la Chanson Bohême, elle donne à l'air du Trio des Cartes une inten-\nsité dramatique insoupçonnable : vers la fin on sent comme la fatalité de\nla mort se déployer sur l'éclat sombre des cuivres. Je n'ai pu malheureuse-\nment l'entendre dans le duo final. Le rôle de Dalila convenait moins à\nMaria Gay que celui de Carmen. Elle y a été cependant fort intéressante,\net personne n'a songé à lui reprocher de ralentir un peu la mesure, comme\nsi elle se complaisait à dérouler les grandes caresses de sa voix ; cepen-\ndant son jeu un peu fébrile contrastait désagréablement avec les lenteurs\noù elle s'attardait en chantant.\nLa saison théâtrale s'est achevée par une reprise du Jongleur de Notre-\nDame. M. Frédéric Boyer lui-même a chanté avec art le rôle du Frère"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 774, "texte": "Boniface. Mais que cette musique est plate et que ce « miracle en 3 actes »\nest interminable !\nPeut-être pensera-t-on, en achevant de lire ce compte rendu, que j'ai\nfort exagéré la monotonie de notre saison lyrique. Mais il faut songer que\nchacune des pièces nouvelles, que j'ai seules analysées, a obtenu la\nDamnation mise à part —un maximum de six représentations. Tout le\nreste du temps nous avons eu pour nous régaler :\nles Huguenots, l'Africaine et la Vie de Autant dire que, si les con-\ncerts nous avaient manqué, nous serions morts d'inanition. C'est ce qui ne\ndevraitplus être possible, dans une grande ville comme Bordeaux. Mais je\nrépète que la faute en est presque uniquement à la paresse inconcevable\ndu public.\n\nJacoques Rivière."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c036", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.6", "titre_corps": "COURRIER DU HA VRE", "titre_sommaire": "COURRIER DU HA VRE", "signature_source": "J. -A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.44", "debut_caractere": 776, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "COURRIER DU HA VRE\n\nCercle de l'Art Moderne.\nNous avons signalé récemment l'intéressante conférence faite sous les\nauspices de ce cercle par M. G.-Jean Aubry sur Paul Verlaine et la musique\ncontemporaine. Le cercle vient d'ouvrir sa première exposition. Nous trou-\nvons au catalogue, qui indique une centaine d'envois, les noms de Monet,\nRenoir, Guillaumin, d'Espagnat, Maurice Denis, Vuillard, Bonnard, Matisse,\nSignac, Cross, Luce, etc., et la plupart des plus intéressants d'entre les\njeunes qui exposent au salon d'automne ou aux Indépendants. C'est le pre-\nmier groupement homogène nettement et originalement moderne organisé\nau Havre en ce qui touche les arts plastiques; mais le cercle a organisé une\nautre innovation pour notre ville: celle d'auditions de musique de chambre\ndonnées dans la salle de l'exposition même.\nI-a première de ces auditions a été donnée le 8 avec un complet succès,\ngrâce au dévouement et aux qualitésprofondémentartistiquesde MM. Henry\nWoollett, Maurech et Boin, en ce qui concerne la partie instrumentale, et\ngrâce à l'intelligence et au charme de la voix de Mlle Merville, l'une de nos\nmeilleures « amateurs ».\nVoici le programme de cette audition :\ni° Sonate en sol mineur, de Guy Ropartz.\n/ x) Aurore, de G. Fauré.\n20 Mélodiesj 2) Au bord des eaux,de H. ¥/oollet.\n' 3) Nocturne,de César Franck.\n3o Trio (op. 29) pour piano, violoncelle et clarinette, de Vincent d'lndy.\nCes œuvres furent excellemment rendues par ces quatre artistes dont\nle dévouement aux idées nouvelles,, l'enthousiasme et la conscience artis-\ntique sont ici unanimement reconnus.\nLes idées vraiment modernes du Cercle de l'Art Moderne, qui s'étaient\ndéjà affirmées lorsque M. G.-Jean Aubry faisait chanter du Chausson et\ndu Debussy lors de sa conférence sur Verlaine, lorsque M. Frantz Jourdain\nfit la conférence d'ouverture, s'affirment encore aujourd'hui et parl'ensem-\nble des noms des peintres inscrits au catalogue de son exposition et par le\nprogramme de cette audition et d'auditions prochaines où l'on annonce"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.45", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 124, "texte": "des œuvres de Lekeu, Castillon, Chausson, Debussy et d'encore plus mo-\ndernes compositeurs.\n\nJ.-A."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c038", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.7", "titre_corps": "COURRIER DE NANCY.", "titre_sommaire": "COURRIER DE NANCY.", "signature_source": "R. d'A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.45", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "COURRIER DE NANCY.\n\nCONSERVATOIRE : Derniers concerts de l'abonnement.\nXLE CONCERT, — Les paroles savoureuses du vieillard au jeune homme\nque nous rapporta Willy, en cette revue même, me reviennent à l'esprit\ndevant l'opposition très caractéristique d'un\narchets de J.-S. Bach et du fameux Prélude à V Apres-Midi d'un Faune de\nClaude Debussy. Ils sont typiques, ces deux exemples, l'un de « l'écriture\nen largeur » du maître ès fugues, écriture rendue plus manifeste encore en\nune œuvre où concertent les instruments, et de « l'écriture en hauteur » du\npère de Pelléas.Bach a ses partisans — et fort nombreux — à Nancy, où\nl'on eut la primeur, pour la France, de plusieurs de ses cantates et de son\nadmirable Passion selon saint Jean. Mais, et précisément parce qu'on le\nconnaît susceptible d'émotion humaine, et même quasi surhumaine, l'au-\ndition d'une œuvre purement scolastique — à laquelle manquait d'ailleurs\nun peu l'assiette rigoureuse — ne laisse pas que de surprendre le public,\ntout en ne parvenant pas à l'enthousiasmer.\nCe fut donc « l'écriture en hauteur » qui triompha, Je dois écrire, aussi,\nque l'orchestre fut, en ce concert, si exquis dans le détail, si attentif à ne\nrien laisser perdre du charme, distillé goutte à goutte, des arômes silvestres\némanés de l'églogue mallarméenne, que plus d'un auditeur, soudain sub-\njugué, oublia qu'il avait jadis médit d'un tel art, et se surprit à murmurer,\navec une mélancolie tendre et complaisante : C'était donc joli !\nDe même, le Requiem suave, consolant, embaumeur de choses défuntes,\nde Gabriel Fauré, parut prendre une importance autre qu'à la première\naudition. Je me souviens qu'à cette époque (10 février 1901) je fus inter-\nviewer Mme l'Opinion.\nMme l'Opinion est une aimable petite vieille qui s'efforce, avec une loua-\nble persévérance, de parfaire son éducation musicale. Elle possède, rue du\nChanoine, derrière la cathédrale, un piano carré d'Ignace Pleyel, facteur\ndu roi, et, dans un recul très lointain d'âges qui en font presque des objets\nd'art, se profilent en sa mémoire les mélodies : et\nà la carabine :\n« Je croyais, dit Mme l'Opinion, qu'un devait toujours être quel-\nque chose de terrible, d'éclatant et d'effroyable, et que la Providence y\naffectait volontiers des airs inflexibles de créancier. M. Fauré m'a enlevé\ncette idée ; je m'acheminerai désormais vers la mort avec plus de douceur.\nDu reste, ce n'est pas l'image de la mort qui se dégage de cette musique si\nfine, si enveloppante, mais la pensée du repos, de l'éternel repos: Requiem\nceternam. C'est pourquoi la beauté capitale de cette œuvre est vraiment\ndans l'idée du pardon. Je sais bien que, au moment du résonne\nla trompette du jugement, mais c'est moins, je crois, pour frapper de terreur\nle faible accusé que pour annoncer, avec pompe, l'ineffable Juge. »\nChœurs bien conduits et bons. Offerto et posés avec autorité,\nphrasés avec émotion par M. Paul Daraux, dont une jeune et charmante\nélève, Mile Cécile Winsback, se faisait entendre pour la première fois en"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.46", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3674, "texte": "ce concert. Elle y soupira joliment le Pie Jesn du Requiem. Beaucoup de\ngoût, aussi, dans les Roses d'lspahan et le Lamento interprétés par cette can-\ntatrice d'avenir.\nSi, des demi-teintes exquises de Fauré, nous passons au clair-obscur,\nmagistral et puissant, de Ropartz, c'est grâce au baudelairien Chant d'Au-\ntomne déclamé par M. Daraux.\nL'âpre plainte du vent dans les arbres, et celle de la mort, au cœur du\npoète, traversent toute la première strophe de ce Chant. La deuxième, qui,\ndans les Fleurs du mal, passe, sans transition, de la révolte contre l'agonie\ndes choses, à la soumission envers l'aimée au long regard « verdâtre »,\nproduit un grand effet, dans la musique de M. Ropartz. L'apaisement est\nci moins subit que dans le texte littéraire, car on peut en suivre la grada-\ntion, très subtile, depuis les deux derniers vers de la première strophe. Page\ndésespérée et cependant hautaine, triste mais ne demandant du dehors\naucun apaisement :on sent très bien l'allure tendue de l'esprit du poète\nque la vie trouble et déchire, qui ne pleure pas, toutefois, parce qu'il ne\nvoudrait pas pleurer devant une femme.\nM. Ropartz, en nous donnant cette remarquable traduction baudelai-\nrienne, s'impose à nous, autant comme psychologue intelligent et profond\nque comme musicien en pleine possession de la maturité de son talent.\nRéauditions : de Y Ouverture de Léonore (n° 3) qui me plaît extrêmement\net de Y Alléluia du Messie, qui, cette fois encore Hrendel me pardonne !\nne me plaît guère.\nXe CONCERT. L'avant-dernier concert de la saison est d'ordinaire, à\nNancy, uniquement symphonique. Le Xe concert n'a pas failli à cette\ntradition.\nIl était encadré entre deux ouvertures, celle de Fidelio pour terminer le\ncycle, à nouveau parcouru, des quatre Léonore de Beethoven ; et celle de\nTannhàuser, superbe dans l'évocation de Venusberg (à l'Opéra de Paris,\ncela n'a ni ligne ni couleur !), avec la partie curieuse et rarement enten-\ndue ailleurs qu'en Allemagne de la petite flûte.\nComme poème symphonique, Saugefleurie de M. Vincent d'lndy, œuvre\nancienne déjà, exécutée en 1895 à Nancy, dans un festival consacré à son\nauteur. Cette page paraît dater d'hier (/'Après-Midi d'un Faune semble con-\nnaître aussi les bienfaits d'une Jouvence). Dans Saugefleurie les sonorités\nsont exquises ; les thèmes ont une saveur mi-légendaire, mi-populaire,\nd'une rare originalité. Et je songe qu'il en faut, de l'originalité, pour trai-\nter une chasse avec appels de cors, sans évoquer soit YObéron de Weber,\nsoit le Chasseur maudit, soit de nombreuses pages de Wagner. Le thème\nde la rêverie de la jeune fée, aux bords du lac bleu semé de jonquilles,\napparaît, d'une frêle et délicate transparence, aux violoncelles divisés.\nSaugefleurie reste un modèle de poème symphonique, presque uniquement\nmusical, inspiré largement d'un texte littéraire, mais trouvant, en lui, un\nsimple support, et non des bornes étroites et singulières, ce qui est le cas\ndes œuvres de ce genre de l'école russe.\nPremière et fort belle audition de la Symphonie en ut majeur de Schu-\nbert, celle qui fut son tombeau, l'œuvre « aux divines longueurs », selon\nSchumann. Il est regrettable qu'entre Vlnachevée et cette symphonie nous\nne puissions reconstituer la chaîne qui, dans Beethoven, réunit neuf chefs-\nd'œuvre.\nL'on comprend que Schumann ait été enthousiasmé par ces pages, si\nnettement révélatrices de la nature impulsive et rêveuse de Franz Schubert,\nnlles relèvent d'une esthétique semblable à celle de l'auteur de Manfred,\nune esthétique régionaliste, si j'ose ainsi dire. Cette symphonie évoque\nVienne, au même titre que la troisième de Schumann célèbre Cologne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.47", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3710, "texte": "D'ailleurs, Schumann est le premier à reconnaître que le talent de Schubert\nmanque de lime, que Vandante de la Symphonie en ut gagnerait à être\nécourté, et que l'auteur des suaves lieder, ignorant, toujours, de l'art de\nconclure, méconnut la science des proportions.\nReconnaissons, d'ailleurs, que, malgré sa durée et ses longueurs esthé-\ntiques, cette symphonie ne parut ennuyer ni le public, qui l'applaudit fort,\nni les musiciens, qui, conduits merveilleusement par M.Ropartz, donnèrent\nde l'œuvre une exécution précise, mouvementée (le scherzo idéal !), cha-\nleureuse et d'une charmante couleur.\nXIe CONCERT. Scènes de Faust de Robert Schumann.\nAyant eu, à Nancy, la Damnation de Berlioz, Faust-symphonie de Liszt,\nla Procession nocturne de Rabaud (Faust de Lenau), il n'était que temps,\npour nous, d'ouïr, enfin, le poème qui se rapproche le plus exactement de\nla pensée gœthienne, et en particulier du second Faust, écrit par celui\ndont Napoléon disait qu'il était vraiment « un homme ».\nCe haut caractère d'humanité transcendante se retrouve dans les scènes\nde la première, et surtout de la deuxième partie de l'oeuvre de Schumann.\nLa mort de Faust est d'une grandeur émue qui fait songer à Euripide ; la\nscène à la cathédrale, avec le cri poignant de Marguerite, est d'une sincérité\nexpressive particulièrement heureuse. Il faut admirer le courage, en quelque\nsorte intérieur, de Faust, assailli par le Souci; son hymne panthéiste d'un\npanthéisme actif, et non rêveur et passif comme celui de Jean-Jacques\nprête un éclat de plus à ce lever du soleil, dégagé des brumes au chant des\nElfes, et déjà magnifié par la voix mystérieuse d'Ariel.\nDeux grandes idées dominent tout le poème : l'idée d'amour, et celle de\nvolonté. La dernière ne suffirait pas à élever l'âme de Faust aux suprêmes\nhauteurs célestes ; mais ajoutée à la rédemption par « l'éternel féminin »,\nelle le sauve, non seulement de Méphistophélès, que les anges ensevelissent\nsous les roses, mais encore de la béatitude un peu incertaine et embryon-\nnaire dans laquelle s'agitent les « anges novices » et les « garçons bien-\nheureux»... Il est essentiel de se redire toutes ces choses, si l'on veut com-\nprendre parfaitement la musique, à la fois si savante et si simple, dont\nSchumann para toutes les parties de l'œuvre. Ainsi s'expliquent VOuverture\nqui dépeint l'esprit actif et volontaire de Faust, et le Finale où la grâce mé-\nlodique, bien schumanienne, se déroule sur un rythme àla longue un\npeu fatigant de marche entêtée (et bien allemande !) vers le ciel enfin\nconquis.\nLe finale est le deuxième, le plus long, le moins souvent exécuté, et peut-\nêtre le plus caractéristique, par ses défauts mêmes, apparents surtout à des\nFrançais.\nA MUIe Winsbach, dont nous avions accueilli avec faveur les récents\ndébuts à nos concerts, était échue la tâche bien lourde de chanter le so-\nprano de Marguerite. La scène de l'église demeura par suite d'un trac\nsoudain de la jeune cantatrice inférieure àce qu'elle aurait dû être\ncomme puissance pathétique, et à ce qu'elle aurait pu être comme intensité\nvocale. Mais le duo du jardin fut exquis de fraîcheur et de netteté comme\nun gazon après l'orage, et les phrases mélancoliques du Souci, ainsi que\ncelles, radieuses, de la Pénitente, furent mises en valeur avec une diction\nd'une école excellente.\nDans une deuxième de Faust, Mlie Winsback, en possession entière de\nses moyens, eût été, nous n'en doutons pas, digne de tous points d'être\nadmirée. L'on ne demande, à Nancy, qu'à la réentendre.\nM. Daraux, chantant Faust, qui est dans sa tessiture, cela ne peut man-\nquer d'être parfait, et le bel air qui précède la mort du héros a été, par\nlui, dit merveilleusement."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "Mais qu'on l'entende encore, M. Daraux et toujours admirable !\négrener les notes de ténor auxquelles parvient le chant du Doctor Marianus,\ncela ne laisse pas de surprendre. M. Clamer a rendu avec assez de sobriété\nmais avec une émission si rude ! les figures, un peu effacées, de\nMéphistophélès et du Pater profundus.\nEt M. Warmbrodt fut un délicat et mystique Pater extaticus, autant qu'un\nAriel plein de féerique séduction.\nGrâce à Dieu, l'on eut recours largement, pour les quatuors vocaux et\nquelques soli, aux éléments de la ville : M. Bauer, MUe Galtier et René se\nfirent apprécier de façon flatteuse, ainsi que Mlle Serrière, dont le solo des\nRoses effeuillées parut délicieusement clair à ses notes d'eau courante et\ntransparente.\nMater Gloriosa, Marie VEgyptienne étaient incarnées par M Croiza,\nalto, de riches ressources vocales, qui créa avec grand succès, au théâtre de\nNancy, le rôle de Messaline dans la pièce d'lsidore de Lara.\nLes chœurs, sages et disciplinés, gagneraient à fouiller davantage les\ndétails que le lied de Schumann réclame pour être, à l'éxécution, tout à\nfait suave.\nLa traduction employée était celle de M. Amédée Boutarel. Elle serre de\nprès le texte, quelquefois aux dépens de l'euphonie, et rend fort estimable\nle Faust, très correctement édité à Paris chez Costallat (avec les deux ver-\nsions du Finale).\nQue l'orchestration de Schumann ne soit pas celle de Berlioz ou celle de\nGlazounow ou de Claude Debussy, cela ne fait aucun doute ; mais telle\nqu'elle est et bien rendue dans sa massivité par l'orchestre des concerts\ndu Conservatoire, je ne la déteste pas, avec sa/prédominance d'altos et de\nvioloncelles, ses trompettes presque jamais éclatantes, ses coups de timbales\nmarquant plus le rythme qu'ils ne le colorent.\nUn tel effort, de la part de M. Ropartz et de ses collaborateurs, 11e peut\nêtre dépensé en une seule journée. A l'an prochain, donc, avec d'autres\nmerveilles, la reprise de ce Faust qui enchantera toujours les poètes !\nRENÉ D'AVRIL.\nP.-S.— Je n'apprendrai pas aux lecteurs du Mercure que M. J.-Guy\nRopartz a remporté le prix Crescent avec une oeuvre colossale : sa Sym-\nphonie avec chœurs (n° 3). Les Nancéiens se préparent avec joie à aller en-\ntendre la ire de cette symphonie au Conservatoire de Paris, pour, ensuite,\nla mieux goûter encore à celui que l'auteur dirige avec tant de compé-\ntence.\n\nR. d'A."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c040", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.8", "titre_corps": "COURRIER D'AMÉRIQUE.", "titre_sommaire": "COURRIER D'AMÉRIQUE.", "signature_source": "Ch. M. 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Symphonie en ut mineur."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.49", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "La liste suivante donnera une juste idée de ce que furent les 24 concerts\nde la saison dernière.\nŒuvres exécutées aux concerts symphoniques pendant la saison IQOS-\n- :\nJ.-S. Bach. Suite en ré majeur no 3 pour orchestre.\nPrélude, Adagio et Gavotte (transcrits pour cordes par\nBachrich).\nPastorale de F Oratorio de Noël.\nToccata en fa majeur pour orgue (Wallace Goldrich).\nBeethoven, Symphonie en ré majeur.\nSymphonie en mi bémol majeur (Héroïque).\nSymphonie en ut mineur.\nSymphonie en fa majeur (Pastorale).\nSymphonie en fa majeur n° 8.\nOuverture d'Egmont.\nConcerto en ré majeur pour violon (Wiily Hess).\nConcerto en mi bémol majeur pour piano (Adèle aus der\nOhe).\nBerlioz. Ouverture du Carnaval romain.\nBoehe. Départ d'Ulysse et naufrage, épisode pour orchestre.\nBrahms. Symphonie en rê majeur.\nSymphonie en mi mineur.\nConcerto en ré majeur pour violon et orchestre (Hugo\nHermann).\nBusoni. Ouverture pour une Comédie, en do majeur.\nLes Harnachés, suite pour orchestre.\nChausson. Symphonie en si bémol majeur.\nColeridge-Taylor. On away ! Awoke, Beloved, de la Fête nuptiale d'Hiawatha\n(Ben Davies).\nConverse. La Belle Dame sans merci (d'après le poème de Keats).\nBallade pour solo de baryton et orchestre.\nDebussy. Prélude d VAprès-Midi d'un Faune.\nDukas. L'Apprenti Sorcier, scherzo pour orchestre.\nDvorak. Le Pigeon de la Forêt, poème symphonique.\nOuverture Nature.\nConcerto en si mineur pour violoncelle (Henri Warnke).\nElgar. Ouverture Au Midi.\nFauré. Pelléas et Mélisande (dirigé par V. d'lndy).\nC. Franck. Psyché et Cupidon, de Psyché, poème symphonique, di-\nrigé par d'lndy.\nLes Jardins de Cupidon, de Psyché, poème symphonique,\ndirigé par d'lndy.\nGlazounof. Le Kremlin, tableau symphonique en trois parties.\nGoldmark Ch. Ouverture de Sakountala.\nOuverture Au Printemps.\nConcerto en la mineur pour violon (Jacques Hoffmann).\nGoldmark R. Ouverture de Hiawalha.\nGrieg. Concerto en la mineur pour piano (Olga Samaroff).\nHaendel. Air : Oh !si f avais la lyre de Jubal, de l'oratorio Josué.\n(Mary Ilissem de Moss).\nD'Harcourt. Ouverture de l'opéra Le Tasse.\nHaydn. Symphonie en ré majeur.\nSymponie en si bémol majeur.\nHumperdinok. Introduction du 3e acte de Les enfants du roi.\nHumoresque."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.50", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "V. d'lndy. Symphonie sur un air montagnard.\nSymphonie en si bémol majeur.\nVariations Istar (ces trois œuvres dirigées par l'auteur).\nJaques-Balcroze. Concerto en ut mineur, pour violon et orchestre (H. Mar-\nteau) .\nLiszt. Faust-symphonie.\nLe Tasse, poème symphonique.\nConcerto en mi bémol majeur pour piano et orchestre\n(Rudolph Ganz).\nConcerto en la majeur pour piano et orchestre (Walde-\nmar Luetsche).\nChant Loreley avec orchestre (Louise Homer).\nOrphée, poème symphonique.\nLœffler. La Villanelle du Diable, fantaisie pour orgue et orchestre\nd'après le poème de Rollinat.\nMac Dowell. Lancelot et Elaine, poème symphonique.\nMahler. Symphonie no 5.\nMarschner. En ce jour, air pour baryon de Hans Heiling (D. Bis-\npham).\nMendelssohn. Symphonie en la majeur (italienne).\nOuverture du Calme de la Mer, du Retour au Pays et de\nla Belle Mélusine.\nConcerto en mi mineur pour violon (Marie Hall).\nMozart. Symphonie en sol mineur.\n- en do majeur.\nScène II est parti et aria de Cosi fan tutte (Emma Eames).\nAir de la Flûte enchantée (Mary Hissen de Moss).\nPaine. Prélude des Oiseaux d'Aristophane.\nA, Rubinstein. Concerto en ré mineur pour piano et orchestre (Ernest\nHutcheson).\nSaint-Saëns. Concerto en la mineur pour violoncelle et orchestre\n(Eisa Ruegger).\nSchillings. Prélude au 3® acte des Pipers Holiday.\nSchubert. Symphonie inachevée en si mineur.\nSymphonie en ut majeur.\nConcerto en la mineur pour piano et orchestre (Harold\nBauer).\nSinding. Concerto en la majeur pour violon et orchestre (Félix\nWinternitz).\nSmetana. Ouverture de l'opéra Libussa.\nR. Strauss. Italie, fantaisie symphonique.\nMort et Transfiguration, poème musical.\nTill Eulenspiegel, symphonie.\nStrube. Concerto en fa dièse mineur, pour violon et orchestre\n(Timothée Adamowski).\nTchaïkowsky. Symphonie en fa mineur.\nFrancesca de Rimini, fantaisie orchestrale.\nRoméo et Juliette, ouverture-fantaisie.\nThème et Variations de la Suite n° 3 en sol majeur.\nR. Wagner. Huldigungs Mars ch.\nBacchanale de Tannhàuser.\nAir d'Elisabeth de Tannhàuser (Johanna Gadski).\nChant de concours des Maîtres Chanteurs.\nDernier acte du Crépuscule des Dieux (Johanna Gadsky\net Ellison Van Hoose)."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.51", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "R. Wagner. Vendredi Saint de Parsifal.\nScène et air de Riewfi (Louise Homer).\nWebber. Symphonie en ut mineur.\nWeber. Ouverture du Freyschut\nOuverture iïEuryanthe.\nConcerto en fa mineur pour piano (Alfred Reisenauer).\nAir du Freyschut % (Ben Davies).\nLa question importante du moment est le changemeut de direction de cet\norchestre, M. Sericke ayant donné sa démission après plusieurs années de\ntravail sérieux et remarquable. Le nom du nouveau chef d'orchestre sera\nconnu dans une semaine ou deux probablement.\nLa première exécution de The Pipe of désir e, opéra en un acte (musique\nde F.-S. Converse, paroles de E. Barton, tous deux Américains), a été un\névénement de grand intérêt. Le libretto est charmant à la lecture, mais,\nhélas ! à la scène il est lourd et obscur et manque d'action et d'intérêt.\nPar contre, la musique mérite tous les éloges ; l'orchestration en est pres-\nque toujours intéressante et euphonique, et l'expression dramatique sou-\nvent remarquable.\nLe critique du Boston Herald parle de M . Converse comme d'un « com-\npositeur qui possède des dons rares pour la musique dramatique : une\nnature à la fois impressionnable et virile, mais d'une virilité sympathique,\nune science des effets orchestraux unie à un sens fin et poétique des har-\nmonies, des rythmes et du coloris, et, par-dessus tout, de l'imagination.\nAjoutez à toutes ces qualités une facilité technique qui lui donne une\ngrande autorité. »\n\nCh. M. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c042", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.9", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "J.-G. PROD'HOMME", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.51", "debut_caractere": 1464, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "CORRESPONDANCE\n\nParis, 10 juin igoô.\nMon cher Confrère,\navoir Vobligeance d'insérer dans le prochain numéro du\nMercure musical la communication suivante que j'ai adressée9 sans succès,\nàM. Mangeot, z7 <2 quinze jours ?\nA titre documentaire simplement.\nMerci d'avance et bien à vous.\n/.-G. Prod'homme.\nParis, 22 mai jpo6\\\nMonsieur le Rédacteur et cher Confrère,\nVoulez-vous me permettre de vous adresser une rectification au sujet delà\nbelle lettre de Berlioq à Lisçt, du 22 janvier iß3g, que vous vene% de pu-\nblier dans le Monde musical? Cette lettre, qui vous est communiquée par"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.52", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "MM. Calmann-Lévy, éditeurs des œuvres littéraires de Berlio^, est loin d'être\ninédite, comme vous le croye% certainement, en la donnant comme telle aux\nlecteurs du Monde musical. Elle a déjà été publiée trois fois au moins, en fran-\nçais, depuis dix ans, avec deux autres lettres de Berlio% à Lis\\t {25 janvier\ni 836 et 3o juillet iß3y) :\nle Gaulois du 2 janvier ißg6, par les soins de M. Emile Ollivier,\nà qui appartiennent les originaux ;\n20 et 3° Presque simultanément, par JWme La Mara et par moi-même, dans\nles Briefe an Liszt (3. Folge, Leipzig, igoô) ; et dans la Rivista musicale\nitaliana d'avril igos.\nEn outre, j'ai reproduit dans ma biographie ; Hector Berlioz(1803-1869),\nparue l'an dernier ,une partie de la lettre que vous de réimprimer. Comme\nvous levoyeq, les éditeurs des œuvres littéraires de ne vous ont com-\nmuniqué que des pages rien moins qu'inédites en vous faisant reproduire une\ndes trois lettres à Liszt, puisque celles-ci sont connues depuis plus de dix\nans, et qu'en outre elles ont été traduites, si je ne me trompe, dans des pé-\nriodiques anglais et allemands.\nTimeo Danaos et dona ferentes,\nrépétait parfois notre Hector, qui savait par cœur /'Enéide et connaissait\nses contemporains.\nVous m excuserez de terminer par cette citation virgilienne, et, en vous\ndemandant d'accueillir favorablement cette rectification, je vous prie d'a-\ngréer y Monsieur le Directeur et cher Confrère, l'assurance de mes sentiments\ndévoués.\nNous avons résolu, pour notre part, de ne plus jamais nous étonner des\nprocédés du Monde Musical.\n\nJ.-G. PROD'HOMME."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c044", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.8.10", "titre_corps": "ÉCHOS.", "titre_sommaire": "ÉCHOS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.52", "debut_caractere": 1602, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "ÉCHOS.\nLes ennemis de Vincent d'lndy. lls sont nombreux, mais inégaux en\ntalent, ainsi que le montrera ce savoureux extrait d'un de nos confrères,\nvoué à la littérature orphéonique :\nA Monsieur H. Rénier.\nMon cher et honoré Confrère,\nA votre curieux article publié dans Le Journal Musical au sujet de F an-\ntipathie du sieur Vincent d'lndy à l'égard des Orphéonistes, article judicieux\net spirituel dont nous avons tous apprécié et admiré la logique) permettez-\nmoi, je vous prie, d'ajouter ces quelques lignes.\nEn 1893, au Concours musical de Roannes (Loire), dont je faisais partie\ndu jury, voici les charmantes (lisez ignobles) appréciations que ledit sieur\nVincent d'lndy a faites dans son rapport présidentiel au sujet de l'exécution\nde la Société de Varenne-sur-Allier, 8e division : « Pourquoi choisir cet"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.53", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "insipide et vulgaire air de bastringue qu'est l'ouverture du Voyage en\nChine, de Bazin ? » (sic).\nAttendez, cher Monsieur Rénier, ce n'est pas encore tout.\nA ce concours de Roanne s prenaient pari aussi deux antres sociétés, celle\nde Saint-Chaume et celle de Tarare. Or, le sieur Vincent toujours\naussi poli et aussi convenable à Tégard des vrais maîtres reconnus et sacrés\nceux-là, dit ceci (toujours dans son rapport présidentiel) : « Le temps n'est\n« plus où des malfaiteurs comme Adolphe Adam s'arrogeaient la licence\n« d ajouter des trombones aux œuvres de Grétry, de Monsigny, de\n« Mozart, de Beethoven qui n'en ont jamais écrit » (sic). Parbleu ! ils n'en\navaient pas encore. Et puis, en outre, leur orchestration n'était pas destinée\nà celle des morceaux de concours pour harmonies et fanfares ou le trom-\nbone est absolument indispensable.\nEh bien ! cher Monsieur H. Rénier, que dites-vous de ces belles et res-\npectueuses appréciations ? Traiter Bazin de bastringueur et Adolphe Adam\nde malfaiteur.,, oh ! ignoble, trois fois ignoble, n'est-ce pas ?\nAllons, Monsieur Vincent d'lndy, assez, assez, bon Dieu !de votre mot\nignoble ; gardez-le pour vous si cela vous convient, mais ne le jetez pas àla\ntête vénérée et illustre de nos maîtres du passé, du présent et de l'avenir,\nni à celle si sympathique de nos chers et braves enfants d'Orphée et de\nSainte-Cécile.\nAgréez, je vous prie, cher et honoré confrère, mes salutations distinguées\net cordiales.\nANTONY LAMOTTE,\nCompositeur de musique.\n« M. Antony Lamotte, ajoute notre estimable confrère, est trop connu\ndes orphéonistes pour qu'il soit besoin d'ajouter un commentaire quel-\nconque. Disons seulement, qu'après Bazin bastringueur et Adolphe Adam\nmalfaiteur , nos génies modernes ont qualifié d'empoisonneurs publics\nMeyerbeer, Gounod et autres. Le mieux n'est-il pas d'en rire? »\nNous n'avons pas la science des orphéonistes : nous ignorions M. An-\ntony Lamotte. Mais nous savons aujourd'hui que ce compositeur défend\nses dieux avec autant d'ardeur que d'esprit, et qu'il ne s'est jamais avisé\nque le trombone était d'un usage courant dès le xvie siècle.\nEncore le spectre du Commandeur. Nous avions déjà dit que M. Bru-\nneau avait fait paraître seulement dans une Revue, lue par quelques vir-\ntuoses et professeurs de province, une circulaire invitant les compositeurs,\ndésireux d'être joués au salon d'Automne, à faire parvenir à son domicile\ndes œuvres inédites, en même temps qu'un bulletin de vote avec deux\nnoms de musiciens. Le jury, déjà composé de MM. Gabriel Fauré, A. Bru-\nneau et A. Parent, devait s'augmenter des deux noms qui auraient réuni\nle plus de suffrages. Le résultat du scrutin est maintenant connu:\nM. Vincent d'lndy est passé entête. G'est là un témoignage de la sympa-\nthie et de la confiance en son impartialité de jugement qu'inspire aux\nartistes le grand compositeur. Cette élection est d'autant plus significative\nque nous croyons savoir que les musiciens de la Schola n'ont pas parti-\ncipé àce concours.— Oh! ce Vincent ! toujours lui! Quelle est donc cette\nforce qui le pousse malgré lui sur le piédestal où invariablement M. Bru-\nneau ce Préfet de musique s'installe lui-même pour mieux assouvir\nses haines et ses rancunes ?\nLe deuxième élu est M. Massenet.\nM. Combarieu a obtenu une voix, etpourtant on avait stipulé qu'il fallait\nélire un musicien."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.54", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "César Franck, par Vincent D'INDY. Un vol. in-8° écu de la collection Les\nMaîtres de la Musique, 3 fr. 5o (Félix Alcan, éditeur).\nUn livre sur César Franck, par le plus illustre disciple du maître, devenu\nun maître à son tour, tel est l'ouvrage impatiemment attendu que donne\naujourd'hui M.Vincent d'lndy.\nAprès une bibliographie pour laquelle les héritiers de César Franck ont\nbien voulu fournir d'importants documents, M. Vincent d'lndy montre la\ncarrière du maître se développant, avec une harmonieuse puissance, en\ntrois périodes de progrès constants, pour aboutir à ces chefs-d'œuvre ab-\nsolus, le Quatuor, les Chorals d'orgue, les pièces pour piano, les Béatitudes\nenfin. Inutile de dire avec quelle compétence et quelle sûreté M. Vincent\nd'lndy analyse, en illustrant son commentaire de frappantes citations mu-\nsicales, les œuvres principales de Franck.\nAyant étudié l'homme et l'artiste, M. Vincent d'lndy rend ensuite hom-\nmage au maître admirable que fut César Franck, dont l'école constitue\nl'une des plus solides phalanges de la musique française contemporaine.\nCe livre, où l'intérêt du sujet n'a d'égal que celui qui s'attache au nom\nde son éminent auteur, continue d'une manière vraiment sensationnelle\nla collection des Maîtres de la Musique, qui, dirigée à la librairie Félix\nAlcan par M. Jean Chantavoine, fut inaugurée par le magistral Palestrina\nde M. Michel Brenet et qui s'augmentera sous peu d'un Bach dû à la plume\nsavante de M. André Pirro.\nDu danger des programmes. Un de nos confrères, qui manie en virtuose\nle style des communiqués officieux, annonce en son numéro du ier juin\nque M. Sautelet, au concert Mel Bonis, « chanta avec une grâce fine deux\nmélodies de Ravel sur des poésies de Marot »... qui furent chantées par\nMme Bathori, Entre le délicat baryton et l'exquise diseuse, la confusion\nest étrange, mystérieuse, inquiétante. Plutôt que d'admettre un pareil\ndéfaut de discernement, nous voulons croire que le critique à qui nous\ndevons ces lignes ne s'est inspiré, pour les écrire, que d'un programme fal-\nlacieux. Mais que penser alors de son enthousiasme pour le quatuor de\nMme Mel Bonis, « d'une facture si souple et si ferme», et d'un « art si dé-\nlicatement expressif et séduisant » ?\nLe Sottisier musical. - « L'orchestre... a exécuté la symphonie en ré ma-\njeur de Bach. » Le Courrier Musical, ier juin, p. 392.\n« ... La scène finale du Crépuscule des Dieux, précédée de la Marche\nfunèbre de Siegfried... » Le Courrier Musical, ier juin, p. 39g."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-01-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-01_01#c046", "volume": "bmtnabh_1906-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.2", "debut_caractere": 550, "fin_caractere_exclue": 3085, "texte": "A M* W\n'■ v,'.7.*;v ■;■\n| Éditeur de Musique\n2, rue afe Louvois. PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net, 4 »\n« Trois Stances » (il. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nII Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer a l'automne.\nEn recueil Net. 3 »\n~~ « Cinq mélodies ». 1\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi)„\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net. 5 >\nDêodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier (P. Rey).\nl.es Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren),\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nDuparc (H .). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gautier).\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant deTEspi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige\n(Epigramrnes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla (R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey(M.)- Sonate en quatre part.\nMtl-Bonis. Bourrée»\nLe moustique.\n< ïî\ni\n1\n2\n1\n1\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 5o\n2 »\n1 70\n70\n70\nRhené-Baton. « Six préludes »\nL Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en fa JJmaj» »\n111, Prélude, en ut min I,M \\ »\nIV. Prélude, en la \\> maj„ »\nV. Prélude ancien, en si min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nRavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M..). Symphonie en pu,\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach). »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S» Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains)\nVIOLON ET PIANO\nAlquier rM.)* Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.JfM.). 1V Livre de 6 So-\nnates. || | t w\nMel-Bonis Largo en mi ma), (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx lA.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate» »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUT£ ET PIANO\nMel Bonis» Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J .-M ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte et violonc. »\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes. »\n1 »\n2 5o\ni »\nI 70\n1 7?\n3 35\n3 3d\n2 *\n2 5o\n8 »\n.f \" ; • ;\n3 »\n1 70\n10 »\n15 »\n1 70\n8 »\n8 »\n7\n6 »\n7 »\n15 »\n2 3o\n12 »\n5 »\n12 »\nAgence de la Société Nationale de musique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.1", "texte": "2e Année. N° 13 ler1er Juillet 1906\n«B i.ifljy JBs JÊ ww H H ■ iHfe H ■ m\nJHmhv ' j/ÊÊÊÊ W Hà |JMB M HH\n'. : ' ' , ' ' • . ' ■' '1 = • 112/ f -j» 1 < VVy • : ' ' ■;\nm - K / Mj H |B m|[ ÊËL H 9 NBIMN\n% 1 a Jîfinfi v M 'sP lit pf l|l Jw' Wmk M H 9\np.\nPRIX DU NUMÉRO :\nFRANCE... 0 fr. 60 | UNION POSTALE 0 fr. 75\nANNONCES ET PUBLICITÉ :\nOh, Jarlot\njjj> Boulevard. Saint-Michel\nPARIS VIe\nADMINISTRATION :\nE. Demets\n2, Rue de\nPARIS H*\n\nSommaire\nGEORGES D ESPAGNAT..... Composition inédite pour Simone.\nLEANDRE. Alejand.ro (croquis d'album inédit).\nREMY DE GOURMONT. Simone.—\nANDRÉ PLRRO Les débuts de J.-S. Bach.\nLouis LALOY. ~ . .. .. I>0«R /E Dictionnaire.\nPIERRE AUBRY La musique et les musiciens d'éslise au\nXIIP (suite).\nRE VUE DE LA QUINZAINE\nL L^: Théâtres- ~ Raymond Bouyer : Notes sur Risler. _ Ch. Cham-\nfeUan Paul Dubot : Concerts. Jacques Rivière :\nCh M C°urrier /« ?avre. - René d'Avrtl : Courrier de Nancy.\nVn. M. L. . Courrier d Amérique. Correspondance."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.2", "texte": "F Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN |\n(Du ler de chaque mois)\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 fr.\nPour les abonnés du Mercure de France, le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande de spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 Ir. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 îr. 50 en timbres-poste\nRÉDACTION : 2, rue de PARIS ll*\nLe Mercredi de 3 heures à S heures\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\nA M* W\n'■ v,'.7.*;v ■;■\n| Éditeur de Musique\n2, rue afe Louvois. PARIS, IIe\nCHANT ET PIANO\nBardac(R.). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents.\nTristesse.\nEn recueil. Net, 4 »\n« Trois Stances » (il. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nII Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer a l'automne.\nEn recueil Net. 3 »\n~~ « Cinq mélodies ». 1\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi)„\nIV. L'air (Th. de Banville).\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. Net. 5 >\nDêodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Magre). Net.\nLe Chevrier (P. Rey).\nl.es Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren),\nL'lnfidèle (M. Maeterlinck).\nDuparc (H .). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gautier).\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant deTEspi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige\n(Epigramrnes de Cl. Marot).\nPIANO\nBilla (R.). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabey(M.)- Sonate en quatre part.\nMtl-Bonis. Bourrée»\nLe moustique.\n< ïî\ni\n1\n2\n1\n1\n5o\n70\n»\n70\n70\n2 5o\n2 »\n1 70\n70\n70\nRhené-Baton. « Six préludes »\nL Prélude, en mi min. Net.\nIL Prélude oriental, en fa JJmaj» »\n111, Prélude, en ut min I,M \\ »\nIV. Prélude, en la \\> maj„ »\nV. Prélude ancien, en si min. »\nVI. Prélude, en sol min. »\nRavel (M.). Jeux d'eau. »\nPavane pour une Infante défunte. »\nVanzande (R.). Marine.\nLabey (M..). Symphonie en pu,\npiano 4 mains. »\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S. Bach). »\nPrélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S» Bach). »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains)\nVIOLON ET PIANO\nAlquier rM.)* Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.JfM.). 1V Livre de 6 So-\nnates. || | t w\nMel-Bonis Largo en mi ma), (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.). Sonate. »\nSêrieyx lA.). Sonate en sol, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate» »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\nFLUT£ ET PIANO\nMel Bonis» Sonate. »\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes. »\nLeclair (J .-M ). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano. »\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes. »\nSuite, pour piano, flûte et violonc. »\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes. »\n1 »\n2 5o\ni »\nI 70\n1 7?\n3 35\n3 3d\n2 *\n2 5o\n8 »\n.f \" ; • ;\n3 »\n1 70\n10 »\n15 »\n1 70\n8 »\n8 »\n7\n6 »\n7 »\n15 »\n2 3o\n12 »\n5 »\n12 »\nAgence de la Société Nationale de musique\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.3", "texte": "2e Année (1906).\nTome second.\nULc\nTÙercu re\nPARIS (II')\n2. IRue de"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.4", "texte": "LES DÉBUTS DE J.-S. BACH\nDANS LA CARRIÈRE D'ORGANISTE\n\n(0\nLes études classiques terminées, Bach fut admis à Weimar\nparmi les musiciens de Johann Ernst, frère de Wilhelm-Ernst,\nduc de Weimar. Il entra comme violoniste au service de ce\nprince le 8 avril 1708, jour de Pâques. La musique italienne\nétait en faveur à la cour. Il lui était ainsi permis de continuer\nson admirable apprentissage des œuvres de toutes les écoles.\nA Weimar comme à Luneburg, il pouvait rencontrer un\nguide pour lui faciliter cette poursuite passionnée des compo-\nsitions inconnues. Il y avait alors à la cour de Weimar un vir-\ntuose de valeur, le violoniste Johann-Paul von Westhof. Fils\nd'un officier de l'armée de Gustave-Adolphe, professeur de\nlangues étrangères, puis musicien de la chambre à Dresde,\nWesthof, qui avait fait campagne en Hongrie contre les Turcs,\ns'étaitmis à voyager pour donner des concerts. On l'entendit à\nFlorence, à Vienne, en Angleterre. A la fin de l'année 1682, il\neut « l'honneur de jouer du violon devant le Roy, et devant\ntoute la Cour » (2). Plus tard, il enseigna les langues à Witten-\nberg. Depuis 1698, il était secrétaire de la chambre et musi-\ncien de cour à Weimar, où il mourut en 1705. Ses composi-\ntions ne manquent pas d'intérêt. On y rencontre des passages\noù l'emploi d'accords à plusieurs parties témoigne de son ha-\n\n(1) Ces pages sont extraites, avec l'autorisation de l'auteur et de l'éditeur,\ndu livre sur Bach que M. Pirro va publier chez Alcan dans la collection\ndes Maîtres de la Musique.\n(2) Mercure galant,de décembre 1682, p. 386 et 387."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.5", "texte": "4\nLE MERCURE MUSICAL —* I-VII-OÔ\n\nbileté d'instrumentiste (:). Bach fut certainement attiré parce\npersonnage qui avait parcouru les pays où vivaient tant de\nmusiciens renommés.\nBach fréquenta sans doute aussi, à Weimar, un musicien\nbien connu de sa famille, l'organiste de la cour, Johann Effiler,\nqui avait été, à Gehren, le prédécesseur de Michael Bach, puis,\nà Erfurt, le successeur de Johann Bach. On peut même admet-\ntre qu'il servit quelquefois de suppléant à cet artiste, alors âgé.\nIl est en effet désigné sous le titre d'organiste de la cour de\nWeimar, dans un acte qui fait partie des archives de la ville\nd'Arnstadt. Le i 3 juillet 1703, on mentionne la venue dans\ncette ville du sieur Johann-Sebastian Bach, « organiste de la\ncour princière de Saxe à Weimar ». Il avait été prié d'inspecter\net d'inaugurer l'orgue construit à la nouvelle église (2) par\nJohann-Friedrich Wender, facteur à Mûhlhausen en Thuringe.\nSa réputation d'organiste commençait ainsi à se fonder. On lui\noffrit de rester organiste de cette église dont il venait de faire\nentendre l'orgue pour la première fois. Il accepta et entra en\ncharge au milieu du mois d'août 1703. Son salaire était assez\nimportant, si l'on considère qu'il débutait, pour ainsi dire, dans\nla carrière d'organiste, et qu'il n'avait que dix-huit ans. Le ser-\nvice n'était pas pénible. Bach devait jouer le dimanche matin\nde huit à dix heures, le jeudi matin de sept à neuf heures et le\nlundi à la prière. L'orgue renfermait vingt-quatre jeux et avait\ndeux claviers et un pédalier. Le soin de former et de diriger le\nchœur d'écoliers de l'église était à la charge de l'organiste.\nSpitta présume que c'est pour ses élèves d'Arnstadt que Bach\nécrivit la cantate de Pâques Demi du ivirst meine Seele nichl in\nder Holle lassen (3) et qu'il fit exécuter en. 1704 cette œuvre\nqu'il remania plus tard. Il écrivit sans doute vers le même\ntemps, pour le clavecin, une œuvre de caractère descriptif,\nle Capriccio sopra la lontanan\\a del suo fratello dilettissimo (4).\nCette pièce, à la fois émouvante et pittoresque, fut composée\nlors du départ de Johann-Jakob, son frère aîné, qui s'était\nenrôlé comme musicien dans l'armée de Charles XII.\nLes auteurs de la notice nécrologique assurent que ce fut\nà Arnstadt que Bach laissa paraître « les premiers fruits de\n\n(1) Voyez la sarabande, publiée dans le numéro de janvier du Mercure\ngalant (1683).\n(2) C'était l'ancienne Uouifa jinslcirche, presque ruinée lors de l'incendie\nd'Arnstadt ( 1581 )et restaurée depuis i 683. L'orgue avait été entrepris en\n1701. On s'en servait déjà avant qu'il fût complètement terminé. Un cer-\ntain Borner le jouait alors.\n(3) Cette cantate porte le nll 15 dans l'édition de la\n(4) B. C.,xxxvie année, p. 190."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.6", "texte": "LES DÉBUTS DE J.-S. BACH\n5\n\nson zèle dans l'étude de l'orgue et dans la composition que,\npour la plus grande part, il n'avait apprise que par l'examen\ndes œuvres des compositeurs célèbres et profonds du temps et\npar sa propre réflexion. Pour l'orgue, il prit pour modèles les\nœuvres de Bruhns, de Reinken, de Buxtehude et de quelques\nbons organistes français ». Comme à Ohrdruf, comme à Liïne-\nburg, Bach conserve ici la même méthode de travail, montre\nla même avidité. Le nom de Reinken, l'organiste de Ham-\nbourg, a été cité plus haut (i). Nicolaus Bruhns (1665-1697),\norganiste de Husum, a laissé des pièces remarquables (2).\nDietrich Buxtehude (1637-1707), enfin, est un des plus grands\nparmi les organistes du xvne siècle (3). Quant aux organistes\nfrançais de cette époque, ils ont laissé des œuvres ingénieuses,\nd'un joli tour mélodique dans les récits, d'un sentiment harmo-\nnique parfois original, et d'une registration généralement\nhabile. Bach put, dans cette période de sa vie, connaître les\ncompositions de François Couperin, oncle du grand Couperin,\nd'André Raison, organiste de l'abbaye de Sainte-Geneviève, de\nJacques Boyvin, mort en 1706 organiste à Rouen, de Louis\nMarchand (1669-1732) et de Nicolas de Grigny (1671-1703),\norganiste de la cathédrale de Reims (4). Nous savons d'ailleurs\nqu'il copia presque entièrement le de Nicolas\nde Grigny (5).\nL'influence de Buxtehude sur le style d'orgue de Bach est la\nplus apparente. Elle agit, pour ainsi dire, à proportion des\nefforts que Bach avait dû faire pour parvenir jusqu'à l'orga-\nniste de Ltibeck. Après deux années de recueillement et de\nservice assidu à la nouvelle église d'Arnstadt, il obtint un\ncongé de quatre semaines, au mois d'octobre 1705, et partit\nà pied pour Lûbeck. Il ne revint à Arnstadt qu'au mois de\nfévrier, enrichi de tout l'art de Buxtehude, et l'imagination\n\n(1) Remarquons que Bach a arrangé pour clavecin les pièces publiées\npar Reinken dans son Hortus musicus (pour quatuor à cordes). D'autres\npièces de cet auteur se trouvent dans le manuscrit dit d'Andréas Bach.\n(2) Un prélude en sol majeur et un choral [Nun Komm, der Heiden\nHeiland) de Bruhns ont été publiés par Gommer (Musica sacra). Le choral\na été réédité par M. A. Guilmant dans Y École classique de l'Orgue (n° 3).\n(3) Les œuvres d'orgue de Buxtehude ont été rassemblées par Pb.\nSpitta et publiées en deux volumes (Breitkopf et Hàrtel). M. le Dr Seiffert\nen a donné dernièrement une nouvelle édition, revue et complétée.\n(4) Les œuvres de ces organistes ont été publiées par M. Alexandre\nGuilmant dans ses Archives des Maîtres de l'Orgue.\n(5) M. le Dr Erich Prieger, qui possède cette copie, juge d'après l'écriture\nqu'elle date sans doute de l'époque d'Arnstadt. Bach dut avoir entre les\nmains une édition du Livre d'Orgue faite en 1700. Celle que nous connais-\nsons est de 1711. M. A. Guilmant Ta reproduite dans les Archives des Maî-\ntres de r Orgue."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.7", "texte": "6\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nenflammée des cantates qu'il avait entendues à la M arien-\nkirche, aux « concerts du soir ». Ces séances de musique reli-\ngieuse avaient une origine fort modeste. Vers la fin du\nxvne siècle, les bourgeois de Lûbeck prirent la coutume, avant\nde se rendre à la Bourse, de se réunir à la où, à\ncertaines époques de l'année, l'organiste jouait pour se faire\nbien venir d'eux. Puis, comme ce pieux délassement plaisait\naux gens de commerce, l'organiste convoqua des violonistes,\npuis des chanteurs, enfin tout un orchestre. En 1693, cette\nAbendmusik, instituée, dit Buxtehude lui-même, d'après le\ndésir des corporations des marchands, avait lieu entre la Saint-\nMartin et Noël, cinq dimanches de suite. L'année où Bach\nput y assister (1705), on exécuta une cantate dédiée à la\nmémoire de l'empereur Léopold Ier. Elle était intitulée\ntrum Doloris. Un Lamento servait d'introduction, que suivait\nle « chœur de la musique », puis des personnages allégoriques\nparaissaient successivement, la « Crainte de Dieu », la\n« Grâce », les « Sciences », etc. Unchœur de pleureuses enton-\nnait E heu ! Vana terrigenum soret tout le chœur chantait\ndes strophes du choral Ach wie Un nouveau\nen forme de chaconne avec l'orchestre et un jeu de cloches\nprécédait une sorte de dialogue, et VA finissait par un\nchoral auquel prenaient part non seulement les musiciens, mais\ntous les fidèles (1). Le dimanche suivant on donna\nHonoris, pour célébrer le règne de Joseph Ier.\nIl est fort regrettable que la musique de ces cantates ne nous\nsoit point parvenue. Mais nous pouvons juger des œuvres chantées\nde Buxtehude d'après les compositions publiées par M. Max\nSeiffert dans le 14e volume des Denksnàler deutscher Tosikunst\n(ire série). On est frappé tout d'abord du caractère homophone\nde l'écriture. La mélodie règne dans ces cantates aux accompa-\ngnements transparents. Buxtehude ne s'attarde pas à des dé-\nveloppements intrigués, à des artifices compliqués. A cause\nmême de son public, il tend à écarter de sa musique tout ce qui\nparaîtrait scolastique, obscur ou suranné. Il y a dans cette sim-\nplicité un peu courte un effort d'originalité extrêmement re-\nmarquable. Seul, un musicien aussi profondément inspiré que\nBuxtehude, aussi débordant de sentiment et d'imagination pou-\nvait, sans tomber dans la sécheresse et sans rester superficiel, se\npasser des longues phrases flottantes à reflets et à répercussions\nde l'ancienne polyphonie. Il fallait que son langage fût d'une\ndensité incomparable et que le relief de ses figures les douât\n\n(i) Voyez l'article de M. le Dr Max Seiffert:\ndans le Jahrbuch der Musikbibliothek de 1902, p. 21."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.8", "texte": "LES DÉBUTS DE J.-S. BACH\n7\n\nd'une efficace immédiate. Tandis que, dans les motets fugués,\nle musicien arrive à séduire par une lente incantation lyrique,\nBuxtehude agit ici par impression. Dès les premiers accords, ses\npréludes, dont l'harmonie est compacte et grave, retiennent\nl'attention et semblent promettre de solennelles confidences. Il\naime, dans son orchestre, la douceur somptueuse des trom-\nbones, associée à la tendresse des violes. Son instrumentation\nest ainsi d'une sonorité merveilleuse, fondue et nuancée, et les\nmotifs de voix s'y mirent comme dans un lac lumineux qui les\nembellit. Sans mettre en mouvement le mécanisme de la fugue,\nil utilise ce qui en fait la substance expressive, cette force de\nsuggestion qui émane de thèmes ressassés. Le moindre dessin\nmélodique, multiplié de cette manière, devient obsédant et\nirrésistible. Il suffit d'avoir entendu le début du chœur\njpas ihr thutpour en être possédé (i). Dans la cantate\nmir, l'orchestre redit la supplication de la basse et annonce la\nphrase descriptive ou le chanteur évoquera la chute dans\nl'abîme (2). L'ampleur sonore, une sorte de magnificence, la net-\nteté et l'insistance du discours musical sont les caractères dis-\ntinctifs de ces cantates. On y trouve aussi, parfois, un éclat\nsoutenu. La composition rayonne alors, toute scintillante,\ncomme rayonnait, aux jours de soleil, l'orgue de la Marien-\nkirche en sa châsse dorée. En mélangeant les richesses chan-\ngeantes de l'orchestre et les richesses vivantes des voix, Buxte-\nhude a su, par des trouvailles de génie, faire sienne une forme\nd'art d'une essence unique. Elle ne pouvait s'épanouir ainsi que\ndans le cerveau d'un homme du Nord (3). Mais elle ne pouvait\naussi être accueillie et persister que dans une ville telle que\nLûbeck. Buxtehude s'est révélé comme le poète spontané de\nla société qui l'entourait. Sa musique de cantates correspond à\nl'âme de cette bourgeoisie commerçante et de ces navigateurs\nau corps alourdi, à l'esprit précis, mais nullement spéculatif,\nchez qui sommeillait cependant une fantaisie tumultueuse et\ncolorée.\nQuand Bach revint à Arnstadt, émerveillé de l'habile facilité\ndes cantates et de la science plus apparente des pièces d'orgue\nde Buxtehude, il fut invité par le consistoire à rendre compte\nde son absence prolongée. Le 21 février 1706, on lui reprocha\nd'avoir fait, d'un congé de quatre semaines, un congé de quatre\nmois, et comme on était en humeur de le tancer, on exposa\ncontre lui d'autres griefs encore. Il mêlait au choral d'étranges\n\n{1) Ed. Seiffert, p. 41.\n(2) Ed. Seiffert, p. 60.\n{3) Rappelons que Buxtehude était né à Elseneur."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.9", "texte": "8\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-QÔ\n\nvariations, le troublait par de soudains caprices d'accompagne-\nment, et ne prenait aucun souci des élèves du chœur, ce qui\nprivait l'église de « chant figuré ». On lui laissait huit jours de\nréflexion ; après ce délai, il aurait à se déclarer catégoriquement.\nA la même séance du consistoire, le préfet du chœur, l'écolier\nJohann-Andreas Rambach eutà rendre compte des « désordres»\nqui avaient éclaté à 1' « église neuve » entre les écoliers et l'or-\nganiste. Rambach déclare que les choristes étaient mis dans\nl'embarras par l'organiste qui, autrefois, faisait de trop longs\ninterludes et, maintenant, après une observation du surinten-\ndant, était tombé dans l'excès contraire, et jouait trop briève-\nment. Mais le consistoire avait d'autres motifs de plaintes contre\nRambach, Il avait quitté le sermon pour se rendre à l'auberge\nvoisine. Ce trait nous laisse deviner quels rêves d'art pouvaient\ninspirer les collaborateurs de Bach. Et l'on conçoit aisément\nqu'il se soit kissé bien vite d'exercer, pour des motets ou des\ncantates, ces élèves grossiers. Certains d'entre eux avaient\nd'ailleurs, contre lui, une animosité qui se manifestait par des\nactes violents. Quelques mois avant de partir pour LubecL, il\navait paru devant le consistoire à cause de ses démêlés avec\nl'élève Geyersbach. Un jour, Geyersbach avait attaqué Bach à\ncoups de bâton, comme il revenait du château à la maison avec\nsa cousine Barbara-Catharina, la fille de Johann-Christoph\nBach. Geyersbach se vengeait ainsi, disait-il, de ce que l'or-\nganiste l'avait outragé, et lui en demandait raison. Bach soutint\nqu'il ne lui avait rien dit, et qu'on en pourrait témoigner.\nL'écolier prétendit que si Bach ne l'avait pas outragé person-\nnellement, il avait du moins, un jour, « outragé son basson »,\nqu'il prenait l'injure pour lui, et que Bach n'était qu'un « valet\nde chiens ». Alors Bach tira l'épée, Geyersbach se jeta sur lui\npour le maintenir et tous deux luttèrent jusqu'à ce que cinq\nécoliers, qui étaient avec Geyersbach, se missent entre eux\npour les séparer. Il fut établi un peu plus tard que Bach\navait en effet donné à Geyersbach un nom injurieux (29 août\n1705).\nCes débats avec les élèves furent sans doute la cause princi-\npale pour laquelle Bach se refusa toujours, par la suite, à leur\nfaire exécuter des œuvres de musique. Le 11 novembre 1706,\nle consistoire se plaignit encore de ce manquement de Bach à\nce qu'il était tenu d'accomplir. Le même jour, on lui demanda\naussi pourquoi il s'était permis d'introduire, à la tribune de\nl'orgue, une jeune fille étrangère.\nIl ne resta plus que peu de mois à Arnstadt. Le 29 juin 1707,\nil se présenta devant le conseil pour solliciter son congé et\nrendit la clef de l'orgue. Il quitta la ville bientôt après, laissant"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.10", "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLa Neige\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.12", "texte": "La Neige\n\nSIMONE, la neige est blanche comme ton cou,\nSimone, la neige est blanche comme tes genoux.\nSimone, ta main est froide comme la neige,\nSimone, ton coeur est froid comme la neige.\nLa neige ne fond qu'à un baiser de feu,\nTon cœur ne fond qu'à un baiser d'adieu.\nLa neige est triste sur les branches des pins,\nTon front est triste sous tes cheveux châtains.\nSimone, ta sœur la neige dort dans la cour,\nSimone, tu es ma neige et mon amour."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.14", "texte": "LES DÉBUTS DE J.-S. BACH\n9\n\nà son cousin Ernst, fils de Johann-Christoph (i), quelques\nflorins de son traitement (2).\nBach venait d'être nommé, quelques jours auparavant, orga-\nniste de la Blasitiskirche,à Muhlhausen.\n( 1) Johann-Christoph Bach était le frère jumeau du père de Jean-Sébastien,\nAmbrosius Bach. On assure que ces deux frères se ressemblaient tellement\nqu'on ne pouvait les distinguer qu'à leur costume.\n(2) Ernst lui avait servi de suppléant pendant son absence.\n\nAndrè Pirro."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.15", "texte": "POUR LE DICTIONNAIRE\nJe ne sais trop si ces pages tomberont sous lesyeux des savants\ndont un de nos plus spirituels collaborateurs nous rapporte (i),\ntrois cents ans à l'avance, les discussions, les hypothèses et\naussi les erreurs (comment n'en pas commettre à pareille dis-\ntance des événements ?). C'est pour éclairer leur religion que je\nveux consigner ici quelques remarques qui, venant d'un témoin\ndes faits et d'un ancien élève de la maison, seront peut-être\nclassées au nombre des sources utiles à consulter pour la\nrédaction de l'article épineux.\nJe prie d'abord MM. les membres de l'Académie future de\nvérifier avec grand soin la date de 1913, qu'ils assignent àla\ngrande révolution sociale : selon un historien très sûr et ennemi\nde la fantaisie comme de l'utopie (j'ai nommé M. Jules Guesde),\nc'est trois ans plus tôt qu'il faudrait placer cet événement : en\n1910. Et s'il est exact que la Schola disparut dans la tour-\nmente, il faut remarquer que la musique tout entière, celle du\nConservatoire comme l'autre, fut anéantie du même coup : le\nprivilège de l'artiste, étant aussi injuste et révoltant que celui\ndu patron, fut supprimé dans une nuit mémorable où l'on vit\nM. Camille Saint-Saëns brûler ses dernières partitions aux\napplaudissements de la nouvelle Constituante. Et les copistes\net graveurs de musique furent désormais investis des fonctions\nde compositeurs, sous la surveillance de M. Bruneau, contre-\nmaître général des ateliers d'opéras, d'opéras comiques, de can-\ntates et d'hymnes révolutionnaires, aux appointements de\n60.000 fr. par an. Quelques artistes indépendants ayant voulu\ncontinuer à noter, sur du papier à cinq lignes, les inspirations\nqui leur venaient à l'esprit, furent dénoncés et poursuivis\ncomme contrefacteurs ; condamnés à dix années de travail dans\nles ateliers nationaux de cordonnerie, de peinture à l'huile ou\nde puériculture, ils ne recouvrèrent leur liberté qu'après la\nrestauration monarchique de 1916 : et les Chants de captivité,\nque publia alors l'un d'entre eux, nommé Emile Vuillermoz,\n\n(1) Voir le Mercure Musi du i 5 juin 1906."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.16", "texte": "POUR LE DICTIONNAIRE\n11\n\ncomptent parmi les impérissables monuments de la douleur\nhumaine.\nCe sont là des faits trop connus pour que j'y insiste longue-\nment, et qui n'échapperont pas, sans doute, à la sagacité de nos\nfuturs érudits. Il est plus difficile de saisir l'esprit d'un homme\nou d'une institution que de préciser des dates. Ni l'honorable\npremier rapporteur, ni l'ingénieux historien qui le contredit, ni\nle doux philosophe qui met tout le monde d'accord, ne me parais-\nsent avoir bien compris la nature et le rôle historique de la\nSchola Cantorum,et leurs à tous trois sont un\ncurieux mélange d'erreurs et de vérités.\nIl est parfaitement exact que César Franck fut le saint patron\nde l'école, et Vincent d'lndy son apôtre. Ceux qui connaissent\nles détours de la maison ont pu voir, relégué près des combles,\nun pieux bariolage où un peintre ignoré mais convaincu avait\nprétendu représenter, en expressifs symboles, Psyché, Rédemp-\ntion et les Béatitudes.Et ce tableau, s'il eût été meilleur, était\ndigne de décorer le salon aux boiseries blanches où les élèves\nétaient initiés aux mystères de la forme sonate ou du choral\nvarié. Ce culte de Franck est l'une des plus curieuses et des\nplus touchantes manifestations de l'instinct religieux à la fin du\nxixe siècle. Par malheur, le Messie disparu, dont il fallait per-\npétuer les enseignements, avait la fâcheuse habitude (commune\nà plusieurs fondateurs de religion) de parler peu, et de laisser\nvolontiers sa pensée inachevée. Tout un travail de reconstitu-\ntion et d'exégèse fut nécessaire pour former un corps de doc-\ntrine avec quelques vagues aphorismes : Vincent d'lndy s'en\nchargea, et le nouvel Evangile de musique fut, pour la plus\ngrande part, son ouvrage. Le principe essentiel, le dogme obli-\ngatoire, fut cette parole, tombée un jour des lèvres du vieil\norganiste : « Il faut souffrir son œuvre. » Et par là, comme le\ndit fort bien le philosophe de la docte Assemblée, l'esprit\ncatholique le plus austère trouva, dans la divinisation de l'effort\net de la peine, son expression artistique. Est-ce un mal ? Sans\naucun doute, si l'on prétend proscrire la grâce et le plaisir.\nMais ce que l'on voulait combattre alors, c'est la facilité super-\nficielle et l'insincérité si manifeste chez tel maître à succès,\nconnu pour ses élégances fades et ses pâmoisons de commande.\nAvant d'être une école d'art, le Conservatoire nouveau fut une\nécole de morale. On crut que la musique, comme la poésie, se\nsentait toujours des bassesses du cœur, et on voulut former\nles élèves au désintéressement, au scrupule et respect de\nleur pensée. On voulut leur donner des âmes hautes et des\nesprits sans défaillance. Et, au lieu de leur indiquer des recettes\npour plaire au gros public ou à tel membre de l'lnstitut, qui"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.17", "texte": "12\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nne fait même pas partie du gros public, on leur donna comme\nrègle première de n'écrire rien qui ne fût l'expression exacte,\nprécise et totale, de leur sentiment.\nTel fut, à sa fondation (voilà une dizaine d'années), l'esprit de\nla Schola Cantorum.C'était un temps d'héroïque pauvreté, où\nM. Charles Bordes accomplissait chaque jour en se jouant le\ntriple miracle de former ses chanteurs, d'improviser ses con-\ncerts et de payer ses factures... La triomphe, aujourd'hui\net les anciens ne la reconnaissent plus. Le succès assuré n'a pas\nla beauté de la lutte, et la maturité perd le charme émouvant de\nla j eunesse. Il n'importe : la Schola fut, dès son ori-\ngine, une affirmation de fierté, de conviction et de désintéresse-\nment. De tels actes de foi ne sont jamais perdus, et si l'esprit du\nConservatoire n'est plus ce qu'il était voilà dix ans, ce change-\nment n'est-il pas dû à l'exemple du petit Conservatoire libre où\nl'on ne cherchait ni honneurs de concours, ni succès de théâtre,,\nmais seulement à mieux comprendre et aimer la musique?\nReste à savoir si l'enseignement technique valut l'enseigne-\nment moral. On partit de ce principe excellent, qu'il fallait\ninitier les élèves à la musique par les exemples du passé et non\npar les recettes de l'école. Le cours de composition fut, avant\ntout, un cours d'histoire et d'analyse. Le sec volume qui a été\npublié récemment, et dont on attaquait ici même la singulière\nthéorie harmonique (i), ne peut guère donner une idée de ces\nleçons vivantes où, après une sommaire chronologie, on\nentendait une fugue de Bach ou une sonate de Beethoven, illu-\nminée, de-ci de-là, de quelques mots qui rendaient claires la\nmarche de ses développements et la raison de ses modulations,\net faisaient retrouver la pensée des maîtres en ce qu'elle eut de\nformel, c'est-à-dire d'éducateur. Cette méthode est celle des\nétudes littéraires, depuis que le Jardin des racines grecques et\nles figures de rhétorique ont fait place à la lecture des auteurs :\nc'était un grand et un nécessaire progrès, que de l'appliquer\nà la musique. Plus que personne peut-être, je crois utile\nde renouveler sans cesse les formes de l'art, afin de le rendre\napte à traduire les nuances les plus délicates de la pensée con-\ntemporaine ; plus que personne je suis ennemi d'une scolas-\ntique abstraite qui, sous prétexte de tradition, prescrirait au\ncréateur un certain style, un certain plan, un certain ordre, fixé\net déterminé d'avance, unique et invariable : à chacun de se\ncréer, en toute liberté, sa manière. Mais l'école de la liberté,\nsi elle existe, a toutes ses fenêtres ouvertes sur le passé ; Bach,\nBeethoven, Rameau, sont ses maîtres, et leurs œuvres bien\n\n(1) Voir les articles de Jean Marnold (Mercure musical, 1906, nos 9et ir)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.18", "texte": "POUR LE DICTIONNAIRE\n13\n\ncomprises sont des leçons de volonté souveraine et de haute\nindépendance. Ces oeuvres étaient, en grande partie, tombées\ndans l'oubli. La Scholales ressuscita. Car il est parfaitement\ninexact de dire que « Rameau et Bach étaient connus et\nhonorés bien avant la fondation de l'institut dont il s'agit. »\nPasse encore pour César Franck, dont la et les\nBéatitudes étaient déjà entrées au répertoire des concerts. Mais\nque jouait-on de Bach avant l'exemple donné par la ?\nL'Aria de la Suite en ré, de temps à autre, la Messe en si au\nConservatoire, à de rares intervalles, et trois motets. A la\nSchola revient l'honneur d'avoir révélé à ses élèves, et aussi\nau public, les Cantates de Bach ; et ce sont les concerts de\nMlle Selva qui firent connaître l'œuvre de piano dans toute son\nimmensité. Quant à Rameau, où donc, avant la Schola, avait-\non eu l'idée d'exécuter des actes entiers de ses opéras ? Et\ncette représentation de la Guirlande,où Claude Debussy criait\navec tant d'enthousiasme : « Vive Rameau ! A bas Gluck ! »\nn'est-ce pas à la Schola que nous la devons ? Et 1 Orfeo de\nMonteverdi, et le Couronnement de Poppée ? Et je ne parle pas\nde tout le répertoire des Chanteurs de Saint-Gervais, qui nous\nrendirent Palestrina, Vittoria et Roland de Lassus, avant de\ns'attaquer au xvie siècle français, ressuscité par Henry Expert.\nS'il est un point sur lequel l'œuvre de la Schola ne peut être\nattaquée, c'est bien celui-ci. Je sais bien— je sais mieux que\npersonne que les exécutions ne furent pas toujours par-\nfaites ; il faut songer aussi à la pauvreté des ressources,\nau recrutement hétéroclite de l'orchestre, et à la difficulté que\nl'on éprouve toujours à monter une œuvre entièrement nou-\nvelle. Mais l'exemple était donne , d auties en piofïtèient, et si\nBach et Rameau figurent, de temps à autre, aux programmes\ndes concerts du dimanche, c'est à la Schola, à elle seule, que\nnous le devons. Le plus beau de tous les rôles n'est-il pas celui\ndu précurseur ?\nCe culte du passé devint-il, chez quelques disciples, exclusif\net hargneux? C'est fort possible j mais nul ne doit être tendu\nresponsable des excès de ceux qui ont mal compris sa pensee.\nL'enseignement de Vincent d'lndy a toujours voulu s'inspirer\ndes idées de liberté et de progrès. Et si Ton fit la guerre à\nl'harmonie, au nom du contrepoint ressuscité, rien ne fut plus\nméritoire ni plus salutaire en son temps qu une telle cioisade.\nCar ce que l'on pourfendait, ce n'est pas l'harmonie naturelle,\nprimitive, révélée au seul genie : c est 1 haimonie de 1 ecole,\nce fatras de règles inexpliquées, de prohibitions étranges et de\nformules dépourvues de tout intérêt musical, dont on pouria\ncontempler les absurdités dans le Traite d harmonie de Rebei"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.19", "texte": "14\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\net surtout dans les Notes complémentaires de feu Th. Dubois.\nPeut-on imaginer matière plus ingrate que cette basse deßeber\n(p. 81) ?\nlaideur plus prétentieuse et tourmentée que celle de ce\n« chant donné » de Th. Dubois (p. 137) ?\nharmonie plus saugrenue que celle de cet exemple du même\nauteur (p. 227, n° 11)?\nIl fallait vraiment une vocation robuste pour résister à de\npareilles tortures, prolongées pendant plusieurs années. Et\nl'on comprend la parole amère d'un compositeur à qui nul ne\ndispute aujourd'hui le nom de subtil harmoniste : « Que j'étais\nmalheureux ! Jamais je ne trouvais l'harmonie de l'auteur (i) ! »\nTelle est l'harmonie qui fut sévèrement proscrite de la\nSchola. N'avait-on pas raison, et ne valait-il pas mieux prendre\ncomme thème d'exercices une mélodie grégorienne qu'un chant\nde Th. Dubois? Et, en demandant à l'élève d'envelopper cette\nmélodie avec d'autres mélodies de son invention, ne dévelop-\npait-on pas mieux ses facultés créatrices qu'en le priant de ne\npas confondre « la neuvième majeure sans fondamentale avec\nl'accord du 2e degré de la gamme mineure », ou en l'avertis-\nsant (touchant aveu échappé à la plume candide de Th.\nDubois) que fréquemment « des élèves,au sortir de leurs études\nd'harmonie, d'ailleurs bien et consciencieusement faites, se\ntrouvent fort embarrassés lorsqu'il s'agit d'écrire le moindre\naccompagnement à une mélodie quelconque » ?\nSans doute on alla trop loin, comme il arrive lorsqu'il s'agit\n\n(1) On nomme ainsi, dans le jargon de l'école, le corrigé du devoir, donné\nen général à la fin du traité."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.20", "texte": "POUR LE DICTIONNAIRE\n15\n\nde combattre des erreurs puissamment accréditées. Je suis très\nloin de croire, comme il est d'usage à laSchola, que la « musique\ndoit se lire horizontalement et non verticalement », c'est-\nà-dire que la conduite des mélodies est tout, et que l'harmonie\nqui en résulte n'importe pas. J'en suis d'autant plus loin que\nnul plus que Vincent d'lndy, et en dépit de cette devise de\ncombat, ne se montre sévère pour des enchaînements har-\nmoniques faibles ou peu naturels. Et je ne crois pas davantage\nque l'harmonie, avant les autres parties de la musique, soit\nsujette à vieillir. Tel accord de Bach, ou de Couperin, ou même\nde Roland de Lassus et de Costeley, enchante encore nos oreilles,\nalors que telle mélodie de Mozart ou de Lulli nous paraît\npauvre, et sonne creux. Dans la lutte engagée contre le monstre\nde l'école, des coups s'égarèrent et allèrent frapper l'harmonie\nnaturelle et libre, qui est la plus rare, unique et inimitable\nbeauté de la musique. Mais la recherche exclusive des effets de\nsonorité est un excès aussi, et un danger; il n'est pas mauvais\nque devant ce sensualisme séducteur, si bien caractérisé par le-\nphilosophe du xxme siècle, le vieux rationalisme soit représenté,\net s'oppose à la dissolution de la musique tout entière en\nagréments d'orchestre ou en arabesques de piano. Si l'on veut\ntoute ma pensée, je dirai que je ne suis ni pour les fanatiques\nadeptes de la Schola,ni pour leurs fougueux adversaires. Les\nuns et les autres n'aperçoivent qu'un côté de leur art ; les uns,\npréoccupés de construire, oublient ou ignorent la sensation ; et\nles autres, à force de poursuivre leurs impressions fugitives,\nrisquent de tarir en eux les sources du sentiment. La que-\nrelle de l'harmonie et du contrepoint semblera peut-être aussi\nvaine un jour que le fut en son temps la querelle des anciens\net des modernes, et le moment serait venu de rappeler notre\nart à de plus hautes et sereines destinées.\nJe n'ajouterai qu'un mot : on voit assez que la\ntorum ne met sous le joug que les esprits nés esclaves, puisque\nl'auteur de ces trop copieuses lignes en fut élève, puisqu'il\nreste uni à son maître par des liens d'affection respectueuse et\npresque filiale, de reconnaissance et d'admiration que rien ne\npourra dissoudre, et que cependant il a gardé la liberté d'adorer\nd'autres dieux. Son cas est loin d'être isolé, et rien certes ne\nréjouit plus le cœur d'un maître véritable que l'originalité de\ncertaines natures et même l'ardeur juvénile de certaines résis-\ntances. Il reste que la ScholaCantorum n'a pas encore produit\nun génie. C'est exact : cela ne tient-il pas à ce que la bonne\npart des énergies musicales était absorbée, et, dans une grande\nmesure, stérilisée, par le Conservatoire ? Et aussi à ce que le\ngénie ne se produit pas à volonté, comme la reine des abeilles ?"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.21", "texte": "16\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nCe qui revient à dire que les questions d'enseignement ne sont\npas, en art, des plus intéressantes. Je me sens tout confus d'en\navoir traité si longuement.\nLouis LALOY.\nP. S, Un point défait encore : Y Édition mutuelle n'a jamais été réser-\nvée aux « seuls pensionnaires de l'institution », puisqu'elle a publié des œu-\nvres de Louis Abbiate, Marthe Ducourau, Charles Tournemire, J. Béesau,\nAlbert Doyen, Ernest Chausson, Joseph Ryelandt, Edmond de Polignac, qui\nne furent pas élèves de la Schola Cantorum. Je crois même savoir que ses\ndirecteurs eussent demandé à Maurice Ravel son Quatuor à cordes, sans la\ncrainte de lui nuire auprès du jury du Prix de Rome. Crainte superflue,\ncomme l'événement l'a bien montré.\nU L."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.23", "texte": "LA MUSIQUE\nET LES MUSICIENS D'ÉGLISE\nEN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE\nD'APRÈS LE «JOURNAL DES VISITES PASTORALES»\nd'Odon Rigaud\n\n(I)\nLes cantilènes, cantil eue,que chantent les religieuses du\nprieuré de Villarceaux, sont elles-mêmes un progrès sur un état\nde choses antérieur, représenté assez fâcheusement par des\ndanses et des jeux désordonnés : aussi bien Odon Rigaud ne\ngronde point. En réalité ces cantilenesont simplement des chan-\nsons, sans aucun caractère liturgique. Ce mot, selon nous, est\nune désignation d'ordre littéraire. Quand on envisage ces chan-\nsons au point de vue musical, les appellations peuvent changer :\nla forme la plus ordinaire en est alors le le conduit.\nNous ne connaissons point de cantilena provenant des diocèses\nsoumis à la juridiction de l'archevêque de Rouen, mais une\npièce composée sans doute à l'abbaye de Saint-Martial de Limo-\nges et ayant trait à la commémoration des Innocents donnera\nau lecteur une idée assez précise de ces chansons latines du\nmoyen âge français.\nI. Ad infantum\ntriumphantum\ngloriosum transitum,\nquis polorum\nperuiorum\nmors parauit aditum.\nR° Sint infantes\nfestinantes\net sonorus\npsallat chorus\nnec désistât,\nsed insistât\ndulcem ferre sonitum.\n11. Rex ineanus\nmisit manus\nBethlehem per ambitum,\nin furore\nde cruore\ninquinans exercitum\nR° Sint infantes,\n111. Sed in uanum\nuersat manum,\nquod facit est irritum,\nnam quod dire\nuult ferire,\nnon est ei licitum.\n\n(1) Suite. Voir les numéros 8, 10, n et 12.\n\nLE MERCURE MUSICAL\n2"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.24", "texte": "18\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nR° Sint infantes,\nIV. Lictor seuit\nnec impleuit\nfurorem indomitum,\nferit, truncat\net aduncat\nmorem prêter solitum.\nR° Sint infantes,\nV. Ut est scriptum,\nin Egyptum\nduxerat transpositum\nJoseph pater,\nuirgo mater,\nsicut erat creditum.\nR° Sint infantes\nfestinantes\net sonorus\npsallat chorus\nnec désistât,\nsed insistât\ndulcem ferre sonitum (1).\nLa place de ces chansons n'était point à l'office, et sans doute\non ne les y entendait guère : c'était à l'heure de la récréation\nqu'on les disait sous le cloître ou dans les jardins du couvent.\nAussi bien les cantilenepouvaient-elles être tolérées : elles ne\ncontenaient rien qui dût porter atteinte à la religion, ni aux\nbonnes mœurs, et tant qu'on les chantait en dehors de l'église,\nelles ne venaient point rompre la belle ordonnance de la liturgie.\nAu contraire, ces clercs de Gournay, qui à certains jours\nmenaient des chœurs de danse en faisant le furent un\nscandale public.\nCe mot de la langue vulgaire se rencontrant dans un texte\nlatin mérite quelques explications. Lacurne de Sainte-Palaye (2}\net Godefroy (3) identifient le viavec le si fréquent\ndans la langue poétique du quatorzième siècle, la forme virelai\nn'étant qu'une altération de vireli, sous l'influence de lai (4).\nOn rencontre encore ce mot différemment écrit : et\nvirenli. En tout cas, on le trouve communément dans l'ex-\npression '.faire le vireli. Voici deux exemples pris dans des\ntextes du même temps :\n\n(1) Paris, Bibl. Nat. lat. 37)9. Cette pièce a été déjà publiée par\nDreves, dans les Analecta hymnica medii aeui, t. XXI, Gantiones et Muteti,\np. 69, mais avec une telle incompréhension du rythme, que nous n'hésitons\npas à la donner ici à nouveau.\n(2) LACURNE DE SAINTE-PALAYE.— Dictionnaire historique de Vancien lan-\ngage français, article vireli,\n(3) GODEFROY [FRÉD.). Dictionnaire de l'ancienne langue française,\nmême art. Paris, 1895.\n(4) PARIS (GASTON). La littérature française du moyen âge, p. 178.\nParis, iBqo."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.25", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n10\n\nPar la main sans atargier\nO\nprant chascuns s'amie :\nsi ont fait grand veirelit (i).\n(.Pastourelle, I.)\nBele, quar balez, et\net je vous ferai le virenli.\nLe virenli vous copien (2).\nIl semble bien, sans aller jusqu'à dire que la véritable accep-\ntion de virelai est lai en virant(3), que ce mot désigne une\nchanson adaptée à un schéma de danse. Les exemples et les\ndéfinitions que nous possédons du sont tous du quator-\nzième, du quinzième et même du seizième siècle. Il en ressort\nque lorsque le virelai devint un genre à forme définitivement\nfixée, il comprenait comme éléments essentiels (4) :\ni° Un refrain placé en tête de la pièce (à la première strophe\nseulement) ;\n2° Une partie de couplet indépendante du refrain ;\n3° Une deuxième partie de couplet correspondant au refrain;\n40 Un refrain.\nOr, nous ne connaissons pas de poésies en langue vulgaire\ndu treizième siècle, où cette forme fixe se trouve observée ;\nmais, dans un précieux manuscrit conservé à Florence (5),\nl'Antiphonaire de Pierre de Médicis, il y a un grand nombre\nde pièces composées vers 1240 à Paris, sans doute à Notre-\nDame et à l'intention des écoliers, et dans le nombre, une de\ncelles justement qui ont trait à saint Nicolas nous présente\n(1) MEYBR (PAUL). - Rapports sur une mission littéraire en Angleterre,\ndans les Archives des missirs, 2e série, t. 111 et t. V, in-8.\n(2) MONTAIGLON (A. DE). Recueil général et complet des fabliaux des\nXÏIIe et XIVe siècles, imprimés ou inédits, publié d'après les manuscrits,\nt. I, p. 143. Paris, 1872.\n(3) HECQ (G.) et PARIS (L.). La poétique française au moyen âge et à\nla Renaissance, p. 229. Paris, 1896.\n(4) JEANROY (A.). Les origines de la poésie lyrique en Francê au\nmoyen âge, p. 426. Paris, 1889. Nous croyons volontiers avec M. J. que\nla forme vireli peut être une onomatopée dans le genre de vaduri, mais\nnous y retrouverions comme point de départ le thème de verbe virer, ce\nque M. J. paraît repousser. Signalons ici une amusante méprise dans le\nDictionnaire de Godefroy. Il cite un texte relevé dans un Glossaire latino-\nroman de la Bibl. Nat. lat. 7692, dans lequel vireli traduit le bas latin\nAgapallus. Mais si Yon se reporte à Du Cange on lit « AGAPALLUS, vireli 9\nplantae genus. Gall. Parvenche, quae Tournefort dicitur... » Ce vireli est\nun terme de botanique sans rapport avec la langue littéraire.\n(5) Florence, Bibl. Laurent. Plut. XXIX. 1. fol. 471 v°."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.26", "texte": "20\nLE MERCURE MUSICAL - I-VII-OÔ\n\nun type latin du viréli : peut-être les clercs de Gournay la\ndansaient-ils, quand Odon Rigaud les surprit ? Nous n'avons\nqu'à rétablir, comme le faisaient instinctivement les musiciens\ncontemporains, le refrain en tête de la première strophe, pour\navoir un exemple parfait du vireli.\nTEXTE MUSICAL ANCIEN\nTRANSCRIPTION EN NOTATION MODERNE (2)\nNicholaus est cleri\nprotectio !\nI. Exultet hec contio\nin sancii Nickoiai\npreconio :\nNicholaus est cleri\nprotectio !\nIL Olei conspersio\nmultos curât a morbi\nsupplitio :\nNicholaus est cleri\nprotectio !\n\n(1) Nous ayons imprimé en italiques les deux vers du refrain et en carac-\ntères gras la partie de la strophe correspondant au refrain.\n(2) UAntiplionaire de Pierre de Médicis, où nous avons pris le texte de\ncette pièce, est un des plus vastes répertoires que nous ayons de la musi-\nque mesurée à la fin du treizième siècle. Nous avons donné aux notes les\nvaleurs fixes de la doctrine franconienne suivie dans ce manuscrit. Vars\nmensurabilis s'oppose ici àla musicaplana des proses et des épîtres farcies."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.27", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n21\n\n111. In maris periculo\nproceleuma nautis fit\nin iubilo :\nNicholaus\nprotectio !\nIV. Auri trina datio\npuellarum fuit\nl'eleuatio :\nNicholaus\nprotectio\nNous avons là une des formes les plus simples de la chanson\nà danser : elle est composée de couplets chantés par un soliste\net suivie d'un refrain repris par le chœur. Nous dirons donc\nque faire le vireli,c'était chanter une chanson accompagnée de\ndanses, un coryphée disait les couplets et les danseurs répé-\ntaient le refrain.\nLes deux mots conductuset motulus appartiennent à la ter-\nminologie musicale du moyen âge et désignent les compositions\npolyphoniques et mesurées que l'on appelle communément\nconduits et motets.\nAvant que l'étude du manuscrit que nous avons cité plus\nhaut, VAntiphonaire de Pierre de ait mis sous les yeux\ndes musicologues de très nombreux exemples de conduits, on\nn'avait pu donner de ce genre de composition, sur la foi des\nthéoriciens du moyen âge, que de vagues et fausses définitions.\nIl apparaît très nettement aujourd'hui que le avait\npour caractéristique qu'il n'y entrait aucun élément étranger à\nl'inspiration de l'artiste. C'est une œuvre entièrement originale,\ntandis que l'édifice harmonique de et du est\ntoujours construit sur un thème liturgique. Nous ne saurions\ndonner ici des exemples de conduits et de motets sans enfler\ndémesurément ce travail : disons seulement que si \\'Antipho-\nnaire de Pierre de Médicisest le plus vaste recueil qui nous soit\nparvenu de conduits du xm8 siècle, le célèbre de la\nbibliothèque de Montpellier (1) a été le fondement de toutes les\nétudes qu'on a pu faire sur les français de la même\népoque : ce sont les sources auxquelles il faut puiser pour une\nétude approfondie de la question (2).\nIl nous semble que tous les termes désignant dans les frag-\nments d'Odon Rigaud des formes littéraires et musicales ont\nété ainsi expliqués. Il reste à dire un mot de ces inordinaciones\nqui dans l'esprit du prélat troublaient la belle sérénité de la\nvie religieuse et, de fait, ces écarts de discipline nous semblent\nplus graves que les divertissements littéraires et musicaux dont\n\n(1) Bibliothèque de Montpellier, H. 196.\n(2) Gomme publications nous renverrons aux beaux travaux de WOOL-\nDRIDGE (H. E.) : The Oxford History vol. I.\nPeriod. Part. I, Oxford, 1901. DE COUSSEMAKER (E.) :\naux XII\" et XIIIE siècles. Paris, 1865, in-4. WOLF (JOHANNES) : Geschichte\nder Mensural-Notation von 1250-1460, Leipzig, 1904, 3 vol. in-8."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.28", "texte": "22\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\ncertaines fêtes étaient le prétexte ; à vrai dire, si un motet du\nR. P. Lambillotte ou de quelque autre artiste de la Compagnie\nde Jésus avait offensé ses oreilles, le scrupuleux visiteur aurait\nété fondé à les proscrire au nom de l'esthétique et du goût ;\nmais pour notre part, nous avons, à lire ces naïves et gracieu-\nses cantilènes des siècles passés, un plaisir délicat que nous\nchercherions en vain dans le répertoire ordinaire des couvents.\nQuelles sont donc ces inordinacionesblâmables ? En première\nligne, nous relèverons le déguisement des religieuse?. L'habi-\ntude semble très ancienne. Car dès le haut moyen âge, les Pères\nde l'Église et les sermonnaires s'élèvent contre cet usage. Les\npaïens déjà avaient accoutumé, aux kalendes de janvier, de se\nrevêtir de peaux de bêtes, porcs, vaches, cerfs, d'où le terme\nde ceruulusou ceruulapour désigner ce jeu. Les chrétiens ne\nles imitèrent que trop, car tour à tour les conciles, les écrivains\necclésiastiques, les auteurs de pénitentiels en font mention (1)\nL'évêque Faustin, cité par Du Cange, écrit avec beaucoup de\nbon sens : « Qui s enim sapiens credere poterit inueniri aliquos\nsanae mentis, qui ceruulum facientes in ferarum se uelint habi-\ntas commntari ? Alii uestiuntur pellibus pecudum, alii assumant\ncapita bestiarum, gaudentes et exultantes si taliter se in fermas\nspecies transformauerint, ut homines non esse uideantur (2) ».\nLe croirait-on ? ce ridicule traverse tout le moyen âge. A la fin\ndu treizième siècle, une curieuse miniature d'un manuscrit\nnous montre une bande de fous ainsi affublés et menant grand\ntapage (3). Au quinzième siècle, ces excès devinrent tels qu'ils\n\n(1) Voir Du CANGE, Glossarium, art. ceruula.\n(2) L'évêque Faustin vivait aux environs de Tan 400. Nous n'avons pu\nidentifier ce texte.\n(3) Paris, Bibl. Nat. fr. 146, fol. 36 v°. Nous y avons pris les scènes de\ncharivari reproduites ci-dessus."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.29", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n23\n\neurent pour conséquence l'interdiction de la fête des Innocents\ndans la presque totalité des diocèses de France, car le scan-\ndale devenait intolérable de voir les gens d'église, qui au très\ngrand vitupère et diffame de tout\ntoutes églises et lieux saints, comme dehors et mesmement durant\nle divin office plusieurs grandes insolences, dérisions, mocqueries,\nspectacles publics, de leurs corps\nindécents et non appartenants a\nd'habits et vestements de fols, de ge\nculiers, et les aucuns usants d'habits et vestements de femmes,\naucuns de faux visages, ou aut\nvestements et apostatant de leur estât et profession ( i). C'est un\npeu ce qui se passait en 1249 au monastère de Villarceaiax.\nNous avons dit déjà l'insuffisance de nos connaissances sur\nles danses du moyen âge : l'érudition a pu arriver à reconstituer\npar d'ingénieuses hypothèses quelques scénarios de\n\n(1) Lettre de Charles VII, du 17 avril 1445, dans Martène, Anecd. coll.}\nt.l, 1804."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.30", "texte": "24\nLF. MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nquelques petits fragments de balleries, à l'aide d'indications-\néparses dans l'œuvre immense de nos trouvères (1). Mais nous\nsommes fort hésitant pour expliquer avec précision le terme de\nchorea et l'expression ditcere choreas que nous rencontrons assez\nfréquemment dans le Journald'Odon Rigaud. La latinité clas-\nsique a employé ce mot au sens de « danse en chœur », disons\n« danse collective » (2). Du Cange le définit:\ntur, quae circa chorumfit (3), et cite à l'appui un passage d'un\ncérémonial de l'Église de Chartres. Mais il est évident que nous\nsommes, ici en présence de danses profanes et populaires. Nous\nen ignorons les pas, mais nous croyons bien que les danseurs\nfaisaient la chaîne et menaient une manière de farandole, sous\nla joyeuse conduite des clercs et des moniales, qui, pour endor-\nmir les scrupules de leur conscience, concluaient que la danse\nfaisait une partie intégrante du culte des Hébreux et que, dans\nl'Ecriture, on lit en propres termes: « Ce jour-là, David dansait\nde toutes ses forces devant l'Éternel, et il était ceint d'un éphod\nde lin (4). »\nOdon Rigaud mettait encore au nombre des inordinaciones,\nqu'entraînait dans son diocèse la fête des Innocents, la cou-\ntume suivante : ce jour-là, à Saint-Amand de Rouen, tandis\nque les vieilles moniales s'allaient coucher, une fois l'office de\ncomplies terminé, les plus jeunes restaient au chœur à chanter\nl'office et des proses, cantantes Le prélat\ndemande que, jeunes et vieilles, les religieuses se rendent au\ndortoir à la même heure. Il y avait donc dans cet isolement\nquelque péril pour les âmes, car, trente ans plus tôt, en\n1231, un concile de Rouen avait déjà légiféré dans le même\nsens :\n\n(i) BÉDIER (J.).—Les plus anciennes danses françaises, article publié\ndans la Revue des Deux Mondes, t. XXXI, p. 3gB et ss., janvier 1906.\n(2} TIBULLE, I, 3, 59. PROPERCE, lï, 19, i 5. VIRGILE, VI, 644»\nAUSONE, Epist.lV, 50.\n(3) Du CANGE, Glossarium, art. chorea.\n(4) II Samuel, vi, 14. M.Amédée Gastoué, dont on sait la haute com-\npétence dans les questions liturgico-musicales, nous fait observer que dans\nla liturgie grecque la danse religieuse existe encore. Ala cérémonie du\nmariage, tandis que le chœur commence le tropaire '[arasa peue, le prêtre,\nle diacre, les mariés et les témoins, se tenant par la main et portant des\ncierges, forment le cercle et tournent lentement au milieu du chœur, chan-\ntant avec les psaltes. Nous avons eu, pour notre part, l'occasion de voir à la\ncathédrale de Séviile la curieuse cérémonie des qui dansent devant\nl'autel en semaine sainte et à diverses fêtes de l'année en chantant au son\ndes instruments. Les seises sont de jeunes garçons vivant en communauté\npour préparer les offices, auxquels ils sont appelés à prendre part ; ils dan-\nsfent costumés à la mode du temps de Philippe 11."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.31", "texte": "MUSIQUE D ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n2 >\n\nC. XX. Prohibeant similiter [sacerdotes] ne vigilie fiant in\neccîesiis, nisi in festo illins ecclesie sancti (1).\ncar, très souvent, nous retrouvons cette interdiction répétée\ndans les textes conciliaires et, quand les considérations qui\nl'accompagnent nous en font connaître la cause, c'est toujours\nparce qu'en ces veillées, la pénombre de l'église est favorable\naux hidi inhonesti, c'est-à-dire aux petits jeux coupables, et que\ntrop souvent milita turpia insequantuainsi qu'on peut lire en\n1260, au canon I du concile de Cognac (2).\nSouvent, en effet, dans ces veillées, il se glissait des brebis\ngaleuses, anciens clercs défroqués, qui avaient pris la vie nomade\ndu goliard, ou jongleurs de métier, qui avaient suivi la route\nbohémienne, celle des truands et des ribauds, et en aucun cas ne\npouvaient se poser en professeurs de morale. Les uns et les\nautres furent, à cette époque de notre histoire, l'effroi des mères\nde famille, qui, quand un de ces vagabonds passait, faisaient ren-\ntrer leurs filles, et des hauts dignitaires de l'Église, qui s'effor-\ncèrent constamment de garder les clercs de leur contact. Ces\ndiseurs de chansons s'introduisaient dans les églises et même\ndans les abbayes sous le prétexte, apparemment honnête, de\nchanter des petits vers, versiculi, sur ou sur\nDei, puis insensiblement ils quittaient l'air sérieux sous lequel\nils s'étaient fait admettre et s'acheminaient vers la satire de\nplus en plus acerbe, de plus en plus violente, de tout ce que\nl'Église propose au respect de ses fidèles, de toute autorité\nétablie, et nul n'était épargné, ni l'évêque, ni le roi, ni même la\npapauté. Nous n'en finirions pas de relever tous les textes où\ninterdiction est faite aux clercs de se trouver mêlés avec les\ngoliards, les histrions et les jongleurs (3).\nOdon Rigaud nous en fournit un de plus, quand il invite\nspécialement, en 1268, l'abbé de Jumièges à défendre l'accès de\nson église aux artistes vagabonds, dont le métier habituel\nn'était pas précisément de louer le Seigneur et d'exalter sa gloire.\nCombien, à l'heure présente, voyons-nous de braves curés, sans\nmalice et sans défiance, organiser avec le concours de chanteurs\net d'actrices en renom ces absurdités liturgiques qu'un euphé-\nmisme mondain appelle la messe des villégiatures\nd'été, et célébrer avec émotion cette entente cordiale de l'autel et\ndu théâtre ! Odon Rigaud, prélat plein de bon sens, venez visiter\nvos curés des plages normandes et promettez le paradis à ceux\n\n(1) MANSI, XXIII, 216.\n(2) MANSI, XXIII, i 033.\n(3) Dans un prochain travail, nous publierons la législation ecclésiastique\nsur ce point."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.32", "texte": "26\nLE MERCURE MUSICAL —• I-VII-OÔ\n\nqui ne mériteront pas de s'entendre dire, comme feu l'abbé de\nJumièges : monuimus eum quod histriones ab officio suo arceret\net consortia mulierum quarumcumque faites\ncette promesse, saint archevêque, vous ne vous engagerez guère\net ne risquerez point d'encombrer le paradis !\n3° Comment un chantre dou On\nconnaît le subterfuge des employés d'administration, qui utili-\nsent leurs heures de bureau à faire des travaux supplémentaires\npayés en sus de leurs appointements. L'artifice n'est point\nnouveau, nous en avons un exemple dans le cas de ces clercs\nappartenant au chapitre de Saint-Mellon de Pontoise, qui s'en\nallaient chanter dans les églises voisines au détriment du service\npour lequel ils étaient rémunérés.\nMardi, 6 juillet 124 g.\nVisitauimus capitulum Sancti Mellonis Pontisarensis... Inhibuimus\nne Henricus, capellanus altaris régis, locet opéras suas in aliis eccle-\nsiis, nec cantet alibi nisi in ecclesia sua assidue, p. 42]\nLundi, 6 mars 1256.\nVisitauimus capitulum Sancti Mellonis Pontisarensis... Item inhibui-\nmus dicto Luce ne de cetero cantet in capellania castri : quod si contra\nuenire presumpserit, ipsum animaduersione débita puniemus... fp.240 :\nOn voit qu'à Pontoise une confusion tendait à s'établir entre\nle chapitre de Saint-Mellon et la chapelle du château royal, dont\nle chapitre, à ce qu'il paraît, assurait le service. Odon Rigaud\ndésigne-t-il par le mot opéra suacomme le croit l'éditeur du\nJournal, M. Bonnin, les livres liturgiques copiés par les scribes\ndu monastère ? Il nous semble bien plutôt que le chapelain\nHenri louait, non les manuscrits, mais ses propres services,\nainsi que le contexte, cantet alibi, le laisse entendre.\n(A suiv\n\nPierre Aubry."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.33", "texte": "BEVUE DE LA QUINZAINE\n\nTHÉATRES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Le Clos, opéra ccmique en 4 actes, de MM. Mich 1 Carré et Charlde\nSilver.\nC'est avec Le Clos, de MM. Carré et Silver, que l'Opéra-Comique termine\nune saison où il nous éblouit de la magnificence décorative d'Aphrodite. En\ndépit de son allure quasi dramatique, Le Clos rappelle par plus d'un côté\nles pièces de tout repos que nous entendîmes jadis dans l'édifice matrimo-\nnial delà place Boïeldieu. Habilement cuisiné par un maître en la matière,\nM. Michel Carré, chef incomparable et au tour de main prestigieux, le\nlivret est tiré d'un roman fort oublié d'Amédée Achard : Le Clos pommier.\nBibliothèque rose ou Bibliothèque des Chemins de fer, comme vous vou-\ndrez. Voici l'histoire :\nIl y a un vieux Normand, le méchant et rapace Hennebaut, dont le fils\nPierre, grand beau gars qui ne connaît point de cruelles, courtise Gene-\nviève, la fille du garde champêtre Gervais, fonctionnaire aussi riche en\nfierté que pauvre en écus. Il y a aussi le tendre et héroïque fiancé de\nGeneviève, le marin Jean Simon, gueux plein de noblesse, mais destiné,\nhélas ! à être roulé. (Nous sommes en Normandie.) Il y a de gais lurons et\nune gaillarde nommée Margot, que les susdits lurons troussent à qui mieux\nmieux ; il y a, enfin, un délicieux clair de lune avec de vrais pommiers et\nsans doute de vraies pommes, et un huissier d'ombres chinoises du plus\npur « opéra comique ».\n« Opéra comique » dans toute sa saveur traditionnelle, s'affirme le pre-\nmier acte situé sur la place de Dives ensoleillée et joyeuse ; 011 entre, on\nsort, on babille, on se dispute, des choeurs évoluent selon la formule\nd'antan. Les Gprvais, père et fille, n'ont-ils point l'audace de repousser le\nfils Hennebaut, Geneviève préférant à ce richard son fiancé Simon ! Mais\nles Hennebaut possèdent plus d'un tour au fond de leur sac, et leur opu-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.34", "texte": "28\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nlence ne va pas sans quelque canaillerie ; ils jurent de se venger et feront\nvendre le Clos de leur débiteur, l'infortuné Gervais.\nAu 2e acte, nous assistons à cette cruelle opération; pendant qu'on ins-\ntrumente et que le vieux Gervais se lamente, Simon arrive; il vient de\nprendre héroïquement un parti cornélien; il sacrifiera son bonheur àla\ntranquillité de Gervais et de sa fille, et disparaîtra devant Pierre Henne-\nhaut.\nLe 3e acte montre Geneviève et Pierre mariés; intérieur de ferme cos-\nsue; dans la cour, une vraie charrette pleine de vraie paille que des drilles\ndénués de tristesse déchargent en chantant comme il sied. Les époux ne\nsont pas heureux; Geneviève penserait-elle encore au pauvre hère qui s'est\ndévoué pour elle ? Justement, Simon est revenu, et c'est de plus l'anniver-\nsaire de la mort du père Gervais. Geneviève veut aller revoir ce Clos où\ns'écoula son enfance. Simple ruse, pense Pierre Hennebaut, qui, affolé\nde jalousie, suit sa femme, le fusil à la main.\nNous revoici enfin dans le Clos tout baigné d'une tendre lumière azurée.\nPierre est à l'affût, et nous le sentons prêt aux pires déterminations. Gene-\nviève arrive, bientôt rejointe par Simon, dont les voyages n'ont point éteint\nla flamme; mais Geneviève résiste aux assauts de son amoureux; soudain\nretentit un coup de feu. Sans nul doute, Pierre s'est tué, s'écrie Geneviève\néperdue en chassant l'infortuné et importun Simon au moment où Pierre\nsort tranquillement de sa cachette ; il a simplement voulu éprouver sa\nfemme, et, avec une déconcertante bonhomie, il scelle d'un baiser son\nbonheur définitif. Le rideau tombe sur ce truc misérable.\nLa psychologie d'un pareil sujet s'avère assurément bien sommaire, dé-\npourvue non seulement de nuances, mais encore d'explications indispen-\nsables, et le personnage central de Geneviève figure tout unimentune inin-\ntéressante girouette; cependant, la main experte du librettiste a fourni à\nM. Silver nombre de scènes qui se prêtent fort bien à un commentaire\nmusical.\nM. Charles Silver, grand prix de Rome en 1891, s'était déjà fait connaître\npar un opéra-féerie en 4 actes représenté à Marseille, Bruxelles et Lyonr\nLa Belle au bois dormant) on avait encore entendu de lui au concert une\nOuverture de Bérénice, une Rapsodie sicilienne, un Poème carnavalesque.\nDès les premières mesures du Clos, nous sommes fixés; la musique, ici,\nn'affiche aucune tendance, je ne dirai pas révolutionnaire, mais seulement\nactuelle; elle se contente d'être élégante et correcte, et de s'aventurer en\ndehors des sentiers battus juste assez pour pimenter son honnêteté bour-\ngeoise, pour relever dun peu de fantaisie sa tenue de bon aloi. La parti-\ntion du Clos est incontestablement l'œuvre d'un excellent musicien; nous\nl'aurions seulement voulue plus « opéra comique » et moins « drame\nlyrique », nous l'aurions désirée plus franche comme esthétique et moins\nincertaine dans son orientation. Nous lui trouvons souvent des accents en\ncomplète disproportion avec le sujet; nous lui reprochons une tension, une\ngrandiloquence presque continuelles. Les auteurs désignent le Clos sous\nle vocable classique ô? opéra comique; or, la partition de M. Silver ne\nserait point déplacée dans quelque drame Scandinave et métaphysique,,\ntout tissé d'héroïsme et saturé de sublime, alors que le sublime est fort\nmalmené à Dives, et que l'on tient à nous rappeler que s'il y a des pommes\nen Normandie, on y trouve aussi des poires.\nSans doute, le musicien a eu d'heureuses inspirations; au premier acte, il\na fort ingénieusement utilisé des motifs populaires, et sa ronde normande\nsonne à merveille dans la paysannerie de la place de Dives. Plus tard, les\nlamentations de Gervais, les adieux de Jean Simon et son dialogue avec\nPierre ne manquent pas de pathétique. Tout le troisième acte est très bien"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.35", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n29\n\nvenu, musicalement parlant : il y a là de petits coins d'orchestre véritable-\nment délicieux; la musique ne se hausse pas désespérément au-dessus des\nsituations ; elle s'y accommode et s'y ajuste au plus près ; écoutez ces amu-\nsants dessins de basson durant la scène entre le vieil Hennebaut et Gene-\nviève : ne dirait-on pas quelque souvenir lointain des Maîtres-Chanteurs?\nTout ce passage respire une exquise bonhomie. Le Madrigal de la Soupe\naux choux, La Soupe aux choux, c'est ton image, s'épanouit dans une\natmosphère de grosse joie bien portante qui fait plaisir.\nMais à côté de ces oasis que de tumulte, que d'encombrement musical !\nL'orchestre alourdi par l'emploi presque constant du quatuor s'enfle déme-\nsurément, déborde et submerge la frêle historiette. Un exemple de cette\nenflure, c'est le long, le trop long prélude instrumental du quatrième acte,\nmontagne qui va accoucher d'une souris. A quel cataclysme, à quels écrou-\nlements de Walhalla, à quel phénomène tétralogique allons-nous assister,\ngrands dieux ? Vers quel but terrifiant et lointain s'emporte cet orchestre\nhaletant î Que signifie cette course à l'abîme? Tout simplement l'annonce\nd'une grosse farce de Normand finaud... En vérité, ceci manque d'équilibre,\net l'ironie n'est point le fait de la musique.\nOn peut, du reste, se demander si les vociférations, la déclamation hysté-\nrique et la gesticulation éperdue qui se rencontrent dans maint drame\nlyrique contemporain apportent vraiment quelque agrandissement au sujet,\nsi tous les condiments de la musique, prodigués sans mesure, s'accordent\nbien avec le besoin d'un art sincère et juste qui nous possède, si, en un\nmot, le commentaire musical, loin d'ajouter à l'émotion dramatique, ne\ncompromet point celle-ci en poussant à la charge, à la caricature. Il est un\nverbiage musical qui paraît insupportable,, et Saint-Evremond avait peut-\nêtre raison en critiquant le genre opéra.\nL'interprétation du Clos est excellente ; l'orchestre de M. Luigini a dé-\ntaillé avec soin la partition. L'aimable voix de Marie Thiéry est mise\nparfois à une rude épreuve, car cette jeune Normande de Geneviève crie\nautant qu'elle roucoule ; M. Clément dans le rôle ingrat de l'amoureux\nberné a fait valoir sa belle voix de ténor, et dans le Pierre de M. Dufranne\nnous reconnûmes avec joie les accents de Golaud. Il n'y a que des éloges à\nadresser à tous les artistes chargés des rôles secondaires; quant àla mise\nen scène, nous n'étonnerons personne en la déclarant parfaite.\n\nL. L. L.\n\nNOTES SUR RISLER, INTERPRÈTE DE BEETHOVEN.\n\nConviction, conscience, simplicité, sonorité, sérénité, fraîcheur, poésie,\ntimbre extraordinaire aux résonances cristallines, légèreté vigoureuse ou\nvigueur légère, force intérieure qui se dérobe sous la caresse de l'enve-\nloppe, émotion d'autant plus vive qu'elle est plus indépendante et discrète,\net d'abord, et surtout, cette probité, cette grande honnêteté qui s'exprime\ndans la correction sans attitude et dans les bons yeux bleus de l'artiste au-\ntant que dans le toucher merveilleux du pianiste : nous tâcherons de définir\nbientôt ce crescendo délicat dans l'exquis, ce printemps de charme après cet\nautomne de force, cette résurrection merveilleusement originale des trente-\ndeux sonates beethovéniennes sur la morbidesse robuste et contrastée de\nl'Erard après leur étonnante évocation sur la sonore monochromie du\nPleyel : une expérience d'interprète..."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.36", "texte": "30\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nNous parlerons sans parti pris : ce sera notre seule originalité. Voici,,\nd'ailleurs, seulement, les quelques mots crayonnés par abréviations sur nos\nhuit programmes.\n★\n¥ *\nAu NOUVEAU-THEATRE, les dimanches 6, i 3 et 20 mai 1906. Quel Théo-\nphile Gautier musicien saurait faire le parallèle entre ces deux versions ?\nDeux traductions ; un même traducteur. Et toujours Beethoven, avec les\ncandides audaces de Top. 2, le 6 mai, les promesses accentuées par Top.\n10, le i 3 mai, et cette déjà si beethovénienne Pathétique (op. i 3) d'un ra-\ndieux 20 mai 1906, immédiatement suivie du double sourire estompé de\nFop. 14 où ce bon Viennois de Schindler voyait plus tard la lutte amou-\nreuse de deux principes! Aussi bien la sonate op. 14, no 2, en sol majeur,\nexhale poétiquement la malice féminine et la coquetterie native de Marce-\nline dans la première scène d'intimité d'un futur Fidelio sublime ! Beetho-\nven sait sourire et Risler aussi.\nNos snobs ne le savent pas tous. Mais ils sont confondus, ici, dans la\nfoule devenue légion sacrée des Beethovéniens.\nRevoici donc, dans la fraîche pénombre du Nouveau-Théâtre, tous les\nfidèles des chaudes soirées de la salle Empire de Pleyel : Diémer et ses dis-\nciples, M. et Mme Camille Bellaigue, le comte Vitelschi, Jean Chantavoine,\nAlbert Dayrolles, Théodore Dubois, Alphonse Duvernoy, Reynaldo Hahn,\nl'éditeur Chapelot, Paul Gaultier, René Brancour, « tête fine de poète », et\nVuillermoz, et l'Ouvreuse entrevue, et l'assiduité sérieuse de Mne Marthe\nDron, trop loyalement artiste pour ne plus s'intéresser au piano de ses\ngrands aînés î On entrevoit la rousseur pâle de Paderewsky, venu de\n10in... Les partitions bruissent dans le silence d'un adagio méditatif...\nTout le monde suit sur le texte, sauf l'exécutant. Et combien la lutte élec-\ntorale apparaît lointaine! Enfin, souhaitons le prompt retour de Georges\nVanor en cette famille improvisée par une ardente sympathie, où quelques\nvieillards sourds sommeillent seuls avec le Poète aveugle, alors que la\nMusique nous met au front son baiser de reine..,\n•k\n* *\nAu NOUVEAU-THEATRE, le dimanche 27 mai et le jeudi soir 3I mai.—\nHélas! non, Georges Vanor ne reviendra plus dans la famille improvisée\ndes admirateurs de Risler ! Le cher conférencier mélomane 11e s'extasiera\nplus avec ses voisins enthousiastes et ses amis inconnus, silencieusement\ntransportés par une Pathétique aux pédales bouillonnantes, immédiatement\nsuivie du double sourire humoristique de l'op. 14!\nLe décor lui-même ne sera plus bientôt, puisqu'ici-bas tout meurt\nsauf le génie... Dans cette poussière funèbre, on se croirait dans un nou-\nveau Pompéi menacé par un invisible Vésuve... C'en est fait du Nouveau-\nThéâtre, où Risler, interprète de Beethoven, nous a proposé, depuis quatre\nans, de si beaux souvenirs! Et l'Ouvreuse ou Willy, qui se dit myope pour\nmieux voir, a vu Risler entrer avec un galon de plâtre... Les frises effilo-\nchées, les herses penchées, les loges délabrées, les fauteuils branlants\ncomme le chef des vieux qui somnolent, une veilleuse entrevue dans les\nprofondeurs, le décor a pris l'aspect d'un chantier décadent .. Quand le\nmonde finira, faute de soleil, c'est ainsi que les derniers Beethovéniens se\ngrouperont frileusement dans une ruine sordide afin d'entendre, une der-\nnière fois, l'une, au moins, des trente-deux sonates immortelles et périssa-\nbles, puisque tout passe, même le génie..."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAÏNE\n31\n\nEn attendant cette grande nuit, ou plutôt notre propre mort, moins\nlointaine, jouissons sans arrière-pensée de cette délicatesse qui contient\ntant de puissance; applaudissons ce formidable et charmant: éternelle-\nment fugitives, éternellement renaissantes, les trente-deux sonates de\nBeethoven interprétées par Risler ont pris une physionomie nouvelle en\npassant du clavier résistant d'un Pleyel au clavier plastique d'un Erard;\net, croyez-moi, ce n'est pas une simple question d'étouffoirs ! Dans une\ntraduction, n'oublions jamais la personnalité du traducteur.\nLes derniers romantiques seraient tentés de reprocher à la\n(op. 13) de Risler, et même à son Cl (op. 27, n° 2) de ne pas\nêtre assez romantiques ; d'autres intransigeants sembleraient enclins à s'en\nprendre au fini des nuances, aux curiosités du détail : nous tâcherons de\ndémontrer que ces deux légers griefs, qui paraissent de proches parents,\nsont contradictoires; mais, après le des trente-deux sonates beethové-\nniennes, personne n'oserait plus redire, avec les petites filles au catogan\nmoqueur d'antan ; « Risler vise à l'effet; Risler joue moins bien.» Il\njoue peut-être autrement; ce qu'il faudrait démontrer. Mais la langue fran-\nçaise, ou toute langue humaine, est bien pauvre pour parler musique.\nAcclamons brièvement, pour nous faire comprendre, la marche funèbre,\naux émouvants contrastes, de l'op. 26, et les deux fantaisies, si contrastées,\nde l'op. 27 avant le retour classique de Beethoven à la Pastorale (op. 28),\noù l'andante a des lointains si mélancoliquement purs et de si cristallines\nperspectives! Enfin, le poétique op. 3i n° 3 fut délicieusement notre\nadieu définitif au Nouveau-Théâtre...\n*\n¥ *\nSALLE ERARD, les 7, 12 et 16 juin. Dans ce décor nouveau pour l'in-\nterprète, la famille se retrouve, la famille est complète... Georges Vanor\nseul est absent.\nRevoici tous nos Beethovéniens et Rislériens habituels, en ces soirs de\nprintemps aussifroidement maussades rue du Mail que les soirées d'automne\nétaient lourdement pluvieuses ou neigeuses aux alentours de Pleyel... Re-\nvoici M. et Mme José de Charmoy, Charles Malherbe, qui se réserve pour\nles grands soirs, et Prod'homme, qui vient d'écrire sur Beethoven après\navoir écrit sur Berlioz, savamment toujours. Maurice Dumesnil, le jeune\npianiste, lauréat de 1905, applaudit à tout rompre non loin de Mme Dan-\ndelot. De jeunes prix récents ou des concurrents prochains font un beau\ntapage. Gomme Paderewsky, le premier dimanche, Planté se faufile afin\nd'entendre YAppassionata ; Cortot vient pour la 106. Et tout un bataillon\nde jeunes espoirs du piano : Germaine Arnaud, qui donna deux récitals au\nprintemps; Antoinette Lamy, qui s'est auréolée de gracieuse gloire dans\nles vingt-quatre préludes de Chopin; et Lucie Caffaret, blonde et rose,\npenchée sur le grand cahier des sonates avec un gentil mouvement d'ange\nmusicien de Giovanni Bellini... Leur maître Alphonse Duvernoy se réjouit\nhomériquement dans son cœur.\nEt sa joie d'amoureux d'art doit se surprendre plus vive encore en écou-\ntant, dans cette atmosphère exceptionnellement excellente d'une salle dé-\ncorative, ces belles ou sublimes ressuscitées qui se nomment VAurore\n- (op. 53); 1' Appasionata(op. 57), qui semble la vaillance même et qui faisait\npleurer Bismarck; l'op. 78, en fa dièse majeur, trop délicat hommage à la\nglaciale Thérèse, comtesse de Brunswick, qui n'eut point le cœur de se\ndévouer au génie souffrant ; le badinage de l'op. 79, intermezzo préféré\npar l'ironie qui redoute le crescendo du sublime; les Adieux, VAbsence et\nle Retour {op. 81 a), trilogie plus explicite, qui dramatise volontairement"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.38", "texte": "3 2\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nla chaste sonate; et l'op. 90, non moins tendre et si pur, et Top. 101,\noù l'influence de Bach et la fugue renaissante apparaissent; enfin, ce qua-\ndruple testament du génie, qui n'a d'égal que le langage, surnaturel à force\nd'être humain, des derniers quatuors ou que la robuste élégie chantée par\nl'adagio cantabile de la Neuvième : les trois-quarts d'heure ineffablement\nlangoureux ou puissants de la 106, les incomparables variations de la 109,\nla débordante mélodie de la 110, le paysage d'âme delà ni, ce chef-\nd'œuvre entre les derniers chefs-d'œuvre, cet éclair en ut mineur, où l'on\ndirait :\nQu'un Sinaï descend sur la campagne en pleurs ..\nVoilà le grand art émancipé qui n'est plus que l'effusion d'un grand\ncœur ! Voilà le vrai Beethoven, et le vrai Risler, pendant cent cinq\nminutes consacrées à l'imperturbable résurrection de quatre chefs-d'œu-\nvre, ultima verba !\nPour mieux distinguer encore Y interprète du virtuose, nous reviendrons\nun jour sur le cher grand souvenir de ces exemplaires séances où tant de\nflamme s'unissait à tant de sagesse.\nEn écoutant Risler, on oublie le traducteur ou l'intermédiaire lumineux,\npour apercevoir l'ombre géante de Beethoven à son piano nocturne... Et\nvoilà pourquoi, spontanément, au lieu de lui crier bravo, nous lui disons\nViXerc 1.\nParis, mai-juin 190 G.\n\nRaymond Bouyer.\n\nCONCERTS\nCONCERT A. CORTOT. En un triptyque musical, M. Gortot évoqua les\nromantiques du piano. Après Chopin et Schumann, Liszt nous fut présenté\ndans sa musique de chambre. Nul musicien n'était moins apte à traiter\ncette branche d'un art où l'austérité doit s'allier à une sensibilité sans exa-\ngération comme sans faiblesse. Liszt, qui fut un dieu du piano, a laissé pour\ncet instrument des œuvres qui témoignent d'une rare connaissance de ses\nressources, mais quiportent trop ce cachet fébrile qui caractérise ses poèmes\nsymphoniques.\nLa Sonate en si mineur dédiée à Schumann est un amalgame brillant où\ngisent pêle-mêle souvenirs de la steppe hongroise, mystiques harmonies\nparsifalesques et traits redoutables. On peut trouver cela très beau, on\npeut avoir une opinion tout opposée, ce qui est mon cas : la question est\naffaire de tempérament. Cependant on ne peut que rendre hommage au\ntalent de M. A. Cortot, qui, dans ses bons jours, est un de nos plus mer-\nveilleux pianistes. Son jeu coloré et vibrant s'accommode d'ailleurs de cette\nmusique où sa virtuosité peut se donner libre cours. Dans le Concerto en\nmi , M. Enesco tint avec une maestria surprenante le piano d'accompa-\ngnement et se couvrit de gloire en exécutant une belle série de traits en\noctave àla main gauche. Bientôt, nous applaudirons M. Enesco jouant\nalternativement dans un concert du violon et du piano.\nM. Cortot nous présentait en plus de cette attraction des poèmes vocaux\nfort peu connus et dont Mme Adiny donna une interprétation bien allemande»"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n33\nLE MERCURE MUSICAL.\n3\n\nLes Trois Bohémiens perdent beaucoup à être accompagnés au piano,\nmême par M. Cortot, et les autres mélodies sur des poèmes de Gœthe et de\nLenau sont peu intéressantes. Déclamés avec cette ampleur théâtrale que\nles Allemands apportent à la moindre bluette, ils fatiguent et exaspèrent et\nne laissent point cette impression d'exquise fraîcheur que donne la Bonne\nChanson.\nCH. CHAMBELLAN.\nSÉANCE YSAYE-PUGNO. Pour terminer avec toute la solennité et la\npompe voulue Tannée artistique, M. Dandelot aurait eu à chercher long-\ntemps avant de trouver mieux.\nLe 3o mai, Ysaye et Pugno se sont fait entendre au Nouveau-Théâtre\ndevant une salle comble, où près de 2.000 personnes les ont chaleureuse-\nment acclamés.\nIl est matériellement impossible de faire de ce mémorable concert (qu'en\ntoute justice on doit placer àla tête des grandes auditions artistiques de\nla saison entière) un compte rendu assez enthousiaste pour communiquer\nau lecteur la vingt-millième partie de l'impression qu'il a produite.\nJe me bornerai donc à le relater d'une façon pour ainsi dire officielle. Ces\nlignes ne pourront que rappeler aux heureux assistants une soirée quasi\nhistorique ; ainsi, le plus petit vase rapporté d'un pays étranger où il fut\nfêté, permet à un artiste de goûter bien longtemps après, comme une se-\nconde fois, les joies de cet ancien triomphe que la vue du bibelot évoque,\nvivaces dans son imagination.\nBien secondés par la bonne volonté et les qualités remarquables de\nMM. Ten H ave, Denayer et J. Salmon, les deux monarques de l'archet et\ndu clavier (comme dit Willy) ont interprété d'abord le Quintette de Franck.\nEug. Ysaye a joué ensuite comme lui seul sait le faire la sonate 3 de\nHândel ; c'est pourquoi on Ta obligé à ajouter un morceau au pro-\ngramme.\nC'est alors le tour de celui auquel les auditeurs et la presse des grands\ncentres artistiques du nouveau monde viennent de confirmer le titre de\nRoi des Pianistes qu'on lui donnait depuis longtemps déjà chez nous. Il\nétait d'autant plus désiré que l'op. 3i (n° 2) qu'il devait jouer était inscrit\npour le lendemain sur les affiches de Risler.\nM. Pugno a dépassé, si c'était possible, tout ce que son glorieux passé\npermettait d'espérer de lui. Son interprétation a soulevé une tempête d'ap-\nplaudissements, de vivats et de trépignements une petite émeute. Il adû\nrevenir, et avec l'admirable délicatesse nonchalante qui lui est propre et\nqu'aucun n'a jamais pu atteindre, il a enlevé comme en se jouant une petite\npièce que tous auraient voulu encore entendre.\nLa soirée a fini par le quintette de Schumann qui a porté l'émotion à\nson plus haut point; particulièrement le 2e mouvement [in moddo d'una\nmarcia) dont les sonorités mystérieuses ont été admirables.\nCe concert est, je pense, d'une valeur et d'un intérêt un peu plus consi-\ndérables que certains festivals de cet hiver, car, jamais peut-être depuis que\nleurs deux noms sont mis sur l'affiche, les deux célèbres virtuoses n'ont eu\nun succès plus grand ni plus mérité.\nRENÉE CHEMET ET CAMILLE DECREUS. Deux jeunes artistes français\nont montré que l'Ecole française pouvait rivaliser non sans avantages avec\nles Ecoles étrangères.\nLe grand nombre de virtuoses d'outre-frontières que nous avons eus cet\nhiver n'a servi qu'à nous montrer que nous possédions en Mlle R. Chemet"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.40", "texte": "34\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\net M. Cam. Decreus deux véritables artistes. Mlle R. Chemet, qui possède un\ntempérament fougueux et un mécanisme très à l'aise, a joué l'andante du\nConcerto de Max Bruch avec une émotion et une ampleur de son remar-\nquables ; elle a montré de réelles qualités dans le scherzo de la\nespagnole de Lalo.\nM. Decreus est simple en même temps qu'émouvant. On a fort apprécié\nson exécution des Variations de Liszt sur un motif de Bach ainsi que son\ninterprétation de l'op. 27 (11° 2) de Beethoven.\nJe devrais citer le programme entier s'il me fallait annoncer les morceaux\nque le public a applaudis. Encore une fois, l'Ecole française peut être fière\nde Mile Chemet et de M. Decreus.\nCERCLE MUSICAL. Le Cercle musical (Gabriel Fauré, président;\nCh. Domergue, Dr) nous a fait passer le 18 une agréable après-midi.\nM. Plamondon, dans un fort bon style très pur et un peu vieillot, a soupiré\nl'air de Cosi fan tuttedéjà entendu la veille au soir, aux « Agriculteurs ».\n11 a ensuite chanté deux compositions de M. Domergue dont la 2e\nqui a été bissée ne manque pas d'originalité. Grâce au talent de MUe H.\nRenée, nous avons applaudi sa transcription de la 2 de Debussy\n(jouée avec la ire, à son concert, le i 3 février, chez Erard). Puis une élé-\ngante Contemplation signée H. Renée ; enfin un de Fauré.\nM'le Lindsay a dit d'une façon dramatique, un peu théâtrale peut-être :\nAprès un Rêve,de Fauré, ensuite, Dans que son\ninterprétation gracieuse et souriante a fait bisser. Pour finir je relaterai\nseulement l'exécution chaleureuse que M. F. Touche et M. Lucien\nWùrmser ont donnée de l'immortelle Sonate de Franck. Car si je disais tout\nle bien que je pense de la manière dont M. Wùrmser a remplacé dans le\nquatuor M. Fauré empêché, je serais certainement taxé d'exagération et\nde parti pris. Bonne interprétation du i3e quatuor de Beethoven.\nPAUL DUBOT.\n\nCOURRIER DE BORDEAUX.\n\nLA SAISON THÉÂTRALE. Il faut être juste, même envers un directeur\nde théâtre. Celui de Bordeaux, M. Frédéric Boyer, est aux prises avec un\npublic qui met de la férocité dans l'incompréhension, et qui, depuis Ma-\nnon, s'est refusé à accepter aucune nouveauté. Louise même n'a pu se faire\nadopter ;ce n'est pas que la vulgarité et le pathos en aient déplu : on a\ntrouvé cela « trop savant ». On s'est résigné à subir deux représenta-\ntions par an de Lohengrin ; mais seuls les « révolutionnaires » y assistent.\nC'est assurément à cette inertie du public qu'est due la monotonie de\nnotre saison lyrique.\nCette année, la troupe d'opéra était médiocre. M. Gautier (de l'Opéra-\nComique) est l'homme des Huguenots : mais son intelligence musicale\nreste problématique et sa voix forte manque par trop de distinction.\nM. Auber est un baryton volontaire, mais inégal ; il n'arrive pas toujours à\nla justesse. Mile Thérèse Clément fait preuve d'une bonne volonté désar-\nmante ; elle me donnait envie de pleurer, tant elle avait l'air de peiner pour\nfaire marcher sa triste voix. M. Sylvain, basse uniforme mais convenable,\net M»0 Marguerite Dhumon (contralto), qui, à défaut d'une voix ferme,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n35\n\nmontrait de 1 habileté dramatique, valaient mieux que les autres Mais la\nC°m!qif étalt excellente dans l'ensemble. Si M«« Rolland\np s sotte,_ manquait de voix, M. André Morati, qui fut, je crois de l'O-\npera-Comique, avait un très joli timbre. M. Cotreuil chantait avec un art\nSTJiI*#. ™ «*»?»•> « révélait for, fdrôh /nfin et su\"\ntout M Magne déployait une voix encore un peu inculte mais d'nnp\n\\èvTvteJuiënciTe' Le théâM 6de Monnaie> qui adu go'ût, nous en-\nleve, païait-il, cette remarquable artiste ! Nous perdons beaucoup\nn'est pas1 oTl? n'î B°Jer \"ous/ donné Ia Damnation de Faust. Ce\np , on le voit, par de 1 inédit que s'est ouverte la saison f a\nDamnation, a peu près inconnue du public qui fréquente le théâtre a' ob\nsoignée mise en scte étaif tt\nsoignée et lon admirait au 2e acte une valse des Svlphes dansée nar rlps\nnhardrMalhTnneS'CelleSimêmeS qu'on vit »adis ™ théâtre Sarah-Ber-\nhardt. Malheureusement leur engagement ne durait que deux mois. Et\nquand el es partirent, l'enthousiasme si imprévu des Bordelais pour Berlioz\ns'apra soud!,in-Des sens «a'ëô, eSs\nque aans le ballet des Sylphes « la musique aussi était bien jolie » dédai-\ngnèrent cette meme musique dès qu'elle ne souligna plus que les' évolu-\ntions terrestres des habituelles danseuses. La ne fut plus jouée\n1S a n?°.ltl® Prix> i'ose risquer ici un paradoxe, qui fera bondir\npeuïrutairnn'aSer>eUX'CaVat\"Cfai qUe 06 b°n public' dans sa franchise un\npeu brutale, n avait pas tout a fait tort. Pour se faire écouter jusqu'au bout\n- Berlioz> en en-\nmettr,e.fn muusique le Faust de Gœthe, s'inquiétait sans doute\nfort peu du sens philosophique de l'œuvre. Son imagination ardente mais\nresPautsC 1 an'ifn' déHre mpide Une foule de scènes Pitto-\nle, Mm'.q t aglS?alt dC Presenter successivement au spectateur comme\nles tableaux d une lanterne magique. Et c'est bien en effet un défilé de\nianterne magique, une collection de gravures bonnes ou mauvaises une\nrapsodie de thèmes hétérogènes que cette étonnante Aucune\naison intérieure, aucune continuité, aucun drame. Dès lors il faut bien que\ni œuvre, pour conserver son identité, se développe en un seul lieu, il faut\nque on reconnaisse les personnages sur la scène pour savoir que c'est\ntoujours des memes qu'il s'agit; en un mot, il faut que l'unité extérieure\nremplace 1 unité profonde. Et puis il n'est pas mal que la couleur du dé-\ncor rehausse la couleur musicale, un peu défraîchie déjà. Sur notre théâtre\ncette collaboration du machiniste avec le musicien fut réalisée avec tact '\nce a e grand succès ; de là aussi la chute, quand la mise en scène perdit\nson Plus bel ornement. —La damnation fut chantée par M. Cotreuil excel\nlent Mephts.ophélés e. tantôt par M. Morati et Mll. Clément tantôt par\nM. Gautier et M~ Magne. L'orchestre, dirigé par M. Montagne, montra de\nla vaillance et de la cohésion.\nAvant que le succès de la Damnation fût complètement épuisé, M. Boyer\nnous offrit le Chérubin de Massenet et Y Henri VIII de Saint-Saëns. Cette\nderniere œuvre est assez connue pour qu'il me suffise d'en noter l'interpré-\ntation convenable par la troupe d'opéra. Le ballet (la Fête du Houblon) fit\nortune et survécut a la pièce, qui obtint seulement six représentations.\nQuant a. Chérubin, les Bordelais lui firent, bien inconsciemment exnier le\ncrime d avoir supplanté Pelléas l'an dernier à l'Opéra-Comique • à la\ntroisième représentation la salle était vide : il y a une justice immanente.\nIres ephemere fut également ï Anniversa de M. Adalbert Mercier si\nephemere que je ne pus l'entendre. '\nPuis vinrent des œuvres un peu plus intéressantes. A la place\nqu on nous promet depuis vingt ans, nous eûmes Les Girondins de M. Le"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.42", "texte": "36\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-06\n\nBorne. Ce drame lyrique, encore inconnu à Paris, a depuis quelque\ntemps une certaine vogue en province. Il a été représenté successivement\nà Rouen, à Lyon et, cette année même, à Marseille. A vrai dire, je crains\nque son succès ne provienne surtout de ce qu'on y entend la\net la Carmagnole, et aussi de ce que la déesse Raison y exhibe un costume\nhistoriquement sommaire. Cependant l'œuvre mérite l'attention. Le livret\nen pouvait être original ; il n'est que stupide. Mais M. Le Borne est\nconsciencieux ; il a travaillé sa musique avec grand soin ; il s est applique,\ntrop appliqué peut-être, et, comme il est encore sous la domination wagne-\nrienne son Ducos et son Boyer-Fonfrède s'expriment un peu trop selon les\nformules de Siegfried et de Wotan. C'est de la bonne copie, mettons de la\nbonne transposition : ce n'est guère davantage. Sans doute M. Le Borne\nn'ienore pas nos grands artistes contemporains ; mais il a trop peu écouté leur\nenseignement. De là sans doute cette lourdeur, cet embarras et ce man-\nque de distinction qui sont les défauts les plus de œuvre.\nPuis le musicien paraît avoir un penchant naturel a 1 enflure : c est\npourquoi son lyrisme ressemble par trop à l'éloquence amphigourique des\nhéros révolutionnaires. Mais il faut lui être reconnaissant d avoir fait un\nerand effort vers la puissance et la solidité. Les furent bien chan-\ntés par M. Cotreuil, passablement par M. Auber et MHe Dhumon, mal par\nM Gautier et M»® Clément. Les chœurs firent des tentatives desesperees\npour attraper de temps en temps la mesure et même la tonalité. L or-\nchestre se montra hésitant. Six représentations épuisèrent le succès.\nQuant à la Trouve Jolicœur de M. Arthur Coquard, on la joua seulement\ntrois fois. M. Coquard offrit pourtant aux auditeurs de la première une\nintéressante conférence. J'en retiendrai non pas l'exposition de sa « poé-\ntique », qui apparut assez simpliste, disons même assez candide, mais a-\npercu général sur l'histoire de la musique, qui servit de conclusion a ora-\nteur. Suivant M. Coquard, la musique a procédé par périodes successives\nde complication et de simplification. Le chant grégorien unl a\ndonné naissance à la polyphonie touffue du xvie siècle. Puis Monteverdi a\nramené la clarté mélodique. Mais Bach et Hœndel, ayant de nouveau com-\npliqué l'harmonie, ont provoqué la réaction nécessaire de Mozart et de\nHaydn ; et ainsi de suite jusqu'à nos jours. M. Coquard n'entend pas pré-\nférer les périodes simples aux périodes complexes ; mais, en présence de\nnotre musique contemporaine, il ne peut s'empêcher de souhaiter un 1 e-\nrateur qui nous mène hors de l'obscure forêt wagnérienne. vrai\ndire, il nous semble que ce libérateur est venu et qu'il s'appelle Debussy.\nCar, malgré les apparences, ce sont bien les plus primitives et les plus\nsimples sonorités que Debussy reconstitue ; si elles à quelques-\nuns si étranges et si « savantes-», c'est qu'une éducation factice les égaré\net que leur oreille, ayant perdu sa sensualité première juge « naturelles »\nles combinaisons les plus artificielles. Mais c'est là une opinion que\nM. Coquard repousserait avec énergie (1) ; il n'y faut donc point insister.\nLa musique de la Troupe Jolicœur m'a semblé difficile à caractériser. Le\nsentimentalisme en est déplaisant ; et pourtant il n y manque pas abso li-\nment de distinction. Ce n'est pas le gros mélo ni le bagout, parfois puis-\nsant, de Louise.C'est quelque chose de plus mièvre, de plus étriqué, de\nplus à l'usage des jeunes filles qui viennent d'entrer dans le monde. Il n y\na pas une faute de mauvais goût ; mais on y sent perpétuellement un je ne\n\n(1) Voyez dans le Correspondant du 10 septembre igos :\nâges, où, tout en rendant hommage au grand art de Debussy, M. Coquard proclame\nson œuvre dangereuse (p. 989-90)."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n37\n\nsais quoi d'un peu bébête. D'ailleurs M. Coquard écrit pour l'orchestre\navec une grande habileté et il a, bien plus que M. Le Borne, le tour de\nmain. La TroupeJolicœur donna occasion à Mme Magne (Geneviève) de\nfaire admirer sa splendide voix. Mlle Dhumon fut rude et maternelle à\nsouhait dans Mme Jolicœur ; on crut s'apercevoir que le dénoue-\nment lui avait arraché de vraies larmes; on ne sait jamais. M. Les-\ntelly (Jean Taureau) se montra bon comédien et bon chanteur. Les\nautres, y compris M. Granier (Jacques) qui frisa le grotesque, restèrent\nau-dessous du médiocre» M. Ernaldy conduisait très convenablement\nl'orchestre.\nL'œuvre de M. Coquard fut la dernière pièce nouvelle delà saison,\nM. Boyer, voyant que le public rechignait sur tout ce qu'on lui offrait,\nrevint à l'ancien système des représentations extraordinaires avec le con-\ncours d'artistes étrangers. Il appela successivement Mme Gerville-Réache,\nMlle Chambellan, M. Scaremberg, Mme Passama, Mlle Lalla Miranda, enfin\nM. Delmas et Mlle Mendès.\npensionnaires ; elle tenait jadis des rôles très modestes ; son séjour àla\nMonnaie lui a donné du prestige. D'ailleurs, sa voix a gagné en am-\npleur et en netteté ; mais la prononciation reste inintelligible. Elle chanta\nLucie de Lammerrnoor ; j'avoue que cette musique, qui n'y entend pas\nmalice et qui se livre dans sa nudité ingénue, m'agace cent fois moins\nque les maquillages massénétiques ;je n'aime pas le faisandé. C'est pour-\nquoi je déteste Thaïs, que M. Delmas vint nous chanter. Tous les trucs,\ntoutes les ficelles y sont mis en œuvre avec une habileté qu'on pourrait\ndire sataniqùe, si l'on ne craignait de lui faire trop d'honneur. La passion,\nla volupté, la couleur locale même, tout est en simili; il ne faut que gratter\ndu doigt, cela s'écaille. 11 y a même cette facilité déplorable, qui s'arrange\npour singer la spontanéité. Et par instants on se laisse presque prendre,\ntout cela est si prestigieusement arrangé, rabiboché, plâtré, que l'on\nse demande parfois si ce n'est pas « du vrai ».Mais ce n'est pas «du vrai »,\net tout l'art de M. Delmas ne suffira jamais à rendre supportable le grand\nair d'Alexandrie ou le duo de l'Oasis. Delmas, qui obtint l'an dernier\nun grand succès dans Wotan, a eu tort de se représenter chez nous sous\nles traits d'AthanaëL Comme pour l'en punir, sa voix se montra, ce soir-\nlà, quelque peu réfractaire. Quant à Mlle Mendès (Thaïs), elle chante bien\nmal et son timbre est bien désagréable.\nIl n'en est pas de même de MUe Maria Gay, qui se fit entendre dans Car-\nmen avant de chanter à Paris l'œuvre de Bizet. J'ai vu bien des Carmen,\nmais aucune, je crois, qui fût aussi parfaite. D'abord Maria Gay a l'art de\nces gestes violents, ingénus et pervers, qui sont essentiellement espagnols ;\nelle ale tour de rein, le « salero » national. Et puis elle a sa voix si sou-\nple, si murmurante, si brûlante, si tragique par instants. Elle distille la\nhabanera avec des inflexions subtilement provocatrices, elle emporte la\nséguidille dans un tourbillon de rage sensuelle, et si elle faillit un peu\ndans la Chanson Bohême, elle donne à l'air du Trio des Cartes une inten-\nsité dramatique insoupçonnable : vers la fin on sent comme la fatalité de\nla mort se déployer sur l'éclat sombre des cuivres. Je n'ai pu malheureuse-\nment l'entendre dans le duo final. Le rôle de Dalila convenait moins à\nMaria Gay que celui de Carmen. Elle y a été cependant fort intéressante,\net personne n'a songé à lui reprocher de ralentir un peu la mesure, comme\nsi elle se complaisait à dérouler les grandes caresses de sa voix ; cepen-\ndant son jeu un peu fébrile contrastait désagréablement avec les lenteurs\noù elle s'attardait en chantant.\nLa saison théâtrale s'est achevée par une reprise du Jongleur de Notre-\nDame. M. Frédéric Boyer lui-même a chanté avec art le rôle du Frère"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.44", "texte": "38\nLE MERCURE MUSICAL l-VII-OÔ\n\nBoniface. Mais que cette musique est plate et que ce « miracle en 3 actes »\nest interminable !\nPeut-être pensera-t-on, en achevant de lire ce compte rendu, que j'ai\nfort exagéré la monotonie de notre saison lyrique. Mais il faut songer que\nchacune des pièces nouvelles, que j'ai seules analysées, a obtenu la\nDamnation mise à part —un maximum de six représentations. Tout le\nreste du temps nous avons eu pour nous régaler :\nles Huguenots, l'Africaine et la Vie de Autant dire que, si les con-\ncerts nous avaient manqué, nous serions morts d'inanition. C'est ce qui ne\ndevraitplus être possible, dans une grande ville comme Bordeaux. Mais je\nrépète que la faute en est presque uniquement à la paresse inconcevable\ndu public.\n\nJacoques Rivière.\n\nCOURRIER DU HA VRE\n\nCercle de l'Art Moderne.\nNous avons signalé récemment l'intéressante conférence faite sous les\nauspices de ce cercle par M. G.-Jean Aubry sur Paul Verlaine et la musique\ncontemporaine. Le cercle vient d'ouvrir sa première exposition. Nous trou-\nvons au catalogue, qui indique une centaine d'envois, les noms de Monet,\nRenoir, Guillaumin, d'Espagnat, Maurice Denis, Vuillard, Bonnard, Matisse,\nSignac, Cross, Luce, etc., et la plupart des plus intéressants d'entre les\njeunes qui exposent au salon d'automne ou aux Indépendants. C'est le pre-\nmier groupement homogène nettement et originalement moderne organisé\nau Havre en ce qui touche les arts plastiques; mais le cercle a organisé une\nautre innovation pour notre ville: celle d'auditions de musique de chambre\ndonnées dans la salle de l'exposition même.\nI-a première de ces auditions a été donnée le 8 avec un complet succès,\ngrâce au dévouement et aux qualitésprofondémentartistiquesde MM. Henry\nWoollett, Maurech et Boin, en ce qui concerne la partie instrumentale, et\ngrâce à l'intelligence et au charme de la voix de Mlle Merville, l'une de nos\nmeilleures « amateurs ».\nVoici le programme de cette audition :\ni° Sonate en sol mineur, de Guy Ropartz.\n/ x) Aurore, de G. Fauré.\n20 Mélodiesj 2) Au bord des eaux,de H. ¥/oollet.\n' 3) Nocturne,de César Franck.\n3o Trio (op. 29) pour piano, violoncelle et clarinette, de Vincent d'lndy.\nCes œuvres furent excellemment rendues par ces quatre artistes dont\nle dévouement aux idées nouvelles,, l'enthousiasme et la conscience artis-\ntique sont ici unanimement reconnus.\nLes idées vraiment modernes du Cercle de l'Art Moderne, qui s'étaient\ndéjà affirmées lorsque M. G.-Jean Aubry faisait chanter du Chausson et\ndu Debussy lors de sa conférence sur Verlaine, lorsque M. Frantz Jourdain\nfit la conférence d'ouverture, s'affirment encore aujourd'hui et parl'ensem-\nble des noms des peintres inscrits au catalogue de son exposition et par le\nprogramme de cette audition et d'auditions prochaines où l'on annonce"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n39\n\ndes œuvres de Lekeu, Castillon, Chausson, Debussy et d'encore plus mo-\ndernes compositeurs.\n\nJ.-A.\n\nCOURRIER DE NANCY.\n\nCONSERVATOIRE : Derniers concerts de l'abonnement.\nXLE CONCERT, — Les paroles savoureuses du vieillard au jeune homme\nque nous rapporta Willy, en cette revue même, me reviennent à l'esprit\ndevant l'opposition très caractéristique d'un\narchets de J.-S. Bach et du fameux Prélude à V Apres-Midi d'un Faune de\nClaude Debussy. Ils sont typiques, ces deux exemples, l'un de « l'écriture\nen largeur » du maître ès fugues, écriture rendue plus manifeste encore en\nune œuvre où concertent les instruments, et de « l'écriture en hauteur » du\npère de Pelléas.Bach a ses partisans — et fort nombreux — à Nancy, où\nl'on eut la primeur, pour la France, de plusieurs de ses cantates et de son\nadmirable Passion selon saint Jean. Mais, et précisément parce qu'on le\nconnaît susceptible d'émotion humaine, et même quasi surhumaine, l'au-\ndition d'une œuvre purement scolastique — à laquelle manquait d'ailleurs\nun peu l'assiette rigoureuse — ne laisse pas que de surprendre le public,\ntout en ne parvenant pas à l'enthousiasmer.\nCe fut donc « l'écriture en hauteur » qui triompha, Je dois écrire, aussi,\nque l'orchestre fut, en ce concert, si exquis dans le détail, si attentif à ne\nrien laisser perdre du charme, distillé goutte à goutte, des arômes silvestres\némanés de l'églogue mallarméenne, que plus d'un auditeur, soudain sub-\njugué, oublia qu'il avait jadis médit d'un tel art, et se surprit à murmurer,\navec une mélancolie tendre et complaisante : C'était donc joli !\nDe même, le Requiem suave, consolant, embaumeur de choses défuntes,\nde Gabriel Fauré, parut prendre une importance autre qu'à la première\naudition. Je me souviens qu'à cette époque (10 février 1901) je fus inter-\nviewer Mme l'Opinion.\nMme l'Opinion est une aimable petite vieille qui s'efforce, avec une loua-\nble persévérance, de parfaire son éducation musicale. Elle possède, rue du\nChanoine, derrière la cathédrale, un piano carré d'Ignace Pleyel, facteur\ndu roi, et, dans un recul très lointain d'âges qui en font presque des objets\nd'art, se profilent en sa mémoire les mélodies : et\nà la carabine :\n« Je croyais, dit Mme l'Opinion, qu'un devait toujours être quel-\nque chose de terrible, d'éclatant et d'effroyable, et que la Providence y\naffectait volontiers des airs inflexibles de créancier. M. Fauré m'a enlevé\ncette idée ; je m'acheminerai désormais vers la mort avec plus de douceur.\nDu reste, ce n'est pas l'image de la mort qui se dégage de cette musique si\nfine, si enveloppante, mais la pensée du repos, de l'éternel repos: Requiem\nceternam. C'est pourquoi la beauté capitale de cette œuvre est vraiment\ndans l'idée du pardon. Je sais bien que, au moment du résonne\nla trompette du jugement, mais c'est moins, je crois, pour frapper de terreur\nle faible accusé que pour annoncer, avec pompe, l'ineffable Juge. »\nChœurs bien conduits et bons. Offerto et posés avec autorité,\nphrasés avec émotion par M. Paul Daraux, dont une jeune et charmante\nélève, Mile Cécile Winsback, se faisait entendre pour la première fois en"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.46", "texte": "40\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nce concert. Elle y soupira joliment le Pie Jesn du Requiem. Beaucoup de\ngoût, aussi, dans les Roses d'lspahan et le Lamento interprétés par cette can-\ntatrice d'avenir.\nSi, des demi-teintes exquises de Fauré, nous passons au clair-obscur,\nmagistral et puissant, de Ropartz, c'est grâce au baudelairien Chant d'Au-\ntomne déclamé par M. Daraux.\nL'âpre plainte du vent dans les arbres, et celle de la mort, au cœur du\npoète, traversent toute la première strophe de ce Chant. La deuxième, qui,\ndans les Fleurs du mal, passe, sans transition, de la révolte contre l'agonie\ndes choses, à la soumission envers l'aimée au long regard « verdâtre »,\nproduit un grand effet, dans la musique de M. Ropartz. L'apaisement est\nci moins subit que dans le texte littéraire, car on peut en suivre la grada-\ntion, très subtile, depuis les deux derniers vers de la première strophe. Page\ndésespérée et cependant hautaine, triste mais ne demandant du dehors\naucun apaisement :on sent très bien l'allure tendue de l'esprit du poète\nque la vie trouble et déchire, qui ne pleure pas, toutefois, parce qu'il ne\nvoudrait pas pleurer devant une femme.\nM. Ropartz, en nous donnant cette remarquable traduction baudelai-\nrienne, s'impose à nous, autant comme psychologue intelligent et profond\nque comme musicien en pleine possession de la maturité de son talent.\nRéauditions : de Y Ouverture de Léonore (n° 3) qui me plaît extrêmement\net de Y Alléluia du Messie, qui, cette fois encore Hrendel me pardonne !\nne me plaît guère.\nXe CONCERT. L'avant-dernier concert de la saison est d'ordinaire, à\nNancy, uniquement symphonique. Le Xe concert n'a pas failli à cette\ntradition.\nIl était encadré entre deux ouvertures, celle de Fidelio pour terminer le\ncycle, à nouveau parcouru, des quatre Léonore de Beethoven ; et celle de\nTannhàuser, superbe dans l'évocation de Venusberg (à l'Opéra de Paris,\ncela n'a ni ligne ni couleur !), avec la partie curieuse et rarement enten-\ndue ailleurs qu'en Allemagne de la petite flûte.\nComme poème symphonique, Saugefleurie de M. Vincent d'lndy, œuvre\nancienne déjà, exécutée en 1895 à Nancy, dans un festival consacré à son\nauteur. Cette page paraît dater d'hier (/'Après-Midi d'un Faune semble con-\nnaître aussi les bienfaits d'une Jouvence). Dans Saugefleurie les sonorités\nsont exquises ; les thèmes ont une saveur mi-légendaire, mi-populaire,\nd'une rare originalité. Et je songe qu'il en faut, de l'originalité, pour trai-\nter une chasse avec appels de cors, sans évoquer soit YObéron de Weber,\nsoit le Chasseur maudit, soit de nombreuses pages de Wagner. Le thème\nde la rêverie de la jeune fée, aux bords du lac bleu semé de jonquilles,\napparaît, d'une frêle et délicate transparence, aux violoncelles divisés.\nSaugefleurie reste un modèle de poème symphonique, presque uniquement\nmusical, inspiré largement d'un texte littéraire, mais trouvant, en lui, un\nsimple support, et non des bornes étroites et singulières, ce qui est le cas\ndes œuvres de ce genre de l'école russe.\nPremière et fort belle audition de la Symphonie en ut majeur de Schu-\nbert, celle qui fut son tombeau, l'œuvre « aux divines longueurs », selon\nSchumann. Il est regrettable qu'entre Vlnachevée et cette symphonie nous\nne puissions reconstituer la chaîne qui, dans Beethoven, réunit neuf chefs-\nd'œuvre.\nL'on comprend que Schumann ait été enthousiasmé par ces pages, si\nnettement révélatrices de la nature impulsive et rêveuse de Franz Schubert,\nnlles relèvent d'une esthétique semblable à celle de l'auteur de Manfred,\nune esthétique régionaliste, si j'ose ainsi dire. Cette symphonie évoque\nVienne, au même titre que la troisième de Schumann célèbre Cologne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.47", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n41\n\nD'ailleurs, Schumann est le premier à reconnaître que le talent de Schubert\nmanque de lime, que Vandante de la Symphonie en ut gagnerait à être\nécourté, et que l'auteur des suaves lieder, ignorant, toujours, de l'art de\nconclure, méconnut la science des proportions.\nReconnaissons, d'ailleurs, que, malgré sa durée et ses longueurs esthé-\ntiques, cette symphonie ne parut ennuyer ni le public, qui l'applaudit fort,\nni les musiciens, qui, conduits merveilleusement par M.Ropartz, donnèrent\nde l'œuvre une exécution précise, mouvementée (le scherzo idéal !), cha-\nleureuse et d'une charmante couleur.\nXIe CONCERT. Scènes de Faust de Robert Schumann.\nAyant eu, à Nancy, la Damnation de Berlioz, Faust-symphonie de Liszt,\nla Procession nocturne de Rabaud (Faust de Lenau), il n'était que temps,\npour nous, d'ouïr, enfin, le poème qui se rapproche le plus exactement de\nla pensée gœthienne, et en particulier du second Faust, écrit par celui\ndont Napoléon disait qu'il était vraiment « un homme ».\nCe haut caractère d'humanité transcendante se retrouve dans les scènes\nde la première, et surtout de la deuxième partie de l'oeuvre de Schumann.\nLa mort de Faust est d'une grandeur émue qui fait songer à Euripide ; la\nscène à la cathédrale, avec le cri poignant de Marguerite, est d'une sincérité\nexpressive particulièrement heureuse. Il faut admirer le courage, en quelque\nsorte intérieur, de Faust, assailli par le Souci; son hymne panthéiste d'un\npanthéisme actif, et non rêveur et passif comme celui de Jean-Jacques\nprête un éclat de plus à ce lever du soleil, dégagé des brumes au chant des\nElfes, et déjà magnifié par la voix mystérieuse d'Ariel.\nDeux grandes idées dominent tout le poème : l'idée d'amour, et celle de\nvolonté. La dernière ne suffirait pas à élever l'âme de Faust aux suprêmes\nhauteurs célestes ; mais ajoutée à la rédemption par « l'éternel féminin »,\nelle le sauve, non seulement de Méphistophélès, que les anges ensevelissent\nsous les roses, mais encore de la béatitude un peu incertaine et embryon-\nnaire dans laquelle s'agitent les « anges novices » et les « garçons bien-\nheureux»... Il est essentiel de se redire toutes ces choses, si l'on veut com-\nprendre parfaitement la musique, à la fois si savante et si simple, dont\nSchumann para toutes les parties de l'œuvre. Ainsi s'expliquent VOuverture\nqui dépeint l'esprit actif et volontaire de Faust, et le Finale où la grâce mé-\nlodique, bien schumanienne, se déroule sur un rythme àla longue un\npeu fatigant de marche entêtée (et bien allemande !) vers le ciel enfin\nconquis.\nLe finale est le deuxième, le plus long, le moins souvent exécuté, et peut-\nêtre le plus caractéristique, par ses défauts mêmes, apparents surtout à des\nFrançais.\nA MUIe Winsbach, dont nous avions accueilli avec faveur les récents\ndébuts à nos concerts, était échue la tâche bien lourde de chanter le so-\nprano de Marguerite. La scène de l'église demeura par suite d'un trac\nsoudain de la jeune cantatrice inférieure àce qu'elle aurait dû être\ncomme puissance pathétique, et à ce qu'elle aurait pu être comme intensité\nvocale. Mais le duo du jardin fut exquis de fraîcheur et de netteté comme\nun gazon après l'orage, et les phrases mélancoliques du Souci, ainsi que\ncelles, radieuses, de la Pénitente, furent mises en valeur avec une diction\nd'une école excellente.\nDans une deuxième de Faust, Mlie Winsback, en possession entière de\nses moyens, eût été, nous n'en doutons pas, digne de tous points d'être\nadmirée. L'on ne demande, à Nancy, qu'à la réentendre.\nM. Daraux, chantant Faust, qui est dans sa tessiture, cela ne peut man-\nquer d'être parfait, et le bel air qui précède la mort du héros a été, par\nlui, dit merveilleusement."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.48", "texte": "42\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nMais qu'on l'entende encore, M. Daraux et toujours admirable !\négrener les notes de ténor auxquelles parvient le chant du Doctor Marianus,\ncela ne laisse pas de surprendre. M. Clamer a rendu avec assez de sobriété\nmais avec une émission si rude ! les figures, un peu effacées, de\nMéphistophélès et du Pater profundus.\nEt M. Warmbrodt fut un délicat et mystique Pater extaticus, autant qu'un\nAriel plein de féerique séduction.\nGrâce à Dieu, l'on eut recours largement, pour les quatuors vocaux et\nquelques soli, aux éléments de la ville : M. Bauer, MUe Galtier et René se\nfirent apprécier de façon flatteuse, ainsi que Mlle Serrière, dont le solo des\nRoses effeuillées parut délicieusement clair à ses notes d'eau courante et\ntransparente.\nMater Gloriosa, Marie VEgyptienne étaient incarnées par M Croiza,\nalto, de riches ressources vocales, qui créa avec grand succès, au théâtre de\nNancy, le rôle de Messaline dans la pièce d'lsidore de Lara.\nLes chœurs, sages et disciplinés, gagneraient à fouiller davantage les\ndétails que le lied de Schumann réclame pour être, à l'éxécution, tout à\nfait suave.\nLa traduction employée était celle de M. Amédée Boutarel. Elle serre de\nprès le texte, quelquefois aux dépens de l'euphonie, et rend fort estimable\nle Faust, très correctement édité à Paris chez Costallat (avec les deux ver-\nsions du Finale).\nQue l'orchestration de Schumann ne soit pas celle de Berlioz ou celle de\nGlazounow ou de Claude Debussy, cela ne fait aucun doute ; mais telle\nqu'elle est et bien rendue dans sa massivité par l'orchestre des concerts\ndu Conservatoire, je ne la déteste pas, avec sa/prédominance d'altos et de\nvioloncelles, ses trompettes presque jamais éclatantes, ses coups de timbales\nmarquant plus le rythme qu'ils ne le colorent.\nUn tel effort, de la part de M. Ropartz et de ses collaborateurs, 11e peut\nêtre dépensé en une seule journée. A l'an prochain, donc, avec d'autres\nmerveilles, la reprise de ce Faust qui enchantera toujours les poètes !\nRENÉ D'AVRIL.\nP.-S.— Je n'apprendrai pas aux lecteurs du Mercure que M. J.-Guy\nRopartz a remporté le prix Crescent avec une oeuvre colossale : sa Sym-\nphonie avec chœurs (n° 3). Les Nancéiens se préparent avec joie à aller en-\ntendre la ire de cette symphonie au Conservatoire de Paris, pour, ensuite,\nla mieux goûter encore à celui que l'auteur dirige avec tant de compé-\ntence.\n\nR. d'A.\n\nCOURRIER D'AMÉRIQUE.\n\nNouvelles musicales de Boston.\nLe concert symphonique du 28 avril a terminé la saison musicale de\nBoston. En voici le programme :\nBerlioz. Ouverture du Carnaval romain.\nJ.-S. Bach. Prélude, Adagio et Gavotte (arrangé pour cordes par\nBachrich).\nïchaïkovsky. Ouverture pour Roméo et Juliette.\nBeethoven. Symphonie en ut mineur."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.49", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n43\n\nLa liste suivante donnera une juste idée de ce que furent les 24 concerts\nde la saison dernière.\nŒuvres exécutées aux concerts symphoniques pendant la saison IQOS-\n- :\nJ.-S. Bach. Suite en ré majeur no 3 pour orchestre.\nPrélude, Adagio et Gavotte (transcrits pour cordes par\nBachrich).\nPastorale de F Oratorio de Noël.\nToccata en fa majeur pour orgue (Wallace Goldrich).\nBeethoven, Symphonie en ré majeur.\nSymphonie en mi bémol majeur (Héroïque).\nSymphonie en ut mineur.\nSymphonie en fa majeur (Pastorale).\nSymphonie en fa majeur n° 8.\nOuverture d'Egmont.\nConcerto en ré majeur pour violon (Wiily Hess).\nConcerto en mi bémol majeur pour piano (Adèle aus der\nOhe).\nBerlioz. Ouverture du Carnaval romain.\nBoehe. Départ d'Ulysse et naufrage, épisode pour orchestre.\nBrahms. Symphonie en rê majeur.\nSymphonie en mi mineur.\nConcerto en ré majeur pour violon et orchestre (Hugo\nHermann).\nBusoni. Ouverture pour une Comédie, en do majeur.\nLes Harnachés, suite pour orchestre.\nChausson. Symphonie en si bémol majeur.\nColeridge-Taylor. On away ! Awoke, Beloved, de la Fête nuptiale d'Hiawatha\n(Ben Davies).\nConverse. La Belle Dame sans merci (d'après le poème de Keats).\nBallade pour solo de baryton et orchestre.\nDebussy. Prélude d VAprès-Midi d'un Faune.\nDukas. L'Apprenti Sorcier, scherzo pour orchestre.\nDvorak. Le Pigeon de la Forêt, poème symphonique.\nOuverture Nature.\nConcerto en si mineur pour violoncelle (Henri Warnke).\nElgar. Ouverture Au Midi.\nFauré. Pelléas et Mélisande (dirigé par V. d'lndy).\nC. Franck. Psyché et Cupidon, de Psyché, poème symphonique, di-\nrigé par d'lndy.\nLes Jardins de Cupidon, de Psyché, poème symphonique,\ndirigé par d'lndy.\nGlazounof. Le Kremlin, tableau symphonique en trois parties.\nGoldmark Ch. Ouverture de Sakountala.\nOuverture Au Printemps.\nConcerto en la mineur pour violon (Jacques Hoffmann).\nGoldmark R. Ouverture de Hiawalha.\nGrieg. Concerto en la mineur pour piano (Olga Samaroff).\nHaendel. Air : Oh !si f avais la lyre de Jubal, de l'oratorio Josué.\n(Mary Ilissem de Moss).\nD'Harcourt. Ouverture de l'opéra Le Tasse.\nHaydn. Symphonie en ré majeur.\nSymponie en si bémol majeur.\nHumperdinok. Introduction du 3e acte de Les enfants du roi.\nHumoresque."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.50", "texte": "44\nLE MERCURE MUSICAL - I-VII-OÔ\n\nV. d'lndy. Symphonie sur un air montagnard.\nSymphonie en si bémol majeur.\nVariations Istar (ces trois œuvres dirigées par l'auteur).\nJaques-Balcroze. Concerto en ut mineur, pour violon et orchestre (H. Mar-\nteau) .\nLiszt. Faust-symphonie.\nLe Tasse, poème symphonique.\nConcerto en mi bémol majeur pour piano et orchestre\n(Rudolph Ganz).\nConcerto en la majeur pour piano et orchestre (Walde-\nmar Luetsche).\nChant Loreley avec orchestre (Louise Homer).\nOrphée, poème symphonique.\nLœffler. La Villanelle du Diable, fantaisie pour orgue et orchestre\nd'après le poème de Rollinat.\nMac Dowell. Lancelot et Elaine, poème symphonique.\nMahler. Symphonie no 5.\nMarschner. En ce jour, air pour baryon de Hans Heiling (D. Bis-\npham).\nMendelssohn. Symphonie en la majeur (italienne).\nOuverture du Calme de la Mer, du Retour au Pays et de\nla Belle Mélusine.\nConcerto en mi mineur pour violon (Marie Hall).\nMozart. Symphonie en sol mineur.\n- en do majeur.\nScène II est parti et aria de Cosi fan tutte (Emma Eames).\nAir de la Flûte enchantée (Mary Hissen de Moss).\nPaine. Prélude des Oiseaux d'Aristophane.\nA, Rubinstein. Concerto en ré mineur pour piano et orchestre (Ernest\nHutcheson).\nSaint-Saëns. Concerto en la mineur pour violoncelle et orchestre\n(Eisa Ruegger).\nSchillings. Prélude au 3® acte des Pipers Holiday.\nSchubert. Symphonie inachevée en si mineur.\nSymphonie en ut majeur.\nConcerto en la mineur pour piano et orchestre (Harold\nBauer).\nSinding. Concerto en la majeur pour violon et orchestre (Félix\nWinternitz).\nSmetana. Ouverture de l'opéra Libussa.\nR. Strauss. Italie, fantaisie symphonique.\nMort et Transfiguration, poème musical.\nTill Eulenspiegel, symphonie.\nStrube. Concerto en fa dièse mineur, pour violon et orchestre\n(Timothée Adamowski).\nTchaïkowsky. Symphonie en fa mineur.\nFrancesca de Rimini, fantaisie orchestrale.\nRoméo et Juliette, ouverture-fantaisie.\nThème et Variations de la Suite n° 3 en sol majeur.\nR. Wagner. Huldigungs Mars ch.\nBacchanale de Tannhàuser.\nAir d'Elisabeth de Tannhàuser (Johanna Gadski).\nChant de concours des Maîtres Chanteurs.\nDernier acte du Crépuscule des Dieux (Johanna Gadsky\net Ellison Van Hoose)."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.51", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n45\n\nR. Wagner. Vendredi Saint de Parsifal.\nScène et air de Riewfi (Louise Homer).\nWebber. Symphonie en ut mineur.\nWeber. Ouverture du Freyschut\nOuverture iïEuryanthe.\nConcerto en fa mineur pour piano (Alfred Reisenauer).\nAir du Freyschut % (Ben Davies).\nLa question importante du moment est le changemeut de direction de cet\norchestre, M. Sericke ayant donné sa démission après plusieurs années de\ntravail sérieux et remarquable. Le nom du nouveau chef d'orchestre sera\nconnu dans une semaine ou deux probablement.\nLa première exécution de The Pipe of désir e, opéra en un acte (musique\nde F.-S. Converse, paroles de E. Barton, tous deux Américains), a été un\névénement de grand intérêt. Le libretto est charmant à la lecture, mais,\nhélas ! à la scène il est lourd et obscur et manque d'action et d'intérêt.\nPar contre, la musique mérite tous les éloges ; l'orchestration en est pres-\nque toujours intéressante et euphonique, et l'expression dramatique sou-\nvent remarquable.\nLe critique du Boston Herald parle de M . Converse comme d'un « com-\npositeur qui possède des dons rares pour la musique dramatique : une\nnature à la fois impressionnable et virile, mais d'une virilité sympathique,\nune science des effets orchestraux unie à un sens fin et poétique des har-\nmonies, des rythmes et du coloris, et, par-dessus tout, de l'imagination.\nAjoutez à toutes ces qualités une facilité technique qui lui donne une\ngrande autorité. »\n\nCh. M. L.\n\nCORRESPONDANCE\n\nParis, 10 juin igoô.\nMon cher Confrère,\navoir Vobligeance d'insérer dans le prochain numéro du\nMercure musical la communication suivante que j'ai adressée9 sans succès,\nàM. Mangeot, z7 <2 quinze jours ?\nA titre documentaire simplement.\nMerci d'avance et bien à vous.\n/.-G. Prod'homme.\nParis, 22 mai jpo6\\\nMonsieur le Rédacteur et cher Confrère,\nVoulez-vous me permettre de vous adresser une rectification au sujet delà\nbelle lettre de Berlioq à Lisçt, du 22 janvier iß3g, que vous vene% de pu-\nblier dans le Monde musical? Cette lettre, qui vous est communiquée par"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.52", "texte": "46\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\n\nMM. Calmann-Lévy, éditeurs des œuvres littéraires de Berlio^, est loin d'être\ninédite, comme vous le croye% certainement, en la donnant comme telle aux\nlecteurs du Monde musical. Elle a déjà été publiée trois fois au moins, en fran-\nçais, depuis dix ans, avec deux autres lettres de Berlio% à Lis\\t {25 janvier\ni 836 et 3o juillet iß3y) :\nle Gaulois du 2 janvier ißg6, par les soins de M. Emile Ollivier,\nà qui appartiennent les originaux ;\n20 et 3° Presque simultanément, par JWme La Mara et par moi-même, dans\nles Briefe an Liszt (3. Folge, Leipzig, igoô) ; et dans la Rivista musicale\nitaliana d'avril igos.\nEn outre, j'ai reproduit dans ma biographie ; Hector Berlioz(1803-1869),\nparue l'an dernier ,une partie de la lettre que vous de réimprimer. Comme\nvous levoyeq, les éditeurs des œuvres littéraires de ne vous ont com-\nmuniqué que des pages rien moins qu'inédites en vous faisant reproduire une\ndes trois lettres à Liszt, puisque celles-ci sont connues depuis plus de dix\nans, et qu'en outre elles ont été traduites, si je ne me trompe, dans des pé-\nriodiques anglais et allemands.\nTimeo Danaos et dona ferentes,\nrépétait parfois notre Hector, qui savait par cœur /'Enéide et connaissait\nses contemporains.\nVous m excuserez de terminer par cette citation virgilienne, et, en vous\ndemandant d'accueillir favorablement cette rectification, je vous prie d'a-\ngréer y Monsieur le Directeur et cher Confrère, l'assurance de mes sentiments\ndévoués.\nNous avons résolu, pour notre part, de ne plus jamais nous étonner des\nprocédés du Monde Musical.\n\nJ.-G. PROD'HOMME.\n\nÉCHOS.\nLes ennemis de Vincent d'lndy. lls sont nombreux, mais inégaux en\ntalent, ainsi que le montrera ce savoureux extrait d'un de nos confrères,\nvoué à la littérature orphéonique :\nA Monsieur H. Rénier.\nMon cher et honoré Confrère,\nA votre curieux article publié dans Le Journal Musical au sujet de F an-\ntipathie du sieur Vincent d'lndy à l'égard des Orphéonistes, article judicieux\net spirituel dont nous avons tous apprécié et admiré la logique) permettez-\nmoi, je vous prie, d'ajouter ces quelques lignes.\nEn 1893, au Concours musical de Roannes (Loire), dont je faisais partie\ndu jury, voici les charmantes (lisez ignobles) appréciations que ledit sieur\nVincent d'lndy a faites dans son rapport présidentiel au sujet de l'exécution\nde la Société de Varenne-sur-Allier, 8e division : « Pourquoi choisir cet"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.53", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n47\n\ninsipide et vulgaire air de bastringue qu'est l'ouverture du Voyage en\nChine, de Bazin ? » (sic).\nAttendez, cher Monsieur Rénier, ce n'est pas encore tout.\nA ce concours de Roanne s prenaient pari aussi deux antres sociétés, celle\nde Saint-Chaume et celle de Tarare. Or, le sieur Vincent toujours\naussi poli et aussi convenable à Tégard des vrais maîtres reconnus et sacrés\nceux-là, dit ceci (toujours dans son rapport présidentiel) : « Le temps n'est\n« plus où des malfaiteurs comme Adolphe Adam s'arrogeaient la licence\n« d ajouter des trombones aux œuvres de Grétry, de Monsigny, de\n« Mozart, de Beethoven qui n'en ont jamais écrit » (sic). Parbleu ! ils n'en\navaient pas encore. Et puis, en outre, leur orchestration n'était pas destinée\nà celle des morceaux de concours pour harmonies et fanfares ou le trom-\nbone est absolument indispensable.\nEh bien ! cher Monsieur H. Rénier, que dites-vous de ces belles et res-\npectueuses appréciations ? Traiter Bazin de bastringueur et Adolphe Adam\nde malfaiteur.,, oh ! ignoble, trois fois ignoble, n'est-ce pas ?\nAllons, Monsieur Vincent d'lndy, assez, assez, bon Dieu !de votre mot\nignoble ; gardez-le pour vous si cela vous convient, mais ne le jetez pas àla\ntête vénérée et illustre de nos maîtres du passé, du présent et de l'avenir,\nni à celle si sympathique de nos chers et braves enfants d'Orphée et de\nSainte-Cécile.\nAgréez, je vous prie, cher et honoré confrère, mes salutations distinguées\net cordiales.\nANTONY LAMOTTE,\nCompositeur de musique.\n« M. Antony Lamotte, ajoute notre estimable confrère, est trop connu\ndes orphéonistes pour qu'il soit besoin d'ajouter un commentaire quel-\nconque. Disons seulement, qu'après Bazin bastringueur et Adolphe Adam\nmalfaiteur , nos génies modernes ont qualifié d'empoisonneurs publics\nMeyerbeer, Gounod et autres. Le mieux n'est-il pas d'en rire? »\nNous n'avons pas la science des orphéonistes : nous ignorions M. An-\ntony Lamotte. Mais nous savons aujourd'hui que ce compositeur défend\nses dieux avec autant d'ardeur que d'esprit, et qu'il ne s'est jamais avisé\nque le trombone était d'un usage courant dès le xvie siècle.\nEncore le spectre du Commandeur. Nous avions déjà dit que M. Bru-\nneau avait fait paraître seulement dans une Revue, lue par quelques vir-\ntuoses et professeurs de province, une circulaire invitant les compositeurs,\ndésireux d'être joués au salon d'Automne, à faire parvenir à son domicile\ndes œuvres inédites, en même temps qu'un bulletin de vote avec deux\nnoms de musiciens. Le jury, déjà composé de MM. Gabriel Fauré, A. Bru-\nneau et A. Parent, devait s'augmenter des deux noms qui auraient réuni\nle plus de suffrages. Le résultat du scrutin est maintenant connu:\nM. Vincent d'lndy est passé entête. G'est là un témoignage de la sympa-\nthie et de la confiance en son impartialité de jugement qu'inspire aux\nartistes le grand compositeur. Cette élection est d'autant plus significative\nque nous croyons savoir que les musiciens de la Schola n'ont pas parti-\ncipé àce concours.— Oh! ce Vincent ! toujours lui! Quelle est donc cette\nforce qui le pousse malgré lui sur le piédestal où invariablement M. Bru-\nneau ce Préfet de musique s'installe lui-même pour mieux assouvir\nses haines et ses rancunes ?\nLe deuxième élu est M. Massenet.\nM. Combarieu a obtenu une voix, etpourtant on avait stipulé qu'il fallait\nélire un musicien."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060701-01.1.54", "texte": "48\nLE MERCURE MUSICAL I-VII-OÔ\nLe Directeur-Gérant : -Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nCésar Franck, par Vincent D'INDY. Un vol. in-8° écu de la collection Les\nMaîtres de la Musique, 3 fr. 5o (Félix Alcan, éditeur).\nUn livre sur César Franck, par le plus illustre disciple du maître, devenu\nun maître à son tour, tel est l'ouvrage impatiemment attendu que donne\naujourd'hui M.Vincent d'lndy.\nAprès une bibliographie pour laquelle les héritiers de César Franck ont\nbien voulu fournir d'importants documents, M. Vincent d'lndy montre la\ncarrière du maître se développant, avec une harmonieuse puissance, en\ntrois périodes de progrès constants, pour aboutir à ces chefs-d'œuvre ab-\nsolus, le Quatuor, les Chorals d'orgue, les pièces pour piano, les Béatitudes\nenfin. Inutile de dire avec quelle compétence et quelle sûreté M. Vincent\nd'lndy analyse, en illustrant son commentaire de frappantes citations mu-\nsicales, les œuvres principales de Franck.\nAyant étudié l'homme et l'artiste, M. Vincent d'lndy rend ensuite hom-\nmage au maître admirable que fut César Franck, dont l'école constitue\nl'une des plus solides phalanges de la musique française contemporaine.\nCe livre, où l'intérêt du sujet n'a d'égal que celui qui s'attache au nom\nde son éminent auteur, continue d'une manière vraiment sensationnelle\nla collection des Maîtres de la Musique, qui, dirigée à la librairie Félix\nAlcan par M. Jean Chantavoine, fut inaugurée par le magistral Palestrina\nde M. Michel Brenet et qui s'augmentera sous peu d'un Bach dû à la plume\nsavante de M. André Pirro.\nDu danger des programmes. Un de nos confrères, qui manie en virtuose\nle style des communiqués officieux, annonce en son numéro du ier juin\nque M. Sautelet, au concert Mel Bonis, « chanta avec une grâce fine deux\nmélodies de Ravel sur des poésies de Marot »... qui furent chantées par\nMme Bathori, Entre le délicat baryton et l'exquise diseuse, la confusion\nest étrange, mystérieuse, inquiétante. Plutôt que d'admettre un pareil\ndéfaut de discernement, nous voulons croire que le critique à qui nous\ndevons ces lignes ne s'est inspiré, pour les écrire, que d'un programme fal-\nlacieux. Mais que penser alors de son enthousiasme pour le quatuor de\nMme Mel Bonis, « d'une facture si souple et si ferme», et d'un « art si dé-\nlicatement expressif et séduisant » ?\nLe Sottisier musical. - « L'orchestre... a exécuté la symphonie en ré ma-\njeur de Bach. » Le Courrier Musical, ier juin, p. 392.\n« ... La scène finale du Crépuscule des Dieux, précédée de la Marche\nfunèbre de Siegfried... » Le Courrier Musical, ier juin, p. 39g."}]}