{"numero_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_sha256": "57a82eda31fde8b4cb74acd702daa4ef772eefa51dbb394f8b9b8e8bdbb32380", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1906/07/15_01/bmtnabh_1906-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1906/07/15_01/bmtnabh_1906-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c001", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.1", "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "Sommaire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.1", "debut_caractere": 360, "fin_caractere_exclue": 965, "texte": "Sommaire\nGEORGES D'ESPAGNAT..... Composition\n.\nREMY DE GOURMONT...... Simone. 'fVJ. : Les Feuilles mortes.\nLER. P. SALVATOR PEÏTAVI Une soirée musicale au désert.\nHENRY GAUTHIER-VILLARS Schuman\nPIERRE AUBRY ,'K. La musique et les musiciens d'église au\nXIIIe (suite et fin).\nE. MARCHAND..... J.S. (suite et fin).\nREVUE DE LA QUINZAINE\nGaston Knosp .- Le Dio d'or et la Sapè Louis Laloy, Jean\nChantavoine, Willy : Derniers accords. Lionel de la Laurencie : Musique\ndu XVlte et du XVllfr siècle. Louis Laloy, Ch. Chambellan : Musique\ndu XIX\" et du XXe siècle. —L. Ponnelle\nAvis à MM. les lecteurs et abonnés."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.2", "titre_corps": "UNE SOIRÉE MUSICALE AU DÉSERT.", "titre_sommaire": "UNE SOIRÉE MUSICALE AU DÉSERT.", "signature_source": "Salvator Peïtavi", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1478, "texte": "UNE SOIRÉE MUSICALE AU DÉSERT.\n\n(Notes de voyage)\nAu petit trot de nos montures- cavales maigres et nerveuses,\nfilles du désert, —nous allions, tandis que le jour peu à peu\nse levait et que, par delà un rideau de collines nues, arides,\nmontait le soleil, majestueux, lent, jetant tout autour de lui,\ndans le fond de l'horizon, une profusion de teintes changeantes,\nrapides comme des aperçevances de mirage.\nLes monts de Moab apparaissaient devant nous, se dégageant\nde mieux en mieux, avec leurs tons d'azur coupés de veines plus\nsombres trahissant des ravins et des précipices.\nJéricho, Erßiah, Moab,la mer Morte !Et cette lande immense\ntoute en grisailles pailletées de rose, et ces plaines d'où toute\nvégétation est bannie, où le sol, mouvant et maudit, semble\nporter le poids d'un anathème sourd, irrémissible ! Gomme ma\npensée s'évaguait sur ces choses! Je les idéalisais à plaisir et,\nd'avance, j'en savourais les charmes énigmatiques.\nEt pourtant elle est bien triste, cette course de presque une\njournée, à travers ce désert de Juda aux colorations crues, où le\ngris dans toutes ses nuances domine, s'attache à tout, se colle\naux pierres, aux ruines et jusqu'aux troupeaux et au pâtre qui\nles pousse à l'aventure, voués à la déception. Maintenant le\nsoleil dardait ses rayons sur la caravane.\n« Il faudrait chanter la romance de pour égayer\nla route », observa Aïça, un brave moukre que j'avais pris à\nJérusalem.\nJe ne répondis pas. Je connaissais la monotonie lassante,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.4", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "lancinante, la mélodie plaintive et quasi pleureuse dont\nil parlait ; il me l'avait déjà servie sur le chemin de El\nBéthel, et l'effet avait été désagréable. Du reste, on préférait le\ncalme, et un peu de rêve, à cette heure. Cette lumière blanche\ndu ciel palestinien vous éblouit, vous donne l'impression d'un\nétiolement à petit feu, et l'on voudrait somnoler, méditer sans\nfaire d'effort, laissant l'imagination vagabonder de par les pages\net les souvenirs delà Bible dont les cadres sont 1à...\nParfois la silhouette élancée, énorme, d'an chameau, se\ndécoupait en traits brefs sur une hauteur; dans le bleu du ciel\non aurait dit une tache. On la voyait se mouvoir d'un rythme\nrégulier avec des cadences tranquilles, projetant sur les pierres\nune espèce d'ombre violacée. Aïça connaissait le chamelier;\net, de fort loin, ils s'interpellaient et se saluaient, les deux mains\ndevant la bouche, les paumes bombées, formant cornet, criant\nde toutes leurs forces.\nAïça avait deviné que je n'étais pas d'humeur à goûter ses\nthrènes sur la Ktir tchélébi (très ; il changea de thème,\net se mit à chanter un air de son village. Sur le même ton trillé,\ncoupé comme des soupirs d'asthmatique, bien fait pour s'har-\nmoniser avec ce sol aride où rien de saillant ne frappe le regard,\nil commença une mélodie interminable. Selon la mode arabe,\nil se mettait peu en peine des paroles qu'il inventait à son\ngré, un peu sur tous les incidents du voyage. Ses phrases mé-\nlodiques avaient de brusques arrêts ; elles finissaient à l'avenant,\nsans règle, comme pour mieux narguer nos oreilles euro-\npéennes. Il faisait de longs intervalles entre les couplets ou\nles parties de ces couplets ; puis soudain, comme pris d'inspi-\nration, il repartait de son gosier enragé, aux syllabes dures.\nCela montait, montait parfois à des hauteurs qu'un ténor léger\neût pu difficilement atteindre ; à d'autres moments on eût cru\nun demi-roucoulement très doux, presque intérieur comme\ncette musique étrange, énervante à la longue mais légèrement\nmystique des derviches tourneurs en train d'évoluer au son des\nflûtes fuselées. Je notai des bribes du chant d'Aïça."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.5", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "Et cela dura des heures, et mon moukre ne paraissait nulle-\nment fatigué.\nDe temps en temps des femmes nous croisaient. Elles avaient\ntoutes le visage tatoué de formes bizarres ; leurs longues robes\nbleues étaient serrées à la ceinture et elles avaient attaché sur\nleur cou leurs manches amples terminées en pointe. Elles por-\ntaient l'outre sur la tête, et souvent un enfant se balançait dans\n' >\nune sorte de banne, sur leur dos. Très dignes, on les voyait se\nperdre dans les rochers.\nA mesure que nous avancions, nous rencontrions des têtes\nplus fières, des regards plus nobles. Plus rapides aussi et plus\nsveltes, les chevaux noirs des Bédouins, rois du désert.\n... Après dix heures de marche nous étions enfin dans la tribu\ndes Beni-Sakre,la plus hospitalière à vingt lieues autour du\nKairak. Le chef, Djibrin, nous accueillit fort bien, avec cette\nsolennité des peuples orientaux. Comme nous voulions camper\nà part nous avions nos tentes, le vieux Djibrin insista\npour nous faire accepter l'hospitalité de son « douar ». Quand\nun Arabe fait à un étranger l'honneur de l'appeler à sa table,\nquand il lui dit : « Vois-tu ? Ceci est à toi ; tu es le maître et je\nsuis ton esclave ! » ce serait une impolitesse sans nom que de\nrefuser. Ce serait répondre à peu près ceci : « Fort bien,\ncheikh; mais tu es indigne que je consente à entrer chez toi ;\nmon pied serait souillé au contact... » Nous acceptâmes donc\net, d'ailleurs, de bon gré.\nLe souper fut modeste ; les tribus bédouines ne connaissent:\nguère le luxe de la table et, même pour les étrangers, le menu\nest toujours simple. Djibrin nous offrit son lében (lait caillé),\nson tabounencore tout chaud que les femmes apportèrent en\ngâteaux empilés, on tua même un mouton et l'on but du lait\nde chamelle dans de grandes coupes d'argile.\n« Les hommes du désert, me dit alors le cheikh, sont nobles\net généreux. Il est trop tard pour la fantasia. Tu entendras les\nchants de nos solitudes, et aussi le qaghaltt qui fend l'espace. »\nLa tribu des Beni-Sakre occupe la pente occidentale des\nmonts de Moab. Nous sortîmes devant la tente et l'on s'ac-\ncroupit, silencieux..."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.6", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "La soirée était d'un calme idéal ; le ciel était d'un bleu foncé\ntirant sur le violet ; on l'eût dit transparent. A nos pieds, tout\nau fond, la mer Morte agitait lourdement ses eaux phospho-\nrescentes, dont le choc montait vers nous, se fondant avec les\nmille murmures de la nuit, comme pour s'associer à la rêverie\nuniverselle. Tout autour du « douar », sans mot dire, hommes\net femmes venaient prendre place ; on les entendait à peine\nmarcher, froissant les herbes sèches qui craquaient sous leurs\npas. Nous formions, dans ce groupe exotique, un ensemble\nplus banal qui dérangeait un peu la couleur locale. On se re-\ncueillait avant d'écouter cette musique du désert dont le cheikh\nvoulait nous faire goûter les charmes.\nEt en effet... voici que, dans la nuit, soudain, une mélopée\nlente s'éleva, portée sur les brises très douces. Une voix\nd'homme très contenue, qui paraissait venir de fort loin,\nrythmée à l'arabe et trillée... Peu à peu la voix prit de l'assu-\nrance, développa son ampleur. Ce n'était pas un chant de\nguerre, mais plutôt une mélodie très tendre et sentimentale\naccompagnée par une sorte de violon plat à deux cordes, aux\nnotes un peu sourdes et, dans cet instant, mystérieuses, évoca-\ntrices. Le Bédouin qui jouait de cet instrument en avait posé\nla boîte sur ses genoux et, lentement, de son archet, il caressait\nles chanterelles.\nQuand ce chant eut pris fin, d'autres lui succédèrent. On dit\nla gloire des ancêtres, les razzias émouvantes et les incursions\ndans les tribus voisines, et les exploits des cheikhs toujours\nvainqueurs; les plus jeunes chantèrent leur fiancée; exaltés au\nrécit des combats de leurs pères, ils promettaient de ne point\ndégénérer. Puis, des femmes exécutèrent une danse rapide.\nTout en dansant, elles suivaient le rythme donné par un\ntambourin que battait l'une d'elles; elles avaient de longs cris\nstridents et des pauses subites ; leurs voix aiguës se pro-\nlongeaient très loin. Parfois elles frappaient dans leurs mains,\nen cadence, tandis que les enfants, émerveillés du spectacle,\npoussaient des You ! You ! enthousiastes.\nDans les ténèbres, que la lune coupait de rayons jaunes, on\neût dit je ne sais quelle évocation féerique du temps passé où\nles fées dansaient et folâtraient, à la brune, dans les bois ou sur\nles chemins.\nLes chants se continuèrent encore longtemps. J'aurais voulu\nles noter tous, mais comment ? On n'y voyait pas assez et,\nd'ailleurs, allez prendre, à la première audition, l'infinie va-\nriation de ces mélodies du désert ! Il n'y fallait pas songer. Tout\nau plus quelques notes m'en restèrent, et je ne voudrais pas\naffirmer qu'elles sont absolument exactes."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.7", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "« Tchelbi?» « Est-ce joli ? » me demanda le cheikh tandis\nque nous nous retirions en le remerciant.\n« MacK allah ! » « Splendide ! » répondis-je simplement,\ntout en suçant le bout de mon « narghilé ».\nDjibrin voulait nous offrir sa plus belle jument et fut bien\nétonné de notre refus.\nAu matin nous reprîmes notre route à travers le désert.\nOr, comme nos montures, suivant les sentiers, faisaient\ntintinnabuler les sonnailles attachées à leur cou, rythmant la\nmarche, Aïça reprit sa chanson de la veille. Mais, cette fois, elle\nme parut plus extravagante, plus insaisissable, car, sans doute,\nAïça avait senti ses instincts se réveiller, toute la poésie du\ndésert affluer à son âme en bouffées chaudes ; et il lui fallait la\ndire au ciel et à l'espace... Dans le fond, tout en bas, la mer\nMorte bleuissait infiniment...\n\nSalvator Peïtavi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.3", "titre_corps": "SCHUMANN ET CAMILLE MAUCLAIR", "titre_sommaire": "SCHUMANN ET CAMILLE MAUCLAIR", "signature_source": "Henry Gauthier-Villars", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "SCHUMANN\nET CAMILLE MAUCLAIR\n\nL'éditeur Laurens vient d'enrichir sa collection de « Musi-\nciens célèbres « d'un Schumann essentiel et succinct, de Camille\nMauclair, qui fixe les résultats d'une intéressante rencontre de\nsensibilités parallèles mais souvent étrangères l'une à l'autre :\ncelles d'un poète et d'un musicien. Les deux lyres ne sont pas\ntoujours accordées à l'unisson, et l'on rencontre des frères\nennemis dans la double lignée des fils d'Apollon Musagète.\nTel n'est point le cas aujourd'hui. Jamais poète ne fut si pro-\nfondément épris des choses de la musique que M. Camille\nMauclair et jamais compositeur ne put trouver un commenta-\nteur plus respectueusement attendri. De cette vénération\naimante provient même le seul défaut de l'ouvrage. La collec-\ntion Laurens s'impose un double idéal : enseignement et vul-\ngarisation ; le livre du poète ne peut raisonnablement préten-\ndre qu'à la seconde partie de ce programme. Vulgarisatrice,\ncertes, et de splendide façon, la glose dont s'accompagne\nl'exposé des créations schumanniennes, mais dépourvue de\ntoute valeur enseignante. L'auteur, du reste, ne manquera pas\nde proclamer que l'intention didactique était loin de sa pensée,\net j'accorde qu'il a eu raison d'écarter de sa route cette maus-\nsade compagne de voyage.\nPar contre, avec quelle ardente sympathie est relatée la lutte\nperpétuelle que fut l'existence de Schumann, lutte contre\nune mère aimée pour obtenir le droit de se consacrer à son\nart, lutte contre le cher professeur Frédéric Wieck, pendant\nquatre longues années, pour mériter la main de sa fille Clara,\nlutte désespérée contre la neurasthénie et le spectre, chaque\njour plus menaçant, de la folie ! Camille Mauclair, très épris\nde son sujet, n'a pas manqué d'étendre à tous les détails de la\nvie et de l'œuvre schumanniennes l'affection que lui inspire son\nmodèle.\nC'est, en effet, avec plus de précision que de vraisemblance"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.9", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "que les productions de Schumann sont groupées, dans cette\nétude, sous des rubriques ingénieusement sentimentales. Il ne\nfaudrait voir dans ses compositions de piano que des « confi-\ndences » et des « états d'âme ». On sentirait nettement dans les\nEtudes symphoniquesla. souffrance des séparations, et les Kreis-\nleriana ne seraient que des « cris d'amour envoyés à Clara » !\nPar de subtiles, trop subtiles interprétations, toutes les pages\nde Schumann (que j'aime mieux croire délicieusement instinc-\ntives (1), concourent à consolider le savant édifice de psycholo-\ngie construit parla piété du poète. Les les\nnes, les Blumenstuckesont tout simplement « une autobiogra-\nphie psychique qui force l'auditeur, s'il veut tout comprendre,\nà retrouver dans cette musique l'évolution intime du fiévreux\net tendre jeune homme qui l'a écrite ». Les Sonates sont le\nrésultat d'une « recherche de l'unité », d'un « souci de se par-\nfaire », d'un désir volontaire de trouver mieux que les courtes\npièces impressionnistes. La Fantai une pure\nconfession lyrique. Il y a bien ces malheureuses\npiano pédalier et ce Concerto incommode qui se refusent à\nentrer dans l'artificielle combinaison de Mauclair (le moyen de\ndémontrer le subjectivisme de ces gymnastiques des quatre\nmembres !)} mais ces compositions rebelles serviront d appui\nindirect au solide système : l'auteur y verra la preuve d'un\napaisement de l'inspiration « douloureusement exacerbée par\nles luttes pour la conquête de la femme aimée, et calmée par\nl'exaucement du vœu : la pensée s'est élevée, mûrie, au-dessus\nde la sensibilité en émoi ». Et c'est ce qui expliquera ces œu-\nvres ayant un « but technique et défini » au lieu d être des con-\nfidences au cher instrument. Puis viendra le retour aux pensées\nintimes qui engendrera Y Album pour la Jeunesse, cher à Jean\nd'Udine, et il faudra voir un solennel adieu au piano consola-\nteur dans les JValdscenenet les\nLe passage des œuvres de piano aux albums de chant se légi-\ntime à merveille « Schumann avait connu 1 angoisse. Lois-\nque le bonheur lui fut enfin venu, il fit ce qu'il avait fait dans\nla peine il chanta. Mais cette fois son art prit une y°ix hu-\nmaine et les Lieder naquirent. » La forme vocale de 1 inspira\ntion schumannienne est donc d'origine exclusivement conju\ngale ! On frémit en songeant que nous serions irrémédiablement\nprivés de ces recueils si Schumann avait persisté dans le céli-\n\n(i) Dans sa très remarquable étude sur le M.Ray-\nmond Laurent, opposant àla critique anthropocentrique de Ruskin esthé-\ntique d'Oscar Wilke, rappelle que ce « disciple exaspere de Swinburne » a\ndit : « Un artiste doit créer de belles choses, mais ne rien metire de iUi en\nelles ». (L 'Ermitage,is juin 1906.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.10", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "bat ! J'aime aussi cette explication de l'évolution symphoni-\nque : « La musique de piano et les lieder de Schumann consti-\ntuent une sorte de vaste confession psychologique. Mais après\nles dix années où la majeure partie de ces œuvres fut réalisée,\nl'artiste, en ayant fini avec les luttes de sa jeunesse, heureux\ndans sa vie privée, parvenu à la maturité, songea à dépasser son\nMoi et créer des œuvres objectives dont il ne serait plus le\npersonnage essentiel. » Et ce furent le\nGeneviève...et Manfred! Il est difficile de pousser plus loin le\ngoût du bon ordre et de la symétrie, la passion de l'élégante\nexplication. Pour couronner cet arbre généalogique si correcte-\nmentémondé, l'auteur a réservé, les deux médiocres composi-\ntions religieuses intitulées Messe et qui ne rentraient\ndans aucune des précédentes catégories, et voici comme il les pré-\nsente : « Le style religieux semblait à bon droit à Schumann\nl'expression suprême de la musique : après avoir exprimé la fan-\ntaisie, le lyrisme, les passions, les nuances de la plus raffinée\nsensibilité, il trouvait dans la maturité le désirnaturel d'attein-\ndre aux plus hauts sommets de son art. Il écrivit donc une\net un. Requiem.» Que Schumann, qui était d'une religiosité très\ndiscutable, prisât si fort le style pieux, voilà qui paraît assez\nsujet à caution; mais on ne saurait planter d'un geste plus dé-\ncidé le petit drapeau dont les constructeurs ont accoutumé\nd'orner leurs charpentes le jour de leur achèvement ! La section\nd'architecture psychologique n'est pas encore connue auxsalons\nannuels, sinon l'exposant Mauclair y aurait conquis depuis\nlongtemps la première médaille !\nMalgré moi, je songe à une phrase écrite par Schumann lui-\nmême et dont j'imagine que nous avons le droit de tirer une\nprécise indication pour les intentions secrètes de son auteur:\n« Pour décider, dit-il, jusqu'à quel point la musique instrumen-\ntale doit pousser la représentation des pensées, je trouve que\nbeaucoup de gens ici s'en tourmentent trop. On se trompe as-\nsurément si l'on croit que les compositeurs ont rangé devant\neux plumes et papier dans ce dessein mesquin d'exprimer, de\nfigurer, dépeindre ceci ou cela !... » Je me permets de signaler\nà Camille Mauclair cette claire profession de foi du musicien\nqu'il veut condamner au subjectivisme à perpétuité. Aussi bien\nle malentendu est classique entre les créateurs et leurs com-\nmentateurs : de tout temps, la Critique affamée de classifications\net de hiérarchies logiques a méconnu les droits à l'inconsé-\nquence, àla contradiction, à l'absurdité que tout artiste a le\ndevoir de revendiquer. L'analyse patiente ne comprendra\njamais rien à la joyeuse inconscience des synthèses.\nDu moins, de par son délicat déterminisme, la présentation"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.15", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "plus ingénieuse que légitime de l'œuvre schumannienne offre\nun singulier attrait. Ce livre de poète, tout imprégné d'une vé-\nnération touchante pour le musicien (dont Camille Mauclair\nadmire jusqu'à l'orchestration, pourtant peu défendable), contri-\nbuera plus à faire aimer Schumann que les mieux conduites\ndes études musicales.\nAprès cela, ilfaudrait un esprit désagréablement chagrin pour\nreprocher à l'auteur de n'avoir point, dans son volume, parlé\nde musique. Je louerai ce courage : à un collaborateur de\nrevues spéciales, il eût été très facile de s'étayer de collabo-\nrations techniques dont Camille Mauclair a dédaigné l'appui.\nQue les compositeurs qui n'ont jamais été victimes des com-\npétences lui jettent la première pierre.\nP.-S. —Un détail :à la page 45 l'auteur traduit les « lettres dansantes »\ndu Carnaval ASGH, par Mi, Do, Si, La, alors que ces lettres sont en\nréalité, A, Es, G, H, et signifient La, Mi bémol, Do, Si.\n\nHenry Gauthier-Villars."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.4", "titre_corps": "SIMONE poème champêtre", "titre_sommaire": "SIMONE poème champêtre", "signature_source": "REMY DE GOURMONT ; Dessins de Georges d'Espagnat", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLes Feuilles mortes\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 350, "texte": "Les Feuilles mortes\n\nSIMONE, allons au bois : les feuilles sont tombées ;\nElles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers.\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?\nElles ont des couleurs si douces, des tons si graves,\nElles sont sur la terre de si frêles épaves !\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 503, "texte": "Elles ont l'air si dolent à l'heure du crépuscule,\nElles crient si tendrement, quand le vent les bouscule !\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?\nQuand le pied les écrase, elles pleurent comme des âmes,\nElles font un bruit d'ailes ou de robes de femme :\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?\nViens : nous serons un jour de pauvres feuilles mortes.\nViens : déjà la nuit tombe et le vent nous emporte.\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.5", "titre_corps": "LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS D'ÉGLISE EN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE d'aprés ls «JOURNAL DES VISITE PASTORALES» d'Odon Rigaud", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS D'ÉGLISE EN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE d'aprés ls «JOURNAL DES VISITE PASTORALES» d'Odon Rigaud", "signature_source": "Pierre Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "LA MUSIQUE\nET LES MUSICIENS D'ÉGLISE\nEN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE\nd'aprés ls «JOURNAL DES VISITE PASTORALES»\nd'Odon Rigaud\n\n(I)\nG. LES LIVRES DE CHANT. La question des livres litur-\ngiques eut, on le devine aisément, une importance primordiale\ndans la vie religieuse aux siècles qui précédèrent l'invention\nde l'imprimerie ; mais, entre tous, les manuscrits musicaux\nprésentaient aux copistes des difficultés nouvelles, à cause du\ndouble travail dont ils étaient l'occasion. Souvent même un\nsecond copiste, plus spécialement chargé de la transcription\ndes textes musicaux, venait en aide au premier : nous en avons\nla preuve dans certains manuscrits inachevés, où l'espace réservé\nà la notation du chant n'a jamais été rempli, et dans d'autres\nencore, où la main qui a écrit la musique est visiblement d'un\nautre âge et d'une autre école que celle qui a copié le texte.\nMais toujours ce travail fut fait avec un soin admirable. Char-\nlemagne prescrivit de n'y employer que des scribes arrivés à la\nparfaite connaissance de leur métier, pour que le texte sacré ne\nsoit jamais altéré : Etpueros uest\nuel scribendo corrumpere, et si op\net missale scribere, perfectae aetatis homines scribant cum omni\ndiligentia (2). Et, de fait, les auteurs de la musi-\ncale ont montré, à diverses reprises, la belle unité des manuscrits\nde chant à travers tout le moyen âge ; aussi bien, pouvons-\nnous dire avec eux que, grâce à la constante préoccupation de\nl'Église de maintenir intact son trésor mélodique, l'œuvre\nmusicale de saint Grégoire n'a subi aucune atteinte vraiment\ngrave et que nous possédons réellement et intégralement dans\n\n(1) Suite et fin. Voir les nos 8, 10, 11, 12, i 3.\n(2) Capitularium liber primus,Lxviii, éd. Baluze, p. 714."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "les manuscrits sans lignes et sur lignes la version authentique\ndu réformateur de la musique religieuse (i).\nLa Normandie fut une terre d'élection pour la cantilène\nliturgique : l'ordre bénédictin au reste y parut, comme partout\noù s'élevaient ses abbayes, le conservateur par excellence de la\ntradition grégorienne. D'ailleurs, à dater du xie siècle, l'activité\nintellectuelle est intense dans tout le bassin inférieur de la\nSeine. Les grandes écoles de la cathédrale et de Saint-Ouen\nde Rouen, du Bec, de Saint-Evroul, de Caen, du Mont-Saint-\nMichel produisent dès lors quantité de monuments de la plus\nhaute importance, et dans chaque maison religieuse, moines\net moniales rivalisent au scriptoriumpour éditer ces précieux\nmanuscrits de chant, qui font aujourd'hui la joie du liturgiste\nou du musicologue (2).\nOdon Rigaud eut-il aussi cette préoccupation de ne ren-\ncontrer que de bons manuscrits liturgiques, au texte correct et\ndans un état satisfaisant de conservation, entre les mains des\nreligieux de son diocèse ? Nous pouvons le croire, car à Neuf-\nMarché (3), prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Evroul, il\nse plaint que les trois moines qui y résident n'ont que de mau-\nvais livres, surtout en fait de graduels.\nDimanche, 1 y juillet 1267.\nVisitauimus prioratum de Nouo Mercato. Ibi erant très monachi\nsancti Ebrulphi... Prauos habebant libros precipue gradalia...\n[p. 582]\n\n(1) Paléographie musicale, par les Bénédictins de Solesmes, t. 11, préface.\nSolesmes, 1891, in-40.\n(2) Nous avons pu identifier dans L. d'Achery, Spicilegium siue Collée-\niio ueterum aliquot scriptorum (Paris, 1723, t. 11, p. 278), un texte\ncurieux mentionné dans Gerbert, de Cantu, t. I, p. 562, et intéressant pour\nl'histoire des manuscrits liturgiques. Il appartient à un Chronicon Fon-\ntanellense, intitulé aussi quelquefois Gesta abbatum Fontanellensium :\nCap. XVI. Gesta Gervoldi Abbatis cenobii Fontanellensis (f 806).\n<( Sub huius tempore bonae recordationis presbyter egregius nomine H ar-\ndai nu s in cella clari martyris Saturnini... plurimos arithmeticae\nartis disciplina alumnos imbuit ac arte scriptoria erudiuit : erat enim in\nhac arte non mediocriter doctus. Unde plurima ecclesiae nostrae proprio\nsudore conscripta reliquit uolumina :id est... psalterium cum canticis et\nhymnis ambrosianis..., antiphonarium romanae ecclesiae... »On trouvera\ndans Potthast, Bibliotheca historica medii aeui (Berlin, 1898), à l'article\nGesta abbatum Fontanellensium l'indication des éditions plus récentes de\nce texte.\n(3) Neuf-Marché, aujourd'hui commune de la Seine-Inférieure, arr. de\nNeufchâtel-en-Bray, canton de Gournay."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.18", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "Le graduel est un livre de fatigue dans les mains du béné-\ndictin : on s'imagine aisément qu'avec l'usage et le temps, la\nreliure délabrée laisse échapper les folios de parchemin, qui\nvont se perdre aux quatre vents de la négligence. Le manuscrit\ndevient alors incomplet et inutilisable pour l'office monastique.\nOdon obéit à cette préoccupation toute matérielle, mais nous\ncroyons que le souci de la correction du texte inspire également\ndeux autres de ses prescriptions. Quand il ordonne au cantor\ndu prieuré de Noion (1) d'aller au moins une fois l'an présenter\nses livres liturgiques au chapitre de l'abbaye dont il dépend,\nc'est pour permettre à l'abbé de s'assurer que les manus-\ncrits dont on se sert au prieuré sont à la fois complets et cor-\nrects.\nLundi, 12 mars 1268,\nPer Dei gratiam uisitauimus prioratum de Noione predictum, uidelicet\nin festo Beati Gregorii... Precepimus cantori quod libros omnes et\nsingulos suos ad minus semel in anno afferri faceret et ostendi in com-\nmuni coram conuentu et uiderentur... [p. 597]\nDans le même ordre d'idées, nous relèverons un passage du\nJournal, dont la portée dépasse le terrain proprement musico-\nlogique et touche aux questions de littérature liturgique.\nLe voici :\nVendredi, 21 janvier 1261.\nRegressi fuimus ad capitulum supradictum [Rothomagensem]...\nItem precepimus succentoriquod sequentias faceret emendari... [p.3B6]\nOn voit qu'en 1261, Odon Rigaud prescrit au sous-chantre,\nsuccentori, de la cathédrale de Rouen de procéder ou de faire\nprocéder à une réfection des séquences. Nous savons déjà, si la\ncritique historique de demain ne vient pas détruire une vieille\nlégende, qu'un moine de Jumièges, au neuvième siècle, avait\nimaginé pour mieux les retenir de mettre des paroles sur les\nvocalises qui accompagnaient le dernier alléluia du graduel :\nce fut l'origine des séquences. Ainsi une œuvre littéraire s'était\ngreffée sur l'œuvre musicale. On nous dit qu'ensuite, fuyant\ndevant les invasions normandes, ce moine de génie s'en fut à\nl'abbaye de Saint-Gall portant son manuscrit et son idée : cette\n\n(i) Noyon-sur-Andelle, prieuré dépendant de Saint-Évroul. Aujourd'hui\nCharleval. Eure. C°n de Fleury. Prieuré fondé en 1107 par Guillaume,\ncomte d'Évreux. [Orderic Vital, Eccles. Hist. 1. XI, t. IV, édit. Le Prévost,\np. 277-83.]"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.19", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "idée, un autre la reprit et, avec un sentiment plus affiné des\nchoses littéraires, sut en tirer des compositions d'une délica-\ntesse et d'un art auxquels le moine gimédien n'avait pas su\natteindre.\nIl y eut donc un prosaire primitif de Jumièges : la recon-\nstitution n'en est point faite, mais la réalisation de ce travail\nne semble point impossible. Retenons seulement ici que\nJumièges était un monastère bénédictin et que, du dixième au\ntreizième siècle, l'ordre de Saint-Benoît allait peupler les dio-\ncèses normands d'une foule d'abbayes et de prieurés. Les vieilles\nséquences gimédiennes étaient ainsi assurées de vivre, grâce à\nla prospérité de l'ordre bénédictin et à l'esprit de tradition qui\ny fut toujours en honneur. La prose qui reproduit\navec obstination la voyelle finale adu primitif alléluia, nous\nsemble avoir cette origine. On a pu voir, en la lisant plus haut,\nqu'à part une entrée et une finale,chaque strophe de la séquence\nest faite de clausulesaccouplées, comptant rigoureusement le\nmême nombre de syllabes et répétant les accents toniques à\ndes places symétriques. Enfin, la même mélodie se répète sur\nles deux clausules. Cette séquence est le modèle achevé d'une\nprose de la première époque.\nMais, à la suite de transitions insensibles, ce vieux système\nrythmique se précisa : l'accent joua un rôle plus important, la\nrime s'introduisit et l'intérieur de la clausule se fractionna\npour devenir une hémistrophe d'un nombre quelconque de\nvers, désormais rythmés par l'accent et soumis aux lois de\nla césure et de la rime. Au début du treizième siècle, cette\nrénovation de la poésie liturgique était en pleine vogue et dans\nson complet épanouissement. Adam de Saint-Victor représente\nl'état de perfection dans la technique poétique : c'est un par-\nnassien égaré dans le moyen âge. Il n'y a pas d'autre sens\npossible àla réforme que demande Odon. En effet, dans les\nlivres de chant des cathédrales, des proses nouvelles ont rem-\nplacé les anciennes ; mais dans les manuscrits de provenance\nmonastique, il semble que les proses gimédiennes aient sur-\nvécu, frêles comme des fleurs séchées entre les feuillets d'un\nvieux livre.\n★\n* *\nNous croyons maintenant avoir relevé et expliqué les pas-\nsages du Journal d'Odon Rigaud intéressants pour l'histoire\nmusicale de son temps. Si, d'une manière générale, l'étude\ndu passé a surtout pour effet d'éclairer les événements de\nl'heure présente et de nous les montrer sous un jour qui nous"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.20", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "en rende l'appréciation plus équitable, et si, plus particuliè-\nrement, il y a quelque curiosité pour nous à rapprocher de ce\nqui se passe de nos jours l'état de choses que l'archevêque de\nRouen, au treizième siècle, signale et déplore dans le domaine\nde la musique sacrée, en fin d'analyse une conclusion s'impose,\net nous hésitons quelque peu devant elle, car cette conclusion,\nplutôt que d'un travail désintéressé d'histoire, peut sembler\ncelle d'un pamphlet.\nFaisons un rêve et supposons que du séjour des bienheureux\noù la justice céleste a dû réserver à Odon un repos mérité, sa\nvoix descende jusqu'à nous. Le prélat ne se désintéresse pas\nsans doute des affaires d'ici-bas, et le spectacle qu'il en prend\na de quoi, certes, le consoler sans le réjouir. « Hélas ! dit-il,\nplus va le monde et rien ne change ! Là où je parlais, il y a\nsix siècles, licet indignus,comme etévêque, les ouailles\nde mes respectés successeurs entendent une voix plus autorisée\nque la mienne, car elle leur vient de Rome, et c'est le Saint-\nPère qui dit sa volonté. Cette voix est-elle mieux entendue ?\nces ordres mieux suivis ? et ceux-là qui résistent ont pourtant\nfait vœu d'obéissance. J'ai interrogé quelques-uns des derniers\nsurvenants de mon ancien diocèse. Je leur ai demandé s'ils\nconnaissaient un Motu proprio,récemment promulgué, sur le\nchant et la musique d'église : quelques-uns en avaient ouï\nparler, mais bien peu l'avaient lu. J'ai insisté pour savoir quel\nétait cet abbas Sancti Wandregisili, dont le bienheureux\nGrégoire me parlait l'autre jour comme d'un lumineux inter-\nprète du chant sacré : ces ecclésiastiques m'ont dit connaître\nce nom, mais ignorer son œuvre. J'ai voulu par habitude\nquestionner sur le chant deux ou trois de ces prêtres : l'un m'a\nrépondu que dans le Lieuvin normand (i) quelques-uns de ses\nconfrères et lui-même remplaçaient aux parties les plus\nmarquantes du saint sacrifice le plain-chant suranné par des\nsonneries de trompes de chasse, l'autre qu'une noble dame\nde sa paroisse faisait souvent entendre à l'office sa voix si\ndélicatement émue, l'été, quand la belle saison peuplait les\nchâteaux d'alentour: et j'ai trouvé tout cela fort peu liturgique.\nJe sollicitai enfin un dernier venu,qu'on m'avait présenté comme\nle grand chantre d'une église cathédrale, de me documenter\nsur l'état de la musique dans son diocèse. Mais il me regarda\navec mépris et me répondit : se nihil scire de cantu ! Je doute\nfort que sainte Cécile fasse jamais place à ces rustres, plus\n\nVoir pour plus de détails la Tribune de Saint-Gervais, année 1899,\np. 317."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.21", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "arriérés encore que le clergé de mon temps, dans ses harmo-\nnieuses cohortes... Pourtant Pie X a parlé, il a dit sa volonté\nde faire concourir les fidèles au chant de l'Église et laisse aux\nprêtres le soin de les former dans cet art : comment donc ceux-\nci peuvent-ils enseigner à leurs ouailles ce qu'ils ignorent eux-\nmêmes ? pourquoi se refusent-ils à entendre les directions les\nplus hautes ? Allons, j'ai fait mon temps sur terre et n'y désire\npoint retourner. Je suis tranquille au Paradis et si, aimant\ncomme je l'aime le chant de notre sainte Église, je prenais part\nà la lutte des partis dans la mêlée grégorienne, si je disais\nmon mot relativement à la tradition du passé, que je connais\nsans doute pour l'avoir vécue, il se trouverait bien un évêque\npour me crosser, m'interdire peut-être, et trop de fois je ris-\nquerais de perdre cette pauvre âme que j'ai eu si grand'peine à\nsauver : en outre, il y aurait quelque ridicule à ce qu'un arche-\nvêque, qui fut le conseiller et l'ami de saint Louis, devînt par\nla faute du clergé, excusez le mot, Seigneur, un catho-\nlique anticlérical sous la troisième République. »\n\nPierre Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.6", "titre_corps": "JEAN-SÉBASTIEN BACH ET BEETHOVEN", "titre_sommaire": "JEAN-SÉBASTIEN BACH ET BEETHOVEN", "signature_source": "E. Marchand", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "JEAN-SÉBASTIEN BACH\nET BEETHOVEN\n\n(0\nObjectera-t-on que Beethoven n'a pu subir l'influence de Bach\nparce que les œuvres du grand musicien de Leipzig étaient\npresque toutes inédites et que le Clavecin bien tempéré lui-\nmême n'a été publié qu'en 1800? Sans doute les œuvres que\nBach a publiées de son vivant ne sont pas nombreuses (2).\nMais nous lisons dans Schweitzer (J.-S.Bach), page 187, que\npour éviter les frais de gravure, Bach préférait copier ses\nœuvres «Ily a eu pour le moins trente copies du\nbien tempéré ; on possède encore vingt copies de la fantaisie\nchromatique. On aurait tort de\nnt avoir point été imprimées, ne furen dès 1720,\net avant même, on connaissait des œuvres de Bach dans l'Alle-\nmagne entière. »\nNous lisons d'autre part dans Forkel (Vie,\nde J.-S. Bach,page 128) : « Qu\nSchule en 1793, il existait beaucoup de\nBach. Les manuscrits disparurent ensuite. Il ne restait plus que\ni° les parties séparées d'une cantate (3) ;\n\n(1) Suite et fin. Voir le n° 12.\n(2) Œuvres publiées du vivant de Bach (Bach (Schweitzer), page 187):\nLes quatre parties de la Clavierubung ;\nLes variations en canon sur le choral de Noël ;\nL'offrande musicale;\nSix chorals —transcriptions.\nŒuvres publiées entre 1750 et 1827 [Biographie des musiciens (Fétis) :\nSix sonates pour le clavecin avec accompagnement de violon obligé ;\nClavecin bien tempéré ;\nAir avec trente variations ;\nSuites françaises et anglaises ;\nL'Art de la fugue à quatre parties (1752) ;\nChorals à quatre parties (1765-69).\nLa 2e édition (1784-87) contient 371 chorals.\n(3) C'est la cantate que Beethoven avait le projet d'utiliser pour sa dixième\nsymphonie."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.23", "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "2° le titre et un fragment d'un morceau pour clavecin ; 3° un\noratorio de la passion de Graun, quand Bitter fit de minu-\ntieuses recherches dans la librairie de l'école ». — Plus loin,\npage 254 : « C'est le motet Singet\nqui stupéfia tant Mozart lors de la visite qu'il fit à Doles, à\nLeipzig, en 1798 (1). »\nEt maintenant, dans la Biographie des musiciens de Fétis :\n«Après sa mort il resta quelques compositions de J.-S. Bach\nchez Breitkopf ; ses fils Guillaume-Friedmann et Philippe-\nEmmanuel en eurent beaucoup d'autres ; Kirnberger (alors au\nservice de la princesse Amélie de Prusse, sœur de Frédéric II),\nen recueillait un grand nombre pour la bibliothèque de la prin-\ncesse, et le reste se dispersa. »\nLes choses en étaient là lorsqu'en 1788 (?) Mozart passa à\nLeipzig. Doles, alors directeur de musique à l'école Saint-Tho-\nmas, lui fit entendre à l'office du dimanche un motet ou cantate\nd'église composée par Bach. — L'admiration de Mozart\npour cette œuvre de Bach « fixa l'attention des artistes sur des\nproductions si belles, presque oubliées jusqu'alors. Faseh, fon-\ndateur de l'académie de chant de Berlin, et son successeur\nZelter, se mirent en quête de la musique religieuse de Bach,\nen rassemblèrent une quantité considérable, et firent exécuter\narec soin quelques-unes des plus belles pièces qui firent éclater\ndes transports d'enthousiasme.D'autre part, des amateurs zélés\ns'étant mis à la recherche de ces précieuses reliques, leurs\nsoins sauvèrent de la destruction des chef.s-d1 œuvre ».\nNous savons que Beethoven a exprimé à plusieurs reprises\nson admiration pour « le père de l'harmonie » et qu'il avait\nsouvent sa musique dans les mains.\nNotice de Ries {p. 113) : « De tous les compositeurs, ceux que\nBeethoven estimait le plus étaient Mozart et Haendel, puis\nJ.-S. Bach. Si je le trouvais avec de la musique\nc'étaient sîiremement des compositions de ces héros de l'art.\nHaydn ne venait guère sur le tapis sans quelque attaque in-\ndirecte ».\nLettres de Beethoven : à Hofmeister, i5 janvier 1801 :\n« Mon cœur bat tout entier pour l'art si grand et si élevé de\nce père de l'harmonie (Bach) » ;\nA l'archiduc Rodolphe, 29 juillet 1819 :\n« Parmi les anciens... quant au génie,seuls l'Allemand Haendel\net J.-S. Bach en ont eu. »\nNous savons par Wegeler [Notic page 48) qu'il\n\n(i) A remarquer la différence des dates. Ce doit être en 1789 que Mozart\nfut à Leipzig."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.24", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2579, "texte": "eut sous les yeux des compositions manuscrites de Bach : « Tous\nles vendredis Beethoven faisait de la musique chez le prince\nLichnowky. C'est là qu'un jour, vers 1795, un comte hongrois\nlui présenta une composition de Bach manuscrite et très\ndifficiles que Beethoven exécuta à première vue, COMME BACH LA\nJOUAIT, au témoignage du propriétaire du manuscrit (1). »\nNous savons enfin que dès 1781, à l'âge de onze ans, il jouait\ncouramment le Clavecin bien tque son maître Neefe\nlui faisait étudier.\nNote de Neefe, 2 mars 1783, parue dans le Magasin de mu-\nsique de Cramer :\n« Louis van Beethoven est le fils du ténor dont il a été ques-\ntion. C'est un jeune garçon de i 3 ans, qui joue du clavecin avec\nbeaucoup d'énergie et d'habileté. Il lit parfaitement à première\nvue, et, pour tout dire en un mot, il joue couramment\nvecin bien tempéré de Sébastien Bach, que M. Neefe lui amis\nentre les mains. Ceux qui connaissent cette collection de pré-\nludes et de fugues dans tous les tons (une œuvre qu'on pour-\nrait appeler le nec plus ultra)comprendront ce que cela veut\ndire... »\nKostlin écrit à ce sujet (Geschichte : « Neefe avait\nété formé dans l'école sévère de Bach; c'est dans la même école\nque d'une main sûre et avec une fidélité tenace il introduisait\naussi ses élèves : le Clavecin bien de J.-S. Bach, et les\nSonates pour connaisseurs et de Philippe-\nEmmanuel Bach, constituaient la base de son enseignement.\nPeut-être que Neefe jugea avec trop de sévérité et de pédan-\ntisme les premiers essais de composition de Beethoven ; mais\npour celui-ci ce fut une vraie bénédiction d'avoir reçu à temps\nla sévère éducation de la vieille école allemande, car dans son\nentourage immédiat il n'entendait que de la musique italienne.\nLorsqu'en 1783 il eut à remplacer Neefe dans la direction de\nl'Opéra, et qu'il fut promu dans l'orchestre à la dignité de\nmaestro al cembalo, les opéras italiens les plus admirés de cette\népoque entrèrent à flots dans sa jeune imagination, et son déve-\nloppement musical aurait certainement pris un autre cours s'il\nne s'était pas déjà approprié, au contact de l'excellent J.-S. Bach,\nle sérieux sévère et critique qui ne se laissa plus étourdir par\nl'éclat et le clinquant de la mode et par les applaudissements\n\n(i) Le fils de F.-W. Rust (1787-1855), que Beethoven connaissait, apu\naussi l'influencer. A i 3 ans, Rust jouait le Clavecin bien tempéré de\nJ.-S. Bach, et toute sa vie il étudia J.-S. Bach : « Il était devenu fort habile\nsur l'orgue », dit Fétis, « par l'étude constante des compositions de\nJ.-S. Bach »,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.25", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "enthousiastes de la foule, mais qui chercha avant tout dans\nl'art l'esprit intérieur et la solidité. »\nSoutiendra-t-on qu'en tout cas un homme de génie, pour\nexprimer ses émotions les plus personnelles et les plus pro-\nfondes, ne saurait recourir de propos délibéré à des formules\nempruntées ; que par suite l'usage des formules de J.-S. Bach\nétait chez Beethoven involontaire et inconscient, et qu'il a pu\nd'ailleurs les trouver chez des musiciens qui, venus après Bach,\ns'étaient plus ou moins imprégnés de sa pensée, comme par\nexemple son maître Neefe ? Sans doute il est possible que l'in\nfluence de Bach ait été parfois indirecte ; mais que souvent\nBeethoven l'ait subie directement, les textes que j'ai cités ne\npermettent guère, semble-t-il, d'en douter. Sans doute aussi il\nn'est pas impossible que l'influence de J.-S. Bach se soit exercée\nsur Beethoven à l'insu de celui-ci; et il est certain.que les\nmêmes sentiments changent d'accent en passant d'une âme\ndans une autre ; il est certain que l'âme inquiète et passionnée\nd'un Beethoven, qui n'arrive à la victoire qu'à travers la souf-\nfrance et la lutte, est différente de l'âme d'un J.-S. Bach, où\ntout prend naturellement un accent de confiance et d'affirma-\ntion\", il est certain qu'en passant de J.-S. Bach à Beethoven, des\nthèmes presque identiques changeront d'« accent » ; mais la\njoie, mais la douleur, mais la patience, pour prendre en quel-\nque sorte une coloration nouvelle en se réfractant d'une âme\ndans une autre, n'en restent pas moins la patience, la douleur\net la joie, et ne perdent pas absolument tout ce qui fut leur\nnature propre ; et il demeure manifeste que Beethoven et Bach\nont eu recours à des formules analogues pour traduire les\nmêmes sentiments. Que dans certains cas au moins Beethoven\nen ait eu clairement conscience, ne le voyons-nous pas par ses\nprojets pour la /oe Symphonie ? N'est-ce pas un chant de Bach\nqui devait commencer cette dixième symphonie ? On lit, en\neffet, dans les notes de Beethoven écrites en 1827: « Adagio-\ncantique. Chant religieux pour une symphonie dans les\nanciens modes (Herr Gott, dich loben jpir (1) alléluia), soit\nd'une façon indépendante, soit comme introduction à une\nfugue ».\nEt à quel moment Beethoven a-t-il exprimé des sentiments\nplus profonds, plus personnels et plus intimes, que lorsqu'il\ns'adressait à Thérèse Brunswick, à « l'immortelle bien-aimée » ?\n\n(i) C'est celte même cantate que Bitter trouva àla Thomasschule quand\nil lit des recherches dans la librairie de l'école. Voir plus haut la note de\nForkel."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.26", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "Quand il veut lui parler de son amour, c'est un chant de Bach\nqu'il fait entendre ; lisez ce récit de Thérèse :\n« Un soir de dimanche, après dîner, au clair de lune,\nBeethoven s'assit au piano. D'abord il promena sa main à plat\nsur le clavier. François et moi nous connaissions cela, c'est ainsi\nqu'il préludait toujours. Puis il frappa quelques accords sur les\nnotes basses ; et lentement, avec une solennité mystérieuse, il\njoua un chant de Bach : « Si tu veux me donner ton cœur, que\nce soit d'abord en secret ; et notre pensée commune, que nul ne\nla puisse deviner ».\n★\n» *\nN'a-t-on pas vraiment le droit de conclure que l'emploi du\nlangage expressif de J.-S. Bach et de ses formules précises était\nchez Beethoven conscient et délibéré ? qu'il a vu dans cette dis-\ncipline, à laquelle il se soumettait, non pas une entrave, mais\nle moyen même de traduire plus complètement au dehors sa\nspontanéité intérieure ? « Lisez, écrit Robert Franz à\nHanslick (Forkel, J.-S, Bach,avant-propos, page 124), lisez\nsans arrière-pensée les cantates de Bach... vous étant une fois\nenveloppé de son style comme d'un manteau, il enchaînera\nvotre âme comme il a fait de celle de nos grands compositeurs,\nMozart, Beethoven, etc... Il ne lésa entourés de liens que pour\nleur permettre de s'épanouir avec plus de liberté. »\nPeut-on s'étonner que Beethoven ait eu de plus en plus\nrecours à Bach, à mesure que lui-même victorieux des troubles,\nressuscitant des agonies que le Destin lui avait infligés, s'élevait,\ncomme un Christ glorifié au lendemain de sa passion, àla tran-\nquillité souveraine, à l'apaisement définitif d'une âme enfin\nréconciliée avec elle-même et communiant de jour en jour plus\nprofondément avec son idéal ? Sans doute, affirmer de la part\nde Beethoven cet emploi systématique et voulu des formules\nde J.-S. Bach, ce n'est qu'une hypothèse ; mais le problème\nvaut la peine d'être posé. Et en admettant même que cet emploi\nreste d'habitude inconscient, les rapprochements que j'ai indi-\nqués me semblent à la fois apporter une confirmation et donner\nun sens précis à cette admirable page de Wagner :\n« Le grand Sébastien Bach fut, dans le développement puis\nsant de sa vie artistique, le guide de l'homme. L'œuvre merveil-\nleux de Bach devint la Bible de sa foi ; en lui il lut, et il en\noublia le monde des sons, qu'il ne percevait plus. Là était\nécrite l'énigme de son rêve intérieur, qu'un jour le pauvre chan-\ntre de Leipzig avait notée comme un symbole éternel du nou-\nveau monde, de l'autre monde... Ce qui,parune intuition venue"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.27", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1008, "texte": "du plus profond de son être, le poursuit à protester irrésistible-\nment contre la pression du dehors, Beethoven le lut maintenant\ntout entier, clairement, nettement, dans son livre très saint, et\nil devint lui-même un saint ».\nERRATA. Les épreuves du précédent article nous étant parvenues trop\ntard, quelques erreurs sont à corriger :\nPage 538,— 3e ligne. —Après :« Voici comment J.-S. Bach procède »,\nouvrir cette parenthèse : « J'ai appris que M. André Pirro avait longuement\nétudié ce sujet, dans ses cours à l'Ecole des en 1905\net 1906, et que, sansavoir eu connaissance de ses travaux, j'étais arrivée au\nmême résultat que lui. Cette rencontre semble apporter une preuve de\nplus en faveur de l'exactitude de ma thèse. »\nPage 542, 19e ligne, au lieu de : « allegro », lire : « presto ».\nPage 545, 5e exemple de musique, au lieu de : « Bach (Passion selon\nsaint Matthieu) lire : « Bach cantate 76 ».\nPage 546, dernier exemple musical de Bach, au lieu de\n\nE. Marchand."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DE LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLE DIO D'OR ET LA SAPÉQUE DE CUIVRE\n\n(I).\nPRÉAMBULE. ... Et la caravane apparut à l'horizon, revenant comme\ntous les ans avec les hirondelles. Comme de coutume, elle ramenait entre\nautres une sorte de Saint-Graal, le Dio d'or que de naïfs pèlerins-\nabonnés prennent pour de l'or en barre, de ce vieil or, façonné par les\nmontagnards du Kantorum et portant comme effigie les chiffres C. M.\nXXIX R. T.\nLe Dio d'or étant signalé, ménestrels et musiciens se portent à sa ren-\ncontre, hurlant le chœur fameux :\nLe Dio d'or est toujours debout !\n\n(i) Il y a quelque temps, un journal que personne ne lit publiait (entre bien d'autres)\nune information inexacte : il annonçait, en effet, que M. Gaston Knosp voulait fonder\nune section française de la Société Internationale de Musique, alors qu'il s'agissait\nd'une section française exotique. Notre ami Ecorcheville, en sa qualité d'érudit, a tous\nles courages : il lit ce que personne ne lit. Cette annonce tomba donc sous ses yeux,\net il nous apporta une protestation indignée que 1 on peut lire dans notre numéro du\nier juin (p. 535}. M. Knosp n'était alors pour nous qu'un nom. Depuis il est venu nous\nvoir, et nous avons eu l'agréable surprise de trouver en lui un savant très bien informé,\nun musicien habile et sérieux. Nous l'avons aussitôt inscrit au nombre de nos colla-\nborateurs réguliers, et il nous donnera prochainement une étude, toute d'actualité,\nsur la musique au Cambodge. Nous lui laissons aujourd'hui la parole pour exposer\nses démêlés avec le journal en question. Toutes les opinions sont admises au Mercure\nMusical. On a pu se convaincre récemment qu'il était loisible d'y dire du bien de nos\nennemis, ou du mal de nos amis. On peut même y parler de personnages qui ne sont\nni nos amis ni nos ennemis ; car ils n'existent pour nous que dans la mesure où leurs\nbévues sont susceptibles d'amuser nos lecteurs. — N. D. L. R."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.29", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "ce qui est une constatation heureuse à faire chez un être fragile. Une\npetite sapèque en cuivre, exotique et timide, assistait à la rentrée triom-\nphale du Dio d'or C. M. qui n'est pas une vulgaire monnaie de singe,\ncroyez-le bien ; confondue dans les masses plébéiennes, la modeste\nsapèque se croyait inaperçue, lorsque, de sa face dorée, G. M. fascina le\npetit billon exotique. La manifestation populaire aidant, ce dernier se\nprosterna de bonne foi et participa laudativement à la fête. Le Dio d'or\nroulait de joie en roulant les badauds. Et la sapèque, la vulgaire sapèque\nen cuivre, n'entendait pas le tintement de justes reproches d'autres petits\ncuivres qui paraissaient ne plus croire à l'or du Graal ; n'osaient-ils pas\nprétendre, les impies, que la face de l'idole ne supportait pas le moindre\nfrottement sous peine de révéler son extraction toute vulgaire ? « Nous\nsommes d'honnêtes cuivres, de bon son et de bon aloi, peu nous chaut le\nDio d'or ! »\nIl advint qu'à force de se frotter au Dio d'or, la sapèque s'aperçut que ce\ngros module n'était qu'en vulgaire laiton vaguement doré, « même pas du\ncuivre ! mais un alliage innomable ! le meilleur, c'est de nous qu'il l'a pris !\nquant au reste ? Rien ! rien ! » se dit la sapèque.\nSon erreur reconnue, la monnaie exotique s'en alla se confier au chef\ndes vrais cuivres, l'héroïque Marn-Hold qui, après lui avoir fait connaître\nla loi de Mercure Apollon, lui dit : « Demets-toi de ta servitude chez les\nPhilistins qui adorent Dio d'or et t'en viens en notre libre tribune où nul\nne craint de faire sonner sa note. »\nPlus tard, les pèlerins, ayant également reconnu leur erreur, frottèrent\nsérieusement le Saint-Graal et ils virent que le Dio était en faux or ! On\nne crut dès lors plus les Montagnards, et la caravane disparut à l'horizon,\nnon sans avoir déposé au bord delà route, dans le crépuscule, tout honteux,\nle Dio d'or C. M. à côté d'autres choses.\nRestait la sapèque qui regrettait ne pas avoir de cothurne pour en oublier\nun dans le centre de gravité du Dio d'or.\nCe préambule, tout mystique pour beaucoup, doit paraître transparent à\nceux qui m'ont fait l'honneur de s'occuper du modeste projet visant la\ncréation d'une Section française exotique de la I. M. G. (Société interna-\ntionale du musique).\nVoilà longtemps que j'aurais voulu grouper en un cercle ceux qu'inté-\nresse la musique exotique ; l'échange d'observations, 1 union des pensées\naurait fait franchir un grand pas à cette branche de l'étude musicale. Je\nreçus un beau jour une lettre fort aimable de M. von Hornbostel, de Berlin,\nm'invitant à venir au congrès de Bâle développer mon projet de Société\nexotique. En réponse à un projet soumis, MM. von Hornbostel et Stumpf\nexprimaient le sage avis que la section de Paris (comme celles à créer\ndans les autres villes) aurait avantage à se joindre à une association puis-\nsante comme l'l. M. G. qui lui faciliterait l'aridité des débuts.\nPartageant, à ce moment encore, des idées dont j'ai pu me défaire heu-\nreusement, mais trop tard, je portais au C. M. un avis faisant savoir que,\ncréant la Section française exotique delà I. M. G. à Paris, je serais heureux\nde recevoir des adhésions ou même de simples avis. Il advint que cet avis\npartagea le triste sort de tout livre prêté : il fut égaré. En sa course éperdue\nà travers l'Europe, essayant, mais en vain, de joindre le très occupé direc-\nteur du C. Mmon manuscrit finit par échouer sur la côte d'Azur, ou à\nThouars ou partout ailleurs, l'ordre étant, de l'avis d aucuns, synonyme\nde vulgaire pédanterie. Je rédigeai une nouvelle communication, laquelle,\npour me récompenser de la lenteur de son aînée, parut déjà quelques"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.30", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "jours plus tard ;je fus consterné d'une telle rapidité au C. M.y surtout\nque le bureau directorial ployait sous le nombre de manuscrits réclamés\npar des auteurs désireux de paraître aussi longtemps que leurs articles\navaient un intérêt.\nMais pour être paru, l'avis de la « section exotique » ne me valut que\ndes ennuis, « Un retard dans l'envoi des épreuves, m'écrit Dio d'or, m'a\n<ç empêché de lire, avant qu'il fût imprimé, un entrefilet que vous aviez\n<( remis à M. Dio-Re » (qui ne l'a donc pas lu non plus ? c'est beau, l'admi-\nnistration au C. M. !).\n<( En le lisant, continue Dio, j'ai éprouvé la surprise la plus extraordinaire\n« et une colère légitime ! » (Les gendarmes d'Offenbach sont toujours de-\nbout !) Mais n'ai-je pas à me glorifier du fait d'avoir surpris et provoqué\nla colère d'un des hauts dignitaires de la presse musicale auquel, à ce qu'on\ndit, on ne la fait pas ? Je me console cependant depuis que je sais ce que je\nsais; en homme exotique, je songe aujourd'hui à ces pagodes rutilantes à\nl'extérieur mais dont la cour recèle un tas de choses peu attrayantes.\nMais continuons.\nJe sais gré à Dio d'or de m'avoir appris qu'il existait à Paris une section\nfrançaise de l'l. M. G. ; mais je vous dirai que je n'oserais faire aux mem-\nbres de cette association l'injure de les avoir ignorés ; je lisais assidûment\nles chroniques du président, M. Dauriac, à une époque à laquelle Dio ne\ns'occupait pas encore de musique, au grand bien, d'ailleurs, de cette der-\nnière.\nEn me nommant les membres du Bureau de l'l. M. G. à Paris, Dio m'en-\ngageait à les voir et à m'expliquer avec eux si je ne voulais pas être très\nattaqué partout.\nJe lui répondis que j'allais de suite me mettre en relation avec les per-\nsonnalités de FI. M. G. et que j'allais le mettre hors de cause, le disculper,\nquoique ce ne soit pas à moi à assumer les fautes et erreurs typographiques\ndu C. M.\nMais les meilleures intentions... bref, je reçus un billet de Dio contenant\ncette délicieuse phrase : « Je n'ai jamais eu et n'aurai jamais à me disculper\ndevant qui que ce soit », et plus loin : « Je vous défends de la façon la plus\nabsolue de vous servir de mon nom ». Que diable voulait-il que j'en fisse,\nde son nom ?Je n'ai pas besoin du nom de Dio auprès de ceux qui me\nconnaissent, car il ne me servirait de rien. J'ai l'honneur d'appartenir à\nplusieurs revues musicales dont le tirage est de io-i5.000 et n'ai cure de\nla gloire que me donneraient les 500 exemplaires du C. M. qui viennent\njeter, chaque quinzaine, une lumière bienfaisante sur le pauvre monde\nmusical.\nPar sa lettre, Dio d'or m'avertissait que tout était rompu entre nous ; il\nsut par la suite que son avis venait après le fait, car j'avais conservé la\nminute d'une lettre du mois d'avril par laquelle, écœuré, je lui offrais ma\ndémission de collaborateur. Finalement je lui fis savoir que son langage me\ndéplaisait, et que, n'étant pas son sous-ordre, je ne lui permettais point\nd'en user à son aise avec moi. Dio eut la précaution de ne pas répondre,\ncar ce n'est plus par lettre, mais de vive voix que je lui aurais fait connaître\nma façon de penser, et ce chez lui. Et si son langage m'avait déplu, je\nlui aurais rappelé la sapèque congédiant Dio d'or (voir dernier alinéa au\npréambule).\nJ'ai vu ces temps derniers M. Poirée, M. Malherbe, de l'l. M. G., qui ont\nfort bien compris l'erreur typographique du premier avis et que la rectifi-\ncation pure et simple, au numéro suivant, a pleinement éclairés. J'ai pu\nvoir que je ne courais pas le danger d'être très attaqué, malgré la pro-\nphétie du Dio d'or."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "ENVOI. —■ Dio me fait savoir que l'accident contribuera peu à me donner\nde l'autorité en tant que musicographe exotique ! !\nOr voici que les Sammelbandede l'l. M. G. vont faire paraître un long\narticle de Gaston Knosp (Dio se souvient-il du n° du 3o novembre, de\nStuttgart?) et précisément sur la musique exotique qui existe, quoique Dio\nn'en connaisse rien.\n\nGaston Knosp.\n\nDERNIERS ACCORDS\n\nMLLES BABAIAN. La saison des concerts est terminée, la saison des con-\ncours publics n'a pas commencé encore. Dans le silence estival, il est\ndoux de ne pas entendre la Symphonia Domestica, ni le Rêve de Gérontius,\nni même les 32 sonates de Beethoven. Mais il vaut mieux encore se réunir\nen un vaste salon majestueux et frais, dont les portes ouvrent sur un jar-\ndin aux verdures immobiles, et là, prêter l'oreille au charme d'une voix\nexpressive et pure, d'un jeu délicat et poétique... Mlles Babaïan furent, au\ndernier dimanche de la princesse de Gystria, plus douces à nos cœurs\nque n'est l'ombre ou l'eau du puits au voyageur altéré. Et l'on abusa quel-\nque peu d'elles, en redemandant sans cesse à l'une Borodine, Moussorgsky,\net Bach (mais un Bach pittoresque et coloré), à l'autre les chansons po-\npulaires grecques, harmonisées par Maurice Ravel, dont elle rend si bien\nla mélancolie ensoleillée... Tant de naturel, une grâce aisée et captivante,\nun sentiment inné du rythme, une pureté native de goût et de style, sont\ndes qualités rares, faites pour enchanter tous ceux qui ont conservé le sou-\nvenir de ce que devrait être l'art d'harmonie ; et l'on conçoit que le grand\net malheureux Carrière ait oublié ses maux à écouter les deux sœurs qui\nvenaient, fidèles, lui apporter les consolations de la musique. Ainsi se\ntrouva réalisé pour lui, par une amitié délicate, le rêve de Sully-Prud-\nhomme : Faites que f entende un feu d'harmonie !\nMUSIQUE D'ÉGLISE. Le jeudi suivant, j'entendais, au mariage de mon\nexcellent ami Ecorcheville, un peu de chanta cappella, dirigé par M. Em-\nmanuel. L'intention certes était excellente, mais pourquoi faut-il que l'orgue\nse mêle aux voix de si déplaisante façon, que les voix soient si mauvaises,\net surtout que l'exécution soit si lourde et sans accent ? Le Regina cœli\nd'Aichinger, allègre chant de joie, a été pris en mouvement d'adagio. Par\nbonheur, de plus amicales pensées nous distrayaient quelque peu de la\nmusique.\nMUSIQUE ET DANSES CAMBDOGIENNES. Féérie somptueuse, brocarts d'or\net pierreries, mitres et tiares surchargeant de jolis visages blancs et graves,\nsouplesse de lianes, mains ouvertes comme des fleurs, glissements insen-\nsibles, lentes ondulations, harmonie des gestes hiératiques et des lignes\ninfléchies, musique aux sonorités claires qui se croisent et se mêlent selon\ndes lois inconnues, j'essayerai bientôt de dire mieux votre charme. J'ai pu,\ngrâce à l'extrême obligeance et aux soins diligents de M. Dutreih, impres-\nsionner quelques rouleaux phonographiques qui ressusciteront ce rêve.\nLOUIS LALOY.\nFRANCIS PLANTÉ. Ce nom jusqu'alors n'était pour moi qu un nom,\ncelui que prononçaient nos grand'mères avec les soupirs mystérieux d une"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.32", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "admiration paradisiaque. Je n'avais jamais entendu ce héros du second\nempire et je confesse qu'il entrait un peu de méfiance irrespectueuse dans\nla curiosité qui m'a poussé, le 27 juin, au théâtre de la Gaîté, malgré trente\ndegrés à l'ombre ; je le confesse, pour ajouter à l'expression de mon émer-\nveillement l'éclat d'une amende honorable : c'est nos grand'mères qui\navaient raison !\nSans doute l'accompagnement de l'excellente mais tapageuse Garde\nrépublicaine servit mieux l'insipide tarentelle de Gottschalk, que Mozart,\nMendelssohn et même M. Camille Saint-Saëns. Mais elle n'a pu étouffer\nles mérites de M. Planté, qui, d'ailleurs, joua tout seul une douzaine de\nmorceaux de Weber, Beethoven, Schumann, Chopin, Mendelssohn, Liszt,\nBrahms, etc. Sa virtuosité est d'une perfection rare et d'une aisance char-\nmante ; imaginez un poignet d'acier qui serait en caoutchouc (je propose\ncet amalgame aux fabricants de pneumatiques pour le prochain circuit). On\nne peut rêver un toucher plus net et plus élastique, une sonorité plus déli-\ncate et plus ferme. Seul, à ma connaissance, Ferruccio Busoni, rompu par\nles exigences croissantes de l'art moderne à des performances plus trans-\ncendantes encore, apporte autant de poésie dans la technique instrumen-\ntale.\nQuant à l'interprétation de M. Planté, elle est, sinon toujours juste, du\nmoins constamment personnelle, inspirée, vivante, prime-sautière, et à ce\ntitre séduisante. Il est presque miraculeux qu'un artiste de cet âge ait con-\nservé une pareille alacrité de sentiment, cette verve, cet humour, cette\nallégresse un peu fantasque : un scherzo de Weber, la tarentelle de Chopin\nsont un pur délice sous ses doigts magiques, et il donne à Mendelssohn\nune finesse, une variété de timbres, qui pourraient le rehausser dans l'es-\ntime, trop sévère pour lui, de notre génération.\nFaut-il l'occasion exceptionnelle d'une fête charitable pour que ce mer-\nveilleux pianiste sorte de sa retraite provinciale ? Je voudrais espérer qu'il\nviendra encore, dans des conditions plus normales et plus favorables,\nnous charmer en donnant à ses cadets dans l'armée des pianistes un\nexemple dont il n'est aucun d'eux qui n'ait encore beaucoup à apprendre.\nJEAN CHANTAVOINE.\nCONCERT BREITNER. Cuirassée d'argent miroitant, Mme Felia Litvinné\nvint nous détailler les Amours du Poète avec un style d'admirable simplicité\net une voix d'éclat exceptionnel. L'accompagnateur (nommé Camille Saint-\nSaëns, si j'en crois le programme) resta discret et sobre, sauf en ce qui\nconcerne le fameux Ich grolle nicht,où il s'abandonna à des rubatos impré-\nvus et à des anticipations d'une exubérance étonnante chez un homme de\ncet âge.\nDe l'air d'Henry VIIIon ne peut que médire ; mieux vaut donc parler\ndu Caprice arabe,perlé par son auteur avec une conviction surprenante\nsinon communicative.\nEn relisant le programme, je m'aperçois que le concert était donné par\nM. Breitner. Effectivement je crois me souvenir que ce sympathique artiste\ntrouva le moyen de se glisser furtivement au piano, pendant les courts\ninstants où Mme Litvinné et M. Saint-Saëns avaient abandonné l'estrade,\net qu'il joua brillamment les Variations symphoniques du père Franck\nhonni par le compositeur de Sous la Tente, puis un Concerto de Schutt\nrelevé d'agréables traits musicaux. Mais ces deux brefs intermèdes furent\nintroduits avec tant de modestie que nul, dans l'auditoire, ne s'en s'aperçut.\n\nWilly."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.33", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "MUSIQUE DU XVIIe ET DU XVIIIe SIÈCLE\n\nJules Ecorcheville : Vingt suites d'orchestre du XVIIe siècle français (1640-1670).\nIn-40 raisin de iv-145 pages.\nDe Lulli à Rameau (/6go-1 j3o). L'Esthétique musicale.\nIn-40 couronne de ix-172 pages.\nParis, Marcel Fortin, éditeur, 6, Chaussée-d'Antin, 1906.\nCette fin de saison apporte à la musicographie française un intéressant\ncontingent d'ouvrages, parmi lesquels il m'est tout particulièrement\nagréable de signaler, en raison de leur importance et de leur valeur, les\ndeux thèses que M. Jules Ecorcheville a récemment soutenues en Sor-\nbonne. L'une et l'autre ne font pas seulement le plus grand honneur à\nleur auteur, elles tracent encore une voie nouvelle aux études musicolo-\ngiques ; elles marquent la nécessité qui s'impose de jour en jour davan-\ntage d'abandonner le cadre léger, le ton anecdotique et badin, le style\nd'essayiste qui caractérisaient les anciennes productions de la littérature\nmusicale. En même temps, elles montrent que Yutile dulci du poète\nest parfaitement applicable à des travaux d'érudition. Artistiquement et\nluxueusement éditées, elles procurent à l'esprit et à l'oeil un plaisir égal.\nLa science, tout en demeurant sérieuse et stricte, tient à ne décourager\npersonne, et elle se compose un visage avenant.\nDe la musique d'orchestre du xvii® siècle, nous ne connaissions jusqu'à\nprésent que les pièces conservées dans la précieuse et malheureusement\nincomplète collection Philidor ; il y avait bien à la Bibliothèque nationale\nquelques recueils contenant un certain nombre d'oeuvres des 24 violons\ndu roi ; mais tout cela, en somme, restait bien fragmentaire, bien insuffi-\nsant. En découvrant à la bibliothèque de Cassel un fonds de musique fran-\nçaise comprenant 20 Suites pour instruments à archet, M. Ecorcheville a\ndonc fait une trouvaille de la plus haute importance. Mais, si la portée\nde sa découverte est considérable, le parti qu'il en a tiré au point de vue de\nl'histoire de la Suite et des conditions de la musique d'orchestre aux envi-\nrons de i 650, ne l'est pas moins. Grâce au savant commentaire historique\net technique dont Ms Ecorcheville a entouré sa publication du manuscrit\nde Cassel, toute une page demeurée dans l'ombre de la musique française\ns'éclaire et se laisse lire. Aux travaux des Thoinan et des Jal s'ajoutent\nde nouvelles et abondantes informations. Nous étions fort mal renseignés\nsur une foule de musiciens du xvii® siècle que l'astre lulliste avait éclipsés.\nQue savions-nous de Belleville, de Jacques Cordier dit Bocan, des Pinel, de\nce Lazzarini dont Mersenne nous entretient trop brièvement, de Verdier,\ndes Bruslard et des Mazuel, violoneux tant soit peu falots dont de loin en\nloin on déchiffrait péniblement les noms sur quelque grimoire de douteuse\ncalligraphie ? Rien ou presque rien. Guillaume Dumanoir, le fameux\n« Roi des violons », avait été étudié d'un peu plus près ; mais que de lacunes\nencore dans la biographie de ce potentat musical ! Ces lacunes, M. Ecor-\ncheville les a, en grande partie, comblées, et les chercheurs seuls savent ce\nqu'il faut de patience avisée, d'ingéniosité et d'esprit critique pour mener à\nbien un pareil travail.\nA l'étude biographique des auteurs des pièces du manuscrit de Cassel,\nM. Ecorcheville a joint d'intéressantes considérations relatives au milieu\ndans lequel s'exécutaient ces pièces, et au rôle social joué par la musique\nvers i 650. Nous voyons, au cours du chapitre 111 de son livre, comment la\nmusique de danse s'idéalise petit à petit, délaisse peu à peu sa fonction\nchorégraphique pour ne retenir qu'une fonction musicale, comment les\nairs de danse finissent par n'être plus appréciés que symphoniquement, le"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.34", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3967, "texte": "bal mondain se simplifiant au fur et à mesure que le ballet dansé par des\nprofessionnels se développe, comment ces airs se groupent en Suites dont les\nallemandes, les courantes,les sarabandes deviendront les éléments essentiels.\n[.'auteur analyse ensuite la rythmique si variée des airs de danse et four-\nnit sur cette matière délicate des précisions que ne donnaient ni l'Orchéso-\ngraphie de Jehan Tabourot, ni le Maître à danser de Jean Rameau, ni les\nChorégraphies de Feuillet; et nous voyons ainsi défiler avec leurs gestes,\ntantôt décidés, tantôt irrésolus, la subtile courante, les bransles plus\nmodestes, les gavottes si goûtées, les gracieux passe-pieds. Nos vieux\nmusiciens s'efforçaient de varier la ligne mélodique de tous ces thèmes\nchorégraphiques ; ils leur appliquaient le système des diminutions pour\nles broder et les amenuiser, ils les utilisaient dans l'établissement d'une\narchitecture polyphonique un peu incertaine et fragile que rehaussait de\nplace en place l'acidité d'harmonies imprévues, qui sont à la fois les pointes\net les maladresses de cette littérature.\nM. Ecorcheville étudie ensuite la famille instrumentale à laquelle on\nconfiait la réalisation des Suites ; ici, nous pénétrons dans la lutherie de la\n« Bande des 24 violons » et nous nous initions à la hiérarchie des registres,\nà l'échelonnement des dessus,.hautes-contre, tailles, quintes et basses.\nEnfin, une réduction pour le piano des 20 compositions ainsi passées en\nrevue vient compléter de la façon la plus heureuse ce remarquable travail,\nen permettant à tous les amateurs de musique ancienne de prendre direc-\ntement connaissance des œuvres que les violons de la chambre exécutaient\ndevant le souverain. Trois belles reproductions de gravures de Bonnard\nreprésentant un concert et des danses illustrent le volume avec une saveur\nparticulière.\nDans sa seconde thèse, M. Ecorcheville s'est proposé de diriger ses\ninvestigations à travers une période de notre histoire musicale dont l'esthé-\ntique n'avait pas encore été discutée de près, à travers la période qui sé-\npare la mort de Lulli de l'apparition de Rameau. C'est là une époque de\ntransition, encore dominée par la mentalité du grand siècle, mais pénétrée\ndéjà des courants d'idées qui vont grossir à partir de iySo, Comme toutes\nles périodes de transition, elle offre donc un intérêt très vif à l'observateur.\nPour la première fois, la pensée française se trouve en face du phénomène\nmusical ; de ce phénomène, la critique va chercher à s'emparer, et elle\néchafaudera à ce propos une thèse que le livre de M. Ecorcheville expose\navec ampleur. Il y a dans ce livre deux choses : la constatation d'un fait\net les conséquences que l'auteur en tire.\nLe fait, dont l'évidence s'impose au jour d'une documentation aussi\nabondante que précise, est celui-ci : L'esthétique musicale française dès le\ncommencement du xviii 6 siècle se fonde essentiellement et presque exclu-\nsivement sur la Raison ; c'est au moyen du critérium de la Raison qu'elle\njugera les œuvres musicales. Toute musique, pour être agréée à ses yeux,\n« devra avoir un sens », devra être raisonnable. Et alors apparaît le dogme\nde l'imitation de la Nature que Rameau et Gluck reprendront plus tard\npour leur compte. Dès que les sons ne sont plus u signes » de quelque\nchose, on les repousse comme inutiles et vains ; la musique doit « imiter\nles sentiments » et préciser nos représentations. M. Ecorcheville cite à ce\npropos des passages bien curieux de Lecerf de la Vieville, de ce lucide\nabbé Pluche, dont le Spectacle de la Nature constitue une manière\nde Somme des idées françaises de 1730, de l'abbé Dubos, de\nCartaud de la Villatte, du Père André, d'Houdard de la Motte, de Rague-\nnet. Il montre l'hostilité des moralistes et de l'Eglise à l'égard de l'opéra,\nhostilité qui, en ce qui concerne l'Eglise, relève en vérité plus de la menta-\nlité chrétienne et catholique que de la mentalité française proprement dite;"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.35", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3795, "texte": "11 signale l'animosité que manifestent les littérateurs contre l'adjonction de\nla sonorité au langage verbal, animosité qui s'étend même à la poésie cor-\nruptrice de la raison ; il fait voir que la fameuse et interminable querelle\nqui met aux prises la musique française et la musique italienne se résume\nen un conflit entre l'oreille et la raison, en une limitation, du côté français,\ndes droits de l'oreille. Notre esthétique déclare avec une netteté parfaite\nque la musique doit tendre vers une fin, vers une utilité, et que les charmes\nde l'oreille sont déraisonnables, lorsque cette fin n'existe pas.\nLa conclusion que M. Ecorcheville tire de tout ceci, c'est que l'esthétique\nfrançaise de 1690 à 1780 révèle un état d'esprit hostile au phénomène mu-\nsical proprement dit, un état d'esprit impropre à favoriser la jouissance\nmusicale, parce que cette jouissance ne relève pas de la pure raison et\nqu'elle ne suscite pas forcément en nous une activité psychologique repré-\nsentative.\nPeut-être conviendrait-il d'observer qu'il y a lieu ici de distinguer le\nphénomène sonore du phénomène musical, celui-ci étant un phénomène\nsonore organisé. D'ailleurs, en se plaçant sur le terrain de la pure sono-\nrité, les expériences de Wundt, annoncées en quelque sorte par Lecerf\ndans sa célèbre Comparaison, prouvent que le phénomène sonore s'ac-\ncompagne chez nous de représentations plus ou moins précises. Dès que\nce phénomène s'organise et devient une cc musique », la perception du\nrythme et de la ligne mélodique exige la participation de l'intellect, de\nsorte que le critérium rationnel des Français de 1730 n'est pas si intransi-\ngeant et si inefficace qu'il le paraît. De nos jours, ne découvre-t-on pas\ndans la musique pure, dans la musique de Bach, par exemple, tout un lan-\ngage, tout un système parfaitement représentatif? Nous dirions même que\nc'est précisément à l'égard de cette musique pure, que le rôle de l'enten-\ndement dans la jouissance esthétique apparaît plus impérieux, car à quoi\nbon organiser logiquement, d'après des lois rationnelles, une sonate ou\nune symphonie, si la mise en action de l'intellect est proclamée non seu-\nlement inutile, mais encore nuisible à l'éveil du plaisir qu'on devra ressen-\ntir à l'audition de cette composition ? N'y a-t-il pas là une contradiction ?\nLes compositeurs du XVIII0 siècle, dans les dédicaces qu'ils adressaient à\nleurs protecteurs, ne manquaient pas, du reste, d'employer, pour qualifier\nleurs œuvres, le mot « divertissement». Ils déclaraient presque tous qu'ils\nvoulaient « divertir » leurs Mécènes ; or cette conception de la musique-\ndivertissement n'est pas si éloignée qu'on serait tenté de le croire de celle\nde Schopenhauer, qui rattache l'impression causée par la musique à l'ex-\ntase, au rêve. En s'efforçant de divertir les auditeurs, nos musiciens ne\ncherchaient en effet qu'à les étourdir, à les libérer de leurs préoccupations\nhabituelles, en un mot, à les désindividualiser.\nMais nous arrêtons ici les réflexions que nous suggère le savant travail\nde M. Ecorcheville. On voit qu'il ne soulève rien moins que le redoutable\net obscur problème de l'expression musicale.\nL. DE LA LAURENCIE.\nLES MUSICIENS CÉLÈBRES. Gluck, par Jean d'Udine. Biographie critique, illustrée de\n12 représentations hors texte, in-8# de 128 pages. Paris, Henri Laurens, éditeur, 1906.\nLa littérature gluckiste est assez peu représentée en France, et jusqu'à\nce jour le solide ouvrage de M. Desnoiresterres était, pour ainsi dire, le\nseul livre paru dans notre langue sur l'auteur des deux Voici\nque l'intéressante collection Laurens vient d'enrichir cette littérature d'un\nvolume dû à la plume subtile de M. Jean d'Udine. Pour qui connaît l'es-\nprit averti et chercheur de notre confrère et ami, la publication de son"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.36", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "Gluck ne peut apporter au culte gluckiste qu'un encens rare et choisi. C'est\ndire tout l'attrait et le charme qui se dégagent de la lecture de ses pages.\nLe cadre des publications consacrées par la maison Laurens aux « Musi-\nciens célèbres » ne comporte point un vaste étalage d'érudition ; aussi bien\nne faut-il pas en chercher dans le livre de Jean d'Udine ;ce qu'il faut y\nchercher, c'est une compréhension vive et profonde de l'œuvre du réforma-\nteur de l'opéra français, c'est une synthèse aussi ramassée qu'élégante de\nce que l'on sait sur ce grand musicien dramatique, jointe à une foule d'a-\nperçus originaux, de remarques ingénieuses qui mettent au point, avec une\nsûreté étonnante, les conquêtes réalisées par Gluck dans le domaine de\nl'art lyrique.\nAvec la langue souple qui lui est familière, Jean d'Udine nous trace un\nvivant portrait du chantre d'Orphée, et s'attache à marquer, outre les pré-\ncédents de la tragédie musicale, depuis le xvne siècle italien jusqu'à\nRameau, les diverses conditions qui influencèrent la carrière du Chevalier,\nson enfance forestière et errante, son sentiment si pénétrant de la nature,\nses prédilections-grecques et françaises. Sans nul doute, c'est en grande\npartie grâce aux suggestions dont l'entourèrent le comte Durazzo et Favart\nque Gluck, en écrivant des opéras comiques sur des paroles françaises, en\ncomposant des romances et des lieder, prépara sa propre évolution et\nplanta les premiers jalons de sa réforme esthétique ; il envisageait ainsi\nl'avènement d'un art moins complexe et moins empesé, plus simple et plus\nnaturel que celui qui présidait aux destinées de l'opéra classique français.\nJean d'Udine rend compte de façon nouvelle et ingénieuse du pouvoir\nexpressif que recèle le drame gluckiste, en analysant les divers types mélo-\ndiques dont le Chevalier fit usage, et montre que l'air n'est que le dévelop-\npement lyrique du récitatif, lorsqu'il importe de soulever l'émotion et de\nla magnifier.\nBien intéressantes aussi sont les considérations relatives à l'évolution\ndes principes gluckistes au sein des écoles modernes et contemporaines.\nOn ne pouvait parler avec plus de grâce et d'eurythmie de l'artiste harmo-\nnieux qui écrivit Alceste.\n\nL. de la Laurencie.\n\nMUSIQUE DU XIXe ET DU XXe SIÈCLE\nThe Musiclovers' Calendar (L'Almanach des Amateurs). Boston, 37, Saint-Botolph Street. Paris,\nbureaux du Mercure Musical, 2, rue de Louvois.\nCette luxueuse publication annuelle témoigne du goût croissant, et de\nplus en plus éclairé, des Américains du Nord pour la musique. Le temps\nn'est plus où M. Victor Herbert entendait monter delà salle des murmures\nde surprise à l'apparition de son violoncelle, qu'on prenait pour tout autre\nchose qu'un instrument de musique. Il n'y a pas de petite ville des Etats-\nUnis ou du Canada où l'on ne soit sûr de rencontrer un groupe d'ama-\nteurs, et souvent un orchestre. C'est M. Victor Herbert lui-même qui nous\ndonne ces détails, en une page fort intéressante sur Y Armée américaine des\nAmateurs. La seule infériorité de l'Amérique, à l'en croire, serait que les\nprotecteurs des arts y font défaut : on n'y rencontre, même parmi les mil-\nliardaires, ni un Louis de Bavière, ni un Prince Esterhazy. Mais ce temps\nviendra sans doute : après avoir comblé les universités, îe flot des dollars\nfera sortir de terre théâtres et salies de concert. Déjà l'Amérique a une"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.37", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "école de compositeurs ; deux écoles même : les classiques et les roman-\ntiques, les conservateurs et les novateurs. On trouvera à la fin du\nvers'Calendard'intéressantes biographies, accompagnées de photographies\net d'exemples musicaux, sur les principaux représentants de ces deux\nécoles : Foote, Farwell, Mac Dowell, Chadwick. Celui de tous pour lequel\nje me sens le plus de sympathie est certainement Farwell, qui cherche à\ncréer une musique vraiment américaine, et pour cela fait appel à toutes les\nressources du sol, en commençant par les mélodies des habitants primitifs.\nIl ya là une tentative fort intéressante, analogue à celle des musiciens\nrusses au xixe siècle, et à laquelle je souhaite le même succès. Je voudrais\nbien connaître les Mélodies américaines de M. Farwell, ou son\nrapsodie pour piano.\nOn voit qu'il y a beaucoup à apprendre dans le\nOn y trouvera en outre des comptes rendus très complets sur la saison\nécoulée (1905) à New-York (H.-E. Krehbiel), Londres (E.-A. Baughan),\nParis (Louis Laloy), Berlin (J.-C. Lusztig), Dresde (Albert Noll), Milan\n(Aldo Franchetti) ; des articles variés de Laurence Gilman, Victor Herbert,\nE.-A. Baughan, dix-huit fort beaux portraits (Claude Debussy, Julius\nRontgen, Vincent d'lndy, Arthur Foote, André Messager, etc.); et une\nbibliographie des publications récentes. Le est\nimprimé en deux couleurs, avec une précision qui fait le plus grand honneur\nà la typographie américaine; je ne dis pas que certaines maisons françaises\nne fussent capables d'un soin égal, mais le prix alors dépasserait de beau-\ncoup un demi-dollar (2 fr. 5o).\nLouis LALOY.\nJ,_GR. Prod'homme : Les neuf Symphonies de Beethoven. Paris, Delagrave.\nM. J.-G. Prod'homme, trouvant, avec quelque raison, que nous étions, en\nFrance, dépourvus de livres sur Beethoven, vient de nous donner en 481\npages une étude sur les dix symphonies (dont neuf réellement écrites) du\nmaître de Bonn. Craignant que son nom seul n'attirât point la foule, il\ndemanda à M. Colonne une préface. Celui-ci ne crut point devoir la refuser,\net nous sommes heureux de citer dans son intégrité ce morceau de haute\nlittérature après lequel tout éloge, comme toute critique, seraient superflus.\nNotons cependant qu'à la page 244, au milieu des esquisses de la Pastorale,\nse trouve un chant populaire slave, recueilli pai le professeur Kuhac\nd'Agram et dont Beethoven se serait peut-être inspiré, qui rappelle singu-\nlièrement le début de la Kraquette, succédané de la Mattchiche, que perpétra\njyj j Clerice oour la plus grande jouissance des Montmartroises. IVlais lais-\nsons parler M. Colonne :\nEll me demandant d'ajouter, sous coul\nbel ouvrage, M. J.-G. Prod'homme me fait autant d'honneur qu'il me cause\nd'embarras. S'il suppose que mon opinio\nprit du lecteur, j'ai, moi, le regret de lui dire que je n'en crois rien.\nQuand il s'agit de porter un jugement sur les grands hommes, on ne prend\nouère l'avis du voisin ; chacun tient àsa manière de von, et, volontieis, la\nproclame excellente. ...\nPuis enfin, pour présenter un livre\nde quelque autorité littéraire, et mon\nparfois l'apparente image, se mesure\nsité de mon orchestre. . ,\nToutefois, puisque l'occasion m'en est offerte, je ne puis résister a dire la\njoie émue, la tendresse profonde, l'admi"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.38", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "humble et pieux fidèle, devant Beethoven, ce maître suprême, le plus grand\npeut-être parmi les Dieux qui peuplent l'Olympe musical.\nBien jeune encore, j'ai sacrifié sur son autel, son culte a été la religion\nde toute ma vie.\nMes ennemis [qui peut se flatter de n'en pas avoir ?) ont bien voulu,\npendant un temps, me concéder, avec un certain tempérament qu'ils qualifient\nde romantique, le don d'animer l'œuvre que je dirige, de la peindre avec des\ncouleurs brillantes, d'en exprimer avec chaleur la passion douce ou violente,\nde vibrer, en un mot. Mais, en me faisant cette concession pour essayer de\nme confiner dans un genre et limiter mon domaine, ils avaient oublié de re-\ngarder en arrière, car je ne suis arrivé à la compréhension de la musique\nromantique que par une étude approfondie de la musique classique.\nJ'ai connu Beethoven avant Berlioz, la Pastorale avant la Fantastique#\nN'allez pas en conclure que je prétends m'attribuer un brevet de supériorité'■\nencore moins d'infaillibilité !\nD'autres ont étudié Beethoven ; ils y ont peut-être vu ce que je n'avais pas\ntrouvé, peut-être aussi y ai-je trouvé ce qu'ils n'avaient pas vu.\nAu surplus, il n'y a pas qu'une façon de dire un beau vers.\nC'est le propre de la beauté que de pouvoir, sous des aspects divers, rester\nla beauté quand même. A ce signe certain, on reconnaît les neuf filles de\nBeethoven, les neuf muses qu'enfanta son génie ; elles sont immortelles, et\ngardent, en leur qualité de déesses, le prestige merveilleux d'une jeunesse\néternelle.\nVoilà pourquoi un livre tel que celui de M. J.-G. Prod*homme est un ouvrage\nutile. Cette histoire est un flambeau qui nous éclaire et nous permet de mieux\ncomprendre Beethoven, en nous le faisant mieux connaître. Plus on\npénètre sa vie, plus 011 admire son œuvre.\nGloire à lui sur la terre ! Les peuples prêtent l'oreille ; les historiens pro-\nclament sa puissance ; les interprètes répandent sa doctrine ; le monde obéit\nà sa voix ; se hausser jusqu'à lui c'est devenir plus grand.\nED. COLONNE.\nLe roi David lui-même ne parlait pas un plus magnifique langage; mais\nil se rendait justice avec moins d'ampleur.\nCH. CHAMBELLAN.\n\nLA MUSIQUE A BERLIN\n\nSi l'on jette un coup d'œil rétrospectif sur l'ensemble de la dernière\nsaison, la réputation de Berlin, métropole musicale, ne semblera point trop\nsurfaite.. Les salles de concert sont nombreuses et vastes. J'en compte\nplus de huit, dont trois pourvues de grandes orgues. Il y a profusion de\nCapellmeister, de virtuoses et de Gesangvereine, surabondance de concerts.\nL'intensité de la vie musicale est unique, extraordinaire, Unique, car il\ny est donné de vivre la musique de son temps au fur et à mesure qu'elle\nse constitue. Des souffles nouveaux y parviennent qui mettent bien du\ntemps à atteindre telle autre capitale. L'épidémie des festivals-rengaines\nne sévit point ici. Les trésors du maître de Bonn ne sont pas livrés àun\npillage méthodique. Wagner n'y est pas mis en coupe réglée. On n'encourt\npas le risque de subir périodiquement, et comme par hasard, la sempiter-\nnelle Damnation de Faust.Une nouvelle génération travaille àla diffusion"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.39", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 3889, "texte": "de la musique moderne, au refoulement du poncif académique. Débordés,\nles doctes « Professoren » de la Kœnigliche Hochschule interviennent de\nleur personne pour barrer la route aux mauvaises doctrines. Leur défense\nest faible. Ils brandissent Mendelssohn, Brahms. A l'Ecole des Hautes\nEtudes musicales de Berlin, institution royale, en l'an de grâce 1906,\nde graves personnages ne savent encore rien d'un certain musicien du\nnom de César Franck ! Tout en eux contredit le présent. Leur zèle\naveugle, exclusif, étroit, n'a plus de force conservatrice, et l'instinct mo-\nderne conquiert le terrain.\nEn Félix Weingartner, je vois aussi un « atta?~dé » de marque. Sous sa\ndirection, les concerts de la Chapelle Royale ne s'émancipent guère de la\nroutine des programmes consacrés. La lumière nouvelle qui se fit en lui\ntout récemment (ne vient-il pas de découvrir Johannes Brahms ?) l'aveugla\nsi vivement qu'il ne lui fallut rien moins que l'espoir de la conquête de\nsuccès tapageurs en notre bon Paris pour lui révéler l'existence de la\nSymphonie française (Cf. un petit opuscule de ce même M. Weingartner\nsur la symphonie après Beethoven). Et le bouillant chef d'orchestre d'ins-\ncrire bravement en tête de son le Pi~élude à VAvises-Midi\nd'un Faune, de Claude Debussy. Sur ce beau geste, Weingartner nous quit-\ntait à jamais. Il a renoncé glorieusement à sa brillante carrière. Sa démis-\nsion n'est plus un simple « bluff » renouvelé de l'an passé. Elle est offi-\ncielle. Weingartner ne reviendra pas sur sa décision, torturé qu'il est par\nd'autres ambitions. Si le capellmeister se retire..., le compositeur nous\nreste. 11 paraîtrait même que ce dernier sera plus fécond que jamais.\nPuisse l'inspiration qu'il chercha vainement au cours de ses bruyantes\ntournées jaillir du calme de la retraite, c'est le vœu que je forme pour lui-\nmême, stoïque abdicateur de fonctions qu'il illustra de tout son grand\ntalent, et pour nous que sa retraite attristerait doublement si le génial\nDirigent disparaissait au seul profit du compositeur que nous connaissons,\nhélas î déjà trop.\nJe passe aux novateurs, à cette poignée d'artistes sincères qui portent\navec eux quelques lueurs de musique nouvelle. Les noms de Richard\nStrauss, Ferruccio Busoni,Arthur Nikisch, Oskar Fried, Cari Muck, Alexan-\ndre Birnbaum, E. N. von Reznicek, Bernard Stavenhagen, se détachent au\npremier plan. Ce sont les modificateurs influents du mouvement rétro-\ngrade. Sans répudier les classiques, toujours présents et vénérés, sans\nrejeter les œuvres anciennes que le génie a revêtues d'éternité, ils débrouil-\nlent avec ardeur la production vigoureuse et touffue de l'Ecole moderne.\nD'aucuns n'innovent pas toujours avec discernement et choix. Trop sou-\nvent ils se perdent, à la suite d'un Max Reger quelconque, dans les plus\nnoires fondrières de l'Art allemand. N'importe, j'applaudis dès maintenant\nà leurs efforts et reviendrai plus loin sur la critique de ces tentatives.\nA vrai dire, deux grands courants traversent le mouvement artistique\nde Berlin. L'un part de Richard Strauss, l'autre de Ferruccio Busoni, car\nl'illustre pianiste est à la fois capellmeister et compositeur, chef d'école et\nnovateur en tous sens. Au fond, ces deux tendances, quelque différentes\nqu'elles soient par la forme extérieure, procèdent de la même conception\nmoderne de la musique.\nDe Richard Strauss il ne me reste rien à apprendre qu'on ne sache.\nC'est un combattif qui se dépense sans compter pour la plus grande gloire\nde l'art moderne dont il est le champion le plus en vue. Son influence est\nénorme. Elle se mesure à la puissance de son œuvre. Ses fonctions absor-\nbantes de Capellmeister à l'Opéra Royal, jointes au labeur incessant de la\ncomposition, aux fatigues que lui imposèrent les répétitions et la mise en\nscène de Salomé, ne lui permirent qu'une courte apparition au pupitre de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.40", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3168, "texte": "la Sing-Académie et à la Beethoven-Saal. En ces deux soirées, Strauss\ndirigea trois œuvres inédites : la Vilanelle du Diable, vaste composition\nsymphonique de Ch.-M. Lœffler, le Concerto de violon de Jean Sibelius, un\nConcerto de piano du comte de Hochberg.\nLa renommée de Ferruccio Busoni, en tant que virtuose, a gagné les\ndeux mondes. On l'acclame de New-York à Paris et à Londres. Busoni\npasse à juste titre pour le pianiste le plus brillant et le plus complet de\nl'époque. L'étendue de sa technique est prodigieuse. Elle représente lepoint\nculminant de l'étude du piano. Le style et les sonorités restent inégalés.\nLa noblesse de l'interprétation décèle un de ces grands esprits comme il\nne s'en est pas rencontré depuis Liszt. Elle s'élève à la hauteur d'une\ncréation. J'en prends à témoin les auditeurs enthousiastes des récitals\nBeethoven-Liszt-Chopin qu'il donna cet hiver. Busoni fonde son art sur\ndés émotions de poète et d'artiste. Il triomphe par un prestige qui éblouit\nl'imagination et l'oreille, par des accents qui touchent profondément le cœur.\nHéritier de Liszt par le génie, Busoni participe aussi de la grandeur\nd'âme et de la bonté proverbiale du vieux maître. Par la générosité de sa\nnature, par son absolu désintéressement, il s'impose à l'admiration de tous.\nChef d'orchestre, Busoni s'applique à défendre et à propager au milieu\nd'un public docile aux admirations conventionnelles les productions de\nla jeune école. Ses préférences vont à celles qui n'ont pas encore été\njouées. Il recueille en même temps les chefs-d'œuvre du passé tombés pré-\nmaturément dans un injuste oubli. Tel estle but qu'il poursuit, depuis trois\nans, avec une persévérance inlassable, en des Orchester-Ahende fondés de\nses propres deniers. Ce sont les Français qui bénéficient le plus largement\nde son initiative dévouée. Qu'on en juge. Je transcris au hasard des pro-\ngrammes quelques-unes des œuvres dirigées par Busoni :\nGuy Ropartz. Pêcheurs d'lslande.\nSaint-Saëns. Ouverture des Barbares.\nTh Ysaye. Concerto pour piano.\nDelius. Paris, tableau musical,\nVincent d'lndy. L'Etranger (Prélude du 2e acte).\nSuite française.\nClaude Debussy. Prélude à F Après-Midi d'un Faune.\nNocturnes.\nAlbéric Magnard. 3e Symphonie.\nEugène Ysaye. Poème élégiaque.\nPaul Belune. 3e Symphonie.\nCésar Franck. Le Chasseur maudit.\n• Les Djinns.\nPrélude, Choral et. Fugue, orchestration de Gabriel\nPierné.\nHector Berlioz. Les Nuits d'Eté (Mm« Ida Ekman).\nMarche troyenne.\nBusoni conduit l'orchestre avec une rare autorité. Il a la sobriété du\ngeste, le mépris des effets faciles et vulgaires. Ses indications sont ner-\nveuses, rapides et sûres. Il obtient tout ce qu'il veut de ses musiciens sans\nle renfort d'une gesticulation bouffonne. L'interprétation reste expressive\net vivante.\nDans l'héritage de Liszt, Busoni recueillit encore le don de la compo-\nsition» Son instinct créateur s'affirme en une série de pièces instrumen-\ntales d'un accent très personnel, d'une structure achevée. Il a la fécondité,\nle labeur acharné ! Bien qu'il se concentre, au lieu de se diluer, ses œuvres\nsymphoniques s'ordonnent en de vastes proportions. Elles sont de dimen-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.41", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "sion considérable. On ne lui reprochera pas d'avoir peu produit. Son\nTurandot porte l'inscription op. 41. Chez Busoni, la puissance d'invention\nse révéla de bonne heure. Il n'avait pas encore franchi le seuil de l'adoles-\ncence que les notables de Bologne le nommaient membre de Y Accademia\nFilarmonica, C'était en mai 1882. Il avait i 5 ans. En l'élevant à cette di-\ngnité, le président d'alors, Frederico Parisini. rappelait au jeune artiste\nqu'en cette même enceinte un autre enfant prodige, l'immortel Mozart,\nl'avait précédé dans cet honneur: «Vi sovvenga, o giovanetto artista, che\nnella sala in cui avete entusiasmato un eletto auditorio col vostro suono\ned in cui avete composto i pezzi per l'esame di maestro, ivi pure, in tenera\netà, diede il suo esperimento Pimmortale Mozart per ottenere in quest'\nAccademia il grado stesso che voi pure avete conseguito : cio vi serva di\nsprone e di conforto a proseguire nell' intrapesa carriera che dovrà gui-\ndarvialla ceiebrita » (1). À Leipzig, en 1886, Busoni écrivait un Opéra fan-\ntastique, d'après un texte de Frieda Schanz, une Suite symphonique, un\nQuatuor pour instruments à cordes. En 1889, 1111 Concerto pour piano et or-\nchestre, sa ire Sonate pour violon et piano, lui faisaient décerner, àla suite\nd'un brillant concours, le prix Rubinstein. Et cependant, en France, le\npublic l'ignore. Les grandes compositions de la maturité passent inaperçues\nde nos directeurs de concert, alors qu'à Berlin, à Vienne, à Boston, à\nVarsovie, à Bologne, à Amsterdam, à Londres, elles figurent au répertoire\ndes grandes associations philharmoniques. Elles soulèvent les plus vifs\nenthousiasmes comme aussi bien les plus âpres discussions. Leurs qualités\nles plus hautes les livrent d'office aux fureurs des tardigrades amateurs du\nbalourd allemand. Au reste, Busoni ne connaît pas l'art d'imposer brutale-\nment son génie, de le présenter en un beau jour au moyen d'une réclame\ntapageuse. Et pourtant son incessante création pourrait écraser à la fois le\npublic et les vanités rivales. Elle occupe toutes les avenues de la musique\ninstrumentale. Elle s'étend à tous les genres : à titre d'exemple, voici quel-\nques-unes de ses plus récentes compositions :\nScènes de ballet pour piano.\nVariations et fugue en forme libre sur un prélude de Chopin en ut mineur.\nDeuxième quatuor pour 2 violons, alto et violoncelle.\nConcerto pour piano et orchestre.\nPoème symphonique, pour grand orchestre.\n4e Scène de ballet, en forme de valse, pour piano.\nJeux d'enfants, suite symphonique.\nConcerto pour violon et orchestre.\n2e Sonate pour violon et piano.\nLustspiel, ouverture pour grand orchestre.\nLes Harnachés, iro suite pour grand orchestre.\n2e suite\nConcerto pour piano, orchestre et chœur d'hommes.\nTurandot, musique de scène.\nsuite pour grand orchestre et chœur de femmes.\nAux productions originales s'ajoutent un nombre considérable de trans-\ncriptions et d'arrangements. Busoni a traduit en particulier d'une façon\nremarquable la musique d'orgue de J.-S. Bach. Les Toccatas, les Choral-\n\n(i) Bologna, Arch. R. Accademia Filarmonica. Busta corrispondenza del'anno 1882.\nProt. n. 96, Tit. 11. Aux archives on conserve jalousement la fugue à 4 voix et à 2 su-\njets que Busoni composa à l'Académie même le 27 mars 1882."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.42", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3969, "texte": "vorspiele, les Préludes et Fugues sont géni'alement incorporés au piano, et\nce n'est pas là son plus mince titre de gloire.\nL'œuvre de Busoni est éminemment personnelle. Assurément, il n'est\npas malaisé de saisir les influences qui se sont imposées à lui, depuis\nBach jusqu'à César Franck. Nul plus que lui n'est imbu de la beauté clas-\nsique et nul n'a mieux senti dans l'étude des anciens maîtres tout le prix\nqu'il faut attacher à la force technique, à la perfection de la forme. A l'étu-\ndier de près, on s'aperçoit qu'il a choisi librement ses moyens, que le ca-\nractère de son œuvre vient de lui-même : elle n'a pas été façonnée du dehors,\nelle s'est organisée intérieurement. Elle a ses origines dans les sugges-\ntions de sa personnalité. A l'art moderne il faut une inspiration moderne.\nIl faut, tout en édifiant des constructions sonores plastiquement belles,\nécarter les anciennes règles qui ne sont plus que mécanisme, rechercher\navant tout la vérité de l'expression, l'intensité de l'impression, ouvrir en\npassant toutes les sources du lyrisme et de l'harmonie. Voilà quelques-\nunes des divinations supérieures qui placent l'œuvre symphonique de\nBusoni au premier rang des compositions modernes.\nSa facture est magistrale. Tout s'équilibre et l'on sent partout une vo-\nlonté consciente qui a déterminé les relations et les proportions des par-\nties. Il adopte les formes simples, pleines, solides, expressives qui mettent\nl'imagination à l'aise et se prêtent à revêtir une beauté supérieure. Il crée\ndes rythmes agiles, larges, pittoresques, significatifs. Les thèmes, amplement\nétablis, sortent en pleine lumière. La direction de l'inspiration n'échappe\njamais au cœur. La source en est placée dans le sentiment et non point à\nl'esprit. L'invention mélodique est rigoureusement personnelle, abondante\net riche. Dans le maniement des couleurs de l'orchestre, Busoni possède\nl'une des plus riches palettes dont musicien ait usé. Son talent d'orchestra-\ntion est de tout premier ordre. Il affectionne les timbres rares, les sonori-\ntés inconnues. L'agrégation mélodique donne la sensation du nouveau, de\nl'inentendu. Malgré cela, il n'a pas l'effet prétentieux ou brutal pour\nahurir le bourgeois. Sa frappe harmonique lui appartient en propre. Il se\ndémène avec une aisance merveilleuse au milieu des combinaisons théma-\ntiques les plus audacieuses. Aucune hardiesse technique ne l'effraie. On a\ntort de lui jeter toujours à la tête la complexité de sa polyphonie. Qu'il\ns'agisse de la conception ou de l'exécution, il hait l'extravagant et l'inin-\ntelligible. Il veut que l'on soit clair, en n'étant pas commun ni vulgaire, et\ndéjà la limpidité et la noblesse de son style, la force de sa technique assu-\nrent à ses œuvres une perfection qui les fera durer.\nLa 2* Sonate pour violon et piano, op. 36*, est l'admirable monument d'une\ninspiration sereine et soutenue, d'un sentiment puissant. L'expression\ns'enlève et acquiert une plénitude incomparable. La mélodie s'élargit en\nsymbole de l'infini. On y saisit la disposition fondamentale de l'âme du\nmaître, cette sorte de rêverie contemplative dans laquelle germe toute son\nœuvre. La 2e sonate n'est pas coulée dans le moule traditionnel. Elle s'af-\nfranchit des divisions préconçues ou arbitraires pour ne suivre que la mar-\nche de sentiment. Elle s'enchaîne d'un seul tenant. Elle est d'une parfaite\nunité organique. L'architecture musicale repose tout entière sur les variations\nmultiples de 4 à 5 thèmes qui, pris en eux-mêmes, sont d'une élévation\nquasi surnaturelle.\nBusoni vise au grand, au sublime. Il y atteint presque toujours. L'exé-\ncution ne trahit pas la conception. Avec le Concerto pour piano, orchestre\net chœur d'hommes (op. 89), nous nous trouvons en face d'une véritable\népopée sonore. On reste stupéfié devant le gigantesque des proportions\n(5 parties : Prologo e Introito,\nliana— Cantico)r la nouveauté et la solidité de la structure, le souffle gran-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.43", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 4077, "texte": "diose qui anime le tout. Ce concerto, à proprement parler, n'en est pas un,\nau sens que nous sommes accoutumés d'attacher à ce mot. Ce n'est pas un\nmorceau destiné à faire valoir la virtuosité de l'exécutant. Le piano inter-\nvient ici comme une force accrue de l'orchestre. Il enrichit la symphonie\nd'une voix nouvelle dont le timbre s'amalgame à la masse sonore. Le colo-\nris de l'instrumentation se trouve rehaussé d'une teinte flamboyante, inu-\nsitée jusqu'alors. L'armature mélodique est déterminée par une profusion\nde thèmes magnifiques. Leurs développements se succèdent avec une\nvariété, une richesse harmonique inouïes. Le travail de la polyphonie est à\nla fois serré et plein d'aisance, l'orchestration vibrante.\nLe Concerto est tout baigné d'une atmosphère transparente et calme. La\npremière, la troisième et la cinquième partie qui constituent l'ossature de\ncet organisme sont nées de la disposition d'âme que je notais plus haut.\nEn ces pages émues et fortes, Busoni a mis l'empreinte de sa nature poéti-\nquement méditative. L'imagination du Maître plane d'elle-même au-dessus\nde l'humanité. Elle se perd dans la contemplation. Elle y trouve d'immé-\ndiates et d'absolues jouissances. Elle s'y donne toutes les grandeurs. Et\ncomme le musicien n'emploie son art qu'à la manifestation des propriétés\noriginelles de son âme, le sentiment de l'infini emplit tout naturellement\nce poème musical. L'artiste s'est ainsi composé un milieu idéal, en harmo-\nnie parfaite avec son intime organisation, avec la vie contemplative, j'allais\ndire platonicienne, de son esprit, un milieu où son être apparaît plus com-\nplet, mieux à sa place. Par antithèse, le deuxième et le quatrième temps\ngiocoso, Ail9 italiana, —conçus d'ailleurs à une époque différente,\nreprésentent le mouvement, l'activité. Les péripéties sonores en sont fan-\ntastiquement, tumultueusement développées. Cette disposition artistique,\ncette opposition fait alterner d'un bout à l'autre la lumière et l'ombre.\nElle exprime la concordance ou le contraste, si je puis ainsi dire, de la\nnature visible avec les dispositions intimes de la nature subjective.\nCe qui nous étonne le plus, c'est le grand caractère imprimé à l'ensemble\nde la composition et à ses moindres détails. J'avoue que, la 9e Symphonie\nmise à part, je ne connais rien en musique qui soit aussi vaste, aussi colos-\nsal. Comme chez Beethoven, la péroraison est entonnée par le chœur;\nmais tandis que l'Hymne à la Joie contredit triomphalement au développe-\nment symphonique de la Neuvième, le Ccintico, invocation à VEterna\nForça, à Ylntelligença créatrice résume toutes les aspirations supérieures\nde cette œuvre géniale et lui donne sa conclusion logique et sublime.\nLes paroles du Canticù sont empruntées au poète hollandais Ochsenschla-\nger. Busoni les a détachées et traduites d'une Nouvelle, inspirée des Mille\net une Nuits et intitulée Aladin. Involontairement, il dénonçait ses attaches\nlittéraires. On sait, en effet, que le virtuose-compositeur est doué d'une\nhaute culture. Son esprit et sa curiosité s'ouvrent d'autant plus facilement\naux manifestations intellectuelles qu'il possède à fond 5 ou 6 langues mo-\ndernes et les littératures qui en dépendent. Par surcroît, c'est un érudit qui\nfait son domaine de l'Histoire des Civilisations orientales. Il en est si forte-\nment imprégné qu'il conçut un projet de drame musical d'après les nou-\nvelles asiatiques du comte de Gobineau. Le poème est achevé. Busoni en\npoursuit activement la réalisation musicale. À son imagination toujours en\nquête d'infini, les mythes orientaux et les contes arabes apportent les\ninexprimables séductions, l'éblouissant lyrisme de leur poésie panthéistique,\nde laquelle dérivent certains sentiments très grands, très simples, éternels,\nces mêmes sentiments qui animent l'admirable concerto. Ainsi s'explique sa\nprédilection marquée pour les sujets qui se rapportent à ces fables. Les\nMille et une Nuits, entre autres, devinrent un des livres de chevet du com-\npositeur. Et nous voici conduits à Turandot, musique de scène écrite"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.44", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "pour le drame de Gozzi, bâti lui-même sur des épisodes de la merveilleuse\nlégende.\nTurandot (op. 41) nous fait assister au jaillissement d'une personnalité\nqui passe par-dessus les barrières de notre civilisation et s'ouvre les portes\nde l'Orient. Le choix du sujet est déterminé par cette prédisposition intel-\nlectuelle et morale que nous connaissons. Busoni n'a point le dessein de\nnous flatter dans notre manie du « neuf » à l'aide de bizarres et d'inéprou-\nvées combinaisons de couleurs et de sons, de nous dépayser par l'étrangeté\net le bric-à-brac d'un exotisme facile et banal. Aussi sa musique ne sent\npas le pastiche. Elle n'a rien d'artificiel. Son Orient n'est pas truqué.\nCette importante composition fut achevée en l'automne igoS. On en a\ntiré, pour le concert, une non moins importante suite pour grand orchestre\net chœur de femmes, exécutée pour la ire fois àla Sing-Academie de Berlin\nle 2i octobre 1905. Cette suite symphonique se divise en 8 parties :\nI. —II La porta délia città. La Partença (ier acte).\n11. Truffaldino (Introduction du 2e acte et Marche grotesque).\n111. Altoum (Marche du fabuleux empereur).\nIV. L'appartamento delle donne \\\nV.\nVI. Turandot )\nVII. Notturno. (4e acte).\nVIII.\nDans ses morceaux étincelants de couleur et de verve, Busoni laisse\ncouler le jet naturel de sa fantaisie spirituelle. Il use d'un style à facettes\nperpétuellement étincelant ou piquant. C'est un pétillement de rythmes\ningénieux, un cliquetis de riches accumulations tonales. Il a des trou-\nvailles harmoniques imprévues, de brusques oppositions de timbres,\nd'éblouissantes fusées sonores. L'orchestration rutile de toute la munifi-\ncence fantastique et pompeuse de l'Orient. Elle en affiche par instants le\nbariolage et la baroquerie (marche grotesque). Elle en revêt toute la mélan-\ncolique langueur (Danse et chœur, nocturne). Devant l'ample écoulement\ndes harmonies chatoyantes ou pittoresques, l'auditeur est comme imprégné\ndes chaudes couleurs qui ruissellent de la palette du musicien. Parce qu'il\nne voit pas les œuvres orientales par l'extérieur, Busoni sent et exprime\nmerveilleusement le sentiment qui s'y réalise. Voilà par où son exotisme\nse distingue de l'impressionnisme factice et creux de ceux qui l'ont devancé\ndans cette voie.\nBusoni donne en ses compositions une haute et fière idée de la musique\nmoderne. C'est un chercheur de voies ignorées, un curieux et sincère\nouvrier de formes et de rythmes, un poète aux vibrations profondes et\nsonores qui respecte son œuvre. Il n'a souci que de la faire belle et ne se\npréoccupe point de la former sur le goût d'un public ignorant et snob. Avec\nce tempérament, il est le musicien le moins fait pour la fabrication méca-\nnique des compositions à la mode. Il écrit ce qu'il doit écrire conformé-\nment au sentiment de son âme, comme qui fait œuvre immortelle.\n\nL. Ponnelle."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.45", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "ÉCHOS\nGrand prix de Rome. Le concours a été jugé le 3o juin. En voici les\nrésultats.\nier grand prix : M. Dumas, élève de M. Lenepveu.\nier second grand prix : M. André Gailhard, élève de M. Lenepveu.\n2e second grand prix : M. Le Boucher, élève de MM. G, Fauré et\nWidor.\nA rOpéra-Gomique. On parle du départ de M. Albert Carré, qui rem-\nplacerait àla Comédie-Française M. Jules Claretie. Et l'on parle, pour le\nremplacer, de M. Gheusi. Sous toutes réserves.\nMatinées Danbé. Ces intéressants concerts seront dirigés l'année pro-\nchaine par M. Jemain, excellent musicien à qui nous adressons ici toutes\nnos félicitations.\nPriorité, - A l'annonce de la « tragédie musicale » en un acte, de\nGabriele d'Annunzio, que l'Opéra-Comique doit monter dans le courant\nde la saison prochaine : Le Songe d'un Soir d!Automne, et pour éviter tout\nsoupçon de réminiscence même involontaire de sa part, notre collaborateur,\nM. Raymond Bouyer, nous rappelle qu'il annonçait, dès l'année dernière,\nun «roman d'intimité » sous ce titre, à la première page du Secret de\nBeethoven paru chez Fischbacher à la fin de 1905, parmi plusieurs ouvrages\nen préparation, des sonnets,, une Histoire du Paysage, une monographie\nde Prud'hon. Nous enregistrons bien volontiers sa remarque au sujet de\nce joli titre poétique, ambitieux, un peu shakspearien.\nConcerts Chevillard. C'est au théâtre Sarah-Bernhardt que nous aurons\nla joie d'entendre les Concerts Chevillard, l'hiver prochain. Le traité défi-\nnitif vient d'être conclu entre la grande artiste et le comité de la célèbre\nAssociation.\nLes deux premiers Concerts de l'abonnement sont fixés pour les 7 et 14\noctobre.\nDu i 5 au 3o octobre, l'orchestre, sous la direction de M. Camille Che-\nvillard, ira donner une série de quinze Concerts à Berlin, Dresde, Leipzig,\nFrankfort, Mannheim, Hannover, Hambourg et dans plusieurs autres\nvilles de l'Allemagne. Les Concerts d'abonnement seront repris à Paris le\n4 novembre, pour finir le 3r mars 1907.\nAux Arènes de Bésiers. Voici la distribution de la Vestale, opéra en\n3 actes de Spontini, qui sera joué les 26 et 28 août 1906, au théâtre des\nArènes de Béziers. Comme toutes les années précédentes, ces représenta-\ntions sont données par M. Castelbon de Beauxhostes au bénéfice des pauvres\nde sa ville natale.\nLicinius (général romain), M. V. Duc, de l'Opéra;\nCinna, chef de légion, M. Emile Cazeneuve, des Concerts du Conserva-\ntoire et Colonne ;\nLe Grand Pontife, M. Delmas, de l'Opéra;\nJulia, jeune vestale, M Harriet-Strady, du théâtre royal de la Mon-\nnaie ;\nLa Grande Vestale, Mme Georgette Bastian, du théâtre royal de' la Mon-\nnaie.\n250 musiciens d'orchestre symphonique, dont 10 harpes Erard ; 260"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.46", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "choristes (hommes et femmes) ; chef d'orchestre, M. Jean Hussy-Verdié.\nMise en scène de M. d'Herbilly, régisseur général de l'Odéon. 60 danseuses\ndu corps de ballet de Milan, sous la direction de M. Belloni, maître de\nballet de la Scala de Milan.\nLe décor, qui ne comprend pas moins de 6.000 mètres carrés de toiles\npeintes, est signé Jambon et Bailly, peintres décorateurs de l'Opéra. Le\ndimanche 2 septembre, M. Castelbon de Beauxhostes et ses compatriotes,\ndésireux de témoigner à l'illustre maître Saint-Saëns leur reconnaissance de\ntout le bien qu'il fit à Béziers, ont décidé de donner un grand concert\nfestival en l'honneur du soixante-dixième anniversaire de sa naissance. Ce\nconcert sera des plus intéressants, vu les sommités artistiques qui se sont\noffertes spontanément à y prendre part, et tout d'abord nous nommons\nM. Louis Diemer, le virtuose des virtuoses, qui jouera un morceau à deux\npianos avec le maître lui-même. On y entendra les Gloires de Corneille,\ncantate écrite pour 10 solistes doubles, chœur, orchestre, musique d'har-\nmonie et orgue. L'effet de ce dernier instrument dans les arènes ne man-\nquera pas d'être des plus curieux.\n\nAVIS A MM. NOS LECTEURS ET ABONNÉS\nPendant la saison d'été, le Mercure musical paraîtra une fois par mois,\nles i 5 août, i 5 septembre et i 5 octobre, en numéros doubles. Notre pro-\nchaine livraison sera donc publiée le I 5 août et portera les chiffres 15-16."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.7.2", "titre_corps": "LE DIO D'OR ET LA SAPÉQUE DE CUIVRE", "titre_sommaire": "LE DIO D'OR ET LA SAPÉQUE DE CUIVRE", "signature_source": "Gaston Knosp", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "LE DIO D'OR ET LA SAPÉQUE DE CUIVRE\n\n(I).\nPRÉAMBULE. ... Et la caravane apparut à l'horizon, revenant comme\ntous les ans avec les hirondelles. Comme de coutume, elle ramenait entre\nautres une sorte de Saint-Graal, le Dio d'or que de naïfs pèlerins-\nabonnés prennent pour de l'or en barre, de ce vieil or, façonné par les\nmontagnards du Kantorum et portant comme effigie les chiffres C. M.\nXXIX R. T.\nLe Dio d'or étant signalé, ménestrels et musiciens se portent à sa ren-\ncontre, hurlant le chœur fameux :\nLe Dio d'or est toujours debout !\n\n(i) Il y a quelque temps, un journal que personne ne lit publiait (entre bien d'autres)\nune information inexacte : il annonçait, en effet, que M. Gaston Knosp voulait fonder\nune section française de la Société Internationale de Musique, alors qu'il s'agissait\nd'une section française exotique. Notre ami Ecorcheville, en sa qualité d'érudit, a tous\nles courages : il lit ce que personne ne lit. Cette annonce tomba donc sous ses yeux,\net il nous apporta une protestation indignée que 1 on peut lire dans notre numéro du\nier juin (p. 535}. M. Knosp n'était alors pour nous qu'un nom. Depuis il est venu nous\nvoir, et nous avons eu l'agréable surprise de trouver en lui un savant très bien informé,\nun musicien habile et sérieux. Nous l'avons aussitôt inscrit au nombre de nos colla-\nborateurs réguliers, et il nous donnera prochainement une étude, toute d'actualité,\nsur la musique au Cambodge. Nous lui laissons aujourd'hui la parole pour exposer\nses démêlés avec le journal en question. Toutes les opinions sont admises au Mercure\nMusical. On a pu se convaincre récemment qu'il était loisible d'y dire du bien de nos\nennemis, ou du mal de nos amis. On peut même y parler de personnages qui ne sont\nni nos amis ni nos ennemis ; car ils n'existent pour nous que dans la mesure où leurs\nbévues sont susceptibles d'amuser nos lecteurs. — N. D. L. R."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.29", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "ce qui est une constatation heureuse à faire chez un être fragile. Une\npetite sapèque en cuivre, exotique et timide, assistait à la rentrée triom-\nphale du Dio d'or C. M. qui n'est pas une vulgaire monnaie de singe,\ncroyez-le bien ; confondue dans les masses plébéiennes, la modeste\nsapèque se croyait inaperçue, lorsque, de sa face dorée, G. M. fascina le\npetit billon exotique. La manifestation populaire aidant, ce dernier se\nprosterna de bonne foi et participa laudativement à la fête. Le Dio d'or\nroulait de joie en roulant les badauds. Et la sapèque, la vulgaire sapèque\nen cuivre, n'entendait pas le tintement de justes reproches d'autres petits\ncuivres qui paraissaient ne plus croire à l'or du Graal ; n'osaient-ils pas\nprétendre, les impies, que la face de l'idole ne supportait pas le moindre\nfrottement sous peine de révéler son extraction toute vulgaire ? « Nous\nsommes d'honnêtes cuivres, de bon son et de bon aloi, peu nous chaut le\nDio d'or ! »\nIl advint qu'à force de se frotter au Dio d'or, la sapèque s'aperçut que ce\ngros module n'était qu'en vulgaire laiton vaguement doré, « même pas du\ncuivre ! mais un alliage innomable ! le meilleur, c'est de nous qu'il l'a pris !\nquant au reste ? Rien ! rien ! » se dit la sapèque.\nSon erreur reconnue, la monnaie exotique s'en alla se confier au chef\ndes vrais cuivres, l'héroïque Marn-Hold qui, après lui avoir fait connaître\nla loi de Mercure Apollon, lui dit : « Demets-toi de ta servitude chez les\nPhilistins qui adorent Dio d'or et t'en viens en notre libre tribune où nul\nne craint de faire sonner sa note. »\nPlus tard, les pèlerins, ayant également reconnu leur erreur, frottèrent\nsérieusement le Saint-Graal et ils virent que le Dio était en faux or ! On\nne crut dès lors plus les Montagnards, et la caravane disparut à l'horizon,\nnon sans avoir déposé au bord delà route, dans le crépuscule, tout honteux,\nle Dio d'or C. M. à côté d'autres choses.\nRestait la sapèque qui regrettait ne pas avoir de cothurne pour en oublier\nun dans le centre de gravité du Dio d'or.\nCe préambule, tout mystique pour beaucoup, doit paraître transparent à\nceux qui m'ont fait l'honneur de s'occuper du modeste projet visant la\ncréation d'une Section française exotique de la I. M. G. (Société interna-\ntionale du musique).\nVoilà longtemps que j'aurais voulu grouper en un cercle ceux qu'inté-\nresse la musique exotique ; l'échange d'observations, 1 union des pensées\naurait fait franchir un grand pas à cette branche de l'étude musicale. Je\nreçus un beau jour une lettre fort aimable de M. von Hornbostel, de Berlin,\nm'invitant à venir au congrès de Bâle développer mon projet de Société\nexotique. En réponse à un projet soumis, MM. von Hornbostel et Stumpf\nexprimaient le sage avis que la section de Paris (comme celles à créer\ndans les autres villes) aurait avantage à se joindre à une association puis-\nsante comme l'l. M. G. qui lui faciliterait l'aridité des débuts.\nPartageant, à ce moment encore, des idées dont j'ai pu me défaire heu-\nreusement, mais trop tard, je portais au C. M. un avis faisant savoir que,\ncréant la Section française exotique delà I. M. G. à Paris, je serais heureux\nde recevoir des adhésions ou même de simples avis. Il advint que cet avis\npartagea le triste sort de tout livre prêté : il fut égaré. En sa course éperdue\nà travers l'Europe, essayant, mais en vain, de joindre le très occupé direc-\nteur du C. Mmon manuscrit finit par échouer sur la côte d'Azur, ou à\nThouars ou partout ailleurs, l'ordre étant, de l'avis d aucuns, synonyme\nde vulgaire pédanterie. Je rédigeai une nouvelle communication, laquelle,\npour me récompenser de la lenteur de son aînée, parut déjà quelques"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.30", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "jours plus tard ;je fus consterné d'une telle rapidité au C. M.y surtout\nque le bureau directorial ployait sous le nombre de manuscrits réclamés\npar des auteurs désireux de paraître aussi longtemps que leurs articles\navaient un intérêt.\nMais pour être paru, l'avis de la « section exotique » ne me valut que\ndes ennuis, « Un retard dans l'envoi des épreuves, m'écrit Dio d'or, m'a\n<ç empêché de lire, avant qu'il fût imprimé, un entrefilet que vous aviez\n<( remis à M. Dio-Re » (qui ne l'a donc pas lu non plus ? c'est beau, l'admi-\nnistration au C. M. !).\n<( En le lisant, continue Dio, j'ai éprouvé la surprise la plus extraordinaire\n« et une colère légitime ! » (Les gendarmes d'Offenbach sont toujours de-\nbout !) Mais n'ai-je pas à me glorifier du fait d'avoir surpris et provoqué\nla colère d'un des hauts dignitaires de la presse musicale auquel, à ce qu'on\ndit, on ne la fait pas ? Je me console cependant depuis que je sais ce que je\nsais; en homme exotique, je songe aujourd'hui à ces pagodes rutilantes à\nl'extérieur mais dont la cour recèle un tas de choses peu attrayantes.\nMais continuons.\nJe sais gré à Dio d'or de m'avoir appris qu'il existait à Paris une section\nfrançaise de l'l. M. G. ; mais je vous dirai que je n'oserais faire aux mem-\nbres de cette association l'injure de les avoir ignorés ; je lisais assidûment\nles chroniques du président, M. Dauriac, à une époque à laquelle Dio ne\ns'occupait pas encore de musique, au grand bien, d'ailleurs, de cette der-\nnière.\nEn me nommant les membres du Bureau de l'l. M. G. à Paris, Dio m'en-\ngageait à les voir et à m'expliquer avec eux si je ne voulais pas être très\nattaqué partout.\nJe lui répondis que j'allais de suite me mettre en relation avec les per-\nsonnalités de FI. M. G. et que j'allais le mettre hors de cause, le disculper,\nquoique ce ne soit pas à moi à assumer les fautes et erreurs typographiques\ndu C. M.\nMais les meilleures intentions... bref, je reçus un billet de Dio contenant\ncette délicieuse phrase : « Je n'ai jamais eu et n'aurai jamais à me disculper\ndevant qui que ce soit », et plus loin : « Je vous défends de la façon la plus\nabsolue de vous servir de mon nom ». Que diable voulait-il que j'en fisse,\nde son nom ?Je n'ai pas besoin du nom de Dio auprès de ceux qui me\nconnaissent, car il ne me servirait de rien. J'ai l'honneur d'appartenir à\nplusieurs revues musicales dont le tirage est de io-i5.000 et n'ai cure de\nla gloire que me donneraient les 500 exemplaires du C. M. qui viennent\njeter, chaque quinzaine, une lumière bienfaisante sur le pauvre monde\nmusical.\nPar sa lettre, Dio d'or m'avertissait que tout était rompu entre nous ; il\nsut par la suite que son avis venait après le fait, car j'avais conservé la\nminute d'une lettre du mois d'avril par laquelle, écœuré, je lui offrais ma\ndémission de collaborateur. Finalement je lui fis savoir que son langage me\ndéplaisait, et que, n'étant pas son sous-ordre, je ne lui permettais point\nd'en user à son aise avec moi. Dio eut la précaution de ne pas répondre,\ncar ce n'est plus par lettre, mais de vive voix que je lui aurais fait connaître\nma façon de penser, et ce chez lui. Et si son langage m'avait déplu, je\nlui aurais rappelé la sapèque congédiant Dio d'or (voir dernier alinéa au\npréambule).\nJ'ai vu ces temps derniers M. Poirée, M. Malherbe, de l'l. M. G., qui ont\nfort bien compris l'erreur typographique du premier avis et que la rectifi-\ncation pure et simple, au numéro suivant, a pleinement éclairés. J'ai pu\nvoir que je ne courais pas le danger d'être très attaqué, malgré la pro-\nphétie du Dio d'or."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 400, "texte": "ENVOI. —■ Dio me fait savoir que l'accident contribuera peu à me donner\nde l'autorité en tant que musicographe exotique ! !\nOr voici que les Sammelbandede l'l. M. G. vont faire paraître un long\narticle de Gaston Knosp (Dio se souvient-il du n° du 3o novembre, de\nStuttgart?) et précisément sur la musique exotique qui existe, quoique Dio\nn'en connaisse rien.\n\nGaston Knosp."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.7.3", "titre_corps": "DERNIERS ACCORDS", "titre_sommaire": "DERNIERS ACCORDS", "signature_source": "Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.31", "debut_caractere": 402, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "DERNIERS ACCORDS\n\nMLLES BABAIAN. La saison des concerts est terminée, la saison des con-\ncours publics n'a pas commencé encore. Dans le silence estival, il est\ndoux de ne pas entendre la Symphonia Domestica, ni le Rêve de Gérontius,\nni même les 32 sonates de Beethoven. Mais il vaut mieux encore se réunir\nen un vaste salon majestueux et frais, dont les portes ouvrent sur un jar-\ndin aux verdures immobiles, et là, prêter l'oreille au charme d'une voix\nexpressive et pure, d'un jeu délicat et poétique... Mlles Babaïan furent, au\ndernier dimanche de la princesse de Gystria, plus douces à nos cœurs\nque n'est l'ombre ou l'eau du puits au voyageur altéré. Et l'on abusa quel-\nque peu d'elles, en redemandant sans cesse à l'une Borodine, Moussorgsky,\net Bach (mais un Bach pittoresque et coloré), à l'autre les chansons po-\npulaires grecques, harmonisées par Maurice Ravel, dont elle rend si bien\nla mélancolie ensoleillée... Tant de naturel, une grâce aisée et captivante,\nun sentiment inné du rythme, une pureté native de goût et de style, sont\ndes qualités rares, faites pour enchanter tous ceux qui ont conservé le sou-\nvenir de ce que devrait être l'art d'harmonie ; et l'on conçoit que le grand\net malheureux Carrière ait oublié ses maux à écouter les deux sœurs qui\nvenaient, fidèles, lui apporter les consolations de la musique. Ainsi se\ntrouva réalisé pour lui, par une amitié délicate, le rêve de Sully-Prud-\nhomme : Faites que f entende un feu d'harmonie !\nMUSIQUE D'ÉGLISE. Le jeudi suivant, j'entendais, au mariage de mon\nexcellent ami Ecorcheville, un peu de chanta cappella, dirigé par M. Em-\nmanuel. L'intention certes était excellente, mais pourquoi faut-il que l'orgue\nse mêle aux voix de si déplaisante façon, que les voix soient si mauvaises,\net surtout que l'exécution soit si lourde et sans accent ? Le Regina cœli\nd'Aichinger, allègre chant de joie, a été pris en mouvement d'adagio. Par\nbonheur, de plus amicales pensées nous distrayaient quelque peu de la\nmusique.\nMUSIQUE ET DANSES CAMBDOGIENNES. Féérie somptueuse, brocarts d'or\net pierreries, mitres et tiares surchargeant de jolis visages blancs et graves,\nsouplesse de lianes, mains ouvertes comme des fleurs, glissements insen-\nsibles, lentes ondulations, harmonie des gestes hiératiques et des lignes\ninfléchies, musique aux sonorités claires qui se croisent et se mêlent selon\ndes lois inconnues, j'essayerai bientôt de dire mieux votre charme. J'ai pu,\ngrâce à l'extrême obligeance et aux soins diligents de M. Dutreih, impres-\nsionner quelques rouleaux phonographiques qui ressusciteront ce rêve.\nLOUIS LALOY.\nFRANCIS PLANTÉ. Ce nom jusqu'alors n'était pour moi qu un nom,\ncelui que prononçaient nos grand'mères avec les soupirs mystérieux d une"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.32", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "admiration paradisiaque. Je n'avais jamais entendu ce héros du second\nempire et je confesse qu'il entrait un peu de méfiance irrespectueuse dans\nla curiosité qui m'a poussé, le 27 juin, au théâtre de la Gaîté, malgré trente\ndegrés à l'ombre ; je le confesse, pour ajouter à l'expression de mon émer-\nveillement l'éclat d'une amende honorable : c'est nos grand'mères qui\navaient raison !\nSans doute l'accompagnement de l'excellente mais tapageuse Garde\nrépublicaine servit mieux l'insipide tarentelle de Gottschalk, que Mozart,\nMendelssohn et même M. Camille Saint-Saëns. Mais elle n'a pu étouffer\nles mérites de M. Planté, qui, d'ailleurs, joua tout seul une douzaine de\nmorceaux de Weber, Beethoven, Schumann, Chopin, Mendelssohn, Liszt,\nBrahms, etc. Sa virtuosité est d'une perfection rare et d'une aisance char-\nmante ; imaginez un poignet d'acier qui serait en caoutchouc (je propose\ncet amalgame aux fabricants de pneumatiques pour le prochain circuit). On\nne peut rêver un toucher plus net et plus élastique, une sonorité plus déli-\ncate et plus ferme. Seul, à ma connaissance, Ferruccio Busoni, rompu par\nles exigences croissantes de l'art moderne à des performances plus trans-\ncendantes encore, apporte autant de poésie dans la technique instrumen-\ntale.\nQuant à l'interprétation de M. Planté, elle est, sinon toujours juste, du\nmoins constamment personnelle, inspirée, vivante, prime-sautière, et à ce\ntitre séduisante. Il est presque miraculeux qu'un artiste de cet âge ait con-\nservé une pareille alacrité de sentiment, cette verve, cet humour, cette\nallégresse un peu fantasque : un scherzo de Weber, la tarentelle de Chopin\nsont un pur délice sous ses doigts magiques, et il donne à Mendelssohn\nune finesse, une variété de timbres, qui pourraient le rehausser dans l'es-\ntime, trop sévère pour lui, de notre génération.\nFaut-il l'occasion exceptionnelle d'une fête charitable pour que ce mer-\nveilleux pianiste sorte de sa retraite provinciale ? Je voudrais espérer qu'il\nviendra encore, dans des conditions plus normales et plus favorables,\nnous charmer en donnant à ses cadets dans l'armée des pianistes un\nexemple dont il n'est aucun d'eux qui n'ait encore beaucoup à apprendre.\nJEAN CHANTAVOINE.\nCONCERT BREITNER. Cuirassée d'argent miroitant, Mme Felia Litvinné\nvint nous détailler les Amours du Poète avec un style d'admirable simplicité\net une voix d'éclat exceptionnel. L'accompagnateur (nommé Camille Saint-\nSaëns, si j'en crois le programme) resta discret et sobre, sauf en ce qui\nconcerne le fameux Ich grolle nicht,où il s'abandonna à des rubatos impré-\nvus et à des anticipations d'une exubérance étonnante chez un homme de\ncet âge.\nDe l'air d'Henry VIIIon ne peut que médire ; mieux vaut donc parler\ndu Caprice arabe,perlé par son auteur avec une conviction surprenante\nsinon communicative.\nEn relisant le programme, je m'aperçois que le concert était donné par\nM. Breitner. Effectivement je crois me souvenir que ce sympathique artiste\ntrouva le moyen de se glisser furtivement au piano, pendant les courts\ninstants où Mme Litvinné et M. Saint-Saëns avaient abandonné l'estrade,\net qu'il joua brillamment les Variations symphoniques du père Franck\nhonni par le compositeur de Sous la Tente, puis un Concerto de Schutt\nrelevé d'agréables traits musicaux. Mais ces deux brefs intermèdes furent\nintroduits avec tant de modestie que nul, dans l'auditoire, ne s'en s'aperçut.\n\nWilly."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.7.4", "titre_corps": "MUSIQUE DU XVIIe ET DU XVIIIe SIÈCLE", "titre_sommaire": "MUSIQUE DU XVIIe ET DU XVIIIe SIÈCLE", "signature_source": "L. de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.33", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "MUSIQUE DU XVIIe ET DU XVIIIe SIÈCLE\n\nJules Ecorcheville : Vingt suites d'orchestre du XVIIe siècle français (1640-1670).\nIn-40 raisin de iv-145 pages.\nDe Lulli à Rameau (/6go-1 j3o). L'Esthétique musicale.\nIn-40 couronne de ix-172 pages.\nParis, Marcel Fortin, éditeur, 6, Chaussée-d'Antin, 1906.\nCette fin de saison apporte à la musicographie française un intéressant\ncontingent d'ouvrages, parmi lesquels il m'est tout particulièrement\nagréable de signaler, en raison de leur importance et de leur valeur, les\ndeux thèses que M. Jules Ecorcheville a récemment soutenues en Sor-\nbonne. L'une et l'autre ne font pas seulement le plus grand honneur à\nleur auteur, elles tracent encore une voie nouvelle aux études musicolo-\ngiques ; elles marquent la nécessité qui s'impose de jour en jour davan-\ntage d'abandonner le cadre léger, le ton anecdotique et badin, le style\nd'essayiste qui caractérisaient les anciennes productions de la littérature\nmusicale. En même temps, elles montrent que Yutile dulci du poète\nest parfaitement applicable à des travaux d'érudition. Artistiquement et\nluxueusement éditées, elles procurent à l'esprit et à l'oeil un plaisir égal.\nLa science, tout en demeurant sérieuse et stricte, tient à ne décourager\npersonne, et elle se compose un visage avenant.\nDe la musique d'orchestre du xvii® siècle, nous ne connaissions jusqu'à\nprésent que les pièces conservées dans la précieuse et malheureusement\nincomplète collection Philidor ; il y avait bien à la Bibliothèque nationale\nquelques recueils contenant un certain nombre d'oeuvres des 24 violons\ndu roi ; mais tout cela, en somme, restait bien fragmentaire, bien insuffi-\nsant. En découvrant à la bibliothèque de Cassel un fonds de musique fran-\nçaise comprenant 20 Suites pour instruments à archet, M. Ecorcheville a\ndonc fait une trouvaille de la plus haute importance. Mais, si la portée\nde sa découverte est considérable, le parti qu'il en a tiré au point de vue de\nl'histoire de la Suite et des conditions de la musique d'orchestre aux envi-\nrons de i 650, ne l'est pas moins. Grâce au savant commentaire historique\net technique dont Ms Ecorcheville a entouré sa publication du manuscrit\nde Cassel, toute une page demeurée dans l'ombre de la musique française\ns'éclaire et se laisse lire. Aux travaux des Thoinan et des Jal s'ajoutent\nde nouvelles et abondantes informations. Nous étions fort mal renseignés\nsur une foule de musiciens du xvii® siècle que l'astre lulliste avait éclipsés.\nQue savions-nous de Belleville, de Jacques Cordier dit Bocan, des Pinel, de\nce Lazzarini dont Mersenne nous entretient trop brièvement, de Verdier,\ndes Bruslard et des Mazuel, violoneux tant soit peu falots dont de loin en\nloin on déchiffrait péniblement les noms sur quelque grimoire de douteuse\ncalligraphie ? Rien ou presque rien. Guillaume Dumanoir, le fameux\n« Roi des violons », avait été étudié d'un peu plus près ; mais que de lacunes\nencore dans la biographie de ce potentat musical ! Ces lacunes, M. Ecor-\ncheville les a, en grande partie, comblées, et les chercheurs seuls savent ce\nqu'il faut de patience avisée, d'ingéniosité et d'esprit critique pour mener à\nbien un pareil travail.\nA l'étude biographique des auteurs des pièces du manuscrit de Cassel,\nM. Ecorcheville a joint d'intéressantes considérations relatives au milieu\ndans lequel s'exécutaient ces pièces, et au rôle social joué par la musique\nvers i 650. Nous voyons, au cours du chapitre 111 de son livre, comment la\nmusique de danse s'idéalise petit à petit, délaisse peu à peu sa fonction\nchorégraphique pour ne retenir qu'une fonction musicale, comment les\nairs de danse finissent par n'être plus appréciés que symphoniquement, le"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.34", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3967, "texte": "bal mondain se simplifiant au fur et à mesure que le ballet dansé par des\nprofessionnels se développe, comment ces airs se groupent en Suites dont les\nallemandes, les courantes,les sarabandes deviendront les éléments essentiels.\n[.'auteur analyse ensuite la rythmique si variée des airs de danse et four-\nnit sur cette matière délicate des précisions que ne donnaient ni l'Orchéso-\ngraphie de Jehan Tabourot, ni le Maître à danser de Jean Rameau, ni les\nChorégraphies de Feuillet; et nous voyons ainsi défiler avec leurs gestes,\ntantôt décidés, tantôt irrésolus, la subtile courante, les bransles plus\nmodestes, les gavottes si goûtées, les gracieux passe-pieds. Nos vieux\nmusiciens s'efforçaient de varier la ligne mélodique de tous ces thèmes\nchorégraphiques ; ils leur appliquaient le système des diminutions pour\nles broder et les amenuiser, ils les utilisaient dans l'établissement d'une\narchitecture polyphonique un peu incertaine et fragile que rehaussait de\nplace en place l'acidité d'harmonies imprévues, qui sont à la fois les pointes\net les maladresses de cette littérature.\nM. Ecorcheville étudie ensuite la famille instrumentale à laquelle on\nconfiait la réalisation des Suites ; ici, nous pénétrons dans la lutherie de la\n« Bande des 24 violons » et nous nous initions à la hiérarchie des registres,\nà l'échelonnement des dessus,.hautes-contre, tailles, quintes et basses.\nEnfin, une réduction pour le piano des 20 compositions ainsi passées en\nrevue vient compléter de la façon la plus heureuse ce remarquable travail,\nen permettant à tous les amateurs de musique ancienne de prendre direc-\ntement connaissance des œuvres que les violons de la chambre exécutaient\ndevant le souverain. Trois belles reproductions de gravures de Bonnard\nreprésentant un concert et des danses illustrent le volume avec une saveur\nparticulière.\nDans sa seconde thèse, M. Ecorcheville s'est proposé de diriger ses\ninvestigations à travers une période de notre histoire musicale dont l'esthé-\ntique n'avait pas encore été discutée de près, à travers la période qui sé-\npare la mort de Lulli de l'apparition de Rameau. C'est là une époque de\ntransition, encore dominée par la mentalité du grand siècle, mais pénétrée\ndéjà des courants d'idées qui vont grossir à partir de iySo, Comme toutes\nles périodes de transition, elle offre donc un intérêt très vif à l'observateur.\nPour la première fois, la pensée française se trouve en face du phénomène\nmusical ; de ce phénomène, la critique va chercher à s'emparer, et elle\néchafaudera à ce propos une thèse que le livre de M. Ecorcheville expose\navec ampleur. Il y a dans ce livre deux choses : la constatation d'un fait\net les conséquences que l'auteur en tire.\nLe fait, dont l'évidence s'impose au jour d'une documentation aussi\nabondante que précise, est celui-ci : L'esthétique musicale française dès le\ncommencement du xviii 6 siècle se fonde essentiellement et presque exclu-\nsivement sur la Raison ; c'est au moyen du critérium de la Raison qu'elle\njugera les œuvres musicales. Toute musique, pour être agréée à ses yeux,\n« devra avoir un sens », devra être raisonnable. Et alors apparaît le dogme\nde l'imitation de la Nature que Rameau et Gluck reprendront plus tard\npour leur compte. Dès que les sons ne sont plus u signes » de quelque\nchose, on les repousse comme inutiles et vains ; la musique doit « imiter\nles sentiments » et préciser nos représentations. M. Ecorcheville cite à ce\npropos des passages bien curieux de Lecerf de la Vieville, de ce lucide\nabbé Pluche, dont le Spectacle de la Nature constitue une manière\nde Somme des idées françaises de 1730, de l'abbé Dubos, de\nCartaud de la Villatte, du Père André, d'Houdard de la Motte, de Rague-\nnet. Il montre l'hostilité des moralistes et de l'Eglise à l'égard de l'opéra,\nhostilité qui, en ce qui concerne l'Eglise, relève en vérité plus de la menta-\nlité chrétienne et catholique que de la mentalité française proprement dite;"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.35", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3795, "texte": "11 signale l'animosité que manifestent les littérateurs contre l'adjonction de\nla sonorité au langage verbal, animosité qui s'étend même à la poésie cor-\nruptrice de la raison ; il fait voir que la fameuse et interminable querelle\nqui met aux prises la musique française et la musique italienne se résume\nen un conflit entre l'oreille et la raison, en une limitation, du côté français,\ndes droits de l'oreille. Notre esthétique déclare avec une netteté parfaite\nque la musique doit tendre vers une fin, vers une utilité, et que les charmes\nde l'oreille sont déraisonnables, lorsque cette fin n'existe pas.\nLa conclusion que M. Ecorcheville tire de tout ceci, c'est que l'esthétique\nfrançaise de 1690 à 1780 révèle un état d'esprit hostile au phénomène mu-\nsical proprement dit, un état d'esprit impropre à favoriser la jouissance\nmusicale, parce que cette jouissance ne relève pas de la pure raison et\nqu'elle ne suscite pas forcément en nous une activité psychologique repré-\nsentative.\nPeut-être conviendrait-il d'observer qu'il y a lieu ici de distinguer le\nphénomène sonore du phénomène musical, celui-ci étant un phénomène\nsonore organisé. D'ailleurs, en se plaçant sur le terrain de la pure sono-\nrité, les expériences de Wundt, annoncées en quelque sorte par Lecerf\ndans sa célèbre Comparaison, prouvent que le phénomène sonore s'ac-\ncompagne chez nous de représentations plus ou moins précises. Dès que\nce phénomène s'organise et devient une cc musique », la perception du\nrythme et de la ligne mélodique exige la participation de l'intellect, de\nsorte que le critérium rationnel des Français de 1730 n'est pas si intransi-\ngeant et si inefficace qu'il le paraît. De nos jours, ne découvre-t-on pas\ndans la musique pure, dans la musique de Bach, par exemple, tout un lan-\ngage, tout un système parfaitement représentatif? Nous dirions même que\nc'est précisément à l'égard de cette musique pure, que le rôle de l'enten-\ndement dans la jouissance esthétique apparaît plus impérieux, car à quoi\nbon organiser logiquement, d'après des lois rationnelles, une sonate ou\nune symphonie, si la mise en action de l'intellect est proclamée non seu-\nlement inutile, mais encore nuisible à l'éveil du plaisir qu'on devra ressen-\ntir à l'audition de cette composition ? N'y a-t-il pas là une contradiction ?\nLes compositeurs du XVIII0 siècle, dans les dédicaces qu'ils adressaient à\nleurs protecteurs, ne manquaient pas, du reste, d'employer, pour qualifier\nleurs œuvres, le mot « divertissement». Ils déclaraient presque tous qu'ils\nvoulaient « divertir » leurs Mécènes ; or cette conception de la musique-\ndivertissement n'est pas si éloignée qu'on serait tenté de le croire de celle\nde Schopenhauer, qui rattache l'impression causée par la musique à l'ex-\ntase, au rêve. En s'efforçant de divertir les auditeurs, nos musiciens ne\ncherchaient en effet qu'à les étourdir, à les libérer de leurs préoccupations\nhabituelles, en un mot, à les désindividualiser.\nMais nous arrêtons ici les réflexions que nous suggère le savant travail\nde M. Ecorcheville. On voit qu'il ne soulève rien moins que le redoutable\net obscur problème de l'expression musicale.\nL. DE LA LAURENCIE.\nLES MUSICIENS CÉLÈBRES. Gluck, par Jean d'Udine. Biographie critique, illustrée de\n12 représentations hors texte, in-8# de 128 pages. Paris, Henri Laurens, éditeur, 1906.\nLa littérature gluckiste est assez peu représentée en France, et jusqu'à\nce jour le solide ouvrage de M. Desnoiresterres était, pour ainsi dire, le\nseul livre paru dans notre langue sur l'auteur des deux Voici\nque l'intéressante collection Laurens vient d'enrichir cette littérature d'un\nvolume dû à la plume subtile de M. Jean d'Udine. Pour qui connaît l'es-\nprit averti et chercheur de notre confrère et ami, la publication de son"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.36", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "Gluck ne peut apporter au culte gluckiste qu'un encens rare et choisi. C'est\ndire tout l'attrait et le charme qui se dégagent de la lecture de ses pages.\nLe cadre des publications consacrées par la maison Laurens aux « Musi-\nciens célèbres » ne comporte point un vaste étalage d'érudition ; aussi bien\nne faut-il pas en chercher dans le livre de Jean d'Udine ;ce qu'il faut y\nchercher, c'est une compréhension vive et profonde de l'œuvre du réforma-\nteur de l'opéra français, c'est une synthèse aussi ramassée qu'élégante de\nce que l'on sait sur ce grand musicien dramatique, jointe à une foule d'a-\nperçus originaux, de remarques ingénieuses qui mettent au point, avec une\nsûreté étonnante, les conquêtes réalisées par Gluck dans le domaine de\nl'art lyrique.\nAvec la langue souple qui lui est familière, Jean d'Udine nous trace un\nvivant portrait du chantre d'Orphée, et s'attache à marquer, outre les pré-\ncédents de la tragédie musicale, depuis le xvne siècle italien jusqu'à\nRameau, les diverses conditions qui influencèrent la carrière du Chevalier,\nson enfance forestière et errante, son sentiment si pénétrant de la nature,\nses prédilections-grecques et françaises. Sans nul doute, c'est en grande\npartie grâce aux suggestions dont l'entourèrent le comte Durazzo et Favart\nque Gluck, en écrivant des opéras comiques sur des paroles françaises, en\ncomposant des romances et des lieder, prépara sa propre évolution et\nplanta les premiers jalons de sa réforme esthétique ; il envisageait ainsi\nl'avènement d'un art moins complexe et moins empesé, plus simple et plus\nnaturel que celui qui présidait aux destinées de l'opéra classique français.\nJean d'Udine rend compte de façon nouvelle et ingénieuse du pouvoir\nexpressif que recèle le drame gluckiste, en analysant les divers types mélo-\ndiques dont le Chevalier fit usage, et montre que l'air n'est que le dévelop-\npement lyrique du récitatif, lorsqu'il importe de soulever l'émotion et de\nla magnifier.\nBien intéressantes aussi sont les considérations relatives à l'évolution\ndes principes gluckistes au sein des écoles modernes et contemporaines.\nOn ne pouvait parler avec plus de grâce et d'eurythmie de l'artiste harmo-\nnieux qui écrivit Alceste.\n\nL. de la Laurencie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.7.5", "titre_corps": "MUSIQUE DU XIXe ET DU XXe SIÈCLE", "titre_sommaire": "MUSIQUE DU XIXe ET DU XXe SIÈCLE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.36", "debut_caractere": 2262, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "MUSIQUE DU XIXe ET DU XXe SIÈCLE\nThe Musiclovers' Calendar (L'Almanach des Amateurs). Boston, 37, Saint-Botolph Street. Paris,\nbureaux du Mercure Musical, 2, rue de Louvois.\nCette luxueuse publication annuelle témoigne du goût croissant, et de\nplus en plus éclairé, des Américains du Nord pour la musique. Le temps\nn'est plus où M. Victor Herbert entendait monter delà salle des murmures\nde surprise à l'apparition de son violoncelle, qu'on prenait pour tout autre\nchose qu'un instrument de musique. Il n'y a pas de petite ville des Etats-\nUnis ou du Canada où l'on ne soit sûr de rencontrer un groupe d'ama-\nteurs, et souvent un orchestre. C'est M. Victor Herbert lui-même qui nous\ndonne ces détails, en une page fort intéressante sur Y Armée américaine des\nAmateurs. La seule infériorité de l'Amérique, à l'en croire, serait que les\nprotecteurs des arts y font défaut : on n'y rencontre, même parmi les mil-\nliardaires, ni un Louis de Bavière, ni un Prince Esterhazy. Mais ce temps\nviendra sans doute : après avoir comblé les universités, îe flot des dollars\nfera sortir de terre théâtres et salies de concert. Déjà l'Amérique a une"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.37", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "école de compositeurs ; deux écoles même : les classiques et les roman-\ntiques, les conservateurs et les novateurs. On trouvera à la fin du\nvers'Calendard'intéressantes biographies, accompagnées de photographies\net d'exemples musicaux, sur les principaux représentants de ces deux\nécoles : Foote, Farwell, Mac Dowell, Chadwick. Celui de tous pour lequel\nje me sens le plus de sympathie est certainement Farwell, qui cherche à\ncréer une musique vraiment américaine, et pour cela fait appel à toutes les\nressources du sol, en commençant par les mélodies des habitants primitifs.\nIl ya là une tentative fort intéressante, analogue à celle des musiciens\nrusses au xixe siècle, et à laquelle je souhaite le même succès. Je voudrais\nbien connaître les Mélodies américaines de M. Farwell, ou son\nrapsodie pour piano.\nOn voit qu'il y a beaucoup à apprendre dans le\nOn y trouvera en outre des comptes rendus très complets sur la saison\nécoulée (1905) à New-York (H.-E. Krehbiel), Londres (E.-A. Baughan),\nParis (Louis Laloy), Berlin (J.-C. Lusztig), Dresde (Albert Noll), Milan\n(Aldo Franchetti) ; des articles variés de Laurence Gilman, Victor Herbert,\nE.-A. Baughan, dix-huit fort beaux portraits (Claude Debussy, Julius\nRontgen, Vincent d'lndy, Arthur Foote, André Messager, etc.); et une\nbibliographie des publications récentes. Le est\nimprimé en deux couleurs, avec une précision qui fait le plus grand honneur\nà la typographie américaine; je ne dis pas que certaines maisons françaises\nne fussent capables d'un soin égal, mais le prix alors dépasserait de beau-\ncoup un demi-dollar (2 fr. 5o).\nLouis LALOY.\nJ,_GR. Prod'homme : Les neuf Symphonies de Beethoven. Paris, Delagrave.\nM. J.-G. Prod'homme, trouvant, avec quelque raison, que nous étions, en\nFrance, dépourvus de livres sur Beethoven, vient de nous donner en 481\npages une étude sur les dix symphonies (dont neuf réellement écrites) du\nmaître de Bonn. Craignant que son nom seul n'attirât point la foule, il\ndemanda à M. Colonne une préface. Celui-ci ne crut point devoir la refuser,\net nous sommes heureux de citer dans son intégrité ce morceau de haute\nlittérature après lequel tout éloge, comme toute critique, seraient superflus.\nNotons cependant qu'à la page 244, au milieu des esquisses de la Pastorale,\nse trouve un chant populaire slave, recueilli pai le professeur Kuhac\nd'Agram et dont Beethoven se serait peut-être inspiré, qui rappelle singu-\nlièrement le début de la Kraquette, succédané de la Mattchiche, que perpétra\njyj j Clerice oour la plus grande jouissance des Montmartroises. IVlais lais-\nsons parler M. Colonne :\nEll me demandant d'ajouter, sous coul\nbel ouvrage, M. J.-G. Prod'homme me fait autant d'honneur qu'il me cause\nd'embarras. S'il suppose que mon opinio\nprit du lecteur, j'ai, moi, le regret de lui dire que je n'en crois rien.\nQuand il s'agit de porter un jugement sur les grands hommes, on ne prend\nouère l'avis du voisin ; chacun tient àsa manière de von, et, volontieis, la\nproclame excellente. ...\nPuis enfin, pour présenter un livre\nde quelque autorité littéraire, et mon\nparfois l'apparente image, se mesure\nsité de mon orchestre. . ,\nToutefois, puisque l'occasion m'en est offerte, je ne puis résister a dire la\njoie émue, la tendresse profonde, l'admi"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.38", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "humble et pieux fidèle, devant Beethoven, ce maître suprême, le plus grand\npeut-être parmi les Dieux qui peuplent l'Olympe musical.\nBien jeune encore, j'ai sacrifié sur son autel, son culte a été la religion\nde toute ma vie.\nMes ennemis [qui peut se flatter de n'en pas avoir ?) ont bien voulu,\npendant un temps, me concéder, avec un certain tempérament qu'ils qualifient\nde romantique, le don d'animer l'œuvre que je dirige, de la peindre avec des\ncouleurs brillantes, d'en exprimer avec chaleur la passion douce ou violente,\nde vibrer, en un mot. Mais, en me faisant cette concession pour essayer de\nme confiner dans un genre et limiter mon domaine, ils avaient oublié de re-\ngarder en arrière, car je ne suis arrivé à la compréhension de la musique\nromantique que par une étude approfondie de la musique classique.\nJ'ai connu Beethoven avant Berlioz, la Pastorale avant la Fantastique#\nN'allez pas en conclure que je prétends m'attribuer un brevet de supériorité'■\nencore moins d'infaillibilité !\nD'autres ont étudié Beethoven ; ils y ont peut-être vu ce que je n'avais pas\ntrouvé, peut-être aussi y ai-je trouvé ce qu'ils n'avaient pas vu.\nAu surplus, il n'y a pas qu'une façon de dire un beau vers.\nC'est le propre de la beauté que de pouvoir, sous des aspects divers, rester\nla beauté quand même. A ce signe certain, on reconnaît les neuf filles de\nBeethoven, les neuf muses qu'enfanta son génie ; elles sont immortelles, et\ngardent, en leur qualité de déesses, le prestige merveilleux d'une jeunesse\néternelle.\nVoilà pourquoi un livre tel que celui de M. J.-G. Prod*homme est un ouvrage\nutile. Cette histoire est un flambeau qui nous éclaire et nous permet de mieux\ncomprendre Beethoven, en nous le faisant mieux connaître. Plus on\npénètre sa vie, plus 011 admire son œuvre.\nGloire à lui sur la terre ! Les peuples prêtent l'oreille ; les historiens pro-\nclament sa puissance ; les interprètes répandent sa doctrine ; le monde obéit\nà sa voix ; se hausser jusqu'à lui c'est devenir plus grand.\nED. COLONNE.\nLe roi David lui-même ne parlait pas un plus magnifique langage; mais\nil se rendait justice avec moins d'ampleur.\nCH. CHAMBELLAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.7.6", "titre_corps": "LA MUSIQUE A BERLIN", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A BERLIN", "signature_source": "L. Ponnelle", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.38", "debut_caractere": 2178, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "LA MUSIQUE A BERLIN\n\nSi l'on jette un coup d'œil rétrospectif sur l'ensemble de la dernière\nsaison, la réputation de Berlin, métropole musicale, ne semblera point trop\nsurfaite.. Les salles de concert sont nombreuses et vastes. J'en compte\nplus de huit, dont trois pourvues de grandes orgues. Il y a profusion de\nCapellmeister, de virtuoses et de Gesangvereine, surabondance de concerts.\nL'intensité de la vie musicale est unique, extraordinaire, Unique, car il\ny est donné de vivre la musique de son temps au fur et à mesure qu'elle\nse constitue. Des souffles nouveaux y parviennent qui mettent bien du\ntemps à atteindre telle autre capitale. L'épidémie des festivals-rengaines\nne sévit point ici. Les trésors du maître de Bonn ne sont pas livrés àun\npillage méthodique. Wagner n'y est pas mis en coupe réglée. On n'encourt\npas le risque de subir périodiquement, et comme par hasard, la sempiter-\nnelle Damnation de Faust.Une nouvelle génération travaille àla diffusion"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.39", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 3889, "texte": "de la musique moderne, au refoulement du poncif académique. Débordés,\nles doctes « Professoren » de la Kœnigliche Hochschule interviennent de\nleur personne pour barrer la route aux mauvaises doctrines. Leur défense\nest faible. Ils brandissent Mendelssohn, Brahms. A l'Ecole des Hautes\nEtudes musicales de Berlin, institution royale, en l'an de grâce 1906,\nde graves personnages ne savent encore rien d'un certain musicien du\nnom de César Franck ! Tout en eux contredit le présent. Leur zèle\naveugle, exclusif, étroit, n'a plus de force conservatrice, et l'instinct mo-\nderne conquiert le terrain.\nEn Félix Weingartner, je vois aussi un « atta?~dé » de marque. Sous sa\ndirection, les concerts de la Chapelle Royale ne s'émancipent guère de la\nroutine des programmes consacrés. La lumière nouvelle qui se fit en lui\ntout récemment (ne vient-il pas de découvrir Johannes Brahms ?) l'aveugla\nsi vivement qu'il ne lui fallut rien moins que l'espoir de la conquête de\nsuccès tapageurs en notre bon Paris pour lui révéler l'existence de la\nSymphonie française (Cf. un petit opuscule de ce même M. Weingartner\nsur la symphonie après Beethoven). Et le bouillant chef d'orchestre d'ins-\ncrire bravement en tête de son le Pi~élude à VAvises-Midi\nd'un Faune, de Claude Debussy. Sur ce beau geste, Weingartner nous quit-\ntait à jamais. Il a renoncé glorieusement à sa brillante carrière. Sa démis-\nsion n'est plus un simple « bluff » renouvelé de l'an passé. Elle est offi-\ncielle. Weingartner ne reviendra pas sur sa décision, torturé qu'il est par\nd'autres ambitions. Si le capellmeister se retire..., le compositeur nous\nreste. 11 paraîtrait même que ce dernier sera plus fécond que jamais.\nPuisse l'inspiration qu'il chercha vainement au cours de ses bruyantes\ntournées jaillir du calme de la retraite, c'est le vœu que je forme pour lui-\nmême, stoïque abdicateur de fonctions qu'il illustra de tout son grand\ntalent, et pour nous que sa retraite attristerait doublement si le génial\nDirigent disparaissait au seul profit du compositeur que nous connaissons,\nhélas î déjà trop.\nJe passe aux novateurs, à cette poignée d'artistes sincères qui portent\navec eux quelques lueurs de musique nouvelle. Les noms de Richard\nStrauss, Ferruccio Busoni,Arthur Nikisch, Oskar Fried, Cari Muck, Alexan-\ndre Birnbaum, E. N. von Reznicek, Bernard Stavenhagen, se détachent au\npremier plan. Ce sont les modificateurs influents du mouvement rétro-\ngrade. Sans répudier les classiques, toujours présents et vénérés, sans\nrejeter les œuvres anciennes que le génie a revêtues d'éternité, ils débrouil-\nlent avec ardeur la production vigoureuse et touffue de l'Ecole moderne.\nD'aucuns n'innovent pas toujours avec discernement et choix. Trop sou-\nvent ils se perdent, à la suite d'un Max Reger quelconque, dans les plus\nnoires fondrières de l'Art allemand. N'importe, j'applaudis dès maintenant\nà leurs efforts et reviendrai plus loin sur la critique de ces tentatives.\nA vrai dire, deux grands courants traversent le mouvement artistique\nde Berlin. L'un part de Richard Strauss, l'autre de Ferruccio Busoni, car\nl'illustre pianiste est à la fois capellmeister et compositeur, chef d'école et\nnovateur en tous sens. Au fond, ces deux tendances, quelque différentes\nqu'elles soient par la forme extérieure, procèdent de la même conception\nmoderne de la musique.\nDe Richard Strauss il ne me reste rien à apprendre qu'on ne sache.\nC'est un combattif qui se dépense sans compter pour la plus grande gloire\nde l'art moderne dont il est le champion le plus en vue. Son influence est\nénorme. Elle se mesure à la puissance de son œuvre. Ses fonctions absor-\nbantes de Capellmeister à l'Opéra Royal, jointes au labeur incessant de la\ncomposition, aux fatigues que lui imposèrent les répétitions et la mise en\nscène de Salomé, ne lui permirent qu'une courte apparition au pupitre de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.40", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3168, "texte": "la Sing-Académie et à la Beethoven-Saal. En ces deux soirées, Strauss\ndirigea trois œuvres inédites : la Vilanelle du Diable, vaste composition\nsymphonique de Ch.-M. Lœffler, le Concerto de violon de Jean Sibelius, un\nConcerto de piano du comte de Hochberg.\nLa renommée de Ferruccio Busoni, en tant que virtuose, a gagné les\ndeux mondes. On l'acclame de New-York à Paris et à Londres. Busoni\npasse à juste titre pour le pianiste le plus brillant et le plus complet de\nl'époque. L'étendue de sa technique est prodigieuse. Elle représente lepoint\nculminant de l'étude du piano. Le style et les sonorités restent inégalés.\nLa noblesse de l'interprétation décèle un de ces grands esprits comme il\nne s'en est pas rencontré depuis Liszt. Elle s'élève à la hauteur d'une\ncréation. J'en prends à témoin les auditeurs enthousiastes des récitals\nBeethoven-Liszt-Chopin qu'il donna cet hiver. Busoni fonde son art sur\ndés émotions de poète et d'artiste. Il triomphe par un prestige qui éblouit\nl'imagination et l'oreille, par des accents qui touchent profondément le cœur.\nHéritier de Liszt par le génie, Busoni participe aussi de la grandeur\nd'âme et de la bonté proverbiale du vieux maître. Par la générosité de sa\nnature, par son absolu désintéressement, il s'impose à l'admiration de tous.\nChef d'orchestre, Busoni s'applique à défendre et à propager au milieu\nd'un public docile aux admirations conventionnelles les productions de\nla jeune école. Ses préférences vont à celles qui n'ont pas encore été\njouées. Il recueille en même temps les chefs-d'œuvre du passé tombés pré-\nmaturément dans un injuste oubli. Tel estle but qu'il poursuit, depuis trois\nans, avec une persévérance inlassable, en des Orchester-Ahende fondés de\nses propres deniers. Ce sont les Français qui bénéficient le plus largement\nde son initiative dévouée. Qu'on en juge. Je transcris au hasard des pro-\ngrammes quelques-unes des œuvres dirigées par Busoni :\nGuy Ropartz. Pêcheurs d'lslande.\nSaint-Saëns. Ouverture des Barbares.\nTh Ysaye. Concerto pour piano.\nDelius. Paris, tableau musical,\nVincent d'lndy. L'Etranger (Prélude du 2e acte).\nSuite française.\nClaude Debussy. Prélude à F Après-Midi d'un Faune.\nNocturnes.\nAlbéric Magnard. 3e Symphonie.\nEugène Ysaye. Poème élégiaque.\nPaul Belune. 3e Symphonie.\nCésar Franck. Le Chasseur maudit.\n• Les Djinns.\nPrélude, Choral et. Fugue, orchestration de Gabriel\nPierné.\nHector Berlioz. Les Nuits d'Eté (Mm« Ida Ekman).\nMarche troyenne.\nBusoni conduit l'orchestre avec une rare autorité. Il a la sobriété du\ngeste, le mépris des effets faciles et vulgaires. Ses indications sont ner-\nveuses, rapides et sûres. Il obtient tout ce qu'il veut de ses musiciens sans\nle renfort d'une gesticulation bouffonne. L'interprétation reste expressive\net vivante.\nDans l'héritage de Liszt, Busoni recueillit encore le don de la compo-\nsition» Son instinct créateur s'affirme en une série de pièces instrumen-\ntales d'un accent très personnel, d'une structure achevée. Il a la fécondité,\nle labeur acharné ! Bien qu'il se concentre, au lieu de se diluer, ses œuvres\nsymphoniques s'ordonnent en de vastes proportions. Elles sont de dimen-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.41", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "sion considérable. On ne lui reprochera pas d'avoir peu produit. Son\nTurandot porte l'inscription op. 41. Chez Busoni, la puissance d'invention\nse révéla de bonne heure. Il n'avait pas encore franchi le seuil de l'adoles-\ncence que les notables de Bologne le nommaient membre de Y Accademia\nFilarmonica, C'était en mai 1882. Il avait i 5 ans. En l'élevant à cette di-\ngnité, le président d'alors, Frederico Parisini. rappelait au jeune artiste\nqu'en cette même enceinte un autre enfant prodige, l'immortel Mozart,\nl'avait précédé dans cet honneur: «Vi sovvenga, o giovanetto artista, che\nnella sala in cui avete entusiasmato un eletto auditorio col vostro suono\ned in cui avete composto i pezzi per l'esame di maestro, ivi pure, in tenera\netà, diede il suo esperimento Pimmortale Mozart per ottenere in quest'\nAccademia il grado stesso che voi pure avete conseguito : cio vi serva di\nsprone e di conforto a proseguire nell' intrapesa carriera che dovrà gui-\ndarvialla ceiebrita » (1). À Leipzig, en 1886, Busoni écrivait un Opéra fan-\ntastique, d'après un texte de Frieda Schanz, une Suite symphonique, un\nQuatuor pour instruments à cordes. En 1889, 1111 Concerto pour piano et or-\nchestre, sa ire Sonate pour violon et piano, lui faisaient décerner, àla suite\nd'un brillant concours, le prix Rubinstein. Et cependant, en France, le\npublic l'ignore. Les grandes compositions de la maturité passent inaperçues\nde nos directeurs de concert, alors qu'à Berlin, à Vienne, à Boston, à\nVarsovie, à Bologne, à Amsterdam, à Londres, elles figurent au répertoire\ndes grandes associations philharmoniques. Elles soulèvent les plus vifs\nenthousiasmes comme aussi bien les plus âpres discussions. Leurs qualités\nles plus hautes les livrent d'office aux fureurs des tardigrades amateurs du\nbalourd allemand. Au reste, Busoni ne connaît pas l'art d'imposer brutale-\nment son génie, de le présenter en un beau jour au moyen d'une réclame\ntapageuse. Et pourtant son incessante création pourrait écraser à la fois le\npublic et les vanités rivales. Elle occupe toutes les avenues de la musique\ninstrumentale. Elle s'étend à tous les genres : à titre d'exemple, voici quel-\nques-unes de ses plus récentes compositions :\nScènes de ballet pour piano.\nVariations et fugue en forme libre sur un prélude de Chopin en ut mineur.\nDeuxième quatuor pour 2 violons, alto et violoncelle.\nConcerto pour piano et orchestre.\nPoème symphonique, pour grand orchestre.\n4e Scène de ballet, en forme de valse, pour piano.\nJeux d'enfants, suite symphonique.\nConcerto pour violon et orchestre.\n2e Sonate pour violon et piano.\nLustspiel, ouverture pour grand orchestre.\nLes Harnachés, iro suite pour grand orchestre.\n2e suite\nConcerto pour piano, orchestre et chœur d'hommes.\nTurandot, musique de scène.\nsuite pour grand orchestre et chœur de femmes.\nAux productions originales s'ajoutent un nombre considérable de trans-\ncriptions et d'arrangements. Busoni a traduit en particulier d'une façon\nremarquable la musique d'orgue de J.-S. Bach. Les Toccatas, les Choral-\n\n(i) Bologna, Arch. R. Accademia Filarmonica. Busta corrispondenza del'anno 1882.\nProt. n. 96, Tit. 11. Aux archives on conserve jalousement la fugue à 4 voix et à 2 su-\njets que Busoni composa à l'Académie même le 27 mars 1882."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.42", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3969, "texte": "vorspiele, les Préludes et Fugues sont géni'alement incorporés au piano, et\nce n'est pas là son plus mince titre de gloire.\nL'œuvre de Busoni est éminemment personnelle. Assurément, il n'est\npas malaisé de saisir les influences qui se sont imposées à lui, depuis\nBach jusqu'à César Franck. Nul plus que lui n'est imbu de la beauté clas-\nsique et nul n'a mieux senti dans l'étude des anciens maîtres tout le prix\nqu'il faut attacher à la force technique, à la perfection de la forme. A l'étu-\ndier de près, on s'aperçoit qu'il a choisi librement ses moyens, que le ca-\nractère de son œuvre vient de lui-même : elle n'a pas été façonnée du dehors,\nelle s'est organisée intérieurement. Elle a ses origines dans les sugges-\ntions de sa personnalité. A l'art moderne il faut une inspiration moderne.\nIl faut, tout en édifiant des constructions sonores plastiquement belles,\nécarter les anciennes règles qui ne sont plus que mécanisme, rechercher\navant tout la vérité de l'expression, l'intensité de l'impression, ouvrir en\npassant toutes les sources du lyrisme et de l'harmonie. Voilà quelques-\nunes des divinations supérieures qui placent l'œuvre symphonique de\nBusoni au premier rang des compositions modernes.\nSa facture est magistrale. Tout s'équilibre et l'on sent partout une vo-\nlonté consciente qui a déterminé les relations et les proportions des par-\nties. Il adopte les formes simples, pleines, solides, expressives qui mettent\nl'imagination à l'aise et se prêtent à revêtir une beauté supérieure. Il crée\ndes rythmes agiles, larges, pittoresques, significatifs. Les thèmes, amplement\nétablis, sortent en pleine lumière. La direction de l'inspiration n'échappe\njamais au cœur. La source en est placée dans le sentiment et non point à\nl'esprit. L'invention mélodique est rigoureusement personnelle, abondante\net riche. Dans le maniement des couleurs de l'orchestre, Busoni possède\nl'une des plus riches palettes dont musicien ait usé. Son talent d'orchestra-\ntion est de tout premier ordre. Il affectionne les timbres rares, les sonori-\ntés inconnues. L'agrégation mélodique donne la sensation du nouveau, de\nl'inentendu. Malgré cela, il n'a pas l'effet prétentieux ou brutal pour\nahurir le bourgeois. Sa frappe harmonique lui appartient en propre. Il se\ndémène avec une aisance merveilleuse au milieu des combinaisons théma-\ntiques les plus audacieuses. Aucune hardiesse technique ne l'effraie. On a\ntort de lui jeter toujours à la tête la complexité de sa polyphonie. Qu'il\ns'agisse de la conception ou de l'exécution, il hait l'extravagant et l'inin-\ntelligible. Il veut que l'on soit clair, en n'étant pas commun ni vulgaire, et\ndéjà la limpidité et la noblesse de son style, la force de sa technique assu-\nrent à ses œuvres une perfection qui les fera durer.\nLa 2* Sonate pour violon et piano, op. 36*, est l'admirable monument d'une\ninspiration sereine et soutenue, d'un sentiment puissant. L'expression\ns'enlève et acquiert une plénitude incomparable. La mélodie s'élargit en\nsymbole de l'infini. On y saisit la disposition fondamentale de l'âme du\nmaître, cette sorte de rêverie contemplative dans laquelle germe toute son\nœuvre. La 2e sonate n'est pas coulée dans le moule traditionnel. Elle s'af-\nfranchit des divisions préconçues ou arbitraires pour ne suivre que la mar-\nche de sentiment. Elle s'enchaîne d'un seul tenant. Elle est d'une parfaite\nunité organique. L'architecture musicale repose tout entière sur les variations\nmultiples de 4 à 5 thèmes qui, pris en eux-mêmes, sont d'une élévation\nquasi surnaturelle.\nBusoni vise au grand, au sublime. Il y atteint presque toujours. L'exé-\ncution ne trahit pas la conception. Avec le Concerto pour piano, orchestre\net chœur d'hommes (op. 89), nous nous trouvons en face d'une véritable\népopée sonore. On reste stupéfié devant le gigantesque des proportions\n(5 parties : Prologo e Introito,\nliana— Cantico)r la nouveauté et la solidité de la structure, le souffle gran-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.43", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 4077, "texte": "diose qui anime le tout. Ce concerto, à proprement parler, n'en est pas un,\nau sens que nous sommes accoutumés d'attacher à ce mot. Ce n'est pas un\nmorceau destiné à faire valoir la virtuosité de l'exécutant. Le piano inter-\nvient ici comme une force accrue de l'orchestre. Il enrichit la symphonie\nd'une voix nouvelle dont le timbre s'amalgame à la masse sonore. Le colo-\nris de l'instrumentation se trouve rehaussé d'une teinte flamboyante, inu-\nsitée jusqu'alors. L'armature mélodique est déterminée par une profusion\nde thèmes magnifiques. Leurs développements se succèdent avec une\nvariété, une richesse harmonique inouïes. Le travail de la polyphonie est à\nla fois serré et plein d'aisance, l'orchestration vibrante.\nLe Concerto est tout baigné d'une atmosphère transparente et calme. La\npremière, la troisième et la cinquième partie qui constituent l'ossature de\ncet organisme sont nées de la disposition d'âme que je notais plus haut.\nEn ces pages émues et fortes, Busoni a mis l'empreinte de sa nature poéti-\nquement méditative. L'imagination du Maître plane d'elle-même au-dessus\nde l'humanité. Elle se perd dans la contemplation. Elle y trouve d'immé-\ndiates et d'absolues jouissances. Elle s'y donne toutes les grandeurs. Et\ncomme le musicien n'emploie son art qu'à la manifestation des propriétés\noriginelles de son âme, le sentiment de l'infini emplit tout naturellement\nce poème musical. L'artiste s'est ainsi composé un milieu idéal, en harmo-\nnie parfaite avec son intime organisation, avec la vie contemplative, j'allais\ndire platonicienne, de son esprit, un milieu où son être apparaît plus com-\nplet, mieux à sa place. Par antithèse, le deuxième et le quatrième temps\ngiocoso, Ail9 italiana, —conçus d'ailleurs à une époque différente,\nreprésentent le mouvement, l'activité. Les péripéties sonores en sont fan-\ntastiquement, tumultueusement développées. Cette disposition artistique,\ncette opposition fait alterner d'un bout à l'autre la lumière et l'ombre.\nElle exprime la concordance ou le contraste, si je puis ainsi dire, de la\nnature visible avec les dispositions intimes de la nature subjective.\nCe qui nous étonne le plus, c'est le grand caractère imprimé à l'ensemble\nde la composition et à ses moindres détails. J'avoue que, la 9e Symphonie\nmise à part, je ne connais rien en musique qui soit aussi vaste, aussi colos-\nsal. Comme chez Beethoven, la péroraison est entonnée par le chœur;\nmais tandis que l'Hymne à la Joie contredit triomphalement au développe-\nment symphonique de la Neuvième, le Ccintico, invocation à VEterna\nForça, à Ylntelligença créatrice résume toutes les aspirations supérieures\nde cette œuvre géniale et lui donne sa conclusion logique et sublime.\nLes paroles du Canticù sont empruntées au poète hollandais Ochsenschla-\nger. Busoni les a détachées et traduites d'une Nouvelle, inspirée des Mille\net une Nuits et intitulée Aladin. Involontairement, il dénonçait ses attaches\nlittéraires. On sait, en effet, que le virtuose-compositeur est doué d'une\nhaute culture. Son esprit et sa curiosité s'ouvrent d'autant plus facilement\naux manifestations intellectuelles qu'il possède à fond 5 ou 6 langues mo-\ndernes et les littératures qui en dépendent. Par surcroît, c'est un érudit qui\nfait son domaine de l'Histoire des Civilisations orientales. Il en est si forte-\nment imprégné qu'il conçut un projet de drame musical d'après les nou-\nvelles asiatiques du comte de Gobineau. Le poème est achevé. Busoni en\npoursuit activement la réalisation musicale. À son imagination toujours en\nquête d'infini, les mythes orientaux et les contes arabes apportent les\ninexprimables séductions, l'éblouissant lyrisme de leur poésie panthéistique,\nde laquelle dérivent certains sentiments très grands, très simples, éternels,\nces mêmes sentiments qui animent l'admirable concerto. Ainsi s'explique sa\nprédilection marquée pour les sujets qui se rapportent à ces fables. Les\nMille et une Nuits, entre autres, devinrent un des livres de chevet du com-\npositeur. Et nous voici conduits à Turandot, musique de scène écrite"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.44", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "pour le drame de Gozzi, bâti lui-même sur des épisodes de la merveilleuse\nlégende.\nTurandot (op. 41) nous fait assister au jaillissement d'une personnalité\nqui passe par-dessus les barrières de notre civilisation et s'ouvre les portes\nde l'Orient. Le choix du sujet est déterminé par cette prédisposition intel-\nlectuelle et morale que nous connaissons. Busoni n'a point le dessein de\nnous flatter dans notre manie du « neuf » à l'aide de bizarres et d'inéprou-\nvées combinaisons de couleurs et de sons, de nous dépayser par l'étrangeté\net le bric-à-brac d'un exotisme facile et banal. Aussi sa musique ne sent\npas le pastiche. Elle n'a rien d'artificiel. Son Orient n'est pas truqué.\nCette importante composition fut achevée en l'automne igoS. On en a\ntiré, pour le concert, une non moins importante suite pour grand orchestre\net chœur de femmes, exécutée pour la ire fois àla Sing-Academie de Berlin\nle 2i octobre 1905. Cette suite symphonique se divise en 8 parties :\nI. —II La porta délia città. La Partença (ier acte).\n11. Truffaldino (Introduction du 2e acte et Marche grotesque).\n111. Altoum (Marche du fabuleux empereur).\nIV. L'appartamento delle donne \\\nV.\nVI. Turandot )\nVII. Notturno. (4e acte).\nVIII.\nDans ses morceaux étincelants de couleur et de verve, Busoni laisse\ncouler le jet naturel de sa fantaisie spirituelle. Il use d'un style à facettes\nperpétuellement étincelant ou piquant. C'est un pétillement de rythmes\ningénieux, un cliquetis de riches accumulations tonales. Il a des trou-\nvailles harmoniques imprévues, de brusques oppositions de timbres,\nd'éblouissantes fusées sonores. L'orchestration rutile de toute la munifi-\ncence fantastique et pompeuse de l'Orient. Elle en affiche par instants le\nbariolage et la baroquerie (marche grotesque). Elle en revêt toute la mélan-\ncolique langueur (Danse et chœur, nocturne). Devant l'ample écoulement\ndes harmonies chatoyantes ou pittoresques, l'auditeur est comme imprégné\ndes chaudes couleurs qui ruissellent de la palette du musicien. Parce qu'il\nne voit pas les œuvres orientales par l'extérieur, Busoni sent et exprime\nmerveilleusement le sentiment qui s'y réalise. Voilà par où son exotisme\nse distingue de l'impressionnisme factice et creux de ceux qui l'ont devancé\ndans cette voie.\nBusoni donne en ses compositions une haute et fière idée de la musique\nmoderne. C'est un chercheur de voies ignorées, un curieux et sincère\nouvrier de formes et de rythmes, un poète aux vibrations profondes et\nsonores qui respecte son œuvre. Il n'a souci que de la faire belle et ne se\npréoccupe point de la former sur le goût d'un public ignorant et snob. Avec\nce tempérament, il est le musicien le moins fait pour la fabrication méca-\nnique des compositions à la mode. Il écrit ce qu'il doit écrire conformé-\nment au sentiment de son âme, comme qui fait œuvre immortelle.\n\nL. Ponnelle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1906-07-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1906-07-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.2.7.7", "titre_corps": "ÉCHOS", "titre_sommaire": "ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.45", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "ÉCHOS\nGrand prix de Rome. Le concours a été jugé le 3o juin. En voici les\nrésultats.\nier grand prix : M. Dumas, élève de M. Lenepveu.\nier second grand prix : M. André Gailhard, élève de M. Lenepveu.\n2e second grand prix : M. Le Boucher, élève de MM. G, Fauré et\nWidor.\nA rOpéra-Gomique. On parle du départ de M. Albert Carré, qui rem-\nplacerait àla Comédie-Française M. Jules Claretie. Et l'on parle, pour le\nremplacer, de M. Gheusi. Sous toutes réserves.\nMatinées Danbé. Ces intéressants concerts seront dirigés l'année pro-\nchaine par M. Jemain, excellent musicien à qui nous adressons ici toutes\nnos félicitations.\nPriorité, - A l'annonce de la « tragédie musicale » en un acte, de\nGabriele d'Annunzio, que l'Opéra-Comique doit monter dans le courant\nde la saison prochaine : Le Songe d'un Soir d!Automne, et pour éviter tout\nsoupçon de réminiscence même involontaire de sa part, notre collaborateur,\nM. Raymond Bouyer, nous rappelle qu'il annonçait, dès l'année dernière,\nun «roman d'intimité » sous ce titre, à la première page du Secret de\nBeethoven paru chez Fischbacher à la fin de 1905, parmi plusieurs ouvrages\nen préparation, des sonnets,, une Histoire du Paysage, une monographie\nde Prud'hon. Nous enregistrons bien volontiers sa remarque au sujet de\nce joli titre poétique, ambitieux, un peu shakspearien.\nConcerts Chevillard. C'est au théâtre Sarah-Bernhardt que nous aurons\nla joie d'entendre les Concerts Chevillard, l'hiver prochain. Le traité défi-\nnitif vient d'être conclu entre la grande artiste et le comité de la célèbre\nAssociation.\nLes deux premiers Concerts de l'abonnement sont fixés pour les 7 et 14\noctobre.\nDu i 5 au 3o octobre, l'orchestre, sous la direction de M. Camille Che-\nvillard, ira donner une série de quinze Concerts à Berlin, Dresde, Leipzig,\nFrankfort, Mannheim, Hannover, Hambourg et dans plusieurs autres\nvilles de l'Allemagne. Les Concerts d'abonnement seront repris à Paris le\n4 novembre, pour finir le 3r mars 1907.\nAux Arènes de Bésiers. Voici la distribution de la Vestale, opéra en\n3 actes de Spontini, qui sera joué les 26 et 28 août 1906, au théâtre des\nArènes de Béziers. Comme toutes les années précédentes, ces représenta-\ntions sont données par M. Castelbon de Beauxhostes au bénéfice des pauvres\nde sa ville natale.\nLicinius (général romain), M. V. Duc, de l'Opéra;\nCinna, chef de légion, M. Emile Cazeneuve, des Concerts du Conserva-\ntoire et Colonne ;\nLe Grand Pontife, M. Delmas, de l'Opéra;\nJulia, jeune vestale, M Harriet-Strady, du théâtre royal de la Mon-\nnaie ;\nLa Grande Vestale, Mme Georgette Bastian, du théâtre royal de' la Mon-\nnaie.\n250 musiciens d'orchestre symphonique, dont 10 harpes Erard ; 260"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.46", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "choristes (hommes et femmes) ; chef d'orchestre, M. Jean Hussy-Verdié.\nMise en scène de M. d'Herbilly, régisseur général de l'Odéon. 60 danseuses\ndu corps de ballet de Milan, sous la direction de M. Belloni, maître de\nballet de la Scala de Milan.\nLe décor, qui ne comprend pas moins de 6.000 mètres carrés de toiles\npeintes, est signé Jambon et Bailly, peintres décorateurs de l'Opéra. Le\ndimanche 2 septembre, M. Castelbon de Beauxhostes et ses compatriotes,\ndésireux de témoigner à l'illustre maître Saint-Saëns leur reconnaissance de\ntout le bien qu'il fit à Béziers, ont décidé de donner un grand concert\nfestival en l'honneur du soixante-dixième anniversaire de sa naissance. Ce\nconcert sera des plus intéressants, vu les sommités artistiques qui se sont\noffertes spontanément à y prendre part, et tout d'abord nous nommons\nM. Louis Diemer, le virtuose des virtuoses, qui jouera un morceau à deux\npianos avec le maître lui-même. On y entendra les Gloires de Corneille,\ncantate écrite pour 10 solistes doubles, chœur, orchestre, musique d'har-\nmonie et orgue. 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Net. 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. Roses en bracelet autour.\nIL Dans le jeune et frais cimetière.\n111. Va-t-on songer à l'automne.\nEn recueil. Net. 3 »\n—> « Cinq mélodies ».\nL Sur l'eau pâle et plate (F. Gregh).\n11. Si la plage penche (P. Valéry).\n111. Les deux Perles (Tchang-Tsi)..\nIV. L'air (Th. de Banville),\nV. La cloche fêlée (Ch. Baudelaire).\nEn recueil. §: Net.\nDéodat de Séverac.\nChanson de Blaisine (M. Màgrè). Neiï\nLe Chevrier (P. Rey). »\nLes Cors (P. Rey).\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren).\nL'lnfidèle (M- Maeterlinck).\nDuparc (H.). La Fuite, duo pour\nSopr. etTén. (Th. Gautier).\nDupont (G.). Les Effarés (J.-A.\nRimbaud).\nLe Jour des Morts (G. Vanor).\nRavel (M.). D'Anne jouant deTEspi-\nnette.\nD'Anne qui me jecta de la neige\n(Epigrammes de CL Marot).\nPIANO\nBilla (R-). En rythme de valse.\nBrugnoli (A). Mazurka italienne.\nMinuetto.\nValse, en sol mineur\nCohen (J.). Marche funèbre.\nLabeyfM.). Sonate en quatre part.\nMel-Bonis. Bourrée.\nLe moustique. i\nTS, Éditeur de Musique\n2, rue de Louvois. PARIS, IIe\nlu*\n5o\n70\nNet«\n»\nRhené-Baton. « Six préludes »\nI. Prélude, en mi min.\nIL Prélude oriental, en fa%{maj,\n111. Prélude, en ut min,\nIV. Prélude, en la [> maj.\nV. Prélude ancien, en si min.\nVI. Prélude, en sol min.\nRavel (M.). Jeux d'eau.\nPavane pour une Infante défunte,\nVanzande (R|. Marine.\nLabey (Mi). Symphonie en mit\npiano 4 mains.\nDuparc (H.). Prélude et fugue en\nla min. (de J.-S« Bach). »\n« Prélude et fugue en mi min. (de\nJ.-S. Bach). | R »\n(Transcriptions pour 2 pianos 4 mains).\nVIOLON |ET PIANO\nAlquier (M.)» Sonate en 4 parties. Net.\nLeclair (J.-M.). ter Livre de 6 So-\nnates .\nMel-Bonis Largo en mi maj. (attri-\nbué à Haendel). »\nMunktell (H.)- Sonate. »\nSêrieyx (A.). Sonate en so/, en 4\nparties. »\nALTO ET PIANO\nLabey (M.). Sonate. »\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate. »\n1\n2\nî\n1\nj\n3\n3\n2 >»\n2 5o\n»\n5o\n>»\n70\n35\n8\n3\n»\n70\n10\ni 5\n1\n8\n8\n70\n»\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate;\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLeclair (J.-M .). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.\nMel-Bonis. Quatuor, pour piano et\ncordes.\nSuite, pour piano, flûte et violonc.\nSeitz Quatuor, pour instru-\nments à cordes.\ni v;-.\n»\n\"'-i:\n5 G\nAgence de la Société Nationale de |Basiqae\n2 5\n2\n12 w\n5 je\n12 S\n-i' ' l> 4\nV T\n■ , ' - . . - • . • ... ■ f • * • - . -y. •. .. • - / , • • . • ' - . .• • ~ ,\nAchat et vente d'lnstruments de musique neufs et d'occasion"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.1", "texte": "2e Année. N° 14 15 Juillet 1906.\n;-:- -'- ' ' '■• /.}'-• ;'- \"', -: ■'': \" '.' ■ ■■'■■■--'. VU;-? -X/'^:\"VH\"'' ■'■•/' ;..: >.V ';; ' ■- \" ■'■'■'\njH^|\n■\nFRANCE . 0 fr. 60 I UNION POSTALE .. 0 fr. 75\nV ■. - ( •. '-, '\nANNONCES ET PUBLICITÉ\n14, Boulevard Saint-Michel\nPARIS VIe\nADMINISTRATION :\nE. Demets\n2, Rue de Louvois\ns«a—«bal iiiiiiiiiii lII——iWW\nPARIS U«\n\nSommaire\nGEORGES D'ESPAGNAT..... Composition\n.\nREMY DE GOURMONT...... Simone. 'fVJ. : Les Feuilles mortes.\nLER. P. SALVATOR PEÏTAVI Une soirée musicale au désert.\nHENRY GAUTHIER-VILLARS Schuman\nPIERRE AUBRY ,'K. La musique et les musiciens d'église au\nXIIIe (suite et fin).\nE. MARCHAND..... J.S. (suite et fin).\nREVUE DE LA QUINZAINE\nGaston Knosp .- Le Dio d'or et la Sapè Louis Laloy, Jean\nChantavoine, Willy : Derniers accords. Lionel de la Laurencie : Musique\ndu XVlte et du XVllfr siècle. Louis Laloy, Ch. Chambellan : Musique\ndu XIX\" et du XXe siècle. —L. Ponnelle\nAvis à MM. les lecteurs et abonnés."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.2", "texte": "Le Mercure Musical paraît le ler1er et le 15 de chaque mois\nABONNEMENTS D'UN AN :\n(DM ler de chaque mois)\n„\nPARIS ET DÉPARTEMENTS 12 tr.\nÉTRANGER. .. 15 fr.\nPour les abonnés du Mercure le prix de l'abon-\nnement d'un an est réduit à 10 fr. (Paris et départements)\net à 13 fr. (Étranger).\nToute demande d!e spécimen doit être accompagnée d'un timbre\nde 0 fr. 15.\nTout avis de changement d'adresse doit être accompagné de\n0 fr. 50 en timbres-poste.\nRÉDACTION : 2, rue de Louvois, PARIS IIe\nLe Mercredi de 3 heures à 5 heures S I\nLes manuscrits non insérés ne sont pas retournés.\n\n'\nCHANT ET PÏANO\nBardac(R,). « Tel qu'en songe » (H. de Régnier).\nC'est l'espoir.\nLes grands vents»\nTristesse.\nEn recueil. Net. 4 »\n« Trois Stances » (J. Moréas).\nI. 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Sonate. »\n1\n2\nî\n1\nj\n3\n3\n2 >»\n2 5o\n»\n5o\n>»\n70\n35\n8\n3\n»\n70\n10\ni 5\n1\n8\n8\n70\n»\nFLUTE ET PIANO\nMel-Bonis. Sonate;\nDIVERS\nLacroix (E.). Quintette, pour piano\net cordes.\nLeclair (J.-M .). Sonate à trois, vio-\nlon ou flûte, violonc. et piano.\nMel-Bonis. 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Gomme ma\npensée s'évaguait sur ces choses! Je les idéalisais à plaisir et,\nd'avance, j'en savourais les charmes énigmatiques.\nEt pourtant elle est bien triste, cette course de presque une\njournée, à travers ce désert de Juda aux colorations crues, où le\ngris dans toutes ses nuances domine, s'attache à tout, se colle\naux pierres, aux ruines et jusqu'aux troupeaux et au pâtre qui\nles pousse à l'aventure, voués à la déception. Maintenant le\nsoleil dardait ses rayons sur la caravane.\n« Il faudrait chanter la romance de pour égayer\nla route », observa Aïça, un brave moukre que j'avais pris à\nJérusalem.\nJe ne répondis pas. Je connaissais la monotonie lassante,\n\nLE MERCURE MUSICAL\n4"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.4", "texte": "50\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-06\n\nlancinante, la mélodie plaintive et quasi pleureuse dont\nil parlait ; il me l'avait déjà servie sur le chemin de El\nBéthel, et l'effet avait été désagréable. Du reste, on préférait le\ncalme, et un peu de rêve, à cette heure. Cette lumière blanche\ndu ciel palestinien vous éblouit, vous donne l'impression d'un\nétiolement à petit feu, et l'on voudrait somnoler, méditer sans\nfaire d'effort, laissant l'imagination vagabonder de par les pages\net les souvenirs delà Bible dont les cadres sont 1à...\nParfois la silhouette élancée, énorme, d'an chameau, se\ndécoupait en traits brefs sur une hauteur; dans le bleu du ciel\non aurait dit une tache. On la voyait se mouvoir d'un rythme\nrégulier avec des cadences tranquilles, projetant sur les pierres\nune espèce d'ombre violacée. Aïça connaissait le chamelier;\net, de fort loin, ils s'interpellaient et se saluaient, les deux mains\ndevant la bouche, les paumes bombées, formant cornet, criant\nde toutes leurs forces.\nAïça avait deviné que je n'étais pas d'humeur à goûter ses\nthrènes sur la Ktir tchélébi (très ; il changea de thème,\net se mit à chanter un air de son village. Sur le même ton trillé,\ncoupé comme des soupirs d'asthmatique, bien fait pour s'har-\nmoniser avec ce sol aride où rien de saillant ne frappe le regard,\nil commença une mélodie interminable. Selon la mode arabe,\nil se mettait peu en peine des paroles qu'il inventait à son\ngré, un peu sur tous les incidents du voyage. Ses phrases mé-\nlodiques avaient de brusques arrêts ; elles finissaient à l'avenant,\nsans règle, comme pour mieux narguer nos oreilles euro-\npéennes. Il faisait de longs intervalles entre les couplets ou\nles parties de ces couplets ; puis soudain, comme pris d'inspi-\nration, il repartait de son gosier enragé, aux syllabes dures.\nCela montait, montait parfois à des hauteurs qu'un ténor léger\neût pu difficilement atteindre ; à d'autres moments on eût cru\nun demi-roucoulement très doux, presque intérieur comme\ncette musique étrange, énervante à la longue mais légèrement\nmystique des derviches tourneurs en train d'évoluer au son des\nflûtes fuselées. Je notai des bribes du chant d'Aïça."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.5", "texte": "UNE SOIRÉE MUSICALE AU DÉSERT\n51\n\nEt cela dura des heures, et mon moukre ne paraissait nulle-\nment fatigué.\nDe temps en temps des femmes nous croisaient. Elles avaient\ntoutes le visage tatoué de formes bizarres ; leurs longues robes\nbleues étaient serrées à la ceinture et elles avaient attaché sur\nleur cou leurs manches amples terminées en pointe. Elles por-\ntaient l'outre sur la tête, et souvent un enfant se balançait dans\n' >\nune sorte de banne, sur leur dos. Très dignes, on les voyait se\nperdre dans les rochers.\nA mesure que nous avancions, nous rencontrions des têtes\nplus fières, des regards plus nobles. Plus rapides aussi et plus\nsveltes, les chevaux noirs des Bédouins, rois du désert.\n... Après dix heures de marche nous étions enfin dans la tribu\ndes Beni-Sakre,la plus hospitalière à vingt lieues autour du\nKairak. Le chef, Djibrin, nous accueillit fort bien, avec cette\nsolennité des peuples orientaux. Comme nous voulions camper\nà part nous avions nos tentes, le vieux Djibrin insista\npour nous faire accepter l'hospitalité de son « douar ». Quand\nun Arabe fait à un étranger l'honneur de l'appeler à sa table,\nquand il lui dit : « Vois-tu ? Ceci est à toi ; tu es le maître et je\nsuis ton esclave ! » ce serait une impolitesse sans nom que de\nrefuser. Ce serait répondre à peu près ceci : « Fort bien,\ncheikh; mais tu es indigne que je consente à entrer chez toi ;\nmon pied serait souillé au contact... » Nous acceptâmes donc\net, d'ailleurs, de bon gré.\nLe souper fut modeste ; les tribus bédouines ne connaissent:\nguère le luxe de la table et, même pour les étrangers, le menu\nest toujours simple. Djibrin nous offrit son lében (lait caillé),\nson tabounencore tout chaud que les femmes apportèrent en\ngâteaux empilés, on tua même un mouton et l'on but du lait\nde chamelle dans de grandes coupes d'argile.\n« Les hommes du désert, me dit alors le cheikh, sont nobles\net généreux. Il est trop tard pour la fantasia. Tu entendras les\nchants de nos solitudes, et aussi le qaghaltt qui fend l'espace. »\nLa tribu des Beni-Sakre occupe la pente occidentale des\nmonts de Moab. Nous sortîmes devant la tente et l'on s'ac-\ncroupit, silencieux..."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.6", "texte": "5 2\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-VII-OÔ\n\nLa soirée était d'un calme idéal ; le ciel était d'un bleu foncé\ntirant sur le violet ; on l'eût dit transparent. A nos pieds, tout\nau fond, la mer Morte agitait lourdement ses eaux phospho-\nrescentes, dont le choc montait vers nous, se fondant avec les\nmille murmures de la nuit, comme pour s'associer à la rêverie\nuniverselle. Tout autour du « douar », sans mot dire, hommes\net femmes venaient prendre place ; on les entendait à peine\nmarcher, froissant les herbes sèches qui craquaient sous leurs\npas. Nous formions, dans ce groupe exotique, un ensemble\nplus banal qui dérangeait un peu la couleur locale. On se re-\ncueillait avant d'écouter cette musique du désert dont le cheikh\nvoulait nous faire goûter les charmes.\nEt en effet... voici que, dans la nuit, soudain, une mélopée\nlente s'éleva, portée sur les brises très douces. Une voix\nd'homme très contenue, qui paraissait venir de fort loin,\nrythmée à l'arabe et trillée... Peu à peu la voix prit de l'assu-\nrance, développa son ampleur. Ce n'était pas un chant de\nguerre, mais plutôt une mélodie très tendre et sentimentale\naccompagnée par une sorte de violon plat à deux cordes, aux\nnotes un peu sourdes et, dans cet instant, mystérieuses, évoca-\ntrices. Le Bédouin qui jouait de cet instrument en avait posé\nla boîte sur ses genoux et, lentement, de son archet, il caressait\nles chanterelles.\nQuand ce chant eut pris fin, d'autres lui succédèrent. On dit\nla gloire des ancêtres, les razzias émouvantes et les incursions\ndans les tribus voisines, et les exploits des cheikhs toujours\nvainqueurs; les plus jeunes chantèrent leur fiancée; exaltés au\nrécit des combats de leurs pères, ils promettaient de ne point\ndégénérer. Puis, des femmes exécutèrent une danse rapide.\nTout en dansant, elles suivaient le rythme donné par un\ntambourin que battait l'une d'elles; elles avaient de longs cris\nstridents et des pauses subites ; leurs voix aiguës se pro-\nlongeaient très loin. Parfois elles frappaient dans leurs mains,\nen cadence, tandis que les enfants, émerveillés du spectacle,\npoussaient des You ! You ! enthousiastes.\nDans les ténèbres, que la lune coupait de rayons jaunes, on\neût dit je ne sais quelle évocation féerique du temps passé où\nles fées dansaient et folâtraient, à la brune, dans les bois ou sur\nles chemins.\nLes chants se continuèrent encore longtemps. J'aurais voulu\nles noter tous, mais comment ? On n'y voyait pas assez et,\nd'ailleurs, allez prendre, à la première audition, l'infinie va-\nriation de ces mélodies du désert ! Il n'y fallait pas songer. Tout\nau plus quelques notes m'en restèrent, et je ne voudrais pas\naffirmer qu'elles sont absolument exactes."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.7", "texte": "UNE SOIRÉE MUSICALE AU DÉSERT\n53\n\n« Tchelbi?» « Est-ce joli ? » me demanda le cheikh tandis\nque nous nous retirions en le remerciant.\n« MacK allah ! » « Splendide ! » répondis-je simplement,\ntout en suçant le bout de mon « narghilé ».\nDjibrin voulait nous offrir sa plus belle jument et fut bien\nétonné de notre refus.\nAu matin nous reprîmes notre route à travers le désert.\nOr, comme nos montures, suivant les sentiers, faisaient\ntintinnabuler les sonnailles attachées à leur cou, rythmant la\nmarche, Aïça reprit sa chanson de la veille. Mais, cette fois, elle\nme parut plus extravagante, plus insaisissable, car, sans doute,\nAïça avait senti ses instincts se réveiller, toute la poésie du\ndésert affluer à son âme en bouffées chaudes ; et il lui fallait la\ndire au ciel et à l'espace... Dans le fond, tout en bas, la mer\nMorte bleuissait infiniment...\n\nSalvator Peïtavi."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.8", "texte": "SCHUMANN\nET CAMILLE MAUCLAIR\n\nL'éditeur Laurens vient d'enrichir sa collection de « Musi-\nciens célèbres « d'un Schumann essentiel et succinct, de Camille\nMauclair, qui fixe les résultats d'une intéressante rencontre de\nsensibilités parallèles mais souvent étrangères l'une à l'autre :\ncelles d'un poète et d'un musicien. Les deux lyres ne sont pas\ntoujours accordées à l'unisson, et l'on rencontre des frères\nennemis dans la double lignée des fils d'Apollon Musagète.\nTel n'est point le cas aujourd'hui. Jamais poète ne fut si pro-\nfondément épris des choses de la musique que M. Camille\nMauclair et jamais compositeur ne put trouver un commenta-\nteur plus respectueusement attendri. De cette vénération\naimante provient même le seul défaut de l'ouvrage. La collec-\ntion Laurens s'impose un double idéal : enseignement et vul-\ngarisation ; le livre du poète ne peut raisonnablement préten-\ndre qu'à la seconde partie de ce programme. Vulgarisatrice,\ncertes, et de splendide façon, la glose dont s'accompagne\nl'exposé des créations schumanniennes, mais dépourvue de\ntoute valeur enseignante. L'auteur, du reste, ne manquera pas\nde proclamer que l'intention didactique était loin de sa pensée,\net j'accorde qu'il a eu raison d'écarter de sa route cette maus-\nsade compagne de voyage.\nPar contre, avec quelle ardente sympathie est relatée la lutte\nperpétuelle que fut l'existence de Schumann, lutte contre\nune mère aimée pour obtenir le droit de se consacrer à son\nart, lutte contre le cher professeur Frédéric Wieck, pendant\nquatre longues années, pour mériter la main de sa fille Clara,\nlutte désespérée contre la neurasthénie et le spectre, chaque\njour plus menaçant, de la folie ! Camille Mauclair, très épris\nde son sujet, n'a pas manqué d'étendre à tous les détails de la\nvie et de l'œuvre schumanniennes l'affection que lui inspire son\nmodèle.\nC'est, en effet, avec plus de précision que de vraisemblance"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.9", "texte": "SCHUMANN ET CAMILLE MAUCLAIR\n55\n\nque les productions de Schumann sont groupées, dans cette\nétude, sous des rubriques ingénieusement sentimentales. Il ne\nfaudrait voir dans ses compositions de piano que des « confi-\ndences » et des « états d'âme ». On sentirait nettement dans les\nEtudes symphoniquesla. souffrance des séparations, et les Kreis-\nleriana ne seraient que des « cris d'amour envoyés à Clara » !\nPar de subtiles, trop subtiles interprétations, toutes les pages\nde Schumann (que j'aime mieux croire délicieusement instinc-\ntives (1), concourent à consolider le savant édifice de psycholo-\ngie construit parla piété du poète. Les les\nnes, les Blumenstuckesont tout simplement « une autobiogra-\nphie psychique qui force l'auditeur, s'il veut tout comprendre,\nà retrouver dans cette musique l'évolution intime du fiévreux\net tendre jeune homme qui l'a écrite ». Les Sonates sont le\nrésultat d'une « recherche de l'unité », d'un « souci de se par-\nfaire », d'un désir volontaire de trouver mieux que les courtes\npièces impressionnistes. La Fantai une pure\nconfession lyrique. Il y a bien ces malheureuses\npiano pédalier et ce Concerto incommode qui se refusent à\nentrer dans l'artificielle combinaison de Mauclair (le moyen de\ndémontrer le subjectivisme de ces gymnastiques des quatre\nmembres !)} mais ces compositions rebelles serviront d appui\nindirect au solide système : l'auteur y verra la preuve d'un\napaisement de l'inspiration « douloureusement exacerbée par\nles luttes pour la conquête de la femme aimée, et calmée par\nl'exaucement du vœu : la pensée s'est élevée, mûrie, au-dessus\nde la sensibilité en émoi ». Et c'est ce qui expliquera ces œu-\nvres ayant un « but technique et défini » au lieu d être des con-\nfidences au cher instrument. Puis viendra le retour aux pensées\nintimes qui engendrera Y Album pour la Jeunesse, cher à Jean\nd'Udine, et il faudra voir un solennel adieu au piano consola-\nteur dans les JValdscenenet les\nLe passage des œuvres de piano aux albums de chant se légi-\ntime à merveille « Schumann avait connu 1 angoisse. Lois-\nque le bonheur lui fut enfin venu, il fit ce qu'il avait fait dans\nla peine il chanta. Mais cette fois son art prit une y°ix hu-\nmaine et les Lieder naquirent. » La forme vocale de 1 inspira\ntion schumannienne est donc d'origine exclusivement conju\ngale ! On frémit en songeant que nous serions irrémédiablement\nprivés de ces recueils si Schumann avait persisté dans le céli-\n\n(i) Dans sa très remarquable étude sur le M.Ray-\nmond Laurent, opposant àla critique anthropocentrique de Ruskin esthé-\ntique d'Oscar Wilke, rappelle que ce « disciple exaspere de Swinburne » a\ndit : « Un artiste doit créer de belles choses, mais ne rien metire de iUi en\nelles ». (L 'Ermitage,is juin 1906.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.10", "texte": "56\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-O6\n\nbat ! J'aime aussi cette explication de l'évolution symphoni-\nque : « La musique de piano et les lieder de Schumann consti-\ntuent une sorte de vaste confession psychologique. Mais après\nles dix années où la majeure partie de ces œuvres fut réalisée,\nl'artiste, en ayant fini avec les luttes de sa jeunesse, heureux\ndans sa vie privée, parvenu à la maturité, songea à dépasser son\nMoi et créer des œuvres objectives dont il ne serait plus le\npersonnage essentiel. » Et ce furent le\nGeneviève...et Manfred! Il est difficile de pousser plus loin le\ngoût du bon ordre et de la symétrie, la passion de l'élégante\nexplication. Pour couronner cet arbre généalogique si correcte-\nmentémondé, l'auteur a réservé, les deux médiocres composi-\ntions religieuses intitulées Messe et qui ne rentraient\ndans aucune des précédentes catégories, et voici comme il les pré-\nsente : « Le style religieux semblait à bon droit à Schumann\nl'expression suprême de la musique : après avoir exprimé la fan-\ntaisie, le lyrisme, les passions, les nuances de la plus raffinée\nsensibilité, il trouvait dans la maturité le désirnaturel d'attein-\ndre aux plus hauts sommets de son art. Il écrivit donc une\net un. Requiem.» Que Schumann, qui était d'une religiosité très\ndiscutable, prisât si fort le style pieux, voilà qui paraît assez\nsujet à caution; mais on ne saurait planter d'un geste plus dé-\ncidé le petit drapeau dont les constructeurs ont accoutumé\nd'orner leurs charpentes le jour de leur achèvement ! La section\nd'architecture psychologique n'est pas encore connue auxsalons\nannuels, sinon l'exposant Mauclair y aurait conquis depuis\nlongtemps la première médaille !\nMalgré moi, je songe à une phrase écrite par Schumann lui-\nmême et dont j'imagine que nous avons le droit de tirer une\nprécise indication pour les intentions secrètes de son auteur:\n« Pour décider, dit-il, jusqu'à quel point la musique instrumen-\ntale doit pousser la représentation des pensées, je trouve que\nbeaucoup de gens ici s'en tourmentent trop. On se trompe as-\nsurément si l'on croit que les compositeurs ont rangé devant\neux plumes et papier dans ce dessein mesquin d'exprimer, de\nfigurer, dépeindre ceci ou cela !... » Je me permets de signaler\nà Camille Mauclair cette claire profession de foi du musicien\nqu'il veut condamner au subjectivisme à perpétuité. Aussi bien\nle malentendu est classique entre les créateurs et leurs com-\nmentateurs : de tout temps, la Critique affamée de classifications\net de hiérarchies logiques a méconnu les droits à l'inconsé-\nquence, àla contradiction, à l'absurdité que tout artiste a le\ndevoir de revendiquer. L'analyse patiente ne comprendra\njamais rien à la joyeuse inconscience des synthèses.\nDu moins, de par son délicat déterminisme, la présentation"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.11", "texte": "SIMONE\npoème champêtre\nLes Feuilles mortes\n\npar\nREMY DE GOURMONT\nDessins de Georges d'Espagnat"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.13", "texte": "Les Feuilles mortes\n\nSIMONE, allons au bois : les feuilles sont tombées ;\nElles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers.\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?\nElles ont des couleurs si douces, des tons si graves,\nElles sont sur la terre de si frêles épaves !\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.14", "texte": "Elles ont l'air si dolent à l'heure du crépuscule,\nElles crient si tendrement, quand le vent les bouscule !\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?\nQuand le pied les écrase, elles pleurent comme des âmes,\nElles font un bruit d'ailes ou de robes de femme :\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?\nViens : nous serons un jour de pauvres feuilles mortes.\nViens : déjà la nuit tombe et le vent nous emporte.\nSimone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.15", "texte": "SCHUMANN ET CAMILLL MAUCLAIR\n57\n\nplus ingénieuse que légitime de l'œuvre schumannienne offre\nun singulier attrait. Ce livre de poète, tout imprégné d'une vé-\nnération touchante pour le musicien (dont Camille Mauclair\nadmire jusqu'à l'orchestration, pourtant peu défendable), contri-\nbuera plus à faire aimer Schumann que les mieux conduites\ndes études musicales.\nAprès cela, ilfaudrait un esprit désagréablement chagrin pour\nreprocher à l'auteur de n'avoir point, dans son volume, parlé\nde musique. Je louerai ce courage : à un collaborateur de\nrevues spéciales, il eût été très facile de s'étayer de collabo-\nrations techniques dont Camille Mauclair a dédaigné l'appui.\nQue les compositeurs qui n'ont jamais été victimes des com-\npétences lui jettent la première pierre.\nP.-S. —Un détail :à la page 45 l'auteur traduit les « lettres dansantes »\ndu Carnaval ASGH, par Mi, Do, Si, La, alors que ces lettres sont en\nréalité, A, Es, G, H, et signifient La, Mi bémol, Do, Si.\n\nHenry Gauthier-Villars."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.16", "texte": "LA MUSIQUE\nET LES MUSICIENS D'ÉGLISE\nEN NORMANDIE AU XIIIe SIÈCLE\nd'aprés ls «JOURNAL DES VISITE PASTORALES»\nd'Odon Rigaud\n\n(I)\nG. LES LIVRES DE CHANT. La question des livres litur-\ngiques eut, on le devine aisément, une importance primordiale\ndans la vie religieuse aux siècles qui précédèrent l'invention\nde l'imprimerie ; mais, entre tous, les manuscrits musicaux\nprésentaient aux copistes des difficultés nouvelles, à cause du\ndouble travail dont ils étaient l'occasion. Souvent même un\nsecond copiste, plus spécialement chargé de la transcription\ndes textes musicaux, venait en aide au premier : nous en avons\nla preuve dans certains manuscrits inachevés, où l'espace réservé\nà la notation du chant n'a jamais été rempli, et dans d'autres\nencore, où la main qui a écrit la musique est visiblement d'un\nautre âge et d'une autre école que celle qui a copié le texte.\nMais toujours ce travail fut fait avec un soin admirable. Char-\nlemagne prescrivit de n'y employer que des scribes arrivés à la\nparfaite connaissance de leur métier, pour que le texte sacré ne\nsoit jamais altéré : Etpueros uest\nuel scribendo corrumpere, et si op\net missale scribere, perfectae aetatis homines scribant cum omni\ndiligentia (2). Et, de fait, les auteurs de la musi-\ncale ont montré, à diverses reprises, la belle unité des manuscrits\nde chant à travers tout le moyen âge ; aussi bien, pouvons-\nnous dire avec eux que, grâce à la constante préoccupation de\nl'Église de maintenir intact son trésor mélodique, l'œuvre\nmusicale de saint Grégoire n'a subi aucune atteinte vraiment\ngrave et que nous possédons réellement et intégralement dans\n\n(1) Suite et fin. Voir les nos 8, 10, 11, 12, i 3.\n(2) Capitularium liber primus,Lxviii, éd. Baluze, p. 714."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.17", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n59\n\nles manuscrits sans lignes et sur lignes la version authentique\ndu réformateur de la musique religieuse (i).\nLa Normandie fut une terre d'élection pour la cantilène\nliturgique : l'ordre bénédictin au reste y parut, comme partout\noù s'élevaient ses abbayes, le conservateur par excellence de la\ntradition grégorienne. D'ailleurs, à dater du xie siècle, l'activité\nintellectuelle est intense dans tout le bassin inférieur de la\nSeine. Les grandes écoles de la cathédrale et de Saint-Ouen\nde Rouen, du Bec, de Saint-Evroul, de Caen, du Mont-Saint-\nMichel produisent dès lors quantité de monuments de la plus\nhaute importance, et dans chaque maison religieuse, moines\net moniales rivalisent au scriptoriumpour éditer ces précieux\nmanuscrits de chant, qui font aujourd'hui la joie du liturgiste\nou du musicologue (2).\nOdon Rigaud eut-il aussi cette préoccupation de ne ren-\ncontrer que de bons manuscrits liturgiques, au texte correct et\ndans un état satisfaisant de conservation, entre les mains des\nreligieux de son diocèse ? Nous pouvons le croire, car à Neuf-\nMarché (3), prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Evroul, il\nse plaint que les trois moines qui y résident n'ont que de mau-\nvais livres, surtout en fait de graduels.\nDimanche, 1 y juillet 1267.\nVisitauimus prioratum de Nouo Mercato. Ibi erant très monachi\nsancti Ebrulphi... Prauos habebant libros precipue gradalia...\n[p. 582]\n\n(1) Paléographie musicale, par les Bénédictins de Solesmes, t. 11, préface.\nSolesmes, 1891, in-40.\n(2) Nous avons pu identifier dans L. d'Achery, Spicilegium siue Collée-\niio ueterum aliquot scriptorum (Paris, 1723, t. 11, p. 278), un texte\ncurieux mentionné dans Gerbert, de Cantu, t. I, p. 562, et intéressant pour\nl'histoire des manuscrits liturgiques. Il appartient à un Chronicon Fon-\ntanellense, intitulé aussi quelquefois Gesta abbatum Fontanellensium :\nCap. XVI. Gesta Gervoldi Abbatis cenobii Fontanellensis (f 806).\n<( Sub huius tempore bonae recordationis presbyter egregius nomine H ar-\ndai nu s in cella clari martyris Saturnini... plurimos arithmeticae\nartis disciplina alumnos imbuit ac arte scriptoria erudiuit : erat enim in\nhac arte non mediocriter doctus. Unde plurima ecclesiae nostrae proprio\nsudore conscripta reliquit uolumina :id est... psalterium cum canticis et\nhymnis ambrosianis..., antiphonarium romanae ecclesiae... »On trouvera\ndans Potthast, Bibliotheca historica medii aeui (Berlin, 1898), à l'article\nGesta abbatum Fontanellensium l'indication des éditions plus récentes de\nce texte.\n(3) Neuf-Marché, aujourd'hui commune de la Seine-Inférieure, arr. de\nNeufchâtel-en-Bray, canton de Gournay."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.18", "texte": "60\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-O6\n\nLe graduel est un livre de fatigue dans les mains du béné-\ndictin : on s'imagine aisément qu'avec l'usage et le temps, la\nreliure délabrée laisse échapper les folios de parchemin, qui\nvont se perdre aux quatre vents de la négligence. Le manuscrit\ndevient alors incomplet et inutilisable pour l'office monastique.\nOdon obéit à cette préoccupation toute matérielle, mais nous\ncroyons que le souci de la correction du texte inspire également\ndeux autres de ses prescriptions. Quand il ordonne au cantor\ndu prieuré de Noion (1) d'aller au moins une fois l'an présenter\nses livres liturgiques au chapitre de l'abbaye dont il dépend,\nc'est pour permettre à l'abbé de s'assurer que les manus-\ncrits dont on se sert au prieuré sont à la fois complets et cor-\nrects.\nLundi, 12 mars 1268,\nPer Dei gratiam uisitauimus prioratum de Noione predictum, uidelicet\nin festo Beati Gregorii... Precepimus cantori quod libros omnes et\nsingulos suos ad minus semel in anno afferri faceret et ostendi in com-\nmuni coram conuentu et uiderentur... [p. 597]\nDans le même ordre d'idées, nous relèverons un passage du\nJournal, dont la portée dépasse le terrain proprement musico-\nlogique et touche aux questions de littérature liturgique.\nLe voici :\nVendredi, 21 janvier 1261.\nRegressi fuimus ad capitulum supradictum [Rothomagensem]...\nItem precepimus succentoriquod sequentias faceret emendari... [p.3B6]\nOn voit qu'en 1261, Odon Rigaud prescrit au sous-chantre,\nsuccentori, de la cathédrale de Rouen de procéder ou de faire\nprocéder à une réfection des séquences. Nous savons déjà, si la\ncritique historique de demain ne vient pas détruire une vieille\nlégende, qu'un moine de Jumièges, au neuvième siècle, avait\nimaginé pour mieux les retenir de mettre des paroles sur les\nvocalises qui accompagnaient le dernier alléluia du graduel :\nce fut l'origine des séquences. Ainsi une œuvre littéraire s'était\ngreffée sur l'œuvre musicale. On nous dit qu'ensuite, fuyant\ndevant les invasions normandes, ce moine de génie s'en fut à\nl'abbaye de Saint-Gall portant son manuscrit et son idée : cette\n\n(i) Noyon-sur-Andelle, prieuré dépendant de Saint-Évroul. Aujourd'hui\nCharleval. Eure. C°n de Fleury. Prieuré fondé en 1107 par Guillaume,\ncomte d'Évreux. [Orderic Vital, Eccles. Hist. 1. XI, t. IV, édit. Le Prévost,\np. 277-83.]"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.19", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIE SIÈCLE\n61\n\nidée, un autre la reprit et, avec un sentiment plus affiné des\nchoses littéraires, sut en tirer des compositions d'une délica-\ntesse et d'un art auxquels le moine gimédien n'avait pas su\natteindre.\nIl y eut donc un prosaire primitif de Jumièges : la recon-\nstitution n'en est point faite, mais la réalisation de ce travail\nne semble point impossible. Retenons seulement ici que\nJumièges était un monastère bénédictin et que, du dixième au\ntreizième siècle, l'ordre de Saint-Benoît allait peupler les dio-\ncèses normands d'une foule d'abbayes et de prieurés. Les vieilles\nséquences gimédiennes étaient ainsi assurées de vivre, grâce à\nla prospérité de l'ordre bénédictin et à l'esprit de tradition qui\ny fut toujours en honneur. La prose qui reproduit\navec obstination la voyelle finale adu primitif alléluia, nous\nsemble avoir cette origine. On a pu voir, en la lisant plus haut,\nqu'à part une entrée et une finale,chaque strophe de la séquence\nest faite de clausulesaccouplées, comptant rigoureusement le\nmême nombre de syllabes et répétant les accents toniques à\ndes places symétriques. Enfin, la même mélodie se répète sur\nles deux clausules. Cette séquence est le modèle achevé d'une\nprose de la première époque.\nMais, à la suite de transitions insensibles, ce vieux système\nrythmique se précisa : l'accent joua un rôle plus important, la\nrime s'introduisit et l'intérieur de la clausule se fractionna\npour devenir une hémistrophe d'un nombre quelconque de\nvers, désormais rythmés par l'accent et soumis aux lois de\nla césure et de la rime. Au début du treizième siècle, cette\nrénovation de la poésie liturgique était en pleine vogue et dans\nson complet épanouissement. Adam de Saint-Victor représente\nl'état de perfection dans la technique poétique : c'est un par-\nnassien égaré dans le moyen âge. Il n'y a pas d'autre sens\npossible àla réforme que demande Odon. En effet, dans les\nlivres de chant des cathédrales, des proses nouvelles ont rem-\nplacé les anciennes ; mais dans les manuscrits de provenance\nmonastique, il semble que les proses gimédiennes aient sur-\nvécu, frêles comme des fleurs séchées entre les feuillets d'un\nvieux livre.\n★\n* *\nNous croyons maintenant avoir relevé et expliqué les pas-\nsages du Journal d'Odon Rigaud intéressants pour l'histoire\nmusicale de son temps. Si, d'une manière générale, l'étude\ndu passé a surtout pour effet d'éclairer les événements de\nl'heure présente et de nous les montrer sous un jour qui nous"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.20", "texte": "62\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-OÔ\n\nen rende l'appréciation plus équitable, et si, plus particuliè-\nrement, il y a quelque curiosité pour nous à rapprocher de ce\nqui se passe de nos jours l'état de choses que l'archevêque de\nRouen, au treizième siècle, signale et déplore dans le domaine\nde la musique sacrée, en fin d'analyse une conclusion s'impose,\net nous hésitons quelque peu devant elle, car cette conclusion,\nplutôt que d'un travail désintéressé d'histoire, peut sembler\ncelle d'un pamphlet.\nFaisons un rêve et supposons que du séjour des bienheureux\noù la justice céleste a dû réserver à Odon un repos mérité, sa\nvoix descende jusqu'à nous. Le prélat ne se désintéresse pas\nsans doute des affaires d'ici-bas, et le spectacle qu'il en prend\na de quoi, certes, le consoler sans le réjouir. « Hélas ! dit-il,\nplus va le monde et rien ne change ! Là où je parlais, il y a\nsix siècles, licet indignus,comme etévêque, les ouailles\nde mes respectés successeurs entendent une voix plus autorisée\nque la mienne, car elle leur vient de Rome, et c'est le Saint-\nPère qui dit sa volonté. Cette voix est-elle mieux entendue ?\nces ordres mieux suivis ? et ceux-là qui résistent ont pourtant\nfait vœu d'obéissance. J'ai interrogé quelques-uns des derniers\nsurvenants de mon ancien diocèse. Je leur ai demandé s'ils\nconnaissaient un Motu proprio,récemment promulgué, sur le\nchant et la musique d'église : quelques-uns en avaient ouï\nparler, mais bien peu l'avaient lu. J'ai insisté pour savoir quel\nétait cet abbas Sancti Wandregisili, dont le bienheureux\nGrégoire me parlait l'autre jour comme d'un lumineux inter-\nprète du chant sacré : ces ecclésiastiques m'ont dit connaître\nce nom, mais ignorer son œuvre. J'ai voulu par habitude\nquestionner sur le chant deux ou trois de ces prêtres : l'un m'a\nrépondu que dans le Lieuvin normand (i) quelques-uns de ses\nconfrères et lui-même remplaçaient aux parties les plus\nmarquantes du saint sacrifice le plain-chant suranné par des\nsonneries de trompes de chasse, l'autre qu'une noble dame\nde sa paroisse faisait souvent entendre à l'office sa voix si\ndélicatement émue, l'été, quand la belle saison peuplait les\nchâteaux d'alentour: et j'ai trouvé tout cela fort peu liturgique.\nJe sollicitai enfin un dernier venu,qu'on m'avait présenté comme\nle grand chantre d'une église cathédrale, de me documenter\nsur l'état de la musique dans son diocèse. Mais il me regarda\navec mépris et me répondit : se nihil scire de cantu ! Je doute\nfort que sainte Cécile fasse jamais place à ces rustres, plus\n\nVoir pour plus de détails la Tribune de Saint-Gervais, année 1899,\np. 317."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.21", "texte": "MUSIQUE D'ÉGLISE AU XIIIe SIÈCLE\n63\n\narriérés encore que le clergé de mon temps, dans ses harmo-\nnieuses cohortes... Pourtant Pie X a parlé, il a dit sa volonté\nde faire concourir les fidèles au chant de l'Église et laisse aux\nprêtres le soin de les former dans cet art : comment donc ceux-\nci peuvent-ils enseigner à leurs ouailles ce qu'ils ignorent eux-\nmêmes ? pourquoi se refusent-ils à entendre les directions les\nplus hautes ? Allons, j'ai fait mon temps sur terre et n'y désire\npoint retourner. Je suis tranquille au Paradis et si, aimant\ncomme je l'aime le chant de notre sainte Église, je prenais part\nà la lutte des partis dans la mêlée grégorienne, si je disais\nmon mot relativement à la tradition du passé, que je connais\nsans doute pour l'avoir vécue, il se trouverait bien un évêque\npour me crosser, m'interdire peut-être, et trop de fois je ris-\nquerais de perdre cette pauvre âme que j'ai eu si grand'peine à\nsauver : en outre, il y aurait quelque ridicule à ce qu'un arche-\nvêque, qui fut le conseiller et l'ami de saint Louis, devînt par\nla faute du clergé, excusez le mot, Seigneur, un catho-\nlique anticlérical sous la troisième République. »\n\nPierre Aubry."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.22", "texte": "JEAN-SÉBASTIEN BACH\nET BEETHOVEN\n\n(0\nObjectera-t-on que Beethoven n'a pu subir l'influence de Bach\nparce que les œuvres du grand musicien de Leipzig étaient\npresque toutes inédites et que le Clavecin bien tempéré lui-\nmême n'a été publié qu'en 1800? Sans doute les œuvres que\nBach a publiées de son vivant ne sont pas nombreuses (2).\nMais nous lisons dans Schweitzer (J.-S.Bach), page 187, que\npour éviter les frais de gravure, Bach préférait copier ses\nœuvres «Ily a eu pour le moins trente copies du\nbien tempéré ; on possède encore vingt copies de la fantaisie\nchromatique. On aurait tort de\nnt avoir point été imprimées, ne furen dès 1720,\net avant même, on connaissait des œuvres de Bach dans l'Alle-\nmagne entière. »\nNous lisons d'autre part dans Forkel (Vie,\nde J.-S. Bach,page 128) : « Qu\nSchule en 1793, il existait beaucoup de\nBach. Les manuscrits disparurent ensuite. Il ne restait plus que\ni° les parties séparées d'une cantate (3) ;\n\n(1) Suite et fin. Voir le n° 12.\n(2) Œuvres publiées du vivant de Bach (Bach (Schweitzer), page 187):\nLes quatre parties de la Clavierubung ;\nLes variations en canon sur le choral de Noël ;\nL'offrande musicale;\nSix chorals —transcriptions.\nŒuvres publiées entre 1750 et 1827 [Biographie des musiciens (Fétis) :\nSix sonates pour le clavecin avec accompagnement de violon obligé ;\nClavecin bien tempéré ;\nAir avec trente variations ;\nSuites françaises et anglaises ;\nL'Art de la fugue à quatre parties (1752) ;\nChorals à quatre parties (1765-69).\nLa 2e édition (1784-87) contient 371 chorals.\n(3) C'est la cantate que Beethoven avait le projet d'utiliser pour sa dixième\nsymphonie."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.23", "texte": "JEAN-SÉBASTIEN BACH ET BEETHOVEN\n65\nLE MERCURE MUSICAL.\n5\n\n2° le titre et un fragment d'un morceau pour clavecin ; 3° un\noratorio de la passion de Graun, quand Bitter fit de minu-\ntieuses recherches dans la librairie de l'école ». — Plus loin,\npage 254 : « C'est le motet Singet\nqui stupéfia tant Mozart lors de la visite qu'il fit à Doles, à\nLeipzig, en 1798 (1). »\nEt maintenant, dans la Biographie des musiciens de Fétis :\n«Après sa mort il resta quelques compositions de J.-S. Bach\nchez Breitkopf ; ses fils Guillaume-Friedmann et Philippe-\nEmmanuel en eurent beaucoup d'autres ; Kirnberger (alors au\nservice de la princesse Amélie de Prusse, sœur de Frédéric II),\nen recueillait un grand nombre pour la bibliothèque de la prin-\ncesse, et le reste se dispersa. »\nLes choses en étaient là lorsqu'en 1788 (?) Mozart passa à\nLeipzig. Doles, alors directeur de musique à l'école Saint-Tho-\nmas, lui fit entendre à l'office du dimanche un motet ou cantate\nd'église composée par Bach. — L'admiration de Mozart\npour cette œuvre de Bach « fixa l'attention des artistes sur des\nproductions si belles, presque oubliées jusqu'alors. Faseh, fon-\ndateur de l'académie de chant de Berlin, et son successeur\nZelter, se mirent en quête de la musique religieuse de Bach,\nen rassemblèrent une quantité considérable, et firent exécuter\narec soin quelques-unes des plus belles pièces qui firent éclater\ndes transports d'enthousiasme.D'autre part, des amateurs zélés\ns'étant mis à la recherche de ces précieuses reliques, leurs\nsoins sauvèrent de la destruction des chef.s-d1 œuvre ».\nNous savons que Beethoven a exprimé à plusieurs reprises\nson admiration pour « le père de l'harmonie » et qu'il avait\nsouvent sa musique dans les mains.\nNotice de Ries {p. 113) : « De tous les compositeurs, ceux que\nBeethoven estimait le plus étaient Mozart et Haendel, puis\nJ.-S. Bach. Si je le trouvais avec de la musique\nc'étaient sîiremement des compositions de ces héros de l'art.\nHaydn ne venait guère sur le tapis sans quelque attaque in-\ndirecte ».\nLettres de Beethoven : à Hofmeister, i5 janvier 1801 :\n« Mon cœur bat tout entier pour l'art si grand et si élevé de\nce père de l'harmonie (Bach) » ;\nA l'archiduc Rodolphe, 29 juillet 1819 :\n« Parmi les anciens... quant au génie,seuls l'Allemand Haendel\net J.-S. Bach en ont eu. »\nNous savons par Wegeler [Notic page 48) qu'il\n\n(i) A remarquer la différence des dates. Ce doit être en 1789 que Mozart\nfut à Leipzig."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.24", "texte": "66\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-06\n\neut sous les yeux des compositions manuscrites de Bach : « Tous\nles vendredis Beethoven faisait de la musique chez le prince\nLichnowky. C'est là qu'un jour, vers 1795, un comte hongrois\nlui présenta une composition de Bach manuscrite et très\ndifficiles que Beethoven exécuta à première vue, COMME BACH LA\nJOUAIT, au témoignage du propriétaire du manuscrit (1). »\nNous savons enfin que dès 1781, à l'âge de onze ans, il jouait\ncouramment le Clavecin bien tque son maître Neefe\nlui faisait étudier.\nNote de Neefe, 2 mars 1783, parue dans le Magasin de mu-\nsique de Cramer :\n« Louis van Beethoven est le fils du ténor dont il a été ques-\ntion. C'est un jeune garçon de i 3 ans, qui joue du clavecin avec\nbeaucoup d'énergie et d'habileté. Il lit parfaitement à première\nvue, et, pour tout dire en un mot, il joue couramment\nvecin bien tempéré de Sébastien Bach, que M. Neefe lui amis\nentre les mains. Ceux qui connaissent cette collection de pré-\nludes et de fugues dans tous les tons (une œuvre qu'on pour-\nrait appeler le nec plus ultra)comprendront ce que cela veut\ndire... »\nKostlin écrit à ce sujet (Geschichte : « Neefe avait\nété formé dans l'école sévère de Bach; c'est dans la même école\nque d'une main sûre et avec une fidélité tenace il introduisait\naussi ses élèves : le Clavecin bien de J.-S. Bach, et les\nSonates pour connaisseurs et de Philippe-\nEmmanuel Bach, constituaient la base de son enseignement.\nPeut-être que Neefe jugea avec trop de sévérité et de pédan-\ntisme les premiers essais de composition de Beethoven ; mais\npour celui-ci ce fut une vraie bénédiction d'avoir reçu à temps\nla sévère éducation de la vieille école allemande, car dans son\nentourage immédiat il n'entendait que de la musique italienne.\nLorsqu'en 1783 il eut à remplacer Neefe dans la direction de\nl'Opéra, et qu'il fut promu dans l'orchestre à la dignité de\nmaestro al cembalo, les opéras italiens les plus admirés de cette\népoque entrèrent à flots dans sa jeune imagination, et son déve-\nloppement musical aurait certainement pris un autre cours s'il\nne s'était pas déjà approprié, au contact de l'excellent J.-S. Bach,\nle sérieux sévère et critique qui ne se laissa plus étourdir par\nl'éclat et le clinquant de la mode et par les applaudissements\n\n(i) Le fils de F.-W. Rust (1787-1855), que Beethoven connaissait, apu\naussi l'influencer. A i 3 ans, Rust jouait le Clavecin bien tempéré de\nJ.-S. Bach, et toute sa vie il étudia J.-S. Bach : « Il était devenu fort habile\nsur l'orgue », dit Fétis, « par l'étude constante des compositions de\nJ.-S. Bach »,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.25", "texte": "JEAN-SÉBASTIEN BACH ET BEETHOVEN\n67\n\nenthousiastes de la foule, mais qui chercha avant tout dans\nl'art l'esprit intérieur et la solidité. »\nSoutiendra-t-on qu'en tout cas un homme de génie, pour\nexprimer ses émotions les plus personnelles et les plus pro-\nfondes, ne saurait recourir de propos délibéré à des formules\nempruntées ; que par suite l'usage des formules de J.-S. Bach\nétait chez Beethoven involontaire et inconscient, et qu'il a pu\nd'ailleurs les trouver chez des musiciens qui, venus après Bach,\ns'étaient plus ou moins imprégnés de sa pensée, comme par\nexemple son maître Neefe ? Sans doute il est possible que l'in\nfluence de Bach ait été parfois indirecte ; mais que souvent\nBeethoven l'ait subie directement, les textes que j'ai cités ne\npermettent guère, semble-t-il, d'en douter. Sans doute aussi il\nn'est pas impossible que l'influence de J.-S. Bach se soit exercée\nsur Beethoven à l'insu de celui-ci; et il est certain.que les\nmêmes sentiments changent d'accent en passant d'une âme\ndans une autre ; il est certain que l'âme inquiète et passionnée\nd'un Beethoven, qui n'arrive à la victoire qu'à travers la souf-\nfrance et la lutte, est différente de l'âme d'un J.-S. Bach, où\ntout prend naturellement un accent de confiance et d'affirma-\ntion\", il est certain qu'en passant de J.-S. Bach à Beethoven, des\nthèmes presque identiques changeront d'« accent » ; mais la\njoie, mais la douleur, mais la patience, pour prendre en quel-\nque sorte une coloration nouvelle en se réfractant d'une âme\ndans une autre, n'en restent pas moins la patience, la douleur\net la joie, et ne perdent pas absolument tout ce qui fut leur\nnature propre ; et il demeure manifeste que Beethoven et Bach\nont eu recours à des formules analogues pour traduire les\nmêmes sentiments. Que dans certains cas au moins Beethoven\nen ait eu clairement conscience, ne le voyons-nous pas par ses\nprojets pour la /oe Symphonie ? N'est-ce pas un chant de Bach\nqui devait commencer cette dixième symphonie ? On lit, en\neffet, dans les notes de Beethoven écrites en 1827: « Adagio-\ncantique. Chant religieux pour une symphonie dans les\nanciens modes (Herr Gott, dich loben jpir (1) alléluia), soit\nd'une façon indépendante, soit comme introduction à une\nfugue ».\nEt à quel moment Beethoven a-t-il exprimé des sentiments\nplus profonds, plus personnels et plus intimes, que lorsqu'il\ns'adressait à Thérèse Brunswick, à « l'immortelle bien-aimée » ?\n\n(i) C'est celte même cantate que Bitter trouva àla Thomasschule quand\nil lit des recherches dans la librairie de l'école. Voir plus haut la note de\nForkel."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.26", "texte": "68\nt\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-06\n\nQuand il veut lui parler de son amour, c'est un chant de Bach\nqu'il fait entendre ; lisez ce récit de Thérèse :\n« Un soir de dimanche, après dîner, au clair de lune,\nBeethoven s'assit au piano. D'abord il promena sa main à plat\nsur le clavier. François et moi nous connaissions cela, c'est ainsi\nqu'il préludait toujours. Puis il frappa quelques accords sur les\nnotes basses ; et lentement, avec une solennité mystérieuse, il\njoua un chant de Bach : « Si tu veux me donner ton cœur, que\nce soit d'abord en secret ; et notre pensée commune, que nul ne\nla puisse deviner ».\n★\n» *\nN'a-t-on pas vraiment le droit de conclure que l'emploi du\nlangage expressif de J.-S. Bach et de ses formules précises était\nchez Beethoven conscient et délibéré ? qu'il a vu dans cette dis-\ncipline, à laquelle il se soumettait, non pas une entrave, mais\nle moyen même de traduire plus complètement au dehors sa\nspontanéité intérieure ? « Lisez, écrit Robert Franz à\nHanslick (Forkel, J.-S, Bach,avant-propos, page 124), lisez\nsans arrière-pensée les cantates de Bach... vous étant une fois\nenveloppé de son style comme d'un manteau, il enchaînera\nvotre âme comme il a fait de celle de nos grands compositeurs,\nMozart, Beethoven, etc... Il ne lésa entourés de liens que pour\nleur permettre de s'épanouir avec plus de liberté. »\nPeut-on s'étonner que Beethoven ait eu de plus en plus\nrecours à Bach, à mesure que lui-même victorieux des troubles,\nressuscitant des agonies que le Destin lui avait infligés, s'élevait,\ncomme un Christ glorifié au lendemain de sa passion, àla tran-\nquillité souveraine, à l'apaisement définitif d'une âme enfin\nréconciliée avec elle-même et communiant de jour en jour plus\nprofondément avec son idéal ? Sans doute, affirmer de la part\nde Beethoven cet emploi systématique et voulu des formules\nde J.-S. Bach, ce n'est qu'une hypothèse ; mais le problème\nvaut la peine d'être posé. Et en admettant même que cet emploi\nreste d'habitude inconscient, les rapprochements que j'ai indi-\nqués me semblent à la fois apporter une confirmation et donner\nun sens précis à cette admirable page de Wagner :\n« Le grand Sébastien Bach fut, dans le développement puis\nsant de sa vie artistique, le guide de l'homme. L'œuvre merveil-\nleux de Bach devint la Bible de sa foi ; en lui il lut, et il en\noublia le monde des sons, qu'il ne percevait plus. Là était\nécrite l'énigme de son rêve intérieur, qu'un jour le pauvre chan-\ntre de Leipzig avait notée comme un symbole éternel du nou-\nveau monde, de l'autre monde... Ce qui,parune intuition venue"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.27", "texte": "JEAN-SEBASTIEN BACH ET BEETHOVEN\n69\n\ndu plus profond de son être, le poursuit à protester irrésistible-\nment contre la pression du dehors, Beethoven le lut maintenant\ntout entier, clairement, nettement, dans son livre très saint, et\nil devint lui-même un saint ».\nERRATA. Les épreuves du précédent article nous étant parvenues trop\ntard, quelques erreurs sont à corriger :\nPage 538,— 3e ligne. —Après :« Voici comment J.-S. Bach procède »,\nouvrir cette parenthèse : « J'ai appris que M. André Pirro avait longuement\nétudié ce sujet, dans ses cours à l'Ecole des en 1905\net 1906, et que, sansavoir eu connaissance de ses travaux, j'étais arrivée au\nmême résultat que lui. Cette rencontre semble apporter une preuve de\nplus en faveur de l'exactitude de ma thèse. »\nPage 542, 19e ligne, au lieu de : « allegro », lire : « presto ».\nPage 545, 5e exemple de musique, au lieu de : « Bach (Passion selon\nsaint Matthieu) lire : « Bach cantate 76 ».\nPage 546, dernier exemple musical de Bach, au lieu de\n\nE. Marchand."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.28", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n\nLE DIO D'OR ET LA SAPÉQUE DE CUIVRE\n\n(I).\nPRÉAMBULE. ... Et la caravane apparut à l'horizon, revenant comme\ntous les ans avec les hirondelles. Comme de coutume, elle ramenait entre\nautres une sorte de Saint-Graal, le Dio d'or que de naïfs pèlerins-\nabonnés prennent pour de l'or en barre, de ce vieil or, façonné par les\nmontagnards du Kantorum et portant comme effigie les chiffres C. M.\nXXIX R. T.\nLe Dio d'or étant signalé, ménestrels et musiciens se portent à sa ren-\ncontre, hurlant le chœur fameux :\nLe Dio d'or est toujours debout !\n\n(i) Il y a quelque temps, un journal que personne ne lit publiait (entre bien d'autres)\nune information inexacte : il annonçait, en effet, que M. Gaston Knosp voulait fonder\nune section française de la Société Internationale de Musique, alors qu'il s'agissait\nd'une section française exotique. Notre ami Ecorcheville, en sa qualité d'érudit, a tous\nles courages : il lit ce que personne ne lit. Cette annonce tomba donc sous ses yeux,\net il nous apporta une protestation indignée que 1 on peut lire dans notre numéro du\nier juin (p. 535}. M. Knosp n'était alors pour nous qu'un nom. Depuis il est venu nous\nvoir, et nous avons eu l'agréable surprise de trouver en lui un savant très bien informé,\nun musicien habile et sérieux. Nous l'avons aussitôt inscrit au nombre de nos colla-\nborateurs réguliers, et il nous donnera prochainement une étude, toute d'actualité,\nsur la musique au Cambodge. Nous lui laissons aujourd'hui la parole pour exposer\nses démêlés avec le journal en question. Toutes les opinions sont admises au Mercure\nMusical. On a pu se convaincre récemment qu'il était loisible d'y dire du bien de nos\nennemis, ou du mal de nos amis. On peut même y parler de personnages qui ne sont\nni nos amis ni nos ennemis ; car ils n'existent pour nous que dans la mesure où leurs\nbévues sont susceptibles d'amuser nos lecteurs. — N. D. L. R."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.29", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n71\n\nce qui est une constatation heureuse à faire chez un être fragile. Une\npetite sapèque en cuivre, exotique et timide, assistait à la rentrée triom-\nphale du Dio d'or C. M. qui n'est pas une vulgaire monnaie de singe,\ncroyez-le bien ; confondue dans les masses plébéiennes, la modeste\nsapèque se croyait inaperçue, lorsque, de sa face dorée, G. M. fascina le\npetit billon exotique. La manifestation populaire aidant, ce dernier se\nprosterna de bonne foi et participa laudativement à la fête. Le Dio d'or\nroulait de joie en roulant les badauds. Et la sapèque, la vulgaire sapèque\nen cuivre, n'entendait pas le tintement de justes reproches d'autres petits\ncuivres qui paraissaient ne plus croire à l'or du Graal ; n'osaient-ils pas\nprétendre, les impies, que la face de l'idole ne supportait pas le moindre\nfrottement sous peine de révéler son extraction toute vulgaire ? « Nous\nsommes d'honnêtes cuivres, de bon son et de bon aloi, peu nous chaut le\nDio d'or ! »\nIl advint qu'à force de se frotter au Dio d'or, la sapèque s'aperçut que ce\ngros module n'était qu'en vulgaire laiton vaguement doré, « même pas du\ncuivre ! mais un alliage innomable ! le meilleur, c'est de nous qu'il l'a pris !\nquant au reste ? Rien ! rien ! » se dit la sapèque.\nSon erreur reconnue, la monnaie exotique s'en alla se confier au chef\ndes vrais cuivres, l'héroïque Marn-Hold qui, après lui avoir fait connaître\nla loi de Mercure Apollon, lui dit : « Demets-toi de ta servitude chez les\nPhilistins qui adorent Dio d'or et t'en viens en notre libre tribune où nul\nne craint de faire sonner sa note. »\nPlus tard, les pèlerins, ayant également reconnu leur erreur, frottèrent\nsérieusement le Saint-Graal et ils virent que le Dio était en faux or ! On\nne crut dès lors plus les Montagnards, et la caravane disparut à l'horizon,\nnon sans avoir déposé au bord delà route, dans le crépuscule, tout honteux,\nle Dio d'or C. M. à côté d'autres choses.\nRestait la sapèque qui regrettait ne pas avoir de cothurne pour en oublier\nun dans le centre de gravité du Dio d'or.\nCe préambule, tout mystique pour beaucoup, doit paraître transparent à\nceux qui m'ont fait l'honneur de s'occuper du modeste projet visant la\ncréation d'une Section française exotique de la I. M. G. (Société interna-\ntionale du musique).\nVoilà longtemps que j'aurais voulu grouper en un cercle ceux qu'inté-\nresse la musique exotique ; l'échange d'observations, 1 union des pensées\naurait fait franchir un grand pas à cette branche de l'étude musicale. Je\nreçus un beau jour une lettre fort aimable de M. von Hornbostel, de Berlin,\nm'invitant à venir au congrès de Bâle développer mon projet de Société\nexotique. En réponse à un projet soumis, MM. von Hornbostel et Stumpf\nexprimaient le sage avis que la section de Paris (comme celles à créer\ndans les autres villes) aurait avantage à se joindre à une association puis-\nsante comme l'l. M. G. qui lui faciliterait l'aridité des débuts.\nPartageant, à ce moment encore, des idées dont j'ai pu me défaire heu-\nreusement, mais trop tard, je portais au C. M. un avis faisant savoir que,\ncréant la Section française exotique delà I. M. G. à Paris, je serais heureux\nde recevoir des adhésions ou même de simples avis. Il advint que cet avis\npartagea le triste sort de tout livre prêté : il fut égaré. En sa course éperdue\nà travers l'Europe, essayant, mais en vain, de joindre le très occupé direc-\nteur du C. Mmon manuscrit finit par échouer sur la côte d'Azur, ou à\nThouars ou partout ailleurs, l'ordre étant, de l'avis d aucuns, synonyme\nde vulgaire pédanterie. Je rédigeai une nouvelle communication, laquelle,\npour me récompenser de la lenteur de son aînée, parut déjà quelques"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.30", "texte": "72\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-OÔ\n\njours plus tard ;je fus consterné d'une telle rapidité au C. M.y surtout\nque le bureau directorial ployait sous le nombre de manuscrits réclamés\npar des auteurs désireux de paraître aussi longtemps que leurs articles\navaient un intérêt.\nMais pour être paru, l'avis de la « section exotique » ne me valut que\ndes ennuis, « Un retard dans l'envoi des épreuves, m'écrit Dio d'or, m'a\n<ç empêché de lire, avant qu'il fût imprimé, un entrefilet que vous aviez\n<( remis à M. Dio-Re » (qui ne l'a donc pas lu non plus ? c'est beau, l'admi-\nnistration au C. M. !).\n<( En le lisant, continue Dio, j'ai éprouvé la surprise la plus extraordinaire\n« et une colère légitime ! » (Les gendarmes d'Offenbach sont toujours de-\nbout !) Mais n'ai-je pas à me glorifier du fait d'avoir surpris et provoqué\nla colère d'un des hauts dignitaires de la presse musicale auquel, à ce qu'on\ndit, on ne la fait pas ? Je me console cependant depuis que je sais ce que je\nsais; en homme exotique, je songe aujourd'hui à ces pagodes rutilantes à\nl'extérieur mais dont la cour recèle un tas de choses peu attrayantes.\nMais continuons.\nJe sais gré à Dio d'or de m'avoir appris qu'il existait à Paris une section\nfrançaise de l'l. M. G. ; mais je vous dirai que je n'oserais faire aux mem-\nbres de cette association l'injure de les avoir ignorés ; je lisais assidûment\nles chroniques du président, M. Dauriac, à une époque à laquelle Dio ne\ns'occupait pas encore de musique, au grand bien, d'ailleurs, de cette der-\nnière.\nEn me nommant les membres du Bureau de l'l. M. G. à Paris, Dio m'en-\ngageait à les voir et à m'expliquer avec eux si je ne voulais pas être très\nattaqué partout.\nJe lui répondis que j'allais de suite me mettre en relation avec les per-\nsonnalités de FI. M. G. et que j'allais le mettre hors de cause, le disculper,\nquoique ce ne soit pas à moi à assumer les fautes et erreurs typographiques\ndu C. M.\nMais les meilleures intentions... bref, je reçus un billet de Dio contenant\ncette délicieuse phrase : « Je n'ai jamais eu et n'aurai jamais à me disculper\ndevant qui que ce soit », et plus loin : « Je vous défends de la façon la plus\nabsolue de vous servir de mon nom ». Que diable voulait-il que j'en fisse,\nde son nom ?Je n'ai pas besoin du nom de Dio auprès de ceux qui me\nconnaissent, car il ne me servirait de rien. J'ai l'honneur d'appartenir à\nplusieurs revues musicales dont le tirage est de io-i5.000 et n'ai cure de\nla gloire que me donneraient les 500 exemplaires du C. M. qui viennent\njeter, chaque quinzaine, une lumière bienfaisante sur le pauvre monde\nmusical.\nPar sa lettre, Dio d'or m'avertissait que tout était rompu entre nous ; il\nsut par la suite que son avis venait après le fait, car j'avais conservé la\nminute d'une lettre du mois d'avril par laquelle, écœuré, je lui offrais ma\ndémission de collaborateur. Finalement je lui fis savoir que son langage me\ndéplaisait, et que, n'étant pas son sous-ordre, je ne lui permettais point\nd'en user à son aise avec moi. Dio eut la précaution de ne pas répondre,\ncar ce n'est plus par lettre, mais de vive voix que je lui aurais fait connaître\nma façon de penser, et ce chez lui. Et si son langage m'avait déplu, je\nlui aurais rappelé la sapèque congédiant Dio d'or (voir dernier alinéa au\npréambule).\nJ'ai vu ces temps derniers M. Poirée, M. Malherbe, de l'l. M. G., qui ont\nfort bien compris l'erreur typographique du premier avis et que la rectifi-\ncation pure et simple, au numéro suivant, a pleinement éclairés. J'ai pu\nvoir que je ne courais pas le danger d'être très attaqué, malgré la pro-\nphétie du Dio d'or."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.31", "texte": "REVUE DE I.A QUINZAINE\n73\n\nENVOI. —■ Dio me fait savoir que l'accident contribuera peu à me donner\nde l'autorité en tant que musicographe exotique ! !\nOr voici que les Sammelbandede l'l. M. G. vont faire paraître un long\narticle de Gaston Knosp (Dio se souvient-il du n° du 3o novembre, de\nStuttgart?) et précisément sur la musique exotique qui existe, quoique Dio\nn'en connaisse rien.\n\nGaston Knosp.\n\nDERNIERS ACCORDS\n\nMLLES BABAIAN. La saison des concerts est terminée, la saison des con-\ncours publics n'a pas commencé encore. Dans le silence estival, il est\ndoux de ne pas entendre la Symphonia Domestica, ni le Rêve de Gérontius,\nni même les 32 sonates de Beethoven. Mais il vaut mieux encore se réunir\nen un vaste salon majestueux et frais, dont les portes ouvrent sur un jar-\ndin aux verdures immobiles, et là, prêter l'oreille au charme d'une voix\nexpressive et pure, d'un jeu délicat et poétique... Mlles Babaïan furent, au\ndernier dimanche de la princesse de Gystria, plus douces à nos cœurs\nque n'est l'ombre ou l'eau du puits au voyageur altéré. Et l'on abusa quel-\nque peu d'elles, en redemandant sans cesse à l'une Borodine, Moussorgsky,\net Bach (mais un Bach pittoresque et coloré), à l'autre les chansons po-\npulaires grecques, harmonisées par Maurice Ravel, dont elle rend si bien\nla mélancolie ensoleillée... Tant de naturel, une grâce aisée et captivante,\nun sentiment inné du rythme, une pureté native de goût et de style, sont\ndes qualités rares, faites pour enchanter tous ceux qui ont conservé le sou-\nvenir de ce que devrait être l'art d'harmonie ; et l'on conçoit que le grand\net malheureux Carrière ait oublié ses maux à écouter les deux sœurs qui\nvenaient, fidèles, lui apporter les consolations de la musique. Ainsi se\ntrouva réalisé pour lui, par une amitié délicate, le rêve de Sully-Prud-\nhomme : Faites que f entende un feu d'harmonie !\nMUSIQUE D'ÉGLISE. Le jeudi suivant, j'entendais, au mariage de mon\nexcellent ami Ecorcheville, un peu de chanta cappella, dirigé par M. Em-\nmanuel. L'intention certes était excellente, mais pourquoi faut-il que l'orgue\nse mêle aux voix de si déplaisante façon, que les voix soient si mauvaises,\net surtout que l'exécution soit si lourde et sans accent ? Le Regina cœli\nd'Aichinger, allègre chant de joie, a été pris en mouvement d'adagio. Par\nbonheur, de plus amicales pensées nous distrayaient quelque peu de la\nmusique.\nMUSIQUE ET DANSES CAMBDOGIENNES. Féérie somptueuse, brocarts d'or\net pierreries, mitres et tiares surchargeant de jolis visages blancs et graves,\nsouplesse de lianes, mains ouvertes comme des fleurs, glissements insen-\nsibles, lentes ondulations, harmonie des gestes hiératiques et des lignes\ninfléchies, musique aux sonorités claires qui se croisent et se mêlent selon\ndes lois inconnues, j'essayerai bientôt de dire mieux votre charme. J'ai pu,\ngrâce à l'extrême obligeance et aux soins diligents de M. Dutreih, impres-\nsionner quelques rouleaux phonographiques qui ressusciteront ce rêve.\nLOUIS LALOY.\nFRANCIS PLANTÉ. Ce nom jusqu'alors n'était pour moi qu un nom,\ncelui que prononçaient nos grand'mères avec les soupirs mystérieux d une"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.32", "texte": "74\nLE MERCURE MUSICAL IÇ-VII-OÔ\n\nadmiration paradisiaque. Je n'avais jamais entendu ce héros du second\nempire et je confesse qu'il entrait un peu de méfiance irrespectueuse dans\nla curiosité qui m'a poussé, le 27 juin, au théâtre de la Gaîté, malgré trente\ndegrés à l'ombre ; je le confesse, pour ajouter à l'expression de mon émer-\nveillement l'éclat d'une amende honorable : c'est nos grand'mères qui\navaient raison !\nSans doute l'accompagnement de l'excellente mais tapageuse Garde\nrépublicaine servit mieux l'insipide tarentelle de Gottschalk, que Mozart,\nMendelssohn et même M. Camille Saint-Saëns. Mais elle n'a pu étouffer\nles mérites de M. Planté, qui, d'ailleurs, joua tout seul une douzaine de\nmorceaux de Weber, Beethoven, Schumann, Chopin, Mendelssohn, Liszt,\nBrahms, etc. Sa virtuosité est d'une perfection rare et d'une aisance char-\nmante ; imaginez un poignet d'acier qui serait en caoutchouc (je propose\ncet amalgame aux fabricants de pneumatiques pour le prochain circuit). On\nne peut rêver un toucher plus net et plus élastique, une sonorité plus déli-\ncate et plus ferme. Seul, à ma connaissance, Ferruccio Busoni, rompu par\nles exigences croissantes de l'art moderne à des performances plus trans-\ncendantes encore, apporte autant de poésie dans la technique instrumen-\ntale.\nQuant à l'interprétation de M. Planté, elle est, sinon toujours juste, du\nmoins constamment personnelle, inspirée, vivante, prime-sautière, et à ce\ntitre séduisante. Il est presque miraculeux qu'un artiste de cet âge ait con-\nservé une pareille alacrité de sentiment, cette verve, cet humour, cette\nallégresse un peu fantasque : un scherzo de Weber, la tarentelle de Chopin\nsont un pur délice sous ses doigts magiques, et il donne à Mendelssohn\nune finesse, une variété de timbres, qui pourraient le rehausser dans l'es-\ntime, trop sévère pour lui, de notre génération.\nFaut-il l'occasion exceptionnelle d'une fête charitable pour que ce mer-\nveilleux pianiste sorte de sa retraite provinciale ? Je voudrais espérer qu'il\nviendra encore, dans des conditions plus normales et plus favorables,\nnous charmer en donnant à ses cadets dans l'armée des pianistes un\nexemple dont il n'est aucun d'eux qui n'ait encore beaucoup à apprendre.\nJEAN CHANTAVOINE.\nCONCERT BREITNER. Cuirassée d'argent miroitant, Mme Felia Litvinné\nvint nous détailler les Amours du Poète avec un style d'admirable simplicité\net une voix d'éclat exceptionnel. L'accompagnateur (nommé Camille Saint-\nSaëns, si j'en crois le programme) resta discret et sobre, sauf en ce qui\nconcerne le fameux Ich grolle nicht,où il s'abandonna à des rubatos impré-\nvus et à des anticipations d'une exubérance étonnante chez un homme de\ncet âge.\nDe l'air d'Henry VIIIon ne peut que médire ; mieux vaut donc parler\ndu Caprice arabe,perlé par son auteur avec une conviction surprenante\nsinon communicative.\nEn relisant le programme, je m'aperçois que le concert était donné par\nM. Breitner. Effectivement je crois me souvenir que ce sympathique artiste\ntrouva le moyen de se glisser furtivement au piano, pendant les courts\ninstants où Mme Litvinné et M. Saint-Saëns avaient abandonné l'estrade,\net qu'il joua brillamment les Variations symphoniques du père Franck\nhonni par le compositeur de Sous la Tente, puis un Concerto de Schutt\nrelevé d'agréables traits musicaux. Mais ces deux brefs intermèdes furent\nintroduits avec tant de modestie que nul, dans l'auditoire, ne s'en s'aperçut.\n\nWilly."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.33", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n75\n\nMUSIQUE DU XVIIe ET DU XVIIIe SIÈCLE\n\nJules Ecorcheville : Vingt suites d'orchestre du XVIIe siècle français (1640-1670).\nIn-40 raisin de iv-145 pages.\nDe Lulli à Rameau (/6go-1 j3o). L'Esthétique musicale.\nIn-40 couronne de ix-172 pages.\nParis, Marcel Fortin, éditeur, 6, Chaussée-d'Antin, 1906.\nCette fin de saison apporte à la musicographie française un intéressant\ncontingent d'ouvrages, parmi lesquels il m'est tout particulièrement\nagréable de signaler, en raison de leur importance et de leur valeur, les\ndeux thèses que M. Jules Ecorcheville a récemment soutenues en Sor-\nbonne. L'une et l'autre ne font pas seulement le plus grand honneur à\nleur auteur, elles tracent encore une voie nouvelle aux études musicolo-\ngiques ; elles marquent la nécessité qui s'impose de jour en jour davan-\ntage d'abandonner le cadre léger, le ton anecdotique et badin, le style\nd'essayiste qui caractérisaient les anciennes productions de la littérature\nmusicale. En même temps, elles montrent que Yutile dulci du poète\nest parfaitement applicable à des travaux d'érudition. Artistiquement et\nluxueusement éditées, elles procurent à l'esprit et à l'oeil un plaisir égal.\nLa science, tout en demeurant sérieuse et stricte, tient à ne décourager\npersonne, et elle se compose un visage avenant.\nDe la musique d'orchestre du xvii® siècle, nous ne connaissions jusqu'à\nprésent que les pièces conservées dans la précieuse et malheureusement\nincomplète collection Philidor ; il y avait bien à la Bibliothèque nationale\nquelques recueils contenant un certain nombre d'oeuvres des 24 violons\ndu roi ; mais tout cela, en somme, restait bien fragmentaire, bien insuffi-\nsant. En découvrant à la bibliothèque de Cassel un fonds de musique fran-\nçaise comprenant 20 Suites pour instruments à archet, M. Ecorcheville a\ndonc fait une trouvaille de la plus haute importance. Mais, si la portée\nde sa découverte est considérable, le parti qu'il en a tiré au point de vue de\nl'histoire de la Suite et des conditions de la musique d'orchestre aux envi-\nrons de i 650, ne l'est pas moins. Grâce au savant commentaire historique\net technique dont Ms Ecorcheville a entouré sa publication du manuscrit\nde Cassel, toute une page demeurée dans l'ombre de la musique française\ns'éclaire et se laisse lire. Aux travaux des Thoinan et des Jal s'ajoutent\nde nouvelles et abondantes informations. Nous étions fort mal renseignés\nsur une foule de musiciens du xvii® siècle que l'astre lulliste avait éclipsés.\nQue savions-nous de Belleville, de Jacques Cordier dit Bocan, des Pinel, de\nce Lazzarini dont Mersenne nous entretient trop brièvement, de Verdier,\ndes Bruslard et des Mazuel, violoneux tant soit peu falots dont de loin en\nloin on déchiffrait péniblement les noms sur quelque grimoire de douteuse\ncalligraphie ? Rien ou presque rien. Guillaume Dumanoir, le fameux\n« Roi des violons », avait été étudié d'un peu plus près ; mais que de lacunes\nencore dans la biographie de ce potentat musical ! Ces lacunes, M. Ecor-\ncheville les a, en grande partie, comblées, et les chercheurs seuls savent ce\nqu'il faut de patience avisée, d'ingéniosité et d'esprit critique pour mener à\nbien un pareil travail.\nA l'étude biographique des auteurs des pièces du manuscrit de Cassel,\nM. Ecorcheville a joint d'intéressantes considérations relatives au milieu\ndans lequel s'exécutaient ces pièces, et au rôle social joué par la musique\nvers i 650. Nous voyons, au cours du chapitre 111 de son livre, comment la\nmusique de danse s'idéalise petit à petit, délaisse peu à peu sa fonction\nchorégraphique pour ne retenir qu'une fonction musicale, comment les\nairs de danse finissent par n'être plus appréciés que symphoniquement, le"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.34", "texte": "76\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-06\n\nbal mondain se simplifiant au fur et à mesure que le ballet dansé par des\nprofessionnels se développe, comment ces airs se groupent en Suites dont les\nallemandes, les courantes,les sarabandes deviendront les éléments essentiels.\n[.'auteur analyse ensuite la rythmique si variée des airs de danse et four-\nnit sur cette matière délicate des précisions que ne donnaient ni l'Orchéso-\ngraphie de Jehan Tabourot, ni le Maître à danser de Jean Rameau, ni les\nChorégraphies de Feuillet; et nous voyons ainsi défiler avec leurs gestes,\ntantôt décidés, tantôt irrésolus, la subtile courante, les bransles plus\nmodestes, les gavottes si goûtées, les gracieux passe-pieds. Nos vieux\nmusiciens s'efforçaient de varier la ligne mélodique de tous ces thèmes\nchorégraphiques ; ils leur appliquaient le système des diminutions pour\nles broder et les amenuiser, ils les utilisaient dans l'établissement d'une\narchitecture polyphonique un peu incertaine et fragile que rehaussait de\nplace en place l'acidité d'harmonies imprévues, qui sont à la fois les pointes\net les maladresses de cette littérature.\nM. Ecorcheville étudie ensuite la famille instrumentale à laquelle on\nconfiait la réalisation des Suites ; ici, nous pénétrons dans la lutherie de la\n« Bande des 24 violons » et nous nous initions à la hiérarchie des registres,\nà l'échelonnement des dessus,.hautes-contre, tailles, quintes et basses.\nEnfin, une réduction pour le piano des 20 compositions ainsi passées en\nrevue vient compléter de la façon la plus heureuse ce remarquable travail,\nen permettant à tous les amateurs de musique ancienne de prendre direc-\ntement connaissance des œuvres que les violons de la chambre exécutaient\ndevant le souverain. Trois belles reproductions de gravures de Bonnard\nreprésentant un concert et des danses illustrent le volume avec une saveur\nparticulière.\nDans sa seconde thèse, M. Ecorcheville s'est proposé de diriger ses\ninvestigations à travers une période de notre histoire musicale dont l'esthé-\ntique n'avait pas encore été discutée de près, à travers la période qui sé-\npare la mort de Lulli de l'apparition de Rameau. C'est là une époque de\ntransition, encore dominée par la mentalité du grand siècle, mais pénétrée\ndéjà des courants d'idées qui vont grossir à partir de iySo, Comme toutes\nles périodes de transition, elle offre donc un intérêt très vif à l'observateur.\nPour la première fois, la pensée française se trouve en face du phénomène\nmusical ; de ce phénomène, la critique va chercher à s'emparer, et elle\néchafaudera à ce propos une thèse que le livre de M. Ecorcheville expose\navec ampleur. Il y a dans ce livre deux choses : la constatation d'un fait\net les conséquences que l'auteur en tire.\nLe fait, dont l'évidence s'impose au jour d'une documentation aussi\nabondante que précise, est celui-ci : L'esthétique musicale française dès le\ncommencement du xviii 6 siècle se fonde essentiellement et presque exclu-\nsivement sur la Raison ; c'est au moyen du critérium de la Raison qu'elle\njugera les œuvres musicales. Toute musique, pour être agréée à ses yeux,\n« devra avoir un sens », devra être raisonnable. Et alors apparaît le dogme\nde l'imitation de la Nature que Rameau et Gluck reprendront plus tard\npour leur compte. Dès que les sons ne sont plus u signes » de quelque\nchose, on les repousse comme inutiles et vains ; la musique doit « imiter\nles sentiments » et préciser nos représentations. M. Ecorcheville cite à ce\npropos des passages bien curieux de Lecerf de la Vieville, de ce lucide\nabbé Pluche, dont le Spectacle de la Nature constitue une manière\nde Somme des idées françaises de 1730, de l'abbé Dubos, de\nCartaud de la Villatte, du Père André, d'Houdard de la Motte, de Rague-\nnet. Il montre l'hostilité des moralistes et de l'Eglise à l'égard de l'opéra,\nhostilité qui, en ce qui concerne l'Eglise, relève en vérité plus de la menta-\nlité chrétienne et catholique que de la mentalité française proprement dite;"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.35", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n77\n\n11 signale l'animosité que manifestent les littérateurs contre l'adjonction de\nla sonorité au langage verbal, animosité qui s'étend même à la poésie cor-\nruptrice de la raison ; il fait voir que la fameuse et interminable querelle\nqui met aux prises la musique française et la musique italienne se résume\nen un conflit entre l'oreille et la raison, en une limitation, du côté français,\ndes droits de l'oreille. Notre esthétique déclare avec une netteté parfaite\nque la musique doit tendre vers une fin, vers une utilité, et que les charmes\nde l'oreille sont déraisonnables, lorsque cette fin n'existe pas.\nLa conclusion que M. Ecorcheville tire de tout ceci, c'est que l'esthétique\nfrançaise de 1690 à 1780 révèle un état d'esprit hostile au phénomène mu-\nsical proprement dit, un état d'esprit impropre à favoriser la jouissance\nmusicale, parce que cette jouissance ne relève pas de la pure raison et\nqu'elle ne suscite pas forcément en nous une activité psychologique repré-\nsentative.\nPeut-être conviendrait-il d'observer qu'il y a lieu ici de distinguer le\nphénomène sonore du phénomène musical, celui-ci étant un phénomène\nsonore organisé. D'ailleurs, en se plaçant sur le terrain de la pure sono-\nrité, les expériences de Wundt, annoncées en quelque sorte par Lecerf\ndans sa célèbre Comparaison, prouvent que le phénomène sonore s'ac-\ncompagne chez nous de représentations plus ou moins précises. Dès que\nce phénomène s'organise et devient une cc musique », la perception du\nrythme et de la ligne mélodique exige la participation de l'intellect, de\nsorte que le critérium rationnel des Français de 1730 n'est pas si intransi-\ngeant et si inefficace qu'il le paraît. De nos jours, ne découvre-t-on pas\ndans la musique pure, dans la musique de Bach, par exemple, tout un lan-\ngage, tout un système parfaitement représentatif? Nous dirions même que\nc'est précisément à l'égard de cette musique pure, que le rôle de l'enten-\ndement dans la jouissance esthétique apparaît plus impérieux, car à quoi\nbon organiser logiquement, d'après des lois rationnelles, une sonate ou\nune symphonie, si la mise en action de l'intellect est proclamée non seu-\nlement inutile, mais encore nuisible à l'éveil du plaisir qu'on devra ressen-\ntir à l'audition de cette composition ? N'y a-t-il pas là une contradiction ?\nLes compositeurs du XVIII0 siècle, dans les dédicaces qu'ils adressaient à\nleurs protecteurs, ne manquaient pas, du reste, d'employer, pour qualifier\nleurs œuvres, le mot « divertissement». Ils déclaraient presque tous qu'ils\nvoulaient « divertir » leurs Mécènes ; or cette conception de la musique-\ndivertissement n'est pas si éloignée qu'on serait tenté de le croire de celle\nde Schopenhauer, qui rattache l'impression causée par la musique à l'ex-\ntase, au rêve. En s'efforçant de divertir les auditeurs, nos musiciens ne\ncherchaient en effet qu'à les étourdir, à les libérer de leurs préoccupations\nhabituelles, en un mot, à les désindividualiser.\nMais nous arrêtons ici les réflexions que nous suggère le savant travail\nde M. Ecorcheville. On voit qu'il ne soulève rien moins que le redoutable\net obscur problème de l'expression musicale.\nL. DE LA LAURENCIE.\nLES MUSICIENS CÉLÈBRES. Gluck, par Jean d'Udine. Biographie critique, illustrée de\n12 représentations hors texte, in-8# de 128 pages. Paris, Henri Laurens, éditeur, 1906.\nLa littérature gluckiste est assez peu représentée en France, et jusqu'à\nce jour le solide ouvrage de M. Desnoiresterres était, pour ainsi dire, le\nseul livre paru dans notre langue sur l'auteur des deux Voici\nque l'intéressante collection Laurens vient d'enrichir cette littérature d'un\nvolume dû à la plume subtile de M. Jean d'Udine. Pour qui connaît l'es-\nprit averti et chercheur de notre confrère et ami, la publication de son"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.36", "texte": "78\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-06\n\nGluck ne peut apporter au culte gluckiste qu'un encens rare et choisi. C'est\ndire tout l'attrait et le charme qui se dégagent de la lecture de ses pages.\nLe cadre des publications consacrées par la maison Laurens aux « Musi-\nciens célèbres » ne comporte point un vaste étalage d'érudition ; aussi bien\nne faut-il pas en chercher dans le livre de Jean d'Udine ;ce qu'il faut y\nchercher, c'est une compréhension vive et profonde de l'œuvre du réforma-\nteur de l'opéra français, c'est une synthèse aussi ramassée qu'élégante de\nce que l'on sait sur ce grand musicien dramatique, jointe à une foule d'a-\nperçus originaux, de remarques ingénieuses qui mettent au point, avec une\nsûreté étonnante, les conquêtes réalisées par Gluck dans le domaine de\nl'art lyrique.\nAvec la langue souple qui lui est familière, Jean d'Udine nous trace un\nvivant portrait du chantre d'Orphée, et s'attache à marquer, outre les pré-\ncédents de la tragédie musicale, depuis le xvne siècle italien jusqu'à\nRameau, les diverses conditions qui influencèrent la carrière du Chevalier,\nson enfance forestière et errante, son sentiment si pénétrant de la nature,\nses prédilections-grecques et françaises. Sans nul doute, c'est en grande\npartie grâce aux suggestions dont l'entourèrent le comte Durazzo et Favart\nque Gluck, en écrivant des opéras comiques sur des paroles françaises, en\ncomposant des romances et des lieder, prépara sa propre évolution et\nplanta les premiers jalons de sa réforme esthétique ; il envisageait ainsi\nl'avènement d'un art moins complexe et moins empesé, plus simple et plus\nnaturel que celui qui présidait aux destinées de l'opéra classique français.\nJean d'Udine rend compte de façon nouvelle et ingénieuse du pouvoir\nexpressif que recèle le drame gluckiste, en analysant les divers types mélo-\ndiques dont le Chevalier fit usage, et montre que l'air n'est que le dévelop-\npement lyrique du récitatif, lorsqu'il importe de soulever l'émotion et de\nla magnifier.\nBien intéressantes aussi sont les considérations relatives à l'évolution\ndes principes gluckistes au sein des écoles modernes et contemporaines.\nOn ne pouvait parler avec plus de grâce et d'eurythmie de l'artiste harmo-\nnieux qui écrivit Alceste.\n\nL. de la Laurencie.\n\nMUSIQUE DU XIXe ET DU XXe SIÈCLE\nThe Musiclovers' Calendar (L'Almanach des Amateurs). Boston, 37, Saint-Botolph Street. Paris,\nbureaux du Mercure Musical, 2, rue de Louvois.\nCette luxueuse publication annuelle témoigne du goût croissant, et de\nplus en plus éclairé, des Américains du Nord pour la musique. Le temps\nn'est plus où M. Victor Herbert entendait monter delà salle des murmures\nde surprise à l'apparition de son violoncelle, qu'on prenait pour tout autre\nchose qu'un instrument de musique. Il n'y a pas de petite ville des Etats-\nUnis ou du Canada où l'on ne soit sûr de rencontrer un groupe d'ama-\nteurs, et souvent un orchestre. C'est M. Victor Herbert lui-même qui nous\ndonne ces détails, en une page fort intéressante sur Y Armée américaine des\nAmateurs. La seule infériorité de l'Amérique, à l'en croire, serait que les\nprotecteurs des arts y font défaut : on n'y rencontre, même parmi les mil-\nliardaires, ni un Louis de Bavière, ni un Prince Esterhazy. Mais ce temps\nviendra sans doute : après avoir comblé les universités, îe flot des dollars\nfera sortir de terre théâtres et salies de concert. Déjà l'Amérique a une"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.37", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n79\n\nécole de compositeurs ; deux écoles même : les classiques et les roman-\ntiques, les conservateurs et les novateurs. On trouvera à la fin du\nvers'Calendard'intéressantes biographies, accompagnées de photographies\net d'exemples musicaux, sur les principaux représentants de ces deux\nécoles : Foote, Farwell, Mac Dowell, Chadwick. Celui de tous pour lequel\nje me sens le plus de sympathie est certainement Farwell, qui cherche à\ncréer une musique vraiment américaine, et pour cela fait appel à toutes les\nressources du sol, en commençant par les mélodies des habitants primitifs.\nIl ya là une tentative fort intéressante, analogue à celle des musiciens\nrusses au xixe siècle, et à laquelle je souhaite le même succès. Je voudrais\nbien connaître les Mélodies américaines de M. Farwell, ou son\nrapsodie pour piano.\nOn voit qu'il y a beaucoup à apprendre dans le\nOn y trouvera en outre des comptes rendus très complets sur la saison\nécoulée (1905) à New-York (H.-E. Krehbiel), Londres (E.-A. Baughan),\nParis (Louis Laloy), Berlin (J.-C. Lusztig), Dresde (Albert Noll), Milan\n(Aldo Franchetti) ; des articles variés de Laurence Gilman, Victor Herbert,\nE.-A. Baughan, dix-huit fort beaux portraits (Claude Debussy, Julius\nRontgen, Vincent d'lndy, Arthur Foote, André Messager, etc.); et une\nbibliographie des publications récentes. Le est\nimprimé en deux couleurs, avec une précision qui fait le plus grand honneur\nà la typographie américaine; je ne dis pas que certaines maisons françaises\nne fussent capables d'un soin égal, mais le prix alors dépasserait de beau-\ncoup un demi-dollar (2 fr. 5o).\nLouis LALOY.\nJ,_GR. Prod'homme : Les neuf Symphonies de Beethoven. Paris, Delagrave.\nM. J.-G. Prod'homme, trouvant, avec quelque raison, que nous étions, en\nFrance, dépourvus de livres sur Beethoven, vient de nous donner en 481\npages une étude sur les dix symphonies (dont neuf réellement écrites) du\nmaître de Bonn. Craignant que son nom seul n'attirât point la foule, il\ndemanda à M. Colonne une préface. Celui-ci ne crut point devoir la refuser,\net nous sommes heureux de citer dans son intégrité ce morceau de haute\nlittérature après lequel tout éloge, comme toute critique, seraient superflus.\nNotons cependant qu'à la page 244, au milieu des esquisses de la Pastorale,\nse trouve un chant populaire slave, recueilli pai le professeur Kuhac\nd'Agram et dont Beethoven se serait peut-être inspiré, qui rappelle singu-\nlièrement le début de la Kraquette, succédané de la Mattchiche, que perpétra\njyj j Clerice oour la plus grande jouissance des Montmartroises. IVlais lais-\nsons parler M. Colonne :\nEll me demandant d'ajouter, sous coul\nbel ouvrage, M. J.-G. Prod'homme me fait autant d'honneur qu'il me cause\nd'embarras. S'il suppose que mon opinio\nprit du lecteur, j'ai, moi, le regret de lui dire que je n'en crois rien.\nQuand il s'agit de porter un jugement sur les grands hommes, on ne prend\nouère l'avis du voisin ; chacun tient àsa manière de von, et, volontieis, la\nproclame excellente. ...\nPuis enfin, pour présenter un livre\nde quelque autorité littéraire, et mon\nparfois l'apparente image, se mesure\nsité de mon orchestre. . ,\nToutefois, puisque l'occasion m'en est offerte, je ne puis résister a dire la\njoie émue, la tendresse profonde, l'admi"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.38", "texte": "80\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-06\n\nhumble et pieux fidèle, devant Beethoven, ce maître suprême, le plus grand\npeut-être parmi les Dieux qui peuplent l'Olympe musical.\nBien jeune encore, j'ai sacrifié sur son autel, son culte a été la religion\nde toute ma vie.\nMes ennemis [qui peut se flatter de n'en pas avoir ?) ont bien voulu,\npendant un temps, me concéder, avec un certain tempérament qu'ils qualifient\nde romantique, le don d'animer l'œuvre que je dirige, de la peindre avec des\ncouleurs brillantes, d'en exprimer avec chaleur la passion douce ou violente,\nde vibrer, en un mot. Mais, en me faisant cette concession pour essayer de\nme confiner dans un genre et limiter mon domaine, ils avaient oublié de re-\ngarder en arrière, car je ne suis arrivé à la compréhension de la musique\nromantique que par une étude approfondie de la musique classique.\nJ'ai connu Beethoven avant Berlioz, la Pastorale avant la Fantastique#\nN'allez pas en conclure que je prétends m'attribuer un brevet de supériorité'■\nencore moins d'infaillibilité !\nD'autres ont étudié Beethoven ; ils y ont peut-être vu ce que je n'avais pas\ntrouvé, peut-être aussi y ai-je trouvé ce qu'ils n'avaient pas vu.\nAu surplus, il n'y a pas qu'une façon de dire un beau vers.\nC'est le propre de la beauté que de pouvoir, sous des aspects divers, rester\nla beauté quand même. A ce signe certain, on reconnaît les neuf filles de\nBeethoven, les neuf muses qu'enfanta son génie ; elles sont immortelles, et\ngardent, en leur qualité de déesses, le prestige merveilleux d'une jeunesse\néternelle.\nVoilà pourquoi un livre tel que celui de M. J.-G. Prod*homme est un ouvrage\nutile. Cette histoire est un flambeau qui nous éclaire et nous permet de mieux\ncomprendre Beethoven, en nous le faisant mieux connaître. Plus on\npénètre sa vie, plus 011 admire son œuvre.\nGloire à lui sur la terre ! Les peuples prêtent l'oreille ; les historiens pro-\nclament sa puissance ; les interprètes répandent sa doctrine ; le monde obéit\nà sa voix ; se hausser jusqu'à lui c'est devenir plus grand.\nED. COLONNE.\nLe roi David lui-même ne parlait pas un plus magnifique langage; mais\nil se rendait justice avec moins d'ampleur.\nCH. CHAMBELLAN.\n\nLA MUSIQUE A BERLIN\n\nSi l'on jette un coup d'œil rétrospectif sur l'ensemble de la dernière\nsaison, la réputation de Berlin, métropole musicale, ne semblera point trop\nsurfaite.. Les salles de concert sont nombreuses et vastes. J'en compte\nplus de huit, dont trois pourvues de grandes orgues. Il y a profusion de\nCapellmeister, de virtuoses et de Gesangvereine, surabondance de concerts.\nL'intensité de la vie musicale est unique, extraordinaire, Unique, car il\ny est donné de vivre la musique de son temps au fur et à mesure qu'elle\nse constitue. Des souffles nouveaux y parviennent qui mettent bien du\ntemps à atteindre telle autre capitale. L'épidémie des festivals-rengaines\nne sévit point ici. Les trésors du maître de Bonn ne sont pas livrés àun\npillage méthodique. Wagner n'y est pas mis en coupe réglée. On n'encourt\npas le risque de subir périodiquement, et comme par hasard, la sempiter-\nnelle Damnation de Faust.Une nouvelle génération travaille àla diffusion"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n81\nLE MERCURE MUSICAL\n6\n\nde la musique moderne, au refoulement du poncif académique. Débordés,\nles doctes « Professoren » de la Kœnigliche Hochschule interviennent de\nleur personne pour barrer la route aux mauvaises doctrines. Leur défense\nest faible. Ils brandissent Mendelssohn, Brahms. A l'Ecole des Hautes\nEtudes musicales de Berlin, institution royale, en l'an de grâce 1906,\nde graves personnages ne savent encore rien d'un certain musicien du\nnom de César Franck ! Tout en eux contredit le présent. Leur zèle\naveugle, exclusif, étroit, n'a plus de force conservatrice, et l'instinct mo-\nderne conquiert le terrain.\nEn Félix Weingartner, je vois aussi un « atta?~dé » de marque. Sous sa\ndirection, les concerts de la Chapelle Royale ne s'émancipent guère de la\nroutine des programmes consacrés. La lumière nouvelle qui se fit en lui\ntout récemment (ne vient-il pas de découvrir Johannes Brahms ?) l'aveugla\nsi vivement qu'il ne lui fallut rien moins que l'espoir de la conquête de\nsuccès tapageurs en notre bon Paris pour lui révéler l'existence de la\nSymphonie française (Cf. un petit opuscule de ce même M. Weingartner\nsur la symphonie après Beethoven). Et le bouillant chef d'orchestre d'ins-\ncrire bravement en tête de son le Pi~élude à VAvises-Midi\nd'un Faune, de Claude Debussy. Sur ce beau geste, Weingartner nous quit-\ntait à jamais. Il a renoncé glorieusement à sa brillante carrière. Sa démis-\nsion n'est plus un simple « bluff » renouvelé de l'an passé. Elle est offi-\ncielle. Weingartner ne reviendra pas sur sa décision, torturé qu'il est par\nd'autres ambitions. Si le capellmeister se retire..., le compositeur nous\nreste. 11 paraîtrait même que ce dernier sera plus fécond que jamais.\nPuisse l'inspiration qu'il chercha vainement au cours de ses bruyantes\ntournées jaillir du calme de la retraite, c'est le vœu que je forme pour lui-\nmême, stoïque abdicateur de fonctions qu'il illustra de tout son grand\ntalent, et pour nous que sa retraite attristerait doublement si le génial\nDirigent disparaissait au seul profit du compositeur que nous connaissons,\nhélas î déjà trop.\nJe passe aux novateurs, à cette poignée d'artistes sincères qui portent\navec eux quelques lueurs de musique nouvelle. Les noms de Richard\nStrauss, Ferruccio Busoni,Arthur Nikisch, Oskar Fried, Cari Muck, Alexan-\ndre Birnbaum, E. N. von Reznicek, Bernard Stavenhagen, se détachent au\npremier plan. Ce sont les modificateurs influents du mouvement rétro-\ngrade. Sans répudier les classiques, toujours présents et vénérés, sans\nrejeter les œuvres anciennes que le génie a revêtues d'éternité, ils débrouil-\nlent avec ardeur la production vigoureuse et touffue de l'Ecole moderne.\nD'aucuns n'innovent pas toujours avec discernement et choix. Trop sou-\nvent ils se perdent, à la suite d'un Max Reger quelconque, dans les plus\nnoires fondrières de l'Art allemand. N'importe, j'applaudis dès maintenant\nà leurs efforts et reviendrai plus loin sur la critique de ces tentatives.\nA vrai dire, deux grands courants traversent le mouvement artistique\nde Berlin. L'un part de Richard Strauss, l'autre de Ferruccio Busoni, car\nl'illustre pianiste est à la fois capellmeister et compositeur, chef d'école et\nnovateur en tous sens. Au fond, ces deux tendances, quelque différentes\nqu'elles soient par la forme extérieure, procèdent de la même conception\nmoderne de la musique.\nDe Richard Strauss il ne me reste rien à apprendre qu'on ne sache.\nC'est un combattif qui se dépense sans compter pour la plus grande gloire\nde l'art moderne dont il est le champion le plus en vue. Son influence est\nénorme. Elle se mesure à la puissance de son œuvre. Ses fonctions absor-\nbantes de Capellmeister à l'Opéra Royal, jointes au labeur incessant de la\ncomposition, aux fatigues que lui imposèrent les répétitions et la mise en\nscène de Salomé, ne lui permirent qu'une courte apparition au pupitre de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.40", "texte": "82\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-06\n\nla Sing-Académie et à la Beethoven-Saal. En ces deux soirées, Strauss\ndirigea trois œuvres inédites : la Vilanelle du Diable, vaste composition\nsymphonique de Ch.-M. Lœffler, le Concerto de violon de Jean Sibelius, un\nConcerto de piano du comte de Hochberg.\nLa renommée de Ferruccio Busoni, en tant que virtuose, a gagné les\ndeux mondes. On l'acclame de New-York à Paris et à Londres. Busoni\npasse à juste titre pour le pianiste le plus brillant et le plus complet de\nl'époque. L'étendue de sa technique est prodigieuse. Elle représente lepoint\nculminant de l'étude du piano. Le style et les sonorités restent inégalés.\nLa noblesse de l'interprétation décèle un de ces grands esprits comme il\nne s'en est pas rencontré depuis Liszt. Elle s'élève à la hauteur d'une\ncréation. J'en prends à témoin les auditeurs enthousiastes des récitals\nBeethoven-Liszt-Chopin qu'il donna cet hiver. Busoni fonde son art sur\ndés émotions de poète et d'artiste. Il triomphe par un prestige qui éblouit\nl'imagination et l'oreille, par des accents qui touchent profondément le cœur.\nHéritier de Liszt par le génie, Busoni participe aussi de la grandeur\nd'âme et de la bonté proverbiale du vieux maître. Par la générosité de sa\nnature, par son absolu désintéressement, il s'impose à l'admiration de tous.\nChef d'orchestre, Busoni s'applique à défendre et à propager au milieu\nd'un public docile aux admirations conventionnelles les productions de\nla jeune école. Ses préférences vont à celles qui n'ont pas encore été\njouées. Il recueille en même temps les chefs-d'œuvre du passé tombés pré-\nmaturément dans un injuste oubli. Tel estle but qu'il poursuit, depuis trois\nans, avec une persévérance inlassable, en des Orchester-Ahende fondés de\nses propres deniers. Ce sont les Français qui bénéficient le plus largement\nde son initiative dévouée. Qu'on en juge. Je transcris au hasard des pro-\ngrammes quelques-unes des œuvres dirigées par Busoni :\nGuy Ropartz. Pêcheurs d'lslande.\nSaint-Saëns. Ouverture des Barbares.\nTh Ysaye. Concerto pour piano.\nDelius. Paris, tableau musical,\nVincent d'lndy. L'Etranger (Prélude du 2e acte).\nSuite française.\nClaude Debussy. Prélude à F Après-Midi d'un Faune.\nNocturnes.\nAlbéric Magnard. 3e Symphonie.\nEugène Ysaye. Poème élégiaque.\nPaul Belune. 3e Symphonie.\nCésar Franck. Le Chasseur maudit.\n• Les Djinns.\nPrélude, Choral et. Fugue, orchestration de Gabriel\nPierné.\nHector Berlioz. Les Nuits d'Eté (Mm« Ida Ekman).\nMarche troyenne.\nBusoni conduit l'orchestre avec une rare autorité. Il a la sobriété du\ngeste, le mépris des effets faciles et vulgaires. Ses indications sont ner-\nveuses, rapides et sûres. Il obtient tout ce qu'il veut de ses musiciens sans\nle renfort d'une gesticulation bouffonne. L'interprétation reste expressive\net vivante.\nDans l'héritage de Liszt, Busoni recueillit encore le don de la compo-\nsition» Son instinct créateur s'affirme en une série de pièces instrumen-\ntales d'un accent très personnel, d'une structure achevée. Il a la fécondité,\nle labeur acharné ! Bien qu'il se concentre, au lieu de se diluer, ses œuvres\nsymphoniques s'ordonnent en de vastes proportions. Elles sont de dimen-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.41", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n83\n\nsion considérable. On ne lui reprochera pas d'avoir peu produit. Son\nTurandot porte l'inscription op. 41. Chez Busoni, la puissance d'invention\nse révéla de bonne heure. Il n'avait pas encore franchi le seuil de l'adoles-\ncence que les notables de Bologne le nommaient membre de Y Accademia\nFilarmonica, C'était en mai 1882. Il avait i 5 ans. En l'élevant à cette di-\ngnité, le président d'alors, Frederico Parisini. rappelait au jeune artiste\nqu'en cette même enceinte un autre enfant prodige, l'immortel Mozart,\nl'avait précédé dans cet honneur: «Vi sovvenga, o giovanetto artista, che\nnella sala in cui avete entusiasmato un eletto auditorio col vostro suono\ned in cui avete composto i pezzi per l'esame di maestro, ivi pure, in tenera\netà, diede il suo esperimento Pimmortale Mozart per ottenere in quest'\nAccademia il grado stesso che voi pure avete conseguito : cio vi serva di\nsprone e di conforto a proseguire nell' intrapesa carriera che dovrà gui-\ndarvialla ceiebrita » (1). À Leipzig, en 1886, Busoni écrivait un Opéra fan-\ntastique, d'après un texte de Frieda Schanz, une Suite symphonique, un\nQuatuor pour instruments à cordes. En 1889, 1111 Concerto pour piano et or-\nchestre, sa ire Sonate pour violon et piano, lui faisaient décerner, àla suite\nd'un brillant concours, le prix Rubinstein. Et cependant, en France, le\npublic l'ignore. Les grandes compositions de la maturité passent inaperçues\nde nos directeurs de concert, alors qu'à Berlin, à Vienne, à Boston, à\nVarsovie, à Bologne, à Amsterdam, à Londres, elles figurent au répertoire\ndes grandes associations philharmoniques. Elles soulèvent les plus vifs\nenthousiasmes comme aussi bien les plus âpres discussions. Leurs qualités\nles plus hautes les livrent d'office aux fureurs des tardigrades amateurs du\nbalourd allemand. Au reste, Busoni ne connaît pas l'art d'imposer brutale-\nment son génie, de le présenter en un beau jour au moyen d'une réclame\ntapageuse. Et pourtant son incessante création pourrait écraser à la fois le\npublic et les vanités rivales. Elle occupe toutes les avenues de la musique\ninstrumentale. Elle s'étend à tous les genres : à titre d'exemple, voici quel-\nques-unes de ses plus récentes compositions :\nScènes de ballet pour piano.\nVariations et fugue en forme libre sur un prélude de Chopin en ut mineur.\nDeuxième quatuor pour 2 violons, alto et violoncelle.\nConcerto pour piano et orchestre.\nPoème symphonique, pour grand orchestre.\n4e Scène de ballet, en forme de valse, pour piano.\nJeux d'enfants, suite symphonique.\nConcerto pour violon et orchestre.\n2e Sonate pour violon et piano.\nLustspiel, ouverture pour grand orchestre.\nLes Harnachés, iro suite pour grand orchestre.\n2e suite\nConcerto pour piano, orchestre et chœur d'hommes.\nTurandot, musique de scène.\nsuite pour grand orchestre et chœur de femmes.\nAux productions originales s'ajoutent un nombre considérable de trans-\ncriptions et d'arrangements. Busoni a traduit en particulier d'une façon\nremarquable la musique d'orgue de J.-S. Bach. Les Toccatas, les Choral-\n\n(i) Bologna, Arch. R. Accademia Filarmonica. Busta corrispondenza del'anno 1882.\nProt. n. 96, Tit. 11. Aux archives on conserve jalousement la fugue à 4 voix et à 2 su-\njets que Busoni composa à l'Académie même le 27 mars 1882."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.42", "texte": "84\nLE MERCURE MUSICAL I 5-VII-06\n\nvorspiele, les Préludes et Fugues sont géni'alement incorporés au piano, et\nce n'est pas là son plus mince titre de gloire.\nL'œuvre de Busoni est éminemment personnelle. Assurément, il n'est\npas malaisé de saisir les influences qui se sont imposées à lui, depuis\nBach jusqu'à César Franck. Nul plus que lui n'est imbu de la beauté clas-\nsique et nul n'a mieux senti dans l'étude des anciens maîtres tout le prix\nqu'il faut attacher à la force technique, à la perfection de la forme. A l'étu-\ndier de près, on s'aperçoit qu'il a choisi librement ses moyens, que le ca-\nractère de son œuvre vient de lui-même : elle n'a pas été façonnée du dehors,\nelle s'est organisée intérieurement. Elle a ses origines dans les sugges-\ntions de sa personnalité. A l'art moderne il faut une inspiration moderne.\nIl faut, tout en édifiant des constructions sonores plastiquement belles,\nécarter les anciennes règles qui ne sont plus que mécanisme, rechercher\navant tout la vérité de l'expression, l'intensité de l'impression, ouvrir en\npassant toutes les sources du lyrisme et de l'harmonie. Voilà quelques-\nunes des divinations supérieures qui placent l'œuvre symphonique de\nBusoni au premier rang des compositions modernes.\nSa facture est magistrale. Tout s'équilibre et l'on sent partout une vo-\nlonté consciente qui a déterminé les relations et les proportions des par-\nties. Il adopte les formes simples, pleines, solides, expressives qui mettent\nl'imagination à l'aise et se prêtent à revêtir une beauté supérieure. Il crée\ndes rythmes agiles, larges, pittoresques, significatifs. Les thèmes, amplement\nétablis, sortent en pleine lumière. La direction de l'inspiration n'échappe\njamais au cœur. La source en est placée dans le sentiment et non point à\nl'esprit. L'invention mélodique est rigoureusement personnelle, abondante\net riche. Dans le maniement des couleurs de l'orchestre, Busoni possède\nl'une des plus riches palettes dont musicien ait usé. Son talent d'orchestra-\ntion est de tout premier ordre. Il affectionne les timbres rares, les sonori-\ntés inconnues. L'agrégation mélodique donne la sensation du nouveau, de\nl'inentendu. Malgré cela, il n'a pas l'effet prétentieux ou brutal pour\nahurir le bourgeois. Sa frappe harmonique lui appartient en propre. Il se\ndémène avec une aisance merveilleuse au milieu des combinaisons théma-\ntiques les plus audacieuses. Aucune hardiesse technique ne l'effraie. On a\ntort de lui jeter toujours à la tête la complexité de sa polyphonie. Qu'il\ns'agisse de la conception ou de l'exécution, il hait l'extravagant et l'inin-\ntelligible. Il veut que l'on soit clair, en n'étant pas commun ni vulgaire, et\ndéjà la limpidité et la noblesse de son style, la force de sa technique assu-\nrent à ses œuvres une perfection qui les fera durer.\nLa 2* Sonate pour violon et piano, op. 36*, est l'admirable monument d'une\ninspiration sereine et soutenue, d'un sentiment puissant. L'expression\ns'enlève et acquiert une plénitude incomparable. La mélodie s'élargit en\nsymbole de l'infini. On y saisit la disposition fondamentale de l'âme du\nmaître, cette sorte de rêverie contemplative dans laquelle germe toute son\nœuvre. La 2e sonate n'est pas coulée dans le moule traditionnel. Elle s'af-\nfranchit des divisions préconçues ou arbitraires pour ne suivre que la mar-\nche de sentiment. Elle s'enchaîne d'un seul tenant. Elle est d'une parfaite\nunité organique. L'architecture musicale repose tout entière sur les variations\nmultiples de 4 à 5 thèmes qui, pris en eux-mêmes, sont d'une élévation\nquasi surnaturelle.\nBusoni vise au grand, au sublime. Il y atteint presque toujours. L'exé-\ncution ne trahit pas la conception. Avec le Concerto pour piano, orchestre\net chœur d'hommes (op. 89), nous nous trouvons en face d'une véritable\népopée sonore. On reste stupéfié devant le gigantesque des proportions\n(5 parties : Prologo e Introito,\nliana— Cantico)r la nouveauté et la solidité de la structure, le souffle gran-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.43", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n85\n\ndiose qui anime le tout. Ce concerto, à proprement parler, n'en est pas un,\nau sens que nous sommes accoutumés d'attacher à ce mot. Ce n'est pas un\nmorceau destiné à faire valoir la virtuosité de l'exécutant. Le piano inter-\nvient ici comme une force accrue de l'orchestre. Il enrichit la symphonie\nd'une voix nouvelle dont le timbre s'amalgame à la masse sonore. Le colo-\nris de l'instrumentation se trouve rehaussé d'une teinte flamboyante, inu-\nsitée jusqu'alors. L'armature mélodique est déterminée par une profusion\nde thèmes magnifiques. Leurs développements se succèdent avec une\nvariété, une richesse harmonique inouïes. Le travail de la polyphonie est à\nla fois serré et plein d'aisance, l'orchestration vibrante.\nLe Concerto est tout baigné d'une atmosphère transparente et calme. La\npremière, la troisième et la cinquième partie qui constituent l'ossature de\ncet organisme sont nées de la disposition d'âme que je notais plus haut.\nEn ces pages émues et fortes, Busoni a mis l'empreinte de sa nature poéti-\nquement méditative. L'imagination du Maître plane d'elle-même au-dessus\nde l'humanité. Elle se perd dans la contemplation. Elle y trouve d'immé-\ndiates et d'absolues jouissances. Elle s'y donne toutes les grandeurs. Et\ncomme le musicien n'emploie son art qu'à la manifestation des propriétés\noriginelles de son âme, le sentiment de l'infini emplit tout naturellement\nce poème musical. L'artiste s'est ainsi composé un milieu idéal, en harmo-\nnie parfaite avec son intime organisation, avec la vie contemplative, j'allais\ndire platonicienne, de son esprit, un milieu où son être apparaît plus com-\nplet, mieux à sa place. Par antithèse, le deuxième et le quatrième temps\ngiocoso, Ail9 italiana, —conçus d'ailleurs à une époque différente,\nreprésentent le mouvement, l'activité. Les péripéties sonores en sont fan-\ntastiquement, tumultueusement développées. Cette disposition artistique,\ncette opposition fait alterner d'un bout à l'autre la lumière et l'ombre.\nElle exprime la concordance ou le contraste, si je puis ainsi dire, de la\nnature visible avec les dispositions intimes de la nature subjective.\nCe qui nous étonne le plus, c'est le grand caractère imprimé à l'ensemble\nde la composition et à ses moindres détails. J'avoue que, la 9e Symphonie\nmise à part, je ne connais rien en musique qui soit aussi vaste, aussi colos-\nsal. Comme chez Beethoven, la péroraison est entonnée par le chœur;\nmais tandis que l'Hymne à la Joie contredit triomphalement au développe-\nment symphonique de la Neuvième, le Ccintico, invocation à VEterna\nForça, à Ylntelligença créatrice résume toutes les aspirations supérieures\nde cette œuvre géniale et lui donne sa conclusion logique et sublime.\nLes paroles du Canticù sont empruntées au poète hollandais Ochsenschla-\nger. Busoni les a détachées et traduites d'une Nouvelle, inspirée des Mille\net une Nuits et intitulée Aladin. Involontairement, il dénonçait ses attaches\nlittéraires. On sait, en effet, que le virtuose-compositeur est doué d'une\nhaute culture. Son esprit et sa curiosité s'ouvrent d'autant plus facilement\naux manifestations intellectuelles qu'il possède à fond 5 ou 6 langues mo-\ndernes et les littératures qui en dépendent. Par surcroît, c'est un érudit qui\nfait son domaine de l'Histoire des Civilisations orientales. Il en est si forte-\nment imprégné qu'il conçut un projet de drame musical d'après les nou-\nvelles asiatiques du comte de Gobineau. Le poème est achevé. Busoni en\npoursuit activement la réalisation musicale. À son imagination toujours en\nquête d'infini, les mythes orientaux et les contes arabes apportent les\ninexprimables séductions, l'éblouissant lyrisme de leur poésie panthéistique,\nde laquelle dérivent certains sentiments très grands, très simples, éternels,\nces mêmes sentiments qui animent l'admirable concerto. Ainsi s'explique sa\nprédilection marquée pour les sujets qui se rapportent à ces fables. Les\nMille et une Nuits, entre autres, devinrent un des livres de chevet du com-\npositeur. Et nous voici conduits à Turandot, musique de scène écrite"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.44", "texte": "86\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-OÔ\n\npour le drame de Gozzi, bâti lui-même sur des épisodes de la merveilleuse\nlégende.\nTurandot (op. 41) nous fait assister au jaillissement d'une personnalité\nqui passe par-dessus les barrières de notre civilisation et s'ouvre les portes\nde l'Orient. Le choix du sujet est déterminé par cette prédisposition intel-\nlectuelle et morale que nous connaissons. Busoni n'a point le dessein de\nnous flatter dans notre manie du « neuf » à l'aide de bizarres et d'inéprou-\nvées combinaisons de couleurs et de sons, de nous dépayser par l'étrangeté\net le bric-à-brac d'un exotisme facile et banal. Aussi sa musique ne sent\npas le pastiche. Elle n'a rien d'artificiel. Son Orient n'est pas truqué.\nCette importante composition fut achevée en l'automne igoS. On en a\ntiré, pour le concert, une non moins importante suite pour grand orchestre\net chœur de femmes, exécutée pour la ire fois àla Sing-Academie de Berlin\nle 2i octobre 1905. Cette suite symphonique se divise en 8 parties :\nI. —II La porta délia città. La Partença (ier acte).\n11. Truffaldino (Introduction du 2e acte et Marche grotesque).\n111. Altoum (Marche du fabuleux empereur).\nIV. L'appartamento delle donne \\\nV.\nVI. Turandot )\nVII. Notturno. (4e acte).\nVIII.\nDans ses morceaux étincelants de couleur et de verve, Busoni laisse\ncouler le jet naturel de sa fantaisie spirituelle. Il use d'un style à facettes\nperpétuellement étincelant ou piquant. C'est un pétillement de rythmes\ningénieux, un cliquetis de riches accumulations tonales. Il a des trou-\nvailles harmoniques imprévues, de brusques oppositions de timbres,\nd'éblouissantes fusées sonores. L'orchestration rutile de toute la munifi-\ncence fantastique et pompeuse de l'Orient. Elle en affiche par instants le\nbariolage et la baroquerie (marche grotesque). Elle en revêt toute la mélan-\ncolique langueur (Danse et chœur, nocturne). Devant l'ample écoulement\ndes harmonies chatoyantes ou pittoresques, l'auditeur est comme imprégné\ndes chaudes couleurs qui ruissellent de la palette du musicien. Parce qu'il\nne voit pas les œuvres orientales par l'extérieur, Busoni sent et exprime\nmerveilleusement le sentiment qui s'y réalise. Voilà par où son exotisme\nse distingue de l'impressionnisme factice et creux de ceux qui l'ont devancé\ndans cette voie.\nBusoni donne en ses compositions une haute et fière idée de la musique\nmoderne. C'est un chercheur de voies ignorées, un curieux et sincère\nouvrier de formes et de rythmes, un poète aux vibrations profondes et\nsonores qui respecte son œuvre. Il n'a souci que de la faire belle et ne se\npréoccupe point de la former sur le goût d'un public ignorant et snob. Avec\nce tempérament, il est le musicien le moins fait pour la fabrication méca-\nnique des compositions à la mode. Il écrit ce qu'il doit écrire conformé-\nment au sentiment de son âme, comme qui fait œuvre immortelle.\n\nL. Ponnelle."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.45", "texte": "REVUE DE LA QUINZAINE\n87\n\nÉCHOS\nGrand prix de Rome. Le concours a été jugé le 3o juin. En voici les\nrésultats.\nier grand prix : M. Dumas, élève de M. Lenepveu.\nier second grand prix : M. André Gailhard, élève de M. Lenepveu.\n2e second grand prix : M. Le Boucher, élève de MM. G, Fauré et\nWidor.\nA rOpéra-Gomique. On parle du départ de M. Albert Carré, qui rem-\nplacerait àla Comédie-Française M. Jules Claretie. Et l'on parle, pour le\nremplacer, de M. Gheusi. Sous toutes réserves.\nMatinées Danbé. Ces intéressants concerts seront dirigés l'année pro-\nchaine par M. Jemain, excellent musicien à qui nous adressons ici toutes\nnos félicitations.\nPriorité, - A l'annonce de la « tragédie musicale » en un acte, de\nGabriele d'Annunzio, que l'Opéra-Comique doit monter dans le courant\nde la saison prochaine : Le Songe d'un Soir d!Automne, et pour éviter tout\nsoupçon de réminiscence même involontaire de sa part, notre collaborateur,\nM. Raymond Bouyer, nous rappelle qu'il annonçait, dès l'année dernière,\nun «roman d'intimité » sous ce titre, à la première page du Secret de\nBeethoven paru chez Fischbacher à la fin de 1905, parmi plusieurs ouvrages\nen préparation, des sonnets,, une Histoire du Paysage, une monographie\nde Prud'hon. Nous enregistrons bien volontiers sa remarque au sujet de\nce joli titre poétique, ambitieux, un peu shakspearien.\nConcerts Chevillard. C'est au théâtre Sarah-Bernhardt que nous aurons\nla joie d'entendre les Concerts Chevillard, l'hiver prochain. Le traité défi-\nnitif vient d'être conclu entre la grande artiste et le comité de la célèbre\nAssociation.\nLes deux premiers Concerts de l'abonnement sont fixés pour les 7 et 14\noctobre.\nDu i 5 au 3o octobre, l'orchestre, sous la direction de M. Camille Che-\nvillard, ira donner une série de quinze Concerts à Berlin, Dresde, Leipzig,\nFrankfort, Mannheim, Hannover, Hambourg et dans plusieurs autres\nvilles de l'Allemagne. Les Concerts d'abonnement seront repris à Paris le\n4 novembre, pour finir le 3r mars 1907.\nAux Arènes de Bésiers. Voici la distribution de la Vestale, opéra en\n3 actes de Spontini, qui sera joué les 26 et 28 août 1906, au théâtre des\nArènes de Béziers. Comme toutes les années précédentes, ces représenta-\ntions sont données par M. Castelbon de Beauxhostes au bénéfice des pauvres\nde sa ville natale.\nLicinius (général romain), M. V. Duc, de l'Opéra;\nCinna, chef de légion, M. Emile Cazeneuve, des Concerts du Conserva-\ntoire et Colonne ;\nLe Grand Pontife, M. Delmas, de l'Opéra;\nJulia, jeune vestale, M Harriet-Strady, du théâtre royal de la Mon-\nnaie ;\nLa Grande Vestale, Mme Georgette Bastian, du théâtre royal de' la Mon-\nnaie.\n250 musiciens d'orchestre symphonique, dont 10 harpes Erard ; 260"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19060715-01.1.46", "texte": "88\nLE MERCURE MUSICAL 15-VII-06\nLe Directeur-Gérant : Louis LALOY.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nchoristes (hommes et femmes) ; chef d'orchestre, M. Jean Hussy-Verdié.\nMise en scène de M. d'Herbilly, régisseur général de l'Odéon. 60 danseuses\ndu corps de ballet de Milan, sous la direction de M. Belloni, maître de\nballet de la Scala de Milan.\nLe décor, qui ne comprend pas moins de 6.000 mètres carrés de toiles\npeintes, est signé Jambon et Bailly, peintres décorateurs de l'Opéra. Le\ndimanche 2 septembre, M. Castelbon de Beauxhostes et ses compatriotes,\ndésireux de témoigner à l'illustre maître Saint-Saëns leur reconnaissance de\ntout le bien qu'il fit à Béziers, ont décidé de donner un grand concert\nfestival en l'honneur du soixante-dixième anniversaire de sa naissance. Ce\nconcert sera des plus intéressants, vu les sommités artistiques qui se sont\noffertes spontanément à y prendre part, et tout d'abord nous nommons\nM. Louis Diemer, le virtuose des virtuoses, qui jouera un morceau à deux\npianos avec le maître lui-même. On y entendra les Gloires de Corneille,\ncantate écrite pour 10 solistes doubles, chœur, orchestre, musique d'har-\nmonie et orgue. L'effet de ce dernier instrument dans les arènes ne man-\nquera pas d'être des plus curieux.\n\nAVIS A MM. NOS LECTEURS ET ABONNÉS\nPendant la saison d'été, le Mercure musical paraîtra une fois par mois,\nles i 5 août, i 5 septembre et i 5 octobre, en numéros doubles. Notre pro-\nchaine livraison sera donc publiée le I 5 août et portera les chiffres 15-16."}]}